Quelque chose à quoi s’accrocher
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Rédaction (texte traduit de l’anglais) : Enide Dear
Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)
Illustration : Studio Gothika
Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !
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Loz dormait sur le ventre, les mains sous l’oreiller, serein et aussi confiant qu’un enfant.
Yazoo pouvait rester des heures éveillé à le regarder. L’obscurité n’étant pas un obstacle pour les yeux mako, l’incarné se régalait du sommeil paisible de son frère, dont le spectacle apaisant détendait aussi bien son esprit que son corps, régulièrement mis à rude épreuve par toute sorte de cauchemars, qui n’en finissaient pas de le hanter.
Pas autant que Kadaj, évidemment, car il arrivait fréquemment à son frère cadet de rire, crier ou jurer dans son sommeil en battant des poings et des talons. D’autres fois, il se pelotonnait en chien de fusil au fond du lit et pleurait.
De telles crises réveillaient toujours Loz, qui se tournait alors vers son frère pour le prendre dans ses bras comme s’il pouvait faire un rempart de son corps entre les cauchemars et le jeune argenté. Quelquefois, ça fonctionnait et Kadaj se détendait pour sombrer dans un profond sommeil sans rêves. Mais, le plus souvent, tout ce que Loz obtenait était un coup de coude dans les côtes, le dos de la tête de Kadaj dans le nez, ou un coup de pied dans ses tibias. Cela n’avait pourtant jamais semblé le décourager.
Yazoo n’était jamais arrivé à de telles extrémités. Généralement, il se réveillait en sueur et haletant, avec un vague souvenir des cauchemars qui avaient agité son sommeil, mais il n’avait jamais crié ou lutté. Cela étant dit, lorsqu’il ouvrait les yeux, il se trouvait généralement déjà dans les bras de Loz et ceci expliquait sans doute cela.
Quelquefois, aux heures les plus sombres, il s’était demandé si Kadaj ne faisait pas tout ce cinéma exprès pour attirer l’attention…
“Du matin au soir, nous faisons tout ce que tu nous demandes, petit frère. Nous te suivons partout, toujours, et t’obéissons sans discuter. Ne peux-tu donc nous laisser ces quelques heures nocturnes rien que pour nous ?”
Cette nuit, cependant, Kadaj dormait paisiblement à l’extrémité du lit. Yazoo s’était mis délibérément entre ses frères quand ils s’étaient couchés et, maintenant, il s’était rapproché de Loz pour mettre ses bras autour des larges épaules et avait appuyé son visage contre le biceps vigoureux.
La puissance pure qui émanait du corps du jeune homme avait toujours réussi à l’apaiser.
Il passa doucement les ongles sur l’épine dorsale son aîné et celui-ci fit le dos rond pour accentuer la pression de l’agréable grattement, ce qui fit sourire Yazoo. Son frère était si spontané dans ses goûts, si honnête avec ses émotions… Pas comme Kadaj qui, tel un oignon, se couvrait le coeur de couches superposées de réflexions plus ou moins avouables, de plans et de complots en tout genre. Et même, pour être honnête, de personnalités aussi diverses que ses humeurs.
Yazoo, lui, gardait ses sentiments scellés dans la cage de son coeur, n’en révélant de temps en temps qu’une petite part. Une habileté nécessaire pour survivre dans un monde qui pouvait vous faire tant de mal - mais dont Loz ne semblait pas avoir besoin.
Il caressa la peau lisse de de paume de sa main… Une peau et un corps qui auraient pu être sculptés dans le marbre tant ils étaient parfaits. Comme toute cette puissance l’attirait ! Tout autant que sa force morale ou cette capacité que Loz avait d’aimer sans compter et de pleurer sans retenue. Oui, tout cela faisait fondre les défenses de Yazoo depuis toujours.
Il ébouriffa affectueusement les courts cheveux de mercure, provoquant un soupir assoupi et grognon.
Le sourire de Yazoo s’élargit.
Avec ses cheveux et ses pattes soigneusement taillées, Loz était de loin le plus frivole d’entre eux. Et les seuls ciseaux auxquels il acceptait de les confier était ceux de Yazoo - et encore ne le faisait-il jamais sans un interminable chapelet d’instructions et de conseils ! C’était d’ailleurs le seul moment où son frère avait quelque exigence, lui qui de réclamait jamais quoi que ce soit.
Yazoo faisait toujours très attention à ne pas briser cette confiance en sachant que que Kadaj, lui, ne se serait sans doute jamais encombré de ce genre de précautions.
Loz s’agita dans son sommeil et se retourna sur le flanc, ce qui permit à Yazoo d’enrouler plus aisément son bras autour de son cou tout en caressant les pattes argentées du bout des doigts.
Les traits anguleux et fortement charpentés - si différent des siens et de ceux de Kadaj, qui avait encore gardé ses joue potelées de bébé - étaient adoucis par le sommeil.
Yazoo posa ses lèvres sur la nuque exposé, juste à l’endroit où les cheveux rebiquaient vers le haut, à la tendre jonction où le centre nerveux cérébral communiquait avec le réseau spinal pour transformer les pensées en actes : violence, sexe, caresses…
La vie, tout simplement.
Loz soupira de plaisir. Leurs corps se pressèrent un peu plus l’un contre l’autre et leurs jambes s’entremêlèrent.
“A moi…” ne pouvait s’empêcher de penser Yazoo. “Il est à moi. Toi, Kadaj, tu as déjà mère et Sephiroth en sus d’un grand destin. C’est mère qui l’a voulu ainsi. Alors, ne peux-tu me laisser au moins ça ?”
Mais il n’était pas dans la nature de Kadaj de partager quoi que ce soit, Yazoo le savait. Et Loz ne s’opposerait jamais à lui ; il aimait ses frères tout autant et de la même façon, Yazoo ne cessait de se le répéter.
Il s’était souvent demandé si Loz avait idée des sentiments qu’il nourrissait à son égard… et si Kadaj le savait.
Son frère cadet n’en aurait que faire, de toute façon ; il prendrait ce dont il avait envie envie parce que c’était dans sa nature. Et Yazoo ne l’en empêcherait pas, évidemment, parce que ce n’était dans la sienne d’agir ainsi.
Il ne réalisa qu’il était agité par des sanglots que lorsque Loz se retourna pour refermer ses mains puissantes sur ses épaules et l’attirer à lui.
Il pressa le dos de Yazoo contre sa poitrine.
“Ne pleure pas …” murmura-t-il, à peine éveillé, en emboîtant leurs deux corps comme deux cuillers. “Ne pleure pas.”
La tension de Yazoo s’estompa et il se laissa aller dans l’étreinte de son frère, le sommeil le gagnant à nouveau.
Avec Loz pressé contre son dos il se sentait en sécurité. Avec Loz derrière lui, il pourrait dévorer le monde !
Il souleva la grande main de son frère pour embrasser la large paume et sentit Loz refermer ses doigts comme pour saisir le baiser et l’empêcher de s’envoler.
“A moi…” sentit-il plus qu’il n’entendit la voix rêveuse dans son oreille. “Mon Yazoo à moi.”
Et enfin, il put se rendormir.
FIN
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