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Chers petits frères ! (Part 4/5)

***

Auteur : Shiva Rajah

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Depuis plus d’une heure, Aerith et Tifa n’avaient que le nom de Sephiroth à la bouche et les garçons commençaient sérieusement à saturer.

“Dis, Loz, est-ce qu’il dort en pyjama ou en caleçon ? ” ;

” Il est plutôt douche ou bain ? ” ;

” Qu’est-ce qu’il aime manger ? ” ;

” Rasoir électrique ou à lame ? ” ;

” Il met quoi, comme eau de toilette ? ” ;

” Il lui arrive de faire des cauchemars ? ” ;

” Il est déjà rentré blessé ? ” ;

“Qu’est-ce que vous avez fait ? “.

Reno, à bout, finit par se lever du canapé, où ils avaient tous pris place à la lumière des bougies, et se planta devant les filles.

- Oh, ouiiii… Il était blessé à mort ! gémit-il d’une voix suraiguë de midinette. Tu te souviens, Weiss ? Du sang et de la sueur coulait sur son torse musclé, piailla-t-il en se frottant la poitrine à travers son t-shirt. Il était méga trop beau ! Alors on l’a défringué complètement et on l’a mis au lit tout nu. Après on a pris une grooosse éponge et on l’a lavé partout-partout-partout. Il avait la méga fièvre et il gémissait en se tordant dans tous les sens, ses beaux cheveux humides étalés sur les draps trempés de sueur ” Ahhh Ahhh Ahhh ” ! (Il reprit subitement son sérieux et fusilla les adolescentes d’un regard sarcastique) C’est ça, que vous voulez entendre ? Si vous voulez des sensations vraiment fortes, on peut aussi aller à la buanderie vous chercher l’un de ses slips sales !

Les filles virèrent au rouge écrevisse et garçons éclatèrent de rire.

- Vous vous croyez plus malins, quand vous regardez des photos de filles nues sur le net, peut-être ? rétorqua Tifa. Vous pensez qu’on vous entend pas ? ” Ouah ! Elle est trop bonne, celle-là ! ” ; ” Trop chaude, la meuf ! “.

- ” T’as vu ses nichons ? Je me la ferai bien ! ” renchérit Aerith d’une voix rauque, imitation grossière de ses camarades.

- En voilà un langage, pour des demoiselles ! railla la voix de Sephiroth depuis la porte du salon.

Il était nu-pieds, torse-nu, uniquement vêtu d’un léger pantalon de coton noir, et ses cheveux avaient été noués en une longue natte lâche qu’il dansait sur son épaule.

Tifa et Aerith se congelèrent sur place et les garçons rirent de plus belle.

- On vous entend rire depuis la chambre du bébé, reprit le Soldat en s’approchant pour prendre un biscuit salé sur la table basse, au risque de faire se liquéfier pour de bon les “demoiselles” présentes. Vous allez finir par le réveiller.

Nero tira sur son pantalon, que ce dernier retint de justesse - mais pas assez vite que éviter que les filles n’aient un léger aperçu particulièrement croustillant de ce qui se cachait dessous, même si ça ne dura que le temps d’un clignement de cils.

- C’est cause que Tifa et Aerith, elle arrêtent pas de poser des questions sur toi.

- Nero ! Arrête de t’accrocher aux vêtements des gens, le tança son frère.

- C’est pas qu’est-ce que j’ai fait !

Le soldat sourit en soulevant Nero. Dans ses bras, le garçonnet paraissait encore plus petit que d’habitude.

- Ce n’est pas ce que j’ai fait, reprit-il gentiment ce dernier.

- Mais c’est qu’est-ce que j’ai dit ! protesta le petit, les faisant tous rire. Bah n’empêche que c’est vrai, qu’est-ce que j’ai dit ! Aerith et Tifa, elles demandent plein de trucs bizarres et ça énerve tout le monde.

Les filles regrettèrent en cet instant de ne pas pouvoir se transformer en flaque d’eau pour de bon et se glisser entre les lattes du plancher.

- Des questions bizarres sur moi ? s’étonna Sephiroth d’un air faussement intrigué. Ah bon ?

Il était habitué depuis belle lurette à ce genre de réactions de la part des adolescentes - ou même de femmes plus âgées - et avait appris à passer outre. Mais il y avait en revanche une chose que personne, à l’Académie, ne laisserait passer : l’occasion de taquiner le petit Nero qui, par ses facéties, son langage enfantin souvent hilarant et sa bouille de chibi, était devenu au fil des mois la mascotte attitrée de tout le régiment. Il faut dire aussi que, Weiss et son frère étant orphelins, ils vivaient tous deux en permanence à la caserne de l’Académie de Midgar, ce qui avait fait de Nero un peu le petit frère - ou le fils adoptif - de presque chaque soldat.

- Oui, plein !

- Enfin, l’une d’entre elles a déjà trouvé réponse, général, intervint Reno, narquois. Nu sous le pyjama, les filles ! lança-t-il en désignant du pouce la partie de l’anatomie du soldat que Nero avait dévoilé par mégarde.

Les demoiselles piquèrent un fard carabiné, faisant redoubler l’hilarité des invités, et Sephiroth lança au rouquin une œillade critique.

- Reno…

Au premier, Kadaj donna de la voix et tous les adolescents pressèrent leurs mains sur leurs bouches en marmonnant des excuses.

- Eh voilà ! fit Yazoo à la façon d’un parent mécontent du comportement de ses enfants en faisant claquer ses petites mains sur ses cuisses avec un sérieux de pape. Vous avez réveillé le bébé ! Bravo !

L’expression qu’il affichait était si insolite pour un garçonnet de huit ans, qu’il y eut un court moment de silence avant que tout le monde ne ricane de plus belle.

- Yazoo ! railla Sephiroth, pris d’un fou-rire incontrôlable. Je crois que Nero commence à déteindre sur toi !

Ce dernier se raidit dans ses bras.

- Je déteins, moi ? Comme les t-shirts de Zack dans la machine à laver ?

Weiss faillit s’étrangler avec le soda qu’il était en train de boire.

- Quelque chose comme ça, oui. Ah ! Ah ! Ah ! s’esclaffa Sephiroth.

Nero fronça ses petits sourcils en croisant les bras sur son pyjama “Super-Mog”, l’air soudain très concentré, comme s’il venait soudain de penser à quelque chose de particulièrement important.

- D’accord… Alors c’est pour ça que je fais du noir partout !

C’en fut trop pour le soldat, qui dût le poser par terre et s’appuyer contre le mur pour rire tout son soûl.

Yazoo haussa ses petits épaules en voyant les “grands” rire comme des idiots etsauta du canapé pour prendre Nero par la main.

- Viens, on va voir le bébé.

- J’espère que je serais jamais grand, moi. Les grands sont trop bêtes.

Yazoo acquiesça d’un soupir déchirant et se dirigea vers l’escalier en traînant des pieds.

- J’en ai marre de cette famille… Ils ont vraiment aucun sens des “responsabilisations” !

A l’énoncé de cette sentence, l’hilarité des adolescents et de Sephiroth atteignit des sommets.

***

Loz, qui était monté derrière les garçonnets pour calmer le bébé jusqu’à ce qu’il rendorme, redescendit dans la salon pour constater avec déplaisir - ô combien ! - que Sephiroth était toujours là, orteils et torse à l’air, en train de grignoter du pop-corn en compagnie de ses amis et sous le regard dégoulinant d’admiration des filles.

Et le pire, c’était que la lumière dorée des bougies le drapait d’ombres particulièrement avantageuses qui accentuaient sa musculature parfaite.

Qu’à cela ne tienne, il n’allait pas se laisser faire ! Lui aussi avait un corps d’athlète !

Il s’arrêta à mi-hauteur de l’escalier, attendit quelques instants dans l’ombre pour être sûr que personne ne l’avait remarqué, et remonta discrètement dans sa chambre pour ôter ses vêtements et fouiller à la recherche d’un pantalon de pyjama uni - ce qui ne fut pas une mince affaire car ils étaient presque tous estampillés de super-héros ou de personnages de dessins animés. Au moment de l’enfiler, il renifla ses aisselles, tendit la main vers son déodorant mais hésita. Un sourire incurva soudain ses lèvres et il jeta le pantalon de pyjama sur le lit avant de se diriger vers la salle de bains…

Tifa allait voir ce qu’elle allait voir ! A bishonen, bishonen et demi !

Il croisa son reflet dans le miroir et fronça le nez.

Bon d’accord, peut-être pas “et demi” mais au moins “et quart”, allez !

***

- Qu’est-ce qu’il fabrique ? commença à s’inquiéter Sephiroth. Kadaj devrait dormir depuis longtemps.

Weiss repoussa son frère pour se lever.

- Je peux aller voir, si vous voul… Quand on parle du loup !

- Désolé ! s’excusa Loz en entrant dans le cercle de lumière des bougies. Kadaj m’a bavé dessus, j’ai dû prendre une douche. Ouh, là, là… C’est moi ou on crève de chaud, ici ?

Plusieurs paires d’yeux écarquillés le considéraient, certains admiratifs, d’autres complices ou amusés, et d’autres encore, comme ceux de Nero, ouvertement étonnés.

- Pourquoi que t’es en culotte ? demanda le garçonnet en désignant le boxer-short vert et noir qui lui moulait les fesses et les hanches.

Sephi se mordit la langue pour ne pas rire et les filles laissèrent leur regard courir sur la peau brillante, tendue par une musculature qui, malgré le jeune âge de son propriétaire, n’avait presque rien à envier à celle de son aîné.

- C’est un short de gym, Nero, pas une “culotte”, expliqua Zack, amusé.

- T’as oublié de te sécher ? s’enquit Yazoo à son tour. T’es tout mouillé.

- Je viens de dire que j’avais chaud, moustique !

- Alors pourquoi que t’as la peau comme les poulets de la cantine ? insista Nero.

Weiss, comprenant parfaitement ce qu’essayait de faire son ami, attrapa son frère par derrière et lui plaqua la main sur la bouche.

- Ca suffit, Nero, arrête de l’embêter. Alors, Reno ? Tu las finis, ton histoire ?

Reno reprit son récit - probablement une anecdote croustillante - et Loz prit place sur le canapé, entre Cloud et Tifa en défiant Sephiroth du regard.

Ce dernier lui sourit, pas le moins du monde impressionné. Il ouvrit même la bouche pour faire un commentaire malicieux afin de le taquiner devant ses amis lorsqu’il le vit serrer les poings et les mâchoires, l’affolement dansant dans ses grands yeux mako. Ce reflet si particulier, le soldat le reconnut pour l’avoir vu mille fois dans les yeux des jeunes recrues indociles, lorsque les officiers les passaient en revue et leur hurlaient des imprécations dans les oreilles pour “les mater” ou “leur forger le caractère”, comme ils disaient. Cette lueur, c’était la peur de l’humiliation. Ou plutôt, la peur d’être humilié sans pourvoir répliquer ou faire quoi que ce soit pour se défendre.

Il avait provoqué lui-même cette rage impuissante chez des aspirants soldats trop vaniteux des centaines de fois mais la voir dans les yeux de son petit frère lui tordit le ventre.

Loz n’était pas un jeune postulant arrogant et indiscipliné qu’il fallait mater. C’était son petit frère… Celui qu’il avait tenu dans ses bras, lorsqu’il était bébé, et qui venait se réfugier dans son lit lorsqu’il faisait des cauchemars, la nuit. Ce n’était ni un tir-au-flanc, ni un jeune coq prétentieux. C’était son “Lozy”, son “bébé nounours” même s’il était devenu à homme sans qu’il s’en aperçoive. Il n’était pas son ennemi. Alors pourquoi cette expression ?

Aerith, qui le dévisageait lui, Sephiroth, avec admiration dès qu’elle pensait ne pas être vue, rougit violemment lorsque Zack la poussa discrètement de l’épaule pour qu’elle cesse son manège et il comprit. Il comprit qu’en cet instant, il n’était plus le grand frère qui était là, parmi eux, mais le Héros de la planète, la “vedette” élevée sur un tel piédestal par les médias et la population qu’il en était devenu intouchable. Une seule moquerie, une seule parole désobligeante de sa part devant Tifa et Loz perdrait aussitôt toute crédibilité ou charme à ses yeux. C’est du moins ce que croyait son petit frère en cet instant. Il le lisait dans son regard…

Il profita donc d’une pause dans le monologue de Reno pour se pencher en avant par-dessus la table basse et refermer sa main sur la cuisse de Loz, tâtant le muscle avec une brusquerie toute militaire. L’adolescent se figea, attendant la réflexion cuisante qui ne saurait tarder.

- T’as encore pris des cuisses, non ? demanda Sephiroth le plus sérieusement du monde. Belle fibre. Combien soulèves-tu, maintenant ?

- Quat… quatre-vingt kilos, bredouilla Loz, ne sachant à quel sauce il allait être mangé.

Les filles laissèrent échapper un petit cri admiratif et Weiss lui asséna une claque dans le dos.

- Je te bats ! Quatre-vingt-sept, mon pote ! Désolé.

Nouveaux cris et Weiss fit gonfler son biceps, fier de lui, tandis que Sephiroth se resservait un verre de soda, un sourire énigmatique sur les lèvres.

Il attendit que l’excitation retombe un peu et laissa nonchalamment tomber :

- Lorsque Loz dit “quatre-vingt kilos”, Weiss, je crois qu’il veut dire “quatre-vingt kilos”… sur chaque jambe !

Reno faillit en laisser tomber son verre et Zack s’étrangla avec une chips.

- Tu déconnes, là ? bredouilla Weiss en se tournant vers Loz, sidéré. “quatre-vingt kilos” sur chaque jambe ? En même temps ?

Ce dernier haussa les épaules, un peu gêné.

- Pourquoi ? Tu fais comment, toi ?

- Oh, la vache ! s’écria Cloud, qui n’en croyait pas ses oreilles.

- Et vous, général ? s’enquit Aerith, rougissante. Combien soulevez-vous, si ce n’est pas indiscret.

Sephiroth sourit et secoua la tête.

- A peine quatre-vingt-dix. Répartis sur les deux jambes, s’entend. Loz est un phénomène. Sa morphologie est idéale. Une alliance parfaire entre force et souplesse. Il n’y a qu’à regarder.

Il désigna le jeune corps presque nu de son frère, que ce dernier avait pris grand soin d’huiler un tout petit peu après la douche sur la peau encore mouillée pour faire ressortir les muscles à la lumière des bougies.

- C’est vrai que tu… tu es vraiment très… très… bien fout… musclé, murmura Tifa, le coeur soudain battant en détaillant le physique parfait.

Comment diable avait-elle fait pour ne pas le remarquer plus tôt ?

Chacun y alla de son petit commentaire et Sephiroth sourit à son jeune frère, qui lui adressait à présent à regard débordant de reconnaissance.

Discrètement, il lui fit signe de monter s’habiller et lui montra Tifa avec un clin d’oeil. Loz comprit immédiatement le message : tu lui as donné un aperçu du paradis ; maintenant, referme la porte et laisse-là rêver à ce qu’elle a vu.

Et question séduction, Sephiroth en connaissait un rayon !

- Je vais enfiler quelque chose, je commence à avoir un peu froid, fit-il.

- J’y crois pas ! railla Reno. Monsieur n’aime pas qu’on mate, hein ? Monsieur est timide, en réalité !

Loz lui lança un baiser, railleur.

- T’en fais pas, ma poule, je te laisserai mater quand tu voudras, si ça peut de faire tellement plaisir !

Les autres rirent de bon coeur et, lorsqu’il revint, vêtu du pantalon de pyjama uni qu’il avait abandonné sur son lit peu avant et d’un débardeur noir moulant avantageusement un torse, qui promettait de devenir ample et vigoureux dans quelques années, il aurait juré que le regard de Tifa sur lui avait changé. Quelque chose brillait à présent dans ses beaux yeux noisette, lorsqu’elle le dévisageait, quelque chose qui lui mettait tous les sens en émoi.

Sephiroth observait discrètement les deux adolescents avec un petit pincement au coeur, se souvenant de ses premiers émois et de ses premiers chagrins d’amour.

Tous s’imaginaient - et en cela le service de communication de la Shinra avait fait un travail admirable - que le grand général, le héros de la planète, était à mille lieues de ces choses. Qu’il était un parangon de vertu et de droiture, une sorte de créature froide et insaisissable que des choses aussi vulgaires que le sexe, le désir ou les sentiments ne touchait pas. Mais tous se trompaient… Il avait été adolescent lui-aussi. Lui aussi avait pleuré pour avoir la permission de minuit. Lui-aussi avait rasé son duvet naissant plusieurs fois par jour en espérant le voir se transformer en barde et poils drus et virils. Lui aussi avait souillé ses draps en rêvant à des créatures de rêve aux seins énormes et aux jambes interminables. Lui aussi avait rêvé d’abandonner ses fichus petits frères pleurnichards et casse-pieds dans le désert afin d’en être définitivement débarrassé. Et tant d’autres choses encore…

- Qu’est-ce que t’as ? T’es triste ? Tu vas pleurer ?

Il tressaillit en entendant la petite voix de Nero, qui s’était glissé entre ses jambes pour agripper sa taille de ses petits bras.

Le soldat regarda autour de lui et vit que Loz et ses amis discutaient avec animation au sujet d’un jeu, semblait-il, s’il en croyait l’espèce plateau de bois que Yazoo brandissait.

- Non, pourquoi serais-je triste, Nero ? (Il souleva le garçonnet pour l’asseoir sur sa cuisse) Je repensais à l’époque où j’avais l’âge de Loz.

- Avant que tu sois vieux ? demanda Nero.

Sephiroth pouffa.

- Je ne suis pas “vieux”, Nero. Je suis une grande personne.

Le petit secoua la tête.

- Mhh… Mhh…

- Non ? Tu n’es pas d’accord.

- Weiss et Loz et Zack et Reno et Cloud… ils sont grands. Enfin… Cloud, je sais pas trop, ajouta-t-il après réflexion, faisant s’esclaffer le soldat. Mais toi, t’es vieux.

Sephiroth haussa les épaules, toujours aussi amusé par les réflexions du garçonnet.

- Bon, eh bien disons que je suis vieux, alors. Mais j’ai été petit, tu sais. Comme Kadaj.

Nero ouvrit de grands yeux horrifiés.

- Tu faisais pipi partout sur les gens ?

- Ah ! Ah ! Ah ! Nero… Parfois, on devrait te filmer ! Ah ! Ah ! Ah !

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XIII - L’Omega

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Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Yazoo, allongé sur le ventre, laissait Reno lui masser le dos mais n’en ressentait pas moins une certaine gêne. Il n’était pas habitué au contact des autres - hormis celui ses frères, bien entendu. A plus forte raison à celui d’un turk qui, il y a peu encore, comptait parmi ses ennemis !

- Ca va mieux ? demanda ce dernier en décrispant patiemment les muscles situés le long de la moelle épinière.

L’argenté acquiesça en silence, de plus en plus embarrassé.

D’abord un bain avec lui et maintenant ça !

Ca devenait carrément ” bizarre “…

Il avait beau savoir que Reno ne faisait tout cela que pour le soulager, c’était quand même un tantinet licencieux, il fallait bien le reconnaître.

A moins que ce ne soit uniquement parce que sa propre nature obscène lui faisait voir des choses étranges là où il n’y avait rien d’autre qu’une sincère aménité et l’envie de l’aider…

Honteux de ses pensées graveleuses, Yazoo enfouit son visage dans l’oreiller pour dissimuler au turk un embarras de plus en plus visible.

Peine perdue.

- Quelque chose ne va pas ? s’inquiéta Reno d’une voix douce. Tu as l’air mal à l’aise.

L’incarné tourna un peu la tête et le regarda du coin de l’œil pour éviter de lui dévoiler ses joues cramoisies.

Reno était penché sur lui, nu-pieds sur le sol, la chemise, à demi-ouverte sur son torse, retombant par-dessus son pantalon et les manches remontées sur ses avant-bras. Il lui souriait avec sérénité, la tête légèrement penchée sur le côté, sa longue queue de cheval d’un roux éclatant rabattue sur son épaule.

Le turk était visiblement détendu et décontracté, du moins essayait-il de le paraître pour ne pas indisposer Yazoo et cela le rendait incroyablement… sexy.

La rougeur de l’incarné s’accentua et Reno laissa échapper un petit rire.

- Oui, ça te met vraiment mal à l’aise, on dirait, hein ? demanda-t-il en se redressant.

Yazoo sentit les mains chaudes quitter son dos avec un petit pincement au cœur.

Maintenant que les doigts agiles ne courraient plus sur sa peau, il réalisait à quel point ce contact avait été agréable.

- Je… Je n’ai pas l’habitude qu’on me touche, bredouilla-t-il.

- Désolé, je voulais juste t’aider à faire passer les crampes.

- Non, je… C’était très… bien. Je veux dire… ça fait du bien. Mais c’est bizarre…

- Bizarre ? Comment ça ? s’enquit le turk, de plus en plus amusé par la maladresse de Yazoo.

- Je… Je ne suis pas habitué, répéta ce dernier. J’ai beau avoir reçu de la mémoire de Sephiroth ce genre de… de sensation, c’est… C’est très différent à vivre réellement. Les contacts physiques avec un être vivant, s’entend. Les machines, c’est différent.

Reno grimaça.

- Un robot masseur, ça doit pas être génial, si tu veux mon avis ! En tous les cas, je ne lui mettrai pas le dos entre les pinces, ça c’est clair !

Yazoo sourit, un peu plus détendu.

- Oui, je suppose.

Il se tut, ne sachant quoi ajouter.

- Tu veux que je continue encore un peu ? s’enquit le turk pour le tirer d’embarras.

- Oh… Je… Non, je… Ne te sens pas obligé, je…

- Ca ne me gêne pas ! le coupa le Reno en reprenant son massage. En fait, j’aime ça, si tu veux tout savoir. Ca me détend. J’aime le contact des gens. Les filles disent que suis une véritable pieuvre !

Les mains habiles malaxèrent agréablement les muscles de ses épaules et Yazoo soupira de plaisir.

- Elles reprochaient souvent à Sephiroth d’être distant, au contraire, dit-il.

Reno leva un sourcil, intéressé.

- Attends, ne me dis pas que tu as en mémoire ses parties de… ” jambes en l’air “, si ? (L’incarné pouffa et hocha la tête.) Sérieux ?

Yazoo acquiesça à nouveau.

- Tout comme mes frères. Enfin, je suppose.

Reno tiqua en essayant d’imaginer ce qu’on devait ressentir avec les souvenirs et des sensations aussi intimes de quelqu’un d’autre gravés dans la mémoire.

- Ca doit faire super bizarre…

L’incarné haussa les épaules.

- L’expérience tangible est très différente du souvenir, en réalité.

- Et tu peux ajouter : plus agréable… ajouta Reno avec un air faussement suffisant en agitant ses doigts devant le nez de Yazoo.

- Et bien plus agréable, oui, acquiesça celui-ci avec une moue entendue.

Ils rirent de bon cœur et, une fois encore, l’incarné se dit qu’il ne s’était encore jamais laissé aller ainsi. Il avait sans doute ri et souri plus souvent ces dernières vingt-quatre heures qu’il ne l’avait fait depuis qu’il était sorti de la matrice, quelques semaines plus tôt.

- C’est incroyable, de se dire qu’il était là, dans mon corps, et que je m’en souviens absolument pas… murmura Yazoo au bout d’un petit moment en observant la paume de sa main, où Sephiroth avait enfoncé ses ongles en refermant le poing dans un accès de rage.

- Nous allons essayer de tirer toute cette historie au clair dès demain, ne te prends pas la tête avec ça pour l’instant. Détends-toi.

Reno s’assit sur le bord du lit et repoussa les longs cheveux de mercure sur le côté pour avoir un meilleur accès à la nuque. Yazoo sentit un long et délicieux frisson lui descendre le long du dos, ce qui n’échappa pas au turk.

- C’est d’enfer, ça, hein ? demanda-t-il en glissant ses doigts dans les soyeux fils argentés avec un clin d’œil complice. Moi aussi, j’adore qu’on me tripote les cheveux. Ca me fait frissonner de la tête aux pieds.

L’incarné poussa un profond soupir de pur plaisir et frémit de plus belle.

- Kadaj mettait parfois la tête sur mes genoux et restait des heures comme ça, à se faire câliner. Ca me manque. Il me manque…

Reno massa la nuque gracile avec précaution. Comment diable un homme pouvait-il avoir un cou aussi délicat ? Yazoo, bien que mince, était large d’épaules, pourtant.

- Il n’est pas certain que Kadaj ait rejoint la rivière de la vie, tu sais… murmura le turk, presque à contrecœur.

Bon sang de bois, Reno ! Qu’est-ce qui te prend de lui lâcher des infos, comme ça ? T’es con ou quoi ? File-lui les codes d’accès aux bases de données secrètes de la Shinra, tant que t’y es ! “

C’était totalement stupide, il s’en rendait bien compte mais merde, quoi ! Ce mec avait l’air tellement triste, tout d’un coup…

L’incarné se retourna subitement sur le dos et le fixa, ses beaux yeux mako écarquillés, emplis d’un espoir auquel il n’osait pas encore s’accrocher.

- Il… Il est vivant ? bredouilla-t-il en s’asseyant pour agripper à la chemise de Reno. La Shinra pense que Kadaj est vivant ? insista-t-il dans un murmure, à quelques centimètres à peine de son visage

Son souffle court qui s’échappait, haletant, d’entre les lèvres charnues, chatouillait le menton de Reno et son rythme cardiaque battait la charge. Si l’on ajoutait à cela le regard vert mako suppliant, son visage de chaton mouillé tendu vers le sien et les cheveux en bataille, Yazoo, mec ou pas mec, aurait fait fondre le cœur d’un bahamut.

Le turk sentit un torrent de lave se déverser dans ses veines mais réussit de conserver un semblant de calme.

- Nous ne sommes sûrs de rien, chuchota-t-il à un souffle la petite bouche boudeuse. Mais c’est possible, en effet.

L’incarné laissa échapper une sorte de gémissement entre le cri de soulagement et la lamentation déchirante et colla le front contre la poitrine du turk, toujours agrippé à sa chemise.

- Faites qu’il soit vivant… gémit-il d’une voix à peine audible. Dieux de cette planète, qui que vous soyez, faites qu’il soit encore vivant…

Le souffle brûlant qui glissa sur sa peau moite, entre ses muscles pectoraux, fit frissonner Reno et, presque timidement, il entoura les épaules de Yazoo de ses bras pour le serrer contre lui.

- S’il est vivant, nous le trouverons… promit-il en se demandant vaguement pourquoi il tenait autant à le rassurer. Nous le trouverons, tu verras…

***

La forme ectoplasmique d’Hojo marcha de long en large, dans le laboratoire, visiblement très contrariée par le rapport des deux chercheurs du Deep Groung que Nero avait mis à sa disposition.

- Il semblerait que les cellules de Jenova empêchent la fusion avec l’Omega, monsieur. Je doute que, même si nous arrivions à faire aboutir la Réunion, l’entité accepte le corps de Sephiroth comme hôte.

Hojo tordit ses mains fantomatiques, fou de rage.

A travers la vitre sans tain qui formait un pan entier du mur de la pièce, il observa le cristal où reposait son fils, comme si les reflets mako, désormais ternis par les expériences ratées de fusion, pouvaient lui fournir une réponse. Point n’était besoin d’être scientifique pour voir que le mythique soldat allait de mal en pis. Sa peau ivoirine avait pris une teinte bleuâtre et était devenue si fine qu’on lisait à présent parfaitement le réseau complexe des veines. Les magnifiques cheveux de mercure avaient perdu de leur lustre, virant au gris terne, la bouche sensuelle était crevassée et de nombreuses fissures courraient sur le cristal sensé protéger le grand corps athlétique. Ou ce qu’il en restait…

- Malédiction !

Si l’organisme de Sephiroth n’acceptait pas l’Omega, l’opération n’avait aucun intérêt ! Son projet était un échec !

La porte du bureau s’ouvrit pour laisser entrer un jeune homme mince à la chevelure aussi ténébreuse que les volutes sombres qui tourbillonnaient autour de lui, menaçant de happer tout ce qui se trouvait à portée.

Ses bras étaient entravés dans une sorte de camisole de force renforcée de cuir et son visage délicat disparaissait presque entièrement sous un masque de contention venu d’un autre âge, d’une époque où la médecine et la psychiatrie tenaient encore plus de la torture et de la barbarie que de la science. Et comme pour finir de lui donner une allure aussi étrange qu’inquiétante, une grande paire d’ailes métalliques aux rémiges tranchantes et aux alules remplacées par des mains artificielles articulées, saillaient de son dos, menaçant d’écraser le corps frêle sous leur poids.

- Ma patience a des limites, professeur, fit-il de sa belle voix posée à l’indéfinissable accent aristocratique.

Ses yeux purpurins se voilèrent de colère et Hojo ravala sa hargne.

La détresse de ce garçon lui avait offert une voie royale pour avoir accès aux laboratoires du Deep Ground - sous prétexte d’aider son frère Weiss - et ce n’était pas le moment de tout ficher par terre pour un simple accès de rage.

- Mon cher enfant… commença le scientifique, mielleux. Le croyais que la vie de ton frère bien-aimé importait plus que tout.

Nero se raidit.

- C’est le cas. Mais il semblerait que vous accordiez plus de temps et d’énergie à ramener votre fils à la vie qu’à sortir mon pauvre frère de sa léthargie !

La forme opalescente d’Hojo s’approcha pour lui poser la main sur l’épaule.

- Je n’ai jamais considéré ceci, fit-il en désignant le cristal mako à travers la glace sans tain, comme mon fils. Ce n’était qu’une expérience. Et, aujourd’hui, il me permet de faire les tests nécessaires devant me permette de sauver Weiss. Regarde-le, Nero. Regarde ce qu’une mauvaise préparation peut faire. Observe sa peau, ses cheveux, ses jambes réduites à l’état de déchets mako… Tiens-tu vraiment à ce que ton frère serve de cobaye jusqu’à ce qu’on trouve la bonne méthode. Ou préfères-tu que ce soit lui ?

Le ténébreux frissonna.

- Quand aurez-vous terminé vos… ” tests ” ? Quand pensez-vous pouvoir aider mon frère ?

- Bientôt, assura Hojo avec un sourire qui ressemblait plus à une grimace qu’à un signe de consolation. Mais, pour cela, je dois me concentrer et ne pas être interrompu sans cesse.

Nero encaissa le reproche sans broncher et tourna les talons après un dernier regard menaçant qui en dit plus long que n’importe quelle diatribe. Il signifiait ” trahis-moi et je te détruirai “.

Le scientifique jura et alla s’appuyer contre le miroir sans tain, son front ectoplasmique contre la vitre.

Pourquoi cela ne marchait-il pas ? Pourquoi Jenova et Omega ne fusionnaient-ils pas ? Etait-ce pour les mêmes raisons que Sephiroth n’avait pu être accepté par la rivière de la vie ? Parce que l’Omega appartenait à cette planète et pas Jenova ?

Si c’était le cas, aucun des ” super-soldats ” qu’il avait créés ne ferait un hôte acceptable. Absolument aucun ! Tous avaient reçu les cellules de Jenova. Absolument tous !

Non…

Non, pas tous.

Tous sauf…

- Weiss… murmura Hojo.

Mais oui ! Comment n’y a-t-il pas pensé plus tôt !

Hormis Nero, nourri depuis qu’il n’était qu’un fœtus au mako stagnant, les membres du Deep Ground n’avaient reçu que du mako purifié. Certes, Hojo n’avait pu mener l’expérience à son terme mais les premiers résultats avaient été stupéfiants. C’est vrai qu’il n’avait pas assez de recul pour pouvoir étudier les effets secondaires et les mutations ou dégénérescences possibles mais il n’en était plus là, de toute façon ! Il fallait faire vite et, contrairement à ce qu’il avait espéré, Sephiroth ne ferait pas l’affaire.

Génétique oblige, il aurait bien sûr été plus facile pour lui d’intégrer le corps de son fils que celui d’un étranger mais puisque son rejeton ne pouvait supporter l’Omega…

Un sourire torve incurva ses lèvres fines et les deux scientifiques présents dans la pièce frissonnèrent.

Bien sûr, comme Nero, ils ignoraient les véritables objectifs d’Hojo et pensaient que c’était uniquement par amour de la science et par soif de connaissances que la mémoire et la conscience désincarnée du chercheur avaient survécu dans la toile mondiale. Nero était persuadé que, pour Hojo, Weiss était une énigme, un challenge scientifique à relever, et que c’était pour cela qu’il avait annihilé le nano-virus qui dormait en lui et cherchait à le sortir de l’étrange coma que cela avait entraîné.

En réalité, le chercheur n’avait rien annihilé du tout et avait juste endormi le virus et l’organisme du chef des Tsviets. Sous prétexte de chercher le meilleur moyen de le ramener à la vie, Hojo avait obtenu l’accès au laboratoire secret du Deep Ground, où il avait espéré implanter l’Omega dans le corps de son fils avant d’y installer sa propre conscience désincarnée - son âme diraient certains.

Oui, il avait projeté de voler le corps de son propre fils après en avoir fait l’arme de destruction ultime et cela sans aucun scrupule. Après tout, n’était-il pas le créateur de Sephiroth ? Et ce qu’on a créé, on est en droit de le réclamer comme sien, ou même de le détruire, si l’envie nous en prend, non ?

C’est du moins ainsi qu’Hojo voyait les choses.

Hélas pour ses ambitions destructrices, son incapable de fils ne lui servait à rien ! Et dire qu’il avait mis tant d’espoirs en lui… Il était l’expérience parfaite, l’arme ultime, ciselée, modelée durant des années pour devenir l’épée qui purifierait la planète et qu’est-ce qui avait eu raison de lui ? Une armée ? Une puissance occulte ? Une Arme surpuissante ? Même pas !

Sa propre conscience et son impardonnable sensiblerie…

Oui, sa maudite et stupide humanité ! Que ne lui avait-il nettoyé le cerveau alors qu’il en était encore temps !

- Maudit sois-tu ! Misérable déchet, expérience ratée. Tu es bien le fils de ta garce de mère… Inutile et stupidement, pitoyablement humain… Comme Lucrecia…

Mais même un déchet pouvait servir la science. Il y avait toujours quelque chose à récupérer dans une expérience ratée…

- Avez-vous découvert où se terraient les deux autres ? demanda-t-il aux deux chercheurs qui essayaient de se faire le plus petits possible.

- Non, monsieur. Le clone n’a pas réussi à faire parler le plus jeune.

Maudite Jenova ! Mais comment aurait-il pu prévoir une chose pareille, aussi ? Depuis quand des cellules de cadavre étaient-elles supposées avoir une conscience et posséder celui qu’elles infectaient ?

Le monde entier s’était-il donc ligué pour lui pourrir la vie ?

Il inspira un grand coup.

Du calme…

S’énerver était contre-productif et ne servait à rien.

Weiss… Il fallait qu’il se concentre sur Weiss…

Il tenait peut-être une nouvelle piste à explorer. Mais avant cela…

- Trouvez-les, quoi qu’il en coûte ! Trouvez Loz et Yazoo et amenez-les-moi ! Morts ou vifs, peu m’importe, désormais…

S’il abandonnait définitivement l’idée d’implanter l’Omega dans Sephiroth, il n’avait plus besoin que des cellules des trois incarnés pour guérir et compléter le corps de son fils. Il lui servirait d’enveloppe charnelle au cas où l’expérience avec Weiss échouerait.

Oui, en cas d’échec, le corps de son fils lui irait comme un gant ! C’était la seule chose à laquelle il pouvait encore servir, de toute façon.

Dans le cristal mako, un désagréable frisson traversa le corps torturé de Sephiroth. Comme un mauvais pressentiment. Un très mauvais pressentiment…

…à Suivre

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Chers petits frères ! (Part 3/5)

***

Auteur : Shiva Rajah

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- On pourra le faire, après le bain, dis, Aerith ? insista encore Yazoo.

Weiss, qui donnait le bain à Yazoo et à Nero tandis qu’Aerith s’occupait de bébé Kadaj - Loz étant de corvée de vaisselle avec Tifa au rez-de-chaussée - roula des yeux et enduisit les longs cheveux des petits garçons d’une bonne dose d’après-shampoing.

Ni l’un ni l’autre ne voulait qu’on touche à sa tignasse ” comme celle de grand frère “ mais de là un supporter un démêlage dans les règles, il ne fallait quand même pas pousser ! Imiter Weiss ou Sephiroth, oui ; supporter les tiraillements du peigne, hors de question !

Nero visa son compagnon de son pistolet à eau et celui-ci répliqua avec le sien, ce qui les fit rire aux éclats.

- Bon, ça suffit ! les sermonna Weiss, trempé jusqu’aux épaules. Tenez-vous tranquilles, un peu !

Mais la baignoire, que les garçonnets avaient remplie de jouets aquatiques, ne poussait guère à la modération ou au calme.

Nero frappa l’eau de ses petits bras pour éclabousser Yazoo et celui-ci en fit autant, envoyant des gerbes d’eau en tout sens.

- Eh ! intervint Aerith, dont la robe légère fut éclaboussée par l’eau savonneuse. Arrêtez, vous allez mouiller le bébé !

Kadaj, à qui elle venait d’enfiler un pyjama ” mog ” qui lui donnait l’air d’une peluche, ne semblait pas aussi soucieux qu’elle et tapait dans ses menottes en riant comme un petit fou.

Weiss, le t-shirt désormais détrempé, saisit les bras maigres de son cadet et lui fit les gros yeux.

- Nero, ça suffit, j’ai dit ! C’est aussi valable pour toi ! ajouta-t-il, menaçant, en défiant Yazoo du regard de faire encore la moindre vaguelette dans la baignoire.

Ce dernier, sachant très bien jusqu’où il pouvait pousser l’ami de son frère, baissa lentement les mains et détourna les yeux avec une grimace boudeuse.

- Alors ? On pourra le faire ou pas ? demanda-t-il encore.

- Invoquer les esprits n’est pas un jeu, Yazoo, on ne sait jamais ce qui peut arriver, expliqua calmement Aerith, Kadaj assis à cheval sur sa hanche.

Le garçonnet laissa Weiss lui démêler et lui rincer les cheveux - non sans couiner des chapelets entiers de ” Aïe ! Aïe ! Aïe ! ” aussi exagérés qu’inutiles - avant de répondre.

- Mais t’as dit que ça marchait sûrement pas et que c’était juste pour amuser les gens !

La jeune fille se tourna vers le postulant Soldat, qui haussa les épaules, ne sachant plus quoi dire pour dissuader le garçonnet. Durant tout le dîner, Yazoo n’avait cessé de harceler Aerith sur le ouija découvert dans la réserve.

- Pourquoi que tu veux faire venir des ” spris ” ? demanda Nero, qui se laissait sagement coiffer sans protester.

Il adorait que son frère s’occupe de lui et tant pis s’il lui tirait un peu les cheveux ou lui pinçait parfois accidentellement la peau avec une fermeture ou un clip ! ” Si on pouvait le greffer à la jambe de son frangin, Nero serait le plus heureux des gosses ! “ avait l’habitude de plaisanter Reno.

- Des ” ES-prits “, le reprit le frangin en question en l’aidant à enfiler un petit pyjama estampillé de bébés chocobos hirsutes.

- C’est quoi ?

- Des fantômes.

Nero se pétrifia et ouvrit de grands yeux effrayés.

- Tu veux faire venir des fantômes dans ta maison ? apostropha-t-il Yazoo tout en s’accrochant au t-shirt de Weiss comme si l’un d’entre eux risquait à tout moment de jaillir du bain qui se vidait en glougloutant pour l’attraper par sa petite jambe et l’entraîner dans le siphon.

Aerith éclata de rire.

- Mais non, aucun fantôme ne va venir. Il ne s’agit que d’un j…

Elle fut interrompue par le bruit caractéristique de l’ampoule de la salle de bain qui venait de griller et de plonger la pièce dans le noir complet.

Nero poussa un cri strident et Yazoo lui fit écho par réflexe.

- Nero ! gronda Weiss. Tu m’étouffes !

Kadaj se mit à donner de la voix et Aerith tâtonna pour aller ouvrir la porte, le bébé toujours dans les bras.

Il faisait aussi sombre dans le couloir que dans la salle de bains.

- J’ai l’impression que le disjoncteur a sauté, fit-elle en soupirant. Chut, chut, du calme, bébé, ce n’est rien.

- C’est bizarre… nota son compagnon en allant à la fenêtre pour jeter un œil dehors, son petit frère accroché à sa jambe comme une moule à son rocher. Il n’y a plus une seule lumière à l’extérieur non plus. Pas même sur la route.

- Une coupure générale, tu crois ?

- Ca m’en a bien l’air.

- Zut…

- Weiss, je veux pas que les fantômes ils viennent ! sanglota Nero en tirant sur son pantalon.

Une curieuse sensation de froid se fit autour de la jambe de Weiss, typique des ténèbres que pouvaient invoquer son cadet, et l’adolescent s’accroupit pour emprisonner les petites menottes dans ses grandes mains.

- Arrêt de faire ça ! Aucun fantôme ne va apparaître, c’est juste une panne électrique !

- J’ai peur !

- Nero, arrête ça tout de suite !

- Mais Aerith elle a dit que les ” sprits “, c’est dangereux !

- C’est toi qui nous mets tous en danger, pour l’instant, pas les esprits !

- Maiiiiiiisss !

- Je t’ai dit d’arrêter, Nero ! Tu veux une fessée ?

L’adolescent lui asséna une tape sur les fesses.

Les pleurs redoublèrent mais la sensation de froid disparut aussitôt… remplacée par une forte impression d’humidité.

- Nero… gémit Weiss, à bout.

- J’ai pas fait exprès ! sanglota de plus belle le garçonnet, toujours accroché à sa jambe.

*

Sephiroth, l’oreille collée à son téléphone, soupira.

- Oui, mère, j’y vais tout de suite. Je serai là-bas dans une demi-heure, tout au plus. Mais que s’est-il passé exactement ? Lâché ? Tu veux dire ” lâché “, vraiment ” lâché ” ? Irréparable ? Combien de temps ? Eh bien… Oui, mieux vaut qu’ils restent tous à la maison. Sans lumière ni signalisation, les routes sont trop dangereuses pour les laisser rentrer seuls ou pour que quelqu’un vienne les chercher. Non, Weiss et Nero devaient rester à la maison jusqu’à lundi, l’académie était prévenue. Par contre, Zack et Cloud devaient partir en patrouille d’initiation, avec les cadets, demain à l’aube. Je pense qu’au vu des circonstances, Angeal va annuler, de toute façon. Ne t’en fais pas, je m’en occupe. Tu t’occupes de faire prévenir les parents des filles ? Moi aussi, je t’embrasse. Bon courage, mère, tu vas en avoir besoin.

Il raccrocha et Angeal lui tapa sur l’épaule.

- Alors ?

Son ami secoua la tête.

- Le tube de décompression du réacteur mako a lâché.

- Comment ça, ” lâché ” ?

- Fendu sur toute la longueur. Ils doivent de changer et relancer les flux.

- Combien de temps cela va-t-il prendre, pour remettre le courant à Midgar ?

- D’après mère, au minimum 12 heures. Au pire 48.

Angeal jura.

- On avait bien besoin de ça !

- Je dois filer à la maison. Les garçons sont seuls et ils ont invité des camarades. Zack et Cloud sont avec eux. Tu veux que je te les ramène ?

- Non, garde-les avec toi, si ça ne te dérange pas. Je vais devoir reporter la patrouille d’initiation de toute faç…

” ACCIDENT SUR LA VOIE 8 ! UN TRAIN EST RESTE BLOQUE DANS SA SECTION 42. JE REPETE : ACCIDENT SUR LA VOIE 8 ! UN TRAIN EST RESTE BLOQUE DANS SA SECTION 42. MERCI AUX TROUPES D’ASTREINTE DE REGAGNER LEUR SECTION POUR RECEVOIR LES INSTRUCTIONS. “

- Ca commence… gémit Angeal.

- A mon avis, ça va être comme ça toute la nuit. Veux-tu que je reste ?

- Non, file chez toi. Les gamins doivent crever de trouille. Nous, on peut communiquer grâce au réseau interne mais les relais téléphoniques eux, ont dû tous tomber…

*

- Pas de réseau, annonça Cloud en refermant son téléphone portable.

Ils étaient tous réunis dans le salon, autour des deux torches électriques que Loz et Reno avaient trouvées dans la cuisine et le garage.

- C’est une grosse panne générale, on dirait, fit Zack. Peut-être un problème au réacteur. Quelque chose a pu sauter.

Loz se raidit et blêmit.

- Ma mère devait y travailler aujourd’hui…

Zack réalisa alors sa bourde et agita la main.

- Attends, je veux pas dire qu’il y a eu un accident ou un truc comme ça, non. Je parlais d’un problème matériel.

Tifa, comprenant les craintes du garçon, lui serra le bras.

- Je suis sûre que Jenova va bien, Loz. S’il y avait eu un accident grave, on aurait entendu une explosion ou quelque chose comme ça. Pas vrai, Zack ?

Ce dernier hocha vigoureusement la tête.

- Ouais, bien sûr. A tous les coups.

- On va mourir ? demanda Nero d’une toute petite voix en voyant leurs mines lugubres.

Il portait un ancien pyjama de Yazoo beaucoup trop grand pour lui mais Weiss n’avait pas prévu de change en cas ” d’accident “. Voilà presque deux ans que son cadet n’avait plus besoin de ce genre de précautions.

- Bien sûr que non, on ne va pas mourir, idiot ! s’emporta l’adolescent. C’est juste une panne électrique, enfin !

Nero eut un mouvement de recul devant le ton hargneux. Ses lèvres tremblèrent un moment et, malgré les efforts déployés pour les retenir, il éclata en bruyants sanglots en s’accrochant à la jambe de son frère (désormais recouverte d’un pantalon de pyjama de Loz) pour enfouir son petit visage dans le tissu de coton bariolé.

- Mais qu’est-ce qu’il a, aujourd’hui ? s’étonna Zack. Il n’arrête pas de chouiner. Ca ne lui ressemble pas.

Weiss laissa échapper un profond soupir.

- Je vous l’ai dit, il est fatigué. Cette crevette noiraude ne veut plus faire sa sieste l’après-midi et voilà le résultat !

- C’est pas vrai, j’suis pas fatigué ! sanglota Nero, suspendu au pantalon de son frère. Et j’suis pas une crevette !

Ce dernier retint le vêtement de justesse, manquant de se retrouver cul nu devant ses amis.

- T’aurais pas dû mettre ta ceinture à laver aussi dans la bassine ! railla Reno. Pas quand monsieur pot de colle est dans les parages, n’attendant qu’une occasion de jouer les ” porte-clés ” !

- J’suis pas un porte-clés ! s’écria le petit sans cesser de pleurnicher, faisant s’esclaffer tout le monde.

Le bruit des rires les empêcha d’entendre la voiture qui se garait dans l’allée. Ce furent les phares qui éveillèrent leur attention.

- C’est grand frère ! s’écria Yazoo en se précipitant vers la porte pour l’ouvrir juste au moment où Sephiroth s’apprêtait à glisser la clé dans la serrure.

Le garçonnet lui sauta dans les bras et les deux filles présentes laissèrent échapper un petit cri aigu qui exaspéra Loz.

Ca y est ! La ” star ” venait une fois de plus lui ” casser son coup ” ! Et dire que tout était si bien parti, avec Tifa… Il l’avait fait rire, elle avait adoré le dîner, ils avaient plaisanté et s’étaient effleurés à plusieurs reprises en faisant la vaisselle et, comble de la chance, la Déesse lui envoyait une panne électrique qui coinçait la jeune fille à la maison pour une durée indéterminée. Alors pourquoi fallait-il que Sephiroth arrive maintenant ? Pourquoi ! Pourquoi ! Pourquoi !

Merde, merde et re-merde ! “

- Tout le monde va bien ? demanda le Soldat en jetant un œil à la ronde. La centrale électrique a subi une grosse avarie et ne sera pas opérationnelle avant demain midi, au moins. Aerith, Tifa, un messager est allé prévenir vos parents que vous passerez la nuit ici, c’est plus prudent. Zack et Cloud, la mission d’entraînement de demain est annulée. Vous restez ici aussi.

Les garçons prirent sur eux pour ne pas sauter de joie et se contentèrent d’un sobre : ” Bien, Général. A vos ordres, mon Général. “

- Reno, reprit le Soldat. Je ne savais pas que tu étais là. Veux-tu que je fasse prévenir chez toi aussi ?

Le rouquin secoua la tête.

- Non, pas de problème, Général. Mon père est à Corel pour son boulot. Je suis seul à la maison. Je peux rester sans problème.

- Parfait, alors. Tout le monde a dîné ?

Loz acquiesça, de plus en plus contrarié.

- On a mangé, la vaisselle est faite et rangée, les gamins sont lavés et on s’apprêtait à faire un ” truc “, là. Alors, si tu as faim ou que tu veux prendre un bain, il y a ce qu’il faut dans le frigo et on a fini avec la salle de bain du premier.

Sephiroth leva un sourcil intrigué face au ton acerbe de son cadet mais en comprit vite la raison en le voyant se rapprocher de sa camarade de classe, comme pour faire un rempart entre son frère et elle.

Les yeux de son jeune frère paraissaient lui hurler : ” Dégage ! Tu vois pas que tu gênes, là ? “

Le Soldat reposa donc Yazoo sur le sol et hocha la tête.

- Bien, alors je… commença-t-il en se contrôlant pour ne pas rire. Je vais vous laisser entre vous. Je… Je vais prendre une douche et manger un petit quelque chose dans la cuisine.

- Oh mais, ne partez pas à cause de nous, Général ! s’écria Tifa en rougissant. Vous… Je veux dire… Nous serons honorés que vous acceptiez de rester… Enfin, ici… Pas dans la cuisine. Euh… Je… Nous…

Au fur et à mesure que le sourire narquois de Sephiroth s’élargissait, la rougeur et le bégaiement de la jeune fille s’accentuaient - au grand amusement de ses camarades.

Loz lança un regard réfrigérant à son aîné, le défiant de rester avec eux, et ce dernier agita la main.

- C’est gentil, Tifa, mais j’ai ramené du travail, fit-il en brandissant un dossier épais comme le poing. Amusez-vous bien et ne couchez pas Yazoo et Nero trop tard. Au vu du nombre, je crains qu’il ne faille sortir un ou deux sacs de couchage. Vous allez vous débrouiller ? Je me charge de Kadaj, ajouta-t-il en prenant le petit des bras d’Aerith.

Ravi, le bébé gazouilla et Sephiroth couvrit sa bouille de baisers bruyants tout en grimpant l’escalier quatre à quatre sous le regard attendri des filles.

- Ohahhh… C’est trop chou ! Il est trop sexy ! soupira Tifa.

- Tu l’as jamais vu le matin au réveil… maugréa Loz.

- C’est vrai, il a tout pour lui… renchérit Aerith, rêveuse, sans prêter attention à lui.

- Les joues barbues, une haleine de chacal et les cheveux comme une serpillère… poursuivit Loz, dans l’indifférence générale.

-Je veux bien me sacrifier et aller dormir sur le tapis de sa chambre !

Elles pouffèrent et les garçons échangèrent un regard effondré en secouant la tête, dédaigneux.

- Bon, vous avez fini, oui ? finit par intervenir Cloud. Vous vous êtes vues ? Vous êtes ridicules.

Ils partirent tous dans une discussion animée mais les filles ne semblaient pas prêtes à redescendre sur terre après avoir vu leur idole d’aussi près et en pensant qu’elles allaient passer la nuit sous le même toit que lui !

- Pourquoi qu’elles sont tout drôle ? demanda innocemment Nero à Yazoo en voyant les jeunes filles glousser, se tortiller et soupirer à qui mieux-mieux.

Son ami fit vibrer ses lèvres, méprisant.

- Toutes les filles font ça, quand elles voient grand frère.

- Pourquoi ?

Yazoo haussa les épaules.

- Maman dit que c’est un truc de grands.

- Ils sont bizarres, les grands, quand même…

- Ouais, c’est clair !

…à suivre

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LXXIII - La vraie douleur est muette

Il n’y a de sacrifices valables

que ceux sur lesquels on se tait”

H. de Montherlant

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Shalua, dont la langue suivait la tendre courbure du puissant muscle pectoral, poussa un petit soupir et releva la tête avec un sourire malicieux.

- Cid ? demanda-t-elle au pilote, sur lequel elle était allongée, entièrement nue. Où es-tu ?

Celui-ci sursauta et baissa son incroyable regard bleu ciel vers elle.

- Hein ? Tu disais ?

La jeune femme pouffa.

- Je ne sais pas où tu es, depuis un petit moment, mais sûrement pas avec moi, le taquina-t-elle.

Cid se couvrit le visage de la main avec un grognement gêné et la regarda entre ses doigts.

- Désolé… fit-il, penaud.

Shalua s’assit sur le bord du lit et lui caressa les cheveux.

- Quelque chose ne va pas ?

Il grimaça et posa la main sur sa poitrine, comme s’il se sentait oppressé.

- Il se passe quelque chose. Oh, rien de grave ! ajouta-t-il précipitamment en la voyant se raidir. J’ai l’impression qu’il… Comment dire ? Je l’ai senti bizarre, tout d’un coup. Non, choqué, plutôt.

La jeune femme écarquilla les yeux.

- Il ? Tu veux dire Loz ?

Le pilote acquiesça.

- Oui. Ca n’a duré qu’une fraction de seconde mais j’ai senti comme une pointe de profonde tristesse et de colère me pincer la poitrine.

Shalua n’en revenait pas.

Les liens que partageait désormais le pilote avec les argentés n’en finissaient pas de la surprendre. Elle aurait même juré avoir vu à plusieurs reprises Sephiroth et Cid se répondre d’un sourire ou d’un clin d’œil entendu alors qu’ils n’avaient pas échangé un seul mot, uniquement des regards !

Mais le lien qui paraissait à ses yeux le plus extraordinaire, c’était celui qui unissait Cid à son ” frère de sang “, puisque c’est réellement ce que Loz était devenu .

- Tu veux aller voir ? demanda-t-elle. Après le déjeuner, Loz a dit vouloir faire une sieste avec le bébé.

Cid lui caressa la joue avec un sourire dépité.

Il y a encore quelques jours, s’il avait eu une femme superbe entièrement nue allongée sur lui, même la menace d’un bahamut posé sur le toit ne l’aurait pas détourné du seul objectif vraiment important : lui faire l’amour !

Et voilà qu’un simple pincement au cœur me faire débander… “ pensa-t-il avec humour.

Qu’à cela ne tienne, son frère était plus important qu’une partie de jambes en l’air, après tout. Mais bon, il ne fallait peut-être pas pousser non plus. Il ne l’avait pas senti en danger ni même inquiet, non. Juste une impression ténue, une bouffée de tristesse révoltée, comme lorsque des souvenirs particulièrement douloureux refont surface pour une raison ou une autre. Habituellement, Cid ne s’en serait même pas aperçu.

Mais quand même… Pour qu’il ait eu un écho du choc ressenti par Loz, c’est que celui-ci avait dû être particulièrement douloureux.

- Cid ?

Le pilote dévisagea Shalua, indécis, et haussa les épaules, ne sachant absolument pas quoi faire.

*

- Eh ? Déjà réveillé ?

Yazoo, qui était revenu dans la chambre sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller Reno, grimaça.

- Désolé, j’ai pourtant essayé de ne pas faire de bruit.

Le turk lui adressa un sourire ensommeillé et lissa ses cheveux roux ébouriffés - enfin, plus ébouriffés que d’habitude.

- Viens là, mon, ange.

Il agita la main en signe d’invite et l’argenté ne se le fit pas dire deux fois.

Il se débarrassa rapidement de son long manteau de cuir, de ses bottes et de ses vêtements et alla se blottir contre Reno, sous les draps.

- Tu trembles, Yazoo baby, remarqua ce dernier, un peu inquiet. Qu’est-ce que tu as ?

Le corps de l’incarné fut agité d’un long frisson, ce qui ne rassura pas du tout le turk.

- Rien, je suis juste très fatigué.

Même sa voix avait une intonation inhabituelle. Personne ne l’aurait sans doute remarqué mais Reno, si.

Il s’était passé quelque chose…

Il le savait.

Il le sentait !

Il lui leva le menton et plongea ses yeux aigue marine dans les prunelles mako.

- Yazoo… Qu’est-ce que tu essayes de me cacher ?

L’argenté secoua la tête avec une expression qu’il espérait innocente.

- Rien du tout, pourquoi ?

Reno le considérait avec inquiétude mêlée d’étonnement et, en voyant les grands yeux clairs et les lèvres si douces, qui avaient tant de fois couru sur sa peau, il se sentit soudain… sale.

Comme si le contact de Genesis avait laissé des traces obscènes sur sa peau et sa bouche. Des souillures que Reno pouvait voir ou, pire, qu’il pouvait lui transmettre.

Il s’écarta soudain et sortit du lit.

- Je dois prendre une douche.

Ces simples mots finirent d’inquiéter le turk, qui bondit sur son amant au moment où celui-ci allait entrer dans la salle de bains.

- Yazoo baby, ça suffit, les cachoteries ! fit-il en le saisissant par les épaules pour l’obliger à lui faire face. Je veux savoir ce qui t’arrive…

*

Weiss, après avoir écouté Loz lui décrire une partie de sa vie avec ses frères dans les laboratoires du cratère nord, ne savait pas s’il devait le plaindre ou l’envier.

Les expériences et entraînements subis étaient tout aussi insoutenables que ceux que lui-même et son frère avaient expérimentés mais, contrairement à l’argenté, aucune scientifique en mal d’amour n’était jamais venue lui baisser le pantalon… Hélas !

- J’avoue que, sur ce point, je serais presque un peu jaloux, finit-il par avouer avec un sourire timide. J’invite volontiers toutes les jolies chercheuses du WRO à me sauter dessus dès demain si elles le désirent ! Et c’est de ça, que tu n’as jamais voulu parler à tes frères ? s’étonna-t-il.

Au contraire, lui s’était toujours vanté de ses ” conquêtes ” auprès de son cadet et de ses amis. C’était normal, entre garçons !

- Pardon si je te semble trivial, reprit-il, mais moi, j’aurais plutôt fait le décompte des points tous les soirs.

Loz secoua tristement la tête.

- Mes frères savent très bien ce que ces femmes me volaient, Weiss. Et ce qui se passait lorsqu’elles s’isolaient avec moi.

- Alors que voulais-tu dire par “leur cacher certaines ” choses ” pas très reluisantes pour ne pas les culpabiliser ” ?

- Il n’y a pas eu que des femmes… finit par avouer l’argenté, la gorge serrée par le dégoût.

Le chef des tsviets blêmit.

- Quoi ?

Loz prit une profonde inspiration et ferma les yeux, cherchant au plus profond de lui la force de poursuivre.

- C’était un assistant d’Hojo. Un vieux pervers qui devait bien avoir quatre fois mon âge.

- Quel âge avais-tu ? demanda Weiss d’une voix ténue, craignant d’entendre la réponse.

- Douze ans. Il venait me chercher chaque jour et cela a duré presque un an.

Le tsviet jura et serra les poings, révolté.

- Pourquoi n’as-tu rien dit ? Hojo, passe, c’était le roi des salopards, mais les pontes de la Shinra n’auraient admis cela de la part d’un homme de son équipe.

- Je ne pouvais pas. En faisant ce qu’il voulait, j’épargnais à mes frères beaucoup de choses très dures. Kadaj n’était encore qu’un petit garçon, Weiss.

Ce dernier se prit la tête dans les mains.

Comment n’étaient-ils pas tous devenus fous ? Lui, Nero, les tsviets, Vincent Valentine, les argentés, Angeal, Genesis, tous ! Tous ceux qui étaient passés entre les mains d’Hojo et de ses sbires.

Avec ce qu’ils avaient tous subi, comment pouvaient-ils encore garder un semblant d’humanité ?

- Comment cela s’est-il arrêté ?

Loz haussa les épaules.

- Un jour, il a été soudain remplacé et je ne l’ai plus revu. A l’époque, j’ignorais que tout ce qui se passait au cratère nord était filmé. Je ne l’ai su qu’en voyant certaines vidéos de surveillance, ici, au manoir. Quelqu’un, au siège de la Shinra, avait dû voir les enregistrements de moi et de cet homme. Ils sont plutôt… explicites, précisa-t-il en rougissant.

Weiss se pétrifia.

- Il existe des vidéos de… de ça ?

- Plus maintenant. Reeve Tuesti a accepté de détruire ces extraits afin que plus personne, et surtout pas mes frères, ne risquent de tomber dessus.

Le tsviet n’osait imaginer ce qu’on devait ressentir avec de tels documents sur soi en circulation.

- Qui d’autre les a vus ?

- Shalua, Vincent, Shelke et… mon père, avoua l’argenté dans un souffle.

Weiss ne put s’empêcher de pousser une exclamation indignée.

- Sephiroth ? Sephiroth a vu ces horreurs ? Il a vu son fils de douze ans être abusé par un… Oh, Désse !

Loz eut un sourire triste.

- Il a demandé à voir les vidéos de surveillance mais elles sont si nombreuses que Merill lui a donné quelques fichiers au hasard, sans savoir ce qu’ils contenaient. Vincent m’a dit qu’il était devenu presque fou, en les voyant, et qu’il aurait réduit le bureau de Shalua en confettis, si Cait n’était pas venu le chercher pour l’arrêter. Enfin bref, tout ça pour te dire que nous avons tous des secrets, Weiss, et qu’il vaut mieux les garder enterrés au fond de soi pour ne faire souffrir personne.

Le tsviet soupira.

- Peut-être.

- Parler à Nero de ce qui a pu se passer alors qu’Hojo avait pris possession de ton corps ne l’aidera pas, bien au contraire. Il a besoin de son grand frère près de lui comme tu l’étais avant ce cauchemar. Comme si rien ne s’était passé.

Weiss le considéra avec tristesse mais acquiesça et se leva péniblement.

- Tu as sans doute raison. (Il lui tendit la main pour l’aider à se lever à son tour et lui pressa amicalement l’épaule) Merci, Loz. J’ai de la chance d’avoir fait ta connaissance.

L’argenté s’empourpra, surpris par le compliment.

- Oh, je… C’est rien. Moi aussi, je suis content. Tu… Je t’aime bien, avoua-t-il avec maladresse, faisant sourire le tsviet.

- Je retourne avec Nero. Je ne voudrais pas qu’il se réveille seul dans la chambre.

- Ouais. Il ne vaut mieux pas, après tout ce qui s’est passé.

Ils se serrent chaleureusement l’avant-bas, à la façon de deux frères d’armes, et Weiss pivota pour quitter la salle de bains mais marqua une pause sur le seuil.

- Loz ? demanda-t-il d’une voix à peine audible sans oser tout de suite se retourner pour le regarder en face.

- Oui ?

- Tu as dit que tu avais laissé cet homme abuser de toi pour protéger tes frères et ne pas les faire culpabiliser .

- C’est vrai.

Le tsviet se tourna et plongea son étrange regard bleu et or droit dans le sien.

- Pourquoi auraient-ils dû se sentir coupables, Loz ?

Celui-ci sentit une chape de plomb lui tomber sur les épaules et sa gorge se serra.

- C’est Yazoo, qu’il convoitait, n’est-ce pas ? poursuivit Weiss, le cœur serré. Tu t’es donné à sa place en promettant de ne rien dire et faire absolument tout ce que cette ordure voulait. Pour le protéger. C’est ça, qu’il s’est passé, pas vrai ?

Loz sentit les larmes lui monter aux yeux et rouler sur ses joues.

- Non, Weiss.

Celui-ci pâlit, embarrassé.

- Oh… Pardon. J’ai cru que tu…

- Ne n’était pas Yazoo, Weiss, le coupa l’argenté d’une voix étranglée. C’était Kadaj. C’est Kadaj, qu’il voulait. Et il n’avait que huit ans…

Le tsviet agrippa le chambranle de la porte si fort que le bois craqua.

- Loz…

Il voulut faire un pas vers lui pour le serrer dans ses bras et l’apaiser un peu mais l’argenté leva la main en fournissant un énorme effort pour sourire entre ses larmes.

- Ne t’occupe pas de moi, Weiss. C’est du passé, tout ça. Va voir Nero. Va voir ton petit frère et protège-le autant que tu le pourras et quoi qu’il doive t’en coûter. On leur doit au moins ça pour toute l’affection et la confiance qu’ils nous témoignent.

Le tsviet acquiesça en silence, devant maintenant lutter lui aussi pour ne pas se laisser aller à pleurer et quitta précipitamment la chambre sans voir que, dans un coin de la pièce plongé dans l’obscurité, d’autres larmes coulaient : celles de Cid, qui avait finalement décidé de venir vérifier si tout allait bien.

Adossé au mur, dans l’ombre de la porte, il avait tout entendu…

…à suivre

Les rapports tordus de Rudo…

Les rapports de Rude sont parfois… rudes (à encaisser, s’entend)

Mais bon… ce brave garçon n’est pas une flèche, tout le monde le sait, hein. (Hein ? Quoi ? Je vais me faire des ennemis ? Où ça ? Ah… Bonjour Monsieur.)

Je disais donc que les rapports de mission de notre Rude adoré ont ceci de particulier qu’ils sont toujours attendus avec une grande impatience par les archivistes et les supérieurs hiérarchiques, qui se les refilent en se gondolant comme d’autres des photos gag…

Pourquoi ?

Eh bien, lisez ces quelques extraits choisis, vous comprendrez…

***

Extraits du dossier 587RO-B58 des rapports des agents spéciaux “TURKS”

Agent 008 : MANFRED EVINRUDE (dit RUDE)

« Après avoir exploré le réacteur Zéro sous toutes les coutures, nous avons pu voir qu’il n’y avait plus rien à voir. »

« Suite à l’attaque subite de l’homme, Reno a dû se défendre avec le gunblade de ce dernier. Après le coup violent porté à la gorge, la tête ne lui tenait plus que par la peau du derrière. »

« Comme le Capitaine Rhapsodos nous semblait devoir être pris en charge au plus vite dans un asile psychiatrique , nous avons estimé urgent de l’appréhender pour le conduire au siège de la Shinra. »

« Des témoins nous ont assuré que le dit Cloud Strife était cloué sur son lit par deux coups d’épée au bras. »

« Mort sur le coup, l’homme avait déjà été victime d’un accident identique l’an dernier. »

« Je jure sur mon honneur que j’ai effectivement frappé le dit Cid Highwind à la tête avec le marteau mais en faisant bien attention à ne pas lui faire mal. »

« Les neufs coups d’épée sur le cou, le torse et le visage de Zack Fair, dont le corps a été retrouvé au nord du désert, laissent croire que la mort n’est pas naturelle. »

« Malgré toutes les menaces que vous avez brandies, je vous rappelle que mon partenaire n’a avoué qu’un petit vol de rien du tout ainsi que quelques autres meurtres. Je ne vois donc pas de raison de le suspendre plus longtemps. »

« Nous nous sommes bien rendus à la maison de la mère du nommé Genesis. Toutes les entrées de la femme étant verrouillées, nous avons jugé préférable de pénétrer par le devant. »

« Plus l’homme cherchait à nous donner des explications sur son geste, plus nous avons compris qu’il ne parlait pas la même langue que nous. »

« Le trou de balle était si gros que nous avons pu y mettre deux doigts. »

« Il est faux de dire que mon partenaire aurait froidement assassiné le suspect. Il n’a fait que se défendre face à un fou dangereux. J’ai pu constater par moi-même que le cadavre ne semblait pas en possession de toutes ses facultés. »

« D’après le rapport d’autopsie du professeur Hojo, il semble évident que le pendu soit mort noyé.”


Bon bah j’espère que ce p’tit délire inspiré de quelques perles (hélas bien réelles !) vous aura fait au moins sourire (Un peu d’humour dans ce monde pourri…)

Ah, oui, pour ceux qui ne le sauraient pas, Evinrude est une marque de moteurs de bateaux très connue (ils sont particulièrement bruyants puisque généralement gros et très puissants…). Je trouvais ça rigolo, ne me demandez pas pourquoi.

Je précise aussi que Rude ne s’appelle pas plus “Manfred” (j’ai adoré “Ice Age”, oui) que Reno ne s’appelle “Renato”, enfin, je ne pense pas… Je l’espère pour eux, en tous les cas ! :oD

I - Ennui mortel

***

Auteur : BMIK & Rina

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Assis sur une proéminence rocheuse de la ville oubliée, le regard de Yazoo errait paresseusement sur les arbres lumineux et sur la surface du lac tout proche.

Kadaj s’était encore isolé pour communiquer mentalement avec leur mère, le laissant esseulé, sans rien de plus excitant à faire que de compter les poussières brillantes voletant dans l’air.

Adossé à la paroi, il lissait ses longs cheveux en laissant vagabonder son regard, lorsque des petits bruits attirèrent son attention.

” Plop ! Plop ! Plop ! “

Choisissant un caillou parmi ceux se trouvaient au creux de sa main, Loz le lança dans le lac d’un mouvement rasant et le regarda ricocher à la surface, troublant l’immobilité de l’eau.

- Tu t’ennuies aussi, hein ? murmura-t-il à l’adresse de son frère silencieux perché sur son rocher.

C’était davantage une affirmation qu’une question.

Avec un soudain mouvement de frustration, Loz lança le reste des cailloux dans le lac, le son des petites pierres rappelant celui d’une pluie battante.

Avec un profond soupir, il pivota vers son frère cadet.

- Yazoo…Pourquoi Mère ne s’adresse-t-elle jamais à nous ?

Ce dernier contempla d’un oeil vague les petites ondes, qui ridaient la surface de l’eau et troublaint la tranquillité du lac, puis, s’arrachant à l’état contemplatif qui lui était habituel tourna lentement la tête pour fixer son aîné.

L’agitation contenue de Loz était une distraction bienvenue dans son univers de mélancolie. Aussi, au lieu de l’habituel ” Ne pleure pas, Loz “, il répondit calmement :

- Qui sait…Elle ne nous aime probablement pas autant qu’elle aime Kadaj.

Le coin de ses lèvres remonta un peu en un imperceptible sourire. Taquiner de Loz était de loin sa distraction favorite.

Non qu’il n’appréciait pas son frère - loin s’en fallait ! - mais, pour l’heure, il s’ennuyait à mourir et c’était là la seule activité disponible…

Loz laissa échapper un grognement.

- Putain, tu parles d’un scoop ! railla-t-il. Tout le monde aime Kadaj plus que nous. Même toi, tu l’aimes plus que moi.

Il passa la main dans ses courts cheveux argentés et soupira encore, résigné depuis longtemps à accepter l’évidence et ne s’attendant même pas à ce que Yazoo le contredise.

Il contempla fixement la forêt, le sourcil froncé.

C’était si monotone, cet endroit ! Rien ne vivait parmi les arbres morts. Aucun oiseau, aucun animal, vraiment rien. Et rien ne se passait jamais non plus. Rien ne bougeait hormis les petites poussières luminescentes qui voletaient dans l’air un instant puis s’éteignaient.

En de rares occasions, lorsqu’il n’en pouvait vraiment plus et qu’il lui avait fallu trouver de quoi se distraire ou passer le temps pour ne pas devenir cinglé, il était venu ici et avait essayé de les viser avec son arme. Mais il s’était lassé rapidement de ce jeu insipide. Loz avait toujours eu du mal à concentrer longtemps son attention sur quoi que ce soit.

En repensant à Kadaj, l’exaspération le saisit.

- Pourquoi c’est Kadaj qui joue les chefs, d’abord ? C’est à moi, que ce rôle revient ! Je suis plus âgé, plus grand et plus fort que lui !

Il laissa échapper un juron et reprit :

- C’est lui qui décide toujours de tout ! C’est pour ça que nous sommes coincés ici à ne rien faire, à attendre comme des larbins que monsieur nous donne ses ordres. Comme si on ne pouvait rien faire sans lui. Putain, ça m’énerve !

Pourtant, Loz adorait son petit frère. Mais, parfois, Kadaj le… Comment dire ? L’ennuyait ? L’énervait ? L’exaspérait ? Oui, c’est ça. Parfois, Kadaj l’exaspérait vraiment et, quand ça arrivait, il avait envie de tout envoyer valser !

Mais, cette fois, il se contenta de donner un coup de pied dans une pierre, qui tomba dans le lac à nouveau immobile avec un gros ” splatch ! “.

Loz n’en détesta que davantage la froideur et la quiétude habituelle du plan d’eau. Une froideur et une quiétude qui n’étaient pas sans rappeler celles de Yazoo.

Silencieux et immobile comme une statue, à l’exception de quelques mèches cheveux soulevés par une brise douce, son cadet paraissait fait de glace, comme si aucun émotion n’avait prise sur lui.

- Je ne sais même pas pourquoi je m’emmerde à te dite tout ça. Tu t’en fiches, de toute façon. Tu te fiches de tout…

Démoralisé, Loz tourna les talons et finit dans un murmure amer, comme s’il se parlait à lui-même :

- …surtout de moi.

Yazoo cligna des yeux à cette sentence et tourna la tête vers son frère en se demandant ce qui avait pu amener ces allégations.

Habituellement, le jeune argenté était très adroit, pour manipuler les gens et tout ce qu’il voulait, il l’obtenait - bien que, ironie de la chose, il n’ait jamais voulu grand-chose, en réalité. Mais voilà que, au lieu de suivre le scénario habituel et d’éclater en sanglots - que Yazoo aurait pu aussitôt endiguer avec quelques paroles réconfortantes et une étreinte sur les larges épaules - Loz semblait avoir opté pour une crise de jalousie.

- Reste là, ordonna-t-il, le regard toujours vague mais sachant au bruit de ses pas que son aîné était toujours à portée de voix. Ca ne se fait pas, de poser des questions à quelqu’un et de partir sans attendre sa réponse. (Les pas s’arrêtèrent) Contrairement à ce que tu penses, je ne m’en fiche pas, assura-t-il d’une voix traînante qui paraissait manquer cruellement de conviction.

Il crut sentir la présence imposante et menaçante de son frère près de lui mais ne se donna pas la peine de tourner la tête pour vérifier si c’était le cas. Son instinct ne le trahissait jamais, de toute façon, et le lien mental qu’il partageait avec Loz était particulièrement fort. Bien plus fort que celui - quasi inexistant - qui le liait à Kadaj.

C’était probablement la raison pour laquelle il devait davantage poser de questions et parler avec leur cadet - ce dont il n’avait jamais été particulièrement friand.

Avec Loz, tout était plus simple et plus intense. Ils n’avaient besoin que de peu de paroles parce que les choses importantes, ils se les transmettraient grâce à cette connexion mentale privilégiée. Un rapide coup d’œil de l’un et un simple hochement de tête de l’autre, voilà tout ce dont ils avaient besoin pour dialoguer. Et cela suffisait amplement à Yazoo.

Mais pas à Loz, apparemment.

- Alors, grand frère, dis-moi… reprit Yazoo avec une ombre de sourire sur ses traits impassibles en insistant sur le deuxième mot. Que ferais-tu, si tu étais le ” chef ” ?

Il daigna enfin regarder Loz, qui s’était accroupi au pied du rocher où son frère était perché.

Celui-ci leva les yeux en direction du ciel crépusculaire et réfléchit un moment, surpris par la question directe de Yazoo. Il avait été si occupé à se demander pourquoi il n’était pas le chef qu’il n’avait jamais pris le temps de penser à ce qu’il ferait si c’était le cas.

Pour ce qui était de retrouver leur mère, il doutait pouvoir faire plus que ce que Kadaj faisait lui-même en ce moment. Son petit frère n’avait de cesse de la localiser et chaque jour qui passait les rapprochait un peu plus d’elle. Et comme il n’avait pas ce lien particulier qui unissait Jenova et Kadaj, Loz ne pourrait pas faire mieux de toute façon. Non, cette mission là était la prérogative de son seul benjamin.

Alors que pourrait-il améliorer s’il était le chef ?

Loz arracha un brin d’herbe, huma son parfum frais et vert, puis le fit tourner entre ses doigts

- Tu sais ce que je ferais ? finit-il par demander sur un ton inhabituellement calme et sérieux. Je me débarrasserai de Kadaj. Pas pour toujours, non. Juste quelques jours. Je lui dirais de rester ici et d’attendre mes ordres, juste pour qu’il comprenne ce qu’il nous fait subir, puis je t’attraperais et je ficherais le camp de cette saleté de forêt ! On éteindrait nos téléphones pour qu’il ne puisse pas nous contacter et qu’il doive se débrouiller tout seul, comme un grand. J’en ai marre des ordres, des caprices, de toutes ces recherches et de ces bagarres. Oh ! Parfois c’est amusant, bien sûr. Surtout quand on se bat. Mais la plus part du temps, c’est juste pénible.

Il poussa un long soupir épuisé.

- J’en ai marre, de tout ça. J’ai besoin d’une putain de pause.

Il se leva et lança un regard oblique à Yazoo.

Celui-ci le considérait avec la tête penchée d’une manière qui lui était familière, sans rien dire, mais ses yeux luisaient d’une légère et inhabituelle curiosité.

Encouragé par l’intérêt manifesté, aussi infime soit-il, Loz poursuivit, son enthousiasme grandissant à chaque mot.

- Nous pourrions simplement partir d’ici, Yaz. Juste toi et moi sur nos motos, et conduire le plus vite possible jusqu’à ce que le soleil se couche. Nous trouverions un hôtel confortable, quelque part, et profiterions du service d’étage. On mangerait au lit, on regarderait des films et on pillerait le mini-bar ! Je ne me souviens même plus de la dernière fois que nous avons pris le temps de nous détendre. Pas grand chose, tu sais, s’éclater juste un peu. Faire comme les gens normaux.

Il se rapprocha un peu de Yazoo, recherchant du contact de son frère. La saillie rocheuse où le mince incarné était assis était assez basse pour que Loz puisse se pencher et poser sa tête sur les genoux de son cadet. Peu importait que Yazoo ne réponde pas à ses suggestions ; au moins, il l’écoutait. Mieux : il ne se moquait pas de lui et le repoussait pas, ce qui était encore plus encourageant.

Loz posa donc sa joue sur les cuisses recouvertes de cuir de Yazoo en espérant secrètement qu’il lui passe la main dans les cheveux. Il adorait ça.

- Bien sûr, je sais bien qu’on n’a rien de personnes normales, mais ce serait quand même bien d’agir comme telles, pour une fois, et de ne plus devoir penser à retrouver les cellules de mère, à la réunion et à toutes ces conneries que Kadaj continue n’arrête pas de nous rabâcher. Et puis tu veux que je dise ? Je suis sûr que si on partait en le laissant là, il ne remarquerait même pas notre absence ! Mère est toujours avec lui pour lui tenir compagnie et ça lui suffit.

Le regard toujours fixé sur le profond lac sombre, Loz posa la main sur le genou de Yazoo, que dévoilait la fente de son long manteau, et le caressa à travers le cuir du pantalon et de son propre gant.

Son frère ne le repoussa pas et il restèrent ainsi durant un petit moment, silencieux, essayant d’imaginer ce que pourrait être leur fuite - même si elle ne durait qu’un ou deux jours.

Quand il parla à nouveau, le ton de Loz était doux et mélancolique.

- Je sais que tu as besoin d’une pause autant que moi. Je peux le sentir. Si j’étais le chef, je t’emmènerai loin de tout ca, Yazoo. Oui, voilà ce que ferai.

Il soupira et fit la moue.

- Je sais que ça peut sembler idiot, reprit-il. Tu penses sûrement que c’est l’idée la plus débile de la planète, hein, avoue ?

- Oui, acquiesça Yazoo, amusé par l’expression penaude qu’il lut sur le visage de Loz, qu’il venait de vexer cruellement.

Mais, avant que son aîné ne puisse réagir ou partir à nouveau, Yazoo glissa paresseusement ses doigts gantés dans les courts cheveux de son frère, le bout de ses doigts massant agréablement son cuir chevelu. Son expression était toujours insondable mais, lorsque son regard courut le visage de Loz, il sembla songeur.

Il comprenait très bien le ras-le-bol de Loz, en partie parce que son exaspération irradiait littéralement. Une part de lui l’avait non seulement remarqué, mais partageait ce sentiment d’agacement et ce besoin de rébellion.

Habituellement Yazoo était ne voyait pas d’inconvénient à ce Kadaj décide de tout. Il préférait de loin rester en retrait et faire ce qu’on lui demandait le moment venu. Mais l’attente commençait sérieusement à lui taper sur les nerfs. Peut-être pas tant l’attente en elle-même, d’ailleurs, que le fait qu’on lui ait ordonné d’attendre. Yazoo n’était pas une marionnette dont on pouvait tirer impunément les fils, c’était par choix, qu’il avait cédé sa part d’autorité à Kadaj et celui-ci semblait parfois l’oublier un peu trop facilement…

Peut-être était-il temps de lui rappeler certaines choses. Que Loz et lui n’étaient pas ses laquais, par exemple, mais deux des parties d’une seule et même trinité qui dépendait des talents de chacun pour être parfaite.

Kadaj était peut-être le cerveau de cette trinité, mais il dépendait de la force de Loz, dont le corps puissant était leur meilleur rempart face aux menaces. Et ses poings s’étaient révélés être des dispositifs plus que convaincants lorsque toute discussion devenait inutile.

Yazoo, lui, intervenait lorsque la force et la cruauté restaient sans effet. Lorsqu’une approche plus délicate s’imposait. Contrairement à Kadaj, totalement asocial, il avait le don de manipuler les gens à son avantage sans que ces derniers en soient même conscients. Il pouvait par son seul charme faire plier chacun à ses desiderata, manipuler ou tromper. Voire tuer en un éclair et sans le moindre état d’âme.

Oui, ils se complétaient parfaitement, tous les trois. Mais Kadaj avait visiblement besoin d’une petite piqûre de rappel…

- Tu sais quoi ? fit subitement Yazoo, les yeux toujours fixés sur le visage de Loz, mais cette fois parfaitement alerte. Nous devrions le faire.

Les doigts qui caressaient le cuir chevelu de Loz s’immobilisèrent, et il redressa le buste, indiquant à Loz qu’il était sur le point de se lever.

- Prends ta moto. Nous partons tout de suite.

…à suivre

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LXXII - Bas les pattes !

Le coeur sur la main quand il le faut

et la main dans la gueule quand c’est nécessaire ! “

H. Jeanson

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Exceptionnel, n’est-ce pas ? demanda Genesis en refermant son livre après en avoir lu un long passage à Yazoo avec des trémolos dans la voix.

A grand peine, ce dernier retint un nouveau bâillement qu’il essaya de dissimuler derrière un petit éternuement.

- Pardon.

Le Banoran lui adressa un sourire charmeur.

- A tes amours !

- Oui… merci.

- Alors ? Qu’en penses-tu ?

L’argenté grimaça.

- Ce n’est pas… Enfin je ne trouve pas cela… Ma culture est trop médiocre pour apprécier ce genre de choses, je le crains, biaisa-t-il.

Genesis éclata de rire.

- Sornettes ! Nous parlons de sentiments, ici. Allez, dis-moi ce qui tu as ressenti en écoutant ce magnifique passage. Sois sincère.

Yazoo toussota, hésitant.

- Sincère, dites-vous…

- Eh bien vas-y, lance-toi. Une créature telle que toi est faite pour vibrer à ce genre de mots, je le sais.

Genesis approcha son visage à quelques centimètres du sien et l’argenté eut un mouvement de recul.

Ce type commençait très sérieusement à lui taper sur les nerfs, avec ses allusions à peines voilées et cette sale manie de saisir la moindre occasion pour lui faire du rentre-dedans.

Ami de Sephiroth ou non, Yazoo mourait d’envie de lui faire ravaler son assurance et son badinage éhonté. Non mais pour qui le prenait cet individu ? Pour une femme ?

- Ce que j’ai ressenti à la lecture de ce livre ? Comment dire… Disons que cela m’a rappelé un plat que j’ai mangé une fois, à Edge.

Genesis ouvrit des yeux grands comme des soucoupes.

- Un plat ?

- Oui, assura l’argenté avec un sourire vipérin. Lorsqu’on l’a posé sur la table, j’ai de prime abord pensé ” Tiens ! Ca ressemble à de la merde. “.

Le Banoran écarquilla les yeux.

- De la…

Yazoo acquiesça.

- Oui. De la merde. Et puis, finalement… Une fois que j’y ai goûté, tout ça… murmura-t-il, séducteur, en jouant avec le col du manteau de l’ex-soldat, qui sentit une vague de chaleur remonter le long de son estomac.

- Oui ?

Le sourire de Yazoo disparut aussi soudainement qu’il était apparu et il remonta brutalement la fermeture éclair du manteau de Genesis jusqu’à la glotte, le faisant hoqueter.

- J’ai regretté que cela n’en soit pas !

- Que t’ar…

- Non, plus un mot ! Je commence à en avoir plus qu’assez de votre cinéma ! Pour qui me prenez-vous ? Une poule que l’on essaye de séduire à un coin de comptoir avec des rimes laborieuses et des compliments pour adolescente en mal d’amour ? Je vous conseille de tempérer vos ardeurs romantiques aux plus vite, capitaine Rhapsodos, ou je me verrai contraint de vous prouver que j’en ai autant que vous, si c’est davantage, dans le pantalon.

Loin d’être impressionné par la diatribe assassine, le Banoran éclata de rire et rouvrit son manteau.

- Sais-tu que la colère te va à ravir ? Bon sang, ce que tu peux lui ressembler, quand tu fais cette tête !

Avant que Yazoo n’ait le temps de réagir, il le ceintura de ses bras et écrasa sa bouche sur la sienne.

***

Loz, blême comme un suaire après les explications de Weiss, se laissa tomber sur le sol de la salle de bains, à côté de lui.

- Je ne sais pas ce que je dois faire, Loz…

- Nero n’y a jamais fait allusion ?

Le Tsviet secoua la tête.

- Non, il n’a rien dit. Rien du tout. Pas même à mots couverts.

- Et toi ? Est-ce que tu… Tu te souviens de…. d’avoir fait ” ça ” ?

- Je ne me souviens déjà pas d’avoir essayé de le tuer… fit Weiss avec un humour aussi désespéré que grinçant.

L’argenté le sentait sur le point soit de fondre à nouveau en larmes soit de se mettre à tout casser.

Mais le tsviet opta finalement pour le désespoir et s’affala contre le mur comme une poupée de chiffon.

- C’est Hojo, le responsable, Weiss, essaya de rassurer Loz. Pas toi. Et ce n’est pas toi non plus qui…

- Lorsque je lui ai demandé, Vincent a dit qu’il m’avait vu enfoncer la main dans la poitrine de Nero d’un seul coup, le coupa le Tsviet d’une voix étranglée. Que j’ai… Que j’ai écrasé son coeur dans mon poing, comme ça, ajouta-t-il en mimant le geste.

- Weiss…

- Et puis, je l’ai jeté à travers la pièce comme un mannequin désarticulé bon pour la casse, poursuivit le Tsviet, dans un état second.

- Weiss, arrête. Reprends-toi.

- Vincent a dit que… Que le choc avait été si violent que… que plusieurs éléments de ses ailes de sont brisés comme du verre.

Loz pivota soudain pour le saisir par les épaules et le secouer.

- Ca suffit, Weiss ! Tu n’arriveras à rien comme ça !

- Je dois parler à Nero… Lui dire que je…

- Sûrement pas !

Le Tsviet se raidit.

- Comment veux-tu que je prenne de nouveau mon frère dans mes bras sans penser à ce que ce…

- Il le faudra bien, pourtant.

- A la simple pensée de ce que porc a fait à Nero, la bile me monte dans la gorge. je dois…

- Eh bien ravale-là ! Parler de ça à ton frère est la dernière chose à faire, Weiss. S’il n’y a pas fait allusion lui-même, ce n’est pas pour rien !

L’argenté le lâcha et secoua tristement la tête.

- Qu’est-ce que tu veux faire en abordant ce sujet avec lui, Weiss ? reprit-il. Ajouter le poids de la culpabilité à celui de la honte qu’il doit ressentir ?

- Comment ça, ” honte ” ? Mais de quoi ?

- De t’avoir pris pour un pervers, bien sûr ! D’avoir cru que c’était vraiment son grand frère, qui l’obligeait à faire quelque chose d’aussi abject !

Le Tsviet ferma les yeux, découragé.

- Je n’avais pas pensé à ça.

- Et s’il découvre que tu es au courant et que ça te fait souffrir, que ça te rend malade, il ne se le pardonnera jamais et n’osera même plus t’approcher.

- Oh, Grande Mère…

- C’est ton petit frère, Weiss. C’est ton rôle de lui épargner ça. De le protéger à n’importe quel prix. Et si tu dois pour cela t’étouffer avec ton propre dégoût de toi-même, tant pis. Je sais que ce n’est pas facile mais il le faut. Pour lui.

L’argenté avait murmuré les derniers mots avec une voix brisée laissant penser qu’il ne savait que trop de quoi il parlait.

Weiss ne s’y trompa pas.

- Loz ? Tu dis ça comme si…

Il laissa sa phrase en suspend et l’incarné hocha la tête en essayant de sourire.

- J’étais l’aîné. Comme toi. Je devais être solide. Je devais protéger mes petits frères, coûte que coûte. Parfois même à leur insu. C’était mon devoir. Et moi aussi, il m’est arrivé de leur cacher certaines ” choses ” pas très reluisantes…

***

Le genou de Yazoo failli le cueillir directement au foie mais Genesis fut assez rapide pour le lâcher et reculer au dernier moment pour l’éviter avec un petit clin d’œil malicieux.

- Décidément, tu lui ressembles plus encore que je ne le pens…

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase.

Si le coup de Yazoo n’avait fait que l’effleurer, l’uppercut de Sephiroth, qui était entré dans la serre juste à temps pour voir son ami embrasser son fils par surprise, le heurta de plein fouet, projetant sa tête en arrière et lui faisant perdre l’équilibre.

- Laisse-nous seuls, Yazoo, ordonna l’ex-cauchemar au jeune homme estomaqué.

Ce dernier comprit immédiatement en voyant l’étincelle meurtrière dans les yeux de Sephiroth qu’il était hors de question de protester et il quitta les lieux en crispant les mâchoires, honteux de s’être laissé ainsi surprendre en position de faiblesse.

Genesis se redressa en essuyant le sang qui coulait de sa bouche et soutint le regard agressif de l’ex-cauchemar.

- Perdrais-tu la tête, Seph ? Puis-je savoir ce qui t’a pris ? s’écria-t-il en lui montrant sa main maculée de sang.

Sephiroth le saisit par le col de son manteau.

- Ne t’approche plus jamais de mon fils, tu as compris ? cracha-t-il à quelques centimètres de son visage.

Le Banoran pouffa, éclaboussant son visage et cheveux platine de gouttelettes écarlates.

- Quoi ? railla-t-il.

- La prochaine fois, je ne me contenterai pas d’un coup de poing, prévint son ami, plus menaçant que jamais. Comment as-tu pu, Genesis ?

- Comment j’ai pu quoi ?

- Le propre fils de ton ancien compagnon d’armes ! Comme s’il n’y avait pas assez de proies à séduire sur cette planète ! Pourquoi ? Qu’est-ce qui t’a pris ? Pourquoi lui ?

Genesis se dégagea, le considéra un instant avec les yeux écarquillés et… éclata d’un rire hystérique.

- Toujours aussi aveugle, hein, Seph ?

- Réponds !

- Précisément parce que c’est ton fils !

Sephiroth se raidit.

- Que… Pourquoi ? Qu’est-ce que je t’ai fait qui mérite que tu t’en prennes à mon fils ?

- Qui te parle de vengeance ou de revanche ? Descend de ton piédestal de paternité frustrée, Seph ! Yazoo n’a plus rien d’un petit garçon et… et… Bon sang, Seph, mais regarde-le ! C’est ton portrait craché !

L’ex-cauchemar blêmit et recula d’un pas, profondément choqué.

Genesis, lui, conscient de s’être laissé emporter et d’en avoir trop dit, se laissa tomber sur l’une des chaises, la tête dans les mains.

- Et merde…

Il y eut un long moment de silence, durant lequel le Banoran regarda goutter son sang sur le sol.

Se fut Sephiroth qui le rompit.

- Alors c’était donc ça… La raison de toutes tes scènes idiotes et de tes crises de jalousie stupide durant toutes ces années ? Tu es pitoyable, Genesis.

Ce dernier le regarda entre ses doigts et ricana.

- Pitoyable ? Pourquoi ? Parce que, contrairement à Angeal, je ne t’ai pas plaqué simplement contre un mur pour t’en rouler une ? J’aurais dû, remarque, au lieu d’hésiter et de me ronger les sangs en me demandant par quel biais t’aborder. La preuve. Pour lui, ça a marché bien au-delà de ses espérances !

Il quitta la serre comme on s’enfuit, incapable de regarder Sephiroth en face après de tels aveux, et celui-ci secoua tristement la tête.

- N’as-tu pas compris que tu n’avais pas la moindre chance, Genesis ? Face à Angeal, tu n’as jamais eu la moindre chance…

…à suivre.

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XII - Trois parts de moi

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Kadaj, exaspéré à force d’explications et découragé de voir que Sephiroth ne semblait pas comprendre un mot de ce qu’il disait, se laissa tomber sur le sol dégoûtant de la geôle qu’ils partageaient.

- Fais au moins apparaître le Masamune et réduis en pièces ces chaînes ridicules !

Sephiroth leva le bras, faisant cliqueter les chaînes en question.

- Faire apparaître… qui ça ?

Le garçon poussa un gémissement déchirant et se couvrit le visage des mains.

- Bon sang, mais tu dois bien te souvenir de quelque chose ! Je ne sais pas moi, les combats, tes amis… Jenova !

Le Soldat acquiesça.

- Jenova était ma mère. Elle est morte en me mettant au monde. Tu en as entendu parler ?

Kadaj jura, totalement abattu.

- Oh, et puis merde, tiens !

***

- Le cristal contenant mon corps se trouve quelque part sous les ruines de la tour Shinra, dans un laboratoire secret. J’ignore sur ordre de qui il a été amené là mais, pour ce que j’ai pu surprendre de leurs conversations, ceux qui l’ont récupéré au cratère nord, n’étaient ni des Soldats, ni des turks.

Reno tiqua et joua nerveusement avec les pans de sa chemise ouverte.

- Quand ? Quand le cristal a-t-il été déplacé ?

- Peu après que Jenova ait utilisé mes cellules pour créer mes trois incarnés.

Le turk hocha la tête.

- Voilà qui explique pourquoi nous n’avons rien trouvé là-bas, hormis nos trois amis fraîchement sortis de leur… ” matrice “.

Cloud s’assit prudemment sur le bord du lit en essayant de ne pas regarder l’entremêlement écoeurant de filaments verdâtres qui composaient désormais le bassin et les jambes de son ancien héros.

- Et tu dis qu’ils vont essayer de se servir d’eux pour… te ” reconstituer ” ? Mais Kadaj est mort.

Sephiroth secoua la tête.

- Les cellules de Jenova ne sont pas de ce monde et Kadaj ne peut se fondre dans la rivière de la vie comme tout un chacun. Même si Aerith avait réussi à lui offrir à ce qui pouvait se rapprocher le plus de la sérénité.

De plus en plus nerveux, Reno alluma une cigarette.

- Mais qui sont ces ” ils ” ? Les laboratoires de recherche de la Shirna ne…

- Je ne sais pas, le coupa Sephiroth, exaspéré par sa propre impuissance. Mon seul contact avec l’extérieur est celui que je peux avoir via mes incarnés. Là-bas, au laboratoire, je suis enfermé dans le cristal, à l’intérieur d’une sorte de… de… caisson ou de gros tube opaque, je ne sais pas. Les sons me parviennent étouffés et je ne vois pas ce qui se passe à l’extérieur. Mais j’entends parfois leur voix et leurs conversations.

- As-tu une idée de ce qu’ils veulent ? demanda Cloud.

Sephiroth soupira.

- Pas dans le détail. J’ai cru comprendre qu’ils voulaient faire de moi l’hôte d’une entité très puissante. Pas Jenova, ajouta-t-il en devançant leurs questions. Autre chose. Beaucoup plus instable. Et pour la contenir, ils ont besoin d’un corps capable de supporter une telle énergie. Comme Jenova, ils veulent se servir de moi comme d’un pantin… conclut-il, amer.

- Pire que Jenova ? bredouilla le turk. Qu’est-ce qui peut être pire que cette saloperie ?

Il se mordit la langue, doutant que l’ancien cauchemar accepte que l’on serve ce genre de ” gentillesses “à sa ” chère maman “, mais, comme Cloud le lui avait expliqué un peu plus tôt, il n’avait rien à craindre de ce côté là. Apparemment, Sephiroth savait très bien qui était Jenova et ce qu’il lui devait.

- Je l’ignore. Je sais seulement qu’ils en ont une peur panique, à en croire toutes les précautions qu’ils prennent.

- Dans quel but ?

Le Soldat secoua encore la tête, désolé de ne pouvoir donner plus de détails.

Reno fit vibrer ses lèvres, ne sachant plus s’il devait se sentir découragé ou rester sceptique.

- Bon ! O.K. Admettons. Et qu’est-ce qu’on est supposés faire avec tout ça, hein ?

Le regard de Sephiroth parut se glacer sous l’effet de la colère.

- Il ne faut pas les laisser utiliser mes incarnés ! A aucun prix ! Il faut les empêcher de reconstruire mon corps et de l’utiliser comme une arme dans je ne sais quel but ! Je ne veux plus être une marionnette ! Ni pour le SOLDAT, ni pour Jenova, ni pour personne ! Je veux que l’on récupère mon cristal, que l’on me ramène au cratère nord et qu’on me laisse enfin reposer en paix ! La Shinra me doit bien ça !

Il avait parlé avec une telle passion en serrant les poings que ses ongles s’étaient enfoncés dans ses paumes et que du sang avaient souillé les draps.

- Euh… fit Reno en désignant sa main. Je te rappelle que c’est pas ton corps, que t’es en train d’esquinter, là…

Sephiroth suivit son regard et desserra aussitôt les poings.

- Allez-vous m’aider ? demanda-t-il.

Le turk sifla.

- Bah il faudrait déjà que j’en parle au chef et qu’il me croit ! Et après ça, je…

Il s’était interrompu sous le regard massacrant que Cloud venait de lui lancer.

- Bien sûr que nous le ferons, assura ce dernier. Dès l’aube nous mettrons les autres au courant.

Sephiroth poussa un profond soupir.

- Merci, aspirant Strife.

- Cloud. Je… Appelle-moi Cloud.

Le Soldat sourit.

- Cloud. C’est noté. Je dois partir, à présent. J’ai passé trop dans ce temps dans ce corps et ce n’est pas sans conséquence pour lui. Nous nous reverrons lorsque vous aurez parlé à vos amis.

Avant même que les jeunes gens n’aient le temps de cligner des paupières, Sephiroth avait disparu, ne laissant à sa place qu’un Yazoo nu couvert de sueur, haletant et frissonnant.

Reno bondit littéralement sur lui, l’enveloppa bien serré dans le drap et le prit dans ses bras.

La tête de l’argenté inconscient ballotta contre sa poitrine avec des petits gémissements misérables.

- Merde…

Le visage moite encadré de cheveux humides en bataille et les petites plaintes qui s’échappaient de ses lèvres boudeuses rappelèrent plus que jamais au turk un chaton mouillé abandonné sur le bord d’une route.

Il écarta les mèches de mercure qui collaient au front blanc et les fines paupières frémirent avant de s’ouvrir sur deux grands yeux fiévreux couleur mako.

- Comment va-t-il ? demanda Cloud.

Le corps de l’incarné fut parcouru d’un long frisson et le turk resserra son étreinte.

- Tu as froid ? Tu veux une autre couverture ?

Yazoo s’accrocha à la chemise de Reno et blottit sa petite frimousse entre ses muscles pectoraux à la recherche d’un peu de réconfort.

- J’ai mal. J’ai mal… partout, gémit-il.

Reno lança un regard impuissant à son ami et celui-ci haussa les épaules, navré.

***

Kadaj était sur le point de devenir fou.

- Mais à quoi tu joues, à la fin ? hurla-t-il. Tu ne vas pas me dire que le contenu de ta mémoire se résume à trois phrases !

Sephiroth secoua la tête, aussi déconcerté que le garçon.

- Je… Je ne sais pas quoi te dire. Moi non plus, je ne comprends pas.

- Tu faisais partie de l’état major du SOLDAT ! Un général ! Ce n’est quand même pas rien ! Tu…

Pris d’une inspiration subite, Kadaj le gifla - ni assez fort ni assez vite pour qu’il ne puisse pas esquiver le coup avec facilité - mais Sephiroth reçut la claque de plein fouet.

- Non mais ça va pas ! Qu’est-ce qui te prend, petit ?

Le garçon, médusé, n’en croyait pas ses yeux.

Même lorsque l’on effaçait la mémoire d’un homme, qu’on lui lavait le cerveau, les réflexes restaient. Surtout s’ils avaient été développés durant des années !

Mais Sephiroth avait été incapable d’éviter une petite gifle de rien du tout. La ” légende vivante ” du SOLDAT avait des réflexes de combat proches du zéro pointé !

Qu’est-ce que c’était que cette blague ?

Kadaj plissa les paupières, de plus en plus méfiant, et recula d’un pas.

- Qui est-tu ?

Le Soldat écarquilla les yeux.

- Que… quoi ? Comment, qui je suis ?

***

Loz fut réveillé par une agaçante petite démangeaison sur son bras. Un moustique ou une araignée ? Argh ! Il détestait les insectes !

L’incarné ouvrit les yeux et vit qu’il ne s’agissait nullement de ce à quoi il pensait…

Allongée à ses côtés, Tifa dormait paisiblement sur le flanc, un bras autour de sa taille étroite et son front tout contre son imposant quadriceps. C’est son souffle régulier contre son bras qui provoquait le petit chatouillement.

Loz sourit et voulut tourner la tête pour contempler la jeune femme tout à loisir mais il faillit crier tant sa nuque était raide.

Et pas que sa nuque, d’ailleurs, mais, cette fois, l’excitation causée par la proximité de Tifa n’y était pour rien. Tout son corps était perclus de courbatures comme s’il avait passé des jours à se contorsionner.

Non, pas tout son corps, en fait… Ses jambes paraissaient être mystérieusement épargnées.

Il essaya en vain de retenir un gémissement pour ne pas réveiller sa compagne de lit mais une crampe particulièrement douloureuse venaient de se réveiller dans les tréfonds de ses muscles lombaires et son dos s’arqua brutalement, arrachant le drain.

La jeune femme se réveilla en sursaut.

- Loz ? Loz ! Qu’est-ce que tu as ?

- Cr… crampe… réussit-il à articuler.

Tifa s’assit et le regarda se tordre, impuissante.

- Une crampe ? Où ? Dans le dos ?

Il acquiesça dans un gémissement douloureux et elle glissa la main sous son dos cambré à craquer pour masser comme elle le put la partie concernée. La peau était moite d’une sueur glacée et les muscles tendus comme des cordes de guitare.

- Ce sont peut-être les antibiotiques, essaya de le rassurer la jeune femme. Certains me provoquent des tendinites, si je les prends à forte dose. Est-ce que ça passe ?

Loz acquiesça et essuya la larme qui avait coulé sur sa tempe.

- Oui, je… Ca va mieux. Merci.

Elle retira sa main et il se rallongea, le dos bien à plat, n’osant bouger de peur de provoquer une autre crampe.

- Ca y est ? Elle est part… Oh, oh, on dirait bien que ta blessure s’est rouverte.

Loz jeta un œil sur le bandage qui lui enserrait la poitrine en faisant bien attention à ne pas bouger la tête.

- Non, c’est… C’est le tube. Je l’ai arraché à l’instant sans faire exprès.

Tifa descendit du lit et alla s’agenouiller à son côté pour évaluer les dégâts.

Le pansement ne semblait pas être plus imprégné de sang que ça et celui qui marquait les parois du tube du drain avait commencé à coaguler, signe qu’il n’y coulait depuis un moment déjà.

- Bon, ça n’a pas l’air bien méchant. De toute façon, tu n’en avais plus besoin, apparemment.

- Nous guérissons vite, assura l’incarné. Un cadeau de mère, ajouta-t-il avec un sourire tendre qui congela le cœur de la jeune femme dans sa poitrine.

Ne sachant trop comment aborder le sujet, elle s’assit sur le lit, tout près de lui, et lui lissa les cheveux avec un pauvre sourire, comme elle l’aurait fait avec un petit garçon à qui elle aurait dû annoncer la mort ou la maladie d’un de ses parents.

- Loz… Jenova n’est pas du tout ce que tu crois, tu sais…

Le jeune homme fronça les sourcils.

- C’est pas gentil… Pourquoi tu dis ça ?

Il plissa les lèvres en une moue boudeuse à laquelle la jeune femme commençait à s’habituer et qu’elle trouvait de plus en plus “craquante”.

***

La forme opalescente d’Hojo se tenait devant la glace sans tain qui lui permettait de voir sans être vu tout ce qui se passait dans le laboratoire.

Au centre ce celui-ci trônait une sorte de gros tube en verre épais à l’intérieur duquel on avait placé le cristal mako contenant le corps de Sephiroth - ou du moins ce qu’il en restait.

Les chercheurs s’affairaient tout autour et relièrent un second tube au sien par tout un imbroglio de câbles et de tuyaux.

Hojo mourait d’envie de pousser la porte du laboratoire et de diriger les opérations mais c’était trop risqué. Il ne fallait surtout pas que son fils sache que c’était lui qui tirait les ficelles de ce projet improbable car il pourrait en avertir, via ses incarnés, des personnes qu’il n’avait surtout pas envie de croiser - cet empêcheur de tourner en rond de Vincent Valentine en tête !

- Le rythme cardiaque redevient normal, annonça une femme en blouse blanche au visage masqué.

Le fantôme d’Hojo ricana.

- Alors, mon garçon ? Revenu de ta promenade ? Où se cachent tes petits protégés, dis-moi ? Si seulement je pouvais t’obliger à me le dire…

- Ca s’accélère ! Il se passe quelque chose !

Le sourire d’Hojo s’élargit.

- Tu viens de le sentir, pas vrai ? Tu sais que Kadaj est ici.

Un homme en uniforme noir et bleu entra dans la pièce où il se trouvait et tendit le bras droit en claquant des talons.

- Heil Weiss ! salua-t-il.

- C’est ça, rétorqua le scientifique avec une moue méprisante. Bonjour également.

- Nero est ici, professeur. Il souhaite vous parler.

Hojo tordit le nez.

La dernière chose dont il avait besoin en ce moment, c’était que ce résidu d’éprouvette ténébreux vienne fourrer son petit nez de fouine dans son travail !

- Professeur ! les interrompit l’un des hommes qui avaient jeté Kadaj dans la cellule de Sephiroth un peu plus tôt. Nous avons un problème avec la copie !

- Quel genre de problème ?

- L’incarné l’a attaquée !

- Quoi ? Déjà ? Ce petit morveux n’a pas perdu de temps. Allons-y !

Il fit mine de quitter la pièce avec le butor mais le Tsviet s’interposa.

- Nero veut vous voir immédiatement, professeur. Il souhaite savoir pourquoi vous n’êtes pas en train d’aider l’Empereur Immaculé, comme vous vous y étiez engagé.

- Je ne fais que ça, imbécile ! mentit effrontément Hojo. Dis-lui de m’attendre dans mon bureau, j’arrive immédiatement !

Il passa à travers le Tsviet pour courir derrière le garde en direction de la geôle.

Kadaj s’était apparemment rendu compte que le Sephiroth qui lui tenait compagnie n’était qu’un clone de mauvaise de qualité mais il devait néanmoins faire vite pour sauver ce dernier de la vindicte du garçon avant qu’il ne le tue. Peut-être l’incarné lui avait-il, comme le professeur l’escomptait, involontairement confié de précieuses informations sur l’endroit où se trouvaient les deux autres incarnés…

à suivre

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LXXI - Certaines vérités flattent… D’autres tuent

Il n’était pas menteur…

Il avouait la vérité et disait qu’il était cruel ! “

Lautréamont

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Tu me ressembles bien plus que tu ne le penses, Loz, murmura Sephiroth, le nez dans les cours cheveux argentés, dont il respirait le parfum sucré si apaisant. Mais, à la différence de moi, tu as le courage de tes émotions, ce qui n’a jamais été mon cas.

Il sourit et pétrit les larges épaules avec affection. Nom d’une materia ! S’il n’avait pas peur du ridicule, il étoufferait littéralement ses trois garçons dans ses bras. Non sans humour, il se souvint du nombre de fois où il s’était moqué d’Angeal lorsque son ami fondait sur le petit Nero avec un “Je vais te manger tout cru !” tonitruant qui faisait hurler de rire le garçonnet. Sephiroth n’avait jamais éprouvé ce genre d’élan incontrôlable qui poussait son compagnon à attraper le petit frère de Weiss pour couvrir sa bouille de chibi de baisers bruyants. Enfin… Jamais jusqu’à maintenant.

-C’est à croire que vous avez chacun hérité d’une part de ma personnalité et je dois reconnaître que c’est assez troublant, reprit-il néanmoins en contrôlant ses pulsions paternelles refoulées.

Loz leva un peu la tête, intrigué, et l’ex-cauchemar ne put s’empêcher d’effleurer le front haut de ses lèvres.

- Yazoo te ressemble bien plus, père, affirma-t-il. Il est intelligent, beau et d’une agilité peu commune.

Sephiroth hocha la tête, plus flatté qu’il ne voulait le laisser paraître.

C’était pourtant là des compliments qui lui avaient été servis à de multiples reprises et qui avaient toujours glissé sur lui comme sur du papier huilé. Mais là… Là, c’était différent.

Ce n’était pas n’importe quel admirateur, journaliste ou supérieur hiérarchique qui les lui adressait mais son fils aîné et ça… Ca c’était quelque chose de spécial, pour un homme.

Oui, de très spécial.

- Tu peux être fier de lui, père, ajouta le jeune homme. Vraiment fier.

- ” Un homme digne de ce nom à qui on peut faire confiance les yeux fermés. Généreux, courageux, franc du collier et droit dans ses bottes “, murmura le Soldat.

- Oui, confirma Loz, fier des qualités de son jumeau. Oui, c’est vrai, Yazoo est tout cela.

Sephiroth laissa échapper un petit rire et resserra encore son étreinte.

- Non, mon fils. Ca, c’est ce que les hôtes de ce manoir disent en parlant de toi…

Le jeune homme se raidit dans ses bras et laissa échapper un hoquet surpris.

- On dirait que ça te surprend, le taquina l’ex-cauchemar.

Loz redressa un peu la tête, laissant voir ses joues enflammées.

- Je… Je ne sais pas qui a pu te dire ça, je…

- Loz… soupira Sephiroth en vissant son regard mako au sien. Réalises-tu que, sous ce toit, se trouvent les hommes les plus influents de cette planète ? Dans ces quelques pièces sont réunis des gens qui ont entre leurs mains l’existence de centaines de milliers d’hommes et de femmes. Des hommes qui, d’un ordre, peuvent réunir des armées ou des forces capables de détruire ce monde en moins de temps qu’il n’en faut pour dire. Rufus Shinra… Reeve Tuesti… Cid Highwind… Barett Wallace… Vincent Valentine… Ils tiennent le monde dans leur poing et, pourtant, pas un seul d’entre eux - pas un, Loz, tu m’entends bien ? - n’hésiterait une seule seconde à te confier sa propre vie et celle de ses hommes si besoin était. Combien de pères sur cette planète peuvent-ils dire cela de leur fils aîné, Loz ? Combien, d’après toi, peuvent se vanter de cela ? Réalises-tu que tu bénéficies d’un capital de confiance que même moi, aux plus belles heures de ma gloire, alors que j’étais un héros de la guerre de Wutaï, je n’ai jamais eu ?

- Je… Je n’ai jamais envisagé les choses sous cet angle, père, murmura le jeune homme, un peu gêné. Pour moi, ce sont des amis, pas des… “hommes influents “. Et Cid est mon frère, à présent.

Sephiroth sourit.

- C’est vrai. Ce sont tes frère et amis. Mais réalises-tu qu’il y a encore quelques jours, ces hommes, qui aujourd’hui seraient prêts à te confier leur vie, étaient tes pires ennemis ?

- Je ne vois pas… ce que tu essayes de me dire, père.

- Quelques jours, Loz… Tu as su te gagner l’affection et la confiance de chaque habitant de ce manoir en seulement quelques jours. C’est… (Il secoua la tête, à la fois orgueilleux et stupéfait) Pas étonnant que toi et Weiss ayez l’air de vous entendre si bien…

- Que veux-tu dire par là ?

- Il y a trois sortes de chefs, dans une armée, Loz. Ceux qui inspirent la crainte et le respect de par leurs actes de bravoure et leur expérience - et je crois que c’était mon cas. Ceux qui utilisent la peur pour se faire obéir car ils n’ont rien pour forcer le respect. Et, enfin, bien plus rares, ceux qui inspirent naturellement à leurs hommes un attachement si profond et une telle confiance qu’ils pourraient se jeter dans le feu pour eux. Je pense que toi - comme Weiss - tu fais partie de ces derniers.

Loz rougit violemment, surpris d’entendre un tel compliment sortir de la bouche de Sephiroth, et toussota, horriblement mal à l’aise.

- Je… Je ne suis pas un soldat, père. Encore moins un ” chef “.

- Ce n’est pas ce que dit ton dossier militaire. ” Soldat 1ère Classe Loz Hojo “, récita l’ex-cauchemar. ” Officier de l’armée de terre du département du… “

- C’est Rufus, qui a fait ça, le coupa le jeune homme. Pour… Parce qu’il fallait bien mettre quelques chose sur nos papiers d’identité.

Sephiroth secoua la tête et sourit.

- Je ne pense pas, non. Tu as été entraîné pour le combat depuis que tu es un bébé, Loz. Tu as été formé pour diriger des troupes d’élite. Comme Yazoo. Comme Kadaj. Tu as été entraîné pour marcher sur mes traces. Et, si ce qui se prépare est aussi terrible que semblent le penser Aerith, mère et Angeal, alors je vais avoir besoin de toi à mes côtés pour mener ce combat.

Loz sourit avec tristesse.

Oh, comme il aurait aimé, à la façon de ces dynasties de guerriers légendaires, dont Yazoo contait les aventures à Kadaj, être le digne héritier de son père ! Comme il aurait aimé se tenir fièrement à ses côtés sur un champ de bataille, face à l’ennemi ! Mais il savait bien que c’était impossible. Il n’était qu’une expérience décevante, un mauvais clone de son père, dont il n’avait pas un dixième de l’intelligence et du talent.

- Si tu savais comme j’aimerais être pour toi ce qu’à été Angeal ou Génesis… Ce que Nero a été pour Weiss au Deep Ground… Mais je sais bien que c’est impossible. Je ne… Je ne suis pas assez malin pour ça, je… Je suis incapable de penser une stratégie ou de mettre un plan au point. Je ferais tout rater, père. C’est Kadaj, qu’il te faut, pas moi, ajouta-t-il avec un profond désarroi. C’est lui, le cerveau, avoua-t-il malgré la douleur que cette vérité lui causait. Pas moi. Pas moi…

Sephiroth le saisit par la nuque et colla son front contre le sien pour le regarder droit dans les yeux.

- Kadaj et Yazoo sont du bois dont on fait les flèches, mon fils, murmura-t-il. Rapides, précis, élégants et discrets. Absolument parfaits. Des armes idéales, au fer délicat aiguisé comme un rasoir, inflexibles et mortelles. Mais des armes tributaires de l’impulsion d’une corde, de la souplesse d’un arc, de la distance à parcourir, de la dureté de la cible et de la force du vent. Toi et Weiss, en revanche, êtes taillés dans le bois dont on emmanche les haches. Votre apparence peut sembler brutale et grossière, vos possibilités limitées, mais vous tenez la lame mortelle soudée à vous comme la montagne à la terre. Et c’est sans hésitation qu’elle frappera et pourfendra la cible jusqu’à laquelle vous aurez décidé de la guider. Alors, d’après toi, mon fils, s’il est vrai que les soldats sont le fer de la guerre, à quel bois voudraient-ils être attachés pour les conduire à leur cible et remporter la victoire ? A celui d’une flèche, élégant, léger et précis ? Ou à celui d’une hache, robuste, inflexible et toujours solidaire, chevillé à eux quelle que soit la violence des coups ?

Loz, ébahi par ces paroles et la poitrine sur le point d’éclater d’émotion, s’écarta lentement sans cesser de fixer Sephiroth mais était encore trop touché par ce qu’il venait d’entendre pour parler.

- Yazoo ferait un turk parfait, reprit ce dernier. Il est malin, adroit, audacieux et sait cacher son jeu à la perfection. Kadaj, lui, est un jeune chien fou et fougueux, comme l’était Zack. Je suis sûr qu’il deviendra un jeune officier du WRO hors pair. Mais sur le terrain, à mes côtés, c’est de toi, dont j’ai besoin, Loz. D’un lieutenant dont la force n’a d’égal que la sincérité et la droiture. Un homme dont mes Soldats pourront admirer la puissance en sachant qu’il ne les sacrifiera jamais par intérêt personnel mal placé. Un chef en qui ils pourront avoir une confiance aveugle parce qu’il saura partager leur quotidien, comprendra leur langage et défendra leurs intérêts bec et ongles. Un mur solide sur lequel ils pourront s’appuyer. Parce que c’est dans ta nature, Loz. Parce que tu es comme ça. Comme Weiss. Comme Angeal…

- Père…

Un bruit dans le couloir leur fit redresser la tête. Comme si quelqu’un haletait violemment en rasant le mur.

***

Tifa referma le capot de la petite voiture et fit signe à Yuffie, qui mit le contact en faisant une prière silencieuse à tous les Dieux qu’elle connaissait.

Après deux essais infructueux, le moteur se mit enfin tousser puis, après une angoissante attente, à ronronner sans à-coups.

Marlène et Denzel poussèrent des cris de joie et Tifa soupira de soulagement.

- J’ai cru que je n’y arriverais jamais !

- Bravo, miss Lockheart ! la félicita Gretta à son tour.

- Ouais, n’empêche que si on avait appelé tonton Cid tout de suite après être tombés en panne, on ne serait pas restés ici pendant presque trois heures ! ne put s’empêcher de ronchonner Denzel.

Marlène lui lança un regard réfrigérant.

- Genre, on peut pas se débrouiller sans les garçons !

Gretta essaya de calmer un peu le jeu.

- Miss Wallace, Monsieur Lockheart, un peu de tenue, je vous prie. Agissez comme des gens civilisés et bien éduqués. Miss Lockheart et moi-même nous avons expliqué que la nuit avait été très longue pour beaucoup de monde, au manoir, et que nous devions laisser ces jeunes gens se reposer. Preuve est maintenant faite que nous pouvions nous débrouiller seuls. (Les enfants lui adressèrent un regard ironique) Certes… ce fut un peu plus long que prévu, ajouta-t-elle en toussotant. Mais c’est réparé, non ? C’est le principal.

Yuffie regarda sa montre.

- Presque 16h30. On a juste le temps d’arriver avant que les magasins ne ferment.

Denzel leva le sourcil, railleur.

- Si on avait pas été chercher vos confitures et vos charcuteries dans cette ferme perdue dans la cambrousse, en bah on…

- Si nous n’étions pas “allés”, le reprit Tifa.

- C’est qu’est-ce que j’ai dit ! Si on avait pas été là-bas, on aurait tombé en panne au village et puis on aurait réparé le tas de ferraille en moins de deux !

Sa mère adoptive roula des yeux, découragée.

- Eh bien tu nous les laisseras, les ” nos confitures ” et ” nos charcuteries “, le taquina Yuffie. Personne ne t’oblige à les manger, tu sais.

- Eh ! J’ai pas dit ça pour ça ! se récria le garçonnet, faisant rire ses compagnes.

- Allez, ça suffit, tout le monde en voiture ! J’ai hâte d’aller boire un chocolat chaud à la nouvelle taverne !

Tifa reprit le volant en direction de Nibelheim sans se douter un instant du cauchemar que les attendait…

***

- On dirait que quelqu’un est malade, nota Loz, prêt à bondir du lit nu comme il l’était.

Sephiroth lui fit signe de rester tranquille et alla ouvrir la porte pour voir Weiss, qui avançait en titubant vers l’escalier.

- Weiss ? Tout va bien ?

Celui-ci tourna vers lui un visage décomposé et le Soldat vit qu’il verdissait à vue d’œil.

- Je… Je ne… hoqueta le Tsviet en pressant sa main sur sa bouche.

Sephiroth ouvrit grand la porte de la chambre.

- Tout de suite à droite, fit-il en se plaquant contre le chambranle pour lui laisser la place de passer.

Assit sur le lit, Loz vit Weiss se précipiter dans les toilettes, où il l’entendit rendre le contenu de son estomac.

- Tu crois que c’est le mako, père ? demanda-t-il en bondissant sur le plancher pour s’engouffrer dans la salle de bains à la suite du tsviet, agenouillé au-dessus des toilettes et agité par de violents renvois.

- Possible, acquiesça le Soldat en passant une petite serviette sous l’eau fraîche avant de la tendre au jeune homme.

- Weiss, ça va mieux ? s’enquit celui-ci en lui donnant le linge, dont il s’essuya la bouche. Allonge-toi un peu, on va appeler Shalua et…

- Non ! Non, c’est… ce n’est pas la peine, assura Weiss en se relevant. Ca n’a rien à voir avec le traitement au mako.

Loz fronça les sourcils.

- Tu en es sûr ? Alors qu’est-ce que tu as ?

Le tsviet ouvrit la bouche pour répondre mais tiqua imperceptiblement en remarquant le regard de Sephiroth posé sur eux.

- Rien, c’est juste un malaise.

- Je vais voir Yazoo, annonça le Soldat, devinant que Weiss ne voulait pas parler en sa présence. Si ça ne va pas mieux dans un moment, appelez quand même Shalua, d’accord ?

Les jeunes gens acquiescèrent et il quitta la chambre en refermant doucement la porte.

- Il est parti, Weiss, murmura Loz. Qu’est-ce que tu ne voulais pas dire devant lui ?

Le tsviet se couvrit le visage de la serviette humide et s’adossa au mur, le long duquel il se laissa glisser jusqu’au sol.

- J’ai fait une connerie, Loz, gémit-il. Une énorme, une monumentale connerie…

L’argenté se saisit à son tour d’une serviette, qu’il drapa autour de ses reins, et s’accroupit à ses côtés.

- De quoi tu parles ? Qu’est-ce que tu as pu faire qui te rende malade comme ça ? Tu as bu ?

Weiss laissa échapper un ricanement douloureux.

- Si seulement !

- Alors quoi ? Weiss, tu m’inquiètes. Dis-moi ce qui se passe !

Le tsviet laissa tomber la serviette qui lui cachait le visage et Loz sentit sa gorge se serrer en voyant qu’il pleurait.

- Je… commença-t-il d’une voix étranglée. Loz, je crois que…

Il se tut, incapable de parler, étouffé par les sanglots qu’il essayait de ravaler, et l’argenté lui pressa le bras en signe d’encouragement.

- Weiss…

Ce dernier tourna franchement la tête vers lui et lui annonça, droit dans les yeux, avant de manquer de courage :

- Je crois que j’ai violé mon petit frère…

- Tu as… QUOI ?!

…à suivre.

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LXX - Entre père et loup

Que c’est dur à élever, un père !”

Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Sephiroth poussa la porte de la chambre de Kadaj sans faire de bruit et jeta un oeil à l’intérieur. Les rideaux étaient tirés, plongeant la pièce dans la pénombre, et le jeune homme dormait à poings fermés tout habillé sur l’édredon, Cait roulé en boule contre lui.

La petite Yuffie avait dû accompagner Tifa et Gretta en ville.

L’ex-cauchemar de la planète entra à pas de loup et referma la porte doucement derrière lui avant de s’approcher prudemment du grand lit.

Il s’assit et vit s’ouvrir les yeux de Cait. Blotti contre le ventre de Kadaj, le chat robotisé était prêt à défendre son jeune maître.

Sephiroth posa son index sur sa bouche.

“Chut…”

Le félin sourit et le Soldat s’assit sur le bord du matelas avec mille précautions.

Il observa le visage poupin du jeune homme un long moment et caressa ses doux cheveux de bébé en prenant bien garde à ne pas le réveiller. Il dut se faire violence pour ne pas le soulever par les épaules et presser le corps menu contre lui.

Depuis quand n’avait-il pas ressenti ce besoin de prendre quelqu’un dans ses bras ? Avait-il seulement déjà expérimenté cette envie irrépressible avant connaître l’existence de ses fils - de ses frères ?

Une ou deux fois, peut-être. Des années plus tôt. Mais ce n’était pas pareil…

Angeal… “

Mais un ami (ou un amant) n’était en rien comparable à son propre enfant, il s’en rendait bien compte, à présent. Sous ses doigts palpitait une chair tendre qui était une partie de lui. En elle battait un coeur qui emplissait le sien d’une affection presque douloureuse.

Quelle curieuse sensation que cet amour sans bornes que l’on voue d’instinct à ses enfants ou à ses frères… Quelle étrange impression que celle de se sentir comme un loup protégeant sa meute des dangers extérieurs !

L’image de son propre père dansa un instant devant ses yeux et la bile lui monta dans la gorge.

Hojo n’avait-il donc jamais ressenti cela ? N’avait-il donc jamais rien éprouvé pour son propre fils ? Comment était-ce possible ? Comment avait-il pu échapper à ce sentiment incontrôlable ? Son père était-il de la race de ces hommes qui abandonnaient froidement leur progéniture sans un regard en arrière ? Il fallait croire.

Par tous les démons de la planète, comment ces hommes y arrivaient-ils ? Avaient-ils donc des pierres à la place du coeur et du cerveau ? Depuis qu’il avait appris l’existence de ses fils, Sephiroth ne tenait plus en place et devait se faire violence pour ne pas les toucher à chaque occasion ou faire en sorte de les avoir sous les yeux en permanence ! Là encore, l’image d’un loup léchant ses petits, bien à l’abri dans sa tanière, lui vint à l’esprit. Et pourtant, ses ” louveteaux ” à lui étaient déjà de superbes mâles dominants aux instincts aiguisés et aux crocs mortellement puissants. Alors s’ils n’avaient encore été que des enfants sans défense… Sans doute les aurait-il étouffés par trop d’attention, dans tous les sens du terme.

S’il avait cru en leur existence, Sephiroth aurait remercié tous les Dieux de la planète de lui avoir épargné toute ressemblance avec son propre père - ou du moins, de cet aspect de sa personnalité.

Kadaj soupira dans son sommeil et bougea un peu la tête pour presser inconsciemment le front contre la cuisse de l’ex-Cauchemar, qui en ressentit un violent pincement de tendresse au creux de l’estomac.

Il desserra un peu la veste de cuir du garçon pour se donner une contenance devant le chat robotisé, qui l’observait toujours avec curiosité.

- Ne le laisse pas s’endormir tout habillé, la prochaine fois, chuchota-t-il tout doucement à l’oreille de Cait.

Ce dernier hocha sa petite tête velue et lui répondit sur le même ton :

- Pardonnez-moi, Général. Je ne pensais pas à mal.

Sephiroth le rassura d’une gratouille amicale et se pencha sur son fils pour effleurer son front de ses lèvres avant de se lever et de repartir à regret. S’il restait là une minute de plus, l’émotion l’étoufferait.

Une fois dans le couloir, il s’appuya dos à la porte qu’il venait de refermer et prit une profonde inspiration malgré sa gorge affreusement serrée. Comment pouvait-on ressentir autant d’émotion à la seule vue que quelqu’un ? Etait-ce cela que l’on appelait l’amour ? C’était terrifiant. Mais tellement agréable, en même temps…

Après s’être un peu repris, il poussa la porte voisine de celle de Kadaj, qu’il savait être la chambre de Tifa Lockheart, où Loz s’était installé un peu plus tôt avec le bébé.

La pièce était elle aussi plongée dans la pénombre mais une quantité suffisante de la pâle lumière de l’après-midi passait à travers l’entrebâillement des rideaux pour laisser voir un spectacle qui, s’il ne s’était pas retenue à temps, aurait fait pousser à Sephiroth une exclamation émue.

Le sommeil et l’épuisement avaient visiblement saisi Loz au sortir de la douche et celui-ci s’était endormi dans le grand lit, les cheveux humides et une serviette encore mouillée autour de ses reins étroits.

Mais ce qui avait tant touché Sephiroth n’était ni le physique sculptural irradiant de puissance de son aîné, qui aurait fait gonfler tout homme de fierté paternelle, ni l’adorable expression de petit garçon qu’il avait lorsqu’il dormait et qui donnait envie d’ébouriffer les courts cheveux de mercure. Du moins pas seulement… Non, ce qui avait noué une boule d’émotion dans la gorge du célèbre Soldat, c’était de voir la fragile créature qui dormait si paisiblement à plat ventre sur l’ample torse.

Les petits bras en croix, comme s’il nourrissait l’espoir fou d’arriver à faire le tour de la large poitrine, la bouche collée à un petit mamelon tendre qu’il tétait - et avec une délectation considérable, si l’on en croyait les bruits gourmands de succion - Kay s’était fait un lit douillet du corps athlétique de son père.

Retenant à grand peine un fou-rire, Sephiroth s’approcha du lit et se pencha pour caresser la joue rebondie du bébé.

- Est-ce que c’est aussi bon que ça en a l’air ? plaisanta-t-il en le voyant aspirer le petit téton avec voracité.

Mais, à en croire les petits tressaillement qui agitaient les lèvres de Loz lorsque le bébé tirait un peu trop brutalement sur la peau sensible, ce n’était pas aussi agréable pour tout le monde…

- Kay, tu fais mal à papa, bébé… chuchota-t-il en commençant à soulever le petit avec autant de douceur et de délicatesse que s’il manipulait de la nitroglycérine. Allez, viens avec moi.

La main du jeune homme, pourtant toujours endormi, réagit aussitôt et avec une telle rapidité que Sephiroth ne perçut même pas le geste avant de sentir les doigts vigoureux de se refermer sur son avant-bras.

Mais, comme si la main avait reconnu la chair familière au toucher, elle retomba cependant presque aussitôt et Loz se détendit à nouveau.

Si j’avais été un étranger, il m’aurait brisé le bras avant même d’ouvrir les yeux… “ nota Sephiroth, admiratif.

Etait-ce donc cela que l’on appelait ” l’instinct paternel ” ? Le sien était-il aussi développé que celui de son fils ?

J’espère que oui… “

Il prit le bébé dans ses bras et la bouche minuscule se détacha du mamelon adoré avec un petit ” chhplop ” comique qui amusa le Soldat.

Brutalement privé de sa proie favorite ainsi que de la chaleur et de l’odeur de son père, Kay frotta ses yeux et ouvrit la bouche, prêt à donner de la voix, mais Sephiroth le devança.

- Non, non, non, ne pleure pas, bébé, murmura-t-il. Regarde, je vais te montrer un truc…

Il s’assit sur le fauteuil qui trônait non loin du lit avec le nourrisson dans les bras et se saisit d’une menotte potelée pour guider un pouce minuscule jusqu’à la petite bouche.

Surpris, Kay ouvrit de grands yeux mako ensommeillés et observa son pouce sous toutes les coutures avec une moue boudeuse qui faisait ressortir sa lèvre inférieure - le portrait craché de son père !

Qu’est-ce que c’était que ce truc ? C’était à lui, ça ? Ah, oui. Bon, d’accord, ça n’avait pas aussi bon goût que le téton de papa mais bon… ce n’était pas mal non plus.

Il le glissa donc dans sa bouche et ferma à nouveau les yeux en se blottissant contre Sephiroth.

Celui-ci attendit qu’il s’endorme profondément avant de le coucher dans ce qui avait été le berceau de Rufus avec toutes les précautions nécessaires - comme Merill lui avait appris à le faire.

Kay accepta le changement sans difficulté et ne se réveilla même pas, continuant à téter goulûment son pouce.

- Bien joué.

Sephiroth tourna la tête vers Loz, qui observait la scène avec un sourire amusé.

- Désolé, je ne voulais pas te réveiller, s’excusa le soldat en s’asseyant sur le bord de la couche. Enlève ça et mets-toi sous la couette, tu vas attraper la mort, ajouta-t-il en dénouant la serviette humide qui ceignait les reins de son fils.

Ce dernier souleva les hanches pour lui permettre de retirer le linge mouillé et se glissa sous l’édredon moelleux en réprimant un bâillement.

- Je me suis effondré après ma douche… essaya-t-il de se justifier. Je ne me souviens même pas m’être endormi.

Il se mit sur le flanc pour faire face à Sephiroth et celui-ci tendit la main pour toucher le tatouage défraîchi sur le haut de son bras : ” J8 “.

Les images des vidéos de surveillance lui revinrent en mémoire et il sentit son estomac se serrer.

- Eh ? Ca va ? demanda Loz en voyant son expression s’assombrir. Tu devrais dormir un peu aussi. Tu as l’air fatigué.

L’ex-cauchemar sourit pour le rassurer et se laissa aller sur les oreillers pour s’appuyer sur son coude.

- Je ne peux pas dormir. Pas encore. J’ai trop de choses dans la tête…

- Tu veux… en parler ? demanda timidement le jeune homme. Je sais que je ne suis pas assez intelligent pour donner des conseils, ajouta-t-il en baissant les yeux, mais je peux écouter, tu sais.

Sephiroth sentit une émotion sans nom le prendre à la gorge et il lui saisit le visage à deux mains.

- Je t’interdis, Loz, tu m’entends… Je t’interdis de dire des choses pareilles.

Celui-ci le rassura d’un sourire.

- Ne t’en fais pas, ça ne me vexe pas. J’en ai pris mon parti depuis longtemps.

L’ex-cauchemar plongea son regard dans les yeux mako si semblables aux siens.

- Tu mens… chuchota-t-il. Raconte ça à qui tu voudras mais pas à moi. Ca te fait souffrir depuis toujours et à tort parce que, crois-moi, tu n’as rien d’un imbécile.

Loz sentit un trop plein d’émotion monter en lui et, comme c’était le cas à chaque fois que ça lui arrivait, celle-ci déborda entre ses paupières.

- Pardon… s’excusa-t-il en essayant de se dégager pour dissimuler ses larmes. Je… J’aurais tant aimé te ressembler davantage, père…

Sephiroth, au contraire, le serra contre lui avec force.

***

Incapable de dormir, Yazoo finit par quitter silencieusement le lit sans réveiller Reno et descendit dans la serre du manoir pour respirer le parfum des plantes rares et réfléchir calmement, allongé sur l’une des confortables chaises longues au pied des palmiers, bercé le gazouillis des dizaines de minuscules oiseaux exotiques qui volaient librement sous l’immense dôme de verre.

Cet endroit, que lui avait fait découvrir Marlène peur après leur première promenade à moto au mont Nibel, était un îlot de sérénité propice à la réflexion et une certaine forme de mélancolie qu’appréciait parfois l’argenté. Il se pencha pour respirer le parfum d’une rare orchidée et…

- Une fleur parmi les fleurs ! fit la voix de Genesis, le faisant sursauter.

Il se retourna, le cœur battant, et vit le soldat confortablement installé sur l’une des chaises longues où il comptait justement prendre place, un livre relié de cuir à la main - probablement l’un de ceux de la riche bibliothèque du manoir.

- Capitaine Rapshodos, salua le jeune homme.

- Pardon de t’avoir fait peur, s’excusa Genesis avec un sourire séducteur.

Yazoo secoua la tête, un peu honteux de s’être laissé surprendre.

- Non, c’est moi. J’étais perdu dans mes pensées. Je ne vous avais pas vu. Je vais vous laisser à votre lecture, pardon de vous avoir interrompu.

Le soldat éclata de rire, charmé.

- Ne t’excuse pas, au contraire. C’est une vision on ne peut plus gracieuse que celle d’une créature telle que toi au milieu de tant de beauté. Tu es ici à ta place. Bien plus que moi.

Yazoo se força à sourire aimablement par égard pour Sephiroth mais commençait sérieusement à trouver les envolées lyriques de Genesis de plus en plus pesantes et embarrassantes.

- C’est… gentil.

- Viens t’asseoir. Nous pourrions discuter un peu. As-tu déjà entendu parler de ” Loveless ” ? demanda le Banoran en brandissant le livre qu’il tenait à la main sans laisser à l’argenté le temps de décliner l’invitation.

…à suivre.

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Chers petits frères ! (Part 2/5)

***

Auteur : Shiva Rajah

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Yazoo poussa la porte de la chambre de son petit frère à la volée et, comme il l’avait espéré, Loz était penché sur la table à langer, en train de passer une lingette sur les fesses rebondies de Kadaj, qui piaillait de plaisir de se sentir enfin propre.

- Tadaaaa ! claironna-t-il en désignant son aîné à Tifa d’un grand geste théâtral. Le voilà !

Loz se pétrifia, blême de honte, les petits pieds de Kadaj dans une main, la lingette souillée dans l’autre, et Yazoo eut fort à faire pour ne pas éclater de rire tant la tête de son frère valait le coup d’œil.

Tifa, elle, s’était figée, les yeux écarquillés, le carton à pâtisserie qu’elle tenait se balançant doucement au bout de son solide ruban rose.

- Je… Je… bredouilla Loz.

- OHHHH ! C’EST TROP MIGNOOOONNN !!! s’écria soudain son amie, qui n’en croyait pas ses yeux.

Yazoo - qui attendait avec impatience le moment fatidique où son idiot de grand frère allait bredouiller un chapelet d’excuses stupides et avoir l’air plus idiot encore - fronça les sourcils et se tourna vers la jeune femme avec une moue.

- Hein ?

Mais Tifa ne faisait plus du tout attention à lui.

Elle laissa même échapper - signe évident que les choses ne se déroulaient pas du tout comme Yazoo l’avait espéré - le même genre de petit cri suraigu que poussaient les filles quand elles voyaient Sephiroth tondre la pelouse torse-nu dans le jardin.

- Qui t’a appris à t’occuper d’un bébé, Loz ?

Elle se précipita vers la table à langer pour regarder Kadaj avec ce que Yazoo appelait la ” méga tête de débile “. A savoir celle que faisaient généralement les adultes en présence de son petit frère.

Loz, plus qu’agréablement surpris par le revirement de situation, se rengorgea et haussa les épaules, un rien suffisant.

- Oh ! Quoi, ça ? fanfaronna-t-il en faisant sauter le pot de talc dans sa main comme l’aurait fait le barman d’une boîte branchée avec une bouteille d’alcool. C’est rien ! Ma mère a beaucoup de travail et, avec ces deux têtards, il faut bien un homme à la maison pour lui donner un coup de main ! ajouta-t-il en insistant un peu sur le mot “homme“.

Yazoo lui jeta un regard méprisant en faisant vibrer ses lèvres avec un bruit de ballon de baudruche que l’on dégonfle en pinçant l’embouchure.

Son aîné lui répondit par une œillade menaçante mais Tifa, les cils papillonnant d’admiration et des étoiles plein les yeux, ne remarqua rien.

- Dis-donc, Yazoo ! gronda Loz pour faire bonne mesure. Je ne t’ai pas demandé de m’apporter un paquet de couches de la remise ?

Le garçon se renfrogna et croisa les bras, vexé de se faire rabaisser ainsi devant Tifa. Il tenta même de faire de la résistance.

Pas longtemps…

- Tu préfères que j’utilise ton t-shirt, crapouillard ? demanda son frère en se penchant sur lui pour faire mine de le déshabiller.

Sachant qu’il était tout à fait capable de mettre ses menaces à exécution, Yazoo s’enfuit littéralement de la chambre sous les rires amusés de son frère et de Tifa.

Quelle humiliation !

Mais ça se paierait tôt au tard, ça, parole de Yazoo ! Comment, il ne le savait pas encore mais il trouverait !

Dans la chambre de Kadaj, Tifa se pencha sur le bébé pour lui faire des papouilles et lui chatouiller le ventre mais Loz lui conseilla de reculer.

- J’éviterais de faire ça, si j’étais toi.

La jeune femme leva un sourcil.

- Ah ? Pourquoi ?

- Bah… Kadaj est du genre à t’asperger au moment où t’y attends le moins, si tu vois ce que je veux dire.

Mais force était de constater, si l’on en croyait l’expression de la jeune fille, qu’elle ne comprenait pas du tout à quoi il faisait allusion.

- Si tu t’approches de trop et qu’il se lâche… essaya d’expliquer laborieusement Loz en rougissant.

Elle plissa le nez.

- Tu as peur qu’il me vomisse dessus ?

Le garçon grimpa d’un ton dans les pourpres.

- Il veut dire que si tu restes dans sa ligne de mire tant qu’il n’a pas sa couche, il va t’arroser au museau, baby ! railla la voix de Reno depuis la porte. Yo, potes ! salua-t-il en entrant dans la pièce.

Tifa rougit à son tour, comprenant enfin de quoi il retournait.

- Oh ! Ca !

- Super élégant, Reno, merci… grommela Loz.

La jeune fille pouffa et Reno, comme à son habitude, en rajouta encore pour faire bonne mesure.

- Attends, Tifa tu sais pas à qui t’as affaire, là… fit-il en désignant le bébé comme un organisateur de match de catch le ferait avec son meilleur poulain. C’est bébé Kadaj ! En chair et en os ! Le recordbaby du jet de pisse en longueur !

- Reno ! le tança Tifa en pouffant malgré elle.

- Sérieux. Record à battre : de la table à langer à l’humidificateur en un seul jet ! claironna le rouquin avec emphase en montrant la trajectoire d’un ample mouvement du bras.

- Reno ! intervint Loz à son tour en se tenant les côtes.

- Et si les cheveux de Cloud n’avaient pas ralenti l’impulsion du lancer à mi-course… je suis sûre qu’il aurait atteint la porte ! conclut Reno d’un ton tragique, faisant redoubler l’hilarité de ses camarades. Ce jour maudit, par la faute d’une coquetterie capillaire qui voulut défier les lois de la pesanteur, nous sommes passés à côté d’un moment historique ! La dure loi du sport…

- Reno, arrête, merde ! supplia Loz, à bout de souffle à force de rire.

Kadaj, les voyant tous aussi joyeux entra dans la partie, ce qui décupla l’hilarité générale.

Ce fut le moment que choisit Weiss pour arriver à son tour, la menotte de son frère Nero fermement cramponnée - comme à son habitude - à la jambe de son pantalon. A première vue, la tenue de l’adolescent laissait supposer qu’il sortait d’une salle d’entrainement d’arts martiaux sans avoir pris la peine de sa changer mais, comme disait Reno : “quiconque a eu un Nero suspendu à son futal comprend très vite la nécessité de porter une ceinture de judo nouée à double tour sur son pantalon de survet !”

- A peine arrivé et déjà en train de faire le pitre, poil de carotte ?

- Eh ! Yo, man ! T’as pensé au jeu dont je t’ai parlé ?

Son ami brandit une clé mémoire.

- Evidemment.

- Woah ! Cool !

Weiss désigna Kadaj du menton avec fit un clin d’oeil à Loz.

- Alors ? On a fini la vidange et on astique la carrosserie ?

- Si tu veux prendre ma place… proposa l’argenté avec un sourire narquois.

Son ami secoua la tête et désigna son petite frère, accroché à son pantalon.

- Merci mais j’ai déjà donné ! Pour rien au monde je ne veux revivre ça.

Reno se tapa les cuisses.

- Ah ! Ah ! Ah ! Tu m’étonnes !

Nero adressa à son aîné un regard accablé.

- Pourquoi tu dis ça ? demanda-t-il avec une petit moue chagrine en tirant sur la jambe de son pantalon. Tu m’aimais pas, quand j’étais bébé ?

Weiss leva les yeux au ciel et lui ébouriffa les cheveux.

- Mais si.

- C’est plutôt tes couches “radioactives” que ton frère avait du mal à apprécier, morpion ! lança Reno.

Ils éclatèrent de rire et le garçonnet se renfrogna.

- J’suis pas un morpion !

- Pourtant, question adhérence… ricana Reno.

- Maiss euh ! Weiss ! Il rigole de moi !

Les rires redoublèrent.

- Ne les écoute pas, Nero, ils sont bêtes ! le rassura Tifa en lui tendant les bras. Viens me faire un câlin.

Il ne se le fit pas dire deux fois et la jeune fille le souleva de terre pour l’asseoir à cheval sur sa hanche.

Nero était si petit, pour un enfant de six ans, que l’on aurait eu peine à lui en donner plus de quatre. Tout menu, il ne pesait pas plus lourd qu’une plume et Tifa pouvait faire le tour de son petit bras avec son pouce et son index.

- Alors, il paraît tu as cassé les pieds de ton frère tout l’après-midi ?

Le garçonnet secoua frénétiquement la tête avec une moue enfantine, ce qui eut pour effet d’auréoler ses longs cheveux noirs (qu’il refusait obstinément de couper “pour avoir les mêmes que Weiss“) d’une sorte de brume ténébreuse.

- C’est pas vrai ! C’est lui casse mes miens de pieds !

Tifa pouffa.

- Tiens donc !

- Vaut mieux entendre ça que d’être sourd ! railla Weiss. Monsieur pleurniche tout l’après-midi, refuse de faire sa sieste et c’est moi qui lui brise les noix !

- Et pourquoi que quand c’est toi qu’es fatigué, c’est toujours moi que j’dois aller dormir, d’abord ? se récria Nero de sa petite voix flûtée, faisant s’esclaffer tout l’auditoire de plus belle.

- Un point pour le grumeau ! gloussa Reno.

- Il est où, Yazoo ? demanda encore le garçonnet quant les rires se furent un peu calmés.

Loz regarda sa montre.

- C’est vrai ça, il en met du temps, en bas, qu’est-ce qu’il fabrique ?

- Bouge pas, j’y vais ! proposa Reno. Je préfère éviter de rester dans la visée du sniper fou tant qu’il n’a pas sa couche ! ajouta le rouquin avec un clin d’oeil, faisant rire ses camarades de plus belle.

***

Dans la remise, Yazoo avait totalement oublié pourquoi il était là.

Bien qu’on lui ait ordonné à de multiples reprises d’utiliser l’escabeau lorsqu’il voulait attraper quelque chose sur les étagères du haut - et qu’on lui ait formellement interdit d’y grimper comme un singe - Yazoo était un vrai casse-cou et n’en faisait qu’à sa tête.

Et, bien sûr, ce qui devait fatalement arriver arriva : un rayonnage avait fini par céder.

Heureusement pour le garçonnet, les cartons qui lui étaient tombés dessus ne contenaient que des décorations d’anniversaire et des guirlandes en papier.

Il savait que cela allait lui valoir une bonne punition mais, pour l’heure, quelque chose de beaucoup plus intéressant occupait ses pensées et accaparait son attention : l’étrange coffre en bois sculpté qui était apparu derrière le mur de cartons qu’il avait fait tomber.

Hélas, il était tout au fond, contre le mur, sous un tas de boîtes scellées avec le logo de la Shinra.

- Woah… C’est quoi, ce truc ?

Il se dégagea des cartons qui lui étaient tombés dessus et essaya d’atteindre le coffre en se faufilant entre deux packs d’eau minérale.

-Qu’est-ce que tu fabriques ? Ton frère attends toujours le paquet de… C’est quoi, ce bazar ? C’est toi qui as fichu cette pagaille ?

Yazoo, à quatre pattes par terre, tourna la tête et, avec soulagement, reconnut Reno.

- L’étagère s’est cassée.

- T’as encore joué les acrobates, c’est ça ?

- C’était un accident.

Le rouquin ricana.

- Ouais, bien sûr ! Et toi, tu es la petite fée de la remise. Et moi, le roi des gnomes !

Le garçonnet haussa les épaules avec dédain et se permit même de lui faire une grimace, à laquelle Reno, nullement vexé, répondit en tirant la langue.

Si ça avait été Weiss ou Cloud, Yazoo aurait été bon pour une fessée et un aller simple par la peau du cou en direction de sa chambre avec une fastidieuse leçon de morale. A croire que ces deux-là n’avaient jamais été petits et n’avaient jamais fait de bêtises !

Ce que les ” grands ” pouvaient être barbants, des fois, franchement !

- Reno, tu m’aides à sortir la boîte, là ?

Ce dernier s’accroupit pour voir ce que lui montrait le garçon.

Il s’agissait d’un coffre sculpté aux poignées ornementées qui devait bien mesurer dans les trente centimètres de haut sur autant de large et peser son poids de bois massif.

- C’est quoi, ce truc ? On dirait que c’est drôlement vieux.

- S’il te plaît… supplia Yazoo avec une petite voix larmoyante et un regard de chiot battu sous sa frange en bataille qui faisait toujours craquer Sephiroth.

Mais Reno n’était pas Sephiroth et il éclata de rire.

- T’as l’air d’un cocker à qui on a volé ses croquettes ! Ah ! Ah ! C’est bon, arrête de faire cette tête, tu vas rester coincé ! Et après, tu seras tellement moche qu’on devra te mettre dans le jardin pour chasser les corbeaux. Pousse-toi.

Un peu vexé tout de même, Yazoo lui laissa la place et le rouquin entreprit de tirer doucement le coffre vers lui sans faire tomber ce qui se trouvait au-dessus.

- Fais attention, intervint le garçonnet. Plus à gauche. Oui, t’y est presque. Encore un peu. Attention ! Tiens la boite blanche ! Fais gaffe, ça va tomb…

- Eh ! Moi, je veux bien t’aider mais, si c’est pour me les briser, tu te débrouilles tout seul, d’accord ?

- Je me tais ! Je me tais !

Yazoo pressa ses deux mains sur sa bouche en signe de bonne volonté et recula.

Au bout d’un petit moment, Reno réussit à décoincer le coffre et à le tirer vers lui sans rien casser ou faire tomber, les boites prenant la place laissée vide à la façon d’un jeu de cubes.

- Et voilà ! T’as vu le pro ? C’est pas beau, ça ? Bah dis donc, c’est une antiquité, ce machin. T’es sûr que ta mère serait d’accord pour tu fouilles là-dedans ? C’était drôlement bien planqué, quand même.

Yazoo haussa les épaules.

- Les choses qu’on a pas le droit de toucher, c’est dans une pièce du grenier fermé à clé et dans le labo de maman. Ici, elle nous a jamais dit de pas prendre des trucs.

Reno se mordilla la lèvre.

C’est vrai que si Jenova avait voulu mettre quelque chose hors de portée de ses enfants, elle ne l’aurait pas rangé dans la remise…

- O.K. T’es chez toi, après tout. Tu dois savoir ce que tu fais. Tiens.

Yazoo repoussa les toiles d’araignée qui recouvraient le coffre et le fermoir crissa en cédant. Son jean et son T-shirt étaient couverts de poussière mais il n’y prêta pas attention. Depuis qu’il était en âge de marcher, il passait des heures à déterrer ce qu’il considérait comme de véritables trésors dans la remise, le grenier ou le garage et, à presque neuf ans, il n’avait pas perdu une once de ce plaisir.

Il plongea les mains dans le coffre et extirpa, avec mille précautions, ce qui semblait être une vieille robe bleu pâle.

- Ca devait être à maman !

Reno se pencha à son tour sur le contenu mystérieux, curieux.

- C’est quoi ce truc, avec l’écriture bizarre ? demanda-t-il en désignant ce qui ressemblait à une planche de bois recouverte de symboles et de lettres incompréhensibles.

Yazoo extirpa la planche, et le petit triangle d’ivoire qui semblait l’accompagner, du fouillis de vieilles fripes.

- C’est quoi, comme langue ?

Ils regardèrent l’objet en silence.

- Il faudrait demander à Aerith mais je suis presque sûr que c’est de l’ancien cetra. J’ai vu quelque chose dans le genre dans un film, une fois, dit Reno, je crois que permet de communiquer avec les esprits.

Yazoo écarquilla les yeux, fasciné

- Sérieux ?

- Enfin, ça permet… ” en théorie “. Va pas t’imaginer des trucs. Ce n’est qu’un jeu.

- Ca pourrait être drôle d’essayer, risqua le garçonnet.

Reno haussa les épaules.

- Il faudrait le montrer à Aerith. Si ça se trouve, c’est pas ça du tout.

Le garçonnet se redressa, l’objet dans les mains.

- Alors viens, on va lui montrer ! Elle a dû arriver !

Il voulut filer, son trésor sous le bras, mais le rouquin le retint par la ceinture de son pantalon.

- Eh, là ! Minute, grumeau ! T’oublies rien ?

Yazoo haussa les sourcils et se débattit.

- Quoi ? Lâche-moi !

- Ton frère attend quelque chose, il me semble !

Le garçonnet cessa de s’agiter et ses épaules tombèrent de dix bons centimètres.

- Rah ! J’avais oublié le nabot bouffeur de purée…

- Oui, bah le nabot bouffeur de purée, il a cul à l’air depuis un moment grâce à toi. Et s’il arrose le papier peint, devine qui Loz va attraper pour faire le ménage… le menaça Reno en riant.

Yazoo lui confia son ” trésor ” et revint sur ses pas en traînant des pieds.

- J’en ai marre de cette famille…

Le rouquin éclata de rire.

- C’est ça ! persifla-t-il. Tous des bourreaux et toi, t’es un ange. On connait la chanson. Allez, hop, hop ! Un paquet de couches et que ça saute, moussaillon !

- Je vais lui faire manger, ses fichues couches…

- Et utilise ce satané escabeau !

à suivre

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LXIX - Je t’ai tout donné

“Le dévouement d’un homme va souvent plus loin que lui.”

J.-L. Richard

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Weiss s’assit sur le bord du lit et chassa une longue mèche brune du front de son frère.

Du dos de son index, il caressa le haut d’une pommettes et le petit menton pointu - les rares parties du visage de Nero que le masque de contention laissait à découvert.

Au moins, on ne lui avait pas assujetti les bras ou lié les mains…

Comme Shelke l’avait dit, son cadet remuait beaucoup. Il ne cessait de changer de position avec des petits soupirs comblés, s’étalant de tout son long en travers du grand lit, comme s’il essayait toutes les positions possibles les unes après les autres avec une délectation qui frôlait l’extase.

Weiss comprit parfaitement les raisons de ce curieux comportement et un gros pincement attendri lui serra le cœur.

Son frère n’avait pas pu dormir sur le dos depuis des années… Ni dans un vrai lit.

Impossible en effet pour lui de s’étendre sur l’une des couchettes qui servaient de lit aux soldats du Deepground car, lorsqu’il laissait pendre ses ailes à l’extérieur, leur poids l’entraînait fatalement vers le sol. Et s’il se mettait dos au mur, il n’avait plus de place pour s’allonger.

Nero en était donc réduit à reposer à même le sol. Sur le ventre, bien entendu, ses implants dorsaux déployés autour de lui pour répartir le poids au maximum, ce qui n’empêchait cependant pas les impitoyables tiraillements qui malmenaient ses muscles et sa frêle ossature pour ainsi dire en permanence.

Au début, il avait bien essayé de dormir sur le côté mais, devant rester en appui sur la hanche, des contusions s’étaient très vite formées autour de l’os iliaque, provoquant des douleurs articulaires cuisantes qui l’empêchaient presque de marcher normalement le lendemain.

Et s’il n’y avait eu que les ailes !

Ses bras étaient immobilisés pour ainsi dire vingt-quatre heures sur vingt-quatre, croisés sur sa poitrine, ce qui, pour dormir sur le ventre était aussi confortable que de reposer sur un tapis de galets !

Quant aux vêtements de contention qu’il devait porter, y compris la nuit, ils étaient si serrés que Nero ne pouvait jamais gonfler totalement ses poumons ni même s’asseoir ou ramener un peu les genoux vers lui sans s’écraser l’entrejambe.

Quiconque avait pu voir le jeune homme vêtu de sa combinaison aurait pourtant douté qu’il y eut quoi que ce soit de sensible à cet endroit tant son bas-ventre était comprimé et paraissait plat !

Hélas - et combien Nero le regretta ! - la zone sus-dite correspondait bien à son état civil. Avant de se réveiller en sursaut plusieurs fois par nuit en jurant comme un corps de garde, il n’avait cependant jamais vraiment réalisé que cette partie de son anatomie - comme celle de tous les hommes bien portants de la planète - se mettait en marche cinq ou six fois par nuit pour d’obscures nécessités vasculaires et neurologiques…

En fait, depuis qu’on lui avait implanté ces satanées ailes de métal et qu’on l’avait engoncé dans son horrible combinaison, Nero n’avait jamais pu fermer l’oeil plus de deux heures d’affiliée sans être réveillé par toutes sortes de tiraillements, spasmes, courbatures, crampes et douleurs diverses.

Sans compter les mois passés enchaîné à deux mètres du sol dans les sous-sols du Deepground…

Weiss posa prudemment la main à plat sur la poitrine de son frère pour sentir les côtés s’ouvrir et se refermer au rythme de sa respiration et sourit. Voilà longtemps qu’il ne l’avait pas senti aussi détendu.

Cela étant, s’il gigotait ainsi depuis un moment déjà, il y avait fort à parier que les pansements n’avaient pas dû résister au frottement des draps et l’ancien chef des Tviets commença à s’inquiéter pour ses points de suture.

Non sans émotion, Weiss rabattit l’édredon sur le mince corps nu, et dût prendre sur lui pour ne pas le soulever du lit et le serrer à l’écraser.

Cela ne faisait-il pas presque quatre ans qu’il n’avait pas pu étreindre son petit frère et le garder contre lui plus de quelques minutes ?

La dernière fois, c’était lorsque Vincent avait combattu Hojo, dans les entrailles du réacteur Zéro. Et encore cela n’avait-il duré que quelques secondes. Quelques précieux instants durant lesquels il avait pu sentir le petit visage fantomatique contre sa poitrine nue. Ensuite, ce fut le corps de Genesis qui servit d’enveloppe à Nero durant plusieurs mois.

Oui, si l’on additionnait les trois années qui avaient suivi sa révolte contre les Restrictors et celle écoulée, cela faisait bel et bien quatre ans qu’il n’avait pu prendre son frère dans ses bras, réalisa Weiss avec effroi.

Il se pencha pour enfouir son visage dans la noire chevelure de Nero et la nostalgie lui serra la gorge.

Malgré les années, son frère avait toujours cette odeur de petit garçon, la même que celle qu’il avait lorsqu’il venait se pelotonner la nuit dans son lit, à l’Académie.

A regret, il se redressa.

Le sparadrap de l’un des pansements commençait à se détacher et il voulut le décoller complètement pour le remettre en place.

- Weiss… gémit Nero d’une voix ensommeillée. Mon frère bien aimé…

Weiss referma doucement les mains sur l’épaule et la hanche frêles pour le faire pivoter sur le ventre aussi doucement que possible - et ne pas le sortir trop brutalement de sa torpeur.

- Désolé, petit frère, tu dois te mettre sur le ventre un instant. Je me dépêche, promis.

Bien qu’il soit toujours dans état semi-comateux, Nero réagit aussitôt à ces mots et son aîné sentit muscles et tendons se tendre sous ses paumes.

Le jeune homme tira fébrilement les draps pour couvrir ses fesses et le bas de son ventre en un geste inconscient de protection et repoussa la main de Weiss qui s’était refermée sur sa hanche.

- Weiss, non… supplia-t-il dans un état second. Deux frères ne doivent pas… faire ça…

Le sang de Weiss se congela dans ses veines et il resta un moment pétrifié à la tête du lit.

- Qu’est-ce que tu… Non mais ça va pas !

Il saisit Nero par les épaules pour le réveiller et ce dernier poussa un petit cri en se recroquevillant dans le lit.

- Ne m’oblige pas encore à faire ça… Weiss… sanglota-t-il, figeant son aîné. S’il te plait… S’il te plait…

Le coeur au bord des lèvres, Weiss recula, en état de choc et incapable de quitter son frère semi-comateux du regard. Ce ne fut que lorsque le dos de ses cuisses butèrent sur la commode qu’il se rendit compte qu’il avait traversé toute la pièce à reculons.

Il s’agrippa au bord du meuble avec une telle force que le bois craqua.

Pourquoi son frère réagissait-il de la sorte ? Quand lui avait-il jamais laissé croire que l’amour qu’il avait pour lui pouvait être autre que fraternel ?

L’évidence le frappa alors comme un coup de poing.

Ses jambes le trahirent et il tomba à genoux.

- Hojo… bredouilla-t-il d’une voix à peine audible.

“Qu’est-ce que tu as fait à mon frère lorsque tu m’as volé mon corps, salopard ? Gaia toute puissante ! Qu’est-ce que tu l’as obligé à faire, sale pervers…”

***

“Personne n’a été blessé au moins ?” s’enquit la voix de Rufus, dans l’oreillette du portable de celui qui n’était plus Tseng.

- Non, monsieur. Mais j’ai préféré confier l’appareil aux ingénieurs de l’aérodrome par sécurité. Vous me voyez désolé pour ce retard.

“Non, tu as bien fait, Tseng. S’il vous arrivait quelque chose à cause d’un banal incident mécanique durant le vol, je ne me le pardonnerait pas.”

Elena, allongée sur le sol aux côtés du pilote mort, commença à reprendre conscience et “Tseng” l’assomma à nouveau d’un violent coup de pied à la tête.

- Si tout se passe bien et que le temps le permet, nous devrions pouvoir être à Nibelheim demain soir, monsieur.

“Bien. A demain, dans ce cas. N’hésite pas à me rappeler si vous rencontrez le moindre souci.”

- Je n’y manquerai pas, Monsieur.

Il raccrocha et fouilla dans le fourbi à disposition dans le jet. Il ne tarda pas à trouver une combinaison de ski et du matériel de montagne.

S’il y avait une chose qu’il fallait reconnaître aux turks, c’était leur sens de l’organisation et leur aptitude à anticiper les problèmes qui pouvaient se présenter au cours d’une mission.

Il enfila la combinaison de ski par-dessus son costume, compléta sa tenue de chaussures adéquates et choisit l’un des deux surfs des neiges à poussée électrostatique fixés par des sangles au mur de la soute.

Une fois équipé, il ouvrit la porte de l’appareil et jeta un oeil à l’extérieur. La neige ne tombait plus sur les hauteurs de la chaîne du mont Nibel et le ciel était clair. Il serait à Corel avant la tombée de la nuit et pourrait se servir de l’identité de Tseng pour récupérer un jet ou un hélicoptère.

Mais avant cela, il lui restait quelque chose à faire…

Après avoir jeté un regard autour de lui, il se saisit de la première chose un peu lourde qui lui tomba sous la main (une bouteille de brandy) et l’abattit de toutes ses forces sur la tête d’Elena, toujours inconsciente, lui fracturant le crâne. Cela fait, il jeta la bouteille rougie dehors, loin de la carcasse du jet.

Ensuite, il s’entailla la main, prit soin de laisser des traces ensanglantées un peu partout dans l’appareil et sortit en prenant bien garde de laisser la porte grande ouverte.

Si, par malchance, on retrouvait le cadavre de la jeune femme et celui du pilote avant qu’il n’ait atteint Edge, on penserait de prime abord qu’ils étaient morts dans l’accident, lors de l’impact, et que lui, bien que blessé, avait miraculeusement survécu et quitté les lieux.

Le temps que les deux cadavres décongèlent pour qu’on puisse les autopsier et celui que perdraient les turks à chercher leur chef blessé lui en laisserait suffisamment à lui pour se mettre à l’abri et poursuivre son oeuvre macabre - diabolique, diraient certains…

***

- Tu as été odieux !

Reno ricana.

- Oh ! Arrête… Ne me dis pas que tu apprécies ses ronds de jambe !

- La question n’est pas là, Reno !

Le turk croisa les bras sur sa poitrine et le dévisagea un petit moment.

L’argenté, gêné par l’examen silencieux, détourna le regard, les joues en feu.

- C’est pas vrai… persifla Reno avec dédain.

- Quoi ?

- Rien ! Rien du tout.

Il retira sa veste avec des gestes brusques et la jeta sur le lit.

Yazoo fronça les sourcils.

- Je vois bien que si. Qu’est-ce qui se passe ?

Son compagnon planta son regard aigue-marine dans les yeux mako et grinça des dents avec un sourire acerbe.

- Ce type t’a fait du rentre-dedans pendant près d’une demi-heure, merde ! Et devant moi, en plus ! (L’argenté hoqueta, comprit où se situait le problème et se mordit les lèvres.) Et, toi, ça te fait rire…

Il tourna les talons en direction de la salle de bains, rageur.

Yazoo lui emboîta le pas.

- Non… Reno, attends ! (Il le rattrapa et l’enlaça par derrière.) Tu es… jaloux ? demanda-t-il en se retenant à grand peine de rire.

- C’est ça ! Fous-toi de ma gueule, ça va arranger les choses !

Le turk se dégagea avec une certaine brusquerie et fit couler l’eau de la douche.

- Tu es ridicule, Reno… murmura l’argenté avec un sourire doux en tendant la main pour enrouler autour de ses doigts sa queue de cheval rousse.

Il tira un peu pour l’obliger à revenir vers lui et l’enlaça à nouveau en déposant de petits baisers au creux du cou.

- Genesis est quelqu’un d’impulsif, Yazoo, murmura Reno, un peu apaisé. C’est un homme irréfléchi, prétentieux et excessif.

Le sourire de Yazoo se fit rassurant mais aussi ému.

- Tu es adorable quand tu es jaloux…

Le turk voulut rétorquer mais il le fit taire d’un baiser.

- Je t’aime Reno… murmura-t-il tout contre sa bouche. Tu n’as absolument rien à craindre de cet homme.

- Ce n’est pas pour moi, que je m’inquiète, Yazoo baby. Je n’ai pas aimé ce que j’ai vu dans ses yeux lorsqu’il te regardait.

L’argenté déboutonna un à un les boutons de la chemise de Reno avec une moue coquine et la fit sensuellement glisser sur ses épaules.

- Alors regarde plutôt dans les miens…

***

- Des problèmes avec l’ordinateur de l’avion ? s’étonna Vincent, qui sirotait un vieux cognac en compagnie de Rufus.

- Oui, l’informatique embarquée a fait des siennes mais Tseng m’a assuré qu’ils seraient probablement là demain soir.

L’ex-turk hocha la tête, pensif, et posa son verre vide sur le bureau massif avant de se lever, en feignant de pas remarquer que, comme à chaque fois qu’il en avait l’occasion, le jeune président le détaillait de pied en cape avec un regard qui en disait long.

- Vous devriez vous offrir le luxe d’une sieste vous-aussi, Rufus. Quelque chose me dit que les jours qui viennent ne…

Il n’eut pas l’occasion de finir sa phrase.

Avant qu’il ne réalise se qui se passait, Rufus avant franchi la distance qui les séparait et l’avait brusquement saisi à bras le corps pour presser ses lèvres sur les siennes.

Vincent se raidit mais ne fit pas un geste pour le repousser, se contentant de garder la bouche furieusement close en attendant simplement qu’il reprenne ses esprits.

Le jeune président, sentant l’ex-turk de glace entre ses mains, le lâcha et recula d’un pas, penaud.

Vincent le regardait droit dans les yeux avec un visage de marbre et ce regard purpurin sans expression aucune - qu’il s’agisse de surprise ou de dégoût - était plus acerbe que la pire des imprécations.

- Je… Je suis désolé, s’excusa Rufus en se détournant, le rouge au front.

- Je me doutais que vous alliez finir par commettre ce genre d’impair, fit Vincent d’une voix blanche.

- Pardonnez-moi, Vincent, je ne…

- N’en parlons plus, le coupa ce dernier. Mais maîtrisez-vous, à l’avenir. Croyez bien que suis flatté mais ce genre de… “d’expérience” ne me tente pas et ne m’a jamais tenté.

Rufus se passa la main dans les cheveux, atrocement mal à l’aise.

- Je me sens ridicule, je ne sais pas quoi dire. La pression de ces derniers jour à dû…

- La pression n’y est pour rien et vous le savez parfaitement.

- Vincent, je…

- Je sais très bien ce que vous ressentez, Rufus. Je serais même tenté de vous dire que personne ne sait mieux que moi ce qu’aimer en secret signifie. Mais vous n’arriverez à rien avec moi. Ni maintenant, ni jamais.

Le jeune président sentit sa gorge se serrer.

- Je ne vous savais pas aussi cynique, monsieur Valentine…

- Ce n’est pas du cynisme. Mais, à mon âge, on sait qu’il est préférable mettre les choses au clair plutôt que de risquer de les laisser encore s’envenimer.

- Je… Je comprends.

Vincent se dirigea vers la porte et marqua un arrêt.

- Je n’aurais pas dû fermer les yeux en me disant que vos sentiments s’étioleraient d’eux-mêmes. Je suis désolé, Rufus.

Il quitta le bureau et le jeune président se laissa tomber lourdement dans son fauteuil.

- Tu n’es qu’un idiot, Rufus… s’admonesta-t-il en se resservant un verre de cognac, qu’il vida d’un trait malgré sa gorge serrée. Un pauvre idiot.

…à suivre

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Chers petits frères ! (Part 1/5)

***

Auteur : Shiva Rajah

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Loz passa en revue les derniers t-shirts de sa garde-robe.

Pas assez moulant… Trop gamin… Trop large… Manches trop longues… Trop vieux… Celui-là, elle m’a déjà vu avec… Non… Celui-là non plus… Celui-là ! “

- Loz, je dois aller au labo ! Tu gardes le bébé !

L’ordre de Jenova résonna dans l’escalier et tomba comme une sentence sur l’adolescent, qui poussa un gémissement déchirant.

Les deux t-shirts qu’il avait mis la moitié de la matinée à choisir lui tombèrent des mains.

- Oh, nooon !

Yazoo, assis son lit en train de lire une bande dessinée de ” Super Soldat “, laissa échapper un petit rire malicieux.

- Pas de ” bisou-bisou ” avec Tifa aujourd’hui ! railla-t-il en tendant une bouche en cul de poule à son aîné.

Celui-ci fit mine de lui jeter l’un des petits haltères avec lesquels il s’entraînait dès qu’il en avait l’occasion et le garçonnet, vif comme un serpent, sauta du lit en ricanant.

- Si tu me tapes, je le dis à maman !

- Sale petit morv…

- Et tu vérifies bien que Yazoo ne jette pas son dîner à la poubelle ! Je t’ai tout laissé dans four, tu n’as plus n’as plus qu’à réchauffer !

- Mais mamaaan ! plaida encore l’adolescent. Je devais aller au cinéma avec mes amis ! T’avais dit oui !

Yazoo fouilla dans la commode, mit deux paires de chaussettes de ski sous son t-shirt pour imiter une grosse paire de seins et se pavana devant son grand frère en faisant toutes sortes de simagrées pour le faire enrager.

- Je suis désolé, mon chéri, s’excusa Jenova. On a vraiment besoin de moi !

- Et Sephiroth, alors ? Pourquoi c’est jamais lui qui se coltine les nabots ?

Un ravissant minois à la longue chevelure de platine et aux jolies prunelles carmin passa par l’entrebâillement de la porte de la chambre des garçons et lui fit un clin d’œil espiègle.

- Parce que ton grand frère s’est déjà “coltiné” un “nabot” appelé Loz il n’y a pas si longtemps ! Et qu’il ne revient pas avant demain soir, de toute façon. J’ai droit à un bisou avant de partir ?

Yazoo se précipita pour embrasser sa mère avec enthousiasme.

- Tu reviens quand ?

- Ce soir, j’espère. Mais… qu’est-ce que t’es mis là, toi ? demanda la jeune femme en tâtant les deux grosses bosses moelleuses qui gonflaient le t-shirt de son fils.

Le garçon bomba le torse pour faire ressortir sa poitrine d’emprunt et fit mine de jouer avec ses longs cheveux en roulant des hanches.

- Je m’appelle Tifaaa et je veux aller au cinéma avec mon Loooz chéri ! singea-t-il d’une voix aiguë, faisant rire sa mère.

Loz s’empourpra violemment.

- Arrête !

Mais, encouragé par l’hilarité de Jenova, Yazoo en rajouta et fit rouler ses faux seins sous ses mains.

- Eh ! le rabroua la jeune femme en lui retirant les chaussettes. Ca suffit, tu deviens vulgaire. (Elle considéra les deux grosses paires de chaussettes de ski et pouffa.) Tu n’as pas trouvé plus gros ?

Yazoo écarquilla les yeux.

- Mais ils sont énormes, ses ploplos, m’man ! J’te jure ! Comme ça, au moins ! C’est pour ça que Loz est amoureux d’elle !

Celui-ci monta d’un ton dans les pourpres.

- J’suis pas amoureux, sale morveux !

Il voulut fondre sur son cadet mais celui-ci se cacha derrière sa mère.

- Bon, ça suffit, tous les deux ! (Elle prit le visage de Loz dans ses mains et l’embrassa avec effusion) Reste calme. Tu es son grand frère, tu dois montrer l’exemple.

***

Weiss, l’oreille collée à son téléphone portable, posa le garçonnet en pleurs sur le lit, à bout de nerfs.

- Mais tu vas te taire, oui ! cria-t-il, excédé.

Le petit tressaillit et se tut brutalement en écarquillant ses grands yeux pourpres mais… se remit à pleurer de plus belle.

Euh… J’avais une oreille… “ gémit la voix de Loz dans l’écouteur.

De sa main libre, l’adolescent agrippa ses longs cheveux blancs - soigneusement hérissés sur sa tête, à la dernière mode de l’Académie du Soldat - et poussa un grognement inintelligible, prêt à commettre un fratricide.

- Je vais le tuer, Loz ! gronda-t-il. Je te jure que, cette fois, je vais vraiment le tuer !

Il est peut-être malade. Ou il a mal quelque part. “

- Malade ? Tu parles ! MÔnsieur pique une crise parce que MÔsieur a refusé de faire la sieste et que, maintenant, MÔsieur est fatigué… ET QU’IL A DECIDE DE M’EMMERDER !

Il hurla les derniers mots au visage de son petit frère, dont les pleurs redoublèrent.

Weiss… Mes tympans… “

- Excuse-moi. Je suis à bout de nerfs, mec. Je n’en peux plus de… L’ENTENDRE CHOUINER ! MAIS TU VAS LA FERMER, OUI ? !

Nouveau concert de cris et de sanglots.

Weiss-euh ! “

- Désolé.

Ecoute, pourquoi tu ne viens pas à la maison avec lui ? Je suis sûr qui si on le colle avec Yazoo et Kadaj, ils joueront et nous ficheront la paix. De toute façon, le cinéma, c’est fichu, alors on pourrait tous regarder un film ici. En plus, ma mère a fait un tas de trucs à manger, il y a de quoi nourrir tout un régiment du Soldat ! “

- Je viens d’appeler Zack pour lui dire que la soirée était grillée aussi en ce qui me concernait. Il a dû prévenir les autres et ils ont sûrement prévu un truc de rechange.

O.K. Je les appelle tout de suite et je te recontacte. “

- Ca marche. Je… Oh ! LA FERME, NERO !

***

Loz s’affairait en cuisine en prévision de l’arrivée de ses amis.

C’était la première fois que Tifa venait à la maison alors, pour l’occasion, il avait mis les petits plats dans les grands : au moins quatre variétés d’amuse-gueule sur la table basse du salon, la tarte salée et les délicieuses lasagnes de Jenova au four en train de chauffer, de la glace au congélateur… Tout y était !

Reno amenait les films (dont au moins un film d’horreur, Loz avait bien insisté là-dessus - rien de mieux pour qu’une fille se serre contre vous !), Cloud avait tenu à acheter les sodas, Aerith et Zack, les sucreries, et Weiss venait avec les derniers logiciels de simulation de combat en vogue à l’Académie du Soldat.

Tout était réuni pour passer une soirée de rêve entre amis - surtout avec Tifa ! - et pour…

- Loz ! Kadaj, il fouette !

Loz se tourna vers la porte avec un soupir déchirant.

Yazoo se tenait dans l’encadrement et se bouchait le nez d’une main tandis que, de l’autre, il tenait la menotte de Kadaj, uniquement vêtu de sa couche qui - à en croire d’odeur qu’elle dégageait - avait grand besoin d’être changée.

- Yazoo, ne le promène pas comme ça, il va prendre froid, idiot !

- Mais j’vais pas lui mettre son pyjama alors qu’il est tout puant !

Kadaj, qui commençait tout juste à marcher, levait vers eux de grands yeux curieux, comprenant sans doute qu’il était l’objet de leur discussion mais pourquoi, ça… allez savoir !

Loz s’accroupit devant le bébé, attendri malgré lui par la bouille attentive.

- Alors, boule puante ? On a encore fait des saletés ?

Le petit lui sourit et tapa dans ses mains, tout joyeux qu’on s’intéresse à lui.

Son frère le souleva dans ses bras.

- Va me chercher un paquet de couches dans la remise, Yazoo.

- Hein ? Mais maman en a remis plein hier sur la table à langer !

- Il n’y en a plus, j’ai utilisé la dernière tout à l’heure. Et dépêche-toi ! ordonna Loz en quittant la pièce.

Yazoo grimaça, donna un coup de pied rageur dans le pied d’une chaise de cuisine et se dirigea vers l’escalier qui menait au sous-sol de la maison d’un pas traînant, tout en rouspétant contre son jeune frère.

- Sale mangeur de purée… Usine à crottes !

C’est alors que, par une fenêtre qui donnait sur le petit jardinet de la propriété, il aperçut Tifa, qui approchait avec une grosse boîte rose, estampillée du logo d’une célèbre pâtisserie.

Le garçon se précipita pour ouvrir avant que la jeune fille n’ait le temps de sonner.

- Bonsoir ! lança-t-il avec son plus beau sourire. Bienvenue à la maison !

Tifa, le doigt à quelques centimètres de la sonnette, lui sourit à son tour et se pencha pour embrasser sa joue rebondie.

- Bonjour, toi ! Je suis un peu en avance. Loz est là ?

Yazoo lui prit la main et l’entraîna à l’intérieur de maison.

- Oui, viens !

- Hein ? Eh ! Attends !

Mais le garçon avait déjà fermé la porte et la tirait derrière lui avec enthousiasme.

- Il est au premier avec Daj’ !

- Mais attends, voyons ! fit Tifa en riant tandis que Yazoo l’entraînait dans l’escalier. Laisse-moi au moins poser les gâteaux quelque part !

Mais Yazoo n’avait pas l’intention de perdre une seule seconde ! Ce n’était pas tous les jours qu’on avait l’occasion de faire surprendre son idiot de grand frère par sa petite copine avec les deux mains dans le caca !

à suivre

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LXVIII - Amours envenimées

“L’amour se mesure à ce que l’on accepte de lui sacrifier.”
A. Gardner

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Après le déjeuner, lorsque Loz eut fini de changer Kay dans la salle de bains et qu’il revint dans la chambre, Vincent et Weiss se tenaient sur le seuil, dans l’encadrement de la porte ouverte.

Les deux hommes chuchotaient pour ne réveiller personne. La nuit avait été longue pour tout le monde et la plupart des hôtes du manoir avaient cédé à la tentation d’une sieste réparatrice amplement méritée après le déjeuner.

- Dans ce cas, je réunirai tout le monde dans la salle de conférences à 9h30, demain matin, conclut Vincent en pressant le bras de l’ancien commandant des Tviets. D’ici là, repose-toi et essaye de te souvenir d’autant de détails que tu le pourras. Il ne faut rien négliger, on ne sait jamais.

Weiss acquiesça avec un sourire misérable et Vincent s’éclipsa en refermant doucement la porte.

- Hojo s’est servi de moi comme d’une marionnette, soupira le Tsviet en s’appuyant dos au battant. Je me sens si… si… stupide…

Loz s’allongea avec le bébé au milieu du grand lit et lui répondit par un sourire rassurant.

- Ca m’arrive tout le temps, assura-t-il. De me sentir stupide, je veux dire.

Weiss pouffa et vint s’asseoir à ses côtés.

- Je n’ai jamais été très doué pour cerner les gens ou les situations, de toute façon, avoua-t-il. En dehors d’un contexte de combat, s’entend. Dès qu’il a été en âge de comprendre ce qui l’entourait, j’ai toujours compté sur Nero pour analyser les choses et m’aider à prendre les décisions… soupira-t-il tandis que le bébé essayait d’attraper ses mèches blanches.

- Plus à l’aise dans l’action que dans la réflexion… fit Loz avec un petit froncement de sourcils ironique. Toute l’histoire de ma vie !

- Et tu n’en as jamais éprouvé de la rage ou…

Le Tsviet n’osa pas finir sa phrase, de peur de le froisser mais l’argenté le fit pour lui.

- De la honte ? Si, bien sûr.

- Je m’en suis voulu si souvent… J’étais l’aîné. C’était à moi d’assumer ce genre de responsabilité, mais…

Il fit la moue et haussa les épaules.

- Ouais, je comprends, argua Loz en clignant de l’oeil. J’aurais souvent aimé faire plus que protéger physiquement mes frères. Mais bon… Moi non plus je n’ai jamais été très doué pour planifier des choses ou jouer les ” chefs “, avoua-t-il en rougissant légèrement. Pourtant, j’ai cru comprendre que c’était bien ton cas.

Weiss fit résonner son joli rire de baryton et s’adossa à la tête du lit, les bras derrière la nuque.

- Quand je n’étais pas à la tête d’une mission suicide, on me gardait enchaîné comme un chien de combat dans sa cage ! Tu parles d’un chef…

- Mais Shelke a dit que…

- Oublie ce qu’a pu dire Shelke, le coupa le Tsviet avec amertume. Au Deepground, c’était ” marche ou crève “, je n’ai pas eu le choix. Ou je les surpassais tous, ou Nero et moi aurions fini dans un sac à viande. Ou pire… Sur la table de dissection d’Hojo, ajouta-t-il d’une voix tout juste audible. Mais tu sais de quoi je parle, pas vrai ? Tu sais ce que c’est, que d’être confronté à ce genre d’alternative.

Il dévisagea Loz avec intensité et celui-ci, un peu gêné, détourna les yeux et pinça les lèvres en glissant son pouce dans la menotte de son fils.

- Ecraser ou être écrasé, poursuivit Weiss. Vaincre tous tes adversaires ou mourir. Réussir chaque épreuve ou vivre un enfer de douleur et de peur. Et en ayant à l’esprit à chaque minute que toute erreur peut entraîner tes frères avec toi…

Loz déglutit avec difficulté.

- Vincent… Vincent t’a parlé de moi, c’est ça ?

Weiss sourit et le poussa de l’épaule d’une bourrade amicale.

- Pas besoin. Les types comme nous ont tous ce ” truc ” dans le regard.

- Quel ” truc ” ? demanda l’argenté en relevant la tête.

Le Tsviet planta ses prunelles dans les siennes et Loz soutint son regard, cette fois. En plongeant au plus profond des abîmes d’or ténébreux qui obscurcissaient les océans bleutés, il eut la désagréable impression, pendant un instant, de regarder à l’intérieur de lui-même.

- Ouais… murmura Weiss en notant le subtil changement de son expression. Ce ” truc ” là…

L’argenté cligna des yeux, coupant l’intense contact visuel, et lui rendit timidement son sourire.

Ils restèrent silencieux un long moment et Weiss fit babiller le bébé en le chatouillant avec une longue mèche de ses cheveux ivoirins.

Le jeune homme inspirait à Loz des sentiments contradictoires.

Comme tous ceux qui le rencontraient, il était bien sûr, de prime abord, fasciné par ce que le Tsviet dégageait, cet incroyable charisme, cette énergie qui semblait irradier de lui.

Mais, tapi sous cette aura de vitalité immaculée, l’argenté sentait aussi palpiter quelque chose de douloureusement familier. A la fois lourd de secrets et étouffant d’amour. Quelque chose de magnifiquement laid et d’horriblement beau… Une âme à fleur de peau, torturée, souillée, humiliée, trompée, mille fois brisée mais toujours généreuse et prête à se donner encore pour être à nouveau piétinée.

Une âme si familière…

Une âme si semblable à la sienne…

” Ca doit être horrible, de ne pas pouvoir exprimer ce qu’on ressent ! ” lui avait dit Tifa lorsqu’ils s’étaient revus dans la grande chapelle du manoir.

Mais comment exprimer ça ? Comment expliquer à quelqu’un que l’on ne s’appartient plus ? Que l’on a renoncé à soi depuis des années pour l’amour de ces ” autres ” que les gens appellent ses ” frères ” ? Qu’ils ont toujours été sa seule raison de vivre et de se battre ? Que l’entité appelée ” Loz ” n’est plus qu’une âme déchirée et morcelée à force de s’être donnée morceau après morceau…

- Weiss, tu… Tu ne t’es jamais demandé comment… Comment…

Il hésita car il n’avait jamais abordé ce genre du sujet avec personne - et encore moins avec ses frères.

Ils n’auraient pas pu comprendre. Personne n’aurait pu comprendre. Personne à part quelqu’un comme Weiss. Peut-être…

- Comment quoi ? l’encouragea ce dernier.

- Tu ne t’es jamais demandé comment tu as fait pour tenir le coup ? demanda Loz, la gorge soudain serrée. Pour supporter tout ça ? Pour aller de l’avant en sachant chaque matin que la journée qui t’attendait serait forcément pire que la veille ?

L’ancien chef des Tsviets hocha la tête, comprenant parfaitement à quoi il faisait allusion.

- Si. Souvent. Nero n’y est sans doute pas étranger.

- Oui, bien sûr, moi aussi, je savais que c’était pour mes frères, que je me battais. Que c’était pour eux, que je devais réussir toutes les épreuves et devenir fort… Assez fort pour les protéger en toute circonstance et réussir à faire face à n’importe quoi. Mais ce que je n’ai jamais compris, c’est ” comment ? “. Comment, juste au moment où tu réalises que tu as atteint tes limites, que tu vas crever là, comme le dernier des rats de laboratoire dans sa cage, tu arrives à trouver la force d’aller encore plus loin… Encore plus vite… De frapper encore plus fort, quitte à te briser les os… De repousser ton seuil de douleur et de résistance un peu plus à chaque fois…

Weiss soupira.

- Je ne sais pas. Je ne l’ai jamais compris, moi non plus.

- La puissance d’un homme n’est pas extensible à l’infini, quelle que soit la volonté et la rage qui l’anime, non ?

- Normalement, non. Les gens croient que c’est justement cette capacité de dépassement de soi qui fait de certains hommes des êtres exceptionnels. Des ” héros “. Des ” super soldats “. (Il ricana) De la merde, ouais !

- Le mako, peut-être.

- Non, affirma le Tsviet. Tous les soldats en reçoivent et, que je sache, ça n’a pas fait d’eux tous des foudres de guerre pour autant.

- Les cellules de Jenova ?

- On ne m’en a jamais injecté. Peut-être… Peut-être qu’à force de repousser les limites, quelque chose a été détruit en nous. (Il fit claquer ses paumes l’une contre l’autre) Paf ! Comme un disjoncteur en surcharge. Tu sais, comme si on avait coupé les fils d’une alarme dans nos têtes qui aurait normalement dû nous dire ” Oh ! Oh ! Les gars ! Il faut arrêter ! Stop ! Danger ! Ligne rouge franchie ! Risque de mort imminente ! “.

Loz fit la moue.

- Tu veux dire qu’on ne serait plus que des machines de guerre ignorant leurs propres limites ? Juste des tas de muscles bons à foncer dans le tas sans réfléchir ?

Weiss grimaça à son tour, n’aimant pas du tout cette idée.

- Tu sais quoi ? En fait, je pense que ce genre de prise de tête, c’est pas pour nous. Mieux vaut laisser ça à Nero ou à ton frère Yazoo ! ajouta-t-il avec une mimique enfantine.

- Oui, tu as sans doute raison, concéda l’argenté, préférant lui aussi changer de sujet.

- Demande-moi de te liquider cinq adversaires à main nues et je te les ramène par la peau des fesses en moins de temps qu’il n’en fait pour dire ” ouf “. J’ai été entraîné à ça depuis tout gosse. Mais si tu me demandes quelle est la dernière fois où l’on m’a ordonné de faire marcher ce truc-là pendant plus de dix minutes… ajouta le Tsviet en se tapotant la tempe.

Il fit vibrer ses lèvres, penaud, et Loz éclata de rire.

- Pareil pour moi, acquiesça ce dernier. Le seul cerveau surdéveloppé que je possède, c’est celui-là ! (Il fit gonfler son biceps) Notre premier instructeur me disaient tout le temps : ” Si un mur se dresse devant toi, Loz, souviens toi qu’on t’a donné une tête et que c’est pour t’en servir… “

Un nouvel éclair de complicité passa entre les deux jeunes hommes et ils finirent d’une même voix :

” … Dix secondes et un coup de boule plus tard : adieu le mur ! “

Ils éclatèrent de rire et le bébé les imita, ce qui décupla leur hilarité.

- Heidegger ! cracha Weiss lorsqu’ils se furent une peu calmés. Quel crevard, celui-là… Je croyais qu’il ne s’occupait que des recrues de l’Académie de Midgar.

Loz secoua la tête et grimaça.

- Il nous a entraînés au moins quatre fois par semaine, mes frères et moi. Jusqu’à ce que j’aie une dizaine d’années. Il se passait toujours quelque chose. Un accident ou de gros dégâts. Alors, au bout d’un moment, Hojo en a eu assez. Mon frère les a entendus se disputer puis on ne l’a jamais revu. C’était vraiment quelqu’un de méchant…

- De méchant ? S’étrangla le Tsviet. C’est peu de le dire ! Ce type était un salopard de la pire espèce ! ” Si ça saigne, c’est qu’on peut le tuer ! “, imita-t-il d’une voix rocailleuse en faisant gonfler ses joues.

Les rires des deux hommes résonnèrent à nouveau dans la chambre avec une telle spontanéité qu’ils faillirent ne pas entendre les petits coups discrets frappés à la porte.

Ils se figèrent, comme deux garçonnets surpris à faire du boucan en pleine nuit.

- Oups… grimaça Weiss, penaud.

- C’est ouvert ! fit Loz en retenant un fou rire.

Shelke passa la tête par le battant et s’excusa.

- Pardon ne vous déranger mais Nero commence à s’agiter, je crois qu’il ne va pas tarder à se réveiller.

Son ancien commandant sauta aussitôt sur ses pieds.

- Je prends la relève. Va dormir un peu. (La jeune fille obéit et il se tourna pour saluer Loz, qui lui répondit en agitant la menotte du bébé, qui rit comme un petit fou.) Salut, petit lutin !

Il quitta la chambre à son tour en fermant doucement la porte et Loz s’allongea contre les oreillers en retenant un bâillement et assit son fils sur sa poitrine.

- Qu’est-ce que tu en dis ? C’est un chouette type, hein ?

Kay agita les mains en babillant et l’argenté sourit.

***

- Capitaine Rhapsodos, il faut absolument que je vous présente à Cait ! lança Reno avec une note venimeuse qui amusa grandement Sephiroth lorsque Genesis se laissa aller à un nouvel accès d’incontinence poétique en l’honneur de Yazoo - qui n’en finissait pas de rougir. Vous êtes vraiment faits pour vous entendre, tous les deux…

L’ex-Cauchemar dissimula un sourire caustique derrière le rideau soyeux de ses cheveux - détail qui n’échappa pas au turk, ravi de s’être trouvé un allié imprévu - et Yazoo lança à son amant un regard acerbe.

- Reno…

- Quoi ? Je n’ai pas raison ?

Genesis, loin de se douter qu’il était la cible d’une pique bien affutée, sourit aimablement pour rassurer l’objet de ses attentions lyriques.

- Je devine que Sephiroth a dû me dépeindre comme un ours taciturne et asocial, plaisanta-t-il en se méprenant sur la gêne de l’argenté. Mais je vous assure que je serais ravi de rencontrer votre ami. A plus forte raison si nous partageons quelques centres d’intérêt.

Reno fit mine de réfléchir à la question et Yazoo le fixa avec intensité, le mettant au défi d’ouvrir la bouche.

Sephiroth, lui, avait fort à faire pour garder son sérieux.

- Oh ! Vous avez, à n’en pas douter, plus de choses en commun qu’on ne pourrait le croire de prime abord, confirma le turk, faisant blêmir son compagnon. Même si Cait est plus… plus… Comment dire ?

Yazoo contracta les mâchoires, s’attendant au pire.

- Velu ? ne put s’empêcher d’intervenir Sephiroth, en ravalant l’éclat de rire qui menaçait d’exploser à tout instant au fond de sa gorge.

Yazoo le fusilla du regard et il pinça les lèvres pour ne pas pouffer.

- Velu ? s’étonna Genesis, sûr d’avoir mal compris.

- Ne les écoutez pas, capitaine Rhapsodos, ils sont un peu cabots, parfois, préféra couper l’argenté. Je suis ravi d’avoir fait votre connaissance, ajouta-t-il précipitamment en poussant le turk sans ménagement vers la porte. J’espère avoir le plaisir de vous revoir au dîner !

- Oh mais, tout le plaisir sera pour moi, croyez-moi… assura Genesis avec un sourire séducteur.

- On vous gardera la place à côté de Cait ! lança Reno depuis la porte. Vous ne… Aïe !

Ils disparurent dans le couloir et le Banoran se tourna vers son ami.

- Qui est ce Cait, dont vous faites tous si grand cas ? Un officier du WRO ?

S’en fut trop pour Sephiroth, qui éclata franchement de rire.

…à suivre

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Quelque chose à quoi s’accrocher

***

Rédaction (texte traduit de l’anglais) : Enide Dear

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Loz dormait sur le ventre, les mains sous l’oreiller, serein et aussi confiant qu’un enfant.

Yazoo pouvait rester des heures éveillé à le regarder. L’obscurité n’étant pas un obstacle pour les yeux mako, l’incarné se régalait du sommeil paisible de son frère, dont le spectacle apaisant détendait aussi bien son esprit que son corps, régulièrement mis à rude épreuve par toute sorte de cauchemars, qui n’en finissaient pas de le hanter.

Pas autant que Kadaj, évidemment, car il arrivait fréquemment à son frère cadet de rire, crier ou jurer dans son sommeil en battant des poings et des talons. D’autres fois, il se pelotonnait en chien de fusil au fond du lit et pleurait.

De telles crises réveillaient toujours Loz, qui se tournait alors vers son frère pour le prendre dans ses bras comme s’il pouvait faire un rempart de son corps entre les cauchemars et le jeune argenté. Quelquefois, ça fonctionnait et Kadaj se détendait pour sombrer dans un profond sommeil sans rêves. Mais, le plus souvent, tout ce que Loz obtenait était un coup de coude dans les côtes, le dos de la tête de Kadaj dans le nez, ou un coup de pied dans ses tibias. Cela n’avait pourtant jamais semblé le décourager.

Yazoo n’était jamais arrivé à de telles extrémités. Généralement, il se réveillait en sueur et haletant, avec un vague souvenir des cauchemars qui avaient agité son sommeil, mais il n’avait jamais crié ou lutté. Cela étant dit, lorsqu’il ouvrait les yeux, il se trouvait généralement déjà dans les bras de Loz et ceci expliquait sans doute cela.

Quelquefois, aux heures les plus sombres, il s’était demandé si Kadaj ne faisait pas tout ce cinéma exprès pour attirer l’attention…

“Du matin au soir, nous faisons tout ce que tu nous demandes, petit frère. Nous te suivons partout, toujours, et t’obéissons sans discuter. Ne peux-tu donc nous laisser ces quelques heures nocturnes rien que pour nous ?”

Cette nuit, cependant, Kadaj dormait paisiblement à l’extrémité du lit. Yazoo s’était mis délibérément entre ses frères quand ils s’étaient couchés et, maintenant, il s’était rapproché de Loz pour mettre ses bras autour des larges épaules et avait appuyé son visage contre le biceps vigoureux.

La puissance pure qui émanait du corps du jeune homme avait toujours réussi à l’apaiser.

Il passa doucement les ongles sur l’épine dorsale son aîné et celui-ci fit le dos rond pour accentuer la pression de l’agréable grattement, ce qui fit sourire Yazoo. Son frère était si spontané dans ses goûts, si honnête avec ses émotions… Pas comme Kadaj qui, tel un oignon, se couvrait le coeur de couches superposées de réflexions plus ou moins avouables, de plans et de complots en tout genre. Et même, pour être honnête, de personnalités aussi diverses que ses humeurs.

Yazoo, lui, gardait ses sentiments scellés dans la cage de son coeur, n’en révélant de temps en temps qu’une petite part. Une habileté nécessaire pour survivre dans un monde qui pouvait vous faire tant de mal - mais dont Loz ne semblait pas avoir besoin.

Il caressa la peau lisse de de paume de sa main… Une peau et un corps qui auraient pu être sculptés dans le marbre tant ils étaient parfaits. Comme toute cette puissance l’attirait ! Tout autant que sa force morale ou cette capacité que Loz avait d’aimer sans compter et de pleurer sans retenue. Oui, tout cela faisait fondre les défenses de Yazoo depuis toujours.

Il ébouriffa affectueusement les courts cheveux de mercure, provoquant un soupir assoupi et grognon.

Le sourire de Yazoo s’élargit.

Avec ses cheveux et ses pattes soigneusement taillées, Loz était de loin le plus frivole d’entre eux. Et les seuls ciseaux auxquels il acceptait de les confier était ceux de Yazoo - et encore ne le faisait-il jamais sans un interminable chapelet d’instructions et de conseils ! C’était d’ailleurs le seul moment où son frère avait quelque exigence, lui qui de réclamait jamais quoi que ce soit.

Yazoo faisait toujours très attention à ne pas briser cette confiance en sachant que que Kadaj, lui, ne se serait sans doute jamais encombré de ce genre de précautions.

Loz s’agita dans son sommeil et se retourna sur le flanc, ce qui permit à Yazoo d’enrouler plus aisément son bras autour de son cou tout en caressant les pattes argentées du bout des doigts.

Les traits anguleux et fortement charpentés - si différent des siens et de ceux de Kadaj, qui avait encore gardé ses joue potelées de bébé - étaient adoucis par le sommeil.

Yazoo posa ses lèvres sur la nuque exposé, juste à l’endroit où les cheveux rebiquaient vers le haut, à la tendre jonction où le centre nerveux cérébral communiquait avec le réseau spinal pour transformer les pensées en actes : violence, sexe, caresses…

La vie, tout simplement.

Loz soupira de plaisir. Leurs corps se pressèrent un peu plus l’un contre l’autre et leurs jambes s’entremêlèrent.

“A moi…” ne pouvait s’empêcher de penser Yazoo. “Il est à moi. Toi, Kadaj, tu as déjà mère et Sephiroth en sus d’un grand destin. C’est mère qui l’a voulu ainsi. Alors, ne peux-tu me laisser au moins ça ?”

Mais il n’était pas dans la nature de Kadaj de partager quoi que ce soit, Yazoo le savait. Et Loz ne s’opposerait jamais à lui ; il aimait ses frères tout autant et de la même façon, Yazoo ne cessait de se le répéter.

Il s’était souvent demandé si Loz avait idée des sentiments qu’il nourrissait à son égard… et si Kadaj le savait.

Son frère cadet n’en aurait que faire, de toute façon ; il prendrait ce dont il avait envie envie parce que c’était dans sa nature. Et Yazoo ne l’en empêcherait pas, évidemment, parce que ce n’était dans la sienne d’agir ainsi.

Il ne réalisa qu’il était agité par des sanglots que lorsque Loz se retourna pour refermer ses mains puissantes sur ses épaules et l’attirer à lui.

Il pressa le dos de Yazoo contre sa poitrine.

“Ne pleure pas …” murmura-t-il, à peine éveillé, en emboîtant leurs deux corps comme deux cuillers. “Ne pleure pas.”

La tension de Yazoo s’estompa et il se laissa aller dans l’étreinte de son frère, le sommeil le gagnant à nouveau.

Avec Loz pressé contre son dos il se sentait en sécurité. Avec Loz derrière lui, il pourrait dévorer le monde !

Il souleva la grande main de son frère pour embrasser la large paume et sentit Loz refermer ses doigts comme pour saisir le baiser et l’empêcher de s’envoler.

“A moi…” sentit-il plus qu’il n’entendit la voix rêveuse dans son oreille. “Mon Yazoo à moi.”

Et enfin, il put se rendormir.

FIN

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XI - Double jeu

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Oubliant la crème glacée répandue sur le sol, Tifa se précipita au chevet de son « patient ».

Loz paraissait toujours inconscient et elle ne put que remercier le ciel qu’il ne se soit rendu compte de rien…

Profiter de l’inconscience d’un homme pour l’embrasser ! Qu’était-il donc passé par la tête de Cloud ?

Quelle honte !

Cela étant dit, ce à quoi elle venait d’assister expliquait beaucoup de choses car, enfin, ce n’était pour se montrer prétentieuse mais force était de reconnaître qu’elle était loin d’être laide, bien au contraire. Et, pourtant, malgré ses avances et les ouvertures laissées à son ami d’enfance, il n’en avait jamais profité. Ni avec une autre fille, d’ailleurs…

Mais, après ce à quoi elle venait d’assister, ce n’était guère étonnant !

Alors comme ça, Cloud préférait les hommes…

Et dire qu’elle ne s’était jamais rendue compte de rien. Durant toutes ces années. Incroyable !

Comme quoi, les gens ont raison de dire que c’est quand on a les choses sous le nez que l’on a le plus de chances de les rater.

Les paupières de Loz frémirent et elle se saisit du linge humide posé sur la table de nuit pour lui essuyer doucement les lèvres, comme si elle pouvait ainsi faire disparaître - voire même « laver » - toute trace du contact de Cloud. C’était un geste puéril qui la surprit elle-même mais la jeune femme ne put s’en empêcher.

Elle ne voulait pas du moindre atome, de la moindre particule de souffle, ni même du moindre souvenir d’une bouche étrangère sur les lèvres sensuelles !

« Gaia toute puissante, je réagis comme si cet homme m’appartenait… » réalisa-t-elle soudain en écoutant ses propres pensées. « Mais qu’est-ce qui m’arrive ? »

Elle dut se faire violence pour reposer le linge sur la table de nuit et s’arracha à la contemplation de la peau crémeuse de l’argenté pour nettoyer le gâchis qui poissait le plancher.

***

Après que Tifa l’ait poussé dans le couloir sans ménagement, Cloud s’était faufilé dans la chambre d’amis pour s’entretenir avec le Reno, à qui il avait raconté son échange avec le « Cauchemar de la planète ». Enfin… excepté un petit détail, bien sûr : celui-là même qui lui avait valu d’être jeté hors de la chambre de son amie d’enfance comme un malappris.

- Mais comment as-tu pu le voir là-bas puisque Yazoo n’a pas bougé d’ici ? demanda le turk, éberlué.

Cloud lui fit signe de baisser d’un ton pour ne pas réveiller l’argenté.

- Je le soupçonne de pouvoir utiliser n’importe lequel de ses incarnés pour apparaître.

- Quel esprit de déduction ! railla une voix dans leur dos, les figeant dans la pénombre.

Un petit applaudissement sarcastique accompagna la pique et Reno blêmit et recula jusqu’à la fenêtre.

Sur le lit où Yazoo reposait quelques instants plus tôt, Sephiroth les fixait avec une expression narquoise.

Cette fois, le drap ne le recouvrait pas et, en voyant le bas du corps du “Cauchemar de la planète” réduit à l’état de filaments glaireux, le turk ne put s’empêcher d’écarquiller les yeux en grimaçant de dégoût.

- Oh, putain, c’est dégueulasse… fit-il en plissant le nez.

- Reno… siffla Cloud entre ses dents en le fusillant du regard.

- Quoi ? C’est pas dégueu ? On dirait des spaghetti au basilic qui auraie…

- Reno !

Sephiroth pressa son pouce et son index sur ses yeux, découragé.

- Je vois que que tu n’as pas changé, Reno, soupira-t-il.

Ce dernier haussa le sourcil et tordit la bouche en un sourire caustique.

- Bah… J’aimerais pouvoir en dire autant mais…

Il désigna les filaments verdâtres d’un geste mou de la main et Cloud leva les yeux au plafond, presque aussi effondré que son ancien général.

- Tu m’as dis que tu avais besoin de mon aide, intervint-il pour couper court aux indélicatesses du turk.

- C’est exact.

- Eh, bien, je t’écoute. Parle.

Sephiroth hocha la tête mais leva un sourcil sévère.

- Puis-je espérer parvenir au bout de mes explications sans que l’un de vous deux n’essaye à nouveau de me rouler une pelle ?

Cloud et Reno virèrent au rouge cramoisi et échangèrent une œillade affectée, s’accusant mutuellement du regard.

- Eh ! Me regarde pas comme ça, c’était pas lui, que je visais, O.K. ? Se défendit piteusement le turk.

***

Dans la vieille église ruines de l’ancienne Midgar, l’eau de la source de vie se teinta de noir et, au fond de l’onde, un adolescent hurla en silence tandis qu’une épée de feu paraissait lui traverser le cerveau de part en part.

- Kadaj ! cria une voix désespérée de jeune femme que nul n’entendit.

Ce que ressentait l’adolescent n’était pas une réelle douleur physique mais mentale, comme si une partie de lui lui était soudain arrachée avec la délicatesse d’un boucher tirant sur l’articulation récalcitrante du lapin qu’il démembre.

Les muscles, tendons et veines psychiques qui formaient l’essence même de son être se déchiraient sous l’insupportable tiraillement.

Il haletait par réflexe, comme lorsqu’il respirait encore, la bouche pleine d’eau grande ouverte sur son hurlement muet. La souffrance qu’il endurait était de toute façon trop grande pour s’exprimer par des cris.

- Kadaj ! Non…

Les dernières fibres spirituelles cédèrent, incapables de résister à un tel traitement, et l’adolescent enfonça ses ongles dans ses paumes, au bord du désespoir.

- Non ! cria la jeune femme à fendre l’âme. Il s’en va ! Zack, il s’en va !

- Nous ne pouvons rien faire, Aerith…

- Kadaj ! Résiste ! Tu dois résister !

L’adolescent tendit la main vers la surface avec l’espoir improbable que quelqu’un la voie et la saisisse pour le tirer de son enfer liquide. Durant un instant, il eut même l’impression de voir Sephiroth se matérialiser au-dessus de lui et cela semblait si réel qu’il n’aurait su dire s’il s’agissait réellement de son frère ou du fruit de son imagination.

La voix qui résonnait en lui, en revanche, était bien réelle.

- Kadaj ! Kadaj, résiste ! Ne le laisse pas te prendre !

Mais il n’avait plus de forces pour ce faire. Il était physiquement et mentalement épuisé, en avait assez de lutter…

Alors il se laissa entraîner vers les ténèbres glacées des profondeurs de la source. Toujours plus profond.

- Kadaj, non !

- C’est fini, Aerith. C’est trop tard… Il a gagné.

L’étau qui compressait la poitrine de l’adolescent se desserra, laissant un vide douloureux, et il cessa même de se bouger, laissant bringuebaler sa tête au rythme des courants.

Kadaj était perdu… Il avait réussi.

Aerith resta longtemps agenouillée dans l’herbe haute et grasse et bordaient la rivière de la vie, pleurant toutes les larmes de son corps désincarné. Voilà bien longtemps qu’elle ne s’était lamentée ainsi.

Zack resta accroupi à ses cotés, en silence, maudissant les Dieux et le destin dans un même élan.

***

La première chose que Sephiroth sentit fut l’humidité, visqueuse, pénétrante, et un goût d’eau croupie dans la bouche.

Quelque chose lui chatouillait la lèvre inférieure, comme si un plaisantin le titillait avec l’extrémité d’une plume.

Il ouvrit les yeux et… ne vit rien.

Il cligna des paupières à plusieurs reprises, dans l’espoir de s’éclaircir la vue, sans résultat. Tout était noir, aucune forme de se dessinait. Etait-il soudain devenu aveugle ? Que s’était-il passé ? Où était-il ?

L’affolement le saisit et son cœur s’emballa.

Il se redressa d’un bond et ne put retenir un cri tant la douleur dans sa nuque était aiguë. Ce faisant, il faillit avaler l’insecte qui courait sur sa lèvre, sans doute un cafard ou une punaise, et il toussa comme un perdu en frissonnant de dégoût.

Il agita les bras en tout sens, essayant d’appréhender l’espace autour de lui, et les chaînes rouillées fixées à ses poignats émirent un cliquettement grinçant. Lorsqu’il les agita, sa main cogna douloureusement une surface dure et rugueuse, suintante d’eau huileuse. Un mur.

Il s’accroupit sur le sol de terre boueuse et s’adossa à la muraille en tâtonnant du bout des doigts autour de lui et en tendant l’oreille.

Un point lumineux scintilla durant quelques instant à l’extrémité de mon champ de vision mais, le temps qu’il tourne la tête, il s’éteignit, accompagné par couinement pathétique.

Un rat.

Il n’était donc pas aveugle. Il se trouvait dans le noir complet mais où ?

Prudemment, il se redressa et fit quelques pas de côté, longeant le mur.

Sa hanche buta douloureusement contre une saillie. Un anneau de métal où étaient fixées ses chaînes.

Une geôle. Il était dans une geôle et enchaîné au mur comme un animal ! Probablement très profondément dans le sous-sols, à en croire l’humidité.

Comment était-il arrivé là ? Et, surtout, comment allait-il en sortir ?

Il se laissa tomber sur le sol gâcheux et se prit la tête à deux mains, le souffre court, en essayant de se rappeler, de revivre les derniers instants dont il se souvenait. Guère évident avec cette douleur qui lui vrillait le crâne.

La douleur… L’horrible douleur. Puis le noir… Le noir complet.

Rien. Il ne se souvenait de rien !

Mais pourquoi ?

“Qu’est-ce que je fais ici ? Et comment vais-je me sortir de là ?”

Réfléchir. Réfléchir calmement et trouver un moyen de s’échapper. La porte ! Où était la porte ? Il y avait forcément une serrure et une serrure, ça se crochetait.

Il porta la main à sa taille et constata qu’il n’avait pas de ceinturon. L’aiguillon d’une boucle de ceinture lui aurait été précieuse pour forcer la serrure et ses geôliers n’en avaient été que trop conscients, maudits soient-ils !

A tâtons, il longea un mur sur quatre pas, puis l’autre, quatre autre pas. Il marcha sur ce qui semblait être un tas de foin pourri grouillant de vermine et atteignit enfin une chose râpeuse et spongieuse qui semblait être du métal rouillé recouvert de moisissure.

Il fit courir le bout de ses doigts sur l’épais battant.

Des ferrures rouillées mais pas serrure. La lourde porte se bloquait visiblement de l’extérieur à l’aide d’une barre transversale.

A bien y réfléchir, cela n’avait rien d’étonnant. L’humidité qui régnait aurait eu raison de n’importe quel mécanisme de fermeture.

Aucune ouverture, pas même une trappe ou un œil de bœuf.

Il posa ses mains à plat sur la porte et essaya de la faire jouer sur ses gonds. Le métal rouillé ne bougea pas d’un cheveu, à croire qu’il était cimenté au mur.

Et bien, soit ! Il n’avait plus que deux options. Soit attendre que l’on vienne le chercher, et c’était risquer de voir arriver des gens armés qui le conduiraient les démons seuls savaient où pour le torturer ou l’exécuter, soit faire assez de tintamarre pour alerter un gardien - ou ce qui en tenait lieu - et l’éliminer pour tenter de fuir.

C’était très certainement cette dernière hypothèse qui avait poussé ceux qui l’avaient jeté là à le priver de tout ce qui pouvait lui servir à blesser ou à tuer. La cellule était dépourvue de tout, y compris du sempiternel broc de terre cuite rempli d’eau croupie que l’on concède pourtant à la dernière des crapules.

“Les chaînes…” pensa-t-il alors.

Mais autant essayer de déloger une molaire dans la bouche d’un bahamut ! Rouillées peut-être, mais rudement solides, tout comme la porte rouillée.

Qu’à cela ne tienne, il lui restait les mains et les dents et il n’avait nullement l’intention de rester là, à attendre sagement que l’on vienne lui loger dans la tête la balle des renégats ou pire.

Des voix…

Des voix et des bruits de pas approchaient. Au moins quatre hommes.

Il recula de trois pas, le cœur battant, et se campa fermement sur les jambes, prêt à vendre chèrement sa peau.

La lueur d’une torche filtrant sous la porte… Un rire grinçant qu’il reconnut aussitôt… Le bruit d’une bâcle… Le crissement des gonds.

Il s’accroupit, prêt à bondir, mais se figea en voyant ce que traînaient les deux butors qui bouchaient à présent l’encadrement de la porte : un tout jeune adolescent aux cheveux argentés.

Les gardes le jetèrent sans ménagement sur le sol gâcheux de la geôle, pour ainsi dire à ses pieds, dans la flaque d’eau puante où il s’était lui-même réveillé.

- Tu as de la compagnie, Sephiroth ! railla l’homme en blouse blanche qui accompagnait les soldats.

- Hojo… cracha le prisonnier, en s’accroupissant près du corps menu. Quelque chose d’aussi sordide et puant ne pouvait être que ton œuvre !

Il fit mine de bondir sur le scientifique et les soldats réagirent aussitôt en pointant leurs armes sur lui, ce qui parut beaucoup amuser le professeur.

- Qu’est-ce que tu veux, Hojo ? Qu’est-ce que je fais ici ?

- Tu le sauras bien assez tôt… mon “cher fils“.

Sephiroth lui cracha à la figure et l’un des miliciens le frappa avec la crosse de son arme, manquant de peu de l’assommer.

Un troisième soldat déposa une bouteille plastique remplie d’eau et des barres énergétiques à même le sol et tous se retirèrent en refermant la porte mais en laissant - ou en oubliant ? - la torche accrochée à un support du couloir, à l’extérieur.

Pour un humain normal, cela n’aurait sans doute pas fait une grande différence mais, pour Sephiroth, la simple lueur qui coulait sous la porte lui permettait de voir comme en plein jour. La cellule était encore plus miteuse et grouillante de vermine qu’il ne l’avait cru mais cela importait peu, pour l’instant.

Il s’accroupit aux côtés de l’adolescent et le tira, à demi inconscient, hors de la flaque d’eau croupie, que les gardes semblaient décidément prendre plaisir à viser lorsqu’ils jetaient quelqu’un dans ce trou !

- Eh ! Petit ! appela-t-il en lui tapotant ses joues. Petit ! Réveille-toi !

L’adolescent marmonna quelques mots incompréhensibles, secoua la tête, comme s’il délirait et ouvrit enfin ses grands yeux mako, qui s’écarquillèrent en reconnaissant le visage au-dessus de lui.

- Grand frère…

Sephiroth sourit avec indulgence.

- Non. Je ne suis pas ton frère. Mais, si j’en crois ton visage et la couleur de tes cheveux, je veux bien croire que je dois lui ressembler.

Kadaj s’assit, hébété, et bredouilla :

- Mais tu… Tu es pourtant…

- Mon nom est Sephiroth. Sephiroth Hojo. Ton frère était donc avec toi quand tu as été fait prisonnier par cette ordure d’Hojo ?

- Tu… Tu ne me reconnais donc pas ?

- Je devrais ?

S’en fut trop pour Kadaj, qui s’évanouit dans ses bras.

- Eh ! Eh, petit !

à suivre

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LXVII - Graines de jalousie

L’hermaphrodisme est un vice de forme…

ou une forme de vice !”

L. Campion

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Genesis se laissa aller contre le dossier relevé de son lit et ferma les yeux en soupirant, priant pour que tout ce qu’il venait d’apprendre ne soit qu’un cauchemar ou une mauvaise blague.

Depuis presque deux heures, il écoutait Sephiroth, assis sur une chaise à son chevet, et celui-ci semblait encore plus écœuré que lui - si c’était possible - par ses propres mots.

- Je mangerai la cervelle de ce salopard d’Hojo à même sa tête avec une petite cuiller, cracha le Banoran.

- C’est toi qui risquerais d’en crever, essaya de plaisanter son ami.

Genesis laissa échapper un rire amer.

- Ouais… Tu n’as peut-être pas tort.

Merill s’approcha d’eux.

- Monsieur Rhapsodos, je vais retirer votre perfusion mais vous devriez rester encore allongé une petite heure. Normalement, la solution préparée par le docteur Rui devrait arrêter définitivement la dégénérescence de vos organes mais, le cas échéant, on pourrait réitérer l’opération en modifiant un peu le mélange sans le moindre problème, rassurez-vous.

Genesis hocha aimablement la tête et se laissa faire sans broncher.

- Ca a l’air si simple, à t’entendre… soupira-t-il.

- Oh ! Ca en l’est pas, monsieur Rhapsodos. Il a fallu des années de recherche sur le mako purifié au docteur Rui pour arriver à mettre au point ce genre de sérum.

- Si seulement ce traitement avait existé il y a 10 ans… soupira le Banoran.

Merill sourit.

- Mieux vaut tard que jamais, monsieur.

- Oui, on va dire ça. Comment va Nero ?

- Il réagit bien mieux qu’on ne pouvait l’espérer, ne vous en faites pas. Son frère est avec lui, au premier. Si je puis me permettre, monsieur… ce que vous avez fait était vraiment très généreux.

Genesis eut un sourire triste.

- Généreux, mon garçon, j’aurais dû l’être des années plus tôt et tout ceci ne serait jamais arrivé.

- Genesis… le tança gentiment Sephiroth.

Merill s’éloigna, un peu embarrassé, et son patient secoua la tête.

- Weiss m’avait prévenu, Seph, avoua le Banoran, la gorge serrée.

- De quoi tu parles ?

- Lorsque lui et Nero sont venus me chercher, peu après l’incendie de Nibelheim. Avant de mettre mon corps à l’abri dans la grotte, ils m’ont supplié de les aider à éliminer les chefs de la 14ème légion.

Sephiroth frissonna.

- Les Restrictors ?

Genesis acquiesça.

Les Restrictors étaient les éminences grises du légendaire Deep Ground, la 14ème force de Soldat - ainsi nommée car elle avait vaincu en une seule nuit tous les membres du “Ragnarok”, la 13ème légion considérée jusqu’alors comme le bras armé le plus puissant de la Shinra.

- Weiss disait que quelque chose de grave se préparait. Que les Restrictors allaient les utiliser, lui et son frère, comme fers de lance d’une nouvelle unité de supers soldats du Deep Ground.

- Les Tsivets.

- J’ai cru qu’il exagérait et j’ai refusé… murmura le Banoran d’une voix brisée.

- Genesis…

- Merde, Seph, j’ai refusé ! Je lui ai dit que ce n’était plus mes affaires, que je ne voulais plus être mêlé de près ou de loin aux magouilles de la Shinra !

Il se couvrit le visage des mains.

- Genesis, tu ne pouvais pas devin…

- Je les ai laissé tomber, Seph ! Ils m’ont supplié de les aider et je les ai laissé tomber pour courir me planquer quelque part entre ma propre conscience et le royaume des morts en croyant que passer des années à méditer loin de tout m’aiderait à comprendre le sens de la vie et ferait de moi un être… supérieur ! Comme si un simple humain pouvait… (Il se tut, à demi-étouffé par le remords) Ils n’étaient que des gosses… Ils n’avaient personne. Et je les ai laissé tomber pour courir après une chimère !

- D’accord, tu les as laissé tomber. Mais ils sont là, maintenant, dans ce manoir, bien vivants. Et beaucoup d’autres aussi. Des milliers d’autres qui ont besoin de nous. Alors plutôt que de te morfondre sur tes erreurs passées, tu ferais mieux de te reprendre pour nous aider à affronter ce qui se prépare !

Genesis le dévisagea un long moment, sourit avec ce qui n’était pas loin de ressembler à de la tendresse et hocha la tête.

- Et on dit que les fortes têtes ne changent jamais…

*

Kay gazouillait sur le lit tandis que Loz détournait son attention pour permettre à Yazoo de soigner ses petits pieds meurtris.

Tifa et Gretta s’étaient rendues au village avec Marlène et Denzel, qui ne tenaient plus en place et n’avaient qu’une envie : se glisser en douce dans la chambre de Weiss et de Nero pour voir de quoi avaient l’air les mystérieux invités et anciens compagnons d’infortune de Shelke.

Loz fit mine de dévorer le petit vendre rebondi et le bébé rit comme un fou en donnant des coups de pied en tout sens, empêchant Yazoo de continuer à appliquer la pommade sur les petons tendres.

- Loz !

Son cadet se saisit fermement d’une petite jambe potelée, ce qui parut déplaire fortement au bébé, qui fronça des minuscules sourcils argentés pinça les lèvres avec une grimace boudeuse.

La mimique était si typique de Loz que Yazoo fut pris d’un fou-rire.

- Quoi ?

- On dirait toi ! Ah ! Ah ! Ah !

L e jeune colosse allait répliquer lorsqu’on frappa à la porte de la chambre.

- C’est ouvert !

Le battant s’ouvrit lentement et la silhouette de Weiss se dessina dans l’encadrement.

L’ancien Tsviet était vêtu d’un ample pantalon de toile, d’un sweat-shirt bleu pâle qui moulait son torse athlétique et de rangers militaires prêtées par Cid. Tous deux faisaient pratiquement la même taille. Tifa et Gretta devaient revenir du village avec quelques vêtements pour lui, les argentés et le bébé. Pour ce qui était de Nero, c’était une tout autre paire de manches (au sens propre comme au figuré). Reeve s’était entretenu un long moment au téléphone et par Internet avec la section de recherche du WRO au sujet d’un vêtement de contention adapté.

- Pardon de vous déranger, s’excusa Weiss de sa belle voix de baryton. Je voulais vous remercier de vous être occupés de mon frère. Shelke m’a dit que vous l’aviez fait sortir du caisson et que vous étiez resté avec lui tout ce temps.

Yazoo sourit en remettant ses petits chaussons au bébé.

- Entre, ne reste pas à la porte. Comment va ton frère ?

- Bien mieux. Grace à vous tous. Shelke est avec lui. (Il s’approcha et se pencha sur le petit) Te revoilà, toi, petit lutin. Tu me reconnais ?

Kay gazouilla en agitant ses petites menottes vers lui.

Voyant qu’il n’osait pas toucher le bébé, Loz le souleva et le lui tendit.

- Dis bonjour, Kay !

Aussitôt, le petit s’agrippa à Weiss et le dévisagea avec de grands yeux curieux.

Le rire du jeune homme résonna dans la pièce. Un joli rire comme Yazoo et Loz n’en avaient jamais entendu : clair, spontané et terriblement communicatif.

Le bébé, envoûté, se mit à rire lui aussi. La température et la luminosité de la chambre parurent montrer de plusieurs degrés.

Les jumeaux échangèrent un regard aussi étonné que charmé.

Weiss paraissait illuminer littéralement la pièce de sa présence mais, étrangement, malgré une plastique parfaite et des traits à faire pâlir d’envie tous les anges du paradis, son charme n’agissait pas sur le plan ” physique “. L’attirance qu’il provoquait n’avait rien de sexuel ni même de sensuel. Sa séduction opérait à un autre niveau…

Etrange.

En le voyant jouer et rire avec Kay, son surnom ” Weiss l’immaculé ” commençait à prendre tout son sens pour les deux argentés.

Avec un tel charisme, il n’était pas étonnant que ses soldats se soient mis à l’adorer comme un demi-dieu…

- Eh ! On s’amuse comme des fous et on ne m’a pas invité ? claironna la voix enjouée de Reno.

Yazoo, encore sous le charme, se tourna vers la porte.

- Kay a reconnu Weiss, fit-il pour se redonner une contenance.

- Ah ouais ? Et le beau Reno, tu le reconnais, p’tit grumeau ? (Il fit une grimace ridicule en direction du bébé et le rire de celui-ci redoubla) Sephiroth aimerait te présenter à son vieil ami, Yazoo baby. Tu es le seul qu’il n’ait pas encore vu. Tu veux bien descendre une minute ?

- Oh… Oui, bien sûr.

- Au fait, comment va Nero ? demanda aimablement le turk.

- Bien mieux, répondit Weiss, un rien gêné car peu habitué à tant de sollicitude. C’est toi qui m’a ramené en hélicoptère, n’est-ce pas ?

Reno s’inclina avec une révérence comique.

- A ton service !

- Ne pilotais-tu pas aussi l’un des hélicoptères qui ont donné la chasse à Genesis et à Angeal, lorsqu’ils ont déserté le Soldat ?

Le turk hoqueta et écarquilla les yeux.

- La vache… Ca, c’est de la mémoire ! Ouais, j’en pilotais un. Je n’étais qu’un simple exécutant, à l’époque. Mais toi tu… Ton frère et toi deviez être des gamins, non ? Ca fait quoi ? Huit ? Neuf ans ?

Weiss hocha la tête, amusé.

- Nero avait 16 ans. Moi, 23.

- On a plus ou moins le même âge, alors, toi et moi ? s’étonna le turk, surpris par l’apparente jeunesse de l’ancien chef des Tsviets.

- Je crois bien.

Yazoo poussa Reno dehors avant qu’il ne commence à cuisiner Weiss sur une hypothétique recette miracle de l’éternelle jeunesse et ce dernier rit de bon cœur, amusé par leurs pitreries.

*

- De l’hermaphrodisme ? répéta Genesis, qui n’en croyait pas ses oreilles. Tu es sérieux, Seph ?

Sephiroth hocha la tête avec gravité.

- Promets-moi de ne pas y faire la moindre allusion.

- Oui… Oui, bien sûr, cela va de soi mais c’est quand même incroy…

- Chut ! Les voilà.

Genesis leva la tête pour voir s’avancer Yazoo, flanqué du turk roux qui était parti le chercher, et réalisa aussitôt qu’il lui serait inutile de se mordre la langue. Le corps élancé moulé dans un long manteau cuir noir et l’adorable visage encadré par une longue chevelure de mercure pur lui avait fait perdre la voix !

Alors c’était ça, le ” jumeau ” hermaphrodite de Loz ?

L’ancien soldat s’était attendu au pire à une caricature grassouillette du jeune colosse avec des seins, des joues hirsutes et une voix aiguë et, au mieux, à une version de lui un peu efféminée mais sûrement pas à… ça !

Bouche bée, il regarda s’avancer la créature éthérée qui répondait donc au charmant surnom de ” Yazoo baby ” et lorsque celui-ci s’arrêta devant son lit en souriant, Genesis crut que des dizaines de papillons venaient de prendre leur envol dans son estomac.

- Yazoo, voici Genesis, l’un de mes amis d’enfance, le présenta Sephiroth.

L’incarné adressa au Banoran un élégant petit salut de la tête.

Ce dernier dut se faire violence pour ne pas tendre la main afin de chasser une mèche de cheveux du visage en cœur pour la glisser derrière l’une des délicates petites oreilles.

- C’est un honneur de vous rencontrer, capitaine Rhapsodos, fit l’apparition de sa voix douce en s’inclinant avec respect.

Un parfum sucré à tourner les sens caressa les narines de Genesis. Il entrouvrit les lèvres pour le respirer par la bouche afin de le goûter et faillit fermer les yeux pour le déguster comme il l’aurait d’un vieux cognac.

- Tu contiens dans ton oeil le couchant et l’aurore; récita-t-il, plongeant son regard dans celui de l’incarné.

Tu répands des parfums comme un soir orageux;

Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore

Qui font le héros lâche et l’enfant courageux.

Yazoo hoqueta, à la fois flatté et surpris, et une rougeur - que Genesis trouva au demeurant particulièrement charmante - colora ses pommettes hautes.

C’était bien la première que quelqu’un s’adressait à lui de la sorte !

Sephiroth leva les yeux au ciel.

- Oui, j’avais oublié ce détail, railla-t-il. Genesis adore les niaiseries et plus particulièrement lorsqu’elles riment !

Yazoo fit tinter son rire musical et le Banoran lui fit un clin d’œil.

Un geste de séduction que Reno, qui observait les réactions de Genesis depuis qu’ils étaient arrivés, n’apprécia pas mais alors pas du tout

à suivre

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LXVI - Un mort bien vivant

Quand on n’a rien à se reprocher dans la journée,

on ne craint pas que les fantômes viennent

hurler à la porte au milieu de la nuit. ”

Proverbe chinois

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Derrière la vitre de la cuve, Weiss essayait désespérément de deviner ce qui se disait et se passait dans le laboratoire.

Il avait définitivement repris ses esprits deux heures plus tôt, en sentant l’horrible douleur - typique du mako purifié - embraser ses poumons et ce fut pour voir Sephiroth allonger son frère sur - ou plutôt ” dans ” - le corps de Genesis, que d’autres hommes avaient transporté jusque là dans une civière.

- Weiss ? Weiss, tu m’entends ?

Il baissa les yeux vers Shelke, qui tapotait le verre de la cuve pour attirer son attention.

- Kadaj va augmenter un peu la concentration de mako, l’informa la jeune fille. Fais-nous signe si tu sens une gêne ou une brûlure quelconque.

Indifférent à son propre sort et à la douleur de ses os brisés, l’ancien chef des Tsviets désigna ce qui se passait dans le laboratoire et secoua la tête, soucieux.

- Je te l’ai dit, insista la jeune fille. Tu n’as rien à craindre. Il s’agit bien de Genesis. Du vrai Genesis. Nero a besoin de ces cellules ou sinon, il risque de…

Weiss sentit un horrible élancement au côté droit, là où une côte avait transpercé son foie, et il posa lourdement le front sur le verre avec un ” toc ” sinistre, interrompant son ancienne subordonnée.

Celle-ci se tourna vers sa sœur, ne sachant plus comment convaincre le jeune homme de se concentrer sur sa propre guérison.

Shalua s’approcha.

- Weiss ? Weiss, regarde-moi. Regarde-moi !

Elle donna une tape sur la paroi et il daigna enfin lui accorder un peu d’attention mais son magnifique regard bleu et or décelait un monde d’angoisse et de souffrance.

- Tout va bien se passer, assura-t-elle d’une voix douce. Vincent et Genesis savent ce qu’ils font, je t’en donne ma parole.

Le Tsviet vissa ses prunelles aux siennes, comme s’il lui demandait silencieusement de jurer qu’il n’arriverait rien à son frère, et Shalua sourit.

- Ce qui aidera vraiment Nero à se remettre rapidement, c’est de voir que son grand frère va bien et qu’il est hors de danger.

Weiss ferma les yeux un instant, comme s’il se concentrait pour essayer de se reprendre et de gérer la douleur et hocha la tête.

- Bien. J’ai réduit les fractures et il faut à présent que le mako ressoude tes os et régénère tes organes. Kadaj va y aller en douceur.

Le jeune homme acquiesça de nouveau et se tourna vers Kadaj, qui lui sourit pour le rassurer.

- Le mako aussi pur est très instable, fit ce dernier. Alors j’ai vraiment besoin que tu m’alertes à la moindre gêne.

Weiss plissa le front en signe d’incompréhension et tourna la tête vers Shelke, qui laissa échapper un petit rire.

- Tu n’es plus au Deep Ground, Weiss, dit-elle. Ici, tu te rendras à peine compte du changement de concentration de mako. Kadaj est un vrai virtuose.

L’incarné haussa un sourcil, un peu perdu, et la jeune fille s’assit sur l’accoudoir de son fauteuil.

- Au Deep Ground, les scientifiques n’utilisaient pas de paliers progressifs, expliqua-t-elle.

Kadaj tordit le nez.

- Charmant… Et moi qui pensais que nous avions écopé des pires sadiques au cratère Nord !

De l’agitation se fit dans l’infirmerie.

Telle un étrange papillon s’arrachant à sa chrysalide, Nero avait commencé à s’extraire du corps de Genesis. Et à le voir haleter et lutter, cela n’avait rien d’un exercice aisé.

Le rythme cardiaque de Weiss se mit à battre la chamade, faisant hurler les appareils de contrôle, et Kadaj jura.

- Du calme, Weiss, le supplia Shelke. Concentre-toi !

Nero était parvenu en rampant à extraire la moitié supérieure de son corps de celui de son hôte… lorsqu’il s’effondra sur le côté, à bout de souffle.

- C’est pas vrai… soupira Vincent. Allez, encore un petit effort !

- Ne peut-on pas l’aider ? proposa Loz, prêt à se saisir des bras minces pour le tirer vers lui.

- Surtout pas ! intervint l’essence fantomatique de Genesis. Tu pourrais endommager irrémédiablement et son corps, et le mien.

- Voire même couper tout bonnement ce garçon en deux, ajouta Reeve.

Cid, lui aussi présent, se raidit.

- Tu es sérieux ?

- Les cellules de sa partie inférieure sont totalement imbriquées dans les miennes, confirma Genesis.

Sephiroth s’accroupit à côté de Nero, trop épuisé pour ne serait-ce que se redresser sur ses avant-bras.

- Allez, courage, c’est bientôt fini. Tu y es presque.

Le Tsviet secoua la tête.

- Je… Je n’y arrive… pas…

- Essaye quand même une dernière fois. Respire un grand coup.

Nero obéit et s’accrocha même aux jambes de Sephiroth pour essayer de se libérer. En vain. Son bassin et ses jambes restaient prisonnières de ceux de Genesis - ou plutôt ” mêlés ” à eux.

- Je… Je ne… peux pas… Je suis… Désolé…

Le Soldat lança un regard désespéré à Vincent, qui secoua la tête.

- Il est en train de s’épuiser pour rien alors qu’il a besoin de toutes ses forces pour se remettre d’aplomb et assimiler les cellules de Genesis, trancha ce dernier. Ce n’est pas bon du tout.

- Alors, je crois que nous n’avons pas le choix, fit Reeve en se tournant vers l’essence fantomatique de l’ancien soldat 1ère classe. Il va falloir l’aider.

- J’aurais préféré éviter ça, murmura ce dernier. Ca risque d’être très violent et dans son état de fragilité, il…

- Genesis… intervint Sephiroth, la tête de Nero sur ses genoux. Il est vraiment à bout.

- D’accord, d’accord, Seph, c’est bon, j’ai compris.

*

Dans le grand salon, les autres hôtes du manoir - Denzel et Marlène, qui dormaient encore, exceptés - étaient réunis devant un petit déjeuner très matinal, les yeux bouffis de sommeil.

- Bon sang ! Je pourrais dire que j’en aurais vu, des trucs bizarres, dans ma vie… fit Rude, encore vêtu de sa tenue de commando, en avalant son troisième café.

Reno lui tapa sur l’épaule et se saisit d’une carafe de jus de fruits.

- Tu l’as dit, mon pote.

Il remplit son verre et celui de Yazoo, qui ne cessait de lorgner sur le cadran de la montre de son amant.

Tifa, qui avait remarqué son manège depuis un moment, se pencha à son oreille

- Tseng et Elena seront là d’un moment à l’autre, chuchota-t-elle.

L’argenté sourit et elle lui pressa amicalement la main.

- En fait, non, pas tout de suite, annonça Rufus avec une moue. Avec les événements de la nuit, j’ai oublié de vous en faire part mais Tseng a appelé. Ils ont dû s’arrêter en route. Un petit problème d’ordinateur de bord mais rien de grave. Ils seront là dans la soirée. (Les épaules de Yazoo s’affaissèrent) Je suis désolé, j’aurais dû t’en parler tout de suite.

L’argenté se reprit et secoua la tête.

- Ca ira, ne vous en faites pas. Je… Je m’étais juste mentalement préparé à leur arrivée pour ce matin, c’est tout.

Reno lui passa le bras autour des épaules, réconfortant.

- Les machines sont toujours là pour nous pourrir la vie pile poil quand il ne faut pas, petit ! soupira Barret avec philosophie.

Yuffie s’étira et se frotta les yeux.

- Je me demande comment ça se passe, en bas.

*

Genesis eut beau essayer de réintégrer son corps aussi délicatement que possible, comme il l’avait craint, à peine ” réinstallé “, Nero en fut expulsé avec une violence inouïe.

Si Loz n’avait pas aidé Sephiroth à le retenir, le ténébreux aurait sans doute été propulsé à plusieurs mètres et il ne s’en serait pas tiré indemne.

La douleur n’en fut cependant pas moins intense et, tout comme cela avait été le cas lorsqu’Hojo l’avait chassé du corps de Genesis une première fois, Nero eut l’impression que chacune de ses cellules se scindait en deux.

Son cri résonna dans l’infirmerie.

Weiss, affolé, hurla le nom de son frère en silence dans le mako en plaquant ses deux mains contre la vitre et Shelke essaya une fois de plus de l’apaiser.

- Ca va aller ! Ma sœur et Vincent sont avec lui. Reprends-toi ! Tu dois te calmer ou tu risques d’endommager irrémédiablement les os fracturés que Shalua a remis en place ! Si le mako les ressoude de travers, tu es bon pour passer sur la table d’opération avant de retourner là-dedans !

A quelques mètres de là, Shalua auscultait Nero, qui gisait dans les bras de Sephiroth.

- Il est choqué mais ça a l’air d’aller. Tu m’entends, chaton ? Ouvre-les yeux, allez.

- Nero… gémit Genesis, qui essayait de se redresser un peu avec l’aide de Merill.

- Doucement, Capitaine Rhapsodos. Reconstituer ce que vous avez offert à votre ami va prendre un peu de temps. Restez tranquille.

Nero ouvrit lentement les yeux et Shalua lui sourit en passant la main dans ses cheveux dégoulinants de sueur.

- Ca va, chaton ? Comment te sens-tu ? As-tu mal quelque part ?

- Fa…tigué…

Sephiroth et Vincent laissèrent échapper un soupir d’intense soulagement.

- C’est normal, poursuivit la jeune scientifique en caressant le front moite. Tu vas pouvoir dormir et te reposer autant que tu le voudras, maintenant, je te le promets.

Elle se tourna vers la cuve, où Weiss s’agitait de plus en plus, et leva le pouce avec un large sourire, pour faire signe que tout allait bien.

- Ca a marché, dit Shelke en posant ses paumes contre celles de Weiss à travers la vitre de la cuve. Tu entends, Weiss ? C’est fini, Nero est hors de danger, maintenant.

L’ancien chef des Tsviets hocha la tête et se laissa aller en arrière contre la paroi en fermant les yeux, comme si le soulagement lui coupait les jambes et lui ôtait ce qui lui restait d’énergie.

- Weiss ? appela doucement Kadaj. Weiss, encore un effort, il faut trouver le bon palier de mako. Ensuite tu pourras te laisser aller jusqu’à ce que tu sortes de là.

Weiss se força à sourire malgré la douleur et acquiesça.

*

Tseng - ou du moins avait-il l’apparence de Tseng - enjamba le corps inanimé d’Elena et du pilote de l’avion pour se saisir du petit cercueil, qu’il ouvrit pour récupérer le minuscule défunt momifié.

- Ridicule… cracha-t-il en voyant les vêtements de poupée.

Il dénuda le corps du bébé sans la moindre pitié, éparpillant la layette sur le sol, et voulut le glisser dans la poche de son costume mais la position des petits bras et des jambes potelées l’en empêchèrent.

- Saleté…

Il jeta un regard alentour et prit un sac en papier destiné aux passagers souffrant du mal de l’air.

Il brisa les membres du bébé avec des “ crac ! ” sinistres, désolidarisa le corps de la tête et jeta le tout dans le sac avant de glisser ce dernier dans sa poche.

- Des cellules de Jenova parfaitement conservées ! ricana-t-il en tapotant les petits restes momifiés à travers la toile de sa veste, faisant s’entrechoquer les morceaux avec un bruit de cailloux. Un génie ! Je suis un génie…

à suivre

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X - Cher vieil ennemi

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno ferma doucement la porte de la chambre sans quitter Yazoo des yeux.

L’argenté dormait paisiblement avec un léger ronflement qui, si les circonstances avaient été autres, aurait sans doute fait rire le turk.

Il fallait avouer qu’on ne s’attendait pas à ce genre ” d’agrément ” sonore de la part d’une créature aussi délicate et élégante que Yazoo…

- Personne n’est parfait…

Souriant néanmoins malgré lui, Reno prit son paquet de cigarettes et son briquet dans la poche de sa veste, enfila son pantalon et prit la chaise du petit bureau de la chambre d’amis pour s’asseoir à la fenêtre. Il ouvrit silencieusement cette dernière en gardant un œil sur l’argenté qui, lorsqu’un petit courant d’air chaud agita les mèches de son front, se tourna sur le côté et cessa de ronfler.

Reno alluma sa cigarette et en tira une longue bouffée qu’il recracha avec un soupir de pur plaisir en posant paresseusement sa joue sur ses avant-bras, croisés sur le rebord de la fenêtre.

Il tourna légèrement la tête pour pouvoir continuer à surveiller l’argenté du coin de l’œil et avala goulûment une autre bouffée nicotine, qu’il prit soin de recracher à l’extérieur de la chambre.

Petit à petit, l’effet apaisant de la cigarette aidant, il encaissa le choc qu’il avait reçu en voyant le visage de Sephiroth à quelques centimètres à peine du sien.

Avait-il rêvé ?

Avait-ce été un effet de la fatigue ou, plus probablement, une manifestation violente de son subconscient ? Une alerte mentale, comme si son cerveau voulait lui dire ” Oh ! Oh ! Reno, mon gars ! On se réveille ! T’es sur le point de bécoter un mec, là ! “.

Pourquoi il avait eu envie de faire ça, bon sang ? Encore un effet de cet étrange attirance et cette sympathie que les argentés exerçaient sur les gens ?

Si c’était le cas, c’était puissant, nom d’une materia ! Bien plus qu’il ne l’aurait imaginé.

- Saloperie…

Oh, bien sûr, Reno avait déjà joué à ” frotti-frotta ” avec des garçons mais c’était uniquement parce qu’il savait pertinemment que cela rendait les filles complètement folles ! Faire semblant d’avoir des tendances bisexuelles sur la piste de danse d’une boîte branchée, c’était une manière quasi 100% garantie d’échauffer ces demoiselles et de repartir avec l’une - ou deux, s’il avait de la chance ! - d’entre elles à son bras.

Mais de là à…

- Rouler une pelle à un mec… Berk !

Il tira une dernière bouffée de sa cigarette avec une grimace et jeta le mégot dans la rue déserte.

*

Cloud vérifia que les enfants dormaient profondément puis alla pousser la porte de la chambre de Loz, pour voir si tout allait bien, et… retint un cri de justesse.

Malgré le choc, il eut néanmoins la présence d’esprit d’entrer précipitamment dans la pièce et de tourner la clé dans la serrure. Pour empêcher quelqu’un d’autre d’entrer, certes, mais surtout pour empêcher celui qui se tenait à demi allongé sous les draps de sortir.

- Ou est Tifa ? demanda-t-il, le cœur battant, en cherchant des yeux quelque chose qui aurait pu lui tenir lieu d’arme. Qu’as-tu fait d’elle ?

Sur le lit, le bas de son corps nu pudiquement dissimulé sous les couvertures, Sephiroth sourit. Un sourire qui, s’il ne contenait plus rien de l’agressivité et de la cruauté auxquelles Cloud était habitué, n’en avait pas moins gardé une certaine ironie.

- Elle est descendue au bar se chercher quelque chose à grignoter, répondit le Cauchemar de la planète d’une voix qui ne contenait pas non plus la moindre trace de menace ou une quelconque imminence de danger.

Cloud s’en trouva un peu plus déstabilisé.

- Alors Reno n’avait pas rêvé… bredouilla-t-il. C’est bien toi qu’il a vu.

- Tu dois m’aider, Strife, fit Sephiroth avec une franchise désarmante.

Le jeune homme faillit s’étrangler d’indignation.

- Te quoi ? Comment oses-tu ? cracha-t-il avec colère. Et qu’est-ce que tu fais encore là ? Ne peux-tu donc pas disparaître une fois pour toutes et laisser ces garçons tranquilles ? Qu’est-ce que tu veux ? Qu’est-ce que tu cherches ? A te servir de Loz et de Yazoo comme tu t’es servi de Kadaj ? Tu peux prendre toutes les formes que tu voudras, je te tuerai autant de fois qu’il le faudra ! Encore et enco…

- Tu ne m’as jamais tué, Strife, le coupa l’ancien Soldat, sans cependant paraître le moins du monde blessé par les propos du jeune homme. Et tu ne m’as jamais combattu. Sauf si tu appelles ” combattre ” le fait d’enfoncer une épée dans le corps d’un homme lorsqu’il a le dos tourné.

Cloud recula d’un pas, estomaqué, comme si Sephiroth venait de le frapper.

- Qu’est-ce que… Aurais-tu définitivement perdu la raison ?

Le Cauchemar sourit de nouveau.

- Le réacteur de Nibelheim, il y a sept ans, rappela-t-il. Tu m’as attaqué dans le dos. Tu ne…

- Je sais à quoi tu fais allusion !

- C’est la seule fois où nous croisé le fer, aspirant Strife.

Ce dernier secoua la tête.

- Est-ce encore l’une de tes manigances ? Qu’espères-tu, en jouant les amnésiques ? Faire oublier que tu as causé la mort de centaines de personnes ? Tu as fait de Midgar un cimetière ! Tu…

- Ce n’était pas moi et tu le sais parfaitement.

- Et Aerith ?!

- Aerith était ma soeur de lait, je ne lui aurais jamais fait de mal.

- Et Nibelheim ? Ce n’était pas toi, peut-être ?!

- Les seules morts injustes que j’ai sur la conscience sont celles de deux enfants tombés dans l’incendie.

Le jeune homme serra les dents.

- Comment oses-tu ? Les habitants de Nibelheim ne t’avaient rien fait ! Ils t’avaient accueilli à bras ouverts et tu as tout transformé en antichambre de l’enfer ! Ma propre mère faisait partie des victimes ! Et le père de Tifa aussi !

- Et, d’après toi, ils étaient innocents ?

- Comment oses-tu les accuser de quoi que ce soit ? gronda le jeune homme.

Sephiroth secoua tristement la tête.

- Sais-tu ce que j’ai fait, lorsque Zack et moi avons découvert les cuves contenant les… les expériences ratées de mon père, les ” monstres ” qui avaient été autrefois des jeunes hommes comme toi, des recrues prêtes à donner leur vie au Soldat ? Ces choses qui, au final, n’étaient pas si différents de toi et moi ?

Cloud ne répondit pas, attendant la suite, hésitant entre une explosion de colère et un profond désespoir.

- Je suis allé voir les autorités de Nibelheim. Je suis allé leur parler de ce que j’avais trouvé dans l’ancien laboratoire du réacteur et tu sais ce qu’il m’ont répondu ? Sais-tu ce que tes ” innocents habitants “, le père de Tifa en tête, ont osé me répondre, Strife ?

- Comment le saurais-je ? murmura celui-ci, le cœur battant.

- Rien.

- Que… Je… Je ne comprends pas.

- ” Close de confidentialité “. C’était le réacteur, son laboratoire et sa source de mako qui avaient fait vivre Nibelheim durant des années. La plupart des habitants y ont travaillé, comme techniciens ou comme simples employés. La Shinra leur a fait signer cette fameuse ” Close de confidentialité “, à l’époque. Rien de ce qui s’était dit, de ce qui s’était passé ou de ce qui avait été vu au réacteur ne devait sortir de là sous peine de sanctions juridiques et financières. Est-ce plus clair, à présent ?

Cloud aurait voulu se boucher les oreilles et mettre son cerveau à l’arrêt pour ne pas avoir à comprendre ce que Sephiroth essayait de lui dire. Pour garder ses illusions et sa foi en la nature humaine encore quelques instants.

- Je… Je ne sais pas.

- Tu ne t’es jamais demandé pourquoi ta mère a toujours obstinément refusé de t’accorder l’autorisation de t’inscrire à l’Académie du soldat, Strife ? Et pourquoi elle était si désespérée, lorsque tu as eu 16 ans et que tu as pu remplir la demande sans son aval ?

- Ne mêle pas ma mère à tout ça ! Je t’interdis de faire allusion à el…

- Pourquoi ne voulait-elle pas que tu deviennes un Soldat alors que c’était ton rêve le plus cher depuis toujours ?

- Je… C’était ma mère, bredouilla le jeune homme, ému. Elle avait peur pour moi, comme toutes les mères du monde !

- Oh, oui, elle avait peur. Elle devait même être terrifiée à la simple idée de voir son fils unique s’engager dans le bras armé de la Shinra… Parce qu’elle savait très bien ce qui t’attendait, aspirant Strife. Elle savait ce que les scientifiques faisaient aux Soldats pour améliorer leurs performances ! Elle le savait parce que, comme tous les autres, elle avait été le témoin de toutes les horreurs, de toutes les monstruosités qui s’étaient déroulées à Nibelheim et que, comme tous les autres, elle n’avait rien dit et avait laissé faire en échange d’un peu de commodité et d’une poignée de gils !

- Non ! Ma mère ne… Ma mère ne…

- Ta mère savait ! Comme les autres ! Tous savaient ! Mais était-ce si grave que la Shinra fabrique les créatures dans mon genre, après tout ? Qu’importe qu’il faille torturer des centaines d’hommes et faire ” joujou ” avec des fœtus ou même des enfants si les monstres sortis des éprouvettes et des cuves de la Shinra étaient là pour de les protéger, eux et leur petite vie tranquille !

Cloud se prit la tête dans les mains, profondément ébranlé par tout ce que venait de dire Sephiroth.

- Oh, mon Dieu…

- Alors, aspirant Strife ? Toujours aussi innocents, les habitants de Nibelheim, tu crois ?

Le jeune homme se laissa tomber sur le tas de draps sales que Tifa avait soigneusement plié et empilé contre le mur, à la tête du lit.

- C’est pour ça que tu as tout fait brûler ? demanda Cloud d’une voix blanche après un long moment.

Sephiroth ferma un instant les yeux et prit une profonde inspiration.

- Peu importe pourquoi. Ce qui est fait est fait et je ne suis pas là pour ça. Ce que j’essayais de t’expliquer, c’est que ce n’est pas moi que tu as combattu en dehors de ce jour là, au réacteur.

- Jenova ? Même là-haut, sur les toits, avec Kadaj ? (Sephiroth acquiesça en silence) Même… Même il y a deux ans, quand…

- Je t’ai parlé pour la dernière fois il y a sept ans, aspirant Strife.

Le jeune homme secoua la tête.

- Comment… Comment être certain que tu n’es pas en train de me mener en bateau ? De me mentir ?

L’ancien soldat eut un sourire d’une infinie tristesse.

- Et comment aurais-je fait pour participer aux combats dont tu parles ? En rampant sur le ventre ?

Cloud ouvrit la bouche pour exprimer son étonnement, dire qu’il ne comprenait pas l’allusion mais, à ce moment là, Sephiroth rabattit les couvertures sur le bas de son corps, qu’elles dissimulaient jusqu’à maintenant.

Le jeune homme dut presser les deux mains sur sa bouche pour retenir un cri horrifié. A partir de l’os de l’aine, le bas du corps de l’ancien soldat n’était plus qu’un amas de filaments verdâtres de chair mêlée de mako.

- Je sais que tu m’as déjà vu comme ça. Même si Jenova avait pris le contrôle de mon esprit J’ai senti ta présence, ce jour-là…

- Je… Le cristal mako, bredouilla Cloud. Tu étais… dans un cristal Mako…

Sephiroth remonta les couvertures jusqu’à son ventre et hocha la tête.

- Cette fois, ” le Cauchemar ” mérite vraiment son nom, tu vois.

L’ancien postulant soldat sentit un serrement aigu dans la poitrine.

- Je ne t’ai jamais considéré comme tel, fit-il d’une voix à peine audible. Pour moi - et pour beaucoup - tu étais un héros. Un demi-dieu vivant… J’aurais fait n’importe quoi pour… Pour…

- Pour ?

Avant de comprendre ce qu’il était en train de faire, Cloud s’assit sur le lit, se saisit du visage de Sephiroth et pressa sa bouche sur la sienne.

Le cœur battant à tout rompre et le cerveau embrumé par la tornade de sentiments contraditoires qui l’assaillaient - honte et colère, regrets et espoir, dégoût et passion - il n’entendit pas la clé tourner dans la serrure. Il n’entendit pas non plus la poignée de la porte grincer un peu en tournant. Pas plus qu’il n’entendit le hoquet surpris de Tifa.

La seule chose qu’il entendit, et qui le fit sursauter violemment, furent le bruit que fit le plateau que tenait la jeune femme en tombant sur le sol et le bris des bols qui éclatèrent, répandant sur le sol une flaque de crème glacée.

- Tifa, je… Je ne… bredouilla Cloud. Bon sang ! Dis quelque chose, ne me regarde pas comme ça !

Mais Tifa était bien trop choquée pour dire quoi que ce soit et la vision qui s’était offert à elle en entrant dans la pièce la hanterait probablement durant des mois.

- Cloud, tu es… Ignoble ! Tu…

- Tifa, je…

- Sors d’ici ! Dehors !

Elle le saisit par le devant de son pull.

- Mais enfin, Tifa, laisse-moi t’expli…

- Sors de ma chambre tout de suite !

La jeune femme le jeta dans le couloir avec toute la rage dont elle était capable et referma la porte, au bord de la nausée.

Elle se serait attendue à n’importe quoi en déverrouillant la porte.

N’importe quoi !

Sauf à voir Cloud profiter de l’inconscience de Loz pour l’embrasser à pleine bouche…

à suivre

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Pouvoir mécanique

***

Rédaction (texte traduit de l’anglais) : Enide Dear

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Ils avaient arrêté leurs motos depuis plusieurs minutes pour se dégourdir les jambes et se débarrasser de la poussière qui leur irritait les yeux. Alentour, les terres désolées qui entouraient Midgar paraissaient sans fin.

Kadaj soupira et s’étira, tendant haut les bras au-dessus de sa tête, le regard perdu au loin, et Yazoo parut soudain mal à l’aise en coupant le moteur de sa machine.

- Loz, ça recommence, fit-il, un peu embarrassé. Tu m’avais pourtant assuré que tu avais tout fixé.

- J’étais persuadé de l’avoir fait, oui, acquiesça Loz en fronçant les sourcils. Je peux y jeter un œil à nouveau, si tu veux, proposa-t-il en désignant la moto.

- De quoi êtes-vous en train de parler, encore, tous les deux ? demanda leur cadet en pivotant sur sa selle.

- C’est ma moto. Elle… Elle vibre à nouveau, expliqua Yazoo, le visage crispé.

- Et alors ? La mienne aussi. Pourquoi ? C’est dangereux ? s’enquit encore le benjamin en fronçant les sourcils.

Loz agita les mains.

- Bien sûr que non, je vérifie vos motos tous les soirs. Elles sont en parfait état. Sans doute quelques vis se sont-elles un peu desserrées mais je les fixerai. Il n’y a aucun danger. Peut-être êtes-vous simplement un peu trop légers pour ce genre de machines. La mienne ne vibre pas du tout.

- Si ne n’est pas dangereux, qu’as-tu à ronchonner, Yazoo ? s’enquit Kadaj, plus irrité encore qu’à son habitude.

- C’est juste que… commença l’interpellé, une légère rougeur sur les joues. C’est… Ca fait… Enfin, tu vois ce que je veux dire.

- Eh bien tu le supporteras ! Je ne vais pas retarder la recherche de mère parce que Monsieur ne peut pas conduire en bandant !

Bon, décidément Kadaj était vraiment dans un mauvais jour, aujourd’hui !

Le chef des argentés remonta sur sa moto et replia sa béquille d’un coup de pied hargneux.

- Allez, on y va !

***

Quand ils s’arrêtèrent pour la nuit, Yazoo était sur les nerfs et son corps souple tremblait légèrement - mais pas d’épuisement.

Ils garèrent leurs motos et Kadaj disparut à l’intérieur du minuscule hangar sans même accorder un regard à ses frères.

Les yeux verts de Yazoo brûlèrent d’une faim presque effrayante lorsque Loz sortit sa boîte à outils et s’approcha de lui.

- Euh, Yazzie ? Si tu veux que je regarde ce que ta moto a dans le ventre, tu ferais bien d’arrêter le moteur et de descendre.

Yazoo ne fit pas mine de bouger et resta assis sur la machine vibrante, se passant la langue sur les lèvres en détaillant Loz sans la moindre retenue.

- Baise-moi, ordonna-t-il soudain, les yeux brillants. Maintenant. Sur cette putain de moto parkinsonienne !

Le Yazoo calme et détaché que son frère connaissait paraissait s’être volatilisé après avoir passé des heures à supporter le frottement vibrant de la machine sur son entrejambe.

Loz ne se le fit pas dire deux fois et fut sur lui en un clin d’oeil, dézippant le long manteau de cuir tandis que son cadet, gémissant, s’accrochait à son grands corps, lui arrachant baiser après baiser avec une sorte de désespoir.

Son pantalon fut jeté au sol et les fortes mains du jeune colosse le poussèrent en avant, sur la machine.

Yazoo gémit une plainte inarticulée en sentant un doigt glissant de graisse de moteur commencer à sonder son intimité.

- Par tous les Dieux, Loz ! Oublie les préliminaires ! J’en ai eu mon compte pour aujourd’hui !

Yazoo n’avait jamais juré, jamais réclamé et n’avait - Ô grand jamais - décliné les préliminaires.

Loz ne put empêcher un petit sourire satisfait de se dessiner sur ses lèvres.

Ca c’était vraiment le pied ! Yazoo le suppliant de le baiser, ses longues jambes écartées, à cheval sur la moto vibrante et sa chute de reins splendide exposée à son regard concupiscent…

Il n’allait pas rechigner, pour ça non !

Lorsque Loz prit possession de ce qu’on lui offrait à grands coups de reins vigoureux, Yazoo laissa échapper des cris impudiques en poussant autant qu’il le pouvait pour recevoir son aîné plus profondément encore d’intérieur lui.

La moto bourdonnait toujours sous lui et, après dont un jour passé à demi couché sur l’engin, sa virilité frottant impitoyablement sur le carénage, c’était bien plus qu’il ne pouvait en supporter…

Il vint avec un cri et tout son corps se contracta.

Loz jura et donna un violent coup de reins, projetant presque Yazoo en avant, sur le guidon de la moto, alors qu’il jouissait à son tour.

Ils restèrent un moment sur l’engin, à bout de souffle, Loz caressant de haut en bas le dos souple, faisant frissonner son cadet tandis que les dernières traces d’excitation se dissipaient.

- Grande Mère, j’en avais vraiment besoin… gémit finalement Yazoo en s’asseyant bien droit, souriant gentiment à Loz. Cette fichue vibration est vraiment intenable.

- Je vais jeter un coup d’œil à ta moto, promit son frère dans un baiser.

Non sans amusement, il regarda son benjamin se diriger vers le hangar, la démarche un peu raide.

Il essuya de la selle de la moto avec un chiffon en sifflotant et sortit de nouveau les outils pour serrer soigneusement les vis coupables avant de passer à la moto de Kadaj.

Ainsi donc, le petit dernier se vantait de pouvoir conduire la machine vibrante sans le moindre ” effet secondaire “, hein ?

Un petit sourire coquin étira les lèvres de Loz.

Eh bien on verrait s’il maîtriserait toujours aussi bien la chose après avoir traversé des terrains recouverts de gravier !

Très soigneusement, il desserra les vis de la selle de Kadaj d’un petit tour supplémentaire…

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La bonne éducation (2e partie)

***

Rédaction : Shiva Rajah

Inspiré d’un passage du roman “Thyia de Sparte” de Cristina Rodriguez (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (Studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

- Postulant Soldat au rapport, chef !

Zack redressa la tête pour voir à qui appartenait la petite voix flûtée qui s’adressait à lui de façon aussi solennelle de si bon matin et éclata de rire en voyant le minuscule garçonnet.

- Nero ? Qu’est-ce que tu fais là ? demanda-t-il en finissant de lacer ses bottes.

- Je me suis échappé de la salle de simulation ! claironna fièrement le garçonnet.

Zack pouffa.

- Toi, avec tes petites jambes et ta petite tête, tu as réussi à échapper au Restrictor ?

Un membre de la mythique 14ème force du Soldat venait une fois par semaine à l’Académie pour surveiller les progrès des recrues qu’ils avaient repérées lors des entraînements.

A l’instar de la plupart des gens, Zack n’avait jamais pu entrevoir ne serait-ce que le regard du mystérieux personnage, toujours à l’abri de la visière d’un casque de métal noir qui lui recouvrait entièrement la tête.

- Il n’a même pas pu me toucher ! se récria Nero, vexé.

- Tiens donc !

- C’est vrai !

- Et comment t’y es-tu pris ? En lui mordant les doigts de pied pour l’empêcher de te courir après ?

Le garçonnet éclata de rire.

- Bah non, t’es bête ! On peut pas faire ça, il a des grosses bottes qui montent, comme Sephiroth ! (Zack sourit) Je lui ai vomi dessus !

- Tu as quoi ? s’écria le jeune homme, estomaqué.

- Bah ch’ai mis deux doigts là, chur la langue, comme cha…

Zack bondit sur lui pour lui retirer les doigts de la bouche.

- Non, ça va ! Je te crois sur parole.

- Et puis quand il criait et que les soldats le nettoyaient, je suis parti sans que personne me voie. Voilà ! conclut fièrement le petit.

Le postulant soldat partit d’un rire tonitruant et hocha la tête.

- Le Restrictor t’effraie donc à ce point là ?

Le garçonnet acquiesça.

- Il est méchant et il essaye toujours de me faire peur pour que je fasse sortir du noir de mes mains alors que, normalement, j’ai pas le droit !

- Oh… Je vois. Dans ce cas, je dis que tu as sans doute bien fait de t’enfuir - mais ne le répète pas ! (Nero bomba fièrement son petit torse) Cela étant dit, qui t’a appris à faire une chose aussi dégoûtante ?

- Weiss !

- Weiss ?

Nero acquiesça.

- Enfin, il m’a pas appris. Il fait ça tout le temps pour faire croire au Restrictor qu’il est malade.

Zack haussa le sourcil, de plus en plus surpris.

- C’est de famille, ma parole !

Pourtant, être remarqué par le restrictor et avoir ne serait-ce qu’une chance d’intégrer le prestigieux Deep Ground était le rêve de tous les postulants Soldats.

Pourquoi Weiss laissait-il laissé passer une telle occasion ? Pire, pourquoi faisait-il tout pour la gâcher ?

- Et pourquoi Weiss fait-il une chose aussi étrange ?

Le garçonnet se mordit la lèvre inférieure et rougit.

- Je sais pas.

- Pourquoi Weiss fait quoi ? demanda Angeal, qui venait d’entrer dans le dortoir. Bah ! Qu’est-ce que tu fais là, toi ? ajouta-t-il en remarquant Nero. Je te croyais à l’infirmerie !

Le garçonnet rentra la tête dans les épaules.

- Je… Je me suis perdu… couina-t-il .

Angeal gronda et fronça les sourcils.

- Tu t’es perdu ?

- Oui…

- Et tu es sans doute venu jusqu’ici pour demander ton chemin à Zack ?

- Euh… Je sais pas… Oui ? fit-il, ne sachant visiblement pas s’il s’agissait d’une bonne explication ou non.

Le Soldat avança d’un pas et se pencha en avant sur le garçonnet, qui se couvrit la tête de ses petits bras tatoués.

- Tu sais ce qu’on fait aux petits garçons qui mentent ?

A force de se tasser, Nero était presque assis sur le sol et Zack dut faire un effort pour ne pas éclater de rire et ruiner le simulacre de sévérité d’Angeal.

Ce dernier avait lui-même le plus grand mal à empêcher les coins de la bouche de s’étirer et le fou-rire le menaçait en voyant le frère de Weiss accroupi à ses pieds.

Soudain Nero éclata en sanglots et agrippa son petit ventre.

- Tu ne vas pas te remettre à vomir, hein ? demanda Zack, méfiant.

Le garçonnet secoua la tête.

- Tu as bobo au bidon ? s’enquit Angeal, regrettant aussitôt d’avoir joué les grosses brutes.

Le petit secoua encore la tête en pleurant de plus belle.

- Non… sanglota-t-il.

- Je t’ai fait si peur que ça ?

Nero acquiesça.

- Oui…

Le Soldat s’accroupit devant lui et sourit, rassurant.

- Allez, c’est fini, chibi face, c’était pour de faux. Viens me faire un câlin.

Il tendit les bras mais le petit recula en se tenant toujours le bas-ventre à deux mains.

- Alors ça y est, tu ne m’aimes plus ? fit Angeal avec un grimace boudeuse dans l’espoir de le faire sourire.

- Si… couina le garçonnet en reniflant.

- Alors pourquoi tu ne veux pas me faire un câlin ?

- J’ai fait un truc pas exprès… finit par avouer le garçonnet d’une toute petite voix entre deux sanglots en agrippant son petit pantalon de plus belle.

Zack se détourna, la main sur la bouche pour étouffer un fou-rire incontrôlable et Angeal dut se mordre la langue au sang pour ne pas en faire autant.

- Je vois…

Poursuivi par le rire incontrôlable de Zack, il souleva l’enfant de terre et se dirigea vers les douches en le tenant à bout de bras, le plus loin possible de lui.

*

Nero prenait son goûter assis sur la cuisse de Zack, à qui Angeal avait confié le petit après l’avoir récuré comme une casserole et habillé de vêtements propres.

- Au fait, tu ne m’as pas dit pourquoi Weiss faisait semblant d’être malade devant le Restrictor.

- Je sais pas si j’ai le droit. Il m’a dit de rien dire.

Le jeune homme entreprit de lui peler une orange et de la séparer en quartiers.

- Qui ? Weiss ?

Nero acquiesça et prit un quartier d’orange qui, dans sa minuscule petite main paraissait énorme.

Lorsqu’il le mit tout entier dans sa bouche, le jus gicla et Zack prit une serviette en papier pour le débarbouiller.

- Doucement ! Ne mets pas de si gros morceaux dans ta bouche, tu vas t’étouffer.

- Weiss, il l’écrabouille dans un verre.

- Oui mais tu es grand, maintenant, tu peux manger des oranges sans avoir besoin de les presser. Non ?

Le garçonnet haussa ses petites épaules et pris un autre quartier d’orange.

- Chais pas. Tu me racontes encore la grenouille bleue et la princesse ?

- Dans un moment. Et si je te promets que personne ne saura que tu m’en as parlé ? Que c’est un secret rien qu’entre toi et moi, d’homme à homme ?

Nero fronça ses petits sourcils.

- Que je suis grand et que je mange des vraies oranges ?

Zack pouffa.

- Mais non ! Pourquoi Weiss ne veut pas être sélectionné pour le Deep Ground.

- C’est quoi ” sectionné ” ?

- Pas sectionné, chibi face ! Se-LEC-tion-né. Choisi par le Restrictor.

- Tu veux, toi ?

- Bien sûr !

Le petit parut désarçonné.

- Tu veux que Restrictor te fasse ” des choses ” ? chuchota-t-il, ne parvenant à croire ce que lui disait Zack.

Celui-ci sentit une main invisible se refermer sur son ventre.

- Que… Qu’est-ce que tu veux dire par “faire des choses ” ?

- Des choses…, répéta Nero en rougissant.

Un froid glacial envahit le jeune homme.

- Tu l’as vu “faire des choses ” à Weiss ? (Le petit acquiesça.) Qu’est-ce que tu as vu ?

Nero s’agenouilla sur sa cuisse et colla sa petite bouche contre l’oreille de Zack, comme le font les enfants pour confier un secret.

- Des choses qu’on doit pas parler, chuchota-t-il. Des choses de grandes personnes.

- Nero… Est-ce que… Est-ce que Restrictor a obligé Weiss à… à faire ces ” choses ” ?

Le garçonnet se mordit les lèvres, sur le point d’éclater en sanglots, et renifla.

Il parvint à ravaler ses larmes un petit moment mais se mit finalement à pleurer en se couvrant le visage de ses menottes aux curieux ongles d’un noir bleuté.

Etait-ce un effet de l’imagination de Zack ou une sorte de fumée noire commençait à se former autour des petites mains ?

Oh, merde… “ pensa le jeune homme, gagné par la panique.

” Lui immobiliser les mains “, avait dit Weiss. ” Lui immobiliser les mains et le rassurer “.

- Ca va aller, Nero. Excuse-moi, je ne voulais pas t’embêter, d’accord ? Calme-toi.

- Il l’a obligé… sanglota le garçonnet. Restrictor disait qu’il faisait ça pour son bien. Weiss, il criait. Il donnait des coups de pieds et puis il m’a vu… Il m’a dit de partir. Il a dit que c’était pour jouer.

Zack contracta les mâchoires, au bord de la nausée, et jura.

- Je suis pas un bébé… ajouta Nero d’une voix tout juste audible en se blottissant contre Zack pour enfouir son petit visage dans son pull, comme un enfant se cache sous les couvertures pour échapper au monstre du placard. C’était pas pour jouer. Mon frère, il voulait pas. Je sais qu’il voulait pas. J’ai vu les autres le faire dans les toilettes, les grands. Et c’est pas pareil…

- Salopard…, murmura le Gongagien, fou de rage.

Et lui qui avait toujours pris l’élite du Soldat pour des exemples de droiture - à plus forte raison un membre du puissant Deep Ground !

Il tombait de haut.

Nero pleura un long moment dans les bras de Zack, qui regardait droit devant lui, le regard vide, effondré.

- C’est très mal, hein ? finit par demander le petit. Restrictor a fait du mal à Weiss, pas vrai ? Il avait pas le droit, dis ?

- Oui, Nero. C’était mal. Très mal. Et non. Il n’avait pas le droit. En aucun cas il avait le droit de faire ça…

*

- Un Restrictor abattu en plein gymnase et pas un indice ? Vous vous moquez de moi, Heidegger ?

Les hurlements d’Ashton Shinra s’entendaient dans tout l’étage.

- Monsieur, je…

- Vous soupçonnez bien quelqu’un, non ? intervint le professeur Hojo, qui paraissait suivre la conversation avec un amusement mêlé de dédain.

Heidegger haussa piteusement les épaules et Shinra faillit en avaler son cigare.

- C’est une plaisanterie ! s’époumona-t-il.

Hojo fit claquer sa langue contre son palais avec un bruit sec particulièrement désagréable.

- Comment est mort notre imbécile ? demanda-t-il avec mépris, faisant tiquer Shinra.

- D’après les médecins de l’Académie, il serait mort de… de peur, murmura Heidegger, comme s’il devait annoncer que la mer était en train de flamber.

- De… quoi ? tempêta le président. De peur ? Un gradé du Deep Ground ? Non mais c’est vous qu’il va falloir enfermer ! Qu’est-ce que c’est que ces sornettes ?

- Soyez plus précis, ordonna Hojo, comme si Ashton Shinra n’existait pas.

Heidegger haussa les épaules.

- Il avait les yeux écarquillés, exorbités, et un masque de terreur sur le visage comme si… Comme si…

- Comme si toutes les terreurs qu’il avait éprouvées au cours de sa vie avaient resurgi d’un seul coup, en une seule, énorme, et épouvantable panique ; comme s’il s’était retrouvé prisonnier de ses propres ténèbres, finit Hojo à sa place comme s’il se délectait de chaque mot prononcé.

- Auriez-vous une idée sur ce qui a pu se passer, Hojo ? demanda le président, curieux.

Le professeur laissa échapper un rire rocailleux qui leur écorcha les oreilles.

- J’en ai même deux, monsieur le président. Deux magnifiques idées très prometteuses… Aussi fascinantes et différentes que peuvent l’être le blanc du noir !

Il quitta le bureau en ricanant, laissant les deux hommes stupéfaits dans la confusion la plus totale.

FIN

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LXV - Chibi Face

” Un ami, c’est quelqu’un qui vous connaît bien…
et qui vous aime quand même. ”

Hervé Lauwick

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Vincent et les soldats du WRO qui l’accompagnaient firent irruption dans la grotte surplombant le ravin où coulait la rivière de la vie, ils furent saisis par le spectacle qui s’offrit à eux.

A quelques pas à peine du bord de l’abîme, Genesis semblait défier… Genesis !

- Qu’est-ce que… bredouilla l’un des soldats, ébahi.

- Shelke, as-tu une idée de ce qui se passe ? demanda l’ex turk à la jeune fille.

Celle-ci observait la scène, aussi surprise que ses compagnons, mais analysa immédiatement la situation.

- On dirait qu’il essaye de récupérer son propre corps, Vincent. Et il n’est pas seul, regarde.

Elle désigna les deux formes opalescentes qui observaient elles aussi la scène avec inquiétude et Vincent laissa échapper un cri.

- Lucrecia !

Tous se tournèrent alors vers lui et, profitant, de la diversion, le voleur du corps de Genesis s’en débarrassa comme d’un vieux vêtement pour plonger dans l’abîme où coulait la rivière de la vie avec un rire fou.

Le corps désincarné de Genesis voulut le suivre mais Angeal, le second ” fantôme ” présent, s’interposa.

- Non ! Recupère ton corps et rejoins ces hommes ! ordonna le Soldat avant de plonger derrière Hojo.

Lucrecia voulut sauter à son tour mais Vincent l’appela encore.

- Non ! Lucrecia ! Attends !

- Nous nous verrons bientôt, Vincent, je te le promets… dit-elle avant de se lancer à son tour dans l’onde tourbillonnante. Je te confie Genesis.

- Lucrecia !

Il se précipita au bord du précipice, où l’essence désincarnée du soldat s’était agenouillée près de son propre corps.

- Il n’est pas là… bredouilla-t-il en enfonçant une main translucide dans la poitrine sanglée de cuir. Comment est-ce possible ?

- Tu es Genesis, n’est-ce pas ? demanda Shelke, qui s’était approchée à son tour. Le ” vrai ” Genesis ?

Celui-ci hocha la tête, hébété.

- Où est-il ? demanda-t-il. Où est le garçon qui avait pris ce corps ?

Vincent se tourna vers eux.

- Nero ? En sécurité. Très affaibli mais il reconstitue son enveloppe et ses organes petit à petit.

Genesis secoua la tête, sceptique.

- Il reconstitue son enveloppe ? Mais… Avec quoi ? C’est impossible ! Il… Il n’a rien pris. Pas une seule cellule. Mon corps est intact !

- Nous l’avons mis dans un caisson mako, l’informa Shelke.

- Un caisson mako ? répéta-t-il, visiblement préoccupé. Mais ça ne suffira jamais !

- Est-ce Hojo que nous avons vu plonger dans la rivière ? demanda Vincent, encore sous le choc de ce qu’il avait vu.

- Oui. Oui, c’était bien cette ordure d’Hojo. Comment… Comment Nero s’y est-il pris ? insista Genesis.

Shelke leva le sourcil, étonné de l’inquiétude de l’ancien soldat pour le second des Tsviets.

- Pas de la meilleure façon, je le crains, mais il n’avait pas vraiment le choix. Le fait de devoir reconstituer son corps avec la force de son seul moi psychique l’a fortement affaibli et, à entendre ma sœur, il est aussi fragile qu’un nouveau-né.

- Récupère ton enveloppe et partons d’ici, ordonna Vincent. Il nous faut nous dep…

- Non, le coupa Genesis. Si je réintègre mon corps, je ne pourrais plus en sortir.

L’ex turk ouvrit de grands yeux.

- Tu préfères donc rester un fantôme ?

- Bien sûr que non ! Mais j’aimerais d’abord que Nero y prenne la matière suffisante pour se régénérer et, pour cela, il faut lui amener ” vide “. D’après ce que me dit cette jeune fille, il n’aura jamais la force de s’y glisser si j’y suis déjà.

Shelke sourit.

- Alors Sephiroth avait raison, finalement. Tu sembles beaucoup aimer Nero et son frère.

- Sephiroth ? bredouilla Genesis. Alors cette femme disait vrai ? Sephiroth est… vivant ?

- ” Cette femme ” est sa mère, l’informa l’ex turk. Lucrecia Crescent. Et, oui, il est bien vivant.

Le soldat frotta son visage désincarné, visiblement très ébranlé.

- Je suis resté absent si longtemps…

Vincent et Shelke échangèrent un regard embarrassé.

Les soldats du WRO qui les accompagnaient, eux, ne savaient visiblement plus du tout à quel saint se vouer.

*

- Et tu ne m’as rien dit ? gronda Loz, fou de rage mais essayant de se contrôler pour ne pas malmener Nero, toujours blotti contre lui. Cette ordure a torturé mon fils !

- ” Cette ordure “ a tué le mien ! rétorqua Yazoo sur le même ton, faisant blêmir son frère. Qu’est-ce ce que tu crois ? Que je n’avais pas envie, moi aussi, de grimper dans ce satané hélicoptère pour aller régler son compte à cet enfant de salaud ? Tu crois que j’ai déjà oublié ce qu’il a fait à mon bébé ?

- Bien sûr que non. Je… Je suis désolé… Ce n’est pas ce que je voulais dire, murmura son jumeau, horriblement mal à l’aise. Mais ni Vincent, ni Rufus, ni toi n’aviez le droit de nous empêcher de régler son compte à cet homme !

- Peut-être avons-nous estimé que ta vie et celles de mes frères valait mieux que le plaisir fugace d’une vengeance ! railla le cadet, amer. Mille pardons d’avoir voulu vous protéger des griffes de ce Genesis et de Jenova !

- De quoi devons-nous être protégés, Yazoo baby ? On peut savoir ? demanda la voix de Cid, qui venait d’arriver dans leur dos, flanqué de Sephiroth et de Cloud.

Yazoo ferma les yeux et pinça les lèvres, anéanti.

Il avait juré à Reno de garder le secret sur la mission et, en trois heures à peine, il avait déjà réussi à mettre la puce à l’oreille à tous ses frères.

Quel piètre compagnon il faisait pour un turk aussi haut placé que Reno !

Il s’apprêtait à fournir une explication laborieuse lorsque le cri de Shalua, qui venait de sortir de son bureau le téléphone collé à l’oreille, l’interrompit.

- Merill ! Ils sont sur le toit ! Prépare la cuve et demande à Kadaj de descendre de toute urgence !

- Il est en si mauvais état que ça ? s’enquit son assistant, anxieux.

- A en croire Reno, oui. Cid ! Je vais avoir besoin de toi, là-haut !

- Mais enfin, qu’est-ce qui se passe, ici ? demanda Cloud, le regard allant de Shalua à Yazoo.

Cette dernière ne prit pas le temps de répondre et quitta l’infirmerie en tirant le pilote interloqué par le devant de son t-shirt.

L’argenté, lui, sentit ses joues s’empourprer sous le regard croisé de ses frères.

*

Weiss, sanglé à la civière se sentit ballotté en tout sens et il lui sembla entendre des voix d’hommes affolés autour de lui. Son esprit embrumé ne lui permettait de saisir que des bribes de leur conversation.

” …cassé …sérieux …urgence …Kadaj …cuve …dangereux pour lui …mako purifié ..Omega …Nero “

Nero…

Son petit frère…

Où était-il ?

- Ne…ro… gémit-il. Ne…ro…

Une voix douce de femme chuchota tout contre son oreille.

- Nero est en sécurité, je te le promets, tu le verras bientôt. Accroche-toi, mon grand, on va s’occuper de toi.

Nero…

Il ne fallait pas que Nero le voie dans cet état. Cela le terrifierait. Il aurait voulu le dire à la femme mais il se sentait incapable de former une phrase cohérente.

Son petit frère n’avait jamais supporté de le voir malade ou malmené. Ca le rendait fou de peur et de chagrin. Comme il y a quatre ans, là-bas, au réacteur zéro, lorsque Weiss et ses lieutenants avaient enfin réussi à se débarrasser de leur bourreau, ce Restrictor maudit qui les avait enfermés et dressés comme chiens de combat.

Non…

Non, c’était injuste de dire ça…

Les chiens de combats étaient bien mieux traités !

Lorsque le Restrictor s’était effondré à ses pieds, Weiss s’était figé et avait attendu quelques instants. Une douleur… Une gêne… Un malaise… Un quelconque signe annonçant que le nanovirus qu’on lui avait injecté pour prévenir toute mutinerie, et qui devait se réveiller dans les trois jours suivant la mort de son bourreau, avait commencé son œuvre de destruction.

Le nanovirus…

Cette minuscule promesse de mort…

Le seul obstacle qui l’avait empêché de se révolter jusqu’alors.

Du moins jusqu’à ce qu’on attache Nero à cette colonne maudite dans ce sous-sol crasseux et qu’il l’entende hurler et l’appeler à l’aide jour et nuit…

Une seule chose comptait aux yeux de Weiss plus que sa propre vie : son petit frère. Et son premier geste d’homme libre, après avoir éliminé le Restrictor, fut d’aller libérer Nero.

- C’est fini … avait-il murmuré à son oreille lorsqu’il avait brisé les chaînes qui retenaient impitoyablement son corps menu contre la pierre dure. C’est fini, chibi face

Chibi face “

Un sobriquet affectueux donné par Angeal Hewley et que le benjamin n’acceptait que de la part de son frère aîné.

Nero était resté un long moment blotti contre lui, dans ce sous-sol horrible, comme s’il voulait s’assurer de la réalité de son frère. Il lui fallut plusieurs minutes pour faire sortir quelques mots de sa gorge, écorchée à force de sanglots et de hurlements.

- Tu as… réussi… Tu as pu te… libérer de… lui… Je suis tellement… heureux… Mon frère… Bien aimé…

- Oui, chibi face, cette fois, c’est bien terminé.

- Comment ? Le virus… Comment as-tu…

- Nous trouverons, l’avait coupé Weiss. Ne t’en fais pas pour ça.

Nero s’était alors raidit dans ses bras et avait levé vers lui un regard épouvanté.

- Tu as tué le Restrictor sans… Sans anihiler… le virus ?

- Nous trouverons une solution, Nero, Shelke va me…

- Non ! avait hurlé son frère, en larmes en s’accrochant désespérément à lui.

- Nero, je…

- Il ne reste que trois jours, Weiss ! Comment vas-tu faire ?

- Je t’ai dit que…

- Pourquoi as-tu fait ça ? Pourquoi ? Pourquoi ? POURQUOI ? !

La dernière chose dont il se souvenait ensuite, était d’avoir pénétré grâce à Shelke dans la réalité virtuelle de la toile mondiale, à la recherche d’informations et… plus rien.

Jusqu’à ce que, trois ans plus tard, Vincent Valentine et son frère chassent (ou du moins l’avait-il cru) l’homme qui avait pris possession de son corps pour en faire l’hôte de l’Omega…

à suivre

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IX - Je ne serai jamais un souvenir…

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- C’est tout ce dont je me souviens, conclut Yazoo après avoir expliqué à Reno comment lui et Kadaj avaient ranimé Loz, dans le Cratère, peu avant l’arrivée des turks.

Reno fit vibrer ses lèvres dans l’obscurité, à laquelle ses yeux s’étaient suffisamment habitués pour distinguer le visage en cœur d’argenté, allongé à ses côtés, dans le lit.

- Bah merde, alors ! Moi qui me disais qu’avec tous les trucs bizarres que j’avais vus rien ne pourrait plus me surprendre… C’est digue, cette histoire de matrice… Eh, là, attends une minute ! réalisa-t-il soudain en se redressant sur un coude pour se tourner carrément vers Yazoo. T’es en train de me dire que… Que toi et ton frangin vous êtes âgés de… (Il compta rapidement sur ses doigts) De cinq semaines ? ! s’étrangla-t-il.

L’incarné acquiesça et le turk siffla, essayant de saisir tout ce que cela sous-entendait.

- Donc… Tu n’as aucune expérience personnelle, en fait ? Tout te vient de Sephiroth ? Lorsque tu pilotes une moto, que tu te sers d’une fourchette, de ton arme ou…

Ou que tu fais l’amour… “ avait-il failli ajouter.

Il s’était mordu la langue à temps.

- Ses expériences personnelles à lui sont mes seules références. Enfin, à peu de chose près. Je sais beaucoup de choses sans pour autant les avoir moi-même expérimentées.

Reno fronça les sourcils.

- Attends, tu veux dire… un truc du genre ” je n’ai jamais mangé de mangues mais je sais le goût que ça a ” ?

Yazoo parut réfléchir à cette façon de présenter les choses et acquiesça.

- Oui, plus ou moins. Je connais le goût de certains plats que je n’ai jamais eu l’occasion de manger et je peux reconnaître des parfums que je n’ai jamais sentis moi-même.

- Est-ce qu’il t’arrive de détester des trucs que lui aimait ? demanda encore le turk avec curiosité.

L’argenté haussa les épaules.

- Je l’ignore, je n’ai pas connu Sephiroth. Je ne sais pas ce qu’il aimait ou détestait.

- D’accord mais si ses…

- Les connaissances qu’il m’a transmises ne sont que des données. Des informations. Pas des sensations ou des sentiments, Reno.

Celui-ci tiqua mais ne releva pas car Yazoo venait, pour la première fois, de l’appeler par son prénom.

- Ce ne sont que des informations, poursuivit l’incarné. Comme des fichiers que l’on transfère d’un ordinateur à l’autre. Pas un morceau de la personnalité Sephiroth. Enfin, je ne pense pas… ajouta-t-il à mi-voix, trouvant cette perspective plutôt effrayante.

Il frissonna et, à nouveau, Reno eut encore cette envie soudaine de le protéger et de le serrer contre lui.

Ca doit vraiment être un putain de système d’autodéfense inné… “ se dit-il en résistant à l’envie de tendre la main pour lui lisser les cheveux.

Comment faisaient-ils ça ? Des phéromones ? Une substance chimique qui faisait tinter une alarme dans le cerveau des gens et agitait une pancarte ” Je suis une pauvre petite chose sans défense ! Un petit chaton abandonné ! Câlinez-moi ! Aimez-moi ! Protégez-moi ! “.

- Je suis fatigué, Reno… chuchota ” le chaton ” en question en frottant ses jolis yeux mako.

Le turk faillit pousser un gémissement attendri tant cette mimique le rendait - si c’était possible - encore plus craquant.

- Excuse-moi, je n’aurais pas dû te prendre la tête avec ça maintenant. Ca va, tu n’as pas froid ? Tu veux que je baisse un peu la clim ?

Yazoo secoua la tête et se pelotonna dans les draps.

- Non, ça va. Bonne nuit, Reno.

Ce dernier sourit dans le noir.

- Ouais… Bonne nuit à toi aussi…

” …petit chaton mouillé. “ ajouta-t-il mentalement.

*

Tifa se redressa sur un coude et cligna de l’œil.

- Ca te dirait, un petit truc à grignoter ?

Loz sourit malgré lui.

Il venait de prendre un anti-douleur et se sentait beaucoup mieux. Même la fièvre paraissait être tombée.

- Du genre… sandwich ?

- Plutôt du genre… ” crème glacée ” !

L’argenté pinça les lèvres, taquin.

- Est-ce bien raisonnable ?

Tifa tira le bout de sa langue, chipie, et le jeune homme détourna le regard, luttant contre l’envie de se pencher pour la pincer entre ses dents et l’aspirer dans sa bouche.

- On s’en fiche ! Tout le monde dort et les enfants sont avec Cloud.

Avant qu’il n’ait pu dire un mot, elle avait bondi du lit et était sortie de la chambre, le regard de Loz rivé sur la cambrure de ses reins.

Cette fille va vraiment me rendre dingue… “ pensa-t-il en soupirant.

*

A une bonne demi-heure du 7ème ciel, dans l’église en ruine de Midgar, d’étranges remous agitaient la source qui coulait sous ce qui fut jadis le maître autel.

Dans les ténèbres, à peine éclairées par la lune, des bulles crevèrent à la surface de l’eau et une petite main - bien trop menue pour appartenir à un homme mais trop vigoureuse pour être celle d’une femme - jaillit dans une gerbe de gouttelettes…

La peau encore fine d’adolescent, d’une pâleur bleutée, scintilla un instant sous les maigres rayons de l’astre nocturne et les doigts graciles se tendirent vers le bord de l’eau, comme pour essayer de s’agripper à quelque chose et s’extraire de l’onde glaciale. Mais quelque chose - ou quelqu’un - parut tirer inexorablement sous l’eau le propriétaire de la petite main si blanche.

Un dernier clapotis fit office de chant du cygne et, lorsque les doigts effilés disparurent sous la surface, l’église en ruine redevint aussi silencieuse qu’un tombeau…

*

Reno fixait le plafond, incapable de dormir mais néanmoins bercé par le souffle léger de Yazoo.

Ne pas le regarder…

Ne pas le regarder…

Ne pas le regarder…

Ne pas le reg… Trop tard.

Comme mus par une volonté propre, les yeux du turk coururent sur les cheveux brillants malgré la lueur pâlotte de la lune, dont les rayons entraient par la fenêtre, dévoilant le petit visage en cœur de Yazoo.

Par la Déesse ! Ce visage…

Les joues rondes donnaient envie de les pincer, les longs cils argentés mettaient au défi un index malicieux de les chatouiller et les lèvres entrouvertes…

Par tous les démons de la planète ! Ces lèvres…

Tendres, pleines et si joliment ourlées, d’un rose tendre un peu bleuté…

Avant de comprendre ce qu’il était en train de faire, Reno se pencha lentement, le regard fixé sur la petite bouche boudeuse.

Que comptait-il faire exactement ?

La caresser ? La baiser ? La frôler ? S’enivrer du parfum suave du souffle qui s’en échappait ?

Il n’en savait rien, en réalité… Il était juste attiré par la peau gourmande comme une guêpe par une goutte d’eau sucrée.

Et, au moment où sa propre bouche allait se poser sur les lèvres parfaites, ces dernières remuèrent et s’étirèrent en un rictus presque cruel.

- Qu’espères-tu faire, petit turk ? railla une voix qui n’était pas celle de Yazoo.

Reno cligna des yeux, surpris, laissa échapper un cri étouffé et recula si violemment qu’il tomba du lit.

Nonchalamment allongé sous les draps, la tête languissamment appuyée sur son avant-bras, il le dévisageait, un sourire narquois sur ses lèvres parfaites.

Le turk, pétrifié, n’osait pas esquisser un geste et ne put que gémir un pitoyable :

- Oh, putain…

*

Pestant contre son manque de contrôle et sa puérilité, Tifa remplit deux bols à ras bord de crème glacée, qu’elle posa sur un plateau, et prit une bouteille d’eau minérale sous le bar.

Ca te dirait, un petit truc à grignoter ? ” Ridicule !

Tout à fait le genre de chose à dire à un homme blessé à demi assommé par la fièvre, vraiment !

L’excuse la plus ridicule qu’elle aurait pu trouver pour s’esquiver de cette chambre !

- Idiote ! s’admonesta-t-elle à voix haute. Crétine !

Elle s’appuya au bar et se frotta le visage.

Mais pourquoi cet homme la mettait-elle sens dessus-dessous ?

Parce que ce qu’il avait enduré lui faisait pitié ? O.K. !

Parce qu’il avait un corps à rendre jaloux la moitié du panthéon Cetra ? Soit !

Parce que sa voix profonde aurait fait vibrer toute femme comme une harpe ? Il aurait été ridicule de le nier !

Parce que ses airs innocents de petit garçon malmené la faisaient totalement craquer ? Il y avait aussi sans doute un peu de ça !

Parce que le fait qu’il n’ait cessé de penser à elle comblait son besoin débridé de romantisme ? C’était une affaire entendue !

Parce quil avait les plus beaux yeux tristes et la bouche la plus sensuelle que Tifa n’ait jamais vus ? C’était vrai aussi !

Mais bon !

A part ça, qu’est-ce que ce maudit incarné avait pour plaire, hein, franchement ?

La jeune femme se frappa le front de la main et laissa échapper une bordée de jurons qui auraient même faire rougir Cid Highwind en personne…

- Idiote ! Idiote ! Et re-idiote !

*

Cloud tressaillit et ouvrit brutalement les yeux.

N’avait-on pas crié dans la chambre d’amis ?

Le cœur battant, il bondit hors de son lit et se précipita dans le couloir.

La chambre où dormait Reno paraissait silencieuse. Avait-il été victime d’un cauchemar ?

Par acquit de conscience, il gratta néanmoins au battant. Un bruit trop léger pour déranger un dormeur mais parfaitement audible si quelqu’un était éveillé.

La porte s’ouvrit brutalement et il faillit se prendre les jambes dans un Reno affolé qui essayait tant bien que mal de remettre sur ses pieds.

-Reno ? s’étonna Cloud. Qu’est-ce qui…

- Il est là ! Il est revenu ! le pressa le turk en désignant la chambre.

- Quoi ? Qui ? demanda son compagnon en regardant à l’intérieur.

- Sur le lit !

Cloud fronça les sourcils, regarda encore et se tourna vers Reno, qui se tenait en caleçon dans le couloir, les membres tremblants.

- Reno, il n’y a personne, là-dedans. A part Yazoo, s’entend.

Le turk le bouscula presque pour regarder à l’intérieur de la chambre.

Sur le grand lit, emmitouflé dans les draps, qui se soulevaient au rythme de son souffle paisible, Yazoo dormait comme un ange.

- Mais… bredouilla Reno. Il était là. Je l’ai vu… Sur le lit, à côté de moi. Il m’a parlé. Je ne suis pas dingue !

- Mais enfin qui était là, Reno ?

- Sephiroth… avoua le turk à mi-voix, faisant blêmir Cloud.

… à suivre

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LXIV - Plus mort que vif

Mieux vaut la mort dans le combat que la vie d’un vaincu.
Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

L’oreillette de Vincent grésilla et il leva la main pour signifier aux soldats de la WRO qui le suivaient de s’arrêter.

Ces derniers obéirent comme un seul homme et se placèrent dos au mur de l’étroit conduit souterrain qu’ils arpentaient prudemment depuis près d’une heure et qui menait aux entrailles du mont Nibel.

Ici l’Unité alpha. Tout est propre. Rien à signaler dans les grottes du secteur C01. “ fit la voix de Rude dans l’oreillette de l’ex-turk.

Ici unité beta. Tout est propre aussi dans la zone C02, Monsieur. Quelles sont vos instructions ?” demanda la voix d’une jeune femme à son tour.

Vincent se tourna vers Shelke, qui lui fit signe de la tête en tapotant sur son PDA.

- Unités alpha et beta, continuez la progression comme convenu dans les secteurs C03 et C04, ordonna l’ex-turk. Nous vous envoyons une topographie détaillée des lieux.

A vos ordres, Monsieur. “

O.K., on continue, Vince “

Vincent donna ordre de poursuivre et la petite colonne armée se remit en marche.

*

Denzel finit par s’endormir, pelotonné dans le lit entre Tifa et Loz.

- Décidément, il sera dit que nous ne passerons pas une seule nuit tranquilles… soupira la jeune femme.

L’argenté eut un sourire las et tendit la main pour lui caresser la joue.

- Avec le bébé, ça ne va pas s’arranger, tu sais. Je vais m’installer avec lui à côté, dans la chambre que Yazoo et moi nous…

- Ne dis pas de bêtises, le coupa Tifa. Le bébé viendra ici, avec son papa.

Le papa en question se permit un petit rire ironique.

- As-tu déjà passé des mois avec un nourrisson qui se réveille plusieurs fois par nuit avec des cris aigus ? demanda-t-il, non sans humour.

- Non mais ça ne doit pas être si terrible que ça.

- Crois-moi sur parole, Yazoo et moi avons eu envie de jeter ” bébé Kadaj ” dans les toilettes plus d’une fois.

La jeune femme pouffa en se mordant la langue pour ne pas réveiller Denzel.

- Dans les toilettes ?

- Nous n’avions pas de fenêtres, au cratère Nord, plaisanta l’argenté avec une moue taquine.

Tifa grimaça désespérément pour ne pas piquer un fou-rire.

- Idiot…

Loz lui pinça tendrement la joue.

- Je vais redescendre un peu auprès de ce garçon, dans le caisson.

- Nero ? Il est inconscient.

- Peu importe. Il m’a ramené mon fils. Rester un peu à ses côtés est le moins que je puisse faire en l’absence de son frère. Ca va aller ?

Tifa, tombant de fatigue, acquiesça, les yeux mi-clos, et embrassa sa paume.

- Oui, ne t’en fais pas. Essaye de revenir dormir un peu quand même.

Il se pencha prudemment par-dessus le garçonnet et déposa un baiser sur les lèvres offertes.

- Ne t’inquiète pas pour moi. Dors.

Il les borda, elle et Denzel, et s’habilla en silence, sachant très bien qu’il n’était pas prêt de se recoucher.

Veiller Nero n’était qu’un prétexte.

Bien qu’il ait fait mine de ne s’apercevoir de rien pour ne pas effrayer Tifa, il s’était évidemment rendu compte que Yazoo lui cachait quelque chose. Et il était bien décidé à le ” cuisiner ” le temps qu’il faudrait pour savoir de quoi il s’agissait !

*

Rude et son unité firent irruption dans une large grotte.

- Go ! Go ! cria le turk. En position !

La dizaine de soldats du WRO se déploya aussitôt le long des parois en balayant les lieux du faisceau des torches qu’ils avaient fixées à l’extrémité de leurs armes.

Tout semblait désert et Rude s’apprêtait à en informer Vincent lorsqu’un jeune soldat roux l’interpella depuis l’extrémité opposée de la grotte.

- Monsieur ! cria-t-il. Par ici ! Dans les rochers !

Le turk se tourna vers lui.

Comme une poupée désarticulée que l’on aurait jetée au sol, l’ancien chef des Tsviets gisait sur le dos, les bras en croix et la tête renversée sur les arêtes aiguës des pierres qui lui servaient de couche.

- Oh, merde… gémit Rude en se précipitant vers lui. Vince ! cria-t-il dans le petit micro fixé au col de sa tenue de commando. On l’a trouvé ! Dis à Reno de poser l’hélico sur le terre-plain, à l’entrée de la grotte !

*

- Comment va-t-il ? demanda Loz à son jumeau, le faisant sursauter.

Ce dernier se tenait debout à côté du caisson de Nero et le regardait avec inquiétude.

- Il s’agite, hyperventile et n’arrête pas d’appeler son frère. Il ne te rappelle pas quelqu’un ? demanda-t-il avec un sourire triste en posant la main à plat sur la paroi de verre, juste au-dessus du visage comprimé dans son masque de contention, comme pour lui caresser la joue à distance.

Loz s’approcha à son tour et sentit son cœur se pincer devant le corps tremblant, si mince que l’on voyait le dessin des côtes sur ses flancs. Par rapport au reste, si menu, ses bras, ses épaules et sa musculature pectorale et abdominale paraissaient étonnamment vigoureux mais pouvait-il en être autrement lorsqu’on vous contraint à manier d’énormes pistolets de près de trois livres chacun et qu’on vous visse une immense paire d’ailes métalliques aux os de l’épine dorsale et des omoplates ?

Les longs doigts graciles étaient recroquevillés sous le petit menton pointu, autant du moins que le permettaient les fins poignets entravés par plusieurs épaisseurs de gaze.

Les globes oculaires roulèrent sous les paupières diaphanes à demi-closes.

- Weiss… eiss… eiss…

A peine un murmure.

La poitrine ornée d’arabesques haleta, fut prise de soubresauts, et des larmes perlèrent au bout des longs cils frémissants.

La gorge de Yazoo se serra tandis qu’il avait l’impression de revenir des années en arrière, là-bas, au cratère Nord, lorsque les scientifiques ramenaient Kadaj dans leur chambre, après lui avoir fait subir les Dieux seuls savaient quoi.

L’adolescent semblait si fragile, alors, étendu sur son lit, à peine conscient, tremblant et utilisant le peu de forces qui lui restait pour gémir le nom de Loz sans discontinuer, jusqu’à ce que celui-ci revienne enfin de son entraînement forcé le soir venu et serre le garçon contre lui pour le bercer comme un tout petit. Comme lorsqu’il était enfant et qu’un cauchemar l’effrayait.

Les jumeaux s’étaient toujours occupés de Kadaj avec autant de dévouement l’un que l’autre mais, dans ses moments là, lorsqu’il était vraiment terrifié, c’était toujours l’aîné que le cadet réclamait. La force peu commune de Loz, sa carrure, sa voix profonde et son indéfectible patience rassuraient Kadaj et le calmaient plus sûrement que n’importe quelle caresse ou mot tendre de Yazoo.

Une figure paternelle, protectrice et rassurante ? Sans doute.

Et c’est aussi ce que devait être Weiss pour Nero, si l’on en croyait ses réactions et ce qu’avait raconté Shelke.

Alerté par les ” bips ” de l’ordinateur relié au caisson, Merill s’approcha pour vérifier les données.

- Zut… soupira-t-il en constatant que l’agitation de son patient montait en flèche, risquant de provoquer un incident cardiaque - ou pire. Shalua, ça ne va pas, appela-t-il.

La jeune scientifique s’approcha à son tour et lut par-dessus l’épaule de son assistant.

- Il va falloir injecter une nouvelle dose de sédatifs.

- Encore ? J’ai peur que cela lui fasse plus de mal que de bien.

Yazoo lança à Loz un regard suppliant. Celui-ci sourit et hocha la tête.

- Shalua, peut-on le sortir du caisson, un instant ? demanda le grand argenté.

Les deux médecins ouvrirent de grands yeux surpris.

- Loz, il a besoin du mako qui…

- Juste une minute. Il est juste effrayé. C’est d’un contact, dont il a besoin, pas de médicaments.

Shalua parut hésiter mais Yazoo insista.

- Kadaj faisait exactement les mêmes mimiques et réagissait de la même façon après avoir été malmené par les chercheurs, dit-il. Loz arrivait toujours à calmer. Laisse-le essayer, ça n’engage à rien.

Avec un soupir sceptique, la jeune femme et Merill s’exécutèrent, sans grand enthousiasme, et, après l’avoir enroulé le corps nu avec mille précautions dans une couverture très douce, Loz souleva le fragile ténébreux dans ses bras et alla s’asseoir sur l’un des lits, dont Yazoo redressa le dossier pour qu’il puisse s’y appuyer, son précieux fardeau roulé en position fœtale contre sa poitrine.

- Attention à son dos, les points de suture sont encore très frais, prévint Merill en collant quelques électrodes sur la poitrine et le dos de Nero.

Shalua s’avança avec un masque à oxygène relié à la cuve par un long tuyau où circulait un gaz verdâtre et le posa sur le visage de son patient après avoir déclipsé la partie du système de contention qui lui cachait la bouche.

- C’est de mélange d’oxygène et de mako, expliqua-t-elle. Ca ne vaut pas le caisson mais c’est mieux que rien.

Nero inspira le mélange avec avidité, au début, puis de plus en plus lentement tandis qu’il se laissait aller contre la large poitrine, dont il entendait battre le cœur contre son oreille.

” Papam… Papam… Papam… ”

Une grande main lissa les longs cheveux noirs tandis qu’il se sentit bercé tout doucement d’arrière en avant, en un mouvement lent et hypnotique accompagné par le rassurant battement.

” Papam… En arrière… Papam… En avant… Papam… Papam…”

La peau contre le haut de sa joue, l’une des rares parties de son visage que laissait à découvert son masque de contention, était tiède et douce. Le muscle qu’elle recouvrait, puissant et volumineux.

Comme ceux de Weiss…

Mais ce n’était pas lui.

Et ce n’était pas non plus Angeal.

Qui était cet homme, qui le tenait dans le berceau protecteur de ses bras avec la même tendresse que son frère ou que leur capitaine, sans la moindre crainte ou dégoût ?

” Weiss… Grand frère… Bientôt là… Dormir… Weiss… Mont Nibel… Va revenir…”

Une voix qui n’appartenait pas à l’homme contre qui il se blottissait, lui parvenait par intermittences, elle aussi rassurante et douce, presque féminine. A demi inconscient, il ne parvenait pas à tout saisir mais l’essentiel était clair : Weiss viendrait bientôt. Weiss serait bientôt là, près de lui, et le protégerait comme il l’avait toujours fait.

En attendant, l’homme aux grandes mains douces veillerait sur lui. Oui, il en était persuadé. Il le sentait dans la façon dont ses doigts lissaient ses cheveux et dont ses lèvres effleuraient parfois sa pommette ronde. Comme seuls son frère et Angeal avaient osé le faire jusqu’à présent.

Et Genesis.

Genesis…

Genesis… Je croyais que tu nous aimais bien… C’est ce que tu disais toujours… Pourquoi nous as-tu fait autant de mal ? Parce que j’ai pris ton corps ? J’en avais juste besoin pour sauver mon frère bien aimé… Je te l’aurais rendu intact… Jamais je n’aurais fait quelque chose pour te nuire ou te blesser, Genesis… Même lorsque tu as refusé de nous aider à nous libérer des restrictors, nous t’avons protégé de la Shinra… J’ai mis moi-même ton corps à l’abri dans la grotte…Tu savais que je te l’aurais rendu très vite… Tu le savais… Tu le savais… Tu le savais ! Alors pourquoi nous as-tu fait ça ? Pourquoi, Genesis ? Pourquoi ? “

Une larme perla entre ses longs cils et Yazoo essuya les grands yeux en amande à l’aide d’une compresse stérile.

- Comment es-tu aussi sûr que Weiss ne va pas tarder, Yazoo ? murumura Loz avec un regard perçant. (Son jumeau se figea) Qu’est-ce que tu ne veux pas me dire, petit frère ?

*

Dans l’hélicoptère, Vincent aida Rude à fixer Weiss à la civière de secours.

Reno, qui s’était tourné pour voir à quoi ressemblait l’homme qu’il était venu sauver, jura.

- Faut avoir fait ” bombe sup’ ” pour être officier supérieur dans le SOLDAT ou quoi ? Ils les recrutent sur photo ?

- Reno… le tança Vincent.

- Oh, ça va, je détendais un peu l’ambiance, c’est tout…

- Il est dans un sale était, soupira Rude.

- Hojo… ne cessait de répéter l’ancien chef des Tsviets dans une sorte de délire à demi conscient. Vincent… Vincent Valentine…

- Je suis là, le rassura ce dernier.

Il épongea le sang qui coulait de la lèvre du jeune homme avec une moue révoltée. Ce garçon et son frère étaient-ils donc destinés à servir toute leur vie de marionnettes et de défouloir à des bourreaux tous plus déséquilibrés les uns que les autres ?

Weiss était jeune, beau, rayonnant et si plein de vie… Quel gâchis !

Vincent le couvrit d’une couverture de survie et le blessé s’agita.

- Du calme. On va te sortir de là. Le cauchemar est fini, Weiss.

- Hojo… répéta celui-ci en agrippant le bras de l’ex-turk.

- Hojo est mort.

- Non… Il est… Vivant…

- J’ai tué Hojo lorsqu’il…

- Vincent… l’interrompit Shelke, les yeux brillants soudain d’une étrange lueur dorée en sautant dans l’hélicoptère. Il y a des perturbations importantes en bas, près de la rivière.

- Genesis… insista Weiss avant de sombrer dans l’inconscience. Genesis… C’est… C’est Hojo…

- Quoi ?

*

Des dizaines de mètres plus bras, celui qui n’était pas Genesis courait en direction du flux vital de la planète, qui passait sous la montagne.

Si seulement il avait encore eu Nero sous sa coupe, il aurait envoyé tous ces gêneurs et ces satanés soldats dans un endroit d’où il ne risquaient plus de revenir autrement que fous !

Mais Nero s’était enfui…

Et il avait dû abandonner Weiss…

Il secoua la tête avec rage.

- Arrête de ressasser, ce n’est qu’un léger retard ! s’admonesta-t-il sans cesser de courir.

Un dernier coude…

Une dernière dénivellation…

Et elle était là : sa libération. La rivière de la vie où il s’apprêtait à plonger..

Mais quelque chose se dressait entre lui et elle.

Quelque chose qu’il n’avait pas prévu…

Pas prévu du tout !

Genesis-Hojo se figea dans son élan, à quelques mètres à peine du gouffre où coulait la rivière, et son visage se tordit en un masque de rage.

Devant lui, flanqué des apparitions fantomatiques de son ex-femme et du soldat Angeal Hewley, une légende vivante bien plus consistante que les deux défunts lui adressait un sourire vibrant de mépris.

- On est venu m’informer que tu avais pris quelque chose qui m’appartenait, dit l’apparition en campant fermement ses jambes désincarnées sur le sol de pierre, bien décidé à empêcher le scientifique de passer pour se jeter dans le rivière.

Hojo sentit son estomac d’emprunt se contracter et sa crainte n’avait rien à voir avec Lucrecia ou Angeal, pour haineux qu’ils fussent. Les morts ne sont que des fantômes inoffensifs.

Mais les âmes désincarnées, c’était une autre paire de manches… surtout lorsque l’âme en question risquait à tout moment de reprendre de son corps et de vous emprisonner avec elle à l’intérieur comme un vulgaire moustique dans un bocal…

Hojo recula d’un pas.

- Genesis… bredouilla-t-il.

à suivre

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LXIII - Mon père, cet assassin

” Mon père aima ma mère comme on aime un complice ;
comme le crime aime le vice !”

C. Rodriguez

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Tifa bâilla et Loz la serra contre lui.

Vêtue d’une simple nuisette par-dessus laquelle elle avait rapidement enfilé un déshabillé pour descendre à l’infirmerie, elle frissonnait dans l’air climatisé du sous-sol.

- Nous devrions remonter dormir un peu, chuchota-t-il à son oreille. Il est presque quatre heures du matin.

La jeune femme acquiesça avec un sourire épuisé et se laissa aller contre son torse nu.

- Tu vas finir par attraper la mort, à te promener comme ça, murmura-t-elle en frictionnant la peau satinée.

Il haussa les épaules.

- Le froid ne me fait pas plus d’effet que ça, tu devrais commencer à le savoir, répondit-il avec un clin d’oeil. Où est passé Denzel ?

La jeune femme jeta un regard alentour.

Elle et Loz se tenaient debout près du caisson mako où Nero était toujours inconscient. Sephiroth, Cid et Cloud discutaient non loin de là avec des mines sombres. Shalua et Merill nettoyaient et désinfectaient le box de chirurgie et Shelke était penchée sur le berceau de Kay, qui gazouillait joyeusement sous les chatouilles de la jeune fille.

- Il était avec le bébé et Shelke à l’instant…

- Là, fit Loz en désignant la porte entrouverte du bureau de Shalua.

Tifa fronça les sourcils.

- Sale petit farfouilleur trop curieux ! gronda-t-elle faisant rire l’argenté.

- Je vais le chercher.

- Et fais-lui la leçon, surtout ! Toi, il t’écoutera peut-être.

Loz traversa le laboratoire en direction du bureau et Kadaj entra à ce moment précis, accompagné de Cait et d’une Yuffie aux yeux bouffis de sommeil.

- Ca y est, ils ont terminé ? s’enquit cette dernière en s’approchant du caisson pour observer Nero. Tiens, je ne me souvenais plus qu’il avait tous ces tatouages.

- Ce ne sont pas des tatouages, l’informa Tifa. D’après ce que j’ai compris, ces marques sont apparues sur sa peau à la puberté.

Cait écarquilla les yeux et colla presque la truffe contre le couvercle de verre pour mieux voir.

- Tu parles d’un truc bizarre, nota l’Utaïenne.

Kadaj tendit l’oreille.

- C’est quoi, ce bruit et cette fumée noire ? On dirait des centaines gémissements mêlés, dit-il en frissonnant malgré lui. Un mélange spécial de mako ?

Sa compagne sourit.

- Non, c’est Nero qui fait ça. C’est son ” don “. Il invoque des sortes de ténèbres peuplées de… de… Je ne sais pas vraiment quoi, en fait. Mais je peux te dire que quand tu te retrouves coincée dedans, ça n’a rien de drôle !

- Ca y est ? demanda une voix douce derrière eux. Alors ? Il a dit quelque chose ?

Ils se tournèrent pour voir Yazoo, qui venait d’arriver à son tour.

- Non, lui apprit Tifa. Il ne s’est pas encoré réveillé. Reno n’est pas avec toi ?

- Il est dans le bureau de Rufus, avec Rude, Vincent et Reeve.

Kadaj tiqua.

- Un problème ?

- Non ! le rassura son frère avec un sourire. Pas du tout. Maintenant que grand frère est réveillé, ils doivent préparer son ” grand retour ” pour la presse.

- Oh. Je n’avais pas pensé à ça.

- Je dois aller dire à Shelke qu’ils ont besoin d’elle.

- Elle est là-bas, avec Kay, fit Tifa en pointant la jeune fille du menton.

Yazoo s’éloigna avec un soupir silencieux. A l’instar de Loz, et contrairement à ce que pensaient beaucoup de personnes, il n’avait jamais été très doué pour mentir, surtout pas à ses frères. Mais, qu’il le veuille ou non, c’était visiblement le prix à payer pour être l’amant d’un turk…

Aussi naturellement que possible, il s’approcha de Shelke et se pencha vers elle comme si de rien n’était, pour caresser les joues du bébé que la jeune fille berçait.

- Vincent a besoin de toi, murmura-t-il sans se départir de son sourire, pour donner le change à ceux qui pouvaient les observer. Lui, Reno, Rude et Barret vont aller chercher le frère de Nero au mont Nibel. Un escadron de la WRO appelé par le commandeur Tuesti sera sur place dans moins d’une demi-heure et vous attendra.

Shelke sourit en retour et hocha la tête, entrant dans son jeu. Le bébé s’était presque rendormi et elle le donna à l’argenté.

- Une attaque terrestre ? Pas d’appui aérien ?

- Uniquement l’hélico piloté par Reno pour évacuer Weiss le plus vite possible.

- Pourquoi pas une unité de Cid ?

- Il porte les cellules de Jenova lui-aussi, à présent. Vincent pense qu’il est donc lui aussi devenu une cible, au même titre que moi et mes frères.

- Je comprends. J’y vais tout de suite.

Elle quitta l’infirmerie calmement et Yazoo embrassa doucement le bébé endormi avant de le coucher dans son berceau.

Ensuite, comme Reno le lui avait demandé, il se dirigea vers le box de chirurgie pour parler discrètement à Merill et Shalua.

Cette dernière, le voyant approcher avec les traits tendus, retira son masque et posa la lingette désinfectante qu’elle passait sur toute la surface de la table d’opération.

- Yazoo baby ? Tu en fais une tête. Tu es souffrant ?

Il s’approcha tout près, en prenant garde de rester dos au mur vitré du box afin que personne ne puisse voir son expression ni les mouvements de ses lèvres.

- Shalua, j’ai des consignes de Vincent pour toi. Souris, comme si tout était normal.

La jeune femme obéit.

- Tu me fais peur, qu’est-ce qui se passe ?

- Vincent, ta sœur et les turks partent chercher le frère de Nero au mont Nibel.

- Quoi ? Seuls ? intervint Merill en souriant à son tour comme s’ils parlaient de la pluie et du beau temps.

- Non. Un escadron de la WRO les attend là-bas. Lucrecia a parlé à Vincent. Weiss est sans doute très très mal en point. Elle craint même que Genesis ne soit sur le point de le tuer, si ce n’est pas déjà fait. Il faut vous préparer à son arrivée. Reno l’évacuera par hélicoptère au plus vite et il faut que vous soyez prêts à une éventuelle intervention d’urgence.

- J’ai compris. Qui est au courant ?

- Ici ? Personne. A part vous et moi, s’entend. Et il ne faut surtout pas en parler aux autres. Vincent ne veut pas qu’ils aillent se jeter dans la gueule du loup.

La jeune femme acquiesça.

- Il pense toujours que Genesis veut mettre la main sur des porteurs des cellules de Jenova ?

- Disons qu’il préfère ne prendre aucun risque. (Yazoo grimaça et serra les poings) Je serais pourtant volontiers allé dire ma façon de penser à cet enfant de salaud.

Shalua lui prit les mains et les serra.

- Si c’est bien lui qui a fait ces maudites manipulations au labo du Deepground et qui a tué Kaly, il paiera, Yazoo baby. Je te promets que nous lui ferons payer d’une façon ou d’une autre.

- Grand frère dit que, du temps où ils étaient amis, Genesis aurait été incapable de faire la différence entre une éprouvette et une seringue.

- Il n’a pas tort. J’avoue que je serais curieuse moi-aussi de savoir où Genesis a appris à faire des manipulations génétiques aussi complexes.

Yazoo allait répondre mais fut interrompu par les sanglots et les supplications étouffées de Denzel, qui s’échappèrent soudain du bureau de Shalua, les figeant tous et faisant réveillant le bébé.

Tifa se précipita mais Cid, Cloud et Sephiroth, qui étaient plus près, la devancèrent.

*

Au plus profond du mont Nibel, Genesis sentit presque immédiatement que quelque chose ” clochait “. Comme si une alarme silencieuse s’était mise à carillonner dans les tréfonds de son cerveau, il pressentit un danger. Un danger imminent.

Il se raidit et tendit l’oreille, les sens au aguets.

Weiss, étendu à ses pieds, brisé et ensanglanté, puisa dans ses dernières forces pour sourire et le railler.

- Je crois que… tu vas avoir… de la visite… sous peu.

- La ferme !

- Tu comptes faire… quoi ? Me traîner par les… cheveux en… espérant qu’après quelques coups… supplémentaires je… joue les… chiots… obéissants ? Je croyais que… tu me connaissais… un peu… mieux que ça…

Il ricana et Genesis le fit taire d’un coup de pied dans le foie.

- Je t’ai dit de la fermer !

Mais il savait que Weiss avait raison.

En perdant Nero, il avait perdu sa meilleure arme et son seul moyen de pression sur l’ancien chef des Tsviets. Mais, bon sang ! Comment aurait-il pu deviner que cette saloperie de tas de ténèbres impures allait abandonner son frère adoré cette façon ? !

C’ était même la dernière chose à laquelle il se serait attendu !

Et en emportant la seule source de cellules de Jenova qui lui restait, qui plus est !

De pure frustration, il frappa Weiss à coups redoublés.

Nero. Il devait récupérer Nero s’il voulait faire obéir son frère. Et il devait récupérer aussi une source de cellules de Jenova de toute urgence ! Il allait avoir besoin d’aide.

Avec un peu de chance, les géostigmates avaient déjà dû se répandre dans Nibelheim et ce serait bien le diable si, avec l’appui de Jenova, il ne parvenait pas à prendre le contrôle de quelques imbéciles plus gravement atteints que les autres pour ” l’assister ” dans cette tâche.

Nero, Weiss et une source de cellules. C’était tout ce qu’il lui fallait pour mener ses plans à bien.

Des plans bien plus modestes que ce qu’il avait imaginé au début - avant que cette chienne qui lui avait servi d’épouse ne lui vole son fils et les trois rejetons de celui-ci pour les mettre à l’abri, loin de la rivière de la vie - mais, pour un homme de son génie, il y avait toujours ” moyen de moyenner “, comme il disait.

S’il ne pouvait commencer tout de suite par un feu d’artifice, il commencerait par une étincelle. La réaction en chaîne suivrait…

Pour l’instant, il devait renoncer à Weiss. Encore une fois. Comme il avait déjà dû y renoncer un an plus tôt, là-bas, au réacteur zéro. Pas pour longtemps, c’est vrai.

Oui, il serait toujours temps de les récupérer lui et son frère par la suite.

Chaque chose en son temps…

Ce qu’il avait raté dans les ruines de Midgar, un an plus tôt, puis à Nibelheim plus récemment, il le réussirait à Edge ! Jamais deux sans trois et, cette fois, il réussirait à réveiller l’Omega pour de bon ! Il avait juste besoin pour cela de quelques cellules de Jenova.

Des cellules de Jenova…

Mais où en trouver ?

Il se tapa rageusement le front de son poing fermé.

Réfléchir ! Réfléchir ! Réfléchir !

Reeve avait mis toutes les cellules restantes à l’abri…

Le bébé s’était envolé avec Nero…

Les argentés étaient protégés de bien trop près pour être atteintes directement…

Réfléchir ! Réfléchir ! Réfléchir encore ! Il devait y avoir un moyen. Il y avait forcément un moyen. Il y avait toujours un moy…

Son visage s’éclaira soudain et un sourire hideux déforma ses traits.

- Bien sûr… Comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ? ! Je suis un génie… murmura-t-il. Un génie ! Un pur génie !

Un rire hystérique incontrôlable résonna dans la grotte et Weiss, qui reconnut immédiatement ces mots et cet affreux rire rocailleux pour les avoir entendus à maintes reprises, se redressa péniblement sur un coude, les yeux écarquillés d’horreur.

- Ce n’est pas… possible… bredouilla-t-il. Toi…

- Quoi ? railla Genesis. Tu réalises l’évidence seulement maintenant ? Ah ! Ah ! Ah ! Tout dans les muscles et rien dans la tête ! Pauvre Weiss !

- Tu es… mort…

Le rire grinçant redoubla et l’ancien chef des Tsviets sentit le désespoir le terrasser.

- Vincent… t’a tué… gémit-il encore. Il t’a tué… il y a un an… au réacteur… zéro… Vincent… t’a tué !

Sans cesser de rire, celui qui n’avait jamais été Genesis lui asséna un coup si violent à la tête qu’il perdit connaissance.

- Profite des petites vacances que je t’accorde, amphitryon d’Omega. Je veux que tu sois en pleine forme, lorsque je reviendrais vous chercher, toi et ton frère chéri. Ah ! Ah ! Ah !

*

Dans le bureau de Shalua, Denzel s’accrochait désespérément en pleurant aux hanches Loz, qui regardait Cloud et Tifa à tout de rôle, ne sachant plus quoi faire pour le calmer.

- Je savais pas ! sanglotait le petit garçon. J’te jure que j’savais pas ! Ils me disaient qu’ils travaillaient pour que le monde soit meilleur ! J’te jure que je savais pas, Loz ! J’te jure !

Cid s’approcha et s’accroupit aux pieds du garçonnet.

- Mais enfin, de quoi tu parles, mon grand ?

- Je savais pas qu’il faisaient ça ! geignit encore Denzel en pointant le doigt vers l’ordinateur portable de Shalua, où Sephiroth avait consulté les vidéos de surveillance un peu plus tôt.

Sur l’écran, Loz, sous anesthésie générale, était allongé nu et sanglé sur la table d’opération tandis qu’Hojo, aidé de ses assistants, un homme et une jeune femme, faisaient les prélèvements de sperme qui donneraient naissance à Kay cinq ans plus tard.

- Les vidéos retrouvées au labo du Deepground… soupira Shalua. Denzel ! Qu’est-ce qui t’a pris de regarder ces horreurs ?

Cloud s’approcha à son tour et Denzel lui sauta dans les bras.

- Dis-lui, Cloud ! supplia-t-il. Dis-lui que je savais pas !

- Mais enfin, tu ne pouvais pas deviner qu’il avait subi tout ça, voyons… Pourquoi ça te met dans un tel état ? Tu as de la peine pour lui, c’est ça ?

- Il voudra plus être mon papa, maintenant !

Tous les adultes présents échangèrent un sourire attendri.

- Mais enfin, Denzel, qu’est-ce que ça a à voir avec toutes les vilaines choses que les méchants savants lui ont fait ? demanda à son tour Tifa en retenant un rire.

- Je suis pas comme eux ! cria presque Denzel en s’accrochant à nouveau à Loz, qui se baissa pour l’asseoir sur sa cuisse et le serrer contre son torse nu. Quand je t’ai dit que je voulais que tu crèves, c’était pas vrai ! Je le pensais pas ! Je te jure que je suis pas comme eux ! Je savais pas ce qu’ils faisaient ! Je savais pas ! Je te promets ! Je te promets !

Loz tiqua.

- Denzel, mais de qui tu parles ? Tu n’es pas comme qui ?

En sanglotant et sans oser relever la tête, le garçonnet pointa le doigt vers l’écran de l’ordinateur.

Tous tournèrent la tête vers l’image figée de la caméra de surveillance.

- Tu n’est pas comme Hojo ? demanda doucement Cloud. C’est ça, que tu veux dire ?

Denzel secoua la tête, fixant toujours le sol.

- Non… murmura-t-il d’une voix à peine audible. Les autres…

- Le monsieur et la dame en blouse blanche ? demanda Sephiroth à son tour.

Le garçonnet acquiesça et inclina le front en pleurant de plus belle.

Yazoo lui ébouriffa les cheveux.

- S’il a vu ne serait-ce qu’un millième de ce que ces deux ordures nous ont fait subir là-bas, je comprends qu’ils puissent lui faire peur, soupira-t-il.

Cid grimaça.

- A ce point là ?

Loz acquiesça en berçant Denzel dans l’espoir de le calmer un peu.

- Plus le mari se montrait sadique durant la journée, cracha-t-il avec une haine dans le regard que le pilote ne lui avait jamais vu, plus sa femme devenait perverse durant la nuit lorsqu’elle me forçait à la…

- Loz ! l’interrompit Yazoo en désignant le garçonnet.

Son aîné rougit.

- Désolé.

- Tu n’es pas comme eux, Denzel, reprit son jumeau. C’était sans doute les scientifiques les plus méchants du cratère nord après Hojo ! Même un bahamut enragé n’est pas aussi méchant.

Loz acquiesça.

- C’est vrai. Même si tu m’avais dit des choses encore plus horribles, tu ne leur arriverais même pas tout en bas de la cheville !

- Je ne savais pas, qu’ils étaient comme ça ! sanglota de nouveau le petit garçon. Pardon ! Pardon !

- Denzel ! essaya de plaisanter Cloud. Ils disent ça pour te rassurer, voyons !

Personne, hormis Shalua, ne remarqua que Tifa s’était levée depuis un petit moment, déjà, et que, penchée sur l’écran, elle était devenue blême comme un linge.

Elle venait de reconnaître les deux visages pour les avoir époussetés des dizaines de fois dans leur cadre, sur la table de chevet de Denzel.

- Tifa ? Tu en fais une tête. Tu les connais ? demanda la jeune scientifique.

Le pleurs de Denzel redoublèrent et Tifa inspira un grand coup avant de laisser tomber d’une voix blanche :

- Je crois que ce sont ses parents…

… à suivre

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On ne dit pas…

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Vous connaissez tous les fameuses blagues sur les nains… On ne dit pas “un imposteur” mais : “un facteur de petite taille” !

Dans la même veine, quelques petits “on ne dit pas” à la sauce FF7, rien que pour rire un coup !

Hein ?

Si, si, Kadaj en tenue d’aérobic, ça a un rapport avec ce qui suit, vous verrez ! Promis !

***

On ne dit pas ” Le ton monte “ mais ” Shera prend l’escalier “.

On ne dit pas ” Lazard fait des courbettes “ mais “Lazard est nul comme prof “.

On ne dit pas “Barret a du cran”, on dit “Barret est frisé”.

On ne dit pas “Aerith a un potager”, on dit “Aerigh a un vieux copain”.

On ne dit pas “Immaculé Weiss” mais “Je me suis fait mettre par le boss”.

On ne dit pas “l’électronique” mais “Reeve fait l’amour”.

On ne dit pas “Yazoo avale une biroute” mais “Yazoo emprunte une route à 2 voies”.

On ne dit pas “Loz a un cerf-volant” mais “Loz est long à la détente”.

On ne dit pas “Le gestionnaire des taches” mais “Le chef des turks”.

On ne dit pas “Scarlet est paniquée”, mais “Scarlet cherche un mec”.

On ne dit pas “Cloud a vaincu”, mais “Le chocobo est pluri-anal”.

On ne dit pas “Le Général fait les vendanges”, mais “Sephiroth pète comme un Dieu”.

On ne dit pas “Cait est un chat hors pair”, mais “Le chat de Reeve est castré”.

On ne dit pas “Rufus a enclenché le processus de paix”, mais “Le patron va lâcher une caisse”.

On ne dit pas “La connerie” mais “Yuffie s’amuse”.

On ne dit pas “Décongeler” mais “Les idiots du cratère nord”

On ne dit pas “Cloud est incompétent” mais “Cet idiot de Cloud fait de l’aérophagie”

On ne dit pas “Compense” mais “Reno essaie de réfléchir”

On ne dit pas “Un instant” mais “Kadaj fait du stretching” (vous voyez, je vous disais bien qu’il y avait un rapport !)

On ne dit pas “Le Gospel” mais “Denzel a pris un coup de soleil”

On ne dit pas “ce jeune soldat s’est élevé à la force du poignet” mais “Zack est un branleur”

On ne dit pas “Ciboulette”, mais “Trois trois argentés dévêtus”

On ne dit pas “Un match interminable” mais “Un combat amical entre SOLDATS”

Vous avez aimé cette partie de rigolade ? Laissez-moi un commentaire !

Les murs murmurent toujours !

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Troisième et dernière cargaison de graffitis version FF VII ! Ah ! Bah… C’est que j’ai plus de stock au bout d’un moment, moi ^___-

Et des murs des cuisines à ceux des douches, Hojo rouspète toujours !


(Dans la cafétéria des turks)

Déjà 6h00 du matin ? Il est plus que temps de nous cuiter !
Reno


- POSTE VACANT POUR CAUSE DE DECES -

Ouais… Encore une fichue excuse pour pas bosser !
Hojo


Dans les toilettes d’un bar à la mode de la Costa del Sol

A mon époque, la Costa del Sol, c’était les 3 “S” : Sea, Sun & Sex !
Cid

Et à la notre, c’est les 3 “M” : Mazout, Mélanomes & Morbacs !
Cloud


Sur le mur flambant neuf d’un labo de la Shinra

Pas un tag, pas un graffiti, pas une tache ! Je le cherchais, c’est : LE MUR DU SILENCE !
Lucrecia


(Dans les WC du SOLDAT, dans un état lamentable)

Mais enfin, qu’est-ce que vous avez fichu, ici ? ! On dirait qu’il y a eu un congrès d’aveugles parkinsoniens !
Hojo

Non, juste de vieux scientifiques de passage.
Sephiroth


Sur la camionnette de livraison de Cloud :

- ARRETS FREQUENTS -

Vessie faiblarde !
Zack


(Dans les WC du SOLDAT)

Vous qui venez ici, dans une humble posture
De vos flancs alourdis, décharger le fardeau
Veuillez, quand vous aurez soulagé la nature
Epancher dans l’amphore, un courant d’onde pure
Et, sur l’autel fumant, placer pour chapiteau
Le couvercle arrondi, dont l’auguste jointure
Aux parfums indiscrets doit servir de tombeau…
Genesis

Oh, là, là… Faut que t’arrêtes Loveless d’urgence, toi, hein !
Angeal

C’est pas Loveless, c’est du Musset, ignare !
Genesis

Oh, le boulet…
Zack

Ils ont raison, t’en tiens une sacrée couche !
Sephiroth

Toi, le héros de supermarché, on t’a rien demandé !
Genesis

Ah bah, valà ! Y nous l’a encore énervé ! LOLLLL
Angeal


Je pardonne à ceux qui m’ont offensé… mais j’ai la liste !
Tseng


Loz, t’es tellement con que s’il existait un championat de la connerie, tu serais même trop con pour le gagner !
Cloud

Et le championnat d’orthographe, enfoiré ? Tu t’inscris quand ?
Loz


(Discrètement gravé au pied d’une cuve Mako du réacteur de Nibelheim)

Plonge qui veut, remonte qui peut !
Anonyme


(Dans les WC des turks)

Reno, sois gentil, évite de tirer la langue à tout va ! Surtout quand elle est chargée.
Elena

Pourquoi ? T’as peur que je blesse quelqu’un ?
Reno


(Dans un des WC de la tour Shinra)

Ne déroulez pas le papier en le tirant entre vos jambes et n’arrachez que la longueur dont vous avez besoin ! Et, surtout… NE LE RE-ENROULEZ PAS SUR LE ROULEAU APRES USAGE !
Hojo

Putain, y’a des caméras, ici, ou quoi ?
Reno


(Dans les toilettes pour dames du 7ème ciel)

LES FEMMES N’ONT PAS BESOIN DES HOMMES !
Elena

Faut avouer qu’ici, on peut se débrouiller plus ou moins sans eux…
Rosso


(Dans les toilettes de la salle de tir des turks)

C’est ici que repose
Une certaine dose
D’une certaine chose
Qui ne sent pas la rose.
Celui qui se propose
De faire ici sa prose
Doit avant toute chose
Tenir la porte close.
Anonyme

Oh, non, merde ! Genesis, tu vas pas t’y mettre ici aussi, hein ! Les chiottes du SOLDAT te suffisent plus ?
Reno

Comment tu sais que c’est moi ?
Genesis

Baka…
Reno


(Mot sur le frigo, dans la cuisine du bar de Tifa)

Loz, je t’ai gardé ton repas dans la boîte bento bleue. Je te préviens que si tu laisses encore les légumes, tu as intérêt à trouver une explication plus convaincante que “j’aime pas ça” ou tu auras affaire à moi ! Tu donnes un très mauvais exemple aux enfants !
Tifa

O.K. Je n’en mange pas parce que je suis un grand émotif ! Comment peux-tu rester insensible au hurlement épouvantable de l’épinard plongé vivant dans une casserole légumicide ? Je refuse d’être mêlé à ce génocide ! J’ai donc laissé les légumes dans la boîte…
Loz


(Dans les douches du SOLDAT)

Hier soir, à l’entrainement, Sephiroth a paniqué !
Anonyme

Mais moi, oui !
Zack


Bel homme, fort, courageux, bonne situation, cherche jeune femme pour partager doux moments et plus si affinités…
Rude (poste 32 21)

Rudo, c’est les WC pour hommes, ici, crétin !
Reno


Le ghetto de ma liberté s’achève au bout de mes bras.
Kadaj

La vache, c’est profond… Mais qu’est-ce-que ça veut dire ?
Loz

A mon avis, qu’il vient de fumer un truc !
Yazoo


(Gravé sur la peinture flambant neuve de la carlingue du Tiny Bronco )

Le plaisir solitaire, c’est économique : pas besoin d’inviter votre main au resto après !
Anonyme

Vince, je sais que Lucrecia de manque et qu’il faut que tu te défoules mais là, t’es lourd…
Cid


Gravé le mur fraîchement repeint du labo d’Hojo, sous l’avertissement suivant :

- INTERDICTION DE GRIBOUILLER, DE PEINDRE, DE BOMBER OU D’AFFICHER SUR CE MUR -

Franchement, ça ne me serait même pas venu à l’idée !!!
Vincent

Bon sang ! Mais quel crétin lui a collé cette saleté de gant en métal ?!
Hojo

Si vous le découvrez, je veux bien le tuyau. Moi aussi j’aurais deux mots à lui dire…
Cid


(Sur le mur des toilettes du DEEP GROUND)

C’est ici que tombent en ruines
Tous les déchets de la cuisine.
Dans un lieu aussi respectable,
Il faut se tenir ici comme à table
Et garder le bord de la lunette
Aussi propre que celui de son assiette.
Si vous venez sans papier ni paille,
Lavez-vous les doigts au lieu de salir la muraille.
Anonyme

Ah non ! Nan, nan, Genesis ! T’es gentil, tu vas versificoter dans les chiottes du SOLDAT si tu veux mais pas ici !
Weiss

Merde, c’est pas vrai ! Mais comment vous faites pour savoir que c’est moi ?
Genesis

T’es vraiment une pomme, toi, hein !
Weiss


WUTAI AUX UTAIENS !
Anonyme

Et la frisée aux lardons !
Sephiroth

Et le poulet aux morilles !
Angeal

Et le steak au poivre !
Genesis

Et le chèque au porteur !
Zack

C’est fini, oui !?
Tseng


(Sur le mur de la bibliothèque du manoir de Nibelheim)

Avec la chance que j’ai, je vais sûrement me faire choper à écrire au marqueur sur ce putain de mu_

Game over ! Hojo : 1 - Reno : 0
Rude


Hojo, Palmer et Heidegger sont dans un avion en flammes et il n’y a que 2 parachutes. Question : qui se sacrifie ?
Zack

Réponse : on s’en fout !!!
Angeal


A 8 ans, Tifa rêvait de poupées et moi de SOLDATS. Maintenant, c’est moi qui rêve de poupées et elle qui rêve de SOLDATS !!!
Cloud

Loz peut la draguer, alors ?
Yazoo

Pourquoi ?
Cloud

Bah, t’en es pas un, non ?
Yazoo

Loz non plus !
Cloud

Non, mais il en a une plus grosse que la tienne !
Yazoo

Depuis quand il a une épée, lui ?
Cloud

Oh, la vache… Tu m’étonnes que t’as pas pu devenir SOLDAT !
Yazoo


Et si on parlait du plaisir d’enseigner ?
Lazard

Et si on parlait d’enseigner le plaisir ?
Sephiroth


(Dans l’ascenseur du DEEP GROUND)

- MAXIMUM 6 PERSONNES -

Ou 1 Azul…
Shelke


(Dans les WC du 7ème ciel)

Il y a quelque chose d’héroïque à commander un plat ici, quelque chose d’inconscient à l’avaler et quelque chose de maso à le payer. Suis-je un héros inconsciemment masochiste ? Un inconscient masochistement héroïque ? Ou un maso héroïquement inconscient ?
Lazard

Juste un con d’intellectuel…
Loz


FIN (Bah vi, a pu ! Ces petits mots sont inspirés de vrais graffitis et j’en ai plus en stock !)

Vous avez aimé ce texte ? Laissez-moi un commentaire !

La bonne éducation

***

Rédaction : Shiva Rajah

Inspiré d’un passage du roman “Thyia de Sparte” de Cristina Rodriguez (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (Studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Ce soir-là, Zack ne dormit que quelques heures, agitées par des cauchemars rebutants. Il avait toujours rêvé d’intégrer le Soldat et, maintenant qu’il y était, il ne pouvait se défaire d’une certaine appréhension. Serait-il à la hauteur ? Allait-il tenir le coup, seul et loin de chez lui ? Allait-il se faire des amis ?

Tout quitter à 14 ans à peine - maison, camarades et parents - n’a rien d’aisé, surtout lorsqu’on a passé toute son enfance à l’abri d’un petit village niché dans les montagnes !

Un jeune homme qui, d’après sa tenue, devait être un postulant comme lui, le réveilla avant l’aube. Les soldats professionnels, eux, étaient debout depuis un moment déjà et avalaient rapidement leur petit déjeuner avant de sortir en courant.

- Salut ! Je m’appelle Weiss se présenta le garçon aux longs cheveux blancs immaculés hérissés sur son crâne.

- Zack, ronchonna celui-ci d’une voix ensommeillée. Zack Fair.

- Enchanté !

- Qu’ont-ils tous, à s’agiter comme ça ?

- Rien du tout. C’est comme ça tous les matins. Allez, debout, il faut aller donner à manger aux enfants.

- Aux… quoi ?

- Allez ! Lève-toi, gros paresseux !

Weiss le tira de sa couette et lui mit une brique de jus d’orange et une barre vitaminée dans les mains avant de le pousser vers la porte.

- Mais où allons-nous ? gémit le Gongagien à demi-endormi en croquant dans la pâte filandreuse.

- M’écoutes-tu, quand je te parle ? Il faut donner à manger aux enfants.

- Quels enfants ? Les soldats ont une crèche ? demanda Zack, sidéré.

Son compagnon éclata de rire.

- Mais non, idiot ! Ce sont les minimes et les cadets de l’Académie !

- Ah !

- Allez, avance !

- Ça va ! Ça va ! Oh ! là, là…

Il suivit son guide à travers les couloirs jusqu’à ce qui semblait être l’aile des enfants - un grand dortoir attenant à une salle à manger et à une salle de bain commune. Des cris et des éclats de rire résonnaient à l’intérieur, entrecoupés par des hurlements hystériques.

- Ils sont déjà réveillés. Viens, Angeal va péter un plomb, sinon.

- Qui ?

- Angeal Hewley. Le parrain qui t’a été assigné. Ne l’entends-tu pas hurler ?

- C’est lui qui s’égosille comme ça ?

- Tu vas comprendre pourquoi dans un instant ! rétorqua l’adolescent en grimaçant.

Ils entrèrent dans le dortoir et Zack faillit repartir en courant.

Une quinzaine de petits démons criaient, sautaient sur les lits et jetaient des objets à la figure d’un minuscule garçonnet en pyjama qu’un grand Soldat essayait de protéger entre deux braillements en faisant un rempart de son corps athlétique.

Ses épaules tombèrent de deux pouces en voyant arriver les garçons.

- Ah ! Tout de même ! fit-il. Bon sang, Weiss, fais quelque chose !

Weiss se saisit de deux plateaux métalliques, destinés à servir le repas des enfants, et les cogna bruyamment l’un contre l’autre, écorchant les tympans de Zack.

Les garçonnets se figèrent et rentrèrent la tête dans leurs épaules en se bouchant les oreilles.

- Ceux qui veulent manger ont intérêt à fermer leur bec et à laisser mon frère tranquille ! hurla l’adolescent. Des volontaires pour un jeûne ? (Les enfants pincèrent les lèvres ou pressèrent leurs mains sur leur bouche.) Personne ? Dommage, cela en aurait fait plus pour moi ! Vous en êtes certains ? Personne ne veut l’ouvrir ? Allez, un petit effort ! Non ? Alors à table en rang par deux. Et dans le calme !

Les garçons s’installèrent aux deux longues tables de la salle principale, attendant l’inspection de Weiss, qui les passa en revue. Ceux qui ne satisfaisaient pas à ses critères de prestance, parce qu’avachis ou de guingois, recevaient une tape sur les fesses ou la tête, selon ce qui dépassait du rang.

Un garçonnet leva le bras.

- Quoi ? gronda Weiss.

- C’est Nero qui a commencé ! pleurnicha l’enfant en désignant le petit garçon aux longs cheveux noirs qui sanglotait à présent dans ses bras d’Angeal. Il a encore fait des trucs bizarres !

L’adolescent soupira.

- Il est petit ! Il ne sait pas encore contrôler ses pouvoirs. Ce n’est pas une raison pour le passer à tabac dès que j’ai le dos tourné !

- Oui, mais…

- Et, si j’ai bien compris, tu n’as pas faim !

- Si ! se récria le garçon.

- Alors pourquoi parles-tu sans autorisation ?

L’enfant pressa les deux mains sur sa bouche et secoua la tête.

- J’aime mieux ça. Toi et toi, venez avec moi chercher les chariots du petit déjeuner. Les autres, bouche cousue. Zack me dira qui a désobéi.

Il fila avec les deux garçonnets et Angeal installa le petit Nero sur l’un des bancs.

- Tu es donc mon filleul, dit-il à Zack en souriant. Ravi de faire ta connaissance. Je dois filer, je vais être en retard, mais nous nous verrons ce soir pour faire plus ample connaissance. Dis à Weiss de faire attention à Nero. Il s’est tordu la cheville en se battant avec les autres.

Zack s’inclina avec respect.

- A vos ordres, monsieur.

Le soldat laissa échapper un rire enjoué.

- Oublie le ” monsieur “, p’tit ! Angeal suffira.

Il ajusta son énorme épée dans son dos et sortit, laissant le garçon avec les enfants.

Ceux-ci l’observaient avec curiosité.

- Alors, tu es le frère de Weiss ? demanda le jeune homme au petit garçonnet brun.

- C’est un démon ! Il fait des trucs horri…

- C’est pas vrai !

- Ca suffit ! trancha Zack. Le premier qui parle sans autorisation, ça va barder pour son matricule ! Et toi, le petit brun, réponds à ma question.

- Oui, monsieur, fit le garçonnet d’une voix fluette.

Zack sourit, attendri.

- Fais-moi voir ton pied.

Le petit le rejoignit en boitillant. Il lui arrivait à peine à la taille.

- Quel âge as-tu, dis-moi ? (Nero leva sept doigts.) Sept ans ? C’est tout ? Et tu es déjà à l’Académie du SOLDAT ? (Le garçonnet qui avait traité son minuscule camarade de monstre leva la main à son tour.) Oui ?

- C’est un menteur ! Il a cinq ans, pas sept ! Il est ici parce qu’il a tué sa mère et que, du coup, il a plus de parents !

Zack n’eut que le temps d’attraper Nero au vol alors qu’il se jetait sur le garçon toutes griffes dehors en hurlant.

- Du calme !

Le petit pleura et se débattit dans ses bras comme un beau diable tandis que les autres enfants poussaient des sifflements et des “ouh !” méprisants.

Assassin ! Nero est un assassin ! Lalalèreuh ! “

Ouh ! Sale assassin ! “

- Eh ! s’emporta Zack. J’ai dit : stop !

Peine perdue, les enfants s’époumonèrent de plus belle et l’un d’en eux, un grand gaillard qui devait bien avoir dix ou douze ans - et qui au vu de sa surcharge pondérale ne passerait probablement jamais les épreuves sportives du SOLDAT - cracha même en direction du frère de Weiss.

- Non mais tu te crois où, toi ? cria le Gongagien en lui jetant un regard agressif. Attends que je te…

- QU’EST-CE QUE C’EST QUE CE RAFFUT ? tonna une voix d’homme depuis la porte.

La voix glaciale tomba sur les enfants et sur Zack comme une chape de plomb et tous rentrèrent la tête dans leurs épaules, pétrifiés, en reconnaissant le soldat roux.

Soldat qui s’avança d’un pas aussi décidé qu’agacé, son long manteau de cuir rouge frôlant presque le sol.

- Monsieur Rhapsodos… salua le Gongagien avec respect, presque aussi impressionné que les garçons.

Il savait qu’en entrant à l’Académie il rencontrerait les plus grands soldats de la planète, ceux qui étaient devenus ses héros au fil des années, mais les croiser dans des circonstances aussi informelles était encore au-delà de ses rêves les plus fous !

Les enfants baissèrent les yeux, tremblant de tous leurs membres, et Nero s’accrocha au pantalon de Zack, terrifié à l’idée de se faire punir.

- Où vous croyez-vous, tous ? gronda encore Genesis. Dans une garderie ? Que se passe-t-il ? demanda-t-il à Zack. Pourquoi tout ce charivar… (Il remarqua alors Nero, qui faisait tout son possible pour se dissimuler derrière les jambes du jeune homme) Je vois. Tu as encore joué des mimines, pas vrai ?

- J’ai pas fait exprès… couina le petit d’une voix à peine audible en reniflant. C’est sorti tout seul, ajouta-t-il en tendant ses menottes, paumes vers le haut.

Amusé par le geste et la petite bouille penaude, Genesis éclata de rire et s’accroupit en face de lui.

- Arrête de pleurer et viens ici, chibi face !

Il tendit les bras et Nero boitilla vers lui.

Comparé au grand soldat, le frère de Weiss paraissait encore plus minuscule.

- Qu’est-ce qui se passe, avec ton pied ? demanda encore Genesis en asseyant le garçonnet sur sa cuisse.

Nero tendit sa petite jambe en s’accrochant au manteau de cuir de l’officier, qui tâta la cheville enflée.

- Aïe !

- Il va falloir bander ça. (Il se tourna vers Zack) Occupe-t’en lorsqu’il aura mangé.

- Oui, monsieur.

Le soldat rassit le petit à sa place et partit comme il était venu et sans ajouter un mot.

Quel étrange personnage… “ pensa Zack.

Weiss revint et ordonna aux enfants qui l’avaient suivi de distribuer verres, bols et couverts. Après quoi, lui et Zack leur servirent le petit déjeuner, composé d’une bouillie de céréales, d’un œuf dur, d’un fruit et de fromage frais généreusement tartiné sur une épaisse tranche de pain.

Nero, lui, étant le plus petit, bénéficiait d’un traitement un peu particulier et le Gongagien ne put s’empêcher de pouffer en voyant Weiss donner la becquée à son petit frère, assis sur ses genoux.

Tel un moineau, le garçonnet avalait sagement et sans rechigner tout ce que son aîné lui glissait dans la bouche, qu’il s’agisse de petits morceaux de pomme soigneusement pelée ou de bouts de pain trempés dans le lait chaud.

- Pourquoi les autres enfants ont-ils peur de lui ? demanda discrètement Zack en s’accroupissant près de l’adolescent.

Nero devait agripper son verre de jus de fruits à deux mains pour pouvoir le soulever sans le renverser mais, par prudence, Weiss plaça néanmoins sa paume sous les fragiles menottes.

- Nero a des pouvoirs qu’il n’arrive pas encore à contrôler. Ce n’est qu’un bébé.

- J’suis pas un bébé ! protesta le petit, qui aurait laissé tomber son verre si son frère n’avait pas eu la prudence de mettre sa main dessous.

- Non, tu n’es plus un bébé, concéda Weiss en retenant un rire. Allez, finis de manger et va te laver les mains.

- Des pouvoirs ? insista Zack.

- Il fait apparaître des ténèbres avec ses mains ! Ca peut t’engloutir et même te tuer ! expliqua le gros garçon qui avait craché sur Nero un peu plus tôt.

- Qui t’a permis de l’ouvrir, toi ? gronda Weiss. Occupe-toi de tes affaires et file changer de chemise ! ordonna-t-il en désignant les taches de fromage frais et de jus de fruits qui maculaient les vêtements de l’indiscret.

Ce dernier obéit sans demander son reste.

- J’ai tout fini ! chantonna Nero en brandissant son verre vide.

- C’est bien. Va te débarbouiller.

Weiss le posa à terre et il boitilla en direction de la salle de bains commune.

- C’est quoi, cette histoire de ténèbres ? s’étonna le Zack, sceptique.

- Certains scientifiques disent que Nero a le pouvoir d’ouvrir et d’invoquer des dimensions parallèles, soupira Weiss. Hojo, lui, assure que ce n’est pas le cas mais qu’il crée lui-même des ténèbres à partir de la matière.

Zack grimaça, comprenant plus ou moins ce que cela pouvait impliquer.

- Tu veux dire… Qu’il a le pouvoir de créer du vide à partir de la matière ? De fabriquer des trous noirs à loisir ?

Weiss haussa les épaules.

- Je n’en sais rien. J’ignore de quoi il s’agit exactement mais si tu es pris là-dedans… surtout ne panique pas. En général, ça se produit parce qu’il a peur, quand il fait un cauchemar ou qu’il se sent en danger.

- Ca t’est déjà arrivé ?

- Plus d’une fois, oui. Quand ça arrive, il faut lui immobiliser les mains et, surtout, le rassurer.

Zack frissonna.

- Woah…

Weiss lui tapota l’épaule, rassurant.

- Ce n’est qu’un petit garçon, tu ne dois pas avoir peur !

- Je n’ai pas peur ! se récria le Gongagien.

Un peu plus tard, les bols rangés, la cheville de Nero bandée et tous les petits Soldats en devenir débarbouillés, Zack et Weiss les firent mettre en rang deux par deux devant la porte.

- Eh ! appela ce dernier en attrapant son frère par le bras. Où comptes-tu aller, toi, avec ton pied plus gros que ta tête ?

Il voulut sortir Nero du rang mais ce dernier se débattit et éclata en sanglots. Jamais Zack n’aurait cru qu’une chose aussi petite pouvait faire autant de bruit !

- Mais qu’est-ce qu’il a ? demanda-t-il à Weiss entre les piaillements suraigus.

- Il veut venir avec moi, pardi ! fit l’adolescent en riant. Tiens, attrape-le.

- Mais que veux-tu que j’en fasse ?

- Reste avec lui. Et profites-en pour dormir un peu, tu as une tête à faire peur. Nous serons de retour pour midi.

Il sortit avec les enfants et Nero s’époumona en donnant des coups en tout sens.

- Weiss ! Attends ! Où vas-tu ?

- C’est le jour du simulateur. Les enfants doivent apprendre à s’entraîner avec.

- Mais je…

- Au fait ! cria Weiss depuis le couloir. Si Nero te mord… Fais-en autant !

- Ah, parce qu’en plus, il mord ? !

Zack lava les yeux au plafond avec un soupir découragé et le petit referma sa mâchoire sur le gras de sa cuisse.

- Refais ça et je te mange le foie ! cracha le jeune homme en lui montrant les dents, menaçant.

Nero se tut instantanément et ouvrit de grands yeux.

- C’est quoi un ” foua ” ?

***

- Mais pourquoi le prince il s’est marié avec la princesse ?

- Parce qu’il l’aimait.

- Mais pourquoi il l’aimait ?

Zack s’affala sur le petit lit du garçonnet.

- Tu poses trop de questions, Nero.

- Tu me racontes encore ?

- Il faut en laisser un peu pour demain.

- Pourquoi ?

L’adolescent se prit la tête dans les mains et poussa un gémissement plaintif.

- Je crois que je préfère encore quand tu mords !

- T’as mal à la tête ? Tu vas mourir ?

- Hein ?

- Y’a un garçon, il est mort comme ça.

Zack se redressa sur un coude.

- On ne meurt pas d’un mal de tête, Nero. Ce garçon était sûrement malade.

- Je sais pas. Il avait tout le temps mal à la tête. Et il saignait tout le temps du nez aussi. Angeal, il dit que quand on saigne du nez, c’est la cervelle qui fout le camp.

Le Gongagien éclata de rire.

- Charmant…

- Tu saignes du nez, toi, quant t’as mal à la tête ?

- Non.

- Alors tu vas pas mourir ! affirma le petit le plus sérieusement du monde. C’est quand on a les deux qu’on meure. (Zack lui pinça la joue, attendri malgré lui) Ils vont bientôt revenir, les autres ? Ils sont où ?

- A la visite médicale.

- On leur fait des piqûres ?

- Je ne pense pas.

Le ” troupeau ” était venu manger à midi et reparti à la suite de Weiss et du professeur Hojo, ce qui avait encore occasionné une bonne crise de larmes de la part de Nero, qui ne voulait pas laisser partir son frère. Le médecin avait fait taire le petit d’une gifle, ce qui avait brisé le cœur de Zack et révolté Weiss mais ni l’un ni l’autre n’avaient leur mot à dire, hélas.

- J’ai chaud… se plaignit Nero en tirant sur son pyjama estampillé d’un chocobo joufflu sur le devant.

- Pour tout t’avouer, moi aussi. Ils pourraient monter un peu la clim !

Son pull lui collait à la peau et l’eau de sa bouteille tiédissait en moins de temps qu’il n’en fallait pour la prendre dans le réfrigérateur.

- On prend une douche ?

Zack ouvrit la bouche pour répliquer mais se ravisa.

- Et pourquoi pas, après tout ? Allez, grimpe !

Nero lui sauta dans les bras avec un cri joyeux et Zack se dirigea vers la salle de bain commune, sur le sol carrelé de laquelle il posa le petit.

- Tu veux que je te raconte une histoire, moi ? demanda celui-ci pendant que l’adolescent lui retirait son pantalon.

- Dis-donc, qu’est-ce que tu es blanc ! nota Zack en faisant passer le haut du pyjama de Nero par-dessus sa tête. Ton frère ne te met jamais au soleil ou quoi ?

- Chais pas. Tu veux que je te la raconte, mon histoire, ou pas ?

- Vas-y, vas-y, allez, céda le gongagien en souriant.

- C’est Sephiroth qui nous a dit qu’un jour, un garçon avait volé un rat dans le laboratoire tu professeur Hojo. Et puis… Ah ! C’est trop chaud ! Et puis il l’a cachée dans sa poche. Alors son instructeur, il a demandé ce qu’il cachait. Il a dit qu’il cachait rien et tu sais ce qui s’est passé ?

- Plutôt que de se faire prendre, il a laissé le rat lui dévorer le ventre et il est mort.

Le petit ouvrit de grands yeux .

- Tu connaissais le garçon ?

- Nero, cette anecdote est une légende urbaine qu’on trouve sur Internet, expliqua Zack en lui lavant les cheveux. Ca n’a jamais eu lieu. C’est une histoire que l’on raconte aux petits garçons pour leur expliquer ce qu’est le courage.

- Sephiroth a menti, alors ?

- Pas exactement.

Il sécha le garçonnet, l’assit sur un banc et se lava à son tour.

Une fois sec, il porta sa main à son visage et se frotta les joues.

- Nero ?

- Quoi ?

- Touche… Tu trouves que je pique ?

Nero passa ses petites menottes sur ses joues en fronçant ses sourcils.

- Non.

Zack grimaça et s’assit sur le banc.

Depuis des semaines - en fait depuis qu’il avait su qu’il était admis l’Académie - il se rasait consciencieusement tous les soirs et tous les matins. Il avait entendu dire que si on faisait ça, la barbe finissait par pousser drue. Alors pourquoi diable ça ne poussait pas plus ?

- T’es sûr ? insista-t-il, un peu vexé. Je ne pique pas du tout ?

Nero haussa ses petites épaules.

- Non.

- Merde…

- Tu devrais être content. Mon frère, il râle tous les soirs parce qu’il doit s’enlever les poils de la figure.

Le jeune homme se raidit, encore plus vexé.

- Weiss se rase la barbe ?

Le petit acquiesça.

- Il en a pas besoin. Il en a déjà plein sur la tête.

Zack éclata de rire tonitruant.

- Tu sais que commence à t’adorer, toi ! Ah ! Ah ! Ah !

Contaminé par l’hilarité du gongagien, Nero partit d’un fou rire mais sans savoir pourquoi.

Loz ne sait pas mentir

Pauvre Loz… Certains le disent simplet et d’autres pleurnichard mais, en réalité, c’est une pâte, cet homme. (Et il a un C… mais un de ces c… je vous dis ça !) La preuve que c’est une crème : il ne sait pas mentir. (Et je ne vous parle pas de son dos et des cuisses ! C’est… oh, là, là… Ces trapèzes, mon Dieu !) Mais être comme l’agneau qui vient de naître (même s’il a un poitrail de taureau et des… O.K. O.K. J’arrête, ça va !) le met parfois dans des situations un peu… Lisez, vous verrez !


Yazoo sort de la salle d’entraînement en faisant gonfler ses biceps et Loz siffle.

- Ouah…

- Je t’impressionne ?

- Non, tu chlingues !


Kadaj se regarde nu, debout devant la glace, et pleurniche :

- Loz… Je suis le plus petit, le plus efféminé et je fais plus jeune que mon âge… C’est déprimant. Tu veux pas essayer me faire un compliment ?

Et Loz répond :

- Bien sûr : tu as une très bonne vue. Dix sur dix !


C’est l’anniversaire de Yazoo.

- Je suis né aujourd’hui ! annonce celui-ci. Si on mangeait un chocobo, pour l’occasion ?

- Pourquoi ? répond Loz. C’est pas de sa faute.


Kadaj et Yazoo se disputent depuis une heure et décident, pour en finir, de prendre leur aîné à témoin.

- Loz, qu’est-ce que tu préfères ? Un frère séduisant ou une frère intelligent ? Sois franc !

- Ni l’un, ni l’autre, je ne n’aime que vous.


Les trois frangins arrêtent leurs motos au plus haut point d’un canyon.

- Ce paysage me laisse sans voix ! s’extasie Kadaj.

Loz se tourne vers Yazoo :

- On devrait peut-être monter le camp ici, alors, non ?


Et ses pectoraux ? Je vous ai parlé de ses pectoraux ? Non ?

Eh bien il a une paire de p… Gonflante toi-même ! Non mais oh ! C’est ma fic, je fais ce que veux, je suis chez moua !

Les murs murmurent encore…

Vous les avez réclamés, les voilà ! Plus de graffitis version FF VII !

Qu’il s’agisse des murs des casernes ou de ceux des toilettes de la Shinra, Hojo n’a pas fini de rouspéter !

***

(Dans le vestiaire de la salle d’entraînement du DEEP GROUND)

Weiss signifiant “blanc” en germanique, pourquoi a-t-on appelé le frère de notre cher empereur immaculé “Nero” (du latin “nero”/”noir”) au lieu de “Schwarz” (du germanique “Schwarz”/”noir-sombre”) ?
Rosso

Pour que les idiotes aient quelque chose d’intelligent à dire (du ténébreux “j’t'emmerde” !)
Nero


- EN CAS D’INCENDIE NE PAS UTILISER L’ASCENSEUR -

Utilisez l’extincteur !
Vincent


Dans le dico médical d’Hojo, à côté du mot “blennoragie”, y’a marqué “Voir index”. J’ai regardé mes doigts, c’est bon, j’ai rien.
Zack

Seigneur ! Et c’est avec ça que je suis supposé faire des soldats d’élite…
Hojo


Ce qu’il y a de bien, dans la position du missionnaire, c’est qu’on peut continuer à lire sa BD !
Kadaj

En levrette, c’est mieux, t’as pas besoin de la tenir !
Loz

Que je revoie UNE BD traîner dans la chambre… UNE SEULE !
Yazoo


(Dans les WC de la salle de réunion des turks)

Vous êtes là pour éjecter votre bol fécal, pas pour le couver !
Tseng


(Sur le mur du vestiaire des Turks)

A ce qu’on m’a dit, ce mur serait réservé aux graffitis ! La, la, la…
Anonyme

Non, mon petit Reno ! Vos gribouillages immondes sont interdits, ce mur doit rester propre sous peine de sanctions !
Hojo (heureux possesseur d’une mini-caméra espion et d’un fusil de chasse à 2 coups chargé de gros sel !)

Oh, merde…


L’insupportable manie de repeindre ce mur est une atteinte à liberté d’expression !
Genesis

Continuez vos cochonneries et je vais vous atteindre autre chose, moi !
Hojo


C’est pas pour me vanter mais, aujourd’hui, il fait vachement beau !
Rufus

C’est contagieux, la mégalomanie ?
Weiss


(Dans la salle de commandement du WRO)

- NO SMOKING ! -

But salopette, yes !
Cid


Soutenez Cloud !
Yuffie

Pourquoi ? Il se sent mal ?
Angeal


- SOS SUICIDE : UN COUP DE TELEPHONE PEUT SAUVER UNE VIE -

Sur la tête, il peut aussi fracturer un crâne…
Sephiroth


Sephiroth for president !
Cloud

And Cloud for queen !
Cid


(Dans un ascenseur flambant neuf de la section des turks)

Voilà ce que j’appelle un ascenseur nickel. Pas une marque, pas un graffiti, pas une tache, rien. Bravo les gars ! Splendide !
Genesis


(Dans les WC du SOLDAT)

Plus de 5 secousses, c’est de la masturbation !
Reno


J’ai fait pipi à côté. Le faire a soulagé ma vessie. Le dire a soulagé ma conscience !
Kadaj


OAHHHH !!!! DES FILLES AVEC DES GROS NENEEEESS !!!!
Loz

Où ça, où ça ?
Rude

Rudo, il a écrit ça au mois de juillet ! T’es lent, mais t’es lent…
Helena


(Dans la salle d’attente du service d’évaluation psychologique du SOLDAT)

Je vois bien que vous m’en voulez, pour mon complexe de persécution !
Sephiroth

Depuis que j’ai mon complexe de castration, j’ai l’impression qu’il me manque un truc…
Angeal

Moi, j’aimerais bien avoir un complexe de castration, mon complexe de frustration ne me suffit plus !
Genesis

C’est ça, moquez-vous ! Attendez de vous coltiner un bon syndrome post-traumatique, vous ferez moins les malins !
Hojo


(Dans les toilettes du du bar de Tifa)

Soyez gentils d’écrire à hauteur des yeux. Trop bas, on se penche en avant et on déjante de la cuvette. Trop haut, on se penche en arrière et se fracasse le crâne sur la chasse. Merci d’avance.
Reeve


J’ai testé le mako, on dirait de l’eau de vaisselle…
Weiss

Je viens de palper l’infirmière, on dirait de la gélatine…
Azul

Je viens de d’essayer la piscine, on dirait une baignoire…
Nero

Je viens de payer les factures du Deep Ground. On dirait de l’arnaque !
Rufus


MERDE ! PUTAIN ! BORDEL ! CHIER ! (Maintenant que j’ai prouvé que je pouvais moi-aussi piloter une fusée, où faut-il s’inscrire ?)
Reno

Tu remets tes lacets, pour courir ?
Cid


(Gravé sur l’écorce d’un arbre de la cité des anciens)

Si tu es le garçon super canon qui s’est battu ici la nuit dernière avec les longs cheveux argentés, des yeux d’émeraude, un long manteau de cuir noir zipé, un pantalon moulant et une petite bouche en coeur, je ne dors plus la nuit !!!! Où t’as acheté ton flingue ? Répondre ici : ……………
Vincent


(Sur le mur du bar de Tifa)

Un repas ici : 4 heures de mastication, 40 heures d’aigreurs, 4 semaines de nausées, 4 années de plaidoiries.
Rufus


Un jour mon prince viendra !
Jenova

Depuis le temps que tu l’attends, quand il va te voir, il va avoir un choc…
Lucrecia


(Sur le mur de la salle de cours de Lazard)

Ceux qui ont le savoir, produisent. Ceux qui ne savent pas et ne produisent pas, enseignent. Ceux qui enseignent, transmettent aux nouvelles recrues ce qu’ils savent. Merde, qu’on me dise comment c’est possible !?
Sephiroth


Ce qu’il y a sur ce mur de WC est vraiment odieux !
Hojo

Jetez donc un coup d’oeil dans le miroir : c’est pire !
Weiss


(Dans les toilettes du réacteur de Nibelheim)

Pour gagner un superbe badge “tireur d’élite”, visez juste ! (Demander le badge dans bureau du fond, en sortant, là où y’a marqué “Pr Hojo”).
Anonyme


On me reproche toujours de passer mon temps dans “Loveless”
Genesis

Et moi, on me reproche toujours de commencer des trucs et de ne jamais les finir…
Sephiroth

Ouais. Les enfants, par exemple !
Kadaj


(Dans les WC des turks)

Ah, enfin !… S’asseoir, défaire son noeud de cravate et poser les pieds sur la porte, relax…
Rude


(Dans un ascenseur de la Shinra, au-dessus d’une moquette trempée)

Ce petit pissou m’a purgé de toute la haine que je nourris pour les ascenseurs à musique…
Reno

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LXII - Qu’on l’attache ou qu’on l’égorge !

“Qu’on me donne une échelle

pour monter au pilier

et pour briser les chaînes

de mon frère bien-aimé…”

G. Torres de Villa

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Nero savait ce qu’était la souffrance.

Aussi loin qu’il s’en souvienne, il avait toujours vécu avec elle, qu’elle soit physique ou psychologique.

Son frère bien aimé avait toujours été le seul à pouvoir la soulager un peu.

Les premiers souvenirs qu’il avait, étaient ceux d’une pièce obscure, sans meuble ni fenêtre, froide et totalement vide, au centre de laquelle il passait son temps assis, à se balancer, à dormir en boule ou à chantonner.

Nero ne contrôlait pas du tout ses pouvoirs, alors, il n’était guère plus qu’un bébé, et le moindre geste un peu vif de ses petites menottes pouvait provoquer des trous noirs où tout ce qui se trouvait à portée - objets ou gens - disparaissait corps et biens.

C’est d’ailleurs ainsi qu’il avait tué sa mère, en venant au monde, en l’engloutissant elle et les médecins dans un maelström de ténèbres hurlantes, faisant de Weiss un petit orphelin de sept ans.

Si celui-ci en voulut à son frère ?

Il n’en eut pas l’occasion car, durant plus d’un an, on lui fit croire que son frère était mort lors de l’accouchement.

C’est l’indiscrétion d’une infirmière qui poussa Weiss à fouiller le réacteur Zéro - où il vivait avec les scientifiques et d’autres enfants - de fond en comble.

Il finit par trouver le bébé dans un sous-sol glacial, enfermé dans une pièce vide aux épais murs de métal renforcé.

Immédiatement, dès l’instant où le petit avait tendu ses mains vers lui en pleurant, il avait été pris de pitié et d’affection pour la petite créature.

Weiss lui avait raconté bien plus tard qu’il lui arrivait de descendre en cachette au sous-sol et de le trouver dans un état si pitoyable - presque inconscient par manque de nourriture et croupissant dans une couche qui n’avait pas été changée depuis parfois trois jours - qu’il avait songé à plusieurs reprises à briser le petit cou tendre une fois pour toutes et abréger ses souffrances.

Bien sûr, il ne l’avait jamais ne serait-ce que tenté. Il aimait trop son petit frère pour cela. Mais il était bien le seul !

Nero se souvient d’avoir eu faim très souvent, déjà à cette époque. Les hommes en blouse lui apportaient une petite bouteille en plastique contenant du lait froid (qui se serait donné la peine de chauffer un biberon pour lui ?) lorsqu’ils ne pouvaient plus faire autrement mais, la plupart du temps, il devait se contenter d’avaler sa salive et de pleurer en écoutant son petit estomac gargouiller.

Lorsque Weiss eut treize ans, Hojo lui fit intégrer l’Académie du SOLDAT et autorisa le garçon à emmener son frère, alors âgé de six ans, avec lui.

Ce fut la première fois que Nero vit la lumière du jour.

Les scientifiques regardèrent partir l’enfant avec un soulagement à peine dissimulé, heureux de voir s’éloigner cet ” aspirateur à ténèbres “, comme ils l’appelaient.

Si Weiss avait pensé de prime abord que de quitter le réacteur Zéro pour vivre à l’Académie allait améliorer la vie de son frère, il réalisa bien vite son erreur.

Nero faisait peur et, lorsqu’il n’était pas là pour s’en occuper, personne ne le faisait.

On lui interdisait même le réfectoire, les salles de classe, la cour, bref, tous les endroits où se retrouvaient habituellement les autres enfants.

Au début, le garçonnet errait donc dans les couloirs en veillant à ne croiser personne, de peur qu’un soldat ou un aspirant ne le bouscule avec l’habituel ” dégage, de là, toi ! ” méprisant en le repoussant - du bout du pied s’il était courageux ou de celui de son arme, s’il l’était moins. Car personne, hormis Weiss, n’osait toucher Nero.

Ce dernier prit donc l’habitude de rester enfermé dans la chambre de son frère toute la journée, se cachant sous le lit dès qu’il entendait le moindre bruit de pas approcher. Hormis un lit, un lavabo qui lui permettait de ne pas mourir de soif et des toilettes qu’il était désormais assez grand pour atteindre, les choses n’étaient pas si différentes que dans le réacteur Zéro. Comme là-bas, il passait les heures à attendre son frère, à s’ennuyer, à pleurer et à avoir faim.

Un soir, c’en fut trop pour Weiss, qui ne supportait plus de voir son frère dépérir, et il planifia leur fuite.

Il n’avait que quinze ans mais était grand et fort, un corps d’adulte, déjà, et ce serait bien le diable s’il n’arrivait pas à trouver du travail en mentant un peu sur son âge ! Nero et lui s’installeraient quelque part et il s’occuperait du petit comme il se devait.

Il prépara donc un sac avec leurs maigres affaires, un peu de nourriture, de l’argent qu’il avait volé dans la poche d’un scientifique du labo sans le moindre scrupule et, vers deux heures du matin, il réveilla son frère.

- Réveille-toi, Nero.

Le garçonnet avait frotté ses yeux ensommeillés.

- Pourquoi ? Je dois aller sous le lit ?

- Non, plus personne ne t’obligera à te cacher où que ce soit, assura Weiss en l’habillant. On se tire d’ici ! Pour toujours !

- Où ça ?

- En sécurité, allez viens.

Il avait pris son petit frère par la main et s’était glissé discrètement dans le couloir.

Tout alla comme sur des roulettes jusqu’à la porte d’entrée de l’académie mais, au moment où les enfants allaient s’esquiver au nez et à la barbe de soldat de garde - trop occupé à regarder des photos de filles nues dans un magazine - leurs rêves de fuite s’évaporèrent.

La porte s’ouvrit devant eux pour laisser apparaître un grand soldat brun à la carrure impressionnante que Weiss reconnut aussitôt. Les plus grands officiers étaient de véritables stars, à Midgar, et Angeal Hewley en faisait partie.

Il fronça les sourcils, surpris de se retrouver nez à nez avec les deux garçons en rentrant d’une soirée bien arrosée en ville.

Point n’était besoin d’être devin pour comprendre qu’il était en présence de deux petits déserteurs en herbe et, lorsqu’il le comprit, un sourire amusé étira ses lèvres, à la surprise de Weiss, qui s’attendait plutôt à une bonne taloche (au mieux !).

- Et où vous comptez aller où, comme ça, tous les deux ? railla-t-il. Boire une bière dans les taudis ?

Nero se blottit contre les jambes de son frère en pleurant et ce dernier baissa la tête, penaud.

- Eh ! Oh ! insista Angeal d’une voix douce pour ne pas effrayer davantage le petit. Tu ne veux pas répondre ?

- Qu’est-ce qui se passe, ici ? avait grondé la voix bourrue de Heidegger, qui arrivait dans le couloir. Qu’est-ce que vous fichez là en pleine nuit, tous les deux ?

Weiss avait rentré la tête et Angeal lui avait pris son sac pour le mettre sur son épaule.

- Merci de me l’avoir rapporté, p’tit ! fit-il d’une voix forte. Sans toi, je l’aurais cherché toute la nuit.

Heidegger fronça ses gros sourcils, soupçonneux.

- Hewley ! Que fait ce garçon et l’aberration qui lui sert de frère ici en pleine nuit ?

Weiss avait vu Angeal se raidir, choqué par les paroles du chef des armées de la Shinra.

- Il m’attendait pour me rendre mon sac, que j’avais oublié, avait menti le soldat en passant un bras protecteur autour des épaules du garçon.

Heidegger était alors reparti, pas plus convaincu que ça mais peu importait. L’essentiel pour Nero était qu’il ne punisse pas Weiss.

Effrayé, néanmoins, il avait éclaté en sanglots et, chose impensable, Angeal l’avait alors soulevé dans ses bras… et avait marqué une pause. Non parce que Nero l’effrayait ou le dégoûtait mais parce qu’il ne s’attendait pas à ce qu’il soit aussi léger et aussi maigre.

- Il est malade ? avait-il demandé à son aîné.

- C’est une longue histoire, monsieur, avait soupiré celui-ci.

- Eh bien, tu vas me la raconter, ton histoire. Allez, en route !

Et c’est ce que Weiss avait fait, celle nuit-là, dans la chambre du soldat. Il lui avait parlé du réacteur Zéro, de la naissance de Nero et de leur vie là-bas puis à l’académie.

Nero était petit mais il se souvenait encore parfaitement de deux choses : l’expression horrifiée d’Angeal et son premier bol de chocolat chaud.

A compter de ce jour, le soldat avait pris les garçons sous son aile, et il s’agissait sans doute là des années les plus heureuses de toute leur vie. Si l’on faisait abstraction de Zack, bien sûr, l’autre protégé d’Angeal. Combien de fois Weiss et lui en étaient-ils venus aux mains ? Nero en avait perdu le compte. Lorsqu’il ne faisait pas des allusions sexuelles grossières sur la relation fusionnelle des deux frères, il leur trouvait des surnoms grotesques, surtout à Nero: boule de suif “, pelote de poix “, bout de charbon “ ou encore ” nonos ” ou ” gribouille “, en raison des arabesques noires ressemblant à des tatouages qui étaient apparues sur la quasi totalité de son corps à la puberté.

Angeal, lui, le surnommait affectueusement chibi face “ en raison de ses immenses yeux carmins et de son petit nez retroussé.

Oui, les années passées aux côtés d’Angeal avaient été les plus belles de leur existence… jusqu’à ce que les Restrictors, les membres les plus puissants du SOLDAT, un mythe parmi les jeunes miliciens, viennent les chercher pour les ramener à nouveau au réacteur Zéro.

Deep Ground

Ca sonnait plutôt bien, sur le papier. Une unité d’élite presque aussi secrète et mystérieuse que les Restrictors eux-mêmes.

Weiss et Nero avaient obtempéré et un nouveau cauchemar avait commencé.

Un entraînement inhumain agrémenté de traitements divers avaient décuplé leurs capacités jusqu’au point limite de rupture.

Les pouvoirs de Nero étaient devenus tels qu’il lui était désormais presque impossible de les contrôler et, après plusieurs incidents, Hojo et les Restrictors n’avaient trouvé d’autre solution que de lui immobiliser le haut du corps dans une sorte de camisole de force et un masque de contention qui lui meurtrissait la peau du visage et l’empêchait d’ouvrir la bouche.

Weiss avait été horrifié, lorsqu’il l’avait vu mais il ne pouvait rien faire.

Pour remplacer ses bras, on lui implanta d’énormes appendices mécaniques, lourds et douloureux au possible, qu’il dût apprendre à utiliser.

Et s’il crut alors qu’il avait atteint le fin fond de l’humiliation et de l’indignité, il déchanta vite car, camisole ou pas, mors ou non, ses pouvoirs étaient toujours immenses et il pouvait désormais disparaître dans ses propres ténèbres pour réapparaître où il le souhaitait. Murs et portes n’étaient plus un obstacle, ce qui lui permettait de rejoindre son frère lorsqu’il le voulait, fut-il au secret ou en cellule disciplinaire.

Lorsque les Restrictors s’en rendirent compte, le véritable enfer commença.

Au plus profond des sous-sols du réacteur, juste à l’endroit où l’on confinait Weiss la plupart du temps, près de la cuve de mako, on l’attacha dos à une énorme colonne de pierre, à presque deux mètres du sol. De lourdes chaînes se croisaient sur sa poitrine, entre ses bras immobilisés par la camisole, et le pressaient contre la pierre pour l’empêcher de glisser.

Cette façon de procéder faisait que ses ailes métalliques lui rentraient dans le dos et les reins. Quant aux chaînes, elle mordaient profondément dans ses bras repliés et sa poitrine, meurtrissant la chair à travers le cuir épais, l’empêchant presque de respirer - et le masque de contention n’arrangeait rien.

Au début, il crut à une simple punition et serra les dents mais, au bout d’un quart d’heure son dos lui faisait si mal que ses larmes se mirent à couler. Une demi-heure plus tard, il crut que les chaînes s’incrustaient dans ses côtes et une heure après, il suppliait et criait pour qu’on vienne le libérer, jurant qu’il n’utiliserait plus jamais ses pouvoirs pour se déplacer d’un endroit à l’autre.

Personne ne l’entendit et, le lendemain, on vint lui apporter un peu d’eau et lui injecter une solution opaque dans la veine du cou.

- Bon appétit ! railla le médecin en faisant l’injection.

Nero sentit un froid glacial l’envahir en devinant ce que cela signifiait.

Si on le nourrissait par intraveineuse, c’est qu’on avait l’intention de le laissa pendu là encore un moment mais comment allait-il supporter une douleur pareille durant encore plusieurs heures sans devenir fou ?

Plusieurs heures…

Il y resta des mois.

Des mois durant lesquels il ne pouvait que hurler et appeler son frère à l’aide à s’en arracher les cordes vocales.

Mais Weiss, à quelques mètres à peine au-dessus de lui, ne pouvait que l’entendre et souffrir à s’en liquéfier le cœur de ne rien pouvoir faire pour l’aider.

Bien conscients qu’il délivrerait son frère dès qu’il en aurait l’occasion, les Restrictors avaient enchaîné Weiss à ce qui deviendrait son trône.

Voilà.

Voilà à quoi rêvait Nero tandis que Reeve Tuesti, avec mille précautions, l’allongeait dans un caisson médical transparent dans lequel on pourrait non seulement contrôler température et pression à la perfection mais aussi injecter une fine brume de mako qui lui permettrait d’accélérer sa remise sur pied sans traumatiser son organisme déjà fragilisé à l’extrême.

Pourquoi repensait-il à tout cela ?

Peut-être parce que, malgré le fait qu’il soit endormi, il entendait de façon inconsciente parler Shelke, qui racontait précisément tout cela au petit groupe composé de Cid, Tifa, Loz, Sephiroth et Cloud, descendus prendre des nouvelles du blessé et du bébé.

- C’est horrible… frissonna Cloud.

- Tu le savais ? demanda Cid à Sephiroth.

Ce dernier secoua la tête, lui aussi révolté mais pas le moins du monde surpris. Il connaissait la façon de procéder de son père.

- Pas pour le Deep Ground. La dernière fois que j’ai vu Weiss et Nero, ils faisaient partie des poulains d’Angeal. Et des meilleurs, qui plus est.

- Pauvre gamin… soupira le pilote en voyant Shelke attacher les mains de Nero à l’aide d’un morceau de gaze très douce et sans serrer.

Le but était seulement de l’empêcher d’agiter brutalement les mains et de provoquer un trou noir par accident, pas de lui faire mal ou de l’empêcher de bouger.

- Il a l’air si fragile, comme ça, sans son costume et tout son attirail… acquiesça Tifa en désignant le corps nu si mince.

La peau si pâle - et couverte de ce qui n’était donc pas des tatouages, à en croire Shelke - paraissait si fine qu’elle semblait sur le point de se rompre à chaque petit tressautement du jeune homme.

- C’est vraiment nécessaire, ça, Shalua ? demanda Cid en la voyant placer précautionneusement le masque de contention sur l’adorable visage de poupée de porcelaine de Nero.

Elle frôla affectueusement les lèvres joliment ourlées de son jeune patient du bout des doigts en s’étonnant une fois encore de leur insolite couleur bleutée.

- Oui, Cid, c’est vraiment nécessaire. Pour lui, si ce n’est pour nous.

Elle fixa le masque, dissimulant la bouche sensuelle.

A l’autre bout de l’infirmerie, le bébé de Loz gazouilla, tout joyeux, et Tifa leva les yeux au ciel.

Denzel était penché sur le berceau et lui chatouillait le ventre en lui faisant des grimaces.

- Je lui avais pourtant dit, de ne pas le réveiller, soupira la jeune femme en se dirigeant vers le garçonnet.

- Quand pourra-t-on lui parler, commandeur Tuesti ? demanda Sephiroth en désignant Nero.

Reeve lissa doucement les cheveux d’ébène et secoua la tête.

- Il est dans un état plus ou moins similaire au vôtre lorsque nous vous avons récupéré dans le mont Nibel, Général. Genesis ne lui a rien épargné.

L’ex-cauchemar de la planète se frotta le visage, sceptique.

- Ca ne lui ressemble pas, assura-t-il. Pas du tout.

- Quoi donc, père ? intervint Loz.

En l’entendant apostropher Sephiroth de la sorte, les autres se raidirent, s’attendant à une vive réaction, mais le principal concerné ne s’offusqua nullement de ce titre, bien au contraire.

- Lorsqu’Angeal a mis Weiss et son frère sous sa protection, Genesis s’est tout de suite pris d’affection pour le petit, expliqua-t-il. Il passait des heures avec Nero sur les genoux, à le faire lire. Il ne lui aurait jamais de mal, assura-t-il. Ni à lui, ni à Weiss. C’est impossible !

Reeve ferma le caisson avant de commencer à y répandre le mako gazeux.

- C’est pourtant ce que semblent affirmer Lucrecia et Aerith.

Cloud acquiesça.

- Aerith est formelle. C’est bien lui qui est derrière tout ça.

- Ca n’a pas de sens… soupira Sephiroth. Et qu’en est-il de cette histoire de… comment Kadaj a-t-il appelé cela, déjà ?

- Les géostigmates, répondit Loz.

- C’est ça, les ” géostigmates “. A-t-on des nouvelles, à ce sujet ?

Reeve secoua la tête.

- Non, Général, pas pour l’instant. Mais j’ai placé un détachement de protection autour de la source d’eau originelle, dans les ruines de Midgar. C’est le seul antidote que nous connaissions pour l’instant.

- Vous avez bien fait, commandeur. Jusqu’à quel degré d’épidémie pouvons-nous répondre avec cette source ?

- Je dirais… 100 000 personnes au maximum, intervint Cid Au-delà, nous risquons de contaminer la source ou de l’assécher.

- Pas de quoi faire face à une pandémie, si je comprends bien.

- Non, Général.

- Aucune chance, mon frère, confirma l’amiral de la W.R.O.

- Quelles sont les autres options ?

Ils partirent dans une discussion de stratégie organisationnelle et Cloud les écouta, un peu à l’écart, fasciné.

D’instinct, Sephiroth reprenait ses réflexes de chef des armées et c’était bien une réunion d’état major, voire de crise, qui s’était improvisée là, devant ses yeux et dans cette infirmerie, entre trois des plus hauts gradés de l’armée de la planète.

Même vêtu de sa tenue d’hôpital - nu-pieds, un pantalon de coton bleu clair et une tunique à manches courtes au confortable col en V -, l’avant-bras amicalement posé en signe de confiance sur l’épaule de Cid, le mythique Sephiroth faisait vibrer l’air de sa présence et de son charisme.

Cloud était incapable de le quitter des yeux, fasciné, happé par la vision ensorcelante de cette légende vivante comme une phalène par la flamme d’une bougie…

… à suivre

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LXI - J’ai mal, je t’aime

“On ne souffre jamais seul.

On souffre toujours avec ceux qui souffrent

à cause de votre souffrance.”

E. Wiesel

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Shalua coupa la dernière terminaison nerveuse qui reliait la moelle épinière de Nero au système de contrôle du mécanisme de ses ailes et Reeve retira précautionneusement le second tronçon d’aile. Une horrible écharde de métal au bout de laquelle pendait un imbroglio gluant de chair rougeâtre, de reste d’os, de câbles et de nerfs qui, avec les années, s’étaient formés autour de la structure que l’on avait fixée à la colonne vertébrale, aux côtes et aux omoplates du jeune homme.

- Ca devait lui faire un mal de chien… nota le chef de la WRO en posant la répugnante écharde de métal sur le sol.

Shalua acquiesça sous son masque de chirurgie tandis qu’elle s’affairait sur le dos du ténébreux.

- Les douleurs osseuses sont les pires qui soient. J’ignore comment il a pu supporter tout ça.

Shelke vérifia les fonctions vitales de son ancien compagnon d’armes sur son ordinateur.

- Plus que vingt minutes d’anesthésie, annonça-t-elle.

Reeve hocha la tête.

- Ca suffira largement. Nous avons presque fini.

Pauvre gosse… “ pensa-t-il en lissant la longue chevelure noire de ses mains gantées de latex.

Il secoua la tête, pris de pitié, mais Nero ne sentit pas la caresse réconfortante.

Nero était loin du box de chirurgie du manoir de Nibelheim.

Très loin…

Des années en arrière, en fait…

*

Ce n’était pas le cas de son frère Weiss.

Les coups de pieds furieux de Genesis et la douleur de chaque nouvel impact lui interdisaient la moindre échappatoire à la douleur, ne fût-ce qu’en se réfugiant dans ses souvenirs. Ce n’était pourtant pas faute de provoquer son tourmenter en espérant qu’un uppercut assez fort l’assommerait.

L’ancien chef des Tsviets, l’admiré, l’adoré, l’immaculé Weiss, se tordait sur le sol rocheux en gémissant sous les coups, le souffle coupé, les mains liées et le corps brisé et ensanglanté.

- Dis-lui de revenir ! hurlait Genesis à tue-tête. Appelle-le ! Appelle-le !

Il lui asséna un coup de pied particulièrement violent à la poitrine et le jeune supplicié en eut le souffle coupé mais essaya malgré tout de ricaner.

L’ironie était la dernière arme qui lui restait et il savait que cela rendait Genesis fou de rage.

- Désolé… J’ai pas… son numéro de… téléphone… sur moi…

Son bourreau le saisit par ses longs cheveux blancs et souleva sa tête pour lui parler à un pouce à peine du visage. Un visage qui, il y a encore quelques heures, avant que sa peau éburnéenne n’éclate sous l’impact des coups, aurait rendu jaloux bien des anges.

- Très drôle… Continue à faire le malin et c’est en morceaux, que ton frère te récupérera. Contacte-le ! Utilise ce lien empoisonné qui vous unit ! répéta-t-il en cognant brutalement sa tête sur le sol, lui ouvrant une nouvelle entaille - au front, cette fois. Dis-lui de revenir avec ce qu’il m’a volé !

- Va te… faire… mettre !

L’ex-soldat feula comme un fauve enragé et lui donna un coup de pied si brutal dans ses reins, provoquant une telle douleur, que Weiss s’évanouit.

Genesis jura, comprenant que c’était bien ce que le tsviet avait cherché à faire depuis le début.

- Maudit ! gronda-t-il en Tu ne perds rien pour attendre ! Je te jure que lorsque j’en aurais fini avec toi, tu hurleras tellement et tu appelleras ton frère au secours avec une telle force psychique qu’il aura de la chance si sa cervelle n’éclate pas !

*

Dans le grand open space réservé aux turks dans les plus hauts étages de la nouvelle tour Shinra, Tseng tapait impatiemment du pied.

Que fichait Elena ?

Elle aurait dû être là depuis un moment déjà et le pilote de l’hélicoptère commençait à s’impatienter !

Avec un soupir irrité, le chef des turks se rassit à son bureau, sur lequel était posée une petite boîte blanche de bois laquée ornée de minuscules poignées d’argent ciselé.

N’importe qui aurait pris cette boîte pour un grand écrin à bijoux ou un coffre à trésors quelconque jusqu’à qu’il lise la petite plaque gravée et délicieusement ornementée qui y avait été fixée deux heures plus tôt par un bijoutier réveillé en pleine nuit (et grassement payé pour le dérangement) : ” KALY - R.I.P.* “.

(*Note : pour ceux qui m’ont posé la question par mail, R.I.P. est l’inscription que l’on trouve sur les pierres tombales et les cercueils occidentaux, elle est l’abréviation du latin “Requiescat in pace” (Qu’il/elle repose en paix))

La porte s’ouvrit, laissant passer sa collègue retardataire, qui s’avança avec un grand et luxueux sac cartonné à la main.

Tseng lui adressa un regard lourd de reproches.

- Où diable étais-tu passée ? Nous aurions déjà dû part… Qu’est-ce que tu fais ? s’étrangla-t-il en la voyant ouvrir le petit cercueil.

Elena, guère intimidée, brandit le sac estampillé du logo d’un prestigieux magasin de jouets de luxe.

- J’ai dû faire intervenir quelques contacts pour me faire ouvrir la boutique en pleine nuit, mais j’ai enfin trouvé ce que j’ai cherché toute la journée ! claironna-t-elle en débarrassant le minuscule cadavre de son petit drap d’hôpital bleu.

L’Utaïen faillit en manger sa cravate.

- Elena ! Par tous les Dieux de la planète ! Repose ce fœtus dans son cercueil immédiatement !

La jeune femme se contenta de hausser les épaules et allongea la minuscule créature sur le bureau de son chef avec un petit bruit sec qui retourna l’estomac de celui-ci.

Le mako avait littéralement momifié les tissus, désormais durs comme de la pierre et parfaitement conservés, comme si la vie du petit être s’était figée dans le temps, fossilisée par le mako. En fait, le bébé paraissait dormir et n’importe qui, qui l’aurait vue ainsi, se serait attendu à voir la menotte se resserrer d’instinct autour de son doigt.

Une poupée de cire “ avait pensé Elena lorsqu’elle avait touché le fœtus momifié la première fois. Une poupée de cire comme celles qu’on voit dans les musées… “

Si ce n’est que les poupées de cire étaient à taille humaine alors que le petit cadavre, à qui on avait ôté la vie à cinq mois de gestation à peine, tenait presque tout entier dans sa main.

- Bon sang, Elena, mais qu’est-ce que tu fiches ? s’étrangla Tseng en la voyant sortir de minuscules vêtements de poupée de son sac.

Patiemment, et sans s’énerver ou lui prêter attention le moins du monde, la jeune femme habilla le bébé avec les vêtements de poupée : une adorable grenouillère bleue et blanche brodée de petits poussins chocobo, des chaussons blancs et un petit bonnet assorti.

- S’il veut le voir, il sera mieux comme ça que nu dans un morceau de tissu récupéré à la morgue, répondit-elle enfin, ravie du résultat. Qu’est-ce que tu en dis ?

Le chef des turks frissonna car le bébé avait l’air plus que jamais vivant.

- C’est… (Il soupira) Je ne sais pas si je dois trouver ça sordide ou… Ou… Remets-le là-dedans, tu veux ?

Il se détourna, horriblement mal à l’aise, et la jeune femme allongea doucement le bébé dans son cercueil après en avoir retiré l’horrible drap bleu et referma le couvercle, le cœur un peu lourd.

Cela n’aurait sans doute pas été le cas si elle n’avait pas eu cette fichue conversation, avec Reno.

Ils avaient parlé longtemps.

Sans doute même plus longtemps qu’elle ne l’avait jamais fait et elle était sûre d’une chose : Reno était fou amoureux de Yazoo. C’était une évidence. Une évidence dont le jeune turk ne s’était peut-être même pas encore rendu compte. Il lui avait parlé de l’argenté pendant presque une heure, lui racontant à quel point les découvertes dans le laboratoire secret du Deep Ground l’avaient remué.

Rends le fœtus aussi présentable que possible, d’accord ? “ avait-il demandé avec une timidité et une anxiété qu’elle ne lui connaissait pas. Je suis sûr qu’il voudra le voir avant qu’on le mette dans la crypte”.

Elle l’avait rassuré, alors, lui avait dit que cela ne poserait aucun problème, que le petit corps était parfaitement conservé et que le bébé paraissait dormir.

Reno avait soupiré de soulagement et elle avait souri.

Oui, il était vraiment amoureux…

Et elle ne savait que trop ce que l’on pouvait ressentir en voyant souffrir la personne que l’on aimait le plus au monde.

Les images de la terrible nuit qu’elle et Tseng avaient passé au cratère nord frappèrent à la porte de sa mémoire mais elle ne les laissa pas entrer.

Pas cette fois.

Plus jamais…

Depuis qu’elle avait tenu le petit corps dans ses mains et qu’elle avait vu les premières images de Kay, filmé par Reno, quelque chose s’était réveillé en elle.

Quelque chose avait changé.

Profondément.

Obtenir l’amour de Tseng, ce qui avait été pour elle durant des années la finalité rêvée, le but ultime, commença à perdre de son importance.

Oh, bien sûr, elle l’aimait toujours et ne cesserait sans doute jamais de l’aimer, mais autre chose occupait désormais le premier plan son esprit : un bébé. Elena, qui avait passé une partie de sa vie à ôter celle des autres lorsque la situation l’exigeait, rêvait désormais de la donner…

Elle ne pouvait donc que trop imaginer ce que devait ressentir Yazoo, à qui l’on avait arraché son enfant sans même lui donner une chance de le voir.

Elle trouvait cela cruel, injuste et profondément choquant. Peu importe ce qu’il avait pu faire, deux ans plus tôt, aucune mère ne méritait ça ! Car, aussi curieux que cela semble à dire, Yazoo était bien la mère de la petite créature qu’elle avait habillée avec tant de soin.

Elena avait passé la journée sur Internet et au téléphone pour trouver des vêtements de bébé à la bonne taille. En vain. Même les vêtements pour grands prématurés étaient encore trop larges.

Le vêtir ainsi aussi sonné faux, comme une parodie ou une bouffonnerie de maternité. Elle voulait, au contraire, que tout paraisse normal, naturel. Comme l’enterrement d’un bébé mort-né. Une tragédie, certes… mais une chose qui arrivait souvent. Pas comme un bébé grandissant dans un cadavre et tué par des savants fous uniquement soucieux de performance !

Elena était sûre que, plus cela paraîtrait naturel et plus Yazoo se remettrait facilement.

Pourquoi y tenait-elle tellement ? Aurait-on pu se demander.

Pour Yazoo ? Pour Reno ? Pour le bébé ? Pour elle-même ?

Sans doute les quatre à la fois.

Mais aussi, et surtout, parce qu’elle était une femme et qu’elle comprenait. Oui, elle comprenait d’instinct et savait ce qu’elle devait faire - ou ce qu’elle aurait aimé qu’une autre mère, en devenir ou non, fasse si les rôles avaient été inversés.

Elena souleva le cercueil avec un mystérieux sourire, à la fois triste et paisible, que Tseng ne réussit pas à interpréter.

- Oh, Tseng ! fit-elle sans se retourner. Peux-tu prendre le sac ? J’ai aussi acheté un cadeau pour Kay. Je le donnerai à Loz de notre part à tous.

- Euh… Ou… Oui… bredouilla l’Utaïen. Bien sûr.

Elle sortit et le chef des turks récupéra le sac avec un froncement de sourcils incrédule.

La jeune femme avait quitté la pièce sans même lui adresser un regard. Pas même l’un de ceux qui l’agaçaient tant, dégoulinants d’admiration, qu’elle lui coulait entre ses longs cils, croyant qu’il ne remarquait rien.

Il aurait dû en éprouver du soulagement, voire même de l’espoir en se disant qu’elle avait peut-être enfin fini par comprendre où était leur place à tous deux et accepter qu’il ne serait jamais rien pour elle que son supérieur hiérarchique, mais… curieusement ce ne fut pas le cas.

Si Tseng ne se connaissait pas mieux que ça et ne se savait pas à l’abri de sentiments aussi mesquins qu’improductifs, il aurait pu croire qu’un petit pincement vexé lui avait piqué l’estomac…

*

Allongé sur son lit et une coupe de vin à demi pleine posée sur la table, Vincent regardait les étoiles par la fenêtre entrouverte, goûtant la fraîcheur nocturne.

Lui, Cait et Merill avaient aidé Sephiroth à remettre de l’ordre dans le bureau de Shalua et avaient attendu un peu que cette dernière finisse de s’occuper de Nero mais Reeve leur avait fait signe que ce serait plus long que prévu.

Enlever les restes d’ailes métalliques ne suffisait pas, leur avait-il expliqué, il fallait aussi retirer très soigneusement un appareillage complexe fixé à l’os.

- Vincent…

Celui-ci tressaillit et sentit une armée de petits lézards glacés lui descendre le long du dos en entendant la voix douce qui s’éleva dans son dos, dans l’angle le plus sombre de sa chambre.

La gorge sèche, il pivota lentement et sa gorge serrée émit un son étranglé en reconnaissant la ” visiteuse ” nocturne.

- Lucrecia… finit-il par articuler après plusieurs tentatives infructueuses.

L’apparition s’approcha et tendit vers sa joue une main ectoplasmsique que, bien sûr, il ne sentit pas.

- Mon amour… chuchota la jeune femme, ses yeux fantomatiques brillants de larmes.

Il aurait tant voulu la consoler. La serrer dans ses bras. Enfouir son visage dans ses cheveux et respirer son parfum frais. Il aurait voulu… Oh ! Dieux, il aurait voulu tant de choses…

- Lucrecia… Si tu savais comme tu me manques…

La jeune femme fit des efforts inhumains pour se reprendre et ne pas se laisser aveugler par ses sentiments.

Elle n’avait pas le loisir de se laisser aller.

Le temps pressait.

Il fallait faire vite.

- Vincent… Weiss va mourir, dit-elle de but en blanc.

L’ex-turk se raidit.

- Quoi ?

- Il faut aller le chercher sans tarder ou Genesis va le tuer ! Il n’acceptera jamais de lui livrer son frère. Il préférera mourir et s’il meure… nous ne pourrons plus compter sur l’Omega pour combattre Jenova.

L’apparition trembla, parut se dissoudre, puis réapparut à nouveau mais si pâle qu’on la distinguait à peine.

- Lucrecia ! cria Vincent en bondissant de son lit.

La jeune femme paraissait à présent souffrir et avait visiblement du mal à rester visible.

- Lucrecia… Pourquoi a-t-on besoin de l’Omega ? En quoi Genesis est-il…

- Weiss… l’interrompit précipitamment Lucrecia en luttant pour ne pas disparaître complètement. Weiss vous expliquera tout… La source du mont Nibel… Weiss… Ne le laissez pas… Mourir…

- Lucrecia !

- La source… du mont… Nib…el…

Elle disparut complètement et, après un court instant d’hésitation, Vincent bondit hors de sa chambre et se précipita en direction des appartements de Rufus.

à suivre

LX - Charnelles vapeurs

” Tu noies tes chagrins dans l’alcool ?
Méfie-toi, ils savent nager. »
Y. Mirande

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

Les versions non censurées de ce texte et de cette illustration se trouvent fascicule “Les interdits de www.ff7-yaoi-fanfics.com” tome 2 (voir dans la boutique)

***

- Ca va aller ? demanda Reno en aidant Yazoo à s’allonger sur le lit. Ce n’était peut-être pas une si bonne idée que ça, ce verre de cognac. Je suis désolé, je n’aurais pas dû laisser Rufus te faire avaler ça.

L’argenté sourit.

- Tu n’y es pour rien et Rufus non plus. Il voulait juste que je me détende un peu. Et je dois être le seul homme au monde qui se retrouve dans cet état après trois gorgées d’alcool !

Il rit et le turk l’aida à se déshabiller en admirant le corps pâle à la douce lumière de la veilleuse avant de le recouvrir.

Bon sang ! Ce qu’il mourrait d’envie de lui faire l’amour…

Pourtant, malgré les tendres moments qu’ils avaient passés ensemble, ils n’avaient pas encore franchi le pas - si par “pas”, on entendait “relation sexuelle incluant une pénétration”.

Yazoo n’était pas encore assez à l’aise pour cela et Reno savait qu’il ne le forcerait jamais. Il attendrait qu’il soit prêt à le recevoir même si cela devait lui coûter plusieurs dizaines de nuits blanches.

- Dors, mon ange.

Il déposa un baiser léger sur ses lèvres et passa la main dans ses cheveux argentés.

- Tu… tu ne te couches pas ?

Reno cligna de l’oeil.

- Je vais aller voir comment ça se passe avec Nero, en bas. Et tu as besoin de te reposer après tout ce qui s’est passé.

Yazoo plongea ses yeux mako dans les siens et noua ses bras autour de son cou.

- Reste… S’il te plaît.

- Tu es sûr ?

- Oui. Je veux que tu sois près de moi. Pour toujours… Je t’aime Reno.

Reno goûta à la coupe de ses lèvres le cognac que Yazoo avait bu. Puis il retira sa veste de costume et s’allongea près de lui pour blottir son visage au creux de son cou.

- Reno ? murmura Yazoo au bout d’un petit moment.

Le turk releva lentement la tête.

Les joues de l’argenté avaient pris une teinte rosée et son souffle était un peu haletant.

- Ca va ? Tu n’as pas l’air bi…

Yazoo lui posa un doigt sur la bouche et lui adressa un sourire débordant d’amour.

- Chut…

Sans prévenir, il bascula Reno sur le dos et s’assit sur le matelas.

Avec une lenteur et une tendresse qui chavira le cœur du turk, il fit courir sa petite bouche en coeur sur son cou.

Reno ferma les yeux et les boutons de sa chemise semblèrent fondre entre les doigts de Yazoo. Il la sentit glisser sur ses épaules et il se redressa légèrement pour pouvoir la retirer complètement.

Les doigts délicats et les lèvres de l’argenté tracèrent un chemin caressant sur sa poitrine, son ventre, et la fermeture éclair de son pantalon céda à son tour.

Yazoo le fit glisser le long de ses jambes athlétiques jusqu’à l’envoyer rejoindre la chemise sur le sol, suivi de près par ses chaussures et ses chaussettes.

Lorsque le turk sentit ses doigts se glisser sous l’élastique de son caleçon, il hoqueta, surpris par son audace.

Bah merde ! Tu parles d’effets secondaires… “ pensa-t-il en retenant un sourire.

Des frissons lui remontèrent le long du ventre mais l’incarné de s’attarda pas. Il fit glisser le sous-vêtement jusqu’à ses chevilles et le posa avec le reste des affaires.

Reno entrouvrit les yeux et surprit le regard admiratif que je jeune homme posait sur son corps nu. Un corps mâle, mince et aux muscles bien dessinés. Un corps pour lequel bien des femmes se seraient damnées. Et, au bas du ventre plat, une hampe de chair dure et palpitante.

L’excitation rosit encore les joues de Yazoo et son propre sexe se dressa entre ses cuisses.

- Ce que t’es canon, comme ça… laissa échapper Reno, la gorge serrée.

Les longs cheveux argentés accrochaient la lumière de la lampe et tombaient sur ses épaules comme un châle coûteux. Yazoo était mince mais Reno distinguait parfaitement le dessin ferme de ses abdominaux et la courbe harmonieuse de ses pectoraux ornés de deux petits grains rose pâle.

Très doucement, les mains fines se tendirent vers le visage de Reno et celui-ci ferma de nouveau les yeux, savourant la délicate caresse des doigts fuselés sur sa peau.

L’argenté faisait courir la pulpe de ses doigts sur son corps en évitant soigneusement le bas de son ventre, faisant vibrer chaque nerf.

Le turk soupira en sentant son corps répondre à ses caresses.

Yazoo laissa une traînée de baisers chauds et humides sur sa poitrine. La respiration de Reno s’accéléra et il entrouvrit les yeux. La langue de l’argenté poussa contre l’un de ses tétons, lui arrachant un soupir comme cela envoyait un long frisson directement dans son bas-ventre.

Il apprend vite, la vache… ”

L’argenté l’excita doucement avec ses dents, faisant courir une traînée de baisers sur sa poitrine d’un téton à l’autre.

- Eh, Yazoo baby… Tu sais que tu vas avoir du mal à m’empêcher de sauter dessus, si tu continues ? grogna Reno en mordant sa lèvre inférieure, son front se plissant tandis que les sensations augmentaient.

Yazoo se contenta de sourire et la traînée de baisers descendit sur la surface lisse et dure de son estomac, chaque contact brûlant le faisant se contracter, puis elles fuirent à nouveau.

Reno sentit ses cuisses s’écarter d’elles-mêmes et une partie de lui se révolta alors même que l’autre attendait… anticipait, fascinée.

Le premier baiser sur l’intérieur de sa cuisse le fit sursauter.

Yazoo amena ses doigts à se joindre aux baisers, monta depuis l’intérieur de sa cuisse, joua avec une douceur exaspérante avec ses parties pour descendre jusqu’à l’intérieur de l’autre cuisse. Puis remonta à nouveau. Et sa bouche humide se referma enfin sur lui, sa langue poussant les testicules d’avant en arrière.

Le turk prit une autre inspiration frémissante.

Il aimait ça.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, il aimait que Yazoo prenne les devants et le touche comme ça.

Bah merde, alors ! Si je m’attendais à ça… ”

Cette certitude était invraisemblable, effrayante, dévastatrice…

- Je t’aime, murmura l’argenté en frottant de sa joue le membre soyeux et palpitant.

Il fit courir le bout de sa langue de la base à l’extrémité et entendit le soupir de Reno. Il sourit, le lécha à nouveau dans une longue et lente caresse, poussant le pénis du turk contre son aine.

Celui-ci voulait bouger, soulever ses hanches pour aller au-devant de cette langue et gémit de plaisir pendant que Yazoo continuait cette lente torture insensée.

L’incarné fit doucement courir ses lèvres sur le sexe dur, le mordillant, le frôlant avec ses dents. Sa langue flexible en lécha l’extrémité puis plongea dans la petite fente humide, se tordant comme si elle essayait de s’y forcer un passage et ses doigts caressèrent les testicules, encerclant la chair douloureusement contractée par le désir… doucement.

Reno poussa un râle et ses mains agrippèrent les draps.

- Continue… s’entendit-il mendier. Oh, oui, continue…

Mais Yazoo s’arrêta et Reno frissonna. Il en voulait plus et gémit encore. Un petit son implorant.

Pourquoi arrêtait-il ?

Il sentit Yazoo bouger à côté de lui sur le lit, puis il fut chevauché, le visage empourpré du jeune homme baissé vers lui, souriant.

- Yazoo…

Celui-ci appuya ses mains de chaque côté de sa tête, sur l’oreiller, et se pencha en avant.

- Prends… chuchota-t-il contre son oreille en pressant l’un de ses tétons contre la bouche du turk, son souffle lui envoyant des frissons dans le cou.

Reno n’en revenait pas.

C’était comme si la minuscule quantité d’alcool qu’avait avalée l’argenté avait fait tomber toutes ses inhibitions.

Ne profite pas de la situation, Reno. Contrôle-toi, merde… ” s’admonesta-t-il.

Non, il ne devait pas profiter de la situation.

Il ne le devait pas !

Il ne le devait pas !

Il ne le devait pas !

Mais… le petit grain dur sombra entre ses lèvres douces tandis que Yazoo haletait comme la langue mouillée et chaude de Reno dardait entre ses lèvres pour le goûter, le fouettant rapidement.

Le corps de l’argenté se contracta sous l’effet de l’excitation et les dents de Reno attrapèrent tout doucement le téton entre ses dents. Il tira un peu sur la peau tendre, tenant le petit grain de chair afin que sa langue puisse cingler contre son extrémité.

Yazoo soupira et un spasme lui agita le corps.

Le turk libéra le petit téton molesté et continua de le tremper avec sa langue jusqu’à ce que l’argenté se laisse glisser pour embrasser sa poitrine en allégeant sa tension avec de légers mouvements des lèvres.

Reno inspira profondément et la bouche douce remonta jusqu’à sa gorge, à son menton puis à ses lèvres.

- Je t’aime, mon ange… murmura Reno avant de presser sa bouche sur la sienne.

Leurs langues se cherchèrent et bataillèrent durant un long moment avant que Yazoo ne se redresse, s’installant confortablement sur le ventre de Reno pour frotter ses fesses contre le sexe impatient.

- Reno…

Mais Reno avait rejeté la tête en arrière, perdu dans un flot de sensations qu’il ne parvenait plus à contrôler.

Reno se noyait.

Reno qui sentait sa verge dressée contre les fesses fermes.

Reno qui, le souffle court, se demandait comment on pouvait éprouver un tel plaisir au contact d’un corps si semblable au sien.

Reno qui, bientôt, ne fut même plus capable de penser.

Et lorsque la main de Yazoo descendit sur son propre ventre et commença à caresser son sexe vibrant en rythme avec des mouvements graduels de ses hanches, Reno en oublia même comment respirer.

Il imaginait que c’était sa main, pas celle de l’argenté, qui arrachait de si délicieuses plaintes de ses lèvres entrouvertes.

Il allait tendre sa main vers le sexe dressé lorsque Yazoo lui glissa deux doigts dans la bouche.

Il les accueillit sans protester, les léchant comme s’il se fut agi de son sexe, et il poussa même un petit gémissement plaintif lorsqu’ils se retirèrent… pour se glisser entre les fesses de l’argenté, qui poussa un long soupir en rejetant la tête en arrière dans un envol de mèches argentées.

Reno imagina ces doigts qu’il ne voyait pas se faufiler dans leur caverne de chair et faillit jurer de surprise mais se mordit la langue à temps.

Non, Yazoo ne pouvait pas être en train de faire ça…

Pas son Yazoo baby, si timide et réservé. Même pas dans ses rêves érotiques les plus fous !

Reno tendit les mains pour les poser sur les fesses rondes et sentit le poignet droit de Yazoo faire des mouvements de va et vient de plus en plus rapides tandis que la main gauche s’affairait de plus en plus rapidement sur son sexe, faisant jaillir par intermittences un bourgeon de chair rose de son tendre fourreau de peau. Du bout des doigts, le turk sentit ceux de Yazoo entrer en lui et sortir, vriller et se tordre tandis que ses fesses se pressaient et se frottaient de plus en plus durement sur son propre sexe.

Le turk hoqueta, incrédule.

“Oh, la vache, il le fait…”

***

Alangui, épuisé et le souffle court, Yazoo se pelotonna contre Reno mais ce dernier semblait inanimé.

- Je t’aime…

Pas de réaction.

Pourquoi Reno ne disait-il rien ?

Yazoo parut alors réaliser ce qu’il venait de faire et son ventre se noua.

” Oh, non… Je n’aurais pas dû… Je suis le premier homme de qui il tombe amoureux et je me comporte comme un chien en rut pour quelques gorgées de cognac. Oh, Dieux, Reno, qu’est-ce que je viens de faire… “

Timidement, il lui chatouilla la nuque mais Reno ne bougea pas.

L’argenté sentit les larmes lui monter aux yeux.

” J’ai tout gâché… Gaia, viens-moi en aide, j’ai tout gâché ! “

En réalité, Reno gisait simplement sur le ventre, se complaisant dans les après-fourmillements de son orgasme.

Il aimait la façon dont le cœur de Yazoo battait contre son dos et dont son souffle et le bout de ses doigts lui chatouillaient la nuque.

Avec un pincement au cœur, il le sentit s’écarter et il se mit sur son flanc pour lui faire face.

L’argenté avait enfoui son visage dans l’oreiller, comme s’il avait honte.

Reno se redressa et lui lissa les cheveux mais Yazoo ne releva pas la tête.

- Qu’y a-t-il, Yazoo baby ? murmura Reno, soudain inquiet.

- Je suis désolé… Je me suis comporté comme un sauvage …

Sa voix se brisa et le turk écarquilla les yeux.

- Quoi ? Qu’est-ce que racontes ?

Yazoo leva enfin les yeux. Il pleurait.

Reno, attendri, prit son petit visage dans ses mains et essuya ses larmes d’un baiser.

- Tu es mon ange à moi, chuchota-t-il. Maintenant plus que jamais.

- Tu ne m’en veux pas ?

Le turk éclata de rire et le serra contre lui.

- T’es fou ! Ah ! Ah ! Ah !

… à suivre

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LIX - Mea culpa

“Un véritable égoïste accepte même que les autres soient heureux,

s’ils le sont à cause de lui.”

J. Renard

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : d’après des illustrations de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Cloud, l’oreille collée à la porte de Tifa, ne perdait pas une miette de ce que disait Loz et avait du mal à réaliser que la belle voix grave et posée était celle de l’argenté brutal et obtus - du moins était-ce ainsi qu’il l’avait toujours considéré - qu’il avait combattu à Edge deux ans plus tôt.

- C’est une vieille légende cétra. Celle d’un jeune garçon d’écurie amoureux d’une princesse.

- Un conte de fées ? s’étonna Tifa avec un rire doux.

- Pas exactement. A moins que les contes pour enfants ne commencent par un viol.

- Un viol ? se récria la jeune femme, indignée.

- Une tentative, en fait. Sur la personne de la princesse par son oncle, qui était aussi le conseiller du roi. C’est arrivé dans l’écurie, alors que la jolie jeune femme s’apprêtait à enfourcher son cheval pour partir en promenade.

- Quelle horreur !

- Mais c’est là qu’intervient notre jeune palefrenier.

- Il a sauvé la princesse ?

- Oui. En tuant le conseiller d’un coup de fourche.

- Et comment a réagi le roi ?

Cloud entendit Loz éclater de rire.

- Tu veux que je te la raconte, cette histoire ? Ou tu vas continuer à poser des questions tout du long ?

Tifa pouffa.

- Pardon.

- Bon. Le roi, donc, le père de la jeune femme, voulut récompenser le garçon d’écurie et lui proposa de réaliser son plus grand souhait - dès l’instant qu’il était en son pouvoir de le faire, bien sûr.

- Et qu’est-ce que c’ét… Pardon, pardon.

Cloud ne put s’empêcher de sourire de l’autre côté de la porte.

Tifa ne changerait décidément jamais…

- Le palefrenier, amoureux de la princesse depuis toujours, demanda l’impensable : sa main. Et le roi, outré qu’un simple palefrenier ose prétendre à la main de sa fille, essaya de le dissuader en lui proposant des richesses, des terres et même un château encore plus grand que ce manoir. Mais rien n’y fit. Le garçon voulait la princesse et le roi réalisa bien vite que celle-ci n’était pas du tout hostile à cette union, bien au contraire. En fait, elle était elle-même éprise en secret du garçon d’écurie courageux et avenant.

- Oh ! Un amour secr… Désolée. Je ne dis plus rien, promis !

- Le roi, coincé, décida donc de biaiser et expliqua au jeune homme que seul un noble chevalier pouvait épouser une princesse et que, pour devenir chevalier, il se devait au minimum de briller à la guerre ou de mener une quête importante. La paix régnant depuis de longues années, le palefrenier opta donc pour la quête et le roi, bien entendu, lui en confia une totalement irréalisable. Pars, voyage et trouve la Vérité. “ lui dit-il. Et une fois que tu l’auras trouvée, tu pourras revenir épouser ma fille. ” Le jeune homme ne se laissa pas abattre. Il partit et, durant des années, il chercha la Vérité. Il parcourut le royaume en long, en large et en travers. Il alla demander audience aux sages de chaque cour, de chaque ville et chaque école, interrogea les plus savants d’entre eux mais aucun ne pouvait assurer avoir trouvé un jour la Vérité. Alors le jeune garçon d’écurie s’en fut voir les prêtres, du temple le plus lointain à la plus minuscule chapelle mais, là non plus, personne n’avait jamais vu la Vérité. Mois après mois, il chercha en vain et cinq années passèrent.

- Cinq ans ?

- Oui. Cinq longues années. Et, une nuit, au sommet d’une montagne, alors que, désespéré et honteux, il s’était assis dans la neige pour attendre la mort, une vieille femme l’interpella : J’ai entendu dire que tu me cherchais, mon garçon ? “ Le palefrenier sursauta et vit approcher une vieille femme lépreuse repoussante, sale et couverte de plaies. Qui es-tu ? “ demanda-t-il. Quelle question ! ” rétorqua-t-elle. “La Vérité, bien sûr ! Qui veux-tu que je sois ! “ Le jeune homme, malgré le dégoût que lui inspirait la veille lépreuse, la suivit jusqu’à sa masure et parla avec elle jusqu’au petit matin, lui posant mille questions. Lorsque le soleil fut au plus haut, il dut se rendre à l’évidence : la vieille lépreuse ne mentait pas. Elle était bel et bien la Vérité qu’il avait tant et tant cherchée. Sa quête avait été un succès.

- Et il pouvait enfin repartir épouser sa princesse, conclut Tifa avec un petit rire amusé.

- Eh bien… Pas tout à fait. Il restait un petit détail à régler. Comment prouver au roi qu’il avait bien trouvé la Vérité ? Il s’en ouvrit à la vieille femme. Je suis heureux d’avoir trouvé la Vérité que tant d’hommes ont cherché leur vie durant en vain. ” dit-il. ” J’ai mené à bien la quête que m’a confiée le roi mais… Que dois-je lui dire, pour qu’il me croie ? Que lui répondre lorsqu’il voudra savoir qui est la Vérité ? “ demanda le garçon. Alors, la vieille femme lépreuse se pencha sur l’épaule du garçon d’écurie avec un sourire et murmura à son oreille : Va et dis-lui que je suis jeune et belle. “

Tifa poussa une exclamation ravie et, derrière la porte, Cloud faillit lui-même laisser échapper un hoquet surpris.

- La vérité est une vieille femme lépreuse que personne n’a envie de regarder en face, Tifa, reprit Loz de sa belle voix. C’est pour ça que tu ne peux pas en vouloir à grand frère d’avoir du mal à la regarder droit dans les yeux et de préférer l’imaginer comme ça l’arrange.

- Oh, Loz… soupira la jeune femme, émue.

Dans le couloir, Cloud sentit l’émotion lui serrer la gorge.

Il avait déjà commis des erreurs de jugement, dans sa vie. Beaucoup, même. Mais en ce qui concernait Loz… Force était de constater qu’il ne s’agissait même plus d’une erreur. Il s’était mis le doigt dans l’œil jusqu’au coude, oui !

Barret avait raison.

Cid avait raison.

Tifa avait raison.

Shalua, Yuffie, Vincent…

En fait, tous avaient raison ! Même Marlène avait été plus perspicace que lui ! L’incarné était quelqu’un de bien, un homme digne de ce nom “, comme disait le chef d’AVALANCHE, n’en déplaise aux imbéciles comme… Comme lui-même, en fait !

Toutes les horreurs qu’il avait pu dire au sujet du jeune argenté lui revinrent en mémoire et il sentit la honte lui serrer les tripes. Oh, bien sûr, il pouvait toujours se rassurer en se disant qu’il n’était plus lui-même, alors.

Ouais, tu parles ! Elle bon dos, Jenova, sur ce coup-là, tiens ! “ s’admonesta-t-il, en s’appuyant contre le mur du couloir. Tu t’es comporté comme un connard parce que tu étais jaloux, la voilà, la vérité, mon pauvre Cloud ! “

Il resta là un petit moment encore, immobile près de la porte à essayer de faire le tri dans la tempête qui se déchaînait dans sa tête et sans vraiment chercher à écouter ce que disaient Loz et Tifa.

Il lui sembla cependant qu’il était vaguement question de ” progrès “, de ” blocages qui s’effaçaient petit à petit ” et de ” mettre des mots sur des sentiments “. Apparemment, la jeune femme ne perdait pas une occasion d’obliger son compagnon à parler, à exprimer ce qu’il ressentait et le jeune soldat se souvint avec une pointe de nostalgie du nombre de fois où elle avait essayé de faire de même avec lui.

Contrairement à Loz, Cloud n’avait jamais cédé, restant obstinément enfermé dans sa coquille et, en cet instant, il le regrettait.

L’argenté et son amie d’enfance partirent d’un terrible fou-rire pour une histoire de ” petite souris ” et de ” gros rat ” qu’il ne saisit pas (sans doute un ” truc ” entre eux qu’ils étaient les seuls à pouvoir comprendre) et il s’éloigna en silence dans le couloir enténébré.

Il s’apprêtait à boire de l’eau à la bouteille qu’il avait ramenée de la cuisine dans l’espoir de se dénouer un peu la gorge lorsqu’il vit Denzel, en pyjama, venir à pas de loup en sens inverse.

Lorsqu’il le remarqua, le garçonnet sursauta si fort qu’il faillit lâcher la petite peluche qu’il tenait dans les bras.

- Denzel ? s’étonna Cloud. Pourquoi n’es-tu pas au lit ?

Le petit, pris en faute, rougit brutalement et cacha la peluche derrière son dos comme s’il s’était agi d’un paquet de bonbons qu’il serait allé voler en douce dans la cuisine.

***

Dans le village de Nibelheim, au premier étage de sa petite maison attenante à sa boutique d’informatique, le vieux Stan se coula discrètement hors du lit sans réveiller son épouse. Nauséeux, il se rendit dans la salle de bains, verrouilla silencieusement la porte et alluma la lumière.

Sans doute cette satanée pizza !

Il savait pourtant qu’il devait éviter ce genre de nourriture mais sa gourmandise avait été la plus forte.

Il fit couler le robinet d’eau froide pour s’asperger le visage et laissa échapper un cri étouffé en voyant ses avant-bras recouverts de tâches noirâtres qu’il ne reconnut que trop pour en avoir vu les victimes maintes et maintes fois à la télévision et dans les journaux deux ans plus tôt, lors de l’épidémie.

- Oh, mon Dieu, pas ça…

Il leva plus haut les manches de sa veste de pyjama et son cœur fit un tel bond dans sa poitrine qu’il dut s’appuyer contre le mur carrelé pour ne pas se trouver mal.

Ses bras noueux étaient recouverts de géostigmates jusqu’aux épaules…

***

- Où comptes-tu aller te promener, à une heure pareille ? s’enquit Cloud.

Denzel baissa la tête.

- A la cuisine, j’avais soif.

Le soldat fronça le nez, amusé par le mensonge enfantin, et désigna la peluche que le garçonnet cachait derrière son dos, un petit chocobo bleu fait dans une matière molle et particulièrement douce. Du genre de celle qui conviendrait parfaitement à un bébé…

- Et ton petit compagnon a soif aussi, je suppose ?

Le garçonnet vira au rouge cramoisi.

- Je… J’avais peur de descendre dans le noir.

Cloud pouffa.

- Tu allais voir Kay en douce, mhh ?

- Non ! (Le jeune soldat leva un sourcil, ironique) Je… Je voulais juste lui donner ça, avoua-t-il finalement d’une toute petite voix en brandissant la peluche. Il est tout seul à l’infirmerie et il a pas de jouet alors que Marlène et moi, on en a plein la chambre.

Cloud, aussi amusé qu’attendri, souleva le garçonnet dans ses bras et alla s’asseoir sur une marche d’escalier, à l’extrémité du couloir.

- Il n’est pas tout seul, Denzel, essaya-t-il de rassurer le petit, qu’il avait assis sur ses genoux. Merill et Shalua veillent sur lui. Sephiroth aussi est en bas, ainsi que Shelke et Reeve.

- Ah ? Bon, bah j’ai pas besoin d’y aller, alors. Tu sais, c’était juste comme ça, pour rendre service. Je m’en fiche, moi, de ce bébé.

L’excuse était si maladroite que le soldat faillit éclater carrément de rire.

- Tiens donc ? Tu t’en fiches ?

- Ouais ! acquiesça Denzel, les joues cuisantes, sans oser pour autant regarder son ami en face. C’est que le bébé de Loz, après tout, c’est pas comme si c’était ton bébé à toi.

Cloud tiqua.

- Comment ça ?

- Bah si c’était ton bébé à toi, je m’en ficherai pas, je veux dire.

Commençant à comprendre de quoi il retournait et à quoi rimaient tous ces mensonges malhabiles, le jeune homme sentit un pincement au cœur.

- Denzel… Regarde-moi. Allez, lève la tête. (Le garçonnet obéit en se mordillant la lèvre inférieure, prêt à éclater en sanglots) Pourquoi ne veux-tu pas avouer que tu l’aimes déjà, ce bébé, mhh ? (Denzel ne répondit pas) Pour les mêmes raisons que tu refuses d’avouer que tu aimes Loz de plus en plus ?

Une larme coula sur la joue du garçonnet et il s’agrippa au cou de Cloud.

- J’veux pas que tu nous laisses, moi et Tifa ! sanglota-t-il.

Le jeune soldat le serra fort contre lui et sourit.

C’était donc bien ça, il ne s’était pas trompé. Denzel craignait que s’il montrait trop d’affection pour Loz ou le bébé, Cloud ne se sente rejeté et prenne ses distances. Voire même qu’il disparaisse à jamais de leurs vies.

Mais n’était-il pas le premier responsable des craintes du garçonnet ?

Pas en raison de la façon odieuse dont il s’était comporté ces derniers jours avec les argentés et particulièrement avec l’aîné, non, cela Denzel savait que ce n’était dû qu’à la ” jénovite “. Mais parce qu’au fil des années, il avait donné au petit garçon l’image d’un homme qui, lorsqu’il se trouvait confronté à des difficultés ou à des doutes, préfèrait prendre la fuite plutôt que de s’en ouvrir à ses proches pour trouver la force de les affronter.

Ne me faites pas de peine et évitez de me causer des problèmes ou je m’en vais ! “

Beau modèle paternel et adulte qu’il avait donné à voir là !

Et dire qu’il s’était permis à d’innombrables reprises de juger Sephiroth, Cid ou les argentés - et tant d’autres ! - et de jouer les donneurs de leçons…

C’est toi, le minable, mon pauvre Cloud… “ pensa-t-il. Minable au point qu’un tout petit garçon doit souffrir en silence et taire ses sentiments de peur de te voir t’enfuir comme le lâche que tu es ! “

Un lâche, oui, parfaitement. Voilà ce qu’il était dès lors qu’il s’agissait d’engagement et de sentiments. Un être d’un incorrigible égoïsme et d’une lâcheté sans nom ! Il s’en rendait bien compte, à présent, alors que Denzel sanglotait, blotti contre lui et s’accrochant à son cou comme s’il craignait de le voir bondir sur ses pieds pour disparaître à jamais dans l’obscurité.

Décidément… C’était la nuit de toutes les révélations, ce soir ! Les Dieux avaient-il décidé que le moment était venu de lui asséner une volée de claques afin de lui remettre les idées en place ?

Peut-être bien car Cloud eut un ” déclic “. L’un de ces rares moments où l’on sait que quelque chose en nous vient de changer bien que l’on ne sache expliquer quoi ni comment.

Le jeune homme sentit comme une sensation d’air frais au fond de ses poumons et l’impression que le poids de son cœur trop lourd avait soudain diminué de moitié, qu’il était devenu aussi léger et agréable à porter qu’une plume. Un curieux sentiment d’assurance l’envahit. La certitude, en cet instant précis, de savoir exactement et sans le moindre toute possible non ce qu’il voulait mais ce qu’il convenait de faire et de quelle manière…

Il tapota le dos de Denzel, rassurant.

- Tu veux qu’on reste toujours amis, si je comprends bien ?

- Oui… pleura le petit en redressant timidement la tête.

Le jeune soldat se composa un faux masque déçu et simula une profonde tristesse.

- Et moi qui pensais que tu voulais que soyons beaucoup plus proches… dit-il avec un soupir déchirant. Une vraie grande famille… Je suis désolé, Denzel, je n’avais pas compris.

Le garçonnet fronça les sourcils, perdu.

- Hein ? Mais tu as dit que Tifa et toi vous ne…

- C’est de ma faute, pardonne-moi, le coupa Cloud en poursuivant sur sa lancée, comme s’il n’avait rien entendu. Je dirai à Tifa qu’il vaut mieux qu’elle attende un peu avant de s’engager avec Loz, que tu n’es pas prêt à avoir tout ce monde autour de toi. Elle comprendra, ne t’en fais pas.

- Mais de quoi tu…

- J’ai été idiot, vraiment. Après tout, je suis quoi, pour toi ? Un ami de ta mère, point. Et c’est déjà très bien que m’acceptes en tant qu’ami, je n’aurais jamais dû vouloir davantage. Quel besoin as-tu d’un oncle, en fait, si on réfléchit bien ? C’est vrai. Enfin, ” un “, non. Un bon paquet, en réalité, parce que rien que moi, Kadaj, Yazoo, Cid et Sephiroth, nous sommes déjà cinq frères et si on rajoute les conjoints, à savoir Yuffie, Shalua et Reno, bien sûr, c’est… Oui, c’est beaucoup trop, j’aurais dû m’en rendre compte, Denzel, je n’ai pas réfléchi. Passer d’orphelin à une famille aussi grande avec, en plus, un petit frère, c’est… Ouh !

- Une famille…

- Tu sais quoi ? Je parlerai à Loz et à Tifa dès demain matin et je…

- Attends ! s’écria Denzel en mettant ses petites mains sur la bouche de son ami pour le faire taire.

Cloud cligna des paupières avec une innocence désarmante et sut, en voyant pétiller les prunelles du garçonnet, qu’il était arrivé à ses fins.

- Comment ça, ” une vraie grande famille ” ? insista ce dernier, certain d’avoir mal compris.

Il libéra la bouche de son ami et celui-ci haussa les épaules comme si c’était une évidence.

- Oui, si Loz devient ton papa, je deviens forcément ton oncle, puisque c’est mon frère.

Denzel écarquilla les yeux.

- Ton frère ? Mais tu disais que…

- On s’en fiche, de ce que je disais ! J’avais la jénovite, tu l’as déjà oublié ? Tu crois que Loz, Kadaj et Yazoo m’appellent ” grand frère ” comme ça, juste pour faire joli ?

- C’est vraiment tes frères, alors ?

- Evidemment ! Demande à Loz, tu verras.

- Et Sephiroth aussi, c’est ton frère ?

- Oui. Et Cid, aussi, depuis que Loz lui a donné son sang.

Denzel en resta bouche bée.

- Ouahhhh…

- Mais bon, puisque tu préfères que nous restions juste amis, je…

- Non !

- Non ?

Denzel lui sauta à nouveau au cou mais c’en était fini des larmes et des sanglots. Le garçonnet riait de pur bonheur, cette fois.

- Je veux qu’on soit une vraie famille, avoua-t-il. Et je veux avoir un petit frère. Et je veux aussi plein d’oncles et tantes. Et un vrai papa pour que les copains, ils ne se moquent plus de moi à l’école…

Cloud pressa le garçonnet sur sa poitrine nue en se souvenant de cette terrible journée.

Lorsque l’école de Denzel avait organisé ” la journées des papas “, où les pères des écoliers devaient venir parler de leurs métiers respectifs devant la classe, Cloud avait tenu le rôle comme il l’avait pu. Le soir, cependant, le garçonnet était rentré en larmes et couvert de bleus pour s’être battu contre ses petits camarades, qui l’avaient raillé parce qu’il n’avait pas de ” vrai papa ” à présenter à la classe.

- Avec un papa comme Loz, plus personne n’osera se moquer de toi, assura le jeune homme, sachant à quel point cette journée avait été douloureuse pour le petit.

- C’est clair !

Non, plus personne n’oserait se moquer de lui !

Denzel s’imaginait déjà dans la cour de l’école, attendant avec les autres l’arrivée des parents, qui viendraient pour la plupart à pied.

Alors on entendrait un énorme ” VRAAAOUUUUMMM ! “.

Tous ses copains écarquilleraient les yeux en voyant arriver une grosse moto noire. Les garçons seraient épatés et les filles deviendraient toutes rouges en voyant Loz tout vêtu de cuir noir descendre du bolide avec des armes et tout et tout.

Les garçons diraient : Oh ! Qui c’est ? T’as vu comment il est fort ? On dirait un héros de jeux vidéo ! “. Et les filles : ” Oh, là, là… qu’est-ce qu’il est beau ! T’as vu ? On dirait un chanteur de rock ! “

Et là, lui, Denzel, lancerait sur un ton presque négligent :

- Arrêtez de dire n’importe quoi. C’est mon papa, il est officier 1ère classe dans le SOLDAT. Il est en tenue de combat parce qu’il revient d’une mission super importante avec mon oncle Sephiroth. Hein ? Bah évidemment, le Général ! T’en connais beaucoup, des ” Sephiroth ” ? Bah oui, c’est le grand frère de mon papa. Quoi, je vous l’ai jamais dit ? Ah ouais ? Je croyais.

- Denzel ? Tu rêves ?

Le garçonnet cligna les yeux et sortit de son rêve éveillé pour voir le visage amusé de Cloud, à quelques centimètres du sien.

- Tu diras à Loz que je veux bien qu’il soit mon papa ?

Le sourire du jeune homme s’agrandit.

- Et pourquoi tu n’irais pas lui dire toi-même, mhh ? Je suis sûr que ça lui ferait plaisir.

- Quoi ? Maintenant ?

- Mon petit doigt me dit que lui et Tifa sont réveillés. Et puis on ira ensuite vite fait apporter ton cadeau à Kay avant de retourner se coucher, qu’est-ce que tu en penses ?

Denzel acquiesça vigoureusement, ravi.

- D’accord !

- Laisse-moi juste aller enfiler un t-shirt pendant que tu vas voir ta mère.

Cloud accompagna le garçonnet jusqu’à la porte de la chambre de Tifa, à laquelle il frappa doucement, et poursuivit jusqu’à sa propre chambre, où il alla prendre un t-shirt noir et se passer le visage sous l’eau.

Il n’arrivait pas encore à croire qu’il venait de pousser son rival dans les bras de son ancienne petite amie et de son fils adoptif !

Curieusement, il n’en éprouvait nul regret, bien au contraire. C’était ce qu’il y avait de mieux à faire pour le bien de tous. Quant au reste de jalousie qui lui pinçait bien un peu le cœur, il ferait avec ! Le bonheur qu’il avait lu sur le visage de Denzel valait bien cette minuscule petite douleur. Il avait fait ce qu’il fallait et il le savait.

Il s’essuya le visage en se regardant dans la glace, au-dessus de l’évier, et la conversation qu’il avait eue avec Barret deux jours plus tôt lui revint en mémoire…

- Barret… Comment sait-on si on est un homme ?

- Quoi ?

- Je veux dire… un ” vrai “. ” Fort ” et ” Droit dans ses bottes “, comme tu dis. Comment sait-on si on en est devenu un ?

- J’en sais rien, p’tit. Tout ce que je peux te dire c’est qu’un beau jour, tu te regardes dans le miroir et que tu sais que tu n’as plus besoin de te poser cette question… “

Cloud s’observa un long moment, sourit à son reflet et, du plus profond des océans azurés de ses yeux, une vieille femme lépreuse lui rendit son sourire…

… à suivre

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LVIII - Un cercueil contre un berceau

” Il n’y a pas de cimetière assez grand

pour engloutir le passé.”

A. Kivimaa

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Vincent fit irruption dans l’infirmerie, Merill se tenait devant la porte du bureau de Shalua, pétrifié, le bébé de Loz dans les bras.

De l’intérieur parvenaient des bruits confus de sanglots et de bris d’objets que l’on aurait jeté sur le sol ou contre les murs.

- Monsieur Valentine, vous voilà enfin, Dieux merci !

L’ancien turk posa Cait sur le sol et jeta un œil en direction du box de chirurgie vitré, inquiet que le boucan ne déconcentre Shalua et Reeve.

- Ne vous en faites pas, monsieur Valentine, le rassura Merill, la salle de chirurgie est insonorisée.

- Reste ici et n’interviens pas, quoi qu’il arrive, ordonna Vincent en entrant dans le petit bureau.

Le garçon n’eut pas le temps protester que la porte se referma sur l’ex-turk.

*

- Tu meurs d’envie de descendre voir le bébé ! railla Tifa en éclatant de rire. Allez, admets-le ! Tu ne vas pas commencer à faire comme Cloud et essayer de cacher ce que tu ressens ou ce dont tu as envie !

Cloud, qui revenait de la cuisine avec une bouteille d’eau, s’arrêta devant la porte de Tifa en entendant prononcer son nom et tendit l’oreille.

Il n’était vêtu que d’un pantalon de pyjama et il frissonna en appuyant son dos nu contre le mur du couloir plongé dans l’ombre.

- Très bien, c’est vrai, j’ai envie de descendre, acquiesça Loz en riant lui aussi. Mais je ne le ferai pas. Je veux être fixé sur son état de santé. Tu as vu ses pieds ?

- Oui. Nero nous dira peut-être ce qui s’est passé. Je suis persuadé qu’hormis cela, il va très bien.

- Pourquoi dis-tu que grand frère essaye de cacher ce qu’il ressent ?

Dans le couloir, ce dernier se raidit.

- Parce qu’il l’a toujours fait. Tu sais que ça me fait vraiment bizarre, lorsque je t’entends l’appeler comme ça ?

- C’est ce qu’il est. Comment veux-tu que je l’appelle ?

Le doux rire triste de Tifa tinta derrière la porte close et Cloud sentit un pincement au coeur.

- Je crains, hélas, qu’il ne soit pas de ton avis, Loz. Contrairement à Cid, il considérera toujours les cellules de Jenova qui sont en lui comme une souillure. Jamais il n’acceptera d’en voir le côté positif, ce lien qui vous unit tous, plus fort et indestructible que n’importe quelle attache familiale. Cloud a toujours été un solitaire.

Loz soupira.

- Les gens changent, parfois. Regarde ceux qui sont ici, dans ce manoir.

- Oh, Cloud peut changer d’attitude envers les autres, j’en suis certaine. Mais de là à se pardonner à lui-même et à accepter ce qu’il est… Ou du moins ce qu’il croit être, c’est une autre histoire.

Dans le couloir, les mains de Cloud se contractèrent si fort sur la bouteille d’eau qu’il tenait à la main qu’il faillit la faire éclater.

- La vérité est une vieille femme lépreuse que personne n’a envie de regarder en face, Tifa.

- Que c’est joli ! Où as-tu entendu çà ?

Le Soldat tiqua, étonné d’entendre ce genre de choses dans la bouche d’une grande brute comme Loz.

- C’était il y a longtemps.

- Encore de tes histoires, pas vrai ? Avoue !

Loz éclata de son beau rire grave et Tifa insista.

- Raconte-la-moi !

- Tifa…

- Allez, s’il te plaît !

- Tu sais bien que je ne suis pas à l’aise pour parl…

- Sornettes ! Tu racontes merveilleusement bien ! Ne m’oblige pas à te supplier, Loz.

Cloud, de plus en plus surpris, colla son oreille contre la porte.

Il entendit grincer un peu le lit et imagina la jeune femme se blottir contre l’argenté à la façon d’une petite fille pour écouter attentivement l’histoire qu’il s’apprêtait à raconter.

*

Le mythique général avait transformé la pièce en zone sinistrée.

Des documents étaient éparpillés partout sur le sol, les meubles, hormis le bureau où était posé l’ordinateur portable où défilaient les images vidéo, avaient été renversés et des dizaines d’objets avaient été brisés.

Sephiroth empoigna le fauteuil où il était assis quelques instants plus tôt avec l’intention évidente de le lancer contre le mur ou, pire, contre la vitre sans tain qui séparait le bureau de Shalua du laboratoire mais Vincent s’interposa.

- Ca suffit ! cria l’ex-turk en lui saisissant les avant-bras.

- Lâche-moi ou je te jure que je te…

- Tu n’es pas responsable de ce qu’Hojo leur a fait ! insista Vincent en vissant son regard purpurin au sien sans desserrer sa prise.

Les yeux de Sephiroth étaient rouges et son visage souillé des larmes qui en avaient coulé, et qui coulaient encore, ruisselant sur ses joues jusqu’à son menton, sa gorge et sa poitrine nue. Mais sa bouche, elle, se tordait en un rictus haineux qui découvrait ses dents de carnassier.

- J’aurais dû l’en empêcher !

- Tu n’étais toi-même qu’un petit garçon, lorsque les jumeaux sont nés !

L’ancien cauchemar de la planète repoussa Vincent avec une telle brutalité qu’il alla s’écraser contre la seule étagère encore debout, provoquant une avalanche de livres et de dossiers.

Il leva ensuite le fauteuil au-dessus de sa tête avec un cri de rage et allait le lancer contre la vitre sans tain lorsque l’ex-turk se redressa et l’apostropha.

- C’est ça, vas-y ! hurla celui-ci, à son tour fou de rage. Profites-en, Nibelheim a été reconstruit et sa population a triplé !

Il ramassa un briquet dans un tas d’objets épars, sur le sol, et lui lança avec colère.

- Tiens ! Amuse-toi ! Avec trois fois plus de victimes, ce sera encore plus drôle à faire flamber que la première fois !

Sephiroth blêmit à tel point que Vincent le crut sur le point de se trouver mal et reposa le fauteuil avant de s’y laisser tomber, profondément choqué.

Vincent, comprenant qu’il était allé trop loin, s’approcha et lui posa la main sur l’épaule.

- Je suis désolé, je n’aurais pas dû dire ça. Tu n’étais plus toi-même, alors.

Le regard du Soldat glissa jusqu’à l’écran de l’ordinateur portable, où les images des vidéos de surveillance du cratère nord continuaient à défiler.

- Quelle importance, que je sois moi-même ou non au moment où les malheurs surviennent… soupira-t-il. Force est de constater que j’ai toujours été incapable de les empêcher de frapper.

L’ex-turk le serra contre lui, le gosier noué.

- Tu n’as pas le droit de te reprocher ce qui est arrivé au cratère nord.

- J’aurais dû le sentir. Sentir leur présence. Leur souffrance. Leur existence !

- Ton père et Ashton Shinra sont les seuls coupables, Sephiroth.

- Pourquoi ? Pourquoi ont-ils fait ça ? Ils m’avaient moi, à cette époque ! Et Angeal ! Et Genesis ! Comment ont-ils pu vouloir créer d’autres “super-soldats” avec tous les risques que cela comportait ? Ils le savaient ! Ils connaissaient les risques !

- Ce n’était que des expériences, pour eux. Tout comme toi. Et moi. Et Nero. Et Weiss. Et Cloud. Et tant d’autres… Tant d’autres, Sephiroth…

- Ils n’étaient que des petits garçons innocents, Vincent… Ils n’étaient que des petits garçons… Mes petits garçons…

Vincent resserra son étreinte.

- Je sais…

*

Au fond du parc du manoir, Yazoo frissonna et sursauta lorsque la main de Reno se posa sur son épaule.

- Pardon. Je t’ai fait peur ?

L’argenté s’essuya les yeux et secoua la tête.

- Non, tu m’as surpris, c’est tout.

Le turk désigna du menton le mausolée des Shinra qui se découpait dans le ciel nocturne éclairé par la pleine lune.

- Je t’ai dit que ce n’était pas lugubre mais de là à venir en pleine nuit… essaya-t-il de plaisanter.

- Même la nuit, je… enfin, ce n’est pas lugubre du tout, en effet.

Reno lui lissa les cheveux et lui tendit un mouchoir.

- Ca va aller ?

Yazoo acquiesça et se força à sourire en se tamponnant les yeux.

- Oui, bien sûr, ne t’en fais pas. C’est… C’est très joli, tu avais raison. Quand… Quand vont-ils amener le… le corps ?

- Demain. Elena a appelé tout à l’heure.

- Elle a appelé ? Si tard ?

- Elle et Tseng voulaient que le filme Kay avec mon portable pour leur envoyer, expliqua le Turk. Je crois bien qu’eux aussi sont en train de tomber amoureux de ce bébé !

- Il est si mignon…

- Le tien l’était aussi, fit une voix dans leur dos.

Ils se tournèrent pour voir Rufus Shinra venir ver eux, emmitouflé dans un élégant manteau de laine gris.

- Tu veux entrer ? demanda-t-il encore à Yazoo en agitant un trousseau de clés.

- Comment saviez-vous que nous étions ici ?

- Gretta m’a dit que tu lui avais demandé où se trouvait le mausolée. Venez.

Il déverrouilla la magnifique porte de fer forgé, qui s’ouvrit sans même un grincement, et une agréable odeur de fleurs fraîche leur chatouilla les narines.

Rufus actionna un interrupteur et une douce lumière dorée éclaira la crypte, toute de marbre rose et luisante de propreté.

Durant la journée, les rayons du soleil passant à travers les vitraux représentant les magnifiques jardins de la terre promise des Cetras devaient illuminer les lieux de mille couleurs chatoyantes et, sur chaque tombeau, vide ou non, des statues d’anges souriants jouaient de la musique, lisaient ou devisaient au milieu des fleurs et des plantes d’hiver.

Le jeune président sourit devant l’expression étonnée de l’argenté et échangea un sourire entendu avec Reno.

- Tu vois ? fit celui-ci. Je t’avais dit que c’était clair et paisible.

- La section réservée aux enfants est ici, les guida Rufus. Elle est vide, pour l’instant.

Il les mena vers ce qui ressemblait à la reproduction d’un petit château de conte de fées en albâtre multicolore, sur lequel veillaient des chérubins joufflus et des créatures fantastiques, sympathiques dragons rondouillards et souriants ou fées et lutins facétieux qui se cachaient dans les tours ou derrière les colonnes.

La porte et les deux grandes fenêtres du château étaient en fait les plaques funéraires fermant les niches prêtes à accueillir trois petits cercueils.

- Mon père disait que nous n’avions pas à faire supporter notre tristesse aux morts, expliqua Rufus. Et moins encore si ces morts étaient des enfants.

Yazoo tendit la main pour caresser l’aile d’un dragon jovial qui tendait un panier destiné à recevoir des fleurs pour les petits défunts.

- Loz doit choisir un berceau et moi une boîte… ne put-il s’empêcher de remarquer, amer et incapable de ravaler ses larmes. Le destin ne manque pas d’humour…

Reno ouvrit la bouche, prêt à le consoler, mais Rufus lui posa la main sur l’épaule et secoua la tête.

L’argenté avait besoin de faire sortir sa rage et sa frustration.

Ils le laissèrent donc déverser son trop plein de peine et colère en silence, jusqu’à ce que, au bout d’un long moment, Yazoo se reprenne, s’essuie le visage et se tourne vers eux.

- Je suis désolé, s’excusa-t-il en rougissant. Je ne devrais pas dire des choses pareilles. Kay et Loz n’y sont pour rien.

Rufus et Reno lui sourirent, rassurants.

- C’est normal, que t’aies la rage, fit ce dernier.

- C’est humain, renchérit le jeune président.

L’argenté sentit un coup au cœur et les larmes lui remonter aux yeux mais sous le coup de l’émotion, cette fois.

” Humain “

Lui, Yazoo, était humain

C’était la première fois qu’on lui disait une chose pareille mais comment leur faire comprendre à quel point ce simple petit mot lancé de façon aussi naturelle le flattait plus sûrement que le plus retentissant des panégyriques ?

- Je vous remercie d’accepter d’accueillir mon… fils ici, Rufus.

” Mon fils “

Que ces mots, qu’il disait pour la première fois sonnaient bizarrement dans sa bouche…

Un instant, il craignit même qu’une trace de sarcasme n’apparaisse sur le visage de Rufus ou de Reno mais ce ne fut pas le cas, loin de là.

- As-tu réfléchi au nom qu’on doit faire graver sur la plaque ? demanda le jeune président. (Yazoo blêmit) Ca ne fait rien, ce n’est pas urgent, prends le temps de réfléchir, je…

- Kaly, dit Yazoo avant de manquer de courage.

- Kaly ? répéta Reno. Ca sonne bien. Ka-daj, L-oz, Y-azoo. Kaly.

- Oui, la technique de Loz me plaît assez, finalement, acquiesça Yazoo.

- Va pour Kaly, fit Rufus. Nous nous en occuperons dès demain matin.

- Il sera bien ici… soupira l’argenté en jetant un dernier regard à la ronde. C’est si joli et paisible. Merci encore, Rufus.

Ce dernier secoua la tête.

- Ce manoir, cette propriété, ne sont plus seulement à moi. Ils ont trop à raconter. Ils ont vu trop de grands malheurs et de bonheurs immenses ces derniers jours. Trop pour un seul homme. Cette maison est celle du clan, désormais. Notre clan. A nous tous.

Reno sourit et passa le bras autour des épaules de Yazoo.

- Le clan Shinra ? murmura celui-ci avec un sourire reconnaissant.

- Le clan Shinra… répéta le turk. Ca aussi, ça sonne plutôt bien.

- Oui… acquiesça Rufus, bien plus ému qu’il ne l’aurait souhaité. Ca sonne bien.

L’argenté acquiesça d’un sourire et se laissa aller contre l’épaule de Reno.

Oui, c’est vrai que ça sonnait bien…

…à suivre

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Les murs murmurent

Ah ! Là là, les graffitis !

Depuis des milliers d’années, ils disent bien souvent ce que personne n’ose avouer à haute voix et Midgar ne fait pas exception à la règle. Des murs des casernes du Soldat aux toilettes des pubs du quartier populaire, chacun y va de son petit blabla.

Voyez plutôt !

***

(Dans le vestiaire de la salle d’entraînement du SOLDAT)

Ce matin, à 7h48, Sephiroth a souri.

Angeal


Dans l’armée, les hommes sont des hommes !

Heidegger

Les chocobos en savent quelque chose…

Reno


(Dans les WC du sous-sol du réfectoire)

Ici on mange de la merde !

Zack

Là-haut c’est encore pire.

Angeal


Sephiroth nous pompe !

Cloud

A quelle heure ?

Anonyme


La réponse c’est la guerre !

Anonyme

Ce qui prouve combien la question était idiote…

Reeve


Encore des graffitis sur ce mur repeint ? C’est pas bientôt fini, bande de porcs ?

Hojo


Les femmes ont leur mot à dire ! Revalorisez la condition féminine !

Tifa

C’est vrai ! Les éviers sont trop hauts, les cuisines sont trop petites et le liquide vaisselle est hors de prix !

Cid


Ce mur est rouvert après travaux.

Rufus

Si vous vous y mettez aussi, on va jamais s’en sortir !

Hojo


Pourquoi les femmes baissent-elles les yeux quand on leur avoue qu’on les aime ?

Vincent

A ton avis ? Pour voir si c’est vrai !

Cid


Ce matin je suis allé voir le toubib ; j’avais envie de tirer la langue à quelqu’un.

Reno


Quand je vois ce que les pigeons ont fait sur cette pierre tombale… Je suis content que les chocobos ne puissent pas voler trop haut !

Vincent


Halte à la phallocratie ! Notre corps nous appartient, il n’est pas à vendre !

Elena

Mais on est prêts à le louer !

Rude


(Dans les WC des quartiers du SOLDAT)

Ne cherchez pas des traits d’humour sur ce mur… La plaisanterie du jour, vous l’avez dans les mains, bande de nazes !

Reno


Faites l’amour, pas la guerre.

Aerith

Tu parles ! Faites les deux, mariez-vous…

Lucrecia

Sympa, merci !

Hojo


Mesdames, gardez toujours en tête que si ça a des pneus ou des testicules, vous aurez tôt ou tard des ennuis avec !

Cid


SEPHIROTH EST UN ENFOIRE !

Anonyme

Zack, je sais que c’est toi qui a écrit ça. Si je t’attrape, je te découpe en tranches.

Sephiroth

Merde, Sephy, fais pas le con, c’était pour rire !


Est-il donc si difficile pour une femme de trouver le plus court chemin vers le coeur d’un homme ?

Vincent

Non. Pas si on a une prise à portée de main où brancher la tronçonneuse.

Rosso


(Dans les toilettes du du bar de Tifa)

Tous ces graffitis, c’est vraiment dégueulasses.

Hojo

Attends d’avoir goûté la bière qu’on sert ici !

Barett


Nero, je sais que tu va picoler comme un trous a midi et que tu va donc forcemment venir ici cet et lire ceci. Oublit pas qu’on a réserver la salle d’entrainement ce soir. Traine pas trois plonbes dans cette putain cafette.

Weiss

T’est gonfler d’écrire sa devant tous le monde ! C’est toujours toi qui aies a la boure !

Nero

Eh ! Vous deux ! J’ai un dictionnaire en double, ça vous intéresse ?

Genesis


Le Soldat, c’est des douilles, des nouilles et des chtouilles.

Cloud

Et des testicules

Zack

Aussi mais ça rime plus.

Cloud


La femme est l’être parfait.

Scarlet

Alors pourquoi ma douce Lucrecia est toujours fourrée chez le docteur ?

Vincent

Pas « chez » le docteur ; « par » le docteur !

Scarlet


(Sur le mur d’un dortoir du soldat)

Ce qui nous venge des missions pourries, c’est d’imaginer Sephiroth se battre avec ses bretelles en cuir à chaque fois qu’il a envie d’y aller !

Anonyme


Spécialités de la maison : la serveuse et le chocobo au citron. J’ai essayé les deux, je préfère le chocobo.

Anonyme

Je n’ai jamais essayé avec un chocobo…

Reno


(Dans les toilettes du labo de la Shinra)

Et si j’avais infecté le papier toilette avec un virus mortel, hein, bande de graffiteurs dégueulasses ? Avec quoi vous vous torcheriez le derrière ?

Hojo

Comme toujours : avec l’essuie-mains.

Sephiroth


Ne dites pas « l’idole des jeunes » mais « Séphiroth casse la croûte ».

Zack


(Dans les douches des quartiers des Turks)

Quelle merveilleuse invention que ce nouveau stylo feutre de la Shinra ! On peut enfin écrire sur ce putain de carrelage.

Reno


Sephiroth est cool !

Anonyme

Non, Sephiroth est froid.

Cloud


Rien que de penser à la taille du slip de Palmer, ça me dégoûte des hommes.

Scarlet


Pardon pour les grossières allusions “Chocophiles” mais je me dis que si nos légionnaires à nous ont les chèvres, les soldats de la Shinra, eux… Enfin bref. (sifflote sifflote)

Un nouvel élément chimique a été découvert !

AVIS A LA POPULATION

Élément 127

Nom : Sephiroth

SYMBOLE : Sth

DÉCOUVREUR : Hojo

MASSE ATOMIQUE : Acceptable à 84 kg mais des isotopes connus de 60 à 108 kg (surtout dans les fan arts)

OCCURRENCE : Plusieurs exemplaires (partiels ou entiers) répertoriées

PROPRIÉTÉS PHYSIQUES :

Solide à 298°K et 1 bar

Entre en ébullition pour un rien et gèle sans raison.

Conductivité thermique : faible et peut descendre 0°C dès que l’on atteint le muscle cardiaque.

Coefficient de dilatation : très important autour de la zone péri-ombilicale.

Cède aux pressions appliquées aux points sensibles (généralement les même que ceux soumis à de fortes variations dans le calcul du coefficient précédent).

PROPRIÉTÉS CHIMIQUES :

Très grande affinité pour les métaux durs tels que l’acier, le fer et le titane.

Absorbe de grandes quantités de substances onéreuses, généralement whisky ou vin millésimé (surtout dans les fanfics).

Peut exploser spontanément sans avertissement.

Insoluble dans les liquides mais une activité grandement augmentée par saturation dans le mako.

Réactivité très variable selon les périodes de la journée.

Grande aptitude aux changements d’humeur et à la fureur.

UTILISATIONS COURANTES :

Hautement décoratif dans une revue militaire, un communiqué de presse ou une présentation officielle.

Puissant agent nettoyant.

Excellent désherbant, bactéricide et fongicide par intervention rotissante.

PRÉCAUTIONS D’EMPLOI :

Hautement dangereux si placé entre des mains non expertes.

Il est conseillé de n’en posséder qu’un seul spécimen, mais il est néanmoins possible d’en cultiver plusieurs en milieu nutritif adéquat à partir du spécimen souche. Attention, cependant que les différents spécimens n’entrent pas en contact (risque de mélange entraînant une explosion).


Pauvre Sephy… Qu’est-ce qu’on fait pas avec lui ! Ah si, remarquez qu’on l’a encore jamais mis dans une fic lemon avec un chocobo…

Si ?

NAAAAANNNN ?? !!

Une journée d’enfer !

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Un jour parfait pour Kadaj

08h15 Être réveillé par môman avec un bisou et l’entendre dire qu’on est son fils préféré

08h30 Petit déj. fait par môman avec du vrai jus d’orange et des gaufres au sucre maison (les fans de ” Banal fantasy ” comprendront…)

09h15 Prendre un bain moussant que môman a fait couler pendant le petit déj.

09h55 Lavage de dents

10h00 Cours de poterie

11h00 Piscine

12h00 Déjeuner à midi cuisiné amoureusement par môman.

12h55 Lavage de dents

13h00 Club de Théâtre.

15h00 Lecture d’une histoire + sieste, comme tous les gentils petits garçons à leur môman.

16h00 Goûter préparé par… (allez, tous en coeur !) Môooomaaannn !

16h30 Dessins animés à la TV (sans môman).

17h30 Cuisine avec Môman.

19h00 Dîner avec môman.

20h25 Popo

20h30 Bain.

20h55 Lavage de dents

21h00 Dodo après une histoire lue par… (je vous le donne en mille ? Raté !) grand frère.


Un jour parfait pour Yazoo

08h15 Être réveillé avec des câlins et des bisous de Reno.

08h30 Peser 2 Kilos de moins que la veille

08h45 Petit déj. au lit avec jus d’oranges sans phosphates pressées et croissants servis affectueusement par Reno.

09h15 Prendre un bain très chaud avec des huiles aux senteurs exotiques offertes par Kadaj et Loz à l’occasion de la fête du ” frère le plus sexy du monde entier “.

10h30 Soin du visage, manucure, pédicure, gommage, shampooing, après-shampoing, laisser agir 20 mn, rinçage, lotion ” glossy “, mousse coiffante anti-casse, sèche-cheveux.

12h00 Déjeuner orgiaque à midi dans un resto branché : quatre feuilles de salade, trois rondelles de tomate, un dé de gruyère et deux biscottes.

12h45 Croiser Elena et Tifa et découvrir qu’elles ont pris 10 kg.

13h00 Shopping (crédit illimité).

15h00 Livraison de trois douzaines de roses accompagnées d’une carte signée par un admirateur secret (Qui a dit ” Reno ” ? Bien joué, vous gagnez une tringle à rideaux !).

15h15 Entrainement au combat avec Sephiroth qui, entre deux baisemain et trois génuflexions, déclare forfait et le supplie de lui donner des cours.

17h00 Massage fait par un kiné super sexy, super musclé et super sympa qui lui assure qu’il a rarement massé un corps si parfait.

17h30 Essayage de la nouvelle collection d’un créateur de haute couture A SA DEMANDE A LUI et faire une démo devant tout le staff sur le podium pour éviter que les mannequins ne salopent le boulot le jour du défilé.

19h30 Dîner aux chandelles avec Reno, musique douce et pluie de compliments.

22h00 Douche (seul ou à deux selon l’envie).

22h50 Être porté jusqu’au lit par Reno (draps frais et repassés).

23h00 Câlins (toujours avec Reno, oui, forcément…).

23h15 S’endormir dans ses bras musclés.


Un jour parfait pour Loz

06h00 Le réveil sonne.

06h15 Se faire tailler une pipe.

06h30 Grosse commission matinale en lisant les rubriques “sport ” et “BD” piquées dans le journal du matin.

07h00 Petit déj : rumsteck et oeufs, bière et toasts préparés par la femme de ménage à poil.

09h15 Douche.

09h30 Limousine avec chauffeur (une blonde aux gros nénés en uniforme mini-jupe) pour se rendre au gymnase.

09h45 Mettre la pâtée à Rude.

11h45 Déjeuner : burger de chocobo, frites, 2 Bières et une méga glace au chocolat.

12h15 Se faire tailler une pipe.

12h30 Retour au gymnase et mettre une ratatouille carabinée à Reno.

17h00 Retour en hélico - gracieusement prêté par la Shinra - pilotée par une rousse avec de gros nénés.

17h30 Massage thaïlandais de tout le corps + pipe par une brune aux gros nénés (Tifa ? Mouais. C’est une idée…).

18h45 Penser à prendre un douche mais seulement y penser.

19h00 Regarder les informations (que des bonnes nouvelles !) : Rufus Shinra est mort, le projet Jenova est relancé et la marijuana, les combats à mort et les pornos hardcore sont légalisés.

19h30 Dîner : bière brune, gros steak juteux et en dessert : glace au chocolat servie sur 2 gros seins rebondis (nan, j’ai pas dit ” ceux de Tifa ” !).

20h30 Finir le dernier jeu de shooting 3D en un temps record en explosant toutes les limites.

21h30 Relations sexuelles avec 2 femmes à la fois (les 2 ayant des tendances lesbiennes, bien sûr).

23h00 Massage et bain avec une jolie brune et une bière blonde

23h45 Se mettre au lit.

23h50 Faire un pet de 12 secondes qui change 4 fois de ton et qui vire les frangins de la chambre à coucher à moitié asphyxiés.

00h00 S’endormir (seul) et ronfler comme un sourd.


…Arrgghh, misère… Y’a plus de romantisme…

Je vous ai dit que le premier chapitre du nouveau feuilleton “Quand viennent les fauves” est en ligne ? Oui ? Ah bon… Non, j’suis pas sénile, j’insiste LOURDEMENT, c’est tout !

VIII - Vivants ! J + 4 Nuit

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno se réveilla en sursaut et Yazoo gémit sur son épaule.

Cloud venait d’allumer la petite lampe au dessus du miroir de l’évier qui, pour douce, ne lui en brûla pas moins cruellement les yeux.

- Reno, ça va ? Tu as piqué du nez, on dirait.

Le turk hocha la tête.

- Merde… Je ne m’en suis même pas rendu compte.

Il regarda sa montre.

Il avait fermé les yeux seulement quelques minutes.

- Tu veux que je t’aide ? demanda l’ancien soldat en désignant Yazoo, qui se blottissait contre le jeune homme.

- Non, ça ira. File-moi juste un coup de main pour le sortir.

Cloud posa les deux draps de bain qu’il avait apportés sur un tabouret et se pencha sur la baignoire pour soulever l’argenté. Ce dernier gémit quelques protestations incohérentes mais ne lutta pas ; il était de pâte, entre ses bras.

Reno s’extirpa à son tour, tira sur son boxer détrempé qui lui collait désagréablement à la peau et se sécha à la va-vite avant de s’asseoir sur le rebord de la baignoire et de se saisir du second drap de bain.

- C’est bon, passe-moi la belle au bois dormant, plaisanta-t-il en faisant signe à l’ex-soldat.

Ce dernier posa Yazoo sur ses genoux et le turk le serra contre lui de la main gauche tout en commençant à le sécher de la main droite.

- Ca va aller ?

- Ouais, t’en fais pas. Je m’occupe de lui. Va plutôt aider Tifa à coucher les gosses.

Cloud acquiesça.

- Oui, ils sont surexcités, avec nos nouveaux invités. Tu prends Yazoo avec toi pour la nuit ou tu préfères que je le prenne avec moi ?

- On ne le remet pas avec son frère ?

- Non, Loz a trop de fièvre et il n’arrête pas de s’agiter. Tifa a dû s’allonger avec lui. Je la remplacerai peut-être lorsque j’aurais dormi un peu s’il ne se calme pas.

- Oh… O.K. pas de problème.

- Tu es sûr que ça ira ?

- Ouaiiiis ! Il est tout patraque, regarde, argumenta le turk en bougeant légèrement l’épaule pour faire doucement ballotter la tête de Yazoo. Ne te fais pas de mouron et file coucher les têtards, sinon, demain, ils vont être nazes et on va les avoir dans les pattes sans arrêt.

Cloud laissa échapper un petit rire.

- Tu n’as pas tort. Tu sais où dormir ? Tifa t’a montré ta chambre ?

- Oui, c’est bon.

- Si tu as besoin de moi, la mienne est juste là.

Il quitta la salle de bains, non sans avoir posé la main sur le front de l’argenté, pour vérifier sa température.

- Bonne nuit, Reno.

- Bonne nuit, mon pote.

Le turk resta donc seul avec son protégé et, bien qu’il soit incapable d’expliquer pourquoi, il trouvait l’idée de passer la nuit en sa compagnie à la fois terriblement plaisante et profondément angoissante.

Yazoo fut agité d’un long frisson.

Reno baissa les yeux sur le petit visage en cœur appuyé au creux de son cou et vit que les beaux yeux mako étaient à moitié ouverts.

- Eh… Salut, murmura-t-il en continuant à sécher délicatement la peau translucide. Bien dormi ? Ca va un peu mieux ?

L’argenté cligna des paupières à plusieurs reprises puis, paraissant réaliser dans quelle situation il se trouvait - à savoir mouillé et entièrement nu assis sur la cuisse du turk, qui le serrait contre lui tout en le séchant - il voulut bondir sur le sol mais, à peine avait-il redressé un peu la tête que celle-ci se mit à tourner. Sa vue se couvrit d’un voile, il chancela et, n’eut été Reno, qui le retint fermement, il aurait basculé en arrière dans la baignoire.

- Oh, là ! Doucement ! Reste tranquille, je ne vais pas te faire de mal.

- Je… Loz…

- Il va bien, il est à côté, avec Tifa. Et toi ? Comment tu te sens ?

Yazoo lutta pour garder les yeux ouverts.

Il se sentait incroyablement faible et avait les idées totalement brouillées.

- Je suis… fatigué…

- Tu vas pouvoir dormir dans quelques minutes, juste le temps de te sécher.

L’argenté rougit furieusement et cacha pudiquement son bas-ventre de ses mains.

Reno eut un petit rire amusé.

- Je suis un mec aussi, tu sais ? plaisanta-t-il. T’as pas à te cacher ou à te sentir gêné.

Il n’en couvrit pas moins Yazoo du drap de bain pour ne pas l’embarrasser davantage.

- Où sommes-nous ? murmura l’argenté.

- Nous sommes chez Tifa et Cloud.

- Grand frère ?

- Ouais. Enfin, si on veut. Ca va, ta jambe ?

Yazoo le dévisagea, méfiant.

- Pourquoi prends-tu soin de moi ?

- Donne-moi une bonne raison de ne pas le faire, le taquina le turk.

- J’ai essayé de te tuer.

Reno sourit.

- Bien sûr que non. Tu aurais pu me tirer une balle dans la tête en plusieurs occasions et tu ne l’as pas fait. Viserais-tu donc si mal que ça ?

La rougeur de l’argenté s’intensifia et il s’emmitoufla dans sa serviette de bain en frissonnant.

*

- Ils vont rester vivre avec nous pour toujours ? demanda Denzel à Cloud, qui le borda après avoir refermé le gros livre de contes et légendes que Reeve avait offert aux enfants lors de sa dernière visite.

- Je ne sais pas. Il faut d’abord qu’ils se remettent et, ensuite, ils décideront de ce qu’ils souhaitent faire.

Marlène grimaça.

- Oui mais… s’ils partent ?

- Oui, et bien ?

- Ils n’ont pas de famille et aucun ami. Qu’est-ce qu’ils vont devenir ?

- Ils ont des amis Marlène : nous.

La petite sourit.

- C’est vrai.

- Allez, il faut dormir, maintenant.

- Et Kadaj ? insista Denzel. Il est mort ?

Cloud frissonna.

- Il a rejoint Aerith et Zack, dans la rivière de la vie. Il est en paix, maintenant.

- Il est avec papa et maman, tu crois ?

L’ex-soldat lui ébouriffa les cheveux.

- Qui sait ? Peut-être qu’en ce moment même, ils sont tous en train de faire un poker menteur et qu’ils s’amusent comme des fous ! Ou qu’ils nous regardent en disant ” Ah ! Tiens… Les enfants sont encore en train de faire des manières pour ne pas dormir. Pauvre Cloud ! “

Le garçonnet et la fillette éclatèrent de rire.

- Bonne nuit, Cloud ! lancèrent-ils en cœur en se pelotonnant confortablement sous leurs couvertures.

- Faites de beaux rêves.

Le jeune homme éteignit la lumière et partit enfin se coucher lui aussi.

*

Tifa retira ses chaussures et s’assit sur les couvertures, dans lesquelles Loz frissonnait comme jamais.

Elle venait de changer les draps mais, au vu des suées fiévreuses qui assaillaient régulièrement l’argenté, il y avait fort à parier qu’ils seraient de nouveau trempés dans une heure ou deux.

La jeune femme remplit le verre qui se trouvait sur la table de nuit avec l’une des bouteilles d’eau minérale qu’elle venait de remonter du bar et passa la main sous la nuque brûlante de Loz pour l’aider à relever un peu la tête.

Il fit la moue à la seule pensée de la désagréable sensation du liquide froid coulant dans sa gorge et son estomac.

- Allez, fais un effort. Tu dois boire ou tu vas te déshydrater pour de bon.

Elle l’aida à avaler la moitié du verre.

Un long frisson lui traversa le corps et fit trembler ses lèvres.

Lorsqu’elle lui présenta de nouveau le verre, il détourna le visage avec une grimace de petit garçon renfrogné.

- D’accord… murmura-t-elle avec un sourire résigné. On va dire qu’un demi-verre, c’est mieux que rien.

Les yeux vert mako se clouèrent aux siens, passionnés, et elle détourna le regard, gênée.

Pour se donner une contenance, elle entreprit de plier les draps sales et de les empiler sur le sol, près de la table de chevet.

C’était ridicule, bien entendu, mais, si on lui avait alors demandé pourquoi elle faisait ça, elle aurait sûrement répondu que c’était pour que ça prenne moins de place dans la machine à laver. Ou une sornette du genre…

De toute façon, ce serait toujours mieux que “ le simple contact de ce type m’a excitée comme une folle et, maintenant, j’ai honte de le regarder en face” !

En repensant à la façon dont son corps s’était enflammé lorsqu’elle l’avait serré contre elle, elle sentit le sang lui monter au front.

L’embrasser… Qu’est-ce qui lui avait pris d’avoir envie de faire ça ? Elle avait failli l’embrasser… Oh ! Dieux ! Elle avait failli l’embrasser !

Je n’ai pas arrêté de penser à toi depuis ce jour-là, dans l’église… “ lui avait-il avoué dans un souffle brûlant, tout contre sa joue. ” Pas une minute… “

Pourquoi cet aveu la mettait-elle dans un tel émoi ? Cela aurait dû l’effrayer au contraire. Voire la rebuter. Après tout, cet homme avait essayé de… de… De quoi, d’ailleurs ?

Lui faire mal ?

C’est elle, qui l’avait couvert de bleus.

La passer à tabac ?

Elle avait visionné leur combat dans sa tête à de multiples reprises et, les seules fois où il l’avait touchée, c’était par une décharge électrique. Pas un seul de ses coups de poing n’avait porté et Tifa aurait mis sa main à couper qu’il s’était toujours débrouillé pour qu’elle puisse les éviter ou les bloquer. Idem pour les coups de pied.

La tuer ?

Il lui aurait suffi pour cela de sortir son gunblade et de tirer. Mais il ne l’avait pas fait… Il n’avait même pas fait mine de porter la main à la crosse pour l’impressionner ou l’effrayer.

Joue avec moi ! “ avait-il lancé avec son sourire carnassier.

Et, plus elle y pensait, plus elle se disait qu’il avait en effet joué avec elle. Comme un chat avec un souris. La taquinant et lui faisant croire qu’elle pouvait fuir et prendre le dessus tout en sachant très bien qu’il lui suffisait d’un coup de patte pour l’assommer… ou la tuer.

- Pardon pour ça…

Elle sursauta.

- Hein ? Quoi donc ?

Loz désigna les draps qu’elle venait de plier.

- Ca. Je te donne du travail.

Elle secoua la tête et sourit.

- Non ! Ce n’est rien. C’est la machine qui lave, pas moi !

Une nouvelle suée lui enflamma le corps et il laissa échapper une petite plainte.

Tifa trempa un linge propre dans un bol d’eau fraîche et lui épongea le visage.

- Ca va ? s’enquit-elle.

Il soupira et planta à nouveau son regard félin dans le sien.

- Qu’allez-vous faire de nous ? demanda-t-il en frissonnant.

- Rien du tout, quelle question ! Tu devais dormir un peu, il est tard.

- Je voudrais bien… soupira-t-il.

Elle effleura le bandage de sa poitrine du bout des doigts.

- Tu as mal ? (Il acquiesça) Les antalgiques ne font plus du tout effet ?

- Si c’était le cas, je pense que je serais en train de hurler…

Tifa regarda la petite pendule, près de la porte et se mordit la lèvre.

- Tu pourras en reprendre un dans une bonne heure, pas avant. Un toutes les quatre heures au maximum. C’est ce qu’a dit le médecin. Tu pense que ça ira ?

- Je n’ai pas vraiment le choix, essaya-t-il de plaisanter.

- Essaye quand même de fermer les yeux et de te reposer.

Elle se leva pour éteindre le plafonnier, alluma la petite veilleuse bleutée sur la table de nuit et s’allongea à ses côtés sur les couvertures.

Loz avait le visage tourné vers elle, alors elle fixa obstinément le plafond, les bras croisés sur son ventre, en essayant de ne pas penser à quel point les petits frissons que provoquaient le souffle chaud du jeune homme sur son oreille étaient plaisants.

- Où est Yazoo ?

- Avec Reno. Il va bien veiller sur lui, ne t’en fais pas. C’est quelqu’un de très gentil.

- Pourquoi… vous faites tout ça ?

Tifa tourna la tête vers lui sur le traversin et frémit en réalisant que leurs bouches étaient toutes proches. La chaleur de sa chair fiévreuse irradiait et elle la sentait sur la peau de son visage.

- On dirait que la fièvre est remontée, nota-t-elle en posant la main sur son front moite.

Il sourit.

- Tu ne veux pas répondre ?

Elle tiqua.

- Hein ? Oh, si, bien sûr. Enfin, non. Je veux dire… (Elle soupira) C’est normal, que nous vous aidions. N’importe qui ferait de même.

Loz fronça les sourcils.

- Pourquoi ?

Tifa pouffa.

- Et moi qui croyait que Denzel était le roi des ” pourquoi ? ” !

L’argenté rougit.

- Pardon.

Elle lui toucha la joue.

- Ce n’était pas un reproche.

*

- Voilà, tu sais à peu près tout, fit Reno en réprimant un bâillement. La suite, tu la connais. Nous cherchions les restes de Sephiroth dans le cratère lorsque nous sommes tombés sur vous trois et cette foutue tête de Jenova.

L’argenté fronça le nez.

- Ne parle pas d’elle comme ça.

Le turk eut un geste agacé.

- T’as rien écouté de ce que je viens de te dire, ou quoi ?

- Si mais…

- Mais quoi ?

- Je ne m’y fais pas.

- Ouais, bah tu t’y feras, comme nous tous ! Je te jure que si on avait la possibilité de remonter le temps, je noierai ce salopard d’Hojo de mes propres mains ! Putain mais ça va jamais sécher, ce truc, ou quoi ? ronchonna-t-il en tirant sur son boxer humide.

Il fouilla dans le sac qu’il avait apporté, à la recherche de sous-vêtements secs.

Yazoo, qu’il venait d’allonger sur le lit, ne put s’empêcher de le détailler avec curiosité car les seuls corps qu’il connaissait, c’était ceux de ses frères, lisses, parfaits et d’une pâleur bleutée presque irréelle.

La peau du turk, elle, était laiteuse et couverte de taches de rousseur très pâles, surtout sur les épaules et les fesses, qui étaient petites et toutes rondes, un peu comme les siennes mais plus rebondies.

Il avait un corps élancé et athlétique, aux muscles fermes et bien dessinés.

Il retira son boxer mouillé pour en enfiler un sec et l’argenté remarqua un petit tatouage rouge dans le creux des reins, rappelant les motifs qui ornaient ses pommettes. Au bas de son ventre, son sexe d’un rose tendre saillait d’une courte toison châtain roux, de la même couleur que ses sourcils et du duvet qui recouvrait ses jambes et le haut de ses avant-bras.

Reno vint s’allonger sur le lit, mais sans se glisser dans les couvertures, et croisa les bras derrière sa tête avec un soupir de pur plaisir.

- Ah ! Bon sang, quelle journée !

Il tourna la tête et croisa le regard curieux des grands yeux félins de Yazoo, qui le dévisageait avec intérêt.

Seule la tête aux cheveux humides et ébouriffés dépassait des draps et le turk pouffa.

- C’est quoi, cette bouille ?

L’argenté fronça les sourcils et pinça ses lèvres boudeuses, ce qui fit redoubler l’hilarité de Reno.

- Quoi ?

- On dirait un chaton enrhumé tombé dans une bassine ! Ah ! Ah ! Ah !

Yazoo allait répliquer vertement mais réalisa vite à l’expression attendrie du turk qu’il n’était pas en train de l’insulter, loin de là.

- Désolé, s’excusa Reno en résistant à grand peine à la tentation de pincer les joues poupines. Je crois que je commence à être vraiment fatigué, moi aussi.

Il bâilla et tendit la main pour éteindre la lampe de chevet.

- Qui te dit que je ne vais pas t’étrangler dans ton sommeil pour m’enfuir ? demanda l’argenté le plus sérieusement du monde.

Le turk s’allongea sur le ventre et sourit dans le noir.

- Ouais… Je te vois bien traverser Edge à poil en pleine nuit, avec ton frère sur le dos. Surtout à cloche pied et avec cette bouille de chaton détrempé shooté à la morphine, ajouta-t-il avant d’étouffer un éclat de rire dans l’oreiller, incapable de se contenir en imaginant la scène.

Même Yazoo ne put empêcher un sourire d’étirer ses lèvres.

- Eh ? demanda-t-il lorsque Reno se fut un peu calmé.

- Mhh ?

- Comment puis-je être certain que tout ce que tu m’as dit sur le projet Jenova est vrai ?

Le turk reprit immédiatement son sérieux.

- Il a des tonnes de films, de tests, de rapports et j’en passe. Tu pourras les voir, si tu veux. (Il se redressa sur un coude) Yazoo, c’est pas des conneries, ce que je t’ai raconté. Jenova n’est qu’une putain d’entité extraterrestre qui agit comme une saloperie de virus sur ceux qu’elle infecte. Elle n’a rien d’une mère aimante et, pour l’énième fois, ce n’est pas elle qui a emmené Kadaj. C’est Aerith Gainsborough, que vous avez entendue, la sœur de lait de Sephiroth.

L’argenté poussa un soupir déchirant.

- Mais alors, pourquoi nous avoir créés ?

Reno s’assit sur le lit.

- En parlant de ça, d’où est-ce que vous sortez, toi et tes frères ? Kadaj disait que vous étiez les incarnés de Sephiroth. Ca veut dire quoi, exactement ?

Yazoo fixa le plafond et plissa un peu les yeux, fouillant dans sa mémoire.

- La première chose dont je me souvienne, c’est d’être dans la matrice, dans le cratère Nord.

Le turk écarquilla les yeux dans le noir.

- Dans la quoi ?

… à suivre

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LVII - Vos cris et mon silence

Le plaisir est un cri ;

la douleur, un hurlement ;

l’horreur, un murmure. “

Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : d’après des illustrations de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Les versions non censurées de ce texte et de cette illustration se trouvent fascicule “Les interdits de www.ff7-yaoi-fanfics.com” tome 1 (voir dans la boutique)

Merill retira la fine aiguille de la sonde du bras de Sephiroth et celui-ci se redressa sur le lit de l’infirmerie.

- Alors ? demanda-t-il.

- Tout est parfait, Général, affirma le jeune homme en imprimant les résultats des analyses pour les glisser dans un dossier.

- Tant mieux.

Le bébé de Loz, qui était resté en observation à l’infirmerie pour la nuit, babilla dans son berceau transparent et Sephiroth alla le prendre dans ses bras en faisant attention à ne pas décoller les capteurs qui envoyaient des informations sur ses fonctions vitales à un ordinateur de contrôle.

- Déjà réveillé, toi ? demanda-t-il en effleurant des lèvres le duvet argenté qui recouvrait son petit crâne.

Le bébé leva ses grands yeux mako vers lui et s’accrocha à ses longs cheveux en baragouinant une série de sons incompréhensibles.

Merill pouffa tout en rangeant son matériel d’analyses.

- Bah dis donc ! Tu veux nous en dire, des choses !

Le petit les dévisagea à tour de rôle et sourit en se blottissant contre la poitrine nue de Sephiroth, ce qui parut beaucoup amuser ce dernier.

- Qu’est-ce qu’il y a, Kay ? Tu veux faire un câlin ?

Kay…

C’est le nom que Loz lui avait officiellement donné un peu plus tôt. Un mélange des premières lettres des prénoms de ses frères : Ka-daj et Y-azoo. Kay. L’idée était un peu saugrenue mais le résultait sonnait plutôt bien, il devait le reconnaître.

- Il a eu beaucoup d’émotions, ce soir, Général. Il a du mal à dormir.

- Tu n’as pas sommeil ? Papa te manq… Eh ! Tu espères faire quoi, là ? Il n’y a rien à manger là-dedans !

Merill tourna la tête et éclata de rire devant le tableau impayable du bébé accroché au muscle pectoral de Sephiroth, la bouche collée à son téton.

- Ah ! Ah ! Ah ! Ce n’est pas la faim, Général. Je crois que ça le rassure.

L’ancien ” cauchemar de la planète ” ne put s’empêcher de partager l’amusement du jeune homme.

- Il va falloir dire à papa de faire provision de tétines au village dès demain ! dit-il au bébé. De quoi j’ai l’air, moi, comme ça, hein ?

L’hilarité de Merill redoubla.

- Je vais le prendre, si vous voulez, Général, proposa-t-il en tendant les bras.

Sephiroth secoua la tête en riant.

- Ca ira, Merill, je pense pouvoir assumer le ridicule de la situation, railla-t-il avec une moue. Mais toi, si tu en parles à quelqu’un, menaça-t-il le bébé en lui chatouillant la joue, je te coupe le bout du nez !

Pour toute réaction, le petit s’installa plus confortablement au creux de son bras et commença à se rendormir sans lâcher pour autant le succulent petit mamelon, qu’il tétait avec délectation.

- Je t’impressionne, c’est effrayant… gouailla Sephiroth en s’asseyant sur l’un des lits, le bébé serré contre lui.

Il prit une petite main entre son pouce et son index et l’observa attentivement, stupéfait par les doigts minuscules et les ongles de la taille d’une tête d’allumette.

Est-ce que ses fils avaient eu des menottes semblables ? Kay ressemblait-il à son père, à son âge ? S’il l’avait pris dans ses bras en pleine nuit, Loz se serait-il aussi endormi en tétant son sein, sa petite main entre ses doigts ? Les cheveux de bébé de Kadaj étaient-ils aussi doux ? Les joues tendres de Yazoo aussi rebondies ? Il ne le saurait jamais…

La gorge serrée, il allait remettre le bébé endormi dans son berceau transparent lorsque l’assistant de Shalua intervint.

- Toujours à plat, Général, fit-il en lui prenant le petit des mains pour le coucher sur le dos. En lui tenant bien la tête. Si vous l’allongez tête première avec un mouvement le balancier, elle risque de riper sur les draps et vous pouvez lui briser la nuque comme un rien.

Sephiroth blêmit.

- Désolé, je… Je n’ai pas l’habitude de manipuler des nourrissons.

Merill le rassura d’un sourire.

- Ce n’est rien, ça vient vite, Général, vous verrez.

Celui-ci hocha la tête avec un pincement au cœur.

Trois fils… Il avait trois fils et ne savait même pas coucher un bébé correctement ! Pour quel père lamentable passerait-il auprès de ceux qui ignoraient les circonstances de la naissance de Kadaj et des jumeaux ?

Il s’imagina dans un hôpital, appelé en pleine nuit parce que l’un d’entre eux aurait eu un léger accrochage à moto.

Y a-t-il un médicament auquel il est allergique, Général ? “

A-t-il déjà eu ce genre de fracture ? “

D’où vient cette cicatrice, sur son abdomen ? “

A-t-il subi des interventions chirurgicales ? “

Il serait incapable de répondre…

Un bruit d’objet métallique tombant sur le sol carrelé leur parvint depuis le boxe de chirurgie et ils allèrent voir ce qui se passait à travers les murs vitrés de la petite pièce aseptisée.

Reeve, Shalua et Shelke s’affairaient toujours sur Nero, allongé sur la table d’opération. Le bruit qu’ils avaient entendu était celui du premier implant d’aile qu’ils venaient de retirer de son dos.

- Bon sang, ça fait combien de temps, qu’ils sont là-dedans ? demanda Sephiroth en remarquant leurs fronts moites de sueur.

Merill regarda sa montre.

- Presque deux heures, Général. Le professeur Hojo avait apparemment relié les ailes à la moelle épinière par un réseau nerveux synthétique complexe, expliqua-t-il en lui désignant les écrans d’un microscope électronique dernier cri sur lesquels se concentrait Shalua pour couper les connexions nerveuses une à une.

- Je n’arrive toujours pas à savoir si mon père était un génie qui a perdu la raison, ou un fou dangereux doté d’une intelligence peu commune, soupira Sephiroth.

- Sans vouloir vous offenser, Général, c’est une question que nous nous sommes tous posée en visionnant les comptes-rendus de ses recherches.

Le soldat se tourna vers lui.

- Comment ça, ” visionner ” ? Il a filmé ses expériences ?

Merill acquiesça.

- Oui, Général. Scrupuleusement.

Sephiroth sentir sa gorge s’assécher et son vendre se nouer.

- Y compris… celle qui me concerne moi et ma mère ? Le projet ” Jenova ” ?

L’assistant de Shalua acquiesça et le soldat sentit son cœur s’affoler dans sa poitrine.

- Oui, Général. Les projets Jenova I, II et III.

Sephiroth tiqua.

- Comment, trois ?

- Vous, Général : Jenova I. Les jumeaux : Jenova II. Et Kadaj : Jenova III.

Le soldat le prit la les épaules, décontenançant le jeune homme.

- Je veux les voir, Merill !

- Que… Quoi ? Maintenant ?

- Bien sûr, maintenant !

- Mais… Ca représente des années de films et de rapports, Général.

Sephiroth le lâcha et recula d’un pas, estomaqué.

- Mon père a… tout filmé ?

- Absolument tout, général. La conception, la naissance, l’apprentissage, les expériences, les tests de résistance aux injections de mako, les…

- Les quoi ? le coupa le soldat, sûr d’avoir mal entendu.

Merill se mordit les lèvres et détourna le regard, gêné.

- Je… Je pense que vous devriez en parler à Shalua, lorsqu’elle…

- Que leur a-t-il fait ? insista Sephiroth en entraînant le garçon à l’écart, pour ne pas risquer de déconcentrer Shalua, sa soeur et Reeve. Qu’est-ce que ce salopard a fait ?

*

Dans la salle de bains, Loz monta encore un peu la température du jet et le laissa couler sur ses larges épaules en un délassant massage. Il n’avait qu’une envie : descendre à l’infirmerie pour prendre son bébé dans ses bras mais il se raisonna. Cette nuit d’observation était nécessaire pour être certains qu’il allait parfaitement bien.

- Comment va ton dos ? demanda Tifa en le rejoignant sous la douche.

Elle l’enlaça par derrière de déposa une traînée de baisers sur ses omoplates.

- Ca va, ça ne brûle presque plus.

La jeune femme recula un peu et observa la croûte rougeâtre qui s’était formée sur son épine dorsale, là où Shalua avait fait la douloureuse injection de mako.

- Ca cicatrise bien, on dirait.

Loz se retourna dans ses bras et l’enlaça en souriant.

- Dans quelques jours, il n’y paraîtra plus, tu verras.

Elle se pendit à son cou et ils restèrent un long moment à s’embrasser sous le jet brûlant. Jusqu’à ce que l’argenté s’accroupisse lentement devant elle, ses lèvres descendant progressivement de long de sa gorge, de sa poitrine, de son ventre, puis…

- Oh, Loz… gémit-elle en plongeant les doigts dans ses cheveux mouillés lorsque la langue du jeune homme, diaboliquement habile, fondit sur son intimité.

D’une main sur les reins de Tifa, il poussait ses hanches en avant, pour pouvoir explorer la chair brûlante aussi profondément que possible et, de l’autre, il caressait discrètement sa propre virilité dressée entre ses cuisses.

- J’adore, quand tu fais ça… haleta la jeune femme avec un clin d’oeil coquin.

Sans cesser de titiller du bout de la langue le petit bouton rose lové dans ses replis les plus secrets, Loz leva ses grands yeux mako vers elle et sourit.

- Quoi ? Ca ? demanda-t-il avec un sourire mutin en aspirant le petit clitoris entre ses lèvres.

Tifa laissa échapper un petit cri de plaisir surpris et répondit à son sourire.

- Non, là, avec ta main…

L’argenté abandonna sa proie en se léchant les lèvres avec gourmandise.

- Ca ? fit-il en redressant la tête et en poussant son bassin en avant, un peu provocateur, sa main gauche enserrant toujours sa virilité imposante.

En le voyant accroupi là, à ses pieds, les cuisses largement ouvertes, empoignant son sexe tendu et l’eau de la douche coulant sur son corps parfait, la jeune femme sentit une vague de lave lui descendre le long du ventre.

- Tu n’a pas idée à quel point la vue d’un beau garçon comme toi en train de se caresser peut être excitante, murmura-t-elle avec passion.

Loz fronça les sourcils avec un sourire mi-sceptique, mi-amusé et elle hocha la tête, les yeux brillants de désir et le souffle court.

- Parfois, nous aimerions être des petites souris pour nous cacher dans un coin de la pièce et vous regarder faire, lorsque vous ” jouez ” tout seuls, ajouta-t-elle en rougissant un peu.

Loz éclata de rire.

- Non !

- Je t’assure que c’est vrai, assura-t-elle en se mordant la lèvre. C’est vraiment… sexy en diable !

Il se redressa et se pressa contre elle jusqu’à ce qu’elle se retrouve coincée entre lui et le mur de verre de la douche.

- Tu te fiches de moi… murmura-t-il contre son oreille, la faisant, frissonner.

Il frotta son sexe tendu contre son ventre enflammé et elle gémit en l’enlaçant.

- Je te jure que non, insista-t-elle en mordillant son cou, s’enivrant de son odeur sucrée, que l’eau brûlante sur la peau douce intensifiait jusqu’au vertige. C’est incroyablement excitant.

Loz ferma brutalement le robinet et s’écarta pour la dévisager avec une expression insondable.

La jeune femme blêmit, craignant de l’avoir blessé ou humilié d’une façon ou d’une autre.

- Loz, je ne disais pas ça pour te mettre mal à l’aise, je…

- Chut ! la coupa-t-il en posant un doigt sur ses lèvres.

Il la prit par la main et la fit sortir de la douche sans changer d’expression.

Puis il enroula Tifa dans un drap de bain et la porta, de plus en plus inquiète, dans la chambre, où il la déposa sur un fauteuil, dans un coin de la pièce.

- Loz, je…

Il pressa la main sur sa bouche et secoua la tête.

- Ne dis plus rien, chuchota-t-il. Tu n’es pas là.

Il éteignit le plafonnier, plongeant la chambre dans le noir total, et alluma la petite veilleuse de la table de nuit, qui éclairait tout juste le lit d’une douce lumière ténue.

Tifa, invisible dans l’ombre épaisse, le vit s’allonger sur l’édredon, la peau et les cheveux encore mouillés, et fermer les yeux, comme s’il s’apprêtait à s’endormir.

Il resta allongé ainsi un petit moment, sur le dos, le souffle régulier, les yeux clos et les membres complètement détendus.

Incrédule et troublée, la jeune femme s’apprêtait à se lever et à demander des explications lorsqu’il ouvrit ses beaux yeux mako pour fixer le plafond, un sourire sensuel sur les lèvres, comme s’il venait de penser à quelque chose de particulièrement agréable.

Il s’étira alors comme un chat, ferma à demi les paupières et laissa échapper un soupir expressif.

Portant ses deux mains à sa bouche, il lécha la pulpe de ses doigts et Tifa faillit laisser échapper un Oh ! Mon Dieu ! “ vibrant en le voyant se caresser les tétons, qui durcirent sous le bout des doigts mouillés tandis que la peau de son torse se hérissait d’excitation…

*

Sephiroth, s’assit dans le fauteuil de Shalua et, la main tremblant légèrement, il glissa l’une des cartes mémoire que lui avaient données Merill dans l’ordinateur portable de la jeune femme. Il s’agissait, d’après ce qu’il avait compris, d’une sorte de compilation que Vincent Valentine avait réalisée pour la présenter aux hôtes du manoir quelques jours plus tôt.

Sur le petit écran, apparut une jeune femme allongée sur une table d’examen, son ventre proéminent dépassant du drap vert qui la couvrait jusqu’en haut des cuisses. Sa grossesse était visiblement bien avancée.

Lucrecia…

Un homme en blouse blanche, les cheveux noirs serrés dans une queue de cheval nouée à la va-vite, s’affairait à ses côtés. Il remplit une seringue de liquide bleuâtre et y fixa une fine aiguille stérile d’une longueur terrifiante.

Hojo…

Lorsque l’aiguille s’enfonça d’une bonne dizaine de centimètres, transperçant peau, muscles et placenta, le cri de Lucrecia résonna dans les petits haut-parleurs et Sephiroth serra les dents pour contrôler la nausée qui lui souleva le cœur.

*

Terrassé par le plaisir qu’il venait lui-même de se procurer, Loz s’affala sur le lit, la tête de côté, le souffle court et le cœur battant à tout rompre.

Tifa vint s’appuyer sur le bord du lit et l’intense parfum chaud et sucré qui montait de la peau nacrée du grand corps frissonnant finit de lui tourner les sens.

Après un orgasme, la peau de Loz était comme électrifiée et d’une sensibilité excessive durant plusieurs minutes. Tifa avait vite appris qu’elle devait éviter de le caresser durant ce court laps de temps car le moindre attouchement provoquait de violents tremblements et saccades qui lui coupaient le souffle. Après l’amour, elle le serrait donc simplement contre elle et attendait, émue, que son corps s’apaise et que sa respiration redevienne normale.

Mais, pour l’heure, elle devait se contenter de l’observer, attendrie aux larmes, en résistant à l’envie d’écarter de son front quelques mèches de ses cheveux encore mouillés.

L’argenté ouvrit les yeux et sourit en voyant son expression.

- Alors ? demanda-t-il dans un murmure sensuel et encore un peu haletant. Qu’est-ce que ça fait, d’être une petite souris ?

Il glissa la main entre les cuisses de la jeune femme, la faisant trembler et gémir.

- A ce point là ? la taquina-t-il en se léchant les doigts.

Incapable de se contenir davantage, elle écrasa sa bouche sur la sienne et la dévora en un baiser profond qui les laissa pantelants l’un et l’autre.

Elle posa sur lui un regard de prédateur.

- Je vais te… commença-t-elle avec une grimace expressive en faisant mine de déchiqueter quelque chose entre ses doigts recroquevillés comme des griffes.

Elle gronda comme un fauve en lui montrant les dents et Loz éclata de rire.

- Oh, oui… murmura-t-il tout contre sa bouche. Vas-y, mange-moi…

Tifa fondit sur sa gorge avec un rugissement comique et il l’enlaça en riant de plus belle.

*

Cait 9 trottinait en direction de l’infirmerie en traînant Vincent par la main, derrière lui.

- Doucement, Cait !

- Merill est vraiment très inquiet, pour m’ordonner de vous chercher.

- T’a-t-il au moins dit ce qui se passait ?

- Je crois que c’est le général. Le choc a l’air d’être brutal.

- Quel choc ?

- Il regarde les vidéos, sur la formation du trio.

Vincent se figea un instant dans le couloir, blême.

- Tu veux dire les vidéos d’Hojo sur la naissance de ses fils et leur vie au cratère Nord ?

Ce chat acquiesça et il le souleva dans ses bras pour dévaler l’escalier qui menait au laboratoire, l’angoisse au ventre.

La dernière fois que Sephiroth avait eu ce genre de révélation, tout Nibelheim était parti en fumée…

…à suivre

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LVI - Dur, dur, d’être un bébé

“As-tu déjà entendu un bébé babiller dans son berceau?
Il imite à sa façon la parole des adultes qu’il entend autour de lui.
Il croit peut-être qu’il parle comme eux..”

Michel Tournier

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Le bruit était si assourdissant qu’il faisait mal aux oreilles.

“Flap ! Flap ! Flap !”

Et ça bougeait. Ca bougeait dans tous les sens.

Il y avait plein d’odeurs inconnues, aussi, et plein de nouvelles voix qu’il ne comprenait pas.

“Bon sang, regarde ses pieds ! Qu’est-ce qu’on lui a fait ?”

“Je n’en sais rien. Doucement, Cid !”

“Tu préfères que je rentre dans les arbres, poil de carotte ?”

“Je te demande seulement d’y aller plus doux avec ce manche ! Le bébé a peur.”

“Comment un truc aussi petit peut faire autant de bruit ? C’est dingue !”

“Chut, bébé… Allez, allez, c’est fini. Tu vas voir papa, bientôt, tu verras. Chut… Arrête de pleurer.”

“Passe-le, moi un peu, Vince.”

“Reno ! Ce n’est pas un jouet !”

Il changea de bras et écarquilla ses grands yeux mako.

Saaaaluuut, toi ! Gouzi, gouzi, gouzi…”

Une créature horrible, avec des choses écarlates pointues qui sortaient partout de sa tête, grimaça au-dessus de lui et il hurla à plein poumons.

“Bravo Reno !”

“Mais j’ai rien fait !”

“Vince ! Et l’autre, ça donne quoi ?”

“Pas fameux…”

“Bon Dieu, Reno ! Calme-moi ce bébé !”

“Et qu’est-ce que tu crois que j’essaye de faire ?!”

“Vince, bordel, reprends-lui ce marmot avant qu’il ne le fasse crever de trouille !”

“Oh, ça va, hein !”

A nouveau le cocon rouge, doux et moelleux. Ce n’était pas encore ça, soit, mais c’était déjà mieux que le monstre hirsute !

Il couvrit ses petites oreilles de ses menottes sans cesser pour autant de pleurer et l’homme enveloppé dans la grande couverture rouge et chaude le serra un peu plus contre lui en lui parlant doucement. Il ne comprenait pas, bien sûr, mais un son revenait tout le temps : “papa“. Ce que ça signifiait, il n’en savait rien mais le ton très chaleureux sur lequel il était dit laissait présager quelque chose de particulièrement doux et agréable.

L’horrible buit “flap ! flap ! flap !” cessa enfin et le monde autour de lui cessa de bouger. Sauf, bien sur, les hommes qui, eux, s’agitaient dans tous les sens.

” Allô ? Merill ? Nous sommes sur le toit. Non, Nero n’est pas en bon état, c’est le moins qu’on puisse dire. A tout de suite. Reno, aide-moi à descendre la civière de l’hélico !”

L’homme enveloppé dans la couverture rouge sauta dans l’air glacial avec lui, si bien que son nez minuscule fut bientôt tout dur et tout froid. Mais ça sentait drôlement meilleur que là où il était avant, avec l’homme qui faisait mal aux pieds. Là-bas, l’odeur piquait le nez et brûlait les yeux.

Il éternua et l’homme qui le portait l’enveloppa plus serré dans la couverture rouge et moelleuse avant de se mettre à courir.

Au-dessus de lui dansaient plein de petits points brillants et, au milieu, une grosse chose blanche, luisante et tout ronde. Il tendit sa petite menotte pour essayer de la saisir mais, comme tous ceux qui, avant lui, avaient essayé de décrocher la lune, il dut se résoudre à la laisser où elle était…

Puis l’homme ouvrit une porte et ça descendit. Puis ça remonta. Et ça descendit encore.

Le décor au-dessus de lui changea soudain. C’était blanc et tout lisse. Et de temps en temps, il passait sous une grosse grappe de choses brillantes, comme des gouttes d’eau, qui faisaient de la lumière.

Soudain, l’homme qui le portait, desserra son étreinte, le découvrit presque entièrement, l’assis sur son avant-bras et entra dans un endroit où la lumière était tellement forte qu’il dut presser ses poings minuscules sur ses yeux. Mais le pire, ce furent les cris qui retentirent d’un coup et finirent de le terrifier. Combien y avait-il de gens, là-dedans ? Qu’allait-on lui faire ?

Aveuglé et épouvanté, il pleura à fendre l’âme en tendant désespérément ses bras potelés pour que quelqu’un le prenne et le serre contre lui, au chaud et à l’abri.

“Oh ! Mon Dieu !”

“C’est pas vrai !”

“Ce qu’il est mignon !”

“Viens là, mon bébé…”

“Oh, là, là, ce que tu es joli !”

“Papa, je peux le prendre ?”

“Attends, tiens-lui la tête !”

“Oh, là, là, mais tu es un jouet, toi !”

“Rudo, tu ne sais pas y faire!”

Il se sentit passer d’une paire de bras à une autre paire de bras, d’une odeur à l’autre et il hurla de plus belle.

“Chut, chut… En voilà, un gros chagrin.”

“C’est ton papa, que tu veux, hein, bébé ?”

Puis, soudain, il y eut l’homme avec les grandes mains douces qui sentaient bon…

*

Vincent descendit à l’infirmerie, laissant le bébé avec son père et ses amis, dans la chambre de Sephiroth.

Merill, aidé de Reeve et de Shelke, avaient allongé Nero sur le ventre, sur une table d’examen. L’assistant de Shalua et le chef de la WRO découpaient le costume de cuir avec mille précautions pour dévêtir le jeune homme inconscient dans le blesser.

- Comment ça se passe ? s’enquit l’ancien turk.

Reeve réussit à dégager le dos et une jambe, découvrant une peau de porcelaine ornée de tatouages noirs sur toute la surface.

Les deux échardes métalliques ensanglantées qui saillaient du dos souple étaient à présent visibles dans toute leur horreur.

- Il faut lui retirer ces choses, murmura Merill en badigeonnant le blessé de teinture d’iode.

- Alors ? Comment est le bébé ? s’enquit Shelke sans cesser de caresser les cheveux de son ancien compagnon d’armes, comme pour le rassurer.

Vincent sourit.

- Tout le monde en est tombé amoureux. Tu devrais aller le voir, je vais rester ici.

La jeune fille hésita mais Reeve l’encouragea d’un petit signe de tête et elle s’esquiva.

- Nero a-t-il parlé, dans l’hélico, Vince ?

- Il a essayé mais il était trop mal en point. Il va falloir attendre un peu.

Sur la table, Nero s’était mis à trembler et il ne cessait de gémir doucement d’une voix à peine audible :

- Weiss… Weiss…

- Alors monsieur Strife avait raison : cet ancien soldat, ce Genesis, se cache dans les entrailles du mont Nibel ? s’enquit Merill. Mais que cherche-t-il à faire, exactement ?

Vincent secoua la tête.

- Nero a parlé de géostigmates et de contamination mais ce n’était pas très clair.

Reeve blêmit.

- Les géostigmates ?

- Si ce n’est que ça, on sait les guérir, maintenant, nota Merill. Avec l’eau originelle.

L’ancien turk secoua la tête.

- Il n’y a qu’une source, lui rappela-t-il. A Edge. Si nous avons affaire à une contamination trop importante, ce ne sera pas suffisant.

Reeve retira ses gants de latex et prit son téléphone.

- J’envoie des hommes protéger la source immédiatement. On ne sait jamais.

Vincent acquiesça et échangea un regard inquiet avec l’assistant de Shalua.

*

Deux gros bras chauds l’enveloppèrent et le serrèrent contre une grande poitrine très dure, recouverte d’une matière noire et glissante. Sauf à l’endroit où le nourrisson pressa sa petite joue rebondie, juste sous la gorge. Là, la peau était nue, toute chaude et sentait très bon, comme ses mains.

Le bébé arrêta aussitôt de pleurer et ses petites menottes tâtèrent la chair douce avec curiosité.

- Salut, toi…

La voix profonde résonna dans l’ample torse et le petit leva la tête.

Le visage de l’homme aux grandes mains était rassurant et il avait de grands yeux brillants très doux.

Cet homme n’était pas comme les autres…

Le nourrisson le sentait au fond de lui. Quelque chose les liait tous les deux, il le voyait dans ses grands yeux, le sentait tout au fond de lui et une sérénité soudaine l’envahit. Dans les bras de cet homme, il serait toujours en sécurité…

Il sourit d’instinct et, avec une confiance totale, il se blottit contre la peau qui sentait si bon en glissant son pouce dans sa bouche.

Un concert de “oh !” émus résonna dans la pièce et les commentaires reprirent de plus belle.

“Vous avez vu ? On dirait qu’il sait qui c’est !”

“Ce qu’il est mignon !”

“Regardez ça, comme il s’accroche !”

“On ne veut plus lâcher papa, pas vrai ?”

Des mains le touchèrent à nouveau, des lèvres fleurèrent sa tête et s’accrocha aux vêtements de l’homme aux grandes mains de toute la force de ses petites menottes.

En vain.

Les bras entreprenants l’arrachèrent au grand corps chaud si rassurant et il se mit à pleurer à nouveau.

“Bah alors, bébé ?”

“On ne veut plus quitter papa ?”

Il tendit ses mains minuscules vers l’homme aux grandes mains mais il continua à passer de bras en bras, sans la moindre pitié.

“Viens me dire bonjour, petit poupon. Papa ne va pas s’envoler !”

Inexorablement, on l’éloigna de l’homme aux grands mains et aux jolis yeux. Il hurla à fendre l’âme.

“Bon sang ! Quel organe !”

“On dirait qu’il a reconnu son père et qu’il ne veut plus le lâcher ! Ah ! Ah ! Ah !”

“Bien sûr que oui, qu’est-ce que tu crois ? Allez, viens, on retourne avec papa.”

Ce son…

Papa.

Encore et encore.

Papa.

Il revenait sans cesse et, il ne saurait expliquer pourquoi, ce son semblait avoir un rapport avec l’homme aux grandes mains, entre les bras de qui on le remit à nouveau.

Immédiatement, il arrêta de pleurer.

Les mains et les lèvres, cependant, continuaient à le toucher, menaçant de l’arracher à l’homme à nouveau.

Si seulement on pouvait le laisser rester là, tout contre cette peau douce qui sentait tellement bon ! Comment pouvait-il leur faire comprendre ça ?

Deux nouvelles mains se tendirent vers lui.

“Coucou, bébé ! Je m’appelle Shelke. Tu viens dire bonjour ?”

Le petit s’agrippa aux vêtements de cuir aussi fort qu’il le put et se blottit contre la poitrine chaude, à la recherche de protection.

- Da…da… ânonna-t-il en levant une petite bouille suppliante vers l’homme aux jolis yeux, provoquant des cris surpris dans l’assistance.

“J’y crois pas ! Vous avez entendu ?”

“Il babille, Reno !”

“Mais… il a dit “papa”, non ?”

“Bien sûr que non, idiot ! C’est un bébé. Comment veux-tu qu…”

- Da… da…

“Tifa, il a dit “papa” !”

“Mais non, Denzel. Il fait des sons au hasard, comme tous les béb…”

- Dada ! cria encore le bébé.

“Oh, mon Dieu…”

“Je rêve !”

L’homme le considérait à présent avec une expression à la fois sidérée et attendrie et le bébé tendit ses petites menottes pour s’agripper à son visage.

- Dada !

- Oui, bébé… C’est papa. C’est bien moi, c’est papa.

Tout joyeux, le petit babilla et quelque chose de mouillé lui tomba sur le front.

Etonné, il vit que l’homme avait de l’eau qui sortait de ses jolis yeux. Il avait sûrement faim. Ou alors… il était trempé !

Quoi que ce soit, ce n’était pas grave et quelqu’un allait sûrement lui donner à manger bientôt ou changer sa couche.

Quoiqu’à bien y réfléchir… ce n’était pas certain car “dada” ne faisait pas grand chose pour se faire remarquer. Faire couler l’eau des yeux ne suffisait pas, il fallait faire du bruit ! Sinon, on vous laissait mourir de faim ou croupir dans votre couche mouillée. Il en savait quelque chose !

Voyant que l’homme ne se décidait pas et que personne ne paraissait décidé à lui tendre un biberon ou à l’allonger pour le changer bien que tout le monde s’agite autour d’eux, il prit les devants ! Il gonfla bien fort ses petits poumons ouvrit grand la bouche et…

“Oh ! Dieux du ciel ! Mais comment une chose aussi minuscule arrive-t-elle à faire un tel boucan ?”

“Il a peut-être faim ?”

“Possible.”

- Accompagne-moi en bas, mon grand. Il y a du lait maternisé au labo. On en profitera pour lui faire un petit sheck-up.”

- Chut, bébé… Arrête de pleurer, allez.

“Il va aussi falloir lui trouver des vêtements.”

“Attendez… On a ce qu’il faut ! Dans la chambre de Kadaj !”

“J’ai des vêtements de béb… ? Oh ! Mais oui ! La boîte aux moogles !”

“Quelle boîte ?”

“Le trousseau de Sephiroth !”

“J’avais un trousseau, moi ?”

“Oui, mère l’avait préparé pour toi. Dans la boîte bleue.”

“Oh… La fameuse boîte ! Mère ne m’a pas dit ce qu’elle contenait.”

“De quelle boîte parlez-vous ?”

…à suivre

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Les sept péchés capitaux : LA COLERE

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : les volontaires sont les bienvenus !

***

Une morsure à la base de sa nuque le réveilla en sursaut et il rua sous le grand corps qui l’écrasait contre le matelas.

- Aïe ! Quand cesseras-tu d’être aussi brutal !

Il se retourna avec peine sous la masse de muscles et son frère lui adressa un sourire espiègle, amusé de l’avoir fait enrager.

Yazoo le dévisagea un instant avec une expression lasse et voyant qu’il ne bougeait pas d’un centimètre, martela ses larges épaules de ses poings.

- Tu m’écrases !

Avec un grognement, Loz consentit enfin à rouler sur le côté et son cadet s’assit sur son lit en se frottant la nuque couverte de salive avec une grimace de dégoût.

- Kadaj veut te parler, annonça le jeune colosse avec une moue boudeuse qui n’aurait pas dépareillé sur le visage d’un petit garçon.

Yazoo lui adressa un regard en biais et soupira.

- Et c’était sans doute une raison pour me réveiller en me mordant le cou ? (Loz pouffa) Ce que tu peux être puéril, parfois !

Il essuya sa paume humide de salive sur la manche du blouson de son frère et celui-ci bondit du lit en frottant le cuir d’un air écœuré.

- Eh ! C’est dégoûtant !

Yazoo éclata de rire.

- C’est ta propre bave, idiot ! railla-t-il de sa voix suave.

Il fila dans la salle de bains de sa chambre - au demeurant la seule salle de bains attenante à une chambre dans le petit appartement qu’ils avaient loué à Edge (Kadaj et Loz se contenant de celle qui se trouvait au bout du couloir).

- Je ne suis pas idiot ! rétorqua ce dernier en direction de la porte entrouverte, faisant redoubler le rire de son frère.

- Bien sûr que non ! Tu préfères juste cogner au lieu de penser !

Vexé, Loz quitta la chambre d’un pas rageur pour rejoindre Kadaj et finir le frugal petit déjeuner préparé à la va-vite par ce dernier.

***

- Et surtout, ne laissez rien au hasard ! lança Kadaj avant de démarrer en trombe. La moindre piste donnée par les deux imbéciles de la Shinra doit être exploitée dans les moindres détails !

- …doit être exploitée dans les moindres détails… Gnagnagna ! singea Loz sur le pas de la porte, faisant sourire Yazoo. Pourquoi c’est toujours nous qui écopons du sale boulot ?

Son cadet haussa les épaules.

- Il sait ce qu’il fait, Loz.

Celui-ci tordit le nez.

- Mhh…

- Je me charge retrouver les traces de grand frère dans les archives de la ville. Toi, va explorer le labo désaffecté et essaye de trouv…

- Pourquoi c’est moi qui doit aller au labo ? le coupa Loz, plus renfrogné que jamais.

Yazoo laissa échapper un profond soupir excédé et roula des yeux.

- Loz, ne commence pas, s’il te plaît.

- C’est plein de choses dégoûtantes, ces endroits, et… et… on ne sait jamais s’il ne reste pas des… des « trucs » qui peuvent te rendre malade ou… ou…

- Ou te rentrer par les narines pour te ronger le cerveau ? persifla son frère. Aucun risque de côté là en ce qui te concerne, Loz, rassure-toi.

Ce dernier se raidit avec un pincement au cœur et émit un curieux petit hoquet affecté.

- Ca, c’était vraiment pas gentil… fit-il d’une voix étranglée avant de se détourner et de se diriger, les épaules basses, vers sa moto garée non loin.

Son cadet jura et le rattrapa.

- Loz, attends, je suis désolé, je ne voulais pas dire ça.

Il le prit par le bras mais son frère se dégagea et enfourcha son bolide.

- Si, tu le voulais, Yazoo. Pire, même : tu le pensais !

Il fit ronfler le moteur et démarra.

- Non… Loz, attends, ne… Et zut !

***

Lorsque Loz quitta le laboratoire, la nuit était sur le point de tomber. Il avait eu beau fouiller les anciens locaux désaffectés de la cave au grenier, il n’avait trouvé qu’un amas de paperasses inutiles, réduites en charpie par l’humidité et les intempéries, et du matériel cassé sans le moindre intérêt, dont il valait mieux ignorer à quoi il avait pu servir.

Il s’assit sur la moto avec un soupir déchirant en s’essuyant nerveusement les mains sur son pantalon et sortit son téléphone portable de sa poche.

Yazoo ne l’avait pas appelé. Etrange. Il était rare que son cadet le laisse sans nouvelles durant plus de deux ou trois heures.

“Et s’il n’osait pas me téléphoner après la façon dont je l’ai envoyé promener ?”

Bien qu’il n’ait strictement rien à se reprocher et que ce soit lui, au contraire, qui ait subi les sarcasmes venimeux de son cadet, il se sentit coupable. Coupable et seul. Terriblement seul…

Il tint le petit téléphone un long moment dans sa paume, comme si le simple fait de le fixer intensément pouvait le faire sonner, et, lorsqu’un bit strident retentit, annonçant un message, il sursauta.

Mais ce n’était pas Yazoo.

Oh, que non…

Le coeur battant et la gorge serrée jusqu’à la nausée, Loz relut le message encore et encore, refusant d’admettre l’horrible évidence.

- Non… gémit-il, tremblant de tous ses membres. Tu es mort… Tu es mort !

***

Pour les habitants de Edge, désormais endormis, cette nuit-là ressemblait à toutes les autres nuits mais, pour l’ombre qui se glissait dans les ruelles, c’était le début d’un cauchemar. Un long cauchemar.

Loz ne portait aucune arme, comme il lui avait été ordonné dans le message. A l’insu de Kadaj, il avait caché son pistolame et sa griffe de combat dans la petite remise de la maison coquillage.

- Où vas-tu ? avait demandé son jeune frère, agacé de le voir arriver bredouille du laboratoire désaffecté pour repartir aussitôt.

- J’ai besoin de me changer les idées.

- Ne va pas provoquer de bagarre inutile !

- Ne t’en fais pas, je veux juste rouler un peu.

- Que t’a dit Yazoo, exactement ? avait insisté Kadaj. Pourquoi tarde-t-il autant à nous rejoindre ici, comme prévu ? Et pourquoi ne répond-t-il pas au téléphone ?

- Je te l’ai dit : il a un problème avec le réservoir de sa moto. Le garage où il a dû se rendre est en sous-sol, le réseau ne passe pas.

Son cadet tapa rageusement du pied.

- Il n’y en a pas un pour racheter l’autre, décidément ! ronchonna-t-il en tournant les talons. Et ne passe pas toute la nuit dehors ! ajouta-t-il depuis le seuil de la maison.

Loz n’avait pas rétorqué. Il avait attendu qu’il disparaisse derrière la porte pour aller cacher discrètement ses armes, l’angoisse au ventre, puis avait pris la route de Edge.
Le corps secoué par des tremblements incontrôlables, il traversa la ville endormie et franchit le tronçon d’autoroute délabré qui menait à de ce qui avait été la ville de Midgar.

Lorsqu’il arriva enfin devant les ruines du siège de la Shinra, il abandonna son bolide, comme il lui avait été ordonné dans le message, et se précipita à l’intérieur.

Pantelant, sans même prendre le temps de s’arrêter pour respirer, il dévala les escaliers dévastés qui menaient au sous-sol au pas de course, étage après étage… et fut presque immédiatement stoppé par une douleur soudaine qui lui coupa le peu de souffle qui lui restait.
Dans l’obscurité, il n’avait pas vu venir le pied qui le cueillit au creux de l’estomac et s’était effondré sur le sol.

Un rire tonitruant éclata dans ce qui était une espèce de salle de réunion souterraine, réduite à l’état de décombres et tout juste éclairée par une torche électrique d’appoint, qui dissipait à peine les ténèbres dans le coin de la pièce où il se trouvait.

L’incarné essaya de se redresser mais le poids d’une botte sur son épaule le maintint à terre. Une botte boueuse portée par un lascar digne des plus terrifiants contes pour enfants.

- Où est mon frère ? haleta Loz, l’estomac révulsé par l’odeur d’humidité et de moisissure qui flottait dans le sous-sol.

L’homme retira son pied et Loz put redresser la tête mais il frémit devant l’horrible visage, ou du moins ce qu’il en restait… L’œil gauche avait été arraché et la bouche formait un angle impossible du fait des cicatrices qui barraient les joues.

- J’ai changé, n’est ce pas ? Laisse-moi donc te remercier pour ce ravissant minois !

Tremblant de rage, il s’approcha et gifla l’argenté à toute volée du dos de la main, lui fendant la lèvre, mais Loz sentit à peine le coup, abasourdi par la surprise et trop inquiet pour Yazoo.

C’était donc réel… Le SMS venait réellement de lui, de ce salopard.

Kraig…

Ce nom avant hanté ses pires cauchemar durant des années.

“Soldat Première Classe Capitaine Kraig Copland”.

Il aurait dû mourir, pourtant. Oui, il aurait dû mourir, ce jour-là…

Cela faisait si longtemps que Loz avait presque oublié. Les luttes. Le sang. Les cris d’agonie. Le soleil… Ce maudit soleil les faisait cuire sur place. Et les monstres. Si nombreux… Il s’en souvenait, maintenant. Si nombreux qu’ils avaient tous cru mourir sous leurs griffes, y compris le téméraire Capitaine Copland. Son maître d’armes, son professeur et son pire bourreau.

Kraig Copland était tombé sous les coups des démons, ce jour-là. L’argenté revoyait les gueules béantes se jeter sur lui et aurait pu le prévenir. Il aurait pu l’aider - oui, il aurait pu. Mais il ne l’avait pas fait…

Il ne l’avait pas fait car, le matin même, Copland avait passé la main dans les cheveux de Yazoo, qui n’était alors qu’un tout jeune adolescent. Une caresse à priori innocente mais ponctuée d’un sourire que Loz ne connaissait que trop bien…

Alors, lorsque l’une des créatures avait refermé ses mâchoires sur le si respecté capitaine et l’avait emporté dans sa gueule pour festoyer avec ses congénères, Loz en aurait presque applaudi de joie !

Oui, ce jour-là, l’incarné s’était débarrassé de son bourreau ! Et il s’était juré de devenir fort. Plus fort que n’importe qui, afin que, plus jamais, un autre Copland ne risque de s’approcher trop près de lui ou de ses frères. Il ne le permettrait plus, pour ça non !

Et Loz avait tenu parole.

Mais voilà que Kraig Copland se tenait devant lui. Défiguré et boiteux, certes, mais bien vivant.

- Alors c’est donc ça qu’est devenu l’incarné le plus réussi du grand Sephiroth ! Ah ! Ah ! Ah ! Non mais regarde-toi, Loz ! Quel gâchis…

- Où est mon frère ? répéta ce dernier sans relever l’insulte, la gorge serrée par le dégoût.

L’homme le gifla à nouveau, le saisit par les cheveux et lui tira la tête en arrière.

- Je t’interdis de prononcer mon nom, sale petite pute ! Comment as-tu pu me faire une chose pareille ? Moi, qui t’avais tout appris ! Qui t’avais tout donné !
Le butor lui asséna un coup de pied dans les côtes et l’argenté s’effondra en gémissant sur le sol.

- Où est… mon frère ? haleta à nouveau Loz. Qu’as-tu… fait… de lui ?

- Ah ! Ah ! Ah ! Non mais regarde-toi ! railla son bourreau.

Il se pencha et saisit douloureusement le menton de l’incarné pour lui redresser la tête.

- Ne me… touche pas !

Le géant balafré éclata d’un rire méprisant et lui administra un autre coup de pied avec une violence incroyable.

Le jeune homme se plia en deux et roula sur le sol en gémissant.

- Rassure-toi, te toucher est la dernière dont on a envie lorsqu’on voit ce que tu es devenu, mon pauvre Loz ! Tes cheveux… Tes magnifiques cheveux… Par toute la pourriture de la planète, comment as-tu pu sacrifier de tels cheveux ? Et ce corps… Regarde ce que tu as fait ! Tous ces muscles et… cette barbe ! Par l’enfer ! Quand je pense à quel point tu étais beau… Tu resplendissais comme le soleil, et maintenant, tu as l’air d’un… d’un animal.

Loz émit un bruit de gorge et son visage se tordit.

- Le seul animal… c’était toi ! Toi… et tes jeux pervers !

Il se mit à genoux avec difficulté, et se redressa, chancelant.

Fou de rage, Copland le saisit à la gorge.

- C’est pour ça que tu as sacrifié ton ensorcelante beauté ? Pour échapper aux “pervers” dans mon genre ? C’est pour ça que tu as voulu me laisser crever, espèce de petite putain capricieuse ?

Loz essaya de se jeter sur lui mais le géant resserra sa prise sur son cou.

- Où est… mon frère ? réussi à articuler l’argenté, à demi-étouffé par les énormes doigts.

- Sais-tu que je l’ai pris pour toi, quand je l’ai vu, à Edge ? Un très joli garçon, lui aussi, mais une bien pâle copie de ce que tu étais. Lui as-tu parlé de moi ? Lui as-tu avoué que c’est dans mon lit, que tu venais, lorsque tu quittais votre chambre, au laboratoire du cratère Nord ? Lui as-tu raconté comment tu pleurais, quand je te…

- Tais-toi ! hurla Loz.

- Tu avais des lèvres adorables. J’ai toujours aimé tes lèvres. Ton frère a les mêmes lèv…

- Qu’est ce que tu lui as fait ? tempêta l’argenté. Si jamais tu as posé la main sur lui je te jure que je te tuerais !

Il se débattit comme un diable mais la pression sur sa gorge se resserra et sa vue s’obscurcit.

- Tu m’a laissé mourir, petite putain… murmura le butor en caressant la pommette satinée. Tu as une dette envers moi. Et, cette dette, qui va la payer ?

Loz blêmit.

- Relâche Yazoo… Relâche-le et… tu pourras faire de moi ce que tu… voudras, je le jure !

Le géant sourit.

- Comme au bon vieux temps, là-bas, au cratère Nord, mhhh ? Tu croyais franchement que je ne voyais pas ton petit manège ? Tes frères savent-il le nombre de fois que tu as sauvé leurs jolies petites fesses en t’agenouillant entre mes cuisses ?

- Tu auras ce que tu veux de moi mais ne lui parle pas de ça et laisse-le partir, supplia Loz.

Copland sembla réfléchir.

- Et qui te dit que la brute que tu es devenue m’intéresse ? Où est le Loz gracile et tendre qui réchauffait mon lit ?

- Ce que tu voudras, répéta Loz, les larmes aux yeux. Absolument… tout.

- Tu imagines ? reprit le colosse comme s’il n’avait rien entendu. Tu imagines si Kadaj et Yazoo savaient que leur frère, leur dur, leur viril, leur indestructible frère écartait régulièrement les cuisses pour leur épargner de douloureuses expérimentations ou des entraînements impitoyables ? S’ils savaient que, pour les protéger, tu as dû sacrifier ta beauté, ta jeunesse et devenir une brute sans éducation ni cervelle tout juste bonne à donner des coups de poings dans un sac et à soulever de la fonte ? Imagines-tu à quel point Yazoo serait désespéré s’il connaissait ne serait-ce qu’un dixième des souffrances que tu as endurées pour eux, Loz ?

- Yazoo ne t’a jamais fait de mal, pas plus que Kadaj ! Ils t’ont toujours respecté et admiré, Kraig ! Torture-moi ! Bats-moi mais fiche-leur la paix !

Le colosse sourit tristement.

- Toi contre Yazoo, alors ? Une fois de plus. As-tu seulement une idée de ce que je pourrais te faire subir ? De la rage que j’éprouve ? De la haine qui n’a cessé de grandir depuis ce jour ?

Loz sentit une bile amère lui monter dans la gorge.

- Laisse partir Yazoo et je te donne ma parole que tu pourras faire de moi ce que tu voudras.

Le géant se planta devant l’argenté, qui dut faire un effort pour ne pas détourner les yeux de l’horrible visage.

- Approche. Nous allons faire ça à ma manière… A genoux !

Loz obéit comme un pantin sur les fils duquel on aurait tiré et son ancien maître d’armes lui attacha les bras dans le dos avec une corde solide.

- Je t’ai donné ma parole ! Pourquoi m’attacher ?

- Il est certaines occasions où un homme est prêt à se parjurer. (Il augmenta l’intensité de la torche électrique et Loz plissa les yeux) Dans le cas, par exemple, ou…

Le cercle de lumière s’élargit, les coins d’ombres diminuèrent et le hurlement de Loz retentit alors dans tout le sous-sol : Yazoo, bâillonné et attaché à une poutre de métal dans une partie qui était jusqu’alors dans l’ombre, avait assisté à la scène et avait tout entendu.

- Yazoo…

- Dans le cas, disais-je, où un frère cadet voit son aîné se soumettre aux pires avilissements à cause lui… acheva Kraig Copland avec un sourire d’intense satisfaction.

Loz voulut se redresser mais le géant sortit une minuscule télécommande de sa poche et une lumière rouge se mit à clignoter sur la gorge de Yazoo.

En reconnaissant l’un des colliers piégés que l’on mettait aux prisonniers particulièrement dangereux lors de transferts ou de déplacements à haut risque, l’incarné poussa un sanglot déchirant.

- Si j’étais toi, je resterai tranquille, prévint le géant en desserrant son ceinturon. Regarde bien ce que ton grand frère va encore faire pour toi, Yazoo ! Regarde bien !

Le bâillon de Yazoo était trempé de larmes et il secouait désespérément la tête, suppliant silencieusement Loz de ne pas se laisser faire. Mais le colosse défiguré se jeta sur son aîné, le plaqua au sol en déchirant les lanières de son blouson et lui écarta brutalement les cuisses d’un coup de genou.

- Maintenant, on est quittes !

- Ne regarde pas, Yazoo ! hurla Loz entre deux sanglots. Je t’en prie ! Ne regarde pas ! Ne crois pas ce qu’il te dit ! Ca n’a jamais été de ta faute ni de celle de Kadaj ! Jamais !

***

Lorsque Loz ouvrit les yeux, sa tête reposait sur les genoux de son frère. Yazoo caressait ses courts cheveux de platine avec une douceur infinie.

- Où est-il ?

- Je ne sais pas. Il m’a détaché, m’a assommé et il est parti.

Des larmes roulaient sur ses joues et retombaient sur le front de frère aîné.

- Ne pleure pas, Yazoo.

- Je le tuerai, Loz… Je retournerai toute la planète s’il le faut et je te ramènerai sa tête dans un sac !

Loz eut un sourire amer et secoua la tête.

- Tu ne devras jamais parler de ce qui s’est passé ici ou de ce que tu as entendu. Et surtout pas à Kadaj. Jamais…

Les larmes de Yazoo redoublèrent et son frère se leva avec difficulté.

- Je lui ai dit que ta moto était tombée en panne. Pars seul vers la forêt des anciens. Dans une heure ou deux, je vous rejoindrai comme si je revenais d’une balade quelconque.

Il se rhabilla avec des gestes lents et douloureux.

- Tu es blessé, Loz. Il va bien le voir.

Celui-ci toucha son visage contusionné.

- Je lui dirais que je me suis battu dans un bar.

- Il ne te croira pas.

Loz eut un sourire triste

- Bien sûr que si. Je n’ai rien dans la tête et je ne sais que cogner, vous n’arrêtez pas de le répéter, dit-il avec un clin d’oeil avant de quitter le sous-sol.

Yazoo sentit une douleur intense lui déchirer les entrailles et il éclata sanglots, pleurant comme il n’avait encore jamais pleuré.

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Les sept péchés capitaux : L’ENVIE

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : MA Sambre ( Studio Gothika)

Corrections : les volontaires sont les bienvenus !

Les versions non censurées de ce texte et de cette illustration se trouvent dans le fascicule “Les interdits de www.ff7-yaoi-fanfics.com Tome 1″ (voir dans la boutique)

***

Lorsque Kadaj revint dans la maison coquillage, les chamailleries qui lui parvenaient depuis la chambre de ses frères lui firent lever les yeux au plafond avec un soupir déchirant. Ce qu’ils pouvaient parfois être puérils ! Se bagarrer comme des chenapans à une heure pareille et dans de telles circonstances ; comme s’ils n’avaient pas plus grave à penser ! Le jeune homme avait parfois du mal à admettre qu’il était le plus jeune de la fratrie…

Yazoo poussa un petit gémissement plaintif et Kadaj se dirigea vers la porte de la chambre de ses frères en grommelant, bien décidé à leur faire la leçon une fois de plus, mais, lorsqu’il poussa le battant et réalisa ce qui se passait dans la chambre - ou plutôt sur le lit -, son sang se congela dans ses veines.

Au début, il eut du mal à comprendre ce qui se déroulait sous ses yeux, tant sa raison refusait d’admettre l’impensable.

L’air de la chambre était étouffant. Il sentait la sueur, le cuir et le sexe.

Kadaj recula en pinçant les narines de dégoût.

- C’est pas vrai…

Loz tourna brusquement la tête et blêmit.

- Oh, merde !

Yazoo le remarqua à son tour.

Il s’assit brusquement en se couvrant précipitamment le bas du corps de son manteau et essaya de reprendre son souffle.

- Kadaj, je vais t’expli…

- La ferme ! cria celui-ci, le cœur au bord des lèvres.

Le benjamin secoua la tête, les yeux écarquillés, et recula encore d’un pas dans le couloir, hésitant entre une soudaine envie de vomir et un irrépressible besoin de pleurer.

- Kadaj ! supplia Loz.

Il bondit du lit et avança vers son jeune frère pour lui poser une main apaisante sur l’épaule mais celui-ci le repoussa violemment en le détaillant de bas en haut avec agressivité.

Loz rougit jusqu’à la racine de ses cheveux de mercure et se couvrit le bas-ventre des mains.

- Kadaj, je…

- Tu me dégoûtes ! lui hurla son frère à la face. Et toi… ajouta-t-il en lançant à Yazoo un regard débordant d’aversion. Toi… tu es encore pire que lui ! Vous êtes des animaux ! Non, pire que ça ! Vous êtes des pervers incapables de vous contrôler !

Yazoo pressa ses yeux mains sur sa bouche, profondément meurtri par les paroles de son cadet, qui quitta la pièce comme on s’enfuit, malade de répulsion et fou de colère.

Loz voulut le rattraper.

- Loz, non ! Laisse-le ! Ce n’est encore qu’un petit garçon, il ne peut pas comprendre ce genre de choses.

- Mais…

- Laisse. Il a besoin de… de se calmer un peu.

L’argenté frissonna et passa sa main fine sur son visage, désorienté et honteux. Loz le rejoignit sur le lit et le serra contre sa large poitrine.

- Ne pleure pas, Yazoo. Ne pleure pas…

*

Dans sa chambre, Kadaj ne tenait pas en place. Sa rage était telle qu’il aurait avec plaisir réduit la maison coquillage en charpie et ses frères avec elle ! Il tournait en rond, laissant retomber son poing au petit bonheur la chance sur le mur ou un meuble vermoulu.

- Comment as-tu pu les laisser me faire ça, mère ? Comment as-tu pu ?

Incapable de se contenir, il dégaina son sabre et réduisit son sac de couchage en charpie en imaginant que c’était la tête de ses aînés.

Il se laissa retomber sur la bourre éventrée en sanglotant et gémissant de rage à la fois.

Les poings pressés sur les tempes, il essayait de chasser l’image des ébats de ses frères…

- Ignobles dépravés !

Kadaj s’essuya furieusement les yeux et y appuya ses paumes en sanglotant jusqu’à ce qu’il voit des centaines de petits points lumineux derrière ses paupières closes.

Mais cela ne suffit pas pour effacer la vision obsédante des grandes mains de Loz agrippées aux hanches de Yazoo, qui se tordait sous ses assauts en geignant comme une pouliche montée par un étalon trop fougueux.

- Porcs immondes ! Ordures…

Et l’adorable visage de Yazoo, les joues rosies et sa petite bouche boudeuse rouge et gonflée… Ses cheveux humides, si doux…

Oh, oui, Kadaj savait à quel point ils étaient doux. Tout comme l’était la peau satinée de Loz.

Mais, cette fois, toute cette douceur n’était que pour ses frères et pour eux seuls.

C’était ce qui lui faisait sans doute le plus mal : pour la première fois de son existence, ses aînés l’écartaient sans une hésitation et sans le moindre état d’âme. C’est le nom de Loz, que Yazoo murmurait en pleurant presque de plaisir. Celui de Yazoo que Loz susurrait, les yeux mi-clos, emporté par des sensations qui lui faisaient oublier tout le reste.

Kadaj se roula en boule et pleura comme un petit garçon, à longs sanglots bruyants, hoquetant et reniflant, la cage thoracique saisie de spasmes incontrôlables.

- Je vous déteste ! Je vous déteste…

Ils avaient toujours tout fait ensemble, n’avaient jamais eu de secret les uns pour les autres. Jamais jusqu’à présent…

- Pouquoi ? Pouquoi ! Pouquoi ! Pouquoi ! Pouquoi ! Pouquoi ! ragea-t-il en battant des pieds et des mains sans cesser de pleurer.

“Pourquoi seulement vous deux ?

Pourquoi vous… et pas moi ?

Pourquoi pas moi ?”

Et pour la première fois, Kadaj prit conscience du fossé qui le séparait de ses aînés. Un fossé de dix années qu’il avait toujours refusé de voir. Ou que ses frères avaient toujours fait semblant de ne pas considérer comme essentiel - ce qui, en réalité, était loin d’être le cas.

Loz et Yazoo étaient des hommes.

Lui, il n’était encore qu’un enfant.

Et il y avait des jeux auxquels un enfant ne jouait pas…

VII - Vivants ! J + 4

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Dans la chambre, Tifa essayait désespérément de calmer Loz, qui, dévoré par la fièvre, ruait et s’agitait, menaçant d’arracher son drain.

- Du calme, tu es en sécurité. Chut, Loz… Chut, Calme-toi, voyons.

Peine perdue.

- Tifa ! Qu’est-ce qu’il a ? gémissait Marlène, au bord des larmes. Pourquoi il se débat comme ça. Il a mal ?

- Je ne sais pas, ma chérie, répondit la jeune femme, contrainte de se coucher presque sur l’incarné pour l’empêcher de bouger. Bon sang, Loz, tu vas te calmer, oui !

Elle referma ses mains gantées sur les bras puissants et pesa dessus de toutes ses forces en essayant de plaquer le corps athlétique dos au matelas. Le jeune homme se cambra aussitôt, arqua l’échine en gémissant de plus belle et donna de violents coups de reins.

- Arrête ! pleurnicha la petite en s’agrippant à son gilet de cuir pour la faire lâcher prise. Arrête, tu lui fais mal !

- Je ne lui fais pas mal, Marlène ! s’impatienta Tifa en repoussant la petite d’un léger mouvement de hanches. J’essaye de l’empêcher d’arracher ce fichu tube ! Ecarte-toi !

La fillette recula d’un pas en se mordant les lèvres pour ne pas pleurer.

- Ya…zoo… haleta Loz d’une voix fiévreuse entrecoupée de sanglots. Yazoo !

Epuisé à force de se débattre, il finit néanmoins par se calmer un peu et Tifa, sans le libérer pour autant, posa sa joue contre la sienne pour lui murmurer des paroles rassurantes à l’oreille.

- Yazoo va bien, Cloud et Reno s’occupent de lui. Chut… Ca va aller. Du calme… Du calme…

- Tifa… murmura-t-il en se détendant sous elle.

- Je suis là. Je suis là, Loz, calme-toi… Calme-toi, allez, c’est fini…

Sa joue satinée caressa la sienne, brûlante et moite, et les pattes argentée de sa barbe lui piquèrent la peau mais ce n’était pas désagréable.

- Tifa…

En sentant la peau fraîche de la jeune femme contre son visage, il se laissa complètement aller. Les muscles noués de ses imposants biceps se décontractèrent sous la douce pression des mains gantées et il nicha son visage au creux du cou de Tifa avec un petit soupir expressif.

Celle-ci, à la fois surprise et un peu gênée, passa doucement l’avant-bras sous la nuque argentée, lova sa paume sur le galbe de son épaule et le serra doucement contre elle.

- Chut… C’est fini. C’est fini, Loz, ça va aller, maintenant, je suis là… Chut… Essaye de dormir.

De sa main libre, Tifa lissa les courts cheveux humides de sueur et une chaude fragrance musquée, capiteuse et typiquement masculine, lui chatouilla les narines et titilla ses sens.

Serrer ce corps moite, si viril, cette peau odorante et incandescente contre elle, éveilla au creux de son ventre des sensations qu’elle avait presque oubliées.

Depuis combien de temps n’avait-elle pas senti l’odeur d’un homme blotti contre elle ? N’avait-elle pas senti sa barbe picoter ses joues ? Son souffle haletant contre son cou ? Ses lèvres frémissantes contre sa gorge ? Son corps dur contre le sien ? Ses bras puissants autour de…

- Il dort ?

La voix de Marlène la fit sursauter et elle lutta pour émerger du cocon sensuel où le contact du trop mâle et trop séduisant incarné l’avait plongée.

- Je… bredouilla-t-elle. Oui, mentit-elle en sentant le souffle brûlant de Loz s’accélérer encore contre son cou et son oreille, provoquant d’irrépressibles et délicieux frissons. Il… Il somnole. C’est la fièvre.

Le petit visage de Marlène se contracta sous l’assaut de la pitié et elle tendit une petite main pour caresser l’épaule nue de Loz en un geste tendre et rassurant.

La peau de celui-ci se hérissa et Tifa sentit les battements de son coeur s’accélérer contre sa poitrine.

- Le pauvre… Il arrête pas de trembler, t’as vu ? Tu veux que j’aille chercher une autre couverture ?

Tifa déglutit avec difficulté. Les bras de Loz lui rendaient à présent timidement son étreinte et, de sa main libre, elle remonta le drap sur son grand corps nu.

- Non, Marlène, ça va aller.

- Mais il a froid, regarde. Il n’arrête pas de frissonner.

Tifa resserra son étreinte, le souffle de Loz s’accéléra encore contre sa gorge, sa poitrine durcit contre ses seins et elle sentit un flot de lave incandescente lui descendre le long du ventre et inonder son intimité.

- Ca va aller, Marlène, répéta la jeune femme d’une voix enrouée.

La petite hocha la tête et s’assit sur le bord du lit avec un petit soupir las, totalement inconsciente de ce qui était en train de se passer sous ses yeux, dans les arcanes des chairs des deux adultes enlacés et derrière les murailles de leurs fantasmes et de leurs désirs les plus secrets.

Loz, affaibli par les drogues, trop épuisé pour pouvoir ne serait-ce que redresser le torse et le corps enflammé par la fièvre au-delà du supportable, était à deux doigts de se mettre à hurler tant le contact de la jeune femme le mettait à la torture. Cette fille, dont il avait rêvé durant des jours, qu’il avait désirée jusqu’à la folie et lui avait ôté jusqu’au sommeil était là, tout contre lui, et serrait contre elle son grands corps nu à travers la barrière dérisoire du fin drap de coton peigné. Un drap qui, contre sa peau si ravagée de désir qu’elle en était douloureusement à vif, paraissait pourtant tissé de ronces et de chardons.

Tifa bougea un peu pour trouver une position un peu plus confortable pour tous les deux et le tissu frotta contre les petits tétons roses de l’incarné, lui arrachant un gémissement plaintif. Mais le pire était sans doute la tension insupportable au bas de son ventre. Elle était telle que Loz sentait battre et palpiter le sang dans le corps caverneux de son sexe gonflé à la façon d’un élancement douloureux, comme ceux dont on peut souffrir après un écrasement ou un coup particulièrement violent.

En fait, chaque mouvement de la jeune femme, fus-ce un simple mouvement des doigts dans ses cheveux, faisait naître un nouveau - et insoutenable - frisson qui descendait le long de son échine jusqu’à ses reins, traversait son ventre et envoyait une décharge électrique au bas de ce dernier, provoquant un douloureux afflux de sang et une nouvelle suée… qui descendait à son tour le long de son dos en une intolérable et torturante caresse.

Son coeur battait à présent si fort contre sa poitrine qu’il avait l’impression qu’il allait bientôt s’échapper de sa cage thoracique, déchirer la chair et les os qui l’emprisonnaient et sauter entre les seins de la jeune femme !

Cette image lui donna envie de rire et mal lui en prit : lorsqu’il inspira, le contact entre leurs corps se fit plus intense et il ne put contenir un sanglot plaintif contre son cou.

Tifa, à demi allongée sur lui, ne sentait que trop les battement du coeur affolé, les muscles frissonnants, les soupirs douloureux, la peau humide et brûlante, les halètements incontrôlables et l’impressionnant renflement au bas de son ventre, contre sa hanche à elle. Le parfum saturé de phéromones qui montait de sa chair incandescente lui tournait la tête et elle aurait voulu lécher la peau moite au creux de son cou et derrière son oreille, s’enivrer de cette odeur si mâle, le nez dans ses cheveux de mercure…

Jamais elle n’aurait cru voir un jour un homme aussi ravagé par le désir que Loz l’était en cet instant. Certes, la fièvre y était sans doute pour beaucoup mais le résultat n’en était pas moins délicieusement excitant…

Elle s’écarta un peu pour regarder l’expression de son visage.

La tête toujours renversée sur l’avant-bras de la jeune femme, il n’avait pas ouvert les yeux et respirait avec plus de difficulté que jamais mais sa blessure n’y était pour rien, cette fois. Ses joues s’étaient légèrement colorées de rose, ses yeux roulaient sous les paupières closes et ses lèvres entrouvertes avaient gonflé.

De sa main libre, Tifa prit le linge qui reposait sur la table de nuit, près d’un grand bol d’eau désormais tiède, et épongea doucement le visage baigné de sueur en commençant par le front et les tempes. Loz poussa un petit soupir et elle s’attarda un peu sur les grands yeux en amande, l’élégant nez droit et les pommettes hautes. Puis, se débarrassant de son gant à l’aide de ses dents, elle plongea à nouveau le linge dans le bol et pressa le trop plein de liquide.

- Va chercher de l’eau fraîche, tu veux bien ? demanda Tifa à Marlène.

- D’accord !

La petite bondit du lit, ravie de se rendre enfin utile, et se dirigea vers la salle de bains, le bol dans les mains.

Tifa, elle, se concentra à nouveau sur son “patient” et passa tendrement le linge sur les lèvres sensuelles, les mâchoires viriles et le menton volontaire avant de descendre sur la gorge et le haut de la poitrine.

Loz cambra le dos, pressant sa nuque contre l’avant-bras de la jeune femme, et sanglota une petite plainte en ouvrant à demi ses incroyables yeux félins, brillants de fièvre.

- Chut, le rassura Tifa en posant le bout de l’index sur ses lèvres. Ca va aller, du calme.

Le jeune homme secoua la tête avec un regard suppliant.

- Arrête ça…

Elle lui sourit, se méprenant sur ses craintes.

- Ce n’est qu’un linge humide. Personne ne te fera de mal, ici, je te le promets.

Elle posa la main à plat sur sa poitrine pour le rassurer, sur la partie inférieure d’un muscle pectoral que le bandage laissait à nu. Loz tressaillit, comme si le contact l’avait brûlé, se mordit la lèvre au sang et donna un involontaire coup de reins qui dévoila un instant l’impressionnante virilité qui se dressait au bas de son ventre musclé.

- Pardon… haleta-t-il d’une voix à peine audible en rougissant.

Tifa sentit ses joues devenir cuisantes mais sourit comme si elle n’avait rien remarqué et retira sa main de sa poitrine en réalisant que c’était le frottement de sa paume contre son petit téton rose douloureusement sensible qui avait provoqué ce mouvement réflexe.

- Ce n’est rien, c’est la fièvre, ça arrive, essaya-t-elle d’argumenter pour le tirer d’embarras. C’est normal… Comment te sens-tu ?

Il déglutit avec difficulté et secoua la tête.

- Mal… Je… Je…

“J’ai tellement envie de toi que je crois que je vais en mourir…” avait-il envie de dire, le cœur cognant tellement fort et le sang battant si violemment dans son bas-ventre et à ses tempes qu’il en avait la nausée et tête qui tournait.

- Marlène va apporter de l’eau fraîche, le secourut Tifa. Ça ira un peu mieux après, tu verras.

Elle caressa son front humide et peigna ses cheveux argentés de ses doigts graciles, le faisant soupirer.

Loz sourit avec tristesse, ferma les yeux et une larme roula sur sa tempe argentée. Il blottit à nouveau son visage au creux de son cou et pleura en silence.

- Loz ? chuchota la Tifa, inquiète. Qu’est-ce que tu as ?

- Rien… Rien du tout…

Avant même de se rendre compte de ce qu’elle faisait, Tifa posa ses lèvres frissonnantes sur son front fiévreux.

- Plus personne ne vous fera de mal, à toi et à Yazoo, promit-elle en resserrant son étreinte autour de ses épaules. Ni les médecins, ni Jenova, ni Sephiroth, ni personne. Le cauchemar est fini, Loz. Je te le promets…

Elle le sentit à nouveau haleter contre son cou et elle tourna légèrement la tête pour pour profiter de la sensation délicieuse de son souffle contre son oreille.

- Je n’ai pas arrêté de penser à toi depuis ce jour-là, dans l’église, avoua-t-il dans un souffle brûlant, tout contre sa joue. Pas une minute…

Tout le corps de Loz paraissait se tendre vers elle et la température de la chambre semblait avoir soudain monté de plusieurs degrés.

Tifa sentit son cœur faire une embardée et se mettre à battre la charge dans sa poitrine. Depuis quand un homme ne l’avait-elle pas désirée à ce point ? Au point que chaque pore de sa peau, chaque mot, chaque geste, chaque murmure, chaque souffle paraissait la supplier de lui accorder un instant d’attention. En fait… cela lui était-il seulement déjà arrivé ?

D’elle-même sa tête pivota encore un peu, sa joue se caressant à celle de l’incarné, les angles soignés des dessins de sa barbe lui picotant agréablement la peau. Les eux mi-clos, elle chercha ses lèvres.

- Tu vois qu’il va bien !

La voix de Denzel fit tressaillir la jeune femme, qui redressa la tête, blême comme un suaire.

- Je te l’avais dit ! insista le garçonnet. Pourquoi tu voulait pas qu’on le laisse avec Tifa ?

Dans l’encadrement de la porte, Cloud regardait ses chaussures, à demi mort de honte.

- Comment va Loz ? demanda-t-il à sa compagne en rougissant légèrement.

Tifa cligna des paupières, interloquée.

Cloud ne s’était-il dont aperçu de rien ? N’avait-il pas vu ce qu’elle s’apprêtait à faire ?

Elle baissa les yeux vers Loz qui, la nuque toujours appuyée sur son avant-bras et le visage tourné dans le sens opposé de la porte, avait eu la présence d’esprit de simuler l’inconscience dès que le fils adoptif de la jeune femme était entré dans la chambre…

*

Dans la salle de bains, Yazoo toujours assis entre ses jambes dans l’eau brûlante, Reno vit Marlène remplir un bol d’eau fraîche au lavabo et regarda sa montre. Minuit passé. Il était grand temps de coucher les enfants et d’essayer de dormir un peu.

Comme s’il avait lu dans ses pensées, l’incarné se serra un peu plus confortablement contre le turk avec un petit soupir et ce dernier réalisa que, depuis un petit moment déjà, Yazoo dormait comme un ange…

A Sephiroth

Si je ne te plais pas, tue-moi.
Mais d’abord, essaye-moi !

Zack

Le soleil s’est levé ?
Ou c’est toi qui viens de sourire ?

Genesis

Avec un steak pareil,
je ne commande même pas de frites !

Red XIII

Tu ne le croiras jamais :
Il y a 30 secondes, j’étais lesbienne !

Tifa

J’ignore où on va avec tout ça,
mais j’irai bien avec toi…

Cloud

La tentation de Reno

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Cette histoire (curieuse histoire, diraient certains) se passa un soir de juillet dans l’église en ruine de l’ancienne ville de Midgar.

L’athéisme ambiant, ou plutôt “ de bon ton ” avait réduit la petit église à l’état de ruine bien avant la chute du météore et, hormis une jeune femme qui, disait-on, y avait fait pousser des fleurs deux ans plus tôt, personne n’y mettait jamais les pieds.

Personne ?

Pas tout à fait car, à quelques pas du maître autel délabré, dans l’ombre d’une alcôve de pierre, un jeune homme était agenouillée à même le sol, sur les dalles de marbre.

La tête pieusement inclinée, il priait, ses mains fines jointes sur sa poitrine recouverte de cuir et ses longs cheveux de mercure retombant sur ses épaules à la fois carrées et élégantes.

“ Beau comme un ange… ”

C’est ce que murmuraient généralement les gens qui le croisaient.

Mais existe-t-il des anges aveugles ? Car aveugle, l’inconnu l’était, si l’on en croyait la canne blanche posée à côté de lui et le regard fixe de ses yeux fendus vert mako.

Détail qu’avait aussi remarqué un homme aux cheveux rouges, debout à quelques mètres derrière la pauvre créature. Et, à bien les regarder l’un et l’autre, avec leurs visages enfantins et leurs grands yeux clairs, on se disait qu’ils auraient fait les délices d’un peintre d’icônes.

L’inconnu à la chevelure de feu était un peu plus petit que le jeune aveugle et bien plus singulier. Mais, singuliers, tous les turks le sont et que nul n’imagine qu’il s’agit là d’un effet de style. Cet inconnu, qui détaillait celui que l’on prendrait volontiers pour l’un des siens, était bel et bien un turk et non des moindres. Il s’agissait de Reno.

Oui, ce Reno-là. Sur les lieux en cette belle soirée de juillet parce qu’un informateur anonyme lui avait assuré avoir été témoin d’un important trafic de materias de contrebande - dont il n’avait d’ailleurs pas vu trace.

Et Reno était subjugué par le jeune inconnu, qui ressemblait tellement à…

“ Sephiroth… ”

C’est avec une fascination mêlée de déférence qu’il s’approcha de l’aveugle agenouillé.

- Les Dieux doivent sourire en entendant de si belles prières.

Le jeune homme tressaillit et se retourna.

Faut-il décrire la surprise et le ravissement de Reno lorsqu’il contempla le délicat visage à la lumière feutrée filtrant par le toit éventré ? Inutile. Nul mot ne saurait le décrire de toute façon. Quant à sa voix, disons que si les campanules avaient pu jouer de la musique lorsque le vent du printemps les fait danser au rythme de sa brise, leur chant aurait ressemblé au doux timbre de l’aveugle.

- Bonsoir, murmura simplement celui-ci en tendant la main vers sa canne.

- Pardonnez-moi, je ne voulais pas vous effrayer mais je… je vous écoutais parler avec les Dieux et j’avoue que j’ai rarement vu quelqu’un prier avec tant de ferveur.

L’inconnu pencha la tête sur le côté et sa longue chevelure mercure lui balaya la poitrine.

- Écouter, dites-vous ? Il me semblait pourtant prier en silence. Pardonnez-moi si j’ai perturbé votre recueillement, j’étais persuadé d’avoir les lèvres closes.

- Disons que votre cœur et votre visage parlaient si bien qu’il m’a semblé les entendre.

Le jeune aveugle fit tinter son rire. Un doux rire cristallin teinté d’ironie qui ravit le turk.

- Vous êtes bien étrange, monsieur.

Reno sourit.

- D’accord, j’ai menti. En fait, je… Je trouvais que vous ressembliez étrangement à quelqu’un que j’ai connu.

- Oh. Pourtant, on me dit souvent que j’ai un physique un peu “ à part ”. Cela étant dit, monsieur, plaisanta le garçon, je suis dans l’impossibilité de vérifier !

Le turk rit de bon cœur.

- Mon nom est Reno, pas monsieur. ”

L’infirme se leva en s’aidant de sa canne et tendit sa main fine.

- Je m’appelle Yazoo. Enchanté.

Reno leva un sourcil, amusé, et serra la main tendue.

- Yazoo ? Quel nom singulier vous avez là.

- Oui, il parait.

Le jeune homme s’appuya sur sa canne, qui se coinça entre deux dalles mal assemblées et se brisa.

Emporté par son élan, il serait tombé tête première n’eût été les bras vigoureux qui le retinrent.

- Oh ! Pardonnez-moi… Zut, il ne manquait plus que ça.

- Habitez-vous loin d’ici ?

L’inconnu secoua la tête.

- Non, mais beaucoup trop loin pour moi sans cette canne, je le crains, soupira-t-il. Je vais appeler mon frère, pour qu’il vienne me chercher. Pouvez-vous me guider jusqu’à un endroit où je peux capter le réseau ?

Reno sourit.

- Je vous dois mieux que cela. Puisque je suis en partie responsable de cet incident, permettez-moi de vous raccompagner.

- Eh bien, je… je ne sais pas si…

Les hésitations du jeune homme amusèrent le turk.

- Rassurez-vous, vous ne risquez absolument rien en ma compagnie.

- Je… Je ne voulais pas être désagréable.

- Vous ne l’avez pas été.

- C’est que l’on entend tellement de choses horribles de nos jours, que… Excusez-moi. Je suis trop méfiant. Peut-être est-il temps de… (Il sourit) que je fasse un peu plus confiance aux gens.

- Venez, murmura Reno en lui donnant le bras. Attention aux gravats.

Ils quittèrent donc l’église et prirent la direction de Edge.

- Votre frère vous ressemble-t-il ? demanda Reno en marchant d’un pas serein.

Yazoo sourit.

- On le dit, oui. Bien qu’il soit beaucoup plus fort que moi ! Avez-vous des frères et sœurs vous-même ?

Ils devisèrent ainsi tout en marchant et nombreux furent les yeux qui, en chemin, se tournèrent dans leur direction. Bien des femmes succombèrent. Quant aux hommes, ma foi… soit ils grimacèrent, soit ils furent séduits, tout dépendit des hommes. Mais aucun regard, cependant, ne se détourna avant que la porte de l’entrée de l’immeuble délabré où habitait l’aveugle ne leur cache le pâle visage à la beauté éthérée.

- Vous disiez que je ressemblais à l’un de vos amis ?  demanda le jeune infirme en montant les marches.

- ” Ami ” ? Je n’irai pas jusque là, non, plaisanta le turk. Un ancien adversaire, plutôt. (L’aveugle s’arrêta un instant, haussa les sourcils et Reno rit de son expression.) Il avait les mêmes yeux que vous. Des yeux que je n’avais jamais vus chez quelqu’un d’autre jusqu’à maintenant. Ah ! Je crois que nous sommes arrivés. Je vous dis donc “ à bientôt ”. Peut-être.

- Est-ce que… Est-ce que vous accepteriez de boire un verre avec moi ? s’enquit timidement l’aveugle. Vous avez été très aimable et… j’avoue que vous m’êtes très sympathique. J’ai plaisir à parler avec vous.

Reno fut pris au dépourvu.

- Eh bien…

- Vous n’y êtes pas obligé, fit précipitamment Yazoo en rougissant furieusement.

Le turk sourit.

- J’accepte avec joie. Peut-être dois-je, moi aussi, devenir moins méfiant ! (Il haussa les épaules.) Déformation professionnelle ! plaisanta-t-il.

- Ah ? Vous êtes policier ?

- Ah ! Ah ! Ah ! Non. Je travaille pour les services de sécurité de la Shinra, fit-il évasivement.

- Oh. Je vois.

Reno entra dans l’appartement. Un meublé, selon toute vraisemblance, si l’on en croyait le manque total d’originalité et la sobriété de la décoration. Mais la seule présence de son hôte suffisait à magnifier les lieux et le turk, profitant de sa cécité, ne se gêna pas pour le détailler des pieds à la tête sans la moindre pudeur. Et il était beau, son hôte, pour ça oui ! Si les anges avaient eu une descendance, il aurait pu se croire en présence de l’un d’entre eux.

- Le salon est par là, précisa le jeune homme en le précédant. Qu’aimeriez-vous boire ?

- Un whisky allongé, si vous avez ça.

Yazoo prit deux verres dans un placard, une flasque contenant un liquide doré et une bouteille d’eau minérale dans le réfrigérateur du bar.

- Me permettez-vous de vous regarder à ma manière ? demanda-t-il en remplissant les verres. Je suis curieux de savoir à quoi vous ressemblez.

- Que voulez-vous d…

Mais le jeune homme faisait déjà courir ses doigts frais sur son visage avec délicatesse.

- Vous êtes beau.

Reno sourit, à la fois gêné et flatté.

- Merci.

- De rien, susurra Yazoo à un souffle de ses lèvres.

Le turk observa la petite bouche boudeuse avec curiosité. Que se passerait-il s’il posait ses lèvres sur ces lèvres-là ? Concupiscence ? Luxure ? Péché ? Abomination ? Acte contre-nature ? Bien sûr que non. Le baiser d’une bouche pareille ne pouvait être que tendre, pur et sans arrière pensée, à l’image de son propriétaire.

Reno se pencha doucement sur le visage délicat et embrassa les lèvres tendres. Une vague d’émotion le submergea et il eut à peine conscience des bras qui l’entraînaient sur les coussins.

***

Lorsqu’il ouvrit les yeux, il était seul dans le lit et avait un mal de crâne à faire hurler un muet.

Merde, qu’avait-il fait ?

Il vit un long cheveu d’électrum sur l’oreiller et frémit.

Que s’était-il passé ? Il eut beau essayer de se souvenir, il lui semblait que sa mémoire s’obstinait a lui masquer les preuves de sa bêtise.

“ Oh, la vache… Ma tête ! ”

Ils avaient bu… Oui, beaucoup bu. Et beaucoup ri, aussi. Puis ils avaient fait l’amour. Et avaient encore bu…

Reno avait parlé à Yazoo de sa ressemblance avec Sephiroth et le garçon avait posé des dizaines de questions. Trop de questions, en fait. Oui, beaucoup trop de questions - auxquelles il avait d’ailleurs répondu, grisé par l’alcool et le sexe.

- Qui est cette… Jenova ? avait demandé le garçon.

Reno avait éclaté de rire et vidé un autre verre de brandy.

- C’est pas vrai ! Tu as vécu dans une boîte, ces dernières années, ou quoi ?

Alors il lui avait parlé de la calamité tombée du ciel. De la façon dont Sephiroth avait…

- Oh, putain ! s’écria-t-il en se redressant sur le lit, soudain parfaitement dégrisé.

Il réalisa alors qu’il n’était pas seul dans la chambre.

Un homme vêtu de cuir, aux courts cheveux de mercure et aux épaules aussi larges aussi larges que celles de Rude, était appuyé contre le chambranle de la porte. Grand, un profil de médaille et admirablement découplé, il dégageait ce charme sauvage et cette puissance qui n’appartient qu’aux grands fauves.

Ses yeux mako aux pupilles fendues luisaient dans la pénombre et il souriait, follement amusé.

- Yazoo ! appela-t-il. Il est réveillé !

“ L’ange ” qui avait si sensuellement gémi le nom de Reno quelques heures plus tôt, entra dans la chambre, vêtu de son long manteau de cuir noir. Il s’appuya contre la large poitrine de celui qui - si l’on en croyait la façon dont il transpirait la sensualité et la vigueur - ne pouvait être que son frère.

La pose de Yazoo était languissante ; son immobilité, une invitation et son regard… un monde de sarcasmes non formulés.

Les pupilles fendues se vissèrent à celle du turk sans la moindre hésitation.

- Aveugle, mon cul… cracha ce dernier. Tu t’es servi de moi, sale fils de pute !

Fou de rage, il bondit du lit pour se jeter sur son arme mais le jeune colosse aux cheveux courts le devança à une vitesse prodigieuse et l’assomma.

- Qu’est-ce qu’on fait de lui ? demanda-t-il avec un rictus mauvais.

- On s’en fiche, répondit son frère. Viens. Allons vite dire à Kadaj que nous savons où est mère.

Ils quittèrent la pièce et, quelques secondes plus part, Reno, à demi inconscient,

entendit vrombir le moteur de deux motos au pied de l’immeuble.

Il se traîna sur le sol pour se saisir de son téléphone cellulaire et composa le numéro de Tseng.

“ Reno ? Reno, ça va ? Tu as une drôle de voix ? ”

- Elena ?

“ Oui, Tseng est en réunion avec le patr… ”

-  Il faut que vous partiez au cratère nord ! Tout de suite ! Je vous rejoindrai là-bas !

“ Quoi ? Pourquoi ? Qu’est-ce que tu racontes ? ”

- Je crois que j’ai fait une connerie, Elena… Une énorme connerie.

VI - Vivants ! J + 3

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno étendit une couverture supplémentaire sur le corps frissonnant toujours inconscient de Yazoo et Tifa secoua la tête, découragée.

- L’un est glacé et l’autre a une fièvre de cheval… c’est à en perdre sa langue.

- Très bien professeur, merci, disait Cloud au téléphone en entrant dans la chambre d’où il était sorti pour appeler l’hôpital. Oui, je vous rappelle si ça empire. Oui, merci.

Il raccrocha.

- Alors ? Qu’est-ce qu’il a dit ? s’enquit Reno.

Le jeune homme haussa les épaules.

- Bain très chaud, laissa-t-il tomber.

- Et… c’est tout ?

- C’est ce qu’il a préconisé. D’après lui, la baisse de température n’est due qu’au choc traumatique.

- Et lui, alors ? intervint Marlène en passant sa petite main sur le front moite de Loz, qui délirait dans un demi-sommeil. Pourquoi il est aussi malade ?

Tifa se pencha sur elle et lui lissa les cheveux en souriant pour la rassurer.

- Il a une très vilaine blessure, ma chérie. La fièvre, c’est parce que son corps combat l’infection. Elle tombera bientôt, tu verras.

- Il faut le mettre dans la baignoire, alors ? demanda Denzel, qui n’avait pas lâché la main de Yazoo depuis qu’il était entré dans la chambre, juste après avoir expédié son petit déjeuner au bar.

Cloud lui tapota paternellement la tête.

- Oui, comme le docteur l’a dit : un bon bain très chaud. Reno est moi allons nous en occuper, ne t’en fais pas.

- ” Très chaud ” ? Et… ça va pas le brûler ?

Reno éclata de rire.

- Pourquoi veux-tu que ça le brûle ? On va juste le réchauffer, pas l’ébouillanter !

- Bah, il a presque pas de peau, regarde, plaida le petit en lui tendant la main molle de l’argenté, qu’il serrait dans ses menottes. On voit tout à travers !

Le turk, plus amusé que jamais, s’accroupit à ses côtés et prit la main délicate de Yazoo dans la sienne.

- Ils ont la peau très claire, expliqua-t-il patiemment en suivant du doigt une fine veine bleue dans le creux du bras, c’est pour ça qu’elle te paraît transparente. Mais elle est aussi résistante que la tienne ou la mienne, rassure-toi. Voire même plus. Un bain chaud ne lui fera aucun mal, je te le promets.

Cloud tendit la main au garçonnet.

- Tu viens ? On va le faire couler.

Denzel bondit sur ses pieds et quitta la pièce en compagnie de son ami, au grand amusement de Tifa, qui s’assit sur le bord du lit, près de Marlène.

- Il va dans son corps, ce gros tuyau ? demanda la petite en désignant le tube ensanglanté qui sortait de dessous les draps qui recouvraient Loz.

- C’est un drain, ma chérie. Et il n’est pas si gros que ça. Ca sert à faire sortir le sang et le liquide de ses poumons pour qu’il ne s’étouffe pas.

La fillette grimaça.

- Et il va avoir ça tout le temps, maintenant ?

- Non ! Bien sûr que non. C’est juste le temps que sa blessure cicatrise un peu.

- Pourquoi il se réveille pas ?

- Ca va venir. Il faut que la fièvre tombe un peu et que les effets des médicaments se dissipent.

Marlène poussa un profond soupir qui fit rire Reno.

- Tu ne vas pas avoir peur de lui, quand il se réveillera ? demanda-t-il.

Elle secoua furieusement la tête.

- Bah non, t’es bête ! Il est pas méchant, avec les enfants, rétorqua-t-elle avec une docte assurance qui fit pouffer Tifa. C’est vrai ! insita-t-elle. Demande à Denzel, si tu me crois pas !

- Oh mais je te crois, ma puce.

- Et à vous non plus, il fera plus de mal, ajouta-t-elle le plus sérieusement du monde, puisque Jenova n’est plus là pour le commander…

- Ah… L’assurance des enfants ! railla le turk, plus amusé que jamais, en frottant doucement la main glacée de Yazoo.

- C’est vrai ! C’est même Cloud qui l’a dit ! Hein que c’est vrai, Tifa ?

- Oui, ma chérie, il l’a dit.

- Oh ! Regardez ! s’écria soudain la petite en se penchant sur le visage baigné de sueur de son protégé. Il pleure !

Tifa éclata de rire.

- Mais non, voyons, il transp… Ah, si, tu as raison, se reprit-elle en voyant des larmes rouler sur les tempes argentées pour se perdre dans la chevelure de mercure. Il pleure.

- Le pauvre… gémit la petite. C’est parce qu’il a mal, tu crois ?

- Je ne sais pas, Marlène.

Elle prit le linge avec lequel la fillette lui épongeait le front, le trempa dans la bassine d’eau fraîche prévue à cet effet, l’essora et le passa doucement sur le visage et les yeux de l’incarné.

Sa tête ballottait sur l’oreiller, en proie à une poussée de fièvre particulièrement violente, et des petits gémissements à peine audibles s’échappaient de ses lèvres entrouvertes.

- Chut, chut, chut… Allons, du calme… murmura la jeune femme en prenant son visage entre ses mains en coupe, ses pouces caressant doucement ses joues, dont deux pattes argentées soigneusement taillées en L soulignaient les lignes viriles.

- Ti…fa… susurra-t-il dans son état de semi-conscience, faisant un peu rougir la jeune femme, qui ne le lâcha pas pour autant.

- Je suis là, du calme…

Sa peau était douce et chaude sous ses doigts et ses lèvres pleines, gonflées par la fièvre, et brûlantes. Si Reno et Marlène n’avaient pas été là, elle se serait laissée aller à en caresser le contour du bout du pouce, comme ça, juste pour le plaisir de sentir la peau souple.

Loz avait une bouche terriblement sensuelle, aux lèvres pleines élégamment ourlées, et de grands yeux en amande magnifiques. Peu importait qui il était ni ce qu’elle pouvait lui reprocher, il n’en était pas moins un homme particulièrement agréable à contempler.

Même dans l’église, là-bas, dans les ruines de Midgar, Tifa n’avait pu s’empêcher de remarquer le corps athlétique, véritable mètre étalon de perfection masculine, que mettaient en avant plus qu’ils ne cachaient ses vêtements de cuir moulants.

Jamais elle n’avait croisé un homme avec des proportions aussi exquises : grand et élancé, le dos formant un large V sans défaut, une taille étroite et cambrée jusqu’au vertige sur des fesses d’une rondeur affolante et des cuisses puissantes, qui doublaient presque de volume lorsque les muscles se gonflaient, tendant le cuir du pantalon jusqu’à la limite de la déchirure…

Oui, un corps à retourner les sens qu’elle aurait pu contempler dans sa plus bouleversante nudité si elle avait été seule pour pouvoir soulever les couvertures. Un corps dont elle avait eu un fugace aperçu - trop fugace, hélas - à l’hôpital, lorsque le médecin avait rabattu le drap.

- ” Ahem ! ” cria presque Reno, la faisant tressaillir.

- Hein ? bredouilla-t-elle. Quoi ?

Elle cligna des yeux comme au sortir d’un rêve, vit la grimace du turk et s’aperçut qu’elle tenait toujours dans ses mains le visage de Loz, qu’elle continuait à caresser mécaniquement du bout des doigts.

Elle ne le lâcha qu’en remarquant Cloud, debout près d’elle - et apparemment là depuis un petit moment.

- Je disais : le bain est prêt, fit celui-ci d’une voix blanche et avec une expression qui en disait plus long qu’un discours sur ce qu’il avait surpris dans les yeux de la jeune femme alors qu’elle caressait les joues de l’argenté inconscient.

*

Denzel plongea une dernière fois le thermomètre dans l’eau puis sa main. Et encore une fois le thermomètre. Puis à nouveau sa main.

- Puisqu’on te dit qu’il ne risque rien, graine de têtard ! gouailla Reno en entrant dans la salle de bains avec, dans les bras, un Yazoo nu et frissonnant.

- J’suis pas un têtard ! s’écria le garçonnet en sautant sur ses pieds, les poings serrés.

Le turk éclata de rire et se pencha par-dessus le rebord de la baignoire pour y plonger l’incarné inconscient qui, aussitôt qu’il sentit l’eau commencer à le recouvrir, s’agita comme un beau diable en gémissant, envoyant des gerbes d’eau chaude en tout sens et manquant de peu de déséquilibrer Reno.

- Oh ! Là ! Du calme ! Du calme, voyons !

- Tu vois ! s’écria Denzel en essayant de tirer le turk en arrière, loin de la baignoire. Je t’avais dit que ça le brûlerait !

- Ca n’a rien à voir, Denzel. L’eau n’est pas chaude à ce point.

Incapable de maintenir Yazoo dans l’eau sans risquer qu’il ne se blesse - ou qu’il ne le blesse lui ou le garçonnet - Reno s’accroupit sur le sol, l’argenté serré contre lui en une étreinte de fer pour l’empêcher de bouger et l’obliger à se calmer.

- Chut, chut, chut… On se calme, allez, allez, c’est fini.

- Qu’est-ce qui se passe ? demanda Cloud en entrant à son tour dans la salle de bains pour voir l’incarné et le turk avachis sur le carrelage et trempés comme des soupes. C’était quoi, ces gémissements ?

- Monsieur n’aime pas l’eau ! railla le Reno.

Cloud s’approcha et posa la main sur la poitrine nue de Yazoo.

Son coeur battait comme celui d’un moineau pris au piège.

- Il est totalement paniqué. Qu’est-ce que tu lui as fait ?

- Mais rien ! A peine les fesses dans l’eau, il a commencé à geindre et à donner des coups en tout sens. Il a pourtant déjà dû se laver au moins une fois dans sa vie, quand même !

- Ca doit être à cause de la pluie… réalisa l’ancien postulant soldat. Oui, c’est sûrement ça.

- Hein ? De quoi tu parles ?

- La pluie qui a balayé les géostigmates.

- Eh bien quoi, la pluie ?

- Elle agissait sur eux comme une pluie acide.

- Quel rapport ?

- Les médecins l’ont drogué, Reno ! Il est dans les vapes. Il ne se rend pas compte que tu essayes de le plonger dans une inoffensive baignoire. La dernière chose dont il se souvient plus ou moins nettement, c’est sûrement d’être coincé sous ses tonnes de gravats avec cette pluie acide brûlante qui lui tombait dessus sans pouvoir rien faire pour lui échapper !

Reno grimaça et écarta les cheveux humides du petit visage bleui, dont les lèvres mouillées tremblaient comme jamais.

- Ah, merde… J’avais pas pensé à ça.

- Je vais t’aider à tenir immobile dans l’eau.

- Non, attends, on risquerait de faire sauter ses points de suture. J’ai une meilleure idée : tiens-le-moi une minute.

Reno se leva pour retirer chemise et pantalon avant de prendre place dans la grande baignoire.

- Ecarte-toi, Denzel, il pourrait te donner un coup. Vas-y, passe-le-moi.

Cloud assit l’argenté entre les jambes du turk et celui-ci le saisit aussitôt à bras le corps par derrière pour l’empêcher de bouger.

Peine perdue, Yazoo se débattit avec la force du désespoir.

- Du calme ! Chut… Ca va, ça va… Arrête ! Chut… C’est pas vrai ! Arrête… Du calme… Bordel, attrape-lui les jambes !

Il fallut dix bonnes minutes pour que Yazoo finisse par déclarer forfait et se laisse aller contre la poitrine de Reno avec un gémissement pitoyable, totalement épuisé.

- Chut… chuchota celui-ci contre son oreille. Tu vois, c’était pas si terrible… Du calme… Allez, calme-toi…

Le turk l’installa confortablement tout contre lui et s’immergea totalement en prenant toutefois bien garde de lui laisser la tête hors de l’eau.

- On dirait que ça va aller, nota Cloud en passant la main sur le petit visage encore trop pâle.

- Je remets un peu d’eau chaude ? demanda Denzel en plongeant le thermomètre dans l’eau à présent tiède.

- Ouais, bonhomme, vas-y, acquiesça Reno, Et toi, tu arrêtes de gigoter, ajouta-t-il en immobilisant les jambes de Yazoo entre les siennes.

Ce dernier poussa une petite plainte et le turk desserra un peu l’étau de ses cuisses.

- Fais attention à sa jambe, prévint Cloud en tâtant l’épais rectangle de peau artificielle qui devait protéger la blessure de l’argenté et remplacer son épiderme jusqu’à ce que celle-ci cicatrise et se reforme.

- Les points de suture ont morflé ?

- Non, ça a l’air d’aller. Tout est bien en place.

Denzel ferma le robinet d’eau chaude après avoir vérifié la température de l’eau une énième fois et croisa ses petits bras sur le rebord de la baignoire.

- Il va se réveiller quand ? demanda-t-il, impatient.

- Pas tout de suite, on dirait, plaisanta Reno en sentant le souffle régulier de Yazoo contre sa joue.

- Il s’est endormi ? s’étonna Cloud. (Le turk acquiesça) Alors, profites-en pour lui faire faire trempette aussi longtemps que possible. Viens Denzel, on va aller voir Tifa.

- Mais je peux rester ici, je ferais pas de bruit, promis.

- Non, laisse Yazoo avec Reno, il a besoin de calme, allez.

Le petit obéit à regret et Reno ne put s’empêcher de sourire.

« Besoin de calme, tu parles ! »

Cloud n’avait surtout aucune envie de laisser sa dulcinée seule avec Loz après le regard qu’il avait surpris en revenant dans la chambre !

Il aurait fallu être aveugle pour ne pas le remarquer, d’ailleurs.

Cela étant dit, il pouvait comprendre Tifa.

A plus forte raison maintenant que le petit visage en coeur de Yazoo reposait tout contre le sien et que son corps tendre se lovait contre lui.

Les incarnés paraissaient avoir un « truc », un je-ne-sais-quoi qui agissait comme un aimant et donnait envie de toucher leur peau diaphane, presque bleutée, et leurs étranges cheveux argentés.

S’ils étaient agressifs, une peur quasi paranormale vous tordait le ventre à la seule idée d’affronter ces étranges créatures évanescentes mais, dès l’instant qu’ils montraient le moindre signe de faiblesse ou de fragilité, on avait aussitôt envie de les protéger et de les serrer contre soi, comme on pourrait le faire avec un chiot ou un chaton particulièrement craquant.

Cela faisait-il partie de la panoplie de survie inhérente à leur étrange nature, au même titre que leur rapidité ou leur adresse ?

Pouvoir effrayer leurs adversaires jusqu’au malaise lorsqu’ils étaient en mesure de le faire et, si ce n’était plus le cas, qu’ils étaient fragilisés ou ne pouvaient plus se défendre, susciter la sympathie d’autrui, voire même un attendrissement extrême ou, carrément de l’affection ?

Reno tourna un peu la tête pour détailler la « bouille » (comment aurait-il pu appeler cela autrement ?) qui se pressait contre sa joue et passa tout doucement le bout de l’index sur la chair pâle et si tendre de la petite bouche boudeuse. Le souffle léger qui s’échappait des lèvres entrouvertes était tout juste tiède.

- Et si on remettait encore un peu d’eau chaude, mhh ? susurra-t-il en effleurant de ses lèvres le bout du petit nez glacé.

Il vida une partie de l’eau de la baignoire et fit couler le robinet chaud quelques minutes pour la remplir à nouveau.

Lorsqu’il le ferma, Yazoo bougea un peu pour se blottir tout entier contre lui et nicher son visage au creux de son cou avec un petit soupir expressif qui fit pouffer Reno.

- Je t’en prie, vas-y, mets-toi à l’aise, railla le turk dans un murmure en retenant un fou-rire.

…à suivre

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LIII - Etre un homme

Il est plus facile d’être un héros qu’un homme.

Héros nous pouvons l’être une fois par hasard ;

Mais être un homme digne de ce nom…

Ca, c’est une autre histoire !”

L. Pirandello

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Assis sur un banc du parc enténébré, Cloud et Barret regardèrent décoller l’hélicoptère en buvant une bière.

- Tu sais ce que Cid va faire à Canyon Cosmo ? demanda le jeune homme.

Le chef d’AVALANCHE haussa les épaules.

- Moi, les délires mystiques, j’y pige que dalle ! J’ai toujours trouvé Nanaki un peu ” barge “.

Cloud laissa échapper un petit rire en frottant ses bras endoloris couverts d’ecchymoses noirâtres.

Vincent n’exagérait pas : Loz avait une force hors normes. Si Barret n’était pas venu lui donner un coup de main, vers la fin, il aurait été incapable de l’empêcher de bondir hors du lit pour se cogner la tête contre les murs.

Kadaj lui avait dit que c’était ce que Loz faisait lors des premières injections de mako, au laboratoire. Se taper le front contre le sol et les parois de verre sécurisé dans l’espoir qu’un coup suffisamment violent le fasse sombrer dans l’inconscience.

” Yazoo s’est brisé les os des deux mains en essayant de l’arrêter, une fois. ”

- Ca va, tes bras ? s’enquit Barret.

Le jeune soldat hocha la tête.

- Oui, pas de problème. Jusque quelques bleus. Shalua m’a donné ce qu’il fallait, ne t’en fais pas.

Le colosse but une longue gorgée de bière et ricana.

- Il a une sacrée force, le bestiau ! Je me demande encore par quel miracle il ne t’a pas brisé les os.

- Il a réussi plus ou moins à se contrôler, c’est évident. Sinon, à l’heure qu’il est, vous tireriez tous sur mon pantalon pour m’extraire du mur de l’infirmerie où je serais encore encastré !

Barret éclata d’un rire tonitruant et lui asséna une tape sur la cuisse.

- N’empêche que Cid a raison, fit-il lorsqu’il se fut un peu calmé. Ce mec en a une sacrée paire pour avoir fait ce qu’il a fait.

Cloud finit sa bière d’un trait et hocha la tête, la gorge un peu serrée.

- Ouais. Ouais, c’est vrai. Je suis bien obligé de le reconnaître.

Le chef d’AVALANCHE tiqua et se tourna franchement vers lui.

- Ravale ta jalousie, p’tit, elle n’est vraiment pas de mise. Si tu as ne serait-ce qu’un peu d’affection pour Tifa, fais-moi au moins le plaisir d’être content pour elle parce qu’elle ne pouvait pas mieux tomber. Loz est un homme digne de ce nom, un vrai, c’est moi qui te le dis. Fort, généreux, franc du collier et droit dans ses bottes !

- Je sais, Barret, admit le jeune homme malgré lui. Et c’est peut-être ça qui me met le plus en rogne, finalement. Un salopard serait plus facile à détester…

Le colosse éclata de rire et lui tapota le dos.

- Barret… ? reprit Cloud après un petit moment d’une voix à peine audible.

- Mhh ?

- Comment… Comment sait-on si on est un homme ?

Barret faillit s’étouffer avec sa bière et son hilarité redoubla.

- Quoi ? s’étrangla-t-il.

- Je veux dire… un ” vrai “. ” Fort ” et ” Droit dans ses bottes “, comme tu dis. Comment sait-on si on en est devenu un ?

La moue sarcastique de Barret s’effaça, remplacée par un sourire avenant et paternel.

- J’en sais rien, p’tit, dit-il en pressant l’épaule de son jeune compagnon. Tout ce que je peux te dire c’est qu’un beau jour, tu te regardes dans le miroir et que tu sais que tu n’as plus besoin de te poser cette question…

Cloud sourit tristement, hocha la tête et déboucha une autre bière.

*

Cait s’assit confortablement sur le fauteuil de Kadaj et, après avoir souhaité une bonne lui à l’argenté et à Yuffie, se mit en mode “veille “.

Celle-ci, étendue tout habillée sur le lit aux côtés de l’argenté, les bras derrière la tête, sourit, attendrie.

- Ils sont vraiment mignons, tous les deux.

Kadaj tourna la tête vers elle.

- Qui ?

- Ton frère et Tifa ! railla-t-elle. Qui d’autre ?

- Oh.

- Cette façon qu’elle a de lui passer la main dans les cheveux… Et lui ? Tu as vu comme il la regarde avant de poser sa joue contre sa poitrine ? C’est trop chou ! Tu trouves pas ?

L’argenté sourit.

- C’est vrai, ils vont bien ensemble.

- Ouais… Ils font un très joli couple. Shalua et Cid aussi, remarque. Tu as vu ce baiser, lorsqu’il est sorti de la cuve ? Wouahouh ! (Elle soupira, rêveuse.) Je me demande ce que l’on éprouve en embrassant quelqu’un qui tient à toi à ce point là…

Kadaj tiqua.

- Comment ça ?

- Bah oui, quelqu’un qui a des sentiments pour toi, pas juste un partenaire d’une nuit. Quelqu’un avec ce ” truc ” bizarre dans yeux, tu sais ? Comme Loz quand il regarde Tifa.

- Du désir ? demanda l’argenté contre son oreille, taquin.

Yuffie pouffa et lui donna un coup de coude.

- Mais non, idiot ! Cette petite flamme verte qui brille dans ses yeux, quand il est sur le point de l’embrasser ou de la prendre dans ses bras. C’est… je ne sais pas. Ca doit faire bizarre de savoir que c’est toi qui provoques cette expression dans les yeux d’un homme. Je me demande ce que ça fait.

Perdue dans ses romantiques pensées, elle sentit à peine Kadaj se redresser sur un coude, à côté d’elle, et se pencher au-dessus sur son visage.

- Ca fait à peu près ça… susurra-t-il tout contre sa joue en plongeant ses beaux yeux vert mako dans les siens.

Yuffie sursauta et voulut protester mais deux pupilles fendues accrochèrent son regard et des lèvres fraîches et légères aspirèrent son cri de surprise dans la bouche entrouverte de leur propriétaire.

Prenant bien garde à ne pas l’écraser sous poids pour ne pas lui donner l’impression d’être prisonnière - mais en appuyant suffisamment sa poitrine nue sur les seins menus pour lui faire sentir que c’était bien le corps d’un homme qui la recouvrait - Kadaj l’embrassa avec toute la douceur dont il était capable.

Il ne força rien ni n’exigea rien, se contentant de caresser la petite bouche de la sienne et d’en suivre les contours du bout de la langue jusqu’à ce qu’on l’invite d’un soupir à pousser plus avant.

Les yeux grands ouverts pour qu’elle puisse tout à loisir contempler cette ” petite flamme ” qui la fascinait tant dans ceux de son frère aîné, l’argenté lui offrit sans doute le premier vrai moment de tendresse voluptueuse de sa jeune existence.

Lorsque Kadaj mit fin au baiser, craignant que le feu dévastateur qui commençait à le dévorer et menaçait de l’enflammer à tout instant n’effarouche la jeune fille, il remarqua qu’un désir au moins aussi impérieux que le sien - bien que plus innocent - flambait dans les noires ténèbres de ses prunelles.

- Non… chuchota-t-elle contre sa bouche en nouant ses bras autour de ses épaules pour le retenir.

- As-tu une idée de ce à quoi tu t’exposes en faisant ça ? demanda-t-il d’une voix enrouée, à la fois malicieuse et terriblement sensuelle.

Yuffie lui répondit par un sourire provoquant et referma la main sur sa nuque pour rapprocher à nouveau son visage du sien…

*

Reno se pressa contre le dos de Yazoo lorsqu’il sortit de la douche l’enlaça.

Il sentait le cœur de l’incarné battre aussi vite que le sien sous le peignoir de fin coton noir. Ses mains recouvrirent les siennes et les serrèrent si fort que le turk sentit les jointures de ses phalanges craquer.

- Yazoo… soupira-t-il contre sa nuque, enivré par le parfum sucré de sa peau opaline.

Il prit une profonde inspiration qui fit frissonner l’incarné et, d’une petite pression, le poussa doucement vers le lit.

La prise sur ses mains se relâcha et Yazoo se laissa aller contre lui, la tête renversée sur son épaule, les yeux clos et les lèvres entrouvertes, tendres, pleines, tentatrices…

Reno les effleura des siennes et il l’allongea sur le lit avant de s’écarter un peu pour l’admirer étendu là, à la lueur de la lampe de chevet.

Les cheveux de mercure étaient épars sur la couette et le peignoir noirs et une jambe dénudée jusqu’en haut de la cuisse par un entrebâillement fortuit, les parties les plus intimes de l’argenté à l’abri précaire d’un pli uniquement assuré par l’obstacle dérisoire du nœud de la ceinture, dont le turk saisit l’une des extrémités.

Il lui aurait suffi de tirer, ne serait-ce qu’un peu, et le nœud lâche aurait cédé, libérant les deux pans du vêtement, qui glisseraient sur ses flancs comme deux vagues ténébreuses qui se retirent, exposant le corps laiteux dans son entier…

Yazoo ouvrit à demi les yeux et laissa échapper un soupir inaudible qui, le temps d’un clignement de paupières, accentua l’échancrure provocante, impatiente de s’ouvrir d’avantage.

Reno enroula la ceinture autour de sa main et tira très lentement ; suffisamment fort pour qu’il sente le long ruban de coton forcer sur le nœud mais pas assez pour faire céder ce dernier.

Le regard de l’argenté se fit brûlant et ses lèvres frémirent.

Pouce par pouce, la ceinture coula entre les doigts de Reno et, après une dernière hésitation, retomba sur la cuisse dénudée.

Les yeux mako s’écarquillèrent, habités par l’incompréhension et peut-être, une légère anxiété, mais le turk le rassura d’un sourire et se pencha pour déposer un baiser sur le nœud du peignoir avant de se glisser hors du lit, le regard rivé au sien.

Sans hâte, il fit glisser sa chemise sur ses épaules et, lorsque le vêtement retomba sur ses reins, Yazoo retint son souffle.

Lentement, Reno défit sa ceinture et son pantalon chut à son tour à ses pieds.

Il ne portait pas de sous-vêtement.

L’argenté avait redressé un peu la tête et le turk pouvait presque sentir ses prunelles vert topaze caresser sa peau tant le regard était intense.

Immobile, il laissa Yazoo le contempler à satiété - chose que celui-ci n’avait encore jamais osé faire ouvertement jusque là -, ravi et excité par l’admiration qu’il lisait sur son visage. Admiration qui se teinta de curiosité, lorsqu’il considéra ses attributs et la hampe de chair qui se dressait au bas de son ventre.

Un invraisemblable amalgame de honte, de ravissement, de stupeur et d’excitation se lut sur le petit visage en cœur de Yazoo, qui prit une profonde inspiration et adressa à Reno un merveilleux sourire.

- Tu es… beau. Vraiment beau, ajouta-t-il en resserrant les pans de son peignoir d’un geste inconscient.

Le turk inclina la tête sur le côté et fronça les sourcils, surpris par cette pudeur soudaine.

- Je suis sincère, martela l’argenté, se méprenant sur sa moue. Je suis… flatté.

- Pourquoi te cacher, dans ce cas ?

Yazoo écarquilla les yeux, suivit son regard et parut remarquer ses doigts, contractées sur le coton noir de son peignoir.

Il pâlit.

- Oh… Je… Ne crois p… bredouilla-t-il. Enfin, je veux dire que…

Reno s’assit sur le lit et tendit la main vers ses cheveux argentins pour y entrelacer ses doigts.

- Qu’est-ce que tu as ? s’inquiéta-t-il.

Son érection provocante l’avait-elle effrayé ? Craignait-il de faire l’amour avec lui ?

Yazoo détourna le regard.

- Je… (Il toussota) Il y a un peu trop de lumière…

Les bras de Reno lui en tombèrent.

Encore cette histoire de cicatrices !

- Et moi, je trouve qu’il n’y en a pas assez, chuchota-t-il tout contre sa joue. Je ne veux pas rater une miette de toi. Pas une…

L’argenté suivit le mouvement de ses mains d’un regard inquiet et ces dernières se refermèrent sur la ceinture du peignoir.

Très lentement, le turk défit le nœud de coton, écarta les deux pans du vêtement et sourit de contentement.

Jusqu’au bout de ses petits tétons roses, Yazoo frôlait la perfection…

Sous sa peau de porcelaine courait une musculature ferme et bien dessinée et du bout du doigt, Reno suivit le contour des pectoraux et des abdominaux, évita le petit nombril et caressa le ventre plat, au bas duquel un sexe d’une couleur plus foncée que la peau imberbe alentour était assoupi.

De l’index, le turk tira sur la peau élastique et fit jaillir un bourgeon rose, d’où coula une goutte argentée qui roula pour se perdre entre deux petits testicules doux et lisses, aussi appétissants que des fruits mûrs.

Avec un sourire attendri, Reno se pencha en avant et les mordilla très doucement, s’enivrant de leur parfum sucré.

Yazoo tressaillit et laissa échapper un petit soupir, qui se fit sifflant lorsque la langue agile remonta le long de la colonne qui s’érigeait, de plus en plus dure, jusqu’au bourgeon humide.

Faisant tressauter la peau étourdissante, Reno remonta ensuite le long du ventre jusqu’à un téton puis papillonna jusqu’à la gorge et au menton pour trouver enfin le plus court chemin jusqu’à ses lèvres, qu’il aspira délicatement entre les siennes.

- Je t’aime, Yazoo Baby… chuchota-t-il entre elles, le souffle court.

Celui-ci sourit contre sa bouche, conscient, maintenant, de l’effet qu’il avait sur le turk, dont le sexe érigé palpitait contre sa cuisse, impatient.

Sans hâte, ses lèvres s’entrouvrirent et Reno accepta l’invitation avec un soupir affamé. Le bout de sa langue se glissa entre ses dents et chercha la sienne, qui vint timidement à sa rencontre.

Entêtant était son baiser, comme sa peau et son essence la plus intime. N’eut-il écouté que son impatience, Reno aurait plongé sans retenue dans cette caverne humide mais seul un mufle viderait d’un trait une coupe de vin rare.

Yazoo noua ses bras autour de lui et répondit à son baiser de façon passionnée et maladroite, accentuant la pression de leurs corps affamés, et aspira sa langue dans sa bouche avec ce qui n’était pas loin de ressembler à de la violence, faisant presque s’entrechoquer leurs dents.

Par caresses, tendres griffures et pincements, le turk lui fit comprendre que ce n’était pas ainsi que cela devait se passer et la petite bouche pâle se fit plus docile, ses mains moins brutales sur son dos.

- Pardon… s’excusa Yazoo contre ses lèvres.

Reno sourit et lissa une mèche de cheveux argentés.

- Laisse-moi faire… susurra-t-il avec sensualité en déposant sur sa gorge un baiser qui se mua en douce succion.

Puis il remonta jusqu’à son oreille et en suivit le contour du bout de la langue, le faisant frissonner.

La chaleur au bas du ventre du turk atteignait des sommets et il aurait alors voulu écarter les cuisses nacrées pour y plonger sans préambule et se répandre dans les entrailles ardentes mais il fit taire son empressement.

Mordillant les épaules laiteuses, Reno laissa ses mains caresser les bras souples puis le torse glabre, ses doigts cherchant les petites saillies rosées des tétons, durs et tendus.

Il les taquina l’un après l’autre, faisant tressaillir l’incarné sous lui, et le frottement de ses cuisses sur sa verge lui rappela son propre désir rageur. Un seul attouchement de la main de Yazoo à cet à cet endroit l’aurait fait venir, alors, il en certain, et il se mit à quatre pattes au dessus de lui pour éviter tout contact qui aurait pu écourter ces instants.

Sa bouche trouva le téton droit et il l’aspira en le titillant du bout de la langue.

Yazoo gémit et leva les hanches d’instinct pour aller à sa rencontre et frotter son sexe dur contre le sien mais Reno était trop haut et il se résigna avec un soupir de dépit.

Le turk avait cependant sous-estimé son entêtement et, lorsque sa langue fondit sur son téton gauche, la main de l’argenté glissa jusqu’à son ventre pour enserrer maladroitement son membre gonflé.

Il tira férocement sur la peau flexible et décalotta sans douceur, faisant hoqueter Reno. Les va-et-vient énergiques de sa main étaient aussi douloureux qu’un frottement sur une peau écorchée.

Le front appuyé contre sa poitrine, le turk enroula ses doigts autour de son poignet et l’immobilisa.

- C’est trop fort… haleta-t-il, secoué par un spasme incontrôlable.

- Je… Je suis désolé.

Yazoo le lâcha immédiatement mais Reno prit son visage dans ses mains en coupe pour le lever vers le sien et déposer un baiser léger sur ses lèvres.

- Ce n’est rien.

Souriant, il renouvela son baiser, plus doux encore si c’était possible.

Ses lèvres voletèrent à nouveau sur son torse mais, cette fois, évitèrent les petits tétons roses, aussi sensibles que de la chair à vif à force d’être titillés par les doigts et la langue diaboliquement adroits.

Yazoo n’eut que le temps de respirer trois fois avant que le bout de la langue du turk n’effleure son gland humide et il se contracta dans l’attente de mordillements ou de succions passionnés. Qui ne vinrent pas…

Très lentement, au contraire, par petits coups de langue répétés et patients, Reno habitua la peau vierge, et encore excessivement sensible, à son contact insoutenablement excitant.

Lorsqu’il sentit les muscles de l’argenté se relâcher et sa respiration s’approfondir, le turk aspira prudemment le gland lubrifié et le lécha sans hâte ni rudesse.

Un long soupir monta de la gorge de Yazoo et la main de Reno rejoignit sa bouche pour effectuer de lents va-et-vient. A peine un effleurement.

- Reno…

Sa main se porta au front de ce dernier et il essaya, sans grande conviction, de l’écarter en sentant le plaisir monter des tréfonds de son ventre, violent et inéluctable.

Les joues de Yazoo s’embrasèrent et une chaleur traîtresse se répandit en lui. Ses doigts se contractèrent sur la nuque de Reno, tous ses muscles se tendirent et il renversa la tête en arrière sur l’oreiller, la bouche entrouverte sur un cri contenu, dans l’attente de la jouissance qui n’allait pas tarder à déferler et à l’emporter.

Sa main gauche et ses petits orteils agrippèrent les draps comme des serres et une sueur ardente lui coula sur les tempes et entre les pectoraux.

- Reno… gémit-il encore en essayant encore d’éloigner la bouche brûlante de son membre lorsqu’il sentit la lave destructrice sur le point de jaillir. Reno, attention, je…

Sa phase se termina en un râle inarticulé tandis que la lumière blanche explosait dans son cerveau, mettant toutes ses terminaisons nerveuses en pièces.

Il eut vaguement conscience de se tordre sur le lit et de crier, essayant d’échapper à la vague de jouissance, mais celle-ci le rattrapa vite et le roula comme un frêle esquif perdu dans la tempête.

Où était le haut ? Où était le bas ? Comment respirait-on, déjà ? Et ce battement de tambour ? Etait-ce son cœur ou son ventre ?

Qu’importait…

Chaque fibre de ses muscles, chaque pouce de peau n’était plus que plaisir et, s’il devait mourir là, quelle plus belle mort pouvait-il espérer ?

Yazoo cessa donc de lutter et se laissa porter par la vague qui, petit à petit, se mua en houle paresseuse puis, après une ou deux bourrades assassines, se retira, le laissant haletant, l’esprit embrumé, affaibli et les membres gourds.

Bon sang ! Loz lui avait bien dit qu’un orgasme « faisait un effet dingue » mais il ne s’était quand même pas attendu à quelque chose comme ça ! C’était.. C’était… Oui, « dingue ». Complètement dingue…

Il sourit sans s’en rendre compte. Hormis la brise légère qui faisait frissonner et se hérisser sa peau en se glissant par la haute fenêtre de la chambre de Reno, il était bien… Il ne s’était même jamais aussi bien senti depuis des années.

Reno…

Au prix d’un effort surhumain, il ouvrit les yeux pour voir le visage du turk au-dessus de lui.

Reno le considérait avec une expression attendrie, curieuse et fascinée à la fois. Au coin de ses lèvres gonflées, une petite traînée blanche les rendait plus pulpeuses et désirables encore.

- Reno… murmura Yazoo avec un sourire épuisé.

Il cueillit la goutte de semence du bout de son index et Reno s’empara de sa main pour le lécher avant de presser sa paume contre sa joue.

- Sais-tu que tu es beau à mourir dans ces moments là, Yazoo baby ? demanda-t-il, les yeux brillants.

La gorge soudain serrée par ce qu’il lisait dans les prunelles bleu-vert, Yazoo fut incapable de répondre.

Il avait toujours cru, à écouter ses frères et les conversations qu’il avait pu surprendre entre les scientifiques du laboratoire du cratère nord, que les hommes prenaient leur plaisir puis s’en allaient ou s’endormaient une fois soulagés.

Reno, lui, n’avait pensé qu’au sien, reniant son propre désir, et il s’émerveillait du résultat…

C’était une attitude si touchante que l’argenté en était profondément bouleversé.

- Reno, tu es si… Si…

Celui-ci ne le laissa pas finir sa phrase.

Il l’attira tout contre lui et, fou de tendresse, l’embrassa à pleine bouche, comme avait voulu le faire Yazoo quelques instants plus tôt et qu’il l’en avait empêché…

*

Allongé sur le dos et Yuffie pelotonnée tout contre lui, endormie, la tête au creux de son épaule, Kadaj contemplait le plafond dans l’obscurité. Il se passait et se repassait dans la tête les instants délicieux qu’il venait de vivre et réfléchissant à ce curieux sentiment de possessivité égoïste qu’il ressentait à présent en serrant la jeune fille dans ses bras.

Tu es à moi. A moi ! A moi ! A moi ! “ disait chacun des allers et retours de sa main sur son dos souple. ” A moi et personne d’autre ! “

Bien souvent, il s’était considéré - bien qu’il n’ose jamais l’avouer ouvertement et encore moins devant ses frères ! - comme le plus le plus ” pondéré ” et le plus ” civilisé ” de la fratrie. Bref, celui qui possédait le caractère le plus ” proche ” de celui de Sephiroth, ce mélange ” calme intelligence ” et de ” froide élégance ” qui faisait tout le charme du grand Général, dépourvu de la virilité provocante de Loz ou de la féminité guindée de Yazoo.

Pourtant, tout à l’heure, lorsqu’il avait fait sienne la petite Utaïenne et que celle-ci s’était accrochée à lui, griffant son dos en gémissant son nom, emportée par un raz-de-marée de plaisir qu’elle n’aurait jamais cru pouvoir être provoqué par un homme, la partie la plus primitive de lui s’était réveillée. Un côté se sa personnalité qu’il n’aurait jamais soupçonnée et qui lui avait donné envie de battre sa poitrine de ses poings en criant : ” OUAIS ! ! ! ! JE SUIS LE PREMIER ! ! ! ! “.

Cette attitude lui faisait honte, à présent, et - plus étonnant encore ! - il était incapable de se l’expliquer !

Peut-être faudrait-il qu’il en parle à Loz, lorsqu’il irait mieux. Ou à Vincent, même, plutôt. Son frère aîné avait suffisamment de soucis pour l’instant sans y ajouter l’attitude frustre et grotesquement possessive de son cadet vis à vis de sa nouvelle maîtresse !

Maîtresse ” ?

Il grimaça.

Ah, non, non… Même ce mot n’allait pas du tout ! Il sous-entendait tout un tas de choses et d’autres aventures qui gênaient Kadaj au plus haut point !

- Tu ne dors pas ?

Celui-ci sursauta et adressa à Yuffie un sourire béat dont il n’avait même pas conscience.

- Je repensais à tout à l’heure, murmura-t-il en caressant le bout de son nez de ses lèvres.

Elle se raidit dans ses bras.

- Ce n’était pas bien ? Tu n’as pas aimé ?

- Quoi ? Bien sûr que si ! se récria-t-il. Au contraire, je…

- Tu quoi ?

Il ne répondit pas et, emporté par un élan de passion qui l’étonna plus encore que tout le reste, la renversa pour l’embrasser avec une passion renouvelée.

- Kadaj… gémit la jeune fille contre sa bouche.

*

Nanaki, assis au sommet du plateau rocheux, vit l’hélicoptère approcher et fit un élégant mouvement de sa queue enflammée pour signaler sa position au pilote.

Celui-ci fit atterrir l’engin volant comme dans un mouchoir à quelques mètres du chien roux, qui ne cesserait décidément jamais de s’étonner de la facilité avec laquelle Highwind manœuvrait ce genre de machine.

Une fois les moteurs coupés et l’hélice immobile, le pilote sauta de l’appareil et vint vers son ami de sa démarche athlétique et chaloupée.

- Heureux de te revoir, Red ! salua-t-il.

Nanaki sourit en lui tendant la patte et Cid la serra avec chaleur.

- Vincent m’a raconté ce qui s’était passé. Je suis heureux de te voir en si bonne santé. (Il le détailla lentement de bas en haut et le pilote se soumit à l’examen en silence) Quelque chose a changé en toi.

- Ouais… Je sais. C’est pour ça que je suis là.

Nanaki hocha gravement la tête.

- La ” promesse de sang “, oui. Viens, nous allons en parler. Le chaman nous attend.

Ils descendirent du plateau par un sentier étroit et gagnèrent une petite plaine aride au centre de laquelle s’élevait une tente d’où s’échappaient une fumée bleuâtre doucereuse et des chants rauques à faire froid dans le dos.

Cid frissonna et un pli soucieux barra son front mais il ne ralentit pas l’allure et ne fit pas le moindre commentaire.

Nanaki, qui l’observait discrètement du coin de son œil valide depuis qu’il avait atterri, sourit.

Oui, Highwind avait changé…

LII - Frères de sang

Quand le ciel veut sauver un homme,

il lui donne l’affection d’un ami pour le protéger.”

Lao-Tseu

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Loz ouvrit à demi les yeux, il faisait nuit noire dans le parc du manoir et la lampe de chevet nimbait la chambre d’une douce pénombre dorée.

- Tifa ? murmura-t-il avec difficulté dans un état semi-conscient, la gorge irritée d’avoir tant hurlé. Yazoo ?

Il grimaça, tourna la tête de part et d’autre du lit pour chercher la jeune femme ou son jumeau et deux grands yeux d’un bleu d’azur lui sourirent.

- Bon retour parmi les vivants !

- Cid…

L’argenté voulut s’asseoir sur le lit et ravala de justesse la plainte qui lui monta aux lèvres lorsque l’horrible brûlure de mako au bas de son dos frotta sur les draps malgré la barrière protectrice du pansement.

Cid bondit aussitôt de sa chaise pour l’aider à se redresser.

- Eh ! Là… Doucement !

- Merci…

Loz était pâle comme la mort, ses yeux cernés de noir et ses traits étaient marqués par les souffrances qu’il avait endurées - et qu’il endurait sans doute encore.

- C’est moi qui ai failli passer l’arme à gauche et c’est toi qui en baves, hein ? fit remarquer Cid, bien plus touché qu’il ne l’aurait voulu.

L’argenté simula une expression sereine.

- Je vais bien, maintenant.

- Ouais… Tu parles. J’ai connu des prêtres de Gaïa qui mentaient mieux que toi !

Loz rit malgré lui.

- Quand es-tu sorti de la cuve ?

- Il y a deux heures à peine. Et je suis venu remplacer ta dulcinée à ton chevet jusqu’à ce qu’ils aient fini leur ” réunion au sommet “.

- La réunion ? Quelle réunion ?

Comme Shalua lui avait conseillé de le faire jusqu’à ce que l’argenté soit parfaitement rétabli, le pilote secoua la tête et sourit comme s’il s’agissait d’une chose sans importance.

Heureusement pour le convalescent, Cid mentait bien mieux que lui.

- Les hommes de Reeve ont découvert un étage supplémentaire dans les anciens locaux du Deepground. Rien de bien folichon ! Les autres t’en parleront quand tu te seras reposé. Ne te prends pas la tête avec ça pour l’instant.

- Je suis heureux de voir que tu vas bien, Cid. Tu nous as fait une belle peur, tu sais.

Celui-ci s’assit sur le bord du lit et serra l’avant-bras de Loz, qui aurait juré voir ses yeux briller plus que de coutume.

- Alors ? On est quoi, maintenant, toi et moi ? demanda le pilote, le gosier si noué par l’émotion que les mots avaient du mal à sortir. Frères de sang ?

Un sourire incurva les lèvres sensuelles de l’argenté.

- Un truc comme ça, oui, sans doute.

Cid sentit quelque chose d’humide rouler sur sa joue hérissée d’une sempiternelle barbe naissante et, faisant fi de ses habituels discours sur la sensiblerie, serra Loz contre sa poitrine en une étreinte de fer aussi soudaine que sincère.

- Merci, mon frère… murmura-t-il, le visage enfoui au creux du cou de l’argenté. Je sais ce que je te dois…

Loz répondit à son étreinte avec sa sensibilité et sa simplicité habituelle, comme il l’aurait fait avec Kadaj ou Yazoo, et ils restèrent ainsi de longues minutes, sans rien dire, laissant simplement les larmes couler sur leurs visages, lavant les tensions et les souvenirs des moments difficiles.

Mary, la nourrice qui avait élevé Cid à la mort de son père, lui aurait flanqué une belle taloche, si elle avait pu le voir se répandre ainsi.

” Ce sont les femmes, qui pleurent, Cid. C’est dans l’ordre des choses. Tout comme ce sont les lionnes chassent, pour nourrir leur famille, et non les lions ! C’est ainsi que Dame nature en a décidé. “

Pourtant, ça faisait tellement de bien…

Mais si ce sentiment de quiétude et de tendre complicité qui l’envahissait lorsqu’il étreignait l’un de ses frères était familier pour Loz, il ne l’était pas pour le pilote, peu habitué aux marques d’affection et aux contacts physiques autres que ceux qu’il dispensait aux femmes qui partageaient son lit.

Même avec Vincent, qui était pourtant ce qui pourrait se rapprocher le plus d’un ami intime, ce genre de proximité devenait rapidement… “gênante”.

Avec Loz, c’était différent.

Cid avait l’impression de serrer dans ses bras une partie de lui-même. Son contact, son odeur sucrée, sa chaleur, tout son être paraissait trouver une résonance en lui. Une résonance qui n’était pas là avant que…

” Les cellules de Jenova… “ réalisa soudain le pilote.

Il les sentait presque courir dans ses veines et vibrer à la proximité de l’un de ses ” frères “, en écho aux siennes.

Il se raidit, s’attendant à être soudain empli de dégoût mais… non.

Au contraire.

Ce n’était pas le mauvais de côté de Jenova qu’il découvrait là, il le savait, le percevait jusqu’au plus petit recoin de son cerveau.

Les cellules qu’il avait reçues étaient pures de toute influence néfaste. C’était simplement une qualité intrinsèque de ces dernières : pouvoir ressentir la présence de ses ” semblables ” et glaner des indices sur leur état d’esprit comme s’ils étaient un échantillon de sa propre essence. Pour lui, qui avait perdu ses parents très jeune et n’avait ni frères, ni enfants, ni même de famille encore en vie, c’était un sentiment totalement nouveau.

C’était agréable d’être aussi proche d’un autre être sans qu’aucune connotation sexuelle ne vienne troubler la donne… D’éprouver une telle sensation d’apaisement et de sentir sa poitrine de gonfler d’affection à son contact…

Ressentirait-il une chose semblable avec Kadaj ou Yazoo ?

Très certainement, bien que probablement moins intensément. Et peut-être même avec Sephiroth.

Cid allait avoir du mal à expliquer cet étrange sentiment de complicité innée et d’attachement à Vincent ou à Shalua. Quoiqu’à fréquenter avec les argentés et à voir la relation fusionnelle qu’ils entretenaient, un esprit suffisamment ouvert pouvait s’en faire aisément une idée.

- Merci, Loz… murmura-t-il encore. Merci pour tout…

- Ce n’est rien. Tu ferais la même chose pour moi. (Un court silence, puis :) Tu… Tu le ferais, Cid… n’est ce pas ?

En percevant le doute qui vibrait dans sa voix, le pilote sourit contre son cou et resserra son étreinte.

- Oh ! Oui, petit frère… assura-t-il avec toute l’affection dont il était capable. Je te jure que oui…

Il sentit les larmes de l’argenté humidifier le col de son t-shirt et les siennes redoublèrent.

Cela faisait tellement de bien de se laisser aller… Tellement de bien…

Les hommes ne pleurent pas “ disait sa nourrice. ” C’est dans la nature des choses, tout comme tu ne verras jamais un lion chasser. “

Elle se trompait.

Les hommes peuvent pleurer et les lions savent chasser. C’est le courage de le faire qui leur manque. C’est tout…

*

Nero secoua obstinément la tête.

- Je ne t’abandonnerai pas, Weiss… Jamais.

- Au contraire ! T’enfuir et amener de l’aide est le meilleur moyen de nous sauver tous les deux.

- Non… gémit le ténébreux. Il se vengera encore sur toi ! Il te tuera !

- Il a trop besoin de moi pour ça, Nero.

- Mais…

- Il nous tuera tous les deux tôt au tard, ne le comprends-tu pas ? Lorsque nous lui aurons donné ce qu’il veut, il n’aura plus que faire de nous. C’est la seule solution, mon frère. La seule…

Nero se laissa tomber aux pieds de son aîné avec un gémissement douloureux et étreignit ses jambes.

- Quand bien même, je ne suis même pas certain d’avoir la force physique de sortir de cette grotte, Weiss. Dès que je m’éloigne de la rivière de la vie, mon corps me trahit…

- Tu dois essayer ! Et tu dois emporter le bébé avec toi.

Nero hocha tristement la tête.

- J’aurais déjà de la chance si mes bras ne se brisent pas comme du verre sous son poids.

- ” Sortir à la surface “ a dit Angeal. C’est tout ce que tu auras à faire, mon frère. Sortir à la surface et te cacher dans la forêt jusqu’à ce qu’ils viennent te chercher.

Son cadet enlaça ses mollets vigoureux de ses bras frêles et y appuya tendrement sa joue.

- Non… Je t’abandonnerai pas ici, Weiss.

- Nero ! supplia celui-ci.

- Je t’abandonnerai pas…

*

La chambre des jumeaux était plongée dans le noir et n’eut été l’odeur sucrée qui flottait dans la pièce, on aurait pu la croire vide tant Yazoo, assis sur le bord de l’un des lits, se tenait immobile.

Ce n’est que quand Reno fut à trois pas de lui qu’il réalisa qu’il pleurait en silence.

- Nous… Nous nous attendions à ce que tu descendes au moins pour le dîner, murmura le turk, ne sachant comment l’aborder.

L’argenté continua de fixer le parc enténébré à travers le carreau de la fenêtre.

- Je n’ai pas faim… répondit-il d’une voix à peine audible.

Reno soupira.

- Ca peut se comprendre.

Un long silence s’installa, que le turk finit par rompre en s’asseyant aux côtés de l’incarné mais sans oser aller jusqu’à le toucher, ce qui fit redoubler les larmes de ce dernier.

- Je… Je ne sais pas quoi dire, Yazoo. Je… Je… je n’ose même pas imaginer ce que tu as dû ressentir en voyant ces images.

- Ne te crois pas obligé de dire quoi que ce soit, Reno… répondit l’argenté, la gorge nouée jusqu’à l’étouffement et la poitrine serrée dans un étau.

- Je suis désolé, Yazoo. Je… (Il se frotta le visage, horriblement mal à l’aise) Rufus a… J’ai pensé que… Enfin, que nous… Oh, et merde ! jura-t-il en se levant brutalement pour faire les cent pas en se tordant les mains.

Dans un élan de rage, il laissa tomber brutalement ses poings fermés sur la commode, faisant sursauter Yazoo.

Le silence retomba entre eux, seulement interrompu par la respiration haletante du turk et les sanglots étouffés de l’argenté.

- J’aurais donné dix ans de ma vie pour ne jamais avoir à t’imposer ça, Reno… Je te le jure.

Ce dernier se tourna lentement vers lui mais, à sa grande surprise, Yazoo ne lut dans ses yeux ni dégoût ni mépris, juste une profonde commisération.

- Il y a… Il y a une très jolie crypte, près de la chapelle, murmura le turk en revenant s’asseoir à ses côtés pour lui prendre timidement la main. Oh, je sais que ça ne le ramènera pas et que ça ne changera pas ce qui s’est passé, ajouta-t-il précipitamment lorsqu’il vit la bouche de Yazoo s’ouvrir d’étonnement. Mais… mais je me suis dit que… que tu aurais peut-être envie de… de… enfin, tu comprends ce que je veux dire, fit-il, horriblement mal à l’aise.

- Une… crypte ? bredouilla l’argenté, perdu.

- Oui, près de la chapelle, au nord du parc. C’est un endroit très paisible entouré de pins parasols et de lauriers-roses, un lieu de repos pas lugubre du tout. On peut aller le voir, si tu veux. Tu… tu n’es pas obligé de prendre une décision tout de suite. Rufus a ordonné que l’on garde le… enfin le ” corps ” à la morgue de la clinique Shinra de Edge en attentant de savoir si tu voulais qu’on l’incinère ou que… enfin tu vois.

Yazoo laissa échapper un hoquet étranglé, comprenant enfin de quoi Reno parlait et pourquoi il était à la fois triste, révolté et en colère. Et ce n’était pas du tout, comme il l’aurait cru, parce que son ” presque-amant ” avait cessé d’être un homme pour devenir un monstre sans réelle identité sexuelle.

- Reno… put-il seulement chuchoter, étouffé par ses sanglots.

Comme si cela avait été le signe que celui-ci attendait depuis qu’il était entré pour pouvoir étreindre l’argenté, le turk le serra enfin contre lui et enfouit son visage dans ses cheveux argentés.

- Tseng et Elena te présentent leurs condoléances, reprit le turk. De tout cœur. Et c’est sincère, je peux te l’assurer. C’est eux qui sont allés le récupérer au labo du Deepground tout à l’heure, à la demande de Rufus. (Les larmes de Yazoo redoublèrent et il s’accrocha désespérément à la chemise de Reno.) Ca va aller, mon ange. ca va aller, il ne faut pas t’en faire, tout se passera bien, tu verras. Elena… Elena a dit que c’était comme s’il dormait. Le mako a parfaitement conservé les tissus, tu ne seras absolument pas choqué de le voir si tu en as envie, je te le promets. C’était un très beau bébé, tu sais… Oui, un très beau bébé.

Lorsque Reno lui avait avoué ses sentiments, la veille, Yazoo avait cru que plus jamais il ne se sentirait aussi humain, aussi vivant, aussi… ” normal “.

Mais il se trompait.

En offrant une sépulture à celui qui aurait pu être son fils comme si c’était la chose la plus naturelle du monde, on venait le faire passer Yazoo du stade d’objet d’expérimentation à celui d’être humain à part entière. Tout comme du statut de déchet chirurgical, son fils était passé à celui de victime d’un infanticide.

- Je ne sais pas si c’est le genre de choses à dire dans ce genre de situation, Yazoo, mais… Rien ne t’empêche d’avoir d’autres enfants. Ce ne sont pas les mères porteuses qui manquent, ni les femmes ayant projeté de donner leur corps à la science et qui seraient ravies de pouvoir donner la vie même après leur mort. Et cette fois… Cette fois, tu pourras au moins choisir le père, acheva-t-il d’une voix trop timide pour ne pas y voir une allusion personnelle à peine voilée.

Yazoo ne s’y trompa pas et redressa la tête, à la fois merveilleusement surpris et totalement décontenancé.

- Pardon… s’excusa aussitôt le turk, gêné par sa propre audace. Je n’aurais pas dû dire ça.

- Non, je… Enfin, je veux dire si, tu as bien fait, au contraire, je… (Il sourit) Tu as su trouver les bons mots, Reno, je t’assure.

Il se blottit dans ses bras et colla son oreille contre sa poitrine pour entendre les battements de son cœur.

Reno le garda simplement ainsi serré contre lui, sans rien dire, respectant à la fois sa douleur et son silence.

Au bout d’un long moment, Yazoo s’essuya les yeux et se redressa.

- Merci, Reno… murmura-t-il, profondément ému. Merci de m’accepter tel que je suis.

- Quoi ? Ca ? demanda le turk en posant la main au bas de son ventre, à l’endroit où il avait vu Hojo pratiquer l’incision dans la vidéo. (Yazoo acquiesça et Reno haussa les épaules) Si ce truc là n’était pas là, tu ne serais plus vraiment notre Yazoo baby… Sais-tu à quel point nos putains d’hormones influent sur notre cervelle et notre comportement en général ?

Yazoo lui répondit par un sourire et fondit à nouveau en larmes, mais de pur soulagement, cette fois.

*

Tifa quitta sa chambre sur la pointe des pieds avec le plateau préparé par Gretta. Loz y avait à peine touché et s’était endormi en plein milieu de son repas.

- Comment va-t-il ? chuchota une voix douce dans le couloir.

La jeune femme se tourna vers Yuffie et Kadaj qui, leur dîner terminé, étaient montés se coucher.

Cait 9 se tenait entre eux deux, une petite patte serrée dans la main de chacun des jeunes gens.

- La douleur l’a épuisé. Il s’est endormi avant même de terminer son bol de potage.

- Lui as-tu parlé de… ce que tu sais ? s’enquit l’Utaïenne.

Tifa secoua la tête.

- Bien sûr que non mais… (Elle se mordilla la lèvre et ravala ses larmes) Je me sens coupable de garder le silence. Ca me fait tellement de peine de le voir dans cet état, si tu savais…

Son amie lui pressa le bras de sa main libre et Cait lui adressa un sourire d’encouragement.

- Loz est solide et dès demain soir, il arpentera les allées du manoir !

- C’est gentil, Cait, remercia la jeune femme en lui gratouillant la tête.

- Cait a raison, assura Kadaj. Demain, il sera d’aplomb et nous lui parlerons de son fils à ce moment là. Pour l’heure, il faut juste le laisser récupérer. (Il soupira.) Je comprends ton inquiétude. Moi-même, je pensais qu’il supporterait l’injection de mako mieux que ça. Au laboratoire, il était sur pied en quelques heures à peine.

Tifa sourit avec amertume.

- Loz a été très malade, la nuit dernière, Kadaj. Et la précédente n’a pas été bien meilleure. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les conditions n’étaient pas réunies pour que l’intervention se passe au mieux.

- En parlant de ça, vous savez où est passé Cid ? s’enquit Yuffie. Il a disparu juste après le dîner.

Tifa sourit.

- Sans doute avec Shalua. Il ne…

Elle fut interrompue par un bruit sourd provenant du toit.

- L’hélicoptère ? s’étonna Kadaj en échangeant un regard interloqué avec l’Utaïenne.

- Qui peut partir en balade à cette heure ?

…à suivre

A Hojo

Même l’acide refuserait de te ronger !

Red XIII

“Fille ou garçon, docteur ?”

“Ca ?” dit-on à sa mère

“Si ça vole : chauve-souris ;

si ça rampe : ver de terre !”

Vincent

Un ange vint un matin
pour peindre ta beauté
Et en voyant ton groin,
Il est vite remonté !

Sephy

A Kadaj

Ne va pas au le soleil et oublie la piscine
Car tu risques de fondre, petite praline !

Rude

Allez dire au bon Dieu de fermer ses volets,
Tous les anges sont en train de se carapater !

Yuffie

N’oublie pas que je t’attends…

Et ne t’attends pas à ce que je t’oublie.

Sephiroth

Ce soir, sous ta fenêtre, lance-moi des oeillets.
Mais cette fois, sois sympa… sans le pot, s’il te plaît !

Loz

Que ne suis-je la pluie pour te tomber dessus !

Aerith

V - Vivants ! Jour J + 2

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

” … i… fa… i… fa… “

Un chuchotement ténu. A peine un murmure. Tout juste un souffle.

Les lèvres bleutées de Loz entrouvertes, presque déjà des lèvres de cadavre, ne bougeaient même pas. Contrairement à ses paupières diaphanes qui, elles, ne cessaient de cligner.

Cloud ferma la porte de la chambre pour protéger les incarnés de Sephiroth du tohu-bohu qui régnait à l’extérieur et frotta ses bras nus.

- Bon sang mais il fait un froid de canard, ici ! Ils pourraient quand même régler la clim !

Dehors, les employés de l’hôpital continuaient à s’agiter en tous sens et les mots ” piratage “, ” données “, ” sécurité ” et ” virus ” revenaient sans cesse.

Quel genre de pirate pouvait donc être assez abject et écervelé pour s’en prendre aux ordinateurs d’un hôpital, risquant peut-être ainsi la vie de centaines de personnes ?

” … i… fa… “

Tifa, le cœur de plus en plus serré, se pencha sur le visage de Loz et planta son regard dans le sien.

En vain.

Les pupilles fendues, si dilatées qu’elles en paraissaient rondes, restaient immobiles et paraissaient traverser les obstacles du champ de vision comme s’ils n’existaient pas.

- Pourquoi ne me regarde-t-il pas alors qu’il ne cesse de m’appeler ? demanda la jeune femme, perdue.

Cloud secoua la tête, aussi décontenancé qu’elle, et toucha l’épaule nue et froide de Yazoo.

- Comment font-ils pour ne pas frissonner, avec une température pareille ? demanda-t-il en remontant un peu le drap trop léger sur la poitrine glabre.

Tifa prit la main glacée de Loz dans la sienne mais celle-ci resta flasque dans sa paume. Elle ne sentit pas même un petit sursaut nerveux lorsqu’elle pressa les doigts élégants et vigoureux.

” … i… fa… “

L’insupportable et douloureux chuchotement. Encore et encore.

- Je suis là, insista-t-elle en lissant les cheveux argentés dans l’espoir qu’il tourne enfin le regard vers elle. Regarde-moi. Tourne la tête. Pourquoi ne me regardes-tu pas ?

Quelque chose parut s’agiter avec l’énergie du désespoir dans les profondeurs de l’océan vert mako des yeux de l’incarné mais c’était si ténu, si difficilement perceptible, que Tifa crut qu’elle avait rêvé.

Une fois, cependant, un petit bruit qui ressemblait à une plainte étouffée s’échappa des lèvres immobiles et les paupières se fermèrent.

Cloud, qui ne cessait d’aller et venir d’un lit à l’autre, essayant de provoquer une réaction quelconque en parlant et touchant les argentés, finit par hausser les épaules et s’asseoir au chevet de Yazoo, qui fixait le plafond de ses yeux aussi vides que ceux de son frère.

- Je crois que Reeve a raison, Tifa, soupira-t-il, découragé. Il n’y a rien à faire. Ils ne…

La porte de la chambre s’ouvrit soudain à toute volée, faisant sursauter et crier Tifa.

Deux hommes et une femme en blouse blanche, flanqués de Reno, de Vincent et de Reeve s’engouffrèrent dans la pièce comme une tornade avec un plein chariot de matériel médical.

- Que… qu’est-ce qui se passe, ici ? s’écria Cloud en voyant les médecins se précipiter au chevet des argentés et rabattre brutalement les draps sur leurs corps nus, les découvrant entièrement. Qu’est-ce que vous faites ?

- Tout va bien, les rassura Vincent. Ces docteurs sont avec nous.

La voix de Rude résonna dans le couloir entre les cris affolés des employés. Il s’adressait visiblement à la nuée de turks qui venaient de se répandre dans l’établissement comme un vol de sauterelles.

- Mettez tous les responsables de sa section recherche aux arrêts ! cria-t-il. Et toi, avance, espèce d’ordure !

Il entra à son tour dans la grande chambre en poussant devant lui un médecin efflanqué d’une cinquantaine d’années.

- Vous n’avez pas le droit ! tempêtait ce dernier en essayant de se dégager de la poigne de fer du turk. Vous entendrez bientôt parler de moi et du président de ce centre hospitalier !

- Depuis très exactement 10 minutes, cracha Reno, le président de cet hosto s’appelle Rufus Shinra, connard ! Alors tu la fermes et tu nous dis ce qu’on veut savoir !

La femme médecin qui occultait Yazoo, une ravissante brunette d’une trentaine d’années, se tourna vers Vincent, sidérée.

- Ils ne les ont même pas soignés ! Regardez ça !

- Si on ne fait rien, c’est l’empoisonnement du sang assuré ! renchérit le médecin qui s’affairait au chevet de Loz, sous le regard inquiet de Tifa.

La jeune femme et Cloud regardaient sans y croire les plaies béantes - bouillie de chair infectée, de pus et de sang - sur la poitrine de Loz et la cuisse de Yazoo.

- Oh, mon Dieu…

- Ils ont dit qu’il les avaient opérés ! fit Cloud, abasourdi. Nous avons même vu les médecins les emmener au bloc !

- Ca, c’est ce qu’ils ont voulu nous faire croire, intervint Reno. Les fichiers informatisés du centre de recherche disent tout autre chose ! Hein, ” docteur ” ? demanda-t-il au médecin toujours maintenu fermement par Rude.

- Que leur avez-vous injecté, professeur Giarh ? lui demanda à son tour le troisième médecin amené par Vincent et Reeve, un tout jeune homme qui paraissait sortir fraîchement de l’institut de médecine.

Le professeur en question lui répondit par un sourire méprisant et Rude le secoua durement.

- On t’a posé une question, ordure !

- Ce n’est pas moi qui m’occupe des détails de ce genre, consentit à rétorquer l’antipathique personnage en accentuant encore son hideux sourire.

Il n’en fallut pas plus à Reno pour sortir de ses gonds.

D’un bond, il fut à ses côtés et il le frappa si fort qu’il lui brisa le nez.

- Ah ! Mais vous êtes cinglé ! pleurnicha l’homme, le nez en sang. Vous n’avez pas le droit ! Je vous traînerai en justice pour ça ! Vous me le paier…

- Vous devrez d’abord expliquer aux juges les 17 cadavres flottant dans le mako que nous venons de trouver, professeur ! le coupa Rufus en entrant à son tour dans la chambre, le faisant blêmir. Oui, professeur, mes hommes viennent d’intercepter le camion à la sortie du parking. Rude, sois assez aimable pour mettre ce déchet dehors en attendant les autorités compétentes pour lui rendre la monnaie de ses gils !

Le turk obtempéra en refermant soigneusement la porte et le médecin qui débranchait soigneusement la perfusion de Loz se tourna vers Cloud.

- Depuis quand sont-ils dans cet espèce d’état inconscient ?

- Depuis leur arrivée ici. Et c’est de pire en pire.

Les trois médecins échangèrent un regard sinistre.

- Qu’est-ce qui se passe, Vincent ? demanda Tifa.

Rufus soupira.

- C’est ce que nous aimerions savoir.

Cloud secoua la tête.

- Alors c’était vous, le piratage ?

- J’ai tout de suite senti que quelque chose n’allait pas, expliqua Vincent. Les médecins nous cachaient quelque chose.

- Pancuronium bromure ! s’écria la jeune femme médecin, penchée sur Yazoo, une petite lampe de poche braquée sur ses pupilles. J’en suis pratiquement certaine ! Regardez leurs yeux ! Je sais que vous êtes conscient, dit-elle à l’argenté en éteignant le petit faisceau lumineux. Battez des paupières si vous m’entendez.

L’argenté battit frénétiquement des paupières et le médecin qui s’occupait de Loz poussa un juron.

- Oh, mon Dieu… gémit le plus jeune praticien, horrifié.

- Qu’est-ce qui se passe ? demanda Tifa. Que leur a-t-on fait ?

- On leur a visiblement injecté des doses régulières de pancuronium bromure.

- Quoi ? s’écria Reno, profondément choqué.

- Que… qu’est-ce que c’est ? s’enquit Cloud.

- Un puissant paralysant musculaire, expliqua Reeve, soudain blême. Ils entendent, voient et sentent tout ce qui se passe mais sont incapables de bouger ou de parler.

- Quoi ? Mais c’est horrible !

” …I…FA… “

Le médecin près de Loz tressaillit et l’observa avec attention.

- Il n’arrête pas de murmurer mon nom, expliqua la jeune femme, la gorge serrée. Comme… comme s’il m’appelait.

Le médecin hocha la tête et grimaça, maussade.

- Ce n’est pas un murmure, mademoiselle, fit-il en remplissant une seringue. C’est un hurlement… Depuis des heures, il essaye très probablement d’appeler à l’aide et d’essayer de vous faire comprendre qu’il est toujours vivant.

Tous laissèrent échapper des exclamations horrifiées.

- Est-ce que vous m’entendez, mon garçon ? demanda le médecin d’une voix douce en se penchant sur l’argenté. Battez une fois des paupières pour ” oui ” et deux fois ” non ” Avez-vous compris ce que je viens de dire ?

Loz battit une fois des paupières et Tifa sentit son ventre se nouer.

Conscients… Ils étaient conscients depuis tout ce temps et avaient dû subir tous ces horribles examens sans pouvoir ne serait-ce que pousser un gémissement de douleur.

Quelle horreur… “ pensa-t-elle.

Voilà donc pourquoi Loz ne cessait de l’appeler. Il essayait de lui faire comprendre ce qui se passait, croyant sans doute que, parce qu’ils avaient combattu durant un long moment dans l’église de Midgar, la jeune femme serait plus à même que ses compagnons d’interpréter ses réactions.

Le pauvre… Je n’ai rien compris du tout. “

- Je sais que vous souffrez horriblement, dit encore le médecin mais c’est bientôt fini. Cette seringue contient un puissant anesthésique. Je vais piquer votre bras et l’injecter tout doucement. Si vous avez l’impression de voir la pièce tourner ou si vous vous sentez mal, clignez rapidement des paupières et j’arrêterai l’injection. Avez-vous compris ?

Un clignement.

- J’ai à présent besoin de connaître l’intensité de la douleur pour savoir quelle dose injecter. Sur une échelle de 1 à 10, 10 étant la pire douleur que vous n’ayez ressentie, dites-moi à quel point vous avez mal.

Loz cligna des paupières neuf fois de suite.

- Que le ciel nous vienne en aide… gémit Tifa en détournant le regard de la plaie béante de la poitrine que le jeune médecin venait de badigeonner de teinture d’iode.

Du côté de Yazoo se déroulait une scène similaire.

La jeune femme médecin venait de terminer l’injection et l’argenté avait fermé les yeux de pur soulagement.

- Sentez-vous encore quelque chose ? demanda-t-elle. Avez-vous encore mal ?

Les paupières diaphanes s’ouvrirent.

Les pupilles avaient repris leur apparence féline et n’étaient plus que deux minces traits noirs fendant l’iris.

Yazoo cligna deux fois des yeux : ” non “.

- Avez-vous froid ?

” Oui “

- Beaucoup ?

” Oui “

Reno prit une couverture chauffante dans le placard de la chambre et l’étendit doucement sur le corps imberbe, non sans laisser son regard courir un tout petit peu plus que nécessaire sur la peau lisse et le physique athlétique en tout point parfait.

Lorsque la chair délicate commença à se réchauffer, les joues blêmes se teintèrent d’une très légère teinte rosée.

- Est-ce que ça va un peu mieux ? demanda tout doucement le turk en se penchant sur l’adorable visage.

Les deux grands yeux vert topaze se plantèrent dans les siens et les paupières diaphanes clignèrent une fois.

- Laissez-vous aller, murmura la jeune femme médecin en caressant le front haut. Lorsque l’effet du pancuronium bromure se sera estompé, nous pourrons vous soigner correctement, vous et votre frère. D’ici là, n’essayez pas de lutter et dormez. Lorsque vous vous réveillerez, tout sera rentré dans l’ordre et vous pourrez à nouveau bouger et parler.

Yazoo ne se le fit pas dire deux fois et ferma les yeux pour de bon avant de sombrer dans le sommeil.

Ne plus sentir la douleur. Ne plus avoir peur. Enfin…

*

- Une trop forte dose de paralysant musculaire finit par entraîner la paralysie du diaphragme et, par conséquent, la mort par étouffement, expliqua le médecin le plus jeune tandis que ses confrères s’occupaient des argentés en salle d’opération.

- Mais c’est horrible ! s’écria Tifa, qui patientait en compagnie de Reno et de Cloud. Pourquoi vouloir les tuer de la sorte ?

- Pour les étudier. La mort par étouffement est celle qui conserve le mieux les organes.

Reno se détourna en ravalant un juron, malade de rage et révolté comme il l’avait rarement été.

Cloud hocha la tête.

- Et nous faire croire par la même occasion qu’ils se laissaient mourir d’inanition ! Bande de vautours ! Et moi qui croyais qu’Hojo était le pire malade qu’on n’ait jamais eu !

Le jeune médecin secoua la tête.

- Vous ne croyez pas si bien dire. Lorsque monsieur Shinra a dissout la branche de recherche génétique de la Shinra, il a bien fallu que les membres de son staff trouvent du travail ailleurs…

Cloud tressaillit.

- Vous voulez dire que les médecins qui travaillent ici… ?

Il ne put finir sa phrase.

- Non, monsieur Strife ! Pas tous. La preuve, j’en fais partie et jamais je ne m’abaisserais à faire le centième des horreurs que nous avons pu découvrir dans ce laboratoire de recherche. Non, uniquement les chercheurs - ou devrais-je dire ” les bouchers ” ? - du pôle de recherche expérimentale. Une branche très particulière de l’institut de recherche du centre hospitalier de Edge, désormais propriété de monsieur Rufus Shinra.

- Ils voulaient les disséquer comme des rats de laboratoire ? grimaça Tifa.

- Plutôt les conserver en l’état et les précieuses cellules de Jenova avec !

- Et nous qui pensions les sauver en les amenant ici… Mon Dieu !

- S’ils étaient restés au centre de soins, où ils sont maintenant, ils l’auraient été, croyez-moi. Cependant, si je puis me permettre…

- Oui, docteur ?

- Y a-t-il un endroit où ils peuvent, disons, se remettre paisiblement après l’intervention ?

Reno fronça le sourcil.

- Que voulez-vous dire ?

- Ailleurs que dans des locaux de la Shinra.

- Pourquoi donc ?

- Vous ne les avez pas vus avant d’entrer en salle d’opération, une fois les effets du pancuronium bromure estompés. Ils étaient…

- Quoi, doc ?

- Affolés. Oui. Totalement paniqués. Perdus. Et la vue de vos confrères dans les couloirs a fait grimper leur angoisse à des hauteurs affolantes.

- Ca, ça peut se comprendre, nota Tifa, un rien railleuse avec un clin d’œil à Reno.

Cloud secoua la tête.

- Kadaj disparu et Jenova ne les estimant plus utiles à quoi que ce soit et les ayant abandonnés… cela peut se comprendre. La ” réunion ” était leur seule raison de vivre et d’exister.

- Alors, il va falloir qu’ils en trouvent d’autres et seuls, je crains qu’ils n’y arrivent pas, intervint Vincent en les rejoignant dans la salle d’attente. Ils sont comme des enfants soudain lâchés dans la nature, avec des souvenirs et des connaissances qui ne sont pas les leurs, qu’ils n’ont eu le temps ni d’expérimenter ni de vérifier par eux-mêmes.

Cloud sembla réfléchir profondément et adressa à Tifa un regard suppliant.

Celle-ci secoua la tête.

- Cloud ! Nous avons deux enfants, avec nous !

- Eux, ils n’ont personne, Tifa.

- Mais… Ils peuvent rester ici. Ou dans les locaux de la Shinra. Ils sont mieux à même d’intervenir rapidement en cas de problème que nous !

- Ils me considèrent comme leur grand frère, plaida encore le jeune homme. Je… je ne peux pas me résoudre à les abandonner dans un hôpital ou un laboratoire ! Ils sont des victimes de Jenova, eux aussi.

Tifa soupira.

Elle non plus n’avait pas le cœur à les abandonner mais, bon sang, ils ne pouvaient pas recueillir chaque créature égarée de Edge ! Et ces hommes étaient dangereux, elle l’avait constaté elle-même à son corps défendant.

Et s’ils devenaient agressifs et s’en prenaient à Denzel ou à Marlène ?

- Je ne sais pas, Cloud…

- Je protégerai les enfants.

La jeune femme ricana.

- Je t’en prie, Cloud ! Tu n’es jamais là.

Ce dernier battit en retraite, ne voulant pas entrer dans ce genre de discussion, qui finissait invariablement en dispute cuisante entre eux.

- Je vais voir ce que font les enfants avec Reeve et Cait, coupa-t-il en s’éclipsant.

La jeune femme leva les yeux au ciel, excédée.

- Et voilà ! L’art et la manière d’échapper à ses responsabilités…

Vincent sourit et s’assit à ses côtés.

- Rufus peut envoyer Reno ou Rude vivre avec toi et les enfants quelques jours, pour te prêter main forte en cas de besoin et voir comment les choses évoluent. Et je passerai vous voir régulièrement, moi aussi.

- Pourquoi ne pas venir passer quelques jours au bar ? proposa Tifa. Ca te ferait le plus grand bien, à toi aussi, de te faire chouchouter un peu, le taquina-t-elle.

L’ancien turk cligna de l’œil, malicieux.

- Le but est qu’ils se sentent ” en famille ” et ” rassurés “, Tifa, pas surveillés ni épiés.

Celle-ci prit une profonde inspiration et laissa échapper un soupir déchirant.

- Comme si j’avais déjà pu dire non quand il s’agit de recueillir des chatons égarés… railla-t-elle.

Vincent rit de bon cœur et lui tapota l’épaule.

- Tout se passera bien, tu verras.

*

Depuis le seuil de la chambre, Tifa et Reno observaient Denzel et Marlène au chevet de Loz et de Yazoo.

En attendant que les deux pièces inoccupées de la maison soient aménagées le lendemain, la jeune femme avait fait installer les argentés dans sa propre chambre, elle-même partageant le lit de Marlène.

- Un vraie petite infirmière, regarde, fit remarquer le turk en souriant tandis que la petite fille épongeait le front moite de l’aîné inconscient avec délicatesse.

Tifa hocha la tête.

- Les enfants ont une capacité à pardonner et une facilité à donner leur affection qui m’étonnera toujours.

Yazoo poussa un petit gémissement dans son sommeil et Denzel se tourna vers eux.

- Qu’est-ce qu’il a ? Pourquoi il n’arrête pas de gigoter ? Il a mal ?

Reno secoua la tête.

- Non, mon grand, les docteurs leur ont donné des médicaments pour ça. C’est pour cette raison qu’ils sont endormis. Yazoo fait peut-être un cauchemar, tout simplement.

Le garçonnet parut réfléchir un instant puis tapa dans ses mains, comme s’il venait d’avoir l’idée du siècle, et se précipita hors de la chambre.

- Denzel ? demanda Tifa. Où vas-tu ?

- Chercher monsieur Carot !

Tifa pressa les deux mains sur la bouche pour ne pas éclater de rire et le turk fronça le sourcil.

- Qui ?

La jeune femme n’eut pas le temps de répondre que le petit était déjà de retour avec un vieux lapin en peluche, qu’il plaça sur l’oreiller, tout contre la tête de Yazoo.

- Monsieur Carot a l’incroyable pouvoir de chasser les cauchemars, chuchota Tifa avec solennité.

Reno hocha la tête avec une gravité de circonstance.

- Je vois. Une perle rare, ce Monsieur Carot. Un doudou de haute volée…

Ils échangèrent un regard et se détournèrent chacun d’un côté de la porte pour étouffer leurs rires de leurs paumes, incapables de garder leur sérieux plus longtemps.

à suivre.

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Prenez votre douche comme un turk !

(d’après de trèèèèès vieux textes humoristiques qui circulent depuis trèèèèès longtemps)

Qui n’a jamais rêvé de se glisser dans la peau de ses personnages favoris ?

Et vous glisser dans celle d’un turk lors de moments de stricte intimité ? Ca vous dirait ? Allez ! C’est parti.

Selon que vous souhaitiez vous glisser dans la peau d’une femme ou d’un homme, optez pour celle d’Elena ou de Reno, suiviez les instructions et à vous la « turk-attitioude » !!!

***

I/ PRENEZ VOTRE DOUCHE COMME ELENA

1/ Retirez vos vêtements et placez les dans les paniers à linge sale correspondant (le blanc avec le blanc, les couleurs avec les couleurs).

2/ Allez jusqu’à la salle de bains commune en portant votre peignoir. Si vous croisez un autre turk (homme) au passage, recouvrez chaque partie de chair visible d’un geste nerveux et courez jusqu’à la salle de bains, que vous bouclerez à double tour.

3/ Regardez-vous dans la glace, courbez les épaules et sortez votre ventre pour que vous puissiez vous plaindre et pleurnicher parce que vous prenez du bidon et que vos seins tombent.

4/ Allez sous la douche. Cherchez le gant de toilette pour le visage, le gant de toilette pour les bras, le gant de toilette pour les jambes, la grande éponge et la pierre ponce.

5/ Lavez vos cheveux une première fois avec le shampooing « Quatre en un » des Laboratoires Shinra aux 83 vitamines.

6/ Relavez vos cheveux une première fois avec le shampooing « Quatre en un » des Laboratoires Shinra aux 83 vitamines.

7/ Utilisez l’après shampooing à l’huile de Mako et de glande anale de chocobo des laboratoires Shinra. Laissez l’après shampooing pendant 15 minutes sur vos cheveux.

8/ Frottez-vous le visage avec un masque fait d’œufs mélangés à de la purée d’abricots transgéniques SHINRA. Frottez pendant dix minutes ou jusqu’à l’obtention d’une sensation de forte irritation.

9/ Rincez l’après shampooing (cette opération doit prendre au moins 15 minutes pour être bien sûr que les cheveux soient bien rincés).

10/ Rasez-vous les aisselles et les jambes. Hésitez à vous raser le maillot mais optez finalement pour une épilation à la cire.

11/ Hurlez tout ce que vous pouvez, le plus fort possible lorsqu’un confrère se met à tirer la chasse ou fait couler de l’eau quelque part.

12/ Coupez l’eau de la douche.

13/ Epongez toutes les surfaces mouillées de la douche. Passez un coup de spray anti-moisissures du centre de recherches ménagères SHINRA sur les joints du bac de douche.

14/ Sortez de la douche. Séchez-vous avec un drap de bains grand comme deux fois Midgar. Enveloppez vos cheveux dans une deuxième serviette de bains.

15/ Inspectez la moindre partie de votre corps à la recherche d’un bouton. Attaquez-le avec les ongles ou une pince à épiler si nécessaire.

16/ Retournez dans vos quartiers enveloppée dans votre peignoir et avec votre serviette dans les cheveux.

17/ Si vous croisez un turk (homme) au passage, recouvrez chaque partie de chair visible d’un geste nerveux et courez jusqu’à la salle de bains où vous passerez une heure et demie à vous habiller.

***

II/ PRENEZ VOTRE DOUCHE COMME RENO

1/ Retirez tous vos vêtements en vous asseyant sur le bord du lit et mettez-les en tas.

2/Allez jusqu’à la salle de bain tout nu. Si vous croisez un autre turk en chemin (homme ou femme, vous n’êtes plus à une connerie près), n’oubliez pas d’agiter votre bassin de façon suggestive devant elle/lui pour lui montrer quel point vous êtes fier de votre engin.

3/ Regardez votre superbe physique masculin dans le miroir et rentrez votre ventre pour voir si vous avez des abdos (réponse : non). Admirez la taille de votre pénis, grattez-vous les testicules et prenez une dernière bouffée d’odeurs mâles en vous humant les doigts.

4/ Passez sous la douche.

5/ Ne cherchez pas de gant de toilette (vous n’en utilisez pas).

6/ Lavez-vous le visage.

7/ Lavez-vous les aisselles.

8/ Pétez bruyamment et étonnez-vous des capacités de résonance formidables de la cabine de douche.

9/ Lavez-vous les parties et la zone alentour.

10/ Lavez-vous le derrière, en laissant bien entendu des poils collés au savon.

11/ Prenez un shampooing (n’importe lequel) et lavez-vous les cheveux.

12/ Ouvrez le rideau de douche et regardez-vous dans le miroir avec toute cette mousse sur les cheveux. Grimacez. Louchez. Tirez la langue. Refermez ensuite le rideau.

13/ N’oubliez pas de faire votre pipi.

14/ Rincez-vous.

15/ Sortez de la douche. Ne remarquez pas toute l’eau qui s’est répandue sur le sol parce que vous aviez mal placé le rideau de douche.

16/ Séchez-vous partiellement. Bien sûr vous aurez laissé le rideau de douche s’égoutter sur le sol et non pas dans la douche.

17/ Regardez-vous dans le miroir. Bandez vos muscles, rentrez votre ventre, admirez la taille « monstrueuse » (tout est relatif) de votre pénis, etc.

18/ Ne rincez pas le bac de douche.

19/ Laissez allumés le chauffage de la salle de bain et la lumière.

20/ Retournez près de votre pile de vêtements dans vos quartiers, simplement vêtu d’une serviette autour de la taille. Si vous croisez une autre turk, ouvrez votre serviette et exhibez votre copain le pénis avec un beau déhanchement du bassin couplé à un petit cri du genre « Yeeaaahh ! T’as vu la bête ? »

21/ Jetez la serviette humide sur le lit. Habillez-vous avec vos vêtements « sales ».

Comme la première fois

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : les volontaires sont les bienvenus !

***

Incapable de dormir, Loz était accoudé à l’étrange fenêtre de la chambre improvisée qu’il partageait avec Yazoo dans la maison coquillage de la cité des anciens, le regard perdu dans les ombres de la forêt spectrale.

La pleine lune brillait et une créature telle que lui, aux curieux yeux félins bien plus perçants que ceux de n’importe quel humain, y voyait comme en plein jour.

Non loin du petit lac qui miroitait au centre de la clairière, dans le recoin le plus sombre d’un lugubre sentier bordé de ronces mortes, un éclair métallique attira son attention.

Kadaj ?

Que faisait-il donc seul à l’orée de la forêt à une heure pareille ?

N’était-il pas supposé surveiller les enfants toute la nuit, dans la lande ? Non qu’ils risquent de s’enfuir - leur libre arbitre avait été totalement sapé par l’implacable volonté de Jenova ­- mais parce qu’une sorte d’instinct, peut-être un reste d’humanité avec lequel personne sans doute n’aurait jamais compté, les empêchait de laisser des enfants en bas âge livrés à eux-mêmes sans protection. A plus forte raison dans une forêt qui tenait plus du bois de cauchemar hanté par des monstres que du bosquet de conte pour tout-petits peuplé d’elfes et de lutins.

Curieux de savoir ce qu’il en était, Loz quitta sa pseudo-chambre avec la ferme intention de rejoindre son frère sous le couvert des arbres fantomatiques et de lui tirer les vers du nez.

Sans arme et torse-nu comme il l’était, il traversa la maison coquillage silencieuse, longea le bord de l’étang et s’engagea sur l’étroit sentier qui bordait la forêt.

Il ne lui fallut pas longtemps pour trouver Kadaj, affalé sur un vieux tronc mort abattu, le front sur les genoux.

Ses épaules tressautaient et Loz reconnut distinctement les petits reniflements discrets qu’il laissait échapper lorsqu’il sanglotait.

- Kadaj ? murmura-t-il. Est-ce que ça va ?

Le jeune homme tressaillit et leva brusquement la tête, plein d’espoir, mais, reconnaissant son aîné, s’assombrit de nouveau.

- Oh… c’est toi.

Loz s’assit à ses côtés et sourit, non sans ironie.

- Ta déception fait peine à voir !

- Ca n’a rien à voir avec toi, Loz. Excuse-moi…

- Qu’est-ce que tu as ?

- Rien.

- Rien ? On ne dirait pas.

- Je n’ai pas envie d’en parler, finit par avouer Kadaj dans un murmure à peine audible en s’essuyant le visage.

Loz s’accroupit face à lui, lui fit redresser la tête et le contraignit à reposer les pieds sur le sol, le dos bien droit.

- De la tenue ! railla-t-il gentiment en croisant les mains sur les genoux graciles pour y appuyer le menton. C’est ce que te dirait Yazoo : ” quelles que soient les circonstances, de la tenue ! C’est ce qui nous différencie des bêtes ! ” (Son frère détourna le regard) D’habitude, ça te fait rire…

- Pas cette fois, Loz. Désolé.

Ce dernier fronça le nez.

- Il va bien falloir, pourtant, poursuivit-il, les yeux mako pétillants de malice. Si tu restes là avec cette tête, tu risques de tuer un gosse de trouille. (Il simula une attaque et Kadaj rit malgré lui) Un coup à finir tous les trois en bouillie dans une petite boîte scellée avec une bande jaune, ça.

- Loz ! Il n’y a que toi pour oser plaisanter avec des choses pareilles !

- Qu’est-ce que tu fais tout seul ici ? Il s’est passé quelque chose, dans la lande ?

A la lumière de la pleine lune, il vit son cadet rougir.

- Je… Je n’étais pas dans la lande.

- Hein ? Tu as laissé les enfants seuls dans la forêt ? Mais tu nous avais dit que tu les surveillerais jusqu…

- Eh bien, j’ai menti, voilà tout !

Loz hocha la tête et pinça les lèvres.

- Ah… Et… pourquoi ça ?

- Tu vas courir le répéter à Yazoo ?

- Pourqu…

- Loz !

- Non ! Tu veux que je jure et que je crache par terre ? railla l’interpellé.

Kadaj roula des yeux.

- N’en rajoute pas, tu veux. C’est déjà assez humiliant comme ça…

- Humiliant ? Bon, ça suffit ! Qu’est-ce qui se passe, à la fin ? gronda-t-il.

Son cadet ouvrit et referma la bouche à plusieurs reprises, ne sachant visiblement pas par quel bout aborder le sujet.

- Rufus a… Nous avons… Il m’a… Enfin, nous…

Son frère écarquilla les yeux.

- Rufus ? Tu es retourné là-bas ?

- Entre lui et moi… il s’est passé… disons des choses que je n’avais pas prévues. Pas prévues du tout. (Il resserra sur lui les pans de son manteau en un geste inconscient de pudeur et Loz blêmit.) Non ! Non, non, non, ce n’est pas ce que tu crois, se récria Kadaj en comprenant les inquiétudes de son aîné. Il ne m’a pas forcé à quoi que ce soit. En fait… c’est même plutôt l’inverse. (Loz hoqueta) Enfin, non ! Pas exactement ! Ce n’est pas ce que je voulais dire, je… Oh ! Eh puis zut !

- Kadaj… menaça son aîné, les nerfs en pelote. Ou tu me dis immédiatement ce qui se passe, où je compte jusqu’à trois et j’enfourche ma moto pour aller chercher Rufus par la peau du cou et savoir de quoi il retourne exactement. Et tu sais que j’en suis capable… ajouta-t-il avec un rictus agressif.

Kadaj laissa échapper un gémissement plaintif.

- Je n’ai pas pu… hoqueta-t-il. J’ai tout gâché, Loz ! Tout gâché.

Ce dernier se redressa et s’assit sur le tronc mort, à ses côtés, pour lui relever le menton et planter ses beaux yeux couleur de topaze verte dans les siennes.

- Il t’a demandé de t’envoyer en l’air avec lui en échange de mère ? s’écria-t-il, estomaqué.

- Non ! Non, Loz, ça n’a rien à voir avec mère, c’est… c’est juste un… ” truc ” qui s’est passé entre lui et moi. Une attirance, je n’en sais rien, appelle ça comme tu veux !

- Je vois… murmura Loz, troublé par l’aveu et essayant de le digérer autant que possible.

Kadaj baissa la tête et garda le silence un long moment.

- Bah dis donc… A voir ta tête, je viens de dégringoler une bonne volée d’échelons dans ton estime.

- Non, le rassura son frère avec un sourire. Non pas du tout. Je… Je suis juste surpris. Je t’aurais vu plus volontiers découper Rufus en rondelles que lui sauter au cou !

- Je ne lui ai pas sauté au cou, justement. J’ai été… minable.

Loz lui ébouriffa les cheveux, amical.

- Tu n’avais pas envie de galipettes, et après ? Ca t’étonne ? Franchement… je crois que nous avons des choses plus importantes à penser, non ?

- Tu es vraiment idiot, Loz, ou tu le fais exprès ? ! Bien sûr que j’en avais envie mais… je n’ai pas pu.

- Pas ” pu ” ? ( Kadaj baissa les yeux, plus gêné que jamais, et son frère fit claquer sa langue contre son palais.) Aïe…

- Comme tu dis : ” aïe “. Pourtant, oublie ce à quoi tu es en train de penser en ce moment parce que je peux t’assurer que je n’ai aucun problème de ce côté là.

Loz tordit le nez, pas très convaincu.

- Ouais…

- Pas avec des femmes, en tous les cas… précisa Kadaj en soupirant.

Son aîné ricana.

- Je vois…

Un silence un peu embarrassé tomba sur les jeunes gens, bientôt brisé par Kadaj, qui avait besoin de réponses et ne savait pas auprès de qui les trouver hormis son aîné, en qui il avait toute confiance.

- Loz ?

- Mhh ?

- Tu… Tu as déjà été tenté de… Enfin, je veux dire … avec un autre homme ?

Loz se tourna brutalement vers lui et planta son regard dans le sien, le faisant furieusement rougir.

- De quoi ? Non mais ça va pas ! Pour qui tu me prends? !

- Dé… Désolé… bredouilla Kadaj. Je ne voulais pas être insultant.

Son aîné fronça les sourcils et éclata de rire.

- Je te taquine, idiot ! (Son visage se radoucit) Ca fiche les jetons, hein ? Pas moi, de désirer un autre homme, je veux dire. Tu te sens largué… Tu as honte… Et tu te demandes si quelque chose ne s’est pas mis à dérailler là-dedans, fit-il en se tapotant la tempe.

Son frère se tourna franchement vers lui et le considéra avec étonnement.

- Tu as vécu ça ? chuchota-t-il, stupéfait. Toi ?

Loz eut un rire doux.

- Eh ! Ouais, ” moi “. Et si tu crois que j’avais l’air plus malin que toi, la première fois… Tu te goures !

- Comment ça, la première fois ? Tu veux dire que tu as déjà… Nooon !

- Mes mains tremblaient tellement que j’aurais été incapable de tenir un verre d’eau sans le renverser.

Son cadet éclata de rire.

- Tu dis ça pour me rassurer !

- Absolument pas.

- Et… tu as… ” conclu ” ? (Loz hocha la tête) Et ? Comment ça c’est passé ?

Loz lui répondit par un franc sourire.

- Dans mon cas, ce fut… (Il hésita, perdu dans d’agréables souvenirs) L’un des plus beaux moment de ma vie ? Ouais… Ouais, je crois qu’on peut dire ça. Durant toute la nuit, il n’y eut plus que nous deux. Rien d’autre n’existait.

Kadaj tordit le nez, ne sachant si c’était du lard ou du cochon.

- Tu es sérieux, là ? Ou tu te payes ma tête ?

Son frère lui jeta un regard en coin et soupira.

- Je ne mens pas, Kadaj. C’était quelqu’un que j’aimais énormément et ce fut vraiment formidable.

- C’était qui ? (Loz secoua la tête et son cadet le poussa affectueusement d’un coup d’épaule, presque jaloux qu’un étranger ait pu faire naître de tels sentiments chez l’un de ses frères.) Allez, ne te fais pas prier. Yazoo est au courant, je parie !

- Désolé, petit frère. Ca fait partie des choses qui n’appartiennent qu’à moi.

- Depuis quand tu as des secrets pour nous, toi ? s’offusqua Kadaj.

- Uniquement celui-là. C’est bien peu en comparaison de tout ce que je partage avec vous, non ?

Son frère lui pressa le bras et hocha la tête à contrecœur.

- D’accord. Comme tu voudras.

- Si Rufus te plaît vraiment, laisse-toi aller. Peu importe qu’il soit un homme ou une femme. Lorsque tu le sentiras s’abandonner dans tes bras, ou que tu t’abandonneras dans les siens, tu oublieras ce qu’il est. Ca n’aura plus d’importance, tu verras.

- Merci, Loz, chuchota Kadaj, la gorge serrée. Merci d’être toujours là pour me donner un coup de pied aux fesses quand j’en ai besoin.

Un silence, puis :

- Je le connais, au moins?

Loz éclata de rire et lui ébouriffa les cheveux.

- N’insiste pas. Je t’ai dit que ça ne regardait que moi ! Non ! Plus de question à ce sujet. Je vais dormir. Et toi, tu files surveiller les gosses, comme tu l’as promis, rappela-t-il.

Il s’éloigna de son frère du pas athlétique et alerte qui avait toujours été le sien et regagna la maison coquillage.

De retour dans la pièce qui leur servait de chambre à lui et à Yazoo, il retira son pantalon en silence et se glissa dans son sac de couchage en prenant bien garde à ne pas le réveiller son frère mais ce dernier ouvrit des yeux gonfles de sommeil.

- Où tu étais passé ?

Loz sourit.

- Je t’en pose, des questions ?

D’une bourrade énergique, Yazoo le renversa sur le dos et fit semblant de l’étrangler mais son frère n’eut aucun mal à le maîtriser en riant et à inverser les positions.

- Je me rends… railla Yazoo d’une vois ensommeillée, les poignets prisonniers des mains de son aîné de part et d’autre de sa tête.

Ce dernier se pencha sur son visage pour caresser sa joue du bout de son nez, joueur.

- Yazoo ?

- Mhh ?

- Tu te souviens de la première fois que nous avons fait l’amour ?

Son frère ferma à demi les yeux et parut se perdre dans de savoureux souvenirs.

- Comment pourrais-je l’oublier ?

- Qu’as-tu ressenti, cette nuit-là ? Tu te souviens ?

- C’était… magique.

- C’est bien ce que je pensais, acquiesça son frère avec un sourire malicieux.

Yazoo s’étrangla et éclata de rire.

- Prétentieux !

Il n’en noua pas moins ses bras autour de son cou vigoureux.

- Loz…

- Quoi ?

- Fais-moi l’amour, chuchota-t-il la gorge un rien serrée.

- Et si Kadaj se pointe ? murmura Loz tout contre sa bouche.

Yazoo aspira sa lèvre inférieure et la suça.

- Il est dans la lande, avec les enfants.

- Oui, mais…

Une langue humide s’insinua dans sa bouche, le contraignant au silence.

- Il ne viendra pas. Il n’y a que toi et moi… Comme ce jour là… Tu te souviens ?

Loz sentit une main fraîche descendre le long de son ventre et il ferma les yeux.

- Je me souviens… murmura-t-il en se glissant entre les cuisses consentantes. Oh, Yazoo…

- Fais-moi l’amour, Loz, supplia ce dernier dans un gémissement impatient. Fais-moi l’amour comme si c’était la première fois…

Avec toute la tendresse dont il était capable, Loz referma ses lèvres sur les siennes tandis que leurs doigts s’entrelaçaient.

***

A mi-chemin de la lande, où étaient réunis les enfants, Kadaj marqua un arrêt sur le sentier.

Que pouvait-il leur arriver, à ces mouflets, de toute façon ? Il n’y avait rien, dans cette fichue forêt, hormis les fantômes de mauvais souvenirs et d’une race éteinte. Rien du tout ! Et lui, il avait besoin d’être seul. De se blottir dans son duvet douillet et de penser.

Oui, de penser !

De penser ? Ou de rêver ?

- Rufus…

Se retrouver seul dans la pénombre avec son souvenir… Son image… L’odeur de ses cheveux blonds qui persistait sur ses doigts…

Il porta ses mains à sa bouche et sourit tandis qu’un long frisson lui remontait le long de l’épine dorsale.

- Ces satanés gamins ne risquent rien, de toute façon !

Sa décision prise, il fit demi-tour et se dirigea vers la maison coquillage, où ses frères devaient déjà dormir…

FIN

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IV - Vivants ! Un mois plus tôt

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Tout ce qu’il ressentait, c’était une douleur piquante qui faisait tressaillir chacun de ses muscles et se hérisser sa peau, encore poisseuse du liquide dans lequel il avait flotté dans la matrice. Une peau qui lui paraissait soudain bien nue et bien fragile.

Même sa mâchoire tremblait toute seule, faisant s’entrechoquer ses dents.

Il savait d’instinct que s’il arrivait à se serrer contre les autres, pourtant, la morsure se ferait moins intense et la douleur moins aiguë.

Froid… “

Voilà comment s’appelait cette douleur : froid.

Il ignorait pour l’instant comment ni où il l’avait appris mais il le savait…

Mettre un nom sur sa souffrance ne la fit pas disparaître, cependant.

Chaleur… “

Ce nouveau mot fit son chemin dans les méandres de son cerveau encore engourdi.

Pour survivre, il lui fallait la chaleur des autres, comme avant que la matrice ne se déchire et que l’air glacial ne le pénètre, lui embrasant les poumons.

Tout comme lui brûlait les yeux la pâle lumière tombant sur lui depuis un point distant, tout là-haut, loin au-dessus de sa tête.

Les paupières diaphanes frémirent mais croire qu’elles puissent déjà s’ouvrir était prématuré et elles restèrent scellées sur des prunelles encore trop fragiles pour supporter l’intensité lumineuse, pourtant faible, qui régnait dans le fond du cratère.

A tâtons, les membres gourds excessivement instables pour lui permettre de se déplacer sur la surface dure et froide autrement qu’en rampant, il chercha le grand corps chaud qui s’était fait berceau dans le cocon protecteur maintenant éventré et glissant.

Par deux fois ses coudes chancelants dérapèrent à la surface de la membrane épaisse et visqueuse sur laquelle il se traînait, grelottant, et qui recouvrait le sol rocailleux. Ses fins cheveux argentés dégoulinaient d’une sorte de mélasse verdâtre et lui collaient désagréablement au visage et au cou.

Il laissa échapper une petite plainte, le premier bruit à sortir de sa gorge délicate.

Voix… ” lui apprit sa mémoire innée.

Il tendit fébrilement une main, qui remonta le long d’une cuisse musculeuse et chaude mais si glissante qu’il n’arrivait pas à s’y accrocher pour s’y hisser.

Comment survivre s’il ne parvenait pas à se pelotonner contre la chaleur salvatrice ?

Nouvelle plainte désespérée.

Il tenta de ramper encore un peu et sa tête rencontra un obstacle.

Un autre

Un autre qui s’était roulé en boule contre le corps vigoureux !

De quel droit ? C’était sa place ! Elle l’avait toujours été ! Dans la matrice, c’était lui qui reposait tout contre ce grand corps chaud si doux, dont le bruit hypnotique l’apaisait, pas l’autre !

Pam-pam… Pam-pam… Pam-pam… “

C’était le bruit que faisait l’ample poitrine contre son oreille lorsqu’il dormait.

Pam-pam… Pam-pam…”

Il gémit de frustration et essaya de déloger le sans-gêne mais sans grand succès. Il n’avait pas la force de le repousser et ses ongles étaient encore trop mous pour griffer.

Puisant dans ses maigres forces, il s’agrippa des deux mains au pied frêle contre lequel il avait butté et tira, ce qui eut pour effet, non de chasser l’importun, mais de le faire remonter lui de deux bonnes coudées.

Enhardi, il se tortilla avec l’énergie du désespoir, glissant sur les membres entremêlés et les peaux poisseuses pour se faire une place dans le nid de chair ardente.

De grands bras musclés l’étreignirent alors et l’attirèrent dans le cocon formé par les deux corps enlacés.

Pleurant presque de soulagement, il appuya son petit visage contre l’ample poitrine si réconfortante.

Pam-pam… Pam-pam… Pam-pam… “

Il calqua sa respiration sur le rythme hypnotique.

Blotti tout contre les autres, protégé du froid mordant par la chaleur du grand corps, il était à nouveau en sécurité.

Frères… “

C’est comme ça que s’appelaient les autres.

Ses frères. Oui, chaque chose avait un nom, même lui.

Ka… daj… “

Kadaj. C’était son nom. Kadaj.

Ca sonnait bien.

***

Loz frissonna violemment et lutta pour ouvrir les yeux mais ses paupières étaient encore collées et ne s’ouvriraient pas avant plusieurs jours.

Il n’avait réussi à déchirer la membrane et à en libérer ses frères que quelques heures plus tôt mais la fatigue commençait déjà à se faire sentir et il savait qu’avant peu, il n’arriverait plus à produire suffisamment de chaleur pour les garder en vie.

C’était pourtant son devoir et sa seule raison d’exister : ” protéger ses frères et les aider à retrouver mère “. Ces mots étaient écrits en lettres de feu dans son cerveau et chacune de ses cellules.

A tâtons, il essaya de deviner les formes et les positions de ses cadets.

Le plus petit était blotti tout contre son ventre, comme dans la matrice, mais il ne sentait pas le second, habituellement collé contre son dos, ses bras souples enroulés autour de sa taille étroite.

L’affolement le gagna.

Il chercha plus loin, par-dessus le petit corps pelotonné dans son giron, et hoqueta d’horreur en touchant une épaule glaciale.

- Ya…zoo… gémit-il de sa voix encore mal équilibrée.

Faisant grogner Kadaj, il tendit son bras par-dessus ce dernier pour agripper le poignet gracile de Yazoo et le tirer à lui.

Celui-ci, transi de froid, se laissa faire sans la moindre résistance, trop faible pour réagir, et Loz le mit entre lui et son frère endormi, tout contre sa peau brûlante.

Mais Kadaj ne l’entendait pas de cette oreille !

Sentant soudain un corps glacé contre le sien, il rua avec colère, essayant de le repousser à nouveau loin de lui et de la chaleur bienfaisante qu’il voulait pour lui seul.

Loz dut les étreindre tous deux fermement, au risque de tordre leurs os mous, pour empêcher le belligérant de gigoter et de gâcher la précieuse et rare chaleur nécessaire à leur survie à tous. Chaleur qu’au demeurant il peinait de plus en plus à produire…

Malgré cela, il fit encore monter la température de son organisme de plusieurs degrés et, aussitôt, ses frères cessèrent de grelotter et de s’agiter pour retomber dans une sorte de catatonie réparatrice. Un état quasi-comateux nécessaire pour parfaire leur développement une fois sortis de la matrice.

Tels des sangsues assoiffées, ils se nourrissaient de la chaleur de leur aîné, n’en ayant jamais assez, leur cerveau brûlant toujours plus d’énergie à mesure que leur mémoire résiduelle se remplissait de celle de Sephiroth. Des souvenirs, des réflexes, des connaissances qui n’étaient pas les leurs se ruaient à l’assaut de leurs synapses à une vitesse et avec une violence effrayantes.

Kadaj et Yazoo s’agrippaient férocement à leur frère aîné, enfonçant leurs doigts dans sa chair tendre comme des rapaces, réclamant toujours plus de chaleur, et Loz dut bientôt se résoudre à choisir entre recevoir les précieuses données dont l’analyse et l’assimilation étaient par trop friandes d’énergie ou continuer à produire toujours plus de chaleur pour permettre à ses frères d’achever leur processus de développement dans les meilleures conditions possibles.

Poussé par l’instinct inscrit dans ses gènes, il n’hésita pas un instant.

Lorsqu’il estima avoir reçu de la mémoire de Sephiroth juste ce qu’il fallait de données essentielles à sa future survie sans le monde, il coupa la connexion mentale avec le Cauchemar de la Planète et utilisa ses dernières forces pour maintenir les deux corps serrés contre lui à la température adéquate.

Il dut cependant se rendre vite à l’évidence : il ne tiendrait pas très longtemps.

Son corps refroidissait à chaque heure qui passait, faisant bientôt grelotter Yazoo et enrager Kadaj, qui ruait, pinçait et mordait, réclamant toujours plus de cette chaleur dont il se gorgeait, inconscient des souffrances et des sacrifices que cela coûtait à son aîné.

Si ce dernier ne trouvait pas une solution, un apport d’énergie suffisant rapidement, ils mourraient et ce risque bien réel donna à Loz un second souffle.

Il devait protéger ses frères, c’était son devoir, quitte à le payer de sa propre vie.

C’est d’eux dont leur mère avait réellement besoin, pas de lui. Il le savait et, bien que cette vérité lui déchire le cœur, il s’y soumettait. Parce qu’il en avait reçu l’ordre, certes, et qu’il avait été créé dans ce but, mais aussi parce qu’il en était venu à éprouver pour les deux fragiles créatures, avec qui il avait partagé la matrice et qu’il avait senti se former et grandir tout contre lui, un amour inconditionnel qu’aucun instinct ou injonction inscrit dans ses gènes ne pourrait jamais remplacer.

La température de son corps baissa encore et il laissa échapper un sanglot désespéré en entendant la petite plainte de Yazoo, qui frissonnait contre sa peau désormais tiède.

De l’énergie. Il lui fallait une source d’énergie mais où la trouver ?

C’est alors qu’il se souvint sur quoi ils étaient tous trois allongés.

La matrice.

Cette membrane épaisse et visqueuse qui les avait protégés, nourris et au sein de laquelle ils avaient pris corps et forme…

Loz tourna un peu la tête pour frôler le tissu adipeux de ses lèvres et sut très bien dès lors ce qui lui restait à faire.

A la façon d’une louve qui dévore le placenta de ses louveteaux nouveau-nés pour engranger les protéines nécessaires à leur allaitement, il déchira une partie de la matrice gluante de ses dents et l’avala en grimaçant, luttant contre les spasmes qui lui retournaient le coeur.

***

Dix jours plus tard, les paupières de Loz furent les premières à se décoller.

Il faisait nuit, au dehors, et seule la faible lumière de la lune descendante éclairait le fond du cratère nord. Ce fut néanmoins suffisant à ses sens surdéveloppés pour distinguer ses frères, endormis enlacés tout contre lui, et l’émotion lui serra la gorge en les voyant pour la première fois.

Prenant bien garde à ne pas les réveiller, il lissa leurs cheveux soyeux et caressa leur peau douce, un sourire incontrôlable sur les lèvres.

Il resta ainsi un long moment, à les regarder et à les frôler du bout des doigts, attendri comme on peut l’être face à une portée de chatons pelotonnés dans un panier.

Mais il n’était plus temps de s’émouvoir, hélas.

Leurs corps étaient parfaitement développés, à présent, et avaient besoin, pour se nourrir, d’autre chose que de chaleur et d’oxygène.

Loz posa sa main à plat sur leur poitrine et leur dos et constata que, bien qu’ils ne soient plus en contact avec lui depuis un moment, les organismes de ses frères parvenaient maintenant à réguler plus ou moins leur température. Durant un certains laps de temps, du moins, et dès l’instant qu’ils restaient bien serrés l’un contre l’autre.

Bien.

Mais que se passerait-il s’il devait s’absenter trop longtemps pour leur trouver de la nourriture ?

Qu’est-ce qui pourrait leur fournir un peu d’énergie afin de continuer à produire de la chaleur si son absence se prolongeait ou s’il lui arrivait quelque chose et qu’ils devaient survivre et se débrouiller par eux-mêmes ?

S’il avait pu leur donner un morceau de sa propre chair à manger en cet instant, il l’aurait fait mais il avait besoin de son corps dans son intégralité pour les protéger et trouver de quoi les nourrir.

Il fouilla son cerveau à la recherche d’une situation similaire et de la réponse appropriée à donner mais… rien.

Il se prit la tête dans les mains, maudissant son manque de repères.

Peut-être n’aurait-il pas dû pas dû bloquer le flux d’informations provenant de la mémoire de Sephiroth, finalement. Peut-être que s’il ne l’avait pas fait, il…

Stop ! “ se rabroua-t-il. ” Tu n’avais pas choix, de toute façon. C’est trop tard, maintenant. Réfléchis ! Réfléchis, bon sang ! “

Sang qui battit à ses tempes avec affolement et il se raidit soudain.

La voilà la solution : le sang.

Gorgé de nutriments essentiels, facilement assimilables par des organismes encore fragiles et relativement aisé à reconstituer pour lui, le sang était exactement ce qu’il fallait à ses frères.

Du regard, il chercha quelque chose de tranchant et referma la main sur un morceau de silex tranchant, avec leqquel il s’entailla profondément la poitrine, au-dessus du téton droit, avant de soulever tendrement Yazoo dans ses bras pour le serrer doucement contre lui sans le réveiller.

La main sous la nuque délicate, il guida la petite bouche tendre jusqu’à la profonde entaille et son frère se mit à téter d’instinct, de plus en plus fort, le faisant grimacer de douleur. Il le laissa cependant faire jusqu’à ce que la source commence à coaguler et à se tarir.

Loz le remit ensuite en position foetale avec une patience et une tendresse à toute épreuve et s’entailla à nouveau la chair, au dessus du téton gauche, cette fois.

Contrairement à Yazoo, Kadaj n’eut guère besoin d’être guidé jusqu’à l’affleurement écarlate. L’odeur du sang de son frère fit frémir impatiemment ses narines et il s’agrippa aux larges épaules et au torse puissant avec un acharnement avide. Il aspira furieusement la vie hors du corps déjà tant éprouvé à longues succions douloureuses et en mordillant la plaie pour la rouvrir et en avoir encore plus lorsque celle-ci commença à coaguler.

Loz eut toutes les peines du monde à l’arracher à lui et se releva en titubant, le sein endolori et la tête tournant comme une toupie.

Pas le temps de se reprendre, cependant. Le soleil se lèverait bientôt et il fallait faire vite…

***

Yazoo fut réveillé par une odeur de sang frais et son estomac affamé se contracta douloureusement au souvenir du goût exquis de celui de son frère.

Au prix de douloureux tiraillements et de de frottements énergiques, ses paupières se décollèrent enfin mais, ébloui par la lumière de l’aube, pourtant bien pâle, il dut s’y prendre à plusieurs reprises pour réussir à les garder ouvertes.

Il tourna la tête en direction de l’odeur alléchante et vit que, tout près de lui, la chair rosée de deux lièvres de neiges, soigneusement dépecés et désossés, l’attendait.

Les yeux larmoyants, il se redressa à quatre pattes et se dirigea droit vers le festin de viande crue. Loz avait soigneusement sélectionné pour ses frères les parties les plus tendres et les plus charnues des lièvres, se contentant des restes.

Proche de la béatitude, Yazoo sentit les morceaux juteux fondre dans sa bouche et glisser dans son estomac qui, encore ridiculement étroit, fut vite rempli.

Il venait à peine de terminer son premier vrai repas qu’il sentit une main légère se poser sur son épaule.

- Ya…zoo ? demanda une voix douce.

Il se retourna et sourit avec tendresse en voyant son jeune frère pour la première fois.

- Kadaj…

Ce dernier hocha la tête et Yazoo lui tendit un morceau de viande, qu’il dévora sous les yeux curieux de son frère, mais, comme lui, il fut vite rassasié.

Repus, ils prirent alors le temps de s’observer et de se toucher attentivement, fascinés par leur ressemblance et émus par leur contact.

Kadaj glissa la main dans les longs cheveux soyeux de son aîné et sourit, les yeux brillants d’émoi.

- Tu es comme je t’imaginais, mon frère, murmura-t-il avec quelque chose qui n’était pas loin de ressembler à de la fierté.

Yazoo lui répondit par une étreinte violente et vit alors Loz, par-dessus son épaule.

- Laissons-le dormir, proposa Kadaj en suivant son regard. Il a bien mérité de se reposer un peu.

Son frère acquiesça mais n’en rampa pas moins vers le grand corps qui gisait à plat dos sur la pierre dure, ce corps qui les avait tous deux protégés et nourris de sa chaleur et de son sang.

Fasciné, il en détailla la silhouette virile, si différente de la sienne et de celle de Kadaj, la musculature athélique, la peau pâle et les traits délicats.

Oh, il était beau, son frère, pour ça oui. Beau et puissant comme un fauve.

La main tremblant d’émotion, il effleura du bout des doigts la courbe ferme de la mâchoire et… blêmit.

- Loz… murmura-t-il d’une voix étranglée.

- Mère est ici, fit Kadaj, qui s’était redressé pour faire quelques pas dans la grotte à ciel ouvert qui formait le fond du cratère. Je la sens… Elle est tout près.

- LOZ !

Alerté par le cri, Kadaj se précipita.

- Qu’est-ce qu’il y a ?

- Loz, réveille-toi ! Loz ! Tu n’as pas le droit !

- Yazoo, qu’est-ce qui se passe ?

- Il est tout froid ! cria celui-ci en sanglotant de plus belle. Kadaj, il est tout froid !

Ce dernier s’accroupit et posa son oreille contre la large poitrine.

Pam… Pa…am… Pap…am… Pam…”

Les battements du cœur de son frère, ce “bruit” si rassurant qui l’avait bercé dans la matrice puis dans l’air hostile et glacial du dehors, avait perdu toute régularité et faiblissait à chaque seconde.

- Loz… gémit-il, la gorge et le ventre noués.

- Qu’est-ce qu’il a ? Qu’est-ce qu’il a, Kadaj ? Pourquoi est-il si froid ?

La lèvre de Kadaj frémit et ses yeux se remplirent de larmes.

- Parce qu’il nous a tout donné… répondit-il dans un murmure à peine audible avec un regard d’intense désespoir à son aîné. Nous lui avons tout pris, Yazoo. Absolument tout.

Sans réfléchir davantage, il s’allongea sur le grand corps glacé et l’enlaça aussi fort qu’il le put.

Yazoo en fit autant et, réunissant leurs forces toutes neuves, faisant appel à leurs pouvoirs d’invocation - ceux-là même auxquels Loz avait dû renoncer, parmi bien d’autres choses, pour leur permettre de vivre - ils matérialisèrent autour d’eux une sorte de cocon dans lequel ils essayèrent de rendre à leur frère aîné au moins une partie de ce qu’il avait sacrifié pour eux : sa vie.

***

Tseng, regarde ça ! Oh… c’est répugnant ! “

BANG ! BANG !

Merde ! C’est qui, ces mecs ? “

BANG ! BANG ! BANG ! BANG !

Elena ! “

BANG ! BANG !

Non ! Va-t-en, Reno ! Remonte dans l’hélico ! Remonte dans l’hélico ! “

BANG ! BANG ! BANG !

Elena ! Attention ! “

BANG !

Tseng ! “

Vous avez pris notre mère. Où est-elle ? “

Qui… qui êtes-vous ? “

Où est mère ? “

Va te… faire foutre ! “

Eh ! C’est pas gentil ! “

Merveilleux… Il y a… même un… demeuré… AHH ! “

Tseng ! “

Comment viens-tu d’appeler notre frère, misérable larbin ? “

Tseng ! Oh, mon, Dieu, Tseng ! Arrêtez ! Arrêtez, vous allez le tuer ! “

A Vincent

Je suis debout de bon matin
Au boulot, vif et assidu.
Et si j’ai pas d’poil dans la main.
… C’est parce que t’as jamais voulu !

Cid

Oh ! Non, vince, tu n’es pas parfait…
Mais que tes défauts sont charmants !

Tifa

Si j’étais une rose et toi un oeillet
quel ravissant bouquet nous aurions composé !

Aerith

Pas trop nauséeux à force de tourner
dans ma tête ?

Lucrecia

Alors ?

C’est l’amour au premier regard

Ou je dois repasser plus tard ?

Yuffie

A Cid

Quand la nuit fait tomber son voile,
Tendre et vieil ami, pense à moi.
Car, à l’abri, dans chaque étoile,
J’ai laissé un baiser pour toi…

Vincent

Tu as les yeux plus bleus que la mer en été
Malheur à qui y plonge et ne sait pas nager…

Tifa

C’est dans tes bras que j’ai appris
Que la mort n’est pas nécessaire
Pour visiter le paradis…

Shera

Que ne suis-je mécano, pour graisser les rouages
de cette belle machine !

Shalua

Le ciel est gris,  donne-lui un peu
du bleu qui illumine tes yeux

Yuffie

III - Vivants ! Jour J + 1

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Tifa essuyait les derniers verres et les rangeait soigneusement derrière le bar lorsque le téléphone sonna.

- Denzel ! Apporte-moi le téléphone !

Le garçonnet obéit mais ne put s’empêcher de décrocher, curieux.

- Allô ? C’est qui ? Tifa ! C’est Reeve !

La jeune femme lui prit l’appareil des mains et agita un index accusateur sous son nez avec une grimace faussement courroucée.

- Je t’ai dit de me l’apporter, petit démon, pas de répondre ! Reeve ? Alors ? Quelles sont les nouvelles ?

« On a placé nos deux « invités » sous surveillance à l’hôpital général. »

- Comment vont-ils ?

Denzel grimpa sur l’un des tabourets qui flanquaient le bar. Il tendit l’oreille, fureteur, mais Tifa lui intima l’ordre de s’éclipser au premier d’un geste, ce qu’il fit de mauvaise grâce.

« Ce n’est pas fameux. »

- Pourquoi ? Ils avaient l’air d’avoir bien résisté, pourtant.

« Pour ce qui est du plus costaud, deux côtes ont transpercé ses poumons et il souffre d’écrasements divers. »

- C’est déjà un miracle qu’il soit vivant.

« En fait, pour ce que j’ai compris, il n’était déjà pas en très bon état avant de se retrouver là-dessous. »

- Comment ça ?

« Les médecins disent que les lésions qui ont causé la plupart des fêlures de la cage thoracique datent d’au moins quatre ou cinq jours. »

- Ah ? bredouilla la jeune femme, un peu mal à l’aise au souvenir de la bagarre qui l’avait opposée à l’argenté quatre jours plus tôt.

« Oui. A croire que ce garçon a été foulé aux sabots par un troupeau de buffles ! »

Tifa se couvrit la bouche de la main.

- Oups…

« Tifa ? Tifa, tu es toujours là ? »

- Oui. Oui, Reeve, je suis là. Excuse-moi je… J’étais en train de fermer le bar.

« Oh, désolé, tu veux que je rappelle plus tard ? »

- Non. Non, non, pas du tout, c’est bon, j’ai fini. Et Yazoo, qu’est-ce que ça donne ?

« Cloud pense qu’il se laisse mourir. »

- Quoi ? s’écria la jeune femme. Comment ça ?

« Comme je te le dis. Littéralement, s’entend. »

- Après avoir réchappé à la chute d’un immeuble de quarante étages et s’être accroché à la vie durant presque deux jours alors qu’il était coincé, blessé, sous des tommes de béton ? Voyons, Reeve, c’est… c’est ridicule !

« Cloud est persuadé qu’ils n’ont pas cherché à survivre, justement, mais à se suicider, au contraire. »

La jeune femme dut s’asseoir sur un tabouret du bar, les jambes coupées par ce qu’elle entendait.

- Ils… je pensais qu’ils voulaient surtout tuer Cloud.

« Pas d’après lui. Il dit qu’ils espéraient rejoindre leur mère et leur frère, dans la rivière de la vie en emmenant Cloud - leur « grand frère » - avec eux. Ces gosses sont persuadés que cette saleté tombée du ciel les attend gentiment quelque part, de l’autre côté, pour vivre une tendre petite vie de famille. »

- Mon Dieu… Aerith ! réalisa Tifa.

« Pardon ? »

- C’est parce qu’ils ont vu Aerith récupérer Kadaj, Reeve ! Ils croient sans doute que c’est Jenova qui est venue le chercher. Oh, non…

« Oui, c’est ce que pense Cloud, aussi. »

- Les pauvres… Traite-moi d’incurable sentimentale si tu veux, Reeve, mais, avec le recul, ils m’inspirent plus de pitié que de rancune.

« Je comprends. Tu n’es pas la seule à ressentir ça, Tifa, rassure-toi. »

La jeune femme secoua la tête, écoeurée.

- Est-ce que je peux faire quoi que ce soit pour vous aider ?

« Justement, c’était à ce sujet, que je t’appelais. »

- Vas-y, je t’écoute.

« Eh bien, le plus costaud de nos deux gaillards… »

-Loz.

« Oui, c’est ça, Loz. Il a beau être à demi-inconscient, il n’arrête pas de prononcer ton nom. »

La jeune femme écarquilla les yeux.

- Quoi ? Pourquoi ?

« Ca, j’espérais que tu pourrais me le dire. S’est-il passé quelque chose de particulier, entre vous deux ? »

- Non ! se récria-t-elle. Bien sûr que non, que vas-tu imaginer !

Elle entendit Reeve rire.

« Je ne parlais pas de ce genre de « choses » là, Tifa. S’est-il confié à toi ? T’a-t-il dit qu… »

- Oh, non, Reeve, le coupa-t-elle, ironique. Bien au contraire.

« Comment ça ? Excuse-moi mais je ne suis pas encore au courant de tous les détails de l’affaire. »

- Lui et moi nous sommes juste battus comme des chiffonniers avant qu’il ne m’assomme pour enlever Marlène et voler les materias de Yuffie. Notre rencontre se résume à des menaces, une volée de coups de poings et quelques coups de pied, rien de plus.

« Ah… Bon, tant pis. Connaissant ton caractère bienveillant, Vincent se disait qu’il s’était peut-être pris d’une sorte de sympathie pour toi. »

Tifa laissa échapper un petit rire triste.

- Ce n’est pas cas, Reeve. Il m’a, à l’inverse, fait mordre la poussière comme ça ne m’était encore jamais arrivé. Mais pourquoi cela a-t-il l’air d’être aussi important ?

« Il plonge lui aussi petit à petit dans une sorte d’apathie et Vince espérait peut-être que tu aurais pu lui parler ou… je ne sais pas, le pousser à s’accrocher et encourager ainsi son frère également. Mais bon… Oublie ça. Tu connais Vince, c’est un irrécupérable romantique. Eh bien je te laiss… ah, attends un instant, Cloud me fait des signes. Je te le passe. A très bientôt. Embrasse Denzel pour moi, surtout. »

- Je n’y manquerai pas. A bientôt, Reeve.

« Tifa ? »

- Oui, je suis toujours là, Cloud. Reeve me dit que ça ne va pas fort, pour tes deux pseudo « petits frères » ?

« C’est peu de le dire ! Ces saloperies de scientifiques ont déjà le scalpel qui frétille à la seule idée de les dépiauter comme des rats. Si tu voyais ces vautours blancs tournoyer autour de leur chambre en guettant leur dernier souffle, c’est à te mettre l’estomac à l’envers ! »

- Pourquoi je ne suis même pas étonnée ? soupira-t-elle.

« Tifa, tu vas sans doute trouver ça idiot mais… tu pourrais faire un saut ici ? »

- Oui, bien sûr mais… pourquoi faire ?

« Reeve t’a dit, pour Loz ? Il n’arrête pas de t’appeler. »

La jeune femme sentit des centaines de fourmis cavaler dans son estomac.

- Oui. Je… bredouilla-t-elle. Je ne comprends vraiment pas pourquoi, d’ailleurs.

« Il t’a vu protéger Marlène comme une louve. Pour lui, tu es peut-être ce qui se rapproche le plus d’une mère, va savoir. Ecoute, je pense que ça vaut peut-être le coup d’essayer. On verra bien comment il réagit en voyant. »

- Très bien. Le temps de prendre une douche, de me changer et j’arrive. Je peux être là dans une heure.

« C’est bizarre, tout de même… »

- Quoi donc ?

« Cette inertie dans laquelle ils sont plongés depuis qu’on les a amenés. Vincent dit que… que ça lui rappelle Lucrecia. »

Tifa tressaillit.

- Tu ne crois pas qu’ils vont finir comme ça, tout de même ? Comme des statues vivantes ?

« Tu verras par toi même mais j’ai bien peur qu’ils n’en soient pas loin, tu sais. »

- Mon Dieu… soupira la jeune femme.

« Bon, écoute, je te retiens pas au téléphone plus longtemps. L’un de nous t’attendra dans le hall du bâtiment D de l’hôpital. C’est là qu’ils sont. »

- D ? C’est pas le bâtiment du labo de génétique, ça ? Celui devant lequel il y a des manifestations écologistes tous les quatre matins ?

Elle entendit Cloud ricaner avec mépris.

« Ouais… Le repaire des savants fous en personne. Et je peux te dire que, de près, ils ont l’air encore plus insanes qu’à la télé ! »

- Je me dépêche.

« A tout de suite, Tifa »

Cette dernière monta quatre à quatre l’escalier qui menait aux appartements privés du bar, au premier étage, et appela Marlène et Denzel.

Elle aurait préféré ne pas avoir à les emmener mais il lui était matériellement impossible de trouver une Baby Sitter en moins de vingt minutes. Temps donc elle disposait pour prendre une douche, se changer, et trouver un taxi si elle voulait être à l’hôpital général de Edge dans une heure…

*

Derrière le mur vitré de la chambre de Loz et de Yazoo, Reeve regardait les médecins effectuer une batterie d’examens et faire une énième récolte d’échantillons en tout genre : sang, peau, cheveux, et le ciel savait quoi d’autre.

- Ils s’en donnent à coeur joie, ces salopards… cracha Cloud avec mépris.

- Il devrait au moins se plaindre… murmura Reeve sans faire attention à lui. Ce n’est pas normal.

- Hein ?

Le chef de la WRO secoua la tête et se tourna vers lui.

- Pardon, Cloud, je parlais tout seul. Je disais que ce n’était pas normal.

- Quoi donc ?

- Yazoo. Regarde ! Pas un cri, pas un gémissement, même pas un haussement de sourcils, c’est… bizarre. Non ?

Un frisson désagréable agita Cloud en voyant un médecin enfoncer une aiguille grosse comme une paille à cocktail dans le foie de l’argenté, à travers la paroi abdominale, pour pratiquer une biopsie.

- Ils ont dû l’anesthésier, murmura le jeune homme, le coeur au bord des lèvres.

- Non, ses paupières battent, regarde. Lentement mais elles battent.

- Une anesthésie locale, alors.

- Il aurait mal tout de même.

Cloud regarda les prunelles mako, fixes, vides, dilatées à l’extrême, et secoua la tête.

- Je crois qu’il va falloir se faire une raison, Reeve. Vincent avait vu juste : ils se laissent tout simplement mourir. Et, comme les cellules de Jenova qu’ils portent en eux les empêchent de rejoindre la rivière de la vie, ils finiront probablement comme Lucrecia…

- Et comme Sephiroth, lui rappela Reeve.

Le jeune homme sentit un pincement au coeur en revoyant ce héros qu’il avait tant admiré prisonnier de son cristal mako, la moitié inférieure de son corps réduite à une charpie de vaisseaux verdâtres et de filaments glaireux.

- Tu sais… Plus j’y pense et moins que crois que c’est Sephiroth que j’ai combattu là-haut, sur les toits.

- Jenova ?

Cloud haussa les épaules.

- Ce ne serait pas la première fois qu’elle se sert d’un ersatz de lui pour nous faire tourner en bourriques… Oh, voilà Tifa.

La jeune femme venait vers eux, flanquée de Denzel et de Marlène.

- Désolée, s’excusa-t-elle, je ne pouvais pas les laisser seuls.

- Ne t’en fais pas, assura Reeve en faisant signe à son chat robotisé, qui attendait bien sagement assis sur l’un des sièges du couloir. Moi et Cait, on va s’occuper d’eux.

Il poussa les enfants en direction de la cafétéria et Marlène faillit bien se dévisser la tête en essayant de jeter un coup d’oeil à l’intérieur de la chambre vitrée.

- C’est vrai ce que dit Tifa ? demanda-t-elle. Que c’est Jenova qui s’est mis en eux pour qu’ils nous fassent du mal ?

Le chef de la W.R.O. la souleva dans ses bras.

- Et si on discutait de tout ça devant une bonne glace, mhhh ?

Les enfants lancèrent des exclamations enthousiastes et il quitta les lieux aussi vite que possible.

- Qu’est-ce qu’ils font ? demanda Tifa à Cloud en observant les médecins à travers le mur vitré de la chambre des argentés. Ils sont au moins cinq, là-dedans.

- Je l’ignore, je… (Une jeune femme en blouse blanche leur jeta un regard méfiant et appuya sur l’un des boutons de commande du panneau mural, obscurcissant les vitres qui devinrent rapidement totalement opaques) Et ils ne veulent visiblement pas que ça change ! ajouta-t-il, un rien agressif.

Les jeunes gens attendirent un long moment que les scientifiques en terminent avec leurs prélèvements.

Les minutes passèrent avec une lenteur désespérante, s’enfilant sur le fil de leur angoisse telles des perles et c’est ainsi que près d’une heure s’écoula.

- Bizarre que Vincent ne soit pas revenu, nota Cloud.

Tifa soupira.

- Il m’attendait dans le hall mais a filé, disant qu’il avait quelque chose à vérifier d’urgence mais il n’a pas précisé quoi.

Des exclamation surprises et des jurons leur parvinrent soudain de part et d’autre du couloir ainsi que des laboratoires d’analyses ou des bureaux du personnel.

- Qu’est-ce qui se passe ? s’étonna Cloud, surpris par le raffut et l’agitation soudains.

Le personnel courait en tout sens, affolé, et Tifa agrippa par le bras une infirmière qui allait se précipiter dans la chambre des argentés.

- Qu’est-ce que c’est que cette pagaille ? Qu’arrive-t-il ?

- Notre système informatique vient d’être piraté ! s’écria la jeune fille avant de se libérer d’une torsion de poignet.

Elle fit irruption dans la chambre vitrée et, quelques minutes plus tard, celui qui semblait être le chef du pôle recherche de l’hôpital en ressortit comme une flèche pour se précipiter dans l’ascenseur sans un mot.

Cloud et Tifa profitèrent de la confusion pour pénétrer dans la chambre, où ne restaient plus que deux assistants, qui finissaient d’étiqueter une quantité effrayante de prélèvements en tout genre soigneusement alignés sur une table roulante métallique.

- Comment vont-ils ? demanda le soldat en jetant des regards inquiets aux deux argentés immobiles et exsangues.

L’un des deux jeunes hommes vêtu d’une blouse blanche retira ses gants, abaissa son masque, et secoua la tête après avoir échangé une œillade entendue avec son collègue.

- Voyez par vous même…

Il se lança dans une longue explication mais Tifa ne l’écoutait plus, ne pouvant détacher les yeux des deux visages si pâles et des yeux mako grands ouverts aux pupilles vibrantes si dilatées qu’elles en étaient parfaitement rondes.

Il y avait quelque chose de parfaitement inhumain dans ces visage immobiles. Trop immobiles…

- Tifa ?

Elle sursauta.

- Pardon, Cloud, je… Désolée, tu disais ?

- Je te demandais si tu allais bien, tu es toute pâle.

La jeune femme hocha la tête et remarqua que les deux assistants étaient partis. Cloud et elle étaient seuls avec les deux argentés.

- Oui. Oui, merci. Tu as vu leurs visages ? demanda-t-elle en s’approchant du lit de Loz, le cœur battant. En dehors des paupières, ils ne bougent pas du tout, ils sont parfaitement inexpressifs, indifférents à tout ce qui les entoure et pourtant… Pourtant leur regard…

Elle se pencha sur Loz, dont seule la tête dépassait du drap dont il était couvert, s’attendant à ce qu’il tourne au moins les yeux vers elle un instant mais il continua à fixer le plafond, ses pupilles paraissant vibrer comme un diapason.

- Quoi, leur regard ? demanda Cloud en se penchant à son tour au dessus de l’argenté.

- Ils semblent terrifiés…

Faisant appel à tout ce qu’elle pouvait rassembler de courage, elle tendit doucement la main et la posa, frémissante, sur le front large et élégant.

La peau était glaciale et Loz ne réagit absolument pas au contact des doigts apaisants. Pas même un petit tressaillement ou un semblant d’esquisse de sourire ou de moue sur les lèvres entrouvertes.

Vraiment bizarre…

… à suivre

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II - Vivants ! Quatre jours plus tôt…

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Je suis rentré ! haleta Loz en retirant son t-shirt trempé de sueur. Kadaj ? Yazoo ? Vous dormez déj…

Sa phrase resta en suspend.

Le lit de Yazoo était vide.

Quant à Kadaj, il était emmitouflé dans ses draps fraîchement changés et s’était profondément endormi, lassé d’attendre le retour de ses aînés.

Ils avaient choisi un petit motel loin de la ville, pour être tranquilles et profiter des derniers moments de calme avant d’aller affronter Rufus Shinra et lui réclamer ce qui leur revenait de droit : leur propre mère.

Loz s’assit sur le bord de l’un des trois lits que comptait la pièce et chatouilla la tempe de son frère du bout de l’index, à titre d’essai.

Ce dernier se frotta le visage dans son sommeil et grimaça, comme s’il avait été effleuré par un insecte.

- Ca doit vouloir dire «Fiche-moi la paix, j’ai sommeil !», mhh ?

Un grognement lui répondit et il sourit.

Lorsque Kadaj dormait, le plafond pouvait s’écrouler sans qu’il bouge un orteil.

« J’aimerais pouvoir en dire autant… »

Loz se dirigea donc vers le cabinet de toilette pour prendre une douche rapide qui, contrairement à ce qu’il avait espéré, ne le détendit pas plus que les deux heures de course à pied dans le désert qu’il venait de s’imposer.

« Insomnie » avaient simplement dit ses frères la veille.

Il avait feint d’accepter leur diagnostic mais savait très bien, au fond de lui, que ce qui l’empêchait de dormir n’était pas tant un quelconque dérèglement ou un stress passager qu’une paire de seins à donner le vertige et de doux yeux de biche couleur noisette.

« Tifa »

C’est comme ça que l’avait appelée la gamine.

Tifa…

Parfois, lorsque l’image de la jeune femme le hantait et lui embrasait douloureusement les sens, il donnerait n’importe quoi pour ne jamais l’avoir rencontrée.

Comment une femme pouvait-elle obséder un homme à ce point ?

Peut-être que s’il la croisait à nouveau et qu’elle se montrait méprisante, rancunière, voire insultante, alors…

Ridicule.

Ca ne changerait rien. Rien du tout.

Alors même qu’il n’avait d’elle que le souvenir d’une adversaire qui aurait volontiers joué au ballon avec sa tête avant de fouler aux pieds les restes disloqués de sa carcasse dans l’église en ruine, il la trouvait irrésistiblement attirante.

Ses doigts, comme d’eux-mêmes, caressèrent l’énorme contusion violacée qui s’était rapidement formée sur son sternum, où Tifa avait sauté à pieds joints de tout son poids sans la moindre hésitation, au risque de faire éclater ses boyaux sous ses talons comme ceux d’un chat sous les roues d’une voiture.

L’ecchymose était douloureuse, lorsqu’il la touchait, mais, étrangement, c’était une sensation à la fois plaisante et agaçante, un peu comme la griffure féroce d’une femme lorsqu’on fait l’amour et qu’on est sur le point de jouir.

Il essaya d’imaginer les longs doigts graciles de Tifa, qu’il avait vus lorsqu’elle avait enfilé ses gants, labourant son dos, s’enfonçant dans sa chair tandis qu’elle ruerait sous son corps, ravagée par le plaisir, et un long frisson lui remonta le long de l’échine, accéléra les battements de son coeur et descendit impitoyablement en lave incandescente vers son bas-ventre, lui enflammant les reins.

Le souffle soudain haletant, il se laissa aller contre le carrelage de la cabine de douche et ferma violemment le robinet d’eau chaude.

Le jet glacial devint rapidement insupportable sur sa peau brûlante.

Il sortit de la douche en frissonnant et s’essuya vigoureusement le corps, presque avec violence, craignant que tout geste un tant soit peu caressant n’attise le feu de ses sens à vif. Cela fait, il enfila un pantalon de coton léger et alla à la porte-fenêtre de la chambre de leur motel.

Il l’ouvrit sans faire de bruit pour respirer la brise nocturne, parfumée des doux effluves du petit jardin en contrebas, que le propriétaire faisait pousser à grand peine dans cet trou perdu aride et étouffant.

Même le parfum entêtant des fleurs n’incommodait plus ses sens surdéveloppés car il lui en rappelait un semblable, là-bas, à Midgar, dans l’église en ruine…

Il secoua furieusement la tête pour chasser l’obsédante image de Tifa allongée sous lui, entre ses cuisses, sur le parterre fleuri.

« Faut-il donc que tout me rappelle cette fille ? »

Il poussa un profond soupir, se tourna vers son frère endormi et faillit éclater de rire.

Comme à son habitude, Kadaj s’était roulé en boule, tête-bêche au milieu de son lit.

Il avait ramené les draps sur lui, formant une sorte de cocon tirebouchonné d’où n’émergeait, par une ouverture fortuite, qu’un petit nez retroussé, un bout de joue poupine et une mèche argentée.

- Kadaj…

Aussi amusé que résigné, il se leva pour aller défaire l’étrange chrysalide de coton peigné, ce que la véhémente petite chenille douillettement installée là ne parut pas apprécier outre mesure si l’on en croyait l’indignation qui perçait dans ses grognements ensommeillés à peine intelligibles.

- Laiss’moi d’mir… F’che-moi l’paix… Mhh v’t-en !

Loz esquiva facilement les coups de pied somnolents et rageurs et réussit tant bien que mal à coucher le belliqueux petit ver nu dans le bon sens, en une position moins sujette à étouffement, la tête sur l’oreiller et les épaules hors des draps.

- J’froid… gémit Kadaj dans un état de semi conscience.

- Arrête, Kadaj, il fait une chaleur à crever !

Plus grognon que jamais, ce dernier tira à nouveau sur les draps que son aîné venait à grand peine de coincer sous le matelas.

Agacé, Loz se saisit du plaid posé sur le lit de Yazoo pour en couvrir la « chenille couineuse ».

A peine Kadaj sentit-il la couverture moelleuse qu’il l’attrapa pour en rabattre un pan sur sa tête avant et se rendormir aussi sec.

Son frère leva les yeux au plafond, excédé.

- Oh ! Eh puis zut, tiens… ronchonna-t-il en reprenant place près de la porte-fenêtre. Etouffe-toi, si ça t’amuse.

Il laissa son regard courir sur les allées baignées d’obscurité, en contrebas, et essaya d’imaginer ce que faisait Tifa en cet instant.

Dormait-elle, languissamment abandonnée dans son lit moelleux ? Prenait-elle un bain, la mousse parfumée glissant sur sa peau satinée ? Ou peut-être lisait-elle un livre, regardait-elle la télévision ? A moins qu’elle ne soit en train de veiller la gamine, Marlène, de peur qu’on ne l’enlève à nouveau ?

Il rêva ainsi, immobile, durant un long moment.

Lorsque la porte de la chambre s’ouvrit doucement, il faillit ne pas l’entendre.

Yazoo.

- Où étais-tu passé ? demanda Loz à voix basse sans quitter le petit jardin des yeux.

- Au bar du motel. Un type m’a parlé d’un étrange monument, à Edge. Je me demande si… Loz !

Celui-ci se tourna, alerté par le chuchotement irascible.

Yazoo, exaspéré, lui montrait Kadaj d’un index accusateur.

Leur cadet s’était encore emmailloté dans ses couvertures et Loz haussa les épaules.

- Ca va, ce n’est pas un bébé non plus…

Son frère lui jeta un regard laissant clairement entendre qu’il n’était pas de cet avis et entreprit de libérer une nouvelle fois la petite chenille têtue de son cocon de laine et de coton.

- Regarde-moi ça, il est tout trempé ! ronchonna Yazoo en découvrant la tête hirsute aux cheveux moites de sueur.

Kadaj grogna, se débattit dans son sommeil et Loz soupira.

- Il va t’en mettre une, Yazoo, prévint-il.

- Pourquoi l’as-tu laissé s’emmitoufler comme ç… aïe ! Kadaj !

- Je t’avais prévenu.

Kadaj se redressa sur son lit, gesticulant, les yeux gonflés de sommeil et fou de rage.

- Mais vous allez le laisser dormir tranquille, à la fin ! s’écria-t-il, excédé. Si vous n’avez pas envie de vous coucher, allez faire un tour dans le désert ou où vous voudrez mais fichez-moi la paix, tous les deux !

Sur ce, il se recoucha d’un geste brusque en rabattant les couvertures sur sa tête mais Yazoo ne l’entendait pas de cette oreille et tira sur les draps, faisant enrager son cadet.

- Sors la tête de là, Kadaj ! Tu vas transpirer comme un fruit confit et tomber malade !

- Occupe-toi de tes fesses, Yazoo ! rétorqua Kadaj en récupérant ses couvertures d’un tiraillement violent.

C’était sans compter sur l’acharnement de son aîné, qui les lui arracha de nouveau.

- On peut continuer comme ça toute la nuit, tu sais. (Loz grommela un juron et Yazoo lui lança un regard acerbe) Aide-moi à le raisonner, toi, au lieu de chouiner !

Son frère le gratifia d’une grimace et se détourna, indifférent.

- Laisse-le donc se terrer comme une taupe, cracha-t-il. S’il tombe malade, on aura au moins la paix pendant quelques jours.

Yazoo hoqueta et Kadaj se raidit.

C’était bien la première fois qu’ils l’entendaient faire ce genre de réflexion, lui qui était toujours le premier à s’inquiéter pour les frères et les couver à l’excès.

- Dis donc, je te remercie ! ironisa le cadet avec un pincement au coeur. Je peux allez me jeter dans l’escalier et me casser une jambe tout de suite, si tu veux.

Loz se leva et se tourna vers lui avec un sourire sarcastique.

- C’est ça. Fais donc ça, railla-t-il avant de quitter leur chambre, laissant ses deux frères médusés.

- Que… qu’est-ce qu’il a ? bredouilla Kadaj. Ca ne lui ressemble pas, ce genre d’attitude.

Yazoo haussa les épaules et lissa les cheveux de son benjamin, rassurant.

- Je ne sais pas. Tu ne trouves pas qu’il est bizarre depuis deux jours ?

- A cause des enfants, tu crois ?

- Non… Non, c’est autre chose.

- Quoi, d’après toi ?

- Ca… j’aimerais bien le savoir.

Kadaj poussa un profond soupir dépité son frère grimaça.

…à suivre

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I - Vivants ! Jour J

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Shiva Rajah d’après une illustration de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno regarda une dernière fois les décombres éparpillés de l’immeuble et donna un coup de pied dans un petit morceau de ciment.

Est-ce à cela qu’aurait ressemblé Edge et la planète entière si Cloud n’était pas arrivé à bout de Kadaj ?

- Reno ? cria la voix de Rude de l’autre côté des décombres. Tu as trouvé quelque chose ?

- Que dalle ! A mon avis, ils ont été réduits en compost ! Ou ils se sont carrément dissous, comme leur frangin !

- Avec le nombre de materias qu’ils avaient dans le corps, ça m’étonnerait ! répondit la voix de Yuffie depuis les sous-sols à demi-effondrés.

Voilà plus de trois heures que les turks et Avalanche fouillaient les décombres à la recherche des cadavres des frères aînés de Kadaj.

Si, comme le craignait Rufus, leurs corps ne s’étaient pas désintégrés, ils étaient de véritables réserves de cellules de Jenova qu’il urgeait de mettre en lieu sûr, à l’abri de cinglés du genre d’Hojo. Même si, pour cela, il fallait les découper en tranches pour les mettre, à l’instar de leur saloperie de mère, dans des boîtes scellées.

Reno essuya la sueur qui coulait de son front et secoua sa chemise pour rafraîchir un peu la peau moite de son torse.

Il était presque dix-huit heures.

Le ciel commençait à rougir mais la température, elle, ne semblait pas vouloir baisser.

« Saloperie de canicule… »

Il sauta par-dessus les restes d’un muret de béton, regarda autour de lui et blêmit.

Il se trouvait au centre de ce qui avait dû être autrefois une sorte de hall d’accueil mais qui tenait désormais davantage de l’ossuaire que du vestibule.

Si l’on en croyait les squelettes blanchis coincés sous les gravats des plafonds effondrés, la chute du météore avait provoqué en ce lieu une véritable boucherie.

Les dépouilles avaient dû pourrir là durant des années, à l’abri des murs lépreux du bâtiment, jusqu’à ce que les incarnés de Sephiroth fassent tout sauter, exposant la scène dans toute son horreur.

Le turk recula d’un pas et quelque chose craqua sous son talon.

Il grimaça, devinant ce qui devait être à l’origine de ce son de céréale écrasée sous une cuiller.

- Et merde…

Reno baissa lentement les yeux vers le sol et frémit en réalisant qu’il avait marché sur les phalanges blanchies d’une main d’enfant âgé de quatre ou cinq ans tout au plus.

- Oh, putain…

Il contint un frisson de dégoût et s’écarta du petit corps vêtu des restes d’une robe blanche et bleue.

Près de la fillette s’amoncelaient les ossements de cinq ou six autres personnes, pour ce que pouvait en voir le turk. Probablement toutes tuées par la chute de la poutre en béton armé sous laquelle disparaissaient diverses parties des corps.

Reno allait fuir la vision de cauchemar lorsqu’un bruit glaireux de lapement attira son attention, derrière ce qui avait été autrefois un standard d’accueil téléphonique dernier cri.

Il s’approcha sans faire de bruit pour jeter un oeil par dessus l’amoncellement de câbles, de métal distordu et de plastique fondu.

La première chose qu’il remarqua fut un reflet émeraude qui scintilla comme un éclair dans la fin d’après-midi rougissante.

A quelques mètres de l’endroit où il se trouvait, un monstre se régalait du sang qui coulait en petites rigoles entre les gravats. Ses écailles brillantes accrochaient les feux du couchant.

Le turk l’observa en silence et en prenant bien garde de ne pas faire le moindre bruit.

C’était une bête étrange, tout en angles et en nerfs.

De la taille d’un gros chien, elle n’était pas vraiment laide, au contraire, elle était élancée et racée, perchée sur de hautes pattes élégantes aux griffes acérées comme des rasoirs.

Encore sous le choc de la vue des corps, Reno se surprit à admirer la créature. Peu importait qu’il s’agisse d’un monstre. Au moins, c’était vivant et, en cet instant, ça le rendait plus beau à ses yeux que n’importe quoi d’autre.

Il s’approcha à pas de loup…

Le sang que léchait la bête, presque avec affection et les yeux dorés mi-clos, comme on goûte un vin rare, coulait en élégants méandres rubis d’un bras à la chair tendre, pale et délicate. Un bras qui avait lâché son arme, qui gisait à quelques centimètres à peine des longs doigts graciles.

La chevelure d’argent de son propriétaire s’étalait sur le sol couvert de déblais pour former un tapis luxueux sous les pattes griffues du monstre, comme le dernier hommage d’un martyr à une cruelle divinité animale….

La scène aurait pu orner le mur du temple d’un Dieu antique.

Cette bête chimérique et puissante, léchant ce corps qui semblait si fragile en comparaison…

La scène était belle, oui. Horriblement, terriblement belle.

- Reno ! Couche-toi !

Le cri de Tifa, qui retentit soudain derrière lui, le tira de sa sinistre rêverie et il se coucha d’instinct sur les gravats tandis que retentissaient deux coups de feu.

Touché en plein coeur, le monstre s’effondra aussitôt et la jeune femme rejoignit le turk en sautant par-dessus le muret, qu’il avait lui-même franchi un peu plus tôt.

- Reno, ça va ?

- Oui, bredouilla-t-il, étonnée de la voir se servir d’une arme à feu avec une telle dextérité. Oui, je… Ca va.

Bordel de merde ! Il perdait la boule ou quoi ?

S’extasier sur cette sale bestiole en train de s’abreuver de sang humain, c’était du grand n’importe quoi ! Même si le sang en question était celui d’un putain d’incarné !

- Qu’est-ce qui s’est passé ? cria la voix de Rude depuis le côté opposé des ruines. C’était quoi, ces coups de feu ?

- On en a retrouvé un ! répondit Tifa. Un Rokoal était entrain de lécher le sang qui coulait de… Oh, c’est pas vrai !

Elle se tut, soudain blême, et Reno la secoua par l’épaule.

- Tifa ? Qu’est-ce que tu as ?

- Depuis quand ça saigne, un cadavre ? demanda-t-elle avant de se précipiter vers l’argenté coincé sous les gravats.

Le turk s’élança derrière elle.

- Tifa, attends ! Et on est supposés faire quoi, s’il est vivant ? L’achever d’une balle dans la tête ?

- Arrête de dire des sottises et aide-moi à le dégager !

Il souleva à grand peine un reste de plafond pour qu’elle puisse tirer le corps de sous un amas de plâtre et de tiges métalliques, dont l’une avait transpercé la cuisse gainée de cuir.

Tifa retourna l’argenté et posa un doigt sur la veine de son cou.

- Alors ? demanda Reno en lâchant le morceau de plafond avec un bruit assourdissant.

- Il est vivant, murmura-t-elle, mais tout juste. Rude ! cria-t-elle. Cloud ! Venez vite ! Yazoo est vivant !

Reno s’agenouilla à côté d’elle et considéra le corps ensanglanté qu’elle tenait dans les bras.

Ce visage…

Il n’avait pas oublié ce visage.

Lorsqu’il avait combattu ce satané incarné, le turk avait à peine eu le temps de le détailler mais la petite « frimousse » - quel autre qualificatif conviendrait mieux à ces traits graciles presque enfantins ? - s’était gravée dans son esprit avec la force d’un fer rougi.

Comment aurait-il pu en être autrement ? Des traits aussi délicats chez un homme, c’en était presque obscène…

Mais Reno n’avait pourtant pas rêvé, la preuve. Ce visage existait bel et bien et se trouvait là, devant lui.

Yazoo.

C’était donc son nom.

- Vous êtes où ? cria la voix de Cloud, toute proche.

- Ici ! répondit Reno. Juste sous les restes de colonnes bleues ! Merde, Tifa, il saigne comme un goret.

- Une artère, tu crois ?

- Non, quand même pas à ce point là. Celle saleté de tige en métal devait boucher une veine et on l’a sans doute déplacée en le tirant de là.

Il retira sa ceinture et entreprit de la serrer autour de la cuisse de l’argenté, au-dessus de sa blessure.

- Son frère ne doit pas être loin, dit Tifa, la gorge sèche, en tournant la tête en tout sens. Bon sang, je n’ose imaginer les drames qui ont dû se dérouler ici il y a sept ans.

Elle venait de voir les ossements blanchis coincés sous plusieurs tonnes de béton.

- Ils n’ont probablement pas eu le temps de… Tifa ! Là-bas ! Regarde ! Sous la poutre !

Il lui désigna un coin d’ombre, sous une poutre de béton et la jeune femme secoua la tête.

- Je ne vois rien.

- C’est pas une main, ça ? Là ! Juste à côté du bout de taule.

Tifa finit par voir à quoi faisait allusion le turk et laissa échapper un petit cri étouffé en considérant les centaines de kilos de déblais.

- On ne pourra jamais le sortir de là sans matériel adéquat.

- Tu crois qu’il est vivant, lui aussi ?

- Ca m’étonnerait. Son corps a dû être totalement écrasé par les décomb… Il a bougé ?

- Hein ?

- La main. Elle a bougé, non ?

- Oh putain…

La jeune femme se précipita sous les décombres et dut dégager plusieurs couches de morceaux de plâtre et de déblais pour accéder à la tête et aux épaules du corps immobile.

Elle n’eut même pas besoin de vérifier son pouls car sa respiration sifflante et douloureuse n’était que trop audible.

- Reno ! Il est vivant, lui aussi !

Le turk secoua la tête, incrédule.

- Bah merde, alors…

- Loz… murmura Tifa, la gorge serrée. Loz, tu m’entends ?

Prononcer le nom de cet homme lui faisait un effet étrange.

Jamais personne ne lui avait inspiré à la fois autant de méfiance, de colère et d’indignation mais aussi de pitié, d’admiration et de trouble.

Colère pour l’avoir battue à plates coutures dans l’église, indignation pour les heures d’angoisse passées à s’inquiéter pour Marlène, qu’il avait enlevée sans le moindre état d’âme, pitié parce qu’elle savait, à présent, qu’il n’avait été que la marionnette de Jenova, admiration parce qu’il était sans doute l’homme le plus fort qu’elle n’avait jamais affronté et trouble parce que… Parce que…

Elle secoua la tête pour chasser le souvenir d’un grand corps athlétique aux muscles puissants gainés de cuir noir et tendit une main hésitante pour caresser la courbe lisse d’une pommette, le front haut, suivre l’arête du nez élégant et effleurer du bout des doigts les lèvres pleines au dessin parfait mais craquelées par la déshydratation.

Les longs cils argentés frémirent.

- Yazoo… gémit Loz d’une voix étranglée à peine audible. Yazoo…

Un filet de mousse rougeâtre lui coula au coin de la bouche et la jeune femme hoqueta.

- Reno ! Je crois que quelque chose lui a transpercé le poumon ! Il faut le sortir de là !

La jeune femme lissa les courts cheveux de mercure et deux yeux félins couleur mako embués de larmes douloureuses s’ouvrirent et la fixèrent.

- Toi… murmura-t-il avec difficulté.

- Ne bouge pas. On va te tirer de là.

Un sourire d’une douceur poignante se dessina sur les lèvres sensuelles et Tifa s’étonna de voir une expression aussi tendre sur le visage d’un tel homme.

- Je… poursuivit l’argenté malgré le sang qui encombrait les voies respiratoires. Je t’ai vue si souvent dans mes rêves… qu’à mon réveil j’ai l’impression que tu es encore là…

Il cracha un filet de liquide rougeâtre et s’évanouit à nouveau.

Tifa passa une main derrière la nuque argentée pour lui tenir la tête de côté afin de l’empêcher de s’étouffer et frémit au contact de la peau douce.

Que pouvaient signifier ces mots ?

Une chose était sûre en tous les cas : il ne l’avait pas oubliée.

Et curieusement, cette certitude l’emplit d’une exaltation aussi malvenue qu’inexplicable.

…à suivre.

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A Yazoo

Et mon papa qui me disait :
“les poupées, ça peut pas parler” !!!
Reeve
Quelqu’un est mort au ciel, ce soir ?
J’ai vu un ange vêtu de noir…

Reno

Te désirer est un pécher ?
Alors, j’ai l’enfer assuré !

Loz

Oh, je dois être mort car il serait étrange
D’être vivant encore et de voir autant d’anges…

Rude

J’ai besoin d’un dico, d’urgence !

Reno, file à la librairie !

Depuis que j’ai vu ce bel ange,

Les mots me manquent ou bien me fuient…

Rufus

A Reno

Toi, mon petit capuccino…
Sucré et chaud qui rend nerveux !

Rude

Les beaux bruns ténébreux font rêver, c’est certain,
Mais moi, je rêve de toi, joli petit rouquin !

Tifa

Que Dieu te garde, Reno…

et, surtout, qu’il m’envoie la clé !

Rufus

Si ton corps était mon cachot

Et tes bras de solides chaînes

C’est avec joie… Que dis-je ! Au trot !

Que je viendrais purger ma peine.

Yazoo

Si la beauté était forfait,

Aucun juge ne te gracierait…

Tseng

A Loz

Si, en entrant dans une église,
Tu sens comme un courant d’air froid,
N’imagine pas que c’est la brise.
C’est moi qui soupire après toi…

Tifa

Ce pantalon de cuir qui moule ce cul sexy
Irait si bien avec le tapis de mon lit…

Shalua

Bénie soit la Shinra
qui bâtit cette chaussée
pour que passe par là
monument si racé !

Elena

Papa ? La couche d’ozone est bien trouée !
Tous les anges sont en train de tomber…

Marlène

Ah ! Que ne suis-je une de tes larmes…
Pour pouvoir naître dans tes yeux,
Mouiller tes joues de mille charmes
Et mourir sur ta bouche, heureux.

Yazoo

Les mémoires de Loz : La science m’a tout appris !

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Avoir la chance d’être un incarné du grand Sephiroth et avoir grandi dans un laboratoire parmi les meilleurs scientifiques de la planète a contribué à faire de moi l’homme que je suis et je peux le dire aujourd’hui sans l’ombre d’une hésitation : la science m’a tout appris !

A apprécier un travail bien fait, par exemple :

“Loz ! Yazoo ! Si vous voulez vous tuer tous les deux, faites-le à l’extérieur, je viens tout juste de finir de nettoyer le labo !”

La science m’a aussi appris la religion :

“Loz, tu ferais bien de faire une prière pour que j’arrive à nettoyer ce satané matelas.”

La science m’a appris le voyage dans le temps :

“Loz ! Je n’attendrai pas jusqu’à la St Glinglin que tu arrives à dégommer cette putain de cible !”

La science m’a appris la logique :

“Parce je dis que c’est comme ça, Loz ! Voilà pourquoi.”

La science m’a appris la prévoyance :

“Assure-toi toujours que tes petits frères portent des sous-vêtements propres… au cas où ils auraient un accident.”

La science m’a appris l’ironie :

“Continue à chialer comme ça, Loz, et je vais te donner un truc qui va vraiment te faire pleurer !”

La science m’a appris le phénomène physique de l’osmose :

“Ferme le bec et avale-moi cette saleté de mako !”

La science m’a appris la souplesse :

“Bon sang, Loz ! Regarde-moi cette crasse derrière tes oreilles !”

La science m’a appris l’endurance :

“Je te préviens, Loz : tu resteras assis là jusqu’à ce que tu avales ces saloperies de légumes !”

La science m’a appris la météo :

“On dirait qu’un ouragan a ravagé votre chambre !”

La science m’a appris l’hypocrisie :

“Je te l’ai déjà dit un million de fois, Loz : arrête de me prendre pour un con ou ça va mal aller !!”

La science m’a appris la sélection naturelle :

“N’oublie pas que c’est moi qui t’ai donné la vie, Loz, et que c’est moi aussi qui pourrait bien te l’ôter”

La science m’a appris les règles de la génétique :

“Arrête d’être aussi tête de mule que ton frère !”

Oui, vraiment, la science m’a tout appris…

Loz

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Je t’aime, donc je te hais

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

***

Note : cette fanfic se déroule quelques semaines après que Yazoo et Loz aient fait exploser leurs materias à la fin de « Advent Children ». Les fans de Michèle Mercier apprécieront le gros clin d’oeil à “Angélique”.

Du coin de l’œil, Reno observait le mince argenté, appuyé à la rambarde.

Sa longue chevelure d’électrum cascadait sur ses épaules et ses longues mains jouaient avec les feuilles de lierre qui courraient de part et d’autre du balcon. Son cou élégant se tendait pour surprendre la promenade des hérissons qui avaient élu domicile dans le jardin du manoir Shinra de Nibelheim, en contrebas, et, lorsqu’il vit enfin les petits animaux sortir en file indienne de leur terrier, un sourire désarmant incurva ses lèvres fines.

- Ca y est ! Ils sont sortis.

Le turk ricana assis sur le lit de la suite.

- Evidemment qu’ils sont sortis, tu as littéralement couvert le gazon de nourriture !

- Tu dois nous trouver ridicules à être ainsi fasciné par des choses qui te semblent banales, dit-il en se tournant vers Reno.

- Je trouve surtout les argentés d’une perfection saisissante, répondit celui-ci avec un regard appuyé.

Yazoo sourit, narquois.

- Ah oui ? Tu aimes les hommes aux cheveux prématurément gris et à l’organisme ravagé par le mako ?

Reno se rapprocha soudain et le pressa contre la rambarde du balcon.

- Pas tous… Mais toi, oui.

L’argenté se dégagea avec l’adresse d’un jeune chat.

- Tu aimes surtout le scotch millésimé, Reno ! A l’excès, même, je dirais. Tu as bu comme un trou, au dîner.

- Je préfère la bière, répliqua le turk. A défaut d’un tout autre nectar… ajouta-t-il avec un clin d’œil salace.

Yazoo éclata de rire.

- Tu mériterais que je te pende par les pieds au-dessus de la baignoire ! Ca refroidirait peut-être un peu tes ardeurs.

- Je ne me pendrai qu’à ton cou ! rétorqua Reno avec emphase avec un ample geste théâtral.

Le rire de l’argenté redoubla.

- Quelle jolie phrase ! Du vent, certes, mais jolie tout de même.

- Mais je suis comme le vent ! poursuivit le turk sur sa lancée lyrique. Le vent qui voudrait se perdre dans tes cheveux, se glisser sous ce manteau fendu qui invite si bien à l’amour et caresser tes…

Yazoo voulut le frapper mais il saisit son poignet en souriant.

- Tss ! Tss ! On ne frappe pas le vent, bel incarné. Même toi, tu n’as pas ce pouvoir.

- Serais-tu poète en sus d’assassin ? persifla l’argenté.

- Certaines femmes pourraient le jurer, soupira Reno.

- Je ne suis pas une femme

- Et moi, je ne suis pas un assassin.

- Ah ?

- Non. Je n’ai rien à me reprocher de ce côté là.

- Aucun remords ? Jamais ? Alors tu es un homme heureux, pourquoi soupirer ?

- Parce que l’objet de mon désir n’apaise pas les brûlures qu’il cause.

- Et… ça fait mal ? ironisa Yazoo en s’asseyant sur son lit, dévoilant ses longues cuisses galbées de cuir.

Reno inclina la tête sur le côté, admiratif, et l’argenté rabattit un pan de son long manteau sur ses jambes, au grand amusement du turk.

- Inutile de te cacher. Pendant que tu étais à l’infirmerie, le mois dernier, je t’ai regardé. Je t’ai regardé… partout.

- Partout ?

- Mhh… Mouais. Et je peux te dire que tu es beau… partout.

La main d’Yazoo se leva à nouveau. Reno l’intercepta.

- Maman Jenova ne t’a pas appris qu’il ne fallait pas torturer un homme qui souffre ? demanda-t-il en embrassant le poignet délicat.

L’argenté bondit sur ses pieds et lui coula un regard agressif.

- Tu deviens insultant ! Et tu pousses le jeu un peu loin !

- Mais je ne joue pas.

Yazoo rougit soudain et serra les poings.

- Rufus t’a désigné pour être mon garde du corps, pas mon soupirant ivre mort !

Reno fit une révérence insultante.

- Oh… pardon. Pitié ô grand spécimen d’étude, fais-moi l’aumône d’un regard, dit-il avec insolence.

L’argenté hoqueta.

- Ca suffit, Reno ! Ca ne m’amuse plus !

- Je suis marri d’avoir pu offenser « ta Majesté ».

- Et cesse d’employer ce ton narquois !

Le turk éclata de rire.

- Regarde-toi ! On t’a retrouvé à demi-mort sous un tas de gravats en compagnie d’un frère encore plus mal en point que toi… et te revoilà aussi chiant et cul pincé que dans mes souvenirs ! Le fiston à sa môman a retrouvé sa morgue et refuse de plaisanter avec un pauvre humain « génétiquement-non-modifié » ?

- Je ne vois pas le rapport !

- Non ? Vraiment ? Voyons, vous êtes si parfaits, vous, les incarnés du grand Sephiroth ! Si impitoyables ! Si… invulnérables ! Si forts ! Surtout toi… Hein, Yazoo ? Comment tu te sens, depuis qu’on a annihilé les cellules de Jenova dans ce joli petit corps, dis-moi ? La forme ?

Le sang de l’argenté se glaça dans ses veines.

- Reno, tu deviens cruel…

- Ah ! La cruauté… n’est-ce pas là l’un des raffinements favoris de ta chère maman ? La souffrance est si agréable… Hein, Yazoo ? Chez les autres, s’entend, bien sûr. A moins que… Aimes-tu souffrir aussi ? Est-ce cela qui te manque, chez nous, simples humains ? Cette capacité à faire souffrir ? Cette jouissance qu’entraîne la douleur d’autrui ?

- Tu dis n’importe quoi !

- Tu crois ? Alors à quoi joues-tu depuis tout à l’heure, si ce n’est à me faire souffrir ? Oserais-tu nier que tu t’amuses de l’effet que tu produis sur moi ? Sinon, à quoi rimeraient les minauderies et les effets de jambe que tu m’infliges depuis que Rufus a fait de moi ton chien de garde ? C’est si amusant que ça, d’attiser le désir d’un homme en sachant qu’on ne l’apaisera jamais ? C’est maman qui t’a appris à faire ça ?

- Tais-toi !

- Pourquoi ? Si c’est le jeu de la souffrance, que tu préfères, on va y jouer à deux. Quand dois-tu prendre ta prochaine dose de mako, dis-moi ? Quand est-ce que tes genoux te trahiront ? Dans une heure ? Moins, sans doute ? Tu faiblis déjà. Regarde-toi. Tes mains tremblent depuis un moment, déjà, et tu as du mal à tenir sur tes ravissantes petites jambes.

Yazoo se boucha les oreilles et ferma les yeux.

C’est vrai que l’effet du mako s’estompait et que la tête lui tournait.

Depuis que les scientifiques avaient réussi à brider les pouvoirs de Jenova au coeur même de ses cellules, seule la substance produite par la rivière de la vie ou les materias les empêchaient lui et son frère de s’écrouler, inanimés, aux pieds de leurs anciens ennemis.

Anciens ennemis pour lesquels ils étaient devenus des objets d’étude et des curiosités…

- Fiche-moi la paix, Reno…

Il avait envie de s’allonger. D’être seul. De dormir… Il se sentait si fatigué…

- Ah ! Non, désolé… Ce serait trop facile ! Nous avons une conversation à terminer.

- Reno, arrête, je ne suis pas d’hum…

Le turk le saisit par le bras et n’eut aucun mal à le déséquilibrer.

L’argenté s’effondra dans ses bras avec un gémissement plaintif.

- Te voilà à ma merci, joli Yazoo. A moins que tu n’appelles ton frère à l’aide ? Mais que lui dirais-tu ? « Aide-moi, Loz, je suis trop faible pour me défendre… » ? Quelle humiliation, n’est-ce pas ? Mais laquelle serait la plus terrible ? Celle d’admettre ta faiblesse maintenant que les cellules de Jenova ne sont plus là pour te soutenir ? Ou celle de me voir prendre de force ce que tu me promets depuis quelques jours sans vouloir me le donner ? (Il lui saisit les poignets et Yazoo se débattit) Regarde-toi… tu n’as pas plus de force qu’un garçonnet…

- Tu ne feras pas cela, murmura l’argenté, la gorge serrée.

- Non ? Et pourquoi ? demanda encore Reno en dézippant son manteau pour faire glisser le manteau sur son épaule.

- Reno, je t’en prie…

- Alors ? Qu’est ce que ça fait, de se retrouver pris à son propre jeu, Yazoo ?

- Arrête… sanglota-t-il. S’il te plaît…

En voyant une larme rouler sur la joue pâle, Reno comprit qu’il était allé trop loin et reprit immédiatement son sérieux.

- Eh… chuchota-t-il en caressant doucement les cheveux de mercure. Merde… Le prends pas comme ça, je déconnais.

L’argenté serra les deux pans de son manteau sur sa poitrine et ses lèvres furent agitées d’un tremblement irrépressible.

- Pardonne-moi, chuchota Reno en embrassant la nuque délicate. Je ne voulais pas te faire peur. Je ne te ferai jamais de mal, Yazoo, tu le sais… Tu me sais, n’est-ce pas ?

- Laisse-moi.

Le turk lui prit le menton et tourna le visage gracieux vers lui.

Les yeux mako étaient le foyer d’un indicible tourment.

- Je suis désolé, Yazoo… Je suis désolé d’avoir poussé la blague un peu loin mais il faut que tu comprennes que… que…

Il effleura sa joue d’un doigt fébrile, le souffle court, puis le lâcha brutalement pour sortir de la suite comme on s’enfuit.

Lorsque Yazoo reprit suffisamment ses esprits pour le rappeler d’une voix brisée, seul l’immense couloir désert lui répondit en écho :

« Reno ! Attends ! Ne me laisse pas…pas… pas… as… as… »

FIN

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La recette du chocobo au lard de Reno

Vous connaissiez la très célèbre recette de la dinde au whisky ? Eh bien vous allez apprendre celle de la cuisse de chocobo au lard !

Ecoutez attentivement Reno et suivez bien ses instructions !

Bon appétit !


Recette du chocobo au lard

Par RENO

Niveau : très facile

Temps de préparation : ça dépend des gens

RECETTE :

Achetez une cuisse de chocobo d’environ 5 Kg pour 6 personnes et une bouteille de Whisky (trèèèès important), du sel, du poivre, de l’huile d’olive, des bardes de lard.

Barder la cuisse de chocobo avec le lard, la ficeler, la saler, la poivrer et ajouter un filet d’huile d’olive.

Faire préchauffer le four thermostat 7 pendant 10 minutes.

Se verser un verre de Whisky pendant ce temps là.

Mettre la cuisse de chocobo au four dans un plat à cuisson.

Se verser ensuite deux verres de whisky et les boire.

Mettre le thermostat à 8 après 20 binutes pour la saisir.

Se bercer 3 berres de whisky.

Après une debi beurre, fourrer l’ouvrir et surveiller la cuisson de la nuisse de cochobo.

Brendre la vouteille de biscuit et s’enfiler un bonne rasade derrière la bravate - non - la cravate.

Après une demi heure de blus, tituber jusqu’au bour. Oubrir la putain de borte du bour et reburner - non - revourner - non - recouner - non - enfin, mettre le bochoco dans l’autre sens.

Se pruler la main avec la putain de borte du bour en la refermant - bordel de merde.

Essayer de s’asseoir sur une putain de chaise et se reverdir 5 ou 6 whisky de verres ou le gontraire, je sais blus.

Buire - non - luire - non - cuire - non - ah ben si - cuire la buisse de cobocho bandant 4 heures.

Et hop 5 berres de plus. Ça fait du bien par où que ça passe.

R’tirer le four de la cuisse.

Se reberser une bonne goulée de whisky.

Essayer de sortir le bour de la saloperie de bochoco de nouveau parce que ça a raté la bremière fois.

Rabasser la nuisse qui est tombée bar terre. L’ettuyer avec une saleté de chiffon et la foutre sur un blat, ou sur un clas, ou sur une assiette . enfin on s’en fout…

Se péter la gueule à cause du gras sur le barrelage ou le carrelage de la buisine et essayer de se relever.

Décider que l’on n’est aussi bien par terre et binir la mouteille de rhiski.

Ramper jusqu’au lit, dorbir toute la nuit.


Et je suppose que la cuisse de chocobo, vous la mangerez froide avec une bonne mayonnaise le lendemain matin, histoire de vous donner un peu de courage et d’énergie pour nettoyer le bordel que vous aurez mis dans la cuisine la veille…

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Laboratoire HP-82

*

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Shiva Rajah, d’après des illustrations de M.A. Sambre

Corrections : les volontaires sont les bienvenus !

*

L’arme semblait appeler le tout jeune adolescent.

” Velvet Nightmare “

Cauchemar de velours. Quel beau nom…

Caché derrière une étagère de la bibliothèque, il observait la gunblade depuis plusieurs minutes et l’entendait presque le supplier de briser la vitre du présentoir pour la prendre.

- Yazoo ? Que fais-tu ?

La voix cristalline de Kadaj le fit tressaillir et il se retourna avec une vivacité inhumaine, conforme à sa nature.

Son frère cadet s’accouda à l’un des rayonnages croulant sous les livres scientifiques et les encyclopédies diverses.

- Alors ? Tu ne réponds pas ?

Yazoo lui offrit son sourire le plus enjôleur.

- J’admirais la gunblade, c’est tout.

Kadaj lui adressa un regard courroucé.

- ” Ils ” t’ont dit de ne plus traîner ici, sinon, on sera punis tous les trois !

- Et je suppose aussi qu’” ils ” t’ont demandé de me surveiller ? Qu’est-ce qu’ils t’ont promis, en échange ? Plus de piqûres pendant une semaine ? Dispensé d’entraînement pendant trois jours ?

Son frère détourna ses yeux mako voilés de longs cils argentés et Yazoo sourit de sa gêne. Un sourire qui aurait fait pleurer d’amour les pierres elles-mêmes.

Si Kadaj était gracieux comme un ange du ciel, tout en rondeurs enfantines et en douceur, Yazoo, lui, possédait déjà, malgré son jeune âge, la beauté venimeuse et sensuelle des anges déchus. Semblables par leur délicatesse et leur finesse de traits, l’aîné avait pourtant ce charme éthéré qui n’appartenait qu’à lui.

Il posa sa joue sur l’épaule de son frère, qui frémit à son contact.

Les scientifiques n’avaient pas accoutumé les argentés à ce genre de familiarités mais Yazoo en usait toujours avec un plaisir évident.

- Tu vas courir leur dire ? demanda-t-il avec une moue.

Kadaj se dégagea, une délicate teinte rose sur ses joues poupines.

- Tu crois que j’ai envie qu’on soit tous punis ? (Yazoo lui passa en riant les bras autour des épaules.) Arrête !

- Quoi ? Qu’est-ce que j’ai fait de mal, encore ?

Son cadet le repoussa sans douceur.

- Cette manie que tu as de nous tripoter sans arrêt, Loz et moi… c’est gênant.

Yazoo leva un fin sourcil d’argent.

- Gênant ? Mon contact est gênant !

Il tourna les talons, agacé, et quitta la bibliothèque.

- Yazoo, attends. C’est pas ce que voulais di… Oh ! Eh puis zut ! Va te faire voir !

*

- Gênant ! maugréa Yazoo en sortant de la douche pour rejoindre Loz dans la chambre qu’ils partageaient. Tu entends ? demanda-t-il à son aîné, assis en caleçon au milieu de son lit en train de se battre avec la batterie de sa mini-console de jeux. Mon contact est gênant pour mon propre petit frère !

Loz éclata de rire.

- Mais qu’est-ce que tu racontes, encore ?

La soyeuse chevelure argentée de l’adolescent était aussi courte que celle de son frère était longue. Quant à son jeune corps, il en remontrerait avant peu à bien des adultes athlétiques dans la force de l’âge.

Yazoo alla s’allonger sur le lit, la tête sur sa cuisse.

- Prends tes aises ailleurs que sur mes genoux, moustique ! railla gentiment Loz en faisant mine de le chasser. Ca fait presque une heure que j’attends pour prendre une douche. Allez, du balai ! Yazoo !

- Tu peux attendre une minute, non ? grommela celui-ci sans bouger d’un pouce. Je suis en train de te parler, là ! Et arrête avec ce truc !

Il lui arracha la console des mains pour la jeter sur le couvre-lit voisin et son aîné leva les yeux au plafond et soupira, vaincu.

- Vas-y. Qu’est-ce que tu as encore fait ?

- C’est pas vrai, tu n’as rien écouté de ce que je t’ai dit, hein ? Il ne s’agit pas de moi, gros bêta ! C’est Kadaj.

- Bon, alors : qu’est-ce que le têtard a encore fait ?

- Rien ! Mais il est de plus en plus bizarre, chuchota-t-il.

- Bizarre ? Ah ! Ah ! J’en connais qui penseraient plutôt ça de toi.

Yazoo se mordilla la lèvre.

- Sais-tu pourquoi nous n’avons pas le droit d’aller dans la bibliothèque ? Je suis sûr que ce n’est pas seulement à cause des armes, dans les vitrines.

Son frère secoua la tête et sourit.

- Attention où tu mets tes jolis petits orteils, murmura-t-il en lui tirant gentiment l’oreille. Tu vas finir par nous attirer à tous de sérieux ennuis !

- Mais non ! Dis ?

- Quoi ?

- Tu trouves mon contact gênant, toi ?

- Bien sûr que non, quelle idée !

Yazoo leva un sourcil et le détailla pour essayer de le percer à jour.

Tiens…

Les épaules de Loz ne s’étaient-elles pas encore élargies, depuis quelques semaines ? Ses traits ne s’étaient-ils pas durcis ?

Sa peau fine était toujours aussi douce que celle d’une fillette mais son menton paraissait plus anguleux et les veines, sur ses avant-bras, ressortaient un peu plus que d’habitude, gonflées par des muscles qui promettaient d’être fermes.

Ses jambes étaient encore un peu trop fines et trop longues par rapport à son torse mais ses mollets et ses cuisses s’épaississaient de mois en mois.

Quant à son ventre rebondi de garçonnet joufflu, il avait disparu, s’était creusé, et on distinguait à présent parfaitement le dessin de huit petits muscles abdominaux bien carrés.

Quelle magie avait donc opéré à l’insu de Yazoo? Quand cela s’était-il produit ? Et pourquoi cela le perturbait-il soudain à ce point ?

- Loz…

- Quoi, encore ?

- Tu me fais un câlin ?

- Quoi ? Pourquoi ? Tu ne pleures pas.

- Parce que j’en ai envie, idiot ! Moi, je ne t’en fais que quand tu chouines, peut-être ? Allez, embrasse-moi. (Loz haussa les épaules et se pencha pour déposer un baiser sur sa joue.) Mais non, pas comme ça.

- Comment alors ?

Yazoo fit une moue coquine et caressa ses lèvres du bout des doigts.

- Tu as les lèvres douces, murmura-t-il. Embrasse les miennes.

- Etrange idée. Pourquoi faire ?

- Tu verras. Allez, embrasse-moi. Je vais te montrer un truc.

Davantage pour avoir la paix et pouvoir prendre enfin sa douche que par envie réelle, Loz déposa un baiser sur la petite bouche boudeuse et son cadet noua ses bras autour de son cou, le forçant à s’approcher d’avantage.

Le bout de sa langue se glissa entre ses dents, caressa la sienne et il voulut se dégager mais Yazoo tenait ferme.

C’était étrange de sentir son goût et son souffle… Etrange et follement agréable, en fait.

Un peu rassuré, Loz laissa échapper un soupir et sa langue s’enroula finalement autour de celle de son frère, réprimant l’envie de l’aspirer.

Bizarre comme sa peau semblait douce sous ses mains, tout d’un coup.

Douce à frémir.

Douce à vouloir y frotter la sienne.

Oui… le serrer contre lui. Sentir son corps contre le sien.

Et cette chaleur…

D’où venait cette chaleur soudaine, au bas de son ventre ?

C’était…

Il s’écarta brutalement, effrayé par ce qu’il ressentait. Ce besoin pressant de… de… de quoi, d’ailleurs ?

- Que… Où as-tu appris à faire ça, Yazoo ? haleta-t-il. Dans un livre de la bibliothèque ?

- Non, j’ai vu Hojo le faire avec une assistante. C’était pas bien ? Moi j’ai bi… Qu’est-ce que t’as ?

Loz baissa les yeux vers ce que lui désignait son frère et tordit le nez en voyant la grosse bosse qui déformait son caleçon.

Il tira sur ce dernier pour voir de quoi il retournait et laissa échapper une exclamation horrifiée.

- Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que j’ai ? Qu’est-ce que tu m’as fait ?

Yazoo, intrigué, porta la main à cette étrange excroissance de chair qui semblait avoir poussé au bas du ventre de son aîné.

- C’est… C’est juste ton ” machin “. Ca a enflé. (Il passa les doigts dessus et Loz poussa un petit cri qui le fit retirer vivement sa main.) Pardon. Je ne voulais pas te faire mal.

- Tu crois que c’est un truc qu’ils m’ont injecté ? Un produit qui a des effets bizarres ?

La peur le saisit et l’excroissance s’en fut comme elle était venue, rapetissant pour devenir le petit sexe imberbe auquel ils étaient tous deux habitués.

Yazoo poussa une exclamation étouffée.

- Tu as eu mal ?

- Non. Non pas du tout. Au contraire… Mais c’est vraiment étrange, comme impression.

- Nous devrions peut-être en parler aux blouses blanches ?

Loz fronça les sourcils.

- Tu crois ? C’était peut-être juste un… accident. Un truc qui pousse et qui s’en va, comme un bouton sur la figure.

- Peut-être.

- C’est étrange, quand même. Je veux dire, ce ” truc “. Les blouses blanches nous ont donné des jambes pour marcher, des yeux pour voir, une bouche pour parler mais ça… (Il prit son sexe entre deux doigts.) Je ne vois pas à quoi ça peut servir.

Yazoo haussa les épaules.

- A faire pipi, quelle question ! Tu l’utilises tous les jours.

- Un trou aurait suffi, non ? Pourquoi ils sont allés nous mettre tout cet attirail ?

- Je ne sais pas. Ca doit être joli. Comme nos cheveux. Ils ne servent à rien mais ils sont là parce que c’est joli.

L’aîné tira sur la petite masse de chair qu’il tenait entre les doigts.

- Tu trouves ça joli, toi ? Ce bout de chair et ces machins qui pendouillent au bas de notre ventre et qui font mal quand on cogne dessus, en plus ? Et pourquoi ça s’est mis à grandir ?

- Tu en as de ces questions, Loz ! Comment veux-tu que je le sache ? Remarque qu’il y aurait bien un moyen d’essayer de le savoir…

- Oublie cette saleté de bibliothèque !

Yazoo bondit que ses pieds et embrassa d’un geste ample toute la pièce.

- Oublie ! Ne pense pas ! Ne dis rien ! Fais ci ! Fais ça ! J’en ai assez ! Je veux une réponse à toutes mes questions et je la veux tout de suite !

Son frère se couvrit la tête des mains en gémissant, voyant déjà les ennuis et la punition qui allait avec leur tomber dessus comme un couperet.

- Mais pourquoi faut-il que tu cherches toujours des problèmes ?

Yazoo manqua de s’étouffer.

- Des problèmes ? Nous passons notre temps à obéir et à faire leurs quatre volontés !

- Yazoo !

- Quoi ” Yazoo ” ? J’en ai assez ! J’ai l’impression d’être un tableau statistique servant à décorer le mur ! Et le monde, là, dehors ? Pourquoi les blouses blanches ne nous en parlent-ils jamais ? Qu’est-ce qu’il y a, de l’autre côté des murs ? Je veux savoir ! Savoir ! Savoir ! Tu ne t’es jamais posé ces questions ? Et pourquoi nous ont-ils créés tels que nous sommes pour nous punir dès que nous nous servons de ce qu’ils nous ont donné ?

- Qu’est-ce que tu racontes ?

- Hier, Hojo m’a passé un savon parce que j’étais nu dans la piscine ! Tu peux me dire quel mal il y a à être nu dans la piscine ? J’aime le contact de l’eau sur ma peau. ” C’est obscène ! ” A-t-il dit. ” Impudique et obscène ” ! Tu y comprends quelque chose ? Eh bien moi, rien ! Rien du tout ! De quoi a-t-il peur, Hojo ? Qu’on use la jolie peau qu’il nous a fabriquée ?

Loz lui passa un bras autour des épaules.

- Allons, calme-toi. Hojo n’aime pas qu’on se mette en colère.

Yazoo releva la tête.

- Hojo n’aime pas ci ! Hojo n’aime pas ça ! Et ce qu’on aime, nous ? Ca compte ou pas ? J’en ai marre ! On existe pour faire quoi, d’ailleurs ? Tout le monde a un métier, ici, s’occupe de quelque chose, mais nous ? On sert à quoi, nous ? Hojo nous a fabriqués pour quoi, exactement ?

Il se tut, excédé, et ramena les genoux contre sa poitrine pour les enserrer de ses bras.

Taquin, Loz frotta doucement le bout de son nez contre sa joue, ce qui ne manquait jamais de le faire sourire.

- Tu boudes ? demanda-t-il d’une petite voix chagrine.

Comme il l’espérait, son frère se dérida aussitôt et laissa échapper un petit rire.

- Idiot…

*

Yazoo se réveilla avec une désagréable sensation d’humidité sur le ventre et entre les cuisses.

Ses draps étaient mouillés ?

Impossible !

Contrairement à Kadaj, qui avait régulièrement trempé son lit jusqu’à l’âge de six ou sept ans, lui et Loz ne s’étaient jamais oubliés la nuit.

Il alluma sa lampe de chevet et souleva ses couvertures.

C’était le drap du dessus qui avait pâti, et non le drap housse.

En plus de ça, ça ne ressemblait pas à de l’urine.

Moins encore à de la sueur.

C’était… plus épais. Plus… sirupeux ?

Et ça avait à moitié séché sur son ventre et le haut de ses cuisses en plaques visqueuses, comme s’il s’était tartiné de… de… de morve ?

Il grimaça, dégoûté.

En plus, ça sentait bizarre. Une odeur âcre, à la fois iodée et sucrée.

- Qu’est-ce que tu fiches, Yazoo ? ronchonna Loz, le faisant sursauter. Il n’est même pas quatre heures du matin ! Eteins cette lamp… Yazoo ? Qu’est-ce que tu as ? Tu es malade ?

- Je… je ne sais pas, bredouilla son cadet. Viens voir.

Loz se leva en frottant ses beaux yeux mako gonflés de sommeil, observa attentivement les draps et grimaça.

- Beurk… Tu t’es mouché dedans ?

Yazoo lui asséna une tape sur la tête.

- Idiot ! Bien sûr que non ! Tu vois bien que c’est mon ventre, qui est sale, pas mon visage !

- S’est sorti de ton nombril, affirma Loz, de plus en plus inquiet en se penchant sur le ventre tendre. Tu en as plein, à cet endroit.

Son frère enfonça prudemment le bout de l’index dans l’orifice concerné mais le retira aussitôt avec un frisson anxieux.

- Je n’ose pas. Vas-y, toi.

- Et si te je fais mal ou que j’abîme quelque chose ?

- Bah, je te le dirais. Allez, vas-y !

Il ferma les yeux, s’attendant à sentir le doigt de Loz s’enfoncer dans ses intestins mais son frère secoua la tête.

- Non, je ne sens pas de trou. C’est fermé. (Il tâta son propre nombril, à titre de comparaison) C’est exactement comme moi.

- Ca s’est peut-être refermé tout seul ?

- Sûrement.

Le cadet blêmit.

- Et si ça continue à couler dedans ? Tu imagines ?

- T’as peut-être un trou quelque part dans l’estomac.

- Loz, j’ai peur !

Ce dernier ne réfléchit pas davantage et se précipita vers la porte.

- Ne bouge pas ! Je vais chercher une blouse blanche !

- Loz ! sanglota Yazoo. Attends ! Ne me laisse pas tout seul ! Loz !

*

Son corps splendide à demi recouvert par un somptueux drap de soie noire, Scarlet pétrissait d’une main possessive les muscles pectoraux du jeune homme au physique sculptural allongé nu à ses côtés.

- Laisse-moi dormir, maugréa-t-il en chassant la main délicate avant de se retourner sur le ventre. Trouve-toi un autre crétin, si tu n’en as pas eu assez.

Le sourire se figea sur le visage de la directrice du Département du Développement de l’armement.

Elle enfonça cruellement ses ongles vernis de rouge dans les reins étroits et les fit remonter le long du large dos en V, marquant la chair pâle de profonds sillons ensanglantés.

- Aïe ! Mais ça va pas !

Il s’était redressé sur le lit comme un ressort trop longtemps bandé et grimaçait, les larmes aux yeux et le dos cuisant.

- Ne t’avise plus jamais de me parler de cette façon, Loz.

- Ca va, c’était juste une pique !

Scarlet lui répondit par son insupportable petit rire cruel et referma la main sur l’un des impressionnants biceps du jeune homme.

- Plus j’y pense et plus je me dis qu’il te faudrait quelque chose de plus puissant qu’une simple arme à feu. Oui… quelque chose de bien plus puissant et de bien plus dangereux…

- Hein ? grimaça Loz en essayant de tâter son dos pour évaluer les dégâts.

- Je dois trouver une arme plus adaptée à toute cette puissance, dit-elle en évaluant la force d’un avant-bras musculeux d’une simple pression des doigts.

Il lui montra sa main ensanglantée.

- Regarde ça ! Tu m’as littéralement tailladé la peau, espèce de folle.

Une gifle retentissante mit fin à ses récriminations et il dût se mordre la langue pour ne pas lui servir une bordée d’épithètes fleuris bien moins élégants qu’une allusion à son état mental.

- File d’ici ! ordonna-t-elle. Tu es insupportable, aujourd’hui. Tu m’agaces…

Il ne se le fit pas dire deux fois et entreprit de s’habiller sous le regard ardent et admiratif de la jeune femme.

Les yeux inquisiteurs paraissaient lui brûler le dos davantage encore que les blessures qu’elle venait de lui infliger

Un court instant, elle faillit le retenir pour s’offrir une dernière partie de ” saute-mouton “, comme disait Reeve, mais se ravisa. Le jeune homme avait sans doute donné son maximum pour la journée. Demain serait un autre jour…

- Tu ne me dis même pas au revoir ? le tança-t-elle lorsqu’elle le vit se diriger vers la porte sans même un regard en arrière.

Il se retourna et lui adressa un regard à faire frémir l’homme le plus téméraire mais il en fallait plus pour impressionner Scarlet.

- Pourquoi faire ? répliqua-t-il simplement avant de disparaître. Tu viendras me chercher dès que l’entrejambe te démangera, de toute façon.

La chaussure à talon aiguille que lui lança la jeune femme à toute volée percuta la porte qu’il venait de refermer.

- Petit con ! cria-t-elle.

*

- Tu étais encore avec cette pintade ? cracha Yazoo en le voyant revenir dans leur chambre. Je ne sais pas comment tu fais. Qu’est-ce que tu as ? ajouta-t-il en voyant son frère grimacer en enlevant son sweet-shirt. Elle t’a jeté du lit ?

Loz jeta ses vêtements au pied de son lit.

- Cette folle m’a ravagé la peau du dos.

Il allait s’allonger sur le couvre-lit mais son cadet bondit du sien, sur lequel il était en train de lire, pour s’interposer.

- Oh ! Non ! fit-il en le tirant par le bras vers la salle de bains. Non, non, non, non… Hors de question que tu infestes le moindre recoin de cette pièce avec une seule molécule, un seul atome - que dis-je ! - un seul électron de cette garce !

- Yazoo… gémit Loz.

- Pas de ” Yazoo ” qui tienne, tu files sous la douche ! décréta-t-il en le poussant sous le jet, le faisant jurer.

- Aïe ! Ca fait mal !

- Quoi ? C’est trop chaud ?

- Non… Mon dos. Ca brûle.

Il se retourna et son frère hoqueta en voyant les striures rouges sur son dos ensanglanté.

- Wouahouh… Qu’est-ce que tu lui as fait pour qu’elle te griffe comme ça ? demanda-t-il avec un sourire à la fois narquois et complice.

- Je lui ai demandé de me laissé dormir… gémit piteusement Loz en grimaçant sous le jet d’eau chaude.

Yazoo écarquilla les yeux et éclata de rire.

- Ah… Oui, là, forcément, c’est tout de suite moins affriolant. Allez, finis de te laver, je vais t’arranger un peu ça.

Vingt minutes plus tard, Loz commença à regretter de ne pas avoir jeté Scarlet sur ses genoux pour lui administrer une fessée dans les règles de l’art et tant pis pour les conséquences.

- Arrête de gigoter, Loz ! bougonna Yazoo en finissant de nettoyer les longues plaies à l’antiseptique.

- Mais ça démange ! (Son frère ne put s’empêcher de rire.) Quoi ?

- Tu ne changeras jamais…

- Comment ça ? se renfrogna Loz.

Son cadet l’enlaça par derrière et pressa sa joue satinée contre la sienne.

- Que, malgré vingt années bien sonnées, tu es et tu resteras toujours le petit garçon que j’ai connu et avec lequel j’ai grandi. Et c’est pour ça que je t’aime toujours autant.

- Ne dis jamais ça devant Kadaj. Il deviendrait dingue…

Yazoo rit de plus belle.

Le petit dernier de la fratrie était d’une jalousie maladive et avait parfois du mal à accepter la tendresse et la complicité que partageaient ses deux aînés.

- Qu’est-ce que je ne dois pas entendre ? demanda une voix claire dans leur dos.

- On ne t’a jamais dit qu’il fallait frapper aux portes avant d’entrer, sale petit têtard ? gronda Loz.

- Comment tu m’as appelé, tas de viande sans cervelle ?

Yazoo pouffa et attrapa Kadaj au vol lorsqu’il voulut se jeter sur leur aîné.

- Du calme, petit frère !

- Je vais le tuer ! promit celui-ci.

Loz rit de plus belle.

- Quoi ? Tu veux me frapper avec tes petits poings, Kadaj ? railla-t-il en tapant du plat de la main sur sa poitrine, deux fois plus large que celle de ses cadets. Chouette ! On va pouvoir jouer aux osselets, après !

Kadaj se débattit comme un diable dans les bras de Yazoo et ce dernier jeta à son aîné un regard suppliant.

- Arrête ! Tu veux le rendre hystérique ou quoi ?

- Depuis quand il a besoin de moi pour ça ?

- Loz !

- Lâche-moi ! hurla Kadaj. Lâche-moi ! Je vais lui arracher la peau du dos et m’en faire un tapis. Tu es un homme mort, Loz !

- Désolé, quelqu’un s’en est déjà chargé, regarde, grimaça ce dernier en se retournant.

Kadaj se calma instantanément, la curiosité prenant le pas sur la colère, mais Yazoo ne desserra pas son étreinte pour autant, au cas où.

- Qui t’a fait ça ?

- La pintade ! persifla Yazoo.

- Hein ? Wouah ! Tu as dû l’envoyer au moins au neuvième ciel pour qu’elle t’arrange comme ça.

- Ouais, on va dire ça…

- En fait, il l’a juste envoyée promener et elle lui a fait comprendre qui était le chef ! pouffa Yazoo.

Son cadet ouvrit de grands yeux moqueurs.

- Oh, la honte !

- Non mais tu es de quel côté, toi ? s’emporta Loz en fusillant Yazoo du regard.

Il se laissa tomber à plat ventre sur son lit et Kadaj se libéra pour venir s’asseoir à ses côtés, tout sucre, tout miel.

- Tu as mal ?

- Non, ça va.

- Tu es sûr ? insista-t-il en enfonçant le doigt dans la plaie la plus profonde.

- Aïe ! Sale petit têtard !

Le têtard en question fila comme une flèche en ricanant avant qu’il ne puisse réagir, laissant la porte ouverte.

- Il t’a encore eu, se moqua Yazoo en refermant le battant.

- Je déteste quand il agit comme ça… Quel sournois !

Son frère s’assit sur son oreiller, tout près de sa tête, et lui caressa les cheveux.

- Tu devrais arrêter les frais, avec Scarlet.

- Si tu crois que j’ai le choix…

- Tu devrais arrêter quand même.

Loz leva un sourcil narquois.

- Jaloux ?

- Ne dis pas de sottises ! C’est juste que je ne l’aime pas, elle est trop… possessive.

- Peut-être mais je n’ai rien d’autre sous la main, en ce moment.

- Et la rouquine de l’accueil ?

- Partie.

- La brunette du labo 3 ?

- Hojo l’a virée.

- Et celle qui t’avait tapé dans l’œil, la petite avec les gros roploplos ?

- Elle préfère les minets. Elle trouve Kadaj ” trooop chouuuuu ” ! singea-t-il avec une grimace, la bouche en cul de poule.

Yazoo éclata de rire.

- Eh bien, prends ton mal en patience. Un peu de calme ne te fera pas de mal, va !

- Et sur qui je viderai mon trop plein de testostérone ? Toi ? (Yazoo lui répondit par une grimace.) Tu n’étais pourtant pas le dernier à te porter volontaire, si je me souviens bien… Tu as déjà oublié ?

Son frère se redressa d’un bond et blêmit.

- On avait juré de ne jamais reparler de ça, Loz… murmura-t-il avec un regard méfiant en direction de la porte. Nous n’étions que des gosses.

- Moi, j’en garde un bon souvenir.

- Loz !

- Quoi ? Tu as honte ?

- Parle moins fort.

- Réponds. Tu as honte ?

- Oui.

- Pourquoi ?

- Parce que… parce que… Je n’en sais rien. C’était mal.

- Mal ? Vis-à-vis de qui ? De quoi ?

- Je n’en sais rien !

- Pfff… ” Toujours pareil “. C’est ce que tu disais tout le temps, tu te rappelles ?

- Quoi donc ?

- Que tu en avais assez de t’entendre donner des ordres sans aucune raison ou explication valable. Que tu voulais connaître le pourquoi des règles afin de décider par toi-même si elles étaient acceptables ou non. Tu as oublié ?

Yazoo sourit avec tendresse et s’allongea sur le dos à côté de son frère.

- Non, Loz, je n’ai pas oublié.

Ce dernier, toujours sur le ventre, bougea un peu la tête et la posa sur son épaule.

- Parfois, ça me manque.

- Quoi donc ?

- Cette époque. Notre innocence. Toutes les questions que nous nous posions. On se disait que, quand on serait grands, on s’enfuirait pour trouver toutes les réponses. Tu te souviens ?

- Je me souviens… On s’imaginait un monde merveilleux, dehors.

- Tu sais, Yazoo, parfois j’aimerais que tu aies raison à mon sujet.

- Comment ça ?

- J’aimerais vraiment être un petit garçon et y croire encore…

Une larme coula le long de l’arête de son nez élégant jusqu’à la poitrine de Yazoo et celui-ci serra son frère contre lui, comme il le faisait lorsqu’ils n’étaient encore que de tout jeunes adolescents inconscients de toutes ces ” choses interdites ” dont ils ignoraient jusqu’au nom…

FIN

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XXXXIII - Adagio au clair de lune pour un petit turk

«Le sexe masculin est ce qu’il y a de plus léger au monde…

une simple pensée le soulève ! »

Frédéric Dard

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Loz installa Marlène devant lui, sur sa moto, ajusta ses gants de cuir et alluma ses phares.

Il était presque six heures du matin mais le soleil d’hiver ne se lèverait pas avant au moins deux heures et, hormis une pleine lune qui avait du mal à percer derrière les nuages, il faisait encore nuit noire.

- Prête ? demanda-t-il.

La petite acquiesça joyeusement et se pencha sur le guidon.

- Il pleut encore des petites gouttes, t’as vu ?

- Tu veux qu’on attende encore un peu ?

- Non, c’est bon. Sinon, on n’aura pas le temps de passer à la boutique de monsieur Philéas avant le petit déjeuner.

L’argenté se pencha par-dessus la fillette pour se saisir du guidon.

- Alors, on est partis !

Il fit vrombir la moto, sortit de la grotte et s’engagea sur la petite route de montagne escarpée pour entamer la descente vertigineuse du mont Nibel.

Ce n’était guère plus qu’un chemin de terre détrempé par la pluie qui serpentait tout autour de la montagne, de la base au sommet.

Il était si étroit que, par endroits, ils roulaient à un mètre à peine du ravin.

- Tu n’as pas le vertige ? demanda l’argenté d’une voix forte pour couvrir le bruit du moteur. Ca ne va pas trop vite ?

- Oh, non ! C’est génial ! J’adore quand toi et Yazoo vous allez vite !

Loz éclata de rire, amusé par l’exaltation qui perçait dans sa voix, et relâcha un peu les freins, pour le plus grand plaisir de la petite.

*

A nouveau réveillé par un cauchemar, Yazoo réalisa qu’il était à demi allongé sur Reno, la joue sur sa poitrine, et se pétrifia, n’osant même plus respirer.

Il voulut se faire violence pour s’écarter de lui mais fut incapable d’ordonner à ses membres d’obéir.

Il sentait battre le cœur du turk contre sa poitrine, entendait sa respiration profonde, s’enivrait de sa chaleur et était perdu dans un sensuel nuage de parfum masculin, sensuel et musqué.

Non, pour rien au monde il ne voulait bouger de là !

Au contraire, il nicha son petit visage au creux du cou offert et se blottit dans les bras accueillants avec un petit soupir involontaire.

Avant même de comprendre ce qu’il faisait, il effleura la gorge palpitante de ses lèvres.

Il but les battements du cœur de Reno à même sa jugulaire en respirant à pleins poumons la tiède fragrance de ses cheveux roux qui lui chatouillaient le nez jusqu’à ce que la tête lui tourne.

S’enhardissant, il darda même la pointe de sa langue pour goûter sa peau, juste sous son oreille, le faisant frissonner dans son sommeil.

Cette réponse à sa discrète caresse inonda le ventre de Yazoo d’un flot de lave et ses doigts, mus par une volonté propre, descendirent sur la poitrine glabre pour effleurer un téton tendre, qui se contracta et durcit comme un petit caillou sous sa paume.

Le pouls du turk s’affola contre ses lèvres et il ferma les yeux, essayant de graver cet instant délicieux dans sa mémoire.

C’est alors qu’il prit alors conscience de la colonne de chair qui se tendait contre sa cuisse, gagnant en vigueur à chaque battement de cœur.

Il se cambra pour échapper au contact fiévreux de ce curieux python.

- Tu l’as cherché, Yazoo baby… chantonna Reno à son oreille.

Si l’argenté ne vit pas son sourire narquois dans la pénombre, il ne l’entendit que trop et l’appréhension le gagna.

Appréhension qui, lorsque Reno pressa ses lèvres sur les siennes, se mua en panique.

- Non… gémit-il contre sa bouche.

Mais son refus sonnait faux.

Tout son corps se tendait vers le turk et, en dépit du contrôle qu’il essayait de lui imposer, accueillait le baiser avec une avidité féroce.

« Il ne faut pas… Il ne faut pas… Je vais tout gâcher… Je ne sais pas m’y prendre… »

Comment allait réagir Reno en découvrant qu’il était un novice en la matière et incapable de lui donner le moindre plaisir ?

Qu’avait-il dit, déjà, en parlant de Yuffie ?

« Je ne m’intéresse pas aux candides créatures effarouchés. Les femmes de mon âge sont beaucoup trop vicieuses et séduisantes pour qu’un jouisseur comme moi passe à côté de ça ! »

Cette pensée le dégrisa immédiatement et il interrompit leur innocent baiser en détourant brutalement la tête.

- Reno, non !

Les lèvres de celui-ci frémirent contre sa joue et il lâcha l’argenté pour s’allonger de tout son long, les bras derrière la nuque.

Toujours en appui sur sa poitrine, Yazoo écarquillait désespérément les yeux pour essayer de distinguer l’expression de son regard dans la pénombre mais c’était inutile : il entendait très clairement sa respiration sifflante et le grincement de ses dents.

Reno était en colère, et il ne pouvait pas lui en vouloir.

- Excuse-moi, murmura-t-il, la gorge serrée. Je… je ne sais pas ce qui m’a pris. (Reno ne répondit pas et ne fit pas un geste mais un long soupir d’exaspération s’échappa de sa gorge) Reno, je…

Ce dernier s’assit brusquement, le faisant rouler sur le côté comme s’il n’avait été qu’un chat endormi sur son ventre, et alluma la petite lampe de chevet.

- Reno…

Les couvertures se rabattirent brutalement sur lui et le turk se leva en silence pour enfiler son pantalon.

- Reno, où vas-tu ? demanda l’argenté d’une voix brisée, l’inquiétude lui nouant les entrailles.

- Prendre l’air, consentit enfin à répondre le jeune homme en s’asseyant sur le lit pour attraper sa chemise.

Bouleversé et pris d’angoisse, Yazoo le ceintura par derrière et pressa sa joue contre sa nuque.

- Ne pars pas, supplia-t-il. Pas comme ça. Je suis désolé, Reno… Pardonne-moi…

Reno allait répliquer vertement qu’il n’avait qu’à prendre ses responsabilités et finir ce qu’il avait commencé, éteindre l’incendie qu’il avait volontairement attisé, lorsqu’il réalisa que l’argenté sanglotait.

Sa frustration et sa colère retombèrent aussitôt.

- Yazoo ? Eh, Yazoo baby, arrête, c’est pas grave.

Il se libéra doucement de son étreinte et se tourna pour le prendre dans ses bras.

- Pardon, Reno…

- Chut, ce n’est rien. Arrête de pleurer, ce n’est pas la fin du monde. Je ne t’en veux pas, je suis juste un peu déçu, c’est tout. C’est toujours rageant de se faire allumer et… Enfin peu importe. Allez, calme-toi. (Il effleura sa joue et l’argenté eut un mouvement de recul) Je vois. Ecoute, j’ai juste cru que… Enfin, que je te plaisais et que tu voulais faire l’amour, je…

- C’est le cas, le coupa Yazoo en rougissant violemment. Mais…

Il se tut et détourna le regard.

- Quoi ? Tu n’as pas confiance en moi ? demanda le turk. Tu penses que je vais te prendre là, à quatre pattes par terre, et m’en vanter à la ronde ?

Il lui tira la langue, taquin, et Yazoo rougit de plus belle.

- Non, c’est que je… je… C’est que je ne me suis jamais retrouvé dans ce genre de… de situation.

Reno rit de bon coeur.

- Si ça peut te rassurer, moi non plus ! Les mecs, c’est vraiment pas mon truc, d’habitude. Mais il ne doit pas y avoir une grande dif…

- Ce n’est pas ce que je veux dire, Reno, le coupa à nouveau l’argenté, les joues cuisantes.

Le turk se souvint de la conversation qu’il avait surprise entre Tifa et Shalua, à l’infirmerie, et se mordit la lèvre.

- Oh… Tu veux dire que tu n’as jamais fait… Enfin, jamais eu de…

- C’est ça… avoua Yazoo, plus gêné que jamais.

Reno sourit.

- Ca te fait peur ?

Yazoo secoua la tête, replia ses jambes et les enserra de ses bras.

- Non, c’est juste que… Je ne sais pas comment faire, chuchota-t-il d’une voix presque inaudible. Quels gestes faire, quels mots employer et tu… tu disais que tu détestais « essuyer les plâtres », en parlant de jeunes filles comme Yuffie.

Reno se mordit les lèvres pour étouffer un rire.

- Yazoo… Ca n’a rien à voir, voyons.

- Les « pucelles coincées » te font « gerber ». Ce sont tes propres mots, je n’ai pas oublié. J’ai peur d’être maladroit. De faire ou de dire des choses idiotes. Peur d’être ridicule et de t’entendre te moquer de moi.

Une tendresse bouleversante prit Reno à la gorge.

- Yazoo… On n’est jamais ridicule, dans ces moments là. C’est ça qui est génial, quand tu fais l’amour. Tu peux te laisser totalement aller, dire ou faire des choses complètement dingues.

L’argenté lui jeta un regard en biais.

- Tu t’es pourtant bien moqué de Yuffie.

- Comme je me serais moqué de Marlène ou de Denzel. C’est tout ce qu’elle est, à mes yeux. Une enfant. Je n’éprouve strictement aucun désir pour elle. Ce qui est loin d’être le cas lorsque je te regarde, Yazoo baby… ajouta-t-il d’une voix un peu enrouée.

Yazoo se pétrifia, ébranlé par un aveu aussi direct.

- Je… je ne sais pas quoi dire, chuchota-t-il en baissant les yeux pour échapper au regard concupiscent.

- Alors c’est moi qui vais parler. Et te dire que je ne passe pas une heure sans me languir du parfum de tes cheveux, de ta peau, ou sans repenser à la sensation grisante de ton corps contre le mien, flottant dans le mako. A la caresse de tes doigts sur mon front, lorsque j’étais malade. A ton rire tintant dans cette chambre. A ton adorable visage penché sur moi. A cette petite bouche que j’ai envie d’écraser sous la mienne, à ces lèvres pleines que j’imagine courir sur toute la surface de ma peau… Tout cela est-il ridicule, Yazoo ?

- Non… susurra celui-ci, ému. Bien sûr que non.

- Et toi ? Qu’as-tu envie de me dire, Yazoo baby ? chuchota Reno en se penchant sur lui, taquin. (L’argenté eut un petit rire gêné et secoua la tête) Quoi ? N’y a-t-il donc rien qui te plait, en moi ?

- Si, bien sûr que si. Trop, sans doute.

- Quoi ? Allez, joue le jeu. Dis-moi quoi.

Il frotta le bout de son nez contre la joue ronde de l’argenté et le poussa gentiment, enjôleur.

-Tes yeux, finit par avouer Yazoo, amusé par son insistance. Je ne me lasse pas d’y plonger le regard. Tes cheveux, aussi. J’ai toujours envie d’y glisser mes mains. De sentir leur texture, de respirer leur odeur…

Reno s’approcha davantage encore.

- Fais-le, chuchota-t-il à son oreille. J’adore ça.

Yazoo caressa timidement la douce chevelure rousse et le turk ferma les yeux, goûtant les petits frissons que provoquaient les doigts graciles.

- J’ai souvent regardé ta bouche, aussi… (Reno lui prit la main de sorte que les doigts fins en caressent la courbe voluptueuse) Et qu’elle est aussi tendre que je l’avais imaginée… (Il effleura ses lèvres des siennes) Et bien plus douce que je n’avais osé le rêver… susurra Yazoo contre sa bouche.

Le baiser se fit plus féroce.

Reno le sentit trembler et s’écarta un peu pour ne pas l’effaroucher.

- Tu vois, ce n’est pas si compliqué… murmura-t-il en lui caressant la joue.

Il observa son visage à la faible lueur mordorée de la petite lampe de chevet qui dansait sur la peau si blanche et ombrait ses longs cils argentés, plus épais que ceux d’une femme.

Du bout des doigts, il suivit les courbes douces, presque enfantines, de ce visage parfait encadré de soyeux cheveux de mercure : la petite bouche boudeuse aux lèvres pleines, le menton pointu, le nez droit, un peu retroussé, et les paupières mi-closes sous lesquelles brillaient d’immenses yeux couleur de topaze verte.

Il se pencha pour effleurer à nouveau ses lèvres, répandant une cascade rousse sur les épaules de Yazoo, mais n’insista pas. Ce fut ce dernier qui noua les bras autour de son cou pour l’attirer à lui.

Prudent, Reno glissa le bout de la langue entre les lèvres adorablement gonflées et la petite bouche s’ouvrit timidement.

Sa langue chercha la sienne qui, craintive, s’était tapie tout contre la voûte du palais. Il l’effleura délicatement, comme on caresse un petit animal sauvage pour l’amadouer, et, après plusieurs essais infructueux, elle consentit enfin à répondre maladroitement à ses tentatives d’approche.

Il ne força rien, ne tenta rien pour obtenir davantage que ce que l’argenté voulait bien lui donner et le long baiser prit bientôt fin.

Yazoo rougit et baissa à nouveau les yeux, ne sachant quoi faire ou que dire.

- N’aie pas peur, chuchota Reno.

- Je n’ai pas peur… Mais je… Je ne sais pas comment…

Le turk n’attendit pas son explication et ses lèvres prirent à nouveau les siennes tandis que ses mains se glissaient sous le t-shirt de coton.

Sa bouche suivit bientôt ses doigts et se posèrent sur chaque pouce de peau que dévoilait le tissu.

Yazoo laissa échapper un gémissement involontaire.

- Dois-je m’arrêter ? demanda le turk, la joue contre sa poitrine, en faisant lentement glisser le pantalon de pyjama de l’argenté sur ses hanches étroites.

- Non… murmura celui-ci en se laissant aller sur les couvertures défaites, les mains cramponnées à la douce chevelure rousse. Ne t’arrête pas…

Reno déposa de légers baisers sur la peau translucide de son ventre.

Lorsqu’il s’allongea enfin sur lui pour enfouir son visage contre son cou, que Yazoo sentit la chaleur de sa peau contre la sienne, libérée de la barrière de coton, une tendresse qui le fit presque pleurer l’envahit.

La longue chevelure rousse les recouvrait tous les deux, précieuse et fragile étoffe, et il ferma les yeux, simplement heureux de sentir ce corps sur le sien.

- De quoi as-tu envie ? demanda le Reno.

- De te caresser… répondit Yazoo avec un calme qui le surprit. De te découvrir… de te toucher…

Le turk se redressa légèrement et entrelaça ses doigts aux siens avant de se rallonger sur lui, afin que pas un pouce de la peau de l’un n’échappe au contact de la peau de l’autre.

- Découvre, Yazoo baby, touche… (Yazoo ferma les yeux et se concentra afin de se sensibiliser au tendre contact du corps sur le sien) Que sens-tu ?

Il était si étrange de toucher avec son corps tout entier…

Les mains prisonnières de celles de Reno, Yazoo le touchait cependant comme il ne l’aurait pas pu possible.

- Tes pieds… susurra-t-il. Oui, tes pieds entre les miens… (Le turk remua les orteils, le faisant sourire) Tu as des pieds très délicats avec des orteils très souples. Des chevilles fines. Et tu n’as pas de cors !

Reno éclata de rire.

- Et ?

- Je sens tes mollets. Très athlétiques. Comme tes cuisses. Ta peau est très douce. Tes hanches sont… très étroites… et tes reins très cambrés. Je sens…

Son souffle se fit court.

- Oui ? insista Reno.

- Ton sexe… Contre mon bas-ventre. Il est gonflé et très dur. Il palpite contre le mien.

Reno donna un très léger coup de reins, faisant soupirer sensuellement l’argenté.

Celui-ci essaya de libérer ses mains mais le turk raffermit sa prise.

- Que sens-tu ?

- Tes testicules contre mes cuisses. Tièdes… doux… (Reno frotta son membre contre le sien et Yazoo laissa échapper un petit gémissement) Ton ventre lisse contre le mien. Ton torse… Ferme et glabre. Il me protège. Il est brûlant… Je sens ta respiration. Lorsque… lorsque tu inspires, le contact de nos deux corps est plus intense… plus fort. Je sens tes tétons durcir. Ils frottent contre ma poitrine.

- Quoi d’autre ?

- Tes bras sur les miens… Ils sont musclés… Tes doigts qui s’entrelacent aux miens. Ils sont déliés… comme tes mains.

- Et ?

- Tes poignets. Fins. Tout est si délicat chez toi… C’est incroyable. Tu me sembles si solide, pourtant… J’ai l’impression que je pourrais briser tes doigts d’une simple pression. Tes mains sont faites pour caresser… non pour tenir une arme. C’est étrange. Elles ne sont pas dures et calleuses, comme on pourrait s’y attendre chez un homme qui manipule le bâton de combat avec une telle dextérité. Je…

Il se tut, le souffle soudain court.

- Oui ?

- Je les sens encore courir sur mon ventre et mes hanches… susurra l’argenté d’une voix enrouée qui fit remonter un long frisson le long de l’échine de Reno.

- Mhh… Et elles n’ont pas fini de dégourdir leurs petites jambes, les coquines…

Cette promesse espiègle fit à la fois sourire et frissonner Yazoo.

- Je sens tes épaules, poursuivit-il. Elles sont totalement détendues. Attends ! Ton cœur… (Il sourit) Oui… j’entends battre ton cœur. Là, juste sur ma poitrine. Et là, aussi.

- Ou ça ?

- Sur la veine de ton cou. Contre ma gorge. Je sens ton visage. Tes cheveux contre ma joue. Ils sont doux… Ils sentent bon… J’entends ton souffle tout contre mon oreille. Il s’échappe de tes lèvres entrouvertes. Tes cils me chatouillent la tempe. Tu as fermé les yeux…

- Oui…

- Tu respires très fort contre ma peau… Tu sembles… t’enivrer de son odeur.

- Oui, mon ange… Oui.

« Mon ange… »

Le cœur d’Yazoo se gonfla.

Il avait dit cela si naturellement…

Reno semblait si totalement détendu, si abandonné que ces mots avaient franchi ses lèvres comme une caresse.

- Tu es très séduisant, Reno. Et tu me plais énormément. En fait, je crois même que je…

Il se tut, incapable d’avouer ce qui lui brûlait pourtant les lèvres et le turk se redressa légèrement pour planter ses prunelles aigue-marine dans les yeux mako.

Ce regard… cette expression…

Reno en aurait presque pleuré…

- Oui, quoi ? demanda-t-il, la gorge soudain serrée.

La sonnerie stridente de son téléphone les fit sursauter tous les deux, faisant éclater la bulle de sensualité qu’ils s’étaient créée, et, très contrarié, il tendit la main pour attraper le petit appareil, sur la table de nuit.

- Reno, j’écoute, fit-il, le coeur battant. Vincent ? Pourquoi ? Qu’est-ce qui se passe ? (Il blêmit) Cloud a fait quoi ? s’écria-t-il en de redressant sur le lit. C’est pas vrai… Et où sont-ils partis ? De quel côté ? D’accord… Non, son frère est avec moi. (Yazoo pâlit à son tour, alarmé par ses paroles) On arrive tout de suite. Je peux faire démarrer l’hélico dans moins de 10 minutes.

Il raccrocha et l’argenté s’agrippa à son bras.

- Reno, qu’est-ce qui se passe ? Quel frère ?

- Loz. Il est avec Marlène et, si on ne les retrouve pas très vite, ils risquent de se tuer en moto ! Si ce n’est pas déjà fait… ajouta-t-il d’une voix étranglée.

- Quoi ? Comment ça ?

- Cloud a trafiqué les freins de vos bécanes.

Le visage de Yazoo se décomposa et il pressa ses deux mains sur sa bouche pour étouffer un cri horrifié.

- Non ! S’il était arrivé quelque chose à mon frère, je le sentirais ! assura-t-il en s’habillant à précipitamment.

Reno enfila ses vêtements à son tour en priant pour qu’il ait raison…

…à suivre

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XXXVI - La rivale

« J’embrasse mon rival,

mais c’est pour l’étouffer… »

Racine

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Shalua verrouilla la porte de sa suite et s’y appuya pour considérer Cid, qui avait pris place sur le canapé.

- Crois-tu raisonnable, au vu des circonstances, de quitter le lit de ta femme en pleine nuit pour rejoindre ta maîtresse ? murmura-t-elle, un nœud dans la gorge.

Les yeux azurés se plantèrent dans les siens, tourmentés et suppliants, et elle regretta aussitôt ses paroles. Il avait l’air si découragé, si désespéré…

Oubliés le choc de l’arrivée de Shera, l’humiliation qui en avait suivi et la brûlure incandescente de la jalousie. Pour l’heure, le seul îlot de réalité était ce visage à la beauté virile, farouche, et cette peau blonde dorée par des années de soleil ; son seul souci, ce regard abattu et ces lèvres frémissantes de désarroi.

- J’ai besoin de toi, Shalua… chuchota Cid d’une voix brisée à peine audible. Tellement besoin…

Le coeur de la jeune femme se serra et elle s’agenouilla à ses côtés sur le canapé pour caresser son front et ses joues, sur lesquelles perçait une barbe naissante.

Les lueurs rousses mordorés de la lampe du petit salon faisaient brasiller ses épais cheveux blonds et se reflétaient sur la peau glabre et satinée de ses bras, laissés nus par un t-shirt de fin coton bleu qui moulait son large torse athlétique comme une seconde peau.

Le pilote ferma à demi les yeux, enserra la taille fine de Shalua et pressa délicatement sa tempe contre la poitrine ferme, si maternelle lorsqu’elle faisait un berceau aux fronts tourmentés qui s’y réfugiaient.

La jeune femme sourit tendrement et le serra un peu plus contre elle.

Elle déposa une pluie de baisers légers sur les courts cheveux blonds, qu’elle lissa de ses lèvres en humant avec ravissement sa chaude odeur d’homme.

- Je n’ai pas pu rester près d’elle, Shalua, murmura-t-il, la gorge nouée. Je ne la supporte plus. C’était déjà pas terrible mais là… Là, elle me file carrément la gerbe.

Il réprima un frisson et, tel un petit garçon, nicha son visage dans le décolleté profond, entre ses seins laiteux, comme pour se couper du monde.

Shalua sourit de ce geste enfantin et pétrit les muscles de son large dos, résistant à l’envie de glisser sa main sous le t-shirt pour sentir la chair ardente rouler sous ses doigts.

- Alors reste avec moi cette nuit, Cid. Cette nuit et toutes celles que tu voudras…

- Je suis désolé, pour tout à l’heure, Shalua. Shera a été odieuse et je ne…

- Chut, le coupa-t-elle. Tu ne pouvais rien dire, ni faire quoi que ce soit, alors n’y pense plus.

Elle se pencha pour embrasser la chair si tendre et si sensible à l’angle de sa mâchoire, derrière le lobe.

Le souffle chaud fit frissonner Cid et, de ses lèvres, elle pinça gentiment la peau de son cou, de l’oreille à la clavicule.

- Shalua… soupira-t-il entre ses seins.

Elle tira sur le col de son t-shirt pour mordiller un trapèze proéminent et le creux charnu d’une épaule.

Sa peau avait la mâle saveur du sel, de la liberté et du grand air mêlés. Un parfum musqué et enivrant adouci par le léger effluve de l’eau de toilette de Cid, une impalpable et si particulière essence boisée aux très légères notes de vanille qu’elle n’avait jamais senti sur personne.

Enhardi par les attentions de la jeune femme, il darda la langue pour la faire remonter le long de la ravine parfumée de son décolleté jusqu’à sa gorge, son menton et, enfin, sa bouche, où elle se glissa, possessive, en un baiser profond.

Shalua gémit contre ses lèvres et elle défit la boucle de sa ceinture et le bouton de son pantalon pour pouvoir glisser la main sous le t-shirt de coton moulant.

Cid sourit et la laissa un instant batailler avec le tissu, qui prenait un malin plaisir à plisser ou s’enrouler autour des doigts impatients pour freiner leur exploration passionnée.

Elle réussit cependant, à force de persévérance, à franchir les vallons escarpés de la paroi abdominale pour atteindre les provocants muscles pectoraux aux aréoles contractées par l’excitation et aux tétons turgescents, qu’elle fit rouler tour à tour sous son pouce.

Il laissa échapper un halètement rauque dans sa bouche et interrompit leur baiser pour retirer son t-shirt, dénudant son ample torse.

Shalua adorait le voir torse-nu, il le savait. Elle ne se lassait jamais d’embrasser, pétrir, caresser ou mordre la peau lisse qui recouvrait les muscles puissants mais la jeune femme réfréna l’envie de fondre sur la chair onctueuse et porta la main à sa propre épaule pour retirer la prothèse robotisée de son bras gauche, quelle avait remise au labo.

Cid l’arrêta.

- Non… chuchota-t-il en embrassant sa paume. Laisse-moi faire.

Avec mille précautions et une douceur qui serra la gorge de Shalua, il détacha la prothèse faite par Reeve et la posa délicatement sur le canapé avant de couvrir la partie de son bras encore intacte de petits baisers, de l’épaule au moignon.

- Cid, non, ne… ne fais pas ça. C’est…

Il sourit contre sa peau.

- C’est quoi ?

- Ca doit être horriblement désagréable de… toucher ça pour quelqu’un de… d’entier.

- Pourquoi ? Y a-t-il un seul millimètre carré de mon corps qui te révulse ?

- Non, bien sûr que non, mais…

- Un seul endroit que je t’ai jamais interdit de toucher ? D’embrasser ou d’exciter ?

- Non… soupira-t-elle, lascive, au souvenir de leurs jeux amoureux.

- Pourquoi en serait-il autrement pour moi, Shalua ?

Il prit son visage entre ses mains et déposa un baiser tendre sur sa paupière fermée, celle sous laquelle avait jadis scintillé une prunelle aigue-marine.

- Cid… susurra-t-elle, émue aux larmes.

Il la souleva dans ses bras et, tout en lui dévorant les lèvres, écarta la table basse du pied pour l’allonger sur l’épais tapis de laine qui recouvrait le parquet ciré.

Elle pouffa.

- Ici ? Sur le sol ?

Il lui sourit avec une grimace espiègle.

- Ouais… gronda-t-il. Par terre, comme des bêtes !

Il fondit sur son cou, toutes dents dehors, pour mordre sensuellement la jointure de l’épaule avec un grognement comique.

Shalua éclata de rire et renversa la tête en arrière, offrant sa gorge aux morsures voluptueuses du pilote.

- Aïe ! Cid ! Ah ! Ah ! Ah !

Dans le couloir, Shera, l’oreille collée contre la porte de la suite jusqu’à laquelle elle avait discrètement suivi son infidèle époux, leva le sourcil et plissa ses lèvres fines en un sourire vipérin.

Sa première impression avait été la bonne, finalement. Cette garce borgne et manchote était bien la coqueluche en date de Cid.

La première depuis leur mariage…

Voilà donc la véritable raison pour laquelle il avait abordé ce sujet inepte de divorce.

C’était plutôt rassurant, cela dit, car cette Marie-couche-toi-là n’était très probablement qu’une tocade, une allumeuse qui le tenait par le bout du sexe. Un béguin qu’elle allait se charger de lui faire passer, fut-ce à coups d’humiliations.

Personne ne lui prendrait jamais Cid. Personne. Et moins encore une pouliche mutilée, une demi-femme, fut-elle la pire des putains dans un lit !

Les rires, de l’autre côté de la porte, s’étaient mués en soupirs lascifs, chuchotements suppliants et halètements douloureux.

Sous l’assaut du plaisir, Shalua cria le nom de Cid, qui laissa échapper un long gémissement guttural, et Shera grimaça, prise de répugnance.

Quels animaux !

Qu’ils en profitent. Ils n’allaient plus s’amuser très longtemps, parole de Shera !

Elle tourna rageusement les talons et traversa le couloir enténébré sans remarquer les yeux perçants qui l’observaient en silence, dans l’ombre d’une statue de porphyre aussi rouge que la cape et les prunelles de leur propriétaire…

*

Tifa s’assit sur son lit et se frotta les tempes, sous lesquelles commençait à percer une migraine.

- Tu as mal à la tête ? demanda Loz en lui lissant les cheveux.

La jeune femme allait répondre « oui » et réalisa alors tout le comique de la situation. Elle était en compagnie d’un homme au physique affolant dans la pénombre d’une chambre cossue, sur un lit aussi moelleux que confortable et… « Désolée, pas ce soir, j’ai mal à la tête, chéri !».

Elle éclata de rire et il grimaça, décontenancé.

- Quoi ? Qu’est-ce que j’ai dit ?

- Rien, c’est moi. Je réalise que je suis en train de te faire le coup de la migraine !

Loz secoua la tête, ne voyant absolument pas de quoi elle parlait.

- Le coup de la quoi ?

- La migraine ! (Il écarquilla les yeux et hocha négativement la tête) Ca ne te dit rien ?

« Bien sûr que non, comment cela pourrait-il lui dire quelque chose ? » réalisa-t-elle, touchée par son ignorance. Les érotomanes du labo où il avait grandi ne risquaient pas d’arguer une migraine avant de le… Enfin, bref.

- Le prétexte mythique des dames pour échapper aux élans des maris entreprenants ! expliqua-t-elle. C’est une vieille blague sur le manque d’ardeur des femmes et les mille et une excuses qu’elles inventent pour esquiver les câlins.

- Et pourquoi les femmes voudraient-elles esquiver les « câlins » ? demanda-t-il avec une innocence désarmante.

Elle lui pinça affectueusement les joues.

- Parce que tous les hommes ne sont pas aussi séduisants et habiles que toi… murmura-t-elle à son oreille en lui léchant le pavillon.

Il frissonna.

- Tifa ?

- Mhh ?

- En parlant de maris… Cloud… Ce n’était pas seulement ton ami, n’est-ce pas ?

Elle se raidit et s’écarta un peu de lui pour le regarder dans les yeux.

- Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

- La façon qu’il a de nous regarder, lorsqu’on est ensemble. La haine dans ses yeux, lorsque je passe dans son champ de vision.

Tifa acquiesça.

- Disons que Cloud et moi… Nous avons essayé de construire quelque chose mais que ça n’a rien donné. En fait, il était très amoureux d’une amie à nous qui est décédée et… Mais attends, tu la connais ! Aerith. Aerith Gainsborough.

Loz fronça le sourcil.

- Aerith ? La fille qui nous a sortis de la rivière de la vie, l’amie de mère ?

- Oui ! s’écria la jeune femme avec enthousiasme. Tu te souviens d’elle ? Si tu savais comme elle nous manque à tous…

- Je me souviens très bien. Elle est gentille. Et sa voix est très douce. (Tifa eut un rire doux) Quoi ?

- Rien, c’est la façon que tu as de dire ça. C’est mignon.

Il grimaça un sourire, ne sachant si elle se moquait gentiment de lui ou si elle était vraiment attendrie par son ton enfantin.

- Kadaj croyait qu’elle était notre mère, au début, reprit-il. Quand elle est venue nous chercher, il y a deux ans. Lorsque… Lorsque…

Il n’osa pas finir sa phrase et Tifa lui caressa tendrement le visage et le cou.

« Lorsque nous sommes morts… » c’est ce que l’argenté voulait dire.

- Je sais quand c’était, Loz. (Elle déposa un baiser doux sur ses lèvres et sourit) Eh bien Aerith était la petite amie de Cloud.

Loz tiqua.

- Ah bon ?

- Oui. Le « départ » d’Aerith a été une terrible épreuve. Ils s’aimaient énormément et auraient sans doute fini leurs jours ensemble si ce drame avait pu être évité.

Il se mordit la lèvre, embarrassé.

- Ah… Et… c’est lui qui t’a dit ça ?

- Pas aussi directement, non. Cloud est très pudique. Mais lorsque nous prenions encore le temps de papoter et de nous confier l’un à l’autre, avant qu’il ne s’engage dans le SOLDAT, il parlait très souvent d’elle et des projets qu’il avait fait pour eux. Pourquoi ?

L’argenté fit le curieux petit bruit avec sa langue contre ses dents - « Tsss » - et Tifa, qui commençait à bien connaître ses attitudes et ses tics, s’alarma.

- Qu’y a-t-il, Loz ? Il s’est passé quelque chose avec Aerith dont Cloud ne nous a pas parlé ?

- Pas que je sache, non. C’est juste que… l’homme qu’aime Aerith… Enfin…

Il se tut, de plus en plus gêné.

- Quoi ? Eh bien parle.

- Ce n’est pas Cloud, Tifa.

Celle-ci blêmit.

- Que veux-tu dire ?

- L’amant d’Aerith est avec elle, là-bas, dans la rivière. Je ne l’ai pas vu mais j’ai entendu sa voix. Il nous a parlé, au labo, lorsque Shalua nous a réveillés et que sa soeur nous a mis en contact avec Aerith. Il s’appelle Zack. Zack Fair, je crois. Il porte les cellules de Jenova, lui aussi.

La jeune femme agita la main et secoua la tête, amusée.

- Zack est avec elle, c’est vrai, mais ce n’est pas ce que tu crois. Il était le meilleur ami de Cloud et un ancien flirt d’Aerith.

- Ah oui ? Bah, ce n’est pas ce qu’il nous a dit…

- Comment ça ?

Loz haussa les épaules.

- « Le compagnon d’Aerith », c’est comme ça qu’il s’est présenté. « Et un ancien ami du général Sephiroth ». Je ne sais pas, tu interpréterais ça comment, toi ?

Tifa porta la main à sa bouche pour étouffer une exclamation surprise.

- De la même façon que toi…admit-elle.

- Je ne pensais pas que c’était un secret pour qui que ce soit et encore moins pour ses amis.

- Tu plaisantes ! Je n’ose même pas imaginer la réaction de Cloud s’il entendait parler de ça ! (L’argenté bâilla et se frotta les yeux) Mon pauvre amour… murmura Tifa, attendrie, en lui passant la main dans les cheveux. Que d’émotions, aujourd’hui, hein ? Tu as l’air à bout.

Loz tiqua et ouvrit de grands yeux. C’était la première fois de sa vie que quelqu’un l’appelait comme ça et c’était… ma foi, très agréable.

- Quoi ? s’inquiéta la jeune femme en voyant son expression ahurie.

Elle avait laissé échapper le surnom tendre si naturellement qu’elle ne s’en était même pas rendue compte.

- Rien, je… Je suis un peu fatigué, c’est vrai.

Tifa sourit et dégrafa les lanières de son blouson.

- Alors, allez hop ! Une bonne douche bien chaude et au lit. Qu’en dis-tu ?

Il lui rendit son sourire et l’embrassa pendant qu’elle faisait glisser la fermeture éclair sur sa poitrine.

- Ca me va, murmura-t-il contre ses lèvres.

- On prévient Yazoo qu’il ne t’attende pas cette nuit ?

- Je crois qu’il s’en doute… répondit-il en la soulevant dans ses bras pour se diriger vers la salle de bains.

*

Comme Aerith l’avait dit, Yuffie trouva la grosse boîte bleue tout au fond du grenier poussiéreux.

Quel désordre !

Quelque chose de petit et de velu fila entre ses pieds et elle se mordit la langue pour ne pas crier.

Des souris…

Elle détestait les souris !

Prenant son courage à deux mains, néanmoins, elle réussit à dégager la boîte sans rien faire tomber. Enfin… « rien » hormis cinq cartons, une lampe, un vieux sac de voyage et une canne !

- Bon sang, mais quelle poussiè… ah… ah… Tchah !

Cela eut pour effet certes de dépoussiérer le dessus de la boîte mais aussi de soulever un épais nuage de ladite poussière qui la fit tousser et éternuer de plus belle.

Avec une bordée de jurons fleuris comme seul Cid savait en trouver, elle se plaça sous le cercle de lumière chichement fourni par l’ampoule nue et maladive qui pendait du plafond pour jeter un oeil curieux à sa trouvaille.

C’était une grosse boîte de carton estampillé de petits personnages amusants - en l’occurrence des moogles - comme celles que l’on trouve dans les chambres d’enfants, au sommet des armoires, pour ranger vêtements ou jouets qui ne servent plus.

Le couvercle en avait été scellé par de l’épais ruban adhésif mais il en fallait plus pour décourager une petite utaïenne voleuse de matérias brûlant de curiosité !

Patiemment, elle décolla le ruban qui, ayant souffert des intempéries et de l’humidité, ne résista guère.

- Voyons voir si Aerith avait raison… soupira-t-elle en soulevant le couvercle.

C’est alors qu’elle remarqua, sur l’un des coins de celui-ci, le nom libellé au stylo-feutre d’une écriture assurée, élégante et indubitablement féminine :

-Sephiroth-

…à suivre

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Le c… de mon coeur

Dans ce jeu sans merci

Qu’est Final Fantasy

Je vois souvent des gens

S’écrier goulûment :

« T’as vu la vidéo

avec le beau Reno ?

Eh bah je te dis pas

le beau fessier qu’il a ! »

*

Dieu que ces mots me blessent !

Parler ainsi des fesses

De ce pauvre Reno

- Ou des autres Bishos !

Cette noble partie

De leur anatomie

Mérite plus marquant

Qu’un petit compliment

*

Y’a le c… patricien,

Elégant, aérien,

Du sieur Rufus Shinra

- C’est le nec plus ultra !

Et y’a ceux, très musclés,

Aux courbes prononcées

D’une belle amplitude

Comme celui de Rude.

*

Mais le c… de mon coeur

Le roi des postérieurs

Aux cambrures grandioses

C’est bien celui de Loz !

*

Quant au c… prolétaire

Du charmant trentenaire

Cid Highwind, Oh, là, là !

Quel c… que celui-là !

Et celui, choupinou,

Du si tendre Yazoo ?

Caché sous son manteau

A l’abri, bien au chaud.

*

Et celui de Vincent ?

Qui a vieilli trente ans

Dans une cave à vin

Quel bouquet ! Quel tanin !

Après tel affinage

Il prit, en sarcophage,

Ce goût de vieille barrique

qui plaît aux romantiques

*

Mais le c… de ma vie

Creuset de mes envies

Qui a tous en impose

C’est bien le c… de Loz !

*

Le c… de Sephiroth

Bien qu’un peu aristo

N’est pas dégueu non plus

Soyez-en convaincus.

Et celui de Reno

- On en parlait plus haut -

Plus doux que le velours

Mérite le détour.

*

Le c… du hérisson

Est un peu pâlichon

Et tombant sur les bords.

Il a besoin de sport !

Pas comme celui d’Angeal

Dont le galbe charnel

Damnerait tous les saints

Et tous les chérubins !

*

Mais le c… de mon coeur

Aux sensuelles moiteurs

A la peau douce et rose

C’est bien celui de Loz !

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Habille-moi !

Rédaction : Shiva Rajah

Corrections : Noriplume

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

*

Après avoir lu ceci, vous ne déshabillerez plus Sephiroth du regard comme avant…

…et ne lirez plus jamais une fic lemon sans éclater de rire !!


Les yeux de Cloud, morceaux de ciel d’azur prisonniers de deux franges de cils mordorées, brillaient d’excitation.

Languissamment allongé sur le lit, il se passait le bout de la langue sur les lèvres en regardant Sephiroth glisser ses cuisses puissantes et marbrées dans l’échancrure du slip kangourou réglementaire en épais coton blanc, fourni deux fois l’an par l’intendance SOLDAT.

Les élastiques, distendus par l’usage, bâillaient, dévoilant le galbe d’une fesse ferme et cambrée. Par la poche, elle aussi agrandie et malmenée par de nombreuses urgences urogénitales, on entrevoyait la chair tendre et rosée d’un testicule duveteux – kiwi de platine lové dans un nid de coton devenu trop vaste pour lui.

- Que regardes-tu ? demanda le grand général, assis sur le tapis en train d’enfiler un chaussette de laine aussi réglementaire que le slip.

- Le grain de ta peau, ronronna Cloud, soudain joueur, en lui tendant la deuxième chaussette.

Sephiroth la fit sensuellement glisser le long de sa cuisse tendrement galbée avant d’en couvrir son pied élégant, dont un orteil souple dépassa par l’entrebâillement non voulu d’un trou dû à l’usure.

Il se leva en tenant son slip de sa main pour l’empêcher de tomber et se pencha pour déposer un baiser sur la nuque blonde.

- Où as-tu caché mon maillot de corps, petit coquin ? susurra-t-il à l’oreille du garçon.

Cloud se retourna, lui saisit les bras et l’attira à lui.

Ce faisant, le slip réglementaire de son supérieur glissa sur ses chevilles mais le garçon le remonta d’une main experte avec cette facilité que donne l’habitude.

- Attends, je vais t’arranger ça, promit-il d’une voix enrouée par le désir, en se penchant vers le sous-vêtement récalcitrant.

Sans quitter le général des yeux, il repéra un petit trou dans la couture, par lequel dépassait l’élastique fatigué. Il le sectionna d’un coup de dents et Sephiroth poussa un gémissement expressif en renversant la tête en arrière, frissonnant de désir.

Le jeune homme tira ensuite sur les deux bouts de l’élastique, resserrant l’échancrure du slip kangourou, et fit un gros double noeud marin pour l’empêcher de glisser à nouveau sur les jambes ivoirines.

- Ah… soupira Sephiroth. Tu me rends fou… Tes noeuds sont si beaux… Tous tes noeuds, ajouta-t-il en caressant ses mèches blondes.

Avec un sourire pervers, Cloud sortit un maillot de corps assorti au slip de dessous les draps.

Après un instant d’hésitation, uniquement destiné à faire monter le désir d’un cran, il le lui tendit en se passant la langue sur les lèvres, tel un fauve sur le point de sauter sur sa proie, et rugit sensuellement.

- Grrrrrrr…

Bien conscient de l’émoi qu’il provoquait, le grand général enfila le maillot de corps très lentement et joua un instant avec les bouloches du coton fatigué qui lui moulait le haut du torse jusqu’au dessus du nombril.

Cloud passa un doigt sur le ventre musclé que le maillot, rétréci par lavages répétés, laissait à découvert et se laissa retomber lourdement sur le lit en soupirant.

- Qu’y a-t-il, mon amour ? demanda Sephiroth en remontant ses chaussettes de laine jusqu’aux genoux, ce qui agrandit le trou d’où dépassaient maintenant deux délicieux orteils d’albâtre.

- Pourquoi faut-il que tu me quittes ? soupira l’amour en question.

Le général revêtit son pantalon de cuir souple et ses bottes.

- Une mission m’attend, tu le sais bien.

- Oui, je le sais…

Le garçon se mit en boule dans les draps pendant que Sephiroth finissait de boucler les attaches de son élégant manteau de cuir noir.

Lorsque ce fut fait, il embrassa furieusement Cloud avec un déchirant :

- Adieu, mon amour… A jamais !

Le garçon, des larmes diamantines perlant au bout de ses longs cils dorés, le regarda sortir dans une envolée de cuir noir impeccablement ciré et de magnifiques cheveux argentés.

MORALITE :

Avant de baver et de fantasmer sur des personnages sexy aux atours somptueux, demandez vous ce qui se cache en dessous…Vous baverez beaucoup moins et votre clavier s’en portera beaucoup mieux !

Et vous savez quoi ? J’ai toujours pas honte !! :-D

***

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Lettre de Cloud à Tifa

Rédaction : Shiva Rajah

Corrections : Noriplume

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

*

ON A RETROUVE LA PREMIERE LETTRE DE CLOUD A TIFA !

Une telle découverte est, vous vous en doutez, exceptionnelle, incroyable, inespérée et… Non, pas parce que ça prouve que, contre toute attente, Cloud sait écrire, nan, nan. Quelles mauvaises langues vous faites !

Pas du tout !

Cette lettre est un document rare parce que c’est la première lettre de Cloud à Tifa et qu’elle a été écrite peu après son intégration dans les cohortes des postulants soldats.

En exclusivité interstellaire, voici ce document exceptionnel !


Chère Tifa,

Ça fait maintenant trois mois que je suis parti de Nibelheim pour m’engager dans le Soldat. J’ai pris beaucoup de retard pour t’écrire et je suis désolé de t’avoir négligée.

Maintenant, je vais te mettre au courant de tout mais, avant de lire la suite, assieds-toi. Tu ne continues pas tant que tu n’es pas assise, hein ?

Je vais plutôt bien, maintenant. La fracture et le traumatisme crânien que j’ai eu en sautant par la fenêtre de mon dortoir en feu, peu après mon arrivée, sont maintenant presque guéris. Je n’ai passé que deux semaines à l’hôpital et ma vue est redevenue presque normale. En plus, ces affreuses migraines ne me torturent plus qu’une fois par semaine au maximum.

Heureusement, la prostituée qui tapine sous le porche de l’immeuble d’en face avait tout vu. C’est elle qui a appelé l’ambulance. Elle est aussi venue me voir à l’hôpital. C’est une femme adorable et nous sommes tombés follement amoureux. Pour tout te dire, on pense à se marier. On n’a pas encore choisi la date, mais ce sera avant que sa grossesse ne commence à se voir.

Eh ! oui, chère Tifa, je serai bientôt papa. La seule chose qui retarde mon mariage, c’est la petite infection qui indispose ma fiancée et qui nous empêche de passer les analyses prénuptiales. Moi aussi, bêtement, je l’ai attrapée, mais tout ça va vite disparaître avec les injections de pénicilline qu’on me fait tous les matins.

Tu verras, c’est une femme très gentille et même si elle n’a pas fait beaucoup d’études, elle a beaucoup d’ambition et compte bien ouvrir sa propre maison de plaisir. Bien qu’elle ne soit pas de la même race ni de la même religion que nous, je connais ta tolérance toujours réaffirmée et je suis certain que tu n’attacheras aucune importance au fait que sa peau soit un peu plus jaune que la nôtre.

Vous serez bientôt très amies, j’en suis convaincu. Et vu qu’elle a à peu près l’âge de ton père, je suis certain qu’ils s’entendront bien aussi. Ses parents sont également des gens très bien : il paraît que son père est un célèbre mercenaire dans le village d’Utai d’où elle est originaire.

Maintenant que je t’ai mis au courant, il faut que tu saches qu’il n’y a pas eu d’incendie du dortoir. Je n’ai ni traumatisme ni fracture du crâne, je ne suis pas allé à l’hôpital, je ne suis pas fiancé, je n’ai pas la syphilis et il n’y a pas de femme utaïenne dans ma vie. C’est juste que je ne peux pas tenir la promesse que je t’ai faite vu que j’ai lamentablement raté mon concours d’entrée dans le Soldat et que j’ai voulu t’aider à relativiser les choses.

Je t’embrasse bien fort.

Cloud

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Plaidoirie pour Vincent Valentine

N’en jetez plus ! J’ai compris, j’ai capté, j’ai entravé, j’ai reçu 5 sur 5 : vous avez adoré le p’tit poème sur le popotin de Loz et vous en voulez encore. J’ai saisi le concept.

Juste pour vous faire plaisir, donc (c’est bien parce que c’est vous, hein !) une petite plaidoirie en vers dédiée à celui qui est toujours réclamé à cor et à cris (surtout à cris, d’ailleurs) par toutes les fans, au flibustier des mausolées, à la star des ossuaires, à l’égérie du cercueil capitonné, à l’hidalgo des salles d’embaumement, à l’Ivanhoé des caves humides, j’ai nommé : VINCENT VALENTINE

Allez, zou ! C’est parti !

Plaidoirie pour Vincent

Ah ! Le pauvre amoureux, doit-on le condamner ?

C’est un homme admirable, honorables jurés !

*

Oui, ces premiers élans n’étaient pas vraiment « purs »,

Et nichaient, je le sais, plutôt “sous la ceinture”.

*

Mais quel que soit l’endroit où ils se situaient,

Ils étaient fort sincères, honorables jurés !

*

Ce jour-là, dans l’allée, musardait Lucrecia.

Et Vincent, ébloui, aussitôt succomba.

*

Maudits soient les costumes et les boxers serrés

Car une telle émotion… Impossible à cacher !

*

« Mon Dieu ! » fit Lucrecia. « Que le ciel me pardonne ! »

« Le serpent que je vois vaut tous ceux de Gorgone ! »

*

Et en une heure à peine, vers les coups de midi,

Vincent avait déjà la donzelle dans son lit !

*

Mais jurés, attention, n’allez pas supposer

Que la chère Lucrecia fut contrainte ou forcée.

*

Ne suçant plus son pouce, l’enfance révolue,

Ne veut pas dire – oh ! non - qu’elle ne suçait plus !

*

Elle se vit entraînée de frasque en équipée,

Par devant, par derrière… Et parfois de côté.

*

Emportée par l’élan, oubliant son mariage,

Elle fit montre dès lord d’un beau dévergondage !

*

Et frappa la justice, honorables jurés,

Car une fois le trou fait, impossible à combler !

*

La donzelle, en dépit des assauts répétés,

Réclamait toujours « plus », n’avait jamais « assez ».

*

La leçon, chers jurés, à tirer de cela,

C’est qu’il suffit de cran… pour baiser Lucrecia !


Et vous savez quoi ? J’ai même pas honte… !

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XXV - Tes désirs sont désordre

« Un partenaire qui tient à nous

et qui nous aime devient notre miroir,

il est la mesure de notre importance

et de notre mérite. »

Milan Kundera

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Shiva Rajah d’après une illustration de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Loz sortit de la douche en se séchant énergiquement les cheveux et enfila un léger pantalon de coton noir.

Il sortit dans le couloir et se dirigeait déjà vers la chambre de Reno pour apporter le pyjama de son jumeau et sa brosse à dents à celui-ci, comme il le lui avait demandé peu avant par SMS, lorsqu’il entendit quelqu’un pleurer.

Il écouta attentivement et réalisa que ça venait de la chambre d’à côté. Celle de Tifa…

L’argenté se raidit, dos au mur, et attendit un peu, indécis et l’oreille aux aguets, mais les pleurs ne semblaient pas vouloir cesser.

Et si c’était à cause de lui et de ce qui s’était passé dans la chapelle, qu’elle pleurait ? Ou, pire, s’il l’avait à nouveau heurtée par son comportement ou quelque chose qu’il avait peut-être dit durant le dîner sans y prêter attention ?

Soucieux de savoir ce qu’il en était, il revint dans sa chambre, reposa les affaires de son frère sur le lit et ressortit.

***

La jeune femme ouvrit les yeux.

Sur elle reposait un bras puissant qui l’emprisonnait. Ses jambes un peu repliées et ses pieds nus recevaient la protection d’une cuisse longue et musculeuse.

Unis dans un même état d’épuisement, Shalua et Cid, immobiles et apaisés, partageaient le confort du traversin moelleux. Près d’elle, le pilote endormi laissait contempler son visage au repos, sans retenue ni artifice. Sa barbe naissante le rajeunissait et, comme pour prolonger la ligne de ses paupières closes, ses cils blonds semblaient exceptionnellement longs. Les lèvres entrouvertes, il perdait de sa dureté et se libérait de cette éternelle expression sarcastique qui le caractérisait.

Shalua se pelotonna un peu plus contre lui et frôla son menton de ses lèvres. De si près, elle sentait la tiédeur de son souffle et le parfum si mâle de sa peau hâlée par le grand air.

Quelle sensibilité, sur ce visage serein… Quelle douceur dans ces grands yeux azurés pour l’instant clos…

Cid… Même ses amis ignoraient à quel point il était facile de le blesser et de lui faire de la peine. A quel point aussi il pouvait être voluptueux et passionné.

Lorsqu’il se laissait aller, vaincu par le désir, sa voix profonde avait l’âpre suavité du miel noir, sa force et sa souplesse. Ses baisers enflammés portaient des promesses d’avenir, de grands espaces et de liberté et son corps si vigoureux et viril se laissait volontiers prendre dans les filets sensuels de la jeune femme, s’abandonnant sans retenue aucune à ses caresses assassines, ardentes ou impudiques.

Oui, l’homme qui l’enveloppait de son corps et de ses membres puissants constituait l’objet le plus désirable et le plus admirable qu’elle pouvait espérer. Le fascinant pilote avait en lui tout un monde de mystères, semblable à une forêt magique et obscure parfois traversée de lueurs fugitives et mouvantes, comme les rayons de lune perçant la voûte ombragée de ses frondaisons. Il brûlait aussi d’un feu intérieur prêt à tout embraser. Pas seulement cette chaleur, capiteuse et tentatrice, du corps contre lequel se pressait celui de Shalua, non, mais également une chaleur spirituelle, intime, qui se manifestait au moment où l’on s’y attendait le moins par des propos apaisants et délicats et par sa clairvoyance attentive et attentionnée.

Les paupières dorées frémirent et deux grandes prunelles d’un bleu céruléen flamboyant à la lumière de la petite lampe de chevet.

- Tu ne dors pas ? murmura-t-il avec un sourire tendre.

- Je te regardais dormir, répondit-elle avec quelque chose qui n’était pas loin de ressembler à de l’adoration.

Il darda la pointe de la langue pour caresser ses lèvres et elle l’aspira dans sa bouche en un baiser aussi violent que passionné qui les laissa tous deux haletants.

- Je pourrais passer des jours dans ce lit à te faire l’amour… susurra-t-il à son oreille, la faisant agréablement frissonner.

- Bientôt, Cid… promit-elle.

Il se redressa sur un coude et lui caressa les cheveux.

- L’avocat de Rufus m’a dit n’avoir besoin que d’un jour ou deux jours pour rédiger le compromis amiable. Je l’appellerai dès demain.

- Tu t’es déjà renseigné pour le divorce ? s’étonna la jeune femme.

Il acquiesça.

- Vincent et moi avons passé quelques coups de fil avant le dîner.

Elle rougit un peu et se retourna sur le ventre, confuse et quelque peu apitoyée par la future déconvenue de Shera, dont elle se sentait plus que jamais coupable.

Cid se pencha pour couvrir sa nuque et ses épaules de baisers.

- C’est moi qui ai fait l’erreur d’accepter de l’épouser alors que je ne l’aimais pas, Shalua. Tu n’es en rien responsable de cette séparation. Ma décision était prise et j’aurais quitté Shera même si tu avais décidé de m’envoyer sur les roses cette nuit…

La jeune femme lui sourit avec toute l’affection dont elle était capable.

- T’envoyer sur les roses ? Je crois que je préférerai perdre mon second bras, Cid.

Il la serra dans les siens à l’étouffer.

- Ne dis pas des choses pareilles.

Ils restèrent ainsi un long moment, comme pour conjurer tout risque d’être séparés, simplement heureux de sentir battre le coeur de l’autre contre leur poitrine.

- Pourvu que Shera accepte de signer ces foutus papiers sans faire d’histoires parce que je ne suis pas prêt à supporter sa sordide comédie de la ménagère amoureuse et soumise une minute de plus, soupira Cid.

- Quelle femme serait assez sotte et masochiste pour vouloir rester mariée à un homme qui avoue ne pas l’aimer ?

- Une femme comme elle, justement.

Il s’allongea sur le dos et croisa ses bras derrière sa nuque, Shalua confortablement installée sur sa large poitrine.

- Oh, Cid… Je suis persuadée que tu la décris comme plus déraisonnable qu’elle ne l’est en réalité. Divorcer au plus tôt c’est lui laisser une chance à elle aussi de trouver quelqu’un qui l’aimera vraiment.

- Je crois que tu surestimes beaucoup ses capacités de raisonnement, tu sais.

- Quand comptes-tu lui faire part de ta décision ?

- Dès que les choses se seront un peu stabilisées ici et que je pourrais m’esquiver quelques jours à Rocket Town. Je ne veux pas qu’elle se sente dupée ou aculée, au contraire. J’aimerais prendre le temps de m’expliquer clairement et calmement pour qu’elle ne puisse douter ni de mes intentions ni de ma détermination.

La jeune femme se blottit contre lui et ferma les yeux, confiante, sans voir que le sourire de Cid s’était teinté d’anxiété. Il avait un mauvais un pressentiment mais aurait été bien incapable de dire pourquoi…

***

Tifa, dos à la porte, entendit celle-ci s’ouvrir et se refermer très doucement.

Cloud revenait donc pour lui présenter des excuses ? Qu’il aille se faire pendre !

Mais, bien vite, un léger parfum sucré lui chatouilla les narines, l’informant de l’identité de celui qui venait d’entrer dans la pièce.

Le coeur battant, elle se frotta les yeux en reniflant. Mon Dieu, elle devait avoir une mine à faire peur !

- Ces larmes… c’est à cause de moi ? demanda Loz de sa voix mâle et profonde. J’ai fait quelque chose ?

Tifa se pétrifia et se tourna vers lui.

- Non ! assura-elle en lui posant la main sur le bras. Bien sûr que non, voyons !

Il la dévisagea un long moment et elle détourna le visage.

- Ne me regarde pas. Je dois avoir une tête horrible !

Loz sourit, s’assit à ses côtés sur le lit et lui prit doucement le menton pour l’obliger à lui faire face.

- Qu’est-ce que tu as ? Pourquoi tu pleures ?

Elle haussa les épaules et essaya de sourire.

- Je… Cloud et moi, nous… nous avons eu des mots. C’est mon ami d’enfance, crut-elle bon de préciser. Nous avons tous deux des caractères de cochon et il nous arrive souvent d’avoir des échanges un peu animés. Ce n’est rien, vraiment.

L’argenté ne paraissait pas tout à fait convaincu mais eut la délicatesse de ne pas insister, ce dont elle lui fut reconnaissante.

Il porta une main légère et caressante au visage de la jeune femme pour essuyer délicatement toute trace de chagrin.

- Tu veux que je reste un peu avec toi ? murmura-t-il, conscient qu’elle avait bien plus besoin de réconfort qu’elle ne voulait le laisser paraître.

Elle pressa sa joue contre la large paume et acquiesça, touchée par sa gentillesse et sa douceur.

Loz lui ouvrit les bras et elle se blottit contre sa poitrine nue, réalisant alors qu’il ne portait qu’un bas de pyjama.

Le contact de sa peau si douce et son parfum suave fit s’emballer son coeur et se hérisser sa peau.

- Tu m’as entendue pleurer depuis ta chambre ? demanda-t-elle dans le vain espoir que des considérations un plus peu terre-à-terre calmeraient ses sens soudain affolés.

- Non, la tranquillisa-t-il en lui lissant les cheveux, comme il le faisait toujours avec son jumeau lorsqu’il le consolait ou le rassurait. Je t’ai entendue dans le couloir. J’allais dire bonsoir à Yazoo et Reno.

- Il est toujours avec lui ? C’est gentil…

- Yazoo s’occupait toujours de Kadaj et de moi lorsque nous étions malades, après les traitements. Il sait s’y prendre, il a l’habitude.

Tifa revit les scènes horribles dans le laboratoire et resserra son étreinte autour du torse de Loz en signe de soutien et d’affection mais ce dernier se méprit sur son geste, croyant que c’était au contraire le dégoût qui la faisait se raidir.

- Pardon, s’excusa-t-il. Je ne parlerai plus de ça.

Tifa redressa la tête et lui sourit.

- Au contraire, je veux que tu me parles de toi. Je veux tout savoir. Tout ce que tu voudras bien me dire, du moins.

- J’ai rien à… cacher.

Il déglutit avec difficulté.

Un irrésistible attrait paraissait vouloir les jeter en permanence dans les bras l’un de l’autre et la bouche de la jeune femme était si près de la sienne…

***

Yazoo prit son pyjama et les quelques affaires de toilette abandonnés par son jumeau en tas sur son lit.

Soit Loz avait mal compris le message, ce dont il doutait, soit il avait dû filer - peut-être appelé par Kadaj ou l’un des enfants. Il ne l’avait pas vu depuis le début de l’après-midi et jamais il n’était resté séparé de son frère plus de quelques heures. Marlène lui avait raconté le dîner un peu tôt, lorsqu’elle était venue embrasser Reno avant d’aller se coucher, mais avait surtout parlé du chat que Reeve avait donné à Kadaj. Et de Cid, qui l’avait « embêtée, comme toujours ! » et qu’elle avait méchamment mordu « sans faire exprès ! » en chahutant.

L’argenté soupira et écrivit un mot rapide, qu’il laissa sur le lit. Il quitta ensuite la chambre pour retourner dans celle de Reno.

- J’aurais pu t’en prêter un, tu sais, fit ce dernier en voyant Yazoo déplier le pyjama noir pour se rendre dans la salle de bains.

L’argenté haussa les épaules avec un sourire et s’enferma à double tour dans le cabinet de toilette, au grand amusement du turk.

Ils avaient parlé de longues heures, depuis le départ de Rude, abordant des sujets de plus en plus personnels. Bien que leurs confidences aient été entrecoupées, hélas, de crises de spasmes ou de montées soudaines de fièvre de Reno, ce dernier avait trouvé ces instants particulièrement plaisants.

C’est fou comme on peut parfois se confier facilement à un inconnu alors qu’il est si difficile de le faire avec ses amis ou ses proches collaborateurs. Peut-être aussi Yazoo était-il particulièrement réceptif et complaisant ; il n’élevait pas inutilement la voix, comme la plupart des hommes, ne jugeait jamais et semblait saisir les choses avec une sensibilité rare.

Avant de voir les heures défiler, Reno n’aurait jamais cru avoir tant de choses à raconter à quelqu’un, tant de doutes à partager ni de souvenirs à évoquer.

Vers une heure du matin, l’argenté avait commencé à montrer des signes de fatigue et eut beau lutter, il ne put s’empêcher de piquer du nez sur l’épaule du turk.

Reno l’aurait volontiers laissé dormir ainsi s’il n’avait craint de le voir se réveiller au matin douloureusement courbaturé et suant comme un fruit trop mûr dans son lourd manteau de cuir zippé jusqu’au menton.

Il l’avait donc invité à retirer ses vêtements et à partager son lit sans autre forme de procès, comme il l’aurait fait avec Rude si ce dernier avait été à sa place, mais la seule idée de découvrir un centimètre carré de peau devant un étranger paraissait apparemment faire paniquer Yazoo. Ce n’était même plus de la pudeur mais de la hantise. Jamais Reno n’aurait cru que l’argenté pouvait avoir si honte des pâles cicatrices qui couvraient sa peau délicate…

Ce dernier sortit de la salle de bains rapidement, après avoir brossé ses dents et ses cheveux, si l’on en croyait leur brillance et la façon dont les mèches d’électrum ondoyaient sur les épaules graciles.

Il plia soigneusement pantalon et manteau sur une chaise avant de retourner s’allonger près de Reno - mais sans toutefois oser se glisser sous les couvertures.

Avec la chaleur qui régnait dans la chambre, cela ne prêterait cependant pas à conséquence, estima le turk. Il ne risquait pas de prendre froid.

- Tu crois pouvoir arriver à te rendormir ? demanda Reno, la main sur l’interrupteur de la lampe de chevet.

Yazoo hocha la tête et sourit.

- Je tiens à peine debout. Mais, si tu ne te sens pas bien, réveille-moi, surtout.

Reno éclata de rire.

- T’en fais pas, va ! Si je suis malade, j’ai bien peur que toi et ce lit en soyez les premiers avertis ! plaisanta le turk avec une grimace en éteignant la lampe.

- Ne pense pas à ça, sinon tu vas l’être pour de bon, le rabroua gentiment l’argenté. Bonne nuit.

- Bonne nuit…

Les yeux mako brillaient un peu dans l’obscurité. Lorsque l’argenté les ferma, Reno eut l’impression qu’il éteignait son être tout entier, comme s’il mettait son esprit en veille, et cette idée saugrenue le fit sourire.

Décidément, c’était bien agréable de l’avoir auprès de lui, même endormi.

Sa douceur et son calme étaient si communicatifs, si relaxants… Et il sentait bon !

Oui, Reno ne voyait pas comment dire ça autrement : Yazoo sentait bon. Pas comme Tseng ou Rude, qui choisissaient leur eau de toilette et leur after-shave avec un soin quasi monomaniaque, non, Yazoo, sentait vraiment bon. Sa peau, ses cheveux, son souffle, tout. Un curieux parfum sucré presque imperceptible, comme du caramel ou… non, pas du caramel. Où avait-il déjà senti cette odeur, bon sang ?

La bonbonnière !

Mais, oui ! La petite bonbonnière sur le bureau d’Elena, où tous piochaient une ou deux dragées dès qu’ils en avaient l’occasion.

Régulièrement pillée, la jeune femme devait la remplir plusieurs fois par semaine et, lorsqu’elle était vide, elle avait exactement cette odeur là. Celle des délicieuses dragées qu’elle avait contenues et qui, une fois envolées, n’avaient laissé dans l’écrin de porcelaine que le souvenir presque imperceptible de leur douceur sucrée.

Oui… Yazoo sentait exactement comme ça.

Reno bougea un peu la tête pour plonger le visage dans la chevelure de platine qui s’étalait sur le traversin en prenant bien garde de ne pas réveiller son « infirmier » et ferma les yeux pour mieux s’enivrer du parfum suave et lénifiant.

Avant même de s’en rendre compte, il s’était endormi.

***

Lorsqu’il posa délicatement ses lèvres sur celles de Tifa, Loz ne rencontra aucune résistance. Bien au contraire, un soupir s’échappa de la bouche tentatrice.

Le corps délicat s’abandonnait contre le sien avec une confiance totale et il prolongea le baiser un long moment, prenant tout son temps pour effleurer, agacer, explorer, lécher et goûter à tour de rôle avec une curiosité et une habileté qui électrisaient la jeune femme.

Ses lèvres scellées aux siennes, Tifa se lovait contre lui, parcourait ses flancs, son dos, ses bras, ses épaules et enfonçait ses doigts dans ses courts cheveux argentins, les y noyant comme si elle ne devait jamais s’en dessaisir. Son souffle n’était plus qu’une sorte de râle continu, et ce gémissement extrêmement sensuel qu’elle ne contrôlait pas était plus éloquent encore que les caresses fébriles qu’elle multipliait.

Sous cet assaut, le corps de Loz s’enflamma jusque dans ses profondeurs les plus intimes et son désir causa une tension impérieuse.

Tifa avait longuement touché sa peau, lorsqu’il était inconscient, et elle croyait donc bien le connaître mais l’évidence de son erreur lui apparaissait, à présent…

Naguère passif et soumis, le corps de Loz s’animait désormais sous ses mains, enthousiaste et passionné, riche d’une ardeur érotique débordante et, dans sa poitrine, son coeur battait la charge.

Lorsqu’il la renversa doucement sur du lit, léger malgré sa taille et sa carrure peu communes, elle s’accrocha à son cou et à ses épaules, presque épouvantée par l’insatiable concupiscence qui la dévorait.

Les grandes mains enveloppèrent ses seins puis écartèrent le tissu du peignoir pour les dénuder et en titiller les pointes turgescentes.

Loz craignit un instant que, froissée par son ardeur, la jeune femme ne le repousse mais, au contraire, elle s’agrippa à lui, l’attirant toujours plus près.

Conscient de la folle volupté qu’il suscitait en elle, il accentua ses caresses sans cesser de lui baiser la bouche avec emportement et le gémissement continu de Tifa monta en intensité.

Elle étreignit avec une ardeur renouvelée le corps sculptural. Que ne donnerait-elle pour rester à jamais entre ces bras puissants, sous la caresse de ces doigts, le baiser de cette bouche, la pénétration de cette langue…

Son corps se tordit, en proie à une agitation fiévreuse irrésistible et Loz pressa plus fort les reins de la jeune femme contre le matelas.

Celle-ci fit courir ses mains le long du dos musclé et les glissa sous la ceinture élastique du pantalon de pyjama pour y pétrir les fesses lisses, rondes et fermes, accentuant encore la pression de son ventre tendu par le désir sur le sien.

Le pantalon ne tarda pas à choir sur le sol et Tifa sentit qu’un genou remontait entre ses jambes, retroussant son peignoir.

Ses cuisses s’écartèrent et ce ne fut plus le genou mais la cuisse de Loz qui se faufila entre ses jambes et se caressa à elles, les ouvrant sans effort, irrésistiblement…

Quelle sensualité, quelle affriolante inconvenance que le contact de cette cuisse si puissante à cet endroit !

De toutes ses forces, Tifa referma les siennes sur celle du jeune colosse, la serra comme dans un étau et cambra les reins pour que son intimité puisse s’y frotter avec force.

Cela excita follement Loz et le mouvement rythmé qui l’animait déjà s’accéléra. D’instinct, le corps de la jeune femme adopta sa cadence.

Entre ses cuisses, la chair délicate et humide s’embrasait en glissant d’un mouvement long et lascif contre la peau dont elle avait naguère admiré la beauté, respiré le parfum et caressé la douceur.

Au-delà du désordre du peignoir relevé, elle se saisit à deux mains de la cuisse de Loz et la pétrit, y enfonça ses doigts effilés. Puis, emportée par sa passion, elle lui griffa gentiment les fesses, les reins et le dos, ce qui le fit violemment frissonner.

A moins que ce frisson ne vint d’elle ? Tous deux en proie à un même et effréné désir, haletant du même souffle affolé, elle aurait été bien incapable de le dire.

Jamais Tifa n’avait éprouvé une telle fièvre ou ressenti une attente aussi éperdue. Habituée à l’indolence de Cloud et à sa tiédeur teintée de réserve, elle ne s’était pas préparée à une telle aventure…

Le corps de Loz la recouvrait tout entière, la noyait par son parfum capiteux. Elle le sentait peser sur elle et en devinait les moindres détails contre sa peau : les bras puissants à la peau si lisse, la large poitrine dont les petits tétons durcis frottaient contre ses seins et la pression des cuisses musclées contre les siennes. Et que dire de la taille et de la fermeté de sa virilité, aussi étonnantes qu’une que l’autre…

La bouche qui baisait la sienne la libéra mais ce fut pour s’emparer de sa gorge. Bien qu’avides et brûlantes, ses lèvres surprenaient par leur douceur - presque contre nature chez un être aussi puissant.

Les yeux fermés, elle savourait la caresse gourmande de sa langue, les audaces de ses paumes et de ses doigts agiles qui faisaient courir sur sa peau des frissons si violents que leur effet se prolongeait partout en elle.

Le peignoir rejoignit bientôt le pantalon de pyjama sur le sol et les mains et la bouche de Loz parcoururent librement les cuisses dénudées, les fesses, le ventre, les seins et les flancs palpitants. Au creux de son intimité, la délicieuse souffrance devint intolérable.

Cette chair palpitante, c’est elle que Loz allait bientôt caresser de sa langue diaboliquement agile, c’est en elle qu’allait pénétrer sa virilité effrayante et cette seule pensée fit encore monter le désir de Tifa d’un cran.

Le tourbillon de sensations qui l’enivraient déjà se fit tornade et l’emporta tant et si bien qu’elle faillit ne pas entendre le discret tapotement à la porte de sa chambre.

- Tifa ? demanda doucement la voix de la Marlène, les arrachant tous les deux au cocon de plaisir qu’ils avaient tissé de leurs corps enlacés. Tifa ?

Ils se pétrifièrent et Loz roula sur le dos, l’avant-bras sur le visage, haletant et le coeur battant la chamade.

- Qu… Qu’y a-t-il ? demanda la jeune femme d’une voix encore enrouée de désir.

- Denzel n’arrête pas de pleurer et il me laisse pas dormir. Il dit qu’il a le nez bouché et qu’il peut pas respirer. Je peux entrer ?

Tifa bondit sur ses pieds et ramassa son peignoir, qu’elle enfila rapidement, avant d’aller entrebâiller la porte.

Marlène se tenait dans le couloir, vêtue de son pyjama bleu ciel et de ses gros chaussons jaunes et velus imitant des têtes de chocobos.

- Retourne avec lui, ma chérie, dit-elle en prenant bien garde que la petite ne voit rien de ce qui se passait dans la chambre. Fais-le asseoir dans la salle de bains, la porte bien fermée, et fais couler de l’eau très très chaude dans la baignoire.

- Et je le mets dedans ?

- Mon Dieu, non ! Tu veux l’ébouillanter ? Fais juste ce que je te dis. Je m’habille et j’arrive tout suite.

- D’accord.

La petite fila et la jeune femme referma la porte avant de s’y appuyer avec un soupir accablé.

Debout près du lit, Loz avait remis son pantalon de pyjama et la considérait avec un sourire dépité.

- D’accord, fit-elle avec un humour désespéré, je le reconnais : mes amis sont parfois de vraies plaies !

Il haussa les épaules en signe d’impuissance et lui ouvrit les bras. Elle s’y précipita pour lui voler un dernier baiser avec un gémissement déchirant aussi comique que flatteur.

…à suivre

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XXIII - Raconte-moi une histoire…

« Ce n’est pas fait pour être vrai, les histoires,

mais pour être raconté…»

Jacques Savoie

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Shiva Rajah d’après les illustrations de M.A. Sambre

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Tifa vit s’approcher le mur de pierre, elle sut qu’elle n’aurait pas même le temps de crier avant que les os de son crâne n’éclatent en dizaines de petits morceaux contre les moellons massifs.

Elle ferma les yeux par réflexe, dans l’attente du choc, et crut apercevoir un éclair bleu du coin de l’oeil.

Sentirait-elle la douleur au moment fatal ?

La collision eut finalement lieu et… c’était doux. Doux et chaud.

Bizarre…

Son cerveau avait-il déconnecté ses capteurs sensoriels pour lui épargner le calvaire de sentir sa tête éclater comme une noix contre le mur de pierre ?

Tiens, le mur sentait bon, aussi… Délicieusement bon, oui.

Elle s’attendit à glisser le long de la paroi jusqu’au sol mais non. Quelle chose paraissait la retenir fermement. Elle en sentait la pression tout autour de son buste. Comme des bras.

Des bras ?

La jeune femme ouvrit un oeil, puis l’autre, et comprit qu’elle avait le nez niché entre deux muscles pectoraux saillants laissés généreusement à découvert par l’échancrure d’un blouson de cuir noir. Du même cuir qui gainait les bras puissants qui la serraient contre le torse dur et la maintenaient à vingt bons centimètres du sol.

Elle leva lentement la tête et ses yeux coururent le long de la peau délicate de la poitrine puis de la gorge satinée, butèrent sur la pomme d’Adam tendrement arrondie, poursuivirent leur course par-delà le menton carré, les lèvres pleines et le nez droit jusqu’aux yeux vert mako aux pupilles dilatées par la pénombre du bas-côté, sur le mur duquel Tifa avait cru finir son vol plané.

Loz lui adressa un sourire satisfait et la posa doucement sur le sol.

- J’ai encore gagné !

La jeune femme était si estomaquée et avait eu si peur qu’elle faillit se mettre à hurler pour se défouler comme une démente hystérique.

Le peu de santé mentale qui lui restait lui permit cependant de se contrôler.

Enfin… presque.

- Abruti ! cria-t-elle en lui martelant la poitrine des poings. Dégénéré ! Espèce de malade !

L’argenté la laissa faire sans se défendre, interdit, jusqu’à ce qu’elle se calme enfin un peu et retourne s’asseoir devant l’autel, lui tournant le dos.

Tifa se mordit la langue pour ne pas pleurer, inspira un bon coup et se redressa pour se frotter vigoureusement les bras, frissonnante dans l’air frais de la chapelle.

Bon sang ce qu’elle avait eu peur ! Jamais elle n’aurait cru voir un jour la mort d’aussi près…

Mais quel idiot !

« Non… quelle idiote, plutôt… » s’admonesta-t-elle en enfouissant son visage dans ses mains. C’est elle qui l’avait méchamment asticoté. Insulté, même. Sans compter que…

Tifa sursauta en sentant quelque chose de chaud et de lourd peser sur ses épaules et un doux parfum sucré l’enveloppa comme une caresse.

Elle leva la tête pour voir Loz au-dessus d’elle et réalisa que c’était son blouson, qu’elle avait sur le dos.

La chaleur et le parfum de son corps s’étaient communiqués au cuir épais et la jeune femme eut l’impression d’être encore entre ses bras, pressée contre sa large poitrine.

Il s’assit à côté d’elle et détourna le regard, mal à l’aise.

- D’accord, j’ai un peu triché, s’excusa-t-il d’une voix tout juste audible en se penchant en avant pour appuyer ses avant-bras sur ses genoux. Mais c’était juste pour te taquiner. Je ne pensais pas te faire aussi peur…

L’argenté ne portait qu’un débardeur noir largement échancré mais ne paraissait pas souffrir du froid, contrairement à elle. Cela étant dit, la terreur qu’elle avait ressentie n’était sans doute pas étrangère à sa fébrilité.

- Tu vas attraper la mort, remarqua-t-elle en posant la main sur son épaule nue, toute colère enfuie.

Sa peau était douce et tiède, comme dans ses souvenirs, et elle rougit en repensant à cette nuit-là, à l’infirmerie.

- Non, ça va. Le froid ne me gêne pas plus que ça.

Tifa laissa son regard courir sur l’impressionnante musculature de son dos en V et remarqua ce qui semblait être une profonde brûlure à l’acide sur l’épine dorsale, à quelques centimètres sous la nuque, à la limite de l’échancrure du col.

La cicatrice des injections de mako ?

- Loz, est-ce que… commença-t-elle, la gorge serrée. Est-ce que c’est ce que je crois ?

- Hein ? Quoi donc ?

Elle posa le bout du doigt sur la brûlure et Loz tressaillit comme si un scorpion venait de le piquer.

- Pardon ! s’excusa Tifa, en pleine déconfiture. Je suis désolée, je ne voulais pas te faire mal, je…

- Non, ça ne fait pas vraiment mal, la rassura-t-il avec un sourire hésitant. C’est cicatrisé depuis longtemps.

- C’est les injections, n’est-ce pas ? C’est le mako qui a fait ça ? (Il acquiesça et se tourna un peu en tirant sur le dos de son débardeur pour découvrir le haut de sa colonne vertébrale jusqu’aux omoplates) Oh ! Mon Dieu…

La chair tendre et la peau si douce paraissaient avoir fondu sur une quinzaine de centimètres de haut et une dizaine de large et la jeune femme sentit une révolte irrépressible lui dévorer les entrailles.

Il se redressa et se tourna vers elle.

- Je ne t’aurais pas laissé t’éclater contre le mur, tu sais… murmura-t-il avec sa franchise coutumière. Je ne tuerai jamais une femme, tu as oublié ?

Tifa rit malgré elle et resserra le blouson sur ses épaules.

Une bouffée de la troublante odeur du jeune colosse lui remonta au visage à travers le col.

- En fait, Loz, je crois que je suis plus en colère contre moi que contre toi.

- Pourquoi ?

- Parce que je me suis fait avoir exactement comme la première fois. C’est… rageant ! Tu as peut-être raison, finalement, soupira-t-elle en s’avachissant sur le banc. Tu es bien plus fort que je ne le serais jamais…

Loz secoua la tête.

- Non, c’est juste parce que tu te retournes en reprenant appui sur ton adversaire, après avoir frappé. Yazoo avait le même problème, avant.

La jeune femme releva la tête, déroutée.

- Comment ça ?

- Il avait le même défaut que toi, répéta l’argenté. Tu ne dois jamais tourner le dos à ton ennemi. Tu n’iras jamais assez vite pour l’empêcher de tendre le bras. Pour le garder à l’oeil, tu dois reprendre ton élan sans vriller et sauter en arrière, pas en avant.

Tifa se redressa et leva un sourcil.

- Mais je n’aurais jamais assez de muscles pour ça ! Aucune femme n’a une telle force.

- Bien sûr que si, c’est juste un coup à prendre. Ce qui t’arrête, c’est pas les muscles, c’est que t’as pas d’yeux dans le dos.

- Quoi ?

- Façon de parler. Une peur instinctive de ce qui est derrière toi et que tu risques de percuter parce que tu ne peux pas le voir. C’est une réaction innée de défense, une mauvaise habitude à perdre. Je te dis que Yazoo avait le même problème.

La jeune femme réfléchit un petit moment, très intéressée par ce nouvel angle d’approche des choses.

- Et maintenant ?

- Maintenant ? Il saute aussi haut et aussi vite en arrière qu’en avant ! Il suffit d’un peu d’entraînement. C’est pas compliqué une fois que t’as pris le coup, je te montrerai. Enfin… si tu veux, ajouta-t-il plus bas en se souvenant que la jeune femme n’avait pas du tout apprécié leur récent « échange ».

Tifa s’aperçut de son embarras et acquiesça vigoureusement.

- Bien sûr que je veux ! Mais dans un endroit un peu plus approprié qu’ici… Il y a une salle d’entraînement dans l’aile Sud du manoir, où on ne risque pas de casser des bancs !

Il suivit son regard jusqu’aux deux bancs qu’ils avaient réduits en charpie et sourit.

- Ca marche…

Il se tut, ne sachant quoi ajouter, et détourna à nouveau le regard vers l’autel en faisant craquer ses phalanges. Un tic nerveux à chaque fois qu’il se sentait mal à l’aise, apparemment.

- Loz… Si tu n’as plus mal, pourquoi as-tu sursauté si violemment lorsque j’ai touché ta cicatrice?

Il grimaça.

- Ca ne me fait plus mal ici, dit-il en tapotant sa nuque, mais… Tsss ! Je ne sais pas expliquer.

Il fit un geste rageur et la jeune femme lui adressa un sourire doux.

- Ca ne fait rien, je comprends. Ca réveille de vieilles terreurs, c’est ça ? La douleur est toujours là mais plutôt… ici, dit-elle en tapotant doucement sa tempe.

Loz la dévisagea un long moment, les yeux brillants et la gorge serrée.

- Oui… finit-il par répondre d’une voix à peine audible.

- Ca doit être horrible de… De ne pas pouvoir expliquer ce qu’on ressent.

- J’en ai jamais eu l’occasion, s’excusa-t-il avec un petit mouvement d’épaules.

- Mais… les médecins qui s’occupaient de vous ?

- Ils s’en fichaient.

- Et les chercheurs qui vous étudiaient ?

- Ils m’interdisaient de parler, la plupart du temps.

- Tes frères ?

- Inutile. Ils savent ce que je sens sans avoir besoin de leur dire.

La jeune femme secoua la tête, consternée.

- Tu n’as vraiment jamais pu parler en toute liberté avec personne ?

L’argenté sourit tristement.

- Non. Je te l’ai dit : parler, c’est pas ce qu’on me demandait.

- Mais enfin… On a parfois besoin d’extérioriser ce qu’on a en soi d’une façon ou d’une autre, sinon on dépérit ! On devient cinglé !

- C’est pour ça que je pleure tout le temps, avoua-t-il en s’essuyant les yeux. Yazoo dit que c’est parce qu’il faut que ce que j’ai à l’intérieur sorte d’une façon ou d’une autre, sinon, je risquerais d’exploser…

Tifa éclata de rire.

- C’est mignon ! Mais c’est vrai que ça fait du bien de pleurer, parfois… Ca soulage.

Le regard de Loz se perdit dans le vague, rêveur, et la jeune femme ne put s’empêcher d’admirer ses traits délicats et pourtant si virils.

- Oui, ça soulage, parfois… Mais je préférerais pourvoir faire comprendre aux gens que je ne vais pas bien sans avoir besoin de le montrer comme ça. J’aimerais pouvoir choisir les bons mots, comme Kadaj, et trouver ceux qui pourront… Comment dire ? Je ne sais pas expliquer ça… (Il soupira) En fait, j’aimerais être comme le poète de l’histoire, sur le pont de Nibelheim…

Tifa leva un sourcil, intriguée.

- Quelle histoire de poète ?

L’argenté laissa échapper un petit rire gêné.

- Le poète sur le pont de Nibelheim. Une histoire que Yazoo racontait à Kadaj lorsqu’il nous cassait les pieds la nuit. Mon frère devait souvent lui raconter des histoires ou lui parler pour qu’il s’endorme, ajouta-t-il en remarquant le regard interrogateur de la jeune femme.

- Je comprends. Denzel est un peu comme ça, aussi. Mais pour en revenir à ton histoire, je suis pourtant originaire d’ici et je n’ai jamais entendu parler d’un poète sur un pont !

Loz haussa les épaules.

- Peut-être parce que Yazoo a tout inventé. Il le faisait, parfois.

- Et… elle parle de quoi, ton histoire ?

L’argenté secoua la tête et rougit, ce qui amusa beaucoup Tifa.

- Je ne suis pas plus doué pour raconter des histoires que pour parler de moi, tu sais.

- Essaye quand même, tu as piqué ma curiosité. (Elle s’emmitoufla confortablement dans le blouson de cuir et appuya sa joue contre son bras avec des grands yeux de chiot suppliant) Allez… S’il te plaît.

Il rit de sa grimace et elle lui adressa un sourire désarmant.

- Tu me dois bien ça, après la peur que tu m’as faite, non ? reprit-elle plus sérieusement. Je ne rirai pas et ne dirai pas un mot, je te le promets.

Il lui rendit son sourire et hocha la tête.

- D’accord…

Il s’assit plus confortablement sur le banc et son regard se fit lointain, comme s’il fouillait au plus profond de sa mémoire.

Le soleil se couchait, nimbant l’intérieur de l’église d’une myriade de pourpres orangés filtrant à travers les vitraux, et une brise d’hiver odorante s’insinua entre les lourds battants de la porte entrouverte pour soulever les cheveux de Tifa, qui frissonna.

La poussière tournoya un instant dans un ultime rayon de soleil rougeoyant qui ne tarda pas à disparaître, plongeant la chapelle dans une semi-obscurité feutrée, habitée de souvenirs anciens et de présences d’un autre âge.

La jeune femme ferma à demi les yeux et tendit l’oreille à la voix douce et profonde de Loz.

- Je ne sais pas à quoi ressemble le printemps, ici, à Nibelheim, commença-t-il. En fait, je ne sais pas à quoi ressemble le printemps tout court parce que j’en ai jamais vu. J’imagine que c’est comme dans les films, au labo, avec des fleurs qui poussent partout, des gens qui se promènent, des enfants qui jouent, des oiseaux dans le ciel et de l’herbe. Plein d’herbe.

Tifa sourit et hocha la tête.

- Oui, c’est à peu près ça, murmura-t-elle.

- Eh bien, cette histoire, elle se passe une veille de printemps, ici, à Nibelheim…

La jeune femme ferma les yeux et se revit adolescente, des années en arrière.

Une veille de printemps…

Elle se souvenait du parfum des pommiers en fleur, qui donneraient bientôt des fruits délicieux, et des premières corolles des lilas, sur la place du village, où voletaient les premières hirondelles.

- C’était le début des beaux jours, poursuivit Loz de sa voix mâle et profonde, et tout le monde était sorti pour profiter du soleil. Les enfants jouaient sur la place du village et les couples se promenaient ça et là, bras dessus, bras dessous.

Et, les yeux clos, Tifa vit les enfants, entendit leurs rires, et surprit le chuchotement des amoureux sous les pommiers en fleur…

- Là, sur le pont enjambant la petite rivière qui traverse le bourg, se trouvait un mendiant. Un vieil homme qui tendait sa main vide aux passants. A son cou, retenu par une ficelle, pendait un bout de carton sur lequel était écrit : « AVEUGLE ». Cet aveugle, tout le monde le connaissait, bien sûr. Il faisait partie du décor, si on peut dire, et personne ne lui prêtait plus attention depuis longtemps. A plus forte raison pendant une si belle journée. Enfin, personne… sauf un poète. Un poète qui vint à passer ce jour-là sur le pont et qui l’observa un long moment avec quelque chose d’étrange dans le regard. L’infirme, qui l’avait senti, tendit vers lui sa vieille main fripée. « S’il vous plaît… Pour un pauvre aveugle. » mendia-t-il. Mais, pour toute aumône, le poète retourna le morceau de carton, sortit un feutre du revers de sa veste, écrivit quelque chose et partit sans dire un mot. Le vieil aveugle en resta pétrifié. Il maudit sa cécité, qui l’empêchait de donner une bonne leçon à celui qu’il pensait être un méchant farceur, mais voilà que, soudain, une pièce tomba dans sa main. Puis une autre. Et encore une autre. Les unes après les autres, l’argent se mit à pleuvoir et ça ne semblait pas vouloir s’arrêter. Le vieil homme était sidéré. Sentant une nouvelle main frôler la sienne, il la saisit et reconnut un poignet de femme. « Je vous en prie Madame, aidez-moi ! » supplia-t-il « Je ne comprends pas ce qui se passe. J’étais là, comme d’habitude, sur le pont, à attendre des aumônes qui ne venaient pas et un homme est passé. Il a écrit quelque chose sur ma pancarte et alors… Oh ! C’est merveilleux, madame ! Tout le monde a commencé à me donner de l’argent. Je vous en prie… Je vous en prie, Madame, dites-moi ce qu’il a écrit ! » Alors la jeune femme lut à voix haute le vieux carton où le poète avait simplement écrit ça : « Demain, c’est le printemps… et je ne le verrai pas. »

Tifa sentit une émotion terrible la prendre à la gorge et eut toutes les peines du monde à déglutir.

- Tu vois, Tifa, j’aimerais être comme ce poète… murmura Loz, les yeux rêveurs toujours perdus dans un monde intérieur inaccessible. Je voudrais pouvoir trouver les bons mots, ceux qui nous font ressentir les choses avec une émotion particulière. Oui, j’aimerais avoir ce don là…

Il sourit tristement, tourna la tête vers la jeune femme, dont la tête reposait à présent sur son épaule, et ne put dissimuler sa stupéfaction en voyant qu’elle pleurait.

- Loz… murmura-t-elle, la gorge nouée. Tu n’imagines pas à quel point tu l’as…

Son visage si mâle était tout près du sien et ses lèvres si tendres, si tentantes…

Tifa leva doucement la main et posa le bout des doigts sur son menton. Un effleurement fut à peine nécessaire pour que le visage sculptural s’incline lentement vers le sien et que les lèvres si douces viennent caresser les siennes.

Le parfum si particulier de l’argenté l’enveloppa tout entière et elle ferma les yeux, au comble d’un ravissement presque mystique.

- Vous vous êtes battus ? cria soudain la voix suraiguë de Yuffie, les faisant tressaillir. Ici ? Regardez-moi ce gâchis ! J’ose même pas imaginer combien coûtent ces bancs sculptés ! Non mais vous n’avez pas honte ?!

Tifa se retourna, le coeur battant, et vit la jeune Utaïenne remonter l’allée en se frottant les bras en raison de la température, qui avait chuté avec la tombée de la nuit.

- Yuffie ! gronda-t-elle en la rejoignant. Tu m’as fait peur !

- On vous cherche partout depuis une bonne demi-heure ! Tout le monde vous attend pour dîner ! Hein, Cloud ? Cloud ? Bah… Où il est passé ? Il était avec moi à l’instant. Oh ! Je suis sûre qu’il est parti s’empiffrer sans nous ! Bon, bah vous venez ? J’ai faim, moi !

Elle fila en direction de la porte mais la jeune femme resta pétrifiée au milieu de l’allée, emmitouflée dans le blouson de Loz.

- Cloud…

…à suivre

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XIX - Un pied dans la tombe

«Il paraît qu’on n’apprend pas à mourir

en tuant les autres…»

Chateaubriand

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Quel âge as-tu, Reno ? demanda Shalua en se laissant aller contre le dossier du confortable fauteuil de son bureau.

Le turk leva le sourcil, ironique, et lui montra le dossier médical ouvert devant elle.

- C’est pas écrit là ?

- Je lis 31. Mais si je m’en tiens à ça, fit-elle en poussant vers lui une photo d’échographie et une série de graphiques, je dirais dans les 60 ou 65 ans.

Reno écarquilla les yeux et pouffa.

- Quelqu’un a mélangé les dossiers ? Sérieux ?

La jeune femme se leva et alla fermer la porte de son bureau donnant sur le laboratoire, où attendait patiemment Rude en compagnie de Merill.

- Non, Reno… reprit-elle à mi-voix en s’asseyant sur le secrétaire, tout près du turk. Ce sont bien les résultats de tes examens faits par Merill : tu as le foie et l’estomac d’un homme de 60 ans.

Il encaissa le choc et haussa les épaules.

- O.K. je suis un peu… bizarre. Et après ?

- Non, Reno. Tu n’es pas bizarre, corrigea-t-elle en brandissant des résultats d’analyses sous son nez. Tu es alcoolique. Et depuis des années.

Le turk eut un mouvement de recul et agita les mains.

- Woh ! Woh ! Woh ! Minute ! On arrête les délires ! Ca ne m’amuse plus, là. Il m’arrive de faire quelques excès, d’accord, mais je ne…

- Non, le coupa-t-elle sèchement. Non, non ! Pas d’excuses vaseuses de toxico, Reno, je n’ai pas de temps à perdre.

Il blêmit et sourit en même temps, ne sachant s’il s’agissait d’une farce ou si la jeune scientifique était sérieuse.

- Qu… Quoi ? Attends, tu me fais quoi, là, Shalua ?

- Tu es fichu, Reno. Ton foie est rongé par la cirrhose et Merill a repéré trois ulcères sur ta paroi stomacale. Et ça, uniquement par imagerie médicale, précisa-t-elle. Je n’ose imaginer ce que donneraient une biopsie et des prises de vue de nano-caméra… Veux-tu aussi des détails sur ton cerveau, ton coeur et tes artères ou tu préfères crever sans connaître l’étendue des dégâts ?

- Hein ? bredouilla-t-il. Comment ça, « crever » ?

Shalua riva son oeil valide aux siens.

- Tu es en train de mourir, Reno, je suis désolée. La fête est finie, bébé.

Elle n’ajouta rien et il se leva pour faire les cent pas dans la pièce, totalement affolé.

Il haletait et se frottait le visage en essayant de digérer ce que la scientifique venait de lui dire.

Mourir…

Non… Non, non, non, non ! Impossible ! Il ne pouvait pas mourir. Personne ne mourait en faisant la fête une fois de temps en temps.

Ca ne se pouvait pas ! Elle se trompait. Elle se trompait forcément.

Pourtant… Pourtant, il n’avait jamais été aussi malade. Un cuite de temps à autres, au pire mais pas…

- C’est impossible… gémit-il, la poitrine si oppressée qu’il avait du mal à respirer. Ca se peut pas… Je mérite pas ça, merde…

Shalua laissa échapper un profond soupir.

- Désolée, Reno, mais « ça », tu te l’es infligé tout seul, chaton.

- C’est impossible, bordel ! Je ne picole pas plus que n’importe qui.

- Ah non ? Ce n’est pas ce que disent tes résultats et eux, ils ne mentent pas.

- Il doit y avoir une erreur !

- Il n’y en a pas. Tu as ingurgité des hectolitres d’alcool au cours de ta courte vie et, maintenant, il faut payer l’addition. C’est terminé, Reno. TER-MI-NE. La nature t’avait donné un corps de rêve en parfaite santé et tu as tout gâché pour quelques instants d’ivresse vite envolés. A ce jeu là, il n’y a pas de seconde chance, mon grand.

Reno passa par un éventail d’émotions, de la colère au désespoir le plus noir, et finit tomber à genoux, au milieu du bureau.

- Combien de temps ? demanda-t-il en réalisant qu’il était sur le point de fondre en larmes. Combien de temps… il me reste ?

La jeune femme haussa les épaules.

- Un mois, fit-elle, provoquant un sanglot incontrôlable. Peut-être deux. Et… Je dirais… Une bonne cinquantaine d’années si tu arrêtes tes conneries.

Reno se figea, à genoux sur le sol, et tourna lentement la tête vers elle.

- Quoi ? murmura-t-il, n’osant croire à ce qu’il venait d’entendre.

- Tu as très bien compris, Reno ! Alors ? Tu as eu peur ?

Il bondit sur ses pieds, à la fois défaillant de soulagement et fou de rage.

- Bien sûr que j’ai eu peur ! Espèce de… De… Pourquoi t’as fait ça ? Tu voulais me faire crever pour de bon d’une attaque, c’est ça ? Merde ! On a pas idée de foutre les jetons comme ça aux gens pour des conneries !

- Des conneries ? Mais je ne plaisantais pas, Reno. Et je n’ai pas dit non plus que j’acceptais de te soigner.

Il secoua la tête et fit quelques pas à reculons en se tordant les mains. Shalua soufflait le chaud et le froid et il ne savait plus à quel saint se vouer.

- Attends, temps mort ! Je pige plus rien. Je vrais crever ou pas ? s’emporta-t-il, le visage défait.

- Si nous ne faisons rien, oui, et très vite.

- Eh bien faisons ! Où est le problème ?

Elle se leva et s’approcha de lui pour lui parler bien en face.

- Le… « problème », Reno, c’est que pour te remettre à neuf, il faut que je te plonge dans une cuve de mako et que je ne vois pas pourquoi je le ferais si c’est pour que tu recommences à boire aussitôt sorti de là. De plus, je ne pense pas que l’alcoolisme fasse partie des… « maladies » prises en charge par les services de soin des employés de la Shinra. Je crois même me souvenir que c’est plutôt, au contraire, une raison de renvoi immédiat, sans solde ni pension, ajouta-t-elle, venimeuse.

Sous l’assaut de l’angoisse, Reno sentit son coeur s’emballer, ses jambes se dérober sous lui et dut se traîner jusqu’à la chaise qui flanquait le bureau de Shalua pour ne pas tomber.

- Me fait pas ça, Shalua, sanglota-t-il, le visage dans les mains, les dernières miettes de fierté enfuies. Etre turk, c’est ma raison de vivre, mon rêve de gosse. C’est tout ce que j’ai. M’enlève pas ça, Shalua, merde… M’enlève pas ça…

La jeune femme se permit un petit sourire satisfait dans son dos mais reprit vite son air tragique pour lui faire face.

- Regarde-moi, Reno. J’ai dit : regarde-moi !

Le turk essuya son visage, releva la tête et Shalua dut se faire violence pour ne pas le serrer contre elle avec des mots réconfortant tant il était touchant en cet instant.

Ses immenses yeux bleu-vert étaient le siège d’un désespoir indescriptible, son petit nez retroussé avait un peu rougi à force de pleurer, ses lèvres tendres tremblaient et son petit visage couvert de taches de rousseur, si pâles qu’elles en étaient presque invisibles, se contractait sous l’assaut des larmes, qu’il n’arrivait pas à empêcher de couler.

Reno avait toujours eu une bouille craquante mais là, c’était presque au-delà de ce que la jeune scientifique pouvait supporter sans avoir envie de croquer dans les joues poupines.

- Depuis combien de temps es-tu accro à l’alcool ? réussit-elle à demander sans se laisser déborder par la sympathie.

- J’en sais rien. Je bois depuis toujours.

- Je vais poser ma question autrement : depuis quand bois-tu régulièrement ?

- Depuis que j’ai 16 ou 17 ans, à peu près.

Elle s’accroupit devant lui et posa son bras valide sur ses genoux.

- Ecoute-moi bien, Reno : si j’accepte de te faire subir un traitement au mako, tu ne devras plus toucher à une seule goutte d’alcool. Pas une, c’est compris ?

- Mais… et pour la Shinra ? S’ils savent, ils… Enfin tu vois.

Elle hocha la tête.

- Je leur dirai que tu as une petite tumeur. Non ! Ne te réjouis pas trop vite ! Laisse-moi finir. Si je te revois avec un verre d’alcool à la main ou si j’entends parler d’un seul écart, Reno. Je transmets les vrais résultats de tes analyses à Tseng et à Rufus dans la minute et je te garantis que tu finiras dans le caniveau d’une ruelle sordide de Edge avant même de comprendre ce qui t’arrive. C’est clair, dans ta petite tête de colibri ?

Reno acquiesça avec gravité.

- Plus une goutte, Shalua. Je t’en donne ma parole.

Elle lui prit le menton et sourit.

- Ton organisme est encore trop saturé de ton poison favori pour que je te plonge dans la cuve. Alors, à compter de cet instant, Reno, plus une goutte d’alcool pendant 48 heures, pas même un sirop pour la toux. Au bout de ces deux jours, je veux te voir ici, prêt à faire un gros « plouf ! » à côté de Sephiroth. Tu as bien compris ?

Il hocha vigoureusement la tête.

- A côté du général ? essaya-t-il de plaisanter. Ouah ! La classe !

Shalua se pencha par-dessus son bureau pour ouvrir son tiroir et prit un petit flacon transparent rempli de cachets roses, qu’il lui tendit.

- Un antispasmodique. Tu vas en avoir besoin dans les heures qui viennent, crois-moi. Un toutes les 4 heures maxi. O.K. ?

- Une façon élégante de me dire que je vais encore être malade comme un chien, c’est ça ?

- Tu es accro, Reno. Et tu vas réagir au manque comme tous les accros, ne te fais pas d’illusions. Si j’étais toi, je monterai tout de suite dans ma chambre et je m’allongerai avec une grosse bassine au pied de mon lit en prévision de la nuit de cauchemar qui m’attend.

Il grimaça mais sourit.

- Ca marche, doc.

Il fit une mimique adorable et Shalua, cette fois, se laissa attendrir.

Elle le serra contre elle et il lui rendit son étreinte avec chaleur.

- Ne flanche pas pas, Reno, chuchota-t-elle, maternelle. Nous tenons tous beaucoup trop à toi pour te perdre aussi bêtement.

- Moi non plus, Shalua… Moi non plus, j’veux pas vous perdre. Vous et vos gros coeurs d’enfoirés, c’est tout ce que j’ai…

Bien plus ému qu’il ne l’aurait souhaité, il resserra encore ses bras autour d’elle et eut beau faire, il ne put retenir ses larmes.

***

Cid tourna un peu plus le robinet d’eau chaude de la douche et laissa le jet brûlant lui masser le dos.

Shalua ne devrait plus tarder, maintenant.

Shalua… toujours prête à s’enflammer sous ses caresses avides…

Par la Déesse, comme il aimait faire l’amour avec elle !

Sa chair parfumée et délicate s’ouvrait pour accueillir la sienne dans ses tendres moiteurs, sa chaleur bienfaisante l’enveloppait et l’enfermait en elle, l’aspirait jusqu’à arracher son essence même à ses entrailles impatientes.

Comme il aimait la faire languir d’attente et de plaisir, se faire désirer jusqu’au désespoir, la réduire à sa merci jusqu’à ce qu’elle n’ait plus de souffle que pour gémir son nom…

Mais, en fait de souffle haletant, il n’entendait pour l’instant que le sien et lui seul s’impatientait de la voir franchir le seuil le sa chambre ; lui seul se désespérait, victime pitoyable de ses fantasmes adultères.

Il pressa le front contre le carrelage de la douche, incapable de chasser l’image de la jeune femme, et jura comme un corps de garde.

Que tous les démons l’emportent s’il n’était pas en train de tomber amoureux…

***

Au matin, la journée de Kadaj commença par une pétarade de moteurs.

Il s’était immédiatement levé et penché à la fenêtre de la chambre luxueuse qu’on lui avait attribuée. Trois motos d’un noir laqué somptueux venaient d’être livrés dans la cour du manoir et Vincent lui faisait signe de descendre.

Lorsqu’il rejoignit l’ancien turk en compagnie de ses frères, un petit groupe d’admirateurs composé de Cid, Cloud, Reno et Barret s’était déjà rassemblé autour des puissantes machines.

Rufus, également présent, leur tendit des puces de démarrage ainsi que trois petites sacoches contenant un téléphone, un mini ordinateur, des papiers d’identité, une carte de crédit et des cartes d’accès diverses.

- Vous en aurez besoin, à présent, dit-il simplement.

Les argentés acceptèrent le tout avec méfiance et remontèrent dans leur chambre aussi sec.

Barret siffla, déçu.

- Bah dites donc ! Je me serais attendu à un peu plus d’enthousiasme, avec des beautés pareilles ! fit-il remarquer en caressant amoureusement le métal laqué des motos. Bon sang… Non mais regardez-moi ces carénages !

Vincent lui tapa sur l’épaule.

- Ils se méfient encore trop de nous, pour l’instant.

Cid hocha la tête.

- Ouais… Je crois qu’il va nous falloir un petit bout de temps pour apprivoiser nos trois petits fauves blancs !

Un peu plus tard, les occupants du manoir s’installaient à la grande table du salon pour le petit déjeuner lorsque les trois frères traversèrent la pièce en silence, sortirent dans la cour, enfourchèrent leurs motos et partirent au nez et à la barbe de tous, sans un mot ni une explication.

- Ils nous font quoi, là ? s’étonna Barret.

Rufus se raidit sur sa chaise et lança un regard inquiet à Vincent mais celui-ci se contenta de sourire et lui fit signe de ne pas s’en faire.

De leur côté, les argentés prirent la première route qui se présentait en se demandant comment leurs « hôtes » comptaient réagir à leur départ silencieux. Allaient-ils envoyer des hommes armés motorisés ou des hélicoptères pour leur donner la chasse ?

La réponse arriva mais pas comme ils le pensaient.

Au bout d’une vingtaine de kilomètres de route parcourue au hasard, le téléphone de Loz sonna et un message s’afficha.

« Joint à ce message, une carte de la région. Soyez prudents dans les montagnes et hors du périmètre bleu. Risque d’attaques de créatures de type 3 et 3.b. Déjeuner servi à 13h00. Vincent »

Les frères crurent tout d’abord à une farce mais Vincent ne paraissait pas du genre à se laisser aller à ce genre de niches.

- Eh bien, soit, nota Kadaj. Vincent n’a pas menti, nous ne sommes pas prisonniers.

- Mais qu’en est-il du reste, à votre avis ? demanda Yazoo en brandissant les cartes remises par Rufus à chacun d’entre eux. Vraies ou simples ruses destinées à nous amadouer en nous faisant croire que nous sommes des gens comme eux, avec une existence légale et le droit d’en user ?

Pour le vérifier, ils optèrent pour un tour en ville, où les gens les dévisagèrent avec une curiosité mêlée de crainte.

Yazoo s’arrêta devant le seul magasin informatique de Nibelheim, et y entra, laissant ses frères à l’extérieur.

Sa présence dans la petite boutique jeta un froid glacial, dû à son étrange apparence aussi bien qu’à son attitude un peu raide.

La présence des deux autres à l’extérieur n’était pas faite non plus pour rassurer le propriétaire des lieux, un homme affable d’une soixantaine d’années aux lunettes en demi-lune et aux épais cheveux blancs.

Le pauvre commerçant et son épouse se tenaient prêts à appuyer sur le bouton d’alarme dissimulé derrière le comptoir au moindre geste suspect de ces trois voyous.

Lorsque Yazoo demanda à voir un modèle d’ordinateur portable particulièrement onéreux - en fait le plus cher du magasin - la méfiance de l’homme monta d’un cran.

- Je le prends, fit l’argenté sans même le regarder en détail en tendant la carte de crédit et la pièce d’identité donnée par Rufus.

L’homme les prit en tremblant légèrement, cherchant déjà une excuse quelconque du type « désolé, le terminal est en panne » ou « pardon, la connexion est coupée » lorsque le fatal « ALERTE ! CARTE VOLEE ! » apparaîtrait sur son écran mais le terminal bipa joyeusement et les informations qui s’affichèrent détendirent le brave homme d’un seul coup, à la grande surprise de son épouse… et de Yazoo, qui s’attendait à tout sauf à ce que les cartes soient authentiques !

- La garantie est de 3 ans, fit gaiement le commerçant avec un sourire à présent rayonnant. Souhaitez-vous une prolongation de celle-ci ?

- Hein ? Euh… non. Non, ça ira.

- Je vous imprime ça tout de suite.

L’homme changea d’ordinateur pour remplir sa fiche et Yazoo risqua un coup d’oeil à l’écran du terminal dans lequel étaient insérées ses cartes de crédit et d’identité.

Sa photo y était affichée, ainsi que ses empreintes digitales, son groupe sanguin, un extrait de sa séquence ADN et une adresse au siège de la Shinra, à Edge.

Nom : YAZOO HOJO

Tiré : SHINRA Corp.

Affectation : SIEGE DU WRO - (Département du SOLDAT de Edge)

Grade : OFFICIER classe I

Niveau de crédit : GOLD+

- Hojo ? s’écria la femme du commerçant en lisant par-dessus l’épaule de celui-ci, faisant bondir Yazoo. Hojo, de la famille du général Sephiroth ? Celui que l’on vient de retrouver dans le laboratoire ?

Yazoo toussota et réfléchit à toute vitesse.

Vincent leur avait parlé de l’entourloupe médiatique, le jour de leur réveil à l’infirmerie.

- Oui, c’est… C’est notre frère, dit-il en désignant du menton son jumeau et Kadaj, à l’extérieur.

La femme fit claquer ses paumes l’une contre l’autre.

- Je savais que vos yeux et vos cheveux me disaient quelque chose ! Oh, mon Dieu ! Soyez assurés de notre sympathie, monsieur Hojo. Ciel, quelle histoire incroyable. Mais quel soulagement pour vous, aussi, de le retrouver vivant, j’imagine !

- Comment va-t-il ? s’enquit un autre client entre deux âges qui l’avait dévisagé avec méfiance jusque là. Ils disent à la télévision que les médecins restent prudents.

Yazoo acquiesça avec une mine de circonstance.

- Son état est stationnaire, pour l’instant. C’est… C’est pour ça que nous sommes à Nibelheim, mentit-il, subitement inspiré. Pour… Pour étudier les dossiers trouvés dans le laboratoire des scientifiques qui… Enfin vous voyez.

Le commerçant sortit de derrière son comptoir.

- L’ordinateur VForce-PL3, c’était pour ça ? Etudier des données scientifiques ?

- Euh… Oui. Enfin… entre autres, broda Yazoo, pris au dépourvu par la tournure des évènements.

Et lui qui n’avait choisi le matériel le plus cher que pour vérifier si la carte de crédit et les papiers d’identité donnés par Rufus étaient vrais…

- Oh ! Mais ce n’est pas du tout ce qu’il vous faut. Non, non, non. Attendez, je vais vous montrer un autre modèle, bien plus adapté à ce genre de travail et de calculs. Junny ! cria-t-il en direction de la réserve. Sors-moi un VDU-347, chérie ! La dernière version !

Au final, Yazoo resta près d’une heure dans le magasin, au grand étonnement de ses frères, qui le voyaient sourire et discuter avec les clients qui entraient et sortaient, la nouvelle que les frères de Sephiroth étaient à Nibelheim se répandant comme une traînée de poudre.

« Le grand général Sephiroth, rendez-vous compte ! Si, si, je vous assure, monsieur le maire, il a des frères, Soldats, comme lui. Ils sont en ce moment même chez nous, à Nibelheim, dans la boutique de ce brave Stan ! »

Kadaj et Loz, à l’extérieur de la boutique, durent eux-mêmes donner des nouvelles de leur « grand frère » à un nombre incalculable d’inconnus, habitants de la bourgade ou simples vacanciers et « Quelle tragédie, mon Dieu ! Courage, nous sommes de tout coeur avec vous, gardez espoir. Il s’en sortira, vous verrez. »

De retour au manoir, les garçons avaient la tête qui tournait comme s’ils venaient de passer des heures dans une bétonnière !

Eux qui ne parlaient pour ainsi dire jamais avaient sans doute échangé plus de banalités en une matinée qu’ils ne l’avaient fait durant toute leur vie au laboratoire du cratère nord !

Vincent et Rufus - qui riaient sous cape après l’appel du maire de Nibelheim voulant « témoigner personnellement sa sympathie aux frères du Grand Général » qu’il avait « aperçus de loin en ville » - les virent monter précipitamment dans leur chambre, un paquet sous le bras et le visage défait.

- Gretta ! appela le jeune président de la Shinra depuis le salon en riant encore.

La gouvernante du manoir, une femme avenante au sourire doux d’une soixantaine d’années et vêtue à l’ancienne mode, se présenta presque aussitôt.

- Monsieur ?

- Gretta, soyez gentille de faire monter un plateau à nos trois amis motards, quelque chose me dit qu’ils vont avoir besoin de reprendre des forces !

La brave femme sourit.

- Tout de suite, monsieur. J’avais fait garder leur déjeuner au chaud.

- Merci, Gretta. Vous êtes un ange.

La gouvernante rosit comme une jeune fille et disparut. Vincent se leva.

- Je ferais mieux de monter les voir. Il ont peut-être envie de parler de leur « escapade ». J’en profiterai pour voir Reno.

- Rude et les enfants sont avec lui, ne t’en fais pas. Shalua dit qu’elle pourra traiter sa tumeur dans deux jours, dès que les médicaments qu’elle lui a donnés pour nettoyer la « tuyauterie » auront agi. Saloperie… Je n’aurais jamais cru que quelque chose comme ça pouvait lui tomber dessus. Pauvre Reno.

- Au fait… Tseng et Elena ?

- Partis il y a une heure, comme tu me l’as demandé. Bien que je ne comprenne toujours pas pourquoi tu y tenais tant. Ils étaient prêts à affronter le regard de leurs bourreaux sans broncher et sans haine aucune, tu sais. Ils me l’ont fait clairement comprendre.

- C’est bien là, le problème, Rufus. Leur bourreau, c’est Jenova, pas les garçons. Et je ne veux surtout pas que Tseng et Elena puissent leur laisser croire le contraire, pas même par inadvertance. Nous ne devons laisser aucune prise à cette saloperie tombée du ciel. Pas le moindre petit interstice dans l’esprit de ces garçons où elle risquerait de se glisser.

Rufus hocha la tête.

- Je comprends. Mais tu ne pourras pas les protéger éternellement, Vincent.

- Telle n’est pas mon intention. Je veux juste les préserver jusqu’à ce qu’ils soient en mesure de faire face à cette ordure sans risquer de flancher. Et pour cela, ils doivent se sentir en sécurité et acceptés parmi nous.

- Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir, tu le sais.

Vincent, tel un père avec son fils aîné, lui pressa affectueusement l’épaule.

- Je le sais.

Il quitta le salon et, comme il le faisait toujours, le jeune président admira la façon dont la lumière dansait dans sa longue chevelure brune avec un soupir déchirant.

Oui, Vincent aurait pu être son père… Hélas !

Son portable sonna, annonçant un texto.

Il s’agissait de Tseng :

“Ca bouge au cratère nord. Me rappeler d’urgence.”

Rufus blêmit et monta dans sa suite pour rappeler le chefs des turks en toute discrétion.

…à suivre

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XVII - Réapprendre à vivre

«Dès l’instant où vous aurez foi en vous-mêmes,

vous saurez comment vivre.»

J.W von Goethe

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

En fin de matinée, les hordes de journalistes avaient quitté le manoir et les alentours et Rufus avait à nouveau réuni tout le monde dans la salle de conférences.

- Il est plus que temps de parler du devenir de Sephiroth et de ses frères, disait-il lorsque Vincent entra discrètement dans la pièce.

Pour tous, la nuit avait été peuplée de cauchemars. Le malaise provoqué par les vidéos et les explications de la veille ainsi que le manque de sommeil se lisait sur tous les visages.

Par les hautes fenêtres, le soleil hivernal voilé par d’épais nuages noirs avait peine à éclairer la salle et la lumière faiblarde ne faisait qu’ajouter à l’ambiance lugubre.

- Quelles sont les options ? demanda Barret.

Reeve haussa les épaules.

- Etant donné que, comme nous l’a expliqué le docteur Rui hier, un long moment dans une cuve mako les empoisonnerait, on pourrait soit les plonger dans un coma artificiel jusqu’à ce que les choses se décantent et qu’on y voit plus clair, soit les…

- C’est injuste ! se récria Yuffie, choquée par la proposition. Ils ne sont responsables ni de qu’on a fait d’eux, ni de ce qui est arrivé il y a deux ans, ni de leur récent réveil !

- La petite n’a pas tort, renchérit Cid. Plonger ces garçons dans le coma reviendrait à punir les victimes au lieu des criminels. C’est… totalement immoral. Non, je suis contre.

Les autres membres d’AVALANCHE hochèrent vigoureusement la tête, marquant ainsi leur accord avec Cid.

- Permettez-moi de me faire l’avocat du diable, amiral Highwind, intervint Tseng. Qui nous dit qu’ils ne vont pas se laisser à nouveau dominer par Jenova si nous les réveillons ?

Cloud se tourna vers lui et fronça les sourcils.

- Je crois que personne ne déteste Sephiroth ou ne se méfie de lui et de ses frères autant que moi, Tseng. Malgré moi, crois-le, car je sais aujourd’hui que cette haine est injuste. Mais, bien qu’il soit tout à fait légitime de partager tes craintes et en dépit de mon ressentiment, je pense que Cid a raison. Après ce que j’ai vu hier, nous n’avons pas le droit de leur faire une chose pareille. Ils sont les victimes de Jenova et d’Hojo et il est de notre devoir à tous et de celui de la Shinra de les aider à se reconstruire, à comprendre ce qui leur est arrivé et pourquoi. Et s’ils peuvent, après cela, comme le pensent Aerith et Lucrecia, nous aider à combattre ce qui plane au-dessus de nos têtes et dont nous ignorons la nature pour l’instant, alors nous serons tous gagnants au final.

Vincent se permit un petit sourire aussi satisfait que discret et échangea un regard complice avec Shalua et Reeve, qui se trouvaient aux côtés de Rufus.

Barret se leva, interrogea ses camarades du regard une dernière fois et s’adressa à Rufus.

- Au nom d’AVALANCHE, je vote pour le réveil. Mais c’est à vous et à la Shinra qu’appartient le dernier mot, Rufus. Ils sont sous votre responsabilité, après tout. Ce sont les spécimens d’Hojo.

Tifa et Yuffie sursautèrent, choquées par les derniers mots du chef d’AVALANCHE. Ce dernier s’en aperçut et s’excusa aussitôt.

Rufus consulta Reeve et Shalua du regard puis avança d’un pas.

- Je ne considère pas qu’ils soient sous ma responsabilité mais… plutôt sous ma protection, fit-il d’une voix claire. Ce qu’on leur a fait subir est inhumain, dans tous les sens du terme, et je suis on ne peut plus d’accord avec Cid et Cloud : nous devons les réveiller et les aider à se reconstruire puisque je ne pourrais jamais, hélas, effacer ce que la Shinra leur a fait endurer. (Il se tourna vers Shalua) Shalua, vous et Vincent avez carte blanche pour mettre en place le protocole de réanimation et de réintégration de J8, J9 et J10. Quant à J1, je m’en remets entièrement à vous pour les soins et le traitement jusqu’à son réveil.

La scientifique pivota en direction de Vincent, qui rejeta sa cape rouge derrière ses épaules.

- Ces protocoles ne seront pas nécessaires, Rufus, dit-il. Et, pour commencer, si tu considères vraiment ces garçons comme des êtres humains, appele-les par leur nom plutôt que par des numéros de série. Ils se nomment Sephiroth, Kadaj, Yazoo et Loz Hojo.

Si un autre homme s’était adressé à lui de la sorte, Rufus lui aurait fait ravaler ses paroles sur le champ mais Vincent était… Vincent.

Le jeune président reçut donc la remontrance comme une gifle mais la digéra. Il l’avait méritée.

- Simple habitude, Vincent. Désolé.

Ce dernier accepta les excuses avec un sourire amène, ouvrit la porte monumentale donnant sur le couloir et fit signe à Merill, qui attendait là.

L’assistant de Shalua invita gentiment ses trois étranges compagnons tout de cuir noir vêtus à entrer dans la salle de conférences, provoquant des exclamations tonitruantes de la part de toutes les personnes présentes et de violents mouvements de recul ou de protection instinctive.

Cid ne put retenir un juron, Rufus porta la main à son holster par réflexe, Cloud sentit son sang geler dans ses veines et Elena se blottit avec un petit cri affolé contre un Tseng qui avait soudain blêmi et refermait déjà la main sur le pistolet qu’il portait au côté.

Tifa, elle, était comme paralysée dans une gangue de glace et crut que son coeur allait s’arrêter de battre.

- Vincent ! s’écria Rufus. Qu’est-ce que ça signifie ?

Ils étaient là, tous les trois, comme sortis d’un cauchemar, identiques à ce qu’ils étaient la dernière fois que chacun avait pu les voir : avec leur peau si blanche qu’elle en paraissait bleutée, leurs cheveux comme du mercure, leurs grands yeux félins brillants de mako et leurs corps vigoureux gainés de cuir, puissants et dangereux comme des lames d’acier trempé dans leurs fourreaux.

Identiques ? Non, pas tout à fait, nota Tifa.

Leurs éternels sourires suffisants ou sarcastiques s’étaient effacés de leurs lèvres sensuelles, leurs grands yeux félins fixaient le sol avec anxiété et leurs poitrines se soulevaient comme celles d’animaux pris au piège.

« Ils sont terrifiés » réalisa-t-elle, estomaquée.

Et le plus surprenant était sans doute le violent et imprévisible Kadaj, qui n’avait plus rien du garçon qu’elle avait entrevu sur les toits en ruine, à Midgar, combattant Cloud avec acharnement.

Une fois annihilée l’emprise de Jenova sur lui, le garçon paraissait être redevenu le petit benjamin de la fratrie et se pressait, en quasi état de choc, contre Yazoo.

Il était si crispé que la jeune femme pouvait presque l’entendre haleter.

Loz, en revanche, semblait avoir repris le rôle qui avait toujours été le sien avant la fuite du laboratoire et qu’elle l’avait vu tenir dans les vidéos : celui de l’aîné chargé de protéger ses cadets.

Malgré son anxiété, il fit d’ailleurs un pas en avant et se plaça devant ceux-ci, bien droit, poings serrés, les jambes souples légèrement écartées, prêt à faire un rempart de son corps athlétique entre ses frères et les personnes présentes dans la salle de conférence.

On devinait les muscles de ses bras et de sa large poitrine - en partie découverte par l’échancrure de son blouson - tendus à craquer sous le cuir encore neuf.

Il balaya l’assistance du regard, à l’affût du moindre signe d’animosité, et finit fatalement par croiser celui de Tifa, qu’il reconnut aussitôt.

Il tiqua, fronça les sourcils et un pli vertical lui barra le front.

La jeune femme, elle, détourna les yeux, rouge de confusion et le coeur battant, incapable de le regarder en face après son comportement inavouable de la nuit précédente…

Profiter de l’inconscience d’un homme pour le toucher… Quelle humiliation !

Pourquoi, mais pourquoi s’était-elle laissée aller de la sorte, à caresser ces bras satinés et cette poitrine si dure, qu’elle venait d’apercevoir à nouveau par l’échancrure du blouson ? Mais qu’est-ce qui lui avait pris, bon sang ! Pourquoi diable fallait-il qu’elle connaisse à présent la douceur et le parfum de sa peau ? Cette fragrance sucrée exhalée par son corps tout entier…

Oh, par le ciel ! Ce parfum…

Elle en ressentait encore les effets, comme s’ils devaient persister durant des jours en l’absence de tout contact.

« Et s’il n’était pas totalement inconscient ? S’il s’était aperçu de quelque chose ? » se demanda-t-elle alors, totalement affolée. « Oh, non… Quelle honte ! »

N’avait-il pas réagi à la douleur lorsqu’elle avait touché la perfusion par mégarde, après tout ? Et la tendre peau son sein… ne s’était-elle pas hérissée, son petit téton rose n’avait-il pas durci lorsqu’elle l’avait par inadvertance caressé de son souffle et de ses cheveux ? Son ventre souple ne s’était-il pas contracté lorsqu’elle avait glissé ses doigts écartés dans les profonds sillons creusés par les carrés de ses muscles abdominaux ?

Sa rougeur monta d’un cran dans les pourpres et ce fut un discret pincement de Yuffie qui tira de ses pensées.

- Ca va ? demanda son amie.

Tifa sursauta.

- Oui. Oui, oui, bien sûr.

Elle prit son courage à deux mains pour relever la tête, priant silencieusement pour trouver le courage d’affronter le regard transperçant vert mako mais Loz et son jumeau s’entretenaient à voix basse avec Vincent, Rufus, Barret et Reeve.

Shalua avait aussi rejoint les trois frères et se tenait aux côtés de son cher Yazoo baby et de Kadaj, protectrice.

- Qu’est-ce qui se passe ? demanda Tifa à Yuffie.

Celle-ci écarquillé les yeux.

- Bah ! T’as pas entendu ?

- Je… bredouilla-t-elle, plus cramoisie que jamais. Non, je… J’étais perdue dans mes pensées.

- Vincent, Shalua et Reeve les ont réveillés cette nuit, apparemment, craignant que certains préfèrent les plonger dans le coma, voire le mako ! Oh, là… Il n’a pas l’air d’aller bien, lui…

- Hein ?

Tifa entendit Shalua et Yazoo pousser un cri et se tourna à temps pour voir Kadaj tomber dans les bras de Loz, ce qui provoqua un petit mouvement de panique.

La jeune scientifique se pencha sur lui et l’ausculta rapidement.

- Ce n’est rien, ce n’est rien… rassura-t-elle tout le monde. Il est juste évanoui. Ils sont encore éprouvés par leur réveil, l’entendit-elle dire à Rufus. Et cette nuit a été vraiment très difficile pour eux.

- Qu’ils se reposent. Nous reprendrons cette conversation plus tard.

Vincent se pencha discrètement à l’oreille du jeune président de la Shinra, pour que les argentés n’entendent pas.

- Pas en bas, chuchota-t-il. Je t’en prie. Ils ne sont plus des rats de que l’on enferme à double tour dans un laboratoire en sous-sol.

Rufus hocha la tête et sourit avant de faire signe à Reeve et à un domestique.

- Telle n’a jamais été mon intention, Vincent, rassure-toi.

Derrière eux, les membres d’AVALANCHE ainsi que Tseng et Elena, contrôlaient difficilement leur impatience en essayant de saisir quelques bribes de ce qui se disait à une dizaine de mètres d’eux.

Cid et Cloud se dévisagèrent, sceptiques.

- Tu comprends ce qui se magouille, toi ? demanda Cid. Tu me rassures…

- L’un de vous aurait vu Reno et Rude depuis hier soir ? s’enquit inopinément Tseng en venant vers eux, son téléphone portable à la main.

Le pilote secoua la tête.

- Ils ne devaient pas surveiller le labo, en bas ? s’enquit Cloud.

- Si, justement. Et leur téléphone est sur messagerie.

- Ils se carapatent ! s’écria Yuffie en voyant Shalua, Vincent, Rufus et Reeve disparaître en compagnie des trois argentés et de la gouvernante du manoir.

Barret se tourna vers eux et fit signe de baisser d’un ton.

- Je vais tout vous expliquer, du calme !

XoXoXoX

Dans l’infirmerie, fermement soutenu par Rude, Reno n’en finissait pas de rendre ses boyaux.

- Oh… Bordel de merde… gémit-il. Mais qu’est-ce qu’il y avait, dans cette fichue seringue ?

Merill, de plus en plus inquiet, lui tendit une boîte de serviettes en papier et une lingette humide.

- Rien qui puisse avoir cet effet, je vous assure. Regardez votre collègue. Je n’ai jamais entendu parler d’effets secondaires de ce genre sur qui que ce soit.

- Ah, non ? Ouah… super, railla le turk en s’essuyant la bouche. T’entends ça, Rudo ? Je suis l’exception qui confirme la règle, quel pied !

Un nouveau haut-le-coeur lui contracta l’estomac et il vomit un nouveau jet de bile.

- Reno, intervint Rude, tu avais déjà commencé à te vider hier soir. Je ne crois définitivement pas que soient les vidéos ou ce fichu sédatif qui te mettent dans cet état.

- Si vous le permettez, je vais faire quelques analyses, proposa Merill. Votre ami a raison, ce n’est vraiment pas normal.

Il préleva un peu de bile sur un coton-tige et prépara de quoi faire une analyse sanguine.

- Ah non ! se récria Reno. Je veux bien pisser dans un gobelet ou cracher sur autant de cotons-tiges que tu voudras, p’tit gars, mais les prises de sang, t’oublies tout de suite !

L’assistant de Shalua leva les yeux au plafond.

- Ne faites pas l’enfant et relevez votre manche !

- Hors de ques… Ah…

Un nouveau spasme particulièrement violent le saisit et le laissa pantelant, appuyé contre son compère.

- Un prélèvement sanguin ne sera peut-être pas nécessaire, en fin de compte… murmura Merill, soudain très pâle.

- Merde, Reno, tu nous fais quoi là ? demanda Rude, aussi blême que le jeune homme.

Reno releva péniblement la tête, un désagréable goût métallique dans la bouche, et s’aperçut que l’évier sur lequel il était penché était éclaboussé d’écarlate.

…à suivre

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IX - Le colosse au visage d’ange

« C’est sous le voile des larmes

que se dénude le vrai visage de l’homme.»

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

Les alarmes grimpèrent d’un ton dans les aigus et Tifa tourna la tête vers son amie et son assistant, qui s’afféraient autour de l’un des trois lits adossés à un mur de moniteurs de machines complexes.

- Ca monte encore ! s’affola Merill, un garçon, d’une vingtaine d’années qui n’était pas sans rappeler à Tifa le Vincent qu’elle avait vu dans les premières vidéos du manoir. Il va lâcher !

- Bien sûr que non. Ca va aller. Hein, Yazoo baby ? Tu ne vas pas me faire ce coup-là ? Bien sûr que non… Chut… Ca va aller… Du calme… Chut…

Shalua, le visage soucieux et le regard rivé sur les courbes d’un moniteur, lissait les longs cheveux de mercure de son patient en une caresse maternelle et apaisante.

- Pourquoi ça baisse pas, bordel… gémissait sans discontinuer Merill. Pourquoi ça baisse pas…

- Ca va venir, patience… Allez, mon coeur, tiens le coup… Fais un effort, mon grand… Pense à tes frères…

- Rien à faire. Ca va lâcher. Merde… Merde… Merde…

- Patience, Merill.

Après une attente qui parut interminable dans une tension qui aurait pu faire crépiter l’air du laboratoire, les alarmes se turent enfin et les courbes, sur les moniteurs, reprirent une rassurante régularité.

Merill leva les yeux au plafond en une prière silencieuse et Shalua poussa un profond soupir de soulagement en caressant le petit visage ovale sur le front moite duquel s’étaient collées quelques mèches argentines.

Tifa, immobile sur le seuil du bureau, observait son amie, captivée par le moindre de ses gestes : la bienveillance qu’elle dégageait, cette façon toute maternelle qu’elle avait de remonter le drap bleu sur le corps pâle, de vérifier la perfusion ou de lisser les cheveux soyeux. Un comportement qu’elle l’avait vu adopter avec chacun de ses amis ou de ses patients, fussent-ils de parfaits inconnus.

Quelle différence entre la douce scientifique et les bourreaux en blouse blanche qu’elle avait vus à l’oeuvre dans les vidéos de surveillance…

Shalua adorait les gens et n’hésitait pas le montrer par des caresses, des sourires ou les petits noms affectueux qu’elle distribuait avec générosité et qu’elle donnait parfois même aux cadavres qu’il lui arrivait d’autopsier pour les services de sécurité civile de Reeve Tuesti.

Quiconque n’avait jamais vu Shalua parler de la pluie et du beau temps avec un mort entre deux papouilles et trois coups de scalpel ne pouvait pas se rendre compte du genre de personnage à qui il avait affaire !

Par beaucoup des côtés, bien que plus excentrique et impertinente, elle n’était pas sans rappeler Aerith.

Etait-ce la raison pour laquelle les deux jeunes femmes c’étaient prises aussitôt d’amitié l’une pour l’autre ?

- Ne reste pas plantée là, ma belle ! lança-t-elle affectueusement à Tifa. Ils ne mordent pas, entre !

Merill lui sourit et désigna une chaise à côté de l’un des lits avant d’aller vérifier les moniteurs contrôlant la cuve de Sephiroth.

- Asseyez-vous, miss Lockheart, proposa-t-il poliment.

- Approche, Tifa, la rassura Shalua, et tu verras qu’une fois endormis, les fauves les plus féroces ressemblent à de gros matous. Ou à de petits chatons, pour certains… ajouta-t-elle avec humour en désignant du menton Kadaj, littéralement roulé en boule en position fœtale dans le lit à gauche de Yazoo.

Tifa sourit malgré elle et prit place sur la chaise qui flanquait le lit de droite.

Loz, l’aîné des trois frères, celui qu’elle avait si durement combattu deux ans plus tôt, y était étendu sur le dos, les jambes puissantes et le bas du ventre recouverts par un drap bleu, un oreiller sous la nuque et une perfusion de liquide blanchâtre dans le bras.

- Qu’est-ce que c’est, Shalua ? s’enquit la jeune femme, troublée, en désignant les deux poches de liquide suspendues au-dessus du lit, l’une pleine et la seconde presque vide.

- Oh, ça ? Une expérience. Si tout ce passe bien, les tentacules commenceront à pousser cette nuit.

Merill laissa échapper un rire spontané et Tifa pouffa.

- Comment arrives-tu à plaisanter dans des moments pareils, Shalua ?

- C’est ce qui permet aux gens qui font mon job de ne pas devenir totalement dingues, ma belle. Et, sans vouloir jouer les vieilles radoteuses, tu ferais bien d’en faire autant.

- Dans ce cas… Où pousseront les tentacules ?

- Pas mal, pour un début ! railla la scientifique en plaçant un stéthoscope sur ses oreilles. C’est un cocktail à base de glucose, que veux-tu que ce soit d’autre ? Tiens, d’ailleurs, si tu pouvais tendre ta jolie main et pousser le petit bitoniau rouge sur le « 2 » avant que le pauvre chéri ne se retrouve à sec… Non, pas sur la bouteille, sur son bras. Oui, là. Merci.

Elle se concentra ensuite sur les battements du coeur de Yazoo, le regard fixé sur les écrans de contrôle.

Tifa, actionna donc ce qui ressemblait à un petit interrupteur en plastique, à la base de l’aiguille de perfusion, et réajusta le sparadrap en parcourant du regard toute la longueur du bras athlétique, craignant que la grande main ne prenne soudain vie pour se refermer sur sa gorge.

Rien de délicat ou de fragile sur cet harmonieux ensemble de chair, de peau et d’os. Tout suggérait la puissance à l’état brut, une force colossale dont elle avait eu un aperçu dans l’église en ruine, il y avait presque deux ans.

Dans son immobilité, cette puissance paraissait annihilée mais c’était pourtant bien sur une arme - ô combien redoutable - que la main de la jeune femme était posée.

Cette proximité du danger avait quelque chose de grisant et d’inquiétant à la fois, évoquait le risque, la violence, la sauvagerie d’un fauve…

Face à une telle puissance, elle était démunie, elle l’avait amèrement constaté, mais, pour l’heure, cette puissance était inactive.

Etrangement inactive, d’ailleurs ; cela en était presque inquiétant.

Tifa déplaça un peu la main pour sentir battre le pouls, au creux du bras, et un muscle se durcit sous ses doigts, lorsqu’elle bougea l’aiguille de la perfusion par mégarde.

Le grand corps était donc non seulement bien vivant mais réagissait un peu à ce qui l’entourait.

Endormi mais pas insensible.

Apaisante, et comme pour effacer le souvenir de la douleur qu’elle avait involontairement provoquée, la main de Tifa se fit presque caressante en épousant la courbe du bras puissant aux muscles incroyablement durs… et doux comme le marbre.

Diable ! Comment un homme pouvait-il avoir une peau aussi lisse ?

Curieuse, la jeune femme explora du bout des doigts la partie interne de l’avant-bras, plus souple et plus claire encore que le reste, et remonta à nouveau jusqu’au creux du coude, suivant le chemin d’une veine qu’on apercevait par transparence.

La peau était si douce qu’elle en paraissait presque soyeuse.

Surprenant…

Etait-ce l’un des effets secondaires du mako sur l’épiderme ?

Elle en détailla le grain à la lumière tamisée du laboratoire et rien n’échappa son examen attentif : une griffure sans gravité sur le biceps, le tatouage noir « J8 » sur le haut du bras, déformé par la croissance comme une cicatrice enfantine, la marque d’un pli du drap sur l’épaule et, derrière l’oreille, une petite mèche rebelle collée à la peau moite, dans le creux où la chair semblait plus tendre…

L’oreiller coincé derrière la nuque de Loz soulevait un peu le haut de son thorax, lui rejetant les bras en arrière, ce qui avait pour effet d’élargir encore ses épaules et de projeter son torse en avant, faisant saillir les muscles pectoraux de façon presque provocante tout en accentuant l’étroitesse de ses hanches.

Admirative, Tifa considéra les muscles fortement dessinés et l’allure élégante et très virile de sa silhouette, son torse formant un V parfait.

Dans le lit étroit, Loz semblait encore plus grand que dans l’église.

Dieu, quelle redoutable machine de guerre la Shinra avait créée là !

Sans se rendre réellement compte de ce qu’elle faisait, un peu comme on caresse la fourrure soyeuse d’un animal par réflexe, elle fit glisser la main sur l’ample poitrine qui, dans sa nudité, offrait les sensations les plus étonnantes, à commencer par cette curieuse odeur sucrée, si entêtante…

Les doigts de Tifa parcouraient avec agilité la surface onctueuse du torse, frottant un peu la peau pour en accentuer le parfum. Ses phalanges écartées trouvaient parfaitement leur place sur les reliefs, s’y logeaient, creusaient les carrés saillants des muscles abdominaux et, sur les flancs, elle sentit, toute proche, la résistance des côtes.

Et cette odeur… Bon sang, cette odeur…

Elle se pencha un peu pour la sentir presque à même la peau tiède, si bien que ses longs cheveux bruns vinrent effleurer la poitrine de Loz et l’aréole rose de son sein, qu’elle caressa involontairement de son souffle, faisant se hérisser la peau.

- Beau bébé, hein ? chuchota Shalua à son oreille, la faisant descendre d’un coup des sommets sensuels où elle s’était hissée.

Tifa recula d’un coup, comme si un serpent venait de la mordre, et piqua un fard comme rarement Shalua avait eu l’occasion d’en voir sur le minois de son amie.

- Pardon, je ne… Désolée.

Elle leva les yeux vers le visage de Loz, craignant presque de le voir la dévisager de ses étranges yeux félins couleur mako, son hideux sourire sarcastique lui déformant la bouche, mais ses paupières étaient closes, ses longs cils frôlant presque ses pommettes hautes.

Tiens…

Sans leur aspect agressif, ses traits devenaient étrangement gracieux : un front large et lisse, de délicats sourcils obliques, un nez élégant, fin et droit, des lèvres un rien boudeuses, pleines et joliment ourlées…

Plus anguleux et viril que celui de ses frères, le visage du jeune homme était indubitablement séduisant, personne de sensé ne pouvait le nier.

- Ne t’excuse pas, la rassura Shalua en passant la main dans les courts cheveux argentés du dormeur d’un geste doux. Contrairement à Kadaj, les contacts physiques semblent apaiser les jumeaux. Pas vrai, mon grand ?

Une larme roula sur la tempe pâle de Loz et se perdit dans ses cheveux de mercure.

Tifa hoqueta.

- Il… On dirait qu’il pleure !

Shalua sourit et essuya les grands yeux en amande à l’aide d’une compresse stérile.

- Il rêve, ce n’est rien. Il est sensible, notre grand costaud…

- Qu’est-il arrivé à l’autre, au fait ?

- Yazoo ? Son rythme cardiaque s’emballe par moments ou ralentit dangereusement. J’ignore pourquoi. C’est pas tout ça, ma belle, mais il faut retourner là-haut, je le crains.

Tifa se leva d’un bond, trop heureuse de quitter l’ambiance devenue un peu oppressante du laboratoire, mais ne put s’empêcher de jeter un dernier regard au grand corps qui l’avait tant troublée.

- Tu as l’air d’avoir une tendresse particulière pour… « Yazoo baby », ne put-elle s’empêcher de faire remarquer en grimpant l’escalier qui menait au premier.

- Tu comprendras pourquoi dans un petit moment, ma belle, répondit Shalua avec gravité.

Son amie grimaça.

- Et pourquoi ai-je l’impression que ça ne va pas me plaire ?

La soeur de Shelke lui tapota le dos de sa main valide.

- Courage, c’est presque fini. Et si tu es bien sage, ajouta-t-elle au creux de son oreille, taquine, je t’autoriserai même à soulever le drap du beau Loz, la prochaine fois…

- Shalua ! s’écria Tifa, mi-choquée, mi-amusée.

- Tu ne seras pas déçue. Aussi costaud qu’il en a l’air, parole d’honneur.

Piquée par le jeu, son amie lui lança une oeillade assassine.

- Aussi costaud que notre très séduisant et très marié « Cid baby » qui t’a dévorée des yeux toute la soirée, tu crois ?

Shalua gronda et poussa la porte de l’escalier donnant sur le couloir du premier.

- Ca, c’était un coup bas !

Sur le pallier, Reno se planta devant elles, les bras croisés, la mine défaite et le regard grave.

- Ravi de voir qu’il y en a qui arrivent encore à se marrer…

- Tu es bien la dernière personne que je m’attendais à entendre faire ce genre de remarque, Reno ! nota Tifa.

- Alors ? insista le turk. C’était quoi l’alerte ? Le patron s’inquiète.

- Une petite arythmie de la part du « spécimen J9 », répondit Shalua. C’est réglé.

- O.K. Je transmets.

Il disparut dans le couloir et Shalua agita sa main valide devant son nez pour chasser un léger relent d’alcool.

- Tu sens ? demanda-t-elle à Tifa.

Celle-ci laissa échapper un petit sifflement ironique.

- Je ne suis pas scientifique mais je ne pense pas m’avancer en disant que c’est pas des phéromones au mako, ça…

…à suivre

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VIII - Le parfum des souvenirs

« L’homme fort et courageux doit imiter l’arbre de santal qui,

lorsqu’on l’abat, parfume la hache qui le frappe…»

Proverbe hawaïen

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

Adossée à la porte des cuisines du manoir, Tifa grelottait dans la semi obscurité, vêtue d’un simple pull de laine gris et d’un pantalon de cuir rentré dans des bottes épaisses.

La nuit était claire et l’air pur, bien que mordant, la vivifia. Elle en avait besoin après ce qu’elle venait de voir.

Loz…

C’est une chose d’avoir un ennemi en face et de le combattre la tête froide, en donnant le meilleur de soi-même, proprement et sans haine véritable ni sentiment réel quel qu’il soit autre que celui de remporter la victoire ; c’en était une autre de réaliser que l’ennemi en question était un être humain avec un passé, des terreurs et des souvenirs qui auraient même ébranlé la pire des brutes.

Loin de la jeune femme l’idée de considérer ce brave Rude comme telle mais même lui n’avait pu cacher sa révolte à la vue des horribles images. Pourtant, Tifa le connaissait suffisamment maintenant pour savoir à quel point il était doué pour cacher ce qu’il ressentait…

- Tifa ?

Elle sursauta et laissa échapper un petit cri surpris.

- Ca va ? s’enquit Cloud. Tu vas attraper froid, à rester là, dehors.

La jeune femme prit une profonde inspiration et secoua la tête.

- Si je retourne là-dedans maintenant, je vais encore être malade.

Son ami d’enfance hocha la tête et s’appuya au chambranle de la porte en lui pressant affectueusement l’épaule.

- Ca t’a rappelé de mauvais souvenirs, hein ? Ca ne se reproduira pas, Tifa, je te le promets.

Elle roula de grands yeux, ne comprenant absolument pas où Cloud voulait en venir.

- Hein ? Quels souvenirs ?

- Je te protégerai. Je ne laisserai pas ce taré consanguin s’approcher de toi ou de Marlène.

Tifa faillit se frotter vigoureusement les oreilles pour être certaine d’avoir bien entendu.

- Cloud tu… C’est tout ce que tu… C’est tout ce que ces images te…?

Elle était si choquée qu’elle ne parvenait pas à trouver ses mots.

- Ne me dis pas que… que tu crois que c’est la peur de me retrouver en face de ce colosse qui m’a rendue malade, si ? s’étrangla-t-elle.

Le jeune Soldat la dévisagea un moment et secoua furieusement la tête.

- Non, ce n’est pas ce que je voulais dire, mentit-il effrontément. Je sais très bien que tu es une combattante hors pair et…

Elle leva la main pour l’interrompre.

- Arrête !

- Tifa !

Elle repoussa la main qu’il tendit vers elle.

- Tu as raison, Cloud. Je crois qu’on ne se comprend décidément plus. Mais ça ne date pas d’aujourd’hui…

- Quoi ? Tifa, attends !

Elle disparut à l’intérieur et Cloud jura, résistant à l’envie de lui lancer une ou deux piques bien senties.

Ce que son amie d’enfance pouvait être agaçante, par moments ! Si seulement elle avait un dixième de la patience et de la douceur d’Aerith… Rien qu’un dixième !

A la pensée de la jeune marchande de fleurs, son regard se perdit dans les étoiles.

- Où es-tu, Aerith ? murmura-t-il. Tu me manques tellement… Tellement…

***

- Je descends tout de suite, Merill, promit Shalua à son assistant en prenant la direction de l’escalier du sous-sol. Non, prépare-en 10 millilitres, mon coeur, ça devrait suffire.

Elle rangea son téléphone dans une poche de sa blouse blanche et s’apprêtait à dévaler les marches lorsqu’elle remarqua Tifa, appuyée au mur et la mine verdâtre.

- Eh ! Ma belle… Ca va ?

La jeune femme secoua la tête.

- Pas très fort Shalua, non. Tu n’as pas arrêté la projection à cause de moi, j’espère ? Je suis désolée, je…

- Non ! la coupa la soeur de Shelke en agitant sa main valide. Pas du tout. C’est à cause de mon nouvel assistant, Merill. Adorable mais il s’affole au moindre « bip ». Accompagne-moi en bas, je te donnerai quelque chose pour te soulager.

Tifa lui adressa un regard reconnaissant.

- Merci, Shalua. Ce n’est vraiment pas de refus…

Elle lui emboîta le pas dans l’escalier puis réalisa à mi-chemin qu’« en bas », c’était le laboratoire du manoir… L’endroit où se trouvaient fatalement Sephiroth et ses frères - ou devrait-elle dire ses « fils » ?

Un début de malaise la saisit de nouveau à cette simple pensée et elle dut s’appuyer sur celle qui était devenue son amie la plus proche au fil des mois pour descendre la dernière volée de marches.

***

« Mère… Tu entends ? Tu entends ses cris silencieux ? »

« Oui, mon fils… Je suis désolée.»

« Pourquoi ne font-ils rien pour le soulager ? Où est Vincent ?»

« Ca va aller, quelqu’un va venir, j’en suis sûre. »

« Son coeur bat comme celui d’un moineau pris au piège… Il a tellement peur… Va le voir, mère.»

« C’est impossible. »

« Je t’en supplie ! »

« Calme-toi, mon fils bien aimé, calme-toi. Quelqu’un vient, je le sens, ce n’est qu’une question de secondes. Ecoute… »

« N’aie pas peur, tendre Yazoo… N’aie pas peur, petit frère… N’aie pas peur… »

***

Les alarmes stridentes des machines se turent et Tifa s’aperçut qu’elle agrippait nerveusement les accoudoirs du fauteuil de Shalua. Elle y avait pris place en attendant son amie qui, sitôt arrivée, s’était précipitée dans la pièce à côté, laissant la porte de son petit bureau entrouverte.

C’était donc là, qu’ils étaient… Sephiroth et ses frères.

La jeune femme considéra le rai de lumière bleuâtre qui filtrait par l’entrebâillement de la porte et son coeur s’emballa, emporté par une bouffée d’angoisse irrépressible.

Elle se força au calme en prenant une profonde inspiration.

« C’est ça, respire calmement, ma vieille Tifa… Inspirer, expirer, inspirer, expirer… Par le ventre et lentement…»

Ne pas penser au météore… Ne pas penser à Aerith… Ne pas penser à Kadaj se désintégrant dans les bras de Cloud… Ne pas penser à Omega… Ne pas penser aux deux minuscules petites créatures s’agitant dans la matrice d’un cadavre… Ne pas penser… Surtout ne pas penser !

Inspirer…

Expirer…

Inspirer…

« Cette odeur… »

Le petit bureau de Shalua, impeccablement rangé, sentait bon la cire d’abeille mais une autre odeur, plus doucereuse, pénétrait depuis le laboratoire.

De l’éther ?

Oui, de l’éther mêlé à un étrange parfum floral très sucré. Du miel ? Non… Du pollen, plutôt, ou du nectar ? Bon sang, où avait-elle déjà senti cette odeur ?

Tifa se concentra sur cette dernière dans l’espoir d’échapper à ses angoisses.

Elle ferma les yeux, dilata les narines et un parterre de fleurs se dessina dans sa mémoire. Des dizaines de fleurs et de l’herbe douce qui lui chatouillait la joue et la nuque dans une église en ruine…

Aerith…

Le bureau sentait comme l’église d’Aerith, elle s’en souvenait à présent.

Les fleurs…

C’est ça. Ce parfum l’avait enveloppée lorsqu’elle s’était retrouvée allongée sur le parterre de fleurs.

Elle prit une grande inspiration et sourit, laissant le doux effluve imprégner ses poumons.

- Ca sent bon, hein ?

Elle tressaillit si fort qu’elle faillit choir du fauteuil, au grand amusement de Shalua.

- Eh ! Bien, ma belle ! En voilà un sursaut !

- Désolée, murmura Tifa en souriant malgré elle. Je crois que je suis vraiment sur les nerfs.

La soeur de Shelke lui tendit un verre où elle versa le contenu d’un cachet effervescent.

- Moi aussi, j’aime cette odeur, fit-elle.

- Elle me rappelle de bons souvenirs…

Shalua plissa le front.

- Ah ? J’aurais cru le contraire. Le labo en est saturé mais tout le monde n’y est pas sensible. Merill, lui, ne la sent pas du tout.

Tifa avala le médicament en grimaçant et tiqua. Des fleurs dans le labo ?

- Saturé ? Tu fais des expériences sur les cultures transgéniques ou un truc comme ça ? Un nouveau projet de Rufus ?

Shalua ouvrit la bouche, marqua un temps d’arrêt puis, comprenant de quoi il retournait, éclata de rire.

- Ce ne sont pas des plantes qui sentent comme ça, bête que tu es !

- Ah non ? Quoi alors ?

- C’est l’odeur typique des phéromones produites par des organismes saturés de mako.

Tifa, comprenant ce que cela signifiait, sentit ses joues devenir cuisantes.

- C’est… C’est eux qui sentent comme ça ? bredouilla-t-elle à mi-voix en désignant discrètement la porte du laboratoire.

- Tu peux parler normalement, tu sais, ils ne risquent pas te t’entendre, répondit son amie sur le même ton avec une pointe d’ironie.

« Mais alors… Le parfum sucré qui flottait dans l’église… » réalisa Tifa, rougissant de plus belle et essayant de chasser l’image d’un homme immense vêtu de cuir noir, accroupi au-dessus d’elle dans un parterre de fleurs.

La voyant virer à l’écarlate, Shalua ouvrit la bouche pour faire un commentaire sarcastique mais les alarmes des machines l’en empêchèrent.

- Shalua ! appela Merill depuis le laboratoire. C’est Yazoo ! Ca recommence !

- Merde !

La jeune femme se précipita aussitôt et, celle fois, ne prit même pas le temps de repousser la porte.

Sur le seuil, où elle avait été attirée comme par un aimant, Tifa se raidit, fascinée, incapable de détourner le regard du grand corps argenté flottant dans une cuve de liquide verdâtre à l’autre bout de la grande pièce.

Sephiroth…

…à suivre

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I - Revenus du néant

“Supplier à tes pieds en pleurant mes angoisses ?
Plutôt rire et danser sur ma propre carcasse,
Renier ma famille et ma race et ma foi
Que de plier ainsi le genou devant toi.
Je déboute les dieux de leurs droits sur mon sort.
Pour être libéré, je réclame ta mort !
A toi, mon compagnon, je jure que demain
Il faudra rendre l’âme… à qui elle appartient ! “

Claude Neix ” Les chroniques d’Ishmaar”

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

Une terre humide s’insinuait dans sa bouche et ses narines, collait à sa peau nue. Il eut un haut-le-coeur et cracha, essaya de se redresser sur un coude mais ses bras ankylosés refusèrent de le soutenir.

Où était-il ?

Il ouvrit les yeux. Rien. L’obscurité, le bourdonnement des insectes et le clapotis de l’eau glacée, où ses jambes à demi paralysées par le froid baignaient encore.

Il voulut prendre une goulée d’air mais une brûlure indescriptible irradia dans sa poitrine et il s’étouffa avec le liquide qui lui congestionnait les poumons.

Il toussa, crachat un filet d’eau verte phosphorescente et cria de douleur.

Son hurlement se répercuta sur des murs invisibles dans les ténèbres.

Une grotte ?

Grelottant, respirant avec difficulté, il rampa tant bien que mal loin du cours d’eau pour s’asseoir péniblement sur le sol meuble et tourna la tête en tout sens. Nulle lumière hormis la faible lueur verte - des restes de mako très dilué ? - qui nimbait l’eau comme de la vapeur phosphorescente, bien insuffisante pour distinguer quoi que ce soit.

Quel était ce lieu où circulait une rivière souterraine souillée de mako ? Et pourquoi son corps, rompu à mille exercices et entraîné à supporter les températures les plus extrêmes, lui semblait-il soudain si fragile, si douloureux et la morsure du froid si intense ?

A présent que ses poumons s’étaient totalement vidés du liquide qu’ils contenaient, il récupérait petit à petit son sens de l’odorat.

La pestilence du lieu le prit à la gorge : un mélange de relents de boue glaireuse, de mako et de mousse décomposée.

Un long frisson agita sa peau bleuie où le froid avait hérissé jusqu’au plus fin duvet argenté, si pâle par endroits qu’il en était transparent.

Comment sortir de là ? Y avait-il seulement une sortie ? Et comment était-il arrivé en un tel endroit ?

« Ne panique pas, Sephiroth… » se tança-t-il « Surtout ne panique pas… Réfléchis. Réfléchis, bon sang ! »

Mais réfléchir, il en était bien incapable. Tout s’embrouillait dans sa tête et le froid l’engourdissait le plus en plus.

Il était tellement, tellement fatigué…

Quelle était la dernière chose dont il se rappelait ? Voyons… Un voyage. Un voyage pour…

Le réacteur !

Oui, il devait aller vérifier quelque chose dans le réacteur mako de Nibelheim… mais quoi ?

Avec un gémissement plaintif, il se roula en boule, ramena ses genoux tout contre sa poitrine, y nicha le menton et ferma les yeux.

Gourd, affaibli et transi de froid, il s’endormit sans même s’en rendre compte.

***

On lui tapota l’épaule.

La caresse douce et timide d’une femme ? Ou peut-être d’un adolescent…

Une jeune recrue chargée de venir le réveiller en pleine nuit ? S’était-il passé quelque chose ? Encore un problème avec un réacteur ?

Dans un demi-sommeil, ses doigts se refermèrent sur la main fine pour l’immobiliser et la chasser de son épaule.

Elle était petite, fragile et glacée.

- Grand frère ? Grand frère, réveille-toi, nous avons besoin de toi.

« Grand frère ! » Et pourquoi pas « vieille branche » ou « frangin » tant qu’on y était ? Quelle familiarité ! Le respect ne semblait décidément plus partie des bases élémentaires enseignées aux jeunes recrues !

Il voulut s’étirer et faillit crier tant ses muscles étaient raidis et le faisaient souffrir.

Nul soleil ne réchauffait son visage travers la vitre de la fenêtre de ses quartiers. Nul drap tiédi par la chaleur de son propre corps ne lui chatouillait la joue. Et la voix de la jeune recrue ne lui disait absolument rien.

Il ouvrit les yeux.

L’obscurité seule fut témoin de son désappointement et de la panique qui s’ensuivit.

- Par tous les démons de la planètejura-t-il.

Alors ce n’était pas un simple cauchemar ?

Il n’était pas dans ses quartiers, il était vraiment dans la grotte glaciale !

Il s’agrippa à la main qu’il tenait toujours dans la sienne et trouva une épaule.

- Grand frère… sanglota à nouveau la voix. Grand frère, nous sommes perdus. Mère nous a abandonnés !

Il aurait juré pouvoir reconnaître cette voix si elle n’avait été brisée par la terreur. Mais, par tous les démons du cosmos, pourquoi ce garçon l’appelait-il « grand frère » ?

Sephiroth lutta pour se rappeler.

En vain.

- Où sommes-nous ? finit-il par demander en massant son épaule ankylosée. Qui es-tu ?

- Grand frère ne nous reconnaît plus ? geignit une seconde voix, un peu plus rauque que la première et probablement plus âgée, faisant sursauter le soldat.

- Pleure pas, Loz. Il est choqué, c’est tout. Ca va lui revenir.

Sephiroth tressaillit et aurait bondi sur ses pieds si le garçon dont il tenait toujours la main ne s’était agrippé à son bras - ce qui, soit dit en passant, était anormalement douloureux.

- Que… qui êtes-vous ? s’écria-t-il en essayant de se dégager, faisant craquer la jointure de son coude. Combien êtes-vous, ici ?

- Qui nous sommes ? Tu as donc vraiment tout oublié ?

Un bref sanglot déchirant résonna dans les ténèbres.

- Pleure pas, Yazoo !

Le soldat lutta contre la démence qui menaçait de le gagner.

Qui étaient ces gens ? Comment avait-il atterri là ?

Se rappeler… Se rappeler !

Le noir.

La douleur et le froid.

La peur et la chute dans le vide… Un abîme de mako, glacé et sans fond

L’eau dans sa bouche, le froid et la terreur.

Des sensations floues, vagues et inutiles.

Il secoua la tête et déglutit péniblement pour chasser un début de nausée.

- Où sommes-nous ? demanda-t-il. Où est la sortie ?

Il sentit les mains fragiles qui enserraient à son bras accentuer leur pression, le faisant grimacer, et se mettre à trembler.

- Dehors, tout est si étrange, grand frère…

Le soldat se leva avec difficulté, le garçon toujours agrippé à lui.

- Dehors ? Où ça, dehors ? Montre-moi !

Les mains frémissantes le guidèrent vers une sorte d’escalier naturel qu’ils grimpèrent à tâtons et qui débouchait sur ce qui s’avéra être un tunnel enténébré menant à une petite grotte, au sommet d’une montagne. Un vent glacé dans lequel voltigeaient quelques flocons de neige s’engouffrait par rafales dans la cavité. La température y était encore plus glaciale que près de la rivière souterraine.

Après autant de temps passé dans l’obscurité totale, la lumière pourtant pâle et grisâtre du début de matinée éblouit le soldat… qui eut un haut le cœur en voyant distinctement pour la première fois le tout jeune homme accroché à son avant-bras - ainsi que ses deux compagnons, qui lui avaient emboîté le pas.

Ils étaient nus, comme lui et souillés de boue verdâtre. Leurs magnifiques visages étaient tordus par la peur et leurs corps parfaits marqués d’ecchymoses. Leurs splendides chevelures argentines, identiques à la sienne, étaient encore humides et leurs yeux…

« Par la foudre du ciel, ces yeux… »

Le juron s’étrangla dans la gorge de Sephiroth, qui se dégagea brutalement de l’étreinte du garçon, provoquant un nouveau craquement - à la jointure de son épaule, cette fois.

- Mais que… Qu’est-ce que vous êtes ? bredouilla-t-il avec un violent mouvement de recul, comme si on l’avait frappé. D’où est-ce que vous sortez ?

Celui qu’il venait de repousser, et qui paraissait être le plus jeune des trois, s’approcha avec prudence et ses étranges yeux fendus d’un vert topaze, copie conforme de ceux du soldat, s’attristèrent.

- Tu ne te souviens vraiment pas de nous ?

Le coeur au bord des lèvres, rattrapé par le souvenir vague de créatures monstrueuses dans des cuves de mako, près du réacteur, Sephiroth recula encore jusqu’à s’aplatir contre le mur rugueux.

- N’insiste pas, ça ne sert à rien. Il nous a vraiment oubliés…

Celui qui venait de parler, grand, droit et magnifique dans sa nudité à peine voilée par une longue chevelure brillante et fluide comme le mercure, s’était avancé au milieu de la grotte.

A dix ans près et quelques kilos, il aurait pu être le jumeau de Sephiroth et considérait ce dernier avec un mélange de colère et d’accablement.

- Il nous abandonne, lui aussi, reprit-il. Tout comme mère ! Nous avons échoué. Nous ne leur servons plus à rien ! (un sanglot enfantin l’interrompit) Pleure pas, Kadaj. On se débrouillera seuls. Nous n’avons pas besoin de lui ! Ni de mère !

Il fit mine de quitter la grotte mais le plus âgé des trois garçons, un grand gaillard aux cheveux courts, le retint par le bras.

- Attends ! C’est grand frère, on ne peut pas le laisser là !

- Tais-toi, Loz ! Tu ne vois pas qu’il n’en a rien à fiche de nous ? Personne ne veut de nous, de toute façon !

L’interpellé grimaça.

- Pourquoi ne veux-tu plus de nous ? demanda-t-il au soldat avec la franchise et la candeur désarmante d’un petit garçon. Tu ne nous aimes plus ?

Sephiroth hoqueta et cligna des yeux, totalement pris au dépourvu par la naïveté de la question.

D’où diable sortaient ces phénomènes de foire ? D’un labo clandestin ?

Un Dieu espiègle avait-il trouvé amusant de le jeter en enfer avec des expériences ratées de lui-même affublées de cerveaux d’enfants de cinq ans ?

Le sien opta pour la seule échappatoire possible lorsqu’on se retrouve perdu, nu et sans armes dans une situation aussi ubuesque qu’inextricable.

Il perdit connaissance.

…à suivre.

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