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X - La proie pour l’ombre

“Le méchant remue le couteau dans la plaie ;

la brute y plante en plus la fourchette !”

Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Journal de Rufus Shinra

Ne pouvant me résoudre à me rendormir, je suis allé dans la bibliothèque chercher des réponses à mes questions. J’ai fouillé dans ces livres où mon père a fait coucher par écrit toute l’histoire de ma famille.

Comme c’est ironique ! Lorsque j’étais enfant, je faisais tout pour échapper aux radotages de ces vieillards, qui me faisaient piquer du nez, et, à présent, j’ai recours à ces mêmes chroniques pour fuir ces cauchemars.

Il y a là des centaines de pages noircies d’écriture serrée, racontant des siècles de guerres, d’alliances et de tragédies. Je suis l’héritier de cette histoire et je dois protéger mon empire des maléfices et des mauvaises influences.

Je ne faillirai pas une seconde fois.

Je commencerai par écarter Sephiroth, puis je trouverai le moyen d’apaiser les dieux et la créature maudite qui nous pourchasse.

D’après ce récit, c’est bien un Démon qui gisait dans ce temple. Ce monstre, cet esprit errant de la nuit, avait l’apparence d’une panthère noire, mais d’après les légendes, il semblerait que ces créatures peuvent prendre n’importe quelle forme.

Si c’est une telle chose que nous avons réveillée, que les Dieux aient pitié de nous. Ces démons sont avides de sang et ne cherchent qu’à assouvir leur soif.

Il est dit que celui-là, au terme d’un combat acharné, réussit à terrasser le fondateur de notre lignée.

A l’époque, le Démon-panthère avait causé des dégâts dans plusieurs temples de la région. Le fils aîné du fondateur, mon aïeul, avait donc organisé une battue avec l’aide des villageois de la région. Pendant plus d’un mois, ils ont traqué la bête en vain. Elle apparaissait à la nuit tombée, tuait puis disparaissait dans les ténèbres jusqu’à son prochain forfait.

Ils l’ont finalement débusquée, acculée dans le plus ancien de nos sanctuaires, le temple de Gongaga, et mon ancêtre l’a achevée lui-même. Il a insisté pour que sa dépouille soit aussitôt scellée dans ce temple, construit par son propre père pour remercier les dieux de sa fortune. Un prêtre a ensuite apposé des sceaux, les portes du temple furent condamnées et l’accès fut bouché par des blocs de pierre.

Je me demande si ce n’est pas à dessein qu’ils ont minimisé les commémorations de ces événements. Peut-être mon aïeul se sentait-il coupable d’avoir mis tant de temps à arrêter le Démon.

Il y a plusieurs autres détails insolites, aussi. Je peux comprendre que mon ancêtre ait voulu mettre autant de protections que possible entre lui et le Démon, même mort, mais pourquoi ne pas plutôt incinérer le cadavre de la bête ?

L’emplacement choisi pour le temple est le plus curieux, cependant. Je pensais qu’il avait été creusé dans la roche spécialement pour y emprisonner les pouvoirs maléfiques d’un démon, mais d’après les textes c’est la première victime du monstre qui en a décidé la construction, et ce bien avant l’apparition de l’esprit.

Dans ces conditions je ne m’explique pas son étrange situation. Mes ancêtres n’avaient pas pour coutume de creuser des habitats troglodytes.

Il faut que j’en sache plus sur ce qui s’est passé, mais si même les chroniques de ma propre bibliothèque ne peuvent me répondre… j’ignore qui le pourra.

Peut-être en existe-t-il une copie plus complète ailleurs. Au musée cetra de Midgar, peut-être ?

J’ai tellement à faire et si peu de temps…

*

La première chose qui me frappa fut la foule.

De l’orée de la forêt qui longeait la rivière jusqu’au bord de cette dernière, les berges étaient noires de monde. Des centaines de personnes lavaient leur linge, faisaient boire les bêtes, pêchaient ou se baignaient.

Je n’osais même pas imaginer le nombre de saloperies que devait charrier le cours d’eau !

- Attendez ici, Monsieur, je vais chercher le saint homme, proposa aimablement Zack.

Je m’assis donc sur l’une des marches de pierre grossièrement taillées qui descendaient jusque dans l’eau et attendis patiemment tandis que le poulain d’Angeal se faufilait au milieu de la foule.

Mes longs - trop longs ? - cheveux argentés et ma haute taille attirèrent immédiatement l’attention et j’entendis des murmures et des rires s’élever dans les groupes de femmes vêtues de robes humides.

A mon grand étonnement, je me sentis rougir. Je baissai la tête et, chose qui ne m’était jamais arrivée jusque là, fis même des vœux pour qu’aucune d’entre elles ne m’approche ou ne m’adresse la parole.

Le moment passé avec Angeal dans le 4×4 m’avait-il vacciné à vie contre la gent féminine ?

Par contre, je laissai mon regard courir avec plaisir sur les corps masculins dégoulinants d’eau. La plupart des Gongagiens étaient minces et avaient des muscles secs et bien dessinés. Je me pris à imaginer à quel point leur peau devait être douce et parfumée lorsque Zack me toucha l’épaule, me faisant tressaillir.

- Le saint homme vous invite à le rejoindre dans la forêt sacrée, Monsieur.

Le cœur battant, je me levai et le suivis à travers la foule, ne pouvant faire autrement que de frôler les corps à demis nus.

Il m’entraîna à quelques cinquante mètres à l’intérieur des bois, où s’élevait un petit temple peint de couleurs vives. Là, à l’ombre d’un grand arbre aux branches ressemblant à des lianes et aux larges feuilles d’un vert tendre, se tenait l’ermite, assis en tailleur à même le sol. Il était entouré de plusieurs hommes et de deux femmes d’un certain âge qui l’écoutaient avec respect.

Dans ce curieux décor, il me parut soudain palpiter d’une étrange aura de sainteté, comme si une lumière invisible irradiait de sa personne.

Je mis cela sur le compte de mon appréhension et de l’angoisse que j’avais connue les nuits précédentes. Sans doute désirais-je voir en lui un être possédant quelque pouvoir susceptible de me délivrer du cauchemar éveillé qu’était devenue ma vie.

Zack s’inclina devant lui et lui tendit de la nourriture enveloppée dans un linge. Le saint homme hocha la tête en signe de remerciement et posa le paquet à ses pieds tout en me faisant signe d’approcher et de m’asseoir.

Les gens qui l’entouraient s’inclinèrent et s’esquivèrent discrètement.

Lorsque je le vis Zack se préparer à tourner les talons, je paniquai un peu.

- Tu ne restes pas ? demandai-je. Comment vais-je comprendre ce qu’il va me dire ?

- Il a demandé à rester seul avec vous, Monsieur, répondit le garçon. Vous comprendrez ce qu’il a à vous dire, ne vous en faites pas.

Malgré mon regard suppliant, il s’éloigna.

Comment allais-je parler à ce singe crayeux ? Je ne connaissais pas un seul mot de son étrange dialecte gongagien !

Je me tournai vers son visage impassible et mon estomac se contracta. Dans quoi m’étais-je donc encore embarqué ?

- Euh… Vous… Je ne… Euh… Zack did you explain my problem ? demandai-je en articulant exagérément.

Son expression ne se modifia pas.

- Do you understand what i say ? No ? Wutaïgo o hanashimasu ka ? Sprechen zi Nibelian ? Habla Coreliano ?

Il me fixa sans rien dire et je secouai la tête.

- Vous ne comprenez pas un mot de ce que je vous dis, hein ? Mais qu’est-ce que je suis venu faire ici, moi… maugréai-je en me passant la main sur le visage.

Je le regardai entre mes doigts. Il ne clignait même pas des paupières.

Je perdais mon temps et me maudis d’avoir nourri l’idée saugrenue que ce type pouvait m’aider en quoi que ce soit.

- Ecoutez, je suis désolé de vous avoir dérangé dans votre méditation ou je ne sais pas quoi, O.K. ? m’excusai-je en me levant. Continuez votre karma ou ce que vous voudrez, je vais me dépatouiller tout seul comme un grand. Restez tranquillement assis pendant qu’un fauve me colle aux basques et croque la moitié de la population de la région, surtout, ajoutai-je amèrement.

J’essuyai la poussière de mon pantalon et ajustai ma casquette.

- Vous êtes un ignorant. Oui. Nerveux et ignorant. Une bonne victime pour le Démon.

Je me figeai et baissai les yeux vers l’ermite pour m’assurer que c’était bien lui qui avait prononcé ces mots et que mes oreilles ne me jouaient pas de vilains tours.

Il affichait à présent une expression amusée.

- Vous me comprenez ? Vous… Vous avez toujours compris ce que je disais ? réalisai-je.

Il esquissa un sourire et je me sentis blêmir.

Combien de fois l’avais-je traité de “ macaque ” ou de ” primate crasseux ” sur le chantier ? Je devais avoir bonne mine tiens !

- Je comprends surtout que vous avez peur, répondit-il. Et vous avez raison, d’avoir peur.

Je me rassis lourdement en face de lui, la gorge soudain sèche.

- Que m’arrive-t-il, vieil homme ? Pourquoi moi ? Y avait-il réellement un démon, dans ce temple ?

Il secoua la tête.

- Si vous aviez creusé encore un peu, vous auriez vu le squelette du Démon. Du démon mort il y a longtemps, je veux dire.

J’essayai de comprendre ce qu’il voulait dire.

- Le démon mort ? S’il est mort, qu’est-ce qui me poursuit dans ce cas ?

- Un Démon.

Je secouai la tête.

- Mais vous venez de me dire qu’il était mort depuis longtemps !

- Oui. Celui du temple est mort longtemps.

- Vous voulez dire qu’il y en avait deux enfermés là-dedans ?

- Non.

Je soupirai. Je n’étais vraiment pas d’humeur pour jouer aux devinettes ésotériques.

- Pourquoi ce démon m’en veut-il à ce point ?

- Vengeance ? Jalousie ? Qui peut savoir ? Peut-être avez-vous éveillé quelque chose en lui. Sa part la plus sombre. Un vieux souvenir.

- Moi ? Mais ça n’a aucun sens. Je n’ai pas pour habitude de fréquenter les démons !

- Dans cette existence, non. Mais combien en avez-vous vécu ? Qui saurait dire ?

- Une vie avant la vie ?

Ca y est ! J’y étais. Cette fameuse croyance en la réincarnation avec un passage dans la rivière de la vie.

- Vous voulez dire que cette chose se vengerait de moi pour quelque chose que je lui aurais fait dans une vie antérieure ? essayai-je de demander sans éclater de rire.

- Oui.

- Et que suis-je supposé faire ? Une offrande ou un machin comme ça ?

Ses yeux devinrent deux fentes brillantes et son expression grave m’enleva soudain toute envie de rire.

- Savez-vous ce qu’est un métamorphe ?

- Une sorte de démon capable de se changer de forme ?

Il croisa les bras et inspira profondément.

- C’est une créature maudite. A la fois homme et fauve. Un être magique et puissant.

- Homme et fauve ?

- Oui.

Je levai un sourcil. Mais qu’est-ce que c’était encore que ces salades ?

D’abord des démons et maintenant des ” matous-garous “. J’étais dans de beaux draps tiens. Garou ou non, il fallait que je me débarrasse de cette chose.

- Comment peut-on le détruire ? demandai-je. Il doit bien y avoir un moyen ?

Il se pencha en avant.

- Oui. Mais c’est très difficile. Vous dev…

Il s’arrêta soudain de parler et renifla l’air.

- Quoi ? m’enquis-je avec inquiétude. Qu’y a-t-il ?

Il leva la main pour m’imposer le silence et sembla écouter. Mon cœur battit à une vitesse affolante. Le fauve m’avait-il retrouvé ?

J’entendis des brindilles craquer derrière moi et me redressai d’un bond, prêt au combat.

- Que faites-vous ici ? gronda Rufus Shinra.

S’il y avait quelqu’un que je ne m’attendais pas à voir en ce lieu, c’était bien lui !

Il ne portait qu’un pantalon de toile blanche dont la ceinture lâche lui retombait un peu trop bas sur les hanches et était pieds nus dans la poussière, en signe de modestie et de respect.

Si je l’avais trouvé beau dans son kimono hors de prix, ainsi débraillé et torse-nu, il me laissa sans voix. Ce type était une véritable gravure de mode.

- Comment osez-vous souiller ces lieux de votre présence ? persifla-t-il.

Son visage était tellement crispé et sa veine battait si fort contre sa tempe que je le crus au bord de la crise d’apoplexie.

- Je… Commençai-je la gorge nouée, incapable de détacher mes yeux de son corps de rêve. J’étais venu consulter le saint homme sur les événements qui…

- Partez ! s’écria-t-il. Des êtres tels que vous n’ont rien à faire ici !

J’allais répliquer vertement lorsque l’ermite gesticula en braillant dans notre direction.

- Voilà ! Vous êtes fier de vous j’espère ? hurla encore son altesse sérénissime à mes oreilles.

Il me poussa brutalement et je le regardai, ébahi, s’agenouiller devant le saint homme, s’aplatir dans la poussière et lui parler d’une voix suppliante.

Jamais je ne l’aurais cru capable d’un tel geste de soumission.

A ma grande surprise, l’ermite entra dans une colère folle et lui cracha à la face.

Un tel comportement de la part du saint homme me stupéfia. Jamais, même lorsque je l’avais traité de primate crayeux sur le chantier, il n’avait montré le moindre signe d’agressivité.

Rufus se redressa d’un bond et lui parla en lui jetant des regards suppliants tout en s’essuyant le visage.

Je ne savais plus comment réagir. Tout ce que je saisissais des paroles de sa majesté des réacteurs étaient des expressions comme “aidez-moi” et “ayez pitié“, qui revenaient sans cesse.

Mais que se passait-il donc ?

Rufus essaya à nouveau de ramper vers le saint homme mais ce dernier se saisit d’une poignée de poussière qu’il lui jeta à la figure, le faisant se redresser en gémissant de douleur.

L’ermite, lui, gesticulait et criait, attirant les curieux.

Je crus saisir le mot “impur” au milieu d’un flot d’injures et me décidai enfin à intervenir.

- Mais qu’est-ce qui vous prend ? m’écriai-je en me penchant sur Rufus. Vous voulez le rendre aveugle ou quoi ?

Ce dernier me repoussa, presque aussi hystérique que le saint homme et, les yeux larmoyants à cause de la poussière, voulut encore lui embrasser les pieds en signe de respect.

La réaction ne se fit pas attendre.

Le vieil homme s’écarta, ramassa une pierre et, avant que je puisse faire quoi que ce soit, la jeta en direction de Rufus, qui la reçut en pleine poitrine.

Il retomba en arrière avec un cri et l’ermite en saisit une seconde.

Sans plus réfléchir, je me jetai sur son altesse sérénissime pour le relever en dépit de ses efforts pour me repousser.

La seconde pierre le toucha au front, lui faisant une profonde entaille et flaf ! Il me tomba dans les bras, complètement sonné.

Si je ne le sortais pas de là, ce dingue allait le tuer - sans compter que la foule se resserrait dangereusement autour de nous.

Rufus Shinra était un homme imbuvable et son comportement avait certes dû lui valoir nombre d’anicroches et de ressentiment mais de là à le lapider en place publique, il y avait quand même un monde !

Je le hissai donc sur mon épaule et m’enfonçai dans forêt en bousculant quelques badauds curieux attirés par le scandale, poursuivi par les imprécations du vieux sage.

Je marchai pendant ce qui me sembla être une bonne dizaine de minutes et m’arrêtai, à bout de souffle. J’ai beau être costaud, Rufus n’était pas un poids plume et je suais comme un chocobo après une course.

Je me trouvais dans une minuscule clairière bordée d’arbres immenses et je ne savais absolument pas où j’étais.

La gorge sèche et brûlante à force de courir, je posai délicatement Rufus sur le sol couvert de mousse et appuyai sa tête sur mes genoux. Son visage était barbouillé de sang. Mais qu’est-ce qui avait pu passer par la tête de ce vieux fou ?

Je me forçai à respirer calmement pour ralentir mon rythme cardiaque et retirai mon t-shirt pour lui éponger le visage.

Je m’aperçus alors que mes mains tremblaient et que j’avais le plus grand mal à les empêcher de s’égarer sur le torse glabre.

J’étais seul, paumé en pleine forêt et presque à poil avec, sur les genoux, l’un des hommes les plus séduisants qu’il m’avait été donné de rencontrer.

En dépit de la situation plus qu’incertaine, je ne pouvais que remercier tous les dieux bizarres de Gongaga d’une telle aubaine.

La coupure de son front saignait beaucoup et ses cheveux étaient encore mouillés. Ses paupières frémissaient à peine et ses lèvres entrouvertes semblaient me narguer.

- Autant en profiter avant qu’il ne se réveille… me dis-je avec un sourire en coin à l’idée de ce que j’allais faire.

Je me penchai par dessus son visage et posai délicatement mes lèvres sur les siennes.

Elles étaient fraîches et douces…

Je glissai le bout le ma langue entre elles, cherchai la sienne mais il poussa une petite plainte et je me redressai vivement.

Mais qu’est-ce que j’étais en train de faire ? Profiter qu’un mec tombe dans les pommes pour lui rouler une pelle ! J’étais tombé bien bas.

Je lui tapotai les joues et il finit par ouvrir les yeux.

En me voyant, il cligna des paupières à plusieurs reprises et s’écarta comme s’il avait été mordu par un serpent.

- Qu’est-ce que vous faites là ? s’écria-t-il en m’assassinant du regard.

- Vous pourriez au moins dire “merci”, notai-je en grimaçant.

Il porta la main à son front et la retira poisseuse de sang. Je lui tendis mon t-shirt, qui en était imprégné.

- Navré, je n’ai pas de mouchoir en dentelle sous la main, m’excusai-je, sarcastique.

Il hésita et le sang lui coula sur l’œil gauche.

- Si vous préférez, je peux vous donner le bas mais, je vous préviens, je ne porte rien dessous.

Il blêmit et se détourna à façon d’une jeune fille que l’on aurait abordé de façon trop grivoise.

- Allez, ne soyez pas idiot ! Prenez ça et pressez-le sur votre front.

Avec un grognement, il m’arracha mon t-shirt des mains et essuya le sang de son visage.

- Pourquoi le saint homme a-t-il eu une telle réaction en vous voyant ? demandai-je.

Sa majesté des réacteurs me jeta un regard noir et je vis ses lèvres se mettre à trembler.

- Cela ne vous regarde pas, cracha-t-il.

Je soupirai.

- Il était pourtant parfaitement calme avec moi, fis-je. Il vous a appelé “impur”,non ? Je pensais pourtant que vous…

- J’ai dit que cela ne vous regardait pas ! s’écria-t-il.

Si ses yeux avaient été des gunblades, je crois que je serai mort vingt fois. Ce type était quand même gonflé !

- Eh ! Je vous ai sauvé la vie, je vous signale ! J’estime que j’ai droit à quelques explications !

- Ici, vous n’avez droit à rien, persifla-t-il en se levant.

Cette fois c’en était trop. Je me levai et le saisis par le bras pour l’obliger à se retourner.

- Minute, papillon ! Je commence à en avoir ras le bol de toutes vos salades mystiques !

Je sentais que j’étais prêt à le frapper s’il ne me donnait pas d’explication cohérente.

- Lâchez-moi ! Je vous interdit de me toucher !

Je resserai mon étreinte et il grimaça.

- Ecoutez bien, votre gracieuse Majesté de mes fesses ! Je sais que vous aviez dans l’idée de supplier papa pour me faire virer et je vous ai pourtant sauvé la peau. Alors, maintenant, de deux choses l’une : ou vous m’expliquez ce qui se passe, ou je vous arrache le bras. Choisissez ! Pourquoi l’ermite a-t-il eu cette réaction ? Qu’est-ce que vous lui avez fait ?

Rufus serra les dents et me jeta un regard glacial.

- Ne posez pas vos sales pattes sur moi ! fit-il entre ses dents. Qui sait quelle partie du corps de vos semblables elles ont touché !

Je blêmis.

C’était donc bien ça qui le gênait tellement chez moi… Ce sombre abruti était homophobe !

J’avais eu bien souvent affaire à ce type de dingues et j’étais blindé depuis belle lurette mais, dans le cas présent, cela me fit particulièrement mal. Je sentis mon estomac se tordre et ma gorge se nouer.

- Très bien… Comme vous voudrez. Retournez donc voir ce singe crayeux et faites en sorte que leurs cailloux ne vous ratent pas cette fois. Ca rendra service à tout le monde !

Je le repoussai brutalement et il tomba sur le sol comme un sac de ciment avec un gémissement rauque…

…à suivre

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Le tromblon libéré - Coup de gueule d’Angeal !

LE TROMBLON LIBERE (1)

Zeu fanzine officiel du SOLDAT

(Trimestriel à diffusion aléatoire)

(1) Pour ceux qui ne savent pas ce qu’est un tromblon :

a/ Au sens figuré : Un tromblon, c’est un thon. Autrement dit, on peut dire d’une fille très très très moche (comme moi) « Pouah ! T’as vu le tromblon ? »

b/ Au sens propre : le tromblon est l’ancêtre de notre fusil et c’est idéal pour tirer du gros sel sur les fesses des voleurs de pommes (à ce propos, si Loz lit ceci et qu’une envie de pommes lui tiraillait le bidon, mon verger, c’est le troisième à gauche après le figuier). Le canon ressemble à une trompette - autrement dit, le tir de précision n’est pas envisageable. Nan, nan ! Un tromblon, ça canarde large ! C’est un tir « grand angle » ! ^____^ Alors si vous envisagiez un travail de tromblonneur d’élite… Euh, oubliez tout de suite, ce métier n’a aucun avenir !

Après cet interlude culturel et cultivé ! (Dans tous les sens du terme puisqu’il était question de vergers et de pommes - suivez, prenez des notes, je ne vais pas répéter!)

PASSONS A L’ARTICLE D’ANGEAL TIRE DE LA UNE DU TROMBLON LIBERE

…la vengeance des turks sera sanglante !

MAIS QUE FONT LES TUTUS ?

le coup de gueule d’Angeal

Alerte, mes frères soldats ! Les neuneus vont débarquer ! Ca y est, les turks ont enfin lancé leur campagne annuelle de recrutement à travers les trois principaux continents et, comme chaque année, les tests d’aptitude physique auront lieu dans nos locaux !

Alors ? Ready pour voir les nouveautés prévues par nos bons gros bœufs de trous du cul de tutus ??

OUUUAAAAIIISSSS !!

Bon O.K., alors c’est par là, suivez-moua !

SCOOP : Les turks font de la promo on the weurd !

Tout le monde s’étonnait que les Tutus n’aient pas une tite’ brochure pour rameuter les foules déchaînées ; c’est fait depuis cette année ! Et ça vaut le coup d’œil, si, si…

Tout d’abord, sachez que les Tutus ont de trèèèès très beaux prospectus. C’est pas des fascicules bleu et du noir de lopette, comme nous, nan, nan. C’est tout rempli de pages en papier glacé et du bon gros vrai design avec tout plein de lignes qui se croisent et des machins qui se déplient dans tous les sens ou qui se découpent en suivant les pointillés. La classe !

Et puis ce qu’ils disent dedans, c’est vachement impressionnant.

Jeune étalon téméraire, tu veux aller de l’avant, pulvériser tes propres limites et écrire ton nom au fronton de l’histoire ? Alors, il va falloir quitter le SOLDAT et devenir Tutu. Là tu « cotoyeras » le gratin, de vrais hommes avec des couilles monstrueuses qui passent leur temps à décortiquer des messages secrets et à déjouer des complots. Et comme ça, après, quand on te verra arriver au réfectoire, on fera tous “Waaaaaaaaaahhhh t’as vu c’est le nouveau tutu ! Mon Dieu, qu’il est beau !”.

Ils ont même l’intégralité de leur organigramme sur un dépliant séparé ! Si !

Ah ! Cette organisation bien hiérarchisée, avec ceux qui donnent les ordres et ceux qui les exécutent…

Hhmmmm quel plaisir ça doit être de se faire insulter par un tutu de rang supérieur… Oh ! Oui, fouette-moi, vas-y, écrase-moi les testicules avec tes pieds…

VIE PRATIQUE : Devenir Tutu

Allez, assez ri, passons aux choses sérieuses.

Si vous voulez devenir Tutu, voici les conseils que je peux vous donner, après avoir décortiqué leur littérature « ultra design », pour mettre toutes les chances de votre côté.

Pour devenir Tutu, il faudra bien sûr faire l’acquisition de quelques ouvrages essentiels (en plus du dico sobre/pinté - pinté/sobre de 250 mots + son livret bonus “Le mot “Yo” sans effort”) :

- « La mort, ça peut tuer »

- « Oui-oui et les espions » (Éditions Shinra jeunesse)

- « Apprendre à vivre avec la trisomie 21 »

Voici aussi la liste du matériel nécessaire au Tutu débutant :

- Un crayon à papier HB avec une gomme au bout.

- Un grand cahier bleu (marge et grands carreaux) pour noter tes ordres de ton chef tutu.

- Un petit cahier rouge (marge et grands carreaux) pour noter les conseils de ton chef Tutu adoré.

- Des fiches bristol cartonnées pour noter des résumés de tes recherches pour les transmettre à ton supérieur Tutu.

Le tutu training camp

Un bon tutu, ça s’entretient.

Et pour ça, vous pourrez, une fois intronisés au club des joyeux tutus, vous rendre dans leur camp d’entraînement spécial. Mais attention, c’est dur ! (SIC !).

Ce petit test va vous permettre de savoir si vous pourrez résister à l’entraînement paramilitaire des tutus :

Tu es un tutu chargé de la sécurité du président de la Shinra, qui vas-tu soupçonner en premier de pouvoir attenter à la vie de ton boss adoré ?

1/ Le cuisinier avec le passe-partout dans le frigo

2/ La soubrette avec la brosse à dents dans la baignoire

3/ Le général ketchup avec la pince à escargots dans le placard

3/ Ton partenaire parkinsonien et sa manie de jouer nerveusement avec son 11-43 chargé quand il essaye de réfléchir

On te prévient qu’une « organisation militante écologiste s’apprête à plastiquer un labo de clonage de la Shinra ». Que fais-tu ?

1/ Tu trouves que c’est une bonne idée, mettre un truc sous cellophane, ça le conserve, c’est bien connu.

2/ Du plastique pour des écolos ? C’est forcément une blague, inutile de s’inquiéter.

3/ Je refile le bébé à ces cons du Soldat.

4/ « J’espère qu’ils ont des dents solides pour mastiquer un cabot ! »

6×3 ?

1/ Euh… 63 ?

2/ 18

3/ Le guépard

Pas très concluant, tout ça !

Et malheureusement pour nous, la cuvée des recrues de cette année semble très en dessous de celle des apprentis tutus de l’an dernier.

Je ne peux qu’encourager Grand Gourou Tseng à perfectionner encore la formation de ses petits gars pour devenir enfin la référence ultime des trous du cul de la Shinra.

Je sais qu’ils en sont capables…

Angeal


Cette adaptation trèèèèèèèèèèèèès libre et la précédente intervention d’Angeal sont un gros gros gros clin d’oeil à Ackboo et à tous ceux qui, depuis plus de 10 ans, réussissent à garder leur humour et leur sens de l’autodérision malgré ce qu’est devenu ce p… de milieu !

IX - La chasse est ouverte

“Certaines chasses se résument à de l’inqualifiable poursuivant l’immangeable.”

Anonyme insp. de M. Genevoix

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Je crus avoir mal entendu.

- Par une fenêtre du premier ? Il avait donc des ail…

Mon cœur manqua un battement.

Angeal…

- Angeal ! criai-je en me précipitant dans l’escalier, talonné par Zack. Angeal !

Je dérapai sur le tapis du haut de l’escalier et me raccrochai à la rambarde avant de foncer dans le couloir.

- Angeal ! Angeal !

Pourquoi ne répondait-il pas ?

Je priai de toutes mes forces les dieux dont j’avais entendu parler depuis que j’étais arrivé pour le retrouver indemne.

- Angeal !

Je le vis enfin, debout devant la porte de ma chambre, blême comme un linge.

J’en aurais crié de soulagement.

- Angeal… Ca va ?

Il ne réagit pas, continuant à fixer ma chambre par la porte ouverte.

- Angeal ? Qu’y a-t-il ?

Je suivis son regard.

En réalité, il n’y avait plus de porte. Ou, du moins, ce qu’il en restait gisait sur le sol, en charpie.

Mais le pire se trouvait à l’intérieur…

J’entrais, sidéré, laissant Angeal et Zack dans le corridor.

La fenêtre semblait avoir littéralement explosé, comme dans les films d’espionnage, quand le type habillé de noir passe à travers le carreau, suspendu à une corde d’escalade.

Tout le mobilier avait été réduit en pièces et le lit où j’avais dormi avait été sauvagement lacéré. La bourre du matelas était répandue à travers la pièce et la serviette de bain que j’avais utilisée me rappela l’état de mon sweet-shirt dans le 4×4.

Dans ce désordre, je ne remarquai pas tout de suite le sang. Pas avant de poser le pied dessus avec un bruit gluant…

La flaque s’écoulait lentement entre les lattes de bois du sol et la descente de lit s’en imbibait comme une éponge.

J’eus un mouvement de recul et marchai sur quelque chose de mou qui émit un étrange craquement sous ma semelle.

Je baissai les yeux et la première chose que je reconnus fut une alliance d’argent… avant de comprendre qu’elle était passée à l’annulaire d’une main sans bras, qui tenait encore un chiffon à poussière et sur laquelle j’avais posé le pied en brisant les phalanges sous mon talon.

- C’est moi qu’il cherchait… murmurai-je, la gorge sèche, en regardant la main qui avait, selon toute vraisemblance, soit appartenu à la femme de ménage, soit à l’épouse de l’aubergiste.

Angeal sembla sortir de son étrange léthargie et s’approcha pour poser la main sur mon épaule.

- C’est peut-être juste un hasard, Seph, chuchota-t-il. Un horrible hasard.

Je me dégageai brusquement, mes boyaux faisant le grand huit.

- Hasard, mon cul ! me récriai-je. Pas deux fois de suite, Angeal ! C’est moi que cette saleté de bestiole cherchait et tu le sais très bien ! Je ne suis plus un enfant que l’on a besoin de rassurer lorsque la nuit tombe !

- Général, c’est… C’est…

Zack contemplait la scène de carnage, horrifié.

Je le saisis par les épaules.

- Zack, où est le vieil ermite ? Il faut que je le voie ! Où peut-on le trouver ?

- Seph ! intervint Angeal. Qu’est-ce qui te prend ? Tu perds les pédales, ou quoi ?

Notre jeune compagnon détourna le regard de la chambre et bredouilla, presque malade de dégoût :

- Sans doute près de la rivière, non loin de la forêt sacrée. Je ne pense pas qu’il se terre dans une grotte. C’est un saint homme, Général. Il ne craint ni les fauves, ni les démons.

Il avait bien de la veine parce que moi, je n’étais pas du tout rassuré à l’idée d’être traqué par ce qui avait fait irruption au premier étage pour réduire en compost bois, tissus et chair sans distinction !

- Tu vas nous aider à le trouver, Zack !

- Seph ! se récria Angeal. On doit rester ici !

- Le temps presse, Angie ! Il faut mettre un terme à cette tuerie.

- La police va débarquer et voudra savoir ce qui s’est passé.

Il avait raison. Ce n’était pas le moment de rendre la police soupçonneuse, même si, comme je lui fis remarquer…

- Ca m’étonnerait qu’ils se bougent. Ils ne voudront pas troubler le repos de ” Monsieur le Prince ” avec une triviale histoire à dormir debout de fauve tueur de femmes de chambre ! Ils sont bien trop pétochards pour tenter quoi que ce soit sans son accord.

Angeal me saisit par les épaules.

- Tu comptes te taper la route jusqu’à la rivière, avec un fauve qui rôde en te cherchant partout, pour aller demander conseil à vieux singe ?

J’allais répliquer lorsque, pour échapper à l’aubergiste et à un groupe d’hommes qui commençaient à monter l’escalier armés de fourches et de fusils, je poussai notre petit trio dans la chambre d’Angeal et refermai la porte sur nous.

- Il faut que tu saches quelque chose, Angie. Nous avons une piste concernant le meurtre, au chantier.

Je fis signe à Zack, qui sortit le poignard dissimulé à la hâte lorsque les cris de la femme avaient interrompu notre conversation.

- Ce poignard porte des traces de sang frais et les armes de la famille Shinra…

Angeal, la première surprise passée, joua pensivement avec sa barbichette et finit par demander calmement :

- Tu penses donc que Rufus Shinra est notre tueur ?

J’acquiesçai.

- Cela semble probable. S’il est vraiment aussi superstitieux qu’il nous l’a laissé deviner, il a pu craindre la malédiction et vouloir laver l’offense dans le sang en signe de sacrifice.

- Je ne l’accuserai pas si vite, Seph. Il ne se salirait pas les mains lui-même…

- Il a pu donner les ordres, cela ne change pas grand chose. L’ermite m’en dira peut-être plus. Toi, reste ici pour attendre les autorités et essayer d’arranger les choses le cas échéant, tu es bien plus diplomate que moi.

Angeal hocha la tête sans enthousiasme.

- Hors de question de te laisser aller là-bas seul, Seph.

- Je ne serai pas seul, Zack va venir avec moi. Et, si on trouve le vieux singe, il nous protégera du vilain matou avec sa magie ! ajoutai-je avec un clin d’œil railleur.

Angeal me serra la main comme s’il ne devait jamais me revoir et soupira.

- Tu perds la boule, Seph, mais bonne chance.

Zack sur mes talons, je quittai donc l’auberge, où la panique était totale, en direction du seul “concessionnaire” de voitures existant (en réalité, le petit garage du patelin) à la recherche d’un nouveau véhicule.

Je n’étais pas loin de penser, comme Angeal, que je devenais fou. J’avais toujours fui comme la peste tout ce qui se rapprochait de près ou de loin de la superstition ou de la religion. J’avais vu trop de gens céder aux sirènes de la facilité et remettre leurs décisions entre les mains de charlatans qui les absolvaient de leurs responsabilités.

Mais là, en terre inconnue, où tout le monde autour de moi semblait consulter une divinité avant de bouger le petit orteil, je me retrouvais avec un gros, très gros problème qui échappait à toute logique et peu de recours possibles. J’ignorais contre quoi je devais me battre ni pourquoi j’étais la victime désignée mais, sans des appuis puissants, personne ne ferait rien susceptible de froisser si peu que ce soit Rufus Shinra en m’aidant à y voir plus clair. Et le seul appui assez fort pour contrer Shinra, c’était les croyances de ces gens.

Il me fallait des renseignements, m’attirer les bonnes grâces des autochtones à défaut de celles de leurs dieux et, pour ça, je devais retrouver le saint homme, en espérant qu’il ne m’enverrait pas sur les roses après la façon dont je l’avais traité.

Mon impulsivité m’avait toujours coûté cher et là, j’étais à deux doigts de me jeter à nouveau dans la gueule du loup…

*

Au garage, j’avais arrêté mon choix sur un antique 4×4 imposant qui, à Midgar, n’aurait jamais passé un contrôle technique, mais qui semblait la plus solide des trois bagnoles en stock.

Les vitres latérales et celles de l’arrière avaient été remplacées par des grilles d’acier soudées, ce qui me parut idéal pour notre périple.

J’avais vu dans ma chambre ce que notre fauve ” volant ” pouvait faire d’une vitre et, bien qu’il ait prouvé la veille pouvoir tordre le métal comme une feuille d’aluminium de cuisine, ces grilles nous donneraient au moins un peu de temps pour fuir en cas d’attaque surprise.

J’avais laissé le marchandage à Zack, qui se débrouilla - j’ignore comment - pour arracher un prix dérisoire au garagiste.

Après un démarrage un peu poussif, j’avais sorti le 4×4 du terrain vague qui servait de lieu de stockage au garage, tournant le volant comme un marin au long cours son gouvernail pour faire braquer ce paquebot dans la rue sans arracher le mortier du mur d’en face.

C’est sûr, j’aurais donné très cher pour une voiture plus moderne, plus petite et, surtout, plus rapide, qui m’aurait arraché de ce bourbier au plus vite, mais j’étais bien obligé de faire avec ce tank !

D’un autre côté, la construction “à l’ancienne” de la bagnole résisterait peut-être une seconde de plus au fauve s’il nous tombait dessus.

Avant de sortir de sortir de Gongaga, Zack m’avait indiqué le chemin d’un marché où on pouvait acheter et vendre quasiment n’importe quoi.

Nous y avions acheté deux couvertures, deux fusils de chasse et une ample provision de munitions. Sur le conseil de Zack, nous avions également fait l’acquisition de nourriture, pas seulement pour nous mais aussi pour offrir au saint homme, ainsi que d’encens et d’une machette pour mon compagnon, au cas où les fusils nous feraient défaut.

Maudite bestiole !

Je crispai les mains sur le volant du 4×4.

Bon sang, mais d’où venait-il, ce satané animal ?

J’essayai de rester logique.

Un fauve dressé à tuer à qui l’on aurait fait sentir mon odeur ?

Qui ? Rufus Shinra, roi des animaux ?

J’imaginais bien la scène, tiens…

“Toi sentir odeur de ce con de Sephiroth et puis toi sauter par fenêtre pour boulotter lui. Moi avoir mis trampoline dessous pour petites pattes à toi. Toi comprendre ?”

Non, cette bête n’était pas une bête ordinaire. Mais qu’est-ce que c’était, alors ?

Un démon ? Ca existait, ces trucs-là ?

- Vous devez prendre à droite, général.

Je tressaillis.

- Pardon ?

- A droite, répéta Zack. La forêt sacrée se trouve se trouve en amont de la rivière.

Je ralentis et regardai autour de moi. Nous étions que les berges de la petite rivière qui alimentait toute la région en eau et je me surpris à chercher des yeux luisants dans l’obscurité, la gorge serrée, mais rien n’attira mon attention.

Le fauve était-il toujours à mes trousses ?

Je secouai la tête, essayant de ne pas y penser, et suivis les instructions de Zack.

Nous empruntâmes un chemin de terre battue et la voiture fit des bonds de cabri.

*

Journal de Rufus SHinra

J’ai peur…

Je viens de me réveiller en sursaut et de vomir tout le contenu de mon estomac.

Il y avait une grande quantité de sang. C’est la seconde fois que cela m’arrive.

Le médecin m’a conseillé d’aller faire des examens à l’hôpital. Il pense que j’ai un ulcère.

Cela ne m’étonnerait guère étant donné l’angoisse qui m’étreint depuis la profanation du temple. Mais je ne pense pas que cela soit aussi simple et je ne puis voir dans ces horribles malaises, qui me laissent aussi épuisé que si j’avais couru toute la nuit, que la main des dieux.

C’est sans doute eux aussi qui m’envoient tous ces cauchemars.

Hier, j’ai appris que le Général Sephiroth était… je n’ose même pas coucher ce mot sur le papier tant il est immonde et inhumain !

Disons que ses préférences vont souvent aux personnes de son propre sexe, contre toute morale ou loi naturelle. Cette nouvelle m’a empli d’horreur lorsque je l’ai apprise de la bouche de Palmer, à qui j’avais demandé de se renseigner sur lui.

Quand je pense que j’ai serré sa main et que jai touché des documents sur lesquels ses doigts ont couru ! Qui peut savoir ce que des mains pareille ont fait avant de se poser sur le papier…

Ce sont ces mêmes mains qui ont touché cette terre sous laquelle reposait le temple sacré et qui ont sali ma maison.

Ma faute.

Tout est de ma faute.

J’ai été inconscient. J’ai voulu amener à cette région arriérée un peu de modernité, lui redonner un peu de vie en remettant le réacteur mako en marche et voilà ce qu’il m’en avait coûté !

J’ai péché par orgueil et par ignorance et les Dieux m’ont puni pour mon arrogance.

Et ces cauchemars atroces qui me bouleversent au point de me retourner l’estomac, comment les interpréter ?

Cet après-midi, je me rendrai à la forêt sacrée pour demander conseil à un Saint Homme.

Puissent les dieux me donner la force de lui conter mes rêves, que je n’ose pas même rapporter ici.

Dieux tout puissants de mes ancêtres, protégez votre serviteur.

J’ai peur.

Si peur…

…à suivre

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Cet aveu que personne n’entendit

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

La place de Midgar grouillait de journalistes et de curieux. Le Général Sephiroth, entouré des ses lieutenants, pourfendait la foule en direction de la haute tour abritant le siège de la Shinra.
Le jeune Cloud se pencha discrètement vers lui.

- Etes-vous sûr que ça va aller, monsieur ? s’enquit-il en voyant les yeux de son supérieur briller anormalement.

- Bien sur que ça va aller !

Le garçon baissa le regard, honteux de s’être fait remettre si brutalement à sa place, mais son expression trahissait son inquiétude et la crainte de voir à chaque instant le Soldat s’effondrer, terrassé par la fièvre paludique - cadeau d’adieu de la région de Wutaï, où il venait de mener une guerre de plusieurs années.

Sephiroth avait trop d’ennemis qui n’attendaient qu’un moment de faiblesse pour en profiter et l’honneur que lui faisait Ashton Shinra en offrant une réception en son honneur n’arrangeait pas les choses. Seuls les laids et les sots ne faisaient pas de jaloux et le jeune général n’était ni l’un ni l’autre.

Ils arrivèrent enfin au pied des marches de la tour, où ils saluèrent le président et son jeune fils sous les flashs des photographes.

Ashton Shinra se leva.

- Général Sephiroth, une fois de plus vous méritez votre réputation. Cette dernière bataille à Wutaï a été menée de main de maître.

- Merci, monsieur.

Cloud vit les mains de son supérieur trembler imperceptiblement.

- Mais trêve de discours, vous devez avoir hâte de vous détendre ! Vous nous raconterez vos exploits devant une coupe de champagne.

Les turks firent barrage aux journalistes et aux curieux qui tentèrent de s’engouffrer dans la le hall, ne laissant passer que les invités.

- Permets-moi d’ajouter mes félicitations à celles du président !

Sephiroth pivota et se trouva face à Angeal Hewley. Les grands yeux bleu nuit le fixaient avec sympathie et il sentit un pincement dans la poitrine.

Bon sang ! Dire Angeal et Genesis étaient rentrés de Wutaï il y avait presque six mois. Déjà…

- Angeal… Je suis heureux de te revoir, salua-t-il en serrant sa main tendue.

- Nous aurons très certainement l’occasion de combattre à nouveau côte à côte, comme à Wutaï. Les monstres deviennent téméraires, ces derniers temps. Comme ils ne l’ont plus été depuis des années.

- Ce sera avec plaisir, assura Sephiroth, la gorge desséchée et une sueur glacée due à la fièvre lui coulant le long du dos.

- Est-ce que tout va bien ? Je te trouve bien pâlot.

- Juste un peu fatigué, rien de bien méchant. Allons-y, ordonna-t-il à ses capitaines, Ashton Shinra nous attend. Angeal… Je te dis à tout à l’heure, après ce barbant dîner ?

- Bien sûr. Genesis doit être par là, aussi, mais tu le connais !

- Ne t’en fais pas pour ça. Nous aurons tout le temps de parler lorsque ce ramdam se sera un peu tassé.

- Oui. A tout à l’heure, dans ce cas.

Le Banoran regarda Sephiroth s’éloigner, entouré de ses lieutenants, ne pouvant détacher ses yeux de la masse des cheveux vif-argent qui battaient ses cuisses.

Sont-ils toujours aussi doux ? “ pensa-t-il.

- Woah !

Il sursauta, embarrassé à la seule idée que quelqu’un ait pu surprendre ses pensées, et se tourna vers Zack Fair, son petit protégé depuis qu’il était rentré de Wutaï.

- Qu’y a-t-il ?

- Alors c’est lui, le grand Sephiroth ? demanda le garçon, curieux. Les Utaiens disent qu’il est dangereux, cruel et sauvage comme un fauve ! Il paraît que, quand il rentre dans la tas, même une centaine de balles ne pourraient pas l’arrêter dans son élan.

- Et depuis quand tu écoutes les bruits de couloir, petit chiot ? railla Angeal en ébouriffant ses cheveux hérissés.

- Arrêtez de m’appeler comme ça, bredouilla l’interpellé en rougissant. Il y a du monde !

Son instructeur éclata de rire.

- Allons-y, ne faisons pas attendre les mondanités !

***

La salle de réception était bondée.

Sephiroth subissait les assauts des flatteurs et des mondains avec un stoïcisme quelque peu forcé et Angeal lui trouva plus que jamais une mine de déterré.

Au même instant, un autre observait le jeune général avec attention : Genesis, qui rejoignit Angeal, une coupe à la main.

- Il n’a pas l’air dans son assiette… murmura-t-il.

Son ami acquiesça.

- Il est arrivé il y a quelques heures à peine, laisse-lui le temps de se poser.

- Mhh…

En réalité, Sephiroth ne tenait même plus sur ses jambes.

La tête lui tournait et, par moments, sa vue se voilait. Il acquiesçait aux compliments sans même arriver à déchiffrer les mots qui sortaient des bouches des gens.

- Pardonnez-moi, madame, s’excusa-t-il auprès de Scarlett, sentant qu’il ne tiendrait pas un instant de plus dans l’atmosphère opressante. Si vous me le permettez, je vais prendre un peu le frais. Après tant de grand air, essaya-t-il de plaisanter, les murs me paraissent bien étroits.

- Je vous comprends, général. Faites donc, je vous en prie.

Il la salua poliment et sortit en essayant, au mieux, de marcher droit, ce qui lui demanda un effort considérable. Le grand couloir paraissait danser sous ses pieds.

Il s’éloigna le plus possible de la salle de réception et, une fois qu’il se sut seul, dans un corridor désert, il s’appuya au mur pour ne pas tomber.

Il tremblait de tous ses membres et une sueur glaciale collait ses vêtements à sa peau. Pourquoi avait-il soudain si froid alors qu’il faisait si chaud ?

***

Angeal vit Sephiroth quitter précipitamment la salle en titubant à demi et, après une hésitation, lui emboîta discrètement le pas, non sans une certaine culpabilité. Sans doute parce qu’il savait que son empressement n’était pas seulement… “amical”.

Il ignorait pourquoi mais lui et Genesis s’étaient toujours sentis irrésistiblement attirés par le charisme de Sephiroth. Même s’ils ne s’en étaient jamais ouverts franchement l’un à l’autre - aucun d’entre eux n’oserait jamais aborder le sujet de toute façon ! - , ils savaient qu’ils menaient une guerre implicite dont le fils du professeur Hojo était le trophée.

Que lui dirait-il lorsqu’il le rejoindrait ?

Au détour d’un couloir il découvrit enfin son ami, haletant, le front appuyé au mur.

- Sephiroth ? Est-ce que ça va ?

Au ralenti, comme dans un cauchemar, il vit les yeux du jeune général se révulser, ses bras retomber et une cascade de cheveux d’argent se soulever alors qu’il basculait en arrière.

- Seph !

Angeal se précipita et le cueillit dans ses bras avant qu’il ne touche terre.

La tête argentée roula contre sa poitrine et il posa la main sur le front haut, brûlant sous ses doigts.

- Mais tu as une fièvre de chocobo !

- Sephiroth !

Genesis, qui apparut à son tour au détour du couloir, se précipita et lui prit d’autorité Sephiroth des bras.

- Eh ! Attends ! Où comptes-tu aller comme ça ? s’étonna Angeal ne le voyant se relever avec leur ami. Ne vois-tu pas qu’il est malade ?

- Tu préfères que les journalistes et ces abrutis de scientifiques le voient comme ça, peut-être ?

- Il a besoin d’un médecin, Genesis.

- Foutaises !

- Ah oui ? Parce que tu sais ce qu’il a, toi, gros malin ? C’est peut-être grave.

- Ne te fais pas plus idiot que tu ne l’es, Angie ! Il revient de Wutaï.

- Le palu ?

- Evidemment, le palu ! Nous y avons tous eu droit, dans ces saloperies de marais infestés de moustiques !

- Pas moi, désolé.

- Les moustiques ont dû avoir peur de crever.

- Très drôle, Genesis…

- Bon, tu vas m’aider à le monter là-haut ou tu préfères rester ici à bavasser ?

Angeal passa devant pour éloigner les gens qui pouvaient se trouver sur le chemin de l’ascenseur mais la voie était parfaitement dégagée. Tout le monte était à la réception d’Ashton Shinra.

Ils montèrent jusqu’à l’étage des appartements des officiers et Angeal précéda Genesis dans une chambre sobrement décorée.

- Pourquoi ici ? s’insurgea ce dernier.

- Tu veux le mettre dans sa chambre pour que la première personne qui vienne le chercher mette tout le monde au courant ?

Genesis n’osa protester davantage, de peur que son comportement ne paraisse suspect, et il déposa son précieux fardeau sur un grand lit recouvert de draps noirs. Le lit… d’Angeal.

Ravalant sa contrariété, il entreprit de défaire les sangles et attaches des vêtements de Sephiroth et son ami d’enfance le regarda faire, hypnotisé par la peau qui se dénudait lentement, tout en tapant un SMS à Zack pour se donner une contenance.

Lorsque Genesis retira bottes et pantalon, Sephiroth apparut uniquement vêtu de sa somptueuse chevelure, qui l’enveloppait tel un voile soyeux, et ses amis cessèrent de respirer - bien qu’ils eussent préféré crever là plutôt que de l’admettre.

Angeal rabattit sur le grand corps les fins draps de coton noir et écarta les mèches d’argent du visage baigné de sueur.

- Je vais chercher des médicaments, bredouilla son compagnon. Je crois qu’il doit m’en rester une ou deux boîtes.

Il s’éclipsa et Angeal prit le pouls de Sephiroth.

La tête argentée ballottait d’un côté à l’autre et des mots incompréhensibles s’échappaient des lèvres frissonnantes.

On frappa doucement à la porte et Zack Fair passa la tête par l’entrebâillement.

- Entre et ferme la porte, Zack. Comment ça se passe, en bas ?

- Tout le monde le cherche. Ca commence à jaser sec ! Ouh, là… Il n’a pas l’air d’aller bien du tout.

- C’est une crise de paludisme.

Genesis revint à ce moment précis avec un flacon de comprimés et une bouteille d’eau. Aidé d’Angeal, il entreprit de faire avaler deux cachets à Sephiroth, non sans mal.

- Il n’y a plus qu’à le laisser dormir.

- Tous les deux, retournez en bas, fit Angeal. Je reste avec lui. Dites à Ashton Shinra que j’étais soûl et que Sephiroth a dû me ramener dans ma chambre.

Zack pouffa.

- Heidegger va péter un câble, si on lui dit ça !

- Et les conséquences pour toi risquent d’être salées, renchérit Genesis, qui n’avait nulle envie de laisser Angeal seul avec Sephiroth.

- Précisément. Personne ne croira qu’il s’agit d’une dérobade.

Genesis réalisa qu’il avait perdu la partie. Son ami avait dégainé plus vite que lui, cette fois, et il ne pouvait pas protester avec trop d’insistance sans risquer d’éveiller les soupçons de Zack.

- Très bien, comme tu voudras. Appelle si tu as besoin de quoi que ce soit.

Avec un dernier regard pour le jeune général, il quitta la pièce en compagnie de Zack.

Angeal, lui, s’assit sur le bord du lit et prit une main de son ami dans les siennes.

Ce dernier s’était remis à trembler et il l’enveloppa plus étroitement dans les couvertures.

- Pourquoi fait-il si froid ? murmura le jeune général en ouvrant à demi les yeux.

Angeal se pencha vers lui.

- Tu as une poussée de fièvre, il faut te reposer.

Les yeux de Sephiroth s’agrandirent et il voulut se redresser.

- Où suis-je ? Ashton Shinra… Je dois…

- Du calme, tu es dans mes appartements, en sécurité. Personne ne s’est rendu compte de rien.

Epuisé, Sephiroth se laissa retomber en arrière. Après un petit moment, il fut pris de tremblements violents. Un filet de sang coula sur son menton et il parut perdre connaissance.

- Seph !

Angeal lui ouvrit la bouche et poussa un soupir de soulagement. Il s’était juste mordu la joue. Il essuya les lèvres livides et détailla leur chair tendre, soyeuse, et leur tracé délicat. Il redessina leur contour du bout du doigt, puis, se rendant compte de ce qu’il était entrain de faire, s’écarta violemment.

Il sentait sa gorge se nouer davantage à chaque seconde qui passait et ne pouvait détacher ses yeux du spectacle des muscles qui ondulaient sous la peau de porcelaine.

Des petits filets de sueur ruisselaient le long du cou élégant… se faufilaient entre les larges pectoraux, descendaient sur les muscles abdominaux… poursuivaient leur course éperdue vers la toison argentée, d’où elles ressortaient après avoir traversé des trésors de chair tendre, et mouraient dans un dernier zigzag sur l’intérieur des cuisses moites.

Le souffle court, Angeal remonta le drap jusqu’au menton du jeune général.

Les lèvres de celui-ci remuaient doucement et il se sentit attiré par elles comme par un aimant. Il pencha son visage sur celui de Sephiroth et ses lèvres effleurèrent son front, l’arête du nez fin et enfin les lèvres…

Il les sentait bouger contre les siennes, alors que des mots incompréhensibles s’en échappaient. Il respira le souffle chaud, rendu un peu acide par la fièvre, et sa main, comme d’elle même, descendit le long de la longue colonne du cou, caressante.

- Angeal…

Celui-ci bondit en arrière, le cœur battant, attendit, le ventre noué. Mais les yeux de Sephiroth étaient toujours clos. La fièvre le faisait juste parler dans son sommeil.

Angeal sentit alors la honte le submerger.

Exerçant sur lui-même un contrôle implacable, il chassa de son esprit les pensées peu avouables qui l’avaient assailli et attendit plusieurs heures, assis à la tête du lit, que Sephiroth trouve enfin le repos.

Les traits délicats finirent par se détendre peu avant l’aube et la tête argentée roula sur l’épaule.

Il ne transpirait presque plus et la fièvre tombait.

Epuisé par le contrôle qu’il avait dû imposer à ses sens surchauffés, Angeal s’accorda quelques instant de repos et s’allongea son le lit, aux côtés de son ami.

***

Sephiroth sentit une odeur familière et agréable lui chatouiller les narines. Un odeur de lait d’amande et de pomme verte.

Il en découvrit la provenance en ouvrant les yeux : les cheveux bruns d’Angeal contre sa joue.

Les longs cils du Banoran lui chatouillaient les pommettes, ses lèvres remuaient dans son sommeil, tout près des siennes, et le galbe viril de son épaule, que son pull sans manches laissait apparaître, se lovait contre son bras.

Il tenta de se souvenir ce qui s’était passé.

Le malaise. La fièvre. Genesis. La voix d’Angeal. Le lit d’Angeal…

Le lit d’Angeal ?

Que diable faisait-il dans le lit d’Angeal ?

Son cœur fit une embardée.

Il baissa les yeux et vit que, si lui était nu, son ami était habillé comme la veille. Il n’avait donc pas retiré ses vêtements.

Ouf !

Quoi que… ” pensa-t-il, avec un brin d’humour inattendu.

Amusé par une réflexion aussi idiote, il tendit la main vers le visage d’Angeal et caressa du bout du doigt les méandres de son oreille. Le même pincement que la veille lui tirailla la poitrine.

Mais qu’est-ce qui m’arrive, avec ce type ? ”

Il arrêta de le toucher par crainte de le réveiller et tenta de sonder le chaos de son esprit.

Sephiroth connaissait ses qualités et ses faiblesses. S’il avait réussi à gravir les échelons de la gloire c’était parce qu’il avait su analyser le comportement des autres, certes, mais surtout le sien, et avec une objectivité dont peu d’êtres étaient capables.

Ce qu’il découvrit donc au fond de lui, il l’accepta - peut-être pas avec une joie immense mais au moins avec résignation et sérénité.

Au bout de quelques instants, il se pencha vers l’oreille d’Angeal et lui murmura quelque chose que seul le subconscient du Banoran endormi pouvait entendre. Puis, sans un bruit, il se leva, s’habilla et sortit.

Lorsque Angeal se réveilla, deux bonnes heures plus tard, il tenait dans ses bras un oreiller noir, sur lequel un très long fil de soie argentée captait la douce lumière du l’aube. Il l’enroula rêveusement autour de son doigt avec la désagréable sensation qu’il avait oublié quelque chose d’important qu’on lui aurait dit mais quoi ?

FIN
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VIII - Sur le fil

C’est peu que de vouloir, sous un couteau mortel,
Me montrer votre coeur fumant sur un autel. “

J. Racine

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Je dormis durant une bonne douzaine d’heures et me réveillai un peu groggy.

J’eus un sommeil agité, empli de rêves aussi désagréables que saugrenus.

Toutes ces histoires de temples, de fauves et de légendes s’étaient mélangées en un joyeux cocktail à la sauce gongaguienne pour donner une mixture pour le moins cocasse.

A mon réveil, je ne m’en rappelai que très vaguement mais une image persistait cependant : celle de Rufus Shinra, vêtu de soie orange et brandissant une épée dans ma direction avec une expression digne d’un psychopathe.

On peut dire que notre entretien ne m’avait pas laissé un bon souvenir.

Je rabattis les draps mais restai allongé.

J’avais trop dormi et j’étais épuisé.

On frappa à ma porte sur les coups de dix-sept heures.

Je me nouai une serviette autour des reins et allai ouvrir.

Angeal entra et me tendit un sac en plastique contenant deux t-shirt noirs, des chaussettes, un short et une casquette noires.

- Je me suis dit que tu aimerais te promener autrement qu’à demi-nu, fit-il d’un ton las en s’asseyant sur le lit.

Je refermai la porte et m’appuyai dessus, bras croisés.

Il avait dû faire quelques emplettes pendant que je me débattais avec mes cauchemars. Peut-être même n’avait-il pas dormi car il avait la mine défaite mais, après ce que nous avions vécu, je ne pouvais pas lui en faire le reproche.

Dans l’ambiance douillette de l’auberge, cependant, j’avais presque l’impression que tout cela n’avait jamais eu lieu. Comme s’il s’était agi de la simple résurgence d’un mauvais rêve, de ceux qui vous laissent un mauvais goût dans la gorge au réveil et un nœud dans le ventre.

- Tout va comme tu veux ? demandai-je en faisant ostensiblement tomber ma serviette pour enfiler le short.

Angeal soupira et secoua la tête, ne m’accordant pas même un regard.

J’aurais aussi bien pu danser la gigue en tutu.

- J’ai appelé Heidegger pour lui expliquer la situation et savoir comment nous devions agir vis-à-vis de Rufus Shinra.

Le ton de sa voix ne présageait rien de bon.

Je pris place à ses côtés et entrepris de démêler mes cheveux en grimaçant.

- Et ? demandai-je.

Il soupira.

- J’ai essayé de lui dire que tu n’y étais pour rien Seph, lâcha-t-il en baissant la tête. Je te jure que j’ai essayé.

Un frisson glacial me descendit le long du dos et j’arrêtai net ma séance de démêlage.

- Angeal… demandai-je la gorge soudain serrée. Qu’est-ce que tu veux dire ?

Il se leva pour tourner en rond devant moi.

- Les big boss estiment que tu as commis une faute grave en omettant de tester le sol.

- Quoi ? m’écriai-je en me levant. Tu as entendu les géologues comme moi ! C’était de la pierre Angie ! De la putain de caillasse bien solide ! Personne ne pouvait deviner qu’il y avait un temple à cinq ou six mètres en dessous des caves ! Qu’est-ce que tu voulais que je fasse ? Tu as vu les cartes du sol ! Il n’y avait aucun problème ! Personne ne pouvait prévoir un truc pareil ! Et quand bien même, bordel ! Je suis soldat, pas ingénieur !

Angeal me tourna le dos et leva les yeux au plafond.

Il semblait partagé entre la colère et l’inquiétude.

- Angeal… Tu… tu ne crois quand même pas que c’est de ma faute pas vrai ? Tu témoigneras en ma faveur, n’est ce pas ? Tu ne vas pas les laisser me dégrader à cause d’un abruti superstitieux !

Il pinça les lèvres mais ne répondit pas et un énorme nœud me serra l’estomac. J’avais soudain l’impression de danser sur le fil d’un rasoir.

Si je perdais mon grade à cause d’une erreur de ce genre, j’étais foutu. Ca ferait le tour des casernes en moins de temps qu’il faudrait pour le dire et je serais la risée de chaque sous-officier du soldat.

Bon sang, qu’est-ce que j’allais devenir ? Ma carrière était tout ce que j’avais !

- Angeal… murmurai-je en lui posant une main tremblante sur l’épaule.

Il tressaillit et secoua la tête, comme si je venais de le sortir de ses pensées.

- Hein ? Non ! Bien sûr que non, ne sois pas idiot ! Tu n’y es pour rien. Et évidemment que je suis de ton côté ! Comment peux-tu en douter une seule seconde ?

Mon soulagement fut tel que je dus m’asseoir à nouveau sur le lit, les jambes en coton.

- Si tu savais comme je m’en veux de t’avoir entraîné dans cette mission, Angie…

Il fit vibrer ses lèvres.

- Ne dis pas de conneries ! (Il se prit la tête dans les mains) Si seulement cet abruti d’architecte avec sondé le terrain plus en profondeur !

J’éclatai d’un rire amer qui résonna désagréablement à mes propres oreilles.

- Sonder le terrain ! On est à Gongaga, Angie ! En pleine cambrousse ! Dans un coin perdu où on a déjà de la chance d’arriver à trouver une pile électrique !

Il hocha la tête et me tapota le dos en faisant son possible pour sourire.

- Rien n’est joué, Seph. Ils attendent la décision de Shinra.

S’il m’était resté un soupçon d’espoir… il venait de s’envoler !

- Tu paries combien que ” monsieur le Prince ” a déjà bavé sur mon compte dans l’oreille de ce salaud d’Heidegger ? (Angeal parut soudain gêné.) Oh ! Non… C’est pas vrai ! Qu’est-ce qu’il est allé raconter ?

- Pas lui. Palmer.

- Le gros lard ?

- Il s’est plaint du peu de respect dont tu faisais preuve vis à vis des croyances de ce pays. Il a même parlé à Heidegger de la façon dont tu as traité le vieux sage.

S’il m’avait administré l’une de ses gifles “maison” dont il avait le secret, cela n’aurait pas été pire.

- Quoi ? !

- Il lui a même soutenu que c’était à cause de toi que les ouvriers avaient déserté le chantier parce que, d’après eus, tu avais mis leurs dieux en colère. Et que c’était - toujours d’après eux - pour cela que le fauve a attaqué les hommes qui restaient.

J’écarquillai les yeux, sidéré. Comment un homme normalement constitué et possédant un cerveau fonctionnant à peu près normalement pouvait-il arguer ce genre d’inepties superstitieuses sans risquer de se faire immédiatement enfermer dans un asile ?

Je me débattais en plein cauchemar et j’allais me réveiller, ce n’était pas possible !

- Mais c’est ridicule ! Heidegger ne peut pas croire à de telles sornettes !

- Oh ! Il n’y croit pas, rassure-toi, assura Angeal. Mais, en bon chien-chien obéissant, il préfère attendre de voir si Rufus Shinra ne va pas profiter et se servir de ces accusations tordues pour te lyncher…

Je levai les bras au ciel, impuissant.

- Par tous les démons de la planète, mais qu’est-ce que je lui ai fait, à ce type ? m’écriai-je.

- Je n’en sais rien, Seph, mais il a suffisamment de pouvoir et d’argent pour dicter sa loi à qui il le souhaite.

- Ca c’est ce qu’on va voir ! hurlai-je en enfilant l’un des t-shirts que mon ami m’avait achetés.

Il me posa la main sur le bras mais je me dégageai.

- Eh ! Où comptes-tu aller comme ça ?

- Devine ! répliquai-je en ajustant la casquette.

- Seph, tu vas faire une connerie ! (Il me saisit par les épaules.) Tu ne bougeras pas d’ici !

Je le poussai brutalement, hors de moi.

Je comptais bien aller trouver Shinra pour m’expliquer avec lui d’homme à homme. Et si nous devions en venir aux mains…

Tant pis pour lui !

- Fous-moi la paix, Angeal. Cette affaire ne regarde que sa majesté de mes deux et moi.

- Sephiroth ! Attends, je…

Je sortis en claquant la porte et descendis les marches en courant.

Le réceptionniste m’interpella au moment où je m’apprêtais à sortir de l’auberge.

- Général ! Général ! Un jeune soldat vous demande ! Il dit que c’est très important.

Je le fixai.

Il nageait dans ses vêtements et m’arrivait à peine à la poitrine.

- Un jeune soldat ? Quel jeune soldat ? Vous a-t-il donné son nom ?

- Zack Fair, Général. Il vous attend dans le salon.

Je le suivis jusqu’au coquet salon où les rares clients de la petite auberge prenaient leurs repas.

Après tout, Rufus Shinra ne perdait rien pour attendre une petite heure.

A son goût, j’arriverai de toute façon toujours trop tôt !

- Zack ? Qu’y a-t-il de si important ? Ta famille va bien ?

En entendant son nom, il se précipita vers moi et patron de l’auberge nous laissa seuls.

Le salon était désert et le resterait jusqu’à l’heure du thé.

- Oui, Général, je vous remercie de vous en inquiéter, mais c’est une affaire autrement plus urgente qui m’amène, dit-il précipitamment à mi-voix, comme s’il avait peur d’être entendu.

Nous primes place dans deux confortables fauteuils un peu ternis.

- Je t’écoute.

- Tôt, ce matin… Je suis retourné sur le chantier, Général.

- Tu as quoi ? m’écriai-je. (Il me fit signe de baisser d’un ton.) Es-tu idiot ou totalement inconscient, Zack ? !

Il sortit discrètement de sous son pull un objet oblong enveloppé dans un linge, qu’il avait glissé dans son dos, sous sa ceinture.

- Qu’est-ce que c’est ? demandai-je.

Il jeta à nouveau un regard autour de lui, pour s’assurer que personne ne se trouvait à “portée d’oreille”.

- J’ai vu une camionnette qui emportait les corps des ouvriers.

Je soupirai.

- Au moins Shinra a-t-il fait le nécessaire pour récupérer les dépouilles…

- Oui. Une fois désert, j’ai fait le tour du chantier, pour vérifier si quelque chose avait été volé ou détérioré.

- Et ?

- Rien n’a été touché, Général. Mais j’ai trouvé ça au pied Nord de la colline. Quelqu’un l’avait visiblement jeté d’en haut, précisément là où l’on a découvert le temple enseveli.

Il me tendit sa découverte et je soulevai les pans de tissu. Un poignard à la garde en ivoire superbement ciselée, apparut.

La lame était sale et recouverte d’une substance brunâtre.

Du sang ?

- Le couteau qui a servi à tuer le contremaître… murmurai-je.

Zack hocha la tête.

- Oui, Général. C’est aussi ce que je pense. Le sang n’est pas encore oxydé dans les rainures. Et l’arme elle-même n’était pas du tout couverte de poussière, lorsque je l’ai ramassée. Elle était là depuis peu.

J’observai le poignard plus attentivement et, par réflexe, pris garde à ne pas y déposer mes empreintes.

Précaution ridicule puisque Zack y avait déposé les siennes et avait probablement effacé une bonne partie de celles qui s’y trouvaient déjà. De toute façon, qui chercherait à savoir à qui elles appartenaient dans ce trou perdu ?

La garde était sculptée de façon à ressembler à une danseuse et un sceau d’or était incrusté dans l’ivoire : une tête de panthère tenant un serpent entre ses crocs.

Je connaissais cet emblème. Je l’avais déjà vu, j’en étais certain, mais où ?

- Je connais ce sceau, Zack, assurai-je.

- C’est le contraire, qui serait étonnant, Général. C’est le sceau héréditaire des Shinra.

- Leurs armes… dis-je la gorge sèche. Leur emblème… Quel salopard… murmurai-je en m’appuyant sur mon siège. Ce petit prince de mes deux a buté un pauvre type à cause d’une connerie de superstition ?

Zack haussa les épaules.

- Ca me paraît quand même… ” énorme “, Général. Non ?

Je levai les yeux au plafond.

- Qui d’autre que lui pourrait posséder une telle arme ? demandai-je, pas convaincu pour deux sous de l’intégrité de sa majesté des réacteurs.

Il allait me répondre lorsqu’il fut interrompu par un cri de femme hystérique semblant provenir de l’étage de l’auberge.

Je vis le patron se précipiter, ce que Zack et moi-même fîmes également.

La jeune fille qui s’occupait du service des chambres dévala l’escalier en courant et se jeta dans les bras du patron pour y sangloter je ne sais quoi dans sa langue avant de répandre le contenu de son estomac sur le plancher de bois.

- Que se passe-t-il ? m’enquis-je.

L’homme ouvrit la bouche à plusieurs reprises avant de pouvoir prononcer un seul mot, terrifié.

- Une… une panthère noire, bredouilla-t-il. Elle est entrée dans une chambre au premier. Par la fenêtre…

Zack et moi échangeâmes un regard interloqué, sûrs d’avoir mal entendu.

- Entrée par… la quoi ?

…à suivre

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VII - Enfant gâté… adulte pourri !

“L’âge adulte, c’est de l’enfance pourrie.”
J. Cau

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Je ne sais pas si, comme l’affirme le dicton, l’exactitude est vraiment la politesse des puissants, mais Rufus Shinra, lui, ne s’embarrassait pas de bonnes manières.

Je me demandais s’il nous avait joué la comédie du malade imaginaire pour s’éclipser et nous laisser en plan avec nos problèmes ou s’il avait vraiment eu un malaise.

Ce n’étaient pourtant pas les nouvelles qui l’avaient bouleversé.

Il était évident qu’il se fichait complètement que l’on massacre allègrement ses soldats et ses larbins alors qu’ils travaillaient pour lui.

Je veux bien qu’on ne prenne pas sur son dos toute la misère du monde, mais tout de même ! Il y a des limites à l’indifférence.

Quoi qu’il en soit, on avait besoin de lui pour que le policier que nous avions vu plus tôt consente à lever son gros postérieur de son siège miteux, même si j’ignorais pourquoi.

Apparemment, le pouvoir de Shinra sur les autorités locales dépassait de loin ce que à quoi je m’attendais.

Un reste de pouvoir féodal, ou de respect des traditions ? A moins que ce ne soit tout bonnement de la peur.

Oui, à y réfléchir, le policier de pacotille avait semblé plus effrayé que respectueux. A croire que ” sa majesté des réacteurs ” lui collait plus les jetons que les monstres bardés de crocs en liberté autour de son village - ou qu’un éventreur à deux pattes.

Génial : ça nous faisait deux malades de trouille sur les bras ! Parce que, plus j’y repensais, plus je croyais à la scène de soudain malaise de ” son altesse ” chochotte.

A moins, bien sûr, qu’il n’ait décidé de s’entraîner pour entamer une carrière dans les sommets absolus du kitsch afin de jouer dans l’une de ces pièces à la mode du genre de cette saleté de Loveless - dont on ne cessait de nous rebattre les oreilles - mais c’était peu probable.

Et comme je doutais que cette indisposition passagère soit un effet de mon charme ravageur - hélas ! - cela ne pouvait donc être que de la frousse…

Peur de la vengeance de ses innombrables divinités ? Ce serait de la susceptibilité mal placée de leur part…

Mais, après tout, les dieux n’ont pas la réputation d’être raisonnables. Ce qui est d’ailleurs la principale raison pour laquelle je refuse l’idée de confier mon destin - ou même ma moralité - à quelqu’un d’autre que moi-même. Et surtout pas à une hypothétique puissance un tantinet mégalo et psychopathe, en théorie surpuissante, mais qui n’intervient jamais quand on en a besoin. Le Deep Ground fait aussi bien l’affaire de ce côté-là, si ce n’est mieux !

Au bout d’un long moment, sa seigneurie daigna tout de même nous illuminer à nouveau de sa céleste présence.

Il n’avait pas l’air plus en forme qu’avant - il était même plutôt verdâtre, sous sa jolie peau nacrée.

Pour un peu, sa faiblesse le rendait presque sympathique.

Qu’est-ce qu’il avait pu voir pour s’enfuir ainsi ? Sa propre mort sous les griffes d’un fauve ?

Il nous fixa alternativement du regard, Angeal et moi, et son expression redevint de marbre. Le masque de l’antipathie glissa sur son visage, me faisant oublier sur l’instant mon élan de mère poule prête à poupouner un poussin malade.

Ce qui me préoccupait, c’était la sécurité des hommes sur le chantier - à commencer par la mienne et celle d’Angeal et de Zack ! - et savoir si, oui ou non, j’allais pouvoir mener à terme ce projet.

- Ne vous inquiétez pas, fit Rufus.

La sécheresse de sa voix me fit grimacer.

Ce n’était plus de l’indifférence ou du mépris, mais de l’hostilité qui contredisait ses paroles.

- Le chantier… ne reprendra pas dans l’immédiat. Néanmoins, je ferai le nécessaire pour qu’une enquête fasse la lumière sur ces événements. Et nous prendrons les mesures qui s’imposent pour protéger le chantier des bêtes sauvages et des éventuels pilleurs. Je ne veux pas que de nouveaux dégâts soient commis. Comandant Hewley, j’aimerais que vous réfléchissiez à la possibilité de faire aménager un nouveau temple près du réacteur. Il nous faudra purifier ces terres avant d’y entreprendre quoi que ce soit d’autre et je crois savoir que votre protégé, le jeune Fair, connaît bien les ouvriers du chantier. Je vous laisse discuter avec Palmer des formalités.

Je haussai les sourcils en entendant la dernière phrase. Qu’est-ce qu’il sous-entendait pas là ? Que les ouvriers ne pouvaient pas me voir en peinture ? Où avait-il été pêcher une idée pareille ? Il s’imaginait peut-être que tout le monde traitait avec autant de mépris que lui-même les gens qui suaient pour lui !

- Je croyais que nous devions quitter les lieux au plus vite ? ne pus-je m’empêcher d’intervenir.

Shinra se tourna vers moi avec un regard agressif.

- J’ai changé d’avis, Général. Ca vous pose un problème ?

Je me mordis la langue pour ne pas répliquer vertement et l’altesse en kimono se déplaça jusqu’à un mur recouvert de motifs géométriques finement peints, où il appuya sur une plaquette de marbre à hauteur d’homme.

Je retins une moue dégoûtée en réalisant que ce sinistre crétin avait dû faire installer un système d’Interphone, ou de sonnette électrique, dans l’œuvre d’art qui abritait ses fesses d’aristocrate trop gâté.

L’arrivée immédiate de Palmer à l’appel de son maître me détourna de mes pulsions homicides. Enfin… me détourna de l’antipathique petit prince vers “la voix de son maître” en question.

- Je dois vous laisser à présent, annonça froidement Rufus. Je vous serai gré de retourner surveiller le chantier dès que la sécurité y aura été rétablie. En attendant vous pouvez loger à Gongaga. Palmer s’occupera de vos frais d’hébergement. J’espère ne pas vous revoir avant que la situation n’ait évolué.

Je restai ébahi devant tant de grossièreté.

Seule la certitude que son agressivité dissimulait une étrange nervosité m’empêcha de franchir les trois mètres de tapis moelleux qui nous séparaient pour lui faire ravaler son air hautain.

Si ce type n’était pas réellement terrifié, je voulais bien devenir turk !

Il se retira cependant avec toute la dignité voulue, et mon début de pitié s’en alla tout aussi soudainement qu’elle était apparue. Son larbin et ses manières doucereuses n’y étaient sûrement pas étrangères…

Angeal lança à Palmer un regard plus dégoulinant de colère contenue que les cheveux de Zack de gel capillaire et je pris mentalement note de ne jamais me retrouver du côté de ceux qui le contrariaient.

*

Lorsque nous sortîmes enfin de la propriété des Shinra, ce fut avec un intense soulagement et une folle envie de tout casser.

Angeal bouillait littéralement de rage et marchait à grands pas dans l’allée de graviers en direction de notre 4×4 (ou du moins de ce qui en restait).

- Ce type égocentrique et son valet de pied ! Je suis prêt à parier mon épée qu’ils ne vont rien faire pour élucider ce qui s’est passé !

J’étais aussi en colère que lui, mais bien plus déterminé.

- Nous pourrons facilement vérifier s’il nous ment. Le chantier et les alentours devraient être le théâtre de battues pour chasser les fauves, aujourd’hui.

Angeal leva les yeux au ciel et maugréa encore un bon coup.

- S’il n’y avait que les fauves, je ne m’en ferai pas trop ! On peut dormir dans des camions, avec le fusil à portée de main.

Je n’étais pas aussi rassuré que lui.

- Tu as oublié ce que notre ami velu a fait aux portières de notre 4×4 ? Je ne crois pas qu’un camion suffise à nous mettre à l’abri. Et on ne peut pas loger tous les ouvriers.

- Pour l’instant nous n’avons plus personne à loger, à part Zack. Et nous n’aurons que nous-mêmes à protéger tant que je n’aurais pas déniché un architecte capable de présenter un plan de temple à Rufus Shinra. Il va falloir serrer les dents et faire pénitence, mon cher !

Je grimaçai à cette pensée.

Un temple ? J’en avais vu plusieurs, depuis mon arrivée, mais Rufus voulait-il juste une chapelle de remplacement histoire de se dédouaner vis-à-vis de ses irritables dieux, ou souhaitait-il un “temple qui se voit de loin” comme son réacteur en forme de chou-fleur ?

Nous n’étions pas rendus - et encore moins partis de cette fichue région !

Angeal ne décolérait pas.

- Salopard ! Il se fiche comme d’une guigne du meurtre. Pour lui, ce n’est qu’un désagrément mineur. Je suis sûr qu’il serait plus contrarié s’il avait perdu l’un de ses canaris ! Inutile d’espérer grand-chose de la police dans ces conditions.

- On n’a qu’à le chercher nous-mêmes, ce meurtrier, dis-je avant de m’en rendre compte.

Mon ami me lança un regard étonné et finit par esquisser un sourire narquois.

- Bah, alors ? On a envie de jouer les turks ?

Soulagé de le voir plaisanter, j’enchaînai.

- S’il s’agit de rabattre le caquet de sa majesté des réacteurs, je suis prêt à jouer tout ce que tu voudras.

Angeal éclata de rire.

- Fais-moi penser à commander au plus vite un lot de serviettes éponges, dans le cas.

Il m’adressa un clin d’œil, se remit à en marche et je lui emboîtai le pas en serrant les poings, serrant les dents pour ne pas relever la pique.

Angeal me connaissait sur le bout des doigts et savait que, malheureusement, je possédais un trait de caractère qui m’avait toujours valu les pires ennuis : j’adorais pousser les gens à bout. Dans tous les domaines.

Cela m’avait valu des retours de flamme mémorables, à la sortie desquels Angeal me récupérait chez lui à trois ou quatre heures du matin, fin soûl - en sang ou en larmes selon la nature du ” pépin “. Je mettais des jours à m’en remettre en jurant ” qu’on ne m’y reprendrait plus ” mais, six mois plus tard, super Sephiroth était encore chez Angeal - épongeant l’hémoglobine de sa dernière victime ou son propre surplus de sécrétions lacrymales dans un mouchoir en papier - à maudire les adversaires trop faibles ou les amants trop susceptibles.

Ma vie sociale et amoureuse résumée en quelques lignes !

Le proverbe du chat échaudé qui craint l’eau froide n’était vraiment pas pour moi et, en repensant à l’attitude de Rufus, je sentais bien que j’étais sur le point de pencher du côté où je n’allais pas, une fois de plus, tarder à tomber…

*

Journal de Rufus Shinra

J’ai envoyé Palmer parler à la police.

Je sais qu’il réglera l’affaire au mieux de mes intérêts. La recherche des fauves occupera ces fonctionnaires si jamais il leur prenait l’envie de faire du zèle.

Je leur ai fait passer la consigne de laisser croire à Sephiroth et à Hewley qu’ils menaient également une enquête sur le meurtre du profanateur mais Palmer saura leur expliquer qu’à mes yeux cette enquête n’a pas à être rapide.

Ni à aboutir…

Il saura leur faire comprendre qu’une absence de résultat de ce côté ne leur serait pas dommageable, bien au contraire.

Les autorités locales sont loin d’être brillantes, mais largement assez cupides pour savoir où est leur intérêt.

Je vais allez dormir un peu car je suis épuisé et le malaise ressenti durant la visite de ces deux Soldats n’est pas encore tout à fait passé.

C’est une sensation vraiment très désagréable…

…à suivre

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La bonne éducation (2e partie)

***

Rédaction : Shiva Rajah

Inspiré d’un passage du roman “Thyia de Sparte” de Cristina Rodriguez (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (Studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

- Postulant Soldat au rapport, chef !

Zack redressa la tête pour voir à qui appartenait la petite voix flûtée qui s’adressait à lui de façon aussi solennelle de si bon matin et éclata de rire en voyant le minuscule garçonnet.

- Nero ? Qu’est-ce que tu fais là ? demanda-t-il en finissant de lacer ses bottes.

- Je me suis échappé de la salle de simulation ! claironna fièrement le garçonnet.

Zack pouffa.

- Toi, avec tes petites jambes et ta petite tête, tu as réussi à échapper au Restrictor ?

Un membre de la mythique 14ème force du Soldat venait une fois par semaine à l’Académie pour surveiller les progrès des recrues qu’ils avaient repérées lors des entraînements.

A l’instar de la plupart des gens, Zack n’avait jamais pu entrevoir ne serait-ce que le regard du mystérieux personnage, toujours à l’abri de la visière d’un casque de métal noir qui lui recouvrait entièrement la tête.

- Il n’a même pas pu me toucher ! se récria Nero, vexé.

- Tiens donc !

- C’est vrai !

- Et comment t’y es-tu pris ? En lui mordant les doigts de pied pour l’empêcher de te courir après ?

Le garçonnet éclata de rire.

- Bah non, t’es bête ! On peut pas faire ça, il a des grosses bottes qui montent, comme Sephiroth ! (Zack sourit) Je lui ai vomi dessus !

- Tu as quoi ? s’écria le jeune homme, estomaqué.

- Bah ch’ai mis deux doigts là, chur la langue, comme cha…

Zack bondit sur lui pour lui retirer les doigts de la bouche.

- Non, ça va ! Je te crois sur parole.

- Et puis quand il criait et que les soldats le nettoyaient, je suis parti sans que personne me voie. Voilà ! conclut fièrement le petit.

Le postulant soldat partit d’un rire tonitruant et hocha la tête.

- Le Restrictor t’effraie donc à ce point là ?

Le garçonnet acquiesça.

- Il est méchant et il essaye toujours de me faire peur pour que je fasse sortir du noir de mes mains alors que, normalement, j’ai pas le droit !

- Oh… Je vois. Dans ce cas, je dis que tu as sans doute bien fait de t’enfuir - mais ne le répète pas ! (Nero bomba fièrement son petit torse) Cela étant dit, qui t’a appris à faire une chose aussi dégoûtante ?

- Weiss !

- Weiss ?

Nero acquiesça.

- Enfin, il m’a pas appris. Il fait ça tout le temps pour faire croire au Restrictor qu’il est malade.

Zack haussa le sourcil, de plus en plus surpris.

- C’est de famille, ma parole !

Pourtant, être remarqué par le restrictor et avoir ne serait-ce qu’une chance d’intégrer le prestigieux Deep Ground était le rêve de tous les postulants Soldats.

Pourquoi Weiss laissait-il laissé passer une telle occasion ? Pire, pourquoi faisait-il tout pour la gâcher ?

- Et pourquoi Weiss fait-il une chose aussi étrange ?

Le garçonnet se mordit la lèvre inférieure et rougit.

- Je sais pas.

- Pourquoi Weiss fait quoi ? demanda Angeal, qui venait d’entrer dans le dortoir. Bah ! Qu’est-ce que tu fais là, toi ? ajouta-t-il en remarquant Nero. Je te croyais à l’infirmerie !

Le garçonnet rentra la tête dans les épaules.

- Je… Je me suis perdu… couina-t-il .

Angeal gronda et fronça les sourcils.

- Tu t’es perdu ?

- Oui…

- Et tu es sans doute venu jusqu’ici pour demander ton chemin à Zack ?

- Euh… Je sais pas… Oui ? fit-il, ne sachant visiblement pas s’il s’agissait d’une bonne explication ou non.

Le Soldat avança d’un pas et se pencha en avant sur le garçonnet, qui se couvrit la tête de ses petits bras tatoués.

- Tu sais ce qu’on fait aux petits garçons qui mentent ?

A force de se tasser, Nero était presque assis sur le sol et Zack dut faire un effort pour ne pas éclater de rire et ruiner le simulacre de sévérité d’Angeal.

Ce dernier avait lui-même le plus grand mal à empêcher les coins de la bouche de s’étirer et le fou-rire le menaçait en voyant le frère de Weiss accroupi à ses pieds.

Soudain Nero éclata en sanglots et agrippa son petit ventre.

- Tu ne vas pas te remettre à vomir, hein ? demanda Zack, méfiant.

Le garçonnet secoua la tête.

- Tu as bobo au bidon ? s’enquit Angeal, regrettant aussitôt d’avoir joué les grosses brutes.

Le petit secoua encore la tête en pleurant de plus belle.

- Non… sanglota-t-il.

- Je t’ai fait si peur que ça ?

Nero acquiesça.

- Oui…

Le Soldat s’accroupit devant lui et sourit, rassurant.

- Allez, c’est fini, chibi face, c’était pour de faux. Viens me faire un câlin.

Il tendit les bras mais le petit recula en se tenant toujours le bas-ventre à deux mains.

- Alors ça y est, tu ne m’aimes plus ? fit Angeal avec un grimace boudeuse dans l’espoir de le faire sourire.

- Si… couina le garçonnet en reniflant.

- Alors pourquoi tu ne veux pas me faire un câlin ?

- J’ai fait un truc pas exprès… finit par avouer le garçonnet d’une toute petite voix entre deux sanglots en agrippant son petit pantalon de plus belle.

Zack se détourna, la main sur la bouche pour étouffer un fou-rire incontrôlable et Angeal dut se mordre la langue au sang pour ne pas en faire autant.

- Je vois…

Poursuivi par le rire incontrôlable de Zack, il souleva l’enfant de terre et se dirigea vers les douches en le tenant à bout de bras, le plus loin possible de lui.

*

Nero prenait son goûter assis sur la cuisse de Zack, à qui Angeal avait confié le petit après l’avoir récuré comme une casserole et habillé de vêtements propres.

- Au fait, tu ne m’as pas dit pourquoi Weiss faisait semblant d’être malade devant le Restrictor.

- Je sais pas si j’ai le droit. Il m’a dit de rien dire.

Le jeune homme entreprit de lui peler une orange et de la séparer en quartiers.

- Qui ? Weiss ?

Nero acquiesça et prit un quartier d’orange qui, dans sa minuscule petite main paraissait énorme.

Lorsqu’il le mit tout entier dans sa bouche, le jus gicla et Zack prit une serviette en papier pour le débarbouiller.

- Doucement ! Ne mets pas de si gros morceaux dans ta bouche, tu vas t’étouffer.

- Weiss, il l’écrabouille dans un verre.

- Oui mais tu es grand, maintenant, tu peux manger des oranges sans avoir besoin de les presser. Non ?

Le garçonnet haussa ses petites épaules et pris un autre quartier d’orange.

- Chais pas. Tu me racontes encore la grenouille bleue et la princesse ?

- Dans un moment. Et si je te promets que personne ne saura que tu m’en as parlé ? Que c’est un secret rien qu’entre toi et moi, d’homme à homme ?

Nero fronça ses petits sourcils.

- Que je suis grand et que je mange des vraies oranges ?

Zack pouffa.

- Mais non ! Pourquoi Weiss ne veut pas être sélectionné pour le Deep Ground.

- C’est quoi ” sectionné ” ?

- Pas sectionné, chibi face ! Se-LEC-tion-né. Choisi par le Restrictor.

- Tu veux, toi ?

- Bien sûr !

Le petit parut désarçonné.

- Tu veux que Restrictor te fasse ” des choses ” ? chuchota-t-il, ne parvenant à croire ce que lui disait Zack.

Celui-ci sentit une main invisible se refermer sur son ventre.

- Que… Qu’est-ce que tu veux dire par “faire des choses ” ?

- Des choses…, répéta Nero en rougissant.

Un froid glacial envahit le jeune homme.

- Tu l’as vu “faire des choses ” à Weiss ? (Le petit acquiesça.) Qu’est-ce que tu as vu ?

Nero s’agenouilla sur sa cuisse et colla sa petite bouche contre l’oreille de Zack, comme le font les enfants pour confier un secret.

- Des choses qu’on doit pas parler, chuchota-t-il. Des choses de grandes personnes.

- Nero… Est-ce que… Est-ce que Restrictor a obligé Weiss à… à faire ces ” choses ” ?

Le garçonnet se mordit les lèvres, sur le point d’éclater en sanglots, et renifla.

Il parvint à ravaler ses larmes un petit moment mais se mit finalement à pleurer en se couvrant le visage de ses menottes aux curieux ongles d’un noir bleuté.

Etait-ce un effet de l’imagination de Zack ou une sorte de fumée noire commençait à se former autour des petites mains ?

Oh, merde… “ pensa le jeune homme, gagné par la panique.

” Lui immobiliser les mains “, avait dit Weiss. ” Lui immobiliser les mains et le rassurer “.

- Ca va aller, Nero. Excuse-moi, je ne voulais pas t’embêter, d’accord ? Calme-toi.

- Il l’a obligé… sanglota le garçonnet. Restrictor disait qu’il faisait ça pour son bien. Weiss, il criait. Il donnait des coups de pieds et puis il m’a vu… Il m’a dit de partir. Il a dit que c’était pour jouer.

Zack contracta les mâchoires, au bord de la nausée, et jura.

- Je suis pas un bébé… ajouta Nero d’une voix tout juste audible en se blottissant contre Zack pour enfouir son petit visage dans son pull, comme un enfant se cache sous les couvertures pour échapper au monstre du placard. C’était pas pour jouer. Mon frère, il voulait pas. Je sais qu’il voulait pas. J’ai vu les autres le faire dans les toilettes, les grands. Et c’est pas pareil…

- Salopard…, murmura le Gongagien, fou de rage.

Et lui qui avait toujours pris l’élite du Soldat pour des exemples de droiture - à plus forte raison un membre du puissant Deep Ground !

Il tombait de haut.

Nero pleura un long moment dans les bras de Zack, qui regardait droit devant lui, le regard vide, effondré.

- C’est très mal, hein ? finit par demander le petit. Restrictor a fait du mal à Weiss, pas vrai ? Il avait pas le droit, dis ?

- Oui, Nero. C’était mal. Très mal. Et non. Il n’avait pas le droit. En aucun cas il avait le droit de faire ça…

*

- Un Restrictor abattu en plein gymnase et pas un indice ? Vous vous moquez de moi, Heidegger ?

Les hurlements d’Ashton Shinra s’entendaient dans tout l’étage.

- Monsieur, je…

- Vous soupçonnez bien quelqu’un, non ? intervint le professeur Hojo, qui paraissait suivre la conversation avec un amusement mêlé de dédain.

Heidegger haussa piteusement les épaules et Shinra faillit en avaler son cigare.

- C’est une plaisanterie ! s’époumona-t-il.

Hojo fit claquer sa langue contre son palais avec un bruit sec particulièrement désagréable.

- Comment est mort notre imbécile ? demanda-t-il avec mépris, faisant tiquer Shinra.

- D’après les médecins de l’Académie, il serait mort de… de peur, murmura Heidegger, comme s’il devait annoncer que la mer était en train de flamber.

- De… quoi ? tempêta le président. De peur ? Un gradé du Deep Ground ? Non mais c’est vous qu’il va falloir enfermer ! Qu’est-ce que c’est que ces sornettes ?

- Soyez plus précis, ordonna Hojo, comme si Ashton Shinra n’existait pas.

Heidegger haussa les épaules.

- Il avait les yeux écarquillés, exorbités, et un masque de terreur sur le visage comme si… Comme si…

- Comme si toutes les terreurs qu’il avait éprouvées au cours de sa vie avaient resurgi d’un seul coup, en une seule, énorme, et épouvantable panique ; comme s’il s’était retrouvé prisonnier de ses propres ténèbres, finit Hojo à sa place comme s’il se délectait de chaque mot prononcé.

- Auriez-vous une idée sur ce qui a pu se passer, Hojo ? demanda le président, curieux.

Le professeur laissa échapper un rire rocailleux qui leur écorcha les oreilles.

- J’en ai même deux, monsieur le président. Deux magnifiques idées très prometteuses… Aussi fascinantes et différentes que peuvent l’être le blanc du noir !

Il quitta le bureau en ricanant, laissant les deux hommes stupéfaits dans la confusion la plus totale.

FIN

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VI - Balaye devant ta porte !

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Tirée du doujinshi BUBBLES du Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Nous arrivâmes chez Rufus Shinra vers cinq heures du matin.

Sa famille possédait une propriété, à l’ouest de Gongaga, un ancien palais qui faisait ressembler le manoir de Nibelheim où j’avais passé ma petite enfance à une vulgaire maison de poupée.

C’était une demeure très anciene, aux dômes élégants, à la façade sculptée de statues et aux hautes fenêtres. Je n’osai compter le nombre de balcons mais, pour ce que j’en voyais de la grille d’entrée, il devait bien y en avoir sept par étage sur deux niveaux - rien que sur la façade Nord.

Par endroits, la pierre ressemblait à de la dentelle.

Un vieil homme vêtu d’un pantalon de lin blanc et d’une longue tunique fendue serrée par une longue ceinture de soie ouvrit la porte après que nous lui ayions expliqué qui nous étions.

Il nous laissa passer d’un air soupçonneux et lorgna avec écœurement la poussière qui nous recouvrait et mon torse nu.

Il estimait probablement que notre mise ne seyait guère pour une visite à sa ” majesté sérénissime “.

Le domestique nous fit signe de le précéder d’un geste, en restant à distance, comme si notre proximité le souillait. Nous nous engageâmes dans les allées de l’immense jardin. Même à la lumière capricieuse de la lune et en dépit de ce que je venais de vivre, je dois avouer qu’il était magnifique et je ne pus m’empêcher de l’admirer.

Il nous fit entrer dans l’immense hall.

Angeal et moi échangeâmes un regard ébahi.

La seule fois que j’avais pu voir autant d’antiquités, c’était au musée de Midgar.

Pas un mètre carré du sol qui ne soit pas recouvert de tapis précieux, pas un pan de mur qui ne soit pas peint de fresques anciennes et chaque statue ou objet décoratif devait valoir une fortune.

Malgré l’heure plus que matinale, nous croisâmes plusieurs serviteurs époussetant les meubles impeccables ou vaquant à quelque occupation nécessaire à l’apparat de la demeure de l’héritier Shinra.

Nous suivîmes le domestique à travers une grande galerie à colonnes et entrâmes dans ce qui semblait être un petit salon de réception.

Je dis ” petit ” en comparaison du reste de la demeure car il devait faire à lui seul la totalité de la surface de mes appartements à la caserne du SOLDAT.

Comme dans toutes les demeures traditionnelles, les appartements privés se trouvaient au fond de la maison, à l’abri des regards indiscrets.

- Je vais m’enquérir auprès de monsieur Shinra pour savoir s’il accepte de vous recevoir, dit-il avec hauteur.

Il s’inclina avec cérémonie et jamais salut ne me parut aussi insultant.

Il y avait plus de mépris dans ce simple geste, pourtant révérencieux, qu’en n’importe quelle insulte proférée par un pilier de bar après une nuit de beuverie.

Je serrai les poings mais le domestique feignit ne s’apercevoir de rien.

- Pour qui se prend-il ? demandai-je à Angeal, irrité, une fois le larbin obséquieux sorti.

- La question est mal formulée, répondit mon ami en riant. Je dirais plutôt : pour qui nous prend-il ? Je crois que la réponse est : pour de la piétaille indigne de ce palais et de son propriétaire.

Je secouai la tête.

- Décidément, j’ai beau faire des efforts, je ne comprendrai jamais ce pays.

La porte s’ouvrit à nouveau, faisant place au lèche-bottes de service.

Palmer s’approcha et s’inclina devant nous - avec moins de mépris que le domestique, dois-je préciser.

Il était emmitouflé dans un énorme peignoir de soie ou quelque chose dans ce goût là. Ca me faisait penser à la tenue des nomades de Canyon Cosmo, en plus chic.

- Général… Capitaine… murmura-t-il, mielleux. Monsieur Shinra va venir dans un instant. Je ne vous cache pas qu’il a été très irrité de cette inopportune visite. On ne dérange pas le fils du président ainsi. J’espère que vous avez une raison valable pour faire irruption ici en pleine nuit !

- Valable ? s’écria Angeal. Nous avons plusieurs cadavres sur les bras dont un victime de meurtre ! s’écria-t-il. Est-ce, selon vous, une raison suffisamment “valable” pour que sa ” gracieuse majesté ” daigne quitter ses draps de satin ?

- Cela, c’est à moi d’en juger, Hewley, gronda la voix de Rufus Shinra, que nous n’avions pas entendu entrer.

Il avait enfilé un kimono de coton bleu marine, si impeccablement coupé qu’il ne pouvait avoir été fait que sur mesure, et se tenait nu-pieds sur le somptueux carrelage émaillé de bleu, blanc et or. La large échancrure dévoilait deux pectoraux au dessin si ferme et parfait que j ‘en oubliai presque à quel point il me tapait sur le système.

Mais cela ne dura pas…

- On m’a parlé d’un petit incident, sur le chantier, poursuivit-il d’un air las en s’asseyant sur l’un des divans brodés. Tu peux nous laisser,dit-il à Palmer, qui sortit en reculant, la tête respectueusement inclinée.

Ca y est ! Il recommençait à me donner envie de lui arracher les yeux avec une petite cuiller…

- Un “petit” incident ? relevai-je sarcastique.

Il me lança un regard méprisant.

- Rien, en tous les cas, qui mérite de me déranger à cette heure.

- Un fauve s’est introduit dans le camp ! criai-je en me retenant pour ne pas le saisir par le col de son kimono de luxe. Des hommes sont morts ! Des hommes qui travaillaient pour que vous puissiez poser votre fessier princier sur la cuvette des chiottes de votre putain de réacteur “que tout monde pourra voir de loin” !

Rufus Shinra ferma à demi les yeux, menaçant.

- Je vous conseille d’employer un autre ton avec moi, Général Sephiroth. Je ne suis en rien responsable de vos délires. Un fauve mangeur d’hommes… Nous ne sommes plus au temps des Cetras. Moins encore dans un zoo !

J’allais répliquer vertement mais Angeal me devança.

- Nous l’avons vu, insista-t-il. Nous en avons même croisé deux, pour être exact. Un au camp et un Gongaga. Plusieurs ouvriers sont morts, déchiquetés, et l’un d’entre eux a été assassiné.

Rufus leva un sourcil et esquissa un sourire, comme s’il avait affaire à des déficients mentaux.

- Il n’y a plus de grands fauves dans la région, Capitaine Hewley. Depuis des dizaines et des dizaines d’années. Et certainement pas des fauves assassins, ajouta-t-il avec une moue sarcastique.

- Quand je parlais d’assassinat, je voulais dire par la main d’un homme, monsieur. Un ouvrier a eu la gorge proprement tranchée d’une oreille à l’autre.

Le rejeton Shinra leva les yeux au ciel et soupira.

- Il faudrait savoir ! C’était un fauve ou un homme ?

J’eus beau avoir envie de l’étrangler, je me fis la réflexion que sa question n’était pas, tout compte fait, ouvertement idiote. Il était tout de même étrange que, la même nuit, se déroule un assassinat et un tel carnage.

L’assassin possédait-il un fauve ?

Non, cela ne tenait pas debout.

Et celui de Gongaga, dans ce cas ?

- Les deux, tranchai-je. Mais une chose est claire, la région est bel et bien infestée de bestioles, quoi que vous en pensiez.

Il sembla réfléchir un instant.

- Et je peux savoir ce que vous attendez de moi ? demanda-t-il. J’ai ordonné l’arrêt de ce chantier, ce qui s’y déroule ne m’intéresse plus.

J’ouvris la bouche mais il leva la main.

- Soyez tranquilles, reprit-il, vous recevrez la prime convenue au départ et nulle sanction ne figurera dans votre dossier militaire. Malgré la catastrophe que vous avez causée… ajouta-t-il en me jetant un regard meurtrier.

- Quelle catastrophe ? s’écria Angeal, outré. Nous ne sommes pas responsables si…

- Ca suffit ! coupai-je, à bout, en me penchant sur Rufus, menaçant. J’en ai assez de tout ce cinéma, alors écoutez-moi bien, vice-président de ce que vous voudrez ! Des hommes sont morts, leurs cadavres gisent sous une tente du chantier, de votre chantier, et un homme a été égorgé. La police refuse de prendre une déposition ou d’envoyer quelqu’un sans votre autorisation. Alors vous allez bouger votre putain de cul, prendre ce putain de téléphone et ordonner à tous ces bras cassés de prendre les mesures nécessaires ! Me suis-je bien fait comprendre ?

Rufus en resta bouche bée.

Je crois que jamais il me m’aurait cru capable de m’adresser ainsi à un supérieur et qu’il comprit, à ce moment-là, en voyant mes yeux verts glaciaux, ma mâchoire crispée et mes muscles bandés, à quel point je pouvais être dangereux.

“Sa majesté des réacteurs” perdit donc une bonne partie de son assurance.

- Et la moindre des choses serait d’indemniser les familles des victimes, ajouta mon ami, profitant de l’effet “Sephiroth risque d’exploser alors ne le contrariez pas”.

Rufus ouvrit la bouche puis parut penser à quelque chose et se figea, comme si une pensée soudaine l’avait frappé.

Il ferma les yeux un instant, les rouvrit, se leva et… chancela.

- Ah là ! Doucement ! Vous allez bien ? demanda Angeal, un peu coupable.

C’était la première fois que Rufus se tenait immobile aussi près de moi.

Son front m’arrivait au menton ce qui, avec mon mètre quatre vingt douze et mes quatre vingt sept kilos, était déjà en soi un bel exploit pour un homme normalement constitué.

Un parfum musqué me chatouilla les narines et mon regard glissa à nouveau vers l’échancrure de son peignoir.

Merde… Ce type était sculptural.

Si seulement il n’était pas aussi imbuvable !

- J’ai une impression de “déjà vu”, murmura-t-il, la gorge serrée. C’est très désagréable. Excusez-moi, je reviens dans un instant.

Il sortit, nous laissant, Angeal et moi, totalement interloqués.

***

Journal de Rufus Shinra

Palmer m’a réveillé ce matin à l’aube, avant l’heure que je lui avais donnée. C’est la première fois qu’il ose désobéir à mes ordres, c’est dire si grande était son inquiétude. Et bien que je ne puisse le montrer, j’avoue la partager.

Mes plus grandes craintes se réalisent…

Ce Général mal dégrossi a attiré sur nous la colère des dieux. Des soldats restés au camp ont été massacrés par un fauve qui s’est enfui.

Je n’en ai pas parlé à ce rustre mais le grand léopard noir a toujours été l’animal tutélaire des Shinra, depuis la naissance de notre lignée. Je ne peux voir une coïncidence dans le fait que la vengeance des dieux s’accomplisse par la patte de cet animal.

Toujours tournée vers le passé, comme tous les anciens, ma vieille nourrice m’a assez seriné la longue histoire de mes ancêtres pour que je puisse la réciter mot pour mot.

Sa loyauté à ma famille m’est précieuse, mais son archaïsme me porte sur les nerfs, parfois.

Déjà que J’ai le plus grand mal à convaincre mon propre père d’accepter les changements qu’impose le passage de notre société dans l’ère de la modernité…

Ce Sephiroth ajoute aussi à la liste de nos ennuis la mort de celui qui a déclenché cette tragédie par sa maladresse.

Il n’arrive pas à comprendre que cela n’est que la juste conséquence de son erreur. Mais je crains qu’il ne prenne ce décès un peu trop au sérieux, et qu’il n’en réfère aux autorités, qui ne manqueraient pas de m’importuner.

Je ne m’inquiète pas vraiment pour la police, ils comprendront aisément mon point de vue, mais j’enrage à l’idée de payer des pots-de-vin supplémentaires pour m’assurer leur silence à cause des scrupules de celui qui n’est, bien qu’il l’ignore encore, que le fruit d’une expérience de laboratoire - comme son compagnon.

Ils feraient mieux de balayer devant leur porte et de s’interroger sur leur propre famille avant de me donner des leçons de morale !

La seule pensée de leur présence troublant la paix de cette demeure me contrarie !

Hewley a même oser mentionner la possibilité de verser une somme aux familles des victimes.

“En compensation “, a-t-il dit.

En compensation du travail non fourni, sans doute ? Du temple de mes ancêtres saccagé ?

Décidément, ces deux rebuts d’éprouvette m’exaspèrent !

Ils n’ont aucun sens des priorités.

Les mânes de mes aïeux doivent hurler à l’agonie devant la profanation de ce lieu, et les dieux ne pardonnent ni n’oublient ce genre d’offenses aussi facilement que les hommes.

Je sais que les ouvriers, eux, auront compris.

Je doute qu’un seul d’entre eux ait accepté de retourner travailler sur le chantier sans qu’il n’y ait eu expiation, de toute façon. En tout cas, pas avec le responsable de ce crime sur les lieux.

Mais ce rejeton mal dégrossi d’extraterrestre ne semble pas conscient de cet aspect de la situation. Pas plus que son compagnon.

Quels piètres meneurs d’hommes ils font !

J’ai même du mal à imaginer qu’ils aient pu se faire tolérer si longtemps par les ouvriers. Je me demande bien comment ils s’y sont pris !

Enfin…

Ah, j’allais oublier ! Je ne sais si je dois confesser dans ces pages mais…

J’ai accueilli le réveil inopiné de Palmer avec soulagement, en fait, car il m’a tiré d’un rêve extrêmement dérangeant. Tel que je n’en avais jamais fait auparavant.

Je parlais à un homme. Et cet homme…

Non, c’est idiot, c’est sans importance.

Il vaut mieux que je finisse de régler mes problèmes avec mes deux expériences de laboratoire qui s’ignorent au plus vite !

… à suivre

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La bonne éducation

***

Rédaction : Shiva Rajah

Inspiré d’un passage du roman “Thyia de Sparte” de Cristina Rodriguez (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (Studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Ce soir-là, Zack ne dormit que quelques heures, agitées par des cauchemars rebutants. Il avait toujours rêvé d’intégrer le Soldat et, maintenant qu’il y était, il ne pouvait se défaire d’une certaine appréhension. Serait-il à la hauteur ? Allait-il tenir le coup, seul et loin de chez lui ? Allait-il se faire des amis ?

Tout quitter à 14 ans à peine - maison, camarades et parents - n’a rien d’aisé, surtout lorsqu’on a passé toute son enfance à l’abri d’un petit village niché dans les montagnes !

Un jeune homme qui, d’après sa tenue, devait être un postulant comme lui, le réveilla avant l’aube. Les soldats professionnels, eux, étaient debout depuis un moment déjà et avalaient rapidement leur petit déjeuner avant de sortir en courant.

- Salut ! Je m’appelle Weiss se présenta le garçon aux longs cheveux blancs immaculés hérissés sur son crâne.

- Zack, ronchonna celui-ci d’une voix ensommeillée. Zack Fair.

- Enchanté !

- Qu’ont-ils tous, à s’agiter comme ça ?

- Rien du tout. C’est comme ça tous les matins. Allez, debout, il faut aller donner à manger aux enfants.

- Aux… quoi ?

- Allez ! Lève-toi, gros paresseux !

Weiss le tira de sa couette et lui mit une brique de jus d’orange et une barre vitaminée dans les mains avant de le pousser vers la porte.

- Mais où allons-nous ? gémit le Gongagien à demi-endormi en croquant dans la pâte filandreuse.

- M’écoutes-tu, quand je te parle ? Il faut donner à manger aux enfants.

- Quels enfants ? Les soldats ont une crèche ? demanda Zack, sidéré.

Son compagnon éclata de rire.

- Mais non, idiot ! Ce sont les minimes et les cadets de l’Académie !

- Ah !

- Allez, avance !

- Ça va ! Ça va ! Oh ! là, là…

Il suivit son guide à travers les couloirs jusqu’à ce qui semblait être l’aile des enfants - un grand dortoir attenant à une salle à manger et à une salle de bain commune. Des cris et des éclats de rire résonnaient à l’intérieur, entrecoupés par des hurlements hystériques.

- Ils sont déjà réveillés. Viens, Angeal va péter un plomb, sinon.

- Qui ?

- Angeal Hewley. Le parrain qui t’a été assigné. Ne l’entends-tu pas hurler ?

- C’est lui qui s’égosille comme ça ?

- Tu vas comprendre pourquoi dans un instant ! rétorqua l’adolescent en grimaçant.

Ils entrèrent dans le dortoir et Zack faillit repartir en courant.

Une quinzaine de petits démons criaient, sautaient sur les lits et jetaient des objets à la figure d’un minuscule garçonnet en pyjama qu’un grand Soldat essayait de protéger entre deux braillements en faisant un rempart de son corps athlétique.

Ses épaules tombèrent de deux pouces en voyant arriver les garçons.

- Ah ! Tout de même ! fit-il. Bon sang, Weiss, fais quelque chose !

Weiss se saisit de deux plateaux métalliques, destinés à servir le repas des enfants, et les cogna bruyamment l’un contre l’autre, écorchant les tympans de Zack.

Les garçonnets se figèrent et rentrèrent la tête dans leurs épaules en se bouchant les oreilles.

- Ceux qui veulent manger ont intérêt à fermer leur bec et à laisser mon frère tranquille ! hurla l’adolescent. Des volontaires pour un jeûne ? (Les enfants pincèrent les lèvres ou pressèrent leurs mains sur leur bouche.) Personne ? Dommage, cela en aurait fait plus pour moi ! Vous en êtes certains ? Personne ne veut l’ouvrir ? Allez, un petit effort ! Non ? Alors à table en rang par deux. Et dans le calme !

Les garçons s’installèrent aux deux longues tables de la salle principale, attendant l’inspection de Weiss, qui les passa en revue. Ceux qui ne satisfaisaient pas à ses critères de prestance, parce qu’avachis ou de guingois, recevaient une tape sur les fesses ou la tête, selon ce qui dépassait du rang.

Un garçonnet leva le bras.

- Quoi ? gronda Weiss.

- C’est Nero qui a commencé ! pleurnicha l’enfant en désignant le petit garçon aux longs cheveux noirs qui sanglotait à présent dans ses bras d’Angeal. Il a encore fait des trucs bizarres !

L’adolescent soupira.

- Il est petit ! Il ne sait pas encore contrôler ses pouvoirs. Ce n’est pas une raison pour le passer à tabac dès que j’ai le dos tourné !

- Oui, mais…

- Et, si j’ai bien compris, tu n’as pas faim !

- Si ! se récria le garçon.

- Alors pourquoi parles-tu sans autorisation ?

L’enfant pressa les deux mains sur sa bouche et secoua la tête.

- J’aime mieux ça. Toi et toi, venez avec moi chercher les chariots du petit déjeuner. Les autres, bouche cousue. Zack me dira qui a désobéi.

Il fila avec les deux garçonnets et Angeal installa le petit Nero sur l’un des bancs.

- Tu es donc mon filleul, dit-il à Zack en souriant. Ravi de faire ta connaissance. Je dois filer, je vais être en retard, mais nous nous verrons ce soir pour faire plus ample connaissance. Dis à Weiss de faire attention à Nero. Il s’est tordu la cheville en se battant avec les autres.

Zack s’inclina avec respect.

- A vos ordres, monsieur.

Le soldat laissa échapper un rire enjoué.

- Oublie le ” monsieur “, p’tit ! Angeal suffira.

Il ajusta son énorme épée dans son dos et sortit, laissant le garçon avec les enfants.

Ceux-ci l’observaient avec curiosité.

- Alors, tu es le frère de Weiss ? demanda le jeune homme au petit garçonnet brun.

- C’est un démon ! Il fait des trucs horri…

- C’est pas vrai !

- Ca suffit ! trancha Zack. Le premier qui parle sans autorisation, ça va barder pour son matricule ! Et toi, le petit brun, réponds à ma question.

- Oui, monsieur, fit le garçonnet d’une voix fluette.

Zack sourit, attendri.

- Fais-moi voir ton pied.

Le petit le rejoignit en boitillant. Il lui arrivait à peine à la taille.

- Quel âge as-tu, dis-moi ? (Nero leva sept doigts.) Sept ans ? C’est tout ? Et tu es déjà à l’Académie du SOLDAT ? (Le garçonnet qui avait traité son minuscule camarade de monstre leva la main à son tour.) Oui ?

- C’est un menteur ! Il a cinq ans, pas sept ! Il est ici parce qu’il a tué sa mère et que, du coup, il a plus de parents !

Zack n’eut que le temps d’attraper Nero au vol alors qu’il se jetait sur le garçon toutes griffes dehors en hurlant.

- Du calme !

Le petit pleura et se débattit dans ses bras comme un beau diable tandis que les autres enfants poussaient des sifflements et des “ouh !” méprisants.

Assassin ! Nero est un assassin ! Lalalèreuh ! “

Ouh ! Sale assassin ! “

- Eh ! s’emporta Zack. J’ai dit : stop !

Peine perdue, les enfants s’époumonèrent de plus belle et l’un d’en eux, un grand gaillard qui devait bien avoir dix ou douze ans - et qui au vu de sa surcharge pondérale ne passerait probablement jamais les épreuves sportives du SOLDAT - cracha même en direction du frère de Weiss.

- Non mais tu te crois où, toi ? cria le Gongagien en lui jetant un regard agressif. Attends que je te…

- QU’EST-CE QUE C’EST QUE CE RAFFUT ? tonna une voix d’homme depuis la porte.

La voix glaciale tomba sur les enfants et sur Zack comme une chape de plomb et tous rentrèrent la tête dans leurs épaules, pétrifiés, en reconnaissant le soldat roux.

Soldat qui s’avança d’un pas aussi décidé qu’agacé, son long manteau de cuir rouge frôlant presque le sol.

- Monsieur Rhapsodos… salua le Gongagien avec respect, presque aussi impressionné que les garçons.

Il savait qu’en entrant à l’Académie il rencontrerait les plus grands soldats de la planète, ceux qui étaient devenus ses héros au fil des années, mais les croiser dans des circonstances aussi informelles était encore au-delà de ses rêves les plus fous !

Les enfants baissèrent les yeux, tremblant de tous leurs membres, et Nero s’accrocha au pantalon de Zack, terrifié à l’idée de se faire punir.

- Où vous croyez-vous, tous ? gronda encore Genesis. Dans une garderie ? Que se passe-t-il ? demanda-t-il à Zack. Pourquoi tout ce charivar… (Il remarqua alors Nero, qui faisait tout son possible pour se dissimuler derrière les jambes du jeune homme) Je vois. Tu as encore joué des mimines, pas vrai ?

- J’ai pas fait exprès… couina le petit d’une voix à peine audible en reniflant. C’est sorti tout seul, ajouta-t-il en tendant ses menottes, paumes vers le haut.

Amusé par le geste et la petite bouille penaude, Genesis éclata de rire et s’accroupit en face de lui.

- Arrête de pleurer et viens ici, chibi face !

Il tendit les bras et Nero boitilla vers lui.

Comparé au grand soldat, le frère de Weiss paraissait encore plus minuscule.

- Qu’est-ce qui se passe, avec ton pied ? demanda encore Genesis en asseyant le garçonnet sur sa cuisse.

Nero tendit sa petite jambe en s’accrochant au manteau de cuir de l’officier, qui tâta la cheville enflée.

- Aïe !

- Il va falloir bander ça. (Il se tourna vers Zack) Occupe-t’en lorsqu’il aura mangé.

- Oui, monsieur.

Le soldat rassit le petit à sa place et partit comme il était venu et sans ajouter un mot.

Quel étrange personnage… “ pensa Zack.

Weiss revint et ordonna aux enfants qui l’avaient suivi de distribuer verres, bols et couverts. Après quoi, lui et Zack leur servirent le petit déjeuner, composé d’une bouillie de céréales, d’un œuf dur, d’un fruit et de fromage frais généreusement tartiné sur une épaisse tranche de pain.

Nero, lui, étant le plus petit, bénéficiait d’un traitement un peu particulier et le Gongagien ne put s’empêcher de pouffer en voyant Weiss donner la becquée à son petit frère, assis sur ses genoux.

Tel un moineau, le garçonnet avalait sagement et sans rechigner tout ce que son aîné lui glissait dans la bouche, qu’il s’agisse de petits morceaux de pomme soigneusement pelée ou de bouts de pain trempés dans le lait chaud.

- Pourquoi les autres enfants ont-ils peur de lui ? demanda discrètement Zack en s’accroupissant près de l’adolescent.

Nero devait agripper son verre de jus de fruits à deux mains pour pouvoir le soulever sans le renverser mais, par prudence, Weiss plaça néanmoins sa paume sous les fragiles menottes.

- Nero a des pouvoirs qu’il n’arrive pas encore à contrôler. Ce n’est qu’un bébé.

- J’suis pas un bébé ! protesta le petit, qui aurait laissé tomber son verre si son frère n’avait pas eu la prudence de mettre sa main dessous.

- Non, tu n’es plus un bébé, concéda Weiss en retenant un rire. Allez, finis de manger et va te laver les mains.

- Des pouvoirs ? insista Zack.

- Il fait apparaître des ténèbres avec ses mains ! Ca peut t’engloutir et même te tuer ! expliqua le gros garçon qui avait craché sur Nero un peu plus tôt.

- Qui t’a permis de l’ouvrir, toi ? gronda Weiss. Occupe-toi de tes affaires et file changer de chemise ! ordonna-t-il en désignant les taches de fromage frais et de jus de fruits qui maculaient les vêtements de l’indiscret.

Ce dernier obéit sans demander son reste.

- J’ai tout fini ! chantonna Nero en brandissant son verre vide.

- C’est bien. Va te débarbouiller.

Weiss le posa à terre et il boitilla en direction de la salle de bains commune.

- C’est quoi, cette histoire de ténèbres ? s’étonna le Zack, sceptique.

- Certains scientifiques disent que Nero a le pouvoir d’ouvrir et d’invoquer des dimensions parallèles, soupira Weiss. Hojo, lui, assure que ce n’est pas le cas mais qu’il crée lui-même des ténèbres à partir de la matière.

Zack grimaça, comprenant plus ou moins ce que cela pouvait impliquer.

- Tu veux dire… Qu’il a le pouvoir de créer du vide à partir de la matière ? De fabriquer des trous noirs à loisir ?

Weiss haussa les épaules.

- Je n’en sais rien. J’ignore de quoi il s’agit exactement mais si tu es pris là-dedans… surtout ne panique pas. En général, ça se produit parce qu’il a peur, quand il fait un cauchemar ou qu’il se sent en danger.

- Ca t’est déjà arrivé ?

- Plus d’une fois, oui. Quand ça arrive, il faut lui immobiliser les mains et, surtout, le rassurer.

Zack frissonna.

- Woah…

Weiss lui tapota l’épaule, rassurant.

- Ce n’est qu’un petit garçon, tu ne dois pas avoir peur !

- Je n’ai pas peur ! se récria le Gongagien.

Un peu plus tard, les bols rangés, la cheville de Nero bandée et tous les petits Soldats en devenir débarbouillés, Zack et Weiss les firent mettre en rang deux par deux devant la porte.

- Eh ! appela ce dernier en attrapant son frère par le bras. Où comptes-tu aller, toi, avec ton pied plus gros que ta tête ?

Il voulut sortir Nero du rang mais ce dernier se débattit et éclata en sanglots. Jamais Zack n’aurait cru qu’une chose aussi petite pouvait faire autant de bruit !

- Mais qu’est-ce qu’il a ? demanda-t-il à Weiss entre les piaillements suraigus.

- Il veut venir avec moi, pardi ! fit l’adolescent en riant. Tiens, attrape-le.

- Mais que veux-tu que j’en fasse ?

- Reste avec lui. Et profites-en pour dormir un peu, tu as une tête à faire peur. Nous serons de retour pour midi.

Il sortit avec les enfants et Nero s’époumona en donnant des coups en tout sens.

- Weiss ! Attends ! Où vas-tu ?

- C’est le jour du simulateur. Les enfants doivent apprendre à s’entraîner avec.

- Mais je…

- Au fait ! cria Weiss depuis le couloir. Si Nero te mord… Fais-en autant !

- Ah, parce qu’en plus, il mord ? !

Zack lava les yeux au plafond avec un soupir découragé et le petit referma sa mâchoire sur le gras de sa cuisse.

- Refais ça et je te mange le foie ! cracha le jeune homme en lui montrant les dents, menaçant.

Nero se tut instantanément et ouvrit de grands yeux.

- C’est quoi un ” foua ” ?

***

- Mais pourquoi le prince il s’est marié avec la princesse ?

- Parce qu’il l’aimait.

- Mais pourquoi il l’aimait ?

Zack s’affala sur le petit lit du garçonnet.

- Tu poses trop de questions, Nero.

- Tu me racontes encore ?

- Il faut en laisser un peu pour demain.

- Pourquoi ?

L’adolescent se prit la tête dans les mains et poussa un gémissement plaintif.

- Je crois que je préfère encore quand tu mords !

- T’as mal à la tête ? Tu vas mourir ?

- Hein ?

- Y’a un garçon, il est mort comme ça.

Zack se redressa sur un coude.

- On ne meurt pas d’un mal de tête, Nero. Ce garçon était sûrement malade.

- Je sais pas. Il avait tout le temps mal à la tête. Et il saignait tout le temps du nez aussi. Angeal, il dit que quand on saigne du nez, c’est la cervelle qui fout le camp.

Le Gongagien éclata de rire.

- Charmant…

- Tu saignes du nez, toi, quant t’as mal à la tête ?

- Non.

- Alors tu vas pas mourir ! affirma le petit le plus sérieusement du monde. C’est quand on a les deux qu’on meure. (Zack lui pinça la joue, attendri malgré lui) Ils vont bientôt revenir, les autres ? Ils sont où ?

- A la visite médicale.

- On leur fait des piqûres ?

- Je ne pense pas.

Le ” troupeau ” était venu manger à midi et reparti à la suite de Weiss et du professeur Hojo, ce qui avait encore occasionné une bonne crise de larmes de la part de Nero, qui ne voulait pas laisser partir son frère. Le médecin avait fait taire le petit d’une gifle, ce qui avait brisé le cœur de Zack et révolté Weiss mais ni l’un ni l’autre n’avaient leur mot à dire, hélas.

- J’ai chaud… se plaignit Nero en tirant sur son pyjama estampillé d’un chocobo joufflu sur le devant.

- Pour tout t’avouer, moi aussi. Ils pourraient monter un peu la clim !

Son pull lui collait à la peau et l’eau de sa bouteille tiédissait en moins de temps qu’il n’en fallait pour la prendre dans le réfrigérateur.

- On prend une douche ?

Zack ouvrit la bouche pour répliquer mais se ravisa.

- Et pourquoi pas, après tout ? Allez, grimpe !

Nero lui sauta dans les bras avec un cri joyeux et Zack se dirigea vers la salle de bain commune, sur le sol carrelé de laquelle il posa le petit.

- Tu veux que je te raconte une histoire, moi ? demanda celui-ci pendant que l’adolescent lui retirait son pantalon.

- Dis-donc, qu’est-ce que tu es blanc ! nota Zack en faisant passer le haut du pyjama de Nero par-dessus sa tête. Ton frère ne te met jamais au soleil ou quoi ?

- Chais pas. Tu veux que je te la raconte, mon histoire, ou pas ?

- Vas-y, vas-y, allez, céda le gongagien en souriant.

- C’est Sephiroth qui nous a dit qu’un jour, un garçon avait volé un rat dans le laboratoire tu professeur Hojo. Et puis… Ah ! C’est trop chaud ! Et puis il l’a cachée dans sa poche. Alors son instructeur, il a demandé ce qu’il cachait. Il a dit qu’il cachait rien et tu sais ce qui s’est passé ?

- Plutôt que de se faire prendre, il a laissé le rat lui dévorer le ventre et il est mort.

Le petit ouvrit de grands yeux .

- Tu connaissais le garçon ?

- Nero, cette anecdote est une légende urbaine qu’on trouve sur Internet, expliqua Zack en lui lavant les cheveux. Ca n’a jamais eu lieu. C’est une histoire que l’on raconte aux petits garçons pour leur expliquer ce qu’est le courage.

- Sephiroth a menti, alors ?

- Pas exactement.

Il sécha le garçonnet, l’assit sur un banc et se lava à son tour.

Une fois sec, il porta sa main à son visage et se frotta les joues.

- Nero ?

- Quoi ?

- Touche… Tu trouves que je pique ?

Nero passa ses petites menottes sur ses joues en fronçant ses sourcils.

- Non.

Zack grimaça et s’assit sur le banc.

Depuis des semaines - en fait depuis qu’il avait su qu’il était admis l’Académie - il se rasait consciencieusement tous les soirs et tous les matins. Il avait entendu dire que si on faisait ça, la barbe finissait par pousser drue. Alors pourquoi diable ça ne poussait pas plus ?

- T’es sûr ? insista-t-il, un peu vexé. Je ne pique pas du tout ?

Nero haussa ses petites épaules.

- Non.

- Merde…

- Tu devrais être content. Mon frère, il râle tous les soirs parce qu’il doit s’enlever les poils de la figure.

Le jeune homme se raidit, encore plus vexé.

- Weiss se rase la barbe ?

Le petit acquiesça.

- Il en a pas besoin. Il en a déjà plein sur la tête.

Zack éclata de rire tonitruant.

- Tu sais que commence à t’adorer, toi ! Ah ! Ah ! Ah !

Contaminé par l’hilarité du gongagien, Nero partit d’un fou rire mais sans savoir pourquoi.

Parlez-vous Genesien ?

Avez-vous remarqué que Genesis est pour ainsi dire le seul à ne jamais employer les termes populaciers, voire parfois grossiers, chers aux autres personnages ?

Normal, c’est un lettré (en sus d’une grosses andouille, certes, mais lettré quand même).

Alors en exclusivité planétaire, voici pour vous quelques traductions des expressions courantes de notre Genesis national et qu’il est parfois difficile d’appréhender lorsque l’on ne fait pas partie du club très fermé des pros en “littérature-pour-lovelessfans-siphonnés-de-la-calotte” .


Extraits choisis

« Cesse tes simagrées, Angeal, car je sens une ascension rhino-moutardiere imminente ! »

Traduction : Arrête de faire le con, Angy, j’ai la moutarde qui me monte au nez

« Jeune home charmant mais qui souffre hélas d’un capilarisme epiglottal très marqué »

Traduction : Ce grand dadais a un cheveu sur la langue de la taille d’une balayette

« On ne va pas caquegluer à ce stade de la bataille ! »

Traduction : C’est pas le moment de chier dans la colle, les gars !

« Un cariolisme ante-bovin est la dernière chose à envisager »

Traduction : N’allez pas nous mettre la charrue avant les bœufs.

« Je crains que nous ne nous trouvions en situation de catacervicomerdose »

Traduction : Je crois qu’on est dans la merde jusqu’au cou

« Permettez que j’effectue une cession felino-linguale »

Traduction : Je donne ma langue au chat

« Ce garçon va finir cretinothanasié »

Traduction : Il va mourir idiot, ce con là

« Mes amis, que diriez-vous d’une brève crustafraction ? »

Traduction : Et si on cassait la croûte, les mecs ?

« Optons pour le cubitoludisme ou nous n’arriverons jamais au bar »

Traduction : Va falloir jouer des coudes pour aller s’en jeter un derrière la cravate, les gars.

« Je déplore une endororectocephalie depuis ce matin 8h00»

Traduction : Je me suis levé avec la tête dans le cul

« Faisons une geopalpation auprès du patron avant de lui exposer notre stratégie »

Traduction : Tâtons le terrain pour voir s’il ne risque pas nous lyncher

« J’endure une laryngofelinie tous les diables ! »

Traduction : J’ai une saleté de chat dans la gorge

« Sephiroth souffre de latrinogueusie, c’est évident ! »

Traduction : Sephy a vraiment des goûts de chiotte !

« Pardonne ma franchise, Angeal, mais il n’est plus temps de se laisser aller à la muscapedication »

Traduction : Quand t’auras fini ton enculage de mouches, Angy, on pourra peut-être passer aux choses sérieuses et avancer.


Vous, je ne sais pas mais j’ai soudain un de ces mal de tête, moi…

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Le SOLDAT recrute !

Pas facile de devenir soldat de la Shinra…

Pourtant, avec les jeux vidéos toujours plus nombreux, les films et les reportages réguliers sur «super Sephiroth», de plus en plus impérieuse est l’envie, pour nombre de jeunes gens, de quitter les jupes de môman pour tenter l’aventure.

Seulement voilà : lorsqu’on a passé 18 ans à se faire chouchouter par « la-môman-chérie-à-son-fiston », pas facile de s’habituer à la vie militaire…

Mais, une fois de plus, la Shinra a tout prévu et, en exclusivité planétaire (et uniquement pour « ff7 yaoi fanfics »), voici pour la première fois dévoilés les secrets de la formation suprême, celle que les plus grandes écoles militaires de la galaxie envient à la firme, j’ai nommé : LE PROGRAMME DES COURS PREPARATOIRES AU CONCOURS DU SOLDAT ou « comment éveiller cet organe appelé cerveau, dont les jeunes recrues ignoraient l’existence jusque là ».

C’est pas gagné, hein…


PROGRAMME DES COURS PREPARATOIRES DES NOUVELLES RECRUES

Note : En raison de la complexité et de la difficulté des cours, seulement 10 participants seront acceptés pour chaque cours.

Ce stage préparatoire au concours du Soldat s’étend sur 5 jours, et comprend les modules suivants :


PREMIER JOUR

Thème : Mon arrivée à la caserne

Instructeur : Heidegger

8h30 : COMMENT RANGER LE CONTENU DE MA VALISE DANS MON PLACARD
Présentation tâche par tâche sur diapositives

10h30 : COMMENT TROUVER LES CHOSES SANS RETOURNER LA CASERNE EN POUSSANT DES CRIS DE HYENE
Forum

13h30 : S’HABILLER DECEMMENT TOUT SEUL ET NE PAS FAIRE SEMBLANT D’IGNORER OU SE TROUVE MON CASIER
Exercices pratiques

15h00 : COMMENT ETRE LE COMPAGNON DE DORTOIR IDEAL
Exercices de relaxation, méditation et techniques de respiration

16h00 : VIVRE A LA CASERNE : MON SUPERIEUR HIERARCHIQUE N’EST PAS MA MERE
Jeux de rôle


DEUXIEME JOUR

Thème : vos collègues femmes sont des soldats comme les autres

Instructeur : Sacarlet

8h30 : EST-IL GENETIQUEMENT IMPOSSIBLE DE RESTER TRANQUILLE PENDANT QUE VOTRE COÉQUIPIERE POSE L’HELICO OU GARE LE CAMION ?
Simulation de conduite

10h00 : MA COLLEGUE N’EST PAS MON INFIRMIERE
Présentation diapositives + jeux de rôle

11h00 : MA COLLEGUE N’EST PAS MA BONNE
Projection de documentaire + intervention de témoins

14h00 : MA COLLEGUE N’EST PAS MA MERE
Présentation PowerPoint

16h00 : NOTIONS ESSENTIELLES DE GRAMMAIRE : LE FEMININ DE “ASSIS AUX COMMANDES D’UN REMORQUEUR” N’EST PAS “DEBOUT DERRIERE L’ASPIRATEUR”
Jeux de rôle


TROISIEME JOUR

Thème : vivre à la caserne – la vie en communauté

Instructeur : Angeal

8h00 : PAPIER TOILETTE : POUSSE-T-IL TOUT SEUL SUR LES DISTRIBUTEURS ?
Table ronde

10h00 : JE NE FAIS PAS PIPI A COTE : JE M’AVANCE UN PEU ET OUBLIE MA PRETENTION
Exercice pratique avec vidéo

13h00 : ASSIETTES ET VERRES : PASSENT-ILS DU REFECTOIRE AU LAVE-VAISSELLE GRACE A LA LEVITATION ?
Débats - Intervention d’experts

15h00 : BOUTEILLES DE BIERE VIDES : DOIVENT-ELLES ALLER DANS LE FRIGO OU DANS LA POUBELLE ?
Groupes de discussion et jeux de rôle


QUATRIEME JOUR

Thème : se débrouiller tout seul sans maman

Instructeur : Genesis

8h00 : REPASSAGE EN 2 ETAPES : A) 1 CHEMISE EN MOINS DE 2 HEURES B) LA VAPEUR CA BRULE
Exercice pratiques avec des professionnels

10h00 : LE MENAGE DU DORTOIR, UNE ACTIVITE VIRILE ET VALORISANTE
Table ronde et exercices pratiques

12h00 : DIFFERENCES ENTRE LE PANIER A LINGE ET LE SOL ET COMMENT SE RENDRE A LA LAVERIE SANS SE PERDRE
Exercices pratiques avec paniers en osier

De 14h00 à 19h00 : COURS DE CUISINE PRATIQUE EN 3 ETAPES

Niveau 1 (débutant) : Les appareils ménagers « ON mettre en marche » « OFF arrêter l’appareil ».

Niveau 2 avancé : Mon premier « Shinra rapid’soup » sans brûler l’eau

Niveau 3 Expert : Faire un café sans oublier l’eau ou le café et ne pas utiliser le soluble qui est incompatible avec la cafetière


CINQUIEME JOUR

Thème : être un SOLDAT dans son corps et dans sa tête

Instructeur : Sephiroth

8h00 : Santé module 1 : SE LAVER TOUS LES JOURS EST SANS RISQUE POUR VOTRE SANTE
Présentation Power Point avec intervention du Pr. Hojo

9h00 : Santé module 2 : NON, LE GEL COIFFANT N’EST PAS UNE FATALITE, ON PEUT S’EN PASSER
Table ronde avec intervention de médecins addictologues

11h00 : Santé module 3 : COMMENT SURVIVRE A UN RHUME SANS PENSER ETRE A L’ARTICLE DE LA MORT
Table ronde avec intervention de médecins

14h00 : Vie pratique module 1 : DES HOMMES PERDUS PEUVENT DEMANDER LEUR CHEMIN
Témoignages du seul soldat mâle l’ayant jamais fait

16h00 : Vie pratique module 2 : SE RAPPELER DES DATES DE MISSION ET PREVENIR QUAND VOUS AVEZ DU RETARD
Apporter son agenda au cours

17h00 : Vie pratique module 3 : MON ARME N’EST PAS L’EXPRESSION DE MA VIRILITE, LA PREUVE PAR LES CHIFFRES
Apporter son double décimètre personnel

18h00 : COMPTE-RENDU DU STAGE AVEC L’EQUIPE PEDAGOGIQUE


En raison du nombre croissant des demandes, nous invitons les supérieurs hiérarchiques directs et les instructeurs à nous faire parvenir les demandes d’inscription dans les plus brefs délais.

Merci d’avance

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Rends-moi ma vie !

***

Auteur : Shiva Rajah

Relecture et Réécriture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Illustration tirée des maquettes du doujinshi “BUBBLES” du Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Note : Yuusuke Naora est le directeur artistique du film “FF VII - Advent Children”

- Yuusuke ? Yuusuke ? Yuusuke…

Qui m’appelait ? Je croyais que tout le monde avait déjà quitté le studio.

- Yuusuke… Réveille-toi…

J’ouvris un œil. Mon rêve m’avait laissé un goût amer dans la bouche, comme si j’avais sucé des pièces de monnaie.

Quelle heure pouvait-il bien être ?

Mon bureau était plongé dans la pénombre et les objets se détachaient des panneaux blancs des murs comme est ombres fantomatiques.

- Yuusuke…

Je me redressai sur mon fauteuil, le cœur battant.

Je n’avais pas rêvé. On m’appelait vraiment…

- Yuusuke…

C’est pas vrai ! Voilà que j’entendais des voix, maintenant…

Les somnifères que j’avais pris la veille ? Saleté ! Je n’étais pas prêt d’avaler à nouveau l’un de ces trucs.

“C’est léger” m’avait-on assuré à la pharmacie.

Tu parles !

Bon sang, mais pourquoi avais-je autant de mal à trouver le sommeil ? Je supportais pourtant bien la pression, d’habitude. Et Avent Children Complete allait faire un carton, c’était quasi-certain. Alors pourquoi angoissais-je ainsi ?

- Yuusuke…

Je me figeai.

C’était une plaisanterie de mes collaborateurs ou quoi ?

La gorge sèche, je tendis la main vers l’interrupteur de ma lampe de bureau et dus tâtonner un bon moment avant de le trouver.

- Yuusuke!

Je tressaillis si fort que je faillis reverser la lampe.

J’actionnai brutalement l’interrupteur et me pressai contre le dossier de mon fauteuil, inspectant du regard chaque recoin du bureau, le cœur battant.

Rien.

Normal, qu’est-ce que j’espérais ? Un ange voletant au-dessus de mon secrétaire en m’appelant par mon nom ?

J’attendis un instant, l’oreille aux aguets.

Silence.

Avec un soupir, je laissai tomber ma tête entre mes bras croisés et ricanai. Bon sang ! Quelle histoire. Ça m’apprendrait à lire le paragraphe des effets non désirables sur les notices des médic…

- Eh ! Yuusuke !

Je bondis de mon fauteuil et m’aplatis contre le mur, derrière moi, en brandissant une figurine en résine à l’effigie de Cloud, l’un de mes personnages les plus réussis. Guère convainquant, comme arme, mais c’était toujours ça.

- Qui… qui est là ? bredouillai-je. C’est une blague, les gars ? Il y a une Webcam de planquée, c’est ça ?

Silence…

- Mais qu’est-ce qui me prend ? maugréai-je en reposant la figurine sur mon bureau. Je perds la boule ! Voilà que je parle tout seul.

- Yuusuke ! Par ici !

Avec un cri, je reculai et me recroquevillai à nouveau dos au mur en tournant frénétiquement la tête en tout sens.

Il n’y avait pourtant personne, je n’étais pas fou !

Le vidéo-projecteur, l’armoire, mon bureau, la table de dessin sur laquelle s’étalaient les dernières planches du story-board des scènes rajoutées d’avent children et…

Quelque chose ne bougeait-il pas, sur le story-board ?

- Yuusuke ! Approche. N’aie pas peur. Viens.

Ça venait bien de là.

Mon Dieu… ça y est, j’étais bon pour l’asile. Ça m’apprendrait à concevoir des mondes de jeux vidéo et des personnages torturés !

- Approche, Yuusuke.

Je déglutis avec difficulté. Cette voix m’était familière et, pourtant, j’étais certain de ne l’avoir jamais entendue.

- Yuusuke …

Le ton se fit suppliant et j’aurais juré voir le dessin frémir. Impossible.

- Qui… qui êtes-vous ?

Pauvre de moi ! Voilà que je parlais à une feuille de papier…

“Reprends-toi, mon garçon, ce n’est qu’un effet secondaire du somnifère.”

- Ton ami, Yuusuke … ton seul véritable ami. Celui que tu as rêvé si fort que tu lui as redonné vie à travers un logiciel d’images de synthèse. Viens, Yuusuke …

- Que… de quoi parlez-vous ? Je… je ne vous connais pas.

- Oh ! mais si, tu me connais, Yuusuke, puisque c’est toi qui m’as créé. Combien de fois n’as-tu pas rêvé de moi ? Combien de fois n’as-tu pas essayé d’être moi ? Viens, Yuusuke, viens… c’est la seule occasion que tu n’auras jamais.

Oh là là… je perdais complètement les pédales.

C’était quoi, ça ? Une matérialisation de mes fantasmes ?

Ma pauvre tête…

Il fallait que je voie un psy… que j’en voie un au plus vite.

- Approche et tu verras que je dis la vérité. Approche…

- Et en plus, j’essaye de me trouver toutes les excuses pour y croire… murmurai-je. Pauvre de moi.

- Approche, que risques-tu ? Viens, Yuusuke. N’en as-tu pas assez de te branler après m’avoir dessiné ? N’as-tu pas envie de vivre les aventures que tu imagines pour de vrai ? Tu en rêves, Yuusuke, je le sais. Viens…

- Taisez-vous ! Si on vous entendait, je…

Mais qu’est-ce que je racontais ? Entendre quoi ? Cette voix était le fruit de mon imagination. Je culpabilisais, voilà l’explication. Tout ceci n’était qu’un moyen pour mon cerveau de m’avertir que j’allais trop loin et que j’allais perdre les pédales.

Il fallait que j’arrête toutes ces conneries de jeux vidéo ! Que je devienne raisonnable. Oui, c’est ça. Raisonnable.

Raisonnable…

Mais je ne voulais pas être un type raisonnable ! J’avais besoin d’autre chose… une chose que, pour l’instant, seuls mon imagination et mes personnages pouvaient me donner.

- Approche, Yuusuke.

Qu’est-ce que je risquais, après tout ? Les rêve, ça peut pas vous faire de mal, non ?

Mes pieds, comme mus par une volonté propre, se posèrent l’un devant l’autre, me portant jusqu’à la table de dessin.

- Oui, Yuusuke, gémit la voix langoureuse. Viens à moi…

Plus qu’un pas… plus qu’un pas… baisser les yeux sur le story-board et…

- Mon Dieu… Oh ! Mon Dieu ! Ce n’est pas possible ! Ce n’est pas possible…

Il était là.

Sarcastique, séduisant et dangereux à mourir dans la case du story-board.

Il était là et me souriait.

La gorge serrée, je vis sa main aux longs doigts gantés caresser son long sabre. Masamune…

- Veux-tu le toucher, Yuusuke ?

- Impossible… C’est impossible… Je deviens fou.

- Tu en meures d’envie… Donne-moi ta main, Yuusuke… Donne-moi ta main…

Sans même me rendre compte de ce que j’étais en train de faire, je tendis la main vers la feuille du story-board et… la traversai.

- Oh ! Mon Dieu !

Je voulus la retirer mais Sephiroth la saisit pour la poser sur sa poitrine, si bien que je dus me pencher en avant. La moitié de mon bras était à présent dans le dessin.

Je le voyais sans pouvoir y croire. Quelques lignes claires sur le papier blanc…

Mais un cœur battait contre ma paume et je sentais une peau lisse et tiède sous les lanières de cuir qui sanglaient le torse de mon ange déchu.

- Viens à Moi, Yuusuke… Viens…

Il me tira par le bras et je ne résistai pas. Je sentis mon corps se dissoudre, sans douleur aucune, et ne faire plus qu’un avec le papier.

Je sentais son odeur, à présent. Un mélange entêtant d’acier, de cuir et d’un parfum boisé.

- Ouvre les yeux, Yuusuke … Ouvre les yeux et goûte ce que l’on ressent à être ce que tu as fait de moi.

De quoi parlait-il ? Son ton s’était fait cassant, soudain.

J’ouvris les yeux et levai les yeux vers lui. Il se tenait au-dessus de moi et souriait méchamment, ma main toujours prisonnière de la sienne. Loin… loin au-dessus de moi. Et derrière lui… derrière lui, je voyais mon bureau.

Je regardai autour de moi. Tout était blanc. Tout était vide. Vide et plat. Sans consistance. Un monde en deux dimensions. Un monde de papier…

- Il ne faut pas s’offrir des rêves au-dessus de ses moyens, railla-t-il en lâchant ma main. Ils pourraient te contrôler. Prendre possession de toi, de ta vie, de ta place… Qui est le fou, à présent ?

- Non… bredouillai-je en essayant désespérément de m’accrocher la manche de son manteau de cuir noir. C’est un cauchemar…

- Le cauchemar commence maintenant, Yuusuke, promit-il en se dégageant d’une sèche torsion de poignet, ce qui eut pour effet de déboîter le mien.

- Ah ! Non ! Reviens ! Sephiroth ! Ne me laisse pas ici ! Oh ! mon Dieu, je vous en supplie ! Non ! Rends-moi ma vie, Sephiroth ! Tu n’as pas le droit ! Rends-moi ma vie !

***

L’ambulancier rabattit le drap sur le corps étendu sur la moquette saumon du bureau.

- Un bon directeur artistique… soupira-t-il en mettant le tube de somnifères vide dans un sac en plastique avant de le sceller. Si c’est pas malheureux de voir ça… T’as vu comme il s’est déguisé, avant de se suicider ?

Il désigna le long manteau de cuir noir, qui dépassait du drap. Un manteau aux épaules bien trop larges pour le défunt maigrelet.

- Ouais… Bon artiste, peut-être, mais pas très net, je confirme, remarqua son confrère.

Le jeune urgentiste tendit à son supérieur une planche de story-board en grimaçant.

- Oh ! bon sang ! Il s’est dessiné lui-même, non ?

- On dirait bien, oui.

L’ambulancier observa le visage torturé et les mains crispées sur la case du story-board de l’autoportrait du défunt.

La case était blanche à l’exception de lui-même et d’une bulle écrite en lettres grasses : ” Sephiroth ! Rends-moi ma vie ! Laisse-moi m’en aller !”

- Ça ressemble à un dernier adieu.

- Banal, quelque part, pour un suicide.

- La pression médiatique, sans doute. La presse attendait le film remanié le pied ferme. Il ne devait plus le supporter. Il s’est dessiné comme s’il se sentait prisonnier.

- Épargne-moi tes analyses psychiatriques bon marché, veux-tu.

- Pardon, chef. Quoi qu’il en soit, les fans vont le regretter.

- Sans doute. Euh… monsieur, fit l’ambulancier en se tournant vers le jeune homme de haute taille, aux yeux verts lumineux et aux longs cheveux étrangement gris, qui attendait près de la porte. Je sais à quel point il a dû être choquant de trouver la vic… le défunt ainsi mais… la police vous appellera sans doute demain et vous demandera peut-être de passer au commissariat pour faire une déposition.

L’inconnu ajusta la ceinture de son pantalon de cuir et tira sur son t-shirt, comme si le vêtement était trop étroit de plusieurs tailles et le gênait.

- Bien sûr, sans problème, assura-t-il en hochant aimablement la tête. Mais, je vous l’ai dit, je le connaissais à peine. Il m’a accosté dans ce salon professionnel et…

- Et vous a donné rendez-vous ici pour passer un entretien d’embauche, oui, vous nous l’avez dit. Concepteur, c’est ça ?

- Non, scénariste. Je suis scénariste. Je crée des histoires ou… je les remanie à ma sauce, précisa-t-il avec un petit sourire ironique que l’ambulancier eut du mal à interpréter.

- Bon eh bien… Je pense que ce sera tout. Nous avons votre nom et votre numéro de portable aussi, on ne va pas vous retenir plus longtemps. Voulez-vous qu’on vous appelle un taxi ?

Le jeune homme sourit de toutes ses dents.

- Ce ne sera pas nécessaire, de la famille va passer me chercher en moto sous peu. J’ai fait le nécessaire.

- Dans ce cas… Au revoir, monsieur. Et merci encore d’avoir appelé.

- Ce fut un plaisir. (L’ambulancier tiqua.) De vous aider, s’entend…

L’infirmier le regarda se diriger vers la porte et fronça les sourcils.

- Putain, il fout les jetons, ce type…

Son confrère frissonna et acquiesça sans un mot.

FIN

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V - Seuls les morts sont froids

Le désir est l’appétit de l’agréable. “

Aristote

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Zack nous apprit que le seul poste de police de Gongaga se trouvait à deux pas de la maison de ses parents, sur la place du village.

Nous avions contacté Lazard par téléphone pour l’informer de ce qui s’était passé mais il s’était contenté d’un : ” cela regarde les autorités locales, désormais. Le président a interrompu la mission, vous n’avez plus rien à faire là-bas. Passez le dossier aux autorités compétentes, rassemblez le matériel sensible et rentrez à la base. Vous avez trois jours pour plier bagage. “

Ca avait au moins le mérite d’être clair…

En raison de la mauvaise visibilité et de l’état des routes, nous mîmes deux bonnes heures à parcourir les quelques quarante kilomètres à vol d’oiseau (le double par la route) qui nous séparaient de Gongaga, qui était, en fait, un village plus qu’un bourg.

Pas de lumière dans les ruelles, bien entendu, et des trous où je faillis plusieurs fois me briser les jambes.

Je ne sus que nous étions arrivés à l’antenne de police que parce que Zack me traduisit l’inscription à demi effacée peinte sur le mur de torchis. Jamais il ne me serait venu à l’idée que cette porcherie pouvait tenir lieu de commissariat local.

A peine passée la porte, dont seules quelques écailles témoignaient d’un ancien vernissage, l’odeur de sueur et d’huile rance me prit à la gorge.

Le policier de garde, un Gongagien bedonnant à la chemise blanche maculée de tâches, était affalé sur une chaise de bois qui avait vu des jours meilleurs. Il est hasardeux d’essayer de donner un âge aux gens de ce pays mais j’aurais dit qu’il devait avoir dans les quarante ans.

En nous entendant arriver, il leva vers nous un œil endormi et retira ses pieds de la table.

Visiblement, nous avions interrompu son petit somme.

Je vis Zack se lancer dans un discours, auquel je ne compris pas un traître mot, à grand renfort de gestes et d’exclamations mais le policier, ou ce qui en tenait lieu, se contenta de gratter sa barbe de trois jours et de chasser de la table un cafard gros comme mon poignet d’un revers de la main.

J’esquivai le projectile ragoûtant avec une grimace et me tournai vers Angeal.

- Qu’est-ce qu’il raconte ? demandai-je.

Angeal, concentré sur la conversation, me fit signe de me taire d’un geste et je soupirai.

Lorsqu’il entendit le nom de “Rufus Shinra”, seule chose que je saisis de la discussion, le policier tressaillit et se leva d’un mouvement brusque pour se lancer, à son tour, dans une diatribe sans fin en agitant les bras en tout sens.

Je ne sais pas ce que lui avait dit Zack mais cela avait eu l’air de faire son effet à en juger par la mine soudain inquiète du policier et par la façon dont il se tenait la tête, gémissant entre deux phrases.

- Mais qu’est-ce qu’il dit ? insistai-je.

- Chut ! rétorqua Angeal avec un geste irrité.

Je levai les yeux au ciel et fit claquer mes mains sur les cuisses en m’accroupissant sur le sol. Le cafard, de nouveau sur ses pattes, était juste entre les miennes et je me redressai aussi sec en jurant comme un charretier pour l’écraser brutalement sous ma semelle avec un bruit de craquement de céréales.

Je ne sais pas si ce fut à cause du bruit du cafard ou de celui du claquement de ma semelle sur le sol de bois fêlé - je chausse quand même du quarante-cinq - mais Zack et le policier cessèrent immédiatement leur conversation animée et se tournèrent vers moi.

J’en profitai.

- Alors ? demandai-je.

- Il ne veut pas s’occuper de l’affaire avant d’en référer à monsieur Shinra, soupira Zack.

Je faillis m’étrangler.

- Quoi ? m’écriai-je. Un homme a été assassiné et nous avons plusieurs cadavres sur les bras ! Il faut un légiste et au moins deux ambulances !

Zack commença à lui traduire ce que je venais de dire et s’arrêta en cours de route pour se tourner vers moi.

- Euh… Je crains que le mot ” légiste ” n’existe pas en gongagien, Général.

J’allais lui répondre lorsqu’Angeal me devança et adressa au policier quelques mots en un Gongagien laborieux.

Le visage de l’homme s’éclaira et il répondit quelque chose que je ne compris pas.

- Il dit qu’il en a vu un dans un film policier, le mois dernier… soupira mon ami d’un ton morne.

Je tapai à nouveau du pied, faisant sauter un éclat de plancher. Cette fois je commençais vraiment à m’énerver.

- J’exige qu’il prenne notre déposition et qu’il appelle un hôpital ! hurlai-je.

Zack traduisit mais l’homme secoua la tête, obstiné. Avec un grognement, je le saisis par son col de chemise et Angeal s’interposa, me tirant en arrière.

- Laisse tomber, Seph, c’est inutile. Ici, rien ne fonctionne comme chez nous. Allons plutôt voir son “altesse”. Ce type ne bougera pas le petit doigt sans son accord express.

Nous quittâmes le bâtiment et l’homme me jeta un regard terrifié avant de fermer doucement la porte derrière nous.

Notre véhicule n’avait pas bougé des abords du village, les ruelles étroites et les trous dans la chaussée ne permettant pas son passage à travers le village sans risquer de perdre une roue, 4×4 ou non.

Enfin… disons que le 4×4 break lui-même n’avait pas bougé… parce que les portières, elles, gisaient de part et d’autre sur le sol.

Avec un juron, Angeal se précipita, brandissant la torche électrique qui nous avait permis de trouver le commissariat sans tomber dans un trou.

En m’approchant à mon tour, je ne pus retenir une exclamation étouffée et Zack se mit à marmonner ce qui semblait être une prière pour chasser le mauvais oeil.

Visiblement, celui qui avait fait ça avait agi par pur plaisir de nuire car nous n’avions pas fermé les portières à clé. Il n’y avait donc nulle raison de les arracher.

De plus, rien n’avait été volé. Le sac à dos d’Angeal n’avait même pas été fouillé. Tout était intact sur le siège du conducteur et rien ne manquait du matériel.

- Bon sang ! Le type qui a fait ça devait être une force de la nature, remarquai-je en observant le métal tordu.

- C’est de la tôle ! répliqua Angeal en soulevant une portière. Personne n’aurait pu faire une chose pareille. Regarde-moi ça, on dirait qu’elle a été pliée comme une vulgaire feuille de papier.

La portière en question me faisait penser à une énorme papillote, comme celles que les femmes se mettent dans les cheveux pour les friser.

Angeal braqua la torche sur la seconde et la retourna du pied.

- Merde ! Merde ! Merde ! grogna-t-il. Il ne nous manquait plus que ça !

La seconde portière était éventrée comme si elle avait eu maille à partir avec une pelleteuse mécanique.

Des petits lézards glacés me descendaient le long du dos, mais, sachant que Zack nous observait pour savoir quelle attitude adopter, j’essayai tant bien que mal d’afficher une expression décontractée, comme celle des héros de films ou de jeux vidéo qui plaisantent devant la voiture qui vient de leur exploser sous le nez, manquant de peu de les faire rôtir.

- Qu’est-ce qu’on fait ? demandai-je, faussement sarcastique. On aura l’air fin à rouler comme ça. Remarque, ça économisera la clim. Je savais qu’ils n’aimaient pas beaucoup les étrangers, ici, mais à ce point là…

Angeal jura une fois de plus et nous fit signe de monter à bord.

- Oh putain ! s’écria Zack en ressortant vivement.

- Quoi ? demandai-je en m’approchant pour regarder prudemment à l’intérieur.

Pour toute réponse, Zack me désigna le siège passager et Angeal balaya la cabine de la torche.

Au début, je ne vis rien de particulier. Le siège du conducteur était intact, ainsi que le tableau de bord.

Là où ça se gâtait, c’était du côté passager - à savoir le mien.

Je crois que le terme “place du mort” se justifiait parfaitement dans ce cas : le fauteuil, mon fauteuil, avait été éventré avec une rage impressionnante. Des morceaux de mousse étaient éparpillés partout et le skaï avait été lacéré. Quatre belles coupures bien régulières, comme celles qu’aurait pu faire la patte d’un chat.

D’un très gros chat…

- Tous les fauves de la région se sont donnés le mot pour nous pourrir la vie ou quoi ? lançai-je dans une lamentable tentative pour faire de l’humour malgré l’angoisse qui commençait à me nouer le ventre. Ils sont de sortie ? C’est leur fête annuelle ?

Angeal tendit la main, prit un amas de coton déchiqueté sur le plancher et le déplia.

Mon sweat-shirt. Celui que je laissais en permanence dans la voiture au cas où.

Il ne restait même plus dix centimètres carrés de tissu intact.

- Je ne sais pas s’ils sont de sortie mais celui-là, c’est visiblement toi qu’il voulait. Tu dois avoir une odeur particulièrement appétissante.

Je lui arrachai feu sweat-shirt des mains avec un regard meurtrier, et m’en fis une sorte de ” coussin-serpillière ” pour empêcher les ressorts du siège de m’arracher la peau des fesses.

- Très drôle, dis-je en retenant un frisson. Allez, grimpe et démarre ! Je ne tiens pas vraiment à rester dans le coin avec une bestiole comme ça dans les parages.

Zack marqua un temps d’arrêt, avant de monter dans le véhicule, et nous le vîmes tourner la tête en direction du village en se mordillant la lèvre.

- Zack, ça va ? s’enquit Angeal, le faisant sursauter.

Le garçon rougit et acquiesça.

- Oui, monsieur. Bien sûr.

Mon ami sourit.

- Tu t’inquiète pour tes parents ?

Son protégé baissa les yeux, horriblement embarrassé.

- C’est que… je n’avais jamais vu un fauve s’approcher aussi près des habitations, monsieur.

Angeal hocha gravement la tête, d’apparence calme, mais je remarquai que le tendon de sa mâchoire jouait sous sa peau tandis qu’il serrait les dents.

Ah ! On peut dire qu’on avait du mal à le jouer, notre rôle de gros durs blasés !

Mon ami et moi avions beau faire les fiers à bras, nous étions tout aussi angoissés que le gamin par les événements de la nuit.

Et l’atmosphère lugubre n’arrangeait rien à l’affaire.

La lune était cachée par intermittences, les nuages noirs se déplaçant lentement avec la brise, et j’avais l’impression que chaque coin d’ombre cachait un monstre prêt à bondir. Je m’imaginai l’un de ces animaux me saisissant la jambe par le trou béant qu’avait laissé la portière et je me m’en écartait d’instinct le plus possible en essayant de me faire tout petit sur mon siège.

Zack avait raison de s’inquiéter.

Un fauve sur le chantier, on pouvait encore l’admettre, la dense forêt de Gongaga n’était pas loin. Mais ici, au beau milieu du village…

- Monsieur… murmura timidement le garçon.

Angeal lui adressa un sourire un peu forcé.

- Mhh ?

- Vous… Vous ne croyez pas qu’il pourrait s’agir de la même bête que sur le chantier, n’est-ce pas ?

Je sortis la tête de la voiture pour me tourner vers lui et éclatai de rire.

- Bien sûr que si ! raillai-je. Il nous a suivi en courant uniquement pour avoir le plaisir de te croquer les orteils ! T’as une touche, petit, y’a pas de doute !

Il rougit furieusement et Angeal secoua la tête.

- Tu sais mieux que personne combien il y a de fauves dans ce putain de pays, Zack. A mon avis, ils doivent crever de faim par manque de gibier ou un truc comme ça et ils sont sortis de la forêt pour trouver de la nourriture, point. A en croire les écologistes, il paraît qu’avec l’extension des cultures, les animaux ont de moins en moins d’espace vital. Qu’est-ce que tu ferais à leur place, mhh ?

Il hocha la tête.

- Vous avez sûrement raison, monsieur.

- Il a raison, fis-je avec un sourire qui se voulait rassurant. C’était un accident Zack, rien de plus.

Angeal lui désigna le village d’un mouvement du menton.

- File chez tes parents pour cette nuit et assure-toi qu’ils vont bien. Je passerai te chercher demain, lorsque nous aurons mis un peu d’ordre dans le camp.

- Non, je ne peux pas vous laiss…

- C’est un ordre !

Le garçon s’inclina.

- Bien, monsieur. Merci…

Il nous adressa un sourire reconnaissant et fila sans demander son reste avant que l’on ne change d’avis.

Nous nous mîmes en route et je frottai mes bras nus.

Je n’avais même pas pris le temps de mettre au moins un maillot de corps avant de partir et je commençais à le regretter.

Comment aurais-je pu deviner qu’une saloperie de bestiole allait réduite mon sweat en pièces, aussi ?

Saloperie de pays !

Tandis que nous reprenions le chemin du chantier, cette histoire de malédiction et de démon me trottait dans la tête. On a beau ne pas y croire, dans ce genre de cas, on ne peut pas s’empêcher de douter de tout, à plus forte raison de ses propres convictions.

Je repensai au chamane.

Il traînait sa puanteur dans toute la région et devait forcément être au courant que les fauves quittaient la forêt en quête d’un bon repas. N’importe quel imbécile sachant cela aurait pu faire une telle prédiction et j’étais persuadé qu’il connaissait l’existence du temple sous le réacteur, le salaud !

Il nous avait laissé creuser en se marrant dans son coin, attendant de faire sa petite entrée et de nous coller une frousse de tous les diables avec sa belle prophétie préparée de longue date.

Quel chien ! Il ne perdait rien pour attendre.

Je me massai la nuque en baillant. J’étais physiquement et nerveusement épuisé.

Angeal me donna une petite tape sur le genou et je tressaillis.

J’étais vraiment à cran.

- Essaye de dormir un peu, Seph. Nous n’arriverons pas avant deux bonnes heures, vu l’était de la route.

- Tu auras assez d’essence ?

Si on tombait en panne, là, au milieu de nulle part, je ne donnais pas cher de notre peau avec toutes ces bestioles en vadrouille. Cela devait être affreux de mourir de la sorte. Sentir sa chair se déchirer, lambeau par lambeau, être dévoré vif…

Je repensai aux cadavres des soldats et du cuisinier et me frottai les bras encore plus vigoureusement.

- Il y a trois jerrycans derrière, t’en fais pas. Tu as froid ? C’est la fatigue. Tiens, mets ça.

Tout en conduisant, il retira le pull de son uniforme et me le tendit, pour ne garder que son maillot.

Je l’enfilai avec reconnaissance.

Il était doux et la chaleur de son corps s’était communiquée au tissu. Je cessai instantanément de frissonner et frottai ma joue contre le col.

Il portait son odeur, un parfum fortement boisé. Pour un peu, si je prenais la peine de tomber dans un ridicule un tantinet romantique, je dirais que je me serai cru dans ses bras.

Je le regardai dans la pénombre que diffusait la lumière de phares : un visage anguleux et carré, des traits élégants et fermes et une carrure de lutteur. Angeal avait un corps à damner un saint.

Et si… “ me surpris-je à penser avec un sourire rêveur.

Bah, quoi ?

Pourquoi pas, après tout ? Il était de compagnie agréable et je savais qu’il avait eu une petite aventure platonique avec Genesis, dans son adolescence. Il suffisait peut être de peu de choses pour…

- Ca va ? me demanda-t-il, interrompant ma rêverie. Tu fais une drôle de tête.

Le charme était rompu et je redescendis brusquement sur terre.

Angeal était comme mon frère. Comment pouvais-je penser à des choses pareilles ?

Je secouai la tête.

- Si je te disais à quoi j’étais en train de penser, tu me jetterais en pâture aux fauves, répondis-je amèrement.

Il leva un sourcil et me coula un regard en coin avant de me faire un clin d’œil.

- Quand on voit la mort de trop près, on a envie de ça, c’est normal. Ca t’a pas fait ça, à Wutaï ? Moi, j’avais envie de baiser sans arrêt. Les psy disent que c’est une réaction… comment on dit déjà ? Tu sais pour exorciser le truc. L’opposition entre la vie et la mort, tout ça.

Je tordis le nez.

- Oui, je sais.

- Bah j’espère qu’à Wutaï, tu as eu plus de chance que moi.

Je fis la moue.

- Je n’ai pas tâté de la ” chair locale “, avouai-je.

- Tu n’as rien perdu.

- Les dames utaïennes ne sont donc pas des ” affaires ” ?

- Ni les hommes, d’après ce que j’ai entendu dire. A croire qu’un Dieu blagueur les a privés de libido !

- A ce point là ?

Il se tourna avec un sourire moqueur.

- T’as vu Tseng ?

Je ris de bon cœur.

- Oui, c’est sûr que, vu comme ça…

- Blague à part, tu n’as quand même pas passé tout ce temps à Wutaï à te serrer la ceinture !

- Non, j’avais une aventure avec un autre soldat, à l’époque.

Angeal leva le sourcil.

- Ah ? Qui ?

- Weiss. Enfin, quand son frère Nero voulait bien lui lâcher la jambe !

Il pouffa.

- Ah ! Ces deux-là…

- Ouais.

- C’est vrai que question jolis garçons, t’es pas gâté, par ici, dit-il en secouant la tête. Sérieux, ça fait combien de temps que tu n’as pas… Ah, merde !

La voiture fit un écart et je dus m’agripper à lui pour ne pas être projeté à l’extérieur du Break.

Il me sembla voir une masse noire passer dans mon champ de vision et un cri se coinça dans ma gorge.

C’était inconcevable.

Nous roulions à plus de soixante ! Cet animal ne pouvait pas nous suivre et certainement pas nous percuter ainsi sans y laisser un os.

Angeal parvint à rétablir le véhicule et coupa le moteur.

- Mais qu’est-ce que tu fais ? criai-je, paniqué. Tu veux te faire déchiqueter ? Redémarre ! Tu as vu la force de cette bestiole ?

Il me fixa un instant, interdit, et me posa la main sur l’épaule.

- Seph… On a crevé, dit-il comme s’il parlait à un simple d’esprit.

- Je l’ai vu ! Il nous a percuté ! Il était là, dehors, il est passé devant nous !

Je regardai partout, m’attendant à le voir surgir à tout instant pour enfoncer ses crocs dans ma cuisse.

- On a crevé, Seph… répéta Angeal. Il n’y a rien dehors.

- Bon sang ! Je te dis qu’il est là ! hurlai-je en me tournant en tout sens.

Avec un soupir, il tendit la main pour prendre le fusil et la torche derrière lui et sortit du break.

- Reviens ici tout de suite et redémarre !

L’angoisse au ventre, je le vis faire le tour de la voiture et balayer le paysage de sa torche.

Puis il se baissa pour ramasser quelque chose et se pencha vers moi.

- On a crevé, répéta-t-il en me tendant une pierre aiguë. Et il n’y a rien dehors, Seph, à part ces fichus cailloux coupants.

Je sortis du véhicule et regardai la roue.

Aucun fauve ne nous avait percuté, la roue était juste affaissée et dégonflée. On voyait parfaitement le silex qui y était fiché.

- Désolé… murmurai-je, honteux, en m’appuyant sur le 4×4.

Angeal commença à sortir un pneu de secours et un cric de l’arrière du véhicule et je l’aidai à changer la roue - sans pouvoir cependant m’empêcher de regarder par-dessus mon épaule, à la recherche d’une paire d’yeux luisant dans l’obscurité.

Les vis grippaient à cause de la poussière mais nous pûmes nous remettre en route assez rapidement, ce qui, je l’avoue, me soulagea.

Mon compagnon me jetait de fréquents coups d’œil, auxquels j’essayai de répondre par un sourire - hélas peu convainquant.

- T’es sur les nerfs, hein ? me demanda-t-il soudain.

Je regardai l’obscurité qui nous entourait et me laissai aller sur mon siège en soupirant, me couvrant le bas du visage des mains.

- C’est peu de le dire.

Il hocha la tête et m’adressa un sourire rassurant.

- C’est bientôt terminé, Seph. On va aller voir “sa majesté”, régler tout ça, et, dans trois jours, ce ne sera plus qu’un lointain souvenir.

Je laissai échapper un rire amer.

- Un lointain souvenir… Tu parles ! Ce connard blondinet m’a littéralement lynché ! J’aurais de la chance si, après ça, on ne me relègue pas à la surveillance des réacteurs… Et pour améliorer encore l’excellente impression que je lui ai faite, je viens de perdre quatre hommes par la faute d’un foutu chat de merde et d’un tueur mystérieux ! Chier !

Je frappai le tableau de bord du plat de la main.

- Seph…

- Chier ! Chier ! Chier !

Je me sentais au bord de la crise de nerfs, les cadavres déchiquetés dansant devant mes yeux, et fermai les paupières pour essayer de me calmer.

- Viens là.

J’ouvris les yeux et remarquai qu’Angeal s’était arrêté au milieu de la petite route déserte. Je ne m’étais même pas aperçu du silence soudain, provoqué par l’arrêt du moteur.

On n’entendait plus que le chant des insectes et le chuchotement de la brise, uniquement entrecoupés par le cri lointain d’un oiseau de nuit.

- Allez, viens là, répéta-t-il.

Il s’était à demi tourné vers moi et me tendait les bras.

Je m’y blottis sans réfléchir.

Il était plus petit que moi mais dégageait une force presque palpable. Je me sentais comme un petit garçon entre ses bras.

En sécurité.

Au chaud.

Je cessai immédiatement de frissonner, ses larges mains pétrissant mon dos, me communiquant leur chaleur à travers l’étoffe de son pull.

- Ce connard va me rétrograder, Angie.

- Bien sûr que non…

Il resserra son étreinte et le soupirai.

Le levier de vitesse me meurtrissait la cuisse mais je m’en moquais. J’étais bien entre ses bras.

Je sentais sa joue contre mon cou, les poils de sa barbichette qui me piquaient la joue et son odeur chaude, presque animale. J’avais besoin de cette chaleur et de ce soutien.

J’en vais besoin tout de suite !

Sans même m’en rendre compte, ma joue glissa sur la sienne et il eut un petit mouvement de recul lorsque mes lèvres frôlèrent les siennes.

- S’il te plaît, murmurai-je en le sentant se pétrifier. S’il te plaît, Angie…

Il recula et me fixa un instant sans comprendre. Je lui lançai un regard suppliant et sa bouche s’étira en un sourire indulgent.

- Allons Seph, ça va aller, reprends-toi, mon grand.

Je pressai alors mes lèvres sur les siennes et il fit une chose dont je ne l’aurais jamais cru capable : Angeal me frappa avec une telle brutalité que je dus m’agripper au tableau de bord pour ne pas être expulsé de la voiture sous la force du choc.

Je savais qu’il était une force de la nature, mais j’avoue que je ne m’étais pas non plus attendu à cela.

Il n’avait jamais été brutal avec moi, pas même durant nos entraînements et il n’avait que rarement haussé le ton.

La violence de son rejet me fit plus mal que le coup lui-même.

Il avait mis tant de rage dans son geste, tant de mépris, que j’eus l’impression de me retrouver devant un étranger.

- Angeal… chuchotai-je, sous le choc.

Ses lèvres se mirent à trembler et il secoua la tête.

- Je… je suis désolé, Seph, bredouilla-t-il. Je… je ne voulais pas cogner aussi fort. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Je crois que moi aussi, je suis à bout.

- Tu n’avais pas besoin de faire ça, fis-je d’une voix blanche.

Je commençais à sentir la colère me gagner.

Jamais je n’avais forcé qui que ce soit et Angeal le savait parfaitement. Il aurait suffit d’un simple ” stop ! ” pour que je le laisse tranquille.

Il tendit une main vers ma joue mais je la repoussai.

- Qu’est-ce qui nous arrive, bon sang ? soupira-t-il en s’adossant à son fauteuil, se prenant la tête dans les mains. Qu’est-ce qui nous arrive ?

Il semblait brisé.

- Oublie ça, Angie. Je suis allé trop loin, c’est de ma faute.

Il tourna la tête vers moi et tendit une main pour allumer le plafonnier.

La lumière vive m’éblouit.

Je fermai les yeux mais sentis ses doigts sur ma joue, qui commençait à me lancer.

- Je ne t’ai pas raté, mon pauvre Seph, remarqua-t-il en éteignant la petite lampe. Désolé.

Je souris mais n’osai pas le regarder en face ou faire un geste, de peur qu’il soit mal interprété. Un mur venait de s’élever entre nous et je sus que jamais plus je ne me permettrai un geste tendre ou amical à son endroit. Du moins, pas avant de longs mois.

Il dut s’en rendre compte car je le sentis se raidir.

- Il ne vaut mieux pas rester dans le coin, dis-je en détournant le visage pour regarder à l’extérieur.

Je le sentis s’écarter, remuer sur son siège et j’attendis sagement que le moteur se remette en marche, les yeux toujours fixés dans le décor, à travers le trou béant de la portière manquante.

- Seph ?

En soupirant, je me tournai vers lui et blêmis.

Il avait retiré son maillot et le haut de son pantalon était déboutonné, laissant apparaître quelques poils bruns sur le bas de son ventre.

Ma gorge s’assécha.

Angeal était bâti comme un dieu, une musculature ferme et bien dessinée roulait sous sa peau hâlée.

- Qu’y a-t-il, Seph ? murmura-t-il en souriant. On devient timide ?

- Angie…

Je n’osai pas faire un geste.

D’un mouvement qui fit gonfler son biceps, il actionna le levier de rotation de son siège, dont le dossier s’abaissa jusqu’à être totalement à plat sur la banquette arrière.

Confortablement allongé, il tendit une main autoritaire, qui se referma autour de ma nuque pour m’attirer à lui.

Sans savoir comment, je me retrouvai sous lui, ses mains se glissant sous mes vêtements, faisant passer le pull par-dessus ma tête, déboutonnant mon pantalon, courant sur ma peau et se faufilant entre mes cuisses…

J’étais un jouet entre ses mains et j’avoue que cela ne déplaisait pas le moins du monde, en cet instant.

J’avais envie de lâcher prise et c’est ce que je fis.

Pour quelques instants, j’oubliai les fauves, les morts et la peur de perdre bientôt un statut que j’avais mis des années à acquérir à la force des poings, tout au plaisir que m’offrait Angeal.

Il me fit l’amour avec ardeur, presque avec brutalité, mais j’avais au moins la certitude de ressentir les choses et d’être vivant. Pas comme ceux dont les restes gisaient dans la tente, là-bas, sur la colline…

… à suivre

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IV - Chasse nocturne

« La guerre, c’est comme la chasse,
sauf qu’à la guerre, les lapins tirent. »

C. de Gaulle

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Du calme, Angie… chuchotai-je en regardant le pouce d’Angeal contracté sur le chien du fusil.

Il épaula et posa l’index sur la détente, tenant le canon et la torche de la main gauche.

Avec un tel dispositif, ce qui se trouverait face à la torche serait inévitablement dans la ligne de mire.

- Je me calmerai quand je saurai ce qui se passe là-dedans.

Avant d’entrer dans la tente, il balaya une dernière fois les alentours du faisceau de lumière, dans le sens des aiguilles d’une montre, et refit l’opération dans l’autre sens, plus lentement.

Rien ne semblait bouger.

Il s’apprêtait à tendre le bras pour saisir le rabat quand deux billes vertes accrochèrent un instant la lumière, sur notre gauche, à quelques mètres de la tente.

- Merde ! cria-t-il.

Je reculai d’instinct et il braqua la torche et le canon sur une tête monstrueuse où luisaient des crocs rougeâtres et grands comme des dagues.

- Tire ! hurlai-je au moment où j’entendais la détonation.

Je clignai des yeux, surpris par le bruit qui retentit et se répercuta dans les vallons sur une distance inimaginable.

Angeal tira deux cartouches et une masse de fourrure noire traversa le faisceau de lumière.

- Putain de bestiole ! jura mon ami en braquant la torche vers l’endroit où l’énorme panthère était partie.

- Je croyais que ces animaux étaient en voie de disparition ! fis-je remarquer, hébété.

Mon compagnon avança de quelques pas, dans la direction qu’avait prise le félin, et je le suivis pour scruter la colline en contrebas : un à-pic à donner le vertige.

- Une panthère volante, tu crois ? essaya-t-il de plaisanter.

- Cette saleté a dû faire le tour de la tente, elle n’a pas pu sauter.

- Merde !

Je regardais autour de moi en essayant de percer l’obscurité à la recherche de deux billes vertes et luisantes.

- Elle est partie, assurai-je.

- Tu crois ?

- Je l’espère, du moins…

Ca, c’est le genre de choses que je n’ai jamais pu expliquer.

Autant je peux affronter cinq hommes armés jusqu’aux dents sans broncher, autant les sales bestioles font monter mon stress à un niveau de tous les diables ! A plus forte raison quand la bestiole en question fait dans les quatre vingt kilos et a des dents comme des poignards…

- Oui, il a dû partir, soupira Angeal en retournant à la tente. Il a du venir de la forêt, ce fils de pute ! Il y a quelqu’un ? demanda-t-il en soulevant le rabat. Zack ? T’es là ? Ou vous vous êtes tous enfuis comme des lâches qui se… (Je lui montrai le rabat lacéré et sa voix fut remplacée par une respiration sifflante). Oh mon Dieu ! Zack !

Je le suivis à l’intérieur et mon cœur manqua un battement.

Ce n’était pourtant pas les premiers cadavres que je voyais, loin s’en fallait ! Lorsqu’on a fait cette putain de guerre de Wutaï, on est vacciné à vie pour faire face à ce genre de spectacle sans rendre le contenu de son estomac…

D’ailleurs, je n’oublierai jamais ma première rencontre avec un cadavre, là-bas. Je venais d’arriver, les lieux avaient été sécurisés et, curieux, je me promenais dans l’exotique capitale le nez en l’air, sans faire attention où je marchais. Et, fatalement, j’avais trébuché… pour me retrouver allongé et nez à nez avec un machin à demi putréfié, abandonné en pleine rue sur une civière débordante de fleurs fanées.

Ca m’avait fichu un sacré coup, je peux bien l’avouer !

J’appris plus tard qu’il y avait des coutumes mortuaires bizarres, à Wutaï. Ce qui expliquait que l’on baladait les macchabées à l’air libre pendant plusieurs jours, avant de le mener vers son bûcher funéraire au bord de l’eau au vu et au su de tout le monde, tel un paquet de linge à laver.

Ce n’est pas que je sois particulièrement impressionnable mais, franchement, je n’avais que seize ans et n’y étais pas préparé.

Au SOLDAT, tout ce qui concerne la mort est tellement tabou, pour ne pas décourager les nouvelles recrues, que voir des dépouilles participer pour ainsi dire au train train de la vie quotidienne à Wutaï semblait ” indécent “.

Je me doute que j’ai l’air d’un imbécile en disant ça. Je sais bien que ce n’est qu’une question d’éducation et de coutumes mais avouez que vous n’en mèneriez pas large non plus si vous aviez à l’improviste failli faire un ” love kiss ” à un cadavre recouvert de fleurs fanées - et je vous fais grâce de l’odeur !

Dans la tente où Angeal et moi nous étions figés de dégoût, il n’y avait pas de fleurs ou de cortège pour les malheureux qui gisaient sur le sol. Seulement du sang, des tripes répandues par des blessures béantes et la puanteur âcre de la peur et des corps à qui l’imminence de la mort ôte tout contrôle.

Pas de quoi faire des effets de style…

Ces deux jeunes soldats et le cuisinier, j’avais appris à les connaître et à les apprécier et voir leurs cadavres ainsi déchiquetés me serra les tripes.

- Zack n’est pas là, fit Angeal en parcourant les lieux du regard.

Il balaya l’intérieur de la tente de sa lampe .

- Il doit encore courir, à moins qu’il ne soit blessé et se terre quelque part près d’ici, fis-je avec une ironie morbide que mon compagnon n’apprécia pas.

Il s’était beaucoup attaché à ce garçon, semblait-il. Beaucoup plus que je ne l’aurais cru.

- Il faut le retrouver avant que ce fauve ne revienne, dit-il en sortant de la tente.

J’acquiesçai d’un signe de tête et lui m’emboîtai le pas.

- Zack est allé à bonne école, avec toi. C’est un garçon malin et adroit, il ne se serait pas laissé avoir aussi facilement, essayai-je maladroitement de me rattraper.

Angeal eut un petit rire nerveux.

- Si j’étais superstitieux, Seph, je me dirais qu’on aurait peut-être dû écouter le vieux fou qui nous a mis en garde cet après-midi…

Je me raidis.

- Ne sois pas ridicule ! Rien n’aurait empêché ce fauve de sortir de la forêt voisine pour venir se faire les crocs ici ! A tous les coups, il a été attiré par les bruits. Ou les odeurs de nourriture.

J’avais vu, dans un reportage, que les fauves n’attaquaient l’homme que lorsqu’ils ne pouvaient plus chasser de proies plus dangereuses - ou plus rapides.

Celui-là m’avait paru en pleine possession de ses moyens, pourtant !

Quoi que… en y repensant, pas aussi énorme qu’il m’avait semblé lorsqu’il avait émergé des ténèbres. Même pas aussi massif que les félins gras du bide que l’on voit se traîner mollement dans le zoo de Midgar.

Bien assez grand, cela dit, pour être dangereux.

S’il avait décidé de s’offrir un steak d’humain, peut-être avait-il prévu d’aller jusqu’aux abords de Gongaga. Mais comme nous avions installé le campement ici… Il en avait profité.

- Cette attaque n’est pas une malédiction, Angie, assurai-je, mais une épouvantable malchance ! S’accabler de reproches tardifs ne ramènera pas ces malheureux à leurs familles. Mais on peut peut-être encore sauver ton Zack.

Angeal enfila rapidement ses vêtements et moi mon pantalon et mes bottes sans même prendre le temps de mettre des chaussettes ou de me couvrir le torse - j’ai toujours détesté avoir quelque chose sur la gorge ou la poitrine, je ne sais pas pourquoi. J’avais toujours un pull d’uniforme de secours dans la voiture, de toute façon, au cas où.

Nous fîmes le tour du campement, maîtrisant nos craintes de ne retrouver que des morceaux épars de Zack.

Notre 4×4 nous attendait silencieusement dans le noir, sa silhouette trapue bien visible marquant le début de la sente qui menait à la civilisation, ou du moins, à la sécurité relative de la communauté humaine de Gongaga.

J’aurais donné n’importe quoi en ce moment pour me retrouver au milieu de la foule que j’évitais d’ordinaire. Je crois même que j’aurais pu serrer dans mes bras le vieux chamane poussiéreux s’il avait surgi des ténèbres !

Sans nous concerter, nous nous dirigeâmes droit vers le véhicule et un grincement métallique à peine audible nous fit nous raidir.

Angeal me fit signe de me tenir prêt à ouvrir la portière arrière du break, pendant qu’il pointait à la fois le fusil et la torche vers l’intérieur.

Tendu à craquer, je tirai si brusquement sur la portière qu’elle faillit sortir de ses gonds dans un odieux crissement qui résonna comme un gong en fin de course.

Dans le silence de la nuit, j’avais l’impression d’avoir commis un sacrilège par ce vacarme.

J’ignore encore comment, en dépit de cette tension accumulée, Angeal put se retenir d’appuyer sur la détente lorsqu’un mouvement se fit dans le véhicule.

Si j’avais été à sa place, j’aurais probablement causé un drame car c’était notre pauvre Zack, légèrement blessé à la jambe, qui y avait trouvé refuge.

- C’est vous ! soupira-t-il en nous voyant. Dieux merci !

*

Pendant qu’Angeal bandait la jambe de son protégé, celui-ci nous raconta qu’il avait aussi entendu les hurlements de ses camarades alors qu’il était sorti soulager sa vessie. Mais, au contraire de nous, en entrant dans la tente plongée dans le noir pour leur porter secours, il avait également reconnu le feulement sourd qu’il entendit. Et devinant la nature de la menace, il avait battu en retraite mais pas assez rapidement pour éviter un coup de griffe.

Il avait alors rampé jusqu’à l’abri des parois de tôle de la voiture, sûr que l’animal allait se précipiter à ses trousses.

Le garçon s’excusait à n’en plus finir de qu’il considérait comme de la lâcheté.

- Zack…

- J’aurais dû aller vous avertir, récupérer une arme, défendre mes compagnons !

- Il était trop tard.

- Le contremaître ? demanda soudain Zack. Damon ! Avez-vous trouvé Damon ?

Je secouai la tête.

- Pourtant, il a réussi à s’enfuir de la tente. Je le sais, je l’ai vu ! insista-t-il.

Nous refîmes donc tous trois le tour du camp.

En vain.

Nous trouvâmes pas le cadavre de Damon et personne ne répondit à nos appels.

Je ne sais lequel de nous trois eu enfin l’idée d’aller jeter un œil dans les fondations.

Sans doute pas Zack car, depuis le début de l’après-midi, tous les Gongagiens manifestaient une réticence maladive à s’approcher du temple.

Rufus Shinra leur avait bien sûr interdit de le faire, certes, mais au vu de leurs visages décomposés par la peur, cette interdiction était totalement superflue.

Angeal et moi descendîmes la pente abrupte menant au fond du trou et je l’entendis jurer dans la pénombre en se frappant trois fois le front.

Ce geste me surprit par je ne l’avais jamais vu manifester une ombre de superstition.

Cela dit, en de telles circonstances, j’arrivais presque à le comprendre.

Angeal avait déjà travaillé ici, avant, ainsi qu’à Canyon Cosmo, où les mythes étaient au moins aussi vivaces qu’à Gongaga. Qui savait ce qu’il avait pu voir au cours de ses missions ? Il faudrait que je le questionne là-dessus, un jour. Mais pas en pleine nuit, après trois cadavres mis en pièces et près d’un temple profané…

Angeal se glissa sous le ruban de plastique censé interdire l’entrée par la crevasse ouverte dans le mur du temple, la torche en avant.

Après un pesant silence, il laissa tomber :

- Je l’ai trouvé.

A son ton neutre et à son dos raidi, je devinai une autre mauvaise nouvelle.

Je le rejoignis et vis le corps du contremaître étendu sur l’autel de pierre et couvert de sang comme les autres.

Je notai que les blessures n’étaient pas dues à un fauve ou à quelconque animal : cet homme avait été égorgé par une lame, non par des crocs ou des griffes !

J’échangeai un regard avec Angeal, hésitant à formuler des conclusions qui pourraient s’apparenter à des accusations.

Avions-nous un meurtrier sur les bras en sus d’une bête fauve ?

Nous ne pouvions fournir aucune réponse à cette question pour l’instant.

… à suivre

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III - Nuit d’angoisse

« Où serait le mérite,

si les héros n’avaient jamais peur ? »

Alphonse Daudet

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Rufus annonça la suspension des travaux, la plupart des ouvriers rentrèrent chez eux à pied sans même réclamer leur rétribution et le chantier me parut horriblement désert. D’habitude ils restaient dormir sous leur tente et ne repartaient au village qu’une fois par semaine, le jour de la paye.

Ce soir-là, seuls le contremaître, le cuisinier et trois hommes étaient au camp en sus d’Angeal et de moi-même. Mon ami était parti ruminer dans sa tente sans même se donner la peine de manger la nourriture gongaïenne, délicieuse mais trop épicé qui m’avait donné des brûlures d’estomac et des coliques durant les trois premières semaines, ce qui avait beaucoup amusé Zack fair, le petit protégé d’Angeal.

Ce dernier semblait horriblement déçu par la décision de Rudus mais, surtout, très en colère. Je crois qu’il devait m’en vouloir de ne pas avoir suffisamment étudié le terrain avant de commencer les fondations.

Comment pouvais-je deviner qu’une bande de sagouins s’était amusée à creuser un temple dans la roche de la colline pour le condamner ensuite sans la moindre indication de son emplacement ?

Je ne suis pas une devineresse cétra !

Las, je m’assis en tailleur sur le sol, devant ma tente, et allumai une de ces infectes cigarettes à… A quoi, d’ailleurs ? Mieux valait ne pas le savoir mais c’était les seules que l’on pouvait trouver dans le village le plus proche, distant d’une bonne dizaine de kilomètres à vol d’oiseau.

Il n’y avait pas un souffle d’air et la seule chose que l’on entendait était le bourdonnement des moustiques et le murmure des prières du cuisinier et du contremaître.

Depuis que Rufus était parti, ils n’avaient cessé de prier et leurs mélopées me donnaient le bourdon.

Je regardai ma montre bracelet et dus essuyer le cadran couvert d’une poussière rougeâtre pour lire l’heure.

20h00.

Le soleil se couchait et le ciel était d’un rouge agressif, recouvrant le paysage d’un voile sanguinolent. On avait une belle vue depuis le haut de la grande colline.

D’après ce que m’avait expliqué Angeal, le nom de cette colline avait été emprunté à des entités célestes qui commandent aux vents : les mâruts. Il m’a montré une représentation de ceux-ci sur Internet. Il s’agissait de Dieux terrifiants, aux bras multiples et au visage agressif. Il avait ri de ma réaction en m’expliquant que les Mâruts n’était en rien des Dieux maléfiques, tout au contraire.

Au nord, la colline Mârut formait un à-pic de vingt mètres qui donnait sur la route ; l’emplacement que j’avais choisi pour construire la véranda du laboratoire attenant au réacteur.

A cet endroit du sommet, le terrain était droit et plat sur à peu près 1200 mètres carrés ; puis le sol s’abaissait en pente douce vers le sud. Vue du ciel, la colline devait avoir la forme d’une énorme virgule. A perte de vue c’était un terrain vallonné, aride, parsemé de petits bosquets d’épineux, à travers lequel serpentait le large ruban de terre battue qui menait à la rivière.

A une dizaine de kilomètres de la pointe de la virgule, cependant, une masse verdâtre inextricable attirait le regard. C’était la forêt sacrée de Gongaga.

Zack m’expliqua que des milliers de gens y venaient en pèlerinage car c’était dans cette région qu’un Dieu local supposé faire des miracles avait passé son enfance. J’avais insisté pour m’y rendre.

C’était l’une de ces forêts du cru où il valait mieux éviter de mettre les pieds si l’on ne voulait pas se retrouver face une bestiole aussi attachante qu’un serpent vert ou à un troupeau de singes amoureux qui vous collaient aux basques et vous mettaient leur derrière pelé sous le nez, sûrs de leur sex-appeal. Les serpents, c’est vrai, étaient monnaie courante et, une fois, une énorme vipère s’était introduit dans ma tente. J’avais poussé un tel hurlement que je ne sais pas lequel, du serpent ou de moi, avait été le plus effrayé par l’autre. Il avait filé sans demander son reste et j’avais passé une semaine à sursauter à chaque fois que je voyais un câble ou une corde traîner sur le sol.

Pour l’instant, ce n’était pas tant les serpents qui m’effrayaient que le silence entrecoupé par le bourdonnement des moustiques et des prières.

Je fixai le trou des fondations et un frisson glacé me remonta le long du dos. Je ne croyais pas une seconde, bien entendu, qu’une quelconque bêbête digne d’un roman d’horreur allait sortir de là, comme semblait le craindre son altesse Shinra de mes genoux, mais il fallait bien reconnaître que l’ambiance était tout ce qu’il a de lugubre sous ce ciel sanglant. La terre elle-même semblait gorgée d’hémoglobine.

Et si ce terrain appartenait à la famille de Rufus depuis des dizaines d’années, il était fort probable que ce fut bien le cas…

D’après ce que j’avais lu, l’étripage entre familles, clans, castes - ou comme on voulait bien les appeler-, semblait faire partie depuis belle lurette du sport régional, au même titre que les combats de cailles ou de coqs.

J’essayai de m’imaginer Rufus, installé sur son chocobo, en train de mener ses troupes au combat, aboyant des ordres et sautant sur le cul de sa volaille au rythme de sa marche lourdaude.

J’ajoutai au tableau un Palmer gras double courant à ses côtés, parasol ou éventail en étendard, tout en sautillant de temps en temps pour lui tendre un bol de cacahouètes et l’allégorie était presque assez cocasse pour être digne de son altesse ridiculissime.

Bon sang ! Quel gâchis d’avoir mis un tel abruti dans un corps pareil.

Je sortis de ma rêverie pour m’apercevoir que le soleil s’était couché.

Plus aucune lumière ne brillait dans le camp et ma cigarette s’était consumé et éteinte. J’en allumai une seconde et fixai la pleine lune.

Elle me parut énorme.

Après la vision d’un paysage baigné de sang, tout me paraissait à présent couleur de cendre grise.

“Eh allez ! D’abord tu vois le sang, les batailles et la mort et, maintenant, de la cendre. Remarque, t’as de la logique dans tes délires mon pauvre Sephiroth : après la boucherie, le bûcher. Normal. Faut bien se débarrasser des restes”.

Un Rufus échevelé, en larmes et hurlant de désespoir, se dessina devant moi. Je secouai la tête pour chasser cette image et regardai ma cigarette, suspicieux.

“Mais qu’est-ce qu’ils mettent dans leurs putain de clops ?”

Je l’écrasai sous ma semelle et me relevai avec un soupir pour entrer dans ma tente.

J’allumai la lampe posée sur une caisse de matériel en fer blanc, juste à côté de mon lit de camp, et elle vacilla durant un instant. Il était grand temps que je change la batterie.

“Demain”, me promis-je avant de me déshabiller et de jeter mes vêtements à la ronde.

“Quel désordre”, pensais-je en m’allongeant sous la moustiquaire.

Des plans étaient épars sur la planche de contre-plaqué montée sur tréteaux qui me servait de table. Une chaise, une malle, quelques caisses de matériel, une bassine et un nécessaire de toilette complétaient le reste du mobilier, le tout dans une disposition plus qu’approximative et branlante. Quelle misère…

Je me grattai le menton. Après deux jours sans rasage, ma barbe naissante me démangerait.

“Demain”, me dis-je encore en tendant la main pour éteindre la lampe.

Elle était trop loin.

“De toute façon, il n’y a plus de jus…”

Fainéant pour fainéant…

Je fermai les yeux, bras derrière la nuque et essayai de dormir.

En fait, j’étais épuisé. Le drap de coton était agréablement frais mais quelque chose me chatouillait les pieds. Les miettes des biscuits de la veille sans doute. Ou de l’avant veille.

Je secouai les jambes.

Les miettes irritantes tombèrent au fond du lit.

Les voilà qui m’égratignaient le mollet à présent. Elles avaient décidé me m’empoisonner la vie ou quoi ?

Je secouai rageusement les pieds pour les faire tomber.

Elles revinrent à l’assaut de mes cuisses, grimpèrent sur mon ventre, remontèrent vers la poitrine et j’ouvris brutalement les yeux.

Les miettes, ça ne cavale pas… mais les araignées, oui !

Avec un cri de dément, je bondis hors de mon lit, emportant la moustiquaire, dans laquelle je m’empêtrai, et sautai sur place en agitant la tête tout en me donnant des claques sur le corps.

En y repensant, je devais avoir l’air d’un bel épouvantail à moineaux ou d’un fantôme pris d’hystérie.

La mygale détala sous la malle et j’essayai de reprendre mon souffre en luttant pour me débarrasser de la monstrueuse toile d’araignée en mousseline couverte de dépouilles de moustiques. J’entendais encore l’écho de mon cri se répercuter dans la tente.

Tiens… Depuis quand ça avait de l’écho une tente ?

Je me figeai et tendis l’oreille.

Ce n’était pas un cri mais plusieurs hurlements qui se mêlaient jusqu’à ne plus former qu’une lamentation aiguë et hideuse qui me donna la chair de poule et me noua les entrailles.

De ma vie, je n’avais jamais rien entendu de semblable.

Sauf peut-être une fois, lorsque j’étais enfant.

Genesis m’avait invité chez lui, à la campagne, et nous étions tombés le jour le l’abattage des porcs. Les pauvres bêtes poussaient ce genre de cris quand le boucher du village les traînait à travers la cour de la ferme. Ils sentaient qu’ils allaient mourir et qu’ils ne pouvaient rien faire pour se soustraire à ce qui les attendait. Leurs cris devenaient tellement aigus et hystériques qu’ils ressemblaient à ceux d’un enfant. Ils persistaient un long moment lorsque le boucher leur maintenait la tête au-dessus d’une bassine en plastique, où le sang était récupéré pour confectionner les boudins, et leur tranchait la gorge comme on découpe un steak, à grands va et vient de lame, la peau étant trop dure pour la couper proprement.

Oui, ce que je venais d’entendre ressemblait exactement à cela.

Le hululement se mua en un gémissement atroce et se tut.

Je posai la main sur le rabat de la tente et hésitai.

Les croyances des ouvriers me semblaient d’un coup beaucoup moins ridicules…

Et si l’étrange créature qu’avait vomie les fondations où nous avions creusé m’attendait, là-dehors, dans le silence ?

La lampe vacilla, faisait scintiller la lame de Masamune, posée sur la table, et s’éteignit, ajoutant encore à mon angoisse.

Je ne pouvais pas rester indéfiniment planté dans le noir, accroché à un bout de toile.

Je secouai la tête et, d’un geste rageur davantage destiné à me persuader de mon courage qu’à l’exprimer, ouvris le rabat et sortis.

La silhouette massive qui me faisait face me fit tressaillir et un éclair de lumière vive m’aveugla.

- Tu as entendu ?

Je soupirai de soulagement en reconnaissant la voix d’Angeal.

- Oui, dis-je, la gorge sèche.

Il se dirigea vers la tente qui servait d’abri aux ouvriers et à nos hommes.

Je lui emboîtai le pas, mon rythme cardiaque dansant la gigue.

En dépit de la chaleur, j’étais glacé jusqu’aux os.

Je remarquai alors qu’il tenait un fusil à la main et lui étais reconnaissant d’avoir pris une telle initiative.

A quelques mètres, dans la tente du contremaître, tout semblait silencieux et calme.

Trop calme.

Comme si une chose tapie dans l’ombre attendait que nous soyons suffisamment près pour nous sauter dessus.

C’était là.

Je le sentais comme quand un chatouillement sur la nuque vous avertit que quelqu’un vous regarde.

Je voulus prévenir Angeal mais, au moment ou j’ouvris la bouche, cela me parut si ridicule, si fantaisiste, que je la refermai aussitôt.

C’est étrange comme le surnaturel prend immédiatement le dessus dès que l’on ne peut pas donner d’explication à son angoisse.

Sans doute quelque pan de mur s’était-il effondré dans le trou. Les ouvriers avaient pris peur et avaient dû fuir à toutes jambes, voilà pourquoi tout était silencieux.

Angeal avançait lentement, méfiant. Il scrutait l’obscurité en balayant le camp du faisceau de sa torche.

N’eut été la situation difficile, j’aurais presque ri de l’image qu’il offrait : muscles tendus à craquer, le fusil dans une main et une torche dans l’autre, avec, pour tout vêtement, un short ridicule offert par Zack et imprimé de petits lapins “touche pas à ma carotte”.

Curieusement, un air frais s’était levé et la poussière était froide sous mes pieds.

J’avais la chair de poule.

La lune, qui m’avait paru si lumineuse quelques instants auparavant, disparaissait par intermittence sous le voile des nuages.

Angeal s’arrêta devant la grande tente silencieuse, bien campé sur ses jambes, et je le serrais de tellement près que je faillis le heurter.

- Tout va bien là-dedans ? demanda-t-il d’un voix enrouée.

Pas de réponse.

Il me lança un regard anxieux et haussa le ton pour demander :

- Vous êtes là ? Zack ? Est-ce que tout va bien ?

Toujours rien.

Je le vis déglutir avec difficulté et armer le fusil.

La culasse émit un bruit sec et métallique…

…à suivre

II - Patron à céder. Beau. Imbuvable. Très peu servi.

« Un patron, c’est ce genre d’individu qui vous pose une question,

répond à votre place et vous accuse ensuite de parler à tort et à travers. »

Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Illustration tirée du doujinshi “BUBBLES” du Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Bien qu’irrémédiablement agnostique et sceptique, je laissai momentanément de côté mes convictions pour adresser une rapide prière à mon ange gardien, ou n’importe quoi d’autre qui pouvait m’en tenir lieu.

J’étais tout prêt à aller faire une offrande à n’importe quel Dieu qui mettrait sur ma route un spécimen pareil !

A vue de nez, un mètre quatre-vingt de classe et de grâce moulé dans un costume blanc fait sur mesure. Pour un peu je regrettais de ne pas être couturier pour prendre les mesures en question.

Le nouveau venu, à qui je donnais dans les vingt-deux, vingt-cinq ans maxi, ôta ses lunettes de soleil, révélant des yeux en amande aux prunelles bleu-gris comme un ciel d’hiver, hypnotiques. Avec ça, un visage digne d’une statue, bien dessiné sans être trop fin, et les cheveux blonds. Détail curieux, il tenait un mouchoir devant sa bouche pour ne pas respirer la poussière du chantier. Drôle de dandy…

A voir les manières de l’obséquieux en chef, cet Apollon au teint de porcelaine n’était autre que le Rufus Shinra en personne.

Ma journée s’éclaircissait-elle par miracle ?

Cela ne pouvait pas durer…

Et en effet, la faute de goût impardonnable était la poule qui faisait signe à Palmer ” gras-double ” pour lui ouvrir la portière de la voiture de luxe. A peine extirpée de l’habitacle, elle alla se pendre au bras de Rufus, autant pour lui coller ses seins sous le nez que pour ne pas trébucher avec ses talons aiguille sur les pierres du chantier.

Je me demandai où il l’avait trouvée - et surtout combien il l’avait payée - tout en estimant que quel que soit le prix, c’était trop cher.

Attention, que les choses soient claires : je ne déteste pas les femmes par principe. Tout au long de ma courte vie, j’avais déjà croisé de superbes créatures comme on peut en admirer sur les couverture des magazines et même couché avec beaucoup d’entre elles. Difficile, même pour moi (car, à en croire Angeal et Genesis, je suis ce qui se rapproche le plus d’un morceau de glace en matière d’affectivité et de romantisme), de ne pas apprécier leur beauté.

Mais Rufus, lui, descendant de plusieurs générations d’élégance raffinée, se promenait aux bras d’une abomination aux cheveux décolorés coiffés en palmier, moulée dans une mini-robe en skaï noir au ras des fesses et affublée d’un collier de chien clouté !

Il dégringola d’une belle volée de marches dans mon échelle d’intérêt et je commençai à comprendre l’origine des directives aberrantes de Palmer pour la sécurité et la discrétion des lieux. Moi qui espérais à moitié que ” gras-double ” était en partie responsable de l’excès de ” sécurite aiguë ” et que je pourrais discuter avec son patron, j’en étais pour mes frais… Pourvu qu’il ne me demande pas d’aménager un donjon sado-maso dans la cave avec des caméras cachées tournant en permanence !

Laissant de côté mes goûts personnels pour redevenir un soldat 1ère classe responsable de la sécurité, professionnel et neutre, je me portai à la rencontre de Rufus Shinra et de sa suite.

Il jeta un regard méprisant à ma main tendue, déjà noire de poussière collée par la sueur, et dédaigna de la serrer. Je ne pouvais guère lui en tenir rigueur…

Son sous-fifre intervint avec une courbette et récita comme s’il avait passé la nuit à répéter devant son miroir :

- J’ai le grand honneur de vous présenter le président directeur général adjoint, membre éminent du conseil d’administration de la ville de Midgar, chargé de mission pour le cabinet de gestion de l’énergie et en charge du dossier de restructuration du budget, monsieur Rufus Shinra.

A le voir reprendre son souffle, on comprenait aisément qu’il ait dû s’entraîner. Chaque titre et syllabe semblait élever d’un degré supplémentaire le piédestal où était juché son patron, qui me toisait du haut de son curriculum vitae.

Mais à ce jeu-là, nous pouvions être deux.

- Enchanté. Sephiroth Hojo, fis-je avec une ombre de sourire.

Je marquai une pause, puis ajoutai en élargissant mon rictus :

- Mais vous pouvez m’appelez ” Général “, en toute simplicité.

Pour une fois, j’eus une pensée reconnaissante au père du dandy pour ce grade, gagné de haute lutte durant la guerre de Wutai.

En réalité, tous les gens que je connaissais m’appelaient simplement par mon prénom - voir Seph ou Sephy pour certains - mais je n’avais pas l’intention de faire une fleur à ce fils à papa pète-sec.

La moue pincée de son altesse sérénissime, qui en oublia de se couvrir la bouche de son mouchoir, me dit que j’avais atteint mon but.

Je contins un sourire et me promis de faire un effort pour ne pas me montrer trop désagréable. D’ailleurs, me souvenir que je devais rendre des comptes à ce type dissipa aussitôt toute envie de rire comme une douche glacée. Aussi glacée que la voix de Rufus quand il me demanda où en étaient les travaux.

Son langage châtié était aussi impeccable que son costume mais je n’allais pas m’en laisser conter par un nobliau.

- Eh bien, comme vous le voyez, le vieux temple a été rasé. Nous creusons actuellement les fondations dans les ruines pour installer le réseau de thermo-détection. Voulez-vous voir cela de plus près ?

Sa poule lui lança un regard peu enthousiaste et lui-même fronça le nez en regardant les ouvriers charrier les pierres concassées hors des tranchées béantes.

Inutile de me faire un dessin… Il n’avait pas envie de salir ses chaussures à vingt mille gils pour aller voir suer les hommes qui rénovaient son fichu réacteur.

Je craignis de ne pas pouvoir rester civil bien longtemps avec ces trois snobs quand des cris et un grondement sourd retentirent.

Un nuage de poussière s’éleva soudain des fondations, et Angeal courut vers la source du vacarme. Je m’élançai moi aussi, laissant son altesse planté près de sa voiture de luxe.

Les ouvriers s’étaient regroupés autour d’un des leurs, qui avait lâché son marteau piqueur et se tenait la tête entre les mains. Devant lui, le sol s’était effondré et béait sur ce qui semblait être une cave plongée dans l’obscurité.

Je repoussai ses collègues pour l’atteindre, devancé par Zack et Angeal.

L’ouvrier s’était figé, comme s’il s’attendait à être foudroyé sur place. Je le secouai doucement.

- Eh ! Ca va aller ?

- Il est juste choqué, intervint Zack.

L’homme secoua la tête et vomit un flot de plaintes incompréhensibles.

- Du calme, fis-je en le prenant par les épaules. Ce n’est rien, personne n’est blessé. Qu’est-ce qu’il dit ? demandai-je à Zack.

- Il n’arrête pas de répéter qu’il a commis ” un péché “.

- Un péché ? Il y a eu un accident, ça arrive. Dis-lui bien qu’il ne sera pas renvoyé pour ça.

Zack traduisit et l’homme se calma un peu.

- C’est quoi le trou, en dessous ? demanda Angeal.

- Il faudrait commencer par faire le plan de ces caves du vieux temple - ou quoi que ce ça puisse être - et voir comment en tirer parti ou les éviter. On ne peut pas faire passer des tonnes de câblage destiné à transmettre des données sécurisées comme ça, à l’aveuglette, au-dessus d’un espace vide dont on ignore s’il est accessible ou non de l’extérieur.

L’ouvrier désigna du doigt des pierres sculptées mises en pièces, à ses pieds. Il blêmit, pour autant que je puisse en juger sous la terre qui le couvrait, et leva vers moi des yeux pleins de terreur en débitant je ne sais quelles explications d’une voix tremblante et surexcitée.

- Qu’est-ce qu’il dit ?

- Le temple, traduisit Zack. Il dit qu’un démon était enfermé sous le temple.

Allons bon… Il ne manquait plus que ça à ma journée ! J’allais finir par croire à leurs sornettes et penser que j’avais écopé d’un mauvais karma en débarquant ici.

- Que se passe-t-il ? demanda une voix sèche au-dessus de moi. De quel temple parlez-vous ?

Rufus m’avait suivi, au péril de ses mocassins en… en je ne sais quoi d’ailleurs - pas du cuir en tous les cas -, et semblait hypnotisé par l’ouverture béante dans les fondations des futures enceintes de son réacteur mako.

La pointe d’appréhension que je devinai dans son expression m’intrigua.

Le chef des ouvriers se répandit en courbettes se lança dans explications où il était question d’une légende concernant un démon, enfermé dans un temple.

A ma grande surprise, monsieur le prince, champion de la modernité, la connaissait déjà et semblait y attacher beaucoup plus d’importance que moi.

Arrachant son bras à l’emprise de sa petite amie - ou devrais-je dire son “esclave” ? - d’un mouvement brusque, il bondit dans le trou et, pendant une fraction de seconde, la grâce féline de son saut me détourna de mon antipathie à son égard. Un gâchis pareil, c’était bien la preuve qu’il n’y avait pas de dieux ou de démons en ce bas monde !

Rufus se pencha sur les pierres sculptées, les replaçant dans leur position initiale, et entreprit d’enlever la terre recouvrant le mur de part et d’autre du trou. Il semblait vouloir déchiffrer les fresques.

Je pris mon mal en patience et attendis sous le soleil de plomb qu’il daigne nous faire part de ses conclusions. J’aurais bien sauté dans le trou pour y patienter à l’ombre de la cave mais j’avais l’impression que cela ne serait pas très bien accueilli…

Enfin Rufus se redressa et m’adressa un regard en biais.

- Ce temple a été bâti par les cetras. Il est écrit ici qu’un certain Idfern ou Ilfern y a fait emprisonner une créature malfaisante…

- Ah. Et… c’est grave ? demandai-je, sarcastique.

Il me jeta un regard meurtrier.

J’espérai de tout mon cœur qu’il n’allait pas renoncer au projet pour ces balivernes - la permission de deux mois entiers que je pensais m’accorder à la Costa del Sol dans un hôtel de luxe entouré de petits minets alléchants en dépendait !

Je ne tenais cartes pas à démolir un patrimoine archéologique mais, au point où on en était, il ne devait plus rester grand-chose à sauver. L’antique temple avait été rasée et le mur de la cave éventré.

Rufus pointa du doigt un motif entrelacé qui semblait courir le long du mur.

- Ceci était le sceau qui condamnait le temple. Il a été détruit par cet ouvrier.

Le malheureux terrassier priait toujours et ses camarades, pleins de pitié, le regardaient comme s’ils s’attendaient à ce que ce démon sorte du sol pour le croquer.

- Cet homme creusait là où on lui avait dit de creuser. Nous n’avions aucun moyen de savoir que c’était un… ” lieu sacré ” ou comme vous voudrez bien l’appeler.

- Cela n’en est plus un maintenant, répliqua le petit prince blondinet avec animosité.

Visiblement, il m’en tenait pour responsable.

Heureusement, Angeal intervint pour m’empêcher de répondre vertement.

- Pouvons-nous faire quelque chose à ce sujet, monsieur Shinra ?

Angeal avait toujours été plus diplomate que moi.

Rufus réfléchit un instant puis demanda des torches.

Palmer s’empressa d’aller chercher un projecteur forte puissance dans le coffre de la voitre et je me demandai vaguement pourquoi il avait un truc pareil sous la main. Avant de me souvenir de la fiabilité toute relative des routes et de l’alimentation électrique locale…

Rufus désigna Palmer d’office pour descendre le premier avec la torche. Il le suivit, m’interdit d’un geste sec d’en faire autant, et Angeal posa une main sur mon bras pour m’empêcher de lui sauter à la gorge.

J’attendis en battant de la semelle dans l’air suffocant que ” sa majesté ” se soit avancée dans l’obscurité pour me glisser dans le trou avant qu’il ne puisse protester.

Il me fusilla du regard mais je n’en avais cure.

La vue du temple me rassura un peu. Nous n’avions pas fait trop de dégâts. Les bas-reliefs étaient intacts pour la plupart. Et, par chance, ceux que le mur éventré portait à l’intérieur semblaient incomplets, comme si le temple avait été achevé à la hâte.

En réalité, ce n’était qu’un des milliers de petits temples cetras mineurs qui parsemaient le continent comme des grains de sable sur un sandwich de plage. J’aurais été désolé d’avoir contribué à la destruction d’un site archéologique ou d’un trésor d’art antique.

- Apparemment, plus de peur que de mal, soupirai-je.

Rufus me fustigea d’une œillade peu amicale et Palmer rentra la tête dans les épaules.

xox

Gongaga, 12 mai, 19h17.

Journal de Rufus Shinra

Cette journée a tourné au cauchemar. Palmer m’avait bien mis en garde contre l’impudence de Sephiroth, et il n’avait pas tort. Je me demande comment ce rustre a pu s’élever au grade de Général. Non seulement il a été très malpoli avec moi mais il méprise la culture et le passé de notre planète. Le contremaître m’a même rapporté la prédiction d’un saint homme que ce Sephiroth a presque chassé du chantier le matin même. Le châtiment n’a pas tardé : les ouvriers ont mis à jour le temple dont parlait la légende du prince cetra Hendraa ; les scellés des murs ont été brisés par les marteaux piqueurs. Je n’ose imaginer quels autres désastres il va causer. Déjà, un pressentiment étrange et désagréable de mort imminente m’envahit et je sens déjà les flots de la rivière de la vie lécher mes jambes.

S’obstiner à remettre en état ce réacteur est folie mais folie plus grande encore serait de ne pas essayer de réparer les dégâts causés par cet imbécile de soldat !

Jamais homme ne n’avait inspiré une telle antipathie. Il semble traîner derrière lui une aura infestée et malpropre bien digne de son père, ce fou d’Hojo.

Bien sûr, aux yeux de n’importe qui d’autre, il apparaîtrait comme un bel homme. J’ai bien remarqué que le regard de Babeth s’attardait sur lui plus que la décence et sa condition de soumise ne le lui permettaient.

Je pense d’ailleurs prendre les mesures nécessaires pour renvoyer dès demain cette putain incapable de comprendre que son maître est le seul qu’elle doive regarder de la sorte. Palmer n’aura nul mal à me trouver une remplaçante. Je pense jeter mon dévolu sur cette comédienne que l’on voit partout sur les jaquettes de films SM depuis quelques mois. Comment s’appelle-t-elle déjà ? Peu importe d’ailleurs. Je ne lui demande pas d’avoir un nom mais qu’elle joue son rôle d’esclave, m’obéisse et sache me faire jouir quand je le lui ordonne.

J’ai expliqué à ma vielle nourrice ce qui s’était passé au réacteur en espérant qu’elle sache peut-être quoi faire. Elle s’est contentée de pousser un cri strident en se couvrant le visage des mains. J’ai eu beau tenter de la calmer, rien n’y a fait.

J’avoue que, ma colère passée, sa réaction m’a effrayé et je sens des serpents me ronger les entrailles.

J’essayerai encore demain d’obtenir les renseignements qu’elle pourrait me fournir et, si ce n’est pas le cas, je serai contraint de chercher dans la bibliothèque de Nibelheim. Dieux que je déteste cette pièce et ce manoir ! Ils semblent pleins de murmures.

J’ai ordonné que l’on suspende les travaux jusqu’à nouvel ordre. A l’annonce de cette décision, le petit rire sarcastique de Sephiroth m’a donné enviede le jeter de la colline en contrebas pour l’entendre se briser les os. Comment son esprit obtus de militaire mal dégrossi pourrait-il saisir toute la gravité de sa faute ?

C’est étrange… Jamais je n’ai senti gronder une telle haine en moi pour un homme.

Jamais…

…à suivre

Un nouvel élément chimique a été découvert !

AVIS A LA POPULATION

Élément 127

Nom : Sephiroth

SYMBOLE : Sth

DÉCOUVREUR : Hojo

MASSE ATOMIQUE : Acceptable à 84 kg mais des isotopes connus de 60 à 108 kg (surtout dans les fan arts)

OCCURRENCE : Plusieurs exemplaires (partiels ou entiers) répertoriées

PROPRIÉTÉS PHYSIQUES :

Solide à 298°K et 1 bar

Entre en ébullition pour un rien et gèle sans raison.

Conductivité thermique : faible et peut descendre 0°C dès que l’on atteint le muscle cardiaque.

Coefficient de dilatation : très important autour de la zone péri-ombilicale.

Cède aux pressions appliquées aux points sensibles (généralement les même que ceux soumis à de fortes variations dans le calcul du coefficient précédent).

PROPRIÉTÉS CHIMIQUES :

Très grande affinité pour les métaux durs tels que l’acier, le fer et le titane.

Absorbe de grandes quantités de substances onéreuses, généralement whisky ou vin millésimé (surtout dans les fanfics).

Peut exploser spontanément sans avertissement.

Insoluble dans les liquides mais une activité grandement augmentée par saturation dans le mako.

Réactivité très variable selon les périodes de la journée.

Grande aptitude aux changements d’humeur et à la fureur.

UTILISATIONS COURANTES :

Hautement décoratif dans une revue militaire, un communiqué de presse ou une présentation officielle.

Puissant agent nettoyant.

Excellent désherbant, bactéricide et fongicide par intervention rotissante.

PRÉCAUTIONS D’EMPLOI :

Hautement dangereux si placé entre des mains non expertes.

Il est conseillé de n’en posséder qu’un seul spécimen, mais il est néanmoins possible d’en cultiver plusieurs en milieu nutritif adéquat à partir du spécimen souche. Attention, cependant que les différents spécimens n’entrent pas en contact (risque de mélange entraînant une explosion).


Pauvre Sephy… Qu’est-ce qu’on fait pas avec lui ! Ah si, remarquez qu’on l’a encore jamais mis dans une fic lemon avec un chocobo…

Si ?

NAAAAANNNN ?? !!

Substance illicite

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : les volontaires sont les bienvenus !

***

- Monsieur ! Monsieur !

Nero se tourna brutalement pour découvrir le jeune Cloud Strife hors d’haleine et les vêtements chiffonnés .

- Qu’y a-t-il, postulant Strife ? Tu m’as l’air en bien piteux état.

Le garçon essaya de reprendre son souffle.

- Les monstres viennent d’attaquer la frontière Sud, monsieur ! Le général Sephiroth vous réclame, vous et votre frère. Tous les soldats disponibles sont déjà sur le pied de guerre.

Nero soupira.

- Sephiroth devra se contenter de moi. Weiss est en mission à Canyon Cosmo. A quelle distance se trouvent les montres ?

- A peine une journée et une nuit de route, monsieur.

Le postulant et le soldat première classe rejoignirent rapidement les troupes rassemblées. Sephiroth arriva à son tour, flanqué de Zack et d’Angeal, et l’armée se mit rapidement en route à une allure soutenue.

Le second jour, à la tombée de la nuit, ils établirent le campement à l’entrée d’un col montagneux que Sephiroth jugeait facile à défendre. Cette position leur permettrait de stopper les monstres lorsqu’ils s’engageraient dans la gorge et leur tendre une embuscade.

L’étroitesse du col fit que les soldats durent se contenter de partager les quelques tentes montées à la hâte.

Zack venait de poser son paquetage sur le sol recouvert d’une bâche plastique de l’une d’entre elles lorsque Nero se glissa par le rabat, son paquetage sur l’épaule, le faisant sursauter.

- Salut à toi, soldat ! railla-t-il. Désolé de devoir m’imposer, dit-il avec un sourire lourd de sous-entendus, mais je crains que personne ne souhaite prendre de risques en partageant sa tente avec moi.

Cette allusion à peine voilée à son étrange nature sembla embarrasser le jeune homme, qui rétorqua impulsivement :

- On ne peut pas le leur reprocher…

Nero se raidit devant l’âpreté de sa réaction.

- Je vois… Dans ce cas je vais prendre un tour de garde avec les aspirants. Puis-je au moins te laisser mon paquetage ou as-tu peur qu’il te fasse passer par inadvertance dans une autre dimension ?

- Connard !

Nero cligna de l’oeil, sarcastique, posa son sac dans un coin et quitta la tente sous le regard interdit de Zack.

Celui-ci jura, se débarrassa de son uniforme et s’assit sur son sac de couchage en attendant le retour de Nero mais, lorsque deux heures plus tard, il entendit les bruits typiques de la relève de la garde à l’extérieur de la tente, il comprit que le ténébreux n’avait pas plaisanté en parlant de prendre un tour de garde, ce qui accrut son malaise.

Nero filait les chocottes à tout le monde, c’est vrai, mais son frère Weiss était apprécié de tous et il n’avait aucune envie de se le mettre à dos.

- Merde, merde et merde…

Il se leva et marcha de long en large dans la tente, jusqu’à ce que, finalement, il entende un grattement à l’entrée. Qui pouvait demander à le voir à une heure aussi tardive ? Nero n’irait quand même pas jusqu’à lui faire sentir de manière aussi flagrante la méfiance et le mépris qu’il lui avait témoigné, tout de même ! Si ?

Il ouvrit le pan et vit le frère de Weiss, bras croisé devant la tente, les traits tirés et un sourire pincé accroché aux lèvres.

- Désolé de t’importuner, mais un deuxième tour de garde serait réellement au-dessus de mes forces. Puis-je récupérer mon paquetage ? Je pense que les postulants soldats toléreront ma présence pour une nuit sans déserter.

- Je ne pense pas que ce soit nécessaire, persifla Zack, blêmissant sous le ton narquois, en s’effaçant pour le laisser passer.

Sans un mot, Nero se dévêtit entièrement sans pudeur aucune, exposant les curieux tatouages noirs qui lui recouvraient le corps, sortit son sac de couchage de son paquetage et s’y allongea aussitôt.

Les bras derrière la tête, il regarda Zack lacer le rabat.

- Le cadeau d’une admiratrice ? persifla le ténébreux en désignant son caleçon estampillé de moggles ridicules.

Zack retira le sous-vêtement d’un geste rageur et tendit la main vers la torche électrique qui éclairait la tente.

- Si j’étais toi, je ne ferais pas ça, prévint Nero.

Le jeune soldat ricana.

- Quoi ? La boule de ténèbres a peur du noir ?

- Disons qu’en cas d’attaque, la “boule de ténèbres” ne tient pas à tâtonner dans le noir à la recherche de son arme, laissa tomber Nero en souriant.

Zack se mordit la lèvre pour ne pas répliquer crûment et reposa la torche dans sur support.

“Merde… Un point pour lui. Quel con !”

Lorsqu’il se retourna pour affronter le regard ironique de Nero, cependant, celui-ci avait déjà fermé ses étranges yeux carmin et, soulagé, Zack alla s’allonger près de lui, sans parvenir cependant à se détendre assez pour espérer dormir.

Ce type et son frère étaient vraiment des gens bizarres. Enfin, Weiss, pas vraiment, en fait. Mais il faut dire qu’à côté de Nero, même un bahamut végétérien danseur de rumba aurait semblé normal !

Son regard rouge, sa voix blanche et glaciale, ses tatouages noirs, qui le recouvraient entièrement, du haut de la poitrine aux orteils… rien en lui n’était fait pour rassurer ou inspirer confiance et seul son frère Weiss semblait vraiment éprouver pour lui une sincère et indéfectible affection.

Jamais deux frères n’avaient été plus différents et Zack avait coutume de comparer l’un à un grand cygne blanc et l’autre à un vilain petit canard tout noir.

La comparaison était injuste, bien sûr. Nero n’était ni petit ni laid, loin s’en fallait, mais,comparé à Weiss, toujours enjoué, souriant, lumineux et énergique, son cadet paraissait “éteint”. Les cheveux aussi clairs que ceux de Nero étaient noirs, les yeux aussi bleus que les siens étaient rouges, aussi musclé que son frète était mince, Weiss était l’antithèse la plus criante de Nero. Puissant et physique, il attaquait toujours de front alors que son cadet, intelligent et sournois, prenait toujours l’adversaire à revers et ne lésinait jamais sur ses étonnants pouvoirs psychiques - qu’il avait d’ailleurs parfois peine à contrôler tant ils étaient puissants.

Les mauvaises langues racontaient même qu’il avait par accident tué sa propre mère et les médecins qui l’accouchaient en les envoyant dans l’un des mondes parallèles ténébreux qu’il avait le pouvoir d’invoquer.

En tous les cas, ce qui était sûr, c’est que c’était Weiss qui avait élevé Nero lorsqu’ils s’étaient retrouvés orphelins. Ca, tout le monde le savait. Etait-ce pour cela qu’ils étaient si proches et que l’aîné défendait le cadet bec et ongles ?

Zack soupira et tourna la tête vers son curieux compagnon.

D’après sa respiration irrégulière, Nero semblait perdu dans un rêve houleux. Il se retourna d’un mouvement brusque, et repoussa son sac de couchage dans son sommeil.

“Pourvu qu’il ne fasse pas de cauchemar et qu’il ne nous balance pas dans l’une de ses dimensions à la con…” pria Zack en silence.

A la lueur de la torche, il observa le corps souple orné de tatouages avec curiosité. N’ayant jamais partagé de chambre (ou de tente) avec lui - Weiss n’aurait jamais permis d’un autre que lui une telle familiarité avec son frère - il n’avait jamais eu l’occasion de les regarder en détail. Et, en fait, ils étaient plutôt jolis, ces tatouages. Oui, très beaux, même. Leurs entrelacs couraient sur la peau de porcelaine et accentuaient des creux et les déliés de sa musculature élégante et bien dessinée.

- Weiss…

Le nom de son frère murmuré par la voix enfiévrée de Nero fit naître sur les lèvres de Zack un sourire déconcerté.

Le ténébreux se cambra avec un soupir langoureux et sa main, comme d’elle-même, caressa son bas-ventre.

Zack retint un rire de justesse et s’appuya sur un coude pour profiter du spectacle inattendu. Les va et vient se faisant plus pressants, Nero renversa la tête en arrière, agrippa son sac de couchage de sa main gauche et le jeune soldat se passa la langue sur les lèvres, séduit par l’émouvant tableau du désir dont il était témoin.

Il savait que le beau Weiss était l’objet de bien des convoitises - principalement féminines - mais il n’aurait jamais cru que ce désir puisse conduire à de telles extrémités. Surtout venant de “l’imperturbable” et “insensible” Nero.

- Weiss… Je t’aime…

Zack tressaillit et leva les yeux vers le visage passionné du ténébreux.

Il n’avait lui-même jamais assez désiré quelqu’un pour en rêver de façon aussi passionnée. Les rumeurs sur ces deux-là étaient donc fondées ! Mazette… Quand il allait raconter ça à Angeal !

Du coup, tous les petits détails du comportement de Nero, auxquels il n’avait pas porté attention jusque là, prirent soudain un tout autre sens pour Zack, qui se souvint de la douceur avec laquelle il lissait parfois les cheveux de son frère, des regards insistants qu’il avait lorsqu’il croisait son regard clair… Même ses incessantes réflexions malicieuses apparurent comme autant de maladroites marques d’affection.

Peut-être n’est-il pas aussi glacial et insensible qu’il en a l’air… ” songea Zack.

Il avait toujours cru que l’affection entre les deux frères était à sens unique, du protecteur Weiss vers le solitaire Nero, mais force était de constater qu’il se trompait.

Zack posa une main prudente sur la poitrine ferme et y sentit le cœur battre la charge. Le corps de Nero se banda comme un arc sous la caresse, et sa main se posa sur la sienne pour la presser contre sa peau tatouée.

Une chaleur pernicieuse se répandit dans le ventre jeune soldat, qui en était le premier surpris. Sa main libre n’en empoigna pas moins son propre sexe désormais dressé pour lui impliquer un mouvement similaire à ceux du ténébreux.

Les lèvres de Nero remuèrent dans son sommeil et des mots incompréhensibles en sortirent. Avec mille précautions pour ne pas le réveiller, Zack se pencha vers son visage posa les lèvres sur la bouche offerte, comme ça, juste pour voir, et le ténébreux, perdu dans son rêve, répondit au baiser avec ardeur et attira le jeune homme contre lui.

Celui-ci, enflammé par le contact de la peau tatouée, qu’il n’aurait jamais imaginé si douce, fit glisser sa main de son propre sexe à celui de Nero et ajouta sa caresse à la sienne. Un râle de plaisir s’échappa de sa gorge et Zack aspira le souffle chaud entre ses lèvres. Puis sa caresse se fit plus insistante et il écarta du genou les cuisses souples, alors que sa bouche descendait le long de la gorge et de la poitrine pour happer un téton tout rose entre ses dents et le titiller du bout de la langue.

Nero entrouvrit alors les paupières et baissa un regard embrumé sur la noire chevelure qui s’étalait sur son torse, comme s’il n’avait pas complètement conscience de ce qui se passait. Persuadé de l’irréalité de ce qu’il percevait…

Un rêve. Cela ne pouvait être qu’un rêve car personne ne l’aurait touché ainsi hormis son frère, encore moins quelqu’un comme Zack !

Eh ! Bien, soit. Autant en profiter…

Il se laissa donc aller aux douces sensations que lui procuraient les caresses “imaginaires” du soldat et ce dernier, encouragé par ses halètements, promena ses lèvres sur le ventre dur jusqu’à prendre la place de sa main et faire courir sa langue sur le membre gonflé.

D’un coup de reins souple, Nero pénétra dans sa bouche et Zack hoqueta mais ne se dégagea pas. Au contraire, il le libéra avec un dernier coup de langue et glissa sa tête entre ses cuisses tatouées, refermant ses mains sur ses reins. Les lèvres tremblantes d’excitation à l’idée de ce qu’il allait faire, il lécha le pourtour de l’entrée close et les gémissements du ténébreux se muèrent en petits cris de plaisir. Levant les mains pour écarter les fesses rondes et lisses, Zack plaqua sa bouche contre lui, insinuant sa langue dans sa chaleur, et sentit la saccade qui agita ses reins.

“Et si quelqu’un entrait dans la tente ?” songea-t-il en se sentant blêmir.

Oh, bon sang, quelle honte !

Mais il chassa vitre cette idée car Nero balançait impatiemment les hanches à sa rencontre. Etirant la langue, le jeune soldat explora ce sanctuaire aussi loin qu’il le put mais, bientôt incapable de supporter plus longtemps la fièvre que les réactions du “dormeur” faisaient naître en lui, il lubrifia abondamment de salive l’entrée qu’il titillait de sa langue agile. Baissant la main, il trouva le chemin et s’y engagea. Lentement d’abord, presque avec hésitation, puis, voyant Nero relever la tête pour exhaler un gémissement rauque et impatient, il s’enhardit. Un troisième doigt vint rejoindre les deux autres et le frère de Weiss poussa un râle animal.

Zack sentit soudain les jambes tatouées le ceinturer pour le pousser en avant, ses mains se saisir de son sexe impatient et il hoqueta de surprise en se rendant compte que Nero l’avait amené à plonger en lui. Baissant les yeux, il vit ses reins plaqués à ceux du ténébreux, qui resserra encore ses jambes autour de son bassin pour l’emprisonner contre lui.

Transporté par cette sensation, Zack articula faiblement son nom et eut un sourire carnassier en refermant les mains sur ses fesses et s’enfonçant en lui plus profondément.

Bien vite, il sentit Nero se soulever sous lui avec un cri de plaisir difficilement étouffé et, à la vue de sa semence jaillissant pour se répandre sur son ventre orné d’arabesques, il se libéra dans un long gémissement alors qu’il inondait le havre où il avait pénétré.

Apaisé, une douce langueur s’empara de lui et il se laissa aller contre son partenaire, qui referma les bras autour de lui.

- Tu es beau, Zack… murmura-t-il, le cœur battant contre ses côtes.

Et il se rendormit aussitôt, terrassé par les endorphines.

Zack sourit, l’embrassa, non sans douceur, et il essuya son ventre tatoué souillé de semence avec un sourire mutin de garnement qui s’apprête à faire une farce. Puis il se leva ensuite avec mille précautions, recouvrit le corps mince et entreprit de s’habiller pour sortir dans l’aube naissante comme si de rien n’était.

*

Lorsque Nero ouvrit les yeux, deux bonnes heures plus tard, Zack avait déjà quitté la tente.

En se souvenant du rêve agité de la nuit, il rougit.

“Pourvu que Zack ne se soit rendu compte de rien…”

Les sensations avaient semblé si réelles qu’il avait presque l’impression de sentir l’odeur du jeune soldat sur sa peau.

Il se leva en soupirant et prit son pantalon, qui traînait sur le sol. Au moment de l’enfiler, il sentit quelque chose d’humide couler entre ses jambes et baissa les yeux, intrigué. Il recueillit du bout des doigts la substance blanchâtre et, la reconnaissant, marqua un temps d’arrêt.

- Oh ! Le… Le sale petit démon sournois !

A la fois humilié d’avoir été un simple jouet de plaisir, et ravi du désir qu’il avait provoqué chez un homme autre que son frère bien-aimé, il s’habilla à la hâte et sortit précipitamment de la tente pour voir l’objet de ses pensées discuter avec Sephiroth. A son salut, Zack répondit par un sec hochement de tête mais, lorsque Nero lui lança un sourire interrogateur lourd de sous-entendus, il consentit néanmoins à une confirmation silencieuse d’un mouvement de paupières espiègle.

Sephiroth, qui n’avait pas perdu une miette de l’échange muet, adressa au ténébreux un sourire complice et s’étonna de le voir rougir pour la première fois…

FIN

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I - Bienvenue à Gongaga !

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Illustration tirée du doujinshi “BUBBLES” du Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Jamais le soleil n’avait tapé comme ce matin là. L’air sec était chargé de poussière et j’avais la gorge comme de la litière pour chats. Nous étions en août, au plus fort de la saison sèche, et je me souviens du grincement des minuscules grains de sable emportés par le vent entre mes dents.

Ma casquette me donnait l’impression d’avoir le crâne sous une cocotte minute mais c’était ça où tomber raide, assommé par le soleil. La sueur coulait sur mon front et ma queue de cheval me collait déjà à la nuque. Combien de fois en quinze jours m’étais-je promis de me couper les cheveux ? J’en avais perdu le compte mais je n’avais jamais pu me résoudre à renoncer à cette dernière coquetterie.

Avec un soupir, je me resservis du café. Il avait un goût aigre amer, comme s’il avait bouilli. Connaissant le cuisinier, je ne doutais pas que ce fut bien le cas et je le bus d’un trait en grimaçant, comme tous les matins.

Je dus déployer des efforts surhumains pour mettre un pied devant l’autre et sortir de la tente qui nous servait de cantine. Le soleil m’aveugla et cette impression de respirer à travers un mouchoir brûlant que l’on aurait pressé sur ma bouche était insupportable. Je dus fermer les yeux, incapable de supporter la lumière en dépit de l’heure matinale, sortis mes lunettes de soleil de la poche de mon pantalon de toile et les chaussai. A travers les verres fumés qui assombrissaient le décor, le camp semblait bénéficier d’une ombre illusoire, et bizarrement, il me sembla que la température avait baissé en même temps que la lumière.

Les brahmanes de Canyon Cosmo disent que l’esprit d’un homme est capable de faire plier les éléments. Eh, bien moi j’avais des lunettes magiques qui jetaient de l’ombre sur le décor ! C’était ridicule mais pour un peu de fraîcheur ou une illusion de fraîcheur, j’étais prêt à tout…

Le cahier des charges sous le bras, j’avançai sur le terrain aride, mes bottes se couvrant d’une pellicule de poussière orangeâtre.

Je crois que c’est l’une des rares choses que je déteste, dans cette région désertique qui entoure la forêt de Congaga : cette poussière grasse qui se mélange à la sueur et colle à la peau dès que l’on met le nez dehors.

Et encore, devais-je être heureux de ne pas me trouver en poste à Midgar, comme Genesis ! La première fois que j’avais été en mission là-bas, j’avais été horrifié en constatant qu’après avoir retiré le manteau porté toute la journée, mes bras et mes jambes étaient enduits d’une suie huileuse. On voyait parfaitement la marque des vêtements que j’avais ôtés, comme si j’avais pris un monstrueux coup de soleil noir. L’eau de la douche ressemblait à de l’huile de moteur et j’avais passé de longues minutes à me décrasser les cheveux. Mes poumons devaient ressembler à un pot d’échappement mal entretenu ou à ceux des lapins que ce salopard d’Hojo oblige à fumer pour tester le taux de nicotine des cigarettes. Le second jour, l’idée de porter un masque anti-pollution m’avait effleuré et le troisième, je me promenais dans les rues aussi crasseux et grisâtre que n’importe qui.

Lorsque j’avais accepté de sécuriser la zone du réacteur de Gongaga, en pleine rénovation, je m’étais imaginé la région comme me l’avaient racontée Angeal et Genesis, à l’école d’officiers : verte, fraîche et luxuriante. Avec un adorable petit village perché à flanc de montagne….

Tu parles ! Ils avaient juste oublié de préciser que l’oasis de verdure ne restait verte que trois ou quatre mois par an, au printemps, et qu’elle était entourée d’une région caillouteuse où l’on crevait de chaud en été et où l’on mourait de froid en hiver !

Au lieu de la douce fraîcheur parfumée d’herbe verte que je m’étais imaginée, je me promenais dans la poussière du chantier en pantalon d’épaisse toile noire, t-shirt poisseux de sueur et je dormais sous l’une des tentes où il ne se passait pas une nuit sans que je ne me réveille empêtré dans la moustiquaire. Si les membres de mes fan-clubs me voyaient…

Angeal, m’avait précédé sur les lieux et avait déjà établi un périmètre de sécurité. Contrairement à moi, il connaissait la région et les coutumes du coin pour y avoir passé son enfance. D’un kilomètre à l’autre, la terre était tour à tour végétation desséchée inextricable ou désert caillouteux. Les routes n’étaient que des chemins de terre et bien souvent nos 4×4 s’ensablaient.

Je jetai un regard aux échafaudages, sur lesquels s’affairaient avec les ouvriers, tous originaires de la région. Combien étaient-ils ? Une trentaine ? Il y avait bien longtemps que j’avais renoncé à faire l’appel. Si le frère était malade, le neveu le remplaçait et cela quand le père n’amenait pas le fils pour lui prêter main forte afin de finir dans les temps. Les questions d’assurance et de contrat de travail n’avaient pas cours ici. Tout ce qui comptait pour ces hommes, c’était de terminer honorablement leur tâche, comme ils s’y étaient engagés. On ne badine pas avec l’honneur et la parole donnée, dans la région. J’avais rarement connu des gens aussi travailleurs et je n’hésitais pas à tanner Reeve pour qu’il leur verse un supplément d’argent lorsque j’estimais qu’ils le méritaient, c’est à dire bien souvent. Cela m’avait valu des amoncellements de friandises et plats traditionnels confectionnés par leurs épouses et leurs sœurs, que nous partagions lors des pauses.

J’essuyai la sueur qui coulait de mon front. Comment pouvaient-ils supporter de travailler par cette chaleur ? Torse nu, la peau tannée par le soleil et vêtus de pantalons de coton ou de chemises ouvertes sur des shorts bariolés, ils manipulaient les sacs de ciment avec une facilité déconcertante. Ils transpiraient à peine et la lumière les faisait à tout juste plisser les yeux.

Mon regard s’attarda un instant sur les dos musclés et les poitrines noueuses. Les hommes… Depuis combien de mois n’avais-je pas touché un homme ? Deux ? Trois ? Le dernier était un jeune postulant soldat dégingandé qui m’avait fait regretter de ne pas avoir passé mon chemin.

Je secouai la tête et consultai les plans de déploiement des forces de sécurité pour la énième fois. N’avais-je rien oublié ? A Midgar, j’en avais été particulièrement fier de mais, une fois arrivé dans la région de Gongaga, je m’aperçus de ce que les tours de surveillance pouvaient avoir de ridicule dans une région aussi escarpée.

De président adjoint Rufus Shinra voulait du beau, du grand, du riche et, par dessus tout, de l’impressionnant. Quand je voyais les ravissantes constructions traditionnelles qui parsemaient la région, je n’arrivais vraiment pas à comprendre comment cet imbécile pouvait leur préférer ce monceau de ciment et de verre en forme de chou-fleur que j’avais mis des semaines à sécuriser sur les conseils de son éminence grise, un petit homme gras et dégoûtant qui répondait au nom de Palmer.

“Non, il faut plus de caméras !” “Non, il y a trop de surface exposée !” “Allons, mon garçon ! Le président adjoint ne sera jamais en sécurité si les vitres ne sont pas blindées !”

Plus d’une fois l’envie m’avait démangée de le passer par la fenêtre sans prendre la peine de l’ouvrir mais c’était lui qui signait les chèques… J’avais eu ce gnome mangeur de gras sur le dos pendant trois semaines et il devait passer sur le chantier aujourd’hui en compagnie de son “altesse sérénissime”. Si le maître était aussi exaspérant que son toutou, cela promettait un bel après-midi de fichu !

Je n’avais jamais eu l’occasion de rencontrer Rufus Shinra mais je le détestais déjà cordialement !

“Son Altesse” avait souhaité que son ” chou-fleur ” domine la route qui conduisait à la petite rivière qui menait au village. Devoir raser le petit temple de pierre qui se trouvait non loin pour pouvoir sécuriser les travaux de construction m’avait fendu le cœur mais il allait l’avoir son “réacteur que tout le monde pourrait voir de loin”. C’était là les instructions les plus sottes que l’on m’avait jamais données mais Rufus payait bien. Très bien même. J’allais gagner ici plus d’argent en un an que je n’aurais pu en économiser en 50 ans de missions ordinaires.

Le groupe électrogène se mit en route avec un grondement de tonnerre et l’odeur du gasoil se mêla aux parfums d’épices. Je n’ai jamais su décrire l’odeur qu’il y avait dans la région par un autre terme. L’air sentait la terre, le parfum et les épices. Une odeur étourdissante que je n’ai jamais retrouvée ailleurs.

- Sephiroth ! Déjà levé ? Tu fais des efforts, mon grand ! Tu viens nous donner un coup de main ?

Je baissai les yeux vers Angeal, qui surveillait l’avancement des travaux dans l’immense trou des fondations et lui fis un petit signe de la main.

- Ne rêve pas ! criai-je pour couvrir le bruit des marteaux piqueurs qui s’étaient mis en route pour briser la pierre. Je n’ai pas sué durant les cours assommants de Lazard dans le but de nager dans la crasse !

Il éclata de rire et retira son casque de protection pour essuyer la sueur qui coulait sur son visage. Je connaissais Angeal depuis mon enfance, tout comme Genesis, et je peux dire que j’en étais venu à considérer au fil des années comme le frère que je n’avais jamais eu. La petite trentaine, des cheveux noirs mi-longs coiffés en arrière et une charpente à faire blêmir un culturiste, Angeal était de sept ans mon aîné et m’adorait. Je n’avais jamais cherché à cacher ma liberté de moeurs et la relation particulière que j’entretenais avec Angeal avait bien souvent alimenté les ragots.

- Dis-moi mon grand, poursuivit-il, tu ne crois pas que… oh, oh ! On a de la visite.

Il grimaça et je suivis son regard. J’avais beau le voir en contre-jour, je reconnus immédiatement le personnage qui s’avançait vers moi. Sa masse impressionnante de cheveux emmêlés et ses jambes maigres et arquées lui donnaient l’apparence d’un primate.

L’ermite de la forêt de Gongaga nous rendait visite de plus en plus souvent, ces derniers jours.

- Merde, soupirai-je en levant les yeux au ciel. Mais qu’est-ce que cet illuminé vient faire ici, encore ? Si les ouvriers le voient, nous sommes cuits…

Le saint homme arriva à ma hauteur et leva les yeux vers moi sans un mot. Il avait peint trois cercles rouges sur son front, par dessus la crasse, et son visage était vierge de toute expression. J’avais l’impression d’observer un mannequin d’argile. Vêtu d’un pagne douteux et maigre à faire peur, il dégageait une aura inquiétante et une puanteur insoutenable. Je pinçai les narines et détournai le regard.

Un cri s’éleva dans les fondations et plusieurs têtes dépassèrent du trou où travaillaient les maçons. En voyant notre visiteur, tous lâchèrent leurs outils, éteignirent les marteaux piqueurs et grimpèrent en une nuée bourdonnante pour venir s’agenouiller devant le saint homme en le priant de les bénir. Les ouvriers, pour la plupart originaires de la région, se balançaient d’arrière en avant en psalmodiant des prières devant l’homme minuscule, mains jointes devant leur front.

Je m’écartai et lançai un regard excédé à Angeal, qui me répondit par un haussement d’épaules.

- Laisse tomber, Seph.

Le saint homme avait pris l’habitude de venir une ou deux fois par semaine sur le site. Lorsque j’en avais demandé la raison à l’un des contremaîtres, il m’avait simplement répondu que les gens comme lui étaient guidés par les Dieux eux-mêmes et qu’il ne fallait pas chercher à comprendre le pourquoi de leurs actes et de leurs paroles.

J’étais bien avancé !

La première fois que ce zombie avait fait son apparition, il était arrivé derrière moi comme un fantôme et m’avait soufflé dans le cou. En voyant le visage couvert d’une croûte blanchâtre digne d’un film d’horreur, j’avais poussé un cri à paralyser un troupeau de Bahamuts et manqué de peu la crise d’apoplexie. Par la suite, je vis plusieurs de ces individus à Gongaga. Ils restaient immobiles durant des heures, assis en tailleur au beau milieu de la route, et chacun leur témoignait un respect craintif. D’après ce que j’avais compris, ils avaient fait vœu d’abandonner tout plaisir terrestre ou quelque chose dans ce goût là. Des sortes de renonçants.

Bien entendu, j’avais consulté des dizaines de guides et de livres sur la région avant de partir mais, je suis désolé de le dire, une fois sur place, on se demande si les auteurs de ces ouvrages ont bien posé le pied dans le pays dont ils parlent.

Ici, rien n’est simple et aucun texte, aussi complet soit-il, ne peut donner une idée de ce que sont réellement ces gens et leur terre.

Je regardai ma montre. Si le saint homme ne fichait pas le camp pour que nous puissions reprendre le travail, je risquais de me faire salement remonter les bretelles par le ” petit prince Shinra “, qui devait arriver d’un instant à l’autre.

- Allez, allez ! La récréation est finie.

Je tapai dans mes mains et Angeal sortit de son trou pour me poser la main sur le bras.

- Arrête, Seph. Respecte leurs croyances.

Je me tournai vers lui en ouvrant des yeux ronds comme des soucoupes.

- Mais je respecte leurs croyances ! Le problème, c’est que son altesse de mes fesses va arriver et que…

- Chut ! me rabroua Angeal. Ne parle pas de lui comme ça devant eux.

Plusieurs hommes se couvrirent le visage des mains et posèrent le front sur les pieds du gnome, comme s’ils cherchaient à se faire pardonner pour mon comportement cavalier.

- Désolé ! grimaçai-je en agitant la main dans leur direction.

Pour la première fois, j’entendis l’homme blafard parler. Sa voix était rocailleuse et aiguë. Elle vrillait les tympans et son curieux dialecte accentuait encore cette désagréable impression.

- Que dit-il ? demandai-je à Angeal.

Il haussa les épaules. Visiblement, il était parti de chez lui depuis trop longtemps et avait oublié son patois natal.

Zack, un postulant soldat lui aussi originaire de la région, s’approcha. Comme à chaque fois qu’il s’adressait à moi, ses grands yeux bleus semblaient incapables de me fixer et ses mains tremblaient. Lorsqu’il aurait pris un peu d’assurance, il ne faisait pas de doute qu’il deviendrait une excellente recrue.

Le silence était soudain tel que l’on n’entendit plus que le bruissement des pieds des ouvriers fouillant la terre poussiéreuse avec embarras et le vent léger et étouffant qui charriait l’odeur de vase de la rivière.

- Il dit que quelque chose va vous faire du mal, Général, et que vous devez faire attention.

Je plissai les lèvres. Après les prières… les superstitions ! Il ne manquait plus que ça.

- Quelque chose va me faire du mal ?

- Oui, Général.

- Cette chose doit s’appeler Rufus Shinra, dans ce cas. Parce que sois certain qu’il va m’arracher la tête s’il ne vous trouve pas tous au travail en arrivant.

Les hommes échangèrent des regards entendus et baissèrent la tête.

- Sauf votre respect, vous ne devriez pas plaisanter avec ça, Général. Le danger est réel.

- Qui ? Rufus Shinra ?

Zack sourit malgré lui.

- Non, Général. La chose.

- Quel genre de chose ? demanda Angeal.

Je levai les yeux au ciel et me donnai une claque sur le front.

- Angeal ! Tu ne vas pas t’y mettre toi aussi !

Il ne répondit pas et montra le sage du menton en continuant à s’adresser Zack.

- Demande-lui.

Zack s’inclina devant la vieille chouette cendreuse et lui parla dans sa langue discordante. Le sage ne répondit pas, ne changea pas d’expression et fit demi tour.

Chacun le regarda s’éloigner et, quand il s’engagea sur la pente, disparaissant de leur champ de vision, les maçons se tournèrent vers moi de concert et me lancèrent des regards désolés.

J’avais beau être imperméable à toute sorte de religion et de superstition, l’expression de leur visage, leurs épaules basses et leur immobilité me nouèrent le ventre.

Je tournai sur moi-même.

Ils formaient une ronde lugubre et mélancolique. Ils me fixaient comme si je n’étais déjà plus qu’un cadavre autour duquel les vieux copains se recueillent en se disant “c’était un brave type”.

Je pris une profonde inspiration.

- On peut retourner travailler ou vous voulez vraiment que Shinra Junior me fasse rôtir ?

Angeal adressa quelques mots aux ouvriers, qui inclinèrent la tête et retournèrent à leurs occupations en murmurant entre eux, comme s’ils craignaient que le bruit de leurs voix n’attire le malheur dont avait parlé le vieux sage. L’un d’entre eux posa la main sur ma poitrine en murmurant une prière que je ne compris pas.

- Il demande aux Dieux de te protéger, murmura Angeal.

- Oh, je… Merci, fis-je à l’homme avec un légère inclinaison de tête.

L’ouvrier s’inclina à son tour, me sourit, et descendit dans les fondations.

Chaque coin de ce pays semblait regorger de malédictions en tout genre et j’avais déjà eu des difficultés à trouver des ouvriers à cause des multiples fariboles locales qui faisaient de la région un véritable berceau du mysticisme.

Si un jour je décidais d’abandonner l’armée, je pourrais toujours gagner ma vie en écrivant des histoires sur les mystères de la région pour gogos en mal de magie, étouffant dans leurs murs de béton…

Un bruit de moteur me tira de mes plans de carrière à long terme et, un instant, je crus bien que le saint homme avait raison au sujet de sa créature dangereuse qui allait venir me chercher.

Ce qui m’arrivait dessus était au moins aussi redoutable que l’odeur du saint homme, et je sentais mes nerfs sur le point de lâcher face à cette vision d’horreur : monsieur lèche-bottes en personne, Palmer le gras double, arrivait sur le chantier pour la visite prévue. La journée commençait vraiment mal. J’avais de plus en plus hâte qu’elle se termine pour me retrouver sous ma tente.

Et, si possible, avec le joli blondinet qui venait de sortir de la voiture…

…à suivre

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Habille-moi !

Rédaction : Shiva Rajah

Corrections : Noriplume

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

*

Après avoir lu ceci, vous ne déshabillerez plus Sephiroth du regard comme avant…

…et ne lirez plus jamais une fic lemon sans éclater de rire !!


Les yeux de Cloud, morceaux de ciel d’azur prisonniers de deux franges de cils mordorées, brillaient d’excitation.

Languissamment allongé sur le lit, il se passait le bout de la langue sur les lèvres en regardant Sephiroth glisser ses cuisses puissantes et marbrées dans l’échancrure du slip kangourou réglementaire en épais coton blanc, fourni deux fois l’an par l’intendance SOLDAT.

Les élastiques, distendus par l’usage, bâillaient, dévoilant le galbe d’une fesse ferme et cambrée. Par la poche, elle aussi agrandie et malmenée par de nombreuses urgences urogénitales, on entrevoyait la chair tendre et rosée d’un testicule duveteux – kiwi de platine lové dans un nid de coton devenu trop vaste pour lui.

- Que regardes-tu ? demanda le grand général, assis sur le tapis en train d’enfiler un chaussette de laine aussi réglementaire que le slip.

- Le grain de ta peau, ronronna Cloud, soudain joueur, en lui tendant la deuxième chaussette.

Sephiroth la fit sensuellement glisser le long de sa cuisse tendrement galbée avant d’en couvrir son pied élégant, dont un orteil souple dépassa par l’entrebâillement non voulu d’un trou dû à l’usure.

Il se leva en tenant son slip de sa main pour l’empêcher de tomber et se pencha pour déposer un baiser sur la nuque blonde.

- Où as-tu caché mon maillot de corps, petit coquin ? susurra-t-il à l’oreille du garçon.

Cloud se retourna, lui saisit les bras et l’attira à lui.

Ce faisant, le slip réglementaire de son supérieur glissa sur ses chevilles mais le garçon le remonta d’une main experte avec cette facilité que donne l’habitude.

- Attends, je vais t’arranger ça, promit-il d’une voix enrouée par le désir, en se penchant vers le sous-vêtement récalcitrant.

Sans quitter le général des yeux, il repéra un petit trou dans la couture, par lequel dépassait l’élastique fatigué. Il le sectionna d’un coup de dents et Sephiroth poussa un gémissement expressif en renversant la tête en arrière, frissonnant de désir.

Le jeune homme tira ensuite sur les deux bouts de l’élastique, resserrant l’échancrure du slip kangourou, et fit un gros double noeud marin pour l’empêcher de glisser à nouveau sur les jambes ivoirines.

- Ah… soupira Sephiroth. Tu me rends fou… Tes noeuds sont si beaux… Tous tes noeuds, ajouta-t-il en caressant ses mèches blondes.

Avec un sourire pervers, Cloud sortit un maillot de corps assorti au slip de dessous les draps.

Après un instant d’hésitation, uniquement destiné à faire monter le désir d’un cran, il le lui tendit en se passant la langue sur les lèvres, tel un fauve sur le point de sauter sur sa proie, et rugit sensuellement.

- Grrrrrrr…

Bien conscient de l’émoi qu’il provoquait, le grand général enfila le maillot de corps très lentement et joua un instant avec les bouloches du coton fatigué qui lui moulait le haut du torse jusqu’au dessus du nombril.

Cloud passa un doigt sur le ventre musclé que le maillot, rétréci par lavages répétés, laissait à découvert et se laissa retomber lourdement sur le lit en soupirant.

- Qu’y a-t-il, mon amour ? demanda Sephiroth en remontant ses chaussettes de laine jusqu’aux genoux, ce qui agrandit le trou d’où dépassaient maintenant deux délicieux orteils d’albâtre.

- Pourquoi faut-il que tu me quittes ? soupira l’amour en question.

Le général revêtit son pantalon de cuir souple et ses bottes.

- Une mission m’attend, tu le sais bien.

- Oui, je le sais…

Le garçon se mit en boule dans les draps pendant que Sephiroth finissait de boucler les attaches de son élégant manteau de cuir noir.

Lorsque ce fut fait, il embrassa furieusement Cloud avec un déchirant :

- Adieu, mon amour… A jamais !

Le garçon, des larmes diamantines perlant au bout de ses longs cils dorés, le regarda sortir dans une envolée de cuir noir impeccablement ciré et de magnifiques cheveux argentés.

MORALITE :

Avant de baver et de fantasmer sur des personnages sexy aux atours somptueux, demandez vous ce qui se cache en dessous…Vous baverez beaucoup moins et votre clavier s’en portera beaucoup mieux !

Et vous savez quoi ? J’ai toujours pas honte !! :-D

***

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Lettre de Cloud à Tifa

Rédaction : Shiva Rajah

Corrections : Noriplume

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

*

ON A RETROUVE LA PREMIERE LETTRE DE CLOUD A TIFA !

Une telle découverte est, vous vous en doutez, exceptionnelle, incroyable, inespérée et… Non, pas parce que ça prouve que, contre toute attente, Cloud sait écrire, nan, nan. Quelles mauvaises langues vous faites !

Pas du tout !

Cette lettre est un document rare parce que c’est la première lettre de Cloud à Tifa et qu’elle a été écrite peu après son intégration dans les cohortes des postulants soldats.

En exclusivité interstellaire, voici ce document exceptionnel !


Chère Tifa,

Ça fait maintenant trois mois que je suis parti de Nibelheim pour m’engager dans le Soldat. J’ai pris beaucoup de retard pour t’écrire et je suis désolé de t’avoir négligée.

Maintenant, je vais te mettre au courant de tout mais, avant de lire la suite, assieds-toi. Tu ne continues pas tant que tu n’es pas assise, hein ?

Je vais plutôt bien, maintenant. La fracture et le traumatisme crânien que j’ai eu en sautant par la fenêtre de mon dortoir en feu, peu après mon arrivée, sont maintenant presque guéris. Je n’ai passé que deux semaines à l’hôpital et ma vue est redevenue presque normale. En plus, ces affreuses migraines ne me torturent plus qu’une fois par semaine au maximum.

Heureusement, la prostituée qui tapine sous le porche de l’immeuble d’en face avait tout vu. C’est elle qui a appelé l’ambulance. Elle est aussi venue me voir à l’hôpital. C’est une femme adorable et nous sommes tombés follement amoureux. Pour tout te dire, on pense à se marier. On n’a pas encore choisi la date, mais ce sera avant que sa grossesse ne commence à se voir.

Eh ! oui, chère Tifa, je serai bientôt papa. La seule chose qui retarde mon mariage, c’est la petite infection qui indispose ma fiancée et qui nous empêche de passer les analyses prénuptiales. Moi aussi, bêtement, je l’ai attrapée, mais tout ça va vite disparaître avec les injections de pénicilline qu’on me fait tous les matins.

Tu verras, c’est une femme très gentille et même si elle n’a pas fait beaucoup d’études, elle a beaucoup d’ambition et compte bien ouvrir sa propre maison de plaisir. Bien qu’elle ne soit pas de la même race ni de la même religion que nous, je connais ta tolérance toujours réaffirmée et je suis certain que tu n’attacheras aucune importance au fait que sa peau soit un peu plus jaune que la nôtre.

Vous serez bientôt très amies, j’en suis convaincu. Et vu qu’elle a à peu près l’âge de ton père, je suis certain qu’ils s’entendront bien aussi. Ses parents sont également des gens très bien : il paraît que son père est un célèbre mercenaire dans le village d’Utai d’où elle est originaire.

Maintenant que je t’ai mis au courant, il faut que tu saches qu’il n’y a pas eu d’incendie du dortoir. Je n’ai ni traumatisme ni fracture du crâne, je ne suis pas allé à l’hôpital, je ne suis pas fiancé, je n’ai pas la syphilis et il n’y a pas de femme utaïenne dans ma vie. C’est juste que je ne peux pas tenir la promesse que je t’ai faite vu que j’ai lamentablement raté mon concours d’entrée dans le Soldat et que j’ai voulu t’aider à relativiser les choses.

Je t’embrasse bien fort.

Cloud

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