LXV - Chibi Face
” Un ami, c’est quelqu’un qui vous connaît bien…
et qui vous aime quand même. ”
Hervé Lauwick
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Rédaction : Shiva Rajah
Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)
Illustration : Studio Gothika
Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !
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Lorsque Vincent et les soldats du WRO qui l’accompagnaient firent irruption dans la grotte surplombant le ravin où coulait la rivière de la vie, ils furent saisis par le spectacle qui s’offrit à eux.
A quelques pas à peine du bord de l’abîme, Genesis semblait défier… Genesis !
- Qu’est-ce que… bredouilla l’un des soldats, ébahi.
- Shelke, as-tu une idée de ce qui se passe ? demanda l’ex turk à la jeune fille.
Celle-ci observait la scène, aussi surprise que ses compagnons, mais analysa immédiatement la situation.
- On dirait qu’il essaye de récupérer son propre corps, Vincent. Et il n’est pas seul, regarde.
Elle désigna les deux formes opalescentes qui observaient elles aussi la scène avec inquiétude et Vincent laissa échapper un cri.
- Lucrecia !
Tous se tournèrent alors vers lui et, profitant, de la diversion, le voleur du corps de Genesis s’en débarrassa comme d’un vieux vêtement pour plonger dans l’abîme où coulait la rivière de la vie avec un rire fou.
Le corps désincarné de Genesis voulut le suivre mais Angeal, le second ” fantôme ” présent, s’interposa.
- Non ! Recupère ton corps et rejoins ces hommes ! ordonna le Soldat avant de plonger derrière Hojo.
Lucrecia voulut sauter à son tour mais Vincent l’appela encore.
- Non ! Lucrecia ! Attends !
- Nous nous verrons bientôt, Vincent, je te le promets… dit-elle avant de se lancer à son tour dans l’onde tourbillonnante. Je te confie Genesis.
- Lucrecia !
Il se précipita au bord du précipice, où l’essence désincarnée du soldat s’était agenouillée près de son propre corps.
- Il n’est pas là… bredouilla-t-il en enfonçant une main translucide dans la poitrine sanglée de cuir. Comment est-ce possible ?
- Tu es Genesis, n’est-ce pas ? demanda Shelke, qui s’était approchée à son tour. Le ” vrai ” Genesis ?
Celui-ci hocha la tête, hébété.
- Où est-il ? demanda-t-il. Où est le garçon qui avait pris ce corps ?
Vincent se tourna vers eux.
- Nero ? En sécurité. Très affaibli mais il reconstitue son enveloppe et ses organes petit à petit.
Genesis secoua la tête, sceptique.
- Il reconstitue son enveloppe ? Mais… Avec quoi ? C’est impossible ! Il… Il n’a rien pris. Pas une seule cellule. Mon corps est intact !
- Nous l’avons mis dans un caisson mako, l’informa Shelke.
- Un caisson mako ? répéta-t-il, visiblement préoccupé. Mais ça ne suffira jamais !
- Est-ce Hojo que nous avons vu plonger dans la rivière ? demanda Vincent, encore sous le choc de ce qu’il avait vu.
- Oui. Oui, c’était bien cette ordure d’Hojo. Comment… Comment Nero s’y est-il pris ? insista Genesis.
Shelke leva le sourcil, étonné de l’inquiétude de l’ancien soldat pour le second des Tsviets.
- Pas de la meilleure façon, je le crains, mais il n’avait pas vraiment le choix. Le fait de devoir reconstituer son corps avec la force de son seul moi psychique l’a fortement affaibli et, à entendre ma sœur, il est aussi fragile qu’un nouveau-né.
- Récupère ton enveloppe et partons d’ici, ordonna Vincent. Il nous faut nous dep…
- Non, le coupa Genesis. Si je réintègre mon corps, je ne pourrais plus en sortir.
L’ex turk ouvrit de grands yeux.
- Tu préfères donc rester un fantôme ?
- Bien sûr que non ! Mais j’aimerais d’abord que Nero y prenne la matière suffisante pour se régénérer et, pour cela, il faut lui amener ” vide “. D’après ce que me dit cette jeune fille, il n’aura jamais la force de s’y glisser si j’y suis déjà.
Shelke sourit.
- Alors Sephiroth avait raison, finalement. Tu sembles beaucoup aimer Nero et son frère.
- Sephiroth ? bredouilla Genesis. Alors cette femme disait vrai ? Sephiroth est… vivant ?
- ” Cette femme ” est sa mère, l’informa l’ex turk. Lucrecia Crescent. Et, oui, il est bien vivant.
Le soldat frotta son visage désincarné, visiblement très ébranlé.
- Je suis resté absent si longtemps…
Vincent et Shelke échangèrent un regard embarrassé.
Les soldats du WRO qui les accompagnaient, eux, ne savaient visiblement plus du tout à quel saint se vouer.
*
- Et tu ne m’as rien dit ? gronda Loz, fou de rage mais essayant de se contrôler pour ne pas malmener Nero, toujours blotti contre lui. Cette ordure a torturé mon fils !
- ” Cette ordure “ a tué le mien ! rétorqua Yazoo sur le même ton, faisant blêmir son frère. Qu’est-ce ce que tu crois ? Que je n’avais pas envie, moi aussi, de grimper dans ce satané hélicoptère pour aller régler son compte à cet enfant de salaud ? Tu crois que j’ai déjà oublié ce qu’il a fait à mon bébé ?
- Bien sûr que non. Je… Je suis désolé… Ce n’est pas ce que je voulais dire, murmura son jumeau, horriblement mal à l’aise. Mais ni Vincent, ni Rufus, ni toi n’aviez le droit de nous empêcher de régler son compte à cet homme !
- Peut-être avons-nous estimé que ta vie et celles de mes frères valait mieux que le plaisir fugace d’une vengeance ! railla le cadet, amer. Mille pardons d’avoir voulu vous protéger des griffes de ce Genesis et de Jenova !
- De quoi devons-nous être protégés, Yazoo baby ? On peut savoir ? demanda la voix de Cid, qui venait d’arriver dans leur dos, flanqué de Sephiroth et de Cloud.
Yazoo ferma les yeux et pinça les lèvres, anéanti.
Il avait juré à Reno de garder le secret sur la mission et, en trois heures à peine, il avait déjà réussi à mettre la puce à l’oreille à tous ses frères.
Quel piètre compagnon il faisait pour un turk aussi haut placé que Reno !
Il s’apprêtait à fournir une explication laborieuse lorsque le cri de Shalua, qui venait de sortir de son bureau le téléphone collé à l’oreille, l’interrompit.
- Merill ! Ils sont sur le toit ! Prépare la cuve et demande à Kadaj de descendre de toute urgence !
- Il est en si mauvais état que ça ? s’enquit son assistant, anxieux.
- A en croire Reno, oui. Cid ! Je vais avoir besoin de toi, là-haut !
- Mais enfin, qu’est-ce qui se passe, ici ? demanda Cloud, le regard allant de Shalua à Yazoo.
Cette dernière ne prit pas le temps de répondre et quitta l’infirmerie en tirant le pilote interloqué par le devant de son t-shirt.
L’argenté, lui, sentit ses joues s’empourprer sous le regard croisé de ses frères.
*
Weiss, sanglé à la civière se sentit ballotté en tout sens et il lui sembla entendre des voix d’hommes affolés autour de lui. Son esprit embrumé ne lui permettait de saisir que des bribes de leur conversation.
” …cassé …sérieux …urgence …Kadaj …cuve …dangereux pour lui …mako purifié ..Omega …Nero “
Nero…
Son petit frère…
Où était-il ?
- Ne…ro… gémit-il. Ne…ro…
Une voix douce de femme chuchota tout contre son oreille.
- Nero est en sécurité, je te le promets, tu le verras bientôt. Accroche-toi, mon grand, on va s’occuper de toi.
Il ne fallait pas que Nero le voie dans cet état. Cela le terrifierait. Il aurait voulu le dire à la femme mais il se sentait incapable de former une phrase cohérente.
Son petit frère n’avait jamais supporté de le voir malade ou malmené. Ca le rendait fou de peur et de chagrin. Comme il y a quatre ans, là-bas, au réacteur zéro, lorsque Weiss et ses lieutenants avaient enfin réussi à se débarrasser de leur bourreau, ce Restrictor maudit qui les avait enfermés et dressés comme chiens de combat.
Non…
Non, c’était injuste de dire ça…
Les chiens de combats étaient bien mieux traités !
Lorsque le Restrictor s’était effondré à ses pieds, Weiss s’était figé et avait attendu quelques instants. Une douleur… Une gêne… Un malaise… Un quelconque signe annonçant que le nanovirus qu’on lui avait injecté pour prévenir toute mutinerie, et qui devait se réveiller dans les trois jours suivant la mort de son bourreau, avait commencé son œuvre de destruction.
Le nanovirus…
Cette minuscule promesse de mort…
Le seul obstacle qui l’avait empêché de se révolter jusqu’alors.
Du moins jusqu’à ce qu’on attache Nero à cette colonne maudite dans ce sous-sol crasseux et qu’il l’entende hurler et l’appeler à l’aide jour et nuit…
Une seule chose comptait aux yeux de Weiss plus que sa propre vie : son petit frère. Et son premier geste d’homme libre, après avoir éliminé le Restrictor, fut d’aller libérer Nero.
- C’est fini … avait-il murmuré à son oreille lorsqu’il avait brisé les chaînes qui retenaient impitoyablement son corps menu contre la pierre dure. C’est fini, chibi face…
” Chibi face “…
Un sobriquet affectueux donné par Angeal Hewley et que le benjamin n’acceptait que de la part de son frère aîné.
Nero était resté un long moment blotti contre lui, dans ce sous-sol horrible, comme s’il voulait s’assurer de la réalité de son frère. Il lui fallut plusieurs minutes pour faire sortir quelques mots de sa gorge, écorchée à force de sanglots et de hurlements.
- Tu as… réussi… Tu as pu te… libérer de… lui… Je suis tellement… heureux… Mon frère… Bien aimé…
- Oui, chibi face, cette fois, c’est bien terminé.
- Comment ? Le virus… Comment as-tu…
- Nous trouverons, l’avait coupé Weiss. Ne t’en fais pas pour ça.
Nero s’était alors raidit dans ses bras et avait levé vers lui un regard épouvanté.
- Tu as tué le Restrictor sans… Sans anihiler… le virus ?
- Nous trouverons une solution, Nero, Shelke va me…
- Non ! avait hurlé son frère, en larmes en s’accrochant désespérément à lui.
- Nero, je…
- Il ne reste que trois jours, Weiss ! Comment vas-tu faire ?
- Pourquoi as-tu fait ça ? Pourquoi ? Pourquoi ? POURQUOI ? !
La dernière chose dont il se souvenait ensuite, était d’avoir pénétré grâce à Shelke dans la réalité virtuelle de la toile mondiale, à la recherche d’informations et… plus rien.
Jusqu’à ce que, trois ans plus tard, Vincent Valentine et son frère chassent (ou du moins l’avait-il cru) l’homme qui avait pris possession de son corps pour en faire l’hôte de l’Omega…
…à suivre
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