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Et le SOLDAT ? T’y as pensé ?

Ah ! Bah ouais ! Ils ont pas apprécié, les tutus, qu’une pointure du SOLDAT comme Angeal se paye leur tête dans leur journal interne…

Alors du coup, paf ! Retour de bâton.

Ah, ça va faire très très mal, si, si…

Pardon aux fans, amis, famille, tout ça… (j’aime beaucoup Sylvestre et la “World Company”, oui…)

Article paru dans le blog officiel des turks

*

TU VEUX PROUVER QUE T’ES UN HOMME, UN VRAI ?

ET LE SOLDAT, T’Y AS PENSÉ ?

Par Reno

(la réponse du berger à la bergère)

Le costume haute couture fait pas assez rebelle ? La cravate noire fait pas assez racaille ? Tu veux te frotter au gratin, à ceux qui mangent deux dragons coupées en rondelles au petit déj’ avant d’aller zigouiller leurs trois douzaines de monstres quotidiens ? Des noms comme Sephiroth ou Angeal te font fantasmer ? Toi aussi, tu rêves du grand frisson ?

O.K., tonton Reno va te guider dans les ruelles sordides de Testostérone-city.

Prépare ton déo stick large senteur marine, une maxi-dose de gel coiffant et bienvenu dans le monde merveilleux du SOLDAT !

Certains trous du cul de la baston sont orientés « lame de moissonneuse-batteuse », d’autres sont plutôt « pan-pan-j’t'ai-eu ». Mais le point commun entre eux est cet amour sans limite pour le SOLDAT. Et c’est vrai, le SOLDAT est une institution attachante. Un peu comme on s’attache à un enfant autiste ou à une voiture qui ne veut plus avancer…

Nous allons faire de toi un vrai postulant SOLDAT, un de ceux qui se la pètent dans les salles de muscu entre une gorgée de boisson vitaminée et une giclée de gel capillaire extra-fort.

LE SOLDAT, C’EST PAS UNE ARMEE DE PEDALES !

Ouais, je sais, je sais, tu confonds encore ta gauche et ta droite mais ce n’est pas grave : le SOLDAT est un vivier de guerriers d’élite, ça veut pas dire que c’est un endroit pour gens sérieux. S’il y a bien une question à ne pas se poser avant de flinguer cinq ans de ta vie pour faire tes classes au SOLDAT c’est : “Pourquoi ?”.

Et il existe une méthode infaillible pour vouloir faire ta ch’tite croix au bas de la feuille d’engagement. Lis le message suivant 500 fois et, tu verras, tu seras convaincu par ces arguments percutants, mais subtils, que tout ce qui n’est pas SOLDAT, c’est de la caille :

« Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! »

Si jamais, au cours de ce qui précède, tu as le moindre doute sur la supériorité du SOLDAT, demande un shoot de mako et reviens lire deux ou trois cent fois ce message. Cela devrait t’aider à te faire une opinion stable.

Maintenant que je t’ai expliqué toute la supériorité du SOLDAT grâce à cet argumentaire objectif et consistant, je te propose de télécharger et d’imprimer, via le super-site-Internet-maxi-testosténonné du SOLDAT, les 100 pages du manuel gratuit d’entraînement du SOLDAT en PDF à lire obligatoirement avant de postuler.

Et devine quoi ? C’est du bilingue, eh ouais ! Moitié langue courante, moitié langue de pute ! Des articles écrits par des vrais hommes pour de vrais hommes !

MAIS OU EST LA SUITE DE LA PAGE 2 ?

Ah ! Le fabuleux moment de la lecture du manuel d’entraînement ! Il reste gravé à tout jamais dans la mémoire de chaque postulant.

Comme ça vient du SOLDAT, c’est de la balle ! On sent que c’est vraiment du bon boulot.

1/ C’est du noir et blanc mais tu t’en fous, t’es un homme, un vrai. L’important, c’est le contenu !

3/ Les pages sont mal calibrées, ça donne un aspect bourru et tordu. C’est normal ! C’est pour faire plus viril.

3/ Les textes sont entrecoupés d’offres de vente de matériel et d’équipement militaire et il faut lire les « articles » comme un jeu de l’oie. C’est normal ! C’est bilingue mais aussi bicéphale : ça fait manuel d’infanterie et catalogue publicitaire de la SHINRA en même temps.

Au bout de 48 heures de reconstitution et des doigts de coron parce que l’encre n’a pas eu le temps se sécher, tu pourras enfin découvrir ce pour quoi tu viens de péter une cartouche d’encre et 2 jours de ta jeunesse…

Wahouuuu !! 4 lignes de texte incompréhensible plein de mots scientifiques pour 38 lignes de pub. Le top moumoute ! Un vrai manuel de pro rien que pour toi.

Encore une fois, faisons appel à la méthode préférée des SOLDATS pour se convaincre de quelque chose :

« Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! »

Bien. Tu es sur le bon chemin.

BIENVENU PARMI LES TIENS !

Maintenant que tu as lu le manuel de l’apprenti SOLDAT, tu es un vrai guerrier, c’est clair ! Un dur de dur. Une racaille de la baston, un warrior qui laissera son nom dans l’Histoire avec un grand « i », tu fais peur à tous les mercenaires professionnels et la Shinra veut t’embaucher pour réorganiser toute la sécurité interne parce que ces pédales de turks ont salopé le boulot.

Il va désormais falloir, au quotidien, te comporter comme un guerrier, un vrai, c’est à dire avec un esprit de guerrier dans un corps de guerrier et avec un langage de guerrier.

Une fois que tes amis, tes confrères et ta famille auront bien vu que tu as changé, que tu n’es plus le même homme, il va falloir répandre aussi la nouvelle sur la planète et te faire de nouveaux amis qui seront, comme toi, des guerriers. Tu devras aller dans les bas-fonds des salles de fitness branchées, dans les profondeurs des salons de coiffure à la mode, dans les fosses des bars à 300 gils la boisson vitaminée, là où se planquent les pros de la lame, les Super-Guerriers, là où seuls les vrais cogneurs réussissent à se faire une place dans cet univers de violence.

MAIS NE PERDS JAMAIS DE VUE TES OBJECTIFS !

Car, au SOLDAT, le combat n’est jamais fini.

Garde les pieds sur terre et n’oublie jamais l’essentiel : tu es un postulant SOLDAT, donc tu es là avant tout pour te la péter comme un Dieu !

Fais bien attention à tout faire dans l’ombre, n’avoue jamais que tu dézingues n’importe qui pour le simple plaisir de te sentir enfin quelqu’un de puissant, que tu utilises deux bouteilles d’après-shampoing et une demi-livre de crème hydratante à chaque douche ou que tu as choisi l’épée la plus longue pour compenser ce qui te manque. Toi, tu es un trou du cul de guerrier du SOLDAT, tu es au-dessus de tout ça et ton seul objectif est la sécurité de la planète ! Jamais tu n’oserais abuser de ton pouvoir ! Tu es là pour protéger l’innocence et la justice, ouaiiiiiis ! ! !

Wahouuuu… Y’a pas à dire, depuis que tu es devenu pré-postulant SOLDAT, je te regarde d’un autre oeil. Maintenant, j’ai l’impression que tu n’as plus mauvaise haleine et je te trouve même un certain charme ténébreux. Pour un peu… j’en oublierais presque que tu es une tanche !

Reno


Alors ? On a bien rigolé ? Tant mieux. Je me suis inspirée d’un vieux truc sur les “lamers” pour ce chapitre.

Je peux faire un peu de pub pour moi ?

Hein ? Si, j’ai le droit !

Ah ! c’est ça ou je vous parle des fesses de Loz ! Choisissez !

Ca y est ? Vous avez choisi ? Bien !

Alors :

Pour ceux qui veulent la pub :

Nan, je voulais juste vous dire qu’il ne reste plus que 20 exemplaires du fascicule “FF7 FANFICTIONS tome 1“, alors, si vous ne l’avez pas encore acheté, rendez-vous à la boutique parce que, comme les derniers seront liquidés à Japan Expo, les retardataires vont se retrouver le bec dans l’eau, comme on dit.

Et pour ceux qui préfèrent les fesses de Loz :

C’est là que ça se passe –» ( ).( )

LXXIII - La vraie douleur est muette

Il n’y a de sacrifices valables

que ceux sur lesquels on se tait”

H. de Montherlant

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Shalua, dont la langue suivait la tendre courbure du puissant muscle pectoral, poussa un petit soupir et releva la tête avec un sourire malicieux.

- Cid ? demanda-t-elle au pilote, sur lequel elle était allongée, entièrement nue. Où es-tu ?

Celui-ci sursauta et baissa son incroyable regard bleu ciel vers elle.

- Hein ? Tu disais ?

La jeune femme pouffa.

- Je ne sais pas où tu es, depuis un petit moment, mais sûrement pas avec moi, le taquina-t-elle.

Cid se couvrit le visage de la main avec un grognement gêné et la regarda entre ses doigts.

- Désolé… fit-il, penaud.

Shalua s’assit sur le bord du lit et lui caressa les cheveux.

- Quelque chose ne va pas ?

Il grimaça et posa la main sur sa poitrine, comme s’il se sentait oppressé.

- Il se passe quelque chose. Oh, rien de grave ! ajouta-t-il précipitamment en la voyant se raidir. J’ai l’impression qu’il… Comment dire ? Je l’ai senti bizarre, tout d’un coup. Non, choqué, plutôt.

La jeune femme écarquilla les yeux.

- Il ? Tu veux dire Loz ?

Le pilote acquiesça.

- Oui. Ca n’a duré qu’une fraction de seconde mais j’ai senti comme une pointe de profonde tristesse et de colère me pincer la poitrine.

Shalua n’en revenait pas.

Les liens que partageait désormais le pilote avec les argentés n’en finissaient pas de la surprendre. Elle aurait même juré avoir vu à plusieurs reprises Sephiroth et Cid se répondre d’un sourire ou d’un clin d’œil entendu alors qu’ils n’avaient pas échangé un seul mot, uniquement des regards !

Mais le lien qui paraissait à ses yeux le plus extraordinaire, c’était celui qui unissait Cid à son ” frère de sang “, puisque c’est réellement ce que Loz était devenu .

- Tu veux aller voir ? demanda-t-elle. Après le déjeuner, Loz a dit vouloir faire une sieste avec le bébé.

Cid lui caressa la joue avec un sourire dépité.

Il y a encore quelques jours, s’il avait eu une femme superbe entièrement nue allongée sur lui, même la menace d’un bahamut posé sur le toit ne l’aurait pas détourné du seul objectif vraiment important : lui faire l’amour !

Et voilà qu’un simple pincement au cœur me faire débander… “ pensa-t-il avec humour.

Qu’à cela ne tienne, son frère était plus important qu’une partie de jambes en l’air, après tout. Mais bon, il ne fallait peut-être pas pousser non plus. Il ne l’avait pas senti en danger ni même inquiet, non. Juste une impression ténue, une bouffée de tristesse révoltée, comme lorsque des souvenirs particulièrement douloureux refont surface pour une raison ou une autre. Habituellement, Cid ne s’en serait même pas aperçu.

Mais quand même… Pour qu’il ait eu un écho du choc ressenti par Loz, c’est que celui-ci avait dû être particulièrement douloureux.

- Cid ?

Le pilote dévisagea Shalua, indécis, et haussa les épaules, ne sachant absolument pas quoi faire.

*

- Eh ? Déjà réveillé ?

Yazoo, qui était revenu dans la chambre sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller Reno, grimaça.

- Désolé, j’ai pourtant essayé de ne pas faire de bruit.

Le turk lui adressa un sourire ensommeillé et lissa ses cheveux roux ébouriffés - enfin, plus ébouriffés que d’habitude.

- Viens là, mon, ange.

Il agita la main en signe d’invite et l’argenté ne se le fit pas dire deux fois.

Il se débarrassa rapidement de son long manteau de cuir, de ses bottes et de ses vêtements et alla se blottir contre Reno, sous les draps.

- Tu trembles, Yazoo baby, remarqua ce dernier, un peu inquiet. Qu’est-ce que tu as ?

Le corps de l’incarné fut agité d’un long frisson, ce qui ne rassura pas du tout le turk.

- Rien, je suis juste très fatigué.

Même sa voix avait une intonation inhabituelle. Personne ne l’aurait sans doute remarqué mais Reno, si.

Il s’était passé quelque chose…

Il le savait.

Il le sentait !

Il lui leva le menton et plongea ses yeux aigue marine dans les prunelles mako.

- Yazoo… Qu’est-ce que tu essayes de me cacher ?

L’argenté secoua la tête avec une expression qu’il espérait innocente.

- Rien du tout, pourquoi ?

Reno le considérait avec inquiétude mêlée d’étonnement et, en voyant les grands yeux clairs et les lèvres si douces, qui avaient tant de fois couru sur sa peau, il se sentit soudain… sale.

Comme si le contact de Genesis avait laissé des traces obscènes sur sa peau et sa bouche. Des souillures que Reno pouvait voir ou, pire, qu’il pouvait lui transmettre.

Il s’écarta soudain et sortit du lit.

- Je dois prendre une douche.

Ces simples mots finirent d’inquiéter le turk, qui bondit sur son amant au moment où celui-ci allait entrer dans la salle de bains.

- Yazoo baby, ça suffit, les cachoteries ! fit-il en le saisissant par les épaules pour l’obliger à lui faire face. Je veux savoir ce qui t’arrive…

*

Weiss, après avoir écouté Loz lui décrire une partie de sa vie avec ses frères dans les laboratoires du cratère nord, ne savait pas s’il devait le plaindre ou l’envier.

Les expériences et entraînements subis étaient tout aussi insoutenables que ceux que lui-même et son frère avaient expérimentés mais, contrairement à l’argenté, aucune scientifique en mal d’amour n’était jamais venue lui baisser le pantalon… Hélas !

- J’avoue que, sur ce point, je serais presque un peu jaloux, finit-il par avouer avec un sourire timide. J’invite volontiers toutes les jolies chercheuses du WRO à me sauter dessus dès demain si elles le désirent ! Et c’est de ça, que tu n’as jamais voulu parler à tes frères ? s’étonna-t-il.

Au contraire, lui s’était toujours vanté de ses ” conquêtes ” auprès de son cadet et de ses amis. C’était normal, entre garçons !

- Pardon si je te semble trivial, reprit-il, mais moi, j’aurais plutôt fait le décompte des points tous les soirs.

Loz secoua tristement la tête.

- Mes frères savent très bien ce que ces femmes me volaient, Weiss. Et ce qui se passait lorsqu’elles s’isolaient avec moi.

- Alors que voulais-tu dire par “leur cacher certaines ” choses ” pas très reluisantes pour ne pas les culpabiliser ” ?

- Il n’y a pas eu que des femmes… finit par avouer l’argenté, la gorge serrée par le dégoût.

Le chef des tsviets blêmit.

- Quoi ?

Loz prit une profonde inspiration et ferma les yeux, cherchant au plus profond de lui la force de poursuivre.

- C’était un assistant d’Hojo. Un vieux pervers qui devait bien avoir quatre fois mon âge.

- Quel âge avais-tu ? demanda Weiss d’une voix ténue, craignant d’entendre la réponse.

- Douze ans. Il venait me chercher chaque jour et cela a duré presque un an.

Le tsviet jura et serra les poings, révolté.

- Pourquoi n’as-tu rien dit ? Hojo, passe, c’était le roi des salopards, mais les pontes de la Shinra n’auraient admis cela de la part d’un homme de son équipe.

- Je ne pouvais pas. En faisant ce qu’il voulait, j’épargnais à mes frères beaucoup de choses très dures. Kadaj n’était encore qu’un petit garçon, Weiss.

Ce dernier se prit la tête dans les mains.

Comment n’étaient-ils pas tous devenus fous ? Lui, Nero, les tsviets, Vincent Valentine, les argentés, Angeal, Genesis, tous ! Tous ceux qui étaient passés entre les mains d’Hojo et de ses sbires.

Avec ce qu’ils avaient tous subi, comment pouvaient-ils encore garder un semblant d’humanité ?

- Comment cela s’est-il arrêté ?

Loz haussa les épaules.

- Un jour, il a été soudain remplacé et je ne l’ai plus revu. A l’époque, j’ignorais que tout ce qui se passait au cratère nord était filmé. Je ne l’ai su qu’en voyant certaines vidéos de surveillance, ici, au manoir. Quelqu’un, au siège de la Shinra, avait dû voir les enregistrements de moi et de cet homme. Ils sont plutôt… explicites, précisa-t-il en rougissant.

Weiss se pétrifia.

- Il existe des vidéos de… de ça ?

- Plus maintenant. Reeve Tuesti a accepté de détruire ces extraits afin que plus personne, et surtout pas mes frères, ne risquent de tomber dessus.

Le tsviet n’osait imaginer ce qu’on devait ressentir avec de tels documents sur soi en circulation.

- Qui d’autre les a vus ?

- Shalua, Vincent, Shelke et… mon père, avoua l’argenté dans un souffle.

Weiss ne put s’empêcher de pousser une exclamation indignée.

- Sephiroth ? Sephiroth a vu ces horreurs ? Il a vu son fils de douze ans être abusé par un… Oh, Désse !

Loz eut un sourire triste.

- Il a demandé à voir les vidéos de surveillance mais elles sont si nombreuses que Merill lui a donné quelques fichiers au hasard, sans savoir ce qu’ils contenaient. Vincent m’a dit qu’il était devenu presque fou, en les voyant, et qu’il aurait réduit le bureau de Shalua en confettis, si Cait n’était pas venu le chercher pour l’arrêter. Enfin bref, tout ça pour te dire que nous avons tous des secrets, Weiss, et qu’il vaut mieux les garder enterrés au fond de soi pour ne faire souffrir personne.

Le tsviet soupira.

- Peut-être.

- Parler à Nero de ce qui a pu se passer alors qu’Hojo avait pris possession de ton corps ne l’aidera pas, bien au contraire. Il a besoin de son grand frère près de lui comme tu l’étais avant ce cauchemar. Comme si rien ne s’était passé.

Weiss le considéra avec tristesse mais acquiesça et se leva péniblement.

- Tu as sans doute raison. (Il lui tendit la main pour l’aider à se lever à son tour et lui pressa amicalement l’épaule) Merci, Loz. J’ai de la chance d’avoir fait ta connaissance.

L’argenté s’empourpra, surpris par le compliment.

- Oh, je… C’est rien. Moi aussi, je suis content. Tu… Je t’aime bien, avoua-t-il avec maladresse, faisant sourire le tsviet.

- Je retourne avec Nero. Je ne voudrais pas qu’il se réveille seul dans la chambre.

- Ouais. Il ne vaut mieux pas, après tout ce qui s’est passé.

Ils se serrent chaleureusement l’avant-bas, à la façon de deux frères d’armes, et Weiss pivota pour quitter la salle de bains mais marqua une pause sur le seuil.

- Loz ? demanda-t-il d’une voix à peine audible sans oser tout de suite se retourner pour le regarder en face.

- Oui ?

- Tu as dit que tu avais laissé cet homme abuser de toi pour protéger tes frères et ne pas les faire culpabiliser .

- C’est vrai.

Le tsviet se tourna et plongea son étrange regard bleu et or droit dans le sien.

- Pourquoi auraient-ils dû se sentir coupables, Loz ?

Celui-ci sentit une chape de plomb lui tomber sur les épaules et sa gorge se serra.

- C’est Yazoo, qu’il convoitait, n’est-ce pas ? poursuivit Weiss, le cœur serré. Tu t’es donné à sa place en promettant de ne rien dire et faire absolument tout ce que cette ordure voulait. Pour le protéger. C’est ça, qu’il s’est passé, pas vrai ?

Loz sentit les larmes lui monter aux yeux et rouler sur ses joues.

- Non, Weiss.

Celui-ci pâlit, embarrassé.

- Oh… Pardon. J’ai cru que tu…

- Ne n’était pas Yazoo, Weiss, le coupa l’argenté d’une voix étranglée. C’était Kadaj. C’est Kadaj, qu’il voulait. Et il n’avait que huit ans…

Le tsviet agrippa le chambranle de la porte si fort que le bois craqua.

- Loz…

Il voulut faire un pas vers lui pour le serrer dans ses bras et l’apaiser un peu mais l’argenté leva la main en fournissant un énorme effort pour sourire entre ses larmes.

- Ne t’occupe pas de moi, Weiss. C’est du passé, tout ça. Va voir Nero. Va voir ton petit frère et protège-le autant que tu le pourras et quoi qu’il doive t’en coûter. On leur doit au moins ça pour toute l’affection et la confiance qu’ils nous témoignent.

Le tsviet acquiesça en silence, devant maintenant lutter lui aussi pour ne pas se laisser aller à pleurer et quitta précipitamment la chambre sans voir que, dans un coin de la pièce plongé dans l’obscurité, d’autres larmes coulaient : celles de Cid, qui avait finalement décidé de venir vérifier si tout allait bien.

Adossé au mur, dans l’ombre de la porte, il avait tout entendu…

…à suivre

Le tromblon libéré - Coup de gueule d’Angeal !

LE TROMBLON LIBERE (1)

Zeu fanzine officiel du SOLDAT

(Trimestriel à diffusion aléatoire)

(1) Pour ceux qui ne savent pas ce qu’est un tromblon :

a/ Au sens figuré : Un tromblon, c’est un thon. Autrement dit, on peut dire d’une fille très très très moche (comme moi) « Pouah ! T’as vu le tromblon ? »

b/ Au sens propre : le tromblon est l’ancêtre de notre fusil et c’est idéal pour tirer du gros sel sur les fesses des voleurs de pommes (à ce propos, si Loz lit ceci et qu’une envie de pommes lui tiraillait le bidon, mon verger, c’est le troisième à gauche après le figuier). Le canon ressemble à une trompette - autrement dit, le tir de précision n’est pas envisageable. Nan, nan ! Un tromblon, ça canarde large ! C’est un tir « grand angle » ! ^____^ Alors si vous envisagiez un travail de tromblonneur d’élite… Euh, oubliez tout de suite, ce métier n’a aucun avenir !

Après cet interlude culturel et cultivé ! (Dans tous les sens du terme puisqu’il était question de vergers et de pommes - suivez, prenez des notes, je ne vais pas répéter!)

PASSONS A L’ARTICLE D’ANGEAL TIRE DE LA UNE DU TROMBLON LIBERE

…la vengeance des turks sera sanglante !

MAIS QUE FONT LES TUTUS ?

le coup de gueule d’Angeal

Alerte, mes frères soldats ! Les neuneus vont débarquer ! Ca y est, les turks ont enfin lancé leur campagne annuelle de recrutement à travers les trois principaux continents et, comme chaque année, les tests d’aptitude physique auront lieu dans nos locaux !

Alors ? Ready pour voir les nouveautés prévues par nos bons gros bœufs de trous du cul de tutus ??

OUUUAAAAIIISSSS !!

Bon O.K., alors c’est par là, suivez-moua !

SCOOP : Les turks font de la promo on the weurd !

Tout le monde s’étonnait que les Tutus n’aient pas une tite’ brochure pour rameuter les foules déchaînées ; c’est fait depuis cette année ! Et ça vaut le coup d’œil, si, si…

Tout d’abord, sachez que les Tutus ont de trèèèès très beaux prospectus. C’est pas des fascicules bleu et du noir de lopette, comme nous, nan, nan. C’est tout rempli de pages en papier glacé et du bon gros vrai design avec tout plein de lignes qui se croisent et des machins qui se déplient dans tous les sens ou qui se découpent en suivant les pointillés. La classe !

Et puis ce qu’ils disent dedans, c’est vachement impressionnant.

Jeune étalon téméraire, tu veux aller de l’avant, pulvériser tes propres limites et écrire ton nom au fronton de l’histoire ? Alors, il va falloir quitter le SOLDAT et devenir Tutu. Là tu « cotoyeras » le gratin, de vrais hommes avec des couilles monstrueuses qui passent leur temps à décortiquer des messages secrets et à déjouer des complots. Et comme ça, après, quand on te verra arriver au réfectoire, on fera tous “Waaaaaaaaaahhhh t’as vu c’est le nouveau tutu ! Mon Dieu, qu’il est beau !”.

Ils ont même l’intégralité de leur organigramme sur un dépliant séparé ! Si !

Ah ! Cette organisation bien hiérarchisée, avec ceux qui donnent les ordres et ceux qui les exécutent…

Hhmmmm quel plaisir ça doit être de se faire insulter par un tutu de rang supérieur… Oh ! Oui, fouette-moi, vas-y, écrase-moi les testicules avec tes pieds…

VIE PRATIQUE : Devenir Tutu

Allez, assez ri, passons aux choses sérieuses.

Si vous voulez devenir Tutu, voici les conseils que je peux vous donner, après avoir décortiqué leur littérature « ultra design », pour mettre toutes les chances de votre côté.

Pour devenir Tutu, il faudra bien sûr faire l’acquisition de quelques ouvrages essentiels (en plus du dico sobre/pinté - pinté/sobre de 250 mots + son livret bonus “Le mot “Yo” sans effort”) :

- « La mort, ça peut tuer »

- « Oui-oui et les espions » (Éditions Shinra jeunesse)

- « Apprendre à vivre avec la trisomie 21 »

Voici aussi la liste du matériel nécessaire au Tutu débutant :

- Un crayon à papier HB avec une gomme au bout.

- Un grand cahier bleu (marge et grands carreaux) pour noter tes ordres de ton chef tutu.

- Un petit cahier rouge (marge et grands carreaux) pour noter les conseils de ton chef Tutu adoré.

- Des fiches bristol cartonnées pour noter des résumés de tes recherches pour les transmettre à ton supérieur Tutu.

Le tutu training camp

Un bon tutu, ça s’entretient.

Et pour ça, vous pourrez, une fois intronisés au club des joyeux tutus, vous rendre dans leur camp d’entraînement spécial. Mais attention, c’est dur ! (SIC !).

Ce petit test va vous permettre de savoir si vous pourrez résister à l’entraînement paramilitaire des tutus :

Tu es un tutu chargé de la sécurité du président de la Shinra, qui vas-tu soupçonner en premier de pouvoir attenter à la vie de ton boss adoré ?

1/ Le cuisinier avec le passe-partout dans le frigo

2/ La soubrette avec la brosse à dents dans la baignoire

3/ Le général ketchup avec la pince à escargots dans le placard

3/ Ton partenaire parkinsonien et sa manie de jouer nerveusement avec son 11-43 chargé quand il essaye de réfléchir

On te prévient qu’une « organisation militante écologiste s’apprête à plastiquer un labo de clonage de la Shinra ». Que fais-tu ?

1/ Tu trouves que c’est une bonne idée, mettre un truc sous cellophane, ça le conserve, c’est bien connu.

2/ Du plastique pour des écolos ? C’est forcément une blague, inutile de s’inquiéter.

3/ Je refile le bébé à ces cons du Soldat.

4/ « J’espère qu’ils ont des dents solides pour mastiquer un cabot ! »

6×3 ?

1/ Euh… 63 ?

2/ 18

3/ Le guépard

Pas très concluant, tout ça !

Et malheureusement pour nous, la cuvée des recrues de cette année semble très en dessous de celle des apprentis tutus de l’an dernier.

Je ne peux qu’encourager Grand Gourou Tseng à perfectionner encore la formation de ses petits gars pour devenir enfin la référence ultime des trous du cul de la Shinra.

Je sais qu’ils en sont capables…

Angeal


Cette adaptation trèèèèèèèèèèèèès libre et la précédente intervention d’Angeal sont un gros gros gros clin d’oeil à Ackboo et à tous ceux qui, depuis plus de 10 ans, réussissent à garder leur humour et leur sens de l’autodérision malgré ce qu’est devenu ce p… de milieu !

Les rapports tordus de Rudo…

Les rapports de Rude sont parfois… rudes (à encaisser, s’entend)

Mais bon… ce brave garçon n’est pas une flèche, tout le monde le sait, hein. (Hein ? Quoi ? Je vais me faire des ennemis ? Où ça ? Ah… Bonjour Monsieur.)

Je disais donc que les rapports de mission de notre Rude adoré ont ceci de particulier qu’ils sont toujours attendus avec une grande impatience par les archivistes et les supérieurs hiérarchiques, qui se les refilent en se gondolant comme d’autres des photos gag…

Pourquoi ?

Eh bien, lisez ces quelques extraits choisis, vous comprendrez…

***

Extraits du dossier 587RO-B58 des rapports des agents spéciaux “TURKS”

Agent 008 : MANFRED EVINRUDE (dit RUDE)

« Après avoir exploré le réacteur Zéro sous toutes les coutures, nous avons pu voir qu’il n’y avait plus rien à voir. »

« Suite à l’attaque subite de l’homme, Reno a dû se défendre avec le gunblade de ce dernier. Après le coup violent porté à la gorge, la tête ne lui tenait plus que par la peau du derrière. »

« Comme le Capitaine Rhapsodos nous semblait devoir être pris en charge au plus vite dans un asile psychiatrique , nous avons estimé urgent de l’appréhender pour le conduire au siège de la Shinra. »

« Des témoins nous ont assuré que le dit Cloud Strife était cloué sur son lit par deux coups d’épée au bras. »

« Mort sur le coup, l’homme avait déjà été victime d’un accident identique l’an dernier. »

« Je jure sur mon honneur que j’ai effectivement frappé le dit Cid Highwind à la tête avec le marteau mais en faisant bien attention à ne pas lui faire mal. »

« Les neufs coups d’épée sur le cou, le torse et le visage de Zack Fair, dont le corps a été retrouvé au nord du désert, laissent croire que la mort n’est pas naturelle. »

« Malgré toutes les menaces que vous avez brandies, je vous rappelle que mon partenaire n’a avoué qu’un petit vol de rien du tout ainsi que quelques autres meurtres. Je ne vois donc pas de raison de le suspendre plus longtemps. »

« Nous nous sommes bien rendus à la maison de la mère du nommé Genesis. Toutes les entrées de la femme étant verrouillées, nous avons jugé préférable de pénétrer par le devant. »

« Plus l’homme cherchait à nous donner des explications sur son geste, plus nous avons compris qu’il ne parlait pas la même langue que nous. »

« Le trou de balle était si gros que nous avons pu y mettre deux doigts. »

« Il est faux de dire que mon partenaire aurait froidement assassiné le suspect. Il n’a fait que se défendre face à un fou dangereux. J’ai pu constater par moi-même que le cadavre ne semblait pas en possession de toutes ses facultés. »

« D’après le rapport d’autopsie du professeur Hojo, il semble évident que le pendu soit mort noyé.”


Bon bah j’espère que ce p’tit délire inspiré de quelques perles (hélas bien réelles !) vous aura fait au moins sourire (Un peu d’humour dans ce monde pourri…)

Ah, oui, pour ceux qui ne le sauraient pas, Evinrude est une marque de moteurs de bateaux très connue (ils sont particulièrement bruyants puisque généralement gros et très puissants…). Je trouvais ça rigolo, ne me demandez pas pourquoi.

Je précise aussi que Rude ne s’appelle pas plus “Manfred” (j’ai adoré “Ice Age”, oui) que Reno ne s’appelle “Renato”, enfin, je ne pense pas… Je l’espère pour eux, en tous les cas ! :oD

LXXII - Bas les pattes !

Le coeur sur la main quand il le faut

et la main dans la gueule quand c’est nécessaire ! “

H. Jeanson

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Exceptionnel, n’est-ce pas ? demanda Genesis en refermant son livre après en avoir lu un long passage à Yazoo avec des trémolos dans la voix.

A grand peine, ce dernier retint un nouveau bâillement qu’il essaya de dissimuler derrière un petit éternuement.

- Pardon.

Le Banoran lui adressa un sourire charmeur.

- A tes amours !

- Oui… merci.

- Alors ? Qu’en penses-tu ?

L’argenté grimaça.

- Ce n’est pas… Enfin je ne trouve pas cela… Ma culture est trop médiocre pour apprécier ce genre de choses, je le crains, biaisa-t-il.

Genesis éclata de rire.

- Sornettes ! Nous parlons de sentiments, ici. Allez, dis-moi ce qui tu as ressenti en écoutant ce magnifique passage. Sois sincère.

Yazoo toussota, hésitant.

- Sincère, dites-vous…

- Eh bien vas-y, lance-toi. Une créature telle que toi est faite pour vibrer à ce genre de mots, je le sais.

Genesis approcha son visage à quelques centimètres du sien et l’argenté eut un mouvement de recul.

Ce type commençait très sérieusement à lui taper sur les nerfs, avec ses allusions à peines voilées et cette sale manie de saisir la moindre occasion pour lui faire du rentre-dedans.

Ami de Sephiroth ou non, Yazoo mourait d’envie de lui faire ravaler son assurance et son badinage éhonté. Non mais pour qui le prenait cet individu ? Pour une femme ?

- Ce que j’ai ressenti à la lecture de ce livre ? Comment dire… Disons que cela m’a rappelé un plat que j’ai mangé une fois, à Edge.

Genesis ouvrit des yeux grands comme des soucoupes.

- Un plat ?

- Oui, assura l’argenté avec un sourire vipérin. Lorsqu’on l’a posé sur la table, j’ai de prime abord pensé ” Tiens ! Ca ressemble à de la merde. “.

Le Banoran écarquilla les yeux.

- De la…

Yazoo acquiesça.

- Oui. De la merde. Et puis, finalement… Une fois que j’y ai goûté, tout ça… murmura-t-il, séducteur, en jouant avec le col du manteau de l’ex-soldat, qui sentit une vague de chaleur remonter le long de son estomac.

- Oui ?

Le sourire de Yazoo disparut aussi soudainement qu’il était apparu et il remonta brutalement la fermeture éclair du manteau de Genesis jusqu’à la glotte, le faisant hoqueter.

- J’ai regretté que cela n’en soit pas !

- Que t’ar…

- Non, plus un mot ! Je commence à en avoir plus qu’assez de votre cinéma ! Pour qui me prenez-vous ? Une poule que l’on essaye de séduire à un coin de comptoir avec des rimes laborieuses et des compliments pour adolescente en mal d’amour ? Je vous conseille de tempérer vos ardeurs romantiques aux plus vite, capitaine Rhapsodos, ou je me verrai contraint de vous prouver que j’en ai autant que vous, si c’est davantage, dans le pantalon.

Loin d’être impressionné par la diatribe assassine, le Banoran éclata de rire et rouvrit son manteau.

- Sais-tu que la colère te va à ravir ? Bon sang, ce que tu peux lui ressembler, quand tu fais cette tête !

Avant que Yazoo n’ait le temps de réagir, il le ceintura de ses bras et écrasa sa bouche sur la sienne.

***

Loz, blême comme un suaire après les explications de Weiss, se laissa tomber sur le sol de la salle de bains, à côté de lui.

- Je ne sais pas ce que je dois faire, Loz…

- Nero n’y a jamais fait allusion ?

Le Tsviet secoua la tête.

- Non, il n’a rien dit. Rien du tout. Pas même à mots couverts.

- Et toi ? Est-ce que tu… Tu te souviens de…. d’avoir fait ” ça ” ?

- Je ne me souviens déjà pas d’avoir essayé de le tuer… fit Weiss avec un humour aussi désespéré que grinçant.

L’argenté le sentait sur le point soit de fondre à nouveau en larmes soit de se mettre à tout casser.

Mais le tsviet opta finalement pour le désespoir et s’affala contre le mur comme une poupée de chiffon.

- C’est Hojo, le responsable, Weiss, essaya de rassurer Loz. Pas toi. Et ce n’est pas toi non plus qui…

- Lorsque je lui ai demandé, Vincent a dit qu’il m’avait vu enfoncer la main dans la poitrine de Nero d’un seul coup, le coupa le Tsviet d’une voix étranglée. Que j’ai… Que j’ai écrasé son coeur dans mon poing, comme ça, ajouta-t-il en mimant le geste.

- Weiss…

- Et puis, je l’ai jeté à travers la pièce comme un mannequin désarticulé bon pour la casse, poursuivit le Tsviet, dans un état second.

- Weiss, arrête. Reprends-toi.

- Vincent a dit que… Que le choc avait été si violent que… que plusieurs éléments de ses ailes de sont brisés comme du verre.

Loz pivota soudain pour le saisir par les épaules et le secouer.

- Ca suffit, Weiss ! Tu n’arriveras à rien comme ça !

- Je dois parler à Nero… Lui dire que je…

- Sûrement pas !

Le Tsviet se raidit.

- Comment veux-tu que je prenne de nouveau mon frère dans mes bras sans penser à ce que ce…

- Il le faudra bien, pourtant.

- A la simple pensée de ce que porc a fait à Nero, la bile me monte dans la gorge. je dois…

- Eh bien ravale-là ! Parler de ça à ton frère est la dernière chose à faire, Weiss. S’il n’y a pas fait allusion lui-même, ce n’est pas pour rien !

L’argenté le lâcha et secoua tristement la tête.

- Qu’est-ce que tu veux faire en abordant ce sujet avec lui, Weiss ? reprit-il. Ajouter le poids de la culpabilité à celui de la honte qu’il doit ressentir ?

- Comment ça, ” honte ” ? Mais de quoi ?

- De t’avoir pris pour un pervers, bien sûr ! D’avoir cru que c’était vraiment son grand frère, qui l’obligeait à faire quelque chose d’aussi abject !

Le Tsviet ferma les yeux, découragé.

- Je n’avais pas pensé à ça.

- Et s’il découvre que tu es au courant et que ça te fait souffrir, que ça te rend malade, il ne se le pardonnera jamais et n’osera même plus t’approcher.

- Oh, Grande Mère…

- C’est ton petit frère, Weiss. C’est ton rôle de lui épargner ça. De le protéger à n’importe quel prix. Et si tu dois pour cela t’étouffer avec ton propre dégoût de toi-même, tant pis. Je sais que ce n’est pas facile mais il le faut. Pour lui.

L’argenté avait murmuré les derniers mots avec une voix brisée laissant penser qu’il ne savait que trop de quoi il parlait.

Weiss ne s’y trompa pas.

- Loz ? Tu dis ça comme si…

Il laissa sa phrase en suspend et l’incarné hocha la tête en essayant de sourire.

- J’étais l’aîné. Comme toi. Je devais être solide. Je devais protéger mes petits frères, coûte que coûte. Parfois même à leur insu. C’était mon devoir. Et moi aussi, il m’est arrivé de leur cacher certaines ” choses ” pas très reluisantes…

***

Le genou de Yazoo failli le cueillir directement au foie mais Genesis fut assez rapide pour le lâcher et reculer au dernier moment pour l’éviter avec un petit clin d’œil malicieux.

- Décidément, tu lui ressembles plus encore que je ne le pens…

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase.

Si le coup de Yazoo n’avait fait que l’effleurer, l’uppercut de Sephiroth, qui était entré dans la serre juste à temps pour voir son ami embrasser son fils par surprise, le heurta de plein fouet, projetant sa tête en arrière et lui faisant perdre l’équilibre.

- Laisse-nous seuls, Yazoo, ordonna l’ex-cauchemar au jeune homme estomaqué.

Ce dernier comprit immédiatement en voyant l’étincelle meurtrière dans les yeux de Sephiroth qu’il était hors de question de protester et il quitta les lieux en crispant les mâchoires, honteux de s’être laissé ainsi surprendre en position de faiblesse.

Genesis se redressa en essuyant le sang qui coulait de sa bouche et soutint le regard agressif de l’ex-cauchemar.

- Perdrais-tu la tête, Seph ? Puis-je savoir ce qui t’a pris ? s’écria-t-il en lui montrant sa main maculée de sang.

Sephiroth le saisit par le col de son manteau.

- Ne t’approche plus jamais de mon fils, tu as compris ? cracha-t-il à quelques centimètres de son visage.

Le Banoran pouffa, éclaboussant son visage et cheveux platine de gouttelettes écarlates.

- Quoi ? railla-t-il.

- La prochaine fois, je ne me contenterai pas d’un coup de poing, prévint son ami, plus menaçant que jamais. Comment as-tu pu, Genesis ?

- Comment j’ai pu quoi ?

- Le propre fils de ton ancien compagnon d’armes ! Comme s’il n’y avait pas assez de proies à séduire sur cette planète ! Pourquoi ? Qu’est-ce qui t’a pris ? Pourquoi lui ?

Genesis se dégagea, le considéra un instant avec les yeux écarquillés et… éclata d’un rire hystérique.

- Toujours aussi aveugle, hein, Seph ?

- Réponds !

- Précisément parce que c’est ton fils !

Sephiroth se raidit.

- Que… Pourquoi ? Qu’est-ce que je t’ai fait qui mérite que tu t’en prennes à mon fils ?

- Qui te parle de vengeance ou de revanche ? Descend de ton piédestal de paternité frustrée, Seph ! Yazoo n’a plus rien d’un petit garçon et… et… Bon sang, Seph, mais regarde-le ! C’est ton portrait craché !

L’ex-cauchemar blêmit et recula d’un pas, profondément choqué.

Genesis, lui, conscient de s’être laissé emporter et d’en avoir trop dit, se laissa tomber sur l’une des chaises, la tête dans les mains.

- Et merde…

Il y eut un long moment de silence, durant lequel le Banoran regarda goutter son sang sur le sol.

Se fut Sephiroth qui le rompit.

- Alors c’était donc ça… La raison de toutes tes scènes idiotes et de tes crises de jalousie stupide durant toutes ces années ? Tu es pitoyable, Genesis.

Ce dernier le regarda entre ses doigts et ricana.

- Pitoyable ? Pourquoi ? Parce que, contrairement à Angeal, je ne t’ai pas plaqué simplement contre un mur pour t’en rouler une ? J’aurais dû, remarque, au lieu d’hésiter et de me ronger les sangs en me demandant par quel biais t’aborder. La preuve. Pour lui, ça a marché bien au-delà de ses espérances !

Il quitta la serre comme on s’enfuit, incapable de regarder Sephiroth en face après de tels aveux, et celui-ci secoua tristement la tête.

- N’as-tu pas compris que tu n’avais pas la moindre chance, Genesis ? Face à Angeal, tu n’as jamais eu la moindre chance…

…à suivre.

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F.A.C. DU POSTULANT TSVIET

F.A.C.*DU POSTULANT TSVIET

A l’attention des nuls et des non-entravants

*(Foire Aux C…)

On m’a dit que l’entraînement des Tsviets, c’est des super balèze et que, dès la première semaine, on apprenait à faire des invocations. C’est vrai ?

C’est vrai. Dès le lendemain de ton incorporation, on te remettra un petit livre avec des centaines de recettes pour faire ton propre bahamut en 20 minutes avec un tube de dentifrice, deux poils pubiens et un trombone.

Est-il vrai que Nero est condamné aux ténèbres parce qu’il est maudit ?

Bien sur !! Il te porte la poisse rien qu’en le regardant. Parfois, il suffit même que tu le frôles du doigt et pouf ! Ton bras se paralyse, ta maison brûle et tu attrapes la chtouille grimpante. N’oublie surtout pas de prévenir les médias et n’hésite pas à demander des précisions à nos services de renseignement, histoire bien continuer à saturer nos lignes avec d’autres questions débiles…

Il parait que tous les courriers et coups de fil des Tsviets sont espionnés, c’est vrai ?

Évidemment ! L’empereur Immaculé a personnellement embauché 30.000 turks spécialisés pour surveiller tous les Tsviets et noter sur un petit cahier rouge les noms et les adresses de tous ceux qui font un pet de travers. Ensuite, ils lui donnent tout ça et si jamais Weiss estime que tu as dit « le » mot de trop, tu es abattu sans sommation. Y’a des gilets pare-balles à moins de 1500 gils, mais Weiss vise toujours les yeux, donc pas la peine de t’en acheter un, t’es déjà mort.

Un jour, j’ai envoyé une photo de fille nue via mon mobile à un ami du DEEP GROUND. Je risque des ennuis ?

Aïe aïe aïe…

Je pense que t’es bon pour faire un testament car l’Empereur Immaculé a aussi engagé des brigades anti-porno. Si jamais ils voient qu’un civil a posté une photo osée via son téléphone mobile à un Tsviet, ils envoient une décharge électrique par ondes qui arrive dans son oreillette et qui l’électrocute. Ensuite, pendant que tu es dans le coma, ils viennent te chercher pour te transférer au centre de torture du DEEP GROUND. Là, on t’interroge dans un cachot avec des rats partout et tu te fais arracher les bijoux de famille avec une pince à escargot.

T’as d’autres questions connes du même genre ou on s’arrête là ?

J’ai critiqué le DEEP GROUND un soir que j’étais bourré dans un bar. Qu’est ce que je risque ?

La pendaison.

Ensuite, on laissera pourrir ton cadavre sur la Grand Place, des corbeaux viendront te manger les yeux, tes amis cracheront sur ta dépouille et on te retiendra une demi-journée de paye.

C’est difficile, le concours d’admission chez les TSVIETS ?

Trop balaise ! Déjà, le manuel d’infanterie n’existe qu’en version alphabet cetra, donc, il faudra prendre des cours intensif de langue primitive pour comprendre le moindre mot. Ensuite tu passeras pour un con si tu ne sais pas répondre à des trucs de folie genre « quelle est la couleur des cheveux blancs de Weiss » ou « les racines carrées sont-elles vraiment carrées ? ».

Non, t’es pas convaincu ?

Franchement, d’où t’a vu qu’on recrutait sur concours, abruti ?

J’ai voulu m’inscrire l’été dernier à un stage de survie gratuit organisé par le DEEP GROUND mais un pote m’a dit que c’était super risqué de leur donner des renseignements personnels.

Je pense que ton pote a dû subir une inspection du GISTAC, le Groupe d’Intervention Spéciale des Tsviets Anti-Crétins. Un jour, à 3 ou 4 heures du matin, tu entendras des bruits sourds venant de dehors, puis des coups violents sur ta porte. Une armée de Tsviets la défoncera avec un bélier puis ils entreront, balanceront du gaz lacrymogène et des grenades flash partout. Une fois toi et ta famille maîtrisés, ils iront ausculter le contenu de ton ordinateur, de ton mobile et de ton agenda électronique. Et, pour chaque allusion peu flatteuse de près ou de loin au DEEP GROUND, ils casseront une à une les pattes de ton hamster.

Le coup de l’entraînement à balles réelles au DEEP GROUND et des mecs qui crèvent tout les jours, c’est que du flan, ça se peut pas ! C’est juste pour impressionner. En fait, il paraît que c’est comme au SOLDAT, avec une salle d’entraînement virtuelle et un programme holographique super réaliste, c’est tout !

Comment t’as deviné ? T’es trop balèze, toi !

Tu sais quoi ? Pour te récompenser d’être aussi malin, je t’invite à venir essayer notre super “salle d’entraînement virtuel”. Avec tes p’tits bras pleins de muscles et de doigts, tu te pointes en face de Weiss et zoupla ! Tu lui agites un gros flingue virtuel sous le nez en lui balançant des insultes virtuelles pour provoquer une bonne colère bien virtuelle. Et là, tu pourras entamer un combat virtuel plein de feintes et de coups virtuels.

Si tu te sens un peu vidé et que ça pue le brûlé, ne t’inquiète pas, c’est juste que t’as les tripes à terre et la cervelle flambée…

D’autres questions navrantes ?

Remplissez le formulaire ci-dessous et on vous répondra dans les plus brefs délais

Les malheurs de Cid

Bon allez, puisque je suis dans les poèmes (Genesis m’aurait-il contaminée à ce point ?), un petit clin d’oeil à notre Cid adoré inspiré d’un très vieux texte écrit vers 1920 et trèèèèèèèèèèès ouvertement adapté.

***
Texte : Shiva Rajah
Illustration : Studio Gothika
***

Quand je traîne comme un crétin

Jusqu’à trois heures du matin,

Pour ma Shera très coléreuse,

Je dois trouver l’excuse heureuse.

Je vais chercher des trucs inouïs :

« Tu sais, Cloud Strife est mort cette nuit.

Je l’ai veillé, ce pauvre copain. »

Quitte à ce que le lendemain

Shera tombe sur Cloud en ballade.

Tu parles alors d’une engueulade !

*

Quatre heures du matin, crénon !

Je lève les yeux vers le balcon

Si la fenêtre est sans lumière,

Shera dort et c’est une affaire.

Je rentre alors allègrement,

Je grimpe l’escalier tout doucement,

Prêt à marcher sans faire de bruit

M’déshabiller, m’couler dans l’lit,

Mais devant la porte : Ah ! Merveille !

J’ai pas mes clés, faut qu’j'la réveille…

*

Si j’ai mes clés - quelle chance pour moi -

La porte grince de surcroît !

Si Dieu veut que la porte se taise

Dans le noir je m’fous sur une chaise.

J’écoute… « Chouette ! Rien n’a bougé ! »

Elle a le sommeil si léger !

C’est alors que, tout près du lit,

Mon pied se prend dans le tapis.

Je tombe en avant sans mesure

Et mets ma main sur sa figure !

*

Cette fois-ci - me croirez-vous ? -

Shera est réveillée du coup.

« Quelle heure est-il ? » qu’elle demande

D’une voix qui sent la réprimande.

J’réponds d’un air pas très gaillard :

« Il est une heure, une heure un quart. »

Mais comme pour me pourrir la vie

- Je suis maudit, j’vous l’avais dit -

C’est réglé d’façon supérieure,

La vache de pendule sonne cinq heures !

*

« Cinq heures ! » crie Shera sursautant

« Tu m’as dit une heure à l’instant ! »

J’tente d’expliquer « Chérie, ça te semble.

L’temps passe vite dès qu’on est ensemble ! »

« D’où viens-tu ? » « Bah… c’est le père Grimoire

Qui m’a retenu, il est bavard ! »

« Ah oui, vraiment ? T’es nécromant !

Grimoire est mort il y a trente ans ! »

« Ah ? » que j’fais en pleine marmelade.

« Ce soir il était pas malade… »

*

Et je n’ajoute rien du tout.

C’est que je me sens un peu soul.

Evitons la phrase filandreuse

Qui trahirait ma langue pâteuse.

Mais, retirant mon pantalon,

Comme j’oscille et suis très long,

Shera qui de l’oeil me quitte plus

Me dit « R’garde moi, toi… Tu as bu ! »

Faut alors voir les yeux qu’j'lui roule

« Kestudis là, toi !? Tu es soule ? »

*

Enfin je me couche et j’éteins.

Dans le noir je pense au destin.

Je n’l'aurais jamais embauchée

Si un jour je n’l'avais croisée.

Qu’est-ce que j’foutais sur son trottoir ?

Sur l’autre je passais sans la voir !

Et elle, sans inimitié,

Qu’est-ce qu’elle fichait dans mes quartiers !

La veille j’aurais du m’briser l’aile !

C’est à dire moi… Ou plutôt elle !!

.

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LXXI - Certaines vérités flattent… D’autres tuent

Il n’était pas menteur…

Il avouait la vérité et disait qu’il était cruel ! “

Lautréamont

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Tu me ressembles bien plus que tu ne le penses, Loz, murmura Sephiroth, le nez dans les cours cheveux argentés, dont il respirait le parfum sucré si apaisant. Mais, à la différence de moi, tu as le courage de tes émotions, ce qui n’a jamais été mon cas.

Il sourit et pétrit les larges épaules avec affection. Nom d’une materia ! S’il n’avait pas peur du ridicule, il étoufferait littéralement ses trois garçons dans ses bras. Non sans humour, il se souvint du nombre de fois où il s’était moqué d’Angeal lorsque son ami fondait sur le petit Nero avec un “Je vais te manger tout cru !” tonitruant qui faisait hurler de rire le garçonnet. Sephiroth n’avait jamais éprouvé ce genre d’élan incontrôlable qui poussait son compagnon à attraper le petit frère de Weiss pour couvrir sa bouille de chibi de baisers bruyants. Enfin… Jamais jusqu’à maintenant.

-C’est à croire que vous avez chacun hérité d’une part de ma personnalité et je dois reconnaître que c’est assez troublant, reprit-il néanmoins en contrôlant ses pulsions paternelles refoulées.

Loz leva un peu la tête, intrigué, et l’ex-cauchemar ne put s’empêcher d’effleurer le front haut de ses lèvres.

- Yazoo te ressemble bien plus, père, affirma-t-il. Il est intelligent, beau et d’une agilité peu commune.

Sephiroth hocha la tête, plus flatté qu’il ne voulait le laisser paraître.

C’était pourtant là des compliments qui lui avaient été servis à de multiples reprises et qui avaient toujours glissé sur lui comme sur du papier huilé. Mais là… Là, c’était différent.

Ce n’était pas n’importe quel admirateur, journaliste ou supérieur hiérarchique qui les lui adressait mais son fils aîné et ça… Ca c’était quelque chose de spécial, pour un homme.

Oui, de très spécial.

- Tu peux être fier de lui, père, ajouta le jeune homme. Vraiment fier.

- ” Un homme digne de ce nom à qui on peut faire confiance les yeux fermés. Généreux, courageux, franc du collier et droit dans ses bottes “, murmura le Soldat.

- Oui, confirma Loz, fier des qualités de son jumeau. Oui, c’est vrai, Yazoo est tout cela.

Sephiroth laissa échapper un petit rire et resserra encore son étreinte.

- Non, mon fils. Ca, c’est ce que les hôtes de ce manoir disent en parlant de toi…

Le jeune homme se raidit dans ses bras et laissa échapper un hoquet surpris.

- On dirait que ça te surprend, le taquina l’ex-cauchemar.

Loz redressa un peu la tête, laissant voir ses joues enflammées.

- Je… Je ne sais pas qui a pu te dire ça, je…

- Loz… soupira Sephiroth en vissant son regard mako au sien. Réalises-tu que, sous ce toit, se trouvent les hommes les plus influents de cette planète ? Dans ces quelques pièces sont réunis des gens qui ont entre leurs mains l’existence de centaines de milliers d’hommes et de femmes. Des hommes qui, d’un ordre, peuvent réunir des armées ou des forces capables de détruire ce monde en moins de temps qu’il n’en faut pour dire. Rufus Shinra… Reeve Tuesti… Cid Highwind… Barett Wallace… Vincent Valentine… Ils tiennent le monde dans leur poing et, pourtant, pas un seul d’entre eux - pas un, Loz, tu m’entends bien ? - n’hésiterait une seule seconde à te confier sa propre vie et celle de ses hommes si besoin était. Combien de pères sur cette planète peuvent-ils dire cela de leur fils aîné, Loz ? Combien, d’après toi, peuvent se vanter de cela ? Réalises-tu que tu bénéficies d’un capital de confiance que même moi, aux plus belles heures de ma gloire, alors que j’étais un héros de la guerre de Wutaï, je n’ai jamais eu ?

- Je… Je n’ai jamais envisagé les choses sous cet angle, père, murmura le jeune homme, un peu gêné. Pour moi, ce sont des amis, pas des… “hommes influents “. Et Cid est mon frère, à présent.

Sephiroth sourit.

- C’est vrai. Ce sont tes frère et amis. Mais réalises-tu qu’il y a encore quelques jours, ces hommes, qui aujourd’hui seraient prêts à te confier leur vie, étaient tes pires ennemis ?

- Je ne vois pas… ce que tu essayes de me dire, père.

- Quelques jours, Loz… Tu as su te gagner l’affection et la confiance de chaque habitant de ce manoir en seulement quelques jours. C’est… (Il secoua la tête, à la fois orgueilleux et stupéfait) Pas étonnant que toi et Weiss ayez l’air de vous entendre si bien…

- Que veux-tu dire par là ?

- Il y a trois sortes de chefs, dans une armée, Loz. Ceux qui inspirent la crainte et le respect de par leurs actes de bravoure et leur expérience - et je crois que c’était mon cas. Ceux qui utilisent la peur pour se faire obéir car ils n’ont rien pour forcer le respect. Et, enfin, bien plus rares, ceux qui inspirent naturellement à leurs hommes un attachement si profond et une telle confiance qu’ils pourraient se jeter dans le feu pour eux. Je pense que toi - comme Weiss - tu fais partie de ces derniers.

Loz rougit violemment, surpris d’entendre un tel compliment sortir de la bouche de Sephiroth, et toussota, horriblement mal à l’aise.

- Je… Je ne suis pas un soldat, père. Encore moins un ” chef “.

- Ce n’est pas ce que dit ton dossier militaire. ” Soldat 1ère Classe Loz Hojo “, récita l’ex-cauchemar. ” Officier de l’armée de terre du département du… “

- C’est Rufus, qui a fait ça, le coupa le jeune homme. Pour… Parce qu’il fallait bien mettre quelques chose sur nos papiers d’identité.

Sephiroth secoua la tête et sourit.

- Je ne pense pas, non. Tu as été entraîné pour le combat depuis que tu es un bébé, Loz. Tu as été formé pour diriger des troupes d’élite. Comme Yazoo. Comme Kadaj. Tu as été entraîné pour marcher sur mes traces. Et, si ce qui se prépare est aussi terrible que semblent le penser Aerith, mère et Angeal, alors je vais avoir besoin de toi à mes côtés pour mener ce combat.

Loz sourit avec tristesse.

Oh, comme il aurait aimé, à la façon de ces dynasties de guerriers légendaires, dont Yazoo contait les aventures à Kadaj, être le digne héritier de son père ! Comme il aurait aimé se tenir fièrement à ses côtés sur un champ de bataille, face à l’ennemi ! Mais il savait bien que c’était impossible. Il n’était qu’une expérience décevante, un mauvais clone de son père, dont il n’avait pas un dixième de l’intelligence et du talent.

- Si tu savais comme j’aimerais être pour toi ce qu’à été Angeal ou Génesis… Ce que Nero a été pour Weiss au Deep Ground… Mais je sais bien que c’est impossible. Je ne… Je ne suis pas assez malin pour ça, je… Je suis incapable de penser une stratégie ou de mettre un plan au point. Je ferais tout rater, père. C’est Kadaj, qu’il te faut, pas moi, ajouta-t-il avec un profond désarroi. C’est lui, le cerveau, avoua-t-il malgré la douleur que cette vérité lui causait. Pas moi. Pas moi…

Sephiroth le saisit par la nuque et colla son front contre le sien pour le regarder droit dans les yeux.

- Kadaj et Yazoo sont du bois dont on fait les flèches, mon fils, murmura-t-il. Rapides, précis, élégants et discrets. Absolument parfaits. Des armes idéales, au fer délicat aiguisé comme un rasoir, inflexibles et mortelles. Mais des armes tributaires de l’impulsion d’une corde, de la souplesse d’un arc, de la distance à parcourir, de la dureté de la cible et de la force du vent. Toi et Weiss, en revanche, êtes taillés dans le bois dont on emmanche les haches. Votre apparence peut sembler brutale et grossière, vos possibilités limitées, mais vous tenez la lame mortelle soudée à vous comme la montagne à la terre. Et c’est sans hésitation qu’elle frappera et pourfendra la cible jusqu’à laquelle vous aurez décidé de la guider. Alors, d’après toi, mon fils, s’il est vrai que les soldats sont le fer de la guerre, à quel bois voudraient-ils être attachés pour les conduire à leur cible et remporter la victoire ? A celui d’une flèche, élégant, léger et précis ? Ou à celui d’une hache, robuste, inflexible et toujours solidaire, chevillé à eux quelle que soit la violence des coups ?

Loz, ébahi par ces paroles et la poitrine sur le point d’éclater d’émotion, s’écarta lentement sans cesser de fixer Sephiroth mais était encore trop touché par ce qu’il venait d’entendre pour parler.

- Yazoo ferait un turk parfait, reprit ce dernier. Il est malin, adroit, audacieux et sait cacher son jeu à la perfection. Kadaj, lui, est un jeune chien fou et fougueux, comme l’était Zack. Je suis sûr qu’il deviendra un jeune officier du WRO hors pair. Mais sur le terrain, à mes côtés, c’est de toi, dont j’ai besoin, Loz. D’un lieutenant dont la force n’a d’égal que la sincérité et la droiture. Un homme dont mes Soldats pourront admirer la puissance en sachant qu’il ne les sacrifiera jamais par intérêt personnel mal placé. Un chef en qui ils pourront avoir une confiance aveugle parce qu’il saura partager leur quotidien, comprendra leur langage et défendra leurs intérêts bec et ongles. Un mur solide sur lequel ils pourront s’appuyer. Parce que c’est dans ta nature, Loz. Parce que tu es comme ça. Comme Weiss. Comme Angeal…

- Père…

Un bruit dans le couloir leur fit redresser la tête. Comme si quelqu’un haletait violemment en rasant le mur.

***

Tifa referma le capot de la petite voiture et fit signe à Yuffie, qui mit le contact en faisant une prière silencieuse à tous les Dieux qu’elle connaissait.

Après deux essais infructueux, le moteur se mit enfin tousser puis, après une angoissante attente, à ronronner sans à-coups.

Marlène et Denzel poussèrent des cris de joie et Tifa soupira de soulagement.

- J’ai cru que je n’y arriverais jamais !

- Bravo, miss Lockheart ! la félicita Gretta à son tour.

- Ouais, n’empêche que si on avait appelé tonton Cid tout de suite après être tombés en panne, on ne serait pas restés ici pendant presque trois heures ! ne put s’empêcher de ronchonner Denzel.

Marlène lui lança un regard réfrigérant.

- Genre, on peut pas se débrouiller sans les garçons !

Gretta essaya de calmer un peu le jeu.

- Miss Wallace, Monsieur Lockheart, un peu de tenue, je vous prie. Agissez comme des gens civilisés et bien éduqués. Miss Lockheart et moi-même nous avons expliqué que la nuit avait été très longue pour beaucoup de monde, au manoir, et que nous devions laisser ces jeunes gens se reposer. Preuve est maintenant faite que nous pouvions nous débrouiller seuls. (Les enfants lui adressèrent un regard ironique) Certes… ce fut un peu plus long que prévu, ajouta-t-elle en toussotant. Mais c’est réparé, non ? C’est le principal.

Yuffie regarda sa montre.

- Presque 16h30. On a juste le temps d’arriver avant que les magasins ne ferment.

Denzel leva le sourcil, railleur.

- Si on avait pas été chercher vos confitures et vos charcuteries dans cette ferme perdue dans la cambrousse, en bah on…

- Si nous n’étions pas “allés”, le reprit Tifa.

- C’est qu’est-ce que j’ai dit ! Si on avait pas été là-bas, on aurait tombé en panne au village et puis on aurait réparé le tas de ferraille en moins de deux !

Sa mère adoptive roula des yeux, découragée.

- Eh bien tu nous les laisseras, les ” nos confitures ” et ” nos charcuteries “, le taquina Yuffie. Personne ne t’oblige à les manger, tu sais.

- Eh ! J’ai pas dit ça pour ça ! se récria le garçonnet, faisant rire ses compagnes.

- Allez, ça suffit, tout le monde en voiture ! J’ai hâte d’aller boire un chocolat chaud à la nouvelle taverne !

Tifa reprit le volant en direction de Nibelheim sans se douter un instant du cauchemar que les attendait…

***

- On dirait que quelqu’un est malade, nota Loz, prêt à bondir du lit nu comme il l’était.

Sephiroth lui fit signe de rester tranquille et alla ouvrir la porte pour voir Weiss, qui avançait en titubant vers l’escalier.

- Weiss ? Tout va bien ?

Celui-ci tourna vers lui un visage décomposé et le Soldat vit qu’il verdissait à vue d’œil.

- Je… Je ne… hoqueta le Tsviet en pressant sa main sur sa bouche.

Sephiroth ouvrit grand la porte de la chambre.

- Tout de suite à droite, fit-il en se plaquant contre le chambranle pour lui laisser la place de passer.

Assit sur le lit, Loz vit Weiss se précipiter dans les toilettes, où il l’entendit rendre le contenu de son estomac.

- Tu crois que c’est le mako, père ? demanda-t-il en bondissant sur le plancher pour s’engouffrer dans la salle de bains à la suite du tsviet, agenouillé au-dessus des toilettes et agité par de violents renvois.

- Possible, acquiesça le Soldat en passant une petite serviette sous l’eau fraîche avant de la tendre au jeune homme.

- Weiss, ça va mieux ? s’enquit celui-ci en lui donnant le linge, dont il s’essuya la bouche. Allonge-toi un peu, on va appeler Shalua et…

- Non ! Non, c’est… ce n’est pas la peine, assura Weiss en se relevant. Ca n’a rien à voir avec le traitement au mako.

Loz fronça les sourcils.

- Tu en es sûr ? Alors qu’est-ce que tu as ?

Le tsviet ouvrit la bouche pour répondre mais tiqua imperceptiblement en remarquant le regard de Sephiroth posé sur eux.

- Rien, c’est juste un malaise.

- Je vais voir Yazoo, annonça le Soldat, devinant que Weiss ne voulait pas parler en sa présence. Si ça ne va pas mieux dans un moment, appelez quand même Shalua, d’accord ?

Les jeunes gens acquiescèrent et il quitta la chambre en refermant doucement la porte.

- Il est parti, Weiss, murmura Loz. Qu’est-ce que tu ne voulais pas dire devant lui ?

Le tsviet se couvrit le visage de la serviette humide et s’adossa au mur, le long duquel il se laissa glisser jusqu’au sol.

- J’ai fait une connerie, Loz, gémit-il. Une énorme, une monumentale connerie…

L’argenté se saisit à son tour d’une serviette, qu’il drapa autour de ses reins, et s’accroupit à ses côtés.

- De quoi tu parles ? Qu’est-ce que tu as pu faire qui te rende malade comme ça ? Tu as bu ?

Weiss laissa échapper un ricanement douloureux.

- Si seulement !

- Alors quoi ? Weiss, tu m’inquiètes. Dis-moi ce qui se passe !

Le tsviet laissa tomber la serviette qui lui cachait le visage et Loz sentit sa gorge se serrer en voyant qu’il pleurait.

- Je… commença-t-il d’une voix étranglée. Loz, je crois que…

Il se tut, incapable de parler, étouffé par les sanglots qu’il essayait de ravaler, et l’argenté lui pressa le bras en signe d’encouragement.

- Weiss…

Ce dernier tourna franchement la tête vers lui et lui annonça, droit dans les yeux, avant de manquer de courage :

- Je crois que j’ai violé mon petit frère…

- Tu as… QUOI ?!

…à suivre.

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LXX - Entre père et loup

Que c’est dur à élever, un père !”

Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Sephiroth poussa la porte de la chambre de Kadaj sans faire de bruit et jeta un oeil à l’intérieur. Les rideaux étaient tirés, plongeant la pièce dans la pénombre, et le jeune homme dormait à poings fermés tout habillé sur l’édredon, Cait roulé en boule contre lui.

La petite Yuffie avait dû accompagner Tifa et Gretta en ville.

L’ex-cauchemar de la planète entra à pas de loup et referma la porte doucement derrière lui avant de s’approcher prudemment du grand lit.

Il s’assit et vit s’ouvrir les yeux de Cait. Blotti contre le ventre de Kadaj, le chat robotisé était prêt à défendre son jeune maître.

Sephiroth posa son index sur sa bouche.

“Chut…”

Le félin sourit et le Soldat s’assit sur le bord du matelas avec mille précautions.

Il observa le visage poupin du jeune homme un long moment et caressa ses doux cheveux de bébé en prenant bien garde à ne pas le réveiller. Il dut se faire violence pour ne pas le soulever par les épaules et presser le corps menu contre lui.

Depuis quand n’avait-il pas ressenti ce besoin de prendre quelqu’un dans ses bras ? Avait-il seulement déjà expérimenté cette envie irrépressible avant connaître l’existence de ses fils - de ses frères ?

Une ou deux fois, peut-être. Des années plus tôt. Mais ce n’était pas pareil…

Angeal… “

Mais un ami (ou un amant) n’était en rien comparable à son propre enfant, il s’en rendait bien compte, à présent. Sous ses doigts palpitait une chair tendre qui était une partie de lui. En elle battait un coeur qui emplissait le sien d’une affection presque douloureuse.

Quelle curieuse sensation que cet amour sans bornes que l’on voue d’instinct à ses enfants ou à ses frères… Quelle étrange impression que celle de se sentir comme un loup protégeant sa meute des dangers extérieurs !

L’image de son propre père dansa un instant devant ses yeux et la bile lui monta dans la gorge.

Hojo n’avait-il donc jamais ressenti cela ? N’avait-il donc jamais rien éprouvé pour son propre fils ? Comment était-ce possible ? Comment avait-il pu échapper à ce sentiment incontrôlable ? Son père était-il de la race de ces hommes qui abandonnaient froidement leur progéniture sans un regard en arrière ? Il fallait croire.

Par tous les démons de la planète, comment ces hommes y arrivaient-ils ? Avaient-ils donc des pierres à la place du coeur et du cerveau ? Depuis qu’il avait appris l’existence de ses fils, Sephiroth ne tenait plus en place et devait se faire violence pour ne pas les toucher à chaque occasion ou faire en sorte de les avoir sous les yeux en permanence ! Là encore, l’image d’un loup léchant ses petits, bien à l’abri dans sa tanière, lui vint à l’esprit. Et pourtant, ses ” louveteaux ” à lui étaient déjà de superbes mâles dominants aux instincts aiguisés et aux crocs mortellement puissants. Alors s’ils n’avaient encore été que des enfants sans défense… Sans doute les aurait-il étouffés par trop d’attention, dans tous les sens du terme.

S’il avait cru en leur existence, Sephiroth aurait remercié tous les Dieux de la planète de lui avoir épargné toute ressemblance avec son propre père - ou du moins, de cet aspect de sa personnalité.

Kadaj soupira dans son sommeil et bougea un peu la tête pour presser inconsciemment le front contre la cuisse de l’ex-Cauchemar, qui en ressentit un violent pincement de tendresse au creux de l’estomac.

Il desserra un peu la veste de cuir du garçon pour se donner une contenance devant le chat robotisé, qui l’observait toujours avec curiosité.

- Ne le laisse pas s’endormir tout habillé, la prochaine fois, chuchota-t-il tout doucement à l’oreille de Cait.

Ce dernier hocha sa petite tête velue et lui répondit sur le même ton :

- Pardonnez-moi, Général. Je ne pensais pas à mal.

Sephiroth le rassura d’une gratouille amicale et se pencha sur son fils pour effleurer son front de ses lèvres avant de se lever et de repartir à regret. S’il restait là une minute de plus, l’émotion l’étoufferait.

Une fois dans le couloir, il s’appuya dos à la porte qu’il venait de refermer et prit une profonde inspiration malgré sa gorge affreusement serrée. Comment pouvait-on ressentir autant d’émotion à la seule vue que quelqu’un ? Etait-ce cela que l’on appelait l’amour ? C’était terrifiant. Mais tellement agréable, en même temps…

Après s’être un peu repris, il poussa la porte voisine de celle de Kadaj, qu’il savait être la chambre de Tifa Lockheart, où Loz s’était installé un peu plus tôt avec le bébé.

La pièce était elle aussi plongée dans la pénombre mais une quantité suffisante de la pâle lumière de l’après-midi passait à travers l’entrebâillement des rideaux pour laisser voir un spectacle qui, s’il ne s’était pas retenue à temps, aurait fait pousser à Sephiroth une exclamation émue.

Le sommeil et l’épuisement avaient visiblement saisi Loz au sortir de la douche et celui-ci s’était endormi dans le grand lit, les cheveux humides et une serviette encore mouillée autour de ses reins étroits.

Mais ce qui avait tant touché Sephiroth n’était ni le physique sculptural irradiant de puissance de son aîné, qui aurait fait gonfler tout homme de fierté paternelle, ni l’adorable expression de petit garçon qu’il avait lorsqu’il dormait et qui donnait envie d’ébouriffer les courts cheveux de mercure. Du moins pas seulement… Non, ce qui avait noué une boule d’émotion dans la gorge du célèbre Soldat, c’était de voir la fragile créature qui dormait si paisiblement à plat ventre sur l’ample torse.

Les petits bras en croix, comme s’il nourrissait l’espoir fou d’arriver à faire le tour de la large poitrine, la bouche collée à un petit mamelon tendre qu’il tétait - et avec une délectation considérable, si l’on en croyait les bruits gourmands de succion - Kay s’était fait un lit douillet du corps athlétique de son père.

Retenant à grand peine un fou-rire, Sephiroth s’approcha du lit et se pencha pour caresser la joue rebondie du bébé.

- Est-ce que c’est aussi bon que ça en a l’air ? plaisanta-t-il en le voyant aspirer le petit téton avec voracité.

Mais, à en croire les petits tressaillement qui agitaient les lèvres de Loz lorsque le bébé tirait un peu trop brutalement sur la peau sensible, ce n’était pas aussi agréable pour tout le monde…

- Kay, tu fais mal à papa, bébé… chuchota-t-il en commençant à soulever le petit avec autant de douceur et de délicatesse que s’il manipulait de la nitroglycérine. Allez, viens avec moi.

La main du jeune homme, pourtant toujours endormi, réagit aussitôt et avec une telle rapidité que Sephiroth ne perçut même pas le geste avant de sentir les doigts vigoureux de se refermer sur son avant-bras.

Mais, comme si la main avait reconnu la chair familière au toucher, elle retomba cependant presque aussitôt et Loz se détendit à nouveau.

Si j’avais été un étranger, il m’aurait brisé le bras avant même d’ouvrir les yeux… “ nota Sephiroth, admiratif.

Etait-ce donc cela que l’on appelait ” l’instinct paternel ” ? Le sien était-il aussi développé que celui de son fils ?

J’espère que oui… “

Il prit le bébé dans ses bras et la bouche minuscule se détacha du mamelon adoré avec un petit ” chhplop ” comique qui amusa le Soldat.

Brutalement privé de sa proie favorite ainsi que de la chaleur et de l’odeur de son père, Kay frotta ses yeux et ouvrit la bouche, prêt à donner de la voix, mais Sephiroth le devança.

- Non, non, non, ne pleure pas, bébé, murmura-t-il. Regarde, je vais te montrer un truc…

Il s’assit sur le fauteuil qui trônait non loin du lit avec le nourrisson dans les bras et se saisit d’une menotte potelée pour guider un pouce minuscule jusqu’à la petite bouche.

Surpris, Kay ouvrit de grands yeux mako ensommeillés et observa son pouce sous toutes les coutures avec une moue boudeuse qui faisait ressortir sa lèvre inférieure - le portrait craché de son père !

Qu’est-ce que c’était que ce truc ? C’était à lui, ça ? Ah, oui. Bon, d’accord, ça n’avait pas aussi bon goût que le téton de papa mais bon… ce n’était pas mal non plus.

Il le glissa donc dans sa bouche et ferma à nouveau les yeux en se blottissant contre Sephiroth.

Celui-ci attendit qu’il s’endorme profondément avant de le coucher dans ce qui avait été le berceau de Rufus avec toutes les précautions nécessaires - comme Merill lui avait appris à le faire.

Kay accepta le changement sans difficulté et ne se réveilla même pas, continuant à téter goulûment son pouce.

- Bien joué.

Sephiroth tourna la tête vers Loz, qui observait la scène avec un sourire amusé.

- Désolé, je ne voulais pas te réveiller, s’excusa le soldat en s’asseyant sur le bord de la couche. Enlève ça et mets-toi sous la couette, tu vas attraper la mort, ajouta-t-il en dénouant la serviette humide qui ceignait les reins de son fils.

Ce dernier souleva les hanches pour lui permettre de retirer le linge mouillé et se glissa sous l’édredon moelleux en réprimant un bâillement.

- Je me suis effondré après ma douche… essaya-t-il de se justifier. Je ne me souviens même pas m’être endormi.

Il se mit sur le flanc pour faire face à Sephiroth et celui-ci tendit la main pour toucher le tatouage défraîchi sur le haut de son bras : ” J8 “.

Les images des vidéos de surveillance lui revinrent en mémoire et il sentit son estomac se serrer.

- Eh ? Ca va ? demanda Loz en voyant son expression s’assombrir. Tu devrais dormir un peu aussi. Tu as l’air fatigué.

L’ex-cauchemar sourit pour le rassurer et se laissa aller sur les oreillers pour s’appuyer sur son coude.

- Je ne peux pas dormir. Pas encore. J’ai trop de choses dans la tête…

- Tu veux… en parler ? demanda timidement le jeune homme. Je sais que je ne suis pas assez intelligent pour donner des conseils, ajouta-t-il en baissant les yeux, mais je peux écouter, tu sais.

Sephiroth sentit une émotion sans nom le prendre à la gorge et il lui saisit le visage à deux mains.

- Je t’interdis, Loz, tu m’entends… Je t’interdis de dire des choses pareilles.

Celui-ci le rassura d’un sourire.

- Ne t’en fais pas, ça ne me vexe pas. J’en ai pris mon parti depuis longtemps.

L’ex-cauchemar plongea son regard dans les yeux mako si semblables aux siens.

- Tu mens… chuchota-t-il. Raconte ça à qui tu voudras mais pas à moi. Ca te fait souffrir depuis toujours et à tort parce que, crois-moi, tu n’as rien d’un imbécile.

Loz sentit un trop plein d’émotion monter en lui et, comme c’était le cas à chaque fois que ça lui arrivait, celle-ci déborda entre ses paupières.

- Pardon… s’excusa-t-il en essayant de se dégager pour dissimuler ses larmes. Je… J’aurais tant aimé te ressembler davantage, père…

Sephiroth, au contraire, le serra contre lui avec force.

***

Incapable de dormir, Yazoo finit par quitter silencieusement le lit sans réveiller Reno et descendit dans la serre du manoir pour respirer le parfum des plantes rares et réfléchir calmement, allongé sur l’une des confortables chaises longues au pied des palmiers, bercé le gazouillis des dizaines de minuscules oiseaux exotiques qui volaient librement sous l’immense dôme de verre.

Cet endroit, que lui avait fait découvrir Marlène peur après leur première promenade à moto au mont Nibel, était un îlot de sérénité propice à la réflexion et une certaine forme de mélancolie qu’appréciait parfois l’argenté. Il se pencha pour respirer le parfum d’une rare orchidée et…

- Une fleur parmi les fleurs ! fit la voix de Genesis, le faisant sursauter.

Il se retourna, le cœur battant, et vit le soldat confortablement installé sur l’une des chaises longues où il comptait justement prendre place, un livre relié de cuir à la main - probablement l’un de ceux de la riche bibliothèque du manoir.

- Capitaine Rapshodos, salua le jeune homme.

- Pardon de t’avoir fait peur, s’excusa Genesis avec un sourire séducteur.

Yazoo secoua la tête, un peu honteux de s’être laissé surprendre.

- Non, c’est moi. J’étais perdu dans mes pensées. Je ne vous avais pas vu. Je vais vous laisser à votre lecture, pardon de vous avoir interrompu.

Le soldat éclata de rire, charmé.

- Ne t’excuse pas, au contraire. C’est une vision on ne peut plus gracieuse que celle d’une créature telle que toi au milieu de tant de beauté. Tu es ici à ta place. Bien plus que moi.

Yazoo se força à sourire aimablement par égard pour Sephiroth mais commençait sérieusement à trouver les envolées lyriques de Genesis de plus en plus pesantes et embarrassantes.

- C’est… gentil.

- Viens t’asseoir. Nous pourrions discuter un peu. As-tu déjà entendu parler de ” Loveless ” ? demanda le Banoran en brandissant le livre qu’il tenait à la main sans laisser à l’argenté le temps de décliner l’invitation.

…à suivre.

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Cet aveu que personne n’entendit

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

La place de Midgar grouillait de journalistes et de curieux. Le Général Sephiroth, entouré des ses lieutenants, pourfendait la foule en direction de la haute tour abritant le siège de la Shinra.
Le jeune Cloud se pencha discrètement vers lui.

- Etes-vous sûr que ça va aller, monsieur ? s’enquit-il en voyant les yeux de son supérieur briller anormalement.

- Bien sur que ça va aller !

Le garçon baissa le regard, honteux de s’être fait remettre si brutalement à sa place, mais son expression trahissait son inquiétude et la crainte de voir à chaque instant le Soldat s’effondrer, terrassé par la fièvre paludique - cadeau d’adieu de la région de Wutaï, où il venait de mener une guerre de plusieurs années.

Sephiroth avait trop d’ennemis qui n’attendaient qu’un moment de faiblesse pour en profiter et l’honneur que lui faisait Ashton Shinra en offrant une réception en son honneur n’arrangeait pas les choses. Seuls les laids et les sots ne faisaient pas de jaloux et le jeune général n’était ni l’un ni l’autre.

Ils arrivèrent enfin au pied des marches de la tour, où ils saluèrent le président et son jeune fils sous les flashs des photographes.

Ashton Shinra se leva.

- Général Sephiroth, une fois de plus vous méritez votre réputation. Cette dernière bataille à Wutaï a été menée de main de maître.

- Merci, monsieur.

Cloud vit les mains de son supérieur trembler imperceptiblement.

- Mais trêve de discours, vous devez avoir hâte de vous détendre ! Vous nous raconterez vos exploits devant une coupe de champagne.

Les turks firent barrage aux journalistes et aux curieux qui tentèrent de s’engouffrer dans la le hall, ne laissant passer que les invités.

- Permets-moi d’ajouter mes félicitations à celles du président !

Sephiroth pivota et se trouva face à Angeal Hewley. Les grands yeux bleu nuit le fixaient avec sympathie et il sentit un pincement dans la poitrine.

Bon sang ! Dire Angeal et Genesis étaient rentrés de Wutaï il y avait presque six mois. Déjà…

- Angeal… Je suis heureux de te revoir, salua-t-il en serrant sa main tendue.

- Nous aurons très certainement l’occasion de combattre à nouveau côte à côte, comme à Wutaï. Les monstres deviennent téméraires, ces derniers temps. Comme ils ne l’ont plus été depuis des années.

- Ce sera avec plaisir, assura Sephiroth, la gorge desséchée et une sueur glacée due à la fièvre lui coulant le long du dos.

- Est-ce que tout va bien ? Je te trouve bien pâlot.

- Juste un peu fatigué, rien de bien méchant. Allons-y, ordonna-t-il à ses capitaines, Ashton Shinra nous attend. Angeal… Je te dis à tout à l’heure, après ce barbant dîner ?

- Bien sûr. Genesis doit être par là, aussi, mais tu le connais !

- Ne t’en fais pas pour ça. Nous aurons tout le temps de parler lorsque ce ramdam se sera un peu tassé.

- Oui. A tout à l’heure, dans ce cas.

Le Banoran regarda Sephiroth s’éloigner, entouré de ses lieutenants, ne pouvant détacher ses yeux de la masse des cheveux vif-argent qui battaient ses cuisses.

Sont-ils toujours aussi doux ? “ pensa-t-il.

- Woah !

Il sursauta, embarrassé à la seule idée que quelqu’un ait pu surprendre ses pensées, et se tourna vers Zack Fair, son petit protégé depuis qu’il était rentré de Wutaï.

- Qu’y a-t-il ?

- Alors c’est lui, le grand Sephiroth ? demanda le garçon, curieux. Les Utaiens disent qu’il est dangereux, cruel et sauvage comme un fauve ! Il paraît que, quand il rentre dans la tas, même une centaine de balles ne pourraient pas l’arrêter dans son élan.

- Et depuis quand tu écoutes les bruits de couloir, petit chiot ? railla Angeal en ébouriffant ses cheveux hérissés.

- Arrêtez de m’appeler comme ça, bredouilla l’interpellé en rougissant. Il y a du monde !

Son instructeur éclata de rire.

- Allons-y, ne faisons pas attendre les mondanités !

***

La salle de réception était bondée.

Sephiroth subissait les assauts des flatteurs et des mondains avec un stoïcisme quelque peu forcé et Angeal lui trouva plus que jamais une mine de déterré.

Au même instant, un autre observait le jeune général avec attention : Genesis, qui rejoignit Angeal, une coupe à la main.

- Il n’a pas l’air dans son assiette… murmura-t-il.

Son ami acquiesça.

- Il est arrivé il y a quelques heures à peine, laisse-lui le temps de se poser.

- Mhh…

En réalité, Sephiroth ne tenait même plus sur ses jambes.

La tête lui tournait et, par moments, sa vue se voilait. Il acquiesçait aux compliments sans même arriver à déchiffrer les mots qui sortaient des bouches des gens.

- Pardonnez-moi, madame, s’excusa-t-il auprès de Scarlett, sentant qu’il ne tiendrait pas un instant de plus dans l’atmosphère opressante. Si vous me le permettez, je vais prendre un peu le frais. Après tant de grand air, essaya-t-il de plaisanter, les murs me paraissent bien étroits.

- Je vous comprends, général. Faites donc, je vous en prie.

Il la salua poliment et sortit en essayant, au mieux, de marcher droit, ce qui lui demanda un effort considérable. Le grand couloir paraissait danser sous ses pieds.

Il s’éloigna le plus possible de la salle de réception et, une fois qu’il se sut seul, dans un corridor désert, il s’appuya au mur pour ne pas tomber.

Il tremblait de tous ses membres et une sueur glaciale collait ses vêtements à sa peau. Pourquoi avait-il soudain si froid alors qu’il faisait si chaud ?

***

Angeal vit Sephiroth quitter précipitamment la salle en titubant à demi et, après une hésitation, lui emboîta discrètement le pas, non sans une certaine culpabilité. Sans doute parce qu’il savait que son empressement n’était pas seulement… “amical”.

Il ignorait pourquoi mais lui et Genesis s’étaient toujours sentis irrésistiblement attirés par le charisme de Sephiroth. Même s’ils ne s’en étaient jamais ouverts franchement l’un à l’autre - aucun d’entre eux n’oserait jamais aborder le sujet de toute façon ! - , ils savaient qu’ils menaient une guerre implicite dont le fils du professeur Hojo était le trophée.

Que lui dirait-il lorsqu’il le rejoindrait ?

Au détour d’un couloir il découvrit enfin son ami, haletant, le front appuyé au mur.

- Sephiroth ? Est-ce que ça va ?

Au ralenti, comme dans un cauchemar, il vit les yeux du jeune général se révulser, ses bras retomber et une cascade de cheveux d’argent se soulever alors qu’il basculait en arrière.

- Seph !

Angeal se précipita et le cueillit dans ses bras avant qu’il ne touche terre.

La tête argentée roula contre sa poitrine et il posa la main sur le front haut, brûlant sous ses doigts.

- Mais tu as une fièvre de chocobo !

- Sephiroth !

Genesis, qui apparut à son tour au détour du couloir, se précipita et lui prit d’autorité Sephiroth des bras.

- Eh ! Attends ! Où comptes-tu aller comme ça ? s’étonna Angeal ne le voyant se relever avec leur ami. Ne vois-tu pas qu’il est malade ?

- Tu préfères que les journalistes et ces abrutis de scientifiques le voient comme ça, peut-être ?

- Il a besoin d’un médecin, Genesis.

- Foutaises !

- Ah oui ? Parce que tu sais ce qu’il a, toi, gros malin ? C’est peut-être grave.

- Ne te fais pas plus idiot que tu ne l’es, Angie ! Il revient de Wutaï.

- Le palu ?

- Evidemment, le palu ! Nous y avons tous eu droit, dans ces saloperies de marais infestés de moustiques !

- Pas moi, désolé.

- Les moustiques ont dû avoir peur de crever.

- Très drôle, Genesis…

- Bon, tu vas m’aider à le monter là-haut ou tu préfères rester ici à bavasser ?

Angeal passa devant pour éloigner les gens qui pouvaient se trouver sur le chemin de l’ascenseur mais la voie était parfaitement dégagée. Tout le monte était à la réception d’Ashton Shinra.

Ils montèrent jusqu’à l’étage des appartements des officiers et Angeal précéda Genesis dans une chambre sobrement décorée.

- Pourquoi ici ? s’insurgea ce dernier.

- Tu veux le mettre dans sa chambre pour que la première personne qui vienne le chercher mette tout le monde au courant ?

Genesis n’osa protester davantage, de peur que son comportement ne paraisse suspect, et il déposa son précieux fardeau sur un grand lit recouvert de draps noirs. Le lit… d’Angeal.

Ravalant sa contrariété, il entreprit de défaire les sangles et attaches des vêtements de Sephiroth et son ami d’enfance le regarda faire, hypnotisé par la peau qui se dénudait lentement, tout en tapant un SMS à Zack pour se donner une contenance.

Lorsque Genesis retira bottes et pantalon, Sephiroth apparut uniquement vêtu de sa somptueuse chevelure, qui l’enveloppait tel un voile soyeux, et ses amis cessèrent de respirer - bien qu’ils eussent préféré crever là plutôt que de l’admettre.

Angeal rabattit sur le grand corps les fins draps de coton noir et écarta les mèches d’argent du visage baigné de sueur.

- Je vais chercher des médicaments, bredouilla son compagnon. Je crois qu’il doit m’en rester une ou deux boîtes.

Il s’éclipsa et Angeal prit le pouls de Sephiroth.

La tête argentée ballottait d’un côté à l’autre et des mots incompréhensibles s’échappaient des lèvres frissonnantes.

On frappa doucement à la porte et Zack Fair passa la tête par l’entrebâillement.

- Entre et ferme la porte, Zack. Comment ça se passe, en bas ?

- Tout le monde le cherche. Ca commence à jaser sec ! Ouh, là… Il n’a pas l’air d’aller bien du tout.

- C’est une crise de paludisme.

Genesis revint à ce moment précis avec un flacon de comprimés et une bouteille d’eau. Aidé d’Angeal, il entreprit de faire avaler deux cachets à Sephiroth, non sans mal.

- Il n’y a plus qu’à le laisser dormir.

- Tous les deux, retournez en bas, fit Angeal. Je reste avec lui. Dites à Ashton Shinra que j’étais soûl et que Sephiroth a dû me ramener dans ma chambre.

Zack pouffa.

- Heidegger va péter un câble, si on lui dit ça !

- Et les conséquences pour toi risquent d’être salées, renchérit Genesis, qui n’avait nulle envie de laisser Angeal seul avec Sephiroth.

- Précisément. Personne ne croira qu’il s’agit d’une dérobade.

Genesis réalisa qu’il avait perdu la partie. Son ami avait dégainé plus vite que lui, cette fois, et il ne pouvait pas protester avec trop d’insistance sans risquer d’éveiller les soupçons de Zack.

- Très bien, comme tu voudras. Appelle si tu as besoin de quoi que ce soit.

Avec un dernier regard pour le jeune général, il quitta la pièce en compagnie de Zack.

Angeal, lui, s’assit sur le bord du lit et prit une main de son ami dans les siennes.

Ce dernier s’était remis à trembler et il l’enveloppa plus étroitement dans les couvertures.

- Pourquoi fait-il si froid ? murmura le jeune général en ouvrant à demi les yeux.

Angeal se pencha vers lui.

- Tu as une poussée de fièvre, il faut te reposer.

Les yeux de Sephiroth s’agrandirent et il voulut se redresser.

- Où suis-je ? Ashton Shinra… Je dois…

- Du calme, tu es dans mes appartements, en sécurité. Personne ne s’est rendu compte de rien.

Epuisé, Sephiroth se laissa retomber en arrière. Après un petit moment, il fut pris de tremblements violents. Un filet de sang coula sur son menton et il parut perdre connaissance.

- Seph !

Angeal lui ouvrit la bouche et poussa un soupir de soulagement. Il s’était juste mordu la joue. Il essuya les lèvres livides et détailla leur chair tendre, soyeuse, et leur tracé délicat. Il redessina leur contour du bout du doigt, puis, se rendant compte de ce qu’il était entrain de faire, s’écarta violemment.

Il sentait sa gorge se nouer davantage à chaque seconde qui passait et ne pouvait détacher ses yeux du spectacle des muscles qui ondulaient sous la peau de porcelaine.

Des petits filets de sueur ruisselaient le long du cou élégant… se faufilaient entre les larges pectoraux, descendaient sur les muscles abdominaux… poursuivaient leur course éperdue vers la toison argentée, d’où elles ressortaient après avoir traversé des trésors de chair tendre, et mouraient dans un dernier zigzag sur l’intérieur des cuisses moites.

Le souffle court, Angeal remonta le drap jusqu’au menton du jeune général.

Les lèvres de celui-ci remuaient doucement et il se sentit attiré par elles comme par un aimant. Il pencha son visage sur celui de Sephiroth et ses lèvres effleurèrent son front, l’arête du nez fin et enfin les lèvres…

Il les sentait bouger contre les siennes, alors que des mots incompréhensibles s’en échappaient. Il respira le souffle chaud, rendu un peu acide par la fièvre, et sa main, comme d’elle même, descendit le long de la longue colonne du cou, caressante.

- Angeal…

Celui-ci bondit en arrière, le cœur battant, attendit, le ventre noué. Mais les yeux de Sephiroth étaient toujours clos. La fièvre le faisait juste parler dans son sommeil.

Angeal sentit alors la honte le submerger.

Exerçant sur lui-même un contrôle implacable, il chassa de son esprit les pensées peu avouables qui l’avaient assailli et attendit plusieurs heures, assis à la tête du lit, que Sephiroth trouve enfin le repos.

Les traits délicats finirent par se détendre peu avant l’aube et la tête argentée roula sur l’épaule.

Il ne transpirait presque plus et la fièvre tombait.

Epuisé par le contrôle qu’il avait dû imposer à ses sens surchauffés, Angeal s’accorda quelques instant de repos et s’allongea son le lit, aux côtés de son ami.

***

Sephiroth sentit une odeur familière et agréable lui chatouiller les narines. Un odeur de lait d’amande et de pomme verte.

Il en découvrit la provenance en ouvrant les yeux : les cheveux bruns d’Angeal contre sa joue.

Les longs cils du Banoran lui chatouillaient les pommettes, ses lèvres remuaient dans son sommeil, tout près des siennes, et le galbe viril de son épaule, que son pull sans manches laissait apparaître, se lovait contre son bras.

Il tenta de se souvenir ce qui s’était passé.

Le malaise. La fièvre. Genesis. La voix d’Angeal. Le lit d’Angeal…

Le lit d’Angeal ?

Que diable faisait-il dans le lit d’Angeal ?

Son cœur fit une embardée.

Il baissa les yeux et vit que, si lui était nu, son ami était habillé comme la veille. Il n’avait donc pas retiré ses vêtements.

Ouf !

Quoi que… ” pensa-t-il, avec un brin d’humour inattendu.

Amusé par une réflexion aussi idiote, il tendit la main vers le visage d’Angeal et caressa du bout du doigt les méandres de son oreille. Le même pincement que la veille lui tirailla la poitrine.

Mais qu’est-ce qui m’arrive, avec ce type ? ”

Il arrêta de le toucher par crainte de le réveiller et tenta de sonder le chaos de son esprit.

Sephiroth connaissait ses qualités et ses faiblesses. S’il avait réussi à gravir les échelons de la gloire c’était parce qu’il avait su analyser le comportement des autres, certes, mais surtout le sien, et avec une objectivité dont peu d’êtres étaient capables.

Ce qu’il découvrit donc au fond de lui, il l’accepta - peut-être pas avec une joie immense mais au moins avec résignation et sérénité.

Au bout de quelques instants, il se pencha vers l’oreille d’Angeal et lui murmura quelque chose que seul le subconscient du Banoran endormi pouvait entendre. Puis, sans un bruit, il se leva, s’habilla et sortit.

Lorsque Angeal se réveilla, deux bonnes heures plus tard, il tenait dans ses bras un oreiller noir, sur lequel un très long fil de soie argentée captait la douce lumière du l’aube. Il l’enroula rêveusement autour de son doigt avec la désagréable sensation qu’il avait oublié quelque chose d’important qu’on lui aurait dit mais quoi ?

FIN
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LXIX - Je t’ai tout donné

“Le dévouement d’un homme va souvent plus loin que lui.”

J.-L. Richard

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Weiss s’assit sur le bord du lit et chassa une longue mèche brune du front de son frère.

Du dos de son index, il caressa le haut d’une pommettes et le petit menton pointu - les rares parties du visage de Nero que le masque de contention laissait à découvert.

Au moins, on ne lui avait pas assujetti les bras ou lié les mains…

Comme Shelke l’avait dit, son cadet remuait beaucoup. Il ne cessait de changer de position avec des petits soupirs comblés, s’étalant de tout son long en travers du grand lit, comme s’il essayait toutes les positions possibles les unes après les autres avec une délectation qui frôlait l’extase.

Weiss comprit parfaitement les raisons de ce curieux comportement et un gros pincement attendri lui serra le cœur.

Son frère n’avait pas pu dormir sur le dos depuis des années… Ni dans un vrai lit.

Impossible en effet pour lui de s’étendre sur l’une des couchettes qui servaient de lit aux soldats du Deepground car, lorsqu’il laissait pendre ses ailes à l’extérieur, leur poids l’entraînait fatalement vers le sol. Et s’il se mettait dos au mur, il n’avait plus de place pour s’allonger.

Nero en était donc réduit à reposer à même le sol. Sur le ventre, bien entendu, ses implants dorsaux déployés autour de lui pour répartir le poids au maximum, ce qui n’empêchait cependant pas les impitoyables tiraillements qui malmenaient ses muscles et sa frêle ossature pour ainsi dire en permanence.

Au début, il avait bien essayé de dormir sur le côté mais, devant rester en appui sur la hanche, des contusions s’étaient très vite formées autour de l’os iliaque, provoquant des douleurs articulaires cuisantes qui l’empêchaient presque de marcher normalement le lendemain.

Et s’il n’y avait eu que les ailes !

Ses bras étaient immobilisés pour ainsi dire vingt-quatre heures sur vingt-quatre, croisés sur sa poitrine, ce qui, pour dormir sur le ventre était aussi confortable que de reposer sur un tapis de galets !

Quant aux vêtements de contention qu’il devait porter, y compris la nuit, ils étaient si serrés que Nero ne pouvait jamais gonfler totalement ses poumons ni même s’asseoir ou ramener un peu les genoux vers lui sans s’écraser l’entrejambe.

Quiconque avait pu voir le jeune homme vêtu de sa combinaison aurait pourtant douté qu’il y eut quoi que ce soit de sensible à cet endroit tant son bas-ventre était comprimé et paraissait plat !

Hélas - et combien Nero le regretta ! - la zone sus-dite correspondait bien à son état civil. Avant de se réveiller en sursaut plusieurs fois par nuit en jurant comme un corps de garde, il n’avait cependant jamais vraiment réalisé que cette partie de son anatomie - comme celle de tous les hommes bien portants de la planète - se mettait en marche cinq ou six fois par nuit pour d’obscures nécessités vasculaires et neurologiques…

En fait, depuis qu’on lui avait implanté ces satanées ailes de métal et qu’on l’avait engoncé dans son horrible combinaison, Nero n’avait jamais pu fermer l’oeil plus de deux heures d’affiliée sans être réveillé par toutes sortes de tiraillements, spasmes, courbatures, crampes et douleurs diverses.

Sans compter les mois passés enchaîné à deux mètres du sol dans les sous-sols du Deepground…

Weiss posa prudemment la main à plat sur la poitrine de son frère pour sentir les côtés s’ouvrir et se refermer au rythme de sa respiration et sourit. Voilà longtemps qu’il ne l’avait pas senti aussi détendu.

Cela étant, s’il gigotait ainsi depuis un moment déjà, il y avait fort à parier que les pansements n’avaient pas dû résister au frottement des draps et l’ancien chef des Tviets commença à s’inquiéter pour ses points de suture.

Non sans émotion, Weiss rabattit l’édredon sur le mince corps nu, et dût prendre sur lui pour ne pas le soulever du lit et le serrer à l’écraser.

Cela ne faisait-il pas presque quatre ans qu’il n’avait pas pu étreindre son petit frère et le garder contre lui plus de quelques minutes ?

La dernière fois, c’était lorsque Vincent avait combattu Hojo, dans les entrailles du réacteur Zéro. Et encore cela n’avait-il duré que quelques secondes. Quelques précieux instants durant lesquels il avait pu sentir le petit visage fantomatique contre sa poitrine nue. Ensuite, ce fut le corps de Genesis qui servit d’enveloppe à Nero durant plusieurs mois.

Oui, si l’on additionnait les trois années qui avaient suivi sa révolte contre les Restrictors et celle écoulée, cela faisait bel et bien quatre ans qu’il n’avait pu prendre son frère dans ses bras, réalisa Weiss avec effroi.

Il se pencha pour enfouir son visage dans la noire chevelure de Nero et la nostalgie lui serra la gorge.

Malgré les années, son frère avait toujours cette odeur de petit garçon, la même que celle qu’il avait lorsqu’il venait se pelotonner la nuit dans son lit, à l’Académie.

A regret, il se redressa.

Le sparadrap de l’un des pansements commençait à se détacher et il voulut le décoller complètement pour le remettre en place.

- Weiss… gémit Nero d’une voix ensommeillée. Mon frère bien aimé…

Weiss referma doucement les mains sur l’épaule et la hanche frêles pour le faire pivoter sur le ventre aussi doucement que possible - et ne pas le sortir trop brutalement de sa torpeur.

- Désolé, petit frère, tu dois te mettre sur le ventre un instant. Je me dépêche, promis.

Bien qu’il soit toujours dans état semi-comateux, Nero réagit aussitôt à ces mots et son aîné sentit muscles et tendons se tendre sous ses paumes.

Le jeune homme tira fébrilement les draps pour couvrir ses fesses et le bas de son ventre en un geste inconscient de protection et repoussa la main de Weiss qui s’était refermée sur sa hanche.

- Weiss, non… supplia-t-il dans un état second. Deux frères ne doivent pas… faire ça…

Le sang de Weiss se congela dans ses veines et il resta un moment pétrifié à la tête du lit.

- Qu’est-ce que tu… Non mais ça va pas !

Il saisit Nero par les épaules pour le réveiller et ce dernier poussa un petit cri en se recroquevillant dans le lit.

- Ne m’oblige pas encore à faire ça… Weiss… sanglota-t-il, figeant son aîné. S’il te plait… S’il te plait…

Le coeur au bord des lèvres, Weiss recula, en état de choc et incapable de quitter son frère semi-comateux du regard. Ce ne fut que lorsque le dos de ses cuisses butèrent sur la commode qu’il se rendit compte qu’il avait traversé toute la pièce à reculons.

Il s’agrippa au bord du meuble avec une telle force que le bois craqua.

Pourquoi son frère réagissait-il de la sorte ? Quand lui avait-il jamais laissé croire que l’amour qu’il avait pour lui pouvait être autre que fraternel ?

L’évidence le frappa alors comme un coup de poing.

Ses jambes le trahirent et il tomba à genoux.

- Hojo… bredouilla-t-il d’une voix à peine audible.

“Qu’est-ce que tu as fait à mon frère lorsque tu m’as volé mon corps, salopard ? Gaia toute puissante ! Qu’est-ce que tu l’as obligé à faire, sale pervers…”

***

“Personne n’a été blessé au moins ?” s’enquit la voix de Rufus, dans l’oreillette du portable de celui qui n’était plus Tseng.

- Non, monsieur. Mais j’ai préféré confier l’appareil aux ingénieurs de l’aérodrome par sécurité. Vous me voyez désolé pour ce retard.

“Non, tu as bien fait, Tseng. S’il vous arrivait quelque chose à cause d’un banal incident mécanique durant le vol, je ne me le pardonnerait pas.”

Elena, allongée sur le sol aux côtés du pilote mort, commença à reprendre conscience et “Tseng” l’assomma à nouveau d’un violent coup de pied à la tête.

- Si tout se passe bien et que le temps le permet, nous devrions pouvoir être à Nibelheim demain soir, monsieur.

“Bien. A demain, dans ce cas. N’hésite pas à me rappeler si vous rencontrez le moindre souci.”

- Je n’y manquerai pas, Monsieur.

Il raccrocha et fouilla dans le fourbi à disposition dans le jet. Il ne tarda pas à trouver une combinaison de ski et du matériel de montagne.

S’il y avait une chose qu’il fallait reconnaître aux turks, c’était leur sens de l’organisation et leur aptitude à anticiper les problèmes qui pouvaient se présenter au cours d’une mission.

Il enfila la combinaison de ski par-dessus son costume, compléta sa tenue de chaussures adéquates et choisit l’un des deux surfs des neiges à poussée électrostatique fixés par des sangles au mur de la soute.

Une fois équipé, il ouvrit la porte de l’appareil et jeta un oeil à l’extérieur. La neige ne tombait plus sur les hauteurs de la chaîne du mont Nibel et le ciel était clair. Il serait à Corel avant la tombée de la nuit et pourrait se servir de l’identité de Tseng pour récupérer un jet ou un hélicoptère.

Mais avant cela, il lui restait quelque chose à faire…

Après avoir jeté un regard autour de lui, il se saisit de la première chose un peu lourde qui lui tomba sous la main (une bouteille de brandy) et l’abattit de toutes ses forces sur la tête d’Elena, toujours inconsciente, lui fracturant le crâne. Cela fait, il jeta la bouteille rougie dehors, loin de la carcasse du jet.

Ensuite, il s’entailla la main, prit soin de laisser des traces ensanglantées un peu partout dans l’appareil et sortit en prenant bien garde de laisser la porte grande ouverte.

Si, par malchance, on retrouvait le cadavre de la jeune femme et celui du pilote avant qu’il n’ait atteint Edge, on penserait de prime abord qu’ils étaient morts dans l’accident, lors de l’impact, et que lui, bien que blessé, avait miraculeusement survécu et quitté les lieux.

Le temps que les deux cadavres décongèlent pour qu’on puisse les autopsier et celui que perdraient les turks à chercher leur chef blessé lui en laisserait suffisamment à lui pour se mettre à l’abri et poursuivre son oeuvre macabre - diabolique, diraient certains…

***

- Tu as été odieux !

Reno ricana.

- Oh ! Arrête… Ne me dis pas que tu apprécies ses ronds de jambe !

- La question n’est pas là, Reno !

Le turk croisa les bras sur sa poitrine et le dévisagea un petit moment.

L’argenté, gêné par l’examen silencieux, détourna le regard, les joues en feu.

- C’est pas vrai… persifla Reno avec dédain.

- Quoi ?

- Rien ! Rien du tout.

Il retira sa veste avec des gestes brusques et la jeta sur le lit.

Yazoo fronça les sourcils.

- Je vois bien que si. Qu’est-ce qui se passe ?

Son compagnon planta son regard aigue-marine dans les yeux mako et grinça des dents avec un sourire acerbe.

- Ce type t’a fait du rentre-dedans pendant près d’une demi-heure, merde ! Et devant moi, en plus ! (L’argenté hoqueta, comprit où se situait le problème et se mordit les lèvres.) Et, toi, ça te fait rire…

Il tourna les talons en direction de la salle de bains, rageur.

Yazoo lui emboîta le pas.

- Non… Reno, attends ! (Il le rattrapa et l’enlaça par derrière.) Tu es… jaloux ? demanda-t-il en se retenant à grand peine de rire.

- C’est ça ! Fous-toi de ma gueule, ça va arranger les choses !

Le turk se dégagea avec une certaine brusquerie et fit couler l’eau de la douche.

- Tu es ridicule, Reno… murmura l’argenté avec un sourire doux en tendant la main pour enrouler autour de ses doigts sa queue de cheval rousse.

Il tira un peu pour l’obliger à revenir vers lui et l’enlaça à nouveau en déposant de petits baisers au creux du cou.

- Genesis est quelqu’un d’impulsif, Yazoo, murmura Reno, un peu apaisé. C’est un homme irréfléchi, prétentieux et excessif.

Le sourire de Yazoo se fit rassurant mais aussi ému.

- Tu es adorable quand tu es jaloux…

Le turk voulut rétorquer mais il le fit taire d’un baiser.

- Je t’aime Reno… murmura-t-il tout contre sa bouche. Tu n’as absolument rien à craindre de cet homme.

- Ce n’est pas pour moi, que je m’inquiète, Yazoo baby. Je n’ai pas aimé ce que j’ai vu dans ses yeux lorsqu’il te regardait.

L’argenté déboutonna un à un les boutons de la chemise de Reno avec une moue coquine et la fit sensuellement glisser sur ses épaules.

- Alors regarde plutôt dans les miens…

***

- Des problèmes avec l’ordinateur de l’avion ? s’étonna Vincent, qui sirotait un vieux cognac en compagnie de Rufus.

- Oui, l’informatique embarquée a fait des siennes mais Tseng m’a assuré qu’ils seraient probablement là demain soir.

L’ex-turk hocha la tête, pensif, et posa son verre vide sur le bureau massif avant de se lever, en feignant de pas remarquer que, comme à chaque fois qu’il en avait l’occasion, le jeune président le détaillait de pied en cape avec un regard qui en disait long.

- Vous devriez vous offrir le luxe d’une sieste vous-aussi, Rufus. Quelque chose me dit que les jours qui viennent ne…

Il n’eut pas l’occasion de finir sa phrase.

Avant qu’il ne réalise se qui se passait, Rufus avant franchi la distance qui les séparait et l’avait brusquement saisi à bras le corps pour presser ses lèvres sur les siennes.

Vincent se raidit mais ne fit pas un geste pour le repousser, se contentant de garder la bouche furieusement close en attendant simplement qu’il reprenne ses esprits.

Le jeune président, sentant l’ex-turk de glace entre ses mains, le lâcha et recula d’un pas, penaud.

Vincent le regardait droit dans les yeux avec un visage de marbre et ce regard purpurin sans expression aucune - qu’il s’agisse de surprise ou de dégoût - était plus acerbe que la pire des imprécations.

- Je… Je suis désolé, s’excusa Rufus en se détournant, le rouge au front.

- Je me doutais que vous alliez finir par commettre ce genre d’impair, fit Vincent d’une voix blanche.

- Pardonnez-moi, Vincent, je ne…

- N’en parlons plus, le coupa ce dernier. Mais maîtrisez-vous, à l’avenir. Croyez bien que suis flatté mais ce genre de… “d’expérience” ne me tente pas et ne m’a jamais tenté.

Rufus se passa la main dans les cheveux, atrocement mal à l’aise.

- Je me sens ridicule, je ne sais pas quoi dire. La pression de ces derniers jour à dû…

- La pression n’y est pour rien et vous le savez parfaitement.

- Vincent, je…

- Je sais très bien ce que vous ressentez, Rufus. Je serais même tenté de vous dire que personne ne sait mieux que moi ce qu’aimer en secret signifie. Mais vous n’arriverez à rien avec moi. Ni maintenant, ni jamais.

Le jeune président sentit sa gorge se serrer.

- Je ne vous savais pas aussi cynique, monsieur Valentine…

- Ce n’est pas du cynisme. Mais, à mon âge, on sait qu’il est préférable mettre les choses au clair plutôt que de risquer de les laisser encore s’envenimer.

- Je… Je comprends.

Vincent se dirigea vers la porte et marqua un arrêt.

- Je n’aurais pas dû fermer les yeux en me disant que vos sentiments s’étioleraient d’eux-mêmes. Je suis désolé, Rufus.

Il quitta le bureau et le jeune président se laissa tomber lourdement dans son fauteuil.

- Tu n’es qu’un idiot, Rufus… s’admonesta-t-il en se resservant un verre de cognac, qu’il vida d’un trait malgré sa gorge serrée. Un pauvre idiot.

…à suivre

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LXVIII - Amours envenimées

“L’amour se mesure à ce que l’on accepte de lui sacrifier.”
A. Gardner

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Après le déjeuner, lorsque Loz eut fini de changer Kay dans la salle de bains et qu’il revint dans la chambre, Vincent et Weiss se tenaient sur le seuil, dans l’encadrement de la porte ouverte.

Les deux hommes chuchotaient pour ne réveiller personne. La nuit avait été longue pour tout le monde et la plupart des hôtes du manoir avaient cédé à la tentation d’une sieste réparatrice amplement méritée après le déjeuner.

- Dans ce cas, je réunirai tout le monde dans la salle de conférences à 9h30, demain matin, conclut Vincent en pressant le bras de l’ancien commandant des Tviets. D’ici là, repose-toi et essaye de te souvenir d’autant de détails que tu le pourras. Il ne faut rien négliger, on ne sait jamais.

Weiss acquiesça avec un sourire misérable et Vincent s’éclipsa en refermant doucement la porte.

- Hojo s’est servi de moi comme d’une marionnette, soupira le Tsviet en s’appuyant dos au battant. Je me sens si… si… stupide…

Loz s’allongea avec le bébé au milieu du grand lit et lui répondit par un sourire rassurant.

- Ca m’arrive tout le temps, assura-t-il. De me sentir stupide, je veux dire.

Weiss pouffa et vint s’asseoir à ses côtés.

- Je n’ai jamais été très doué pour cerner les gens ou les situations, de toute façon, avoua-t-il. En dehors d’un contexte de combat, s’entend. Dès qu’il a été en âge de comprendre ce qui l’entourait, j’ai toujours compté sur Nero pour analyser les choses et m’aider à prendre les décisions… soupira-t-il tandis que le bébé essayait d’attraper ses mèches blanches.

- Plus à l’aise dans l’action que dans la réflexion… fit Loz avec un petit froncement de sourcils ironique. Toute l’histoire de ma vie !

- Et tu n’en as jamais éprouvé de la rage ou…

Le Tsviet n’osa pas finir sa phrase, de peur de le froisser mais l’argenté le fit pour lui.

- De la honte ? Si, bien sûr.

- Je m’en suis voulu si souvent… J’étais l’aîné. C’était à moi d’assumer ce genre de responsabilité, mais…

Il fit la moue et haussa les épaules.

- Ouais, je comprends, argua Loz en clignant de l’oeil. J’aurais souvent aimé faire plus que protéger physiquement mes frères. Mais bon… Moi non plus je n’ai jamais été très doué pour planifier des choses ou jouer les ” chefs “, avoua-t-il en rougissant légèrement. Pourtant, j’ai cru comprendre que c’était bien ton cas.

Weiss fit résonner son joli rire de baryton et s’adossa à la tête du lit, les bras derrière la nuque.

- Quand je n’étais pas à la tête d’une mission suicide, on me gardait enchaîné comme un chien de combat dans sa cage ! Tu parles d’un chef…

- Mais Shelke a dit que…

- Oublie ce qu’a pu dire Shelke, le coupa le Tsviet avec amertume. Au Deepground, c’était ” marche ou crève “, je n’ai pas eu le choix. Ou je les surpassais tous, ou Nero et moi aurions fini dans un sac à viande. Ou pire… Sur la table de dissection d’Hojo, ajouta-t-il d’une voix tout juste audible. Mais tu sais de quoi je parle, pas vrai ? Tu sais ce que c’est, que d’être confronté à ce genre d’alternative.

Il dévisagea Loz avec intensité et celui-ci, un peu gêné, détourna les yeux et pinça les lèvres en glissant son pouce dans la menotte de son fils.

- Ecraser ou être écrasé, poursuivit Weiss. Vaincre tous tes adversaires ou mourir. Réussir chaque épreuve ou vivre un enfer de douleur et de peur. Et en ayant à l’esprit à chaque minute que toute erreur peut entraîner tes frères avec toi…

Loz déglutit avec difficulté.

- Vincent… Vincent t’a parlé de moi, c’est ça ?

Weiss sourit et le poussa de l’épaule d’une bourrade amicale.

- Pas besoin. Les types comme nous ont tous ce ” truc ” dans le regard.

- Quel ” truc ” ? demanda l’argenté en relevant la tête.

Le Tsviet planta ses prunelles dans les siennes et Loz soutint son regard, cette fois. En plongeant au plus profond des abîmes d’or ténébreux qui obscurcissaient les océans bleutés, il eut la désagréable impression, pendant un instant, de regarder à l’intérieur de lui-même.

- Ouais… murmura Weiss en notant le subtil changement de son expression. Ce ” truc ” là…

L’argenté cligna des yeux, coupant l’intense contact visuel, et lui rendit timidement son sourire.

Ils restèrent silencieux un long moment et Weiss fit babiller le bébé en le chatouillant avec une longue mèche de ses cheveux ivoirins.

Le jeune homme inspirait à Loz des sentiments contradictoires.

Comme tous ceux qui le rencontraient, il était bien sûr, de prime abord, fasciné par ce que le Tsviet dégageait, cet incroyable charisme, cette énergie qui semblait irradier de lui.

Mais, tapi sous cette aura de vitalité immaculée, l’argenté sentait aussi palpiter quelque chose de douloureusement familier. A la fois lourd de secrets et étouffant d’amour. Quelque chose de magnifiquement laid et d’horriblement beau… Une âme à fleur de peau, torturée, souillée, humiliée, trompée, mille fois brisée mais toujours généreuse et prête à se donner encore pour être à nouveau piétinée.

Une âme si familière…

Une âme si semblable à la sienne…

” Ca doit être horrible, de ne pas pouvoir exprimer ce qu’on ressent ! ” lui avait dit Tifa lorsqu’ils s’étaient revus dans la grande chapelle du manoir.

Mais comment exprimer ça ? Comment expliquer à quelqu’un que l’on ne s’appartient plus ? Que l’on a renoncé à soi depuis des années pour l’amour de ces ” autres ” que les gens appellent ses ” frères ” ? Qu’ils ont toujours été sa seule raison de vivre et de se battre ? Que l’entité appelée ” Loz ” n’est plus qu’une âme déchirée et morcelée à force de s’être donnée morceau après morceau…

- Weiss, tu… Tu ne t’es jamais demandé comment… Comment…

Il hésita car il n’avait jamais abordé ce genre du sujet avec personne - et encore moins avec ses frères.

Ils n’auraient pas pu comprendre. Personne n’aurait pu comprendre. Personne à part quelqu’un comme Weiss. Peut-être…

- Comment quoi ? l’encouragea ce dernier.

- Tu ne t’es jamais demandé comment tu as fait pour tenir le coup ? demanda Loz, la gorge soudain serrée. Pour supporter tout ça ? Pour aller de l’avant en sachant chaque matin que la journée qui t’attendait serait forcément pire que la veille ?

L’ancien chef des Tsviets hocha la tête, comprenant parfaitement à quoi il faisait allusion.

- Si. Souvent. Nero n’y est sans doute pas étranger.

- Oui, bien sûr, moi aussi, je savais que c’était pour mes frères, que je me battais. Que c’était pour eux, que je devais réussir toutes les épreuves et devenir fort… Assez fort pour les protéger en toute circonstance et réussir à faire face à n’importe quoi. Mais ce que je n’ai jamais compris, c’est ” comment ? “. Comment, juste au moment où tu réalises que tu as atteint tes limites, que tu vas crever là, comme le dernier des rats de laboratoire dans sa cage, tu arrives à trouver la force d’aller encore plus loin… Encore plus vite… De frapper encore plus fort, quitte à te briser les os… De repousser ton seuil de douleur et de résistance un peu plus à chaque fois…

Weiss soupira.

- Je ne sais pas. Je ne l’ai jamais compris, moi non plus.

- La puissance d’un homme n’est pas extensible à l’infini, quelle que soit la volonté et la rage qui l’anime, non ?

- Normalement, non. Les gens croient que c’est justement cette capacité de dépassement de soi qui fait de certains hommes des êtres exceptionnels. Des ” héros “. Des ” super soldats “. (Il ricana) De la merde, ouais !

- Le mako, peut-être.

- Non, affirma le Tsviet. Tous les soldats en reçoivent et, que je sache, ça n’a pas fait d’eux tous des foudres de guerre pour autant.

- Les cellules de Jenova ?

- On ne m’en a jamais injecté. Peut-être… Peut-être qu’à force de repousser les limites, quelque chose a été détruit en nous. (Il fit claquer ses paumes l’une contre l’autre) Paf ! Comme un disjoncteur en surcharge. Tu sais, comme si on avait coupé les fils d’une alarme dans nos têtes qui aurait normalement dû nous dire ” Oh ! Oh ! Les gars ! Il faut arrêter ! Stop ! Danger ! Ligne rouge franchie ! Risque de mort imminente ! “.

Loz fit la moue.

- Tu veux dire qu’on ne serait plus que des machines de guerre ignorant leurs propres limites ? Juste des tas de muscles bons à foncer dans le tas sans réfléchir ?

Weiss grimaça à son tour, n’aimant pas du tout cette idée.

- Tu sais quoi ? En fait, je pense que ce genre de prise de tête, c’est pas pour nous. Mieux vaut laisser ça à Nero ou à ton frère Yazoo ! ajouta-t-il avec une mimique enfantine.

- Oui, tu as sans doute raison, concéda l’argenté, préférant lui aussi changer de sujet.

- Demande-moi de te liquider cinq adversaires à main nues et je te les ramène par la peau des fesses en moins de temps qu’il n’en fait pour dire ” ouf “. J’ai été entraîné à ça depuis tout gosse. Mais si tu me demandes quelle est la dernière fois où l’on m’a ordonné de faire marcher ce truc-là pendant plus de dix minutes… ajouta le Tsviet en se tapotant la tempe.

Il fit vibrer ses lèvres, penaud, et Loz éclata de rire.

- Pareil pour moi, acquiesça ce dernier. Le seul cerveau surdéveloppé que je possède, c’est celui-là ! (Il fit gonfler son biceps) Notre premier instructeur me disaient tout le temps : ” Si un mur se dresse devant toi, Loz, souviens toi qu’on t’a donné une tête et que c’est pour t’en servir… “

Un nouvel éclair de complicité passa entre les deux jeunes hommes et ils finirent d’une même voix :

” … Dix secondes et un coup de boule plus tard : adieu le mur ! “

Ils éclatèrent de rire et le bébé les imita, ce qui décupla leur hilarité.

- Heidegger ! cracha Weiss lorsqu’ils se furent une peu calmés. Quel crevard, celui-là… Je croyais qu’il ne s’occupait que des recrues de l’Académie de Midgar.

Loz secoua la tête et grimaça.

- Il nous a entraînés au moins quatre fois par semaine, mes frères et moi. Jusqu’à ce que j’aie une dizaine d’années. Il se passait toujours quelque chose. Un accident ou de gros dégâts. Alors, au bout d’un moment, Hojo en a eu assez. Mon frère les a entendus se disputer puis on ne l’a jamais revu. C’était vraiment quelqu’un de méchant…

- De méchant ? S’étrangla le Tsviet. C’est peu de le dire ! Ce type était un salopard de la pire espèce ! ” Si ça saigne, c’est qu’on peut le tuer ! “, imita-t-il d’une voix rocailleuse en faisant gonfler ses joues.

Les rires des deux hommes résonnèrent à nouveau dans la chambre avec une telle spontanéité qu’ils faillirent ne pas entendre les petits coups discrets frappés à la porte.

Ils se figèrent, comme deux garçonnets surpris à faire du boucan en pleine nuit.

- Oups… grimaça Weiss, penaud.

- C’est ouvert ! fit Loz en retenant un fou rire.

Shelke passa la tête par le battant et s’excusa.

- Pardon ne vous déranger mais Nero commence à s’agiter, je crois qu’il ne va pas tarder à se réveiller.

Son ancien commandant sauta aussitôt sur ses pieds.

- Je prends la relève. Va dormir un peu. (La jeune fille obéit et il se tourna pour saluer Loz, qui lui répondit en agitant la menotte du bébé, qui rit comme un petit fou.) Salut, petit lutin !

Il quitta la chambre à son tour en fermant doucement la porte et Loz s’allongea contre les oreillers en retenant un bâillement et assit son fils sur sa poitrine.

- Qu’est-ce que tu en dis ? C’est un chouette type, hein ?

Kay agita les mains en babillant et l’argenté sourit.

***

- Capitaine Rhapsodos, il faut absolument que je vous présente à Cait ! lança Reno avec une note venimeuse qui amusa grandement Sephiroth lorsque Genesis se laissa aller à un nouvel accès d’incontinence poétique en l’honneur de Yazoo - qui n’en finissait pas de rougir. Vous êtes vraiment faits pour vous entendre, tous les deux…

L’ex-Cauchemar dissimula un sourire caustique derrière le rideau soyeux de ses cheveux - détail qui n’échappa pas au turk, ravi de s’être trouvé un allié imprévu - et Yazoo lança à son amant un regard acerbe.

- Reno…

- Quoi ? Je n’ai pas raison ?

Genesis, loin de se douter qu’il était la cible d’une pique bien affutée, sourit aimablement pour rassurer l’objet de ses attentions lyriques.

- Je devine que Sephiroth a dû me dépeindre comme un ours taciturne et asocial, plaisanta-t-il en se méprenant sur la gêne de l’argenté. Mais je vous assure que je serais ravi de rencontrer votre ami. A plus forte raison si nous partageons quelques centres d’intérêt.

Reno fit mine de réfléchir à la question et Yazoo le fixa avec intensité, le mettant au défi d’ouvrir la bouche.

Sephiroth, lui, avait fort à faire pour garder son sérieux.

- Oh ! Vous avez, à n’en pas douter, plus de choses en commun qu’on ne pourrait le croire de prime abord, confirma le turk, faisant blêmir son compagnon. Même si Cait est plus… plus… Comment dire ?

Yazoo contracta les mâchoires, s’attendant au pire.

- Velu ? ne put s’empêcher d’intervenir Sephiroth, en ravalant l’éclat de rire qui menaçait d’exploser à tout instant au fond de sa gorge.

Yazoo le fusilla du regard et il pinça les lèvres pour ne pas pouffer.

- Velu ? s’étonna Genesis, sûr d’avoir mal compris.

- Ne les écoutez pas, capitaine Rhapsodos, ils sont un peu cabots, parfois, préféra couper l’argenté. Je suis ravi d’avoir fait votre connaissance, ajouta-t-il précipitamment en poussant le turk sans ménagement vers la porte. J’espère avoir le plaisir de vous revoir au dîner !

- Oh mais, tout le plaisir sera pour moi, croyez-moi… assura Genesis avec un sourire séducteur.

- On vous gardera la place à côté de Cait ! lança Reno depuis la porte. Vous ne… Aïe !

Ils disparurent dans le couloir et le Banoran se tourna vers son ami.

- Qui est ce Cait, dont vous faites tous si grand cas ? Un officier du WRO ?

S’en fut trop pour Sephiroth, qui éclata franchement de rire.

…à suivre

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LXVII - Graines de jalousie

L’hermaphrodisme est un vice de forme…

ou une forme de vice !”

L. Campion

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Genesis se laissa aller contre le dossier relevé de son lit et ferma les yeux en soupirant, priant pour que tout ce qu’il venait d’apprendre ne soit qu’un cauchemar ou une mauvaise blague.

Depuis presque deux heures, il écoutait Sephiroth, assis sur une chaise à son chevet, et celui-ci semblait encore plus écœuré que lui - si c’était possible - par ses propres mots.

- Je mangerai la cervelle de ce salopard d’Hojo à même sa tête avec une petite cuiller, cracha le Banoran.

- C’est toi qui risquerais d’en crever, essaya de plaisanter son ami.

Genesis laissa échapper un rire amer.

- Ouais… Tu n’as peut-être pas tort.

Merill s’approcha d’eux.

- Monsieur Rhapsodos, je vais retirer votre perfusion mais vous devriez rester encore allongé une petite heure. Normalement, la solution préparée par le docteur Rui devrait arrêter définitivement la dégénérescence de vos organes mais, le cas échéant, on pourrait réitérer l’opération en modifiant un peu le mélange sans le moindre problème, rassurez-vous.

Genesis hocha aimablement la tête et se laissa faire sans broncher.

- Ca a l’air si simple, à t’entendre… soupira-t-il.

- Oh ! Ca en l’est pas, monsieur Rhapsodos. Il a fallu des années de recherche sur le mako purifié au docteur Rui pour arriver à mettre au point ce genre de sérum.

- Si seulement ce traitement avait existé il y a 10 ans… soupira le Banoran.

Merill sourit.

- Mieux vaut tard que jamais, monsieur.

- Oui, on va dire ça. Comment va Nero ?

- Il réagit bien mieux qu’on ne pouvait l’espérer, ne vous en faites pas. Son frère est avec lui, au premier. Si je puis me permettre, monsieur… ce que vous avez fait était vraiment très généreux.

Genesis eut un sourire triste.

- Généreux, mon garçon, j’aurais dû l’être des années plus tôt et tout ceci ne serait jamais arrivé.

- Genesis… le tança gentiment Sephiroth.

Merill s’éloigna, un peu embarrassé, et son patient secoua la tête.

- Weiss m’avait prévenu, Seph, avoua le Banoran, la gorge serrée.

- De quoi tu parles ?

- Lorsque lui et Nero sont venus me chercher, peu après l’incendie de Nibelheim. Avant de mettre mon corps à l’abri dans la grotte, ils m’ont supplié de les aider à éliminer les chefs de la 14ème légion.

Sephiroth frissonna.

- Les Restrictors ?

Genesis acquiesça.

Les Restrictors étaient les éminences grises du légendaire Deep Ground, la 14ème force de Soldat - ainsi nommée car elle avait vaincu en une seule nuit tous les membres du “Ragnarok”, la 13ème légion considérée jusqu’alors comme le bras armé le plus puissant de la Shinra.

- Weiss disait que quelque chose de grave se préparait. Que les Restrictors allaient les utiliser, lui et son frère, comme fers de lance d’une nouvelle unité de supers soldats du Deep Ground.

- Les Tsivets.

- J’ai cru qu’il exagérait et j’ai refusé… murmura le Banoran d’une voix brisée.

- Genesis…

- Merde, Seph, j’ai refusé ! Je lui ai dit que ce n’était plus mes affaires, que je ne voulais plus être mêlé de près ou de loin aux magouilles de la Shinra !

Il se couvrit le visage des mains.

- Genesis, tu ne pouvais pas devin…

- Je les ai laissé tomber, Seph ! Ils m’ont supplié de les aider et je les ai laissé tomber pour courir me planquer quelque part entre ma propre conscience et le royaume des morts en croyant que passer des années à méditer loin de tout m’aiderait à comprendre le sens de la vie et ferait de moi un être… supérieur ! Comme si un simple humain pouvait… (Il se tut, à demi-étouffé par le remords) Ils n’étaient que des gosses… Ils n’avaient personne. Et je les ai laissé tomber pour courir après une chimère !

- D’accord, tu les as laissé tomber. Mais ils sont là, maintenant, dans ce manoir, bien vivants. Et beaucoup d’autres aussi. Des milliers d’autres qui ont besoin de nous. Alors plutôt que de te morfondre sur tes erreurs passées, tu ferais mieux de te reprendre pour nous aider à affronter ce qui se prépare !

Genesis le dévisagea un long moment, sourit avec ce qui n’était pas loin de ressembler à de la tendresse et hocha la tête.

- Et on dit que les fortes têtes ne changent jamais…

*

Kay gazouillait sur le lit tandis que Loz détournait son attention pour permettre à Yazoo de soigner ses petits pieds meurtris.

Tifa et Gretta s’étaient rendues au village avec Marlène et Denzel, qui ne tenaient plus en place et n’avaient qu’une envie : se glisser en douce dans la chambre de Weiss et de Nero pour voir de quoi avaient l’air les mystérieux invités et anciens compagnons d’infortune de Shelke.

Loz fit mine de dévorer le petit vendre rebondi et le bébé rit comme un fou en donnant des coups de pied en tout sens, empêchant Yazoo de continuer à appliquer la pommade sur les petons tendres.

- Loz !

Son cadet se saisit fermement d’une petite jambe potelée, ce qui parut déplaire fortement au bébé, qui fronça des minuscules sourcils argentés pinça les lèvres avec une grimace boudeuse.

La mimique était si typique de Loz que Yazoo fut pris d’un fou-rire.

- Quoi ?

- On dirait toi ! Ah ! Ah ! Ah !

L e jeune colosse allait répliquer lorsqu’on frappa à la porte de la chambre.

- C’est ouvert !

Le battant s’ouvrit lentement et la silhouette de Weiss se dessina dans l’encadrement.

L’ancien Tsviet était vêtu d’un ample pantalon de toile, d’un sweat-shirt bleu pâle qui moulait son torse athlétique et de rangers militaires prêtées par Cid. Tous deux faisaient pratiquement la même taille. Tifa et Gretta devaient revenir du village avec quelques vêtements pour lui, les argentés et le bébé. Pour ce qui était de Nero, c’était une tout autre paire de manches (au sens propre comme au figuré). Reeve s’était entretenu un long moment au téléphone et par Internet avec la section de recherche du WRO au sujet d’un vêtement de contention adapté.

- Pardon de vous déranger, s’excusa Weiss de sa belle voix de baryton. Je voulais vous remercier de vous être occupés de mon frère. Shelke m’a dit que vous l’aviez fait sortir du caisson et que vous étiez resté avec lui tout ce temps.

Yazoo sourit en remettant ses petits chaussons au bébé.

- Entre, ne reste pas à la porte. Comment va ton frère ?

- Bien mieux. Grace à vous tous. Shelke est avec lui. (Il s’approcha et se pencha sur le petit) Te revoilà, toi, petit lutin. Tu me reconnais ?

Kay gazouilla en agitant ses petites menottes vers lui.

Voyant qu’il n’osait pas toucher le bébé, Loz le souleva et le lui tendit.

- Dis bonjour, Kay !

Aussitôt, le petit s’agrippa à Weiss et le dévisagea avec de grands yeux curieux.

Le rire du jeune homme résonna dans la pièce. Un joli rire comme Yazoo et Loz n’en avaient jamais entendu : clair, spontané et terriblement communicatif.

Le bébé, envoûté, se mit à rire lui aussi. La température et la luminosité de la chambre parurent montrer de plusieurs degrés.

Les jumeaux échangèrent un regard aussi étonné que charmé.

Weiss paraissait illuminer littéralement la pièce de sa présence mais, étrangement, malgré une plastique parfaite et des traits à faire pâlir d’envie tous les anges du paradis, son charme n’agissait pas sur le plan ” physique “. L’attirance qu’il provoquait n’avait rien de sexuel ni même de sensuel. Sa séduction opérait à un autre niveau…

Etrange.

En le voyant jouer et rire avec Kay, son surnom ” Weiss l’immaculé ” commençait à prendre tout son sens pour les deux argentés.

Avec un tel charisme, il n’était pas étonnant que ses soldats se soient mis à l’adorer comme un demi-dieu…

- Eh ! On s’amuse comme des fous et on ne m’a pas invité ? claironna la voix enjouée de Reno.

Yazoo, encore sous le charme, se tourna vers la porte.

- Kay a reconnu Weiss, fit-il pour se redonner une contenance.

- Ah ouais ? Et le beau Reno, tu le reconnais, p’tit grumeau ? (Il fit une grimace ridicule en direction du bébé et le rire de celui-ci redoubla) Sephiroth aimerait te présenter à son vieil ami, Yazoo baby. Tu es le seul qu’il n’ait pas encore vu. Tu veux bien descendre une minute ?

- Oh… Oui, bien sûr.

- Au fait, comment va Nero ? demanda aimablement le turk.

- Bien mieux, répondit Weiss, un rien gêné car peu habitué à tant de sollicitude. C’est toi qui m’a ramené en hélicoptère, n’est-ce pas ?

Reno s’inclina avec une révérence comique.

- A ton service !

- Ne pilotais-tu pas aussi l’un des hélicoptères qui ont donné la chasse à Genesis et à Angeal, lorsqu’ils ont déserté le Soldat ?

Le turk hoqueta et écarquilla les yeux.

- La vache… Ca, c’est de la mémoire ! Ouais, j’en pilotais un. Je n’étais qu’un simple exécutant, à l’époque. Mais toi tu… Ton frère et toi deviez être des gamins, non ? Ca fait quoi ? Huit ? Neuf ans ?

Weiss hocha la tête, amusé.

- Nero avait 16 ans. Moi, 23.

- On a plus ou moins le même âge, alors, toi et moi ? s’étonna le turk, surpris par l’apparente jeunesse de l’ancien chef des Tsviets.

- Je crois bien.

Yazoo poussa Reno dehors avant qu’il ne commence à cuisiner Weiss sur une hypothétique recette miracle de l’éternelle jeunesse et ce dernier rit de bon cœur, amusé par leurs pitreries.

*

- De l’hermaphrodisme ? répéta Genesis, qui n’en croyait pas ses oreilles. Tu es sérieux, Seph ?

Sephiroth hocha la tête avec gravité.

- Promets-moi de ne pas y faire la moindre allusion.

- Oui… Oui, bien sûr, cela va de soi mais c’est quand même incroy…

- Chut ! Les voilà.

Genesis leva la tête pour voir s’avancer Yazoo, flanqué du turk roux qui était parti le chercher, et réalisa aussitôt qu’il lui serait inutile de se mordre la langue. Le corps élancé moulé dans un long manteau cuir noir et l’adorable visage encadré par une longue chevelure de mercure pur lui avait fait perdre la voix !

Alors c’était ça, le ” jumeau ” hermaphrodite de Loz ?

L’ancien soldat s’était attendu au pire à une caricature grassouillette du jeune colosse avec des seins, des joues hirsutes et une voix aiguë et, au mieux, à une version de lui un peu efféminée mais sûrement pas à… ça !

Bouche bée, il regarda s’avancer la créature éthérée qui répondait donc au charmant surnom de ” Yazoo baby ” et lorsque celui-ci s’arrêta devant son lit en souriant, Genesis crut que des dizaines de papillons venaient de prendre leur envol dans son estomac.

- Yazoo, voici Genesis, l’un de mes amis d’enfance, le présenta Sephiroth.

L’incarné adressa au Banoran un élégant petit salut de la tête.

Ce dernier dut se faire violence pour ne pas tendre la main afin de chasser une mèche de cheveux du visage en cœur pour la glisser derrière l’une des délicates petites oreilles.

- C’est un honneur de vous rencontrer, capitaine Rhapsodos, fit l’apparition de sa voix douce en s’inclinant avec respect.

Un parfum sucré à tourner les sens caressa les narines de Genesis. Il entrouvrit les lèvres pour le respirer par la bouche afin de le goûter et faillit fermer les yeux pour le déguster comme il l’aurait d’un vieux cognac.

- Tu contiens dans ton oeil le couchant et l’aurore; récita-t-il, plongeant son regard dans celui de l’incarné.

Tu répands des parfums comme un soir orageux;

Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore

Qui font le héros lâche et l’enfant courageux.

Yazoo hoqueta, à la fois flatté et surpris, et une rougeur - que Genesis trouva au demeurant particulièrement charmante - colora ses pommettes hautes.

C’était bien la première que quelqu’un s’adressait à lui de la sorte !

Sephiroth leva les yeux au ciel.

- Oui, j’avais oublié ce détail, railla-t-il. Genesis adore les niaiseries et plus particulièrement lorsqu’elles riment !

Yazoo fit tinter son rire musical et le Banoran lui fit un clin d’œil.

Un geste de séduction que Reno, qui observait les réactions de Genesis depuis qu’ils étaient arrivés, n’apprécia pas mais alors pas du tout

à suivre

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LXVI - Un mort bien vivant

Quand on n’a rien à se reprocher dans la journée,

on ne craint pas que les fantômes viennent

hurler à la porte au milieu de la nuit. ”

Proverbe chinois

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Derrière la vitre de la cuve, Weiss essayait désespérément de deviner ce qui se disait et se passait dans le laboratoire.

Il avait définitivement repris ses esprits deux heures plus tôt, en sentant l’horrible douleur - typique du mako purifié - embraser ses poumons et ce fut pour voir Sephiroth allonger son frère sur - ou plutôt ” dans ” - le corps de Genesis, que d’autres hommes avaient transporté jusque là dans une civière.

- Weiss ? Weiss, tu m’entends ?

Il baissa les yeux vers Shelke, qui tapotait le verre de la cuve pour attirer son attention.

- Kadaj va augmenter un peu la concentration de mako, l’informa la jeune fille. Fais-nous signe si tu sens une gêne ou une brûlure quelconque.

Indifférent à son propre sort et à la douleur de ses os brisés, l’ancien chef des Tsviets désigna ce qui se passait dans le laboratoire et secoua la tête, soucieux.

- Je te l’ai dit, insista la jeune fille. Tu n’as rien à craindre. Il s’agit bien de Genesis. Du vrai Genesis. Nero a besoin de ces cellules ou sinon, il risque de…

Weiss sentit un horrible élancement au côté droit, là où une côte avait transpercé son foie, et il posa lourdement le front sur le verre avec un ” toc ” sinistre, interrompant son ancienne subordonnée.

Celle-ci se tourna vers sa sœur, ne sachant plus comment convaincre le jeune homme de se concentrer sur sa propre guérison.

Shalua s’approcha.

- Weiss ? Weiss, regarde-moi. Regarde-moi !

Elle donna une tape sur la paroi et il daigna enfin lui accorder un peu d’attention mais son magnifique regard bleu et or décelait un monde d’angoisse et de souffrance.

- Tout va bien se passer, assura-t-elle d’une voix douce. Vincent et Genesis savent ce qu’ils font, je t’en donne ma parole.

Le Tsviet vissa ses prunelles aux siennes, comme s’il lui demandait silencieusement de jurer qu’il n’arriverait rien à son frère, et Shalua sourit.

- Ce qui aidera vraiment Nero à se remettre rapidement, c’est de voir que son grand frère va bien et qu’il est hors de danger.

Weiss ferma les yeux un instant, comme s’il se concentrait pour essayer de se reprendre et de gérer la douleur et hocha la tête.

- Bien. J’ai réduit les fractures et il faut à présent que le mako ressoude tes os et régénère tes organes. Kadaj va y aller en douceur.

Le jeune homme acquiesça de nouveau et se tourna vers Kadaj, qui lui sourit pour le rassurer.

- Le mako aussi pur est très instable, fit ce dernier. Alors j’ai vraiment besoin que tu m’alertes à la moindre gêne.

Weiss plissa le front en signe d’incompréhension et tourna la tête vers Shelke, qui laissa échapper un petit rire.

- Tu n’es plus au Deep Ground, Weiss, dit-elle. Ici, tu te rendras à peine compte du changement de concentration de mako. Kadaj est un vrai virtuose.

L’incarné haussa un sourcil, un peu perdu, et la jeune fille s’assit sur l’accoudoir de son fauteuil.

- Au Deep Ground, les scientifiques n’utilisaient pas de paliers progressifs, expliqua-t-elle.

Kadaj tordit le nez.

- Charmant… Et moi qui pensais que nous avions écopé des pires sadiques au cratère Nord !

De l’agitation se fit dans l’infirmerie.

Telle un étrange papillon s’arrachant à sa chrysalide, Nero avait commencé à s’extraire du corps de Genesis. Et à le voir haleter et lutter, cela n’avait rien d’un exercice aisé.

Le rythme cardiaque de Weiss se mit à battre la chamade, faisant hurler les appareils de contrôle, et Kadaj jura.

- Du calme, Weiss, le supplia Shelke. Concentre-toi !

Nero était parvenu en rampant à extraire la moitié supérieure de son corps de celui de son hôte… lorsqu’il s’effondra sur le côté, à bout de souffle.

- C’est pas vrai… soupira Vincent. Allez, encore un petit effort !

- Ne peut-on pas l’aider ? proposa Loz, prêt à se saisir des bras minces pour le tirer vers lui.

- Surtout pas ! intervint l’essence fantomatique de Genesis. Tu pourrais endommager irrémédiablement et son corps, et le mien.

- Voire même couper tout bonnement ce garçon en deux, ajouta Reeve.

Cid, lui aussi présent, se raidit.

- Tu es sérieux ?

- Les cellules de sa partie inférieure sont totalement imbriquées dans les miennes, confirma Genesis.

Sephiroth s’accroupit à côté de Nero, trop épuisé pour ne serait-ce que se redresser sur ses avant-bras.

- Allez, courage, c’est bientôt fini. Tu y es presque.

Le Tsviet secoua la tête.

- Je… Je n’y arrive… pas…

- Essaye quand même une dernière fois. Respire un grand coup.

Nero obéit et s’accrocha même aux jambes de Sephiroth pour essayer de se libérer. En vain. Son bassin et ses jambes restaient prisonnières de ceux de Genesis - ou plutôt ” mêlés ” à eux.

- Je… Je ne… peux pas… Je suis… Désolé…

Le Soldat lança un regard désespéré à Vincent, qui secoua la tête.

- Il est en train de s’épuiser pour rien alors qu’il a besoin de toutes ses forces pour se remettre d’aplomb et assimiler les cellules de Genesis, trancha ce dernier. Ce n’est pas bon du tout.

- Alors, je crois que nous n’avons pas le choix, fit Reeve en se tournant vers l’essence fantomatique de l’ancien soldat 1ère classe. Il va falloir l’aider.

- J’aurais préféré éviter ça, murmura ce dernier. Ca risque d’être très violent et dans son état de fragilité, il…

- Genesis… intervint Sephiroth, la tête de Nero sur ses genoux. Il est vraiment à bout.

- D’accord, d’accord, Seph, c’est bon, j’ai compris.

*

Dans le grand salon, les autres hôtes du manoir - Denzel et Marlène, qui dormaient encore, exceptés - étaient réunis devant un petit déjeuner très matinal, les yeux bouffis de sommeil.

- Bon sang ! Je pourrais dire que j’en aurais vu, des trucs bizarres, dans ma vie… fit Rude, encore vêtu de sa tenue de commando, en avalant son troisième café.

Reno lui tapa sur l’épaule et se saisit d’une carafe de jus de fruits.

- Tu l’as dit, mon pote.

Il remplit son verre et celui de Yazoo, qui ne cessait de lorgner sur le cadran de la montre de son amant.

Tifa, qui avait remarqué son manège depuis un moment, se pencha à son oreille

- Tseng et Elena seront là d’un moment à l’autre, chuchota-t-elle.

L’argenté sourit et elle lui pressa amicalement la main.

- En fait, non, pas tout de suite, annonça Rufus avec une moue. Avec les événements de la nuit, j’ai oublié de vous en faire part mais Tseng a appelé. Ils ont dû s’arrêter en route. Un petit problème d’ordinateur de bord mais rien de grave. Ils seront là dans la soirée. (Les épaules de Yazoo s’affaissèrent) Je suis désolé, j’aurais dû t’en parler tout de suite.

L’argenté se reprit et secoua la tête.

- Ca ira, ne vous en faites pas. Je… Je m’étais juste mentalement préparé à leur arrivée pour ce matin, c’est tout.

Reno lui passa le bras autour des épaules, réconfortant.

- Les machines sont toujours là pour nous pourrir la vie pile poil quand il ne faut pas, petit ! soupira Barret avec philosophie.

Yuffie s’étira et se frotta les yeux.

- Je me demande comment ça se passe, en bas.

*

Genesis eut beau essayer de réintégrer son corps aussi délicatement que possible, comme il l’avait craint, à peine ” réinstallé “, Nero en fut expulsé avec une violence inouïe.

Si Loz n’avait pas aidé Sephiroth à le retenir, le ténébreux aurait sans doute été propulsé à plusieurs mètres et il ne s’en serait pas tiré indemne.

La douleur n’en fut cependant pas moins intense et, tout comme cela avait été le cas lorsqu’Hojo l’avait chassé du corps de Genesis une première fois, Nero eut l’impression que chacune de ses cellules se scindait en deux.

Son cri résonna dans l’infirmerie.

Weiss, affolé, hurla le nom de son frère en silence dans le mako en plaquant ses deux mains contre la vitre et Shelke essaya une fois de plus de l’apaiser.

- Ca va aller ! Ma sœur et Vincent sont avec lui. Reprends-toi ! Tu dois te calmer ou tu risques d’endommager irrémédiablement les os fracturés que Shalua a remis en place ! Si le mako les ressoude de travers, tu es bon pour passer sur la table d’opération avant de retourner là-dedans !

A quelques mètres de là, Shalua auscultait Nero, qui gisait dans les bras de Sephiroth.

- Il est choqué mais ça a l’air d’aller. Tu m’entends, chaton ? Ouvre-les yeux, allez.

- Nero… gémit Genesis, qui essayait de se redresser un peu avec l’aide de Merill.

- Doucement, Capitaine Rhapsodos. Reconstituer ce que vous avez offert à votre ami va prendre un peu de temps. Restez tranquille.

Nero ouvrit lentement les yeux et Shalua lui sourit en passant la main dans ses cheveux dégoulinants de sueur.

- Ca va, chaton ? Comment te sens-tu ? As-tu mal quelque part ?

- Fa…tigué…

Sephiroth et Vincent laissèrent échapper un soupir d’intense soulagement.

- C’est normal, poursuivit la jeune scientifique en caressant le front moite. Tu vas pouvoir dormir et te reposer autant que tu le voudras, maintenant, je te le promets.

Elle se tourna vers la cuve, où Weiss s’agitait de plus en plus, et leva le pouce avec un large sourire, pour faire signe que tout allait bien.

- Ca a marché, dit Shelke en posant ses paumes contre celles de Weiss à travers la vitre de la cuve. Tu entends, Weiss ? C’est fini, Nero est hors de danger, maintenant.

L’ancien chef des Tsviets hocha la tête et se laissa aller en arrière contre la paroi en fermant les yeux, comme si le soulagement lui coupait les jambes et lui ôtait ce qui lui restait d’énergie.

- Weiss ? appela doucement Kadaj. Weiss, encore un effort, il faut trouver le bon palier de mako. Ensuite tu pourras te laisser aller jusqu’à ce que tu sortes de là.

Weiss se força à sourire malgré la douleur et acquiesça.

*

Tseng - ou du moins avait-il l’apparence de Tseng - enjamba le corps inanimé d’Elena et du pilote de l’avion pour se saisir du petit cercueil, qu’il ouvrit pour récupérer le minuscule défunt momifié.

- Ridicule… cracha-t-il en voyant les vêtements de poupée.

Il dénuda le corps du bébé sans la moindre pitié, éparpillant la layette sur le sol, et voulut le glisser dans la poche de son costume mais la position des petits bras et des jambes potelées l’en empêchèrent.

- Saleté…

Il jeta un regard alentour et prit un sac en papier destiné aux passagers souffrant du mal de l’air.

Il brisa les membres du bébé avec des “ crac ! ” sinistres, désolidarisa le corps de la tête et jeta le tout dans le sac avant de glisser ce dernier dans sa poche.

- Des cellules de Jenova parfaitement conservées ! ricana-t-il en tapotant les petits restes momifiés à travers la toile de sa veste, faisant s’entrechoquer les morceaux avec un bruit de cailloux. Un génie ! Je suis un génie…

à suivre

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La bonne éducation (2e partie)

***

Rédaction : Shiva Rajah

Inspiré d’un passage du roman “Thyia de Sparte” de Cristina Rodriguez (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (Studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

- Postulant Soldat au rapport, chef !

Zack redressa la tête pour voir à qui appartenait la petite voix flûtée qui s’adressait à lui de façon aussi solennelle de si bon matin et éclata de rire en voyant le minuscule garçonnet.

- Nero ? Qu’est-ce que tu fais là ? demanda-t-il en finissant de lacer ses bottes.

- Je me suis échappé de la salle de simulation ! claironna fièrement le garçonnet.

Zack pouffa.

- Toi, avec tes petites jambes et ta petite tête, tu as réussi à échapper au Restrictor ?

Un membre de la mythique 14ème force du Soldat venait une fois par semaine à l’Académie pour surveiller les progrès des recrues qu’ils avaient repérées lors des entraînements.

A l’instar de la plupart des gens, Zack n’avait jamais pu entrevoir ne serait-ce que le regard du mystérieux personnage, toujours à l’abri de la visière d’un casque de métal noir qui lui recouvrait entièrement la tête.

- Il n’a même pas pu me toucher ! se récria Nero, vexé.

- Tiens donc !

- C’est vrai !

- Et comment t’y es-tu pris ? En lui mordant les doigts de pied pour l’empêcher de te courir après ?

Le garçonnet éclata de rire.

- Bah non, t’es bête ! On peut pas faire ça, il a des grosses bottes qui montent, comme Sephiroth ! (Zack sourit) Je lui ai vomi dessus !

- Tu as quoi ? s’écria le jeune homme, estomaqué.

- Bah ch’ai mis deux doigts là, chur la langue, comme cha…

Zack bondit sur lui pour lui retirer les doigts de la bouche.

- Non, ça va ! Je te crois sur parole.

- Et puis quand il criait et que les soldats le nettoyaient, je suis parti sans que personne me voie. Voilà ! conclut fièrement le petit.

Le postulant soldat partit d’un rire tonitruant et hocha la tête.

- Le Restrictor t’effraie donc à ce point là ?

Le garçonnet acquiesça.

- Il est méchant et il essaye toujours de me faire peur pour que je fasse sortir du noir de mes mains alors que, normalement, j’ai pas le droit !

- Oh… Je vois. Dans ce cas, je dis que tu as sans doute bien fait de t’enfuir - mais ne le répète pas ! (Nero bomba fièrement son petit torse) Cela étant dit, qui t’a appris à faire une chose aussi dégoûtante ?

- Weiss !

- Weiss ?

Nero acquiesça.

- Enfin, il m’a pas appris. Il fait ça tout le temps pour faire croire au Restrictor qu’il est malade.

Zack haussa le sourcil, de plus en plus surpris.

- C’est de famille, ma parole !

Pourtant, être remarqué par le restrictor et avoir ne serait-ce qu’une chance d’intégrer le prestigieux Deep Ground était le rêve de tous les postulants Soldats.

Pourquoi Weiss laissait-il laissé passer une telle occasion ? Pire, pourquoi faisait-il tout pour la gâcher ?

- Et pourquoi Weiss fait-il une chose aussi étrange ?

Le garçonnet se mordit la lèvre inférieure et rougit.

- Je sais pas.

- Pourquoi Weiss fait quoi ? demanda Angeal, qui venait d’entrer dans le dortoir. Bah ! Qu’est-ce que tu fais là, toi ? ajouta-t-il en remarquant Nero. Je te croyais à l’infirmerie !

Le garçonnet rentra la tête dans les épaules.

- Je… Je me suis perdu… couina-t-il .

Angeal gronda et fronça les sourcils.

- Tu t’es perdu ?

- Oui…

- Et tu es sans doute venu jusqu’ici pour demander ton chemin à Zack ?

- Euh… Je sais pas… Oui ? fit-il, ne sachant visiblement pas s’il s’agissait d’une bonne explication ou non.

Le Soldat avança d’un pas et se pencha en avant sur le garçonnet, qui se couvrit la tête de ses petits bras tatoués.

- Tu sais ce qu’on fait aux petits garçons qui mentent ?

A force de se tasser, Nero était presque assis sur le sol et Zack dut faire un effort pour ne pas éclater de rire et ruiner le simulacre de sévérité d’Angeal.

Ce dernier avait lui-même le plus grand mal à empêcher les coins de la bouche de s’étirer et le fou-rire le menaçait en voyant le frère de Weiss accroupi à ses pieds.

Soudain Nero éclata en sanglots et agrippa son petit ventre.

- Tu ne vas pas te remettre à vomir, hein ? demanda Zack, méfiant.

Le garçonnet secoua la tête.

- Tu as bobo au bidon ? s’enquit Angeal, regrettant aussitôt d’avoir joué les grosses brutes.

Le petit secoua encore la tête en pleurant de plus belle.

- Non… sanglota-t-il.

- Je t’ai fait si peur que ça ?

Nero acquiesça.

- Oui…

Le Soldat s’accroupit devant lui et sourit, rassurant.

- Allez, c’est fini, chibi face, c’était pour de faux. Viens me faire un câlin.

Il tendit les bras mais le petit recula en se tenant toujours le bas-ventre à deux mains.

- Alors ça y est, tu ne m’aimes plus ? fit Angeal avec un grimace boudeuse dans l’espoir de le faire sourire.

- Si… couina le garçonnet en reniflant.

- Alors pourquoi tu ne veux pas me faire un câlin ?

- J’ai fait un truc pas exprès… finit par avouer le garçonnet d’une toute petite voix entre deux sanglots en agrippant son petit pantalon de plus belle.

Zack se détourna, la main sur la bouche pour étouffer un fou-rire incontrôlable et Angeal dut se mordre la langue au sang pour ne pas en faire autant.

- Je vois…

Poursuivi par le rire incontrôlable de Zack, il souleva l’enfant de terre et se dirigea vers les douches en le tenant à bout de bras, le plus loin possible de lui.

*

Nero prenait son goûter assis sur la cuisse de Zack, à qui Angeal avait confié le petit après l’avoir récuré comme une casserole et habillé de vêtements propres.

- Au fait, tu ne m’as pas dit pourquoi Weiss faisait semblant d’être malade devant le Restrictor.

- Je sais pas si j’ai le droit. Il m’a dit de rien dire.

Le jeune homme entreprit de lui peler une orange et de la séparer en quartiers.

- Qui ? Weiss ?

Nero acquiesça et prit un quartier d’orange qui, dans sa minuscule petite main paraissait énorme.

Lorsqu’il le mit tout entier dans sa bouche, le jus gicla et Zack prit une serviette en papier pour le débarbouiller.

- Doucement ! Ne mets pas de si gros morceaux dans ta bouche, tu vas t’étouffer.

- Weiss, il l’écrabouille dans un verre.

- Oui mais tu es grand, maintenant, tu peux manger des oranges sans avoir besoin de les presser. Non ?

Le garçonnet haussa ses petites épaules et pris un autre quartier d’orange.

- Chais pas. Tu me racontes encore la grenouille bleue et la princesse ?

- Dans un moment. Et si je te promets que personne ne saura que tu m’en as parlé ? Que c’est un secret rien qu’entre toi et moi, d’homme à homme ?

Nero fronça ses petits sourcils.

- Que je suis grand et que je mange des vraies oranges ?

Zack pouffa.

- Mais non ! Pourquoi Weiss ne veut pas être sélectionné pour le Deep Ground.

- C’est quoi ” sectionné ” ?

- Pas sectionné, chibi face ! Se-LEC-tion-né. Choisi par le Restrictor.

- Tu veux, toi ?

- Bien sûr !

Le petit parut désarçonné.

- Tu veux que Restrictor te fasse ” des choses ” ? chuchota-t-il, ne parvenant à croire ce que lui disait Zack.

Celui-ci sentit une main invisible se refermer sur son ventre.

- Que… Qu’est-ce que tu veux dire par “faire des choses ” ?

- Des choses…, répéta Nero en rougissant.

Un froid glacial envahit le jeune homme.

- Tu l’as vu “faire des choses ” à Weiss ? (Le petit acquiesça.) Qu’est-ce que tu as vu ?

Nero s’agenouilla sur sa cuisse et colla sa petite bouche contre l’oreille de Zack, comme le font les enfants pour confier un secret.

- Des choses qu’on doit pas parler, chuchota-t-il. Des choses de grandes personnes.

- Nero… Est-ce que… Est-ce que Restrictor a obligé Weiss à… à faire ces ” choses ” ?

Le garçonnet se mordit les lèvres, sur le point d’éclater en sanglots, et renifla.

Il parvint à ravaler ses larmes un petit moment mais se mit finalement à pleurer en se couvrant le visage de ses menottes aux curieux ongles d’un noir bleuté.

Etait-ce un effet de l’imagination de Zack ou une sorte de fumée noire commençait à se former autour des petites mains ?

Oh, merde… “ pensa le jeune homme, gagné par la panique.

” Lui immobiliser les mains “, avait dit Weiss. ” Lui immobiliser les mains et le rassurer “.

- Ca va aller, Nero. Excuse-moi, je ne voulais pas t’embêter, d’accord ? Calme-toi.

- Il l’a obligé… sanglota le garçonnet. Restrictor disait qu’il faisait ça pour son bien. Weiss, il criait. Il donnait des coups de pieds et puis il m’a vu… Il m’a dit de partir. Il a dit que c’était pour jouer.

Zack contracta les mâchoires, au bord de la nausée, et jura.

- Je suis pas un bébé… ajouta Nero d’une voix tout juste audible en se blottissant contre Zack pour enfouir son petit visage dans son pull, comme un enfant se cache sous les couvertures pour échapper au monstre du placard. C’était pas pour jouer. Mon frère, il voulait pas. Je sais qu’il voulait pas. J’ai vu les autres le faire dans les toilettes, les grands. Et c’est pas pareil…

- Salopard…, murmura le Gongagien, fou de rage.

Et lui qui avait toujours pris l’élite du Soldat pour des exemples de droiture - à plus forte raison un membre du puissant Deep Ground !

Il tombait de haut.

Nero pleura un long moment dans les bras de Zack, qui regardait droit devant lui, le regard vide, effondré.

- C’est très mal, hein ? finit par demander le petit. Restrictor a fait du mal à Weiss, pas vrai ? Il avait pas le droit, dis ?

- Oui, Nero. C’était mal. Très mal. Et non. Il n’avait pas le droit. En aucun cas il avait le droit de faire ça…

*

- Un Restrictor abattu en plein gymnase et pas un indice ? Vous vous moquez de moi, Heidegger ?

Les hurlements d’Ashton Shinra s’entendaient dans tout l’étage.

- Monsieur, je…

- Vous soupçonnez bien quelqu’un, non ? intervint le professeur Hojo, qui paraissait suivre la conversation avec un amusement mêlé de dédain.

Heidegger haussa piteusement les épaules et Shinra faillit en avaler son cigare.

- C’est une plaisanterie ! s’époumona-t-il.

Hojo fit claquer sa langue contre son palais avec un bruit sec particulièrement désagréable.

- Comment est mort notre imbécile ? demanda-t-il avec mépris, faisant tiquer Shinra.

- D’après les médecins de l’Académie, il serait mort de… de peur, murmura Heidegger, comme s’il devait annoncer que la mer était en train de flamber.

- De… quoi ? tempêta le président. De peur ? Un gradé du Deep Ground ? Non mais c’est vous qu’il va falloir enfermer ! Qu’est-ce que c’est que ces sornettes ?

- Soyez plus précis, ordonna Hojo, comme si Ashton Shinra n’existait pas.

Heidegger haussa les épaules.

- Il avait les yeux écarquillés, exorbités, et un masque de terreur sur le visage comme si… Comme si…

- Comme si toutes les terreurs qu’il avait éprouvées au cours de sa vie avaient resurgi d’un seul coup, en une seule, énorme, et épouvantable panique ; comme s’il s’était retrouvé prisonnier de ses propres ténèbres, finit Hojo à sa place comme s’il se délectait de chaque mot prononcé.

- Auriez-vous une idée sur ce qui a pu se passer, Hojo ? demanda le président, curieux.

Le professeur laissa échapper un rire rocailleux qui leur écorcha les oreilles.

- J’en ai même deux, monsieur le président. Deux magnifiques idées très prometteuses… Aussi fascinantes et différentes que peuvent l’être le blanc du noir !

Il quitta le bureau en ricanant, laissant les deux hommes stupéfaits dans la confusion la plus totale.

FIN

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LXV - Chibi Face

” Un ami, c’est quelqu’un qui vous connaît bien…
et qui vous aime quand même. ”

Hervé Lauwick

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Vincent et les soldats du WRO qui l’accompagnaient firent irruption dans la grotte surplombant le ravin où coulait la rivière de la vie, ils furent saisis par le spectacle qui s’offrit à eux.

A quelques pas à peine du bord de l’abîme, Genesis semblait défier… Genesis !

- Qu’est-ce que… bredouilla l’un des soldats, ébahi.

- Shelke, as-tu une idée de ce qui se passe ? demanda l’ex turk à la jeune fille.

Celle-ci observait la scène, aussi surprise que ses compagnons, mais analysa immédiatement la situation.

- On dirait qu’il essaye de récupérer son propre corps, Vincent. Et il n’est pas seul, regarde.

Elle désigna les deux formes opalescentes qui observaient elles aussi la scène avec inquiétude et Vincent laissa échapper un cri.

- Lucrecia !

Tous se tournèrent alors vers lui et, profitant, de la diversion, le voleur du corps de Genesis s’en débarrassa comme d’un vieux vêtement pour plonger dans l’abîme où coulait la rivière de la vie avec un rire fou.

Le corps désincarné de Genesis voulut le suivre mais Angeal, le second ” fantôme ” présent, s’interposa.

- Non ! Recupère ton corps et rejoins ces hommes ! ordonna le Soldat avant de plonger derrière Hojo.

Lucrecia voulut sauter à son tour mais Vincent l’appela encore.

- Non ! Lucrecia ! Attends !

- Nous nous verrons bientôt, Vincent, je te le promets… dit-elle avant de se lancer à son tour dans l’onde tourbillonnante. Je te confie Genesis.

- Lucrecia !

Il se précipita au bord du précipice, où l’essence désincarnée du soldat s’était agenouillée près de son propre corps.

- Il n’est pas là… bredouilla-t-il en enfonçant une main translucide dans la poitrine sanglée de cuir. Comment est-ce possible ?

- Tu es Genesis, n’est-ce pas ? demanda Shelke, qui s’était approchée à son tour. Le ” vrai ” Genesis ?

Celui-ci hocha la tête, hébété.

- Où est-il ? demanda-t-il. Où est le garçon qui avait pris ce corps ?

Vincent se tourna vers eux.

- Nero ? En sécurité. Très affaibli mais il reconstitue son enveloppe et ses organes petit à petit.

Genesis secoua la tête, sceptique.

- Il reconstitue son enveloppe ? Mais… Avec quoi ? C’est impossible ! Il… Il n’a rien pris. Pas une seule cellule. Mon corps est intact !

- Nous l’avons mis dans un caisson mako, l’informa Shelke.

- Un caisson mako ? répéta-t-il, visiblement préoccupé. Mais ça ne suffira jamais !

- Est-ce Hojo que nous avons vu plonger dans la rivière ? demanda Vincent, encore sous le choc de ce qu’il avait vu.

- Oui. Oui, c’était bien cette ordure d’Hojo. Comment… Comment Nero s’y est-il pris ? insista Genesis.

Shelke leva le sourcil, étonné de l’inquiétude de l’ancien soldat pour le second des Tsviets.

- Pas de la meilleure façon, je le crains, mais il n’avait pas vraiment le choix. Le fait de devoir reconstituer son corps avec la force de son seul moi psychique l’a fortement affaibli et, à entendre ma sœur, il est aussi fragile qu’un nouveau-né.

- Récupère ton enveloppe et partons d’ici, ordonna Vincent. Il nous faut nous dep…

- Non, le coupa Genesis. Si je réintègre mon corps, je ne pourrais plus en sortir.

L’ex turk ouvrit de grands yeux.

- Tu préfères donc rester un fantôme ?

- Bien sûr que non ! Mais j’aimerais d’abord que Nero y prenne la matière suffisante pour se régénérer et, pour cela, il faut lui amener ” vide “. D’après ce que me dit cette jeune fille, il n’aura jamais la force de s’y glisser si j’y suis déjà.

Shelke sourit.

- Alors Sephiroth avait raison, finalement. Tu sembles beaucoup aimer Nero et son frère.

- Sephiroth ? bredouilla Genesis. Alors cette femme disait vrai ? Sephiroth est… vivant ?

- ” Cette femme ” est sa mère, l’informa l’ex turk. Lucrecia Crescent. Et, oui, il est bien vivant.

Le soldat frotta son visage désincarné, visiblement très ébranlé.

- Je suis resté absent si longtemps…

Vincent et Shelke échangèrent un regard embarrassé.

Les soldats du WRO qui les accompagnaient, eux, ne savaient visiblement plus du tout à quel saint se vouer.

*

- Et tu ne m’as rien dit ? gronda Loz, fou de rage mais essayant de se contrôler pour ne pas malmener Nero, toujours blotti contre lui. Cette ordure a torturé mon fils !

- ” Cette ordure “ a tué le mien ! rétorqua Yazoo sur le même ton, faisant blêmir son frère. Qu’est-ce ce que tu crois ? Que je n’avais pas envie, moi aussi, de grimper dans ce satané hélicoptère pour aller régler son compte à cet enfant de salaud ? Tu crois que j’ai déjà oublié ce qu’il a fait à mon bébé ?

- Bien sûr que non. Je… Je suis désolé… Ce n’est pas ce que je voulais dire, murmura son jumeau, horriblement mal à l’aise. Mais ni Vincent, ni Rufus, ni toi n’aviez le droit de nous empêcher de régler son compte à cet homme !

- Peut-être avons-nous estimé que ta vie et celles de mes frères valait mieux que le plaisir fugace d’une vengeance ! railla le cadet, amer. Mille pardons d’avoir voulu vous protéger des griffes de ce Genesis et de Jenova !

- De quoi devons-nous être protégés, Yazoo baby ? On peut savoir ? demanda la voix de Cid, qui venait d’arriver dans leur dos, flanqué de Sephiroth et de Cloud.

Yazoo ferma les yeux et pinça les lèvres, anéanti.

Il avait juré à Reno de garder le secret sur la mission et, en trois heures à peine, il avait déjà réussi à mettre la puce à l’oreille à tous ses frères.

Quel piètre compagnon il faisait pour un turk aussi haut placé que Reno !

Il s’apprêtait à fournir une explication laborieuse lorsque le cri de Shalua, qui venait de sortir de son bureau le téléphone collé à l’oreille, l’interrompit.

- Merill ! Ils sont sur le toit ! Prépare la cuve et demande à Kadaj de descendre de toute urgence !

- Il est en si mauvais état que ça ? s’enquit son assistant, anxieux.

- A en croire Reno, oui. Cid ! Je vais avoir besoin de toi, là-haut !

- Mais enfin, qu’est-ce qui se passe, ici ? demanda Cloud, le regard allant de Shalua à Yazoo.

Cette dernière ne prit pas le temps de répondre et quitta l’infirmerie en tirant le pilote interloqué par le devant de son t-shirt.

L’argenté, lui, sentit ses joues s’empourprer sous le regard croisé de ses frères.

*

Weiss, sanglé à la civière se sentit ballotté en tout sens et il lui sembla entendre des voix d’hommes affolés autour de lui. Son esprit embrumé ne lui permettait de saisir que des bribes de leur conversation.

” …cassé …sérieux …urgence …Kadaj …cuve …dangereux pour lui …mako purifié ..Omega …Nero “

Nero…

Son petit frère…

Où était-il ?

- Ne…ro… gémit-il. Ne…ro…

Une voix douce de femme chuchota tout contre son oreille.

- Nero est en sécurité, je te le promets, tu le verras bientôt. Accroche-toi, mon grand, on va s’occuper de toi.

Nero…

Il ne fallait pas que Nero le voie dans cet état. Cela le terrifierait. Il aurait voulu le dire à la femme mais il se sentait incapable de former une phrase cohérente.

Son petit frère n’avait jamais supporté de le voir malade ou malmené. Ca le rendait fou de peur et de chagrin. Comme il y a quatre ans, là-bas, au réacteur zéro, lorsque Weiss et ses lieutenants avaient enfin réussi à se débarrasser de leur bourreau, ce Restrictor maudit qui les avait enfermés et dressés comme chiens de combat.

Non…

Non, c’était injuste de dire ça…

Les chiens de combats étaient bien mieux traités !

Lorsque le Restrictor s’était effondré à ses pieds, Weiss s’était figé et avait attendu quelques instants. Une douleur… Une gêne… Un malaise… Un quelconque signe annonçant que le nanovirus qu’on lui avait injecté pour prévenir toute mutinerie, et qui devait se réveiller dans les trois jours suivant la mort de son bourreau, avait commencé son œuvre de destruction.

Le nanovirus…

Cette minuscule promesse de mort…

Le seul obstacle qui l’avait empêché de se révolter jusqu’alors.

Du moins jusqu’à ce qu’on attache Nero à cette colonne maudite dans ce sous-sol crasseux et qu’il l’entende hurler et l’appeler à l’aide jour et nuit…

Une seule chose comptait aux yeux de Weiss plus que sa propre vie : son petit frère. Et son premier geste d’homme libre, après avoir éliminé le Restrictor, fut d’aller libérer Nero.

- C’est fini … avait-il murmuré à son oreille lorsqu’il avait brisé les chaînes qui retenaient impitoyablement son corps menu contre la pierre dure. C’est fini, chibi face

Chibi face “

Un sobriquet affectueux donné par Angeal Hewley et que le benjamin n’acceptait que de la part de son frère aîné.

Nero était resté un long moment blotti contre lui, dans ce sous-sol horrible, comme s’il voulait s’assurer de la réalité de son frère. Il lui fallut plusieurs minutes pour faire sortir quelques mots de sa gorge, écorchée à force de sanglots et de hurlements.

- Tu as… réussi… Tu as pu te… libérer de… lui… Je suis tellement… heureux… Mon frère… Bien aimé…

- Oui, chibi face, cette fois, c’est bien terminé.

- Comment ? Le virus… Comment as-tu…

- Nous trouverons, l’avait coupé Weiss. Ne t’en fais pas pour ça.

Nero s’était alors raidit dans ses bras et avait levé vers lui un regard épouvanté.

- Tu as tué le Restrictor sans… Sans anihiler… le virus ?

- Nous trouverons une solution, Nero, Shelke va me…

- Non ! avait hurlé son frère, en larmes en s’accrochant désespérément à lui.

- Nero, je…

- Il ne reste que trois jours, Weiss ! Comment vas-tu faire ?

- Je t’ai dit que…

- Pourquoi as-tu fait ça ? Pourquoi ? Pourquoi ? POURQUOI ? !

La dernière chose dont il se souvenait ensuite, était d’avoir pénétré grâce à Shelke dans la réalité virtuelle de la toile mondiale, à la recherche d’informations et… plus rien.

Jusqu’à ce que, trois ans plus tard, Vincent Valentine et son frère chassent (ou du moins l’avait-il cru) l’homme qui avait pris possession de son corps pour en faire l’hôte de l’Omega…

à suivre

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LXIV - Plus mort que vif

Mieux vaut la mort dans le combat que la vie d’un vaincu.
Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

L’oreillette de Vincent grésilla et il leva la main pour signifier aux soldats de la WRO qui le suivaient de s’arrêter.

Ces derniers obéirent comme un seul homme et se placèrent dos au mur de l’étroit conduit souterrain qu’ils arpentaient prudemment depuis près d’une heure et qui menait aux entrailles du mont Nibel.

Ici l’Unité alpha. Tout est propre. Rien à signaler dans les grottes du secteur C01. “ fit la voix de Rude dans l’oreillette de l’ex-turk.

Ici unité beta. Tout est propre aussi dans la zone C02, Monsieur. Quelles sont vos instructions ?” demanda la voix d’une jeune femme à son tour.

Vincent se tourna vers Shelke, qui lui fit signe de la tête en tapotant sur son PDA.

- Unités alpha et beta, continuez la progression comme convenu dans les secteurs C03 et C04, ordonna l’ex-turk. Nous vous envoyons une topographie détaillée des lieux.

A vos ordres, Monsieur. “

O.K., on continue, Vince “

Vincent donna ordre de poursuivre et la petite colonne armée se remit en marche.

*

Denzel finit par s’endormir, pelotonné dans le lit entre Tifa et Loz.

- Décidément, il sera dit que nous ne passerons pas une seule nuit tranquilles… soupira la jeune femme.

L’argenté eut un sourire las et tendit la main pour lui caresser la joue.

- Avec le bébé, ça ne va pas s’arranger, tu sais. Je vais m’installer avec lui à côté, dans la chambre que Yazoo et moi nous…

- Ne dis pas de bêtises, le coupa Tifa. Le bébé viendra ici, avec son papa.

Le papa en question se permit un petit rire ironique.

- As-tu déjà passé des mois avec un nourrisson qui se réveille plusieurs fois par nuit avec des cris aigus ? demanda-t-il, non sans humour.

- Non mais ça ne doit pas être si terrible que ça.

- Crois-moi sur parole, Yazoo et moi avons eu envie de jeter ” bébé Kadaj ” dans les toilettes plus d’une fois.

La jeune femme pouffa en se mordant la langue pour ne pas réveiller Denzel.

- Dans les toilettes ?

- Nous n’avions pas de fenêtres, au cratère Nord, plaisanta l’argenté avec une moue taquine.

Tifa grimaça désespérément pour ne pas piquer un fou-rire.

- Idiot…

Loz lui pinça tendrement la joue.

- Je vais redescendre un peu auprès de ce garçon, dans le caisson.

- Nero ? Il est inconscient.

- Peu importe. Il m’a ramené mon fils. Rester un peu à ses côtés est le moins que je puisse faire en l’absence de son frère. Ca va aller ?

Tifa, tombant de fatigue, acquiesça, les yeux mi-clos, et embrassa sa paume.

- Oui, ne t’en fais pas. Essaye de revenir dormir un peu quand même.

Il se pencha prudemment par-dessus le garçonnet et déposa un baiser sur les lèvres offertes.

- Ne t’inquiète pas pour moi. Dors.

Il les borda, elle et Denzel, et s’habilla en silence, sachant très bien qu’il n’était pas prêt de se recoucher.

Veiller Nero n’était qu’un prétexte.

Bien qu’il ait fait mine de ne s’apercevoir de rien pour ne pas effrayer Tifa, il s’était évidemment rendu compte que Yazoo lui cachait quelque chose. Et il était bien décidé à le ” cuisiner ” le temps qu’il faudrait pour savoir de quoi il s’agissait !

*

Rude et son unité firent irruption dans une large grotte.

- Go ! Go ! cria le turk. En position !

La dizaine de soldats du WRO se déploya aussitôt le long des parois en balayant les lieux du faisceau des torches qu’ils avaient fixées à l’extrémité de leurs armes.

Tout semblait désert et Rude s’apprêtait à en informer Vincent lorsqu’un jeune soldat roux l’interpella depuis l’extrémité opposée de la grotte.

- Monsieur ! cria-t-il. Par ici ! Dans les rochers !

Le turk se tourna vers lui.

Comme une poupée désarticulée que l’on aurait jetée au sol, l’ancien chef des Tsviets gisait sur le dos, les bras en croix et la tête renversée sur les arêtes aiguës des pierres qui lui servaient de couche.

- Oh, merde… gémit Rude en se précipitant vers lui. Vince ! cria-t-il dans le petit micro fixé au col de sa tenue de commando. On l’a trouvé ! Dis à Reno de poser l’hélico sur le terre-plain, à l’entrée de la grotte !

*

- Comment va-t-il ? demanda Loz à son jumeau, le faisant sursauter.

Ce dernier se tenait debout à côté du caisson de Nero et le regardait avec inquiétude.

- Il s’agite, hyperventile et n’arrête pas d’appeler son frère. Il ne te rappelle pas quelqu’un ? demanda-t-il avec un sourire triste en posant la main à plat sur la paroi de verre, juste au-dessus du visage comprimé dans son masque de contention, comme pour lui caresser la joue à distance.

Loz s’approcha à son tour et sentit son cœur se pincer devant le corps tremblant, si mince que l’on voyait le dessin des côtes sur ses flancs. Par rapport au reste, si menu, ses bras, ses épaules et sa musculature pectorale et abdominale paraissaient étonnamment vigoureux mais pouvait-il en être autrement lorsqu’on vous contraint à manier d’énormes pistolets de près de trois livres chacun et qu’on vous visse une immense paire d’ailes métalliques aux os de l’épine dorsale et des omoplates ?

Les longs doigts graciles étaient recroquevillés sous le petit menton pointu, autant du moins que le permettaient les fins poignets entravés par plusieurs épaisseurs de gaze.

Les globes oculaires roulèrent sous les paupières diaphanes à demi-closes.

- Weiss… eiss… eiss…

A peine un murmure.

La poitrine ornée d’arabesques haleta, fut prise de soubresauts, et des larmes perlèrent au bout des longs cils frémissants.

La gorge de Yazoo se serra tandis qu’il avait l’impression de revenir des années en arrière, là-bas, au cratère Nord, lorsque les scientifiques ramenaient Kadaj dans leur chambre, après lui avoir fait subir les Dieux seuls savaient quoi.

L’adolescent semblait si fragile, alors, étendu sur son lit, à peine conscient, tremblant et utilisant le peu de forces qui lui restait pour gémir le nom de Loz sans discontinuer, jusqu’à ce que celui-ci revienne enfin de son entraînement forcé le soir venu et serre le garçon contre lui pour le bercer comme un tout petit. Comme lorsqu’il était enfant et qu’un cauchemar l’effrayait.

Les jumeaux s’étaient toujours occupés de Kadaj avec autant de dévouement l’un que l’autre mais, dans ses moments là, lorsqu’il était vraiment terrifié, c’était toujours l’aîné que le cadet réclamait. La force peu commune de Loz, sa carrure, sa voix profonde et son indéfectible patience rassuraient Kadaj et le calmaient plus sûrement que n’importe quelle caresse ou mot tendre de Yazoo.

Une figure paternelle, protectrice et rassurante ? Sans doute.

Et c’est aussi ce que devait être Weiss pour Nero, si l’on en croyait ses réactions et ce qu’avait raconté Shelke.

Alerté par les ” bips ” de l’ordinateur relié au caisson, Merill s’approcha pour vérifier les données.

- Zut… soupira-t-il en constatant que l’agitation de son patient montait en flèche, risquant de provoquer un incident cardiaque - ou pire. Shalua, ça ne va pas, appela-t-il.

La jeune scientifique s’approcha à son tour et lut par-dessus l’épaule de son assistant.

- Il va falloir injecter une nouvelle dose de sédatifs.

- Encore ? J’ai peur que cela lui fasse plus de mal que de bien.

Yazoo lança à Loz un regard suppliant. Celui-ci sourit et hocha la tête.

- Shalua, peut-on le sortir du caisson, un instant ? demanda le grand argenté.

Les deux médecins ouvrirent de grands yeux surpris.

- Loz, il a besoin du mako qui…

- Juste une minute. Il est juste effrayé. C’est d’un contact, dont il a besoin, pas de médicaments.

Shalua parut hésiter mais Yazoo insista.

- Kadaj faisait exactement les mêmes mimiques et réagissait de la même façon après avoir été malmené par les chercheurs, dit-il. Loz arrivait toujours à calmer. Laisse-le essayer, ça n’engage à rien.

Avec un soupir sceptique, la jeune femme et Merill s’exécutèrent, sans grand enthousiasme, et, après l’avoir enroulé le corps nu avec mille précautions dans une couverture très douce, Loz souleva le fragile ténébreux dans ses bras et alla s’asseoir sur l’un des lits, dont Yazoo redressa le dossier pour qu’il puisse s’y appuyer, son précieux fardeau roulé en position fœtale contre sa poitrine.

- Attention à son dos, les points de suture sont encore très frais, prévint Merill en collant quelques électrodes sur la poitrine et le dos de Nero.

Shalua s’avança avec un masque à oxygène relié à la cuve par un long tuyau où circulait un gaz verdâtre et le posa sur le visage de son patient après avoir déclipsé la partie du système de contention qui lui cachait la bouche.

- C’est de mélange d’oxygène et de mako, expliqua-t-elle. Ca ne vaut pas le caisson mais c’est mieux que rien.

Nero inspira le mélange avec avidité, au début, puis de plus en plus lentement tandis qu’il se laissait aller contre la large poitrine, dont il entendait battre le cœur contre son oreille.

” Papam… Papam… Papam… ”

Une grande main lissa les longs cheveux noirs tandis qu’il se sentit bercé tout doucement d’arrière en avant, en un mouvement lent et hypnotique accompagné par le rassurant battement.

” Papam… En arrière… Papam… En avant… Papam… Papam…”

La peau contre le haut de sa joue, l’une des rares parties de son visage que laissait à découvert son masque de contention, était tiède et douce. Le muscle qu’elle recouvrait, puissant et volumineux.

Comme ceux de Weiss…

Mais ce n’était pas lui.

Et ce n’était pas non plus Angeal.

Qui était cet homme, qui le tenait dans le berceau protecteur de ses bras avec la même tendresse que son frère ou que leur capitaine, sans la moindre crainte ou dégoût ?

” Weiss… Grand frère… Bientôt là… Dormir… Weiss… Mont Nibel… Va revenir…”

Une voix qui n’appartenait pas à l’homme contre qui il se blottissait, lui parvenait par intermittences, elle aussi rassurante et douce, presque féminine. A demi inconscient, il ne parvenait pas à tout saisir mais l’essentiel était clair : Weiss viendrait bientôt. Weiss serait bientôt là, près de lui, et le protégerait comme il l’avait toujours fait.

En attendant, l’homme aux grandes mains douces veillerait sur lui. Oui, il en était persuadé. Il le sentait dans la façon dont ses doigts lissaient ses cheveux et dont ses lèvres effleuraient parfois sa pommette ronde. Comme seuls son frère et Angeal avaient osé le faire jusqu’à présent.

Et Genesis.

Genesis…

Genesis… Je croyais que tu nous aimais bien… C’est ce que tu disais toujours… Pourquoi nous as-tu fait autant de mal ? Parce que j’ai pris ton corps ? J’en avais juste besoin pour sauver mon frère bien aimé… Je te l’aurais rendu intact… Jamais je n’aurais fait quelque chose pour te nuire ou te blesser, Genesis… Même lorsque tu as refusé de nous aider à nous libérer des restrictors, nous t’avons protégé de la Shinra… J’ai mis moi-même ton corps à l’abri dans la grotte…Tu savais que je te l’aurais rendu très vite… Tu le savais… Tu le savais… Tu le savais ! Alors pourquoi nous as-tu fait ça ? Pourquoi, Genesis ? Pourquoi ? “

Une larme perla entre ses longs cils et Yazoo essuya les grands yeux en amande à l’aide d’une compresse stérile.

- Comment es-tu aussi sûr que Weiss ne va pas tarder, Yazoo ? murumura Loz avec un regard perçant. (Son jumeau se figea) Qu’est-ce que tu ne veux pas me dire, petit frère ?

*

Dans l’hélicoptère, Vincent aida Rude à fixer Weiss à la civière de secours.

Reno, qui s’était tourné pour voir à quoi ressemblait l’homme qu’il était venu sauver, jura.

- Faut avoir fait ” bombe sup’ ” pour être officier supérieur dans le SOLDAT ou quoi ? Ils les recrutent sur photo ?

- Reno… le tança Vincent.

- Oh, ça va, je détendais un peu l’ambiance, c’est tout…

- Il est dans un sale était, soupira Rude.

- Hojo… ne cessait de répéter l’ancien chef des Tsviets dans une sorte de délire à demi conscient. Vincent… Vincent Valentine…

- Je suis là, le rassura ce dernier.

Il épongea le sang qui coulait de la lèvre du jeune homme avec une moue révoltée. Ce garçon et son frère étaient-ils donc destinés à servir toute leur vie de marionnettes et de défouloir à des bourreaux tous plus déséquilibrés les uns que les autres ?

Weiss était jeune, beau, rayonnant et si plein de vie… Quel gâchis !

Vincent le couvrit d’une couverture de survie et le blessé s’agita.

- Du calme. On va te sortir de là. Le cauchemar est fini, Weiss.

- Hojo… répéta celui-ci en agrippant le bras de l’ex-turk.

- Hojo est mort.

- Non… Il est… Vivant…

- J’ai tué Hojo lorsqu’il…

- Vincent… l’interrompit Shelke, les yeux brillants soudain d’une étrange lueur dorée en sautant dans l’hélicoptère. Il y a des perturbations importantes en bas, près de la rivière.

- Genesis… insista Weiss avant de sombrer dans l’inconscience. Genesis… C’est… C’est Hojo…

- Quoi ?

*

Des dizaines de mètres plus bras, celui qui n’était pas Genesis courait en direction du flux vital de la planète, qui passait sous la montagne.

Si seulement il avait encore eu Nero sous sa coupe, il aurait envoyé tous ces gêneurs et ces satanés soldats dans un endroit d’où il ne risquaient plus de revenir autrement que fous !

Mais Nero s’était enfui…

Et il avait dû abandonner Weiss…

Il secoua la tête avec rage.

- Arrête de ressasser, ce n’est qu’un léger retard ! s’admonesta-t-il sans cesser de courir.

Un dernier coude…

Une dernière dénivellation…

Et elle était là : sa libération. La rivière de la vie où il s’apprêtait à plonger..

Mais quelque chose se dressait entre lui et elle.

Quelque chose qu’il n’avait pas prévu…

Pas prévu du tout !

Genesis-Hojo se figea dans son élan, à quelques mètres à peine du gouffre où coulait la rivière, et son visage se tordit en un masque de rage.

Devant lui, flanqué des apparitions fantomatiques de son ex-femme et du soldat Angeal Hewley, une légende vivante bien plus consistante que les deux défunts lui adressait un sourire vibrant de mépris.

- On est venu m’informer que tu avais pris quelque chose qui m’appartenait, dit l’apparition en campant fermement ses jambes désincarnées sur le sol de pierre, bien décidé à empêcher le scientifique de passer pour se jeter dans le rivière.

Hojo sentit son estomac d’emprunt se contracter et sa crainte n’avait rien à voir avec Lucrecia ou Angeal, pour haineux qu’ils fussent. Les morts ne sont que des fantômes inoffensifs.

Mais les âmes désincarnées, c’était une autre paire de manches… surtout lorsque l’âme en question risquait à tout moment de reprendre de son corps et de vous emprisonner avec elle à l’intérieur comme un vulgaire moustique dans un bocal…

Hojo recula d’un pas.

- Genesis… bredouilla-t-il.

à suivre

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LXIII - Mon père, cet assassin

” Mon père aima ma mère comme on aime un complice ;
comme le crime aime le vice !”

C. Rodriguez

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Tifa bâilla et Loz la serra contre lui.

Vêtue d’une simple nuisette par-dessus laquelle elle avait rapidement enfilé un déshabillé pour descendre à l’infirmerie, elle frissonnait dans l’air climatisé du sous-sol.

- Nous devrions remonter dormir un peu, chuchota-t-il à son oreille. Il est presque quatre heures du matin.

La jeune femme acquiesça avec un sourire épuisé et se laissa aller contre son torse nu.

- Tu vas finir par attraper la mort, à te promener comme ça, murmura-t-elle en frictionnant la peau satinée.

Il haussa les épaules.

- Le froid ne me fait pas plus d’effet que ça, tu devrais commencer à le savoir, répondit-il avec un clin d’oeil. Où est passé Denzel ?

La jeune femme jeta un regard alentour.

Elle et Loz se tenaient debout près du caisson mako où Nero était toujours inconscient. Sephiroth, Cid et Cloud discutaient non loin de là avec des mines sombres. Shalua et Merill nettoyaient et désinfectaient le box de chirurgie et Shelke était penchée sur le berceau de Kay, qui gazouillait joyeusement sous les chatouilles de la jeune fille.

- Il était avec le bébé et Shelke à l’instant…

- Là, fit Loz en désignant la porte entrouverte du bureau de Shalua.

Tifa fronça les sourcils.

- Sale petit farfouilleur trop curieux ! gronda-t-elle faisant rire l’argenté.

- Je vais le chercher.

- Et fais-lui la leçon, surtout ! Toi, il t’écoutera peut-être.

Loz traversa le laboratoire en direction du bureau et Kadaj entra à ce moment précis, accompagné de Cait et d’une Yuffie aux yeux bouffis de sommeil.

- Ca y est, ils ont terminé ? s’enquit cette dernière en s’approchant du caisson pour observer Nero. Tiens, je ne me souvenais plus qu’il avait tous ces tatouages.

- Ce ne sont pas des tatouages, l’informa Tifa. D’après ce que j’ai compris, ces marques sont apparues sur sa peau à la puberté.

Cait écarquilla les yeux et colla presque la truffe contre le couvercle de verre pour mieux voir.

- Tu parles d’un truc bizarre, nota l’Utaïenne.

Kadaj tendit l’oreille.

- C’est quoi, ce bruit et cette fumée noire ? On dirait des centaines gémissements mêlés, dit-il en frissonnant malgré lui. Un mélange spécial de mako ?

Sa compagne sourit.

- Non, c’est Nero qui fait ça. C’est son ” don “. Il invoque des sortes de ténèbres peuplées de… de… Je ne sais pas vraiment quoi, en fait. Mais je peux te dire que quand tu te retrouves coincée dedans, ça n’a rien de drôle !

- Ca y est ? demanda une voix douce derrière eux. Alors ? Il a dit quelque chose ?

Ils se tournèrent pour voir Yazoo, qui venait d’arriver à son tour.

- Non, lui apprit Tifa. Il ne s’est pas encoré réveillé. Reno n’est pas avec toi ?

- Il est dans le bureau de Rufus, avec Rude, Vincent et Reeve.

Kadaj tiqua.

- Un problème ?

- Non ! le rassura son frère avec un sourire. Pas du tout. Maintenant que grand frère est réveillé, ils doivent préparer son ” grand retour ” pour la presse.

- Oh. Je n’avais pas pensé à ça.

- Je dois aller dire à Shelke qu’ils ont besoin d’elle.

- Elle est là-bas, avec Kay, fit Tifa en pointant la jeune fille du menton.

Yazoo s’éloigna avec un soupir silencieux. A l’instar de Loz, et contrairement à ce que pensaient beaucoup de personnes, il n’avait jamais été très doué pour mentir, surtout pas à ses frères. Mais, qu’il le veuille ou non, c’était visiblement le prix à payer pour être l’amant d’un turk…

Aussi naturellement que possible, il s’approcha de Shelke et se pencha vers elle comme si de rien n’était, pour caresser les joues du bébé que la jeune fille berçait.

- Vincent a besoin de toi, murmura-t-il sans se départir de son sourire, pour donner le change à ceux qui pouvaient les observer. Lui, Reno, Rude et Barret vont aller chercher le frère de Nero au mont Nibel. Un escadron de la WRO appelé par le commandeur Tuesti sera sur place dans moins d’une demi-heure et vous attendra.

Shelke sourit en retour et hocha la tête, entrant dans son jeu. Le bébé s’était presque rendormi et elle le donna à l’argenté.

- Une attaque terrestre ? Pas d’appui aérien ?

- Uniquement l’hélico piloté par Reno pour évacuer Weiss le plus vite possible.

- Pourquoi pas une unité de Cid ?

- Il porte les cellules de Jenova lui-aussi, à présent. Vincent pense qu’il est donc lui aussi devenu une cible, au même titre que moi et mes frères.

- Je comprends. J’y vais tout de suite.

Elle quitta l’infirmerie calmement et Yazoo embrassa doucement le bébé endormi avant de le coucher dans son berceau.

Ensuite, comme Reno le lui avait demandé, il se dirigea vers le box de chirurgie pour parler discrètement à Merill et Shalua.

Cette dernière, le voyant approcher avec les traits tendus, retira son masque et posa la lingette désinfectante qu’elle passait sur toute la surface de la table d’opération.

- Yazoo baby ? Tu en fais une tête. Tu es souffrant ?

Il s’approcha tout près, en prenant garde de rester dos au mur vitré du box afin que personne ne puisse voir son expression ni les mouvements de ses lèvres.

- Shalua, j’ai des consignes de Vincent pour toi. Souris, comme si tout était normal.

La jeune femme obéit.

- Tu me fais peur, qu’est-ce qui se passe ?

- Vincent, ta sœur et les turks partent chercher le frère de Nero au mont Nibel.

- Quoi ? Seuls ? intervint Merill en souriant à son tour comme s’ils parlaient de la pluie et du beau temps.

- Non. Un escadron de la WRO les attend là-bas. Lucrecia a parlé à Vincent. Weiss est sans doute très très mal en point. Elle craint même que Genesis ne soit sur le point de le tuer, si ce n’est pas déjà fait. Il faut vous préparer à son arrivée. Reno l’évacuera par hélicoptère au plus vite et il faut que vous soyez prêts à une éventuelle intervention d’urgence.

- J’ai compris. Qui est au courant ?

- Ici ? Personne. A part vous et moi, s’entend. Et il ne faut surtout pas en parler aux autres. Vincent ne veut pas qu’ils aillent se jeter dans la gueule du loup.

La jeune femme acquiesça.

- Il pense toujours que Genesis veut mettre la main sur des porteurs des cellules de Jenova ?

- Disons qu’il préfère ne prendre aucun risque. (Yazoo grimaça et serra les poings) Je serais pourtant volontiers allé dire ma façon de penser à cet enfant de salaud.

Shalua lui prit les mains et les serra.

- Si c’est bien lui qui a fait ces maudites manipulations au labo du Deepground et qui a tué Kaly, il paiera, Yazoo baby. Je te promets que nous lui ferons payer d’une façon ou d’une autre.

- Grand frère dit que, du temps où ils étaient amis, Genesis aurait été incapable de faire la différence entre une éprouvette et une seringue.

- Il n’a pas tort. J’avoue que je serais curieuse moi-aussi de savoir où Genesis a appris à faire des manipulations génétiques aussi complexes.

Yazoo allait répondre mais fut interrompu par les sanglots et les supplications étouffées de Denzel, qui s’échappèrent soudain du bureau de Shalua, les figeant tous et faisant réveillant le bébé.

Tifa se précipita mais Cid, Cloud et Sephiroth, qui étaient plus près, la devancèrent.

*

Au plus profond du mont Nibel, Genesis sentit presque immédiatement que quelque chose ” clochait “. Comme si une alarme silencieuse s’était mise à carillonner dans les tréfonds de son cerveau, il pressentit un danger. Un danger imminent.

Il se raidit et tendit l’oreille, les sens au aguets.

Weiss, étendu à ses pieds, brisé et ensanglanté, puisa dans ses dernières forces pour sourire et le railler.

- Je crois que… tu vas avoir… de la visite… sous peu.

- La ferme !

- Tu comptes faire… quoi ? Me traîner par les… cheveux en… espérant qu’après quelques coups… supplémentaires je… joue les… chiots… obéissants ? Je croyais que… tu me connaissais… un peu… mieux que ça…

Il ricana et Genesis le fit taire d’un coup de pied dans le foie.

- Je t’ai dit de la fermer !

Mais il savait que Weiss avait raison.

En perdant Nero, il avait perdu sa meilleure arme et son seul moyen de pression sur l’ancien chef des Tsviets. Mais, bon sang ! Comment aurait-il pu deviner que cette saloperie de tas de ténèbres impures allait abandonner son frère adoré cette façon ? !

C’ était même la dernière chose à laquelle il se serait attendu !

Et en emportant la seule source de cellules de Jenova qui lui restait, qui plus est !

De pure frustration, il frappa Weiss à coups redoublés.

Nero. Il devait récupérer Nero s’il voulait faire obéir son frère. Et il devait récupérer aussi une source de cellules de Jenova de toute urgence ! Il allait avoir besoin d’aide.

Avec un peu de chance, les géostigmates avaient déjà dû se répandre dans Nibelheim et ce serait bien le diable si, avec l’appui de Jenova, il ne parvenait pas à prendre le contrôle de quelques imbéciles plus gravement atteints que les autres pour ” l’assister ” dans cette tâche.

Nero, Weiss et une source de cellules. C’était tout ce qu’il lui fallait pour mener ses plans à bien.

Des plans bien plus modestes que ce qu’il avait imaginé au début - avant que cette chienne qui lui avait servi d’épouse ne lui vole son fils et les trois rejetons de celui-ci pour les mettre à l’abri, loin de la rivière de la vie - mais, pour un homme de son génie, il y avait toujours ” moyen de moyenner “, comme il disait.

S’il ne pouvait commencer tout de suite par un feu d’artifice, il commencerait par une étincelle. La réaction en chaîne suivrait…

Pour l’instant, il devait renoncer à Weiss. Encore une fois. Comme il avait déjà dû y renoncer un an plus tôt, là-bas, au réacteur zéro. Pas pour longtemps, c’est vrai.

Oui, il serait toujours temps de les récupérer lui et son frère par la suite.

Chaque chose en son temps…

Ce qu’il avait raté dans les ruines de Midgar, un an plus tôt, puis à Nibelheim plus récemment, il le réussirait à Edge ! Jamais deux sans trois et, cette fois, il réussirait à réveiller l’Omega pour de bon ! Il avait juste besoin pour cela de quelques cellules de Jenova.

Des cellules de Jenova…

Mais où en trouver ?

Il se tapa rageusement le front de son poing fermé.

Réfléchir ! Réfléchir ! Réfléchir !

Reeve avait mis toutes les cellules restantes à l’abri…

Le bébé s’était envolé avec Nero…

Les argentés étaient protégés de bien trop près pour être atteintes directement…

Réfléchir ! Réfléchir ! Réfléchir encore ! Il devait y avoir un moyen. Il y avait forcément un moyen. Il y avait toujours un moy…

Son visage s’éclaira soudain et un sourire hideux déforma ses traits.

- Bien sûr… Comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ? ! Je suis un génie… murmura-t-il. Un génie ! Un pur génie !

Un rire hystérique incontrôlable résonna dans la grotte et Weiss, qui reconnut immédiatement ces mots et cet affreux rire rocailleux pour les avoir entendus à maintes reprises, se redressa péniblement sur un coude, les yeux écarquillés d’horreur.

- Ce n’est pas… possible… bredouilla-t-il. Toi…

- Quoi ? railla Genesis. Tu réalises l’évidence seulement maintenant ? Ah ! Ah ! Ah ! Tout dans les muscles et rien dans la tête ! Pauvre Weiss !

- Tu es… mort…

Le rire grinçant redoubla et l’ancien chef des Tsviets sentit le désespoir le terrasser.

- Vincent… t’a tué… gémit-il encore. Il t’a tué… il y a un an… au réacteur… zéro… Vincent… t’a tué !

Sans cesser de rire, celui qui n’avait jamais été Genesis lui asséna un coup si violent à la tête qu’il perdit connaissance.

- Profite des petites vacances que je t’accorde, amphitryon d’Omega. Je veux que tu sois en pleine forme, lorsque je reviendrais vous chercher, toi et ton frère chéri. Ah ! Ah ! Ah !

*

Dans le bureau de Shalua, Denzel s’accrochait désespérément en pleurant aux hanches Loz, qui regardait Cloud et Tifa à tout de rôle, ne sachant plus quoi faire pour le calmer.

- Je savais pas ! sanglotait le petit garçon. J’te jure que j’savais pas ! Ils me disaient qu’ils travaillaient pour que le monde soit meilleur ! J’te jure que je savais pas, Loz ! J’te jure !

Cid s’approcha et s’accroupit aux pieds du garçonnet.

- Mais enfin, de quoi tu parles, mon grand ?

- Je savais pas qu’il faisaient ça ! geignit encore Denzel en pointant le doigt vers l’ordinateur portable de Shalua, où Sephiroth avait consulté les vidéos de surveillance un peu plus tôt.

Sur l’écran, Loz, sous anesthésie générale, était allongé nu et sanglé sur la table d’opération tandis qu’Hojo, aidé de ses assistants, un homme et une jeune femme, faisaient les prélèvements de sperme qui donneraient naissance à Kay cinq ans plus tard.

- Les vidéos retrouvées au labo du Deepground… soupira Shalua. Denzel ! Qu’est-ce qui t’a pris de regarder ces horreurs ?

Cloud s’approcha à son tour et Denzel lui sauta dans les bras.

- Dis-lui, Cloud ! supplia-t-il. Dis-lui que je savais pas !

- Mais enfin, tu ne pouvais pas deviner qu’il avait subi tout ça, voyons… Pourquoi ça te met dans un tel état ? Tu as de la peine pour lui, c’est ça ?

- Il voudra plus être mon papa, maintenant !

Tous les adultes présents échangèrent un sourire attendri.

- Mais enfin, Denzel, qu’est-ce que ça a à voir avec toutes les vilaines choses que les méchants savants lui ont fait ? demanda à son tour Tifa en retenant un rire.

- Je suis pas comme eux ! cria presque Denzel en s’accrochant à nouveau à Loz, qui se baissa pour l’asseoir sur sa cuisse et le serrer contre son torse nu. Quand je t’ai dit que je voulais que tu crèves, c’était pas vrai ! Je le pensais pas ! Je te jure que je suis pas comme eux ! Je savais pas ce qu’ils faisaient ! Je savais pas ! Je te promets ! Je te promets !

Loz tiqua.

- Denzel, mais de qui tu parles ? Tu n’es pas comme qui ?

En sanglotant et sans oser relever la tête, le garçonnet pointa le doigt vers l’écran de l’ordinateur.

Tous tournèrent la tête vers l’image figée de la caméra de surveillance.

- Tu n’est pas comme Hojo ? demanda doucement Cloud. C’est ça, que tu veux dire ?

Denzel secoua la tête, fixant toujours le sol.

- Non… murmura-t-il d’une voix à peine audible. Les autres…

- Le monsieur et la dame en blouse blanche ? demanda Sephiroth à son tour.

Le garçonnet acquiesça et inclina le front en pleurant de plus belle.

Yazoo lui ébouriffa les cheveux.

- S’il a vu ne serait-ce qu’un millième de ce que ces deux ordures nous ont fait subir là-bas, je comprends qu’ils puissent lui faire peur, soupira-t-il.

Cid grimaça.

- A ce point là ?

Loz acquiesça en berçant Denzel dans l’espoir de le calmer un peu.

- Plus le mari se montrait sadique durant la journée, cracha-t-il avec une haine dans le regard que le pilote ne lui avait jamais vu, plus sa femme devenait perverse durant la nuit lorsqu’elle me forçait à la…

- Loz ! l’interrompit Yazoo en désignant le garçonnet.

Son aîné rougit.

- Désolé.

- Tu n’es pas comme eux, Denzel, reprit son jumeau. C’était sans doute les scientifiques les plus méchants du cratère nord après Hojo ! Même un bahamut enragé n’est pas aussi méchant.

Loz acquiesça.

- C’est vrai. Même si tu m’avais dit des choses encore plus horribles, tu ne leur arriverais même pas tout en bas de la cheville !

- Je ne savais pas, qu’ils étaient comme ça ! sanglota de nouveau le petit garçon. Pardon ! Pardon !

- Denzel ! essaya de plaisanter Cloud. Ils disent ça pour te rassurer, voyons !

Personne, hormis Shalua, ne remarqua que Tifa s’était levée depuis un petit moment, déjà, et que, penchée sur l’écran, elle était devenue blême comme un linge.

Elle venait de reconnaître les deux visages pour les avoir époussetés des dizaines de fois dans leur cadre, sur la table de chevet de Denzel.

- Tifa ? Tu en fais une tête. Tu les connais ? demanda la jeune scientifique.

Le pleurs de Denzel redoublèrent et Tifa inspira un grand coup avant de laisser tomber d’une voix blanche :

- Je crois que ce sont ses parents…

… à suivre

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On ne dit pas…

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Vous connaissez tous les fameuses blagues sur les nains… On ne dit pas “un imposteur” mais : “un facteur de petite taille” !

Dans la même veine, quelques petits “on ne dit pas” à la sauce FF7, rien que pour rire un coup !

Hein ?

Si, si, Kadaj en tenue d’aérobic, ça a un rapport avec ce qui suit, vous verrez ! Promis !

***

On ne dit pas ” Le ton monte “ mais ” Shera prend l’escalier “.

On ne dit pas ” Lazard fait des courbettes “ mais “Lazard est nul comme prof “.

On ne dit pas “Barret a du cran”, on dit “Barret est frisé”.

On ne dit pas “Aerith a un potager”, on dit “Aerigh a un vieux copain”.

On ne dit pas “Immaculé Weiss” mais “Je me suis fait mettre par le boss”.

On ne dit pas “l’électronique” mais “Reeve fait l’amour”.

On ne dit pas “Yazoo avale une biroute” mais “Yazoo emprunte une route à 2 voies”.

On ne dit pas “Loz a un cerf-volant” mais “Loz est long à la détente”.

On ne dit pas “Le gestionnaire des taches” mais “Le chef des turks”.

On ne dit pas “Scarlet est paniquée”, mais “Scarlet cherche un mec”.

On ne dit pas “Cloud a vaincu”, mais “Le chocobo est pluri-anal”.

On ne dit pas “Le Général fait les vendanges”, mais “Sephiroth pète comme un Dieu”.

On ne dit pas “Cait est un chat hors pair”, mais “Le chat de Reeve est castré”.

On ne dit pas “Rufus a enclenché le processus de paix”, mais “Le patron va lâcher une caisse”.

On ne dit pas “La connerie” mais “Yuffie s’amuse”.

On ne dit pas “Décongeler” mais “Les idiots du cratère nord”

On ne dit pas “Cloud est incompétent” mais “Cet idiot de Cloud fait de l’aérophagie”

On ne dit pas “Compense” mais “Reno essaie de réfléchir”

On ne dit pas “Un instant” mais “Kadaj fait du stretching” (vous voyez, je vous disais bien qu’il y avait un rapport !)

On ne dit pas “Le Gospel” mais “Denzel a pris un coup de soleil”

On ne dit pas “ce jeune soldat s’est élevé à la force du poignet” mais “Zack est un branleur”

On ne dit pas “Ciboulette”, mais “Trois trois argentés dévêtus”

On ne dit pas “Un match interminable” mais “Un combat amical entre SOLDATS”

Vous avez aimé cette partie de rigolade ? Laissez-moi un commentaire !

Les murs murmurent toujours !

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Troisième et dernière cargaison de graffitis version FF VII ! Ah ! Bah… C’est que j’ai plus de stock au bout d’un moment, moi ^___-

Et des murs des cuisines à ceux des douches, Hojo rouspète toujours !


(Dans la cafétéria des turks)

Déjà 6h00 du matin ? Il est plus que temps de nous cuiter !
Reno


- POSTE VACANT POUR CAUSE DE DECES -

Ouais… Encore une fichue excuse pour pas bosser !
Hojo


Dans les toilettes d’un bar à la mode de la Costa del Sol

A mon époque, la Costa del Sol, c’était les 3 “S” : Sea, Sun & Sex !
Cid

Et à la notre, c’est les 3 “M” : Mazout, Mélanomes & Morbacs !
Cloud


Sur le mur flambant neuf d’un labo de la Shinra

Pas un tag, pas un graffiti, pas une tache ! Je le cherchais, c’est : LE MUR DU SILENCE !
Lucrecia


(Dans les WC du SOLDAT, dans un état lamentable)

Mais enfin, qu’est-ce que vous avez fichu, ici ? ! On dirait qu’il y a eu un congrès d’aveugles parkinsoniens !
Hojo

Non, juste de vieux scientifiques de passage.
Sephiroth


Sur la camionnette de livraison de Cloud :

- ARRETS FREQUENTS -

Vessie faiblarde !
Zack


(Dans les WC du SOLDAT)

Vous qui venez ici, dans une humble posture
De vos flancs alourdis, décharger le fardeau
Veuillez, quand vous aurez soulagé la nature
Epancher dans l’amphore, un courant d’onde pure
Et, sur l’autel fumant, placer pour chapiteau
Le couvercle arrondi, dont l’auguste jointure
Aux parfums indiscrets doit servir de tombeau…
Genesis

Oh, là, là… Faut que t’arrêtes Loveless d’urgence, toi, hein !
Angeal

C’est pas Loveless, c’est du Musset, ignare !
Genesis

Oh, le boulet…
Zack

Ils ont raison, t’en tiens une sacrée couche !
Sephiroth

Toi, le héros de supermarché, on t’a rien demandé !
Genesis

Ah bah, valà ! Y nous l’a encore énervé ! LOLLLL
Angeal


Je pardonne à ceux qui m’ont offensé… mais j’ai la liste !
Tseng


Loz, t’es tellement con que s’il existait un championat de la connerie, tu serais même trop con pour le gagner !
Cloud

Et le championnat d’orthographe, enfoiré ? Tu t’inscris quand ?
Loz


(Discrètement gravé au pied d’une cuve Mako du réacteur de Nibelheim)

Plonge qui veut, remonte qui peut !
Anonyme


(Dans les WC des turks)

Reno, sois gentil, évite de tirer la langue à tout va ! Surtout quand elle est chargée.
Elena

Pourquoi ? T’as peur que je blesse quelqu’un ?
Reno


(Dans un des WC de la tour Shinra)

Ne déroulez pas le papier en le tirant entre vos jambes et n’arrachez que la longueur dont vous avez besoin ! Et, surtout… NE LE RE-ENROULEZ PAS SUR LE ROULEAU APRES USAGE !
Hojo

Putain, y’a des caméras, ici, ou quoi ?
Reno


(Dans les toilettes pour dames du 7ème ciel)

LES FEMMES N’ONT PAS BESOIN DES HOMMES !
Elena

Faut avouer qu’ici, on peut se débrouiller plus ou moins sans eux…
Rosso


(Dans les toilettes de la salle de tir des turks)

C’est ici que repose
Une certaine dose
D’une certaine chose
Qui ne sent pas la rose.
Celui qui se propose
De faire ici sa prose
Doit avant toute chose
Tenir la porte close.
Anonyme

Oh, non, merde ! Genesis, tu vas pas t’y mettre ici aussi, hein ! Les chiottes du SOLDAT te suffisent plus ?
Reno

Comment tu sais que c’est moi ?
Genesis

Baka…
Reno


(Mot sur le frigo, dans la cuisine du bar de Tifa)

Loz, je t’ai gardé ton repas dans la boîte bento bleue. Je te préviens que si tu laisses encore les légumes, tu as intérêt à trouver une explication plus convaincante que “j’aime pas ça” ou tu auras affaire à moi ! Tu donnes un très mauvais exemple aux enfants !
Tifa

O.K. Je n’en mange pas parce que je suis un grand émotif ! Comment peux-tu rester insensible au hurlement épouvantable de l’épinard plongé vivant dans une casserole légumicide ? Je refuse d’être mêlé à ce génocide ! J’ai donc laissé les légumes dans la boîte…
Loz


(Dans les douches du SOLDAT)

Hier soir, à l’entrainement, Sephiroth a paniqué !
Anonyme

Mais moi, oui !
Zack


Bel homme, fort, courageux, bonne situation, cherche jeune femme pour partager doux moments et plus si affinités…
Rude (poste 32 21)

Rudo, c’est les WC pour hommes, ici, crétin !
Reno


Le ghetto de ma liberté s’achève au bout de mes bras.
Kadaj

La vache, c’est profond… Mais qu’est-ce-que ça veut dire ?
Loz

A mon avis, qu’il vient de fumer un truc !
Yazoo


(Gravé sur la peinture flambant neuve de la carlingue du Tiny Bronco )

Le plaisir solitaire, c’est économique : pas besoin d’inviter votre main au resto après !
Anonyme

Vince, je sais que Lucrecia de manque et qu’il faut que tu te défoules mais là, t’es lourd…
Cid


Gravé le mur fraîchement repeint du labo d’Hojo, sous l’avertissement suivant :

- INTERDICTION DE GRIBOUILLER, DE PEINDRE, DE BOMBER OU D’AFFICHER SUR CE MUR -

Franchement, ça ne me serait même pas venu à l’idée !!!
Vincent

Bon sang ! Mais quel crétin lui a collé cette saleté de gant en métal ?!
Hojo

Si vous le découvrez, je veux bien le tuyau. Moi aussi j’aurais deux mots à lui dire…
Cid


(Sur le mur des toilettes du DEEP GROUND)

C’est ici que tombent en ruines
Tous les déchets de la cuisine.
Dans un lieu aussi respectable,
Il faut se tenir ici comme à table
Et garder le bord de la lunette
Aussi propre que celui de son assiette.
Si vous venez sans papier ni paille,
Lavez-vous les doigts au lieu de salir la muraille.
Anonyme

Ah non ! Nan, nan, Genesis ! T’es gentil, tu vas versificoter dans les chiottes du SOLDAT si tu veux mais pas ici !
Weiss

Merde, c’est pas vrai ! Mais comment vous faites pour savoir que c’est moi ?
Genesis

T’es vraiment une pomme, toi, hein !
Weiss


WUTAI AUX UTAIENS !
Anonyme

Et la frisée aux lardons !
Sephiroth

Et le poulet aux morilles !
Angeal

Et le steak au poivre !
Genesis

Et le chèque au porteur !
Zack

C’est fini, oui !?
Tseng


(Sur le mur de la bibliothèque du manoir de Nibelheim)

Avec la chance que j’ai, je vais sûrement me faire choper à écrire au marqueur sur ce putain de mu_

Game over ! Hojo : 1 - Reno : 0
Rude


Hojo, Palmer et Heidegger sont dans un avion en flammes et il n’y a que 2 parachutes. Question : qui se sacrifie ?
Zack

Réponse : on s’en fout !!!
Angeal


A 8 ans, Tifa rêvait de poupées et moi de SOLDATS. Maintenant, c’est moi qui rêve de poupées et elle qui rêve de SOLDATS !!!
Cloud

Loz peut la draguer, alors ?
Yazoo

Pourquoi ?
Cloud

Bah, t’en es pas un, non ?
Yazoo

Loz non plus !
Cloud

Non, mais il en a une plus grosse que la tienne !
Yazoo

Depuis quand il a une épée, lui ?
Cloud

Oh, la vache… Tu m’étonnes que t’as pas pu devenir SOLDAT !
Yazoo


Et si on parlait du plaisir d’enseigner ?
Lazard

Et si on parlait d’enseigner le plaisir ?
Sephiroth


(Dans l’ascenseur du DEEP GROUND)

- MAXIMUM 6 PERSONNES -

Ou 1 Azul…
Shelke


(Dans les WC du 7ème ciel)

Il y a quelque chose d’héroïque à commander un plat ici, quelque chose d’inconscient à l’avaler et quelque chose de maso à le payer. Suis-je un héros inconsciemment masochiste ? Un inconscient masochistement héroïque ? Ou un maso héroïquement inconscient ?
Lazard

Juste un con d’intellectuel…
Loz


FIN (Bah vi, a pu ! Ces petits mots sont inspirés de vrais graffitis et j’en ai plus en stock !)

Vous avez aimé ce texte ? Laissez-moi un commentaire !

La bonne éducation

***

Rédaction : Shiva Rajah

Inspiré d’un passage du roman “Thyia de Sparte” de Cristina Rodriguez (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (Studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Ce soir-là, Zack ne dormit que quelques heures, agitées par des cauchemars rebutants. Il avait toujours rêvé d’intégrer le Soldat et, maintenant qu’il y était, il ne pouvait se défaire d’une certaine appréhension. Serait-il à la hauteur ? Allait-il tenir le coup, seul et loin de chez lui ? Allait-il se faire des amis ?

Tout quitter à 14 ans à peine - maison, camarades et parents - n’a rien d’aisé, surtout lorsqu’on a passé toute son enfance à l’abri d’un petit village niché dans les montagnes !

Un jeune homme qui, d’après sa tenue, devait être un postulant comme lui, le réveilla avant l’aube. Les soldats professionnels, eux, étaient debout depuis un moment déjà et avalaient rapidement leur petit déjeuner avant de sortir en courant.

- Salut ! Je m’appelle Weiss se présenta le garçon aux longs cheveux blancs immaculés hérissés sur son crâne.

- Zack, ronchonna celui-ci d’une voix ensommeillée. Zack Fair.

- Enchanté !

- Qu’ont-ils tous, à s’agiter comme ça ?

- Rien du tout. C’est comme ça tous les matins. Allez, debout, il faut aller donner à manger aux enfants.

- Aux… quoi ?

- Allez ! Lève-toi, gros paresseux !

Weiss le tira de sa couette et lui mit une brique de jus d’orange et une barre vitaminée dans les mains avant de le pousser vers la porte.

- Mais où allons-nous ? gémit le Gongagien à demi-endormi en croquant dans la pâte filandreuse.

- M’écoutes-tu, quand je te parle ? Il faut donner à manger aux enfants.

- Quels enfants ? Les soldats ont une crèche ? demanda Zack, sidéré.

Son compagnon éclata de rire.

- Mais non, idiot ! Ce sont les minimes et les cadets de l’Académie !

- Ah !

- Allez, avance !

- Ça va ! Ça va ! Oh ! là, là…

Il suivit son guide à travers les couloirs jusqu’à ce qui semblait être l’aile des enfants - un grand dortoir attenant à une salle à manger et à une salle de bain commune. Des cris et des éclats de rire résonnaient à l’intérieur, entrecoupés par des hurlements hystériques.

- Ils sont déjà réveillés. Viens, Angeal va péter un plomb, sinon.

- Qui ?

- Angeal Hewley. Le parrain qui t’a été assigné. Ne l’entends-tu pas hurler ?

- C’est lui qui s’égosille comme ça ?

- Tu vas comprendre pourquoi dans un instant ! rétorqua l’adolescent en grimaçant.

Ils entrèrent dans le dortoir et Zack faillit repartir en courant.

Une quinzaine de petits démons criaient, sautaient sur les lits et jetaient des objets à la figure d’un minuscule garçonnet en pyjama qu’un grand Soldat essayait de protéger entre deux braillements en faisant un rempart de son corps athlétique.

Ses épaules tombèrent de deux pouces en voyant arriver les garçons.

- Ah ! Tout de même ! fit-il. Bon sang, Weiss, fais quelque chose !

Weiss se saisit de deux plateaux métalliques, destinés à servir le repas des enfants, et les cogna bruyamment l’un contre l’autre, écorchant les tympans de Zack.

Les garçonnets se figèrent et rentrèrent la tête dans leurs épaules en se bouchant les oreilles.

- Ceux qui veulent manger ont intérêt à fermer leur bec et à laisser mon frère tranquille ! hurla l’adolescent. Des volontaires pour un jeûne ? (Les enfants pincèrent les lèvres ou pressèrent leurs mains sur leur bouche.) Personne ? Dommage, cela en aurait fait plus pour moi ! Vous en êtes certains ? Personne ne veut l’ouvrir ? Allez, un petit effort ! Non ? Alors à table en rang par deux. Et dans le calme !

Les garçons s’installèrent aux deux longues tables de la salle principale, attendant l’inspection de Weiss, qui les passa en revue. Ceux qui ne satisfaisaient pas à ses critères de prestance, parce qu’avachis ou de guingois, recevaient une tape sur les fesses ou la tête, selon ce qui dépassait du rang.

Un garçonnet leva le bras.

- Quoi ? gronda Weiss.

- C’est Nero qui a commencé ! pleurnicha l’enfant en désignant le petit garçon aux longs cheveux noirs qui sanglotait à présent dans ses bras d’Angeal. Il a encore fait des trucs bizarres !

L’adolescent soupira.

- Il est petit ! Il ne sait pas encore contrôler ses pouvoirs. Ce n’est pas une raison pour le passer à tabac dès que j’ai le dos tourné !

- Oui, mais…

- Et, si j’ai bien compris, tu n’as pas faim !

- Si ! se récria le garçon.

- Alors pourquoi parles-tu sans autorisation ?

L’enfant pressa les deux mains sur sa bouche et secoua la tête.

- J’aime mieux ça. Toi et toi, venez avec moi chercher les chariots du petit déjeuner. Les autres, bouche cousue. Zack me dira qui a désobéi.

Il fila avec les deux garçonnets et Angeal installa le petit Nero sur l’un des bancs.

- Tu es donc mon filleul, dit-il à Zack en souriant. Ravi de faire ta connaissance. Je dois filer, je vais être en retard, mais nous nous verrons ce soir pour faire plus ample connaissance. Dis à Weiss de faire attention à Nero. Il s’est tordu la cheville en se battant avec les autres.

Zack s’inclina avec respect.

- A vos ordres, monsieur.

Le soldat laissa échapper un rire enjoué.

- Oublie le ” monsieur “, p’tit ! Angeal suffira.

Il ajusta son énorme épée dans son dos et sortit, laissant le garçon avec les enfants.

Ceux-ci l’observaient avec curiosité.

- Alors, tu es le frère de Weiss ? demanda le jeune homme au petit garçonnet brun.

- C’est un démon ! Il fait des trucs horri…

- C’est pas vrai !

- Ca suffit ! trancha Zack. Le premier qui parle sans autorisation, ça va barder pour son matricule ! Et toi, le petit brun, réponds à ma question.

- Oui, monsieur, fit le garçonnet d’une voix fluette.

Zack sourit, attendri.

- Fais-moi voir ton pied.

Le petit le rejoignit en boitillant. Il lui arrivait à peine à la taille.

- Quel âge as-tu, dis-moi ? (Nero leva sept doigts.) Sept ans ? C’est tout ? Et tu es déjà à l’Académie du SOLDAT ? (Le garçonnet qui avait traité son minuscule camarade de monstre leva la main à son tour.) Oui ?

- C’est un menteur ! Il a cinq ans, pas sept ! Il est ici parce qu’il a tué sa mère et que, du coup, il a plus de parents !

Zack n’eut que le temps d’attraper Nero au vol alors qu’il se jetait sur le garçon toutes griffes dehors en hurlant.

- Du calme !

Le petit pleura et se débattit dans ses bras comme un beau diable tandis que les autres enfants poussaient des sifflements et des “ouh !” méprisants.

Assassin ! Nero est un assassin ! Lalalèreuh ! “

Ouh ! Sale assassin ! “

- Eh ! s’emporta Zack. J’ai dit : stop !

Peine perdue, les enfants s’époumonèrent de plus belle et l’un d’en eux, un grand gaillard qui devait bien avoir dix ou douze ans - et qui au vu de sa surcharge pondérale ne passerait probablement jamais les épreuves sportives du SOLDAT - cracha même en direction du frère de Weiss.

- Non mais tu te crois où, toi ? cria le Gongagien en lui jetant un regard agressif. Attends que je te…

- QU’EST-CE QUE C’EST QUE CE RAFFUT ? tonna une voix d’homme depuis la porte.

La voix glaciale tomba sur les enfants et sur Zack comme une chape de plomb et tous rentrèrent la tête dans leurs épaules, pétrifiés, en reconnaissant le soldat roux.

Soldat qui s’avança d’un pas aussi décidé qu’agacé, son long manteau de cuir rouge frôlant presque le sol.

- Monsieur Rhapsodos… salua le Gongagien avec respect, presque aussi impressionné que les garçons.

Il savait qu’en entrant à l’Académie il rencontrerait les plus grands soldats de la planète, ceux qui étaient devenus ses héros au fil des années, mais les croiser dans des circonstances aussi informelles était encore au-delà de ses rêves les plus fous !

Les enfants baissèrent les yeux, tremblant de tous leurs membres, et Nero s’accrocha au pantalon de Zack, terrifié à l’idée de se faire punir.

- Où vous croyez-vous, tous ? gronda encore Genesis. Dans une garderie ? Que se passe-t-il ? demanda-t-il à Zack. Pourquoi tout ce charivar… (Il remarqua alors Nero, qui faisait tout son possible pour se dissimuler derrière les jambes du jeune homme) Je vois. Tu as encore joué des mimines, pas vrai ?

- J’ai pas fait exprès… couina le petit d’une voix à peine audible en reniflant. C’est sorti tout seul, ajouta-t-il en tendant ses menottes, paumes vers le haut.

Amusé par le geste et la petite bouille penaude, Genesis éclata de rire et s’accroupit en face de lui.

- Arrête de pleurer et viens ici, chibi face !

Il tendit les bras et Nero boitilla vers lui.

Comparé au grand soldat, le frère de Weiss paraissait encore plus minuscule.

- Qu’est-ce qui se passe, avec ton pied ? demanda encore Genesis en asseyant le garçonnet sur sa cuisse.

Nero tendit sa petite jambe en s’accrochant au manteau de cuir de l’officier, qui tâta la cheville enflée.

- Aïe !

- Il va falloir bander ça. (Il se tourna vers Zack) Occupe-t’en lorsqu’il aura mangé.

- Oui, monsieur.

Le soldat rassit le petit à sa place et partit comme il était venu et sans ajouter un mot.

Quel étrange personnage… “ pensa Zack.

Weiss revint et ordonna aux enfants qui l’avaient suivi de distribuer verres, bols et couverts. Après quoi, lui et Zack leur servirent le petit déjeuner, composé d’une bouillie de céréales, d’un œuf dur, d’un fruit et de fromage frais généreusement tartiné sur une épaisse tranche de pain.

Nero, lui, étant le plus petit, bénéficiait d’un traitement un peu particulier et le Gongagien ne put s’empêcher de pouffer en voyant Weiss donner la becquée à son petit frère, assis sur ses genoux.

Tel un moineau, le garçonnet avalait sagement et sans rechigner tout ce que son aîné lui glissait dans la bouche, qu’il s’agisse de petits morceaux de pomme soigneusement pelée ou de bouts de pain trempés dans le lait chaud.

- Pourquoi les autres enfants ont-ils peur de lui ? demanda discrètement Zack en s’accroupissant près de l’adolescent.

Nero devait agripper son verre de jus de fruits à deux mains pour pouvoir le soulever sans le renverser mais, par prudence, Weiss plaça néanmoins sa paume sous les fragiles menottes.

- Nero a des pouvoirs qu’il n’arrive pas encore à contrôler. Ce n’est qu’un bébé.

- J’suis pas un bébé ! protesta le petit, qui aurait laissé tomber son verre si son frère n’avait pas eu la prudence de mettre sa main dessous.

- Non, tu n’es plus un bébé, concéda Weiss en retenant un rire. Allez, finis de manger et va te laver les mains.

- Des pouvoirs ? insista Zack.

- Il fait apparaître des ténèbres avec ses mains ! Ca peut t’engloutir et même te tuer ! expliqua le gros garçon qui avait craché sur Nero un peu plus tôt.

- Qui t’a permis de l’ouvrir, toi ? gronda Weiss. Occupe-toi de tes affaires et file changer de chemise ! ordonna-t-il en désignant les taches de fromage frais et de jus de fruits qui maculaient les vêtements de l’indiscret.

Ce dernier obéit sans demander son reste.

- J’ai tout fini ! chantonna Nero en brandissant son verre vide.

- C’est bien. Va te débarbouiller.

Weiss le posa à terre et il boitilla en direction de la salle de bains commune.

- C’est quoi, cette histoire de ténèbres ? s’étonna le Zack, sceptique.

- Certains scientifiques disent que Nero a le pouvoir d’ouvrir et d’invoquer des dimensions parallèles, soupira Weiss. Hojo, lui, assure que ce n’est pas le cas mais qu’il crée lui-même des ténèbres à partir de la matière.

Zack grimaça, comprenant plus ou moins ce que cela pouvait impliquer.

- Tu veux dire… Qu’il a le pouvoir de créer du vide à partir de la matière ? De fabriquer des trous noirs à loisir ?

Weiss haussa les épaules.

- Je n’en sais rien. J’ignore de quoi il s’agit exactement mais si tu es pris là-dedans… surtout ne panique pas. En général, ça se produit parce qu’il a peur, quand il fait un cauchemar ou qu’il se sent en danger.

- Ca t’est déjà arrivé ?

- Plus d’une fois, oui. Quand ça arrive, il faut lui immobiliser les mains et, surtout, le rassurer.

Zack frissonna.

- Woah…

Weiss lui tapota l’épaule, rassurant.

- Ce n’est qu’un petit garçon, tu ne dois pas avoir peur !

- Je n’ai pas peur ! se récria le Gongagien.

Un peu plus tard, les bols rangés, la cheville de Nero bandée et tous les petits Soldats en devenir débarbouillés, Zack et Weiss les firent mettre en rang deux par deux devant la porte.

- Eh ! appela ce dernier en attrapant son frère par le bras. Où comptes-tu aller, toi, avec ton pied plus gros que ta tête ?

Il voulut sortir Nero du rang mais ce dernier se débattit et éclata en sanglots. Jamais Zack n’aurait cru qu’une chose aussi petite pouvait faire autant de bruit !

- Mais qu’est-ce qu’il a ? demanda-t-il à Weiss entre les piaillements suraigus.

- Il veut venir avec moi, pardi ! fit l’adolescent en riant. Tiens, attrape-le.

- Mais que veux-tu que j’en fasse ?

- Reste avec lui. Et profites-en pour dormir un peu, tu as une tête à faire peur. Nous serons de retour pour midi.

Il sortit avec les enfants et Nero s’époumona en donnant des coups en tout sens.

- Weiss ! Attends ! Où vas-tu ?

- C’est le jour du simulateur. Les enfants doivent apprendre à s’entraîner avec.

- Mais je…

- Au fait ! cria Weiss depuis le couloir. Si Nero te mord… Fais-en autant !

- Ah, parce qu’en plus, il mord ? !

Zack lava les yeux au plafond avec un soupir découragé et le petit referma sa mâchoire sur le gras de sa cuisse.

- Refais ça et je te mange le foie ! cracha le jeune homme en lui montrant les dents, menaçant.

Nero se tut instantanément et ouvrit de grands yeux.

- C’est quoi un ” foua ” ?

***

- Mais pourquoi le prince il s’est marié avec la princesse ?

- Parce qu’il l’aimait.

- Mais pourquoi il l’aimait ?

Zack s’affala sur le petit lit du garçonnet.

- Tu poses trop de questions, Nero.

- Tu me racontes encore ?

- Il faut en laisser un peu pour demain.

- Pourquoi ?

L’adolescent se prit la tête dans les mains et poussa un gémissement plaintif.

- Je crois que je préfère encore quand tu mords !

- T’as mal à la tête ? Tu vas mourir ?

- Hein ?

- Y’a un garçon, il est mort comme ça.

Zack se redressa sur un coude.

- On ne meurt pas d’un mal de tête, Nero. Ce garçon était sûrement malade.

- Je sais pas. Il avait tout le temps mal à la tête. Et il saignait tout le temps du nez aussi. Angeal, il dit que quand on saigne du nez, c’est la cervelle qui fout le camp.

Le Gongagien éclata de rire.

- Charmant…

- Tu saignes du nez, toi, quant t’as mal à la tête ?

- Non.

- Alors tu vas pas mourir ! affirma le petit le plus sérieusement du monde. C’est quand on a les deux qu’on meure. (Zack lui pinça la joue, attendri malgré lui) Ils vont bientôt revenir, les autres ? Ils sont où ?

- A la visite médicale.

- On leur fait des piqûres ?

- Je ne pense pas.

Le ” troupeau ” était venu manger à midi et reparti à la suite de Weiss et du professeur Hojo, ce qui avait encore occasionné une bonne crise de larmes de la part de Nero, qui ne voulait pas laisser partir son frère. Le médecin avait fait taire le petit d’une gifle, ce qui avait brisé le cœur de Zack et révolté Weiss mais ni l’un ni l’autre n’avaient leur mot à dire, hélas.

- J’ai chaud… se plaignit Nero en tirant sur son pyjama estampillé d’un chocobo joufflu sur le devant.

- Pour tout t’avouer, moi aussi. Ils pourraient monter un peu la clim !

Son pull lui collait à la peau et l’eau de sa bouteille tiédissait en moins de temps qu’il n’en fallait pour la prendre dans le réfrigérateur.

- On prend une douche ?

Zack ouvrit la bouche pour répliquer mais se ravisa.

- Et pourquoi pas, après tout ? Allez, grimpe !

Nero lui sauta dans les bras avec un cri joyeux et Zack se dirigea vers la salle de bain commune, sur le sol carrelé de laquelle il posa le petit.

- Tu veux que je te raconte une histoire, moi ? demanda celui-ci pendant que l’adolescent lui retirait son pantalon.

- Dis-donc, qu’est-ce que tu es blanc ! nota Zack en faisant passer le haut du pyjama de Nero par-dessus sa tête. Ton frère ne te met jamais au soleil ou quoi ?

- Chais pas. Tu veux que je te la raconte, mon histoire, ou pas ?

- Vas-y, vas-y, allez, céda le gongagien en souriant.

- C’est Sephiroth qui nous a dit qu’un jour, un garçon avait volé un rat dans le laboratoire tu professeur Hojo. Et puis… Ah ! C’est trop chaud ! Et puis il l’a cachée dans sa poche. Alors son instructeur, il a demandé ce qu’il cachait. Il a dit qu’il cachait rien et tu sais ce qui s’est passé ?

- Plutôt que de se faire prendre, il a laissé le rat lui dévorer le ventre et il est mort.

Le petit ouvrit de grands yeux .

- Tu connaissais le garçon ?

- Nero, cette anecdote est une légende urbaine qu’on trouve sur Internet, expliqua Zack en lui lavant les cheveux. Ca n’a jamais eu lieu. C’est une histoire que l’on raconte aux petits garçons pour leur expliquer ce qu’est le courage.

- Sephiroth a menti, alors ?

- Pas exactement.

Il sécha le garçonnet, l’assit sur un banc et se lava à son tour.

Une fois sec, il porta sa main à son visage et se frotta les joues.

- Nero ?

- Quoi ?

- Touche… Tu trouves que je pique ?

Nero passa ses petites menottes sur ses joues en fronçant ses sourcils.

- Non.

Zack grimaça et s’assit sur le banc.

Depuis des semaines - en fait depuis qu’il avait su qu’il était admis l’Académie - il se rasait consciencieusement tous les soirs et tous les matins. Il avait entendu dire que si on faisait ça, la barbe finissait par pousser drue. Alors pourquoi diable ça ne poussait pas plus ?

- T’es sûr ? insista-t-il, un peu vexé. Je ne pique pas du tout ?

Nero haussa ses petites épaules.

- Non.

- Merde…

- Tu devrais être content. Mon frère, il râle tous les soirs parce qu’il doit s’enlever les poils de la figure.

Le jeune homme se raidit, encore plus vexé.

- Weiss se rase la barbe ?

Le petit acquiesça.

- Il en a pas besoin. Il en a déjà plein sur la tête.

Zack éclata de rire tonitruant.

- Tu sais que commence à t’adorer, toi ! Ah ! Ah ! Ah !

Contaminé par l’hilarité du gongagien, Nero partit d’un fou rire mais sans savoir pourquoi.

Loz ne sait pas mentir

Pauvre Loz… Certains le disent simplet et d’autres pleurnichard mais, en réalité, c’est une pâte, cet homme. (Et il a un C… mais un de ces c… je vous dis ça !) La preuve que c’est une crème : il ne sait pas mentir. (Et je ne vous parle pas de son dos et des cuisses ! C’est… oh, là, là… Ces trapèzes, mon Dieu !) Mais être comme l’agneau qui vient de naître (même s’il a un poitrail de taureau et des… O.K. O.K. J’arrête, ça va !) le met parfois dans des situations un peu… Lisez, vous verrez !


Yazoo sort de la salle d’entraînement en faisant gonfler ses biceps et Loz siffle.

- Ouah…

- Je t’impressionne ?

- Non, tu chlingues !


Kadaj se regarde nu, debout devant la glace, et pleurniche :

- Loz… Je suis le plus petit, le plus efféminé et je fais plus jeune que mon âge… C’est déprimant. Tu veux pas essayer me faire un compliment ?

Et Loz répond :

- Bien sûr : tu as une très bonne vue. Dix sur dix !


C’est l’anniversaire de Yazoo.

- Je suis né aujourd’hui ! annonce celui-ci. Si on mangeait un chocobo, pour l’occasion ?

- Pourquoi ? répond Loz. C’est pas de sa faute.


Kadaj et Yazoo se disputent depuis une heure et décident, pour en finir, de prendre leur aîné à témoin.

- Loz, qu’est-ce que tu préfères ? Un frère séduisant ou une frère intelligent ? Sois franc !

- Ni l’un, ni l’autre, je ne n’aime que vous.


Les trois frangins arrêtent leurs motos au plus haut point d’un canyon.

- Ce paysage me laisse sans voix ! s’extasie Kadaj.

Loz se tourne vers Yazoo :

- On devrait peut-être monter le camp ici, alors, non ?


Et ses pectoraux ? Je vous ai parlé de ses pectoraux ? Non ?

Eh bien il a une paire de p… Gonflante toi-même ! Non mais oh ! C’est ma fic, je fais ce que veux, je suis chez moua !

A Nero

Je ne me sens soulagée
Ni avec, ni sans toi
Avec, tu me tues,
Mais sans toi, je suis perdue !

Shelke

Que fait un ange aussi joli
Volant si loin du paradis ?

Cid

Comment se passe une journée,
une fois qu’on t’a rencontré ?
12 heures en pensant à toi
12 heures en rêvant de toi

Vincent

Ce n’est pas la lune mais toi,
qui illumine nos ténèbres
.

Genesis

Cesser de t’aimer et de m’inquiéter pour toi ?
J’ai laissé tomber une épingle dans l’océan.
Trouve-là d’abord et on verra…

Weiss

Les murs murmurent encore…

Vous les avez réclamés, les voilà ! Plus de graffitis version FF VII !

Qu’il s’agisse des murs des casernes ou de ceux des toilettes de la Shinra, Hojo n’a pas fini de rouspéter !

***

(Dans le vestiaire de la salle d’entraînement du DEEP GROUND)

Weiss signifiant “blanc” en germanique, pourquoi a-t-on appelé le frère de notre cher empereur immaculé “Nero” (du latin “nero”/”noir”) au lieu de “Schwarz” (du germanique “Schwarz”/”noir-sombre”) ?
Rosso

Pour que les idiotes aient quelque chose d’intelligent à dire (du ténébreux “j’t'emmerde” !)
Nero


- EN CAS D’INCENDIE NE PAS UTILISER L’ASCENSEUR -

Utilisez l’extincteur !
Vincent


Dans le dico médical d’Hojo, à côté du mot “blennoragie”, y’a marqué “Voir index”. J’ai regardé mes doigts, c’est bon, j’ai rien.
Zack

Seigneur ! Et c’est avec ça que je suis supposé faire des soldats d’élite…
Hojo


Ce qu’il y a de bien, dans la position du missionnaire, c’est qu’on peut continuer à lire sa BD !
Kadaj

En levrette, c’est mieux, t’as pas besoin de la tenir !
Loz

Que je revoie UNE BD traîner dans la chambre… UNE SEULE !
Yazoo


(Dans les WC de la salle de réunion des turks)

Vous êtes là pour éjecter votre bol fécal, pas pour le couver !
Tseng


(Sur le mur du vestiaire des Turks)

A ce qu’on m’a dit, ce mur serait réservé aux graffitis ! La, la, la…
Anonyme

Non, mon petit Reno ! Vos gribouillages immondes sont interdits, ce mur doit rester propre sous peine de sanctions !
Hojo (heureux possesseur d’une mini-caméra espion et d’un fusil de chasse à 2 coups chargé de gros sel !)

Oh, merde…


L’insupportable manie de repeindre ce mur est une atteinte à liberté d’expression !
Genesis

Continuez vos cochonneries et je vais vous atteindre autre chose, moi !
Hojo


C’est pas pour me vanter mais, aujourd’hui, il fait vachement beau !
Rufus

C’est contagieux, la mégalomanie ?
Weiss


(Dans la salle de commandement du WRO)

- NO SMOKING ! -

But salopette, yes !
Cid


Soutenez Cloud !
Yuffie

Pourquoi ? Il se sent mal ?
Angeal


- SOS SUICIDE : UN COUP DE TELEPHONE PEUT SAUVER UNE VIE -

Sur la tête, il peut aussi fracturer un crâne…
Sephiroth


Sephiroth for president !
Cloud

And Cloud for queen !
Cid


(Dans un ascenseur flambant neuf de la section des turks)

Voilà ce que j’appelle un ascenseur nickel. Pas une marque, pas un graffiti, pas une tache, rien. Bravo les gars ! Splendide !
Genesis


(Dans les WC du SOLDAT)

Plus de 5 secousses, c’est de la masturbation !
Reno


J’ai fait pipi à côté. Le faire a soulagé ma vessie. Le dire a soulagé ma conscience !
Kadaj


OAHHHH !!!! DES FILLES AVEC DES GROS NENEEEESS !!!!
Loz

Où ça, où ça ?
Rude

Rudo, il a écrit ça au mois de juillet ! T’es lent, mais t’es lent…
Helena


(Dans la salle d’attente du service d’évaluation psychologique du SOLDAT)

Je vois bien que vous m’en voulez, pour mon complexe de persécution !
Sephiroth

Depuis que j’ai mon complexe de castration, j’ai l’impression qu’il me manque un truc…
Angeal

Moi, j’aimerais bien avoir un complexe de castration, mon complexe de frustration ne me suffit plus !
Genesis

C’est ça, moquez-vous ! Attendez de vous coltiner un bon syndrome post-traumatique, vous ferez moins les malins !
Hojo


(Dans les toilettes du du bar de Tifa)

Soyez gentils d’écrire à hauteur des yeux. Trop bas, on se penche en avant et on déjante de la cuvette. Trop haut, on se penche en arrière et se fracasse le crâne sur la chasse. Merci d’avance.
Reeve


J’ai testé le mako, on dirait de l’eau de vaisselle…
Weiss

Je viens de palper l’infirmière, on dirait de la gélatine…
Azul

Je viens de d’essayer la piscine, on dirait une baignoire…
Nero

Je viens de payer les factures du Deep Ground. On dirait de l’arnaque !
Rufus


MERDE ! PUTAIN ! BORDEL ! CHIER ! (Maintenant que j’ai prouvé que je pouvais moi-aussi piloter une fusée, où faut-il s’inscrire ?)
Reno

Tu remets tes lacets, pour courir ?
Cid


(Gravé sur l’écorce d’un arbre de la cité des anciens)

Si tu es le garçon super canon qui s’est battu ici la nuit dernière avec les longs cheveux argentés, des yeux d’émeraude, un long manteau de cuir noir zipé, un pantalon moulant et une petite bouche en coeur, je ne dors plus la nuit !!!! Où t’as acheté ton flingue ? Répondre ici : ……………
Vincent


(Sur le mur du bar de Tifa)

Un repas ici : 4 heures de mastication, 40 heures d’aigreurs, 4 semaines de nausées, 4 années de plaidoiries.
Rufus


Un jour mon prince viendra !
Jenova

Depuis le temps que tu l’attends, quand il va te voir, il va avoir un choc…
Lucrecia


(Sur le mur de la salle de cours de Lazard)

Ceux qui ont le savoir, produisent. Ceux qui ne savent pas et ne produisent pas, enseignent. Ceux qui enseignent, transmettent aux nouvelles recrues ce qu’ils savent. Merde, qu’on me dise comment c’est possible !?
Sephiroth


Ce qu’il y a sur ce mur de WC est vraiment odieux !
Hojo

Jetez donc un coup d’oeil dans le miroir : c’est pire !
Weiss


(Dans les toilettes du réacteur de Nibelheim)

Pour gagner un superbe badge “tireur d’élite”, visez juste ! (Demander le badge dans bureau du fond, en sortant, là où y’a marqué “Pr Hojo”).
Anonyme


On me reproche toujours de passer mon temps dans “Loveless”
Genesis

Et moi, on me reproche toujours de commencer des trucs et de ne jamais les finir…
Sephiroth

Ouais. Les enfants, par exemple !
Kadaj


(Dans les WC des turks)

Ah, enfin !… S’asseoir, défaire son noeud de cravate et poser les pieds sur la porte, relax…
Rude


(Dans un ascenseur de la Shinra, au-dessus d’une moquette trempée)

Ce petit pissou m’a purgé de toute la haine que je nourris pour les ascenseurs à musique…
Reno

Cette fic vous a plu ? Laissez un commentaire !

LXII - Qu’on l’attache ou qu’on l’égorge !

“Qu’on me donne une échelle

pour monter au pilier

et pour briser les chaînes

de mon frère bien-aimé…”

G. Torres de Villa

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Nero savait ce qu’était la souffrance.

Aussi loin qu’il s’en souvienne, il avait toujours vécu avec elle, qu’elle soit physique ou psychologique.

Son frère bien aimé avait toujours été le seul à pouvoir la soulager un peu.

Les premiers souvenirs qu’il avait, étaient ceux d’une pièce obscure, sans meuble ni fenêtre, froide et totalement vide, au centre de laquelle il passait son temps assis, à se balancer, à dormir en boule ou à chantonner.

Nero ne contrôlait pas du tout ses pouvoirs, alors, il n’était guère plus qu’un bébé, et le moindre geste un peu vif de ses petites menottes pouvait provoquer des trous noirs où tout ce qui se trouvait à portée - objets ou gens - disparaissait corps et biens.

C’est d’ailleurs ainsi qu’il avait tué sa mère, en venant au monde, en l’engloutissant elle et les médecins dans un maelström de ténèbres hurlantes, faisant de Weiss un petit orphelin de sept ans.

Si celui-ci en voulut à son frère ?

Il n’en eut pas l’occasion car, durant plus d’un an, on lui fit croire que son frère était mort lors de l’accouchement.

C’est l’indiscrétion d’une infirmière qui poussa Weiss à fouiller le réacteur Zéro - où il vivait avec les scientifiques et d’autres enfants - de fond en comble.

Il finit par trouver le bébé dans un sous-sol glacial, enfermé dans une pièce vide aux épais murs de métal renforcé.

Immédiatement, dès l’instant où le petit avait tendu ses mains vers lui en pleurant, il avait été pris de pitié et d’affection pour la petite créature.

Weiss lui avait raconté bien plus tard qu’il lui arrivait de descendre en cachette au sous-sol et de le trouver dans un état si pitoyable - presque inconscient par manque de nourriture et croupissant dans une couche qui n’avait pas été changée depuis parfois trois jours - qu’il avait songé à plusieurs reprises à briser le petit cou tendre une fois pour toutes et abréger ses souffrances.

Bien sûr, il ne l’avait jamais ne serait-ce que tenté. Il aimait trop son petit frère pour cela. Mais il était bien le seul !

Nero se souvient d’avoir eu faim très souvent, déjà à cette époque. Les hommes en blouse lui apportaient une petite bouteille en plastique contenant du lait froid (qui se serait donné la peine de chauffer un biberon pour lui ?) lorsqu’ils ne pouvaient plus faire autrement mais, la plupart du temps, il devait se contenter d’avaler sa salive et de pleurer en écoutant son petit estomac gargouiller.

Lorsque Weiss eut treize ans, Hojo lui fit intégrer l’Académie du SOLDAT et autorisa le garçon à emmener son frère, alors âgé de six ans, avec lui.

Ce fut la première fois que Nero vit la lumière du jour.

Les scientifiques regardèrent partir l’enfant avec un soulagement à peine dissimulé, heureux de voir s’éloigner cet ” aspirateur à ténèbres “, comme ils l’appelaient.

Si Weiss avait pensé de prime abord que de quitter le réacteur Zéro pour vivre à l’Académie allait améliorer la vie de son frère, il réalisa bien vite son erreur.

Nero faisait peur et, lorsqu’il n’était pas là pour s’en occuper, personne ne le faisait.

On lui interdisait même le réfectoire, les salles de classe, la cour, bref, tous les endroits où se retrouvaient habituellement les autres enfants.

Au début, le garçonnet errait donc dans les couloirs en veillant à ne croiser personne, de peur qu’un soldat ou un aspirant ne le bouscule avec l’habituel ” dégage, de là, toi ! ” méprisant en le repoussant - du bout du pied s’il était courageux ou de celui de son arme, s’il l’était moins. Car personne, hormis Weiss, n’osait toucher Nero.

Ce dernier prit donc l’habitude de rester enfermé dans la chambre de son frère toute la journée, se cachant sous le lit dès qu’il entendait le moindre bruit de pas approcher. Hormis un lit, un lavabo qui lui permettait de ne pas mourir de soif et des toilettes qu’il était désormais assez grand pour atteindre, les choses n’étaient pas si différentes que dans le réacteur Zéro. Comme là-bas, il passait les heures à attendre son frère, à s’ennuyer, à pleurer et à avoir faim.

Un soir, c’en fut trop pour Weiss, qui ne supportait plus de voir son frère dépérir, et il planifia leur fuite.

Il n’avait que quinze ans mais était grand et fort, un corps d’adulte, déjà, et ce serait bien le diable s’il n’arrivait pas à trouver du travail en mentant un peu sur son âge ! Nero et lui s’installeraient quelque part et il s’occuperait du petit comme il se devait.

Il prépara donc un sac avec leurs maigres affaires, un peu de nourriture, de l’argent qu’il avait volé dans la poche d’un scientifique du labo sans le moindre scrupule et, vers deux heures du matin, il réveilla son frère.

- Réveille-toi, Nero.

Le garçonnet avait frotté ses yeux ensommeillés.

- Pourquoi ? Je dois aller sous le lit ?

- Non, plus personne ne t’obligera à te cacher où que ce soit, assura Weiss en l’habillant. On se tire d’ici ! Pour toujours !

- Où ça ?

- En sécurité, allez viens.

Il avait pris son petit frère par la main et s’était glissé discrètement dans le couloir.

Tout alla comme sur des roulettes jusqu’à la porte d’entrée de l’académie mais, au moment où les enfants allaient s’esquiver au nez et à la barbe de soldat de garde - trop occupé à regarder des photos de filles nues dans un magazine - leurs rêves de fuite s’évaporèrent.

La porte s’ouvrit devant eux pour laisser apparaître un grand soldat brun à la carrure impressionnante que Weiss reconnut aussitôt. Les plus grands officiers étaient de véritables stars, à Midgar, et Angeal Hewley en faisait partie.

Il fronça les sourcils, surpris de se retrouver nez à nez avec les deux garçons en rentrant d’une soirée bien arrosée en ville.

Point n’était besoin d’être devin pour comprendre qu’il était en présence de deux petits déserteurs en herbe et, lorsqu’il le comprit, un sourire amusé étira ses lèvres, à la surprise de Weiss, qui s’attendait plutôt à une bonne taloche (au mieux !).

- Et où vous comptez aller où, comme ça, tous les deux ? railla-t-il. Boire une bière dans les taudis ?

Nero se blottit contre les jambes de son frère en pleurant et ce dernier baissa la tête, penaud.

- Eh ! Oh ! insista Angeal d’une voix douce pour ne pas effrayer davantage le petit. Tu ne veux pas répondre ?

- Qu’est-ce qui se passe, ici ? avait grondé la voix bourrue de Heidegger, qui arrivait dans le couloir. Qu’est-ce que vous fichez là en pleine nuit, tous les deux ?

Weiss avait rentré la tête et Angeal lui avait pris son sac pour le mettre sur son épaule.

- Merci de me l’avoir rapporté, p’tit ! fit-il d’une voix forte. Sans toi, je l’aurais cherché toute la nuit.

Heidegger fronça ses gros sourcils, soupçonneux.

- Hewley ! Que fait ce garçon et l’aberration qui lui sert de frère ici en pleine nuit ?

Weiss avait vu Angeal se raidir, choqué par les paroles du chef des armées de la Shinra.

- Il m’attendait pour me rendre mon sac, que j’avais oublié, avait menti le soldat en passant un bras protecteur autour des épaules du garçon.

Heidegger était alors reparti, pas plus convaincu que ça mais peu importait. L’essentiel pour Nero était qu’il ne punisse pas Weiss.

Effrayé, néanmoins, il avait éclaté en sanglots et, chose impensable, Angeal l’avait alors soulevé dans ses bras… et avait marqué une pause. Non parce que Nero l’effrayait ou le dégoûtait mais parce qu’il ne s’attendait pas à ce qu’il soit aussi léger et aussi maigre.

- Il est malade ? avait-il demandé à son aîné.

- C’est une longue histoire, monsieur, avait soupiré celui-ci.

- Eh bien, tu vas me la raconter, ton histoire. Allez, en route !

Et c’est ce que Weiss avait fait, celle nuit-là, dans la chambre du soldat. Il lui avait parlé du réacteur Zéro, de la naissance de Nero et de leur vie là-bas puis à l’académie.

Nero était petit mais il se souvenait encore parfaitement de deux choses : l’expression horrifiée d’Angeal et son premier bol de chocolat chaud.

A compter de ce jour, le soldat avait pris les garçons sous son aile, et il s’agissait sans doute là des années les plus heureuses de toute leur vie. Si l’on faisait abstraction de Zack, bien sûr, l’autre protégé d’Angeal. Combien de fois Weiss et lui en étaient-ils venus aux mains ? Nero en avait perdu le compte. Lorsqu’il ne faisait pas des allusions sexuelles grossières sur la relation fusionnelle des deux frères, il leur trouvait des surnoms grotesques, surtout à Nero: boule de suif “, pelote de poix “, bout de charbon “ ou encore ” nonos ” ou ” gribouille “, en raison des arabesques noires ressemblant à des tatouages qui étaient apparues sur la quasi totalité de son corps à la puberté.

Angeal, lui, le surnommait affectueusement chibi face “ en raison de ses immenses yeux carmins et de son petit nez retroussé.

Oui, les années passées aux côtés d’Angeal avaient été les plus belles de leur existence… jusqu’à ce que les Restrictors, les membres les plus puissants du SOLDAT, un mythe parmi les jeunes miliciens, viennent les chercher pour les ramener à nouveau au réacteur Zéro.

Deep Ground

Ca sonnait plutôt bien, sur le papier. Une unité d’élite presque aussi secrète et mystérieuse que les Restrictors eux-mêmes.

Weiss et Nero avaient obtempéré et un nouveau cauchemar avait commencé.

Un entraînement inhumain agrémenté de traitements divers avaient décuplé leurs capacités jusqu’au point limite de rupture.

Les pouvoirs de Nero étaient devenus tels qu’il lui était désormais presque impossible de les contrôler et, après plusieurs incidents, Hojo et les Restrictors n’avaient trouvé d’autre solution que de lui immobiliser le haut du corps dans une sorte de camisole de force et un masque de contention qui lui meurtrissait la peau du visage et l’empêchait d’ouvrir la bouche.

Weiss avait été horrifié, lorsqu’il l’avait vu mais il ne pouvait rien faire.

Pour remplacer ses bras, on lui implanta d’énormes appendices mécaniques, lourds et douloureux au possible, qu’il dût apprendre à utiliser.

Et s’il crut alors qu’il avait atteint le fin fond de l’humiliation et de l’indignité, il déchanta vite car, camisole ou pas, mors ou non, ses pouvoirs étaient toujours immenses et il pouvait désormais disparaître dans ses propres ténèbres pour réapparaître où il le souhaitait. Murs et portes n’étaient plus un obstacle, ce qui lui permettait de rejoindre son frère lorsqu’il le voulait, fut-il au secret ou en cellule disciplinaire.

Lorsque les Restrictors s’en rendirent compte, le véritable enfer commença.

Au plus profond des sous-sols du réacteur, juste à l’endroit où l’on confinait Weiss la plupart du temps, près de la cuve de mako, on l’attacha dos à une énorme colonne de pierre, à presque deux mètres du sol. De lourdes chaînes se croisaient sur sa poitrine, entre ses bras immobilisés par la camisole, et le pressaient contre la pierre pour l’empêcher de glisser.

Cette façon de procéder faisait que ses ailes métalliques lui rentraient dans le dos et les reins. Quant aux chaînes, elle mordaient profondément dans ses bras repliés et sa poitrine, meurtrissant la chair à travers le cuir épais, l’empêchant presque de respirer - et le masque de contention n’arrangeait rien.

Au début, il crut à une simple punition et serra les dents mais, au bout d’un quart d’heure son dos lui faisait si mal que ses larmes se mirent à couler. Une demi-heure plus tard, il crut que les chaînes s’incrustaient dans ses côtes et une heure après, il suppliait et criait pour qu’on vienne le libérer, jurant qu’il n’utiliserait plus jamais ses pouvoirs pour se déplacer d’un endroit à l’autre.

Personne ne l’entendit et, le lendemain, on vint lui apporter un peu d’eau et lui injecter une solution opaque dans la veine du cou.

- Bon appétit ! railla le médecin en faisant l’injection.

Nero sentit un froid glacial l’envahir en devinant ce que cela signifiait.

Si on le nourrissait par intraveineuse, c’est qu’on avait l’intention de le laissa pendu là encore un moment mais comment allait-il supporter une douleur pareille durant encore plusieurs heures sans devenir fou ?

Plusieurs heures…

Il y resta des mois.

Des mois durant lesquels il ne pouvait que hurler et appeler son frère à l’aide à s’en arracher les cordes vocales.

Mais Weiss, à quelques mètres à peine au-dessus de lui, ne pouvait que l’entendre et souffrir à s’en liquéfier le cœur de ne rien pouvoir faire pour l’aider.

Bien conscients qu’il délivrerait son frère dès qu’il en aurait l’occasion, les Restrictors avaient enchaîné Weiss à ce qui deviendrait son trône.

Voilà.

Voilà à quoi rêvait Nero tandis que Reeve Tuesti, avec mille précautions, l’allongeait dans un caisson médical transparent dans lequel on pourrait non seulement contrôler température et pression à la perfection mais aussi injecter une fine brume de mako qui lui permettrait d’accélérer sa remise sur pied sans traumatiser son organisme déjà fragilisé à l’extrême.

Pourquoi repensait-il à tout cela ?

Peut-être parce que, malgré le fait qu’il soit endormi, il entendait de façon inconsciente parler Shelke, qui racontait précisément tout cela au petit groupe composé de Cid, Tifa, Loz, Sephiroth et Cloud, descendus prendre des nouvelles du blessé et du bébé.

- C’est horrible… frissonna Cloud.

- Tu le savais ? demanda Cid à Sephiroth.

Ce dernier secoua la tête, lui aussi révolté mais pas le moins du monde surpris. Il connaissait la façon de procéder de son père.

- Pas pour le Deep Ground. La dernière fois que j’ai vu Weiss et Nero, ils faisaient partie des poulains d’Angeal. Et des meilleurs, qui plus est.

- Pauvre gamin… soupira le pilote en voyant Shelke attacher les mains de Nero à l’aide d’un morceau de gaze très douce et sans serrer.

Le but était seulement de l’empêcher d’agiter brutalement les mains et de provoquer un trou noir par accident, pas de lui faire mal ou de l’empêcher de bouger.

- Il a l’air si fragile, comme ça, sans son costume et tout son attirail… acquiesça Tifa en désignant le corps nu si mince.

La peau si pâle - et couverte de ce qui n’était donc pas des tatouages, à en croire Shelke - paraissait si fine qu’elle semblait sur le point de se rompre à chaque petit tressautement du jeune homme.

- C’est vraiment nécessaire, ça, Shalua ? demanda Cid en la voyant placer précautionneusement le masque de contention sur l’adorable visage de poupée de porcelaine de Nero.

Elle frôla affectueusement les lèvres joliment ourlées de son jeune patient du bout des doigts en s’étonnant une fois encore de leur insolite couleur bleutée.

- Oui, Cid, c’est vraiment nécessaire. Pour lui, si ce n’est pour nous.

Elle fixa le masque, dissimulant la bouche sensuelle.

A l’autre bout de l’infirmerie, le bébé de Loz gazouilla, tout joyeux, et Tifa leva les yeux au ciel.

Denzel était penché sur le berceau et lui chatouillait le ventre en lui faisant des grimaces.

- Je lui avais pourtant dit, de ne pas le réveiller, soupira la jeune femme en se dirigeant vers le garçonnet.

- Quand pourra-t-on lui parler, commandeur Tuesti ? demanda Sephiroth en désignant Nero.

Reeve lissa doucement les cheveux d’ébène et secoua la tête.

- Il est dans un état plus ou moins similaire au vôtre lorsque nous vous avons récupéré dans le mont Nibel, Général. Genesis ne lui a rien épargné.

L’ex-cauchemar de la planète se frotta le visage, sceptique.

- Ca ne lui ressemble pas, assura-t-il. Pas du tout.

- Quoi donc, père ? intervint Loz.

En l’entendant apostropher Sephiroth de la sorte, les autres se raidirent, s’attendant à une vive réaction, mais le principal concerné ne s’offusqua nullement de ce titre, bien au contraire.

- Lorsqu’Angeal a mis Weiss et son frère sous sa protection, Genesis s’est tout de suite pris d’affection pour le petit, expliqua-t-il. Il passait des heures avec Nero sur les genoux, à le faire lire. Il ne lui aurait jamais de mal, assura-t-il. Ni à lui, ni à Weiss. C’est impossible !

Reeve ferma le caisson avant de commencer à y répandre le mako gazeux.

- C’est pourtant ce que semblent affirmer Lucrecia et Aerith.

Cloud acquiesça.

- Aerith est formelle. C’est bien lui qui est derrière tout ça.

- Ca n’a pas de sens… soupira Sephiroth. Et qu’en est-il de cette histoire de… comment Kadaj a-t-il appelé cela, déjà ?

- Les géostigmates, répondit Loz.

- C’est ça, les ” géostigmates “. A-t-on des nouvelles, à ce sujet ?

Reeve secoua la tête.

- Non, Général, pas pour l’instant. Mais j’ai placé un détachement de protection autour de la source d’eau originelle, dans les ruines de Midgar. C’est le seul antidote que nous connaissions pour l’instant.

- Vous avez bien fait, commandeur. Jusqu’à quel degré d’épidémie pouvons-nous répondre avec cette source ?

- Je dirais… 100 000 personnes au maximum, intervint Cid Au-delà, nous risquons de contaminer la source ou de l’assécher.

- Pas de quoi faire face à une pandémie, si je comprends bien.

- Non, Général.

- Aucune chance, mon frère, confirma l’amiral de la W.R.O.

- Quelles sont les autres options ?

Ils partirent dans une discussion de stratégie organisationnelle et Cloud les écouta, un peu à l’écart, fasciné.

D’instinct, Sephiroth reprenait ses réflexes de chef des armées et c’était bien une réunion d’état major, voire de crise, qui s’était improvisée là, devant ses yeux et dans cette infirmerie, entre trois des plus hauts gradés de l’armée de la planète.

Même vêtu de sa tenue d’hôpital - nu-pieds, un pantalon de coton bleu clair et une tunique à manches courtes au confortable col en V -, l’avant-bras amicalement posé en signe de confiance sur l’épaule de Cid, le mythique Sephiroth faisait vibrer l’air de sa présence et de son charisme.

Cloud était incapable de le quitter des yeux, fasciné, happé par la vision ensorcelante de cette légende vivante comme une phalène par la flamme d’une bougie…

… à suivre

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LXI - J’ai mal, je t’aime

“On ne souffre jamais seul.

On souffre toujours avec ceux qui souffrent

à cause de votre souffrance.”

E. Wiesel

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Shalua coupa la dernière terminaison nerveuse qui reliait la moelle épinière de Nero au système de contrôle du mécanisme de ses ailes et Reeve retira précautionneusement le second tronçon d’aile. Une horrible écharde de métal au bout de laquelle pendait un imbroglio gluant de chair rougeâtre, de reste d’os, de câbles et de nerfs qui, avec les années, s’étaient formés autour de la structure que l’on avait fixée à la colonne vertébrale, aux côtes et aux omoplates du jeune homme.

- Ca devait lui faire un mal de chien… nota le chef de la WRO en posant la répugnante écharde de métal sur le sol.

Shalua acquiesça sous son masque de chirurgie tandis qu’elle s’affairait sur le dos du ténébreux.

- Les douleurs osseuses sont les pires qui soient. J’ignore comment il a pu supporter tout ça.

Shelke vérifia les fonctions vitales de son ancien compagnon d’armes sur son ordinateur.

- Plus que vingt minutes d’anesthésie, annonça-t-elle.

Reeve hocha la tête.

- Ca suffira largement. Nous avons presque fini.

Pauvre gosse… “ pensa-t-il en lissant la longue chevelure noire de ses mains gantées de latex.

Il secoua la tête, pris de pitié, mais Nero ne sentit pas la caresse réconfortante.

Nero était loin du box de chirurgie du manoir de Nibelheim.

Très loin…

Des années en arrière, en fait…

*

Ce n’était pas le cas de son frère Weiss.

Les coups de pieds furieux de Genesis et la douleur de chaque nouvel impact lui interdisaient la moindre échappatoire à la douleur, ne fût-ce qu’en se réfugiant dans ses souvenirs. Ce n’était pourtant pas faute de provoquer son tourmenter en espérant qu’un uppercut assez fort l’assommerait.

L’ancien chef des Tsviets, l’admiré, l’adoré, l’immaculé Weiss, se tordait sur le sol rocheux en gémissant sous les coups, le souffle coupé, les mains liées et le corps brisé et ensanglanté.

- Dis-lui de revenir ! hurlait Genesis à tue-tête. Appelle-le ! Appelle-le !

Il lui asséna un coup de pied particulièrement violent à la poitrine et le jeune supplicié en eut le souffle coupé mais essaya malgré tout de ricaner.

L’ironie était la dernière arme qui lui restait et il savait que cela rendait Genesis fou de rage.

- Désolé… J’ai pas… son numéro de… téléphone… sur moi…

Son bourreau le saisit par ses longs cheveux blancs et souleva sa tête pour lui parler à un pouce à peine du visage. Un visage qui, il y a encore quelques heures, avant que sa peau éburnéenne n’éclate sous l’impact des coups, aurait rendu jaloux bien des anges.

- Très drôle… Continue à faire le malin et c’est en morceaux, que ton frère te récupérera. Contacte-le ! Utilise ce lien empoisonné qui vous unit ! répéta-t-il en cognant brutalement sa tête sur le sol, lui ouvrant une nouvelle entaille - au front, cette fois. Dis-lui de revenir avec ce qu’il m’a volé !

- Va te… faire… mettre !

L’ex-soldat feula comme un fauve enragé et lui donna un coup de pied si brutal dans ses reins, provoquant une telle douleur, que Weiss s’évanouit.

Genesis jura, comprenant que c’était bien ce que le tsviet avait cherché à faire depuis le début.

- Maudit ! gronda-t-il en Tu ne perds rien pour attendre ! Je te jure que lorsque j’en aurais fini avec toi, tu hurleras tellement et tu appelleras ton frère au secours avec une telle force psychique qu’il aura de la chance si sa cervelle n’éclate pas !

*

Dans le grand open space réservé aux turks dans les plus hauts étages de la nouvelle tour Shinra, Tseng tapait impatiemment du pied.

Que fichait Elena ?

Elle aurait dû être là depuis un moment déjà et le pilote de l’hélicoptère commençait à s’impatienter !

Avec un soupir irrité, le chef des turks se rassit à son bureau, sur lequel était posée une petite boîte blanche de bois laquée ornée de minuscules poignées d’argent ciselé.

N’importe qui aurait pris cette boîte pour un grand écrin à bijoux ou un coffre à trésors quelconque jusqu’à qu’il lise la petite plaque gravée et délicieusement ornementée qui y avait été fixée deux heures plus tôt par un bijoutier réveillé en pleine nuit (et grassement payé pour le dérangement) : ” KALY - R.I.P.* “.

(*Note : pour ceux qui m’ont posé la question par mail, R.I.P. est l’inscription que l’on trouve sur les pierres tombales et les cercueils occidentaux, elle est l’abréviation du latin “Requiescat in pace” (Qu’il/elle repose en paix))

La porte s’ouvrit, laissant passer sa collègue retardataire, qui s’avança avec un grand et luxueux sac cartonné à la main.

Tseng lui adressa un regard lourd de reproches.

- Où diable étais-tu passée ? Nous aurions déjà dû part… Qu’est-ce que tu fais ? s’étrangla-t-il en la voyant ouvrir le petit cercueil.

Elena, guère intimidée, brandit le sac estampillé du logo d’un prestigieux magasin de jouets de luxe.

- J’ai dû faire intervenir quelques contacts pour me faire ouvrir la boutique en pleine nuit, mais j’ai enfin trouvé ce que j’ai cherché toute la journée ! claironna-t-elle en débarrassant le minuscule cadavre de son petit drap d’hôpital bleu.

L’Utaïen faillit en manger sa cravate.

- Elena ! Par tous les Dieux de la planète ! Repose ce fœtus dans son cercueil immédiatement !

La jeune femme se contenta de hausser les épaules et allongea la minuscule créature sur le bureau de son chef avec un petit bruit sec qui retourna l’estomac de celui-ci.

Le mako avait littéralement momifié les tissus, désormais durs comme de la pierre et parfaitement conservés, comme si la vie du petit être s’était figée dans le temps, fossilisée par le mako. En fait, le bébé paraissait dormir et n’importe qui, qui l’aurait vue ainsi, se serait attendu à voir la menotte se resserrer d’instinct autour de son doigt.

Une poupée de cire “ avait pensé Elena lorsqu’elle avait touché le fœtus momifié la première fois. Une poupée de cire comme celles qu’on voit dans les musées… “

Si ce n’est que les poupées de cire étaient à taille humaine alors que le petit cadavre, à qui on avait ôté la vie à cinq mois de gestation à peine, tenait presque tout entier dans sa main.

- Bon sang, Elena, mais qu’est-ce que tu fiches ? s’étrangla Tseng en la voyant sortir de minuscules vêtements de poupée de son sac.

Patiemment, et sans s’énerver ou lui prêter attention le moins du monde, la jeune femme habilla le bébé avec les vêtements de poupée : une adorable grenouillère bleue et blanche brodée de petits poussins chocobo, des chaussons blancs et un petit bonnet assorti.

- S’il veut le voir, il sera mieux comme ça que nu dans un morceau de tissu récupéré à la morgue, répondit-elle enfin, ravie du résultat. Qu’est-ce que tu en dis ?

Le chef des turks frissonna car le bébé avait l’air plus que jamais vivant.

- C’est… (Il soupira) Je ne sais pas si je dois trouver ça sordide ou… Ou… Remets-le là-dedans, tu veux ?

Il se détourna, horriblement mal à l’aise, et la jeune femme allongea doucement le bébé dans son cercueil après en avoir retiré l’horrible drap bleu et referma le couvercle, le cœur un peu lourd.

Cela n’aurait sans doute pas été le cas si elle n’avait pas eu cette fichue conversation, avec Reno.

Ils avaient parlé longtemps.

Sans doute même plus longtemps qu’elle ne l’avait jamais fait et elle était sûre d’une chose : Reno était fou amoureux de Yazoo. C’était une évidence. Une évidence dont le jeune turk ne s’était peut-être même pas encore rendu compte. Il lui avait parlé de l’argenté pendant presque une heure, lui racontant à quel point les découvertes dans le laboratoire secret du Deep Ground l’avaient remué.

Rends le fœtus aussi présentable que possible, d’accord ? “ avait-il demandé avec une timidité et une anxiété qu’elle ne lui connaissait pas. Je suis sûr qu’il voudra le voir avant qu’on le mette dans la crypte”.

Elle l’avait rassuré, alors, lui avait dit que cela ne poserait aucun problème, que le petit corps était parfaitement conservé et que le bébé paraissait dormir.

Reno avait soupiré de soulagement et elle avait souri.

Oui, il était vraiment amoureux…

Et elle ne savait que trop ce que l’on pouvait ressentir en voyant souffrir la personne que l’on aimait le plus au monde.

Les images de la terrible nuit qu’elle et Tseng avaient passé au cratère nord frappèrent à la porte de sa mémoire mais elle ne les laissa pas entrer.

Pas cette fois.

Plus jamais…

Depuis qu’elle avait tenu le petit corps dans ses mains et qu’elle avait vu les premières images de Kay, filmé par Reno, quelque chose s’était réveillé en elle.

Quelque chose avait changé.

Profondément.

Obtenir l’amour de Tseng, ce qui avait été pour elle durant des années la finalité rêvée, le but ultime, commença à perdre de son importance.

Oh, bien sûr, elle l’aimait toujours et ne cesserait sans doute jamais de l’aimer, mais autre chose occupait désormais le premier plan son esprit : un bébé. Elena, qui avait passé une partie de sa vie à ôter celle des autres lorsque la situation l’exigeait, rêvait désormais de la donner…

Elle ne pouvait donc que trop imaginer ce que devait ressentir Yazoo, à qui l’on avait arraché son enfant sans même lui donner une chance de le voir.

Elle trouvait cela cruel, injuste et profondément choquant. Peu importe ce qu’il avait pu faire, deux ans plus tôt, aucune mère ne méritait ça ! Car, aussi curieux que cela semble à dire, Yazoo était bien la mère de la petite créature qu’elle avait habillée avec tant de soin.

Elena avait passé la journée sur Internet et au téléphone pour trouver des vêtements de bébé à la bonne taille. En vain. Même les vêtements pour grands prématurés étaient encore trop larges.

Le vêtir ainsi aussi sonné faux, comme une parodie ou une bouffonnerie de maternité. Elle voulait, au contraire, que tout paraisse normal, naturel. Comme l’enterrement d’un bébé mort-né. Une tragédie, certes… mais une chose qui arrivait souvent. Pas comme un bébé grandissant dans un cadavre et tué par des savants fous uniquement soucieux de performance !

Elena était sûre que, plus cela paraîtrait naturel et plus Yazoo se remettrait facilement.

Pourquoi y tenait-elle tellement ? Aurait-on pu se demander.

Pour Yazoo ? Pour Reno ? Pour le bébé ? Pour elle-même ?

Sans doute les quatre à la fois.

Mais aussi, et surtout, parce qu’elle était une femme et qu’elle comprenait. Oui, elle comprenait d’instinct et savait ce qu’elle devait faire - ou ce qu’elle aurait aimé qu’une autre mère, en devenir ou non, fasse si les rôles avaient été inversés.

Elena souleva le cercueil avec un mystérieux sourire, à la fois triste et paisible, que Tseng ne réussit pas à interpréter.

- Oh, Tseng ! fit-elle sans se retourner. Peux-tu prendre le sac ? J’ai aussi acheté un cadeau pour Kay. Je le donnerai à Loz de notre part à tous.

- Euh… Ou… Oui… bredouilla l’Utaïen. Bien sûr.

Elle sortit et le chef des turks récupéra le sac avec un froncement de sourcils incrédule.

La jeune femme avait quitté la pièce sans même lui adresser un regard. Pas même l’un de ceux qui l’agaçaient tant, dégoulinants d’admiration, qu’elle lui coulait entre ses longs cils, croyant qu’il ne remarquait rien.

Il aurait dû en éprouver du soulagement, voire même de l’espoir en se disant qu’elle avait peut-être enfin fini par comprendre où était leur place à tous deux et accepter qu’il ne serait jamais rien pour elle que son supérieur hiérarchique, mais… curieusement ce ne fut pas le cas.

Si Tseng ne se connaissait pas mieux que ça et ne se savait pas à l’abri de sentiments aussi mesquins qu’improductifs, il aurait pu croire qu’un petit pincement vexé lui avait piqué l’estomac…

*

Allongé sur son lit et une coupe de vin à demi pleine posée sur la table, Vincent regardait les étoiles par la fenêtre entrouverte, goûtant la fraîcheur nocturne.

Lui, Cait et Merill avaient aidé Sephiroth à remettre de l’ordre dans le bureau de Shalua et avaient attendu un peu que cette dernière finisse de s’occuper de Nero mais Reeve leur avait fait signe que ce serait plus long que prévu.

Enlever les restes d’ailes métalliques ne suffisait pas, leur avait-il expliqué, il fallait aussi retirer très soigneusement un appareillage complexe fixé à l’os.

- Vincent…

Celui-ci tressaillit et sentit une armée de petits lézards glacés lui descendre le long du dos en entendant la voix douce qui s’éleva dans son dos, dans l’angle le plus sombre de sa chambre.

La gorge sèche, il pivota lentement et sa gorge serrée émit un son étranglé en reconnaissant la ” visiteuse ” nocturne.

- Lucrecia… finit-il par articuler après plusieurs tentatives infructueuses.

L’apparition s’approcha et tendit vers sa joue une main ectoplasmsique que, bien sûr, il ne sentit pas.

- Mon amour… chuchota la jeune femme, ses yeux fantomatiques brillants de larmes.

Il aurait tant voulu la consoler. La serrer dans ses bras. Enfouir son visage dans ses cheveux et respirer son parfum frais. Il aurait voulu… Oh ! Dieux, il aurait voulu tant de choses…

- Lucrecia… Si tu savais comme tu me manques…

La jeune femme fit des efforts inhumains pour se reprendre et ne pas se laisser aveugler par ses sentiments.

Elle n’avait pas le loisir de se laisser aller.

Le temps pressait.

Il fallait faire vite.

- Vincent… Weiss va mourir, dit-elle de but en blanc.

L’ex-turk se raidit.

- Quoi ?

- Il faut aller le chercher sans tarder ou Genesis va le tuer ! Il n’acceptera jamais de lui livrer son frère. Il préférera mourir et s’il meure… nous ne pourrons plus compter sur l’Omega pour combattre Jenova.

L’apparition trembla, parut se dissoudre, puis réapparut à nouveau mais si pâle qu’on la distinguait à peine.

- Lucrecia ! cria Vincent en bondissant de son lit.

La jeune femme paraissait à présent souffrir et avait visiblement du mal à rester visible.

- Lucrecia… Pourquoi a-t-on besoin de l’Omega ? En quoi Genesis est-il…

- Weiss… l’interrompit précipitamment Lucrecia en luttant pour ne pas disparaître complètement. Weiss vous expliquera tout… La source du mont Nibel… Weiss… Ne le laissez pas… Mourir…

- Lucrecia !

- La source… du mont… Nib…el…

Elle disparut complètement et, après un court instant d’hésitation, Vincent bondit hors de sa chambre et se précipita en direction des appartements de Rufus.

à suivre

Part 12 Les chemins de la vertu… ne sont décidément pas sur la route du Star Tash !

Un cri résonne dans la nuit : NOOOOOOONNNNNN !!!

Dans la chambre de Weiss et de Nero

Nero (qui sort la tête des draps) : C’était quoi ça ?

Weiss (un gros point d’interrogation sur la tête) : Tu crois qu’ils ont des singes hurleurs dans le vaisseau ?

Nero (réfléchit un moment et secoue la tête) : Nan, je pense pas.

Weiss : Alors je vois pas.

Re-cri : AAAAHHHHAIEAIEAIEAIE ! ! !

Nero : C’est Lozy, non ? Faut aller voir !

Weiss (qui le retient par une aile) : Minute papillon ! Avant d’aller butiner ailleurs, tu peux m’expliquer comment ça se fait que tu l’appelles par son petit nom ?

Nero (gaufré par terre, le nez dans la descente de lit) : Non mais tu crois que c’est le moment de me piquer une crise de jalousie ?

Il se dégage, et se précipite dehors, en pyjama.

Pendant de temps, dans la chambre de Loz et Yazoo :

Yazoo (qui maintient les poignets de Loz) : C’est pas la peine de gigoter comme ça, de toute façon t’échapperas pas à… ça !

Loz (s’accrochant aux draps) : NAAAAAAAAAAANNNNNNNNNN ARRREEETEUHHHH NNAAHHHAAWWWWWOUILLE OUILLE OUILLE AIEAIEAIE !

Yazoo (suant au labeur) : Trop tard, c’est fait !

Pendant de temps, dans le cercueil de Vincent, dans les soutes :

Cid (ouvrant le couvercle du cercueil pour sortir la tête) : C’était quoi, ça ?

Vincent (en soulevant le cache à dentelle qui lui couvre le yeux pour dormir) : Vaut p’têt mieux y aller, j’crois que Loz est en train de douiller !

Ils s’habillent vite fait, se précipitent et croisent Nero, Weiss, Tifa, Cloud, Reno… enfin toute la clique dans les coursives et… Tseng, que le boucan a réveillé !

Vincent (voyant Tseng) : Merde !

Tseng : Vous disiez, agent Valentine ?

Vincent: EUH… rien ! Je me demandais ce qu’était ce bruit, hihihi…

Tseng (en remontant son pantalon de pyjama estampillé de fleurs de gingembre utaïennes et en raffermissant sa poigne sur la batte de base-ball qu’il a apportée avec lui) : Allons-y doucement, peut-être un démon s’est-il introduit chez l’officier Loz. Restez derrière moi.

Weiss (se marrant comme une baleine) : Attends de voir la gueule de ” l’introduction ” ! (Nero lui donne un coup d’aile) Aïeuh !

Cloud : Heu… Monsieur ? C’est p’têt pas la peine d’y aller, vous savez…

Tseng : Il le faut ! L’entraide est le ciment d’une équipe bien soudée !

Reno (en aparté à Tifa) : Ca se soude, le ciment ?

Tifa (effondrée) : Reno, tu es vraiment un boulet…

Cloud (insiste) : Yazoo et Loz sont des soldats 1ère classe, après tout, si y’a un monstre là dedans, personne n’est plus qualifié qu’eux.

Tseng : Quand bien même, il faut qu’ils sachent qu’ils peuvent compter sur leurs camarades pour tout !

Weiss (lève le doigt et s’apprête à faire un commentaire enthousiaste mais se reprend un autre coup d’aile de Nero sur la tête) : Mais aïeuh ! T’arrêtes un peu, oui ? !

Cloud (à court d’arguments) : Oui mais p’tet qu’on va les réveiller pour rien et Yazoo peut être très très très en colère lorsqu’on le réveille en sursaut, vous savez…

Tout le monte hoche vigoureusement la tête, sachant très bien ce qu’ils risquent de trouver de l’autre côté de la porte.

Tseng (outré) : Soldat Strife ! Je commence à en avoir plus qu’assez de votre attitude de péteux ! (En se tournant vers les autres) Aurais-je donc affaire à une bande de couards ?

Cloud (les yeux soudain plus mako que bleus) : PETEUX, MOI ?

Sephiroth (sa dignité guerrière traînée dans la boue) : Monsieur ! Avec tout le respect que je dois au chef des turks, je vous demande de retirer ses paroles ou je me verrais contraint de demander réparation sur-le-champ !

Cloud (la bouche en cœur) : Mon hérooooossss…

Tseng (un peu rassuré) : Pardonnez-moi, mais j’ai craint un moment… Enfin ça ne fait rien. On y va !

Il défonce la porte de la cabine.

Tous : NNAAANNN ! ! ! ! ! !

Tseng (qui lâche soudain la batte et fixe le lit) : Mais que…

SHKLONG (bruit de la batte qui tombe sur le sol)

Tout le monde se précipite, s’attendant au pire, et voient Yazoo, sous les draps, appuyé sur les oreillers entrain de fumer une cigarette, un grand sourire aux lèvres.

Les multiples paires yeux glissent alors sur Loz.

Il est allongé, les bras en croix, et fixe le plafond avec un large sourire en banane, aussi béat que niais.

Yazoo (faisant des ronds avec la fumée d’un air d’autosatisfaction intense) : Oui ? C’est à quel sujet ?

Tseng (qui bafouille) : Je… Euh… On a entendu crier… Alors… Bah…

Yazoo : Oh, ça ! Ce n’est rien. Loz a fait un cauchemar mais il va mieux maintenant. Hein, Lozy ?

Loz (qui hoche la tête, toujours béat et le regard toujours au plafond) : Vi, vi… Y va bien…

Tseng (inquiet quand même) : Vous êtes sur ? Il n’a pas l’air très “dans son jus”, là, quand même, hein…

Yazoo : Faites-moi confiance, je m’occupe de lui, monsieur.

Tseng : Bon, eh bien, dans ce cas… Bonne nuit.

Yazoo (tout sourire) : Bonne nuit ! Dis bonne nuit, Lozy.

Loz (qui il agite la main sans se départir de sourire idiot) : Onne huiiii !

Tseng chasse tous les curieux et referme la porte.

Yazoo (se penchant sur Loz) : Ca va mamour ?

Loz : Hein ?

Yazoo : Je te demande si ça va.

Loz (tronche de mongolien) : Kezudit ?

Yazoo (qui commence à s’inquiéter quand même) : Loz, c’est moi ! On se réveille ! C’est ton sucre d’orge adoré !

Loz (qui bondit hors du lit, reprenant ses esprits d’un coup) : Ah ! Ne m’approche pas !

Yazioo : Bah m’amour…

Loz (hystérique) : Sadique ! B’sédé ! Comment t’as pu me faire une chose pareille ? Monstre ! Sans cœur ! Bourreau !

Yazoo (la larme à l’œil) : Mais… je t’aime, mouaaa !

Loz (sur le point de péter les plombs) : Tu m’aimes ? Et tu t’imagines que je vais te croire après ce que tu viens de me faire ?

Yazoo (qui essaye de le prendre dans ses bras) : M’amour…

Loz : ME TOUCHE PAS ! VIOLEUR ! Tu mériterais que je te tranche la tête !

Yazoo (effondré sur le sol en larmes) : Ne me dis pas des choses aussi horribles !

Loz (qui le toise avant de sortir) : C’est ça ! Chiale ! Tu pisseras moins !

Il part en claquant la porte.

Nero et Tifa, qui étaient restés devant la porte à discuter (et a essayer d’entendre ce qui se passait dans la chambre, bien sur), voient sortir Loz comme une furie.

Loz (qui entraîne Tifa avec lui) : Viens là ! Faut qu’j'te cause !

Tifa : Hein ? (elle regarde Nero, qui hausse les ailes - enfin les épaules) Mais keskia ?

Loz : Je t’explique ça dans deux minutes

Il l’entraîne à travers les coursives.

Nero (qui rentre à pas de loup dans la cabine, voit Yazoo effondré) : Ca va pas ?

Yazoo (en larmes) : Laisse-moi ! J’veux mourir ! Il me déteste !

Nero (qui le prend dans ses bras et le berce *ah bah dès qu’il peut profiter d’un câlin, lui…*) : Mais non, mais non, il est sous le coup du bromure, c’est tout…

Yazoo : Il a même dit que je mériterais qu’il me coupe la tête !

Nero (avec de gros poutous) : Allons, allons, il avait plutôt l’air d’avoir apprécie lorsque nous sommes entrés…

Yazoo (en secouant la tête et mettant des grands coups de cheveux à Nero) : Nan ! Il m’a dit que j’étais un pervers !

Nero : Mais non, voyons, il était un peu en colère, c’est tout.

Yazoo : Y m’aime, plus j’te dis ! ! !Il a même dit que j’étais ridicule tout nu ! Et moi qui lui ai tout donné ! Je veux mourir !

Nero (qui ne sait plus quoi dire) : Je te répète que ce sont les effets secondaires du bromure, enfin ! C’est un mauvais moment à passer, c’est tout !

Yazoo : J’peux pas ! C’est trop dur ! Tue-moi !

Nero (qui se dégage) : Ah non, hein ! Ca va bien, maintenant, vos crises de mélo-dramatico-culpabilité-déceptionnée ! Ca va lui passer, je te dis !

Yazoo (qui renifle) : Et en attendant je fais quoi moi, hein ?

Nero : Comment ça ? (Il remarque alors le regard aguicheur de Yazoo mais se souvient - enfin c’est surtout son popotin, qui se souvient - de la façon dont Loz lui a fait regretter d’avoir touché à sa propriété privée) Euh… Nan. Nan, nan, moi j’ai rien à voir dans vos salades, cette fois, hein !

Il se glisse prestement hors de l’étreinte un peu trop collante et s’esquive vers sa cabine façon “surtout ne pas contrarier les grands dépressifs mais poussez pas le bouchon trop loin quand même”.

BONCHH ! Aieuh! Oups…

Ca c’est parce qu’en tournant le coin de la coursive, il est entré en collision avec Tseng…

Nero (toussotant): Ah, euh, tiens, vous ici, Sir ! Quelle bonne surprise, vous n’êtes donc pas encore retourné vous coucher ?

Tseng (encore un peu déconcerté et se disant que décidément quelque chose lui échappe sur ce vaisseau): J’ai eu l’impression que ce serait peut-être bien que je fasse une petite ronde… Dès fois qu’il resterait du danger… Un monstre… Chais pas… Un truc normal, quoi…

Nero (devinant que ça carbure sec sous le crâne de béton du turk): Allons, allons, il n’y a rien d’anormal ici, qu’est-ce qui vous inquiète?

Tseng (en se grattant la tête): Je n’avais jamais vu l’équipage aussi nerveux… On dirait qu’ils sont sous tension et qu’ils me cachent quelque chose…

Nero (en apparté) : Aie…

… à suivre

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LX - Charnelles vapeurs

” Tu noies tes chagrins dans l’alcool ?
Méfie-toi, ils savent nager. »
Y. Mirande

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

Les versions non censurées de ce texte et de cette illustration se trouvent fascicule “Les interdits de www.ff7-yaoi-fanfics.com” tome 2 (voir dans la boutique)

***

- Ca va aller ? demanda Reno en aidant Yazoo à s’allonger sur le lit. Ce n’était peut-être pas une si bonne idée que ça, ce verre de cognac. Je suis désolé, je n’aurais pas dû laisser Rufus te faire avaler ça.

L’argenté sourit.

- Tu n’y es pour rien et Rufus non plus. Il voulait juste que je me détende un peu. Et je dois être le seul homme au monde qui se retrouve dans cet état après trois gorgées d’alcool !

Il rit et le turk l’aida à se déshabiller en admirant le corps pâle à la douce lumière de la veilleuse avant de le recouvrir.

Bon sang ! Ce qu’il mourrait d’envie de lui faire l’amour…

Pourtant, malgré les tendres moments qu’ils avaient passés ensemble, ils n’avaient pas encore franchi le pas - si par “pas”, on entendait “relation sexuelle incluant une pénétration”.

Yazoo n’était pas encore assez à l’aise pour cela et Reno savait qu’il ne le forcerait jamais. Il attendrait qu’il soit prêt à le recevoir même si cela devait lui coûter plusieurs dizaines de nuits blanches.

- Dors, mon ange.

Il déposa un baiser léger sur ses lèvres et passa la main dans ses cheveux argentés.

- Tu… tu ne te couches pas ?

Reno cligna de l’oeil.

- Je vais aller voir comment ça se passe avec Nero, en bas. Et tu as besoin de te reposer après tout ce qui s’est passé.

Yazoo plongea ses yeux mako dans les siens et noua ses bras autour de son cou.

- Reste… S’il te plaît.

- Tu es sûr ?

- Oui. Je veux que tu sois près de moi. Pour toujours… Je t’aime Reno.

Reno goûta à la coupe de ses lèvres le cognac que Yazoo avait bu. Puis il retira sa veste de costume et s’allongea près de lui pour blottir son visage au creux de son cou.

- Reno ? murmura Yazoo au bout d’un petit moment.

Le turk releva lentement la tête.

Les joues de l’argenté avaient pris une teinte rosée et son souffle était un peu haletant.

- Ca va ? Tu n’as pas l’air bi…

Yazoo lui posa un doigt sur la bouche et lui adressa un sourire débordant d’amour.

- Chut…

Sans prévenir, il bascula Reno sur le dos et s’assit sur le matelas.

Avec une lenteur et une tendresse qui chavira le cœur du turk, il fit courir sa petite bouche en coeur sur son cou.

Reno ferma les yeux et les boutons de sa chemise semblèrent fondre entre les doigts de Yazoo. Il la sentit glisser sur ses épaules et il se redressa légèrement pour pouvoir la retirer complètement.

Les doigts délicats et les lèvres de l’argenté tracèrent un chemin caressant sur sa poitrine, son ventre, et la fermeture éclair de son pantalon céda à son tour.

Yazoo le fit glisser le long de ses jambes athlétiques jusqu’à l’envoyer rejoindre la chemise sur le sol, suivi de près par ses chaussures et ses chaussettes.

Lorsque le turk sentit ses doigts se glisser sous l’élastique de son caleçon, il hoqueta, surpris par son audace.

Bah merde ! Tu parles d’effets secondaires… “ pensa-t-il en retenant un sourire.

Des frissons lui remontèrent le long du ventre mais l’incarné de s’attarda pas. Il fit glisser le sous-vêtement jusqu’à ses chevilles et le posa avec le reste des affaires.

Reno entrouvrit les yeux et surprit le regard admiratif que je jeune homme posait sur son corps nu. Un corps mâle, mince et aux muscles bien dessinés. Un corps pour lequel bien des femmes se seraient damnées. Et, au bas du ventre plat, une hampe de chair dure et palpitante.

L’excitation rosit encore les joues de Yazoo et son propre sexe se dressa entre ses cuisses.

- Ce que t’es canon, comme ça… laissa échapper Reno, la gorge serrée.

Les longs cheveux argentés accrochaient la lumière de la lampe et tombaient sur ses épaules comme un châle coûteux. Yazoo était mince mais Reno distinguait parfaitement le dessin ferme de ses abdominaux et la courbe harmonieuse de ses pectoraux ornés de deux petits grains rose pâle.

Très doucement, les mains fines se tendirent vers le visage de Reno et celui-ci ferma de nouveau les yeux, savourant la délicate caresse des doigts fuselés sur sa peau.

L’argenté faisait courir la pulpe de ses doigts sur son corps en évitant soigneusement le bas de son ventre, faisant vibrer chaque nerf.

Le turk soupira en sentant son corps répondre à ses caresses.

Yazoo laissa une traînée de baisers chauds et humides sur sa poitrine. La respiration de Reno s’accéléra et il entrouvrit les yeux. La langue de l’argenté poussa contre l’un de ses tétons, lui arrachant un soupir comme cela envoyait un long frisson directement dans son bas-ventre.

Il apprend vite, la vache… ”

L’argenté l’excita doucement avec ses dents, faisant courir une traînée de baisers sur sa poitrine d’un téton à l’autre.

- Eh, Yazoo baby… Tu sais que tu vas avoir du mal à m’empêcher de sauter dessus, si tu continues ? grogna Reno en mordant sa lèvre inférieure, son front se plissant tandis que les sensations augmentaient.

Yazoo se contenta de sourire et la traînée de baisers descendit sur la surface lisse et dure de son estomac, chaque contact brûlant le faisant se contracter, puis elles fuirent à nouveau.

Reno sentit ses cuisses s’écarter d’elles-mêmes et une partie de lui se révolta alors même que l’autre attendait… anticipait, fascinée.

Le premier baiser sur l’intérieur de sa cuisse le fit sursauter.

Yazoo amena ses doigts à se joindre aux baisers, monta depuis l’intérieur de sa cuisse, joua avec une douceur exaspérante avec ses parties pour descendre jusqu’à l’intérieur de l’autre cuisse. Puis remonta à nouveau. Et sa bouche humide se referma enfin sur lui, sa langue poussant les testicules d’avant en arrière.

Le turk prit une autre inspiration frémissante.

Il aimait ça.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, il aimait que Yazoo prenne les devants et le touche comme ça.

Bah merde, alors ! Si je m’attendais à ça… ”

Cette certitude était invraisemblable, effrayante, dévastatrice…

- Je t’aime, murmura l’argenté en frottant de sa joue le membre soyeux et palpitant.

Il fit courir le bout de sa langue de la base à l’extrémité et entendit le soupir de Reno. Il sourit, le lécha à nouveau dans une longue et lente caresse, poussant le pénis du turk contre son aine.

Celui-ci voulait bouger, soulever ses hanches pour aller au-devant de cette langue et gémit de plaisir pendant que Yazoo continuait cette lente torture insensée.

L’incarné fit doucement courir ses lèvres sur le sexe dur, le mordillant, le frôlant avec ses dents. Sa langue flexible en lécha l’extrémité puis plongea dans la petite fente humide, se tordant comme si elle essayait de s’y forcer un passage et ses doigts caressèrent les testicules, encerclant la chair douloureusement contractée par le désir… doucement.

Reno poussa un râle et ses mains agrippèrent les draps.

- Continue… s’entendit-il mendier. Oh, oui, continue…

Mais Yazoo s’arrêta et Reno frissonna. Il en voulait plus et gémit encore. Un petit son implorant.

Pourquoi arrêtait-il ?

Il sentit Yazoo bouger à côté de lui sur le lit, puis il fut chevauché, le visage empourpré du jeune homme baissé vers lui, souriant.

- Yazoo…

Celui-ci appuya ses mains de chaque côté de sa tête, sur l’oreiller, et se pencha en avant.

- Prends… chuchota-t-il contre son oreille en pressant l’un de ses tétons contre la bouche du turk, son souffle lui envoyant des frissons dans le cou.

Reno n’en revenait pas.

C’était comme si la minuscule quantité d’alcool qu’avait avalée l’argenté avait fait tomber toutes ses inhibitions.

Ne profite pas de la situation, Reno. Contrôle-toi, merde… ” s’admonesta-t-il.

Non, il ne devait pas profiter de la situation.

Il ne le devait pas !

Il ne le devait pas !

Il ne le devait pas !

Mais… le petit grain dur sombra entre ses lèvres douces tandis que Yazoo haletait comme la langue mouillée et chaude de Reno dardait entre ses lèvres pour le goûter, le fouettant rapidement.

Le corps de l’argenté se contracta sous l’effet de l’excitation et les dents de Reno attrapèrent tout doucement le téton entre ses dents. Il tira un peu sur la peau tendre, tenant le petit grain de chair afin que sa langue puisse cingler contre son extrémité.

Yazoo soupira et un spasme lui agita le corps.

Le turk libéra le petit téton molesté et continua de le tremper avec sa langue jusqu’à ce que l’argenté se laisse glisser pour embrasser sa poitrine en allégeant sa tension avec de légers mouvements des lèvres.

Reno inspira profondément et la bouche douce remonta jusqu’à sa gorge, à son menton puis à ses lèvres.

- Je t’aime, mon ange… murmura Reno avant de presser sa bouche sur la sienne.

Leurs langues se cherchèrent et bataillèrent durant un long moment avant que Yazoo ne se redresse, s’installant confortablement sur le ventre de Reno pour frotter ses fesses contre le sexe impatient.

- Reno…

Mais Reno avait rejeté la tête en arrière, perdu dans un flot de sensations qu’il ne parvenait plus à contrôler.

Reno se noyait.

Reno qui sentait sa verge dressée contre les fesses fermes.

Reno qui, le souffle court, se demandait comment on pouvait éprouver un tel plaisir au contact d’un corps si semblable au sien.

Reno qui, bientôt, ne fut même plus capable de penser.

Et lorsque la main de Yazoo descendit sur son propre ventre et commença à caresser son sexe vibrant en rythme avec des mouvements graduels de ses hanches, Reno en oublia même comment respirer.

Il imaginait que c’était sa main, pas celle de l’argenté, qui arrachait de si délicieuses plaintes de ses lèvres entrouvertes.

Il allait tendre sa main vers le sexe dressé lorsque Yazoo lui glissa deux doigts dans la bouche.

Il les accueillit sans protester, les léchant comme s’il se fut agi de son sexe, et il poussa même un petit gémissement plaintif lorsqu’ils se retirèrent… pour se glisser entre les fesses de l’argenté, qui poussa un long soupir en rejetant la tête en arrière dans un envol de mèches argentées.

Reno imagina ces doigts qu’il ne voyait pas se faufiler dans leur caverne de chair et faillit jurer de surprise mais se mordit la langue à temps.

Non, Yazoo ne pouvait pas être en train de faire ça…

Pas son Yazoo baby, si timide et réservé. Même pas dans ses rêves érotiques les plus fous !

Reno tendit les mains pour les poser sur les fesses rondes et sentit le poignet droit de Yazoo faire des mouvements de va et vient de plus en plus rapides tandis que la main gauche s’affairait de plus en plus rapidement sur son sexe, faisant jaillir par intermittences un bourgeon de chair rose de son tendre fourreau de peau. Du bout des doigts, le turk sentit ceux de Yazoo entrer en lui et sortir, vriller et se tordre tandis que ses fesses se pressaient et se frottaient de plus en plus durement sur son propre sexe.

Le turk hoqueta, incrédule.

“Oh, la vache, il le fait…”

***

Alangui, épuisé et le souffle court, Yazoo se pelotonna contre Reno mais ce dernier semblait inanimé.

- Je t’aime…

Pas de réaction.

Pourquoi Reno ne disait-il rien ?

Yazoo parut alors réaliser ce qu’il venait de faire et son ventre se noua.

” Oh, non… Je n’aurais pas dû… Je suis le premier homme de qui il tombe amoureux et je me comporte comme un chien en rut pour quelques gorgées de cognac. Oh, Dieux, Reno, qu’est-ce que je viens de faire… “

Timidement, il lui chatouilla la nuque mais Reno ne bougea pas.

L’argenté sentit les larmes lui monter aux yeux.

” J’ai tout gâché… Gaia, viens-moi en aide, j’ai tout gâché ! “

En réalité, Reno gisait simplement sur le ventre, se complaisant dans les après-fourmillements de son orgasme.

Il aimait la façon dont le cœur de Yazoo battait contre son dos et dont son souffle et le bout de ses doigts lui chatouillaient la nuque.

Avec un pincement au cœur, il le sentit s’écarter et il se mit sur son flanc pour lui faire face.

L’argenté avait enfoui son visage dans l’oreiller, comme s’il avait honte.

Reno se redressa et lui lissa les cheveux mais Yazoo ne releva pas la tête.

- Qu’y a-t-il, Yazoo baby ? murmura Reno, soudain inquiet.

- Je suis désolé… Je me suis comporté comme un sauvage …

Sa voix se brisa et le turk écarquilla les yeux.

- Quoi ? Qu’est-ce que racontes ?

Yazoo leva enfin les yeux. Il pleurait.

Reno, attendri, prit son petit visage dans ses mains et essuya ses larmes d’un baiser.

- Tu es mon ange à moi, chuchota-t-il. Maintenant plus que jamais.

- Tu ne m’en veux pas ?

Le turk éclata de rire et le serra contre lui.

- T’es fou ! Ah ! Ah ! Ah !

… à suivre

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LIX - Mea culpa

“Un véritable égoïste accepte même que les autres soient heureux,

s’ils le sont à cause de lui.”

J. Renard

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : d’après des illustrations de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Cloud, l’oreille collée à la porte de Tifa, ne perdait pas une miette de ce que disait Loz et avait du mal à réaliser que la belle voix grave et posée était celle de l’argenté brutal et obtus - du moins était-ce ainsi qu’il l’avait toujours considéré - qu’il avait combattu à Edge deux ans plus tôt.

- C’est une vieille légende cétra. Celle d’un jeune garçon d’écurie amoureux d’une princesse.

- Un conte de fées ? s’étonna Tifa avec un rire doux.

- Pas exactement. A moins que les contes pour enfants ne commencent par un viol.

- Un viol ? se récria la jeune femme, indignée.

- Une tentative, en fait. Sur la personne de la princesse par son oncle, qui était aussi le conseiller du roi. C’est arrivé dans l’écurie, alors que la jolie jeune femme s’apprêtait à enfourcher son cheval pour partir en promenade.

- Quelle horreur !

- Mais c’est là qu’intervient notre jeune palefrenier.

- Il a sauvé la princesse ?

- Oui. En tuant le conseiller d’un coup de fourche.

- Et comment a réagi le roi ?

Cloud entendit Loz éclater de rire.

- Tu veux que je te la raconte, cette histoire ? Ou tu vas continuer à poser des questions tout du long ?

Tifa pouffa.

- Pardon.

- Bon. Le roi, donc, le père de la jeune femme, voulut récompenser le garçon d’écurie et lui proposa de réaliser son plus grand souhait - dès l’instant qu’il était en son pouvoir de le faire, bien sûr.

- Et qu’est-ce que c’ét… Pardon, pardon.

Cloud ne put s’empêcher de sourire de l’autre côté de la porte.

Tifa ne changerait décidément jamais…

- Le palefrenier, amoureux de la princesse depuis toujours, demanda l’impensable : sa main. Et le roi, outré qu’un simple palefrenier ose prétendre à la main de sa fille, essaya de le dissuader en lui proposant des richesses, des terres et même un château encore plus grand que ce manoir. Mais rien n’y fit. Le garçon voulait la princesse et le roi réalisa bien vite que celle-ci n’était pas du tout hostile à cette union, bien au contraire. En fait, elle était elle-même éprise en secret du garçon d’écurie courageux et avenant.

- Oh ! Un amour secr… Désolée. Je ne dis plus rien, promis !

- Le roi, coincé, décida donc de biaiser et expliqua au jeune homme que seul un noble chevalier pouvait épouser une princesse et que, pour devenir chevalier, il se devait au minimum de briller à la guerre ou de mener une quête importante. La paix régnant depuis de longues années, le palefrenier opta donc pour la quête et le roi, bien entendu, lui en confia une totalement irréalisable. Pars, voyage et trouve la Vérité. “ lui dit-il. Et une fois que tu l’auras trouvée, tu pourras revenir épouser ma fille. ” Le jeune homme ne se laissa pas abattre. Il partit et, durant des années, il chercha la Vérité. Il parcourut le royaume en long, en large et en travers. Il alla demander audience aux sages de chaque cour, de chaque ville et chaque école, interrogea les plus savants d’entre eux mais aucun ne pouvait assurer avoir trouvé un jour la Vérité. Alors le jeune garçon d’écurie s’en fut voir les prêtres, du temple le plus lointain à la plus minuscule chapelle mais, là non plus, personne n’avait jamais vu la Vérité. Mois après mois, il chercha en vain et cinq années passèrent.

- Cinq ans ?

- Oui. Cinq longues années. Et, une nuit, au sommet d’une montagne, alors que, désespéré et honteux, il s’était assis dans la neige pour attendre la mort, une vieille femme l’interpella : J’ai entendu dire que tu me cherchais, mon garçon ? “ Le palefrenier sursauta et vit approcher une vieille femme lépreuse repoussante, sale et couverte de plaies. Qui es-tu ? “ demanda-t-il. Quelle question ! ” rétorqua-t-elle. “La Vérité, bien sûr ! Qui veux-tu que je sois ! “ Le jeune homme, malgré le dégoût que lui inspirait la veille lépreuse, la suivit jusqu’à sa masure et parla avec elle jusqu’au petit matin, lui posant mille questions. Lorsque le soleil fut au plus haut, il dut se rendre à l’évidence : la vieille lépreuse ne mentait pas. Elle était bel et bien la Vérité qu’il avait tant et tant cherchée. Sa quête avait été un succès.

- Et il pouvait enfin repartir épouser sa princesse, conclut Tifa avec un petit rire amusé.

- Eh bien… Pas tout à fait. Il restait un petit détail à régler. Comment prouver au roi qu’il avait bien trouvé la Vérité ? Il s’en ouvrit à la vieille femme. Je suis heureux d’avoir trouvé la Vérité que tant d’hommes ont cherché leur vie durant en vain. ” dit-il. ” J’ai mené à bien la quête que m’a confiée le roi mais… Que dois-je lui dire, pour qu’il me croie ? Que lui répondre lorsqu’il voudra savoir qui est la Vérité ? “ demanda le garçon. Alors, la vieille femme lépreuse se pencha sur l’épaule du garçon d’écurie avec un sourire et murmura à son oreille : Va et dis-lui que je suis jeune et belle. “

Tifa poussa une exclamation ravie et, derrière la porte, Cloud faillit lui-même laisser échapper un hoquet surpris.

- La vérité est une vieille femme lépreuse que personne n’a envie de regarder en face, Tifa, reprit Loz de sa belle voix. C’est pour ça que tu ne peux pas en vouloir à grand frère d’avoir du mal à la regarder droit dans les yeux et de préférer l’imaginer comme ça l’arrange.

- Oh, Loz… soupira la jeune femme, émue.

Dans le couloir, Cloud sentit l’émotion lui serrer la gorge.

Il avait déjà commis des erreurs de jugement, dans sa vie. Beaucoup, même. Mais en ce qui concernait Loz… Force était de constater qu’il ne s’agissait même plus d’une erreur. Il s’était mis le doigt dans l’œil jusqu’au coude, oui !

Barret avait raison.

Cid avait raison.

Tifa avait raison.

Shalua, Yuffie, Vincent…

En fait, tous avaient raison ! Même Marlène avait été plus perspicace que lui ! L’incarné était quelqu’un de bien, un homme digne de ce nom “, comme disait le chef d’AVALANCHE, n’en déplaise aux imbéciles comme… Comme lui-même, en fait !

Toutes les horreurs qu’il avait pu dire au sujet du jeune argenté lui revinrent en mémoire et il sentit la honte lui serrer les tripes. Oh, bien sûr, il pouvait toujours se rassurer en se disant qu’il n’était plus lui-même, alors.

Ouais, tu parles ! Elle bon dos, Jenova, sur ce coup-là, tiens ! “ s’admonesta-t-il, en s’appuyant contre le mur du couloir. Tu t’es comporté comme un connard parce que tu étais jaloux, la voilà, la vérité, mon pauvre Cloud ! “

Il resta là un petit moment encore, immobile près de la porte à essayer de faire le tri dans la tempête qui se déchaînait dans sa tête et sans vraiment chercher à écouter ce que disaient Loz et Tifa.

Il lui sembla cependant qu’il était vaguement question de ” progrès “, de ” blocages qui s’effaçaient petit à petit ” et de ” mettre des mots sur des sentiments “. Apparemment, la jeune femme ne perdait pas une occasion d’obliger son compagnon à parler, à exprimer ce qu’il ressentait et le jeune soldat se souvint avec une pointe de nostalgie du nombre de fois où elle avait essayé de faire de même avec lui.

Contrairement à Loz, Cloud n’avait jamais cédé, restant obstinément enfermé dans sa coquille et, en cet instant, il le regrettait.

L’argenté et son amie d’enfance partirent d’un terrible fou-rire pour une histoire de ” petite souris ” et de ” gros rat ” qu’il ne saisit pas (sans doute un ” truc ” entre eux qu’ils étaient les seuls à pouvoir comprendre) et il s’éloigna en silence dans le couloir enténébré.

Il s’apprêtait à boire de l’eau à la bouteille qu’il avait ramenée de la cuisine dans l’espoir de se dénouer un peu la gorge lorsqu’il vit Denzel, en pyjama, venir à pas de loup en sens inverse.

Lorsqu’il le remarqua, le garçonnet sursauta si fort qu’il faillit lâcher la petite peluche qu’il tenait dans les bras.

- Denzel ? s’étonna Cloud. Pourquoi n’es-tu pas au lit ?

Le petit, pris en faute, rougit brutalement et cacha la peluche derrière son dos comme s’il s’était agi d’un paquet de bonbons qu’il serait allé voler en douce dans la cuisine.

***

Dans le village de Nibelheim, au premier étage de sa petite maison attenante à sa boutique d’informatique, le vieux Stan se coula discrètement hors du lit sans réveiller son épouse. Nauséeux, il se rendit dans la salle de bains, verrouilla silencieusement la porte et alluma la lumière.

Sans doute cette satanée pizza !

Il savait pourtant qu’il devait éviter ce genre de nourriture mais sa gourmandise avait été la plus forte.

Il fit couler le robinet d’eau froide pour s’asperger le visage et laissa échapper un cri étouffé en voyant ses avant-bras recouverts de tâches noirâtres qu’il ne reconnut que trop pour en avoir vu les victimes maintes et maintes fois à la télévision et dans les journaux deux ans plus tôt, lors de l’épidémie.

- Oh, mon Dieu, pas ça…

Il leva plus haut les manches de sa veste de pyjama et son cœur fit un tel bond dans sa poitrine qu’il dut s’appuyer contre le mur carrelé pour ne pas se trouver mal.

Ses bras noueux étaient recouverts de géostigmates jusqu’aux épaules…

***

- Où comptes-tu aller te promener, à une heure pareille ? s’enquit Cloud.

Denzel baissa la tête.

- A la cuisine, j’avais soif.

Le soldat fronça le nez, amusé par le mensonge enfantin, et désigna la peluche que le garçonnet cachait derrière son dos, un petit chocobo bleu fait dans une matière molle et particulièrement douce. Du genre de celle qui conviendrait parfaitement à un bébé…

- Et ton petit compagnon a soif aussi, je suppose ?

Le garçonnet vira au rouge cramoisi.

- Je… J’avais peur de descendre dans le noir.

Cloud pouffa.

- Tu allais voir Kay en douce, mhh ?

- Non ! (Le jeune soldat leva un sourcil, ironique) Je… Je voulais juste lui donner ça, avoua-t-il finalement d’une toute petite voix en brandissant la peluche. Il est tout seul à l’infirmerie et il a pas de jouet alors que Marlène et moi, on en a plein la chambre.

Cloud, aussi amusé qu’attendri, souleva le garçonnet dans ses bras et alla s’asseoir sur une marche d’escalier, à l’extrémité du couloir.

- Il n’est pas tout seul, Denzel, essaya-t-il de rassurer le petit, qu’il avait assis sur ses genoux. Merill et Shalua veillent sur lui. Sephiroth aussi est en bas, ainsi que Shelke et Reeve.

- Ah ? Bon, bah j’ai pas besoin d’y aller, alors. Tu sais, c’était juste comme ça, pour rendre service. Je m’en fiche, moi, de ce bébé.

L’excuse était si maladroite que le soldat faillit éclater carrément de rire.

- Tiens donc ? Tu t’en fiches ?

- Ouais ! acquiesça Denzel, les joues cuisantes, sans oser pour autant regarder son ami en face. C’est que le bébé de Loz, après tout, c’est pas comme si c’était ton bébé à toi.

Cloud tiqua.

- Comment ça ?

- Bah si c’était ton bébé à toi, je m’en ficherai pas, je veux dire.

Commençant à comprendre de quoi il retournait et à quoi rimaient tous ces mensonges malhabiles, le jeune homme sentit un pincement au cœur.

- Denzel… Regarde-moi. Allez, lève la tête. (Le garçonnet obéit en se mordillant la lèvre inférieure, prêt à éclater en sanglots) Pourquoi ne veux-tu pas avouer que tu l’aimes déjà, ce bébé, mhh ? (Denzel ne répondit pas) Pour les mêmes raisons que tu refuses d’avouer que tu aimes Loz de plus en plus ?

Une larme coula sur la joue du garçonnet et il s’agrippa au cou de Cloud.

- J’veux pas que tu nous laisses, moi et Tifa ! sanglota-t-il.

Le jeune soldat le serra fort contre lui et sourit.

C’était donc bien ça, il ne s’était pas trompé. Denzel craignait que s’il montrait trop d’affection pour Loz ou le bébé, Cloud ne se sente rejeté et prenne ses distances. Voire même qu’il disparaisse à jamais de leurs vies.

Mais n’était-il pas le premier responsable des craintes du garçonnet ?

Pas en raison de la façon odieuse dont il s’était comporté ces derniers jours avec les argentés et particulièrement avec l’aîné, non, cela Denzel savait que ce n’était dû qu’à la ” jénovite “. Mais parce qu’au fil des années, il avait donné au petit garçon l’image d’un homme qui, lorsqu’il se trouvait confronté à des difficultés ou à des doutes, préfèrait prendre la fuite plutôt que de s’en ouvrir à ses proches pour trouver la force de les affronter.

Ne me faites pas de peine et évitez de me causer des problèmes ou je m’en vais ! “

Beau modèle paternel et adulte qu’il avait donné à voir là !

Et dire qu’il s’était permis à d’innombrables reprises de juger Sephiroth, Cid ou les argentés - et tant d’autres ! - et de jouer les donneurs de leçons…

C’est toi, le minable, mon pauvre Cloud… “ pensa-t-il. Minable au point qu’un tout petit garçon doit souffrir en silence et taire ses sentiments de peur de te voir t’enfuir comme le lâche que tu es ! “

Un lâche, oui, parfaitement. Voilà ce qu’il était dès lors qu’il s’agissait d’engagement et de sentiments. Un être d’un incorrigible égoïsme et d’une lâcheté sans nom ! Il s’en rendait bien compte, à présent, alors que Denzel sanglotait, blotti contre lui et s’accrochant à son cou comme s’il craignait de le voir bondir sur ses pieds pour disparaître à jamais dans l’obscurité.

Décidément… C’était la nuit de toutes les révélations, ce soir ! Les Dieux avaient-il décidé que le moment était venu de lui asséner une volée de claques afin de lui remettre les idées en place ?

Peut-être bien car Cloud eut un ” déclic “. L’un de ces rares moments où l’on sait que quelque chose en nous vient de changer bien que l’on ne sache expliquer quoi ni comment.

Le jeune homme sentit comme une sensation d’air frais au fond de ses poumons et l’impression que le poids de son cœur trop lourd avait soudain diminué de moitié, qu’il était devenu aussi léger et agréable à porter qu’une plume. Un curieux sentiment d’assurance l’envahit. La certitude, en cet instant précis, de savoir exactement et sans le moindre toute possible non ce qu’il voulait mais ce qu’il convenait de faire et de quelle manière…

Il tapota le dos de Denzel, rassurant.

- Tu veux qu’on reste toujours amis, si je comprends bien ?

- Oui… pleura le petit en redressant timidement la tête.

Le jeune soldat se composa un faux masque déçu et simula une profonde tristesse.

- Et moi qui pensais que tu voulais que soyons beaucoup plus proches… dit-il avec un soupir déchirant. Une vraie grande famille… Je suis désolé, Denzel, je n’avais pas compris.

Le garçonnet fronça les sourcils, perdu.

- Hein ? Mais tu as dit que Tifa et toi vous ne…

- C’est de ma faute, pardonne-moi, le coupa Cloud en poursuivant sur sa lancée, comme s’il n’avait rien entendu. Je dirai à Tifa qu’il vaut mieux qu’elle attende un peu avant de s’engager avec Loz, que tu n’es pas prêt à avoir tout ce monde autour de toi. Elle comprendra, ne t’en fais pas.

- Mais de quoi tu…

- J’ai été idiot, vraiment. Après tout, je suis quoi, pour toi ? Un ami de ta mère, point. Et c’est déjà très bien que m’acceptes en tant qu’ami, je n’aurais jamais dû vouloir davantage. Quel besoin as-tu d’un oncle, en fait, si on réfléchit bien ? C’est vrai. Enfin, ” un “, non. Un bon paquet, en réalité, parce que rien que moi, Kadaj, Yazoo, Cid et Sephiroth, nous sommes déjà cinq frères et si on rajoute les conjoints, à savoir Yuffie, Shalua et Reno, bien sûr, c’est… Oui, c’est beaucoup trop, j’aurais dû m’en rendre compte, Denzel, je n’ai pas réfléchi. Passer d’orphelin à une famille aussi grande avec, en plus, un petit frère, c’est… Ouh !

- Une famille…

- Tu sais quoi ? Je parlerai à Loz et à Tifa dès demain matin et je…

- Attends ! s’écria Denzel en mettant ses petites mains sur la bouche de son ami pour le faire taire.

Cloud cligna des paupières avec une innocence désarmante et sut, en voyant pétiller les prunelles du garçonnet, qu’il était arrivé à ses fins.

- Comment ça, ” une vraie grande famille ” ? insista ce dernier, certain d’avoir mal compris.

Il libéra la bouche de son ami et celui-ci haussa les épaules comme si c’était une évidence.

- Oui, si Loz devient ton papa, je deviens forcément ton oncle, puisque c’est mon frère.

Denzel écarquilla les yeux.

- Ton frère ? Mais tu disais que…

- On s’en fiche, de ce que je disais ! J’avais la jénovite, tu l’as déjà oublié ? Tu crois que Loz, Kadaj et Yazoo m’appellent ” grand frère ” comme ça, juste pour faire joli ?

- C’est vraiment tes frères, alors ?

- Evidemment ! Demande à Loz, tu verras.

- Et Sephiroth aussi, c’est ton frère ?

- Oui. Et Cid, aussi, depuis que Loz lui a donné son sang.

Denzel en resta bouche bée.

- Ouahhhh…

- Mais bon, puisque tu préfères que nous restions juste amis, je…

- Non !

- Non ?

Denzel lui sauta à nouveau au cou mais c’en était fini des larmes et des sanglots. Le garçonnet riait de pur bonheur, cette fois.

- Je veux qu’on soit une vraie famille, avoua-t-il. Et je veux avoir un petit frère. Et je veux aussi plein d’oncles et tantes. Et un vrai papa pour que les copains, ils ne se moquent plus de moi à l’école…

Cloud pressa le garçonnet sur sa poitrine nue en se souvenant de cette terrible journée.

Lorsque l’école de Denzel avait organisé ” la journées des papas “, où les pères des écoliers devaient venir parler de leurs métiers respectifs devant la classe, Cloud avait tenu le rôle comme il l’avait pu. Le soir, cependant, le garçonnet était rentré en larmes et couvert de bleus pour s’être battu contre ses petits camarades, qui l’avaient raillé parce qu’il n’avait pas de ” vrai papa ” à présenter à la classe.

- Avec un papa comme Loz, plus personne n’osera se moquer de toi, assura le jeune homme, sachant à quel point cette journée avait été douloureuse pour le petit.

- C’est clair !

Non, plus personne n’oserait se moquer de lui !

Denzel s’imaginait déjà dans la cour de l’école, attendant avec les autres l’arrivée des parents, qui viendraient pour la plupart à pied.

Alors on entendrait un énorme ” VRAAAOUUUUMMM ! “.

Tous ses copains écarquilleraient les yeux en voyant arriver une grosse moto noire. Les garçons seraient épatés et les filles deviendraient toutes rouges en voyant Loz tout vêtu de cuir noir descendre du bolide avec des armes et tout et tout.

Les garçons diraient : Oh ! Qui c’est ? T’as vu comment il est fort ? On dirait un héros de jeux vidéo ! “. Et les filles : ” Oh, là, là… qu’est-ce qu’il est beau ! T’as vu ? On dirait un chanteur de rock ! “

Et là, lui, Denzel, lancerait sur un ton presque négligent :

- Arrêtez de dire n’importe quoi. C’est mon papa, il est officier 1ère classe dans le SOLDAT. Il est en tenue de combat parce qu’il revient d’une mission super importante avec mon oncle Sephiroth. Hein ? Bah évidemment, le Général ! T’en connais beaucoup, des ” Sephiroth ” ? Bah oui, c’est le grand frère de mon papa. Quoi, je vous l’ai jamais dit ? Ah ouais ? Je croyais.

- Denzel ? Tu rêves ?

Le garçonnet cligna les yeux et sortit de son rêve éveillé pour voir le visage amusé de Cloud, à quelques centimètres du sien.

- Tu diras à Loz que je veux bien qu’il soit mon papa ?

Le sourire du jeune homme s’agrandit.

- Et pourquoi tu n’irais pas lui dire toi-même, mhh ? Je suis sûr que ça lui ferait plaisir.

- Quoi ? Maintenant ?

- Mon petit doigt me dit que lui et Tifa sont réveillés. Et puis on ira ensuite vite fait apporter ton cadeau à Kay avant de retourner se coucher, qu’est-ce que tu en penses ?

Denzel acquiesça vigoureusement, ravi.

- D’accord !

- Laisse-moi juste aller enfiler un t-shirt pendant que tu vas voir ta mère.

Cloud accompagna le garçonnet jusqu’à la porte de la chambre de Tifa, à laquelle il frappa doucement, et poursuivit jusqu’à sa propre chambre, où il alla prendre un t-shirt noir et se passer le visage sous l’eau.

Il n’arrivait pas encore à croire qu’il venait de pousser son rival dans les bras de son ancienne petite amie et de son fils adoptif !

Curieusement, il n’en éprouvait nul regret, bien au contraire. C’était ce qu’il y avait de mieux à faire pour le bien de tous. Quant au reste de jalousie qui lui pinçait bien un peu le cœur, il ferait avec ! Le bonheur qu’il avait lu sur le visage de Denzel valait bien cette minuscule petite douleur. Il avait fait ce qu’il fallait et il le savait.

Il s’essuya le visage en se regardant dans la glace, au-dessus de l’évier, et la conversation qu’il avait eue avec Barret deux jours plus tôt lui revint en mémoire…

- Barret… Comment sait-on si on est un homme ?

- Quoi ?

- Je veux dire… un ” vrai “. ” Fort ” et ” Droit dans ses bottes “, comme tu dis. Comment sait-on si on en est devenu un ?

- J’en sais rien, p’tit. Tout ce que je peux te dire c’est qu’un beau jour, tu te regardes dans le miroir et que tu sais que tu n’as plus besoin de te poser cette question… “

Cloud s’observa un long moment, sourit à son reflet et, du plus profond des océans azurés de ses yeux, une vieille femme lépreuse lui rendit son sourire…

… à suivre

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LVIII - Un cercueil contre un berceau

” Il n’y a pas de cimetière assez grand

pour engloutir le passé.”

A. Kivimaa

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Vincent fit irruption dans l’infirmerie, Merill se tenait devant la porte du bureau de Shalua, pétrifié, le bébé de Loz dans les bras.

De l’intérieur parvenaient des bruits confus de sanglots et de bris d’objets que l’on aurait jeté sur le sol ou contre les murs.

- Monsieur Valentine, vous voilà enfin, Dieux merci !

L’ancien turk posa Cait sur le sol et jeta un œil en direction du box de chirurgie vitré, inquiet que le boucan ne déconcentre Shalua et Reeve.

- Ne vous en faites pas, monsieur Valentine, le rassura Merill, la salle de chirurgie est insonorisée.

- Reste ici et n’interviens pas, quoi qu’il arrive, ordonna Vincent en entrant dans le petit bureau.

Le garçon n’eut pas le temps protester que la porte se referma sur l’ex-turk.

*

- Tu meurs d’envie de descendre voir le bébé ! railla Tifa en éclatant de rire. Allez, admets-le ! Tu ne vas pas commencer à faire comme Cloud et essayer de cacher ce que tu ressens ou ce dont tu as envie !

Cloud, qui revenait de la cuisine avec une bouteille d’eau, s’arrêta devant la porte de Tifa en entendant prononcer son nom et tendit l’oreille.

Il n’était vêtu que d’un pantalon de pyjama et il frissonna en appuyant son dos nu contre le mur du couloir plongé dans l’ombre.

- Très bien, c’est vrai, j’ai envie de descendre, acquiesça Loz en riant lui aussi. Mais je ne le ferai pas. Je veux être fixé sur son état de santé. Tu as vu ses pieds ?

- Oui. Nero nous dira peut-être ce qui s’est passé. Je suis persuadé qu’hormis cela, il va très bien.

- Pourquoi dis-tu que grand frère essaye de cacher ce qu’il ressent ?

Dans le couloir, ce dernier se raidit.

- Parce qu’il l’a toujours fait. Tu sais que ça me fait vraiment bizarre, lorsque je t’entends l’appeler comme ça ?

- C’est ce qu’il est. Comment veux-tu que je l’appelle ?

Le doux rire triste de Tifa tinta derrière la porte close et Cloud sentit un pincement au coeur.

- Je crains, hélas, qu’il ne soit pas de ton avis, Loz. Contrairement à Cid, il considérera toujours les cellules de Jenova qui sont en lui comme une souillure. Jamais il n’acceptera d’en voir le côté positif, ce lien qui vous unit tous, plus fort et indestructible que n’importe quelle attache familiale. Cloud a toujours été un solitaire.

Loz soupira.

- Les gens changent, parfois. Regarde ceux qui sont ici, dans ce manoir.

- Oh, Cloud peut changer d’attitude envers les autres, j’en suis certaine. Mais de là à se pardonner à lui-même et à accepter ce qu’il est… Ou du moins ce qu’il croit être, c’est une autre histoire.

Dans le couloir, les mains de Cloud se contractèrent si fort sur la bouteille d’eau qu’il tenait à la main qu’il faillit la faire éclater.

- La vérité est une vieille femme lépreuse que personne n’a envie de regarder en face, Tifa.

- Que c’est joli ! Où as-tu entendu çà ?

Le Soldat tiqua, étonné d’entendre ce genre de choses dans la bouche d’une grande brute comme Loz.

- C’était il y a longtemps.

- Encore de tes histoires, pas vrai ? Avoue !

Loz éclata de son beau rire grave et Tifa insista.

- Raconte-la-moi !

- Tifa…

- Allez, s’il te plaît !

- Tu sais bien que je ne suis pas à l’aise pour parl…

- Sornettes ! Tu racontes merveilleusement bien ! Ne m’oblige pas à te supplier, Loz.

Cloud, de plus en plus surpris, colla son oreille contre la porte.

Il entendit grincer un peu le lit et imagina la jeune femme se blottir contre l’argenté à la façon d’une petite fille pour écouter attentivement l’histoire qu’il s’apprêtait à raconter.

*

Le mythique général avait transformé la pièce en zone sinistrée.

Des documents étaient éparpillés partout sur le sol, les meubles, hormis le bureau où était posé l’ordinateur portable où défilaient les images vidéo, avaient été renversés et des dizaines d’objets avaient été brisés.

Sephiroth empoigna le fauteuil où il était assis quelques instants plus tôt avec l’intention évidente de le lancer contre le mur ou, pire, contre la vitre sans tain qui séparait le bureau de Shalua du laboratoire mais Vincent s’interposa.

- Ca suffit ! cria l’ex-turk en lui saisissant les avant-bras.

- Lâche-moi ou je te jure que je te…

- Tu n’es pas responsable de ce qu’Hojo leur a fait ! insista Vincent en vissant son regard purpurin au sien sans desserrer sa prise.

Les yeux de Sephiroth étaient rouges et son visage souillé des larmes qui en avaient coulé, et qui coulaient encore, ruisselant sur ses joues jusqu’à son menton, sa gorge et sa poitrine nue. Mais sa bouche, elle, se tordait en un rictus haineux qui découvrait ses dents de carnassier.

- J’aurais dû l’en empêcher !

- Tu n’étais toi-même qu’un petit garçon, lorsque les jumeaux sont nés !

L’ancien cauchemar de la planète repoussa Vincent avec une telle brutalité qu’il alla s’écraser contre la seule étagère encore debout, provoquant une avalanche de livres et de dossiers.

Il leva ensuite le fauteuil au-dessus de sa tête avec un cri de rage et allait le lancer contre la vitre sans tain lorsque l’ex-turk se redressa et l’apostropha.

- C’est ça, vas-y ! hurla celui-ci, à son tour fou de rage. Profites-en, Nibelheim a été reconstruit et sa population a triplé !

Il ramassa un briquet dans un tas d’objets épars, sur le sol, et lui lança avec colère.

- Tiens ! Amuse-toi ! Avec trois fois plus de victimes, ce sera encore plus drôle à faire flamber que la première fois !

Sephiroth blêmit à tel point que Vincent le crut sur le point de se trouver mal et reposa le fauteuil avant de s’y laisser tomber, profondément choqué.

Vincent, comprenant qu’il était allé trop loin, s’approcha et lui posa la main sur l’épaule.

- Je suis désolé, je n’aurais pas dû dire ça. Tu n’étais plus toi-même, alors.

Le regard du Soldat glissa jusqu’à l’écran de l’ordinateur portable, où les images des vidéos de surveillance du cratère nord continuaient à défiler.

- Quelle importance, que je sois moi-même ou non au moment où les malheurs surviennent… soupira-t-il. Force est de constater que j’ai toujours été incapable de les empêcher de frapper.

L’ex-turk le serra contre lui, le gosier noué.

- Tu n’as pas le droit de te reprocher ce qui est arrivé au cratère nord.

- J’aurais dû le sentir. Sentir leur présence. Leur souffrance. Leur existence !

- Ton père et Ashton Shinra sont les seuls coupables, Sephiroth.

- Pourquoi ? Pourquoi ont-ils fait ça ? Ils m’avaient moi, à cette époque ! Et Angeal ! Et Genesis ! Comment ont-ils pu vouloir créer d’autres “super-soldats” avec tous les risques que cela comportait ? Ils le savaient ! Ils connaissaient les risques !

- Ce n’était que des expériences, pour eux. Tout comme toi. Et moi. Et Nero. Et Weiss. Et Cloud. Et tant d’autres… Tant d’autres, Sephiroth…

- Ils n’étaient que des petits garçons innocents, Vincent… Ils n’étaient que des petits garçons… Mes petits garçons…

Vincent resserra son étreinte.

- Je sais…

*

Au fond du parc du manoir, Yazoo frissonna et sursauta lorsque la main de Reno se posa sur son épaule.

- Pardon. Je t’ai fait peur ?

L’argenté s’essuya les yeux et secoua la tête.

- Non, tu m’as surpris, c’est tout.

Le turk désigna du menton le mausolée des Shinra qui se découpait dans le ciel nocturne éclairé par la pleine lune.

- Je t’ai dit que ce n’était pas lugubre mais de là à venir en pleine nuit… essaya-t-il de plaisanter.

- Même la nuit, je… enfin, ce n’est pas lugubre du tout, en effet.

Reno lui lissa les cheveux et lui tendit un mouchoir.

- Ca va aller ?

Yazoo acquiesça et se força à sourire en se tamponnant les yeux.

- Oui, bien sûr, ne t’en fais pas. C’est… C’est très joli, tu avais raison. Quand… Quand vont-ils amener le… le corps ?

- Demain. Elena a appelé tout à l’heure.

- Elle a appelé ? Si tard ?

- Elle et Tseng voulaient que le filme Kay avec mon portable pour leur envoyer, expliqua le Turk. Je crois bien qu’eux aussi sont en train de tomber amoureux de ce bébé !

- Il est si mignon…

- Le tien l’était aussi, fit une voix dans leur dos.

Ils se tournèrent pour voir Rufus Shinra venir ver eux, emmitouflé dans un élégant manteau de laine gris.

- Tu veux entrer ? demanda-t-il encore à Yazoo en agitant un trousseau de clés.

- Comment saviez-vous que nous étions ici ?

- Gretta m’a dit que tu lui avais demandé où se trouvait le mausolée. Venez.

Il déverrouilla la magnifique porte de fer forgé, qui s’ouvrit sans même un grincement, et une agréable odeur de fleurs fraîche leur chatouilla les narines.

Rufus actionna un interrupteur et une douce lumière dorée éclaira la crypte, toute de marbre rose et luisante de propreté.

Durant la journée, les rayons du soleil passant à travers les vitraux représentant les magnifiques jardins de la terre promise des Cetras devaient illuminer les lieux de mille couleurs chatoyantes et, sur chaque tombeau, vide ou non, des statues d’anges souriants jouaient de la musique, lisaient ou devisaient au milieu des fleurs et des plantes d’hiver.

Le jeune président sourit devant l’expression étonnée de l’argenté et échangea un sourire entendu avec Reno.

- Tu vois ? fit celui-ci. Je t’avais dit que c’était clair et paisible.

- La section réservée aux enfants est ici, les guida Rufus. Elle est vide, pour l’instant.

Il les mena vers ce qui ressemblait à la reproduction d’un petit château de conte de fées en albâtre multicolore, sur lequel veillaient des chérubins joufflus et des créatures fantastiques, sympathiques dragons rondouillards et souriants ou fées et lutins facétieux qui se cachaient dans les tours ou derrière les colonnes.

La porte et les deux grandes fenêtres du château étaient en fait les plaques funéraires fermant les niches prêtes à accueillir trois petits cercueils.

- Mon père disait que nous n’avions pas à faire supporter notre tristesse aux morts, expliqua Rufus. Et moins encore si ces morts étaient des enfants.

Yazoo tendit la main pour caresser l’aile d’un dragon jovial qui tendait un panier destiné à recevoir des fleurs pour les petits défunts.

- Loz doit choisir un berceau et moi une boîte… ne put-il s’empêcher de remarquer, amer et incapable de ravaler ses larmes. Le destin ne manque pas d’humour…

Reno ouvrit la bouche, prêt à le consoler, mais Rufus lui posa la main sur l’épaule et secoua la tête.

L’argenté avait besoin de faire sortir sa rage et sa frustration.

Ils le laissèrent donc déverser son trop plein de peine et colère en silence, jusqu’à ce que, au bout d’un long moment, Yazoo se reprenne, s’essuie le visage et se tourne vers eux.

- Je suis désolé, s’excusa-t-il en rougissant. Je ne devrais pas dire des choses pareilles. Kay et Loz n’y sont pour rien.

Rufus et Reno lui sourirent, rassurants.

- C’est normal, que t’aies la rage, fit ce dernier.

- C’est humain, renchérit le jeune président.

L’argenté sentit un coup au cœur et les larmes lui remonter aux yeux mais sous le coup de l’émotion, cette fois.

” Humain “

Lui, Yazoo, était humain

C’était la première fois qu’on lui disait une chose pareille mais comment leur faire comprendre à quel point ce simple petit mot lancé de façon aussi naturelle le flattait plus sûrement que le plus retentissant des panégyriques ?

- Je vous remercie d’accepter d’accueillir mon… fils ici, Rufus.

” Mon fils “

Que ces mots, qu’il disait pour la première fois sonnaient bizarrement dans sa bouche…

Un instant, il craignit même qu’une trace de sarcasme n’apparaisse sur le visage de Rufus ou de Reno mais ce ne fut pas le cas, loin de là.

- As-tu réfléchi au nom qu’on doit faire graver sur la plaque ? demanda le jeune président. (Yazoo blêmit) Ca ne fait rien, ce n’est pas urgent, prends le temps de réfléchir, je…

- Kaly, dit Yazoo avant de manquer de courage.

- Kaly ? répéta Reno. Ca sonne bien. Ka-daj, L-oz, Y-azoo. Kaly.

- Oui, la technique de Loz me plaît assez, finalement, acquiesça Yazoo.

- Va pour Kaly, fit Rufus. Nous nous en occuperons dès demain matin.

- Il sera bien ici… soupira l’argenté en jetant un dernier regard à la ronde. C’est si joli et paisible. Merci encore, Rufus.

Ce dernier secoua la tête.

- Ce manoir, cette propriété, ne sont plus seulement à moi. Ils ont trop à raconter. Ils ont vu trop de grands malheurs et de bonheurs immenses ces derniers jours. Trop pour un seul homme. Cette maison est celle du clan, désormais. Notre clan. A nous tous.

Reno sourit et passa le bras autour des épaules de Yazoo.

- Le clan Shinra ? murmura celui-ci avec un sourire reconnaissant.

- Le clan Shinra… répéta le turk. Ca aussi, ça sonne plutôt bien.

- Oui… acquiesça Rufus, bien plus ému qu’il ne l’aurait souhaité. Ca sonne bien.

L’argenté acquiesça d’un sourire et se laissa aller contre l’épaule de Reno.

Oui, c’est vrai que ça sonnait bien…

…à suivre

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Part 11 Les chemins de la vertu… Ils sont de quel côté, déjà ?

Cid (semblant réfléchir un moment) : A la guerre comme à la guerre ! Soit !

Tout le monde pousse un gros soupir.

Loz (en bâillant) : Eh bien bonne nuit.

Il se dirige vers sa cabine où Yazoo dort comme un bienheureux, se déshabille *ben quoi, il va pas dormir habillé, non ?*, met un pyjama *ah vous ne vous y attendiez pas à celle-là, hein ?* avec des petits moogles rouges et essaye de pousser Yazoo qui s’est étalé en long, en large, en travers et en hauteur… En hauteur ? C’est quoi ce truc ? Glups !

Loz (en grognant) : Mais pousse-toi donc un peu, enfin !

Yazoo grommelle et s’étale encore plus.

Loz (en le poussant sans ménagement) : Mais pousse-toi j’te dis !

Yazoo se casse la gueule et continue à roupiller par terre.

Loz (qui va pour le relever et se rétracte au dernier moment) : Oh, puis merde, reste là ! Au moins j’aurai de la place ! (il se couche, croise les mimines derrière la tête et regarde le plafond) J’ai pas sommeil, moi ! J’ai pas l’habitude de m’coucher à c’t'heure là (il regarde Yazoo, qui roupille, avec envie) R’gard’le l’aut’la ! Le plafond pourrait lui tomber dessus…

Yazoo (en rêvant) : Prends-moi dans tes bras, mon étalon céleste… (Loz, d’un zouli rouze pivoine, se met l’oreiller sur la figure) Aahhh ! ! !Ouuiiiiiiiiii ! ! ! Encore…

Incapable d’en supporter plus, Loz se lève et se rend dans la chambre de Kadaj pour échapper à la ” vision lamentable des instincts primaires de Yazoo ” et faire un “mi” sur le front de son p’tit frère adoré. Mais, arrivé devant la cabine il entend des …bruits bizarres.

Loz (en poussant la porte d’un coup) : Espèces d’obsédés de l’espace ! Qu’est ce que vous faites à mon p’tit frère ? Glups ! (Reprenant un air distingué et martial) Mes hommages, Madame !

Tifa : Nan mais ça va pas nan de rentrer comme ça chez …? Tes quoi ? “Hommages” ? (la mâchoire pendante) Pincez-moi je rêve !

Cloud (avec un grand sourire, sortant la tête des draps) : Alors ? On commence à s’ennuyer ?

Loz (le regard pudiquement tourné) : Vous me voyez navré de cette intrusion inopportune, Madame, veuillez m’excuser

Il ressort en fermant doucement la porte.

Tifa (qui regarde Cloud comme si elle venait de voir passer un troupeau de vaches à bicyclette) : Est-cet que toi entendre ce que moi avoir entendu ? Lui être devenu un gentleman ?

Cloud (levant le sourcil) : De quoi ?

Tifa (un entonnoir sur la tête et les cheveux hérissés sur le caillou) : Moi y’en a dire que pas le reconnaître… Moi y’en a avoir mal entendu ? Hommages de Madame à moi ?

Cloud (qui lui tapote l’épaule) : Oh, là, là ! Respire fort, ça va aller mieux dans un moment…

Tifa (toujours avec son entonnoir sur la tête et un œil qui dit merde à l’autre) : Ah Agha…? Mieux aller ? C’est quand est-ce, prévu pour ?

Sephiroth (qui sort à son tour des draps et l’entraîne sous les couvertures) : Pour tout de suite. Viens là, j’vais t’expliquer…

Tifa (avec DEUX entonnoirs) : Agha ?

Loz, en état de choc *si, si* décide d’aller voir Reeve pour qu’il lui donne un prozac. Il pousse la porte de sa cabine et rentre, la queue à l’oreille et la fleur entre les jambes… Euh, non ! L’inverse, l’inverse !

Loz : Reeve, aide-moi. Je… (il voit deux pieds et deux mains dépassent au pied du lit) Dis donc, j’avais jamais remarqué que t’avais les bras aussi longs !

Elena (qui sort la tête de sous les draps, entre les mollets Reeve) : Non mais faut pas se gêner !

Loz (à moitié pâmé) : Que..que..que.. ? Keskissepassladsou ?

Reeve (qui sort à son tour la tête, mais de l’autre côté) : Qu’est-ce qu’il dit ? Pas grave Loz, crache, on fera le tri !

Loz (quitte l’infirmerie comme un somnambule, tout flageolant) : Sépapossib…sépapossib…vite quelqu’un… s’cour… Zeng… Zid… s’cour…édémoi…

Tseng (qui revient du p’tit coin *ah ben c’est ça, les problèmes de prostate…*) : Officier Loz ? (Il le retient avant qu’il tombe) Qu’y a-t-il, officier ?

Loz (qui ne sait plus ou il est) : Ils font…y sont…Y partouzent…Y partouzent…

Tseng (lui tapotant paternellement la tête) : Mais non, mais non, personne ne part , allons, allons, vous avez du faire un cauchemar.

Loz (qui hoche vigoureusement la tête) : Ah zi ! zi,zi,zi,zi,zi,zi ! (il montre les cabines du doigt) Y partouzent… par deux, par trois…et z’ai pas vu les autres…

Tseng (raisonnable) : Mais non, il ne partent pas, je vous dis. Où voudriez vous qu’ils aillent ? Et en groupe en plus ! Ils ne passeraient pas inaperçus, voyons. Allons, allons, je vous raccompagne à votre cabine. (Il le soutient pour marcher). Vous avez besoin de repos. Je savais bien que vous travailliez trop, tous !

Tseng entre dans la cabine avec Loz sous le bras et voit Yazoo par terre. Il dépose Loz sur le lit et se penche vers Yazoo pour le secouer.

Tseng : Réveillez vous, mon garçon. (Yazoo gémit) C’est pas vrai… Pauvre petit. Il est tellement épuisé que même quand un cauchemar le fait tomber du lit, il ne se réveille même pas ! (La larme à l’œil) Pauvre enfant… Comme sa maman doit lui manquer… snirrffflll… Ca doit être si dûr d’être né orphelin… Snirrrfllll !

Il le secoue comme un prunier et Yazoo ouvre un œil glauque

Yazoo : Kya ? C’est déjà l’heure de l’école ? Loz, j’peux avoir un lait chaud ? Avec du miel.

Tseng (le serrant dans ses bras) : Beueuahhhwww ! Mon pauvre Yazoo ! Beuahahahww ! Je vous comprends vous savez…sniffff…tant d’années de solitude et vous pensez toujours à votre mère, Dieux que c’est triste…snifff

Yazoo : Chenova ? Où cha ?

Tseng (s’essuyant les larmes d’un viril revers de pyjama à chocobos verts) : Il faut vous reposer. Mais promettez-moi de ne plus penser à Jenova.

Yazoo (shooté total) : Chans problème ! (Il voit Loz et se jette dans ses bras) Mamouuuuuurrrrr ! ! ! ! ! Kechk’y ont faiiiiiiit ? ? ?

Tseng (complètement bouleversé *il est très fleur bleue*) : Comme c’est beau. (des angelots avec des lyres papillonnent autour de lui) Pouvoir se laisser aller ainsi à son chagrin et parler librement dans les bras d’un frère.

Il sort, le cœur faisant boum boum.

Yazoo (secouant Loz, toujours en état de choc) : Niiiii-Chaaaannnn ! J’t'en suppliiiiiiiiie ! ! ! *tiens il a retrouvé sa voix* Dis-moi que tu m’aimes toujours ! S’teuplaiiiiiiiiit ! ! ! ! !

Loz (genre menhir) : Sépépossib…sépaposssibb ! Dans le vaisseau amiral… Partouzer…

CRAC, CHKRONKCH, SHKRIK (bruit du cœur de Yazoo qui se brise)

Yazoo : Partouzer ? Parce que lorsque nous faisons l’amour tu appelles ça partouzer ? BBBueueuahhhhhhwwww ! ! ! !

Loz : Cloud, Tifa, Reeve, la nympho…tous ! Y partouzent !

Yazoo (désespéré) : Beuhawww ! ! ! Tu es un monssstttreeawww ! ! !

Loz (qui poursuit son délire) : Tranquilles, peinards, comme si c’était naturel ! Et allez ! Ca partouze !

Yazoo : Bien sur que c’est naturel puisque je t’aiiimmmmeuhhh !

Loz (qui émerge un peu) : J’vois pas le rapport.

Yazoo (qui, désespéré, met la tête dans une grille, près du mur et tourne le bouton sur ” maximum “) : J’veux mouriiiir ! J’vais m’suicideeer !

Loz (roule des yeux, excédé) : Veux-tu sortir la tête de la clim ! Tu vas choper la crève.

Yazoo : La cli… (mort de honte, il referme la grille) Puisque c’est ça, je vais aller me faire écraser dans les turbines !

Il fait mine de sortir et Loz le retient.

Loz : Ah non ! On vient de les décrasser !

Yazoo : Beuawwww ! ! ! T’en a rien à cirer que je crèèèèève !

Loz (excédé) : Non mais t’as fini, oui ?

Yazoo (l’air menaçant se saisit de son gunblade et retourne le canon-lame contre lui) : Si à trois tu ne me dis pas que tu m’aimes, je me jette sur Velvet Nighmare ! Un…

Loz (lève les bras au ciel) : Ah bah, v’la autre chose !

Yazoo : deux…

Loz : Ca suffit ! Arrête de faire l’enfant !

Yazoo : Deux et demi…

Loz : Ca va, ça va, je t’aime, là ! Voilà, t’es content ?

Yazoo (s’écroule, en larmes) : T’es pas sincèèèèèèèreeuuahhhwww ! ! !

Loz : chuuutt ! Tu vas réveiller tout le monde !

Yazoo : M’en fiiiiiicchheueueaaaahhhwww ! ! ! !

Loz (le regardant de haut) : Et puis mets un pyjama, tu es ridicule, tout nu, à quatre pattes avec ton gunblade dans les bras… Tu imagines si quelqu’un rentrait ?

Yazoo (qui arrête subitement de pleurer) : Ridicule à poil, moi ? (il approche, menaçant) C’est ce que tu insinues ?

Loz (qui recule un peu) : Ben, avec ton truc qui pendouille… (il baisse les yeux vers le ” truc ” en question) Euh… Qui pendouillait…

Yazoo : Ah, j’suis ridicule à quatre pattes !

Loz (très inquiet) : Pourquoi tu me regardes comme ça ?

Yazoo (des éclairs dans les yeux) : Tu crois que tu auras l’air plus malin, toi ?

Loz (qui déglutit avec un bruit étranglé) : Je suis ton aîné et je t’ordonne de rester où tu es !

Yazoo : Alors comme ça je ne suis plus que ridicule pour “Moôôssieur” ?!

Loz (recule en tendant les mains devant lui pour dissuader Yazoo d’avancer): Ne t’énerve pas, c’est mauvais pour la discipline du vaisseau et, en plus, les officiers ne doivent pas faire preuve de rancunes personnelles durant le service…

Yazoo (rugit): ON N’EST PAS “EN SERVICE” ! ON EST DANS TA CHAMBRE! ET DANS TA CHAMBRE, ON NE PENSE PLUS “SERVICE”!

Loz (flap-flape des mains en regardant en biais vers la porte derrière lui pour vérifier que personne n’arrive, alerté par le chahut): Chuuut! Pas si fort!

Yazoo : JE FAIS CE QUE JE VEUX !

Loz : Je t’ai dit que je t’aimais, qu’est-ce que tu veux de plus ?

Yazoo : C’ETAIT PAS SINCEEEERE ! ! IL M’AIME MÊME PAAAAS!!! BOUAAHHHH!!!

Loz (confus de déclencher une telle cascade façon Niagara): Mais non ! Enfin je veux dire si !

Yazoo: NANNNNNNNNN !! AVOUE !!!!!! TU M’A FAIT L’AMOUR QUE PASKE TIFA VOULAIT PAS TOUAAAAHHH !!

Loz (qui commence à avoir un peu pitié): Mais non, mais non, je n’ai jamais dit ça….

Yazoo (renifle à gros sanglots): Je t’ai tout donnééééé ! Et maintenant, tu me fous à la porte !

Loz (s’approche avec précaution pour lui tapoter la joue): Allons, allons, c’est fini le gros chagrin ? Tu sais bien que je ferais n’importe quoi pour te faire plaisir…

Yazoo (le regarde par en dessous avec un air qui reste de mauvais augure): Prouve-le !

Loz (se fige instantanément): Hein?

Yazoo (le prend par la taille et essaye de l’attirer vers le lit): Je te donne l’occasion de me faire plaisir!

Loz (effrayé, résiste): Naaaan ! C’est pas ce que je voulais dire !! B’sédé ! Barbare ! Lâche-moi !!

Yazoo (mauvais mauvais): Pas question ! Ah tu voulais me faire plaisir ! Bah fais-moi le plaisir de payer ton ardoise illico ! Tu vas voir un peu comment je vais t’aider à régler tes dettes!

Loz (les ongles crissant sur le sol dans une tentative désespérée d’échapper à Yazoo qui l’entraîne par les pieds vers le lit): Je ne veux pas ! Je suis ton aîné ! Laisse-moi partir ou je te punirais !

Yazoo (mélodramatique): Il n’y a pas pire punition que ton indifférence et ton refus ! *Ouah celle-là je la recaserai dans une fan-fic plus sérieuse…*

Loz : NANNNNNNNNN !!!

…à suivre

Les murs murmurent

Ah ! Là là, les graffitis !

Depuis des milliers d’années, ils disent bien souvent ce que personne n’ose avouer à haute voix et Midgar ne fait pas exception à la règle. Des murs des casernes du Soldat aux toilettes des pubs du quartier populaire, chacun y va de son petit blabla.

Voyez plutôt !

***

(Dans le vestiaire de la salle d’entraînement du SOLDAT)

Ce matin, à 7h48, Sephiroth a souri.

Angeal


Dans l’armée, les hommes sont des hommes !

Heidegger

Les chocobos en savent quelque chose…

Reno


(Dans les WC du sous-sol du réfectoire)

Ici on mange de la merde !

Zack

Là-haut c’est encore pire.

Angeal


Sephiroth nous pompe !

Cloud

A quelle heure ?

Anonyme


La réponse c’est la guerre !

Anonyme

Ce qui prouve combien la question était idiote…

Reeve


Encore des graffitis sur ce mur repeint ? C’est pas bientôt fini, bande de porcs ?

Hojo


Les femmes ont leur mot à dire ! Revalorisez la condition féminine !

Tifa

C’est vrai ! Les éviers sont trop hauts, les cuisines sont trop petites et le liquide vaisselle est hors de prix !

Cid


Ce mur est rouvert après travaux.

Rufus

Si vous vous y mettez aussi, on va jamais s’en sortir !

Hojo


Pourquoi les femmes baissent-elles les yeux quand on leur avoue qu’on les aime ?

Vincent

A ton avis ? Pour voir si c’est vrai !

Cid


Ce matin je suis allé voir le toubib ; j’avais envie de tirer la langue à quelqu’un.

Reno


Quand je vois ce que les pigeons ont fait sur cette pierre tombale… Je suis content que les chocobos ne puissent pas voler trop haut !

Vincent


Halte à la phallocratie ! Notre corps nous appartient, il n’est pas à vendre !

Elena

Mais on est prêts à le louer !

Rude


(Dans les WC des quartiers du SOLDAT)

Ne cherchez pas des traits d’humour sur ce mur… La plaisanterie du jour, vous l’avez dans les mains, bande de nazes !

Reno


Faites l’amour, pas la guerre.

Aerith

Tu parles ! Faites les deux, mariez-vous…

Lucrecia

Sympa, merci !

Hojo


Mesdames, gardez toujours en tête que si ça a des pneus ou des testicules, vous aurez tôt ou tard des ennuis avec !

Cid


SEPHIROTH EST UN ENFOIRE !

Anonyme

Zack, je sais que c’est toi qui a écrit ça. Si je t’attrape, je te découpe en tranches.

Sephiroth

Merde, Sephy, fais pas le con, c’était pour rire !


Est-il donc si difficile pour une femme de trouver le plus court chemin vers le coeur d’un homme ?

Vincent

Non. Pas si on a une prise à portée de main où brancher la tronçonneuse.

Rosso


(Dans les toilettes du du bar de Tifa)

Tous ces graffitis, c’est vraiment dégueulasses.

Hojo

Attends d’avoir goûté la bière qu’on sert ici !

Barett


Nero, je sais que tu va picoler comme un trous a midi et que tu va donc forcemment venir ici cet et lire ceci. Oublit pas qu’on a réserver la salle d’entrainement ce soir. Traine pas trois plonbes dans cette putain cafette.

Weiss

T’est gonfler d’écrire sa devant tous le monde ! C’est toujours toi qui aies a la boure !

Nero

Eh ! Vous deux ! J’ai un dictionnaire en double, ça vous intéresse ?

Genesis


Le Soldat, c’est des douilles, des nouilles et des chtouilles.

Cloud

Et des testicules

Zack

Aussi mais ça rime plus.

Cloud


La femme est l’être parfait.

Scarlet

Alors pourquoi ma douce Lucrecia est toujours fourrée chez le docteur ?

Vincent

Pas « chez » le docteur ; « par » le docteur !

Scarlet


(Sur le mur d’un dortoir du soldat)

Ce qui nous venge des missions pourries, c’est d’imaginer Sephiroth se battre avec ses bretelles en cuir à chaque fois qu’il a envie d’y aller !

Anonyme


Spécialités de la maison : la serveuse et le chocobo au citron. J’ai essayé les deux, je préfère le chocobo.

Anonyme

Je n’ai jamais essayé avec un chocobo…

Reno


(Dans les toilettes du labo de la Shinra)

Et si j’avais infecté le papier toilette avec un virus mortel, hein, bande de graffiteurs dégueulasses ? Avec quoi vous vous torcheriez le derrière ?

Hojo

Comme toujours : avec l’essuie-mains.

Sephiroth


Ne dites pas « l’idole des jeunes » mais « Séphiroth casse la croûte ».

Zack


(Dans les douches des quartiers des Turks)

Quelle merveilleuse invention que ce nouveau stylo feutre de la Shinra ! On peut enfin écrire sur ce putain de carrelage.

Reno


Sephiroth est cool !

Anonyme

Non, Sephiroth est froid.

Cloud


Rien que de penser à la taille du slip de Palmer, ça me dégoûte des hommes.

Scarlet


Pardon pour les grossières allusions “Chocophiles” mais je me dis que si nos légionnaires à nous ont les chèvres, les soldats de la Shinra, eux… Enfin bref. (sifflote sifflote)

Un nouvel élément chimique a été découvert !

AVIS A LA POPULATION

Élément 127

Nom : Sephiroth

SYMBOLE : Sth

DÉCOUVREUR : Hojo

MASSE ATOMIQUE : Acceptable à 84 kg mais des isotopes connus de 60 à 108 kg (surtout dans les fan arts)

OCCURRENCE : Plusieurs exemplaires (partiels ou entiers) répertoriées

PROPRIÉTÉS PHYSIQUES :

Solide à 298°K et 1 bar

Entre en ébullition pour un rien et gèle sans raison.

Conductivité thermique : faible et peut descendre 0°C dès que l’on atteint le muscle cardiaque.

Coefficient de dilatation : très important autour de la zone péri-ombilicale.

Cède aux pressions appliquées aux points sensibles (généralement les même que ceux soumis à de fortes variations dans le calcul du coefficient précédent).

PROPRIÉTÉS CHIMIQUES :

Très grande affinité pour les métaux durs tels que l’acier, le fer et le titane.

Absorbe de grandes quantités de substances onéreuses, généralement whisky ou vin millésimé (surtout dans les fanfics).

Peut exploser spontanément sans avertissement.

Insoluble dans les liquides mais une activité grandement augmentée par saturation dans le mako.

Réactivité très variable selon les périodes de la journée.

Grande aptitude aux changements d’humeur et à la fureur.

UTILISATIONS COURANTES :

Hautement décoratif dans une revue militaire, un communiqué de presse ou une présentation officielle.

Puissant agent nettoyant.

Excellent désherbant, bactéricide et fongicide par intervention rotissante.

PRÉCAUTIONS D’EMPLOI :

Hautement dangereux si placé entre des mains non expertes.

Il est conseillé de n’en posséder qu’un seul spécimen, mais il est néanmoins possible d’en cultiver plusieurs en milieu nutritif adéquat à partir du spécimen souche. Attention, cependant que les différents spécimens n’entrent pas en contact (risque de mélange entraînant une explosion).


Pauvre Sephy… Qu’est-ce qu’on fait pas avec lui ! Ah si, remarquez qu’on l’a encore jamais mis dans une fic lemon avec un chocobo…

Si ?

NAAAAANNNN ?? !!

Une journée d’enfer !

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Un jour parfait pour Kadaj

08h15 Être réveillé par môman avec un bisou et l’entendre dire qu’on est son fils préféré

08h30 Petit déj. fait par môman avec du vrai jus d’orange et des gaufres au sucre maison (les fans de ” Banal fantasy ” comprendront…)

09h15 Prendre un bain moussant que môman a fait couler pendant le petit déj.

09h55 Lavage de dents

10h00 Cours de poterie

11h00 Piscine

12h00 Déjeuner à midi cuisiné amoureusement par môman.

12h55 Lavage de dents

13h00 Club de Théâtre.

15h00 Lecture d’une histoire + sieste, comme tous les gentils petits garçons à leur môman.

16h00 Goûter préparé par… (allez, tous en coeur !) Môooomaaannn !

16h30 Dessins animés à la TV (sans môman).

17h30 Cuisine avec Môman.

19h00 Dîner avec môman.

20h25 Popo

20h30 Bain.

20h55 Lavage de dents

21h00 Dodo après une histoire lue par… (je vous le donne en mille ? Raté !) grand frère.


Un jour parfait pour Yazoo

08h15 Être réveillé avec des câlins et des bisous de Reno.

08h30 Peser 2 Kilos de moins que la veille

08h45 Petit déj. au lit avec jus d’oranges sans phosphates pressées et croissants servis affectueusement par Reno.

09h15 Prendre un bain très chaud avec des huiles aux senteurs exotiques offertes par Kadaj et Loz à l’occasion de la fête du ” frère le plus sexy du monde entier “.

10h30 Soin du visage, manucure, pédicure, gommage, shampooing, après-shampoing, laisser agir 20 mn, rinçage, lotion ” glossy “, mousse coiffante anti-casse, sèche-cheveux.

12h00 Déjeuner orgiaque à midi dans un resto branché : quatre feuilles de salade, trois rondelles de tomate, un dé de gruyère et deux biscottes.

12h45 Croiser Elena et Tifa et découvrir qu’elles ont pris 10 kg.

13h00 Shopping (crédit illimité).

15h00 Livraison de trois douzaines de roses accompagnées d’une carte signée par un admirateur secret (Qui a dit ” Reno ” ? Bien joué, vous gagnez une tringle à rideaux !).

15h15 Entrainement au combat avec Sephiroth qui, entre deux baisemain et trois génuflexions, déclare forfait et le supplie de lui donner des cours.

17h00 Massage fait par un kiné super sexy, super musclé et super sympa qui lui assure qu’il a rarement massé un corps si parfait.

17h30 Essayage de la nouvelle collection d’un créateur de haute couture A SA DEMANDE A LUI et faire une démo devant tout le staff sur le podium pour éviter que les mannequins ne salopent le boulot le jour du défilé.

19h30 Dîner aux chandelles avec Reno, musique douce et pluie de compliments.

22h00 Douche (seul ou à deux selon l’envie).

22h50 Être porté jusqu’au lit par Reno (draps frais et repassés).

23h00 Câlins (toujours avec Reno, oui, forcément…).

23h15 S’endormir dans ses bras musclés.


Un jour parfait pour Loz

06h00 Le réveil sonne.

06h15 Se faire tailler une pipe.

06h30 Grosse commission matinale en lisant les rubriques “sport ” et “BD” piquées dans le journal du matin.

07h00 Petit déj : rumsteck et oeufs, bière et toasts préparés par la femme de ménage à poil.

09h15 Douche.

09h30 Limousine avec chauffeur (une blonde aux gros nénés en uniforme mini-jupe) pour se rendre au gymnase.

09h45 Mettre la pâtée à Rude.

11h45 Déjeuner : burger de chocobo, frites, 2 Bières et une méga glace au chocolat.

12h15 Se faire tailler une pipe.

12h30 Retour au gymnase et mettre une ratatouille carabinée à Reno.

17h00 Retour en hélico - gracieusement prêté par la Shinra - pilotée par une rousse avec de gros nénés.

17h30 Massage thaïlandais de tout le corps + pipe par une brune aux gros nénés (Tifa ? Mouais. C’est une idée…).

18h45 Penser à prendre un douche mais seulement y penser.

19h00 Regarder les informations (que des bonnes nouvelles !) : Rufus Shinra est mort, le projet Jenova est relancé et la marijuana, les combats à mort et les pornos hardcore sont légalisés.

19h30 Dîner : bière brune, gros steak juteux et en dessert : glace au chocolat servie sur 2 gros seins rebondis (nan, j’ai pas dit ” ceux de Tifa ” !).

20h30 Finir le dernier jeu de shooting 3D en un temps record en explosant toutes les limites.

21h30 Relations sexuelles avec 2 femmes à la fois (les 2 ayant des tendances lesbiennes, bien sûr).

23h00 Massage et bain avec une jolie brune et une bière blonde

23h45 Se mettre au lit.

23h50 Faire un pet de 12 secondes qui change 4 fois de ton et qui vire les frangins de la chambre à coucher à moitié asphyxiés.

00h00 S’endormir (seul) et ronfler comme un sourd.


…Arrgghh, misère… Y’a plus de romantisme…

Je vous ai dit que le premier chapitre du nouveau feuilleton “Quand viennent les fauves” est en ligne ? Oui ? Ah bon… Non, j’suis pas sénile, j’insiste LOURDEMENT, c’est tout !

Part 10. Les chemins de la vertu sont pavés de… va savoir !

Qui a dit de capotes usagées ? J’attends !

Yazoo (qui regarde la très longue aiguille entre les doigts de Reeve) : J’te préviens ! Si tu lui fais mal t’auras à faire à moi !

Reeve (détournant le regard et enfonçant à l’aveuglette l’aiguille d’un coup sec dans la fesse de Loz) : Arrgh ! Je déteste les piqûres !

Loz pousse une plainte et Yazoo le serre contre lui.

Yazoo (en pétard) : Sadique ! Mon pauvre frère! T’as vu comme tu l’as empalé ? (Il caresse le front de son “Lozy”) Mon pauvre Lozynou, il t’a fait mal…

Reeve : C’est fini oui ! Il en a vu d’autres !

Yazoo (soudain affolé) : Alors pourquoi il devient tout mou ? Pourquoi il ne bouge plus ? Hein ? (Hystérique) POURQUOI Y BOUGE PLUS ? !

Reeve (qui mine de rien commence à flipper) : Zut, qu’est ce qu’il a ? (il regarde l’étiquette du flacon) Oups…

Yazoo : Quoi “oups” ? (Il le secoue) : Qu’est ce que tu as fait ?

Reeve (avec un sourire forcé) : j’m'ai gouré…

Yazoo (prêt à le tuer) : Comment “gouré” ? Qu’est ce que tu lui a injecté ?

Reeve : Du bbrrmmmre

Yazoo : Du brem ? C’est quoi, ça, encore ?

Reeve (déconfit): Non ! Pas du “brem” ! Du bromure…

Yazoo (bredouille) : Du… bromure ? (Hurle, prenant conscience de ce que ça signifie pour lui) TU LUI AS INJECTE DU BROMURE ? ! Combien ?

Reeve (qui recule un peu par prudence) : Euh… Normalement… ça calmerait un troupeau de chocobos pendant une bonne semaine.

Yazoo : Un… QUOI ? ? ? ?

Reeve (d’une voix geignarde) : Enfin, toutes proportions gardées, s’entend. (Yazoo gronde, menaçant) Un “petit” troupeau.

Yazoo (plus radioactif que le slip de Kadaj après 3 assiettes du chili con carne d’Aerith): PETIT COMMENT ?

Reeve (de plus en plus pitoyable) : Tout petit. Un troupinet. (Il fait mine de tenir quelque chose de minuscule entrer son pouce et son index) Un troupininou…

Yazoo (fond ne larmes, incapable d’en supporter plus) : Mon pauvre mamour de frèèèèère ! Il l’a castréééééééé !!!!!!

Reeve (qui lui tapote l’épaule) : Mais non, mais non, ça lui passera…dans un mois ou deux…

Yazoo (se raidit, les yeux exorbités) : Un mois ou deux ? ? ? ? Beuhahwwwww ! ! ! Il l’a rendu impuisssaaaaaannnnntttteuaheuaheuah ! ! ! Malade ! Sadique ! Savant fou !

Reeve (outré) : N’exagérons rien ! Je l’ai juste un peu calmé !

Pendant ce temps, sur le pont de commandement…

Tseng (qui dresse l’oreille) : Vous entendez ?

Tout le monde écoute et reconnaît les lamentations caractéristiques de Yazoo.

Tseng : Mais c’est Yazoo ! (inquiet) Serait-il arrivé malheur à son frère ?

Kadaj : je vais voir, monsieur !

Tifa (qui se lève à son tour en entraînant Nero avec elle) : Nous y allons aussi ! Vous tracassez pas ! On a besoin de vous ici !

Ils sortent tous les trois avant que Tseng n’aie le temps de bouger le petit doigt.

Tifa (qui rentre dans la cabine et voit Yazoo effondré sur la poitrine de Loz, qui roupille comme un bienheureux) : Oh oh ! C’est plus sérieux que je croyais…

Yazoo (en larmes) : Il a chatré mon Lozyamouaahahah ! ! ! !

Nero : Il a quoi ?

Reeve : Meuhhh non ! Il exagère ! Je l’ai juste un peu calmé !

Yazoo (chouinant à l’intention de Nero) : Il lui a injecté une dose de bromure à assommer un troupeau de taureaux !

Nero éclate de rire.

Tifa (à son oreille) : Ouais ben te marre pas trop, parce que… (tout bas) Si le p’tit cachou d’amour de son mamour de frère adoré n’a pas sa dose de saute moutons, il pète carrément les plombs !

Nero : A ce point là ?

Tifa et Kadaj hochent la tête.

Nero : Et…il va en avoir pour combien de temps ?

Reeve (qui hausse les épaules) : Chais pas moi…Un mois ou deux.

Kadaj : QUOI ? (Tout le monde lui fait signe de baisser d’une octave) Quoi ? Nan mais ça va pas ? Yazoo va tout saccager ! Que va penser Tseng ?

Nero : Mais, attendez un peu. Pourquoi ça le mettrait dans un état pareil d’abord ? Sa se trouve un peu de calme ça lui fera du bien aussi.

Tifa (qui lui tape sur l’épaule) : Ouais, t’as de l’espoir… C’est un fils de Jenova, je te signale. Et l’un des plus atteints. Les galipettes, ça lui permet de mettre son énergie ailleurs… Mais si y’a plus ça, il est capable de nous faire péter le vaisseau et nous avec ! A mois qu’on dégote une bonne guerre bien saignante…

Yazoo (qui n’en a que pour Loz et n’a rien entendu) : Lozynet…réveille toi…sniff snifff…mon Lozynounet…sniff ….ouvre les yeux ! Lozynouuuuuuuh……..Lozy ? Lozy ! Oh Loz, tu m’as fait si peur !

Loz (qui ouvre les yeux) : Que s’est-il passé ?

Tout le monde approche et Reeve lui prend le pouls.

Yazoo : Lozyyyy ! Tu nous a fait une de ces peurs…

Loz (qui lui tapote la joue) : Allons allons, un peu de tenue. (Tout le monde se regarde éberlué) Où est Tseng ?

Kadaj : A ton poste.

Loz : Alors, j’y vais, on ne sait jamais. Reeve, enlève moi cette perfusion.

Reeve (qui s’exécute ahuri) : Bh… bh… bien.

Loz se lève, lisse ses vêtements et se redresse fièrement, fesses cambrées et torse bombé.

Kadaj (en pinçant Tifa, qui fond comme un glaçon sur une chaudière) : Eh, oh ! Y’a quelqu’un ? On se réveille !

Tifa (des petits coeurs dans les yeux et des angelots avec des arcs qui volent autour de sa tête) : Il est impressionnant quand il est sérieux, comme ça, non ?

Loz (qui se tourne vers elle et lui tapote le joue) : C’est très gentil, merci. Bon allez, la récréation est finie, tout le monde sur le pont !

Yazoo (la larme à l’œil) : Ben… Lozynou…

Loz (en fronçant les sourcils) : Je t’ai dit : un peu de tenue s’il te plaît. Nous ne sommes pas seuls.

Il sort avec roulement d’épaules digne d’Al Pacino après trois shoots de testostérone.

Yazoo (effondré) : Il me l’a bousillé ! Il me l’a châtré ! Il me l’a complètement déglinguééhéhéhhhehhhhhhh ! ! ! !

Reeve (qui ne s’en est toujours pas remis) : Ah ben mince, alors ! Tu parles d’effets secondaires ! Un vrai iceberg ! Pire que Sephiroth.

Tifa (complètement gâteuse) : Qu’il est beau, qu’il est viril, qu’il est impressionnant…

Kadaj : Dis moi ce que t’as fait de Cloud au lieu de te répandre !

Tifa : Qui ça ? (Kadaj la regarde de travers) Oh ! Il est à l’infirmerie avec Weiss. Tu trouves pas que ton frère est vraiment … Oh, là, là !

Nero (qui décide de profiter honteusement de la situation et de consoler Yazoo) : Bon, allez rejoindre les autres ; moi, je m’occupe de lui.

Tout le monde sort.

Sur le pont de commandement

Loz entre dans la salle des commandes en faisant vibrer l’air tant sa présence est impressionnante.

Tseng : Officier Loz ! Heureux de vous revoir en bonne santé.

Loz : Merci, Monsieur. Je peux reprendre mon poste. Je suis navré de vous avoir imposé le spectacle d’une faiblesse passagère.

Teng : Allons, allons, ne soyez pas désolé, mon garçon, ces choses peuvent arriver. Je vous souhaite une bonne nuit à tous.

Loz : Merci, Monsieur, vous de même. Kadaj ! Que fais-tu là à regarder les mouches ? N’y a-t-il pas de travail à faire ?

Kadaj (sur le cul) : Euuhh… Si, Grand fr… Euh… j’y vais !

Yazoo (qui entre, soutenu par Nero, qui a eu beau tout essayer mais n’a pas pu conclure) : Lozyyyy…

Loz : Tu ne te sent pas bien, Yazoo ?

Yazoo : Mais… Mémémémémém… Beueueuaaaahhhhwhwhh ! ! !

Nero : Il a été très… choqué par ton malaise, et très inquiet de…

Loz (impérieux) : Eh bien qu’il aille s’allonger, au lieu de faire des vocalises !

Nero (dans sa barbe) : Sans cœur !

Il ressort, ramenant Yazoo dans sa cabine, le déshabille et le met sous les draps.

Yazoo : Il m’aime plus ! Il se fiche de moi comme d’une guigne ! Je vais tuer Reeve ! Qu’est ce qu’il a fait à mon Lozynouneeetttt ? J’veux qu’il soit comme avant ! ! !

Nero (en apparté) : Oui bah ça ça va pas être de la tarte !

Yazoo (s’accrochant à lui comme un naufragé et se répandant en larmes sur son épaule): J’supporte pas qu’on m’ignooooreuuhhhh!

Nero (compatissant): Allons allons, ça va lui passer, moi aussi j’ai parfois du mal a faire que Weiss soit plus attentionné mais il faut s’accrocher et…

Yazoo (le regarde entre ses larmes): Sniff… sniff… Beuh c’est pas pareiiiiil!!! Toi t’as l’habitude, t’es trop bizarre et tout le monde te fuit depuis toujours !!! Beuahhh !!!

Nero (prend la mouche): Dis donc, moi je veux bien essayer de te consoler mais si tu commences les vacheries je te laisse hein !

Yazoo (genre “les grandes eaux”): Beuaaahh!!! Tout le monde me laisse tomber!!!!

Reeve (arrive en courant de l’infirmerie avec sa trousse à pharmacie sous le bras) : Houlaaa, je le savais qu’il lui faudrait un calmant dare-dare!

Yazoo (tombe du lit en essayant d’échapper à Reeve) : Ah ! Toi me touche pas, hein ! Espèce de monstre ! Savant fou ! T’as complètement castré mon Lozyyyynouneett !!!

Nero (se bouchant les oreilles): Fais-le taire avant que votre turk en chef ne se pointe par ici et entende ses lamentations ! On a l’air de quoi là ?!

Reeve (préparant fébrilement une seringue): J’y vais, j’y vais, ferme la porte qu’on soit insonorisés au moins ! Ca nous fera gagner du temps!

Nero : Oui ben mangez-vous, parce que moi, je dois aller mettre la main sur mon frère.

Reeve (en faisant sa piqûre): La mets pas n’importe où, hein, avec Tseng qui risque de vous tomber dessus et de….

SHBLAFF!!!

Reeve se rattrape de justesse à la table de nuit, à moitié assommé par le lancer d’annuaire de Nero (NDLA : quoi y’a pas d’annuaire sur les vaisseaux spatiaux ? Pas grave ! C’est de la “génération spontanée de projectiles inattendus” - très connue dans le métier de scénariste style manga, si, si !)

Pendant ce temps, sur la passerelle de commandement…

Tifa (assise aux pieds de Loz, en adoration totale devant la liste d’ordres qu’il vient de donner pour que le vaisseau reprenne une vitesse de croisière normale - Enfin de la vitesse tout court, ça serait déjà mal vu l’état du joint du culasse du vaisseau…) : ***soupirrrrrrrrrrrrr***

Loz (termine la liste des trucs qu’il vient de vérifier) : … et enfin les lieux d’aisance ont été réparés par Cloud il y a déjà quelques heures, Capitaine.

Cid (sourire conquérant et assuré) : Fort bien! Il nous reste donc à régler la question de l’hébergement des nouvelles recrues ! Quelles sont les cabines disponibles?

Vincent (qui boude dans son coin depuis que les deux “mâles dominants” du pont de commandement - Cid et Loz - ont commencé à se la péter “militaires efficaces”) : Gnagagna…

Tifa (roucoule amoureusement) : Je pourrais dormir dans celle de Loz, si ça peut dépanner, Capitaine…

Loz (lui tapote la tête) : Je ne voudrais sûrement pas t’obliger à partager la cabine d’un homme, ce ne serait pas convenable pour ta réputation. Bien que je puisse t’assurer que je n’en aurais évidemment pas profité….

Tifa (le moral chutant un peu): Ben je vois pas l’intérêt, alors… Flûte c’est vrai que c’est pénible, attends un peu que je mette la main sur Reeve…

Kadaj (qui se pointe le calepin à la main et au garde à vous): Ahem ! Voici la liste des membres d’équipage d’origine, la plupart n’ayant pas de cabine personnelle vu que le règlement ne prévoit pas qu’on… enfin c’est prévu comme ça, quoi. Loz, Yazoo, Shera, Tifa, le Capitaine, Cloud, moi-même, Sephiroth, Reeve, Reno et Vincent répartis en sept cabines. Les nouveaux arrivants sont : Tseng, la pu… Pardon. Elena, le gars avec les ailes et son frère, ce qui fait quatre. Certains vont donc devoir se mettre à deux par cabine, Majesté. Puis-je suggérer que Tseng bénéficie d’une cabine pour lui seul ?

Loz (agite distraitement la main): C’est cela, c’est cela. A moins qu’on en manque vraiment, je pense qu’il faudrait que je garde la mienne, comme le Capitaine et Sephiroth, eu égard à notre rang…

Là, les rares présents le regardent la mâchoire pendante.

Vincent : Ben et moa ? Je vais dormir où, moa ?

Loz (se drapant dans la dignité offensée qui sied au guerrier viril et fier de l’être): Eh bien dans ta boîte, quelle question !

Donk, bink, pok (les mâchoires qui touchent terre).

Kadaj (timidement): Euh… Sauf ton respect, j’avais compté qu’on pourrait garder en partie la répartition habituelle. Non?

Loz (le fixe d’un regard mako glacé et totalement impassible): *soupir* Quelle solution cela vous donnait-il?

Kadaj (feuilletant rapidement son calepin): voilà voilà ! D’abord les deux frangins de l’espace dans la cabine de Yazoo, Yazoo avec Loz, Tifa avec Reno, Cloud avec Sephiroth -ça devrait pas les déranger beaucoup-, moi avec Reeve, le capitaine avec sa femme, Vincent dans son cercueil à la soute, Tseng tout seul et il vaudrait mieux qu’on laisse l’excitée dormir à l’infirmerie en sécurité dans sa ceinture de chasteté. Enfin quand je parle de sécurité c’est pour nous, je veux dire. (Petite voix) non ?

…à suivre

Veuillez détacher vos ceintures

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : les volontaires sont les bienvenus !

Les versions non censurées de ce texte et de cette illustration se trouvent dans le fascicule “Les interdits de www.ff7-yaoi-fanfics.com Tome 1″ (voir dans la boutique)

***

Cher passager, veuillez détacher toutes vos ceintures,

poser vos armes à feu et retirer tous vos vêtements.

Le capitaine Highwind fera tout pour vous être agréable

et vous souhaite un inoubliable vol en sa compagnie.

Si, durant le voyage, vous sentez l’irrépressible envie de griffer…

Retirez votre gant de métal !

Vincent sirotait son verre de vieux cognac, appuyé contre la rambarde de la salle de pilotage, et observait les invités. Reeve avait absolument tenu à inaugurer la nouvelle aéronef amirale, le fleuron de la toute nouvelle flotte de la WRO, en donnant une réception à bord.

- Jolie sauterie n’est-ce pas ? lui demanda Shera, sarcastique, en désignant la foule.

Vincent sourit.

- Le terme me paraît mal choisi.

Elle grimaça.

- Ah ouais ? Il te le paraîtrait peut-être moins si tu savais que la plupart des hommes qui sont ici trompent leur femme avec leur collègue de travail ! assura-t-elle, amère.

L’ex-turk se pencha vers elle.

- Shera, est-ce que tout va comme tu veux ? Tu n’as pas l’air dans ton assiette.

La jeune femme ricana, fin soûle.

- T’es pas au courant, on dirait.

- Au courant de quoi ?

Elle posa son verre à cocktail vide sur le plateau d’un serveur et en prit un plein, dont elle but la moitié d’un trait.

- Je vais bientôt fêter mon divorce ! lança-t-elle d’une voix éraillée. Joyeux divorce, Shera ! ajouta-t-elle en levant son verre avant de le vider.

Plusieurs têtes se tournèrent dans sa direction et, avec un sourire penaud à l’intention des invités, Vincent la prit par le bras pour l’amener un peu à l’écart.

- Shera, je crois que tu as un peu trop bu.

Elle pouffa.

- Et alors ? T’as peur que je gâche la p’tite fête de ce salopard ?

Vincent suivit son regard et pinça les lèvres en voyant Cid, à l’étage inférieur du pont du commandement, qui les considérait avec une mine embarrassée.

- Que s’est-il passé, Shera ?

Elle haussa les épaules.

- ” Monsieur ” le capitaine Highwind aime les sensations fortes ! Sensations que moi, sa femme, je ne peux apparemment pas lui procurer ! Tu sais ce qu’il a osé me demander ?

L’ex-turk agita la main, gêné.

- Non. Et je ne suis pas certain de vouloir le savoir, Shera.

- Qu’on se fasse un plan à trois ! Tu le crois, ça ? Sans doute avec… une de ces pétasses de la WRO aux gros seins refaits moulés dans un treillis !

Elle avait presque crié les derniers mots et un groupe d’invités s’était carrément tourné vers eux, à la fois choqués et amusés.

Vincent rougit et s’excusa.

- Elle a un peu bu, je suis désolé, ne faites pas attention.

Reeve, qui se trouvait non loin, décida d’intervenir et prit la jeune femme par le bras pour la conduire hors de la salle.

- Ca suffit, Shera, je pense que tu t’es assez ridiculisée pour aujourd’hui.

Elle se pendit à son bras et ricana.

- Reeve, vieux cochon ! On m’a dit que vous aviez baisé, Cid et toi, dans le temps, c’est vrai ? Allez, avoue ! Ca te plaît, les mecs bien baraqués avec des grosses queues ?

Vincent écarquilla les yeux, comme la plupart des invités, et retint un éclat de rire.

Shera fut confiée à l’un des soldats de la WRO, qui reçut ordre de la raccompagner chez elle, et Reeve s’excusa auprès des invités avant de rejoindre l’ex-turk, qui souriait, le nez dans son verre.

- On peut dire qu’elle met de l’ambiance, en ce moment, soupira-t-il.

- Reeve, que s’est-il passé ?

- Tu veux la vérité ou la version aseptisée ?

- La vérité.

- Shera est un frigo et Cid un chaud lapin, ça devait craquer tôt ou tard.

Vincent hocha la tête, plus amusé que jamais.

- Je vois…

A l’étage inférieur du pont, il remarqua plusieurs jeunes recrues qui ne quittaient pas Cid du regard depuis que Shera avait apostrophé Reeve au sujet d’une supposée liaison qu’ils auraient eue.

- Je n’ai jamais compris pourquoi il a épousé cette femme, nota ce dernier.

- Moi non plus. Sans doute pour la remercier de lui avoir sauvé la vie, lors du lancement raté de sa fusée.

- Alors c’est la pire raison de se marier que j’ai entendue jusqu’ici.

- Je n’aurais jamais cru qu’il se marierait vraiment.

Reeve sourit.

- Moi non plus. Cid n’est pas fait pour le mariage. Cette fripouille est un volcan dormant sous un iceberg, ajouta-t-il avec un sourire en coin.

- Tu as l’air d’en savoir long à ce sujet. Shera avait-elle raison, lorsqu’elle sous-entendait que vous… ?

- C’était il y a une éternité, Vince ! le coupa le chef de la WRO en riant. Et, franchement, ce n’est un secret pour personne. Nous n’étions que des gosses curieux avides de tout essayer.

Vincent leva le sourcil, ironique.

- Et… Tu en gardes un bon souvenir ?

- Ah ! Ah ! Ah ! Tu parles ! Cid devait avoir quoi ? Allez, dix-huit ou dix-neuf ans à tout casser. Et moi, pas beaucoup plus.

- Tu n’as pas répondu à ma question, le taquina Vincent.

Comme s’il avait senti de quoi les deux hommes étaient en train de parler, Cid se tourna vers eux avec son éternel sourire sardonique. Son surprenant regard bleu se vissa à celui de Vincent.

Reeve, qui avait pivoté pour faire face à l’ex-turk ne remarqua rien.

- Cid a toujours trop aimé le sexe pour accepter qu’on le bride de quelque façon que ce soit.

- Moi qui l’imaginais plutôt d’un tempérament placide, murmura Vincent sans quitter le pilote des yeux.

Ce dernier s’assit à l’autre bout du pont de commandement et l’observa en souriant.

- Le capitaine Highwind que tu connais n’a strictement rien à voir avec le Cid que moi j’ai connu à l’époque. Et quelque chose me dit que, malgré cette apparence de macho bourru qu’il veut bien se donner, il n’a pas dû changer tant que ça.

- Raconte-moi.

Reeve cligna de l’œil et rit de bon cœur.

- Eh bien quoi, mon vieil ami ? Envie de découvrir des horizons dangereux ?

- A mon âge, Reeve, on en a déjà parcouru beaucoup. Et ceux qui restent à explorer ne font plus peur.

- Avec ton éternel minois de jeune premier, j’oublie toujours que tu frôles la soixantaine !

- Ne détourne pas la conversation, Reeve.

Le commandeur se pencha vers lui, plus amusé que jamais.

- Il t’intéresse ?

- Je ne sais pas encore… Peut-être. Parle-moi du Cid que je n’ai pas connu. Celui qui se cache derrière l’éternel masque sarcastique aux joues mal rasées et qui vomit des bordées de jurons sans retenue ni discernement. Qui se trouvait derrière le capitaine Highwind lorsque vous faisiez l’amour, adolescents ? Comment était-il, dans ces moments-là ?

Reeve fronça les sourcils, moqueur, et baissa d’un ton.

- En voilà, une question indiscrète !

- Ne joue pas à ça avec moi, Reeve. Toi et moi avons passé l’âge de perdre du temps et de mâcher nos mots.

- Que veux-tu savoir ?

- Epargne-moi les détours embarrassés. Qu’est-ce Cid valait dans un lit, lorsque vous étiez amants ? demanda Vincent sans la moindre pudeur. Comment était-il ?

Estomaqué, le commandeur laissa échapper un petit rire mutin.

- Quand il était parti, il ne contrôlait plus rien. Il se tordait comme une couleuvre entre tes mains et son visage… Bon Dieu, je donnerai cher pour avoir encore vingt ans et revoir son expression dans ces moments là !

Cid s’installa plus confortablement dans le fauteuil où il avait prit place et son sourire s’élargit. Vincent se mordit la lèvre et l’observa tout à son aise.

- Un amant passionné, en somme.

- C’est peu de le dire !

Cid sembla rire, amusé par le regard appuyé Vincent.

- J’avoue qu’il m’arrive parfois de repenser aux nuits que nous avons partagées, à cette époque, et à ses reins bougeant entre mes mains, poursuivit Reeve, perdu dans ses souvenirs. Il était si…

- Si ?

- Disons que, lorsque je l’ai connu, Cid n’était pas du genre discret. Ses râles étaient… Comment dire ? Ils te transperçaient les reins. Oui, c’est ça. Ils te transperçaient littéralement les reins…

Il posa sa coupe de champagne vide sur un plateau et secoua la tête.

- Mais, encore une fois, Vince, ça fait un bail.

- Certaines choses ne changent jamais, Reeve.

Celui-ci lui tapa sur l’épaule, complice.

- Si tu as dans l’idée de faire ce que je pense, c’est tout le mal que je te souhaite, mon vieil ami ! (Il soupira et pouffa) Je dois être vraiment soûl pour te raconter des choses pareilles…

Vincent lui rendit son sourire.

- Tu devrais aller prendre un peu l’air.

- Oui, bonne idée. A moins que je ne file me coucher, ajouta-t-il en réprimant un bâillement. Tu me raconteras ?

- Bien sûr que non.

Reeve éclata de rire et partit saluer les invités avant de quitter la salle de réception qui, en raison de l’heure tardive, commençait d’ailleurs à se vider.

Cid, lui, avait croisé les jambes et attendait.

Vincent tourna le dos au pilote, s’immobilisa, se tourna à nouveau vers lui et attendit.

Cid se leva en souriant de plus belle. Il avait compris le message.

L’ex-turk avança lentement vers la sortie, sachant que le pilote le suivait.

Il s’engagea dans les coursives et se dirigea vers les soutes de l’appareil sans se retourner un seul instant.

Il poussa la porte, s’arrêta au milieu des caisses de matériel et attendit.

Il ne tarda pas à entendre la porte se refermer derrière lui mais ne se retourna pas.

- Bah, merde, alors, murmura Cid contre son cou, le faisant frissonner. Si je m’attendais à ça…

Vincent sourit mais ne répondit pas et les mains de Cid se posèrent sur lui pour dégrafer et faire tomber sa cape à leurs pieds. Il sentit une langue humide et curieuse courir sur sa nuque, des lèvres brûlantes pincer la peau de son cou et échancrer sa chemise jusqu’aux épaules. Puis la langue impatiente remonta le long de son cou, suivit le contour d’une oreille, et s’aventura sur sa joue, cherchant sa bouche. Vincent tourna à demi la tête et une main ferme, un rien brutale, se referma sur son menton.

La langue de Cid s’insinua dans sa bouche et chercha la sienne avec une impatience qui le fit trembler d’excitation. Vincent se tourna complètement et enlaça le pilote, répondant à son baiser profond par une passion identique à la sienne, la barbe naissante lui picotant agréablement les lèvres et le menton.

Un gémissement monta de la gorge de Cid et l’excitation que l’ex-turk en ressentit lui fit comprendre de Reeve avait voulu dire par “Ses râles et ses gémissements te transperçaient les reins.”…

***

Vincent sentait le cœur de son ami battre violemment contre sa poitrine et sa bouche chercha celle du pilote, conclusion de ce maelström de sensations dans lequel ils venaient de se noyer.

Cid l’enlaça et lui rendit son baiser avec passion et une douceur dont il ne l’aurait jamais cru capable.

- Je ne me serais jamais attendu à ce que ça se passe comme ça, murmura-t-il, le souffle court.

- Déçu ? demanda Vincent en souriant.

Le pilote lui rendit son sourire.

- Non… Je m’attendais plutôt à… Je ne sais même pas quoi, en fait.

- A ce que je me retrouve dans une partie à trois entre toi et Shera ?

Cid hoqueta et le rouge lui monta aux joues.

Vincent éclata de rire et blottit son visage au creux de son cou.

- Partager un homme tel que toi avec elle aurait été un beau gâchis.

Cid leva un sourcil.

- Comment diable as-tu deviné que c’était à toi que je pensais pour ça ?

Vincent passa la main sur l’intérieur de ses cuisses musculeuses, le faisant soupirer.

- Lorsque tu auras mon âge, tu verras que certaines choses qui te paraissaient jusque là obscures t’apparaîtront comme évidentes au premier regard !

Le pilote éclata de rire.

- Est-ce une leçon de vie ?

- Pourquoi ? Tu en veux une ?

- Si nous allions plutôt inaugurer la cabine du capitaine, grand-père ?

L’ex-turk lui rétorqua par un baiser fougueux et Cid se laissa faire avec un total abandon.

FIN


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Substance illicite

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : les volontaires sont les bienvenus !

***

- Monsieur ! Monsieur !

Nero se tourna brutalement pour découvrir le jeune Cloud Strife hors d’haleine et les vêtements chiffonnés .

- Qu’y a-t-il, postulant Strife ? Tu m’as l’air en bien piteux état.

Le garçon essaya de reprendre son souffle.

- Les monstres viennent d’attaquer la frontière Sud, monsieur ! Le général Sephiroth vous réclame, vous et votre frère. Tous les soldats disponibles sont déjà sur le pied de guerre.

Nero soupira.

- Sephiroth devra se contenter de moi. Weiss est en mission à Canyon Cosmo. A quelle distance se trouvent les montres ?

- A peine une journée et une nuit de route, monsieur.

Le postulant et le soldat première classe rejoignirent rapidement les troupes rassemblées. Sephiroth arriva à son tour, flanqué de Zack et d’Angeal, et l’armée se mit rapidement en route à une allure soutenue.

Le second jour, à la tombée de la nuit, ils établirent le campement à l’entrée d’un col montagneux que Sephiroth jugeait facile à défendre. Cette position leur permettrait de stopper les monstres lorsqu’ils s’engageraient dans la gorge et leur tendre une embuscade.

L’étroitesse du col fit que les soldats durent se contenter de partager les quelques tentes montées à la hâte.

Zack venait de poser son paquetage sur le sol recouvert d’une bâche plastique de l’une d’entre elles lorsque Nero se glissa par le rabat, son paquetage sur l’épaule, le faisant sursauter.

- Salut à toi, soldat ! railla-t-il. Désolé de devoir m’imposer, dit-il avec un sourire lourd de sous-entendus, mais je crains que personne ne souhaite prendre de risques en partageant sa tente avec moi.

Cette allusion à peine voilée à son étrange nature sembla embarrasser le jeune homme, qui rétorqua impulsivement :

- On ne peut pas le leur reprocher…

Nero se raidit devant l’âpreté de sa réaction.

- Je vois… Dans ce cas je vais prendre un tour de garde avec les aspirants. Puis-je au moins te laisser mon paquetage ou as-tu peur qu’il te fasse passer par inadvertance dans une autre dimension ?

- Connard !

Nero cligna de l’oeil, sarcastique, posa son sac dans un coin et quitta la tente sous le regard interdit de Zack.

Celui-ci jura, se débarrassa de son uniforme et s’assit sur son sac de couchage en attendant le retour de Nero mais, lorsque deux heures plus tard, il entendit les bruits typiques de la relève de la garde à l’extérieur de la tente, il comprit que le ténébreux n’avait pas plaisanté en parlant de prendre un tour de garde, ce qui accrut son malaise.

Nero filait les chocottes à tout le monde, c’est vrai, mais son frère Weiss était apprécié de tous et il n’avait aucune envie de se le mettre à dos.

- Merde, merde et merde…

Il se leva et marcha de long en large dans la tente, jusqu’à ce que, finalement, il entende un grattement à l’entrée. Qui pouvait demander à le voir à une heure aussi tardive ? Nero n’irait quand même pas jusqu’à lui faire sentir de manière aussi flagrante la méfiance et le mépris qu’il lui avait témoigné, tout de même ! Si ?

Il ouvrit le pan et vit le frère de Weiss, bras croisé devant la tente, les traits tirés et un sourire pincé accroché aux lèvres.

- Désolé de t’importuner, mais un deuxième tour de garde serait réellement au-dessus de mes forces. Puis-je récupérer mon paquetage ? Je pense que les postulants soldats toléreront ma présence pour une nuit sans déserter.

- Je ne pense pas que ce soit nécessaire, persifla Zack, blêmissant sous le ton narquois, en s’effaçant pour le laisser passer.

Sans un mot, Nero se dévêtit entièrement sans pudeur aucune, exposant les curieux tatouages noirs qui lui recouvraient le corps, sortit son sac de couchage de son paquetage et s’y allongea aussitôt.

Les bras derrière la tête, il regarda Zack lacer le rabat.

- Le cadeau d’une admiratrice ? persifla le ténébreux en désignant son caleçon estampillé de moggles ridicules.

Zack retira le sous-vêtement d’un geste rageur et tendit la main vers la torche électrique qui éclairait la tente.

- Si j’étais toi, je ne ferais pas ça, prévint Nero.

Le jeune soldat ricana.

- Quoi ? La boule de ténèbres a peur du noir ?

- Disons qu’en cas d’attaque, la “boule de ténèbres” ne tient pas à tâtonner dans le noir à la recherche de son arme, laissa tomber Nero en souriant.

Zack se mordit la lèvre pour ne pas répliquer crûment et reposa la torche dans sur support.

“Merde… Un point pour lui. Quel con !”

Lorsqu’il se retourna pour affronter le regard ironique de Nero, cependant, celui-ci avait déjà fermé ses étranges yeux carmin et, soulagé, Zack alla s’allonger près de lui, sans parvenir cependant à se détendre assez pour espérer dormir.

Ce type et son frère étaient vraiment des gens bizarres. Enfin, Weiss, pas vraiment, en fait. Mais il faut dire qu’à côté de Nero, même un bahamut végétérien danseur de rumba aurait semblé normal !

Son regard rouge, sa voix blanche et glaciale, ses tatouages noirs, qui le recouvraient entièrement, du haut de la poitrine aux orteils… rien en lui n’était fait pour rassurer ou inspirer confiance et seul son frère Weiss semblait vraiment éprouver pour lui une sincère et indéfectible affection.

Jamais deux frères n’avaient été plus différents et Zack avait coutume de comparer l’un à un grand cygne blanc et l’autre à un vilain petit canard tout noir.

La comparaison était injuste, bien sûr. Nero n’était ni petit ni laid, loin s’en fallait, mais,comparé à Weiss, toujours enjoué, souriant, lumineux et énergique, son cadet paraissait “éteint”. Les cheveux aussi clairs que ceux de Nero étaient noirs, les yeux aussi bleus que les siens étaient rouges, aussi musclé que son frète était mince, Weiss était l’antithèse la plus criante de Nero. Puissant et physique, il attaquait toujours de front alors que son cadet, intelligent et sournois, prenait toujours l’adversaire à revers et ne lésinait jamais sur ses étonnants pouvoirs psychiques - qu’il avait d’ailleurs parfois peine à contrôler tant ils étaient puissants.

Les mauvaises langues racontaient même qu’il avait par accident tué sa propre mère et les médecins qui l’accouchaient en les envoyant dans l’un des mondes parallèles ténébreux qu’il avait le pouvoir d’invoquer.

En tous les cas, ce qui était sûr, c’est que c’était Weiss qui avait élevé Nero lorsqu’ils s’étaient retrouvés orphelins. Ca, tout le monde le savait. Etait-ce pour cela qu’ils étaient si proches et que l’aîné défendait le cadet bec et ongles ?

Zack soupira et tourna la tête vers son curieux compagnon.

D’après sa respiration irrégulière, Nero semblait perdu dans un rêve houleux. Il se retourna d’un mouvement brusque, et repoussa son sac de couchage dans son sommeil.

“Pourvu qu’il ne fasse pas de cauchemar et qu’il ne nous balance pas dans l’une de ses dimensions à la con…” pria Zack en silence.

A la lueur de la torche, il observa le corps souple orné de tatouages avec curiosité. N’ayant jamais partagé de chambre (ou de tente) avec lui - Weiss n’aurait jamais permis d’un autre que lui une telle familiarité avec son frère - il n’avait jamais eu l’occasion de les regarder en détail. Et, en fait, ils étaient plutôt jolis, ces tatouages. Oui, très beaux, même. Leurs entrelacs couraient sur la peau de porcelaine et accentuaient des creux et les déliés de sa musculature élégante et bien dessinée.

- Weiss…

Le nom de son frère murmuré par la voix enfiévrée de Nero fit naître sur les lèvres de Zack un sourire déconcerté.

Le ténébreux se cambra avec un soupir langoureux et sa main, comme d’elle-même, caressa son bas-ventre.

Zack retint un rire de justesse et s’appuya sur un coude pour profiter du spectacle inattendu. Les va et vient se faisant plus pressants, Nero renversa la tête en arrière, agrippa son sac de couchage de sa main gauche et le jeune soldat se passa la langue sur les lèvres, séduit par l’émouvant tableau du désir dont il était témoin.

Il savait que le beau Weiss était l’objet de bien des convoitises - principalement féminines - mais il n’aurait jamais cru que ce désir puisse conduire à de telles extrémités. Surtout venant de “l’imperturbable” et “insensible” Nero.

- Weiss… Je t’aime…

Zack tressaillit et leva les yeux vers le visage passionné du ténébreux.

Il n’avait lui-même jamais assez désiré quelqu’un pour en rêver de façon aussi passionnée. Les rumeurs sur ces deux-là étaient donc fondées ! Mazette… Quand il allait raconter ça à Angeal !

Du coup, tous les petits détails du comportement de Nero, auxquels il n’avait pas porté attention jusque là, prirent soudain un tout autre sens pour Zack, qui se souvint de la douceur avec laquelle il lissait parfois les cheveux de son frère, des regards insistants qu’il avait lorsqu’il croisait son regard clair… Même ses incessantes réflexions malicieuses apparurent comme autant de maladroites marques d’affection.

Peut-être n’est-il pas aussi glacial et insensible qu’il en a l’air… ” songea Zack.

Il avait toujours cru que l’affection entre les deux frères était à sens unique, du protecteur Weiss vers le solitaire Nero, mais force était de constater qu’il se trompait.

Zack posa une main prudente sur la poitrine ferme et y sentit le cœur battre la charge. Le corps de Nero se banda comme un arc sous la caresse, et sa main se posa sur la sienne pour la presser contre sa peau tatouée.

Une chaleur pernicieuse se répandit dans le ventre jeune soldat, qui en était le premier surpris. Sa main libre n’en empoigna pas moins son propre sexe désormais dressé pour lui impliquer un mouvement similaire à ceux du ténébreux.

Les lèvres de Nero remuèrent dans son sommeil et des mots incompréhensibles en sortirent. Avec mille précautions pour ne pas le réveiller, Zack se pencha vers son visage posa les lèvres sur la bouche offerte, comme ça, juste pour voir, et le ténébreux, perdu dans son rêve, répondit au baiser avec ardeur et attira le jeune homme contre lui.

Celui-ci, enflammé par le contact de la peau tatouée, qu’il n’aurait jamais imaginé si douce, fit glisser sa main de son propre sexe à celui de Nero et ajouta sa caresse à la sienne. Un râle de plaisir s’échappa de sa gorge et Zack aspira le souffle chaud entre ses lèvres. Puis sa caresse se fit plus insistante et il écarta du genou les cuisses souples, alors que sa bouche descendait le long de la gorge et de la poitrine pour happer un téton tout rose entre ses dents et le titiller du bout de la langue.

Nero entrouvrit alors les paupières et baissa un regard embrumé sur la noire chevelure qui s’étalait sur son torse, comme s’il n’avait pas complètement conscience de ce qui se passait. Persuadé de l’irréalité de ce qu’il percevait…

Un rêve. Cela ne pouvait être qu’un rêve car personne ne l’aurait touché ainsi hormis son frère, encore moins quelqu’un comme Zack !

Eh ! Bien, soit. Autant en profiter…

Il se laissa donc aller aux douces sensations que lui procuraient les caresses “imaginaires” du soldat et ce dernier, encouragé par ses halètements, promena ses lèvres sur le ventre dur jusqu’à prendre la place de sa main et faire courir sa langue sur le membre gonflé.

D’un coup de reins souple, Nero pénétra dans sa bouche et Zack hoqueta mais ne se dégagea pas. Au contraire, il le libéra avec un dernier coup de langue et glissa sa tête entre ses cuisses tatouées, refermant ses mains sur ses reins. Les lèvres tremblantes d’excitation à l’idée de ce qu’il allait faire, il lécha le pourtour de l’entrée close et les gémissements du ténébreux se muèrent en petits cris de plaisir. Levant les mains pour écarter les fesses rondes et lisses, Zack plaqua sa bouche contre lui, insinuant sa langue dans sa chaleur, et sentit la saccade qui agita ses reins.

“Et si quelqu’un entrait dans la tente ?” songea-t-il en se sentant blêmir.

Oh, bon sang, quelle honte !

Mais il chassa vitre cette idée car Nero balançait impatiemment les hanches à sa rencontre. Etirant la langue, le jeune soldat explora ce sanctuaire aussi loin qu’il le put mais, bientôt incapable de supporter plus longtemps la fièvre que les réactions du “dormeur” faisaient naître en lui, il lubrifia abondamment de salive l’entrée qu’il titillait de sa langue agile. Baissant la main, il trouva le chemin et s’y engagea. Lentement d’abord, presque avec hésitation, puis, voyant Nero relever la tête pour exhaler un gémissement rauque et impatient, il s’enhardit. Un troisième doigt vint rejoindre les deux autres et le frère de Weiss poussa un râle animal.

Zack sentit soudain les jambes tatouées le ceinturer pour le pousser en avant, ses mains se saisir de son sexe impatient et il hoqueta de surprise en se rendant compte que Nero l’avait amené à plonger en lui. Baissant les yeux, il vit ses reins plaqués à ceux du ténébreux, qui resserra encore ses jambes autour de son bassin pour l’emprisonner contre lui.

Transporté par cette sensation, Zack articula faiblement son nom et eut un sourire carnassier en refermant les mains sur ses fesses et s’enfonçant en lui plus profondément.

Bien vite, il sentit Nero se soulever sous lui avec un cri de plaisir difficilement étouffé et, à la vue de sa semence jaillissant pour se répandre sur son ventre orné d’arabesques, il se libéra dans un long gémissement alors qu’il inondait le havre où il avait pénétré.

Apaisé, une douce langueur s’empara de lui et il se laissa aller contre son partenaire, qui referma les bras autour de lui.

- Tu es beau, Zack… murmura-t-il, le cœur battant contre ses côtes.

Et il se rendormit aussitôt, terrassé par les endorphines.

Zack sourit, l’embrassa, non sans douceur, et il essuya son ventre tatoué souillé de semence avec un sourire mutin de garnement qui s’apprête à faire une farce. Puis il se leva ensuite avec mille précautions, recouvrit le corps mince et entreprit de s’habiller pour sortir dans l’aube naissante comme si de rien n’était.

*

Lorsque Nero ouvrit les yeux, deux bonnes heures plus tard, Zack avait déjà quitté la tente.

En se souvenant du rêve agité de la nuit, il rougit.

“Pourvu que Zack ne se soit rendu compte de rien…”

Les sensations avaient semblé si réelles qu’il avait presque l’impression de sentir l’odeur du jeune soldat sur sa peau.

Il se leva en soupirant et prit son pantalon, qui traînait sur le sol. Au moment de l’enfiler, il sentit quelque chose d’humide couler entre ses jambes et baissa les yeux, intrigué. Il recueillit du bout des doigts la substance blanchâtre et, la reconnaissant, marqua un temps d’arrêt.

- Oh ! Le… Le sale petit démon sournois !

A la fois humilié d’avoir été un simple jouet de plaisir, et ravi du désir qu’il avait provoqué chez un homme autre que son frère bien-aimé, il s’habilla à la hâte et sortit précipitamment de la tente pour voir l’objet de ses pensées discuter avec Sephiroth. A son salut, Zack répondit par un sec hochement de tête mais, lorsque Nero lui lança un sourire interrogateur lourd de sous-entendus, il consentit néanmoins à une confirmation silencieuse d’un mouvement de paupières espiègle.

Sephiroth, qui n’avait pas perdu une miette de l’échange muet, adressa au ténébreux un sourire complice et s’étonna de le voir rougir pour la première fois…

FIN

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Les sept péchés capitaux : LA COLERE

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : les volontaires sont les bienvenus !

***

Une morsure à la base de sa nuque le réveilla en sursaut et il rua sous le grand corps qui l’écrasait contre le matelas.

- Aïe ! Quand cesseras-tu d’être aussi brutal !

Il se retourna avec peine sous la masse de muscles et son frère lui adressa un sourire espiègle, amusé de l’avoir fait enrager.

Yazoo le dévisagea un instant avec une expression lasse et voyant qu’il ne bougeait pas d’un centimètre, martela ses larges épaules de ses poings.

- Tu m’écrases !

Avec un grognement, Loz consentit enfin à rouler sur le côté et son cadet s’assit sur son lit en se frottant la nuque couverte de salive avec une grimace de dégoût.

- Kadaj veut te parler, annonça le jeune colosse avec une moue boudeuse qui n’aurait pas dépareillé sur le visage d’un petit garçon.

Yazoo lui adressa un regard en biais et soupira.

- Et c’était sans doute une raison pour me réveiller en me mordant le cou ? (Loz pouffa) Ce que tu peux être puéril, parfois !

Il essuya sa paume humide de salive sur la manche du blouson de son frère et celui-ci bondit du lit en frottant le cuir d’un air écœuré.

- Eh ! C’est dégoûtant !

Yazoo éclata de rire.

- C’est ta propre bave, idiot ! railla-t-il de sa voix suave.

Il fila dans la salle de bains de sa chambre - au demeurant la seule salle de bains attenante à une chambre dans le petit appartement qu’ils avaient loué à Edge (Kadaj et Loz se contenant de celle qui se trouvait au bout du couloir).

- Je ne suis pas idiot ! rétorqua ce dernier en direction de la porte entrouverte, faisant redoubler le rire de son frère.

- Bien sûr que non ! Tu préfères juste cogner au lieu de penser !

Vexé, Loz quitta la chambre d’un pas rageur pour rejoindre Kadaj et finir le frugal petit déjeuner préparé à la va-vite par ce dernier.

***

- Et surtout, ne laissez rien au hasard ! lança Kadaj avant de démarrer en trombe. La moindre piste donnée par les deux imbéciles de la Shinra doit être exploitée dans les moindres détails !

- …doit être exploitée dans les moindres détails… Gnagnagna ! singea Loz sur le pas de la porte, faisant sourire Yazoo. Pourquoi c’est toujours nous qui écopons du sale boulot ?

Son cadet haussa les épaules.

- Il sait ce qu’il fait, Loz.

Celui-ci tordit le nez.

- Mhh…

- Je me charge retrouver les traces de grand frère dans les archives de la ville. Toi, va explorer le labo désaffecté et essaye de trouv…

- Pourquoi c’est moi qui doit aller au labo ? le coupa Loz, plus renfrogné que jamais.

Yazoo laissa échapper un profond soupir excédé et roula des yeux.

- Loz, ne commence pas, s’il te plaît.

- C’est plein de choses dégoûtantes, ces endroits, et… et… on ne sait jamais s’il ne reste pas des… des « trucs » qui peuvent te rendre malade ou… ou…

- Ou te rentrer par les narines pour te ronger le cerveau ? persifla son frère. Aucun risque de côté là en ce qui te concerne, Loz, rassure-toi.

Ce dernier se raidit avec un pincement au cœur et émit un curieux petit hoquet affecté.

- Ca, c’était vraiment pas gentil… fit-il d’une voix étranglée avant de se détourner et de se diriger, les épaules basses, vers sa moto garée non loin.

Son cadet jura et le rattrapa.

- Loz, attends, je suis désolé, je ne voulais pas dire ça.

Il le prit par le bras mais son frère se dégagea et enfourcha son bolide.

- Si, tu le voulais, Yazoo. Pire, même : tu le pensais !

Il fit ronfler le moteur et démarra.

- Non… Loz, attends, ne… Et zut !

***

Lorsque Loz quitta le laboratoire, la nuit était sur le point de tomber. Il avait eu beau fouiller les anciens locaux désaffectés de la cave au grenier, il n’avait trouvé qu’un amas de paperasses inutiles, réduites en charpie par l’humidité et les intempéries, et du matériel cassé sans le moindre intérêt, dont il valait mieux ignorer à quoi il avait pu servir.

Il s’assit sur la moto avec un soupir déchirant en s’essuyant nerveusement les mains sur son pantalon et sortit son téléphone portable de sa poche.

Yazoo ne l’avait pas appelé. Etrange. Il était rare que son cadet le laisse sans nouvelles durant plus de deux ou trois heures.

“Et s’il n’osait pas me téléphoner après la façon dont je l’ai envoyé promener ?”

Bien qu’il n’ait strictement rien à se reprocher et que ce soit lui, au contraire, qui ait subi les sarcasmes venimeux de son cadet, il se sentit coupable. Coupable et seul. Terriblement seul…

Il tint le petit téléphone un long moment dans sa paume, comme si le simple fait de le fixer intensément pouvait le faire sonner, et, lorsqu’un bit strident retentit, annonçant un message, il sursauta.

Mais ce n’était pas Yazoo.

Oh, que non…

Le coeur battant et la gorge serrée jusqu’à la nausée, Loz relut le message encore et encore, refusant d’admettre l’horrible évidence.

- Non… gémit-il, tremblant de tous ses membres. Tu es mort… Tu es mort !

***

Pour les habitants de Edge, désormais endormis, cette nuit-là ressemblait à toutes les autres nuits mais, pour l’ombre qui se glissait dans les ruelles, c’était le début d’un cauchemar. Un long cauchemar.

Loz ne portait aucune arme, comme il lui avait été ordonné dans le message. A l’insu de Kadaj, il avait caché son pistolame et sa griffe de combat dans la petite remise de la maison coquillage.

- Où vas-tu ? avait demandé son jeune frère, agacé de le voir arriver bredouille du laboratoire désaffecté pour repartir aussitôt.

- J’ai besoin de me changer les idées.

- Ne va pas provoquer de bagarre inutile !

- Ne t’en fais pas, je veux juste rouler un peu.

- Que t’a dit Yazoo, exactement ? avait insisté Kadaj. Pourquoi tarde-t-il autant à nous rejoindre ici, comme prévu ? Et pourquoi ne répond-t-il pas au téléphone ?

- Je te l’ai dit : il a un problème avec le réservoir de sa moto. Le garage où il a dû se rendre est en sous-sol, le réseau ne passe pas.

Son cadet tapa rageusement du pied.

- Il n’y en a pas un pour racheter l’autre, décidément ! ronchonna-t-il en tournant les talons. Et ne passe pas toute la nuit dehors ! ajouta-t-il depuis le seuil de la maison.

Loz n’avait pas rétorqué. Il avait attendu qu’il disparaisse derrière la porte pour aller cacher discrètement ses armes, l’angoisse au ventre, puis avait pris la route de Edge.
Le corps secoué par des tremblements incontrôlables, il traversa la ville endormie et franchit le tronçon d’autoroute délabré qui menait à de ce qui avait été la ville de Midgar.

Lorsqu’il arriva enfin devant les ruines du siège de la Shinra, il abandonna son bolide, comme il lui avait été ordonné dans le message, et se précipita à l’intérieur.

Pantelant, sans même prendre le temps de s’arrêter pour respirer, il dévala les escaliers dévastés qui menaient au sous-sol au pas de course, étage après étage… et fut presque immédiatement stoppé par une douleur soudaine qui lui coupa le peu de souffle qui lui restait.
Dans l’obscurité, il n’avait pas vu venir le pied qui le cueillit au creux de l’estomac et s’était effondré sur le sol.

Un rire tonitruant éclata dans ce qui était une espèce de salle de réunion souterraine, réduite à l’état de décombres et tout juste éclairée par une torche électrique d’appoint, qui dissipait à peine les ténèbres dans le coin de la pièce où il se trouvait.

L’incarné essaya de se redresser mais le poids d’une botte sur son épaule le maintint à terre. Une botte boueuse portée par un lascar digne des plus terrifiants contes pour enfants.

- Où est mon frère ? haleta Loz, l’estomac révulsé par l’odeur d’humidité et de moisissure qui flottait dans le sous-sol.

L’homme retira son pied et Loz put redresser la tête mais il frémit devant l’horrible visage, ou du moins ce qu’il en restait… L’œil gauche avait été arraché et la bouche formait un angle impossible du fait des cicatrices qui barraient les joues.

- J’ai changé, n’est ce pas ? Laisse-moi donc te remercier pour ce ravissant minois !

Tremblant de rage, il s’approcha et gifla l’argenté à toute volée du dos de la main, lui fendant la lèvre, mais Loz sentit à peine le coup, abasourdi par la surprise et trop inquiet pour Yazoo.

C’était donc réel… Le SMS venait réellement de lui, de ce salopard.

Kraig…

Ce nom avant hanté ses pires cauchemar durant des années.

“Soldat Première Classe Capitaine Kraig Copland”.

Il aurait dû mourir, pourtant. Oui, il aurait dû mourir, ce jour-là…

Cela faisait si longtemps que Loz avait presque oublié. Les luttes. Le sang. Les cris d’agonie. Le soleil… Ce maudit soleil les faisait cuire sur place. Et les monstres. Si nombreux… Il s’en souvenait, maintenant. Si nombreux qu’ils avaient tous cru mourir sous leurs griffes, y compris le téméraire Capitaine Copland. Son maître d’armes, son professeur et son pire bourreau.

Kraig Copland était tombé sous les coups des démons, ce jour-là. L’argenté revoyait les gueules béantes se jeter sur lui et aurait pu le prévenir. Il aurait pu l’aider - oui, il aurait pu. Mais il ne l’avait pas fait…

Il ne l’avait pas fait car, le matin même, Copland avait passé la main dans les cheveux de Yazoo, qui n’était alors qu’un tout jeune adolescent. Une caresse à priori innocente mais ponctuée d’un sourire que Loz ne connaissait que trop bien…

Alors, lorsque l’une des créatures avait refermé ses mâchoires sur le si respecté capitaine et l’avait emporté dans sa gueule pour festoyer avec ses congénères, Loz en aurait presque applaudi de joie !

Oui, ce jour-là, l’incarné s’était débarrassé de son bourreau ! Et il s’était juré de devenir fort. Plus fort que n’importe qui, afin que, plus jamais, un autre Copland ne risque de s’approcher trop près de lui ou de ses frères. Il ne le permettrait plus, pour ça non !

Et Loz avait tenu parole.

Mais voilà que Kraig Copland se tenait devant lui. Défiguré et boiteux, certes, mais bien vivant.

- Alors c’est donc ça qu’est devenu l’incarné le plus réussi du grand Sephiroth ! Ah ! Ah ! Ah ! Non mais regarde-toi, Loz ! Quel gâchis…

- Où est mon frère ? répéta ce dernier sans relever l’insulte, la gorge serrée par le dégoût.

L’homme le gifla à nouveau, le saisit par les cheveux et lui tira la tête en arrière.

- Je t’interdis de prononcer mon nom, sale petite pute ! Comment as-tu pu me faire une chose pareille ? Moi, qui t’avais tout appris ! Qui t’avais tout donné !
Le butor lui asséna un coup de pied dans les côtes et l’argenté s’effondra en gémissant sur le sol.

- Où est… mon frère ? haleta à nouveau Loz. Qu’as-tu… fait… de lui ?

- Ah ! Ah ! Ah ! Non mais regarde-toi ! railla son bourreau.

Il se pencha et saisit douloureusement le menton de l’incarné pour lui redresser la tête.

- Ne me… touche pas !

Le géant balafré éclata d’un rire méprisant et lui administra un autre coup de pied avec une violence incroyable.

Le jeune homme se plia en deux et roula sur le sol en gémissant.

- Rassure-toi, te toucher est la dernière dont on a envie lorsqu’on voit ce que tu es devenu, mon pauvre Loz ! Tes cheveux… Tes magnifiques cheveux… Par toute la pourriture de la planète, comment as-tu pu sacrifier de tels cheveux ? Et ce corps… Regarde ce que tu as fait ! Tous ces muscles et… cette barbe ! Par l’enfer ! Quand je pense à quel point tu étais beau… Tu resplendissais comme le soleil, et maintenant, tu as l’air d’un… d’un animal.

Loz émit un bruit de gorge et son visage se tordit.

- Le seul animal… c’était toi ! Toi… et tes jeux pervers !

Il se mit à genoux avec difficulté, et se redressa, chancelant.

Fou de rage, Copland le saisit à la gorge.

- C’est pour ça que tu as sacrifié ton ensorcelante beauté ? Pour échapper aux “pervers” dans mon genre ? C’est pour ça que tu as voulu me laisser crever, espèce de petite putain capricieuse ?

Loz essaya de se jeter sur lui mais le géant resserra sa prise sur son cou.

- Où est… mon frère ? réussi à articuler l’argenté, à demi-étouffé par les énormes doigts.

- Sais-tu que je l’ai pris pour toi, quand je l’ai vu, à Edge ? Un très joli garçon, lui aussi, mais une bien pâle copie de ce que tu étais. Lui as-tu parlé de moi ? Lui as-tu avoué que c’est dans mon lit, que tu venais, lorsque tu quittais votre chambre, au laboratoire du cratère Nord ? Lui as-tu raconté comment tu pleurais, quand je te…

- Tais-toi ! hurla Loz.

- Tu avais des lèvres adorables. J’ai toujours aimé tes lèvres. Ton frère a les mêmes lèv…

- Qu’est ce que tu lui as fait ? tempêta l’argenté. Si jamais tu as posé la main sur lui je te jure que je te tuerais !

Il se débattit comme un diable mais la pression sur sa gorge se resserra et sa vue s’obscurcit.

- Tu m’a laissé mourir, petite putain… murmura le butor en caressant la pommette satinée. Tu as une dette envers moi. Et, cette dette, qui va la payer ?

Loz blêmit.

- Relâche Yazoo… Relâche-le et… tu pourras faire de moi ce que tu… voudras, je le jure !

Le géant sourit.

- Comme au bon vieux temps, là-bas, au cratère Nord, mhhh ? Tu croyais franchement que je ne voyais pas ton petit manège ? Tes frères savent-il le nombre de fois que tu as sauvé leurs jolies petites fesses en t’agenouillant entre mes cuisses ?

- Tu auras ce que tu veux de moi mais ne lui parle pas de ça et laisse-le partir, supplia Loz.

Copland sembla réfléchir.

- Et qui te dit que la brute que tu es devenue m’intéresse ? Où est le Loz gracile et tendre qui réchauffait mon lit ?

- Ce que tu voudras, répéta Loz, les larmes aux yeux. Absolument… tout.

- Tu imagines ? reprit le colosse comme s’il n’avait rien entendu. Tu imagines si Kadaj et Yazoo savaient que leur frère, leur dur, leur viril, leur indestructible frère écartait régulièrement les cuisses pour leur épargner de douloureuses expérimentations ou des entraînements impitoyables ? S’ils savaient que, pour les protéger, tu as dû sacrifier ta beauté, ta jeunesse et devenir une brute sans éducation ni cervelle tout juste bonne à donner des coups de poings dans un sac et à soulever de la fonte ? Imagines-tu à quel point Yazoo serait désespéré s’il connaissait ne serait-ce qu’un dixième des souffrances que tu as endurées pour eux, Loz ?

- Yazoo ne t’a jamais fait de mal, pas plus que Kadaj ! Ils t’ont toujours respecté et admiré, Kraig ! Torture-moi ! Bats-moi mais fiche-leur la paix !

Le colosse sourit tristement.

- Toi contre Yazoo, alors ? Une fois de plus. As-tu seulement une idée de ce que je pourrais te faire subir ? De la rage que j’éprouve ? De la haine qui n’a cessé de grandir depuis ce jour ?

Loz sentit une bile amère lui monter dans la gorge.

- Laisse partir Yazoo et je te donne ma parole que tu pourras faire de moi ce que tu voudras.

Le géant se planta devant l’argenté, qui dut faire un effort pour ne pas détourner les yeux de l’horrible visage.

- Approche. Nous allons faire ça à ma manière… A genoux !

Loz obéit comme un pantin sur les fils duquel on aurait tiré et son ancien maître d’armes lui attacha les bras dans le dos avec une corde solide.

- Je t’ai donné ma parole ! Pourquoi m’attacher ?

- Il est certaines occasions où un homme est prêt à se parjurer. (Il augmenta l’intensité de la torche électrique et Loz plissa les yeux) Dans le cas, par exemple, ou…

Le cercle de lumière s’élargit, les coins d’ombres diminuèrent et le hurlement de Loz retentit alors dans tout le sous-sol : Yazoo, bâillonné et attaché à une poutre de métal dans une partie qui était jusqu’alors dans l’ombre, avait assisté à la scène et avait tout entendu.

- Yazoo…

- Dans le cas, disais-je, où un frère cadet voit son aîné se soumettre aux pires avilissements à cause lui… acheva Kraig Copland avec un sourire d’intense satisfaction.

Loz voulut se redresser mais le géant sortit une minuscule télécommande de sa poche et une lumière rouge se mit à clignoter sur la gorge de Yazoo.

En reconnaissant l’un des colliers piégés que l’on mettait aux prisonniers particulièrement dangereux lors de transferts ou de déplacements à haut risque, l’incarné poussa un sanglot déchirant.

- Si j’étais toi, je resterai tranquille, prévint le géant en desserrant son ceinturon. Regarde bien ce que ton grand frère va encore faire pour toi, Yazoo ! Regarde bien !

Le bâillon de Yazoo était trempé de larmes et il secouait désespérément la tête, suppliant silencieusement Loz de ne pas se laisser faire. Mais le colosse défiguré se jeta sur son aîné, le plaqua au sol en déchirant les lanières de son blouson et lui écarta brutalement les cuisses d’un coup de genou.

- Maintenant, on est quittes !

- Ne regarde pas, Yazoo ! hurla Loz entre deux sanglots. Je t’en prie ! Ne regarde pas ! Ne crois pas ce qu’il te dit ! Ca n’a jamais été de ta faute ni de celle de Kadaj ! Jamais !

***

Lorsque Loz ouvrit les yeux, sa tête reposait sur les genoux de son frère. Yazoo caressait ses courts cheveux de platine avec une douceur infinie.

- Où est-il ?

- Je ne sais pas. Il m’a détaché, m’a assommé et il est parti.

Des larmes roulaient sur ses joues et retombaient sur le front de frère aîné.

- Ne pleure pas, Yazoo.

- Je le tuerai, Loz… Je retournerai toute la planète s’il le faut et je te ramènerai sa tête dans un sac !

Loz eut un sourire amer et secoua la tête.

- Tu ne devras jamais parler de ce qui s’est passé ici ou de ce que tu as entendu. Et surtout pas à Kadaj. Jamais…

Les larmes de Yazoo redoublèrent et son frère se leva avec difficulté.

- Je lui ai dit que ta moto était tombée en panne. Pars seul vers la forêt des anciens. Dans une heure ou deux, je vous rejoindrai comme si je revenais d’une balade quelconque.

Il se rhabilla avec des gestes lents et douloureux.

- Tu es blessé, Loz. Il va bien le voir.

Celui-ci toucha son visage contusionné.

- Je lui dirais que je me suis battu dans un bar.

- Il ne te croira pas.

Loz eut un sourire triste

- Bien sûr que si. Je n’ai rien dans la tête et je ne sais que cogner, vous n’arrêtez pas de le répéter, dit-il avec un clin d’oeil avant de quitter le sous-sol.

Yazoo sentit une douleur intense lui déchirer les entrailles et il éclata sanglots, pleurant comme il n’avait encore jamais pleuré.

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Les sept péchés capitaux : L’ENVIE

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : MA Sambre ( Studio Gothika)

Corrections : les volontaires sont les bienvenus !

Les versions non censurées de ce texte et de cette illustration se trouvent dans le fascicule “Les interdits de www.ff7-yaoi-fanfics.com Tome 1″ (voir dans la boutique)

***

Lorsque Kadaj revint dans la maison coquillage, les chamailleries qui lui parvenaient depuis la chambre de ses frères lui firent lever les yeux au plafond avec un soupir déchirant. Ce qu’ils pouvaient parfois être puérils ! Se bagarrer comme des chenapans à une heure pareille et dans de telles circonstances ; comme s’ils n’avaient pas plus grave à penser ! Le jeune homme avait parfois du mal à admettre qu’il était le plus jeune de la fratrie…

Yazoo poussa un petit gémissement plaintif et Kadaj se dirigea vers la porte de la chambre de ses frères en grommelant, bien décidé à leur faire la leçon une fois de plus, mais, lorsqu’il poussa le battant et réalisa ce qui se passait dans la chambre - ou plutôt sur le lit -, son sang se congela dans ses veines.

Au début, il eut du mal à comprendre ce qui se déroulait sous ses yeux, tant sa raison refusait d’admettre l’impensable.

L’air de la chambre était étouffant. Il sentait la sueur, le cuir et le sexe.

Kadaj recula en pinçant les narines de dégoût.

- C’est pas vrai…

Loz tourna brusquement la tête et blêmit.

- Oh, merde !

Yazoo le remarqua à son tour.

Il s’assit brusquement en se couvrant précipitamment le bas du corps de son manteau et essaya de reprendre son souffle.

- Kadaj, je vais t’expli…

- La ferme ! cria celui-ci, le cœur au bord des lèvres.

Le benjamin secoua la tête, les yeux écarquillés, et recula encore d’un pas dans le couloir, hésitant entre une soudaine envie de vomir et un irrépressible besoin de pleurer.

- Kadaj ! supplia Loz.

Il bondit du lit et avança vers son jeune frère pour lui poser une main apaisante sur l’épaule mais celui-ci le repoussa violemment en le détaillant de bas en haut avec agressivité.

Loz rougit jusqu’à la racine de ses cheveux de mercure et se couvrit le bas-ventre des mains.

- Kadaj, je…

- Tu me dégoûtes ! lui hurla son frère à la face. Et toi… ajouta-t-il en lançant à Yazoo un regard débordant d’aversion. Toi… tu es encore pire que lui ! Vous êtes des animaux ! Non, pire que ça ! Vous êtes des pervers incapables de vous contrôler !

Yazoo pressa ses yeux mains sur sa bouche, profondément meurtri par les paroles de son cadet, qui quitta la pièce comme on s’enfuit, malade de répulsion et fou de colère.

Loz voulut le rattraper.

- Loz, non ! Laisse-le ! Ce n’est encore qu’un petit garçon, il ne peut pas comprendre ce genre de choses.

- Mais…

- Laisse. Il a besoin de… de se calmer un peu.

L’argenté frissonna et passa sa main fine sur son visage, désorienté et honteux. Loz le rejoignit sur le lit et le serra contre sa large poitrine.

- Ne pleure pas, Yazoo. Ne pleure pas…

*

Dans sa chambre, Kadaj ne tenait pas en place. Sa rage était telle qu’il aurait avec plaisir réduit la maison coquillage en charpie et ses frères avec elle ! Il tournait en rond, laissant retomber son poing au petit bonheur la chance sur le mur ou un meuble vermoulu.

- Comment as-tu pu les laisser me faire ça, mère ? Comment as-tu pu ?

Incapable de se contenir, il dégaina son sabre et réduisit son sac de couchage en charpie en imaginant que c’était la tête de ses aînés.

Il se laissa retomber sur la bourre éventrée en sanglotant et gémissant de rage à la fois.

Les poings pressés sur les tempes, il essayait de chasser l’image des ébats de ses frères…

- Ignobles dépravés !

Kadaj s’essuya furieusement les yeux et y appuya ses paumes en sanglotant jusqu’à ce qu’il voit des centaines de petits points lumineux derrière ses paupières closes.

Mais cela ne suffit pas pour effacer la vision obsédante des grandes mains de Loz agrippées aux hanches de Yazoo, qui se tordait sous ses assauts en geignant comme une pouliche montée par un étalon trop fougueux.

- Porcs immondes ! Ordures…

Et l’adorable visage de Yazoo, les joues rosies et sa petite bouche boudeuse rouge et gonflée… Ses cheveux humides, si doux…

Oh, oui, Kadaj savait à quel point ils étaient doux. Tout comme l’était la peau satinée de Loz.

Mais, cette fois, toute cette douceur n’était que pour ses frères et pour eux seuls.

C’était ce qui lui faisait sans doute le plus mal : pour la première fois de son existence, ses aînés l’écartaient sans une hésitation et sans le moindre état d’âme. C’est le nom de Loz, que Yazoo murmurait en pleurant presque de plaisir. Celui de Yazoo que Loz susurrait, les yeux mi-clos, emporté par des sensations qui lui faisaient oublier tout le reste.

Kadaj se roula en boule et pleura comme un petit garçon, à longs sanglots bruyants, hoquetant et reniflant, la cage thoracique saisie de spasmes incontrôlables.

- Je vous déteste ! Je vous déteste…

Ils avaient toujours tout fait ensemble, n’avaient jamais eu de secret les uns pour les autres. Jamais jusqu’à présent…

- Pouquoi ? Pouquoi ! Pouquoi ! Pouquoi ! Pouquoi ! Pouquoi ! ragea-t-il en battant des pieds et des mains sans cesser de pleurer.

“Pourquoi seulement vous deux ?

Pourquoi vous… et pas moi ?

Pourquoi pas moi ?”

Et pour la première fois, Kadaj prit conscience du fossé qui le séparait de ses aînés. Un fossé de dix années qu’il avait toujours refusé de voir. Ou que ses frères avaient toujours fait semblant de ne pas considérer comme essentiel - ce qui, en réalité, était loin d’être le cas.

Loz et Yazoo étaient des hommes.

Lui, il n’était encore qu’un enfant.

Et il y avait des jeux auxquels un enfant ne jouait pas…

Part 9. L’équipage se mord la langue… Mais chacun la sienne !

Pont de commandement avec tout l’équipage + Tseng

Tseng: Ah ! Bah voilà ! Quand je vous disais de faire attention à vos ailes, jeune homme !

Nero : d’solé, sir.

Tseng (lui tapotant l’épaule) : Mais non, mais non, mon garçon, ça peut arriver. Bon ben c’est pas tout ça mais je meurs de faim moi. Que diriez vous de goûter la tarte aux pommes, hein ? Allez ! Reeve, tu veux bien aller chercher mes bagages dans le vaisseau ?

Reeve (blême) : Vos bagages ?

Tseng : Oui, j’ai décidé de vous accompagner un petit bout de chemin. Je me suis dit que c’était vraiment injuste de vous voir suer comme des esclaves ici, alors que moi je coule des heures paisibles dans ma maison de campagne.

Cloud (le sourire plus que forcé) : Ahhhh… quelle bonne idée…

Tseng (compatissant) : Mes pauvres enfants, quand je pense que vous êtes une poignée à trimer pour taper les rapports, mener l’exploration, faire les statistiques, analyser l’atmosphère des divers mondes, mener les batailles contre les monstres, commander le vaisseau, revoir les archives, archiver les rapports et j’en passe. Mais vous le savez sans doute mieux que moi.

Vince (à l’oreille de Cid) : Merde, on doit faire tout ça ? (tout haut) C’est que… nous avons pris un peu de retard, chef.

Kadaj (à Yazoo) : Psstt ! C’est quoi les sratistikes ?

Yazoo (qui le fusille du regard) : Voilà ce que c’est, de faire mumuse avec un sabre au lieu de faire ses devoirs !

Kadaj (vexé) : Oh, ça va, hein…

Reeve (qui revient avec cinq valises trois bouteilles de jus d’orange et deux énormes tartes aux pommes) : Pffouh ! Voilà.

Tseng : Merci. Mais dis-moi, Yazoo, je te trouve une petite mine.

Yazoo (emmitouflé dans sa combinaison) : C’est qu’on a eu pas mal de pannes.

Weiss (étouffant un rire) : Mais elles ont redémarré au quart de tour !

Yazoo lui fiche un coup dans les côtes et Loz se retient pour ne pas se remettre à pleurnicher.

Tseng : Tant mieux, tant mieux. Amiral Highwind, permettez-moi de vous demander où je dois m’installer.

Vince (sans réfléchir) : Dans ma cabine. (Il voit le regard de Cid) Glups !

Tseng : Mais où dormirez-vous donc ?

Vince (qui tape dans le dos de Cid qui commence à s’étouffer pendant que tout le monde retient son souffle) : Ben…. c’est à dire qu’on dort deux par deux… pour… le… La… la sécurité ! Et puis comme ça, ça fait de la place aux nouveaux arrivants.(il se tortille) Le vaisseau est tellement petit….

Tseng : Et avec qui partagez-vous habituellement la votre ?

Vince : La mienne est vide, moi je dors avec Cid …

Tseng (lui tapant sur l’épaule) : Ah vous deux ! Vous êtes vraiment inséparables ! Si c’est pas beau une telle amitié ! Voyez les jeunots ? Prenez-en de la graine ! Même perdus au fond de l’espace ils restent vertueux ! Les hommes avec les hommes et les dames avec les dames !

Tout le monde pique un fard.

Weiss : Bon ben, on se la mange cette tarte ?

Reeve et Yazoo posent les tartes sur la console et chacun s’installe autour de la table.

Tseng (regardant Elena, aussi dans les pommes que les tartes en question *oui,je sais,elle est nulle mais il est tard*) : Mais… et la pintade ? Il faut peut-être la réveiller ?

Tous : NAAAAANNNNNNN !!!!!!!

Reeve (la prenant dans les bras et l’emportant dans le labo) : Je m’en occupe. (à Cid) Il doit bien me rester un ou deux tubes de somnifères.

Tseng Loz) : Mais dis-moi, mon grand, quand est-ce que tu vas finir par nous annoncer le mariage ?

Yazoo manque de s’étouffer avec sa tarte et Loz devient blanc comme un linge.

Loz : Quel mariage ?

Tseng : Allons, allons, pas à un vieux briscard comme moi mon garçon ! Tu ne vas pas me dire qu’un beau et viril garçon comme toi n’a pas de petite amie ?

Loz (qui secoue la tête, le nez dans son jus d’orange) : Pas l’temps.

Tseng : Ah, le devoir, toujours le devoir ! Mais enfin, les enfants, prenez donc un peu de bon temps que diable ! Que diriez vous d’une petite partie ce soir ?

Tout le monde le regarde la mâchoire pendante

Weiss : Moi je veux bien !

Nero (lui file un coup de pied sous la table) : Une partie ?

Tseng : Bah, oui, amusez vous un peu que diable ! Vous avez le matériel j’espère, parce que je n’ai rien apporté avec moi.

Weiss (qui n’a rien capté) : Y’en a plein le placard de Yazoo ! (tout le monde retient son souffle et Loz frôle la syncope) En métal, en latex…

Tseng (qui lève une main) : Ouh là, ouh là, jeune homme, je n’en demande pas tant. Des dés en plastique nous iront très bien !

Weiss : Des… dés ?

Nero (agitant la main) : Ah ! Ah ! Ah ! Ce Weiss, quel comique ! Dès qu’on parle de matériel, il pense « outils » ! Vous savez ce que c’est… le travail, le travail, toujours le travail !

Tseng (à Yazoo, intéressé) : Tiens donc, tu bricoles, toi ? Depuis quand ?

Yazoo (qui ne sais pas comment se dépatouiller de la boulette de Nero) : Euuhhh… Si on veut. Disons que… Je tripatouille un peu… par ci, par là.

Loz se lève, au bord de l’apoplexie, et s’écroule inanimé.

Kadaj : Nii-S… Loz !

Tseng : Par les Dieux ! Tifa, faites lui donc du bouche à bouche ! Vous voyez bien qu’il s’étouffe !

Tifa : Pourquoi moi ?

Tseng : Comment pourquoi vous ? Vous voyez bien qu’il par terre est à vos pieds !

Tifa : Ah oui, tiens.

Elle va pour se pencher mais Yazoo plonge pour se mettre entre les deux.

Yazoo : Bas les pattes, femelle ! Je m’en charge !

Reno : Ouh, là, là ! Le réveil va être salé ! Sortez le jex vitres !

Tseng (qui se tourne vers lui) : Ne dites pas de bêtises ! Dans ces cas là c’est du vinaigre qu’on utilise !

Reno (intéressé) : Ah bon ? Sa décrasse mieux, chef ?

Tseng : Et comment ! Ca vous fouette les nasaux jusqu’au cerveau.

Reno (qui se tourne vers Tifa) : Pas tout capté là !

Loz, sentant les lèvres de Yazoo sur les siennes gémit et l’enlace.

Loz moitié dans les vapes) : Ma petite chauve-souris en sucre…

Yazoo regarde à la ronde avec un sourire aussi niais qu’embarrassé.

Tseng (affolé) : Dieux du ciel ! Il délire ! Il vous prend pour une femme ! Ne le contrariez surtout pas ! Ca pourrait lui provoquer un choc émotionnel !

Weiss (mort de rire) : Attendez de voir la taille du choc !

CHHTOONG !

Kadaj (qui cache le marteau derrière son dos quand Tseng se tourne vers lui) : Ah, l’affolement, hein ! Y’a qu’un coup sec pour éviter l’hystérie !

Tseng, qui décide de prendre les choses en main, soulève Loz dans ses bras.

Tseng : Où est sa cabine ?

Cid : Par ici.

Loz (qui enlace Tseng, croyant que c’est Yazoo) : Où m’emmènes-tu mon ange d’amour adoré ?

Tseng (très psychologue à deux balles) : Nous allons dormir…chéri. (tout bas au peloton qui le suit) Surtout ne pas le contrarier.

Weiss (pouffe): Ben alors ça va être un sacré bordel dans cinq minutes !

Nero (qui lui pince les fesses) : Chut !

Tseng pose Loz sur le lit et ce dernier l’agrippe, l’entraînant avec lui sur le matelas.

Kadaj (sentant venir la cata, secoue son frère incosncient comme un prunier) : Ouille, ouille… On se réveille !

Tseng (dans les bras de Loz) : Tais-toi, petit ! Il ne faut…

Tous : « Surtout pas le contrarier », on sait !

Cid : Ouais, ben faites gaffe quand même, hein ! On sait jamais.

Tseng : mais non, je contrôle la situation.

Loz (complètement shooté par le manque d’oxygène) : Embrasse-moi encore, mon chocobo interstellaire.

Weiss (qui se tape les cuisses) : Ouahhnh ! Ah ! Ah ! Ah ! Alors celle-là, j’crois que c’est la pire de toutes !

Tseng (très diplomate en prenant une petite voix efféminée) : Ce n’est pas raisonnable chéri il faut dormir.

Tout le monde pouffe.

Tseng : Oh ! Ca va, je fais c’que j’peux, moi, hein !

Loz (qui caresse les poils rêches de la barbichette Tseng) : Bah… Mon piou piou, Pourquoi t’as mis ton cul sur l’oreiller ?

Là c’est est trop, tout le monde éclate de rire et Tseng rougit au point d’exploser.

Tseng : apportez-moi du vinaigre au lieu de rire du malheur d’un homme malade !

Reno se porte volontaire et part vers la cuisine en riant tout son soul. Il revient avec une grande bouteille de vinaigre qu’Tseng lui arrache presque des mains.

Tseng (totalement largué): Il délire complètement! Il n’est même plus cohérent! Appelez Reeve, c’est lui le scientifique du bord, il nous dira comment le faire revenir à lui!

Reno (s’approche de l’interphone sur le mur et brame de toutes ses forces de sa voix la plus perçante dans l’espoir que ça va réveiller Loz avant que ça tourne mal): Reeve ! Laisse tomber la cat… (il se reprend in extremis en se souvenant de la présence d’Tseng) la cat…astrophe causée par Nero, et viens dans la cabine de Loz, il a un gros malaise ! GROUIIIIIILLE!!

Tseng (les mains plaquées sur les oreilles qui tintent encore): Dites donc, mon garçon, pas la peine de hurler comme ça, les interphones servent à éviter de crier pour communiquer!

Reno (air penaud d’autant plus que ça n’a eu aucun effet sur Loz à qui Yazoo essaie d’arracher la bouteille qu’il caresse amoureusement) : D’solé.

Tseng (bon prince): Ca ira, ça ira. Pensez-y la prochaine fois.

Il se débouche les oreilles dans un bruit de bouchon et se retourne vers la couchette. Yazoo se relève précipitamment en immobilisant la main de Loz qui est partie en balade de son propre chef sur le derrière familier. Du coup la bouteille de vinaigre tombe de ses genoux et se brise sur le sol.

Tseng (se détournant): Pouah! Quelle horrible odeur! Mais comment se fait-il que ça n’ait pas d’effet sur lui ?

Cid (saisissant l’occasion): Ne restez pas ici à suffoquer, Tseng, pas la peine de tous subir cela ! Retournez donc dans la salle de commandement, je suis sûr que vous êtes le plus qualifié pour remplacer Loz à ce poste pendant qu’il est… euh… Disons indisponible.

Tous les autres (poussant Tseng hors de la cabine): Oui, oui, bonne idée, il faut quelqu’un à la barre, vous avez tout à fait raison, Amiral !

Tseng (traînant les pieds genre “mais on a besoin de moi ici”): Mais je voudrais m’assurer de la santé de…

Reeve (arrivant en catastrophe et comprenant la situation aux roucoulements que continue à faire Loz dans un état second): Ouh là ! Si vous le permettez, monsieur, il faut de l’oxygène au blessé, aussi je pense que je travaillerais mieux seul si vous me laissez de l’espace !

Tseng (un peu ennuyé): Bon, si vous le dites, Reeve, on va vous laisser. Venez aussi, Yazoo.

Reeve (qui s’imagine déjà enfermé dans la cabine, seul avec un Loz dans les vapes et complètement allumé qui prend tout ce qui passe à portée pour son cher mamour de frère…) : NOOONNNN !

Tseng (perplexe): Pardon ? Pourquoi ce cri ?

Reeve (confus): Euh, je… J’aurais besoin de quelqu’un pour m’aider et Yazoo est le plus qualifié, monsieur…

Kadaj (très martial, se mettant au garde à vous): monsieur ! Nous ne pouvons pas laisser le Star Trash sans commandement si personnel navigant ! Il faut que remplaciez Loz et retourniez avec moi au poste de contrôle avant qu’une catastrophe n’arrive, sauf votre respect !

Cloud (les yeux au plafond en train de se retenir de rire): Ca c’est sûr que ça va tourner mal s’il reste là…

Kadaj (le fusille du regard): Aide-nous, si t’es si malin!

Tifa (ferme la porte de la cabine d’autorité pour accélérer la décision): Ils ont raison monsieur, il nous faut un homme à poigne aux commandes pour seconder l’amiral Highwind !

Weiss (hilare, à voix basse): Ca, c’est sûr que, de la poigne, Loz en a !

Cloud (lui tapant sur l’épaule an rigolant): Ouais, mais il s’en sert pas toujours sur les comm…

CRACK!!!!!

Tseng, enfin parti vers la salle, se retourne pour voir Weiss et Cloud s’effondrer côte à côte, assommés, et Nero derrière eux croise précipitamment ses ailes derrière son dos.

Nero (sourire contrit): Désolé, je… J’ai glissé. On va les soigner, sir, pas de problème…

Tseng (incrédule, tente de ne rien laisser paraître): Euh… Bon, je vous fais confiance. Quelle insécurité sur ce vaisseau ! Il va falloir que je mette de l’ordre dans tout ça…

Tifa (à côté de Nero, lui fait au revoir de la main) : Certainement, monsieur ! On compte sur vous, monsieur !

Elle a élevé la voix pour éviter qu’TsengTsengTseng n’entende les bruits qui viennent de derrière la porte de la cabine…

… à suivre

A Sephiroth

Si je ne te plais pas, tue-moi.
Mais d’abord, essaye-moi !

Zack

Le soleil s’est levé ?
Ou c’est toi qui viens de sourire ?

Genesis

Avec un steak pareil,
je ne commande même pas de frites !

Red XIII

Tu ne le croiras jamais :
Il y a 30 secondes, j’étais lesbienne !

Tifa

J’ignore où on va avec tout ça,
mais j’irai bien avec toi…

Cloud

Part 8. L’équipage apprend la morale ! Ya du boulot…

La scène redémarre sur le pont de commandement avec tout l’équipage.

Reeve (avec une énorme trousse à pharmacie sous le bras et un gros coussin ) : C’est pour qui l’oreiller ?

Nero lève le doigt en regardant Loz de travers, prend le coussin et s’assoit dessus avec mille grimaces et précautions.

Cid (la voix cassée et l’œil au beurre noir, agite la main) : Là t’as été vache, mec,.

Loz (griffé de partout) : Bien fait pour lui !

Cid (en essayant de se racler la gorge) : D’accord, il a déconné avec Yazoo, mais n’empêche que c’est vache…

Reeve (en brandissant un tube de pommade) : C’est pour qui la pommade anti-piqure,

Tout le monde lève la main.

Reeve : Ppffiuu ! Eh bien ! (Yazoo la lui arrache des mains) Eh là doucement !

Yazoo (couvert de petits points rouges) : Oui ben hein ! C’est moi le plus atteint !

Reno (que Kadaj commence à couvrir de sparadraps) : T’as qu’à croire ! Ouille ! Doucement !

Reeve (qui sort une bouteille d’eau minérale) : C’est pour qui la flotte ?

Loz agite la main.

Tout le monde : NOOOONNN !

Reeve (qui range la bouteille) Désolé Lozy, tu boiras plus tard ! (Etonné, il sort un trousseau de clefs) Qui a demandé un passe partout ? (Elena lève une main timide et Reeve range le trousseau) Compte là-dessus, ma grande !

Shera (qui arrive en tendant une boite à Cid) : Tiens, j’ai enfin retrouvé les strepcils. T’as mal à la gorge ?

Vince se retourne en sifflotant d’un air absent.

Cid (presque aphone) : Si on veut…

Reeve (qui continue la distribution en regardant sa liste) : Et un tube de co… Hein ? Un tube de colle ?

Sephy (un énorme tas de plumes sur les genoux) : C’est pour moi !

Weiss ( des bleus partout ) : Nero ! Bobo !

Nero (qui essaye de trouver la place la plus confortable possible sur son gros coussin) : Je sais, je sais, ton frérot est là, t’inquiète pas !

Tout le monde se plaint, gémit, ou grogne pendant que Reeve les rafistole comme il peut. Le vaisseau fait alors une embardée et tout le monde se retrouve par terre.

Tifa : C’était quoi ça ?

Silence de mort, tout le monde attend.

Deuxième embardée suivi d’un bruit de ferraille.

Troisième embardée,

Une voix résonne dans les hauts parleurs : Zut ! Flûte ! Crotte ! Mais ils ne peuvent pas les faire plus grandes, ces plates-formes d’atterrissage ! Pas vrai ça ! De mon temps c’était pas comme ça ! Ouhouh ! Y’a quelqu’un ? Tout le monde va bien ? J’vous ai apporté une tarte aux pommes et du jus d’orange ! Eh oh !

Weiss : C’est qui, ça, encore ?

L’équipage s’affole, commence à tout ranger et à épousseter le moindre recoin.

Cid (Complètement perdu) : Oulalalalala ! Manquait plus que lui ! Alors plus un gros mot ! Plus une insulte ! Plus une seule insinuation ! Planquez les clops, le matos louche et l’alcool !

Sephy (alarmé) : Qu’est ce qu’il va dire quand il va nous voir comme ça ? (il désigne les pansements dont tout le monde est couvert) Oulalalala !

Cid (qui réfléchit à toute vitesse) : Euhh…On a été attaqués ! On s’est défendu ! Et maintenant tout va bien !

Weiss : TEMPS MORT ! Qu’est ce qui se passe ici ? C’est qui ce mec ?

Tous en cœur : C’est TSENG!

Tseng (dans les hauts parleurs) : Vous êtes là ? Ah ! vous me faites une farce, hein ? Je monte ! J’espère que vous n’êtes pas entrain de vous empiffrer de cochonneries pleines de cholestérol et de sucre en douce !

Kadaj (qui planque tant bien que mal les bouteilles, les joints, les capotes et le « matos » dans un placard qui menace d’exploser) : C’est l’emmerdeur de service ! Le chef des turks ! Le gardien des valeurs morales de la planète ! Le mot le plus grossier qu’il connaisse c’est “ salaud ”.

Weiss (qui siffle entre ses dents) : Oh bah là on est pas dans la merde ! Parce qu ’à moins qu’il soit aveugle, le tutu, je vois pas comment on va passer pour des vertueux !

Nero (hésitant entre effondrement et crise de fou rire nerveux): Ah ca… Déjà l’autre avec sa ceinture de chasteté ça donne l’ambiance…

Weiss (en désignant Reeve qui badigeonne en vitesse tout le monde de crème anti-piqure-d’ailes-de-Nero): Moi, ce qui m’étonne, c’est qu’il n’ait encore rien compris à vivre au milieu d’une bande de tarés pareils…

Cid (se lève d’un coup et essaye de gueuler): C’est qui la bande de tar… keuff keuff keuff *tousse* *tousse*… Aaaghh…

Vince (paniqué -pour une fois, ouahaah…. Bon elle nulle d’accord-): Mamour ! Je t’ai dit de pas trop parler tu te fais du mal… (fusille Weiss du regard) Et toi arrête de l’énerver, sinon je me charge de toi.

Weiss : essaye, pour voir !

Loz : C’est fini, oui ! C’est moi qui vais me charger des deux, si on se fait griller à cause de vos conneries, ça va pas tarder !

Nero (grimace): Ouh là, bah fais gaffe, frérot, il plaisante pas et j’aimerais pas passer après…

Sephy (gêné qu’on parle de son frère comme ça): Bon ben bouclez-là, Tseng ne va pas tarder à débarquer ! Taisez-vous tout le monde ! Ayez l’air naturel !

Yazoo (grommelle en enfilant des gants pour compléter la combi le qui recouvre entièrement, seul moyen de cacher les plaies, piqures et bosses récoltées dans la journée): Naturels, tu parles…

Ils adoptent tous une pose qu’ils espèrent innocente, les couples s’éloignent l’un de l’autre d’un pas réglementaire et la porte s’ouvre pour laisser entrer…

Tseng : Ah enfin je vous trouve ! (S’inquiète soudain des pansements qu’ils portent presque tous) Bah… qu’est-ce qui vous est arrivé ?

Cid veut s’éclaircir la gorge, manque de s’étrangler et est pris d’une crise de toux.

Sephy (tapotant dans le dos de Cid): Ce n’est rien. Nous avons essuyé une attaque surprise de démons inconnus, et nous les avons vaillamment repoussés. Mais la bataille a été rude et nous avons quelques plaies à panser. Voilà. En gros.

Weiss (à part): Ouais… En très très gros, alors.

Tifa (lui file un coup de coude en sifflant): Pas de commentaires!

Kadaj : Bravo Nii-San ! Euh, je voulais dire, excellent rapport de la situation, Général.

Tseng (les couvant d’un regard compatissant): Oh je suis désolé de ne pas avoir été là pour vous aider. Ils devaient être puissants pour avoir réussi à en blesser autant…

Tous (acquiesçant avec ardeur et jetant dans le désordre le plus total): C’est ça, c’est ça, ils étaient très puissants, et supérieurs en nombre, et bien armés, oh là oui ils étaient bien équipés, mais on les a eus, pas la peine de s’inquiéter, tout est réglé maintenant, voilà, c’est ça, tout est réglé, tout va bien, ça roule, on oublie tout et on passe à la suite…

Tseng (remarquant - c’est pas un turk pour rien ! - que l’équipage a quelques nouvelles recrues): Tiens ? Des nouveaux ?

Sephy (tapotant le dos de Cid toujours aphone): Euuuh… Des naufragés de l’espace récupérés au hasard de la mission, rien de bien important.

Tseng (s’approchant de Loz en louchant sur ses mains et son cou pleins de piqures): Qu’est-ce que c’est que ces petits points rouges que vous portez tous?…

Cloud (se met au garde à vous en essayant en vain de ne pas rougir): C’est une arme des démons, M’sieu! Une nouvelle arme très efficace, M’sieu! Ca a passé les défenses, M’sieu! C’est un… (regarde tout le monde en espérant qu’ils lui soufflent une explication plausible, mais ils sont aussi en panne d’inspiration que lui) …un fouet d’épines! Voilà, c’est un fouet d’épines, M’sieu! Ils en avaient tous! C’était une vraie boucherie! Mais heureusement on les a eus quand même ces vermines! M’sieu!

Les autres hochent la tête avec ferveur.

Weiss (le regarde de travers et grommelle) : Si t’aimes pas, n’en dégoûte pas les autres…

Tseng (se tourne vers lui) : Et vous jeune homme? Ah et bien vous n’êtes pas blessé au moins?

Weiss (pique un fard): Ben moi j’ai l’habit… Je veux dire, je sais esquiver le plus gros.

Nero (s’écrie, étonné): Ah bon?

Weiss (fait des gestes de la main dans son dos pour le faire taire): C’est à dire que mon frère et moi avons une certaine expérience, M’sieu.

Reno (glisse en douce): On dit “Chef”, pas “M’sieu”.

Weiss (boude en désignant Cloud) : Ben il a bien dit “M’sieu” lui !

Tseng (lève les mains entre eux pour apaiser les esprits): Bon, ça va, ça va, c’est pas grave. (Passe à Nero, visiblement très intrigué par son mors et sa camisole de force) Alors vous êtes le frère de ce jeune homme ?

Nero (absolument infichu de se mettre au garde à vous vu ses fringues et ses ailes qui cognent au plafond quand il essaie de se tenir tout droit): Oui, Sir ! On voyage ensemble, Sir !

Tseng (paternaliste): Faites attention à ne pas blesser quelqu’un avec ces ailes, le vaisseau est un peu exigu. Et notre cher Sephy lui-même a tendance à laisser quelques plumes dans les sas.

Cloud (en coin): Pas que dans les sas si je me souviens…

Kadaj (tout bas): Shhh!

Tseng (arrive à Elena): Mais… qu’est-ce que c’est que cette tenue ? C’est pas réglementaire ! Et c’est quoi, cette curieuse ceinture, une nouvelle mode venue de la Costa del Sol ?

Elena (qui le regardait avec des petits coeurs dans les yeux depuis qu’il était arrvié et passe soudain en mode « pitbull »): Il se fout de ma gueule en plus, le bridé ?

Tous : Noooon!

Reeve (qui se met devant elle) : Excusez-là, le choc de la bataille, tout ça, elle est encore très énervée, elle ne sait plus ce qu’elle dit… Ils devaient avoir un disrupteur psychique, voilà, c’est sûrement ça ! (Tout bas d’une voix pressante à Elena) Tais-toi donc, tu vois bien qu’il peut pas savoir ce que c’est, il y connaît rien!

Elena (boude): Décidément c’est plein de puceaux, ce vaisseau…

Tout le monde se regarde et lève les yeux au plafond d’un air innocent, sauf Tseng qui a un peu pris des couleurs à la remarque de sa consœur.

Tseng (incarnation de la dignité offensée): Sache, chère collègue, que tu es ici sur le Star Trash, bastion de l’armée spatiale de la Shinra, fierté de la planète, et sous le commandement du vénérable et ô combien respectable Amiral Highwind ! Pas dans une vulgaire maison de passe comme celle dont, au passage, vous m’as l’air de sortir avec cette tenue !

Là tous les autres se regardent incrédules en se demandant s’il parle bien de leur vaisseau.

Tseng (poursuivant sur sa lancée): Les hommes d’équipage de ce vaisseau ont été triés sur le volet pour leurs hautes compétences techniques, stratégiques et martiales!

Reno (ajoute tout bas): Et/ou leur coup de main assuré, leur capacité à remonter le moral des troupes et leurs ouverture d’esprit, entre autres…

Tseng (qui n’entend rien): … aussi, je t’interdis avec la plus grande énergie de jeter le blâme sur leur intégrité, leur grande moralité et leur dévotion sans faille à leur unique passion : la protection de la planète !

Cid est en train de se regarder dans le reflet d’un écran de contrôle pour tenter de savoir si, des fois, il ne se serait pas réincarné à son insu dans le corps d’un saint.

Les autres, honteux, ont la tête piteusement baissée et une jolie couleur vermeille.

Elena s’apprête à faire une remarque sur la séance de conseil de guerre des officiers qu’elle a eu l’occasion de surprendre, mais, prévoyant la cata, Nero se lève d’un seul coup pour faire semblant de se mettre au garde-à-vous et étend ses ailes, assommant Elena au passage.

Nero (lève la main à sa bouche d’un air confus) : Oups ! Désolé !

…à suivre

A Hojo

Même l’acide refuserait de te ronger !

Red XIII

“Fille ou garçon, docteur ?”

“Ca ?” dit-on à sa mère

“Si ça vole : chauve-souris ;

si ça rampe : ver de terre !”

Vincent

Un ange vint un matin
pour peindre ta beauté
Et en voyant ton groin,
Il est vite remonté !

Sephy

A Weiss

Tellement de viande et moi, au régime !

Red XIII

Oublie tes poings et tout le reste.
Si tu veux vraiment me faire mal,
Dis-moi combien tu me détestes
Et ma blessure sera fatale.

Nero

Ah… pouvoir être une puce et te sauter dessus !

Cait

S’embrasser transmet des germes ?
Et si on lançait l’épidémie ?

Vincent

Ah ! Quel malheur pour moi
Car je ne louche pas !
Et je ne peux donc pas
Te contempler deux fois !

Yuffie

Un parfum de vieux cuir

***

Rédaction : Shiva Rajah d’après une nouvelle de Claude Neix

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : les volontaires sont les bienvenus

***

John Highwind se débarrassa de son épais blouson d’aviateur et poussa un soupir en se massant la nuque.

Son jeune ordonnance le salua d’un sobre garde-à-vous parfaitement exécuté.

- Avez-vous encore besoin de quelque chose, mon Capitaine ?

- Non, Rayn, tu peux aller te coucher, il est tard.

Le garçon en uniforme salua à nouveau et sortit d’un pas leste.

John Highwind se laissa tomber sur son lit et regarda la jeune femme qui le contemplait depuis le cadre de la commode.

Presque aussi blonde que lui, elle avait des yeux aussi verts que les siens étaient bleus. Il se leva et caressa le verre qui protégeait la photo.

- Où es-tu Sarah ? demanda-t-il. Pourquoi a-t-il fallu que tu me quittes si tôt ?

Sa jeune épouse était morte en couches, cinq ans plus tôt, lui laissant ce qu’il considérait comme son plus beau cadeau : un petit garçon qui était le portrait de son père et avait hérité du cœur de sa mère : un cœur qui offrait sans hésiter et lui avait permis de supporter le départ de celle qu’il avait tant aimé.

Avec un soupir déchirant, le jeune officier s’arracha au portrait et se dévêtit. Il dormirait seul, comme chaque nuit, incapable qu’il avait été de remplacer ne serai-ce qu’un instant celle qu’il n’avait pu oublier.

Il se pencha sur le miroir de la commode, passa la main sur sa barbe naissante et, après une courte hésitation, prit un rasoir électrique dans l’un des tiroirs. Ce serait déjà ça qu’il n’aurait pas à faire le lendemain matin !

Bon sang, ce qu’il pouvait détester se raser ! Cela ne manquait d’ailleurs jamais de faire rire Sarah…

Il sourit tristement à son reflet et ferma les yeux, imaginant les mains de sa femme lui pincer tendrement les joues.

Tu parles d’une allure martiale ! On dirait un porc-épic avec des galons d’officier ! “

Avant qu’il ne s’en rende compte, des larmes s’étaient mises à couler de ses yeux azurés et il les regarda rouler sur ses joues, la main crispée sur le rasoir électrique. Combien de fois Sarah lui avait-elle dit qu’il était l’homme le plus séduisant qu’elle n’ait jamais vu ? Il en avait perdu le compte.

C’est vrai que John Highwind était loin d’être laid : un visage viril et anguleux aux pommettes hautes, des yeux céruléens en amande, immenses et ornés de longs cils d’un blond plus sombre, et des sourcils élégamment dessinés…

- Papa !

Un petit garçon blond, vivant portrait de son père, se jeta presque sur lui et le serra comme s’il n’avait jamais cru le revoir.

Le jeune officier n’eut pas le cœur de le renvoyer dans sa chambre.

- Cid ! As-tu une idée de l’heure qu’il est ?

Le garçonnet fit la moue et toucha son visage.

- Tu as pleuré… dit-il d’une petite voix.

John Highwind le serra contre lui.

- Mais non, Cid… le rassura-t-il. J’ai les yeux gonflés parce que je suis très fatigué, c’est tout.

Le petit le fixa, comme s’il essayait de deviner si son père lui mentait.

- Tu es monté haut comment dans le ciel, aujourd’hui ?

Il saisit le blouson de pilote de son père et essaya de l’enfiler avec difficulté. Le vêtement le couvrait presque entièrement et son géniteur éclata de rire.

- Haut, Cid. Très haut ! Plus haut que les nuages ! Je te raconterai ça demain, ce n’est pas l’heure, pour un petit garçon, d’être encore debout.

Il reprit le rasoir, qu’il venait de poser, et commença à se raser.

Cid s’approcha de lui et le regarda faire avec curiosité.

- Quand je serai grand… Je serai aussi beau que toi ?

John Highwind éclata de rire et le prit sur ses genoux.

- Bien plus beau, assura-t-il. Les filles se disputeront tes faveurs.

- Moi aussi, j’aurai un petit garçon ?

- Bien sur, tu en auras même plusieurs ! Des petits garçons et des petites filles qui auront à leur tour des…

- J’aime pas les filles !

John Highwind rit de plus belle.

- Et pourquoi donc ?

- Elles sont idiotes !

- Nous en reparlerons dans quelques années. Je pense que, d’ici là, tu auras changé d’avis.

Cid joua un instant avec les doigts de son père.

- Papa… Il faut se marier pour avoir des enfants ?

L’interpellé leva un élégant sourcil.

- Tu sais bien que non. Je t’ai déjà expliqué cent fois comment on faisait les enfants. Mais c’est préférable. Pour que tes rejetons soient reconnus par tous. Pourquoi cette question ?

Le garçonnet hésita un instant.

- Genesis est venu à l’aérodrome, aujourd’hui..

John Highwind leva les yeux au ciel, excédé.

- Allons bon ! Et… je suppose qu’il était accompagné ? (Cid hocha le tête.) Et c’était qui, cette fois ? Un turk ? Un scientifique ? Un acteur ?

Le petit le dévisagea, étonné.

- Je ne sais pas. Il a appelé ça un ” compagnon “. Et il avait un petit garçon. pourtant, il a dit qu’il n’était pas marié !

John Highwind prit sur lui pour garder son sérieux.

- Disons que Genesis et ses amis sont l’exception qui confirme la règle.

Le garçonnet tapa dans ses mains.

- C’est bien ce que je disais ! On a pas besoin d’être marié !

- Cid… Tu es un petit garçon et, comme tous les petits garçons, tu détestes les filles. Mais ça changera, tu peux me faire confiance.

- Alors je veux une femme comme maman ! (Son père eut un sourire triste et le serra contre lui.) Elle était comment, maman ? J’veux dire… pas physiquement.

Cette question, John Highwind y avait répondu maintes et maintes fois mais, comme à chaque fois que son fils la posait, il le souleva dans ses bras et alla s’allonger sur son lit, le garçonnet blotti contre lui, buvant ses paroles.

- Sarah était très douce, murmura-t-il. Je ne l’ai jamais entendu prononcer un mot plus haut que l’autre.

- Les autres filles elles crient tout le temps !

- Oui, acquiesça le jeune capitaine, mais ta mère n’était pas comme les autres filles. Elle était unique. Je l’aimais plus que moi-même et elle m’aimait aussi.

- Et moi ?

John Highwind se souvint des détails de la grossesse de sa femme avec une tendresse qui lui déchira le cœur.

- Elle t’a porté dans son ventre en bénissant le ciel chaque jour. Elle s’imaginait déjà te berçant dans ses bras. Elle avait préparé un énorme trousseau. Des centaines de petits vêtements pas plus grands que ça !

Cid regarda le doigt de son père.

- J’étais aussi petit que ça ?

- Tu étais minuscule. Minuscule et tout rose. Avec un petit toupet blond sur le sommet du crâne, comme les vieux. (Cid le pinça.) Ah ! Ah ! Ah ! Tu étais le plus beau bébé du monde, pour moi. Et le seul que je n’aurai jamais…

Le garçonnet s’appuya sur la large poitrine de son père.

- Pourquoi tu ne t’es jamais remarié ?

- J’ai trop aimé ta mère pour pouvoir l’oublier.

Cid parut réfléchir intensément et cette expression de sérieux sur le visage d’un si petit garçon fit sourire son père.

- Tu sais quoi, p’pa ? Je crois que je suis amoureux, moi aussi, finit-il par avouer.

- Tiens donc ! railla John Highwind, plus amusé que jamais. Et qui a l’honneur d’avoir volé ton cœur ?

- Vincent Valentine !

Le jeune officier manqua de s’étouffer avec le verre d’eau qu’il s’apprêtait à boire.

Il toussa plusieurs fois avant d’éclater franchement de rire.

- Ca n’a rien à voir, Cid ! Ah ! Ah ! Ah ! Tu aimes bien ce turk parce qu’il prend le temps de jouer avec toi - et qu’il doit certainement adorer les enfants pour faire preuve d’autant de patience avec une peste dans ton genre - mais, crois-moi sur parole, tu n’es pas amoureux de lui !

- T’es sûr ?

John Highwind reprit son souffle et inspira profondément en essuyant ses yeux à nouveau humides de larmes - mais à force de rire, cette fois.

- Certain ! (Il sourit, le visage dans les cheveux blond pâle, si semblables aux siens.) Allez, il faut aller dormir, maintenant.

Cid allait s’exécuter lorsque la porte s’ouvrit à la volée, laissant paraître le jeune ordonnance de John Highwind, totalement affolé.

- Mon Capitaine !

- Qu’est-ce qui se passe encore ?

- Vincent Valentine et le docteur Hôjo vous réclament au manoir Shinra ! Les monstres ont attaqué le réacteur. C’est une catastrophe !

- Et que veulent-ils donc que je fasse ?

- Que vous pilotiez le prototype ” Bronco Alpha “.

- L’avion d’assaut ? Mais nous n’avons pas encore effectué les vols d’essai !

- C’est ce que je leur ai dit, mon Capitaine, mais, si le réacteur est touché, c’est tout le mont Nibel qui risque d’exploser.

John Highwind sauta sur ses pieds et revêtit son blouson à la hâte.

- Papa ? gémit Cid. Qu’est ce qu’il y a ? Où tu vas ?

Son père se pencha pour l’embrasser et le borda.

- Les monstres ont attaqué un endroit très dangereux. Il faut que j’y aille.

- Encore ? Mais tu viens de revenir !

- Mon Capitaine… Je vous en prie, insista l’ordonnance.

- Je dois y aller, Cid.

Il embrassa son fils sur le front et le serra contre lui.

- Papa… Tue-les tous. Et reviens vite.

- Tous, sans exception. (Après un instant d’hésitation, il retira son blouson et en couvrit son fils.) Je te le confie jusqu’à mon retour. Prends-en grand soin.

Cid n’aima pas du tout cela.

Son père ne quittait que rarement son sacro-saint blouson d’aviateur - un cadeau de fiançailles de Sarah. Il était pour lui une sorte de talisman.

- Papa… Tu vas revenir, hein ?

John Highwind éclata de rire et se redressa de toute sa taille, gonflant son impressionnant poitrail.

- Crois-tu que les monstres pourraient battre le Capitaine John Highwind ?

Cid se gonfla de fierté.

- Jamais, papa !

Celui-ci cligna de l’œil et, après un dernier baiser, sortit en courant.

Cid se rendormit presque instantanément, rêvant de son père pourfendant le ciel dans son avion, piquant droit sur les monstres affolés dans un tonnerre de mitrailleuses.

*

Adossé aux moelleux oreillers du lit, Cid joua avec le col usé de son blouson de cuir, qui gisait sur la descente de lit

- Pourquoi ne te débarrasses-tu pas de cette relique ? plaisanta Vincent en s’appuyant sur sa poitrine musculeuse.

Cid caressa ses épaules nues.

- Il appartenait à mon père, murmura-t-il. Il me l’a donnée avant de mourir. A peine quelques heures avant de s’écraser… Il y a aujourd’hui vingt-sept ans.

Vincent blêmit, se redressa sur un coude et joua avec un coin du drap, cherchant ses mots.

- Je… je suis désolé, Cid. Je… L’ignorais.

Le pilote déposa un baiser léger sur ses lèvres.

- Cela fait longtemps maintenant.

Vincent hésita un instant à poursuivre la conversation. Cid n’avait jamais abordé un sujet aussi intime.

- Comment… Comment s’appelait-il ?

- John. Capitaine John Highwind.

L’ancien turk fronça le sourcil.

- Ca me dit quelque chose…

Cid sentit sa gorge se serrer et s’assit sur le lit avec un sourire triste.

- Il a souvent donné un coup de main aux hommes de la Shinra…

Il n’en dit pas plus.

A quoi bon rappeler à Vincent que c’était à cause de lui et d’Hôjo que son père s’était tué dans un prototype d’avion non testé, ce jour-là ? Que le petit garçon que l’ancien turk avait serré dans ses bras le jour des funérailles du Capitaine John Highwind n’était autre que lui-même ?

Vincent se lova contre son dos et posa sa tête sur son épaule.

- Il serait fier de son fils, aujourd’hui. (Cid ne répondit pas, perdu dans ses souvenirs.) Comment était-il ? Est-ce qu’il te ressemblait ?

Le pilote se tourna vers le miroir qui trônait au-dessus de la commode de la chambre de l’auberge où eux-mêmes et AVALANCHE avaient pris leurs quartiers.

Les magnifiques yeux céruléens de John Highwind lui retournèrent son sourire.

- Oui… Beaucoup.

FIN

Part. 7 - Les patrons se la pètent comme des Dieux !

Cabine de Yazoo : Weiss, Sephy, Loz, Yazoo, kadaj, Tifa, Cid, Vincent, Cloud.

Depuis le moment où Weiss a commencé prononcé les mots “ grande gigue ”, les grandes fontaines de Versailles (enfin toutes les pleureuses qui inondaient le plancher, quoi) se sont brusquement arrêtées pour écouter dans un silence horrifié le flot ininterrompu des explications.

Nero lui-même est complètement blême depuis un bon moment et a essayé en vain de faire taire son frère en pensant à l’inévitable explosion de Sephiroth qui ne devrait pas tarder…

Weiss est le seul qui n’a rien remarqué.

Bref, quand il s’arrête *enfin* de parler, tout le monde le fixe avec la mâchoire qui pend par terre, dans le glougloutement de l’eau qui continue à s’évacuer doucement à travers les coursives.

Enfin… tout le monde sauf Sephiroth, qui le fixe, certes, mais avec les mâchoires tellement crispées qu’on a l’impression qu’il se mord les dents (exercice difficile s’il en est !).

Sephy (qui repousse doucement un Kadaj mortifié hors de son chemin et se drape dans son manteau - ce qui projette alentour une bonne douche vu qu’il traîne dans 30 cm d’eau salée) : c’est qui, la “ gigue ” ?

Trèèèèès menaçant, il avance trèèèès lentement sur Weiss, qui le regarde d’un air blasé.

Weiss (grand sourire): Ne te sous-estimes pas ! Tu devrais être content, j’ai dit “grande gigue”.

Sephy (de l’électricité qui crépite tout autour de lui et a l’air assez bouillant pour cuire des frites): Et il insiste, le délavé ! Tu comptes me donner des cours p’tet’ ? Toi qui n’est même pas fichu de contenter un mec tout seul ?

Weiss (marque une seconde d’arrêt et désigne son frère du menton) : Alors là pouce, coup bas ! Tu l’as regardé, le mec en question ?

Sephy : Ouais, justement, un môme façon “ crevette ” ! Même Kadaj - ma “lavette” de frère, t’as dit? - ne se laisserait pas traiter comme ça !

Nero hésite entre aller demander des comptes à Sephy ou adopter un silence diplomatique étant donnée l’humeur massacrante de celui-cit.

Vu que le vaisseau commence à ressembler à une usine EDF avec les éclairs qui zigzaguent partout, la prudence l’emporte…

Weiss (ricane): T’as raison, il est tellement bouché qu’il serait pas fichu de se rendre compte quand une fille lui fait du rentre-dedans…

Sephy (siffle): Tu dis encore un mot sur mon petit frère et t’es mort.

Weiss (sifflote): Me fais pas rigoler, je suis l’Omega, moi, j’te signale. Un vrai Dieu ! Ca veut dire que je suis immortel. Invulnérable et tout et tout. Pas un demi-dieu au rabais qui meurt empalé par un croupion de chocobo sur une grosse biscotte en kevlar ! Ca doit être le sport national chez vous, de s’empaler sur des grandes épées, si j’ai compris ?

Sephy (les yeux exorbités): Tu… oses…?! Tu parles de qui là?

Weiss (air sadique): Ben de ton… Comment tu l’appelais tout à l’heure déjà ? Tu sais, quand on vous a surpris dans le couloir ? Attends voir, ça va me revenir… “Mon roudoudou d’amour” ? Nan, ça c’est ce que râlait l’autre. Enfin je crois. Il parlait d’épée aussi, il me semble. Nan ? C’était p’tet’ une image, c’était assez confus. Ah ouais, je me souviens, “mon oiseau céleste” ! Cette rigolade ! Z’étiez trop chous tiens ! Tu parles de Soldats de la Shinra en train de roucouler!

Tous les autres se cachent la tête dans les mains mais regardent au cas où entre leurs doigts pour ne pas rater une miette du carnage.

Sephy (rugit): JE VAIS TE TUER !

Le ailes de Nero claquent sous le souffle du rugissement de Sephiroth et Weiss éclate de rire en se tapant sur la cuisse tellement il rigole.

Sephy (deux fois plus furieux, si c’est possible): QUOI ?! BATS-TOI SI T’ES UN HOMME AU LIEU DE TE FOUTRE DE MOI!!

Weiss (s’essuie les larmes de rire, reprend son souffle et dit avec bonne humeur): Ah t’es vraiment trop super quand tu t’énerves ! T’excites pas, va, (là son sourire devient franchement suspect) je suis là pour ça !

Sur quoi il franchit le mur d’éclairs qui le séparait de Sephy et lui roule un patin magistral. La tension électrique chute d’un seul coup, sauf aux alentours de Kadaj, qui n’en croit pas ses yeux et dont les cheveux se dressent sur la tête.

Nero (les bras lui en tombent): Ben…? Mon frère bien aimé ?

Kadaj (meurtrier): Qu’est-ce qu’il fait à mon Nii-San ?!

Arrive Vincent en train d’essorer le bas de sa cape.

Vince : Dites donc qu’est-ce que vous foutez, encore ? Quand je suis sorti de la cabine de Cid, je me suis pris une tonne de flotte dans la figure. (Avisant l’aile noire de Sephy fermée comme un cocon, et ses pieds et ceux de Weiss qui dépassent en dessous) Tiens, j’ai raté quelque chose?

Loz : Euuhh… J’préfère pas te raconter ça ici… Ca risquerait d’être dangereux…

Kadaj (accroupi par terre dans la flotte pour essayer de voir ce qui se passe sous l’aile) : Mais tu vas lâcher mon Nii-San, oui ?!

Yazoo (confus): Relève-toi ! Ca se fait pas pour un fils de Jenova, de se mettre à genoux.

Loz (vaguement surpris): Ah bon ?

Yazoo (vire au rouge et lui file une baffe): J’parle pas de ça !

Cloud (qui arrive en faisant floutch floutch précipitamment à contre-courant et n’a pas remarqué les pieds de Weiss dépassant de sous l’aile de Sephy): Dites ! Oh ! Ca va pas la tête, non ?! Pourquoi vous avez inondé les couloirs ?! Si c’était pour me faire une blague c’était une très mauvaise idée ! (à Sephy) Range ton aile, merde ! On voit bien que c’est pas toi qui dois curer les gaines d’aération tous les 15 jours à cause des plumes !

Kadaj (toujours accroupi, regardant sous l’aile de Sephy) : Ca va Nii-SDan ? Tu fais de drôles de bruits ! Tu me fais peur, on dirait que t’étouffes ! Nii-San ?

Sephy (la bouche pleine…) : Mffppppfffrs ! ! !

Loz (mort de rire) : Ah ! Ah ! Ah ! Ca, pour un patin, c’est un patin !

Tifa (qui chronomètre) : Waouh ! Ca va faire 8 mn !

Nero (qui commence à avoir de la fumée qui sort par les oreilles) : LACHE CET HOMME, WEISS ! TOUT DE SUITE !

Cloud (pivoine, qui commence à comprendre ce qui se passe) : Mais… Mémémémémémé…

Weiss lâche enfin Sephy, qui tombe sur les fesses dans l’eau.

Sephy (qui essaye de reprendre son souffle) : Vite…une…épée….un…sabre… un couteau… une compil de Lara Fabian… quelque…chose… Je …veux…tuer…ce…type…

Loz : Pas la peine ! (Il se campe fermement sur ses jambes, l’air de vouloir en découdre) J’m'en occupe !

Weiss (les larmes aux yeux tellement qu’y se marre) : Ah ! Ah ! Ah ! De mieux en mieux ! Après la gigue, le cro-magnon ! Ah ! Ah ! Ah ! Arrête ! Tu me fais peur !

Nero fait un mouvement bizarre et Loz est enveloppé d’une drôle de fumée bleue.

Nero : Tu seras plus à l’aise comme ça !

La fumée se dissipe et tout le monde regarde Loz, dont les vêtements ont …fondu !

Loz (qui baisse les yeux, devient tout pale, il se tourne vers la caméra ) : Ah non ! ALORS LA, NON ! C’est une manie de vouloir me défroquer ou me coller des blousons dépoitraillés et pantalons poutre apparente ou quoi ? JE VEUX PARLER AU SCENARISTE !

Voix off : Arrête de t’exciter ! T’es trop près de la caméra ! Tu sais combien ça coûte, une lentille ?!

Loz : Qui c’est qui veut faire des gros plans à chaque fois, hein ? C’est moi p’tet ?

Weiss (qui fixe éberlué l’énorme “ truc ” qui lui pendouille entre les jambes) : Ah ben merde ! J’devine pourquoi c’est toi qui es supposé être “ l’homme viril ” de la fratrie !

Sephy (après qu’il ait réussi a récupérer sa langue, qu’il a failli avaler) : Nan mais ça va pas nan ? T’as fini de le mater comme ça ? Où tu te crois, là ? Dans un film X ?

Le scénariste déboule devant caméra, un casque sur les oreilles et un clap à la main. On voit au second plan toute la bande qui s’étripe, s’étrille, se mord et se tape dessus joyeusement.

Le scénariste : Coupez ! Coupez ! C’est pas bon, les gars !

Les voix derrière lui :

“ Ouille, pas mon aile, pas mon aile ! ”

“ Va te faire cuire un oeuf, croupion de volaille ! ”

“ Weiss ! fais gaf…trop tard ! ”

“ Ouaahhhhouuu aïe aïe aïe ! C’est pas ma jambe, ça ! ”

“ Je suis l’amiral de ce vaisspppffffrrrggg… ”

“ Recrache, Cid ! Recrache ”

“Kef ke fu crois que f’éfaille de fairrggpppfffg ”

“ Soldat du dimanche ! ”

“ Nii-San ! m’laisse paaassss !”

“ Ouilleouilleouille, pas les cheveux, pas les cheveux ! ”

“ Mords-lui l’oreille, Loz ! ”

Le scé (qui fait de grands gestes au cameraman) : On dérape là ! On saute direct à la scène suivante ! (une main te tire en arrière) Nan ! Pas moi ! J’y suis pour rieeeeennnnn….

………………..fondu……………………..

Part. 6 - Un, on écope ; deux, on éponge !

Pont de commandement : Tifa, Weiss, Cloud, Kadaj, Shera.

Weiss entre en trombe.

Weiss : Ou est Yazoo ?

Tout le monde hausse les épaules.

Kadaj (qui rentre à son tour et s’approche à deux doigts de lui) : Dis donc… c’est quoi tous ces petits points rouges sur ta poitrine et tes bras ?

Weiss (comme s’il les voyait pour la première fois) : De quoi ? Ca ? Chais pas moi ! (Tout le monde le regarde avec un sourire en coin, se souvenant très bien par quoi sont terminées les étranges ailes de son frère) Oui bah le problème n’est pas là ! OU EST YAZOO ?

Shera : Qu’est ce que tu lui veux, à ce pauvre agneau ?

Weiss (qui s’approche d’elle et la toise) : Pauvre quoi ? Agneau ? Tu veux rire !

Shera (que la proximité de la large poitrine nue et musculeuse commence titiller) : Comment ça ?

Weiss (dramatique) : A cause de ce petit dévergondé, son frangin Loz est entrain de pleurer toutes les larmes de son corps !

Tout le monde (retenant la respiration) : Hein ?

Weiss (d’un cri indigné) : Lui et Sephiroth nous ont surpris mon frère et moi avec lui !

Tout le monde (soupirant de soulagement genre « oh, ce n’est que ça ! ») : Aaaaah !

Weiss : Non mais vous vous rendez pas compte ! Loz nous accuse d’en avoir fait un obsédé !

Tifa (en lui tapotant l’épaule) : Mais non, mais non. S’il est pas devenu obsédé avec des frères comme les siens, j’vois pas…(le regard de Kadaj se fait mauvais)…pourquoi…(très mauvais)…il…(plus que mauvais)…..Je plaisantais !

Weiss : Bah restez pas comme ça faites un appel au micro !

Kadaj (se saisissant du micro) : Eh ! l’frangin ! File dans ta cabine en quatrième vitesse ou ya Nii-San-bis qui va encore nous inonder jusqu’aux soutes !

Weiss : oui bah, en attendant, venez ! Vous pourrez peut-être faire quelque chose !

Chambre de Yazoo : Pont de commandement : Tifa, Weiss, Cloud, Kadaj, Sephy, Loz, Nero, Yazoo, un pack d’eau, de l’huile, du beurre, 3 kg de patates et… oups, pardon, je me trompe de liste !

Tifa et Kadaj suivent Weiss et se retrouvent devant la cabine de Yazoo. Loz y étendu ventre à terre dans une énorme flaque, Il pleure avec des ululements de chien battu !

Sephy (pratique) : C’est qu’il va nous inonder le couloir, si ça continue !

Kadaj lui donne un coup dans les côtes.

Yazoo (qui vient d’arriver) : Ben… Lozzy ? Qu’est ce que t’as ?

Loz (qui lève la tête et voit son frère) : BBEUUUAAAAHHHHH ! ! ! ! ! Et en plus il me demande ce que j’aiaiaihhhhhhhh !

Yazoo : Mais arrête, enfin ! Tu vois bien que t’es entrain de tout inonder !

Loz : Beueueahhhhh ! M’en fous ! J’suis le pleurnichard de l’histoire, alors si j’ai envie de faire une innondation, bah je la f’raiaiaiaihhhhhh !

Sephy (a Yazoo) : Ah non mais là, faut que tu fasses quelque chose parce que ça commence VRAIMENT à déborder dans le couloir !

Tifa (les pieds mouillés) : Mais d’où sort-il toute cette flotte ?

Kadaj (à l’oreille de Tifa sur le ton de la confidence) : Ben, c’est l’incarné de Nii-San qui a hérité de TOUT le côté sensible et comme Nii-San n’a pas chialé depuis sa naissance… il a des réserves !

Yazoo (suppliant) : Mais enfin Lozzy, arrête ! Tu vois bien que tu te fais du mal !

Loz : Beueueaaahhhhh ! Frère indigne ! Comment t’as pu me faire çaaaahhhhhhhhh !

Yazoo (en pétard) : Frère indigne moi ? C’est la meilleure du centenaire celle là ! C’est toi le frère indigne !

Loz (avec les larmes qui jaillissent genre fontaine): BBEEUUUUAAAAHHHHH ! ! ! ! Et en plus il ose élever le ton avec moiiiiiiiiiiahahahahaha !

Yazoo (qui enfile des bottes en caoutchouc pour aller le rejoindre) *ne me demandez pas où il les a trouvées* : Oui ben moi au moins je fais l’effort de parler ! Que toi, à part pleurnicher, hein !

Tous : Glups !

Loz : Beueueahhhh ! J’veux mourriiiiiiirrr ! Toute ma vie à me sacrifier pour mes petits frères et voilà le remerciemeeennnnnntttt !

Kadaj (qui se met à pleurer lui aussi dans les bras de Tifa) : Mon pauvre Nii-San-bis ! Je supporte pas de voir pleurer mon Nii-San-bis ! ! !

Tifa (de l’eau jusqu’aux genoux et Kadaj qui l’inonde) : Ah non hein ! Tu ne vas pas t’y mettre aussi !

Weiss : Quelqu’un pourrait ouvrir les panneaux d’évacuation ? (Tout le monde le regarde de travers) Bon, bon, ça va, j’ai rien dit…

Loz : Beueuaahhh ! Qu’est ce que j’ai fait pour mériter çaaaaaaa ? ? ?! ! ! Traîné plus bas que terre, humilié et trompé par mon indigne de frère !

Yazoo (fou de rage) : Indigne, moi ? Oui bah moi, au moins, je ne suis pas un gros balourd sans cervelle !

Tout le monde retient son souffle et Loz, qui s’est brusquement arrêté de pleurer, se redresse, les yeux lançant des flammes. Il gonfle la poitrine et des éclairs électriques se mettent à crépiter autour de lui.

Tout le monde recule et Yazoo déglutit péniblement.

Yazoo (d’une toute toute toute petite voix) : Zuzte “ neuneu ” alors ?

Loz (d’une voix qui retentit comme le tonnerre) : C’EST PAS GENTIL !

Tout le monde se remet les cheveux en place (parce que quand Loz a parlé, c’est comme s’ils avaient reçu une rafale d’orage électrique en pleine tronche !).

Yazoo (qui recule au fur et à mesure que son frère approche) : Arrête Lozzy, tu me fais peur là !

Loz (grondant) : Alors, petit merdeux ? On veut jouer les durs et quand on a un ennemi de taille en face de soi, on chie dans son froc ? Mhhhh ?

Yazoo (les larmes aux yeux) : Arrête Lozzy… S’te plait…

Loz : Grrrrrr…

Yazoo (qui se jette dans ses bras) : C’est pas de ma faute ! C’est eux ! Ils m’ont obligé !

Nero (qui avait gardé un silence diplomatique jusque là) : Oh l’autre ! T’as pas dis non, hein !

Tifa (lui mettant la main sur la bouche) : Chut ! Tu vois pas qu’il essaye de le calmer !

Loz (que le contact de son “ pitit frère ” émeut quand même pas mal) : C’est bien vrai, ça ?

Yazoo (gros yeux de chiot battu): J’te le juuuure ! J’ai honte ! Tu le diras pas à môman, hein ?

Loz (complètement gaga) : Mais non, mon poussin. *smac smac smac* Là là c’est fini mon ange. *smac smac smac* C’est fini, grand frère est là, mon canard…

Kadaj (toujours dans les bras de Tifa) : Beueueahahaha !

Tifa : Mais qu’est-ce que t’as, encore ?

Kadaj : Ce genre de scène ça me fait toujours pleureeeeeerrrrrrr ! ! ! !

Weiss (qui regarde au plafond pour pas voir le bouquet de fleurs bleues entrain de se répandre) : Mais qu’est ce que je fous ici ! Eh oh ! Les enfants ! Faut arrêter là ! Oh ! L’inondation va reprendre, sinon ! Et merde, tiens…

Cid (qui arrive en pataugeant) : Eh ! mais qu’est ce qui se passe, ici ? Ya de l’eau dans les soutes et les chiottes débordent encore ! ! ! (A Weiss) Mais c’est quoi ce bordel ?

Weiss (qui apparemment est très en verve entre la parade électrique et l’interlude aquatique): Oh, ça a commencé parce que la grande gigue avait des états d’âme parce que sa lavette de petit frère s’est fait dépuceler par une furie - t’as dû la croiser non ? Une blondinette incendiaire complètement excitée. Elle saute sur tout ce qui bouge - et vice-versa pour ainsi dire. T’as qu’à voir, pour avoir réussi à se taper la lavette à son Nii-San faut vraiment qu’elle soit motivée ! En plus, il est gonflé, le Sephiroth, parce que, tout à l’heure, on l’a croisé dans le couloir avec le gamin qui ressemble à un croupion de chocobo en train de faire un truc dont je connais même pas le nom - et pourtant, j’en connais un rayon c’est moi qui te le dis ! Et après, Môssieur vient faire le délicat parce que son petit frère a ENFIN couché. Alors il a débarqué ici pour se faire consoler par sa tapette de frère du milieu mais il nous surprend Nero et moi avec lui. Pire, la fontaine amirale a suivi de peu le grand frère et a eu des mots avec son… frangin-amant-clone-incarné - je sais comment appeler ça - et là ils viennent de se réconcilier en se tombant dans les bras l’un de l’autre. O se croirait dans un mauvais roman rose, berk… En plus, il est pas gonflé, le grand dadais, parce que, depuis que je suis arrivé, il a pas arrêté de dragouiller la brunette aux gros nénés, là… Faut pas déconner ! Nan, t’es pas d’accord?

Cid le fixe avec des yeux effarés sans répondre.

Silence de mort.

…à suivre

Prenez votre douche comme un turk !

(d’après de trèèèèès vieux textes humoristiques qui circulent depuis trèèèèès longtemps)

Qui n’a jamais rêvé de se glisser dans la peau de ses personnages favoris ?

Et vous glisser dans celle d’un turk lors de moments de stricte intimité ? Ca vous dirait ? Allez ! C’est parti.

Selon que vous souhaitiez vous glisser dans la peau d’une femme ou d’un homme, optez pour celle d’Elena ou de Reno, suiviez les instructions et à vous la « turk-attitioude » !!!

***

I/ PRENEZ VOTRE DOUCHE COMME ELENA

1/ Retirez vos vêtements et placez les dans les paniers à linge sale correspondant (le blanc avec le blanc, les couleurs avec les couleurs).

2/ Allez jusqu’à la salle de bains commune en portant votre peignoir. Si vous croisez un autre turk (homme) au passage, recouvrez chaque partie de chair visible d’un geste nerveux et courez jusqu’à la salle de bains, que vous bouclerez à double tour.

3/ Regardez-vous dans la glace, courbez les épaules et sortez votre ventre pour que vous puissiez vous plaindre et pleurnicher parce que vous prenez du bidon et que vos seins tombent.

4/ Allez sous la douche. Cherchez le gant de toilette pour le visage, le gant de toilette pour les bras, le gant de toilette pour les jambes, la grande éponge et la pierre ponce.

5/ Lavez vos cheveux une première fois avec le shampooing « Quatre en un » des Laboratoires Shinra aux 83 vitamines.

6/ Relavez vos cheveux une première fois avec le shampooing « Quatre en un » des Laboratoires Shinra aux 83 vitamines.

7/ Utilisez l’après shampooing à l’huile de Mako et de glande anale de chocobo des laboratoires Shinra. Laissez l’après shampooing pendant 15 minutes sur vos cheveux.

8/ Frottez-vous le visage avec un masque fait d’œufs mélangés à de la purée d’abricots transgéniques SHINRA. Frottez pendant dix minutes ou jusqu’à l’obtention d’une sensation de forte irritation.

9/ Rincez l’après shampooing (cette opération doit prendre au moins 15 minutes pour être bien sûr que les cheveux soient bien rincés).

10/ Rasez-vous les aisselles et les jambes. Hésitez à vous raser le maillot mais optez finalement pour une épilation à la cire.

11/ Hurlez tout ce que vous pouvez, le plus fort possible lorsqu’un confrère se met à tirer la chasse ou fait couler de l’eau quelque part.

12/ Coupez l’eau de la douche.

13/ Epongez toutes les surfaces mouillées de la douche. Passez un coup de spray anti-moisissures du centre de recherches ménagères SHINRA sur les joints du bac de douche.

14/ Sortez de la douche. Séchez-vous avec un drap de bains grand comme deux fois Midgar. Enveloppez vos cheveux dans une deuxième serviette de bains.

15/ Inspectez la moindre partie de votre corps à la recherche d’un bouton. Attaquez-le avec les ongles ou une pince à épiler si nécessaire.

16/ Retournez dans vos quartiers enveloppée dans votre peignoir et avec votre serviette dans les cheveux.

17/ Si vous croisez un turk (homme) au passage, recouvrez chaque partie de chair visible d’un geste nerveux et courez jusqu’à la salle de bains où vous passerez une heure et demie à vous habiller.

***

II/ PRENEZ VOTRE DOUCHE COMME RENO

1/ Retirez tous vos vêtements en vous asseyant sur le bord du lit et mettez-les en tas.

2/Allez jusqu’à la salle de bain tout nu. Si vous croisez un autre turk en chemin (homme ou femme, vous n’êtes plus à une connerie près), n’oubliez pas d’agiter votre bassin de façon suggestive devant elle/lui pour lui montrer quel point vous êtes fier de votre engin.

3/ Regardez votre superbe physique masculin dans le miroir et rentrez votre ventre pour voir si vous avez des abdos (réponse : non). Admirez la taille de votre pénis, grattez-vous les testicules et prenez une dernière bouffée d’odeurs mâles en vous humant les doigts.

4/ Passez sous la douche.

5/ Ne cherchez pas de gant de toilette (vous n’en utilisez pas).

6/ Lavez-vous le visage.

7/ Lavez-vous les aisselles.

8/ Pétez bruyamment et étonnez-vous des capacités de résonance formidables de la cabine de douche.

9/ Lavez-vous les parties et la zone alentour.

10/ Lavez-vous le derrière, en laissant bien entendu des poils collés au savon.

11/ Prenez un shampooing (n’importe lequel) et lavez-vous les cheveux.

12/ Ouvrez le rideau de douche et regardez-vous dans le miroir avec toute cette mousse sur les cheveux. Grimacez. Louchez. Tirez la langue. Refermez ensuite le rideau.

13/ N’oubliez pas de faire votre pipi.

14/ Rincez-vous.

15/ Sortez de la douche. Ne remarquez pas toute l’eau qui s’est répandue sur le sol parce que vous aviez mal placé le rideau de douche.

16/ Séchez-vous partiellement. Bien sûr vous aurez laissé le rideau de douche s’égoutter sur le sol et non pas dans la douche.

17/ Regardez-vous dans le miroir. Bandez vos muscles, rentrez votre ventre, admirez la taille « monstrueuse » (tout est relatif) de votre pénis, etc.

18/ Ne rincez pas le bac de douche.

19/ Laissez allumés le chauffage de la salle de bain et la lumière.

20/ Retournez près de votre pile de vêtements dans vos quartiers, simplement vêtu d’une serviette autour de la taille. Si vous croisez une autre turk, ouvrez votre serviette et exhibez votre copain le pénis avec un beau déhanchement du bassin couplé à un petit cri du genre « Yeeaaahh ! T’as vu la bête ? »

21/ Jetez la serviette humide sur le lit. Habillez-vous avec vos vêtements « sales ».

Comme la première fois

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : les volontaires sont les bienvenus !

***

Incapable de dormir, Loz était accoudé à l’étrange fenêtre de la chambre improvisée qu’il partageait avec Yazoo dans la maison coquillage de la cité des anciens, le regard perdu dans les ombres de la forêt spectrale.

La pleine lune brillait et une créature telle que lui, aux curieux yeux félins bien plus perçants que ceux de n’importe quel humain, y voyait comme en plein jour.

Non loin du petit lac qui miroitait au centre de la clairière, dans le recoin le plus sombre d’un lugubre sentier bordé de ronces mortes, un éclair métallique attira son attention.

Kadaj ?

Que faisait-il donc seul à l’orée de la forêt à une heure pareille ?

N’était-il pas supposé surveiller les enfants toute la nuit, dans la lande ? Non qu’ils risquent de s’enfuir - leur libre arbitre avait été totalement sapé par l’implacable volonté de Jenova ­- mais parce qu’une sorte d’instinct, peut-être un reste d’humanité avec lequel personne sans doute n’aurait jamais compté, les empêchait de laisser des enfants en bas âge livrés à eux-mêmes sans protection. A plus forte raison dans une forêt qui tenait plus du bois de cauchemar hanté par des monstres que du bosquet de conte pour tout-petits peuplé d’elfes et de lutins.

Curieux de savoir ce qu’il en était, Loz quitta sa pseudo-chambre avec la ferme intention de rejoindre son frère sous le couvert des arbres fantomatiques et de lui tirer les vers du nez.

Sans arme et torse-nu comme il l’était, il traversa la maison coquillage silencieuse, longea le bord de l’étang et s’engagea sur l’étroit sentier qui bordait la forêt.

Il ne lui fallut pas longtemps pour trouver Kadaj, affalé sur un vieux tronc mort abattu, le front sur les genoux.

Ses épaules tressautaient et Loz reconnut distinctement les petits reniflements discrets qu’il laissait échapper lorsqu’il sanglotait.

- Kadaj ? murmura-t-il. Est-ce que ça va ?

Le jeune homme tressaillit et leva brusquement la tête, plein d’espoir, mais, reconnaissant son aîné, s’assombrit de nouveau.

- Oh… c’est toi.

Loz s’assit à ses côtés et sourit, non sans ironie.

- Ta déception fait peine à voir !

- Ca n’a rien à voir avec toi, Loz. Excuse-moi…

- Qu’est-ce que tu as ?

- Rien.

- Rien ? On ne dirait pas.

- Je n’ai pas envie d’en parler, finit par avouer Kadaj dans un murmure à peine audible en s’essuyant le visage.

Loz s’accroupit face à lui, lui fit redresser la tête et le contraignit à reposer les pieds sur le sol, le dos bien droit.

- De la tenue ! railla-t-il gentiment en croisant les mains sur les genoux graciles pour y appuyer le menton. C’est ce que te dirait Yazoo : ” quelles que soient les circonstances, de la tenue ! C’est ce qui nous différencie des bêtes ! ” (Son frère détourna le regard) D’habitude, ça te fait rire…

- Pas cette fois, Loz. Désolé.

Ce dernier fronça le nez.

- Il va bien falloir, pourtant, poursuivit-il, les yeux mako pétillants de malice. Si tu restes là avec cette tête, tu risques de tuer un gosse de trouille. (Il simula une attaque et Kadaj rit malgré lui) Un coup à finir tous les trois en bouillie dans une petite boîte scellée avec une bande jaune, ça.

- Loz ! Il n’y a que toi pour oser plaisanter avec des choses pareilles !

- Qu’est-ce que tu fais tout seul ici ? Il s’est passé quelque chose, dans la lande ?

A la lumière de la pleine lune, il vit son cadet rougir.

- Je… Je n’étais pas dans la lande.

- Hein ? Tu as laissé les enfants seuls dans la forêt ? Mais tu nous avais dit que tu les surveillerais jusqu…

- Eh bien, j’ai menti, voilà tout !

Loz hocha la tête et pinça les lèvres.

- Ah… Et… pourquoi ça ?

- Tu vas courir le répéter à Yazoo ?

- Pourqu…

- Loz !

- Non ! Tu veux que je jure et que je crache par terre ? railla l’interpellé.

Kadaj roula des yeux.

- N’en rajoute pas, tu veux. C’est déjà assez humiliant comme ça…

- Humiliant ? Bon, ça suffit ! Qu’est-ce qui se passe, à la fin ? gronda-t-il.

Son cadet ouvrit et referma la bouche à plusieurs reprises, ne sachant visiblement pas par quel bout aborder le sujet.

- Rufus a… Nous avons… Il m’a… Enfin, nous…

Son frère écarquilla les yeux.

- Rufus ? Tu es retourné là-bas ?

- Entre lui et moi… il s’est passé… disons des choses que je n’avais pas prévues. Pas prévues du tout. (Il resserra sur lui les pans de son manteau en un geste inconscient de pudeur et Loz blêmit.) Non ! Non, non, non, ce n’est pas ce que tu crois, se récria Kadaj en comprenant les inquiétudes de son aîné. Il ne m’a pas forcé à quoi que ce soit. En fait… c’est même plutôt l’inverse. (Loz hoqueta) Enfin, non ! Pas exactement ! Ce n’est pas ce que je voulais dire, je… Oh ! Eh puis zut !

- Kadaj… menaça son aîné, les nerfs en pelote. Ou tu me dis immédiatement ce qui se passe, où je compte jusqu’à trois et j’enfourche ma moto pour aller chercher Rufus par la peau du cou et savoir de quoi il retourne exactement. Et tu sais que j’en suis capable… ajouta-t-il avec un rictus agressif.

Kadaj laissa échapper un gémissement plaintif.

- Je n’ai pas pu… hoqueta-t-il. J’ai tout gâché, Loz ! Tout gâché.

Ce dernier se redressa et s’assit sur le tronc mort, à ses côtés, pour lui relever le menton et planter ses beaux yeux couleur de topaze verte dans les siennes.

- Il t’a demandé de t’envoyer en l’air avec lui en échange de mère ? s’écria-t-il, estomaqué.

- Non ! Non, Loz, ça n’a rien à voir avec mère, c’est… c’est juste un… ” truc ” qui s’est passé entre lui et moi. Une attirance, je n’en sais rien, appelle ça comme tu veux !

- Je vois… murmura Loz, troublé par l’aveu et essayant de le digérer autant que possible.

Kadaj baissa la tête et garda le silence un long moment.

- Bah dis donc… A voir ta tête, je viens de dégringoler une bonne volée d’échelons dans ton estime.

- Non, le rassura son frère avec un sourire. Non pas du tout. Je… Je suis juste surpris. Je t’aurais vu plus volontiers découper Rufus en rondelles que lui sauter au cou !

- Je ne lui ai pas sauté au cou, justement. J’ai été… minable.

Loz lui ébouriffa les cheveux, amical.

- Tu n’avais pas envie de galipettes, et après ? Ca t’étonne ? Franchement… je crois que nous avons des choses plus importantes à penser, non ?

- Tu es vraiment idiot, Loz, ou tu le fais exprès ? ! Bien sûr que j’en avais envie mais… je n’ai pas pu.

- Pas ” pu ” ? ( Kadaj baissa les yeux, plus gêné que jamais, et son frère fit claquer sa langue contre son palais.) Aïe…

- Comme tu dis : ” aïe “. Pourtant, oublie ce à quoi tu es en train de penser en ce moment parce que je peux t’assurer que je n’ai aucun problème de ce côté là.

Loz tordit le nez, pas très convaincu.

- Ouais…

- Pas avec des femmes, en tous les cas… précisa Kadaj en soupirant.

Son aîné ricana.

- Je vois…

Un silence un peu embarrassé tomba sur les jeunes gens, bientôt brisé par Kadaj, qui avait besoin de réponses et ne savait pas auprès de qui les trouver hormis son aîné, en qui il avait toute confiance.

- Loz ?

- Mhh ?

- Tu… Tu as déjà été tenté de… Enfin, je veux dire … avec un autre homme ?

Loz se tourna brutalement vers lui et planta son regard dans le sien, le faisant furieusement rougir.

- De quoi ? Non mais ça va pas ! Pour qui tu me prends? !

- Dé… Désolé… bredouilla Kadaj. Je ne voulais pas être insultant.

Son aîné fronça les sourcils et éclata de rire.

- Je te taquine, idiot ! (Son visage se radoucit) Ca fiche les jetons, hein ? Pas moi, de désirer un autre homme, je veux dire. Tu te sens largué… Tu as honte… Et tu te demandes si quelque chose ne s’est pas mis à dérailler là-dedans, fit-il en se tapotant la tempe.

Son frère se tourna franchement vers lui et le considéra avec étonnement.

- Tu as vécu ça ? chuchota-t-il, stupéfait. Toi ?

Loz eut un rire doux.

- Eh ! Ouais, ” moi “. Et si tu crois que j’avais l’air plus malin que toi, la première fois… Tu te goures !

- Comment ça, la première fois ? Tu veux dire que tu as déjà… Nooon !

- Mes mains tremblaient tellement que j’aurais été incapable de tenir un verre d’eau sans le renverser.

Son cadet éclata de rire.

- Tu dis ça pour me rassurer !

- Absolument pas.

- Et… tu as… ” conclu ” ? (Loz hocha la tête) Et ? Comment ça c’est passé ?

Loz lui répondit par un franc sourire.

- Dans mon cas, ce fut… (Il hésita, perdu dans d’agréables souvenirs) L’un des plus beaux moment de ma vie ? Ouais… Ouais, je crois qu’on peut dire ça. Durant toute la nuit, il n’y eut plus que nous deux. Rien d’autre n’existait.

Kadaj tordit le nez, ne sachant si c’était du lard ou du cochon.

- Tu es sérieux, là ? Ou tu te payes ma tête ?

Son frère lui jeta un regard en coin et soupira.

- Je ne mens pas, Kadaj. C’était quelqu’un que j’aimais énormément et ce fut vraiment formidable.

- C’était qui ? (Loz secoua la tête et son cadet le poussa affectueusement d’un coup d’épaule, presque jaloux qu’un étranger ait pu faire naître de tels sentiments chez l’un de ses frères.) Allez, ne te fais pas prier. Yazoo est au courant, je parie !

- Désolé, petit frère. Ca fait partie des choses qui n’appartiennent qu’à moi.

- Depuis quand tu as des secrets pour nous, toi ? s’offusqua Kadaj.

- Uniquement celui-là. C’est bien peu en comparaison de tout ce que je partage avec vous, non ?

Son frère lui pressa le bras et hocha la tête à contrecœur.

- D’accord. Comme tu voudras.

- Si Rufus te plaît vraiment, laisse-toi aller. Peu importe qu’il soit un homme ou une femme. Lorsque tu le sentiras s’abandonner dans tes bras, ou que tu t’abandonneras dans les siens, tu oublieras ce qu’il est. Ca n’aura plus d’importance, tu verras.

- Merci, Loz, chuchota Kadaj, la gorge serrée. Merci d’être toujours là pour me donner un coup de pied aux fesses quand j’en ai besoin.

Un silence, puis :

- Je le connais, au moins?

Loz éclata de rire et lui ébouriffa les cheveux.

- N’insiste pas. Je t’ai dit que ça ne regardait que moi ! Non ! Plus de question à ce sujet. Je vais dormir. Et toi, tu files surveiller les gosses, comme tu l’as promis, rappela-t-il.

Il s’éloigna de son frère du pas athlétique et alerte qui avait toujours été le sien et regagna la maison coquillage.

De retour dans la pièce qui leur servait de chambre à lui et à Yazoo, il retira son pantalon en silence et se glissa dans son sac de couchage en prenant bien garde à ne pas le réveiller son frère mais ce dernier ouvrit des yeux gonfles de sommeil.

- Où tu étais passé ?

Loz sourit.

- Je t’en pose, des questions ?

D’une bourrade énergique, Yazoo le renversa sur le dos et fit semblant de l’étrangler mais son frère n’eut aucun mal à le maîtriser en riant et à inverser les positions.

- Je me rends… railla Yazoo d’une vois ensommeillée, les poignets prisonniers des mains de son aîné de part et d’autre de sa tête.

Ce dernier se pencha sur son visage pour caresser sa joue du bout de son nez, joueur.

- Yazoo ?

- Mhh ?

- Tu te souviens de la première fois que nous avons fait l’amour ?

Son frère ferma à demi les yeux et parut se perdre dans de savoureux souvenirs.

- Comment pourrais-je l’oublier ?

- Qu’as-tu ressenti, cette nuit-là ? Tu te souviens ?

- C’était… magique.

- C’est bien ce que je pensais, acquiesça son frère avec un sourire malicieux.

Yazoo s’étrangla et éclata de rire.

- Prétentieux !

Il n’en noua pas moins ses bras autour de son cou vigoureux.

- Loz…

- Quoi ?

- Fais-moi l’amour, chuchota-t-il la gorge un rien serrée.

- Et si Kadaj se pointe ? murmura Loz tout contre sa bouche.

Yazoo aspira sa lèvre inférieure et la suça.

- Il est dans la lande, avec les enfants.

- Oui, mais…

Une langue humide s’insinua dans sa bouche, le contraignant au silence.

- Il ne viendra pas. Il n’y a que toi et moi… Comme ce jour là… Tu te souviens ?

Loz sentit une main fraîche descendre le long de son ventre et il ferma les yeux.

- Je me souviens… murmura-t-il en se glissant entre les cuisses consentantes. Oh, Yazoo…

- Fais-moi l’amour, Loz, supplia ce dernier dans un gémissement impatient. Fais-moi l’amour comme si c’était la première fois…

Avec toute la tendresse dont il était capable, Loz referma ses lèvres sur les siennes tandis que leurs doigts s’entrelaçaient.

***

A mi-chemin de la lande, où étaient réunis les enfants, Kadaj marqua un arrêt sur le sentier.

Que pouvait-il leur arriver, à ces mouflets, de toute façon ? Il n’y avait rien, dans cette fichue forêt, hormis les fantômes de mauvais souvenirs et d’une race éteinte. Rien du tout ! Et lui, il avait besoin d’être seul. De se blottir dans son duvet douillet et de penser.

Oui, de penser !

De penser ? Ou de rêver ?

- Rufus…

Se retrouver seul dans la pénombre avec son souvenir… Son image… L’odeur de ses cheveux blonds qui persistait sur ses doigts…

Il porta ses mains à sa bouche et sourit tandis qu’un long frisson lui remontait le long de l’épine dorsale.

- Ces satanés gamins ne risquent rien, de toute façon !

Sa décision prise, il fit demi-tour et se dirigea vers la maison coquillage, où ses frères devaient déjà dormir…

FIN

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Part 5 - Qui a piqué le titre ? Que personne ne sorte !

Coursive puis cabine de Cid : Vincent et Cid

Vincent, qui n’en peut plus de se morfondre tout seul dans sa cabine après avoir piqué sa crise sur le pont de commandement, prend son courage à deux mains pour aller faire la paix avec Cid.

Une fois devant la porte de sa cabine, il respire à fond, toussote, et arrange ses vêtements. Après une petite réflexion (et après avoir bien vérifié que personne ne le regarde !), il déboutonne sa chemise.

Encore une réflexion et il fait quelques grimaces pour ramener un peu couleur sur ses joues, se brosse les cheveux avec les doigts et se frotte les dents avec un pan de sa cape pour être sur qu’aucun petit morceau de salade n’enlaidit son sourire.

Après un dernier regard de part et d’autre du couloir, il fait un rapide récurage de narines pour être sûr d’être parfaitement net.

Cid (qui, ayant entendu du bruit, vient d’ouvrir la porte et se retrouve nez à nez avec Vincent, les doigts dans le museau. Il le regarde d’un air dégoûté) : Tu veux les miens ? Ils sont plus gros !

Vincent ( qui a viré au rouge écarlate profond assorti à sa cape) : Heu… ça me grattait. Je suis venu pour faire la paix !

Il lui tend la main et Cid la regarde d’un air suspect.

Cid (qui a préféré ne pas y toucher) : Entre. Le lavabo, c’est au fond à droite.

Vincent devient blême mais s’exécute pour se donner une contenance et ondule généreusement des épaules et du popotin en passant devant lui pour mettre en avant l’échancrure toute fraîche.

Cid (qui le regarde onduler comme une couleuvre, sourcil levé) : Si t’as des démangeaisons à cet endroit aussi, j’aimerais autant que tu évites de le faire devant moi.

Vincent se retourne, toujours blême, mais de rage ce coup-ci.

Vincent (qui se plante devant lui) : Dis donc ! Je ne te permets pas de me parler comme si j’étais le dernier les malappris ! Ca t’arrive jamais le nez qui gratte ?

Cid : Le nez si !

Vincent (la fumée commence à sortir par les oreilles) : Cet endroit de mon anatomie ne souffre d’aucune démangeaison ! C’est ma façon de marcher figure-toi ! (Il rejette avec fierté une mèche brune en arrière) Je n’y suis pour rien si la nature m’a pourvu de reins cambrés, d’un fessier musclé et de cuisses souples qui m’empêchent de me déplacer sans ce déhanchement que d’ailleurs, soit dit en passant, tu es le seul à trouver sans un esthétisme certain ajoutant à mon charme.

Cid (pas très convaincu) : Mouais… Ben moi je dis qu’un mec qui ondule comme une femme, ça fait un peu… Enfin tu vois.

Vincent (fou de rage ce coup-ci) : Quoi ? Et ban vas-y ! Dis-le ! Ca fait tapette, c’est ça ?

Cid (surpris par sa colère soudaine) : T’énerve pas. J’te donne un conseil d’ami, c’est tout. Une dégaine de tante, c’est pas une fatalité, il suffit juste d’essayer de la corriger un peu. (le visage de Vincent se décompose et Cid essaye d’argumenter) Fais pas cette tête, c’est pas de ta faute si t’as vraiment un visage de fille, des jambes de pin-up, un déhancher de gonzesse et des yeux de midinette.

Vincent (Au bord des larmes) : Et tu te considères comme un ami ? Ah je vois ! Très bien ! Dès demain je fais un régime pour engraisser comme un porc, j’me laverai plus qu’une fois par semaine, j’me couturerai le visage de cicatrices et… et je me rase le crâne !

Cid (affolé) : NON !

Vincent (en papillonnant des cils, avec expression de martyr et ravi que Cid s’inquiète pour lui) : Non ? (Minaude en jouant avec ses cheveux) Pourtant tu disais que…

Cid : Non, pas les cheveux. C’est la seule chose qui cache un peu ton déhanchement.

Vincent (en larmes ce coup-ci) : Ahhhhh ! Ordure ! Pourri ! Sadique ! Tu te dis mon ami et t’es prêt à me laisser me défigurer !

Cid (gêné de le voir se répandre ainsi) : Mais, mais, mais, mais, mais, mais… Te mets pas dans un état pareil voyons ! Vous passez votre temps à vous chambrer toi et les turks !

Vincent (piteux. Non… Minable, plutôt) : C’est pô pareil. Snirrrfl. Eux, j’m'en fous comme de ma première sod… heu, ma première branlette.

Il se laisse tomber en sanglotant comme une midinette sur le lit… Euh, non le canapé… le boudoir ? P’tain, kesk’y z’ont au juste comme meubles dans un vaisseau de la Shin-ra ? ! Qui m’a piqué mon “Maisons et Jardins - numéro hors-série : en direct des ruines volantes d’Highwind” ? ! Celui avec la visite de la cuisine le jour des « Knaky Balls » ? - private joke - Bon ben tant pis, on va dire que c’est un sofa ou l’équivalent local.

Cid (le regarde inonder ses jolis coussins brodés de « cui-cuis » (second private joke !) sans comprendre l’étendue de son désespoir-euh) : Vincent ? Houhou ? La base appelle Vincent ! Y’a quelqu’un ? Tu vas pas te mettre dans des états pareils pour si peu ?

Vincent ( lui jette un regard humide - voire même complètement trempé - de sous ses longs cils d’obsidienne - renifle bruyamment et recommence à chialer ): Ne me regarde paaaas ! Je suis laiiid ! ! !

Cid ( raisonnable ): Ben forcément, à force de pleurer comme ça, ça te bouffit les yeux, et puis t’es tout rouge et ça te tire les traits, et t’as les cheveux tout emmêlés comme de la vieille étoupe qu’aurait passé dans le lave-linge, ça t’arrange pas non plus…

Vincent (s’enfonce un peu plus dans le sofa sous le poids de la description) : J’m'en fouuus ! Je ne veux plus jamais plaiiire !(hoquète entre deux sanglots et hoche la tête, mais ça se voit pas vraiment vu qu’il a la tronche enfouie dans un coussin) BWIIIIIIII ! ! ! ! Je suis un incompriiiiis !

Cid (blême d’embarras façon endive, ou plutôt poireau avec les oreilles qui font les feuilles bien tombantes…) : Ah ?

Vincent (le regarde du fin fond de son amour-propre blessé, ramassant les restes épars de sa dignité offensée pour s’y draper tel Jules César à Gergovie - NDLA : demain, je me lance dans les romans à l’eau de rose. J’ai largement le niveau et le style, et ça paye mieux que la fan-fiction. Ca sert de lire Astérix, pas vrai ? ): Tu peux te gausser de moi, Cid, mais tu ne pourras pas nier la vérité !

Cid (largué) : Quelle vérité ?

Vincent (se redresse dans toute sa majesté - quelque peu gâchée par l’échancrure béante de sa chemise qui lui donne des allures de strip-teaseuse ) : Je ne dissimulerai pas mon opproble… opplobre ? Octobre? Rolp… Plorr…

NDLR : on croit qu’il voulait dire “opprobre”, mais on a eu la flemme de vérifier dans le dico pour vous donner la définition

Cid (en aparté) : Il y en a un des deux qui ne sait plus ce qu’il dit et je ne crois pas que ce soit moi. Ou alors j’ai sauté une page du script. Où j’ai fichu mon texte, moi?

Vincent (qui le regarde faire son aparté à un innocent pot de bégonias, qui n’en demandait pas tant, puis regarder dessous d’un air préoccupé) : Euh… Cid ? Tu as perdu quelque chose ? (il fait des efforts désespérés pour ne pas ajouter pour lui-même “Oui, la raison”. NDLA: qui a dit “Sa vertu!” en rigolant ? Et puis d’abord, on ne peut perdre que ce qu’on a, CQFD...)

Cid (prend la teinte purpurine du soleil affleurant au ponant. NDLA: p’tain, c’est moi qu’ai écrit ça ? On comprend à peine que ça veut dire qu’il rougit !): Euh… Nan, nan, j’essayais juste de me souvenir d’un truc… Donc, tu me disais que tu étais venu me demander un truc, c’est ça ? Alors ? En quoi je peux t’aider ?

Vincent (ses trois synapses qui moulinent, moulinent): M”aider” ? J’appellerais pas vraiment ça comme ça, tu vois…

Cid : Bah t’es venu pour quoi, alors ?

Vincent (les mots qui godillent sur son cerveau comme une gondole dans les canaux de Venise - rame, rame, POCK - ah, on a touché le quai) : Bah… Euh… Enfin… (flappe flappe des mains rouge écarlate) Tu t’en doutes bien, non ?

***

Autre coursive… : Loz, Sephiroth, Kadaj, Tifa, Reno, Cloud

Loz (qui s’approche insidieusement de Tifa) : Tiens, tiens… Le couloir est désert… Ca t’inspire rien ?

Tifa ( qui le repousse genre… ” j’te repousse mais faut que t’insistes ”) : Arrête des bêtises, si Yazoo nous voit, il nous tue tous les deux !

Loz l’attrape par la taille et s’apprête à la faire plonger genre « tango » pour lui rouler le patin di siècle quand une tornade leur rentre dedans de plein fouet.

Reno (mort de trouille, tout rouge, les cheveux mouillés et enroulé dans un drap de bain) : AAAAHHHHH ! Aidez-moi ! Au secours !

Loz (en relevant Tifa) : Mais qu’est ce qui te prend ?

Reno (en montrant le couloir du doigt) : Y’a Elena qui me poursuit ! ! ! Elle est devenue folle !!! Ahhhh ! (il s’accroche à Loz) Aide-moi ! ! ! ! ! La laisse pas tripatouiller mon zozio ! ! ! ! Elle a déjà eu Kadaj ! Elle pété un plomb, j’te dis ! ! !

Sephiroth (qui, alerté par le raffut, vient de sortir de la chambre de Cloud) : Quoi ? Qui ça ? Qui a touché à mon poupounet gris ? (Il secoue Reno comme un prunier) Réponds espèce de larve pleureuse !

Cloud (qui récupère Reno dans les griffes de Sephy et le berce) : Mais arrête voyons ! Tu vois bien qu’il est tout effrayé, pau’v p’tit père !

Sephiroth (furax) : Qui a touché à mon petit frère ?

Reno (blotti dans les bras de Cloud mais qui commence à se demander ce que signifie son étrange sourire carnassier) : Elena !

Sephiroth (les yeux lançant des éclairs) : Quoi ? Cette aliénée a osé tripatouiller la chair de ma chair ? Le sang de mon sang ? mon trésor ? La moitié de moi même ? Le fruit de mes entrailles ? La candeur réincarnée ? Mon ange immaculé ? Mon agneau virginal ?

Loz : Euh… Ca va, faut pas déconner, non plus, T’en fais un peu trop là.

Sephiroth (des éclairs jaillissant autour de lui) : Nan j’en fais pas trop ! C’est mon poussin à moi et je permettrais pas qu’une ¤@#& me le dévergonde ! Où elle est cette ¤}@\`de*$=$£ que je lui apprenne à vivre !

Reno (tout tremblant) : Dans la cabine de Kadaj.

Sephiroth part en courant et passe en trombe dans les couloirs, talonné par Loz.

Sephiroth : Kadaj ! Tiens bon ! Phiphy arrive !

Il pile devant la porte en voyant son “ ange de vertu ” sortir de sa cabine, l’air blasé, la clope au bec, le blouson ouvert et un air de dire “ t’as plus rien à m’apprendre, j’suis un homme ”.

Sephiroth (avec un bruit de cœur brisé) : Ben…mon bébé !

Kadaj (en s’étouffant à moitié avec la fumée) : Arrête ton char, frérot ! Va pas me faire le coup des oiseaux et des abeilles ! Cette gisquette c’est de la dynamite !

Sephiroth (la larme à l’œil) : C’est pas vrai ! Kadaj ! T’as pas fait ça, hein ? Pas mon bébé !

Kadaj (en tapotant l’épaule de Sephy) : T’inquiètes frangin ! (Raisonnable) C’est pas parce que j’suis devenu un homme fort, viril, sexy et une bête au pieu que ça veut dire que tu vieillis !

Sephiroth (qui se précipite dans la chambre) : JE VAIS LA TUER ! ! ! ! 20 ans d’éducation et elle m’en fait un obsédé sexuel en moins de cinq minutes !

Kadaj : Nii-San, arrête !

Sephiroth (en le giflant) : Toi, camembert ! C’est pas parce que t’es plus puceau qu’il faut la ramener !

Kadaj (rouge écrevisse) : euh… Nii-San… Là, t’es vulgaire !

Sephiroth (fier comme Apollon) : Et alors ? tu veux que je te parle comme à un homme oui ou merde ? Tu oublies que j’ai été élevé dans le Soldat, môa, Môsieur ! Et jette-moi cette cigarette ! (Kadaj s’exécute et s’en va sans demander son reste) Alors ? (Il rentre dans la cabine) Elle est où la grognasse ?

Loz (un fouet à la main, lui montre Elena, qu’il a enchaîné et bâillonnée au pied du lit) : T’inquiète, je l’ai matée ! J’en fais quoi ?

Sephiroth : Ce que tu veux ! Mais je veux qu’elle s’en rappelle pendant les vingt prochaines années…

Loz (pense à un truc, fait un grand sourire puis… se rembrunit et secoue la tête) : ouais mais non… Ca risquerait de lui plaire,

Sephiroth s’approche et lui murmure quelque chose à l’oreille.

Loz : Noooon ? Si ? O.K. ! Alors c’est parti ! Il va me falloir du cuir, de l’acier, une serrure….

Sephiroth (se penche vers Elena et lui enlève son bâillon) : Tu vas adorer ce que Loz va te préparer !

Elena (rouge comme une tomate) : De quoi tu parles ?

Sephiroth (en pétard) : Tu connais la définition de… “ ceinture de chasteté ” ?

Elena (affolée) : Quoi ? ? ? Ca va pas la tête ? Assassin !

Mais Sephiroth s’en va, traînant dans les couloirs comme une âme en peine. Il se dirige vers la cabine de Yazoo histoire de se faire consoler et… tombe à genoux avec un cri déchirant.

Sephiroth (s’écroule en larmes): NOOONNNNN ! Vous voulez tous ma mort !

Nero (en position assez tarabiscotée avec son frère et Yazoo) : Oh, oh ! On a de la visite !

Weiss (tapant sur l’épaule de Yazoo) : Redresse-toi, mon tout beau, v’la ton frérot et il n’a pas l’air content…

…à suivre

IV - Vivants ! Un mois plus tôt

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Tout ce qu’il ressentait, c’était une douleur piquante qui faisait tressaillir chacun de ses muscles et se hérisser sa peau, encore poisseuse du liquide dans lequel il avait flotté dans la matrice. Une peau qui lui paraissait soudain bien nue et bien fragile.

Même sa mâchoire tremblait toute seule, faisant s’entrechoquer ses dents.

Il savait d’instinct que s’il arrivait à se serrer contre les autres, pourtant, la morsure se ferait moins intense et la douleur moins aiguë.

Froid… “

Voilà comment s’appelait cette douleur : froid.

Il ignorait pour l’instant comment ni où il l’avait appris mais il le savait…

Mettre un nom sur sa souffrance ne la fit pas disparaître, cependant.

Chaleur… “

Ce nouveau mot fit son chemin dans les méandres de son cerveau encore engourdi.

Pour survivre, il lui fallait la chaleur des autres, comme avant que la matrice ne se déchire et que l’air glacial ne le pénètre, lui embrasant les poumons.

Tout comme lui brûlait les yeux la pâle lumière tombant sur lui depuis un point distant, tout là-haut, loin au-dessus de sa tête.

Les paupières diaphanes frémirent mais croire qu’elles puissent déjà s’ouvrir était prématuré et elles restèrent scellées sur des prunelles encore trop fragiles pour supporter l’intensité lumineuse, pourtant faible, qui régnait dans le fond du cratère.

A tâtons, les membres gourds excessivement instables pour lui permettre de se déplacer sur la surface dure et froide autrement qu’en rampant, il chercha le grand corps chaud qui s’était fait berceau dans le cocon protecteur maintenant éventré et glissant.

Par deux fois ses coudes chancelants dérapèrent à la surface de la membrane épaisse et visqueuse sur laquelle il se traînait, grelottant, et qui recouvrait le sol rocailleux. Ses fins cheveux argentés dégoulinaient d’une sorte de mélasse verdâtre et lui collaient désagréablement au visage et au cou.

Il laissa échapper une petite plainte, le premier bruit à sortir de sa gorge délicate.

Voix… ” lui apprit sa mémoire innée.

Il tendit fébrilement une main, qui remonta le long d’une cuisse musculeuse et chaude mais si glissante qu’il n’arrivait pas à s’y accrocher pour s’y hisser.

Comment survivre s’il ne parvenait pas à se pelotonner contre la chaleur salvatrice ?

Nouvelle plainte désespérée.

Il tenta de ramper encore un peu et sa tête rencontra un obstacle.

Un autre

Un autre qui s’était roulé en boule contre le corps vigoureux !

De quel droit ? C’était sa place ! Elle l’avait toujours été ! Dans la matrice, c’était lui qui reposait tout contre ce grand corps chaud si doux, dont le bruit hypnotique l’apaisait, pas l’autre !

Pam-pam… Pam-pam… Pam-pam… “

C’était le bruit que faisait l’ample poitrine contre son oreille lorsqu’il dormait.

Pam-pam… Pam-pam…”

Il gémit de frustration et essaya de déloger le sans-gêne mais sans grand succès. Il n’avait pas la force de le repousser et ses ongles étaient encore trop mous pour griffer.

Puisant dans ses maigres forces, il s’agrippa des deux mains au pied frêle contre lequel il avait butté et tira, ce qui eut pour effet, non de chasser l’importun, mais de le faire remonter lui de deux bonnes coudées.

Enhardi, il se tortilla avec l’énergie du désespoir, glissant sur les membres entremêlés et les peaux poisseuses pour se faire une place dans le nid de chair ardente.

De grands bras musclés l’étreignirent alors et l’attirèrent dans le cocon formé par les deux corps enlacés.

Pleurant presque de soulagement, il appuya son petit visage contre l’ample poitrine si réconfortante.

Pam-pam… Pam-pam… Pam-pam… “

Il calqua sa respiration sur le rythme hypnotique.

Blotti tout contre les autres, protégé du froid mordant par la chaleur du grand corps, il était à nouveau en sécurité.

Frères… “

C’est comme ça que s’appelaient les autres.

Ses frères. Oui, chaque chose avait un nom, même lui.

Ka… daj… “

Kadaj. C’était son nom. Kadaj.

Ca sonnait bien.

***

Loz frissonna violemment et lutta pour ouvrir les yeux mais ses paupières étaient encore collées et ne s’ouvriraient pas avant plusieurs jours.

Il n’avait réussi à déchirer la membrane et à en libérer ses frères que quelques heures plus tôt mais la fatigue commençait déjà à se faire sentir et il savait qu’avant peu, il n’arriverait plus à produire suffisamment de chaleur pour les garder en vie.

C’était pourtant son devoir et sa seule raison d’exister : ” protéger ses frères et les aider à retrouver mère “. Ces mots étaient écrits en lettres de feu dans son cerveau et chacune de ses cellules.

A tâtons, il essaya de deviner les formes et les positions de ses cadets.

Le plus petit était blotti tout contre son ventre, comme dans la matrice, mais il ne sentait pas le second, habituellement collé contre son dos, ses bras souples enroulés autour de sa taille étroite.

L’affolement le gagna.

Il chercha plus loin, par-dessus le petit corps pelotonné dans son giron, et hoqueta d’horreur en touchant une épaule glaciale.

- Ya…zoo… gémit-il de sa voix encore mal équilibrée.

Faisant grogner Kadaj, il tendit son bras par-dessus ce dernier pour agripper le poignet gracile de Yazoo et le tirer à lui.

Celui-ci, transi de froid, se laissa faire sans la moindre résistance, trop faible pour réagir, et Loz le mit entre lui et son frère endormi, tout contre sa peau brûlante.

Mais Kadaj ne l’entendait pas de cette oreille !

Sentant soudain un corps glacé contre le sien, il rua avec colère, essayant de le repousser à nouveau loin de lui et de la chaleur bienfaisante qu’il voulait pour lui seul.

Loz dut les étreindre tous deux fermement, au risque de tordre leurs os mous, pour empêcher le belligérant de gigoter et de gâcher la précieuse et rare chaleur nécessaire à leur survie à tous. Chaleur qu’au demeurant il peinait de plus en plus à produire…

Malgré cela, il fit encore monter la température de son organisme de plusieurs degrés et, aussitôt, ses frères cessèrent de grelotter et de s’agiter pour retomber dans une sorte de catatonie réparatrice. Un état quasi-comateux nécessaire pour parfaire leur développement une fois sortis de la matrice.

Tels des sangsues assoiffées, ils se nourrissaient de la chaleur de leur aîné, n’en ayant jamais assez, leur cerveau brûlant toujours plus d’énergie à mesure que leur mémoire résiduelle se remplissait de celle de Sephiroth. Des souvenirs, des réflexes, des connaissances qui n’étaient pas les leurs se ruaient à l’assaut de leurs synapses à une vitesse et avec une violence effrayantes.

Kadaj et Yazoo s’agrippaient férocement à leur frère aîné, enfonçant leurs doigts dans sa chair tendre comme des rapaces, réclamant toujours plus de chaleur, et Loz dut bientôt se résoudre à choisir entre recevoir les précieuses données dont l’analyse et l’assimilation étaient par trop friandes d’énergie ou continuer à produire toujours plus de chaleur pour permettre à ses frères d’achever leur processus de développement dans les meilleures conditions possibles.

Poussé par l’instinct inscrit dans ses gènes, il n’hésita pas un instant.

Lorsqu’il estima avoir reçu de la mémoire de Sephiroth juste ce qu’il fallait de données essentielles à sa future survie sans le monde, il coupa la connexion mentale avec le Cauchemar de la Planète et utilisa ses dernières forces pour maintenir les deux corps serrés contre lui à la température adéquate.

Il dut cependant se rendre vite à l’évidence : il ne tiendrait pas très longtemps.

Son corps refroidissait à chaque heure qui passait, faisant bientôt grelotter Yazoo et enrager Kadaj, qui ruait, pinçait et mordait, réclamant toujours plus de cette chaleur dont il se gorgeait, inconscient des souffrances et des sacrifices que cela coûtait à son aîné.

Si ce dernier ne trouvait pas une solution, un apport d’énergie suffisant rapidement, ils mourraient et ce risque bien réel donna à Loz un second souffle.

Il devait protéger ses frères, c’était son devoir, quitte à le payer de sa propre vie.

C’est d’eux dont leur mère avait réellement besoin, pas de lui. Il le savait et, bien que cette vérité lui déchire le cœur, il s’y soumettait. Parce qu’il en avait reçu l’ordre, certes, et qu’il avait été créé dans ce but, mais aussi parce qu’il en était venu à éprouver pour les deux fragiles créatures, avec qui il avait partagé la matrice et qu’il avait senti se former et grandir tout contre lui, un amour inconditionnel qu’aucun instinct ou injonction inscrit dans ses gènes ne pourrait jamais remplacer.

La température de son corps baissa encore et il laissa échapper un sanglot désespéré en entendant la petite plainte de Yazoo, qui frissonnait contre sa peau désormais tiède.

De l’énergie. Il lui fallait une source d’énergie mais où la trouver ?

C’est alors qu’il se souvint sur quoi ils étaient tous trois allongés.

La matrice.

Cette membrane épaisse et visqueuse qui les avait protégés, nourris et au sein de laquelle ils avaient pris corps et forme…

Loz tourna un peu la tête pour frôler le tissu adipeux de ses lèvres et sut très bien dès lors ce qui lui restait à faire.

A la façon d’une louve qui dévore le placenta de ses louveteaux nouveau-nés pour engranger les protéines nécessaires à leur allaitement, il déchira une partie de la matrice gluante de ses dents et l’avala en grimaçant, luttant contre les spasmes qui lui retournaient le coeur.

***

Dix jours plus tard, les paupières de Loz furent les premières à se décoller.

Il faisait nuit, au dehors, et seule la faible lumière de la lune descendante éclairait le fond du cratère nord. Ce fut néanmoins suffisant à ses sens surdéveloppés pour distinguer ses frères, endormis enlacés tout contre lui, et l’émotion lui serra la gorge en les voyant pour la première fois.

Prenant bien garde à ne pas les réveiller, il lissa leurs cheveux soyeux et caressa leur peau douce, un sourire incontrôlable sur les lèvres.

Il resta ainsi un long moment, à les regarder et à les frôler du bout des doigts, attendri comme on peut l’être face à une portée de chatons pelotonnés dans un panier.

Mais il n’était plus temps de s’émouvoir, hélas.

Leurs corps étaient parfaitement développés, à présent, et avaient besoin, pour se nourrir, d’autre chose que de chaleur et d’oxygène.

Loz posa sa main à plat sur leur poitrine et leur dos et constata que, bien qu’ils ne soient plus en contact avec lui depuis un moment, les organismes de ses frères parvenaient maintenant à réguler plus ou moins leur température. Durant un certains laps de temps, du moins, et dès l’instant qu’ils restaient bien serrés l’un contre l’autre.

Bien.

Mais que se passerait-il s’il devait s’absenter trop longtemps pour leur trouver de la nourriture ?

Qu’est-ce qui pourrait leur fournir un peu d’énergie afin de continuer à produire de la chaleur si son absence se prolongeait ou s’il lui arrivait quelque chose et qu’ils devaient survivre et se débrouiller par eux-mêmes ?

S’il avait pu leur donner un morceau de sa propre chair à manger en cet instant, il l’aurait fait mais il avait besoin de son corps dans son intégralité pour les protéger et trouver de quoi les nourrir.

Il fouilla son cerveau à la recherche d’une situation similaire et de la réponse appropriée à donner mais… rien.

Il se prit la tête dans les mains, maudissant son manque de repères.

Peut-être n’aurait-il pas dû pas dû bloquer le flux d’informations provenant de la mémoire de Sephiroth, finalement. Peut-être que s’il ne l’avait pas fait, il…

Stop ! “ se rabroua-t-il. ” Tu n’avais pas choix, de toute façon. C’est trop tard, maintenant. Réfléchis ! Réfléchis, bon sang ! “

Sang qui battit à ses tempes avec affolement et il se raidit soudain.

La voilà la solution : le sang.

Gorgé de nutriments essentiels, facilement assimilables par des organismes encore fragiles et relativement aisé à reconstituer pour lui, le sang était exactement ce qu’il fallait à ses frères.

Du regard, il chercha quelque chose de tranchant et referma la main sur un morceau de silex tranchant, avec leqquel il s’entailla profondément la poitrine, au-dessus du téton droit, avant de soulever tendrement Yazoo dans ses bras pour le serrer doucement contre lui sans le réveiller.

La main sous la nuque délicate, il guida la petite bouche tendre jusqu’à la profonde entaille et son frère se mit à téter d’instinct, de plus en plus fort, le faisant grimacer de douleur. Il le laissa cependant faire jusqu’à ce que la source commence à coaguler et à se tarir.

Loz le remit ensuite en position foetale avec une patience et une tendresse à toute épreuve et s’entailla à nouveau la chair, au dessus du téton gauche, cette fois.

Contrairement à Yazoo, Kadaj n’eut guère besoin d’être guidé jusqu’à l’affleurement écarlate. L’odeur du sang de son frère fit frémir impatiemment ses narines et il s’agrippa aux larges épaules et au torse puissant avec un acharnement avide. Il aspira furieusement la vie hors du corps déjà tant éprouvé à longues succions douloureuses et en mordillant la plaie pour la rouvrir et en avoir encore plus lorsque celle-ci commença à coaguler.

Loz eut toutes les peines du monde à l’arracher à lui et se releva en titubant, le sein endolori et la tête tournant comme une toupie.

Pas le temps de se reprendre, cependant. Le soleil se lèverait bientôt et il fallait faire vite…

***

Yazoo fut réveillé par une odeur de sang frais et son estomac affamé se contracta douloureusement au souvenir du goût exquis de celui de son frère.

Au prix de douloureux tiraillements et de de frottements énergiques, ses paupières se décollèrent enfin mais, ébloui par la lumière de l’aube, pourtant bien pâle, il dut s’y prendre à plusieurs reprises pour réussir à les garder ouvertes.

Il tourna la tête en direction de l’odeur alléchante et vit que, tout près de lui, la chair rosée de deux lièvres de neiges, soigneusement dépecés et désossés, l’attendait.

Les yeux larmoyants, il se redressa à quatre pattes et se dirigea droit vers le festin de viande crue. Loz avait soigneusement sélectionné pour ses frères les parties les plus tendres et les plus charnues des lièvres, se contentant des restes.

Proche de la béatitude, Yazoo sentit les morceaux juteux fondre dans sa bouche et glisser dans son estomac qui, encore ridiculement étroit, fut vite rempli.

Il venait à peine de terminer son premier vrai repas qu’il sentit une main légère se poser sur son épaule.

- Ya…zoo ? demanda une voix douce.

Il se retourna et sourit avec tendresse en voyant son jeune frère pour la première fois.

- Kadaj…

Ce dernier hocha la tête et Yazoo lui tendit un morceau de viande, qu’il dévora sous les yeux curieux de son frère, mais, comme lui, il fut vite rassasié.

Repus, ils prirent alors le temps de s’observer et de se toucher attentivement, fascinés par leur ressemblance et émus par leur contact.

Kadaj glissa la main dans les longs cheveux soyeux de son aîné et sourit, les yeux brillants d’émoi.

- Tu es comme je t’imaginais, mon frère, murmura-t-il avec quelque chose qui n’était pas loin de ressembler à de la fierté.

Yazoo lui répondit par une étreinte violente et vit alors Loz, par-dessus son épaule.

- Laissons-le dormir, proposa Kadaj en suivant son regard. Il a bien mérité de se reposer un peu.

Son frère acquiesça mais n’en rampa pas moins vers le grand corps qui gisait à plat dos sur la pierre dure, ce corps qui les avait tous deux protégés et nourris de sa chaleur et de son sang.

Fasciné, il en détailla la silhouette virile, si différente de la sienne et de celle de Kadaj, la musculature athélique, la peau pâle et les traits délicats.

Oh, il était beau, son frère, pour ça oui. Beau et puissant comme un fauve.

La main tremblant d’émotion, il effleura du bout des doigts la courbe ferme de la mâchoire et… blêmit.

- Loz… murmura-t-il d’une voix étranglée.

- Mère est ici, fit Kadaj, qui s’était redressé pour faire quelques pas dans la grotte à ciel ouvert qui formait le fond du cratère. Je la sens… Elle est tout près.

- LOZ !

Alerté par le cri, Kadaj se précipita.

- Qu’est-ce qu’il y a ?

- Loz, réveille-toi ! Loz ! Tu n’as pas le droit !

- Yazoo, qu’est-ce qui se passe ?

- Il est tout froid ! cria celui-ci en sanglotant de plus belle. Kadaj, il est tout froid !

Ce dernier s’accroupit et posa son oreille contre la large poitrine.

Pam… Pa…am… Pap…am… Pam…”

Les battements du cœur de son frère, ce “bruit” si rassurant qui l’avait bercé dans la matrice puis dans l’air hostile et glacial du dehors, avait perdu toute régularité et faiblissait à chaque seconde.

- Loz… gémit-il, la gorge et le ventre noués.

- Qu’est-ce qu’il a ? Qu’est-ce qu’il a, Kadaj ? Pourquoi est-il si froid ?

La lèvre de Kadaj frémit et ses yeux se remplirent de larmes.

- Parce qu’il nous a tout donné… répondit-il dans un murmure à peine audible avec un regard d’intense désespoir à son aîné. Nous lui avons tout pris, Yazoo. Absolument tout.

Sans réfléchir davantage, il s’allongea sur le grand corps glacé et l’enlaça aussi fort qu’il le put.

Yazoo en fit autant et, réunissant leurs forces toutes neuves, faisant appel à leurs pouvoirs d’invocation - ceux-là même auxquels Loz avait dû renoncer, parmi bien d’autres choses, pour leur permettre de vivre - ils matérialisèrent autour d’eux une sorte de cocon dans lequel ils essayèrent de rendre à leur frère aîné au moins une partie de ce qu’il avait sacrifié pour eux : sa vie.

***

Tseng, regarde ça ! Oh… c’est répugnant ! “

BANG ! BANG !

Merde ! C’est qui, ces mecs ? “

BANG ! BANG ! BANG ! BANG !

Elena ! “

BANG ! BANG !

Non ! Va-t-en, Reno ! Remonte dans l’hélico ! Remonte dans l’hélico ! “

BANG ! BANG ! BANG !

Elena ! Attention ! “

BANG !

Tseng ! “

Vous avez pris notre mère. Où est-elle ? “

Qui… qui êtes-vous ? “

Où est mère ? “

Va te… faire foutre ! “

Eh ! C’est pas gentil ! “

Merveilleux… Il y a… même un… demeuré… AHH ! “

Tseng ! “

Comment viens-tu d’appeler notre frère, misérable larbin ? “

Tseng ! Oh, mon, Dieu, Tseng ! Arrêtez ! Arrêtez, vous allez le tuer ! “

A Vincent

Je suis debout de bon matin
Au boulot, vif et assidu.
Et si j’ai pas d’poil dans la main.
… C’est parce que t’as jamais voulu !

Cid

Oh ! Non, vince, tu n’es pas parfait…
Mais que tes défauts sont charmants !

Tifa

Si j’étais une rose et toi un oeillet
quel ravissant bouquet nous aurions composé !

Aerith

Pas trop nauséeux à force de tourner
dans ma tête ?

Lucrecia

Alors ?

C’est l’amour au premier regard

Ou je dois repasser plus tard ?

Yuffie

A Cid

Quand la nuit fait tomber son voile,
Tendre et vieil ami, pense à moi.
Car, à l’abri, dans chaque étoile,
J’ai laissé un baiser pour toi…

Vincent

Tu as les yeux plus bleus que la mer en été
Malheur à qui y plonge et ne sait pas nager…

Tifa

C’est dans tes bras que j’ai appris
Que la mort n’est pas nécessaire
Pour visiter le paradis…

Shera

Que ne suis-je mécano, pour graisser les rouages
de cette belle machine !

Shalua

Le ciel est gris,  donne-lui un peu
du bleu qui illumine tes yeux

Yuffie

A Reno

Toi, mon petit capuccino…
Sucré et chaud qui rend nerveux !

Rude

Les beaux bruns ténébreux font rêver, c’est certain,
Mais moi, je rêve de toi, joli petit rouquin !

Tifa

Que Dieu te garde, Reno…

et, surtout, qu’il m’envoie la clé !

Rufus

Si ton corps était mon cachot

Et tes bras de solides chaînes

C’est avec joie… Que dis-je ! Au trot !

Que je viendrais purger ma peine.

Yazoo

Si la beauté était forfait,

Aucun juge ne te gracierait…

Tseng

Les mémoires de Loz : La science m’a tout appris !

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Avoir la chance d’être un incarné du grand Sephiroth et avoir grandi dans un laboratoire parmi les meilleurs scientifiques de la planète a contribué à faire de moi l’homme que je suis et je peux le dire aujourd’hui sans l’ombre d’une hésitation : la science m’a tout appris !

A apprécier un travail bien fait, par exemple :

“Loz ! Yazoo ! Si vous voulez vous tuer tous les deux, faites-le à l’extérieur, je viens tout juste de finir de nettoyer le labo !”

La science m’a aussi appris la religion :

“Loz, tu ferais bien de faire une prière pour que j’arrive à nettoyer ce satané matelas.”

La science m’a appris le voyage dans le temps :

“Loz ! Je n’attendrai pas jusqu’à la St Glinglin que tu arrives à dégommer cette putain de cible !”

La science m’a appris la logique :

“Parce je dis que c’est comme ça, Loz ! Voilà pourquoi.”

La science m’a appris la prévoyance :

“Assure-toi toujours que tes petits frères portent des sous-vêtements propres… au cas où ils auraient un accident.”

La science m’a appris l’ironie :

“Continue à chialer comme ça, Loz, et je vais te donner un truc qui va vraiment te faire pleurer !”

La science m’a appris le phénomène physique de l’osmose :

“Ferme le bec et avale-moi cette saleté de mako !”

La science m’a appris la souplesse :

“Bon sang, Loz ! Regarde-moi cette crasse derrière tes oreilles !”

La science m’a appris l’endurance :

“Je te préviens, Loz : tu resteras assis là jusqu’à ce que tu avales ces saloperies de légumes !”

La science m’a appris la météo :

“On dirait qu’un ouragan a ravagé votre chambre !”

La science m’a appris l’hypocrisie :

“Je te l’ai déjà dit un million de fois, Loz : arrête de me prendre pour un con ou ça va mal aller !!”

La science m’a appris la sélection naturelle :

“N’oublie pas que c’est moi qui t’ai donné la vie, Loz, et que c’est moi aussi qui pourrait bien te l’ôter”

La science m’a appris les règles de la génétique :

“Arrête d’être aussi tête de mule que ton frère !”

Oui, vraiment, la science m’a tout appris…

Loz

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Je t’aime, donc je te hais

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

***

Note : cette fanfic se déroule quelques semaines après que Yazoo et Loz aient fait exploser leurs materias à la fin de « Advent Children ». Les fans de Michèle Mercier apprécieront le gros clin d’oeil à “Angélique”.

Du coin de l’œil, Reno observait le mince argenté, appuyé à la rambarde.

Sa longue chevelure d’électrum cascadait sur ses épaules et ses longues mains jouaient avec les feuilles de lierre qui courraient de part et d’autre du balcon. Son cou élégant se tendait pour surprendre la promenade des hérissons qui avaient élu domicile dans le jardin du manoir Shinra de Nibelheim, en contrebas, et, lorsqu’il vit enfin les petits animaux sortir en file indienne de leur terrier, un sourire désarmant incurva ses lèvres fines.

- Ca y est ! Ils sont sortis.

Le turk ricana assis sur le lit de la suite.

- Evidemment qu’ils sont sortis, tu as littéralement couvert le gazon de nourriture !

- Tu dois nous trouver ridicules à être ainsi fasciné par des choses qui te semblent banales, dit-il en se tournant vers Reno.

- Je trouve surtout les argentés d’une perfection saisissante, répondit celui-ci avec un regard appuyé.

Yazoo sourit, narquois.

- Ah oui ? Tu aimes les hommes aux cheveux prématurément gris et à l’organisme ravagé par le mako ?

Reno se rapprocha soudain et le pressa contre la rambarde du balcon.

- Pas tous… Mais toi, oui.

L’argenté se dégagea avec l’adresse d’un jeune chat.

- Tu aimes surtout le scotch millésimé, Reno ! A l’excès, même, je dirais. Tu as bu comme un trou, au dîner.

- Je préfère la bière, répliqua le turk. A défaut d’un tout autre nectar… ajouta-t-il avec un clin d’œil salace.

Yazoo éclata de rire.

- Tu mériterais que je te pende par les pieds au-dessus de la baignoire ! Ca refroidirait peut-être un peu tes ardeurs.

- Je ne me pendrai qu’à ton cou ! rétorqua Reno avec emphase avec un ample geste théâtral.

Le rire de l’argenté redoubla.

- Quelle jolie phrase ! Du vent, certes, mais jolie tout de même.

- Mais je suis comme le vent ! poursuivit le turk sur sa lancée lyrique. Le vent qui voudrait se perdre dans tes cheveux, se glisser sous ce manteau fendu qui invite si bien à l’amour et caresser tes…

Yazoo voulut le frapper mais il saisit son poignet en souriant.

- Tss ! Tss ! On ne frappe pas le vent, bel incarné. Même toi, tu n’as pas ce pouvoir.

- Serais-tu poète en sus d’assassin ? persifla l’argenté.

- Certaines femmes pourraient le jurer, soupira Reno.

- Je ne suis pas une femme

- Et moi, je ne suis pas un assassin.

- Ah ?

- Non. Je n’ai rien à me reprocher de ce côté là.

- Aucun remords ? Jamais ? Alors tu es un homme heureux, pourquoi soupirer ?

- Parce que l’objet de mon désir n’apaise pas les brûlures qu’il cause.

- Et… ça fait mal ? ironisa Yazoo en s’asseyant sur son lit, dévoilant ses longues cuisses galbées de cuir.

Reno inclina la tête sur le côté, admiratif, et l’argenté rabattit un pan de son long manteau sur ses jambes, au grand amusement du turk.

- Inutile de te cacher. Pendant que tu étais à l’infirmerie, le mois dernier, je t’ai regardé. Je t’ai regardé… partout.

- Partout ?

- Mhh… Mouais. Et je peux te dire que tu es beau… partout.

La main d’Yazoo se leva à nouveau. Reno l’intercepta.

- Maman Jenova ne t’a pas appris qu’il ne fallait pas torturer un homme qui souffre ? demanda-t-il en embrassant le poignet délicat.

L’argenté bondit sur ses pieds et lui coula un regard agressif.

- Tu deviens insultant ! Et tu pousses le jeu un peu loin !

- Mais je ne joue pas.

Yazoo rougit soudain et serra les poings.

- Rufus t’a désigné pour être mon garde du corps, pas mon soupirant ivre mort !

Reno fit une révérence insultante.

- Oh… pardon. Pitié ô grand spécimen d’étude, fais-moi l’aumône d’un regard, dit-il avec insolence.

L’argenté hoqueta.

- Ca suffit, Reno ! Ca ne m’amuse plus !

- Je suis marri d’avoir pu offenser « ta Majesté ».

- Et cesse d’employer ce ton narquois !

Le turk éclata de rire.

- Regarde-toi ! On t’a retrouvé à demi-mort sous un tas de gravats en compagnie d’un frère encore plus mal en point que toi… et te revoilà aussi chiant et cul pincé que dans mes souvenirs ! Le fiston à sa môman a retrouvé sa morgue et refuse de plaisanter avec un pauvre humain « génétiquement-non-modifié » ?

- Je ne vois pas le rapport !

- Non ? Vraiment ? Voyons, vous êtes si parfaits, vous, les incarnés du grand Sephiroth ! Si impitoyables ! Si… invulnérables ! Si forts ! Surtout toi… Hein, Yazoo ? Comment tu te sens, depuis qu’on a annihilé les cellules de Jenova dans ce joli petit corps, dis-moi ? La forme ?

Le sang de l’argenté se glaça dans ses veines.

- Reno, tu deviens cruel…

- Ah ! La cruauté… n’est-ce pas là l’un des raffinements favoris de ta chère maman ? La souffrance est si agréable… Hein, Yazoo ? Chez les autres, s’entend, bien sûr. A moins que… Aimes-tu souffrir aussi ? Est-ce cela qui te manque, chez nous, simples humains ? Cette capacité à faire souffrir ? Cette jouissance qu’entraîne la douleur d’autrui ?

- Tu dis n’importe quoi !

- Tu crois ? Alors à quoi joues-tu depuis tout à l’heure, si ce n’est à me faire souffrir ? Oserais-tu nier que tu t’amuses de l’effet que tu produis sur moi ? Sinon, à quoi rimeraient les minauderies et les effets de jambe que tu m’infliges depuis que Rufus a fait de moi ton chien de garde ? C’est si amusant que ça, d’attiser le désir d’un homme en sachant qu’on ne l’apaisera jamais ? C’est maman qui t’a appris à faire ça ?

- Tais-toi !

- Pourquoi ? Si c’est le jeu de la souffrance, que tu préfères, on va y jouer à deux. Quand dois-tu prendre ta prochaine dose de mako, dis-moi ? Quand est-ce que tes genoux te trahiront ? Dans une heure ? Moins, sans doute ? Tu faiblis déjà. Regarde-toi. Tes mains tremblent depuis un moment, déjà, et tu as du mal à tenir sur tes ravissantes petites jambes.

Yazoo se boucha les oreilles et ferma les yeux.

C’est vrai que l’effet du mako s’estompait et que la tête lui tournait.

Depuis que les scientifiques avaient réussi à brider les pouvoirs de Jenova au coeur même de ses cellules, seule la substance produite par la rivière de la vie ou les materias les empêchaient lui et son frère de s’écrouler, inanimés, aux pieds de leurs anciens ennemis.

Anciens ennemis pour lesquels ils étaient devenus des objets d’étude et des curiosités…

- Fiche-moi la paix, Reno…

Il avait envie de s’allonger. D’être seul. De dormir… Il se sentait si fatigué…

- Ah ! Non, désolé… Ce serait trop facile ! Nous avons une conversation à terminer.

- Reno, arrête, je ne suis pas d’hum…

Le turk le saisit par le bras et n’eut aucun mal à le déséquilibrer.

L’argenté s’effondra dans ses bras avec un gémissement plaintif.

- Te voilà à ma merci, joli Yazoo. A moins que tu n’appelles ton frère à l’aide ? Mais que lui dirais-tu ? « Aide-moi, Loz, je suis trop faible pour me défendre… » ? Quelle humiliation, n’est-ce pas ? Mais laquelle serait la plus terrible ? Celle d’admettre ta faiblesse maintenant que les cellules de Jenova ne sont plus là pour te soutenir ? Ou celle de me voir prendre de force ce que tu me promets depuis quelques jours sans vouloir me le donner ? (Il lui saisit les poignets et Yazoo se débattit) Regarde-toi… tu n’as pas plus de force qu’un garçonnet…

- Tu ne feras pas cela, murmura l’argenté, la gorge serrée.

- Non ? Et pourquoi ? demanda encore Reno en dézippant son manteau pour faire glisser le manteau sur son épaule.

- Reno, je t’en prie…

- Alors ? Qu’est ce que ça fait, de se retrouver pris à son propre jeu, Yazoo ?

- Arrête… sanglota-t-il. S’il te plaît…

En voyant une larme rouler sur la joue pâle, Reno comprit qu’il était allé trop loin et reprit immédiatement son sérieux.

- Eh… chuchota-t-il en caressant doucement les cheveux de mercure. Merde… Le prends pas comme ça, je déconnais.

L’argenté serra les deux pans de son manteau sur sa poitrine et ses lèvres furent agitées d’un tremblement irrépressible.

- Pardonne-moi, chuchota Reno en embrassant la nuque délicate. Je ne voulais pas te faire peur. Je ne te ferai jamais de mal, Yazoo, tu le sais… Tu me sais, n’est-ce pas ?

- Laisse-moi.

Le turk lui prit le menton et tourna le visage gracieux vers lui.

Les yeux mako étaient le foyer d’un indicible tourment.

- Je suis désolé, Yazoo… Je suis désolé d’avoir poussé la blague un peu loin mais il faut que tu comprennes que… que…

Il effleura sa joue d’un doigt fébrile, le souffle court, puis le lâcha brutalement pour sortir de la suite comme on s’enfuit.

Lorsque Yazoo reprit suffisamment ses esprits pour le rappeler d’une voix brisée, seul l’immense couloir désert lui répondit en écho :

« Reno ! Attends ! Ne me laisse pas…pas… pas… as… as… »

FIN

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Il suffit d’un instant

« Il faut des années pour bâtir une partie de sa vie

mais un instant suffit pour la démolir entièrement. »

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Shiva Rajah d’après une illustration de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

La première chose qu’il sentit fut la douleur.

Une douleur aiguë qui le transperça de part en part au niveau de l’aine.

- Ne bouge pas, Cid. N’essaye surtout pas de te redresser.

- Vin…ce ?

Sa gorge était si sèche et douloureuse qu’il avait l’impression qu’on lui avait déversé dans la bouche un sac d’aspirateur plein de poussière.

- Ne parle pas et, surtout, reste calme.

Cid essaya d’ouvrir les yeux et la lumière vive du ciel l’aveugla.

Il toussa, cracha et toussa encore, accentuant encore la douleur qui pulsait à présent dans son bas-ventre et sa jambe.

Des exhalaisons de combustible brûlé, de ferraille chaude et de plastique fondu lui irritèrent les narines.

- Les secours arrivent, Cid, reste tranquille.

Les secours ?

Pourquoi ? Qu’est-ce qui s’était passé ?

La dernière chose dont il se souvenait, c’était d’être aux commandes de son bébé et de survoler Canyon Cosmo.

Le temps était clair, ils avaient mis une bonne rouste aux soldats du deepground, avaient définitivement annihilé Omega et… Et quoi ?

- Qu’est-ce qui… c’est… passé ? réussit-il à articuler avec difficulté en réprimant un gémissement.

- Tu t’es écrasé.

- Quoi ? s’écria le pilote avec un sursaut.

Ce qu’il regretta aussitôt lorsque la douleur monta encore d’un cran.

- Bon sang, Cid, ne bouge pas !

Il sentit qu’on lui compressait douloureusement le haut de la cuisse et ouvrit un oeil larmoyant pour voir son pantalon en lambeaux couvert de sang. Tout comme son entrejambe et la main de Vincent, qui essayait tant bien que mal de contenir l’hémorragie qui semblait résulter d’une lésion de son artère fémorale.

- Oh… merde. Quelle tronche… ça a ?

- Les secours arrivent, Cid.

- C’est pas ce que je t’ai demandé, bordel !

Son éclat entraîna une nouvelle et douloureuse quinte de toux.

- Un bout de ferraille t’a transpercé la hanche.C’est pas beau à voir mais tes bijoux de famille sont intacts. C’est ce que tu voulais entendre ?

- L’équipage ? Où est l’équipage ?

Vincent mit un peu de temps à répondre.

- J’en sais rien. J’ai juste eu le temps de sauter avec toi, Cid.

- Sauter ? De… là-haut ? Oh, je vois… Chaos, hein ? Saloperie…

- Sans lui tu ne serais plus en vie, Cid.

- Mais qu’est-ce qui s’est passé, bordel ? Pourquoi on… on s’est crashé comme des bouses ?

- Il y a eu une explosion. Le moteur, peut-être.

- Impossible. Ah ! Putain, arrête d’appuyer comme ça !

- Je n’ai pas le choix, Cid. C’est ça ou tu te vides.

- Super… railla le pilote avec humour désespéré. J’ai toujours rêvé de finir… comme ça. Les couilles à l’air dans le désert… ( Vincent ramassa le blouson du pilote de sa main libre et recouvrit son bas-ventre) Quoi ? Elles sont si moches que ça ? Je suis… vexé… Les femmes m’ont toujours dit que j’avais… la plus belle paire… qu’elles aient jamais vue.

Vincent rit malgré lui.

- Oui, Cid, tu as des couilles inoubliables mais, maintenant, tu la fermes et tu arrêtes de bouger. Plus tu t’agiteras, plus tu saigneras.

- Vince…

- Quoi, encore ?

- Ca va pas… très bien. Je crois… Je crois que je vais tourner… de l’oeil…

- Cid ? Non ! Cid ! Reste avec moi ! Cid !

*

- …d ? …id ? Cid ?

Les sons parvenaient à ce dernier comme étouffés à travers un tampon de ouate.

- Pourquoi ne pas le laisser dormir encore un peu ?

- L’anesthésie se dissipe. Il lui faut de la morphine.

- Il sent rien, il est inconscient.

- Crois-moi, pas pour longtemps.

- Bah, mets-lui-en un peu, alors, avant qu’il ait mal.

- La morphine se dose en fonction de la douleur, Yuffie, ce n’est pas un produit anodin. Cid ! Tu dois te réveiller, maintenant. Ouvre les yeux, allez !

Le pilote cligna douloureusement des yeux mais il lui fallut un moment pour que le voile noir commence à s’estomper.

- Vince ? Vince… c’est toi ? Mes yeux… Ca brûle…

- Yuffie, ferme les rideaux. Cid ? Cid, tu me vois ?

Celui-ci sentit plus qu’il ne vit une main s’agiter devant son visage.

- C’est flou…

- C’est normal, tu sors juste du bloc.

Du bloc ? Il avait dont été opéré ?

Il voulut se redresser pour s’asseoir et une douleur foudroyante remonta le long de sa cuisse jusqu’au sternum, lui arrachant un cri.

- Cid !

Il sentit la petite main fraîche de Yuffie se poser sur sa poitrine nue pour l’empêcher de bouger et entendit deux « clic ! », près de son épaule.

Presque aussitôt, quelque chose parut se répandre dans son corps et la douleur reflua.

- Du calme, Cid, murmura Vincent. Ca devrait faire effet dans quelques instants.

- Oh, la vache…

Il cligna à nouveau des yeux et, cette fois, la silhouette de l’ancien turk commença à se dessiner devant lui, sur le bord du lit.

- Tu nous a fait une belle peur, tu sais, entendit-il ronchonner l’Utaïenne. Heureusement que j’avais des materias en réserve dans le camion de Barret ! Comment tu te sens ?

- Comme si Barret… m’était passé dessus avec le camion en question.

Vincent laissa échapper un petit rire.

- Tu l’as échappée belle, avec ton morceau de ferraille. Un peu plus et l’artère fémorale aurait été sectionnée net.

- Ouais ! Et on serait arrivés trop tard, renchérit la jeune ninja.

La vue de Cid s’éclaircit enfin.

Il distinguait à présent ce qui se trouvait dans la pièce.

C’était une chambre spacieuse et luxueuse, aux hautes fenêtres voilées de rideaux somptueux et aux murs couverts de boiseries.

- Ouahouh… On est où, là ? Dans un hôpital cinq étoiles ?

- Presque, acquiesça Vincent. Tu es au manoir Shinra, à Nibelheim.

- Bah merde… Je ne m’en souvenais pas comme ça. Ils ont rafistolé, depuis qu’on les a débarrassés du squatteur de la cave ? plaisanta-t-il avec un clin d’oeil.

Yuffie prit place à côté du « squatteur » en question, sur le bord du lit.

- Il y a presque un an que Rufus l’a restauré. Reeve a fait installer un centre de recherche médiale ultramoderne dans l’ancien labo d’Hojo et du docteur Crescent.

- C’était l’endroit le plus proche où l’on pouvait trouver une équipe médicale capable de rafistoler ta hanche.

- Cassée ?

- « Broyée » serait plus approprié.

- Génial… Dites-moi au moins que vous n’avez pas prévenu ma femme.

Yuffie se raidit et jeta un regard affolé à Vincent, qui parut hésiter un moment avant de répondre :

- Non, nous ne lui avons rien dit, ne t’en fais pas.

Cid laissa échapper un soupir de soulagement.

La dernière chose dont il avait envie, c’était de voir Shera tourner autour de lui avec la mine qu’elle aurait eu en soignant un chiot malade.

- Bordel, je me souviens de rien, Vince… Qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi je me suis crashé ?

- Reeve et ses hommes ont récupéré l’épave. Ses ingénieurs supposent qu’un tir a endommagé un réacteur durant l’attaque. Une pièce aurait fini par se détacher et aurait provoqué une réaction en chaîne. L’un des réservoirs a explosé. Personne ne pouvait le prévoir, Cid. C’était un accident idiot comme il en arrive parfois.

- Et l’équipage ?

- Il y a pas mal de survivants. Ils ont été soignés ici, eux aussi, et transférés pour la plupart au centre de soins de la WRO il y a une heure.

- Combien ? Combien ont survécu ?

- Un peu plus de la moitié.

Cid se couvrit le visage des mains.

- Heureusement que les gosses ne sont pas montés avec nous… je crois que je ne me le serais jamais pardonné.

- Tu n’y es pour rien, Cid, le rassura Yuffie. C’était un accident que personne ne pouvait prévoir.

- Ouais… Tu parles. Vaut mieux se dire ça.

La jeune fille paraissait étrangement désorientée, ce qui ne lui ressemblait pas du tout, mais sourit néanmoins pour lui communiquer un peu d’entrain.

- En tous les cas, toi et Vincent, vous êtes vivants et c’est ce qui compte !

- Ouais… Dès que j’y verrais clair, que je pourrais marcher et que je serais sorti du tas de coton dans lequel mon cerveau semble s’être enfoui, je me mettrai à sauter à pieds joints sur le lit, promis.

- Arrête d’être aussi cynique, Cid. Tu ne dois penser qu’à te reposer pour être à nouveau sur pied le plus vite possible !

Vincent lui tapota l’épaule.

- Elle a raison. Tu dois te reposer. Si tu as besoin de morphine, il te suffit d’appuyer sur ce bouton. C’est directement relié à ta perfusion.

Le pilote considéra avec circonspection le tube qui allait de son bras à une machine pleine de boutons et de petits écrans complexes.

- Super… Je vais pouvoir planer à nouveau, avec ça. Et sans risque de me crasher, cette fois.

- Oui, enfin, ne te shoote pas à mort quand même.

- Rassure-toi, Vince, la seule drogue que j’accepterai volontiers, c’est une bonne bouteille d’un truc qui dépasse les quarante degrés. T’aurais pas ça sous ta cape, par hasard ?

L’ancien turk ricana.

- Je vais voir ce que je peux faire, dit-il sur le seuil.

- Eh, Vince ! Merci… Et j’parle pas de la bouteille.

Ce dernier répondit par un clin d’oeil complice et tira doucement la porte derrière lui et Yuffie.

Cid attendit que le battant se referme et se laissa enfin aller en arrière sur les oreillers avec un cri silencieux, les mains pressées sur le visage et celui-ci contracté sous l’effet d’une douleur quasi-insoutenable.

- Bordel de merde…

Il savait d’expérience que les douleurs osseuses étaient les pires que l’on puisse imaginer mais là… c’était à croire qu’un rat était en train de lui ronger la hanche de l’intérieur.

Il sentit une sueur glacée perler sur son front et sur son torse nu et frissonna, ce qui eut pour effet de faire monter la souffrance d’un cran.

- Putain de putain de putain… s’entendit-il gémir à nouveau d’une voix brisée.

La morphine… Il lui fallait plus de morphine…

« Non ! » hurla une petite voix dans sa tête. « Tu sais très bien ce qui se passera avec cette saloperie, bordel ! Au début, ça te soulagera et puis plus tu t’y habitueras, plus tu… »

Oui, Cid savait très bien ce qui se passait avec ce genre d’opiacés, il en avait fait l’amère expérience il y a dix ans, lorsque cette saleté de morceau de fuselage de fusée lui était tombée dessus, lui brisant les deux jambes et réduisant sa cheville gauche à l’état de compost. Toute l’articulation et une partie du pied avaient dû être remplacés par un système interne robotisé en carbone, ce qui devait très certainement être aussi le cas de sa hanche, désormais, s’il en croyait l’intensité de la douleur…

Il devait tenir.

S’accrocher.

Essayer, du moins.

Un peu…

Un élancement particulièrement violent lui vrilla les nerfs et, les mains toujours pressées sur son visage, il se mordit les paumes pour contenir un cri.

Il entendit trois petits « clic ! » et la douleur reflua un peu, en même temps que s’élevait la douce voix de Vincent.

- Ca va mieux ?

Cid l’observa entre ses doigts.

- Je t’ai vu sortir, Vince… haleta-t-il. Qu’est-ce que tu fous encore là ?

- Tu peux peut-être jouer les costauds impassibles devant la petite mais pas devant moi, Cid. J’ai vécu avec la douleur pendant trop longtemps pour ne pas la reconnaître quand je la vois dans les yeux de quelqu’un… La morphine te soulage-t-elle ?

- Un peu. Mais ça ne durera pas. Et ce sera encore pire. Alors arrête de m’envoyer cette merde dans les veines. Ca m’a fait plus de mal que de bien, il y a dix ans.

L’ancien turk tiqua et s’assit doucement sur le bord du lit.

- Il y a dix ans ?

Le pilote acquiesça et désigna son pied gauche, sous la couverture.

- Prothèse interne robotisée en carbone. Une petite merveille de technologie !

- Un accident ? Pourquoi ne m’en as-tu jamais parlé ?

Cid haussa les épaules.

- Sans doute parce que l’occasion de t’emmerder avec ça ne s’est jamais présentée.

Vincent fronça le sourcil et sourit, surpris.

Au cours des longues conversations - ou parfois des beuveries - qui avaient ponctué leurs trois années d’amitié, le pilote et lui avaient pourtant abordé des sujets bien plus intimes qu’une simple histoire de prothèse ou d’accident. Qu’est-ce qui pouvait donc l’embarrasser à ce point ?

- Qu’est-ce que tu ne veux pas me dire, Cid ?

Ce dernier poussa un profond soupir et tordit le nez, sachant que son ami ne le laisserait pas en paix tant qu’il n’aurait pas le fin mot de l’histoire.

- Je suis resté accro à la morphine pendant deux ans… Et si j’avais pas failli perdre mon job, je le serais peut-être encore.

- Désolé, je l’ignorais.

Le pilote sourit et secoua la tête.

- C’est rien, dit-il en arrachant le sparadrap de sa perfusion pour retirer l’aiguille de celle-ci avec une petite grimace. Tu pouvais pas deviner. Tu veux essayer ? railla-t-il en lui tendant le dispositif d’intraveineuse.

L’ancien turk le prit, enroula le long tube en riant malgré lui et le posa sur la machine programmée pour diffuser la morphine.

- Sans anti-douleurs, tu ne tiendras pas le coup, Cid.

- Pourquoi, qu’est-ce qu’ils ont tripatouillé, là-dedans ? Me dis pas que j’ai une nouvelle articulation en ferraille ? Je vais bientôt pouvoir faire concurrence à Barret !

- Non, juste des broches. En titane, cette fois.

- Super… Les matérias de Yuffie n’ont donc pas fait leur taf. C’est bien ma veine !

- Les matérias ont réparé tes muscles et ton artère mais ta hanche était brisée en plusieurs endroits, il fallait faire vite, les médecins n’avaient pas le choix.

- Ils auraient pu attendre que ces fichues boules agissent.

- Et l’os risquant de se ressouder trop vite et n’importe comment, tu aurais probablement boité toute ta vie.

Le pilote lui coula un regard en biais.

- T’as décidé de me prendre à rebrousse-poil ? On t’a jamais dit qu’il fallait laisser les victimes exprimer leur colère ?

Vincent rit malgré lui mais son sourire se figea sur ses lèvres en voyant soudain Cid pâlir à nouveau : la douleur revenait.

- Cid, tu dois prendre quelque chose.

- Ouais ! Et je t’ai déjà dit quoi.

- Je descends voir les médecins. Il existe d’autres an…

- Il n’y en a pas, Vincent ! Pas qui auraient un effet plus positif que les effets secondaires, en tout cas. Allez, fais pas cette tête, ça va aller, j’en ai vu d’autres !

- Cid, je…

- Mais tu vas aller la chercher, cette putain de bouteille, au lieu de gémir comme une vieille femme ? Ou tu comptes parler toute la nuit avec la gorge sèche ?

Vincent hocha la tête et quitta la chambre à contrecoeur.

Yuffie l’attendait un peu plus loin, dans le couloir, en compagnie de Cloud et de Tifa.

- Alors ? lui demanda cette dernière, la mine sombre. Comment l’a-t-il pris ?

L’ancien turk secoua la tête et détourna le regard.

- Tu ne lui as rien dit ? s’offusqua la jeune utaïenne.

- Non.

- Quoi ? Mais enfin, tu ne…

- Yuffie… la coupa calmement Cloud.

La jeune fille poussa un profond soupir et Tifa se mordit la lèvre.

- Il l’apprendra toujours bien assez tôt. Pauvre Cid…

Yuffie tapa du pied.

- Plus on attend et pire ce sera !

Vincent lui jeta un regard sévère.

- Si tu as une formule toute faite pour dire à ton meilleur ami qu’un psychopathe vient de découper sa femme en rondelles dans sa propre maison avant d’y mettre le feu, je t’écoute, Yuffie ! (Cette dernière baissa la tête) C’est bien ce que je pensais…

- De toute façon, il est trop tard, laissa tomber Cloud, maussade. Ni lui ni personne ne peut plus rien faire pour Shera. Pour l’instant, Cid doit surtout se concentrer sur sa guérison.

La petite ninja poussa un petit cri outragé.

- C’était sa femme ! Et il l’aimait !

- Yuffie… intervint l’ancien turk. Cloud a raison. Occupons-nous d’abord des vivants. Les morts, nous ne pouvons que les pleurer. Rien de plus.

Chacun s’enferma dans un silence lugubre et Tifa poussa un soupir déchirant.

- Pauvre Cid… répéta-t-elle.

*

Sa femme Shera, le Sierra et une partie de son équipage, la maison de Rocket Town, sa santé… En un après-midi - un claquement de doigts dans l’immensité d’une vie - Cid Highwind avait tout perdu.

C’est comme ça.

Du meilleur ou du pire, il suffit parfois d’un instant à dame Fortune pour faire ses choix…

Maugréer ou se lamenter n’y a jamais rien changé ; quels que puissent être l’âge, l’appétit de vivre ou la notoriété, au final, nous sommes tous égaux devant cette dame toute puissante.

Que chacun se le tienne pour dit.

Fin

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Part 4 - On les croyait épuisés… Eh bah nan !

INTERIEUR VAISSEAU, PONT DE COMMANDEMENT : Cid, Weiss, Nero, Loz, Yazoo, Sephy, Kadaj, Tifa, Shera, Reno, Elena.

Tout le monde regarde Weiss et Nero, attendant leur explication.

Eux se dévisagent en se demandant quoi répondre quand subitement l’écran de contrôle s’allume et un visage féminin apparaît.

Voix : SOS, SOS ! Ici, Helena ! Mon vaisseau est en rade ! SOS ! SOS ! Vous m’entendez ? SOS ! SOS !

Loz (qui se prend la tête dans les mains) : Oh non ! Pas la nymphomane ! Elle pouvait pas rester avec son Utaïen de @]¤#~ ! ! ! !

Weiss : Ouaouhhh ! C’est qui la blondinette incendiaire ?

Shera (affligée, une main sur le front, l’autre tendue vers le ciel en une supplique désespérée) : NOOOOOONNNN!!!!

Tifa (regard mauvais à Cloud) : Toi t’as intérêt à pas trop regarder ailleurs…

Sephy (soudain affolé, essayant en vain de se planquer derrière Cid) : Surtout tu ne m’as pas vu, je ne suis pas sur ce vaisseau, t’as compris ?!

Cid (atterré) : Tu as… Naaaaaaannn ! T’as pas fait ça ? pas toi ! T’es pas tombé dans le panneau ! Tu t’es pas tapé cette greluche ?! Si ?

Sephy (pleurniche, piteux) : C’est pas de la fauuuuute ! J’étais seuuuul, je rentrais de missiiiooooon, j’avais rien d’autre à me mettre sous le veeeenntre !

Helena : Cette voix ? (Soudain pleine d’entrain et sautillant devant son écran en agitant la main - et il n’y a pas que ça qui sautille parce qu’elle est court vêtue et que ça rebondit de partout) Sephynet ! Mon loup blanc à moi ! Ma terreur des nuits d’été ! Mon étalon aux yeux verts ! Le destin nous réunit alors même que je croyais t’avoir perdu à jamais !

Cid (un sourcil levé, abasourdi) : Eh ben ça, alors… J’aurais pourtant juré que j’avais décroché la plus barge…

Shera (qui, après avoir tourné la réflexion de Cid dans tous les sens, a enfin saisi et bout par les oreilles) : Eh ! C’est moi la barge ?!

Kadaj (serviable) : Qui tu veux que ce soit d’autre ?

Sephy (effondré, répète à voix basse) : Je suis foutu… Je suis foutu… Je suis foutu…

Loz (idem): Ah, la galère… Y manquait plus que ça !

Nero (qui ne saisit pas ce qui se passe) : Mais enfin qu’est-ce qu’il y a ? Qu’a-t-elle de si terrible, cette fille ?

Reno (qui revient sur le pont de commandement en mâchonnant un sandwich au roti de chocobo froid) : Bah z’êtes bouchés ou quoi ? Vous entendez pas Elena? (Il se dirige vers un tableau de commandes et, avant que quiconque n’ait le temps d’intervenir :) Allez zouh ! rayon tracteur, procédure automatique de récupération !

Tout le reste de l’équipage en cœur : NAAAANNNNN ! ! ! FAIS PAS CAAAAA! Trop tard…

Ils se prennent tous la tête entre les mains.

Reno (confus): Ben quoi ? C’est Elena!

Sephy (relève un chouia la tête) : On a combien de temps avant la fin des manœuvres d’arrimage de son vaisseau ?

Reno : Euh… Quelques minutes. Quoi ? Pourquoi vous me regardez tous comme ça ? J’ai fait une gaffe ?

Sephy (sombre): Ouiii ! (Avisant Cloud qui a l’air de compatir à son malheur) Dis donc… Tu pourrais pas m’aider à me planquer ? (À voix basse en désignant Yazoo, qui réajuste sa coiffure en se regardant dans son miroir de poche) Je préfère ne pas me fier à la rapidité d’esprit de mes frangins pour échapper à l’autre furie…

Cloud (fier d’aider son supérieur en détresse) : Bien sûr ! (Réfléchit) Voyons… Où on pourrait te cacher sur cette poub… Ce vaisseau ?

Ils partent en courant dans les couloirs pour trouver une planque. Reno se retourne, perplexe, vers les autres, toujours prostrés.

Reno : Euh… scusez… Dites ? Pourriez me filer un coup de main siouplait ?! SIOUPLAIT ?! Je suis tout seul aux commandes !

Tout le monde se reprend immédiatement devant la perspective de Reno pilotant seul le vaisseau.

Weiss (chuchote discrètement à son frère) : Sephiroth s’est barré avec le blondinet et pas avec un de ses frangins, t’as vu ? Je me demande pourquoi…

Nero (sur le même ton discret) : Prends pas cette tête de satyre, il ne veut pas que la fille le trouve, c’est tout.

Weiss : Elle est canon pourta… (regard frigorifiant de Nero) Quoi ? Je ne me demande juste ce qu’elle peut avoir de si terrible, la donzelle !

Nero : Imagine ton pot de colle de frère - à savoir moi - puissance dix et 24 heures sur 24. Tu dirais quoi ?

Weiss (médite un moment puis un grand sourire lui étire progressivement les lèvres) : Chouette…

Nero (rougit sous le compliment un peu tordu) : Euh… Ouais. Mais là, en l’occurrence, Sephiroth en a marre, je crois. Et, en ce qui nous concerne, cette fille est un danger !

Weiss : Pourquoi ?

Nero : C’est une turk de la Shinra et ils fourrent leur nez partout ! Si jamais elle découvre qui nous sommes…

Weiss : Aïe… pas bon du tout.

Nero : Comme tu dis !

Au bout d’une longue attente (mais trop brève au goût de l’équipage), Elenaentre en trombe sur le pont de commandement en gueulant : SEEPHYYYYYYY !

Elle entre en collision avec le poing de Tifa, qui s’est interposé, et tombe par terre sur les fesses en tenant son nez endolori.

Elena : Ouaïlleuh ! (écarquille les yeux): T’es pas Sephiroth, toi !

Tifa (sourire moqueur): Tiens, je savais que ça rendait sourd mais, aveugle, j’étais pas au courant…

Elena (furieuse) : Où est Sephyroth ? Qu’est-ce que vous avez fait de lui ?

Reno ouvre la bouche pour répondre et se ramasse un revers d’aile de Nero dans la figure qui l’envoie par terre, sonné.

Nero : Oups ! Pardon, j’ai pas l’habitude de cette gravité…

Yazoo lui fait un discret signe de victoire.

Weiss : Tu cherches qui t’as dit ?

Elena (les observe lui et son frère avec suspicion) : Le général Sephiroth. Grand, mince, la peau blanche, les cheveux argentés, de beaux yeux verts fendus. J’ai entendu sa voix tout à l’heure à la radio. Et je jurerais l’avoir vu se planquer derrière le jeunot, là. J’en suis sûre, y’en a pas deux comme lui !

Weiss (image vivante de son nom, à savoir : droit comme la vertu et innocent comme l’agneau qui vient de naître) : Naaaan ! T’as du confondre.

Cid (qui en rajoute une couche en désignant les triplés) : Ouaiiis, on a tout un nid de types à cheveux argentés et aux yeux de chat, par ici. Regarde !

Elena : Ah, vous croyez pouvoir faire tourner une turk en bourrique ! Ca ne se passera pas comme ça ! La Shinra a financé la construction de ce vaisseau et j’ai tous les droits, ici, amiral Highwind ! Y compris celui de tout fouiller !

Cid : Mais je…

Elle se relève et part à grande allure dans les coursives en ouvrant toutes les portes. Loz, Tifa, Yazoo et Kadaj cavalent derrière, dans l’ordre (kadaj s’étant étouffé quand Elena a relevé sa jupe pour son sprint).

Finalement elle ouvre une dernière porte et brame: AH ! AAAHHHH ! Je le savais que vous me mentiez!

Elena (tend le bras vers la cabine qu’elle vient d’ouvrir d’un air victorieux) : Qu’est-ce que je disais ! Cheveux soyeux, expert en amour, un corps de rêve…!

Yazoo (jette un œil par la porte et fronce son joli nez) : Deux.

Elena (s’arrête net et le dévisage) : Quoi, ” deux “?

Loz (passe à son tour la tête par la porte et confirme) : Ah, oui. Yazoo a raison : deux.

Elena (les yeux lui sortent de la tête) : DE QUOI VOUS PARLEZ A LA FIN ?!

Kadaj (arrive à la traîne et pile en les voyant groupés devant la porte ouverte, absolument indigné): EH ! Qu’est-ce que vous faites devant la cabine de Nii-san ?

Tifa (sur un ton docte): cheveux soyeux, expert en amour, oui, mais sur DEUX corps de rêve… Faut vraiment te faire réviser la vue, hein.

Loz (en rajoute une couche) : Bon c’est vrai qu’on s’y perd un peu mais là, ça s’améliore : Cloud est en train de devenir tout rouge, ce qui permet de savoir qui est qui.

Sephy (en position très compromettante - et surtout assez tarabiscotée avec Cloud, aussi furieux que gêné - dit sur un ton très bas mais infiniment menaçant): Ca vous ennuierait de nous laisser…?

Kadaj (pousse tout le monde dans le couloir avec empressement): Oui, Nii-san ! Scuse-nous Nii-San ! Je les vire Nii-san !

Il ferme la porte et fusille ses frères et Tifa du regard, mais il est encore tout tourneboulé par ce qu’il a vu avant de fermer la porte.

Elena, elle, semble totalement sous le choc.

Elena (éclate en sanglots) : BOUUUUHHH, Sephy est gayyyy !!!

Kadaj (lui tapote maladroitement sur l’épaule pour la consoler): Mais non, mais non…

Elena : Mais siiiiiii ! (se tourne vers ses frères et murmure ) Il est peu con, le mouflet, nan ?

Elle se répand en larmes

Kadaj (qui n’a rien entendu, dans un excès d’inspiration): Qui serait assez fou pour fuir une femme aussi belle que vous, voyons ?

Les autres pointent leur pouce vers le bas en tirant leur langue, méprisants : pppppfffffffffffffrrrrrrrr ! ! ! ! !

Elena (regarde Kadaj et essuie ses larmes) : Tu penses ce que tu dis ?

Kadaj (sourire consolateur): Bien sûr !

Elena (le dévisage en silence puis prend une expression plus du tout désolée et, au contraire, très décidée et enjôleuse): Hm, celui que tu as appelé Nii-san, c’est le grand Général ?

Kadaj (qui commence à étouffer sous la pression soudain insistante des bras d’Elena, au grand amusement des autres): Euh… Oui, c’est ça, madame.

Elena (lui souffle à l’oreille) : Appelle-moi Elena… Femmes de pouvoir et fils d’officiers sont faits pour s’entendre, tu ne crois pas ?

Les trois autres échangent un regard, éclatent de rire et haussent les épaules et les voyant s’éloigner. Elena est pendue au cou de Kadaj par un bras et l’autre main traînant dieu sait où, à en juger par les bruits et la démarche bizarre de l’argenté.

…à suivre

XXXXII - Dis-moi, Loz…

«L’amour fit en lui ce qu’il fait en tous les autres :

il lui donna l’envie de parler..»

Madame de La Fayette

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Shiva Rajah d’après une illustration de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Marlène faisait lentement le tour de la grotte majestueuse, le nez levé et le faisceau de sa lampe torche dansant sur les cristaux multicolores qui affleuraient à surface de roche.

Ce ballet de lumière vive improvisé créait d’improbables arcs-en-ciel dans l’eau cristalline du petit lac souterrain peu profond qui miroitait au centre.

- Ouah ! Gretta m’avait dit que c’était un endroit bizarre mais j’pensais pas que ce serait comme ça. Qu’est-ce que c’est joli !

Loz regardait autour de lui avec une curiosité non dissimulée, aussi surpris que la petite.

Il avait laissé sa moto dans le passage naturel qui menait à la grotte, à l’abri de la petite pluie fine qui commençait à tomber lorsqu’ils étaient arrivés, et s’était engagé avec la fillette dans ce que les habitants de Nibelheim appelaient « les grottes à materias ».

En réalité, il ne s’agissait pas tant de materias que de milliers de petits cristaux de roche multicolores mais le spectacle n’en était pas moins à couper le souffle.

- Tu n’étais pas déjà venue avec Yazoo, Marlène ?

- Non, pas jusqu’ici. On devait mais on n’a pas pu. La route était coupée à cause d’un accident avec un camion, on pouvait pas passer. Tu entends ? C’est quoi ?

Loz tendit l’oreille.

- La pluie. Ca commence à tomber sec, dehors, on dirait.

La petite haussa les épaules, déboutonna sa doudoune et s’assit sur une grosse pierre, au bord du lac.

- Bah dis donc ! On s’est mis à l’abri à temps ! On a eu de la chance. Oh, regarde ! fit-elle en braquant sa torche au milieu du bassin. Il y a plein de petits poissons !

De minuscules créatures roses nageaient dans l’eau limpide. Ils fouillaient le sable blanc scintillant qui tapissait le fond du petit plan d’eau pour happer les nutriments microscopiques qu’ils trouvaient à foison.

L’argenté s’accroupit à côté de la petite et sourit.

- Ce sont des crônes, Marlène, lui apprit-il. Pas des poissons.

- Des quoi ?

- Des crônes. Des petits insectes aquatiques. Il y en avait plein au cratère nord. Ils se faufilent partout sous terre où il y a de l’eau. (Il retira l’un de ses gants et se pencha sur l’eau pour en attraper un d’un geste si rapide que la fillette n’eut pas même le temps de réaliser ce qu’il faisait.) Tiens, regarde.

- Oh… On dirait une petite crevette, t’as vu ? Une petite crevette rose avec des ailes et de gros yeux.

Il lui fit un clin d’oeil.

- On la met à la broche ? plaisanta-t-il. Ou on l’apporte à Gretta, pour ton petit déjeuner ?

Malène éclata de rire.

- Beurk !

- Non ? T’es sûre ? Tant pis.

Loz jeta le crône dans l’eau et remit son gant.

- Dis…

- Mhh ?

- Je peux te demander un truc ?

- Vas-y.

- Tu vas pas de fâcher, hein ?

- Non. Pourquoi je me fâcherais ?

- C’est vrai ce que Denzel dit, que ta maman, c’était une morte ?

Loz blêmit.

- Comment ça ?

La fillette se tortilla, mal à l’aise.

- Bah, moi j’ai pas pu regarder, quand ils ont ouvert le ventre de la dame, dans le film, je me suis caché les yeux. Mais Denzel, lui, il a tout vu et il dit que la maman des bébés, enfin de toi et Yazoo, c’était une morte.

L’argenté réfléchit un petit moment et secoua la tête en souriant pour la rassurer.

- Non. Ma vraie maman, ce n’est pas la « dame » que tu as vu. Elle s’appelait Lucrecia. Lucrecia Crescent.

- Alors pourquoi t’étais pas dans son ventre à elle ?

Il poussa un gros soupir, ne sachant trop comment se sortir de là mais, heureusement pour lui, Marlène avait tendance à parler pour deux et à faire les questions et les réponses.

- Ah, je sais ! reprit-elle. Elle a donné ses oeufs à la dame morte, c’est ça ? Comme font les femmes qui peuvent pas avoir de bébés ?

- C’est ça ! acquiesça Loz, soulagé par l’explication qu’elle venait de trouver. C’est… exactement ça. Ma mère ne pouvait pas nous porter moi et Yazoo.

- C’est à cause de Sephiroth, qu’elle pouvait plus avoir d’enfants ? Ca s’est pas bien passé, je parie. Tifa a eu une serveuse, comme ça. Après son bébé, on a dû l’opérer et les médecins ont dit qu’elle pouvait plus en avoir d’autres.

L’argenté fit vibrer ses lèvres, aussi mal à l’aise avec le mensonge qu’avec les grands discours.

- C’est ça. Enfin… plus ou moins.

Ce n’était pas tout à fait faux, après tout, essaya-t-il de se rassurer. C’était bien à cause de Sephiroth que Lucrecia n’aurait jamais pu les porter, lui et ses frères, de toute façon, non ?

Quelle mère voudrait du fruit incestueux de son fils de huit ans ?

- Et pour la dame ? Elle est vraiment morte ? Denzel avait raison ?

Loz souleva Marlène et l’installa confortablement sur ses genoux pour se donner le temps de réfléchir un peu à l’explication qu’il pouvait donner.

La petite se blottit contre sa poitrine et attendit sagement, compatissante, avec une expression attristée sur le visage.

- Oui, finit par répondre Loz, la mine grave. Elle est vraiment morte, Marlène. Enfin, elle est morte durant l’accouchement, bien sûr ! mentit-il en voyant soudain blêmir la petite.

- Ahhh… D’accord. C’est pour ça qu’on vous a sorti de son ventre comme ça ?

- Oui. Il… Il fallait faire très vite.

- Je comprends mieux, maintenant. Mais… et votre maman ? Pourquoi elle est pas venue vous chercher, quand vous êtes nés, toi et Yazoo ? Pourquoi elle vous a abandonnés dans cet horrible endroit ?

- Parce que… parce qu’elle était très malade, elle aussi, dit-il, subitement inspiré. Et qu’elle est morte avant que nous puissions la connaître.

- Et ton papa ? Il pouvait pas vous prendre ?

- Je… Non. Il… il ne… Enfin, il ne…

Marlène grimaça.

- Il savait pas, hein ? C’est ça ? Il avait quitté ta maman ?

- C’est… Euh… Mais… tu es très perspicace, dis-moi !

Elle secoua la tête.

- C’est arrivé à plein d’enfants que je connais, en fait.

- Ah ?

- Oui. Ils savent même pas qui était leur papa. Tu le sais, toi ?

- Bien sûr. Il s’appelait… Hojo, biaisa Loz.

- Bien sûr, je suis bête ! C’est ton nom. Dis ?

- Mhh ?

- Pourquoi on vous a fait toutes ces choses horribles, quand vous étiez petits ?

- C’était des expériences scientifiques. Nous avons servi de cobayes.

- Parce que vous n’aviez plus de parents pour vous protéger, hein ? C’est ça ? C’est dégoûtant ! C’est là qu’on vous a mis du Jenova ?

L’argenté éclata de rire.

- Tu as une façon de dire ça ! Oui. Oui, c’est là-bas.

- Mais ça y est, t’es guéri, maintenant, a dit Vincent. Non ?

- Oui. Enfin, normalement.

La petite bâilla et se roula en boule dans les bras de Loz.

- Tu sais quoi ?

- Non, mais tu va me le dire.

- Il y a deux ans, quand tu t’es battu avec Tifa, là-bas, à Midgar, tu te souviens ?

- Très bien, oui.

- Pendant un moment, j’ai… j’ai cru que tu allais lui faire vraiment du mal, tu sais. Denzel, il dit que tu l’aurais tué, si je t’en avais pas empêché. C’est vrai ?

Il secoua la tête et lui souleva le menton pour la regarder droit dans les yeux.

- Je ne ferais jamais une chose pareille, Marlène, assura-t-il. Emprise de Jenova ou non. Et, franchement, si j’avais voulu la tuer, tu crois vraiment qu’une petite crevette comme toi aurait pu m’en empêcher, mhh ?

La fillette sourit et enserra la large poitrine de ses bras maigres aussi fort qu’elle le put.

- J’en étais sûre ! Dis… J’avais raison tout à l’heure aussi, pour Tifa, pas vrai ?

- Comment ça ?

- Bah… que tu es son amoureux.

Loz tordit le nez et grimaça un sourire triste.

- Disons que je le suis jusqu’à ce que Denzel la persuade de me jeter comme une vieille chaussette !

Marlène laissa échapper un petit bruit méprisant.

- Pfffff ! Si tu crois que Tifa va le laisser faire sa loi, tu la connais pas ! Et puis…

Elle se tut, paraissant hésiter à poursuivre, et se mit soudain à genoux sur les cuisses de l’argenté pour placer ses yeux à hauteur des siens.

- Si je te dis un secret sur Tifa, Loz, tu le garderas pour toi ?

- Promis ! jura-t-il la main sur le coeur, amusé par la tournure de la conversation et le sérieux de la petite.

Marlène noua ses petits bras autour de son cou pour coller la bouche à son oreille et chuchoter :

- Tu lui plais plus que Cloud.

- Ah, oui ? murmura le jeune homme, plus amusé que jamais. Et comment tu sais ça, dis-moi ?

- Je l’ai entendue parler avec Shalua, en bas, dans la cuisine, avoua la fillette en baissant encore d’un ton. Elle disait que tu la faisais complètement « craquer » et que…

Elle pouffa, rougissante.

- Quoi ? insista Loz, à présent piqué par la curiosité. Qu’a-t-elle dit d’autre ?

- Qu’elle avait parfois envie de croquer dans tes fesses et de te manger tout cru ! s’esclaffa la petite en piquant un fou rire.

- Marlène ! s’écria l’argenté en éclatant de rire à son tour. Dis donc, tu sais que ce n’est pas bien, d’espionner les adultes ? la rabroua-t-il gentiment une fois qu’elle se calma.

Elle acquiesça et haussa les épaules.

- J’ai pas fait exprès, je te promets. J’étais allé chercher des gâteaux en cachette et elles sont arrivées pour boire un thé. J’ai dû me cacher pour pas me faire gronder. Tu le diras pas, hein ?

Il fit mine de réfléchir.

- D’accord. Mais tu me racontes ce qu’elle a dit d’autre à mon sujet, alors ! ajouta-t-il avec un sourire espiègle qui ravit Marlène.

Aux anges, elle frappa dans ses mains et se pencha à nouveau à son oreille avec des airs de conspiratrice.

Dehors, la pluie ne semblait pas vouloir cesser.

*

Reno se passa le visage sous l’eau froide et se regarda dans le miroir qui surplombait le luxueux lavabo de son cabinet de toilette.

« Mais qu’est-ce qui t’arrive, bon sang ? » demanda-t-il silencieusement à son reflet.

Tout turk digne de ce nom savait que faire boire un homme était le meilleur moyen de lui soutirer des informations, ou lui faire admettre des choses qu’il n’aurait jamais avouées autrement.

« Tu veux connaître la vraie nature d’un homme ? Regarde-le bourré ! » avait l’habitude de dire Elena.

Et il était bien placé pour savoir qu’elle avait raison.

Seulement, problème : voilà que lui, une fois soûl, il essayait de sauter sur Yazoo !

Non.

Non, non.

Pas « sur », en fait.

« Sauter Yazoo », tout court !

Il se prit la tête dans les mains avec un gémissement et pas à cause de sa migraine, dont il ne restait plus trace, au demeurant.

« Pourquoi ce type t’excite-t-il comme un fou, hein, Reno ? Depuis quand tu t’intéresses aux mecs ? »

Les phéromones qu’il dégageait ? Possible, cette odeur sucrée le rendait complètement dingue.

Non.

Non, ça ne collait pas.

Loz dégageait une odeur semblable - plus sucrée encore, même - et, s’il trouvait ça agréable et ne se privait pas pour la sentir à plein nez lorsque le jeune homme passait près lui, ça ne l’émoustillait pas le moins du monde.

Non, c’était autre chose mais quoi ?

Son côté androgyne si perturbant ?

- Reno ? Tout va bien ? appela Yazoo depuis la chambre, le faisant sursauter.

- Oui, je… Oui, je vais bien, ne t’en fais pas.

Le turk poussa un profond soupir et secoua la tête. Il ne trouverait pas la réponse maintenant, de toute façon.

Et puis pourquoi essayer d’en trouver une, d’ailleurs ?

Est-ce qu’il se posait des questions existentielles quand il avait envie de chocobo mariné ou d’un flan au chocolat ?

Non.

Se torturait-il les méninges quand une blonde incendiaire ou une brune dominatrice lui faisait de l’oeil ?

Non plus.

Bon, c’était un homme, O.K. et après ?

Franchement, il avait déjà fantasmé sur des choses plus bizarres !

Et puis « homme »… c’était vite dit.

« Ouais… t’as pas choisi le plus viril, mon vieux Reno, c’est le moins qu’on puisse dire ! »

Non, ce n’était pas demain la veille qu’il virerait sa cuti, décidément.

En fait, Yazoo ne l’attirait pas parce que c’était un homme ou parce qu’il ressemblait à une femme, non. Yazoo l’attirait parce que c’était Yazoo, point barre !

Et ça… Ca, c’était vraiment nouveau pour lui… vraiment troublant.

Désirer quelqu’un pour ce qu’il était, et non plus pour le plaisir qu’il pouvait lui procurer, le perturbait terriblement parce que ça ne lui ressemblait pas, mais alors pas du tout !

Il tira la langue à son reflet, sarcastique.

« Et bah, t’as plus qu’à t’arranger avec ça, tête de nœud ! »

Sur ce, il éteignit la lumière et retourna dormir auprès de Yazoo.

*

Vincent repoussa brutalement Cloud et lui désigna Shelke.

- Tu n’iras nulle part, tu dois la suivre au labo. Il semblerait que Jenova ait…

- Non ! Nous en parlerons plus tard, Vincent. Là, il faut vraiment que je…

Le jeune soldat voulut passer en force et le poing de l’ancien Turk le cueillit au coin de la mâchoire, l’assommant proprement.

- C’était vraiment nécessaire, Vincent ? demanda la soeur de Shalua avec une moue.

- Tu voyais une autre solution pour l’empêcher de filer et le traîner jusqu’au labo ? rétorqua ce dernier en soulevant Cloud dans ses bras. Va savoir ce qu’il avait l’intention de faire et ce que Jenova lui avait encore mis dans la tête !

La jeune fille acquiesça avec un soupir et lui ouvrit grand la porte.

*

Tifa quitta la suite de Shalua, laissant son fils adoptif en compagnie de Cid et de son amie en espérant qu’ils arriveraient à lui remettre les idées en place.

Lorsqu’elle revint dans sa propre chambre, elle eut un coup au coeur en trouvant le lit vide.

- Loz…

Un mot avait été laissé sur l’oreiller et elle s’avança pour le prendre avec la gorge serrée et un noeud dans le ventre.

Qu’avait-il dû penser en la voyant l’abandonner sans un mot avec Marlène pour se précipiter derrière Denzel ?

Elle s’assit sur le lit et déplia la petite feuille de papier quadrillé d’une main tremblante, s’attendant au pire.

Non sans surprise, elle reconnut l’écriture enfantine de Marlène.

« Tifa,

Loz et moi on va fairt faire un tour à moto le temps que tu calmes Denzel. Il m’a même promit promis que je pourais pourrais monter devant.

Je mais mets ma grosse doudoune et mon écharpe en laine, t’en fais pas.

On sera de retour pour le petit déjeuner. Dis a à Gretta de pas faire des crêpes parsequ’on parce qu’on amènera pour tout le monde des petits painsaux pommes tout frais de la boutique de monsieur Philéas.

On te fait plein de gros bisous tous les deux !

Marlène »

Tifa sourit, attendrie, et remarqua que les fautes d’orthographe avaient été corrigées d’une main ferme. Marlène avait dû demander à Loz de relire sa missive.

Soulagée, elle poussa un profond soupir et se laissa aller sur son lit en attrapant son téléphone, sur la table de nuit.

Elle composa le numéro de Loz et s’apprêtait à lui lancer un joyeux « Alors ? Je tourne le dos une minute et tu files déjà avec une jolie jeune fille en pleine nuit ? » lorsque la sonnerie du mobile de l’argenté la fit sursauter.

Ca paraissait venir de sous le lit.

- Zut ! maugréa-t-elle en se penchant pour attraper le petit téléphone.

Il avait dû tomber lorsque le jeune homme s’était habillé.

« …pas vous répondre pour l’instant. Laissez un message. »

- Bonjour, Loz, fit Tifa d’une voix caressante. Je me doute que tu ne peux pas répondre puisque ton téléphone est dans ma main. Sache que ce message te donne droit à un baiser gratuit à l’endroit de ton choix sur simple présentation de cet enregistrement. A tout de suite. Je… (Elle hésita) Je t’aime… finit-elle par avouer dans un murmure à peine audible avant de raccrocher.

…à suivre

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XXXXI - Manipulations

«La méchanceté vient de la faiblesse ;

l’enfant n’est méchant que parce qu’il est faible ;

rendez-le fort, il sera bon.»

Jean-Jacques Rousseau

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Denzel ! cria la jeune femme. Denzel, reviens ici tout de suite !

Tifa, en nuisette de coton et nu-pieds, se lança à la poursuite de Denzel.

Celui-ci courait comme un dératé en direction de la chambre de Cloud, dans l’aile opposée.

Vincent et Gretta, alertés par les cris du garçonnet, sortirent dans le couloir juste à temps pour voir la jeune femme disparaître au détour du corridor en direction de l’escalier.

- Qu’est-ce qui se passe, ma chérie ? demanda la vieille gouvernante à Marlène, qui se tenait en pyjama non loin de la porte de son amie.

La petite haussa les épaules.

- Denzel a dit plein de gros mots à Loz et Tifa lui a donné une fessée !

Vincent fronça le nez.

- Alors ? Qu’est-ce qu’il y a ? demanda la voix de Yuffie depuis l’intérieur des appartements de Kadaj.

Gretta revint dans la pièce auprès des jeunes gens et l’ancien turk ferma soigneusement la porte derrière elle avant de tendre la main à Marlène.

- Il a surpris Tifa et Loz au lit, c’est ça ? murmura-t-il lorsqu’ils furent seuls dans le couloir. (La petite hocha tristement la tête) Allez, viens, je te ramène dans ta chambre.

Elle secoua la tête.

- Je préfère rester avec Loz, dit-elle sur le ton de la confidence en tirant sur sa main pour l’obliger à se pencher. Je crois qu’il est en train de pleurer, chuchota-t-elle à son oreille en montrant la chambre de Tifa du doigt. Denzel lui a vraiment dit des choses horribles, tu sais.

Vincent allait rétorquer que c’était une affaire de grandes personnes et qu’il s’en occuperait mais quelque chose - une intuition ? La sympathie qu’il vit briller dans les grands yeux de Marlène ? - le fit changer d’avis.

Il sourit et hocha la tête.

- Comme tu voudras, répondit-il tout bas. Si tu as besoin de moi, je suis à côté, avec Kadaj et Yuffie.

- D’accord, murmura la fillette avant de retourner dans la chambre de Tifa et de fermer la porte.

« Sacrée gamine… » pensa l’ancien turk en rejoignant Gretta auprès des « enfants » et de Cait 9.

*

Yazoo aida Reno à boire un verre d’eau fraîche et tendit l’oreille.

- Tu as entendu ? C’était Denzel, non ?

Le turk, hocha la tête et se laissa aller sur les oreillers avec un soupir en massant ses tempes douloureuses.

- Il doit piquer une colère. Ca lui arrive, parfois.

- En pleine nuit ?

- Y’a pas d’heure, pour être con… Il essaye de pousser Tifa à bout, pour voir jusqu’où il peut aller. Et dans quelques années, quand il sera ado, ce sera encore pire ! Oh, ma tête…

L’argenté fronça les sourcils.

- Il ne m’a pas donné l’impression d’être un petit garçon insupportable, pourtant.

- Parce qu’il sait que, quand « tonton » Cid est dans les parages, il vaut mieux marcher droit, rétorqua Reno avec un clin d’oeil, sarcastique.

- Ah ? Marlène m’a dit qu’il ne jurait que par Cloud.

Le turk posa un gant de toilette mouillée sur son front.

- Cloud, c’est son « pote ». Une sorte de grand frère à qui il aime s’identifier. Cid, c’est différent. Tu n’as pas remarqué la réaction du têtard, quand on a parle de Jenova ou de quelque chose qui lui fait vraiment peur ? C’est toujours dans les jambes d’Highwind qu’il file se planquer.

- Une figure paternelle en quelque sorte.

- Un truc comme ça. (Il toussota) Au fait, je…

Yazoo redressa la tête.

- Mhh ?

Le turk envoya valser le gant de toilette sur la table de chevet et se frotta le visage.

- Désolé d’avoir été aussi… « grossier ». Je… je ne savais plus trop ce que je faisais, je crois.

L’argenté sourit.

- Ca ne fait rien. Ca va mieux ?

- Bah… Je n’ai pas enlevé mon pantalon, c’est plutôt bon signe, non ? (Yazoo pouffa) Je n’en reviens pas d’avoir fait ça. (Il secoua furieusement la tête) Attends, sérieux, j’ai vraiment fait ça ? (L’argenté fut pris d’un fou rire) Quelle humiliation… Bon, O.K. dis-moi juste un truc. Mais tu déconne pas, hein, c’est sérieux. (Yazoo acquiesça) Est-ce que je… Enfin, est-ce que tu as vu si…

- Quoi, Reno ?

Ce dernier hésita un instant.

- Dis-moi que je bandais pas… supplia-t-il d’une voix étranglée avec une moue comique.

L’hilarité de l’argenté redoubla et le turk poussa un gémissement douloureux en dissimulant son visage derrière un oreiller.

- Oh, la honte !

*

Dans la suite de Rufus, ce dernier échangea un regard étonné avec Cid et Shalua.

- Vous entendez ? Qu’est-ce que c’est que ce raffut ?

Le pilote leva un sourcil et sortit dans le couloir pour recevoir de plein fouet dans le bas-ventre un Denzel incapable de s’arrêter à temps.

- Oh ! La vache ! grogna Cid, littéralement plié en deux.

Le garçonnet blêmit et pressa ses deux mains sur sa bouche.

- Pardon… Je t’ai fait mal ?

- Ca va, Cid ? s’enquit Tifa avec une grimace.

Le pilote leva le pouce, railleur, le visage grimaçant de douleur.

- Ouais… Super !

Shalua sortit à son tour et vit Cid essayer de reprendre difficilement son souffle.

- Qu’est-ce qui se passe, ici ?

- Pardon, Cid, je t’avais pas vu, s’excusa à nouveau Denzel.

- J’espère bien ! Il ne manquerait plus que ça ! Je peux savoir où tu cavales, comme ça, rameutant tout le manoir ?

- Je dois voir Cloud.

Shalua secoua la tête.

- Denzel, tu sais l’heure qu’il est ?

Comme le garçon ne répondait pas, elle interrogea Tifa du regard et cette dernière leva les bras au ciel en un geste théâtral.

- Il a besoin d’aide pour tuer Loz ! C’est urgent !

Cid écarquilla les yeux.

- De quoi ?

- Arrête, Tifa ! trépigna le garçonnet. C’est pas ce que j’ai dit !

Cette dernière agita la main.

- Pardon, c’est vrai. Rectification : ou je me marie avec Cloud, ou il tue Loz. C’est mieux, comme ça ? demanda-t-elle à son fils adoptif, ironique.

- Non, j’ai pas dit ça ! J’veux pas de lui chez nous, c’est tout !

Shalua poussa un petit cri offusqué et Cid se planta devant Denzel, le visage sévère et les poings sur les hanches, pour l’empêcher de filer.

- Minute papillon… Tu nous fais quoi, là ?

Le garçonnet rougit furieusement et se mordit la joue, hésitant à battre en retraite devant l’impressionnant pilote.

- Je veux que Loz s’en aille, avoua-t-il piteusement en baissant la tête. Et les deux autres aussi.

Cid siffla entre ses dents et hocha la tête.

- Voyez-vous ça ! Et peut-on savoir ce qu’ils t’ont fait de si terrible pour que tu veuilles les jeter dehors en pleine nuit ?

Prenant son courage à deux mains, Denzel releva la tête et planta un regard agressif dans celui du pilote.

- C’est des salauds ! Ils ont voulu tous nous tuer, il y a deux ans.

- Denzel, intervint Shalua. On vous a expliqué à toi et à Marlène pourquoi ils avaient agi comme ils l’avaient fait. C’était Jenova qui…

- Loz veut prendre la place de Cloud ! la coupa le garçonnet, fou de rage.

Le pilote retint un rire.

- Nous y voilà… (Il s’accroupit devant le garçon) Et quelle est la place de Cloud, d’après toi, dis-moi ?

Denzel ouvrit la bouche et la referma à plusieurs reprises, ne sachant quoi répondre.

- C’est… C’est mon ami, finit-il par répliquer. Et c’est l’amoureux de Tifa.

Celle-ci eut un geste agacé et Cid grimaça.

- C’est marrant, la principale concernée n’a pas l’air d’accord.

- C’est parce qu’il l’a… mani… mani… manipulsée ! Ouais, c’est ça, manipulsée. Comme Yazoo quand il a fait semblant de sauver Reno. Il nous a tous manipulsés !

Tifa hoqueta et voulut intervenir mais le pilote leva la main et secoua la tête.

Il commençait à entrevoir d’où venait le problème.

- « Manipulsée », hein ? poursuivit-il. Et… pourquoi faire, d’après toi ? Pourquoi Loz aurait-il besoin de « manipulser » Tifa ?

Le garçonnet, voyant que Cid paraissait s’intéresser à ce qu’il avait à dire, reprit un peu d’assurance.

- Pour se servir d’elle, tiens ! Comme ils l’ont fait avec les enfants, y’a deux ans. Pour nous obliger à les aider pour leur… leur… Enfin le truc qu’ils veulent faire ! termina-t-il, ne se rappelant plus du mot qu’il avait entendu.

Le pilote acquiesça avec une gravité feinte et prit les petites mains dans les siennes.

- Se servir d’elle… Oui, bien sûr. Et… Qu’est-ce que… Cloud t’a dit d’autre, Denzel ?

Tifa se raidit, blême, et lança un regard effaré à Shalua, qui répondit par une moue.

- Que quand plus personne se méfiera d’eux, ils vont faire venir Jenova et puis ce sera fini ! répondit le garçonnet en tremblant. Et même que la Shinra, elle sera de leur côté !

Rufus, qui était resté un peu à l’écart, crut bon d’intervenir.

- Qu’est-ce que c’est que ces salades ? Pourquoi Strife raconte-t-il des horreurs pareilles à cet enfant ?

Cid se redressa et laissa échapper un profond soupir.

- Cette fois il est allé trop loin ! s’emporta Tifa. Je m’en vais lui faire passer l’envie de…

Le pilote la retint.

- Attends. Réponds d’abord à une question : comment se fait-il qu’un héros du Soldat, un garçon qui a aidé à sauver la planète par trois fois, sème sa zizanie, réussisse à se mettre à dos tous ses amis et ses relations en moins de trois jours et que personne ne se demande « pourquoi ? ».

La jeune femme se pétrifia, comprenant où il voulait en venir, et Rufus fit craquer ses phalanges, nerveux.

- Il porte les cellules de Jenova, murmura-t-il.

- Ouais… acquiesça le pilote. Et ce ne serait pas la première fois qu’elles lui jouent un sale tour.

Tifa dut s’appuyer sur le mur du couloir.

- Ca a bien failli nous mener à la catastrophe, il y a cinq ans.

- Que s’est-il passé ? s’enquit Shalua.

- Jenova avait pris le contrôle et l’avait obligé à lui remettre la matéria noire qui l’aiderait à détruire la planète. Oh, mon Dieu…

- « Diviser pour mieux régner », c’est bien ce qu’a dit Vincent, leur rappela Cid. Isoler, rompre les liens, monter le frère contre le frère, l’ami contre l’ami… Et, comme des cons, on n’a rien vu venir ! Merde !

Denzel les dévisagea tous à tour de rôle, perdu et tremblant de peur.

- Que… qu’est-ce qui se passe ? C’est trop tard, Jenova va venir, c’est ça ? Ces salauds ont réussi, hein, c’est ça que vous êtes en train de dire ?

- Denzel ! s’écria Tifa.

Cid s’interposa.

- Tifa, va chercher Vincent. Il saura quoi faire. Quant à moi, fit-il en s’accroupissant à nouveau devant Denzel avec un mine austère, il faut que j’aie une conversation avec ce courageux combattant du mal. Seuls. D’homme à homme. O.K. ?

Le garçonnet se gonfla d’orgueil et acquiesça avec sérieux.

*

Loz ferma la doudoune de Marlène jusqu’à la gorge et rabattit la capuche bordée de fourrure sur son visage.

Cela fait, il zippa son blouson et tapota le siège de la moto, derrière lui.

- Allez, grimpe avant que Tifa ne m’écorche vif ou que je ne change d’avis, fit-il, taquin.

- Eh ! T’as dit que je pourrais monter devant.

Il fronça les sourcils.

- J’ai dit ça, moi ? T’es sûre ?

- T’as promis !

Elle lui asséna un petit coup de poing sur la cuisse et il sourit.

- Ca va, je te taquinais.

Il la souleva d’un seul bras pour l’asseoir devant lui, entre ses jambes, et lui plaça les mains sur le guidon.

- Tu t’accroches là et tu ne lâches pas, hein ?

Lorsque Marlène était revenue dans la chambre de Tifa et l’avait vu enfiler ses vêtements de cuir pour aller faire une virée nocturne à moto, elle l’avait supplié de l’emmener avec lui.

Son premier réflexe, lorsque la jeune femme s’était lancée à la poursuite de son fils, avait été d’éclater en sanglots et de tout casser dans la chambre mais il avait finalement opté pour une ballade dans l’air glacial, histoire de se rafraîchir un peu la tête.

Enfourcher sa moto, s’engager sur une route au hasard et pousser le moteur au maximum dans la nuit glaciale dans l’espoir que la vitesse le griserait suffisamment pour lui faire oublier la douleur qui lui serrait la poitrine, voilà ce qu’il avait espéré.

Mais c’était sans compter sur Marlène qui, en voyant ses yeux rougis lorsqu’elle était revenue dans la chambre, s’était accrochée à lui avec toute la force de ses petits bras, refusant obstinément de le laisser tout seul.

- Loz ? Tu me laisseras passer une vitesse ?

Il enfila ses gants de cuir et rit de bon coeur, amusé par l’enthousiasme de la petite.

- On verra. Prête ? (Elle acquiesça et, excitée comme une puce, se coucha presque sur le carénage pour se donner l’illusion de piloter le puissant engin) Alors on y va. Tu n’as pas peur de sortir en pleine nuit, tu es sûre ?

- Nooon !

- Tu sais qu’il peut y avoir des monstres pas très sympas, là-haut, sur la montagne ?

- Bah tu les tueras, c’est pas grave ! Oncle Cid dit que t’es aussi costaud qu’un bahamut !

Il démarra, amusé par la confiance aveugle de la petite, et se pencha par-dessus son corps menu pour attraper le guidon et la protéger du froid glacial par la même occasion.

Ils sortirent du garage pour se diriger vers les grilles du manoir et Marlène leva la tête vers lui.

- Tu sens toujours aussi bon qu’il y a deux ans ! cria-t-elle pour couvrir le bruit du moteur, le faisant sourire.

- Comment ça ?

- Tu sens comme les bonbons !

Il éclata de rire et franchit les grilles pour s’engager sur la route menant au mont Nibel.

*

Allongé tout habillé sur son lit, Cloud entendit le bruit caractéristique de l’une des motos des argentés et bondit sur ses pieds pour aller à la fenêtre.

Lequel de ces trois salopards était-il donc pris d’insomnie ?

Lorsque l’une des lampes du parc jeta une lumière pâle sur de courts cheveux argentés et dessina les contours d’un large dos en V, Cloud sentit un sourire étirer ses lèvres.

Loz.

Une chance pareille, c’était presque trop beau !

Belle intuition qu’il avait eu de ne pas attendre le lendemain pour trafiquer les freins…

« Bon voyage, fils de pute. Tes petits frères ne te laisseront pas seul très longtemps, t’en fais pas… »

Loz s’engagea dans l’allée qui menait aux grilles du manoir, ce qui déclencha l’éclairage automatique du portail, et le coeur de Cloud fit un bond dans sa poitrine.

Il venait de reconnaître Marlène, assise sur la moto, devant l’argenté.

- Oh non pas ça… Merde !

Il fallait qu’il les rattrape et les arrête. Qu’il les rattrape à tout prix !

S’il venait à arriver quelque chose à la fillette par sa faute, il savait qu’il ne se pardonnerait jamais.

Il se saisit du démarreur de propre moto et, bondit en direction de la porte mais celle-ci s’ouvrit brusquement pour laisser passer Vincent et Shelke, que l’on venait visiblement de réveiller.

- Cloud, je dois de parler, c’est très important, décréta l’ancien turk.

- Pas maintenant ! s’écria le soldat en essayant de forcer le passage.

Mais Vincent ne l’entendait pas de cette oreille et il le repoussa sans douceur.

- Si, Cloud, tout de suite.

…à suivre

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XXXX - Du rire au drame

« Je me presse de rire de tout,

de peur d’être obligé d’en pleurer ! »

P.-A. C. Beaumarchais

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno entra dans la chambre en prenant bien garde de ne pas renverser le contenu des tasses sur le plateau et posa ce dernier sur son lit.

- Ca va ? demanda-t-il en se tournant vers la porte de la salle de bains, d’où s’échappait le bruit de l’eau en train de couler.

- Oui, je… Ca va mieux, répondit Yazoo d’une voix lasse en fermant le robinet.

Le turk soupira et retira sa veste de pyjama pour ne garder que son pantalon.

Il est 2h57 - la température est de 25°C, indiquait le contrôleur mural de la chambre.

« Tu parles d’un four ! »

Il avait essayé de régler le thermostat à plusieurs reprises depuis son arrivée mais c’était impossible. Gretta lui avait assuré qu’il serait réparé dès que Philip, l’homme à tout faire du manoir, serait rentré de congés.

La seule solution pour rafraîchir un peu l’atmosphère était d’ouvrir la fenêtre… et d’attraper une bonne pneumonie !

Yazoo sortit du luxueux cabinet de toilette en traînant des pieds, enveloppé dans le peignoir du turk et les cheveux humides de la douche qu’il venait de prendre.

- J’ai l’impression que mes jambes sont en plomb, gémit-il.

- Tu fais souvent des cauchemars aussi violents ?

- Non. Il m’arrive d’avoir un sommeil agité mais pas comme ça. Pas avec ce sentiment de danger imminent et de… de noirceur. Pas avec ce malaise au réveil.

- Tu ne te rappelles pas de ton rêve ?

L’argenté secoua la tête.

- Non, rien. Ou… Un nom, peut-être. Vaguement. Nemesis ? Akesis ? Je ne sais plus… Je suis désolé, Reno, je t’ai gâché ta nuit.

Ce dernier chassa la réflexion d’un geste et tapota le lit à côté du plateau.

- T’en fais pas pour ça, je n’ai jamais été un gros dormeur de toute façon. Et puis tu as de la chance, dans ton malheur, car nous sommes à Nibelheim et il existe ici une recette infaillible pour soigner les vilains cauchemars : le gâteau à la crème de Gretta !

Il arracha théâtralement la serviette d’une assiette, dévoilant plusieurs parts de gâteau orné de fleurs en sucre.

Yazoo pouffa.

- Et ça, c’est du chocolat chaud ? demanda-t-il en prenant l’un des mugs fumants pour en humer le contenu onctueux.

Le turk fit une petite révérence et contracta ses doigts comme s’ils étaient perclus d’arthrite.

- Préparé dans la cuisine ténébreuse d’un vieux manoir par un spécialiste des potions magiques, à savoir ton humble serviteur ! chevrota-t-il d’une voix sinistre, faisant rire Yazoo.

- Voilà qui a de quoi rassurer !

- D’habitude, j’y ajoute un peu de crème de whisky mais Shalua me tuerait alors je l’ai remplacée par de la crème montée, ajouta Reno en se redressant.

Il lui tendit un morceau de gâteau.

L’argenté déclina l’invitation, goûta le chocolat brûlant et sourit, paraissant se perdre dans d’agréables souvenirs.

- Mhh… C’est bon.

Reno engloutit goulûment une part de gâteau et en attaqua une deuxième.

- Je te l’ai dit : je suis un spécialiste !

- Lorsque nous étions enfants, Loz et moi, l’une des assistantes d’Hojo nous en préparait, parfois.

- Ah, oui ? J’ai du mal imaginer un sbire d’Hojo se montrant aimable avec qui que ce soit.

Yazoo grimaça et but lentement son chocolat.

- En fait, je crois que c’était le seul moyen qu’elle avait trouvé pour qu’on se tienne tranquilles le temps de faire les prélèvements de peau et de cheveux.

Le turk ricana puis parut penser à quelque chose, secoua bizarrement la tête et fit une moue.

- De… peau ? C’est dévlasse ! Euh… Pardon. Dégueulasse !

L’argenté secoua la tête, rassurant.

- Ca ne fait pas mal du tout.

- Ah ouais ? Bah je me suis écorché plus d’une fois et, p’tain, ça fait pas du bien non plus !

- En fait, ils prélèvent juste une petite lamelle de peau sur le talon. Tu ne sens absolument rien.

Reno se saisit d’une troisième part de gâteau.

- Bah moi… Je les aurais pas laissé, approcher, nan ! Je les aurais refournés comme des crêpes ! Euh… renourtés. Revournés ? Enfin, mis dans l’aut’sens.

Il ouvrit la bouche pour mordre dans la pâtisserie crémeuse mais hésita, ne sachant plus trop laquelle de ses deux mains droites était la bonne.

- Reno ?

- Bah merde, alors…

- Reno !

Celui-ci tressaillit, leva vers lui un regard vitreux et tangua un peu sur son assise.

- Mhh ? Quoi ?

- Reno, ça va ? Tu as l’air bizarre, tout d’un coup.

- Non, ça va. Juste… Je croyais que j’avais pris trois p’tain d’parts et… y’en reste encore quatre alors qu’j'en ai becté deux… J’pige pô…

Yazoo écarquilla les yeux et posa lentement son mug vide sur le plateau sans cesser de le dévisager.

- Reno… Regarde-moi.

Le turk essaya de fixer l’argenté immobile sans loucher. Et ça ne paraissait pas être une mince affaire si l’on en croyait la façon qu’il avait d’avancer et de reculer la tête à tour de rôle, comme un photographe un objectif récalcitrant lorsqu’il a du mal à faire le point.

- Si t’arrêtais d’bouger, aussi…

- Reno ! Qu’as-tu mis dans ton chocolat ? gronda Yazoo, la méfiance perçant dans la voix.

Le turk se gratta la tête avec une grimace ridicule et plissa le front.

- Attends qu’je rébléchisse… Réfléviche… Réchéfl…. Qu’je m’rappelle. Du lait… De l’eau… Du chocolat, bien sûr… Du sucre et d’la crême… Ou l’contraire ?

- De l’alcool ? le coupa l’argenté, gagné par une colère sourde.

Reno secoua furieusement la tête.

- T’es fou ?

Yazoo lui arracha son mug des mains pour en renifler le contenu.

Rien. Ca ne sentait que le chocolat.

- Tu as bu quelque chose, en bas ? Dis-moi la vérité !

- Nan ! Parole ! J’ai pas l’aurodisation. L’autosiration. L’autorisation. Non plus… Ah si.

- Reno, tu me déçois beaucoup, tu sais ! Non mais regarde-toi !

L’interpellé baissa les yeux sur sa poitrine nue et la dissimula sous ses bras croisés, à la façon d’une femme, vexé.

- Quoi ? Les filles m’trouvent très sesky, figure-toi ! assura-t-il en dodelinant du chef.

- Je ne parle pas de ça ! Tu es soûl !

Le turk se raidit brusquement et faillit tomber à la renverse sur la descente de lit.

- Ca pa vas, ta tête ! T’as bu ou quoi ?

- Tu sais, pourtant, qu’après ton passage dans le mako, tu ne dois plus toucher une goutte d’alcool ! Ton corps n’y est plus habitué ! Le moindre excès peut te plonger dans le coma ! Es-tu si pressé de mourir ? C’est comme ça que tu me remercies d’avoir risqué ma peau ?

- Mais puisque j’te dis qu’j'ai fait aucun eskès ! Esksès… Enfin ton truc que tu dis.

Yazoo allait répliquer vertement lorsque son regard tomba sur le gâteau.

Il en prit une part, la porta à son nez et tiqua.

- Oh lui ! railla Reno. Fais pas ta chochotte, l’est pas pourri, hein ! Gretta l’a fait c’t'aprem !

- Reno… Combien as-tu mangé de parts ? s’enquit l’argenté.

- Deux. P’quoi ? T’m'as vu, nan ?

- Reno… menaça Yazoo.

Le turk détourna le regard comme un garçonnet pris en faute.

- En comptant celles d’la cuisine ? (L’argenté acquiesça et Reno leva 4 doigts, le faisant pouffer) Oh ! Ca va, hein ! ronchonna-t-il, vexé.

Le rire de Yazoo redoubla.

La quantité d’eau-de-vie qui se trouvait dans la crème était minime mais, pour ce qu’était désormais l’organisme du turk, elle équivalait à une demi-bouteille de whisky avalée en quelques minutes par un adolescent de cinquante ou soixante kilos et qui n’avait jamais touché à l’alcool de sa vie.

- Ca promet !

- Quoi ? Dis dout te suite que j’bouffe trop ! J’ai jamais trépendu louvoir faire rentrer mon tupain de cul dans un futal de cuir taille XS, moi, hein !

- Reno, il ne s’agit pas de gourmandise mais d’ébriété, haleta Yazoo lorsqu’il réussit à reprendre son souffle. La crème de ce gâteau est bourrée d’eau de vie, âne que tu es ! C’est pour ça que tu es complètement cuit !

Reno blêmit et porta les mains à sa tête en un geste tragique de désespoir, l’image de Shalua armée d’une hache à double tranchant se dessinant dans son esprit.

- P’tain, chuis mort…

*

- Pourquoi il est dans ton lit ? insista Denzel en dévisageant Loz avec une grimace contrariée. Il est où, Cloud ?

Tifa alluma la lampe de chevet avec un grognement exaspéré et ordonna à Marlène de refermer la porte.

- Bon ! soupira-t-elle, éludant la question. Qu’est-ce que c’est que cette histoire d’enfants enlevés ?

- Deux petits garçons ! s’écria Marlène en venant tirer sur un pan de sa nuisette pour essayer de la sortir du lit. Dans un laboratoire de la Shinra.

La jeune femme se dégagea.

- Que… Quoi ? Calme-toi un peu. Qu’est-ce que tu racontes ?

- On les a vus ! la pressa Denzel. Il y a même un bébé ! Allez, viens ! Il faut aller réveiller Cloud !

- Un bébé ? Mais où ça ?

- Dans un laboratoire de la Shinra. Je sais pas où mais il lui font des trucs horribles ! Il est tout brûlé ! Allez, dépêche-toi !

Loz fit claquer sa langue contre ses incisives - « Tsss… » - et s’affala sur les oreillers en remontant les couvertures jusqu’à son menton.

- Qu’est-ce que tu paries qu’ils ont regardé les vidéos ? soupira-t-il.

Tifa se raidit.

- C’est vrai, Denzel ? s’écria-t-elle. Vous avez vu les films de surveillance ?

Le garçonnet lança un regard désespéré à Marlène.

- Tu vois ! le tança cette dernière. Je t’avais dit qu’on aurait des ennuis, si on entrait dans la salle vidéo !

- On s’en fiche, des ennuis ! Il faut aller chercher les enfants ! Tifa ! insista-t-il en tirant sa mère adoptive par le bras.

- Du calme, Denzel ! Le bébé va très bien.

- Ouais, il voudrait juste dormir un peu… murmura Loz, amusé malgré lui par la situation.

La jeune femme lui lança un regard narquois et il grimaça un sourire.

- Venez là, tous les deux, fit-elle en tendant les bras aux enfants, qui grimpèrent sur le lit pour se blottir contre elle, marchant littéralement sur l’argenté. Les vidéos que vous avez vues ont été tournées il y a très longtemps.

Marlène poussa un petit cri horrifié et se redressa.

- Alors c’est trop tard ? Les deux petits garçons sont morts ?

- Non ! Bien sûr que non ! Ils vont très bien et ils sont grands, maintenant, ce sont des hommes.

- Tu les connais ? demanda Denzel. C’est qui ?

Tifa se tourna vers Loz et rabattit doucement le drap qui lui couvrait le torse pour exposer le haut de son bras à la vue des enfants.

En voyant le tatouage déformé « J8 », ces derniers poussèrent un cri.

- C’était toi, le bébé ? bredouilla Marlène, qui le dévisageait à présent avec une expression de profonde sympathie.

L’argenté acquiesça.

- Et l’autre petit garçon, c’est mon frère, Yazoo.

La fillette émit un petit son étranglé et pinça les lèvres, prête à éclater en sanglots.

Tifa lui lissa les cheveux, rassurante.

- Tu vois, ma chérie ? Tout va bien. Il n’y a pas de raison de s’inquiet…

Mais Marlène s’était déjà jetée dans les bras de Loz et s’agrippait à lui en sanglotant bruyamment, ne sachant plus si elle était peinée, terrifiée, soulagée ou choquée. Probablement tout à la fois.

A la grande surprise de la jeune femme, l’argenté ne parut pas déstabilisé le moins du monde par sa réaction et entreprit de consoler la fillette à grand renfort de mots doux et de câlineries - trahissant l’habitude de s’occuper d’un frère plus jeune.

Et, bien sûr, comme c’est toujours le cas lorsqu’un enfant se met à pleurer en présence d’un autre, plus petit, ce dernier ne tarde pas à paniquer et à éclater en sanglots à son tour.

- Tifa, j’ai peur ! pleurnicha Denzel. Je veux pas rester ici !

- Pourquoi, mon coeur ?

- C’est la Shinra qui a fait du mal aux petits garçons et ici, c’est une maison de la Shinra !

- C’était il y a très longtemps, Denzel. Maintenant, c’est Rufus, le patron de la Shinra et il est gentil. Non ?

- Je m’en fiche ! Je veux Cloud ! Lui, il peut nous protéger ! Pourquoi il est pas avec toi ?

Tifa et Loz échangèrent un regard découragé et Marlène leva la tête.

- C’est toi, l’amoureux de Tifa, maintenant, hein ? demanda-t-elle à l’argenté.

- Non ! se récria Denzel sans lui laisser le temps de répondre. C’est Cloud !

- Denzel ! intervint la jeune femme.

- C’est Cloud, l’amoureux de Tifa !

- Non, c’est Loz ! soutint Marlène.

- C’est Cloud ! Et même qu’ils vont se marier un jour !

- Même pas vrai !

- Ca suffit, tous les deux ! s’emporta Tifa. Cloud est mon ami, Denzel, et il n’a jamais été question de mariage ! Qu’est-ce que c’est que cette lubie ?

Le garçonnet sauta du lit et secoua furieusement la tête.

- Non ! T’as pas le droit !

- Quoi ? s’étrangla-t-elle.

- T’as toujours dit qu’un jour qu’on vivrait tous ensemble ! Avec Cloud ! Et qu’on serait une vraie famille !

La jeune femme leva les yeux au ciel.

- Denzel… soupira-t-elle. Que nous hébergions Cloud à Edge ne signifie pas qu’on va se marier lui et moi.

Denzel pointa un doigt accusateur vers Loz.

- Je veux pas de lui chez nous !

Tifa fronça le sourcil, sévère.

- Ce n’est pas à toi de décider, Denzel.

- Tu seras jamais mon père ! cria encore le garçonnet avec toute la rage dont il était capable. Tu prendras pas la place de Cloud, je t’en empêcherai ! Je… Je… Je te tuerai !

- Denzel !

Tifa jaillit du lit et, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, lui administra une fessée retentissante sous le regard éberlué de Marlène, qui s’était blottie contre Loz, terrifiée par les paroles de son ami.

- Excuse-toi tout de suite, Denzel ! ordonna la jeune femme en désignant son amant.

- Je m’excuserai pas ! Il veut prendre la place de Cloud ! C’est un salaud !

- Laisse-le… murmura l’argenté d’une voix blanche en la voyant essayer de calmer le garçon, qui ruait et donnait des coups de pied en tout sens. Les vidéos l’ont choqué et il ne sait plus ce qu’il dit.

- Denzel ! Denzel, calme-toi, mon chéri !

- Lâche-moi !

- Denzel, arrête ! Tu vas te faire mal !

Le garçonnet se dégagea et courut vers la porte, en larmes.

- Je veux que tu crèves, sale enfoiré ! cria-t-il à Loz une dernière fois avant de disparaître en direction de la chambre de Cloud.

Tifa s’adossa au battant et réprima une soudaine envie de pleurer mais Marlène était trop sensible et la connaissait trop bien pour ne pas sentir sa détresse.

La fillette sauta du lit et la rejoignit pour enserrer sa taille de toute la force de ses petits bras.

- Pleure pas, Tifa… S’il te plaît.

Loz détourna le regard pour cacher ses propres larmes, la poitrine soudain si serrée et douloureuse qu’il lui était presque impossible de respirer.

Si le fils adoptif de la jeune femme se mettait à le détester, il savait très bien ce qui se passerait.

Aerith leur avait assez répété : pour une mère digne de ce nom, seuls ses enfants comptent. Pour eux, elle est prête à tout sacrifier. Absolument tout.

En comparaison de Denzel, lui, il n’était rien… Absolument rien.

*

- Reno, reste tranquille !

- Mais puisqu’j'te dis qu’j'ai pas s’meil ! rétorqua le turk en repoussant les draps.

Yazoo, découragé, s’assit sur le bord du lit et soupira.

- Je crois que je te préfère malade plutôt que soûl !

Reno tendit les bras avec un sourire idiot.

- Tu fais un câlin ?

- Non !

- Tant pis, j’le prends quand même !

Il attrapa l’argenté à bras le corps et se laissa tomber sur les draps défaits.

- Reno ! protesta Yazoo en se débattant.

- P’tain ! Qu’est-ce qu’tu sens bon… gémit le turk en enfouissant son visage contre son cou. Ca m’eskite à mort c’t'odeur !

L’objet de ses attentions pouffa et se dégagea de l’étreinte étouffante.

- Tu es ridicule, Reno ! ricana-t-il.

- C’pas des conneries, r’garde !

Le turk exposa la partie concernée et Yazoo lui remonta aussi sec le pantalon.

- Reno !

- Quoi ? On t’a majais dit que t’étais maivrent bandant ?

Reno lui tendit une bouche en cul de poule avec une mimique qui, sous l’effet de l’ébriété, n’avait plus de « sensuelle » que le nom et l’argenté fut pris d’un terrible fou rire.

- Je devrais te filmer pour que tu puisses te voir demain et mourir de honte !

Le turk se renfrogna.

- J’te fais pas d’effet, c’est ça ? J’suis pas assez sesky ?

- Si, Reno, railla l’argenté en riant de plus belle, tu es très « sesky » mais disons que là, tout de suite, ta « seskytude » n’est pas à son top niveau. Ah ! Ah ! Ah !

Il se plia en deux, hilare, et le turk lui agrippa l’épaule.

- Yazoo ? Yazoo !

- Quoi encore ?

- Faut qu’tu t’pousses…

- Hein ?

- Pousse-toi ! cria Reno, plus vert que blanc, en bondissant sur ses pieds pour se précipiter vers la salle de bains, les deux mains sur la bouche.

*

« Accès et passes bloqués, monsieur. » annonça la voix de Tseng dans le haut-parleur du téléphone connecté à la ligne sécurisée du jeune président de la Shinra.

Celui-ci, assis à son bureau dans une sobre robe de chambre de coton, poussa un soupir de soulagement et se tourna vers Cid, qui marchait de long en large dans la pièce.

- Tseng, Shera a-t-elle essayé de se connecter à la base depuis qu’elle est arrivée ? demanda ce dernier en s’immobilisant devant le poste.

« Oui, amiral Highwind. Depuis votre ordinateur. La dernière tentative de connexion a eu lieu… il y a 46 secondes. »

Shalua, assise sur l’un des luxueux fauteuils flanquant le secrétaire massif, tressaillit.

- A quelle base de données a-t-elle voulu avoir accès ? s’enquit Rufus.

« Les fichiers de travail du professeurs Rui, monsieur. Les recherches du laboratoire de Nibelheim. »

- J’en étais sûre ! gémit la jeune scientifique en prenant Cid à témoin.

Ce dernier jura comme un corps de garde et se pencha sur le micro du haut-parleur.

- Qu’a-t-elle eu le temps de voir, Tseng ?

« Rien, amiral. Ses accès avaient déjà été bloqués. »

Tous poussèrent un soupir de soulagement et Rufus alluma une cigarette, que Cid le vit déguster avec envie.

Remarquant son regard, Shalua tendit sa main valide pour la poser sur son bras nu et il sourit en se saisissant du poignet délicat pour le porter à ses lèvres.

« La notification de rupture de contrat est sur votre messagerie, monsieur, et votre avocat vient d’arriver. »

- Passe-le moi.

« Bien, monsieur. »

- Ash ?

« Bonjour, Rufus. Quelle histoire, dis-moi ! »

- Désolé de te tirer du lit d’aussi bon matin, Ash.

« Pas de problème ! »

- Tseng t’a expliqué toute l’affaire ?

« Oui, tout est clair. »

- As-tu aussi tout ce qu’il te faut pour les papiers de divorce ?

« Oui, on vient de me remettre à l’instant le dossier de l’amiral Highwind. Ne te fais pas de souci. Accorde-moi quatre petites heures et, sauf incident, tout sera prêt et en règle pour te débarrasser de cette cinglée. Conseil d’avocat, néanmoins, tu en fais ce que tu veux : tu devrais attaquer cette femme en justice. Ce genre d’individu ne change pas et tu peux être sûr que, tôt ou tard, tu entendras à nouveau parler d’elle.»

- Faisons déjà en sorte qu’elle fiche le camp en douceur. Ce n’est vraiment pas le moment de faire des vagues, Ash, crois-moi.

« C’est toi qui vois. Je me mets au travail tout de suite. Je te recontacte dès que j’ai terminé. »

- Merci encore, Ash. A tout à l’heure.

Il coupa la communication et se tourna vers Cid et Shalua.

- Nous n’avons plus qu’à patienter et à faire comme si de rien n’était en attendant de recevoir les documents.

- Perdre son travail et son mari en même temps… Je ne sais pas comment je prendrais la chose, à sa place, murmura la jeune femme, un peu inquiète.

Cid la rassura d’un clin d’oeil.

- Je me charge de lui annoncer la nouvelle. Avec moi, elle n’osera pas monter sur ses grands chevaux.

Rufus se mordilla la lèvre et frôla du bout des doigts les rapports de l’ancien programme spatial qui encombraient son bureau.

- Quel gâchis…

…à suivre

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XXXIX - La lumière de mes ténèbres

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ;

Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !»

C. Baudelaire

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (Studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (Studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Un coup dans les reins.

Puis un autre.

Et un autre encore.

Peu importait. Il ne sentait plus rien, de toute façon.

Il avait trop mal pour ça…

- Fils de putain ! Pourquoi ne t’en prends-tu pas à moi, plutôt ? Tu as trop peur ? Lâche !

Weiss… Cher Weiss…

Il souffrait pour lui et ça, en revanche, ça lui faisait mal.

Pauvre Weiss…

« Mon pauvre frère… »

Il voulut l’appeler, le conforter, lui donner un signe de vie, fut-il misérable, mais la seule chose qui sortit des lèvres asséchées de Nero, compressées par le mors de cuir, fut à peine un murmure. Faible. Douloureux. Inaudible.

Un nouveau coup.

Dans le ventre, cette fois, lui coupant la respiration.

- Espèce de salopard ! Nero ! Nero !

Une main gantée se referma sur les cheveux de celui-ci et tira sa tête en arrière jusqu’au point limite de rupture des vertèbres cervicales.

- Pas très solide, la petite pelote de ténèbres… railla la voix sensuelle de leur bourreau, les lèvres tout contre son oreille. Et c’est ce petit bout de noirceur qui espérait prendre le contrôle de moi, mhh ? Hélas pour toi, irritant petit grain sable(1) trop sûr de lui, ce corps là n’a pas besoin d’un locataire supplémentaire. Ah ! Ah ! Ah !

(1) Dès lors qu’il s’agit de Nero, entendez le mot « sable » au sens héraldique du terme : noir (l’adjectif de couleur, pas le nom commun).

Weiss, suspendu par les poignets à quelques centimètres du sol, se démena comme un forcené.

- Ne le touche pas ! hurla-t-il, fou de rage, en luttant pour amener de l’air à ses poumons. Lâche-le ou je jure que je mangerai tes boyaux à même ton ventre !

- Weiss, Weiss… soupira la voix suave. Tu sais ce que j’attends de lui. Si tu arrivais à le convaincre, je…

- Jamais !

- Non ? Dommage pour vous deux. Jenova ne…

- Jenova, tu peux te la tailler en pointe et te la mettre là où ça te démange !

Sa grossièreté fut sanctionnée par l’uppercut violent du poing ganté sur sa bouche.

Les yeux pourpres de Nero s’agrandirent d’horreur devant le sacrilège du sang de son frère coulant sur sa peau éburnéenne.

« Weiss… » essaya-t-il d’articuler, sans succès.

Le poing se leva à nouveau et il fit appel à tout ce qui lui restait de forces pour pousser un gémissement pitoyable.

- Arrête… Je ferai ce que… tu voudras… Ce que tu… voudras…

Leur geôlier suspendit son geste au-dessus du visage de Weiss et sourit.

- Nero, non ! haleta ce dernier.

- Ce que tu… voudras… répéta son cadet. Mais ne lui fais… pas de mal… Genesis.

- Nero !

*

- Cid ! Il faut aller voir Rufus ! Tout de suite !

Cid sursauta et se tourna vers Shalua, qui venait de faire irruption dans la salle de bains alors qu’il finissait de se sécher.

- Que… Quoi ? bredouilla-t-il, encore perdu dans ses sombres souvenirs.

La jeune scientifique brandit les rapports du lancement de la dernière fusée du programme spatial de la Shinra.

- Je crois savoir ce que cherchait Vincent, Cid ! Et c’est grave. Très grave !

Le pilote secoua la tête.

- Mais enfin, de quoi tu parles ?

Shalua déglutit, la gorge serrée, et prit une profonde inspiration.

- Le réservoir d’oxygène numéro 8, Cid. Ce n’était ni un défaut de fabrication ni un mauvais réglage.

Cid se frotta le visage et contint difficilement un mouvement de profonde exaspération.

- Shalua, je t’ai dit que je ne voulais plus parler de ça.

- C’était un sabotage ! poursuivit la jeune femme sans tenir compte de ses protestations. Shera t’a menti ! Le réservoir était intact !

Le pilote expira bruyamment et s’assit sur le rebord de la baignoire, soudain très las, la tête et les épaules basses.

- Shalua… soupira-t-il.

- Je suis sérieuse ! Les rapports techniques ne mentent pas. Le réservoir était en parfait état, tu aurais pu décoller ! Cid ! Tu entends ce que je te dis ?

Ce dernier laissa échapper un rire abattu et sentit un pincement familier lui contracter la poitrine.

- C’est aussi ce que j’ai cru durant des années, Shalua, fit-il d’une voix douce teintée d’amertume. Mais je me trompais. Même s’il m’en coûte de l’admettre, Shera m’a bel et bien sauvé la vie, ce jour-là.

Shalua piétina de rage et ouvrit la bouche pour protester mais il la devança.

- La réserve a bel et bien explosé, Shalua, comme elle l’avait prévu. Ca s’est passé lorsqu…

- Lorsque la Shinra a voulu utiliser la fusée comme une bombe pour détruire le météore lancé par Sephiroth, je sais ! le coupa-t-elle. C’est écrit là ! ajouta-t-elle en brandissant une liasse de documents. Et c’est bien là le problème !

Cid tiqua.

- Ecrit ? Comment ça, « écrit » ? Shera n’a jamais fait de rapport là-dessus, la Shinra était pour ainsi dire dissoute après que…

- Tais-toi et écoute-moi ! ordonna la jeune scientifique s’accroupissant devant lui sur le sol, le regard planté dans le sien. Ca, dit-elle en montrant une liasse de feuilles, c’est le compte-rendu de mission fait par Shera. Et ça, dit-elle encore en brandissant une seconde liasse noire de chiffres et de données, ce sont les rapports techniques des ordinateurs de bord. Ils envoient en permanence des informations à l’ordinateur central, à terre : position, état du matériel, rapports d’incidents et…

- Je sais ce qui se passe sur mes engins, Shalua !

- Ah oui ? Et es-tu capable d’interpréter les données transmises par les ordinateurs de “tes” engins ? demanda-t-elle en lui tendant les données en question.

- Pas telles quelles, non, c’est codé. Je ne suis pas un ordinateur ! Où veux-tu en venir, à la fin ?

- Et bien moi, contrairement à toi et à Vincent, je sais les lire et les interpréter, Cid, et elles contredisent le rapport de Shera.

- Les machines ne sont pas infaillibles, Shalua, je suis bien placé pour le savoir. Et ce putain de moteur a bel et bien explosé, putain de merde, j’étais là quand ça s’est passé !

Shalua prit une profonde inspiration pour se calmer, essaya de se détendre et reprit d’une voix douce :

- D’accord. Excuse-moi. Je n’aurais pas dû te dire les choses aussi brutalement. Reprenons depuis le début. Depuis le décollage de la fusée S-26.

- Shalua ! gémit le pilote.

- S’il te plaît, pria-t-elle. Cinq minutes, Cid. Je ne te demande que cinq minutes, d’accord ?

Il lui jeta un regard morose mais hocha la tête, à contrecœur.

- Si tu me jures de ne plus jamais me reparler de ça à l’avenir.

- Si, après ce que je vais te dire, tu penses que j’ai tort, je t’en donne ma parole, d’accord ? Bien. Le matériel qui se trouvait dans ta fusée était une merveille de technologie, Cid. Le meilleur qui pouvait se faire à l’époque.

- Ca, je le savais déjà.

- Le jour du lancement, ce matériel n’a détecté aucune fuite ni aucun défaut de fonctionnement.

- Mais puisque je te dis que…

- Laisse-moi finir. Voici à présent le rapport du second lancement de la fusée, quatre ans plus tard. La réserve d’oxygène numéro huit a explosé 14 minutes après le décollage. Et les machines avaient détecté une anomalie majeure de niveau 7 sur les raccordements de ce même réservoir un peu moins de 5 secondes avant l’explosion. De niveau 7, Cid, répéta-t-elle. Sais-tu ce que cela signifie ?

- Un impact violent de type balle ou roquette ou une explosion. (Il grimaça) Une explosion avant l’explosion ? Mais ça n’a aucun sens !

- Sauf si quelqu’un a fait sauter une partie de l’installation, ce qui aurait entraîné l’explosion du réservoir.

- Tu te rends compte de ce que tu es en train de di…

- Quelqu’un était-il supposé rester dans la fusée, Cid ?

- Non ! Bien sûr que non ! Elle était en pilotage automatique et devait servir de missile contre le météore. C’est par accident que Cloud et moi nous sommes retrouvés à bord. Et Shera aussi, d’ailleurs, mais ça, nous l’ignorions.

- Si personne ne devait se trouver à bord… Pourquoi les rapports du cerveau central de la fusée indiquent que la nacelle de sauvetage a été testée et réalimentée en énergie avant le décollage ? D’ailleurs, rafraîchis-moi un peu la mémoire : combien de temps faut-il pour charger les batteries indépendantes de ce genre de nacelle, Cid ? Une ? Deux heures ?

- Trois, au minimum, répondit-il d’une voix blanche, commençant à comprendre où elle voulait en venir.

- Et, si j’en crois ce qui figure ici, presque deux autres pour vérifier les branchements, le matériel et tester le fonctionnement du système de pilotage, à plus forte raison après 4 ans passés à pourrir dans un champ. Le rapport technique dit : ” Vérifications effectuées de 14h27 à 16h12 par… « ID 258-S26-Sn002 ».” Qui est Sn002, Cid ?

- Shera, avoua celui-ci, la gorge serrée.

- Curieuse perte de temps pour une fusée en pilotage automatique supposée servir de bombe, non ?

- Ca nous mène où, tout ça, Shalua ? demanda-t-il, un nœud dans le ventre, devinant réponse.

- A répondre à une question : suppose que les machines ne se soient pas trompées lors du premier lancement et que les réservoir fonctionnaient parfaitement. Que le plan de Rufus Shinra ait réussi et que le météore ait été détruit par la fusée et la materia qu’elle contenait, comme prévu ?

- Des centaines de vies auraient été sauvées.

- Certes. Mais tu te serais aussi fatalement rendu compte que - oh ! miracle ! - malgré quatre années passées à rouiller sur place, ta fusée avait non seulement réussi à décoller sans encombre, fut-ce de guingois, mais avait aussi accompli sa mission sans encombre… et sans explosion de réservoir. En revanche, si le réservoir en question explosait bel et bien, le vilain Cid n’avait plus qu’à tomber à genoux devant la gentille Shera pour déposer à ses pieds un tapis d’excuses et la seule chose pouvant racheter quatre années d’injustice, d’insultes et de reproches non fondés : une jolie et romantique demande en mariage.

Cid avait l’impression qu’une main géante s’était refermée sur son ventre et sa poitrine pour l’empêcher de respirer.

- Non… bredouilla-t-il. Shera est une chieuse mais elle n’est pas aussi diabolique.

- Tu en es sûr ou tu l’espères, Cid ? Réfléchis. 26 essais… 26 fusées ! Tu te rends compte de l’énormité de la chose ?

- J’ai fait beaucoup d’erreurs, Shalua. Construire un appareil devant voler sous la stratosphère est une chose mais…

- Mais rien du tout, Cid ! Tu es le meilleur dans le domaine ! La vingt-sixième fusée a décollé comme une horloge malgré quatre ans passés à pourrir dans un champ, exposée aux intempéries, et tu espères me faire croire que les autres étaient ratées au point de ne même pas pouvoir tenter un essai ? Réfléchis, Cid ! Une personne dont tu refuses d’admettre la folie a saboté ton travail, a tout fait pour te clouer au sol, sachant très bien que si tu réalisais ton rêve, tu passerais ton temps loin d’elle et de la petite vie douillette qu’elle avait fantasmée pour deux !

Cid secouait obstinément la tête, le souffle court et la rage lui rongeant les tripes.

A la lumière des révélations de Shalua, il lui semblait que chaque détail, chaque petite chose, chaque petit événement sans importance revêtait soudain une signification nouvelle.

Elle avait raison et, au fond de lui, il le savait.

Shera l’avait trahi.

L’admettre, cependant, c’était reconnaître qu’il s’était laissé aveugler durant des années par une demi-folle monomaniaque uniquement guidée par l’amour obsessionnel qu’elle lui portait et ça, sa fierté d’homme ne pouvait l’accepter.

- Cid… insista doucement Shalua d’une voix douce. Nous devons aller voir Rufus. Tout de suite. Shera fait toujours partie de ses équipes d’ingénieurs et, du fait qu’elle est ta femme, on lui fait confiance. Elle possède des niveaux d’accès très élevés à des bases de données qu’il est urgent de bloquer au plus vite. Tu imagines ce qui se passerait si elle découvrait ce qui se trouve au sous-sol ? Si elle soupçonnait sur quoi je travaille ? Jusqu’où peut aller une femme, qui a saboté un programme spacial de plusieurs années, pour ruiner ma réputation ou m’éloigner de toi si elle savait que je suis ta maîtresse ?

Cid redressa brutalement la tête et une révolte sans nom lui obscurcit le cerveau.

Ses muscles se bandèrent et, avec un cri de rage qui fit tressaillir la jeune scientifique, il bondit sur ses pieds nus pour asséner un coup de poing d’une force terrifiante à la porte de la salle de bains en imaginant que c’était la tête de Shera.

*

Loz eut un petit tressaillement dans son sommeil et Tifa ouvrit aussitôt les yeux.

- Chut… chuchota-t-elle contre sa tempe moite. Ca va aller, du calme.

Elle remonta le drap sur son dos dénudé en jetant un œil au réveil, sur la table de nuit.

Presque trois heures du matin.

Elle changea de position sur les oreillers en prenant garde à ne pas réveiller l’argenté, qui était blotti tout contre elle, le visage niché dans sa poitrine opulente, et soupira.

« Bon sang ! Tu parles d’une nuit paisible et romantique… »

Perdu dans son cauchemar, Loz se mit à sangloter et elle caressa doucement les courts cheveux humides de sueur avec un petit pincement au cœur.

- Même une fois partie elle ne te laisse pas tranquille, hein ? susurra-t-elle en frôlant son front glacé d’un baiser.

Elle resserra un peu son étreinte autour des larges épaules et sentit l’une de ses larmes de l’argenté endormi tomber et rouler dans la vallée profonde et parfumée de ses lourds seins si tendres.

- Mon pauvre amour…

Priant pour qu’il ne se réveille pas à nouveau, Tifa attendit un long moment que les soubresauts dus à ses sanglots s’apaisent et qu’il enfin se reposer et récupérer un peu.

Lorsque la porte de sa chambre s’ouvrit à la volée, Loz avait presque recouvré entièrement son calme et dormait comme un bébé.

- Tifa ! Vite ! Il faut faire quelque chose ! s’écria Denzel en faisant irruption dans la pièce, Marlène sur ses talons et une lampe de poche à la main. La Shinra a enlevé des enfants dans un labo pour…

Le garçon se tut, surpris.

Il venait de braquer le faisceau lumineux sur sa mère adoptive… pour voir Loz se réveiller en sursaut dans son giron, le souffle à nouveau court et le cœur battant.

- Pourquoi il est dans ton lit, lui ? demanda le garçonnet en écarquillant les yeux.

L’argenté cligna des yeux et secoua la tête pour s’éclaircir la vue et les idées.

Tifa, elle, totalement déstabilisée par l’entrée fracassante, ne pouvait que remercier silencieusement le ciel que les enfants ne les aient pas surpris entièrement nus ou pire… en train de faire l’amour.

*

Dans la chambre de Cid plongée dans la pénombre, Shera consultait une série de dossiers, penchée sur l’écran de son ordinateur.

- Des cuves mako… Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Que fabriques-tu donc dans ton labo, espèce de putain borgne ?

Elle parcourut l’arborescence des rapports de recherches du laboratoire de Nibelheim et un nom attira son attention : « HOJO_BROTH ».

« Broth »… Pour brothers ? Les frères Hojo ?

Elle tapota rapidement une série de commandes sur le clavier.

« ACCESS DENIED ! ENTER LOGIN : … ENTER PASS : … »

La jeune femme entra son identifiant et son mot de passe.

« ACCESS DENIED ! »

- Voilà autre chose.

Elle essaya à nouveau et le message d’accès refusé s’afficha encore.

- Merde ! C’est bien le moment que ça plante ! Maudites machines !

Elle referma rageusement l’ordinateur portable de Cid et tapa du poing sur le bureau sans cesser de se triturer les méninges.

Quelque chose de bizarre se passait à Nibelheim et elle était prête à mettre sa main à couper que cela n’avait rien à voir avec une machine volante ou une reprise quelconque de programme spatial…

…à suivre

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XXXVII - Le mal de “mère”

«La plus violente douleur qu’on puisse éprouver,

certes, est la perte d’un enfant pour une mère,

et la perte de la mère pour un homme.»

Guy de Maupassant

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

« Que contient ce carton, mère ? »

« … »

« Tu ne veux pas me le dire ? »

« Tu le verras bientôt, amour… Lorsque tu sortiras d’ici. »

« Et tu es certaine que cela peut aider Kadaj ? »

« Qui peut être sûr de quoi que ce soit ? »

« Tu as l’air bien sombre, tout d’un coup… »

« Ce sont les souvenirs… Cette maison est pleine de tant de souvenirs… »

« Je sais… »

« Ne sois pas peiné, mon fils. Ils ne sont pas tous douloureux, loin de là. »

« C’est curieux… »

« Quoi donc, amour ? »

« Loz… Tu sens ? Quelque chose a changé. Il ne dégage plus la même énergie psychique que ses frères. C’est beaucoup plus intense. Il semble… euphorique ? »

« Pas euphorique, mon fils. Amoureux. »

« Amoureux… »

« C’est un sentiment si agréable… »

« Vraiment ? Qu’est-ce que ça fait, mère ? »

« C’est… difficile à expliquer. »

« Tu as souvent été amoureuse ? »

« Non, amour. Une seule fois, en réalité. »

« C’était Vincent, n’est-ce pas ? »

« Oui… Oui, c’était Vincent. »

« Mère… »

« Oui ? »

« Pourquoi as-tu épousé père si tu aimais Vincent ? »

« Je… Je ne m’estimais pas en droit de l’aimer. »

« Pourquoi ? »

« Son père, Grimoire, un homme que je respectais et qui était devenu mon maître à penser, est mort par ma faute. »

« La mort de Grimoire Valentine était un accident, mère. Personne n’aurait pu prévoir la réaction de cette entité que l’on appelle Chaos. Pas même toi.»

« Je sais… Mais peut-être que si je m’étais montrée plus prudente, moins impatiente, je… »

« Ca n’aurait rien changé. »

« Sans doute… Quoi qu’il en soit, c’est ce qui m’a fait repousser les avances de Vincent. »

« La culpabilité. Encore… Toujours… »

« Oui, mon fils. La culpabilité. Un fléau, disent certains philosophes. Mais, sans elle, nous serions des êtres dépourvus de morale et peut-être même de sentiments. Alors, à tout prendre, mieux vaut vivre avec elle que sans. »

« Et supporter sa morsure en serrant les dents… »

« Pas forcément, non. Tout maux a son remède.»

« Qu’est-ce qui peut guérir la culpabilité, mère ? »

« Le pardon, Sephiroth. Le pardon… »

*

Discret comme un fantôme, Vincent suivit Yuffie du grenier à la cuisine et la vit faire une razzia de biscuits, bonbons, sodas et autres cochonneries dans les placards avant de repartir, sa mystérieuse boîte bleue dans les bras.

- Une soirée pyjama se prépare, dirait-on, fit-il à l’intention de Gretta, qu’il avait vue se cacher derrière la porte à l’arrivée de la jeune fille.

La vieille femme, qui elle ne l’avait bien sûr pas remarqué, sursauta si fort qu’elle failli laisser tomber la part de gâteau - son péché mignon - et le thé qu’elle était venue engloutir discrètement.

- Monsieur Valentine ! s’écria-t-elle. Vous m’avez fait une de ces peurs !

- Désolé, Gretta.

Elle alluma une petite lampe et remit sa tasse de thé dans le micro-ondes.

- Un morceau de gâteau ? demanda-t-elle en lissant coquettement son élégante robe de chambre vert pâle et ses longs cheveux blancs noués en une natte lâche.

Vincent sourit et secoua la tête.

- Non, merci. Pourquoi vous êtes-vous cachée, en entendant Yuffie ?

Elle lui adressa un clin d’oeil complice.

- Le péché a meilleur goût lorsqu’il est commis en douce ! laissa-t-elle tomber, faisant rire l’ancien turk. Vous avez vu ce qu’elle transportait ? On aurait dit la boîte dans laquelle le docteur Crescent avai…

- C’est bien elle, la coupa Vincent, la gorge serrée. C’est moi qui la lui avait achetée, à l’époque, lorsqu’elle a su qu’elle était enceinte. Elle en avait besoin pour… enfin peu importe.

Le micro-ondes sonna et Gretta en retira la tasse de thé brûlant.

- C’est pour les garçons, vous croyez ?

- Pour le plus jeune, je pense.

- Oh, monsieur Hojo junior. C’est un gentil petit. Comme ses frères, d’ailleurs. Si seulement le docteur Crescent avait pu les connaître, elle qui rêvait d’avoir des tas d’enfants… Mon Dieu, quelle tragédie.

- « Tragédie » me paraît un mot bien faible, ma pauvre Gretta.

- C’est vrai. Mais j’y pense… les vieux albums, dans la bibliothèque. Ceux qui avaient été faits par leur maman. Vous croyez que ça leur ferait plaisir de les voir ? Enfin, si tant est que j’arrive à remettre la main dessus. Cette vieille maison prend des airs de chantier de fouilles archéologiques dès lors que l’on commence à y chercher quelque chose.

L’ancien turk leva un sourcil.

- Lucrecia a fait des albums ? Et… vous croyez qu’il serait possible d’entreprendre cette « fouille archéologique » maintenant ? demanda-t-il avec une grimace amusée.

- Là ? Tout de suite ? En pleine nuit ? (Vincent acquiesça et le visage de la vieille gouvernante se fendit d’un sourire malicieux) Passer une partie de la nuit avec un bel homme comme vous dans un endroit sombre et poussiéreux… C’est tentant. Quand je leur raconterai ça, les vieilles peaux de Nibelheim vont en être malades de jalousie ! plaisanta-t-elle en acceptant coquettement le bras qu’il lui tendait.

L’ancien turk rit de bon coeur et cligna de l’oeil, séducteur.

- Vous pourrez même leur dire que j’ai fait ça…

Il se pencha pour déposer un baiser bruyant sur sa joue et Gretta rougit comme une adolescente en gloussant de plaisir.

- Oh ! Monsieur Valentine ! le gronda-t-elle en lui donnant une petite tape sur l’épaule.

*

Quelqu’un le secouait doucement dans son sommeil. C’était déjà le matin ? Il lui semblait pourtant que cela faisait à peine quelques minutes qu’il s’était endormi.

Reno ouvrit un oeil.

- Mhh ?

- Reno ? murmura la voix douce de Yazoo dans la pénombre.

Le turk se frotta les yeux et s’assit sur son lit.

- Il y a un problème ?

- Non, je… Désolé, je ne pensais pas que tu dormais déjà.

- J’suis claqué. Je me suis effondré comme une merde… Qu’est-ce qu’il y a ? Tu ne te sens pas bien ? C’est à nouveau cette pourriture de Jenova ?

- Non, je suis… seul. Dans la chambre, je veux dire.

Reno écarquilla les yeux, certain d’avoir mal compris.

- Hein ?

Il ne pouvait pas voir le visage de l’argenté dans la pénombre mais était presque certain, au ton de la voix, qu’il avait viré à l’écarlate.

- Loz est avec Tifa et il va probablement passer la nuit avec elle, alors…

Il laissa sa phrase en suspend et le turk sentit son estomac se nouer.

Il rêvait ou Yazoo était en train de lui faire ouvertement des avances ?

- Euh… Ouais, bredouilla-t-il, horriblement gêné. Et… alors ?

- Tu vas me trouver ridicule mais… Rester dans cette chambre immense, seul, toute la nuit, à me dire qu’elle peut revenir à tout moment… Je… Enfin, je… J’ai peur, Reno. J’ai peur qu’elle profite de mon inconscience pour reprendre le contrôle si mon frère n’est pas là.

Le turk était si soulagé qu’il faillit se mettre à sauter sur son lit en criant « youppii ! ».

- Tu veux dormir avec moi ?

- Si ça ne t’ennuie pas, bien sûr.

- T’es con ou quoi ? Quelle idée, bien sûr que non. Allez, hop ! Viens là, fit-il en rabattant les couvertures.

Yazoo parut hésiter.

- Oh, je… Ce n’est pas nécessaire. Je peux juste m’allonger sur…

- Fais pas le con ! Allez, saute là-dedans.

L’argenté obéit et s’emmitoufla dans les draps de coton fraîchement changés.

- Merci. Je… Je n’ai pas osé aller voir Kadaj. Je ne voulais pas l’effrayer.

- Pas de problème, fit Reno en réprimant un bâillement. La vache, tu sens toujours aussi bon, ajouta-t-il d’une voix ensommeillée en se collant contre son dos, enfouissant son visage dans ses cheveux à l’étrange odeur sucrée.

Yazoo se raidit en sentant le bras du turk se refermer autour de sa taille et attendit d’interminables minutes que ce dernier se retourne et le lâche.

En vain…

- R… Reno ? finit-il par bredouiller d’une voix si ténue qu’elle était tout bonnement inaudible.

Mais le turk, grisé par le parfum sucré de la chevelure de mercure, était déjà reparti pour le royaume des rêves, laissant leurs deux corps emboîtés comme deux cuillers dans un tiroir.

Et si Yazoo portait un pyjama, ce n’était pas le cas de Reno, qui, certain que personne ne viendrait le voir, comme lorsqu’il était malade, s’était couché entièrement nu…

L’argenté sentait parfaitement les moindres détails de son anatomie à travers le coton léger et plus particulièrement la zone du bas-ventre, plus fraîche que le reste de son corps.

Il n’osait pas esquisser le moindre mouvement de fuite, de peur que le turk, stimulé par le frottement, ne se mette à « réagir ». C’est ce que faisait parfois inconsciemment son jumeau dans son sommeil, lorsque Yazoo se collait trop à lui. Mais l’argenté doutait fort que, comme Loz, Reno se contente d’un « Arrête de me serrer comme ça, ça me fait bander ! » ronchon avant de lui tourner le dos… Non, leur gêne à tous deux serait terrible et… et… et mieux valait éviter d’y penser !

Il ferma les yeux et essaya de se détendre mais c’était impossible.

Le souffle qui s’échappait des lèvres entrouvertes lui chatouillait la nuque, le bras qui l’enserrait lui brûlait la peau à travers son t-shirt, il sentait les battements de coeur du turk contre son dos et…

« Oh, merde… »

Ce qu’il craignait arriva : stimulé par le contact du corps tiède et le parfum affolant des phéromones saturées de mako, le corps de Reno répondit d’instinct et son sexe se tendit contre les fesses de Yazoo.

Ce dernier se força à une telle immobilité que c’était à peine s’il osait respirer.

C’était une chose de rêver romantiquement des bras de Reno autour de lui et c’en était une autre de sentir un corps d’homme plaqué contre soi, sexe tendu contre la partie la plus intime de son anatomie…

« Et le pire c’est que ce n’est pas désagréable du tout… » réalisa-t-il avec embarras.

Loz avait dit un peu plus tôt qu’il ne s’était jamais soucié de ce qui trouvait entre son nombril et ses genoux mais force était de constater que la partie incriminée se rappelait soudain à ses bons souvenirs.

Une chaleur traîtresse lui enflammait progressivement le bas du ventre, ses joues devenaient cuisantes et des fourmis lui remontaient le long des reins.

« Malédiction… »

Reno chuchota des mots inintelligibles dans son sommeil en resserrant son étreinte autour de lui et Yazoo mordit l’oreiller pour étouffer un petit gémissement frustré.

*

Kadaj avait fini se brosser les dents et s’apprêtait à se glisser dans son lit en compagnie de Cait 9 lorsqu’un léger grattement se fit entendre à la porte.

- Kadaj ? fit la voix étouffée de Yuffie derrière le battant. Tu dors ?

- Non, pas encore. Entre !

Cait alla aimablement ouvrir et la jeune ninja pénétra dans la pièce, un énorme carton bleu estampillé de petits moogles dans les bras.

- Pardon d’arriver comme ça, mais il fallait que tu vois ça, fit-elle en posant son fardeau sur le lit avec grognement. Bon sang, ce que c’est lourd ! Qui pourrait croire que des trucs aussi petits peuvent peser trois tonnes !

L’argenté considéra le curieux colis jauni et cloqué par le temps et l’humidité.

- Que… qu’est-ce que c’est ?

- C’était à ta mère.

Yuffie ouvrit le couvercle et en sortit les boissons, gâteaux et bonbons pris dans la cuisine sous le regard à la fois abasourdi et perplexe de Kadaj.

- A ma mère ?

- Mais non, pas ça, idiot ! Ah ! Ah ! Ah ! Ca, je l’ai piqué à la cuisine. La nuit risque d’être longue alors j’ai fait des réserves !

L’argenté la regarda retirer ses bottes et se mettre à l’aise sur le couvre-lit en étalant les sucreries autour d’elle, pour la plus grande joie de Cait, qui paraissait soudain surexcité.

- Tu… Tu fais quoi, là ?

Yuffie écarquilla les yeux.

- Quoi ? T’as jamais passé une nuit à te goinfrer de sucreries en regardant de vieilles photos ou en lisant de vieilles lettres ? Tu sais, dans la série « on ressort les vieux jouets et les vêtements de quand on était bébés » ?

- Hein ?

- Rigolade, blagues débiles, vieilles fringues ringardes, coupes démodées, tes vieux qui font des trucs que t’aurais jamais cru… Non ? Une soirée pyjama, quoi ! T’as jamais fait ça, avec tes frangins ?

Kadaj secoua la tête, ne comprenant absolument pas où elle voulait en venir, et elle échangea un regard effaré avec Cait, qui haussa ses petites épaules velues.

- On se souvient des jours de son enfance, expliqua le chat. On ressort les photos, on conjure l’absence. A ceux qui sont partis, on rend un tendre hommage. De ceux qui sont restés, on revoit le visage…

- Au labo, nous n’avions pas de souvenirs ou de jouets. Encore moins des photos. Nous étions des expériences, Cait, pas des enfants.

L’Utaïenne plissa le nez avec un pincement au coeur et tapota la boîte aux moogles.

- Je vois… Eh bien Lucrecia, ta maman, avait préparé cette boîte pour Sephiroth avant sa naissance. (L’argenté se raidit) Tu ne veux pas savoir ce qu’il y a dedans ?

- Je… Je ne suis pas Sephiroth, dit-il, la gorge soudain si serrée qu’il se demanda comment un seul son pouvait sortir de sa bouche.

Yuffie ne se laissa pas démonter pour autant.

- Je sais. Mais Lucrecia veut que tu voies ce qu’il y a dedans. C’est donc que ça doit être important pour toi aussi.

- Lucrecia ? Ma… mère ?

- Oui. C’est Aerith qui me l’a dit.

- Aerith ?

- Elle est venue me voir, tout à l’heure. Et elle m’a fait une belle peur, tu peux me croire ! C’est elle qui m’a dit où trouver la boîte. (Elle ouvrit un paquet de bonbons et le lui tendit) Allez, viens t’asseoir. Tu vas voir, il y a plein de choses qui vont te faire rire, dedans ! (Le chat robotisé plongea la patte dans le carton et en ressortit une minuscule paire de chaussettes blanches brodées de souris bleues) Regarde ! C’était pour le grand Général Sephiroth !

Cait éclata de rire et Kadaj s’assit sur le lit avec circonspection mais n’osa pas se pencher sur le contenu de la boîte.

Des sentiments contradictoires l’agitaient. Il mourait de curiosité de voir le contenu mystérieux mais se sentait aussi terriblement jaloux de Sephiroth. Lui aussi aurait aimé avoir une boîte semblable avec son nom écrit au feutre noir sur le couvercle.

Voyant qu’il ne bougeait pas, Yuffie et Cait replongèrent simultanément main et patte dans la grosse boîte.

L’une en retira un gros album orné d’un bébé moogle bleu vêtu d’une barboteuse et suçotant une tétine et l’autre, deux lettres encore cachetées.

Ces dernières attirèrent aussitôt l’attention de la petite ninja car si l’une portait l’inscription « Pour l’équipe médicale », la seconde était libellée : « Pour Vincent Valentine ». Et on pouvait lire sur les deux, écrit au feutre rouge : « A OUVRIR LE JOUR DE L’ACCOUCHEMENT SI LE PRONOSTIC VITAL EST ENGAGE».

- Vous avez remarqué ? demanda Cait. Elles sont toujours fermées.

- C’est donc que l’accouchement s’est passé sans problème. Qu’est-ce qu’on fait ? s’enquit Yuffie. L’une d’elles est pour Vincent.

Kadaj lui arracha impatiemment les lettres de mains et les ouvrit sans autre cérémonie.

- Il y a prescription, je pense. Tiens… Les deux sont identiques. Je ne comprends pas, c’est quoi ?

La jeune Ninja lui en reprit une et la parcourut, Cait lisant par-dessus son bras.

- C’est une lettre d’intention, expliqua-t-elle. Les jeunes mères en écrivent au cas où l’accouchement se passerait mal.

- Comment ça ?

- Généralement, lorsque le pronostic vital est engagé, les médecins essayent de sauver la mère, en se disant, j’imagine, qu’elle pourra avoir d’autres enfants plus tard.

Kadaj haussa les épaules.

- Logique.

- Mais Lucrecia, comme beaucoup de mamans, avait donné pour instruction de sauver son enfant et non pas elle.

L’argenté grimaça.

- C’est idiot !

Yuffie ouvrit de grands yeux surpris.

- Idiot ? Pourquoi ? N’importe quelle mère digne de se nom se sacrifierait pour son enfant. C’est une réaction normale.

Cait 9 acquiesça énergiquement et Kadaj parut déstabilisé.

- C’est… c’est aux enfants de se sacrifier pour leur mère, essaya-t-il de plaider. Ils lui doivent leur existence et…

- Non, Kadaj, le coupa la jeune fille d’une voix douce. Aucune maman digne de ce nom n’accepterait que son enfant souffre à cause d’elle. Jamais, Kadaj. Jamais…

Ces quelques mots et l’assurance avec laquelle ils avaient été prononcés firent à Kadaj l’effet d’une volée de gifles.

Si c’était si évident pour tout le monde, pourquoi lui et ses frères s’étaient-ils fait avoir aussi facilement par Jenova ? Etaient-ils idiots ? Cet « instinct » qui semblait caractériser les gens « normaux » leur faisait-il défaut ?

Comme si une main géante venait de se refermer sur sa poitrine, il se sentit son coeur se serrer et se souffle se réduire à un filet d’air sifflant.

- Excuse-moi un instant, réussit-il à articuler d’une voix tout juste audible malgré la boule qui grossissait dans sa gorge.

Il se dirigea lentement vers la salle de bains, ferma doucement la porte et, une fois seul, s’appuya sur le bord du lavabo et essaya de pleurer aussi silencieusement que possible malgré les sanglots violents qui lui agitèrent le corps…

Sur le lit, Yuffie se mordilla l’ongle du pouce.

- Qu’est-ce qu’il a ? demanda-t-elle au robot. J’ai dit une bêtise ?

Cait secoua sa petite tête velue et se cacha le museau des mains, catastrophé.

- Sa seule mère, jusque là, s’appelait Jenova…

- Ah, zut… Moi et ma maudite langue !

…à suivre

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XXXVI - La rivale

« J’embrasse mon rival,

mais c’est pour l’étouffer… »

Racine

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Shalua verrouilla la porte de sa suite et s’y appuya pour considérer Cid, qui avait pris place sur le canapé.

- Crois-tu raisonnable, au vu des circonstances, de quitter le lit de ta femme en pleine nuit pour rejoindre ta maîtresse ? murmura-t-elle, un nœud dans la gorge.

Les yeux azurés se plantèrent dans les siens, tourmentés et suppliants, et elle regretta aussitôt ses paroles. Il avait l’air si découragé, si désespéré…

Oubliés le choc de l’arrivée de Shera, l’humiliation qui en avait suivi et la brûlure incandescente de la jalousie. Pour l’heure, le seul îlot de réalité était ce visage à la beauté virile, farouche, et cette peau blonde dorée par des années de soleil ; son seul souci, ce regard abattu et ces lèvres frémissantes de désarroi.

- J’ai besoin de toi, Shalua… chuchota Cid d’une voix brisée à peine audible. Tellement besoin…

Le coeur de la jeune femme se serra et elle s’agenouilla à ses côtés sur le canapé pour caresser son front et ses joues, sur lesquelles perçait une barbe naissante.

Les lueurs rousses mordorés de la lampe du petit salon faisaient brasiller ses épais cheveux blonds et se reflétaient sur la peau glabre et satinée de ses bras, laissés nus par un t-shirt de fin coton bleu qui moulait son large torse athlétique comme une seconde peau.

Le pilote ferma à demi les yeux, enserra la taille fine de Shalua et pressa délicatement sa tempe contre la poitrine ferme, si maternelle lorsqu’elle faisait un berceau aux fronts tourmentés qui s’y réfugiaient.

La jeune femme sourit tendrement et le serra un peu plus contre elle.

Elle déposa une pluie de baisers légers sur les courts cheveux blonds, qu’elle lissa de ses lèvres en humant avec ravissement sa chaude odeur d’homme.

- Je n’ai pas pu rester près d’elle, Shalua, murmura-t-il, la gorge nouée. Je ne la supporte plus. C’était déjà pas terrible mais là… Là, elle me file carrément la gerbe.

Il réprima un frisson et, tel un petit garçon, nicha son visage dans le décolleté profond, entre ses seins laiteux, comme pour se couper du monde.

Shalua sourit de ce geste enfantin et pétrit les muscles de son large dos, résistant à l’envie de glisser sa main sous le t-shirt pour sentir la chair ardente rouler sous ses doigts.

- Alors reste avec moi cette nuit, Cid. Cette nuit et toutes celles que tu voudras…

- Je suis désolé, pour tout à l’heure, Shalua. Shera a été odieuse et je ne…

- Chut, le coupa-t-elle. Tu ne pouvais rien dire, ni faire quoi que ce soit, alors n’y pense plus.

Elle se pencha pour embrasser la chair si tendre et si sensible à l’angle de sa mâchoire, derrière le lobe.

Le souffle chaud fit frissonner Cid et, de ses lèvres, elle pinça gentiment la peau de son cou, de l’oreille à la clavicule.

- Shalua… soupira-t-il entre ses seins.

Elle tira sur le col de son t-shirt pour mordiller un trapèze proéminent et le creux charnu d’une épaule.

Sa peau avait la mâle saveur du sel, de la liberté et du grand air mêlés. Un parfum musqué et enivrant adouci par le léger effluve de l’eau de toilette de Cid, une impalpable et si particulière essence boisée aux très légères notes de vanille qu’elle n’avait jamais senti sur personne.

Enhardi par les attentions de la jeune femme, il darda la langue pour la faire remonter le long de la ravine parfumée de son décolleté jusqu’à sa gorge, son menton et, enfin, sa bouche, où elle se glissa, possessive, en un baiser profond.

Shalua gémit contre ses lèvres et elle défit la boucle de sa ceinture et le bouton de son pantalon pour pouvoir glisser la main sous le t-shirt de coton moulant.

Cid sourit et la laissa un instant batailler avec le tissu, qui prenait un malin plaisir à plisser ou s’enrouler autour des doigts impatients pour freiner leur exploration passionnée.

Elle réussit cependant, à force de persévérance, à franchir les vallons escarpés de la paroi abdominale pour atteindre les provocants muscles pectoraux aux aréoles contractées par l’excitation et aux tétons turgescents, qu’elle fit rouler tour à tour sous son pouce.

Il laissa échapper un halètement rauque dans sa bouche et interrompit leur baiser pour retirer son t-shirt, dénudant son ample torse.

Shalua adorait le voir torse-nu, il le savait. Elle ne se lassait jamais d’embrasser, pétrir, caresser ou mordre la peau lisse qui recouvrait les muscles puissants mais la jeune femme réfréna l’envie de fondre sur la chair onctueuse et porta la main à sa propre épaule pour retirer la prothèse robotisée de son bras gauche, quelle avait remise au labo.

Cid l’arrêta.

- Non… chuchota-t-il en embrassant sa paume. Laisse-moi faire.

Avec mille précautions et une douceur qui serra la gorge de Shalua, il détacha la prothèse faite par Reeve et la posa délicatement sur le canapé avant de couvrir la partie de son bras encore intacte de petits baisers, de l’épaule au moignon.

- Cid, non, ne… ne fais pas ça. C’est…

Il sourit contre sa peau.

- C’est quoi ?

- Ca doit être horriblement désagréable de… toucher ça pour quelqu’un de… d’entier.

- Pourquoi ? Y a-t-il un seul millimètre carré de mon corps qui te révulse ?

- Non, bien sûr que non, mais…

- Un seul endroit que je t’ai jamais interdit de toucher ? D’embrasser ou d’exciter ?

- Non… soupira-t-elle, lascive, au souvenir de leurs jeux amoureux.

- Pourquoi en serait-il autrement pour moi, Shalua ?

Il prit son visage entre ses mains et déposa un baiser tendre sur sa paupière fermée, celle sous laquelle avait jadis scintillé une prunelle aigue-marine.

- Cid… susurra-t-elle, émue aux larmes.

Il la souleva dans ses bras et, tout en lui dévorant les lèvres, écarta la table basse du pied pour l’allonger sur l’épais tapis de laine qui recouvrait le parquet ciré.

Elle pouffa.

- Ici ? Sur le sol ?

Il lui sourit avec une grimace espiègle.

- Ouais… gronda-t-il. Par terre, comme des bêtes !

Il fondit sur son cou, toutes dents dehors, pour mordre sensuellement la jointure de l’épaule avec un grognement comique.

Shalua éclata de rire et renversa la tête en arrière, offrant sa gorge aux morsures voluptueuses du pilote.

- Aïe ! Cid ! Ah ! Ah ! Ah !

Dans le couloir, Shera, l’oreille collée contre la porte de la suite jusqu’à laquelle elle avait discrètement suivi son infidèle époux, leva le sourcil et plissa ses lèvres fines en un sourire vipérin.

Sa première impression avait été la bonne, finalement. Cette garce borgne et manchote était bien la coqueluche en date de Cid.

La première depuis leur mariage…

Voilà donc la véritable raison pour laquelle il avait abordé ce sujet inepte de divorce.

C’était plutôt rassurant, cela dit, car cette Marie-couche-toi-là n’était très probablement qu’une tocade, une allumeuse qui le tenait par le bout du sexe. Un béguin qu’elle allait se charger de lui faire passer, fut-ce à coups d’humiliations.

Personne ne lui prendrait jamais Cid. Personne. Et moins encore une pouliche mutilée, une demi-femme, fut-elle la pire des putains dans un lit !

Les rires, de l’autre côté de la porte, s’étaient mués en soupirs lascifs, chuchotements suppliants et halètements douloureux.

Sous l’assaut du plaisir, Shalua cria le nom de Cid, qui laissa échapper un long gémissement guttural, et Shera grimaça, prise de répugnance.

Quels animaux !

Qu’ils en profitent. Ils n’allaient plus s’amuser très longtemps, parole de Shera !

Elle tourna rageusement les talons et traversa le couloir enténébré sans remarquer les yeux perçants qui l’observaient en silence, dans l’ombre d’une statue de porphyre aussi rouge que la cape et les prunelles de leur propriétaire…

*

Tifa s’assit sur son lit et se frotta les tempes, sous lesquelles commençait à percer une migraine.

- Tu as mal à la tête ? demanda Loz en lui lissant les cheveux.

La jeune femme allait répondre « oui » et réalisa alors tout le comique de la situation. Elle était en compagnie d’un homme au physique affolant dans la pénombre d’une chambre cossue, sur un lit aussi moelleux que confortable et… « Désolée, pas ce soir, j’ai mal à la tête, chéri !».

Elle éclata de rire et il grimaça, décontenancé.

- Quoi ? Qu’est-ce que j’ai dit ?

- Rien, c’est moi. Je réalise que je suis en train de te faire le coup de la migraine !

Loz secoua la tête, ne voyant absolument pas de quoi elle parlait.

- Le coup de la quoi ?

- La migraine ! (Il écarquilla les yeux et hocha négativement la tête) Ca ne te dit rien ?

« Bien sûr que non, comment cela pourrait-il lui dire quelque chose ? » réalisa-t-elle, touchée par son ignorance. Les érotomanes du labo où il avait grandi ne risquaient pas d’arguer une migraine avant de le… Enfin, bref.

- Le prétexte mythique des dames pour échapper aux élans des maris entreprenants ! expliqua-t-elle. C’est une vieille blague sur le manque d’ardeur des femmes et les mille et une excuses qu’elles inventent pour esquiver les câlins.

- Et pourquoi les femmes voudraient-elles esquiver les « câlins » ? demanda-t-il avec une innocence désarmante.

Elle lui pinça affectueusement les joues.

- Parce que tous les hommes ne sont pas aussi séduisants et habiles que toi… murmura-t-elle à son oreille en lui léchant le pavillon.

Il frissonna.

- Tifa ?

- Mhh ?

- En parlant de maris… Cloud… Ce n’était pas seulement ton ami, n’est-ce pas ?

Elle se raidit et s’écarta un peu de lui pour le regarder dans les yeux.

- Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

- La façon qu’il a de nous regarder, lorsqu’on est ensemble. La haine dans ses yeux, lorsque je passe dans son champ de vision.

Tifa acquiesça.

- Disons que Cloud et moi… Nous avons essayé de construire quelque chose mais que ça n’a rien donné. En fait, il était très amoureux d’une amie à nous qui est décédée et… Mais attends, tu la connais ! Aerith. Aerith Gainsborough.

Loz fronça le sourcil.

- Aerith ? La fille qui nous a sortis de la rivière de la vie, l’amie de mère ?

- Oui ! s’écria la jeune femme avec enthousiasme. Tu te souviens d’elle ? Si tu savais comme elle nous manque à tous…

- Je me souviens très bien. Elle est gentille. Et sa voix est très douce. (Tifa eut un rire doux) Quoi ?

- Rien, c’est la façon que tu as de dire ça. C’est mignon.

Il grimaça un sourire, ne sachant si elle se moquait gentiment de lui ou si elle était vraiment attendrie par son ton enfantin.

- Kadaj croyait qu’elle était notre mère, au début, reprit-il. Quand elle est venue nous chercher, il y a deux ans. Lorsque… Lorsque…

Il n’osa pas finir sa phrase et Tifa lui caressa tendrement le visage et le cou.

« Lorsque nous sommes morts… » c’est ce que l’argenté voulait dire.

- Je sais quand c’était, Loz. (Elle déposa un baiser doux sur ses lèvres et sourit) Eh bien Aerith était la petite amie de Cloud.

Loz tiqua.

- Ah bon ?

- Oui. Le « départ » d’Aerith a été une terrible épreuve. Ils s’aimaient énormément et auraient sans doute fini leurs jours ensemble si ce drame avait pu être évité.

Il se mordit la lèvre, embarrassé.

- Ah… Et… c’est lui qui t’a dit ça ?

- Pas aussi directement, non. Cloud est très pudique. Mais lorsque nous prenions encore le temps de papoter et de nous confier l’un à l’autre, avant qu’il ne s’engage dans le SOLDAT, il parlait très souvent d’elle et des projets qu’il avait fait pour eux. Pourquoi ?

L’argenté fit le curieux petit bruit avec sa langue contre ses dents - « Tsss » - et Tifa, qui commençait à bien connaître ses attitudes et ses tics, s’alarma.

- Qu’y a-t-il, Loz ? Il s’est passé quelque chose avec Aerith dont Cloud ne nous a pas parlé ?

- Pas que je sache, non. C’est juste que… l’homme qu’aime Aerith… Enfin…

Il se tut, de plus en plus gêné.

- Quoi ? Eh bien parle.

- Ce n’est pas Cloud, Tifa.

Celle-ci blêmit.

- Que veux-tu dire ?

- L’amant d’Aerith est avec elle, là-bas, dans la rivière. Je ne l’ai pas vu mais j’ai entendu sa voix. Il nous a parlé, au labo, lorsque Shalua nous a réveillés et que sa soeur nous a mis en contact avec Aerith. Il s’appelle Zack. Zack Fair, je crois. Il porte les cellules de Jenova, lui aussi.

La jeune femme agita la main et secoua la tête, amusée.

- Zack est avec elle, c’est vrai, mais ce n’est pas ce que tu crois. Il était le meilleur ami de Cloud et un ancien flirt d’Aerith.

- Ah oui ? Bah, ce n’est pas ce qu’il nous a dit…

- Comment ça ?

Loz haussa les épaules.

- « Le compagnon d’Aerith », c’est comme ça qu’il s’est présenté. « Et un ancien ami du général Sephiroth ». Je ne sais pas, tu interpréterais ça comment, toi ?

Tifa porta la main à sa bouche pour étouffer une exclamation surprise.

- De la même façon que toi…admit-elle.

- Je ne pensais pas que c’était un secret pour qui que ce soit et encore moins pour ses amis.

- Tu plaisantes ! Je n’ose même pas imaginer la réaction de Cloud s’il entendait parler de ça ! (L’argenté bâilla et se frotta les yeux) Mon pauvre amour… murmura Tifa, attendrie, en lui passant la main dans les cheveux. Que d’émotions, aujourd’hui, hein ? Tu as l’air à bout.

Loz tiqua et ouvrit de grands yeux. C’était la première fois de sa vie que quelqu’un l’appelait comme ça et c’était… ma foi, très agréable.

- Quoi ? s’inquiéta la jeune femme en voyant son expression ahurie.

Elle avait laissé échapper le surnom tendre si naturellement qu’elle ne s’en était même pas rendue compte.

- Rien, je… Je suis un peu fatigué, c’est vrai.

Tifa sourit et dégrafa les lanières de son blouson.

- Alors, allez hop ! Une bonne douche bien chaude et au lit. Qu’en dis-tu ?

Il lui rendit son sourire et l’embrassa pendant qu’elle faisait glisser la fermeture éclair sur sa poitrine.

- Ca me va, murmura-t-il contre ses lèvres.

- On prévient Yazoo qu’il ne t’attende pas cette nuit ?

- Je crois qu’il s’en doute… répondit-il en la soulevant dans ses bras pour se diriger vers la salle de bains.

*

Comme Aerith l’avait dit, Yuffie trouva la grosse boîte bleue tout au fond du grenier poussiéreux.

Quel désordre !

Quelque chose de petit et de velu fila entre ses pieds et elle se mordit la langue pour ne pas crier.

Des souris…

Elle détestait les souris !

Prenant son courage à deux mains, néanmoins, elle réussit à dégager la boîte sans rien faire tomber. Enfin… « rien » hormis cinq cartons, une lampe, un vieux sac de voyage et une canne !

- Bon sang, mais quelle poussiè… ah… ah… Tchah !

Cela eut pour effet certes de dépoussiérer le dessus de la boîte mais aussi de soulever un épais nuage de ladite poussière qui la fit tousser et éternuer de plus belle.

Avec une bordée de jurons fleuris comme seul Cid savait en trouver, elle se plaça sous le cercle de lumière chichement fourni par l’ampoule nue et maladive qui pendait du plafond pour jeter un oeil curieux à sa trouvaille.

C’était une grosse boîte de carton estampillé de petits personnages amusants - en l’occurrence des moogles - comme celles que l’on trouve dans les chambres d’enfants, au sommet des armoires, pour ranger vêtements ou jouets qui ne servent plus.

Le couvercle en avait été scellé par de l’épais ruban adhésif mais il en fallait plus pour décourager une petite utaïenne voleuse de matérias brûlant de curiosité !

Patiemment, elle décolla le ruban qui, ayant souffert des intempéries et de l’humidité, ne résista guère.

- Voyons voir si Aerith avait raison… soupira-t-elle en soulevant le couvercle.

C’est alors qu’elle remarqua, sur l’un des coins de celui-ci, le nom libellé au stylo-feutre d’une écriture assurée, élégante et indubitablement féminine :

-Sephiroth-

…à suivre

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XXXV - Je t’aime… Moi, non plus !

« Si c’est là votre façon d’aimer,

je vous prie de me haïr. »

Molière

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Shalua et Shera se dévisagèrent dans un silence de mort, le bras de Cid toujours passé autour de la taille de la première.

- Tu ne me présentes pas, Cid ? demanda la seconde d’une voix glaciale.

La jeune scientifique se dégagea et, relevant la tête avec courage, s’avança d’un pas en tendant sa main valide.

- Docteur Shalua Rui, fit-elle avec aplomb.

La femme de Cid hoqueta, le regard fixé sur le moignon de son bras gauche que ne recouvrait nulle prothèse. Comme il n’était supposé se trouver aucun étranger parmi eux, la jeune femme avait voulu dîner à l’aise et s’était laissée convaincre par Merill de laisser sa lourde prothèse robotisée au laboratoire.

- Oh, mon Dieu… bredouilla Shera, les joues soudain brûlantes. Je… Pardon, j’ai cru que…

Elle leva le visage vers Shalua et remarqua alors qu’il lui manquait également un oeil, ce qui fit monter sa gêne d’un cran.

Cid s’avança à son tour, prêt à défendre la jeune scientifique de la moindre remarque désobligeante mais eut la surprise de voir sa femme serrer chaleureusement la main de sa rivale.

- Shera, se présenta-t-elle à son tour. Je suis Shera Highwind, la femme de Cid. Pardonnez-moi, je… Je me sens tellement idiote ! J’ai cru que… Oh, là, là… (Elle se tourna vers le pilote) Quelle manie, toi aussi, d’être aussi familier avec les gens ! On n’a pas idée ! Pardonnez-moi, docteur Rui, je ne sais pas quoi vous dire. Je… A le voir vous enlacer comme ça, j’ai cru que… Enfin, vous voyez. Non mais quel balourd tu fais, Cid !

Shalua encaissa le choc avec dignité mais Tifa, à l’instar de la plupart des spectateurs, sentit la révolte lui nouer les tripes.

Dans l’esprit de Shera, une femme comme Shalua - c’est à dire borgne et amputée d’un bras - ne pouvait en aucun cas être la maîtresse de son mari, les aurait-elle surpris nus dans un lit.

Cid, blême comme un suaire, serra les poings et ouvrit la bouche pour invectiver sa femme mais la jeune scientifique lui serra le bras, suppliante, la gorge serrée par la honte et ne voulant surtout pas ajouter à son malaise déjà grand.

- Tu entends ça, Cid ? fit-elle avec un effort surhumain pour ravaler ses larmes. Ta femme a cru que nous étions amants ! Toi et moi… Avoue qu’il y a de quoi rire, non ?

Le double sens de ses paroles et l’amertume qu’il sentait percer dans le ton artificiellement railleur enfoncèrent des poignards incandescents dans le coeur du pilote.

- Une fois encore, je suis désolée, docteur Rui… s’excusa à nouveau Shalua. Je ne sais pas comment me… Mon Dieu, vous devez me trouver si ridicule !

- Ce n’est rien, vraiment.

- Shera ! s’écria Cloud en lui tendant les bras. Tu ne dis plus bonjour aux amis ?

- Cloud ! Bon sang, ça faisait un bail !

Ils s’embrassèrent chaleureusement et la tension ambiante retomba un peu.

Reno se tourna vers Rude et secoua la tête, effondré.

- Rudo, ne le prends pas mal mais t’es vraiment un boulet !

- J’ai pas trop compris ce qui vient de se passer, là, avoua l’impressionnant turk à mi-voix.

- Cid envisage de divorcer, crétin de mes deux ! Shalua est sa maîtresse.

Son comparse pâlit.

- Oh, putain… J’en savais rien, moi !

- Pourquoi t’es allé la chercher ? Abruti !

- C’est Cloud qui m’a dit que ça lui ferait plaisir ! Ca devait être une surprise.

Reno faillit s’étrangler.

- Ah, parce que c’était ça, la surprise dont tu m’as parlé ? Oh, la vache…

Du coin de l’oeil, il vit Cloud plaisanter avec la nouvelle venue et jura.

Les enfants vinrent l’embrasser à leur tour et Rufus entraîna discrètement le pilote à l’écart.

- Je vous en prie, amiral Highwind, supplia le jeune président, reprenez-vous et faites semblant d’être heureux de la voir. Au moins ce soir.

- Quoi ? s’écria Cid.

- Chut ! Moins fort. Votre épouse arrive comme un cheveu dans la soupe et nous n’avons vraiment pas besoin de problèmes supplémentaires pour l’instant. Je vous rappelle que nous avons un Sephiroth inconscient au sous-sol qui est supposé se trouver à Edge, des invités avec une saleté d’entité extraterrestre qui n’attend qu’une occasion pour leur dévorer le cerveau et des phénomènes plus qu’inquiétants dans la rivière de la vie à étudier de toute urgence sans affoler la population !

- Rufus, nous n’avez pas idée de ce que vous me demandez !

- Soyez sûr du contraire. Je sais que vous préparez votre divorce et que la principale concernée n’est pas encore au courant. Je vous aiderai à accélérer les choses, je vous en donne ma parole, mais, pour l’heure, le plus important est que Shera reparte au plus vite.

- Il a raison, intervint Vincent en les rejoignant. Tu dois jouer les maris attentionnés quelques heures pour la renvoyer dès demain le plus sereinement possible et sans qu’elle pose trop de questions.

Cid serra ses mâchoires à tel point qu’ils entendirent grincer ses dents.

- Bordel de merde ! Quand je vais choper Rude, il va passer un sale quart d’heure…

- Il n’y est pour rien, Cid, assura Vincent. J’ai cru comprendre que c’était Cloud qui lui avait demandé de passer chercher Shera.

Le pilote lâcha une bordée de jurons étouffés et Rufus lui tapa sur l’épaule.

- Je vais parler à Shalua, ne vous en faites pas, fit-il avant de s’éloigner pour prendre la jeune femme à l’écart.

- Ca va aller ? s’enquit Vincent. Tu crois que tu vas pouvoir donner le change ?

Cid vit Shalua et Tifa hocher gravement la tête devant Rufus sous les regards révoltés de Loz et de Shelke.

- J’en sais rien, Vincent… J’en sais rien.

La jeune scientifique lui lança un sourire discret débordant d’affection qui lui serra le coeur.

- Tout le monde m’embrasse sauf mon propre mari, c’est un comble ! s’écria gaiement Shera en arrivant derrière lui. Bonsoir, Vincent. Ravie de te revoir.

Elle lui présenta sa joue mais il lui tendit la main.

- Désolé, je n’ai jamais été très à l’aise avec les contacts humains, s’excusa-t-il avant de les laisser seuls.

- Il n’a pas changé ! Alors ? Tu ne m’embrasses pas ?

Cid piqua sa joue d’un baiser rapide en essayant de ne pas imaginer ce que Shalua devait ressentir en le voyant agir de la sorte après la façon dont sa femme l’avait traitée.

- Tu as été odieuse avec le docteur Rui, Shera, ne put-il s’empêcher de lui faire remarquer.

Cette dernière grimaça et laissa échapper un gémissement embarrassé.

- Je sais… Je ne sais pas quoi dire pour m’excuser. Mais à vous voir tous les deux, comme ça, mon sang n’a fait qu’un tour. Oh ! Cid… Qu’aurais-tu pensé à ma place, franchement ?

« C’est pas ça qui est odieux, espèce de mégère ! C’est de croire que parce qu’elle a sacrifié son bras et son oeil pour sauver sa soeur, elle ne mérite plus l’attention d’un homme ! » avait-il envie de hurler.

- Tu as salué tout le monde ? demanda-t-il, ravalant sa rage à grand peine.

- Non, j’attendais que tu me présentes à ceux que je ne connais pas encore. Tiens, tu travailles sur un nouveau prototype ? demanda-t-elle de but en blanc.

- Hein ?

Elle lui prit la main gauche.

- Tu as enlevé ton alliance.

Cid avait pour habitude de retirer son anneau à chaque fois qu’il devait se servir d’outils ou manipuler du matériel.

- Ouais… cracha-t-il. C’est ça, je travaille sur un nouveau projet.

- Et on peut savoir lequel ? demanda-t-elle, intéressée. Je peux peut-être t’aider ?

Il soupira.

- Shera… Ne le prend pas mal mais te faire venir ici n’était pas une bonne idée. Pas en ce moment, du moins. On a… On a des « trucs » en cours. Des « trucs » dont je ne peux pas te parler.

- Un projet « top secret » ?

- Ouais. Ouais, c’est plus ou moins ça.

- Ca a à voir avec le Général Sephiroth ?

- Non. Ca, c’est réglé depuis deux jours, déjà, mentit-il. C’est autre chose.

Elle ouvrit de grands yeux, retenant à grand peine un sourire enthousiaste.

- Ne me dis pas que… Ne me dis pas qu’ils relancent un programme spatial, si ?

- Viens, fit-il pour couper court. Je vais te présenter Gretta.

Il la poussa presque de force et ils faillirent buter sur Shalua, qui venait prendre congé.

- Je… pardonnez-moi mais du travail m’attend au labo, je dois filer. Je vous laisse entre vous. Ravie de vous avoir rencontrée, madame Highwind.

- Shalua… Tu… Tu n’as même pas dîné, bredouilla le pilote.

Il ne savait pas comment faire pour la retenir afin de la réconforter, ou peut-être juste la rassurer… Un peu, au moins. Ou de… de… quelque chose ! Pas la laisser partir comme ça, bon sang !

- Gretta me descendra quelque chose, Cid, ne t’en fais pas. Bonne fin de soirée !

Elle fila discrètement et Tifa voulut la suivre mais Loz la retint.

- On a de la compagnie, chuchota-t-il à son oreille.

La jeune femme tourna la tête et vit Shera se précipiter vers elle pour l’embrasser bruyamment.

- Tifa ! Toujours aussi ravissante et en forme !

L’argenté posa une main protectrice sur l’épaule de sa compagne, déconcertant la femme de Cid.

Shera s’était toujours attendue à la voir avec Cloud, pas avec une espèce de play-boy bodybuildé aux cheveux prématurément gris et aux inquiétants yeux de chat.

Cramponnée au bras de Cid, elle se força cependant à sourire.

- Mais… qui est ce beau garçon, dis-moi ? fit-elle, un peu perdue, en voyant la jeune femme passer affectueusement le bras autour des reins étroits gainées de cuir noir.

- Loz, se présenta celui-ci avec un visage sévère sans même lui tendre la main, ses yeux félins luisant de méfiance. Loz Hojo.

- Hojo ? L’un des frères du général Sephiroth dont la télévision ne cesse de parler ? s’enquit Shera avec un sourire rayonnant qui n’émut pas l’argenté le moins du monde.

Celui-ci ne se donna d’ailleurs même pas la peine de répondre à sa question. Il la toisa de toute sa hauteur, un peu agressif, la mettant horriblement mal à l’aise… à la secrète satisfaction de Cid.

Sa femme l’ignorait encore mais la façon dont elle avait traité Shalua avait fait d’elle l’ennemi public numéro un des trois quarts de l’assistance.

- Et cette ravissante jeune fille, qui est-ce ? enchaîna Shera pour conjurer l’embarras que faisait naître en elle le belliqueux regard mako.

- Shelke Rui, madame Highwind. Je suis la soeur de Shalua.

- Encore désolée pour votre soeur, quelle idiote je fais… J’espère qu’elle ne m’en voudra pas.

- Ne vous en faites pas, madame Highwind. Ma soeur sait faire la part des choses.

- Gretta ! appela Cid, excédé de jouer les hôtes prévenants. (La gouvernante accourut.) Pouvez-vous conduire mon épouse à une chambre du second qu’elle puisse se rafraîchir et s’installer pour cette nuit ?

Traditionnellement, le premier étage du manoir, où ils logeaient tous excepté les domestiques, était réservé aux proches amis de la famille et aux maîtres de maison. Le second était lui destiné aux visiteurs de passage mais cela, Shera l’ignorait.

Et si elle se sentit froissée à la mention de « cette nuit », ce qui sous-entendait «la seule qu’elle passerait au manoir», elle n’en laissa rien paraître.

- Bien sûr, amiral Highwind, acquiesça Gretta, comprenant parfaitement ce que voulait le pilote. Madame Highwind, si vous voulez bien me suivre.

Cette dernière récupéra son sac et suivit la vieille femme hors de la salle de réception sous les regards en coin des autres hôtes de la demeure.

- Vous allez beaucoup apprécier la chambre bleue, madame Highwind, fit aimablement la gouvernante en s’engageant dans l’escalier monumental menant aux appartements du second étage. Madame Shinra, la grand-mère de Rufus, s’y enfermait durant des heures pour lire ou broder. Elle a une vue ravissante sur le parc et un petit balcon qui…

- Où est la chambre de mon mari ? l’interrompit Shera en s’immobilisant au milieu d’une marche.

- Au premier, madame, dans l’aile s…

- Alors allons-y, trancha-t-elle en désignant de la main l’escalier qu’elles venaient de monter. Je vous suis.

La vieille femme se raidit.

- Je vous demande pardon, madame ?

- La chambre de Cid. Conduisez-moi. Allons-y !

- Mais, madame… L’amiral Highwind a demandé de vous installer dans une chambre d’amis. Elles sont bien plus confortables et douillettes pour une dame que les appartements de fonction de…

- Je m’accommoderai très bien de ceux de Cid, ne vous en faites pas.

- C’est que… Le cabinet de travail de l’amiral Highwind est attenant à sa chambre, madame, plaida la pauvre femme, à court d’arguments. Et il ne serait pas convenable, déontologiquement parlant, de…

- Gretta, c’est ça ? la coupa Shera. Alors écoutez-moi bien, Gretta : Cid, enfin « L’amiral Highwind », est mon époux. Je suis sa femme. Nous sommes mariés. Il est donc normal que je m’installe dans sa chambre. Et pour ce qui est de ses papiers ou de ses dossiers, rassurez-vous : nous avons travaillé ensemble pendant des années et, aux dernières nouvelles, je fais toujours partie de l’équipe d’ingénieurs de la Shinra. Nous sommes donc sur le même bateau et ses secrets seront parfaitement gardés, n’ayez crainte. Rassurée ?

La gouvernante toussota, horriblement gênée.

- Je comprendre tout cela, madame, mais…

- Pas de « mais », Gretta. Montrez-moi sa chambre ou je me chargerai de la trouver moi-même.

La vieille femme se raidit, choquée par le comportement cavalier de Shera, mais inclina poliment la tête.

- Bien, madame.

*

Le dîner fut un cauchemar.

Prétextant du « travail » en retard et des « recherches » à faire, Tifa, Shelke, Yuffie, Reno et les trois argentés avaient préféré tenir compagnie à Shalua pour la réconforter et manger quelques sandwichs avec elle et Merill, au labo.

Cid s’était donc retrouvé coincé avec sa femme à faire des ronds de jambe simulés à Rufus, flanqué de Reeve, Rude, Vincent, Cloud et les enfants.

La table commença à se vider bien avant le dessert, chacun trouvant des excuses toutes plus farfelues les unes que les autres pour s’éclipser - du travail, un coup de fil important, un mail à envoyer… - et ne plus supporter l’ambiance horriblement pesante.

Shera, elle, plaisantait avec Marlène et Denzel qui, bien loin des problèmes et des considérations des adultes, riaient comme des fous aux plaisanteries et aux histoires de la femme de Cid.

Ce dernier n’avait pas quitté Cloud des yeux de tout le repas et, si son beau regard céruléen avait pu tuer, le jeune homme serait mort dix fois - au bas mot.

Le pilote n’attendait qu’une occasion de le coincer entre quatre yeux mais Shera s’agrippait à lui comme une moule à son rocher. Pire : Gretta l’avait informé que « madame Highwind » avait « exigé » d’être logée dans « la chambre de son mari », ce qui avait fini de le mettre hors de lui.

- Toi, j’aurais deux mots à te dire demain, cracha-t-il agressivement à l’oreille de Cloud en quittant enfin la table.

- Demain, tu me remercieras de t’avoir ramené à la raison, rétorqua le garçon sur le même ton, achevant de lui mettre les nerfs en pelote.

Il allait répliquer mais sa femme le tira par le bras.

- Cid, sois gentil, tu parleras avec tes amis demain. Je suis vraiment fatiguée, tu sais. J’ai filé en catastrophe de Rocket Town et le voyage en hélico dans le mauvais temps et les orages n’a pas été une partie de plaisir.

Il céda à contrecoeur et suivit Shera jusqu’à sa chambre, mourrant d’envie de descendre au sous-sol pour voir comment allait Shalua et lui parler.

*

Yuffie referma la porte de sa chambre et se laissa tomber sur la montagne de vêtements qui encombrait son lit avec un soupir déchirant.

- Journée de merde…

Elle repassa en mémoire les évènements de l’après-midi puis de la soirée.

Trois heures à essayer des robes et des corsages en fantasmant sur Reno, tout ça pour un quart d’heure d’humiliation, suivi d’une séance de baby-sitting avec un Denzel affolé. Et voilà la femme de Cid qui débarque et le prend pour ainsi dire la main dans le sac avec sa maîtresse, Shalua qui est traînée plus bas que terre et, pour finir, un « dîner sandwich » au labo - très sympa, d’ailleurs. Le seul moment agréable de la soirée, en fait.

Cait leur avait récité une flopée de poèmes humoristiques absolument tordants, Reno avait fait le clown comme à son habitude, Loz et Yazoo s’étaient lancés dans une bataille rangée de surnoms ridicules qui les avaient tous fait hurler de rire et Shalua et Tifa avaient bien failli les achever définitivement en racontant leurs premiers flirts adolescents - ce qui, soit dit en passant, déculpabilisa définitivement la jeune femme de son expérience catastrophique avec Reno…

Oui, ce dîner improvisé avait été vraiment sympa… Et les avait tous beaucoup rapprochés.

C’était bizarre, même, à bien y repenser, un tel rapprochement de gens si différents ; d’anciens ennemis, qui plus est.

Elle se revit s’esclaffer à s’en tordre les tripes sur l’un des lits de l’infirmerie, à demi vautrée sur Kadaj et Shalua, aussi hilares qu’elle après un poème satirique de Cait. Et elle revit les autres, aussi… Tifa, juste à côté d’elle, assise sur les genoux de Loz. Yazoo en tailleur face à eux, sur le deuxième lit, la tête de Reno sur sa cuisse et Shelke accoudée sur les genoux repliés de ce dernier.

Oui, ils avaient beaucoup ri, espiègles et amicaux, à quelques pas du mythique Sephiroth au visage si serein, comme si leur soudaine complicité l’apaisait…

Dire qu’il y a quelques mois encore, ils se seraient tous battus à mort et auraient transformé le labo en zone sinistrée…

Non mais quelle connerie, la guerre ! Un allumé plus ambitieux que les autres, une entité extraterrestre en mal de puissance ou un groupe industriel avide de toujours plus d’argent et pfuiiiiiii ! Ca y est ! C’en était fini des plaisanteries et des amis que l’on aurait pu se faire ! Terminé, les gens merveilleux que l’on aurait pu apprendre à connaître, tout ça parce qu’ils se retrouvent cachés derrière la lame d’un sabre ou le canon d’une arme pointée sur vous !

Ouais… Une belle connerie.

Yuffie s’étira sur son lit, fit tomber la robe de daim qu’elle avait retiré un peu plus tôt et repensa à Reno.

Elle avait cru que la présence du turk la mettrait terriblement mal à l’aise, au début, mais il n’en fut rien. Reno fit comme s’il ne s’était absolument rien passé entre eux, ce dont elle lui fut vraiment reconnaissante.

En fait, la seule fausse note de cette soirée de franche camaraderie avait été l’absence parmi eux de Cid, toujours prêt à plaisanter, et de Vincent.

Quant à Cloud…

Yuffie grimaça.

Elle avait toujours considéré le « croupion de chocobo », comme elle l’appelait, comme une prise de tête mais là, il atteignait quand même des sommets !

Faire venir Shera au manoir… Non mais de quoi je me mêle ! Pauvre Cid… Et pauvre Shalua, surtout ! Elle n’osait imaginer comment elle aurait elle-même réagi si on l’avait humiliée de la sorte.

Bon allez, assez cogité ! Il était tard et grand temps de prendre une bonne douche avant de se coucher.

Elle se redressa sur son lit avec un bâillement et faillit hurler en reconnaissant la jeune femme qui se tenait debout au pied de son lit.

- Bonjour, Yuffie, la salua l’apparition opalescente avec un sourire aimable. Pardonne-moi, je ne voulais pas t’effrayer.

La jeune utaïenne sentit une sueur glacée lui couler dans le dos.

- A… Aerith ? bredouilla-t-elle.

*

Lorsque Cid entendit le robinet s’arrêter de couler dans la salle de bains, il se tourna sur le flanc et ferma les yeux, simulant un sommeil profond.

Il entendit Shera soupirer et fermer la porte avant d’éteindre la lumière et se glisser dans le lit, tout contre lui.

Elle se lova contre son dos nu et, sentant sa peau fraîche, il écarquilla les yeux dans le noir.

Que diable faisait-elle toute nue ?

La réponse lui vint avec la main qui s’aventura sur sa hanche et glissa en direction de son bas-ventre.

- Shera, qu’est-ce que tu fais ? demanda-t-il en lui immobilisant le poignet.

- Comment, ce que je fais ? murmura-t-elle à son oreille, séductrice. Je suis ta femme, non ?

- Et tu t’en souviens seulement maintenant ? persifla-t-il, acide.

- Pourquoi dis-tu ça ?

- Pourquoi ? Tu te fiches de moi ou quoi ? On a dû baiser trois ou quatre fois au maximum depuis qu’on est mariés !

Elle mordilla son épaule et il se dégagea.

- Arrête.

- Voilà autre chose ! D’habitude, c’est toujours toi, qui réclames du sexe !

- Au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, Shera, ça fait très longtemps que je ne réclame plus. Depuis notre nuit de noces, en fait, lui rappela-t-il. Si on peut appeler comme ça les dix minutes de singeries et de soupe à la grimace durant lesquelles tu as daigné écarter les cuisses ce jour-là…

Shera le lâcha et tendit la main pour récupérer la chemise de nuit quelle avait posée sur la table de chevet.

- Ouh là, là… Monsieur est dans un mauvais jour, ça va, j’ai compris. Dis-le simplement, Cid. Inutile d’être aussi déplaisant.

- Déplaisant ? Shera, c’est moi qui… Oh, et puis laisse tomber.

Elle enfila la chemise et se colla à nouveau contre lui.

- Quoi, Cid ?

- Rien. Laisse-moi dormir, j’ai du travail, demain.

Mais elle ne l’entendait pas de cette oreille.

- Cid, j’ai fait le voyage jusqu’ici parce qu’on m’a dit que tu te sentais seul et déprimé.

Le pilote serra les dents et se tourna sur le dos pour croiser les bras derrière sa nuque.

- Je ne me sens pas seul, Shera, et je ne suis pas déprimé le moins du monde. En fait, je suis très contrarié parce que j’ai du boulot par-dessus la tête et que la dernière chose dont j’ai besoin, c’est d’une femme dans mes pattes ! Pardon de te le dire aussi crûment mais Cloud a eu tort de te faire venir. C’était vraiment pas le moment !

Shera se redressa sur un coude et alluma la lampe de chevet, faisant jurer Cid, qui se couvrit les yeux de l’avant-bras.

- Bon, ça suffit ! Il se passe quelque chose et je veux savoir ce que c’est !

- Et tu vois ça à quoi ? Une boule de cristal ?

- « Pardon de te le dire aussi crûment » singea-t-elle. C’est quoi ce langage ? Depuis quand tu t’excuses pour quoi que ce soit auprès de moi ?

- O.K…. Eteins cette lampe, et laisse-moi dormir, bordel de merde ! gronda-t-il, agressif. C’est mieux, comme ça ? ajouta-t-il, narquois. Ca me ressemble plus ?

Elle obtempéra.

- Cid…

- Quoi encore ?

- Cette fille, cette manchote…

Le sang du pilote ne fit qu’un tour.

- Je t’interdis de l’appeler comme ça ! explosa-t-il, le coeur battant, en s’asseyant sur le lit.

Shera ralluma la lumière et le considéra avec stupeur. Elle l’avait rarement vu aussi en colère.

- Ouh là, là… D’accord, ne mords pas ! La « doctoresse », alors.

- Le docteur Rui, Shera, si ça ne t’écorche pas les amygdales.

- En parlant de mordre… Qui t’a mordu, toi ?

Cid fronça le sourcil.

- Hein ?

Sa femme posa le doigt sur son biceps. A la lumière de la lampe, on distinguait parfaitement les marques d’une petite mâchoire.

Marlène l’avait mordu lorsqu’il l’avait taquinée au sujet de Loz.

- Et ne me dis pas que c’est l’un des enfants qui a fait ça en jouant, Cid, ou je me mets à hurler.

Il faillit bredouiller que c’était pourtant bien le cas, qu’elle n’avait qu’à demander à Marlène, mais changea d’avis et rabattit les couvertures pour s’asseoir sur le bord du lit.

- Et si je te disais que c’est moi ? rétorqua-t-il, cassant.

Elle ricana.

- Tu t’es mordu toi-même ? Bah voyons !

- Ouais ! dit-il, excédé, en enfilant son pantalon. Je me suis mordu pour étouffer un cri de plaisir pendant qu’on me taillait la meilleure pipe que j’ai jamais eue ! Ca te va, ça, comme explication ?

Elle fit vibrer ses lèvres, goguenarde.

- Je ne te crois pas un instant…

- Alors pourquoi tu m’emmerdes ? hurla-t-il, à bout.

Son cri résonna dans la chambre et il se frotta le visage en réalisant qu’il avait peut-être réveillé la moitié de la maisonnée.

- Tu devrais le redire mais un petit chouia plus fort, le brocarda Shera. Je ne suis pas certaine que tu aies réussi à réveiller toutes les marmottes qui hibernent sur le mont Nibel.

Cid allait rétorquer crûment, comme il le faisait toujours en pareil cas, mais se ravisa et se força au contraire au plus grand calme.

- Pourquoi faut-il toujours que ça se termine de la même façon, Shera ?

- Comment ça « de la même façon » ?

- Par une engueulade !

- Mais parce que tu ne sais pas t’exprimer autrement, Cid, quelle question. Il y a belle lurette que j’en ai pris mon parti !

Il faillit en rire mais seulement « failli ».

« Tu te trompes, je n’ai jamais élevé la voix ni même été un peu vif avec Shalua. Jamais… » avait-il envie de répliquer.

- Shera, ce n’est plus possible, soupira-t-il en tournant en rond dans la chambre. Ca ne peut pas continuer comme ça…

- Hein ?

Il fit jouer ses mâchoires en serrant et desserrant les poings. Bon sang, ce qu’il aurait donné pour pouvoir tirer sur une cigarette…

- Je voulais attendre d’avoir fini ce que j’avais à faire ici avant de t’en parler, Shera, mais c’est impossible. Je n’en peux plus de faire semblant, j’en ai assez !

La jeune femme leva les yeux au ciel.

- Faire semblant de quoi, Cid ? Où veux-tu en venir, à la fin ?

Il croisa les bras et la regarda droit dans les yeux, son rythme cardiaque battant le tambour dans ses veines.

- Ce mariage était une erreur, Shera. Je n’aurais jamais dû m’embarquer là-dedans.

Elle écarquilla les yeux et s’assit en tailleur.

- Ah… Voilà autre chose.

- Je suis désolé. Je ne voulais pas te dire ça comme ça, ici, mais je ne veux plus faire comme si tout allait de soi.

Elle sourit et tapota les draps, près d’elle.

- Viens là et dis-moi ce que tu as sur le coeur une fois pour toutes.

Il s’assit à ses côtés, sur le bord du lit, et prit une profonde inspiration.

- Il faut arrêter les dégâts, Shera. Toi et moi, on n’arrivera jamais à rien.

La jeune femme pouffa et ouvrit la bouche pour rétorquer par une pique mais le regard que lui lança Cid à cet instant coinça la plaisanterie dans sa gorge.

- Et… ça veut dire quoi, ça ?

- Que je veux divorcer.

Shera en resta sans voix un long moment.

- Divorcer ? Rien que ça ?

- Je sais que c’est un peu brutal comme décision mais…

- Pas du tout, pourquoi ? railla-t-elle. Tout le monde fait ça, de nos jours. Une broutille !

Cid pinça les lèvres, essayant de ne pas sortir de ses gonds.

- C’est la seule solution raisonnable, Shera. Pour tous les deux.

- Raisonnable ? Tu trouves ? On a une dispute et hop ! Tiens, chéri, j’ai une idée : si on divorçait ? Je t’en prie, Cid, un peu de sérieux ! Réagis en adulte, pour une fois ! Un problème, ça se règle en discutant et en parlant, pas en…

- Non ! la coupa-t-il. Arrête de noyer le poisson ! J’en ai marre ! Il ne s’agit pas seulement d’aujourd’hui et tu le sais très bien. Plus de faux-fuyants. Plus de mensonges, Shera. Plus de dispute. Plus de discussion stérile. Un divorce. C’est tout ce que je veux. Un divorce en bonne et due forme.

Shera sentit son estomac se contracter et elle se mordit la lèvre, déstabilisée par la fougue et la gravité de son pilote de mari. Habituellement, il abandonnait rapidement la dispute, par ennui si ce n’était par agacement. Mais là…

Et c’était bien la première fois aussi qu’elle l’entendait parler de divorce.

Oui, cette fois, c’était un peu plus sérieux et elle décida donc de changer de stratégie.

Une larme roula sur sa joue et Cid détourna le regard, horriblement mal à l’aise.

Bon sang, s’il y avait une chose qu’il détestait, c’était bien de faire pleurer une femme !

- Divorcer… murmura-t-elle. As-tu seulement conscience de la portée de ce mot ?

- Oui… Et ce n’est pas une décision que je prends à la légère, crois-moi.

- Comment peux-tu vouloir effacer toutes ces années comme ça, en un clin d’oeil ? Nous avons vécu tant de choses, Cid ! Et je t’aime toujours… ajouta-t-elle dans un sanglot étouffé. Je n’ai jamais cessé de t’aimer, tu le sais.

Il hocha la tête.

- Je le sais, Shera. Et j’en suis vraiment très touché… mais pour s’aimer il faut être deux.

- Mais nous sommes deux !

- Non, Shera, poursuivit-il d’une voix posée. Les années dont tu parles n’ont été que des collaborations. Nous étions collègues, rien de plus.

- Non ! C’est faux.

- Tu as toujours été la seule à aimer, Shera.

- C’est toi qui m’as demandée en mariage !

- Non, Shera. J’ai voulu te faire plaisir en t’épousant, c’est très différent. Et j’ai eu tort.

Shera sentit qu’elle perdait pied et que Cid lui glissait entre les doigts.

Elle devait réagir. Réagir vite !

- Tu aurais pu me quitter cent fois, Cid, mais tu es toujours revenu ! Si tu n’éprouvais vraiment rien pour moi, tu…

- Tu t’es installée chez moi, Shera, lui rappela-t-il. Où voulais-tu que j’aille ? (Elle allait protester mais il lui prit le visage dans les mains pour la regarder droit dans les yeux) Fouille dans ta mémoire, Shera, aussi loin que tu te souviennes. T’ai-je jamais dit que je t’aimais ? T’ai-je seulement jamais laissé penser que ça pouvait être le cas ? Sois honnête. L’ai-je jamais fait ? Tu vois bien…

Elle secoua la tête et éclata d’un rire nerveux.

- Voyons, Cid, évidemment que tu ne l’as jamais dit ! (Elle l’enlaça et posa la tête sur son épaule) Un homme comme toi ne dirait jamais ce genre de choses à une femme, tu le sais.

Il se dégagea doucement.

- Tu te trompes, Shera, dit-il tristement. Je peux dire ce genre de choses à une femme. Et beaucoup d’autres, encore. Mais pas à toi. Pas parce que tu ne le mérite pas, loin de là. Mais parce que je ne les ressens pas.

Elle l’observa un long moment et réalisa qu’elle ne parviendrait pas à le raisonner. Pas tout de suite, du moins…

- D’accord, admettons, admit-t-elle d’une voix profondément lasse. Tu n’es pas heureux avec moi et tu veux divorcer. Très bien, Cid, je… je suis prête à écouter tes arguments mais… si on essayait de dormir un peu, maintenant, hein ?

- Quoi ? s’étrangla-t-il.

- Ecoute-toi, Cid, tu es à bout de nerfs, ça se voit. Tu ne sais plus vraiment ce que tu dis. Faisons un bon somme et nous reparlerons de tout ça à tête reposée demain matin, d’accord ? Après ça, si tu veux toujours divorcer, nous…

- Bordel de merde, j’y crois pas ! jura-t-il en se prenant la tête dans les mains.

- Cid, les avocats ne vont pas se volatiliser d’ici demain matin !

- Voilà, ça y est, soupira-t-il. C’est reparti…

- Quoi donc ?

- Ca ! cria-t-il. Ce que tu es en train de faire ! Nier la réalité ! Distordre la vérité à ta convenance. Putain de merde ! Je ne t’aime pas, Shera ! Dans quelle langue dois-je te le dire ? Complicité zéro ! On partage que dalle. On ne se comprend pas. On ne parle pas. On ne baise même pas, bordel !

Elle croisa les bras sur sa poitrine, ironique.

- Rappelle-moi qui vient de repousser mes avances, Cid ? Qui part de la maison pendant des jours, pour aller rejoindre ses amis et se battre comme un chien des rues avec je ne sais quelles créatures bizarres ? Qui refuse de me parler de ce qu’il fait ? Qui m’a demandé de ficher le camp il y a un instant pour terminer tranquillement son travail ? Qui ? Et tu viens me dire à moi qu’on ne partage rien ? A qui la faute, Cid ? Qui doit faire des efforts, ici ?

Cid éclata de rire. Un rire triste et abattu.

- Ca y est ! Tu recommences ! Tu présentes les choses comme ça t’arrange ! Tu retournes tout à ton avantage en essayant de me faire culpabiliser… Une fois de plus.

- Ne te cherche pas d’excuse, Cid. Sois honnête, pour une fois !

Il ricana et agita l’index devant son nez.

- Stop !

- Tu sais que j’ai raison, Cid ! Mais je ne t’en veux pas. Je t’aime. Je donnerai ma vie avec joie, pour toi et pour te permettre de réaliser tes rêves ! Je te l’ai prouvé, non ? Tu as déjà oublié ?

- Ne remets pas ça sur le tapis pour essayer de m’amadouer parce que, cette fois, je ne me laisserai pas avoir, Shera !

Il enfila un t-shirt bleu par-dessus son pantalon de toile et elle se raidit.

- Où compte-tu aller ?

Cid enfila ses bottes et les laça.

- N’importe où dès l’instant où tu n’y es pas pour me pourrir la vie !

- Ce n’est pas une réponse !

- Il faudra pourtant t’en contenter !

Il sortit en claquant la porte et Shera serra les poings, folle de rage.

…à suivre

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Le c… de mon coeur

Dans ce jeu sans merci

Qu’est Final Fantasy

Je vois souvent des gens

S’écrier goulûment :

« T’as vu la vidéo

avec le beau Reno ?

Eh bah je te dis pas

le beau fessier qu’il a ! »

*

Dieu que ces mots me blessent !

Parler ainsi des fesses

De ce pauvre Reno

- Ou des autres Bishos !

Cette noble partie

De leur anatomie

Mérite plus marquant

Qu’un petit compliment

*

Y’a le c… patricien,

Elégant, aérien,

Du sieur Rufus Shinra

- C’est le nec plus ultra !

Et y’a ceux, très musclés,

Aux courbes prononcées

D’une belle amplitude

Comme celui de Rude.

*

Mais le c… de mon coeur

Le roi des postérieurs

Aux cambrures grandioses

C’est bien celui de Loz !

*

Quant au c… prolétaire

Du charmant trentenaire

Cid Highwind, Oh, là, là !

Quel c… que celui-là !

Et celui, choupinou,

Du si tendre Yazoo ?

Caché sous son manteau

A l’abri, bien au chaud.

*

Et celui de Vincent ?

Qui a vieilli trente ans

Dans une cave à vin

Quel bouquet ! Quel tanin !

Après tel affinage

Il prit, en sarcophage,

Ce goût de vieille barrique

qui plaît aux romantiques

*

Mais le c… de ma vie

Creuset de mes envies

Qui a tous en impose

C’est bien le c… de Loz !

*

Le c… de Sephiroth

Bien qu’un peu aristo

N’est pas dégueu non plus

Soyez-en convaincus.

Et celui de Reno

- On en parlait plus haut -

Plus doux que le velours

Mérite le détour.

*

Le c… du hérisson

Est un peu pâlichon

Et tombant sur les bords.

Il a besoin de sport !

Pas comme celui d’Angeal

Dont le galbe charnel

Damnerait tous les saints

Et tous les chérubins !

*

Mais le c… de mon coeur

Aux sensuelles moiteurs

A la peau douce et rose

C’est bien celui de Loz !

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Part 3 - On va atteindre les sommets de la honte…

INTERIEUR VAISSEAU, PONT DE COMMANDEMENT : Cid, Vincent, Weiss, Nero, Loz, Yazoo, Sephy, Reeve, Kadaj, Tifa, Shera.

Cid : Alors ? Tu peux nous dire quelque chose sur nos naufragés ?

Reeve : Bah, le tout blanc passe encore, il est à peu près normal, mais alors l’autre, là, avec sa camisole de force et son harnais… (perplexe, il lit sa console portable de diagnostic) Glasgow à 52, Babinsky positif un coup négatif la seconde d’après, chimie standard qui cadre avec aucun standard, la iono a failli faire sauter les détecteurs, gaz du sang style Perrier mélangé Schweppes… J’y comprends que dalle.

Murmure de l’assistance : Ben nous non plus…

Reeve (relevant les yeux sur leurs mines totalement larguées) : le Glasgow a une échelle de 0 à 10 normalement…

Air mi-largué mi-”tu pourrais pas dire des trucs intéressants non au lieu de nous pomper l’air ?des spectateurs.

Reeve (abandonne) : En clair, les analyses ne correspondent à rien de connu, mais c’est peut-être normal, avec la dégaine qu’il a… J’ai pas les fiches médicales de tous les démons en stock, moi, hein.

Nero (vexé) : Euu guoua ?! Goonn mai fraanfemant ! efgueu vai une dêde de vemon ? Fffrrr…

(Note de l’auteur : traduction : « De quoi ? Non mais franchement ! Est-ce que j’ai une tête de démon ? Pffff ! »)

HIIIIIIII (crissement des cous qui se tournent vers lui - non, pas vers l’auteur, vers Nero ! - pour le regarder avec circonspection)

Nero : Goua ? Eguia ? Ey pa frai ptet ?

(Note de l’auteur : traduction : « Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? C’est pas vrai, peut-être ? »)

RE-HIIIIIIII (re-crissement des cous qui se tournent vers son frère - le frère de Nero, pas celui de l’auteur, comme tout à l’heure, bah oui, suivez un peu ! - pour l’interroger du regard)

Weiss (fait signe à son frangin de tirer un peu sur son harnais) : Euh… desserre un peu parce que là, on pige que dalle…

Nero (en pétard, tirant sur les manches de sa camisole, attachées dans son dos) : Ec gomman du veu gueu veu faffe ? Agrruti !

(Note de l’auteur : traduction : « Et comment tu veux que je fasse ? Abruti ! »)

Weiss (Sur le même ton) : Bah t’as des mains sur les ailes, non ? Enfin sur tes trucs, là… J’sais pas comment t’appelles ça.

Nero (après un moment de flottement) : Avi… fe vrai. Voubli foul fent.

(NDLA : traduction : « Ah oui… c’est vrai. J’oublie tout le temps.»)

Weiss : Bah dis-donc… J’sais pas comment on peut oublier des ustensiles pareils !

Nero (desserre son harnais et ronchonne, vexé) : Oh ça va, hein ! J’m'en sers que pour tirer, je te signale ! Ca m’arrive pas tous les 4 matins, que je sache !

Loz ouvre la bouche pour faire un commentaire enthousiaste et se prend une manchette de Yazoo dans les gencives.

Yazoo (trèèès jaloux) : Tu feras ta B.A. un autre jour ! Et je ne pense pas qu’il parlait de ce genre de “tir”, de toute façon !

Reeve (en regardant sa montre) : C’est pas que m’ennuie, les enfants, mais j’ai mes bouillons de culture à préparer, moi !

Il file.

Sephy (faisant craquer les articulations de ses phalanges et se tournant vers ses frères) : Et en ce qui nous concerne, il y a du boulot !

Yazoo (qui se prend la tête dans les mains) : Aïe, aïe, aïe ! v’la que ça le reprend !

Sephy : Loz !

Loz (qui se lève d’un bond) : Oui, mon général ?

Sephy : File-moi un coup de main ! L’écran de contrôle, il va pas se changer tout seul ! Yazoo !

Yazoo (au garde à vous) : Oui, mon général ?

Sephy : Vérifie où en est Cloud pour les toil… les chi… les… enfin, ça ! Kadaj !

Kadaj : Oui grand fr… mon Général ?

Sephy : Va faire tes devoirs !

Kadaj : Mais ça y est !

Sephy (qui approche son visage à deux doigts du sien) : Ah oui ?… Alors combien de temps faut-il pour qu’un canon mako refroidisse après le premier tir ? Mmmhhh ? (Kadaj se tortille) File ! Fils de ta mère !

Kadaj (s’en va tout malheureux avec un faux air à Calimero) : C’est pô juste !

Cid (allume une cigarette et tapote dans ses mains, admiratif) : Bravo, général ! Quelle maîtrise, quelle efficacité !

Sephy (fier comme un flageolet au milieu d’un plat de nouilles) : Merci, Amiral. Un peu de discipline, il n’y a que ça pour pallier les emmer… Oh, oh… (Il vient de voir Shera arriver sur le pont de commandement) En parlant d’emmerdes…

Shera (en détaillant Weiss et Nero d’un air niais, la bouche en cul de poule) : Alors ? C’est vous, les petits nouveaux ? Bienvenus !

Elle s’approche en sautillant de Cid, mine de rien, papillotant des paupières, les yeux en forme de cœur et des petites ailes qui battent dans le dos.

Voyant très bien où elle veut en venir, Vincent se jette entre elle et lui, toutes griffes et dents dehors, pour faire un rempart de son corps.

Vincent (avec les yeux qui lancent des éclairs) : CHASSE GARDEE ! Au premier mouvement d’approche je… je… (Il se tourne vers Loz) Comment il t’a dit, Yazoo, déjà ? Ah, oui ! (Se tournant à nouveau vers Shera) J’t'arrache les yeux, je les accroche à tes oreilles et j’attache le tout avec tes boyaux pour m’en faire un collier !

Weiss et Nero échangent un regard atterré et se tournent vers Cid avec un air du genre « Ah bah bien, la discipline ! »

Cid (bien décidé à en remontrer aux étrangers) : Commandant Valentine ! Un peu de tenue ou je prendrais des sanctions !

Vincent (se fige) : Hein ?

Shera (lui tirant la langue) : Et toc !

Vincent (d’une voix suraiguë) : Bah mamour… (Cid le toise, intraitable) Ah ! Tu le prends comme ça… Parfait !

Il s’en va, furax.

Weiss (nonchalamment appuyé sur un coude au fauteuil de commandement) : Wouahhh ! Ca c’est de l’autorité !

Cid (se tourne vers lui, méfiant) : Merci.

Weiss (poursuit, sarcastique) : Mais là, mon gars, pendant huit jours, ceinture !

Shera (qui en profite pour se coller à Cid et essayer de le couvrir de baisers bien qu’il se débatte comme un forcené pour lui échapper) : Smac ! Smac ! Smac ! C’est pas grave, je suis, là moi. Smac ! Smac ! Smac ! Hein mon boulon ? Smac ! Smac ! Mon p’tit fuselage en sucre ! Smac ! Smac ! Mon canari interstellaire ! Smac ! Smac !

L’équipage essaye désespérément de contenir un fou rire.

Cid (rouge de honte en essayant de repousser Shera) : Non mais c’est fini, oui !

Nero (qui se tourne vers Tifa) : Elle a sniffé le néoprène des soupapes ou quoi ?

Tifa (avec un soupir) : Nan ! Elle est toujours comme ça.

Nero (effondré) : Ah…

Cid (tout bleu, les bras en l’air) : Mais arrête ! Tu m’étouffes !

Shera (enfonce un doigt dans ses pectoraux) : Dis donc c’est de plus en plus confortable ! C’est des anabos ?

Cid (gêné, gêné, gêné ) : hein ?

Tifa (raisonnable) : Mais lâche-le ! Tu vois bien que tu l’emmerdes !

Shera (le regard qui tue) : Kessapeut t’foutre ? Occupe-toi de tes commandes et lâche-moi le théorème !

Cid (Shera toujours pendue à son cou et qui commence à se sentir plus que mal devant les deux étrangers) : Nom de D… *Bip !* de B… *Bip !* de M…*Bip !*  Shera ! J’ai un vaisseau à commander ! Alors si tu pouvais me lâcher, ce serait pas du luxe !

Shera (sourire de requin): Mais bien sûr… *Slurrrp!*

Cid (qui essaie de se dégager en s’essuyant le cou, de la fumée lui sortant des oreilles) : Je t’ai demandé de me lAcher, avec un “A” !

Shera (petite auréole au-dessus de la tête, sourire innocent) : Oh pardon, j’aurais mal compris…

Loz (à Tifa): Tiens j’aurais bien aimé la faire celle-là…

Yazoo (qui est revenu et s’est faufilé discrètement derrière lui chuchote d’une voix glaciale) : N’y PENSE même pas…

Loz fait lentement pivoter son siège pour se tourner vers Nero et Weiss.

Loz (7e Dan en changement de conversation par des moyens foireux) : Au fait, tous les deux… Vous venez d’où, alors, finalement ?

Tifa : c’est vrai ça, vous ne nous avez toujours pas dit comment vous vous étiez retrouvés là, en fait.

Tout le monde acquiesce énergiquement et les deux concernés échangent un regard affolé…

…à suivre

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Elevage de chocobos : attention danger !

ATTENTION !

L’utilisation des chocobos sera prochainement réglementée.

Les joueurs et les éleveurs grognent mais les groupes écologistes, AVALANCHE en tête, restent inflexibles, alertent l’opinion et font pression sur les pouvoirs publics.

L’ELEVAGE INTENSIF DES CHOCOBOS MET LA PLANETE EN PERIL

par Shiva Rajah (envoyé spécial à Edge - En direct du siège de la Shinra Corp)

Est-il exact que les pets des animaux d’élevage, et en particulier des chocobos, peuvent détruire la couche d’ozone et mettre en péril la planète ?

La célèbre organisation écologique A.V.A.L.A.N.C.H.E. (Association Vindicative des Ames Libérées en faveur des Animaux, de la Nature, du Ciel, des Humains et des Etoiles), inquiète de l’influence éventuellement néfaste de l’augmentation des troupeaux de chocobos sur le devenir de la planète, s’est posé cette intéressante question.

En effet, nos écologistes militants s’émeuvent de plus en plus des dégâts causés depuis des années à la couche d’ozone, cette fameuse couche qui protège la plupart des planètes des rayonnements nocifs des astres solaires des différentes galaxies.

Nous sommes tous concernés !

C’est vrai : pourquoi combattre des démons, éviscérer des généraux anabolisés au mako, annihiler des savants fous et stopper des météores si c’est pour laisser la planète à la merci de gaz nocifs ?

Une étude savante commandée en toute discrétion il y a 8 mois par la Shinra a été communiquée à AVALANCHE par des sources sympathisantes officieuses et les analyses démontrent sans aucune ambiguïté que 25% des destructions infligées à la couche d’ozone étaient dues aux gaz d’échappement des animaux d’élevage et plus particulièrement à ceux des chocobos puisqu’ils représentent à eux seuls près de 75 % des émissions gazeuses…

Plus les joueurs sont nombreux, plus les chocobos grignotent de légumes, plus ils pètent et plus le Ciel menace de nous tomber sur la tête…

Que faire pour que le massacre cesse ?

Puisqu’il est impossible de réduire le nombre de joueurs ayant besoin de l’assistance des chocobos, il faut, nous disent les dirigeants d’AVALANCHE, changer l’alimentation des bêtes.

Piou-Piou pète moins - et produit plus de viande - s’il picore de l’herbe verte, plutôt que de brouter des légumes pétogènes. Bah oui, c’est comme ça.

Si une réglementation voyait le jour (ce qui est bien en passe d’être le cas suite à la pression monstrueuse de l’organisation écologique sur les pouvoirs publics) elle s’appliquerait à l’ensemble des animaux d’élevage qui encombrent nos parcs, nos champs et nos prairies… mais plus particulièrement aux chocobos, bien sûr.

Des mesures drastiques

1/ Tout d’abord va être créé un corps d’agents spéciaux formés à la surveillance des bêtes d’élevage. Armés de pétomètres, ils vont mesurer pour chaque animal, puis pour l’ensemble du troupeau, l’importance des gaz émis. A noter qu’il existe deux sortes de pétomètres :
a) Le pétomètre à prise directe (quand on arrive à rentrer le tuyau dans le troufignon du chocobo, ce qui est en soi tout un sport…)
b) Le pétomètre à spectromètre gazeux, qui peut, même d’un satellite, sortir en fin de saison la pétométrie totale d’un animal : le volume gazeux dégagé, le nombre moyen de pets par jour, la longueur de chaque pet, le niveau sonore, la toxicité du gaz, etc.

2/ Ensuite va être mise en place une réglementation très rigoureuse pour limiter les flatulences :
a) Un quota de pets sera attribué pour l’ensemble du troupeau, et tout dépassement de ce quota entraînera des sanctions financières pour l’éleveur, qui les répercutera bien entendu sur l’utilisateur, à savoir le joueur, sous forme de perte de points et de materias.
b) Toutefois, en cas de maladie intestinale d’un animal, et sur présentation d’un certificat médical signé par un vétérinaire agréé, il pourra être exceptionnellement alloué un quota spécial d’émissions gazeuses.
c) Bien évidemment, il sera organisé un contrôle technique des animaux, visant à optimiser les rejets gazeux. Les animaux dont la pétomanie sera devenue incontrôlable seront abattus. Les autres devront porter à l’aile une bague verte avec la date de validité du contrôle.
d) Les jours où menace la pollution, par exemple lorsque la situation météorologique prévoit un anticyclone stable ou à l’occasion d’un long week-end, lorsque les joueurs sont très nombreux, les bêtes devront rester à l’étable, être mises à la diète et ne pourront EN AUCUN CAS être montées.

Pour compenser les pertes de location pour les éleveurs et de points gagnants pour les joueurs ces jours-là, un fonds spécial d’intervention sera créé, alimenté par une cotisation payée par les éleveurs et les joueurs les moins respectueux de leur quota de pets.

Amis des chocobos, éleveurs et joueurs invétérés, prenez donc vos précautions : ni légumes, ni granulés, mais seulement du chardon et de la ronce. C’est ainsi que Piou-Piou pète le moins… même s’il vous faudra plus de temps pour arriver à destination !

Une question reste cependant sans réponse : qui sera nommé à la tête de la commission et de l’unité d’élite pour le contrôle de la pétométrie de la planète ? Aucun nom n’a filtré pour l’instant mais, de source officieuse, il semblerait qu’un homme aux cheveux blonds hirsutes et la mine débraillée, se soit entretenu en toute discrétion à l’aube avec les plus hautes autorités.


Demain, j’arrête la moquette… Si, si, promis, j’arrête.

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XXXIV - La rose et l’épine

« Qui baise la rose… épouse l’épine. »

Jean Dypréau

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Montage de Shiva Rajah d’après des illustrations de M.A. Sambre

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno prit les mains de Yazoo dans les siennes et les serra.

Si cela ne parut pas surprendre l’argenté, habitué aux cajoleries de ses frères, le turk réalisa que c’était le genre de petits gestes galants qu’il réservait habituellement à la gent féminine.

Mais ce réflexe était-il si surprenant lorsqu’on considérait l’étrange physique androgyne de Yazoo, après tout ?

- Je te le dis et je te le répète : tout monde a très bien compris ce qui s’était passé et personne ne t’en veut. Quand à Cloud, je vais personnellement me charger de lui fai…

- Tu ne feras rien ! trancha l’argenté. Mon frère lui a pris celle qu’il considérait comme sa petite amie et il est hors de lui, c’est tout. Ca lui passera.

- Son comportement puéril de gosse jaloux a failli déclencher une catastrophe, Yazoo ! Ne lui cherche pas d’excuse !

- Ne dramatise pas, Reno, son fiel aurait aussi bien pu tomber sur Kadaj que sur moi, ou même sur Tifa.

- Je persiste à dire que c’est un comportement puéril et inqualifiable au vu des enjeux et des risques encourus avec une créature telle que Jenova. A plus forte raison s’il s’agit du comportement d’un Soldat de classe I ! Si Cloud est incapable de contrôler ses émotions à ce point, il n’a rien à faire dans une unité d’élite, tu m’en vois désolé !

- Reno… commença Yazoo, un peu gêné. Ce n’est pas seulement Cloud, le responsable de mon… de ma faiblesse vis à vis de Jenova.

Le turk fronça le sourcil et secoua la tête.

- Comment ça ?

Les joues de l’argenté se colorèrent un peu.

- Je… j’ai vu quelque chose, un peu avant, qui m’a… disons heurté.

- Ah, oui ? Quoi donc ?

- J’ai vu Yuffie sortir du petit salon en rajustant sa robe, avoua Yazoo dans un souffle, le cœur battant. (Reno laissa échapper un hoquet) Je sais ! ajouta-t-il précipitamment. C’était une farce ! Elle avait le béguin pour toi et il fallait couper court, Loz me l’a dit, mais… je l’ignorais et…

« Je me suis alors senti abattu et aussi jaloux de Yuffie que Cloud peut l’être de Loz… » avait-il envie de confesser en espérant secrètement que le jeune homme lirait ces mots dans son regard ou les devinerait au ton de sa voix.

Hélas pour lui, l’objet de ses pensées n’était ni devin, ni sorcier.

- Et tu as cru que j’étais un pervers qui s’était tapé une gamine, c’est ça ? termina le turk à sa place en riant.

- Oui… mentit Yazoo, le coeur serré, dans un murmure inaudible.

- Oh, Yazoo… chuchota Reno avec quelque chose dans la voix qui n’était pas loin de ressembler à de la tendresse émue. J’ai beaucoup de défauts, tu sais, mais je ne m’en prends pas encore aux adolescentes, rassure-toi. Les femmes de mon âge sont beaucoup trop vicieuses et séduisantes pour qu’un jouisseur comme moi passe à côté de ça ! ajouta-t-il, goguenard, sans se rendre compte que chaque mot enfonçait une épine supplémentaire dans le coeur de l’argenté.

- Je… Je suis désolé, Reno, réussit à articuler ce dernier aux prix d’un effort surhumain. Je ne voulais pas me montrer insultant.

- Laisse tomber ! C’est rien ! Et, à bien y réfléchir, tu me connais pas tant que ça, en fait. A ta place, j’aurais sans doute pensé la même chose. Allez, on oublie tout ça, O.K. ? Interdiction formelle de repenser à cette fin d’après-midi pourrie à l’avenir, ordre du patron ! C’est compris ?

L’argenté acquiesça avec un pauvre sourire.

- Je vais essayer… Si tu arrêtes de t’excuser pour ces maudites bombes.

Reno tordit le nez.

- C’est pas vraiment comparable, tu sais…

- Ca l’est pour moi dans le sens où c’est quelque chose que j’aimerais aussi oublier.

- Alors marché conclu. Je te promets de ne plus remettre ça sur le tapis.

- Merci, Reno. Et… merci aussi d’être venu me remonter le moral.

- Eh ! C’est normal, mec ! T’es notre Yazoo, maintenant, pas celui de Jenova. Ouais ! Notre Yazoo baby rien qu’à nous ! Et on ne laissera pas cette vieille salope t’arracher à nous si facilement, fais-moi confiance.

Yazoo rougit un peu.

- Ce surnom est vraiment ridicule…

- J’trouve pas. La preuve : tout le monde l’a adopté ! D’un autre côté, on peut toujours demander à Cid de t’en trouver un autre. Moi, il m’appelle « poil de carotte » alors, si ça se trouve, on peut essayer de négocier. « Poil de navet », ça t’irait ?

L’argenté laissa filer un rire clair, pour la plus garde satisfaction du turk.

- Ah ! Quand même ! Ce rire commençait à me manquer. On s’y habitue fichument vite, tu sais. Et si on descendait dîner, pour en faire aussi profiter les autres ? Qu’est-ce que t’en dis ?

Yazoo inspira un grand coup et hocha la tête.

- Laisse-moi juste me passer le visage sous l’eau.

- Pas de problème, princesse.

L’argenté se raidit.

- Si ça ne te fait rien, je crois que je préfère encore « poil de navet »… grimaça-t-il.

Reno lui adressa une moue taquine mais n’osa pas aller jusqu’à s’excuser, de peur d’aggraver sa gaffe.

Il attendit que Yazoo s’enferme et se laissa aller sur le dos, les mains sur la bouche pour étouffer un fou rire.

« Oups, la bourde ! »

Note pour plus tard : ne jamais rappeler à Yazoo qu’il ressemble à une fille !

Il ne manquait pas grand chose à ce dernier pour être une très jolie jeune femme, pourtant : une paire de petits seins en pomme, des hanches un tantinet plus rondes et hop ! Il aurait fait une pin-up ravissante.

Oui, ravissante.

Toute de noir vêtue…

Moulée dans un long manteau de cuir ouvert sur un décolleté plongeant bonnet B (minimum)…

De hautes bottes noires aux talons vertigineux gainant ses jambes élancées…

…et faisant tournoyer une paire de menottes autour de son index avec un sourire suggestif.

« Wahouh… » rêvassa Reno les yeux fermés, se laissant porter par son imagination débordante.

- Mes frères ont-ils aussi un surnom ou c’est un privilège qui m’est destiné en exclusivité ? plaisanta l’argenté en sortant du cabinet de toilette quelques minutes plus tard, arrachant le turk à ses fantasmes licencieux.

Les cheveux brossés et le visage débarbouillé, Yazoo paraissait frais comme une rose. Personne ne se serait jamais douté qu’il avait passé plus d’une heure à sangloter et qu’il avait frôlé un empoisonnement au mako un peu plus tôt dans la journée.

- Kadaj, c’est « le p’tit », se reprit rapidement le turk. Du moins pour Cid et Reeve. Pour Shalua, c’est « poussin » ou « chaton ».

- « Chaton »… Et Loz, dans ce cas ? Comment l’appelez-vous ? « Le fauve» ?

Reno prit un air faussement effrayé.

- Lui, on l’appelle : « Monsieur » !

L’argenté partit d’un fou rire et le turk en ressentit un bien-être inexplicable.

Bon sang, ce que ça faisait du bien, de l’entendre rire comme ça ! L’entrain de Yazoo et sa douceur étaient si communicatifs…

Ouais… Voilà quelque chose, hélas, que ne pourraient jamais lui donner ses innombrables « compagnes de jeu », comme il les appelait - fussent-elles de sulfureuses panthères brunes tout de cuir vêtues.

Pour entendre ce rire là chaque jour, Reno était prêt à donner deux ans de sa vie. Voire trois, allez… A négocier !

***

Dans la cuisine, Shalua et Tifa aidaient Gretta à orner un énorme gâteau d’arabesques de crème et de fleurs en sucre.

C’était la soirée hebdomadaire de congé des domestiques et la vieille gouvernante venait de les autoriser à abandonner le service après avoir rempli de nouveau les sceaux à champagne et garni les plateaux d’apéritif de petits fours chauds.

Se charger seule du service du dîner pour treize convives et deux enfants n’effrayait absolument pas la brave femme, loin s’en fallait.

- Bon sang, ce que j’ai faim ! gémit l’égérie d’AVALANCHE en croquant un petit coquelicot sucré.

Son amie lui tapa sur la main.

- Eh ! Ca, c’est pour le gâteau !

- Qu’est-ce qu’ils fichent, là-haut ? Il est presque 9h30 !

- Pas ce à quoi tu penses, en tous les cas. Les garçons, c’est vraiment pas le truc de Reno.

- Hélas pour Yazoo, soupira Tifa.

Shalua fixa une rangée de petites roses de sucre vert sur le nappage de chocolat du gâteau et tiqua.

- Hélas ? Pas si sûr. J’ai beau adorer mon petit sucre roux, son comportement avec ses conquêtes ne m’en donne pas moins envie de l’écorcher vif, parfois…

- A ce point là ? Gretta ! Dites-moi qu’elle exagère.

La brave gouvernante leur tendit un nouveau plateau de petites fleurs en sucre et soupira en ajustant une épingle dans son élégant chignon tressé.

- Hélas non, Miss Lockheart. Et pourtant, vous savez à quel point je le chéris, notre turbulent petit turk !

- Bon, d’accord, il aime les femmes. Un peu trop, peut-être. Mais si…

- Oh ! Ca, pour les aimer, il les aime ! la coupa Gretta, narquoise. Toutes, Miss Lockheart. Toutes ! Mais à la va-vite. Et jamais plus d’une nuit… Mon Dieu ! Si vous saviez combien j’en vois défiler, lorsqu’il vient au manoir ! Et elles se dameraient toutes volontiers pour ses beaux yeux aigue marine, les pauvres petites.

Tifa mangea une seconde fleur en sucre et croisa les bras sur sa poitrine.

- A vous entendre toutes les deux, ce pauvre Yazoo est condamné à soupirer en silence et sans espoir de retour !

Shalua et la gouvernante échangèrent un regard navré et hochèrent la tête.

- En parlant de silence, Tifa… Tu nous as dit que Loz avait essayé de te tuer mais sans nous expliquer comment tu t’étais sortie de ce mauvais pas.

La jeune femme sourit, espiègle, et goba une autre fleur.

- C’est très… intime.

- Raison de plus pour nous faire saliver. Et arrête d’engloutir la décoration ! ajouta-t-elle en lui donnant une autre tape sur la main, au grand amusement de la vieille gouvernante. Allez, allez, pas de fausse pudeur, ma fille. Raconte ! (Tifa fit mine d’hésiter et Shalua passa le bras autour des épaules de Gretta, suppliante) Fais-le pour Gretta, qui s’ennuie à mourir lorsque le manoir se vide de ses invités !

- C’est vrai, Miss Lockheart, plaida cette dernière d’une voix plaintive, entrant dans le jeu de la jeune scientifique. A mon âge, quel autre moyen de vivre de belles histoires l’amour si ne n’est à travers de jolies jeunes femmes comme vous ou de jolis garçons comme mon Reno ?

La bouche de Tifa s’arrondit en un « Oh ! » faussement scandalisé.

- Dites-moi que je rêve ! Il n’y en a pas une pour racheter l’autre ! Il ne manquerait plus que ce fouineur de Reno pour compléter de tableau !

Elle leur jeta une pincée de farine à la figure à chacune et toutes trois éclatèrent de rire.

La vieille gouvernante adorait Shalua et Reno.

La première vivait avec elle au manoir lorsqu’elle n’était pas au siège de la WRO, à Edge, et le second, orphelin depuis l’adolescence et sans famille à qui rendre visite, avait pris l’habitude de venir y passer une grande partie de ses jours de congé.

Gretta en était donc très vite venue à faire la connaissance de leur amie Tifa et à l’apprécier tout autant, bien qu’elle ne voie la jeune femme que lors de ses rares visites à Nibelheim.

Lorsqu’elle les regardait tous les trois, elle se revoyait à leur âge, audacieuse, séduisante et croquant la vie à belles dents !

Gretta n’était pas de ces vieilles gouvernantes aigries, pétries de principes d’un autre âge et de règles de morale éculée et étriquée, non. Sous des dehors à première vue un peu austères - une quasi-obligation pour la fonction qui était la sienne - c’était une femme généreuse, drôle et pleine de vie.

- Alors ? On parle de moi ? lança une voix joyeuse dans leur dos, les faisant sursauter.

Le turk s’approcha de la table et tendit une main gourmande vers l’une des fleurs de sucre que Shalua venait de disposer sur le nappage du gâteau.

- Bas les pattes ! fit celle-ci en chassant les doigts pillards d’un petit coup de cuiller en bois. Tu ne vas pas t’y mettre aussi !

- Aïe ! Eh ! Doucement, doc ! Je suis convalescent !

- Raconte, à la fin ! insista Shalua. Cesse de te faire prier, Tifa.

- Vous parlez de quoi ? s’immisça Reno. Des trucs cochons ?

- Reno ! s’écrièrent les trois femmes d’une même voix.

- Quoi ? N’essayez pas de me faire croire le contraire, vous avez vos têtes de perverses des mauvais jours ! les nargua-t-il en chipant finalement une sucrerie sur le gâteau. Raté ! railla-t-il en échappant à la cuiller en bois.

Il croqua dans la fleur caramélisée avec gourmandise.

- Nous nous demandions comment Tifa avait échappé aux envies meurtrières de sa récente moitié, fit Shalua.

Le turk avala le reste de sa sucrerie d’un coup et s’assit sur la table.

- C’est vrai, ça, au fait ! Qu’est-ce qui s’est passé avec Loz, exactement ?

Tifa secoua la tête.

- Non. C’est trop personnel, désolée.

Les trois autres laissèrent échapper une exclamation agacée.

- O.K. ! lança Reno. Je te propose un deal : ce qui s’est passé avec Loz contre… un scoop !

La jeune femme leva le sourcil.

- Et que sais-tu que je ne sache pas ou que tu ne m’aies pas déjà dit ?

Le turk se passa la langue sur les lèvres, malicieux.

- Je me suis fait Elena…

Trois cris surpris résonnèrent dans la cuisine et il fit signe de baisser d’un ton.

- Je ne te crois pas ! Quand ?

- Il y a cinq ans, lorsque vous étiez encore à la recherche de Sephiroth. On était complètement bourrés.

- Je veux des détails, Reno.

Il lui adressa un sourire espiègle.

- Toi d’abord.

Tifa jeta un oeil circulaire à la grande cuisine pour être certaine que personne ne risquait de l’entendre et parla à voix basse.

- D’accord. Nous étions en train de nous embrasser sur son lit et prêts à passer à des choses plus sérieuses lorsqu’il m’a saisie à la gorge, avoua-t-elle en mimant un geste d’étranglement, faisant se raidir son auditoire.

- Mon Dieu, quelle frayeur vous avez dû avoir… fit Gretta. S’offrir à des mains qui risquent de vous tordre le cou ? Vous parlez d’une entrée en matière ! Et qu’avez-vous fait, Miss Lockheart ?

- Rien, en fait. J’ai cru à un jeu coquin, au début, et je lui ai juste demandé de desserrer sa prise parce qu’il m’étouffait.

Reno se pencha en avant.

- Et qu’est-ce qu’il a dit ?

- Lorsqu’il a vu ce qu’il était en train de me faire, il a blêmi et s’est écarté d’un bond, totalement désarçonné.

- Et… c’est tout, Miss Lockheart ? Il s’est écarté et… pffuiii ! La chose, cette… « Jenova », l’a libéré ?

Tifa se dandina d’un pied sur l’autre.

- Pas exactement, Gretta. En fait…

- Allez, insista Shalua, ne te fais pas prier ! Qu’est-ce qui s’est passé ?

- Avant même que j’aie le temps de comprendre ce qu’il faisait, murmura lentement Tifa, ménageant son effet, il a retiré sa ceinture de cuir des passants de son pantalon et me l’a donnée.

Son amie secoua la tête, interloquée.

- Pour quoi faire ?

- Il voulait pas que tu le cognes avec, quand même, si ? s’étrangla Reno.

Tifa s’appuya sur la table de la cuisine avec un sourire mutin.

- Bien sûr que non, idiot !

- Alors quoi ?

-En fait, chuchota-t-elle, langoureuse, il s’est allongé nu les draps, a saisi les barreaux du lit au-dessus de sa tête et… il m’a supplié de lui attacher les mains pour lui faire l’amour…

Shalua, Reno et Gretta écarquillèrent les yeux et laissèrent échapper des exclamations émues ou admiratives.

- Pincez-moi !

- Woah ! La classe…

- Oh, mon Dieu, Miss Lockheart ! C’est si… si… sensuel !

Tifa hocha la tête.

- J’avoue que, sur le coup, j’avais moi-même du mal à croire ce que je voyais.

La jeune scientifique ferma à demi les yeux, rêveuse.

- Un type superbe attaché nu aux barreaux d’un lit… susurra-t-elle, l’image d’un pilote blond avec les poignets liés se dessinant dans son esprit.

- Loz un crétin, tu parles ! Un foutu allumeur, ouais… soupira Reno, admiratif. Putain, comment il assure, le salaud !

Gretta couvrit ses joues rougissantes de ses mains

- C’est vrai que monsieur Hojo est tellement bien fait de sa personne… Comment vais-je pouvoir le regarder dorénavant sans l’imaginer ainsi que vous venez de le décrire, Miss Lockheart ? demanda-t-elle avec un petit gloussement canaille, incontestablement comique pour une femme de son âge.

Tifa, Shalua et Reno éclatèrent de rire et la considérèrent avec une attitude faussement scandalisée.

- Gretta ! s’écrièrent-ils en coeur.

***

Gretta, assistée de Cait et des enfants, venait de poser les derniers plats de hors-d’oeuvre sur l’immense table de chêne, signifiant aux convives qu’il était grand temps de dîner.

Rufus leva sa coupe de champagne une dernière fois et tous se tournèrent vers lui.

- A Reno ! Notre miraculé du jour en espérant qu’il ne nous fasse plus jamais de telles frayeurs !

Le « miraculé » en question s’inclina en levant son verre de jus de fruits et ouvrit la bouche pour porter un dernier toast avant de passer à table lorsque la porte de la salle à manger s’ouvrit pour laisser passer un Rude trempé et frigorifié.

- A peine sauvé et déjà en train de picoler, mauvaise graine ? lança-t-il en retirant ses lunettes fumées couvertes de buée.

Avec un cri de hyène, Reno franchit les quelques mètres qui le séparaient de son comparse et lui sauta littéralement au cou, manquant de peu de le faire tomber à la renverse.

- Rooahhh ! Rudo ! Mon pote !

Rude dut s’appuyer à la porte pour supporter le poids du « petit garçon » de 32 ans qui s’agrippait à lui à l’étouffer, faisant rire toute l’assistance.

Shalua secoua la tête et soupira.

- Bon sang, qu’est-ce que nous serions devenus, sans ses pitreries…

Cid lui passa le bras autour de la taille et la serra contre lui, tournant le dos à la porte, résistant à l’envie de poser ses lèvres sur les siennes.

- Mais, grâce à toi et à Kadaj, il est toujours là.

- C’est surtout grâce à Yazoo.

- Tu es trop modeste.

Elle appuya sa joue contre sa poitrine si dure et but une gorgée de champagne à sa coupe, le regard perdu dans les feux azurés de son regard trop bleu.

Mon Dieu, ces bras virils et ce regard… A eux seuls, ils suffisaient à la couper de toute réalité. Lorsque Cid la prenait dans ses bras, le monde qui l’entourait cessait d’exister.

- Et toi, bien trop mâle et trop séduisant pour espérer que je garde la tête froide lorsque tu es si près de moi, ronronna-t-elle avec un sourire engageant.

- Perds la tête autant que tu voudrais, murmura-t-il, flatté. Ca ne me déra…

- Ci… Cid… l’interrompit Tifa d’une voix blanche et bredouillante en posant une main fébrile sur son épaule.

Comme réveillé en plein milieu d’un agréable songe, il leva la tête vers elle, souriant, et s’étonna du soudain teint de cire de la jeune femme.

Il allait l’interroger sur la raison de sa pâleur - se sentait-elle mal ? - lorsqu’il réalisa que tout le monde s’était brusquement tû et le considérait avec une expression indéfinissable dans le regard, mélange d’embarras et d’anxiété.

En fait, le silence était tel que l’on aurait pu entendre une fourmi trotter sur le parquet ciré.

Il allait lancer l’un de ses jurons tonitruants couplé d’un « Quoi, bande de faux-culs ? Comme si vous ne saviez pas qu’il se passait quelque chose entre moi et Shalua ! » lorsqu’une voix familière et douce s’éleva dans son dos.

- Bonjour, Cid.

Il eut l’impression que le sang se congelait dans ses veines et Shalua le sentit se pétrifier contre elle.

Très lentement, le coeur battant et la gorge serrée jusqu’à la nausée, il pivota.

A deux pas de lui à peine se tenait une femme de taille moyenne aux cheveux châtains noués en une queue de cheval un peu lâche, vêtue d’une jean et d’un chaud blouson d’aviateur.

Son petit visage délicat était serein et seuls ses immenses yeux noisette, qui s’écarquillaient derrière de grandes lunettes rondes qui lui donnaient un air mutin de petite fille, trahissaient sa surprise et sa contrariété.

- Shera… murmura Cid d’une voix éteinte.

A la mention de ce nom, Shalua contint de justesse un petit cri surpris mais ne put empêcher la coupe de champagne qu’elle tenait dans sa main valide lui glisser des doigts pour s’écraser à ses pieds avec un bruit assourdissant dans le silence pesant…

…à suivre

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XXVII - Compte sur moi

«Ce n’est pas tant l’aide de nos amis qui nous aide

que notre confiance dans cette aide.»

Epicure

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Shiva Rajah d’après des illustrations de M.A. Sambre

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Kadaj pénétra dans la salle d’entraînement de l’aile sud du manoir, l’ambiance était au rendez-vous : sur le tapis, dans le cercle de lutte, Loz et Cid rivalisaient de fougue sous les encouragements nourris de Tifa, Vincent, Reeve et Yuffie.

Pieds et torse nu, les deux hommes essayaient de se renverser l’un l’autre par des prises aussi énergiques que complexes.

Se dégageant avec difficulté de l’étreinte de mort de l’argenté, qui le serrait contre sa poitrine en lui faisant plier l’échine en arrière, Cid réussit à le ceinturer en lui immobilisant les bras et essaya de glisser une jambe entre ses cuisses pour le faire choir.

- Autant vouloir déraciner un chêne ! nota Reeve, admiratif. Bon sang, regarde-moi cette poigne.

Vincent acquiesça.

- Je ne prendrai pas le risque de parier sur qui que ce soit.

Les muscles bandés impressionnants de puissance, les veines saillantes et le visage grimaçant sous l’effort, les deux adversaires ressemblaient à deux titans menant un combat à mort dans une arène barbare.

Yuffie, qui encourageait tantôt l’un tantôt l’autre selon la difficulté des mouvements et les ruses employées, était particulièrement impressionnée par Cid.

Jamais elle ne l’avait vu se battre au corps à corps avec un adversaire aussi fort que lui. Si l’on ajoutait à cela la plastique parfaite des deux hommes et le fait qu’ils soient tous deux à demi nus, le spectacle avait quelque chose de presque… sensuel.

Ces musculatures herculéennes, ces peaux brillant sous l’effort, ces deux larges poitrails qui se heurtaient brutalement avec un bruit mat lorsqu’ils assuraient leur prise, ces chairs qui s’agrippaient, se frottaient, ces membres qui s’enchevêtraient avec véhémence, tout cela était, aux yeux d’une femme, délicieusement équivoque.

Le pied de l’argenté glissa par accident sur une partie du tapis humide de sueur et Cid profita immédiatement de l’aubaine : d’un vif mouvement du bassin, il poussa la hanche contre les reins de Loz tout en ceinturant sa poitrine pour le tirer en arrière. La prise fut si rapide que les pieds du jeune colosse décolèrent du tapis et qu’il retomba sur le dos, les épaules en dehors du cercle de combat.

Le pilote leva les bras au ciel avec un cri de victoire et chacun y alla de ses applaudissements et de ses commentaires enthousiastes.

- Bravo ! s’écria Reeve, impressionné. C’était prodigieux ! Je n’avais pas assisté à un tel combat de lutte depuis longtemps !

Vincent fit chorus et posa les deux pistolets qu’il tenait pour applaudir à son tour.

Lui et le chef de la WRO s’apprêtaient à faire quelques exercices de tir dans la salle prévue à cet effet, au sous-sol du gymnase, lorsque les deux combattants étaient entrés dans le cercle de lutte. Impressionnés par la puissance et la maîtrise des deux hommes, ils avaient été littéralement happés par le spectacle.

- 17 minutes ! s’écria Tifa en regardant sa montre. Incroyable !

Cid aida Loz à se relever et ils se donnèrent une accolade amicale en riant, haletant sous l’effort qu’ils venaient de fournir.

- Tu es rouillé, mon frère ! railla Kadaj, que personne n’avait entendu entrer.

Cait, à cheval sur sa hanche, applaudit.

- Il suffit d’une glissade, à l’homme plein de sang-froid, pour que d’une ruade, l’ennemi le foudroie ! plaida-t-il. Qui plus est, il est simple, pour quiconque est bien frais, de jeter sur le sol l’ennemi éreinté…

Tous éclatèrent de rire et le pilote fit claquer sa paume sur dos nu de Loz.

- Tu t’es trouvé un sacré avocat, mon ami ! Ah ! Ah ! Ah !

Kadaj tapota les fesses du chat avec un sourire amusé.

- J’avoue que mon adversaire n’était plus très « frais » après avoir subi les « assauts » de cette demoiselle, admit Cid en désignant Tifa du pouce, mais, étant de presque dix ans son aîné, je considère que les handicaps s’équilibrent !

Tifa rosit un peu en l’entendant volontairement insister le terme « assauts », qui pouvait sous-entendre aussi bien le combat amical qui l’avait opposée à Loz juste avant leur démonstration de lutte que ce qui s’était passé durant la nuit - ou du moins ce que le pilote semblait penser qu’il s’était passé.

Yuffie sautilla sur place en faisant tournoyer la lourde lance de Cid dans ses mains adroites.

- Lequel de vous osera se mesurer à moi en combat à mains nues, à présent ?

Cid secoua la tête en s’essuyant le visage avec une serviette que lui avait tendu Reeve avant de filer au sous-sol en compagnie de Vincent.

- Désolé, gamine, ce grand gaillard m’a achevé ! C’est assez pour aujourd’hui en ce qui me concerne.

Loz, assis sur le tapis, secoua la tête à son tour lorsque le regard de la jeune utaïenne se posa sur lui.

- Pas tout de suite, haleta-t-il en prenant la bouteille d’eau minérale que lui tendait Tifa. Pourquoi ne pas te mesurer à mon frère, en attendant ? Il est aussi adroit avec une lame que sans.

- Oui, tiens ! martela le pilote en se servant un verre de thé glacé du thermos amené un peu plus tôt par les domestiques. Je serai curieux de voir ça.

Kadaj haussa les épaules et posa Cait sur le sol.

- Pourquoi pas. J’étais venu me défouler un peu sur Loz mais puisque vous me l’avez essoré… plaisanta-t-il.

Il retira ses bottes, commença à dézipper son long manteau de cuir et Yuffie profita de devoir retirer ses chaussures à son tour pour se détourner et cacher sa déconvenue.

Elle voulait combattre un vrai homme, elle - surtout après le spectacle que leur avaient offert Cid et Loz et qui lui avait un peu échauffé les sens ! Pas un adolescent mal dégrossi ! Pas un poupon blanc douillet avec des cheveux soyeux de petite fille et des joues rondes et roses comme des fesses de bébé ! Loz ou Cid, c’était cool. Mais Kadaj…

Elle compara l’argenté délicat avec la force virile de Cid, la puissance de Loz ou le charme ténébreux de Vincent. Elle imagina le ventre blanc et rebondi, les bras replets, les jambes grêles et la poitrine étroite sous le cuir épais de son manteau…

« Beurk ! » pensa-t-elle en réprimant une grimace,

Elle ravala cependant sa déception en se souvenant des recommandations de l’ancien turk :

« …ils doivent se sentir acceptés parmi nous. C’est notre amitié et notre confiance qui fera échouer Jenova dans ses tentatives de séduction et manipulation. »

Elle força donc un sourire enjoué à étirer ses lèvres et prit une profonde inspiration.

Fin prête pour donner le change, elle se tourna pour faire face à son adversaire, sur le tapis de lutte, et le regarder droit dans les yeux.

- Prépare-toi à souffrir ! Je vais te…

Ses paroles moururent sur ses lèvres en réalisant que ce n’était pas des yeux félins couleur mako surplombant des pommettes joufflues, qu’elle avait devant le nez, mais deux impressionnants muscles pectoraux.

Tiens… Loz avait changé d’avis ?

Yuffie leva la tête vers l’homme qui la dépassait d’une tête et c’était bien le visage de Kadaj qui lui souriait de là-haut, planté sur un cou robuste et des épaules deux fois plus larges que les siennes.

Elle n’aurait jamais cru qu’il était aussi grand que Cloud… Ni aussi costaud.

En fait, réalisa-t-elle soudain, elle ne s’était jamais retrouvée aussi près de lui.

- Je n’attends plus que toi, jeune fille, railla-t-il gentiment.

Déconcertée, elle recula d’un pas.

Debout devant elle, pieds et torse nu, les biceps gonflés et les jambes athlétiques légèrement écartées moulées par un pantalon de cuir souple, une copie parfaite de Loz avec 10 centimètres et quelques kilos de moins était prête au combat…

***

Dans la cuve, Reno se tenait la poitrine à deux mains, terrassé par la douleur du liquide pénétrant dans son nez, sa gorge et ses poumons. La brûlure était telle qu’il crut son cerveau sur le point d’exploser.

Il voulut crier mais le seul bruit qui franchit ses lèvres fut le « flop-flop » les dernières bulles d’oxygène présentes dans ses alvéoles qui s’échappaient de sa gorge.

- Reno ! lui cria Shalua, en tapotant de la main sur le verre de la cuve. Calme-toi !

Le son de sa voix lui parvenait étouffée mais il n’en comprit pas moins le sens des paroles de la jeune femme.

Seulement voilà : les comprendre était une chose ; s’y plier était beaucoup moins facile.

- Son rythme cardiaque est trop élevé, fit Merill, le regard fixé sur l’écran de contrôle. S’il ne se calme pas, il est bien capable de nous faire une syncope !

Yazoo rejoignit Shalua et plaqua ses mains sur le verre transparent de la cuve.

- Ne panique pas, Reno, ce n’est que du mako. Essaye de te détendre. La douleur va passer.

Mais Reno s’étouffait.

- C’est pas vrai ! gémit Shalua.

- Reno, reprit Yazoo. Reno, écoute-moi : tu n’as pas besoin de respirer ! Tu m’entends ? Le mako contenu dans tes poumons et entrant par tes pores est suffisant pour t’alimenter en oxygène. Reno, tu m’écoutes ? Arrête de respirer !

Peine perdue.

Le turk entendait bien ce que lui disait l’argenté mais il ne contrôlait absolument pas son corps et bon sang ce que ça faisait mal !

Il se noyait pour de bon ! Il fallait qu’il sorte de là. Qu’il sorte de là au plus vite !

- Rien à faire, soupira Merill. Il panique complètement. Qu’est-ce que je fais, Shalua ?

- Il lui faut ce traitement, Merill ! Il est malade !

- Et il le sera plus encore s’il nous fait une attaque et qu’on ne le sort pas de là à temps.

- Ne peut-on l’endormir et recommencer ? s’enquit Yazoo.

La jeune femme secoua tristement la tête.

- Non, poussin. Les narcotiques et le mako ne font pas bon ménage, tu l’as constaté toi-même. Ils ont deux effets diamétralement opposés. Et quand bien même, il est bien trop dangereux de plonger un homme “normal” inconscient dans le mako liquide.

Yazoo, le ventre noué d’inquiétude, regardait Reno se débattre dans le liquide verdâtre, souffrant le martyre.

- Merill, fit-il soudain en dézippant son manteau, déverrouille le sas de la cuve.

Shalua le prit par les épaules.

- Eh, là ! Une minute ! Qu’est-ce que tu fais ?

L’argenté se dégagea, retira son manteau, ses bottes, et déboutonna son pantalon.

- Je vais avec lui. J’arriverai à le calmer.

- Hors de question ! se récria la jeune femme. Ton organisme est déjà saturé de mako bien au-delà de la limite acceptable !

- Je sortirai dès qu’il aura commencé à se calmer. Je ne risque rien.

- Bien sûr que si, Yazoo baby ! Un empoisonnement au mako peut se jouer à quelques minutes !

- Je sais ce que je fais, Shalua. Je sortirai à temps, je te le promets.

- Je refuse de te laisser faire ça, je regrette !

Yazoo plongea son regard de topaze verte dans le sien.

- Tu préfères le sortir de là et le regarder mourir en quelques semaines ? murmura-t-il. Tu tiens vraiment à assister à ses funérailles avec tous tes amis ?

- Inutile d’insister, je le répète : je ne te laisserai pas plonger là-dedans. Ca ne servirait à rien !

- Shalua… Vincent a dit que nous devions réapprendre à vivre. Apprendre de nouvelles choses, découvrir en vivant avec vous tous ce que peuvent signifier des mots comme « amitié », « entraide » ou « avenir ». Ne plongerais-tu pas là-dedans si tu savais que tu pouvais le calmer ?

- Mais tu ne le peux pas, Yazoo !

- Si, je le peux ! Je le sais ! J’ignore pourquoi mais il me fait confiance et se détend immédiatement en ma présence.

- Yazoo baby, je…

- Prouve-moi que je peux réellement faire partie de votre clan, Shalua : confie-moi la vie de l’un de tes amis ! Laisse-moi aider Reno !

Shalua lança un regard désespéré à Merill puis à Reno, qui hurlait en silence dans le liquide verdâtre…

***

Yuffie mordit la poussière (ou plutôt le tapis) une fois encore et s’assit en tailleur avant de déclarer forfait en agitant les bras.

- Ca suffit ! Je n’y arriverai jamais… soupira-t-elle, découragée.

Cid lui tapota le dos.

- Allons, courage ! Tu étais presque.

- Cid a raison, Yuffie, la rassura Tifa. Moi aussi j’ai des progrès à faire, avec cette fichue prise !

La jeune utaïenne secoua la tête, découragée.

- C’est gentil d’essayer de me réconforter mais je sais bien que je suis nulle, au combat à mains nues. Et tu es bien meilleure que moi pour les sauts. Je n’ai vraiment aucun sens de l’équilibre, c’est désespérant…

Kadaj s’agenouilla devant elle et lui releva le menton.

- Eh… murmura-t-il d’une voix douce. Rien n’est jamais acquis, dans ce domaine. Ni les talents, ni les défauts. Tout est une question d’entraînement.

- Facile à dire pour toi, tu es aussi bon avec une arme qu’avec tes poings ou tes pieds ! rétorqua Yuffie sans oser lui retourner son regard. Cette satanée prise a pourtant l’air si simple !

- Elle l’est bel et bien, assura l’argenté. Et nous nous entraînerons jusqu’à ce que tu y arrives. Regarde-moi.

L’Utaïenne obéit et il lui adressa un sourire engageant.

Quelle différence entre ce garçon au visage si doux et le combattant opiniâtre qui l’avait envoyée au tapis plusieurs fois de suite…

Pourtant, tous deux, l’enfant et le guerrier, cohabitaient dans ce corps d’homme athlétique au visage poupin qui paraissait, lui, vouloir s’éterniser dans l’enfance.

- Moi et Loz, on ne vous lâchera pas, ni toi ni Tifa, jusqu’à ce que vous arriviez à dompter cette prise, promit Kadaj. Ca te va ?

Yuffie tendit la main, paume vers le haut.

- Tope là !

Il obéit et Tifa rit de bon coeur.

- Promesse faite devant témoin ! fit Cid avec humour.

Un bruit de pas précipités retentit dans l’escalier qui menait à la salle de tir et Vincent, suivi de près par Reeve, surgit de là comme un diable de sa boîte, le téléphone collé à l’oreille et l’inquiétude inscrite sur ses traits aussi clairement que sur du parchemin.

- Nous avons un problème avec Reno, au labo ! leur lança-t-il en courant vers la porte.

- Un problème ? s’inquiéta le pilote.

- Yuffie nous a dit que l’heure de son traitement avait été avancée, intervint Tifa. Ca se passe mal ?

- Plutôt, oui ! répondit le chef du WRO avant de disparaître derrière l’ancien turk. Yazoo a dû plonger avec lui dans la cuve !

Kadaj blêmit d’un seul coup.

- Yazoo a fait quoi ? hurla-t-il.

…à suivre

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XXI - Entre rage et désespoir

« L’espérance serait la plus grande des forces humaines

si le désespoir n’existait pas…»

V. Hugo

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Shalua remonta dans sa suite - qu’elle occupait lorsqu’elle était au manoir - pour prendre une douche et se changer en prévision du dîner.

Elle avait abandonné en bas Kadaj et Shelke, qui travaillaient d’arrache-pied et refusaient de lâcher leurs claviers. C’était la première fois qu’elle voyait sa soeur aussi enthousiaste à la tâche ; mais avoir quelqu’un comme Kadaj sous la main, qui comprenait parfaitement le langage et les allusions à demi-mot de la jeune fille, l’était aussi et ceci expliquait très certainement cela.

Une fois dans la chambre, elle retira sa blouse, son chemisier et ôta la prothèse de son bras gauche, qu’elle jeta sur le couvre lit moelleux avec une grimace en frottant son moignon.

- Besoin d’un câlin ? chuchota une voix basse et mâle à son oreille, la faisant sursauter violemment.

Deux mains robustes se posèrent sur ses épaules nues pour les masser avec sensualité.

- Cid… gémit-elle sous l’agréable traitement. Tu m’as fait peur, idiot…

Il sourit contre son cou et darda la langue pour lui chatouiller le lobe de l’oreille, qu’il aspira entre ses lèvres, provoquant d’irrépressibles frissons.

Shalua pivota pour lui faire face et noua son bras valide autour de son cou.

Cid la serra contre lui et mordilla ses lèvres, joueur.

- Tu t’es rasé ? nota la jeune femme en caressant son visage lisse. En quel honneur ?

- Tous les cinq jours, fit-il. C’est la règle que je me suis imposée. Tu veux étrenner ? demanda-t-il en tendant sa joue.

Elle ne se fit pas prier et piqua son visage de petits baisers mouillés avec un plaisir non dissimulé. Sa peau avait un agréable, et terriblement viril, petit arrière-goût de mousse à raser et d’after-shave.

- Pourquoi n’optes-tu pas pour une épilation définitive, comme la plupart des hommes ? Tu l’as bien fait pour tout le reste… nota-t-elle, malicieuse, en posant la main sur son sexe, qui commençait déjà à durcir sous la toile du pantalon ample.

Il soupira sous la caresse.

- Et je laisse juste deux pattes intactes, comme Loz ? plaisanta-t-il.

- Mhh… tu as passé l’âge de ce genre de fantaisies.

Cid gronda contre son oreille.

- Comment je dois le prendre, ça ?

- Comme la preuve que je préfère les hommes plus raisonnables.

- Ma barbe te gêne ?

Elle sourit et lui mordilla le menton.

- Au contraire, je l’adore… susurra-t-elle.

- Ah, tu vois…

Il laissa une traînée de baisers enfiévrés le long de la gorge offerte de Shalua et fit doucement remonter ses mains le long de ses cuisses, sous la jupe.

- Cid…

- Mhh ?

- Je dois prendre une douche…

- Chouette, je vais pouvoir te savonner partout…

Il la souleva dans ses bras pour se diriger vers la luxueuse salle de bains et elle se laissa aller contre sa large poitrine en riant.

Dieux, qu’elle se sentait bien, avec lui. Qu’elle était heureuse dans ses bras…

Pourquoi fallait-il qu’il soit marié, bon sang ! Pourquoi ?!

***

Rude enfila son manteau, posa le téléphone de Reno à portée de main, sur la table de nuit, et remonta les draps sur sa poitrine.

- Sois prudent, mec, fit ce dernier d’une voix cassée à force de vomissements. Le cratère nord, ça a toujours été un nid à emmerdes.

- Te tracasse pas pour ça, ce n’est qu’une petite anomalie détectée par les caméras à ondes Beta. Si ça se trouve, c’est juste une famille d’ours qui a emménagé dans l’ancien labo !

Reno sourit malgré lui.

- Ce serait marrant… Je me demande qui serait le plus flippé par la tête de l’autre : toi ou papa ours.

- Je t’emmerde !

- Ah bah, j’osais pas te le dire mais vu que tu abordes le sujet…

Rude lui asséna une petite tape sur la tête.

- P’tit con ! T’es sûr que tu ne veux pas que j’aille chercher Tifa ou Shalua ? demanda-t-il en reprenant son sérieux. Ca ne me rassure pas de te laisser seul.

Son comparse secoua la tête.

- Nan, je fais assez chier tout le monde depuis hier. Je vais piquer un somme, t’en fais pas.

- O.K… Comme tu voudras. Mais si ça va pas, le téléphone est juste là.

- File, Rudo, l’hélico t’attend et le pilote doit commencer à criser.

- Prends bien soin de toi, Reno.

Celui-ci agita la main et sourit.

- C’est bon, je te dis ! Allez, dégage, plaisanta-t-il, je veux plus voir ta tête d’oeuf, ça me rend malade.

Rude quitta la chambre à regret et descendit dans le hall, où il croisa une Marlène survoltée qui riait comme une petite folle en sautillant autour de Yazoo.

- Eh bien ! fit-il remarquer. Tu m’as l’air bien joyeuse !

- On a fait une ballade à moto ! C’était génial ! On est montés presque jusqu’aux grottes à matéria !

Rude siffla.

- Eh beh ! Et t’as pas eu le vertige ?

- Même pas ! Demande à Yazoo, si tu me crois pas ! Tu t’en vas ?

- Ouais, ma grande. Boulot.

- Tu reviens quand ?

- Demain ou après-demain, je pense. Dis-donc, ajouta-t-il en s’accroupissant pour mettre les yeux à la hauteur de ceux de la fillette. Je peux te demander un service ? Veille sur Reno pendant mon absence pour qu’il fasse bien tout ce que Shalua lui dira, O.K. ? Et s’il t’envoie sur les roses… mords-le !

Il tendit sa main, paume vers le haut, et Marlène y fit claquer la sienne.

- Ca marche ! Je monte le voir tout se suite !

Elle fila et Rude se tourna vers Yazoo, qui s’était mis un peu à l’écart.

- Elle ne t’a pas trop cassé les pieds ? demanda-t-il aimablement, ne sachant trop comment aborder le jeune homme. Marlène est une boule d’énergie et c’est parfois un peu fatigant.

L’argenté secoua la tête et sourit.

- Non, pas du tout, répondit-il de sa voix douce. Elle me rappelle un peu Kadaj, lorsqu’il était petit.

Rude revit les scène poignantes d’un adolescent au corps couvert de plaies serrant son petit frère dans ses bras maigres et sentit la révolte lui ronger les tripes.

- Je l’ai vu sur les vidéos surveillance, fit-il la gorge serrée. C’était… c’était un beau petit garçon.

Le visage de Yazoo s’éclaira au souvenir de son cadet.

- Oui, il pouvait être très mignon quand il le voulait.

- Enfin tout ça pour dire que tu n’es pas obligé de jouer les nounous avec Marlène si tu n’en as pas envie.

- Ca ne me gêne pas. Et j’avoue que je ne sais pas trop ce que je suis supposé faire d’autre ici, de toute façon, ajouta-t-il, embarrassé.

Rude retira ses lunettes fumées pour le regarder droit dans les yeux.

- Ce n’est pas à toi de te demander ce que tu dois faire. C’est à nous de chercher de quelle façon vous aider au mieux, toi et tes frères.

Yazoo rougit légèrement.

- Je… j’avoue que j’ai du mal à comprendre pourquoi.

- Appelons ça officiellement des dommages et intérêts de la Shinra pour préjudices subis. Et officieusement, une bande de joyeux optimistes un rien naïfs qui croient que l’amitié et l’entraide peuvent nous aider à sauver la planète et construire un monde meilleur.

L’argenté laissa échapper un rire cristallin.

- Je prends la version officieuse. Elle est plus poétique. Et bien plus sympathique.

Rude lui fit un clin d’oeil et chaussa ses lunettes.

- Vendu !

Son portable sonna, affichant un message impatient du pilote de l’hélicoptère qui l’attendait sur la pelouse du grand parc.

- Je dois fil…

- Rude ! cria Marlène depuis le grand escalier. T’es encore là ? Reno, il veut pas boire d’eau ! Il dit que ça sert à rien, que ça reste pas !

Rude grimaça, découragé, mais Yazoo lui fit signe de partir et le turk ne se le fit pas dire deux fois.

- Je suis parti ! cria-t-il à Marlène en se dirigeant précipitamment vers la porte.

- Mais Shalua a dit qu’il devait boire, sinon, il allait se déshydrater !

- Je ne suis plus là ! Si Reno devient trop chiant, chuchota Rude à l’intention de Yazoo avant de disparaître, vous avez tous autorisation de l’assommer.

- Rude !

- Rude est parti, Marlène ! fit Yazoo en retenant un rire.

- Alors viens m’aider, s’il te plaît ! Il veut rien savoir et il n’arrête pas de dire des gros mots !

Yazoo leva les yeux au ciel et s’engagea dans le couloir en direction du grand escalier.

***

Cid refit surface après ce qui lui parut une éternité, une langueur délicieuse dans tout le corps, et se pressa contre Shalua, étendue nue sur le lit, à ses côtés. Il l’attira à lui pour sentir les battements de son coeur contre le sien et s’enivra de son parfum si féminin.

La jeune femme l’enlaça de son bras valide et, du bout de la langue, suivit le tracé de sa lèvre inférieure puis le délicat renflement de la lèvre supérieure.

Cid soupira sous la sensuelle caresse et Shalua fixa les éblouissants yeux bleus qui la regardaient.

Il y avait tant d’espoir, tant de lumière en eux…

Et quelque chose d’autre, aussi. Quelque chose qu’elle pouvait presque voir prendre lentement forme dans la pensée du pilote à travers ses prunelles azurées. Mais la jeune femme savait que cela ne devait pas être dit, pas maintenant que ça ne pouvait rien changer si ce n’est leur apporter plus de souffrance encore.

Les lèvres de Cid, légères et audacieuses, étaient pourtant prêtes à prononcer les mots interdits et, avec un gémissement désespéré, Shalua scella leurs bouches entrouvertes l’une contre l’autre pour respirer les mots non dits contre les lèvres du pilote et les garder enfermés en elle à jamais.

- Ne le dis pas… murmura-t-elle contre sa joue. Ca n’aurait jamais dû avoir lieu, Cid. Ca n’aurait jamais dû se transformer en cela. Pas maintenant, qu’il est trop tard… Qu’il a toujours été trop tard…

Cid déglutit péniblement, la gorge serrée, et, avec un sourire triste, attira Shalua à lui dans une étreinte de mort.

Il haletait, contractant convulsivement ses bras autour d’elle et il fallut un petit moment à la jeune femme pour réaliser qu’il pleurait, le visage enfoui dans ses longs cheveux châtains.

***

- Qu’est-ce qu’il a ? s’affolait Marlène en regardant un Reno tremblant et fiévreux, soutenu par Yazoo, cracher un filet de sans le lavabo. Je dois aller chercher Shalua ou Merill ?

L’argenté secoua la tête.

- Non, Marlène, ça va aller. File, va voir ton ami Denzel, je vais m’occuper de lui. Ce n’est pas un spectacle pour une petite fille.

- T’es sûr ?

- Mais oui, j’ai l’habitude, ne t’en fais pas.

- D’accord.

Elle obéit, trop heureuse d’échapper à l’écoeurant spectacle et Reno jura comme un charretier.

- Tumeur de merde… haleta-t-il.

Yazoo émit un petit rire narquois.

- Epargne-moi ce couplet-là, il n’y a que toi et moi, ici.

Le turk se raidit dans ses bras.

- Non mais de quoi je me mêle ?

- Tu es en état de manque, c’est ce qui te rend malade, et si tu ne bois pas un peu d’eau pour t’hydrater, tu…

Reno le repoussa brutalement et dut s’appuyer au lavabo pour ne pas tomber.

- Fous le camp ! J’ai pas besoin de toi ni de tes leçons…

L’argenté laissa échapper un profond soupir et prit sur lui pour ne pas sortir de ses gonds.

- Ecoute, je sais très bien ce que tu ressens et…

- Non ! s’écria Reno, excédé à la fois par les nausées, la fièvre, la peur que le traitement échoue et ce maudit argenté qui lui mettait les points sur les « i ». Tu sais rien du tout ! Que dalle ! Tu me connais pas, rat de labo de merde !

A peine avait-il prononcé les derniers mots qu’il sut qu’il avait commis une faute de stratégie impardonnable.

Lorsque Yazoo, blême de rage, referma les mains sur sa veste de pyjama pour le plaquer durement contre le mur carrelé, il avait déjà fermé les yeux, se préparant au pire…

…à suivre

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XX - A chacun sa peur

«Plains ceux qui ont peur

car ils créent leurs propres terreurs…»

S. King

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : d’après MA Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

A l’extérieur du manoir, Barret rangeait ses affaires et son matériel dans son camion.

- Tout va bien se passer, assura Cid. Nous veillerons sur elle, ne t’en fais pas.

Le chef d’AVALANCHE ne paraissait pas tout à fait rassuré.

- Tu laisserais ta gosse dans la même maison qu’eux sans te poser de questions, toi ? Franchement.

Le pilote le regarda droit dans les yeux.

- Oui.

- T’as pas de gosses, aussi ! Comment tu peux savoir ?

- Oh, merde, Barret ! Tu deviens carrément parano. Regarde-les…

Il désigna discrètement la fille adoptive du géant du menton.

Marlène était accroupie un peu plus loin aux côtés de Yazoo, qui opérait quelques réglages sur sa moto, et posait mille questions auxquelles le jeune homme répondait patiemment avec la douceur qui paraissait lui être habituelle.

- Marlène semble fascinée par nos trois amis, nota le pilote avec humour.

Barret sourit en voyant la petite fille minauder près du frère de Sephiroth.

- Moi, à son âge, j’étais amoureux de ma prof de maths ! Une « vraie femme mûre » de 23 ans !

Cid grimaça.

- La mienne en avait cinquante, du poil sous les bras et de la moustache…

Son ami lui asséna une claque dans le dos et partit d’un rire tonitruant.

- Je te confie ma fille. Veille sur elle ou t’auras affaire à moi.

- Allez, arrête de t’en faire et deale-nous ce putain de terrain du mieux que tu peux. Un nouveau champ d’éoliennes au sud du continent serait vraiment une bénédiction pour tout le monde.

- Je vais faire du mieux que je peux mais je crois qu’on ne nous a pas tout dit sur les nappes phréatiques présentes dans le coin. Je préfère faire des sondages supplémentaires.

- Tu l’as dit à Rufus ? Il en pense quoi ?

- Comme moi : que deux précautions valent mieux qu’une. Bien, je crois que c’est bon ! dit-il en bouclant la porte arrière du camion. Marlène ! appela-t-il en agitant la main. Je m’en vais !

Marlène, vêtue d’un blouson rembourré et d’un pantalon épais glissé dans des bottes fourrées, bondit sur ses pieds et vint en courant vers lui.

Comme à chaque fois qu’il devait se séparer d’elle, Barret sentit un terrible pincement au coeur.

Il se baissa pour lui tendre les bras et la petite s’y précipita.

- Fais-moi un gros câlin, princesse.

- Tu reviens vite, dis ?

- Promis, ma puce ! Trois ou quatre jours, tout au plus.

Cid observait discrètement Yazoo, qui suivait la scène avec une expression à la fois fascinée et curieuse, devant très certainement se demander ce qu’on ressentait dans les bras d’un père ou d’une mère.

- Je t’appellerai ce soir, après le dîner, O.K., princesse ? Et sois bien sage durant mon absence, d’accord ?

Le moteur de la moto se fit entendre et l’argenté passa à quelques pas du camion, en direction de la grille du manoir.

- Attends ! lui cria la petite. Tu m’emmènes avec toi faire un tour ?

Yazoo freina et, ne sachant comment il devait réagir, lança un regard embarrassé aux deux hommes.

- Dis donc, demie portion ! le secourut Cid en ébouriffant les cheveux de la petite. Tu pourrais au moins lui demander son avis !

Marlène, nullement décontenancée, se tourna vers le motard et demanda avec un aplomb déconcertant :

- Ca te dérange de m’emmener avec toi faire un tour ?

Yazoo secoua aimablement la tête et Barret éclata de rire.

- L’art et là manière de s’imposer dans une négociation ! Ah ! Ah ! Bravo, ma fille, tu as bien retenu les leçons de ton vieux père !

Sans laisser le temps à Barret d’esquisser ne serait-ce qu’un début de protestation, Cid la souleva pour l’asseoir sur la moto, derrière le jeune homme.

- Allez hop ! En selle !

- Accroche-toi bien à lui, ma puce, ne put s’empêcher d’intervenir Barret, mi-figue, mi-raisin, en lançant au pilote un regard assassin que Yazoo ne vit pas.

Cid y répondit par un clin d’oeil espiègle.

- Mais… protesta la fillette. Loz, il me fait asseoir devant !

- Quand es-tu montée à moto avec Loz ? s’étonna son père.

Marlène haussa les épaules.

- Y’a deux ans, quand il est venu me chercher à l’église et qu’il s’est battu avec Tifa. Il m’a fait monter devant, lui ! Et même que j’ai passé une vitesse, ajouta-t-elle pour faire bonne mesure en évitant toutefois de préciser que ça s’était produit lorsque sa main avait dérapé sur le guidon.

Yazoo blêmit, plus gêné que jamais, mais la petite avait dit ça à la fois avec un tel naturel, comme si elle parlait du temps qu’il faisait, et une telle fierté que Cid partit d’un terrible fou rire.

- Le prochain pédopsychiatre qui me culpabilise et me conseille de changer de job en me bassinant avec des risques de « séquelles de traumatismes enfantins », je lui fais avaler ses diplômes… ronchonna le chef d’AVALANCHE, faisant redoubler l’hilarité du pilote.

Rassuré par leur réaction, Yazoo se tourna vers Marlène et tordit le nez en une moue qui amusait beaucoup Kadaj lorsqu’il était enfant.

- Tu sais, fit-il, malicieux, j’ai peur de ne pas tenir longtemps en équilibre sur le guidon les bras tendus. Je n’ai pas les gros muscles de Loz, moi. Mais si tu tiens absolument à finir comme une galette entre moi et le carénage…

La fillette grimaça et éclata de rire.

- Nan !

- C’est bien ce que je pensais. Alors accroche-toi.

Lorsqu’il sentit les petits bras se refermer fermement autour de sa taille, il remit le contact et démarra.

- Soyez prudents ! cria Barret. Ne roulez pas trop vite !

Cid lui tapa sur l’épaule et ricana, facétieux.

- Tu vois quand tu veux !

***

Dans le laboratoire, Kadaj avait plaqué les mains sur la paroi de verre de la cuve où flottait Sephiroth et le fixait comme s’il espérait que cela lui fasse ouvrir les yeux.

- Pourquoi ne guérit-il pas ? demanda-t-il à Shalua.

- Oh, mais il guérit, chaton. Il faut lui laisser le temps, voilà tout.

L’argenté sourit.

Jamais personne ne l’avait affublé de ce genre de sobriquet mais, chez la jeune femme, c’était apparemment une manie incurable. Il avait aussi tâté du « poussin » à l’occasion, « baby » et « mon grand » étant plutôt réservés à Yazoo et à Loz.

- Pourquoi un programmeur XG1 est-il branché sur son contrôleur mako avec seulement quatre flux transitoires ? s’étonna encore Kadaj en décodant les données qui s’affichaient à l’écran à une vitesse affolante.

Shelke leva le nez de son ordinateur.

- Tu comprends ce genre de protocole ? demanda-t-elle, éberluée.

La jeune fille ne connaissait qu’une poignée d’ingénieurs capables de se dépatouiller - et encore à peu près - avec les calculs ultra-complexes de ce type de protocole de combinaisons chimiques. Elle-même s’y perdait mais c’est vrai que ce n’était pas du tout son champ de travail habituel.

L’argenté acquiesça.

- XG, YG, MG, BG et T3. Je les ai appris à… Enfin, là-bas, termina-t-il avec un serrement douloureux à l’estomac.

Shalua se leva, aussi surprise que sa soeur, pour lui poser la main sur l’épaule.

Elle ne pouvait certes pas lui faire oublier ses horribles souvenirs mais peut-être tenait-elle la solution pour qu’il n’ait plus à en rougir tout en accélérant la guérison de Sephiroth !

- Tu te sentirais capable de mettre à contribution ce que tu as appris là-bas pour nous aider à reprogrammer ce fichu contrôleur ?

Le visage de Kadaj parut s’illuminer et il hocha vigoureusement la tête, trop heureux de pouvoir influer positivement sur l’état de son aîné et, accessoirement, de s’occuper les mains et l’esprit.

- Bien sûr. Mais, pour ça, j’aurais besoin des codes sécurisés et d’un accès aux bases de la Shinra, ajouta-t-il, tout enthousiasme soudain envolé, sachant très bien qu’on ne lui accorderait jamais ce genre d’autorisation.

Shalua échangea un regard avec sa soeur, qui hocha la tête, et décocha son téléphone aussitôt pour composer un numéro préprogrammé.

- Monsieur Shinra ? Ici, Shalua. Pouvez-vous descendre au laboratoire, une minute ? Non, rien de grave mais nous allons avoir besoin d’un passe de niveau 7. Non, monsieur, le mien n’est que de niveau 6. Pour le programmeur XG1. Kadaj, monsieur. Oui, monsieur, absolument. A tout de suite.

Elle raccrocha et afficha un sourire rayonnant.

- Il descend.

Kadaj écarquilla les yeux, n’osant y croire et, le coeur battant, plaqua à nouveau les mains sur la cuve de Sephiroth.

- Tu sortiras bientôt de là, grand frère, je te le promets…

***

Tifa sortit de la chambre de Denzel, laissant le garçonnet finir la sieste, et descendit dans parc du manoir pour s’aérer un peu.

Entre le pauvre Reno et son fils adoptif qui avait pris froid, elle n’avait pas encore mis le pied dehors de la journée, jouant les infirmières en compagnie de Rude et de Yuffie depuis le petit déjeuner.

L’astre solaire perçait timidement à travers les nuages bas de la fin d’après-midi et elle présenta le visage à ses rayons en souriant de plaisir.

La température était un peu remontée par rapport à la veille et, si on restait au soleil, on pouvait se passer d’un lourd manteau, ce qu’elle fit, trop heureuse de sentir l’air pur sur son visage et ses bras, sur lesquels elle avait relevé les manches de son pull.

Le parc du manoir était un ravissement pour les yeux et l’odorat et elle flâna un long moment dans les allées, sentant une fleur d’hiver ou cueillant une branche de gui.

Elle emprunta une allée de graviers roses qui menait à la chapelle gothique de la propriété et remarqua que la porte était entrouverte.

Quelles petites merveilles pouvait bien receler le ravissant édifice rehaussé de gâbles sculptés de scènes baroques ? Vus de l’extérieur, les vitraux représentant des batailles célestes paraissaient déjà être un chef-d’œuvre à eux seuls.

La jeune femme poussa doucement la porte ornée d’arabesques végétales et d’animaux fabuleux.

Si l’extérieur de la petite église était ravissant, l’intérieur était un enchantement !

L’endroit respirait la sérénité et la paix, tout en dorures légères et dentelle de pierre percée de vitraux multicolores sur lesquels guerroyaient, virevoltaient ou priaient des anges.

De fines colonnes sculptées soutenaient les clés de voûte élancées et, entre elle, des statues d’albâtre rose et blanc d’anges guerriers et de jeunes filles ailées joignaient leurs mains en prières ferventes.

Quelques bouquets de gui artistiquement assemblés et noués de rubans avaient été déposés au pied de certaines statues et leur douce odeur sucrée à peine perceptible, mêlée à celle de la cire et de l’encens, chatouillait l’odorat de Tifa comme une caresse…

Sucrée ?

Minute !

« Et depuis quand le gui a-t-il une odeur sucrée ? » réalisa-t-elle comme si on venait de lui asséner un coup en pleine la poitrine.

Le coeur battant, elle retint sa respiration, pivota très lentement en direction de l’autel et le vit.

Assis sur le premier banc, lui tournant le dos, un pied sur l’assise et le menton dans le poing posé sur son genou replié, Loz, paraissait fixer la statue de la déesse qui tenait son enfant dans ses bras.

La première réaction de Tifa fut de s’enfuir sans demander son reste, certaine qu’il n’avait pas dû l’entendre et encore moins la voir mais elle se ravisa, maudissant son comportement puéril.

Prenant son courage à deux mains, elle remonta l’allée centrale jusqu’au premier rang des bancs, le coeur cognant si fort contre ses côtes qu’elle se demandait comment faisait Loz pour ne pas l’entendre.

Elle s’arrêta à son niveau - sans oser toutefois prendre place à ses côtés - et lui adressa un petit salut de la main depuis l’allée.

- Bonsoir, fit-elle timidement d’une voix étranglée.

Loz tourna les yeux vers elle l’espace d’un dixième de seconde à peine mais ce fut largement suffisant pour qu’elle voit qu’il avait pleuré.

- Salut… murmura-t-il d’une voix blanche, sans même bouger un cil.

Elle le dévisagea, déconcertée, et s’approcha d’un pas.

Imaginer un grand gaillard comme lui la larme à l’oeil lui aurait paru impossible quelques secondes plus tôt.

- Est-ce que… Est-ce que ça va ? demanda-t-elle.

Il fit un curieux petit bruit avec le bout de sa langue sur ses incisives - « Tss » - et sourit avec amertume.

- Mieux qu’elles, en tous cas, fit-il en désignant du menton le pied de l’autel.

Tifa baissa les yeux et vit une petite masse visqueuse, grouillante, grise et velue.

Un rat mort.

Et depuis un moment déjà si elle en croyait les larves pondues par des mouches nécrophages qui gigotaient dans la chair suintante à demi décomposée pour s’extraire de sous la peau purulente. Leur croissance terminée et gorgées de tissus nécrosés, les ignobles bestioles étaient fin prêtes pour quitter leur nid putréfié et prendre leur envol.

- Quelle horreur… grimaça la jeune femme en pinçant le nez de dégoût.

Loz laissa échapper un petit ricanement désagréable.

- Ouais… C’est aussi ce que je me suis dit en voyant la vidéo.

La jeune femme sentit un coup au coeur en comprenant qu’il comparait le dégoûtant spectacle qu’offraient les larves se tordant dans de rat à demi décomposé à sa propre naissance.

- Non, Loz, fit-elle d’une voix douce en s’asseyant sur le bord du banc. Toi et tes frères n’avez rien d’insectes répugnants. Loin de là.

C’était la première fois que Tifa l’appelait par son nom et elle en ressentit une étrange gêne.

Surpris par le compliment, il se tourna à demi vers elle et fronça les sourcils, ironique.

Elle esquiva son regard, incapable de soutenir l’intensité de ses yeux félins.

- On est destinés à ce croiser dans ce genre d’endroit, on dirait, fit-il remarquer en embrassant la chapelle d’un geste ample pour briser la gêne soudaine de la jeune femme.

Celle-ci sourit malgré elle.

- Il faut croire, oui, répondit-elle sur le même ton léger. J’avais rarement rencontré un adversaire aussi fort avant ce jour-là.

- Toi aussi, tu sais te battre, dit-il, approbateur. La Shinra ?

- Non, mon père. C’était un maître de combat très réputé.

- Etait ?

- Il est mort. Il y a plusieurs années, déjà, ajouta-t-elle pour couper court.

Ce n’était ni le moment ni l’endroit pour amener Sephiroth sur le tapis.

- Oh…

Il fit craquer ses phalanges, visiblement mal à l’aise.

Avant tout dressé pour se battre et se réaliser dans l’action, Loz n’avait pas l’habitude de parler avec ses semblables et cela se voyait dans son attitude et chacun de ses gestes.

- Tu sais… commença Tifa, son sang battant le tambour contre ses tempes. Il y a une question que j’ai envie de te poser depuis que Vincent nous a montré les vidéos du labo.

A ces mots, le jeune homme parut se contracter un peu sur le banc et une très légère teinte rosée colora ses joues.

- Oh, il n’y avait rien de choquant ou de trop… intime, pas du tout ! le rassura-t-elle, imaginant parfaitement les raisons de son malaise. On ne nous a montré que des extraits retraçant les grandes lignes de la… enfin, de vos… du projet.

Loz parut s’amuser de sa gaucherie et elle toussota.

- Qu’est-ce que tu veux savoir ? demanda-t-il.

Tifa prit son courage à deux mains pour se tourner carrément vers lui mais sa question mourut sur ses lèvres…

Il fixait toujours l’autel, le regard perdu dans un monde intérieur auquel elle n’avait pas accès.

En arrière-plan, le soleil se couchait derrière le grand vitrail dans une débauche d’ors et de pourpres et le profil de médaille de l’argenté se découpait dans la douce lumière irisée, entre les anges combattants. Ceux-ci virevoltaient autour de sa tête et paraissaient prêts à frôler les lèvres pleines ou le front haut de la pointe d’une aile ou d’un orteil nu.

L’élégant visage de Loz ne dépareillait nullement dans la scène martiale, au milieu des entités célestes dont les corps athlétiques étaient cependant loin de dégager la puissance et la force de celui du jeune colosse. Les êtres volants étaient des anges guerriers, armés de lances et d’épées ; lui était l’archange exterminateur, pouvant raser les mondes d’un seul coup de poing de sa divine colère.

Et le parfum de sa peau, qui l’enveloppait comme une aura… Mon Dieu, ce parfum…

- Alors ? s’enquit-il en tournant soudain la tête vers elle.

- Hein ? bredouilla-t-elle, décontenancée.

- Qu’est-ce que tu voulais savoir ?

- Oui, pardon. Pourquoi tu ne m’as pas tuée, là-bas, à Midgar ? laissa-t-elle échapper nerveusement sans autre cérémonie, encore troublée par la vision ensorceleuse.

Loz écarquilla les yeux, un sourire narquois sur les lèvres

- C’est un reproche ? Je peux y remédier, si tu veux.

Elle rougit en réalisant le double sens qu’entraînait la tournure trop directe de sa phrase.

- Non, c’était juste une question, fit-elle en souriant malgré elle. Je t’ai vu, dans les vidéos. Ta puissance est incroyable. Tu aurais pu me casser en deux d’une chiquenaude, si tu l’avais voulu, mais tu ne l’as pas fait. Pourquoi ?

Il reprit son sérieux et hocha la tête.

- Je te l’ai dit : tu sais te battre.

- Oh… Tu m’as donc épargnée par respect ? C’est très… élégant, merci.

- Non, la détrompa-t-il avec une candeur invraisemblable. C’est rare de trouver un adversaire valable à qui me mesurer et je voulais en profiter. Et je ne tue pas les femmes, de toute façon. Elles sont plus faibles. C’est lâche.

Tifa se raidit, ne sachant si elle devait se sentir insultée ou s’il plaisantait mais un regard dans ses grands yeux mako la convainquit qu’il disait tout simplement la vérité nue telle qu’il la ressentait, sans malice ni mépris.

Elle éclata de rire, ce qui parut le décontenancer un peu.

- Oh, Loz ! Tu es d’une honnêteté désarmante… Droit au but et délicat comme un coup de poing ! Ah ! Ah !

Il plissa le front, un rien boudeur, et détourna à nouveau le regard vers l’autel.

- Je ne sais pas faire de grandes phrases sophistiquées, comme Kadaj, murmura-t-il d’une voix à peine audible. On ne m’a pas appris. C’était pas utile pour ce qu’on me demandait là-bas…

Tifa sentit un petit pincement lui contracter la poitrine et se mordit la lèvre.

- Eh ? fit-elle en le poussant doucement du bout de l’index. C’était pas un reproche.

Il tordit le nez.

- Pas grave. J’ai l’habitude.

Son regard retomba sur le rat mort.

Tifa vit sa pomme d’Adam monter et descendre et l’éclat de ses yeux mako s’intensifia, menaçant de déborder à nouveau.

- Tu… commença-t-elle, ne sachant comment elle devrait réagir s’il se mettait à pleurer devant elle. Ca n’a pas dû être facile de… D’entendre tout ce que Vincent et Aerith avaient à vous dire. Enfin, j’imagine. (Elle l’entendit déglutir avec difficulté mais il ne dit rien) Tu as envie d’en parler ?

Il secoua la tête et s’essuya les yeux avant qu’ils ne coulent.

- Je ne sais pas parler comme vous autres, je te l’ai dit.

Sa tension et sa détresse étaient si évidentes que Tifa en avait la gorge serrée.

Elle sentait une foule de sentiments tournoyer en lui mais il était incapable de les exprimer et cela le faisait souffrir horriblement.

Au laboratoire, il pouvait encore évacuer ses angoisses et ses appréhensions par l’action, en s’entraînant, en se défoulant jusqu’à l’épuisement mais ici, au manoir ?

A moins que…

Une idée folle lui traversa l’esprit et elle se lança sans réfléchir, avant de manquer de courage.

- Alors comme ça, d’après toi, les femmes sont faibles ? demanda-t-elle, soudain taquine.

Surpris par changement brutal de ton et de sujet , Loz tourna la tête vers elle.

- Hein ?

- Tu as dit que les femmes étaient faibles.

- Physiquement, oui. Plus que moi, en tout cas.

Tifa prit ses gants en cuir dans la poche arrière de son pantalon et commença à les enfiler.

- Alors, fit-elle en se levant, tu ne craindras sûrement pas de te prendre une dérouillée si une « faible femme » te demande une revanche dans les règles, mhh ?

L’expression de Loz changea du tout au tout et sa bouche sensuelle s’étira en un sourire plein d’assurance.

- Tu veux te battre ? Contre moi ? Maintenant ?

La jeune femme recula de quelques pas pour le laisser sortir dans l’allée et se mit en garde.

- A la loyale, décréta-t-elle. Pas d’arme ou de pseudo-téléportation, cette fois, juste toi et moi, nos pieds et nos poings.

- J’ai pas besoin de ma griffe pour te faire mordre la poussière, ma toute belle.

- Je te trouve bien sûr de toi, « mon tout beau ».

Il assura ses appuis et se mit en garde à son tour.

Bon sang ! Elle ne se rappelait plus qu’il était aussi grand une fois debout près d’elle…

- Tu peux encore changer d’avis, la brocarda-t-il en remarquant sa pâleur soudaine.

- T’en fais pas pour moi ! se récria-t-elle, vexée. Prépare-toi plutôt à ravaler ce petit sourire suffisant.

Il rit de plus belle.

- Tu veux que je m’attache un bras dans le dos ? Ca te laisserait peut-être une chance…

Piquée au vif, la colère la gagna et elle lui fit signe d’approcher avec un rictus agressif.

- Arrête de te vanter et viens plutôt me montrer ce que tu as dans le pantalon. A supposer, bien sûr, qu’il contienne quelque chose… ajouta-t-elle, venimeuse, avec un clin d’oeil insolent.

Le sourire de Loz s’effaça aussitôt et son visage se contracta en un masque menaçant.

Lorsque son poing jaillit et qu’elle l’évita de justesse, Tifa sut qu’elle était allée trop loin dans la provocation mais il était trop tard : son adversaire était fou de rage…

…à suivre

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XIX - Un pied dans la tombe

«Il paraît qu’on n’apprend pas à mourir

en tuant les autres…»

Chateaubriand

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Quel âge as-tu, Reno ? demanda Shalua en se laissant aller contre le dossier du confortable fauteuil de son bureau.

Le turk leva le sourcil, ironique, et lui montra le dossier médical ouvert devant elle.

- C’est pas écrit là ?

- Je lis 31. Mais si je m’en tiens à ça, fit-elle en poussant vers lui une photo d’échographie et une série de graphiques, je dirais dans les 60 ou 65 ans.

Reno écarquilla les yeux et pouffa.

- Quelqu’un a mélangé les dossiers ? Sérieux ?

La jeune femme se leva et alla fermer la porte de son bureau donnant sur le laboratoire, où attendait patiemment Rude en compagnie de Merill.

- Non, Reno… reprit-elle à mi-voix en s’asseyant sur le secrétaire, tout près du turk. Ce sont bien les résultats de tes examens faits par Merill : tu as le foie et l’estomac d’un homme de 60 ans.

Il encaissa le choc et haussa les épaules.

- O.K. je suis un peu… bizarre. Et après ?

- Non, Reno. Tu n’es pas bizarre, corrigea-t-elle en brandissant des résultats d’analyses sous son nez. Tu es alcoolique. Et depuis des années.

Le turk eut un mouvement de recul et agita les mains.

- Woh ! Woh ! Woh ! Minute ! On arrête les délires ! Ca ne m’amuse plus, là. Il m’arrive de faire quelques excès, d’accord, mais je ne…

- Non, le coupa-t-elle sèchement. Non, non ! Pas d’excuses vaseuses de toxico, Reno, je n’ai pas de temps à perdre.

Il blêmit et sourit en même temps, ne sachant s’il s’agissait d’une farce ou si la jeune scientifique était sérieuse.

- Qu… Quoi ? Attends, tu me fais quoi, là, Shalua ?

- Tu es fichu, Reno. Ton foie est rongé par la cirrhose et Merill a repéré trois ulcères sur ta paroi stomacale. Et ça, uniquement par imagerie médicale, précisa-t-elle. Je n’ose imaginer ce que donneraient une biopsie et des prises de vue de nano-caméra… Veux-tu aussi des détails sur ton cerveau, ton coeur et tes artères ou tu préfères crever sans connaître l’étendue des dégâts ?

- Hein ? bredouilla-t-il. Comment ça, « crever » ?

Shalua riva son oeil valide aux siens.

- Tu es en train de mourir, Reno, je suis désolée. La fête est finie, bébé.

Elle n’ajouta rien et il se leva pour faire les cent pas dans la pièce, totalement affolé.

Il haletait et se frottait le visage en essayant de digérer ce que la scientifique venait de lui dire.

Mourir…

Non… Non, non, non, non ! Impossible ! Il ne pouvait pas mourir. Personne ne mourait en faisant la fête une fois de temps en temps.

Ca ne se pouvait pas ! Elle se trompait. Elle se trompait forcément.

Pourtant… Pourtant, il n’avait jamais été aussi malade. Un cuite de temps à autres, au pire mais pas…

- C’est impossible… gémit-il, la poitrine si oppressée qu’il avait du mal à respirer. Ca se peut pas… Je mérite pas ça, merde…

Shalua laissa échapper un profond soupir.

- Désolée, Reno, mais « ça », tu te l’es infligé tout seul, chaton.

- C’est impossible, bordel ! Je ne picole pas plus que n’importe qui.

- Ah non ? Ce n’est pas ce que disent tes résultats et eux, ils ne mentent pas.

- Il doit y avoir une erreur !

- Il n’y en a pas. Tu as ingurgité des hectolitres d’alcool au cours de ta courte vie et, maintenant, il faut payer l’addition. C’est terminé, Reno. TER-MI-NE. La nature t’avait donné un corps de rêve en parfaite santé et tu as tout gâché pour quelques instants d’ivresse vite envolés. A ce jeu là, il n’y a pas de seconde chance, mon grand.

Reno passa par un éventail d’émotions, de la colère au désespoir le plus noir, et finit tomber à genoux, au milieu du bureau.

- Combien de temps ? demanda-t-il en réalisant qu’il était sur le point de fondre en larmes. Combien de temps… il me reste ?

La jeune femme haussa les épaules.

- Un mois, fit-elle, provoquant un sanglot incontrôlable. Peut-être deux. Et… Je dirais… Une bonne cinquantaine d’années si tu arrêtes tes conneries.

Reno se figea, à genoux sur le sol, et tourna lentement la tête vers elle.

- Quoi ? murmura-t-il, n’osant croire à ce qu’il venait d’entendre.

- Tu as très bien compris, Reno ! Alors ? Tu as eu peur ?

Il bondit sur ses pieds, à la fois défaillant de soulagement et fou de rage.

- Bien sûr que j’ai eu peur ! Espèce de… De… Pourquoi t’as fait ça ? Tu voulais me faire crever pour de bon d’une attaque, c’est ça ? Merde ! On a pas idée de foutre les jetons comme ça aux gens pour des conneries !

- Des conneries ? Mais je ne plaisantais pas, Reno. Et je n’ai pas dit non plus que j’acceptais de te soigner.

Il secoua la tête et fit quelques pas à reculons en se tordant les mains. Shalua soufflait le chaud et le froid et il ne savait plus à quel saint se vouer.

- Attends, temps mort ! Je pige plus rien. Je vrais crever ou pas ? s’emporta-t-il, le visage défait.

- Si nous ne faisons rien, oui, et très vite.

- Eh bien faisons ! Où est le problème ?

Elle se leva et s’approcha de lui pour lui parler bien en face.

- Le… « problème », Reno, c’est que pour te remettre à neuf, il faut que je te plonge dans une cuve de mako et que je ne vois pas pourquoi je le ferais si c’est pour que tu recommences à boire aussitôt sorti de là. De plus, je ne pense pas que l’alcoolisme fasse partie des… « maladies » prises en charge par les services de soin des employés de la Shinra. Je crois même me souvenir que c’est plutôt, au contraire, une raison de renvoi immédiat, sans solde ni pension, ajouta-t-elle, venimeuse.

Sous l’assaut de l’angoisse, Reno sentit son coeur s’emballer, ses jambes se dérober sous lui et dut se traîner jusqu’à la chaise qui flanquait le bureau de Shalua pour ne pas tomber.

- Me fait pas ça, Shalua, sanglota-t-il, le visage dans les mains, les dernières miettes de fierté enfuies. Etre turk, c’est ma raison de vivre, mon rêve de gosse. C’est tout ce que j’ai. M’enlève pas ça, Shalua, merde… M’enlève pas ça…

La jeune femme se permit un petit sourire satisfait dans son dos mais reprit vite son air tragique pour lui faire face.

- Regarde-moi, Reno. J’ai dit : regarde-moi !

Le turk essuya son visage, releva la tête et Shalua dut se faire violence pour ne pas le serrer contre elle avec des mots réconfortant tant il était touchant en cet instant.

Ses immenses yeux bleu-vert étaient le siège d’un désespoir indescriptible, son petit nez retroussé avait un peu rougi à force de pleurer, ses lèvres tendres tremblaient et son petit visage couvert de taches de rousseur, si pâles qu’elles en étaient presque invisibles, se contractait sous l’assaut des larmes, qu’il n’arrivait pas à empêcher de couler.

Reno avait toujours eu une bouille craquante mais là, c’était presque au-delà de ce que la jeune scientifique pouvait supporter sans avoir envie de croquer dans les joues poupines.

- Depuis combien de temps es-tu accro à l’alcool ? réussit-elle à demander sans se laisser déborder par la sympathie.

- J’en sais rien. Je bois depuis toujours.

- Je vais poser ma question autrement : depuis quand bois-tu régulièrement ?

- Depuis que j’ai 16 ou 17 ans, à peu près.

Elle s’accroupit devant lui et posa son bras valide sur ses genoux.

- Ecoute-moi bien, Reno : si j’accepte de te faire subir un traitement au mako, tu ne devras plus toucher à une seule goutte d’alcool. Pas une, c’est compris ?

- Mais… et pour la Shinra ? S’ils savent, ils… Enfin tu vois.

Elle hocha la tête.

- Je leur dirai que tu as une petite tumeur. Non ! Ne te réjouis pas trop vite ! Laisse-moi finir. Si je te revois avec un verre d’alcool à la main ou si j’entends parler d’un seul écart, Reno. Je transmets les vrais résultats de tes analyses à Tseng et à Rufus dans la minute et je te garantis que tu finiras dans le caniveau d’une ruelle sordide de Edge avant même de comprendre ce qui t’arrive. C’est clair, dans ta petite tête de colibri ?

Reno acquiesça avec gravité.

- Plus une goutte, Shalua. Je t’en donne ma parole.

Elle lui prit le menton et sourit.

- Ton organisme est encore trop saturé de ton poison favori pour que je te plonge dans la cuve. Alors, à compter de cet instant, Reno, plus une goutte d’alcool pendant 48 heures, pas même un sirop pour la toux. Au bout de ces deux jours, je veux te voir ici, prêt à faire un gros « plouf ! » à côté de Sephiroth. Tu as bien compris ?

Il hocha vigoureusement la tête.

- A côté du général ? essaya-t-il de plaisanter. Ouah ! La classe !

Shalua se pencha par-dessus son bureau pour ouvrir son tiroir et prit un petit flacon transparent rempli de cachets roses, qu’il lui tendit.

- Un antispasmodique. Tu vas en avoir besoin dans les heures qui viennent, crois-moi. Un toutes les 4 heures maxi. O.K. ?

- Une façon élégante de me dire que je vais encore être malade comme un chien, c’est ça ?

- Tu es accro, Reno. Et tu vas réagir au manque comme tous les accros, ne te fais pas d’illusions. Si j’étais toi, je monterai tout de suite dans ma chambre et je m’allongerai avec une grosse bassine au pied de mon lit en prévision de la nuit de cauchemar qui m’attend.

Il grimaça mais sourit.

- Ca marche, doc.

Il fit une mimique adorable et Shalua, cette fois, se laissa attendrir.

Elle le serra contre elle et il lui rendit son étreinte avec chaleur.

- Ne flanche pas pas, Reno, chuchota-t-elle, maternelle. Nous tenons tous beaucoup trop à toi pour te perdre aussi bêtement.

- Moi non plus, Shalua… Moi non plus, j’veux pas vous perdre. Vous et vos gros coeurs d’enfoirés, c’est tout ce que j’ai…

Bien plus ému qu’il ne l’aurait souhaité, il resserra encore ses bras autour d’elle et eut beau faire, il ne put retenir ses larmes.

***

Cid tourna un peu plus le robinet d’eau chaude de la douche et laissa le jet brûlant lui masser le dos.

Shalua ne devrait plus tarder, maintenant.

Shalua… toujours prête à s’enflammer sous ses caresses avides…

Par la Déesse, comme il aimait faire l’amour avec elle !

Sa chair parfumée et délicate s’ouvrait pour accueillir la sienne dans ses tendres moiteurs, sa chaleur bienfaisante l’enveloppait et l’enfermait en elle, l’aspirait jusqu’à arracher son essence même à ses entrailles impatientes.

Comme il aimait la faire languir d’attente et de plaisir, se faire désirer jusqu’au désespoir, la réduire à sa merci jusqu’à ce qu’elle n’ait plus de souffle que pour gémir son nom…

Mais, en fait de souffle haletant, il n’entendait pour l’instant que le sien et lui seul s’impatientait de la voir franchir le seuil le sa chambre ; lui seul se désespérait, victime pitoyable de ses fantasmes adultères.

Il pressa le front contre le carrelage de la douche, incapable de chasser l’image de la jeune femme, et jura comme un corps de garde.

Que tous les démons l’emportent s’il n’était pas en train de tomber amoureux…

***

Au matin, la journée de Kadaj commença par une pétarade de moteurs.

Il s’était immédiatement levé et penché à la fenêtre de la chambre luxueuse qu’on lui avait attribuée. Trois motos d’un noir laqué somptueux venaient d’être livrés dans la cour du manoir et Vincent lui faisait signe de descendre.

Lorsqu’il rejoignit l’ancien turk en compagnie de ses frères, un petit groupe d’admirateurs composé de Cid, Cloud, Reno et Barret s’était déjà rassemblé autour des puissantes machines.

Rufus, également présent, leur tendit des puces de démarrage ainsi que trois petites sacoches contenant un téléphone, un mini ordinateur, des papiers d’identité, une carte de crédit et des cartes d’accès diverses.

- Vous en aurez besoin, à présent, dit-il simplement.

Les argentés acceptèrent le tout avec méfiance et remontèrent dans leur chambre aussi sec.

Barret siffla, déçu.

- Bah dites donc ! Je me serais attendu à un peu plus d’enthousiasme, avec des beautés pareilles ! fit-il remarquer en caressant amoureusement le métal laqué des motos. Bon sang… Non mais regardez-moi ces carénages !

Vincent lui tapa sur l’épaule.

- Ils se méfient encore trop de nous, pour l’instant.

Cid hocha la tête.

- Ouais… Je crois qu’il va nous falloir un petit bout de temps pour apprivoiser nos trois petits fauves blancs !

Un peu plus tard, les occupants du manoir s’installaient à la grande table du salon pour le petit déjeuner lorsque les trois frères traversèrent la pièce en silence, sortirent dans la cour, enfourchèrent leurs motos et partirent au nez et à la barbe de tous, sans un mot ni une explication.

- Ils nous font quoi, là ? s’étonna Barret.

Rufus se raidit sur sa chaise et lança un regard inquiet à Vincent mais celui-ci se contenta de sourire et lui fit signe de ne pas s’en faire.

De leur côté, les argentés prirent la première route qui se présentait en se demandant comment leurs « hôtes » comptaient réagir à leur départ silencieux. Allaient-ils envoyer des hommes armés motorisés ou des hélicoptères pour leur donner la chasse ?

La réponse arriva mais pas comme ils le pensaient.

Au bout d’une vingtaine de kilomètres de route parcourue au hasard, le téléphone de Loz sonna et un message s’afficha.

« Joint à ce message, une carte de la région. Soyez prudents dans les montagnes et hors du périmètre bleu. Risque d’attaques de créatures de type 3 et 3.b. Déjeuner servi à 13h00. Vincent »

Les frères crurent tout d’abord à une farce mais Vincent ne paraissait pas du genre à se laisser aller à ce genre de niches.

- Eh bien, soit, nota Kadaj. Vincent n’a pas menti, nous ne sommes pas prisonniers.

- Mais qu’en est-il du reste, à votre avis ? demanda Yazoo en brandissant les cartes remises par Rufus à chacun d’entre eux. Vraies ou simples ruses destinées à nous amadouer en nous faisant croire que nous sommes des gens comme eux, avec une existence légale et le droit d’en user ?

Pour le vérifier, ils optèrent pour un tour en ville, où les gens les dévisagèrent avec une curiosité mêlée de crainte.

Yazoo s’arrêta devant le seul magasin informatique de Nibelheim, et y entra, laissant ses frères à l’extérieur.

Sa présence dans la petite boutique jeta un froid glacial, dû à son étrange apparence aussi bien qu’à son attitude un peu raide.

La présence des deux autres à l’extérieur n’était pas faite non plus pour rassurer le propriétaire des lieux, un homme affable d’une soixantaine d’années aux lunettes en demi-lune et aux épais cheveux blancs.

Le pauvre commerçant et son épouse se tenaient prêts à appuyer sur le bouton d’alarme dissimulé derrière le comptoir au moindre geste suspect de ces trois voyous.

Lorsque Yazoo demanda à voir un modèle d’ordinateur portable particulièrement onéreux - en fait le plus cher du magasin - la méfiance de l’homme monta d’un cran.

- Je le prends, fit l’argenté sans même le regarder en détail en tendant la carte de crédit et la pièce d’identité donnée par Rufus.

L’homme les prit en tremblant légèrement, cherchant déjà une excuse quelconque du type « désolé, le terminal est en panne » ou « pardon, la connexion est coupée » lorsque le fatal « ALERTE ! CARTE VOLEE ! » apparaîtrait sur son écran mais le terminal bipa joyeusement et les informations qui s’affichèrent détendirent le brave homme d’un seul coup, à la grande surprise de son épouse… et de Yazoo, qui s’attendait à tout sauf à ce que les cartes soient authentiques !

- La garantie est de 3 ans, fit gaiement le commerçant avec un sourire à présent rayonnant. Souhaitez-vous une prolongation de celle-ci ?

- Hein ? Euh… non. Non, ça ira.

- Je vous imprime ça tout de suite.

L’homme changea d’ordinateur pour remplir sa fiche et Yazoo risqua un coup d’oeil à l’écran du terminal dans lequel étaient insérées ses cartes de crédit et d’identité.

Sa photo y était affichée, ainsi que ses empreintes digitales, son groupe sanguin, un extrait de sa séquence ADN et une adresse au siège de la Shinra, à Edge.

Nom : YAZOO HOJO

Tiré : SHINRA Corp.

Affectation : SIEGE DU WRO - (Département du SOLDAT de Edge)

Grade : OFFICIER classe I

Niveau de crédit : GOLD+

- Hojo ? s’écria la femme du commerçant en lisant par-dessus l’épaule de celui-ci, faisant bondir Yazoo. Hojo, de la famille du général Sephiroth ? Celui que l’on vient de retrouver dans le laboratoire ?

Yazoo toussota et réfléchit à toute vitesse.

Vincent leur avait parlé de l’entourloupe médiatique, le jour de leur réveil à l’infirmerie.

- Oui, c’est… C’est notre frère, dit-il en désignant du menton son jumeau et Kadaj, à l’extérieur.

La femme fit claquer ses paumes l’une contre l’autre.

- Je savais que vos yeux et vos cheveux me disaient quelque chose ! Oh, mon Dieu ! Soyez assurés de notre sympathie, monsieur Hojo. Ciel, quelle histoire incroyable. Mais quel soulagement pour vous, aussi, de le retrouver vivant, j’imagine !

- Comment va-t-il ? s’enquit un autre client entre deux âges qui l’avait dévisagé avec méfiance jusque là. Ils disent à la télévision que les médecins restent prudents.

Yazoo acquiesça avec une mine de circonstance.

- Son état est stationnaire, pour l’instant. C’est… C’est pour ça que nous sommes à Nibelheim, mentit-il, subitement inspiré. Pour… Pour étudier les dossiers trouvés dans le laboratoire des scientifiques qui… Enfin vous voyez.

Le commerçant sortit de derrière son comptoir.

- L’ordinateur VForce-PL3, c’était pour ça ? Etudier des données scientifiques ?

- Euh… Oui. Enfin… entre autres, broda Yazoo, pris au dépourvu par la tournure des évènements.

Et lui qui n’avait choisi le matériel le plus cher que pour vérifier si la carte de crédit et les papiers d’identité donnés par Rufus étaient vrais…

- Oh ! Mais ce n’est pas du tout ce qu’il vous faut. Non, non, non. Attendez, je vais vous montrer un autre modèle, bien plus adapté à ce genre de travail et de calculs. Junny ! cria-t-il en direction de la réserve. Sors-moi un VDU-347, chérie ! La dernière version !

Au final, Yazoo resta près d’une heure dans le magasin, au grand étonnement de ses frères, qui le voyaient sourire et discuter avec les clients qui entraient et sortaient, la nouvelle que les frères de Sephiroth étaient à Nibelheim se répandant comme une traînée de poudre.

« Le grand général Sephiroth, rendez-vous compte ! Si, si, je vous assure, monsieur le maire, il a des frères, Soldats, comme lui. Ils sont en ce moment même chez nous, à Nibelheim, dans la boutique de ce brave Stan ! »

Kadaj et Loz, à l’extérieur de la boutique, durent eux-mêmes donner des nouvelles de leur « grand frère » à un nombre incalculable d’inconnus, habitants de la bourgade ou simples vacanciers et « Quelle tragédie, mon Dieu ! Courage, nous sommes de tout coeur avec vous, gardez espoir. Il s’en sortira, vous verrez. »

De retour au manoir, les garçons avaient la tête qui tournait comme s’ils venaient de passer des heures dans une bétonnière !

Eux qui ne parlaient pour ainsi dire jamais avaient sans doute échangé plus de banalités en une matinée qu’ils ne l’avaient fait durant toute leur vie au laboratoire du cratère nord !

Vincent et Rufus - qui riaient sous cape après l’appel du maire de Nibelheim voulant « témoigner personnellement sa sympathie aux frères du Grand Général » qu’il avait « aperçus de loin en ville » - les virent monter précipitamment dans leur chambre, un paquet sous le bras et le visage défait.

- Gretta ! appela le jeune président de la Shinra depuis le salon en riant encore.

La gouvernante du manoir, une femme avenante au sourire doux d’une soixantaine d’années et vêtue à l’ancienne mode, se présenta presque aussitôt.

- Monsieur ?

- Gretta, soyez gentille de faire monter un plateau à nos trois amis motards, quelque chose me dit qu’ils vont avoir besoin de reprendre des forces !

La brave femme sourit.

- Tout de suite, monsieur. J’avais fait garder leur déjeuner au chaud.

- Merci, Gretta. Vous êtes un ange.

La gouvernante rosit comme une jeune fille et disparut. Vincent se leva.

- Je ferais mieux de monter les voir. Il ont peut-être envie de parler de leur « escapade ». J’en profiterai pour voir Reno.

- Rude et les enfants sont avec lui, ne t’en fais pas. Shalua dit qu’elle pourra traiter sa tumeur dans deux jours, dès que les médicaments qu’elle lui a donnés pour nettoyer la « tuyauterie » auront agi. Saloperie… Je n’aurais jamais cru que quelque chose comme ça pouvait lui tomber dessus. Pauvre Reno.

- Au fait… Tseng et Elena ?

- Partis il y a une heure, comme tu me l’as demandé. Bien que je ne comprenne toujours pas pourquoi tu y tenais tant. Ils étaient prêts à affronter le regard de leurs bourreaux sans broncher et sans haine aucune, tu sais. Ils me l’ont fait clairement comprendre.

- C’est bien là, le problème, Rufus. Leur bourreau, c’est Jenova, pas les garçons. Et je ne veux surtout pas que Tseng et Elena puissent leur laisser croire le contraire, pas même par inadvertance. Nous ne devons laisser aucune prise à cette saloperie tombée du ciel. Pas le moindre petit interstice dans l’esprit de ces garçons où elle risquerait de se glisser.

Rufus hocha la tête.

- Je comprends. Mais tu ne pourras pas les protéger éternellement, Vincent.

- Telle n’est pas mon intention. Je veux juste les préserver jusqu’à ce qu’ils soient en mesure de faire face à cette ordure sans risquer de flancher. Et pour cela, ils doivent se sentir en sécurité et acceptés parmi nous.

- Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir, tu le sais.

Vincent, tel un père avec son fils aîné, lui pressa affectueusement l’épaule.

- Je le sais.

Il quitta le salon et, comme il le faisait toujours, le jeune président admira la façon dont la lumière dansait dans sa longue chevelure brune avec un soupir déchirant.

Oui, Vincent aurait pu être son père… Hélas !

Son portable sonna, annonçant un texto.

Il s’agissait de Tseng :

“Ca bouge au cratère nord. Me rappeler d’urgence.”

Rufus blêmit et monta dans sa suite pour rappeler le chefs des turks en toute discrétion.

…à suivre

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XVII - Réapprendre à vivre

«Dès l’instant où vous aurez foi en vous-mêmes,

vous saurez comment vivre.»

J.W von Goethe

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

En fin de matinée, les hordes de journalistes avaient quitté le manoir et les alentours et Rufus avait à nouveau réuni tout le monde dans la salle de conférences.

- Il est plus que temps de parler du devenir de Sephiroth et de ses frères, disait-il lorsque Vincent entra discrètement dans la pièce.

Pour tous, la nuit avait été peuplée de cauchemars. Le malaise provoqué par les vidéos et les explications de la veille ainsi que le manque de sommeil se lisait sur tous les visages.

Par les hautes fenêtres, le soleil hivernal voilé par d’épais nuages noirs avait peine à éclairer la salle et la lumière faiblarde ne faisait qu’ajouter à l’ambiance lugubre.

- Quelles sont les options ? demanda Barret.

Reeve haussa les épaules.

- Etant donné que, comme nous l’a expliqué le docteur Rui hier, un long moment dans une cuve mako les empoisonnerait, on pourrait soit les plonger dans un coma artificiel jusqu’à ce que les choses se décantent et qu’on y voit plus clair, soit les…

- C’est injuste ! se récria Yuffie, choquée par la proposition. Ils ne sont responsables ni de qu’on a fait d’eux, ni de ce qui est arrivé il y a deux ans, ni de leur récent réveil !

- La petite n’a pas tort, renchérit Cid. Plonger ces garçons dans le coma reviendrait à punir les victimes au lieu des criminels. C’est… totalement immoral. Non, je suis contre.

Les autres membres d’AVALANCHE hochèrent vigoureusement la tête, marquant ainsi leur accord avec Cid.

- Permettez-moi de me faire l’avocat du diable, amiral Highwind, intervint Tseng. Qui nous dit qu’ils ne vont pas se laisser à nouveau dominer par Jenova si nous les réveillons ?

Cloud se tourna vers lui et fronça les sourcils.

- Je crois que personne ne déteste Sephiroth ou ne se méfie de lui et de ses frères autant que moi, Tseng. Malgré moi, crois-le, car je sais aujourd’hui que cette haine est injuste. Mais, bien qu’il soit tout à fait légitime de partager tes craintes et en dépit de mon ressentiment, je pense que Cid a raison. Après ce que j’ai vu hier, nous n’avons pas le droit de leur faire une chose pareille. Ils sont les victimes de Jenova et d’Hojo et il est de notre devoir à tous et de celui de la Shinra de les aider à se reconstruire, à comprendre ce qui leur est arrivé et pourquoi. Et s’ils peuvent, après cela, comme le pensent Aerith et Lucrecia, nous aider à combattre ce qui plane au-dessus de nos têtes et dont nous ignorons la nature pour l’instant, alors nous serons tous gagnants au final.

Vincent se permit un petit sourire aussi satisfait que discret et échangea un regard complice avec Shalua et Reeve, qui se trouvaient aux côtés de Rufus.

Barret se leva, interrogea ses camarades du regard une dernière fois et s’adressa à Rufus.

- Au nom d’AVALANCHE, je vote pour le réveil. Mais c’est à vous et à la Shinra qu’appartient le dernier mot, Rufus. Ils sont sous votre responsabilité, après tout. Ce sont les spécimens d’Hojo.

Tifa et Yuffie sursautèrent, choquées par les derniers mots du chef d’AVALANCHE. Ce dernier s’en aperçut et s’excusa aussitôt.

Rufus consulta Reeve et Shalua du regard puis avança d’un pas.

- Je ne considère pas qu’ils soient sous ma responsabilité mais… plutôt sous ma protection, fit-il d’une voix claire. Ce qu’on leur a fait subir est inhumain, dans tous les sens du terme, et je suis on ne peut plus d’accord avec Cid et Cloud : nous devons les réveiller et les aider à se reconstruire puisque je ne pourrais jamais, hélas, effacer ce que la Shinra leur a fait endurer. (Il se tourna vers Shalua) Shalua, vous et Vincent avez carte blanche pour mettre en place le protocole de réanimation et de réintégration de J8, J9 et J10. Quant à J1, je m’en remets entièrement à vous pour les soins et le traitement jusqu’à son réveil.

La scientifique pivota en direction de Vincent, qui rejeta sa cape rouge derrière ses épaules.

- Ces protocoles ne seront pas nécessaires, Rufus, dit-il. Et, pour commencer, si tu considères vraiment ces garçons comme des êtres humains, appele-les par leur nom plutôt que par des numéros de série. Ils se nomment Sephiroth, Kadaj, Yazoo et Loz Hojo.

Si un autre homme s’était adressé à lui de la sorte, Rufus lui aurait fait ravaler ses paroles sur le champ mais Vincent était… Vincent.

Le jeune président reçut donc la remontrance comme une gifle mais la digéra. Il l’avait méritée.

- Simple habitude, Vincent. Désolé.

Ce dernier accepta les excuses avec un sourire amène, ouvrit la porte monumentale donnant sur le couloir et fit signe à Merill, qui attendait là.

L’assistant de Shalua invita gentiment ses trois étranges compagnons tout de cuir noir vêtus à entrer dans la salle de conférences, provoquant des exclamations tonitruantes de la part de toutes les personnes présentes et de violents mouvements de recul ou de protection instinctive.

Cid ne put retenir un juron, Rufus porta la main à son holster par réflexe, Cloud sentit son sang geler dans ses veines et Elena se blottit avec un petit cri affolé contre un Tseng qui avait soudain blêmi et refermait déjà la main sur le pistolet qu’il portait au côté.

Tifa, elle, était comme paralysée dans une gangue de glace et crut que son coeur allait s’arrêter de battre.

- Vincent ! s’écria Rufus. Qu’est-ce que ça signifie ?

Ils étaient là, tous les trois, comme sortis d’un cauchemar, identiques à ce qu’ils étaient la dernière fois que chacun avait pu les voir : avec leur peau si blanche qu’elle en paraissait bleutée, leurs cheveux comme du mercure, leurs grands yeux félins brillants de mako et leurs corps vigoureux gainés de cuir, puissants et dangereux comme des lames d’acier trempé dans leurs fourreaux.

Identiques ? Non, pas tout à fait, nota Tifa.

Leurs éternels sourires suffisants ou sarcastiques s’étaient effacés de leurs lèvres sensuelles, leurs grands yeux félins fixaient le sol avec anxiété et leurs poitrines se soulevaient comme celles d’animaux pris au piège.

« Ils sont terrifiés » réalisa-t-elle, estomaquée.

Et le plus surprenant était sans doute le violent et imprévisible Kadaj, qui n’avait plus rien du garçon qu’elle avait entrevu sur les toits en ruine, à Midgar, combattant Cloud avec acharnement.

Une fois annihilée l’emprise de Jenova sur lui, le garçon paraissait être redevenu le petit benjamin de la fratrie et se pressait, en quasi état de choc, contre Yazoo.

Il était si crispé que la jeune femme pouvait presque l’entendre haleter.

Loz, en revanche, semblait avoir repris le rôle qui avait toujours été le sien avant la fuite du laboratoire et qu’elle l’avait vu tenir dans les vidéos : celui de l’aîné chargé de protéger ses cadets.

Malgré son anxiété, il fit d’ailleurs un pas en avant et se plaça devant ceux-ci, bien droit, poings serrés, les jambes souples légèrement écartées, prêt à faire un rempart de son corps athlétique entre ses frères et les personnes présentes dans la salle de conférence.

On devinait les muscles de ses bras et de sa large poitrine - en partie découverte par l’échancrure de son blouson - tendus à craquer sous le cuir encore neuf.

Il balaya l’assistance du regard, à l’affût du moindre signe d’animosité, et finit fatalement par croiser celui de Tifa, qu’il reconnut aussitôt.

Il tiqua, fronça les sourcils et un pli vertical lui barra le front.

La jeune femme, elle, détourna les yeux, rouge de confusion et le coeur battant, incapable de le regarder en face après son comportement inavouable de la nuit précédente…

Profiter de l’inconscience d’un homme pour le toucher… Quelle humiliation !

Pourquoi, mais pourquoi s’était-elle laissée aller de la sorte, à caresser ces bras satinés et cette poitrine si dure, qu’elle venait d’apercevoir à nouveau par l’échancrure du blouson ? Mais qu’est-ce qui lui avait pris, bon sang ! Pourquoi diable fallait-il qu’elle connaisse à présent la douceur et le parfum de sa peau ? Cette fragrance sucrée exhalée par son corps tout entier…

Oh, par le ciel ! Ce parfum…

Elle en ressentait encore les effets, comme s’ils devaient persister durant des jours en l’absence de tout contact.

« Et s’il n’était pas totalement inconscient ? S’il s’était aperçu de quelque chose ? » se demanda-t-elle alors, totalement affolée. « Oh, non… Quelle honte ! »

N’avait-il pas réagi à la douleur lorsqu’elle avait touché la perfusion par mégarde, après tout ? Et la tendre peau son sein… ne s’était-elle pas hérissée, son petit téton rose n’avait-il pas durci lorsqu’elle l’avait par inadvertance caressé de son souffle et de ses cheveux ? Son ventre souple ne s’était-il pas contracté lorsqu’elle avait glissé ses doigts écartés dans les profonds sillons creusés par les carrés de ses muscles abdominaux ?

Sa rougeur monta d’un cran dans les pourpres et ce fut un discret pincement de Yuffie qui tira de ses pensées.

- Ca va ? demanda son amie.

Tifa sursauta.

- Oui. Oui, oui, bien sûr.

Elle prit son courage à deux mains pour relever la tête, priant silencieusement pour trouver le courage d’affronter le regard transperçant vert mako mais Loz et son jumeau s’entretenaient à voix basse avec Vincent, Rufus, Barret et Reeve.

Shalua avait aussi rejoint les trois frères et se tenait aux côtés de son cher Yazoo baby et de Kadaj, protectrice.

- Qu’est-ce qui se passe ? demanda Tifa à Yuffie.

Celle-ci écarquillé les yeux.

- Bah ! T’as pas entendu ?

- Je… bredouilla-t-elle, plus cramoisie que jamais. Non, je… J’étais perdue dans mes pensées.

- Vincent, Shalua et Reeve les ont réveillés cette nuit, apparemment, craignant que certains préfèrent les plonger dans le coma, voire le mako ! Oh, là… Il n’a pas l’air d’aller bien, lui…

- Hein ?

Tifa entendit Shalua et Yazoo pousser un cri et se tourna à temps pour voir Kadaj tomber dans les bras de Loz, ce qui provoqua un petit mouvement de panique.

La jeune scientifique se pencha sur lui et l’ausculta rapidement.

- Ce n’est rien, ce n’est rien… rassura-t-elle tout le monde. Il est juste évanoui. Ils sont encore éprouvés par leur réveil, l’entendit-elle dire à Rufus. Et cette nuit a été vraiment très difficile pour eux.

- Qu’ils se reposent. Nous reprendrons cette conversation plus tard.

Vincent se pencha discrètement à l’oreille du jeune président de la Shinra, pour que les argentés n’entendent pas.

- Pas en bas, chuchota-t-il. Je t’en prie. Ils ne sont plus des rats de que l’on enferme à double tour dans un laboratoire en sous-sol.

Rufus hocha la tête et sourit avant de faire signe à Reeve et à un domestique.

- Telle n’a jamais été mon intention, Vincent, rassure-toi.

Derrière eux, les membres d’AVALANCHE ainsi que Tseng et Elena, contrôlaient difficilement leur impatience en essayant de saisir quelques bribes de ce qui se disait à une dizaine de mètres d’eux.

Cid et Cloud se dévisagèrent, sceptiques.

- Tu comprends ce qui se magouille, toi ? demanda Cid. Tu me rassures…

- L’un de vous aurait vu Reno et Rude depuis hier soir ? s’enquit inopinément Tseng en venant vers eux, son téléphone portable à la main.

Le pilote secoua la tête.

- Ils ne devaient pas surveiller le labo, en bas ? s’enquit Cloud.

- Si, justement. Et leur téléphone est sur messagerie.

- Ils se carapatent ! s’écria Yuffie en voyant Shalua, Vincent, Rufus et Reeve disparaître en compagnie des trois argentés et de la gouvernante du manoir.

Barret se tourna vers eux et fit signe de baisser d’un ton.

- Je vais tout vous expliquer, du calme !

XoXoXoX

Dans l’infirmerie, fermement soutenu par Rude, Reno n’en finissait pas de rendre ses boyaux.

- Oh… Bordel de merde… gémit-il. Mais qu’est-ce qu’il y avait, dans cette fichue seringue ?

Merill, de plus en plus inquiet, lui tendit une boîte de serviettes en papier et une lingette humide.

- Rien qui puisse avoir cet effet, je vous assure. Regardez votre collègue. Je n’ai jamais entendu parler d’effets secondaires de ce genre sur qui que ce soit.

- Ah, non ? Ouah… super, railla le turk en s’essuyant la bouche. T’entends ça, Rudo ? Je suis l’exception qui confirme la règle, quel pied !

Un nouveau haut-le-coeur lui contracta l’estomac et il vomit un nouveau jet de bile.

- Reno, intervint Rude, tu avais déjà commencé à te vider hier soir. Je ne crois définitivement pas que soient les vidéos ou ce fichu sédatif qui te mettent dans cet état.

- Si vous le permettez, je vais faire quelques analyses, proposa Merill. Votre ami a raison, ce n’est vraiment pas normal.

Il préleva un peu de bile sur un coton-tige et prépara de quoi faire une analyse sanguine.

- Ah non ! se récria Reno. Je veux bien pisser dans un gobelet ou cracher sur autant de cotons-tiges que tu voudras, p’tit gars, mais les prises de sang, t’oublies tout de suite !

L’assistant de Shalua leva les yeux au plafond.

- Ne faites pas l’enfant et relevez votre manche !

- Hors de ques… Ah…

Un nouveau spasme particulièrement violent le saisit et le laissa pantelant, appuyé contre son compère.

- Un prélèvement sanguin ne sera peut-être pas nécessaire, en fin de compte… murmura Merill, soudain très pâle.

- Merde, Reno, tu nous fais quoi là ? demanda Rude, aussi blême que le jeune homme.

Reno releva péniblement la tête, un désagréable goût métallique dans la bouche, et s’aperçut que l’évier sur lequel il était penché était éclaboussé d’écarlate.

…à suivre

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XVI - Revue de presse

«L’information exposée dans les circonstances

les plus choquantes est celle dont le public se

souviendra le plus longtemps.»

Aristote

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Il était neuf heures du matin.

Une grande tente de réception avait été dressée dans le parc du manoir Shinra à l’aube et, derrière les grilles, les journalistes non accrédités regardaient leurs collègues plus chanceux prendre place sur les chaises pour attendre la conférence de presse qui ne devait plus tarder.

Le service de sécurité avait de quoi impressionner, tous les officiers étaient sur les dents et un hélicoptère survolait le site en permanence.

Un peu à l’écart, cerné d’une cohorte de gardes du corps, Rufus s’entretenait avec Reeve et Tseng en essayant de ne pas frissonner malgré le froid.

- La voilà ! annonça ce dernier en voyant venir Shalua.

Le chef de la WRO la fixa avec inquiétude, soucieux de sa mine étrangement pâle mais la jeune femme lui adressa un clin d’oeil et un sourire discrets, signe que tout s’était très bien passé.

Reeve se permit un petit soupir et se détendit un peu.

- Pardonnez-moi, monsieur le président, s’excusa la jeune femme. Je donnais les dernières consignes à mon assistant.

- Comment vont vos patients, docteur Rui ? s’enquit Rufus.

- Ils dorment tranquillement, monsieur, mentit-elle avec un talent consommé, au grand amusement du chef de la WRO. Vincent, Reno et Rude sont avec Merill.

- Parfait. Et notre « Sephiroth » mourant ?

- Nous l’avons installé à l’aube avec de faux médecins au rez-de-chaussée, monsieur, l’informa Elena. Dans une pièce réaménagée en infirmerie.

- Parfait. Nous pouvons donc y aller. Tout le monde est prêt ? Bien. C’est donc parti pour la grande représentation !

Reeve lui fit signe de passer devant avec un sourire.

- A vous l’honneur du lever de rideau !

Rufus s’avança entouré de ses gardes du corps, de Tseng et d’Elena, et le chef de la WRO resta un peu en retrait pour se pencher discrètement à l’oreille de Shalua.

- Alors ? chuchota-t-il.

- Ca marché.

- Comment ont-ils réagi ?

La jeune femme se rembrunit.

- Pire que je croyais. Ils sont totalement déboussolés.

- On le serait à moins… Se sont-ils montrés violents ?

- Au contraire. Lorsque je suis remontée, ils étaient pour ainsi dire en état de choc. Vincent fait ce qu’il peut mais je suis inquiète. Reeve, ils font vraiment pitié à voir. Il va leur falloir un moment pour encaisser ce qu’ils viennent d’apprendre.

- Ca va aller, j’en suis certain. Ce sont de solides gaillards qui ont connu bien pire.

- Oh, tu n’as pas idée… As-tu vu les vidéos ? Toutes les vidéos ?

Il hocha la tête et grimaça.

- Ce sont mes hommes qui ont trouvé l’intégralité des archives des projets Jenova II et III dans les labos du Deepground, l’an dernier. Vincent ne te l’a pas dit ?

- Non, je l’ignorais.

- Qu’avez-vous fait de Reno et de Rude, au fait ?

Shalua sourit.

- Dans les vapes. Ils vont avoir une sacrée migraine au révei…

Reeve lui pinça discrètement le bras et elle se tut.

Une équipe de télévision venait vers eux, guidés par Tseng, qui leur montrait où installer leur matériel.

- Oui, nous allons faire le nécessaire, ne vous en faites pas, docteur Rui, fit le chef de la WRO d’une voix claire. Mon Dieu, quelle tragédie ! Pourvu qu’il tienne le coup…

- Je suis très inquiète, commandeur. Il faut le transférer à Edge le plus vite possible.

- Oui, je comprends. Vos confrères le tiennent-ils prêt ?

- Bien entendu.

Sous des dehors décontractés, feignant ne s’intéresser qu’aux réglages de leurs caméras et de leurs micros, les journalistes, comme l’escomptaient Reeve et Shalua, ne perdaient pas une miette de leur conversation…

***

Dans le grand salon, où les domestiques avaient servi un copieux déjeuner, les membres d’AVALANCHE avaient les yeux fixés sur un grand écran de télévision.

La conférence de presse de Rufus et de Reeve était retransmise en direct par les plus célèbres chaînes.

Avec le plus grand sérieux, le jeune président de la Shinra expliquait que, lors d’une inspection de routine, des hommes du Soldat étaient tombés sur un petit laboratoire secret désaffecté installé dans les locaux de l’ancien réacteur.

- Mais combien ils sont, là-dehors ? s’écria Yuffie en regardant discrètement par la fenêtre. C’est dingue !

- C’est le moment des questions/réponses ! prévint Cloud.

- L’heure de vérité, commenta Barret. Espérons que les vautours mordent à l’hameçon et dégagent le plancher…

- Reeve a fait courir le bruit depuis l’aube, le rassura Tifa. Ce serait bien le diable qu’il n’y en ait pas un qui relève !

- Monsieur Shinra, demanda un journaliste, est-il vrai que l’on a retrouvé des corps humains dans ce laboratoire ? Ces hommes ayant subi des expériences de clonage ?

Cid fit claquer ses paumes l’une contre l’autre, moqueur.

- Ils ont mordu !

Rufus feignit le plus grand embarras.

- J’ignore qui vous a fourni ces informations mais… bien que nous n’ayons pas encore eu le temps d’examiner tous les détails, il semblerait que ce soit bien le cas, oui.

Des exclamations aussi surprises que ravies agitèrent les rangs des journalistes.

- Quels chacals… cracha Barret, méprisant.

- Monsieur Shinra, le héla une jeune femme brune en tailleur trop cintré. Est-il vrai que plusieurs d’entre eux étaient encore conservés dans le mako et… vivants ?

Rufus feignit l’étonnement et, comme si une information capitale avait été divulguée sans son accord, il se tourna brutalement vers Reeve et Tseng, qui haussèrent épaules avec des mines anéanties.

- Il ne… Il n’y en a qu’un, en fait, admit le jeune président comme à regret. De vivant, s’entend.

Quelques journalistes s’entreregardèrent et l’excitation flamba dans leurs prunelles. La rumeur était donc fondée !

Un quinquagénaire se leva à son tour et, avec toute l’assurance que donnent des années de métier, apostropha à son tour Rufus.

- Monsieur le président, salua-t-il aimablement d’une voix moelleuse, comme s’il se délectait par avance de chaque mot qu’il allait prononcer. Peter Bloom, de Planet News Channel. Est-il exact que ce survivant ne serait autre que… le général Sephiroth en personne ?

Des cris de surprise retentirent dans les rangs de ses confrères et il se pourlécha les babines en voyant Rufus reculer d’un pas, comme si on l’avait frappé.

- Il mériterait un prix de comédie ! commenta Tifa, en se resservant du café.

- Est-il vrai, monsieur le président, reprenait le journaliste, accusateur, qu’il était séquestré dans ce laboratoire depuis près de neuf ans ? Neuf ans, monsieur le président ! Qu’à l’insu de tous, poursuivit-il en élevant la voix au milieu des cris surpris et des exclamations, un savant de la Shinra - de votre compagnie, monsieur le président - a pratiqué sur l’un des plus grands héros de notre planète les pires atrocités dans le but de le cloner ? Est-il exact, monsieur le président, insista-t-il, dramatique, en montant encore d’un ton, que c’est l’un de ces clones ratés créés par un savant fou de votre père qui a failli réduire notre planète à l’état de poussière en en faisant la cible d’un météore il y a ce cela un peu plus de quatre ans ?

Rufus feignit l’abattement le plus total et le reporter se rengorgea au milieu d’une pagaille sans non de journalistes qui s’étaient levés et parlaient tous en même temps.

Tseng s’avança et les services de sécurité resserrèrent les rangs autour de la tente.

- Du calme, mesdames et messieurs les journalistes ! fit-il d’une voix forte. S’il vous plaît ! Rasseyez-vous ou nous serons contraint d’interrompre cette conférence de presse !

Il fallut quelques minutes pour qu’un semblant de calme règne à nouveau sous le chapiteau de toile.

- Nous avons pour devoir d’informer les habitants de cette planète, monsieur le président, pérora à nouveau le reporter quinquagénaire. Et au nom de ce droit à l’information, je vous somme de répondre à mes questions.

Rufus prit une profonde inspiration et hocha la tête en reprenant place devant le micro.

Un silence total se fit dans les rangs des journalistes, pendus à ses lèvres.

- Soit, monsieur Bloom, murmura Rufus. J’ai cru pouvoir gagner du temps mais j’avais tort. Je sais m’incliner devant un adversaire de valeur. Je ne sais d’où vous tenez ces informations mais… elles sont on ne peut plus vraies.

Un enthousiasme presque hystérique éclata parmi les journalistes et le reporter quinquagénaire se gonfla à tel point de fierté que Reeve le crut que le point d’éclater.

- Si vous me le permettez, monsieur le président, je vous dirai modestement que c’est moins le talent que l’expérience qui permet à de vieux briscards comme moi de dénicher une source fiable. Aussi sais-je également, précisa-t-il, magnanime, que vous n’êtes personnellement impliqué en rien dans cette sordide affaire de clonage.

- Non mais quel gros naze ! explosa Yuffie devant l’écran de télévision. Pour qui il se prend, ce gros crétin bouffi ?

Cid ricana.

- Crétin ou pas, il n’a pas marché, il a couru ! Et, pour l’instant, c’est tout ce qui compte. Vivement que ces requins fichent le camp !

Barret ne put s’empêcher de grimacer.

- Gonflé, quand même, cette histoire de clonage. Le grand héros réhabilité ! Quel cirque !

- Tu préfères que la foule déchaînée mette à sac le manoir et les installations publiques pour pouvoir lyncher monsieur « ex-cauchemar » , dresseur de météores ? railla le pilote. Et s’ils ont vent de l’existence des trois autres, je t’en parle même pas ! Bonjour l’émeute ! Plus tôt ils s’en iront, mieux cela vaudra, crois-moi !

Le chef d’AVALANCHE acquiesça malgré lui.

Cid avait raison et il le savait parfaitement.

- Et, à bien y réfléchir, ce n’est pas tout à fait faux, cette histoire de clonage, lui rappela Tifa.

Yuffie la dévisagea, les poings sur les hanches.

- Pour Aerith, O.K., fit-elle, mais ton père, la mère de Cloud et Zack ? C’était pas des clones. Si ? Ou alors j’ai rien compris ?

Son amie se raidit, pâle comme la mort.

- Yuffie, bon sang de bois ! la tança Cid. Dans le genre délicat, tu te poses là, toi !

Tifa lui pressa l’épaule, rassurante.

- Ca va, Cid, t’en fais pas.

- Zack, ce n’est pas Sephiroth, Yuffie, mais les miliciens de la Shinra, répondit Cloud. Quand à nos parents, à Tifa et à moi…

Il s’interrompit, la gorge serrée, bien conscient au fond de lui que Jenova était la seule à blâmer mais ne pouvant s’empêcher d’en vouloir à Sephiroth de s’être laissé dévorer par elle.

- Sephiroth n’était plus lui-même, Yuffie, le secourut son amie d’enfance. Vincent nous l’a expliqué en long, en large et en travers, tu as déjà oublié ?

- Eh, regardez, prévint Barret. L’acte deux commence ! Entrée en scène du robot trembleur…

Les yeux fixés sur l’écran, il regardait Reeve se pencher à l’oreille de Rufus et lui désigner un homme en blouse blanche qui avait accouru jusqu’à la tribune,

- Mesdames et messieurs les journalistes, annonça Rufus d’un air dramatique après avoir feint de s’entretenir avec le faux médecin et Shalua. Je sais que ce n’est pas l’endroit pour ce genre de choses mais… S’il y a parmi vous un donneur de sang O négatif, nous… nous lui serions reconnaissants de se faire connaître.

Le jeune journaliste du début se leva.

- Est-ce que… Est-ce que ce sang est pour le général Sephiroth, monsieur Shinra ?

Rufus acquiesça.

- En effet. Nous devons le transférer d’urgence en soins intensifs à Edge et…

- Moi ! fit une jeune femme blonde au fond de la tente. Je suis O négatif !

- Le ciel soit loué ! s’écria Shalua avec un talent consommé de comédienne. Venez avec moi, mademoiselle !

- Puis-je prendre ma caméra ? demanda-t-elle.

Tifa faillit s’étouffer d’indignation devant l’écran et Cid jura.

- Mais quels rats, ces gens ! J’y crois pas !

Shalua se tourna vers Tseng et celui-ci hocha la tête en signe d’accord.

- Venez, mademoiselle ! Vite !

La journaliste, n’osant croire à sa bonne fortune, se saisit de sa petite caméra portable et se précipita derrière la jeune scientifique en direction du manoir.

***

« Pourquoi ne leur as-tu pas parlé, mère ? »

« Elle m’en a empêché… »

« Je suis désolé. »

« Aerith leur a parlé en mon nom. Mes fils… J’aurais tant aimé pouvoir vous réconforter un peu… »

« Mère ? Mère ! Mère, qu’est-ce que tu as ? Je te sens faiblir. »

« Rien, amour… Je suis juste un peu… lasse. »

« Ils sont si désemparés… Sens-tu leur désarroi, mère ? »

« Jusqu’au fond de mes entrailles… Jusqu’aux tréfonds de mon âme… »

« Cette confrontation t’a épuisée, n’est-ce pas, mère ? Est-elle donc encore si puissante ?»

« Oui mais pourquoi ? Pourquoi ! Pourquoi ! Pourquoi ! D’où tire-t-elle sa puissance ? Je ne comprends pas…»

« Elle rôde autour d’eux, mère… Je la sens. Elle va se nourrir de leurs doutes et de leur désespoir pour tenter de les reprendre, n’est-ce pas ? »

« Jamais, maudite soit-elle ! Jamais je ne la laisserai faire ! Et Vincent et Aerith non plus ! Je te le jure, mon fils, je te le jure ! »

« Si seulement je n’étais pas aussi faible… Pardonne-moi, mère… Pardonne-moi… »

« Tu n’y es pour rien, amour. Pour rien du tout. »

« Et dire qu’ils sont si près… La moindre de mes cellules frémit à la proximité de leurs corps tendres… Quelques pas à peine et je pourrais les toucher. Les prendre dans mes bras… Oh, mère… Pourquoi ne l’ai-je pas fait lorsque j’en ai eu l’occasion et que je le pouvais encore… J’aurais pu les serrer dans mes bras, les rassurer, et je ne l’ai pas fait… »

« Ne te torture pas, mon fils. »

« Pardon, mes frères, mes fils, mes autres moi-même… Je ne peux pas vous protéger… Je n’en ai pas la force… Pardon… Pardon… »

***

Sur toutes les télévisions de la planète, les mêmes images étaient diffusées et des attroupements monstrueux se créaient devant les vitrines des magasins de vidéo et d’électroménager.

Devant les écrans, tous écarquillaient les yeux, n’osant croire les informations que ceux-ci leur renvoyaient. Pourtant, l’évidence était là, sur cette civière et sous ce drap blanc, une aiguille de transfusion dans le bras et une nuée de médecins s’agitant autour de lui.

- Oui, Jim, ce sont bien les premières images du général Sephiroth, que j’ai prises moi-même il y a à peine cinq minutes ! disait la jeune reporter qui, malgré le froid, gardait la manche relevée pour que chacun puisse voir le pansement qu’elle portait au bras.

- Avez-vous pu lui parler, Khali ?

- Hélas non, Jim, car, comme vous pouvez le voir sur ces images, il n’est vraiment pas en état de parler. J’ai néanmoins pu lui tenir la main durant tout le temps qu’à duré le prélèvement du sang qui aidera peut-être à lui sauver la vie, du moins je l’espère de tout coeur, ajouta-t-elle avec une intensité dramatique digne des plus sordides tabloïdes.

- Reeve devrait lancer une gamme de poupées Sephiroth grandeur nature ! proposa Cid, toujours assis devant l’écran de télévision du manoir Shinra. Je suis sûr qu’il ferait un carton !

- Cid ! grimaça Tifa. Tu es… dégoûtant !

- Je sais qu’il doit être très pénible pour vous de revivre ces instants, Khali, mais je me dois, au nom de nos téléspectateurs de vous poser la question : qu’avez-vous ressenti alors que vous étiez près de lui, Khali, et que vous serriez sa main dans la votre ?

La journaliste refoula une larme imaginaire et prit une profonde inspiration.

- De la révolte, Jim ! Une terrible révolte. Essayez d’imaginer ce que cet homme, ce grand héros du Soldat, a dû subir durant ces années de tortures horribles ! Si vous l’aviez vu comme moi je l’ai vu, Jim, si vous aviez pu tenir sa main glacée, c’était vraiment… bouleversant !

Cloud fit vibrer ses lèvres, effondré.

- Mais quelle bande de clowns !

- Chut ! le tança Yuffie. C’est trop drôle !

- Nous vous comprenons, Khali. Pensez-vous qu’il ait senti votre présence ? Est-il au moins conscient de ce qui se passe autour de lui ?

- Je pense que oui, Jim, car, pendant que je lui tenais la main, il l’a serrée à plusieurs reprises, comme pour chercher un soutient ou un réconfort pour faire face à ses horribles souffrances. J’espère avoir pu lui transmettre à travers ce simple geste amical un peu de l’affection et la reconnaissance que tous les habitants de cette planète ont pour ce Soldat extraordinaire.

Les membres d’AVALANCHE ne purent retenir un éclat de rire.

- Tu vois ? Un carton, que ça ferait, je te dis ! martela Cid avec un clin d’oeil à Tifa, qui lui rétorqua par une moue rebutée.

- Attendez ! Pardonnez-moi de vous interrompre, Jim, mais ça y est ! Comme vous pouvez le voir sur ces images, les médecins sont enfin en train de faire monter le général Sephiroth dans l’hélicoptère sanitaire !

- Il doit être transféré à Edge, c’est bien ça ?

- Oui, Jim. Comme vous avez pu le voir, il a besoin de soins intensifs urgents et le charmant village de Nibelheim n’est pas équipé de ce genre de structure. Moi et mon équipe allons d’ailleurs vous laisser pour prendre nous-mêmes immédiatement la route de Edge afin de vous tenir informés en temps réel de l’état de santé du général. C’était Khali Vasetti, en direct du manoir Shinra de Nibelheim pour Channel 7.

***

Au sous-sol du manoir, Reeve, qui s’était discrètement éclipsé, frappa à la porte du laboratoire avec, à la main, un sac de sport que l’un de ses hommes venait de lui apporter en urgence.

- Vincent ? chuchota-t-il. C’est moi, Reeve. Le colis est arrivé.

La porte s’entrouvrit pour laisser apparaître la tête de Merill. Derrière lui, on pouvait entendre des pleurs déchirants et des voix douces.

- Tout va bien ? murmura le chef de la WRO.

L’assistant de Shalua sourit et haussa les épaules.

- Autant que faire ce peut. Le plus jeune craque complètement. Vous l’entendez ?

- C’est Kadaj, ça ? J’aurais pourtant cru que c’était lui le plus solide.

- C’est aussi ce que pensait Vincent mais non. Il est complètement paumé.

Reeve lui tendit le sac de sport.

- Tiens, mon garçon. Ca vient d’arriver.

- Déjà ? Votre personnel a fait vite.

- Je ne garantis pas l’exactitude au centimètre près mais ils auront au moins l’impression de quelque chose de familier. Ca les rassurera un peu.

- Merci, Reeve.

- Je dois remonter. On ne sait jamais. Ce n’est pas le moment que quelqu’un débarque ici. Ca va aller ?

- Oui, Vincent contrôle parfaitement la situation.

- Tant mieux. A tout à l’heure, dans ce cas. Je vais réunir tout notre petit monde dans la salle de conférences et je vous fais signe dès que tout est prêt.

- Ca marche.

Reeve disparut dans l’escalier et Merill repartit dans le laboratoire en sortant vêtements et bottes de cuir noir du sac de toile.

…à suivre

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XV - Faux semblants

«Notre méfiance justifie la tromperie d’autrui.»

La Rochefoucauld

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- C’est moi qui les détiens !

Rufus laissa échapper un soupir de soulagement en reconnaissant le nouveau venu et Cid croisa les bras, interloqué.

- Reeve ? T’es bien la dernière personne que je m’attendais à voir cautionner des saloperies pareilles !

Le chef du WRO, suivi de l’une de ses sempiternelles peluches robotisées qui grimpa sur les genoux de Rufus avec sans-gêne surprenant, s’avança vers celui qui était devenu son chef de la flotte aérienne depuis plus de deux ans.

- Je ne cautionne rien du tout, Cid, mais, en tant que responsable de la sécurité civile, il est de mon devoir de tenir ces cellules à l’abri d’un accident ou des convoitises de qui que ce soit, plaida-t-il en insistant sur les derniers mots.

- Pourquoi n’ont-elles pas été détruites ?

Reeve ouvrit la bouche pour répondre mais le chat robotisé sauta sur la table, renversant un verre d’eau sur les genoux de Shelke.

- Eh ! Attention ! s’écria-t-elle en mettant son clavier à l’abri.

- Ce que vous pouvez parfois être obtus, amiral Highwind ! s’emporta l’animal sans faire attention à elle. Pourquoi garde-t-on aussi des souches de virus ou de bactéries dans des laboratoires de recherche, à votre avis ?

Cid se pencha sur le robot, aussi railleur que menaçant.

- Oh… Parce que t’as sans doute l’intention de faire un vaccin anti-Jenova, tas de circuits ?

La peluche parlante posa ses petits poings sur ses hanches et toisa le pilote.

- Bah ! Peut-être bien !

- Et mal élevé, en plus ! Reeve, tu nous l’as fini avec des pièces détachées de vieux moteur, ou quoi ?

L’interpellé rattrapa sa création de justesse, avant qu’il ne saute au visage de Cid, toutes griffes dehors.

- Suffit C9 !

- Tu sais ce qu’elle te dit, la pièce détachée, tas de viande ? piailla la petite créature.

Son maître ouvrit un petit panneau dans son dos, fit une manipulation rapide et le robot s’affala entre ses bras comme une poupée de chiffons.

- Fichus réglages… Désolé. J’ai voulu améliorer les qualités combatives, essaya-t-il de s’excuser, mais je n’arrive qu’à le rendre agressif. D’où est-ce que ça peut bien venir, bon sang…

Dans la salle, nombreux furent ceux qui retinrent un sourire blasé.

Au fil des années, le chef du WRO et sa marotte des robots étaient devenus aussi célèbres que ses prestigieuses milices civiles, dont faisaient d’ailleurs désormais partie les troupes du Soldat.

- En parlant de réglages, intervint Rufus. As-tu pu faire ce dont nous étions convenu avec Vincent, Reeve ?

- Sephiroth ? Oui, il est à côté. Plus vrai que nature. Une gageure au vu des délais !

- Tu as fait un robot de Sephiroth ? s’enquit Yuffie, curieuse. Pour quoi faire ?

- J’ai mis au point un stratagème pour faire fui…

Cid s’interposa et étendit les bras.

-Woh ! Woh ! Woh ! Stop ! On arrête les conneries. Reeve, réponds à ma question ! Pourquoi les cellules n’ont-elles pas été détruites ?

- Mais parce qu’elles sont tout simplement impossibles à détruire ! Tout ce que nous pouvons faire, c’est les mettre à l’abri ou les faire absorber par un organisme acceptant de les accueillir. Tu te portes volontaire ? (Cid grimaça de dégoût) C’est bien ce que je pensais.

- PATRON ! ELLE VA LE REVEILLER ! brailla Reno en faisant bruyamment irruption dans la salle de conférence, semant un vent de panique. Le docteur Rui va réveiller J9 !

Cloud réagit au quart de tour.

- Shalua va faire quoi ? s’écria-t-il.

Rude déboula à son tour, blême comme un suaire.

- Eh ! C’est normal que Sephiroth soit sorti de sa cuve et en train de grelotter à poil sur le tapis du couloir ?

Rufus écarquilla les yeux et se tourna vers Reeve.

- Où as-tu laissé le… ?

Un cri de femme strident retentit et Reno risqua un oeil dans le corridor.

- Patron… Je crois que la gouvernante est dans les pommes, fit-il avec une moue.

Elena pouffa et Tseng lui lança un regard courroucé.

- Pardon, c’est nerveux… s’excusa-t-elle, le rouge aux joues.

Cid, excédé, se frotta le visage et échangea un regard découragé avec Barret.

***

Loin de la confusion qui régnait dans la salle de conférences, Merill et Vincent, prêts à intervenir en cas de nécessité, assistaient au réveil de Yazoo derrière le miroir sans tain du bureau qui donnait sur le laboratoire et l’infirmerie.

Shalua avait préféré rester seule aux côtés son « patient » pour ne pas l’affoler et risquer de provoquer une réaction violente.

Peur l’heure, elle était assise sur le bord du lit et caressait le front moite avec la douceur qui lui était si familière.

- Allez, Yazoo baby, c’est fini… Ouvre les yeux… Fais un effort…

Les longs cils frémissaient mais les paupières diaphanes paraissaient bien lourdes.

- Ouvre-moi ces beaux yeux, chaton… Allez…

Les bras et les jambes furent agités de quelques soubresauts et un faible gémissement s’échappa de la gorge à demi obstruée par le tube du respirateur.

- Chut… Du calme…

Les grands yeux félins s’ouvrirent enfin et Yazoo cligna des paupières à plusieurs reprises, essayant de s’éclaircir la vue.

Il toussa et voulut porter la main à sa bouche mais Shalua l’en empêcha.

- Non, non, non, je sais que c’est très désagréable, bébé, mais c’est pour t’aider à respirer. On l’enlèvera bientôt, je te le promets. Du calme… Chut…

Mais l’argenté, la vue voilée, affolé et gêné par le respirateur n’avait nullement l’intention de se détendre.

Il poussa une plainte déchirante et voulut se redresser.

Shalua dut s’allonger sur son torse pour l’en empêcher et, heureusement pour elle, Yazoo était encore trop faible pour résister.

Merill n’en était pas moins sorti du bureau pour lui prêter main forte mais la jeune femme lui fit signe de la main de disparaître.

- Ne t’affole pas, Yazoo baby, tu es sécurité… Je te le promets… Tu reconnais ma voix, n’est-ce pas ? Reconnais-tu ma voix, chaton ?

L’argenté haletait et, sous la poitrine de Shalua, son coeur battait comme celui d’un oisillon prit dans un filet.

Elle lui caressa tendrement le visage en lui murmurant des mots rassurants à l’oreille.

Vincent, attentif au moindre signe avant-coureur de danger, constata que Yazoo se calmait petit à petit.

- Comment ça se passe ? murmura Rufus, qui entra un peu plus tard dans le bureau en compagnie de Reeve, Cid, Tseng et Barret.

- Il a peur. Il ne sait pas où il est ni comment il a atterri là mais semble faire confiance à Shalua. Tu as fait vite, Reeve, salua-t-il le commandeur des milices civiles.

- Aussi vite que j’ai pu, répondit ce dernier avec un regard dégoulinant de sous-entendus.

- Et le résultat ?

- En si peu de temps, je ne pouvais pas faire mieux mais je ne suis pas mécontent du résultat, loin de là.

- Sephiroth est plus vrai que nature, confirma Tseng, qui n’avait rien surpris de l’échange muet entre les deux amis.

Le jeune président de la Shinra appuya sur le bouton du boîtier qui commandait le haut-parleur afin de pouvoir entendre ce qui se passait dans le laboratoire.

- …oche le lit ? Oui ? disait Shalua.

Elle se leva et passa derrière le lit de Loz pour le rapprocher à quelques centimètres de celui de son jumeau.

- Qu’est-ce qu’elle fabrique ? s’étonna Barret.

- Voilà, fit-elle en sortant le bras musclé du jeune colosse de sous son drap. Tu vois, chaton ? Loz va très bien. Il reprend doucement des forces.

- « Chaton » ? grimaça Cid, faisant sourire Rufus et Vincent.

La jeune scientifique passa les doigts dans les courts cheveux argentés, fit une petite moue et pressa sa paume sur le front moite.

- Qu’est-ce tu as, mon grand ? murmura-t-elle en prenant une lingette stérile sur un chariot métallique. Encore un cauchemar ?

Elle passa doucement la lingette humide sur son visage, son cou et son torse et, dans le bureau, Cid se raidit.

D’une main hésitante agitée de tremblements, Yazoo saisit celle de son frère et la serra aussi fort qu’il le put sous le regard attendri de Shalua.

- C’est bon, là, ronchonna le pilote en la voyant rafraîchir la large poitrine de Loz. Elle va pas lui rouler une pelle, non plus !

Barret et Vincent se tournèrent vers lui, interloqués par le ton à la fois froissé et profondément irrité de leur compagnon.

- Quoi ? persifla ce dernier. Ca vous choque pas, vous, peut-être, cette façon de leur parler et de… tout ça, là ? Non ?

Ses amis levèrent un sourcil amusé, se regardèrent et se détournèrent avec un sourire entendu.

- Tu ne risques absolument rien, ici, poursuivait Shalua en s’asseyant à nouveau sur le bord du lit de Yazoo. Je t’en donne ma parole. (Elle lissa la longue chevelure de platine et sourit) Je sais que tu as des tas de questions à poser et je te promets que tu pourras le faire très bientôt. Lorsqu’on aura retiré cette horrible chose, précisa-t-elle en posant le bout du doigt sur le tube qui sortait de la petite bouche endolorie.

Yazoo émit une petite plainte à peine audible et porta une main tremblante à sa gorge.

- Ca te fait mal ? C’est ça que tu essayes de me dire ?

Il hocha tout doucement la tête et Shalua lui caressa la joue.

- Je suis désolée mais c’est très important. Dans quelques heures, ce sera fini. As-tu mal autre part ? (Nouvel hochement de tête) Montre-moi, mon ange.

Yazoo posa sa main libre à plat sur son sternum et la jeune femme rabattit le drap pour tâter doucement sa paroi abdominale, le faisant tressaillir et lui arrachant une nouvelle plainte.

- Est-ce que ça t’empêche de respirer correctement ? Oui, hein ? As-tu aussi mal dans les jambes et le dos ? Oui ?

Elle se leva pour consulter les données de l’ordinateur à laquelle Yazoo était relié et revint s’asseoir.

- Tes muscles sont saturés d’acide lactique. Je sais que ça fait très mal mais ce n’est pas grave du tout, rassure-toi. Ce ne sont que des sortes de grosses courbatures.

Reeve se tourna vers Vincent.

- Que s’est-il passé, avec lui ? demanda-t-il.

- Il est agité de spasmes musculaires depuis qu’on l’a amené et il a convulsé à plusieurs reprises.

- Mhh… Le mako et les sédatifs ne font pas bon ménage chez quelqu’un d’un peu fragile. L’un essaye de booster l’organisme tandis que les autres tentent au contraire de l’endormir. Symptômes cardiaques, aussi, j’imagine ? Classique…

- Pourquoi ressent-il de tels effets secondaires alors que ses frères n’ont rien ? s’étonna Rufus.

Le chef du WRO haussa les épaules.

- Il peut y avoir des dizaines de raisons : fatigue, angoisse, constitution délicate, organisme surmené ou déjà fragilisé par des traitements divers… Allez savoir.

- Je crois que c’est un peu de tout ça à la fois, soupira Barret en repoussant les terribles images qui les avaient tous fait frémir en salle de conférence.

Cid acquiesça avec une moue, se frotta le visage et regarda sa montre.

Deux heures du matin…

Il n’avait presque pas dormi, la nuit précédente, guère plus celle d’avant et avait rejoint ses amis à Nibelheim après des tests épuisants de nouveaux prototypes pour la flotte aérienne de la WRO le matin même.

Il s’appuya sur le rebord de la glace sans tain et cligna plusieurs fois des paupières en essayant de se concentrer ce qu’il voyait.

- Bizarre qu’il ne réagisse pas plus que ça, nota-t-il. A sa place, je flipperai comme un dingue. Me réveiller avec un tube dans la bouche pour voir mon frangin à poil flottant dans une cuve pleine de mako et les autres inconscients dans un labo flambant neuf, ça pose l’ambiance !

Merill sourit et secoua la tête.

- Il est à moitié… « sonné », amiral Highwind. En fait, je crois qu’il ne réalise pas vraiment ce qui se passe.

- Les effets du sédatif ? demanda Vincent.

- Non, monsieur Valentine, pas directement. L’épuisement, tout simplement. Comme l’a si bien dit le commandeur Tuesti, son organisme lutte depuis plus de quinze heures contre deux principes actifs ayant des effets diamétralement opposés. Si vous me permettez de donner mon avis, il ne devrait d’ailleurs pas tarder à s’endormir.

- Et il ne sera pas le seul, fit remarquer Reeve en tapotant l’épaule de Cid. Tu devrais aller t’allonger un peu, vieux frère.

Le pilote agita la main.

- Le « vieux » peut encore tenir le coup, t’en fais pas pour lui. Cela étant dit, mon « vieux » cerveau n’a toujours pas compris ce que tu comptais faire avec ton putain de Sephiroth trembleur qui fiche les jetons à toute la domesticité.

Rufus ricana.

- Un stratagème pour éloigner les journalistes qui font le pied de grue devant le manoir.

- Et comment comptes-tu t’y prendre ?

Vincent se tourna vers lui.

- Nous allons programmer une conférence de presse un peu particulière pour demain matin. Et je suis d’accord avec Reeve : tu devrais aller dormir un peu.

- Ca va, je te dis…

- Huit heures ? le coupa Vincent. Neuf ?

- Hein ?

- Le nombre d’heures que tu as dormi en tout ces trois derniers jours, Cid.

Le jeune assistant de Shalua baissa l’intensité des néons jusqu’à plonger le laboratoire dans une douce pénombre et sourit.

- Le marchand de sable est passé, messieurs.

A travers la vitre, ils virent Shalua jeter une couverture sur le corps immobile de Yazoo, dont la main serrait toujours celle de son jumeau.

- Il s’est endormi, annonça-t-elle en entrant dans le bureau. Quel comité d’accueil ! ajouta-t-elle avec humour en voyant la brochette « d’huiles » qui l’attendait.

Huiles dont son tout nouvel amant faisait d’ailleurs partie… réalisa-t-elle en répondant au sourire charmeur de Cid.

- Il faut que nous prenions des décisions concernant le devenir de ces garçons et la meilleure façon de gérer la situation, laissa tomber Tseng, pratique.

Rufus acquiesça et se tourna vers Vincent et Shalua

- Le mieux serait d’en discuter calmement demain matin une fois que nous aurons fait fuir les vautours qui tournent autour du manoir. Docteur Rui, pensez-vous pouvoir garder J8 et J10 en l’état jusqu’à, disons, demain en début d’après-midi ?

Reeve ouvrit la bouche pour protester mais la jeune femme le devança.

- Bien sûr, monsieur le président. Sans aucun problème. Je me charge aussi de garder J9 au calme.

Barret se raidit.

- Ces garçons sont sous sédatif depuis plus de quinze heures ! ne put-il s’empêcher d’intervenir. Même pour quelqu’un de leur constitution, c’est extrêmement dang…

- Le docteur Rui a certainement utilisé du HD12, le coupa Reeve. Aucun risque.

- Oui, confirma Shalua en adressant au chef de la WRO un regard reconnaissant. Rassurez-vous, Barret. Prolonger leur état n’aura aucune répercussion, je peux vous l’assurer.

Barret leva un sourcil et sourit.

- Vous connaissez tous ces trucs mieux que moi, j’imagine. Bien ! Je propose que nous allions tous prendre un peu de repos. Demain promet d’être une rude journée.

Cid agita la main, les yeux toujours fixés sur les trois argentés.

- Je vais rester, on ne sait jamais.

Reeve lui posa la main sur le bras.

- Non, amiral, ironisa-t-il. Vous allez vous reposer. Et c’est un ordre, ajouta-t-il en voyant le pilote ouvrir la bouche pour protester. Tu dois dormir un peu, Cid… insista-t-il, plus sérieux. Fais-moi plaisir. Allez…

Ce dernier obéit à regret et quitta le bureau à la suite de Tseng et de Barret mais non sans un furtif clin d’oeil à Shalua.

- Je vous laisse Reno et Rude, annonça le président de la Shinra, sur le seuil.

Vincent s’avança.

- Inutile. Je vais rester là.

- Merci, Vincent, mais on ne sait jamais, tu pourrais avoir besoin d’aide. Et tu en as déjà beaucoup fait.

La jeune scientifique lança à Reeve un regard aussi discret que suppliant.

- Rufus, plaida celui-ci avec un toussotement, moins il y aura de monde autour de ces garçons, plus il resteront calmes. Le… le produit qui les garde endormis est très léger et ils sont parfaitement conscients de leur environnement, alors moins il y aura d’agitation, mieux cela vaudra pour nous tous.

Rufus parut hésiter et se mordilla la lèvre.

- Vincent est tout à fait capable de se débrouiller en cas de souci, martela le responsable du WRO.

- Ils ne mettront pas le pied dans le labo, c’est d’accord. Mais je préfère quand même les laisser dans le couloir, on ne sait jamais. Il y a beaucoup de monde en et à l’extérieur du manoir et je ne veux prendre aucun risque. En cas de besoin, je serais dans ma suite, vous pouvez me faire appeler à n’importe quelle heure.

Il salua Shalua, Vincent et Merill et quitta le bureau.

Reeve haussa les épaules.

- Désolé, il faudra vous arranger avec ces deux-là, murmura-t-il lorsque Rufus se fut suffisamment éloigné de la porte. Je me charge d’envoyer tout le monde au dodo, là-haut.

- Reeve… Je ne sais pas comment te remercier.

- De rien. Mais j’espère sincèrement que vous savez ce que vous faites, tous les trois… ajouta le chef de la WRO en tendant une petite carte mémoire à Shalua. J’ai suivi les instructions de Shelke à la lettre. Un peu primaire mais fonctionnel. J’espère que ça ira.

- J’en suis sûre. Allez, file avant que Rufus ne se doute de quelque chose.

Reeve disparut et Merill verrouilla la porte.

- Du HD12 ! pouffa-t-il.

- Qu’est-ce que c’est ? demanda Vincent.

- Un acide très rare utilisé dans la robotique de précision. Heureusement que personne n’a tiqué !

La jeune scientifique décrocha son téléphone.

- Shelke ? Ils sont partis, ça y est. Où ça en est, là-haut ? Parfait… Combien de temps te faudra-t-il pour créer une toile virtuelle autour de nos trois amis ? Ca marche… Très bien, comme tu voudras.

Vincent lui fit signe de la main en désignant la porte du couloir.

- Oh. Shelke ? Nous avons juste un petit détail à régler avant. Enfin, deux, plus exactement… Rien de bien important. Laisse-nous juste dix minutes, d’accord ? Oui. Veux-tu que Merill fasse les injections tout de suite ou préfères-tu at… Très bien, à tout de suite. Oui, ils seront réveillés dans moins d’une demi-heure, tu as ma parole.

Elle raccrocha et inspira profondément, soudain horriblement anxieuse.

- Tout va bien se passer, la rassura Vincent. Tu verras.

La jeune femme se tourna vers les trois argentés qui dormaient paisiblement derrière la vitre et déglutit avec difficulté.

- Et s’ils ne te croient pas ?

- Ils me croiront.

- Et si les autres paniquent ? S’ils s’en prennent à eux lorsqu’ils verront qu’on les a réveillés ?

Vincent la prit par les épaules et approcha son visage à quelques centimètres du sien pour plonger sont regard purpurin dans les yeux gris de la jeune femme.

- Après ce qu’ils ont vu cette nuit ? Non, Shalua. Je pense leur avoir fait clairement comprendre qui ils étaient et pourquoi ils avaient agi comme ils l’avaient fait. Tu étais dans la salle. Tu as vu leurs réactions. Ils ne leur feront pas de mal, je t’en donne ma parole.

Merill tendit à Vincent deux petites seringues en plastique à l’aiguille courte et fine comme un cheveu.

- Une pour chacun, monsieur Valentine, murmura-t-il en désignant la porte du couloir. Idéalement ici, à la base du cou, ou sur la nuque. La poitrine ou le dos feront aussi l’affaire mais ce sera un peu plus long.

L’ancien turk se saisit des seringues, les dissimula sous un pli de sa cape et sortit dans le couloir.

Reno était adossé au mur avec une mine de profond ennui.

- Eh ! Vincent ! lança le rouquin. Je me voyais déjà condamné à passer le reste de la nuit à compter les pierres du mur.

- Rude n’est pas avec toi ?

- Il est parti nous chercher un casse-dalle. On a rien avalé depuis ce matin et j’ai vomi mes tripes toute la soirée grâce à toi !

L’interpellé sourit.

- Désolé.

- Bah ! J’ai connu pire. Alors ? Comment ça se passe là-dedans ?

- Bien. Tout est calme. Dis-moi, tu… tu aurais une cigarette pour moi ?

Le turk écarquilla les yeux.

- Tu fumes, toi ?

- Ca m’arrive, oui. Quand je suis un peu nerveux.

Reno s’approcha en tendant son paquet de cigarettes blondes et Vincent raffermit sa prise sur l’une des deux petites seringues.

…à suivre

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XIV - Le jugement des innocents

« A la question : « est-il coupable ? », il faudrait

en ajouter une autre : « est-il incorrigible ? ». »

J. Joubert

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Dans la salle de conférence, que Vincent, Reno et Rude avaient quittée pour se précipiter à la suite de Shalua, au sous-sol, Rufus était resté seul face à un auditoire silencieux et profondément choqué.

Il sourit aimablement, apaisant, et chercha des yeux un soutien, un regard amical ou même un petit hochement de tête courtois mais ce furent des oeillades accusatrices ou soupçonneuses qui lui répondirent.

Et il n’avait aucun mal à en saisir la raison…

- J’ignorais ce qui se passait dans le cratère nord, assura-t-il d’une voix sans timbre. Je vous en donne ma parole.

Barret croisa les bras sur son imposant poitrail, méfiant.

- Ah oui ? Et qui finançait les recherches ? D’où étaient supposés sortir les crédits mirobolants dont a parlé Shalua ?

Rufus croisa le regard de Tseng qui, bien que dépourvu d’animosité, n’en attendait pas moins une réponse.

- Vous ne nous avez pas envoyés là-bas par hasard pour récupérer la tête de Jenova, intervint Elena. Vous saviez qu’ils s’étaient échappés !

- Non ! se récria Rufus. Je vous jure que non ! C’est vrai, je savais qu’une importante quantité de cellules de Jenova se trouvait dans le laboratoire du cratère nord et j’avoue que, dès que j’ai eu vent d’un problème, il m’a semblé urgent d’aller les récupérer. Mais, bon sang, c’était loin d’être le seul labo à posséder des souches primaires ! Plusieurs centres de recherche travaillaient alors sur les cellules de Jenova pour trouver une solution aux géostigmates ! Jamais, Ô grand jamais, je n’aurais accepté de cautionner les horreurs que nous venons de voir, encore moins de les financer !

- Qui affectait les capitaux, alors ? insista Cid. Qui signait le déblocage des fonds ?

- Personne n’avait besoin de les signer ! Les crédits de recherche avaient été alloués par mon père il y a des décennies, en même temps que des centaines d’autres, et le conseil d’administration les reconduisait année après année. Est-ce que… Est-ce que vous avez ne serait-ce qu’une idée du nombre de projets que la Shinra avait en cours, au décès de mon père, à commencer par cette saleté de Deepground ? Des dizaines de millions de gils étaient engloutis chaque année dans la recherche et la sécurité ! A Je ne…

- Attendez, attendez un instant, le coupa calmement Tseng. Comment ça : « c’était loin d’être le seul labo à posséder des souches primaires » ?

La question, et surtout ce qu’elle impliquait, fit désagréablement frissonner toutes les personnes présentes.

- Est-ce que… commença Cid. Est-ce que ça signifie que toutes les cellules de Jenova n’ont pas été détruites ?

Cloud se redressa lentement, dans une sorte d’état second, et fixa Rufus comme s’il le voyait pour la première fois.

- Au réacteur, Sephiroth n’a pris que la tête de Jenova… réalisa-t-il avec effroi. Cid, Sephiroth n’a pris que sa tête !

- C’est bien sa tête, que nous avons récupérée au cratère nord, ce jour-là, acquiesça Elena. Ou du moins ce qu’il en restait, précisa-t-elle avec dégoût.

Barret se leva à son tour et fit jouer les articulations de sa main mécanique avec un rictus haineux.

- Où est le reste du corps ? demanda Cid en s’avançant vers le jeune président de la Shinra, menaçant.

Ce dernier lança un regard suppliant à Tseng et à Elena mais ceux-ci ne firent pas mine de bouger un orteil. Ils avaient risqué leur vie pour récupérer la tête de Jenova, subi les pires tortures pour la garder à l’abri et voulaient des réponses.

- OU, BORDEL ?! hurla le pilote au visage de Rufus en le voyant détourner la tête.

***

Dans l’infirmerie, la panique était totale.

Shalua et son assistant essayaient désespérément de faire respirer Yazoo sous les regards inquiets de Reno et Rude qui, envoyés pour remplacer les hommes toujours en faction dans le couloir, n’osaient pas esquisser un geste.

Vincent, le visage défait, surveillait la machine qui contrôlait les fonctions vitales de l’argenté.

- Je n’y arrive pas ! cria Merill en essayant d’introduire une tubulure de plastique rigide dans la gorge de Yazoo. Les convulsions ont contracté le larynx. La trachée est totalement fermée !

Shalua jeta un oeil à l’écran de contrôle.

- Une minute et quarante secondes… annonça-t-elle.

- Shalua, ça ne passe pas ! Il est en train de s’étouffer !

Vincent repoussa le jeune assistant affolé et s’accroupit derrière le lit de l’argenté, dont il tira la tête en arrière jusqu’à faire ressortir la pomme d’Adam comme une grosse écharde.

- Allez, ouvre-moi ce larynx, Yazoo… siffla-t-il entre ses dents en essayant de faire passer le support du tube de force. Ce n’est pas le moment de faire l’idiot, bon sang, ouvre !

Peine perdue.

- Merill, va me chercher un kit de trachéo ! ordonna Shalua en maudissant son bras amputé.

- Mais…

- Maintenant !

- Non ! intervint Vincent. Attends encore ! Je vais y arriver… Je vais y arriver…

- Une minute cinquante-deux, Vincent ! Je ne peux pas attendre ! Merill !

Le turk repositionna la tête, ouvrit grand la mâchoire et essaya d’introduire le tube à nouveau. Sans succès.

- Malédiction !

- Deux minutes douze ! Shalua ! supplia Merill en tendant un scalpel à la jeune femme.

- Vincent, tiens-lui la tête, ordonna-t-elle.

- Non ! J’y suis presque !

- Merde, tu vas pas lui ouvrir la gorge comme ça ! se récria Reno en s’avançant. C’est pas un goret !

- Reno… intervint Rude en le repoussant.

- Putain, il en a pas déjà assez bavé comme ça, tu trouves ?

- Elle sait ce qu’elle fait, Reno !

- Vincent ! supplia la jeune femme.

- Deux minutes vingt cinq sans respirer, Shalua ! avertit son assistant. Le coeur va lâcher !

- Vincent, je dois y aller !

- Non !

Elle inspira un grand coup, affermit sa prise et posa la pointe la lame à la base de la gorge de Yazoo.

Le fil entama la peau, une goutte de sang perla et…

- Ca y est ! s’écria Vincent en plaçant la tubulure.

Shalua leva le scalpel aussitôt et son assistant de hâta d’introduire le tube du respirateur dans le support rigide jusqu’à la moitié de la trachée.

Très vite, la poitrine se souleva et s’abaissa à plusieurs reprises à un rythme régulier.

- C’est bon, on le tient… murmura Merill, le regard fixé sur l’écran de contrôle.

Vincent, Reno et Rude laissèrent échapper un profond soupir de soulagement et la jeune scientifique se pencha sur son patient pour lui caresser maternellement le front et les cheveux.

- Ne me refais plus jamais un coup comme ça, Yazoo baby… Plus jamais, tu m’entends ?

Reno ricana.

- « Yazoo baby »… railla-t-il. Je croyais qu’un scientifique devait rester détaché pour faire correctement son taf.

Shalua lui rétorqua par un sourire en coin et rabattit le drap de l’argenté pour palper sa paroi abdominale.

- Si tu doutes tellement de mes compétences, poussin, débrouille-toi pour ne jamais tomber malade entre mes mains.

- Quoi ? Ca ne te dirait pas de tâter du « bébé Reno » ? Tu sais pas ce que tu perds ! affirma-t-il en tirant à demi la langue avec une grimace gourmande.

Il se pencha sur Yazoo et remarqua que la peau blanche était couverte d’une multitude de cicatrices en tout genre. Elles étaient si pâles qu’elles se voyaient à peine sur l’épiderme tendre mais, une fois qu’on les avait remarquées, leur nombre donnait le vertige.

- Merde… j’avais pas fait gaffe, dans la grotte, quand je l’ai attaché à la civière, murmura-t-il. Bizarre que tout le mako qu’on lui a envoyé dans le corps ne les ait pas fait disparaître.

- Le mako peut faire des merveilles, Reno, mais pas de miracles, soupira Shalua en posant le stéthoscope. C’est déjà bien qu’elles se voient si peu.

Elle recouvrit le corps pâle jusqu’au cou et le turk fit la moue.

- Si peu ? Je crois pas qu’il soit de cet avis, tu vois.

- Ouais, soupira Rude. Pauvre môme…

Shalua échangea un regard entendu avec Vincent et ce dernier se permit un franc sourire.

- Et moi qui croyais que les turks devaient rester détachés pour bien faire « leur taf », ironisa-t-elle.

Le rouquin allait répliquer par une pique spirituelle mais Merill ne lui en laissa pas le temps.

- Shalua, on va avoir un problème… fit-il, les pupilles vissées aux données de l’écran de contrôle. Ca recommence.

La jeune femme sauta sur ses pieds, lut par-dessus son épaule et blêmit.

- Remonte, chaton, remonte… supplia-t-elle en posant sa main valide sur le front de Yazoo. Ne me refais pas ça, mon ange, c’est vraiment pas le moment…

- Qu’est-ce qui va recommencer ? s’enquit Rude, dont le niveau d’inquiétude venait de remonter en flèche.

- Il a le rythme cardiaque qui disjoncte par moments, pour ce que j’ai compris, lui répondit son comparse.

- S’il convulse à nouveau, il est bon lui aussi pour la cuve, prévint Merill.

- Trop risqué, son organisme est déjà saturé de mako jusqu’à la limite acceptable.

- Les courbes s’inversent, Shalua… Le coeur s’emballe.

Celle-ci lissa les cheveux de mercure et s’assit sur le bord du lit.

- Il se rend malade à force d’essayer de reprendre ses esprits, soupira-t-elle. A vouloir le garder inconscient, nous sommes en train de le tuer.

- Ca replonge… C’est pas vrai !

La jeune femme secoua la tête, résignée.

- Il faut le réveiller. Prépare une injection, Merill. 20 millilitres devraient suffire. Vincent, débranche l’électrode bleue, tu veux bien ? Là-haut, sur la machine. Inutile que l’alarme se mette à hurler.

Rude et Reno échangèrent un regard circonspect.

- Euh… Attends une minute, intervint ce dernier. Tu fais quoi, là, Shalua ?

- Dehors, tous les deux, répondit la jeune femme. Hop ! Hop !

Les deux Turks hoquetèrent.

- Comment ça « dehors » ?

- Il doit se réveiller le plus sereinement possible et je ne veux pas que vos jolies « trognes » de bagarreurs soient la première chose qu’il voit en ouvrant les yeux.

Rude afficha la même expression que si on venait de lui asséner un coup de poing au foie.

- Tu sais que ça peut vexer, ça ?!

- Un peu, ouais ! acquiesça Reno. Euh… non.

- Comment « non » ? s’offusqua son compère.

- Non ! Je veux dire, oui mais non, c’est pas le problème ! Le patron a donné ordre de les garder comme ça jusqu’à…

- Jusqu’à ce qu’il meure ? le coupa Shalua. Ce qui vient de se passer ne te suffit pas ?

Reno ouvrit la bouche, parut sur le point de dire quelque chose, la referma, la rouvrit et ainsi de suite durant de longues secondes avant de lâcher un bredouillant :

- Mieux vaut en parler au patron d’abord !

- C’est ça. Allez-y donc.

Sur ce, elle injecta dans la perfusion de l’argenté le contenu de la seringue que venait de lui tendre son assistant et les deux Turks se précipitèrent hors du laboratoire.

- S’il y a du grabuge ou que vous entendez des bruits bizarres, appelez au secours ! lança Rude aux deux hommes toujours en faction dans le couloir avant d’être tiré sur les marches par son acolyte.

- Je croyais que vous veniez nous remplacer ! protesta le plus grand des deux.

- Fort ! ajouta Rude depuis le haut de l’escalier.

***

- « En sécurité », c’est pas une réponse valable, désolé ! hurlait Cid aux oreilles de Rufus. Pour la dernière fois : où sont les restes de Jenova ?

- C’est moi qui détiens ! lança une voix grave et posée depuis la porte d’entrée.

Cid et Rufus tressaillirent l’un comme l’autre et toutes les têtes se tournèrent vers l’homme qui venait de pénétrer dans la salle de conférences.

…à suivre

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Part 1 - Perdus dans l’espace, cernés par le danger… et en panne !

Voix off : Dans l’espace intergalactique multidirectionnel,  un vaisseau spatial, le Startrash,  voguait…ou plutôt cahotait vers les étoiles, propulsant l’amiral Cid Highwind et son équipage, vers le vide infini, grâce à ses puissants  moteurs hybrides diesel/jus de betterave (sans OGM).

Le producteur : Merde, Robert… C’est quoi cette histoire de betteraves, encore ?

Voix off : C’est des écolos, faut planter le décor, créer l’ambiance, tout ça !

Le producteur : Bah voyons… Et le plein, ils le font où ? Sur Vénus ?

Voix off : Chut ! Ca enregistreuhhh… Ahem ! Je disais donc que l’équipage du Startrash, après avoir échappé de justesse aux guérilleros sanguinaires, aux mouches tse tse, à la chtouille grimpante et à la fièvre aphteuse, voguait vers les étoiles…

…rien…

Voix off : Euh… Images !

…rien…

Voix off : Images !

…toujours rien…

Voix off : J’ai dit : « IMAGES », bordel !

FONDU

INTERIEUR VAISSEAU, SALLE DES MACHINES : Cid, Vincent.

Cid : Comandant Valentine, quelle est notre position ?

Vincent (qui feuillette rapidement son petit kamasoutra de poche illustré) : Euh… Attends voir…

Une pellicule de glace façon banquise se répand à partir des pieds de Cid et recouvre tout le sol de la salle des machines en une fraction de seconde.

Vincent (Pris d’un froid soudain, commence à sautiller d’un pied sur l’autre en se frictionnant les bras.) : Tain, on gèle ici, qu’est-ce qui se passe ?

Une vague de colère à haute tension fait exploser la banquise en grêlons qui s’abattent sur lui en même temps qu’un terrible :

Cid (écarlate) : Je veux parler de la position du vaisseau !

Vincent (largué 20 bornes derrière) : Ah ! Euh… Bonne question.

Cid (effondré) : L’interphone, Vinny, l’interphone…

Vincent (hurlant dans l’interphone relié au pont de commandement) : Sergent Tifa ! Où sommes nous ?

Tifa : Impossible à dire, mon commandant.

Vincent : Gnein ?

Tifa : Le caporal Kadaj a renversé du soda sur les claviers et le sucre a pris…

Cid (braille, vert de rage) : Du soda ?! Sur MES claviers, dans MON vaisseau ? Et qu’est ce que vous attendez pour faire venir l’équipe de maintenance ?

Tifa (manquant d’avaler son stylo supersonique à infrarouges violets) : Oui, amiral. Tout de suite, amiral.

FONDU

INTERIEUR VAISSEAU, PONT DE COMMANDEMENT : Tifa, Cid, Vincent, Yazoo, Loz, Sephiroth, Kadaj.

Tifa (penchée sur le micro de sa console) : Cloud ! Ramène tes fesses sur le pont de commandement !

Cloud (dont la voix grésille dans l’oreillette de Tifa) : Oui ben les guogues, y vont pas de déboucher tous seuls !

Tifa (hystérique) : Ca urge ! (dans un murmure) Le patron est en pétard…

Cloud : Ou est Seph ?

Tifa : Il est pas avec toi ?

Cloud : S’il était avec moi j’te poserais pas question, banane !

Tifa : La dernière fois, il était dans la soute. Y’a un moteur qui tousse, le joint de culasse a pété.

Cloud : Encore ? !

Tifa : Nan, la première fois c’était pas joint de culasse, c’est qu’il s’était pris les cheveux dans les turbines !

Cloud (c’est plus de l’esprit pratique, c’est de la radinerie) : Bah, s’il perd une jambe, il aura des réducs sur les tarifs de la SNCM ! (NDLA :  Société Nationale des Chemins de fer de Midgar. « SNCM, c’est possible » - d’appeler à l’aide ?) Qu’est-ce qu’il fichait dans le moteur ?

Tifa : C’que j’en sais moi ! Avant-hier on l’a bien retrouvé dans le sas d’évacuation du vide-ordures. J’ai bien mis cinq heures à lui décrasser l’aile. Mais magne-toi j’te dis !

Cloud : C’est bon, ça va, je vais le chercher ! Mais vous plaignez pas si ça dégorge !

Cid (qui vient d’arriver sur le pont de commandement avec Vincent) : Lieutenant Yazoo, y a-t-il quand même un moyen de déterminer notre position ?

Yazoo : Ben… On vient de dépasser une planète toute noire. Avant ça, y’en avait une toute verte et toute bizarre et maintenant y’a plus rien…

Cid (qui s’assoit avec difficulté et se donne une claque sur le front - mais non c’est pas l’âge, c’est les émotions fortes) : Mais qu’est ce que je fous avec une bande de bras cassés pareils ! Qu’est ce que j’ai fait pour mériter ça ?

Vincent lui tapote l’épaule, compatissant.

Vincent : Mais, non… Mais, non… Allez, allez…. Ca va s’arranger.

Patapatapatapata (bruit de pas précipités) Chplong (tiens, il a buté sur un truc) Haïïïeee (il s’est fait mal) Drlinglingdroingoingdringdring (bruit de trucs qui dégringolent et…Sephiroth apparaît, en salopette argentée anti-rayonnements-super-design (sans rien dessous), affublé de lunettes de soleil et d’un Walkman sur les oreilles. Il les regarde en faisant une bulle avec son chewing-gum sans sucre.

Sephiroth (décontracté) : S’lut ! Cloud m’a dit qu’y avait eu une cata ? (Loz lève la main et lui montre son clavier, qu’il examine minutieusement) Pffiiuuu ! Ah, ouais…

Loz : Et à part ça ?

Sephiroth (en mettant ses lunettes sur son front) : Faut tout virer !

Cid, Loz, Tifa, Yazoo (catastrophés) : QUOI ?

Sephiroth : les circuits sont bousillés, les boutons sont collés, et l’écran… c’est quoi ce truc gluant sur l’écran ?

Vincent (tout bas à l’oreille de Cid) : Quand je te disais que ça avait giclé…

Loz (qui a tout entendu, mesurant la distance entre son tableau de bord et le fauteuil de commandement d’un regard admiratif) : Ouaouh !

Cid (en toussotant, gêné) : Ahem ! Alors ?

Sephiroth : Alors faut tout changer !

Cid : Non ! Non, non, non et non ! On a besoin de ce tableau de bord tout de suite ! C’est urgent ! Toi comprendre ? U*R*G*E*N*T ! Lis sur mes lèvres ! Read on my lips : URGENT !

Sephiroth : Oui mais… non. Y’a pas d’alternative, désolé.

Loz : Et ça va te prendre combien de temps ?

Sephiroth (en enroulant une mèche de cheveux autour de son doigt) : Un ou deux jours. Trois ou quatre si on s’y met à plusieurs.

Yazoo : Hein ? J’ai pas tout suivi là…

Sephiroth (agitant la main) : Laisse tomber, c’était une blague.

Cid (fulminant) : Eh bien j’ai pas envie de rire, moi, mÔsieur ! On est perdus au fin fond de… de j’sais même pas où, d’abord, avec un tableau de bord bousillé et un joint de culasse en miettes !

Yazoo (d’une toute petite voix) : Et les chiottes bouchées, amiral.

Cid (se tournant vers Sephiroth) : Ah ! parce que c’est pas encore réglé c’t'histoire ? Ca fait trois jours !

Sephiroth (renfrogné) : Oui ben plaignez-vous à Cloud, c’est lui qui doit s’en occuper ! Il est hors de question qu’je foute les mains là-dedans ! J’avais dit à Aerith que son chili con carne c’était pas une bonne idée !

A la pensée du chili D’Aerith tout le monde entend ses tripes émettre des bruits bizarres.

Cid (qui doit quand même s’en prendre à quelqu’un pour passer ses nerfs du moment) : En attendant, si le tableau de bord est « dead », c’est à cause de Kadaj !

Sephiroth : Hein ?

Yazoo : Ouais… Il a renversé du soda sur le clavier de Loz.

Sephiroth (genre grand frère mitigé papa poule gonflé d’arrogance paternelle et bien décidé à mettre son frérot-fiston en face de ses responsabilités) : Appelle-moi ce sagouin !

Yazoo lui désigne du pouce une armoire remplie de composants électroniques.

Voix de Kadaj (qui se planque derrière) : Quel mouchard, çuila !

Sephiroth (qui tape-tape du pied, les bras croisées et le regard mauvais) : Sors de là ! Je peux savoir comment tu t’es débrouillé pour renverser du soda sur la bécane de Loz ?

Kadaj, pivoine, regarde Tifa, qui se détourne en sifflotant.

Kadaj : Bah… J’ai perdu le contrôle. (Et rajoute précipitamment :) De la bouteille.

Sephiroth : Ah ! t’as perdu le contrôle ! Eh bien maintenant, à cause de toi, on est dans la merde ! Alors la prochaine fois, ton coca tu le tèteras à la paille et dans un gobelet fermé !

Tifa ricane et Loz la regarde de travers, suspicieux.

Reeve (qui rentre, une éprouvette à la main) : Ca y est, j’ai trouvé !

Vincent : Quoi donc, doc ?

Reeve : Le champignon à l’origine de ta mycose des pieds ! (il met l’éprouvette sous le nez de Vincent) Regarde !

Cid dévisage Vincent d’un air dégoûté et tout le monde pouffe plus ou moins discrètement.

Vincent (entre ses dents) : Merci de la discrétion, Reeve…

Reeve : C’est à cause de tes chaussures en ferraille. Ca respire pas ! Faut vraiment que tu changes pour quelque chose d’un peu plus léger et ventilé.

Cid (en assénant une tape sur la nuque de Yazoo, qui s’étrangle de rire derrière un bloc-notes qu’il fait semblant de lire) : Doc, avez-vous pu analyser un échantillon de ce qui nous entoure.

Reeve : Oui, nous sommes visiblement au bord d’une sorte de trou noir. Mais c’est bizarre…

Yazoo : Quoi donc ?

Reeve : Bah le trou noir ! Il ressemble à une sorte de vapeur qui bouge…

Cid (à Vincent, en se tapotant la tempe du doigt) : Qu’est ce qu’il nous bave, là ?

Reeve : La vérité ! Je vois pas d’où ça peut venir.

Loz (montrant l’écran de contrôle du doigt, enthousiaste) : Moi je sais ! Moi je sais !

Tous se tournent vers l’écran et voient, flottant près du vaisseau dans une sorte de nébuleuse noire mouvante, une forme blanche inanimée avec de longs cheveux argentés.

Kadaj (fixant le truc) : D’où il sort, lui ?

Tifa (compatissante) : Il a l’air inconscient.

Cid (comme s’il regardait un rat de laboratoire) : Comment il fait pour respirer là dehors ?

Tifa (rêveuse) : C’est ses abdos, qu’on voit, là ?

Sephiroth : C’est quoi ce truc noir et bleu tout moche avec des tuyaux partout ?

Cid : Yazoo ! Plus grand, l’image !

Tifa (de plus en plus rêveuse) : Il est drôlement grand, non ?

Loz : On dirait un type en pantalon de pyjama et un homme-grenouille tout maigrichon avec une tenue de plongée ridicule !

Tifa : Eh, il nous fait des signes ! Coucou ! (Elle se tait en remarquant que tout le monde la dévisage avec une grimace consternée) Oh, ça va…

Yazoo : qu’est ce qu’ils font là, au milieu de nulle part ?

Reeve (sortant une calculette) : D’après mes calculs nous serions au point de symbiose d’une déchirure biotemporelle intergalactique à atomes structurants dont les strates métamorphosantes décomposent la masse.

Tout le monde le regarde avec des yeux comme des soucoupes.

Reeve (soupirant devant tant d’ignorance) : Ils ont du être aspirés ailleurs et recrachés ici.

Tifa : M’enfin, réveillez-vous ! On peut pas les laisser là ! Il faut aller les chercher !

Cid (sourire sadique) : Ben voyons ! Et… qui se dévoue, que je rigole ?

Tout le monde regarde ses pieds, le plafond, son voisin, ses ongles, etc.

Sephiroth (subitement inspiré, appuie sur l’un des boutons de l’interphone) : Reno ! L’amiral te demande sur le pont !

Voix ensommeillée de Reno : Ah ?

Sephiroth : Tout de suite !

Voix de Reno : O.K.

Les autres : Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! (Bruit des applaudissements nourris) Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! Bravo ! Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! Hip, hip, hip ! Clap ! Clap ! Clap ! Clap !

Sephiroth (saluant à la ronde) : Merci, merci ! Non, c’était rien, franchement… Merci ! Non, vous me gênez… Merci, Merci ! Merci !

…à suivre

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IX - Le colosse au visage d’ange

« C’est sous le voile des larmes

que se dénude le vrai visage de l’homme.»

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

Les alarmes grimpèrent d’un ton dans les aigus et Tifa tourna la tête vers son amie et son assistant, qui s’afféraient autour de l’un des trois lits adossés à un mur de moniteurs de machines complexes.

- Ca monte encore ! s’affola Merill, un garçon, d’une vingtaine d’années qui n’était pas sans rappeler à Tifa le Vincent qu’elle avait vu dans les premières vidéos du manoir. Il va lâcher !

- Bien sûr que non. Ca va aller. Hein, Yazoo baby ? Tu ne vas pas me faire ce coup-là ? Bien sûr que non… Chut… Ca va aller… Du calme… Chut…

Shalua, le visage soucieux et le regard rivé sur les courbes d’un moniteur, lissait les longs cheveux de mercure de son patient en une caresse maternelle et apaisante.

- Pourquoi ça baisse pas, bordel… gémissait sans discontinuer Merill. Pourquoi ça baisse pas…

- Ca va venir, patience… Allez, mon coeur, tiens le coup… Fais un effort, mon grand… Pense à tes frères…

- Rien à faire. Ca va lâcher. Merde… Merde… Merde…

- Patience, Merill.

Après une attente qui parut interminable dans une tension qui aurait pu faire crépiter l’air du laboratoire, les alarmes se turent enfin et les courbes, sur les moniteurs, reprirent une rassurante régularité.

Merill leva les yeux au plafond en une prière silencieuse et Shalua poussa un profond soupir de soulagement en caressant le petit visage ovale sur le front moite duquel s’étaient collées quelques mèches argentines.

Tifa, immobile sur le seuil du bureau, observait son amie, captivée par le moindre de ses gestes : la bienveillance qu’elle dégageait, cette façon toute maternelle qu’elle avait de remonter le drap bleu sur le corps pâle, de vérifier la perfusion ou de lisser les cheveux soyeux. Un comportement qu’elle l’avait vu adopter avec chacun de ses amis ou de ses patients, fussent-ils de parfaits inconnus.

Quelle différence entre la douce scientifique et les bourreaux en blouse blanche qu’elle avait vus à l’oeuvre dans les vidéos de surveillance…

Shalua adorait les gens et n’hésitait pas le montrer par des caresses, des sourires ou les petits noms affectueux qu’elle distribuait avec générosité et qu’elle donnait parfois même aux cadavres qu’il lui arrivait d’autopsier pour les services de sécurité civile de Reeve Tuesti.

Quiconque n’avait jamais vu Shalua parler de la pluie et du beau temps avec un mort entre deux papouilles et trois coups de scalpel ne pouvait pas se rendre compte du genre de personnage à qui il avait affaire !

Par beaucoup des côtés, bien que plus excentrique et impertinente, elle n’était pas sans rappeler Aerith.

Etait-ce la raison pour laquelle les deux jeunes femmes c’étaient prises aussitôt d’amitié l’une pour l’autre ?

- Ne reste pas plantée là, ma belle ! lança-t-elle affectueusement à Tifa. Ils ne mordent pas, entre !

Merill lui sourit et désigna une chaise à côté de l’un des lits avant d’aller vérifier les moniteurs contrôlant la cuve de Sephiroth.

- Asseyez-vous, miss Lockheart, proposa-t-il poliment.

- Approche, Tifa, la rassura Shalua, et tu verras qu’une fois endormis, les fauves les plus féroces ressemblent à de gros matous. Ou à de petits chatons, pour certains… ajouta-t-elle avec humour en désignant du menton Kadaj, littéralement roulé en boule en position fœtale dans le lit à gauche de Yazoo.

Tifa sourit malgré elle et prit place sur la chaise qui flanquait le lit de droite.

Loz, l’aîné des trois frères, celui qu’elle avait si durement combattu deux ans plus tôt, y était étendu sur le dos, les jambes puissantes et le bas du ventre recouverts par un drap bleu, un oreiller sous la nuque et une perfusion de liquide blanchâtre dans le bras.

- Qu’est-ce que c’est, Shalua ? s’enquit la jeune femme, troublée, en désignant les deux poches de liquide suspendues au-dessus du lit, l’une pleine et la seconde presque vide.

- Oh, ça ? Une expérience. Si tout ce passe bien, les tentacules commenceront à pousser cette nuit.

Merill laissa échapper un rire spontané et Tifa pouffa.

- Comment arrives-tu à plaisanter dans des moments pareils, Shalua ?

- C’est ce qui permet aux gens qui font mon job de ne pas devenir totalement dingues, ma belle. Et, sans vouloir jouer les vieilles radoteuses, tu ferais bien d’en faire autant.

- Dans ce cas… Où pousseront les tentacules ?

- Pas mal, pour un début ! railla la scientifique en plaçant un stéthoscope sur ses oreilles. C’est un cocktail à base de glucose, que veux-tu que ce soit d’autre ? Tiens, d’ailleurs, si tu pouvais tendre ta jolie main et pousser le petit bitoniau rouge sur le « 2 » avant que le pauvre chéri ne se retrouve à sec… Non, pas sur la bouteille, sur son bras. Oui, là. Merci.

Elle se concentra ensuite sur les battements du coeur de Yazoo, le regard fixé sur les écrans de contrôle.

Tifa, actionna donc ce qui ressemblait à un petit interrupteur en plastique, à la base de l’aiguille de perfusion, et réajusta le sparadrap en parcourant du regard toute la longueur du bras athlétique, craignant que la grande main ne prenne soudain vie pour se refermer sur sa gorge.

Rien de délicat ou de fragile sur cet harmonieux ensemble de chair, de peau et d’os. Tout suggérait la puissance à l’état brut, une force colossale dont elle avait eu un aperçu dans l’église en ruine, il y avait presque deux ans.

Dans son immobilité, cette puissance paraissait annihilée mais c’était pourtant bien sur une arme - ô combien redoutable - que la main de la jeune femme était posée.

Cette proximité du danger avait quelque chose de grisant et d’inquiétant à la fois, évoquait le risque, la violence, la sauvagerie d’un fauve…

Face à une telle puissance, elle était démunie, elle l’avait amèrement constaté, mais, pour l’heure, cette puissance était inactive.

Etrangement inactive, d’ailleurs ; cela en était presque inquiétant.

Tifa déplaça un peu la main pour sentir battre le pouls, au creux du bras, et un muscle se durcit sous ses doigts, lorsqu’elle bougea l’aiguille de la perfusion par mégarde.

Le grand corps était donc non seulement bien vivant mais réagissait un peu à ce qui l’entourait.

Endormi mais pas insensible.

Apaisante, et comme pour effacer le souvenir de la douleur qu’elle avait involontairement provoquée, la main de Tifa se fit presque caressante en épousant la courbe du bras puissant aux muscles incroyablement durs… et doux comme le marbre.

Diable ! Comment un homme pouvait-il avoir une peau aussi lisse ?

Curieuse, la jeune femme explora du bout des doigts la partie interne de l’avant-bras, plus souple et plus claire encore que le reste, et remonta à nouveau jusqu’au creux du coude, suivant le chemin d’une veine qu’on apercevait par transparence.

La peau était si douce qu’elle en paraissait presque soyeuse.

Surprenant…

Etait-ce l’un des effets secondaires du mako sur l’épiderme ?

Elle en détailla le grain à la lumière tamisée du laboratoire et rien n’échappa son examen attentif : une griffure sans gravité sur le biceps, le tatouage noir « J8 » sur le haut du bras, déformé par la croissance comme une cicatrice enfantine, la marque d’un pli du drap sur l’épaule et, derrière l’oreille, une petite mèche rebelle collée à la peau moite, dans le creux où la chair semblait plus tendre…

L’oreiller coincé derrière la nuque de Loz soulevait un peu le haut de son thorax, lui rejetant les bras en arrière, ce qui avait pour effet d’élargir encore ses épaules et de projeter son torse en avant, faisant saillir les muscles pectoraux de façon presque provocante tout en accentuant l’étroitesse de ses hanches.

Admirative, Tifa considéra les muscles fortement dessinés et l’allure élégante et très virile de sa silhouette, son torse formant un V parfait.

Dans le lit étroit, Loz semblait encore plus grand que dans l’église.

Dieu, quelle redoutable machine de guerre la Shinra avait créée là !

Sans se rendre réellement compte de ce qu’elle faisait, un peu comme on caresse la fourrure soyeuse d’un animal par réflexe, elle fit glisser la main sur l’ample poitrine qui, dans sa nudité, offrait les sensations les plus étonnantes, à commencer par cette curieuse odeur sucrée, si entêtante…

Les doigts de Tifa parcouraient avec agilité la surface onctueuse du torse, frottant un peu la peau pour en accentuer le parfum. Ses phalanges écartées trouvaient parfaitement leur place sur les reliefs, s’y logeaient, creusaient les carrés saillants des muscles abdominaux et, sur les flancs, elle sentit, toute proche, la résistance des côtes.

Et cette odeur… Bon sang, cette odeur…

Elle se pencha un peu pour la sentir presque à même la peau tiède, si bien que ses longs cheveux bruns vinrent effleurer la poitrine de Loz et l’aréole rose de son sein, qu’elle caressa involontairement de son souffle, faisant se hérisser la peau.

- Beau bébé, hein ? chuchota Shalua à son oreille, la faisant descendre d’un coup des sommets sensuels où elle s’était hissée.

Tifa recula d’un coup, comme si un serpent venait de la mordre, et piqua un fard comme rarement Shalua avait eu l’occasion d’en voir sur le minois de son amie.

- Pardon, je ne… Désolée.

Elle leva les yeux vers le visage de Loz, craignant presque de le voir la dévisager de ses étranges yeux félins couleur mako, son hideux sourire sarcastique lui déformant la bouche, mais ses paupières étaient closes, ses longs cils frôlant presque ses pommettes hautes.

Tiens…

Sans leur aspect agressif, ses traits devenaient étrangement gracieux : un front large et lisse, de délicats sourcils obliques, un nez élégant, fin et droit, des lèvres un rien boudeuses, pleines et joliment ourlées…

Plus anguleux et viril que celui de ses frères, le visage du jeune homme était indubitablement séduisant, personne de sensé ne pouvait le nier.

- Ne t’excuse pas, la rassura Shalua en passant la main dans les courts cheveux argentés du dormeur d’un geste doux. Contrairement à Kadaj, les contacts physiques semblent apaiser les jumeaux. Pas vrai, mon grand ?

Une larme roula sur la tempe pâle de Loz et se perdit dans ses cheveux de mercure.

Tifa hoqueta.

- Il… On dirait qu’il pleure !

Shalua sourit et essuya les grands yeux en amande à l’aide d’une compresse stérile.

- Il rêve, ce n’est rien. Il est sensible, notre grand costaud…

- Qu’est-il arrivé à l’autre, au fait ?

- Yazoo ? Son rythme cardiaque s’emballe par moments ou ralentit dangereusement. J’ignore pourquoi. C’est pas tout ça, ma belle, mais il faut retourner là-haut, je le crains.

Tifa se leva d’un bond, trop heureuse de quitter l’ambiance devenue un peu oppressante du laboratoire, mais ne put s’empêcher de jeter un dernier regard au grand corps qui l’avait tant troublée.

- Tu as l’air d’avoir une tendresse particulière pour… « Yazoo baby », ne put-elle s’empêcher de faire remarquer en grimpant l’escalier qui menait au premier.

- Tu comprendras pourquoi dans un petit moment, ma belle, répondit Shalua avec gravité.

Son amie grimaça.

- Et pourquoi ai-je l’impression que ça ne va pas me plaire ?

La soeur de Shelke lui tapota le dos de sa main valide.

- Courage, c’est presque fini. Et si tu es bien sage, ajouta-t-elle au creux de son oreille, taquine, je t’autoriserai même à soulever le drap du beau Loz, la prochaine fois…

- Shalua ! s’écria Tifa, mi-choquée, mi-amusée.

- Tu ne seras pas déçue. Aussi costaud qu’il en a l’air, parole d’honneur.

Piquée par le jeu, son amie lui lança une oeillade assassine.

- Aussi costaud que notre très séduisant et très marié « Cid baby » qui t’a dévorée des yeux toute la soirée, tu crois ?

Shalua gronda et poussa la porte de l’escalier donnant sur le couloir du premier.

- Ca, c’était un coup bas !

Sur le pallier, Reno se planta devant elles, les bras croisés, la mine défaite et le regard grave.

- Ravi de voir qu’il y en a qui arrivent encore à se marrer…

- Tu es bien la dernière personne que je m’attendais à entendre faire ce genre de remarque, Reno ! nota Tifa.

- Alors ? insista le turk. C’était quoi l’alerte ? Le patron s’inquiète.

- Une petite arythmie de la part du « spécimen J9 », répondit Shalua. C’est réglé.

- O.K. Je transmets.

Il disparut dans le couloir et Shalua agita sa main valide devant son nez pour chasser un léger relent d’alcool.

- Tu sens ? demanda-t-elle à Tifa.

Celle-ci laissa échapper un petit sifflement ironique.

- Je ne suis pas scientifique mais je ne pense pas m’avancer en disant que c’est pas des phéromones au mako, ça…

…à suivre

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VI - Désirable comme le mari d’une autre

«On n’appartient qu’à soi-même et c’est à soi-même

qu’on doit la fidélité la plus importante.»

Robert Blondin

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

« Mère… Je les sens à quelques pas de moi. Je sens leur terreur. Je dois les rejoindre. »

« Pas encore. Patience. »

« Ils sont si affaiblis, mère… Si vulnérables… Surtout Kadaj… Il est si jeune…»

« Vincent veille sur eux, ne t’en fais pas. »

« Ils luttent pour se réveiller mais quelque chose les en empêche. Que leur a-t-on fait, mère ? »

« Rien de grave, ils dorment paisiblement. »

« Non, leur sommeil n’a rien de paisible. Je sens leur détresse. Et je la sens, elle. »

« Elle ? »

« Elle rampe vers eux, mère, vers les recoins les plus marécageux et les plus sournois de leur esprit, comme un ver nécrophage attiré par la pourriture… »

« Jenova ? Déjà…»

« Elle guette le moment opportun… Mère, ils sont si fragiles ! »

« Elle ne les aura pas. Vincent l’en empêchera. »

« Vincent ne sent pas leur douleur. Moi, oui. Ils sont une partie de moi. Je dois les aider. Je dois les rejoindre ! »

« Non, mon fils, non, c’est trop tôt. Tu es trop faible. Tu ne pourras pas lui résister. »

« Alors aide-les, mère. Laisse-moi et va auprès d’eux. »

« Je ne peux pas te laisser seul à sa merci, mon fils. C’est précisément ce qu’elle veut. »

« Mais ils ont tellement peur, mère… Ils sont si seuls…»

« Je sais, mon fils. Je sais… Mais nous n’avons pas le choix pour l’instant, hélas. Hélas…»

***

Cid dévala l’escalier menant au laboratoire comme si sa vie en dépendait, les oreilles encore sifflantes des cris et des pleurs du petit garçon qu’avait été Sephiroth, l’estomac retourné par des visions atroces de scalpels, de seringues et d’instruments en tout genre mordant dans la chair et les os.

Au bas des marches, il fut stoppé par deux hommes en costume noir dont il pouvait clairement distinguer le renflement du holster sous la veste à la coupe cintrée.

- Je dois voir Shalua, les gars, fit-il d’une voix rauque.

Le plus grand des deux turks, un butor aux cheveux noirs avec une curieuse cicatrice sur le front, fronça les sourcils en remarquant le fine pellicule de sueur sur le front du pilote et le tremblement de ses mains.

- Vous ne vous sentez pas bien ? demanda-t-il aimablement.

- Si je me sentais bien, je ne me serais pas donné la peine de descendre à cette putain d’infirmerie ! rétorqua Cid, impatient.

Le turk se raidit un peu mais ne releva pas le sarcasme et lui demanda avec un calme olympien :

- Vous êtes ?

- Cid Highwind. Vous voulez une empreinte ADN et une analyse d’urine où ça va aller ?

A la mention du nom, l’homme se raidit et se hâta de décrocher son téléphone portable de sa ceinture pour prévenir Shalua.

Le pilote remarqua le paquet de cigarettes qui dépassait de sa poche et se détourna avec un gémissement douloureux.

- Vous pouvez y aller, amiral Highwind, annonça cérémonieusement le turk en lui ouvrant l’une des portes du couloir souterrain.

- Trop aimable !

Cid pénétra dans un petit bureau impeccablement rangé dans lequel flottait une odeur entêtante d’éther mêlée à… A quoi d’ailleurs ?

Il renifla.

Ce n’était pas désagréable, en fait. On aurait dit un parfum floral indéterminé, très sucré ou… Du caramel ?

Shalua pénétra dans la pièce par la porte opposée et sourit avec une certaine gêne.

Le pilote eut un frisson désagréable en pensant que Sephiroth et ses comparses étaient peut-être juste à côté, uniquement séparés de lui par le mur du bureau à demi-recouvert d’un épais rideau noir - un miroir sans tain ?

- Vous n’avez pas l’air bien, amiral Highwind, nota la jeune scientifique.

- Appelez-moi Cid.

Elle sourit.

- Eh bien, vous n’avez pas l’air bien, Cid.

Celui-ci hocha la tête, essuya la sueur de son front d’un revers de main et tira sur le col de son sweet-shirt pour dévoiler le haut de l’un de ses muscles pectoraux, sur lequel était collé un petit patch rectangulaire.

- Après ce que Vincent vient de nous montrer, je tuerai pour une cigarette et cette saloperie ne me fait plus aucun effet. Si je n’ai pas ma dose, je crois que je vais assassiner quelqu’un !

Shalua laissa échapper un petit rire clair et tendit sa main valide vers le patch pour l’arracher d’un coup sec afin d’éviter tout contact prolongé avec la peau tendue par l’impressionnante musculature.

- Quand l’avez-vous mis ?

- Ce matin.

Elle lut l’inscription sur le patch et secoua la tête.

- Trop légèrement dosé pour vous, je le crains. Quand avez-vous arrêté ?

- La dernière fois ? demanda-t-il, sarcastique. Il y a deux mois.

- Attendez-moi un instant.

Elle disparut à nouveau dans la pièce attenante mais non sans que le pilote ait remarqué la jolie cambrure de reins moulée dans la jupe - délicieusement mini ! - bordeaux et bleue ni les longues jambes fuselées au galbe accentué par des escarpins à talon haut.

Bon sang, cette fille était vraiment à croquer…

Se souvenant alors de la façon dont il avait réagi au début de la conférence, il plissa le front et réfléchit à la façon dont il pourrait rattraper sa maladresse.

Il n’eut hélas pas le temps d’aller au bout de ses réflexions.

- Ceci devrait mieux convenir à un grand garçon comme vous ! plaisanta-t-elle en brandissant l’emballage plastique argenté d’un patch de nicotine. Mais en attendant que ça agisse, mettez ça sous votre langue et laissez-le fondre. Ca va vous calmer un peu.

- C’est quoi ? demanda Cid, méfiant, en observant ce qu’elle tenait au creux de sa paume. Non, parce que les calmants ou les trucs comme ça, c’est pas mon…

- C’est moi le médecin, le coupa-t-elle avec un sourire carnassier. Alors on se tait et on obéit, mhh ?

Elle lui tendit le petit cachet blanc et il suivit ses instructions à contrecoeur, uniquement pour ne pas la froisser.

Après avoir déchiré l’emballage du patch avec ses dents, elle essaya de décoller le papier de protection mais, avec sa prothèse, cela n’avait rien d’évident.

- Laissez, je vais le faire, la secourut le pilote.

Plus gênée que jamais, Shalua lui tendit le patch en détournant le regard, le rouge aux joues.

- On vous a déjà dit que rougir vous allait diablement bien ?

Elle hoqueta, surprise par le compliment inattendu et Cid lui adressa un clin d’oeil mutin en collant le patch sur sa poitrine.

- Non ! l’arrêta la jeune femme en récupérant le carré de latex. Jamais à cet endroit. Ni dans le dos, ni sur le ventre, ni sur le cou. Le bras ou la cuisse et en alternant à chaque pose. Souvenez-vous-en.

Rougissant de plus belle, elle glissa la main sous son sweet-shirt jusqu’à son triceps et maintint le patch sur la peau le temps de compter jusqu’à dix - le coeur battant et les doigts frémissants au contact de la peau brûlante et des muscles fermes.

- Merci, murmura le pilote d’une voix rauque lorsque la main délicate abandonna le chaud refuge de son vêtement en frôlant sa poitrine d’une caresse involontaire.

Un long frisson le parcourut et sa peau se hérissa aussitôt, faisant se dresser ses tétons sous le coton.

« Merde… Ca fait tellement longtemps que j’ai pas baisé que je réagis au quart de tour. »

Il toussota pour se donner une contenance et ouvrit la bouche pour éructer une banalité destinée à masquer son trouble lorsque le téléphone de Shalua bipa à sa ceinture, annonçant un SMS.

- Nous devons remonter, annonça-t-elle après l’avoir lu.

Cid acquiesça, tout désir enfui à l’idée de visionner de nouvelles horreurs, et ne put empêcher une grimace écoeurée de déformer ses lèvres.

- Moi aussi, je m’en serais bien passé, ajouta-t-elle en remarquant la réaction du pilote.

Elle le précéda dans le couloir après un dernier coup d’oeil par la porte donnant sur ce qui devait définitivement être le laboratoire.

- Pourtant, ne put s’empêcher de remarquer Cid alors qu’ils gravissaient l’escalier, vous devez avoir l’habitude des trucs un peu gore, dans votre job.

- Oui. Je torture des petits garçons deux à trois fois par semaine. Quand j’ai de la chance, ajouta-t-elle, ironique. Mais habituellement je dois me contenter d’animaux ou de vieillards.

Le pilote se figea dans l’escalier et pinça les lèvres pour étouffer un juron.

Non mais il avait inconsciemment décidé de passer pour un mufle auprès d’elle ou quoi ?

- D’accord… soupira-t-il. A ma prochaine indélicatesse à votre endroit, vous aurez le droit me le gifler. Ca vous va ? Dites « oui », insista-t-il avec une moue suppliante de chien battu en lui tendant la main.

Shalua ne put s’empêcher de pouffer et se retint pour ne pas lui caresser le visage, sur les joues duquel elle voyait pointer une barbe blonde d’un ou deux jours.

Depuis quand n’avait-elle pas éprouvé cette sensation de picotement, à la fois exquise et cuisante, que l’on a en embrassant à pleine bouche un homme sur les joues duquel perce une barbe naissante ? Elle ne s’en souvenait même plus…

- Marché conclu, murmura-t-elle en serrant sa main tendue mais sans pouvoir quitter sa bouche si expressive des yeux.

- Ca marche, alors…

Elle franchit la dernière volée de marches de quelques petits sauts énergiques, ses talons hauts claquant sur les lattes de bois et le regard bleu perçant de Cid vissé à ses longues cuisses satinées.

Si elle n’avait pas été à un doigt de se jeter à son cou pour lui croquer les lèvres, il voulait bien se faire pendre !

Avant même de réaliser ce qu’il était en train de faire, il ôta son alliance et la glissa dans sa poche…

…à suivre

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II - Comme des rats dans un piège

« A semer le pain aux souris,

on attire des rats.

C. Chabot

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Colorisation : Akroma

Corrections : Arisu

***

Rude sortit de l’ascenseur en traînant des pieds et marqua une pause sur le palier.

Avec un soupir déchirant, il leva le regard vers la porte du bureau qu’il partageait avec Reno lorsqu’ils étaient cloués - comme c’était le cas depuis presque cinq jours - dans les locaux flambant neufs de la Shinra Corp.

A la seule idée de passer encore plusieurs heures enfermé entre quatre murs après avoir dû supporter une crise de “réunionite aiguë” avec Tseng et le « sieur » Shinra, son estomac fit des noeuds et émit un gargouillis inquiétant.

Nom d’un chocobo arthritique ! Ce qu’il pouvait détester rester là, à ne rien faire si ce n’est regarder des écrans de contrôle et compter les mégots de Reno qui s’amoncelaient dans le cendrier !

S’il n’avait craint d’être saisi par l’oeil des caméras de contrôle, il se serait mis à piétiner les dossiers qu’il tenait sous le bras et à jurer comme un contrebandier de mako.

« Allez, ce n’est qu’un mauvais moment à passer. » se raisonna-t-il en franchissant les quelques pas qui le séparaient du seuil de ce qu’il considérait comme son enfer personnel « Avec un peu de chance, peut-être qu’une ou deux bestioles bien enragées vont attaquer les employés du parc éolien de Nibelheim ou qu’un malade mental va s’introduire dans les labos du sous-sol et… » Il grimaça « Ouais… Et peut-être aussi qu’une fontaine de bière va jaillir au milieu du couloir ! »

- Merde, merde et remerde ! ronchonna-t-il à haute voix en poussant la porte du bureau maudit. Salut, ma poule, quoi de neuf ? lança-t-il à la cantonade en voyant son acolyte qui lui tournait le dos, assis devant un mur d’écrans de contrôle. J’ai un tas de paperasse à… Eh ! Oh ! Reno ! Je suis là. Je suis arrivé.

Pas de réaction.

- Reno ? Allô ? Ne me dis pas que t’es déjà rond comme une matéria ; il est à peine 10h00 du mat’ !

Il le rejoignit dans le but de le secouer un bon coup histoire de lui faire reprendre ses esprits mais, à peine avait-il avancé la main vers la chevelure écarlate, qu’il remarqua l’expression qu’affichait son compagnon - bien réveillé.

Reno, tendu comme la corde d’un arc et les yeux écarquillés fixés sur l’écran de contrôle qui lui faisait face, paraissait plongé dans un état quasi-catatonique, pétrifié par le choc. Sa bouche béait à un point tel qu’il tenait du miracle que la moitié des colonies de mouches de Midgar n’ait pas déjà pris leurs aises dans l’agréable et moelleux domicile.

- Reno ? Si tu voyais ta tête…

Pour toute réponse, et sans changer le moins du monde d’expression, ce dernier pointa lentement le doigt sur l’écran qu’il fixait sans sourciller.

Le regard de Rude glissa du visage de son acolyte à son l’épaule, suivit la manche noire jusqu’au poignet et, de là, l’extrémité du long doigt pâle pour se poser finalement sur l’écran de contrôle qui avait plongé son ami dans le trouble le plus extrême et dans un coin duquel on pouvait lire : « Mont Nibel / Camera 7 ».

Les yeux du turk s’écarquillèrent à son tour, signe de la plus grande perplexité.

Avec un grognement étouffé, il baissa un peu ses lunettes et s’approcha de l’écran jusqu’à le frôler presque du bout du nez.

- Tu vois ce que je vois, mec ? bredouilla Reno d’une voix à peine audible. Ou ce sont juste les effets secondaires de ma cuite d’hier ?

Très lentement, ils tournèrent la tête l’un vers l’autre.

Après un moment de flottement, ils clignèrent rapidement des yeux et, comme si un signal d’alerte silencieux venait soudain de résonner simultanément dans sous leurs deux calottes crâniennes, ils poussèrent un cri inintelligible et bondirent d’un même élan vers la console de communication interne, renversant tout sur leur passage.

L’énorme patte de Rude s’abattit sur le bouton d’alerte, menaçant d’écraser l’appareil pourtant solide sous sa paume, tandis que Reno s’égosillait dans le combiné au milieu des sirènes hurlantes.

- PATRON ! ALERTE !

« Reno ? Mais que diable se passe-t-il ? Pourquoi ce raffut ? »

- LES TARES SONT DE RETOUR !

« Quoi ? Les écologistes végétaliens qui ont voulu plastiquer le hangar de l’amiral Highwind ? »

- NON ! LE RAT DE LABO ET TOUTE SA PETITE FAMILLE !

« … Qui ? »

***

Le village de Nibelheim se préparait à fêter le solstice d’hiver à grand renfort de feux d’artifices, de musique et de spectacles théâtraux en tout genre. En quelques jours, la population du petit bourg avait pour ainsi dire été multipliée par deux et chaque auberge ou maison d’hôte affichait complet.

Il était midi passé et, dans les moindres ruelles, places et, surtout, dans le seul tout nouveau bar-restaurant du village, on se bousculait, flânait ou faisait des emplettes de produits « naturels » ou « de la ferme » - confitures, pâtisseries et conserves diverses.

Des touristes à Nibelheim ! Qui l’eût dit il y a seulement trois ans…

Mais il est vrai que depuis que Rufus Shinra avait fait du village un test grandeur nature en matière d’écologie et d’énergie renouvelable, Nibelheim était devenu une référence dans le domaine. La firme engloutissait des sommes astronomiques dans la recherche et, mois après mois, les besoins en mako diminuaient, au grand bénéfice de tous. Seul un réacteur de secours était actif - et encore ne fonctionnait-il qu’en cas d’extrême nécessité, d’urgence médicale ou pour les besoins des quelques expériences scientifiques dûment ratifiées par le congrès de déontologie, nouvellement créé.

Grâce aux efforts de Rufus et à son acharnement - sans doute aussi à son sentiment de culpabilité vis-à-vis de la planète -, bien des terrains exploités jusque là sans discernement par la Shinra avaient repris un second souffle et céréales, légumes et fruits sortaient de terre dans des proportions que personne n’aurait cru possible d’atteindre sans une aide chimique ou génétique.

- C’est vrai que tout a brûlé ? Ca paraît incroyable ! Tout semble si prospère et joli…

Shelke regardait autour d’elle et ne savait plus où donner de la tête. Des petites toitures de brique rouge aux murs chaulés et des fenêtres à croisillons aux portes sculptées et ferrées, les maisons de Nibelheim aux balcons ornés de fleurs d’hiver paraissaient sortir tout droit d’un conte pour enfant comme ceux que lui lisait sa soeur Shalua, il y a bien longtemps, avant que…

Elle secoua furieusement la tête pour chasser ses idées noires.

Repenser à la jeune femme - encore fragilisée par son récent coma - lui serrait le cœur mais elle devait être courageuse et faire bonne figure pour ses nouveaux amis. Revenir sur les lieux où ils avaient grandi et ceux où leur famille et beaucoup de leurs amis avaient trouvé la mort ne devait être facile ni pour Cloud ni pour Tifa. Loin de là…

Celle-ci hocha tristement la tête et chassa une longue mèche brune de son visage.

- Sephiroth a brûlé Nibelheim jusqu’aux fondations, oui. C’est la Shinra qui a tout reconstruit. Mais pas pour en faire ce qu’il est aujourd’hui, hélas. Enfin, pas tout de suite.

- Pourquoi, alors ?

- Pour cacher le fait que leur meilleur soldat avait perdu la raison et massacré des civils innocents.

Elle frissonna - pas seulement en raison du froid tombé en ce début d’après-midi - et resserra autour d’elle son long manteau gris, cadeau d’anniversaire de Shelke et de Shalua, qui, au fil des mois, était devenue sa meilleure amie, sa confidente et, à l’occasion, la baby sitter de Denzel et de Marlène.

Tiens, d’ailleurs, où étaient-ils passés, ces deux-là ?

- Partis avec Cloud voir le champ d’éoliennes, annonça Vincent en tendant un beignet fourré de confiture à Shelke. Quelle foule ! Tiens, goûte un peu ça. Lorsque j’étais gosse, les jours de foire, je tannais mon père pendant des heures jusqu’à ce qu’il m’en achète.

La fillette ne se fit pas prier et mordit dans le beignet chaud avec un plaisir non dissimulé.

L’ancien turk et Tifa échangèrent un regard mi-attendri, mi-amusé et cette dernière soupira en jouant avec le petit trousseau de clés qu’elle tenait à la main.

- Ca va aller ? s’enquit-il.

- Oui. Je… En fait, je ne sais pas quoi faire, Vincent. C’est une somme énorme mais…

- Mais tu as l’impression de vendre une partie de ton enfance.

Elle acquiesça et haussa les épaules.

Au vu de l’incroyable flambée du prix des maisons dans le village et des terrains environnants, Tifa s’était dit que c’était peut-être l’occasion de vendre celle de son père et de pouvoir enfin faire les travaux nécessaires dans le bar et la maison de Edge mais, maintenant qu’elle était au pied du mur et qu’un jeune couple lui avait proposé une somme astronomique pour la petite habitation et le jardin potager attenant, elle doutait de pouvoir s’y résoudre.

La jeune femme avait beau savoir que jamais elle ne pourrait plus vivre à Nibelheim et que sa maison n’était en fait qu’une copie conforme reconstruite par la Shinra après l’incendie, elle ne parvenait pas à couper totalement les liens avec cet endroit.

Vincent pressa son épaule de sa main valide.

- Tu n’es pas obligée de te décider tout suite. Prends le temps de réfléchir.

- A quoi bon ? C’est idiot ! J’habite Edge, maintenant. Nos amis, les enfants et leur avenir sont plus importants que… qu’un… « clone » de la maison qui m’a vue grandir. Sans compter que trop de mauvais souvenirs dorment ici…

- Tu prendras la bonne décision, j’en suis certain.

Tifa sourit et ouvrit la bouche pour le remercier lorsqu’un bruit de moteur et d’hélices se fit entendre au loin.

A l’instar des touristes présents, ils levèrent la tête pour voir de quoi il retournait et virent approcher trois hélicoptères de la Shinra, dont deux gros transporteurs de troupes, semant un début de panique dans le village.

Vincent s’assombrit et un mauvais pressentiment lui serra la gorge. Les souvenirs de la fête gâchée de Kalm par les troupes du deepground étaient encore bien présents à son esprit. Tout avait commencé ainsi : par une arrivée d’hélicoptères transportant des soldats armés…

- C’est Reno ! leur cria Cloud en fendant la foule apeurée, son cellulaire collé à l’oreille et poussant Marlène et Denzel devant lui. Il y a un problème au mont Nibel ! Où sont Cid et Barret ?

- Ils doivent nous attendre à la maison, comme convenu, répondit Tifa en brandissant son trousseau de clés et criant presque pour couvrir les exclamations affolées des badauds.

- Rejoins-les avec les enfants et enfermez-vous jusqu’à ce que Vincent et moi soyons de retour.

- Mais enfin, que se passe-t-il ? commença à s’inquiéter la jeune femme. Reno vous a demandé de le rejoindre ? Pourquoi ?

Cloud haussa les épaules et secoua la tête.

- Aucune idée mais, pour qu’il l’ait fait, c’est que ça doit être important.

- C’est pas juste, vous étiez en permission pendant encore cinq jours ! protesta Denzel, boudeur.

Vincent lui tapota la tête, rassurant, et Cloud piétina, impatient.

Depuis qu’il avait intégré les escadrons d’élite du Soldat, nouvellement reconstitués sous la houlette de Reeve Tuesti, le jeune homme prenait son rôle de “Première Classe” avec un sérieux excessif.

« Un sérieux maladif, oui… » ne cessait de répéter Tifa.

Cloud vivait chaque instant de sa vie de «héros» comme si c’était le dernier et que la survie de la planète entière dépendait des moindres de ses faits et gestes.

- Nous devons y aller, Vincent, ils nous attendent, insista-t-il.

L’interpellé hocha la tête et poussa le garçonnet dans les bras de Tifa.

- Prends garde à toi, Cloud, supplia la jeune femme, ne te…

- Je t’appelle dès que je peux, ne t’en fais pas ! la coupa-t-il en tirant l’ancien turk à travers la foule.

Tifa les regarda disparaître dans la cohue avec un arrière-goût dans la gorge. Et dire qu’elle avait longtemps nourri l’espoir qu’elle et Cloud…

Foutaises ! Maintenant que son ami d’enfance était devenu «le héros de Midgar», celui qui avait défait le «cauchemar de la planète», le terrible Sephiroth, et qu’il avait aidé à anéantir l’Omega, il n’avait définitivement plus que faire d’une femme, d’un foyer ou d’une famille bien à lui.

Bien qu’il refusât de le reconnaître à chaque fois qu’elle avait mis le sujet sur la table, il était clair qu’en intégrant enfin le SOLDAT, Cloud avait réalisé l’un de ses rêves d’enfant les plus chers. Elle se souvenait encore avec émotion de ce petit garçon timide qui lui avait promis de devenir un soldat fort et respecté pour pouvoir la protéger.

« A qui cette promesse bénéficiait-elle réellement, Cloud ? A toi ou à moi ? A qui faisait-elle le plus plaisir de nous deux ? »

Mais cette cruelle question, elle n’avait jamais osé la lui jeter à la figure.

Si Cloud aurait donné sa vie pour la protéger ? Elle n’en doutait pas une seule seconde. S’il l’aimait ? Bien entendu, elle en était absolument certaine. Mais comme un frère un peu incestueux ou un ami trop tendre et ce n’était pas ce qu’elle voulait. Non, ce n’était pas ce qu’elle voulait…

Plus maintenant qu’elle avait successivement passé l’âge des serments enfantins, des baisers sur le front puis celui des nuits d’amour sans lendemain. Désormais, elle avait besoin d’autre chose…

***

Dans la grotte du mont Nibel, il aurait été difficile de savoir qui, des soldats ou des hommes nus à la chevelure de mercure paraissaient le plus surpris ou les plus terrifiés.

Ces derniers - du moins les trois d’entre eux encore conscients - s’étaient recroquevillés les uns contre les autres et protégeaient le quatrième de leur corps transis de froid, faisant un dérisoire rempart de chair pâle entre eux et les hommes armés de fusils à cartouches paralysantes.

- C’est… C’est une plaisanterie ? bredouilla Cloud, figé par la surprise à l’entrée de la grotte aux côtés de Vincent.

Assailli par une foule d’émotions, de la colère la plus noire à la tristesse la plus poignante, le jeune homme se savait à ce moment précis incapable d’un geste, d’une parole ou de que quoi que ce soit de plus cohérent que la question stupide qui avait franchi ses lèvres…

…à suivre

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