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I - Ennui mortel

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Auteur : BMIK & Rina

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

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Assis sur une proéminence rocheuse de la ville oubliée, le regard de Yazoo errait paresseusement sur les arbres lumineux et sur la surface du lac tout proche.

Kadaj s’était encore isolé pour communiquer mentalement avec leur mère, le laissant esseulé, sans rien de plus excitant à faire que de compter les poussières brillantes voletant dans l’air.

Adossé à la paroi, il lissait ses longs cheveux en laissant vagabonder son regard, lorsque des petits bruits attirèrent son attention.

” Plop ! Plop ! Plop ! “

Choisissant un caillou parmi ceux se trouvaient au creux de sa main, Loz le lança dans le lac d’un mouvement rasant et le regarda ricocher à la surface, troublant l’immobilité de l’eau.

- Tu t’ennuies aussi, hein ? murmura-t-il à l’adresse de son frère silencieux perché sur son rocher.

C’était davantage une affirmation qu’une question.

Avec un soudain mouvement de frustration, Loz lança le reste des cailloux dans le lac, le son des petites pierres rappelant celui d’une pluie battante.

Avec un profond soupir, il pivota vers son frère cadet.

- Yazoo…Pourquoi Mère ne s’adresse-t-elle jamais à nous ?

Ce dernier contempla d’un oeil vague les petites ondes, qui ridaient la surface de l’eau et troublaint la tranquillité du lac, puis, s’arrachant à l’état contemplatif qui lui était habituel tourna lentement la tête pour fixer son aîné.

L’agitation contenue de Loz était une distraction bienvenue dans son univers de mélancolie. Aussi, au lieu de l’habituel ” Ne pleure pas, Loz “, il répondit calmement :

- Qui sait…Elle ne nous aime probablement pas autant qu’elle aime Kadaj.

Le coin de ses lèvres remonta un peu en un imperceptible sourire. Taquiner de Loz était de loin sa distraction favorite.

Non qu’il n’appréciait pas son frère - loin s’en fallait ! - mais, pour l’heure, il s’ennuyait à mourir et c’était là la seule activité disponible…

Loz laissa échapper un grognement.

- Putain, tu parles d’un scoop ! railla-t-il. Tout le monde aime Kadaj plus que nous. Même toi, tu l’aimes plus que moi.

Il passa la main dans ses courts cheveux argentés et soupira encore, résigné depuis longtemps à accepter l’évidence et ne s’attendant même pas à ce que Yazoo le contredise.

Il contempla fixement la forêt, le sourcil froncé.

C’était si monotone, cet endroit ! Rien ne vivait parmi les arbres morts. Aucun oiseau, aucun animal, vraiment rien. Et rien ne se passait jamais non plus. Rien ne bougeait hormis les petites poussières luminescentes qui voletaient dans l’air un instant puis s’éteignaient.

En de rares occasions, lorsqu’il n’en pouvait vraiment plus et qu’il lui avait fallu trouver de quoi se distraire ou passer le temps pour ne pas devenir cinglé, il était venu ici et avait essayé de les viser avec son arme. Mais il s’était lassé rapidement de ce jeu insipide. Loz avait toujours eu du mal à concentrer longtemps son attention sur quoi que ce soit.

En repensant à Kadaj, l’exaspération le saisit.

- Pourquoi c’est Kadaj qui joue les chefs, d’abord ? C’est à moi, que ce rôle revient ! Je suis plus âgé, plus grand et plus fort que lui !

Il laissa échapper un juron et reprit :

- C’est lui qui décide toujours de tout ! C’est pour ça que nous sommes coincés ici à ne rien faire, à attendre comme des larbins que monsieur nous donne ses ordres. Comme si on ne pouvait rien faire sans lui. Putain, ça m’énerve !

Pourtant, Loz adorait son petit frère. Mais, parfois, Kadaj le… Comment dire ? L’ennuyait ? L’énervait ? L’exaspérait ? Oui, c’est ça. Parfois, Kadaj l’exaspérait vraiment et, quand ça arrivait, il avait envie de tout envoyer valser !

Mais, cette fois, il se contenta de donner un coup de pied dans une pierre, qui tomba dans le lac à nouveau immobile avec un gros ” splatch ! “.

Loz n’en détesta que davantage la froideur et la quiétude habituelle du plan d’eau. Une froideur et une quiétude qui n’étaient pas sans rappeler celles de Yazoo.

Silencieux et immobile comme une statue, à l’exception de quelques mèches cheveux soulevés par une brise douce, son cadet paraissait fait de glace, comme si aucun émotion n’avait prise sur lui.

- Je ne sais même pas pourquoi je m’emmerde à te dite tout ça. Tu t’en fiches, de toute façon. Tu te fiches de tout…

Démoralisé, Loz tourna les talons et finit dans un murmure amer, comme s’il se parlait à lui-même :

- …surtout de moi.

Yazoo cligna des yeux à cette sentence et tourna la tête vers son frère en se demandant ce qui avait pu amener ces allégations.

Habituellement, le jeune argenté était très adroit, pour manipuler les gens et tout ce qu’il voulait, il l’obtenait - bien que, ironie de la chose, il n’ait jamais voulu grand-chose, en réalité. Mais voilà que, au lieu de suivre le scénario habituel et d’éclater en sanglots - que Yazoo aurait pu aussitôt endiguer avec quelques paroles réconfortantes et une étreinte sur les larges épaules - Loz semblait avoir opté pour une crise de jalousie.

- Reste là, ordonna-t-il, le regard toujours vague mais sachant au bruit de ses pas que son aîné était toujours à portée de voix. Ca ne se fait pas, de poser des questions à quelqu’un et de partir sans attendre sa réponse. (Les pas s’arrêtèrent) Contrairement à ce que tu penses, je ne m’en fiche pas, assura-t-il d’une voix traînante qui paraissait manquer cruellement de conviction.

Il crut sentir la présence imposante et menaçante de son frère près de lui mais ne se donna pas la peine de tourner la tête pour vérifier si c’était le cas. Son instinct ne le trahissait jamais, de toute façon, et le lien mental qu’il partageait avec Loz était particulièrement fort. Bien plus fort que celui - quasi inexistant - qui le liait à Kadaj.

C’était probablement la raison pour laquelle il devait davantage poser de questions et parler avec leur cadet - ce dont il n’avait jamais été particulièrement friand.

Avec Loz, tout était plus simple et plus intense. Ils n’avaient besoin que de peu de paroles parce que les choses importantes, ils se les transmettraient grâce à cette connexion mentale privilégiée. Un rapide coup d’œil de l’un et un simple hochement de tête de l’autre, voilà tout ce dont ils avaient besoin pour dialoguer. Et cela suffisait amplement à Yazoo.

Mais pas à Loz, apparemment.

- Alors, grand frère, dis-moi… reprit Yazoo avec une ombre de sourire sur ses traits impassibles en insistant sur le deuxième mot. Que ferais-tu, si tu étais le ” chef ” ?

Il daigna enfin regarder Loz, qui s’était accroupi au pied du rocher où son frère était perché.

Celui-ci leva les yeux en direction du ciel crépusculaire et réfléchit un moment, surpris par la question directe de Yazoo. Il avait été si occupé à se demander pourquoi il n’était pas le chef qu’il n’avait jamais pris le temps de penser à ce qu’il ferait si c’était le cas.

Pour ce qui était de retrouver leur mère, il doutait pouvoir faire plus que ce que Kadaj faisait lui-même en ce moment. Son petit frère n’avait de cesse de la localiser et chaque jour qui passait les rapprochait un peu plus d’elle. Et comme il n’avait pas ce lien particulier qui unissait Jenova et Kadaj, Loz ne pourrait pas faire mieux de toute façon. Non, cette mission là était la prérogative de son seul benjamin.

Alors que pourrait-il améliorer s’il était le chef ?

Loz arracha un brin d’herbe, huma son parfum frais et vert, puis le fit tourner entre ses doigts

- Tu sais ce que je ferais ? finit-il par demander sur un ton inhabituellement calme et sérieux. Je me débarrasserai de Kadaj. Pas pour toujours, non. Juste quelques jours. Je lui dirais de rester ici et d’attendre mes ordres, juste pour qu’il comprenne ce qu’il nous fait subir, puis je t’attraperais et je ficherais le camp de cette saleté de forêt ! On éteindrait nos téléphones pour qu’il ne puisse pas nous contacter et qu’il doive se débrouiller tout seul, comme un grand. J’en ai marre des ordres, des caprices, de toutes ces recherches et de ces bagarres. Oh ! Parfois c’est amusant, bien sûr. Surtout quand on se bat. Mais la plus part du temps, c’est juste pénible.

Il poussa un long soupir épuisé.

- J’en ai marre, de tout ça. J’ai besoin d’une putain de pause.

Il se leva et lança un regard oblique à Yazoo.

Celui-ci le considérait avec la tête penchée d’une manière qui lui était familière, sans rien dire, mais ses yeux luisaient d’une légère et inhabituelle curiosité.

Encouragé par l’intérêt manifesté, aussi infime soit-il, Loz poursuivit, son enthousiasme grandissant à chaque mot.

- Nous pourrions simplement partir d’ici, Yaz. Juste toi et moi sur nos motos, et conduire le plus vite possible jusqu’à ce que le soleil se couche. Nous trouverions un hôtel confortable, quelque part, et profiterions du service d’étage. On mangerait au lit, on regarderait des films et on pillerait le mini-bar ! Je ne me souviens même plus de la dernière fois que nous avons pris le temps de nous détendre. Pas grand chose, tu sais, s’éclater juste un peu. Faire comme les gens normaux.

Il se rapprocha un peu de Yazoo, recherchant du contact de son frère. La saillie rocheuse où le mince incarné était assis était assez basse pour que Loz puisse se pencher et poser sa tête sur les genoux de son cadet. Peu importait que Yazoo ne réponde pas à ses suggestions ; au moins, il l’écoutait. Mieux : il ne se moquait pas de lui et le repoussait pas, ce qui était encore plus encourageant.

Loz posa donc sa joue sur les cuisses recouvertes de cuir de Yazoo en espérant secrètement qu’il lui passe la main dans les cheveux. Il adorait ça.

- Bien sûr, je sais bien qu’on n’a rien de personnes normales, mais ce serait quand même bien d’agir comme telles, pour une fois, et de ne plus devoir penser à retrouver les cellules de mère, à la réunion et à toutes ces conneries que Kadaj continue n’arrête pas de nous rabâcher. Et puis tu veux que je dise ? Je suis sûr que si on partait en le laissant là, il ne remarquerait même pas notre absence ! Mère est toujours avec lui pour lui tenir compagnie et ça lui suffit.

Le regard toujours fixé sur le profond lac sombre, Loz posa la main sur le genou de Yazoo, que dévoilait la fente de son long manteau, et le caressa à travers le cuir du pantalon et de son propre gant.

Son frère ne le repoussa pas et il restèrent ainsi durant un petit moment, silencieux, essayant d’imaginer ce que pourrait être leur fuite - même si elle ne durait qu’un ou deux jours.

Quand il parla à nouveau, le ton de Loz était doux et mélancolique.

- Je sais que tu as besoin d’une pause autant que moi. Je peux le sentir. Si j’étais le chef, je t’emmènerai loin de tout ca, Yazoo. Oui, voilà ce que ferai.

Il soupira et fit la moue.

- Je sais que ça peut sembler idiot, reprit-il. Tu penses sûrement que c’est l’idée la plus débile de la planète, hein, avoue ?

- Oui, acquiesça Yazoo, amusé par l’expression penaude qu’il lut sur le visage de Loz, qu’il venait de vexer cruellement.

Mais, avant que son aîné ne puisse réagir ou partir à nouveau, Yazoo glissa paresseusement ses doigts gantés dans les courts cheveux de son frère, le bout de ses doigts massant agréablement son cuir chevelu. Son expression était toujours insondable mais, lorsque son regard courut le visage de Loz, il sembla songeur.

Il comprenait très bien le ras-le-bol de Loz, en partie parce que son exaspération irradiait littéralement. Une part de lui l’avait non seulement remarqué, mais partageait ce sentiment d’agacement et ce besoin de rébellion.

Habituellement Yazoo était ne voyait pas d’inconvénient à ce Kadaj décide de tout. Il préférait de loin rester en retrait et faire ce qu’on lui demandait le moment venu. Mais l’attente commençait sérieusement à lui taper sur les nerfs. Peut-être pas tant l’attente en elle-même, d’ailleurs, que le fait qu’on lui ait ordonné d’attendre. Yazoo n’était pas une marionnette dont on pouvait tirer impunément les fils, c’était par choix, qu’il avait cédé sa part d’autorité à Kadaj et celui-ci semblait parfois l’oublier un peu trop facilement…

Peut-être était-il temps de lui rappeler certaines choses. Que Loz et lui n’étaient pas ses laquais, par exemple, mais deux des parties d’une seule et même trinité qui dépendait des talents de chacun pour être parfaite.

Kadaj était peut-être le cerveau de cette trinité, mais il dépendait de la force de Loz, dont le corps puissant était leur meilleur rempart face aux menaces. Et ses poings s’étaient révélés être des dispositifs plus que convaincants lorsque toute discussion devenait inutile.

Yazoo, lui, intervenait lorsque la force et la cruauté restaient sans effet. Lorsqu’une approche plus délicate s’imposait. Contrairement à Kadaj, totalement asocial, il avait le don de manipuler les gens à son avantage sans que ces derniers en soient même conscients. Il pouvait par son seul charme faire plier chacun à ses desiderata, manipuler ou tromper. Voire tuer en un éclair et sans le moindre état d’âme.

Oui, ils se complétaient parfaitement, tous les trois. Mais Kadaj avait visiblement besoin d’une petite piqûre de rappel…

- Tu sais quoi ? fit subitement Yazoo, les yeux toujours fixés sur le visage de Loz, mais cette fois parfaitement alerte. Nous devrions le faire.

Les doigts qui caressaient le cuir chevelu de Loz s’immobilisèrent, et il redressa le buste, indiquant à Loz qu’il était sur le point de se lever.

- Prends ta moto. Nous partons tout de suite.

…à suivre

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Lumière

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Auteur : Ayame Nightbreed

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

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Journal de Weiss - Première page

La plus belle des libertés est sans doute celle d’être maître de ses mouvements. Pouvoir aller là où l’on veut, quand on le veut…

En être privé, c’est comme être privé de lumière. Mais je suis mal placé pour dire une chose pareille.

Quand je ferme les yeux, je ne vois qu’une blancheur aveuglante et cette couleur est la mienne. Il s’agit sans doute de ma supposée pureté. Ils disent que je suis fait de lumière. Mais mes jours sont gris, et mes nuits sont noires.

On se lasse vite d’une couleur uniforme, mais c’est toujours mieux que ma cage de béton et de mako. Ils m’ont enfermé là il y a peu de temps, tout près du cœur du réacteur. Je suppose qu’ils espèrent doubler, voire tripler mes capacités.

De temps en temps, on me laisse aller et venir dans la ” salle du trône “, comme ils l’appellent. On m’a même donné de quoi écrire. Nero le fait déjà, lui ; il m’a dit une fois que cela l’aidait à ne pas perdre la raison.

Nero… Mon cher petit frère. Je l’aime tellement… Bien plus que moi-même. M’en veut-il de m’être laissé enchaîner ainsi et de l’avoir laissé seul ? Me considère-t-il encore comme son unique, son adoré grand frère ? Me hait-il ?

Lui qui ne supporte pas la solitude… Il devra maintenant vivre avec elle au quotidien.

Journal de Weiss - Page 6

Ils se doutent que je risque à tout moment de m’attaquer à eux, soit par désir de vengeance, soit parce que j’aurais perdu la raison.

Quoi qu’il en soit, si je devais tuer ceux qui m’ont créé de toutes pièces, je disparaîtrais avec eux. La raison à cela ? Un implant à la base de ma nuque - où dort un nanovirus qui provoquera un arrêt cardiaque à la moindre alerte - relié à un ordinateur surveillant mes moindres faits et gestes.

Aussi simple que cela. La solution idéale - du moins, la meilleure qu’ils aient trouvée.

Je dois me soumettre à leur volonté ; ils peuvent faire de moi ce qu’ils souhaitent … Et ils ne s’en privent pas.

Ils devraient se méfier, pourtant : l’animal blessé sur le point de se faire dévorer [...] est souvent le plus dangereux…

Journal de Weiss - Page 15

Il m’arrive de plus en plus souvent de penser à notre passé. J’ai beaucoup de temps pour ça : hormis les bains de mako et les entraînements quotidiens, il ne se passe presque rien.

C’est mon frère cadet qui a tué notre mère, le jour même de sa naissance. Ses pouvoirs ténébreux se sont éveillés à l’instant ou il a poussé son premier cri. Tout ce qui se trouvait à sa portée fut englouti dans ses Ténèbres affamées, sauf lui et moi. Mais il s’en est fallu de peu…

J’étais là, ce jour fatidique où ma vie de petit garçon fut bouleversée. Même si ma mère ne s’approchait de moi que pour me faire subir des examens, je savais qu’elle allait mettre au monde un second fils. Mon frère. Un frère à moi et rien qu’à moi ! J’ignorais alors la notion de fraternité, mais je ne voulais pas manquer sa venue au monde.

Mais les choses ne se sont pas passées comme je l’imaginais.

Je m’étais caché dans l’un des conduits d’aération, que je m’amusais à explorer ; c’était par ailleurs ma seule occupation. De là où j’étais, caché dans l’ombre, j’ai vu naître mon frère et ses pouvoirs obscurs.

Malgré mon effroi et la présence des Ténèbres, j’ai trouvé le courage de rejoindre mon frère en bas pour calmer ses pleurs. Ce petit, je l’aimais déjà. Il avait tué notre mère, c’est vrai, mais quelle importance ? Elle ne m’avait jamais porté dans mon cœur et je le savais pertinemment. Je ne devais pas lui faire penser à un fils, avec mes cheveux blancs et mes yeux trop bleus. Elle ne valait pas mieux que le reste des scientifiques.

Mais au moins, j’avais Nero près de moi, désormais.

Journal de Weiss - Page 30

Je ne cesse de penser à mon frère.

Je l’aime… Plus que tout dans ce monde clos. Comme je suis le seul capable de calmer les crises que ses Ténèbres provoquent en lui, on me laisse maintenant m’en occuper le plus souvent possible.

Pour être franc, je ne pourrais pas survivre sans sa présence. Tant qu’il est là, je garde espoir. Et s’il devait mourir, je n’aurais moi-même plus la force de combattre.

Nous ne sommes que des animaux de compagnie, des jouets. De simples possessions qu’ils exhibent fièrement. J’ai de plus en plus de mal à supporter tout ça ; les cris de mon frère, ces cris déchirants que j’entends de jour comme de nuit…

Quelques jours plus tôt, ils ont décidé de lui visser de fausses ailes mécaniques dans le dos pour remplacer ses bras. Quand je l’ai découvert, j’ai cru devenir fou.

A quoi est-ce qu’ils pensent, à la fin !?

Je les hais !

Journal de Weiss - Page 42

Je suis allé libérer mon frère, hier. Je n’y croyais pas mais tout s’est déroulé comme nous l’avions prévu.

Je savais qu’il était enfermé à quelques étages au-dessus du réacteur mais je ne l’avais jamais vu de mes propres yeux.

Nero a toujours été incapable de me dire ce qu’il endurait, là-dedans. Combien de fois l’ai-je retrouvé effondré dans sa cellule dans un état pitoyable, presque mort de faim, d’effroi et de douleur ?

Quand je le voyais dans cet état, je me sentais capable de braver tous les dangers pour le protéger des mains de ces fous. Rien ne m’importait plus que lui.

Finalement, il aurait mieux valu pour lui qu’il ne survive pas à tout cela. Quel instinct primitif a pu le pousser à supporter toutes ces horreurs ? Quel que soit son destin, il aura une vie courte; son don finira par le tuer. Je m’étonne encore qu’il ait pu vivre si longtemps sans en ressentir les effets. Son enfance et son adolescence n’ont été que ténèbres et souffrances.

Pour le protéger, j’ai dû suivre la volonté de ces hommes et devenir le plus résistant possible. Une contrainte ? Au contraire. Prendre soin de mon frère cadet est depuis toujours, plus qu’un devoir, c’est la meilleure chose que je puisse faire.

Dès qu’ils le savaient affaibli et dans l’incapacité de se servir de ton don, ils n’hésitaient pas à le malmener, à le blesser ou à tenter de nouvelles expériences sur lui. Ils espéraient sans doute découvrir ses dernières limites. Combien de fois ai-je dû calmer ses pleurs, apaiser son corps meurtri de mes caresses ?

Pour le moment, il dort ; il s’est assoupi contre moi, alors que nous étions en train de discuter. Il n’arrête pas de parler de l’extérieur, de ce que nous ferons, une fois sortis de Deepground…

J’ai du mal à être optimiste. Une fois dehors, ce sera combattre ou mourir. Nos troupes nous obéiront, elles savent déjà ce qu’elles ont à faire.

Finalement, rien ne va changer… Mais nous disposerons d’un bien inestimable : la liberté.

J’ai promis à Nero que je ne le quitterai plus jamais. Enfin, dans la limite du temps qu’il me reste, du moins.

Et il ne me reste que deux jours…

Il va bien falloir que je le lui dise, je ne peux plus lui mentir.

Journal de Weiss - Avant-dernière page

Ca y est… je vais mourir.

Je savais que je perdrai la vie en me rebellant contre eux. Mais je devais sauver Nero. Une fois que la machine serait lancée, plus rien ne peut l’arrêter, et personne ne s’opposera à lui ni au reste de Deepground. Ce dernier continuera à m’obéir. Et je suppose qu’il le fait déjà, en ce moment. Ne suis-je pas son ” Empereur immaculé ” ?

Nero… Je t’ai fait promettre de ne pas dévoiler ma mort aux autres. Nous ne pouvons pas leur faire confiance. Nous savons tous les deux ce qui se passerait s’ils venaient à le découvrir : ils se rebelleraient contre nous. Sans remettre en cause tes capacités, tu ne tiendrais pas longtemps face à une armée de cette envergure.

Tu m’as dit de t’attendre, que tu trouverais un moyen de me ramener à la vie. La mort n’a pas de secrets pour toi, mais permets-moi quand même de douter [...]…

Ils ont pensé à tout, même à notre propre fin, parce qu’ils savaient qu’un jour ou l’autre, nous les détruirions. Et, nous ayant étudiés sous tous les angles durant plus de vingt ans, ils savaient très bien comment se débarrasser de nous une bonne fois pour toutes. Alors… Il est certainement inutile de tenter quoique ce soit. Ce serait trop risqué.

Si tu mourais à ton tour, je… Non, je ne suis même pas capable d’y penser.

Journal de Weiss - Dernière page

C’est décidé : je vais t’attendre. Pour l’avoir côtoyée à maintes reprises, je sais comment éviter les griffes de la mort. Il me suffira de me réfugier dans cet océan de lumière, ma propre essence. Mon âme sera en sécurité en attendant.

Je sais déjà à quoi ma mort ressemblera. Je ne serai plus qu’une âme flottant dans une immensité lumineuse, que mes sens ne percevront pas, mais que je verrai tout de même. Ni son, ni odeur, ni matière palpable. Uniquement ce néant blanc et mes pensées.

Je dois au moins faire ça pour toi. Je m’en veux déjà tant de te laisser seul ; nous qui venions tout juste de nous retrouver. Comment vas-tu survivre dans le monde extérieur ? Ici, tous te voyaient déjà comme un monstre, alors je n’ose imaginer ce qu’on pensera de toi à la surface. Mais je te fais confiance, tu t’en sortiras.

Un jour, tu retrouveras peut-être tout ce que j’ai écrit ces dernières années. Je te l’ai toujours répété mais… Je t’aime, sache-le. Je déteste devoir te le dire comme ça : mes mots sonnent comme un adieu.

Nous nous reverrons, Nero. Nous nous reverrons bientôt.

Tu ne cesses de répéter que je suis ta lumière, la seule au milieu de tes Ténèbres. Mais Nero, si l’un éclaire l’existence de l’autre, c’est bien toi. Les Ténèbres [...] peuvent-elles rayonner d’une lueur obscure ? Je crois que oui… Tu es mon alter-ego, mon autre moi. Nous nous sommes toujours dit que nous ne faisions qu’un, tu te souviens ?

Mais nous avons deux visages : l’un noir et l’autre blanc.

Bientôt, nous serons à nouveau réunis. Alors… Sèche tes larmes, relève la tête… et ne m’oublie pas.

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Quelque chose à quoi s’accrocher

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Rédaction (texte traduit de l’anglais) : Enide Dear

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

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Loz dormait sur le ventre, les mains sous l’oreiller, serein et aussi confiant qu’un enfant.

Yazoo pouvait rester des heures éveillé à le regarder. L’obscurité n’étant pas un obstacle pour les yeux mako, l’incarné se régalait du sommeil paisible de son frère, dont le spectacle apaisant détendait aussi bien son esprit que son corps, régulièrement mis à rude épreuve par toute sorte de cauchemars, qui n’en finissaient pas de le hanter.

Pas autant que Kadaj, évidemment, car il arrivait fréquemment à son frère cadet de rire, crier ou jurer dans son sommeil en battant des poings et des talons. D’autres fois, il se pelotonnait en chien de fusil au fond du lit et pleurait.

De telles crises réveillaient toujours Loz, qui se tournait alors vers son frère pour le prendre dans ses bras comme s’il pouvait faire un rempart de son corps entre les cauchemars et le jeune argenté. Quelquefois, ça fonctionnait et Kadaj se détendait pour sombrer dans un profond sommeil sans rêves. Mais, le plus souvent, tout ce que Loz obtenait était un coup de coude dans les côtes, le dos de la tête de Kadaj dans le nez, ou un coup de pied dans ses tibias. Cela n’avait pourtant jamais semblé le décourager.

Yazoo n’était jamais arrivé à de telles extrémités. Généralement, il se réveillait en sueur et haletant, avec un vague souvenir des cauchemars qui avaient agité son sommeil, mais il n’avait jamais crié ou lutté. Cela étant dit, lorsqu’il ouvrait les yeux, il se trouvait généralement déjà dans les bras de Loz et ceci expliquait sans doute cela.

Quelquefois, aux heures les plus sombres, il s’était demandé si Kadaj ne faisait pas tout ce cinéma exprès pour attirer l’attention…

“Du matin au soir, nous faisons tout ce que tu nous demandes, petit frère. Nous te suivons partout, toujours, et t’obéissons sans discuter. Ne peux-tu donc nous laisser ces quelques heures nocturnes rien que pour nous ?”

Cette nuit, cependant, Kadaj dormait paisiblement à l’extrémité du lit. Yazoo s’était mis délibérément entre ses frères quand ils s’étaient couchés et, maintenant, il s’était rapproché de Loz pour mettre ses bras autour des larges épaules et avait appuyé son visage contre le biceps vigoureux.

La puissance pure qui émanait du corps du jeune homme avait toujours réussi à l’apaiser.

Il passa doucement les ongles sur l’épine dorsale son aîné et celui-ci fit le dos rond pour accentuer la pression de l’agréable grattement, ce qui fit sourire Yazoo. Son frère était si spontané dans ses goûts, si honnête avec ses émotions… Pas comme Kadaj qui, tel un oignon, se couvrait le coeur de couches superposées de réflexions plus ou moins avouables, de plans et de complots en tout genre. Et même, pour être honnête, de personnalités aussi diverses que ses humeurs.

Yazoo, lui, gardait ses sentiments scellés dans la cage de son coeur, n’en révélant de temps en temps qu’une petite part. Une habileté nécessaire pour survivre dans un monde qui pouvait vous faire tant de mal - mais dont Loz ne semblait pas avoir besoin.

Il caressa la peau lisse de de paume de sa main… Une peau et un corps qui auraient pu être sculptés dans le marbre tant ils étaient parfaits. Comme toute cette puissance l’attirait ! Tout autant que sa force morale ou cette capacité que Loz avait d’aimer sans compter et de pleurer sans retenue. Oui, tout cela faisait fondre les défenses de Yazoo depuis toujours.

Il ébouriffa affectueusement les courts cheveux de mercure, provoquant un soupir assoupi et grognon.

Le sourire de Yazoo s’élargit.

Avec ses cheveux et ses pattes soigneusement taillées, Loz était de loin le plus frivole d’entre eux. Et les seuls ciseaux auxquels il acceptait de les confier était ceux de Yazoo - et encore ne le faisait-il jamais sans un interminable chapelet d’instructions et de conseils ! C’était d’ailleurs le seul moment où son frère avait quelque exigence, lui qui de réclamait jamais quoi que ce soit.

Yazoo faisait toujours très attention à ne pas briser cette confiance en sachant que que Kadaj, lui, ne se serait sans doute jamais encombré de ce genre de précautions.

Loz s’agita dans son sommeil et se retourna sur le flanc, ce qui permit à Yazoo d’enrouler plus aisément son bras autour de son cou tout en caressant les pattes argentées du bout des doigts.

Les traits anguleux et fortement charpentés - si différent des siens et de ceux de Kadaj, qui avait encore gardé ses joue potelées de bébé - étaient adoucis par le sommeil.

Yazoo posa ses lèvres sur la nuque exposé, juste à l’endroit où les cheveux rebiquaient vers le haut, à la tendre jonction où le centre nerveux cérébral communiquait avec le réseau spinal pour transformer les pensées en actes : violence, sexe, caresses…

La vie, tout simplement.

Loz soupira de plaisir. Leurs corps se pressèrent un peu plus l’un contre l’autre et leurs jambes s’entremêlèrent.

“A moi…” ne pouvait s’empêcher de penser Yazoo. “Il est à moi. Toi, Kadaj, tu as déjà mère et Sephiroth en sus d’un grand destin. C’est mère qui l’a voulu ainsi. Alors, ne peux-tu me laisser au moins ça ?”

Mais il n’était pas dans la nature de Kadaj de partager quoi que ce soit, Yazoo le savait. Et Loz ne s’opposerait jamais à lui ; il aimait ses frères tout autant et de la même façon, Yazoo ne cessait de se le répéter.

Il s’était souvent demandé si Loz avait idée des sentiments qu’il nourrissait à son égard… et si Kadaj le savait.

Son frère cadet n’en aurait que faire, de toute façon ; il prendrait ce dont il avait envie envie parce que c’était dans sa nature. Et Yazoo ne l’en empêcherait pas, évidemment, parce que ce n’était dans la sienne d’agir ainsi.

Il ne réalisa qu’il était agité par des sanglots que lorsque Loz se retourna pour refermer ses mains puissantes sur ses épaules et l’attirer à lui.

Il pressa le dos de Yazoo contre sa poitrine.

“Ne pleure pas …” murmura-t-il, à peine éveillé, en emboîtant leurs deux corps comme deux cuillers. “Ne pleure pas.”

La tension de Yazoo s’estompa et il se laissa aller dans l’étreinte de son frère, le sommeil le gagnant à nouveau.

Avec Loz pressé contre son dos il se sentait en sécurité. Avec Loz derrière lui, il pourrait dévorer le monde !

Il souleva la grande main de son frère pour embrasser la large paume et sentit Loz refermer ses doigts comme pour saisir le baiser et l’empêcher de s’envoler.

“A moi…” sentit-il plus qu’il n’entendit la voix rêveuse dans son oreille. “Mon Yazoo à moi.”

Et enfin, il put se rendormir.

FIN

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Pouvoir mécanique

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Rédaction (texte traduit de l’anglais) : Enide Dear

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Ils avaient arrêté leurs motos depuis plusieurs minutes pour se dégourdir les jambes et se débarrasser de la poussière qui leur irritait les yeux. Alentour, les terres désolées qui entouraient Midgar paraissaient sans fin.

Kadaj soupira et s’étira, tendant haut les bras au-dessus de sa tête, le regard perdu au loin, et Yazoo parut soudain mal à l’aise en coupant le moteur de sa machine.

- Loz, ça recommence, fit-il, un peu embarrassé. Tu m’avais pourtant assuré que tu avais tout fixé.

- J’étais persuadé de l’avoir fait, oui, acquiesça Loz en fronçant les sourcils. Je peux y jeter un œil à nouveau, si tu veux, proposa-t-il en désignant la moto.

- De quoi êtes-vous en train de parler, encore, tous les deux ? demanda leur cadet en pivotant sur sa selle.

- C’est ma moto. Elle… Elle vibre à nouveau, expliqua Yazoo, le visage crispé.

- Et alors ? La mienne aussi. Pourquoi ? C’est dangereux ? s’enquit encore le benjamin en fronçant les sourcils.

Loz agita les mains.

- Bien sûr que non, je vérifie vos motos tous les soirs. Elles sont en parfait état. Sans doute quelques vis se sont-elles un peu desserrées mais je les fixerai. Il n’y a aucun danger. Peut-être êtes-vous simplement un peu trop légers pour ce genre de machines. La mienne ne vibre pas du tout.

- Si ne n’est pas dangereux, qu’as-tu à ronchonner, Yazoo ? s’enquit Kadaj, plus irrité encore qu’à son habitude.

- C’est juste que… commença l’interpellé, une légère rougeur sur les joues. C’est… Ca fait… Enfin, tu vois ce que je veux dire.

- Eh bien tu le supporteras ! Je ne vais pas retarder la recherche de mère parce que Monsieur ne peut pas conduire en bandant !

Bon, décidément Kadaj était vraiment dans un mauvais jour, aujourd’hui !

Le chef des argentés remonta sur sa moto et replia sa béquille d’un coup de pied hargneux.

- Allez, on y va !

***

Quand ils s’arrêtèrent pour la nuit, Yazoo était sur les nerfs et son corps souple tremblait légèrement - mais pas d’épuisement.

Ils garèrent leurs motos et Kadaj disparut à l’intérieur du minuscule hangar sans même accorder un regard à ses frères.

Les yeux verts de Yazoo brûlèrent d’une faim presque effrayante lorsque Loz sortit sa boîte à outils et s’approcha de lui.

- Euh, Yazzie ? Si tu veux que je regarde ce que ta moto a dans le ventre, tu ferais bien d’arrêter le moteur et de descendre.

Yazoo ne fit pas mine de bouger et resta assis sur la machine vibrante, se passant la langue sur les lèvres en détaillant Loz sans la moindre retenue.

- Baise-moi, ordonna-t-il soudain, les yeux brillants. Maintenant. Sur cette putain de moto parkinsonienne !

Le Yazoo calme et détaché que son frère connaissait paraissait s’être volatilisé après avoir passé des heures à supporter le frottement vibrant de la machine sur son entrejambe.

Loz ne se le fit pas dire deux fois et fut sur lui en un clin d’oeil, dézippant le long manteau de cuir tandis que son cadet, gémissant, s’accrochait à son grands corps, lui arrachant baiser après baiser avec une sorte de désespoir.

Son pantalon fut jeté au sol et les fortes mains du jeune colosse le poussèrent en avant, sur la machine.

Yazoo gémit une plainte inarticulée en sentant un doigt glissant de graisse de moteur commencer à sonder son intimité.

- Par tous les Dieux, Loz ! Oublie les préliminaires ! J’en ai eu mon compte pour aujourd’hui !

Yazoo n’avait jamais juré, jamais réclamé et n’avait - Ô grand jamais - décliné les préliminaires.

Loz ne put empêcher un petit sourire satisfait de se dessiner sur ses lèvres.

Ca c’était vraiment le pied ! Yazoo le suppliant de le baiser, ses longues jambes écartées, à cheval sur la moto vibrante et sa chute de reins splendide exposée à son regard concupiscent…

Il n’allait pas rechigner, pour ça non !

Lorsque Loz prit possession de ce qu’on lui offrait à grands coups de reins vigoureux, Yazoo laissa échapper des cris impudiques en poussant autant qu’il le pouvait pour recevoir son aîné plus profondément encore d’intérieur lui.

La moto bourdonnait toujours sous lui et, après dont un jour passé à demi couché sur l’engin, sa virilité frottant impitoyablement sur le carénage, c’était bien plus qu’il ne pouvait en supporter…

Il vint avec un cri et tout son corps se contracta.

Loz jura et donna un violent coup de reins, projetant presque Yazoo en avant, sur le guidon de la moto, alors qu’il jouissait à son tour.

Ils restèrent un moment sur l’engin, à bout de souffle, Loz caressant de haut en bas le dos souple, faisant frissonner son cadet tandis que les dernières traces d’excitation se dissipaient.

- Grande Mère, j’en avais vraiment besoin… gémit finalement Yazoo en s’asseyant bien droit, souriant gentiment à Loz. Cette fichue vibration est vraiment intenable.

- Je vais jeter un coup d’œil à ta moto, promit son frère dans un baiser.

Non sans amusement, il regarda son benjamin se diriger vers le hangar, la démarche un peu raide.

Il essuya de la selle de la moto avec un chiffon en sifflotant et sortit de nouveau les outils pour serrer soigneusement les vis coupables avant de passer à la moto de Kadaj.

Ainsi donc, le petit dernier se vantait de pouvoir conduire la machine vibrante sans le moindre ” effet secondaire “, hein ?

Un petit sourire coquin étira les lèvres de Loz.

Eh bien on verrait s’il maîtriserait toujours aussi bien la chose après avoir traversé des terrains recouverts de gravier !

Très soigneusement, il desserra les vis de la selle de Kadaj d’un petit tour supplémentaire…

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Ténèbres

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Auteur : Ayame Nightbreed

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Arisu

***

Journal de Nero - Première page

Les Ténèbres…

Mes Ténèbres. Mon monde intérieur. Cette part de moi sans limite tangible.

Elles sont mon seul refuge en cas de menace. Le seul endroit - si on peut appeler ça ” un endroit ” - où je me sens intouchable. Un sanctuaire maudit auquel je dois ma survie et où nul ne peut m’atteindre.

Les plaintes des morts qui hantent mes Ténèbres sonnent comme une berceuse à mes oreilles. Une berceuse qui m’apaise depuis toujours…

Non… Ce n’est pas tout à fait vrai.

En réalité, je dispose d’un second refuge : les bras de mon frère aîné. Il va sans dire que je les préfère à mes Ténèbres. Malheureusement, contrairement à elles, je n’ai pas la possibilité de rejoindre Weiss quand je le désire.

Encore moins ces derniers temps.

Weiss… Que ne donnerais-je pour une nuit à tes côtés ?

Ta présence seule suffit à faire refluer mes Ténèbres jusqu’aux limites de mon être. Ta lumière m’apporte à la fois répit et réconfort. Elle peut parfois même adoucir mon âme jusqu’à me faire éprouver un sentiment de paix. Mais plus que ta lumière, c’est toi, Weiss qui m’es essentiel.

Ta peau, tiède et si douce ; tes mains apaisantes et aimantes ; ta voix, si chaude et si rassurante. Et tes yeux… Tes yeux d’un bleu pur agrémenté d’une touche d’or qui illumine ton visage. A eux seuls, tes yeux me renvoient l’image de ce que tu es pour moi, Weiss : l’incarnation de la perfection.

Journal de Nero - Page 17

Sans Weiss, le temps n’est plus qu’une succession de moments plus ou moins longs et éprouvants. Repos, examens, entraînement, injections de mako, examens. Repos, examens, entraînement, injections de mako, examens…

On lui permet parfois de dormir dans la même pièce que moi - quand on ne le laisse pas enchaîné à son propre trône plusieurs jours de suite. En ce qui me concerne, les nuits que nous passons hors de nos cellules respectives sont ma seule raison de ne pas perdre la raison.

Mais peut-on parler de ” nuits ” ?

De simples numéros verts sur un cadran noir, au-dessus de la porte de notre geôle, pour nous rappeler à quel point notre bonheur est éphémère : voilà ce qu’est ” la nuit ” pour nous.

Ah ! Bien sûr, j’ai déjà eu le privilège de voir la nuit, celle de l’extérieur, les rares fois où l’on nous envoie en mission à la surface. Ces nuits-là sont l’exact reflet de ma propre existence : noires, solitaires et silencieuses, et regorgeant de menaces cachées.

Journal de Nero - Page 21

Il est désormais manifeste pour ” eux “ que Weiss et moi représentons un danger non négligeable (nous sommes certainement leurs expériences les plus imprévisibles et les moins dociles). On nous séparera bientôt, j’en ai la certitude.

Journal de Nero - Page 22

On enferma Weiss au cœur du réacteur Zéro, exposé à des doses de mako mortelles pour un être normalement constitué, et moi quelques niveaux plus haut, enchaîné à plusieurs mètres du sol.

Je passai ces années seul, dans l’obscurité, à hurler et à supplier jusqu’à m’en briser la voix.

Je ne dormis presque jamais car les chaînes d’acier mordaient dans ma chair et le poids de mes ailes métalliques semblait me déchirer le dos. La douleur me tenait constamment éveillé et rares étaient les moments où je sombrais dans mes Ténèbres, terrassé par l’épuisement.

Journal de Nero - Page 27

Mon univers a toujours été fait de trois couleurs : le noir de mon essence, le blanc pur de mon frère et le rouge, celui du sang de tous ceux que l’on m’a fait éliminer ou dont j’ai choisi d’abréger la vie.

Si je regrette toutes ces morts ?

Tue et tu vivras. “ Telle était la règle d’or, au Deepground.

Difficile de dire si j’aime tuer ou non…

Impossible de nier, cependant, que j’éprouve un certain plaisir à donner la mort à ceux qui se font appeler ” humains ” et qui prétendent nous être supérieurs, faisant étalage de leur intelligence et de la liberté dont ils jouissent. Pour eux, nous ne sommes que des numéros, des bêtes qu’ils se réjouissent d’envoyer à l’abattoir. Que dis-je, des animaux ?

Non…

Les rares animaux que j’ai eu l’occasion de voir - ailleurs qu’au fond de mon assiette, s’entend - étaient bien mieux traités que les soldats du Deepground.

Les ” autres ” nous voient que comme des expériences à étudier, des curiosités qu’ils ont eux-mêmes créées, des monstres à torturer. Et c’est bien ce que nous sommes, en réalité.

Des monstres.

Je ne suis pas dupe ; je sais, pour avoir aperçu le monde extérieur, que nous ne devrions pas vivre ça. Mais à quoi bon s’apitoyer sur son sort ? C’est comme ça.

Pourtant, je ne suis pas certain que les ” autres ” valent mieux que nous…

Je les hais et les méprise presque autant que moi-même. Ils ne sont rien. Ne valent rien. Qui qu’ils soient, d’où qu’ils viennent, ils sont tous les mêmes !

Journal de Nero - Page 45

Weiss… Mon frère bien-aimé.

Ils l’ont tué !

Tout était prévu ! Tout ! Depuis le début.

Weiss, pourquoi avoir fait ça ?

Pourquoi ?

Tu disais que tu voulais me libérer, les empêcher de m’entraver dans mes propres cauchemars, dans l’obscurité de mon cœur. Tu disais que tu aurais fait n’importe quoi pour moi. Tu disais que tu m’aimais…

Etait-ce une raison pour payer mon salut de ta vie ?

Ma vie ne vaut pas un dixième de la tienne. Nous aurions mieux fait de rester encore un peu dans nos cages respectives. Ne nous sommes-nous pas promis d’être toujours ensemble ?

Journal de Nero - Dernière page

Mon frère… Je me rappelle ton sourire lorsque tu venais retirer mon masque et que tu prenais mon visage souillé de larmes entre tes mains. Si elle n’était pas déjà vouée aux ténèbres, j’aurais vendu mon âme pour un seul de tes sourires. Tu étais la seule chose qui m’empêchait de sombrer dans la folie. Nous ne faisions qu’un. Notre amour était l’unique sentiment capable de mettre à mal ma noirceur sans pour autant me faire souffrir et je sais qu’il restera intact quoiqu’il arrive.

Weiss…

J’ai tant besoin de toi… De ta chaleur et de ta lumière…

Mais tu es parti.

Pourtant, je te sens encore près de moi. Ton cœur ne bat plus. Ta voix s’est tue et tes bras sont inertes mais tu es toujours là. A la fois proche et si lointain.

Mon cher frère…

Parce que tu m’as sauvé de la folie, je t’arracherai à la mort.

Je t’en fais le serment, Weiss… Nous serons bientôt réunis. Personne ne nous séparera plus jamais. Et je ne laisserai plus qui que ce soit faire du mal à mon autre moi, à mon frère, à mon contraire, au seul être que j’ai aimé.

Que ferons-nous lorsque nous serons de nouveau ensemble ?

Je n’en sais rien…

Toi seul dois en décider.

Peut-être une nouvelle existence, ailleurs, loin d’ici… Je sais que ta lumière nous guidera. J’ai confiance en toi. Il y a toujours dans les ténèbres, pour épaisses qu’elles soient, une lueur - d’espoir, d’amour, qu’importe ?

Cette lumière, c’est toi.

FIN

La croisée des destins

***

Auteur : Miss Montague

Relecture et Réécriture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

Les débris épars sur le sol craquèrent sous ses talons à mesure qu’elle s’avançait dans l’allée centrale de la vieille église.

Bien qu’elle en ignore exactement la raison - peut-être simplement pour évaluer plus froidement le degré de violence de l’affrontement ou justifier sa défaite -, Tifa avait ressenti le besoin irrépressible de retourner sur les lieux.

Cloud était revenu vingt-quatre heures plus tôt à peine, la main de la petite Marlène fermement serrée dans la sienne, et ce fut un immense soulagement pour la jeune femme que de les voir tous deux sains et saufs.

Elle avait étreint la fillette avec un terrible sentiment de culpabilité mais comment aurait-il pu en être autrement ? Elle avait perdu le combat… avait abandonné la petite aux griffes de son ennemi !

Serrant Marlène dans son giron, elle avait levé les yeux vers Cloud, le regard débordant à la fois de reconnaissance et de honte.

C’est vrai, Cloud avait failli tous les abandonner et la jeune femme dut user de toute sa persuasion pour lui faire recouvrer la raison mais s’il n’avait pas été là pour récupérer Marlène… que se serait-il passé ?

Hélas, les autres enfants enlevés par Kadaj et ses frères restaient introuvables. Cloud avait parcouru la Cité des Anciens de long en large sans succès.

A en croire Marlène, il était cependant peu probable qu’il leur soit fait le moindre mal et, de toute façon, le gang referait très certainement son apparition avant peu.

En attendant, Tifa cherchait désespérément la meilleure façon de se reprendre.

Cette peur déchirante qui l’avait paralysée jusqu’à ce que Marlène lui soit ramenée saine et sauve, pour rien au monde elle ne voulait la sentir de nouveau lui tordre le ventre. Pas plus qu’elle ne souhaitait faire revivre ce cauchemar à la fillette.

Ses pas soulevant des volutes de poussière, Tifa s’avança jusqu’au parterre de fleurs entretenu - il y a une éternité de cela, semblait-il - par sa défunte amie.

C’est ici que j’ai échoué… “ pensa-t-elle. Ici même que j’ai été incapable de protéger Marlène. ”

Comme dans un rêve brumeux, Tifa revoyait son adversaire se détourner d’elle et s’approcher de la petite à la façon d’un prédateur ; se souvenait de l’effroi avec lequel elle avait assisté à toute la scène…

La jeune femme avait hurlé à la gamine de s’enfuir mais le cri avait résonné sous son crâne avec une telle puissance désespérée que la tête lui avait tourné et… plus rien.

Elle ne reprit ses esprits qu’à l’arrivée de Cloud. Et encore pour un laps de temps réduit, hélas, puisque tous deux avaient presque aussitôt sombré côte à côte pour se réveiller dans les appartements privés du 7ème ciel “, où Reno et Rude les avaient transportés, non sans difficulté.

Machinalement, Tifa tenta de redresser les tiges, couchées sous le poids son propre corps, lorsqu’il l’avait jetée au sol, sur le parterre fleuri.

Peine perdue.

La jeune femme se demanda alors si, contrairement à elle, les fleurs pouvaient se relever de cet échec.

Plus que sa vie, c’était celle de Marlène qu’elle avait mise en danger et cela, elle ne pourrait jamais se le pardonner.

- Je vais à l’église, avait-elle dit à la petite un peu plus tôt. Les voisins vont venir s’occuper de toi durant mon absence.

- Je viens avec toi !

- Non ! Je t’ai dit qu’on allait venir s’occuper de toi, je n’en ai pas pour longtemps. Je préfère te savoir à l’abri ici.

- … très bien.

Durant ce bref échange, pas une seule fois les yeux de Tifa - honteuse au point d’être incapable de la regarder en face - ne s’étaient posés sur la petite.

La fleur qu’elle venait de redresser retomba et ses mains, en appui sur la terre fraîche, se refermèrent en poings, se crispant jusqu’à faire saillir les veines sous la peau délicate.

Tap… Tap… Tap…

Tout son corps se raidit.

D’un bond, elle se redressa et se tourna vers l’imposante porte en bois, à l’autre extrémité de l’église.

Elle reconnut immédiatement le visiteur inattendu et ses yeux s’écarquillèrent.

Tap…

L’homme s’arrêta au beau milieu des débris de pierre et de bois provenant des moellons et des bancs réduits à l’état de charpie. Qu’il s’agisse des traits du visage ou des yeux d’un bleu-vert quasi-transparent, tout paraissait figé chez lui.

Le souffle coupé, la jeune femme ne put empêcher une grimace apeurée de lui tordre le visage et, ses membres ne lui obéissant plus, elle commença à trembler de toute part.

L’homme aux courts cheveux argentés s’avança encore. Sous ses sourcils froncés, ses yeux étaient fixés sur elle sans que le moindre clignement de cils ne voile le regard félin.

Qu’est ce que tu attends pour t’enfuir, espèce d’idiote ? Tu penses pouvoir t’en tirer en restant plantée devant lui ? “

Malheureusement, ses jambes ne semblaient guère pressées de lui obéir.

Plus le jeune homme se rapprochait, plus le bruit de ses pas était fort, faisant écho aux battements du cœur de Tifa, de plus en plus apeurée.

Malédiction ! Qu’était-il arrivé à la combattante émérite qui avait même réussi à ravaler sa peur deux ans plus tôt face au monstrueux Sephiroth ?

Non, elle n’aurait pas dû être effrayée, n’aurait même jamais pas dû perdre face à cet homme !

Pourtant, ce fut bien le cas et, en cet instant, c’était le doute, plus que la peur, qui la minait : si elle l’affrontait encore, elle perdrait le combat une seconde fois, elle en était certaine.

- Eh bien… Qui aurait cru qu’on ferait autant de dégâts !

Sa voix grave la fit sursauter mais rien ne la surpris davantage que de le voir s’arrêter à quelques pas d’elle et… sourire !

Il embrassa les lieux d’un regard détaché, mains sur les hanches, et posa de nouveau les yeux sur elle, la tête légèrement penchée sur le côté.

- Tu as… peur ? demanda-t-il, curieux.

- Pas du tout !

Elle avait ponctué sa réponse d’un froncement de sourcils éloquent et se mit d’instinct en garde, les jambes toujours tremblantes.

- Ce n’est pas beau de mentir.

La gorge de la jeune femme se serra. A quel jeu puéril s’amusait-il ?

A en croire sa réaction, sa peur était parfaitement perceptible mais elle ne fuirait pas. Non, certainement pas ! La couardise serait un châtiment plus humiliant encore qu’une nouvelle défaite.

Elle se battrait jusqu’au bout, même si l’issu de ce nouveau conflit ne laissait aucun doute quant au résultat.

C’est du moins ce dont elle essayait de se persuader…

- Détends-toi ! railla-t-il. Je n’ai pas l’intention de me battre avec toi aujourd’hui.

Elle ne bougea pas un orteil.

- Allô ! insista-t-il, taquin.

Elle haussa très légèrement un sourcil.

A quoi jouait-il donc ? Cherchait-il à lui faire baisser la garde pour l’attaquer en traître ?

Loz se tapota le front de la main.

- Toutes les femmes sont-elles aussi têtues que toi ?

- Donne-moi une seule raison de te faire confiance ! rétorqua-t-elle avec aigreur.

- Parce que je ne vois pas l’intérêt de t’attaquer par surprise. Moins encore dans ton état, ajouta-t-il sur le ton de la plaisanterie. Tu ne tiendrais pas une minute, même si je te laissais m’attaquer la première. Détends-toi, va ! Tu vas nous refaire un malaise, sinon.

Les joues de Tifa s’empourprèrent violemment.

Mais c’est qu’il se moquait d’elle, en plus !

- Que fais-tu ici ? demanda-t-elle pour se donner une contenance, à l’affût du moindre geste suspect.

- Moi ça va, merci, et toi ?

- Où sont les enfants ?

- Eux aussi vont bien.

- Je t’ai demandé où ils étaient !

- Et tu crois sérieusement que je vais te répondre ?

- S’il le faut, je t’y obligerai ! menaça-t-elle.

- S’il le faut “ ? Si tu le pouvais, tu veux dire ! Ce qui n’est pas le cas…

- Ne me sous-estime pas.

- Et toi, cesse de te surestimer. Cela pourrait te coûter cher, un jour.

- Je ne…

Elle laissa sa phrase en suspend.

A quoi bon tenter de lui faire croire le contraire, de toute façon ? Elle n’était plus la femme forte qu’elle avait été, même lui s’en était rendu compte.

Découragée, elle baissa les bras - dans tous les sens du terme.

Loz l’observa avec curiosité et laissa échapper un soupir en la voyant détourner le regard pour fixer le sol, ses longs cheveux bruns voilant à demi son visage.

- Je n’aime pas jouer lorsque je suis certain de gagner, reprit-il d’une voix plus douce. Dis-toi que, de cette façon, je t’épargne une seconde défaite.

Il s’adressait à elle comme à un enfant boudeur. Pire : à un loser !

Ravalant son humiliation, elle prit une profonde inspiration.

- Tu ne m’as toujours pas dit pourquoi tu étais là.

- Je n’en ai aucune idée ! Mes pas m’ont guidé jusqu’ici. Peut-être parce qu’ils savaient que je t’y trouverais.

- Je… Je ne suis pas sûre de comprendre.

- Moi non plus, avoua-t-il. Demande à mes pieds, ils ont peut-être une explication logique à ça…

Spontanément, les yeux de Tifa se posèrent sur les chaussures de cuir de l’argenté, une expression incrédule sur le visage.

Loz pouffa et elle releva aussitôt la tête pour voir ses lèvres crispées en un rire contenu, des petits bruits de gorge accompagnant les soubresauts de son large torse.

- Pffff…

Les joues de la jeune femme s’empourprèrent de nouveau.

- Ce n’est pas drôle !

- Ah ! Ah ! Ah !

Elle croisa les bras, horriblement vexée.

Les larmes aux yeux, Loz leva une jambe, comme pour l’inviter à parler à son pied.

- Oh ! Ca va !

Elle ne réalisa pas immédiatement qu’elle s’était mise à rire aussi et ce rire clair et incontrôlable, qui s’échappait de sa gorge, eut pour effet de la détendre un peu, ses poumons s’emplissant d’air à chaque nouvelle respiration, lui dénouant le ventre.

- Alors ? demanda-t-il lorsqu’ils reprirent un peu leur sérieux. Ca a l’air d’aller mieux non ?

- Qu… Quoi ?

- Bah ! Tu as l’air un peu moins coincé, tout d’un coup.

Tifa se raidit, toute trace de sourire effacé.

- Dis-moi où sont les enfants.

- Ah ! J’ai parlé trop vite…

- Dis-moi où ils sont !

Il la fixa de son intense regard félin.

- Je t’ai dit qu’ils allaient bien. N’insiste pas. Tu les reverras tous, sains et saufs. Nous n’avons pas l’intention de les tuer. La seule chose qui compte, c’est de la retrouver.

- Qui ça ?

- Mère ! Je te l’ai déjà dit.

Ce mot, qu’elle n’avait plus entendu prononcer avec une telle ferveur depuis des années, fit tressaillir Tifa.

Lui aussi, le prononçait avec cette même dévotion.

Sephiroth

Elle dévisagea Loz comme si elle le voyait pour la première fois.

Ces cheveux… Ces yeux…

Etait-ce possible ?

- Mère ? bredouilla-t-elle. Ce ne serait pas… ?

Un doux sourire sur les lèvres, il s’en retourna, le bras levé en signe d’au revoir.

Non ! Elle devait savoir !

Elle se précipita derrière lui et ses mains s’agrippèrent au bras recouvert de cuir pour l’empêcher de partir.

- Dis-moi que tu ne fais pas allusion à Jenova ! supplia-t-elle. Dis-moi que ce n’est pas ça !

Il pivota lentement, riva ses pupilles félines aux siennes et un frisson parcouru la jeune femme.

Loz était réellement impressionnant…

Il la dépassait d’une bonne tête, sa peau satinée semblait sans défaut et ses yeux… Mon Dieu, quels yeux !

- Je ne… commença-t-elle. Nous ne pouvons pas te laisser faire ! se reprit-elle.

- ” Nous ” ? Mais là, tu es seule et je doute que tu puisses m’empêcher de faire quoi que ce soit.

Et le pire, c’est qu’elle savait qu’il avait raison.

Elle baissa la tête, vaincue, en même temps que ses mains glissaient le long de son bras, le libérant.

Mais voilà que ses mains à lui se posèrent sur ses joues pour l’obliger à replonger dans l’hypnotique regard bleu-vert.

- Tu reprendras bientôt des forces, promit-il. Tu reprendras aussi confiance en toi, et, alors, nous nous battrons.

Un sourire engageant éclaira son visage et la jeune femme sentit sa gorge se serrer…

***

La main de Cloud massait son dos en un doux va-et-vient.

- Tu sembles encore plus tendue que ces derniers jours. Pourtant, Marlène est rentrée, maintenant. Nous retrouverons vite Denzel et les autres enfants, tu verras.

Tifa prit sur elle pour sourire.

Les enfants…

Si seulement cela pouvait être la seule raison de sa nervosité…

Le soir était tombé et la petite lampe murale dégageait une légère et chaleureuse lumière, bien suffisante pour lui permettre de voir le visage de son compagnon.

Visage qu’elle ne regardait d’ailleurs que furtivement.

- Je n’ai pas su la protéger, Cloud…

- Tu ne connaissais pas ton ennemi et tu as été surprise par sa puissance mais, la prochaine fois que tu seras nez à nez avec lui, tu n’auras aucun mal à lui faire mordre la poussière, j’en suis certain.

Elle coula un regard en biais à son ami d’enfance.

Aucun mal…

S’il savait !

S’il savait qu’elle avait été incapable de bouger le petit doigt un peu plus tôt dans la journée… Qu’elle avait tremblé comme une feuille… Que c’était précisément l’homme à qui elle devait faire mordre la poussière” qui l’avait réconfortée avant de partir retrouver ses frères…

Elle pivota franchement vers Cloud et, toujours sans un mot, effleura ses lèvres des siennes, ses doigts lissant doucement ses cheveux hérissés, caressant sa nuque, la main du jeune homme massant toujours son dos.

S’il avait su avec quelle tendresse des doigts gantés s’étaient posés sur son visage… A quel point étaient hypnotiques les yeux qui s’étaient vissés aux siens et comment, à ce moment là, son cœur avait battu la chamade…

Encore maintenant, alors même qu’elle prenait conscience de la chaleur du corps de Cloud contre sa peau, Tifa s’interrogeait, incapable d’expliquer clairement ce qu’elle avait ressenti en cet instant.

Que dirait Cloud s’il avait pu deviner qu’elle croyait encore sentir le cuir du gant de Loz sur sa peau, s’il avait pu concevoir avec quelle débauche de détails elle se souvenait de son visage, de sa peau lisse, des traits si virils, parfois adoucis par de furtifs et sincères sourires…

Leur sueur se mêlait, à présent, ainsi leur respiration saccadée et leurs murmures haletants. Les draps s’échauffaient, se froissaient sous leurs corps et, tout à sa passion, Cloud ne remarqua pas les larmes de Tifa qui s’étaient soudain mises à perler au bout de ses longs cils.

S’il avait su…

S’il avait su qu’en cet instant, c’est à lui qu’elle pensait…

***

Au matin, Tifa s’était réveillée seule, les draps tièdes et froissés indiquant que Cloud s’était une fois de plus éclipsé ; comme si, une fois son désir satisfait, la vue de celle qui l’avait assouvi lui devenait insupportable.

Cette nouvelle matinée rendait la jeune femme morose mais elle n’en apprécia pas moins la présence de sa petite Marlène. Cloud disparaissant régulièrement, elle ne goûtait que davantage la compagnie de la petite.

Le vacarme soudain, à l’extérieur, vint briser la discrète tranquillité du 7ème ciel : la ville d’Edge était saisie d’effroi et le chaos régnait autour du mémorial de la Shinra.

Arrivée sur les lieux, Tifa constata que Kadaj et ses frères étaient une fois de plus la cause de la panique ambiante.

Un stupéfiant Bahamut avait été invoqué et les traces de son passage n’auraient jamais pu de passer inaperçues.

Le cœur de jeune femme se serra, les images de la veille défilant dans son esprit à toute vitesse, et elle se maudit de penser à cela au vu de la situation.

Les enfants…

Loz avait dit qu’elle les reverrait tous bientôt, sains et saufs, et ils étaient bien là, devant elle, entiers.

Elle courut vers Denzel qui, le regard inexpressif et inhumain, fixait le vide, devant lui.

Ces yeux… Les mêmes que…

Peu importait ! Elle devait sauver son petit garçon et l’éloigner de cet enfer !

Les monstres invoqués l’assaillirent soudain de toute part mais l’instinct de protection que lui inspirait son fils adoptif lui donnait des ailes et la force de repousser les attaques des monstrueuses bêtes.

Un cri déchira le ciel et, avant qu’elle ne se rende compte de ce qui se passait, d’immenses pattes griffues s’abattirent devant elle.

Ahurie, elle regarda le Bahamut s’élever de nouveau dans les airs afin d’envoyer une boule d’énergie qui fit exploser le mémorial, envoyant des débris aux quatre coins de la vaste place d’Edge et détruisant de nombreux bâtiments alentour.

Le souffle de l’explosion l’étourdit et, durant ces quelques minutes d’inconscience, Denzel lui apparut : le garçonnet souriait, tendant vers elle une main secourable et elle souriait en retour. Jusqu’à ce que les yeux du garçonnet virent vers ce bleu-vert si envoûtant, la pupille s’allongeant telle celle d’un félin, et sa petite menotte se transformant en une main grande et forte. Celle d’un homme aux courts cheveux d’argent…

La jeune femme reprit brutalement conscience et ses paupières se soulevèrent difficilement pour voir son vieil ami Barret protéger Denzel, son bras mécanique crachant une rafale de balles.

Le regard de Tifa balaya la place et ses alentours en ruine.

Des mouvements rapides attirèrent son attention et… elle le vit.

Il était là, se battant rageusement contre les turks.

Sa gorge se serra.

Et s’ils finissaient par se croiser ? Et s’ils se battaient ?

Elle chassa ces pensées de son esprit. D’autres priorités réclamaient toute son attention.

Les uns après les autres, ses amis vinrent en renfort au pas de charge afin d’engager la bataille contre le Bahamut de plusieurs mètres de haut et dont la carapace paraissait plus dure que de la pierre.

Chacun donna le meilleur de lui-même, tous portés comme autrefois par une inextinguible soif de victoire, avec la ferme intention d’en terminer ensuite avec le trio infernal - chose que Tifa ne pouvait s’empêcher d’appréhender.

Le Bahamut, cependant, n’entendait pas se laisser vaincre aussi facilement et rageait d’être attaqué par ces minuscules créatures si agaçantes.

Il déploya ses ailes immenses, tournoyant autour de la place maintenant dévastée, broyant et piétinant tout ce qu’il pouvait.

Puis, sa patience ayant atteint ses limites, le monstre concentra son énergie dans sa gueule hérissée de crocs et cracha une boule d’un bleu étincelant… droit sur Tifa, qui se trouvait aux cotés de Red XIII et Caith Sith !

Le chien rouge bondit prestement à quelques mètres de là, le robot sur son dos, tandis que la jeune femme rassembla toute sa force dans un extraordinaire coup de pied qu’elle asséna à l’amas bleuté.

Ce dernier termina sa course contre l’un des rares immeubles encore debout et une extraordinaire explosion en résulta, qui projeta des morceaux de métal et des morceaux de pierre droit sur elle alors qu’elle pensait avoir échappé au pire.

Elle n’eut que le temps de se mettre en boule, pour tenter tant bien que mal de se protéger des énormes débris à moitié calcinés, et ferma les yeux, attendant la douleur qui ne saurait tarder.

Mais, dans le brouhaha de l’explosion et de l’écroulement du bâtiment, les secondes passèrent sans qu’elle ne ressente quoi que ce soit.

Aucun débris n’était donc arrivé jusqu’à elle ?

Impossible… “ se dit-elle.

Prudemment, elle releva la tête.

A travers la poussière, la jeune femme distingua une imposante silhouette, juste devant elle.

A mesure que le vent balayait les minuscules résidus grisâtres, elle reconnut le grand corps athlétique. Corps traversé, au niveau du thorax, par une tige métallique pointue d’une bonne dizaine de centimètres de diamètre.

Par l’énorme plaie s’écoulait des flots rougeâtres et le corps empalé se tordait, essayant vainement de rester perpendiculaire au sol.

Sans succès.

Les jambes, pourtant puissantes, cédèrent et l’homme s’écroula avec un bruit sourd.

Tifa ne réagit pas immédiatement, une expression hébétée sur le visage.

Elle ne comprenait pas, c’était irréel ! Comment croire que Loz s’était mis devant elle, lui faisant un rempart de son corps pour lui sauver la vie ?

Elle le considéra un long moment, étendu sur le sol dans une mare de sang, l’énorme tige de métal en travers de la cage thoracique, et son souffle se fit haletant à mesure qu’elle reprenait ses esprits et qu’elle saisissait toute l’horreur de la situation.

Fébrile, elle se leva et tituba vers celui qu’elle avait eu si peur de revoir encore quelques instants auparavant.

Avant qu’elle ne puisse poser un doigt sur le corps meurtri, elle fut brutalement repoussée en arrière par un jeune homme à la taille élancée et aux longs cheveux argentés flottant sur ses épaules et son dos.

- Et estime-toi heureuse que je ne te tue pas !

Sa voix, à la fois douce et tranchante, lui fit comprendre que mieux valait éviter d’insister.

Figée, le visage de marbre, elle le vit arracher la hampe de métal plantée dans le thorax de son frère avec une violence inouïe, faisant jaillir encore plus de sang.

Loz poussa un tel hurlement que des larmes de compassion montèrent aux yeux de la jeune femme.

Indifférent, le clone du démoniaque Sephiroth emporta son aîné dans ses bras aussi facilement que s’il s’était agi d’un nouveau-né.

- Attends ! l’interpella Tifa, incapable de confiner ses interrogations au fond de sa gorge. Que va-t-il devenir ?

Yazoo marqua un temps d’arrêt mais ne se retourna pas.

- J’ignore pourquoi tu tiens à le savoir ni pourquoi il a agi aussi stupidement mais laisse-moi te donner un conseil : oublie-le !

- Garde tes conseils ! Dis-moi juste s’il va s’en sortir !

Yazoo laissa échapper un petit rire railleur.

- Oui… Ces blessures sont superficielles, pour des créatures telles que nous.

Tandis qu’il s’éloignait avec le blessé, les jambes de Tifa cédèrent et ses genoux percutèrent durement sur le sol.

Elle ne s’était pas aperçue de la présence de Cloud qui, à quelques mètres d’elle, bouillait littéralement de rage contenue.

***

Une semaine s’était écoulée depuis l’apparition du Bahamut à Edge et le retour des enfants kidnappés par le gang de Kadaj.

Le monstre exterminé et les enfants à nouveau maîtres de leur libre arbitre, chacun avait pu retrouver la chaleur de son foyer et l’affection des siens.

Malheureusement, les choses s’étaient beaucoup moins bien passées pour Tifa : elle était revenue chez elle dans un silence pesant, accompagnée par un Cloud muet comme une tombe.

Lorsqu’elle avait fini par le remarquer, quelques instants après avoir laissé partir Yazoo, elle avait bien ouvert la bouche mais n’avait pas réussi à en faire sortir le moindre mot.

A présent, le silence retombait aussi sur toute la ville mais on entendait toutefois quelques personnes courageuses essayer de déblayer le gros des dégâts faits au cours de l’après-midi.

Sachant Denzel en sécurité, Cloud s’était dirigé vers l’escalier qui menait à l’étage. Tifa l’avait suivi sans y avoir été invitée, prête à l’inévitable confrontation et aux explications qui promettaient d’être houleuses.

Et, en effet, jamais autant de fureur, de colère ou d’écœurement n’étaient sortis de la bouche de son meilleur ami.

Les insultes fusèrent, de même que les reproches, et chaque mot qu’elle recevait s’enfonçait doit dans son cœur déjà malmené.

- Je ne sais pas… Je ne comprends pas… Je suis désolée…

Ses excuses ne faisaient qu’attiser la rage de Cloud mais elle était incapable de trouver des arguments pouvant apaiser le jeune homme…

…encore moins de lui avouer la vérité !

***

Depuis leur dispute, Cloud n’avait plus quitté la maison, au grand étonnement de toute la petite bande, à qui rien de l’incompréhensible comportement de la jeune femme n’avait été révélé, bien sûr.

Il semblait évident pour Tifa que son ami d’enfance voulait garder en permanence un œil sur la ” fautive ” et elle se sentait clairement prisonnière.

Et lui ? ” ne pouvait-elle s’empêcher de se demander.

Comment allait-il ? Souffrait-il ? Ses frères s’occupaient-ils bien de lui, au moins ?

Chaque jour, profitant des courts moments de répit que lui laissaient les occupations de Cloud, elle s’éclipsait discrètement pour se précipiter dans l’église, espérant le revoir.

Mais rien. Personne.

Sept jours. Sept longs après-midi de silence pesant à l’attendre en vain.

Cloud, trop occupé, ne remarquait guère ses absences furtives mais elle se doutait bien que cela ne durerait pas.

Bien sûr, elle comprenait très bien la réaction de son ami d’enfance. Pour lui, elle avait en quelque sorte pactisé avec l’ennemi. Mais, alors, pourquoi ne se sentait-elle pas aussi coupable qu’elle l’aurait dû ? Pourquoi ne pouvait-elle s’empêcher de s’esquiver en cachette comme une petite fille pour essayer de le revoir ?

Peut-être trouverait-elle les réponses à ces questions le jour où elle le reverrait…

Et cela arriva.

Le huitième jour.

Comme chaque jour, elle avait échappé à la surveillance jalouse de Cloud pour gagner la tranquille église des taudis et, comme chaque jour, son cœur était empli d’espoir mais, une fois encore, rien. Personne.

Tifa laissa ses pas la guider entre les décombres, jouissant du calme et de la paix du lieu, priant même.

- Encore un hasard ?

La jeune femme sursauta et se retourna brusquement.

Il était là, juste devant elle.

Son cœur se serra à la vue du furtif sourire qui se dessina sur le visage viril mais de sombres pensées l’assaillirent aussitôt…

Elle se remémorait cette silhouette bienveillante là-bas, sur la place d’Edge, mais aussi le sang qui coulait à flots de sa blessure. Elle le revit s’effondrer et hurler de douleur lorsque son frère avait arraché l’épaisse tige de métal de son corps meurtri.

- Pourquoi m’as-tu protégée ? s’écria-t-elle soudain. Pourquoi as-tu risqué ta vie pour moi ?

Il ne répondit pas, pris au dépourvu par son éclat.

- Nous sommes ENNEMIS ! poursuivit-elle. Nous devons nous battre l’un contre l’autre, chacun pour ses propres idéaux, alors pourquoi ?

- Parce que tu aurais fait la même chose pour moi.

Sa voix mâle et profonde s’était brisée en prononçant ses mots… de même que l’élan de colère de la jeune femme.

- Je ne t’en veux pas à toi personnellement, ajouta-t-il. Pas plus que toi, tu ne m’en veux pas vraiment à moi non plus. Je me bats pour Mère, comme tu te bats pour cette planète.

- Justement ! Je ne peux pas te laisser détruire ce monde, auquel j’appartiens ! Je ne peux pas cautionner vos actes, à toi et tes semblables ! Je ne peux pas !

Tout comme le ton de sa voix, son poing s’était levé et elle le projeta de toutes ses forces en direction de la mâchoire de Loz, lequel rétorqua par un vif coup de pied, qu’elle esquiva d’un bond félin.

L’une après l’autre, les frappes s’enchaînèrent et le combat acharné tant prévu commença.

En même temps qu’elle assénait ses coups, Tifa laissait échapper des hurlements déchirants, comme pour extérioriser la douleur et la tristesse qu’elle éprouvait à se battre.

Elle sentait bien que Loz retenait ses coups ; des signes évidents de pitié étaient même clairement perceptibles sur son visage alors qu’il la voyait se forcer au combat.

Le poing de la jeune femme s’abattit à nouveau et, cette fois, d’incontrôlables larmes qu’elle était incapable de retenir accompagnèrent le coup, lui brouillant la vue.

La joue un peu rougie, Loz se remit rapidement d’aplomb et, impassible, replongea ses yeux envoûtants dans les siens.

Les dents serrées au point d’en avoir les mâchoires douloureuses, Tifa reprit de l’élan, pliant son bras vers l’arrière aussi loin que l’articulation de son épaule le lui permettait.

Alors que son poing prenait de la vitesse, Loz le stoppa net d’une seule main avant de saisir ses longs cheveux bruns de l’autre et d’avancer brutalement son visage pour presser ardemment ses lèvres sur les siennes.

Les yeux de Tifa s’écarquillèrent et elle tenta de se libérer de l’emprise de son adversaire mais sans succès.

Avec la dernière énergie, elle essaya désespérément de le repousser loin d’elle, ses larmes continuant à couler et son petit poing frappant son large torse, mais avec si peu de conviction qu’il ne cilla même pas.

Même après la blessure qu’il avait subie, sa combinaison de cuir paraissait neuve et, inconsciemment, elle commença à frotter cette seconde peau de sa paume.

Sa bouche s’abandonna progressivement aux tendres lèvres qui, au fil de ses caresses à elle, devinrent plus impétueuses.

L’argenté relâcha enfin son bras, qui n’opposait plus la moindre résistance et qui, au contraire, s’agrippa à sa nuque afin d’appuyer plus encore le baiser qu’ils échangeaient.

Ce qui se passa alors la surprit quelque peu : le blouson de cuir noir parut se désintégrer à proprement parler, révélant peu à peu le corps athlétique dans sa plus parfaite nudité.

Les capacités et les mystères de cet homme allaient donc jusque là…

Le bout des doigts de Tifa - abasourdie par le prodige et dans une sorte d’état second - suivirent un long moment le dessin des muscles proéminents.

Frissonnant à son tour sous ses caresses à lui, elle fit glisser la fermeture éclair de son haut noir pour laisser apparaître des formes qui avaient rendu bon nombre d’hommes fous de désir.

Leurs jambes les avaient machinalement rapprochés de l’une des colonnes de pierre qui gisaient à terre, dans la travée obscurcie par une douce pénombre.

Splendide dans sa nudité, Tifa s’assit à califourchon sur celui qui était devenu l’objet de tant de fantasmes… Celui qui lui avait fait si peur en apparaissant soudain devant elle couvert de sang, sept jours plus tôt… Celui qu’elle serrait désormais entre ses cuisses et dont les mains avides remodelaient les courbes de ses hanches… Celui dont le bassin c’était mis à bouger langoureusement de bas en haut, lui arrachant de discrets soupirs…

Jamais elle ne s’était sentie aussi bien qu’en cet instant - mêlant son corps à celui, si chaud, de son ancien adversaire au regard si froid - et ne pouvait s’empêcher de caresser ce visage auquel elle avait si souvent pensé et qu’elle avait malgré elle rêvé de revoir.

La jeune femme enserra les larges épaules de Loz de ses bras et pressa son visage tout contre son cou pour étouffer les bruyants soupirs qui s’échappaient de ses lèvres au fur et à mesure que le rythme s’accélérait et que le plaisir montait.

Elle aurait tant souhaité que les lents va-et-vient caressants ne s’arrêtent jamais, tant aimé sentir éternellement la chaleur de ce corps contre le sien et être certaine que les mâles inflexions de cette voix rauque, qui gémissait sensuellement à son oreille, l’accompagnent jusqu’à la fin des temps…

***

Un nuage de poussière se répandit au sommet de l’imposante tour Shinra.

Le combat final contre Sephiroth avait à nouveau eu lieu et le courage, la fougue et le tempérament conquérant de Cloud avait eu raison du Mal.

De l’intérieur du hautvent de leur ami Cid, toute la fine équipe avait assisté, le souffle coupé, au terrible combat et s’était réjoui de son issue mais, hélas, leur allégresse fut de courte durée.

Sortie de nulle part, une balle atteignit Cloud en plein cœur, lui transperçant la poitrine de part en part.

Souffrant et haletant, le jeune homme ne se tourna pas moins vers ceux qui l’avaient attaqué par surprise et dans le dos.

Tifa, elle, resta impassible mais son cœur s’emballa lorsqu’elle reconnut les deux assaillants.

Après une suite de combats acharnés contre Reno et Rude, tout d’abord, puis contre Cloud, Yazoo et Loz semblaient à deux doigts de la désagrégation.

Elle vit celui qui avait été son amant, certes durant de trop courtes et délicieuses heures, remuer difficilement les lèvres.

Comme elle aurait aimé revivre d’autres sensuels et précieux instants en sa compagnie…

A rien ne lui servait d’entendre les mots que Loz avait prononcés - sans doute une toute dernière provocation à l’égard de Cloud. Que perdait-il de toute manière, puisqu’elle-même savait sa fin proche ?

Tandis qu’une larme roulait sur son visage meurtri, elle vit Cloud, épée au clair, foncer rageusement vers ses ennemis.

Lorsque le vent dispersa le nuage de poussière dû à l’explosion, Tifa cherchait encore tristement en elle-même la définition du mot ” Destin “…

Fin