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Chers petits frères ! (Part 4/5)

***

Auteur : Shiva Rajah

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Depuis plus d’une heure, Aerith et Tifa n’avaient que le nom de Sephiroth à la bouche et les garçons commençaient sérieusement à saturer.

“Dis, Loz, est-ce qu’il dort en pyjama ou en caleçon ? ” ;

” Il est plutôt douche ou bain ? ” ;

” Qu’est-ce qu’il aime manger ? ” ;

” Rasoir électrique ou à lame ? ” ;

” Il met quoi, comme eau de toilette ? ” ;

” Il lui arrive de faire des cauchemars ? ” ;

” Il est déjà rentré blessé ? ” ;

“Qu’est-ce que vous avez fait ? “.

Reno, à bout, finit par se lever du canapé, où ils avaient tous pris place à la lumière des bougies, et se planta devant les filles.

- Oh, ouiiii… Il était blessé à mort ! gémit-il d’une voix suraiguë de midinette. Tu te souviens, Weiss ? Du sang et de la sueur coulait sur son torse musclé, piailla-t-il en se frottant la poitrine à travers son t-shirt. Il était méga trop beau ! Alors on l’a défringué complètement et on l’a mis au lit tout nu. Après on a pris une grooosse éponge et on l’a lavé partout-partout-partout. Il avait la méga fièvre et il gémissait en se tordant dans tous les sens, ses beaux cheveux humides étalés sur les draps trempés de sueur ” Ahhh Ahhh Ahhh ” ! (Il reprit subitement son sérieux et fusilla les adolescentes d’un regard sarcastique) C’est ça, que vous voulez entendre ? Si vous voulez des sensations vraiment fortes, on peut aussi aller à la buanderie vous chercher l’un de ses slips sales !

Les filles virèrent au rouge écrevisse et garçons éclatèrent de rire.

- Vous vous croyez plus malins, quand vous regardez des photos de filles nues sur le net, peut-être ? rétorqua Tifa. Vous pensez qu’on vous entend pas ? ” Ouah ! Elle est trop bonne, celle-là ! ” ; ” Trop chaude, la meuf ! “.

- ” T’as vu ses nichons ? Je me la ferai bien ! ” renchérit Aerith d’une voix rauque, imitation grossière de ses camarades.

- En voilà un langage, pour des demoiselles ! railla la voix de Sephiroth depuis la porte du salon.

Il était nu-pieds, torse-nu, uniquement vêtu d’un léger pantalon de coton noir, et ses cheveux avaient été noués en une longue natte lâche qu’il dansait sur son épaule.

Tifa et Aerith se congelèrent sur place et les garçons rirent de plus belle.

- On vous entend rire depuis la chambre du bébé, reprit le Soldat en s’approchant pour prendre un biscuit salé sur la table basse, au risque de faire se liquéfier pour de bon les “demoiselles” présentes. Vous allez finir par le réveiller.

Nero tira sur son pantalon, que ce dernier retint de justesse - mais pas assez vite que éviter que les filles n’aient un léger aperçu particulièrement croustillant de ce qui se cachait dessous, même si ça ne dura que le temps d’un clignement de cils.

- C’est cause que Tifa et Aerith, elle arrêtent pas de poser des questions sur toi.

- Nero ! Arrête de t’accrocher aux vêtements des gens, le tança son frère.

- C’est pas qu’est-ce que j’ai fait !

Le soldat sourit en soulevant Nero. Dans ses bras, le garçonnet paraissait encore plus petit que d’habitude.

- Ce n’est pas ce que j’ai fait, reprit-il gentiment ce dernier.

- Mais c’est qu’est-ce que j’ai dit ! protesta le petit, les faisant tous rire. Bah n’empêche que c’est vrai, qu’est-ce que j’ai dit ! Aerith et Tifa, elles demandent plein de trucs bizarres et ça énerve tout le monde.

Les filles regrettèrent en cet instant de ne pas pouvoir se transformer en flaque d’eau pour de bon et se glisser entre les lattes du plancher.

- Des questions bizarres sur moi ? s’étonna Sephiroth d’un air faussement intrigué. Ah bon ?

Il était habitué depuis belle lurette à ce genre de réactions de la part des adolescentes - ou même de femmes plus âgées - et avait appris à passer outre. Mais il y avait en revanche une chose que personne, à l’Académie, ne laisserait passer : l’occasion de taquiner le petit Nero qui, par ses facéties, son langage enfantin souvent hilarant et sa bouille de chibi, était devenu au fil des mois la mascotte attitrée de tout le régiment. Il faut dire aussi que, Weiss et son frère étant orphelins, ils vivaient tous deux en permanence à la caserne de l’Académie de Midgar, ce qui avait fait de Nero un peu le petit frère - ou le fils adoptif - de presque chaque soldat.

- Oui, plein !

- Enfin, l’une d’entre elles a déjà trouvé réponse, général, intervint Reno, narquois. Nu sous le pyjama, les filles ! lança-t-il en désignant du pouce la partie de l’anatomie du soldat que Nero avait dévoilé par mégarde.

Les demoiselles piquèrent un fard carabiné, faisant redoubler l’hilarité des invités, et Sephiroth lança au rouquin une œillade critique.

- Reno…

Au premier, Kadaj donna de la voix et tous les adolescents pressèrent leurs mains sur leurs bouches en marmonnant des excuses.

- Eh voilà ! fit Yazoo à la façon d’un parent mécontent du comportement de ses enfants en faisant claquer ses petites mains sur ses cuisses avec un sérieux de pape. Vous avez réveillé le bébé ! Bravo !

L’expression qu’il affichait était si insolite pour un garçonnet de huit ans, qu’il y eut un court moment de silence avant que tout le monde ne ricane de plus belle.

- Yazoo ! railla Sephiroth, pris d’un fou-rire incontrôlable. Je crois que Nero commence à déteindre sur toi !

Ce dernier se raidit dans ses bras.

- Je déteins, moi ? Comme les t-shirts de Zack dans la machine à laver ?

Weiss faillit s’étrangler avec le soda qu’il était en train de boire.

- Quelque chose comme ça, oui. Ah ! Ah ! Ah ! s’esclaffa Sephiroth.

Nero fronça ses petits sourcils en croisant les bras sur son pyjama “Super-Mog”, l’air soudain très concentré, comme s’il venait soudain de penser à quelque chose de particulièrement important.

- D’accord… Alors c’est pour ça que je fais du noir partout !

C’en fut trop pour le soldat, qui dût le poser par terre et s’appuyer contre le mur pour rire tout son soûl.

Yazoo haussa ses petits épaules en voyant les “grands” rire comme des idiots etsauta du canapé pour prendre Nero par la main.

- Viens, on va voir le bébé.

- J’espère que je serais jamais grand, moi. Les grands sont trop bêtes.

Yazoo acquiesça d’un soupir déchirant et se dirigea vers l’escalier en traînant des pieds.

- J’en ai marre de cette famille… Ils ont vraiment aucun sens des “responsabilisations” !

A l’énoncé de cette sentence, l’hilarité des adolescents et de Sephiroth atteignit des sommets.

***

Loz, qui était monté derrière les garçonnets pour calmer le bébé jusqu’à ce qu’il rendorme, redescendit dans la salon pour constater avec déplaisir - ô combien ! - que Sephiroth était toujours là, orteils et torse à l’air, en train de grignoter du pop-corn en compagnie de ses amis et sous le regard dégoulinant d’admiration des filles.

Et le pire, c’était que la lumière dorée des bougies le drapait d’ombres particulièrement avantageuses qui accentuaient sa musculature parfaite.

Qu’à cela ne tienne, il n’allait pas se laisser faire ! Lui aussi avait un corps d’athlète !

Il s’arrêta à mi-hauteur de l’escalier, attendit quelques instants dans l’ombre pour être sûr que personne ne l’avait remarqué, et remonta discrètement dans sa chambre pour ôter ses vêtements et fouiller à la recherche d’un pantalon de pyjama uni - ce qui ne fut pas une mince affaire car ils étaient presque tous estampillés de super-héros ou de personnages de dessins animés. Au moment de l’enfiler, il renifla ses aisselles, tendit la main vers son déodorant mais hésita. Un sourire incurva soudain ses lèvres et il jeta le pantalon de pyjama sur le lit avant de se diriger vers la salle de bains…

Tifa allait voir ce qu’elle allait voir ! A bishonen, bishonen et demi !

Il croisa son reflet dans le miroir et fronça le nez.

Bon d’accord, peut-être pas “et demi” mais au moins “et quart”, allez !

***

- Qu’est-ce qu’il fabrique ? commença à s’inquiéter Sephiroth. Kadaj devrait dormir depuis longtemps.

Weiss repoussa son frère pour se lever.

- Je peux aller voir, si vous voul… Quand on parle du loup !

- Désolé ! s’excusa Loz en entrant dans le cercle de lumière des bougies. Kadaj m’a bavé dessus, j’ai dû prendre une douche. Ouh, là, là… C’est moi ou on crève de chaud, ici ?

Plusieurs paires d’yeux écarquillés le considéraient, certains admiratifs, d’autres complices ou amusés, et d’autres encore, comme ceux de Nero, ouvertement étonnés.

- Pourquoi que t’es en culotte ? demanda le garçonnet en désignant le boxer-short vert et noir qui lui moulait les fesses et les hanches.

Sephi se mordit la langue pour ne pas rire et les filles laissèrent leur regard courir sur la peau brillante, tendue par une musculature qui, malgré le jeune âge de son propriétaire, n’avait presque rien à envier à celle de son aîné.

- C’est un short de gym, Nero, pas une “culotte”, expliqua Zack, amusé.

- T’as oublié de te sécher ? s’enquit Yazoo à son tour. T’es tout mouillé.

- Je viens de dire que j’avais chaud, moustique !

- Alors pourquoi que t’as la peau comme les poulets de la cantine ? insista Nero.

Weiss, comprenant parfaitement ce qu’essayait de faire son ami, attrapa son frère par derrière et lui plaqua la main sur la bouche.

- Ca suffit, Nero, arrête de l’embêter. Alors, Reno ? Tu las finis, ton histoire ?

Reno reprit son récit - probablement une anecdote croustillante - et Loz prit place sur le canapé, entre Cloud et Tifa en défiant Sephiroth du regard.

Ce dernier lui sourit, pas le moins du monde impressionné. Il ouvrit même la bouche pour faire un commentaire malicieux afin de le taquiner devant ses amis lorsqu’il le vit serrer les poings et les mâchoires, l’affolement dansant dans ses grands yeux mako. Ce reflet si particulier, le soldat le reconnut pour l’avoir vu mille fois dans les yeux des jeunes recrues indociles, lorsque les officiers les passaient en revue et leur hurlaient des imprécations dans les oreilles pour “les mater” ou “leur forger le caractère”, comme ils disaient. Cette lueur, c’était la peur de l’humiliation. Ou plutôt, la peur d’être humilié sans pourvoir répliquer ou faire quoi que ce soit pour se défendre.

Il avait provoqué lui-même cette rage impuissante chez des aspirants soldats trop vaniteux des centaines de fois mais la voir dans les yeux de son petit frère lui tordit le ventre.

Loz n’était pas un jeune postulant arrogant et indiscipliné qu’il fallait mater. C’était son petit frère… Celui qu’il avait tenu dans ses bras, lorsqu’il était bébé, et qui venait se réfugier dans son lit lorsqu’il faisait des cauchemars, la nuit. Ce n’était ni un tir-au-flanc, ni un jeune coq prétentieux. C’était son “Lozy”, son “bébé nounours” même s’il était devenu à homme sans qu’il s’en aperçoive. Il n’était pas son ennemi. Alors pourquoi cette expression ?

Aerith, qui le dévisageait lui, Sephiroth, avec admiration dès qu’elle pensait ne pas être vue, rougit violemment lorsque Zack la poussa discrètement de l’épaule pour qu’elle cesse son manège et il comprit. Il comprit qu’en cet instant, il n’était plus le grand frère qui était là, parmi eux, mais le Héros de la planète, la “vedette” élevée sur un tel piédestal par les médias et la population qu’il en était devenu intouchable. Une seule moquerie, une seule parole désobligeante de sa part devant Tifa et Loz perdrait aussitôt toute crédibilité ou charme à ses yeux. C’est du moins ce que croyait son petit frère en cet instant. Il le lisait dans son regard…

Il profita donc d’une pause dans le monologue de Reno pour se pencher en avant par-dessus la table basse et refermer sa main sur la cuisse de Loz, tâtant le muscle avec une brusquerie toute militaire. L’adolescent se figea, attendant la réflexion cuisante qui ne saurait tarder.

- T’as encore pris des cuisses, non ? demanda Sephiroth le plus sérieusement du monde. Belle fibre. Combien soulèves-tu, maintenant ?

- Quat… quatre-vingt kilos, bredouilla Loz, ne sachant à quel sauce il allait être mangé.

Les filles laissèrent échapper un petit cri admiratif et Weiss lui asséna une claque dans le dos.

- Je te bats ! Quatre-vingt-sept, mon pote ! Désolé.

Nouveaux cris et Weiss fit gonfler son biceps, fier de lui, tandis que Sephiroth se resservait un verre de soda, un sourire énigmatique sur les lèvres.

Il attendit que l’excitation retombe un peu et laissa nonchalamment tomber :

- Lorsque Loz dit “quatre-vingt kilos”, Weiss, je crois qu’il veut dire “quatre-vingt kilos”… sur chaque jambe !

Reno faillit en laisser tomber son verre et Zack s’étrangla avec une chips.

- Tu déconnes, là ? bredouilla Weiss en se tournant vers Loz, sidéré. “quatre-vingt kilos” sur chaque jambe ? En même temps ?

Ce dernier haussa les épaules, un peu gêné.

- Pourquoi ? Tu fais comment, toi ?

- Oh, la vache ! s’écria Cloud, qui n’en croyait pas ses oreilles.

- Et vous, général ? s’enquit Aerith, rougissante. Combien soulevez-vous, si ce n’est pas indiscret.

Sephiroth sourit et secoua la tête.

- A peine quatre-vingt-dix. Répartis sur les deux jambes, s’entend. Loz est un phénomène. Sa morphologie est idéale. Une alliance parfaire entre force et souplesse. Il n’y a qu’à regarder.

Il désigna le jeune corps presque nu de son frère, que ce dernier avait pris grand soin d’huiler un tout petit peu après la douche sur la peau encore mouillée pour faire ressortir les muscles à la lumière des bougies.

- C’est vrai que tu… tu es vraiment très… très… bien fout… musclé, murmura Tifa, le coeur soudain battant en détaillant le physique parfait.

Comment diable avait-elle fait pour ne pas le remarquer plus tôt ?

Chacun y alla de son petit commentaire et Sephiroth sourit à son jeune frère, qui lui adressait à présent à regard débordant de reconnaissance.

Discrètement, il lui fit signe de monter s’habiller et lui montra Tifa avec un clin d’oeil. Loz comprit immédiatement le message : tu lui as donné un aperçu du paradis ; maintenant, referme la porte et laisse-là rêver à ce qu’elle a vu.

Et question séduction, Sephiroth en connaissait un rayon !

- Je vais enfiler quelque chose, je commence à avoir un peu froid, fit-il.

- J’y crois pas ! railla Reno. Monsieur n’aime pas qu’on mate, hein ? Monsieur est timide, en réalité !

Loz lui lança un baiser, railleur.

- T’en fais pas, ma poule, je te laisserai mater quand tu voudras, si ça peut de faire tellement plaisir !

Les autres rirent de bon coeur et, lorsqu’il revint, vêtu du pantalon de pyjama uni qu’il avait abandonné sur son lit peu avant et d’un débardeur noir moulant avantageusement un torse, qui promettait de devenir ample et vigoureux dans quelques années, il aurait juré que le regard de Tifa sur lui avait changé. Quelque chose brillait à présent dans ses beaux yeux noisette, lorsqu’elle le dévisageait, quelque chose qui lui mettait tous les sens en émoi.

Sephiroth observait discrètement les deux adolescents avec un petit pincement au coeur, se souvenant de ses premiers émois et de ses premiers chagrins d’amour.

Tous s’imaginaient - et en cela le service de communication de la Shinra avait fait un travail admirable - que le grand général, le héros de la planète, était à mille lieues de ces choses. Qu’il était un parangon de vertu et de droiture, une sorte de créature froide et insaisissable que des choses aussi vulgaires que le sexe, le désir ou les sentiments ne touchait pas. Mais tous se trompaient… Il avait été adolescent lui-aussi. Lui aussi avait pleuré pour avoir la permission de minuit. Lui-aussi avait rasé son duvet naissant plusieurs fois par jour en espérant le voir se transformer en barde et poils drus et virils. Lui aussi avait souillé ses draps en rêvant à des créatures de rêve aux seins énormes et aux jambes interminables. Lui aussi avait rêvé d’abandonner ses fichus petits frères pleurnichards et casse-pieds dans le désert afin d’en être définitivement débarrassé. Et tant d’autres choses encore…

- Qu’est-ce que t’as ? T’es triste ? Tu vas pleurer ?

Il tressaillit en entendant la petite voix de Nero, qui s’était glissé entre ses jambes pour agripper sa taille de ses petits bras.

Le soldat regarda autour de lui et vit que Loz et ses amis discutaient avec animation au sujet d’un jeu, semblait-il, s’il en croyait l’espèce plateau de bois que Yazoo brandissait.

- Non, pourquoi serais-je triste, Nero ? (Il souleva le garçonnet pour l’asseoir sur sa cuisse) Je repensais à l’époque où j’avais l’âge de Loz.

- Avant que tu sois vieux ? demanda Nero.

Sephiroth pouffa.

- Je ne suis pas “vieux”, Nero. Je suis une grande personne.

Le petit secoua la tête.

- Mhh… Mhh…

- Non ? Tu n’es pas d’accord.

- Weiss et Loz et Zack et Reno et Cloud… ils sont grands. Enfin… Cloud, je sais pas trop, ajouta-t-il après réflexion, faisant s’esclaffer le soldat. Mais toi, t’es vieux.

Sephiroth haussa les épaules, toujours aussi amusé par les réflexions du garçonnet.

- Bon, eh bien disons que je suis vieux, alors. Mais j’ai été petit, tu sais. Comme Kadaj.

Nero ouvrit de grands yeux horrifiés.

- Tu faisais pipi partout sur les gens ?

- Ah ! Ah ! Ah ! Nero… Parfois, on devrait te filmer ! Ah ! Ah ! Ah !

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XIII - L’Omega

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Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Yazoo, allongé sur le ventre, laissait Reno lui masser le dos mais n’en ressentait pas moins une certaine gêne. Il n’était pas habitué au contact des autres - hormis celui ses frères, bien entendu. A plus forte raison à celui d’un turk qui, il y a peu encore, comptait parmi ses ennemis !

- Ca va mieux ? demanda ce dernier en décrispant patiemment les muscles situés le long de la moelle épinière.

L’argenté acquiesça en silence, de plus en plus embarrassé.

D’abord un bain avec lui et maintenant ça !

Ca devenait carrément ” bizarre “…

Il avait beau savoir que Reno ne faisait tout cela que pour le soulager, c’était quand même un tantinet licencieux, il fallait bien le reconnaître.

A moins que ce ne soit uniquement parce que sa propre nature obscène lui faisait voir des choses étranges là où il n’y avait rien d’autre qu’une sincère aménité et l’envie de l’aider…

Honteux de ses pensées graveleuses, Yazoo enfouit son visage dans l’oreiller pour dissimuler au turk un embarras de plus en plus visible.

Peine perdue.

- Quelque chose ne va pas ? s’inquiéta Reno d’une voix douce. Tu as l’air mal à l’aise.

L’incarné tourna un peu la tête et le regarda du coin de l’œil pour éviter de lui dévoiler ses joues cramoisies.

Reno était penché sur lui, nu-pieds sur le sol, la chemise, à demi-ouverte sur son torse, retombant par-dessus son pantalon et les manches remontées sur ses avant-bras. Il lui souriait avec sérénité, la tête légèrement penchée sur le côté, sa longue queue de cheval d’un roux éclatant rabattue sur son épaule.

Le turk était visiblement détendu et décontracté, du moins essayait-il de le paraître pour ne pas indisposer Yazoo et cela le rendait incroyablement… sexy.

La rougeur de l’incarné s’accentua et Reno laissa échapper un petit rire.

- Oui, ça te met vraiment mal à l’aise, on dirait, hein ? demanda-t-il en se redressant.

Yazoo sentit les mains chaudes quitter son dos avec un petit pincement au cœur.

Maintenant que les doigts agiles ne courraient plus sur sa peau, il réalisait à quel point ce contact avait été agréable.

- Je… Je n’ai pas l’habitude qu’on me touche, bredouilla-t-il.

- Désolé, je voulais juste t’aider à faire passer les crampes.

- Non, je… C’était très… bien. Je veux dire… ça fait du bien. Mais c’est bizarre…

- Bizarre ? Comment ça ? s’enquit le turk, de plus en plus amusé par la maladresse de Yazoo.

- Je… Je ne suis pas habitué, répéta ce dernier. J’ai beau avoir reçu de la mémoire de Sephiroth ce genre de… de sensation, c’est… C’est très différent à vivre réellement. Les contacts physiques avec un être vivant, s’entend. Les machines, c’est différent.

Reno grimaça.

- Un robot masseur, ça doit pas être génial, si tu veux mon avis ! En tous les cas, je ne lui mettrai pas le dos entre les pinces, ça c’est clair !

Yazoo sourit, un peu plus détendu.

- Oui, je suppose.

Il se tut, ne sachant quoi ajouter.

- Tu veux que je continue encore un peu ? s’enquit le turk pour le tirer d’embarras.

- Oh… Je… Non, je… Ne te sens pas obligé, je…

- Ca ne me gêne pas ! le coupa le Reno en reprenant son massage. En fait, j’aime ça, si tu veux tout savoir. Ca me détend. J’aime le contact des gens. Les filles disent que suis une véritable pieuvre !

Les mains habiles malaxèrent agréablement les muscles de ses épaules et Yazoo soupira de plaisir.

- Elles reprochaient souvent à Sephiroth d’être distant, au contraire, dit-il.

Reno leva un sourcil, intéressé.

- Attends, ne me dis pas que tu as en mémoire ses parties de… ” jambes en l’air “, si ? (L’incarné pouffa et hocha la tête.) Sérieux ?

Yazoo acquiesça à nouveau.

- Tout comme mes frères. Enfin, je suppose.

Reno tiqua en essayant d’imaginer ce qu’on devait ressentir avec les souvenirs et des sensations aussi intimes de quelqu’un d’autre gravés dans la mémoire.

- Ca doit faire super bizarre…

L’incarné haussa les épaules.

- L’expérience tangible est très différente du souvenir, en réalité.

- Et tu peux ajouter : plus agréable… ajouta Reno avec un air faussement suffisant en agitant ses doigts devant le nez de Yazoo.

- Et bien plus agréable, oui, acquiesça celui-ci avec une moue entendue.

Ils rirent de bon cœur et, une fois encore, l’incarné se dit qu’il ne s’était encore jamais laissé aller ainsi. Il avait sans doute ri et souri plus souvent ces dernières vingt-quatre heures qu’il ne l’avait fait depuis qu’il était sorti de la matrice, quelques semaines plus tôt.

- C’est incroyable, de se dire qu’il était là, dans mon corps, et que je m’en souviens absolument pas… murmura Yazoo au bout d’un petit moment en observant la paume de sa main, où Sephiroth avait enfoncé ses ongles en refermant le poing dans un accès de rage.

- Nous allons essayer de tirer toute cette historie au clair dès demain, ne te prends pas la tête avec ça pour l’instant. Détends-toi.

Reno s’assit sur le bord du lit et repoussa les longs cheveux de mercure sur le côté pour avoir un meilleur accès à la nuque. Yazoo sentit un long et délicieux frisson lui descendre le long du dos, ce qui n’échappa pas au turk.

- C’est d’enfer, ça, hein ? demanda-t-il en glissant ses doigts dans les soyeux fils argentés avec un clin d’œil complice. Moi aussi, j’adore qu’on me tripote les cheveux. Ca me fait frissonner de la tête aux pieds.

L’incarné poussa un profond soupir de pur plaisir et frémit de plus belle.

- Kadaj mettait parfois la tête sur mes genoux et restait des heures comme ça, à se faire câliner. Ca me manque. Il me manque…

Reno massa la nuque gracile avec précaution. Comment diable un homme pouvait-il avoir un cou aussi délicat ? Yazoo, bien que mince, était large d’épaules, pourtant.

- Il n’est pas certain que Kadaj ait rejoint la rivière de la vie, tu sais… murmura le turk, presque à contrecœur.

Bon sang de bois, Reno ! Qu’est-ce qui te prend de lui lâcher des infos, comme ça ? T’es con ou quoi ? File-lui les codes d’accès aux bases de données secrètes de la Shinra, tant que t’y es ! “

C’était totalement stupide, il s’en rendait bien compte mais merde, quoi ! Ce mec avait l’air tellement triste, tout d’un coup…

L’incarné se retourna subitement sur le dos et le fixa, ses beaux yeux mako écarquillés, emplis d’un espoir auquel il n’osait pas encore s’accrocher.

- Il… Il est vivant ? bredouilla-t-il en s’asseyant pour agripper à la chemise de Reno. La Shinra pense que Kadaj est vivant ? insista-t-il dans un murmure, à quelques centimètres à peine de son visage

Son souffle court qui s’échappait, haletant, d’entre les lèvres charnues, chatouillait le menton de Reno et son rythme cardiaque battait la charge. Si l’on ajoutait à cela le regard vert mako suppliant, son visage de chaton mouillé tendu vers le sien et les cheveux en bataille, Yazoo, mec ou pas mec, aurait fait fondre le cœur d’un bahamut.

Le turk sentit un torrent de lave se déverser dans ses veines mais réussit de conserver un semblant de calme.

- Nous ne sommes sûrs de rien, chuchota-t-il à un souffle la petite bouche boudeuse. Mais c’est possible, en effet.

L’incarné laissa échapper une sorte de gémissement entre le cri de soulagement et la lamentation déchirante et colla le front contre la poitrine du turk, toujours agrippé à sa chemise.

- Faites qu’il soit vivant… gémit-il d’une voix à peine audible. Dieux de cette planète, qui que vous soyez, faites qu’il soit encore vivant…

Le souffle brûlant qui glissa sur sa peau moite, entre ses muscles pectoraux, fit frissonner Reno et, presque timidement, il entoura les épaules de Yazoo de ses bras pour le serrer contre lui.

- S’il est vivant, nous le trouverons… promit-il en se demandant vaguement pourquoi il tenait autant à le rassurer. Nous le trouverons, tu verras…

***

La forme ectoplasmique d’Hojo marcha de long en large, dans le laboratoire, visiblement très contrariée par le rapport des deux chercheurs du Deep Groung que Nero avait mis à sa disposition.

- Il semblerait que les cellules de Jenova empêchent la fusion avec l’Omega, monsieur. Je doute que, même si nous arrivions à faire aboutir la Réunion, l’entité accepte le corps de Sephiroth comme hôte.

Hojo tordit ses mains fantomatiques, fou de rage.

A travers la vitre sans tain qui formait un pan entier du mur de la pièce, il observa le cristal où reposait son fils, comme si les reflets mako, désormais ternis par les expériences ratées de fusion, pouvaient lui fournir une réponse. Point n’était besoin d’être scientifique pour voir que le mythique soldat allait de mal en pis. Sa peau ivoirine avait pris une teinte bleuâtre et était devenue si fine qu’on lisait à présent parfaitement le réseau complexe des veines. Les magnifiques cheveux de mercure avaient perdu de leur lustre, virant au gris terne, la bouche sensuelle était crevassée et de nombreuses fissures courraient sur le cristal sensé protéger le grand corps athlétique. Ou ce qu’il en restait…

- Malédiction !

Si l’organisme de Sephiroth n’acceptait pas l’Omega, l’opération n’avait aucun intérêt ! Son projet était un échec !

La porte du bureau s’ouvrit pour laisser entrer un jeune homme mince à la chevelure aussi ténébreuse que les volutes sombres qui tourbillonnaient autour de lui, menaçant de happer tout ce qui se trouvait à portée.

Ses bras étaient entravés dans une sorte de camisole de force renforcée de cuir et son visage délicat disparaissait presque entièrement sous un masque de contention venu d’un autre âge, d’une époque où la médecine et la psychiatrie tenaient encore plus de la torture et de la barbarie que de la science. Et comme pour finir de lui donner une allure aussi étrange qu’inquiétante, une grande paire d’ailes métalliques aux rémiges tranchantes et aux alules remplacées par des mains artificielles articulées, saillaient de son dos, menaçant d’écraser le corps frêle sous leur poids.

- Ma patience a des limites, professeur, fit-il de sa belle voix posée à l’indéfinissable accent aristocratique.

Ses yeux purpurins se voilèrent de colère et Hojo ravala sa hargne.

La détresse de ce garçon lui avait offert une voie royale pour avoir accès aux laboratoires du Deep Ground - sous prétexte d’aider son frère Weiss - et ce n’était pas le moment de tout ficher par terre pour un simple accès de rage.

- Mon cher enfant… commença le scientifique, mielleux. Le croyais que la vie de ton frère bien-aimé importait plus que tout.

Nero se raidit.

- C’est le cas. Mais il semblerait que vous accordiez plus de temps et d’énergie à ramener votre fils à la vie qu’à sortir mon pauvre frère de sa léthargie !

La forme opalescente d’Hojo s’approcha pour lui poser la main sur l’épaule.

- Je n’ai jamais considéré ceci, fit-il en désignant le cristal mako à travers la glace sans tain, comme mon fils. Ce n’était qu’une expérience. Et, aujourd’hui, il me permet de faire les tests nécessaires devant me permette de sauver Weiss. Regarde-le, Nero. Regarde ce qu’une mauvaise préparation peut faire. Observe sa peau, ses cheveux, ses jambes réduites à l’état de déchets mako… Tiens-tu vraiment à ce que ton frère serve de cobaye jusqu’à ce qu’on trouve la bonne méthode. Ou préfères-tu que ce soit lui ?

Le ténébreux frissonna.

- Quand aurez-vous terminé vos… ” tests ” ? Quand pensez-vous pouvoir aider mon frère ?

- Bientôt, assura Hojo avec un sourire qui ressemblait plus à une grimace qu’à un signe de consolation. Mais, pour cela, je dois me concentrer et ne pas être interrompu sans cesse.

Nero encaissa le reproche sans broncher et tourna les talons après un dernier regard menaçant qui en dit plus long que n’importe quelle diatribe. Il signifiait ” trahis-moi et je te détruirai “.

Le scientifique jura et alla s’appuyer contre le miroir sans tain, son front ectoplasmique contre la vitre.

Pourquoi cela ne marchait-il pas ? Pourquoi Jenova et Omega ne fusionnaient-ils pas ? Etait-ce pour les mêmes raisons que Sephiroth n’avait pu être accepté par la rivière de la vie ? Parce que l’Omega appartenait à cette planète et pas Jenova ?

Si c’était le cas, aucun des ” super-soldats ” qu’il avait créés ne ferait un hôte acceptable. Absolument aucun ! Tous avaient reçu les cellules de Jenova. Absolument tous !

Non…

Non, pas tous.

Tous sauf…

- Weiss… murmura Hojo.

Mais oui ! Comment n’y a-t-il pas pensé plus tôt !

Hormis Nero, nourri depuis qu’il n’était qu’un fœtus au mako stagnant, les membres du Deep Ground n’avaient reçu que du mako purifié. Certes, Hojo n’avait pu mener l’expérience à son terme mais les premiers résultats avaient été stupéfiants. C’est vrai qu’il n’avait pas assez de recul pour pouvoir étudier les effets secondaires et les mutations ou dégénérescences possibles mais il n’en était plus là, de toute façon ! Il fallait faire vite et, contrairement à ce qu’il avait espéré, Sephiroth ne ferait pas l’affaire.

Génétique oblige, il aurait bien sûr été plus facile pour lui d’intégrer le corps de son fils que celui d’un étranger mais puisque son rejeton ne pouvait supporter l’Omega…

Un sourire torve incurva ses lèvres fines et les deux scientifiques présents dans la pièce frissonnèrent.

Bien sûr, comme Nero, ils ignoraient les véritables objectifs d’Hojo et pensaient que c’était uniquement par amour de la science et par soif de connaissances que la mémoire et la conscience désincarnée du chercheur avaient survécu dans la toile mondiale. Nero était persuadé que, pour Hojo, Weiss était une énigme, un challenge scientifique à relever, et que c’était pour cela qu’il avait annihilé le nano-virus qui dormait en lui et cherchait à le sortir de l’étrange coma que cela avait entraîné.

En réalité, le chercheur n’avait rien annihilé du tout et avait juste endormi le virus et l’organisme du chef des Tsviets. Sous prétexte de chercher le meilleur moyen de le ramener à la vie, Hojo avait obtenu l’accès au laboratoire secret du Deep Ground, où il avait espéré implanter l’Omega dans le corps de son fils avant d’y installer sa propre conscience désincarnée - son âme diraient certains.

Oui, il avait projeté de voler le corps de son propre fils après en avoir fait l’arme de destruction ultime et cela sans aucun scrupule. Après tout, n’était-il pas le créateur de Sephiroth ? Et ce qu’on a créé, on est en droit de le réclamer comme sien, ou même de le détruire, si l’envie nous en prend, non ?

C’est du moins ainsi qu’Hojo voyait les choses.

Hélas pour ses ambitions destructrices, son incapable de fils ne lui servait à rien ! Et dire qu’il avait mis tant d’espoirs en lui… Il était l’expérience parfaite, l’arme ultime, ciselée, modelée durant des années pour devenir l’épée qui purifierait la planète et qu’est-ce qui avait eu raison de lui ? Une armée ? Une puissance occulte ? Une Arme surpuissante ? Même pas !

Sa propre conscience et son impardonnable sensiblerie…

Oui, sa maudite et stupide humanité ! Que ne lui avait-il nettoyé le cerveau alors qu’il en était encore temps !

- Maudit sois-tu ! Misérable déchet, expérience ratée. Tu es bien le fils de ta garce de mère… Inutile et stupidement, pitoyablement humain… Comme Lucrecia…

Mais même un déchet pouvait servir la science. Il y avait toujours quelque chose à récupérer dans une expérience ratée…

- Avez-vous découvert où se terraient les deux autres ? demanda-t-il aux deux chercheurs qui essayaient de se faire le plus petits possible.

- Non, monsieur. Le clone n’a pas réussi à faire parler le plus jeune.

Maudite Jenova ! Mais comment aurait-il pu prévoir une chose pareille, aussi ? Depuis quand des cellules de cadavre étaient-elles supposées avoir une conscience et posséder celui qu’elles infectaient ?

Le monde entier s’était-il donc ligué pour lui pourrir la vie ?

Il inspira un grand coup.

Du calme…

S’énerver était contre-productif et ne servait à rien.

Weiss… Il fallait qu’il se concentre sur Weiss…

Il tenait peut-être une nouvelle piste à explorer. Mais avant cela…

- Trouvez-les, quoi qu’il en coûte ! Trouvez Loz et Yazoo et amenez-les-moi ! Morts ou vifs, peu m’importe, désormais…

S’il abandonnait définitivement l’idée d’implanter l’Omega dans Sephiroth, il n’avait plus besoin que des cellules des trois incarnés pour guérir et compléter le corps de son fils. Il lui servirait d’enveloppe charnelle au cas où l’expérience avec Weiss échouerait.

Oui, en cas d’échec, le corps de son fils lui irait comme un gant ! C’était la seule chose à laquelle il pouvait encore servir, de toute façon.

Dans le cristal mako, un désagréable frisson traversa le corps torturé de Sephiroth. Comme un mauvais pressentiment. Un très mauvais pressentiment…

…à Suivre

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Chers petits frères ! (Part 3/5)

***

Auteur : Shiva Rajah

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- On pourra le faire, après le bain, dis, Aerith ? insista encore Yazoo.

Weiss, qui donnait le bain à Yazoo et à Nero tandis qu’Aerith s’occupait de bébé Kadaj - Loz étant de corvée de vaisselle avec Tifa au rez-de-chaussée - roula des yeux et enduisit les longs cheveux des petits garçons d’une bonne dose d’après-shampoing.

Ni l’un ni l’autre ne voulait qu’on touche à sa tignasse ” comme celle de grand frère “ mais de là un supporter un démêlage dans les règles, il ne fallait quand même pas pousser ! Imiter Weiss ou Sephiroth, oui ; supporter les tiraillements du peigne, hors de question !

Nero visa son compagnon de son pistolet à eau et celui-ci répliqua avec le sien, ce qui les fit rire aux éclats.

- Bon, ça suffit ! les sermonna Weiss, trempé jusqu’aux épaules. Tenez-vous tranquilles, un peu !

Mais la baignoire, que les garçonnets avaient remplie de jouets aquatiques, ne poussait guère à la modération ou au calme.

Nero frappa l’eau de ses petits bras pour éclabousser Yazoo et celui-ci en fit autant, envoyant des gerbes d’eau en tout sens.

- Eh ! intervint Aerith, dont la robe légère fut éclaboussée par l’eau savonneuse. Arrêtez, vous allez mouiller le bébé !

Kadaj, à qui elle venait d’enfiler un pyjama ” mog ” qui lui donnait l’air d’une peluche, ne semblait pas aussi soucieux qu’elle et tapait dans ses menottes en riant comme un petit fou.

Weiss, le t-shirt désormais détrempé, saisit les bras maigres de son cadet et lui fit les gros yeux.

- Nero, ça suffit, j’ai dit ! C’est aussi valable pour toi ! ajouta-t-il, menaçant, en défiant Yazoo du regard de faire encore la moindre vaguelette dans la baignoire.

Ce dernier, sachant très bien jusqu’où il pouvait pousser l’ami de son frère, baissa lentement les mains et détourna les yeux avec une grimace boudeuse.

- Alors ? On pourra le faire ou pas ? demanda-t-il encore.

- Invoquer les esprits n’est pas un jeu, Yazoo, on ne sait jamais ce qui peut arriver, expliqua calmement Aerith, Kadaj assis à cheval sur sa hanche.

Le garçonnet laissa Weiss lui démêler et lui rincer les cheveux - non sans couiner des chapelets entiers de ” Aïe ! Aïe ! Aïe ! ” aussi exagérés qu’inutiles - avant de répondre.

- Mais t’as dit que ça marchait sûrement pas et que c’était juste pour amuser les gens !

La jeune fille se tourna vers le postulant Soldat, qui haussa les épaules, ne sachant plus quoi dire pour dissuader le garçonnet. Durant tout le dîner, Yazoo n’avait cessé de harceler Aerith sur le ouija découvert dans la réserve.

- Pourquoi que tu veux faire venir des ” spris ” ? demanda Nero, qui se laissait sagement coiffer sans protester.

Il adorait que son frère s’occupe de lui et tant pis s’il lui tirait un peu les cheveux ou lui pinçait parfois accidentellement la peau avec une fermeture ou un clip ! ” Si on pouvait le greffer à la jambe de son frangin, Nero serait le plus heureux des gosses ! “ avait l’habitude de plaisanter Reno.

- Des ” ES-prits “, le reprit le frangin en question en l’aidant à enfiler un petit pyjama estampillé de bébés chocobos hirsutes.

- C’est quoi ?

- Des fantômes.

Nero se pétrifia et ouvrit de grands yeux effrayés.

- Tu veux faire venir des fantômes dans ta maison ? apostropha-t-il Yazoo tout en s’accrochant au t-shirt de Weiss comme si l’un d’entre eux risquait à tout moment de jaillir du bain qui se vidait en glougloutant pour l’attraper par sa petite jambe et l’entraîner dans le siphon.

Aerith éclata de rire.

- Mais non, aucun fantôme ne va venir. Il ne s’agit que d’un j…

Elle fut interrompue par le bruit caractéristique de l’ampoule de la salle de bain qui venait de griller et de plonger la pièce dans le noir complet.

Nero poussa un cri strident et Yazoo lui fit écho par réflexe.

- Nero ! gronda Weiss. Tu m’étouffes !

Kadaj se mit à donner de la voix et Aerith tâtonna pour aller ouvrir la porte, le bébé toujours dans les bras.

Il faisait aussi sombre dans le couloir que dans la salle de bains.

- J’ai l’impression que le disjoncteur a sauté, fit-elle en soupirant. Chut, chut, du calme, bébé, ce n’est rien.

- C’est bizarre… nota son compagnon en allant à la fenêtre pour jeter un œil dehors, son petit frère accroché à sa jambe comme une moule à son rocher. Il n’y a plus une seule lumière à l’extérieur non plus. Pas même sur la route.

- Une coupure générale, tu crois ?

- Ca m’en a bien l’air.

- Zut…

- Weiss, je veux pas que les fantômes ils viennent ! sanglota Nero en tirant sur son pantalon.

Une curieuse sensation de froid se fit autour de la jambe de Weiss, typique des ténèbres que pouvaient invoquer son cadet, et l’adolescent s’accroupit pour emprisonner les petites menottes dans ses grandes mains.

- Arrêt de faire ça ! Aucun fantôme ne va apparaître, c’est juste une panne électrique !

- J’ai peur !

- Nero, arrête ça tout de suite !

- Mais Aerith elle a dit que les ” sprits “, c’est dangereux !

- C’est toi qui nous mets tous en danger, pour l’instant, pas les esprits !

- Maiiiiiiisss !

- Je t’ai dit d’arrêter, Nero ! Tu veux une fessée ?

L’adolescent lui asséna une tape sur les fesses.

Les pleurs redoublèrent mais la sensation de froid disparut aussitôt… remplacée par une forte impression d’humidité.

- Nero… gémit Weiss, à bout.

- J’ai pas fait exprès ! sanglota de plus belle le garçonnet, toujours accroché à sa jambe.

*

Sephiroth, l’oreille collée à son téléphone, soupira.

- Oui, mère, j’y vais tout de suite. Je serai là-bas dans une demi-heure, tout au plus. Mais que s’est-il passé exactement ? Lâché ? Tu veux dire ” lâché “, vraiment ” lâché ” ? Irréparable ? Combien de temps ? Eh bien… Oui, mieux vaut qu’ils restent tous à la maison. Sans lumière ni signalisation, les routes sont trop dangereuses pour les laisser rentrer seuls ou pour que quelqu’un vienne les chercher. Non, Weiss et Nero devaient rester à la maison jusqu’à lundi, l’académie était prévenue. Par contre, Zack et Cloud devaient partir en patrouille d’initiation, avec les cadets, demain à l’aube. Je pense qu’au vu des circonstances, Angeal va annuler, de toute façon. Ne t’en fais pas, je m’en occupe. Tu t’occupes de faire prévenir les parents des filles ? Moi aussi, je t’embrasse. Bon courage, mère, tu vas en avoir besoin.

Il raccrocha et Angeal lui tapa sur l’épaule.

- Alors ?

Son ami secoua la tête.

- Le tube de décompression du réacteur mako a lâché.

- Comment ça, ” lâché ” ?

- Fendu sur toute la longueur. Ils doivent de changer et relancer les flux.

- Combien de temps cela va-t-il prendre, pour remettre le courant à Midgar ?

- D’après mère, au minimum 12 heures. Au pire 48.

Angeal jura.

- On avait bien besoin de ça !

- Je dois filer à la maison. Les garçons sont seuls et ils ont invité des camarades. Zack et Cloud sont avec eux. Tu veux que je te les ramène ?

- Non, garde-les avec toi, si ça ne te dérange pas. Je vais devoir reporter la patrouille d’initiation de toute faç…

” ACCIDENT SUR LA VOIE 8 ! UN TRAIN EST RESTE BLOQUE DANS SA SECTION 42. JE REPETE : ACCIDENT SUR LA VOIE 8 ! UN TRAIN EST RESTE BLOQUE DANS SA SECTION 42. MERCI AUX TROUPES D’ASTREINTE DE REGAGNER LEUR SECTION POUR RECEVOIR LES INSTRUCTIONS. “

- Ca commence… gémit Angeal.

- A mon avis, ça va être comme ça toute la nuit. Veux-tu que je reste ?

- Non, file chez toi. Les gamins doivent crever de trouille. Nous, on peut communiquer grâce au réseau interne mais les relais téléphoniques eux, ont dû tous tomber…

*

- Pas de réseau, annonça Cloud en refermant son téléphone portable.

Ils étaient tous réunis dans le salon, autour des deux torches électriques que Loz et Reno avaient trouvées dans la cuisine et le garage.

- C’est une grosse panne générale, on dirait, fit Zack. Peut-être un problème au réacteur. Quelque chose a pu sauter.

Loz se raidit et blêmit.

- Ma mère devait y travailler aujourd’hui…

Zack réalisa alors sa bourde et agita la main.

- Attends, je veux pas dire qu’il y a eu un accident ou un truc comme ça, non. Je parlais d’un problème matériel.

Tifa, comprenant les craintes du garçon, lui serra le bras.

- Je suis sûre que Jenova va bien, Loz. S’il y avait eu un accident grave, on aurait entendu une explosion ou quelque chose comme ça. Pas vrai, Zack ?

Ce dernier hocha vigoureusement la tête.

- Ouais, bien sûr. A tous les coups.

- On va mourir ? demanda Nero d’une toute petite voix en voyant leurs mines lugubres.

Il portait un ancien pyjama de Yazoo beaucoup trop grand pour lui mais Weiss n’avait pas prévu de change en cas ” d’accident “. Voilà presque deux ans que son cadet n’avait plus besoin de ce genre de précautions.

- Bien sûr que non, on ne va pas mourir, idiot ! s’emporta l’adolescent. C’est juste une panne électrique, enfin !

Nero eut un mouvement de recul devant le ton hargneux. Ses lèvres tremblèrent un moment et, malgré les efforts déployés pour les retenir, il éclata en bruyants sanglots en s’accrochant à la jambe de son frère (désormais recouverte d’un pantalon de pyjama de Loz) pour enfouir son petit visage dans le tissu de coton bariolé.

- Mais qu’est-ce qu’il a, aujourd’hui ? s’étonna Zack. Il n’arrête pas de chouiner. Ca ne lui ressemble pas.

Weiss laissa échapper un profond soupir.

- Je vous l’ai dit, il est fatigué. Cette crevette noiraude ne veut plus faire sa sieste l’après-midi et voilà le résultat !

- C’est pas vrai, j’suis pas fatigué ! sanglota Nero, suspendu au pantalon de son frère. Et j’suis pas une crevette !

Ce dernier retint le vêtement de justesse, manquant de se retrouver cul nu devant ses amis.

- T’aurais pas dû mettre ta ceinture à laver aussi dans la bassine ! railla Reno. Pas quand monsieur pot de colle est dans les parages, n’attendant qu’une occasion de jouer les ” porte-clés ” !

- J’suis pas un porte-clés ! s’écria le petit sans cesser de pleurnicher, faisant s’esclaffer tout le monde.

Le bruit des rires les empêcha d’entendre la voiture qui se garait dans l’allée. Ce furent les phares qui éveillèrent leur attention.

- C’est grand frère ! s’écria Yazoo en se précipitant vers la porte pour l’ouvrir juste au moment où Sephiroth s’apprêtait à glisser la clé dans la serrure.

Le garçonnet lui sauta dans les bras et les deux filles présentes laissèrent échapper un petit cri aigu qui exaspéra Loz.

Ca y est ! La ” star ” venait une fois de plus lui ” casser son coup ” ! Et dire que tout était si bien parti, avec Tifa… Il l’avait fait rire, elle avait adoré le dîner, ils avaient plaisanté et s’étaient effleurés à plusieurs reprises en faisant la vaisselle et, comble de la chance, la Déesse lui envoyait une panne électrique qui coinçait la jeune fille à la maison pour une durée indéterminée. Alors pourquoi fallait-il que Sephiroth arrive maintenant ? Pourquoi ! Pourquoi ! Pourquoi !

Merde, merde et re-merde ! “

- Tout le monde va bien ? demanda le Soldat en jetant un œil à la ronde. La centrale électrique a subi une grosse avarie et ne sera pas opérationnelle avant demain midi, au moins. Aerith, Tifa, un messager est allé prévenir vos parents que vous passerez la nuit ici, c’est plus prudent. Zack et Cloud, la mission d’entraînement de demain est annulée. Vous restez ici aussi.

Les garçons prirent sur eux pour ne pas sauter de joie et se contentèrent d’un sobre : ” Bien, Général. A vos ordres, mon Général. “

- Reno, reprit le Soldat. Je ne savais pas que tu étais là. Veux-tu que je fasse prévenir chez toi aussi ?

Le rouquin secoua la tête.

- Non, pas de problème, Général. Mon père est à Corel pour son boulot. Je suis seul à la maison. Je peux rester sans problème.

- Parfait, alors. Tout le monde a dîné ?

Loz acquiesça, de plus en plus contrarié.

- On a mangé, la vaisselle est faite et rangée, les gamins sont lavés et on s’apprêtait à faire un ” truc “, là. Alors, si tu as faim ou que tu veux prendre un bain, il y a ce qu’il faut dans le frigo et on a fini avec la salle de bain du premier.

Sephiroth leva un sourcil intrigué face au ton acerbe de son cadet mais en comprit vite la raison en le voyant se rapprocher de sa camarade de classe, comme pour faire un rempart entre son frère et elle.

Les yeux de son jeune frère paraissaient lui hurler : ” Dégage ! Tu vois pas que tu gênes, là ? “

Le Soldat reposa donc Yazoo sur le sol et hocha la tête.

- Bien, alors je… commença-t-il en se contrôlant pour ne pas rire. Je vais vous laisser entre vous. Je… Je vais prendre une douche et manger un petit quelque chose dans la cuisine.

- Oh mais, ne partez pas à cause de nous, Général ! s’écria Tifa en rougissant. Vous… Je veux dire… Nous serons honorés que vous acceptiez de rester… Enfin, ici… Pas dans la cuisine. Euh… Je… Nous…

Au fur et à mesure que le sourire narquois de Sephiroth s’élargissait, la rougeur et le bégaiement de la jeune fille s’accentuaient - au grand amusement de ses camarades.

Loz lança un regard réfrigérant à son aîné, le défiant de rester avec eux, et ce dernier agita la main.

- C’est gentil, Tifa, mais j’ai ramené du travail, fit-il en brandissant un dossier épais comme le poing. Amusez-vous bien et ne couchez pas Yazoo et Nero trop tard. Au vu du nombre, je crains qu’il ne faille sortir un ou deux sacs de couchage. Vous allez vous débrouiller ? Je me charge de Kadaj, ajouta-t-il en prenant le petit des bras d’Aerith.

Ravi, le bébé gazouilla et Sephiroth couvrit sa bouille de baisers bruyants tout en grimpant l’escalier quatre à quatre sous le regard attendri des filles.

- Ohahhh… C’est trop chou ! Il est trop sexy ! soupira Tifa.

- Tu l’as jamais vu le matin au réveil… maugréa Loz.

- C’est vrai, il a tout pour lui… renchérit Aerith, rêveuse, sans prêter attention à lui.

- Les joues barbues, une haleine de chacal et les cheveux comme une serpillère… poursuivit Loz, dans l’indifférence générale.

-Je veux bien me sacrifier et aller dormir sur le tapis de sa chambre !

Elles pouffèrent et les garçons échangèrent un regard effondré en secouant la tête, dédaigneux.

- Bon, vous avez fini, oui ? finit par intervenir Cloud. Vous vous êtes vues ? Vous êtes ridicules.

Ils partirent tous dans une discussion animée mais les filles ne semblaient pas prêtes à redescendre sur terre après avoir vu leur idole d’aussi près et en pensant qu’elles allaient passer la nuit sous le même toit que lui !

- Pourquoi qu’elles sont tout drôle ? demanda innocemment Nero à Yazoo en voyant les jeunes filles glousser, se tortiller et soupirer à qui mieux-mieux.

Son ami fit vibrer ses lèvres, méprisant.

- Toutes les filles font ça, quand elles voient grand frère.

- Pourquoi ?

Yazoo haussa les épaules.

- Maman dit que c’est un truc de grands.

- Ils sont bizarres, les grands, quand même…

- Ouais, c’est clair !

…à suivre

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X - La proie pour l’ombre

“Le méchant remue le couteau dans la plaie ;

la brute y plante en plus la fourchette !”

Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Journal de Rufus Shinra

Ne pouvant me résoudre à me rendormir, je suis allé dans la bibliothèque chercher des réponses à mes questions. J’ai fouillé dans ces livres où mon père a fait coucher par écrit toute l’histoire de ma famille.

Comme c’est ironique ! Lorsque j’étais enfant, je faisais tout pour échapper aux radotages de ces vieillards, qui me faisaient piquer du nez, et, à présent, j’ai recours à ces mêmes chroniques pour fuir ces cauchemars.

Il y a là des centaines de pages noircies d’écriture serrée, racontant des siècles de guerres, d’alliances et de tragédies. Je suis l’héritier de cette histoire et je dois protéger mon empire des maléfices et des mauvaises influences.

Je ne faillirai pas une seconde fois.

Je commencerai par écarter Sephiroth, puis je trouverai le moyen d’apaiser les dieux et la créature maudite qui nous pourchasse.

D’après ce récit, c’est bien un Démon qui gisait dans ce temple. Ce monstre, cet esprit errant de la nuit, avait l’apparence d’une panthère noire, mais d’après les légendes, il semblerait que ces créatures peuvent prendre n’importe quelle forme.

Si c’est une telle chose que nous avons réveillée, que les Dieux aient pitié de nous. Ces démons sont avides de sang et ne cherchent qu’à assouvir leur soif.

Il est dit que celui-là, au terme d’un combat acharné, réussit à terrasser le fondateur de notre lignée.

A l’époque, le Démon-panthère avait causé des dégâts dans plusieurs temples de la région. Le fils aîné du fondateur, mon aïeul, avait donc organisé une battue avec l’aide des villageois de la région. Pendant plus d’un mois, ils ont traqué la bête en vain. Elle apparaissait à la nuit tombée, tuait puis disparaissait dans les ténèbres jusqu’à son prochain forfait.

Ils l’ont finalement débusquée, acculée dans le plus ancien de nos sanctuaires, le temple de Gongaga, et mon ancêtre l’a achevée lui-même. Il a insisté pour que sa dépouille soit aussitôt scellée dans ce temple, construit par son propre père pour remercier les dieux de sa fortune. Un prêtre a ensuite apposé des sceaux, les portes du temple furent condamnées et l’accès fut bouché par des blocs de pierre.

Je me demande si ce n’est pas à dessein qu’ils ont minimisé les commémorations de ces événements. Peut-être mon aïeul se sentait-il coupable d’avoir mis tant de temps à arrêter le Démon.

Il y a plusieurs autres détails insolites, aussi. Je peux comprendre que mon ancêtre ait voulu mettre autant de protections que possible entre lui et le Démon, même mort, mais pourquoi ne pas plutôt incinérer le cadavre de la bête ?

L’emplacement choisi pour le temple est le plus curieux, cependant. Je pensais qu’il avait été creusé dans la roche spécialement pour y emprisonner les pouvoirs maléfiques d’un démon, mais d’après les textes c’est la première victime du monstre qui en a décidé la construction, et ce bien avant l’apparition de l’esprit.

Dans ces conditions je ne m’explique pas son étrange situation. Mes ancêtres n’avaient pas pour coutume de creuser des habitats troglodytes.

Il faut que j’en sache plus sur ce qui s’est passé, mais si même les chroniques de ma propre bibliothèque ne peuvent me répondre… j’ignore qui le pourra.

Peut-être en existe-t-il une copie plus complète ailleurs. Au musée cetra de Midgar, peut-être ?

J’ai tellement à faire et si peu de temps…

*

La première chose qui me frappa fut la foule.

De l’orée de la forêt qui longeait la rivière jusqu’au bord de cette dernière, les berges étaient noires de monde. Des centaines de personnes lavaient leur linge, faisaient boire les bêtes, pêchaient ou se baignaient.

Je n’osais même pas imaginer le nombre de saloperies que devait charrier le cours d’eau !

- Attendez ici, Monsieur, je vais chercher le saint homme, proposa aimablement Zack.

Je m’assis donc sur l’une des marches de pierre grossièrement taillées qui descendaient jusque dans l’eau et attendis patiemment tandis que le poulain d’Angeal se faufilait au milieu de la foule.

Mes longs - trop longs ? - cheveux argentés et ma haute taille attirèrent immédiatement l’attention et j’entendis des murmures et des rires s’élever dans les groupes de femmes vêtues de robes humides.

A mon grand étonnement, je me sentis rougir. Je baissai la tête et, chose qui ne m’était jamais arrivée jusque là, fis même des vœux pour qu’aucune d’entre elles ne m’approche ou ne m’adresse la parole.

Le moment passé avec Angeal dans le 4×4 m’avait-il vacciné à vie contre la gent féminine ?

Par contre, je laissai mon regard courir avec plaisir sur les corps masculins dégoulinants d’eau. La plupart des Gongagiens étaient minces et avaient des muscles secs et bien dessinés. Je me pris à imaginer à quel point leur peau devait être douce et parfumée lorsque Zack me toucha l’épaule, me faisant tressaillir.

- Le saint homme vous invite à le rejoindre dans la forêt sacrée, Monsieur.

Le cœur battant, je me levai et le suivis à travers la foule, ne pouvant faire autrement que de frôler les corps à demis nus.

Il m’entraîna à quelques cinquante mètres à l’intérieur des bois, où s’élevait un petit temple peint de couleurs vives. Là, à l’ombre d’un grand arbre aux branches ressemblant à des lianes et aux larges feuilles d’un vert tendre, se tenait l’ermite, assis en tailleur à même le sol. Il était entouré de plusieurs hommes et de deux femmes d’un certain âge qui l’écoutaient avec respect.

Dans ce curieux décor, il me parut soudain palpiter d’une étrange aura de sainteté, comme si une lumière invisible irradiait de sa personne.

Je mis cela sur le compte de mon appréhension et de l’angoisse que j’avais connue les nuits précédentes. Sans doute désirais-je voir en lui un être possédant quelque pouvoir susceptible de me délivrer du cauchemar éveillé qu’était devenue ma vie.

Zack s’inclina devant lui et lui tendit de la nourriture enveloppée dans un linge. Le saint homme hocha la tête en signe de remerciement et posa le paquet à ses pieds tout en me faisant signe d’approcher et de m’asseoir.

Les gens qui l’entouraient s’inclinèrent et s’esquivèrent discrètement.

Lorsque je le vis Zack se préparer à tourner les talons, je paniquai un peu.

- Tu ne restes pas ? demandai-je. Comment vais-je comprendre ce qu’il va me dire ?

- Il a demandé à rester seul avec vous, Monsieur, répondit le garçon. Vous comprendrez ce qu’il a à vous dire, ne vous en faites pas.

Malgré mon regard suppliant, il s’éloigna.

Comment allais-je parler à ce singe crayeux ? Je ne connaissais pas un seul mot de son étrange dialecte gongagien !

Je me tournai vers son visage impassible et mon estomac se contracta. Dans quoi m’étais-je donc encore embarqué ?

- Euh… Vous… Je ne… Euh… Zack did you explain my problem ? demandai-je en articulant exagérément.

Son expression ne se modifia pas.

- Do you understand what i say ? No ? Wutaïgo o hanashimasu ka ? Sprechen zi Nibelian ? Habla Coreliano ?

Il me fixa sans rien dire et je secouai la tête.

- Vous ne comprenez pas un mot de ce que je vous dis, hein ? Mais qu’est-ce que je suis venu faire ici, moi… maugréai-je en me passant la main sur le visage.

Je le regardai entre mes doigts. Il ne clignait même pas des paupières.

Je perdais mon temps et me maudis d’avoir nourri l’idée saugrenue que ce type pouvait m’aider en quoi que ce soit.

- Ecoutez, je suis désolé de vous avoir dérangé dans votre méditation ou je ne sais pas quoi, O.K. ? m’excusai-je en me levant. Continuez votre karma ou ce que vous voudrez, je vais me dépatouiller tout seul comme un grand. Restez tranquillement assis pendant qu’un fauve me colle aux basques et croque la moitié de la population de la région, surtout, ajoutai-je amèrement.

J’essuyai la poussière de mon pantalon et ajustai ma casquette.

- Vous êtes un ignorant. Oui. Nerveux et ignorant. Une bonne victime pour le Démon.

Je me figeai et baissai les yeux vers l’ermite pour m’assurer que c’était bien lui qui avait prononcé ces mots et que mes oreilles ne me jouaient pas de vilains tours.

Il affichait à présent une expression amusée.

- Vous me comprenez ? Vous… Vous avez toujours compris ce que je disais ? réalisai-je.

Il esquissa un sourire et je me sentis blêmir.

Combien de fois l’avais-je traité de “ macaque ” ou de ” primate crasseux ” sur le chantier ? Je devais avoir bonne mine tiens !

- Je comprends surtout que vous avez peur, répondit-il. Et vous avez raison, d’avoir peur.

Je me rassis lourdement en face de lui, la gorge soudain sèche.

- Que m’arrive-t-il, vieil homme ? Pourquoi moi ? Y avait-il réellement un démon, dans ce temple ?

Il secoua la tête.

- Si vous aviez creusé encore un peu, vous auriez vu le squelette du Démon. Du démon mort il y a longtemps, je veux dire.

J’essayai de comprendre ce qu’il voulait dire.

- Le démon mort ? S’il est mort, qu’est-ce qui me poursuit dans ce cas ?

- Un Démon.

Je secouai la tête.

- Mais vous venez de me dire qu’il était mort depuis longtemps !

- Oui. Celui du temple est mort longtemps.

- Vous voulez dire qu’il y en avait deux enfermés là-dedans ?

- Non.

Je soupirai. Je n’étais vraiment pas d’humeur pour jouer aux devinettes ésotériques.

- Pourquoi ce démon m’en veut-il à ce point ?

- Vengeance ? Jalousie ? Qui peut savoir ? Peut-être avez-vous éveillé quelque chose en lui. Sa part la plus sombre. Un vieux souvenir.

- Moi ? Mais ça n’a aucun sens. Je n’ai pas pour habitude de fréquenter les démons !

- Dans cette existence, non. Mais combien en avez-vous vécu ? Qui saurait dire ?

- Une vie avant la vie ?

Ca y est ! J’y étais. Cette fameuse croyance en la réincarnation avec un passage dans la rivière de la vie.

- Vous voulez dire que cette chose se vengerait de moi pour quelque chose que je lui aurais fait dans une vie antérieure ? essayai-je de demander sans éclater de rire.

- Oui.

- Et que suis-je supposé faire ? Une offrande ou un machin comme ça ?

Ses yeux devinrent deux fentes brillantes et son expression grave m’enleva soudain toute envie de rire.

- Savez-vous ce qu’est un métamorphe ?

- Une sorte de démon capable de se changer de forme ?

Il croisa les bras et inspira profondément.

- C’est une créature maudite. A la fois homme et fauve. Un être magique et puissant.

- Homme et fauve ?

- Oui.

Je levai un sourcil. Mais qu’est-ce que c’était encore que ces salades ?

D’abord des démons et maintenant des ” matous-garous “. J’étais dans de beaux draps tiens. Garou ou non, il fallait que je me débarrasse de cette chose.

- Comment peut-on le détruire ? demandai-je. Il doit bien y avoir un moyen ?

Il se pencha en avant.

- Oui. Mais c’est très difficile. Vous dev…

Il s’arrêta soudain de parler et renifla l’air.

- Quoi ? m’enquis-je avec inquiétude. Qu’y a-t-il ?

Il leva la main pour m’imposer le silence et sembla écouter. Mon cœur battit à une vitesse affolante. Le fauve m’avait-il retrouvé ?

J’entendis des brindilles craquer derrière moi et me redressai d’un bond, prêt au combat.

- Que faites-vous ici ? gronda Rufus Shinra.

S’il y avait quelqu’un que je ne m’attendais pas à voir en ce lieu, c’était bien lui !

Il ne portait qu’un pantalon de toile blanche dont la ceinture lâche lui retombait un peu trop bas sur les hanches et était pieds nus dans la poussière, en signe de modestie et de respect.

Si je l’avais trouvé beau dans son kimono hors de prix, ainsi débraillé et torse-nu, il me laissa sans voix. Ce type était une véritable gravure de mode.

- Comment osez-vous souiller ces lieux de votre présence ? persifla-t-il.

Son visage était tellement crispé et sa veine battait si fort contre sa tempe que je le crus au bord de la crise d’apoplexie.

- Je… Commençai-je la gorge nouée, incapable de détacher mes yeux de son corps de rêve. J’étais venu consulter le saint homme sur les événements qui…

- Partez ! s’écria-t-il. Des êtres tels que vous n’ont rien à faire ici !

J’allais répliquer vertement lorsque l’ermite gesticula en braillant dans notre direction.

- Voilà ! Vous êtes fier de vous j’espère ? hurla encore son altesse sérénissime à mes oreilles.

Il me poussa brutalement et je le regardai, ébahi, s’agenouiller devant le saint homme, s’aplatir dans la poussière et lui parler d’une voix suppliante.

Jamais je ne l’aurais cru capable d’un tel geste de soumission.

A ma grande surprise, l’ermite entra dans une colère folle et lui cracha à la face.

Un tel comportement de la part du saint homme me stupéfia. Jamais, même lorsque je l’avais traité de primate crayeux sur le chantier, il n’avait montré le moindre signe d’agressivité.

Rufus se redressa d’un bond et lui parla en lui jetant des regards suppliants tout en s’essuyant le visage.

Je ne savais plus comment réagir. Tout ce que je saisissais des paroles de sa majesté des réacteurs étaient des expressions comme “aidez-moi” et “ayez pitié“, qui revenaient sans cesse.

Mais que se passait-il donc ?

Rufus essaya à nouveau de ramper vers le saint homme mais ce dernier se saisit d’une poignée de poussière qu’il lui jeta à la figure, le faisant se redresser en gémissant de douleur.

L’ermite, lui, gesticulait et criait, attirant les curieux.

Je crus saisir le mot “impur” au milieu d’un flot d’injures et me décidai enfin à intervenir.

- Mais qu’est-ce qui vous prend ? m’écriai-je en me penchant sur Rufus. Vous voulez le rendre aveugle ou quoi ?

Ce dernier me repoussa, presque aussi hystérique que le saint homme et, les yeux larmoyants à cause de la poussière, voulut encore lui embrasser les pieds en signe de respect.

La réaction ne se fit pas attendre.

Le vieil homme s’écarta, ramassa une pierre et, avant que je puisse faire quoi que ce soit, la jeta en direction de Rufus, qui la reçut en pleine poitrine.

Il retomba en arrière avec un cri et l’ermite en saisit une seconde.

Sans plus réfléchir, je me jetai sur son altesse sérénissime pour le relever en dépit de ses efforts pour me repousser.

La seconde pierre le toucha au front, lui faisant une profonde entaille et flaf ! Il me tomba dans les bras, complètement sonné.

Si je ne le sortais pas de là, ce dingue allait le tuer - sans compter que la foule se resserrait dangereusement autour de nous.

Rufus Shinra était un homme imbuvable et son comportement avait certes dû lui valoir nombre d’anicroches et de ressentiment mais de là à le lapider en place publique, il y avait quand même un monde !

Je le hissai donc sur mon épaule et m’enfonçai dans forêt en bousculant quelques badauds curieux attirés par le scandale, poursuivi par les imprécations du vieux sage.

Je marchai pendant ce qui me sembla être une bonne dizaine de minutes et m’arrêtai, à bout de souffle. J’ai beau être costaud, Rufus n’était pas un poids plume et je suais comme un chocobo après une course.

Je me trouvais dans une minuscule clairière bordée d’arbres immenses et je ne savais absolument pas où j’étais.

La gorge sèche et brûlante à force de courir, je posai délicatement Rufus sur le sol couvert de mousse et appuyai sa tête sur mes genoux. Son visage était barbouillé de sang. Mais qu’est-ce qui avait pu passer par la tête de ce vieux fou ?

Je me forçai à respirer calmement pour ralentir mon rythme cardiaque et retirai mon t-shirt pour lui éponger le visage.

Je m’aperçus alors que mes mains tremblaient et que j’avais le plus grand mal à les empêcher de s’égarer sur le torse glabre.

J’étais seul, paumé en pleine forêt et presque à poil avec, sur les genoux, l’un des hommes les plus séduisants qu’il m’avait été donné de rencontrer.

En dépit de la situation plus qu’incertaine, je ne pouvais que remercier tous les dieux bizarres de Gongaga d’une telle aubaine.

La coupure de son front saignait beaucoup et ses cheveux étaient encore mouillés. Ses paupières frémissaient à peine et ses lèvres entrouvertes semblaient me narguer.

- Autant en profiter avant qu’il ne se réveille… me dis-je avec un sourire en coin à l’idée de ce que j’allais faire.

Je me penchai par dessus son visage et posai délicatement mes lèvres sur les siennes.

Elles étaient fraîches et douces…

Je glissai le bout le ma langue entre elles, cherchai la sienne mais il poussa une petite plainte et je me redressai vivement.

Mais qu’est-ce que j’étais en train de faire ? Profiter qu’un mec tombe dans les pommes pour lui rouler une pelle ! J’étais tombé bien bas.

Je lui tapotai les joues et il finit par ouvrir les yeux.

En me voyant, il cligna des paupières à plusieurs reprises et s’écarta comme s’il avait été mordu par un serpent.

- Qu’est-ce que vous faites là ? s’écria-t-il en m’assassinant du regard.

- Vous pourriez au moins dire “merci”, notai-je en grimaçant.

Il porta la main à son front et la retira poisseuse de sang. Je lui tendis mon t-shirt, qui en était imprégné.

- Navré, je n’ai pas de mouchoir en dentelle sous la main, m’excusai-je, sarcastique.

Il hésita et le sang lui coula sur l’œil gauche.

- Si vous préférez, je peux vous donner le bas mais, je vous préviens, je ne porte rien dessous.

Il blêmit et se détourna à façon d’une jeune fille que l’on aurait abordé de façon trop grivoise.

- Allez, ne soyez pas idiot ! Prenez ça et pressez-le sur votre front.

Avec un grognement, il m’arracha mon t-shirt des mains et essuya le sang de son visage.

- Pourquoi le saint homme a-t-il eu une telle réaction en vous voyant ? demandai-je.

Sa majesté des réacteurs me jeta un regard noir et je vis ses lèvres se mettre à trembler.

- Cela ne vous regarde pas, cracha-t-il.

Je soupirai.

- Il était pourtant parfaitement calme avec moi, fis-je. Il vous a appelé “impur”,non ? Je pensais pourtant que vous…

- J’ai dit que cela ne vous regardait pas ! s’écria-t-il.

Si ses yeux avaient été des gunblades, je crois que je serai mort vingt fois. Ce type était quand même gonflé !

- Eh ! Je vous ai sauvé la vie, je vous signale ! J’estime que j’ai droit à quelques explications !

- Ici, vous n’avez droit à rien, persifla-t-il en se levant.

Cette fois c’en était trop. Je me levai et le saisis par le bras pour l’obliger à se retourner.

- Minute, papillon ! Je commence à en avoir ras le bol de toutes vos salades mystiques !

Je sentais que j’étais prêt à le frapper s’il ne me donnait pas d’explication cohérente.

- Lâchez-moi ! Je vous interdit de me toucher !

Je resserai mon étreinte et il grimaça.

- Ecoutez bien, votre gracieuse Majesté de mes fesses ! Je sais que vous aviez dans l’idée de supplier papa pour me faire virer et je vous ai pourtant sauvé la peau. Alors, maintenant, de deux choses l’une : ou vous m’expliquez ce qui se passe, ou je vous arrache le bras. Choisissez ! Pourquoi l’ermite a-t-il eu cette réaction ? Qu’est-ce que vous lui avez fait ?

Rufus serra les dents et me jeta un regard glacial.

- Ne posez pas vos sales pattes sur moi ! fit-il entre ses dents. Qui sait quelle partie du corps de vos semblables elles ont touché !

Je blêmis.

C’était donc bien ça qui le gênait tellement chez moi… Ce sombre abruti était homophobe !

J’avais eu bien souvent affaire à ce type de dingues et j’étais blindé depuis belle lurette mais, dans le cas présent, cela me fit particulièrement mal. Je sentis mon estomac se tordre et ma gorge se nouer.

- Très bien… Comme vous voudrez. Retournez donc voir ce singe crayeux et faites en sorte que leurs cailloux ne vous ratent pas cette fois. Ca rendra service à tout le monde !

Je le repoussai brutalement et il tomba sur le sol comme un sac de ciment avec un gémissement rauque…

…à suivre

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I - Ennui mortel

***

Auteur : BMIK & Rina

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Assis sur une proéminence rocheuse de la ville oubliée, le regard de Yazoo errait paresseusement sur les arbres lumineux et sur la surface du lac tout proche.

Kadaj s’était encore isolé pour communiquer mentalement avec leur mère, le laissant esseulé, sans rien de plus excitant à faire que de compter les poussières brillantes voletant dans l’air.

Adossé à la paroi, il lissait ses longs cheveux en laissant vagabonder son regard, lorsque des petits bruits attirèrent son attention.

” Plop ! Plop ! Plop ! “

Choisissant un caillou parmi ceux se trouvaient au creux de sa main, Loz le lança dans le lac d’un mouvement rasant et le regarda ricocher à la surface, troublant l’immobilité de l’eau.

- Tu t’ennuies aussi, hein ? murmura-t-il à l’adresse de son frère silencieux perché sur son rocher.

C’était davantage une affirmation qu’une question.

Avec un soudain mouvement de frustration, Loz lança le reste des cailloux dans le lac, le son des petites pierres rappelant celui d’une pluie battante.

Avec un profond soupir, il pivota vers son frère cadet.

- Yazoo…Pourquoi Mère ne s’adresse-t-elle jamais à nous ?

Ce dernier contempla d’un oeil vague les petites ondes, qui ridaient la surface de l’eau et troublaint la tranquillité du lac, puis, s’arrachant à l’état contemplatif qui lui était habituel tourna lentement la tête pour fixer son aîné.

L’agitation contenue de Loz était une distraction bienvenue dans son univers de mélancolie. Aussi, au lieu de l’habituel ” Ne pleure pas, Loz “, il répondit calmement :

- Qui sait…Elle ne nous aime probablement pas autant qu’elle aime Kadaj.

Le coin de ses lèvres remonta un peu en un imperceptible sourire. Taquiner de Loz était de loin sa distraction favorite.

Non qu’il n’appréciait pas son frère - loin s’en fallait ! - mais, pour l’heure, il s’ennuyait à mourir et c’était là la seule activité disponible…

Loz laissa échapper un grognement.

- Putain, tu parles d’un scoop ! railla-t-il. Tout le monde aime Kadaj plus que nous. Même toi, tu l’aimes plus que moi.

Il passa la main dans ses courts cheveux argentés et soupira encore, résigné depuis longtemps à accepter l’évidence et ne s’attendant même pas à ce que Yazoo le contredise.

Il contempla fixement la forêt, le sourcil froncé.

C’était si monotone, cet endroit ! Rien ne vivait parmi les arbres morts. Aucun oiseau, aucun animal, vraiment rien. Et rien ne se passait jamais non plus. Rien ne bougeait hormis les petites poussières luminescentes qui voletaient dans l’air un instant puis s’éteignaient.

En de rares occasions, lorsqu’il n’en pouvait vraiment plus et qu’il lui avait fallu trouver de quoi se distraire ou passer le temps pour ne pas devenir cinglé, il était venu ici et avait essayé de les viser avec son arme. Mais il s’était lassé rapidement de ce jeu insipide. Loz avait toujours eu du mal à concentrer longtemps son attention sur quoi que ce soit.

En repensant à Kadaj, l’exaspération le saisit.

- Pourquoi c’est Kadaj qui joue les chefs, d’abord ? C’est à moi, que ce rôle revient ! Je suis plus âgé, plus grand et plus fort que lui !

Il laissa échapper un juron et reprit :

- C’est lui qui décide toujours de tout ! C’est pour ça que nous sommes coincés ici à ne rien faire, à attendre comme des larbins que monsieur nous donne ses ordres. Comme si on ne pouvait rien faire sans lui. Putain, ça m’énerve !

Pourtant, Loz adorait son petit frère. Mais, parfois, Kadaj le… Comment dire ? L’ennuyait ? L’énervait ? L’exaspérait ? Oui, c’est ça. Parfois, Kadaj l’exaspérait vraiment et, quand ça arrivait, il avait envie de tout envoyer valser !

Mais, cette fois, il se contenta de donner un coup de pied dans une pierre, qui tomba dans le lac à nouveau immobile avec un gros ” splatch ! “.

Loz n’en détesta que davantage la froideur et la quiétude habituelle du plan d’eau. Une froideur et une quiétude qui n’étaient pas sans rappeler celles de Yazoo.

Silencieux et immobile comme une statue, à l’exception de quelques mèches cheveux soulevés par une brise douce, son cadet paraissait fait de glace, comme si aucun émotion n’avait prise sur lui.

- Je ne sais même pas pourquoi je m’emmerde à te dite tout ça. Tu t’en fiches, de toute façon. Tu te fiches de tout…

Démoralisé, Loz tourna les talons et finit dans un murmure amer, comme s’il se parlait à lui-même :

- …surtout de moi.

Yazoo cligna des yeux à cette sentence et tourna la tête vers son frère en se demandant ce qui avait pu amener ces allégations.

Habituellement, le jeune argenté était très adroit, pour manipuler les gens et tout ce qu’il voulait, il l’obtenait - bien que, ironie de la chose, il n’ait jamais voulu grand-chose, en réalité. Mais voilà que, au lieu de suivre le scénario habituel et d’éclater en sanglots - que Yazoo aurait pu aussitôt endiguer avec quelques paroles réconfortantes et une étreinte sur les larges épaules - Loz semblait avoir opté pour une crise de jalousie.

- Reste là, ordonna-t-il, le regard toujours vague mais sachant au bruit de ses pas que son aîné était toujours à portée de voix. Ca ne se fait pas, de poser des questions à quelqu’un et de partir sans attendre sa réponse. (Les pas s’arrêtèrent) Contrairement à ce que tu penses, je ne m’en fiche pas, assura-t-il d’une voix traînante qui paraissait manquer cruellement de conviction.

Il crut sentir la présence imposante et menaçante de son frère près de lui mais ne se donna pas la peine de tourner la tête pour vérifier si c’était le cas. Son instinct ne le trahissait jamais, de toute façon, et le lien mental qu’il partageait avec Loz était particulièrement fort. Bien plus fort que celui - quasi inexistant - qui le liait à Kadaj.

C’était probablement la raison pour laquelle il devait davantage poser de questions et parler avec leur cadet - ce dont il n’avait jamais été particulièrement friand.

Avec Loz, tout était plus simple et plus intense. Ils n’avaient besoin que de peu de paroles parce que les choses importantes, ils se les transmettraient grâce à cette connexion mentale privilégiée. Un rapide coup d’œil de l’un et un simple hochement de tête de l’autre, voilà tout ce dont ils avaient besoin pour dialoguer. Et cela suffisait amplement à Yazoo.

Mais pas à Loz, apparemment.

- Alors, grand frère, dis-moi… reprit Yazoo avec une ombre de sourire sur ses traits impassibles en insistant sur le deuxième mot. Que ferais-tu, si tu étais le ” chef ” ?

Il daigna enfin regarder Loz, qui s’était accroupi au pied du rocher où son frère était perché.

Celui-ci leva les yeux en direction du ciel crépusculaire et réfléchit un moment, surpris par la question directe de Yazoo. Il avait été si occupé à se demander pourquoi il n’était pas le chef qu’il n’avait jamais pris le temps de penser à ce qu’il ferait si c’était le cas.

Pour ce qui était de retrouver leur mère, il doutait pouvoir faire plus que ce que Kadaj faisait lui-même en ce moment. Son petit frère n’avait de cesse de la localiser et chaque jour qui passait les rapprochait un peu plus d’elle. Et comme il n’avait pas ce lien particulier qui unissait Jenova et Kadaj, Loz ne pourrait pas faire mieux de toute façon. Non, cette mission là était la prérogative de son seul benjamin.

Alors que pourrait-il améliorer s’il était le chef ?

Loz arracha un brin d’herbe, huma son parfum frais et vert, puis le fit tourner entre ses doigts

- Tu sais ce que je ferais ? finit-il par demander sur un ton inhabituellement calme et sérieux. Je me débarrasserai de Kadaj. Pas pour toujours, non. Juste quelques jours. Je lui dirais de rester ici et d’attendre mes ordres, juste pour qu’il comprenne ce qu’il nous fait subir, puis je t’attraperais et je ficherais le camp de cette saleté de forêt ! On éteindrait nos téléphones pour qu’il ne puisse pas nous contacter et qu’il doive se débrouiller tout seul, comme un grand. J’en ai marre des ordres, des caprices, de toutes ces recherches et de ces bagarres. Oh ! Parfois c’est amusant, bien sûr. Surtout quand on se bat. Mais la plus part du temps, c’est juste pénible.

Il poussa un long soupir épuisé.

- J’en ai marre, de tout ça. J’ai besoin d’une putain de pause.

Il se leva et lança un regard oblique à Yazoo.

Celui-ci le considérait avec la tête penchée d’une manière qui lui était familière, sans rien dire, mais ses yeux luisaient d’une légère et inhabituelle curiosité.

Encouragé par l’intérêt manifesté, aussi infime soit-il, Loz poursuivit, son enthousiasme grandissant à chaque mot.

- Nous pourrions simplement partir d’ici, Yaz. Juste toi et moi sur nos motos, et conduire le plus vite possible jusqu’à ce que le soleil se couche. Nous trouverions un hôtel confortable, quelque part, et profiterions du service d’étage. On mangerait au lit, on regarderait des films et on pillerait le mini-bar ! Je ne me souviens même plus de la dernière fois que nous avons pris le temps de nous détendre. Pas grand chose, tu sais, s’éclater juste un peu. Faire comme les gens normaux.

Il se rapprocha un peu de Yazoo, recherchant du contact de son frère. La saillie rocheuse où le mince incarné était assis était assez basse pour que Loz puisse se pencher et poser sa tête sur les genoux de son cadet. Peu importait que Yazoo ne réponde pas à ses suggestions ; au moins, il l’écoutait. Mieux : il ne se moquait pas de lui et le repoussait pas, ce qui était encore plus encourageant.

Loz posa donc sa joue sur les cuisses recouvertes de cuir de Yazoo en espérant secrètement qu’il lui passe la main dans les cheveux. Il adorait ça.

- Bien sûr, je sais bien qu’on n’a rien de personnes normales, mais ce serait quand même bien d’agir comme telles, pour une fois, et de ne plus devoir penser à retrouver les cellules de mère, à la réunion et à toutes ces conneries que Kadaj continue n’arrête pas de nous rabâcher. Et puis tu veux que je dise ? Je suis sûr que si on partait en le laissant là, il ne remarquerait même pas notre absence ! Mère est toujours avec lui pour lui tenir compagnie et ça lui suffit.

Le regard toujours fixé sur le profond lac sombre, Loz posa la main sur le genou de Yazoo, que dévoilait la fente de son long manteau, et le caressa à travers le cuir du pantalon et de son propre gant.

Son frère ne le repoussa pas et il restèrent ainsi durant un petit moment, silencieux, essayant d’imaginer ce que pourrait être leur fuite - même si elle ne durait qu’un ou deux jours.

Quand il parla à nouveau, le ton de Loz était doux et mélancolique.

- Je sais que tu as besoin d’une pause autant que moi. Je peux le sentir. Si j’étais le chef, je t’emmènerai loin de tout ca, Yazoo. Oui, voilà ce que ferai.

Il soupira et fit la moue.

- Je sais que ça peut sembler idiot, reprit-il. Tu penses sûrement que c’est l’idée la plus débile de la planète, hein, avoue ?

- Oui, acquiesça Yazoo, amusé par l’expression penaude qu’il lut sur le visage de Loz, qu’il venait de vexer cruellement.

Mais, avant que son aîné ne puisse réagir ou partir à nouveau, Yazoo glissa paresseusement ses doigts gantés dans les courts cheveux de son frère, le bout de ses doigts massant agréablement son cuir chevelu. Son expression était toujours insondable mais, lorsque son regard courut le visage de Loz, il sembla songeur.

Il comprenait très bien le ras-le-bol de Loz, en partie parce que son exaspération irradiait littéralement. Une part de lui l’avait non seulement remarqué, mais partageait ce sentiment d’agacement et ce besoin de rébellion.

Habituellement Yazoo était ne voyait pas d’inconvénient à ce Kadaj décide de tout. Il préférait de loin rester en retrait et faire ce qu’on lui demandait le moment venu. Mais l’attente commençait sérieusement à lui taper sur les nerfs. Peut-être pas tant l’attente en elle-même, d’ailleurs, que le fait qu’on lui ait ordonné d’attendre. Yazoo n’était pas une marionnette dont on pouvait tirer impunément les fils, c’était par choix, qu’il avait cédé sa part d’autorité à Kadaj et celui-ci semblait parfois l’oublier un peu trop facilement…

Peut-être était-il temps de lui rappeler certaines choses. Que Loz et lui n’étaient pas ses laquais, par exemple, mais deux des parties d’une seule et même trinité qui dépendait des talents de chacun pour être parfaite.

Kadaj était peut-être le cerveau de cette trinité, mais il dépendait de la force de Loz, dont le corps puissant était leur meilleur rempart face aux menaces. Et ses poings s’étaient révélés être des dispositifs plus que convaincants lorsque toute discussion devenait inutile.

Yazoo, lui, intervenait lorsque la force et la cruauté restaient sans effet. Lorsqu’une approche plus délicate s’imposait. Contrairement à Kadaj, totalement asocial, il avait le don de manipuler les gens à son avantage sans que ces derniers en soient même conscients. Il pouvait par son seul charme faire plier chacun à ses desiderata, manipuler ou tromper. Voire tuer en un éclair et sans le moindre état d’âme.

Oui, ils se complétaient parfaitement, tous les trois. Mais Kadaj avait visiblement besoin d’une petite piqûre de rappel…

- Tu sais quoi ? fit subitement Yazoo, les yeux toujours fixés sur le visage de Loz, mais cette fois parfaitement alerte. Nous devrions le faire.

Les doigts qui caressaient le cuir chevelu de Loz s’immobilisèrent, et il redressa le buste, indiquant à Loz qu’il était sur le point de se lever.

- Prends ta moto. Nous partons tout de suite.

…à suivre

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IX - La chasse est ouverte

“Certaines chasses se résument à de l’inqualifiable poursuivant l’immangeable.”

Anonyme insp. de M. Genevoix

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Je crus avoir mal entendu.

- Par une fenêtre du premier ? Il avait donc des ail…

Mon cœur manqua un battement.

Angeal…

- Angeal ! criai-je en me précipitant dans l’escalier, talonné par Zack. Angeal !

Je dérapai sur le tapis du haut de l’escalier et me raccrochai à la rambarde avant de foncer dans le couloir.

- Angeal ! Angeal !

Pourquoi ne répondait-il pas ?

Je priai de toutes mes forces les dieux dont j’avais entendu parler depuis que j’étais arrivé pour le retrouver indemne.

- Angeal !

Je le vis enfin, debout devant la porte de ma chambre, blême comme un linge.

J’en aurais crié de soulagement.

- Angeal… Ca va ?

Il ne réagit pas, continuant à fixer ma chambre par la porte ouverte.

- Angeal ? Qu’y a-t-il ?

Je suivis son regard.

En réalité, il n’y avait plus de porte. Ou, du moins, ce qu’il en restait gisait sur le sol, en charpie.

Mais le pire se trouvait à l’intérieur…

J’entrais, sidéré, laissant Angeal et Zack dans le corridor.

La fenêtre semblait avoir littéralement explosé, comme dans les films d’espionnage, quand le type habillé de noir passe à travers le carreau, suspendu à une corde d’escalade.

Tout le mobilier avait été réduit en pièces et le lit où j’avais dormi avait été sauvagement lacéré. La bourre du matelas était répandue à travers la pièce et la serviette de bain que j’avais utilisée me rappela l’état de mon sweet-shirt dans le 4×4.

Dans ce désordre, je ne remarquai pas tout de suite le sang. Pas avant de poser le pied dessus avec un bruit gluant…

La flaque s’écoulait lentement entre les lattes de bois du sol et la descente de lit s’en imbibait comme une éponge.

J’eus un mouvement de recul et marchai sur quelque chose de mou qui émit un étrange craquement sous ma semelle.

Je baissai les yeux et la première chose que je reconnus fut une alliance d’argent… avant de comprendre qu’elle était passée à l’annulaire d’une main sans bras, qui tenait encore un chiffon à poussière et sur laquelle j’avais posé le pied en brisant les phalanges sous mon talon.

- C’est moi qu’il cherchait… murmurai-je, la gorge sèche, en regardant la main qui avait, selon toute vraisemblance, soit appartenu à la femme de ménage, soit à l’épouse de l’aubergiste.

Angeal sembla sortir de son étrange léthargie et s’approcha pour poser la main sur mon épaule.

- C’est peut-être juste un hasard, Seph, chuchota-t-il. Un horrible hasard.

Je me dégageai brusquement, mes boyaux faisant le grand huit.

- Hasard, mon cul ! me récriai-je. Pas deux fois de suite, Angeal ! C’est moi que cette saleté de bestiole cherchait et tu le sais très bien ! Je ne suis plus un enfant que l’on a besoin de rassurer lorsque la nuit tombe !

- Général, c’est… C’est…

Zack contemplait la scène de carnage, horrifié.

Je le saisis par les épaules.

- Zack, où est le vieil ermite ? Il faut que je le voie ! Où peut-on le trouver ?

- Seph ! intervint Angeal. Qu’est-ce qui te prend ? Tu perds les pédales, ou quoi ?

Notre jeune compagnon détourna le regard de la chambre et bredouilla, presque malade de dégoût :

- Sans doute près de la rivière, non loin de la forêt sacrée. Je ne pense pas qu’il se terre dans une grotte. C’est un saint homme, Général. Il ne craint ni les fauves, ni les démons.

Il avait bien de la veine parce que moi, je n’étais pas du tout rassuré à l’idée d’être traqué par ce qui avait fait irruption au premier étage pour réduire en compost bois, tissus et chair sans distinction !

- Tu vas nous aider à le trouver, Zack !

- Seph ! se récria Angeal. On doit rester ici !

- Le temps presse, Angie ! Il faut mettre un terme à cette tuerie.

- La police va débarquer et voudra savoir ce qui s’est passé.

Il avait raison. Ce n’était pas le moment de rendre la police soupçonneuse, même si, comme je lui fis remarquer…

- Ca m’étonnerait qu’ils se bougent. Ils ne voudront pas troubler le repos de ” Monsieur le Prince ” avec une triviale histoire à dormir debout de fauve tueur de femmes de chambre ! Ils sont bien trop pétochards pour tenter quoi que ce soit sans son accord.

Angeal me saisit par les épaules.

- Tu comptes te taper la route jusqu’à la rivière, avec un fauve qui rôde en te cherchant partout, pour aller demander conseil à vieux singe ?

J’allais répliquer lorsque, pour échapper à l’aubergiste et à un groupe d’hommes qui commençaient à monter l’escalier armés de fourches et de fusils, je poussai notre petit trio dans la chambre d’Angeal et refermai la porte sur nous.

- Il faut que tu saches quelque chose, Angie. Nous avons une piste concernant le meurtre, au chantier.

Je fis signe à Zack, qui sortit le poignard dissimulé à la hâte lorsque les cris de la femme avaient interrompu notre conversation.

- Ce poignard porte des traces de sang frais et les armes de la famille Shinra…

Angeal, la première surprise passée, joua pensivement avec sa barbichette et finit par demander calmement :

- Tu penses donc que Rufus Shinra est notre tueur ?

J’acquiesçai.

- Cela semble probable. S’il est vraiment aussi superstitieux qu’il nous l’a laissé deviner, il a pu craindre la malédiction et vouloir laver l’offense dans le sang en signe de sacrifice.

- Je ne l’accuserai pas si vite, Seph. Il ne se salirait pas les mains lui-même…

- Il a pu donner les ordres, cela ne change pas grand chose. L’ermite m’en dira peut-être plus. Toi, reste ici pour attendre les autorités et essayer d’arranger les choses le cas échéant, tu es bien plus diplomate que moi.

Angeal hocha la tête sans enthousiasme.

- Hors de question de te laisser aller là-bas seul, Seph.

- Je ne serai pas seul, Zack va venir avec moi. Et, si on trouve le vieux singe, il nous protégera du vilain matou avec sa magie ! ajoutai-je avec un clin d’œil railleur.

Angeal me serra la main comme s’il ne devait jamais me revoir et soupira.

- Tu perds la boule, Seph, mais bonne chance.

Zack sur mes talons, je quittai donc l’auberge, où la panique était totale, en direction du seul “concessionnaire” de voitures existant (en réalité, le petit garage du patelin) à la recherche d’un nouveau véhicule.

Je n’étais pas loin de penser, comme Angeal, que je devenais fou. J’avais toujours fui comme la peste tout ce qui se rapprochait de près ou de loin de la superstition ou de la religion. J’avais vu trop de gens céder aux sirènes de la facilité et remettre leurs décisions entre les mains de charlatans qui les absolvaient de leurs responsabilités.

Mais là, en terre inconnue, où tout le monde autour de moi semblait consulter une divinité avant de bouger le petit orteil, je me retrouvais avec un gros, très gros problème qui échappait à toute logique et peu de recours possibles. J’ignorais contre quoi je devais me battre ni pourquoi j’étais la victime désignée mais, sans des appuis puissants, personne ne ferait rien susceptible de froisser si peu que ce soit Rufus Shinra en m’aidant à y voir plus clair. Et le seul appui assez fort pour contrer Shinra, c’était les croyances de ces gens.

Il me fallait des renseignements, m’attirer les bonnes grâces des autochtones à défaut de celles de leurs dieux et, pour ça, je devais retrouver le saint homme, en espérant qu’il ne m’enverrait pas sur les roses après la façon dont je l’avais traité.

Mon impulsivité m’avait toujours coûté cher et là, j’étais à deux doigts de me jeter à nouveau dans la gueule du loup…

*

Au garage, j’avais arrêté mon choix sur un antique 4×4 imposant qui, à Midgar, n’aurait jamais passé un contrôle technique, mais qui semblait la plus solide des trois bagnoles en stock.

Les vitres latérales et celles de l’arrière avaient été remplacées par des grilles d’acier soudées, ce qui me parut idéal pour notre périple.

J’avais vu dans ma chambre ce que notre fauve ” volant ” pouvait faire d’une vitre et, bien qu’il ait prouvé la veille pouvoir tordre le métal comme une feuille d’aluminium de cuisine, ces grilles nous donneraient au moins un peu de temps pour fuir en cas d’attaque surprise.

J’avais laissé le marchandage à Zack, qui se débrouilla - j’ignore comment - pour arracher un prix dérisoire au garagiste.

Après un démarrage un peu poussif, j’avais sorti le 4×4 du terrain vague qui servait de lieu de stockage au garage, tournant le volant comme un marin au long cours son gouvernail pour faire braquer ce paquebot dans la rue sans arracher le mortier du mur d’en face.

C’est sûr, j’aurais donné très cher pour une voiture plus moderne, plus petite et, surtout, plus rapide, qui m’aurait arraché de ce bourbier au plus vite, mais j’étais bien obligé de faire avec ce tank !

D’un autre côté, la construction “à l’ancienne” de la bagnole résisterait peut-être une seconde de plus au fauve s’il nous tombait dessus.

Avant de sortir de sortir de Gongaga, Zack m’avait indiqué le chemin d’un marché où on pouvait acheter et vendre quasiment n’importe quoi.

Nous y avions acheté deux couvertures, deux fusils de chasse et une ample provision de munitions. Sur le conseil de Zack, nous avions également fait l’acquisition de nourriture, pas seulement pour nous mais aussi pour offrir au saint homme, ainsi que d’encens et d’une machette pour mon compagnon, au cas où les fusils nous feraient défaut.

Maudite bestiole !

Je crispai les mains sur le volant du 4×4.

Bon sang, mais d’où venait-il, ce satané animal ?

J’essayai de rester logique.

Un fauve dressé à tuer à qui l’on aurait fait sentir mon odeur ?

Qui ? Rufus Shinra, roi des animaux ?

J’imaginais bien la scène, tiens…

“Toi sentir odeur de ce con de Sephiroth et puis toi sauter par fenêtre pour boulotter lui. Moi avoir mis trampoline dessous pour petites pattes à toi. Toi comprendre ?”

Non, cette bête n’était pas une bête ordinaire. Mais qu’est-ce que c’était, alors ?

Un démon ? Ca existait, ces trucs-là ?

- Vous devez prendre à droite, général.

Je tressaillis.

- Pardon ?

- A droite, répéta Zack. La forêt sacrée se trouve se trouve en amont de la rivière.

Je ralentis et regardai autour de moi. Nous étions que les berges de la petite rivière qui alimentait toute la région en eau et je me surpris à chercher des yeux luisants dans l’obscurité, la gorge serrée, mais rien n’attira mon attention.

Le fauve était-il toujours à mes trousses ?

Je secouai la tête, essayant de ne pas y penser, et suivis les instructions de Zack.

Nous empruntâmes un chemin de terre battue et la voiture fit des bonds de cabri.

*

Journal de Rufus SHinra

J’ai peur…

Je viens de me réveiller en sursaut et de vomir tout le contenu de mon estomac.

Il y avait une grande quantité de sang. C’est la seconde fois que cela m’arrive.

Le médecin m’a conseillé d’aller faire des examens à l’hôpital. Il pense que j’ai un ulcère.

Cela ne m’étonnerait guère étant donné l’angoisse qui m’étreint depuis la profanation du temple. Mais je ne pense pas que cela soit aussi simple et je ne puis voir dans ces horribles malaises, qui me laissent aussi épuisé que si j’avais couru toute la nuit, que la main des dieux.

C’est sans doute eux aussi qui m’envoient tous ces cauchemars.

Hier, j’ai appris que le Général Sephiroth était… je n’ose même pas coucher ce mot sur le papier tant il est immonde et inhumain !

Disons que ses préférences vont souvent aux personnes de son propre sexe, contre toute morale ou loi naturelle. Cette nouvelle m’a empli d’horreur lorsque je l’ai apprise de la bouche de Palmer, à qui j’avais demandé de se renseigner sur lui.

Quand je pense que j’ai serré sa main et que jai touché des documents sur lesquels ses doigts ont couru ! Qui peut savoir ce que des mains pareille ont fait avant de se poser sur le papier…

Ce sont ces mêmes mains qui ont touché cette terre sous laquelle reposait le temple sacré et qui ont sali ma maison.

Ma faute.

Tout est de ma faute.

J’ai été inconscient. J’ai voulu amener à cette région arriérée un peu de modernité, lui redonner un peu de vie en remettant le réacteur mako en marche et voilà ce qu’il m’en avait coûté !

J’ai péché par orgueil et par ignorance et les Dieux m’ont puni pour mon arrogance.

Et ces cauchemars atroces qui me bouleversent au point de me retourner l’estomac, comment les interpréter ?

Cet après-midi, je me rendrai à la forêt sacrée pour demander conseil à un Saint Homme.

Puissent les dieux me donner la force de lui conter mes rêves, que je n’ose pas même rapporter ici.

Dieux tout puissants de mes ancêtres, protégez votre serviteur.

J’ai peur.

Si peur…

…à suivre

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XII - Trois parts de moi

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Kadaj, exaspéré à force d’explications et découragé de voir que Sephiroth ne semblait pas comprendre un mot de ce qu’il disait, se laissa tomber sur le sol dégoûtant de la geôle qu’ils partageaient.

- Fais au moins apparaître le Masamune et réduis en pièces ces chaînes ridicules !

Sephiroth leva le bras, faisant cliqueter les chaînes en question.

- Faire apparaître… qui ça ?

Le garçon poussa un gémissement déchirant et se couvrit le visage des mains.

- Bon sang, mais tu dois bien te souvenir de quelque chose ! Je ne sais pas moi, les combats, tes amis… Jenova !

Le Soldat acquiesça.

- Jenova était ma mère. Elle est morte en me mettant au monde. Tu en as entendu parler ?

Kadaj jura, totalement abattu.

- Oh, et puis merde, tiens !

***

- Le cristal contenant mon corps se trouve quelque part sous les ruines de la tour Shinra, dans un laboratoire secret. J’ignore sur ordre de qui il a été amené là mais, pour ce que j’ai pu surprendre de leurs conversations, ceux qui l’ont récupéré au cratère nord, n’étaient ni des Soldats, ni des turks.

Reno tiqua et joua nerveusement avec les pans de sa chemise ouverte.

- Quand ? Quand le cristal a-t-il été déplacé ?

- Peu après que Jenova ait utilisé mes cellules pour créer mes trois incarnés.

Le turk hocha la tête.

- Voilà qui explique pourquoi nous n’avons rien trouvé là-bas, hormis nos trois amis fraîchement sortis de leur… ” matrice “.

Cloud s’assit prudemment sur le bord du lit en essayant de ne pas regarder l’entremêlement écoeurant de filaments verdâtres qui composaient désormais le bassin et les jambes de son ancien héros.

- Et tu dis qu’ils vont essayer de se servir d’eux pour… te ” reconstituer ” ? Mais Kadaj est mort.

Sephiroth secoua la tête.

- Les cellules de Jenova ne sont pas de ce monde et Kadaj ne peut se fondre dans la rivière de la vie comme tout un chacun. Même si Aerith avait réussi à lui offrir à ce qui pouvait se rapprocher le plus de la sérénité.

De plus en plus nerveux, Reno alluma une cigarette.

- Mais qui sont ces ” ils ” ? Les laboratoires de recherche de la Shirna ne…

- Je ne sais pas, le coupa Sephiroth, exaspéré par sa propre impuissance. Mon seul contact avec l’extérieur est celui que je peux avoir via mes incarnés. Là-bas, au laboratoire, je suis enfermé dans le cristal, à l’intérieur d’une sorte de… de… caisson ou de gros tube opaque, je ne sais pas. Les sons me parviennent étouffés et je ne vois pas ce qui se passe à l’extérieur. Mais j’entends parfois leur voix et leurs conversations.

- As-tu une idée de ce qu’ils veulent ? demanda Cloud.

Sephiroth soupira.

- Pas dans le détail. J’ai cru comprendre qu’ils voulaient faire de moi l’hôte d’une entité très puissante. Pas Jenova, ajouta-t-il en devançant leurs questions. Autre chose. Beaucoup plus instable. Et pour la contenir, ils ont besoin d’un corps capable de supporter une telle énergie. Comme Jenova, ils veulent se servir de moi comme d’un pantin… conclut-il, amer.

- Pire que Jenova ? bredouilla le turk. Qu’est-ce qui peut être pire que cette saloperie ?

Il se mordit la langue, doutant que l’ancien cauchemar accepte que l’on serve ce genre de ” gentillesses “à sa ” chère maman “, mais, comme Cloud le lui avait expliqué un peu plus tôt, il n’avait rien à craindre de ce côté là. Apparemment, Sephiroth savait très bien qui était Jenova et ce qu’il lui devait.

- Je l’ignore. Je sais seulement qu’ils en ont une peur panique, à en croire toutes les précautions qu’ils prennent.

- Dans quel but ?

Le Soldat secoua encore la tête, désolé de ne pouvoir donner plus de détails.

Reno fit vibrer ses lèvres, ne sachant plus s’il devait se sentir découragé ou rester sceptique.

- Bon ! O.K. Admettons. Et qu’est-ce qu’on est supposés faire avec tout ça, hein ?

Le regard de Sephiroth parut se glacer sous l’effet de la colère.

- Il ne faut pas les laisser utiliser mes incarnés ! A aucun prix ! Il faut les empêcher de reconstruire mon corps et de l’utiliser comme une arme dans je ne sais quel but ! Je ne veux plus être une marionnette ! Ni pour le SOLDAT, ni pour Jenova, ni pour personne ! Je veux que l’on récupère mon cristal, que l’on me ramène au cratère nord et qu’on me laisse enfin reposer en paix ! La Shinra me doit bien ça !

Il avait parlé avec une telle passion en serrant les poings que ses ongles s’étaient enfoncés dans ses paumes et que du sang avaient souillé les draps.

- Euh… fit Reno en désignant sa main. Je te rappelle que c’est pas ton corps, que t’es en train d’esquinter, là…

Sephiroth suivit son regard et desserra aussitôt les poings.

- Allez-vous m’aider ? demanda-t-il.

Le turk sifla.

- Bah il faudrait déjà que j’en parle au chef et qu’il me croit ! Et après ça, je…

Il s’était interrompu sous le regard massacrant que Cloud venait de lui lancer.

- Bien sûr que nous le ferons, assura ce dernier. Dès l’aube nous mettrons les autres au courant.

Sephiroth poussa un profond soupir.

- Merci, aspirant Strife.

- Cloud. Je… Appelle-moi Cloud.

Le Soldat sourit.

- Cloud. C’est noté. Je dois partir, à présent. J’ai passé trop dans ce temps dans ce corps et ce n’est pas sans conséquence pour lui. Nous nous reverrons lorsque vous aurez parlé à vos amis.

Avant même que les jeunes gens n’aient le temps de cligner des paupières, Sephiroth avait disparu, ne laissant à sa place qu’un Yazoo nu couvert de sueur, haletant et frissonnant.

Reno bondit littéralement sur lui, l’enveloppa bien serré dans le drap et le prit dans ses bras.

La tête de l’argenté inconscient ballotta contre sa poitrine avec des petits gémissements misérables.

- Merde…

Le visage moite encadré de cheveux humides en bataille et les petites plaintes qui s’échappaient de ses lèvres boudeuses rappelèrent plus que jamais au turk un chaton mouillé abandonné sur le bord d’une route.

Il écarta les mèches de mercure qui collaient au front blanc et les fines paupières frémirent avant de s’ouvrir sur deux grands yeux fiévreux couleur mako.

- Comment va-t-il ? demanda Cloud.

Le corps de l’incarné fut parcouru d’un long frisson et le turk resserra son étreinte.

- Tu as froid ? Tu veux une autre couverture ?

Yazoo s’accrocha à la chemise de Reno et blottit sa petite frimousse entre ses muscles pectoraux à la recherche d’un peu de réconfort.

- J’ai mal. J’ai mal… partout, gémit-il.

Reno lança un regard impuissant à son ami et celui-ci haussa les épaules, navré.

***

Kadaj était sur le point de devenir fou.

- Mais à quoi tu joues, à la fin ? hurla-t-il. Tu ne vas pas me dire que le contenu de ta mémoire se résume à trois phrases !

Sephiroth secoua la tête, aussi déconcerté que le garçon.

- Je… Je ne sais pas quoi te dire. Moi non plus, je ne comprends pas.

- Tu faisais partie de l’état major du SOLDAT ! Un général ! Ce n’est quand même pas rien ! Tu…

Pris d’une inspiration subite, Kadaj le gifla - ni assez fort ni assez vite pour qu’il ne puisse pas esquiver le coup avec facilité - mais Sephiroth reçut la claque de plein fouet.

- Non mais ça va pas ! Qu’est-ce qui te prend, petit ?

Le garçon, médusé, n’en croyait pas ses yeux.

Même lorsque l’on effaçait la mémoire d’un homme, qu’on lui lavait le cerveau, les réflexes restaient. Surtout s’ils avaient été développés durant des années !

Mais Sephiroth avait été incapable d’éviter une petite gifle de rien du tout. La ” légende vivante ” du SOLDAT avait des réflexes de combat proches du zéro pointé !

Qu’est-ce que c’était que cette blague ?

Kadaj plissa les paupières, de plus en plus méfiant, et recula d’un pas.

- Qui est-tu ?

Le Soldat écarquilla les yeux.

- Que… quoi ? Comment, qui je suis ?

***

Loz fut réveillé par une agaçante petite démangeaison sur son bras. Un moustique ou une araignée ? Argh ! Il détestait les insectes !

L’incarné ouvrit les yeux et vit qu’il ne s’agissait nullement de ce à quoi il pensait…

Allongée à ses côtés, Tifa dormait paisiblement sur le flanc, un bras autour de sa taille étroite et son front tout contre son imposant quadriceps. C’est son souffle régulier contre son bras qui provoquait le petit chatouillement.

Loz sourit et voulut tourner la tête pour contempler la jeune femme tout à loisir mais il faillit crier tant sa nuque était raide.

Et pas que sa nuque, d’ailleurs, mais, cette fois, l’excitation causée par la proximité de Tifa n’y était pour rien. Tout son corps était perclus de courbatures comme s’il avait passé des jours à se contorsionner.

Non, pas tout son corps, en fait… Ses jambes paraissaient être mystérieusement épargnées.

Il essaya en vain de retenir un gémissement pour ne pas réveiller sa compagne de lit mais une crampe particulièrement douloureuse venaient de se réveiller dans les tréfonds de ses muscles lombaires et son dos s’arqua brutalement, arrachant le drain.

La jeune femme se réveilla en sursaut.

- Loz ? Loz ! Qu’est-ce que tu as ?

- Cr… crampe… réussit-il à articuler.

Tifa s’assit et le regarda se tordre, impuissante.

- Une crampe ? Où ? Dans le dos ?

Il acquiesça dans un gémissement douloureux et elle glissa la main sous son dos cambré à craquer pour masser comme elle le put la partie concernée. La peau était moite d’une sueur glacée et les muscles tendus comme des cordes de guitare.

- Ce sont peut-être les antibiotiques, essaya de le rassurer la jeune femme. Certains me provoquent des tendinites, si je les prends à forte dose. Est-ce que ça passe ?

Loz acquiesça et essuya la larme qui avait coulé sur sa tempe.

- Oui, je… Ca va mieux. Merci.

Elle retira sa main et il se rallongea, le dos bien à plat, n’osant bouger de peur de provoquer une autre crampe.

- Ca y est ? Elle est part… Oh, oh, on dirait bien que ta blessure s’est rouverte.

Loz jeta un œil sur le bandage qui lui enserrait la poitrine en faisant bien attention à ne pas bouger la tête.

- Non, c’est… C’est le tube. Je l’ai arraché à l’instant sans faire exprès.

Tifa descendit du lit et alla s’agenouiller à son côté pour évaluer les dégâts.

Le pansement ne semblait pas être plus imprégné de sang que ça et celui qui marquait les parois du tube du drain avait commencé à coaguler, signe qu’il n’y coulait depuis un moment déjà.

- Bon, ça n’a pas l’air bien méchant. De toute façon, tu n’en avais plus besoin, apparemment.

- Nous guérissons vite, assura l’incarné. Un cadeau de mère, ajouta-t-il avec un sourire tendre qui congela le cœur de la jeune femme dans sa poitrine.

Ne sachant trop comment aborder le sujet, elle s’assit sur le lit, tout près de lui, et lui lissa les cheveux avec un pauvre sourire, comme elle l’aurait fait avec un petit garçon à qui elle aurait dû annoncer la mort ou la maladie d’un de ses parents.

- Loz… Jenova n’est pas du tout ce que tu crois, tu sais…

Le jeune homme fronça les sourcils.

- C’est pas gentil… Pourquoi tu dis ça ?

Il plissa les lèvres en une moue boudeuse à laquelle la jeune femme commençait à s’habituer et qu’elle trouvait de plus en plus “craquante”.

***

La forme opalescente d’Hojo se tenait devant la glace sans tain qui lui permettait de voir sans être vu tout ce qui se passait dans le laboratoire.

Au centre ce celui-ci trônait une sorte de gros tube en verre épais à l’intérieur duquel on avait placé le cristal mako contenant le corps de Sephiroth - ou du moins ce qu’il en restait.

Les chercheurs s’affairaient tout autour et relièrent un second tube au sien par tout un imbroglio de câbles et de tuyaux.

Hojo mourait d’envie de pousser la porte du laboratoire et de diriger les opérations mais c’était trop risqué. Il ne fallait surtout pas que son fils sache que c’était lui qui tirait les ficelles de ce projet improbable car il pourrait en avertir, via ses incarnés, des personnes qu’il n’avait surtout pas envie de croiser - cet empêcheur de tourner en rond de Vincent Valentine en tête !

- Le rythme cardiaque redevient normal, annonça une femme en blouse blanche au visage masqué.

Le fantôme d’Hojo ricana.

- Alors, mon garçon ? Revenu de ta promenade ? Où se cachent tes petits protégés, dis-moi ? Si seulement je pouvais t’obliger à me le dire…

- Ca s’accélère ! Il se passe quelque chose !

Le sourire d’Hojo s’élargit.

- Tu viens de le sentir, pas vrai ? Tu sais que Kadaj est ici.

Un homme en uniforme noir et bleu entra dans la pièce où il se trouvait et tendit le bras droit en claquant des talons.

- Heil Weiss ! salua-t-il.

- C’est ça, rétorqua le scientifique avec une moue méprisante. Bonjour également.

- Nero est ici, professeur. Il souhaite vous parler.

Hojo tordit le nez.

La dernière chose dont il avait besoin en ce moment, c’était que ce résidu d’éprouvette ténébreux vienne fourrer son petit nez de fouine dans son travail !

- Professeur ! les interrompit l’un des hommes qui avaient jeté Kadaj dans la cellule de Sephiroth un peu plus tôt. Nous avons un problème avec la copie !

- Quel genre de problème ?

- L’incarné l’a attaquée !

- Quoi ? Déjà ? Ce petit morveux n’a pas perdu de temps. Allons-y !

Il fit mine de quitter la pièce avec le butor mais le Tsviet s’interposa.

- Nero veut vous voir immédiatement, professeur. Il souhaite savoir pourquoi vous n’êtes pas en train d’aider l’Empereur Immaculé, comme vous vous y étiez engagé.

- Je ne fais que ça, imbécile ! mentit effrontément Hojo. Dis-lui de m’attendre dans mon bureau, j’arrive immédiatement !

Il passa à travers le Tsviet pour courir derrière le garde en direction de la geôle.

Kadaj s’était apparemment rendu compte que le Sephiroth qui lui tenait compagnie n’était qu’un clone de mauvaise de qualité mais il devait néanmoins faire vite pour sauver ce dernier de la vindicte du garçon avant qu’il ne le tue. Peut-être l’incarné lui avait-il, comme le professeur l’escomptait, involontairement confié de précieuses informations sur l’endroit où se trouvaient les deux autres incarnés…

à suivre

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Soldat, va dire au monde…

Dans “Crisis Core”, on apprend que Weiss et Nero avaient demandé à Genesis de les aider à prendre le contrôle du très secret Deep Ground, pour se libérer de la tyrannie des Restrictors et des scientifiques de la Shinra. Le Soldat, ayant d’autres priorités, refusa…

***
Texte : Shiva Rajah
Illustration : Studio Gothika
***
Le cadet devait supporter
Les expériences et contusions.
Le plus âgé l’indignité
Des insultes et humiliations.
Ils espéraient, nuit après nuit,
Un miracle ou une délivrance
Ils priaient pour que leur ami
Dénonce tant d’indifférence.
*
Courage, Soldat ! Brise le silence !
Raconte au monde notre vie
Ami, fais preuve de vaillance.
Viens-nous en aide, je t’en supplie…
*
Nero le croyait homme d’honneur
Et Weiss homme de décision
Mais quand, par une nuit d’horreur,
On sépara les deux garçons,
Nero finit dans un sous-sol
Où nul ne descendait jamais.
Et Weiss, captif à l’entresol,
Ne pouvait que l’entendre hurler.
*
Courage, Soldat ! Brise le silence !
Raconte au monde notre vie
Ami, fais preuve de vaillance.
Viens-nous en aide, je t’en supplie…
*
Nero, sans cesse, entre deux coups,
Appelait Weiss de sa prison
Et on lui marquait l’autre joue
De la boucle d’un ceinturon…
Weiss répondait, crevant de haine,
Se débattait, mais ses bourreaux
Agrémentèrent ses lourdes chaînes,
D’épines qui déchiraient sa peau.
*
Courage, Soldat ! Brise le silence !
Raconte au monde notre vie
Ami, fais preuve de vaillance.
Viens-nous en aide, je t’en supplie…
*
Mais Genesis ferma les yeux,
Délaissa ses amis d’enfance.
Ses cheveux roux, ses traits gracieux,
Valaient bien toutes leurs souffrances.
Si le bourreau des deux garçons
N’était pas le seul à pouvoir
Préserver son corps d’Apollon
Il y aurait eu quelque espoir…
*
Courage, Soldat ! Brise le silence !
Raconte au monde notre vie
Ami, fais preuve de vaillance.
Viens-nous en aide, je t’en supplie…

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Chers petits frères ! (Part 2/5)

***

Auteur : Shiva Rajah

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Yazoo poussa la porte de la chambre de son petit frère à la volée et, comme il l’avait espéré, Loz était penché sur la table à langer, en train de passer une lingette sur les fesses rebondies de Kadaj, qui piaillait de plaisir de se sentir enfin propre.

- Tadaaaa ! claironna-t-il en désignant son aîné à Tifa d’un grand geste théâtral. Le voilà !

Loz se pétrifia, blême de honte, les petits pieds de Kadaj dans une main, la lingette souillée dans l’autre, et Yazoo eut fort à faire pour ne pas éclater de rire tant la tête de son frère valait le coup d’œil.

Tifa, elle, s’était figée, les yeux écarquillés, le carton à pâtisserie qu’elle tenait se balançant doucement au bout de son solide ruban rose.

- Je… Je… bredouilla Loz.

- OHHHH ! C’EST TROP MIGNOOOONNN !!! s’écria soudain son amie, qui n’en croyait pas ses yeux.

Yazoo - qui attendait avec impatience le moment fatidique où son idiot de grand frère allait bredouiller un chapelet d’excuses stupides et avoir l’air plus idiot encore - fronça les sourcils et se tourna vers la jeune femme avec une moue.

- Hein ?

Mais Tifa ne faisait plus du tout attention à lui.

Elle laissa même échapper - signe évident que les choses ne se déroulaient pas du tout comme Yazoo l’avait espéré - le même genre de petit cri suraigu que poussaient les filles quand elles voyaient Sephiroth tondre la pelouse torse-nu dans le jardin.

- Qui t’a appris à t’occuper d’un bébé, Loz ?

Elle se précipita vers la table à langer pour regarder Kadaj avec ce que Yazoo appelait la ” méga tête de débile “. A savoir celle que faisaient généralement les adultes en présence de son petit frère.

Loz, plus qu’agréablement surpris par le revirement de situation, se rengorgea et haussa les épaules, un rien suffisant.

- Oh ! Quoi, ça ? fanfaronna-t-il en faisant sauter le pot de talc dans sa main comme l’aurait fait le barman d’une boîte branchée avec une bouteille d’alcool. C’est rien ! Ma mère a beaucoup de travail et, avec ces deux têtards, il faut bien un homme à la maison pour lui donner un coup de main ! ajouta-t-il en insistant un peu sur le mot “homme“.

Yazoo lui jeta un regard méprisant en faisant vibrer ses lèvres avec un bruit de ballon de baudruche que l’on dégonfle en pinçant l’embouchure.

Son aîné lui répondit par une œillade menaçante mais Tifa, les cils papillonnant d’admiration et des étoiles plein les yeux, ne remarqua rien.

- Dis-donc, Yazoo ! gronda Loz pour faire bonne mesure. Je ne t’ai pas demandé de m’apporter un paquet de couches de la remise ?

Le garçon se renfrogna et croisa les bras, vexé de se faire rabaisser ainsi devant Tifa. Il tenta même de faire de la résistance.

Pas longtemps…

- Tu préfères que j’utilise ton t-shirt, crapouillard ? demanda son frère en se penchant sur lui pour faire mine de le déshabiller.

Sachant qu’il était tout à fait capable de mettre ses menaces à exécution, Yazoo s’enfuit littéralement de la chambre sous les rires amusés de son frère et de Tifa.

Quelle humiliation !

Mais ça se paierait tôt au tard, ça, parole de Yazoo ! Comment, il ne le savait pas encore mais il trouverait !

Dans la chambre de Kadaj, Tifa se pencha sur le bébé pour lui faire des papouilles et lui chatouiller le ventre mais Loz lui conseilla de reculer.

- J’éviterais de faire ça, si j’étais toi.

La jeune femme leva un sourcil.

- Ah ? Pourquoi ?

- Bah… Kadaj est du genre à t’asperger au moment où t’y attends le moins, si tu vois ce que je veux dire.

Mais force était de constater, si l’on en croyait l’expression de la jeune fille, qu’elle ne comprenait pas du tout à quoi il faisait allusion.

- Si tu t’approches de trop et qu’il se lâche… essaya d’expliquer laborieusement Loz en rougissant.

Elle plissa le nez.

- Tu as peur qu’il me vomisse dessus ?

Le garçon grimpa d’un ton dans les pourpres.

- Il veut dire que si tu restes dans sa ligne de mire tant qu’il n’a pas sa couche, il va t’arroser au museau, baby ! railla la voix de Reno depuis la porte. Yo, potes ! salua-t-il en entrant dans la pièce.

Tifa rougit à son tour, comprenant enfin de quoi il retournait.

- Oh ! Ca !

- Super élégant, Reno, merci… grommela Loz.

La jeune fille pouffa et Reno, comme à son habitude, en rajouta encore pour faire bonne mesure.

- Attends, Tifa tu sais pas à qui t’as affaire, là… fit-il en désignant le bébé comme un organisateur de match de catch le ferait avec son meilleur poulain. C’est bébé Kadaj ! En chair et en os ! Le recordbaby du jet de pisse en longueur !

- Reno ! le tança Tifa en pouffant malgré elle.

- Sérieux. Record à battre : de la table à langer à l’humidificateur en un seul jet ! claironna le rouquin avec emphase en montrant la trajectoire d’un ample mouvement du bras.

- Reno ! intervint Loz à son tour en se tenant les côtes.

- Et si les cheveux de Cloud n’avaient pas ralenti l’impulsion du lancer à mi-course… je suis sûre qu’il aurait atteint la porte ! conclut Reno d’un ton tragique, faisant redoubler l’hilarité de ses camarades. Ce jour maudit, par la faute d’une coquetterie capillaire qui voulut défier les lois de la pesanteur, nous sommes passés à côté d’un moment historique ! La dure loi du sport…

- Reno, arrête, merde ! supplia Loz, à bout de souffle à force de rire.

Kadaj, les voyant tous aussi joyeux entra dans la partie, ce qui décupla l’hilarité générale.

Ce fut le moment que choisit Weiss pour arriver à son tour, la menotte de son frère Nero fermement cramponnée - comme à son habitude - à la jambe de son pantalon. A première vue, la tenue de l’adolescent laissait supposer qu’il sortait d’une salle d’entrainement d’arts martiaux sans avoir pris la peine de sa changer mais, comme disait Reno : “quiconque a eu un Nero suspendu à son futal comprend très vite la nécessité de porter une ceinture de judo nouée à double tour sur son pantalon de survet !”

- A peine arrivé et déjà en train de faire le pitre, poil de carotte ?

- Eh ! Yo, man ! T’as pensé au jeu dont je t’ai parlé ?

Son ami brandit une clé mémoire.

- Evidemment.

- Woah ! Cool !

Weiss désigna Kadaj du menton avec fit un clin d’oeil à Loz.

- Alors ? On a fini la vidange et on astique la carrosserie ?

- Si tu veux prendre ma place… proposa l’argenté avec un sourire narquois.

Son ami secoua la tête et désigna son petite frère, accroché à son pantalon.

- Merci mais j’ai déjà donné ! Pour rien au monde je ne veux revivre ça.

Reno se tapa les cuisses.

- Ah ! Ah ! Ah ! Tu m’étonnes !

Nero adressa à son aîné un regard accablé.

- Pourquoi tu dis ça ? demanda-t-il avec une petit moue chagrine en tirant sur la jambe de son pantalon. Tu m’aimais pas, quand j’étais bébé ?

Weiss leva les yeux au ciel et lui ébouriffa les cheveux.

- Mais si.

- C’est plutôt tes couches “radioactives” que ton frère avait du mal à apprécier, morpion ! lança Reno.

Ils éclatèrent de rire et le garçonnet se renfrogna.

- J’suis pas un morpion !

- Pourtant, question adhérence… ricana Reno.

- Maiss euh ! Weiss ! Il rigole de moi !

Les rires redoublèrent.

- Ne les écoute pas, Nero, ils sont bêtes ! le rassura Tifa en lui tendant les bras. Viens me faire un câlin.

Il ne se le fit pas dire deux fois et la jeune fille le souleva de terre pour l’asseoir à cheval sur sa hanche.

Nero était si petit, pour un enfant de six ans, que l’on aurait eu peine à lui en donner plus de quatre. Tout menu, il ne pesait pas plus lourd qu’une plume et Tifa pouvait faire le tour de son petit bras avec son pouce et son index.

- Alors, il paraît tu as cassé les pieds de ton frère tout l’après-midi ?

Le garçonnet secoua frénétiquement la tête avec une moue enfantine, ce qui eut pour effet d’auréoler ses longs cheveux noirs (qu’il refusait obstinément de couper “pour avoir les mêmes que Weiss“) d’une sorte de brume ténébreuse.

- C’est pas vrai ! C’est lui casse mes miens de pieds !

Tifa pouffa.

- Tiens donc !

- Vaut mieux entendre ça que d’être sourd ! railla Weiss. Monsieur pleurniche tout l’après-midi, refuse de faire sa sieste et c’est moi qui lui brise les noix !

- Et pourquoi que quand c’est toi qu’es fatigué, c’est toujours moi que j’dois aller dormir, d’abord ? se récria Nero de sa petite voix flûtée, faisant s’esclaffer tout l’auditoire de plus belle.

- Un point pour le grumeau ! gloussa Reno.

- Il est où, Yazoo ? demanda encore le garçonnet quant les rires se furent un peu calmés.

Loz regarda sa montre.

- C’est vrai ça, il en met du temps, en bas, qu’est-ce qu’il fabrique ?

- Bouge pas, j’y vais ! proposa Reno. Je préfère éviter de rester dans la visée du sniper fou tant qu’il n’a pas sa couche ! ajouta le rouquin avec un clin d’oeil, faisant rire ses camarades de plus belle.

***

Dans la remise, Yazoo avait totalement oublié pourquoi il était là.

Bien qu’on lui ait ordonné à de multiples reprises d’utiliser l’escabeau lorsqu’il voulait attraper quelque chose sur les étagères du haut - et qu’on lui ait formellement interdit d’y grimper comme un singe - Yazoo était un vrai casse-cou et n’en faisait qu’à sa tête.

Et, bien sûr, ce qui devait fatalement arriver arriva : un rayonnage avait fini par céder.

Heureusement pour le garçonnet, les cartons qui lui étaient tombés dessus ne contenaient que des décorations d’anniversaire et des guirlandes en papier.

Il savait que cela allait lui valoir une bonne punition mais, pour l’heure, quelque chose de beaucoup plus intéressant occupait ses pensées et accaparait son attention : l’étrange coffre en bois sculpté qui était apparu derrière le mur de cartons qu’il avait fait tomber.

Hélas, il était tout au fond, contre le mur, sous un tas de boîtes scellées avec le logo de la Shinra.

- Woah… C’est quoi, ce truc ?

Il se dégagea des cartons qui lui étaient tombés dessus et essaya d’atteindre le coffre en se faufilant entre deux packs d’eau minérale.

-Qu’est-ce que tu fabriques ? Ton frère attends toujours le paquet de… C’est quoi, ce bazar ? C’est toi qui as fichu cette pagaille ?

Yazoo, à quatre pattes par terre, tourna la tête et, avec soulagement, reconnut Reno.

- L’étagère s’est cassée.

- T’as encore joué les acrobates, c’est ça ?

- C’était un accident.

Le rouquin ricana.

- Ouais, bien sûr ! Et toi, tu es la petite fée de la remise. Et moi, le roi des gnomes !

Le garçonnet haussa les épaules avec dédain et se permit même de lui faire une grimace, à laquelle Reno, nullement vexé, répondit en tirant la langue.

Si ça avait été Weiss ou Cloud, Yazoo aurait été bon pour une fessée et un aller simple par la peau du cou en direction de sa chambre avec une fastidieuse leçon de morale. A croire que ces deux-là n’avaient jamais été petits et n’avaient jamais fait de bêtises !

Ce que les ” grands ” pouvaient être barbants, des fois, franchement !

- Reno, tu m’aides à sortir la boîte, là ?

Ce dernier s’accroupit pour voir ce que lui montrait le garçon.

Il s’agissait d’un coffre sculpté aux poignées ornementées qui devait bien mesurer dans les trente centimètres de haut sur autant de large et peser son poids de bois massif.

- C’est quoi, ce truc ? On dirait que c’est drôlement vieux.

- S’il te plaît… supplia Yazoo avec une petite voix larmoyante et un regard de chiot battu sous sa frange en bataille qui faisait toujours craquer Sephiroth.

Mais Reno n’était pas Sephiroth et il éclata de rire.

- T’as l’air d’un cocker à qui on a volé ses croquettes ! Ah ! Ah ! C’est bon, arrête de faire cette tête, tu vas rester coincé ! Et après, tu seras tellement moche qu’on devra te mettre dans le jardin pour chasser les corbeaux. Pousse-toi.

Un peu vexé tout de même, Yazoo lui laissa la place et le rouquin entreprit de tirer doucement le coffre vers lui sans faire tomber ce qui se trouvait au-dessus.

- Fais attention, intervint le garçonnet. Plus à gauche. Oui, t’y est presque. Encore un peu. Attention ! Tiens la boite blanche ! Fais gaffe, ça va tomb…

- Eh ! Moi, je veux bien t’aider mais, si c’est pour me les briser, tu te débrouilles tout seul, d’accord ?

- Je me tais ! Je me tais !

Yazoo pressa ses deux mains sur sa bouche en signe de bonne volonté et recula.

Au bout d’un petit moment, Reno réussit à décoincer le coffre et à le tirer vers lui sans rien casser ou faire tomber, les boites prenant la place laissée vide à la façon d’un jeu de cubes.

- Et voilà ! T’as vu le pro ? C’est pas beau, ça ? Bah dis donc, c’est une antiquité, ce machin. T’es sûr que ta mère serait d’accord pour tu fouilles là-dedans ? C’était drôlement bien planqué, quand même.

Yazoo haussa les épaules.

- Les choses qu’on a pas le droit de toucher, c’est dans une pièce du grenier fermé à clé et dans le labo de maman. Ici, elle nous a jamais dit de pas prendre des trucs.

Reno se mordilla la lèvre.

C’est vrai que si Jenova avait voulu mettre quelque chose hors de portée de ses enfants, elle ne l’aurait pas rangé dans la remise…

- O.K. T’es chez toi, après tout. Tu dois savoir ce que tu fais. Tiens.

Yazoo repoussa les toiles d’araignée qui recouvraient le coffre et le fermoir crissa en cédant. Son jean et son T-shirt étaient couverts de poussière mais il n’y prêta pas attention. Depuis qu’il était en âge de marcher, il passait des heures à déterrer ce qu’il considérait comme de véritables trésors dans la remise, le grenier ou le garage et, à presque neuf ans, il n’avait pas perdu une once de ce plaisir.

Il plongea les mains dans le coffre et extirpa, avec mille précautions, ce qui semblait être une vieille robe bleu pâle.

- Ca devait être à maman !

Reno se pencha à son tour sur le contenu mystérieux, curieux.

- C’est quoi ce truc, avec l’écriture bizarre ? demanda-t-il en désignant ce qui ressemblait à une planche de bois recouverte de symboles et de lettres incompréhensibles.

Yazoo extirpa la planche, et le petit triangle d’ivoire qui semblait l’accompagner, du fouillis de vieilles fripes.

- C’est quoi, comme langue ?

Ils regardèrent l’objet en silence.

- Il faudrait demander à Aerith mais je suis presque sûr que c’est de l’ancien cetra. J’ai vu quelque chose dans le genre dans un film, une fois, dit Reno, je crois que permet de communiquer avec les esprits.

Yazoo écarquilla les yeux, fasciné

- Sérieux ?

- Enfin, ça permet… ” en théorie “. Va pas t’imaginer des trucs. Ce n’est qu’un jeu.

- Ca pourrait être drôle d’essayer, risqua le garçonnet.

Reno haussa les épaules.

- Il faudrait le montrer à Aerith. Si ça se trouve, c’est pas ça du tout.

Le garçonnet se redressa, l’objet dans les mains.

- Alors viens, on va lui montrer ! Elle a dû arriver !

Il voulut filer, son trésor sous le bras, mais le rouquin le retint par la ceinture de son pantalon.

- Eh, là ! Minute, grumeau ! T’oublies rien ?

Yazoo haussa les sourcils et se débattit.

- Quoi ? Lâche-moi !

- Ton frère attend quelque chose, il me semble !

Le garçonnet cessa de s’agiter et ses épaules tombèrent de dix bons centimètres.

- Rah ! J’avais oublié le nabot bouffeur de purée…

- Oui, bah le nabot bouffeur de purée, il a cul à l’air depuis un moment grâce à toi. Et s’il arrose le papier peint, devine qui Loz va attraper pour faire le ménage… le menaça Reno en riant.

Yazoo lui confia son ” trésor ” et revint sur ses pas en traînant des pieds.

- J’en ai marre de cette famille…

Le rouquin éclata de rire.

- C’est ça ! persifla-t-il. Tous des bourreaux et toi, t’es un ange. On connait la chanson. Allez, hop, hop ! Un paquet de couches et que ça saute, moussaillon !

- Je vais lui faire manger, ses fichues couches…

- Et utilise ce satané escabeau !

à suivre

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Chers petits frères ! (Part 1/5)

***

Auteur : Shiva Rajah

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Loz passa en revue les derniers t-shirts de sa garde-robe.

Pas assez moulant… Trop gamin… Trop large… Manches trop longues… Trop vieux… Celui-là, elle m’a déjà vu avec… Non… Celui-là non plus… Celui-là ! “

- Loz, je dois aller au labo ! Tu gardes le bébé !

L’ordre de Jenova résonna dans l’escalier et tomba comme une sentence sur l’adolescent, qui poussa un gémissement déchirant.

Les deux t-shirts qu’il avait mis la moitié de la matinée à choisir lui tombèrent des mains.

- Oh, nooon !

Yazoo, assis son lit en train de lire une bande dessinée de ” Super Soldat “, laissa échapper un petit rire malicieux.

- Pas de ” bisou-bisou ” avec Tifa aujourd’hui ! railla-t-il en tendant une bouche en cul de poule à son aîné.

Celui-ci fit mine de lui jeter l’un des petits haltères avec lesquels il s’entraînait dès qu’il en avait l’occasion et le garçonnet, vif comme un serpent, sauta du lit en ricanant.

- Si tu me tapes, je le dis à maman !

- Sale petit morv…

- Et tu vérifies bien que Yazoo ne jette pas son dîner à la poubelle ! Je t’ai tout laissé dans four, tu n’as plus n’as plus qu’à réchauffer !

- Mais mamaaan ! plaida encore l’adolescent. Je devais aller au cinéma avec mes amis ! T’avais dit oui !

Yazoo fouilla dans la commode, mit deux paires de chaussettes de ski sous son t-shirt pour imiter une grosse paire de seins et se pavana devant son grand frère en faisant toutes sortes de simagrées pour le faire enrager.

- Je suis désolé, mon chéri, s’excusa Jenova. On a vraiment besoin de moi !

- Et Sephiroth, alors ? Pourquoi c’est jamais lui qui se coltine les nabots ?

Un ravissant minois à la longue chevelure de platine et aux jolies prunelles carmin passa par l’entrebâillement de la porte de la chambre des garçons et lui fit un clin d’œil espiègle.

- Parce que ton grand frère s’est déjà “coltiné” un “nabot” appelé Loz il n’y a pas si longtemps ! Et qu’il ne revient pas avant demain soir, de toute façon. J’ai droit à un bisou avant de partir ?

Yazoo se précipita pour embrasser sa mère avec enthousiasme.

- Tu reviens quand ?

- Ce soir, j’espère. Mais… qu’est-ce que t’es mis là, toi ? demanda la jeune femme en tâtant les deux grosses bosses moelleuses qui gonflaient le t-shirt de son fils.

Le garçon bomba le torse pour faire ressortir sa poitrine d’emprunt et fit mine de jouer avec ses longs cheveux en roulant des hanches.

- Je m’appelle Tifaaa et je veux aller au cinéma avec mon Loooz chéri ! singea-t-il d’une voix aiguë, faisant rire sa mère.

Loz s’empourpra violemment.

- Arrête !

Mais, encouragé par l’hilarité de Jenova, Yazoo en rajouta et fit rouler ses faux seins sous ses mains.

- Eh ! le rabroua la jeune femme en lui retirant les chaussettes. Ca suffit, tu deviens vulgaire. (Elle considéra les deux grosses paires de chaussettes de ski et pouffa.) Tu n’as pas trouvé plus gros ?

Yazoo écarquilla les yeux.

- Mais ils sont énormes, ses ploplos, m’man ! J’te jure ! Comme ça, au moins ! C’est pour ça que Loz est amoureux d’elle !

Celui-ci monta d’un ton dans les pourpres.

- J’suis pas amoureux, sale morveux !

Il voulut fondre sur son cadet mais celui-ci se cacha derrière sa mère.

- Bon, ça suffit, tous les deux ! (Elle prit le visage de Loz dans ses mains et l’embrassa avec effusion) Reste calme. Tu es son grand frère, tu dois montrer l’exemple.

***

Weiss, l’oreille collée à son téléphone portable, posa le garçonnet en pleurs sur le lit, à bout de nerfs.

- Mais tu vas te taire, oui ! cria-t-il, excédé.

Le petit tressaillit et se tut brutalement en écarquillant ses grands yeux pourpres mais… se remit à pleurer de plus belle.

Euh… J’avais une oreille… “ gémit la voix de Loz dans l’écouteur.

De sa main libre, l’adolescent agrippa ses longs cheveux blancs - soigneusement hérissés sur sa tête, à la dernière mode de l’Académie du Soldat - et poussa un grognement inintelligible, prêt à commettre un fratricide.

- Je vais le tuer, Loz ! gronda-t-il. Je te jure que, cette fois, je vais vraiment le tuer !

Il est peut-être malade. Ou il a mal quelque part. “

- Malade ? Tu parles ! MÔnsieur pique une crise parce que MÔsieur a refusé de faire la sieste et que, maintenant, MÔsieur est fatigué… ET QU’IL A DECIDE DE M’EMMERDER !

Il hurla les derniers mots au visage de son petit frère, dont les pleurs redoublèrent.

Weiss… Mes tympans… “

- Excuse-moi. Je suis à bout de nerfs, mec. Je n’en peux plus de… L’ENTENDRE CHOUINER ! MAIS TU VAS LA FERMER, OUI ? !

Nouveau concert de cris et de sanglots.

Weiss-euh ! “

- Désolé.

Ecoute, pourquoi tu ne viens pas à la maison avec lui ? Je suis sûr qui si on le colle avec Yazoo et Kadaj, ils joueront et nous ficheront la paix. De toute façon, le cinéma, c’est fichu, alors on pourrait tous regarder un film ici. En plus, ma mère a fait un tas de trucs à manger, il y a de quoi nourrir tout un régiment du Soldat ! “

- Je viens d’appeler Zack pour lui dire que la soirée était grillée aussi en ce qui me concernait. Il a dû prévenir les autres et ils ont sûrement prévu un truc de rechange.

O.K. Je les appelle tout de suite et je te recontacte. “

- Ca marche. Je… Oh ! LA FERME, NERO !

***

Loz s’affairait en cuisine en prévision de l’arrivée de ses amis.

C’était la première fois que Tifa venait à la maison alors, pour l’occasion, il avait mis les petits plats dans les grands : au moins quatre variétés d’amuse-gueule sur la table basse du salon, la tarte salée et les délicieuses lasagnes de Jenova au four en train de chauffer, de la glace au congélateur… Tout y était !

Reno amenait les films (dont au moins un film d’horreur, Loz avait bien insisté là-dessus - rien de mieux pour qu’une fille se serre contre vous !), Cloud avait tenu à acheter les sodas, Aerith et Zack, les sucreries, et Weiss venait avec les derniers logiciels de simulation de combat en vogue à l’Académie du Soldat.

Tout était réuni pour passer une soirée de rêve entre amis - surtout avec Tifa ! - et pour…

- Loz ! Kadaj, il fouette !

Loz se tourna vers la porte avec un soupir déchirant.

Yazoo se tenait dans l’encadrement et se bouchait le nez d’une main tandis que, de l’autre, il tenait la menotte de Kadaj, uniquement vêtu de sa couche qui - à en croire d’odeur qu’elle dégageait - avait grand besoin d’être changée.

- Yazoo, ne le promène pas comme ça, il va prendre froid, idiot !

- Mais j’vais pas lui mettre son pyjama alors qu’il est tout puant !

Kadaj, qui commençait tout juste à marcher, levait vers eux de grands yeux curieux, comprenant sans doute qu’il était l’objet de leur discussion mais pourquoi, ça… allez savoir !

Loz s’accroupit devant le bébé, attendri malgré lui par la bouille attentive.

- Alors, boule puante ? On a encore fait des saletés ?

Le petit lui sourit et tapa dans ses mains, tout joyeux qu’on s’intéresse à lui.

Son frère le souleva dans ses bras.

- Va me chercher un paquet de couches dans la remise, Yazoo.

- Hein ? Mais maman en a remis plein hier sur la table à langer !

- Il n’y en a plus, j’ai utilisé la dernière tout à l’heure. Et dépêche-toi ! ordonna Loz en quittant la pièce.

Yazoo grimaça, donna un coup de pied rageur dans le pied d’une chaise de cuisine et se dirigea vers l’escalier qui menait au sous-sol de la maison d’un pas traînant, tout en rouspétant contre son jeune frère.

- Sale mangeur de purée… Usine à crottes !

C’est alors que, par une fenêtre qui donnait sur le petit jardinet de la propriété, il aperçut Tifa, qui approchait avec une grosse boîte rose, estampillée du logo d’une célèbre pâtisserie.

Le garçon se précipita pour ouvrir avant que la jeune fille n’ait le temps de sonner.

- Bonsoir ! lança-t-il avec son plus beau sourire. Bienvenue à la maison !

Tifa, le doigt à quelques centimètres de la sonnette, lui sourit à son tour et se pencha pour embrasser sa joue rebondie.

- Bonjour, toi ! Je suis un peu en avance. Loz est là ?

Yazoo lui prit la main et l’entraîna à l’intérieur de maison.

- Oui, viens !

- Hein ? Eh ! Attends !

Mais le garçon avait déjà fermé la porte et la tirait derrière lui avec enthousiasme.

- Il est au premier avec Daj’ !

- Mais attends, voyons ! fit Tifa en riant tandis que Yazoo l’entraînait dans l’escalier. Laisse-moi au moins poser les gâteaux quelque part !

Mais Yazoo n’avait pas l’intention de perdre une seule seconde ! Ce n’était pas tous les jours qu’on avait l’occasion de faire surprendre son idiot de grand frère par sa petite copine avec les deux mains dans le caca !

à suivre

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VIII - Sur le fil

C’est peu que de vouloir, sous un couteau mortel,
Me montrer votre coeur fumant sur un autel. “

J. Racine

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Je dormis durant une bonne douzaine d’heures et me réveillai un peu groggy.

J’eus un sommeil agité, empli de rêves aussi désagréables que saugrenus.

Toutes ces histoires de temples, de fauves et de légendes s’étaient mélangées en un joyeux cocktail à la sauce gongaguienne pour donner une mixture pour le moins cocasse.

A mon réveil, je ne m’en rappelai que très vaguement mais une image persistait cependant : celle de Rufus Shinra, vêtu de soie orange et brandissant une épée dans ma direction avec une expression digne d’un psychopathe.

On peut dire que notre entretien ne m’avait pas laissé un bon souvenir.

Je rabattis les draps mais restai allongé.

J’avais trop dormi et j’étais épuisé.

On frappa à ma porte sur les coups de dix-sept heures.

Je me nouai une serviette autour des reins et allai ouvrir.

Angeal entra et me tendit un sac en plastique contenant deux t-shirt noirs, des chaussettes, un short et une casquette noires.

- Je me suis dit que tu aimerais te promener autrement qu’à demi-nu, fit-il d’un ton las en s’asseyant sur le lit.

Je refermai la porte et m’appuyai dessus, bras croisés.

Il avait dû faire quelques emplettes pendant que je me débattais avec mes cauchemars. Peut-être même n’avait-il pas dormi car il avait la mine défaite mais, après ce que nous avions vécu, je ne pouvais pas lui en faire le reproche.

Dans l’ambiance douillette de l’auberge, cependant, j’avais presque l’impression que tout cela n’avait jamais eu lieu. Comme s’il s’était agi de la simple résurgence d’un mauvais rêve, de ceux qui vous laissent un mauvais goût dans la gorge au réveil et un nœud dans le ventre.

- Tout va comme tu veux ? demandai-je en faisant ostensiblement tomber ma serviette pour enfiler le short.

Angeal soupira et secoua la tête, ne m’accordant pas même un regard.

J’aurais aussi bien pu danser la gigue en tutu.

- J’ai appelé Heidegger pour lui expliquer la situation et savoir comment nous devions agir vis-à-vis de Rufus Shinra.

Le ton de sa voix ne présageait rien de bon.

Je pris place à ses côtés et entrepris de démêler mes cheveux en grimaçant.

- Et ? demandai-je.

Il soupira.

- J’ai essayé de lui dire que tu n’y étais pour rien Seph, lâcha-t-il en baissant la tête. Je te jure que j’ai essayé.

Un frisson glacial me descendit le long du dos et j’arrêtai net ma séance de démêlage.

- Angeal… demandai-je la gorge soudain serrée. Qu’est-ce que tu veux dire ?

Il se leva pour tourner en rond devant moi.

- Les big boss estiment que tu as commis une faute grave en omettant de tester le sol.

- Quoi ? m’écriai-je en me levant. Tu as entendu les géologues comme moi ! C’était de la pierre Angie ! De la putain de caillasse bien solide ! Personne ne pouvait deviner qu’il y avait un temple à cinq ou six mètres en dessous des caves ! Qu’est-ce que tu voulais que je fasse ? Tu as vu les cartes du sol ! Il n’y avait aucun problème ! Personne ne pouvait prévoir un truc pareil ! Et quand bien même, bordel ! Je suis soldat, pas ingénieur !

Angeal me tourna le dos et leva les yeux au plafond.

Il semblait partagé entre la colère et l’inquiétude.

- Angeal… Tu… tu ne crois quand même pas que c’est de ma faute pas vrai ? Tu témoigneras en ma faveur, n’est ce pas ? Tu ne vas pas les laisser me dégrader à cause d’un abruti superstitieux !

Il pinça les lèvres mais ne répondit pas et un énorme nœud me serra l’estomac. J’avais soudain l’impression de danser sur le fil d’un rasoir.

Si je perdais mon grade à cause d’une erreur de ce genre, j’étais foutu. Ca ferait le tour des casernes en moins de temps qu’il faudrait pour le dire et je serais la risée de chaque sous-officier du soldat.

Bon sang, qu’est-ce que j’allais devenir ? Ma carrière était tout ce que j’avais !

- Angeal… murmurai-je en lui posant une main tremblante sur l’épaule.

Il tressaillit et secoua la tête, comme si je venais de le sortir de ses pensées.

- Hein ? Non ! Bien sûr que non, ne sois pas idiot ! Tu n’y es pour rien. Et évidemment que je suis de ton côté ! Comment peux-tu en douter une seule seconde ?

Mon soulagement fut tel que je dus m’asseoir à nouveau sur le lit, les jambes en coton.

- Si tu savais comme je m’en veux de t’avoir entraîné dans cette mission, Angie…

Il fit vibrer ses lèvres.

- Ne dis pas de conneries ! (Il se prit la tête dans les mains) Si seulement cet abruti d’architecte avec sondé le terrain plus en profondeur !

J’éclatai d’un rire amer qui résonna désagréablement à mes propres oreilles.

- Sonder le terrain ! On est à Gongaga, Angie ! En pleine cambrousse ! Dans un coin perdu où on a déjà de la chance d’arriver à trouver une pile électrique !

Il hocha la tête et me tapota le dos en faisant son possible pour sourire.

- Rien n’est joué, Seph. Ils attendent la décision de Shinra.

S’il m’était resté un soupçon d’espoir… il venait de s’envoler !

- Tu paries combien que ” monsieur le Prince ” a déjà bavé sur mon compte dans l’oreille de ce salaud d’Heidegger ? (Angeal parut soudain gêné.) Oh ! Non… C’est pas vrai ! Qu’est-ce qu’il est allé raconter ?

- Pas lui. Palmer.

- Le gros lard ?

- Il s’est plaint du peu de respect dont tu faisais preuve vis à vis des croyances de ce pays. Il a même parlé à Heidegger de la façon dont tu as traité le vieux sage.

S’il m’avait administré l’une de ses gifles “maison” dont il avait le secret, cela n’aurait pas été pire.

- Quoi ? !

- Il lui a même soutenu que c’était à cause de toi que les ouvriers avaient déserté le chantier parce que, d’après eus, tu avais mis leurs dieux en colère. Et que c’était - toujours d’après eux - pour cela que le fauve a attaqué les hommes qui restaient.

J’écarquillai les yeux, sidéré. Comment un homme normalement constitué et possédant un cerveau fonctionnant à peu près normalement pouvait-il arguer ce genre d’inepties superstitieuses sans risquer de se faire immédiatement enfermer dans un asile ?

Je me débattais en plein cauchemar et j’allais me réveiller, ce n’était pas possible !

- Mais c’est ridicule ! Heidegger ne peut pas croire à de telles sornettes !

- Oh ! Il n’y croit pas, rassure-toi, assura Angeal. Mais, en bon chien-chien obéissant, il préfère attendre de voir si Rufus Shinra ne va pas profiter et se servir de ces accusations tordues pour te lyncher…

Je levai les bras au ciel, impuissant.

- Par tous les démons de la planète, mais qu’est-ce que je lui ai fait, à ce type ? m’écriai-je.

- Je n’en sais rien, Seph, mais il a suffisamment de pouvoir et d’argent pour dicter sa loi à qui il le souhaite.

- Ca c’est ce qu’on va voir ! hurlai-je en enfilant l’un des t-shirts que mon ami m’avait achetés.

Il me posa la main sur le bras mais je me dégageai.

- Eh ! Où comptes-tu aller comme ça ?

- Devine ! répliquai-je en ajustant la casquette.

- Seph, tu vas faire une connerie ! (Il me saisit par les épaules.) Tu ne bougeras pas d’ici !

Je le poussai brutalement, hors de moi.

Je comptais bien aller trouver Shinra pour m’expliquer avec lui d’homme à homme. Et si nous devions en venir aux mains…

Tant pis pour lui !

- Fous-moi la paix, Angeal. Cette affaire ne regarde que sa majesté de mes deux et moi.

- Sephiroth ! Attends, je…

Je sortis en claquant la porte et descendis les marches en courant.

Le réceptionniste m’interpella au moment où je m’apprêtais à sortir de l’auberge.

- Général ! Général ! Un jeune soldat vous demande ! Il dit que c’est très important.

Je le fixai.

Il nageait dans ses vêtements et m’arrivait à peine à la poitrine.

- Un jeune soldat ? Quel jeune soldat ? Vous a-t-il donné son nom ?

- Zack Fair, Général. Il vous attend dans le salon.

Je le suivis jusqu’au coquet salon où les rares clients de la petite auberge prenaient leurs repas.

Après tout, Rufus Shinra ne perdait rien pour attendre une petite heure.

A son goût, j’arriverai de toute façon toujours trop tôt !

- Zack ? Qu’y a-t-il de si important ? Ta famille va bien ?

En entendant son nom, il se précipita vers moi et patron de l’auberge nous laissa seuls.

Le salon était désert et le resterait jusqu’à l’heure du thé.

- Oui, Général, je vous remercie de vous en inquiéter, mais c’est une affaire autrement plus urgente qui m’amène, dit-il précipitamment à mi-voix, comme s’il avait peur d’être entendu.

Nous primes place dans deux confortables fauteuils un peu ternis.

- Je t’écoute.

- Tôt, ce matin… Je suis retourné sur le chantier, Général.

- Tu as quoi ? m’écriai-je. (Il me fit signe de baisser d’un ton.) Es-tu idiot ou totalement inconscient, Zack ? !

Il sortit discrètement de sous son pull un objet oblong enveloppé dans un linge, qu’il avait glissé dans son dos, sous sa ceinture.

- Qu’est-ce que c’est ? demandai-je.

Il jeta à nouveau un regard autour de lui, pour s’assurer que personne ne se trouvait à “portée d’oreille”.

- J’ai vu une camionnette qui emportait les corps des ouvriers.

Je soupirai.

- Au moins Shinra a-t-il fait le nécessaire pour récupérer les dépouilles…

- Oui. Une fois désert, j’ai fait le tour du chantier, pour vérifier si quelque chose avait été volé ou détérioré.

- Et ?

- Rien n’a été touché, Général. Mais j’ai trouvé ça au pied Nord de la colline. Quelqu’un l’avait visiblement jeté d’en haut, précisément là où l’on a découvert le temple enseveli.

Il me tendit sa découverte et je soulevai les pans de tissu. Un poignard à la garde en ivoire superbement ciselée, apparut.

La lame était sale et recouverte d’une substance brunâtre.

Du sang ?

- Le couteau qui a servi à tuer le contremaître… murmurai-je.

Zack hocha la tête.

- Oui, Général. C’est aussi ce que je pense. Le sang n’est pas encore oxydé dans les rainures. Et l’arme elle-même n’était pas du tout couverte de poussière, lorsque je l’ai ramassée. Elle était là depuis peu.

J’observai le poignard plus attentivement et, par réflexe, pris garde à ne pas y déposer mes empreintes.

Précaution ridicule puisque Zack y avait déposé les siennes et avait probablement effacé une bonne partie de celles qui s’y trouvaient déjà. De toute façon, qui chercherait à savoir à qui elles appartenaient dans ce trou perdu ?

La garde était sculptée de façon à ressembler à une danseuse et un sceau d’or était incrusté dans l’ivoire : une tête de panthère tenant un serpent entre ses crocs.

Je connaissais cet emblème. Je l’avais déjà vu, j’en étais certain, mais où ?

- Je connais ce sceau, Zack, assurai-je.

- C’est le contraire, qui serait étonnant, Général. C’est le sceau héréditaire des Shinra.

- Leurs armes… dis-je la gorge sèche. Leur emblème… Quel salopard… murmurai-je en m’appuyant sur mon siège. Ce petit prince de mes deux a buté un pauvre type à cause d’une connerie de superstition ?

Zack haussa les épaules.

- Ca me paraît quand même… ” énorme “, Général. Non ?

Je levai les yeux au plafond.

- Qui d’autre que lui pourrait posséder une telle arme ? demandai-je, pas convaincu pour deux sous de l’intégrité de sa majesté des réacteurs.

Il allait me répondre lorsqu’il fut interrompu par un cri de femme hystérique semblant provenir de l’étage de l’auberge.

Je vis le patron se précipiter, ce que Zack et moi-même fîmes également.

La jeune fille qui s’occupait du service des chambres dévala l’escalier en courant et se jeta dans les bras du patron pour y sangloter je ne sais quoi dans sa langue avant de répandre le contenu de son estomac sur le plancher de bois.

- Que se passe-t-il ? m’enquis-je.

L’homme ouvrit la bouche à plusieurs reprises avant de pouvoir prononcer un seul mot, terrifié.

- Une… une panthère noire, bredouilla-t-il. Elle est entrée dans une chambre au premier. Par la fenêtre…

Zack et moi échangeâmes un regard interloqué, sûrs d’avoir mal entendu.

- Entrée par… la quoi ?

…à suivre

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Lumière

***

Auteur : Ayame Nightbreed

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Journal de Weiss - Première page

La plus belle des libertés est sans doute celle d’être maître de ses mouvements. Pouvoir aller là où l’on veut, quand on le veut…

En être privé, c’est comme être privé de lumière. Mais je suis mal placé pour dire une chose pareille.

Quand je ferme les yeux, je ne vois qu’une blancheur aveuglante et cette couleur est la mienne. Il s’agit sans doute de ma supposée pureté. Ils disent que je suis fait de lumière. Mais mes jours sont gris, et mes nuits sont noires.

On se lasse vite d’une couleur uniforme, mais c’est toujours mieux que ma cage de béton et de mako. Ils m’ont enfermé là il y a peu de temps, tout près du cœur du réacteur. Je suppose qu’ils espèrent doubler, voire tripler mes capacités.

De temps en temps, on me laisse aller et venir dans la ” salle du trône “, comme ils l’appellent. On m’a même donné de quoi écrire. Nero le fait déjà, lui ; il m’a dit une fois que cela l’aidait à ne pas perdre la raison.

Nero… Mon cher petit frère. Je l’aime tellement… Bien plus que moi-même. M’en veut-il de m’être laissé enchaîner ainsi et de l’avoir laissé seul ? Me considère-t-il encore comme son unique, son adoré grand frère ? Me hait-il ?

Lui qui ne supporte pas la solitude… Il devra maintenant vivre avec elle au quotidien.

Journal de Weiss - Page 6

Ils se doutent que je risque à tout moment de m’attaquer à eux, soit par désir de vengeance, soit parce que j’aurais perdu la raison.

Quoi qu’il en soit, si je devais tuer ceux qui m’ont créé de toutes pièces, je disparaîtrais avec eux. La raison à cela ? Un implant à la base de ma nuque - où dort un nanovirus qui provoquera un arrêt cardiaque à la moindre alerte - relié à un ordinateur surveillant mes moindres faits et gestes.

Aussi simple que cela. La solution idéale - du moins, la meilleure qu’ils aient trouvée.

Je dois me soumettre à leur volonté ; ils peuvent faire de moi ce qu’ils souhaitent … Et ils ne s’en privent pas.

Ils devraient se méfier, pourtant : l’animal blessé sur le point de se faire dévorer [...] est souvent le plus dangereux…

Journal de Weiss - Page 15

Il m’arrive de plus en plus souvent de penser à notre passé. J’ai beaucoup de temps pour ça : hormis les bains de mako et les entraînements quotidiens, il ne se passe presque rien.

C’est mon frère cadet qui a tué notre mère, le jour même de sa naissance. Ses pouvoirs ténébreux se sont éveillés à l’instant ou il a poussé son premier cri. Tout ce qui se trouvait à sa portée fut englouti dans ses Ténèbres affamées, sauf lui et moi. Mais il s’en est fallu de peu…

J’étais là, ce jour fatidique où ma vie de petit garçon fut bouleversée. Même si ma mère ne s’approchait de moi que pour me faire subir des examens, je savais qu’elle allait mettre au monde un second fils. Mon frère. Un frère à moi et rien qu’à moi ! J’ignorais alors la notion de fraternité, mais je ne voulais pas manquer sa venue au monde.

Mais les choses ne se sont pas passées comme je l’imaginais.

Je m’étais caché dans l’un des conduits d’aération, que je m’amusais à explorer ; c’était par ailleurs ma seule occupation. De là où j’étais, caché dans l’ombre, j’ai vu naître mon frère et ses pouvoirs obscurs.

Malgré mon effroi et la présence des Ténèbres, j’ai trouvé le courage de rejoindre mon frère en bas pour calmer ses pleurs. Ce petit, je l’aimais déjà. Il avait tué notre mère, c’est vrai, mais quelle importance ? Elle ne m’avait jamais porté dans mon cœur et je le savais pertinemment. Je ne devais pas lui faire penser à un fils, avec mes cheveux blancs et mes yeux trop bleus. Elle ne valait pas mieux que le reste des scientifiques.

Mais au moins, j’avais Nero près de moi, désormais.

Journal de Weiss - Page 30

Je ne cesse de penser à mon frère.

Je l’aime… Plus que tout dans ce monde clos. Comme je suis le seul capable de calmer les crises que ses Ténèbres provoquent en lui, on me laisse maintenant m’en occuper le plus souvent possible.

Pour être franc, je ne pourrais pas survivre sans sa présence. Tant qu’il est là, je garde espoir. Et s’il devait mourir, je n’aurais moi-même plus la force de combattre.

Nous ne sommes que des animaux de compagnie, des jouets. De simples possessions qu’ils exhibent fièrement. J’ai de plus en plus de mal à supporter tout ça ; les cris de mon frère, ces cris déchirants que j’entends de jour comme de nuit…

Quelques jours plus tôt, ils ont décidé de lui visser de fausses ailes mécaniques dans le dos pour remplacer ses bras. Quand je l’ai découvert, j’ai cru devenir fou.

A quoi est-ce qu’ils pensent, à la fin !?

Je les hais !

Journal de Weiss - Page 42

Je suis allé libérer mon frère, hier. Je n’y croyais pas mais tout s’est déroulé comme nous l’avions prévu.

Je savais qu’il était enfermé à quelques étages au-dessus du réacteur mais je ne l’avais jamais vu de mes propres yeux.

Nero a toujours été incapable de me dire ce qu’il endurait, là-dedans. Combien de fois l’ai-je retrouvé effondré dans sa cellule dans un état pitoyable, presque mort de faim, d’effroi et de douleur ?

Quand je le voyais dans cet état, je me sentais capable de braver tous les dangers pour le protéger des mains de ces fous. Rien ne m’importait plus que lui.

Finalement, il aurait mieux valu pour lui qu’il ne survive pas à tout cela. Quel instinct primitif a pu le pousser à supporter toutes ces horreurs ? Quel que soit son destin, il aura une vie courte; son don finira par le tuer. Je m’étonne encore qu’il ait pu vivre si longtemps sans en ressentir les effets. Son enfance et son adolescence n’ont été que ténèbres et souffrances.

Pour le protéger, j’ai dû suivre la volonté de ces hommes et devenir le plus résistant possible. Une contrainte ? Au contraire. Prendre soin de mon frère cadet est depuis toujours, plus qu’un devoir, c’est la meilleure chose que je puisse faire.

Dès qu’ils le savaient affaibli et dans l’incapacité de se servir de ton don, ils n’hésitaient pas à le malmener, à le blesser ou à tenter de nouvelles expériences sur lui. Ils espéraient sans doute découvrir ses dernières limites. Combien de fois ai-je dû calmer ses pleurs, apaiser son corps meurtri de mes caresses ?

Pour le moment, il dort ; il s’est assoupi contre moi, alors que nous étions en train de discuter. Il n’arrête pas de parler de l’extérieur, de ce que nous ferons, une fois sortis de Deepground…

J’ai du mal à être optimiste. Une fois dehors, ce sera combattre ou mourir. Nos troupes nous obéiront, elles savent déjà ce qu’elles ont à faire.

Finalement, rien ne va changer… Mais nous disposerons d’un bien inestimable : la liberté.

J’ai promis à Nero que je ne le quitterai plus jamais. Enfin, dans la limite du temps qu’il me reste, du moins.

Et il ne me reste que deux jours…

Il va bien falloir que je le lui dise, je ne peux plus lui mentir.

Journal de Weiss - Avant-dernière page

Ca y est… je vais mourir.

Je savais que je perdrai la vie en me rebellant contre eux. Mais je devais sauver Nero. Une fois que la machine serait lancée, plus rien ne peut l’arrêter, et personne ne s’opposera à lui ni au reste de Deepground. Ce dernier continuera à m’obéir. Et je suppose qu’il le fait déjà, en ce moment. Ne suis-je pas son ” Empereur immaculé ” ?

Nero… Je t’ai fait promettre de ne pas dévoiler ma mort aux autres. Nous ne pouvons pas leur faire confiance. Nous savons tous les deux ce qui se passerait s’ils venaient à le découvrir : ils se rebelleraient contre nous. Sans remettre en cause tes capacités, tu ne tiendrais pas longtemps face à une armée de cette envergure.

Tu m’as dit de t’attendre, que tu trouverais un moyen de me ramener à la vie. La mort n’a pas de secrets pour toi, mais permets-moi quand même de douter [...]…

Ils ont pensé à tout, même à notre propre fin, parce qu’ils savaient qu’un jour ou l’autre, nous les détruirions. Et, nous ayant étudiés sous tous les angles durant plus de vingt ans, ils savaient très bien comment se débarrasser de nous une bonne fois pour toutes. Alors… Il est certainement inutile de tenter quoique ce soit. Ce serait trop risqué.

Si tu mourais à ton tour, je… Non, je ne suis même pas capable d’y penser.

Journal de Weiss - Dernière page

C’est décidé : je vais t’attendre. Pour l’avoir côtoyée à maintes reprises, je sais comment éviter les griffes de la mort. Il me suffira de me réfugier dans cet océan de lumière, ma propre essence. Mon âme sera en sécurité en attendant.

Je sais déjà à quoi ma mort ressemblera. Je ne serai plus qu’une âme flottant dans une immensité lumineuse, que mes sens ne percevront pas, mais que je verrai tout de même. Ni son, ni odeur, ni matière palpable. Uniquement ce néant blanc et mes pensées.

Je dois au moins faire ça pour toi. Je m’en veux déjà tant de te laisser seul ; nous qui venions tout juste de nous retrouver. Comment vas-tu survivre dans le monde extérieur ? Ici, tous te voyaient déjà comme un monstre, alors je n’ose imaginer ce qu’on pensera de toi à la surface. Mais je te fais confiance, tu t’en sortiras.

Un jour, tu retrouveras peut-être tout ce que j’ai écrit ces dernières années. Je te l’ai toujours répété mais… Je t’aime, sache-le. Je déteste devoir te le dire comme ça : mes mots sonnent comme un adieu.

Nous nous reverrons, Nero. Nous nous reverrons bientôt.

Tu ne cesses de répéter que je suis ta lumière, la seule au milieu de tes Ténèbres. Mais Nero, si l’un éclaire l’existence de l’autre, c’est bien toi. Les Ténèbres [...] peuvent-elles rayonner d’une lueur obscure ? Je crois que oui… Tu es mon alter-ego, mon autre moi. Nous nous sommes toujours dit que nous ne faisions qu’un, tu te souviens ?

Mais nous avons deux visages : l’un noir et l’autre blanc.

Bientôt, nous serons à nouveau réunis. Alors… Sèche tes larmes, relève la tête… et ne m’oublie pas.

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Quelque chose à quoi s’accrocher

***

Rédaction (texte traduit de l’anglais) : Enide Dear

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Loz dormait sur le ventre, les mains sous l’oreiller, serein et aussi confiant qu’un enfant.

Yazoo pouvait rester des heures éveillé à le regarder. L’obscurité n’étant pas un obstacle pour les yeux mako, l’incarné se régalait du sommeil paisible de son frère, dont le spectacle apaisant détendait aussi bien son esprit que son corps, régulièrement mis à rude épreuve par toute sorte de cauchemars, qui n’en finissaient pas de le hanter.

Pas autant que Kadaj, évidemment, car il arrivait fréquemment à son frère cadet de rire, crier ou jurer dans son sommeil en battant des poings et des talons. D’autres fois, il se pelotonnait en chien de fusil au fond du lit et pleurait.

De telles crises réveillaient toujours Loz, qui se tournait alors vers son frère pour le prendre dans ses bras comme s’il pouvait faire un rempart de son corps entre les cauchemars et le jeune argenté. Quelquefois, ça fonctionnait et Kadaj se détendait pour sombrer dans un profond sommeil sans rêves. Mais, le plus souvent, tout ce que Loz obtenait était un coup de coude dans les côtes, le dos de la tête de Kadaj dans le nez, ou un coup de pied dans ses tibias. Cela n’avait pourtant jamais semblé le décourager.

Yazoo n’était jamais arrivé à de telles extrémités. Généralement, il se réveillait en sueur et haletant, avec un vague souvenir des cauchemars qui avaient agité son sommeil, mais il n’avait jamais crié ou lutté. Cela étant dit, lorsqu’il ouvrait les yeux, il se trouvait généralement déjà dans les bras de Loz et ceci expliquait sans doute cela.

Quelquefois, aux heures les plus sombres, il s’était demandé si Kadaj ne faisait pas tout ce cinéma exprès pour attirer l’attention…

“Du matin au soir, nous faisons tout ce que tu nous demandes, petit frère. Nous te suivons partout, toujours, et t’obéissons sans discuter. Ne peux-tu donc nous laisser ces quelques heures nocturnes rien que pour nous ?”

Cette nuit, cependant, Kadaj dormait paisiblement à l’extrémité du lit. Yazoo s’était mis délibérément entre ses frères quand ils s’étaient couchés et, maintenant, il s’était rapproché de Loz pour mettre ses bras autour des larges épaules et avait appuyé son visage contre le biceps vigoureux.

La puissance pure qui émanait du corps du jeune homme avait toujours réussi à l’apaiser.

Il passa doucement les ongles sur l’épine dorsale son aîné et celui-ci fit le dos rond pour accentuer la pression de l’agréable grattement, ce qui fit sourire Yazoo. Son frère était si spontané dans ses goûts, si honnête avec ses émotions… Pas comme Kadaj qui, tel un oignon, se couvrait le coeur de couches superposées de réflexions plus ou moins avouables, de plans et de complots en tout genre. Et même, pour être honnête, de personnalités aussi diverses que ses humeurs.

Yazoo, lui, gardait ses sentiments scellés dans la cage de son coeur, n’en révélant de temps en temps qu’une petite part. Une habileté nécessaire pour survivre dans un monde qui pouvait vous faire tant de mal - mais dont Loz ne semblait pas avoir besoin.

Il caressa la peau lisse de de paume de sa main… Une peau et un corps qui auraient pu être sculptés dans le marbre tant ils étaient parfaits. Comme toute cette puissance l’attirait ! Tout autant que sa force morale ou cette capacité que Loz avait d’aimer sans compter et de pleurer sans retenue. Oui, tout cela faisait fondre les défenses de Yazoo depuis toujours.

Il ébouriffa affectueusement les courts cheveux de mercure, provoquant un soupir assoupi et grognon.

Le sourire de Yazoo s’élargit.

Avec ses cheveux et ses pattes soigneusement taillées, Loz était de loin le plus frivole d’entre eux. Et les seuls ciseaux auxquels il acceptait de les confier était ceux de Yazoo - et encore ne le faisait-il jamais sans un interminable chapelet d’instructions et de conseils ! C’était d’ailleurs le seul moment où son frère avait quelque exigence, lui qui de réclamait jamais quoi que ce soit.

Yazoo faisait toujours très attention à ne pas briser cette confiance en sachant que que Kadaj, lui, ne se serait sans doute jamais encombré de ce genre de précautions.

Loz s’agita dans son sommeil et se retourna sur le flanc, ce qui permit à Yazoo d’enrouler plus aisément son bras autour de son cou tout en caressant les pattes argentées du bout des doigts.

Les traits anguleux et fortement charpentés - si différent des siens et de ceux de Kadaj, qui avait encore gardé ses joue potelées de bébé - étaient adoucis par le sommeil.

Yazoo posa ses lèvres sur la nuque exposé, juste à l’endroit où les cheveux rebiquaient vers le haut, à la tendre jonction où le centre nerveux cérébral communiquait avec le réseau spinal pour transformer les pensées en actes : violence, sexe, caresses…

La vie, tout simplement.

Loz soupira de plaisir. Leurs corps se pressèrent un peu plus l’un contre l’autre et leurs jambes s’entremêlèrent.

“A moi…” ne pouvait s’empêcher de penser Yazoo. “Il est à moi. Toi, Kadaj, tu as déjà mère et Sephiroth en sus d’un grand destin. C’est mère qui l’a voulu ainsi. Alors, ne peux-tu me laisser au moins ça ?”

Mais il n’était pas dans la nature de Kadaj de partager quoi que ce soit, Yazoo le savait. Et Loz ne s’opposerait jamais à lui ; il aimait ses frères tout autant et de la même façon, Yazoo ne cessait de se le répéter.

Il s’était souvent demandé si Loz avait idée des sentiments qu’il nourrissait à son égard… et si Kadaj le savait.

Son frère cadet n’en aurait que faire, de toute façon ; il prendrait ce dont il avait envie envie parce que c’était dans sa nature. Et Yazoo ne l’en empêcherait pas, évidemment, parce que ce n’était dans la sienne d’agir ainsi.

Il ne réalisa qu’il était agité par des sanglots que lorsque Loz se retourna pour refermer ses mains puissantes sur ses épaules et l’attirer à lui.

Il pressa le dos de Yazoo contre sa poitrine.

“Ne pleure pas …” murmura-t-il, à peine éveillé, en emboîtant leurs deux corps comme deux cuillers. “Ne pleure pas.”

La tension de Yazoo s’estompa et il se laissa aller dans l’étreinte de son frère, le sommeil le gagnant à nouveau.

Avec Loz pressé contre son dos il se sentait en sécurité. Avec Loz derrière lui, il pourrait dévorer le monde !

Il souleva la grande main de son frère pour embrasser la large paume et sentit Loz refermer ses doigts comme pour saisir le baiser et l’empêcher de s’envoler.

“A moi…” sentit-il plus qu’il n’entendit la voix rêveuse dans son oreille. “Mon Yazoo à moi.”

Et enfin, il put se rendormir.

FIN

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XI - Double jeu

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Oubliant la crème glacée répandue sur le sol, Tifa se précipita au chevet de son « patient ».

Loz paraissait toujours inconscient et elle ne put que remercier le ciel qu’il ne se soit rendu compte de rien…

Profiter de l’inconscience d’un homme pour l’embrasser ! Qu’était-il donc passé par la tête de Cloud ?

Quelle honte !

Cela étant dit, ce à quoi elle venait d’assister expliquait beaucoup de choses car, enfin, ce n’était pour se montrer prétentieuse mais force était de reconnaître qu’elle était loin d’être laide, bien au contraire. Et, pourtant, malgré ses avances et les ouvertures laissées à son ami d’enfance, il n’en avait jamais profité. Ni avec une autre fille, d’ailleurs…

Mais, après ce à quoi elle venait d’assister, ce n’était guère étonnant !

Alors comme ça, Cloud préférait les hommes…

Et dire qu’elle ne s’était jamais rendue compte de rien. Durant toutes ces années. Incroyable !

Comme quoi, les gens ont raison de dire que c’est quand on a les choses sous le nez que l’on a le plus de chances de les rater.

Les paupières de Loz frémirent et elle se saisit du linge humide posé sur la table de nuit pour lui essuyer doucement les lèvres, comme si elle pouvait ainsi faire disparaître - voire même « laver » - toute trace du contact de Cloud. C’était un geste puéril qui la surprit elle-même mais la jeune femme ne put s’en empêcher.

Elle ne voulait pas du moindre atome, de la moindre particule de souffle, ni même du moindre souvenir d’une bouche étrangère sur les lèvres sensuelles !

« Gaia toute puissante, je réagis comme si cet homme m’appartenait… » réalisa-t-elle soudain en écoutant ses propres pensées. « Mais qu’est-ce qui m’arrive ? »

Elle dut se faire violence pour reposer le linge sur la table de nuit et s’arracha à la contemplation de la peau crémeuse de l’argenté pour nettoyer le gâchis qui poissait le plancher.

***

Après que Tifa l’ait poussé dans le couloir sans ménagement, Cloud s’était faufilé dans la chambre d’amis pour s’entretenir avec le Reno, à qui il avait raconté son échange avec le « Cauchemar de la planète ». Enfin… excepté un petit détail, bien sûr : celui-là même qui lui avait valu d’être jeté hors de la chambre de son amie d’enfance comme un malappris.

- Mais comment as-tu pu le voir là-bas puisque Yazoo n’a pas bougé d’ici ? demanda le turk, éberlué.

Cloud lui fit signe de baisser d’un ton pour ne pas réveiller l’argenté.

- Je le soupçonne de pouvoir utiliser n’importe lequel de ses incarnés pour apparaître.

- Quel esprit de déduction ! railla une voix dans leur dos, les figeant dans la pénombre.

Un petit applaudissement sarcastique accompagna la pique et Reno blêmit et recula jusqu’à la fenêtre.

Sur le lit où Yazoo reposait quelques instants plus tôt, Sephiroth les fixait avec une expression narquoise.

Cette fois, le drap ne le recouvrait pas et, en voyant le bas du corps du “Cauchemar de la planète” réduit à l’état de filaments glaireux, le turk ne put s’empêcher d’écarquiller les yeux en grimaçant de dégoût.

- Oh, putain, c’est dégueulasse… fit-il en plissant le nez.

- Reno… siffla Cloud entre ses dents en le fusillant du regard.

- Quoi ? C’est pas dégueu ? On dirait des spaghetti au basilic qui auraie…

- Reno !

Sephiroth pressa son pouce et son index sur ses yeux, découragé.

- Je vois que que tu n’as pas changé, Reno, soupira-t-il.

Ce dernier haussa le sourcil et tordit la bouche en un sourire caustique.

- Bah… J’aimerais pouvoir en dire autant mais…

Il désigna les filaments verdâtres d’un geste mou de la main et Cloud leva les yeux au plafond, presque aussi effondré que son ancien général.

- Tu m’as dis que tu avais besoin de mon aide, intervint-il pour couper court aux indélicatesses du turk.

- C’est exact.

- Eh, bien, je t’écoute. Parle.

Sephiroth hocha la tête mais leva un sourcil sévère.

- Puis-je espérer parvenir au bout de mes explications sans que l’un de vous deux n’essaye à nouveau de me rouler une pelle ?

Cloud et Reno virèrent au rouge cramoisi et échangèrent une œillade affectée, s’accusant mutuellement du regard.

- Eh ! Me regarde pas comme ça, c’était pas lui, que je visais, O.K. ? Se défendit piteusement le turk.

***

Dans la vieille église ruines de l’ancienne Midgar, l’eau de la source de vie se teinta de noir et, au fond de l’onde, un adolescent hurla en silence tandis qu’une épée de feu paraissait lui traverser le cerveau de part en part.

- Kadaj ! cria une voix désespérée de jeune femme que nul n’entendit.

Ce que ressentait l’adolescent n’était pas une réelle douleur physique mais mentale, comme si une partie de lui lui était soudain arrachée avec la délicatesse d’un boucher tirant sur l’articulation récalcitrante du lapin qu’il démembre.

Les muscles, tendons et veines psychiques qui formaient l’essence même de son être se déchiraient sous l’insupportable tiraillement.

Il haletait par réflexe, comme lorsqu’il respirait encore, la bouche pleine d’eau grande ouverte sur son hurlement muet. La souffrance qu’il endurait était de toute façon trop grande pour s’exprimer par des cris.

- Kadaj ! Non…

Les dernières fibres spirituelles cédèrent, incapables de résister à un tel traitement, et l’adolescent enfonça ses ongles dans ses paumes, au bord du désespoir.

- Non ! cria la jeune femme à fendre l’âme. Il s’en va ! Zack, il s’en va !

- Nous ne pouvons rien faire, Aerith…

- Kadaj ! Résiste ! Tu dois résister !

L’adolescent tendit la main vers la surface avec l’espoir improbable que quelqu’un la voie et la saisisse pour le tirer de son enfer liquide. Durant un instant, il eut même l’impression de voir Sephiroth se matérialiser au-dessus de lui et cela semblait si réel qu’il n’aurait su dire s’il s’agissait réellement de son frère ou du fruit de son imagination.

La voix qui résonnait en lui, en revanche, était bien réelle.

- Kadaj ! Kadaj, résiste ! Ne le laisse pas te prendre !

Mais il n’avait plus de forces pour ce faire. Il était physiquement et mentalement épuisé, en avait assez de lutter…

Alors il se laissa entraîner vers les ténèbres glacées des profondeurs de la source. Toujours plus profond.

- Kadaj, non !

- C’est fini, Aerith. C’est trop tard… Il a gagné.

L’étau qui compressait la poitrine de l’adolescent se desserra, laissant un vide douloureux, et il cessa même de se bouger, laissant bringuebaler sa tête au rythme des courants.

Kadaj était perdu… Il avait réussi.

Aerith resta longtemps agenouillée dans l’herbe haute et grasse et bordaient la rivière de la vie, pleurant toutes les larmes de son corps désincarné. Voilà bien longtemps qu’elle ne s’était lamentée ainsi.

Zack resta accroupi à ses cotés, en silence, maudissant les Dieux et le destin dans un même élan.

***

La première chose que Sephiroth sentit fut l’humidité, visqueuse, pénétrante, et un goût d’eau croupie dans la bouche.

Quelque chose lui chatouillait la lèvre inférieure, comme si un plaisantin le titillait avec l’extrémité d’une plume.

Il ouvrit les yeux et… ne vit rien.

Il cligna des paupières à plusieurs reprises, dans l’espoir de s’éclaircir la vue, sans résultat. Tout était noir, aucune forme de se dessinait. Etait-il soudain devenu aveugle ? Que s’était-il passé ? Où était-il ?

L’affolement le saisit et son cœur s’emballa.

Il se redressa d’un bond et ne put retenir un cri tant la douleur dans sa nuque était aiguë. Ce faisant, il faillit avaler l’insecte qui courait sur sa lèvre, sans doute un cafard ou une punaise, et il toussa comme un perdu en frissonnant de dégoût.

Il agita les bras en tout sens, essayant d’appréhender l’espace autour de lui, et les chaînes rouillées fixées à ses poignats émirent un cliquettement grinçant. Lorsqu’il les agita, sa main cogna douloureusement une surface dure et rugueuse, suintante d’eau huileuse. Un mur.

Il s’accroupit sur le sol de terre boueuse et s’adossa à la muraille en tâtonnant du bout des doigts autour de lui et en tendant l’oreille.

Un point lumineux scintilla durant quelques instant à l’extrémité de mon champ de vision mais, le temps qu’il tourne la tête, il s’éteignit, accompagné par couinement pathétique.

Un rat.

Il n’était donc pas aveugle. Il se trouvait dans le noir complet mais où ?

Prudemment, il se redressa et fit quelques pas de côté, longeant le mur.

Sa hanche buta douloureusement contre une saillie. Un anneau de métal où étaient fixées ses chaînes.

Une geôle. Il était dans une geôle et enchaîné au mur comme un animal ! Probablement très profondément dans le sous-sols, à en croire l’humidité.

Comment était-il arrivé là ? Et, surtout, comment allait-il en sortir ?

Il se laissa tomber sur le sol gâcheux et se prit la tête à deux mains, le souffre court, en essayant de se rappeler, de revivre les derniers instants dont il se souvenait. Guère évident avec cette douleur qui lui vrillait le crâne.

La douleur… L’horrible douleur. Puis le noir… Le noir complet.

Rien. Il ne se souvenait de rien !

Mais pourquoi ?

“Qu’est-ce que je fais ici ? Et comment vais-je me sortir de là ?”

Réfléchir. Réfléchir calmement et trouver un moyen de s’échapper. La porte ! Où était la porte ? Il y avait forcément une serrure et une serrure, ça se crochetait.

Il porta la main à sa taille et constata qu’il n’avait pas de ceinturon. L’aiguillon d’une boucle de ceinture lui aurait été précieuse pour forcer la serrure et ses geôliers n’en avaient été que trop conscients, maudits soient-ils !

A tâtons, il longea un mur sur quatre pas, puis l’autre, quatre autre pas. Il marcha sur ce qui semblait être un tas de foin pourri grouillant de vermine et atteignit enfin une chose râpeuse et spongieuse qui semblait être du métal rouillé recouvert de moisissure.

Il fit courir le bout de ses doigts sur l’épais battant.

Des ferrures rouillées mais pas serrure. La lourde porte se bloquait visiblement de l’extérieur à l’aide d’une barre transversale.

A bien y réfléchir, cela n’avait rien d’étonnant. L’humidité qui régnait aurait eu raison de n’importe quel mécanisme de fermeture.

Aucune ouverture, pas même une trappe ou un œil de bœuf.

Il posa ses mains à plat sur la porte et essaya de la faire jouer sur ses gonds. Le métal rouillé ne bougea pas d’un cheveu, à croire qu’il était cimenté au mur.

Et bien, soit ! Il n’avait plus que deux options. Soit attendre que l’on vienne le chercher, et c’était risquer de voir arriver des gens armés qui le conduiraient les démons seuls savaient où pour le torturer ou l’exécuter, soit faire assez de tintamarre pour alerter un gardien - ou ce qui en tenait lieu - et l’éliminer pour tenter de fuir.

C’était très certainement cette dernière hypothèse qui avait poussé ceux qui l’avaient jeté là à le priver de tout ce qui pouvait lui servir à blesser ou à tuer. La cellule était dépourvue de tout, y compris du sempiternel broc de terre cuite rempli d’eau croupie que l’on concède pourtant à la dernière des crapules.

“Les chaînes…” pensa-t-il alors.

Mais autant essayer de déloger une molaire dans la bouche d’un bahamut ! Rouillées peut-être, mais rudement solides, tout comme la porte rouillée.

Qu’à cela ne tienne, il lui restait les mains et les dents et il n’avait nullement l’intention de rester là, à attendre sagement que l’on vienne lui loger dans la tête la balle des renégats ou pire.

Des voix…

Des voix et des bruits de pas approchaient. Au moins quatre hommes.

Il recula de trois pas, le cœur battant, et se campa fermement sur les jambes, prêt à vendre chèrement sa peau.

La lueur d’une torche filtrant sous la porte… Un rire grinçant qu’il reconnut aussitôt… Le bruit d’une bâcle… Le crissement des gonds.

Il s’accroupit, prêt à bondir, mais se figea en voyant ce que traînaient les deux butors qui bouchaient à présent l’encadrement de la porte : un tout jeune adolescent aux cheveux argentés.

Les gardes le jetèrent sans ménagement sur le sol gâcheux de la geôle, pour ainsi dire à ses pieds, dans la flaque d’eau puante où il s’était lui-même réveillé.

- Tu as de la compagnie, Sephiroth ! railla l’homme en blouse blanche qui accompagnait les soldats.

- Hojo… cracha le prisonnier, en s’accroupissant près du corps menu. Quelque chose d’aussi sordide et puant ne pouvait être que ton œuvre !

Il fit mine de bondir sur le scientifique et les soldats réagirent aussitôt en pointant leurs armes sur lui, ce qui parut beaucoup amuser le professeur.

- Qu’est-ce que tu veux, Hojo ? Qu’est-ce que je fais ici ?

- Tu le sauras bien assez tôt… mon “cher fils“.

Sephiroth lui cracha à la figure et l’un des miliciens le frappa avec la crosse de son arme, manquant de peu de l’assommer.

Un troisième soldat déposa une bouteille plastique remplie d’eau et des barres énergétiques à même le sol et tous se retirèrent en refermant la porte mais en laissant - ou en oubliant ? - la torche accrochée à un support du couloir, à l’extérieur.

Pour un humain normal, cela n’aurait sans doute pas fait une grande différence mais, pour Sephiroth, la simple lueur qui coulait sous la porte lui permettait de voir comme en plein jour. La cellule était encore plus miteuse et grouillante de vermine qu’il ne l’avait cru mais cela importait peu, pour l’instant.

Il s’accroupit aux côtés de l’adolescent et le tira, à demi inconscient, hors de la flaque d’eau croupie, que les gardes semblaient décidément prendre plaisir à viser lorsqu’ils jetaient quelqu’un dans ce trou !

- Eh ! Petit ! appela-t-il en lui tapotant ses joues. Petit ! Réveille-toi !

L’adolescent marmonna quelques mots incompréhensibles, secoua la tête, comme s’il délirait et ouvrit enfin ses grands yeux mako, qui s’écarquillèrent en reconnaissant le visage au-dessus de lui.

- Grand frère…

Sephiroth sourit avec indulgence.

- Non. Je ne suis pas ton frère. Mais, si j’en crois ton visage et la couleur de tes cheveux, je veux bien croire que je dois lui ressembler.

Kadaj s’assit, hébété, et bredouilla :

- Mais tu… Tu es pourtant…

- Mon nom est Sephiroth. Sephiroth Hojo. Ton frère était donc avec toi quand tu as été fait prisonnier par cette ordure d’Hojo ?

- Tu… Tu ne me reconnais donc pas ?

- Je devrais ?

S’en fut trop pour Kadaj, qui s’évanouit dans ses bras.

- Eh ! Eh, petit !

à suivre

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VII - Enfant gâté… adulte pourri !

“L’âge adulte, c’est de l’enfance pourrie.”
J. Cau

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Je ne sais pas si, comme l’affirme le dicton, l’exactitude est vraiment la politesse des puissants, mais Rufus Shinra, lui, ne s’embarrassait pas de bonnes manières.

Je me demandais s’il nous avait joué la comédie du malade imaginaire pour s’éclipser et nous laisser en plan avec nos problèmes ou s’il avait vraiment eu un malaise.

Ce n’étaient pourtant pas les nouvelles qui l’avaient bouleversé.

Il était évident qu’il se fichait complètement que l’on massacre allègrement ses soldats et ses larbins alors qu’ils travaillaient pour lui.

Je veux bien qu’on ne prenne pas sur son dos toute la misère du monde, mais tout de même ! Il y a des limites à l’indifférence.

Quoi qu’il en soit, on avait besoin de lui pour que le policier que nous avions vu plus tôt consente à lever son gros postérieur de son siège miteux, même si j’ignorais pourquoi.

Apparemment, le pouvoir de Shinra sur les autorités locales dépassait de loin ce que à quoi je m’attendais.

Un reste de pouvoir féodal, ou de respect des traditions ? A moins que ce ne soit tout bonnement de la peur.

Oui, à y réfléchir, le policier de pacotille avait semblé plus effrayé que respectueux. A croire que ” sa majesté des réacteurs ” lui collait plus les jetons que les monstres bardés de crocs en liberté autour de son village - ou qu’un éventreur à deux pattes.

Génial : ça nous faisait deux malades de trouille sur les bras ! Parce que, plus j’y repensais, plus je croyais à la scène de soudain malaise de ” son altesse ” chochotte.

A moins, bien sûr, qu’il n’ait décidé de s’entraîner pour entamer une carrière dans les sommets absolus du kitsch afin de jouer dans l’une de ces pièces à la mode du genre de cette saleté de Loveless - dont on ne cessait de nous rebattre les oreilles - mais c’était peu probable.

Et comme je doutais que cette indisposition passagère soit un effet de mon charme ravageur - hélas ! - cela ne pouvait donc être que de la frousse…

Peur de la vengeance de ses innombrables divinités ? Ce serait de la susceptibilité mal placée de leur part…

Mais, après tout, les dieux n’ont pas la réputation d’être raisonnables. Ce qui est d’ailleurs la principale raison pour laquelle je refuse l’idée de confier mon destin - ou même ma moralité - à quelqu’un d’autre que moi-même. Et surtout pas à une hypothétique puissance un tantinet mégalo et psychopathe, en théorie surpuissante, mais qui n’intervient jamais quand on en a besoin. Le Deep Ground fait aussi bien l’affaire de ce côté-là, si ce n’est mieux !

Au bout d’un long moment, sa seigneurie daigna tout de même nous illuminer à nouveau de sa céleste présence.

Il n’avait pas l’air plus en forme qu’avant - il était même plutôt verdâtre, sous sa jolie peau nacrée.

Pour un peu, sa faiblesse le rendait presque sympathique.

Qu’est-ce qu’il avait pu voir pour s’enfuir ainsi ? Sa propre mort sous les griffes d’un fauve ?

Il nous fixa alternativement du regard, Angeal et moi, et son expression redevint de marbre. Le masque de l’antipathie glissa sur son visage, me faisant oublier sur l’instant mon élan de mère poule prête à poupouner un poussin malade.

Ce qui me préoccupait, c’était la sécurité des hommes sur le chantier - à commencer par la mienne et celle d’Angeal et de Zack ! - et savoir si, oui ou non, j’allais pouvoir mener à terme ce projet.

- Ne vous inquiétez pas, fit Rufus.

La sécheresse de sa voix me fit grimacer.

Ce n’était plus de l’indifférence ou du mépris, mais de l’hostilité qui contredisait ses paroles.

- Le chantier… ne reprendra pas dans l’immédiat. Néanmoins, je ferai le nécessaire pour qu’une enquête fasse la lumière sur ces événements. Et nous prendrons les mesures qui s’imposent pour protéger le chantier des bêtes sauvages et des éventuels pilleurs. Je ne veux pas que de nouveaux dégâts soient commis. Comandant Hewley, j’aimerais que vous réfléchissiez à la possibilité de faire aménager un nouveau temple près du réacteur. Il nous faudra purifier ces terres avant d’y entreprendre quoi que ce soit d’autre et je crois savoir que votre protégé, le jeune Fair, connaît bien les ouvriers du chantier. Je vous laisse discuter avec Palmer des formalités.

Je haussai les sourcils en entendant la dernière phrase. Qu’est-ce qu’il sous-entendait pas là ? Que les ouvriers ne pouvaient pas me voir en peinture ? Où avait-il été pêcher une idée pareille ? Il s’imaginait peut-être que tout le monde traitait avec autant de mépris que lui-même les gens qui suaient pour lui !

- Je croyais que nous devions quitter les lieux au plus vite ? ne pus-je m’empêcher d’intervenir.

Shinra se tourna vers moi avec un regard agressif.

- J’ai changé d’avis, Général. Ca vous pose un problème ?

Je me mordis la langue pour ne pas répliquer vertement et l’altesse en kimono se déplaça jusqu’à un mur recouvert de motifs géométriques finement peints, où il appuya sur une plaquette de marbre à hauteur d’homme.

Je retins une moue dégoûtée en réalisant que ce sinistre crétin avait dû faire installer un système d’Interphone, ou de sonnette électrique, dans l’œuvre d’art qui abritait ses fesses d’aristocrate trop gâté.

L’arrivée immédiate de Palmer à l’appel de son maître me détourna de mes pulsions homicides. Enfin… me détourna de l’antipathique petit prince vers “la voix de son maître” en question.

- Je dois vous laisser à présent, annonça froidement Rufus. Je vous serai gré de retourner surveiller le chantier dès que la sécurité y aura été rétablie. En attendant vous pouvez loger à Gongaga. Palmer s’occupera de vos frais d’hébergement. J’espère ne pas vous revoir avant que la situation n’ait évolué.

Je restai ébahi devant tant de grossièreté.

Seule la certitude que son agressivité dissimulait une étrange nervosité m’empêcha de franchir les trois mètres de tapis moelleux qui nous séparaient pour lui faire ravaler son air hautain.

Si ce type n’était pas réellement terrifié, je voulais bien devenir turk !

Il se retira cependant avec toute la dignité voulue, et mon début de pitié s’en alla tout aussi soudainement qu’elle était apparue. Son larbin et ses manières doucereuses n’y étaient sûrement pas étrangères…

Angeal lança à Palmer un regard plus dégoulinant de colère contenue que les cheveux de Zack de gel capillaire et je pris mentalement note de ne jamais me retrouver du côté de ceux qui le contrariaient.

*

Lorsque nous sortîmes enfin de la propriété des Shinra, ce fut avec un intense soulagement et une folle envie de tout casser.

Angeal bouillait littéralement de rage et marchait à grands pas dans l’allée de graviers en direction de notre 4×4 (ou du moins de ce qui en restait).

- Ce type égocentrique et son valet de pied ! Je suis prêt à parier mon épée qu’ils ne vont rien faire pour élucider ce qui s’est passé !

J’étais aussi en colère que lui, mais bien plus déterminé.

- Nous pourrons facilement vérifier s’il nous ment. Le chantier et les alentours devraient être le théâtre de battues pour chasser les fauves, aujourd’hui.

Angeal leva les yeux au ciel et maugréa encore un bon coup.

- S’il n’y avait que les fauves, je ne m’en ferai pas trop ! On peut dormir dans des camions, avec le fusil à portée de main.

Je n’étais pas aussi rassuré que lui.

- Tu as oublié ce que notre ami velu a fait aux portières de notre 4×4 ? Je ne crois pas qu’un camion suffise à nous mettre à l’abri. Et on ne peut pas loger tous les ouvriers.

- Pour l’instant nous n’avons plus personne à loger, à part Zack. Et nous n’aurons que nous-mêmes à protéger tant que je n’aurais pas déniché un architecte capable de présenter un plan de temple à Rufus Shinra. Il va falloir serrer les dents et faire pénitence, mon cher !

Je grimaçai à cette pensée.

Un temple ? J’en avais vu plusieurs, depuis mon arrivée, mais Rufus voulait-il juste une chapelle de remplacement histoire de se dédouaner vis-à-vis de ses irritables dieux, ou souhaitait-il un “temple qui se voit de loin” comme son réacteur en forme de chou-fleur ?

Nous n’étions pas rendus - et encore moins partis de cette fichue région !

Angeal ne décolérait pas.

- Salopard ! Il se fiche comme d’une guigne du meurtre. Pour lui, ce n’est qu’un désagrément mineur. Je suis sûr qu’il serait plus contrarié s’il avait perdu l’un de ses canaris ! Inutile d’espérer grand-chose de la police dans ces conditions.

- On n’a qu’à le chercher nous-mêmes, ce meurtrier, dis-je avant de m’en rendre compte.

Mon ami me lança un regard étonné et finit par esquisser un sourire narquois.

- Bah, alors ? On a envie de jouer les turks ?

Soulagé de le voir plaisanter, j’enchaînai.

- S’il s’agit de rabattre le caquet de sa majesté des réacteurs, je suis prêt à jouer tout ce que tu voudras.

Angeal éclata de rire.

- Fais-moi penser à commander au plus vite un lot de serviettes éponges, dans le cas.

Il m’adressa un clin d’œil, se remit à en marche et je lui emboîtai le pas en serrant les poings, serrant les dents pour ne pas relever la pique.

Angeal me connaissait sur le bout des doigts et savait que, malheureusement, je possédais un trait de caractère qui m’avait toujours valu les pires ennuis : j’adorais pousser les gens à bout. Dans tous les domaines.

Cela m’avait valu des retours de flamme mémorables, à la sortie desquels Angeal me récupérait chez lui à trois ou quatre heures du matin, fin soûl - en sang ou en larmes selon la nature du ” pépin “. Je mettais des jours à m’en remettre en jurant ” qu’on ne m’y reprendrait plus ” mais, six mois plus tard, super Sephiroth était encore chez Angeal - épongeant l’hémoglobine de sa dernière victime ou son propre surplus de sécrétions lacrymales dans un mouchoir en papier - à maudire les adversaires trop faibles ou les amants trop susceptibles.

Ma vie sociale et amoureuse résumée en quelques lignes !

Le proverbe du chat échaudé qui craint l’eau froide n’était vraiment pas pour moi et, en repensant à l’attitude de Rufus, je sentais bien que j’étais sur le point de pencher du côté où je n’allais pas, une fois de plus, tarder à tomber…

*

Journal de Rufus Shinra

J’ai envoyé Palmer parler à la police.

Je sais qu’il réglera l’affaire au mieux de mes intérêts. La recherche des fauves occupera ces fonctionnaires si jamais il leur prenait l’envie de faire du zèle.

Je leur ai fait passer la consigne de laisser croire à Sephiroth et à Hewley qu’ils menaient également une enquête sur le meurtre du profanateur mais Palmer saura leur expliquer qu’à mes yeux cette enquête n’a pas à être rapide.

Ni à aboutir…

Il saura leur faire comprendre qu’une absence de résultat de ce côté ne leur serait pas dommageable, bien au contraire.

Les autorités locales sont loin d’être brillantes, mais largement assez cupides pour savoir où est leur intérêt.

Je vais allez dormir un peu car je suis épuisé et le malaise ressenti durant la visite de ces deux Soldats n’est pas encore tout à fait passé.

C’est une sensation vraiment très désagréable…

…à suivre

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X - Cher vieil ennemi

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno ferma doucement la porte de la chambre sans quitter Yazoo des yeux.

L’argenté dormait paisiblement avec un léger ronflement qui, si les circonstances avaient été autres, aurait sans doute fait rire le turk.

Il fallait avouer qu’on ne s’attendait pas à ce genre ” d’agrément ” sonore de la part d’une créature aussi délicate et élégante que Yazoo…

- Personne n’est parfait…

Souriant néanmoins malgré lui, Reno prit son paquet de cigarettes et son briquet dans la poche de sa veste, enfila son pantalon et prit la chaise du petit bureau de la chambre d’amis pour s’asseoir à la fenêtre. Il ouvrit silencieusement cette dernière en gardant un œil sur l’argenté qui, lorsqu’un petit courant d’air chaud agita les mèches de son front, se tourna sur le côté et cessa de ronfler.

Reno alluma sa cigarette et en tira une longue bouffée qu’il recracha avec un soupir de pur plaisir en posant paresseusement sa joue sur ses avant-bras, croisés sur le rebord de la fenêtre.

Il tourna légèrement la tête pour pouvoir continuer à surveiller l’argenté du coin de l’œil et avala goulûment une autre bouffée nicotine, qu’il prit soin de recracher à l’extérieur de la chambre.

Petit à petit, l’effet apaisant de la cigarette aidant, il encaissa le choc qu’il avait reçu en voyant le visage de Sephiroth à quelques centimètres à peine du sien.

Avait-il rêvé ?

Avait-ce été un effet de la fatigue ou, plus probablement, une manifestation violente de son subconscient ? Une alerte mentale, comme si son cerveau voulait lui dire ” Oh ! Oh ! Reno, mon gars ! On se réveille ! T’es sur le point de bécoter un mec, là ! “.

Pourquoi il avait eu envie de faire ça, bon sang ? Encore un effet de cet étrange attirance et cette sympathie que les argentés exerçaient sur les gens ?

Si c’était le cas, c’était puissant, nom d’une materia ! Bien plus qu’il ne l’aurait imaginé.

- Saloperie…

Oh, bien sûr, Reno avait déjà joué à ” frotti-frotta ” avec des garçons mais c’était uniquement parce qu’il savait pertinemment que cela rendait les filles complètement folles ! Faire semblant d’avoir des tendances bisexuelles sur la piste de danse d’une boîte branchée, c’était une manière quasi 100% garantie d’échauffer ces demoiselles et de repartir avec l’une - ou deux, s’il avait de la chance ! - d’entre elles à son bras.

Mais de là à…

- Rouler une pelle à un mec… Berk !

Il tira une dernière bouffée de sa cigarette avec une grimace et jeta le mégot dans la rue déserte.

*

Cloud vérifia que les enfants dormaient profondément puis alla pousser la porte de la chambre de Loz, pour voir si tout allait bien, et… retint un cri de justesse.

Malgré le choc, il eut néanmoins la présence d’esprit d’entrer précipitamment dans la pièce et de tourner la clé dans la serrure. Pour empêcher quelqu’un d’autre d’entrer, certes, mais surtout pour empêcher celui qui se tenait à demi allongé sous les draps de sortir.

- Ou est Tifa ? demanda-t-il, le cœur battant, en cherchant des yeux quelque chose qui aurait pu lui tenir lieu d’arme. Qu’as-tu fait d’elle ?

Sur le lit, le bas de son corps nu pudiquement dissimulé sous les couvertures, Sephiroth sourit. Un sourire qui, s’il ne contenait plus rien de l’agressivité et de la cruauté auxquelles Cloud était habitué, n’en avait pas moins gardé une certaine ironie.

- Elle est descendue au bar se chercher quelque chose à grignoter, répondit le Cauchemar de la planète d’une voix qui ne contenait pas non plus la moindre trace de menace ou une quelconque imminence de danger.

Cloud s’en trouva un peu plus déstabilisé.

- Alors Reno n’avait pas rêvé… bredouilla-t-il. C’est bien toi qu’il a vu.

- Tu dois m’aider, Strife, fit Sephiroth avec une franchise désarmante.

Le jeune homme faillit s’étrangler d’indignation.

- Te quoi ? Comment oses-tu ? cracha-t-il avec colère. Et qu’est-ce que tu fais encore là ? Ne peux-tu donc pas disparaître une fois pour toutes et laisser ces garçons tranquilles ? Qu’est-ce que tu veux ? Qu’est-ce que tu cherches ? A te servir de Loz et de Yazoo comme tu t’es servi de Kadaj ? Tu peux prendre toutes les formes que tu voudras, je te tuerai autant de fois qu’il le faudra ! Encore et enco…

- Tu ne m’as jamais tué, Strife, le coupa l’ancien Soldat, sans cependant paraître le moins du monde blessé par les propos du jeune homme. Et tu ne m’as jamais combattu. Sauf si tu appelles ” combattre ” le fait d’enfoncer une épée dans le corps d’un homme lorsqu’il a le dos tourné.

Cloud recula d’un pas, estomaqué, comme si Sephiroth venait de le frapper.

- Qu’est-ce que… Aurais-tu définitivement perdu la raison ?

Le Cauchemar sourit de nouveau.

- Le réacteur de Nibelheim, il y a sept ans, rappela-t-il. Tu m’as attaqué dans le dos. Tu ne…

- Je sais à quoi tu fais allusion !

- C’est la seule fois où nous croisé le fer, aspirant Strife.

Ce dernier secoua la tête.

- Est-ce encore l’une de tes manigances ? Qu’espères-tu, en jouant les amnésiques ? Faire oublier que tu as causé la mort de centaines de personnes ? Tu as fait de Midgar un cimetière ! Tu…

- Ce n’était pas moi et tu le sais parfaitement.

- Et Aerith ?!

- Aerith était ma soeur de lait, je ne lui aurais jamais fait de mal.

- Et Nibelheim ? Ce n’était pas toi, peut-être ?!

- Les seules morts injustes que j’ai sur la conscience sont celles de deux enfants tombés dans l’incendie.

Le jeune homme serra les dents.

- Comment oses-tu ? Les habitants de Nibelheim ne t’avaient rien fait ! Ils t’avaient accueilli à bras ouverts et tu as tout transformé en antichambre de l’enfer ! Ma propre mère faisait partie des victimes ! Et le père de Tifa aussi !

- Et, d’après toi, ils étaient innocents ?

- Comment oses-tu les accuser de quoi que ce soit ? gronda le jeune homme.

Sephiroth secoua tristement la tête.

- Sais-tu ce que j’ai fait, lorsque Zack et moi avons découvert les cuves contenant les… les expériences ratées de mon père, les ” monstres ” qui avaient été autrefois des jeunes hommes comme toi, des recrues prêtes à donner leur vie au Soldat ? Ces choses qui, au final, n’étaient pas si différents de toi et moi ?

Cloud ne répondit pas, attendant la suite, hésitant entre une explosion de colère et un profond désespoir.

- Je suis allé voir les autorités de Nibelheim. Je suis allé leur parler de ce que j’avais trouvé dans l’ancien laboratoire du réacteur et tu sais ce qu’il m’ont répondu ? Sais-tu ce que tes ” innocents habitants “, le père de Tifa en tête, ont osé me répondre, Strife ?

- Comment le saurais-je ? murmura celui-ci, le cœur battant.

- Rien.

- Que… Je… Je ne comprends pas.

- ” Close de confidentialité “. C’était le réacteur, son laboratoire et sa source de mako qui avaient fait vivre Nibelheim durant des années. La plupart des habitants y ont travaillé, comme techniciens ou comme simples employés. La Shinra leur a fait signer cette fameuse ” Close de confidentialité “, à l’époque. Rien de ce qui s’était dit, de ce qui s’était passé ou de ce qui avait été vu au réacteur ne devait sortir de là sous peine de sanctions juridiques et financières. Est-ce plus clair, à présent ?

Cloud aurait voulu se boucher les oreilles et mettre son cerveau à l’arrêt pour ne pas avoir à comprendre ce que Sephiroth essayait de lui dire. Pour garder ses illusions et sa foi en la nature humaine encore quelques instants.

- Je… Je ne sais pas.

- Tu ne t’es jamais demandé pourquoi ta mère a toujours obstinément refusé de t’accorder l’autorisation de t’inscrire à l’Académie du soldat, Strife ? Et pourquoi elle était si désespérée, lorsque tu as eu 16 ans et que tu as pu remplir la demande sans son aval ?

- Ne mêle pas ma mère à tout ça ! Je t’interdis de faire allusion à el…

- Pourquoi ne voulait-elle pas que tu deviennes un Soldat alors que c’était ton rêve le plus cher depuis toujours ?

- Je… C’était ma mère, bredouilla le jeune homme, ému. Elle avait peur pour moi, comme toutes les mères du monde !

- Oh, oui, elle avait peur. Elle devait même être terrifiée à la simple idée de voir son fils unique s’engager dans le bras armé de la Shinra… Parce qu’elle savait très bien ce qui t’attendait, aspirant Strife. Elle savait ce que les scientifiques faisaient aux Soldats pour améliorer leurs performances ! Elle le savait parce que, comme tous les autres, elle avait été le témoin de toutes les horreurs, de toutes les monstruosités qui s’étaient déroulées à Nibelheim et que, comme tous les autres, elle n’avait rien dit et avait laissé faire en échange d’un peu de commodité et d’une poignée de gils !

- Non ! Ma mère ne… Ma mère ne…

- Ta mère savait ! Comme les autres ! Tous savaient ! Mais était-ce si grave que la Shinra fabrique les créatures dans mon genre, après tout ? Qu’importe qu’il faille torturer des centaines d’hommes et faire ” joujou ” avec des fœtus ou même des enfants si les monstres sortis des éprouvettes et des cuves de la Shinra étaient là pour de les protéger, eux et leur petite vie tranquille !

Cloud se prit la tête dans les mains, profondément ébranlé par tout ce que venait de dire Sephiroth.

- Oh, mon Dieu…

- Alors, aspirant Strife ? Toujours aussi innocents, les habitants de Nibelheim, tu crois ?

Le jeune homme se laissa tomber sur le tas de draps sales que Tifa avait soigneusement plié et empilé contre le mur, à la tête du lit.

- C’est pour ça que tu as tout fait brûler ? demanda Cloud d’une voix blanche après un long moment.

Sephiroth ferma un instant les yeux et prit une profonde inspiration.

- Peu importe pourquoi. Ce qui est fait est fait et je ne suis pas là pour ça. Ce que j’essayais de t’expliquer, c’est que ce n’est pas moi que tu as combattu en dehors de ce jour là, au réacteur.

- Jenova ? Même là-haut, sur les toits, avec Kadaj ? (Sephiroth acquiesça en silence) Même… Même il y a deux ans, quand…

- Je t’ai parlé pour la dernière fois il y a sept ans, aspirant Strife.

Le jeune homme secoua la tête.

- Comment… Comment être certain que tu n’es pas en train de me mener en bateau ? De me mentir ?

L’ancien soldat eut un sourire d’une infinie tristesse.

- Et comment aurais-je fait pour participer aux combats dont tu parles ? En rampant sur le ventre ?

Cloud ouvrit la bouche pour exprimer son étonnement, dire qu’il ne comprenait pas l’allusion mais, à ce moment là, Sephiroth rabattit les couvertures sur le bas de son corps, qu’elles dissimulaient jusqu’à maintenant.

Le jeune homme dut presser les deux mains sur sa bouche pour retenir un cri horrifié. A partir de l’os de l’aine, le bas du corps de l’ancien soldat n’était plus qu’un amas de filaments verdâtres de chair mêlée de mako.

- Je sais que tu m’as déjà vu comme ça. Même si Jenova avait pris le contrôle de mon esprit J’ai senti ta présence, ce jour-là…

- Je… Le cristal mako, bredouilla Cloud. Tu étais… dans un cristal Mako…

Sephiroth remonta les couvertures jusqu’à son ventre et hocha la tête.

- Cette fois, ” le Cauchemar ” mérite vraiment son nom, tu vois.

L’ancien postulant soldat sentit un serrement aigu dans la poitrine.

- Je ne t’ai jamais considéré comme tel, fit-il d’une voix à peine audible. Pour moi - et pour beaucoup - tu étais un héros. Un demi-dieu vivant… J’aurais fait n’importe quoi pour… Pour…

- Pour ?

Avant de comprendre ce qu’il était en train de faire, Cloud s’assit sur le lit, se saisit du visage de Sephiroth et pressa sa bouche sur la sienne.

Le cœur battant à tout rompre et le cerveau embrumé par la tornade de sentiments contraditoires qui l’assaillaient - honte et colère, regrets et espoir, dégoût et passion - il n’entendit pas la clé tourner dans la serrure. Il n’entendit pas non plus la poignée de la porte grincer un peu en tournant. Pas plus qu’il n’entendit le hoquet surpris de Tifa.

La seule chose qu’il entendit, et qui le fit sursauter violemment, furent le bruit que fit le plateau que tenait la jeune femme en tombant sur le sol et le bris des bols qui éclatèrent, répandant sur le sol une flaque de crème glacée.

- Tifa, je… Je ne… bredouilla Cloud. Bon sang ! Dis quelque chose, ne me regarde pas comme ça !

Mais Tifa était bien trop choquée pour dire quoi que ce soit et la vision qui s’était offert à elle en entrant dans la pièce la hanterait probablement durant des mois.

- Cloud, tu es… Ignoble ! Tu…

- Tifa, je…

- Sors d’ici ! Dehors !

Elle le saisit par le devant de son pull.

- Mais enfin, Tifa, laisse-moi t’expli…

- Sors de ma chambre tout de suite !

La jeune femme le jeta dans le couloir avec toute la rage dont elle était capable et referma la porte, au bord de la nausée.

Elle se serait attendue à n’importe quoi en déverrouillant la porte.

N’importe quoi !

Sauf à voir Cloud profiter de l’inconscience de Loz pour l’embrasser à pleine bouche…

à suivre

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Pouvoir mécanique

***

Rédaction (texte traduit de l’anglais) : Enide Dear

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Ils avaient arrêté leurs motos depuis plusieurs minutes pour se dégourdir les jambes et se débarrasser de la poussière qui leur irritait les yeux. Alentour, les terres désolées qui entouraient Midgar paraissaient sans fin.

Kadaj soupira et s’étira, tendant haut les bras au-dessus de sa tête, le regard perdu au loin, et Yazoo parut soudain mal à l’aise en coupant le moteur de sa machine.

- Loz, ça recommence, fit-il, un peu embarrassé. Tu m’avais pourtant assuré que tu avais tout fixé.

- J’étais persuadé de l’avoir fait, oui, acquiesça Loz en fronçant les sourcils. Je peux y jeter un œil à nouveau, si tu veux, proposa-t-il en désignant la moto.

- De quoi êtes-vous en train de parler, encore, tous les deux ? demanda leur cadet en pivotant sur sa selle.

- C’est ma moto. Elle… Elle vibre à nouveau, expliqua Yazoo, le visage crispé.

- Et alors ? La mienne aussi. Pourquoi ? C’est dangereux ? s’enquit encore le benjamin en fronçant les sourcils.

Loz agita les mains.

- Bien sûr que non, je vérifie vos motos tous les soirs. Elles sont en parfait état. Sans doute quelques vis se sont-elles un peu desserrées mais je les fixerai. Il n’y a aucun danger. Peut-être êtes-vous simplement un peu trop légers pour ce genre de machines. La mienne ne vibre pas du tout.

- Si ne n’est pas dangereux, qu’as-tu à ronchonner, Yazoo ? s’enquit Kadaj, plus irrité encore qu’à son habitude.

- C’est juste que… commença l’interpellé, une légère rougeur sur les joues. C’est… Ca fait… Enfin, tu vois ce que je veux dire.

- Eh bien tu le supporteras ! Je ne vais pas retarder la recherche de mère parce que Monsieur ne peut pas conduire en bandant !

Bon, décidément Kadaj était vraiment dans un mauvais jour, aujourd’hui !

Le chef des argentés remonta sur sa moto et replia sa béquille d’un coup de pied hargneux.

- Allez, on y va !

***

Quand ils s’arrêtèrent pour la nuit, Yazoo était sur les nerfs et son corps souple tremblait légèrement - mais pas d’épuisement.

Ils garèrent leurs motos et Kadaj disparut à l’intérieur du minuscule hangar sans même accorder un regard à ses frères.

Les yeux verts de Yazoo brûlèrent d’une faim presque effrayante lorsque Loz sortit sa boîte à outils et s’approcha de lui.

- Euh, Yazzie ? Si tu veux que je regarde ce que ta moto a dans le ventre, tu ferais bien d’arrêter le moteur et de descendre.

Yazoo ne fit pas mine de bouger et resta assis sur la machine vibrante, se passant la langue sur les lèvres en détaillant Loz sans la moindre retenue.

- Baise-moi, ordonna-t-il soudain, les yeux brillants. Maintenant. Sur cette putain de moto parkinsonienne !

Le Yazoo calme et détaché que son frère connaissait paraissait s’être volatilisé après avoir passé des heures à supporter le frottement vibrant de la machine sur son entrejambe.

Loz ne se le fit pas dire deux fois et fut sur lui en un clin d’oeil, dézippant le long manteau de cuir tandis que son cadet, gémissant, s’accrochait à son grands corps, lui arrachant baiser après baiser avec une sorte de désespoir.

Son pantalon fut jeté au sol et les fortes mains du jeune colosse le poussèrent en avant, sur la machine.

Yazoo gémit une plainte inarticulée en sentant un doigt glissant de graisse de moteur commencer à sonder son intimité.

- Par tous les Dieux, Loz ! Oublie les préliminaires ! J’en ai eu mon compte pour aujourd’hui !

Yazoo n’avait jamais juré, jamais réclamé et n’avait - Ô grand jamais - décliné les préliminaires.

Loz ne put empêcher un petit sourire satisfait de se dessiner sur ses lèvres.

Ca c’était vraiment le pied ! Yazoo le suppliant de le baiser, ses longues jambes écartées, à cheval sur la moto vibrante et sa chute de reins splendide exposée à son regard concupiscent…

Il n’allait pas rechigner, pour ça non !

Lorsque Loz prit possession de ce qu’on lui offrait à grands coups de reins vigoureux, Yazoo laissa échapper des cris impudiques en poussant autant qu’il le pouvait pour recevoir son aîné plus profondément encore d’intérieur lui.

La moto bourdonnait toujours sous lui et, après dont un jour passé à demi couché sur l’engin, sa virilité frottant impitoyablement sur le carénage, c’était bien plus qu’il ne pouvait en supporter…

Il vint avec un cri et tout son corps se contracta.

Loz jura et donna un violent coup de reins, projetant presque Yazoo en avant, sur le guidon de la moto, alors qu’il jouissait à son tour.

Ils restèrent un moment sur l’engin, à bout de souffle, Loz caressant de haut en bas le dos souple, faisant frissonner son cadet tandis que les dernières traces d’excitation se dissipaient.

- Grande Mère, j’en avais vraiment besoin… gémit finalement Yazoo en s’asseyant bien droit, souriant gentiment à Loz. Cette fichue vibration est vraiment intenable.

- Je vais jeter un coup d’œil à ta moto, promit son frère dans un baiser.

Non sans amusement, il regarda son benjamin se diriger vers le hangar, la démarche un peu raide.

Il essuya de la selle de la moto avec un chiffon en sifflotant et sortit de nouveau les outils pour serrer soigneusement les vis coupables avant de passer à la moto de Kadaj.

Ainsi donc, le petit dernier se vantait de pouvoir conduire la machine vibrante sans le moindre ” effet secondaire “, hein ?

Un petit sourire coquin étira les lèvres de Loz.

Eh bien on verrait s’il maîtriserait toujours aussi bien la chose après avoir traversé des terrains recouverts de gravier !

Très soigneusement, il desserra les vis de la selle de Kadaj d’un petit tour supplémentaire…

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Ténèbres

***

Auteur : Ayame Nightbreed

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Arisu

***

Journal de Nero - Première page

Les Ténèbres…

Mes Ténèbres. Mon monde intérieur. Cette part de moi sans limite tangible.

Elles sont mon seul refuge en cas de menace. Le seul endroit - si on peut appeler ça ” un endroit ” - où je me sens intouchable. Un sanctuaire maudit auquel je dois ma survie et où nul ne peut m’atteindre.

Les plaintes des morts qui hantent mes Ténèbres sonnent comme une berceuse à mes oreilles. Une berceuse qui m’apaise depuis toujours…

Non… Ce n’est pas tout à fait vrai.

En réalité, je dispose d’un second refuge : les bras de mon frère aîné. Il va sans dire que je les préfère à mes Ténèbres. Malheureusement, contrairement à elles, je n’ai pas la possibilité de rejoindre Weiss quand je le désire.

Encore moins ces derniers temps.

Weiss… Que ne donnerais-je pour une nuit à tes côtés ?

Ta présence seule suffit à faire refluer mes Ténèbres jusqu’aux limites de mon être. Ta lumière m’apporte à la fois répit et réconfort. Elle peut parfois même adoucir mon âme jusqu’à me faire éprouver un sentiment de paix. Mais plus que ta lumière, c’est toi, Weiss qui m’es essentiel.

Ta peau, tiède et si douce ; tes mains apaisantes et aimantes ; ta voix, si chaude et si rassurante. Et tes yeux… Tes yeux d’un bleu pur agrémenté d’une touche d’or qui illumine ton visage. A eux seuls, tes yeux me renvoient l’image de ce que tu es pour moi, Weiss : l’incarnation de la perfection.

Journal de Nero - Page 17

Sans Weiss, le temps n’est plus qu’une succession de moments plus ou moins longs et éprouvants. Repos, examens, entraînement, injections de mako, examens. Repos, examens, entraînement, injections de mako, examens…

On lui permet parfois de dormir dans la même pièce que moi - quand on ne le laisse pas enchaîné à son propre trône plusieurs jours de suite. En ce qui me concerne, les nuits que nous passons hors de nos cellules respectives sont ma seule raison de ne pas perdre la raison.

Mais peut-on parler de ” nuits ” ?

De simples numéros verts sur un cadran noir, au-dessus de la porte de notre geôle, pour nous rappeler à quel point notre bonheur est éphémère : voilà ce qu’est ” la nuit ” pour nous.

Ah ! Bien sûr, j’ai déjà eu le privilège de voir la nuit, celle de l’extérieur, les rares fois où l’on nous envoie en mission à la surface. Ces nuits-là sont l’exact reflet de ma propre existence : noires, solitaires et silencieuses, et regorgeant de menaces cachées.

Journal de Nero - Page 21

Il est désormais manifeste pour ” eux “ que Weiss et moi représentons un danger non négligeable (nous sommes certainement leurs expériences les plus imprévisibles et les moins dociles). On nous séparera bientôt, j’en ai la certitude.

Journal de Nero - Page 22

On enferma Weiss au cœur du réacteur Zéro, exposé à des doses de mako mortelles pour un être normalement constitué, et moi quelques niveaux plus haut, enchaîné à plusieurs mètres du sol.

Je passai ces années seul, dans l’obscurité, à hurler et à supplier jusqu’à m’en briser la voix.

Je ne dormis presque jamais car les chaînes d’acier mordaient dans ma chair et le poids de mes ailes métalliques semblait me déchirer le dos. La douleur me tenait constamment éveillé et rares étaient les moments où je sombrais dans mes Ténèbres, terrassé par l’épuisement.

Journal de Nero - Page 27

Mon univers a toujours été fait de trois couleurs : le noir de mon essence, le blanc pur de mon frère et le rouge, celui du sang de tous ceux que l’on m’a fait éliminer ou dont j’ai choisi d’abréger la vie.

Si je regrette toutes ces morts ?

Tue et tu vivras. “ Telle était la règle d’or, au Deepground.

Difficile de dire si j’aime tuer ou non…

Impossible de nier, cependant, que j’éprouve un certain plaisir à donner la mort à ceux qui se font appeler ” humains ” et qui prétendent nous être supérieurs, faisant étalage de leur intelligence et de la liberté dont ils jouissent. Pour eux, nous ne sommes que des numéros, des bêtes qu’ils se réjouissent d’envoyer à l’abattoir. Que dis-je, des animaux ?

Non…

Les rares animaux que j’ai eu l’occasion de voir - ailleurs qu’au fond de mon assiette, s’entend - étaient bien mieux traités que les soldats du Deepground.

Les ” autres ” nous voient que comme des expériences à étudier, des curiosités qu’ils ont eux-mêmes créées, des monstres à torturer. Et c’est bien ce que nous sommes, en réalité.

Des monstres.

Je ne suis pas dupe ; je sais, pour avoir aperçu le monde extérieur, que nous ne devrions pas vivre ça. Mais à quoi bon s’apitoyer sur son sort ? C’est comme ça.

Pourtant, je ne suis pas certain que les ” autres ” valent mieux que nous…

Je les hais et les méprise presque autant que moi-même. Ils ne sont rien. Ne valent rien. Qui qu’ils soient, d’où qu’ils viennent, ils sont tous les mêmes !

Journal de Nero - Page 45

Weiss… Mon frère bien-aimé.

Ils l’ont tué !

Tout était prévu ! Tout ! Depuis le début.

Weiss, pourquoi avoir fait ça ?

Pourquoi ?

Tu disais que tu voulais me libérer, les empêcher de m’entraver dans mes propres cauchemars, dans l’obscurité de mon cœur. Tu disais que tu aurais fait n’importe quoi pour moi. Tu disais que tu m’aimais…

Etait-ce une raison pour payer mon salut de ta vie ?

Ma vie ne vaut pas un dixième de la tienne. Nous aurions mieux fait de rester encore un peu dans nos cages respectives. Ne nous sommes-nous pas promis d’être toujours ensemble ?

Journal de Nero - Dernière page

Mon frère… Je me rappelle ton sourire lorsque tu venais retirer mon masque et que tu prenais mon visage souillé de larmes entre tes mains. Si elle n’était pas déjà vouée aux ténèbres, j’aurais vendu mon âme pour un seul de tes sourires. Tu étais la seule chose qui m’empêchait de sombrer dans la folie. Nous ne faisions qu’un. Notre amour était l’unique sentiment capable de mettre à mal ma noirceur sans pour autant me faire souffrir et je sais qu’il restera intact quoiqu’il arrive.

Weiss…

J’ai tant besoin de toi… De ta chaleur et de ta lumière…

Mais tu es parti.

Pourtant, je te sens encore près de moi. Ton cœur ne bat plus. Ta voix s’est tue et tes bras sont inertes mais tu es toujours là. A la fois proche et si lointain.

Mon cher frère…

Parce que tu m’as sauvé de la folie, je t’arracherai à la mort.

Je t’en fais le serment, Weiss… Nous serons bientôt réunis. Personne ne nous séparera plus jamais. Et je ne laisserai plus qui que ce soit faire du mal à mon autre moi, à mon frère, à mon contraire, au seul être que j’ai aimé.

Que ferons-nous lorsque nous serons de nouveau ensemble ?

Je n’en sais rien…

Toi seul dois en décider.

Peut-être une nouvelle existence, ailleurs, loin d’ici… Je sais que ta lumière nous guidera. J’ai confiance en toi. Il y a toujours dans les ténèbres, pour épaisses qu’elles soient, une lueur - d’espoir, d’amour, qu’importe ?

Cette lumière, c’est toi.

FIN

IX - Je ne serai jamais un souvenir…

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- C’est tout ce dont je me souviens, conclut Yazoo après avoir expliqué à Reno comment lui et Kadaj avaient ranimé Loz, dans le Cratère, peu avant l’arrivée des turks.

Reno fit vibrer ses lèvres dans l’obscurité, à laquelle ses yeux s’étaient suffisamment habitués pour distinguer le visage en cœur d’argenté, allongé à ses côtés, dans le lit.

- Bah merde, alors ! Moi qui me disais qu’avec tous les trucs bizarres que j’avais vus rien ne pourrait plus me surprendre… C’est digue, cette histoire de matrice… Eh, là, attends une minute ! réalisa-t-il soudain en se redressant sur un coude pour se tourner carrément vers Yazoo. T’es en train de me dire que… Que toi et ton frangin vous êtes âgés de… (Il compta rapidement sur ses doigts) De cinq semaines ? ! s’étrangla-t-il.

L’incarné acquiesça et le turk siffla, essayant de saisir tout ce que cela sous-entendait.

- Donc… Tu n’as aucune expérience personnelle, en fait ? Tout te vient de Sephiroth ? Lorsque tu pilotes une moto, que tu te sers d’une fourchette, de ton arme ou…

Ou que tu fais l’amour… “ avait-il failli ajouter.

Il s’était mordu la langue à temps.

- Ses expériences personnelles à lui sont mes seules références. Enfin, à peu de chose près. Je sais beaucoup de choses sans pour autant les avoir moi-même expérimentées.

Reno fronça les sourcils.

- Attends, tu veux dire… un truc du genre ” je n’ai jamais mangé de mangues mais je sais le goût que ça a ” ?

Yazoo parut réfléchir à cette façon de présenter les choses et acquiesça.

- Oui, plus ou moins. Je connais le goût de certains plats que je n’ai jamais eu l’occasion de manger et je peux reconnaître des parfums que je n’ai jamais sentis moi-même.

- Est-ce qu’il t’arrive de détester des trucs que lui aimait ? demanda encore le turk avec curiosité.

L’argenté haussa les épaules.

- Je l’ignore, je n’ai pas connu Sephiroth. Je ne sais pas ce qu’il aimait ou détestait.

- D’accord mais si ses…

- Les connaissances qu’il m’a transmises ne sont que des données. Des informations. Pas des sensations ou des sentiments, Reno.

Celui-ci tiqua mais ne releva pas car Yazoo venait, pour la première fois, de l’appeler par son prénom.

- Ce ne sont que des informations, poursuivit l’incarné. Comme des fichiers que l’on transfère d’un ordinateur à l’autre. Pas un morceau de la personnalité Sephiroth. Enfin, je ne pense pas… ajouta-t-il à mi-voix, trouvant cette perspective plutôt effrayante.

Il frissonna et, à nouveau, Reno eut encore cette envie soudaine de le protéger et de le serrer contre lui.

Ca doit vraiment être un putain de système d’autodéfense inné… “ se dit-il en résistant à l’envie de tendre la main pour lui lisser les cheveux.

Comment faisaient-ils ça ? Des phéromones ? Une substance chimique qui faisait tinter une alarme dans le cerveau des gens et agitait une pancarte ” Je suis une pauvre petite chose sans défense ! Un petit chaton abandonné ! Câlinez-moi ! Aimez-moi ! Protégez-moi ! “.

- Je suis fatigué, Reno… chuchota ” le chaton ” en question en frottant ses jolis yeux mako.

Le turk faillit pousser un gémissement attendri tant cette mimique le rendait - si c’était possible - encore plus craquant.

- Excuse-moi, je n’aurais pas dû te prendre la tête avec ça maintenant. Ca va, tu n’as pas froid ? Tu veux que je baisse un peu la clim ?

Yazoo secoua la tête et se pelotonna dans les draps.

- Non, ça va. Bonne nuit, Reno.

Ce dernier sourit dans le noir.

- Ouais… Bonne nuit à toi aussi…

” …petit chaton mouillé. “ ajouta-t-il mentalement.

*

Tifa se redressa sur un coude et cligna de l’œil.

- Ca te dirait, un petit truc à grignoter ?

Loz sourit malgré lui.

Il venait de prendre un anti-douleur et se sentait beaucoup mieux. Même la fièvre paraissait être tombée.

- Du genre… sandwich ?

- Plutôt du genre… ” crème glacée ” !

L’argenté pinça les lèvres, taquin.

- Est-ce bien raisonnable ?

Tifa tira le bout de sa langue, chipie, et le jeune homme détourna le regard, luttant contre l’envie de se pencher pour la pincer entre ses dents et l’aspirer dans sa bouche.

- On s’en fiche ! Tout le monde dort et les enfants sont avec Cloud.

Avant qu’il n’ait pu dire un mot, elle avait bondi du lit et était sortie de la chambre, le regard de Loz rivé sur la cambrure de ses reins.

Cette fille va vraiment me rendre dingue… “ pensa-t-il en soupirant.

*

A une bonne demi-heure du 7ème ciel, dans l’église en ruine de Midgar, d’étranges remous agitaient la source qui coulait sous ce qui fut jadis le maître autel.

Dans les ténèbres, à peine éclairées par la lune, des bulles crevèrent à la surface de l’eau et une petite main - bien trop menue pour appartenir à un homme mais trop vigoureuse pour être celle d’une femme - jaillit dans une gerbe de gouttelettes…

La peau encore fine d’adolescent, d’une pâleur bleutée, scintilla un instant sous les maigres rayons de l’astre nocturne et les doigts graciles se tendirent vers le bord de l’eau, comme pour essayer de s’agripper à quelque chose et s’extraire de l’onde glaciale. Mais quelque chose - ou quelqu’un - parut tirer inexorablement sous l’eau le propriétaire de la petite main si blanche.

Un dernier clapotis fit office de chant du cygne et, lorsque les doigts effilés disparurent sous la surface, l’église en ruine redevint aussi silencieuse qu’un tombeau…

*

Reno fixait le plafond, incapable de dormir mais néanmoins bercé par le souffle léger de Yazoo.

Ne pas le regarder…

Ne pas le regarder…

Ne pas le regarder…

Ne pas le reg… Trop tard.

Comme mus par une volonté propre, les yeux du turk coururent sur les cheveux brillants malgré la lueur pâlotte de la lune, dont les rayons entraient par la fenêtre, dévoilant le petit visage en cœur de Yazoo.

Par la Déesse ! Ce visage…

Les joues rondes donnaient envie de les pincer, les longs cils argentés mettaient au défi un index malicieux de les chatouiller et les lèvres entrouvertes…

Par tous les démons de la planète ! Ces lèvres…

Tendres, pleines et si joliment ourlées, d’un rose tendre un peu bleuté…

Avant de comprendre ce qu’il était en train de faire, Reno se pencha lentement, le regard fixé sur la petite bouche boudeuse.

Que comptait-il faire exactement ?

La caresser ? La baiser ? La frôler ? S’enivrer du parfum suave du souffle qui s’en échappait ?

Il n’en savait rien, en réalité… Il était juste attiré par la peau gourmande comme une guêpe par une goutte d’eau sucrée.

Et, au moment où sa propre bouche allait se poser sur les lèvres parfaites, ces dernières remuèrent et s’étirèrent en un rictus presque cruel.

- Qu’espères-tu faire, petit turk ? railla une voix qui n’était pas celle de Yazoo.

Reno cligna des yeux, surpris, laissa échapper un cri étouffé et recula si violemment qu’il tomba du lit.

Nonchalamment allongé sous les draps, la tête languissamment appuyée sur son avant-bras, il le dévisageait, un sourire narquois sur ses lèvres parfaites.

Le turk, pétrifié, n’osait pas esquisser un geste et ne put que gémir un pitoyable :

- Oh, putain…

*

Pestant contre son manque de contrôle et sa puérilité, Tifa remplit deux bols à ras bord de crème glacée, qu’elle posa sur un plateau, et prit une bouteille d’eau minérale sous le bar.

Ca te dirait, un petit truc à grignoter ? ” Ridicule !

Tout à fait le genre de chose à dire à un homme blessé à demi assommé par la fièvre, vraiment !

L’excuse la plus ridicule qu’elle aurait pu trouver pour s’esquiver de cette chambre !

- Idiote ! s’admonesta-t-elle à voix haute. Crétine !

Elle s’appuya au bar et se frotta le visage.

Mais pourquoi cet homme la mettait-elle sens dessus-dessous ?

Parce que ce qu’il avait enduré lui faisait pitié ? O.K. !

Parce qu’il avait un corps à rendre jaloux la moitié du panthéon Cetra ? Soit !

Parce que sa voix profonde aurait fait vibrer toute femme comme une harpe ? Il aurait été ridicule de le nier !

Parce que ses airs innocents de petit garçon malmené la faisaient totalement craquer ? Il y avait aussi sans doute un peu de ça !

Parce que le fait qu’il n’ait cessé de penser à elle comblait son besoin débridé de romantisme ? C’était une affaire entendue !

Parce quil avait les plus beaux yeux tristes et la bouche la plus sensuelle que Tifa n’ait jamais vus ? C’était vrai aussi !

Mais bon !

A part ça, qu’est-ce que ce maudit incarné avait pour plaire, hein, franchement ?

La jeune femme se frappa le front de la main et laissa échapper une bordée de jurons qui auraient même faire rougir Cid Highwind en personne…

- Idiote ! Idiote ! Et re-idiote !

*

Cloud tressaillit et ouvrit brutalement les yeux.

N’avait-on pas crié dans la chambre d’amis ?

Le cœur battant, il bondit hors de son lit et se précipita dans le couloir.

La chambre où dormait Reno paraissait silencieuse. Avait-il été victime d’un cauchemar ?

Par acquit de conscience, il gratta néanmoins au battant. Un bruit trop léger pour déranger un dormeur mais parfaitement audible si quelqu’un était éveillé.

La porte s’ouvrit brutalement et il faillit se prendre les jambes dans un Reno affolé qui essayait tant bien que mal de remettre sur ses pieds.

-Reno ? s’étonna Cloud. Qu’est-ce qui…

- Il est là ! Il est revenu ! le pressa le turk en désignant la chambre.

- Quoi ? Qui ? demanda son compagnon en regardant à l’intérieur.

- Sur le lit !

Cloud fronça les sourcils, regarda encore et se tourna vers Reno, qui se tenait en caleçon dans le couloir, les membres tremblants.

- Reno, il n’y a personne, là-dedans. A part Yazoo, s’entend.

Le turk le bouscula presque pour regarder à l’intérieur de la chambre.

Sur le grand lit, emmitouflé dans les draps, qui se soulevaient au rythme de son souffle paisible, Yazoo dormait comme un ange.

- Mais… bredouilla Reno. Il était là. Je l’ai vu… Sur le lit, à côté de moi. Il m’a parlé. Je ne suis pas dingue !

- Mais enfin qui était là, Reno ?

- Sephiroth… avoua le turk à mi-voix, faisant blêmir Cloud.

… à suivre

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VI - Balaye devant ta porte !

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Tirée du doujinshi BUBBLES du Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Nous arrivâmes chez Rufus Shinra vers cinq heures du matin.

Sa famille possédait une propriété, à l’ouest de Gongaga, un ancien palais qui faisait ressembler le manoir de Nibelheim où j’avais passé ma petite enfance à une vulgaire maison de poupée.

C’était une demeure très anciene, aux dômes élégants, à la façade sculptée de statues et aux hautes fenêtres. Je n’osai compter le nombre de balcons mais, pour ce que j’en voyais de la grille d’entrée, il devait bien y en avoir sept par étage sur deux niveaux - rien que sur la façade Nord.

Par endroits, la pierre ressemblait à de la dentelle.

Un vieil homme vêtu d’un pantalon de lin blanc et d’une longue tunique fendue serrée par une longue ceinture de soie ouvrit la porte après que nous lui ayions expliqué qui nous étions.

Il nous laissa passer d’un air soupçonneux et lorgna avec écœurement la poussière qui nous recouvrait et mon torse nu.

Il estimait probablement que notre mise ne seyait guère pour une visite à sa ” majesté sérénissime “.

Le domestique nous fit signe de le précéder d’un geste, en restant à distance, comme si notre proximité le souillait. Nous nous engageâmes dans les allées de l’immense jardin. Même à la lumière capricieuse de la lune et en dépit de ce que je venais de vivre, je dois avouer qu’il était magnifique et je ne pus m’empêcher de l’admirer.

Il nous fit entrer dans l’immense hall.

Angeal et moi échangeâmes un regard ébahi.

La seule fois que j’avais pu voir autant d’antiquités, c’était au musée de Midgar.

Pas un mètre carré du sol qui ne soit pas recouvert de tapis précieux, pas un pan de mur qui ne soit pas peint de fresques anciennes et chaque statue ou objet décoratif devait valoir une fortune.

Malgré l’heure plus que matinale, nous croisâmes plusieurs serviteurs époussetant les meubles impeccables ou vaquant à quelque occupation nécessaire à l’apparat de la demeure de l’héritier Shinra.

Nous suivîmes le domestique à travers une grande galerie à colonnes et entrâmes dans ce qui semblait être un petit salon de réception.

Je dis ” petit ” en comparaison du reste de la demeure car il devait faire à lui seul la totalité de la surface de mes appartements à la caserne du SOLDAT.

Comme dans toutes les demeures traditionnelles, les appartements privés se trouvaient au fond de la maison, à l’abri des regards indiscrets.

- Je vais m’enquérir auprès de monsieur Shinra pour savoir s’il accepte de vous recevoir, dit-il avec hauteur.

Il s’inclina avec cérémonie et jamais salut ne me parut aussi insultant.

Il y avait plus de mépris dans ce simple geste, pourtant révérencieux, qu’en n’importe quelle insulte proférée par un pilier de bar après une nuit de beuverie.

Je serrai les poings mais le domestique feignit ne s’apercevoir de rien.

- Pour qui se prend-il ? demandai-je à Angeal, irrité, une fois le larbin obséquieux sorti.

- La question est mal formulée, répondit mon ami en riant. Je dirais plutôt : pour qui nous prend-il ? Je crois que la réponse est : pour de la piétaille indigne de ce palais et de son propriétaire.

Je secouai la tête.

- Décidément, j’ai beau faire des efforts, je ne comprendrai jamais ce pays.

La porte s’ouvrit à nouveau, faisant place au lèche-bottes de service.

Palmer s’approcha et s’inclina devant nous - avec moins de mépris que le domestique, dois-je préciser.

Il était emmitouflé dans un énorme peignoir de soie ou quelque chose dans ce goût là. Ca me faisait penser à la tenue des nomades de Canyon Cosmo, en plus chic.

- Général… Capitaine… murmura-t-il, mielleux. Monsieur Shinra va venir dans un instant. Je ne vous cache pas qu’il a été très irrité de cette inopportune visite. On ne dérange pas le fils du président ainsi. J’espère que vous avez une raison valable pour faire irruption ici en pleine nuit !

- Valable ? s’écria Angeal. Nous avons plusieurs cadavres sur les bras dont un victime de meurtre ! s’écria-t-il. Est-ce, selon vous, une raison suffisamment “valable” pour que sa ” gracieuse majesté ” daigne quitter ses draps de satin ?

- Cela, c’est à moi d’en juger, Hewley, gronda la voix de Rufus Shinra, que nous n’avions pas entendu entrer.

Il avait enfilé un kimono de coton bleu marine, si impeccablement coupé qu’il ne pouvait avoir été fait que sur mesure, et se tenait nu-pieds sur le somptueux carrelage émaillé de bleu, blanc et or. La large échancrure dévoilait deux pectoraux au dessin si ferme et parfait que j ‘en oubliai presque à quel point il me tapait sur le système.

Mais cela ne dura pas…

- On m’a parlé d’un petit incident, sur le chantier, poursuivit-il d’un air las en s’asseyant sur l’un des divans brodés. Tu peux nous laisser,dit-il à Palmer, qui sortit en reculant, la tête respectueusement inclinée.

Ca y est ! Il recommençait à me donner envie de lui arracher les yeux avec une petite cuiller…

- Un “petit” incident ? relevai-je sarcastique.

Il me lança un regard méprisant.

- Rien, en tous les cas, qui mérite de me déranger à cette heure.

- Un fauve s’est introduit dans le camp ! criai-je en me retenant pour ne pas le saisir par le col de son kimono de luxe. Des hommes sont morts ! Des hommes qui travaillaient pour que vous puissiez poser votre fessier princier sur la cuvette des chiottes de votre putain de réacteur “que tout monde pourra voir de loin” !

Rufus Shinra ferma à demi les yeux, menaçant.

- Je vous conseille d’employer un autre ton avec moi, Général Sephiroth. Je ne suis en rien responsable de vos délires. Un fauve mangeur d’hommes… Nous ne sommes plus au temps des Cetras. Moins encore dans un zoo !

J’allais répliquer vertement mais Angeal me devança.

- Nous l’avons vu, insista-t-il. Nous en avons même croisé deux, pour être exact. Un au camp et un Gongaga. Plusieurs ouvriers sont morts, déchiquetés, et l’un d’entre eux a été assassiné.

Rufus leva un sourcil et esquissa un sourire, comme s’il avait affaire à des déficients mentaux.

- Il n’y a plus de grands fauves dans la région, Capitaine Hewley. Depuis des dizaines et des dizaines d’années. Et certainement pas des fauves assassins, ajouta-t-il avec une moue sarcastique.

- Quand je parlais d’assassinat, je voulais dire par la main d’un homme, monsieur. Un ouvrier a eu la gorge proprement tranchée d’une oreille à l’autre.

Le rejeton Shinra leva les yeux au ciel et soupira.

- Il faudrait savoir ! C’était un fauve ou un homme ?

J’eus beau avoir envie de l’étrangler, je me fis la réflexion que sa question n’était pas, tout compte fait, ouvertement idiote. Il était tout de même étrange que, la même nuit, se déroule un assassinat et un tel carnage.

L’assassin possédait-il un fauve ?

Non, cela ne tenait pas debout.

Et celui de Gongaga, dans ce cas ?

- Les deux, tranchai-je. Mais une chose est claire, la région est bel et bien infestée de bestioles, quoi que vous en pensiez.

Il sembla réfléchir un instant.

- Et je peux savoir ce que vous attendez de moi ? demanda-t-il. J’ai ordonné l’arrêt de ce chantier, ce qui s’y déroule ne m’intéresse plus.

J’ouvris la bouche mais il leva la main.

- Soyez tranquilles, reprit-il, vous recevrez la prime convenue au départ et nulle sanction ne figurera dans votre dossier militaire. Malgré la catastrophe que vous avez causée… ajouta-t-il en me jetant un regard meurtrier.

- Quelle catastrophe ? s’écria Angeal, outré. Nous ne sommes pas responsables si…

- Ca suffit ! coupai-je, à bout, en me penchant sur Rufus, menaçant. J’en ai assez de tout ce cinéma, alors écoutez-moi bien, vice-président de ce que vous voudrez ! Des hommes sont morts, leurs cadavres gisent sous une tente du chantier, de votre chantier, et un homme a été égorgé. La police refuse de prendre une déposition ou d’envoyer quelqu’un sans votre autorisation. Alors vous allez bouger votre putain de cul, prendre ce putain de téléphone et ordonner à tous ces bras cassés de prendre les mesures nécessaires ! Me suis-je bien fait comprendre ?

Rufus en resta bouche bée.

Je crois que jamais il me m’aurait cru capable de m’adresser ainsi à un supérieur et qu’il comprit, à ce moment-là, en voyant mes yeux verts glaciaux, ma mâchoire crispée et mes muscles bandés, à quel point je pouvais être dangereux.

“Sa majesté des réacteurs” perdit donc une bonne partie de son assurance.

- Et la moindre des choses serait d’indemniser les familles des victimes, ajouta mon ami, profitant de l’effet “Sephiroth risque d’exploser alors ne le contrariez pas”.

Rufus ouvrit la bouche puis parut penser à quelque chose et se figea, comme si une pensée soudaine l’avait frappé.

Il ferma les yeux un instant, les rouvrit, se leva et… chancela.

- Ah là ! Doucement ! Vous allez bien ? demanda Angeal, un peu coupable.

C’était la première fois que Rufus se tenait immobile aussi près de moi.

Son front m’arrivait au menton ce qui, avec mon mètre quatre vingt douze et mes quatre vingt sept kilos, était déjà en soi un bel exploit pour un homme normalement constitué.

Un parfum musqué me chatouilla les narines et mon regard glissa à nouveau vers l’échancrure de son peignoir.

Merde… Ce type était sculptural.

Si seulement il n’était pas aussi imbuvable !

- J’ai une impression de “déjà vu”, murmura-t-il, la gorge serrée. C’est très désagréable. Excusez-moi, je reviens dans un instant.

Il sortit, nous laissant, Angeal et moi, totalement interloqués.

***

Journal de Rufus Shinra

Palmer m’a réveillé ce matin à l’aube, avant l’heure que je lui avais donnée. C’est la première fois qu’il ose désobéir à mes ordres, c’est dire si grande était son inquiétude. Et bien que je ne puisse le montrer, j’avoue la partager.

Mes plus grandes craintes se réalisent…

Ce Général mal dégrossi a attiré sur nous la colère des dieux. Des soldats restés au camp ont été massacrés par un fauve qui s’est enfui.

Je n’en ai pas parlé à ce rustre mais le grand léopard noir a toujours été l’animal tutélaire des Shinra, depuis la naissance de notre lignée. Je ne peux voir une coïncidence dans le fait que la vengeance des dieux s’accomplisse par la patte de cet animal.

Toujours tournée vers le passé, comme tous les anciens, ma vieille nourrice m’a assez seriné la longue histoire de mes ancêtres pour que je puisse la réciter mot pour mot.

Sa loyauté à ma famille m’est précieuse, mais son archaïsme me porte sur les nerfs, parfois.

Déjà que J’ai le plus grand mal à convaincre mon propre père d’accepter les changements qu’impose le passage de notre société dans l’ère de la modernité…

Ce Sephiroth ajoute aussi à la liste de nos ennuis la mort de celui qui a déclenché cette tragédie par sa maladresse.

Il n’arrive pas à comprendre que cela n’est que la juste conséquence de son erreur. Mais je crains qu’il ne prenne ce décès un peu trop au sérieux, et qu’il n’en réfère aux autorités, qui ne manqueraient pas de m’importuner.

Je ne m’inquiète pas vraiment pour la police, ils comprendront aisément mon point de vue, mais j’enrage à l’idée de payer des pots-de-vin supplémentaires pour m’assurer leur silence à cause des scrupules de celui qui n’est, bien qu’il l’ignore encore, que le fruit d’une expérience de laboratoire - comme son compagnon.

Ils feraient mieux de balayer devant leur porte et de s’interroger sur leur propre famille avant de me donner des leçons de morale !

La seule pensée de leur présence troublant la paix de cette demeure me contrarie !

Hewley a même oser mentionner la possibilité de verser une somme aux familles des victimes.

“En compensation “, a-t-il dit.

En compensation du travail non fourni, sans doute ? Du temple de mes ancêtres saccagé ?

Décidément, ces deux rebuts d’éprouvette m’exaspèrent !

Ils n’ont aucun sens des priorités.

Les mânes de mes aïeux doivent hurler à l’agonie devant la profanation de ce lieu, et les dieux ne pardonnent ni n’oublient ce genre d’offenses aussi facilement que les hommes.

Je sais que les ouvriers, eux, auront compris.

Je doute qu’un seul d’entre eux ait accepté de retourner travailler sur le chantier sans qu’il n’y ait eu expiation, de toute façon. En tout cas, pas avec le responsable de ce crime sur les lieux.

Mais ce rejeton mal dégrossi d’extraterrestre ne semble pas conscient de cet aspect de la situation. Pas plus que son compagnon.

Quels piètres meneurs d’hommes ils font !

J’ai même du mal à imaginer qu’ils aient pu se faire tolérer si longtemps par les ouvriers. Je me demande bien comment ils s’y sont pris !

Enfin…

Ah, j’allais oublier ! Je ne sais si je dois confesser dans ces pages mais…

J’ai accueilli le réveil inopiné de Palmer avec soulagement, en fait, car il m’a tiré d’un rêve extrêmement dérangeant. Tel que je n’en avais jamais fait auparavant.

Je parlais à un homme. Et cet homme…

Non, c’est idiot, c’est sans importance.

Il vaut mieux que je finisse de régler mes problèmes avec mes deux expériences de laboratoire qui s’ignorent au plus vite !

… à suivre

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Parlez-vous Genesien ?

Avez-vous remarqué que Genesis est pour ainsi dire le seul à ne jamais employer les termes populaciers, voire parfois grossiers, chers aux autres personnages ?

Normal, c’est un lettré (en sus d’une grosses andouille, certes, mais lettré quand même).

Alors en exclusivité planétaire, voici pour vous quelques traductions des expressions courantes de notre Genesis national et qu’il est parfois difficile d’appréhender lorsque l’on ne fait pas partie du club très fermé des pros en “littérature-pour-lovelessfans-siphonnés-de-la-calotte” .


Extraits choisis

« Cesse tes simagrées, Angeal, car je sens une ascension rhino-moutardiere imminente ! »

Traduction : Arrête de faire le con, Angy, j’ai la moutarde qui me monte au nez

« Jeune home charmant mais qui souffre hélas d’un capilarisme epiglottal très marqué »

Traduction : Ce grand dadais a un cheveu sur la langue de la taille d’une balayette

« On ne va pas caquegluer à ce stade de la bataille ! »

Traduction : C’est pas le moment de chier dans la colle, les gars !

« Un cariolisme ante-bovin est la dernière chose à envisager »

Traduction : N’allez pas nous mettre la charrue avant les bœufs.

« Je crains que nous ne nous trouvions en situation de catacervicomerdose »

Traduction : Je crois qu’on est dans la merde jusqu’au cou

« Permettez que j’effectue une cession felino-linguale »

Traduction : Je donne ma langue au chat

« Ce garçon va finir cretinothanasié »

Traduction : Il va mourir idiot, ce con là

« Mes amis, que diriez-vous d’une brève crustafraction ? »

Traduction : Et si on cassait la croûte, les mecs ?

« Optons pour le cubitoludisme ou nous n’arriverons jamais au bar »

Traduction : Va falloir jouer des coudes pour aller s’en jeter un derrière la cravate, les gars.

« Je déplore une endororectocephalie depuis ce matin 8h00»

Traduction : Je me suis levé avec la tête dans le cul

« Faisons une geopalpation auprès du patron avant de lui exposer notre stratégie »

Traduction : Tâtons le terrain pour voir s’il ne risque pas nous lyncher

« J’endure une laryngofelinie tous les diables ! »

Traduction : J’ai une saleté de chat dans la gorge

« Sephiroth souffre de latrinogueusie, c’est évident ! »

Traduction : Sephy a vraiment des goûts de chiotte !

« Pardonne ma franchise, Angeal, mais il n’est plus temps de se laisser aller à la muscapedication »

Traduction : Quand t’auras fini ton enculage de mouches, Angy, on pourra peut-être passer aux choses sérieuses et avancer.


Vous, je ne sais pas mais j’ai soudain un de ces mal de tête, moi…

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Le SOLDAT recrute !

Pas facile de devenir soldat de la Shinra…

Pourtant, avec les jeux vidéos toujours plus nombreux, les films et les reportages réguliers sur «super Sephiroth», de plus en plus impérieuse est l’envie, pour nombre de jeunes gens, de quitter les jupes de môman pour tenter l’aventure.

Seulement voilà : lorsqu’on a passé 18 ans à se faire chouchouter par « la-môman-chérie-à-son-fiston », pas facile de s’habituer à la vie militaire…

Mais, une fois de plus, la Shinra a tout prévu et, en exclusivité planétaire (et uniquement pour « ff7 yaoi fanfics »), voici pour la première fois dévoilés les secrets de la formation suprême, celle que les plus grandes écoles militaires de la galaxie envient à la firme, j’ai nommé : LE PROGRAMME DES COURS PREPARATOIRES AU CONCOURS DU SOLDAT ou « comment éveiller cet organe appelé cerveau, dont les jeunes recrues ignoraient l’existence jusque là ».

C’est pas gagné, hein…


PROGRAMME DES COURS PREPARATOIRES DES NOUVELLES RECRUES

Note : En raison de la complexité et de la difficulté des cours, seulement 10 participants seront acceptés pour chaque cours.

Ce stage préparatoire au concours du Soldat s’étend sur 5 jours, et comprend les modules suivants :


PREMIER JOUR

Thème : Mon arrivée à la caserne

Instructeur : Heidegger

8h30 : COMMENT RANGER LE CONTENU DE MA VALISE DANS MON PLACARD
Présentation tâche par tâche sur diapositives

10h30 : COMMENT TROUVER LES CHOSES SANS RETOURNER LA CASERNE EN POUSSANT DES CRIS DE HYENE
Forum

13h30 : S’HABILLER DECEMMENT TOUT SEUL ET NE PAS FAIRE SEMBLANT D’IGNORER OU SE TROUVE MON CASIER
Exercices pratiques

15h00 : COMMENT ETRE LE COMPAGNON DE DORTOIR IDEAL
Exercices de relaxation, méditation et techniques de respiration

16h00 : VIVRE A LA CASERNE : MON SUPERIEUR HIERARCHIQUE N’EST PAS MA MERE
Jeux de rôle


DEUXIEME JOUR

Thème : vos collègues femmes sont des soldats comme les autres

Instructeur : Sacarlet

8h30 : EST-IL GENETIQUEMENT IMPOSSIBLE DE RESTER TRANQUILLE PENDANT QUE VOTRE COÉQUIPIERE POSE L’HELICO OU GARE LE CAMION ?
Simulation de conduite

10h00 : MA COLLEGUE N’EST PAS MON INFIRMIERE
Présentation diapositives + jeux de rôle

11h00 : MA COLLEGUE N’EST PAS MA BONNE
Projection de documentaire + intervention de témoins

14h00 : MA COLLEGUE N’EST PAS MA MERE
Présentation PowerPoint

16h00 : NOTIONS ESSENTIELLES DE GRAMMAIRE : LE FEMININ DE “ASSIS AUX COMMANDES D’UN REMORQUEUR” N’EST PAS “DEBOUT DERRIERE L’ASPIRATEUR”
Jeux de rôle


TROISIEME JOUR

Thème : vivre à la caserne – la vie en communauté

Instructeur : Angeal

8h00 : PAPIER TOILETTE : POUSSE-T-IL TOUT SEUL SUR LES DISTRIBUTEURS ?
Table ronde

10h00 : JE NE FAIS PAS PIPI A COTE : JE M’AVANCE UN PEU ET OUBLIE MA PRETENTION
Exercice pratique avec vidéo

13h00 : ASSIETTES ET VERRES : PASSENT-ILS DU REFECTOIRE AU LAVE-VAISSELLE GRACE A LA LEVITATION ?
Débats - Intervention d’experts

15h00 : BOUTEILLES DE BIERE VIDES : DOIVENT-ELLES ALLER DANS LE FRIGO OU DANS LA POUBELLE ?
Groupes de discussion et jeux de rôle


QUATRIEME JOUR

Thème : se débrouiller tout seul sans maman

Instructeur : Genesis

8h00 : REPASSAGE EN 2 ETAPES : A) 1 CHEMISE EN MOINS DE 2 HEURES B) LA VAPEUR CA BRULE
Exercice pratiques avec des professionnels

10h00 : LE MENAGE DU DORTOIR, UNE ACTIVITE VIRILE ET VALORISANTE
Table ronde et exercices pratiques

12h00 : DIFFERENCES ENTRE LE PANIER A LINGE ET LE SOL ET COMMENT SE RENDRE A LA LAVERIE SANS SE PERDRE
Exercices pratiques avec paniers en osier

De 14h00 à 19h00 : COURS DE CUISINE PRATIQUE EN 3 ETAPES

Niveau 1 (débutant) : Les appareils ménagers « ON mettre en marche » « OFF arrêter l’appareil ».

Niveau 2 avancé : Mon premier « Shinra rapid’soup » sans brûler l’eau

Niveau 3 Expert : Faire un café sans oublier l’eau ou le café et ne pas utiliser le soluble qui est incompatible avec la cafetière


CINQUIEME JOUR

Thème : être un SOLDAT dans son corps et dans sa tête

Instructeur : Sephiroth

8h00 : Santé module 1 : SE LAVER TOUS LES JOURS EST SANS RISQUE POUR VOTRE SANTE
Présentation Power Point avec intervention du Pr. Hojo

9h00 : Santé module 2 : NON, LE GEL COIFFANT N’EST PAS UNE FATALITE, ON PEUT S’EN PASSER
Table ronde avec intervention de médecins addictologues

11h00 : Santé module 3 : COMMENT SURVIVRE A UN RHUME SANS PENSER ETRE A L’ARTICLE DE LA MORT
Table ronde avec intervention de médecins

14h00 : Vie pratique module 1 : DES HOMMES PERDUS PEUVENT DEMANDER LEUR CHEMIN
Témoignages du seul soldat mâle l’ayant jamais fait

16h00 : Vie pratique module 2 : SE RAPPELER DES DATES DE MISSION ET PREVENIR QUAND VOUS AVEZ DU RETARD
Apporter son agenda au cours

17h00 : Vie pratique module 3 : MON ARME N’EST PAS L’EXPRESSION DE MA VIRILITE, LA PREUVE PAR LES CHIFFRES
Apporter son double décimètre personnel

18h00 : COMPTE-RENDU DU STAGE AVEC L’EQUIPE PEDAGOGIQUE


En raison du nombre croissant des demandes, nous invitons les supérieurs hiérarchiques directs et les instructeurs à nous faire parvenir les demandes d’inscription dans les plus brefs délais.

Merci d’avance

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Rends-moi ma vie !

***

Auteur : Shiva Rajah

Relecture et Réécriture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Illustration tirée des maquettes du doujinshi “BUBBLES” du Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Note : Yuusuke Naora est le directeur artistique du film “FF VII - Advent Children”

- Yuusuke ? Yuusuke ? Yuusuke…

Qui m’appelait ? Je croyais que tout le monde avait déjà quitté le studio.

- Yuusuke… Réveille-toi…

J’ouvris un œil. Mon rêve m’avait laissé un goût amer dans la bouche, comme si j’avais sucé des pièces de monnaie.

Quelle heure pouvait-il bien être ?

Mon bureau était plongé dans la pénombre et les objets se détachaient des panneaux blancs des murs comme est ombres fantomatiques.

- Yuusuke…

Je me redressai sur mon fauteuil, le cœur battant.

Je n’avais pas rêvé. On m’appelait vraiment…

- Yuusuke…

C’est pas vrai ! Voilà que j’entendais des voix, maintenant…

Les somnifères que j’avais pris la veille ? Saleté ! Je n’étais pas prêt d’avaler à nouveau l’un de ces trucs.

“C’est léger” m’avait-on assuré à la pharmacie.

Tu parles !

Bon sang, mais pourquoi avais-je autant de mal à trouver le sommeil ? Je supportais pourtant bien la pression, d’habitude. Et Avent Children Complete allait faire un carton, c’était quasi-certain. Alors pourquoi angoissais-je ainsi ?

- Yuusuke…

Je me figeai.

C’était une plaisanterie de mes collaborateurs ou quoi ?

La gorge sèche, je tendis la main vers l’interrupteur de ma lampe de bureau et dus tâtonner un bon moment avant de le trouver.

- Yuusuke!

Je tressaillis si fort que je faillis reverser la lampe.

J’actionnai brutalement l’interrupteur et me pressai contre le dossier de mon fauteuil, inspectant du regard chaque recoin du bureau, le cœur battant.

Rien.

Normal, qu’est-ce que j’espérais ? Un ange voletant au-dessus de mon secrétaire en m’appelant par mon nom ?

J’attendis un instant, l’oreille aux aguets.

Silence.

Avec un soupir, je laissai tomber ma tête entre mes bras croisés et ricanai. Bon sang ! Quelle histoire. Ça m’apprendrait à lire le paragraphe des effets non désirables sur les notices des médic…

- Eh ! Yuusuke !

Je bondis de mon fauteuil et m’aplatis contre le mur, derrière moi, en brandissant une figurine en résine à l’effigie de Cloud, l’un de mes personnages les plus réussis. Guère convainquant, comme arme, mais c’était toujours ça.

- Qui… qui est là ? bredouillai-je. C’est une blague, les gars ? Il y a une Webcam de planquée, c’est ça ?

Silence…

- Mais qu’est-ce qui me prend ? maugréai-je en reposant la figurine sur mon bureau. Je perds la boule ! Voilà que je parle tout seul.

- Yuusuke ! Par ici !

Avec un cri, je reculai et me recroquevillai à nouveau dos au mur en tournant frénétiquement la tête en tout sens.

Il n’y avait pourtant personne, je n’étais pas fou !

Le vidéo-projecteur, l’armoire, mon bureau, la table de dessin sur laquelle s’étalaient les dernières planches du story-board des scènes rajoutées d’avent children et…

Quelque chose ne bougeait-il pas, sur le story-board ?

- Yuusuke ! Approche. N’aie pas peur. Viens.

Ça venait bien de là.

Mon Dieu… ça y est, j’étais bon pour l’asile. Ça m’apprendrait à concevoir des mondes de jeux vidéo et des personnages torturés !

- Approche, Yuusuke.

Je déglutis avec difficulté. Cette voix m’était familière et, pourtant, j’étais certain de ne l’avoir jamais entendue.

- Yuusuke …

Le ton se fit suppliant et j’aurais juré voir le dessin frémir. Impossible.

- Qui… qui êtes-vous ?

Pauvre de moi ! Voilà que je parlais à une feuille de papier…

“Reprends-toi, mon garçon, ce n’est qu’un effet secondaire du somnifère.”

- Ton ami, Yuusuke … ton seul véritable ami. Celui que tu as rêvé si fort que tu lui as redonné vie à travers un logiciel d’images de synthèse. Viens, Yuusuke …

- Que… de quoi parlez-vous ? Je… je ne vous connais pas.

- Oh ! mais si, tu me connais, Yuusuke, puisque c’est toi qui m’as créé. Combien de fois n’as-tu pas rêvé de moi ? Combien de fois n’as-tu pas essayé d’être moi ? Viens, Yuusuke, viens… c’est la seule occasion que tu n’auras jamais.

Oh là là… je perdais complètement les pédales.

C’était quoi, ça ? Une matérialisation de mes fantasmes ?

Ma pauvre tête…

Il fallait que je voie un psy… que j’en voie un au plus vite.

- Approche et tu verras que je dis la vérité. Approche…

- Et en plus, j’essaye de me trouver toutes les excuses pour y croire… murmurai-je. Pauvre de moi.

- Approche, que risques-tu ? Viens, Yuusuke. N’en as-tu pas assez de te branler après m’avoir dessiné ? N’as-tu pas envie de vivre les aventures que tu imagines pour de vrai ? Tu en rêves, Yuusuke, je le sais. Viens…

- Taisez-vous ! Si on vous entendait, je…

Mais qu’est-ce que je racontais ? Entendre quoi ? Cette voix était le fruit de mon imagination. Je culpabilisais, voilà l’explication. Tout ceci n’était qu’un moyen pour mon cerveau de m’avertir que j’allais trop loin et que j’allais perdre les pédales.

Il fallait que j’arrête toutes ces conneries de jeux vidéo ! Que je devienne raisonnable. Oui, c’est ça. Raisonnable.

Raisonnable…

Mais je ne voulais pas être un type raisonnable ! J’avais besoin d’autre chose… une chose que, pour l’instant, seuls mon imagination et mes personnages pouvaient me donner.

- Approche, Yuusuke.

Qu’est-ce que je risquais, après tout ? Les rêve, ça peut pas vous faire de mal, non ?

Mes pieds, comme mus par une volonté propre, se posèrent l’un devant l’autre, me portant jusqu’à la table de dessin.

- Oui, Yuusuke, gémit la voix langoureuse. Viens à moi…

Plus qu’un pas… plus qu’un pas… baisser les yeux sur le story-board et…

- Mon Dieu… Oh ! Mon Dieu ! Ce n’est pas possible ! Ce n’est pas possible…

Il était là.

Sarcastique, séduisant et dangereux à mourir dans la case du story-board.

Il était là et me souriait.

La gorge serrée, je vis sa main aux longs doigts gantés caresser son long sabre. Masamune…

- Veux-tu le toucher, Yuusuke ?

- Impossible… C’est impossible… Je deviens fou.

- Tu en meures d’envie… Donne-moi ta main, Yuusuke… Donne-moi ta main…

Sans même me rendre compte de ce que j’étais en train de faire, je tendis la main vers la feuille du story-board et… la traversai.

- Oh ! Mon Dieu !

Je voulus la retirer mais Sephiroth la saisit pour la poser sur sa poitrine, si bien que je dus me pencher en avant. La moitié de mon bras était à présent dans le dessin.

Je le voyais sans pouvoir y croire. Quelques lignes claires sur le papier blanc…

Mais un cœur battait contre ma paume et je sentais une peau lisse et tiède sous les lanières de cuir qui sanglaient le torse de mon ange déchu.

- Viens à Moi, Yuusuke… Viens…

Il me tira par le bras et je ne résistai pas. Je sentis mon corps se dissoudre, sans douleur aucune, et ne faire plus qu’un avec le papier.

Je sentais son odeur, à présent. Un mélange entêtant d’acier, de cuir et d’un parfum boisé.

- Ouvre les yeux, Yuusuke … Ouvre les yeux et goûte ce que l’on ressent à être ce que tu as fait de moi.

De quoi parlait-il ? Son ton s’était fait cassant, soudain.

J’ouvris les yeux et levai les yeux vers lui. Il se tenait au-dessus de moi et souriait méchamment, ma main toujours prisonnière de la sienne. Loin… loin au-dessus de moi. Et derrière lui… derrière lui, je voyais mon bureau.

Je regardai autour de moi. Tout était blanc. Tout était vide. Vide et plat. Sans consistance. Un monde en deux dimensions. Un monde de papier…

- Il ne faut pas s’offrir des rêves au-dessus de ses moyens, railla-t-il en lâchant ma main. Ils pourraient te contrôler. Prendre possession de toi, de ta vie, de ta place… Qui est le fou, à présent ?

- Non… bredouillai-je en essayant désespérément de m’accrocher la manche de son manteau de cuir noir. C’est un cauchemar…

- Le cauchemar commence maintenant, Yuusuke, promit-il en se dégageant d’une sèche torsion de poignet, ce qui eut pour effet de déboîter le mien.

- Ah ! Non ! Reviens ! Sephiroth ! Ne me laisse pas ici ! Oh ! mon Dieu, je vous en supplie ! Non ! Rends-moi ma vie, Sephiroth ! Tu n’as pas le droit ! Rends-moi ma vie !

***

L’ambulancier rabattit le drap sur le corps étendu sur la moquette saumon du bureau.

- Un bon directeur artistique… soupira-t-il en mettant le tube de somnifères vide dans un sac en plastique avant de le sceller. Si c’est pas malheureux de voir ça… T’as vu comme il s’est déguisé, avant de se suicider ?

Il désigna le long manteau de cuir noir, qui dépassait du drap. Un manteau aux épaules bien trop larges pour le défunt maigrelet.

- Ouais… Bon artiste, peut-être, mais pas très net, je confirme, remarqua son confrère.

Le jeune urgentiste tendit à son supérieur une planche de story-board en grimaçant.

- Oh ! bon sang ! Il s’est dessiné lui-même, non ?

- On dirait bien, oui.

L’ambulancier observa le visage torturé et les mains crispées sur la case du story-board de l’autoportrait du défunt.

La case était blanche à l’exception de lui-même et d’une bulle écrite en lettres grasses : ” Sephiroth ! Rends-moi ma vie ! Laisse-moi m’en aller !”

- Ça ressemble à un dernier adieu.

- Banal, quelque part, pour un suicide.

- La pression médiatique, sans doute. La presse attendait le film remanié le pied ferme. Il ne devait plus le supporter. Il s’est dessiné comme s’il se sentait prisonnier.

- Épargne-moi tes analyses psychiatriques bon marché, veux-tu.

- Pardon, chef. Quoi qu’il en soit, les fans vont le regretter.

- Sans doute. Euh… monsieur, fit l’ambulancier en se tournant vers le jeune homme de haute taille, aux yeux verts lumineux et aux longs cheveux étrangement gris, qui attendait près de la porte. Je sais à quel point il a dû être choquant de trouver la vic… le défunt ainsi mais… la police vous appellera sans doute demain et vous demandera peut-être de passer au commissariat pour faire une déposition.

L’inconnu ajusta la ceinture de son pantalon de cuir et tira sur son t-shirt, comme si le vêtement était trop étroit de plusieurs tailles et le gênait.

- Bien sûr, sans problème, assura-t-il en hochant aimablement la tête. Mais, je vous l’ai dit, je le connaissais à peine. Il m’a accosté dans ce salon professionnel et…

- Et vous a donné rendez-vous ici pour passer un entretien d’embauche, oui, vous nous l’avez dit. Concepteur, c’est ça ?

- Non, scénariste. Je suis scénariste. Je crée des histoires ou… je les remanie à ma sauce, précisa-t-il avec un petit sourire ironique que l’ambulancier eut du mal à interpréter.

- Bon eh bien… Je pense que ce sera tout. Nous avons votre nom et votre numéro de portable aussi, on ne va pas vous retenir plus longtemps. Voulez-vous qu’on vous appelle un taxi ?

Le jeune homme sourit de toutes ses dents.

- Ce ne sera pas nécessaire, de la famille va passer me chercher en moto sous peu. J’ai fait le nécessaire.

- Dans ce cas… Au revoir, monsieur. Et merci encore d’avoir appelé.

- Ce fut un plaisir. (L’ambulancier tiqua.) De vous aider, s’entend…

L’infirmier le regarda se diriger vers la porte et fronça les sourcils.

- Putain, il fout les jetons, ce type…

Son confrère frissonna et acquiesça sans un mot.

FIN

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A Nero

Je ne me sens soulagée
Ni avec, ni sans toi
Avec, tu me tues,
Mais sans toi, je suis perdue !

Shelke

Que fait un ange aussi joli
Volant si loin du paradis ?

Cid

Comment se passe une journée,
une fois qu’on t’a rencontré ?
12 heures en pensant à toi
12 heures en rêvant de toi

Vincent

Ce n’est pas la lune mais toi,
qui illumine nos ténèbres
.

Genesis

Cesser de t’aimer et de m’inquiéter pour toi ?
J’ai laissé tomber une épingle dans l’océan.
Trouve-là d’abord et on verra…

Weiss

V - Seuls les morts sont froids

Le désir est l’appétit de l’agréable. “

Aristote

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Zack nous apprit que le seul poste de police de Gongaga se trouvait à deux pas de la maison de ses parents, sur la place du village.

Nous avions contacté Lazard par téléphone pour l’informer de ce qui s’était passé mais il s’était contenté d’un : ” cela regarde les autorités locales, désormais. Le président a interrompu la mission, vous n’avez plus rien à faire là-bas. Passez le dossier aux autorités compétentes, rassemblez le matériel sensible et rentrez à la base. Vous avez trois jours pour plier bagage. “

Ca avait au moins le mérite d’être clair…

En raison de la mauvaise visibilité et de l’état des routes, nous mîmes deux bonnes heures à parcourir les quelques quarante kilomètres à vol d’oiseau (le double par la route) qui nous séparaient de Gongaga, qui était, en fait, un village plus qu’un bourg.

Pas de lumière dans les ruelles, bien entendu, et des trous où je faillis plusieurs fois me briser les jambes.

Je ne sus que nous étions arrivés à l’antenne de police que parce que Zack me traduisit l’inscription à demi effacée peinte sur le mur de torchis. Jamais il ne me serait venu à l’idée que cette porcherie pouvait tenir lieu de commissariat local.

A peine passée la porte, dont seules quelques écailles témoignaient d’un ancien vernissage, l’odeur de sueur et d’huile rance me prit à la gorge.

Le policier de garde, un Gongagien bedonnant à la chemise blanche maculée de tâches, était affalé sur une chaise de bois qui avait vu des jours meilleurs. Il est hasardeux d’essayer de donner un âge aux gens de ce pays mais j’aurais dit qu’il devait avoir dans les quarante ans.

En nous entendant arriver, il leva vers nous un œil endormi et retira ses pieds de la table.

Visiblement, nous avions interrompu son petit somme.

Je vis Zack se lancer dans un discours, auquel je ne compris pas un traître mot, à grand renfort de gestes et d’exclamations mais le policier, ou ce qui en tenait lieu, se contenta de gratter sa barbe de trois jours et de chasser de la table un cafard gros comme mon poignet d’un revers de la main.

J’esquivai le projectile ragoûtant avec une grimace et me tournai vers Angeal.

- Qu’est-ce qu’il raconte ? demandai-je.

Angeal, concentré sur la conversation, me fit signe de me taire d’un geste et je soupirai.

Lorsqu’il entendit le nom de “Rufus Shinra”, seule chose que je saisis de la discussion, le policier tressaillit et se leva d’un mouvement brusque pour se lancer, à son tour, dans une diatribe sans fin en agitant les bras en tout sens.

Je ne sais pas ce que lui avait dit Zack mais cela avait eu l’air de faire son effet à en juger par la mine soudain inquiète du policier et par la façon dont il se tenait la tête, gémissant entre deux phrases.

- Mais qu’est-ce qu’il dit ? insistai-je.

- Chut ! rétorqua Angeal avec un geste irrité.

Je levai les yeux au ciel et fit claquer mes mains sur les cuisses en m’accroupissant sur le sol. Le cafard, de nouveau sur ses pattes, était juste entre les miennes et je me redressai aussi sec en jurant comme un charretier pour l’écraser brutalement sous ma semelle avec un bruit de craquement de céréales.

Je ne sais pas si ce fut à cause du bruit du cafard ou de celui du claquement de ma semelle sur le sol de bois fêlé - je chausse quand même du quarante-cinq - mais Zack et le policier cessèrent immédiatement leur conversation animée et se tournèrent vers moi.

J’en profitai.

- Alors ? demandai-je.

- Il ne veut pas s’occuper de l’affaire avant d’en référer à monsieur Shinra, soupira Zack.

Je faillis m’étrangler.

- Quoi ? m’écriai-je. Un homme a été assassiné et nous avons plusieurs cadavres sur les bras ! Il faut un légiste et au moins deux ambulances !

Zack commença à lui traduire ce que je venais de dire et s’arrêta en cours de route pour se tourner vers moi.

- Euh… Je crains que le mot ” légiste ” n’existe pas en gongagien, Général.

J’allais lui répondre lorsqu’Angeal me devança et adressa au policier quelques mots en un Gongagien laborieux.

Le visage de l’homme s’éclaira et il répondit quelque chose que je ne compris pas.

- Il dit qu’il en a vu un dans un film policier, le mois dernier… soupira mon ami d’un ton morne.

Je tapai à nouveau du pied, faisant sauter un éclat de plancher. Cette fois je commençais vraiment à m’énerver.

- J’exige qu’il prenne notre déposition et qu’il appelle un hôpital ! hurlai-je.

Zack traduisit mais l’homme secoua la tête, obstiné. Avec un grognement, je le saisis par son col de chemise et Angeal s’interposa, me tirant en arrière.

- Laisse tomber, Seph, c’est inutile. Ici, rien ne fonctionne comme chez nous. Allons plutôt voir son “altesse”. Ce type ne bougera pas le petit doigt sans son accord express.

Nous quittâmes le bâtiment et l’homme me jeta un regard terrifié avant de fermer doucement la porte derrière nous.

Notre véhicule n’avait pas bougé des abords du village, les ruelles étroites et les trous dans la chaussée ne permettant pas son passage à travers le village sans risquer de perdre une roue, 4×4 ou non.

Enfin… disons que le 4×4 break lui-même n’avait pas bougé… parce que les portières, elles, gisaient de part et d’autre sur le sol.

Avec un juron, Angeal se précipita, brandissant la torche électrique qui nous avait permis de trouver le commissariat sans tomber dans un trou.

En m’approchant à mon tour, je ne pus retenir une exclamation étouffée et Zack se mit à marmonner ce qui semblait être une prière pour chasser le mauvais oeil.

Visiblement, celui qui avait fait ça avait agi par pur plaisir de nuire car nous n’avions pas fermé les portières à clé. Il n’y avait donc nulle raison de les arracher.

De plus, rien n’avait été volé. Le sac à dos d’Angeal n’avait même pas été fouillé. Tout était intact sur le siège du conducteur et rien ne manquait du matériel.

- Bon sang ! Le type qui a fait ça devait être une force de la nature, remarquai-je en observant le métal tordu.

- C’est de la tôle ! répliqua Angeal en soulevant une portière. Personne n’aurait pu faire une chose pareille. Regarde-moi ça, on dirait qu’elle a été pliée comme une vulgaire feuille de papier.

La portière en question me faisait penser à une énorme papillote, comme celles que les femmes se mettent dans les cheveux pour les friser.

Angeal braqua la torche sur la seconde et la retourna du pied.

- Merde ! Merde ! Merde ! grogna-t-il. Il ne nous manquait plus que ça !

La seconde portière était éventrée comme si elle avait eu maille à partir avec une pelleteuse mécanique.

Des petits lézards glacés me descendaient le long du dos, mais, sachant que Zack nous observait pour savoir quelle attitude adopter, j’essayai tant bien que mal d’afficher une expression décontractée, comme celle des héros de films ou de jeux vidéo qui plaisantent devant la voiture qui vient de leur exploser sous le nez, manquant de peu de les faire rôtir.

- Qu’est-ce qu’on fait ? demandai-je, faussement sarcastique. On aura l’air fin à rouler comme ça. Remarque, ça économisera la clim. Je savais qu’ils n’aimaient pas beaucoup les étrangers, ici, mais à ce point là…

Angeal jura une fois de plus et nous fit signe de monter à bord.

- Oh putain ! s’écria Zack en ressortant vivement.

- Quoi ? demandai-je en m’approchant pour regarder prudemment à l’intérieur.

Pour toute réponse, Zack me désigna le siège passager et Angeal balaya la cabine de la torche.

Au début, je ne vis rien de particulier. Le siège du conducteur était intact, ainsi que le tableau de bord.

Là où ça se gâtait, c’était du côté passager - à savoir le mien.

Je crois que le terme “place du mort” se justifiait parfaitement dans ce cas : le fauteuil, mon fauteuil, avait été éventré avec une rage impressionnante. Des morceaux de mousse étaient éparpillés partout et le skaï avait été lacéré. Quatre belles coupures bien régulières, comme celles qu’aurait pu faire la patte d’un chat.

D’un très gros chat…

- Tous les fauves de la région se sont donnés le mot pour nous pourrir la vie ou quoi ? lançai-je dans une lamentable tentative pour faire de l’humour malgré l’angoisse qui commençait à me nouer le ventre. Ils sont de sortie ? C’est leur fête annuelle ?

Angeal tendit la main, prit un amas de coton déchiqueté sur le plancher et le déplia.

Mon sweat-shirt. Celui que je laissais en permanence dans la voiture au cas où.

Il ne restait même plus dix centimètres carrés de tissu intact.

- Je ne sais pas s’ils sont de sortie mais celui-là, c’est visiblement toi qu’il voulait. Tu dois avoir une odeur particulièrement appétissante.

Je lui arrachai feu sweat-shirt des mains avec un regard meurtrier, et m’en fis une sorte de ” coussin-serpillière ” pour empêcher les ressorts du siège de m’arracher la peau des fesses.

- Très drôle, dis-je en retenant un frisson. Allez, grimpe et démarre ! Je ne tiens pas vraiment à rester dans le coin avec une bestiole comme ça dans les parages.

Zack marqua un temps d’arrêt, avant de monter dans le véhicule, et nous le vîmes tourner la tête en direction du village en se mordillant la lèvre.

- Zack, ça va ? s’enquit Angeal, le faisant sursauter.

Le garçon rougit et acquiesça.

- Oui, monsieur. Bien sûr.

Mon ami sourit.

- Tu t’inquiète pour tes parents ?

Son protégé baissa les yeux, horriblement embarrassé.

- C’est que… je n’avais jamais vu un fauve s’approcher aussi près des habitations, monsieur.

Angeal hocha gravement la tête, d’apparence calme, mais je remarquai que le tendon de sa mâchoire jouait sous sa peau tandis qu’il serrait les dents.

Ah ! On peut dire qu’on avait du mal à le jouer, notre rôle de gros durs blasés !

Mon ami et moi avions beau faire les fiers à bras, nous étions tout aussi angoissés que le gamin par les événements de la nuit.

Et l’atmosphère lugubre n’arrangeait rien à l’affaire.

La lune était cachée par intermittences, les nuages noirs se déplaçant lentement avec la brise, et j’avais l’impression que chaque coin d’ombre cachait un monstre prêt à bondir. Je m’imaginai l’un de ces animaux me saisissant la jambe par le trou béant qu’avait laissé la portière et je me m’en écartait d’instinct le plus possible en essayant de me faire tout petit sur mon siège.

Zack avait raison de s’inquiéter.

Un fauve sur le chantier, on pouvait encore l’admettre, la dense forêt de Gongaga n’était pas loin. Mais ici, au beau milieu du village…

- Monsieur… murmura timidement le garçon.

Angeal lui adressa un sourire un peu forcé.

- Mhh ?

- Vous… Vous ne croyez pas qu’il pourrait s’agir de la même bête que sur le chantier, n’est-ce pas ?

Je sortis la tête de la voiture pour me tourner vers lui et éclatai de rire.

- Bien sûr que si ! raillai-je. Il nous a suivi en courant uniquement pour avoir le plaisir de te croquer les orteils ! T’as une touche, petit, y’a pas de doute !

Il rougit furieusement et Angeal secoua la tête.

- Tu sais mieux que personne combien il y a de fauves dans ce putain de pays, Zack. A mon avis, ils doivent crever de faim par manque de gibier ou un truc comme ça et ils sont sortis de la forêt pour trouver de la nourriture, point. A en croire les écologistes, il paraît qu’avec l’extension des cultures, les animaux ont de moins en moins d’espace vital. Qu’est-ce que tu ferais à leur place, mhh ?

Il hocha la tête.

- Vous avez sûrement raison, monsieur.

- Il a raison, fis-je avec un sourire qui se voulait rassurant. C’était un accident Zack, rien de plus.

Angeal lui désigna le village d’un mouvement du menton.

- File chez tes parents pour cette nuit et assure-toi qu’ils vont bien. Je passerai te chercher demain, lorsque nous aurons mis un peu d’ordre dans le camp.

- Non, je ne peux pas vous laiss…

- C’est un ordre !

Le garçon s’inclina.

- Bien, monsieur. Merci…

Il nous adressa un sourire reconnaissant et fila sans demander son reste avant que l’on ne change d’avis.

Nous nous mîmes en route et je frottai mes bras nus.

Je n’avais même pas pris le temps de mettre au moins un maillot de corps avant de partir et je commençais à le regretter.

Comment aurais-je pu deviner qu’une saloperie de bestiole allait réduite mon sweat en pièces, aussi ?

Saloperie de pays !

Tandis que nous reprenions le chemin du chantier, cette histoire de malédiction et de démon me trottait dans la tête. On a beau ne pas y croire, dans ce genre de cas, on ne peut pas s’empêcher de douter de tout, à plus forte raison de ses propres convictions.

Je repensai au chamane.

Il traînait sa puanteur dans toute la région et devait forcément être au courant que les fauves quittaient la forêt en quête d’un bon repas. N’importe quel imbécile sachant cela aurait pu faire une telle prédiction et j’étais persuadé qu’il connaissait l’existence du temple sous le réacteur, le salaud !

Il nous avait laissé creuser en se marrant dans son coin, attendant de faire sa petite entrée et de nous coller une frousse de tous les diables avec sa belle prophétie préparée de longue date.

Quel chien ! Il ne perdait rien pour attendre.

Je me massai la nuque en baillant. J’étais physiquement et nerveusement épuisé.

Angeal me donna une petite tape sur le genou et je tressaillis.

J’étais vraiment à cran.

- Essaye de dormir un peu, Seph. Nous n’arriverons pas avant deux bonnes heures, vu l’était de la route.

- Tu auras assez d’essence ?

Si on tombait en panne, là, au milieu de nulle part, je ne donnais pas cher de notre peau avec toutes ces bestioles en vadrouille. Cela devait être affreux de mourir de la sorte. Sentir sa chair se déchirer, lambeau par lambeau, être dévoré vif…

Je repensai aux cadavres des soldats et du cuisinier et me frottai les bras encore plus vigoureusement.

- Il y a trois jerrycans derrière, t’en fais pas. Tu as froid ? C’est la fatigue. Tiens, mets ça.

Tout en conduisant, il retira le pull de son uniforme et me le tendit, pour ne garder que son maillot.

Je l’enfilai avec reconnaissance.

Il était doux et la chaleur de son corps s’était communiquée au tissu. Je cessai instantanément de frissonner et frottai ma joue contre le col.

Il portait son odeur, un parfum fortement boisé. Pour un peu, si je prenais la peine de tomber dans un ridicule un tantinet romantique, je dirais que je me serai cru dans ses bras.

Je le regardai dans la pénombre que diffusait la lumière de phares : un visage anguleux et carré, des traits élégants et fermes et une carrure de lutteur. Angeal avait un corps à damner un saint.

Et si… “ me surpris-je à penser avec un sourire rêveur.

Bah, quoi ?

Pourquoi pas, après tout ? Il était de compagnie agréable et je savais qu’il avait eu une petite aventure platonique avec Genesis, dans son adolescence. Il suffisait peut être de peu de choses pour…

- Ca va ? me demanda-t-il, interrompant ma rêverie. Tu fais une drôle de tête.

Le charme était rompu et je redescendis brusquement sur terre.

Angeal était comme mon frère. Comment pouvais-je penser à des choses pareilles ?

Je secouai la tête.

- Si je te disais à quoi j’étais en train de penser, tu me jetterais en pâture aux fauves, répondis-je amèrement.

Il leva un sourcil et me coula un regard en coin avant de me faire un clin d’œil.

- Quand on voit la mort de trop près, on a envie de ça, c’est normal. Ca t’a pas fait ça, à Wutaï ? Moi, j’avais envie de baiser sans arrêt. Les psy disent que c’est une réaction… comment on dit déjà ? Tu sais pour exorciser le truc. L’opposition entre la vie et la mort, tout ça.

Je tordis le nez.

- Oui, je sais.

- Bah j’espère qu’à Wutaï, tu as eu plus de chance que moi.

Je fis la moue.

- Je n’ai pas tâté de la ” chair locale “, avouai-je.

- Tu n’as rien perdu.

- Les dames utaïennes ne sont donc pas des ” affaires ” ?

- Ni les hommes, d’après ce que j’ai entendu dire. A croire qu’un Dieu blagueur les a privés de libido !

- A ce point là ?

Il se tourna avec un sourire moqueur.

- T’as vu Tseng ?

Je ris de bon cœur.

- Oui, c’est sûr que, vu comme ça…

- Blague à part, tu n’as quand même pas passé tout ce temps à Wutaï à te serrer la ceinture !

- Non, j’avais une aventure avec un autre soldat, à l’époque.

Angeal leva le sourcil.

- Ah ? Qui ?

- Weiss. Enfin, quand son frère Nero voulait bien lui lâcher la jambe !

Il pouffa.

- Ah ! Ces deux-là…

- Ouais.

- C’est vrai que question jolis garçons, t’es pas gâté, par ici, dit-il en secouant la tête. Sérieux, ça fait combien de temps que tu n’as pas… Ah, merde !

La voiture fit un écart et je dus m’agripper à lui pour ne pas être projeté à l’extérieur du Break.

Il me sembla voir une masse noire passer dans mon champ de vision et un cri se coinça dans ma gorge.

C’était inconcevable.

Nous roulions à plus de soixante ! Cet animal ne pouvait pas nous suivre et certainement pas nous percuter ainsi sans y laisser un os.

Angeal parvint à rétablir le véhicule et coupa le moteur.

- Mais qu’est-ce que tu fais ? criai-je, paniqué. Tu veux te faire déchiqueter ? Redémarre ! Tu as vu la force de cette bestiole ?

Il me fixa un instant, interdit, et me posa la main sur l’épaule.

- Seph… On a crevé, dit-il comme s’il parlait à un simple d’esprit.

- Je l’ai vu ! Il nous a percuté ! Il était là, dehors, il est passé devant nous !

Je regardai partout, m’attendant à le voir surgir à tout instant pour enfoncer ses crocs dans ma cuisse.

- On a crevé, Seph… répéta Angeal. Il n’y a rien dehors.

- Bon sang ! Je te dis qu’il est là ! hurlai-je en me tournant en tout sens.

Avec un soupir, il tendit la main pour prendre le fusil et la torche derrière lui et sortit du break.

- Reviens ici tout de suite et redémarre !

L’angoisse au ventre, je le vis faire le tour de la voiture et balayer le paysage de sa torche.

Puis il se baissa pour ramasser quelque chose et se pencha vers moi.

- On a crevé, répéta-t-il en me tendant une pierre aiguë. Et il n’y a rien dehors, Seph, à part ces fichus cailloux coupants.

Je sortis du véhicule et regardai la roue.

Aucun fauve ne nous avait percuté, la roue était juste affaissée et dégonflée. On voyait parfaitement le silex qui y était fiché.

- Désolé… murmurai-je, honteux, en m’appuyant sur le 4×4.

Angeal commença à sortir un pneu de secours et un cric de l’arrière du véhicule et je l’aidai à changer la roue - sans pouvoir cependant m’empêcher de regarder par-dessus mon épaule, à la recherche d’une paire d’yeux luisant dans l’obscurité.

Les vis grippaient à cause de la poussière mais nous pûmes nous remettre en route assez rapidement, ce qui, je l’avoue, me soulagea.

Mon compagnon me jetait de fréquents coups d’œil, auxquels j’essayai de répondre par un sourire - hélas peu convainquant.

- T’es sur les nerfs, hein ? me demanda-t-il soudain.

Je regardai l’obscurité qui nous entourait et me laissai aller sur mon siège en soupirant, me couvrant le bas du visage des mains.

- C’est peu de le dire.

Il hocha la tête et m’adressa un sourire rassurant.

- C’est bientôt terminé, Seph. On va aller voir “sa majesté”, régler tout ça, et, dans trois jours, ce ne sera plus qu’un lointain souvenir.

Je laissai échapper un rire amer.

- Un lointain souvenir… Tu parles ! Ce connard blondinet m’a littéralement lynché ! J’aurais de la chance si, après ça, on ne me relègue pas à la surveillance des réacteurs… Et pour améliorer encore l’excellente impression que je lui ai faite, je viens de perdre quatre hommes par la faute d’un foutu chat de merde et d’un tueur mystérieux ! Chier !

Je frappai le tableau de bord du plat de la main.

- Seph…

- Chier ! Chier ! Chier !

Je me sentais au bord de la crise de nerfs, les cadavres déchiquetés dansant devant mes yeux, et fermai les paupières pour essayer de me calmer.

- Viens là.

J’ouvris les yeux et remarquai qu’Angeal s’était arrêté au milieu de la petite route déserte. Je ne m’étais même pas aperçu du silence soudain, provoqué par l’arrêt du moteur.

On n’entendait plus que le chant des insectes et le chuchotement de la brise, uniquement entrecoupés par le cri lointain d’un oiseau de nuit.

- Allez, viens là, répéta-t-il.

Il s’était à demi tourné vers moi et me tendait les bras.

Je m’y blottis sans réfléchir.

Il était plus petit que moi mais dégageait une force presque palpable. Je me sentais comme un petit garçon entre ses bras.

En sécurité.

Au chaud.

Je cessai immédiatement de frissonner, ses larges mains pétrissant mon dos, me communiquant leur chaleur à travers l’étoffe de son pull.

- Ce connard va me rétrograder, Angie.

- Bien sûr que non…

Il resserra son étreinte et le soupirai.

Le levier de vitesse me meurtrissait la cuisse mais je m’en moquais. J’étais bien entre ses bras.

Je sentais sa joue contre mon cou, les poils de sa barbichette qui me piquaient la joue et son odeur chaude, presque animale. J’avais besoin de cette chaleur et de ce soutien.

J’en vais besoin tout de suite !

Sans même m’en rendre compte, ma joue glissa sur la sienne et il eut un petit mouvement de recul lorsque mes lèvres frôlèrent les siennes.

- S’il te plaît, murmurai-je en le sentant se pétrifier. S’il te plaît, Angie…

Il recula et me fixa un instant sans comprendre. Je lui lançai un regard suppliant et sa bouche s’étira en un sourire indulgent.

- Allons Seph, ça va aller, reprends-toi, mon grand.

Je pressai alors mes lèvres sur les siennes et il fit une chose dont je ne l’aurais jamais cru capable : Angeal me frappa avec une telle brutalité que je dus m’agripper au tableau de bord pour ne pas être expulsé de la voiture sous la force du choc.

Je savais qu’il était une force de la nature, mais j’avoue que je ne m’étais pas non plus attendu à cela.

Il n’avait jamais été brutal avec moi, pas même durant nos entraînements et il n’avait que rarement haussé le ton.

La violence de son rejet me fit plus mal que le coup lui-même.

Il avait mis tant de rage dans son geste, tant de mépris, que j’eus l’impression de me retrouver devant un étranger.

- Angeal… chuchotai-je, sous le choc.

Ses lèvres se mirent à trembler et il secoua la tête.

- Je… je suis désolé, Seph, bredouilla-t-il. Je… je ne voulais pas cogner aussi fort. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Je crois que moi aussi, je suis à bout.

- Tu n’avais pas besoin de faire ça, fis-je d’une voix blanche.

Je commençais à sentir la colère me gagner.

Jamais je n’avais forcé qui que ce soit et Angeal le savait parfaitement. Il aurait suffit d’un simple ” stop ! ” pour que je le laisse tranquille.

Il tendit une main vers ma joue mais je la repoussai.

- Qu’est-ce qui nous arrive, bon sang ? soupira-t-il en s’adossant à son fauteuil, se prenant la tête dans les mains. Qu’est-ce qui nous arrive ?

Il semblait brisé.

- Oublie ça, Angie. Je suis allé trop loin, c’est de ma faute.

Il tourna la tête vers moi et tendit une main pour allumer le plafonnier.

La lumière vive m’éblouit.

Je fermai les yeux mais sentis ses doigts sur ma joue, qui commençait à me lancer.

- Je ne t’ai pas raté, mon pauvre Seph, remarqua-t-il en éteignant la petite lampe. Désolé.

Je souris mais n’osai pas le regarder en face ou faire un geste, de peur qu’il soit mal interprété. Un mur venait de s’élever entre nous et je sus que jamais plus je ne me permettrai un geste tendre ou amical à son endroit. Du moins, pas avant de longs mois.

Il dut s’en rendre compte car je le sentis se raidir.

- Il ne vaut mieux pas rester dans le coin, dis-je en détournant le visage pour regarder à l’extérieur.

Je le sentis s’écarter, remuer sur son siège et j’attendis sagement que le moteur se remette en marche, les yeux toujours fixés dans le décor, à travers le trou béant de la portière manquante.

- Seph ?

En soupirant, je me tournai vers lui et blêmis.

Il avait retiré son maillot et le haut de son pantalon était déboutonné, laissant apparaître quelques poils bruns sur le bas de son ventre.

Ma gorge s’assécha.

Angeal était bâti comme un dieu, une musculature ferme et bien dessinée roulait sous sa peau hâlée.

- Qu’y a-t-il, Seph ? murmura-t-il en souriant. On devient timide ?

- Angie…

Je n’osai pas faire un geste.

D’un mouvement qui fit gonfler son biceps, il actionna le levier de rotation de son siège, dont le dossier s’abaissa jusqu’à être totalement à plat sur la banquette arrière.

Confortablement allongé, il tendit une main autoritaire, qui se referma autour de ma nuque pour m’attirer à lui.

Sans savoir comment, je me retrouvai sous lui, ses mains se glissant sous mes vêtements, faisant passer le pull par-dessus ma tête, déboutonnant mon pantalon, courant sur ma peau et se faufilant entre mes cuisses…

J’étais un jouet entre ses mains et j’avoue que cela ne déplaisait pas le moins du monde, en cet instant.

J’avais envie de lâcher prise et c’est ce que je fis.

Pour quelques instants, j’oubliai les fauves, les morts et la peur de perdre bientôt un statut que j’avais mis des années à acquérir à la force des poings, tout au plaisir que m’offrait Angeal.

Il me fit l’amour avec ardeur, presque avec brutalité, mais j’avais au moins la certitude de ressentir les choses et d’être vivant. Pas comme ceux dont les restes gisaient dans la tente, là-bas, sur la colline…

… à suivre

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IV - Chasse nocturne

« La guerre, c’est comme la chasse,
sauf qu’à la guerre, les lapins tirent. »

C. de Gaulle

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Du calme, Angie… chuchotai-je en regardant le pouce d’Angeal contracté sur le chien du fusil.

Il épaula et posa l’index sur la détente, tenant le canon et la torche de la main gauche.

Avec un tel dispositif, ce qui se trouverait face à la torche serait inévitablement dans la ligne de mire.

- Je me calmerai quand je saurai ce qui se passe là-dedans.

Avant d’entrer dans la tente, il balaya une dernière fois les alentours du faisceau de lumière, dans le sens des aiguilles d’une montre, et refit l’opération dans l’autre sens, plus lentement.

Rien ne semblait bouger.

Il s’apprêtait à tendre le bras pour saisir le rabat quand deux billes vertes accrochèrent un instant la lumière, sur notre gauche, à quelques mètres de la tente.

- Merde ! cria-t-il.

Je reculai d’instinct et il braqua la torche et le canon sur une tête monstrueuse où luisaient des crocs rougeâtres et grands comme des dagues.

- Tire ! hurlai-je au moment où j’entendais la détonation.

Je clignai des yeux, surpris par le bruit qui retentit et se répercuta dans les vallons sur une distance inimaginable.

Angeal tira deux cartouches et une masse de fourrure noire traversa le faisceau de lumière.

- Putain de bestiole ! jura mon ami en braquant la torche vers l’endroit où l’énorme panthère était partie.

- Je croyais que ces animaux étaient en voie de disparition ! fis-je remarquer, hébété.

Mon compagnon avança de quelques pas, dans la direction qu’avait prise le félin, et je le suivis pour scruter la colline en contrebas : un à-pic à donner le vertige.

- Une panthère volante, tu crois ? essaya-t-il de plaisanter.

- Cette saleté a dû faire le tour de la tente, elle n’a pas pu sauter.

- Merde !

Je regardais autour de moi en essayant de percer l’obscurité à la recherche de deux billes vertes et luisantes.

- Elle est partie, assurai-je.

- Tu crois ?

- Je l’espère, du moins…

Ca, c’est le genre de choses que je n’ai jamais pu expliquer.

Autant je peux affronter cinq hommes armés jusqu’aux dents sans broncher, autant les sales bestioles font monter mon stress à un niveau de tous les diables ! A plus forte raison quand la bestiole en question fait dans les quatre vingt kilos et a des dents comme des poignards…

- Oui, il a dû partir, soupira Angeal en retournant à la tente. Il a du venir de la forêt, ce fils de pute ! Il y a quelqu’un ? demanda-t-il en soulevant le rabat. Zack ? T’es là ? Ou vous vous êtes tous enfuis comme des lâches qui se… (Je lui montrai le rabat lacéré et sa voix fut remplacée par une respiration sifflante). Oh mon Dieu ! Zack !

Je le suivis à l’intérieur et mon cœur manqua un battement.

Ce n’était pourtant pas les premiers cadavres que je voyais, loin s’en fallait ! Lorsqu’on a fait cette putain de guerre de Wutaï, on est vacciné à vie pour faire face à ce genre de spectacle sans rendre le contenu de son estomac…

D’ailleurs, je n’oublierai jamais ma première rencontre avec un cadavre, là-bas. Je venais d’arriver, les lieux avaient été sécurisés et, curieux, je me promenais dans l’exotique capitale le nez en l’air, sans faire attention où je marchais. Et, fatalement, j’avais trébuché… pour me retrouver allongé et nez à nez avec un machin à demi putréfié, abandonné en pleine rue sur une civière débordante de fleurs fanées.

Ca m’avait fichu un sacré coup, je peux bien l’avouer !

J’appris plus tard qu’il y avait des coutumes mortuaires bizarres, à Wutaï. Ce qui expliquait que l’on baladait les macchabées à l’air libre pendant plusieurs jours, avant de le mener vers son bûcher funéraire au bord de l’eau au vu et au su de tout le monde, tel un paquet de linge à laver.

Ce n’est pas que je sois particulièrement impressionnable mais, franchement, je n’avais que seize ans et n’y étais pas préparé.

Au SOLDAT, tout ce qui concerne la mort est tellement tabou, pour ne pas décourager les nouvelles recrues, que voir des dépouilles participer pour ainsi dire au train train de la vie quotidienne à Wutaï semblait ” indécent “.

Je me doute que j’ai l’air d’un imbécile en disant ça. Je sais bien que ce n’est qu’une question d’éducation et de coutumes mais avouez que vous n’en mèneriez pas large non plus si vous aviez à l’improviste failli faire un ” love kiss ” à un cadavre recouvert de fleurs fanées - et je vous fais grâce de l’odeur !

Dans la tente où Angeal et moi nous étions figés de dégoût, il n’y avait pas de fleurs ou de cortège pour les malheureux qui gisaient sur le sol. Seulement du sang, des tripes répandues par des blessures béantes et la puanteur âcre de la peur et des corps à qui l’imminence de la mort ôte tout contrôle.

Pas de quoi faire des effets de style…

Ces deux jeunes soldats et le cuisinier, j’avais appris à les connaître et à les apprécier et voir leurs cadavres ainsi déchiquetés me serra les tripes.

- Zack n’est pas là, fit Angeal en parcourant les lieux du regard.

Il balaya l’intérieur de la tente de sa lampe .

- Il doit encore courir, à moins qu’il ne soit blessé et se terre quelque part près d’ici, fis-je avec une ironie morbide que mon compagnon n’apprécia pas.

Il s’était beaucoup attaché à ce garçon, semblait-il. Beaucoup plus que je ne l’aurais cru.

- Il faut le retrouver avant que ce fauve ne revienne, dit-il en sortant de la tente.

J’acquiesçai d’un signe de tête et lui m’emboîtai le pas.

- Zack est allé à bonne école, avec toi. C’est un garçon malin et adroit, il ne se serait pas laissé avoir aussi facilement, essayai-je maladroitement de me rattraper.

Angeal eut un petit rire nerveux.

- Si j’étais superstitieux, Seph, je me dirais qu’on aurait peut-être dû écouter le vieux fou qui nous a mis en garde cet après-midi…

Je me raidis.

- Ne sois pas ridicule ! Rien n’aurait empêché ce fauve de sortir de la forêt voisine pour venir se faire les crocs ici ! A tous les coups, il a été attiré par les bruits. Ou les odeurs de nourriture.

J’avais vu, dans un reportage, que les fauves n’attaquaient l’homme que lorsqu’ils ne pouvaient plus chasser de proies plus dangereuses - ou plus rapides.

Celui-là m’avait paru en pleine possession de ses moyens, pourtant !

Quoi que… en y repensant, pas aussi énorme qu’il m’avait semblé lorsqu’il avait émergé des ténèbres. Même pas aussi massif que les félins gras du bide que l’on voit se traîner mollement dans le zoo de Midgar.

Bien assez grand, cela dit, pour être dangereux.

S’il avait décidé de s’offrir un steak d’humain, peut-être avait-il prévu d’aller jusqu’aux abords de Gongaga. Mais comme nous avions installé le campement ici… Il en avait profité.

- Cette attaque n’est pas une malédiction, Angie, assurai-je, mais une épouvantable malchance ! S’accabler de reproches tardifs ne ramènera pas ces malheureux à leurs familles. Mais on peut peut-être encore sauver ton Zack.

Angeal enfila rapidement ses vêtements et moi mon pantalon et mes bottes sans même prendre le temps de mettre des chaussettes ou de me couvrir le torse - j’ai toujours détesté avoir quelque chose sur la gorge ou la poitrine, je ne sais pas pourquoi. J’avais toujours un pull d’uniforme de secours dans la voiture, de toute façon, au cas où.

Nous fîmes le tour du campement, maîtrisant nos craintes de ne retrouver que des morceaux épars de Zack.

Notre 4×4 nous attendait silencieusement dans le noir, sa silhouette trapue bien visible marquant le début de la sente qui menait à la civilisation, ou du moins, à la sécurité relative de la communauté humaine de Gongaga.

J’aurais donné n’importe quoi en ce moment pour me retrouver au milieu de la foule que j’évitais d’ordinaire. Je crois même que j’aurais pu serrer dans mes bras le vieux chamane poussiéreux s’il avait surgi des ténèbres !

Sans nous concerter, nous nous dirigeâmes droit vers le véhicule et un grincement métallique à peine audible nous fit nous raidir.

Angeal me fit signe de me tenir prêt à ouvrir la portière arrière du break, pendant qu’il pointait à la fois le fusil et la torche vers l’intérieur.

Tendu à craquer, je tirai si brusquement sur la portière qu’elle faillit sortir de ses gonds dans un odieux crissement qui résonna comme un gong en fin de course.

Dans le silence de la nuit, j’avais l’impression d’avoir commis un sacrilège par ce vacarme.

J’ignore encore comment, en dépit de cette tension accumulée, Angeal put se retenir d’appuyer sur la détente lorsqu’un mouvement se fit dans le véhicule.

Si j’avais été à sa place, j’aurais probablement causé un drame car c’était notre pauvre Zack, légèrement blessé à la jambe, qui y avait trouvé refuge.

- C’est vous ! soupira-t-il en nous voyant. Dieux merci !

*

Pendant qu’Angeal bandait la jambe de son protégé, celui-ci nous raconta qu’il avait aussi entendu les hurlements de ses camarades alors qu’il était sorti soulager sa vessie. Mais, au contraire de nous, en entrant dans la tente plongée dans le noir pour leur porter secours, il avait également reconnu le feulement sourd qu’il entendit. Et devinant la nature de la menace, il avait battu en retraite mais pas assez rapidement pour éviter un coup de griffe.

Il avait alors rampé jusqu’à l’abri des parois de tôle de la voiture, sûr que l’animal allait se précipiter à ses trousses.

Le garçon s’excusait à n’en plus finir de qu’il considérait comme de la lâcheté.

- Zack…

- J’aurais dû aller vous avertir, récupérer une arme, défendre mes compagnons !

- Il était trop tard.

- Le contremaître ? demanda soudain Zack. Damon ! Avez-vous trouvé Damon ?

Je secouai la tête.

- Pourtant, il a réussi à s’enfuir de la tente. Je le sais, je l’ai vu ! insista-t-il.

Nous refîmes donc tous trois le tour du camp.

En vain.

Nous trouvâmes pas le cadavre de Damon et personne ne répondit à nos appels.

Je ne sais lequel de nous trois eu enfin l’idée d’aller jeter un œil dans les fondations.

Sans doute pas Zack car, depuis le début de l’après-midi, tous les Gongagiens manifestaient une réticence maladive à s’approcher du temple.

Rufus Shinra leur avait bien sûr interdit de le faire, certes, mais au vu de leurs visages décomposés par la peur, cette interdiction était totalement superflue.

Angeal et moi descendîmes la pente abrupte menant au fond du trou et je l’entendis jurer dans la pénombre en se frappant trois fois le front.

Ce geste me surprit par je ne l’avais jamais vu manifester une ombre de superstition.

Cela dit, en de telles circonstances, j’arrivais presque à le comprendre.

Angeal avait déjà travaillé ici, avant, ainsi qu’à Canyon Cosmo, où les mythes étaient au moins aussi vivaces qu’à Gongaga. Qui savait ce qu’il avait pu voir au cours de ses missions ? Il faudrait que je le questionne là-dessus, un jour. Mais pas en pleine nuit, après trois cadavres mis en pièces et près d’un temple profané…

Angeal se glissa sous le ruban de plastique censé interdire l’entrée par la crevasse ouverte dans le mur du temple, la torche en avant.

Après un pesant silence, il laissa tomber :

- Je l’ai trouvé.

A son ton neutre et à son dos raidi, je devinai une autre mauvaise nouvelle.

Je le rejoignis et vis le corps du contremaître étendu sur l’autel de pierre et couvert de sang comme les autres.

Je notai que les blessures n’étaient pas dues à un fauve ou à quelconque animal : cet homme avait été égorgé par une lame, non par des crocs ou des griffes !

J’échangeai un regard avec Angeal, hésitant à formuler des conclusions qui pourraient s’apparenter à des accusations.

Avions-nous un meurtrier sur les bras en sus d’une bête fauve ?

Nous ne pouvions fournir aucune réponse à cette question pour l’instant.

… à suivre

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III - Nuit d’angoisse

« Où serait le mérite,

si les héros n’avaient jamais peur ? »

Alphonse Daudet

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Rufus annonça la suspension des travaux, la plupart des ouvriers rentrèrent chez eux à pied sans même réclamer leur rétribution et le chantier me parut horriblement désert. D’habitude ils restaient dormir sous leur tente et ne repartaient au village qu’une fois par semaine, le jour de la paye.

Ce soir-là, seuls le contremaître, le cuisinier et trois hommes étaient au camp en sus d’Angeal et de moi-même. Mon ami était parti ruminer dans sa tente sans même se donner la peine de manger la nourriture gongaïenne, délicieuse mais trop épicé qui m’avait donné des brûlures d’estomac et des coliques durant les trois premières semaines, ce qui avait beaucoup amusé Zack fair, le petit protégé d’Angeal.

Ce dernier semblait horriblement déçu par la décision de Rudus mais, surtout, très en colère. Je crois qu’il devait m’en vouloir de ne pas avoir suffisamment étudié le terrain avant de commencer les fondations.

Comment pouvais-je deviner qu’une bande de sagouins s’était amusée à creuser un temple dans la roche de la colline pour le condamner ensuite sans la moindre indication de son emplacement ?

Je ne suis pas une devineresse cétra !

Las, je m’assis en tailleur sur le sol, devant ma tente, et allumai une de ces infectes cigarettes à… A quoi, d’ailleurs ? Mieux valait ne pas le savoir mais c’était les seules que l’on pouvait trouver dans le village le plus proche, distant d’une bonne dizaine de kilomètres à vol d’oiseau.

Il n’y avait pas un souffle d’air et la seule chose que l’on entendait était le bourdonnement des moustiques et le murmure des prières du cuisinier et du contremaître.

Depuis que Rufus était parti, ils n’avaient cessé de prier et leurs mélopées me donnaient le bourdon.

Je regardai ma montre bracelet et dus essuyer le cadran couvert d’une poussière rougeâtre pour lire l’heure.

20h00.

Le soleil se couchait et le ciel était d’un rouge agressif, recouvrant le paysage d’un voile sanguinolent. On avait une belle vue depuis le haut de la grande colline.

D’après ce que m’avait expliqué Angeal, le nom de cette colline avait été emprunté à des entités célestes qui commandent aux vents : les mâruts. Il m’a montré une représentation de ceux-ci sur Internet. Il s’agissait de Dieux terrifiants, aux bras multiples et au visage agressif. Il avait ri de ma réaction en m’expliquant que les Mâruts n’était en rien des Dieux maléfiques, tout au contraire.

Au nord, la colline Mârut formait un à-pic de vingt mètres qui donnait sur la route ; l’emplacement que j’avais choisi pour construire la véranda du laboratoire attenant au réacteur.

A cet endroit du sommet, le terrain était droit et plat sur à peu près 1200 mètres carrés ; puis le sol s’abaissait en pente douce vers le sud. Vue du ciel, la colline devait avoir la forme d’une énorme virgule. A perte de vue c’était un terrain vallonné, aride, parsemé de petits bosquets d’épineux, à travers lequel serpentait le large ruban de terre battue qui menait à la rivière.

A une dizaine de kilomètres de la pointe de la virgule, cependant, une masse verdâtre inextricable attirait le regard. C’était la forêt sacrée de Gongaga.

Zack m’expliqua que des milliers de gens y venaient en pèlerinage car c’était dans cette région qu’un Dieu local supposé faire des miracles avait passé son enfance. J’avais insisté pour m’y rendre.

C’était l’une de ces forêts du cru où il valait mieux éviter de mettre les pieds si l’on ne voulait pas se retrouver face une bestiole aussi attachante qu’un serpent vert ou à un troupeau de singes amoureux qui vous collaient aux basques et vous mettaient leur derrière pelé sous le nez, sûrs de leur sex-appeal. Les serpents, c’est vrai, étaient monnaie courante et, une fois, une énorme vipère s’était introduit dans ma tente. J’avais poussé un tel hurlement que je ne sais pas lequel, du serpent ou de moi, avait été le plus effrayé par l’autre. Il avait filé sans demander son reste et j’avais passé une semaine à sursauter à chaque fois que je voyais un câble ou une corde traîner sur le sol.

Pour l’instant, ce n’était pas tant les serpents qui m’effrayaient que le silence entrecoupé par le bourdonnement des moustiques et des prières.

Je fixai le trou des fondations et un frisson glacé me remonta le long du dos. Je ne croyais pas une seconde, bien entendu, qu’une quelconque bêbête digne d’un roman d’horreur allait sortir de là, comme semblait le craindre son altesse Shinra de mes genoux, mais il fallait bien reconnaître que l’ambiance était tout ce qu’il a de lugubre sous ce ciel sanglant. La terre elle-même semblait gorgée d’hémoglobine.

Et si ce terrain appartenait à la famille de Rufus depuis des dizaines d’années, il était fort probable que ce fut bien le cas…

D’après ce que j’avais lu, l’étripage entre familles, clans, castes - ou comme on voulait bien les appeler-, semblait faire partie depuis belle lurette du sport régional, au même titre que les combats de cailles ou de coqs.

J’essayai de m’imaginer Rufus, installé sur son chocobo, en train de mener ses troupes au combat, aboyant des ordres et sautant sur le cul de sa volaille au rythme de sa marche lourdaude.

J’ajoutai au tableau un Palmer gras double courant à ses côtés, parasol ou éventail en étendard, tout en sautillant de temps en temps pour lui tendre un bol de cacahouètes et l’allégorie était presque assez cocasse pour être digne de son altesse ridiculissime.

Bon sang ! Quel gâchis d’avoir mis un tel abruti dans un corps pareil.

Je sortis de ma rêverie pour m’apercevoir que le soleil s’était couché.

Plus aucune lumière ne brillait dans le camp et ma cigarette s’était consumé et éteinte. J’en allumai une seconde et fixai la pleine lune.

Elle me parut énorme.

Après la vision d’un paysage baigné de sang, tout me paraissait à présent couleur de cendre grise.

“Eh allez ! D’abord tu vois le sang, les batailles et la mort et, maintenant, de la cendre. Remarque, t’as de la logique dans tes délires mon pauvre Sephiroth : après la boucherie, le bûcher. Normal. Faut bien se débarrasser des restes”.

Un Rufus échevelé, en larmes et hurlant de désespoir, se dessina devant moi. Je secouai la tête pour chasser cette image et regardai ma cigarette, suspicieux.

“Mais qu’est-ce qu’ils mettent dans leurs putain de clops ?”

Je l’écrasai sous ma semelle et me relevai avec un soupir pour entrer dans ma tente.

J’allumai la lampe posée sur une caisse de matériel en fer blanc, juste à côté de mon lit de camp, et elle vacilla durant un instant. Il était grand temps que je change la batterie.

“Demain”, me promis-je avant de me déshabiller et de jeter mes vêtements à la ronde.

“Quel désordre”, pensais-je en m’allongeant sous la moustiquaire.

Des plans étaient épars sur la planche de contre-plaqué montée sur tréteaux qui me servait de table. Une chaise, une malle, quelques caisses de matériel, une bassine et un nécessaire de toilette complétaient le reste du mobilier, le tout dans une disposition plus qu’approximative et branlante. Quelle misère…

Je me grattai le menton. Après deux jours sans rasage, ma barbe naissante me démangerait.

“Demain”, me dis-je encore en tendant la main pour éteindre la lampe.

Elle était trop loin.

“De toute façon, il n’y a plus de jus…”

Fainéant pour fainéant…

Je fermai les yeux, bras derrière la nuque et essayai de dormir.

En fait, j’étais épuisé. Le drap de coton était agréablement frais mais quelque chose me chatouillait les pieds. Les miettes des biscuits de la veille sans doute. Ou de l’avant veille.

Je secouai les jambes.

Les miettes irritantes tombèrent au fond du lit.

Les voilà qui m’égratignaient le mollet à présent. Elles avaient décidé me m’empoisonner la vie ou quoi ?

Je secouai rageusement les pieds pour les faire tomber.

Elles revinrent à l’assaut de mes cuisses, grimpèrent sur mon ventre, remontèrent vers la poitrine et j’ouvris brutalement les yeux.

Les miettes, ça ne cavale pas… mais les araignées, oui !

Avec un cri de dément, je bondis hors de mon lit, emportant la moustiquaire, dans laquelle je m’empêtrai, et sautai sur place en agitant la tête tout en me donnant des claques sur le corps.

En y repensant, je devais avoir l’air d’un bel épouvantail à moineaux ou d’un fantôme pris d’hystérie.

La mygale détala sous la malle et j’essayai de reprendre mon souffre en luttant pour me débarrasser de la monstrueuse toile d’araignée en mousseline couverte de dépouilles de moustiques. J’entendais encore l’écho de mon cri se répercuter dans la tente.

Tiens… Depuis quand ça avait de l’écho une tente ?

Je me figeai et tendis l’oreille.

Ce n’était pas un cri mais plusieurs hurlements qui se mêlaient jusqu’à ne plus former qu’une lamentation aiguë et hideuse qui me donna la chair de poule et me noua les entrailles.

De ma vie, je n’avais jamais rien entendu de semblable.

Sauf peut-être une fois, lorsque j’étais enfant.

Genesis m’avait invité chez lui, à la campagne, et nous étions tombés le jour le l’abattage des porcs. Les pauvres bêtes poussaient ce genre de cris quand le boucher du village les traînait à travers la cour de la ferme. Ils sentaient qu’ils allaient mourir et qu’ils ne pouvaient rien faire pour se soustraire à ce qui les attendait. Leurs cris devenaient tellement aigus et hystériques qu’ils ressemblaient à ceux d’un enfant. Ils persistaient un long moment lorsque le boucher leur maintenait la tête au-dessus d’une bassine en plastique, où le sang était récupéré pour confectionner les boudins, et leur tranchait la gorge comme on découpe un steak, à grands va et vient de lame, la peau étant trop dure pour la couper proprement.

Oui, ce que je venais d’entendre ressemblait exactement à cela.

Le hululement se mua en un gémissement atroce et se tut.

Je posai la main sur le rabat de la tente et hésitai.

Les croyances des ouvriers me semblaient d’un coup beaucoup moins ridicules…

Et si l’étrange créature qu’avait vomie les fondations où nous avions creusé m’attendait, là-dehors, dans le silence ?

La lampe vacilla, faisait scintiller la lame de Masamune, posée sur la table, et s’éteignit, ajoutant encore à mon angoisse.

Je ne pouvais pas rester indéfiniment planté dans le noir, accroché à un bout de toile.

Je secouai la tête et, d’un geste rageur davantage destiné à me persuader de mon courage qu’à l’exprimer, ouvris le rabat et sortis.

La silhouette massive qui me faisait face me fit tressaillir et un éclair de lumière vive m’aveugla.

- Tu as entendu ?

Je soupirai de soulagement en reconnaissant la voix d’Angeal.

- Oui, dis-je, la gorge sèche.

Il se dirigea vers la tente qui servait d’abri aux ouvriers et à nos hommes.

Je lui emboîtai le pas, mon rythme cardiaque dansant la gigue.

En dépit de la chaleur, j’étais glacé jusqu’aux os.

Je remarquai alors qu’il tenait un fusil à la main et lui étais reconnaissant d’avoir pris une telle initiative.

A quelques mètres, dans la tente du contremaître, tout semblait silencieux et calme.

Trop calme.

Comme si une chose tapie dans l’ombre attendait que nous soyons suffisamment près pour nous sauter dessus.

C’était là.

Je le sentais comme quand un chatouillement sur la nuque vous avertit que quelqu’un vous regarde.

Je voulus prévenir Angeal mais, au moment ou j’ouvris la bouche, cela me parut si ridicule, si fantaisiste, que je la refermai aussitôt.

C’est étrange comme le surnaturel prend immédiatement le dessus dès que l’on ne peut pas donner d’explication à son angoisse.

Sans doute quelque pan de mur s’était-il effondré dans le trou. Les ouvriers avaient pris peur et avaient dû fuir à toutes jambes, voilà pourquoi tout était silencieux.

Angeal avançait lentement, méfiant. Il scrutait l’obscurité en balayant le camp du faisceau de sa torche.

N’eut été la situation difficile, j’aurais presque ri de l’image qu’il offrait : muscles tendus à craquer, le fusil dans une main et une torche dans l’autre, avec, pour tout vêtement, un short ridicule offert par Zack et imprimé de petits lapins “touche pas à ma carotte”.

Curieusement, un air frais s’était levé et la poussière était froide sous mes pieds.

J’avais la chair de poule.

La lune, qui m’avait paru si lumineuse quelques instants auparavant, disparaissait par intermittence sous le voile des nuages.

Angeal s’arrêta devant la grande tente silencieuse, bien campé sur ses jambes, et je le serrais de tellement près que je faillis le heurter.

- Tout va bien là-dedans ? demanda-t-il d’un voix enrouée.

Pas de réponse.

Il me lança un regard anxieux et haussa le ton pour demander :

- Vous êtes là ? Zack ? Est-ce que tout va bien ?

Toujours rien.

Je le vis déglutir avec difficulté et armer le fusil.

La culasse émit un bruit sec et métallique…

…à suivre

II - Patron à céder. Beau. Imbuvable. Très peu servi.

« Un patron, c’est ce genre d’individu qui vous pose une question,

répond à votre place et vous accuse ensuite de parler à tort et à travers. »

Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Illustration tirée du doujinshi “BUBBLES” du Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Bien qu’irrémédiablement agnostique et sceptique, je laissai momentanément de côté mes convictions pour adresser une rapide prière à mon ange gardien, ou n’importe quoi d’autre qui pouvait m’en tenir lieu.

J’étais tout prêt à aller faire une offrande à n’importe quel Dieu qui mettrait sur ma route un spécimen pareil !

A vue de nez, un mètre quatre-vingt de classe et de grâce moulé dans un costume blanc fait sur mesure. Pour un peu je regrettais de ne pas être couturier pour prendre les mesures en question.

Le nouveau venu, à qui je donnais dans les vingt-deux, vingt-cinq ans maxi, ôta ses lunettes de soleil, révélant des yeux en amande aux prunelles bleu-gris comme un ciel d’hiver, hypnotiques. Avec ça, un visage digne d’une statue, bien dessiné sans être trop fin, et les cheveux blonds. Détail curieux, il tenait un mouchoir devant sa bouche pour ne pas respirer la poussière du chantier. Drôle de dandy…

A voir les manières de l’obséquieux en chef, cet Apollon au teint de porcelaine n’était autre que le Rufus Shinra en personne.

Ma journée s’éclaircissait-elle par miracle ?

Cela ne pouvait pas durer…

Et en effet, la faute de goût impardonnable était la poule qui faisait signe à Palmer ” gras-double ” pour lui ouvrir la portière de la voiture de luxe. A peine extirpée de l’habitacle, elle alla se pendre au bras de Rufus, autant pour lui coller ses seins sous le nez que pour ne pas trébucher avec ses talons aiguille sur les pierres du chantier.

Je me demandai où il l’avait trouvée - et surtout combien il l’avait payée - tout en estimant que quel que soit le prix, c’était trop cher.

Attention, que les choses soient claires : je ne déteste pas les femmes par principe. Tout au long de ma courte vie, j’avais déjà croisé de superbes créatures comme on peut en admirer sur les couverture des magazines et même couché avec beaucoup d’entre elles. Difficile, même pour moi (car, à en croire Angeal et Genesis, je suis ce qui se rapproche le plus d’un morceau de glace en matière d’affectivité et de romantisme), de ne pas apprécier leur beauté.

Mais Rufus, lui, descendant de plusieurs générations d’élégance raffinée, se promenait aux bras d’une abomination aux cheveux décolorés coiffés en palmier, moulée dans une mini-robe en skaï noir au ras des fesses et affublée d’un collier de chien clouté !

Il dégringola d’une belle volée de marches dans mon échelle d’intérêt et je commençai à comprendre l’origine des directives aberrantes de Palmer pour la sécurité et la discrétion des lieux. Moi qui espérais à moitié que ” gras-double ” était en partie responsable de l’excès de ” sécurite aiguë ” et que je pourrais discuter avec son patron, j’en étais pour mes frais… Pourvu qu’il ne me demande pas d’aménager un donjon sado-maso dans la cave avec des caméras cachées tournant en permanence !

Laissant de côté mes goûts personnels pour redevenir un soldat 1ère classe responsable de la sécurité, professionnel et neutre, je me portai à la rencontre de Rufus Shinra et de sa suite.

Il jeta un regard méprisant à ma main tendue, déjà noire de poussière collée par la sueur, et dédaigna de la serrer. Je ne pouvais guère lui en tenir rigueur…

Son sous-fifre intervint avec une courbette et récita comme s’il avait passé la nuit à répéter devant son miroir :

- J’ai le grand honneur de vous présenter le président directeur général adjoint, membre éminent du conseil d’administration de la ville de Midgar, chargé de mission pour le cabinet de gestion de l’énergie et en charge du dossier de restructuration du budget, monsieur Rufus Shinra.

A le voir reprendre son souffle, on comprenait aisément qu’il ait dû s’entraîner. Chaque titre et syllabe semblait élever d’un degré supplémentaire le piédestal où était juché son patron, qui me toisait du haut de son curriculum vitae.

Mais à ce jeu-là, nous pouvions être deux.

- Enchanté. Sephiroth Hojo, fis-je avec une ombre de sourire.

Je marquai une pause, puis ajoutai en élargissant mon rictus :

- Mais vous pouvez m’appelez ” Général “, en toute simplicité.

Pour une fois, j’eus une pensée reconnaissante au père du dandy pour ce grade, gagné de haute lutte durant la guerre de Wutai.

En réalité, tous les gens que je connaissais m’appelaient simplement par mon prénom - voir Seph ou Sephy pour certains - mais je n’avais pas l’intention de faire une fleur à ce fils à papa pète-sec.

La moue pincée de son altesse sérénissime, qui en oublia de se couvrir la bouche de son mouchoir, me dit que j’avais atteint mon but.

Je contins un sourire et me promis de faire un effort pour ne pas me montrer trop désagréable. D’ailleurs, me souvenir que je devais rendre des comptes à ce type dissipa aussitôt toute envie de rire comme une douche glacée. Aussi glacée que la voix de Rufus quand il me demanda où en étaient les travaux.

Son langage châtié était aussi impeccable que son costume mais je n’allais pas m’en laisser conter par un nobliau.

- Eh bien, comme vous le voyez, le vieux temple a été rasé. Nous creusons actuellement les fondations dans les ruines pour installer le réseau de thermo-détection. Voulez-vous voir cela de plus près ?

Sa poule lui lança un regard peu enthousiaste et lui-même fronça le nez en regardant les ouvriers charrier les pierres concassées hors des tranchées béantes.

Inutile de me faire un dessin… Il n’avait pas envie de salir ses chaussures à vingt mille gils pour aller voir suer les hommes qui rénovaient son fichu réacteur.

Je craignis de ne pas pouvoir rester civil bien longtemps avec ces trois snobs quand des cris et un grondement sourd retentirent.

Un nuage de poussière s’éleva soudain des fondations, et Angeal courut vers la source du vacarme. Je m’élançai moi aussi, laissant son altesse planté près de sa voiture de luxe.

Les ouvriers s’étaient regroupés autour d’un des leurs, qui avait lâché son marteau piqueur et se tenait la tête entre les mains. Devant lui, le sol s’était effondré et béait sur ce qui semblait être une cave plongée dans l’obscurité.

Je repoussai ses collègues pour l’atteindre, devancé par Zack et Angeal.

L’ouvrier s’était figé, comme s’il s’attendait à être foudroyé sur place. Je le secouai doucement.

- Eh ! Ca va aller ?

- Il est juste choqué, intervint Zack.

L’homme secoua la tête et vomit un flot de plaintes incompréhensibles.

- Du calme, fis-je en le prenant par les épaules. Ce n’est rien, personne n’est blessé. Qu’est-ce qu’il dit ? demandai-je à Zack.

- Il n’arrête pas de répéter qu’il a commis ” un péché “.

- Un péché ? Il y a eu un accident, ça arrive. Dis-lui bien qu’il ne sera pas renvoyé pour ça.

Zack traduisit et l’homme se calma un peu.

- C’est quoi le trou, en dessous ? demanda Angeal.

- Il faudrait commencer par faire le plan de ces caves du vieux temple - ou quoi que ce ça puisse être - et voir comment en tirer parti ou les éviter. On ne peut pas faire passer des tonnes de câblage destiné à transmettre des données sécurisées comme ça, à l’aveuglette, au-dessus d’un espace vide dont on ignore s’il est accessible ou non de l’extérieur.

L’ouvrier désigna du doigt des pierres sculptées mises en pièces, à ses pieds. Il blêmit, pour autant que je puisse en juger sous la terre qui le couvrait, et leva vers moi des yeux pleins de terreur en débitant je ne sais quelles explications d’une voix tremblante et surexcitée.

- Qu’est-ce qu’il dit ?

- Le temple, traduisit Zack. Il dit qu’un démon était enfermé sous le temple.

Allons bon… Il ne manquait plus que ça à ma journée ! J’allais finir par croire à leurs sornettes et penser que j’avais écopé d’un mauvais karma en débarquant ici.

- Que se passe-t-il ? demanda une voix sèche au-dessus de moi. De quel temple parlez-vous ?

Rufus m’avait suivi, au péril de ses mocassins en… en je ne sais quoi d’ailleurs - pas du cuir en tous les cas -, et semblait hypnotisé par l’ouverture béante dans les fondations des futures enceintes de son réacteur mako.

La pointe d’appréhension que je devinai dans son expression m’intrigua.

Le chef des ouvriers se répandit en courbettes se lança dans explications où il était question d’une légende concernant un démon, enfermé dans un temple.

A ma grande surprise, monsieur le prince, champion de la modernité, la connaissait déjà et semblait y attacher beaucoup plus d’importance que moi.

Arrachant son bras à l’emprise de sa petite amie - ou devrais-je dire son “esclave” ? - d’un mouvement brusque, il bondit dans le trou et, pendant une fraction de seconde, la grâce féline de son saut me détourna de mon antipathie à son égard. Un gâchis pareil, c’était bien la preuve qu’il n’y avait pas de dieux ou de démons en ce bas monde !

Rufus se pencha sur les pierres sculptées, les replaçant dans leur position initiale, et entreprit d’enlever la terre recouvrant le mur de part et d’autre du trou. Il semblait vouloir déchiffrer les fresques.

Je pris mon mal en patience et attendis sous le soleil de plomb qu’il daigne nous faire part de ses conclusions. J’aurais bien sauté dans le trou pour y patienter à l’ombre de la cave mais j’avais l’impression que cela ne serait pas très bien accueilli…

Enfin Rufus se redressa et m’adressa un regard en biais.

- Ce temple a été bâti par les cetras. Il est écrit ici qu’un certain Idfern ou Ilfern y a fait emprisonner une créature malfaisante…

- Ah. Et… c’est grave ? demandai-je, sarcastique.

Il me jeta un regard meurtrier.

J’espérai de tout mon cœur qu’il n’allait pas renoncer au projet pour ces balivernes - la permission de deux mois entiers que je pensais m’accorder à la Costa del Sol dans un hôtel de luxe entouré de petits minets alléchants en dépendait !

Je ne tenais cartes pas à démolir un patrimoine archéologique mais, au point où on en était, il ne devait plus rester grand-chose à sauver. L’antique temple avait été rasée et le mur de la cave éventré.

Rufus pointa du doigt un motif entrelacé qui semblait courir le long du mur.

- Ceci était le sceau qui condamnait le temple. Il a été détruit par cet ouvrier.

Le malheureux terrassier priait toujours et ses camarades, pleins de pitié, le regardaient comme s’ils s’attendaient à ce que ce démon sorte du sol pour le croquer.

- Cet homme creusait là où on lui avait dit de creuser. Nous n’avions aucun moyen de savoir que c’était un… ” lieu sacré ” ou comme vous voudrez bien l’appeler.

- Cela n’en est plus un maintenant, répliqua le petit prince blondinet avec animosité.

Visiblement, il m’en tenait pour responsable.

Heureusement, Angeal intervint pour m’empêcher de répondre vertement.

- Pouvons-nous faire quelque chose à ce sujet, monsieur Shinra ?

Angeal avait toujours été plus diplomate que moi.

Rufus réfléchit un instant puis demanda des torches.

Palmer s’empressa d’aller chercher un projecteur forte puissance dans le coffre de la voitre et je me demandai vaguement pourquoi il avait un truc pareil sous la main. Avant de me souvenir de la fiabilité toute relative des routes et de l’alimentation électrique locale…

Rufus désigna Palmer d’office pour descendre le premier avec la torche. Il le suivit, m’interdit d’un geste sec d’en faire autant, et Angeal posa une main sur mon bras pour m’empêcher de lui sauter à la gorge.

J’attendis en battant de la semelle dans l’air suffocant que ” sa majesté ” se soit avancée dans l’obscurité pour me glisser dans le trou avant qu’il ne puisse protester.

Il me fusilla du regard mais je n’en avais cure.

La vue du temple me rassura un peu. Nous n’avions pas fait trop de dégâts. Les bas-reliefs étaient intacts pour la plupart. Et, par chance, ceux que le mur éventré portait à l’intérieur semblaient incomplets, comme si le temple avait été achevé à la hâte.

En réalité, ce n’était qu’un des milliers de petits temples cetras mineurs qui parsemaient le continent comme des grains de sable sur un sandwich de plage. J’aurais été désolé d’avoir contribué à la destruction d’un site archéologique ou d’un trésor d’art antique.

- Apparemment, plus de peur que de mal, soupirai-je.

Rufus me fustigea d’une œillade peu amicale et Palmer rentra la tête dans les épaules.

xox

Gongaga, 12 mai, 19h17.

Journal de Rufus Shinra

Cette journée a tourné au cauchemar. Palmer m’avait bien mis en garde contre l’impudence de Sephiroth, et il n’avait pas tort. Je me demande comment ce rustre a pu s’élever au grade de Général. Non seulement il a été très malpoli avec moi mais il méprise la culture et le passé de notre planète. Le contremaître m’a même rapporté la prédiction d’un saint homme que ce Sephiroth a presque chassé du chantier le matin même. Le châtiment n’a pas tardé : les ouvriers ont mis à jour le temple dont parlait la légende du prince cetra Hendraa ; les scellés des murs ont été brisés par les marteaux piqueurs. Je n’ose imaginer quels autres désastres il va causer. Déjà, un pressentiment étrange et désagréable de mort imminente m’envahit et je sens déjà les flots de la rivière de la vie lécher mes jambes.

S’obstiner à remettre en état ce réacteur est folie mais folie plus grande encore serait de ne pas essayer de réparer les dégâts causés par cet imbécile de soldat !

Jamais homme ne n’avait inspiré une telle antipathie. Il semble traîner derrière lui une aura infestée et malpropre bien digne de son père, ce fou d’Hojo.

Bien sûr, aux yeux de n’importe qui d’autre, il apparaîtrait comme un bel homme. J’ai bien remarqué que le regard de Babeth s’attardait sur lui plus que la décence et sa condition de soumise ne le lui permettaient.

Je pense d’ailleurs prendre les mesures nécessaires pour renvoyer dès demain cette putain incapable de comprendre que son maître est le seul qu’elle doive regarder de la sorte. Palmer n’aura nul mal à me trouver une remplaçante. Je pense jeter mon dévolu sur cette comédienne que l’on voit partout sur les jaquettes de films SM depuis quelques mois. Comment s’appelle-t-elle déjà ? Peu importe d’ailleurs. Je ne lui demande pas d’avoir un nom mais qu’elle joue son rôle d’esclave, m’obéisse et sache me faire jouir quand je le lui ordonne.

J’ai expliqué à ma vielle nourrice ce qui s’était passé au réacteur en espérant qu’elle sache peut-être quoi faire. Elle s’est contentée de pousser un cri strident en se couvrant le visage des mains. J’ai eu beau tenter de la calmer, rien n’y a fait.

J’avoue que, ma colère passée, sa réaction m’a effrayé et je sens des serpents me ronger les entrailles.

J’essayerai encore demain d’obtenir les renseignements qu’elle pourrait me fournir et, si ce n’est pas le cas, je serai contraint de chercher dans la bibliothèque de Nibelheim. Dieux que je déteste cette pièce et ce manoir ! Ils semblent pleins de murmures.

J’ai ordonné que l’on suspende les travaux jusqu’à nouvel ordre. A l’annonce de cette décision, le petit rire sarcastique de Sephiroth m’a donné enviede le jeter de la colline en contrebas pour l’entendre se briser les os. Comment son esprit obtus de militaire mal dégrossi pourrait-il saisir toute la gravité de sa faute ?

C’est étrange… Jamais je n’ai senti gronder une telle haine en moi pour un homme.

Jamais…

…à suivre

VIII - Vivants ! J + 4 Nuit

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno se réveilla en sursaut et Yazoo gémit sur son épaule.

Cloud venait d’allumer la petite lampe au dessus du miroir de l’évier qui, pour douce, ne lui en brûla pas moins cruellement les yeux.

- Reno, ça va ? Tu as piqué du nez, on dirait.

Le turk hocha la tête.

- Merde… Je ne m’en suis même pas rendu compte.

Il regarda sa montre.

Il avait fermé les yeux seulement quelques minutes.

- Tu veux que je t’aide ? demanda l’ancien soldat en désignant Yazoo, qui se blottissait contre le jeune homme.

- Non, ça ira. File-moi juste un coup de main pour le sortir.

Cloud posa les deux draps de bain qu’il avait apportés sur un tabouret et se pencha sur la baignoire pour soulever l’argenté. Ce dernier gémit quelques protestations incohérentes mais ne lutta pas ; il était de pâte, entre ses bras.

Reno s’extirpa à son tour, tira sur son boxer détrempé qui lui collait désagréablement à la peau et se sécha à la va-vite avant de s’asseoir sur le rebord de la baignoire et de se saisir du second drap de bain.

- C’est bon, passe-moi la belle au bois dormant, plaisanta-t-il en faisant signe à l’ex-soldat.

Ce dernier posa Yazoo sur ses genoux et le turk le serra contre lui de la main gauche tout en commençant à le sécher de la main droite.

- Ca va aller ?

- Ouais, t’en fais pas. Je m’occupe de lui. Va plutôt aider Tifa à coucher les gosses.

Cloud acquiesça.

- Oui, ils sont surexcités, avec nos nouveaux invités. Tu prends Yazoo avec toi pour la nuit ou tu préfères que je le prenne avec moi ?

- On ne le remet pas avec son frère ?

- Non, Loz a trop de fièvre et il n’arrête pas de s’agiter. Tifa a dû s’allonger avec lui. Je la remplacerai peut-être lorsque j’aurais dormi un peu s’il ne se calme pas.

- Oh… O.K. pas de problème.

- Tu es sûr que ça ira ?

- Ouaiiiis ! Il est tout patraque, regarde, argumenta le turk en bougeant légèrement l’épaule pour faire doucement ballotter la tête de Yazoo. Ne te fais pas de mouron et file coucher les têtards, sinon, demain, ils vont être nazes et on va les avoir dans les pattes sans arrêt.

Cloud laissa échapper un petit rire.

- Tu n’as pas tort. Tu sais où dormir ? Tifa t’a montré ta chambre ?

- Oui, c’est bon.

- Si tu as besoin de moi, la mienne est juste là.

Il quitta la salle de bains, non sans avoir posé la main sur le front de l’argenté, pour vérifier sa température.

- Bonne nuit, Reno.

- Bonne nuit, mon pote.

Le turk resta donc seul avec son protégé et, bien qu’il soit incapable d’expliquer pourquoi, il trouvait l’idée de passer la nuit en sa compagnie à la fois terriblement plaisante et profondément angoissante.

Yazoo fut agité d’un long frisson.

Reno baissa les yeux sur le petit visage en cœur appuyé au creux de son cou et vit que les beaux yeux mako étaient à moitié ouverts.

- Eh… Salut, murmura-t-il en continuant à sécher délicatement la peau translucide. Bien dormi ? Ca va un peu mieux ?

L’argenté cligna des paupières à plusieurs reprises puis, paraissant réaliser dans quelle situation il se trouvait - à savoir mouillé et entièrement nu assis sur la cuisse du turk, qui le serrait contre lui tout en le séchant - il voulut bondir sur le sol mais, à peine avait-il redressé un peu la tête que celle-ci se mit à tourner. Sa vue se couvrit d’un voile, il chancela et, n’eut été Reno, qui le retint fermement, il aurait basculé en arrière dans la baignoire.

- Oh, là ! Doucement ! Reste tranquille, je ne vais pas te faire de mal.

- Je… Loz…

- Il va bien, il est à côté, avec Tifa. Et toi ? Comment tu te sens ?

Yazoo lutta pour garder les yeux ouverts.

Il se sentait incroyablement faible et avait les idées totalement brouillées.

- Je suis… fatigué…

- Tu vas pouvoir dormir dans quelques minutes, juste le temps de te sécher.

L’argenté rougit furieusement et cacha pudiquement son bas-ventre de ses mains.

Reno eut un petit rire amusé.

- Je suis un mec aussi, tu sais ? plaisanta-t-il. T’as pas à te cacher ou à te sentir gêné.

Il n’en couvrit pas moins Yazoo du drap de bain pour ne pas l’embarrasser davantage.

- Où sommes-nous ? murmura l’argenté.

- Nous sommes chez Tifa et Cloud.

- Grand frère ?

- Ouais. Enfin, si on veut. Ca va, ta jambe ?

Yazoo le dévisagea, méfiant.

- Pourquoi prends-tu soin de moi ?

- Donne-moi une bonne raison de ne pas le faire, le taquina le turk.

- J’ai essayé de te tuer.

Reno sourit.

- Bien sûr que non. Tu aurais pu me tirer une balle dans la tête en plusieurs occasions et tu ne l’as pas fait. Viserais-tu donc si mal que ça ?

La rougeur de l’argenté s’intensifia et il s’emmitoufla dans sa serviette de bain en frissonnant.

*

- Ils vont rester vivre avec nous pour toujours ? demanda Denzel à Cloud, qui le borda après avoir refermé le gros livre de contes et légendes que Reeve avait offert aux enfants lors de sa dernière visite.

- Je ne sais pas. Il faut d’abord qu’ils se remettent et, ensuite, ils décideront de ce qu’ils souhaitent faire.

Marlène grimaça.

- Oui mais… s’ils partent ?

- Oui, et bien ?

- Ils n’ont pas de famille et aucun ami. Qu’est-ce qu’ils vont devenir ?

- Ils ont des amis Marlène : nous.

La petite sourit.

- C’est vrai.

- Allez, il faut dormir, maintenant.

- Et Kadaj ? insista Denzel. Il est mort ?

Cloud frissonna.

- Il a rejoint Aerith et Zack, dans la rivière de la vie. Il est en paix, maintenant.

- Il est avec papa et maman, tu crois ?

L’ex-soldat lui ébouriffa les cheveux.

- Qui sait ? Peut-être qu’en ce moment même, ils sont tous en train de faire un poker menteur et qu’ils s’amusent comme des fous ! Ou qu’ils nous regardent en disant ” Ah ! Tiens… Les enfants sont encore en train de faire des manières pour ne pas dormir. Pauvre Cloud ! “

Le garçonnet et la fillette éclatèrent de rire.

- Bonne nuit, Cloud ! lancèrent-ils en cœur en se pelotonnant confortablement sous leurs couvertures.

- Faites de beaux rêves.

Le jeune homme éteignit la lumière et partit enfin se coucher lui aussi.

*

Tifa retira ses chaussures et s’assit sur les couvertures, dans lesquelles Loz frissonnait comme jamais.

Elle venait de changer les draps mais, au vu des suées fiévreuses qui assaillaient régulièrement l’argenté, il y avait fort à parier qu’ils seraient de nouveau trempés dans une heure ou deux.

La jeune femme remplit le verre qui se trouvait sur la table de nuit avec l’une des bouteilles d’eau minérale qu’elle venait de remonter du bar et passa la main sous la nuque brûlante de Loz pour l’aider à relever un peu la tête.

Il fit la moue à la seule pensée de la désagréable sensation du liquide froid coulant dans sa gorge et son estomac.

- Allez, fais un effort. Tu dois boire ou tu vas te déshydrater pour de bon.

Elle l’aida à avaler la moitié du verre.

Un long frisson lui traversa le corps et fit trembler ses lèvres.

Lorsqu’elle lui présenta de nouveau le verre, il détourna le visage avec une grimace de petit garçon renfrogné.

- D’accord… murmura-t-elle avec un sourire résigné. On va dire qu’un demi-verre, c’est mieux que rien.

Les yeux vert mako se clouèrent aux siens, passionnés, et elle détourna le regard, gênée.

Pour se donner une contenance, elle entreprit de plier les draps sales et de les empiler sur le sol, près de la table de chevet.

C’était ridicule, bien entendu, mais, si on lui avait alors demandé pourquoi elle faisait ça, elle aurait sûrement répondu que c’était pour que ça prenne moins de place dans la machine à laver. Ou une sornette du genre…

De toute façon, ce serait toujours mieux que “ le simple contact de ce type m’a excitée comme une folle et, maintenant, j’ai honte de le regarder en face” !

En repensant à la façon dont son corps s’était enflammé lorsqu’elle l’avait serré contre elle, elle sentit le sang lui monter au front.

L’embrasser… Qu’est-ce qui lui avait pris d’avoir envie de faire ça ? Elle avait failli l’embrasser… Oh ! Dieux ! Elle avait failli l’embrasser !

Je n’ai pas arrêté de penser à toi depuis ce jour-là, dans l’église… “ lui avait-il avoué dans un souffle brûlant, tout contre sa joue. ” Pas une minute… “

Pourquoi cet aveu la mettait-elle dans un tel émoi ? Cela aurait dû l’effrayer au contraire. Voire la rebuter. Après tout, cet homme avait essayé de… de… De quoi, d’ailleurs ?

Lui faire mal ?

C’est elle, qui l’avait couvert de bleus.

La passer à tabac ?

Elle avait visionné leur combat dans sa tête à de multiples reprises et, les seules fois où il l’avait touchée, c’était par une décharge électrique. Pas un seul de ses coups de poing n’avait porté et Tifa aurait mis sa main à couper qu’il s’était toujours débrouillé pour qu’elle puisse les éviter ou les bloquer. Idem pour les coups de pied.

La tuer ?

Il lui aurait suffi pour cela de sortir son gunblade et de tirer. Mais il ne l’avait pas fait… Il n’avait même pas fait mine de porter la main à la crosse pour l’impressionner ou l’effrayer.

Joue avec moi ! “ avait-il lancé avec son sourire carnassier.

Et, plus elle y pensait, plus elle se disait qu’il avait en effet joué avec elle. Comme un chat avec un souris. La taquinant et lui faisant croire qu’elle pouvait fuir et prendre le dessus tout en sachant très bien qu’il lui suffisait d’un coup de patte pour l’assommer… ou la tuer.

- Pardon pour ça…

Elle sursauta.

- Hein ? Quoi donc ?

Loz désigna les draps qu’elle venait de plier.

- Ca. Je te donne du travail.

Elle secoua la tête et sourit.

- Non ! Ce n’est rien. C’est la machine qui lave, pas moi !

Une nouvelle suée lui enflamma le corps et il laissa échapper une petite plainte.

Tifa trempa un linge propre dans un bol d’eau fraîche et lui épongea le visage.

- Ca va ? s’enquit-elle.

Il soupira et planta à nouveau son regard félin dans le sien.

- Qu’allez-vous faire de nous ? demanda-t-il en frissonnant.

- Rien du tout, quelle question ! Tu devais dormir un peu, il est tard.

- Je voudrais bien… soupira-t-il.

Elle effleura le bandage de sa poitrine du bout des doigts.

- Tu as mal ? (Il acquiesça) Les antalgiques ne font plus du tout effet ?

- Si c’était le cas, je pense que je serais en train de hurler…

Tifa regarda la petite pendule, près de la porte et se mordit la lèvre.

- Tu pourras en reprendre un dans une bonne heure, pas avant. Un toutes les quatre heures au maximum. C’est ce qu’a dit le médecin. Tu pense que ça ira ?

- Je n’ai pas vraiment le choix, essaya-t-il de plaisanter.

- Essaye quand même de fermer les yeux et de te reposer.

Elle se leva pour éteindre le plafonnier, alluma la petite veilleuse bleutée sur la table de nuit et s’allongea à ses côtés sur les couvertures.

Loz avait le visage tourné vers elle, alors elle fixa obstinément le plafond, les bras croisés sur son ventre, en essayant de ne pas penser à quel point les petits frissons que provoquaient le souffle chaud du jeune homme sur son oreille étaient plaisants.

- Où est Yazoo ?

- Avec Reno. Il va bien veiller sur lui, ne t’en fais pas. C’est quelqu’un de très gentil.

- Pourquoi… vous faites tout ça ?

Tifa tourna la tête vers lui sur le traversin et frémit en réalisant que leurs bouches étaient toutes proches. La chaleur de sa chair fiévreuse irradiait et elle la sentait sur la peau de son visage.

- On dirait que la fièvre est remontée, nota-t-elle en posant la main sur son front moite.

Il sourit.

- Tu ne veux pas répondre ?

Elle tiqua.

- Hein ? Oh, si, bien sûr. Enfin, non. Je veux dire… (Elle soupira) C’est normal, que nous vous aidions. N’importe qui ferait de même.

Loz fronça les sourcils.

- Pourquoi ?

Tifa pouffa.

- Et moi qui croyait que Denzel était le roi des ” pourquoi ? ” !

L’argenté rougit.

- Pardon.

Elle lui toucha la joue.

- Ce n’était pas un reproche.

*

- Voilà, tu sais à peu près tout, fit Reno en réprimant un bâillement. La suite, tu la connais. Nous cherchions les restes de Sephiroth dans le cratère lorsque nous sommes tombés sur vous trois et cette foutue tête de Jenova.

L’argenté fronça le nez.

- Ne parle pas d’elle comme ça.

Le turk eut un geste agacé.

- T’as rien écouté de ce que je viens de te dire, ou quoi ?

- Si mais…

- Mais quoi ?

- Je ne m’y fais pas.

- Ouais, bah tu t’y feras, comme nous tous ! Je te jure que si on avait la possibilité de remonter le temps, je noierai ce salopard d’Hojo de mes propres mains ! Putain mais ça va jamais sécher, ce truc, ou quoi ? ronchonna-t-il en tirant sur son boxer humide.

Il fouilla dans le sac qu’il avait apporté, à la recherche de sous-vêtements secs.

Yazoo, qu’il venait d’allonger sur le lit, ne put s’empêcher de le détailler avec curiosité car les seuls corps qu’il connaissait, c’était ceux de ses frères, lisses, parfaits et d’une pâleur bleutée presque irréelle.

La peau du turk, elle, était laiteuse et couverte de taches de rousseur très pâles, surtout sur les épaules et les fesses, qui étaient petites et toutes rondes, un peu comme les siennes mais plus rebondies.

Il avait un corps élancé et athlétique, aux muscles fermes et bien dessinés.

Il retira son boxer mouillé pour en enfiler un sec et l’argenté remarqua un petit tatouage rouge dans le creux des reins, rappelant les motifs qui ornaient ses pommettes. Au bas de son ventre, son sexe d’un rose tendre saillait d’une courte toison châtain roux, de la même couleur que ses sourcils et du duvet qui recouvrait ses jambes et le haut de ses avant-bras.

Reno vint s’allonger sur le lit, mais sans se glisser dans les couvertures, et croisa les bras derrière sa tête avec un soupir de pur plaisir.

- Ah ! Bon sang, quelle journée !

Il tourna la tête et croisa le regard curieux des grands yeux félins de Yazoo, qui le dévisageait avec intérêt.

Seule la tête aux cheveux humides et ébouriffés dépassait des draps et le turk pouffa.

- C’est quoi, cette bouille ?

L’argenté fronça les sourcils et pinça ses lèvres boudeuses, ce qui fit redoubler l’hilarité de Reno.

- Quoi ?

- On dirait un chaton enrhumé tombé dans une bassine ! Ah ! Ah ! Ah !

Yazoo allait répliquer vertement mais réalisa vite à l’expression attendrie du turk qu’il n’était pas en train de l’insulter, loin de là.

- Désolé, s’excusa Reno en résistant à grand peine à la tentation de pincer les joues poupines. Je crois que je commence à être vraiment fatigué, moi aussi.

Il bâilla et tendit la main pour éteindre la lampe de chevet.

- Qui te dit que je ne vais pas t’étrangler dans ton sommeil pour m’enfuir ? demanda l’argenté le plus sérieusement du monde.

Le turk s’allongea sur le ventre et sourit dans le noir.

- Ouais… Je te vois bien traverser Edge à poil en pleine nuit, avec ton frère sur le dos. Surtout à cloche pied et avec cette bouille de chaton détrempé shooté à la morphine, ajouta-t-il avant d’étouffer un éclat de rire dans l’oreiller, incapable de se contenir en imaginant la scène.

Même Yazoo ne put empêcher un sourire d’étirer ses lèvres.

- Eh ? demanda-t-il lorsque Reno se fut un peu calmé.

- Mhh ?

- Comment puis-je être certain que tout ce que tu m’as dit sur le projet Jenova est vrai ?

Le turk reprit immédiatement son sérieux.

- Il a des tonnes de films, de tests, de rapports et j’en passe. Tu pourras les voir, si tu veux. (Il se redressa sur un coude) Yazoo, c’est pas des conneries, ce que je t’ai raconté. Jenova n’est qu’une putain d’entité extraterrestre qui agit comme une saloperie de virus sur ceux qu’elle infecte. Elle n’a rien d’une mère aimante et, pour l’énième fois, ce n’est pas elle qui a emmené Kadaj. C’est Aerith Gainsborough, que vous avez entendue, la sœur de lait de Sephiroth.

L’argenté poussa un soupir déchirant.

- Mais alors, pourquoi nous avoir créés ?

Reno s’assit sur le lit.

- En parlant de ça, d’où est-ce que vous sortez, toi et tes frères ? Kadaj disait que vous étiez les incarnés de Sephiroth. Ca veut dire quoi, exactement ?

Yazoo fixa le plafond et plissa un peu les yeux, fouillant dans sa mémoire.

- La première chose dont je me souvienne, c’est d’être dans la matrice, dans le cratère Nord.

Le turk écarquilla les yeux dans le noir.

- Dans la quoi ?

… à suivre

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LVII - Vos cris et mon silence

Le plaisir est un cri ;

la douleur, un hurlement ;

l’horreur, un murmure. “

Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : d’après des illustrations de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Les versions non censurées de ce texte et de cette illustration se trouvent fascicule “Les interdits de www.ff7-yaoi-fanfics.com” tome 1 (voir dans la boutique)

Merill retira la fine aiguille de la sonde du bras de Sephiroth et celui-ci se redressa sur le lit de l’infirmerie.

- Alors ? demanda-t-il.

- Tout est parfait, Général, affirma le jeune homme en imprimant les résultats des analyses pour les glisser dans un dossier.

- Tant mieux.

Le bébé de Loz, qui était resté en observation à l’infirmerie pour la nuit, babilla dans son berceau transparent et Sephiroth alla le prendre dans ses bras en faisant attention à ne pas décoller les capteurs qui envoyaient des informations sur ses fonctions vitales à un ordinateur de contrôle.

- Déjà réveillé, toi ? demanda-t-il en effleurant des lèvres le duvet argenté qui recouvrait son petit crâne.

Le bébé leva ses grands yeux mako vers lui et s’accrocha à ses longs cheveux en baragouinant une série de sons incompréhensibles.

Merill pouffa tout en rangeant son matériel d’analyses.

- Bah dis donc ! Tu veux nous en dire, des choses !

Le petit les dévisagea à tour de rôle et sourit en se blottissant contre la poitrine nue de Sephiroth, ce qui parut beaucoup amuser ce dernier.

- Qu’est-ce qu’il y a, Kay ? Tu veux faire un câlin ?

Kay…

C’est le nom que Loz lui avait officiellement donné un peu plus tôt. Un mélange des premières lettres des prénoms de ses frères : Ka-daj et Y-azoo. Kay. L’idée était un peu saugrenue mais le résultait sonnait plutôt bien, il devait le reconnaître.

- Il a eu beaucoup d’émotions, ce soir, Général. Il a du mal à dormir.

- Tu n’as pas sommeil ? Papa te manq… Eh ! Tu espères faire quoi, là ? Il n’y a rien à manger là-dedans !

Merill tourna la tête et éclata de rire devant le tableau impayable du bébé accroché au muscle pectoral de Sephiroth, la bouche collée à son téton.

- Ah ! Ah ! Ah ! Ce n’est pas la faim, Général. Je crois que ça le rassure.

L’ancien ” cauchemar de la planète ” ne put s’empêcher de partager l’amusement du jeune homme.

- Il va falloir dire à papa de faire provision de tétines au village dès demain ! dit-il au bébé. De quoi j’ai l’air, moi, comme ça, hein ?

L’hilarité de Merill redoubla.

- Je vais le prendre, si vous voulez, Général, proposa-t-il en tendant les bras.

Sephiroth secoua la tête en riant.

- Ca ira, Merill, je pense pouvoir assumer le ridicule de la situation, railla-t-il avec une moue. Mais toi, si tu en parles à quelqu’un, menaça-t-il le bébé en lui chatouillant la joue, je te coupe le bout du nez !

Pour toute réaction, le petit s’installa plus confortablement au creux de son bras et commença à se rendormir sans lâcher pour autant le succulent petit mamelon, qu’il tétait avec délectation.

- Je t’impressionne, c’est effrayant… gouailla Sephiroth en s’asseyant sur l’un des lits, le bébé serré contre lui.

Il prit une petite main entre son pouce et son index et l’observa attentivement, stupéfait par les doigts minuscules et les ongles de la taille d’une tête d’allumette.

Est-ce que ses fils avaient eu des menottes semblables ? Kay ressemblait-il à son père, à son âge ? S’il l’avait pris dans ses bras en pleine nuit, Loz se serait-il aussi endormi en tétant son sein, sa petite main entre ses doigts ? Les cheveux de bébé de Kadaj étaient-ils aussi doux ? Les joues tendres de Yazoo aussi rebondies ? Il ne le saurait jamais…

La gorge serrée, il allait remettre le bébé endormi dans son berceau transparent lorsque l’assistant de Shalua intervint.

- Toujours à plat, Général, fit-il en lui prenant le petit des mains pour le coucher sur le dos. En lui tenant bien la tête. Si vous l’allongez tête première avec un mouvement le balancier, elle risque de riper sur les draps et vous pouvez lui briser la nuque comme un rien.

Sephiroth blêmit.

- Désolé, je… Je n’ai pas l’habitude de manipuler des nourrissons.

Merill le rassura d’un sourire.

- Ce n’est rien, ça vient vite, Général, vous verrez.

Celui-ci hocha la tête avec un pincement au cœur.

Trois fils… Il avait trois fils et ne savait même pas coucher un bébé correctement ! Pour quel père lamentable passerait-il auprès de ceux qui ignoraient les circonstances de la naissance de Kadaj et des jumeaux ?

Il s’imagina dans un hôpital, appelé en pleine nuit parce que l’un d’entre eux aurait eu un léger accrochage à moto.

Y a-t-il un médicament auquel il est allergique, Général ? “

A-t-il déjà eu ce genre de fracture ? “

D’où vient cette cicatrice, sur son abdomen ? “

A-t-il subi des interventions chirurgicales ? “

Il serait incapable de répondre…

Un bruit d’objet métallique tombant sur le sol carrelé leur parvint depuis le boxe de chirurgie et ils allèrent voir ce qui se passait à travers les murs vitrés de la petite pièce aseptisée.

Reeve, Shalua et Shelke s’affairaient toujours sur Nero, allongé sur la table d’opération. Le bruit qu’ils avaient entendu était celui du premier implant d’aile qu’ils venaient de retirer de son dos.

- Bon sang, ça fait combien de temps, qu’ils sont là-dedans ? demanda Sephiroth en remarquant leurs fronts moites de sueur.

Merill regarda sa montre.

- Presque deux heures, Général. Le professeur Hojo avait apparemment relié les ailes à la moelle épinière par un réseau nerveux synthétique complexe, expliqua-t-il en lui désignant les écrans d’un microscope électronique dernier cri sur lesquels se concentrait Shalua pour couper les connexions nerveuses une à une.

- Je n’arrive toujours pas à savoir si mon père était un génie qui a perdu la raison, ou un fou dangereux doté d’une intelligence peu commune, soupira Sephiroth.

- Sans vouloir vous offenser, Général, c’est une question que nous nous sommes tous posée en visionnant les comptes-rendus de ses recherches.

Le soldat se tourna vers lui.

- Comment ça, ” visionner ” ? Il a filmé ses expériences ?

Merill acquiesça.

- Oui, Général. Scrupuleusement.

Sephiroth sentir sa gorge s’assécher et son vendre se nouer.

- Y compris… celle qui me concerne moi et ma mère ? Le projet ” Jenova ” ?

L’assistant de Shalua acquiesça et le soldat sentit son cœur s’affoler dans sa poitrine.

- Oui, Général. Les projets Jenova I, II et III.

Sephiroth tiqua.

- Comment, trois ?

- Vous, Général : Jenova I. Les jumeaux : Jenova II. Et Kadaj : Jenova III.

Le soldat le prit la les épaules, décontenançant le jeune homme.

- Je veux les voir, Merill !

- Que… Quoi ? Maintenant ?

- Bien sûr, maintenant !

- Mais… Ca représente des années de films et de rapports, Général.

Sephiroth le lâcha et recula d’un pas, estomaqué.

- Mon père a… tout filmé ?

- Absolument tout, général. La conception, la naissance, l’apprentissage, les expériences, les tests de résistance aux injections de mako, les…

- Les quoi ? le coupa le soldat, sûr d’avoir mal entendu.

Merill se mordit les lèvres et détourna le regard, gêné.

- Je… Je pense que vous devriez en parler à Shalua, lorsqu’elle…

- Que leur a-t-il fait ? insista Sephiroth en entraînant le garçon à l’écart, pour ne pas risquer de déconcentrer Shalua, sa soeur et Reeve. Qu’est-ce que ce salopard a fait ?

*

Dans la salle de bains, Loz monta encore un peu la température du jet et le laissa couler sur ses larges épaules en un délassant massage. Il n’avait qu’une envie : descendre à l’infirmerie pour prendre son bébé dans ses bras mais il se raisonna. Cette nuit d’observation était nécessaire pour être certains qu’il allait parfaitement bien.

- Comment va ton dos ? demanda Tifa en le rejoignant sous la douche.

Elle l’enlaça par derrière de déposa une traînée de baisers sur ses omoplates.

- Ca va, ça ne brûle presque plus.

La jeune femme recula un peu et observa la croûte rougeâtre qui s’était formée sur son épine dorsale, là où Shalua avait fait la douloureuse injection de mako.

- Ca cicatrise bien, on dirait.

Loz se retourna dans ses bras et l’enlaça en souriant.

- Dans quelques jours, il n’y paraîtra plus, tu verras.

Elle se pendit à son cou et ils restèrent un long moment à s’embrasser sous le jet brûlant. Jusqu’à ce que l’argenté s’accroupisse lentement devant elle, ses lèvres descendant progressivement de long de sa gorge, de sa poitrine, de son ventre, puis…

- Oh, Loz… gémit-elle en plongeant les doigts dans ses cheveux mouillés lorsque la langue du jeune homme, diaboliquement habile, fondit sur son intimité.

D’une main sur les reins de Tifa, il poussait ses hanches en avant, pour pouvoir explorer la chair brûlante aussi profondément que possible et, de l’autre, il caressait discrètement sa propre virilité dressée entre ses cuisses.

- J’adore, quand tu fais ça… haleta la jeune femme avec un clin d’oeil coquin.

Sans cesser de titiller du bout de la langue le petit bouton rose lové dans ses replis les plus secrets, Loz leva ses grands yeux mako vers elle et sourit.

- Quoi ? Ca ? demanda-t-il avec un sourire mutin en aspirant le petit clitoris entre ses lèvres.

Tifa laissa échapper un petit cri de plaisir surpris et répondit à son sourire.

- Non, là, avec ta main…

L’argenté abandonna sa proie en se léchant les lèvres avec gourmandise.

- Ca ? fit-il en redressant la tête et en poussant son bassin en avant, un peu provocateur, sa main gauche enserrant toujours sa virilité imposante.

En le voyant accroupi là, à ses pieds, les cuisses largement ouvertes, empoignant son sexe tendu et l’eau de la douche coulant sur son corps parfait, la jeune femme sentit une vague de lave lui descendre le long du ventre.

- Tu n’a pas idée à quel point la vue d’un beau garçon comme toi en train de se caresser peut être excitante, murmura-t-elle avec passion.

Loz fronça les sourcils avec un sourire mi-sceptique, mi-amusé et elle hocha la tête, les yeux brillants de désir et le souffle court.

- Parfois, nous aimerions être des petites souris pour nous cacher dans un coin de la pièce et vous regarder faire, lorsque vous ” jouez ” tout seuls, ajouta-t-elle en rougissant un peu.

Loz éclata de rire.

- Non !

- Je t’assure que c’est vrai, assura-t-elle en se mordant la lèvre. C’est vraiment… sexy en diable !

Il se redressa et se pressa contre elle jusqu’à ce qu’elle se retrouve coincée entre lui et le mur de verre de la douche.

- Tu te fiches de moi… murmura-t-il contre son oreille, la faisant, frissonner.

Il frotta son sexe tendu contre son ventre enflammé et elle gémit en l’enlaçant.

- Je te jure que non, insista-t-elle en mordillant son cou, s’enivrant de son odeur sucrée, que l’eau brûlante sur la peau douce intensifiait jusqu’au vertige. C’est incroyablement excitant.

Loz ferma brutalement le robinet et s’écarta pour la dévisager avec une expression insondable.

La jeune femme blêmit, craignant de l’avoir blessé ou humilié d’une façon ou d’une autre.

- Loz, je ne disais pas ça pour te mettre mal à l’aise, je…

- Chut ! la coupa-t-il en posant un doigt sur ses lèvres.

Il la prit par la main et la fit sortir de la douche sans changer d’expression.

Puis il enroula Tifa dans un drap de bain et la porta, de plus en plus inquiète, dans la chambre, où il la déposa sur un fauteuil, dans un coin de la pièce.

- Loz, je…

Il pressa la main sur sa bouche et secoua la tête.

- Ne dis plus rien, chuchota-t-il. Tu n’es pas là.

Il éteignit le plafonnier, plongeant la chambre dans le noir total, et alluma la petite veilleuse de la table de nuit, qui éclairait tout juste le lit d’une douce lumière ténue.

Tifa, invisible dans l’ombre épaisse, le vit s’allonger sur l’édredon, la peau et les cheveux encore mouillés, et fermer les yeux, comme s’il s’apprêtait à s’endormir.

Il resta allongé ainsi un petit moment, sur le dos, le souffle régulier, les yeux clos et les membres complètement détendus.

Incrédule et troublée, la jeune femme s’apprêtait à se lever et à demander des explications lorsqu’il ouvrit ses beaux yeux mako pour fixer le plafond, un sourire sensuel sur les lèvres, comme s’il venait de penser à quelque chose de particulièrement agréable.

Il s’étira alors comme un chat, ferma à demi les paupières et laissa échapper un soupir expressif.

Portant ses deux mains à sa bouche, il lécha la pulpe de ses doigts et Tifa faillit laisser échapper un Oh ! Mon Dieu ! “ vibrant en le voyant se caresser les tétons, qui durcirent sous le bout des doigts mouillés tandis que la peau de son torse se hérissait d’excitation…

*

Sephiroth, s’assit dans le fauteuil de Shalua et, la main tremblant légèrement, il glissa l’une des cartes mémoire que lui avaient données Merill dans l’ordinateur portable de la jeune femme. Il s’agissait, d’après ce qu’il avait compris, d’une sorte de compilation que Vincent Valentine avait réalisée pour la présenter aux hôtes du manoir quelques jours plus tôt.

Sur le petit écran, apparut une jeune femme allongée sur une table d’examen, son ventre proéminent dépassant du drap vert qui la couvrait jusqu’en haut des cuisses. Sa grossesse était visiblement bien avancée.

Lucrecia…

Un homme en blouse blanche, les cheveux noirs serrés dans une queue de cheval nouée à la va-vite, s’affairait à ses côtés. Il remplit une seringue de liquide bleuâtre et y fixa une fine aiguille stérile d’une longueur terrifiante.

Hojo…

Lorsque l’aiguille s’enfonça d’une bonne dizaine de centimètres, transperçant peau, muscles et placenta, le cri de Lucrecia résonna dans les petits haut-parleurs et Sephiroth serra les dents pour contrôler la nausée qui lui souleva le cœur.

*

Terrassé par le plaisir qu’il venait lui-même de se procurer, Loz s’affala sur le lit, la tête de côté, le souffle court et le cœur battant à tout rompre.

Tifa vint s’appuyer sur le bord du lit et l’intense parfum chaud et sucré qui montait de la peau nacrée du grand corps frissonnant finit de lui tourner les sens.

Après un orgasme, la peau de Loz était comme électrifiée et d’une sensibilité excessive durant plusieurs minutes. Tifa avait vite appris qu’elle devait éviter de le caresser durant ce court laps de temps car le moindre attouchement provoquait de violents tremblements et saccades qui lui coupaient le souffle. Après l’amour, elle le serrait donc simplement contre elle et attendait, émue, que son corps s’apaise et que sa respiration redevienne normale.

Mais, pour l’heure, elle devait se contenter de l’observer, attendrie aux larmes, en résistant à l’envie d’écarter de son front quelques mèches de ses cheveux encore mouillés.

L’argenté ouvrit les yeux et sourit en voyant son expression.

- Alors ? demanda-t-il dans un murmure sensuel et encore un peu haletant. Qu’est-ce que ça fait, d’être une petite souris ?

Il glissa la main entre les cuisses de la jeune femme, la faisant trembler et gémir.

- A ce point là ? la taquina-t-il en se léchant les doigts.

Incapable de se contenir davantage, elle écrasa sa bouche sur la sienne et la dévora en un baiser profond qui les laissa pantelants l’un et l’autre.

Elle posa sur lui un regard de prédateur.

- Je vais te… commença-t-elle avec une grimace expressive en faisant mine de déchiqueter quelque chose entre ses doigts recroquevillés comme des griffes.

Elle gronda comme un fauve en lui montrant les dents et Loz éclata de rire.

- Oh, oui… murmura-t-il tout contre sa bouche. Vas-y, mange-moi…

Tifa fondit sur sa gorge avec un rugissement comique et il l’enlaça en riant de plus belle.

*

Cait 9 trottinait en direction de l’infirmerie en traînant Vincent par la main, derrière lui.

- Doucement, Cait !

- Merill est vraiment très inquiet, pour m’ordonner de vous chercher.

- T’a-t-il au moins dit ce qui se passait ?

- Je crois que c’est le général. Le choc a l’air d’être brutal.

- Quel choc ?

- Il regarde les vidéos, sur la formation du trio.

Vincent se figea un instant dans le couloir, blême.

- Tu veux dire les vidéos d’Hojo sur la naissance de ses fils et leur vie au cratère Nord ?

Ce chat acquiesça et il le souleva dans ses bras pour dévaler l’escalier qui menait au laboratoire, l’angoisse au ventre.

La dernière fois que Sephiroth avait eu ce genre de révélation, tout Nibelheim était parti en fumée…

…à suivre

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LVI - Dur, dur, d’être un bébé

“As-tu déjà entendu un bébé babiller dans son berceau?
Il imite à sa façon la parole des adultes qu’il entend autour de lui.
Il croit peut-être qu’il parle comme eux..”

Michel Tournier

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Le bruit était si assourdissant qu’il faisait mal aux oreilles.

“Flap ! Flap ! Flap !”

Et ça bougeait. Ca bougeait dans tous les sens.

Il y avait plein d’odeurs inconnues, aussi, et plein de nouvelles voix qu’il ne comprenait pas.

“Bon sang, regarde ses pieds ! Qu’est-ce qu’on lui a fait ?”

“Je n’en sais rien. Doucement, Cid !”

“Tu préfères que je rentre dans les arbres, poil de carotte ?”

“Je te demande seulement d’y aller plus doux avec ce manche ! Le bébé a peur.”

“Comment un truc aussi petit peut faire autant de bruit ? C’est dingue !”

“Chut, bébé… Allez, allez, c’est fini. Tu vas voir papa, bientôt, tu verras. Chut… Arrête de pleurer.”

“Passe-le, moi un peu, Vince.”

“Reno ! Ce n’est pas un jouet !”

Il changea de bras et écarquilla ses grands yeux mako.

Saaaaluuut, toi ! Gouzi, gouzi, gouzi…”

Une créature horrible, avec des choses écarlates pointues qui sortaient partout de sa tête, grimaça au-dessus de lui et il hurla à plein poumons.

“Bravo Reno !”

“Mais j’ai rien fait !”

“Vince ! Et l’autre, ça donne quoi ?”

“Pas fameux…”

“Bon Dieu, Reno ! Calme-moi ce bébé !”

“Et qu’est-ce que tu crois que j’essaye de faire ?!”

“Vince, bordel, reprends-lui ce marmot avant qu’il ne le fasse crever de trouille !”

“Oh, ça va, hein !”

A nouveau le cocon rouge, doux et moelleux. Ce n’était pas encore ça, soit, mais c’était déjà mieux que le monstre hirsute !

Il couvrit ses petites oreilles de ses menottes sans cesser pour autant de pleurer et l’homme enveloppé dans la grande couverture rouge et chaude le serra un peu plus contre lui en lui parlant doucement. Il ne comprenait pas, bien sûr, mais un son revenait tout le temps : “papa“. Ce que ça signifiait, il n’en savait rien mais le ton très chaleureux sur lequel il était dit laissait présager quelque chose de particulièrement doux et agréable.

L’horrible buit “flap ! flap ! flap !” cessa enfin et le monde autour de lui cessa de bouger. Sauf, bien sur, les hommes qui, eux, s’agitaient dans tous les sens.

” Allô ? Merill ? Nous sommes sur le toit. Non, Nero n’est pas en bon état, c’est le moins qu’on puisse dire. A tout de suite. Reno, aide-moi à descendre la civière de l’hélico !”

L’homme enveloppé dans la couverture rouge sauta dans l’air glacial avec lui, si bien que son nez minuscule fut bientôt tout dur et tout froid. Mais ça sentait drôlement meilleur que là où il était avant, avec l’homme qui faisait mal aux pieds. Là-bas, l’odeur piquait le nez et brûlait les yeux.

Il éternua et l’homme qui le portait l’enveloppa plus serré dans la couverture rouge et moelleuse avant de se mettre à courir.

Au-dessus de lui dansaient plein de petits points brillants et, au milieu, une grosse chose blanche, luisante et tout ronde. Il tendit sa petite menotte pour essayer de la saisir mais, comme tous ceux qui, avant lui, avaient essayé de décrocher la lune, il dut se résoudre à la laisser où elle était…

Puis l’homme ouvrit une porte et ça descendit. Puis ça remonta. Et ça descendit encore.

Le décor au-dessus de lui changea soudain. C’était blanc et tout lisse. Et de temps en temps, il passait sous une grosse grappe de choses brillantes, comme des gouttes d’eau, qui faisaient de la lumière.

Soudain, l’homme qui le portait, desserra son étreinte, le découvrit presque entièrement, l’assis sur son avant-bras et entra dans un endroit où la lumière était tellement forte qu’il dut presser ses poings minuscules sur ses yeux. Mais le pire, ce furent les cris qui retentirent d’un coup et finirent de le terrifier. Combien y avait-il de gens, là-dedans ? Qu’allait-on lui faire ?

Aveuglé et épouvanté, il pleura à fendre l’âme en tendant désespérément ses bras potelés pour que quelqu’un le prenne et le serre contre lui, au chaud et à l’abri.

“Oh ! Mon Dieu !”

“C’est pas vrai !”

“Ce qu’il est mignon !”

“Viens là, mon bébé…”

“Oh, là, là, ce que tu es joli !”

“Papa, je peux le prendre ?”

“Attends, tiens-lui la tête !”

“Oh, là, là, mais tu es un jouet, toi !”

“Rudo, tu ne sais pas y faire!”

Il se sentit passer d’une paire de bras à une autre paire de bras, d’une odeur à l’autre et il hurla de plus belle.

“Chut, chut… En voilà, un gros chagrin.”

“C’est ton papa, que tu veux, hein, bébé ?”

Puis, soudain, il y eut l’homme avec les grandes mains douces qui sentaient bon…

*

Vincent descendit à l’infirmerie, laissant le bébé avec son père et ses amis, dans la chambre de Sephiroth.

Merill, aidé de Reeve et de Shelke, avaient allongé Nero sur le ventre, sur une table d’examen. L’assistant de Shalua et le chef de la WRO découpaient le costume de cuir avec mille précautions pour dévêtir le jeune homme inconscient dans le blesser.

- Comment ça se passe ? s’enquit l’ancien turk.

Reeve réussit à dégager le dos et une jambe, découvrant une peau de porcelaine ornée de tatouages noirs sur toute la surface.

Les deux échardes métalliques ensanglantées qui saillaient du dos souple étaient à présent visibles dans toute leur horreur.

- Il faut lui retirer ces choses, murmura Merill en badigeonnant le blessé de teinture d’iode.

- Alors ? Comment est le bébé ? s’enquit Shelke sans cesser de caresser les cheveux de son ancien compagnon d’armes, comme pour le rassurer.

Vincent sourit.

- Tout le monde en est tombé amoureux. Tu devrais aller le voir, je vais rester ici.

La jeune fille hésita mais Reeve l’encouragea d’un petit signe de tête et elle s’esquiva.

- Nero a-t-il parlé, dans l’hélico, Vince ?

- Il a essayé mais il était trop mal en point. Il va falloir attendre un peu.

Sur la table, Nero s’était mis à trembler et il ne cessait de gémir doucement d’une voix à peine audible :

- Weiss… Weiss…

- Alors monsieur Strife avait raison : cet ancien soldat, ce Genesis, se cache dans les entrailles du mont Nibel ? s’enquit Merill. Mais que cherche-t-il à faire, exactement ?

Vincent secoua la tête.

- Nero a parlé de géostigmates et de contamination mais ce n’était pas très clair.

Reeve blêmit.

- Les géostigmates ?

- Si ce n’est que ça, on sait les guérir, maintenant, nota Merill. Avec l’eau originelle.

L’ancien turk secoua la tête.

- Il n’y a qu’une source, lui rappela-t-il. A Edge. Si nous avons affaire à une contamination trop importante, ce ne sera pas suffisant.

Reeve retira ses gants de latex et prit son téléphone.

- J’envoie des hommes protéger la source immédiatement. On ne sait jamais.

Vincent acquiesça et échangea un regard inquiet avec l’assistant de Shalua.

*

Deux gros bras chauds l’enveloppèrent et le serrèrent contre une grande poitrine très dure, recouverte d’une matière noire et glissante. Sauf à l’endroit où le nourrisson pressa sa petite joue rebondie, juste sous la gorge. Là, la peau était nue, toute chaude et sentait très bon, comme ses mains.

Le bébé arrêta aussitôt de pleurer et ses petites menottes tâtèrent la chair douce avec curiosité.

- Salut, toi…

La voix profonde résonna dans l’ample torse et le petit leva la tête.

Le visage de l’homme aux grandes mains était rassurant et il avait de grands yeux brillants très doux.

Cet homme n’était pas comme les autres…

Le nourrisson le sentait au fond de lui. Quelque chose les liait tous les deux, il le voyait dans ses grands yeux, le sentait tout au fond de lui et une sérénité soudaine l’envahit. Dans les bras de cet homme, il serait toujours en sécurité…

Il sourit d’instinct et, avec une confiance totale, il se blottit contre la peau qui sentait si bon en glissant son pouce dans sa bouche.

Un concert de “oh !” émus résonna dans la pièce et les commentaires reprirent de plus belle.

“Vous avez vu ? On dirait qu’il sait qui c’est !”

“Ce qu’il est mignon !”

“Regardez ça, comme il s’accroche !”

“On ne veut plus lâcher papa, pas vrai ?”

Des mains le touchèrent à nouveau, des lèvres fleurèrent sa tête et s’accrocha aux vêtements de l’homme aux grandes mains de toute la force de ses petites menottes.

En vain.

Les bras entreprenants l’arrachèrent au grand corps chaud si rassurant et il se mit à pleurer à nouveau.

“Bah alors, bébé ?”

“On ne veut plus quitter papa ?”

Il tendit ses mains minuscules vers l’homme aux grandes mains mais il continua à passer de bras en bras, sans la moindre pitié.

“Viens me dire bonjour, petit poupon. Papa ne va pas s’envoler !”

Inexorablement, on l’éloigna de l’homme aux grands mains et aux jolis yeux. Il hurla à fendre l’âme.

“Bon sang ! Quel organe !”

“On dirait qu’il a reconnu son père et qu’il ne veut plus le lâcher ! Ah ! Ah ! Ah !”

“Bien sûr que oui, qu’est-ce que tu crois ? Allez, viens, on retourne avec papa.”

Ce son…

Papa.

Encore et encore.

Papa.

Il revenait sans cesse et, il ne saurait expliquer pourquoi, ce son semblait avoir un rapport avec l’homme aux grandes mains, entre les bras de qui on le remit à nouveau.

Immédiatement, il arrêta de pleurer.

Les mains et les lèvres, cependant, continuaient à le toucher, menaçant de l’arracher à l’homme à nouveau.

Si seulement on pouvait le laisser rester là, tout contre cette peau douce qui sentait tellement bon ! Comment pouvait-il leur faire comprendre ça ?

Deux nouvelles mains se tendirent vers lui.

“Coucou, bébé ! Je m’appelle Shelke. Tu viens dire bonjour ?”

Le petit s’agrippa aux vêtements de cuir aussi fort qu’il le put et se blottit contre la poitrine chaude, à la recherche de protection.

- Da…da… ânonna-t-il en levant une petite bouille suppliante vers l’homme aux jolis yeux, provoquant des cris surpris dans l’assistance.

“J’y crois pas ! Vous avez entendu ?”

“Il babille, Reno !”

“Mais… il a dit “papa”, non ?”

“Bien sûr que non, idiot ! C’est un bébé. Comment veux-tu qu…”

- Da… da…

“Tifa, il a dit “papa” !”

“Mais non, Denzel. Il fait des sons au hasard, comme tous les béb…”

- Dada ! cria encore le bébé.

“Oh, mon Dieu…”

“Je rêve !”

L’homme le considérait à présent avec une expression à la fois sidérée et attendrie et le bébé tendit ses petites menottes pour s’agripper à son visage.

- Dada !

- Oui, bébé… C’est papa. C’est bien moi, c’est papa.

Tout joyeux, le petit babilla et quelque chose de mouillé lui tomba sur le front.

Etonné, il vit que l’homme avait de l’eau qui sortait de ses jolis yeux. Il avait sûrement faim. Ou alors… il était trempé !

Quoi que ce soit, ce n’était pas grave et quelqu’un allait sûrement lui donner à manger bientôt ou changer sa couche.

Quoiqu’à bien y réfléchir… ce n’était pas certain car “dada” ne faisait pas grand chose pour se faire remarquer. Faire couler l’eau des yeux ne suffisait pas, il fallait faire du bruit ! Sinon, on vous laissait mourir de faim ou croupir dans votre couche mouillée. Il en savait quelque chose !

Voyant que l’homme ne se décidait pas et que personne ne paraissait décidé à lui tendre un biberon ou à l’allonger pour le changer bien que tout le monde s’agite autour d’eux, il prit les devants ! Il gonfla bien fort ses petits poumons ouvrit grand la bouche et…

“Oh ! Dieux du ciel ! Mais comment une chose aussi minuscule arrive-t-elle à faire un tel boucan ?”

“Il a peut-être faim ?”

“Possible.”

- Accompagne-moi en bas, mon grand. Il y a du lait maternisé au labo. On en profitera pour lui faire un petit sheck-up.”

- Chut, bébé… Arrête de pleurer, allez.

“Il va aussi falloir lui trouver des vêtements.”

“Attendez… On a ce qu’il faut ! Dans la chambre de Kadaj !”

“J’ai des vêtements de béb… ? Oh ! Mais oui ! La boîte aux moogles !”

“Quelle boîte ?”

“Le trousseau de Sephiroth !”

“J’avais un trousseau, moi ?”

“Oui, mère l’avait préparé pour toi. Dans la boîte bleue.”

“Oh… La fameuse boîte ! Mère ne m’a pas dit ce qu’elle contenait.”

“De quelle boîte parlez-vous ?”

…à suivre

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I - Bienvenue à Gongaga !

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Illustration tirée du doujinshi “BUBBLES” du Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Jamais le soleil n’avait tapé comme ce matin là. L’air sec était chargé de poussière et j’avais la gorge comme de la litière pour chats. Nous étions en août, au plus fort de la saison sèche, et je me souviens du grincement des minuscules grains de sable emportés par le vent entre mes dents.

Ma casquette me donnait l’impression d’avoir le crâne sous une cocotte minute mais c’était ça où tomber raide, assommé par le soleil. La sueur coulait sur mon front et ma queue de cheval me collait déjà à la nuque. Combien de fois en quinze jours m’étais-je promis de me couper les cheveux ? J’en avais perdu le compte mais je n’avais jamais pu me résoudre à renoncer à cette dernière coquetterie.

Avec un soupir, je me resservis du café. Il avait un goût aigre amer, comme s’il avait bouilli. Connaissant le cuisinier, je ne doutais pas que ce fut bien le cas et je le bus d’un trait en grimaçant, comme tous les matins.

Je dus déployer des efforts surhumains pour mettre un pied devant l’autre et sortir de la tente qui nous servait de cantine. Le soleil m’aveugla et cette impression de respirer à travers un mouchoir brûlant que l’on aurait pressé sur ma bouche était insupportable. Je dus fermer les yeux, incapable de supporter la lumière en dépit de l’heure matinale, sortis mes lunettes de soleil de la poche de mon pantalon de toile et les chaussai. A travers les verres fumés qui assombrissaient le décor, le camp semblait bénéficier d’une ombre illusoire, et bizarrement, il me sembla que la température avait baissé en même temps que la lumière.

Les brahmanes de Canyon Cosmo disent que l’esprit d’un homme est capable de faire plier les éléments. Eh, bien moi j’avais des lunettes magiques qui jetaient de l’ombre sur le décor ! C’était ridicule mais pour un peu de fraîcheur ou une illusion de fraîcheur, j’étais prêt à tout…

Le cahier des charges sous le bras, j’avançai sur le terrain aride, mes bottes se couvrant d’une pellicule de poussière orangeâtre.

Je crois que c’est l’une des rares choses que je déteste, dans cette région désertique qui entoure la forêt de Congaga : cette poussière grasse qui se mélange à la sueur et colle à la peau dès que l’on met le nez dehors.

Et encore, devais-je être heureux de ne pas me trouver en poste à Midgar, comme Genesis ! La première fois que j’avais été en mission là-bas, j’avais été horrifié en constatant qu’après avoir retiré le manteau porté toute la journée, mes bras et mes jambes étaient enduits d’une suie huileuse. On voyait parfaitement la marque des vêtements que j’avais ôtés, comme si j’avais pris un monstrueux coup de soleil noir. L’eau de la douche ressemblait à de l’huile de moteur et j’avais passé de longues minutes à me décrasser les cheveux. Mes poumons devaient ressembler à un pot d’échappement mal entretenu ou à ceux des lapins que ce salopard d’Hojo oblige à fumer pour tester le taux de nicotine des cigarettes. Le second jour, l’idée de porter un masque anti-pollution m’avait effleuré et le troisième, je me promenais dans les rues aussi crasseux et grisâtre que n’importe qui.

Lorsque j’avais accepté de sécuriser la zone du réacteur de Gongaga, en pleine rénovation, je m’étais imaginé la région comme me l’avaient racontée Angeal et Genesis, à l’école d’officiers : verte, fraîche et luxuriante. Avec un adorable petit village perché à flanc de montagne….

Tu parles ! Ils avaient juste oublié de préciser que l’oasis de verdure ne restait verte que trois ou quatre mois par an, au printemps, et qu’elle était entourée d’une région caillouteuse où l’on crevait de chaud en été et où l’on mourait de froid en hiver !

Au lieu de la douce fraîcheur parfumée d’herbe verte que je m’étais imaginée, je me promenais dans la poussière du chantier en pantalon d’épaisse toile noire, t-shirt poisseux de sueur et je dormais sous l’une des tentes où il ne se passait pas une nuit sans que je ne me réveille empêtré dans la moustiquaire. Si les membres de mes fan-clubs me voyaient…

Angeal, m’avait précédé sur les lieux et avait déjà établi un périmètre de sécurité. Contrairement à moi, il connaissait la région et les coutumes du coin pour y avoir passé son enfance. D’un kilomètre à l’autre, la terre était tour à tour végétation desséchée inextricable ou désert caillouteux. Les routes n’étaient que des chemins de terre et bien souvent nos 4×4 s’ensablaient.

Je jetai un regard aux échafaudages, sur lesquels s’affairaient avec les ouvriers, tous originaires de la région. Combien étaient-ils ? Une trentaine ? Il y avait bien longtemps que j’avais renoncé à faire l’appel. Si le frère était malade, le neveu le remplaçait et cela quand le père n’amenait pas le fils pour lui prêter main forte afin de finir dans les temps. Les questions d’assurance et de contrat de travail n’avaient pas cours ici. Tout ce qui comptait pour ces hommes, c’était de terminer honorablement leur tâche, comme ils s’y étaient engagés. On ne badine pas avec l’honneur et la parole donnée, dans la région. J’avais rarement connu des gens aussi travailleurs et je n’hésitais pas à tanner Reeve pour qu’il leur verse un supplément d’argent lorsque j’estimais qu’ils le méritaient, c’est à dire bien souvent. Cela m’avait valu des amoncellements de friandises et plats traditionnels confectionnés par leurs épouses et leurs sœurs, que nous partagions lors des pauses.

J’essuyai la sueur qui coulait de mon front. Comment pouvaient-ils supporter de travailler par cette chaleur ? Torse nu, la peau tannée par le soleil et vêtus de pantalons de coton ou de chemises ouvertes sur des shorts bariolés, ils manipulaient les sacs de ciment avec une facilité déconcertante. Ils transpiraient à peine et la lumière les faisait à tout juste plisser les yeux.

Mon regard s’attarda un instant sur les dos musclés et les poitrines noueuses. Les hommes… Depuis combien de mois n’avais-je pas touché un homme ? Deux ? Trois ? Le dernier était un jeune postulant soldat dégingandé qui m’avait fait regretter de ne pas avoir passé mon chemin.

Je secouai la tête et consultai les plans de déploiement des forces de sécurité pour la énième fois. N’avais-je rien oublié ? A Midgar, j’en avais été particulièrement fier de mais, une fois arrivé dans la région de Gongaga, je m’aperçus de ce que les tours de surveillance pouvaient avoir de ridicule dans une région aussi escarpée.

De président adjoint Rufus Shinra voulait du beau, du grand, du riche et, par dessus tout, de l’impressionnant. Quand je voyais les ravissantes constructions traditionnelles qui parsemaient la région, je n’arrivais vraiment pas à comprendre comment cet imbécile pouvait leur préférer ce monceau de ciment et de verre en forme de chou-fleur que j’avais mis des semaines à sécuriser sur les conseils de son éminence grise, un petit homme gras et dégoûtant qui répondait au nom de Palmer.

“Non, il faut plus de caméras !” “Non, il y a trop de surface exposée !” “Allons, mon garçon ! Le président adjoint ne sera jamais en sécurité si les vitres ne sont pas blindées !”

Plus d’une fois l’envie m’avait démangée de le passer par la fenêtre sans prendre la peine de l’ouvrir mais c’était lui qui signait les chèques… J’avais eu ce gnome mangeur de gras sur le dos pendant trois semaines et il devait passer sur le chantier aujourd’hui en compagnie de son “altesse sérénissime”. Si le maître était aussi exaspérant que son toutou, cela promettait un bel après-midi de fichu !

Je n’avais jamais eu l’occasion de rencontrer Rufus Shinra mais je le détestais déjà cordialement !

“Son Altesse” avait souhaité que son ” chou-fleur ” domine la route qui conduisait à la petite rivière qui menait au village. Devoir raser le petit temple de pierre qui se trouvait non loin pour pouvoir sécuriser les travaux de construction m’avait fendu le cœur mais il allait l’avoir son “réacteur que tout le monde pourrait voir de loin”. C’était là les instructions les plus sottes que l’on m’avait jamais données mais Rufus payait bien. Très bien même. J’allais gagner ici plus d’argent en un an que je n’aurais pu en économiser en 50 ans de missions ordinaires.

Le groupe électrogène se mit en route avec un grondement de tonnerre et l’odeur du gasoil se mêla aux parfums d’épices. Je n’ai jamais su décrire l’odeur qu’il y avait dans la région par un autre terme. L’air sentait la terre, le parfum et les épices. Une odeur étourdissante que je n’ai jamais retrouvée ailleurs.

- Sephiroth ! Déjà levé ? Tu fais des efforts, mon grand ! Tu viens nous donner un coup de main ?

Je baissai les yeux vers Angeal, qui surveillait l’avancement des travaux dans l’immense trou des fondations et lui fis un petit signe de la main.

- Ne rêve pas ! criai-je pour couvrir le bruit des marteaux piqueurs qui s’étaient mis en route pour briser la pierre. Je n’ai pas sué durant les cours assommants de Lazard dans le but de nager dans la crasse !

Il éclata de rire et retira son casque de protection pour essuyer la sueur qui coulait sur son visage. Je connaissais Angeal depuis mon enfance, tout comme Genesis, et je peux dire que j’en étais venu à considérer au fil des années comme le frère que je n’avais jamais eu. La petite trentaine, des cheveux noirs mi-longs coiffés en arrière et une charpente à faire blêmir un culturiste, Angeal était de sept ans mon aîné et m’adorait. Je n’avais jamais cherché à cacher ma liberté de moeurs et la relation particulière que j’entretenais avec Angeal avait bien souvent alimenté les ragots.

- Dis-moi mon grand, poursuivit-il, tu ne crois pas que… oh, oh ! On a de la visite.

Il grimaça et je suivis son regard. J’avais beau le voir en contre-jour, je reconnus immédiatement le personnage qui s’avançait vers moi. Sa masse impressionnante de cheveux emmêlés et ses jambes maigres et arquées lui donnaient l’apparence d’un primate.

L’ermite de la forêt de Gongaga nous rendait visite de plus en plus souvent, ces derniers jours.

- Merde, soupirai-je en levant les yeux au ciel. Mais qu’est-ce que cet illuminé vient faire ici, encore ? Si les ouvriers le voient, nous sommes cuits…

Le saint homme arriva à ma hauteur et leva les yeux vers moi sans un mot. Il avait peint trois cercles rouges sur son front, par dessus la crasse, et son visage était vierge de toute expression. J’avais l’impression d’observer un mannequin d’argile. Vêtu d’un pagne douteux et maigre à faire peur, il dégageait une aura inquiétante et une puanteur insoutenable. Je pinçai les narines et détournai le regard.

Un cri s’éleva dans les fondations et plusieurs têtes dépassèrent du trou où travaillaient les maçons. En voyant notre visiteur, tous lâchèrent leurs outils, éteignirent les marteaux piqueurs et grimpèrent en une nuée bourdonnante pour venir s’agenouiller devant le saint homme en le priant de les bénir. Les ouvriers, pour la plupart originaires de la région, se balançaient d’arrière en avant en psalmodiant des prières devant l’homme minuscule, mains jointes devant leur front.

Je m’écartai et lançai un regard excédé à Angeal, qui me répondit par un haussement d’épaules.

- Laisse tomber, Seph.

Le saint homme avait pris l’habitude de venir une ou deux fois par semaine sur le site. Lorsque j’en avais demandé la raison à l’un des contremaîtres, il m’avait simplement répondu que les gens comme lui étaient guidés par les Dieux eux-mêmes et qu’il ne fallait pas chercher à comprendre le pourquoi de leurs actes et de leurs paroles.

J’étais bien avancé !

La première fois que ce zombie avait fait son apparition, il était arrivé derrière moi comme un fantôme et m’avait soufflé dans le cou. En voyant le visage couvert d’une croûte blanchâtre digne d’un film d’horreur, j’avais poussé un cri à paralyser un troupeau de Bahamuts et manqué de peu la crise d’apoplexie. Par la suite, je vis plusieurs de ces individus à Gongaga. Ils restaient immobiles durant des heures, assis en tailleur au beau milieu de la route, et chacun leur témoignait un respect craintif. D’après ce que j’avais compris, ils avaient fait vœu d’abandonner tout plaisir terrestre ou quelque chose dans ce goût là. Des sortes de renonçants.

Bien entendu, j’avais consulté des dizaines de guides et de livres sur la région avant de partir mais, je suis désolé de le dire, une fois sur place, on se demande si les auteurs de ces ouvrages ont bien posé le pied dans le pays dont ils parlent.

Ici, rien n’est simple et aucun texte, aussi complet soit-il, ne peut donner une idée de ce que sont réellement ces gens et leur terre.

Je regardai ma montre. Si le saint homme ne fichait pas le camp pour que nous puissions reprendre le travail, je risquais de me faire salement remonter les bretelles par le ” petit prince Shinra “, qui devait arriver d’un instant à l’autre.

- Allez, allez ! La récréation est finie.

Je tapai dans mes mains et Angeal sortit de son trou pour me poser la main sur le bras.

- Arrête, Seph. Respecte leurs croyances.

Je me tournai vers lui en ouvrant des yeux ronds comme des soucoupes.

- Mais je respecte leurs croyances ! Le problème, c’est que son altesse de mes fesses va arriver et que…

- Chut ! me rabroua Angeal. Ne parle pas de lui comme ça devant eux.

Plusieurs hommes se couvrirent le visage des mains et posèrent le front sur les pieds du gnome, comme s’ils cherchaient à se faire pardonner pour mon comportement cavalier.

- Désolé ! grimaçai-je en agitant la main dans leur direction.

Pour la première fois, j’entendis l’homme blafard parler. Sa voix était rocailleuse et aiguë. Elle vrillait les tympans et son curieux dialecte accentuait encore cette désagréable impression.

- Que dit-il ? demandai-je à Angeal.

Il haussa les épaules. Visiblement, il était parti de chez lui depuis trop longtemps et avait oublié son patois natal.

Zack, un postulant soldat lui aussi originaire de la région, s’approcha. Comme à chaque fois qu’il s’adressait à moi, ses grands yeux bleus semblaient incapables de me fixer et ses mains tremblaient. Lorsqu’il aurait pris un peu d’assurance, il ne faisait pas de doute qu’il deviendrait une excellente recrue.

Le silence était soudain tel que l’on n’entendit plus que le bruissement des pieds des ouvriers fouillant la terre poussiéreuse avec embarras et le vent léger et étouffant qui charriait l’odeur de vase de la rivière.

- Il dit que quelque chose va vous faire du mal, Général, et que vous devez faire attention.

Je plissai les lèvres. Après les prières… les superstitions ! Il ne manquait plus que ça.

- Quelque chose va me faire du mal ?

- Oui, Général.

- Cette chose doit s’appeler Rufus Shinra, dans ce cas. Parce que sois certain qu’il va m’arracher la tête s’il ne vous trouve pas tous au travail en arrivant.

Les hommes échangèrent des regards entendus et baissèrent la tête.

- Sauf votre respect, vous ne devriez pas plaisanter avec ça, Général. Le danger est réel.

- Qui ? Rufus Shinra ?

Zack sourit malgré lui.

- Non, Général. La chose.

- Quel genre de chose ? demanda Angeal.

Je levai les yeux au ciel et me donnai une claque sur le front.

- Angeal ! Tu ne vas pas t’y mettre toi aussi !

Il ne répondit pas et montra le sage du menton en continuant à s’adresser Zack.

- Demande-lui.

Zack s’inclina devant la vieille chouette cendreuse et lui parla dans sa langue discordante. Le sage ne répondit pas, ne changea pas d’expression et fit demi tour.

Chacun le regarda s’éloigner et, quand il s’engagea sur la pente, disparaissant de leur champ de vision, les maçons se tournèrent vers moi de concert et me lancèrent des regards désolés.

J’avais beau être imperméable à toute sorte de religion et de superstition, l’expression de leur visage, leurs épaules basses et leur immobilité me nouèrent le ventre.

Je tournai sur moi-même.

Ils formaient une ronde lugubre et mélancolique. Ils me fixaient comme si je n’étais déjà plus qu’un cadavre autour duquel les vieux copains se recueillent en se disant “c’était un brave type”.

Je pris une profonde inspiration.

- On peut retourner travailler ou vous voulez vraiment que Shinra Junior me fasse rôtir ?

Angeal adressa quelques mots aux ouvriers, qui inclinèrent la tête et retournèrent à leurs occupations en murmurant entre eux, comme s’ils craignaient que le bruit de leurs voix n’attire le malheur dont avait parlé le vieux sage. L’un d’entre eux posa la main sur ma poitrine en murmurant une prière que je ne compris pas.

- Il demande aux Dieux de te protéger, murmura Angeal.

- Oh, je… Merci, fis-je à l’homme avec un légère inclinaison de tête.

L’ouvrier s’inclina à son tour, me sourit, et descendit dans les fondations.

Chaque coin de ce pays semblait regorger de malédictions en tout genre et j’avais déjà eu des difficultés à trouver des ouvriers à cause des multiples fariboles locales qui faisaient de la région un véritable berceau du mysticisme.

Si un jour je décidais d’abandonner l’armée, je pourrais toujours gagner ma vie en écrivant des histoires sur les mystères de la région pour gogos en mal de magie, étouffant dans leurs murs de béton…

Un bruit de moteur me tira de mes plans de carrière à long terme et, un instant, je crus bien que le saint homme avait raison au sujet de sa créature dangereuse qui allait venir me chercher.

Ce qui m’arrivait dessus était au moins aussi redoutable que l’odeur du saint homme, et je sentais mes nerfs sur le point de lâcher face à cette vision d’horreur : monsieur lèche-bottes en personne, Palmer le gras double, arrivait sur le chantier pour la visite prévue. La journée commençait vraiment mal. J’avais de plus en plus hâte qu’elle se termine pour me retrouver sous ma tente.

Et, si possible, avec le joli blondinet qui venait de sortir de la voiture…

…à suivre

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LV - J’avais trois fils

On n’est pas forcément le père de quelqu’un…

mais on n’est jamais le fils de personne.»

G. Wolinski

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Non, ne fais pas ça, attends ! gémit Zack en tendant une main suppliante vers Nero, qui disparaissait petit à petit dans un maelstrom de ténèbres qui paraissaient sortir de lui. Je plaisantais ! Ne ne le prends pas comme ça !

Le ténébreux secoua la tête et recula d’un pas, le bébé de Loz pleurant de terreur dans ses bras.

- Je savais que c’était un piège… Je n’aurais jamais dû écouter Weiss. Jamais…

Le jeune soldat secoua furieusement la tête.

- Quoi ? Non ! Je dois vous guider tous les deux jusqu’à un endroit où l’on viendra vous cherch…

- C’est faux ! Toi et la Shinra vous moquez bien de ce qui peut nous arriver à moi et à mon pauvre frère ! Tout ce que vous voulez, c’est le bébé et les cellules de Jenova qu’il contient !

- Pas du tout, Angeal a…

- Angeal ne t’aurait jamais envoyé toi !

Zack se frotta le visage avec un gémissement désespéré.

Et dire qu’Angeal lui avait pourtant fait la leçon pendant une heure…

« Et, surtout, évite de faire de l’humour douteux ! Il faut récupérer ces garçons et le petit ! »

« Ca va ! C’est bon ! Je suis quand même capable de ram… »

« C’est sérieux, Zack ! Tu es sans doute la dernière personne à qui Nero ou Weiss feraient confiance mais nous n’avons pas le choix ! Lucrecia et moi devons absolument aider Aerith à contenir les géostigmates. »

« C’est bon, je te dis ! Quoi ? D’accord, je reconnais que j’ai parfois un peu titillé la boule de poix et son choupinounet de frérot mais… »

« Zack, bon sang ! »

« Désolé, ça m’a échappé ! »

- Merde… Merde… Merde… Je… NON ! Nero ! Non, allez, déconne pas ! Nero !

Celui-ci recula encore dans le brouillard ténébreux et les cris du bébé redoublèrent.

- Arrête, merde ! Tu vas le rendre malade de peur si tu l’emmènes avec toi là-dedans !

- Quand bien même ! Il sera plus en sécurité avec moi qu’entre les mains des scientifiques de la Shinra !

- NON ! Je t’en supplie, ne fais pas ça ! NERO !Oh, merde…

*

Sephiroth cracha un long jet de mako avec un dernier haut-le-coeur qui le laissa pantelant au pied de la cuve.

- Général, pouvez-vous respirer normalement ? s’enquit Merill après un petit moment en l’aidant à s’asseoir.

L’argenté hocha péniblement la tête et déglutit avec une grimace.

- Oui… fit-il d’une voix rauque. Je crois que… tout le… liquide… est sorti.

La tête lui tournait et sa vue ne serait pas nette avant plusieurs minutes, il le savait, mais le temps pressait.

Les yeux larmoyants, il essaya de distinguer - ou du moins d’identifier vaguement - les personnes qui formaient un cercle autour de lui et des deux médecins agenouillés à ses côtés.

La tête avec les grands pics, ce devait être Strife. La tête rouge, Reno. Et, près de lui…

- Cid… gémit Sephiroth en tendant la main. Cid Highwind…

Tous tressaillirent, surpris.

Le pilote n’avait jamais connu Sephiroth avant d’être confronté à lui lorsqu’il avait rejoint AVALANCHE, peu avant la chute du météore ; il ne lui avait même jamais parlé. Pourtant, quelque chose faisait à présent du général un être familier et aussi proche de Cid que Yazoo, Kadaj ou Loz - mais sans atteindre toutefois le degré d’intimité qu’il partageait désormais avec ce dernier.

- Qu’y a-t-il, mon frère ? demanda le pilote en prenant l’avant-bras tendu.

- Nero… Il faut que tu ailles chercher Nero… Le mont Nibel… Il est sur le mont Nibel… Avec Zack… Et le bébé…

A ces mots, Loz tressaillit.

- Je t’accompagne !

Sephiroth, trop affaibli pour protester, pressa le bras de Cid, suppliant, mais c’était inutile. Celui-ci savait très bien ce qu’il avait à faire.

- Non, Loz. Reno et Vincent m’accompagneront.

L’argenté allait protester mais Sephiroth s’effondra alors dans les bras du pilote.

- Faites… vite… haleta-t-il avant de perdre connaissance.

*

- Où est le bébé ? hurla Genesis aux oreilles de Weiss en essayant de reprendre son souffle.

Il avait frappé le jeune homme si fort et à de si nombreuses reprises depuis une heure qu’il en avait les bras engourdis et était essoufflé comme s’il venait de finir une course d’obstacles.

- Va… te faire… foutre… gémit le prisonnier d’une voix tout juste audible.

Son visage ensanglanté était si contusionné que l’on avait presque du mal à reconnaitre dans cette bouillie rougeâtre le ravissant minois de l’ex-commandant des Tsviets

Fou de rage, Genesis lui tomba dessus à bras racourcis.

*

Cloud faisait les cent pas dans le couloir, hésitant à entrer dans la chambre du premier où Rufus avait fait installer Sephiroth et où tous attendaient qu’il reprenne connaissance.

Lorsque le général avait demandé de l’aide à Cid, en bas, il en avait presque ressenti… Quoi en fait ? Comme un pincement au coeur et une sorte de colère, une…

“De la jalousie, Cloud ! Ni plus ni moins que de la jalousie !” persiffla une petit voix dans son cerveau. Et, cette fois, il s’agissait bien de sa propre conscience et non de cette pourriture de Jenova ! C’était peut-être ce qui l’agaçait le plus, d’ailleurs…

Jaloux…

Il en avait presque honte.

Mais, après tout, il avait reçu les cellules de Jenova, lui aussi, alors pourquoi c’était Cid que les argentés respectaient et accueillaient comme un membre de la famille ? Pourquoi le pilote et pas lui ?

Parce que tu les as toujours rejetés sans chercher à comprendre ce qui les motivait ou ce qui se passait !” lui rappela sa conscience. “Il y a deux ans, lorsque Kadaj t’appelait “grand frère”, tu lui rétorquais déjà “marionnette !”

- Ils m’ont attaqué sans me laisser de temps de comprendre quoi que ce soit !

- As-tu seulement essayé ? T’es-tu posé ne serait-ce qu’une seule question à leur sujet en dehors de “comment nous en débarrasser” ?

- J’ignorais, alors, ce qu’il en était réellement et les épreuves qu’ils avaient traversées ! répondit-il à son reflet, dans l’un des grands miroirs qui ornaient le couloir.

“Tu ne l’ignorais pas, lorsque tu as essayé de les tuer en trafiquant les freins de leurs motos…”

- Je n’étais pas moi-même ! C’était Jenova !

“Et, lorsque tu as insulté et blessé cruellement Tifa, parce que tu l’avais vue essayer d’embrasser Loz ? Lorsque tu as failli briser les vies de Cid et Shalua en te mêlant de ce qui ne te regardait pas ? C’était Jenova, aussi ?”

- La ferme ! gémit le jeune homme en se prenant la tête dans les mains.

“Ce n’est pas trop fatigant, de se chercher sans cesse des excuses, Cloud ?”

Il allait se rétorquer à lui-même lorsque la porte de la chambre de Sephiroth s’ouvrit, laissant passer la tête Tifa.

- Cloud… il se réveille.

Le garçon eut l’impression que son sang cessait de couler dans ses veines.

*

- Là ! cria Vincent pour couvrir le bruit de l’hélice en désignant un point dans la forêt dense qui recouvrait le flanc du mont Nibel.

Dans cette zone, même les puissants projecteurs de l’hélicoptère peinaient à percer l’obscurité.

Reno, assis dans le fauteuil de co-pilote de l’hélicoptère, scruta le sol à la jumelle.

- Je ne vois rien !

- Fais-moi confiance ! fit Vincent. Cid, descend !

Le pilote secoua la tête.

- Je ne peux pas me poser, Vince ! La forêt est trop dense. Tu vas devoir jouer les acrobates !

Vincent déboucla les sangles de sécurité qui le maintenaient sur le siège arrière et fixa une corde à harnais aux crochets prévus à cet effet.

- Descends autant que tu peux et ça devrait aller !

- Comment tu sais que c’est bien là ? insista Reno. Il fait noir comme dans un four, là en bas !

- Précisément, Reno ! Il fait beaucoup trop noir ! Descends encore, Cid ! Stop ! C’est bon !

Au sol, Zack vit l’hélicoptère se stabiliser avec un immense soulagement.

- Nero ! appela-t-il. Ils sont là ! Sort de ce truc, bon sang !

Mais, à l’intérieur du maelström de noirceur, le ténébreux n’entendait rien et essayait de calmer le bébé qui hurlait, rendu presque fou de terreur par les cris et les chuchotements des âmes perdues qui se pressaient auteur d’eux. Ses petits bras battaient désespérément pour chasser les mains désincarnées qui se tendaient vers lui mais ses poings minuscules n’impressionnaient guère les lambeaux de ténèbres glaciales. Ces dernières frôlaient son adorable visage, caressaient son petit corps tendre et s’enroulaient à son toupet de cheveux argentés.

- Chut, bébé, ce n’est rien, ils ne peuvent pas te faire de mal tant que je suis là, assura Nero. Du calme.

Peine perdue.

- Tu vas le faire mourir de peur, si tu le gardes ici, Nero.

Ce dernier leva brusquement la tête et recula d’un pas en serrant un peu plus le bébé contre lui.

- Vincent Valentine… murmura-t-il en s’enfonçant encore dans les ténèbres, faisant redoubler les cris du petit.

- Attends ! Arrête !

- Désolé, Vincent Valentine, mais cette danse-ci, je suis pas en état de te l’accorder. Pas tout de suite, du moins.

Vincent leva les mains pour lui montrer qu’il n’était pas armé.

- Je ne suis pas venu pour me battre, Nero, mais pour vous mettre à l’abri, toi et le bébé !

- Venant de toi, je me serais attendu à un mensonge moins naïf.

- C’est la vérité !

Le petit s’arrêta soudain de crier et le ténébreux remarqua avec épouvante qu’il avait les yeux révulsés.

- Par tous les démons de la planète, Nero, tu es en train de le faire mourir de terreur ! s’affola Vincent. Il faut le sortir d’ici !

Nero, médusé, le secoua doucement.

- Réveille-toi… Ouvre les yeux, bébé. Ouvre les yeux !

Ses jambes trop affaiblies refusant de le soutenir plus longtemps, il tomba à genoux, le nourrisson toujours serré contre sa poitrine, et jeta à Vincent un regard désespéré.

- Si tu le gardes ici, dans ces ténèbres, avec toi, il mourra !

Le ténébreux secoua furieusement la tête.

- Je voulais le protéger… gémit-il. Juste le protéger.

- Je le sais, Nero. Mais un homme normalement constitué ne peut pas rester dans un endroit comme celui-ci sans perdre totalement la raison. A plus forte raison, un enfant. Il faut le sortir d’ici.

- Pour qu’ils en fassent un monstre ? Comme moi ? Comme mon frère ?

- Je ne le permettrai pas, Nero. Jamais. Et son père non père encore moins. Oui, Nero, ce petit a un père, insista l’ex-turc en voyant le tsviet écarquiller les yeux. Un père à qui j’ai promis de ramener son bébé.

Nero déglutit avec difficulté et caressa la petite tête argentée, hésitant.

- Jure-moi que tu ne laisseras pas la Shinra le prendre ou lui faire du mal, Vincent Valentine…

Celui-ci secoua la tête et s’approcha de quelques pas.

- Personne n’a l’intention de lui faire du mal, Nero. Et surtout pas Rufus Shinra, tu as ma parole.

Le ténébreux berça un instant le bébé inconscient avec un sanglot désespéré, indécis, puis le tendis à Vincent.

- Très bien… Emmène-le, Vincent Valentine. Et fais ce que tu as à faire aussi vite que tu le pourras.

- J’en ai bien l’intention, assura-t-il en prenant le bébé.

- Lorsque tu verras mon frère, murmura Nero d’une voix étranglée, dis-lui que, jusqu’au dernier moment, je n’ai cessé de penser à lui et de l’aimer.

Il tendit son cou gracile vers l’ancien turc en fermant ses beaux yeux carmins et celui-ci tiqua.

- Que… qu’est-ce que tu fais ?

- Ton arme n’aurait aucun effet, ici. Tu vas devoir te salir les mains, Vincent Valentine.

Ce dernier hoqueta.

- Mais enfin, je n’ai nullement l’intention de te tuer ! Encore moins de te tordre le cou comme à un poulet !

Nero rouvrit les yeux et cligna des paupières, perdu.

- Mais tu… Tu as ce que tu étais venu chercher. Tu as le bébé.

- Nero… soupira Vincent. Angeal a promis à ton frère que nous ferions tout pour vous sortir de là et c’est bien ce que nous avons l’intention de faire !

- Je… J’ai peur de ne pas comprendre.

- Il n’y a rien à comprendre, s’impatiernte l’ancien turk. Peux-tu marcher ?

Le ténébreux secoua la tête, hébété.

- Je… Je ne crois pas.

- Alors, tiens le bébé.

Vincent lui posa le bébé sur le ventre avant qu’il n’ait le temps de répliquer et voulut les soulever délicatement tous deux dans ses bras mais quelque chose lui piqua douloureusement le bras.

Nero s’étant un peu rasséréné, les ténèbres s’étaient clairsemées et l’ex-turk frémit d’horreur en voyant ce qui lui avait pincé le biceps.

- Nero… Qu’est-il arrivé à ton dos ?

- Mes ailes… fit celui-ci entre ses dents serrées pour contenir un cri de douleur. Genesis… Genesis les a arrachées.

- Que les Dieux nous viennent en aide…

Mais, le bébé commençant à montrer des signes de conscience, il n’eut pas le loisir de poser plus questions.

*

Lorsque Sephiroth ouvrit les yeux, le premier visage qu’il vit fut celui de Kadaj.

Assis sur le lit, le garçon était penché sur lui et guettait attentivement le moindre signe de conscience.

- Grand frère ? chuchota-t-il, les yeux luisants et la voix tremblant d’émotion.

Le général sourit et posa une main glacée sur la joue poupine.

- Kadaj… Mon fougueux et imprévisible Kadaj… railla-t-il gentiment. Mon adorable petit fauve…

Ce dernier, bouleversé, se jeta dans ses bras en sanglotant comme l’enfant qu’il y était encore il a peu.

- Grand frère…

- Laisse-moi te regarder, fit celui-ci en prenant Kadaj par les épaules pour l’obliger à lui faire face.

Le garçon rougit un peu sous l’examen attentif mais s’essuya les yeux et sourit.

- Tu nous a tellement manqué, si tu savais…

- Vous aussi, vous m’avez manqué, assura l’ex-cauchemar de la planète en pétrissant ses épaules avec affection. Si tu savais comme j’avais envie de vous connaître enfin… Vous connaître vraiment… (Il écarta les cheveux du petit visage rond avec une douceur qui surprit Cloud) Bon sang, ce que tu peux ressembler à mère !

A la mention de ce mot, le garçon se raidit.

- A… mère ?

Sephiroth rit, sachant très bien ce qu’il pensait.

- A Lucrecia.

- Gretta me l’a dit aussi, répondit le garçon en rougissant de fierté.

- Gretta… Elle est toujours ici ?

- Et elle a hâte de te saluer. Elle m’a beaucoup parlé de toi et de mère.

- Ah oui ?

Sephiroth laissa échapper un petit rire attendri en serrant le garçon contre lui et lissa ses cheveux doux et fins comme ceux d’un bébé.

Par dessus son épaule, il vit Cloud, qui ne savait visiblement pas s’il devait lui sourire ou baisser les yeux ; la jeune Tifa, qui était devenue une superbe jeune femme depuis la dernière fois qu’il l’avait vue ; Reeve, qui était toujours le même, sobre, calme et élégant ; l’immense Barret, qui serrait contre lui une petite fille qui le regardait avec curiosité ; une jeune femme et un garçon en blouse blanche, qui ne pouvaient être que Shalua et Merill, qui avaient si bien pris soin de lui, lorsqu’il était dans la cuve ; Yuffie, dont il reconnut le rire joyeux pour l’avoir souvent entendu dans le laboratoire, lorsqu’elle venait voir Kadaj ; Rufus, bien sûr, toujours aussi joli garçon ; Rude, seul, pour une fois, et…

Loz, lui, baissa les yeux, intimidé.

- Bonjour, grand-frère, murmura Yazoo avec un petit signe de tête timoré.

Il n’osait pas s’avancer, et Sephiroth lui tendit la main en signe d’invitation.

- Tendre Yazoo… Mon autre moi-même… Approche que je te regarde. Approche, mon ange noir…

Le jeune homme ne se le fit pas dire deux fois et se jeta à son tour dans les bras de Sephiroth, ému aux larmes.

- Je croyais que tu ne souviendrais plus jamais de nous, grand frère…

Reeve échangea un regard attendri avec Shalua et Cloud secoua la tête, incrédule. Il était si surpris par le comportement affectueux de son ancien ennemi qu’il avait presque envie de se frotter les yeux pour être sûr que ces derniers ne lui jouaient pas un tour.

Barret, lui, sa fille adoptive accrochée à sa cuisse, paraissait comprendre ce que ressentait Sephiroth et Yuffie, comme à son habitude, luttait pour ne pas se laisser déborder par l’émotion.

Loz, qui observait leur effusions avec envie, lâcha la main de Tifa et recula discrètement de plusieurs pas. En cet instant, il aurait donné n’importe quoi pour prendre ses jambes à son cou ou se transformer en souris et se cacher dans un trou du plancher.

Le mythique général paraissait béat d’admiration devant ses cadets, qu’il ne finissait pas de toucher et de serrer contre lui avec effusion. Et c’était bien normal, il aurait été le premier à reconnaitre si on le lui avait demandé. Ses frères avaient tout pour eux, avaient hérité du meilleur de Sephiroth, mais lui… Lui, il n’avait ni l’intelligence et l’esprit vif de Kadaj, ni la beauté et la sagesse de Yazoo, et il le savait. Hojo et ses assistants le lui avaient assez répété. En fait, hormis ses yeux verts fendus et ses cheveux gris, il ne lui ressemblait guère, il s’en rendait bien compte, à présent qu’il les voyait tous les trois.

- Loz ? s’inquiéta Tifa dans un discret murmure en réalisant qu’il avait reculé vers la porte.

Il ouvrit la bouche pour la rassurer mais n’en eut pas le temps car Sephiroth venait de lever les yeux vers lui.

Le jeune homme hocha respectueusement la tête, les yeux fixés sur le parquet, mais resta où il était pour ne pas mettre le général mal à l’aise en l’obligeant à se montrer aussi affectueux avec lui qu’avec ses cadets par pur devoir.

- Bon retour parmi nous, grand frère. Je suis heureux de te revoir.

N’obtenant pas de réponse, il se décida enfin à relever la tête. Le pénétrant regard mako se vissa au sien.

- Loz… fit Sephiroth d’une voix étranglée par l’émotion en tendant les bras vers lui. Unique et indispensable Loz…

Celui-ci s’avança lentement et s’assit prudemment sur le bord du lit, ne sachant si Sephiroth se moquait gentiment de lui ou s’il était sincère jusqu’à ce que ce dernier referme ses mains sur ses puissantes épaules et l’attire contre lui pour le serrer avec force.

- Merci de m’avoir remplacé auprès d’eux, Loz… murmura-t-il tout contre son oreille afin que lui seul puisse entendre. Merci d’avoir toujours été un père pour Kadaj et Yazoo.

“Ce qu’on ne m’a jamais permis d’être et que je ne serais sans doute jamais pour aucun de vous, hélas…” avait-il envie de rajouter.

- Je… C’est… C’est normal, bredouilla le jeune homme sur le même ton en rougissant de confusion, pris de court par le compliment. Ce sont mes petits frères. Ils n’avaient que moi, pour les protéger.

Sephiroth sourit avec tendresse contre son cou.

- Comment tant puissance peut-elle contenir autant de générosité et de douceur après tout ce que tu as supporté, Loz, je me le demande… Où diable as-tu puisé un tel courage, toutes ces années ?

- Ce n’est rien. Tout le monde en aurait fait autant.

- Non. Tout le monde ne l’aurait pas fait… poursuivit Sephiroth en pétrissant affectueusement son large dos. Tout le monde ne l’aurait pas fait, crois-moi. Je suis fier de toi…

C’en était trop pour Loz, qui fondit en larmes dans les bras de Sephiroth.

- Père

En entendant cette épithète, qui lui était adressée pour la première fois de sa vie et qu’il n’aurait jamais espéré entendre, Sephiroth sentit son coeur se serrer jusqu’à lui en faire mal et une émotion sans nom le saisir à la gorge.

Le mot était sorti droit du coeur et de la bouche de Loz avec sa franchise habituelle, sans malice aucune, et c’était sans doute ce qui était le plus touchant.

- Dis-le encore, sanglota Sephiroth en resserrant son étreinte. Toi seul est assez fort pour assumer cette vérité, Loz, et j’ai tellement besoin de l’entendre… Dis-le encore, mon fils

- Père…

- Qu’est-ce qu’ils se racontent ? demanda discrètement Kadaj à Yazoo en essayant de saisir les murmures inaudibles de ses deux frères aînés.

Yazoo haussa les épaules et échangea un regard interloqué avec les autres, tout aussi étonnés - si ce n’est plus - de voir Sephiroth et Loz s’étreindre ainsi en pleurant et riant à la fois.

VII - Vivants ! J + 4

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Dans la chambre, Tifa essayait désespérément de calmer Loz, qui, dévoré par la fièvre, ruait et s’agitait, menaçant d’arracher son drain.

- Du calme, tu es en sécurité. Chut, Loz… Chut, Calme-toi, voyons.

Peine perdue.

- Tifa ! Qu’est-ce qu’il a ? gémissait Marlène, au bord des larmes. Pourquoi il se débat comme ça. Il a mal ?

- Je ne sais pas, ma chérie, répondit la jeune femme, contrainte de se coucher presque sur l’incarné pour l’empêcher de bouger. Bon sang, Loz, tu vas te calmer, oui !

Elle referma ses mains gantées sur les bras puissants et pesa dessus de toutes ses forces en essayant de plaquer le corps athlétique dos au matelas. Le jeune homme se cambra aussitôt, arqua l’échine en gémissant de plus belle et donna de violents coups de reins.

- Arrête ! pleurnicha la petite en s’agrippant à son gilet de cuir pour la faire lâcher prise. Arrête, tu lui fais mal !

- Je ne lui fais pas mal, Marlène ! s’impatienta Tifa en repoussant la petite d’un léger mouvement de hanches. J’essaye de l’empêcher d’arracher ce fichu tube ! Ecarte-toi !

La fillette recula d’un pas en se mordant les lèvres pour ne pas pleurer.

- Ya…zoo… haleta Loz d’une voix fiévreuse entrecoupée de sanglots. Yazoo !

Epuisé à force de se débattre, il finit néanmoins par se calmer un peu et Tifa, sans le libérer pour autant, posa sa joue contre la sienne pour lui murmurer des paroles rassurantes à l’oreille.

- Yazoo va bien, Cloud et Reno s’occupent de lui. Chut… Ca va aller. Du calme… Du calme…

- Tifa… murmura-t-il en se détendant sous elle.

- Je suis là. Je suis là, Loz, calme-toi… Calme-toi, allez, c’est fini…

Sa joue satinée caressa la sienne, brûlante et moite, et les pattes argentée de sa barbe lui piquèrent la peau mais ce n’était pas désagréable.

- Tifa…

En sentant la peau fraîche de la jeune femme contre son visage, il se laissa complètement aller. Les muscles noués de ses imposants biceps se décontractèrent sous la douce pression des mains gantées et il nicha son visage au creux du cou de Tifa avec un petit soupir expressif.

Celle-ci, à la fois surprise et un peu gênée, passa doucement l’avant-bras sous la nuque argentée, lova sa paume sur le galbe de son épaule et le serra doucement contre elle.

- Chut… C’est fini. C’est fini, Loz, ça va aller, maintenant, je suis là… Chut… Essaye de dormir.

De sa main libre, Tifa lissa les courts cheveux humides de sueur et une chaude fragrance musquée, capiteuse et typiquement masculine, lui chatouilla les narines et titilla ses sens.

Serrer ce corps moite, si viril, cette peau odorante et incandescente contre elle, éveilla au creux de son ventre des sensations qu’elle avait presque oubliées.

Depuis combien de temps n’avait-elle pas senti l’odeur d’un homme blotti contre elle ? N’avait-elle pas senti sa barbe picoter ses joues ? Son souffle haletant contre son cou ? Ses lèvres frémissantes contre sa gorge ? Son corps dur contre le sien ? Ses bras puissants autour de…

- Il dort ?

La voix de Marlène la fit sursauter et elle lutta pour émerger du cocon sensuel où le contact du trop mâle et trop séduisant incarné l’avait plongée.

- Je… bredouilla-t-elle. Oui, mentit-elle en sentant le souffle brûlant de Loz s’accélérer encore contre son cou et son oreille, provoquant d’irrépressibles et délicieux frissons. Il… Il somnole. C’est la fièvre.

Le petit visage de Marlène se contracta sous l’assaut de la pitié et elle tendit une petite main pour caresser l’épaule nue de Loz en un geste tendre et rassurant.

La peau de celui-ci se hérissa et Tifa sentit les battements de son coeur s’accélérer contre sa poitrine.

- Le pauvre… Il arrête pas de trembler, t’as vu ? Tu veux que j’aille chercher une autre couverture ?

Tifa déglutit avec difficulté. Les bras de Loz lui rendaient à présent timidement son étreinte et, de sa main libre, elle remonta le drap sur son grand corps nu.

- Non, Marlène, ça va aller.

- Mais il a froid, regarde. Il n’arrête pas de frissonner.

Tifa resserra son étreinte, le souffle de Loz s’accéléra encore contre sa gorge, sa poitrine durcit contre ses seins et elle sentit un flot de lave incandescente lui descendre le long du ventre et inonder son intimité.

- Ca va aller, Marlène, répéta la jeune femme d’une voix enrouée.

La petite hocha la tête et s’assit sur le bord du lit avec un petit soupir las, totalement inconsciente de ce qui était en train de se passer sous ses yeux, dans les arcanes des chairs des deux adultes enlacés et derrière les murailles de leurs fantasmes et de leurs désirs les plus secrets.

Loz, affaibli par les drogues, trop épuisé pour pouvoir ne serait-ce que redresser le torse et le corps enflammé par la fièvre au-delà du supportable, était à deux doigts de se mettre à hurler tant le contact de la jeune femme le mettait à la torture. Cette fille, dont il avait rêvé durant des jours, qu’il avait désirée jusqu’à la folie et lui avait ôté jusqu’au sommeil était là, tout contre lui, et serrait contre elle son grands corps nu à travers la barrière dérisoire du fin drap de coton peigné. Un drap qui, contre sa peau si ravagée de désir qu’elle en était douloureusement à vif, paraissait pourtant tissé de ronces et de chardons.

Tifa bougea un peu pour trouver une position un peu plus confortable pour tous les deux et le tissu frotta contre les petits tétons roses de l’incarné, lui arrachant un gémissement plaintif. Mais le pire était sans doute la tension insupportable au bas de son ventre. Elle était telle que Loz sentait battre et palpiter le sang dans le corps caverneux de son sexe gonflé à la façon d’un élancement douloureux, comme ceux dont on peut souffrir après un écrasement ou un coup particulièrement violent.

En fait, chaque mouvement de la jeune femme, fus-ce un simple mouvement des doigts dans ses cheveux, faisait naître un nouveau - et insoutenable - frisson qui descendait le long de son échine jusqu’à ses reins, traversait son ventre et envoyait une décharge électrique au bas de ce dernier, provoquant un douloureux afflux de sang et une nouvelle suée… qui descendait à son tour le long de son dos en une intolérable et torturante caresse.

Son coeur battait à présent si fort contre sa poitrine qu’il avait l’impression qu’il allait bientôt s’échapper de sa cage thoracique, déchirer la chair et les os qui l’emprisonnaient et sauter entre les seins de la jeune femme !

Cette image lui donna envie de rire et mal lui en prit : lorsqu’il inspira, le contact entre leurs corps se fit plus intense et il ne put contenir un sanglot plaintif contre son cou.

Tifa, à demi allongée sur lui, ne sentait que trop les battement du coeur affolé, les muscles frissonnants, les soupirs douloureux, la peau humide et brûlante, les halètements incontrôlables et l’impressionnant renflement au bas de son ventre, contre sa hanche à elle. Le parfum saturé de phéromones qui montait de sa chair incandescente lui tournait la tête et elle aurait voulu lécher la peau moite au creux de son cou et derrière son oreille, s’enivrer de cette odeur si mâle, le nez dans ses cheveux de mercure…

Jamais elle n’aurait cru voir un jour un homme aussi ravagé par le désir que Loz l’était en cet instant. Certes, la fièvre y était sans doute pour beaucoup mais le résultat n’en était pas moins délicieusement excitant…

Elle s’écarta un peu pour regarder l’expression de son visage.

La tête toujours renversée sur l’avant-bras de la jeune femme, il n’avait pas ouvert les yeux et respirait avec plus de difficulté que jamais mais sa blessure n’y était pour rien, cette fois. Ses joues s’étaient légèrement colorées de rose, ses yeux roulaient sous les paupières closes et ses lèvres entrouvertes avaient gonflé.

De sa main libre, Tifa prit le linge qui reposait sur la table de nuit, près d’un grand bol d’eau désormais tiède, et épongea doucement le visage baigné de sueur en commençant par le front et les tempes. Loz poussa un petit soupir et elle s’attarda un peu sur les grands yeux en amande, l’élégant nez droit et les pommettes hautes. Puis, se débarrassant de son gant à l’aide de ses dents, elle plongea à nouveau le linge dans le bol et pressa le trop plein de liquide.

- Va chercher de l’eau fraîche, tu veux bien ? demanda Tifa à Marlène.

- D’accord !

La petite bondit du lit, ravie de se rendre enfin utile, et se dirigea vers la salle de bains, le bol dans les mains.

Tifa, elle, se concentra à nouveau sur son “patient” et passa tendrement le linge sur les lèvres sensuelles, les mâchoires viriles et le menton volontaire avant de descendre sur la gorge et le haut de la poitrine.

Loz cambra le dos, pressant sa nuque contre l’avant-bras de la jeune femme, et sanglota une petite plainte en ouvrant à demi ses incroyables yeux félins, brillants de fièvre.

- Chut, le rassura Tifa en posant le bout de l’index sur ses lèvres. Ca va aller, du calme.

Le jeune homme secoua la tête avec un regard suppliant.

- Arrête ça…

Elle lui sourit, se méprenant sur ses craintes.

- Ce n’est qu’un linge humide. Personne ne te fera de mal, ici, je te le promets.

Elle posa la main à plat sur sa poitrine pour le rassurer, sur la partie inférieure d’un muscle pectoral que le bandage laissait à nu. Loz tressaillit, comme si le contact l’avait brûlé, se mordit la lèvre au sang et donna un involontaire coup de reins qui dévoila un instant l’impressionnante virilité qui se dressait au bas de son ventre musclé.

- Pardon… haleta-t-il d’une voix à peine audible en rougissant.

Tifa sentit ses joues devenir cuisantes mais sourit comme si elle n’avait rien remarqué et retira sa main de sa poitrine en réalisant que c’était le frottement de sa paume contre son petit téton rose douloureusement sensible qui avait provoqué ce mouvement réflexe.

- Ce n’est rien, c’est la fièvre, ça arrive, essaya-t-elle d’argumenter pour le tirer d’embarras. C’est normal… Comment te sens-tu ?

Il déglutit avec difficulté et secoua la tête.

- Mal… Je… Je…

“J’ai tellement envie de toi que je crois que je vais en mourir…” avait-il envie de dire, le cœur cognant tellement fort et le sang battant si violemment dans son bas-ventre et à ses tempes qu’il en avait la nausée et tête qui tournait.

- Marlène va apporter de l’eau fraîche, le secourut Tifa. Ça ira un peu mieux après, tu verras.

Elle caressa son front humide et peigna ses cheveux argentés de ses doigts graciles, le faisant soupirer.

Loz sourit avec tristesse, ferma les yeux et une larme roula sur sa tempe argentée. Il blottit à nouveau son visage au creux de son cou et pleura en silence.

- Loz ? chuchota la Tifa, inquiète. Qu’est-ce que tu as ?

- Rien… Rien du tout…

Avant même de se rendre compte de ce qu’elle faisait, Tifa posa ses lèvres frissonnantes sur son front fiévreux.

- Plus personne ne vous fera de mal, à toi et à Yazoo, promit-elle en resserrant son étreinte autour de ses épaules. Ni les médecins, ni Jenova, ni Sephiroth, ni personne. Le cauchemar est fini, Loz. Je te le promets…

Elle le sentit à nouveau haleter contre son cou et elle tourna légèrement la tête pour pour profiter de la sensation délicieuse de son souffle contre son oreille.

- Je n’ai pas arrêté de penser à toi depuis ce jour-là, dans l’église, avoua-t-il dans un souffle brûlant, tout contre sa joue. Pas une minute…

Tout le corps de Loz paraissait se tendre vers elle et la température de la chambre semblait avoir soudain monté de plusieurs degrés.

Tifa sentit son cœur faire une embardée et se mettre à battre la charge dans sa poitrine. Depuis quand un homme ne l’avait-elle pas désirée à ce point ? Au point que chaque pore de sa peau, chaque mot, chaque geste, chaque murmure, chaque souffle paraissait la supplier de lui accorder un instant d’attention. En fait… cela lui était-il seulement déjà arrivé ?

D’elle-même sa tête pivota encore un peu, sa joue se caressant à celle de l’incarné, les angles soignés des dessins de sa barbe lui picotant agréablement la peau. Les eux mi-clos, elle chercha ses lèvres.

- Tu vois qu’il va bien !

La voix de Denzel fit tressaillir la jeune femme, qui redressa la tête, blême comme un suaire.

- Je te l’avais dit ! insista le garçonnet. Pourquoi tu voulait pas qu’on le laisse avec Tifa ?

Dans l’encadrement de la porte, Cloud regardait ses chaussures, à demi mort de honte.

- Comment va Loz ? demanda-t-il à sa compagne en rougissant légèrement.

Tifa cligna des paupières, interloquée.

Cloud ne s’était-il dont aperçu de rien ? N’avait-il pas vu ce qu’elle s’apprêtait à faire ?

Elle baissa les yeux vers Loz qui, la nuque toujours appuyée sur son avant-bras et le visage tourné dans le sens opposé de la porte, avait eu la présence d’esprit de simuler l’inconscience dès que le fils adoptif de la jeune femme était entré dans la chambre…

*

Dans la salle de bains, Yazoo toujours assis entre ses jambes dans l’eau brûlante, Reno vit Marlène remplir un bol d’eau fraîche au lavabo et regarda sa montre. Minuit passé. Il était grand temps de coucher les enfants et d’essayer de dormir un peu.

Comme s’il avait lu dans ses pensées, l’incarné se serra un peu plus confortablement contre le turk avec un petit soupir et ce dernier réalisa que, depuis un petit moment déjà, Yazoo dormait comme un ange…

A Sephiroth

Si je ne te plais pas, tue-moi.
Mais d’abord, essaye-moi !

Zack

Le soleil s’est levé ?
Ou c’est toi qui viens de sourire ?

Genesis

Avec un steak pareil,
je ne commande même pas de frites !

Red XIII

Tu ne le croiras jamais :
Il y a 30 secondes, j’étais lesbienne !

Tifa

J’ignore où on va avec tout ça,
mais j’irai bien avec toi…

Cloud

La tentation de Reno

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Cette histoire (curieuse histoire, diraient certains) se passa un soir de juillet dans l’église en ruine de l’ancienne ville de Midgar.

L’athéisme ambiant, ou plutôt “ de bon ton ” avait réduit la petit église à l’état de ruine bien avant la chute du météore et, hormis une jeune femme qui, disait-on, y avait fait pousser des fleurs deux ans plus tôt, personne n’y mettait jamais les pieds.

Personne ?

Pas tout à fait car, à quelques pas du maître autel délabré, dans l’ombre d’une alcôve de pierre, un jeune homme était agenouillée à même le sol, sur les dalles de marbre.

La tête pieusement inclinée, il priait, ses mains fines jointes sur sa poitrine recouverte de cuir et ses longs cheveux de mercure retombant sur ses épaules à la fois carrées et élégantes.

“ Beau comme un ange… ”

C’est ce que murmuraient généralement les gens qui le croisaient.

Mais existe-t-il des anges aveugles ? Car aveugle, l’inconnu l’était, si l’on en croyait la canne blanche posée à côté de lui et le regard fixe de ses yeux fendus vert mako.

Détail qu’avait aussi remarqué un homme aux cheveux rouges, debout à quelques mètres derrière la pauvre créature. Et, à bien les regarder l’un et l’autre, avec leurs visages enfantins et leurs grands yeux clairs, on se disait qu’ils auraient fait les délices d’un peintre d’icônes.

L’inconnu à la chevelure de feu était un peu plus petit que le jeune aveugle et bien plus singulier. Mais, singuliers, tous les turks le sont et que nul n’imagine qu’il s’agit là d’un effet de style. Cet inconnu, qui détaillait celui que l’on prendrait volontiers pour l’un des siens, était bel et bien un turk et non des moindres. Il s’agissait de Reno.

Oui, ce Reno-là. Sur les lieux en cette belle soirée de juillet parce qu’un informateur anonyme lui avait assuré avoir été témoin d’un important trafic de materias de contrebande - dont il n’avait d’ailleurs pas vu trace.

Et Reno était subjugué par le jeune inconnu, qui ressemblait tellement à…

“ Sephiroth… ”

C’est avec une fascination mêlée de déférence qu’il s’approcha de l’aveugle agenouillé.

- Les Dieux doivent sourire en entendant de si belles prières.

Le jeune homme tressaillit et se retourna.

Faut-il décrire la surprise et le ravissement de Reno lorsqu’il contempla le délicat visage à la lumière feutrée filtrant par le toit éventré ? Inutile. Nul mot ne saurait le décrire de toute façon. Quant à sa voix, disons que si les campanules avaient pu jouer de la musique lorsque le vent du printemps les fait danser au rythme de sa brise, leur chant aurait ressemblé au doux timbre de l’aveugle.

- Bonsoir, murmura simplement celui-ci en tendant la main vers sa canne.

- Pardonnez-moi, je ne voulais pas vous effrayer mais je… je vous écoutais parler avec les Dieux et j’avoue que j’ai rarement vu quelqu’un prier avec tant de ferveur.

L’inconnu pencha la tête sur le côté et sa longue chevelure mercure lui balaya la poitrine.

- Écouter, dites-vous ? Il me semblait pourtant prier en silence. Pardonnez-moi si j’ai perturbé votre recueillement, j’étais persuadé d’avoir les lèvres closes.

- Disons que votre cœur et votre visage parlaient si bien qu’il m’a semblé les entendre.

Le jeune aveugle fit tinter son rire. Un doux rire cristallin teinté d’ironie qui ravit le turk.

- Vous êtes bien étrange, monsieur.

Reno sourit.

- D’accord, j’ai menti. En fait, je… Je trouvais que vous ressembliez étrangement à quelqu’un que j’ai connu.

- Oh. Pourtant, on me dit souvent que j’ai un physique un peu “ à part ”. Cela étant dit, monsieur, plaisanta le garçon, je suis dans l’impossibilité de vérifier !

Le turk rit de bon cœur.

- Mon nom est Reno, pas monsieur. ”

L’infirme se leva en s’aidant de sa canne et tendit sa main fine.

- Je m’appelle Yazoo. Enchanté.

Reno leva un sourcil, amusé, et serra la main tendue.

- Yazoo ? Quel nom singulier vous avez là.

- Oui, il parait.

Le jeune homme s’appuya sur sa canne, qui se coinça entre deux dalles mal assemblées et se brisa.

Emporté par son élan, il serait tombé tête première n’eût été les bras vigoureux qui le retinrent.

- Oh ! Pardonnez-moi… Zut, il ne manquait plus que ça.

- Habitez-vous loin d’ici ?

L’inconnu secoua la tête.

- Non, mais beaucoup trop loin pour moi sans cette canne, je le crains, soupira-t-il. Je vais appeler mon frère, pour qu’il vienne me chercher. Pouvez-vous me guider jusqu’à un endroit où je peux capter le réseau ?

Reno sourit.

- Je vous dois mieux que cela. Puisque je suis en partie responsable de cet incident, permettez-moi de vous raccompagner.

- Eh bien, je… je ne sais pas si…

Les hésitations du jeune homme amusèrent le turk.

- Rassurez-vous, vous ne risquez absolument rien en ma compagnie.

- Je… Je ne voulais pas être désagréable.

- Vous ne l’avez pas été.

- C’est que l’on entend tellement de choses horribles de nos jours, que… Excusez-moi. Je suis trop méfiant. Peut-être est-il temps de… (Il sourit) que je fasse un peu plus confiance aux gens.

- Venez, murmura Reno en lui donnant le bras. Attention aux gravats.

Ils quittèrent donc l’église et prirent la direction de Edge.

- Votre frère vous ressemble-t-il ? demanda Reno en marchant d’un pas serein.

Yazoo sourit.

- On le dit, oui. Bien qu’il soit beaucoup plus fort que moi ! Avez-vous des frères et sœurs vous-même ?

Ils devisèrent ainsi tout en marchant et nombreux furent les yeux qui, en chemin, se tournèrent dans leur direction. Bien des femmes succombèrent. Quant aux hommes, ma foi… soit ils grimacèrent, soit ils furent séduits, tout dépendit des hommes. Mais aucun regard, cependant, ne se détourna avant que la porte de l’entrée de l’immeuble délabré où habitait l’aveugle ne leur cache le pâle visage à la beauté éthérée.

- Vous disiez que je ressemblais à l’un de vos amis ?  demanda le jeune infirme en montant les marches.

- ” Ami ” ? Je n’irai pas jusque là, non, plaisanta le turk. Un ancien adversaire, plutôt. (L’aveugle s’arrêta un instant, haussa les sourcils et Reno rit de son expression.) Il avait les mêmes yeux que vous. Des yeux que je n’avais jamais vus chez quelqu’un d’autre jusqu’à maintenant. Ah ! Je crois que nous sommes arrivés. Je vous dis donc “ à bientôt ”. Peut-être.

- Est-ce que… Est-ce que vous accepteriez de boire un verre avec moi ? s’enquit timidement l’aveugle. Vous avez été très aimable et… j’avoue que vous m’êtes très sympathique. J’ai plaisir à parler avec vous.

Reno fut pris au dépourvu.

- Eh bien…

- Vous n’y êtes pas obligé, fit précipitamment Yazoo en rougissant furieusement.

Le turk sourit.

- J’accepte avec joie. Peut-être dois-je, moi aussi, devenir moins méfiant ! (Il haussa les épaules.) Déformation professionnelle ! plaisanta-t-il.

- Ah ? Vous êtes policier ?

- Ah ! Ah ! Ah ! Non. Je travaille pour les services de sécurité de la Shinra, fit-il évasivement.

- Oh. Je vois.

Reno entra dans l’appartement. Un meublé, selon toute vraisemblance, si l’on en croyait le manque total d’originalité et la sobriété de la décoration. Mais la seule présence de son hôte suffisait à magnifier les lieux et le turk, profitant de sa cécité, ne se gêna pas pour le détailler des pieds à la tête sans la moindre pudeur. Et il était beau, son hôte, pour ça oui ! Si les anges avaient eu une descendance, il aurait pu se croire en présence de l’un d’entre eux.

- Le salon est par là, précisa le jeune homme en le précédant. Qu’aimeriez-vous boire ?

- Un whisky allongé, si vous avez ça.

Yazoo prit deux verres dans un placard, une flasque contenant un liquide doré et une bouteille d’eau minérale dans le réfrigérateur du bar.

- Me permettez-vous de vous regarder à ma manière ? demanda-t-il en remplissant les verres. Je suis curieux de savoir à quoi vous ressemblez.

- Que voulez-vous d…

Mais le jeune homme faisait déjà courir ses doigts frais sur son visage avec délicatesse.

- Vous êtes beau.

Reno sourit, à la fois gêné et flatté.

- Merci.

- De rien, susurra Yazoo à un souffle de ses lèvres.

Le turk observa la petite bouche boudeuse avec curiosité. Que se passerait-il s’il posait ses lèvres sur ces lèvres-là ? Concupiscence ? Luxure ? Péché ? Abomination ? Acte contre-nature ? Bien sûr que non. Le baiser d’une bouche pareille ne pouvait être que tendre, pur et sans arrière pensée, à l’image de son propriétaire.

Reno se pencha doucement sur le visage délicat et embrassa les lèvres tendres. Une vague d’émotion le submergea et il eut à peine conscience des bras qui l’entraînaient sur les coussins.

***

Lorsqu’il ouvrit les yeux, il était seul dans le lit et avait un mal de crâne à faire hurler un muet.

Merde, qu’avait-il fait ?

Il vit un long cheveu d’électrum sur l’oreiller et frémit.

Que s’était-il passé ? Il eut beau essayer de se souvenir, il lui semblait que sa mémoire s’obstinait a lui masquer les preuves de sa bêtise.

“ Oh, la vache… Ma tête ! ”

Ils avaient bu… Oui, beaucoup bu. Et beaucoup ri, aussi. Puis ils avaient fait l’amour. Et avaient encore bu…

Reno avait parlé à Yazoo de sa ressemblance avec Sephiroth et le garçon avait posé des dizaines de questions. Trop de questions, en fait. Oui, beaucoup trop de questions - auxquelles il avait d’ailleurs répondu, grisé par l’alcool et le sexe.

- Qui est cette… Jenova ? avait demandé le garçon.

Reno avait éclaté de rire et vidé un autre verre de brandy.

- C’est pas vrai ! Tu as vécu dans une boîte, ces dernières années, ou quoi ?

Alors il lui avait parlé de la calamité tombée du ciel. De la façon dont Sephiroth avait…

- Oh, putain ! s’écria-t-il en se redressant sur le lit, soudain parfaitement dégrisé.

Il réalisa alors qu’il n’était pas seul dans la chambre.

Un homme vêtu de cuir, aux courts cheveux de mercure et aux épaules aussi larges aussi larges que celles de Rude, était appuyé contre le chambranle de la porte. Grand, un profil de médaille et admirablement découplé, il dégageait ce charme sauvage et cette puissance qui n’appartient qu’aux grands fauves.

Ses yeux mako aux pupilles fendues luisaient dans la pénombre et il souriait, follement amusé.

- Yazoo ! appela-t-il. Il est réveillé !

“ L’ange ” qui avait si sensuellement gémi le nom de Reno quelques heures plus tôt, entra dans la chambre, vêtu de son long manteau de cuir noir. Il s’appuya contre la large poitrine de celui qui - si l’on en croyait la façon dont il transpirait la sensualité et la vigueur - ne pouvait être que son frère.

La pose de Yazoo était languissante ; son immobilité, une invitation et son regard… un monde de sarcasmes non formulés.

Les pupilles fendues se vissèrent à celle du turk sans la moindre hésitation.

- Aveugle, mon cul… cracha ce dernier. Tu t’es servi de moi, sale fils de pute !

Fou de rage, il bondit du lit pour se jeter sur son arme mais le jeune colosse aux cheveux courts le devança à une vitesse prodigieuse et l’assomma.

- Qu’est-ce qu’on fait de lui ? demanda-t-il avec un rictus mauvais.

- On s’en fiche, répondit son frère. Viens. Allons vite dire à Kadaj que nous savons où est mère.

Ils quittèrent la pièce et, quelques secondes plus part, Reno, à demi inconscient,

entendit vrombir le moteur de deux motos au pied de l’immeuble.

Il se traîna sur le sol pour se saisir de son téléphone cellulaire et composa le numéro de Tseng.

“ Reno ? Reno, ça va ? Tu as une drôle de voix ? ”

- Elena ?

“ Oui, Tseng est en réunion avec le patr… ”

-  Il faut que vous partiez au cratère nord ! Tout de suite ! Je vous rejoindrai là-bas !

“ Quoi ? Pourquoi ? Qu’est-ce que tu racontes ? ”

- Je crois que j’ai fait une connerie, Elena… Une énorme connerie.

VI - Vivants ! J + 3

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno étendit une couverture supplémentaire sur le corps frissonnant toujours inconscient de Yazoo et Tifa secoua la tête, découragée.

- L’un est glacé et l’autre a une fièvre de cheval… c’est à en perdre sa langue.

- Très bien professeur, merci, disait Cloud au téléphone en entrant dans la chambre d’où il était sorti pour appeler l’hôpital. Oui, je vous rappelle si ça empire. Oui, merci.

Il raccrocha.

- Alors ? Qu’est-ce qu’il a dit ? s’enquit Reno.

Le jeune homme haussa les épaules.

- Bain très chaud, laissa-t-il tomber.

- Et… c’est tout ?

- C’est ce qu’il a préconisé. D’après lui, la baisse de température n’est due qu’au choc traumatique.

- Et lui, alors ? intervint Marlène en passant sa petite main sur le front moite de Loz, qui délirait dans un demi-sommeil. Pourquoi il est aussi malade ?

Tifa se pencha sur elle et lui lissa les cheveux en souriant pour la rassurer.

- Il a une très vilaine blessure, ma chérie. La fièvre, c’est parce que son corps combat l’infection. Elle tombera bientôt, tu verras.

- Il faut le mettre dans la baignoire, alors ? demanda Denzel, qui n’avait pas lâché la main de Yazoo depuis qu’il était entré dans la chambre, juste après avoir expédié son petit déjeuner au bar.

Cloud lui tapota paternellement la tête.

- Oui, comme le docteur l’a dit : un bon bain très chaud. Reno est moi allons nous en occuper, ne t’en fais pas.

- ” Très chaud ” ? Et… ça va pas le brûler ?

Reno éclata de rire.

- Pourquoi veux-tu que ça le brûle ? On va juste le réchauffer, pas l’ébouillanter !

- Bah, il a presque pas de peau, regarde, plaida le petit en lui tendant la main molle de l’argenté, qu’il serrait dans ses menottes. On voit tout à travers !

Le turk, plus amusé que jamais, s’accroupit à ses côtés et prit la main délicate de Yazoo dans la sienne.

- Ils ont la peau très claire, expliqua-t-il patiemment en suivant du doigt une fine veine bleue dans le creux du bras, c’est pour ça qu’elle te paraît transparente. Mais elle est aussi résistante que la tienne ou la mienne, rassure-toi. Voire même plus. Un bain chaud ne lui fera aucun mal, je te le promets.

Cloud tendit la main au garçonnet.

- Tu viens ? On va le faire couler.

Denzel bondit sur ses pieds et quitta la pièce en compagnie de son ami, au grand amusement de Tifa, qui s’assit sur le bord du lit, près de Marlène.

- Il va dans son corps, ce gros tuyau ? demanda la petite en désignant le tube ensanglanté qui sortait de dessous les draps qui recouvraient Loz.

- C’est un drain, ma chérie. Et il n’est pas si gros que ça. Ca sert à faire sortir le sang et le liquide de ses poumons pour qu’il ne s’étouffe pas.

La fillette grimaça.

- Et il va avoir ça tout le temps, maintenant ?

- Non ! Bien sûr que non. C’est juste le temps que sa blessure cicatrise un peu.

- Pourquoi il se réveille pas ?

- Ca va venir. Il faut que la fièvre tombe un peu et que les effets des médicaments se dissipent.

Marlène poussa un profond soupir qui fit rire Reno.

- Tu ne vas pas avoir peur de lui, quand il se réveillera ? demanda-t-il.

Elle secoua furieusement la tête.

- Bah non, t’es bête ! Il est pas méchant, avec les enfants, rétorqua-t-elle avec une docte assurance qui fit pouffer Tifa. C’est vrai ! insita-t-elle. Demande à Denzel, si tu me crois pas !

- Oh mais je te crois, ma puce.

- Et à vous non plus, il fera plus de mal, ajouta-t-elle le plus sérieusement du monde, puisque Jenova n’est plus là pour le commander…

- Ah… L’assurance des enfants ! railla le turk, plus amusé que jamais, en frottant doucement la main glacée de Yazoo.

- C’est vrai ! C’est même Cloud qui l’a dit ! Hein que c’est vrai, Tifa ?

- Oui, ma chérie, il l’a dit.

- Oh ! Regardez ! s’écria soudain la petite en se penchant sur le visage baigné de sueur de son protégé. Il pleure !

Tifa éclata de rire.

- Mais non, voyons, il transp… Ah, si, tu as raison, se reprit-elle en voyant des larmes rouler sur les tempes argentées pour se perdre dans la chevelure de mercure. Il pleure.

- Le pauvre… gémit la petite. C’est parce qu’il a mal, tu crois ?

- Je ne sais pas, Marlène.

Elle prit le linge avec lequel la fillette lui épongeait le front, le trempa dans la bassine d’eau fraîche prévue à cet effet, l’essora et le passa doucement sur le visage et les yeux de l’incarné.

Sa tête ballottait sur l’oreiller, en proie à une poussée de fièvre particulièrement violente, et des petits gémissements à peine audibles s’échappaient de ses lèvres entrouvertes.

- Chut, chut, chut… Allons, du calme… murmura la jeune femme en prenant son visage entre ses mains en coupe, ses pouces caressant doucement ses joues, dont deux pattes argentées soigneusement taillées en L soulignaient les lignes viriles.

- Ti…fa… susurra-t-il dans son état de semi-conscience, faisant un peu rougir la jeune femme, qui ne le lâcha pas pour autant.

- Je suis là, du calme…

Sa peau était douce et chaude sous ses doigts et ses lèvres pleines, gonflées par la fièvre, et brûlantes. Si Reno et Marlène n’avaient pas été là, elle se serait laissée aller à en caresser le contour du bout du pouce, comme ça, juste pour le plaisir de sentir la peau souple.

Loz avait une bouche terriblement sensuelle, aux lèvres pleines élégamment ourlées, et de grands yeux en amande magnifiques. Peu importait qui il était ni ce qu’elle pouvait lui reprocher, il n’en était pas moins un homme particulièrement agréable à contempler.

Même dans l’église, là-bas, dans les ruines de Midgar, Tifa n’avait pu s’empêcher de remarquer le corps athlétique, véritable mètre étalon de perfection masculine, que mettaient en avant plus qu’ils ne cachaient ses vêtements de cuir moulants.

Jamais elle n’avait croisé un homme avec des proportions aussi exquises : grand et élancé, le dos formant un large V sans défaut, une taille étroite et cambrée jusqu’au vertige sur des fesses d’une rondeur affolante et des cuisses puissantes, qui doublaient presque de volume lorsque les muscles se gonflaient, tendant le cuir du pantalon jusqu’à la limite de la déchirure…

Oui, un corps à retourner les sens qu’elle aurait pu contempler dans sa plus bouleversante nudité si elle avait été seule pour pouvoir soulever les couvertures. Un corps dont elle avait eu un fugace aperçu - trop fugace, hélas - à l’hôpital, lorsque le médecin avait rabattu le drap.

- ” Ahem ! ” cria presque Reno, la faisant tressaillir.

- Hein ? bredouilla-t-elle. Quoi ?

Elle cligna des yeux comme au sortir d’un rêve, vit la grimace du turk et s’aperçut qu’elle tenait toujours dans ses mains le visage de Loz, qu’elle continuait à caresser mécaniquement du bout des doigts.

Elle ne le lâcha qu’en remarquant Cloud, debout près d’elle - et apparemment là depuis un petit moment.

- Je disais : le bain est prêt, fit celui-ci d’une voix blanche et avec une expression qui en disait plus long qu’un discours sur ce qu’il avait surpris dans les yeux de la jeune femme alors qu’elle caressait les joues de l’argenté inconscient.

*

Denzel plongea une dernière fois le thermomètre dans l’eau puis sa main. Et encore une fois le thermomètre. Puis à nouveau sa main.

- Puisqu’on te dit qu’il ne risque rien, graine de têtard ! gouailla Reno en entrant dans la salle de bains avec, dans les bras, un Yazoo nu et frissonnant.

- J’suis pas un têtard ! s’écria le garçonnet en sautant sur ses pieds, les poings serrés.

Le turk éclata de rire et se pencha par-dessus le rebord de la baignoire pour y plonger l’incarné inconscient qui, aussitôt qu’il sentit l’eau commencer à le recouvrir, s’agita comme un beau diable en gémissant, envoyant des gerbes d’eau chaude en tout sens et manquant de peu de déséquilibrer Reno.

- Oh ! Là ! Du calme ! Du calme, voyons !

- Tu vois ! s’écria Denzel en essayant de tirer le turk en arrière, loin de la baignoire. Je t’avais dit que ça le brûlerait !

- Ca n’a rien à voir, Denzel. L’eau n’est pas chaude à ce point.

Incapable de maintenir Yazoo dans l’eau sans risquer qu’il ne se blesse - ou qu’il ne le blesse lui ou le garçonnet - Reno s’accroupit sur le sol, l’argenté serré contre lui en une étreinte de fer pour l’empêcher de bouger et l’obliger à se calmer.

- Chut, chut, chut… On se calme, allez, allez, c’est fini.

- Qu’est-ce qui se passe ? demanda Cloud en entrant à son tour dans la salle de bains pour voir l’incarné et le turk avachis sur le carrelage et trempés comme des soupes. C’était quoi, ces gémissements ?

- Monsieur n’aime pas l’eau ! railla le Reno.

Cloud s’approcha et posa la main sur la poitrine nue de Yazoo.

Son coeur battait comme celui d’un moineau pris au piège.

- Il est totalement paniqué. Qu’est-ce que tu lui as fait ?

- Mais rien ! A peine les fesses dans l’eau, il a commencé à geindre et à donner des coups en tout sens. Il a pourtant déjà dû se laver au moins une fois dans sa vie, quand même !

- Ca doit être à cause de la pluie… réalisa l’ancien postulant soldat. Oui, c’est sûrement ça.

- Hein ? De quoi tu parles ?

- La pluie qui a balayé les géostigmates.

- Eh bien quoi, la pluie ?

- Elle agissait sur eux comme une pluie acide.

- Quel rapport ?

- Les médecins l’ont drogué, Reno ! Il est dans les vapes. Il ne se rend pas compte que tu essayes de le plonger dans une inoffensive baignoire. La dernière chose dont il se souvient plus ou moins nettement, c’est sûrement d’être coincé sous ses tonnes de gravats avec cette pluie acide brûlante qui lui tombait dessus sans pouvoir rien faire pour lui échapper !

Reno grimaça et écarta les cheveux humides du petit visage bleui, dont les lèvres mouillées tremblaient comme jamais.

- Ah, merde… J’avais pas pensé à ça.

- Je vais t’aider à tenir immobile dans l’eau.

- Non, attends, on risquerait de faire sauter ses points de suture. J’ai une meilleure idée : tiens-le-moi une minute.

Reno se leva pour retirer chemise et pantalon avant de prendre place dans la grande baignoire.

- Ecarte-toi, Denzel, il pourrait te donner un coup. Vas-y, passe-le-moi.

Cloud assit l’argenté entre les jambes du turk et celui-ci le saisit aussitôt à bras le corps par derrière pour l’empêcher de bouger.

Peine perdue, Yazoo se débattit avec la force du désespoir.

- Du calme ! Chut… Ca va, ça va… Arrête ! Chut… C’est pas vrai ! Arrête… Du calme… Bordel, attrape-lui les jambes !

Il fallut dix bonnes minutes pour que Yazoo finisse par déclarer forfait et se laisse aller contre la poitrine de Reno avec un gémissement pitoyable, totalement épuisé.

- Chut… chuchota celui-ci contre son oreille. Tu vois, c’était pas si terrible… Du calme… Allez, calme-toi…

Le turk l’installa confortablement tout contre lui et s’immergea totalement en prenant toutefois bien garde de lui laisser la tête hors de l’eau.

- On dirait que ça va aller, nota Cloud en passant la main sur le petit visage encore trop pâle.

- Je remets un peu d’eau chaude ? demanda Denzel en plongeant le thermomètre dans l’eau à présent tiède.

- Ouais, bonhomme, vas-y, acquiesça Reno, Et toi, tu arrêtes de gigoter, ajouta-t-il en immobilisant les jambes de Yazoo entre les siennes.

Ce dernier poussa une petite plainte et le turk desserra un peu l’étau de ses cuisses.

- Fais attention à sa jambe, prévint Cloud en tâtant l’épais rectangle de peau artificielle qui devait protéger la blessure de l’argenté et remplacer son épiderme jusqu’à ce que celle-ci cicatrise et se reforme.

- Les points de suture ont morflé ?

- Non, ça a l’air d’aller. Tout est bien en place.

Denzel ferma le robinet d’eau chaude après avoir vérifié la température de l’eau une énième fois et croisa ses petits bras sur le rebord de la baignoire.

- Il va se réveiller quand ? demanda-t-il, impatient.

- Pas tout de suite, on dirait, plaisanta Reno en sentant le souffle régulier de Yazoo contre sa joue.

- Il s’est endormi ? s’étonna Cloud. (Le turk acquiesça) Alors, profites-en pour lui faire faire trempette aussi longtemps que possible. Viens Denzel, on va aller voir Tifa.

- Mais je peux rester ici, je ferais pas de bruit, promis.

- Non, laisse Yazoo avec Reno, il a besoin de calme, allez.

Le petit obéit à regret et Reno ne put s’empêcher de sourire.

« Besoin de calme, tu parles ! »

Cloud n’avait surtout aucune envie de laisser sa dulcinée seule avec Loz après le regard qu’il avait surpris en revenant dans la chambre !

Il aurait fallu être aveugle pour ne pas le remarquer, d’ailleurs.

Cela étant dit, il pouvait comprendre Tifa.

A plus forte raison maintenant que le petit visage en coeur de Yazoo reposait tout contre le sien et que son corps tendre se lovait contre lui.

Les incarnés paraissaient avoir un « truc », un je-ne-sais-quoi qui agissait comme un aimant et donnait envie de toucher leur peau diaphane, presque bleutée, et leurs étranges cheveux argentés.

S’ils étaient agressifs, une peur quasi paranormale vous tordait le ventre à la seule idée d’affronter ces étranges créatures évanescentes mais, dès l’instant qu’ils montraient le moindre signe de faiblesse ou de fragilité, on avait aussitôt envie de les protéger et de les serrer contre soi, comme on pourrait le faire avec un chiot ou un chaton particulièrement craquant.

Cela faisait-il partie de la panoplie de survie inhérente à leur étrange nature, au même titre que leur rapidité ou leur adresse ?

Pouvoir effrayer leurs adversaires jusqu’au malaise lorsqu’ils étaient en mesure de le faire et, si ce n’était plus le cas, qu’ils étaient fragilisés ou ne pouvaient plus se défendre, susciter la sympathie d’autrui, voire même un attendrissement extrême ou, carrément de l’affection ?

Reno tourna un peu la tête pour détailler la « bouille » (comment aurait-il pu appeler cela autrement ?) qui se pressait contre sa joue et passa tout doucement le bout de l’index sur la chair pâle et si tendre de la petite bouche boudeuse. Le souffle léger qui s’échappait des lèvres entrouvertes était tout juste tiède.

- Et si on remettait encore un peu d’eau chaude, mhh ? susurra-t-il en effleurant de ses lèvres le bout du petit nez glacé.

Il vida une partie de l’eau de la baignoire et fit couler le robinet chaud quelques minutes pour la remplir à nouveau.

Lorsqu’il le ferma, Yazoo bougea un peu pour se blottir tout entier contre lui et nicher son visage au creux de son cou avec un petit soupir expressif qui fit pouffer Reno.

- Je t’en prie, vas-y, mets-toi à l’aise, railla le turk dans un murmure en retenant un fou-rire.

…à suivre

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LIV - Pardon pour le retard mais j’étais mort !

« ” Si vous arrivez en retard, dites :

“C’est que je ne suis pas le premier venu !” »

Alphonse Allais

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- J’ai un fils… J’ai un fils…

Assis sur l’une des deux chaises qui flanquaient le bureau de Shalua, Loz, les bras ballants et profondément choqué, fut longtemps incapable de dire autre chose.

Yazoo s’approcha de lui pour l’enlacer par derrière et enfouit son visage contre son cou.

- Nous allons le retrouver, Loz, je te promets.

- Vincent, Rufus et Shelke mettent tout en œuvre pour localiser Genesis, renchérit Kadaj, présent lui aussi dans la pièce ainsi que la jeune scientifique et le chef de la WRO.

- Alors c’était lui… bredouilla encore Loz. Le bébé, dans mes rêves… C’était lui…

Reeve hocha la tête et rabattit l’écran de l’ordinateur portable pour leur épargner la vue des images figées du cadavre putrescent qui avait porté l’enfant.

- Probablement, oui. Nous pensons que Genesis compte sur le fait que tu te lances à sa recherche.

L’argenté se raidit.

- Et c’est bien ce que j’ai l’intention de faire ! s’écria-t-il en bondissant sur ses pieds. Même si je dois retourner la moitié de la planète pour le retrouver !

- Loz ! intervint Yazoo. C’est précisément ce que cet homme espère !

- Que ferais-tu à la place ? tempêta son jumeau.

Ce dernier se détourna, sachant très bien qu’il ne réagirait pas autrement si les rôles avaient été inversés.

- Je… Je ne sais pas.

- Je dois retrouver mon fils !

- Et moi, je te garantis que tu ne bougeras pas tes jolies fesses de ce putain de manoir ! rugit la voix de Cid, qui venait d’entrer dans le bureau.

Tous se tournèrent vers le pilote, qui n’avait pas donné signe de vie depuis qu’il avait annoncé son ” saut rapide à Canyon Cosmo ” le soir précédent.

- Cid ! s’écria Shalua en se levant de son fauteuil pour courir l’enlacer.

Elle referma ses bras autour de lui et il grimaça de douleur.

- Attention, ma belle… murmura-t-il, trop bas pour les autres puissent l’entendre.

- Désolée, répondit-elle sur le même ton en retirant les mains de son dos.

Il l’embrassa passionnément et elle ne put que remarquer ses traits tirés et le pli douloureux qui barrait ses lèvres sensuelles.

- Tu vas bien ? demanda-t-elle encore.

Il hocha la tête, rassurant, et cligna de l’œil.

- Tu ne bouges pas tes fesses d’ici, p’tit frère, désolé ! répéta-t-il à l’intention de Loz en pointant un doigt autoritaire dans sa direction.

Shalua et Reeve échangèrent un regard abasourdi, surpris par le ton impérieux que Cid osait employer avec l’argenté et s’attendant à une réaction virulente de la part de ses cadets.

Mais, curieusement, ni Loz ni ses frères ne parurent s’offusquer de sa soudaine familiarité.

- C’est mon fils !

- Justement ! Hors de question de donner à l’enfant de salaud qui le retient la moindre chance de te mettre la main dessus ! On le retrouvera, Loz. Mais ni toi, ni Kadaj ou Yazoo ne devez vous mettre à portée de ce Genesis.

Kadaj se redressa.

- Tu ne peux pas exiger de nous que nous restions les bras croisés ! gronda-t-il, menaçant. Loz passe encore, il est trop impliqué pour ça, mais Yazoo et moi… c’est hors de question ! Cet enfant fait partie de nous !

Cid s’approcha et s’inclina pour mettre son visage à hauteur du sien jusqu’à le frôler, pas le moins du monde impressionné.

- Cet enfant fait partie du clan. Et je le laisserai pas ce Genesis se servir de lui pour mettre ses sales pattes sur l’un de ses membres. C’est clair ?

- Pourquoi ne pourrions-nous p… ? s’entêta l’argenté.

- Parce que j’en ai décidé ainsi, voilà pourquoi ! le coupa Cid. Tu as quelque chose à redire à ça, têtard ? grommela-t-il en le voyant ouvrir la bouche pour protester encore. Penses-tu que Sephiroth vous laisserait aller vous jeter dans la gueule du loup, s’il était à ma place ?

La pâleur de Reeve et de Shalua vira au vert maladif, persuadés qu’ils étaient de voir Kadaj sauter à la gorge du pilote mais, pour leur plus grand étonnement, celui-ci baissa la tête avec respect.

- Non, murmura-t-il. Bien sûr que non…

Cid se calma et lui passa le bras autour des épaules.

- Je sais que vous êtes tous très inquiets mais nous ferons ce qu’il faut, je vous le promets.

Kadaj se laissa aller contre sa poitrine, Yazoo le rejoignit et Loz serra avec chaleur l’avant-bras que lui tendit le pilote

- Promets-moi que tu me le ramèneras, Cid, pria-t-il, les larmes aux yeux.

- Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir, p’tit frère. Je te le jure.

Ils restèrent tous les quatre ainsi enlacés un long moment, sous le regard interdit de Reeve et de Shalua, comme si, par une étrange alchimie, leur proximité leur permettait d’échanger leur force et de s’encourager mutuellement sans un mot.

Que les trois garçons agissent de la sorte, cela n’avait, en soi, rien de surprenant lorsqu’on les connaissait mais… Cid !

A plusieurs reprises, la jeune femme crut même surprendre des messages silencieux dans les regards qu’il échangeait avec eux.

Il est leur frère, à présent… “ réalisa-t-elle tandis que Cid lui faisait de plus en plus l’impression d’une femelle bahamut couvant ses petits. ” L’assimilation des cellules de Jenova a fait de lui leur frère aîné ! “

Ce n’était même pas un phénomène conscient, cette évidence était juste inscrite dans le code génétique des cellules transmises par Loz.

Les réflexes de protection de Cid vis-à-vis des argentés n’étaient pas prémédités, elle le savait, moins encore la soumission de ces derniers à ses décisions. Ils les acceptaient parce qu’il était ” des leurs “ et qu’il était leur aîné.

Fallait-il que les gênes de Jenova soient puissantes pour engendrer de tels comportements !

La scientifique ne pouvait s’empêcher d’être fascinée par le phénomène.

C’est prodigieux… “

Elle croyait presque voir les fils invisibles qui les liaient les uns aux autres en un inextricable réseau d’échange de sentiments et d’émotions.

Reeve, aussi stupéfait qu’elle, si ce n’est davantage, lui coula un regard en biais et sourit.

- C’est fou, non ? murmura-t-il tout bas.

Elle acquiesça et lui rendit son sourire.

En silence pour ne pas interrompre les conversations muettes et les échanges émotionnels - qui définiraient les rapports futurs entre Cid et les argentés, de même que leurs places respectives dans le clan -, ils continuèrent à observer l’étrange phénomène qui se déroulait sous leurs yeux avec une fascination à la fois curieuse et attendrie.

*

La nuit était tombée depuis longtemps et la lune palote, dissimulée par intermittence par de noirs nuages menaçants, ne permettait guère d’y voir à plus de trois pas.

Nero, les jambes flageolantes et les bras douloureux à force de tenir le minuscule bébé serré contre lui, s’appuya au mur de la grotte d’où il venait de surgir pour reprendre son souffle,

Il sentit l’une de ses côtes se briser sous la pression d’une arête de pierre qu’il n’avait pas repérée dans l’obscurité et cria.

Son mors de cuir étouffa à demi sa plainte mais, dans le silence de la forêt dense qui recouvrait le flanc sud du mont Nibel, celui-ci parut quand même résonner à des kilomètres.

Sentant que quelque chose n’allait pas, le nourrisson se réveilla et se mit à pleurer, finissant d’affoler le ténébreux.

- Chut, bébé… supplia-t-il, n’osant pas bercer ce dernier de peur de se déboîter un coude ou une épaule. Chut… Ne pleure pas, s’il te plaît… Il ne faut pas qu’on nous entende… Ne pleure pas…

Rassemblant sa dernière énergie il marcha en direction d’un bouquet d’arbrisseaux dans l’espoir de s’y cacher le temps de calmer le petit.

- Non, pas par là, jolie maman, par ici ! chuchota une voix à sa droite, le faisant tressaillir.

Il pivota et reconnut immédiatement le jeune homme nimbé d’un halo fantomatique qui semblait flotter à une dizaine de centimètres du sol.

- Toi… gémit-il en sentant s’envoler les dernières onces de courage qui lui restaient.

- Avec qui as-tu fauté pour nous faire ce joli poupon, boule de suif ? Ton grand frère chéri ?

Nero recula d’un pas et secoua la tête, désespéré, en serrant un peu plus fort le bébé contre lui.

- Je le savais… Je savais que c’était un piège… Je n’aurais pas dû écouter Weiss… Je n’aurais jamais dû…

*

Cid sentit des doigts frais courir sur son visage.

Il ouvrit les yeux, vit le doux visage de Shalua penché sur lui et sourit.

- Quelle heure est-il ? demanda-t-il.

- 21h00. L’heure de dîner. Tu as dormi deux bonnes heures.

Il se frotta les yeux et s’assit sur le lit de la jeune femme, où il s’était écroulé tout habillé après avoir passé la journée à étudier les informations rassemblées par les agents de la WRO et les services de renseignement de la Shinra.

Ils avaient tous eu beau se creuser les méninges et tapoter sur leurs claviers jusqu’à en avoir les yeux rougis, les traces de la présence de Genesis se perdaient quelque part entre le cratère Nord et le Canyon Cosmo.

- Du nouveau ? demanda-t-il.

La scientifique secoua la tête.

- Shelke n’arrive pas à entrer en contact avec Lucrecia ou Aerith. Et l’électroencéphalogramme de Sephiroth fait des sauts de cabri depuis plus d’une heure. Il se passe apparemment quelque chose mais quoi, ça…

Elle soupira et il lui caressa tendrement la joue.

- Aerith ne nous laissera pas dans doute très longtemps, j’en suis convaincu. Elle nous fera signe d’une manière ou d’une autre.

Il se pencha sur elle pour lui voler un baiser et elle se laissa aller contre sa poitrine dure pour s’enivrer de son parfum si viril, goûtant la façon dont sa barbe naissante lui picotait les lèvres tandis que sa langue s’enroulait autour de la sienne.

- Est-ce que je peux la voir ? murmura-t-elle dans sa bouche.

Il sourit contre ses lèvres et s’écarta un peu.

- Bien sûr que tu peux. Il faut changer le pansement, de toute façon.

Il retira son t-shirt avec précaution et, folle de curiosité, Shalua dénoua lentement les larges bandes de lin artisanales qui lui bardaient la poitrine, protégeant son dos.

Lorsque le dernier pan d’étoffe vaporeuse tomba, la jeune femme recula d’un pas pour contempler le large dos muslé et ne put retenir un hoquet surpris.

- Alors ? demanda Cid.

- Cid, c’est… C’est magnifique !

Le pilote sourit.

- Tu me rassures parce que j’ai cru que j’allais en avaler ma langue, tellement j’en ai bavé !

- C’est incroyable, c’est… Les mots me manquent ! J’en avais déjà vu en photo mais là… Mon Dieu, Cid, tu as dû souffrir comme un damné !

- Mais est-elle à la hauteur de ce qu’elle honore ou pas ?

- Oui, assura-t-elle. Oh, oui, elle l’est. Elle… Elle est superbe, Cid. Vraiment. Tu devrais la lui montrer.

Il secoua la tête et lui présenta de nouveau son dos pour qu’elle puisse le bander de frais.

- Je ne l’ai pas faite pour faire joli ni m’en vanter à la ronde, Shalua.

- Je le sais bien Cid, mais…

- Il la verra bien tôt ou tard, ne t’en fais pas.

Elle prit un vaporisateur d’antiseptique dans sa trousse de première urgence et en aspergea le dos du pilote.

- C’est dingue, reprit ce dernier. Tu te rends compte qu’à l’époque, quand Tifa a été laissée pour morte dans la vieille église et que Cloud s’est fait fumer sur la tour, à Midgar, j’ai dit à Barret que, jusqu’à mon dernier souffle, je fouillerai la rivière de la vie à la recherche de ce fils de pute de Loz ? Je pensais vraiment que la déesse ne m’avait permis de survivre et d’échapper aux géostigmates que dans ce but…

Shalua éclata de rire.

- Quoi ? Pourquoi lui et pas les autres ?

Le pilote fit une moue sarcastique, comme pour se moquer de lui-même.

- Parce que je ne m’en prends ni aux femmes ni aux gosses et que c’était le seul de ces trois salopards qui, à mes yeux, paraissait suffisamment viril et adulte pour que je me permette de lui mettre mon poing dans la gueule !

Shalua éclata de rire à son tour.

- Oh ! Mon Dieu, Cid… Ne dis jamais ça à Kadaj ou à Yazoo !

- Ouais… Je sais. Mais je voulais vraiment lui faire la peau, tu sais. Lui en faire baver jusqu’à ce qu’il crie grâce, autant que lui et ses frangins avaient fait souffrir toute la planète ! Et regarde ce qui s’est passé… (Il laissa échapper un rire amer) Comme quoi, il faut vraiment, vraiment faire attention à ne pas faire de vœux qui pourraient se réaliser bien au-delà de nos espérances ! C’est ce je dis toujours à Denzel et à Marlène.

- Oh, je le sais ! A cause de ça, il a pleuré toutes les larmes de son corps, persuadé que c’était à cause de lui que Loz était ” en train de mourir ” !

Le pilote pouffa.

- Tu plaisantes ?

- Non, je t’assure, demande à Tifa, martela-t-elle en commençant à bander son torse. C’est la promesse en question, là, en bas, n’est-ce pas ? demanda-t-elle en passant délicatement le doigt sur ses muscles lombaires.

Cid acquiesça.

- Oui.

- Qu’est-ce que ça dit ?

Il se retourna à demi pour lui murmurer quelque chose à l’oreille et une émotion sans nom serra la gorge de la jeune femme.

- C’est vraiment beau. Tu devrais la montrer aux autres, Cid, je t’assure ! (Il secoua de nouveau la tête en souriant) Réalises-tu que vous devez être une poignée d’hommes sur cette planète à porter une promesse de sang authentique ? C’est quelque chose qui mérite de…

- Shalua ! railla Cid en riant.

- D’accord, ça va, je me tais, je n’insiste pas…

Elle fit mine de bouder et son rire redoubla.

- Viens par là, toi ! fit-il en l’attrapant par la taille pour l’allonger sous lui.

*

- Toujours rien, annonça Vincent tirant la chaise de Shelke pour l’aider à s’asseoir à la grande table.

La jeune fille était visiblement épuisée et, n’eut été l’insistance de Rufus et de Vincent, elle serait plus volontiers allée se coucher que dîner.

- Monsieur Valentine a raison, il faut reprendre des forces, fit Gretta en remplissant généreusement son assiette.

Reeve posa sa fourchette et soupira, déçu.

- On trouvera, Reeve, assura Rufus. Ca prendra le temps qu’il faudra mais on trouvera.

- A supposer qu’on ait du temps, laissa tomber Loz, lugubre.

Tifa lui serra la main sous la table, le cœur serré, et Yazoo lui adressa un sourire d’encouragement.

- Et toi, mon pote, ça va ? lança joyeusement Reno pour détendre un peu l’atmosphère en assénant une grande claque dans le dos de Cid, faisant hoqueter Shalua.

L’effet ne se fit pas attendre et le pilote laissa échapper un cri de douleur étouffé en se bandant comme un ressort.

- Putain de merde ! Reno ! jura-t-il en arquant le dos.

La grossièreté du juron fit pouffer Denzel et Marlène, qui reçurent chacun une tape sur la tête de la part de Tifa.

- Bah… Qu’est-ce que t’as ? s’étonna le turk, confus. Je croyais que le mako t’avait remis à neuf, non ?

Il jeta des regards confondus à la ronde, désolé de sa boulette, mais chacun haussa les épaules, ne comprenant pas non plus la réaction du pilote.

- Oh ! Mais c’est le cas, Reno, répondit Shalua avec un petit sourire en coin. Sa nouvelle… ” blessure ” n’a rien à voir avec son ex-femme !

Cid lui coula une œillade sarcastique et elle lui répondit par un sourire taquin.

- Tu es blessé ? s’enquit Vincent, inquiet.

Le pilote ouvrit la bouche pour répondre par la négative et inventer une sombre histoire de chute et d’écorchure mais la jeune scientifique le devança.

- Il a fait une promesse de sang ! claironna-t-elle avec délice, provoquant la stupéfaction autour de la table.

- C’est pour ça que t’es parti à Canyon Cosmo ? demanda Cloud, dont les yeux venaient de s’écarquiller jusqu’à doubler de volume.

- Oh, putain… Bah merde, alors ! laissa échapper Barret.

- Barret ! le tança Tifa en désignant les enfants, qui riaient à nouveau comme des fous.

- Une promesse de sang mais… une vraie ? s’étonna Rude, dont la fourchette s’était arrêtée à mi-chemin de sa bouche béante.

Shalua acquiesça à la place de Cid.

- Une vraie de vraie ? insista Reno. Pas l’un de ces tatouages à la mode, comme on fait a Edge ? Wouahhh ! Et… on peut voir ?

Yazoo se pencha vers lui.

- Une promesse de quoi ?

- Une promesse de sang ! Un truc mystique fait les par les chamans de Canyon Cosmo ! T’en as jamais entendu parler ?

L’argenté se tourna vers ses frères, qui secouèrent la tête de concert.

- Non.

- Une promesse de sang est un sacrifice que l’on fait en l’honneur de quelqu’un, expliqua Vincent. Je n’ai vu qu’un homme en porter une dans ma vie. Il l’avait faite pour sa fille.

Rufus acquiesça, aussi étonné que les autres convives.

- Les souffrances que l’intervention occasionne sont terribles. Elles sont offertes via le chaman à la rivière de la vie, pour qu’en échange ce paiement elle se montre clémente et veille sur l’âme de la personne à qui l’on a dédié sa promesse. C’est un acte de piété et de générosité totale, qui n’apporte absolument rien à celui qui la fait, ni bénédiction divine ni quoi que ce soit de cette sorte. Une démarche entièrement tourné vers et au bénéfice de l’autre.

- C’est d’ailleurs pour ça qu’il n’y a jamais eu beaucoup de volontaires ! plaisanta Reeve. Les promesses de sang sont une chose rarissime et, contrairement à Vincent, je n’en ai jamais vue une seule. Une vraie s’entend. Mais j’ai vu quelques vieilles photos. C’est surprenant.

- C’est quoi ? demanda Kadaj, curieux. Un tatouage ou quelque chose comme ça ?

- Pas tout à fait, expliqua encore Rufus. Les cinq éléments de la planète doivent toujours intervenir dans une promesse de sang : l’eau, le feu, la terre, l’air et l’esprit. La chair est donc marquée par des scarifications, des tatouages aux encres très particulières, des brûlures et des implants minéraux, le tout formant un dessin illustrant la promesse elle-même, écrite en lettres cunéiformes primitives, une écriture ancestrale et mystique plus ancienne encore que le cetra.

- Vous avez l’air de maîtriser sacrément le sujet, dites-moi ! railla le pilote.

Le jeune président hocha la tête.

- J’ai étudié les traditions chamaniques et l’écriture primitive pendant longtemps. C’est fascinant et très instructif. Mais, comme Reeve, je n’ai vu de promesses de sang qu’en photo, hélas.

Tifa se pencha vers Shalua et lui pinça le bras, taquine.

- Alors ? Qu’est-ce que ça fait d’être gravée à vie dans la chair de ton pilote adoré ? demanda-t-elle, malicieuse, faisant rire toute la tablée.

La jeune scientifique ne se démonta pas.

- Et qui te dit que cette promesse me concerne, ma chère Tifa ? rétorqua Shalua, ravie de la surprise que provoqua sa révélation.

- Bon, tu nous montres ou pas ? insista Reno, impatient.

Cid soupira et - flatté malgré tout par les réactions qu’il suscitait - se leva sous les regards curieux de ses amis pour retirer son t-shirt.

Shalua, ravie, l’aida à défaire son bandage et, lorsqu’il pivota pour leur montrer son dos, des cris surpris et émerveillés retentirent jusqu’au plafond de la grande salle.

- Oh, mon Dieu ! s’exclama Tifa, qui n’en croyait pas ses yeux.

- C’est… C’est… dingue ! fit à son tour Yuffie, qui s’était approchée pour y voir de plus près.

- Incroyable… murmura Cloud. C’est… C’est des scarifications, ça, non ? demanda-t-il en détaillant l’arabesque d’une ronce stylisée qui ressortait en relief sur la peau. Tu as dû en baver comme c’est pas permis…

Reno, qui en était resté sans voix, se tourna vers Yazoo, qui pressait les deux mains sur sa bouche, sidéré.

- C’est beau, non ? murmura-t-il. Tu as vu ces couleurs ? On dirait que les entrelacs de lianes et ronces vont se mettre à bouger.

L’argenté acquiesça.

- Magnifique ! s’écria Rufus. Vincent, tu as vu ça ?

- Oui, c’est… c’est superbe.

- Les détails sont tout simplement époustouflants ! acquiesça Reeve en suivant prudemment du doigt la ligne d’une minuscule araignée argentée cachée parmi les entrelacs végétaux qui entouraient le dessin central.

Chacun s’extasia ainsi durant un long moment, essayant de voir tous les détails cachés du dessin, chacun ayant une signification bien précise pour Cid.

Puis, l’un après l’autre, les convives se tournèrent vers celui qui était concerné au premier plan par la Promesse de Sang en question car point n’était besoin d’être versé en mystique chamanique pour voir au bénéfice de qui celle-ci avait été faite.

La symbolique du dessin central était on ne peut plus évidente.

Scarifications, implants, tatouages, tout se mêlait dans une débauche de couleurs avec une élégance et une beauté que personne n’aurait pu soupçonner de prime abord au vu de méthodes d’ornementation d’apparence aussi ” barbare “.

Le coupe-papier en forme de dague que Shera avait utilisé pour poignarder le pilote avait été reproduit avec une minutie quasi magique et avec un tel réalisme que l’on croyait pouvoir le saisir en tendant la main.

Il était planté jusqu’à la garde entre deux vertèbres et le sang qui coulait de la blessure n’était pas rouge… mais vert mako.

Loz qui, la gorge trop serrée pour prononcer le moindre mot, était resté un peu à l’écart, osa enfin s’approcher.

Formant une sorte de haie d’honneur improvisée, le groupe se scinda en deux de part et d’autre du pilote pour le laisser passer et ils observèrent ses réactions avec une émotion teintée de respect.

L’argenté tendit la main pour toucher, du bout des doigts, les élégants déliés et arabesques qui entouraient le dessin central de l’incroyable œuvre d’art ornant le large dos de Cid.

Il s’arrêta sur le cartouche qui contenait des sortes de dizaines de petits triangles dans toutes les positions possibles et imaginables.

- Que… qu’est-ce que ça dit ? demanda-t-il d’une voix étranglée par l’émotion.

Cid, trop ému pour parler, tourna un regard suppliant vers Rufus, qui s’approcha et lut d’une voix vibrante :

- « A toi qui as tant souffert pour que je puisse vivre… Moi qui n’avais survécu que pour te faire souffrir. »

Un concert de cris étouffés et d’exclamations émues s’éleva dans la grande salle et beaucoup sentirent leur gorge se nouer jusqu’à leur mal.

Loz, lui, ne voyait presque plus rien tant il pleurait.

Il n’en posa pas moins la main sur l’épaule de Cid pour le faire se retourner.

- Tu n’étais pas obligé de faire ça, Cid…

- Je sais, p’tit frère, répondit celui-ci en serrant l’argenté contre lui dans une étreinte brutale en tapotant doucement le pansement au bas de son dos par-dessus le blouson de cuir. Disons que moi aussi j’avais envie de garder ce souvenir là gravé dans la peau…

Yazoo eut beau faire, il fut incapable de retenir un sanglot, et Kadaj lutta pour ne pas se laisser déborder à son tour par son émotion.

Yuffie prit la main de Tifa et essuya ses yeux.

- Je crois que je vais me mettre à pleurer comme une fontaine… geignit-elle.

Tifa, non moins touchée, allait répondre par une petite boutade amicale lorsque Merill fit irruption dans la salle, blême et totalement paniqué.

- Shalua ! Vite !

Celle-ci se reprit et tous se tournèrent vers le jeune homme, soudain inquiets.

- Qu’y a-t-il, Merill ?

- Sephiroth ! Ca y est ! Il a ouvert les yeux !

à suivre.

LIII - Etre un homme

Il est plus facile d’être un héros qu’un homme.

Héros nous pouvons l’être une fois par hasard ;

Mais être un homme digne de ce nom…

Ca, c’est une autre histoire !”

L. Pirandello

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Assis sur un banc du parc enténébré, Cloud et Barret regardèrent décoller l’hélicoptère en buvant une bière.

- Tu sais ce que Cid va faire à Canyon Cosmo ? demanda le jeune homme.

Le chef d’AVALANCHE haussa les épaules.

- Moi, les délires mystiques, j’y pige que dalle ! J’ai toujours trouvé Nanaki un peu ” barge “.

Cloud laissa échapper un petit rire en frottant ses bras endoloris couverts d’ecchymoses noirâtres.

Vincent n’exagérait pas : Loz avait une force hors normes. Si Barret n’était pas venu lui donner un coup de main, vers la fin, il aurait été incapable de l’empêcher de bondir hors du lit pour se cogner la tête contre les murs.

Kadaj lui avait dit que c’était ce que Loz faisait lors des premières injections de mako, au laboratoire. Se taper le front contre le sol et les parois de verre sécurisé dans l’espoir qu’un coup suffisamment violent le fasse sombrer dans l’inconscience.

” Yazoo s’est brisé les os des deux mains en essayant de l’arrêter, une fois. ”

- Ca va, tes bras ? s’enquit Barret.

Le jeune soldat hocha la tête.

- Oui, pas de problème. Jusque quelques bleus. Shalua m’a donné ce qu’il fallait, ne t’en fais pas.

Le colosse but une longue gorgée de bière et ricana.

- Il a une sacrée force, le bestiau ! Je me demande encore par quel miracle il ne t’a pas brisé les os.

- Il a réussi plus ou moins à se contrôler, c’est évident. Sinon, à l’heure qu’il est, vous tireriez tous sur mon pantalon pour m’extraire du mur de l’infirmerie où je serais encore encastré !

Barret éclata d’un rire tonitruant et lui asséna une tape sur la cuisse.

- N’empêche que Cid a raison, fit-il lorsqu’il se fut un peu calmé. Ce mec en a une sacrée paire pour avoir fait ce qu’il a fait.

Cloud finit sa bière d’un trait et hocha la tête, la gorge un peu serrée.

- Ouais. Ouais, c’est vrai. Je suis bien obligé de le reconnaître.

Le chef d’AVALANCHE tiqua et se tourna franchement vers lui.

- Ravale ta jalousie, p’tit, elle n’est vraiment pas de mise. Si tu as ne serait-ce qu’un peu d’affection pour Tifa, fais-moi au moins le plaisir d’être content pour elle parce qu’elle ne pouvait pas mieux tomber. Loz est un homme digne de ce nom, un vrai, c’est moi qui te le dis. Fort, généreux, franc du collier et droit dans ses bottes !

- Je sais, Barret, admit le jeune homme malgré lui. Et c’est peut-être ça qui me met le plus en rogne, finalement. Un salopard serait plus facile à détester…

Le colosse éclata de rire et lui tapota le dos.

- Barret… ? reprit Cloud après un petit moment d’une voix à peine audible.

- Mhh ?

- Comment… Comment sait-on si on est un homme ?

Barret faillit s’étouffer avec sa bière et son hilarité redoubla.

- Quoi ? s’étrangla-t-il.

- Je veux dire… un ” vrai “. ” Fort ” et ” Droit dans ses bottes “, comme tu dis. Comment sait-on si on en est devenu un ?

La moue sarcastique de Barret s’effaça, remplacée par un sourire avenant et paternel.

- J’en sais rien, p’tit, dit-il en pressant l’épaule de son jeune compagnon. Tout ce que je peux te dire c’est qu’un beau jour, tu te regardes dans le miroir et que tu sais que tu n’as plus besoin de te poser cette question…

Cloud sourit tristement, hocha la tête et déboucha une autre bière.

*

Cait s’assit confortablement sur le fauteuil de Kadaj et, après avoir souhaité une bonne lui à l’argenté et à Yuffie, se mit en mode “veille “.

Celle-ci, étendue tout habillée sur le lit aux côtés de l’argenté, les bras derrière la tête, sourit, attendrie.

- Ils sont vraiment mignons, tous les deux.

Kadaj tourna la tête vers elle.

- Qui ?

- Ton frère et Tifa ! railla-t-elle. Qui d’autre ?

- Oh.

- Cette façon qu’elle a de lui passer la main dans les cheveux… Et lui ? Tu as vu comme il la regarde avant de poser sa joue contre sa poitrine ? C’est trop chou ! Tu trouves pas ?

L’argenté sourit.

- C’est vrai, ils vont bien ensemble.

- Ouais… Ils font un très joli couple. Shalua et Cid aussi, remarque. Tu as vu ce baiser, lorsqu’il est sorti de la cuve ? Wouahouh ! (Elle soupira, rêveuse.) Je me demande ce que l’on éprouve en embrassant quelqu’un qui tient à toi à ce point là…

Kadaj tiqua.

- Comment ça ?

- Bah oui, quelqu’un qui a des sentiments pour toi, pas juste un partenaire d’une nuit. Quelqu’un avec ce ” truc ” bizarre dans yeux, tu sais ? Comme Loz quand il regarde Tifa.

- Du désir ? demanda l’argenté contre son oreille, taquin.

Yuffie pouffa et lui donna un coup de coude.

- Mais non, idiot ! Cette petite flamme verte qui brille dans ses yeux, quand il est sur le point de l’embrasser ou de la prendre dans ses bras. C’est… je ne sais pas. Ca doit faire bizarre de savoir que c’est toi qui provoques cette expression dans les yeux d’un homme. Je me demande ce que ça fait.

Perdue dans ses romantiques pensées, elle sentit à peine Kadaj se redresser sur un coude, à côté d’elle, et se pencher au-dessus sur son visage.

- Ca fait à peu près ça… susurra-t-il tout contre sa joue en plongeant ses beaux yeux vert mako dans les siens.

Yuffie sursauta et voulut protester mais deux pupilles fendues accrochèrent son regard et des lèvres fraîches et légères aspirèrent son cri de surprise dans la bouche entrouverte de leur propriétaire.

Prenant bien garde à ne pas l’écraser sous poids pour ne pas lui donner l’impression d’être prisonnière - mais en appuyant suffisamment sa poitrine nue sur les seins menus pour lui faire sentir que c’était bien le corps d’un homme qui la recouvrait - Kadaj l’embrassa avec toute la douceur dont il était capable.

Il ne força rien ni n’exigea rien, se contentant de caresser la petite bouche de la sienne et d’en suivre les contours du bout de la langue jusqu’à ce qu’on l’invite d’un soupir à pousser plus avant.

Les yeux grands ouverts pour qu’elle puisse tout à loisir contempler cette ” petite flamme ” qui la fascinait tant dans ceux de son frère aîné, l’argenté lui offrit sans doute le premier vrai moment de tendresse voluptueuse de sa jeune existence.

Lorsque Kadaj mit fin au baiser, craignant que le feu dévastateur qui commençait à le dévorer et menaçait de l’enflammer à tout instant n’effarouche la jeune fille, il remarqua qu’un désir au moins aussi impérieux que le sien - bien que plus innocent - flambait dans les noires ténèbres de ses prunelles.

- Non… chuchota-t-elle contre sa bouche en nouant ses bras autour de ses épaules pour le retenir.

- As-tu une idée de ce à quoi tu t’exposes en faisant ça ? demanda-t-il d’une voix enrouée, à la fois malicieuse et terriblement sensuelle.

Yuffie lui répondit par un sourire provoquant et referma la main sur sa nuque pour rapprocher à nouveau son visage du sien…

*

Reno se pressa contre le dos de Yazoo lorsqu’il sortit de la douche l’enlaça.

Il sentait le cœur de l’incarné battre aussi vite que le sien sous le peignoir de fin coton noir. Ses mains recouvrirent les siennes et les serrèrent si fort que le turk sentit les jointures de ses phalanges craquer.

- Yazoo… soupira-t-il contre sa nuque, enivré par le parfum sucré de sa peau opaline.

Il prit une profonde inspiration qui fit frissonner l’incarné et, d’une petite pression, le poussa doucement vers le lit.

La prise sur ses mains se relâcha et Yazoo se laissa aller contre lui, la tête renversée sur son épaule, les yeux clos et les lèvres entrouvertes, tendres, pleines, tentatrices…

Reno les effleura des siennes et il l’allongea sur le lit avant de s’écarter un peu pour l’admirer étendu là, à la lueur de la lampe de chevet.

Les cheveux de mercure étaient épars sur la couette et le peignoir noirs et une jambe dénudée jusqu’en haut de la cuisse par un entrebâillement fortuit, les parties les plus intimes de l’argenté à l’abri précaire d’un pli uniquement assuré par l’obstacle dérisoire du nœud de la ceinture, dont le turk saisit l’une des extrémités.

Il lui aurait suffi de tirer, ne serait-ce qu’un peu, et le nœud lâche aurait cédé, libérant les deux pans du vêtement, qui glisseraient sur ses flancs comme deux vagues ténébreuses qui se retirent, exposant le corps laiteux dans son entier…

Yazoo ouvrit à demi les yeux et laissa échapper un soupir inaudible qui, le temps d’un clignement de paupières, accentua l’échancrure provocante, impatiente de s’ouvrir d’avantage.

Reno enroula la ceinture autour de sa main et tira très lentement ; suffisamment fort pour qu’il sente le long ruban de coton forcer sur le nœud mais pas assez pour faire céder ce dernier.

Le regard de l’argenté se fit brûlant et ses lèvres frémirent.

Pouce par pouce, la ceinture coula entre les doigts de Reno et, après une dernière hésitation, retomba sur la cuisse dénudée.

Les yeux mako s’écarquillèrent, habités par l’incompréhension et peut-être, une légère anxiété, mais le turk le rassura d’un sourire et se pencha pour déposer un baiser sur le nœud du peignoir avant de se glisser hors du lit, le regard rivé au sien.

Sans hâte, il fit glisser sa chemise sur ses épaules et, lorsque le vêtement retomba sur ses reins, Yazoo retint son souffle.

Lentement, Reno défit sa ceinture et son pantalon chut à son tour à ses pieds.

Il ne portait pas de sous-vêtement.

L’argenté avait redressé un peu la tête et le turk pouvait presque sentir ses prunelles vert topaze caresser sa peau tant le regard était intense.

Immobile, il laissa Yazoo le contempler à satiété - chose que celui-ci n’avait encore jamais osé faire ouvertement jusque là -, ravi et excité par l’admiration qu’il lisait sur son visage. Admiration qui se teinta de curiosité, lorsqu’il considéra ses attributs et la hampe de chair qui se dressait au bas de son ventre.

Un invraisemblable amalgame de honte, de ravissement, de stupeur et d’excitation se lut sur le petit visage en cœur de Yazoo, qui prit une profonde inspiration et adressa à Reno un merveilleux sourire.

- Tu es… beau. Vraiment beau, ajouta-t-il en resserrant les pans de son peignoir d’un geste inconscient.

Le turk inclina la tête sur le côté et fronça les sourcils, surpris par cette pudeur soudaine.

- Je suis sincère, martela l’argenté, se méprenant sur sa moue. Je suis… flatté.

- Pourquoi te cacher, dans ce cas ?

Yazoo écarquilla les yeux, suivit son regard et parut remarquer ses doigts, contractées sur le coton noir de son peignoir.

Il pâlit.

- Oh… Je… Ne crois p… bredouilla-t-il. Enfin, je veux dire que…

Reno s’assit sur le lit et tendit la main vers ses cheveux argentins pour y entrelacer ses doigts.

- Qu’est-ce que tu as ? s’inquiéta-t-il.

Son érection provocante l’avait-elle effrayé ? Craignait-il de faire l’amour avec lui ?

Yazoo détourna le regard.

- Je… (Il toussota) Il y a un peu trop de lumière…

Les bras de Reno lui en tombèrent.

Encore cette histoire de cicatrices !

- Et moi, je trouve qu’il n’y en a pas assez, chuchota-t-il tout contre sa joue. Je ne veux pas rater une miette de toi. Pas une…

L’argenté suivit le mouvement de ses mains d’un regard inquiet et ces dernières se refermèrent sur la ceinture du peignoir.

Très lentement, le turk défit le nœud de coton, écarta les deux pans du vêtement et sourit de contentement.

Jusqu’au bout de ses petits tétons roses, Yazoo frôlait la perfection…

Sous sa peau de porcelaine courait une musculature ferme et bien dessinée et du bout du doigt, Reno suivit le contour des pectoraux et des abdominaux, évita le petit nombril et caressa le ventre plat, au bas duquel un sexe d’une couleur plus foncée que la peau imberbe alentour était assoupi.

De l’index, le turk tira sur la peau élastique et fit jaillir un bourgeon rose, d’où coula une goutte argentée qui roula pour se perdre entre deux petits testicules doux et lisses, aussi appétissants que des fruits mûrs.

Avec un sourire attendri, Reno se pencha en avant et les mordilla très doucement, s’enivrant de leur parfum sucré.

Yazoo tressaillit et laissa échapper un petit soupir, qui se fit sifflant lorsque la langue agile remonta le long de la colonne qui s’érigeait, de plus en plus dure, jusqu’au bourgeon humide.

Faisant tressauter la peau étourdissante, Reno remonta ensuite le long du ventre jusqu’à un téton puis papillonna jusqu’à la gorge et au menton pour trouver enfin le plus court chemin jusqu’à ses lèvres, qu’il aspira délicatement entre les siennes.

- Je t’aime, Yazoo Baby… chuchota-t-il entre elles, le souffle court.

Celui-ci sourit contre sa bouche, conscient, maintenant, de l’effet qu’il avait sur le turk, dont le sexe érigé palpitait contre sa cuisse, impatient.

Sans hâte, ses lèvres s’entrouvrirent et Reno accepta l’invitation avec un soupir affamé. Le bout de sa langue se glissa entre ses dents et chercha la sienne, qui vint timidement à sa rencontre.

Entêtant était son baiser, comme sa peau et son essence la plus intime. N’eut-il écouté que son impatience, Reno aurait plongé sans retenue dans cette caverne humide mais seul un mufle viderait d’un trait une coupe de vin rare.

Yazoo noua ses bras autour de lui et répondit à son baiser de façon passionnée et maladroite, accentuant la pression de leurs corps affamés, et aspira sa langue dans sa bouche avec ce qui n’était pas loin de ressembler à de la violence, faisant presque s’entrechoquer leurs dents.

Par caresses, tendres griffures et pincements, le turk lui fit comprendre que ce n’était pas ainsi que cela devait se passer et la petite bouche pâle se fit plus docile, ses mains moins brutales sur son dos.

- Pardon… s’excusa Yazoo contre ses lèvres.

Reno sourit et lissa une mèche de cheveux argentés.

- Laisse-moi faire… susurra-t-il avec sensualité en déposant sur sa gorge un baiser qui se mua en douce succion.

Puis il remonta jusqu’à son oreille et en suivit le contour du bout de la langue, le faisant frissonner.

La chaleur au bas du ventre du turk atteignait des sommets et il aurait alors voulu écarter les cuisses nacrées pour y plonger sans préambule et se répandre dans les entrailles ardentes mais il fit taire son empressement.

Mordillant les épaules laiteuses, Reno laissa ses mains caresser les bras souples puis le torse glabre, ses doigts cherchant les petites saillies rosées des tétons, durs et tendus.

Il les taquina l’un après l’autre, faisant tressaillir l’incarné sous lui, et le frottement de ses cuisses sur sa verge lui rappela son propre désir rageur. Un seul attouchement de la main de Yazoo à cet à cet endroit l’aurait fait venir, alors, il en certain, et il se mit à quatre pattes au dessus de lui pour éviter tout contact qui aurait pu écourter ces instants.

Sa bouche trouva le téton droit et il l’aspira en le titillant du bout de la langue.

Yazoo gémit et leva les hanches d’instinct pour aller à sa rencontre et frotter son sexe dur contre le sien mais Reno était trop haut et il se résigna avec un soupir de dépit.

Le turk avait cependant sous-estimé son entêtement et, lorsque sa langue fondit sur son téton gauche, la main de l’argenté glissa jusqu’à son ventre pour enserrer maladroitement son membre gonflé.

Il tira férocement sur la peau flexible et décalotta sans douceur, faisant hoqueter Reno. Les va-et-vient énergiques de sa main étaient aussi douloureux qu’un frottement sur une peau écorchée.

Le front appuyé contre sa poitrine, le turk enroula ses doigts autour de son poignet et l’immobilisa.

- C’est trop fort… haleta-t-il, secoué par un spasme incontrôlable.

- Je… Je suis désolé.

Yazoo le lâcha immédiatement mais Reno prit son visage dans ses mains en coupe pour le lever vers le sien et déposer un baiser léger sur ses lèvres.

- Ce n’est rien.

Souriant, il renouvela son baiser, plus doux encore si c’était possible.

Ses lèvres voletèrent à nouveau sur son torse mais, cette fois, évitèrent les petits tétons roses, aussi sensibles que de la chair à vif à force d’être titillés par les doigts et la langue diaboliquement adroits.

Yazoo n’eut que le temps de respirer trois fois avant que le bout de la langue du turk n’effleure son gland humide et il se contracta dans l’attente de mordillements ou de succions passionnés. Qui ne vinrent pas…

Très lentement, au contraire, par petits coups de langue répétés et patients, Reno habitua la peau vierge, et encore excessivement sensible, à son contact insoutenablement excitant.

Lorsqu’il sentit les muscles de l’argenté se relâcher et sa respiration s’approfondir, le turk aspira prudemment le gland lubrifié et le lécha sans hâte ni rudesse.

Un long soupir monta de la gorge de Yazoo et la main de Reno rejoignit sa bouche pour effectuer de lents va-et-vient. A peine un effleurement.

- Reno…

Sa main se porta au front de ce dernier et il essaya, sans grande conviction, de l’écarter en sentant le plaisir monter des tréfonds de son ventre, violent et inéluctable.

Les joues de Yazoo s’embrasèrent et une chaleur traîtresse se répandit en lui. Ses doigts se contractèrent sur la nuque de Reno, tous ses muscles se tendirent et il renversa la tête en arrière sur l’oreiller, la bouche entrouverte sur un cri contenu, dans l’attente de la jouissance qui n’allait pas tarder à déferler et à l’emporter.

Sa main gauche et ses petits orteils agrippèrent les draps comme des serres et une sueur ardente lui coula sur les tempes et entre les pectoraux.

- Reno… gémit-il encore en essayant encore d’éloigner la bouche brûlante de son membre lorsqu’il sentit la lave destructrice sur le point de jaillir. Reno, attention, je…

Sa phase se termina en un râle inarticulé tandis que la lumière blanche explosait dans son cerveau, mettant toutes ses terminaisons nerveuses en pièces.

Il eut vaguement conscience de se tordre sur le lit et de crier, essayant d’échapper à la vague de jouissance, mais celle-ci le rattrapa vite et le roula comme un frêle esquif perdu dans la tempête.

Où était le haut ? Où était le bas ? Comment respirait-on, déjà ? Et ce battement de tambour ? Etait-ce son cœur ou son ventre ?

Qu’importait…

Chaque fibre de ses muscles, chaque pouce de peau n’était plus que plaisir et, s’il devait mourir là, quelle plus belle mort pouvait-il espérer ?

Yazoo cessa donc de lutter et se laissa porter par la vague qui, petit à petit, se mua en houle paresseuse puis, après une ou deux bourrades assassines, se retira, le laissant haletant, l’esprit embrumé, affaibli et les membres gourds.

Bon sang ! Loz lui avait bien dit qu’un orgasme « faisait un effet dingue » mais il ne s’était quand même pas attendu à quelque chose comme ça ! C’était.. C’était… Oui, « dingue ». Complètement dingue…

Il sourit sans s’en rendre compte. Hormis la brise légère qui faisait frissonner et se hérisser sa peau en se glissant par la haute fenêtre de la chambre de Reno, il était bien… Il ne s’était même jamais aussi bien senti depuis des années.

Reno…

Au prix d’un effort surhumain, il ouvrit les yeux pour voir le visage du turk au-dessus de lui.

Reno le considérait avec une expression attendrie, curieuse et fascinée à la fois. Au coin de ses lèvres gonflées, une petite traînée blanche les rendait plus pulpeuses et désirables encore.

- Reno… murmura Yazoo avec un sourire épuisé.

Il cueillit la goutte de semence du bout de son index et Reno s’empara de sa main pour le lécher avant de presser sa paume contre sa joue.

- Sais-tu que tu es beau à mourir dans ces moments là, Yazoo baby ? demanda-t-il, les yeux brillants.

La gorge soudain serrée par ce qu’il lisait dans les prunelles bleu-vert, Yazoo fut incapable de répondre.

Il avait toujours cru, à écouter ses frères et les conversations qu’il avait pu surprendre entre les scientifiques du laboratoire du cratère nord, que les hommes prenaient leur plaisir puis s’en allaient ou s’endormaient une fois soulagés.

Reno, lui, n’avait pensé qu’au sien, reniant son propre désir, et il s’émerveillait du résultat…

C’était une attitude si touchante que l’argenté en était profondément bouleversé.

- Reno, tu es si… Si…

Celui-ci ne le laissa pas finir sa phrase.

Il l’attira tout contre lui et, fou de tendresse, l’embrassa à pleine bouche, comme avait voulu le faire Yazoo quelques instants plus tôt et qu’il l’en avait empêché…

*

Allongé sur le dos et Yuffie pelotonnée tout contre lui, endormie, la tête au creux de son épaule, Kadaj contemplait le plafond dans l’obscurité. Il se passait et se repassait dans la tête les instants délicieux qu’il venait de vivre et réfléchissant à ce curieux sentiment de possessivité égoïste qu’il ressentait à présent en serrant la jeune fille dans ses bras.

Tu es à moi. A moi ! A moi ! A moi ! “ disait chacun des allers et retours de sa main sur son dos souple. ” A moi et personne d’autre ! “

Bien souvent, il s’était considéré - bien qu’il n’ose jamais l’avouer ouvertement et encore moins devant ses frères ! - comme le plus le plus ” pondéré ” et le plus ” civilisé ” de la fratrie. Bref, celui qui possédait le caractère le plus ” proche ” de celui de Sephiroth, ce mélange ” calme intelligence ” et de ” froide élégance ” qui faisait tout le charme du grand Général, dépourvu de la virilité provocante de Loz ou de la féminité guindée de Yazoo.

Pourtant, tout à l’heure, lorsqu’il avait fait sienne la petite Utaïenne et que celle-ci s’était accrochée à lui, griffant son dos en gémissant son nom, emportée par un raz-de-marée de plaisir qu’elle n’aurait jamais cru pouvoir être provoqué par un homme, la partie la plus primitive de lui s’était réveillée. Un côté se sa personnalité qu’il n’aurait jamais soupçonnée et qui lui avait donné envie de battre sa poitrine de ses poings en criant : ” OUAIS ! ! ! ! JE SUIS LE PREMIER ! ! ! ! “.

Cette attitude lui faisait honte, à présent, et - plus étonnant encore ! - il était incapable de se l’expliquer !

Peut-être faudrait-il qu’il en parle à Loz, lorsqu’il irait mieux. Ou à Vincent, même, plutôt. Son frère aîné avait suffisamment de soucis pour l’instant sans y ajouter l’attitude frustre et grotesquement possessive de son cadet vis à vis de sa nouvelle maîtresse !

Maîtresse ” ?

Il grimaça.

Ah, non, non… Même ce mot n’allait pas du tout ! Il sous-entendait tout un tas de choses et d’autres aventures qui gênaient Kadaj au plus haut point !

- Tu ne dors pas ?

Celui-ci sursauta et adressa à Yuffie un sourire béat dont il n’avait même pas conscience.

- Je repensais à tout à l’heure, murmura-t-il en caressant le bout de son nez de ses lèvres.

Elle se raidit dans ses bras.

- Ce n’était pas bien ? Tu n’as pas aimé ?

- Quoi ? Bien sûr que si ! se récria-t-il. Au contraire, je…

- Tu quoi ?

Il ne répondit pas et, emporté par un élan de passion qui l’étonna plus encore que tout le reste, la renversa pour l’embrasser avec une passion renouvelée.

- Kadaj… gémit la jeune fille contre sa bouche.

*

Nanaki, assis au sommet du plateau rocheux, vit l’hélicoptère approcher et fit un élégant mouvement de sa queue enflammée pour signaler sa position au pilote.

Celui-ci fit atterrir l’engin volant comme dans un mouchoir à quelques mètres du chien roux, qui ne cesserait décidément jamais de s’étonner de la facilité avec laquelle Highwind manœuvrait ce genre de machine.

Une fois les moteurs coupés et l’hélice immobile, le pilote sauta de l’appareil et vint vers son ami de sa démarche athlétique et chaloupée.

- Heureux de te revoir, Red ! salua-t-il.

Nanaki sourit en lui tendant la patte et Cid la serra avec chaleur.

- Vincent m’a raconté ce qui s’était passé. Je suis heureux de te voir en si bonne santé. (Il le détailla lentement de bas en haut et le pilote se soumit à l’examen en silence) Quelque chose a changé en toi.

- Ouais… Je sais. C’est pour ça que je suis là.

Nanaki hocha gravement la tête.

- La ” promesse de sang “, oui. Viens, nous allons en parler. Le chaman nous attend.

Ils descendirent du plateau par un sentier étroit et gagnèrent une petite plaine aride au centre de laquelle s’élevait une tente d’où s’échappaient une fumée bleuâtre doucereuse et des chants rauques à faire froid dans le dos.

Cid frissonna et un pli soucieux barra son front mais il ne ralentit pas l’allure et ne fit pas le moindre commentaire.

Nanaki, qui l’observait discrètement du coin de son œil valide depuis qu’il avait atterri, sourit.

Oui, Highwind avait changé…

LII - Frères de sang

Quand le ciel veut sauver un homme,

il lui donne l’affection d’un ami pour le protéger.”

Lao-Tseu

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Loz ouvrit à demi les yeux, il faisait nuit noire dans le parc du manoir et la lampe de chevet nimbait la chambre d’une douce pénombre dorée.

- Tifa ? murmura-t-il avec difficulté dans un état semi-conscient, la gorge irritée d’avoir tant hurlé. Yazoo ?

Il grimaça, tourna la tête de part et d’autre du lit pour chercher la jeune femme ou son jumeau et deux grands yeux d’un bleu d’azur lui sourirent.

- Bon retour parmi les vivants !

- Cid…

L’argenté voulut s’asseoir sur le lit et ravala de justesse la plainte qui lui monta aux lèvres lorsque l’horrible brûlure de mako au bas de son dos frotta sur les draps malgré la barrière protectrice du pansement.

Cid bondit aussitôt de sa chaise pour l’aider à se redresser.

- Eh ! Là… Doucement !

- Merci…

Loz était pâle comme la mort, ses yeux cernés de noir et ses traits étaient marqués par les souffrances qu’il avait endurées - et qu’il endurait sans doute encore.

- C’est moi qui ai failli passer l’arme à gauche et c’est toi qui en baves, hein ? fit remarquer Cid, bien plus touché qu’il ne l’aurait voulu.

L’argenté simula une expression sereine.

- Je vais bien, maintenant.

- Ouais… Tu parles. J’ai connu des prêtres de Gaïa qui mentaient mieux que toi !

Loz rit malgré lui.

- Quand es-tu sorti de la cuve ?

- Il y a deux heures à peine. Et je suis venu remplacer ta dulcinée à ton chevet jusqu’à ce qu’ils aient fini leur ” réunion au sommet “.

- La réunion ? Quelle réunion ?

Comme Shalua lui avait conseillé de le faire jusqu’à ce que l’argenté soit parfaitement rétabli, le pilote secoua la tête et sourit comme s’il s’agissait d’une chose sans importance.

Heureusement pour le convalescent, Cid mentait bien mieux que lui.

- Les hommes de Reeve ont découvert un étage supplémentaire dans les anciens locaux du Deepground. Rien de bien folichon ! Les autres t’en parleront quand tu te seras reposé. Ne te prends pas la tête avec ça pour l’instant.

- Je suis heureux de voir que tu vas bien, Cid. Tu nous as fait une belle peur, tu sais.

Celui-ci s’assit sur le bord du lit et serra l’avant-bras de Loz, qui aurait juré voir ses yeux briller plus que de coutume.

- Alors ? On est quoi, maintenant, toi et moi ? demanda le pilote, le gosier si noué par l’émotion que les mots avaient du mal à sortir. Frères de sang ?

Un sourire incurva les lèvres sensuelles de l’argenté.

- Un truc comme ça, oui, sans doute.

Cid sentit quelque chose d’humide rouler sur sa joue hérissée d’une sempiternelle barbe naissante et, faisant fi de ses habituels discours sur la sensiblerie, serra Loz contre sa poitrine en une étreinte de fer aussi soudaine que sincère.

- Merci, mon frère… murmura-t-il, le visage enfoui au creux du cou de l’argenté. Je sais ce que je te dois…

Loz répondit à son étreinte avec sa sensibilité et sa simplicité habituelle, comme il l’aurait fait avec Kadaj ou Yazoo, et ils restèrent ainsi de longues minutes, sans rien dire, laissant simplement les larmes couler sur leurs visages, lavant les tensions et les souvenirs des moments difficiles.

Mary, la nourrice qui avait élevé Cid à la mort de son père, lui aurait flanqué une belle taloche, si elle avait pu le voir se répandre ainsi.

” Ce sont les femmes, qui pleurent, Cid. C’est dans l’ordre des choses. Tout comme ce sont les lionnes chassent, pour nourrir leur famille, et non les lions ! C’est ainsi que Dame nature en a décidé. “

Pourtant, ça faisait tellement de bien…

Mais si ce sentiment de quiétude et de tendre complicité qui l’envahissait lorsqu’il étreignait l’un de ses frères était familier pour Loz, il ne l’était pas pour le pilote, peu habitué aux marques d’affection et aux contacts physiques autres que ceux qu’il dispensait aux femmes qui partageaient son lit.

Même avec Vincent, qui était pourtant ce qui pourrait se rapprocher le plus d’un ami intime, ce genre de proximité devenait rapidement… “gênante”.

Avec Loz, c’était différent.

Cid avait l’impression de serrer dans ses bras une partie de lui-même. Son contact, son odeur sucrée, sa chaleur, tout son être paraissait trouver une résonance en lui. Une résonance qui n’était pas là avant que…

” Les cellules de Jenova… “ réalisa soudain le pilote.

Il les sentait presque courir dans ses veines et vibrer à la proximité de l’un de ses ” frères “, en écho aux siennes.

Il se raidit, s’attendant à être soudain empli de dégoût mais… non.

Au contraire.

Ce n’était pas le mauvais de côté de Jenova qu’il découvrait là, il le savait, le percevait jusqu’au plus petit recoin de son cerveau.

Les cellules qu’il avait reçues étaient pures de toute influence néfaste. C’était simplement une qualité intrinsèque de ces dernières : pouvoir ressentir la présence de ses ” semblables ” et glaner des indices sur leur état d’esprit comme s’ils étaient un échantillon de sa propre essence. Pour lui, qui avait perdu ses parents très jeune et n’avait ni frères, ni enfants, ni même de famille encore en vie, c’était un sentiment totalement nouveau.

C’était agréable d’être aussi proche d’un autre être sans qu’aucune connotation sexuelle ne vienne troubler la donne… D’éprouver une telle sensation d’apaisement et de sentir sa poitrine de gonfler d’affection à son contact…

Ressentirait-il une chose semblable avec Kadaj ou Yazoo ?

Très certainement, bien que probablement moins intensément. Et peut-être même avec Sephiroth.

Cid allait avoir du mal à expliquer cet étrange sentiment de complicité innée et d’attachement à Vincent ou à Shalua. Quoiqu’à fréquenter avec les argentés et à voir la relation fusionnelle qu’ils entretenaient, un esprit suffisamment ouvert pouvait s’en faire aisément une idée.

- Merci, Loz… murmura-t-il encore. Merci pour tout…

- Ce n’est rien. Tu ferais la même chose pour moi. (Un court silence, puis :) Tu… Tu le ferais, Cid… n’est ce pas ?

En percevant le doute qui vibrait dans sa voix, le pilote sourit contre son cou et resserra son étreinte.

- Oh ! Oui, petit frère… assura-t-il avec toute l’affection dont il était capable. Je te jure que oui…

Il sentit les larmes de l’argenté humidifier le col de son t-shirt et les siennes redoublèrent.

Cela faisait tellement de bien de se laisser aller… Tellement de bien…

Les hommes ne pleurent pas “ disait sa nourrice. ” C’est dans la nature des choses, tout comme tu ne verras jamais un lion chasser. “

Elle se trompait.

Les hommes peuvent pleurer et les lions savent chasser. C’est le courage de le faire qui leur manque. C’est tout…

*

Nero secoua obstinément la tête.

- Je ne t’abandonnerai pas, Weiss… Jamais.

- Au contraire ! T’enfuir et amener de l’aide est le meilleur moyen de nous sauver tous les deux.

- Non… gémit le ténébreux. Il se vengera encore sur toi ! Il te tuera !

- Il a trop besoin de moi pour ça, Nero.

- Mais…

- Il nous tuera tous les deux tôt au tard, ne le comprends-tu pas ? Lorsque nous lui aurons donné ce qu’il veut, il n’aura plus que faire de nous. C’est la seule solution, mon frère. La seule…

Nero se laissa tomber aux pieds de son aîné avec un gémissement douloureux et étreignit ses jambes.

- Quand bien même, je ne suis même pas certain d’avoir la force physique de sortir de cette grotte, Weiss. Dès que je m’éloigne de la rivière de la vie, mon corps me trahit…

- Tu dois essayer ! Et tu dois emporter le bébé avec toi.

Nero hocha tristement la tête.

- J’aurais déjà de la chance si mes bras ne se brisent pas comme du verre sous son poids.

- ” Sortir à la surface “ a dit Angeal. C’est tout ce que tu auras à faire, mon frère. Sortir à la surface et te cacher dans la forêt jusqu’à ce qu’ils viennent te chercher.

Son cadet enlaça ses mollets vigoureux de ses bras frêles et y appuya tendrement sa joue.

- Non… Je t’abandonnerai pas ici, Weiss.

- Nero ! supplia celui-ci.

- Je t’abandonnerai pas…

*

La chambre des jumeaux était plongée dans le noir et n’eut été l’odeur sucrée qui flottait dans la pièce, on aurait pu la croire vide tant Yazoo, assis sur le bord de l’un des lits, se tenait immobile.

Ce n’est que quand Reno fut à trois pas de lui qu’il réalisa qu’il pleurait en silence.

- Nous… Nous nous attendions à ce que tu descendes au moins pour le dîner, murmura le turk, ne sachant comment l’aborder.

L’argenté continua de fixer le parc enténébré à travers le carreau de la fenêtre.

- Je n’ai pas faim… répondit-il d’une voix à peine audible.

Reno soupira.

- Ca peut se comprendre.

Un long silence s’installa, que le turk finit par rompre en s’asseyant aux côtés de l’incarné mais sans oser aller jusqu’à le toucher, ce qui fit redoubler les larmes de ce dernier.

- Je… Je ne sais pas quoi dire, Yazoo. Je… Je… je n’ose même pas imaginer ce que tu as dû ressentir en voyant ces images.

- Ne te crois pas obligé de dire quoi que ce soit, Reno… répondit l’argenté, la gorge nouée jusqu’à l’étouffement et la poitrine serrée dans un étau.

- Je suis désolé, Yazoo. Je… (Il se frotta le visage, horriblement mal à l’aise) Rufus a… J’ai pensé que… Enfin, que nous… Oh, et merde ! jura-t-il en se levant brutalement pour faire les cent pas en se tordant les mains.

Dans un élan de rage, il laissa tomber brutalement ses poings fermés sur la commode, faisant sursauter Yazoo.

Le silence retomba entre eux, seulement interrompu par la respiration haletante du turk et les sanglots étouffés de l’argenté.

- J’aurais donné dix ans de ma vie pour ne jamais avoir à t’imposer ça, Reno… Je te le jure.

Ce dernier se tourna lentement vers lui mais, à sa grande surprise, Yazoo ne lut dans ses yeux ni dégoût ni mépris, juste une profonde commisération.

- Il y a… Il y a une très jolie crypte, près de la chapelle, murmura le turk en revenant s’asseoir à ses côtés pour lui prendre timidement la main. Oh, je sais que ça ne le ramènera pas et que ça ne changera pas ce qui s’est passé, ajouta-t-il précipitamment lorsqu’il vit la bouche de Yazoo s’ouvrir d’étonnement. Mais… mais je me suis dit que… que tu aurais peut-être envie de… de… enfin, tu comprends ce que je veux dire, fit-il, horriblement mal à l’aise.

- Une… crypte ? bredouilla l’argenté, perdu.

- Oui, près de la chapelle, au nord du parc. C’est un endroit très paisible entouré de pins parasols et de lauriers-roses, un lieu de repos pas lugubre du tout. On peut aller le voir, si tu veux. Tu… tu n’es pas obligé de prendre une décision tout de suite. Rufus a ordonné que l’on garde le… enfin le ” corps ” à la morgue de la clinique Shinra de Edge en attentant de savoir si tu voulais qu’on l’incinère ou que… enfin tu vois.

Yazoo laissa échapper un hoquet étranglé, comprenant enfin de quoi Reno parlait et pourquoi il était à la fois triste, révolté et en colère. Et ce n’était pas du tout, comme il l’aurait cru, parce que son ” presque-amant ” avait cessé d’être un homme pour devenir un monstre sans réelle identité sexuelle.

- Reno… put-il seulement chuchoter, étouffé par ses sanglots.

Comme si cela avait été le signe que celui-ci attendait depuis qu’il était entré pour pouvoir étreindre l’argenté, le turk le serra enfin contre lui et enfouit son visage dans ses cheveux argentés.

- Tseng et Elena te présentent leurs condoléances, reprit le turk. De tout cœur. Et c’est sincère, je peux te l’assurer. C’est eux qui sont allés le récupérer au labo du Deepground tout à l’heure, à la demande de Rufus. (Les larmes de Yazoo redoublèrent et il s’accrocha désespérément à la chemise de Reno.) Ca va aller, mon ange. ca va aller, il ne faut pas t’en faire, tout se passera bien, tu verras. Elena… Elena a dit que c’était comme s’il dormait. Le mako a parfaitement conservé les tissus, tu ne seras absolument pas choqué de le voir si tu en as envie, je te le promets. C’était un très beau bébé, tu sais… Oui, un très beau bébé.

Lorsque Reno lui avait avoué ses sentiments, la veille, Yazoo avait cru que plus jamais il ne se sentirait aussi humain, aussi vivant, aussi… ” normal “.

Mais il se trompait.

En offrant une sépulture à celui qui aurait pu être son fils comme si c’était la chose la plus naturelle du monde, on venait le faire passer Yazoo du stade d’objet d’expérimentation à celui d’être humain à part entière. Tout comme du statut de déchet chirurgical, son fils était passé à celui de victime d’un infanticide.

- Je ne sais pas si c’est le genre de choses à dire dans ce genre de situation, Yazoo, mais… Rien ne t’empêche d’avoir d’autres enfants. Ce ne sont pas les mères porteuses qui manquent, ni les femmes ayant projeté de donner leur corps à la science et qui seraient ravies de pouvoir donner la vie même après leur mort. Et cette fois… Cette fois, tu pourras au moins choisir le père, acheva-t-il d’une voix trop timide pour ne pas y voir une allusion personnelle à peine voilée.

Yazoo ne s’y trompa pas et redressa la tête, à la fois merveilleusement surpris et totalement décontenancé.

- Pardon… s’excusa aussitôt le turk, gêné par sa propre audace. Je n’aurais pas dû dire ça.

- Non, je… Enfin, je veux dire si, tu as bien fait, au contraire, je… (Il sourit) Tu as su trouver les bons mots, Reno, je t’assure.

Il se blottit dans ses bras et colla son oreille contre sa poitrine pour entendre les battements de son cœur.

Reno le garda simplement ainsi serré contre lui, sans rien dire, respectant à la fois sa douleur et son silence.

Au bout d’un long moment, Yazoo s’essuya les yeux et se redressa.

- Merci, Reno… murmura-t-il, profondément ému. Merci de m’accepter tel que je suis.

- Quoi ? Ca ? demanda le turk en posant la main au bas de son ventre, à l’endroit où il avait vu Hojo pratiquer l’incision dans la vidéo. (Yazoo acquiesça et Reno haussa les épaules) Si ce truc là n’était pas là, tu ne serais plus vraiment notre Yazoo baby… Sais-tu à quel point nos putains d’hormones influent sur notre cervelle et notre comportement en général ?

Yazoo lui répondit par un sourire et fondit à nouveau en larmes, mais de pur soulagement, cette fois.

*

Tifa quitta sa chambre sur la pointe des pieds avec le plateau préparé par Gretta. Loz y avait à peine touché et s’était endormi en plein milieu de son repas.

- Comment va-t-il ? chuchota une voix douce dans le couloir.

La jeune femme se tourna vers Yuffie et Kadaj qui, leur dîner terminé, étaient montés se coucher.

Cait 9 se tenait entre eux deux, une petite patte serrée dans la main de chacun des jeunes gens.

- La douleur l’a épuisé. Il s’est endormi avant même de terminer son bol de potage.

- Lui as-tu parlé de… ce que tu sais ? s’enquit l’Utaïenne.

Tifa secoua la tête.

- Bien sûr que non mais… (Elle se mordilla la lèvre et ravala ses larmes) Je me sens coupable de garder le silence. Ca me fait tellement de peine de le voir dans cet état, si tu savais…

Son amie lui pressa le bras de sa main libre et Cait lui adressa un sourire d’encouragement.

- Loz est solide et dès demain soir, il arpentera les allées du manoir !

- C’est gentil, Cait, remercia la jeune femme en lui gratouillant la tête.

- Cait a raison, assura Kadaj. Demain, il sera d’aplomb et nous lui parlerons de son fils à ce moment là. Pour l’heure, il faut juste le laisser récupérer. (Il soupira.) Je comprends ton inquiétude. Moi-même, je pensais qu’il supporterait l’injection de mako mieux que ça. Au laboratoire, il était sur pied en quelques heures à peine.

Tifa sourit avec amertume.

- Loz a été très malade, la nuit dernière, Kadaj. Et la précédente n’a pas été bien meilleure. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les conditions n’étaient pas réunies pour que l’intervention se passe au mieux.

- En parlant de ça, vous savez où est passé Cid ? s’enquit Yuffie. Il a disparu juste après le dîner.

Tifa sourit.

- Sans doute avec Shalua. Il ne…

Elle fut interrompue par un bruit sourd provenant du toit.

- L’hélicoptère ? s’étonna Kadaj en échangeant un regard interloqué avec l’Utaïenne.

- Qui peut partir en balade à cette heure ?

…à suivre

A Kadaj

Ne va pas au le soleil et oublie la piscine
Car tu risques de fondre, petite praline !

Rude

Allez dire au bon Dieu de fermer ses volets,
Tous les anges sont en train de se carapater !

Yuffie

N’oublie pas que je t’attends…

Et ne t’attends pas à ce que je t’oublie.

Sephiroth

Ce soir, sous ta fenêtre, lance-moi des oeillets.
Mais cette fois, sois sympa… sans le pot, s’il te plaît !

Loz

Que ne suis-je la pluie pour te tomber dessus !

Aerith

A Weiss

Tellement de viande et moi, au régime !

Red XIII

Oublie tes poings et tout le reste.
Si tu veux vraiment me faire mal,
Dis-moi combien tu me détestes
Et ma blessure sera fatale.

Nero

Ah… pouvoir être une puce et te sauter dessus !

Cait

S’embrasser transmet des germes ?
Et si on lançait l’épidémie ?

Vincent

Ah ! Quel malheur pour moi
Car je ne louche pas !
Et je ne peux donc pas
Te contempler deux fois !

Yuffie

V - Vivants ! Jour J + 2

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

” … i… fa… i… fa… “

Un chuchotement ténu. A peine un murmure. Tout juste un souffle.

Les lèvres bleutées de Loz entrouvertes, presque déjà des lèvres de cadavre, ne bougeaient même pas. Contrairement à ses paupières diaphanes qui, elles, ne cessaient de cligner.

Cloud ferma la porte de la chambre pour protéger les incarnés de Sephiroth du tohu-bohu qui régnait à l’extérieur et frotta ses bras nus.

- Bon sang mais il fait un froid de canard, ici ! Ils pourraient quand même régler la clim !

Dehors, les employés de l’hôpital continuaient à s’agiter en tous sens et les mots ” piratage “, ” données “, ” sécurité ” et ” virus ” revenaient sans cesse.

Quel genre de pirate pouvait donc être assez abject et écervelé pour s’en prendre aux ordinateurs d’un hôpital, risquant peut-être ainsi la vie de centaines de personnes ?

” … i… fa… “

Tifa, le cœur de plus en plus serré, se pencha sur le visage de Loz et planta son regard dans le sien.

En vain.

Les pupilles fendues, si dilatées qu’elles en paraissaient rondes, restaient immobiles et paraissaient traverser les obstacles du champ de vision comme s’ils n’existaient pas.

- Pourquoi ne me regarde-t-il pas alors qu’il ne cesse de m’appeler ? demanda la jeune femme, perdue.

Cloud secoua la tête, aussi décontenancé qu’elle, et toucha l’épaule nue et froide de Yazoo.

- Comment font-ils pour ne pas frissonner, avec une température pareille ? demanda-t-il en remontant un peu le drap trop léger sur la poitrine glabre.

Tifa prit la main glacée de Loz dans la sienne mais celle-ci resta flasque dans sa paume. Elle ne sentit pas même un petit sursaut nerveux lorsqu’elle pressa les doigts élégants et vigoureux.

” … i… fa… “

L’insupportable et douloureux chuchotement. Encore et encore.

- Je suis là, insista-t-elle en lissant les cheveux argentés dans l’espoir qu’il tourne enfin le regard vers elle. Regarde-moi. Tourne la tête. Pourquoi ne me regardes-tu pas ?

Quelque chose parut s’agiter avec l’énergie du désespoir dans les profondeurs de l’océan vert mako des yeux de l’incarné mais c’était si ténu, si difficilement perceptible, que Tifa crut qu’elle avait rêvé.

Une fois, cependant, un petit bruit qui ressemblait à une plainte étouffée s’échappa des lèvres immobiles et les paupières se fermèrent.

Cloud, qui ne cessait d’aller et venir d’un lit à l’autre, essayant de provoquer une réaction quelconque en parlant et touchant les argentés, finit par hausser les épaules et s’asseoir au chevet de Yazoo, qui fixait le plafond de ses yeux aussi vides que ceux de son frère.

- Je crois que Reeve a raison, Tifa, soupira-t-il, découragé. Il n’y a rien à faire. Ils ne…

La porte de la chambre s’ouvrit soudain à toute volée, faisant sursauter et crier Tifa.

Deux hommes et une femme en blouse blanche, flanqués de Reno, de Vincent et de Reeve s’engouffrèrent dans la pièce comme une tornade avec un plein chariot de matériel médical.

- Que… qu’est-ce qui se passe, ici ? s’écria Cloud en voyant les médecins se précipiter au chevet des argentés et rabattre brutalement les draps sur leurs corps nus, les découvrant entièrement. Qu’est-ce que vous faites ?

- Tout va bien, les rassura Vincent. Ces docteurs sont avec nous.

La voix de Rude résonna dans le couloir entre les cris affolés des employés. Il s’adressait visiblement à la nuée de turks qui venaient de se répandre dans l’établissement comme un vol de sauterelles.

- Mettez tous les responsables de sa section recherche aux arrêts ! cria-t-il. Et toi, avance, espèce d’ordure !

Il entra à son tour dans la grande chambre en poussant devant lui un médecin efflanqué d’une cinquantaine d’années.

- Vous n’avez pas le droit ! tempêtait ce dernier en essayant de se dégager de la poigne de fer du turk. Vous entendrez bientôt parler de moi et du président de ce centre hospitalier !

- Depuis très exactement 10 minutes, cracha Reno, le président de cet hosto s’appelle Rufus Shinra, connard ! Alors tu la fermes et tu nous dis ce qu’on veut savoir !

La femme médecin qui occultait Yazoo, une ravissante brunette d’une trentaine d’années, se tourna vers Vincent, sidérée.

- Ils ne les ont même pas soignés ! Regardez ça !

- Si on ne fait rien, c’est l’empoisonnement du sang assuré ! renchérit le médecin qui s’affairait au chevet de Loz, sous le regard inquiet de Tifa.

La jeune femme et Cloud regardaient sans y croire les plaies béantes - bouillie de chair infectée, de pus et de sang - sur la poitrine de Loz et la cuisse de Yazoo.

- Oh, mon Dieu…

- Ils ont dit qu’il les avaient opérés ! fit Cloud, abasourdi. Nous avons même vu les médecins les emmener au bloc !

- Ca, c’est ce qu’ils ont voulu nous faire croire, intervint Reno. Les fichiers informatisés du centre de recherche disent tout autre chose ! Hein, ” docteur ” ? demanda-t-il au médecin toujours maintenu fermement par Rude.

- Que leur avez-vous injecté, professeur Giarh ? lui demanda à son tour le troisième médecin amené par Vincent et Reeve, un tout jeune homme qui paraissait sortir fraîchement de l’institut de médecine.

Le professeur en question lui répondit par un sourire méprisant et Rude le secoua durement.

- On t’a posé une question, ordure !

- Ce n’est pas moi qui m’occupe des détails de ce genre, consentit à rétorquer l’antipathique personnage en accentuant encore son hideux sourire.

Il n’en fallut pas plus à Reno pour sortir de ses gonds.

D’un bond, il fut à ses côtés et il le frappa si fort qu’il lui brisa le nez.

- Ah ! Mais vous êtes cinglé ! pleurnicha l’homme, le nez en sang. Vous n’avez pas le droit ! Je vous traînerai en justice pour ça ! Vous me le paier…

- Vous devrez d’abord expliquer aux juges les 17 cadavres flottant dans le mako que nous venons de trouver, professeur ! le coupa Rufus en entrant à son tour dans la chambre, le faisant blêmir. Oui, professeur, mes hommes viennent d’intercepter le camion à la sortie du parking. Rude, sois assez aimable pour mettre ce déchet dehors en attendant les autorités compétentes pour lui rendre la monnaie de ses gils !

Le turk obtempéra en refermant soigneusement la porte et le médecin qui débranchait soigneusement la perfusion de Loz se tourna vers Cloud.

- Depuis quand sont-ils dans cet espèce d’état inconscient ?

- Depuis leur arrivée ici. Et c’est de pire en pire.

Les trois médecins échangèrent un regard sinistre.

- Qu’est-ce qui se passe, Vincent ? demanda Tifa.

Rufus soupira.

- C’est ce que nous aimerions savoir.

Cloud secoua la tête.

- Alors c’était vous, le piratage ?

- J’ai tout de suite senti que quelque chose n’allait pas, expliqua Vincent. Les médecins nous cachaient quelque chose.

- Pancuronium bromure ! s’écria la jeune femme médecin, penchée sur Yazoo, une petite lampe de poche braquée sur ses pupilles. J’en suis pratiquement certaine ! Regardez leurs yeux ! Je sais que vous êtes conscient, dit-elle à l’argenté en éteignant le petit faisceau lumineux. Battez des paupières si vous m’entendez.

L’argenté battit frénétiquement des paupières et le médecin qui s’occupait de Loz poussa un juron.

- Oh, mon Dieu… gémit le plus jeune praticien, horrifié.

- Qu’est-ce qui se passe ? demanda Tifa. Que leur a-t-on fait ?

- On leur a visiblement injecté des doses régulières de pancuronium bromure.

- Quoi ? s’écria Reno, profondément choqué.

- Que… qu’est-ce que c’est ? s’enquit Cloud.

- Un puissant paralysant musculaire, expliqua Reeve, soudain blême. Ils entendent, voient et sentent tout ce qui se passe mais sont incapables de bouger ou de parler.

- Quoi ? Mais c’est horrible !

” …I…FA… “

Le médecin près de Loz tressaillit et l’observa avec attention.

- Il n’arrête pas de murmurer mon nom, expliqua la jeune femme, la gorge serrée. Comme… comme s’il m’appelait.

Le médecin hocha la tête et grimaça, maussade.

- Ce n’est pas un murmure, mademoiselle, fit-il en remplissant une seringue. C’est un hurlement… Depuis des heures, il essaye très probablement d’appeler à l’aide et d’essayer de vous faire comprendre qu’il est toujours vivant.

Tous laissèrent échapper des exclamations horrifiées.

- Est-ce que vous m’entendez, mon garçon ? demanda le médecin d’une voix douce en se penchant sur l’argenté. Battez une fois des paupières pour ” oui ” et deux fois ” non ” Avez-vous compris ce que je viens de dire ?

Loz battit une fois des paupières et Tifa sentit son ventre se nouer.

Conscients… Ils étaient conscients depuis tout ce temps et avaient dû subir tous ces horribles examens sans pouvoir ne serait-ce que pousser un gémissement de douleur.

Quelle horreur… “ pensa-t-elle.

Voilà donc pourquoi Loz ne cessait de l’appeler. Il essayait de lui faire comprendre ce qui se passait, croyant sans doute que, parce qu’ils avaient combattu durant un long moment dans l’église de Midgar, la jeune femme serait plus à même que ses compagnons d’interpréter ses réactions.

Le pauvre… Je n’ai rien compris du tout. “

- Je sais que vous souffrez horriblement, dit encore le médecin mais c’est bientôt fini. Cette seringue contient un puissant anesthésique. Je vais piquer votre bras et l’injecter tout doucement. Si vous avez l’impression de voir la pièce tourner ou si vous vous sentez mal, clignez rapidement des paupières et j’arrêterai l’injection. Avez-vous compris ?

Un clignement.

- J’ai à présent besoin de connaître l’intensité de la douleur pour savoir quelle dose injecter. Sur une échelle de 1 à 10, 10 étant la pire douleur que vous n’ayez ressentie, dites-moi à quel point vous avez mal.

Loz cligna des paupières neuf fois de suite.

- Que le ciel nous vienne en aide… gémit Tifa en détournant le regard de la plaie béante de la poitrine que le jeune médecin venait de badigeonner de teinture d’iode.

Du côté de Yazoo se déroulait une scène similaire.

La jeune femme médecin venait de terminer l’injection et l’argenté avait fermé les yeux de pur soulagement.

- Sentez-vous encore quelque chose ? demanda-t-elle. Avez-vous encore mal ?

Les paupières diaphanes s’ouvrirent.

Les pupilles avaient repris leur apparence féline et n’étaient plus que deux minces traits noirs fendant l’iris.

Yazoo cligna deux fois des yeux : ” non “.

- Avez-vous froid ?

” Oui “

- Beaucoup ?

” Oui “

Reno prit une couverture chauffante dans le placard de la chambre et l’étendit doucement sur le corps imberbe, non sans laisser son regard courir un tout petit peu plus que nécessaire sur la peau lisse et le physique athlétique en tout point parfait.

Lorsque la chair délicate commença à se réchauffer, les joues blêmes se teintèrent d’une très légère teinte rosée.

- Est-ce que ça va un peu mieux ? demanda tout doucement le turk en se penchant sur l’adorable visage.

Les deux grands yeux vert topaze se plantèrent dans les siens et les paupières diaphanes clignèrent une fois.

- Laissez-vous aller, murmura la jeune femme médecin en caressant le front haut. Lorsque l’effet du pancuronium bromure se sera estompé, nous pourrons vous soigner correctement, vous et votre frère. D’ici là, n’essayez pas de lutter et dormez. Lorsque vous vous réveillerez, tout sera rentré dans l’ordre et vous pourrez à nouveau bouger et parler.

Yazoo ne se le fit pas dire deux fois et ferma les yeux pour de bon avant de sombrer dans le sommeil.

Ne plus sentir la douleur. Ne plus avoir peur. Enfin…

*

- Une trop forte dose de paralysant musculaire finit par entraîner la paralysie du diaphragme et, par conséquent, la mort par étouffement, expliqua le médecin le plus jeune tandis que ses confrères s’occupaient des argentés en salle d’opération.

- Mais c’est horrible ! s’écria Tifa, qui patientait en compagnie de Reno et de Cloud. Pourquoi vouloir les tuer de la sorte ?

- Pour les étudier. La mort par étouffement est celle qui conserve le mieux les organes.

Reno se détourna en ravalant un juron, malade de rage et révolté comme il l’avait rarement été.

Cloud hocha la tête.

- Et nous faire croire par la même occasion qu’ils se laissaient mourir d’inanition ! Bande de vautours ! Et moi qui croyais qu’Hojo était le pire malade qu’on n’ait jamais eu !

Le jeune médecin secoua la tête.

- Vous ne croyez pas si bien dire. Lorsque monsieur Shinra a dissout la branche de recherche génétique de la Shinra, il a bien fallu que les membres de son staff trouvent du travail ailleurs…

Cloud tressaillit.

- Vous voulez dire que les médecins qui travaillent ici… ?

Il ne put finir sa phrase.

- Non, monsieur Strife ! Pas tous. La preuve, j’en fais partie et jamais je ne m’abaisserais à faire le centième des horreurs que nous avons pu découvrir dans ce laboratoire de recherche. Non, uniquement les chercheurs - ou devrais-je dire ” les bouchers ” ? - du pôle de recherche expérimentale. Une branche très particulière de l’institut de recherche du centre hospitalier de Edge, désormais propriété de monsieur Rufus Shinra.

- Ils voulaient les disséquer comme des rats de laboratoire ? grimaça Tifa.

- Plutôt les conserver en l’état et les précieuses cellules de Jenova avec !

- Et nous qui pensions les sauver en les amenant ici… Mon Dieu !

- S’ils étaient restés au centre de soins, où ils sont maintenant, ils l’auraient été, croyez-moi. Cependant, si je puis me permettre…

- Oui, docteur ?

- Y a-t-il un endroit où ils peuvent, disons, se remettre paisiblement après l’intervention ?

Reno fronça le sourcil.

- Que voulez-vous dire ?

- Ailleurs que dans des locaux de la Shinra.

- Pourquoi donc ?

- Vous ne les avez pas vus avant d’entrer en salle d’opération, une fois les effets du pancuronium bromure estompés. Ils étaient…

- Quoi, doc ?

- Affolés. Oui. Totalement paniqués. Perdus. Et la vue de vos confrères dans les couloirs a fait grimper leur angoisse à des hauteurs affolantes.

- Ca, ça peut se comprendre, nota Tifa, un rien railleuse avec un clin d’œil à Reno.

Cloud secoua la tête.

- Kadaj disparu et Jenova ne les estimant plus utiles à quoi que ce soit et les ayant abandonnés… cela peut se comprendre. La ” réunion ” était leur seule raison de vivre et d’exister.

- Alors, il va falloir qu’ils en trouvent d’autres et seuls, je crains qu’ils n’y arrivent pas, intervint Vincent en les rejoignant dans la salle d’attente. Ils sont comme des enfants soudain lâchés dans la nature, avec des souvenirs et des connaissances qui ne sont pas les leurs, qu’ils n’ont eu le temps ni d’expérimenter ni de vérifier par eux-mêmes.

Cloud sembla réfléchir profondément et adressa à Tifa un regard suppliant.

Celle-ci secoua la tête.

- Cloud ! Nous avons deux enfants, avec nous !

- Eux, ils n’ont personne, Tifa.

- Mais… Ils peuvent rester ici. Ou dans les locaux de la Shinra. Ils sont mieux à même d’intervenir rapidement en cas de problème que nous !

- Ils me considèrent comme leur grand frère, plaida encore le jeune homme. Je… je ne peux pas me résoudre à les abandonner dans un hôpital ou un laboratoire ! Ils sont des victimes de Jenova, eux aussi.

Tifa soupira.

Elle non plus n’avait pas le cœur à les abandonner mais, bon sang, ils ne pouvaient pas recueillir chaque créature égarée de Edge ! Et ces hommes étaient dangereux, elle l’avait constaté elle-même à son corps défendant.

Et s’ils devenaient agressifs et s’en prenaient à Denzel ou à Marlène ?

- Je ne sais pas, Cloud…

- Je protégerai les enfants.

La jeune femme ricana.

- Je t’en prie, Cloud ! Tu n’es jamais là.

Ce dernier battit en retraite, ne voulant pas entrer dans ce genre de discussion, qui finissait invariablement en dispute cuisante entre eux.

- Je vais voir ce que font les enfants avec Reeve et Cait, coupa-t-il en s’éclipsant.

La jeune femme leva les yeux au ciel, excédée.

- Et voilà ! L’art et la manière d’échapper à ses responsabilités…

Vincent sourit et s’assit à ses côtés.

- Rufus peut envoyer Reno ou Rude vivre avec toi et les enfants quelques jours, pour te prêter main forte en cas de besoin et voir comment les choses évoluent. Et je passerai vous voir régulièrement, moi aussi.

- Pourquoi ne pas venir passer quelques jours au bar ? proposa Tifa. Ca te ferait le plus grand bien, à toi aussi, de te faire chouchouter un peu, le taquina-t-elle.

L’ancien turk cligna de l’œil, malicieux.

- Le but est qu’ils se sentent ” en famille ” et ” rassurés “, Tifa, pas surveillés ni épiés.

Celle-ci prit une profonde inspiration et laissa échapper un soupir déchirant.

- Comme si j’avais déjà pu dire non quand il s’agit de recueillir des chatons égarés… railla-t-elle.

Vincent rit de bon cœur et lui tapota l’épaule.

- Tout se passera bien, tu verras.

*

Depuis le seuil de la chambre, Tifa et Reno observaient Denzel et Marlène au chevet de Loz et de Yazoo.

En attendant que les deux pièces inoccupées de la maison soient aménagées le lendemain, la jeune femme avait fait installer les argentés dans sa propre chambre, elle-même partageant le lit de Marlène.

- Un vraie petite infirmière, regarde, fit remarquer le turk en souriant tandis que la petite fille épongeait le front moite de l’aîné inconscient avec délicatesse.

Tifa hocha la tête.

- Les enfants ont une capacité à pardonner et une facilité à donner leur affection qui m’étonnera toujours.

Yazoo poussa un petit gémissement dans son sommeil et Denzel se tourna vers eux.

- Qu’est-ce qu’il a ? Pourquoi il n’arrête pas de gigoter ? Il a mal ?

Reno secoua la tête.

- Non, mon grand, les docteurs leur ont donné des médicaments pour ça. C’est pour cette raison qu’ils sont endormis. Yazoo fait peut-être un cauchemar, tout simplement.

Le garçonnet parut réfléchir un instant puis tapa dans ses mains, comme s’il venait d’avoir l’idée du siècle, et se précipita hors de la chambre.

- Denzel ? demanda Tifa. Où vas-tu ?

- Chercher monsieur Carot !

Tifa pressa les deux mains sur la bouche pour ne pas éclater de rire et le turk fronça le sourcil.

- Qui ?

La jeune femme n’eut pas le temps de répondre que le petit était déjà de retour avec un vieux lapin en peluche, qu’il plaça sur l’oreiller, tout contre la tête de Yazoo.

- Monsieur Carot a l’incroyable pouvoir de chasser les cauchemars, chuchota Tifa avec solennité.

Reno hocha la tête avec une gravité de circonstance.

- Je vois. Une perle rare, ce Monsieur Carot. Un doudou de haute volée…

Ils échangèrent un regard et se détournèrent chacun d’un côté de la porte pour étouffer leurs rires de leurs paumes, incapables de garder leur sérieux plus longtemps.

à suivre.

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LI - J’ai mal à mon “ moi ”

«Il ne faut pas blesser une bête ;

on la caresse ou on la tue !»

Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Ne pas dormir… Il ne fallait surtout pas qu’il sombre dans l’inconscience ou les cauchemars reviendraient…

Il devait lutter contre cette langueur qui menaçait de l’engloutir. Lutter contre les sédatifs…

Lutter…

Lutter…

Lutter…

La sensation désagréable d’une aiguille que l’on retire de la chair de son bras…

Voilà… “ disait la voix douce. ” Avec ça, il devrait dormir comme un bébé. “

Quelque chose de petit, d’humide et de chaud qui se pose sur sa joue avec un bruit de ventouse…

Un baiser ?

Attention, Marlène. Ne t’appuie pas sur lui, tu pourrais lui faire mal. ”

Cette fois, la voix est grave, rocailleuse et puissante. Reconnaissable entre toutes.

Barret ?

Quand est-il revenu ?

Pourquoi il n’a pas ouvert les yeux ? “ demande la petite, une note inquiète dans son intonation fluette.

Parce que je l’ai endormi, ma chérie. Pour qu’il n’ait plus mal du tout. ”

Shalua…

Approche, Denzel, n’aie pas peur. “ dit la belle voix de Vincent. ” Tu vois ? Ne t’avais-je pas promis qu’il ne mourrait pas ? “

Une petite main tiède et timide sur son biceps…

Il va se réveiller quand ? “

Quand il se sera assez reposé. Mais pour cela, nous devons le laisser tranquille. Allez, fais-lui un bisou toi aussi et remontons avec les autres. “

A nouveau deux mains fragiles et enfantines sur sa poitrine et une petite bouche mouillée sur sa joue.

Tifa, on pourra revenir le voir avant d’aller dormir ? “

A la mention de ce nom, son cœur fait une embardée.

Tifa… Elle était donc là, elle aussi.

Une main tendre lui lisse les cheveux et le parfum délicat de la jeune femme lui caresse les narines. Elle semble inquiète.

Tifa…

S’il en avait la force, il lui sourirait pour la rassurer.

Bien sûr, ma chérie.”

Tu restes ici ? “

Oui. Yazoo et moi allons rester près de lui, cette nuit. “

Shalua, ne serait-il pas mieux là-haut que dans ce sous-sol aseptisé ? “

Vincent… le seul homme sans doute à détester les laboratoires autant que lui. Une fois encore, il aurait aimé sourire.

Probablement, oui. Mais il faudrait que Barret ou Rude nous aident à le trans… “

La jeune scientifique n’a pas le temps de finir sa phrase que Loz sent déjà des bras énormes se glisser doucement derrière sa nuque et le creux de ses genoux.

Pas de problème. “

Il est soulevé de son lit avec une facilité déconcertante et une douceur qui surprend de la part d’un colosse comme Barret.

Puis vient l’agréable sensation de léviter à plusieurs vingtaines de centimètres du sol alors que le chef d’avalanche l’emporte loin de l’infirmerie du laboratoire et monte prudemment l’escalier qui mene au rez-de-chaussée puis dans les chambres du premier étage.

Attention à sa tête, papa… “

Yazoo, les couvertures… “

Bon Dieu… Ce gosse est glacé, c’est normal ? “

C’est un effet secondaire du mako, Barret, ne t’en fais pas. “

Quelqu’un peut monter un peu le thermostat ? “

Denzel, tourne un peu le bouton, chaton. “

Venez, laissons-le se reposer. “

Des bribes de conversation.

Des voix qui se confondent.

Des mains sur ses bras, sa poitrine et son front.

Des pas qui s’éloignent et une porte qui se referme doucement.

Ses narines frémissent et son odorat surdéveloppé détecte un parfum de femme et de sexe qui flotte dans l’air, affolant, entêtant et imperceptible pour le commun des mortels.

La chambre de Tifa…

La douceur d’un oreiller frais et moelleux sous sa nuque et l’odeur mêlée de son propre corps et de celui de la jeune femme sur les draps.

Le lit de Tifa…

Tifa…

Dont les seins tendres et lourds se pressent à présent contre son bras. Dont la main lisse ses cheveux et caresse sa joue. Dont les lèvres chaudes effleurent sa tempe moite d’une sueur glacée…

Tifa.

- Ti… fa…

- Chut… Je suis là. N’essaye pas de parler, repose-toi. Dors, mon pauvre amour. Dors…

Dormir ?

Oui… Oui, maintenant il pouvait dormir.

Tifa était là.

Elle éloignerait les cauchemars.

Elle veillerait sur lui.

Dormir…

Enfin…

*

Malgré la croûte de sang séché qui lui fermait à demi la paupière, Weiss plongea son regard bleu opalin dans les prunelles ectoplasmiques d’Angeal, qui s’était accroupi aux côtés de Nero, étendu inconscient aux pieds de son frère.

- Par tous les démons de la planète… jura le soldat horrifié. Que lui est-il arrivé ?

Incrédule, il détaillait le corps amaigri engoncé dans une épaisse combinaison de cuir noir qui paraissait meurtrir la fragile peau de porcelaine de Nero, dont les bras étaient assujettis par de robustes lanières renforcées.

Son visage délicat, si féminin, et qui lui avait valu au sein du SOLDAT - tout comme à Sephiroth - autant d’admiration que de railleries, se voyait à présent comprimé dans une sorte de masque de contention qui lui maintenait la mâchoire et lui permettait tout juste d’entrouvrir la bouche. Quant à sa luxuriante chevelure noire, elle était - à l’instar de celle de son frère - d’une longueur qu’Angeal ne lui avait jamais connue, mal entretenue, coupée à la va-vite et hirsute.

Mais le pire était sans doute la vision des deux tiges de métal ensanglantées qui saillaient de son dos souple et gracieux à la façon de deux énormes échardes et qui finissaient de lui donner l’air pathétique d’un ange déchu aux ailes arrachées jeté cruellement sur terre par un Dieu sadique… Et, sur ce point, Angeal n’imaginait pas à quel point il était proche de la vérité !

- Au Deepground… Hojo a surdéveloppé… ses pouvoirs psychiques, haleta Weiss, dont l’inconfortable position, puisqu’il était toujours suspendu par les poignets, l’empêchait de respirer convenablement. Il… Il a fallu trouver un moyen de les… brider… C’est… c’est la façon la plus… efficace que le professeur ait trouvée.

Le soldat secoua tristement la tête, pris de pitié.

- C’était surtout la plus facile… Je reconnais bien là cette ordure d’Hojo.

- Hojo a… avait implanté des sortes d’ailes, dans son dos… Des appendices métalliques articulés qui… qui lui permettaient de remplacer ses mains lorsque que ces dernières… étaient attachées mais… Genesis… Genesis les lui a arrachés pour l’empêcher de… de se libérer ou de… m’aider à me libérer moi.

Angeal lut dans ses yeux la supplication muette qu’il n’osait formuler et secoua la tête avec un pincement au cœur.

- Je suis désolé, Weiss… s’excusa-t-il. Je ne suis hélas guère plus qu’un fantôme, désormais.

Il fit mine se saisir une pierre qui se trouvait près de son pied et sa main ectoplasmique passa au travers.

- Si cela n’avait pas été le cas, reprit-il. Je vous aurais déjà libérés et sortis d’ici, tu t’en doutes bien.

Weiss acquiesça tristement.

- Je… comprends. Et je n’en mérite sans doute pas plus… de toute façon.

Le soldat se redressa et planta son regard franc dans les yeux azurés.

- Je suis au courant pour l’Omega. Mais, que tous les Dieux m’en soient témoins, Weiss, ni toi ni ton frère n’étiez préparés à affronter ce genre de situation. Pas plus que Sephiroth ne l’était pour résister à la volonté de fer de Jenova et à ses sordides manipulations.

- J’aurais dû… me méfier. J’aurais dû résister. Je mérite… ce qui m’arrive, Angeal, mais… mais pas Nero… C’est moi qui l’ai entraîné dans le Deepground… Ils disaient… Ils disaient que c’était… la nouvelle unité d’élite… Que…

- Tu as été manipulé par les savants fous de la Shinra, mon garçon. Comme beaucoup d’autres. Moi y compris. Nous avons tous joué avec le feu, à un moment ou l’autre. Mais c’est du passé. C’est devant qu’il faut regarder, en direction de l’avenir, et ne jamais oublier la leçon qui nous a été donnée. Toutes ces erreurs que nous avons commises, il est grand temps d’essayer de les réparer. Pas pour nous mais pour cette planète et pour ceux à qui nous la laisserons. Que cherche Genesis, Weiss ? Que diable s’est-il passé ? Je croyais qu’il avait fait amende honorable et s’était repenti. Nous étions tous persuadés qu’il était enfin en paix. Qu’est-il arrivé, Weiss ?

- C’était peut avant l’éveil de l’Omega. Nero… J’ai tué Nero… Enfin, Hojo l’a tué… Son enveloppe mortelle, du moins. Mais mon frère a… a eu le temps de sauver son essence et de se cacher dans son monde de ténèbres avant de… de trouver refuge en moi et de chasser Hojo. Il… il m’a aidé à survivre à la puissance dévastatrice de l’Omega. Nero a… a bien plus de volonté et de force psychique que moi. Après la bataille, j’étais vivant mais mal en point alors… alors il a brisé le cristal mako dans lequel se trouvait Genesis pour s’emparer de son corps et… et me sauver. Cela s’est fait si facilement que… que Nero était même persuadé que l’âme de Genesis avait quitté son enveloppe depuis longtemps pour rejoindre la rivière de la vie mais…

- Mais ce n’était pas le cas, termina Angeal à sa place.

- Non… Il a bien caché son jeu. Il a laissé faire Nero durant des semaines, sans montrer le moindre signe… de sa présence. Et lorsque j’ai commencé à reprendre des forces… Il s’est manifesté.

Angeal se pencha à nouveau sur Nero. Il dormait, ou plutôt avait sombré dans cette sorte de profonde inconscience à la limite du coma où il était plongé la plupart du temps depuis que Genesis l’avait chassé de son enveloppe charnelle.

La substance du jeune ténébreux, mi-psychique, mi-physique, était encore si fragile qu’elle en était presque translucide et point n’était besoin d’enfoncer l’index dans la chevelure brune pour voir que les os du crâne étaient encore mous. Les endroits où Genesis avait frappé, et où s’étalaient des hématomes à présent noirâtres, ne présentaient aucune inflammation trahissant une cassure, ce qui aurait pourtant dû être le cas au vu de l’évidente brutalité des coups portés.

A quelques mois de guérison près, Nero était dans le même état que Sephiroth lorsqu’Aerith l’avait sorti de la rivière de la vie.

Depuis quand Genesis avait-il des pouvoirs et des connaissances cetra nécessaires à condenser la matière psychique et la transformer en matière solide ?

- C’est Genesis qui a fait ça ? demanda le Soldat.

- Non, c’est… c’est la proximité de la rivière de la vie qui permet à Nero de garder une forme… solide à peu près stable. S’il s’en éloigne il… il tient à peine sur ses jambes sans les briser.

- Tu veux dire que c’est lui-même qui reconstitue son corps cellule après cellule à partir de son moi psychique ? s’étonna Angeal

Weiss hocha la tête et sourit avec tristesse.

- Genesis l’y contraint en l’empêchant de se réfugier… en moi. Il… Il est en train de…

Il toussa douloureusement et le soldat finit la phrase à sa place.

- D’épuiser ses ressources psychiques pour reconstituer son corps physique. Autrement dit, Genesis est en train de le tuer pour de bon. Bon sang, Weiss, à quoi ça rime, tout ça ? Que cherche à faire Genesis ? Et pourquoi ?

- Genesis… a passé une sorte de pacte… avec Jenova.

Angeal blêmit.

- Quoi ?

*

Reeve arrêta l’enregistrement et Yazoo se laissa tomber lourdement dans le fauteuil du bureau de Shalua, le regard perdu et la gorge serrée.

Cette dernière lui enserra les épaules de son bras valide et le serra contre son giron dans un geste d’affection tout maternel.

- Nous ne sommes pas obligés de leur montrer tout l’enregistrement, Yazoo baby. C’est à toi de choisir.

- Qu’est-ce que je suis, Shalua ? murmura l’incarné d’une voix brisée tout juste audible. Quel monstre suis-je donc ?

Reeve referma l’ordinateur portable et s’accroupit à ses pieds.

- Tu n’as rien d’un monstre. L’hermaphrodisme est un phénomène bien plus courant qu’il n’y paraît. Si tu le souhaites, une opération pourrait même se pratiqu…

- Non ! le coupa le jeune homme. Enfin, je veux dire… Je… Je dois réfléchir. Je… (Il repoussa la jeune femme et se prit la tête dans les mains) Je ne sais plus…

Celle-ci jeta un regard inquiet au chef de la WRO, qui hocha gravement la tête.

- Je me suis souvent demandé pourquoi j’étais moins résistant que Loz, poursuivit l’incarné comme s’il se parlait à lui-même. Pourquoi il y avait ce côté si… efféminé, si fragile en moi. Je… Je pensais que c’était dû à notre naissance et à la façon dont nous avions été conçus…

- Yazoo… reprit Reeve. Je sais que tu viens d’avoir un choc terrible mais les informations que contient cette vidéo et ce que mes hommes ont trouvé dans les labos du Deepground est très important. Quelque chose de très grave se prépare. Nous devons en informer les autres au plus vite et je dois savoir si tu souhaites que nous coupions le passage qui te concerne.

L’argenté plongea ses incroyables yeux fendus dans les siens et Reeve y lut un monde de doutes et de souffrance.

Le cœur et la fierté de Yazoo avaient envie de répondre ” Non ! Je ne veux pas que Reno et mes frères sachent quelle créature monstrueuse ni quelle erreur de la nature je suis ! “ mais sa raison fut la plus forte et il acquiesça lentement.

- Ne leur cachez rien, fit-il à contrecœur. Les membres d’un clan doivent se faire confiance, quoi qu’il arrive et… Ne faisons-nous pas tous partie d’un clan, désormais ? Les difficultés, les souffrances et les dangers ne nous ont-ils pas rapprochés plus que de simples liens familiaux ne sauraient le faire, des derniers jours ?

- Si, Yazoo baby, répondit Shalua, la gorge nouée par l’émotion en serrant ses mains fines dans la sienne. Nous formons tous bel et bien un clan, désormais.

Il se laissa aller contre elle, incapable de retenir ses larmes plus longtemps à la seule pensée que lui et Reno ne partageraient bientôt plus jamais le même lit et qu’il ne sentirait plus jamais ses bras autour de lui.

Lorsqu’il aurait vu la vidéo, le turk frémirait de dégoût à la seule pensée de ce qui avait failli se passer entre eux.

- Il faut retrouver le bébé, Reeve, fit-il entre deux sanglots. C’est ça, l’important. Retrouver le fils de mon frère et découvrir ce que ce Genesis a derrière la tête.

Il serra les paupières de toutes ses forces pour chasser la photo que lui avait montré Reeve. Celle d’un fœtus de quatre mois à peine dans une coupelle d’aluminium.

Son fils à lui.

Une expérience ratée.

Un simple déchet.

Comme lui…

à suivre

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L - Sang pour sang

«Le sang se lave avec des larmes
et non avec du sang.»

Victor Hugo

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : d’après un dessin de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Réunis dans la grande salle, où personne n’avait touché au déjeuner servi par les domestiques, chacun était prostré, assis sur sa chaise ou debout et les bras ballants près de la table monumentale débordante de victuailles.

On avait eu beau fermer portes, fenêtres et battants, les cris de Loz résonnaient à intervalles réguliers dans tout le manoir, figeant les habitants de l’antique demeure qui cédaient alors aux prières, aux jurons ou aux larmes.

- Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu… ne pouvait que sangloter Gretta, son mouchoir de fine dentelle pressé sur sa bouche et les oreilles encore sifflantes des cris de bête blessée qui montaient du sous-sol.

Rufus, blême, lui posa la main sur l’épaule.

- Ca va aller, Gretta. Cela fait plus de trois heures, à présent, les phases d’inconscience sont de plus en plus fréquentes. C’est bon signe, cela signifie que le mako est presque assimilé.

La brave femme secoua la tête et essuya ses yeux rougis.

Trois heures…

Trois interminables heures qu’ils étaient tous là, à prier pour que l’organisme de Loz assimile le mako au plus vite et que les hurlements cessent.

Trois heures durant lesquelles l’argenté alternait les phases de syncope, lorsque la douleur se faisait insupportable, et de conscience, lorsque cette même douleur le réveillait en hurlant.

Yazoo se leva pour faire quelques pas nerveux devant l’une des hautes fenêtres et Reno le suivit du regard, résistant à l’envie de le rejoindre pour le serrer contre lui.

Kadaj, le regard vide, était attablé devant une assiette à laquelle, à l’instar des autres convives, il n’avait pas touchée, et serrait les poings si fort que les articulations de ses phalanges avaient viré au blanc.

Yuffie lui pressa timidement les doigts en signe de soutien et le garçon recouvrit la petite main de la sienne avec un sourire triste.

- Pourquoi le mako est-il encore aussi actif ? demanda l’Utaïenne à Rufus et à Vincent d’une voix étranglée.

Rude, planté devant la fenêtre, le regard perdu dans le vide, serra les poings.

- Elle a raison, renchérit-il, si inquiet qu’il en était excédé. Shalua a assuré qu’elle pourrait endormir Loz deux heures après l’injection, lorsque le mako serait assimilé par son organisme, mais ça fait plus de trois heures qu’il souffre comme un damné ! Qu’est-ce qui se passe, merde ? !

Tifa éclata à nouveau en sanglots et il maudit aussitôt son manque de contrôle.

- Il n’était pas au mieux de sa forme pour ce genre d’intervention, expliqua calmement Reeve en passant un bras consolateur autour des épaules de la jeune femme.

- Loz était épuisé, Rudo, répondit cette dernière d’une voix tout juste audible. Il n’arrête pas de faire d’horribles cauchemars. Il en a même été malade, la nuit dernière.

Reno hocha la tête.

- Il nous en a parlé, dans l’hélico. Yazoo non plus n’a presque pas fermé l’œil de la nuit. Hein, m… ?

Il allait dire ” Hein, mon ange ? ” mais s’était mordu la langue juste à temps.

Yazoo acquiesça, absent, et Kadaj redressa la tête.

- Quel genre de cauchemars ? Mèr… Jenova ?

Son frère allait répondre lorsqu’une nouvelle série de hurlements s’éleva du sous-sol et résonna dans chaque recoin du manoir.

- Putain, c’est pas vrai… jura Reno en se prenant la tête dans les mains, l’estomac noué. Ca ne peut plus durer, ça fait des heures qu’il crie à s’en arracher les cordes vocales ! Il y a bien quelque chose à faire pour le soulager, bordel !

Vincent ouvrir la bouche pour répondre mais fut interrompu par Denzel qui, ayant échappé à la jeune domestique et à Cait 9, qui avaient reçu pour consigne d’emmener les enfants se promener dans le parc et leur épargner ainsi les cris de souffrance de Loz, se jeta dans le giron de Tifa en sanglotant.

- Pardon, Miss Lockheart, s’excusa la jeune fille à qui l’on avait confié Marlène et le garçonnet. Il s’est précipité. Même du point le plus éloigné du parc, on entend crier monsieur Hojo.

Elle rentra la tête dans les épaules, effrayée par les cris en question qui montaient du sous-sol, et Gretta lui fit signe de sortir.

- Ca va aller, ma fille, vous pouvez disposer.

La jeune femme fit une petite courbette et s’en fut sans demander son reste.

Marlène, qui tenait Cait par la main (ou plutôt par la patte), lâcha l’animal pour courir vers Yazoo, dont elle enlaça les hanches de toute la force de ses petits bras en enfouissant son visage contre son ventre.

- Yazoo, j’ai peur ! sanglota-t-elle. Pourquoi Loz a aussi mal ? Qu’est-ce qu’on lui fait ?

L’argenté se pencha pour étreindre la fillette et lui caressa les cheveux.

- Ce n’est rien, chuchota-t-il à son oreille, rassurant. C’est bientôt fini, je te le promets.

- C’est de ma faute ! s’égosilla Denzel, en larmes.

Tifa fit un effort pour ravaler les siennes et essaya d’apaiser le garçonnet.

- Qu’est-ce que tu racontes ? Oncle Cid a eu un… un accident mais… Denzel, tu n’y es pour rien, voyons.

- Pas oncle Cid ! Loz ! (Il s’accrocha au corsage de la jeune femme avec des pleurs désespérés) Pardon, Tifa, je voulais pas ! Je te jure que je voulais pas ! Oncle Cid m’avait prévenu mais j’ai pas voulu l’écouter ! Je voulais pas ! Je voulais pas ! J’étais juste en colère, je te le promets !

- Chut… Allons, du calme. De quoi est-ce que tu parles ? Loz a très malade parce qu’il a voulu aider oncle Cid mais il va guérir très vite, Denzel, tu verras.

Le garçonnet secoua furieusement la tête.

- C’est pas vrai ! Oncle Cid l’avait dit : il faut jamais faire des vœux méchants parce que si un démon les entend, ils risquent de se réaliser ! Et c’est exactement ce qui s’est passé !

Denezel paraissait terrifié et Tifa jeta à Vincent un regard affolé.

L’ancien turc s’approcha et s’accroupit devant le garçonnet.

- Pourquoi dis-tu que c’est de ta faute, Denzel ? demanda-t-il tout doucement en lui caressant la tête. Qu’est-ce qui s’est passé, d’après toi ?

Le petit renifla à plusieurs reprises et geignit :

- J’ai dit à Loz que je voulais qu’il crève et maintenant… maintenant, il est en train de mourir !

Comme pour lui donner raison, un ultime cri résonna, les figeant tous, et s’éteignit, plongeant la demeure dans un silence sinistre.

- Loz n’est pas en train de mourir, assura Kadaj, qui s’était approché à son tour. Comme ta maman te l’a dit, Cid a eu un accident et…

- C’est pas vrai ! C’était pas un accident ! Shera a voulu le tuer, Marlène et moi on l’a bien vu, il y avait du sang partout ! Arrête de mentir, je suis plus un bébé !

- D’accord. D’accord, ce n’était pas un accident, c’est vrai. Mais mon frère a dû lui donner beaucoup de sang pour le sauver. C’est pour ça qu’il est malade. Parce que, pour compenser tout ce sang perdu, on a dû lui faire une piqûre qui fait très très mal mais ça va passer.

- Menteur ! Tu dis juste ça pour me rassurer ! Loz va mourir et c’est à cause de moi !

Kadaj secoua la tête et sourit.

- Non, Denzel. Il ne va pas mourir. Je t’en donne ma parole.

Le garçonnet se tourna vers Vincent et celui-ci acquiesça.

- Kadaj a raison, Denzel. Bientôt, Loz va s’endormir et tu pourras même descendre le voir pour t’assurer qu’il va bien. Je t’emmènerai, si tu veux. D’accord ?

Le petit acquiesça, pas tout à fait rassuré encore, et Tifa lui essuya le visage avec un mouchoir en papier.

- Promets-moi que tu seras gentil avec Loz, lorsqu’il se réveillera. (Denzel se blottit contre elle dans son giron et hocha la tête en reniflant) Il nous aime beaucoup, tu sais…

- Et toi ? chuchota le garçonnet d’une voix à peine audible. Tu l’aimes ?

- Oui… répondit-elle, la gorge serrée. Oui, Denzel. Bien plus que je ne l’aurais jamais cru…

***

Genesis, le bébé aux cheveux argentés dans les bras et un sourire satisfait sur les lèvres, se tenait debout au bord de la source qui alimentaient en eau la ville de Nibelheim, au cœur du mont Nibel.

L’eau de Nibelheim était connue pour sa pureté et ses propriétés curatives. Certains faisaient des kilomètres pour la boire car les instances locales, craignant que la source ne finisse par se tarir ou, pire, par être polluée, en avaient toujours refusé la commercialisation.

Quiconque voulait profiter des bienfaits de l’eau de Nibelheim devait venir sur place ou s’en faire envoyer quelques bouteilles par des amis ou de la famille.

L’origine des bienfaits de l’eau n’était un mystère pour personne, dans la région : la rivière de la vie coulait juste sous la source et lui transmettait ainsi une part de ses propriétés - dont un infime pourcentage de mako idéal pour consolider les os des nourrissons et des personnes âgées.

Mais, ce que les habitants de Nibelheim ignoraient encore c’est que, depuis deux jours, un nouvel élément faisait désormais partie de la composition de l’eau…

Genesis ricana en dépliant la lame d’un petit canif affûté comme un rasoir et, voyant l’objet scintiller, le bébé s’agita aussitôt dans ses bras et se mit à pleurer.

Mais il eut beau faire, ruer et crier de toute la force de ses minuscules poumons, une petite créature comme lui était bien incapable de résister à l’ancien soldat, qui se saisit d’une jambe potelée portant déjà plusieurs profondes coupures à demi-cicatrisées.

Sans une hésitation ni la moindre pitié, la lame du canif entailla en plusieurs endroits la chair tendre du pied du bébé, qui hurla à s’en arracher les cordes vocales, et un filet de sang écarlate coula dans la source d’eau pure, où il se dilua totalement.

Un sourire torve déformant ses lèvres sensuelles, Genesis regarda le sang gorgé des cellules de Jenova partir à la dérive pour rejoindre la nappe phréatique souterraine où un imbroglio de tuyaux distribuerait l’eau ainsi souillée à chaque fontaine, chaque maison, chaque robinet de Nibelheim… où elle serait bue.

Quelques gouttes de sang… la quantité paraissait ridicule comparée aux milliers de litres d’eau dans lesquels il s’était dissous et pourtant !

Une seule cellule de Jenova suffisait.

Oui, une seule minuscule cellule dans un corps humain et le lien entre le porteur et la calamité tombée du ciel pouvait se faire : une voie royale pour les géostigmates…

Le sang cessa de couler du pied du nourrisson et Genesis le lécha pour le nettoyer avant de le remettre sous la couverture moelleuse.

- Chut… C’est fini, bébé, allez, allez… Ce n’est rien du tout, arrête de pleurer. (Les cris du poupon redoublèrent et l’ancien soldat ricana) Aussi pleurnichard que papa, hein ? railla-t-il gentiment.

Il s’éloigna de la source en direction de la grotte ténébreuse, un niveau plus bas, où coulait la rivière de la vie par laquelle il était arrivé deux jours plus tôt…

***

Barret gara le camion dans le parc et monta l’escalier de pierre quatre à quatre, un paquet enrubanné sous le bras.

Il n’avait pas voulu appeler pour annoncer son retour et faire ainsi la surprise à Marlène.

Comme il s’y attendait, tous étaient réunis pour le déjeuner dans la grande salle et il avança à pas de loup jusqu’à la porte monumentale, dont il poussa les deux battants d’un geste théâtral.

- Alors ? On ne m’attend même pas pour manger ? claironna-t-il avec un rire enjoué. Qu’est-ce qui se passe, ici, quelqu’un est mort ? essaya-t-il de plaisanter en voyant les regards hébétés des convives.

Il remarqua alors que les assiettes étaient pleines, la nourriture froide et bien des yeux rougis.

- Papa ! sanglota Marlène en s’arrachant à l’étreinte de Yazoo pour se précipiter dans ses bras.

- Que… qu’est-ce qui se passe ? demanda encore Barret, de plus en plus inquiet en cherchant Cloud des yeux. Où est Cloud ? Et Cid ?

- Barret… commença Vincent en venant vers lui. Viens, assieds-toi.

- M’asseoir ? Pourquoi ? s’enquit-il, l’estomac soudain noué. Qu’est-ce qui risquerait de me faire tomber à la renverse ?

- Barret…

- Bordel de merde, Vince, dis-moi ce qui se passe !

- Il s’est passé pas mal de choses durant ton absence. Cid est bas, à l’infirmerie, mais il va s’en sortir, ne t’en fais pas.

- S’en sortir ? Comment ça ? Il a été blessé ? On s’en est pris à lui ? Et Cloud ? Où est Cloud ?

Le chef d’avalanche regardait autour de lui et essayait de compter les absents, mort d’inquiétude. Son regard s’arrêta alors sur Kadaj et Yazoo.

- Où est le troisième enfoiré ? cracha-t-il en serrant les poings.

- Barret, calme-toi, ce n’est pas du tout ce que tu crois ! intervint Tifa, les larmes aux yeux.

- C’est ce fils de pute, hein ? Il s’en est pris à eux ! Je savais qu’on ne pouvait pas leur faire confiance !

Il voulut se jeter sur les argentés mais Vincent, Reno et et Rude s’interposèrent.

- Arrête papa ! hurla Marlène, en larmes, en repoussant son père. Arrête, s’il te plaît ! Arrête !

Les petits bras fragiles arrêtèrent plus facilement dans son élan le chef d’AVALANCHE que les muscles des turks et de Vincent.

Il s’accroupit aussitôt pour serrer sa fille adoptive contre lui.

- Pardon, princesse, je ne voulais pas t’effrayer. Mais votre salopard de frère, il ne perd rien pour attendre ! menaça-t-il Yazoo et Kadaj. Où est cet enfoiré, Vince ?

- Arrête ! pleura de plus belle Marlène. Tu comprends rien ! Loz n’a rien fait ! C’est Shera ! Elle a essayé de tuer Cid et Loz l’a sauvé !

Barret cligna des paupières, abasourdi.

- Que… quoi ?

- C’est la stricte vérité, Barret, intervint Reeve.

Un nouvel hurlement de douleur monta du sous-sol et le chef d’avalanche se raidit, horrifié.

- Oh, mon Dieu… sanglota Gretta en pressant d’une main son mouchoir de dentelle sur sa bouche tandis que l’autre serrait celle de Tifa. Mon Dieu, ayez pitié de lui, je vous en supplie…

- Ce… C’était quoi, ça ? bredouilla Barret.

- C’est Loz, papa, hoqueta Marlène, les yeux inondés de larmes. Ils ont dû lui lui faire une piqûre de mako, comme dans le film…

Son père blêmit au souvenir des horribles images des vidéos de surveillance.

- Vince… Par tous les démons de la planète… Mais qu’est-ce qui se passe, ici ?

à suivre

La croisée des destins

***

Auteur : Miss Montague

Relecture et Réécriture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

Les débris épars sur le sol craquèrent sous ses talons à mesure qu’elle s’avançait dans l’allée centrale de la vieille église.

Bien qu’elle en ignore exactement la raison - peut-être simplement pour évaluer plus froidement le degré de violence de l’affrontement ou justifier sa défaite -, Tifa avait ressenti le besoin irrépressible de retourner sur les lieux.

Cloud était revenu vingt-quatre heures plus tôt à peine, la main de la petite Marlène fermement serrée dans la sienne, et ce fut un immense soulagement pour la jeune femme que de les voir tous deux sains et saufs.

Elle avait étreint la fillette avec un terrible sentiment de culpabilité mais comment aurait-il pu en être autrement ? Elle avait perdu le combat… avait abandonné la petite aux griffes de son ennemi !

Serrant Marlène dans son giron, elle avait levé les yeux vers Cloud, le regard débordant à la fois de reconnaissance et de honte.

C’est vrai, Cloud avait failli tous les abandonner et la jeune femme dut user de toute sa persuasion pour lui faire recouvrer la raison mais s’il n’avait pas été là pour récupérer Marlène… que se serait-il passé ?

Hélas, les autres enfants enlevés par Kadaj et ses frères restaient introuvables. Cloud avait parcouru la Cité des Anciens de long en large sans succès.

A en croire Marlène, il était cependant peu probable qu’il leur soit fait le moindre mal et, de toute façon, le gang referait très certainement son apparition avant peu.

En attendant, Tifa cherchait désespérément la meilleure façon de se reprendre.

Cette peur déchirante qui l’avait paralysée jusqu’à ce que Marlène lui soit ramenée saine et sauve, pour rien au monde elle ne voulait la sentir de nouveau lui tordre le ventre. Pas plus qu’elle ne souhaitait faire revivre ce cauchemar à la fillette.

Ses pas soulevant des volutes de poussière, Tifa s’avança jusqu’au parterre de fleurs entretenu - il y a une éternité de cela, semblait-il - par sa défunte amie.

C’est ici que j’ai échoué… “ pensa-t-elle. Ici même que j’ai été incapable de protéger Marlène. ”

Comme dans un rêve brumeux, Tifa revoyait son adversaire se détourner d’elle et s’approcher de la petite à la façon d’un prédateur ; se souvenait de l’effroi avec lequel elle avait assisté à toute la scène…

La jeune femme avait hurlé à la gamine de s’enfuir mais le cri avait résonné sous son crâne avec une telle puissance désespérée que la tête lui avait tourné et… plus rien.

Elle ne reprit ses esprits qu’à l’arrivée de Cloud. Et encore pour un laps de temps réduit, hélas, puisque tous deux avaient presque aussitôt sombré côte à côte pour se réveiller dans les appartements privés du 7ème ciel “, où Reno et Rude les avaient transportés, non sans difficulté.

Machinalement, Tifa tenta de redresser les tiges, couchées sous le poids son propre corps, lorsqu’il l’avait jetée au sol, sur le parterre fleuri.

Peine perdue.

La jeune femme se demanda alors si, contrairement à elle, les fleurs pouvaient se relever de cet échec.

Plus que sa vie, c’était celle de Marlène qu’elle avait mise en danger et cela, elle ne pourrait jamais se le pardonner.

- Je vais à l’église, avait-elle dit à la petite un peu plus tôt. Les voisins vont venir s’occuper de toi durant mon absence.

- Je viens avec toi !

- Non ! Je t’ai dit qu’on allait venir s’occuper de toi, je n’en ai pas pour longtemps. Je préfère te savoir à l’abri ici.

- … très bien.

Durant ce bref échange, pas une seule fois les yeux de Tifa - honteuse au point d’être incapable de la regarder en face - ne s’étaient posés sur la petite.

La fleur qu’elle venait de redresser retomba et ses mains, en appui sur la terre fraîche, se refermèrent en poings, se crispant jusqu’à faire saillir les veines sous la peau délicate.

Tap… Tap… Tap…

Tout son corps se raidit.

D’un bond, elle se redressa et se tourna vers l’imposante porte en bois, à l’autre extrémité de l’église.

Elle reconnut immédiatement le visiteur inattendu et ses yeux s’écarquillèrent.

Tap…

L’homme s’arrêta au beau milieu des débris de pierre et de bois provenant des moellons et des bancs réduits à l’état de charpie. Qu’il s’agisse des traits du visage ou des yeux d’un bleu-vert quasi-transparent, tout paraissait figé chez lui.

Le souffle coupé, la jeune femme ne put empêcher une grimace apeurée de lui tordre le visage et, ses membres ne lui obéissant plus, elle commença à trembler de toute part.

L’homme aux courts cheveux argentés s’avança encore. Sous ses sourcils froncés, ses yeux étaient fixés sur elle sans que le moindre clignement de cils ne voile le regard félin.

Qu’est ce que tu attends pour t’enfuir, espèce d’idiote ? Tu penses pouvoir t’en tirer en restant plantée devant lui ? “

Malheureusement, ses jambes ne semblaient guère pressées de lui obéir.

Plus le jeune homme se rapprochait, plus le bruit de ses pas était fort, faisant écho aux battements du cœur de Tifa, de plus en plus apeurée.

Malédiction ! Qu’était-il arrivé à la combattante émérite qui avait même réussi à ravaler sa peur deux ans plus tôt face au monstrueux Sephiroth ?

Non, elle n’aurait pas dû être effrayée, n’aurait même jamais pas dû perdre face à cet homme !

Pourtant, ce fut bien le cas et, en cet instant, c’était le doute, plus que la peur, qui la minait : si elle l’affrontait encore, elle perdrait le combat une seconde fois, elle en était certaine.

- Eh bien… Qui aurait cru qu’on ferait autant de dégâts !

Sa voix grave la fit sursauter mais rien ne la surpris davantage que de le voir s’arrêter à quelques pas d’elle et… sourire !

Il embrassa les lieux d’un regard détaché, mains sur les hanches, et posa de nouveau les yeux sur elle, la tête légèrement penchée sur le côté.

- Tu as… peur ? demanda-t-il, curieux.

- Pas du tout !

Elle avait ponctué sa réponse d’un froncement de sourcils éloquent et se mit d’instinct en garde, les jambes toujours tremblantes.

- Ce n’est pas beau de mentir.

La gorge de la jeune femme se serra. A quel jeu puéril s’amusait-il ?

A en croire sa réaction, sa peur était parfaitement perceptible mais elle ne fuirait pas. Non, certainement pas ! La couardise serait un châtiment plus humiliant encore qu’une nouvelle défaite.

Elle se battrait jusqu’au bout, même si l’issu de ce nouveau conflit ne laissait aucun doute quant au résultat.

C’est du moins ce dont elle essayait de se persuader…

- Détends-toi ! railla-t-il. Je n’ai pas l’intention de me battre avec toi aujourd’hui.

Elle ne bougea pas un orteil.

- Allô ! insista-t-il, taquin.

Elle haussa très légèrement un sourcil.

A quoi jouait-il donc ? Cherchait-il à lui faire baisser la garde pour l’attaquer en traître ?

Loz se tapota le front de la main.

- Toutes les femmes sont-elles aussi têtues que toi ?

- Donne-moi une seule raison de te faire confiance ! rétorqua-t-elle avec aigreur.

- Parce que je ne vois pas l’intérêt de t’attaquer par surprise. Moins encore dans ton état, ajouta-t-il sur le ton de la plaisanterie. Tu ne tiendrais pas une minute, même si je te laissais m’attaquer la première. Détends-toi, va ! Tu vas nous refaire un malaise, sinon.

Les joues de Tifa s’empourprèrent violemment.

Mais c’est qu’il se moquait d’elle, en plus !

- Que fais-tu ici ? demanda-t-elle pour se donner une contenance, à l’affût du moindre geste suspect.

- Moi ça va, merci, et toi ?

- Où sont les enfants ?

- Eux aussi vont bien.

- Je t’ai demandé où ils étaient !

- Et tu crois sérieusement que je vais te répondre ?

- S’il le faut, je t’y obligerai ! menaça-t-elle.

- S’il le faut “ ? Si tu le pouvais, tu veux dire ! Ce qui n’est pas le cas…

- Ne me sous-estime pas.

- Et toi, cesse de te surestimer. Cela pourrait te coûter cher, un jour.

- Je ne…

Elle laissa sa phrase en suspend.

A quoi bon tenter de lui faire croire le contraire, de toute façon ? Elle n’était plus la femme forte qu’elle avait été, même lui s’en était rendu compte.

Découragée, elle baissa les bras - dans tous les sens du terme.

Loz l’observa avec curiosité et laissa échapper un soupir en la voyant détourner le regard pour fixer le sol, ses longs cheveux bruns voilant à demi son visage.

- Je n’aime pas jouer lorsque je suis certain de gagner, reprit-il d’une voix plus douce. Dis-toi que, de cette façon, je t’épargne une seconde défaite.

Il s’adressait à elle comme à un enfant boudeur. Pire : à un loser !

Ravalant son humiliation, elle prit une profonde inspiration.

- Tu ne m’as toujours pas dit pourquoi tu étais là.

- Je n’en ai aucune idée ! Mes pas m’ont guidé jusqu’ici. Peut-être parce qu’ils savaient que je t’y trouverais.

- Je… Je ne suis pas sûre de comprendre.

- Moi non plus, avoua-t-il. Demande à mes pieds, ils ont peut-être une explication logique à ça…

Spontanément, les yeux de Tifa se posèrent sur les chaussures de cuir de l’argenté, une expression incrédule sur le visage.

Loz pouffa et elle releva aussitôt la tête pour voir ses lèvres crispées en un rire contenu, des petits bruits de gorge accompagnant les soubresauts de son large torse.

- Pffff…

Les joues de la jeune femme s’empourprèrent de nouveau.

- Ce n’est pas drôle !

- Ah ! Ah ! Ah !

Elle croisa les bras, horriblement vexée.

Les larmes aux yeux, Loz leva une jambe, comme pour l’inviter à parler à son pied.

- Oh ! Ca va !

Elle ne réalisa pas immédiatement qu’elle s’était mise à rire aussi et ce rire clair et incontrôlable, qui s’échappait de sa gorge, eut pour effet de la détendre un peu, ses poumons s’emplissant d’air à chaque nouvelle respiration, lui dénouant le ventre.

- Alors ? demanda-t-il lorsqu’ils reprirent un peu leur sérieux. Ca a l’air d’aller mieux non ?

- Qu… Quoi ?

- Bah ! Tu as l’air un peu moins coincé, tout d’un coup.

Tifa se raidit, toute trace de sourire effacé.

- Dis-moi où sont les enfants.

- Ah ! J’ai parlé trop vite…

- Dis-moi où ils sont !

Il la fixa de son intense regard félin.

- Je t’ai dit qu’ils allaient bien. N’insiste pas. Tu les reverras tous, sains et saufs. Nous n’avons pas l’intention de les tuer. La seule chose qui compte, c’est de la retrouver.

- Qui ça ?

- Mère ! Je te l’ai déjà dit.

Ce mot, qu’elle n’avait plus entendu prononcer avec une telle ferveur depuis des années, fit tressaillir Tifa.

Lui aussi, le prononçait avec cette même dévotion.

Sephiroth

Elle dévisagea Loz comme si elle le voyait pour la première fois.

Ces cheveux… Ces yeux…

Etait-ce possible ?

- Mère ? bredouilla-t-elle. Ce ne serait pas… ?

Un doux sourire sur les lèvres, il s’en retourna, le bras levé en signe d’au revoir.

Non ! Elle devait savoir !

Elle se précipita derrière lui et ses mains s’agrippèrent au bras recouvert de cuir pour l’empêcher de partir.

- Dis-moi que tu ne fais pas allusion à Jenova ! supplia-t-elle. Dis-moi que ce n’est pas ça !

Il pivota lentement, riva ses pupilles félines aux siennes et un frisson parcouru la jeune femme.

Loz était réellement impressionnant…

Il la dépassait d’une bonne tête, sa peau satinée semblait sans défaut et ses yeux… Mon Dieu, quels yeux !

- Je ne… commença-t-elle. Nous ne pouvons pas te laisser faire ! se reprit-elle.

- ” Nous ” ? Mais là, tu es seule et je doute que tu puisses m’empêcher de faire quoi que ce soit.

Et le pire, c’est qu’elle savait qu’il avait raison.

Elle baissa la tête, vaincue, en même temps que ses mains glissaient le long de son bras, le libérant.

Mais voilà que ses mains à lui se posèrent sur ses joues pour l’obliger à replonger dans l’hypnotique regard bleu-vert.

- Tu reprendras bientôt des forces, promit-il. Tu reprendras aussi confiance en toi, et, alors, nous nous battrons.

Un sourire engageant éclaira son visage et la jeune femme sentit sa gorge se serrer…

***

La main de Cloud massait son dos en un doux va-et-vient.

- Tu sembles encore plus tendue que ces derniers jours. Pourtant, Marlène est rentrée, maintenant. Nous retrouverons vite Denzel et les autres enfants, tu verras.

Tifa prit sur elle pour sourire.

Les enfants…

Si seulement cela pouvait être la seule raison de sa nervosité…

Le soir était tombé et la petite lampe murale dégageait une légère et chaleureuse lumière, bien suffisante pour lui permettre de voir le visage de son compagnon.

Visage qu’elle ne regardait d’ailleurs que furtivement.

- Je n’ai pas su la protéger, Cloud…

- Tu ne connaissais pas ton ennemi et tu as été surprise par sa puissance mais, la prochaine fois que tu seras nez à nez avec lui, tu n’auras aucun mal à lui faire mordre la poussière, j’en suis certain.

Elle coula un regard en biais à son ami d’enfance.

Aucun mal…

S’il savait !

S’il savait qu’elle avait été incapable de bouger le petit doigt un peu plus tôt dans la journée… Qu’elle avait tremblé comme une feuille… Que c’était précisément l’homme à qui elle devait faire mordre la poussière” qui l’avait réconfortée avant de partir retrouver ses frères…

Elle pivota franchement vers Cloud et, toujours sans un mot, effleura ses lèvres des siennes, ses doigts lissant doucement ses cheveux hérissés, caressant sa nuque, la main du jeune homme massant toujours son dos.

S’il avait su avec quelle tendresse des doigts gantés s’étaient posés sur son visage… A quel point étaient hypnotiques les yeux qui s’étaient vissés aux siens et comment, à ce moment là, son cœur avait battu la chamade…

Encore maintenant, alors même qu’elle prenait conscience de la chaleur du corps de Cloud contre sa peau, Tifa s’interrogeait, incapable d’expliquer clairement ce qu’elle avait ressenti en cet instant.

Que dirait Cloud s’il avait pu deviner qu’elle croyait encore sentir le cuir du gant de Loz sur sa peau, s’il avait pu concevoir avec quelle débauche de détails elle se souvenait de son visage, de sa peau lisse, des traits si virils, parfois adoucis par de furtifs et sincères sourires…

Leur sueur se mêlait, à présent, ainsi leur respiration saccadée et leurs murmures haletants. Les draps s’échauffaient, se froissaient sous leurs corps et, tout à sa passion, Cloud ne remarqua pas les larmes de Tifa qui s’étaient soudain mises à perler au bout de ses longs cils.

S’il avait su…

S’il avait su qu’en cet instant, c’est à lui qu’elle pensait…

***

Au matin, Tifa s’était réveillée seule, les draps tièdes et froissés indiquant que Cloud s’était une fois de plus éclipsé ; comme si, une fois son désir satisfait, la vue de celle qui l’avait assouvi lui devenait insupportable.

Cette nouvelle matinée rendait la jeune femme morose mais elle n’en apprécia pas moins la présence de sa petite Marlène. Cloud disparaissant régulièrement, elle ne goûtait que davantage la compagnie de la petite.

Le vacarme soudain, à l’extérieur, vint briser la discrète tranquillité du 7ème ciel : la ville d’Edge était saisie d’effroi et le chaos régnait autour du mémorial de la Shinra.

Arrivée sur les lieux, Tifa constata que Kadaj et ses frères étaient une fois de plus la cause de la panique ambiante.

Un stupéfiant Bahamut avait été invoqué et les traces de son passage n’auraient jamais pu de passer inaperçues.

Le cœur de jeune femme se serra, les images de la veille défilant dans son esprit à toute vitesse, et elle se maudit de penser à cela au vu de la situation.

Les enfants…

Loz avait dit qu’elle les reverrait tous bientôt, sains et saufs, et ils étaient bien là, devant elle, entiers.

Elle courut vers Denzel qui, le regard inexpressif et inhumain, fixait le vide, devant lui.

Ces yeux… Les mêmes que…

Peu importait ! Elle devait sauver son petit garçon et l’éloigner de cet enfer !

Les monstres invoqués l’assaillirent soudain de toute part mais l’instinct de protection que lui inspirait son fils adoptif lui donnait des ailes et la force de repousser les attaques des monstrueuses bêtes.

Un cri déchira le ciel et, avant qu’elle ne se rende compte de ce qui se passait, d’immenses pattes griffues s’abattirent devant elle.

Ahurie, elle regarda le Bahamut s’élever de nouveau dans les airs afin d’envoyer une boule d’énergie qui fit exploser le mémorial, envoyant des débris aux quatre coins de la vaste place d’Edge et détruisant de nombreux bâtiments alentour.

Le souffle de l’explosion l’étourdit et, durant ces quelques minutes d’inconscience, Denzel lui apparut : le garçonnet souriait, tendant vers elle une main secourable et elle souriait en retour. Jusqu’à ce que les yeux du garçonnet virent vers ce bleu-vert si envoûtant, la pupille s’allongeant telle celle d’un félin, et sa petite menotte se transformant en une main grande et forte. Celle d’un homme aux courts cheveux d’argent…

La jeune femme reprit brutalement conscience et ses paupières se soulevèrent difficilement pour voir son vieil ami Barret protéger Denzel, son bras mécanique crachant une rafale de balles.

Le regard de Tifa balaya la place et ses alentours en ruine.

Des mouvements rapides attirèrent son attention et… elle le vit.

Il était là, se battant rageusement contre les turks.

Sa gorge se serra.

Et s’ils finissaient par se croiser ? Et s’ils se battaient ?

Elle chassa ces pensées de son esprit. D’autres priorités réclamaient toute son attention.

Les uns après les autres, ses amis vinrent en renfort au pas de charge afin d’engager la bataille contre le Bahamut de plusieurs mètres de haut et dont la carapace paraissait plus dure que de la pierre.

Chacun donna le meilleur de lui-même, tous portés comme autrefois par une inextinguible soif de victoire, avec la ferme intention d’en terminer ensuite avec le trio infernal - chose que Tifa ne pouvait s’empêcher d’appréhender.

Le Bahamut, cependant, n’entendait pas se laisser vaincre aussi facilement et rageait d’être attaqué par ces minuscules créatures si agaçantes.

Il déploya ses ailes immenses, tournoyant autour de la place maintenant dévastée, broyant et piétinant tout ce qu’il pouvait.

Puis, sa patience ayant atteint ses limites, le monstre concentra son énergie dans sa gueule hérissée de crocs et cracha une boule d’un bleu étincelant… droit sur Tifa, qui se trouvait aux cotés de Red XIII et Caith Sith !

Le chien rouge bondit prestement à quelques mètres de là, le robot sur son dos, tandis que la jeune femme rassembla toute sa force dans un extraordinaire coup de pied qu’elle asséna à l’amas bleuté.

Ce dernier termina sa course contre l’un des rares immeubles encore debout et une extraordinaire explosion en résulta, qui projeta des morceaux de métal et des morceaux de pierre droit sur elle alors qu’elle pensait avoir échappé au pire.

Elle n’eut que le temps de se mettre en boule, pour tenter tant bien que mal de se protéger des énormes débris à moitié calcinés, et ferma les yeux, attendant la douleur qui ne saurait tarder.

Mais, dans le brouhaha de l’explosion et de l’écroulement du bâtiment, les secondes passèrent sans qu’elle ne ressente quoi que ce soit.

Aucun débris n’était donc arrivé jusqu’à elle ?

Impossible… “ se dit-elle.

Prudemment, elle releva la tête.

A travers la poussière, la jeune femme distingua une imposante silhouette, juste devant elle.

A mesure que le vent balayait les minuscules résidus grisâtres, elle reconnut le grand corps athlétique. Corps traversé, au niveau du thorax, par une tige métallique pointue d’une bonne dizaine de centimètres de diamètre.

Par l’énorme plaie s’écoulait des flots rougeâtres et le corps empalé se tordait, essayant vainement de rester perpendiculaire au sol.

Sans succès.

Les jambes, pourtant puissantes, cédèrent et l’homme s’écroula avec un bruit sourd.

Tifa ne réagit pas immédiatement, une expression hébétée sur le visage.

Elle ne comprenait pas, c’était irréel ! Comment croire que Loz s’était mis devant elle, lui faisant un rempart de son corps pour lui sauver la vie ?

Elle le considéra un long moment, étendu sur le sol dans une mare de sang, l’énorme tige de métal en travers de la cage thoracique, et son souffle se fit haletant à mesure qu’elle reprenait ses esprits et qu’elle saisissait toute l’horreur de la situation.

Fébrile, elle se leva et tituba vers celui qu’elle avait eu si peur de revoir encore quelques instants auparavant.

Avant qu’elle ne puisse poser un doigt sur le corps meurtri, elle fut brutalement repoussée en arrière par un jeune homme à la taille élancée et aux longs cheveux argentés flottant sur ses épaules et son dos.

- Et estime-toi heureuse que je ne te tue pas !

Sa voix, à la fois douce et tranchante, lui fit comprendre que mieux valait éviter d’insister.

Figée, le visage de marbre, elle le vit arracher la hampe de métal plantée dans le thorax de son frère avec une violence inouïe, faisant jaillir encore plus de sang.

Loz poussa un tel hurlement que des larmes de compassion montèrent aux yeux de la jeune femme.

Indifférent, le clone du démoniaque Sephiroth emporta son aîné dans ses bras aussi facilement que s’il s’était agi d’un nouveau-né.

- Attends ! l’interpella Tifa, incapable de confiner ses interrogations au fond de sa gorge. Que va-t-il devenir ?

Yazoo marqua un temps d’arrêt mais ne se retourna pas.

- J’ignore pourquoi tu tiens à le savoir ni pourquoi il a agi aussi stupidement mais laisse-moi te donner un conseil : oublie-le !

- Garde tes conseils ! Dis-moi juste s’il va s’en sortir !

Yazoo laissa échapper un petit rire railleur.

- Oui… Ces blessures sont superficielles, pour des créatures telles que nous.

Tandis qu’il s’éloignait avec le blessé, les jambes de Tifa cédèrent et ses genoux percutèrent durement sur le sol.

Elle ne s’était pas aperçue de la présence de Cloud qui, à quelques mètres d’elle, bouillait littéralement de rage contenue.

***

Une semaine s’était écoulée depuis l’apparition du Bahamut à Edge et le retour des enfants kidnappés par le gang de Kadaj.

Le monstre exterminé et les enfants à nouveau maîtres de leur libre arbitre, chacun avait pu retrouver la chaleur de son foyer et l’affection des siens.

Malheureusement, les choses s’étaient beaucoup moins bien passées pour Tifa : elle était revenue chez elle dans un silence pesant, accompagnée par un Cloud muet comme une tombe.

Lorsqu’elle avait fini par le remarquer, quelques instants après avoir laissé partir Yazoo, elle avait bien ouvert la bouche mais n’avait pas réussi à en faire sortir le moindre mot.

A présent, le silence retombait aussi sur toute la ville mais on entendait toutefois quelques personnes courageuses essayer de déblayer le gros des dégâts faits au cours de l’après-midi.

Sachant Denzel en sécurité, Cloud s’était dirigé vers l’escalier qui menait à l’étage. Tifa l’avait suivi sans y avoir été invitée, prête à l’inévitable confrontation et aux explications qui promettaient d’être houleuses.

Et, en effet, jamais autant de fureur, de colère ou d’écœurement n’étaient sortis de la bouche de son meilleur ami.

Les insultes fusèrent, de même que les reproches, et chaque mot qu’elle recevait s’enfonçait doit dans son cœur déjà malmené.

- Je ne sais pas… Je ne comprends pas… Je suis désolée…

Ses excuses ne faisaient qu’attiser la rage de Cloud mais elle était incapable de trouver des arguments pouvant apaiser le jeune homme…

…encore moins de lui avouer la vérité !

***

Depuis leur dispute, Cloud n’avait plus quitté la maison, au grand étonnement de toute la petite bande, à qui rien de l’incompréhensible comportement de la jeune femme n’avait été révélé, bien sûr.

Il semblait évident pour Tifa que son ami d’enfance voulait garder en permanence un œil sur la ” fautive ” et elle se sentait clairement prisonnière.

Et lui ? ” ne pouvait-elle s’empêcher de se demander.

Comment allait-il ? Souffrait-il ? Ses frères s’occupaient-ils bien de lui, au moins ?

Chaque jour, profitant des courts moments de répit que lui laissaient les occupations de Cloud, elle s’éclipsait discrètement pour se précipiter dans l’église, espérant le revoir.

Mais rien. Personne.

Sept jours. Sept longs après-midi de silence pesant à l’attendre en vain.

Cloud, trop occupé, ne remarquait guère ses absences furtives mais elle se doutait bien que cela ne durerait pas.

Bien sûr, elle comprenait très bien la réaction de son ami d’enfance. Pour lui, elle avait en quelque sorte pactisé avec l’ennemi. Mais, alors, pourquoi ne se sentait-elle pas aussi coupable qu’elle l’aurait dû ? Pourquoi ne pouvait-elle s’empêcher de s’esquiver en cachette comme une petite fille pour essayer de le revoir ?

Peut-être trouverait-elle les réponses à ces questions le jour où elle le reverrait…

Et cela arriva.

Le huitième jour.

Comme chaque jour, elle avait échappé à la surveillance jalouse de Cloud pour gagner la tranquille église des taudis et, comme chaque jour, son cœur était empli d’espoir mais, une fois encore, rien. Personne.

Tifa laissa ses pas la guider entre les décombres, jouissant du calme et de la paix du lieu, priant même.

- Encore un hasard ?

La jeune femme sursauta et se retourna brusquement.

Il était là, juste devant elle.

Son cœur se serra à la vue du furtif sourire qui se dessina sur le visage viril mais de sombres pensées l’assaillirent aussitôt…

Elle se remémorait cette silhouette bienveillante là-bas, sur la place d’Edge, mais aussi le sang qui coulait à flots de sa blessure. Elle le revit s’effondrer et hurler de douleur lorsque son frère avait arraché l’épaisse tige de métal de son corps meurtri.

- Pourquoi m’as-tu protégée ? s’écria-t-elle soudain. Pourquoi as-tu risqué ta vie pour moi ?

Il ne répondit pas, pris au dépourvu par son éclat.

- Nous sommes ENNEMIS ! poursuivit-elle. Nous devons nous battre l’un contre l’autre, chacun pour ses propres idéaux, alors pourquoi ?

- Parce que tu aurais fait la même chose pour moi.

Sa voix mâle et profonde s’était brisée en prononçant ses mots… de même que l’élan de colère de la jeune femme.

- Je ne t’en veux pas à toi personnellement, ajouta-t-il. Pas plus que toi, tu ne m’en veux pas vraiment à moi non plus. Je me bats pour Mère, comme tu te bats pour cette planète.

- Justement ! Je ne peux pas te laisser détruire ce monde, auquel j’appartiens ! Je ne peux pas cautionner vos actes, à toi et tes semblables ! Je ne peux pas !

Tout comme le ton de sa voix, son poing s’était levé et elle le projeta de toutes ses forces en direction de la mâchoire de Loz, lequel rétorqua par un vif coup de pied, qu’elle esquiva d’un bond félin.

L’une après l’autre, les frappes s’enchaînèrent et le combat acharné tant prévu commença.

En même temps qu’elle assénait ses coups, Tifa laissait échapper des hurlements déchirants, comme pour extérioriser la douleur et la tristesse qu’elle éprouvait à se battre.

Elle sentait bien que Loz retenait ses coups ; des signes évidents de pitié étaient même clairement perceptibles sur son visage alors qu’il la voyait se forcer au combat.

Le poing de la jeune femme s’abattit à nouveau et, cette fois, d’incontrôlables larmes qu’elle était incapable de retenir accompagnèrent le coup, lui brouillant la vue.

La joue un peu rougie, Loz se remit rapidement d’aplomb et, impassible, replongea ses yeux envoûtants dans les siens.

Les dents serrées au point d’en avoir les mâchoires douloureuses, Tifa reprit de l’élan, pliant son bras vers l’arrière aussi loin que l’articulation de son épaule le lui permettait.

Alors que son poing prenait de la vitesse, Loz le stoppa net d’une seule main avant de saisir ses longs cheveux bruns de l’autre et d’avancer brutalement son visage pour presser ardemment ses lèvres sur les siennes.

Les yeux de Tifa s’écarquillèrent et elle tenta de se libérer de l’emprise de son adversaire mais sans succès.

Avec la dernière énergie, elle essaya désespérément de le repousser loin d’elle, ses larmes continuant à couler et son petit poing frappant son large torse, mais avec si peu de conviction qu’il ne cilla même pas.

Même après la blessure qu’il avait subie, sa combinaison de cuir paraissait neuve et, inconsciemment, elle commença à frotter cette seconde peau de sa paume.

Sa bouche s’abandonna progressivement aux tendres lèvres qui, au fil de ses caresses à elle, devinrent plus impétueuses.

L’argenté relâcha enfin son bras, qui n’opposait plus la moindre résistance et qui, au contraire, s’agrippa à sa nuque afin d’appuyer plus encore le baiser qu’ils échangeaient.

Ce qui se passa alors la surprit quelque peu : le blouson de cuir noir parut se désintégrer à proprement parler, révélant peu à peu le corps athlétique dans sa plus parfaite nudité.

Les capacités et les mystères de cet homme allaient donc jusque là…

Le bout des doigts de Tifa - abasourdie par le prodige et dans une sorte d’état second - suivirent un long moment le dessin des muscles proéminents.

Frissonnant à son tour sous ses caresses à lui, elle fit glisser la fermeture éclair de son haut noir pour laisser apparaître des formes qui avaient rendu bon nombre d’hommes fous de désir.

Leurs jambes les avaient machinalement rapprochés de l’une des colonnes de pierre qui gisaient à terre, dans la travée obscurcie par une douce pénombre.

Splendide dans sa nudité, Tifa s’assit à califourchon sur celui qui était devenu l’objet de tant de fantasmes… Celui qui lui avait fait si peur en apparaissant soudain devant elle couvert de sang, sept jours plus tôt… Celui qu’elle serrait désormais entre ses cuisses et dont les mains avides remodelaient les courbes de ses hanches… Celui dont le bassin c’était mis à bouger langoureusement de bas en haut, lui arrachant de discrets soupirs…

Jamais elle ne s’était sentie aussi bien qu’en cet instant - mêlant son corps à celui, si chaud, de son ancien adversaire au regard si froid - et ne pouvait s’empêcher de caresser ce visage auquel elle avait si souvent pensé et qu’elle avait malgré elle rêvé de revoir.

La jeune femme enserra les larges épaules de Loz de ses bras et pressa son visage tout contre son cou pour étouffer les bruyants soupirs qui s’échappaient de ses lèvres au fur et à mesure que le rythme s’accélérait et que le plaisir montait.

Elle aurait tant souhaité que les lents va-et-vient caressants ne s’arrêtent jamais, tant aimé sentir éternellement la chaleur de ce corps contre le sien et être certaine que les mâles inflexions de cette voix rauque, qui gémissait sensuellement à son oreille, l’accompagnent jusqu’à la fin des temps…

***

Un nuage de poussière se répandit au sommet de l’imposante tour Shinra.

Le combat final contre Sephiroth avait à nouveau eu lieu et le courage, la fougue et le tempérament conquérant de Cloud avait eu raison du Mal.

De l’intérieur du hautvent de leur ami Cid, toute la fine équipe avait assisté, le souffle coupé, au terrible combat et s’était réjoui de son issue mais, hélas, leur allégresse fut de courte durée.

Sortie de nulle part, une balle atteignit Cloud en plein cœur, lui transperçant la poitrine de part en part.

Souffrant et haletant, le jeune homme ne se tourna pas moins vers ceux qui l’avaient attaqué par surprise et dans le dos.

Tifa, elle, resta impassible mais son cœur s’emballa lorsqu’elle reconnut les deux assaillants.

Après une suite de combats acharnés contre Reno et Rude, tout d’abord, puis contre Cloud, Yazoo et Loz semblaient à deux doigts de la désagrégation.

Elle vit celui qui avait été son amant, certes durant de trop courtes et délicieuses heures, remuer difficilement les lèvres.

Comme elle aurait aimé revivre d’autres sensuels et précieux instants en sa compagnie…

A rien ne lui servait d’entendre les mots que Loz avait prononcés - sans doute une toute dernière provocation à l’égard de Cloud. Que perdait-il de toute manière, puisqu’elle-même savait sa fin proche ?

Tandis qu’une larme roulait sur son visage meurtri, elle vit Cloud, épée au clair, foncer rageusement vers ses ennemis.

Lorsque le vent dispersa le nuage de poussière dû à l’explosion, Tifa cherchait encore tristement en elle-même la définition du mot ” Destin “…

Fin

XXXXIX - Maintenant, il faut payer !

«Ami, je n’ai rien à t’offrir ; que mon sang,

mon courage et mes larmes.»

P. A. Weiss

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Weiss leva péniblement la tête et réussit à ouvrir un oeil, l’autre étant scellé par une croute de sang.

Toujours suspendu à quelques centimètres au-dessus du sol rocheux, le bout de ses orteils frôlant à peine ce dernier, son corps était si douloureux qu’il se demandait comment il arrivait encore à amener de l’air à ses poumons.

Il pivota doucement la tête pour regarder autour de lui et faillit hurler tant il avait la nuque et les épaules ankylosées.

Personne.

Genesis et le bébé avaient encore disparu les Dieux seuls savaient où…

Weiss aurait mis sa main à couper que cela avait à voir avec ces fichus géostigmates que l’ancien Soldat s’apprêtait à répandre comme une lèpre.

- Nero… appela-t-il doucement dans un murmure à peine audible qui lui enflamma pourtant les cordes vocales.

Son frère, dans un état de faiblesse plus qu’inquiétant, gisait au sol, recroquevillé à ses pieds. Dans son dos, telles deux monstrueuses échardes souillées de sang séché, saillait ce qui restait des ailes articulées que Genesis avait arrachées pour l’empêcher de se défendre et de détacher les sangles de sa camisole, qui lui immobilisait les bras.

Pourquoi ne fuyait-il pas dans ses propres ténèbres ? Là, au moins, il serait à l’abri et ne souffrirait plus.

- Nero…

Ce dernier gémit et se redressa péniblement sur ses coudes mais ceux-ci cédèrent sous son poids et il s’écroula avec un petit cri étouffé.

- Nero !

- Pardon… Pardon, Weiss… Laisse-moi juste quelques minutes… Le temps de… récupérer un peu…

Il ferma ses beaux yeux purpurins et Weiss sentit les siens s’emplir de larmes.

- Tu dois fuir, Nero !

- Je te laisserai pas…

- Cache-toi dans tes ténèbres, il ne te trouvera jamais.

- Non…

- Au moins le temps de reprendre des forces !

- Je ne t’abandonnerai pas…

- Nero !

- N’insiste pas…

- Il le doit, pourtant, fit une belle voix grave, tout près d’eux.

Nero rouvrit les yeux, le coeur battant, et essaya à nouveau de se redresser.

- Toi… bredouilla Weiss en reconnaissant l’apparition fantomatique.

- Eh oui, moi ! Ca faisait un bail, hein, Weiss ?

Le ton enjoué et le visage souriant malgré les circonstances dramatiques le ramenèrent des années en arrière, quand lui et Nero n’avaient pas encore été enrôlés dans le Deepgroung. Une époque qu’avec le recul il considérait comme l’une des plus heureuse de leur vie.

- Es-tu bien là ? chuchota-t-il encore, la gorge serrée, comme s’il craignait que le fantôme ne s’évapore s’il parlait trop fort.

- Oui, mon garçon. Et j’ai bien l’intention de vous sortir de ce pétrin, tous les deux.

- Angeal…

***

Tifa s’assit sur le bord du lit de Loz et lui prit la main en essayant de ne pas regarder le sang qui s’écoulait de son bras par le tube qui les reliait désormais lui et Cid.

- Un coup de chance que vous soyez compatibles, essaya-t-elle de plaisanter pour le détendre un peu en passant la main dans ses courts cheveux de mercure.

- Les cellules de Jenova font de nous des donneurs universels, lui apprit Yazoo, assis du côté opposé. Ca va, Loz ?

Ce dernier hocha la tête, rassurant.

Près d’eux, Kadaj et Shelke s’affairaient fébrilement sur les simulateurs, le front moite et l’estomac noué.

- Kadaj ? demanda Shalua en ajustant la perfusion de Cid.

Celui-ci secoua la tête.

- Il en faut plus. Beaucoup plus.

- Chances de survie de Cid dans le mako si nous l’y plongeons maintenant : 17 % annonça Shelke.

- 15 cl transfusés, fit Merill, les yeux rivés sur son écran de contrôle.

- Kadaj ?

- Aucun changement,

Un interminable silence, puis :

- 20 cl.

Nouveau silence.

- 25 cl.

- Attendez ! lança Kadaj. Ca y est, on dirait qu’il commence à réagir !

- 23 % ! s’écria soudain Shelke. Et ça continue à monter.

Tifa sentit son cœur s’emballer et Shalua poussa un petit cri surpris.

- Si ça continue comme ça, 50 cl suffiront peut-être… fit Merill, gagné malgré lui par leur émoi.

Yazoo ferma les yeux en formulant une prière silencieuse et Kadaj se mordit la joue.

Chacun regardait les courbes et suivait les résultats des simulations avec appréhension.

- 35 cl transfusés, annonça Merill au bout de quelques interminables minutes.

- 47 % de chances de survie dans le mako, les informa Kadaj. 53… 57…61…

Tifa serrait convulsivement la main de Loz, qui avait commencé à transpirer et devenait de plus en plus pâle.

- Loz, ça va ?

Shalua vérifia sa tension et son rythme cardiaque.

- 82 % ! lança joyeusement Shelke. On y est presque. 87…

- 87 cl.

Yazoo lança un regard inquiet à Tifa. Son jumeau grimaçait de douleur, à présent, et sa peau avait viré au bleu.

- Shalua… supplia la jeune femme. Je crois que ça a atteint la limite du supportable.

- 91 %… 93 %…

Shalua ausculta Loz, inquiète.

- 93 % ça me suffit, je prends le risque ! fit-elle en arrêtant la transfusion. On y va ! Rude ! appela-t-elle en direction du bureau. Viens m’aider !

Elle bondit vers Cid pour le débrancher des machines qui le maintenaient en vie.

Le turk se précipita aussitôt et souleva le corps musculeux du pilote - non sans difficulté - pour le porter jusqu’à la cuve, sur le socle de laquelle il le mit en position fœtale.

- Tu peux y aller, poussin ! ordonna Shalua à Kadaj. Vas-y, mets toute la gomme !

Le tube s’abaissa, commença à se remplir et tout le monde retint son souffle.

Merill banda soigneusement le bras de Loz, qui reposait dans ceux de Tifa, et s’éclipsa discrètement.

Un par un, les hôtes du manoir quittèrent le bureau pour s’approcher de la cuve, le cœur battant et le souffle oppressé.

- Tiens le coup, Cid… supplia Yuffie, les larmes aux yeux, en plaquant les mains sur le cylindre de verre dans lequel commençait à flotter son ami. Je t’en prie, ne baisse pas les bras maintenant…

Vincent la serra affectueusement contre lui et ils attendirent, suspendus aux lèvres de Kadaj.

Au bout de ce qui leur parut être une éternité, ce dernier laissa échapper un soupir et se tourna vers eux, en sueur et des cernes noirâtres sous les yeux.

- Il est stabilisé… fit-il d’une voix à peine audible.

Les cris de joie qui lui répondirent furent aussi stridents que son murmure avait été ténu et, pendant un long moment, ce ne furent que rires, larmes de joie et remerciements.

Shalua, défaillant presque de soulagement, essuya son front moite.

- C’est fini, ma belle, fit Reno en l’embrassant bruyamment. Ton beau pilote est tiré d’affaire !

Elle fit son possible pour sourire, se tourna vers Loz, plus mort que vif, et ses larmes coulèrent sans qu’elle puisse les arrêter.

Il lui restait une tache à accomplir, et non des plus agréables, loin s’en fallait…

Vincent, le visage grave, lui posa la main sur l’épaule et elle la recouvrit de la sienne.

- Tu veux que je le fasse ? demanda-t-il.

Elle secoua la tête.

- Non, murmura-t-elle, la gorge serrée. Non, c’est à moi de le faire. Mais merci quand même, Vince.

Ce dernier se tourna vers Reeve, qui baissa les yeux et secoua la tête, désolé.

Shalua se dirigea lentement vers le lit de Loz, où chacun y allait de sa tape amicale ou de ses encouragements.

L’argenté faisait des efforts désespérés pour sourire mais elle voyait bien, tout comme ses frères, qu’il était au bord de la syncope.

Yazoo l’interrogea du regard.

Elle hocha la tête et il serra convulsivement l’épaule de son jumeau en ravalant un sanglot.

- Eh, Yazoo baby, ne pleure pas, c’est fini, fit tendrement Reno en essuyant son petit visage de la main. Cid est en vie et ton costaud de frère va s’en remettre en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, tu verras.

Loz tourna la tête vers Shalua.

- Fais-les sortir, Shalua, la pria-t-il en repoussant doucement Tifa. Je ne veux pas qu’ils voient ça.

Cette dernière se raidit.

- Que nous partions ? Pourquoi ?

- Oui, pourquoi ? s’enquit Yuffie. Et qu’est-ce qu’on ne doit pas voir, d’abord ?

- Shalua ? insista Tifa, gagnée par l’appréhension. Pourquoi tu fais cette tête ? Que… Qu’est-ce qui se passe ?

Loz lui prit la main pour l’effleurer de ses lèvres.

- Je t’expliquerai, assura-t-il avec un sourire doux et épuisé. Mais, pour l’instant, j’ai besoin de rester un peu seul avec Shalua.

Reno les considéra l’un et l’autre avec un regard soupçonneux.

- Attendez, c’est quoi, ces cachotteries ? Vous nous faites quoi, là ?

La jeune scientifique se mordit la lèvre et Reeve soupira.

Le regard de Tifa allait de son amie à Reeve et de ce dernier à Vincent. Tous les trois affichaient l’expression d’un l’homme qui vient par mégarde d’appuyer sur le bouton ordonnant la destruction totale d’une partie de la planète.

- Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-elle, de plus en plus inquiète. Qu’est-ce que vous refusez de nous dire, tous les trois ?

Mais ce fut le cri horrifié de Reno, qui lui apporta la réponse.

- OH, PUTAIN, C’EST PAS VRAI !

Le turk venait de blêmir et de reculer d’un pas, la main sur la bouche, tétanisé et le regard rivé sur Merill, qui avait refait son apparition à l’autre extrémité du laboratoire.

L’assistant de Shalua portait encore les épais gants de protection qu’il avait enfilés pour remplir de mako la seringue en verre posée sur le plateau métallique qu’il transportait.

Saisi d’horreur, Reno reconnut également l’étrange aiguille en forme de T, destinée à être plantée dans l’épine dorsale, et les solides sangles en cuir, identiques à celles qu’il avait vues dans les vidéos.

Il secoua la tête en reculant encore, les mots que Yazoo avait prononcés cette nuit-là, dans la salle de bain de sa chambre, résonnant à ses oreilles :

- Sais-tu pourquoi on utilise une seringue en verre, Reno ? Parce que le mako fait fondre le plastique comme un acide… C’est comme si on t’injectait un mélange de vitriol et d’huile de vidange ! Tu sens tes muscles fondre comme du lard dans une poêle et tu les vois s’affaisser sous ta peau, qui se met elle aussi à brûler de l’intérieur puis à fondre à son tour. Cinq heures, Reno… Il faut cinq heures pour que la douleur commence à refluer. Cinq heures durant lesquelles tu ne peux que hurler à t’en arracher la gorge et à t’en faire crever les tympans. Arrives-tu à concevoir une souffrance pareille, Reno ? Y arrives-tu ? “

Le turk revit les images horribles des vidéos de surveillance et se souvint du visage de Yazoo, tordu par la douleur.

Il crut entendre à nouveau le hurlement inhumain qui s’échappait de sa petite bouche délicate et sentit un haut-le-cœur lui contracter l’estomac.

- Tu… tu ne vas pas lui faire ça, Shalua ? bredouilla-t-il en se tournant vers la scientifique. Tu ne vas pas faire un truc aussi dégueulasse, pas toi !

Tifa s’agrippa à Loz pour lui faire un rempart de son corps.

- Il y a sûrement un autre moyen de le remettre d’aplomb ! s’écria-t-elle, en larmes. Il y en a forcément un autre !

Shalua secoua la tête.

- Il a perdu trop de sang, Tifa, je suis désolée. Beaucoup trop pour un organisme comme le sien.

- Sors, Tifa, reprit doucement Loz en la repoussant avec tendresse. Ca va aller, je t’assure. J’ai supporté ça des dizaines de fois.

- Tu as dit qu’un surplus de mako les tuerait ! essaya d’argumenter encore Reno. Regarde ce qui a failli arriver à Yazoo ! Vincent, dis-lui, toi !

L’ancien turk baissa la tête.

- Avant qu’on enlève près d’un litre de sang à Loz, son organisme en était saturé, en effet, Reno. Mais, maintenant, je doute même qu’il lui reste assez d’énergie pour avoir la force de se tenir debout.

- Mais enfin, c’est une blague ! s’emporta Rude, lui aussi saisi d’horreur. Un litre de sang pour un homme ayant un physique comme le sien ou le mien, c’est que dalle !

- Nous ne sommes pas aussi résistants que vous à la perte de sang en raison de la forte concentration de mako qu’il contient, intervint Kadaj. Le mako que nous avons assimilé depuis notre naissance est devenu aussi essentiel à notre survie que certains globules ou sels minéraux peuvent l’être pour vous. En excès, il nous empoisonne, comme tout un chacun, mais s’il vient à manquer…

Il secoua la tête, n’osant finir sa phrase, et le turk se détourna en serrant le poing, révolté par son impuissance.

- C’est dégueulasse… gronda-t-il. Ce n’est pas juste !

Il laissa tomber son poing sur une table métallique avec un bruit assourdissant et Reno essaya de l’apaiser en lui posant la main sur l’épaule.

- Arrête, Rudo… Casser le matos ne va aider personne.

- Mais ce n’est pas juste, bordel !

- Je sais, mon pote. Je sais…

Tifa fondit en larmes dans les bras de Loz.

- Tu le savais… sanglota-t-elle. Tu savais ce qui allait arriver si tu donnais ton sang à Cid…

- Sors, Tifa, répéta-t-il de sa voix douce. Plus on attend et pire ce sera.

Vincent et Reeve poussèrent tout le monde vers la porte du laboratoire mais Cloud, qui, rongé par la culpabilité, s’était fait aussi discret que possible depuis qu’ils étaient descendus au sous-sol, referma une poigne d’acier sur les bras de Merill, qui s’apprêtait à fixer les jambes et les poignets de Loz au lit avec les sangles de cuir.

- Non ! s’écria-t-il.

- Cloud, intervint Shalua. Si je ne l’immobilise pas et qu’il s’agite, l’aiguille risque de provoquer des dommages ir…

- Ce n’est pas un animal qu’il faut attacher avant de le piquer ! s’emporta le jeune Soldat.

Il arracha les sangles des mains de Merill et s’assit sur le tabouret, au pied du lit.

- C’est moi qui le tiendrais, ajouta-t-il plus calmement.

- Cloud, ne sois pas ridicule ! intervint Vincent depuis le seuil. Tu ne fais pas le poids ! Il va te briser les os !

Loz s’assit difficilement sur le lit et acquiesça.

- Vincent a raison, tu ne me dois rien, fit-il. Cid était aussi devenu mon ami.

- Cid me tuerait de ses mains si je les laissais t’attacher comme un chien, rétorqua le jeune homme.

Vincent soupira.

Cloud de sentait coupable de tout ce qui venait d’arriver et, ma foi, si se torturer devait l’aider à accepter ce qui s’était passé et aller de l’avant, alors soit.

Tous, excepté lui, les scientifiques et Kadaj, qui programmait le contrôleur de la cuve de Cid, quittèrent le laboratoire.

Loz s’assit torse-nu en face du Soldat et inspira profondément.

Allez, courage, ce n’est qu’un mauvais moment à passer, on n’en meure pas ! “ essaya-t-il de se rassurer.

- Essaye d’incliner le haut du torse en avant le plus possible, lui conseilla Shalua, la gorge serrée, en enfilant des gants et un masque de protection en plastique transparent. Cela ouvrira l’espace entre les vertèbres.

Loz déglutit difficilement et se pencha en faisant le dos rond jusqu’à poser son front sur l’épaule de Cloud. Celui-ci coinça ses genoux entre ses cuisses dans une étreinte de fer et entoura les larges épaules de ses bras en lui maintenant fermement la nuque pour l’empêcher de bouger.

L’argenté était tendu comme un arc, la gorge nouée par l’appréhension, et une sueur froide recouvrit son épiderme en sentant la jeune scientifique passer un coton imbibé l’alcool sur sa peau, pour désinfecter l’endroit où elle allait enfoncer l’aiguille.

Une bouffée de parfum sucré, auquel ni Merill ni Cloud n’étaient apparemment sensibles, monta du corps frissonnant et Shalua sentit la compassion lui serrer le ventre.

Malgré tout, elle empoigna fermement l’aiguille en T, laissant dépasser la tige creuse entre son majeur et son annulaire, et posa la pointe de l’instrument dans l’espace situé entre deux vertèbres lombaires.

Les sbires d’Hojo avaient pris l’habitude de piquer entre les omoplates et Shalua ne voulait pas endommager davantage l’épine dorsale à cet endroit.

- Tu es prêt, mon grand ? (Loz hocha la tête, la gorge trop serrée pour répondre) J’y vais, alors. Respire à fond…

D’une torsion du poignet et sans à-coup, elle commença à enfoncer l’aiguille entre les deux vertèbres et Cloud dut détourner les yeux, au bord du malaise.

***

Tifa gravit les dernières marches de l’escalier soutenue par Rude, qui n’en menait pas large non plus. Comme tous ses compagnons, il avait la tête encore pleine des cris de Yazoo qu’ils avaient entendus ce soir là, dans la salle de projection.

- Ca va bien se passer, j’en suis sûr, murmura Reeve à l’oreille de Yuffie, qui pleurait à fendre l’âme. Shalua fera son possible pour lui éviter de souffrir, tu verras.

Reno, blanc comme un linceul, marchait comme un zombie en direction de la salle commune du manoir, où les domestiques avaient dû servir le petit déjeuner.

Du café…

Il lui fallait du café…

Beaucoup de café…

- Ca va, toi ? demanda-t-il à Yazoo, dont le ravissant minois n’était plus qu’un masque de mélancolie et de douleur.

L’argenté secoua doucement la tête et une larme coula en silence sur sa joue blême.

Reno lui entoura affectueusement les épaules du bras.

- Ca va aller, Shalua ne…

Il fut interrompu par le hurlement qui monta des profondeurs du manoir et se répandit dans chaque pièce, escalier ou corridor comme un assourdissant coup de tonnerre.

Tous se figèrent sur place et Gretta, qui arrivait dans le couloir avec un plateau débordant, laissa tout échapper dans un fracas tonitruant qui ne parvint cependant pas à couvrir les hurlements de Loz.

- Oh, mon Dieu… gémit Tifa, défaillant presque dans les bras de Rude, qui jetait aux autres des regards désemparés.

Yuffie, saisie d’horreur, se blottit contre Vincent en se bouchant les oreilles de ses paumes et Rufus, épouvanté par les cris inhumains, dut s’appuyer contre le mur, le cœur battant.

- Gaia, mère de toute chose, viens-nous en aide… pria-t-il dans un murmure.

Yazoo tomba à genoux sur le parquet ciré, en larmes, et Reno le serra contre lui de toutes ses forces…

à suivre

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XXXXVIII - Tout ce qui me reste est pour toi

Un ami, c’est celui qui devine toujours

quand on a besoin de lui.”

J. Renard.

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Soutenue par Loz, le souffle haletant et les jambes tremblantes, Tifa était pétrifiée d’horreur par la vision d’épouvante qui s’offrait à elle.

Les mains souillées de sang, Shalua et Merill - qui venait d’arriver précipitamment, apportant avec lui une valise métallique contenant du matériel de réanimation - essayaient désespérément de réveiller et de faire respirer Cid, étendu sur une mare de sang au milieu de la chambre.

A quelques pas d’eux, Reeve recouvrait d’un drap le corps de Shera - et le plus gros des restes d’os et de cervelle répandus lorsqu’elle s’était tirée une balle dans la bouche.

Au bout de minutes interminables, l’un des appareils consentit enfin à biper, affichant des battements d’un cœur certes terriblement légers et irréguliers, mais battements tout de même.

- Il faut préparer la cuve, Merill ! sanglota Shalua, qui ne gardait qu’à grand peine un minimum de contrôle sur elle-même. Rude et Loz m’aideront à le descendre.

Ceux-ci hochèrent la tête depuis la porte de la chambre.

- J’y vais, Kadaj programmera le contrôleur, fit Merill en se levant et en faisant signe à l’argenté, qui acquiesça. Dès qu’il montrera des signes de conscience, nous le… Oh, merde !

Il était si inhabituel de voir le garçon se montrer grossier que la jeune femme se raidit.

- Qu’y a-t-il, Merill ?

Celui-ci se pencha pour ramasser ce sur quoi il venait de marcher et lui montra.

- Il faut le descendre au bloc, Shalua ! Tout de suite !

Shalua regarda la lame cassée du coupe-papier avec l’expression de quelqu’un à qui l’on vient d’annoncer que la fin du monde est pour demain.

- L’autre morceau doit être à l’intérieur, Shalua ! On ne peut pas le mettre dans la cuve avec ça dans le corps !

Elle secoua furieusement la tête.

- Il ne supportera pas une intervention, Merill, fit-elle, la gorge plus serrée que jamais. Pas dans l’état où il est !

- Nous n’avons pas le choix !

Il se tourna vers Rude. Celui-ci n’eut pas le temps de faire un pas en avant que Loz l’avait déjà devancé et soulevait précautionneusement le pilote dans ses bras.

Merill tint la perfusion et le tube de l’oxygène en l’air, prêt à se mettre en marche, mais l’argenté secoua la tête.

- J’irai plus vite seul, affirma-t-il.

Le jeune homme fronça les sourcils mais Shalua, comprenant très bien où il voulait en venir, arracha presque le matériel des mains de son assistant pour les poser sur le ventre de Cid.

- Vas-y, nous te suivons, dit-elle.

Tifa eut l’impression que Loz et le pilote se dématérialisaient devant elle et un éclair bleu traversa la pièce puis le couloir en direction du sous-sol, Merill, Shalua et Kadaj courant derrière.

Tifa resta prostrée devant la chambre, où Reeve, ganté de latex et un masque sur le nez, avait entrepris de rassembler les restes de Shera pour la transporter en bas, à la morgue.

Des relents de soufre brûlé au goût métallique - mélange de sang, de poudre et de cervelle - flottaient dans l’air et elle eut le plus grand mal à réprimer un violent haut-le-cœur.

- Ca va, Tifa ? s’enquit Yuffie, qui lui pressa doucement le bras.

L’interpellée sursauta et parut enfin prendre conscience de la présence de ses amis, au moins aussi choqués qu’elle.

- Oui, je… Je crois…

Gretta, qui, à l’instar des autres, s’était précipitée, lui frotta le dos, le visage décomposé.

- Il va s’en sortir, Miss Lockheart, j’en suis certaine. C’est un homme solide, l’amiral Highwind, vous verrez.

Mais quelque chose, dans sa voix et dans son regard épuisé, disait exactement le contraire et Tifa tourna la tête vers l’impressionnante mare de sang que le parquet, vampire sans âge fait d’essences rares, buvait avec avidité.

Elle regarda ses pieds nus et ses orteils se recroquevillèrent en réalisant qu’elle était cernée d’empreintes de pas sanglantes, faites par tous ceux qui étaient entrés dans la chambre et en étaient ressortis.

« Cid… Mon Dieu, Cid… »

La jeune femme prit une profonde inspiration pour ne pas fondre en larmes et céder à l’hystérie.

Ne pas regarder tout ce sang…

Surtout ne pas regarder…

Un peu à l’écart, Marlène, en larmes, s’accrochait aux hanches de Yazoo, le visage enfoui dans son long manteau de cuir.

Le jeune homme et Reno s’étaient placés entre elle et la porte de la chambre du pilote pour l’empêcher de regarder.

- Yazoo, j’ai peur ! sanglotait la petite. Qu’est-ce qu’il a, oncle Cid ? Et pourquoi ça sent tout bizarre ?

- Reno, emmène les enfants, ordonna Rufus. Ce n’est pas un spectacle pour eux.

- Je m’en charge, monsieur Shinra, intervint Gretta en prenant la petite par la main. Allez, viens, mon grand, fit-elle à Denzel, que Tifa remarqua alors, serré contre… Cloud.

Son instinct maternel faillit la faire bondir sur lui pour arracher son fils à l’étreinte de son ami d’enfance mais la vieille gouvernante la devança, serrant l’enfant contre son moelleux giron.

- Cloud… gémit le garçonnet en tendant la main vers son idole, ce qui serra le cœur de Tifa.

Mais Cloud, qui ne semblait même pas avoir remarqué que Denzel avait passé un moment agrippé à lui, ne parut l’entendre non plus.

Il avait le regard vide et les lèvres tremblantes.

- Allons, allons… murmura doucement Gretta en poussant les enfants devant elle. C’est l’heure du bain et, ensuite, nous prendrons un bon petit déjeuner.

- Je veux rester avec Cloud, sanglota encore le petit garçon.

- Tu le verras tout à l’heure, mon poussin. Pour l’instant, les grandes personnes doivent s’occuper de l’amiral Highwind, pour qu’il guérisse très vite, mhh ? Car vous voulez qu’il guérisse vite, n’est-ce pas ?

Ils disparurent au détour du couloir et la jeune femme, seulement vêtue d’une fine nuisette de coton, frissonna.

- C’est de ma faute…

Elle sursauta et se tourna vers son ami d’enfance, qui avait été rejoint par Vincent.

- C’est de ma faute, répéta Cloud, la gorge serrée et le visage tordu par une grimace douloureuse. Ma faute…

Et, pour la première fois de sa vie, Tifa fut témoin de ses sanglots…

***

Derrière la vitre du bureau de Shalua, tous assistaient à ce qui aurait dû être le réveil de Cid, après l’intervention chirurgicale durant laquelle Merill et Shalua avaient extrait la lame du coupe-papier coincée entre ses côtes.

« Aurait dû » car le pilote ne paraissait pas reprendre conscience et la tension montait de minute en minute.

La jeune femme paraissait à la limite de se mettre à hurler et Merill se frottait nerveusement le visage en se mordillant la lèvre.

Ils s’affairèrent autour du corps immobile et un « bip bip » timide finit par retentir.

Chacun retint son souffle et Shalua se tourna vers Kadaj et Shelke, pleine d’espoir, mais ceux-ci vérifièrent les réglages du contrôleur de la cuve et secouèrent la tête.

- Il faut quand même essayer ! s’écria la scientifique.

- La simulation est formelle, laissa tomber sa sœur. Si on le met là-dedans, il ne tiendra pas une minute.

Dans le bureau, Yuffie laissa échapper un sanglot et Vincent soupira, la gorge aussi serrée que celle de Tifa, que Loz serrait dans ses bras dans l’espoir vain de la réconforter.

Rude et Reno échangèrent une œillade expressive et Yazoo serra discrètement l’épaule de ce dernier.

- Je suis désolé… murmura-t-il d’une voix à peine audible.

Rufus tapa du poing sur le mur, impuissant.

- Pourquoi ne peut-on pas essayer de le mettre dans le mako, même inconscient ? ragea Yuffie. Qu’est-ce que ça change, de toute façon ? Il va mourir, si on ne fait rien !

Reeve et lui passa le bras autour des épaules, paternel.

- On ne peut pas plonger quelqu’un d’inconscient dans le mako liquide, Yuffie, cela le tuerait.

- C’est déjà un putain de choc quand tu es en possession de tes moyens, renchérit Reno, alors si tu es dans les vapes, je te raconte pas… Si cela avait été possible, crois-moi que j’aurais opté pour un bon coup de massue avant de sauter dans ce truc.

- Et le gaz ? Vincent et Shelke y ont été mis plein de fois dans les pommes !

L’ancien turk secoua la tête.

- Non, Yuffie. Une solution gazeuse ne lui ferait pas plus d’effet qu’une aspirine dans l’état où il est.

- Alors tant pis ! Essayons la cuve !

- Yuffie… essaya de la calmer Reeve.

- Quoi ? Il y est bien, lui ! s’écria-t-elle en désignant Sephiroth, à l’autre extrémité du laboratoire.

- Sephiroth a les puissantes cellules de Jenova pour le protéger et contrecarrer les effets nocifs du mako, pas Cid.

Tifa sentit Loz se raidir contre elle et elle releva la tête.

Le jeune homme paraissait soudain perdu dans ses pensées, le regard rivé au corps immobile, sur l’épaule duquel Shalua, malgré tous les efforts qu’elle faisait pour garder son sang froid, s’était mise à sangloter.

- Loz ?

- On a qu’à lui en injecter, de ces saletés de cellules ! hurla Yuffie, à demi-folle de chagrin.

Cloud tressaillit.

- Cid préférerait mourir que de tomber sous la coupe de cette saloperie.

Chacun essaya de raisonner la jeune ninja et Loz se pencha à l’oreille de Tifa.

- Cid est ton ami, n’est-ce pas ? Tu l’aimes ? Je veux dire… Tu l’aimes vraiment ?

La jeune femme sourit de la naïveté de la question.

- Bien sûr, Loz, fit-elle avec un sourire triste, incapable de retenir ses larmes. Cid est le meilleur des hommes. Et le meilleur des amis. Tu as pu le constater toi-même, non ? N’a-t-il pas été le premier à vous accorder sa confiance, à toi et à tes frères ?

Loz hocha la tête, prit une profonde inspiration et fronça les sourcils.

- Si c’était aussi facile, Yuffie… poursuivait Vincent en caressant la joue humide de larmes de la jeune fille. Outre que les gènes de Jenova sont un véritable poison pour l’immense majorité des humains, elles risquent de faire un pantin de celui qui les reçoit. N’as-tu pas vu ce qu’a traversé Cloud, il y a cinq ans ? Ce qu’ont vécu Kadaj et Yazoo, il y a seulement quelques heures ? La lutte terrible que Loz a dû mener pour annihiler cette puissance néfaste au cœur même de ses cellules ?

- Alors… on ne peut rien faire pour l’aider, Vincent ? Vraiment rien ?

- Pas en lui injectant des cellules de Jenova, en tous les cas, non.

- Sauf si les cellules en question ont été purgées de toute influence néfaste et si elles ont déjà été assimilées par un autre organisme, laissa tomber Loz d’une voix blanche, faisant sursauter Rufus, qui se tourna lentement vers lui.

- Il a raison… bredouilla ce dernier. Vincent ! Il a raison !

L’interpellé pâlit et secoua la tête.

- Hors de question.

- Pourquoi ? insista le jeune président de la Shinra. Les cellules de Jenova on été totalement assimilées par son organisme et il a réussi à les « purger de toute influence néfaste », tu l’as dit toi même ! Si Loz donne son sang à Cid, il lui donnera aussi les…

- J’ai dit « non », Rufus ! s’emporta l’ancien turk en lançant à Loz un regard suppliant.

Tifa s’avança à son tour.

- Pourquoi pas ? Loz a réussi à brider le contrôle de Jenova sur ces cellules, Vincent, Cid ne risque rien !

- Sauf de mourir si on ne fait rien ! sanglota Yuffie.

Vincent ouvrit la bouche pour protester mais Loz l’en empêcha.

- Je sais ce que je fais, dit-il. Et je sais ce que cela implique.

Yazoo, blême comme un linge fit quelques pas pour se planter devant son jumeau.

- As-tu une idée de la quantité de sang qu’il faudrait, Loz ? murmura-t-il d’une voix étranglée.

- Oui, Yazoo. Et je sais aussi que je suis prêt à la donner.

Son cadet se tourna vers Reeve en désespoir de cause et lui lança une supplique silencieuse.

- Ce n’est pas à moi de lui dicter sa conduite, Yazoo, fit ce dernier.

- Reeve ! s’écria Vincent.

- Ni à toi, Vince.

- Mais merde, c’est quoi le problème, à la fin ? s’emporta Reno, à bout de nerfs. Loz a réussi à court-circuiter Jenova dans ses cellules, oui ou merde ?

- Oui, répondit Reeve à contrecœur.

- Alors pourquoi vous vous prenez la tête ? Cid est en train de crever, bordel !

Yazoo lui jeta une œillade glaciale.

- Tais-toi, Reno ! Tu ne sais pas de quoi tu…

- Ca suffit ! cria Loz. Disputez-vous autant que vous voudrez, moi, je sais ce que j’ai à faire.

Sur ces mots, il ouvrit la porte du bureau et pénétra dans le laboratoire pour marcher droit sur Shalua, au chevet de Cid.

Ils parlaient trop bas pour que les autres puissent entendre quoi que soit mais ils virent la jeune femme secouer violemment la tête, révoltée, et Kadaj bondir de son fauteuil.

- Mais enfin, qu’est-ce qu’il y a de si terrible à la faire, cette transfusion ? demanda Rude, n’y tenant plus.

Reeve allait répondre lorsque le cri de Kadaj retentit dans le haut-parleur.

- Il lui faut au moins un litre de sang, Loz !

- Je sais ce que ça implique ! répliqua l’argenté sur le même ton.

- Non, Loz, je refuse de faire ça, répéta Shalua.

- Alors Cid va mourir !

- Je suis médecin, Loz ! cria la jeune femme. Médecin ! Pas l’un de ces bourreaux qui vous ont tourmentés durant des années ! Je sauve ces vies, je ne torture pas des gens !

- Que sont quelques heures de douleur face à la vie de l’homme que tu aimes ? De leur ami ? ajouta-t-il en pointant le doigt vers la vitre sans tain du bureau.

- Non, Loz ! Et Cid serait le premier à refuser de te laisser faire ça !

Loz la prit par les épaules et murmura quelque chose qu’ils n’entendirent pas.

Elle se raidit et Kadaj se détourna.

Au bout de quelques minutes de discussion, elle et Merill allongèrent Loz sur un lit, près de Cid.

- C’est pas vrai… gémit Vincent en les voyant commencer une seconde transfusion, de bras à bras.

Yazoo se couvrit le visage des mains, catastrophé, et Rude jura en levant les bras au ciel, excédé par leurs pleurnicheries.

- D’accord, un litre de sang, c’est pas rien mais bon, on n’en meure pas, non plus ! Il est largement assez costaud pour tenir le coup, même crevé !

Si Yazoo avait eu un pistolet à la place des prunelles, Rude serait tombé mort sur le sol.

- Pourquoi faut-il toujours que les gens parlent sans rien savoir !

Il quitta à son tour le bureau pour aller au chevet de son frère et Tifa lui emboîta le pas.

Rude prit les autres à témoin.

- Quoi ? J’ai dit une connerie ? C’est pas vrai, qu’il est largement assez costaud pour faire ça ?

Reeve lui tapota amicalement l’épaule.

- Bien sûr que si, Rude. Tout va bien se passer, j’en suis certain…
…à suivre

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XXXXVII - C’est l’espoir qu’on assassine !

«On compare parfois la cruauté

de l’homme à celle des fauves…

C’est faire injure à ces derniers !»

F. Dostoïevski

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

« Weiss… Il faut parler à Weiss, mère ! Il saura convaincre son frère de nous aider. Il est temps de sortir d’ici, à présent, je dois… »

« Non, amour, pas encore. »

« Il le faut ! »

« Quelques heures, mon fils, quelques heures encore. Ne gâche pas tout maintenant. »

« Ces heures, nous ne les avons pas, mère, tu le sais et tu le sens comme moi ! Genesis est ici, tout près, et les géostigmates ne vont pas tarder à se répandre à Nibelheim ! Je dois parler à Weiss, il m’écoutera. Je l’ai bien connu, lorsqu’il était Soldat première classe ! C’est un homme d’honneur. »

« Non. Quelqu’un de confiance ira lui parler mais pas toi. »

« Qui ? Zack ? Il passait son temps à se moquer de Nero et à faire les pires allusions sur la relation fusionnelle qui le liait à son frère ! Lui et Weiss ont failli en venir aux mains plus d’une fois ! »

« Je ne pensais pas à Zack, mon fils. »

« Qui alors ? Cloud ? Ce n’était qu’un bleu, à l’époque. Il a dû apercevoir Weiss et Nero deux ou trois fois, tout au plus ! »

« Dans les cas désespérés, amour, c’est entre les mains d’un ange qu’il faut mettre ses espoirs…»

« Un ange ? »

*

Reeve se frotta le visage.

- Et dire que nous n’avons rien remarqué malgré la batterie d’examens médicaux que nous lui avons fait subir… soupira-t-il.

- Batterie qui comprenait tout sauf un bilan hormonal, rappela Shalua. Mais quelle raison aurions-nous eu de le faire ?

- Nous sommes face à authentique hermaphrodite et les machines n’ont rien détecté d’anormal chez lui ? s’étonna Rufus. Incroyable…

- Je suis persuadée que Yazoo lui-même l’ignore, assura la jeune femme. Extérieurement, c’est un garçon on ne peut plus normal.

- Voilà qui explique du moins son étonnante androgynie, nota Vincent.

Rufus se leva pour faire quelques pas dans la pièce, sidéré.

- Homme et femme à la fois… Cela signifie-t-il qu’il… Qu’il pourrait… tomber enceinte tout seul, par exemple ? Se féconder lui-même ?

Shalua et Reeve sourirent.

- Non, Rufus, le rassura la jeune scientifique. Pour ce que j’ai pu voir, Yazoo ne possède qu’un ovaire et une trompe de Fallope atrophiée reliée à un embryon d’utérus. Tout à fait insuffisant pour enfanter mais largement assez pour semer la pagaille dans un bilan hormonal. Si je l’avais fait, martela-t-elle, coupable, je m’en serais rendue compte immédiatement.

- Et cela n’aurait rien changé, la rassura Vincent. Reeve, tu as parlé de matériel génétique, tout à l’heure. J’imagine que tes hommes ont trouvé le sperme et les ovules congelés dans le labo ?

Reeve hocha la tête et leur montra une série de photos que Shalua avait imprimées.

- Une partie, oui. Et… ceci.

Sur l’une des photos, on voyait un cadavre de femme à demi décomposé sur une table d’autopsie, le ventre ouvert.

- Oh, non… gémit Rufus. Hojo a recommencé ses saloperies ? Quand ?

- Pas Hojo, non. Au vu de l’état de la décomposition, le cadavre a été sorti de la cuve mako il y a trois semaines. Un mois, tout au plus.

- Et… ce qu’il contenait ? demanda pudiquement Vincent.

Reeve lui tendit une photo sur laquelle un fœtus d’une quinzaine de centimètres était recroquevillé.

- Oh, mon Dieu ! s’écria Rufus en se détournant.

L’ancien turk ferma les yeux un instant, profondément touché par la vue de la petite créature.

- Le fils de Yazoo et Loz, j’imagine ?

Shalua secoua la tête, les prenant au dépourvu.

- De Yazoo, seulement, si l’on en croit les tests ADN faits par le labo de la WRO. Quant au père, son code ADN ne figure sur aucun de nos fichiers. Probablement un donneur anonyme.

Rufus se raidit, surpris.

- Cette bande de malades a reculé devant une nouvelle insémination incestueuse ? Etonnant !

- C’est bizarre… nota Vincent en observant le fœtus de près. Pourquoi l’a-t-on sorti alors qu’il n’était pas encore viable ?

Shalua échangea un regard effondré avec Reeve et celui-ci prit son courage à deux mains.

- L’analyse des corps… commença-t-il, le cœur eu bord de lèvres. Elle a montré qu’il y avait en fait deux bébés…

Il se tut, incapable de poursuivre.

- Dont un a été… disons «éliminé» au bout de quatre mois de gestation, poursuivit la jeune femme à sa place. (Vincent leva la photo du fœtus et elle acquiesça) Détail typique des protocoles d’Hojo. Deux embryons implantés puis on élimine le plus faible.

- Et plus faible était visiblement le fils de Yazoo… (Shalua acquiesça à nouveau) Qui était le père du second bébé ? Loz, j’imagine ?

- Nous l’ignorons, intervint Reeve. Mais c’est probablement le cas, oui. Il manque deux tubes sur les dix congelés lors des prélèvements sur les jumeaux.

Rufus se frotta le visage.

- Où est-il passé, ce bébé ? Et qui a pu faire ces inséminations puisque Vincent nous a définitivement débarrassés d’Hojo il y a plus d’un an ? Et, surtout, pourquoi ? Dans quel but ?

- Quelque chose de colle pas, soupira Vincent. C’est bizarre…

- Bizarre ? releva le chef de la WRO. Que veux-tu dire, Vince ?

- Tout ça, insista le turk en désignant à la fois les photos et l’ordinateur. Tout ces documents, cette vidéo, le corps, le matériel génétique, le fœtus… Ca n’a aucun sens !

- Explique-toi, mon ami, parce que je ne te suis plus.

- Bon sang, mais réfléchissez une seconde ! Quel intérêt de travailler dans le plus grand secret durant des mois, dans un lieu que nul ne connaît, pour finalement laisser toutes ces preuves derrière soi ? Comment croire que quelqu’un capable de faire des manipulations génétiques, médicales et chimiques aussi complexes se laisse trahir par une vulgaire… fuite de mako ! ?

Le jeune président de la Shinra sentit son estomac se nouer, commençant à comprendre où Vincent voulait en venir.

- Tu pense que… c’est un piège ?

L’ancien turk hocha la tête, lugubre.

- Qui que soit le malade qui a fait ça, il voulait qu’on le sache. Il voulait que l’on sache qu’il y avait un second bébé. Et, surtout, qu’on le croit toujours vivant ! Voilà ce que je pense.

- Pourquoi ? insista Rufus. Dans quel but ?

Vincent se tourna franchement vers lui.

- Si tu découvrais que tu avais un fils quelque part, encore un bébé ? En danger, qui plus est, que ferais-tu, Rufus ?

- Je suppose que je mettrais tout en œuvre pour le récupérer, répondit ce dernier. Oui. Oui, si j’avais un fils, j’essaierai de le sauver coûte que coûte.

Reeve grinça des dents, indigné.

- Un moyen de pression, fit-il, fou de rage. Voilà ce que voulait la saloperie qui a fait ça ! Cet enfant n’est là que pour servir d’objet de chantage ! Merde !

Il tapa du poing sur la table et les trois autres sursautèrent, tant il était rare de voir Reeve se laisser submerger par la colère.

- Et dire que nous pensions que Jenova n’avait pour ainsi dire plus aucun contrôle sur ses fils… Que nous pensions avoir gagné une bataille… Idiots que nous sommes ! gronda l’ancien turk en se levant à son tour pour faire les cent pas. Une fois de plus, nous l’avons sous-estimée.

Shalua frissonna.

- Tu crois vraiment que c’est elle, qui est derrière tout ça ?

- Qui d’autre ?

La réponse leur parvint depuis la porte d’entrée.

- Genesis !

Tous les quatre se tournèrent vers Cloud qui, flanqué de Shelke, se tenait sur le seuil, pâle et les yeux rougis.

*

Shera sortit de la salle de bains dans un nuage d’eau de toilette et de déodorant fleuris fraîchement appliqués, vêtue d’un jean et d’un gros pull côtelé, les cheveux séchés et noués en une queue de cheval un peu lâche.

Elle chaussa ses lunettes après les avoir soigneusement essuyées et remarqua alors, à la faible lumière de la lampe de chevet, son sac de voyage - plein - et son blouson sur le lit.

- Qu’est-ce que… hoqueta-t-elle en voyant qu’il ne restait plus une seule de ses affaires dans la chambre.

Elle alluma le plafonnier et sursauta en voyant Cid, jusque là dans l’ombre, assis dans le fauteuil de son bureau.

- Es-tu fou, de me faire des peurs pareilles ? s’écria-t-elle. Eh ! Tu pourrais au moins t’excuser !

Elle fit un pas vers lui pour lui administrer une petite tape effrontée sur la tête mais s’immobilisa en voyant l’expression de son visage, sévère et si fermée qu’elle en était presque agressive.

Pour toute excuse, il tapota sèchement la liasse de documents posée sur le bureau.

- Tu as dix minutes pour signer ça et disparaître avant que je ne change d’avis et que Rufus ne t’offre un aller simple pour la prison de son choix, fit-il d’une voix glaciale.

Shera émit un curieux son qui ressemblait à un rire étranglé, ne sachant si Cid plaisantait ou non.

Méfiante, elle s’approcha du bureau et frémit en voyant le titre du premier dossier : « Rapports d’incidents du programme spatial Shinra / S-15 à S-26 ».

L’alliance de Cid était posée dessus comme un camouflet.

Elle la prit et sentit sa gorge se serrer.

- Cid, tu ne compr…

- Tu la fermes et tu signes ! s’écria le pilote en sortant une liasse de documents de sous le dossier.

« Accord amiable de divorce »

La jeune femme laissa échapper une petite plainte horrifiée et, les jambes soudain transformées en coton, elle dut s’appuyer au bureau pour ne pas tomber.

- Je… Je l’ai fait pour toi, Cid… bredouilla-t-elle.

Celui-ci se leva, fou de rage, et, les poings serrés, baissa son visage à hauteur du sien pour la regarder droit dans les yeux.

- Ne te fous pas de moi, Shera, parce que je ne suis vraiment pas d’humeur à écouter tes salades !

- Mais je t’aim…

- Signe ces putains de papiers ! hurla-t-il à son oreille en brandissant un stylo sous son nez.

Voyant que toute discussion était impossible, la jeune femme le repoussa d’un geste brusque.

- C’est cette garce, hein ? gronda-t-elle, tremblante de rage. C’est à cause de ta putain borgne !

Cid leva soudain la main et dut faire appel à toute sa volonté pour ne pas la laisser retomber sur la joue de Shera.

- Signe ces putains de papiers, répéta-t-il, les dents serrées.

Elle fondit en larmes.

- Mais je t’aime ! sanglota-t-elle en s’accrochant à son t-shirt. Tout ce que j’ai fait, c’était pour…

- Ne me touche pas ! rétorqua-t-il en la repoussant avec une grimace de profond dégoût. Ne me touche plus jamais, Shera. Ne me regarde plus, ne me parle plus, disparais de ma vie, de celle de mes amis et… signe ces putains de papelards !

Shera secoua violemment la tête, comme prise de folie, et sanglota de plus belle.

- Tu ne peux pas… Tu n’as pas le droit… Tu es à moi… Pas à elle !

Le pilote écarquilla les yeux et ricana.

- Oh, c’est pas vrai… Tu préfères que ça se passe comme ça ? Très bien. A ta guise. Tu ne veux pas signer ? Tant pis pour toi ! Reeve se fera un plaisir de te conduire à la prison la plus proche en attendant ton jugement. Pour ma part, je n’aurais de toute façon aucun mal à obtenir le divorce avec ou sans ton accord. Ca prendra un peu plus de temps, voilà tout !

Il se tourna pour prendre le téléphone.

- Ne fais pas ça, Cid… Ne fais pas ça !

Il ricana, l’oreille collée au combiné.

- Je vais me gêner !

Il pressa la touche de l’un des numéros préprogrammés.

- Tu n’en as pas le droit, Cid ! Je t’aime ! Je t’ai sacrifié ma jeunesse ! Ma vie !

- Allô ? Reeve ? C’est moi.

« Alors ?»

- Rien à faire, Shera ne… Ahhh !

Il eut l’impression qu’une flèche enflammée venait de lui transpercer le flanc, lui coupant le souffle.

Le combiné lui glissa des mains et retomba lourdement sur le bureau.

« Allô ? Cid ? Cid, tu es là ? Cid ! Cid, ça va ! Rufus, il se passe quelque chose… »

La flèche de feu ressortit… et s’enfonça encore. Dans l’estomac, cette fois.

Incrédule, Cid cracha un filet de sang et pivota pour voir la petite main ensanglantée de Shera, contractée sur le coupe-papier en forme de sabre qu’elle avait pris sur le bureau.

Elle frappa et frappa encore avec une force que seule la folie furieuse pouvait lui donner.

- She…ra…

Terrassé par la douleur et incapable de reprendre son souffle, les voies respiratoires obstruée par le sang qui jaillissait des multiples blessures de sa poitrine, Cid s’écroula sur le parquet ciré.

- Tu n’as pas le droit ! hurlait Shera. Pas le droit ! Pas le droit ! Tu es à moi et à personne d’autre ! A moi ! A moi ! A moi !

Chaque exclamation était ponctuée d’un nouveau coup de couteau rageur et il fallut un moment à la jeune femme pour comprendre que le coupe-papier s’était brisé depuis un moment, déjà. Juste avant que le pilote de s’écroule, en fait. La lame s’était brisée et était restée coincée entre deux côtés, la pointe fichée dans le poumon droit.

Cid essaya de ramper sur le sol pour atteindre la porte mais il se noyait avec son propre sang, qui coulait à flots et l’empêchait de reprendre son souffle.

Il tomba inanimé avant même d’avoir atteint le milieu de la pièce.

- Cid ! cria Shera entre ses larmes. Cid !

Pleurant et gémissant à la fois, couverte de sang jusqu’aux coudes, elle lâcha ce qui restait du coupe-papier et se mit à fouiller dans les tiroirs du bureau de son époux, répandant tout le contenu sur le sol ensanglanté jusqu’à ce qu’elle trouve ce qu’elle cherchait.

Pleurant de plus belle, elle referma ses mains sur le pistolet, vérifia qu’il était chargé et se laissa tomber un instant aux côtés du pilote.

- Cette putain borgne… geignit-elle en caressant les cheveux blonds poisseux de sang, le regard rivé sur la porte. C’est de sa faute ! Tout est de la faute de cette putain borgne !

*

Yazoo se réveilla en sursaut et tourna la tête en tout sens, le cœur battant.

- Tu as entendu ? demanda Reno, qui s’était lui aussi redressé sur le lit voisin, le souffle court.

L’argenté hocha la tête.

- On aurait dit un coup de feu.

Marlène, terrifiée et encore à demi-endormie, s’accrocha à Yazoo et éclata en sanglots.

*

- C’était quoi, ça ? haleta Yuffie, le rythme cardiaque affolé.

- Un coup de feu… répondit Kadaj en sautant du lit. Ca venait du bout du couloir !

- Et cri, tu as entendu ? On aurait dit Shalua !

L’argenté lui prit la main et ils se précipitèrent dehors.

*

- Loz, attends-moi ! supplia Tifa en enfilant une petite nuisette de coton.

- C’était Shalua ! assura Loz en bouclant précipitamment son pantalon. J’en suis certain !

- Oh, mon Dieu !

Ils bondirent hors de la chambre, manquant de percuter Rude.

- Qu’est-ce qui se passe ? les pressa celui-ci en essayant de fermer son peignoir sans cesser de courir. Qui a tiré ? Que… (Il s’arrêta si brutalement que Loz faillit le renverser) Qu’est-ce qu’ils font tous devant la chambre d’Highwind ? bredouilla-t-il.

Tifa poussa un cri étranglé et Loz, blême comme un suaire, la serra contre lui.

- Oh, non…

- Je vous en supplie, non… pria la jeune femme, les larmes aux yeux. Non, je vous en supplie, pas ça…

à suivre.

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XXXXVI - Aimer c’est aussi savoir se taire

C’est un poids bien lourd pour un seul coeur

que de souffrir pour deux.”

Euripide

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

En entrant dans sa chambre, Highwind entendit le bruit de la douche derrière la porte close de la salle de bains.

Comme toujours, Shera s’était levée aux aurores.

Prenant garde à ne pas faire trop de bruit, Cid posa sur son bureau la liasse de documents envoyés par l’avocat qu’il venait de récupérer chez Rufus et entreprit de ranger toutes les affaires de celle qui était encore sa femme dans son sac de voyage.

xOx

Ce fut un agréable parfum sucré qui réveilla Yuffie.

S’était-elle endormie par mégarde sur l’un des sachets de bonbons qu’elle avait rapportés de la cuisine ?

Elle lutta pour ouvrir les yeux mais ses paupières semblaient peser des tonnes !

Elle voulut s’étirer mais il y avait quelque chose entre ses jambes : une autre… jambe.

Tiens…

Depuis quand elle en avait trois, de ces trucs là ?

La petite Utaïenne déploya un effort surhumain pour soulever une paupière après l’autre et réalisa que le léger parfum sucré venait, non d’un sachet de bonbons éventré, comme elle l’avait cru, mais des cheveux de Kadaj.

Le visage du garçon était tout près du sien, sur le traversin, ses mèches argentées lui chatouillaient le nez et c’était aussi sa cuisse athlétique, recouverte par le fin coton de son pantalon de pyjama, qui reposait entre les siennes.

Et la main, qu’elle sentait sur sa hanche ?

Ah, non…

Ca, c’était Cait 9.

Il dormait - enfin, c’était mis en veille, plutôt - entre eux, douillettement pelotonné entre leurs deux poitrines, l’une nue et l’autre habillée.

Elle tourna prudemment la tête pour regarder autour d’elle.

La boîte bleue estampillée de moogles était rangée sous le bureau, sur lequel étaient soigneusement empilés les albums photo, apportés par Gretta, et les restes de confiseries.

La brave femme avait pris soin de mettre de l’ordre dans la chambre de Kadaj et de les couvrir lui et elle d’un édredon avant de partir, visiblement.

Ils avaient dû s’endormir en regardant les photos.

D’ailleurs, l’argenté tenait toujours dans sa main le portrait de Lucrecia. Un miracle qu’elle n’ait pas été cornée ou pliée.

Yuffie la lui prit aussi doucement que possible pour la poser sur la table de chevet, à l’abri d’un incident, mais Kadaj la serrait tellement fort qu’il se réveilla.

- Désolée, s’excusa-t-elle en souriant, je voulais juste éviter qu’on l’écrabouille.

Il lui sourit en retour et se frotta les yeux en s’étirant.

- Nous nous sommes endormis ?

- Il faut croire, oui. Mais ne me demande pas quand, je n’en sais rien.

L’argenté laissa échapper un petit rire et tourna à nouveau la tête vers elle.

Son visage était si près du sien que Yuffie pouvait sentir son souffle sur ses cils et sa frange.

- J’ai encore sommeil… gémit-il avec une moue enfantine qui fit pouffer la petite Utaïenne. Pas toi ?

- Si… soupira-t-elle. Je n’ai jamais pu tenir une nuit blanche complète, avoua-t-elle en bâillant à s’en décrocher la mâchoire.

Cait 9, les capteurs à l’affût du moindre bruit ou mouvement de ses maîtres, se redressa à ce moment là en rabattant l’édredon.

- Pour bien commencer une bonne journée : une douche énergique et un bon déjeuner ! claironna-t-il en tapant dans ses pattes.

Il se tourna, enthousiaste, mais, voyant les yeux gonflés et les mines endormies des deux jeunes gens, ses petites épaules velues tombèrent de dix centimètres.

- J’ai connu des bulots, des carpes et des merlans, qui même sortis de l’eau, me semblaient plus vivants ! railla-t-il en se frottant les moustaches.

- Très drôle, Cait… rétorqua Kadaj, le visage grimaçant et les yeux à demi clos.

Cait 9 sauta du lit et entreprit de chausser ses gros godillots.

- Qui doit terminer sa nuit a besoin… d’un déjeuner au lit ! décréta-t-il en plaçant son petit couvre-chef sur sa tête.

- Excellente idée, Cait, approuva Yuffie. Mais pas avant deux bonnes heures, d’accord ?

Le chat robotisé hocha aimablement la tête et quitta la chambre en refermant doucement la porte.

Kadaj jeta un œil au petit écran défilant du panneau de contrôle mural.

” …température de la pièce est de 19°C / Il est 7h15 / Nous sommes le…

- Ce serait indécent, de dormir jusqu’à 9h30 ou 10h00, tu crois ? demanda l’Utaïenne.

L’argenté fit mine de réfléchir un instant avant de lancer un ” Naaaaan ! “ sarcastique couplé d’une grimace comique, ce qui fit de nouveau rire la jeune fille.

Celle-ci baissa alors les yeux sur son gros pull de laine et son épais pantalon de toile froissé.

- Zut ! Je me suis endormie tout habillée… soupira-t-elle en faisant glisser son pull par-dessus sa tête et son pantalon pour ne garder qu’un petit caraco fleuri et sa culotte-short assortie. Regarde-moi ça, j’ai des marques partout, gémit-elle en tâtant les stries rouges dont elle était couverte, provoqués par les plis des vêtements.

Kadaj dut faire un effort considérable pour rester stoïque face à la soudaine quasi-nudité de la jeune fille - au demeurant ravissante !

Au vu de la pudeur dont elle avait fait preuve devant la cuve de Reno, jamais il n’aurait pu penser qu’elle se dévêtirait ainsi un jour devant lui sans autre forme de procès !

Cela étant dit, le naturel et la naïveté avec lesquels elle avait fait ça, sans la moindre crainte ou arrière-pensée, étaient on ne peut plus touchants, voire… terriblement équivoques.

Elle se coula à nouveau sous l’édredon avec un soupir de plaisir évident et l’argenté faillit éclater de rire.

Se rendait-elle compte qu’elle était seule, à demi-nue, dans le lit l’un homme ?

Si c’était le cas, elle ne comprenait visiblement pas ce que cela impliquait et Kadaj pouffa, plus amusé que jamais.

- Quoi ? demanda Yuffie. J’ai dit une bêtise ?

Il secoua la tête et se pelotonna à son tour sous l’édredon, lui faisant face.

- Non, c’est moi, je repensais aux anecdotes de Gretta, mentit-il.

La jeune fille lui adressa un sourire fatigué.

- C’est vrai que c’était drôle. (Elle frissonna) Il fait drôlement froid, non ?

- C’est parce que tu es fatiguée. (Il allait lui proposer de monter un peu le chauffage de la chambre mais…) Viens, fit-il d’une voix un peu enrouée en tendant son bras.

Kadaj pensait qu’elle refuserait, bien entendu, mais, au contraire, la jeune fille se blottit contre lui, nichant la tête au creux de son épaule.

- C’est gentil… dit-elle d’une voix tout juste audible avant de s’endormir profondément, le prenant totalement au dépourvu.

Il déglutit avec difficulté : le corps menu qui se pressait contre le sien avait allumé un incendie que la tendre proximité attisait de seconde ne seconde.

Bravo ! ” se sermonna-t-il en silence. ” Et maintenant ? Tu fais quoi, gros malin ?

Il ferma les yeux avec un soupir silencieux en essayant d’occulter les pensées peu avouables que les courbes gracieuses, et la chaleur de la peau douce, faisaient naître dans son esprit.

Une chose était certaine, cependant : il n’avait plus du tout sommeil !

xOx

Loz était sorti de la salle de bains et enfilait son pantalon lorsqu’il resta en arrêt devant le spectacle qui s’offrait à lui.

Nue, à genoux sur le lit, Tifa se séchait les cheveux avec une serviette, la peau frissonnante et les yeux mi-clos.

Elle aurait pu être l’image même du désir et de la sensualité si un pli soucieux ne barrait pas ses lèvres pleines.

- Qu’est-ce que tu as ? demanda-t-il d’une voix douce en la rejoignant sur le lit.

La jeune femme jeta la serviette sur une chaise et essaya de sourire.

- Tu le sais très bien, Loz.

- Ce ne sont que des cauchemars, Tifa, ce n’est rien. Il n’y a vraiment pas de quoi t’en faire pour ça, je t’assure. Je… J’en fais depuis toujours.

Elle secoua la tête, la gorge nouée.

- C’est faux, rétorqua-t-elle, au bord des larmes. Tu essayes seulement de me rassurer. Et le pire, c’est que je ne peux rien faire. Je me sens tellement… inutile !

Il la serra dans ses bras et elle pressa sa joue contre son torse.

La chair était dure et la peau souple, soyeuse et parfumée.

Après la douche brûlante qu’il venait de prendre, chaque pore paraissait exhaler cet affolant parfum sucré dont Tifa ne pouvait plus se passer.

- Tu es près de moi, Tifa, susurra-t-il à son oreille. Et c’est bien plus que je n’aurais jamais osé espérer.

- Ce n’est pas assez, fit-elle d’une voix étranglée en se blottissant tout contre lui. J’ai eu si peur, tout à l’heure, Loz, si tu savais. Si… Si je te perdais maintenant, je…

Il posa un doigt sur sa bouche et sourit.

- Jamais, promit-il en enfouissant sa main dans ses cheveux pour lui relever la tête. Jamais, Tifa.

- Jure-le-moi, supplia-t-elle, les yeux brillants de larmes. Jure-moi que tu ne la laisseras pas te reprendre. Ni elle ni personne !

- Je te le promets mais ne pleure pas. Je n’aime pas te voir pleurer…

Le cœur d’autant plus serré qu’il savait être la cause de sa détresse, Loz l’étreignit plus fort encore et se pencha pour l’embrasser avec toute la tendresse et l’affection dont il était capable.

Elle répondit à son baiser avec chaleur puis recula un peu pour prendre son visage entre ses mains en coupe et le dévisager.

Sa peau trop pâle, ses joues creuses et ses yeux cernés serrèrent le cœur de la jeune femme.

- Loz… Tu es épuisé. Tu n’as pour ainsi dire pas fermé l’œil depuis que…

- Je vais bien, essaya-t-il de la rassurer avec un pauvre sourire.

La jeune femme jeta un coup d’œil au panneau de contrôle mural et lui caressa la joue.

- Il est encore très tôt, tu sais. Tu devrais essayer de dormir un peu avant le petit déjeuner.

- Je ne…

- Juste une heure ou deux, pas plus, le pressa-t-elle.

Il secoua la tête.

- Tifa, je…

- Je veillerai sur ton sommeil, promit-elle dans un souffle, tout contre ses lèvres, en lissant ses courts cheveux argentés. Au moindre signe de cauchemar, je te réveillerai, je te le promets.

Loz laissa échapper une petite plainte mais elle l’enlaça et se laissa aller en arrière sur le lit, l’entraînant avec elle.

- Tifa, non…

Il voulut se redresser mais elle resserra son étreinte, rabattit la couette sur eux et nicha la tête du jeune homme contre ses seins tendres.

- Chhh… Dors, mon amour. Dors. Repose-toi.

Il poussa un profond soupir et ferma les yeux, uniquement pour lui faire plaisir.

Il devait rester éveillé coûte que coûte, il le savait.

Ne pas s’endormir.

Surtout ne pas s’endormir car, s’il lâchait prise, les cauchemars reviendraient.

Mais il était si bien, dans les bras de Tifa, et tellement fatigué…

Tellement fatigué…

Tellement…

xOx

Dans le petit salon des appartements de Shalua, Rufus et Vincent regardaient les images reçues par Reeve.

Le chef de la WRO était venu les chercher à la demande la jeune femme et ils considéraient l’écran de l’ordinateur portable avec un dégoût mêlé d’appréhension.

- C’est là, prévint Reeve avec une moue en se détournant.

Il avait déjà visionné les images seul puis une nouvelle en compagnie de Shalua et il doutait que son estomac puisse supporter une troisième séance.

- Ils… Ils vont le stériliser ? demanda Rufus avec une moue douloureuse en voyant Hojo, armé d’un scalpel, se pencher sur le bas-ventre de Loz.

Le jeune argenté, apparemment sous anesthésie générale, était allongé nu et solidement sanglé sur une table d’opération, les cuisses légèrement écartées, pour lui dénier tout mouvement accidentel.

Shalua secoua la tête.

- Une vasectomie, c’est aussi ce que j’ai cru, au début, mais non. C’est même tout le contraire, en fait. Regardez.

Rufus serra les dents et dut fournir un effort surhumain pour ne pas détourner les yeux lorsqu’il vit le scalpel mordre dans la peau fragile du scrotum sur plusieurs centimètres sous la racine de la verge.

D’une main sûre, Hojo écarta ensuite les deux bords ensanglantés pour mettre à découvert un testicule. Le long du bord supérieur de celui-ci était accolé un petit corps mou oblong, dans lequel le scientifique enfonça une fine aiguille à l’extrémité de laquelle se trouvait une canule de ponction.

- Oh, mon Dieu… gémit le jeune président de la Shinra en pressant inconsciemment ses mains sur ses parties en un geste instinctif de protection.

- Un prélèvement de spermatozoïdes directement dans l’épididyme ? s’étonna Vincent.

Shalua tordit le nez.

- Hojo voulait visiblement du “premier choix”.

On vit les scientifiques répartir les précieux spermatozoïdes soigneusement sélectionnés dans cinq petits tubes bleus qu’ils plongèrent dans l’azote liquide puis le document reprit sur un fondu, dans la même salle d’opération que précédemment.

Cette fois, c’était Yazoo qui était sanglé au lit.

- Ils ont prélevé du sperme sur les trois ? demanda Rufus, voulant couper court et ne pas subir à nouveau la vision du scalpel tranchant dans la peau tendre.

La jeune scientifique secoua la tête.

- Non. Seulement Loz.

- Et lui, alors ?

- Regardez, vous allez comprendre.

Hojo se saisit une fois encore du scalpel.

Il se pencha sur Yazoo et trancha dans le bas du ventre, à quelques centimètres de la hanche, comme s’il s’apprêtait à opérer le jeune homme de l’appendicite.

L’entaille faite, un assistant fixa un écarteur pour ouvrir largement la plaie, laissant apparaître, non l’extrémité d’un intestin mais une sorte de petite boule de la taille d’une amande d’où sortait un gros vaisseau rosâtre.

- On dirait… une tumeur, nota Rufus sans remarquer que Vincent venait de blêmir.

Hojo fit un prélèvement semblable à celui qu’il avait effectué sur Loz un peu plus tôt.

- Il récupère quoi, là ? insista le jeune président.

- Des ovules… répondit l’ancien turk, qui n’en croyait pas ses yeux.

- Des quoi ? s’écria Rufus, sceptique. Des ovules ? Sur un homme ? Et dans une tumeur ?

- Ce n’est pas une tumeur, Rufus, intervint Shalua d’une voix blanche. C’est un ovaire.

Le jeune président laissa échapper une exclamation étouffée et serait tombé à la renverse s’il n’avait pas été assis.

- Un… bredouilla-t-il. Un… Ovaire ? Yazoo ? Vous voulez dire que c’est un… un hermaphrodite ?

Il s’affala sur le canapé de Shalua, terrassé par la nouvelle, et Reeve hocha gravement la tête.

- Le prix de la consanguinité, c’est lui qui l’a payé… soupira-t-il.

à suivre
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A Vincent

Je suis debout de bon matin
Au boulot, vif et assidu.
Et si j’ai pas d’poil dans la main.
… C’est parce que t’as jamais voulu !

Cid

Oh ! Non, vince, tu n’es pas parfait…
Mais que tes défauts sont charmants !

Tifa

Si j’étais une rose et toi un oeillet
quel ravissant bouquet nous aurions composé !

Aerith

Pas trop nauséeux à force de tourner
dans ma tête ?

Lucrecia

Alors ?

C’est l’amour au premier regard

Ou je dois repasser plus tard ?

Yuffie

III - Vivants ! Jour J + 1

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Tifa essuyait les derniers verres et les rangeait soigneusement derrière le bar lorsque le téléphone sonna.

- Denzel ! Apporte-moi le téléphone !

Le garçonnet obéit mais ne put s’empêcher de décrocher, curieux.

- Allô ? C’est qui ? Tifa ! C’est Reeve !

La jeune femme lui prit l’appareil des mains et agita un index accusateur sous son nez avec une grimace faussement courroucée.

- Je t’ai dit de me l’apporter, petit démon, pas de répondre ! Reeve ? Alors ? Quelles sont les nouvelles ?

« On a placé nos deux « invités » sous surveillance à l’hôpital général. »

- Comment vont-ils ?

Denzel grimpa sur l’un des tabourets qui flanquaient le bar. Il tendit l’oreille, fureteur, mais Tifa lui intima l’ordre de s’éclipser au premier d’un geste, ce qu’il fit de mauvaise grâce.

« Ce n’est pas fameux. »

- Pourquoi ? Ils avaient l’air d’avoir bien résisté, pourtant.

« Pour ce qui est du plus costaud, deux côtes ont transpercé ses poumons et il souffre d’écrasements divers. »

- C’est déjà un miracle qu’il soit vivant.

« En fait, pour ce que j’ai compris, il n’était déjà pas en très bon état avant de se retrouver là-dessous. »

- Comment ça ?

« Les médecins disent que les lésions qui ont causé la plupart des fêlures de la cage thoracique datent d’au moins quatre ou cinq jours. »

- Ah ? bredouilla la jeune femme, un peu mal à l’aise au souvenir de la bagarre qui l’avait opposée à l’argenté quatre jours plus tôt.

« Oui. A croire que ce garçon a été foulé aux sabots par un troupeau de buffles ! »

Tifa se couvrit la bouche de la main.

- Oups…

« Tifa ? Tifa, tu es toujours là ? »

- Oui. Oui, Reeve, je suis là. Excuse-moi je… J’étais en train de fermer le bar.

« Oh, désolé, tu veux que je rappelle plus tard ? »

- Non. Non, non, pas du tout, c’est bon, j’ai fini. Et Yazoo, qu’est-ce que ça donne ?

« Cloud pense qu’il se laisse mourir. »

- Quoi ? s’écria la jeune femme. Comment ça ?

« Comme je te le dis. Littéralement, s’entend. »

- Après avoir réchappé à la chute d’un immeuble de quarante étages et s’être accroché à la vie durant presque deux jours alors qu’il était coincé, blessé, sous des tommes de béton ? Voyons, Reeve, c’est… c’est ridicule !

« Cloud est persuadé qu’ils n’ont pas cherché à survivre, justement, mais à se suicider, au contraire. »

La jeune femme dut s’asseoir sur un tabouret du bar, les jambes coupées par ce qu’elle entendait.

- Ils… je pensais qu’ils voulaient surtout tuer Cloud.

« Pas d’après lui. Il dit qu’ils espéraient rejoindre leur mère et leur frère, dans la rivière de la vie en emmenant Cloud - leur « grand frère » - avec eux. Ces gosses sont persuadés que cette saleté tombée du ciel les attend gentiment quelque part, de l’autre côté, pour vivre une tendre petite vie de famille. »

- Mon Dieu… Aerith ! réalisa Tifa.

« Pardon ? »

- C’est parce qu’ils ont vu Aerith récupérer Kadaj, Reeve ! Ils croient sans doute que c’est Jenova qui est venue le chercher. Oh, non…

« Oui, c’est ce que pense Cloud, aussi. »

- Les pauvres… Traite-moi d’incurable sentimentale si tu veux, Reeve, mais, avec le recul, ils m’inspirent plus de pitié que de rancune.

« Je comprends. Tu n’es pas la seule à ressentir ça, Tifa, rassure-toi. »

La jeune femme secoua la tête, écoeurée.

- Est-ce que je peux faire quoi que ce soit pour vous aider ?

« Justement, c’était à ce sujet, que je t’appelais. »

- Vas-y, je t’écoute.

« Eh bien, le plus costaud de nos deux gaillards… »

-Loz.

« Oui, c’est ça, Loz. Il a beau être à demi-inconscient, il n’arrête pas de prononcer ton nom. »

La jeune femme écarquilla les yeux.

- Quoi ? Pourquoi ?

« Ca, j’espérais que tu pourrais me le dire. S’est-il passé quelque chose de particulier, entre vous deux ? »

- Non ! se récria-t-elle. Bien sûr que non, que vas-tu imaginer !

Elle entendit Reeve rire.

« Je ne parlais pas de ce genre de « choses » là, Tifa. S’est-il confié à toi ? T’a-t-il dit qu… »

- Oh, non, Reeve, le coupa-t-elle, ironique. Bien au contraire.

« Comment ça ? Excuse-moi mais je ne suis pas encore au courant de tous les détails de l’affaire. »

- Lui et moi nous sommes juste battus comme des chiffonniers avant qu’il ne m’assomme pour enlever Marlène et voler les materias de Yuffie. Notre rencontre se résume à des menaces, une volée de coups de poings et quelques coups de pied, rien de plus.

« Ah… Bon, tant pis. Connaissant ton caractère bienveillant, Vincent se disait qu’il s’était peut-être pris d’une sorte de sympathie pour toi. »

Tifa laissa échapper un petit rire triste.

- Ce n’est pas cas, Reeve. Il m’a, à l’inverse, fait mordre la poussière comme ça ne m’était encore jamais arrivé. Mais pourquoi cela a-t-il l’air d’être aussi important ?

« Il plonge lui aussi petit à petit dans une sorte d’apathie et Vince espérait peut-être que tu aurais pu lui parler ou… je ne sais pas, le pousser à s’accrocher et encourager ainsi son frère également. Mais bon… Oublie ça. Tu connais Vince, c’est un irrécupérable romantique. Eh bien je te laiss… ah, attends un instant, Cloud me fait des signes. Je te le passe. A très bientôt. Embrasse Denzel pour moi, surtout. »

- Je n’y manquerai pas. A bientôt, Reeve.

« Tifa ? »

- Oui, je suis toujours là, Cloud. Reeve me dit que ça ne va pas fort, pour tes deux pseudo « petits frères » ?

« C’est peu de le dire ! Ces saloperies de scientifiques ont déjà le scalpel qui frétille à la seule idée de les dépiauter comme des rats. Si tu voyais ces vautours blancs tournoyer autour de leur chambre en guettant leur dernier souffle, c’est à te mettre l’estomac à l’envers ! »

- Pourquoi je ne suis même pas étonnée ? soupira-t-elle.

« Tifa, tu vas sans doute trouver ça idiot mais… tu pourrais faire un saut ici ? »

- Oui, bien sûr mais… pourquoi faire ?

« Reeve t’a dit, pour Loz ? Il n’arrête pas de t’appeler. »

La jeune femme sentit des centaines de fourmis cavaler dans son estomac.

- Oui. Je… bredouilla-t-elle. Je ne comprends vraiment pas pourquoi, d’ailleurs.

« Il t’a vu protéger Marlène comme une louve. Pour lui, tu es peut-être ce qui se rapproche le plus d’une mère, va savoir. Ecoute, je pense que ça vaut peut-être le coup d’essayer. On verra bien comment il réagit en voyant. »

- Très bien. Le temps de prendre une douche, de me changer et j’arrive. Je peux être là dans une heure.

« C’est bizarre, tout de même… »

- Quoi donc ?

« Cette inertie dans laquelle ils sont plongés depuis qu’on les a amenés. Vincent dit que… que ça lui rappelle Lucrecia. »

Tifa tressaillit.

- Tu ne crois pas qu’ils vont finir comme ça, tout de même ? Comme des statues vivantes ?

« Tu verras par toi même mais j’ai bien peur qu’ils n’en soient pas loin, tu sais. »

- Mon Dieu… soupira la jeune femme.

« Bon, écoute, je te retiens pas au téléphone plus longtemps. L’un de nous t’attendra dans le hall du bâtiment D de l’hôpital. C’est là qu’ils sont. »

- D ? C’est pas le bâtiment du labo de génétique, ça ? Celui devant lequel il y a des manifestations écologistes tous les quatre matins ?

Elle entendit Cloud ricaner avec mépris.

« Ouais… Le repaire des savants fous en personne. Et je peux te dire que, de près, ils ont l’air encore plus insanes qu’à la télé ! »

- Je me dépêche.

« A tout de suite, Tifa »

Cette dernière monta quatre à quatre l’escalier qui menait aux appartements privés du bar, au premier étage, et appela Marlène et Denzel.

Elle aurait préféré ne pas avoir à les emmener mais il lui était matériellement impossible de trouver une Baby Sitter en moins de vingt minutes. Temps donc elle disposait pour prendre une douche, se changer, et trouver un taxi si elle voulait être à l’hôpital général de Edge dans une heure…

*

Derrière le mur vitré de la chambre de Loz et de Yazoo, Reeve regardait les médecins effectuer une batterie d’examens et faire une énième récolte d’échantillons en tout genre : sang, peau, cheveux, et le ciel savait quoi d’autre.

- Ils s’en donnent à coeur joie, ces salopards… cracha Cloud avec mépris.

- Il devrait au moins se plaindre… murmura Reeve sans faire attention à lui. Ce n’est pas normal.

- Hein ?

Le chef de la WRO secoua la tête et se tourna vers lui.

- Pardon, Cloud, je parlais tout seul. Je disais que ce n’était pas normal.

- Quoi donc ?

- Yazoo. Regarde ! Pas un cri, pas un gémissement, même pas un haussement de sourcils, c’est… bizarre. Non ?

Un frisson désagréable agita Cloud en voyant un médecin enfoncer une aiguille grosse comme une paille à cocktail dans le foie de l’argenté, à travers la paroi abdominale, pour pratiquer une biopsie.

- Ils ont dû l’anesthésier, murmura le jeune homme, le coeur au bord des lèvres.

- Non, ses paupières battent, regarde. Lentement mais elles battent.

- Une anesthésie locale, alors.

- Il aurait mal tout de même.

Cloud regarda les prunelles mako, fixes, vides, dilatées à l’extrême, et secoua la tête.

- Je crois qu’il va falloir se faire une raison, Reeve. Vincent avait vu juste : ils se laissent tout simplement mourir. Et, comme les cellules de Jenova qu’ils portent en eux les empêchent de rejoindre la rivière de la vie, ils finiront probablement comme Lucrecia…

- Et comme Sephiroth, lui rappela Reeve.

Le jeune homme sentit un pincement au coeur en revoyant ce héros qu’il avait tant admiré prisonnier de son cristal mako, la moitié inférieure de son corps réduite à une charpie de vaisseaux verdâtres et de filaments glaireux.

- Tu sais… Plus j’y pense et moins que crois que c’est Sephiroth que j’ai combattu là-haut, sur les toits.

- Jenova ?

Cloud haussa les épaules.

- Ce ne serait pas la première fois qu’elle se sert d’un ersatz de lui pour nous faire tourner en bourriques… Oh, voilà Tifa.

La jeune femme venait vers eux, flanquée de Denzel et de Marlène.

- Désolée, s’excusa-t-elle, je ne pouvais pas les laisser seuls.

- Ne t’en fais pas, assura Reeve en faisant signe à son chat robotisé, qui attendait bien sagement assis sur l’un des sièges du couloir. Moi et Cait, on va s’occuper d’eux.

Il poussa les enfants en direction de la cafétéria et Marlène faillit bien se dévisser la tête en essayant de jeter un coup d’oeil à l’intérieur de la chambre vitrée.

- C’est vrai ce que dit Tifa ? demanda-t-elle. Que c’est Jenova qui s’est mis en eux pour qu’ils nous fassent du mal ?

Le chef de la W.R.O. la souleva dans ses bras.

- Et si on discutait de tout ça devant une bonne glace, mhhh ?

Les enfants lancèrent des exclamations enthousiastes et il quitta les lieux aussi vite que possible.

- Qu’est-ce qu’ils font ? demanda Tifa à Cloud en observant les médecins à travers le mur vitré de la chambre des argentés. Ils sont au moins cinq, là-dedans.

- Je l’ignore, je… (Une jeune femme en blouse blanche leur jeta un regard méfiant et appuya sur l’un des boutons de commande du panneau mural, obscurcissant les vitres qui devinrent rapidement totalement opaques) Et ils ne veulent visiblement pas que ça change ! ajouta-t-il, un rien agressif.

Les jeunes gens attendirent un long moment que les scientifiques en terminent avec leurs prélèvements.

Les minutes passèrent avec une lenteur désespérante, s’enfilant sur le fil de leur angoisse telles des perles et c’est ainsi que près d’une heure s’écoula.

- Bizarre que Vincent ne soit pas revenu, nota Cloud.

Tifa soupira.

- Il m’attendait dans le hall mais a filé, disant qu’il avait quelque chose à vérifier d’urgence mais il n’a pas précisé quoi.

Des exclamation surprises et des jurons leur parvinrent soudain de part et d’autre du couloir ainsi que des laboratoires d’analyses ou des bureaux du personnel.

- Qu’est-ce qui se passe ? s’étonna Cloud, surpris par le raffut et l’agitation soudains.

Le personnel courait en tout sens, affolé, et Tifa agrippa par le bras une infirmière qui allait se précipiter dans la chambre des argentés.

- Qu’est-ce que c’est que cette pagaille ? Qu’arrive-t-il ?

- Notre système informatique vient d’être piraté ! s’écria la jeune fille avant de se libérer d’une torsion de poignet.

Elle fit irruption dans la chambre vitrée et, quelques minutes plus tard, celui qui semblait être le chef du pôle recherche de l’hôpital en ressortit comme une flèche pour se précipiter dans l’ascenseur sans un mot.

Cloud et Tifa profitèrent de la confusion pour pénétrer dans la chambre, où ne restaient plus que deux assistants, qui finissaient d’étiqueter une quantité effrayante de prélèvements en tout genre soigneusement alignés sur une table roulante métallique.

- Comment vont-ils ? demanda le soldat en jetant des regards inquiets aux deux argentés immobiles et exsangues.

L’un des deux jeunes hommes vêtu d’une blouse blanche retira ses gants, abaissa son masque, et secoua la tête après avoir échangé une œillade entendue avec son collègue.

- Voyez par vous même…

Il se lança dans une longue explication mais Tifa ne l’écoutait plus, ne pouvant détacher les yeux des deux visages si pâles et des yeux mako grands ouverts aux pupilles vibrantes si dilatées qu’elles en étaient parfaitement rondes.

Il y avait quelque chose de parfaitement inhumain dans ces visage immobiles. Trop immobiles…

- Tifa ?

Elle sursauta.

- Pardon, Cloud, je… Désolée, tu disais ?

- Je te demandais si tu allais bien, tu es toute pâle.

La jeune femme hocha la tête et remarqua que les deux assistants étaient partis. Cloud et elle étaient seuls avec les deux argentés.

- Oui. Oui, merci. Tu as vu leurs visages ? demanda-t-elle en s’approchant du lit de Loz, le cœur battant. En dehors des paupières, ils ne bougent pas du tout, ils sont parfaitement inexpressifs, indifférents à tout ce qui les entoure et pourtant… Pourtant leur regard…

Elle se pencha sur Loz, dont seule la tête dépassait du drap dont il était couvert, s’attendant à ce qu’il tourne au moins les yeux vers elle un instant mais il continua à fixer le plafond, ses pupilles paraissant vibrer comme un diapason.

- Quoi, leur regard ? demanda Cloud en se penchant à son tour au dessus de l’argenté.

- Ils semblent terrifiés…

Faisant appel à tout ce qu’elle pouvait rassembler de courage, elle tendit doucement la main et la posa, frémissante, sur le front large et élégant.

La peau était glaciale et Loz ne réagit absolument pas au contact des doigts apaisants. Pas même un petit tressaillement ou un semblant d’esquisse de sourire ou de moue sur les lèvres entrouvertes.

Vraiment bizarre…

… à suivre

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II - Vivants ! Quatre jours plus tôt…

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Je suis rentré ! haleta Loz en retirant son t-shirt trempé de sueur. Kadaj ? Yazoo ? Vous dormez déj…

Sa phrase resta en suspend.

Le lit de Yazoo était vide.

Quant à Kadaj, il était emmitouflé dans ses draps fraîchement changés et s’était profondément endormi, lassé d’attendre le retour de ses aînés.

Ils avaient choisi un petit motel loin de la ville, pour être tranquilles et profiter des derniers moments de calme avant d’aller affronter Rufus Shinra et lui réclamer ce qui leur revenait de droit : leur propre mère.

Loz s’assit sur le bord de l’un des trois lits que comptait la pièce et chatouilla la tempe de son frère du bout de l’index, à titre d’essai.

Ce dernier se frotta le visage dans son sommeil et grimaça, comme s’il avait été effleuré par un insecte.

- Ca doit vouloir dire «Fiche-moi la paix, j’ai sommeil !», mhh ?

Un grognement lui répondit et il sourit.

Lorsque Kadaj dormait, le plafond pouvait s’écrouler sans qu’il bouge un orteil.

« J’aimerais pouvoir en dire autant… »

Loz se dirigea donc vers le cabinet de toilette pour prendre une douche rapide qui, contrairement à ce qu’il avait espéré, ne le détendit pas plus que les deux heures de course à pied dans le désert qu’il venait de s’imposer.

« Insomnie » avaient simplement dit ses frères la veille.

Il avait feint d’accepter leur diagnostic mais savait très bien, au fond de lui, que ce qui l’empêchait de dormir n’était pas tant un quelconque dérèglement ou un stress passager qu’une paire de seins à donner le vertige et de doux yeux de biche couleur noisette.

« Tifa »

C’est comme ça que l’avait appelée la gamine.

Tifa…

Parfois, lorsque l’image de la jeune femme le hantait et lui embrasait douloureusement les sens, il donnerait n’importe quoi pour ne jamais l’avoir rencontrée.

Comment une femme pouvait-elle obséder un homme à ce point ?

Peut-être que s’il la croisait à nouveau et qu’elle se montrait méprisante, rancunière, voire insultante, alors…

Ridicule.

Ca ne changerait rien. Rien du tout.

Alors même qu’il n’avait d’elle que le souvenir d’une adversaire qui aurait volontiers joué au ballon avec sa tête avant de fouler aux pieds les restes disloqués de sa carcasse dans l’église en ruine, il la trouvait irrésistiblement attirante.

Ses doigts, comme d’eux-mêmes, caressèrent l’énorme contusion violacée qui s’était rapidement formée sur son sternum, où Tifa avait sauté à pieds joints de tout son poids sans la moindre hésitation, au risque de faire éclater ses boyaux sous ses talons comme ceux d’un chat sous les roues d’une voiture.

L’ecchymose était douloureuse, lorsqu’il la touchait, mais, étrangement, c’était une sensation à la fois plaisante et agaçante, un peu comme la griffure féroce d’une femme lorsqu’on fait l’amour et qu’on est sur le point de jouir.

Il essaya d’imaginer les longs doigts graciles de Tifa, qu’il avait vus lorsqu’elle avait enfilé ses gants, labourant son dos, s’enfonçant dans sa chair tandis qu’elle ruerait sous son corps, ravagée par le plaisir, et un long frisson lui remonta le long de l’échine, accéléra les battements de son coeur et descendit impitoyablement en lave incandescente vers son bas-ventre, lui enflammant les reins.

Le souffle soudain haletant, il se laissa aller contre le carrelage de la cabine de douche et ferma violemment le robinet d’eau chaude.

Le jet glacial devint rapidement insupportable sur sa peau brûlante.

Il sortit de la douche en frissonnant et s’essuya vigoureusement le corps, presque avec violence, craignant que tout geste un tant soit peu caressant n’attise le feu de ses sens à vif. Cela fait, il enfila un pantalon de coton léger et alla à la porte-fenêtre de la chambre de leur motel.

Il l’ouvrit sans faire de bruit pour respirer la brise nocturne, parfumée des doux effluves du petit jardin en contrebas, que le propriétaire faisait pousser à grand peine dans cet trou perdu aride et étouffant.

Même le parfum entêtant des fleurs n’incommodait plus ses sens surdéveloppés car il lui en rappelait un semblable, là-bas, à Midgar, dans l’église en ruine…

Il secoua furieusement la tête pour chasser l’obsédante image de Tifa allongée sous lui, entre ses cuisses, sur le parterre fleuri.

« Faut-il donc que tout me rappelle cette fille ? »

Il poussa un profond soupir, se tourna vers son frère endormi et faillit éclater de rire.

Comme à son habitude, Kadaj s’était roulé en boule, tête-bêche au milieu de son lit.

Il avait ramené les draps sur lui, formant une sorte de cocon tirebouchonné d’où n’émergeait, par une ouverture fortuite, qu’un petit nez retroussé, un bout de joue poupine et une mèche argentée.

- Kadaj…

Aussi amusé que résigné, il se leva pour aller défaire l’étrange chrysalide de coton peigné, ce que la véhémente petite chenille douillettement installée là ne parut pas apprécier outre mesure si l’on en croyait l’indignation qui perçait dans ses grognements ensommeillés à peine intelligibles.

- Laiss’moi d’mir… F’che-moi l’paix… Mhh v’t-en !

Loz esquiva facilement les coups de pied somnolents et rageurs et réussit tant bien que mal à coucher le belliqueux petit ver nu dans le bon sens, en une position moins sujette à étouffement, la tête sur l’oreiller et les épaules hors des draps.

- J’froid… gémit Kadaj dans un état de semi conscience.

- Arrête, Kadaj, il fait une chaleur à crever !

Plus grognon que jamais, ce dernier tira à nouveau sur les draps que son aîné venait à grand peine de coincer sous le matelas.

Agacé, Loz se saisit du plaid posé sur le lit de Yazoo pour en couvrir la « chenille couineuse ».

A peine Kadaj sentit-il la couverture moelleuse qu’il l’attrapa pour en rabattre un pan sur sa tête avant et se rendormir aussi sec.

Son frère leva les yeux au plafond, excédé.

- Oh ! Eh puis zut, tiens… ronchonna-t-il en reprenant place près de la porte-fenêtre. Etouffe-toi, si ça t’amuse.

Il laissa son regard courir sur les allées baignées d’obscurité, en contrebas, et essaya d’imaginer ce que faisait Tifa en cet instant.

Dormait-elle, languissamment abandonnée dans son lit moelleux ? Prenait-elle un bain, la mousse parfumée glissant sur sa peau satinée ? Ou peut-être lisait-elle un livre, regardait-elle la télévision ? A moins qu’elle ne soit en train de veiller la gamine, Marlène, de peur qu’on ne l’enlève à nouveau ?

Il rêva ainsi, immobile, durant un long moment.

Lorsque la porte de la chambre s’ouvrit doucement, il faillit ne pas l’entendre.

Yazoo.

- Où étais-tu passé ? demanda Loz à voix basse sans quitter le petit jardin des yeux.

- Au bar du motel. Un type m’a parlé d’un étrange monument, à Edge. Je me demande si… Loz !

Celui-ci se tourna, alerté par le chuchotement irascible.

Yazoo, exaspéré, lui montrait Kadaj d’un index accusateur.

Leur cadet s’était encore emmailloté dans ses couvertures et Loz haussa les épaules.

- Ca va, ce n’est pas un bébé non plus…

Son frère lui jeta un regard laissant clairement entendre qu’il n’était pas de cet avis et entreprit de libérer une nouvelle fois la petite chenille têtue de son cocon de laine et de coton.

- Regarde-moi ça, il est tout trempé ! ronchonna Yazoo en découvrant la tête hirsute aux cheveux moites de sueur.

Kadaj grogna, se débattit dans son sommeil et Loz soupira.

- Il va t’en mettre une, Yazoo, prévint-il.

- Pourquoi l’as-tu laissé s’emmitoufler comme ç… aïe ! Kadaj !

- Je t’avais prévenu.

Kadaj se redressa sur son lit, gesticulant, les yeux gonflés de sommeil et fou de rage.

- Mais vous allez le laisser dormir tranquille, à la fin ! s’écria-t-il, excédé. Si vous n’avez pas envie de vous coucher, allez faire un tour dans le désert ou où vous voudrez mais fichez-moi la paix, tous les deux !

Sur ce, il se recoucha d’un geste brusque en rabattant les couvertures sur sa tête mais Yazoo ne l’entendait pas de cette oreille et tira sur les draps, faisant enrager son cadet.

- Sors la tête de là, Kadaj ! Tu vas transpirer comme un fruit confit et tomber malade !

- Occupe-toi de tes fesses, Yazoo ! rétorqua Kadaj en récupérant ses couvertures d’un tiraillement violent.

C’était sans compter sur l’acharnement de son aîné, qui les lui arracha de nouveau.

- On peut continuer comme ça toute la nuit, tu sais. (Loz grommela un juron et Yazoo lui lança un regard acerbe) Aide-moi à le raisonner, toi, au lieu de chouiner !

Son frère le gratifia d’une grimace et se détourna, indifférent.

- Laisse-le donc se terrer comme une taupe, cracha-t-il. S’il tombe malade, on aura au moins la paix pendant quelques jours.

Yazoo hoqueta et Kadaj se raidit.

C’était bien la première fois qu’ils l’entendaient faire ce genre de réflexion, lui qui était toujours le premier à s’inquiéter pour les frères et les couver à l’excès.

- Dis donc, je te remercie ! ironisa le cadet avec un pincement au coeur. Je peux allez me jeter dans l’escalier et me casser une jambe tout de suite, si tu veux.

Loz se leva et se tourna vers lui avec un sourire sarcastique.

- C’est ça. Fais donc ça, railla-t-il avant de quitter leur chambre, laissant ses deux frères médusés.

- Que… qu’est-ce qu’il a ? bredouilla Kadaj. Ca ne lui ressemble pas, ce genre d’attitude.

Yazoo haussa les épaules et lissa les cheveux de son benjamin, rassurant.

- Je ne sais pas. Tu ne trouves pas qu’il est bizarre depuis deux jours ?

- A cause des enfants, tu crois ?

- Non… Non, c’est autre chose.

- Quoi, d’après toi ?

- Ca… j’aimerais bien le savoir.

Kadaj poussa un profond soupir dépité son frère grimaça.

…à suivre

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I - Vivants ! Jour J

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Shiva Rajah d’après une illustration de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno regarda une dernière fois les décombres éparpillés de l’immeuble et donna un coup de pied dans un petit morceau de ciment.

Est-ce à cela qu’aurait ressemblé Edge et la planète entière si Cloud n’était pas arrivé à bout de Kadaj ?

- Reno ? cria la voix de Rude de l’autre côté des décombres. Tu as trouvé quelque chose ?

- Que dalle ! A mon avis, ils ont été réduits en compost ! Ou ils se sont carrément dissous, comme leur frangin !

- Avec le nombre de materias qu’ils avaient dans le corps, ça m’étonnerait ! répondit la voix de Yuffie depuis les sous-sols à demi-effondrés.

Voilà plus de trois heures que les turks et Avalanche fouillaient les décombres à la recherche des cadavres des frères aînés de Kadaj.

Si, comme le craignait Rufus, leurs corps ne s’étaient pas désintégrés, ils étaient de véritables réserves de cellules de Jenova qu’il urgeait de mettre en lieu sûr, à l’abri de cinglés du genre d’Hojo. Même si, pour cela, il fallait les découper en tranches pour les mettre, à l’instar de leur saloperie de mère, dans des boîtes scellées.

Reno essuya la sueur qui coulait de son front et secoua sa chemise pour rafraîchir un peu la peau moite de son torse.

Il était presque dix-huit heures.

Le ciel commençait à rougir mais la température, elle, ne semblait pas vouloir baisser.

« Saloperie de canicule… »

Il sauta par-dessus les restes d’un muret de béton, regarda autour de lui et blêmit.

Il se trouvait au centre de ce qui avait dû être autrefois une sorte de hall d’accueil mais qui tenait désormais davantage de l’ossuaire que du vestibule.

Si l’on en croyait les squelettes blanchis coincés sous les gravats des plafonds effondrés, la chute du météore avait provoqué en ce lieu une véritable boucherie.

Les dépouilles avaient dû pourrir là durant des années, à l’abri des murs lépreux du bâtiment, jusqu’à ce que les incarnés de Sephiroth fassent tout sauter, exposant la scène dans toute son horreur.

Le turk recula d’un pas et quelque chose craqua sous son talon.

Il grimaça, devinant ce qui devait être à l’origine de ce son de céréale écrasée sous une cuiller.

- Et merde…

Reno baissa lentement les yeux vers le sol et frémit en réalisant qu’il avait marché sur les phalanges blanchies d’une main d’enfant âgé de quatre ou cinq ans tout au plus.

- Oh, putain…

Il contint un frisson de dégoût et s’écarta du petit corps vêtu des restes d’une robe blanche et bleue.

Près de la fillette s’amoncelaient les ossements de cinq ou six autres personnes, pour ce que pouvait en voir le turk. Probablement toutes tuées par la chute de la poutre en béton armé sous laquelle disparaissaient diverses parties des corps.

Reno allait fuir la vision de cauchemar lorsqu’un bruit glaireux de lapement attira son attention, derrière ce qui avait été autrefois un standard d’accueil téléphonique dernier cri.

Il s’approcha sans faire de bruit pour jeter un oeil par dessus l’amoncellement de câbles, de métal distordu et de plastique fondu.

La première chose qu’il remarqua fut un reflet émeraude qui scintilla comme un éclair dans la fin d’après-midi rougissante.

A quelques mètres de l’endroit où il se trouvait, un monstre se régalait du sang qui coulait en petites rigoles entre les gravats. Ses écailles brillantes accrochaient les feux du couchant.

Le turk l’observa en silence et en prenant bien garde de ne pas faire le moindre bruit.

C’était une bête étrange, tout en angles et en nerfs.

De la taille d’un gros chien, elle n’était pas vraiment laide, au contraire, elle était élancée et racée, perchée sur de hautes pattes élégantes aux griffes acérées comme des rasoirs.

Encore sous le choc de la vue des corps, Reno se surprit à admirer la créature. Peu importait qu’il s’agisse d’un monstre. Au moins, c’était vivant et, en cet instant, ça le rendait plus beau à ses yeux que n’importe quoi d’autre.

Il s’approcha à pas de loup…

Le sang que léchait la bête, presque avec affection et les yeux dorés mi-clos, comme on goûte un vin rare, coulait en élégants méandres rubis d’un bras à la chair tendre, pale et délicate. Un bras qui avait lâché son arme, qui gisait à quelques centimètres à peine des longs doigts graciles.

La chevelure d’argent de son propriétaire s’étalait sur le sol couvert de déblais pour former un tapis luxueux sous les pattes griffues du monstre, comme le dernier hommage d’un martyr à une cruelle divinité animale….

La scène aurait pu orner le mur du temple d’un Dieu antique.

Cette bête chimérique et puissante, léchant ce corps qui semblait si fragile en comparaison…

La scène était belle, oui. Horriblement, terriblement belle.

- Reno ! Couche-toi !

Le cri de Tifa, qui retentit soudain derrière lui, le tira de sa sinistre rêverie et il se coucha d’instinct sur les gravats tandis que retentissaient deux coups de feu.

Touché en plein coeur, le monstre s’effondra aussitôt et la jeune femme rejoignit le turk en sautant par-dessus le muret, qu’il avait lui-même franchi un peu plus tôt.

- Reno, ça va ?

- Oui, bredouilla-t-il, étonnée de la voir se servir d’une arme à feu avec une telle dextérité. Oui, je… Ca va.

Bordel de merde ! Il perdait la boule ou quoi ?

S’extasier sur cette sale bestiole en train de s’abreuver de sang humain, c’était du grand n’importe quoi ! Même si le sang en question était celui d’un putain d’incarné !

- Qu’est-ce qui s’est passé ? cria la voix de Rude depuis le côté opposé des ruines. C’était quoi, ces coups de feu ?

- On en a retrouvé un ! répondit Tifa. Un Rokoal était entrain de lécher le sang qui coulait de… Oh, c’est pas vrai !

Elle se tut, soudain blême, et Reno la secoua par l’épaule.

- Tifa ? Qu’est-ce que tu as ?

- Depuis quand ça saigne, un cadavre ? demanda-t-elle avant de se précipiter vers l’argenté coincé sous les gravats.

Le turk s’élança derrière elle.

- Tifa, attends ! Et on est supposés faire quoi, s’il est vivant ? L’achever d’une balle dans la tête ?

- Arrête de dire des sottises et aide-moi à le dégager !

Il souleva à grand peine un reste de plafond pour qu’elle puisse tirer le corps de sous un amas de plâtre et de tiges métalliques, dont l’une avait transpercé la cuisse gainée de cuir.

Tifa retourna l’argenté et posa un doigt sur la veine de son cou.

- Alors ? demanda Reno en lâchant le morceau de plafond avec un bruit assourdissant.

- Il est vivant, murmura-t-elle, mais tout juste. Rude ! cria-t-elle. Cloud ! Venez vite ! Yazoo est vivant !

Reno s’agenouilla à côté d’elle et considéra le corps ensanglanté qu’elle tenait dans les bras.

Ce visage…

Il n’avait pas oublié ce visage.

Lorsqu’il avait combattu ce satané incarné, le turk avait à peine eu le temps de le détailler mais la petite « frimousse » - quel autre qualificatif conviendrait mieux à ces traits graciles presque enfantins ? - s’était gravée dans son esprit avec la force d’un fer rougi.

Comment aurait-il pu en être autrement ? Des traits aussi délicats chez un homme, c’en était presque obscène…

Mais Reno n’avait pourtant pas rêvé, la preuve. Ce visage existait bel et bien et se trouvait là, devant lui.

Yazoo.

C’était donc son nom.

- Vous êtes où ? cria la voix de Cloud, toute proche.

- Ici ! répondit Reno. Juste sous les restes de colonnes bleues ! Merde, Tifa, il saigne comme un goret.

- Une artère, tu crois ?

- Non, quand même pas à ce point là. Celle saleté de tige en métal devait boucher une veine et on l’a sans doute déplacée en le tirant de là.

Il retira sa ceinture et entreprit de la serrer autour de la cuisse de l’argenté, au-dessus de sa blessure.

- Son frère ne doit pas être loin, dit Tifa, la gorge sèche, en tournant la tête en tout sens. Bon sang, je n’ose imaginer les drames qui ont dû se dérouler ici il y a sept ans.

Elle venait de voir les ossements blanchis coincés sous plusieurs tonnes de béton.

- Ils n’ont probablement pas eu le temps de… Tifa ! Là-bas ! Regarde ! Sous la poutre !

Il lui désigna un coin d’ombre, sous une poutre de béton et la jeune femme secoua la tête.

- Je ne vois rien.

- C’est pas une main, ça ? Là ! Juste à côté du bout de taule.

Tifa finit par voir à quoi faisait allusion le turk et laissa échapper un petit cri étouffé en considérant les centaines de kilos de déblais.

- On ne pourra jamais le sortir de là sans matériel adéquat.

- Tu crois qu’il est vivant, lui aussi ?

- Ca m’étonnerait. Son corps a dû être totalement écrasé par les décomb… Il a bougé ?

- Hein ?

- La main. Elle a bougé, non ?

- Oh putain…

La jeune femme se précipita sous les décombres et dut dégager plusieurs couches de morceaux de plâtre et de déblais pour accéder à la tête et aux épaules du corps immobile.

Elle n’eut même pas besoin de vérifier son pouls car sa respiration sifflante et douloureuse n’était que trop audible.

- Reno ! Il est vivant, lui aussi !

Le turk secoua la tête, incrédule.

- Bah merde, alors…

- Loz… murmura Tifa, la gorge serrée. Loz, tu m’entends ?

Prononcer le nom de cet homme lui faisait un effet étrange.

Jamais personne ne lui avait inspiré à la fois autant de méfiance, de colère et d’indignation mais aussi de pitié, d’admiration et de trouble.

Colère pour l’avoir battue à plates coutures dans l’église, indignation pour les heures d’angoisse passées à s’inquiéter pour Marlène, qu’il avait enlevée sans le moindre état d’âme, pitié parce qu’elle savait, à présent, qu’il n’avait été que la marionnette de Jenova, admiration parce qu’il était sans doute l’homme le plus fort qu’elle n’avait jamais affronté et trouble parce que… Parce que…

Elle secoua la tête pour chasser le souvenir d’un grand corps athlétique aux muscles puissants gainés de cuir noir et tendit une main hésitante pour caresser la courbe lisse d’une pommette, le front haut, suivre l’arête du nez élégant et effleurer du bout des doigts les lèvres pleines au dessin parfait mais craquelées par la déshydratation.

Les longs cils argentés frémirent.

- Yazoo… gémit Loz d’une voix étranglée à peine audible. Yazoo…

Un filet de mousse rougeâtre lui coula au coin de la bouche et la jeune femme hoqueta.

- Reno ! Je crois que quelque chose lui a transpercé le poumon ! Il faut le sortir de là !

La jeune femme lissa les courts cheveux de mercure et deux yeux félins couleur mako embués de larmes douloureuses s’ouvrirent et la fixèrent.

- Toi… murmura-t-il avec difficulté.

- Ne bouge pas. On va te tirer de là.

Un sourire d’une douceur poignante se dessina sur les lèvres sensuelles et Tifa s’étonna de voir une expression aussi tendre sur le visage d’un tel homme.

- Je… poursuivit l’argenté malgré le sang qui encombrait les voies respiratoires. Je t’ai vue si souvent dans mes rêves… qu’à mon réveil j’ai l’impression que tu es encore là…

Il cracha un filet de liquide rougeâtre et s’évanouit à nouveau.

Tifa passa une main derrière la nuque argentée pour lui tenir la tête de côté afin de l’empêcher de s’étouffer et frémit au contact de la peau douce.

Que pouvaient signifier ces mots ?

Une chose était sûre en tous les cas : il ne l’avait pas oubliée.

Et curieusement, cette certitude l’emplit d’une exaltation aussi malvenue qu’inexplicable.

…à suivre.

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A Yazoo

Et mon papa qui me disait :
“les poupées, ça peut pas parler” !!!
Reeve
Quelqu’un est mort au ciel, ce soir ?
J’ai vu un ange vêtu de noir…

Reno

Te désirer est un pécher ?
Alors, j’ai l’enfer assuré !

Loz

Oh, je dois être mort car il serait étrange
D’être vivant encore et de voir autant d’anges…

Rude

J’ai besoin d’un dico, d’urgence !

Reno, file à la librairie !

Depuis que j’ai vu ce bel ange,

Les mots me manquent ou bien me fuient…

Rufus

A Loz

Si, en entrant dans une église,
Tu sens comme un courant d’air froid,
N’imagine pas que c’est la brise.
C’est moi qui soupire après toi…

Tifa

Ce pantalon de cuir qui moule ce cul sexy
Irait si bien avec le tapis de mon lit…

Shalua

Bénie soit la Shinra
qui bâtit cette chaussée
pour que passe par là
monument si racé !

Elena

Papa ? La couche d’ozone est bien trouée !
Tous les anges sont en train de tomber…

Marlène

Ah ! Que ne suis-je une de tes larmes…
Pour pouvoir naître dans tes yeux,
Mouiller tes joues de mille charmes
Et mourir sur ta bouche, heureux.

Yazoo

Laboratoire HP-82

*

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Shiva Rajah, d’après des illustrations de M.A. Sambre

Corrections : les volontaires sont les bienvenus !

*

L’arme semblait appeler le tout jeune adolescent.

” Velvet Nightmare “

Cauchemar de velours. Quel beau nom…

Caché derrière une étagère de la bibliothèque, il observait la gunblade depuis plusieurs minutes et l’entendait presque le supplier de briser la vitre du présentoir pour la prendre.

- Yazoo ? Que fais-tu ?

La voix cristalline de Kadaj le fit tressaillir et il se retourna avec une vivacité inhumaine, conforme à sa nature.

Son frère cadet s’accouda à l’un des rayonnages croulant sous les livres scientifiques et les encyclopédies diverses.

- Alors ? Tu ne réponds pas ?

Yazoo lui offrit son sourire le plus enjôleur.

- J’admirais la gunblade, c’est tout.

Kadaj lui adressa un regard courroucé.

- ” Ils ” t’ont dit de ne plus traîner ici, sinon, on sera punis tous les trois !

- Et je suppose aussi qu’” ils ” t’ont demandé de me surveiller ? Qu’est-ce qu’ils t’ont promis, en échange ? Plus de piqûres pendant une semaine ? Dispensé d’entraînement pendant trois jours ?

Son frère détourna ses yeux mako voilés de longs cils argentés et Yazoo sourit de sa gêne. Un sourire qui aurait fait pleurer d’amour les pierres elles-mêmes.

Si Kadaj était gracieux comme un ange du ciel, tout en rondeurs enfantines et en douceur, Yazoo, lui, possédait déjà, malgré son jeune âge, la beauté venimeuse et sensuelle des anges déchus. Semblables par leur délicatesse et leur finesse de traits, l’aîné avait pourtant ce charme éthéré qui n’appartenait qu’à lui.

Il posa sa joue sur l’épaule de son frère, qui frémit à son contact.

Les scientifiques n’avaient pas accoutumé les argentés à ce genre de familiarités mais Yazoo en usait toujours avec un plaisir évident.

- Tu vas courir leur dire ? demanda-t-il avec une moue.

Kadaj se dégagea, une délicate teinte rose sur ses joues poupines.

- Tu crois que j’ai envie qu’on soit tous punis ? (Yazoo lui passa en riant les bras autour des épaules.) Arrête !

- Quoi ? Qu’est-ce que j’ai fait de mal, encore ?

Son cadet le repoussa sans douceur.

- Cette manie que tu as de nous tripoter sans arrêt, Loz et moi… c’est gênant.

Yazoo leva un fin sourcil d’argent.

- Gênant ? Mon contact est gênant !

Il tourna les talons, agacé, et quitta la bibliothèque.

- Yazoo, attends. C’est pas ce que voulais di… Oh ! Eh puis zut ! Va te faire voir !

*

- Gênant ! maugréa Yazoo en sortant de la douche pour rejoindre Loz dans la chambre qu’ils partageaient. Tu entends ? demanda-t-il à son aîné, assis en caleçon au milieu de son lit en train de se battre avec la batterie de sa mini-console de jeux. Mon contact est gênant pour mon propre petit frère !

Loz éclata de rire.

- Mais qu’est-ce que tu racontes, encore ?

La soyeuse chevelure argentée de l’adolescent était aussi courte que celle de son frère était longue. Quant à son jeune corps, il en remontrerait avant peu à bien des adultes athlétiques dans la force de l’âge.

Yazoo alla s’allonger sur le lit, la tête sur sa cuisse.

- Prends tes aises ailleurs que sur mes genoux, moustique ! railla gentiment Loz en faisant mine de le chasser. Ca fait presque une heure que j’attends pour prendre une douche. Allez, du balai ! Yazoo !

- Tu peux attendre une minute, non ? grommela celui-ci sans bouger d’un pouce. Je suis en train de te parler, là ! Et arrête avec ce truc !

Il lui arracha la console des mains pour la jeter sur le couvre-lit voisin et son aîné leva les yeux au plafond et soupira, vaincu.

- Vas-y. Qu’est-ce que tu as encore fait ?

- C’est pas vrai, tu n’as rien écouté de ce que je t’ai dit, hein ? Il ne s’agit pas de moi, gros bêta ! C’est Kadaj.

- Bon, alors : qu’est-ce que le têtard a encore fait ?

- Rien ! Mais il est de plus en plus bizarre, chuchota-t-il.

- Bizarre ? Ah ! Ah ! J’en connais qui penseraient plutôt ça de toi.

Yazoo se mordilla la lèvre.

- Sais-tu pourquoi nous n’avons pas le droit d’aller dans la bibliothèque ? Je suis sûr que ce n’est pas seulement à cause des armes, dans les vitrines.

Son frère secoua la tête et sourit.

- Attention où tu mets tes jolis petits orteils, murmura-t-il en lui tirant gentiment l’oreille. Tu vas finir par nous attirer à tous de sérieux ennuis !

- Mais non ! Dis ?

- Quoi ?

- Tu trouves mon contact gênant, toi ?

- Bien sûr que non, quelle idée !

Yazoo leva un sourcil et le détailla pour essayer de le percer à jour.

Tiens…

Les épaules de Loz ne s’étaient-elles pas encore élargies, depuis quelques semaines ? Ses traits ne s’étaient-ils pas durcis ?

Sa peau fine était toujours aussi douce que celle d’une fillette mais son menton paraissait plus anguleux et les veines, sur ses avant-bras, ressortaient un peu plus que d’habitude, gonflées par des muscles qui promettaient d’être fermes.

Ses jambes étaient encore un peu trop fines et trop longues par rapport à son torse mais ses mollets et ses cuisses s’épaississaient de mois en mois.

Quant à son ventre rebondi de garçonnet joufflu, il avait disparu, s’était creusé, et on distinguait à présent parfaitement le dessin de huit petits muscles abdominaux bien carrés.

Quelle magie avait donc opéré à l’insu de Yazoo? Quand cela s’était-il produit ? Et pourquoi cela le perturbait-il soudain à ce point ?

- Loz…

- Quoi, encore ?

- Tu me fais un câlin ?

- Quoi ? Pourquoi ? Tu ne pleures pas.

- Parce que j’en ai envie, idiot ! Moi, je ne t’en fais que quand tu chouines, peut-être ? Allez, embrasse-moi. (Loz haussa les épaules et se pencha pour déposer un baiser sur sa joue.) Mais non, pas comme ça.

- Comment alors ?

Yazoo fit une moue coquine et caressa ses lèvres du bout des doigts.

- Tu as les lèvres douces, murmura-t-il. Embrasse les miennes.

- Etrange idée. Pourquoi faire ?

- Tu verras. Allez, embrasse-moi. Je vais te montrer un truc.

Davantage pour avoir la paix et pouvoir prendre enfin sa douche que par envie réelle, Loz déposa un baiser sur la petite bouche boudeuse et son cadet noua ses bras autour de son cou, le forçant à s’approcher d’avantage.

Le bout de sa langue se glissa entre ses dents, caressa la sienne et il voulut se dégager mais Yazoo tenait ferme.

C’était étrange de sentir son goût et son souffle… Etrange et follement agréable, en fait.

Un peu rassuré, Loz laissa échapper un soupir et sa langue s’enroula finalement autour de celle de son frère, réprimant l’envie de l’aspirer.

Bizarre comme sa peau semblait douce sous ses mains, tout d’un coup.

Douce à frémir.

Douce à vouloir y frotter la sienne.

Oui… le serrer contre lui. Sentir son corps contre le sien.

Et cette chaleur…

D’où venait cette chaleur soudaine, au bas de son ventre ?

C’était…

Il s’écarta brutalement, effrayé par ce qu’il ressentait. Ce besoin pressant de… de… de quoi, d’ailleurs ?

- Que… Où as-tu appris à faire ça, Yazoo ? haleta-t-il. Dans un livre de la bibliothèque ?

- Non, j’ai vu Hojo le faire avec une assistante. C’était pas bien ? Moi j’ai bi… Qu’est-ce que t’as ?

Loz baissa les yeux vers ce que lui désignait son frère et tordit le nez en voyant la grosse bosse qui déformait son caleçon.

Il tira sur ce dernier pour voir de quoi il retournait et laissa échapper une exclamation horrifiée.

- Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que j’ai ? Qu’est-ce que tu m’as fait ?

Yazoo, intrigué, porta la main à cette étrange excroissance de chair qui semblait avoir poussé au bas du ventre de son aîné.

- C’est… C’est juste ton ” machin “. Ca a enflé. (Il passa les doigts dessus et Loz poussa un petit cri qui le fit retirer vivement sa main.) Pardon. Je ne voulais pas te faire mal.

- Tu crois que c’est un truc qu’ils m’ont injecté ? Un produit qui a des effets bizarres ?

La peur le saisit et l’excroissance s’en fut comme elle était venue, rapetissant pour devenir le petit sexe imberbe auquel ils étaient tous deux habitués.

Yazoo poussa une exclamation étouffée.

- Tu as eu mal ?

- Non. Non pas du tout. Au contraire… Mais c’est vraiment étrange, comme impression.

- Nous devrions peut-être en parler aux blouses blanches ?

Loz fronça les sourcils.

- Tu crois ? C’était peut-être juste un… accident. Un truc qui pousse et qui s’en va, comme un bouton sur la figure.

- Peut-être.

- C’est étrange, quand même. Je veux dire, ce ” truc “. Les blouses blanches nous ont donné des jambes pour marcher, des yeux pour voir, une bouche pour parler mais ça… (Il prit son sexe entre deux doigts.) Je ne vois pas à quoi ça peut servir.

Yazoo haussa les épaules.

- A faire pipi, quelle question ! Tu l’utilises tous les jours.

- Un trou aurait suffi, non ? Pourquoi ils sont allés nous mettre tout cet attirail ?

- Je ne sais pas. Ca doit être joli. Comme nos cheveux. Ils ne servent à rien mais ils sont là parce que c’est joli.

L’aîné tira sur la petite masse de chair qu’il tenait entre les doigts.

- Tu trouves ça joli, toi ? Ce bout de chair et ces machins qui pendouillent au bas de notre ventre et qui font mal quand on cogne dessus, en plus ? Et pourquoi ça s’est mis à grandir ?

- Tu en as de ces questions, Loz ! Comment veux-tu que je le sache ? Remarque qu’il y aurait bien un moyen d’essayer de le savoir…

- Oublie cette saleté de bibliothèque !

Yazoo bondit que ses pieds et embrassa d’un geste ample toute la pièce.

- Oublie ! Ne pense pas ! Ne dis rien ! Fais ci ! Fais ça ! J’en ai assez ! Je veux une réponse à toutes mes questions et je la veux tout de suite !

Son frère se couvrit la tête des mains en gémissant, voyant déjà les ennuis et la punition qui allait avec leur tomber dessus comme un couperet.

- Mais pourquoi faut-il que tu cherches toujours des problèmes ?

Yazoo manqua de s’étouffer.

- Des problèmes ? Nous passons notre temps à obéir et à faire leurs quatre volontés !

- Yazoo !

- Quoi ” Yazoo ” ? J’en ai assez ! J’ai l’impression d’être un tableau statistique servant à décorer le mur ! Et le monde, là, dehors ? Pourquoi les blouses blanches ne nous en parlent-ils jamais ? Qu’est-ce qu’il y a, de l’autre côté des murs ? Je veux savoir ! Savoir ! Savoir ! Tu ne t’es jamais posé ces questions ? Et pourquoi nous ont-ils créés tels que nous sommes pour nous punir dès que nous nous servons de ce qu’ils nous ont donné ?

- Qu’est-ce que tu racontes ?

- Hier, Hojo m’a passé un savon parce que j’étais nu dans la piscine ! Tu peux me dire quel mal il y a à être nu dans la piscine ? J’aime le contact de l’eau sur ma peau. ” C’est obscène ! ” A-t-il dit. ” Impudique et obscène ” ! Tu y comprends quelque chose ? Eh bien moi, rien ! Rien du tout ! De quoi a-t-il peur, Hojo ? Qu’on use la jolie peau qu’il nous a fabriquée ?

Loz lui passa un bras autour des épaules.

- Allons, calme-toi. Hojo n’aime pas qu’on se mette en colère.

Yazoo releva la tête.

- Hojo n’aime pas ci ! Hojo n’aime pas ça ! Et ce qu’on aime, nous ? Ca compte ou pas ? J’en ai marre ! On existe pour faire quoi, d’ailleurs ? Tout le monde a un métier, ici, s’occupe de quelque chose, mais nous ? On sert à quoi, nous ? Hojo nous a fabriqués pour quoi, exactement ?

Il se tut, excédé, et ramena les genoux contre sa poitrine pour les enserrer de ses bras.

Taquin, Loz frotta doucement le bout de son nez contre sa joue, ce qui ne manquait jamais de le faire sourire.

- Tu boudes ? demanda-t-il d’une petite voix chagrine.

Comme il l’espérait, son frère se dérida aussitôt et laissa échapper un petit rire.

- Idiot…

*

Yazoo se réveilla avec une désagréable sensation d’humidité sur le ventre et entre les cuisses.

Ses draps étaient mouillés ?

Impossible !

Contrairement à Kadaj, qui avait régulièrement trempé son lit jusqu’à l’âge de six ou sept ans, lui et Loz ne s’étaient jamais oubliés la nuit.

Il alluma sa lampe de chevet et souleva ses couvertures.

C’était le drap du dessus qui avait pâti, et non le drap housse.

En plus de ça, ça ne ressemblait pas à de l’urine.

Moins encore à de la sueur.

C’était… plus épais. Plus… sirupeux ?

Et ça avait à moitié séché sur son ventre et le haut de ses cuisses en plaques visqueuses, comme s’il s’était tartiné de… de… de morve ?

Il grimaça, dégoûté.

En plus, ça sentait bizarre. Une odeur âcre, à la fois iodée et sucrée.

- Qu’est-ce que tu fiches, Yazoo ? ronchonna Loz, le faisant sursauter. Il n’est même pas quatre heures du matin ! Eteins cette lamp… Yazoo ? Qu’est-ce que tu as ? Tu es malade ?

- Je… je ne sais pas, bredouilla son cadet. Viens voir.

Loz se leva en frottant ses beaux yeux mako gonflés de sommeil, observa attentivement les draps et grimaça.

- Beurk… Tu t’es mouché dedans ?

Yazoo lui asséna une tape sur la tête.

- Idiot ! Bien sûr que non ! Tu vois bien que c’est mon ventre, qui est sale, pas mon visage !

- S’est sorti de ton nombril, affirma Loz, de plus en plus inquiet en se penchant sur le ventre tendre. Tu en as plein, à cet endroit.

Son frère enfonça prudemment le bout de l’index dans l’orifice concerné mais le retira aussitôt avec un frisson anxieux.

- Je n’ose pas. Vas-y, toi.

- Et si te je fais mal ou que j’abîme quelque chose ?

- Bah, je te le dirais. Allez, vas-y !

Il ferma les yeux, s’attendant à sentir le doigt de Loz s’enfoncer dans ses intestins mais son frère secoua la tête.

- Non, je ne sens pas de trou. C’est fermé. (Il tâta son propre nombril, à titre de comparaison) C’est exactement comme moi.

- Ca s’est peut-être refermé tout seul ?

- Sûrement.

Le cadet blêmit.

- Et si ça continue à couler dedans ? Tu imagines ?

- T’as peut-être un trou quelque part dans l’estomac.

- Loz, j’ai peur !

Ce dernier ne réfléchit pas davantage et se précipita vers la porte.

- Ne bouge pas ! Je vais chercher une blouse blanche !

- Loz ! sanglota Yazoo. Attends ! Ne me laisse pas tout seul ! Loz !

*

Son corps splendide à demi recouvert par un somptueux drap de soie noire, Scarlet pétrissait d’une main possessive les muscles pectoraux du jeune homme au physique sculptural allongé nu à ses côtés.

- Laisse-moi dormir, maugréa-t-il en chassant la main délicate avant de se retourner sur le ventre. Trouve-toi un autre crétin, si tu n’en as pas eu assez.

Le sourire se figea sur le visage de la directrice du Département du Développement de l’armement.

Elle enfonça cruellement ses ongles vernis de rouge dans les reins étroits et les fit remonter le long du large dos en V, marquant la chair pâle de profonds sillons ensanglantés.

- Aïe ! Mais ça va pas !

Il s’était redressé sur le lit comme un ressort trop longtemps bandé et grimaçait, les larmes aux yeux et le dos cuisant.

- Ne t’avise plus jamais de me parler de cette façon, Loz.

- Ca va, c’était juste une pique !

Scarlet lui répondit par son insupportable petit rire cruel et referma la main sur l’un des impressionnants biceps du jeune homme.

- Plus j’y pense et plus je me dis qu’il te faudrait quelque chose de plus puissant qu’une simple arme à feu. Oui… quelque chose de bien plus puissant et de bien plus dangereux…

- Hein ? grimaça Loz en essayant de tâter son dos pour évaluer les dégâts.

- Je dois trouver une arme plus adaptée à toute cette puissance, dit-elle en évaluant la force d’un avant-bras musculeux d’une simple pression des doigts.

Il lui montra sa main ensanglantée.

- Regarde ça ! Tu m’as littéralement tailladé la peau, espèce de folle.

Une gifle retentissante mit fin à ses récriminations et il dût se mordre la langue pour ne pas lui servir une bordée d’épithètes fleuris bien moins élégants qu’une allusion à son état mental.

- File d’ici ! ordonna-t-elle. Tu es insupportable, aujourd’hui. Tu m’agaces…

Il ne se le fit pas dire deux fois et entreprit de s’habiller sous le regard ardent et admiratif de la jeune femme.

Les yeux inquisiteurs paraissaient lui brûler le dos davantage encore que les blessures qu’elle venait de lui infliger

Un court instant, elle faillit le retenir pour s’offrir une dernière partie de ” saute-mouton “, comme disait Reeve, mais se ravisa. Le jeune homme avait sans doute donné son maximum pour la journée. Demain serait un autre jour…

- Tu ne me dis même pas au revoir ? le tança-t-elle lorsqu’elle le vit se diriger vers la porte sans même un regard en arrière.

Il se retourna et lui adressa un regard à faire frémir l’homme le plus téméraire mais il en fallait plus pour impressionner Scarlet.

- Pourquoi faire ? répliqua-t-il simplement avant de disparaître. Tu viendras me chercher dès que l’entrejambe te démangera, de toute façon.

La chaussure à talon aiguille que lui lança la jeune femme à toute volée percuta la porte qu’il venait de refermer.

- Petit con ! cria-t-elle.

*

- Tu étais encore avec cette pintade ? cracha Yazoo en le voyant revenir dans leur chambre. Je ne sais pas comment tu fais. Qu’est-ce que tu as ? ajouta-t-il en voyant son frère grimacer en enlevant son sweet-shirt. Elle t’a jeté du lit ?

Loz jeta ses vêtements au pied de son lit.

- Cette folle m’a ravagé la peau du dos.

Il allait s’allonger sur le couvre-lit mais son cadet bondit du sien, sur lequel il était en train de lire, pour s’interposer.

- Oh ! Non ! fit-il en le tirant par le bras vers la salle de bains. Non, non, non, non… Hors de question que tu infestes le moindre recoin de cette pièce avec une seule molécule, un seul atome - que dis-je ! - un seul électron de cette garce !

- Yazoo… gémit Loz.

- Pas de ” Yazoo ” qui tienne, tu files sous la douche ! décréta-t-il en le poussant sous le jet, le faisant jurer.

- Aïe ! Ca fait mal !

- Quoi ? C’est trop chaud ?

- Non… Mon dos. Ca brûle.

Il se retourna et son frère hoqueta en voyant les striures rouges sur son dos ensanglanté.

- Wouahouh… Qu’est-ce que tu lui as fait pour qu’elle te griffe comme ça ? demanda-t-il avec un sourire à la fois narquois et complice.

- Je lui ai demandé de me laissé dormir… gémit piteusement Loz en grimaçant sous le jet d’eau chaude.

Yazoo écarquilla les yeux et éclata de rire.

- Ah… Oui, là, forcément, c’est tout de suite moins affriolant. Allez, finis de te laver, je vais t’arranger un peu ça.

Vingt minutes plus tard, Loz commença à regretter de ne pas avoir jeté Scarlet sur ses genoux pour lui administrer une fessée dans les règles de l’art et tant pis pour les conséquences.

- Arrête de gigoter, Loz ! bougonna Yazoo en finissant de nettoyer les longues plaies à l’antiseptique.

- Mais ça démange ! (Son frère ne put s’empêcher de rire.) Quoi ?

- Tu ne changeras jamais…

- Comment ça ? se renfrogna Loz.

Son cadet l’enlaça par derrière et pressa sa joue satinée contre la sienne.

- Que, malgré vingt années bien sonnées, tu es et tu resteras toujours le petit garçon que j’ai connu et avec lequel j’ai grandi. Et c’est pour ça que je t’aime toujours autant.

- Ne dis jamais ça devant Kadaj. Il deviendrait dingue…

Yazoo rit de plus belle.

Le petit dernier de la fratrie était d’une jalousie maladive et avait parfois du mal à accepter la tendresse et la complicité que partageaient ses deux aînés.

- Qu’est-ce que je ne dois pas entendre ? demanda une voix claire dans leur dos.

- On ne t’a jamais dit qu’il fallait frapper aux portes avant d’entrer, sale petit têtard ? gronda Loz.

- Comment tu m’as appelé, tas de viande sans cervelle ?

Yazoo pouffa et attrapa Kadaj au vol lorsqu’il voulut se jeter sur leur aîné.

- Du calme, petit frère !

- Je vais le tuer ! promit celui-ci.

Loz rit de plus belle.

- Quoi ? Tu veux me frapper avec tes petits poings, Kadaj ? railla-t-il en tapant du plat de la main sur sa poitrine, deux fois plus large que celle de ses cadets. Chouette ! On va pouvoir jouer aux osselets, après !

Kadaj se débattit comme un diable dans les bras de Yazoo et ce dernier jeta à son aîné un regard suppliant.

- Arrête ! Tu veux le rendre hystérique ou quoi ?

- Depuis quand il a besoin de moi pour ça ?

- Loz !

- Lâche-moi ! hurla Kadaj. Lâche-moi ! Je vais lui arracher la peau du dos et m’en faire un tapis. Tu es un homme mort, Loz !

- Désolé, quelqu’un s’en est déjà chargé, regarde, grimaça ce dernier en se retournant.

Kadaj se calma instantanément, la curiosité prenant le pas sur la colère, mais Yazoo ne desserra pas son étreinte pour autant, au cas où.

- Qui t’a fait ça ?

- La pintade ! persifla Yazoo.

- Hein ? Wouah ! Tu as dû l’envoyer au moins au neuvième ciel pour qu’elle t’arrange comme ça.

- Ouais, on va dire ça…

- En fait, il l’a juste envoyée promener et elle lui a fait comprendre qui était le chef ! pouffa Yazoo.

Son cadet ouvrit de grands yeux moqueurs.

- Oh, la honte !

- Non mais tu es de quel côté, toi ? s’emporta Loz en fusillant Yazoo du regard.

Il se laissa tomber à plat ventre sur son lit et Kadaj se libéra pour venir s’asseoir à ses côtés, tout sucre, tout miel.

- Tu as mal ?

- Non, ça va.

- Tu es sûr ? insista-t-il en enfonçant le doigt dans la plaie la plus profonde.

- Aïe ! Sale petit têtard !

Le têtard en question fila comme une flèche en ricanant avant qu’il ne puisse réagir, laissant la porte ouverte.

- Il t’a encore eu, se moqua Yazoo en refermant le battant.

- Je déteste quand il agit comme ça… Quel sournois !

Son frère s’assit sur son oreiller, tout près de sa tête, et lui caressa les cheveux.

- Tu devrais arrêter les frais, avec Scarlet.

- Si tu crois que j’ai le choix…

- Tu devrais arrêter quand même.

Loz leva un sourcil narquois.

- Jaloux ?

- Ne dis pas de sottises ! C’est juste que je ne l’aime pas, elle est trop… possessive.

- Peut-être mais je n’ai rien d’autre sous la main, en ce moment.

- Et la rouquine de l’accueil ?

- Partie.

- La brunette du labo 3 ?

- Hojo l’a virée.

- Et celle qui t’avait tapé dans l’œil, la petite avec les gros roploplos ?

- Elle préfère les minets. Elle trouve Kadaj ” trooop chouuuuu ” ! singea-t-il avec une grimace, la bouche en cul de poule.

Yazoo éclata de rire.

- Eh bien, prends ton mal en patience. Un peu de calme ne te fera pas de mal, va !

- Et sur qui je viderai mon trop plein de testostérone ? Toi ? (Yazoo lui répondit par une grimace.) Tu n’étais pourtant pas le dernier à te porter volontaire, si je me souviens bien… Tu as déjà oublié ?

Son frère se redressa d’un bond et blêmit.

- On avait juré de ne jamais reparler de ça, Loz… murmura-t-il avec un regard méfiant en direction de la porte. Nous n’étions que des gosses.

- Moi, j’en garde un bon souvenir.

- Loz !

- Quoi ? Tu as honte ?

- Parle moins fort.

- Réponds. Tu as honte ?

- Oui.

- Pourquoi ?

- Parce que… parce que… Je n’en sais rien. C’était mal.

- Mal ? Vis-à-vis de qui ? De quoi ?

- Je n’en sais rien !

- Pfff… ” Toujours pareil “. C’est ce que tu disais tout le temps, tu te rappelles ?

- Quoi donc ?

- Que tu en avais assez de t’entendre donner des ordres sans aucune raison ou explication valable. Que tu voulais connaître le pourquoi des règles afin de décider par toi-même si elles étaient acceptables ou non. Tu as oublié ?

Yazoo sourit avec tendresse et s’allongea sur le dos à côté de son frère.

- Non, Loz, je n’ai pas oublié.

Ce dernier, toujours sur le ventre, bougea un peu la tête et la posa sur son épaule.

- Parfois, ça me manque.

- Quoi donc ?

- Cette époque. Notre innocence. Toutes les questions que nous nous posions. On se disait que, quand on serait grands, on s’enfuirait pour trouver toutes les réponses. Tu te souviens ?

- Je me souviens… On s’imaginait un monde merveilleux, dehors.

- Tu sais, Yazoo, parfois j’aimerais que tu aies raison à mon sujet.

- Comment ça ?

- J’aimerais vraiment être un petit garçon et y croire encore…

Une larme coula le long de l’arête de son nez élégant jusqu’à la poitrine de Yazoo et celui-ci serra son frère contre lui, comme il le faisait lorsqu’ils n’étaient encore que de tout jeunes adolescents inconscients de toutes ces ” choses interdites ” dont ils ignoraient jusqu’au nom…

FIN

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XXXXV - Jamais deux sans toi !

A trop se donner, on s’abandonne.”
J. Ferron

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Imbécile ! Comment as-tu pu te faire avoir aussi bêtement par ce gamin ? !

Le poing de Genesis cueillit Nero au creux de l’estomac, lui coupant le souffle.

Telle une mince gerbe de blé coupé par une faux, le buste gracieux plia vers l’avant et le ténébreux s’effondra aux pieds de son bourreau.

- NOOONNN ! NERO !

Le hurlement de Weiss résonna dans les profondeurs souterraines.

- Ferme le bec ou je te jure que je lui décorerai la peau à ma façon pour chaque mot qui sortira du clapier te servant de bouche ! menaça Genesis en saisissant Nero par ses longs cheveux noirs.

- Ca… ça va… aller… mon frère… haleta ce dernier en essayant de se relever sous le douloureux tiraillement. Je… vais bi…

Une gifle retentissante l’interrompit.

- Qui t’a permis de l’ouvrir, maudit tas de poix ?

- Enfant de salaud ! cria encore Weiss. Laisse-le tranquille !

- Je ne me suis pas bien fait comprendre, on dirait, railla le soldat. Long à la détente, hein ? Tu préfères les exemples aux paroles ? A ta guise ! (Il gifla à nouveau Nero à toute volée.) Encore quelque chose à dire ?

L’ancien chef des Tsviets se mordit la langue pour ne pas répliquer mais, en voyant le sang couler de la lèvre fendue et du nez de son frère, il se débattit comme un diable dans ses liens.

- Il va suffoquer ! cria-t-il. Enlève-lui son mors ! Détache-lui les mains !

En effet, entravé par son mors, les bras immobilisés par les sangles de sa camisole et ses ailes de métal - dont les mains artificielles auraient pu lui permettre de se libérer - arrachées, Nero bataillait pour ne pas s’étouffer avec son propre sang.

Genesis tendit une main lasse vers les attaches du mors de cuir avec un soupir résigné mais interrompit son geste en entendant les pleurs de bébé qui résonnèrent soudain dans la grotte.

Abandonnant Nero, qui luttait pour respirer, et se dirigea vers un petit tas de couvertures gigotant, qu’il souleva dans ses bras avec un sourire de carnassier.

- Il t’a réveillé, hein, bébé ? babilla-t-il au milieu des bruits gargouillants de suffocation et des cris affolés de Weiss en berçant le nourrisson, dont un toupet de cheveux argentés dépassait de la couverture. Méchant petit bout de ténèbres qui embête bébé… Méchant Nero… Méchant ! On va le punir comme il se doit. Oh, oui…

- Espèce de malade ! hurla encore Weiss en se débattant entre ses liens, faisant pleurer le petit de plus belle.

Son frère essaya de tousser et une partie du sang qui coulait de son nez gicla, éclaboussant la couverture et le visage du bébé.

Fou de rage, Genesis le poussa violemment du pied, l’envoyant s’affaler contre un rocher.

- Crache tes impuretés ailleurs que sur lui !

Il essuya le visage poupon avec un pan de la couverture et le bébé, terrifié, pressa ses poings minuscules sur ses beaux yeux mako aux pupilles fendues en pleurant à fendre l’âme.

*

Cid posa l’hélicoptère sur la pelouse du parc et Reno qui - une fois n’est pas coutume - jouait les copilotes, secoua la tête.

- Pourquoi ne te poses-tu pas sur la piste du toit ?

- Et la moto, on la descend comment, poil de carotte ? railla l’amiral de la W.R.O. en faisant sourire Vincent. On lui met un parachute et on la jette dans le vide ?

Yazoo pouffa, Marlène endormie recroquevillée dans son giron.

Une fois l’hélice immobile et les moteurs coupés, Cid et Loz descendirent la moto à la force des poignets et se dirigèrent vers le garage accompagnés de Vincent tandis que le turk et Yazoo, la fillette endormie dans les bras, prenaient le chemin du manoir.

- Yazoo… appela Loz. N’oublie pas ce qu’on a dit.

- Je sais, mon frère, j’ai compris : tu es juste tombé en panne. Un ” simple incident mécanique “.

Il lui adressa un clin d’œil avant de disparaître en compagnie du turk et Vincent soupira en tapant sur l’épaule de Cid.

- Allons vite remettre d’aplomb les motos avant que tout le monde se réveille.

- Toi, fit le pilote en posant la main sur la large poitrine de Loz pour l’arrêter, tu vas me faire le plaisir d’aller nicher ton joli museau ente les roploplos de qui tu sais et de ne pas réapparaître avant d’avoir dormi deux ou trois heures !

L’argenté sourit malgré lui.

- Je vais bien, Cid, je dormirai un peu cet après-mi…

- Maintenant ! insista Cid. Tu tiens à peine sur tes jambes, mon gaillard.

- Cid a raison, renchérit Vincent. Nous nous occupons des motos, ne t’en fais pas. (Loz se frotta le visage et esquissa un geste impuissant.) Je sais que les cauchemars risquent de revenir, ajouta l’ancien turk en lui pressant le bras en signe d’encouragement. Mais tu dois quand même essayer de te reposer un peu.

- Qu’est-ce qui se prépare, Vincent ? Qu’est-ce que moi Yazoo avons à voir avec ce Genesis ?

- Je ne sais pas. Mais nous trouverons, je te le promets. (L’argenté hocha la tête et s’en retourna.) Loz ! Merci de vouloir rester discret au sujet de… de ça, fit-il en désignant la moto aux freins trafiqués.

- C’est mieux pour Tifa et pour les enfants. Ca leur ferait trop mal. Ils ne comprendraient pas.

Il s’éloigna et Cid siffla entre ses dents, admiratif.

- Ce mec en a une putain de paire, moi je te le dis !

Vincent éclata de rire et aida son ami à pousser la moto en direction du garage.

*

Shalua sentit qu’on lui secouait doucement l’épaule et ouvrit son œil valide.

Elle s’était assoupie auprès de Denzel, qui dormait profondément.

- Reeve ? murmura-t-elle en reconnaissant le chef de la W.R.O., vêtu d’un sobre peignoir de coton bleu. Qu’est-ce qui se passe ?

- Shalua, il faut absolument que tu vois ça, fit-il sur le même ton pour ne pas réveiller le garçonnet en sortant une clé mémoire de sa poche. On m’a envoyé ces documents il y a une heure.

- A voir ta tête, ça a l’air grave. Qu’est-ce que c’est ?

Il désigna Denzel.

- Allons dans la pièce d’à côté, je t’expliquerai. Prends ton ordinateur.

La jeune femme obéit et le suivit dans le salon.

- Qu’est-ce qu’il y a ? demanda-t-elle, de plus en plus inquiète en voyant le visage décomposé de Reeve à la lumière du plafonnier.

- Le labo du Deepground.

- Quoi, ” le labo du Deepground ” ? Il a été vidé et scellé, non ?

- Pas entièrement, Shalua.

Elle pâlit.

- Qu’est-ce que tu veux dire ?

Reeve se laissa tomber sur le divan et se tordit nerveusement les mains.

- Mes hommes viennent de… de retrouver un étage.

Shalua s’affala à ses côtés.

- Je… Je ne comprends pas.

- Un étage supplémentaire intermédiaire que nous n’avions pas repéré lors de la première fouille. C’est l’effondrement d’une poutre de soutien qui l’a mis au jour. Elle a été rongée par le mako.

La jeune femme déglutit péniblement.

- J’ai peur de poser la question, Reeve, mais… qu’est-ce que tes hommes ont trouvé de si grave pour te réveiller en pleine nuit ?

- Des cuves. Douze cuves mako dont plusieurs contenaient des restes humains. (Shalua porta sa main valide à sa bouche pour réprimer un haut-le-cœur) C’est la fuite de l’une d’elles qui a rongé la colonne. Ils ont également trouvé du matériel génétique. Récemment utilisé.

Shalua se raidit.

- Quel genre de… ” matériel ” ?

Reeve brancha la clé mémoire sur l’ordinateur portable de la jeune femme.

- Juge par par toi-même…

Il lança une vidéo et Shalua reconnut aussitôt l’endroit : les laboratoires du cratère nord.

Après avoir visionné des heures et des heures d’horreurs elle pensait avoir fait le tour de l’inhumanité d’Hojo mais force était de constater qu’elle s’était trompée.

*

Loz entra à pas de loup dans la chambre et vit son téléphone clignoter sur la table de chevet, illuminant par intermittences le visage de Tifa, profondément endormie, d’une lueur verdâtre : ” Vous avez un message “.

Avec un sourire attendri, il se saisit du petit appareil et s’assit tout doucement sur le bord du lit en effleurant la douce chevelure brune étalée sur l’oreiller .

Il consulta son répondeur afin d’arrêter l’agaçant clignotement et eut la surprise d’entendre la voix de Tifa.

” …à l’endroit de ton choix. A tout de suite. Je…Je t’aime. “

- Fin de vos messages. Pour les réécouter, tapez

Loz sentit une émotion sans nom lui serrer la gorge et, le cœur battant, essaya désespérément de ravaler les larmes qui menaçaient de couler.

Immobile à quelques centimètres seulement de la femme pour qui - il en était certain à présent - il pourrait offrir sa vie sans le moindre état d’âme, il dut attendre un long moment que l’émoi provoqué par les derniers mots du message se calme un peu.

Si tu crois qu’elle va laisser Denzel faire sa loi, tu la connais pas ! “

Marlène avait peut-être raison, finalement…

Il reposa le téléphone sur la table de chevet et, une fois certain qu’il pourrait garder les yeux secs, il se déshabilla en silence et se glissa sous les couvertures.

La jeune femme s’éveilla à demi en sentant un corps d’homme se presser contre son dos et une douce odeur sucrée lui chatouiller les narines. Une bouche avide remonta le long de sa nuque, mordillant la peau en provoquant d’agréables frissons.

- Je vous préviens, monsieur, fit-elle avec un petit rire ensommeillé sans ouvrir les yeux. Si vous n’êtes pas un grand garçon au corps de rêve avec des cheveux argentés très courts et de beaux yeux verts, vous allez au devant de gros ennuis…

Elle se retourna dans les bras de Loz et lui sourit dans la pénombre.

- J’ai droit à un baiser, murmura-t-il contre ses lèvres. J’ai reçu le message gagnant, je peux le prouver.

Tifa éclata de rire et l’embrassa avec une fougue impatiente mêlée de tendresse.

*

Vincent et Cid venaient de terminer de réparer les freins de la moto de Yazoo lorsque le téléphone du pilote sonna.

- Highwnind. Déjà ? Très bien, j’arrive. Non. Non, non, mieux vaut que ce soit fait tout de suite. Et Cloud ? Très bien, je lui dis.

Il raccrocha.

- Alors ? s’enquit l’ancien turk.

Le pilote prit une profonde inspiration.

- Les documents du divorce viennent d’arriver, laissa-t-il tomber, le cœur battant.

- Bien. Et Cloud ?

- Toujours avec Shelke, en bas. Ca se passe plutôt bien, d’après Rufus.

- Tant mieux.

Cid sourit, fébrile.

Il avait attendu cet instant si impatiemment ces derniers jours que, maintenant que ça arrivait, il se sentait tout ” chose “, comme disait Marlène.

- Nerveux ? demanda Vincent en voyant son ami respirer avec irrégularité.

- Un peu, je l’avoue.

- Vas-y, je m’occupe de la moto de Kadaj.

- Tu es sûr ?

Vincent lui pressa l’épaule.

- Va mettre fin à la mascarade qu’est ton semblant de mariage et nicher ” ton joli museau dans les roploplos de qui tu sais “ !

Le pilote éclata de rire et serra l’ancien turk contre lui en une virile accolade.

- Ca ne te va du tout, de dire des choses pareilles, tu sais ? railla-t-il. Mais l’intention était bonne, ajouta-t-il plus ému qu’il ne l’aurait voulu.

- Allez file avant qu’on se mette à pleurnicher.

Cid s’éloigna en direction de la porte du garage et se retourna une dernière fois avant de disparaître.

- Eh ! Vampy ! A toute fin utile : les freins, c’est les trucs sur lesquels on appuie pour s’arrêter de rouler ! plaisanta-t-il.

Il esquiva un chiffon noir de graisse et Vincent rit de bon cœur en se saisissant d’une clé à molette.

*

Reno, las d’attendre assis sur son lit que Yazoo le rejoigne et, surtout, craignant de s’endormir qu’il restait là à rien faire une minute de plus, décida d’aller le chercher.

Lui et l’argenté avaient quelque chose à… ” terminer ” !

Il quitta sa chambre pour se diriger vers celle de Denzel et Marlène et poussa doucement la porte.

Le lit du garçonnet était vide - Cid leur avait dit dans l’hélicoptère qu’il l’avait laissé avec Shalua - mais, sur celui de Marlène, le spectacle qui s’offrait à lui faillit le faire éclater de rire.

Yazoo, épuisé successivement par une nuit de cauchemars, un Reno entreprenant soûl comme une barrique, une partie de ” tralala ” interrompue, un frère sur le point de faire le saut de l’ange dans un ravin et un voyage nocturne en hélico, n’avait apparemment pas résisté au pouvoir hypnotique du couvre-lit estampillé de chocobos multicolores - et on pouvait le comprendre.

L’argenté et la fillette, ainsi qu’une bonne dizaine de peluches et une demi-douzaine de poupées, étaient entortillés dans un inextricable amas de bras, de jambes, de pattes, d’ailes et de cheveux (ou de poils) en tout genre.

Réprimant un fou rire, le turk couvrit le ” tas ” d’une couette et s’allongea sur le lit de Denzel avec un soupir las.

Il ferma les yeux “juste une minute” mais, avant même de s’en rendre compte, il s’endormit à son tour.

*

Une fois de plus happé par les ténèbres glaciales, Loz marchait à l’aveuglette, frissonnant et essayant désespérément de percer le brouillard obscur.

Les langues de brume ténébreuse et hurlante s’accrochaient à ses cheveux, enserraient ses jambes et ses bras, s’enroulaient autour de ses hanches étroites et léchaient son visage comme autant de mains, de bras ou de langues d’outre-tombe.

Il luttait pour ne pas céder à l’affolement, n’osant ouvrir la bouche pour crier ou appeler à l’aide de peur que le brouillard noir ne se glisse dans sa gorge.

Après une marche cauchemardesque durant laquelle il batailla contre les ténèbres, se débattant contre les assauts des mains invisibles et des voix hurlantes, il distingua un point lumineux au loin.

Avec sa dernière énergie, il se dirigea vers la lumière, essayant de courir de toutes ses forces mais en ayant l’impression de faire du ” sur place ” et, soudain, la lumière l’éblouit, comme s’il avait parcouru la distance qui se séparait du point lumineux en un dixième de seconde.

Il cligna des yeux.

Les ténèbres n’avaient pas totalement disparu, elles s’étaient juste retirées un peu, rampant, chuchotantes, vers les murs de la pièce dans laquelle il se trouvait…

Une salle dallée de blanc au centre de laquelle trônait une table de dissection à défaut de tout autre mobilier. Et, sur cette table, il se vit lui-même allongé, entièrement nu.

- Ce n’est pas réel… murmura-t-il en se forçant à mette un pied devant l’autre. Tout ceci n’est pas réel…

L’autre lui-même tourna la tête vers lui en le fixant de ses yeux mako vitreux.

- Ne pleure pas, Loz, fit-il d’une voix d’automate avant de reprendre sa position initiale.

Il fit encore un pas et… le remarqua. A croire qu’il venait de se matérialiser devant lui.

Le bébé.

Assis, nu sur la table métallique, il lui tournait le dos et babillait en jouant sur le ventre de l’autre ” lui ” avec quelque chose qui faisait un étrange bruit glaireux.

Ce dos tout rond à la chair tendre, ces fesses joufflues, ces petits bras potelés et ce toupet de cheveux argentés fins comme des toiles d’araignée, Loz les connaissait bien pour les avoir embrassés, massés ou toilettés à d’innombrables reprises.

- Kadaj ? chuchota-t-il en s’approchant du petit, la gorge serrée. Kadaj ? Qu’est-ce que tu fais là, bébé ?

Le petit se tourna à demi vers lui et il eut l’impression qu’on lui assénait un coup au cœur.

Ce n’était pas Kadaj.

Son front était plus large, ses traits plus volontaire et il était bien plus grand que son frère cadet au même âge.

- Qui est-tu, bébé ? demanda-t-il, attendri, en tendant les bras vers lui. Qu’est-ce que tu fais là ?

Le bébé laissa échapper un éclat de rire joyeux qui fit sourire Loz et agita frénétiquement ce qu’il tenait dans ses petites menottes, projetant des éclaboussures de sang et de liquide blanchâtre en tout sens.

L’argenté vit alors avec quoi jouait le nourrisson et d’où provenait l’étrange bruit glaireux : le bas-ventre de son “double” semblait avoir été réduit en un amas sanglant de peau et de chair dont les lambeaux s’accrochaient encore aux canaux séminifères ensanglantés sur lesquels le bébé tirait en riant, comme pour les arracher des testicules éventrés…

Le hurlement de Loz résonna dans son crâne avec la force de mille tambours et la dernière chose qu’il vit fut le rideau de ténèbres qui se referma sur lui pour le dévorer.

” …oz ! Lo… oi ! “

Il étouffait…

eille… oi ! Loz ! “

La bille lui brûlait la gorge…

- Loz ! Loz ! Oh, mon Dieu, Loz, réveille-toi !

Il ouvrit brutalement les yeux et voulut hurler mais sa gorge était trop serrée pour pouvoir émettre le moindre son.

- Loz ! Respire ! Respire, je t’en supplie ! Loz !

Tifa était accroupie au-dessus de lui, au bord des larmes, et le secouait aussi fort qu’elle le pouvait.

- Tifa… gémit-il.

Sa gorge se desserra soudain et il eut à peine le temps d’avaler une goulée d’air qu’un violent haut-le-cœur lui contracta l’estomac.

Il écarta la jeune femme aussi délicatement qu’il le put et se précipita dans la salle de bains pour rendre le contenu de son estomac dans une succession ininterrompue de spasmes douloureux qui parurent lui déchirer les entrailles.

- Loz… gémissait sans discontinuer Tifa en lui caressant le dos, totalement démunie. Oh, mon Dieu, Loz…

Lorsque les contractions finirent par se calmer, elles le laissèrent à genoux sur le luxueux carrelage, pantelant, totalement épuisé et ruisselant d’une sueur glacée.

Tifa enveloppa son corps moite frissonnant dans un drap de bain moelleux et le serra contre elle en suppliant tous les Dieux qu’elle connaissait de lui venir en aide.

Elle se laissa aller contre le mur de la salle de bains, Loz blotti contre elle, et pleura à la fois d’impuissance et de soulagement en pétrissant les muscles de son dos et de ses épaules.

- Pardon, Tifa… réussit-il à articuler, la gorge brûlante de la bile qu’il avait vomie. Pardon…

- Mon pauvre amour… chuchota-t-elle en couvrant son visage de baisers. Mon pauvre amour…

…à suivre.

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XXXXIV - La dame en blanc

C’est de ta peur que j’ai peur ! “

William Shakespeare

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Shiva Rajah d’après une illustration de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Zack pouvait les voir à mi-chemin de la vertigineuse descente du mont Nibel. Dans quelques minutes, ils atteindraient le terre-plein, le seul endroit large et plat de la route avant une pente à donner le vertige. Une pente dont Loz et Marlène ne sortiraient jamais vivants s’ils venaient à s’y engager.

Le jeune soldat était sur le point de se matérialiser pour se mettre en travers du chemin afin de les arrêter tant qu’il était encore temps de le faire mais, en quelques instants, il sentit les ténèbres l’envelopper.

Un rideau de brume noire s’épaissit autour de lui à un point tel qu’il lui fut bientôt impossible de voir au travers ni même de distinguer vaguement quoi que ce soit.

- Nero, laisse-moi passer ! ordonna-t-il en s’adressant aux ténèbres glaciales. Ils vont se tuer !

- Je ne peux pas… lui répondit une voix profonde comme un tombeau et belle comme une harpe funèbre.

- C’est une innocente petite fille ! Tu ne peux pas vouloir la mort d’une enfant ! Tu n’es pas tombé aussi bas, Nero !

- Bien sûr que non, je ne souhaite pas sa mort. Mais je veux encore moins que l’on fasse du mal à mon frère bien aimé…

- L’homme que tu vois là a des frères qui l’aiment, lui aussi. Imagines-tu ce qu’ils vont ressentir, si tu le laisses mourir de cette façon ?

Une forme longiligne se dessina dans la brume ténébreuse, un corps mince et élégant, aux longs cheveux noirs et aux yeux purpurins brillants de désespoir.

- Je suis désolé.

- Nero, laisse-moi passer ! Laisse-moi les arrêter tant que c’est encore possible !

Zack voulut avancer mais les ténèbres s’épaissirent, le prenant dans un tel piège de noirceur qu’il avait l’impression d’évoluer dans une sorte de poix psychique glaciale et gluante.

- Je ne peux pas, s’excusa encore la voix mélodieuse de Nero malgré le mors qui lui entravait la mâchoire. Je ne peux pas les laisser faire du mal à Weiss. Il est la seule personne qui ne m’ait jamais aimé. Et la seule que je n’aimerai jamais. Je suis désolé…

- Très bien, soupira Zack, prêt au combat malgré l’ambiance oppressante de la dimension psychique où le ténébreux les avait propulsés tous les deux. Si tu préfères que nous en passions d’abord par là…

*

Loz ralentit un peu en arrivant sur le terre-plein rendu glissant par la pluie et heureusement : il ne vit la jeune femme en blanc qu’au dernier moment et crut bien ne pas pouvoir l’éviter.

Elle paraissait s’être soudain matérialisée au milieu de la route.

Marlène poussa un cri strident et, dans un crissement insupportable de mécanique torturée, l’argenté pressa les freins aussi fort qu’il le put tout en posant un pied au sol pour effectuer un dérapage acrobatique et éviter de percuter l’inconnue de plein fouet.

N’eut été sa force peu commune, qui lui permit de maintenir la lourde moto d’aplomb, lui, Marlène et l’engin surpuissant auraient valsé dans le décor - ou plutôt… dans le ravin !

Le cœur battant à ses tempes, il stabilisa la machine, planta fermement la béquille sur le sol détrempé et souleva Marlène pour la retourner et l’asseoir sur sa cuisse.

- Ca va ? s’enquit-il fébrilement en auscultant la petite sous toutes les coutures. Tu n’as rien ? Tu as mal quelque part ?

La fillette secoua la tête et regard autour d’elle.

- Non, je vais bien. Mais… la dame ? Elle est où ?

Loz tourna la tête en tout sens, à la recherche de l’inconnue mais, ne la voyant nulle part, il sauta de sa moto en jurant.

- Ne bouge pas, ordonna-t-il à Marlène en s’éloignant un peu de l’engin pour fouiller le bas-côté.

- Tu crois qu’elle aurait pu tomber dans le ravin ? demanda la fillette en se couvrant les joues des deux mains.

L’argenté secoua la tête mais jeta un coup d’œil dans le vide par acquit de conscience.

Pas même une brindille n’avait été brisée et aucune jeune femme en blouse blanche ne gisait sur la large corniche, en contrebas.

- Non. Et je suis sûr qu’on ne l’a pas touchée, de toute façon. Bon sang ! jura-t-il en se frottant le visage, déconcerté. Je ne l’ai même pas vue arriver au milieu de la route !

Marlène s’agrippa à ses hanches, encore tremblante de la peur ressentie, et Loz s’accroupit pour la serrer contre lui.

- Moi non plus, je l’ai pas vue, chuchota la fillette. Et pourtant, je regardais tout droit. (Un long silence puis :) Dis, Loz…

- Mhh ?

- Tu crois que… (Elle baissa encore d’un ton) Tu crois que c’était un fantôme ? finit-elle par oser demander, blême de peur.

L’argenté éclata de rire et se releva avec la petite dans les bras.

- Bien sûr que non, voyons ! Et tu sais quoi ? Je pense même qu’on a seulement ” cru ” voir quelque chose. Quelque chose qui ressemblait à une femme. Une nappe de brume, peut-être. Ou la réflexion des phares sur une flaque d’eau.

Marlène tordit le nez.

- Moi j’ai vu une dame habillée comme Shalua. Et toi ?

- Moi aussi. J’ai cru voir une jeune femme. Mais regarde. Il n’y a absolument rien. Ce n’était qu’une ombre ou un reflet. Tu n’as pas à avoir peur. Ce qui m’inquiète bien davantage, ajouta-t-il avec une grimace en asseyant la petite sur le siège de la moto, c’est le bruit qu’a fait cette merveille quand j’ai forcé sur les freins…

- Ah bon ? Tu crois que c’est cassé ?

- Je te dis ça dans une minute, soupira Loz en s’accroupissant sur le sol boueux pour vérifier le mécanisme de freinage. Tu me passes la lampe torche ?

*

Nero laissa échapper ce qui ressemblait à un soupir déchirant.

- Un leurre… gémit-il. Tu n’étais qu’un leurre destiné à détourner mon attention, maudit sois-tu !

Zack eut un sourire en coin.

- C’était de bonne guerre. Salue cette saloperie de Jenova de ma part et dis-lui bien que, quoi qu’elle ait derrière la tête, on ne la laissera jamais arriver à ses fins !

Nero poussa un cri de rage désespéré et bondit sur lui dans un maelström de ténèbres encore plus denses que tout ce qu’il avait pu évoquer jusqu’à maintenant.

- C’est sur mon frère qu’elle va se venger, maudit sois-tu !

Mais, lorsqu’il tendit ses bras tatoués pour refermer ses mains élégantes sur la gorge ectoplasmique du jeune soldat, celui-ci parut se volatiliser sous ses doigts.

- Tuer un mort ? railla-t-il avant de disparaître totalement. Quelle prétention, Nero ! Ah ! Ah ! Ah !

*

Loz vérifia un dernière fois ses poches et jura comme un corps de garde.

- Mais quel idiot !

- T’as vraiment oublié ton téléphone, alors ?

- Il a dû tomber quand je me suis habillé. C’est pas vrai, quel crétin !

Marlène fouilla dans sa doudoune.

- Attends, on peut utiliser le mien.

L’argenté se tourna vers elle comme si elle venait de lui proposer le secret de la vie éternelle.

- Tu as un téléphone ?

Elle haussa les épaules et sortit un petit objet rose à paillettes de la poche intérieure de son vêtement.

- Si on veut. Papa dit que je suis trop petite, encore, pour en avoir un vrai. C’est un appareil qu’a fabriqué oncle Cid pour que papa puisse me parler de son téléphone à lui.

- Et toi ? Tu ne peux appeler personne ?

- Seulement papa ou oncle Cid si j’ai une urgence ou de gros ennuis. Et comme on a des ennuis mécaniques…

Pour un peu, Loz serait tombé à genoux pour remercier une bonne moitié du panthéon de la planète !

*

Cid confia Denzel à Shalua et se précipita dans le couloir en enfilant son blouson, le téléphone collé à l’oreille.

- Comment ça ” les freins ont lâché “ ? répéta-t-il, sidéré. C’est impossible, Loz, ces motos sont flambant neuves !

Disons qu’on les a un peu… aidés. “

Le pilote se figea au milieu du couloir, n’en croyant pas ses oreilles.

- Tu plaisantes !

Non. Cid, je suis formel. “

- Comment ? Les circuits ? Les pla…

Oui, oui, Marlène est tout près de moi, elle va très bien, je t’assure. “ Le coupa Loz.

- Merde, elle écoute tout ce que tu dis, c’est ça ?

Exactement ! Juste une grosse peur, rien de grave. “

- Considère que je suis déjà parti. Où êtes-vous coincés ?

A quelques pas de la balise 54, sur le terre-plein, à mi-chemin de la descente. “

- Assez de place pour caser un hélico ?

A peine. “

Cid ricana.

- ” A peine “ pour un pilote lambda, ça se traduit par ” les doigts dans le nez “ en ce qui me concerne, p’tit frère ! Je serai là avant même que vous n’ayez le temps de dire ” ouf ! “.

Il rangea son téléphone, finit de boucler son blouson et allait s’engager dans l’escalier qui menait à la piste d’atterrissage du toit lorsqu’il faillit percuter Reno et Vincent qui arrivaient en sens inverse dans le couloir, talonnés par Yazoo.

- Oh là ! fit-il. En voilà une précipitation à une heure pareille ! Ne me dites pas que vous comptiez prendre l’hélico, si ?

- Nous devons allez chercher Loz et Marlène, Cid, argua précipitamment Vincent. Je t’expliquerai.

- Ah ? Ils vous ont appelé aussi ? Comment ? Loz vient de me dire qu’il avait oublié son téléphone.

Vincent se figea et Reno hoqueta.

- Tu viens de lui parler ? s’écria Yazoo en s’agrippant au blouson du pilote. Où sont-ils ? Ils vont bien ?

*

Shalua allongea Denzel dans son propre lit et étreignit le petit corps tremblant, encore sous le choc de ce que Cid venait de lui montrer.

Contre l’avis de la jeune femme, il lui avait fait visionner des extraits des vidéos de surveillance si horribles qu’elle-même n’avait pas jugé utile de les inclure dans son exposé de la salle de conférences.

Sur l’un d’eux, Loz adolescent se tordait de douleur et paraissait suffoquer dans les petits bras de Kadaj, bien plus jeune encore que Denzel à l’époque.

On y voyait le garçonnet pleurer et supplier durant d’interminables minutes avec des hurlements déchirants que quelqu’un vienne aider son frère mais les chercheurs, qui avaient volontairement provoqué l’incident en faisant ingérer à l’aîné une substance hautement allergène, étudiaient chacune des réactions de l’enfant à travers un miroir sans tain sans bouger le petit doigt.

La séquence était d’une tristesse à vous arracher le cœur.

- Ah ! Ah ! Bien fait pour ce salaud, hein ? avait ricané Cid. T’as vu ? Et attends, après ils leur font des piqûres d’enfer avec des aiguilles grosses comme ça ! Ils en bavent à mort, tu vas adorer !

Bien entendu, comme le pilote l’avait escompté, Denzel ” n’adora ” pas du tout la chose, bien au contraire. Avec cette facilité déconcertante qu’ont les enfants de s’identifier à quelqu’un ou de prendre en pitié ceux à qui on fait injustement du mal, qu’il s’agisse d’humains ou d’animaux, le garçonnet ne tarda à fondre en larmes, profondément ébranlé.

Une explication - bien plus longue que celle qui avait déjà été fournie aux enfants au sujet de Sephitoth, de Jenova et des argentés lors du réveil de ces derniers - avait suivi. Certes, beaucoup de choses ne pouvant être dites à un petit garçon, telles les incestueuses fécondations in-vitro effectuées sur les cadavres, avaient été passées sous silence et d’autres encore ramenées à au niveau de compréhension adapté à un enfant de son âge.

Mais, malgré cette simplification outrancière, Jenova passa, pour Denzel, d’” entité extra-terrestre malfaisante douée de pensée et de perception “ à une sorte de maladie qui ” entrait dans le cerveau les gens ” et ” volait leur corps “.

C’était à bien des égards plus terrifiant mais beaucoup moins grave car, contrairement à un extraterrestre malfaisant, une maladie, ça pouvait se soigner. Du moins dans l’esprit d’un petit garçon de six ans !

Et ce d’autant plus facilement que, à en croire Shalua, chacun - même lui ! - pouvait contribuer à guérir les gens atteints de ” Jenovite “, comme Cloud, Sephiroth ou les argentés. Les médicaments étaient gratuits et très faciles à trouver : câlins, bisous et beaucoup d’affection. Voilà ce qui soignait cette terrible maladie. Cid avait bien insisté là-dessus : Jenova étant ” la créature la plus méchante du monde entier “, le moindre signe de tendresse ou d’attachement la rendait ” MA-LA-DEUH “ !

A l’instar des cruelles sorcières des contes pour enfant que lui lisait Tifa le soir, Jenova ne supportait pas le moindre signe d’affection ou de gentillesse.

Elle déteste tellement ça que c’est même la première chose qu’elle détruit dans les gens qu’elle infecte ! “ avait encore expliqué Cid.

Voilà donc pourquoi les argentés avaient été si méchants, il y a deux ans, et pourquoi Sephiroth avait fait brûler tout Nibelheim. Oui, tout était plus clair, à présent, pour le garçonnet.

- Mais là, c’est moi qui ai été méchant, murmura-t-il, au bord des larmes en s’agrippant à Shalua. Ca veut dire que moi aussi, j’ai la “jénovite” ?

La jeune femme remonta les couvertures sous son menton et éclata de rire.

- Bien sûr que non, voyons, je c’est pas contagieux ! Tu as cru ce que Cloud a dit, poussin, c’est tout, ce n’était pas de ta faute. Tu ne pouvais pas savoir qu’il était ” malade “. Personne ne s’en était aperçu, d’ailleurs, pas même moi.

Elle essuya le nez du garçonnet avec un mouchoir en papier et l’embrassa pour le rassurer.

- Et tu crois qu’on va pouvoir le guérir, comme Loz ?

- Et comment, qu’on va le guérir ! Je te promets que le manoir va devenir l’usine de câlins et de bisous la plus productive de la planète jusqu’à ce que Cloud se soit totalement débarrassé de sa ” jénovite “. Rassuré ?

Denzel hocha la tête et se pelotonna dans le grand lit de la jeune femme, totalement épuisé après la première nuit blanche de sa courte vie.

…à suivre

XXXXIII - Adagio au clair de lune pour un petit turk

«Le sexe masculin est ce qu’il y a de plus léger au monde…

une simple pensée le soulève ! »

Frédéric Dard

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Loz installa Marlène devant lui, sur sa moto, ajusta ses gants de cuir et alluma ses phares.

Il était presque six heures du matin mais le soleil d’hiver ne se lèverait pas avant au moins deux heures et, hormis une pleine lune qui avait du mal à percer derrière les nuages, il faisait encore nuit noire.

- Prête ? demanda-t-il.

La petite acquiesça joyeusement et se pencha sur le guidon.

- Il pleut encore des petites gouttes, t’as vu ?

- Tu veux qu’on attende encore un peu ?

- Non, c’est bon. Sinon, on n’aura pas le temps de passer à la boutique de monsieur Philéas avant le petit déjeuner.

L’argenté se pencha par-dessus la fillette pour se saisir du guidon.

- Alors, on est partis !

Il fit vrombir la moto, sortit de la grotte et s’engagea sur la petite route de montagne escarpée pour entamer la descente vertigineuse du mont Nibel.

Ce n’était guère plus qu’un chemin de terre détrempé par la pluie qui serpentait tout autour de la montagne, de la base au sommet.

Il était si étroit que, par endroits, ils roulaient à un mètre à peine du ravin.

- Tu n’as pas le vertige ? demanda l’argenté d’une voix forte pour couvrir le bruit du moteur. Ca ne va pas trop vite ?

- Oh, non ! C’est génial ! J’adore quand toi et Yazoo vous allez vite !

Loz éclata de rire, amusé par l’exaltation qui perçait dans sa voix, et relâcha un peu les freins, pour le plus grand plaisir de la petite.

*

A nouveau réveillé par un cauchemar, Yazoo réalisa qu’il était à demi allongé sur Reno, la joue sur sa poitrine, et se pétrifia, n’osant même plus respirer.

Il voulut se faire violence pour s’écarter de lui mais fut incapable d’ordonner à ses membres d’obéir.

Il sentait battre le cœur du turk contre sa poitrine, entendait sa respiration profonde, s’enivrait de sa chaleur et était perdu dans un sensuel nuage de parfum masculin, sensuel et musqué.

Non, pour rien au monde il ne voulait bouger de là !

Au contraire, il nicha son petit visage au creux du cou offert et se blottit dans les bras accueillants avec un petit soupir involontaire.

Avant même de comprendre ce qu’il faisait, il effleura la gorge palpitante de ses lèvres.

Il but les battements du cœur de Reno à même sa jugulaire en respirant à pleins poumons la tiède fragrance de ses cheveux roux qui lui chatouillaient le nez jusqu’à ce que la tête lui tourne.

S’enhardissant, il darda même la pointe de sa langue pour goûter sa peau, juste sous son oreille, le faisant frissonner dans son sommeil.

Cette réponse à sa discrète caresse inonda le ventre de Yazoo d’un flot de lave et ses doigts, mus par une volonté propre, descendirent sur la poitrine glabre pour effleurer un téton tendre, qui se contracta et durcit comme un petit caillou sous sa paume.

Le pouls du turk s’affola contre ses lèvres et il ferma les yeux, essayant de graver cet instant délicieux dans sa mémoire.

C’est alors qu’il prit alors conscience de la colonne de chair qui se tendait contre sa cuisse, gagnant en vigueur à chaque battement de cœur.

Il se cambra pour échapper au contact fiévreux de ce curieux python.

- Tu l’as cherché, Yazoo baby… chantonna Reno à son oreille.

Si l’argenté ne vit pas son sourire narquois dans la pénombre, il ne l’entendit que trop et l’appréhension le gagna.

Appréhension qui, lorsque Reno pressa ses lèvres sur les siennes, se mua en panique.

- Non… gémit-il contre sa bouche.

Mais son refus sonnait faux.

Tout son corps se tendait vers le turk et, en dépit du contrôle qu’il essayait de lui imposer, accueillait le baiser avec une avidité féroce.

« Il ne faut pas… Il ne faut pas… Je vais tout gâcher… Je ne sais pas m’y prendre… »

Comment allait réagir Reno en découvrant qu’il était un novice en la matière et incapable de lui donner le moindre plaisir ?

Qu’avait-il dit, déjà, en parlant de Yuffie ?

« Je ne m’intéresse pas aux candides créatures effarouchés. Les femmes de mon âge sont beaucoup trop vicieuses et séduisantes pour qu’un jouisseur comme moi passe à côté de ça ! »

Cette pensée le dégrisa immédiatement et il interrompit leur innocent baiser en détourant brutalement la tête.

- Reno, non !

Les lèvres de celui-ci frémirent contre sa joue et il lâcha l’argenté pour s’allonger de tout son long, les bras derrière la nuque.

Toujours en appui sur sa poitrine, Yazoo écarquillait désespérément les yeux pour essayer de distinguer l’expression de son regard dans la pénombre mais c’était inutile : il entendait très clairement sa respiration sifflante et le grincement de ses dents.

Reno était en colère, et il ne pouvait pas lui en vouloir.

- Excuse-moi, murmura-t-il, la gorge serrée. Je… je ne sais pas ce qui m’a pris. (Reno ne répondit pas et ne fit pas un geste mais un long soupir d’exaspération s’échappa de sa gorge) Reno, je…

Ce dernier s’assit brusquement, le faisant rouler sur le côté comme s’il n’avait été qu’un chat endormi sur son ventre, et alluma la petite lampe de chevet.

- Reno…

Les couvertures se rabattirent brutalement sur lui et le turk se leva en silence pour enfiler son pantalon.

- Reno, où vas-tu ? demanda l’argenté d’une voix brisée, l’inquiétude lui nouant les entrailles.

- Prendre l’air, consentit enfin à répondre le jeune homme en s’asseyant sur le lit pour attraper sa chemise.

Bouleversé et pris d’angoisse, Yazoo le ceintura par derrière et pressa sa joue contre sa nuque.

- Ne pars pas, supplia-t-il. Pas comme ça. Je suis désolé, Reno… Pardonne-moi…

Reno allait répliquer vertement qu’il n’avait qu’à prendre ses responsabilités et finir ce qu’il avait commencé, éteindre l’incendie qu’il avait volontairement attisé, lorsqu’il réalisa que l’argenté sanglotait.

Sa frustration et sa colère retombèrent aussitôt.

- Yazoo ? Eh, Yazoo baby, arrête, c’est pas grave.

Il se libéra doucement de son étreinte et se tourna pour le prendre dans ses bras.

- Pardon, Reno…

- Chut, ce n’est rien. Arrête de pleurer, ce n’est pas la fin du monde. Je ne t’en veux pas, je suis juste un peu déçu, c’est tout. C’est toujours rageant de se faire allumer et… Enfin peu importe. Allez, calme-toi. (Il effleura sa joue et l’argenté eut un mouvement de recul) Je vois. Ecoute, j’ai juste cru que… Enfin, que je te plaisais et que tu voulais faire l’amour, je…

- C’est le cas, le coupa Yazoo en rougissant violemment. Mais…

Il se tut et détourna le regard.

- Quoi ? Tu n’as pas confiance en moi ? demanda le turk. Tu penses que je vais te prendre là, à quatre pattes par terre, et m’en vanter à la ronde ?

Il lui tira la langue, taquin, et Yazoo rougit de plus belle.

- Non, c’est que je… je… C’est que je ne me suis jamais retrouvé dans ce genre de… de situation.

Reno rit de bon coeur.

- Si ça peut te rassurer, moi non plus ! Les mecs, c’est vraiment pas mon truc, d’habitude. Mais il ne doit pas y avoir une grande dif…

- Ce n’est pas ce que je veux dire, Reno, le coupa à nouveau l’argenté, les joues cuisantes.

Le turk se souvint de la conversation qu’il avait surprise entre Tifa et Shalua, à l’infirmerie, et se mordit la lèvre.

- Oh… Tu veux dire que tu n’as jamais fait… Enfin, jamais eu de…

- C’est ça… avoua Yazoo, plus gêné que jamais.

Reno sourit.

- Ca te fait peur ?

Yazoo secoua la tête, replia ses jambes et les enserra de ses bras.

- Non, c’est juste que… Je ne sais pas comment faire, chuchota-t-il d’une voix presque inaudible. Quels gestes faire, quels mots employer et tu… tu disais que tu détestais « essuyer les plâtres », en parlant de jeunes filles comme Yuffie.

Reno se mordit les lèvres pour étouffer un rire.

- Yazoo… Ca n’a rien à voir, voyons.

- Les « pucelles coincées » te font « gerber ». Ce sont tes propres mots, je n’ai pas oublié. J’ai peur d’être maladroit. De faire ou de dire des choses idiotes. Peur d’être ridicule et de t’entendre te moquer de moi.

Une tendresse bouleversante prit Reno à la gorge.

- Yazoo… On n’est jamais ridicule, dans ces moments là. C’est ça qui est génial, quand tu fais l’amour. Tu peux te laisser totalement aller, dire ou faire des choses complètement dingues.

L’argenté lui jeta un regard en biais.

- Tu t’es pourtant bien moqué de Yuffie.

- Comme je me serais moqué de Marlène ou de Denzel. C’est tout ce qu’elle est, à mes yeux. Une enfant. Je n’éprouve strictement aucun désir pour elle. Ce qui est loin d’être le cas lorsque je te regarde, Yazoo baby… ajouta-t-il d’une voix un peu enrouée.

Yazoo se pétrifia, ébranlé par un aveu aussi direct.

- Je… je ne sais pas quoi dire, chuchota-t-il en baissant les yeux pour échapper au regard concupiscent.

- Alors c’est moi qui vais parler. Et te dire que je ne passe pas une heure sans me languir du parfum de tes cheveux, de ta peau, ou sans repenser à la sensation grisante de ton corps contre le mien, flottant dans le mako. A la caresse de tes doigts sur mon front, lorsque j’étais malade. A ton rire tintant dans cette chambre. A ton adorable visage penché sur moi. A cette petite bouche que j’ai envie d’écraser sous la mienne, à ces lèvres pleines que j’imagine courir sur toute la surface de ma peau… Tout cela est-il ridicule, Yazoo ?

- Non… susurra celui-ci, ému. Bien sûr que non.

- Et toi ? Qu’as-tu envie de me dire, Yazoo baby ? chuchota Reno en se penchant sur lui, taquin. (L’argenté eut un petit rire gêné et secoua la tête) Quoi ? N’y a-t-il donc rien qui te plait, en moi ?

- Si, bien sûr que si. Trop, sans doute.

- Quoi ? Allez, joue le jeu. Dis-moi quoi.

Il frotta le bout de son nez contre la joue ronde de l’argenté et le poussa gentiment, enjôleur.

-Tes yeux, finit par avouer Yazoo, amusé par son insistance. Je ne me lasse pas d’y plonger le regard. Tes cheveux, aussi. J’ai toujours envie d’y glisser mes mains. De sentir leur texture, de respirer leur odeur…

Reno s’approcha davantage encore.

- Fais-le, chuchota-t-il à son oreille. J’adore ça.

Yazoo caressa timidement la douce chevelure rousse et le turk ferma les yeux, goûtant les petits frissons que provoquaient les doigts graciles.

- J’ai souvent regardé ta bouche, aussi… (Reno lui prit la main de sorte que les doigts fins en caressent la courbe voluptueuse) Et qu’elle est aussi tendre que je l’avais imaginée… (Il effleura ses lèvres des siennes) Et bien plus douce que je n’avais osé le rêver… susurra Yazoo contre sa bouche.

Le baiser se fit plus féroce.

Reno le sentit trembler et s’écarta un peu pour ne pas l’effaroucher.

- Tu vois, ce n’est pas si compliqué… murmura-t-il en lui caressant la joue.

Il observa son visage à la faible lueur mordorée de la petite lampe de chevet qui dansait sur la peau si blanche et ombrait ses longs cils argentés, plus épais que ceux d’une femme.

Du bout des doigts, il suivit les courbes douces, presque enfantines, de ce visage parfait encadré de soyeux cheveux de mercure : la petite bouche boudeuse aux lèvres pleines, le menton pointu, le nez droit, un peu retroussé, et les paupières mi-closes sous lesquelles brillaient d’immenses yeux couleur de topaze verte.

Il se pencha pour effleurer à nouveau ses lèvres, répandant une cascade rousse sur les épaules de Yazoo, mais n’insista pas. Ce fut ce dernier qui noua les bras autour de son cou pour l’attirer à lui.

Prudent, Reno glissa le bout de la langue entre les lèvres adorablement gonflées et la petite bouche s’ouvrit timidement.

Sa langue chercha la sienne qui, craintive, s’était tapie tout contre la voûte du palais. Il l’effleura délicatement, comme on caresse un petit animal sauvage pour l’amadouer, et, après plusieurs essais infructueux, elle consentit enfin à répondre maladroitement à ses tentatives d’approche.

Il ne força rien, ne tenta rien pour obtenir davantage que ce que l’argenté voulait bien lui donner et le long baiser prit bientôt fin.

Yazoo rougit et baissa à nouveau les yeux, ne sachant quoi faire ou que dire.

- N’aie pas peur, chuchota Reno.

- Je n’ai pas peur… Mais je… Je ne sais pas comment…

Le turk n’attendit pas son explication et ses lèvres prirent à nouveau les siennes tandis que ses mains se glissaient sous le t-shirt de coton.

Sa bouche suivit bientôt ses doigts et se posèrent sur chaque pouce de peau que dévoilait le tissu.

Yazoo laissa échapper un gémissement involontaire.

- Dois-je m’arrêter ? demanda le turk, la joue contre sa poitrine, en faisant lentement glisser le pantalon de pyjama de l’argenté sur ses hanches étroites.

- Non… murmura celui-ci en se laissant aller sur les couvertures défaites, les mains cramponnées à la douce chevelure rousse. Ne t’arrête pas…

Reno déposa de légers baisers sur la peau translucide de son ventre.

Lorsqu’il s’allongea enfin sur lui pour enfouir son visage contre son cou, que Yazoo sentit la chaleur de sa peau contre la sienne, libérée de la barrière de coton, une tendresse qui le fit presque pleurer l’envahit.

La longue chevelure rousse les recouvrait tous les deux, précieuse et fragile étoffe, et il ferma les yeux, simplement heureux de sentir ce corps sur le sien.

- De quoi as-tu envie ? demanda le Reno.

- De te caresser… répondit Yazoo avec un calme qui le surprit. De te découvrir… de te toucher…

Le turk se redressa légèrement et entrelaça ses doigts aux siens avant de se rallonger sur lui, afin que pas un pouce de la peau de l’un n’échappe au contact de la peau de l’autre.

- Découvre, Yazoo baby, touche… (Yazoo ferma les yeux et se concentra afin de se sensibiliser au tendre contact du corps sur le sien) Que sens-tu ?

Il était si étrange de toucher avec son corps tout entier…

Les mains prisonnières de celles de Reno, Yazoo le touchait cependant comme il ne l’aurait pas pu possible.

- Tes pieds… susurra-t-il. Oui, tes pieds entre les miens… (Le turk remua les orteils, le faisant sourire) Tu as des pieds très délicats avec des orteils très souples. Des chevilles fines. Et tu n’as pas de cors !

Reno éclata de rire.

- Et ?

- Je sens tes mollets. Très athlétiques. Comme tes cuisses. Ta peau est très douce. Tes hanches sont… très étroites… et tes reins très cambrés. Je sens…

Son souffle se fit court.

- Oui ? insista Reno.

- Ton sexe… Contre mon bas-ventre. Il est gonflé et très dur. Il palpite contre le mien.

Reno donna un très léger coup de reins, faisant soupirer sensuellement l’argenté.

Celui-ci essaya de libérer ses mains mais le turk raffermit sa prise.

- Que sens-tu ?

- Tes testicules contre mes cuisses. Tièdes… doux… (Reno frotta son membre contre le sien et Yazoo laissa échapper un petit gémissement) Ton ventre lisse contre le mien. Ton torse… Ferme et glabre. Il me protège. Il est brûlant… Je sens ta respiration. Lorsque… lorsque tu inspires, le contact de nos deux corps est plus intense… plus fort. Je sens tes tétons durcir. Ils frottent contre ma poitrine.

- Quoi d’autre ?

- Tes bras sur les miens… Ils sont musclés… Tes doigts qui s’entrelacent aux miens. Ils sont déliés… comme tes mains.

- Et ?

- Tes poignets. Fins. Tout est si délicat chez toi… C’est incroyable. Tu me sembles si solide, pourtant… J’ai l’impression que je pourrais briser tes doigts d’une simple pression. Tes mains sont faites pour caresser… non pour tenir une arme. C’est étrange. Elles ne sont pas dures et calleuses, comme on pourrait s’y attendre chez un homme qui manipule le bâton de combat avec une telle dextérité. Je…

Il se tut, le souffle soudain court.

- Oui ?

- Je les sens encore courir sur mon ventre et mes hanches… susurra l’argenté d’une voix enrouée qui fit remonter un long frisson le long de l’échine de Reno.

- Mhh… Et elles n’ont pas fini de dégourdir leurs petites jambes, les coquines…

Cette promesse espiègle fit à la fois sourire et frissonner Yazoo.

- Je sens tes épaules, poursuivit-il. Elles sont totalement détendues. Attends ! Ton cœur… (Il sourit) Oui… j’entends battre ton cœur. Là, juste sur ma poitrine. Et là, aussi.

- Ou ça ?

- Sur la veine de ton cou. Contre ma gorge. Je sens ton visage. Tes cheveux contre ma joue. Ils sont doux… Ils sentent bon… J’entends ton souffle tout contre mon oreille. Il s’échappe de tes lèvres entrouvertes. Tes cils me chatouillent la tempe. Tu as fermé les yeux…

- Oui…

- Tu respires très fort contre ma peau… Tu sembles… t’enivrer de son odeur.

- Oui, mon ange… Oui.

« Mon ange… »

Le cœur d’Yazoo se gonfla.

Il avait dit cela si naturellement…

Reno semblait si totalement détendu, si abandonné que ces mots avaient franchi ses lèvres comme une caresse.

- Tu es très séduisant, Reno. Et tu me plais énormément. En fait, je crois même que je…

Il se tut, incapable d’avouer ce qui lui brûlait pourtant les lèvres et le turk se redressa légèrement pour planter ses prunelles aigue-marine dans les yeux mako.

Ce regard… cette expression…

Reno en aurait presque pleuré…

- Oui, quoi ? demanda-t-il, la gorge soudain serrée.

La sonnerie stridente de son téléphone les fit sursauter tous les deux, faisant éclater la bulle de sensualité qu’ils s’étaient créée, et, très contrarié, il tendit la main pour attraper le petit appareil, sur la table de nuit.

- Reno, j’écoute, fit-il, le coeur battant. Vincent ? Pourquoi ? Qu’est-ce qui se passe ? (Il blêmit) Cloud a fait quoi ? s’écria-t-il en de redressant sur le lit. C’est pas vrai… Et où sont-ils partis ? De quel côté ? D’accord… Non, son frère est avec moi. (Yazoo pâlit à son tour, alarmé par ses paroles) On arrive tout de suite. Je peux faire démarrer l’hélico dans moins de 10 minutes.

Il raccrocha et l’argenté s’agrippa à son bras.

- Reno, qu’est-ce qui se passe ? Quel frère ?

- Loz. Il est avec Marlène et, si on ne les retrouve pas très vite, ils risquent de se tuer en moto ! Si ce n’est pas déjà fait… ajouta-t-il d’une voix étranglée.

- Quoi ? Comment ça ?

- Cloud a trafiqué les freins de vos bécanes.

Le visage de Yazoo se décomposa et il pressa ses deux mains sur sa bouche pour étouffer un cri horrifié.

- Non ! S’il était arrivé quelque chose à mon frère, je le sentirais ! assura-t-il en s’habillant à précipitamment.

Reno enfila ses vêtements à son tour en priant pour qu’il ait raison…

…à suivre

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XXXVIII - Pour une poignée de minutes

«Nos souvenirs ce sont des tombes ;

là aussi sont nos secrets.

»J. Chardonne

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Cid s’étira comme un chat sur l’épais tapis de laine et s’assit avec une grimace en frottant ses genoux rougis, la peau brûlée par le frottement de l’étoffe.

Quelle idée il avait eu de faire l’amour là-dessus, aussi !

Il entendit l’eau de la douche et se leva pour aller rejoindre Shalua sous le jet brûlant lorsqu’un dossier, posé sur la table basse, lui fit l’effet d’un uppercut au foie : « Fusée S-26 - Rapports techniques ».

Le souffle soudain court, il tendit la main vers la liasse de documents et jura en parcourant les comptes-rendus qu’il avait espéré ne plus jamais revoir de sa vie.

- Bordel de merde ! Shalua ! C’est quoi, ça ?

Il se précipita vers la salle d’eau et ouvrit brutalement la porte de la douche, faisant crier et tressaillir la jeune scientifique.

- Cid ! Est-tu fou d’arriver comme ça ? Tu m’as fait peur, idiot !

- C’est quoi, ça ? demanda à nouveau le pilote en brandissant les documents.

- Quoi donc ? Oh, ça… C’est à Vincent. Il les a oubliés au labo, cet après-midi. Je les ai mis sur la table pour ne pas oublier de les lui rendre. Il y a un problème ?

- Vincent ? Mais… Qu’est-ce qu’il fait avec ça ?

- Aucune idée. Ce sont de vieux rapports de l’ancien programme spatial. Pourquoi ? C’est important ? (Cid se frotta le visage, le ventre soudain noué). Cid ? Qu’y a-t-il, mon coeur ? Eh… Ca va ?

Elle ferma les robinets et tendit sa main valide vers son visage pour caresser sa joue hérissée d’une barbe de deux jours.

- C’est… C’est une longue histoire, Shalua et, très franchement, je n’ai pas envie d’en parler maintenant.

La jeune femme enfila un peignoir.

- C’est cette histoire de décollage raté dont tu m’as parlé ? Les réservoirs d’oxygène défectueux ? C’était sur cette fusée ?

- Oui.

Elle hocha la tête, lui prit le dossier des mains et l’obligea à incliner le torse pour l’embrasser à pleine bouche.

- Prends une douche, rejoins-moi vite sous la couette et oublie ça pour ce soir, d’accord ? Il sera toujours temps demain matin de demander à Vincent pourquoi il avait besoin de consulter ces documents, mhh ?

Cid acquiesça à regret.

S’il n’avait pas eu peur de passer pour un fou, il se serait précipité chez l’ancien turk pour demander des explications. Non qu’il n’ait pas confiance en Vincent - il était sans doute le seul homme à qui Cid confierait sa vie sans hésiter une seconde - mais parce que, pour demander à ressortir ces vieux dossiers, il devait avoir une idée derrière la tête. Et le pilote aurait bien mis la sienne à couper que cela avait un rapport avec son divorce…

- Ouais… Ouais, tu as sans doute raison, acquiesça-t-il cependant pour ne pas inquiéter Shalua. Nous verrons bien demain.

La jeune scientifique sortit en refermant la porte de la salle de bains et alla s’allonger sur son lit.

Elle attendit un peu et, une fois qu’elle entendit couler a douche, commença à feuilleter le rapport à la lumière de la lampe de chevet…

Les yeux fermés sous le jet d’eau, Cid, lui, était reparti des années en arrière.

Il se revoyait aux commandes de la fusée Shinra 26, attendant le compte à rebours qui annoncerait le décollage et la réalisation de son rêve le plus cher : devenir le premier homme à voyager dans l’espace.

« Tout est en ordre, capitaine Highwind. Shin-Ra n°26, parée au décollage. Moteurs prêts. »

« Shin-Ra n°26, 3 minutes avant lancement. Début du compte à rebours. »

- Enfin… Enfin je vais réaliser mon rêv… Qu’est-ce que… ? Que se passe-t-il ? Pourquoi l’alarme s’est-elle déclenchée ?

« Capitaine Highwind, nous avons un problème. Quelqu’un est resté dans la salle des machines de la fusée ! »

- Quoi ? Qui est ce crétin ?

« Je l’ignore, capitaine. »

- Ici le poste de commandement, vous me recevez ? Qui est l’abruti qui est resté là-dedans ?

- C’est moi ! C’est Shera, capitaine. Ne vous souciez pas de moi, poursuivez le lancement.

- Shera ? Qu’est-ce que tu fiches dans la salle des machines ?

- Je ne suis pas satisfaite des essais sur les réservoirs d’oxygène, capitaine.

- Les réserv… Espèce d’idiote ! Avec la chaleur qu’il va faire là-dedans, on ramassera tes cendres à la petite cuiller après le décollage ! Putain de merde, tu le sais, non ?

- Peu importe, capitaine. Si je parviens à réparer ce réservoir, le lancement sera réussi. J’ai presque fini.

- Presque fini ? Mais tu vas crever, bécasse de mes deux !

« Capitaine, nous devons lancer le compte à rebours. Démarrage des moteurs. »

- Attendez, Shera est toujours là-dedans !

« A vous de décider, capitaine. Si nous annulons, il faudra refaire tous les calculs et attendre un long moment avant le prochain lancement. »

- Bon Dieu, Shera… tu veux faire de moi un assassin ou quoi ?

- Le réservoir d’oxygène 7 est O.K., capitaine. Une fois que j’aurai réglé le 8, vous pourrez décoller sans danger.

- Sors de là, Shera ! Tu vas flamber !

« 30 secondes avant allumage. Début du compte à rebours. Capitaine ! Nous n’avons plus le temps ! »

- Shera, putain de bordel de merde ! Sors de là !

- Ne vous occupez pas de moi, capitaine ! Décollez !

« 15 secondes avant allumage, température interne de la salle des machines en hausse. »

- Oh non… L’espace… Les étoiles… Mes rêves…

« Allumage ! »

- Non ! Stop ! Arrêtez ! On arrête tout !

« Compte à rebours arrêté. Lancement annulé. »

Oui… Pour sauver la vie de Shera, Cid avait appuyé sur le bouton d’arrêt d’urgence du moteur, stoppant le lancement de la fusée et la mission.

Deux semaines plus tard, le programme spatial de la Shinra était interrompu et les rêves Cid, définitivement détruits…

Oh, bien sûr, il avait fini par aller dans l’espace, lorsque lui et les membres d’AVANLANCHE avaient tenté d’arrêter le météore de Sephiroth, des années plus tard, mais pas comme il l’avait espéré et cela avait duré si peu de temps…

Rien à voir avec la mission d’exploration prévue par le programme spatial.

En fait, il se prenait parfois à penser qu’il aurait mieux valu qu’il ne traverse jamais la stratosphère car il s’était alors senti comme un homme assoiffé à qui l’on verse sadiquement quelques gouttes d’eau entre les lèvres.

- Pourquoi, Vincent ? murmura-t-il, le front contre le carrelage lisse. Pourquoi remuer ces mauvais souvenirs ?

Cid ferma les robinets de la douche et appuya son large dos contre la paroi carrelée de la cabine de douche avec un soupir déchirant.

*

- Denzel, reviens, on va se faire gronder…

Marlène voulut le tirer par la manche de son pyjama mais il la prit par la main pour l’entraîner dans la salle de conférence.

- Entre, dépêche-toi !

- On a pas le droit d’entrer là !

Il la fit entrer de force d’une bourrade et referma la porte.

- On fait rien de mal, assura-t-il en allumant la petite lampe de poche qui leur avait servi à « piller » la cuisine - ou plus exactement le placard des bonbons de la cuisine - un peu plus tôt.

- Dis donc, qu’est-ce que c’est grand, ici ! T’as vu l’écran géant ?

- Ouah… Et mate un peu les enceintes ! T’imagines les films d’enfer qu’on pourrait voir avec ça ? Mieux qu’au cinéma !

Le petit garçon se dirigea vers le contrôleur vidéo.

- Denzel !

- Viens voir, ils ont laissé une cartouche mémoire !

- C’est quoi ? Un film ?

- Chais pas. On regarde ?

Marlène haussa les épaules, dévorée par la curiosité.

- Je sais pas… Et si c’est un truc de la Shinra ? Tu sais un truc secret ?

- Si c’était si secret que ça, ils l’auraient pas laissé traîner, t’es bête !

- Mais… Et si on nous entend ?

- Tout le monde dort. Et puis je mettrai le son tout doucement.

- Je sais pas si c’est une bonne idée, Denzel.

Ce dernier eut un reniflement méprisant et alluma le contrôleur.

- Si t’as la trouille, t’as qu’à remonter te coucher. Moi, je regarde !

- J’ai pas la trouille !

Comme pour le prouver, la fillette s’assit sur l’une des chaises et attendit les premières images les bras croisés en balançant ses pieds chaussés de têtes de chocobo hirsutes.

Denzel baissa le son au maximum et la rejoignit.

- C’est quoi, à ton avis ? Un hôpital ? Pourquoi ils ont mis cette femme dans ce gros tube, à ton avis ?

- Chais pas. Elle est peut-être malade.

Denzel pouffa.

- Elle est toute nue ! Et t’as vu son gros ventre ?

- Elle a un bébé, idiot !

- Oah ! Ca a bougé, t’as vu ?

- C’est le bébé ! Regarde ! Regarde, on voit son pied !

- Eh… Il fait quoi, lui ?

- On dirait… On dirait une table d’autopsie, comme dans les films policiers.

- Beurk…

*

Loz se réveilla à nouveau en sursaut, le coeur battant à tout rompre, et Tifa tressaillit contre lui.

- Pardon… chuchota-t-il.

Elle sourit dans un demi-sommeil et lui passa la main dans les cheveux.

- C’est rien, tu es très tendu. C’est normal, après tout ce qui s’est passé.

Il s’allongea sur le dos et haleta pour reprendre son souffle.

- Je… je devrais peut-être retourner dans ma chambre. Je ne vais pas te laisser dormir de la nuit, si ça continue.

La jeune femme se redressa sur un coude et se pencha pour couvrir son visage de petits baisers tendres.

- Ne dis pas de sottises, il ne… Loz… Tu es sûr que ça va ? demanda-t-elle en posant la main à plat sur son torse. Tu es brûlant.

- Oui. Oui, ça va, ne t’en fais pas. J’ai juste… J’ai juste fait un cauchemar. Enfin, je crois.

Tifa releva un peu les oreillers, s’y appuya confortablement et lui tendit les bras.

- Viens par là.

Loz ne se le fit pas dire deux fois et se blottit contre elle, la tête douillettement nichée dans son giron.

La suave odeur sucrée de l’argenté chatouilla les narines de la jeune femme et elle se pencha un peu pour lisser des lèvres les courts cheveux de mercure, s’enivrant du parfum affolant jusqu’au vertige.

- Bon sang, ce que tu sens bon… murmura-t-elle.

L’argenté écarquilla les yeux dans la pénombre.

- Moi ? Les gens trouvent souvent qu’on a une odeur « bizarre », pas qu’on sent « bon ». Au labo, on nous a dit que c’était dû à une réaction de nos hormones. A cause du mako.

- Reno dit que ça lui rappelle l’arôme des dragées, poursuivit Tifa, rêveuse. Moi, je trouve que ça sent plutôt le miel ou le caramel.

Loz pouffa.

- Le caramel ?

- Oui, gémit-elle contre sa joue en lui mordillant doucement le lobe de son oreille. On en mangerait… (Il laissa échapper un petit rire fatigué et Tifa resserra son étreinte autour de ses larges épaules) Dors. J’arrête de t’embêter.

- Tu ne m’embêtes pas… Je ne… Je ne… Je…

Il s’endormit avant même de pouvoir finir sa phrase et la jeune femme sourit, attendrie.

En l’espace de trois jours, Loz s’était vu mort et ressuscité, avait été drogué de force, avait appris que sa vie était un mensonge depuis sa naissance, perdait une mère, s’en découvrait une autre, apprenait que son frère était aussi son père, se retrouvait confronté à ses ennemis, était assailli par un troupeau de villageois en mal de potins, se battait dans une église, luttait sur un tapis, manquait de perdre son jumeau dans une cuve mako, devait combattre une entité menaçant de prendre possession de lui, apprenait que son frère était amoureux d’un homme et… et subissait les assauts répétés d’une Tifa amoureuse et déchaînée.

Combien de fois avaient-ils fait l’amour cet après-midi, au fait ? Trois ? Quatre fois ?

« Mon pauvre ange… » susurra Tifa, presque honteuse.

Trois jours… Comment autant de choses pouvaient-elles se passer en trois jours seulement ? C’était de la folie.

Loz fut agité d’un violent tremblement et laissa échapper un petit gémissement.

Tifa le serra un peu plus fort contre sa poitrine et lui chuchota des paroles rassurantes à l’oreille, comme elle avait vu faire Shalua à l’infirmerie, lorsque lui et ses frères étaient sous l’emprise des narcotiques.

- Chut, mon amour… Ce n’est qu’un cauchemar. Du calme… Chhh…

Elle passa doucement la main dans ses cheveux, caressante, et le sentit petit à petit se détendre dans ses bras.

*

Kadaj accepta la brique de jus de fruits que lui tendait Yuffie et passa un vieux cliché d’échographie à Cait avant de se pencher sur l’espèce de gros livre orné d’un moogle en barboteuse que compulsait la jeune fille.

- Qu’est-ce que c’est ? Un album de photos ?

- Non, c’est un journal de grossesse.

- Un quoi ?

- Un journal sur lequel Lucrecia écrivait chaque jour ce qu’elle avait fait ou ce qu’elle ressentait. Il était pour Sephiroth.

- Oh…

- Si elle avait pu te porter elle-même, elle en aurait fait un pour toi aussi, ajouta l’Utaïenne.

L’argenté secoua tristement la tête.

- Je ne pense pas qu’elle aurait accepté de porter l’enfant de son propre fils…

- Il n’empêche qu’elle t’en aurait fait un quand même, insista la jeune ninja sans se démonter. Parce que, mère porteuse ou pas, elle comptait bien avoir d’autres enfants. Regarde la dédicace, au début du journal.

- « Pour Sephiroth, mon premier bébé. » lut Kadaj à voix haute.

- C’est bien la preuve qu’elle en voulait d’autres, non ?

- Cinq ! fit la voix de Vincent derrière eux, les faisant sursauter. Et encore, c’était ce qu’elle considérait comme un minimum acceptable…

Ils se tournèrent pour voir l’ancien turk et la vieille gouvernante du manoir sur le pas de la porte, visiblement amusés par la pagaille qu’ils avaient semée sur le couvre-lit.

Gretta, les cheveux blancs noués en une natte un peu lâche et vêtue d’une élégante robe de chambre à froufrous, tenait dans ses bras ce qui ressemblait à de vieux livres reliés de cuir.

- Vincent ? Gretta ? s’étonna Yuffie. Qu’est-ce que vous faites là à une heure pareille ?

- Puisque vous semblez avoir décidé de sortir de vieux souvenirs, fit la gouvernante en prenant place sur le bord du lit, monsieur Valentine et moi nous sommes dit que vous aimeriez peut-être compléter vos recherches par quelques photos. Ces albums ont été faits par le docteur Crescent, précisa-t-elle en posant ces derniers sur le couvre-lit.

- Vous… Vous l’avez bien connue, Gretta ? demanda Kadaj.

- Votre maman ? Oh ! Oui… Une bien belle et charmante femme. Et miss Kisaragi a raison : elle aurait été si heureuse de vous voir venir au monde ! Elle qui rêvait d’une grande famille… Pauvre petite ! Mon Dieu, quelle tragédie… Tenez, c’est elle, là, en train de pique-niquer au pied de l’arbre, avec monsieur Valentine.

Yuffie éclata de rire et posa le doigt sur le jeune homme en costume noir.

- C’est toi, là, Vincent ?

Ce dernier hocha la tête et sourit en refermant la porte de la chambre avant de s’asseoir à leur côté.

- Tu as l’air surprise. Tu m’as vu sur les vidéos, pourtant, non ?

- A peine. On ne t’a vu quelques secondes en arrière plan. Mais là, par contre… Oh ! la coupe de cheveux de premier de la classe ! Ah ! Ah ! Ah ! Et là, c’est qui ?

- La mère d’Aerith et son mari, le professeur Gast.

- Il a l’air gentil.

- Il l’était.

Gretta sortit un portrait de Lucrecia d’un second album et le tendit à Kadaj.

- Tenez. C’est John, feu notre majordome, qui avait pris cette photo de votre maman, à son arrivée ici.

L’argenté l’accepta d’une main tremblante et détailla le visage élégant au sourire aimable et au regard doux.

- Elle était jolie… murmura-t-il, la gorge serrée.

Yuffie se pencha par dessus son épaule.

- Tu lui ressembles…

Kadaj rosit un peu.

- Tu trouves ?

Gretta acquiesça.

- Les yeux. Et la forme du visage, comme vos frères. Certains gestes, aussi. Certaines attitudes.

L’argenté écarquilla les yeux.

- Des gestes ?

- Oui. Comme celui que fait souvent votre frère Yazoo, vous savez, cette façon qu’il a de se pencher en arrière pour vous regarder de biais avec un petit sourire malicieux… Ca, c’est votre maman crachée ! Ou cette habitude que vous avez tous les trois de pencher bizarrement la tête sur le côté, quand… Oui, comme ça !

- Quoi ?

- Ce que vous venez de faire ! Comme ça, avec la tête… Elle le faisait tout le temps ! N’est-ce pas, monsieur Valentine ?

Vincent acquiesça, le coeur serré d’évoquer des souvenirs aussi familiers. Des gestes et des attitudes qui faisaient tout le charme de Lucrecia et qui l’avaient envoûté dès le premier regard…

- C’est vrai, elle le faisait souvent. Sephiroth aussi.

- Oh ! Il le tenait d’elle, monsieur Valentine, c’est certain ! Je n’ai jamais vu personne faire cette drôle de mimique en dehors d’eux deux.

Les joues de Kadaj s’empourprèrent mais pas par gêne, non. Sous l’effet d’une sorte de d’orgueil, plutôt. Celui de ressembler à ses parents, de se sentir pour la première fois de sa vie quelqu’un de normal

- Est-ce que… Est-ce que je peux la garder, Gretta ? demanda-t-il en montrant la photo.

- Dieux tout puissants, mais vous pouvez tout garder ! C’est à vous, maintenant. A vous et à vos frères. Il doit d’ailleurs encore rester des affaires de votre maman au grenier. Celles que le professeur Hojo n’a pas jetées, du moins… ajouta-t-elle à mi-voix avec une grimace.

L’argenté hocha la tête.

- Je leur montrerai tout ça demain matin.

- Ils ne vont pas en revenir ! lança Yuffie en brandissant une minuscule brassière bleue ornée d’une grenouille à la bouille souriante et rondouillarde.

Ils éclatèrent tous les quatre de rire et Kadaj plongea à nouveau la main dans le carton mais, cette fois, sans la moindre hésitation ni le moindre pincement au coeur.

Pourquoi en aurait-il été autrement, d’ailleurs ?

Ne s’agissait-il pas des affaires de sa mère et de son père ? De ses parents ?

- Gretta, parlez-moi encore de la ma mère. Qu’est-ce qu’elle aimait ?

La gouvernante leva les yeux au plafond avec un sourire, s’installa confortablement et prit une profonde inspiration.

Gretta savait pertinemment qu’elle allait passer une nuit blanche mais aussi que, pour rien au monde, elle n’aurait souhaité se trouver ailleurs et rater le spectacle attendrissant des yeux de Kadaj en train de briller tandis qu’il l’écoutait parler de sa mère…

*

Deux étages plus bas, Sephiroth sentit la joie de Lucrecia irradier en lui comme une nova d’énergie pure.

- Mère ? Qu’est-ce que tu as ?

- Jenova vient de perdre son deuxième fils…

- Kadaj ?

- Kadaj.

- Que s’est-il passé, mère ?

- Il connaissait le visage de son père. A présent, il connaît aussi celui de sa mère. Et ce n’est pas Jenova…

- Tu en es sûre ?

- Certaine, amour. Certaine !

*

Au plus profond de la rivière de la vie, l’entité qui fut jadis Jenova se gonfla d’une colère indescriptible qui explosa dans un cri de rage psychique, balayant tout sur son passage.

A son cri de rage répondit un autre hurlement - bien plus humain, celui-là, et à demi étouffé par un mors de cuir - lorsque chaque fibre mentale du corps torturé qui l’avait émis encaissa de plein fouet la douleur de l’entité.

Les poignets graciles s’agitèrent dans les bracelets de métal qui avaient entamé la chair tatouée jusqu’à l’os mais une main gantée, implacable et brutale, les immobilisa.

- Du calme, susurra une mélodieuse voix d’homme. Ne gaspille pas tes forces, jolie noirceur, Jenova va bientôt avoir besoin de toi. Très bientôt…

- Ne le touche pas ! cria une seconde voix masculine qui, pour épuisée, n’en était pas moins enragée. Enlève tes sales pattes de mon frère ou je te jure que, dès que je me serai libéré de ces fers, je te le ferai regretter !

Seuls lui répondirent, à titre d’avertissement, un rire féroce et le gémissement plaintif du second homme enchaîné lorsque les plaies de celui-ci furent cruellement pincées par les doigts gantés.

*

Loz se redressa sur le lit avec un cri étouffé, couvert de sueur et le coeur au bord des lèvres.

- Mon Dieu, Loz ! s’écria Tifa, réveillée en sursaut pour la énième fois. Mais enfin, qu’est-ce que tu as ? Ce n’est pas normal.

- Je… Pardon… Je ne sais pas… Je… C’est bizarre. Je suis… désolé.

La jeune femme lui frotta le dos, apaisante et passa la main dans ses cheveux humides.

L’argenté haletait et paraissait sur le point de se trouver mal.

- Loz, qu’est-ce qui se passe ?

- Je… Pardon, Tifa…

Avec un pincement au coeur, celle-ci le serra contre elle.

- Mon pauvre amour…

- Je suis désolé, Tifa… Je suis désolé…

- Chut… Calme-toi et essaye de m’expliquer ce qui ne va pas.

Il fut agité d’un long frisson et déglutit péniblement.

- J’ai du mal à… respirer. J’ai l’impression… d’étouffer. Et… je me sens mal.

- Mal comment ? Tu as la tête qui tourne ?

- Non… C’est amer. Dans ma gorge. Ca me retourne l’estomac.

- C’est ce qui te réveille ?

- Non. C’est autre chose.

- C’est quoi ? (Il frissonna à nouveau et Tifa resserra son étreinte en piquant sa tempe de baisers) Du calme, mon amour… Essaye de respirer lentement. Voilà… Doucement. Maintenant, dis-moi : qu’est-ce qui te réveille, Loz ?

- Un impression… bizarre. Je ne sais pas expliquer ça.

- Bizarre comme quoi ? De la peur ?

- Oui… Non. Non, pas de la peur. Enfin, pas vraiment.

- De l’angoisse ? Une appréhension ? Une intuition ?

Il se raidit et se redressa pour lui faire face dans la pénombre.

- Oui. Oui, c’est ça, on peut dire ça. Enfin, je crois. J’ai l’impression qu’il se passe quelque chose. Quelque chose de grave mais je n’arrive pas à savoir quoi.

Tifa se mordilla la lèvre.

- Grave par rapport à qui ?

Loz secoua la tête.

- Tsss… Je ne sais pas mais je sens que ça approche.

- Jenova ? bredouilla la jeune femme à regret.

- Oui et non. C’est plus noir… Plus… Complexe. C’est trop flou, je n’arrive pas à… à…

- A en saisir les détails ?

- Oui.

- Donc… une impression de danger prochain en rapport avec Jenova mais tu serais incapable de dire exactement quoi. C’est ça ?

- Pas « prochain », Tifa. Qui se rapproche. Vraiment. Physiquement, s’entend.

La jeune femme tiqua et se sentit blêmir.

- Un danger qui s’approche, genre… météore ?

- Non. Non, ça ne vient pas de l’espace, c’est déjà ici, sur la planète. C’est… Attends. Un nom… Il y avait ce nom… Gen… Gen…

- Jenova ?

- Genesis…

- Genesis ?

- Oui, c’est ça, « Genesis ». J’en suis presque sûr. Ca te dit quelque chose ?

- Vaguement… Mais où ai-je déjà entendu ce nom ? Tu peux me dire autre chose ?

- Non… Non, c’est tout. Je… Tifa, ce n’est peut-être qu’un cauchemar, tu sais. J’en fais parfois même si ce n’est pas aussi violent, d’habitude.

Tifa lui prit le visage dans les mains et l’embrassa longuement sur la bouche.

- Après tout ce qui s’est passé, Loz, je doute que ce qui te torture depuis près de trois heures soit aussi anodin qu’un simple cauchemar. Tu as peut-être réussi à empêcher Jenova de prendre le contrôle de ton être le plus intime mais ça ne veut pas dire que toi, tu me peux pas sentir, ou du moins avoir l’intuition de ce qu’elle prépare. (Elle posa la main à plat sur son torse musculeux) Ses cellules sont toujours là, en toi. Et si elles te permettent de « sentir », de garder un contact privilégié avec tes frères ou Sephiroth, elles te permettent aussi sûrement de la sentir elle.

- Si tu as raison, il faut en parler aux autres, Tifa.

- Oui. Oui, nous leur parlerons dès demain matin.

Il la serra dans ses bras et elle lui rendit son étreinte avec toute la tendresse dont elle était capable.

…à suivre

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Habille-moi !

Rédaction : Shiva Rajah

Corrections : Noriplume

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

*

Après avoir lu ceci, vous ne déshabillerez plus Sephiroth du regard comme avant…

…et ne lirez plus jamais une fic lemon sans éclater de rire !!


Les yeux de Cloud, morceaux de ciel d’azur prisonniers de deux franges de cils mordorées, brillaient d’excitation.

Languissamment allongé sur le lit, il se passait le bout de la langue sur les lèvres en regardant Sephiroth glisser ses cuisses puissantes et marbrées dans l’échancrure du slip kangourou réglementaire en épais coton blanc, fourni deux fois l’an par l’intendance SOLDAT.

Les élastiques, distendus par l’usage, bâillaient, dévoilant le galbe d’une fesse ferme et cambrée. Par la poche, elle aussi agrandie et malmenée par de nombreuses urgences urogénitales, on entrevoyait la chair tendre et rosée d’un testicule duveteux – kiwi de platine lové dans un nid de coton devenu trop vaste pour lui.

- Que regardes-tu ? demanda le grand général, assis sur le tapis en train d’enfiler un chaussette de laine aussi réglementaire que le slip.

- Le grain de ta peau, ronronna Cloud, soudain joueur, en lui tendant la deuxième chaussette.

Sephiroth la fit sensuellement glisser le long de sa cuisse tendrement galbée avant d’en couvrir son pied élégant, dont un orteil souple dépassa par l’entrebâillement non voulu d’un trou dû à l’usure.

Il se leva en tenant son slip de sa main pour l’empêcher de tomber et se pencha pour déposer un baiser sur la nuque blonde.

- Où as-tu caché mon maillot de corps, petit coquin ? susurra-t-il à l’oreille du garçon.

Cloud se retourna, lui saisit les bras et l’attira à lui.

Ce faisant, le slip réglementaire de son supérieur glissa sur ses chevilles mais le garçon le remonta d’une main experte avec cette facilité que donne l’habitude.

- Attends, je vais t’arranger ça, promit-il d’une voix enrouée par le désir, en se penchant vers le sous-vêtement récalcitrant.

Sans quitter le général des yeux, il repéra un petit trou dans la couture, par lequel dépassait l’élastique fatigué. Il le sectionna d’un coup de dents et Sephiroth poussa un gémissement expressif en renversant la tête en arrière, frissonnant de désir.

Le jeune homme tira ensuite sur les deux bouts de l’élastique, resserrant l’échancrure du slip kangourou, et fit un gros double noeud marin pour l’empêcher de glisser à nouveau sur les jambes ivoirines.

- Ah… soupira Sephiroth. Tu me rends fou… Tes noeuds sont si beaux… Tous tes noeuds, ajouta-t-il en caressant ses mèches blondes.

Avec un sourire pervers, Cloud sortit un maillot de corps assorti au slip de dessous les draps.

Après un instant d’hésitation, uniquement destiné à faire monter le désir d’un cran, il le lui tendit en se passant la langue sur les lèvres, tel un fauve sur le point de sauter sur sa proie, et rugit sensuellement.

- Grrrrrrr…

Bien conscient de l’émoi qu’il provoquait, le grand général enfila le maillot de corps très lentement et joua un instant avec les bouloches du coton fatigué qui lui moulait le haut du torse jusqu’au dessus du nombril.

Cloud passa un doigt sur le ventre musclé que le maillot, rétréci par lavages répétés, laissait à découvert et se laissa retomber lourdement sur le lit en soupirant.

- Qu’y a-t-il, mon amour ? demanda Sephiroth en remontant ses chaussettes de laine jusqu’aux genoux, ce qui agrandit le trou d’où dépassaient maintenant deux délicieux orteils d’albâtre.

- Pourquoi faut-il que tu me quittes ? soupira l’amour en question.

Le général revêtit son pantalon de cuir souple et ses bottes.

- Une mission m’attend, tu le sais bien.

- Oui, je le sais…

Le garçon se mit en boule dans les draps pendant que Sephiroth finissait de boucler les attaches de son élégant manteau de cuir noir.

Lorsque ce fut fait, il embrassa furieusement Cloud avec un déchirant :

- Adieu, mon amour… A jamais !

Le garçon, des larmes diamantines perlant au bout de ses longs cils dorés, le regarda sortir dans une envolée de cuir noir impeccablement ciré et de magnifiques cheveux argentés.

MORALITE :

Avant de baver et de fantasmer sur des personnages sexy aux atours somptueux, demandez vous ce qui se cache en dessous…Vous baverez beaucoup moins et votre clavier s’en portera beaucoup mieux !

Et vous savez quoi ? J’ai toujours pas honte !! :-D

***

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Lettre de Cloud à Tifa

Rédaction : Shiva Rajah

Corrections : Noriplume

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

*

ON A RETROUVE LA PREMIERE LETTRE DE CLOUD A TIFA !

Une telle découverte est, vous vous en doutez, exceptionnelle, incroyable, inespérée et… Non, pas parce que ça prouve que, contre toute attente, Cloud sait écrire, nan, nan. Quelles mauvaises langues vous faites !

Pas du tout !

Cette lettre est un document rare parce que c’est la première lettre de Cloud à Tifa et qu’elle a été écrite peu après son intégration dans les cohortes des postulants soldats.

En exclusivité interstellaire, voici ce document exceptionnel !


Chère Tifa,

Ça fait maintenant trois mois que je suis parti de Nibelheim pour m’engager dans le Soldat. J’ai pris beaucoup de retard pour t’écrire et je suis désolé de t’avoir négligée.

Maintenant, je vais te mettre au courant de tout mais, avant de lire la suite, assieds-toi. Tu ne continues pas tant que tu n’es pas assise, hein ?

Je vais plutôt bien, maintenant. La fracture et le traumatisme crânien que j’ai eu en sautant par la fenêtre de mon dortoir en feu, peu après mon arrivée, sont maintenant presque guéris. Je n’ai passé que deux semaines à l’hôpital et ma vue est redevenue presque normale. En plus, ces affreuses migraines ne me torturent plus qu’une fois par semaine au maximum.

Heureusement, la prostituée qui tapine sous le porche de l’immeuble d’en face avait tout vu. C’est elle qui a appelé l’ambulance. Elle est aussi venue me voir à l’hôpital. C’est une femme adorable et nous sommes tombés follement amoureux. Pour tout te dire, on pense à se marier. On n’a pas encore choisi la date, mais ce sera avant que sa grossesse ne commence à se voir.

Eh ! oui, chère Tifa, je serai bientôt papa. La seule chose qui retarde mon mariage, c’est la petite infection qui indispose ma fiancée et qui nous empêche de passer les analyses prénuptiales. Moi aussi, bêtement, je l’ai attrapée, mais tout ça va vite disparaître avec les injections de pénicilline qu’on me fait tous les matins.

Tu verras, c’est une femme très gentille et même si elle n’a pas fait beaucoup d’études, elle a beaucoup d’ambition et compte bien ouvrir sa propre maison de plaisir. Bien qu’elle ne soit pas de la même race ni de la même religion que nous, je connais ta tolérance toujours réaffirmée et je suis certain que tu n’attacheras aucune importance au fait que sa peau soit un peu plus jaune que la nôtre.

Vous serez bientôt très amies, j’en suis convaincu. Et vu qu’elle a à peu près l’âge de ton père, je suis certain qu’ils s’entendront bien aussi. Ses parents sont également des gens très bien : il paraît que son père est un célèbre mercenaire dans le village d’Utai d’où elle est originaire.

Maintenant que je t’ai mis au courant, il faut que tu saches qu’il n’y a pas eu d’incendie du dortoir. Je n’ai ni traumatisme ni fracture du crâne, je ne suis pas allé à l’hôpital, je ne suis pas fiancé, je n’ai pas la syphilis et il n’y a pas de femme utaïenne dans ma vie. C’est juste que je ne peux pas tenir la promesse que je t’ai faite vu que j’ai lamentablement raté mon concours d’entrée dans le Soldat et que j’ai voulu t’aider à relativiser les choses.

Je t’embrasse bien fort.

Cloud

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Plaidoirie pour Vincent Valentine

N’en jetez plus ! J’ai compris, j’ai capté, j’ai entravé, j’ai reçu 5 sur 5 : vous avez adoré le p’tit poème sur le popotin de Loz et vous en voulez encore. J’ai saisi le concept.

Juste pour vous faire plaisir, donc (c’est bien parce que c’est vous, hein !) une petite plaidoirie en vers dédiée à celui qui est toujours réclamé à cor et à cris (surtout à cris, d’ailleurs) par toutes les fans, au flibustier des mausolées, à la star des ossuaires, à l’égérie du cercueil capitonné, à l’hidalgo des salles d’embaumement, à l’Ivanhoé des caves humides, j’ai nommé : VINCENT VALENTINE

Allez, zou ! C’est parti !

Plaidoirie pour Vincent

Ah ! Le pauvre amoureux, doit-on le condamner ?

C’est un homme admirable, honorables jurés !

*

Oui, ces premiers élans n’étaient pas vraiment « purs »,

Et nichaient, je le sais, plutôt “sous la ceinture”.

*

Mais quel que soit l’endroit où ils se situaient,

Ils étaient fort sincères, honorables jurés !

*

Ce jour-là, dans l’allée, musardait Lucrecia.

Et Vincent, ébloui, aussitôt succomba.

*

Maudits soient les costumes et les boxers serrés

Car une telle émotion… Impossible à cacher !

*

« Mon Dieu ! » fit Lucrecia. « Que le ciel me pardonne ! »

« Le serpent que je vois vaut tous ceux de Gorgone ! »

*

Et en une heure à peine, vers les coups de midi,

Vincent avait déjà la donzelle dans son lit !

*

Mais jurés, attention, n’allez pas supposer

Que la chère Lucrecia fut contrainte ou forcée.

*

Ne suçant plus son pouce, l’enfance révolue,

Ne veut pas dire – oh ! non - qu’elle ne suçait plus !

*

Elle se vit entraînée de frasque en équipée,

Par devant, par derrière… Et parfois de côté.

*

Emportée par l’élan, oubliant son mariage,

Elle fit montre dès lord d’un beau dévergondage !

*

Et frappa la justice, honorables jurés,

Car une fois le trou fait, impossible à combler !

*

La donzelle, en dépit des assauts répétés,

Réclamait toujours « plus », n’avait jamais « assez ».

*

La leçon, chers jurés, à tirer de cela,

C’est qu’il suffit de cran… pour baiser Lucrecia !


Et vous savez quoi ? J’ai même pas honte… !

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XXXIII - Je ne t’abandonnerai pas

« Soutiens ton ami surtout quand il a tort ;

quand il a raison, il n’a pas besoin de toi ! »

Henri Lavedan

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Le visage niché entre les puissants pectoraux de son jumeau, Yazoo pleurait à fendre l’âme, accroché à son blouson.

Loz sentait les larmes tièdes couler le long de sa poitrine en un flot ininterrompu et il resserra son étreinte, au supplice de voir souffrir son frère de la sorte.

- Ils vont nous détester, maintenant… haleta Yazoo entre deux sanglots. A cause de moi, ils vont se méfier de nous trois. J’ai tout gâché…

Son aîné lissa sa longue chevelure soyeuse et enfouit le visage dans les mèches de mercure.

- Bien sûr que non, Yazoo. Tout le monde sait très bien ce qui s’est passé, je te l’ai dit. Ils connaissent la perfidie de Jenova mieux que personne.

- Tu lui as bien résisté, toi ! Et Kadaj aussi ! Mais pas moi… Pas moi…

- Yazoo, ne…

- C’est comme là-bas ! Je rate toujours tout ! Hojo avait raison, on aurait dû me tuer pendant qu’il était temps ! Et vous seriez tranquilles, aujourd’hui, toi et Kadaj.

Loz se raidit et le prit par les épaules pour l’obliger à le regarder dans les yeux.

- Ne dis pas ça ! s’écria-t-il, la gorge si serrée que ses yeux menaçaient de déborder à leur tour. Ne redis jamais ça, tu entends ?

Les fins cheveux argentés de Yazoo collaient à son petit visage ovale mouillé de larmes et ses grands yeux mako étaient rouges, enflés et plus tristes que jamais.

- Oh, Yazoo… soupira son frère avant de le serrer à nouveau contre lui en maudissant sa langue malhabile, sachant qu’il était incapable de trouver les mots pour le réconforter. Pardon… Pardon de t’avoir frappé. Pardon de ne pas t’avoir protégé d’elle… J’aurais dû me douter que cette ordure s’en prendrait à toi. J’aurais dû te prévenir. Te parler de ce qu’elle avait essayé de nous faire faire, à moi et à Kadaj. Je n’ai pas réfléchi, comme d’habitude… Pardonne-moi, mon frère…

Yazoo sentit son coeur se serrer.

Pauvre Loz… Une fois de plus, il prenait tout sur lui.

Comme toujours…

Comme là-bas, au cratère nord.

Combien de fois lui et Kadaj, en bons petits diablotins, n’en avaient-ils pas profité et même abusé ?

Mais pas cette fois. Non, Yazoo ne le laisserait pas prendre la responsabilité de sa propre bêtise, de sa propre faiblesse…

- Tu n’es coupable que d’avoir voulu me préserver, Loz, murmura-t-il en lui rendant son étreinte. Ta seule faute a toujours été de vouloir nous préserver…

***

- Et tu dis que c’est Sephiroth qui m’a sauvé ? bredouilla Reno, incrédule.

Kadaj acquiesça, encore honteux de ce qu’il venait d’avouer, et Cid se passa la main sur le visage, soucieux.

- Cette salope est sacrément perverse… cracha-t-il.

Rufus secoua la tête et se laissa tomber sur une chaise, profondément contrarié.

- Bon sang ! Mais comment Jenova arrive-t-elle à deviner que c’est « pile » le moment propice pour agir ?

- L’instinct, répondit Shalua. Un peu comme si une sorte d’alarme psychique la reliait à nos petits bouts et résonnait en elle lorsque l’un d’eux flanche.

Vincent acquiesça et Reeve frissonna.

- C’est vraiment pervers, fit ce dernier. Cid a raison.

- Quelque chose dans les gènes de Jenova, fit l’ancien turk comme s’il se parlait à lui-même. Oui, une sorte de conscience éparpillée en des millions de cellules agissant chacune de façon indépendante. Ca semble terrifiant et pourtant… Pourtant, Loz, comme Sephiroth, semble être parvenu à séparer le grain de l’ivraie. A réduire cette « conscience » à néant sans pour autant détruire les qualités dont les gênes de Jenova l’avaient pourvu. Par quel mécanisme chimique ou psychique, je serais curieux de le savoir.

Tifa haussa les épaules.

- D’après lui, c’est arrivé « d’un seul coup », dit-elle. Il m’a expliqué que c’était comme « une sensation de frais » de « légèreté soudaine ». Comme si on lui « avait injecté de l’oxygène dans le sang ».

- Et c’est arrivé comme ça, subitement, sans raison particulière ? insista Reeve.

- Oui. Je suppose que, voyant que Loz de céderait pas, elle a finalement abandonné la lutte après des heures passées à le torturer et à le harceler.

Elle se garda de préciser que c’était juste après avoir fait l’amour avec lui car, pour la jeune femme, il ne s’agissait là que d’une coïncidence sans rapport avec la lutte acharnée qu’avait mené Loz contre l’entité. Elle était persuadée que la capitulation de Jenova n’était due qu’à la ténacité et à l’instinct combatif de celui qui était devenu son amant.

Reno se tourna vers elle.

- Il a vraiment voulu te tuer ?

La jeune femme sourit.

- Oui. Il a essayé de m’étrangler.

Le turk blêmit.

- Et… t’as pas flippé ?

- Sur le moment ? Pas un instant, non. J’avais confiance en lui. Peut-être même plus que lui-même.

- Faire naître la peur en nous, c’est justement ce qu’elle veut, Reno, lui rappela Vincent. Que nous ayons suffisamment peur d’eux pour les chasser ou les éloigner de nous. Assez pour qu’ils se sentent rejetés et qu’elle puisse à nouveau les accueillir dans son giron ; les avoir à sa botte.

Reno se leva pour faire quelques pas dans la salle à manger, fou de rage.

- Quelle saloperie !

Kadaj se mordilla la joue et Cait, dans ses bras, frotta son museau contre son menton pour le réconforter.

- Reno… chuchota l’argenté. Je suis désolé pour ce qui a failli se passer en bas. Je ne pensais pas que je…

- Non ! Pas de justification, Kadaj. Ne t’excuse pas à la place de cette salope. C’est elle qui a voulu me noyer dans le mako pur, pas toi, alors ne lui fais surtout pas l’honneur de présenter des excuses à sa place. Si, comme le dit Vincent, elle veut que nous ayons peur de vous ou que nous vous lâchions, bah c’est raté ! Si, par le plus grand des malheurs, je devais demain me retrouver à nouveau dans une cuve mako, c’est toi que je voudrais aux commandes, et personne d’autre. Je sais ce que je te dois et je sais ce que je dois à Yazoo : ma vie. Rien que ça. Et je ne suis pas prêt de l’oublier, n’en déplaise à… cette saloperie tombée du ciel comme une grosse bouse sur un tas de foin ! termina-t-il en criant presque les derniers mots en direction du plafond, s’adressant davantage à Jenova qu’à l’argenté.

Cid leva le pouce, approbateur, et Kadaj sourit, profondément touché par les paroles du turk.

- Reno a raison, p’tit, renchérit le pilote. Te laisse pas faire par cette garce. Et si tu sens que ça chatouille, tu cries au-secours !

Shalua lui caressa maternellement la joue et gratouilla la tête de Cait.

- Si vous flanchez, on sera là, poussin. On sera tous là pour lui mettre des bâtons dans les roues, je te le promets.

Rufus lui adressa un clin d’oeil complice, Tifa, Reno et Vincent sourirent et Reeve hocha lentement la tête.

Une tendresse terrible serrait la gorge de Kadaj et il ne put que les remercier d’un bref hochement du chef, trop ému pour émettre le moindre son. Jamais il n’aurait cru que des êtres humains - hormis ses frères, bien sûr - pourraient un jour lui réchauffer le coeur à ce point.

C’est à ce moment précis que, après avoir confié Marlène et Denzel à Gretta, Yuffie revint dans la salle à manger.

Mieux valait tenir les enfants éloignés jusqu’à ce que tout le monde se reprenne.

- Denzel est persuadé que Jenova va débarquer dans un vaisseau spatial d’un instant à l’autre, laissa-t-elle tomber, tragique. J’arrive pas à le calmer. Il est complètement affolé et la pauvre Gretta est complètement dépassée.

Cid grimaça.

- Je vais voir ce que je peux faire, fit-il en se dirigeant vers la porte.

- Je vous accompagne, amiral, fit Rufus en lui emboîtant le pas. Les peurs enfantines, je connais par coeur.

- Vous ? ironisa le pilote. Le petit prince surprotégé du clan Shinra ? Et de quoi aviez-vous peur ? De manquer de toasts pour votre caviar ?

Le « petit prince » secoua la tête et grimaça un sourire, nullement vexé par les moqueries amicales de Cid, auxquelles chacun était habitué depuis belle lurette. Elles faisaient partie de sa personnalité autant que la manie de donner des surnoms affectueux était typique de celle de Shalua.

- Petit, je croyais qu’un vampire vivait dans la cave, confessa Rufus en tordant le nez. Et qu’il viendrait me sucer le sang dès qu’il en aurait occasion ici même, dans le manoir.

- Tiens donc ? railla Vincent. Un vampire, rien que ça.

- Oui. J’avais entendu des bruis bizarres un jour, au sous-sol et j’étais persuadé que… Oups… laissa-t-il échapper en réalisant que ses cauchemars de petit garçon n’étaient peut-être pas tout à fait infondées - risque de saignement à blanc excepté.

Reeve ricana et Rufus vira à l’écarlate avant de disparaître sur les talons du pilote en fuyant le regard de l’ancien turk.

- Pourquoi Yazoo et Loz ne reviennent-ils pas ? osa enfin demander Reno.

Vincent lui pressa amicalement l’épaule.

- Tu devrais aller lui parler.

Le jeune homme se mordit les lèvres.

- Ouais… à supposer que j’arrive à le regarder en face après ce que j’ai fait.

- Dis-toi que, ce jour-là, ce sont des matérialisations de Jenova, que tu as voulu faire sauter

Reno prit une profonde inspiration et son visage se tordit en un masque douloureux.

- Pourtant, quand je ferme les yeux, ce sont bien les visages de Loz et de Yazoo, que je vois dans les flammes… murmura-t-il, indigné par ses propres actes. Et ce sont bien leurs cris qui résonnent à mes oreilles…

Cait secoua vigoureusement de sa petite tête velue.

- Quand un démon se déguise en ange, nul ne doit se douter de l’échange, soupira-t-il. Et il prend l’apparence éthérée, de l’éphèbe qu’il veut imiter !

Le turk sourit malgré lui et gratouilla l’oreille du robot.

- C’est gentil, Cait.

Tifa passa son bras sous le sien.

- Allez, viens. Je vais avec toi.

***

- C’était mon idée, disait Loz à Yazoo, allongé sur le lit de ce dernier. Une idée idiote, comme d’habitude…

Son jumeau, blotti contre lui, caressa sa joue du bout de son petit nez rougi d’avoir trop pleuré.

- Ce n’était pas une idée idiote, Loz, au contraire. Tu ne pouvais pas deviner que je la surprendrais sortant de là, à demi dévêtue. Bon sang… Que vais-je bien pouvoir dire à Reno après tout ça ? Loz, je n’oserai jamais redescendre après ce que j’ai fait…

Il pinça les lèvres, prêt à fondre à nouveau en larmes, mais son frère sourit et lui releva le menton.

- Je crois que tu n’auras pas à le faire. Regarde qui est là…

Il lui désigna la porte de la chambre du menton et Yazoo hoqueta en voyant Tifa et Reno sur le seuil.

La jeune femme agita la main.

- Salut, fit-elle d’une voix douce. On peut entrer ?

Yazoo s’assit brutalement et détourna la tête pour cacher son visage poisseux de larmes séchées et ses yeux gonflés.

Reno s’approcha et prit place sur le bord du lit.

- Eh ? chuchota-t-il d’une voix douce en tendant la main pour effleurer les longs cheveux d’électrum. Ca va ? Tout le monde s’inquiète pour toi, en bas.

Tifa adressa un signe de tête discret à Loz.

Celui-ci se pencha pour déposer un baiser sur la tempe de son jumeau et rejoignit la jeune femme.

- Nous vous attendrons pour dîner, fit cette dernière en refermant doucement la porte, laissant Reno et Yazoo seuls dans la pièce.

Loz s’appuya au battant, hésitant à abandonner son frère, et Tifa leva le sourcil.

- Il n’est vraiment pas bien, plaida-t-il. Je ne sais pas si…

Elle lui posa le doigt sur les lèvres et sourit, rassurante.

- Fais-moi confiance. S’il y a quelqu’un en mesure de lui remonter le moral, c’est bien Reno.

Il parut hésiter un instant mais hocha finalement la tête.

- D’accord.

Elle lui passa le bras autour de la taille et l’entraîna dans le couloir, en direction de l’escalier.

- Vincent m’a demandé de quelle façon tu t’étais débarrassé de Jenova et je lui ai répété ce que tu m’avais dit, au sujet de ce sentiment de « légèreté soudaine » et de « piqûre d’oxygène »… J’ai eu tort ?

Il fit une moue, interloqué.

- Non. Pourquoi aurais-tu eu tort ? C’est la vérité.

Tifa s’arrêta devant la porte de sa propre chambre et se tourna vers lui, un indéfinissable sentiment de perplexité dans le regard.

- Loz… Tu m’as bien tout dit, n’est-ce pas ? demanda-t-elle en nouant ses mains derrière sa nuque.

Il écarquilla les yeux.

- Comment ça ?

- Eh bien… Reeve a soulevé un point qui ne m’avait pas effleuré jusque là.

- Lequel ?

- Il a demandé si… Si c’était arrivé comme ça, subitement, sans raison particulière.

Loz toussota et elle aurait juré que ses joues avaient pris une imperceptible teinte rosée.

- Et… tu lui as dit quoi ?

- Que non.

- Et c’est la vérité, non ? Tu étais là. Nous étions seuls dans ma chambre.

- Oui, je sais bien. Il ne s’est rien passé de particulier. Enfin pas que je sache. Ou… si c’est le cas, ajouta-t-elle avec un regard en coin, je n’ai rien vu.

Il secoua vigoureusement la tête.

- Tifa ! Qu’aurais-tu voulu voir ? Il ne s’est rien passé de particulier. Je… J’ai juste senti que… Qu’elle me laissait tranquille, c’est tout.

- C’est bizarre, tout de même. Comme ça, tout d’un coup, sans raison… Enfin, je sais que tu as lutté contre son emprise toute la journée, bien sûr, mais… Avoue que c’est étrange, qu’elle ait abandonné la partie aussi vite. Non ?

Loz fit vibrer ses lèvres en haussant les épaules.

- Je ne sais pas quoi te dire, moi ! Ce qui est sûr, ajouta-t-il en se tapotant la tempe, c’est qu’elle n’est plus là.

Tifa lui sourit avec affection et se pressa contre lui.

- Et c’est tout ce qui compte, chuchota-t-elle en déposant un baiser sur sa poitrine, laissée en partie nue par l’échancrure du blouson de cuir. Excuse-moi, je ne voulais pas me montrer désagréable ni te mettre mal à l’aise. Allez, Viens, les autres doivent se demander ce qu’on fabrique.

Elle lui prit la main et voulut le tirer derrière elle mais il résista.

Croyant qu’il la taquinait pour se venger, elle tira violemment sur son bras mais il résista encore.

- Tifa, attends… soupira-t-il, tête basse.

La jeune femme, voyant sa mine soudain sombre, sentit son sourire malicieux s’évanouir et l’angoisse lui serrer le coeur.

- Loz ? Qu’y a-t-il ?

Il mordilla sa lèvre inférieure.

- J’ai menti, confessa-t-il sans oser la regarder dans les yeux.

Elle se figea.

- Quoi ? Comment ça ? Elle… Jenova n’est toujours pas partie ? C’est ça que tu essayes de me dire ?

- Si ! se récria-t-il. Bien sûr que si ! Ce n’est pas ça, c’est…

Il rougit furieusement et elle posa la main sur sa joue, plus inquiète que jamais.

- Loz, dis-moi ce qui se passe !

Celui-ci prit appui contre le mur du couloir, un pied replié contre la paroi, à un mètre à peine de la chambre de la jeune femme.

- Je t’ai menti, Tifa, il s’est bien passé quelque chose qui a fait partir Jenova… avoua-t-il dans un souffle. Quelque chose qui… qui m’a donné la force de la chasser de moi pour toujours…

Il fit le drôle petit bruit auquel la jeune femme était à présent habituée, celui qu’il faisait avec le bout de la langue sur ses incisives, lorsqu’il était agacé ou horriblement gêné : “Tssss…”

- Est-ce que ça a un rapport avec ce que nous avons fait… avant ? le secourut-elle.

- Non ! Enfin… Pas exactement.

Tifa essayait de fixer son regard mais les yeux mako fuyaient les siens.

- Loz, que s’est-il passé ? insista-t-elle impatiemment. Sephiroth est intervenu, comme pour Reno ? Ou Lucrecia ?

- Non…

- Quoi, alors ?

Il dut s’y prendre à plusieurs reprises pour parvenir à faire sortir les mots qui se coinçaient dans sa gorge et, lorsqu’il réussit enfin à les pousser dehors, ce fut d’une voix bouleversée tout juste audible.

- Tu… Tu m’as avoué que tu tenais à moi, Tifa. C’est ça qui… qui m’a donné la volonté suffisante pour la chasser de moi.

Le choc fut tel que la jeune femme en eut le souffle coupé.

- Qu… Quoi ? bredouilla-t-elle.

Le visage de Loz vira au rouge cramoisi et il acquiesça d’un hochement de tête sans cesser de fixer les lattes du parquet.

- Ouais, je sais, c’est ridicule… C’est pour ça que je ne t’ai rien dit.

- Ridicule ? s’écria soudain Tifa, le faisant sursauter.

La jeune femme referma ses mains sur son visage pour l’obliger à lever la tête et la regarder dans les yeux.

Son coeur battait si fort et sa gorge était si serrée qu’elle se demandait comment elle arrivait à faire sortir le moindre son de sa gorge.

- Ridicule ? répéta-t-elle, plus doucement. Oh, Loz… murmura-t-elle, les prunelles brillantes d’émotion. C’est sans doute la plus belle chose que l’on ne m’ait jamais dite de toute ma vie…

Il voulut rétorquer mais elle ne lui en laissa pas le temps.

Etouffant ses protestations dans sa bouche dans un baiser passionné qui leur coupa le souffle à tous deux, elle le poussa d’un coup de reins,vers la porte de sa chambre toute proche…

…à suivre

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XXXII - Souviens-toi de nos cris

« Comme le souvenir est voisin du remords ! »

Victor Hugo

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Shiva Rajah d’après des illustrations de M.A. Sambre

***

Cloud serra amicalement Reno contre lui et lui tapota le dos.

- Ravi que ton traitement ait marché aussi bien. Comment tu te sens ? demanda-t-il en s’écartant un peu du turk pour le détailler.

- Comme neuf ! Vraiment. Mais ça n’a pas été tout seul, loin s’en faut.

- Oui, Vincent m’a raconté.

- Heureusement que Yazoo était là. Je lui dois une fière chandelle. Je me demande bien où il est, d’ailleurs. C’est un peu lui aussi le roi de la fête, ce soir.

Le jeune Soldat hocha la tête et lui pressa affectueusement l’épaule.

- Ouais… C’est apparemment un chic type. J’aimerais avoir sa capacité à pardonner.

Reno fronça le sourcil.

- Qu’est-ce que tu veux dire ?

Cloud haussa les épaules et sourit.

- Rien… Juste que j’aimerais être aussi peu rancunier que lui.

Le turk jeta un coup d’oeil à Loz, qui avait passé son bras autour des épaules de Tifa. Tous deux discutaient avec Cid et Shalua et paraissaient beaucoup s’amuser des anecdotes cocasses du pilote.

- Ne le prends pas mal mais… J’ai toujours cru que c’était d’Aerith, dont tu étais vraiment amoureux. Tifa est ton amie d’enfance et elle a l’air vraiment heureuse, avec lui. C’est une fille bien et tu devrais être content pour elle. Cela dit, je me doute que ça ne doit pas être facile pour toi. Vous avez eu une aventure, je crois ?

- Oui. Mais quand je parlais de capacité à pardonner, je ne faisais pas allusion à Loz.

- Quoi ? A qui, alors ?

Le Soldat plissa le front.

- A toi. Yazoo a réussi à te pardonner, apparemment. Moi, je crois que je n’aurais jamais pu. C’est une chose d’avoir manqué de se faire descendre mais c’en est une autre de voir la personne à laquelle tu tiens le plus être brûlée vive.

Le turk secoua la tête, totalement perdu.

- Cloud… De quoi tu parles ?

- La poursuite à moto, il y a deux ans. Tu as oublié ? La bombe, Reno. Le tunnel. Tu ne te souviens pas ? Toi et Rude avez fait sauter un tunnel sur la tête des jumeaux. J’étais à peine à cent mètres et je me souviens encore de leurs cris. T’as pas pu oublier ça, c’était une vraie boucherie. Tu… Reno ? Ca va ? Oh, merde… J’aurais pas dû parler de ça, je suis désolé, mon vieux, je…

- Ca va, le coupa le turk, soudain blême comme un suaire. Je vais bien, je t’assure.

- Pardon, Reno. Tu sors à peine de ta cuve et moi, je…

- Ca va, je te dis ! Pas de problème. C’est… c’est de l’histoire ancienne, tout ça. Il n’était pas vraiment Yazoo, à cette époque, et il comprend probablement très bien les raisons qui m’ont poussé à agir comme je l’ai fait. T’es pas d’accord ?

- Si. Si, bien sûr. Si tu le dis…

- Sympa, merci… cracha Reno, sarcastique. Rappelle-moi de ne jamais faire appel à toi pour réconforter quelqu’un !

Cloud éclata de rire.

- Désolé, je ne voulais pas te culpabiliser ou te faire cauchemarder cette nuit, je te le jure. Je ne sais même pas pourquoi je remets ça sur le tapis. On est tous tourneboulés, je crois. Tu m’en veux pas ?

- Non. Non, bien sûr que non.

Le Soldat souriait, amical, mais Reno sentait bien que son sourire sonnait faux.

Il l’avait fait exprès…

Ce salopard avait fait exprès de parler de ça maintenant, de lui rappeler l’horreur de son geste. Mais pourquoi ?

- Super. Et encore une fois : je suis vraiment content que tu t’en sois sorti si bien. Je te laisse, j’ai un coup de fil à passer.

Il quitta la pièce et Reno jura.

« Loz t’a piqué ta gonzesse et tu en veux à la terre entière, c’est ça ? Tu veux que tout le monde soit aussi malheureux que toi ? Sale enfoiré… »

***

Dans le couloir où il se tordait les mains, n’osant rejoindre les autres convives de peur que Reno se rendre compte de son trouble, Yazoo vit Cloud arriver droit sur lui.

- Eh ! Tout le monde t’attend, là-bas.

L’argenté essaya de sourire.

- Oui, je… j’y allais.

Le Soldat lui posa la main sur l’épaule.

- Ca n’a pas l’air d’aller fort. Un problème ? Les effets secondaires du mako ?

- Non ! Non, pas du tout, je vais très bien. Un peu fatigué mais ça va. Et… Reno ?

Cloud roula de grands yeux.

- Egal à lui-même ! En pire… plaisanta-t-il. Il était déjà difficile à tenir mais là… il va falloir cacher les filles et les bouteilles ! Il te doit la vie, tu sais.

Yazoo secoua la tête.

- C’est rien. Tu aurais fait la même chose, si tu avais pu, non ?

- S’il m’avait fait son plus beau sourire avant de me faire exploser des centaines de tonnes de gravats à la figure et qu’il m’avait fait flamber avec mon frère dans un feu de joie ? Je crois pas, non. Ma bonté a des limites.

L’argenté se raidit.

- Moi, je t’ai bien tiré dessus, Cloud.

Celui-ci se pencha lentement sur lui pour murmurer à son oreille avec un sourire de requin :

- Je ne l’ai pas oublié, rassure-toi. Personne n’a rien oublié, Yazoo…

Il disparut dans le couloir sans un mot de plus, laissant Yazoo prostré et totalement décontenancé.

«Qu’est-ce que tu croyais ?» chuchota sa conscience. «Qu’ils étaient réellement tes amis ? Ouvre les yeux, Yazoo. Ils ont peur de toi et de tes frères. La puissance de Jenova les terrifie car ils savent qu’ils ne pourront y faire face. C’est pour ça qu’ils jouent la comédie en vous faisant croire que vous êtes des leurs. Ils vous amadouent et vous dressent comme des chiens savants !»

- Non… Reno s’est confié à moi. Il était sincère.

«Sincère ? Il t’a séduit pauvre imbécile ! Pour mieux te contrôler !»

- Non ! Reno a de l’amitié, pour moi.

«De l’amitié ? Non, Yazoo, son affection, tu as bien vu à qui il la réservait ! Il ne suffit pas de prendre quelqu’un dans ses bras pour prouver qu’on l’aime. Reno n’a aucune considération pour toi. Il se moque de ce qui peut t’arriver.»

- Non, c’est faux.

«Faux ? Tu risques ta vie pour le sauver et la première chose qu’il fait, au lieu d’aller voir comment tu te remets, c’est d’aller culbuter la première gamine qui passe !»

- Il… Shalua a dû lui dire que j’allais bien et…

«Et quoi ? Tu te souviens de son expression, ce jour-là, à la sortie du tunnel ?»

- Non.

«Tu mens ! Il souriait, Yazoo. Ce salopard souriait ! Et pendant que Loz hurlait, dévoré par les flammes, il n’a pas cessé de sourire ! Pendant que tu suppliais, les os brisés par les morceaux de béton qui s’effondraient sur toi, il souriait toujours ! Il vous a regardé vous débattre un instant avec son horrible petit sourire et est remonté dans son hélicoptère sans même un regard en arrière. Pas une seconde depuis ce jour il n’a repensé à ce qu’il vous avait fait. Aux heures passées à mourir puis à souffrir pendant que les matérias guérissaient péniblement vos blessures. Il s’en moque, Yazoo. Il s’en est toujours moqué.»

- Non… Reno n’est pas comme ça.

«Ah non ? T’a-t-il demandé pardon, Yazoo ? T’a-t-il demandé pardon une seule fois pour ce qu’il t’avait fait ce jour-là ? Bien sûr que non… En revanche, il se souvient très bien que tu l’as jeté du haut d’un toit. Ca, il te l’a répété plusieurs fois, n’est-ce pas ?»

- Il plaisantait !

«Tu crois ça ?»

Yazoo se boucha les oreilles comme s’il pouvait faire taire la voix et se recroquevilla contre le mur.

Mais sa “conscience” n’en avait pas encore fini avec lui. Loin de là…

***

Shalua leva sa coupe de champagne.

- A Reno, trinqua-t-elle. Bon retour parmi les vivants ! Et ne… Eh ! Regardez qui a enfin décidé de se joindre à nous !

Tous les convives se tournèrent vers Yazoo, qui venait d’entrer dans la salle, et laissèrent échapper des « ah ! » accueillants.

Reno se leva et le rejoignit pour le serrer affectueusement contre lui.

- Bon sang ! J’étais prêt à monter te chercher !

- Mais tu ne l’as pas fait… rétorqua l’argenté, glacial.

Le turk se raidit, recula un peu pour le regarder dans les yeux et frémit en voyant son expression venimeuse.

- Yazoo ? Qu’est-ce que tu as ?

L’air semblait soudain électrifié et la tension presque palpable.

Loz, conscient que son jumeau n’était pas dans son état normal, fit quelques pas dans sa direction tandis que les autres dévisageaient les deux jeunes gens.

- Est-ce que… Est-ce que ça va, Yazoo ? insista Reno dans un silence à couper au couteau.

- Pourquoi ça n’irait pas ?

- Je ne sais pas tu… Tu as la tête de quelqu’un à qui on a…

- Fait tomber un tunnel sur la tête ? le coupa Yazoo d’une voix agressive, faisant tressaillir toute l’assistance. Jeté une bombe à la figure ? Ou fait brûler vif ? En fait, les trois. Mais tu n’as pas oublié, si ?

L’assistance laissa échapper des exclamations surprises et Reno pâlit.

- Yazoo… bredouilla-t-il en un murmure à peine audible, la gorge serrée.

- Oh ! allez ! Tu n’as pas pu effacer ça de tes souvenirs, Reno. Tu t’es amusé comme un petit fou, ce jour-là ! Je te revois encore ricaner derrière la fumée noire de l’essence enflammée de ma moto dont mon frère et moi étions couverts ! Quels cris d’agonie t’ont le plus fait rire, dis-moi ? Ceux de Loz ou les miens ?

Le verre de jus de fruits que Reno tenait à la main lui échappa des mains pour s’écraser à ses pieds et il recula d’un pas comme si l’argenté l’avait frappé.

- Yazoo ! s’écria Loz.

- Quoi ? rétorqua son jumeau. Toi aussi, tu as déjà oublié, Loz ? (Il désigna Tifa du menton) Tu as vidé ta mémoire en même temps que tes couilles ?

La gifle de son frère le prit par surprise et il vacilla sur ses jambes.

Vincent se précipita vers les garçons, suivi de Reeve, mais Kadaj, plus près de ses frères, les devança.

Le benjamin de la fratrie comptait s’interposer entre ses deux aînés mais c’était inutile. Yazoo dévisageait son jumeau les yeux écarquillés et la main sur la joue avec l’expression de quelqu’un qui ne sait pas ce qui vient de lui arriver.

Sous les feux mako du regard qui le torpillait, Loz se sentit soudain horriblement mal et lutta pour ne pas détourner les yeux.

Il venait de commettre l’impensable…

Ses frères et lui s’étaient souvent chamaillés et, c’est vrai, il lui était bien arrivé une ou deux fois de malmener Yazoo, lorsqu’il le poussait à bout, ou d’administrer une petite fessée à Kadaj lorsqu’il était enfant mais il existait cependant une règle tacite, entre eux. Une règle à laquelle Loz n’avait jamais dérogé : ne jamais lever la main sur ses frères, quoi qu’il arrive et quoi qu’ils puissent lui faire subir. La raison en était toute simple : sa force dépassait la leur de très loin et le risque de les blesser ou, à tout le moins, de leur faire vraiment mal était trop important pour qu’il se permette le moindre écart.

- Je… Je suis désolé, Yazoo, bredouilla-t-il alors que chacun s’agitait nerveusement et murmurait, ne sachant comment réagir.

Yazoo, apparemment aussi choqué par la gifle que par les horreurs qu’il venait de dire à Reno et à son frère, était incapable de prononcer un mot.

Comme au ralenti, sa main glissa de sa joue lisse, dévoilant une rougeur sur la pommette, et Loz sentit ses tripes faire des noeuds.

- Yazoo, je…

Il voulut prendre son frère dans ses bras mais celui-ci recula violemment en agitant les bras.

- Laisse-moi ! sanglota son cadet, tremblant de tous ses membres.

Yazoo leva les yeux vers Reno, qui s’était laissé tomber sur une chaise et paraissait soudain apathique, le regard perdu dans le vide et les mains pressées sur les oreilles, comme s’il voulait se protéger d’un bruit d’explosion qu’il était le seul à entendre…

Tifa et Shalua se tenaient près de lui, inquiètes.

- Yazoo, ça va aller, fit Vincent d’une voix douce en essayant à son tour de s’approcher de l’argenté. Calme-toi.

Mais, loin de se calmer, Yazoo paraissait au bord de la crise d’hystérie.

Il haletait, tremblait, sanglotait et regardait autour de lui avec une expression d’effroi, tel un animal pris au piège.

- Je ne voulais pas… gémit-t-il. Je ne voulais pas dire ça… Il faut me croire, je ne voulais pas…

Vincent essaya de lui mettre la main sur l’épaule mais il se dégagea.

- Je sais que tu ne voulais pas. Nous le savons tous. Reste calme.

Cid se tourna vers Rufus, perdu.

- Mais enfin, qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce qui lui prend ?

Le jeune président secoua la tête, dépassé par les événements.

- Jenova…

Le pilote jura.

- Jenova ? cracha-t-il. Elle remet ça ? C’est pour ça que Vincent voulait tous nous voir en salle de conférence après le dîner ? (Rufus acquiesça) Oh ! merde…

- Cid, j’ai peur… gémit Denzel en s’accrochant à sa taille et enfouissant son visage dans son sweet-shirt.

Cid se pencha pour le soulever dans ses bras et le serrer contre lui.

- Eh là, bonhomme… Pleure pas. C’est rien. Il ne va rien se passer.

- Menteur ! Tu viens de dire que Jenova était revenue !

Le pilote lança un regard accablé à Rufus et celui-ci haussa les épaules, impuissant.

Vincent fit un pas de plus vers Yazoo mais celui-ci pivota et quitta la pièce en courant, talonné par Loz.

Kadaj voulut les suivre mais l’ancien turk le retint.

- Non. Laisse faire ton frère, il le connaît mieux que personne.

- J’ai bien cru qu’il allait nous faire une invocation… murmura Reeve en réprimant un frisson.

- Loz ne lui en aurait jamais laissé le temps ! s’insurgea l’argenté, acide. Et moi non plus. Pour qui nous prenez-vous, commandeur Tuesti ?

Le chef du WRO inclina la tête avec un sourire navré.

- Il n’était pas dans mes intentions de me montrer indélicat. Je suis désolé.

Kadaj regretta aussitôt son éclat et agita la main.

- Non, je… C’est moi. Pardon, je ne voulais pas vous crier dessus. C’est… Tout ça me tape sur les nerfs. Cette situation devient vraiment angoissante…

Cait 9 tira sur son pantalon pour qu’il le prenne dans ses bras et, sitôt installé sur sa hanche, frotta affectueusement son petit museau contre la joue de son jeune maître.

Vincent tapota l’épaule de ce dernier et caressa la tête du chat.

- Je comprends, Kadaj, mais on va s’en sortir. Tous ensemble.

L’argenté lui adressa un regard reconnaissant et embrassa le museau de la peluche robotisée pour la rassurer avant de se tourner vers Reno, qui paraissait toujours en état de choc.

La main toujours serrée dans celle de Tifa et les yeux clos, le turk voyait et revoyait comme dans un cauchemar éveillé la scène à laquelle avait fait allusion Yazoo…

C’était il y a deux ans, par une belle fin de l’après-midi et le soleil rougissait le ciel. Une douce brise jouait dans ses cheveux roux et soulevait les pans de sa chemise…

Oui, l’histoire aurait pu commencer comme un conte romantique si ce qui se passa par la suite n’avait pas été aussi monstrueux…

Reno avait posé l’hélicoptère sur le tronçon de l’autoroute désaffectée à la sortie du tunnel qui menait à Midgar.

Lui et Rude se tenaient au milieu de la chaussée, calmes et détendus.

Ils plaisantaient… une bombe faite de bâtons de TNT à la main.

- Eh ! Mon pote, tu crois que ce machin a vraiment la patate ?

- Ce « machin » sort des laboratoires de la Shinra.

- Quoi ? avait-il raillé. C’est toi qui l’as fait ?

- Et alors ? En tout cas, ça a de la gueule !

- Mhh… On dirait qu’on va finir à l’heure, pour une fois.

- Ouais.

Cloud avait été le premier à sortir du tunnel.

Le garçon les avait dépassés à toute allure et, quelques secondes plus tard, apparurent à leur tour Yazoo et Loz, sur la même moto. L’aîné était derrière et fut le premier à les voir.

Son hoquet surpris avait fait lever la tête à son cadet, qui pilotait le bolide, littéralement couché sur le carénage, et les beaux yeux mako s’étaient écarquillés en voyant ce que les deux turks tenaient dans leurs mains.

Reno répondit à sa surprise par un rictus et se souvenait très bien du « Coucou, mes chéris ! Surprise ! » qui lui était passé par la tête à ce moment-là.

La petite bouche de Yazoo s’ouvrit pour crier mais il était trop tard. Reno et Rude avaient déjà lancé les bombes sur la moto. L’argenté fit un écart pour les éviter mais elles explosèrent presque aussitôt, enflammant l’essence du réservoir et propulsant les deux motards, transformés en torches vivantes, dans le tunnel qui s’effondrait.

Rude et lui avaient tourné les talons en ricanant et étaient remontés dans l’hélicoptère en pinçant le nez, incommodés par les vapeurs d’essence enflammée et les Dieux savaient quoi d’autre.

Enfin, les Dieux… et Reno, désormais. Car, oui, il savait à présent ce qu’était cet « autre », qu’il avait alors qualifié de «relent roussi de cochon crevé» : l’odeur du cuir et de la chair humaine grillée dans un brasier d’essence ardente.

Cette chair qui, tiède et douce, s’était si tendrement pressée contre la sienne dans le mako, celle dans la chaleur de laquelle il avait enfoui son visage pour pleurer de frustration lorsque le manque le torturait, celle qui recouvrait les doigts qui avaient parcouru son visage et ses épaules tant de fois, pour l’apaiser.

La chair si pâle de Yazoo. De leur Yazoo baby…

- Oh, mon Dieu, Tifa, qu’est-ce qu’on a fait… Qu’est-ce que j’ai fait… sanglota-t-il sur l’épaule de celle-ci, qui le serrait doucement contre elle.

Shalua s’accroupit à côté de son amie et lissa maternellement les doux cheveux roux.

- Chut… Ne craque pas, poussin. Ne craque pas. Pas maintenant qu’il a besoin de toi… Ne fais pas ce cadeau à Jenova…

…à suivre

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XXXI - Effrayant comme un homme

« Moi aussi, j’ai eu 20 ans. Et je ne laisserai personne me dire

que c’est le plus bel âge du monde ! »

Claude Neix

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : D’après un crayonné de M.A. Sambre

Corrections : Shiva Rajah

***

Dans le couloir qui menait à la grande salle à manger du manoir, où l’on entendait déjà les rires et les discussions des premiers convives impatients de prendre des nouvelles de Reno et de constater que la cure mako avait porté ses fruits, Tifa s’entretenait avec le « roi de la fête » depuis un petit moment.

- Tu es sûre ? insistait le turk, ébahi. Mais enfin, Yuffie n’est encore qu’une gosse ! Pour elle, je suis un « vieux schnock».

La jeune femme secoua la tête, à la fois amusée et préoccupée.

- Non. Rude est : « vieux ». Toi, t’es : « cool ».

Reno éclata de rire.

- Elle a vraiment dit ça ? Sérieux ? Et tu lui as rappelé que Rude et moi n’avions que 2 ans d’écart ?

- Oui. Mais j’ai bien peur que ton côté « ado dégingandé » ne pèse davantage dans la balance que tes 32 ans.

- Aïe… C’est à ce point là ?

Tifa haussa les épaules, découragée.

- Reno ! Elle m’a fait ton éloge pendant plus d’une heure !

Reno grimaça.

- Merde… J’avais bien besoin de ça, tiens.

- Yuffie est entichée comme seule peut l’être une adolescente, fais-moi confiance.

- Je me disais aussi que c’était bizarre de la voir jouer les infirmières attentionnées alors qu’on avait à peine échangé plus de quelques mots les rares fois où je l’avais croisée. (Il soupira) Qu’est-ce que tu me conseilles ? Tu la connais mieux que moi.

- Moi je me disais qu’une discussion entre vous s’imposait mais Loz pense que tu devrais plutôt « y aller direct ». Pour ce que ça veut dire exactement, j’en sais rien.

Le turk ricana.

- Moi, oui. Et je suis de son avis. Je m’en occupe, t’en fais pas. Et merci de m’avoir prévenu, je ne sais pas comment j’aurais réagi si elle me sortait le grand jeu ce soir. Mais au fait, dis-moi : tu parles de Loz comme si toi et lui vous… Non ?

Comme il l’avait escompté, la jeune femme rosit un peu.

- Oui. En effet, nous… Enfin, Loz et moi avons décidé de faire un petit bout de chemin ensemble. Pour voir ce que ça peut donner, on ne sait jamais, ajouta-t-elle avec un détachement qui ne trompa pas le turk.

Rompu à l’art de la dissimulation et du mensonge depuis des années, Reno la vit venir à dix pas. Nulle besoin d’aveux ou de pousser plus loin l’indiscrétion car l’affection qu’elle avait pour l’argenté se lisait sur son visage à chaque fois qu’elle faisait allusion à lui.

D’ailleurs en parlant d’indiscrétions…

- Mhh… Mes félicitations. C’est rare de tomber sur quelqu’un qui donne envie de poursuivre plus loin l’aventure. Tu as bien de la chance. Pour Cid et Shalua, aussi, ça a l’air de bien coller.

La jeune femme sursauta.

- Qui t’a parlé de ça ?

Leçon numéro un du parfait turk : prêcher le faux pour savoir vrai.

- Qui ? Mais enfin, tout le monde est courant ! mentit-il.

- C’est vrai qu’ils ne s’en cachent pas.

Reno retint un sourire satisfait. Cid et Shalua étaient donc bien amants, son instinct ne l’avait pas trompé. Bon sang, que tout cela devenait croustillant !

C’est en partie pour ce genre de moments qu’il adorait son boulot : les potins lui étaient aussi nécessaires que l’air qu’il respirait ! S’il n’avait pas été turk, il se serait bien vu à la tête d’un tabloïd sulfureux ou d’une émission de télévision people…

- Mais, dis-moi… Et sa femme ? Tu crois que Shalua va accepter de passer au second plan, d’être la maîtresse cachée ? C’est très romantique, cela dit, mais bon, ça peut vite dégénérer.

La jeune femme lui jeta un regard en coin et sourit.

- Reno… Pourquoi j’ai soudain l’impression que je viens de me faire avoir ? (Il ouvrit de grands yeux innocents et elle secoua la tête) Tu ne savais rien, en fait, avoue ! Si tu n’étais pas mon ami et mon meilleur fournisseur de ragots, je t’étranglerai…

- D’accord, d’accord, je suis irrécupérable, je sais, j’admets, c’est vrai. Mais si je te promets de ne pas ouvrir la bouche, de ne pas en parler à âme qui vive ? (Tifa éclata de rire) O.K., je suis pire qu’une commère de village devant sa porte, je le reconnais, mea culpa ! Mais avoue aussi que tu es ravie d’avoir sous la main un mec qui aime les commérages autant que toi. (Tifa ouvrit la bouche pour protester mais il agita son index sous on nez) Non, non, non, pas d’esquive, sinon, plus de nouvelles fraîches sur la saga «Elena/Tseng» jusqu’à nouvel ordre !

- C’est du chantage.

- Allez, raconte… supplia-t-il.

- D’accord. Ils sont très amoureux, murmura la jeune femme. Vraiment amoureux.

Le turk sourit de toutes ses dents, ravi.

- Je le savais ! Une idylle interdite au manoir Shinra ! Le pilote aventurier et la scientifique sexy. J’adore…

- Reno, tu n’as jamais pensé à écrire des romans à l’eau de ro…

- Et Shera ? la coupa-t-il, impatient. Que va-t-il faire avec Shera ? Il va jouer les bigames ? Raconte, raconte !

- Cid veut divorcer. Je crois qu’il n’a pas épousé Shera pour de bonnes raisons et il le réalise à présent.

Reno s’appuya contre le mur, bouche bée.

- Divorcer ? Carrément ? Ouahouh…

- En fait, j’ai cru comprendre que cette femme est une véritable… comment dire ?

- Toxine.

- Hein ?

Reno fronça les sourcils et croisa les bras.

- Une « personnalité toxique ». C’est comme ça qu’on appelle les gens tels que Shera, chez nous, dans les dossiers de renseignements. Ce sont des personnalités instables et obsessionnelles qui, sous des dehors charmants et serviables, peuvent te manipuler durant des mois, voire des années, pour arriver à leurs fins.

Tifa hoqueta.

- Et tu sais ça depuis quand ?

- Depuis que j’ai vu Shera, lorsque Cid m’a invité au mariage. Elle a toutes les caractéristiques de ce type de personnalité.

- Tu l’as dit à Cid ?

- Inutile. Ni lui ni personne ne m’aurait cru. Ces personnes ont la faculté de te faire croire que c’est toi le méchant de l’histoire et non pas elles. Elles trompent et trichent en permanence sans même s’en apercevoir. Au fil des années, cela leur devient si naturel qu’elles n’arrivent même plus à faire la différence entre leurs propres désirs et leur propre personnalité et ceux du personnage qu’elles ont créé. Elles vivent dans le mensonge permanent, fixées sur un seul but : la domination et la possession de l’autre.

La jeune femme frissonna.

- C’est terrifiant. J’ai même du mal à concevoir que tu parles de la douce Shera.

- Je sais. C’est pour ça que ces personnes sont si dangereuses. Et je peux même te dire un autre truc : si elle est bien telle que je viens de te la décrire, et je ne pense malheureusement pas me tromper, elle n’acceptera jamais le divorce. Non. Jamais elle ne voudra lâcher ce qu’elle considère lui appartenir. Elle préférera le détruire qu’y renoncer.

- Elle n’a aucune crainte à avoir de ce côté là, Cid se moque bien de l’argent et de la maison de Rocket Town, il n’est pas comme ça. Il lui laissera tout et elle ne manquera jamais de rien.

- Quand je disais «ce qu’elle considère lui appartenir », Tifa… je parlais de Cid.

Tifa laissa échapper une petite exclamation horrifiée et frissonna.

***

Vers 20h30, Reno s’esquiva discrètement de la fête dans un petit salon adjacent en compagnie d’une Yuffie rougissante et ravie qu’il tenait amoureusement par les hanches.

Escapade et familiarité qui parurent ennuyer Kadaj.

Il les suivit du regard avec un noeud dans le ventre jusqu’à ce qu’ils disparaissent dans le couloir.

- Amour secret, passion ardente… Voilà les rêves d’adolescente, soupira Cait, à cheval sur la hanche de maître. Mais dans le coeur de son Reno, elle ne trouvera nul écho…

- Qu’est-ce que tu racontes, touffe de poils ? intervint Shelke en caressant la tête du chat.

Elle tendit un verre de jus de fruits à l’argenté et celui ci l’accepta avec un sourire aimable bien qu’il doute que sa gorge serrée laisse passer une seule gorgée de liquide.

- Je crois que notre tas de boulons disserte sur l’amour, railla Cid, qui les rejoignit. Blague mise à part, qu’est allé faire Reno avec la petite ?

Les regards langoureux et les caresses discrètes dont le turk gratifiait l’adolescente depuis qu’elle avait rejoint la petite fête avaient inquiété le pilote au plus haut point.

- A les voir bras dessus, bras dessous, ce qu’ils comptent faire me semble évident, fit Kadaj avec une certaine rancoeur qui n’échappa à personne.

- Quoi ? s’étrangla Cid.

Il allait s’élancer pour sortir Reno du petit salon par la peau du cou et lui faire passer l’envie de tâter de la chair trop fraîche mais Shalua le retint par la ceinture de son pantalon.

- On se calme, amiral ! fit-elle avec une moue taquine. Tu ne vas nulle part, il ne s’agit que d’un jeu.

- Parce qu’un homme qui s’apprête à abuser d’une gamine, tu appelles ça un jeu ?

- Personne ne va abuser de personne, bête que tu es ! Tifa m’a dit que notre petite ninja avait une toquade pour Reno. Loz lui a donc conseillé de prendre le taureau par les cornes afin d’en finir au plus vite avec cette lubie. Notre rouquin préféré va sans doute la taquiner un peu pour lui faire passer l’envie de lui courir après, c’est tout.

Kadaj eut un sourire en coin, bien plus soulagé qu’il ne l’aurait cru, et constata, non sans surprise, que le noeud dans son ventre s’était mystérieusement dissous.

Shelke leur proposa des petits fours du petit plateau qu’elle était allée chercher sur la table.

- Et si ça lui plaît ? fit soudain Cid, faisant à nouveau se tordre les entrailles de l’argenté.

Shalua secoua la tête.

- Cid… Tu as aimé ta première cigarette ? Tu as apprécié ta première bière ? Tu as pris ton pied, lors de ton premier rapport sexuel ? (Le pilote grimaça) C’est bien ce que je pensais.

Cait 9 fit un grand geste emphatique et pérora :

- L’amour n’est pas affaire de candides adolescentes. Comment expliquer à un ange qu’il est des douleurs excitantes ? Qu’entend une enfant ingénue, à la brûlure des grands bûchers ; ou à la beauté d’un nu peint au pinceau envenimé ?!

Kadaj, Shelke et Shalua pouffèrent dans leur verre, manquant de peu de s’éclabousser les uns les autres et Cid partit d’un formidable éclat de rire qui fit se retourner les autres invités.

- Alors celle-là, je crois que c’est la pire de toutes ! Ah ! Ah ! Ah !

- Eh ! On peut rire aussi ? lança Reeve, qui s’entretenait avec Merill et Vincent.

- Tu devrais le commercialiser pour mettre de l’ambiance dans les hospices ! répondit le pilote, les larmes aux yeux, en désignant le chat robotisé du pouce.

Ce dernier se renfrogna, profondément vexé, et les rires redoublèrent.

***

Reno s’effaça poliment pour laisser entrer sa compagne et verrouilla la porte du petit salon, où trônait un divan moelleux tapissé de soie vert bouteille, de la même teinte que l’épais tapis qui recouvrait le plus clair du parquet verni.

Ces petits salons étaient destinés à permettre aux hôtes du manoir de s’isoler pour lire, regarder la télévision où se reposer un moment.

Le turk avait passé une bonne demi-heure avec Yuffie dans la grande salle et force était de constater que Tifa n’avait pas exagéré : l’adolescente était amourachée de lui au dernier degré. Il était plus qu’urgent de faire redescendre sur terre la créature rougissante et gloussante qu’était devenue la petite utaïenne et tant pis si cela devait lui faire passer un quart d’heure un peu humiliant.

Il retira sa veste, qu’il jeta négligemment sur l’accoudoir du divan, et alluma une petite lampe qui laissa la pièce douillette dans une pénombre mordorée.

- Nous serons tranquilles, ici, fit-il en prenant place tout contre Yuffie sur le canapé et en passant son bras possessif autour de ses épaules.

La jeune fille remarqua son sourire de prédateur et vira à l’écarlate.

Reno semblait soudain si… si… « homme ». Son odeur, ses mains, ses épaules… tout ! Où était passé l’adolescent affaibli aux yeux doux et aux mains frémissantes qu’elle avait appris à aimer pendant qu’elle jouait les infirmières ? Pas dans cette musculature qui tendait sa chemise, ni dans les veines saillantes de ses avant-bras vigoureux, moins encore dans ce regard assuré marqué au coins par d’imperceptibles rides d’expression ou dans ce sourire de carnassier un rien sarcastique…

- Qu’y a-t-il ? s’enquit Reno. Tu sembles anxieuse.

- Qui ? Moi ? Non, bien sur que non, quelle idée ! assura-t-elle en agitant la main.

Elle croyait que l’ambiance romantique et la présence toute proche de Reno éveillerait un désir cuisant en elle mais non. Bien au contraire. Son souffle contre sa peau la fit bien frissonner… mais de peur.

- Yuffie… Tu es très belle, haleta le turk. Je n’ai jamais osé te le dire, pendant que tu prenais soin de moi mais… tu me plais beaucoup…

Il la serra contre lui et fit courir les mains sur son dos en lui embrassant fougueusement le cou, comme fou de désir, et ça n’avait rien d’agréable.

Cambrée, la tête rejetée en arrière et en équilibre sur une fesse, la position de l’Utaïenne était inconfortable au possible. De plus, être ainsi pressée contre des muscles pectoraux durs comme du bois lui compressait douloureusement les seins et l’empêchait de respirer normalement mais, morte de peur, elle n’osait esquisser un geste entre ses bras.

Le souffle de Reno était brûlant, sa peau cherchait le contact de la sienne, ses lèvres semblaient vouloir la dévorer et ses dents lui mordillaient désagréablement la gorge.

C’était donc ça, un homme fou de désir ? C’était effrayant ! D’autant plus effrayant qu’elle ne savait absolument pas quoi faire !

Si elle avait eu ne serait-ce qu’un soupçon d’expérience, sans doute aurait-elle compris que le turk simulait et que son corps était loin de parler le même langage que ses lèvres et ses mains.

- Je te désire, Yuffie… susurra-t-il d’une voix rauque et sur un ton comme on n’en entendait que dans les feuilletons télévisés. Je te désire comme je n’ai jamais désiré une femme… ajouta-t-il, devant presque se mordre la joue pour ne pas éclater de rire.

Yuffie était bien trop troublée pour se rendre compte du ridicule de ses paroles.

« Ah… Parce qu’en plus, il faut parler ? »

Mais qu’allait-elle répondre ?

Heureusement, Reno ne parut pas se formaliser de son silence et il resserra son étreinte en posant ses lèvres sur les siennes.

Un baiser. Ca, au moins, elle connaissait ! Elle en avait vu des dizaines dans les films et avait déjà embrassé plusieurs garçons, à Utaï.

Elle soupira de soulagement mais voilà que quelque chose d’humide et de chaud se glissait entre ses lèvres pour chercher sa langue, qui s’était réfugiée d’elle-même au fin fond se sa bouche, tout contre sa glotte, la forçant à ouvrir grand les mâchoires.

Il n’avait quand même pas l’intention de lui mettre la langue jusque là, si ? C’était plus un baiser, ça, c’était de la spéléologie ! Est-ce que ce genre de trucs ne se faisait pas seulement dans les films pour adultes, normalement ?

Elle eut un mouvement de recul en s’essuyant les lèvres mouillés de salive.

Reno s’écarta d’elle et la regarda, déconcerté.

- Je ne te plais pas ? demanda-t-il avec une moue faussement dépitée.

Le sang de la jeune fille se figea dans ses veines. Refuser d’embrasser Reno ! Etait-elle devenue folle ?

- Bien sûr que tu me plais ! Quelle idée !

Pour le démontrer, elle s’agrippa à son cou et le turk reçut le baiser le plus maladroit de son existence. Les dents de la jeune fille s’entrechoquèrent violemment avec les siennes et elle manqua de peu de lui mordre la lèvre.

Ca suffit, il était plus que temps d’en finir !

- Que… bredouilla-t-elle en sentant les doigts du turk déboutonner sa robe. Qu’est-ce que tu fais ?

- Tu veux faire l’amour tout habillée ?

Elle blêmit.

- Faire… quoi ? s’étrangla-t-elle. Déjà ? Ici ?

Il haussa les épaules.

- Tu préfères qu’on aille dans bibliothèque ? J’ai toujours rêvé de m’envoyer en l’air au milieu des bouquins poussiéreux.

- Non ! J’veux dire si ! Enfin non ! Heu… Je… Ce serait pas de refus mais c’est la mauvaise période ! bredouilla-t-elle en bondissant sur ses pieds. J’ai mes… problèmes de femme.

Elle rougit furieusement en réalisant ce qu’elle venait de dire.

- Ah… fit Reno, dissimulant son amusement à grand peine. On ne me l’avait encore jamais faite celle-là…

- Je suis désolée, Reno.

- C’est pas grave, il m’en faut plus pour me décourager, assura-t-il en lui tendant la main. Approche.

La jeune fille tordit le nez en une grimace de dégoût et recula encore.

- Hein ?

- Bah oui, quand l’entrée principale est fermée, il reste la porte de service ! Allez, viens là, tu va adorer, tu verras…

Le sang de Yuffie déserta son visage si brutalement que le turk la crut sur le point de pâmer.

- Pardon ? Euh… Oui. Enfin, peut-être, fit-elle en reculant vers la porte. Mais je… J’ai horriblement mal au ventre, là, et je crois que c’est pas près de s’arranger alors, je… Je crois qu’on devrait arrêter là. Cela étant dit, si tu préfères aller voir ailleurs, je comprendrai parfaitement. Je ne t’en voudrai pas du tout, tu sais. Mais alors pas du tout.

Elle déverrouilla la porte à tâtons d’une main tremblante.

- Ah ? Tu es sû…

Mais elle s’était déjà enfuie dans le couloir et Reno se laissa aller à rire tout son soûl sur le divan. Oh bon sang ! Ce que ça faisait de bien, de rigoler… Il avait hâte de raconter ça à Tifa et à Loz !

Une fois calmé, il quitta le petit salon à son tour, sa veste sur l’épaule.

Il rejoignit les autres convives en se recoiffant et lissant sa chemise, sans remarquer les reflets des yeux mako de Yazoo, qui l’observait dans l’ombre du couloir. Ce même Yazoo qui, le coeur serré, venait de croiser la jeune ninja, haletante et les joues rosies, qui reboutonnait discrètement sa robe…

…à suivre

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XXX - Une part pour deux

«Rien n’est plus difficile à partager qu’un homme.»

Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

« Elle est folle de rage, mère. »

« Grand bien lui fasse. »

« Sa revanche sera d’autant plus terrible que sa défaite a été cuisante… »

« C’est à craindre, oui. Mais nous ne la laisserons pas faire. »

« Kadaj est le plus fragile sur le plan affectif. Il l’a toujours été. Il est jeune. Une proie facile et malléable, pour elle. Elle l’a déjà utilisé une fois et n’hésitera pas à recommencer. »

« Aerith doit parler à Yuffie à ce sujet. Notre petite Utaïenne a l’âge de Kadaj et le coeur sur la main. Elle est la plus à même de recevoir sa confiance. »

« Et Yazoo ? »

« Yazoo… Tendre Yazoo… Loz veille sur lui comme sur un autre lui-même. Non, c’est pour Kadaj que je m’inquiète le plus. »

« Mère ? Mère, tu sens ?La rivière… »

« Oui. Ca recommence… »

« Que signifient ces soudaines turbulences dans la rivière de la vie ? »

« Je l’ignore. Mais ça se rapproche. »

« Je n’aime pas ça… »

« Moi non plus, amour. Moi non plus… »

***

Allongée sur le dos de Loz, Tifa jouait avec l’une des pattes argentées de sa barbe.

- Tu veux que je les enlève ? demanda-t-il.

- Non ! se récria-t-elle. Non, ça te va bien…

Ils avaient refait l’amour et étaient tous deux exténués mais ravis de la sensuelle langueur qui leur engourdissait le corps.

La jeune femme éparpilla une pluie de petits baisers sur ses épaules et suivit du doigt les contours du tatouage défraîchi sur le haut de son bras : J8.

- Projet Jenova - essai numéro 8, dit-il avec un humour plein d’amertume.

Tifa sentit soudain une détresse poignante dans son sourire esquissé et nicha son menton au creux de son épaule pour frotter doucement sa joue contre la sienne.

- Je crois qu’aucun de nous ne se remettra jamais des images que nous a montrées Vincent… murmura-t-elle, la gorge serrée. (Il leva un sourcil, ne voyant pas de quoi elle parlait) Les images des vidéos de surveillance.

Loz sourit et enroula une longue mèche brune autour de son doigt.

- C’est du passé, Tifa.

- Je n’arrête pas de revoir le bébé que tu étais sur cette horrible table, les bras brûlés à force de vouloir saisir ce maudit biberon. Et Yazoo… Couvert de plaies et…

- Tifa, la coupa-t-il en se retournant sous elle pour la serrer contre lui. Arrête de penser à ça. C’est fini. Ca fait partie des vieux souvenirs oubliés.

Elle croisa les bras sur les pectoraux saillants et y posa le menton, le regard cloué au sien.

- Je sais bien que non. Je l’entends au ton de ta voix. Notre passé nous poursuit toujours. On aimerait croire qu’on oublie mais c’est faux. On n’oublie jamais, Loz. On accumule. On ne fait qu’accumuler… Et seul, la charge est dure à porter, parfois.

Il secoua la tête.

- Je ne…

- Tu as du mal à parler de ces choses, je sais. Mais je suis incorrigiblement patiente et je peux être très obstinée, tu sais. Je ne laisserai pas des non-dits, des souvenirs douloureux et des souffrances muettes te torturer sans rien faire. Te voilà prévenu !

Loz sourit et pressa le bout de l’index sur son nez, taquin.

- C’est une menace ?

On tapa discrètement à la porte de la chambre et ils échangèrent un regard à la fois contrarié et interrogateur.

Tifa bondit sur ses pieds et ramassa ses vêtements pour aller s’enfermer dans la salle de bains.

Loz, lui, enfila rapidement son pantalon, alla ouvrir et vit son jumeau sur le seuil de la chambre.

- Désolé de vous déranger, fit se dernier de sa voix douce, je veux juste me laver et me changer pour le dîner.

- Yazoo ? Tu ne devrais pas être en train de te reposer à l’infirmerie ? demanda le jeune colosse, un peu inquiet de sa mauvaise mine.

- Je vais bien, ne t’en fais pas. Les effets du mako sont totalement dissipés.

- On ne le dirait pas, à voir ta tête. (Yazoo haussa les épaules et referma la porte) Tu as des vertiges ? Des nausées ?

- Non ! Ca va, je te dis. (il regarda autour de lui, surpris) Où est Tifa ?

- Comment sais-tu que j’étais avec Tifa ?

Son jumeau lui adressa un clin d’oeil complice.

- Il aurait fallu être sourd, mon frère, pour ne pas le savoir…

Loz blêmit et Yazoo éclata de rire.

- Tu nous as entendus depuis le labo ?

L’hilarité de son jumeau redoubla.

- Non, quand même pas ! J’étais avec Kadaj, à côté.

La porte de la salle de bains s’ouvrit, laissant passer une Tifa écarlate rhabillée à la hâte.

Ses joues étaient tellement cuisantes qu’elle était certaine de pouvoir y faire frire un oeuf de chocobo en moins de trois minutes.

Elle toussota et s’éclaircit la gorge.

- Désolée, Yazoo, je… nous n’avons pas vu passer le temps.

Celui-ci la rassura d’un sourire.

- Pas de problème. Je vais prendre un bain, fit-il en prenant au passage une grande serviette dans la commode de merisier.

Il entra dans la salle d’eau, ferma discrètement la porte et s’appuya sur le rebord du lavabo pour se regarder dans la glace.

Loz avait raison : il avait vraiment mauvaise mine…

***

Dans sa chambre, Yuffie retira le sixième haut qu’elle essayait et le jeta rageusement en tas avec les autres vêtements, sur le lit.

Depuis plus d’une heure - en fait depuis que Shalua avait sorti Reno de la cuve et que les domestiques avaient mis le champagne au frais dans le but de fêter dignement sa guérison - la jeune utaïenne retournait ses bagages à la recherche de la tenue qui la mettrait en valeur.

Hélas, elle ne trouvait rien. Mais rien de rien !

- Y’en a marre, j’ai jamais rien à me mettre ! ragea-t-elle en donnant un coup de pied dans l’impressionnant tas de shorts, pantalons, pulls, robes, corsages, et autres vêtements qu’elle avait entassés dans deux valises pleines à craquer avant de partir pour Nibelheim.

Peut-être devrait-elle aller emprunter quelque chose à Tifa ? Une jolie robe en lainage ou…

- Ouais, et avec quoi tu la remplirais, pauvre pomme ! dit-elle à son reflet menu.

Elle extirpa une petite robe de daim noir de sous l’impressionnant tas de vêtements et fronça le nez.

C’était encore ce qui faisait le plus « femme » dans toute sa garde-robe.

Il fallait vraiment qu’elle fasse du tri dans ses armoires et qu’elle investisse dans des choses un peu plus sexy, sinon, les hommes ne la remarqueraient jamais.

Et surtout pas un homme comme…

Elle rougit et soupira à la seule pensée de son nom.

Quel genre de femmes pouvait-il aimer ? Les grandes perches avec de gros « nénés » et des jambes interminables ? Tous les garçons aimaient les grandes perches avec de gros nénés.

Elle essaya de l’imaginer dans un bar louche avec une tigresse en bikini aux cheveux de sirène en train de danser sur une table, devant lui, et de lui agiter une paire de ballons trop gonflés sous le nez.

Non ! Non, non, non, non, non…

Il n’irait jamais dans un endroit pareil ! Il était bien trop intelligent, romantique, drôle, courageux et sexy pour se prêter à ce genre de cinéma.

Il n’avait pas besoin de ça. Ce n’était pas une bête, lui ! Il savait contrôler ses bas instincts et ses impulsions. Il avait de « la classe » et, comme le disait toujours Rude, aimait ce qui avait de « la gueule » !

Elle poussa un profond soupir et se laissa tomber à plat dos sur le tas de vêtements, le regard rêveur et un sourire un peu niais sur les lèvres.

Elle ne cessait de le revoir nu, flottant dans sa cuve… Cette image l’avait hanté tout l’après-midi et la faisait rosir de gêne et de délectation à chaque instant.

Ah ! Reno…

Nom d’une matéria, qu’il était beau !

***

Reno ferma les yeux et, les jambes un peu tremblantes de l’orgasme qu’il venait de provoquer, se laissa aller dans la baignoire avec un soupir, laissant l’eau brûlante laver le sperme qui s’était répandu sur ses doigts et son ventre.

La première branlette de sa nouvelle vie !

Bon sang ce que ça faisait du bien de se sentir à nouveau vivant !

Plus vivant que jamais, d’ailleurs. Cette cure de mako avait vraiment fait des miracles. Il se sentait dispos et reposé comme s’il venait de prendre trois mois de vacances, c’était incroyable !

Il se lava les cheveux en sifflotant et pensa à toutes les choses qu’il aimerait faire car, que cela soit clair, il ne dépenserait plus une minute de sa vie inutilement ! Lorsqu’on a testé une fois cet horrible sentiment que son existence est sur le point de s’achever, toutes les choses que l’on ne pourra pas faire défilent dans la tête, saupoudrées de regrets.

Fini les nuits à comater dans un bar louche, l’esprit embrumé par l’alcool, terminées les soirées affalé sur le divan, à légumiser devant une console de jeu ou une émission de télévision ridicule ! Il allait profiter de chaque moment de libre pour s’éclater réellement ! Essayer, tenter des expériences en tout genre, du saut en parachute au stage de relaxation, découvrir des choses et, bien sûr, faire l’amour comme une bête ! Ouais !

Son téléphone sonna et il tendit le bras hors de la baignoire pour tâtonner dans les vêtements qu’il avait jetés sur le sol de la salle de bains.

Le petit écran indiquait un appel de Rude et il sourit.

- Nan, Rudo, tu n’hériteras pas de mon écran géant, je suis toujours vivant, désolé !

Un énorme éclat de rire lui répondit.

« Reno ! Putain, ça fait du bien de t’entendre déconner, vieux frère ! Shalua m’a dit que tu étais sorti de la cuve et que tout s’était bien passé. »

- Ouais. Enfin, ça a été un peu plus compliqué que ça, je t’expliquerai.

« Si tu fais allusion à Yazoo, Shalua m’a déjà raconté. »

- Vous faites une belle paire de commères, tous les deux, tiens !

L’hilarité de Rude redoubla.

« C’est le mako qui se fout des morts ! »

- T’es où ?

« En chemin, je serai au manoir dans deux heures, tout au plus. »

- En chemin ? Qu’est-ce que tu fous ? Vincent m’a dit que tu avais quitté le cratère nord en fin de matinée.

« Oui mais j’ai dû passer chercher une petite surprise pour Cid. »

- Ah ouais ? Quoi ?

« Je peux pas t’en parler, c’est une surprise, je te l’ai dit. Surtout tu lui dis rien, tu fermes ta gueule, hein ? »

- Je sais : le programme de pilotage dont il nous rebat les oreilles et qu’il attend depuis des mois !

« Raté ! Cherche pas, Reno, tu verras bien. »

- Donne-moi un indice, au moins !

« T’auras que dalle ! Sauf peut-être une beigne pour chaque sale quart d’heure que tu m’as fait passer ces deux derniers jours ! Plus sérieusement, Reno : comment tu te sens ? »

- Honnêtement ? J’ai une patate d’enfer ! J’aurais jamais cru.

« C’est super… Je suis vraiment content, vieux frère. Tu nous aurais vraiment manqué, tu sais. Le téléphone de Tseng n’arrête pas de sonner. Tout le monde demande de tes nouvelles. »

La gorge de Reno se serra un peu.

- Ouais… Ouais, je… J’ai… (il toussota, un peu gêné) J’ai du bol d’avoir des potes pareils. Sérieux, je… je sais ce que je vous dois à tous, Rudo, et j’oublierai pas.

« Ah ! Ah ! Ah ! Arrête des conneries et range le mélo ; ça te va comme un costard à un chocobo. Lâche-nous deux ou trois vannes et ça fera l’affaire ! Ce qu’on veut, c’est pas des mercis, c’est retrouver notre bon vieux Reno aussi déjanté et tête brûlée qu’avant ! »

- Ca, ça devrait pas poser de problème.

« Ca marche ! Alors je te dis à tout à l’heure. »

- A toute, Rudo.

Il raccrocha, plus ému qu’il n’aurait voulu, reposa le téléphone sur le tas de vêtements sales et se laissa aller sur l’appuie-tête de la baignoire avec un soupir.

Il avait encore une bonne heure avant le dîner et comptait bien profiter de tous les avantages de la luxueuse salle de bain mais, curieusement, il avait l’impression qu’il manquait quelque chose pour être tout à fait bien, du moins aussi bien que la dernière fois…

Quoi donc ?

Les sels de bain ? Non, il en avait versé une pleine poignée. De la musique ? Non, ça ne lui disait rien. Des remous peut-être ?

Il appuya sur l’un des boutons de commande à l’extérieur de la baignoire et l’eau se mit bientôt à gargouiller, les bulles d’air lui massant agréablement le dos.

Il laissa échapper un soupir de contentement.

C’était presque ça mais… non, il manquait quand même un « truc ».

Il se creusa la cervelle en se massant les tempes et rouvrit brutalement les yeux.

Yazoo…

Voilà ce qui manquait et ce qui l’avait fait se sentir aussi bien la dernière fois qu’il avait pris un bain dans cette même baignoire : les mains fraîches de Yazoo massant doucement son front et ses épaules…

***

Mains qui pétrissaient pour l’heure les épaules et la large poitrine de Loz, qui se laissait faire avec délectation. Les yeux clos et Yazoo assis à califourchon sur son ventre, il était immergé à demi dans l’immense baignoire à remous de la salle de bain de leur chambre.

- Pourquoi n’as-tu pas attendu qu’il sorte de la cuve ? finit-il par demander, intrigué par le comportement de son cadet.

Ce dernier soupira et haussa les épaules.

- Je ne voulais pas qu’il se sente gêné et se croit obligé de se confondre en remerciements à peine sorti de là.

Son massage terminé, il s’allongea sur son frère et ils glissèrent tous deux dans l’eau brûlante.

Agréablement bercé par les bulles du bain, il blottit sa tête au creux du cou de son jumeau avec un petit soupir mais se redressa aussitôt, le faisant violemment sursauter.

- Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? Tu es malade ?

Yazoo approcha son visage à quelques centimètres du sien.

- Dis-moi franchement : j’ai une sale tête ?

Son jumeau jura et le fusilla du regard.

- Ca va pas de me faire des peurs pareilles !

- Réponds !

Loz fronça les sourcils et fit mine de se concentrer profondément pour détailler le petit visage en coeur dans le moindre détail.

- Une sale tête… je dirais pas ça. C’est plutôt…

- Quoi ? Eh bien dis-moi ! Sois honnête.

- On dirait… On dirait un truc déterré par les chiens…

Yazoo se raidit, horrifié, et son frère éclata de rire.

- Abruti ! Tu ne peux pas rester sérieux, une minute ? C’est trop te demander ?! Crétin !

Il tomba sur Loz, qui riait à s’en décrocher la mâchoire, à bras raccourcis, envoyant des gerbes d’eau dans toute la salle de bains.

- Ah ! Ah ! Arrête, tu arroses tout ! Ah ! Ah !

Il lui saisit les poignets d’une main et le ceintura de son bras libre.

Yazoo abandonna rapidement la lutte, sachant qu’en matière de force, il ne faisait pas le poids face à son aîné.

Lorsqu’il le sentit se calmer et se détendre contre sa poitrine, Loz le lâcha, le laissant s’allonger sur lui.

- Alors ? demanda son cadet au bout d’un petit moment avec un sourire malicieux. Comment c’était, avec Tifa ? (un sifflement admiratif lui répondit) A ce point là ?

- Je croyais que tu avais tout entendu.

Son jumeau secoua la tête.

- Je te taquinais. Je suis monté directement du labo et je vous ai entendu parler au moment de tourner le bouton de la porte. Mais si j’en crois ta réaction, ça a dû être bruyant, en effet !

Loz lui pinça les côtes et fit un drôle de petit bruit agacé avec le bout de sa langue contre ses incisives.

- Tsss !

- Loz ? reprit son cadet, voyant qu’il n’obtiendrait pas davantage de confidences.

- Mhh ?

- Tu me trouves comment ?

- Hein ?

- Physiquement. Tu me trouves comment ? Séduisant ? Attirant ? Excitant, même, peut-être ? (Loz grimaça) A ce point là ?

- Un : tu es un homme. Deux : tu es mon frère. Alors pour l’excitation, tu repasseras.

- Oui, forcément, vu comme ça… soupira Yazoo, déçu.

- Mais sinon, tu es un homme très séduisant, essaya de se rattraper son jumeau, qui ne s’attendait pas à le voir si déçu. Aucun problème là-dessus. Bien des femmes seraient ravies de mettre dans leur lit, je te le garantis.

Yazoo fit la moue, pas très convaincu.

- Et… ça fait quoi ?

- Quoi donc ?

- Ca fait quoi ? De faire l’amour, je veux dire. Enfin, avec Tifa, par exemple, ça t’a fait quoi ? Raconte-moi.

Loz écarquilla les yeux, chercha ses mots quelques instants mais finit par hausser les épaules et lâcher un gros soupir en faisant vibrer ses lèvres, incapable de donner un début d’indication à son frère.

Yazoo redressa la tête pour le gratifier d’un regard atterré et la laissa retomber lourdement sur sa poitrine.

- Pourquoi je te demande ça à toi, aussi…

Ils gardèrent le silence un petit moment puis :

- Yazoo… A quoi riment ces questions bizarres ?

Yazoo rougit légèrement.

- Bizarres ? Qu’ont-elles de si « bizarre », mes questions ?

Loz lui releva le menton pour le regarder droit dans les yeux et fit la moue.

- Ce qui peut se passer entre ton nombril et tes genoux ne t’a jamais intéressé. A plus forte raison ce qui se peut se passer entre les miens. Alors qui t’a suffisamment tapé dans l’oeil pour que tu te rappelles soudain que tu avais un sexe à cet endroit ?

Son jumeau vira à l’écarlate et se redressa.

- Ce que tu peux être trivial, quand tu t’y mets ! s’écria Yazoo en sortant de la baignoire.

Il s’enroula dans son drap de bain et fila dans la chambre comme on prend la fuite pour se rouler en boule sur son lit, honteux de s’être fait percer à jour par son jumeau aussi facilement.

Il ne fallut pas longtemps pour qu’il sente le poids de ce dernier sur le lit et ses bras réconfortants autour de lui.

- Dis-moi ce qui se passe, murmura Loz contre son oreille.

Son cadet se retourna et se blottit contre lui avec une soudaine envie de pleurer.

- C’est Reno, avoua-t-il d’une voix à peine audible. C’est Reno, Loz.

Yazoo éclata en sanglots et son jumeau, complètement démuni en face d’une telle situation, ne put que le serrer contre lui et le bercer comme un enfant.

- Oh, merde…

Comment gérait-on d’une situation pareille ?

Il fallait qu’il en parle à Tifa. Qu’il lui parle au plus vite !

***

Après avoir répété à Yuffie une dizaine de fois que « mais oui, elle était ravissante » et que « mais non, sa robe ne la mincissait pas trop », l’Utaïenne consentit enfin à laisser Tifa prendre sa douche et se changer.

Une minute de plus à entendre le panégyrique de Reno et soit elle se serait mise à hurler soit elle aurait éclaté de rire !

- Yuffie… tu es sûre que nous parlons de la même personne ? avait-elle demandé lorsque la jeune fille avait monté en épingle la «dextérité», le «courage» et le «sérieux» du turk. Reno ? Notre Reno ?

- Oh ! Tifa… Il est tellement… Tellement…

- Plus vieux que toi ? avait-elle essayé de plaisanter.

- Ohah ! Tout de suite ! C’est quoi dix ans, franchement ?!

- Presque douze, Yuffie. Presque douze. Reno va avoir 32 ans.

- Eh bien justement : il en a peut-être marre, des vieilles peaux trentenaires !

Tifa en riait encore lorsque, alors qu’elle venait tout juste de se glisser sous le jet d’eau de la douche, Loz fit irruption dans sa salle de bains, lui faisant une peur de tous les diables.

- Mon Dieu, Loz ! Tu veux me faire mourir d’une attaque ?

- Tifa ! Je dois te parl… Oh…

Il s’était figé avec, sur les lèvres, un petit sourire en coin rêveur ; hypnotisé par les dizaines de petites rigoles d’eau savonneuse qui coulaient entre les formes généreuses de la jeune femme.

Tifa, plus flattée par sa réaction qu’elle ne voulait bien le laisser paraître, lui releva la tête.

- Pour parler, bel incarné, c’est là que ça se passe, fit-elle en posant son majeur et son index sous ses yeux.

- J’ai un problème, fit-il sans détour. Un gros !

- Un problème ?

- C’est Yazoo. Il… (il baissa d’un ton) Il ressent des… Disons qu’il s’est mis à apprécier particulièrement quelqu’un.

- Ah ? Et en quoi c’est un problème ? (Loz rougit un peu et toussota, mal à l’aise) Ah non ! Ne me dis pas que c’est de Shalua !

Il secoua la tête et leva les bras au ciel.

- Si c’était ça, ce serait pas grave !

- Que tu crois ! Elle est avec Cid.

- Ah oui ? Alors c’est pour ça qu’ils… Enfin, on s’en fiche ! Non, ce n’est pas Shalua.

- Qui, alors ?

- C’est… C’est Reno, avoua-t-il dans un murmure à peine audible, faisant blêmir Tifa.

- Quoi ? Lui aussi ? s’écria-t-elle.

- Comment ça « lui aussi » ?

…à suivre

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XXIX - Mien et seulement mien !

«Qu’est-ce que la possession

qu’un lent désir n’a pas précédée ?»

J. Lamarche

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Shiva Rajah d’après des illustrations de M.A. Sambre

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

La version non censurée de ce texte accompagnée d’une illustration inédite trop osée pour être publiée ici se trouvent dans le fascicule “Les interdits de www.ff7-yaoi-fanfics.com Tome 2″ (voir dans la boutique)

- Loz ? insista Tifa en posant la main sur sa joue. Qu’est-ce que tu as ? Tu me fais peur…

Avec un grognement sauvage, il l’écarta de l’épaule et asséna un coup de poing si violent dans le mur qu’un morceau de maçonnerie tomba à ses pieds.

- Loz ! s’affola la jeune femme. Qu’est-ce qui te prend ? Qu’est-ce que tu as ?

Pour toute réponse, l’argenté pressa ses deux mains sur ses tempes et, dos au mur qu’il venait de frapper, se laissa glisser jusqu’au sol avec un gémissement horrible, le visage déformé par quelque chose qui n’était pas loin de ressembler à de la douleur.

- Oh, mon Dieu ! Loz !

Elle voulut le serrer contre elle et l’aider à se relever mais il la repoussa brutalement, les yeux voilés de larmes.

- Ne m’approche pas !

- Qu… Quoi ?

- Je vais te faire du mal, Tifa, ne m’approche pas !

- Qu’est-ce que tu racontes ? Loz…

- Qu’est-ce qui se passe, ici ? s’écria Shalua, qui venait de sortir du laboratoire, alertée par le bruit. Qu’est-ce qu’il a ? demanda-t-elle en voyant l’argenté sur le sol.

- Je l’ignore ! hoqueta son amie, complètement affolée. Il a… il a changé d’attitude soudainement et… Je ne sais pas, Shalua. Je ne sais pas ce qu’il a !

Kadaj sortit à son tour du laboratoire et, évaluant la situation en un instant, se précipita aussitôt vers son frère.

***

Dans la bibliothèque, Vincent referma d’un geste rageur les rapports remis par Rufus et qu’il avait demandés à Elena la veille.

Il avait lu et relu les différents passages concernant le compte-rendu de l’incident qui avait fait annuler le décollage de la fusée de Cid, il y a plusieurs années, mettant par là même une fin définitive à son rêve d’aller dans l’espace et au projet spatial de la Shinra. Il avait décortiqué le texte jusque dans les moindres détails, cherchant la faille, mais n’avait rien trouvé.

Rien du tout…

Mais qu’espérait-il y trouver, en réalité ? Ce n’était pas la première fois que son intuition le trompait, après tout.

Que les rapports matériels aient confirmé l’anomalie détectée par Shera concernant les réserves d’oxygène de fusée, ce n’était cependant pas ce qui allait le faire changer d’avis sur elle, loin de là !

Si ces fichues réserves d’oxygène avaient explosé en vol, tout l’équipage de la fusée aurait été réduit en cendres et ça, Shera s’était toujours chargé de le rappeler à Cid et de le dire à qui voulait bien l’entendre. Oh, bien sûr, jamais de façon à avoir l’air de s’en vanter, bien au contraire. Plutôt en se présentant comme celle qui « avait gâché le rêve de l’homme pour qui elle aurait volontiers donné sa vie ! » La jeune femme avait peaufiné son rôle de « Sainte Shera Martyr » jusqu’à la dernière larme !

Vincent froissa une feuille de notes et la jeta rageusement sur le sol.

Pourquoi personne ne voyait clair dans le jeu de cette folle en dehors de lui ?

« Shera ? Mais enfin, Vincent, tu es fou ! Elle est la douceur même. »

« Avec Shera, Cid ne pouvait pas mieux tomber ! Mais la patience de cette femme sera mise à rude épreuve durant ce mariage, tu peux me croire ! »

« Comment Cid peut-il traiter une femme si gentille avec autant de mépris ? Il a beau être mon ami, j’avoue que je lui dirais volontiers ses quatre vérités à ce sujet ! »

Etaient-ils donc tous aveugles ?

Il poussa un profond soupir de dépit.

Il aurait tant aimé trouver dans ces rapports une raison inexcusable de rupture à ajouter au dossier de divorce - une erreur, un mensonge, un sabotage, n’importe quoi !

Non, en fait. Pas n’importe quoi. La confirmation de ce qu’il pensait depuis toujours : que c’était Shera qui avait saboté la fusée pour l’empêcher de décoller !

Si Cid avait été le premier homme à aller dans l’espace, il serait devenu un héros, une vedette… inaccessible pour elle, qui avait pourtant accepté de jouer les esclaves soumises durant des années pour pouvoir être seulement près de lui.

De l’amour ? C’est ce qu’elle croyait mais, à ce niveau, ça tenait plus de l’obsession psychotique que de l’idylle.

Cid avait beau essayer de le cacher, il savait très bien qu’elle n’accepterait jamais de divorcer. Pas sans qu’on lui force la main, du moins.

- Mon maître vous réclame et semble tourmenté, annonça Cait 9 en entrant dans la bibliothèque. Si vous me permettez la familiarité.

- Kadaj ? Qu’a-t-il donc ?

- Je l’ignore mais il m’a demandé d’accourir et, sans perdre de temps, de venir vous quérir.

Vincent rangea les rapports dans leur pochette cartonnée et les coinça sous son bras.

- Allons-y donc, fit-il en tendant sa main gantée au chat robotisé.

Cait la saisit et ils quittèrent la bibliothèque en direction du sous-sol.

***

- Loz ! Loz, regarde-moi. Regarde-moi !

Kadaj lui prit le visage dans les mains et le força à lever la tête.

- Elle est là, Kadaj ! haleta Loz, faisant blêmir Tifa et Shalua. Elle est revenue ! Je l’entends ! Elle essaye de s’imposer dans chacune de mes pensées !

Son frère le serra contre lui.

- Je le sais, mon frère. Je le sais…

- Jenova… murmura la jeune scientifique en se détournant avec un frémissement horrifié dans la voix.

Elle eut un geste aussi rageur qu’impuissant et Tifa, au bord de la nausée, s’appuya contre le mur du couloir.

- Oh, non… Elle ne va pas les reprendre ? Shalua, dis-moi qu’elle ne peut pas les reprendre !

A ce moment précis, Vincent descendit les dernières marches qui menaient au sous-sol en tenant Cait 9 par la main.

Devant le spectacle désolant qui s’offrit à lui, il comprit immédiatement de quoi il retournait.

- Elle n’a pas perdu de temps… soupira-t-il en s’accroupissant à côté de Loz et de Kadaj. Lui aussi ? demanda-t-il à ce dernier.

Kadaj acquiesça.

- Aussi ? s’étonna Shalua. Pourquoi ? Qui est l’autre ? Yazoo ?

Le benjamin de la fratrie leva vers elle un regard coupable et elle posa une main compatissante sur son épaule.

- Oh, poussin…

Cait, sentant la détresse de son jeune maître et que quelque chose de grave se passait, se glissa entre lui et son frère pour enlacer son cou de ses petites pattes velues.

- On ne la laissera pas faire, Kadaj, assura Vincent en gratouillant la tête du chat. Je te le promets.

- Loz est le plus fort d’entre nous, Vincent. Si même lui n’arrive pas à lutter, comment le pourrons-nous ?

Son aîné redressa la tête, le regard farouche et volontaire.

- J’ai lutté, assura-t-il. Si ce n’avait pas été le cas, Tifa serait morte, à l’heure qu’il est, ajouta-t-il, faisant hoqueter la jeune femme.

Profondément choquée par ces paroles, Tifa dut s’appuyer contre Shalua et l’ancien turk se tourna vers elle.

- Reprends-toi, Tifa, ce n’est pas le moment de flancher.

- Il a raison, ma grande, chuchota la jeune scientifique en serrant affectueusement les épaules de son amie de son bras valide. C’est maintenant qu’ils vont avoir besoin de nous.

Loz adressa à Tifa un regard à la fois accablé et coupable qui la bouleversa et, prenant son courage à deux mains, elle s’agenouilla à ses côtés pour enfouir son visage contre son cou.

- Je ne te ferai jamais de mal, Tifa, assura-t-il. Pas tant qu’il me restera une once de conscience qu’elle n’aura pas dévoré.

- Elle ne dévorera rien du tout ! promit Vincent. Nous l’en empêcherons. Jenova n’est pas invincible, loin s’en faut, et cette première bataille contre elle, tu l’as bel et bien gagnée, Loz.

Kadaj serra fortement Cait 9 contre lui, comme si l’affectueuse peluche était une amulette pouvant le protéger de Jenova.

Et elle l’était, en quelque sorte, puisqu’elle était la marque de l’amitié de Reeve et qu’elle lui rappelait à chaque instant, par sa seule et attendrissante présence, que lui et ses frères n’étaient plus seuls, désormais.

Mais cela suffirait-il ? Jenova était si forte…

- Et les prochaines batailles ? murmura-t-il avec un tremblement dans la voix. Qui les gagnera, Loz ? Elle ou nous ?

- Nous ! répondit Tifa à sa place. Nous tous. Et peu importe que nous ne sachions pour l’instant comment…

Vincent se leva.

- Dès que Reno sera sorti de la cuve, après le dîner, nous réunirons tout le monde en salle de conférence. Les hostilités sont ouvertes et nous devons serrer les rangs…

Tifa se blottit contre Loz et Cait leva un regard inquiet vers Kadaj et Shalua, quémandant une grattouille réconfortante.

***

Yuffie regarda sa montre et repoussa sa deuxième part de dessert, repue.

- Je descends voir Reno ! lança-t-elle à la cantonade en quittant la table du déjeuner. Je lui ai promis !

Cid avala son rapidement son café et se leva.

- Je vais avec toi.

Ils descendirent dans le sous-sol et frappèrent doucement à la porte du laboratoire.

Ce fut Cait 9 qui leur ouvrit.

- Mademoiselle. Cher Amiral, salua-il avec une petite révérence. Votre souci est médical ?

Cid roula des yeux et les leva au plafond.

- Ah non mais c’est carrément insupportable, cette façon de parler…

- On est pas malades, Cait, chuchota l’Utaïenne sans prêter attention à la réflexion du pilote. On vient voir Reno. C’est possible ?

Le chat acquiesça et s’effaça pour les laisser passer en mettant un doigt de sa petite patte devant sa bouche.

- Passez, passez et parlez bas, recommanda-t-il. Yazoo repose juste là.

***

Nu-pieds, vêtu d’un t-shirt noir et de son pantalon de cuir après une douche brûlante, Loz essayait de se détendre, allongé sur son lit.

Sans succès.

Il avait quitté la table du déjeuner sans attendre le dessert - espérant s’accorder quelques moments d’intimité avec Tifa - mais cette dernière était restée en bas et ne paraissait pas pressée de le rejoindre dans sa chambre, comme il l’avait espéré.

Pire : depuis presque une demi-heure que durait son attente, la voix dans son cerveau ne le laissait pas en paix, menaçant de le rendre fou.

« Elle ne viendra pas, Loz. » railla-t-elle « Cette peste ne sera satisfaite que lorsqu’elle t’aura brisé le coeur et enterré sous six pieds de gravats ! »

Il ferma les yeux et essaya de l’ignorer.

« Comme ce turk pour lequel ton jumeau a risqué sa vie ! Tu te souviens de l’explosion, dans le tunnel, Loz ? Tu te souviens des flammes ? De l’odeur de ta propre chair en train de se consumer ? Du bruit des os de Yazoo écrasés sous les blocs de ciment ? De la douleur ? Te souviens-tu de vos cris, Loz ? Ceux qui ont fait ça sont les mêmes que ceux qui voudraient te faire croire aujourd’hui qu’ils sont tes amis ! »

Il posa un oreiller sur son visage pour étouffer un gémissement.

- Mais tu vas te taire, à la fin !

« Je suis ta mère et mon devoir est de veiller à ce que tu ne… »

- Tu n’es pas ma mère ! Ma mère s’appelait Lucrecia !

« Mensonge ! Qui était là, lorsque vous aviez besoin d’aide : cette garce ou moi ? Qui a fait de vous des hommes puissants et redoutés alors que vous n’étiez que des expériences ratées ? Veux-tu redevenir une expérience ratée, Loz ? C’est ça que tu veux ? Parce que, pour eux, tu n’es et ne seras jamais rien d’autre ! »

- Je ne veux plus t’entendre !

« Il le faudra bien, pourtant, parce que je ne laisserai pas mon fils bien aimé être berné par une putain et une bande de fripouilles parvenues ! Tôt ou tard, j’arriverai à te faire entendre raison ! »

On frappa et Loz sursauta.

- C’est ouvert !

La porte s’entrouvrit et Tifa passa la tête par l’entrebâillement.

- Je peux ?

Il sourit, le coeur battant.

- Bien sûr, entre.

Il s’assit sur le lit et elle referma la porte pour s’y appuyer.

- Comment te sens-tu ?

Il haussa les épaules et grimaça.

- Elle se réveille de temps à autres. C’est à devenir complètement cinglé.

- Si seulement je pouvais faire quelque chose pour te soulager.

Loz prit sur lui pour faire bonne figure.

- Un câlin ne serait pas de refus, badina-t-il avec une petite moue espiègle.

Elle éclata de rire.

- Ca devrait pourvoir s’arranger ! Tu es parti comme une flèche, après le déjeuner.

- Je… En fait, je m’attendais à ce que tu me suives, quand je suis monté, avoua-t-il en détournant le regard, la gorge soudain sèche.

Jenova avait raison sur un point : il désirait Tifa à en être malade, comme il n’avait jamais désiré une femme. La souffrance provoquée par ce désir, c’est ce qui avait nourri l’entité. C’est en profitant de cette faiblesse que sa pseudo-mère avait failli le pousser à commettre le pire, un peu plus tôt.

- J’avais envie de prendre une douche et me changer, avant, murmura Tifa en verrouillant la porte pour que, cette fois, personne ne vienne plus les déranger. Je portais encore les vêtements d’entraînement de ce matin.

Les iris couleur de mako se plantèrent dans les siens et le monde qui l’entourait cessa d’exister…

***

Cid tapota doucement sur le cylindre en verre de la cuve de mako et Reno ouvrit les yeux.

- Salut, poil de carotte ! La baille est bonne ?

Le turk sourit et leva le pouce.

- Salut ! fit à son tour Yuffie en sortant de derrière le dos de Cid pour s’approcher de la cuve. Comment t… Oups !

Elle rougit brutalement avant de reculer de plusieurs pas et Kadaj pouffa derrière son écran.

Un : elle ne s’était pas attendue à voir Reno nu dans la cuve.

Deux : celle-ci étant surélevée d’une cinquantaine de centimètres et Yuffie surbaissée de vingt par rapport à la moyenne des femmes, elle s’était, pour ainsi dire, retrouvée le nez sur…

- Ce n’est qu’un pénis, du calme ! la brocarda le pilote, la faisant rougir plus encore. Dis-donc, Reno, t’es un vrai roux ? J’aurais jamais cru !

Le turk roula des yeux et son sourire s’élargit.

- Ne le fais pas rire, Cid, intervint Shalua en lui pinçant les fesses, ce qui fit hausser le sourcil à Reno.

Tiens, tiens… Se passait-il quelque chose entre ces deux-là ? Intéressant. Il faudrait qu’il examine le sujet de plus près une fois sorti de là.

- Bon, bah, contente de voir que tu vas bien, Reno ! Je te vois tout à l’heure pour dîner, hein ! fit précipitamment Yuffie avant de s’éclipser - ou de s’enfuir ? - les joues presque aussi rouges que les cheveux du turk.

Ce dernier agita la main et haussa les épaules.

- Je ne l’aurais pas crue si pudique, notre petite ninja… nota Shalua, follement amusée par la réaction épidermique de la jeune fille.

Kadaj, lui, trouva sa réaction plutôt émouvante et un sourire énigmatique étira ses lèvres pâles tandis qu’il se concentrait sur son clavier.

***

Tifa alla s’agenouilla à côté de Loz, sur le lit, pour suivre de l’index les formes un rien agressives des pattes argentées qui accentuaient les angles élégants de ses joues.

L’odeur sucrée du jeune homme l’enveloppa et elle caressa du bout des doigts ce visage à la beauté virile, farouche, et cette peau lisse et parfumée d’une pâleur onctueuse.

Loz sourit en fermant à demi les yeux.

Les reflets bleutés du froid soleil d’hiver qui pénétrait par l’entrebâillement des lourds rideaux faisaient chatoyer ses cheveux de mercure et se reflétaient sur sa peau, le transformant en statue d’électrum.

Le sourire de Tifa se fit caresse pour se poser sur sa pommette haute et elle se sentit soudain saisie d’une confusion qui n’était due qu’à l’émotion du moment.

- Je t’ai vue moins timide, murmura-t-il à son oreille.

« Oui, lorsqu’elle a essayé de te tuer, là-bas, à Midgar, elle était tout sauf timide… » persifla la voix dans sa tête. « T’en souviens-tu, Loz ? De souviens-tu de la haine, dans ses yeux ? »

« Mais tu vas la fermer, oui ! » répliqua-t-il en silence.

Tifa hocha la tête.

- C’est à mon tour de ne pas trouver les bons mots pour te faire comprendre à quel point tu m’attires et combien j’aimerais te le dire.

- Alors montre-le-moi…

Les mains de Loz se posèrent sur sa ceinture de cuir.

Souriant, il défit la boucle ainsi que le bouton de son pantalon et Tifa sentit une vague de chaleur remonter le long de son ventre. Puis il retira son t-shirt noir, dénudant son torse.

Sans la quitter des yeux, il fit descendre ses doigts de sa poitrine à son ventre, où ils dézippèrent la fermeture éclair. Puis ils se faufilèrent dans son pantalon pour le faire glisser sur ses cuisses et s’en débarrasser d’une torsion de reins.

Il ne portait aucun sous-vêtement.

Magnifique dans sa nudité, il se pencha sur Tifa et ses mains défirent un à un les petits boutons de son corsage. Sa bouche suivit bientôt ses doigts, se posant délicatement sur chaque pouce de peau dévoilée.

Ses lèvres traçaient un chemin de sensations contradictoires sur la peau de la jeune femme, frôlements assassins et caresses meurtrières, à la fois douces et douloureusement plaisantes.

« Ne fais pas autant de manières, Loz ! Ca ne te ressemble pas ! Et ce n’est pas ce qu’elle attend de toi, pauvre idiot ! Elle se sert de toi, es-tu donc si aveugle ? »

« Je t’ai dit de la fermer ! »

Après s’être débarrassé de la jupe longue et des bottes, il dégrafa le soutien-gorge, qu’il envoya valser au pied du lit, et fit glisser la petite culotte de dentelle le long des jambes fuselées.

Lorsqu’il s’allongea sur elle et que Tifa sentit la chaleur de sa peau contre la sienne, entièrement libérée de la barrière des vêtements, ce fut une intense brûlure qu’elle ressentit jusqu’aux tréfonds.

Le visage enfoui contre son cou, il mordilla tendrement le lobe de son oreille et un long frisson traversa le corps de la jeune femme. Le poids du corps de Loz, qui la pressait contre le matelas, l’enchanta, lui rappelant les sensations enivrantes et malheureusement interrompues de la nuit précédente.

Elle soupira et sourit, simplement heureuse de le sentir sur elle, pesant, fort, à sa place.

Tifa ouvrit brutalement les yeux.

Oui… il était à sa place.

Il se redressa légèrement et la regarda.

Un feu intense luisait dans son regard de félin. Un brasier effrayant d’intensité. Ses lèvres entrouvertes étaient gonflées et ses joues se teintaient d’une douce ombre rosée, comme s’il venait de courir. La veine, sur sa tempe, battait si violemment que Tifa craignit un instant de le voir s’affaler. Impression accrue par le souffle haletant et difficile qui s’échappait de sa gorge.

- Loz… murmura-t-elle, un peu inquiète.

Mais ces yeux-là n’étaient pas ceux d’un homme souffrant ou sous l’emprise d’une entité extra-terrestre. C’étaient ceux d’un homme dévoré par le désir. Un désir qui, lorsque qu’elle le décela, tordit les entrailles de la jeune femme en une agréable et sensuelle pression, faisant se dilater chacune de ses veines.

Le voir la désirer ainsi le rendait incroyablement désirable en retour et Tifa se sentit plonger dans un tourbillon de folie, une frénésie de concupiscence attisée par une trop longue abstinence. Une passion toute de brutalité et de domination forgée au grand feu de l’impatience. Si elle relâchait ne serait-ce qu’un peu le contrôle, ce serait violent… Effrayant… Animal… Le pire d’elle-même, cette partie masculine si bestiale qu’elle détestait d’autant plus chez les hommes qu’elle faisait partie intégrante de sa personnalité de combattante.

« N’attends pas ! » hurla la petite voix dans la tête de Loz. « Possède cette chienne en chaleur et débarrasse-toi d’elle ! »

« Non… »

Il se pencha vers elle pour prendre son visage entre ses mains et déposer un baiser passionné sur ses lèvres.

Un feu dévastateur enflamma les reins de la jeune femme.

« Plus bas, Loz. » insista la petite voix. « Serre cette gorge comme elle aurait tant voulu le faire avec toi, il y a deux ans ! »

« Jamais… Je ne lui ferai jamais de mal. »

« Bien sûr que si ! Parce qu’elle le mérite et parce que c’est dans ta nature, que tu le veuilles ou non ! »

« Tais-toi donc ! »

« Prends-là, allez, qu’attends-tu ? Glisse-toi entre ses jambes, soulage-toi et serre tes mains sur sa gorge ! »

« Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! »

Il poussa un gémissement douloureux dans la bouche de Tifa et celle-ci couvrit son visage de baisers.

La jeune femme lui prit la main droite et la fit courir sur son corps jusqu’à ses seins et sa gorge avec un soupir expressif tandis que de l’autre, elle lui pinça cruellement les tétons, le faisant brutalement tressaillir.

- Tifa… haleta-t-il en lui saisissant le poignet de sa main libre.

Elle lui adressa une petite moue désolée, ne l’ayant pas cru si sensible à cet endroit…

« Regarde comme elle te traite ! Tu n’es qu’un jouet, pour elle ! Comme pour les autres !»

Il sentait battre la jugulaire de la jeune femme sous sa paume droite et il lova les doigts sur la gorge délicate.

« Montre-lui qui est le maître !»

Il serra un peu et elle le laissa faire, préférant continer de taquiner ses tétons si sensibles plus gentiment.

« Serre ! Mais serre donc ! Tu n’auras jamais de plus belle occasion ! C’est la femme qui a essayé de te tuer, Loz ! Ne l’oublie pas ! »

- Loz… susurra Tifa, si bas qu’il faillit ne pas l’entendre. Doucement. Tu… Tu m’étrangles.

Il ouvrit brutalement les yeux et voyant sa main puissante contractée sur le cou gracile, fut pris de panique. Par tous les démons de la planète ! Qu’était-il donc en train de faire ?

Il la lâcha immédiatement et recula.

- Pardon, je…

Il parut hésiter un instant, le souffle court, puis se pencha par dessus le bord du lit pour se saisir de son pantalon, qu’il avait jeté sur le sol.

La jeune femme se raidit, soudain blême, croyant qu’il allait se rhabiller et partir.

- Loz ? bredouilla-t-elle. Attends, que…

Il retira la ceinture de cuir des passants du vêtement et la lui tendit.

- Attache-moi, chuchota-t-il.

« Que fais-tu, Loz ? Es-tu fou ?»

Tifa écarquilla les yeux.

- Quoi ?

« Arrête ! Arrête ce jeu stupide immédiatement, Loz ! Au fond de toi, tu sais que j’ai raison ! »

Il s’allongea lentement sur le dos, sans la quitter des yeux, et saisit les barreaux du lit, au-dessus de sa tête.

- Attache-moi les mains, répéta-t-il, le souffle saccadé.

« Pauvre imbécile… »

Tifa n’en croyait ni ses yeux ni ses oreilles mais la simple perspective de soumettre ainsi cette force brute, de dompter cette créature si puissante était… terriblement excitant.

Jamais elle n’aurait imaginé qu’un homme tel que Loz, si viril, si dominateur, se prêterait à ce genre de jeu…

Mais était-ce un jeu ?

Elle plongea son regard dans les yeux mako et y lut du désir, bien sûr, mais aussi ce qu’elle interpréta comme de l’appréhension.

- De quoi as-tu peur, Loz ? demanda-t-elle en se penchant pour caresser son ventre de ses lèvres, le faisant frissonner de plus belle. De moi ?

- Non… répondit-il.

- De toi, alors ?

- Peut-être…

- D’elle ?

- Surtout.

Avec un pincement au coeur, elle déposa une pluie de baisers sur son abdomen.

- Jamais je ne la laisserai te reprendre, Loz… assura-t-elle d’une voix enrouée en caressant son corps magnifiquement découplé. Dis-moi ce que je dois faire. Dis-moi ce que tu veux…

Elle le vit déglutir avec difficulté, sa pomme d’Adam montant et descendant dans sa gorge serrée par le désir.

- Attache-moi et…

- Et quoi, Loz ?

Il ferma les yeux un instant, le coeur battant, et elle l’encouragea d’un baiser sur le coin de la bouche.

- Fais-moi l’amour…

Ces quelques mots, si insolites dans la bouche d’un homme, le ton suppliant, ses caresses, son odeur et son physique affolant allumèrent un incendie de concupiscence au creux du ventre de la jeune femme.

- Oh, Loz…

Ses prunelles brillèrent avec l’intensité que celles d’un oiseau de proie et elle attacha solidement ses poignets du jeune homme aux barreaux du lit, au-dessus de sa tête.

***

Appuyé à l’encadrement de la fenêtre, le corps nu portant encore les traces de la passion dévorante qui l’avait uni à Tifa, Loz regardait le soleil se coucher, le ventre noué et les yeux menaçant de déborder.

La voix l’avait réveillé et ne cessait de le harceler.

« Tu as eu ce que tu voulais, Loz. Es-tu soulagé pour autant ? Bien sûr que non parce que j’avais raison ! Tout ce qu’elle voulait, c’était profiter du plaisir que tu pouvais lui offrir ! »

« C’est faux… Elle n’a pensé qu’à moi. »

« Non, Loz ! Elle a fait de toi son jouet ! Sa chose ! »

« Non… »

« Mais qu’est-ce que tu crois, mon pauvre fils ? Qu’est-ce que tu espérais ? Qu’elle te ferait l’amour en te murmurant des mots doux à l’oreille et te ferait des promesses d’affection éternelle ? Ah ! Ah ! Ah ! Ouvre les yeux, Loz ! »

« Tais-toi ! Par pitié, tais-toi… »

« Non. Pas tant que je ne t’aurais pas rendu la raison. Cette fille est en train de te briser ! Elle va réduire ton coeur et ton âme en charpie pour son seul plaisir ! Débarrasse-toi d’elle, Loz ! Débarrasse-t-en ! »

« Je ne peux pas… »

« Bien sûr que si ! Pense à ce qu’elle a fait. A ce qu’elle a dit ! Elle n’a que les mots « désir » et « plaisir » à la bouche, lorsqu’elle parle de toi, Loz ! Rien de plus ! Tu n’es rien de plus pour elle qu’un corps destiné à lui donner du plaisir ! »

« Je ne peux pas… »

« Je te guiderai, mon fils… »

« Non… Je t’en supplie, non… »

Il ferma les yeux et prit une inspiration douloureuse.

- Loz ?

Il tressaillit en sentant les bras de Tifa lui enserrer la taille par derrière.

- Tu pleures ?

Elle faillit ajouter « mon amour » mais se mordit la langue à temps, sachant combien les hommes détestaient ce genre de petits noms dès le premier rapport sexuel.

La seule chose qu’ils craignaient plus qu’une piqûre ou une prise de sang était une femme sentimentale qui risquerait de leur passer la corde au cou, elle ne le savait que trop et en avait fait l’amère expérience avec Cloud.

- Non, je ne pleure pas.

Elle laissa une traînée de baisers le long de son épine dorsale en insistant sur les cicatrices de ses injections de mako.

- Pourquoi as-tu l’air si crispé, Loz ?

- Tifa… Tout à l’heure…

Elle discerna quelque chose dans sa voix, comme un reproche, qui lui noua le ventre.

- Oui ? demanda-t-elle, la gorge soudain serrée par l’appréhension.

- Ce n’était pas… Ce n’était pas que physique, pour toi, n’est-ce pas ?

La jeune femme eut l’impression de recevoir une gifle en pleine figure.

Et dire qu’elle l’avait cru différent des autres… Mais, non, Loz était comme tous les autres hommes. Coucher, d’accord, mais s’encombrer d’une femme qui risquerait de l’aimer et de nouer un fil à la patte, hors de question !

Elle pressa son front contre son dos en ravalant ses larmes, se demandant si elle devait répondre par la négative, d’un enjoué : « Mais non, voyons ! Que vas-tu imaginer ! Je ne voulais que passer un moment, comme toi. Si on remettait ça un de ces quatre ? ».

Au moins, comme ça, elle aurait une chance de vivre à nouveau avec lui des minutes aussi fortes que celles qui venaient de s’écouler. Oui, si elle cachait ses sentiments, elle pourrait…

Quoi ? Souffrir en silence durant des années, comme avec Cloud ? Attendre de sa part un amour qui ne viendrait jamais ? Vivre avec son absence quasi-permanente ?

Non, elle ne mentirait pas.

Et, après tout, Loz était tout à fait en droit de refuser son affection. N’était-ce pas elle, qui l’avait cherché, dans la chapelle ? N’était-ce pas elle, qui l’avait embrassé la première ? Elle qui l’avait séduit, en fait ?

Non, Loz ne lui devait rien. Rien du tout et ne lui avait fait aucune promesse. Elle n’avait pas le droit de l’enchaîner par des sentiments qu’il n’avait pas réclamés.

- Non, Loz, avoua-t-elle, le coeur brisé. Ce n’était pas seulement physique…

Elle le sentit se pétrifier entre ses bras et resserra son étreinte une dernière fois. Juste une dernière fois pour profiter encore quelques secondes de sa chaleur, de la douceur de sa peau et de son parfum.

Elle sentait battre son coeur à tout rompre contre ses seins et son souffle s’accélérer sous l’effet du choc et de la surprise.

Bon sang, c’était encore pire que ce qu’elle aurait pu craindre…

- Si ça te pose problème autant le dire tout de suite Loz, fit-elle en ravalant ses larmes. Dis-le avant qu’il ne soit trop tard parce que… Parce que je crois que je suis en train de tomber salement amoureuse de toi, tu sais…

Il pivota entre ses bras pour lui faire face mais elle n’osa pas lever la tête pour voir son expression.

Tête basse, elle le lâcha à regret, une douleur sourde au creux de la poitrine qui mettrait sans doute des mois à cicatriser… mais deux mains puissantes se refermèrent sur son visage pour l’obliger à plonger son regard couleur de châtaigne dans les yeux mako à présent scintillants de larmes.

- Surtout ne change rien pour moi, fit-il en souriant tandis qu’un flot salé se répandait sur ses joues. Oh, Tifa…

« Je le savais… Je savais qu’elle éprouvait quelque chose pour moi ! J’avais raison ! » hurla-t-il mentalement à Jenova, narguant la voix qui avait voulu le tromper. « Tu n’as jamais su que nous mentir et te servir de nous ! Mais c’est fini ! Bel et bien fini… Je ne te laisserai plus te mettre entre elle et moi. Ni entre moi et personne, d’ailleurs ! Va pourrir avec les charognes, Jenova ! C’est là qu’est ta place… »

Il serra Tifa contre lui à l’étouffer et quelque chose, comme si on lui avait injecté une pleine seringue d’oxygène, se répandit dans chacune de ses artères, purifiant, faisant chanter le sang dans ses veines. Il se sentait soudain si libre, si léger que si la jeune femme n’était pas agrippée à lui, il aurait pu s’envoler.

- Loz… Loz… murmurait Tifa comme un mantra, la joue pressée contre sa poitrine.

- Je suis là, Tifa… Je serai toujours là, pour toi… Toujours…

Le ravissement de la jeune femme était tel qu’elle crut sa poitrine sur le point d’éclater.

Tout comme éclatèrent au même instant, à des centaines de kilomètres de là, les vitres les détecteurs de la Shinra sous le cratère nord tant fut forte l’explosion de colère de Jenova.

Tifa l’avait terrassée comme on embrasse : en douceur, passionnément et sans hésitation aucune.

Le hurlement de rage de la calamité tombée du ciel agita la rivière de la vie jusqu’aux tréfonds.

Les remous provoqués par sa formidable colère vinrent baigner avec la douceur d’une vague d’été les pieds de Lucrecia, qui lui répondit par un rire clair débordant de joie.

Jenova venait de perdre son premier « fils ».

…à suivre

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XXVIII - Une vieille connaissance

«Ecraser l’innocent qui résiste,

c’est un moyen que les tyrans emploient

pour se faire une place en mainte circonstance.»

Goethe

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Les violentes secousses qui agitèrent le liquide verdâtre apprirent à Reno que quelque chose de particulièrement volumineux venait d’être plongé dans la cuve.

Une échelle ?

Allait-on enfin le sortir de là en urgence ?

Les mains toujours crispées sur la poitrine, il ouvrit les yeux, releva la tête et eut la surprise de voir un autre corps nu tout près du sien. C’est à ses longs cheveux flottant autour de lui comme de fines algues d’argent qu’il reconnut Yazoo.

Ce dernier ne lui laissa pas le temps de montrer sa surprise et le serra aussitôt contre lui en expulsant l’air que contenaient ses poumons pour prendre une profonde inspiration.

C’était violent et particulièrement douloureux mais le temps pressait.

Le mako envahit aussitôt sa bouche et ses bronches et il convulsa douloureusement sans lâcher un seul instant sa prise sur Reno.

Ce dernier, comprenant ce que l’argenté était en train de faire, le repoussa et prit son visage entre ses mains pour le regarder droit dans les yeux. Yeux qui, pour l’heure, étaient fermés sous l’assaut de la douleur et le turk secoua la tête, ne comprenant absolument pas à quoi rimait sa présence dans la cuve.

Il était si surpris qu’il en oublia presque sa propre souffrance et sa propre panique durant quelques secondes.

Ne pouvant pas parler, il secoua doucement la tête de Yazoo, quêtant un signe à défaut d’explication.

L’argenté ouvrit enfin les yeux… et sourit.

« Yazoo ? » articula silencieusement Reno dans le liquide.

Pour toute réponse, celui-ci le serra à nouveau contre lui et lui frotta doucement la nuque et le dos, comme il l’avait fait la nuit précédente pour l’apaiser, lorsque Reno avait rendu tripes et boyaux à plusieurs reprises dans l’évier.

Hélas, toujours sous l’emprise de la panique, le turk ne pouvait rester immobile dans les bras réconfortants.

Il voulut se dégager mais l’argenté referma sa main droite sur sa bouche et son nez et resserra l’étreinte de son bras gauche, le pressant si fort contre lui qu’il était impossible à Reno de gonfler sa cage toxique.

« Ne respire pas, Reno » articula-t-il exagérément dans le liquide pour être sûr d’être compris.

Reno essaya à nouveau de se libérer mais Yazoo avait une poigne de fer et il était lui-même épuisé par les longues heures passées à vomir et à subir les assauts de la fièvre et du sevrage.

Ils bataillèrent durant un long moment et, lorsque le turk comprit qu’il ne pourrait pas sortir de cette maudite cuve et qu’il allait probablement mourir là, il abandonna la lutte, épuisé et las de se battre pour survivre depuis presque deux jours.

Reno en avait assez. Il n’en pouvait plus de la douleur, de la fièvre, de la peur, de tout…

Que le mako le noie, après tout ! Il s’en fichait. Il ne voulait plus ferrailler avec des moulins à vent. Il voulait la paix. Juste la paix. Ne plus avoir mal, ne plus penser, ne plus paniquer, ne plus trembler…

Yazoo le sentit soudain de pâte entre ses bras et il desserra l’étau de ses bras.

La tête du turk retomba doucement sur son épaule et il l’étreignit plus gentiment, presque tendrement, en lui massant doucement le dos, de la nuque aux reins, dans un mouvement lent et reposant.

Reno sentait la main légère et apaisante, sur son échine. Les courants que ses mouvements provoquaient dans le liquide verdâtre se répercutaient sur tout son corps en un délassant et caressant massage aquatique. Leurs cheveux flottaient autour d’eux, se mêlaient en un impossible entrelacs de feu et de glace, et leur chatouillaient le visage et les épaules.

Le turk nicha son visage dans le cou délicat et arrêta de respirer.

Finalement, la première douleur passée, c’était plutôt agréable de mourir…

***

Usant de son incroyable rapidité, Loz devança ses compagnons de plusieurs minutes.

Il fit irruption dans le laboratoire et se précipita vers la cuve où flottaient Yazoo et Reno pour plaquer ses mains sur la paroi du cylindre, face à son jumeau.

- YAZOO ! QU’EST-CE QUE TU FAIS ? YAZOO !

Ce dernier, qui serrait toujours Reno contre lui, lui sourit et tendit une main pour coller sa paume contre celle de Loz derrière le verre.

« Je vais bien, Loz. » articula-t-il dans le mako « Calme-toi. ».

- Sors de là ! hurla le colosse en tapant violemment contre la cuve. Sors de là, tu entends !

Shalua, craignant qu’il ne brise le grand cylindre pour libérer son jumeau, s’interposa et lui saisit doucement les poignets de sa main valide et de sa prothèse articulée.

- On va le tirer de là, mon grand, calme-toi !

- Comment as-tu pu le laisser entrer là-dedans ?! Tu savais ce qu’il risquait !

- Il m’avait promis de n’y rester que trois ou quatre minutes Loz ! Et en remontant à l’air libre pour respirer. Sinon, je ne l’aurais jamais laissé faire, tu penses bien.

- S’il ne sort pas, il va mourir ! s’écria l’argenté, les larmes aux yeux.

- Il sortira de gré ou de force, ça, je te le jure. C’est pour ça que j’ai prévenu Vincent mais, puisque tu es là, grimpe là-haut, tu feras aussi bien l’affaire que lui pour le tirer de force de là, si ce n’est mieux.

Elle lui désigna le haut escabeau en titane qui menait au sas ouvert au sommet de la cuve et dont on se servait pour accéder au patient sans avoir besoin de vider cette dernière.

Loz ne se le fit pas dire deux fois et grimpa les marches en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.

- Yazoo ! appela Merill en tapotant sur la vitre pour lui désigner l’écran de contrôle de la cuve d’un mouvement du pouce. C’est bon, il est calmé, tu peux sortir, maintenant. Ton frère va t’aider à de là.

Yazoo leva les yeux et vit la main de son jumeau plonger dans le mako au-dessus de lui mais secoua la tête.

Reno l’agrippait et il savait que s’il le lâchait maintenant, il se remettrait à paniquer.

« Encore quelques minutes… »

- Non, Yazoo baby ! intervint Shalua. Maintenant !

- Yazoo ! cria Kadaj, qui venait de pénétrer dans le laboratoire, accompagné de Tifa, Vincent, Reeve, Yuffie et Cid.

- Qu’est-ce qu’il fait là-dedans ? demanda ce dernier. Je croyais qu’il pouvait pas supporter un plongeon dans ce truc ?

- Il ne le peut pas, Cid, acquiesça la jeune scientifique. C’est bien là le problème !

Kadaj et Vincent essayèrent de convaincre Yazoo à leur tour à grand renfort de gestes et de cris mais celui-ci ferma les yeux et resserra son étreinte autour de Reno, qui releva quand même la tête, alerté par l’agitation qui régnait autour de la cuve.

Qu’est-ce qui se passait ? Pourquoi tout ce boucan alors qu’il était soudain si bien ? Soutenu par Yazoo, il se laissait porter par la poussée du liquide et sentait le mako pénétrer, réparer et envelopper chacune de ses cellules d’une chaleur bienfaisante…

- Yazoo ! criait Kadaj. Ne fais pas l’idiot !

Bon sang ! Mais pourquoi tout le monde s’agitait-il de la sorte ?

Reno se força à se concentrer sur ce qui se passait dans le laboratoire, de l’autre côté de la paroi de verre du cylindre.

Tout le monde paraissait affolé de voir l’argenté dans la cuve avec lui.

Pourtant, il était si bien… Il avait réussi à le calmer et…

Mais c’est vrai, ça, au fait ! Qu’est-ce que Yazoo fichait dans la cuve avec lui ?

Reprenant un peu ses esprits, il repoussa doucement l’argenté pour le regarder à nouveau dans les yeux, une interrogation muette dans le regard.

Une fois de plus, Yazoo se contenta de lui sourire et il réalisa… Par tous les démons de la planète ! Oui, il réalisa ce que l’argenté venait de faire pour lui. Il en comprit toute la générosité mais aussi toute l’horreur en se souvenant des vidéos et des raisons qui avaient poussé Shalua à le sortir de son sommeil artificiel plus tôt que prévu.

« Oh, putain… »

- Yazoo ! criait Vincent. Sors immédiatement ou je te jure que je laisse Loz te tirer de là par les cheveux !

De l’autre côté de la vitre, Tifa vit Reno prendre le visage de l’argenté dans ses mains en coupe et lui adresser un regard aussi suppliant que débordant de reconnaissance avant de lui faire signe de la tête de remonter.

«Sors. Ca va aller » articula-t-il. « Je vais bien, maintenant »

Yazoo, circonspect, inclina la tête de côté.

« Je t’en prie. » Il pressa son front contre le sien et ajouta en un léger mouvement des lèvres que seul l’argenté pouvait voir : « Je t’en supplie… Yazoo baby. »

- Yazoo ! cria encore Loz en plongeant à nouveau le bras dans le liquide verdâtre, prêt à se saisir de sa longue chevelure de platine.

Mais ce ne fut pas nécessaire car, cette fois, son jumeau accepta sa main.

***

Rufus imprima les documents qu’Elena venait de lui envoyer, à la demande de Vincent, et tiqua. De vieux rapports d’incidents techniques concernant le projet avorté d’exploration spatiale dirigé par Cid ? Que diable voulait faire l’ancien turk avec ça ?

L’amiral de la WRO avait-il besoin d’informations ? C’était peu probable car s’il y avait bien un sujet qu’il détestait aborder, c’était celui-là !

Et quand bien même, il aurait demandé les rapports en personne.

Non, si Vincent agissait de la sorte, c’est qu’Highwind n’était pas au courant.

Mais pourquoi ?

Piqué par la curiosité, il décrocha son téléphone et appela Tseng pour demander des précisions.

« Je l’ignore, monsieur. » répondit de dernier. « Mais je sais que Cid a pris contact avec l’un des avocats de la société, maître Jun, spécialisé en droit civil. Cela étant dit, comme c’était personnel, je n’ai pas cherché à savoir pourquoi sans avoir reçu d’instructions en ce sens. Dois-je me renseigner ?»

- Non. Non, je poserai la question à Cid moi-même.

« Demandez plutôt à Vincent, monsieur, il est au courant. C’est lui qui lui a conseillé d’appeler maître Jun, d’après ce que m’a dit Elena. Highwind ne verrait probablement pas d’un très bon oeil que vous vous mêliez de sa vie privée. »

- Si sa vie privée risque d’influer sur son travail, ça me regarde.

« Pas officiellement, monsieur. » lui rappela le chef des turks. « Légalement, son supérieur hiérarchique, c’est Reeve. Même si c’est la Shinra qui fait les chèques…»

- Oui, tu as raison… Je demanderai à Vincent. Sinon, du nouveau au cratère nord ?

« Rien pour l’instant, monsieur. Nos équipes sur place quittent les lieux à l’heure où je vous parle. Nous préparons une exploration plus poussée avec une équipe spécialisée du Soldat et deux scientifiques de la WRO. Rude devrait être de retour au manoir dans la soirée. »

- Parfait. Et la presse ?

« Elle reçoit les faux bulletins de santé de Sephiroth avec une précision d’horloger, monsieur. Rien n’a filtré, c’est parfait. En revanche, la rumeur commence à courir que le général aurait des frères et qu’ils seraient actuellement à Nibelheim. »

- Ils se sont très bien débrouillés jusqu’à maintenant. Ils ont parfaitement joué le jeu et semblent bien s’intégrer.

«Mhh… Bien.»

- Tseng… Je sais que ce que toi et Elena avez subi au cratère nord était tr…

«Je n’éprouve aucune haine envers eux, monsieur, je vous l’ai dit. J’ai parfaitement conscience de l’influence que Jenova avait sur eux. »

- Sentiment partagé par Elena ?

« Elena, c’est… Elena. »

- Je vois. Vincent avait donc raison… Une fois de plus.

« Monsieur, je… »

- Oui, Tseng ?

« Je reste à votre disposition. »

- Ce n’est pas ce que tu allais dire, Tseng.

« … »

- Qu’y a-t-il ?

«J’aimerais vous parler d’Elena, lorsque… lorsque vous le jugerez opportun. »

Rufus laissa échapper un juron.

- Réponds juste à une question, Tseng : risque-t-elle de poser problème dans l’affaire en cours ? Je veux une réponse brève et franche.

Un court silence, puis :

« Oui, monsieur. Je pense que oui. »

- A cause de ce qui s’est passé avec eux ?

«Pas seulement, non. Je fais aussi partie de l’équation, monsieur, j’en ai peur. »

Rufus soupira. Et lui qui pensait que cette histoire d’amourette était réglée depuis longtemps…

- Cette lubie de jeune fille prend des proportions grotesques et ça commence à me taper sérieusement sur les nerfs, Tseng !

«Pas autant que sur les miens, monsieur, si vous me permettez cette franchise. »

Le jeune président faillit laisser échapper un sifflement surpris.

Pour que Tseng en arrive à perdre son self-control et lui réponde de cette façon c’est qu’Elena l’avait vraiment poussé dans ses derniers retranchements !

- Passe-la-moi. Et tiens-moi au courant pour le reste.

« Bien. Merci, monsieur.».

Tseng transféra l’appel et Rufus alluma une cigarette.

Il glissa les documents imprimés dans une chemise cartonnée sur laquelle il écrivit au marqueur noir : pour Vince.

« Elena, à l’appareil. »

- Elena, c’est moi. Tu es seule dans ton bureau ?

« Non, monsieur. »

- Fais en sorte que ce soit le cas, je dois te parler seul à seule.

« Ah, je… B… Bien. » bredouilla-t-elle, une appréhension soudaine perçant dans la voix. « Je vous demande un instant, monsieur. ».

***

Dans le couloir du sous-sol, Loz était appuyé face au mur, le visage enfoui entre ses bras croisés. Il n’émettait pas un son et ne faisait pas un geste mais haletait, comme à bout de souffle. Il ne portait qu’un léger-shirt noir, qu’il avait rapidement enfilé avant de quitter la salle d’entraînement, mais la fraîcheur régnant dans le corridor n’était sans doute pas responsable de ses frissons.

Abandonnant Yazoo, qui s’était enfin endormi, aux bons soins de Shalua et de Kadaj, Tifa sortit à son tour de l’infirmerie, et le rejoignit.

Elle s’approcha de lui par derrière et passa les bras autour de sa taille pour se serrer contre lui, le front contre son dos.

Le cœur de l’argenté battait à tout rompre contre ses seins, affolé, et sa poitrine se soulevait par saccades incontrôlables.

La jeune femme réalisa alors qu’il pleurait en silence.

- Ca va aller, Loz, ne t’en fais pas, murmura-t-elle. Nous avons évité le pire.

- Je sais… fit-il d’une voix à peine audible.

- Alors pourquoi te lamenter ?

Il ne répondit pas mais elle le connaissait à présent suffisamment pour deviner la réponse à cette question : c’était sa façon à lui d’évacuer le surplus de stress, l’angoisse et le choc violent qu’il avait éprouvés en croyant perdre son jumeau.

- Laisse-toi aller un bon coup, chuchota-t-elle, plus émue qu’elle ne l’aurait cru. Personne ne te voit, ici. Ils sont tous remontés là-haut.

Il laissa échapper un sanglot étouffé, puis un autre, et elle resserra son étreinte autour de sa taille.

Petit à petit, au fur et à mesure que les larmes coulaient, Tifa sentit les muscles de son ventre et de son dos commencer à se détendre.

***

Kadaj lissa les cheveux de Yazoo, encore humides de la douche qu’ils lui avaient fait prendre en sortant de la cuve, et soupira.

- Si tu nous refais une peur pareille, mon frère, murmura-t-il en enveloppant son frère endormi d’une couverture légère, je t’arrache les boyaux.

Shalua sourit et baissa l’intensité de la lumière de l’infirmerie de plusieurs degrés.

Dans sa cuve, Reno ne les quittait pas des yeux, mortellement inquiet pour Yazoo.

La jeune scientifique vint vers lui et hocha la tête.

- Tout va bien, Reno, fit-elle. Les seules séquelles seront quelques étourdissements et une grosse fatigue. Il s’est endormi comme un bébé, ne te tourmente pas.

Elle vit la tête et les épaules du turk s’affaisser de soulagement.

- Reno ? reprit-elle, lui faisant lever le nez. Kadaj va programmer le contrôleur de ta cuve, ce qui va considérablement diminuer le temps que tu devras passer là-dedans. Tu arrives à distinguer la pendule du fond du labo à travers le mako ? (Reno plissa les yeux et acquiesça) Si tout se passe bien et que tu supportes une concentration de principes actifs suffisants, tu seras sorti de là vers 19h00. Juste à temps pour prendre une douche et t’habiller pour le dîner, plaisanta-t-elle, le faisant sourire. Kadaj va faire les tests dans un instant, tu es prêt ? Parfait. Ecoute bien ce qu’il va dire et réponds à ses questions aussi franchement que tu pourras.

Kadaj, installé devant le moniteur de surveillance de la cuve, prit la main sur le contrôleur automatique de flux, qui gérait les pourcentages de principes actifs contenus dans le mélange où baignait Reno et les courants électriques qui les traversaient.

Merill, lui, face à l’ordinateur régulant l’arrivée de mako brut dans les mélangeurs des cuves, attendait ses instructions.

- Tu entends ce que je dis, Reno, ou tu préfères que je branche le micro relié à ta cuve ? demanda Kadaj. Tu es sûr ? Bien. (Il tapa toute une série de codes complexes sur son clavier) Dis-moi si tu sens des picotements sur la peau.

Le turk se concentra et, après un instant, secoua la tête.

- Et maintenant ? demanda à nouveau Kadaj en montant progressivement les niveaux.

Reno sentit se hérisser tous les poils de son corps, comme s’il était traversé d’électricité statique et hocha la tête.

- D’accord. On va rester sur ce pallier un instant. Merill, balance-moi 20 cl de réserve.

- Je peux même monter à 30, si tu veux, j’ai de la marge dans le mélangeur.

- Alors vas-y. Reno ? reprit l’argenté. Si les picotements augmentent, lève la main, d’accord ? (Le turk acquiesça) En attendant, laisse-toi porter, ferme les yeux et détends-toi autant que tu peux.

Reno obéit et Kadaj commença à programmer le pallier suivant.

- Tu veux essayer à 2 pour 100 ? demanda Merill.

- Non, pas encore. Le taux de pénétration est trop bas. J’augmente la puissance électrique. A combien en est la dilatation de ses pores, Shalua ?

- Plus un huitième, répondit celle-ci en consultant l’écran de son portable.

- Ce n’est pas assez. J’augmente la température de la cuve de 2 degrés.

- Diminution du taux d’oxygène prévue : 22 pour 100, lut la jeune scientifique sur son écran.

- Merill, compense-moi la perte de gaz.

- Tout de suite.

- Dilatation à 1 quart, annonça Shalua quelques minutes plus tard. Le taux de pénétration a… triplé ?!

Kadaj sourit de son ébahissement.

- Parfait… On y est presque. Reno ? Tu sens toujours des picotements ? Non ? Bien. Merill on passe au palier 1,75 dans 3 minutes. A combien est la réserve ?

- 17 cl.

- Plus 35 ? C’est possible.

- Je ne peux pas aller au-delà de 28 pour l’instant, à cause de l’enrichissement en oxygène. Le mélange est instable, il faut que tu compenses avec les flux électriques.

- O.K. Disons 25 cl, alors. Je ferai avec.

Yazoo poussa un petit gémissement dans son sommeil et Shalua sourit, attendrie.

- Yazoo baby est en train de rêver, on dirait.

Kadaj se tourna vers le lit où reposait son frère, regarda le petit visage ovale si pâle, ses lèvres entrouvertes bleuies et eut un pincement au coeur.

« Il aurait pu mourir… » chuchota une petite voix dans sa tête. « Il aurait pu mourir à cause de cet homme et toi, tu essayes de le sauver !»

Il pivota vers Reno, flottant calmement dans sa cuve, confiant, le visage paisible, et une rage incontrôlable lui noua soudain les tripes.

« Que fera Yazoo pour lui, la prochaine fois, Kadaj ? » poursuivit la petite voix (Sa conscience ? Son inconscient ?) « Prendre une balle à sa place ? »

- Kadaj ? interrogea Merill.

L’argenté sursauta.

- Hein ? Oui, oui, on passe à 1,75.

Il tapota sur son clavier une série de commandes mais au moment de rentrer le pourcentage de mako, ses doigts restèrent suspendus au-dessus des touches, hésitants.

« Et si tu oubliais le 1, Kadaj ? » susurra la petite voix, tentatrice. « Un accident est si vite arrivé… Un doigt peur déraper par mégarde… et qui survivrait à une concentration de 75 pour cent de mako ? »

Qui, en effet ?

Dans un état second, Kadaj tapa « 75 » à titre d’essai, comme pour voir ce que ça faisait, et sentit une sueur froide lui couler le long du dos. Lorsque son index effleura la touche de validation, sa main se mit à trembler.

Non, il ne pouvait pas faire une chose pareille.

« Pense à Yazoo, Kadaj. Fais-le pour lui. Le débarrasser de cet homme est le plus beau cadeau que tu puisses lui faire… Il l’a séduit, Kadaj ! Il lui a tourné la tête au point de le faire sacrifier sa vie pour lui ! Tue-le, Kadaj… Tue-le… Pour Yazoo… Pour Loz… Pour toi… Fais-le… Appuie, Kadaj. Appuie sur ce bouton ! Sauve Yazoo !»

Avec une lenteur irréelle, il posa l’index sur la touche “valid” et les alarmes des contrôleurs de Sephiroth se mirent soudain à hurler dans tout le laboratoire, le faisant tressaillir si fort qu’il faillit choir de sa chaise.

- Merde ! jura Merill en se précipitant vers le contrôleur de Sephiroth.

- Qu’est-ce qui se passe ? s’enquit Shalua en faisant signe à Reno de rester calme. C’est Sephiroth, Reno, pas de panique ! Ca n’a rien à voir avec toi.

- Kadaj, il nous refait une crise de panique, comme ce matin ! s’écria l’assistant de la jeune femme.

L’argenté essuya la sueur glacée qui coulait de son front.

- Tout est normal, pourtant, poursuivit Merill. Ses fonctions vitales sont bonnes. Je ne comprends pas ! Il ne s’est rien passé de particulier.

Kadaj rejoignit le garçon devant le moniteur pour réguler quelques flux électriques.

Presque immédiatement, les courbes reprirent un aspect normal et Shalua poussa un profond soupir.

- Ca y est… confirma Kadaj. C’est passé. C’était juste… Juste une agitation passagère.

- Je ne vois pas ce qui a pu provoquer un pic d’activité cérébrale pareil… murmura la jeune scientifique en compulsant les données crachées par les machines. Nous n’avons pas fait de mouvements brusques ni élevé la voix, pourtant.

Kadaj blêmit, revint à son poste de contrôle et, la main encore tremblante, effaça les chiffres qu’il avait tapés, le coeur au bord des lèvres à la seule pensée de ce qu’il avait failli faire.

- Ca va ? s’inquiéta Merill en dévisageant. Tu es pâle comme la mort.

L’argenté se força à sourire.

- Oui. Oui, bien sûr je… Les alarmes m’ont fait sursauter, c’est tout. Reno ? demanda-t-il d’une voix étranglée. Reno, ça va ?

Le turk acquiesça.

- Que s’est-il passé ? demanda une voix douce au-dessus de lui. J’ai entendu les alertes sonner.

Il se tourna pour voir Yazoo, les yeux gonflés de fatigue et vêtu d’un ensemble médical de coton bleu semblable à celui que portait Merill - un confortable pantalon et une tunique à manches courtes.

Kadaj se leva et le serra dans ses bras à l’étouffer.

- Ce n’est rien, Sephiroth a dû faire un cauchemar. Retourne dormir, Yazoo. Nous nous occupons de Reno.

- Tu es sûr que ça va ? Tu es tout blanc.

- Je vais très bien, Yazoo. Je vais très bien, je te le promets… Cesse de t’inquiéter pour nous et prends un peu soin de toi. Va te reposer.

Il se mordit la langue en priant pour que son frère ne se rende pas compte de la terreur qui s’était soudain emparée de lui.

Les mots que Vincent avait employés la nuit de leur réveil, dans ce même laboratoire, tourbillonnaient dans son cerveau comme un vol de corbeaux :

« C’est le modus operandi de Jenova : couper ses victimes de tout ce qui risque de freiner sa domination sur elles ou de l’amoindrir. L’affection d’amis, d’enfants, de parents, d’amants ou de conjoints est pour elle le pire des dangers.

Elle ne souffre pas la concurrence et cherchera toujours à isoler pour mieux contrôler. Elle essayera d’exploiter la moindre faille pour prendre le contrôle, la moindre colère, le moindre doute, la moindre peur…

Elle se présentera comme la solution à tous les problèmes avec des promesses d’avenir qui ne sont que mensonge.

C’est son pouvoir. Concentré jusqu’au coeur même de ses cellules… »

Il regarda Shalua et Merill allonger Yazoo et poser par sécurité deux électrodes de surveillance sur sa poitrine mais ne put s’empêcher de remarquer l’oeillade que lança Reno à son frère, à la fois affectueux et plein de gratitude.

« …pour elle, l’affection d’amis est le pire des dangers… »

Oui…

Et il avait bien failli tuer celui qui, désormais, devait la vie à son frère et serait sans doute prêt à risquer volontiers la sienne à son tour en cas de besoin. Si les alarmes de Sephiroth ne s’étaient pas déclenchées par hasard à ce moment là, Kadaj aurait privé Yazoo de l’un de ses plus efficaces boucliers contre Jenova.

Mais cela avait-il vraiment été un hasard ?

Kadaj posa la main sur la cuve de Sephiroth, où celui-ci flottait, magnifique dans sa nudité, et sourit, la douce voix d’Aerith tintant encore à ses oreilles.

« Tant qu’il nous restera une cellule de conscience, Lucrecia, Sephiroth et moi serons toujours près de vous. Toujours… Ne l’oubliez jamais. Quoi qu’il arrive et quoi qu’on vous dise.»

Kadaj pivota vers la vitre sans tain du bureau de Shalua. Il fit signe à Cait 9, qui assistait sagement aux opérations de là depuis qu’ils s’étaient tous mis au travail sur Reno.

La porte du bureau s’ouvrit aussitôt et le chat vint en trottinant vers lui.

- Va dire discrètement à Vincent que je dois lui parler de toute urgence dès que j’aurais fini de programmer ce contrôleur. Surtout, que personne ne t’entende. Fais vite !

Le chat acquiesça gravement et fila aussitôt.

Dans le couloir, il vit Loz et Tifa, dans les bras l’un de l’autre, et se serait bien permis un petit alexandrin romantique si son maître ne lui avait demandé de dépêcher.

Il grimpa donc les marches quatre à quatre sans prêter attention au regard trouble de l’argenté qui scintillait d’une inquiétante lueur mako par-dessus l’épaule de la jeune femme.

« Elle se sert de toi, Loz, comme toutes les autres, là-bas, au laboratoire… » persiflait une petite voix dans sa tête. « Ce que tu éprouves pour elle n’est que du désir. Rien de plus. Colle-la contre le mur, écarte-lui les cuisses et prends-là. De force, si c’est nécessaire ! Une fois que tu l’auras possédée, elle cessera de hanter chacune de tes pensées… Tu seras à nouveau en paix, Loz. En paix… As-tu oublié qu’elle a essayé de te tuer, il y a deux ans, Loz ? Crois-tu qu’elle aurait hésité un instant à te rompre le cou, si elle l’avait pu ? Prends ce que tu veux et débarrasse-toi d’elle ! Fais-le, Loz !»

- Loz ? murmura Tifa. Loz, ça va ? Qu’est-ce que tu as, je te sens à nouveau contracté.

Elle leva le visage vers lui et frémit en voyant la grimace agressive qui étirait ses lèvres…

…à suivre

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XXVI - Dans l’oeil du cyclone

«Le calme, c’est la tenaille du bourreau…»

Victor Hugo

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Shiva Rajah d’après des illustrations de M.A. Sambre

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

« Mère, elle est tout près… Je la sens rôder autour de Kadaj. »

« Je le sais, je l’ai sentie aussi. »

« Comment ? Comment a-t-elle réussi à recouvrer ses capacités aussi vite ? Qui l’a aidée ? »

« C’est ce que nous essayons de comprendre, amour. »

« Elle veut reprendre Kadaj et les jumeaux coûte que coûte. Elle va les prendre, mère ! Il faut l’en empêcher ! »

« Ils ne sont pas seuls, mon fils. Et ils sont forts. »

« Pas assez pour lui tenir tête alors qu’elle ne cesse de gagner en puissance ! »

« Il le faudra pourtant. J’ai confiance en eux et en Vincent. »

« Ca ne suffit pas, mère ! Ils seront bientôt comme des pâtes molles entre les doigts de Jenova. Elle n’attend qu’une occasion, un seul moment d’incertitude ou de d’anxiété pour prendre le contrôle et, cette chance, elle l’aura tôt ou tard. Ils sont si fragiles, encore… Ils ont si peur de l’avenir…»

« C’est toi qui es en danger, mon fils, et je ne peux te laisser à sa merci. Te perdre toi, c’est les perdre tous. »

« Fais quelque chose ! Jamais elle n’a été aussi proche d’eux depuis leur réveil et ils ne s’en rendent absolument pas compte ! »

« Du calme, amour… Concentre-toi sur ta guérison, le reste, nous nous en chargeons. »

« Non ! Ils sont ma chair ! Ils sont mon sang ! Ils ont besoin de moi ! Je ne peux faire comme si aucun danger de les guettait et que le temps ne comptait pas. Chaque minute que je passe loin d’eux renforce Jenova. »

« Tu te trompes, mon fils. Chaque minute passée seuls les rend plus forts, leur apprend à vivre, à se dominer et à se protéger. »

« Ils peuvent succomber à tout moment, mère ! Ils ne se rendent pas compte du danger dans lequel ils sont. »

« Tous les oisillons risquent de s’écraser au sol en prenant leur premier envol. C’est pourtant nécessaire à leur survie. Il en est de même pour eux. »

« Ce sont tes fils ! Tu dis les aimer, vouloir les protéger et tu les condamnes à une mort quasi certaine ! »

« Au contraire, je leur apprend à voler de leurs propres ailes. C’est en eux qu’ils doivent trouver les raisons de combattre Jenova et de la détruire au coeur même de leurs cellules. »

« Une preuve de notre affection, mère, qu’ils comprennent juste que nous sommes toujours là, à leurs côtés, est-ce trop demander ? »

« Sephiroth, je… »

« Dois-je aller jusqu’à te supplier jour et nuit, mère ? »

« Très bien… D’accord mais calme-toi. T’agiter ainsi n’aide personne et surtout pas eux. Tu affoles Kadaj, amour. Reprends le contrôle. Reprends-toi, mon fils. »

« Je ne voulais pas t’effrayer, petit frère… Pardonne-moi… »

***

- Ca y est, les courbes sont à nouveau normales, assura Merill en vérifiant les données du moniteur de contrôle branché sur les fonctions vitales de Sephiroth.

Kadaj poussa un profond soupir de soulagement et se laissa tomber sur son fauteuil.

- Que s’est-il passé, à ton avis ? Pourquoi cette crise de panique ? J’ai peut-être mal calculé certains ratios de contrôle…

L’assistant de Shalua haussa les épaules.

- Non, ça n’a rien à voir, rassure-toi, je suis formel là-dessus. Il s’agit d’une activité cérébrale cognitive intense et soudaine. Un rêve, peut-être. Ou alors…

- Ou alors ?

- Peut-être commence-t-il tout simplement à reprendre partiellement conscience par moments et nous a-t-il sentis près de lui. Enfin, surtout toi.

- Tu crois ?

- Ce n’est qu’une supposition mais c’est plausible. Ses courbes cérébrales montrent des pics d’activité de plus en plus fréquents. Pas encore de quoi le sortir de là, bien sûr, mais c’est très prometteur. Tu as fait de l’excellent travail, Kadaj, sincèrement.

Le jeune homme accepta le compliment avec un sourire un peu gêné.

Il n’était pas habitué à ce qu’on le félicite pour ses performances. En fait, il n’était pas habitué à ce qu’on le félicite tout court…

- Merill…

- Mhh ?

- Tu crois que… Tu crois qu’il sait que sommes là, près de lui ?

Le jeune homme reposa les documents qu’il était en train de compulser et plongea son doux regard noisette dans celui de l’argenté.

- Je serais bien incapable de prouver ce que je vais dire mais : oui, j’en suis intimement convaincu.

- Un petit déjeuner et une belle journée, voilà bien le meilleur que l’on puisse souhaiter ! chantonna Cait 9 en pénétrant dans le laboratoire avec un plateau débordant plus grand que lui.

Merill le lui prit des pattes pour le poser sur une table roulante avant que le robot de fasse des catastrophes.

Ce dernier sauta au cou de Kadaj, qui l’assit à cheval sur sa hanche, l’avant-bras sous les fesses, comme il l’aurait fait avec un enfant.

- Sur le tableau du hall, des anges croisent le fer, piailla la petite créature en détaillant Sephiroth à travers la vitre de la cuve, devant laquelle se tenait l’argenté. Ils sont bien moins jolis que ne l’est ton grand frère !

Kadaj et l’assistant de Shalua éclatèrent de rire et Cait se frotta les moustaches, ravi de son effet.

- Je vois qu’on s’amuse bien ! remarqua Tifa en pénétrant dans le laboratoire avec un sourire rayonnant. Comment va-t-il ? demanda-t-elle aimablement en les rejoignant devant la cuve.

Elle ne put s’empêcher d’admirer le corps nu sculptural qui flottait dans la solution verdâtre. Un corps puissant à la peau pâle et lisse qui n’était sans lui rappeler un autre corps et une autre peau…

Au souvenir ce qui s’était passé la nuit précédente, un long frisson de ravissement lui remonta le long du dos et un sourire involontaire lui incurva les lèvres.

- Il montre des signes épisodique de conscience, lui apprit Kadaj. C’est très encourageant.

- C’est une bonne nouvelle, fit-elle en gratouillant l’oreille de Cait, toujours dans les bras du garçon. Et toi, boule de poils ? Content de ton nouveau maître ?

- Mon plaisir est immense et ma joie l’est autant, ronronna le chat. Puisse toujours durer un bonheur aussi grand !

La jeune femme rit de bon coeur.

- Voilà qui est adorable, mais ce n’est pas un peu agaçant, à force, cette façon de parler ?

Kadaj haussa les épaules.

- On s’y habitue vite.

- Il lui arrive d’être très drôle, miss Lockheart, assura Merill.

- Avant d’être amusant, je suis un combattant ! récria le robot, un peu vexé. Et de nombreuses traces témoignent de mon audace !

- Tiens donc ! railla la jeune femme.

Cait sauta sur le sol et s’inclina devant Tifa pour lui montrer une petite touffe de poils manquante, sur son postérieur.

- Un gros démon laid à faire peur, mordit Cait, votre serviteur. Et qu’arriva-t-il, miss Tifa ? Ce fut le démon qui creva !

Tous trois pouffèrent et Kadaj reprit le chat dans ses bras.

- Je ne sais pas si tu devrais t’en vanter, tu sais… fit-il en retenant à grand peine son hilarité pour ne pas le froisser.

- Shalua n’est pas encore là ? s’enquit Tifa. J’avais quelques questions à lui poser.

- Dans le bureau, miss Lockheart.

- Merci, Merill. Bon, eh bien, bonne continuation.

Elle frappa discrètement à la porte et la voix de son amie, aux accents particulièrement enjoués, l’invita à entrer.

- Bonjour ! Inutile de te demander si ça va, j’entends à ta voix que tout va parf…

- Ferme la porte, ferme la porte ! la pressa Shalua en trépignant d’impatience dans son fauteuil. J’étais sûre que tu viendrais aux nouvelles !

Tifa verrouilla la porte et s’assit sur un coin du bureau de son amie.

- Alors ? A voir ta tête, je suppose que Cid n’a pas mis fin à votre relation, comme tu le pensais. Raconte !

- Il va divorcer, lâcha la jeune scientifique tout à trac, faisant blêmir son amie.

- Quoi ?

***

Assis sur son lit et les cheveux encore humines de la douche qu’il venait de prendre, Reno relut le SMS de Shalua pour la trentième fois depuis qu’il l’avait reçu, un peu plus tôt :

« Résultats des examens de ce matin excellents ! Pouvons commencer le traitement en fin de matinée, vers 10h30. Ne mange ni ne bois rien. Je t’attends en bas. Shalua.»

- Ne fais pas cette tête, c’est une excellente nouvelle, Reno ! lui répéta Yuffie pour la énième fois.

Yazoo s’était éclipsé peu après son réveil, à l’arrivée de la jeune utaïenne venue le remplacer comme « garde-malade ».

Le turk aurait préféré voir rester l’argenté mais il ne pouvait pas lui imposer sa présence. Ce qu’il avait fait pour lui était déjà plus qu’il n’aurait dû, Reno en était parfaitement conscient, et pourtant…

- Où a filé Yazoo, au fait ? demanda-t-il sur un ton qu’il espérait détaché.

Yuffie haussa les épaules.

- J’en sais rien. Sûrement avec ses frères. Tu veux que je le rappelle ?

- Non ! Non, quelle idée… Je demandais ça comme ça, c’est tout. Il m’a semblé qu’il était parti comme s’il avait quelque chose d’urgent à faire, non ?

- Euh… Non, pas vraiment. Il est resté plus d’une heure avec nous après que Merill soit venu faire ta prise de sang.

- Ah… Tant que ça ? J’avais pas l’impression.

L’Utaïenne se tapa la tempe du doigt.

- T’as vraiment un problème, toi, hein ! Ca va vraiment pas fort. Vivement que Shalua se remettre d’aplomb ! D’ailleurs, en parlant de ça, il est 10h00. Il faudrait peut-être commencer à t’affoler.

Reno sentit l’angoisse lui serrer l’estomac.

En fait, il était terrifié à l’idée de plonger dans une cuve de mako mais ça, il n’aurait osé l’avouer qu’à Yazoo.

- Oui, je… Je m’habille et de descends.

- Je t’accompagne, si tu veux, proposa gentiment Yuffie.

- Non. Non, ça va aller, je t’assure. J’ai besoin de… de rester au calme un petit moment pour… pour me détendre.

- T’es sûr ?

- Oui. Oui, c’est vraiment très gentil, Yuffie. Merci pour tout.

La jeune fille agita la main, horriblement gênée.

- Oh là ! Arrête, c’est rien ! N’importe qui aurait fait la même chose. Bon bah… Je file alors. J’irai te voir, en bas ! ajouta-t-elle depuis la porte. Quand tu seras dans la cuve. Promis !

Il la remercia d’un geste et la porte se referma, le laissant seul avec ses terreurs enfantines.

Dans la cuve…

Il se vit déjà, nu comme un ver dans le tube géant, se débattant dans le liquide verdâtre.

Tous les petits garçons tremblent devant quelque chose : le noir, les serpents, les fantômes, le feu… ou le monstre du placard ! Reno, lui, avait toujours eu peur de l’eau et de la noyade. Depuis ce jour maudit où, enfant, il était tombé dans ce satané égout, à Midgar, et avait failli périr dans les eaux tourbillonnantes et glacées…

Et, se noyer, c’est bien ce qu’il allait faire dans quelques minutes, quand la solution au mako pénétrerait à travers ses pores et remplirait ses poumons.

***

- Mais pourquoi l’a-t-il épousée, cet imbécile ? répéta Tifa après le récit détaillé de Shalua. Ah ! Les hommes !

- Ce n’est donc plus qu’une question de temps mais il faut faire les choses calmement et sans précipitation.

- Oui, je comprends. Quelle histoire ! Pauvre Cid…

La jeune scientifique leur servit deux tasses de café du thermos que les domestiques lui préparaient le matin.

- Et toi ? demanda-t-elle. J’ai croisé Loz, ce matin, dans l’aile est. Il se dirigeait vers le gymnase en compagnie de Yazoo et de Vincent. Il avait l’air… en forme.

- Non, non, efface-moi cette expression suspicieuse, j’ai passé la nuit avec les enfants, Denzel a été malade. Enfin… une partie de la nuit, ajouta-t-elle, taquine.

Shalua gronda comme un chien à qui on essaye de voler un os à ronger.

- Raconte ou je te t’injecte un sérum de vérité dans la minute !

- C’est justement de ça, dont je voulais te parler.

- Du sérum de vérité ?

Tifa éclata de rire.

- Non ! De ce qui s’était passé avec Loz. Enfin, ce qui aurait pu se passer, plutôt, si nous n’avions pas été interrompus…

- Encore ? s’écria son amie. Mais vous le faites exprès !

La jeune femme chassa la réflexion d’un revers de la main.

- En tous les cas, j’ai eu le temps d’en voir assez pour me poser des questions. Questions auxquelles toi, tu as peut-être une réponse.

Shalua lui adressa un sourire suggestif.

- Ah, je t’avais prévenue, ma fille : ton Loz fait dans l’artillerie lourde. Mais rien dont une femme un tant soit peu motivée ne peut venir à bout, rassure-t…

- Shalua ! Je ne parle pas de ça ! Enfin, pas exactement…

- Explique-toi parce que là, j’avoue que je ne vois pas trop où tu veux en venir.

Tifa sur pencha en avant et baissa d’un ton.

- Ce n’est pas que j’aie une expérience sans limite dans le domaine du sexe mais je sais reconnaître un puceau quand j’en ai un sous la main. Et je peux te dire qu’un type qui arrive à te faire grimper aux rideaux en un tournemain et trois coups de langue est très loin d’en être un !

- Et ?

- Shalua… Loz a passé sa vie comme objet d’expérimentation dans un labo ! Comment a-t-il appris à faire l’amour comme ça ? Et ne me mens pas ! Je sais que tu as eu accès à toutes les vidéos.

- Aie…

- Shalua…

Cette dernière se frotta le visage, indécise.

- Tifa, ce que tu me demandes est très embarrassant. C’est… C’est à lui de t’en parler. Imagine qu’il puisse demander à l’un de ses amis de voir tes ébats filmés avec Cloud… Ca te plairait, franchement ?

- Je ne te demande pas de voir quoi ce que soit, Shalua. Je veux juste savoir ce qu… Attends, tu es donc en train de me dire qu’il y a bien eu des trucs bizarres au labo, c’est ça ?

- Non, pas bizarres ! Qu’est-ce que tu vas imaginer ? Lui et Kadaj ont eu des… rapports physiques, disons, avec quelques membres du staff. Des femmes tout à fait normales, rassure-toi.

Tifa croisa les bras et leva un sourcil. Qu’elle soit pendue si elle ne commençait à sentir une pointe de jalousie lui titiller l’estomac.

- Des scientifiques ?

- Oui, pour la plupart.

- La plupart ? s’écria la jeune femme. Tu dis ça comme s’il y en avait eu des dizaines ! (Shalua grimaça) D’accord… Je vois ! Et dire que j’ai cru à son cinéma du pauvre garçon privé de compagnie et d’affection alors qu’il avait des liaisons avec la moitié du staff d’Hojo ! Merde !

- Oh, oh, oh, ma grande, on se calme ! J’ai pas dit ça ! J’ai parlé de rapports physiques, pas de liaisons.

- C’est la même chose !

- Oh, que non, ma belle ! Je te parle de femmes qui se servaient d’eux pour se soulager comme d’autres de godemichés. Des femmes mariées ou trop prises par leur travail pour s’encombrer d’un partenaire sexuel. Oublie des mots comme « liaison » ou « aventure », tu n’y es pas du tout.

- Tu essayes de me dire qu’elles leur forçaient la main ?

- Cesse de jouer les idiotes ! Je ne connais aucun homme qui refuserait une partie de jambes en l’air si la partenaire est un tant soit peu acceptable. Mais de là à t’imaginer des idylles, il y a un gouffre.

Tifa accusa le choc et vida sa tasse de café.

- C’est mon côté pudibond qui s’exprime, fit-elle, ou c’est vraiment répugnant, pour des femmes de science sensées aider leurs semblables, de profiter de l’enfermement et de la solitude de ces garçons pour s’en servir comme des… des…

- « Putes », tu peux lâcher le mot, je ne t’en voudrais pas. Et non, ce n’est pas de la pudibonderie, c’est vraiment répugnant. Surtout lorsque tu sais que ces petits jeux ont commencé lorsque Loz n’avait que 10 ans… Kadaj en avait 12, lui, lorsqu’elles lui on mis le grappin dessus. Peut-être commençaient-elles à apprécier les « hommes » plus « mûrs », persifla-t-elle, écoeurée. Sans doute se trouvaient-elles des excuses en se disant que les garçons faisaient plus vieux que leur âge.

Son amie sentit le café faire des tourbillons dans son estomac.

- Oh, mon Dieu…

- Donc, comme je le disais, oublie toute idée d’aventure amoureuse. Loz ne t’a pas menti. Ses frères étaient bien les seuls à lui prodiguer un peu d’affection désintéressée.

- Attends, tu as parlé de Kadaj et de Loz mais… et Yazoo ?

Shalua se resservit du café et secoua la tête avec un sourire triste.

- Pauvre Yazoo baby… Qui aurait voulu de lui, avec ses plaies purulentes ? Personne n’osait le toucher sans gants en dehors de ses frères, Tifa. Alors avoir des rapports intimes avec lui !

- Mais nous l’avons vu sur les images, pourtant, il…

- Tifa… contrairement à ce que vous semblez tous penser, nous ne vous avons montré que les images les plus « regardables » des vidéos de surveillance. Tu n’as pas idée des horreurs que contiennent ces bandes ! Et j’espère sincèrement que tu n’auras jamais à le savoir, ajouta-t-elle avec une moue.

- Pauvre Yazoo… Il semble si gentil.

- Yazoo baby a un monde de tendresse à offrir, crois-moi. Mais, avant cela, il doit oublier toutes ces années où il n’était qu’un objet de dégoût pour les gens comme toi et moi. Hélas, les cicatrices dont son corps est couvert ne lui facilitent pas la tâche. Sans doute s’imagine-t-il qu’elles agissent comme de véritables répulsifs sur les autres, leur rappelant qu’il n’a été qu’un cobaye au corps infesté de substances douteuses et de micro-organismes répugnants dont il conserve peut-être encore des traces risquant d’être transmises par le moindre contact trop intime.

- Ne sois pas ridicule, Shalua, se récria Tifa, choquée. Tu es une scientifique ! Tu sais très bien que Yazoo est parfaitement sain !

Shalua sourit.

- Ce n’est pas moi qui pense ça, bête que tu es ! C’est lui !

Tifa soupira et remplit à nouveau sa tasse de café.

***

Dans le couloir, le dos collé au mur, tout près de la porte du bureau de Shalua, Reno fumait une dernière cigarette et tendait une oreille à la conversation des deux jeunes femmes.

Ce qu’il venait d’entendre lui avait retourné les tripes et serré la gorge.

Pauvre Yazoo…

Et dire qu’il avait ri de sa pudeur encore ce matin. Quel imbécile il avait été ! Il aurait pourtant dû comprendre en ayant vu les extraits vidéo.

«Un cobaye au corps infesté… »

Ridicule !

Il aspira la dernière bouffée de sa cigarette en regrettant de ne pas avoir insisté pour que l’argenté se glisse sous les couvertures avec lui, la nuit précédente. Ou il aurait dû au moins lui presser l’épaule, le serrer dans ses bras, lui tapoter amicalement le dos, n’importe quoi pour lui montrer que son contact ne le répugnait pas le moins du monde ! Cela lui aurait sans doute fait tellement plaisir…

- Quel con… se rabroua-t-il. Mais quel con…

- Reno ?

Il tressaillit en voyant l’objet de ses pensées courir dans sa direction dans le couloir.

- Yazoo ? Eh ! Du calme, essaya-t-il de plaisanter, je ne suis pas encore mort !

- Et ce n’est pas près de t’arriver, Yuffie m’a dit que l’heure du traitement avait été avancé. Comment tu te sens ?

Le turk écrasa sa cigarette dans l’un des cendriers sur pied prévus à cet effet et se tourna vers l’argenté avec un pâle sourire.

- Je fumais la cigarette du condamné.

- La… quoi ?

- Je suis pété de trouille, Yazoo…

Ce dernier fronça les sourcils et plongea ses grands yeux couleur de topaze verte dans les siens.

- Pourquoi ? Il n’y a pas de raison.

- J’ai la phobie de la noyade depuis que je suis petit, avoua Reno, en un murmure à peine audible. Je te jure que, tel que tu me vois, je suis prêt à me pisser dessus tellement j’ai peur…

Yazoo se mordilla la lèvre.

- Je suis désolé, je l’ignorais, mais tu ne vas te noyer, Reno, c’est… c’est très particulier, le mako. Ca n’a pas du tout les mêmes propriétés que l’eau.

- Ouais, je sais tout ça, j’arrête pas de me le répéter depuis hier mais y’a rien à faire, je suis prêt à partir en courant.

- Alors j’ai bien fait de venir, ne serait-ce que pour t’empêcher de t’enfuir ! plaisanta l’argenté dans l’espoir de le détendre un peu.

Reno consulta l’horloge de son téléphone mobile : 10h22.

L’heure de faire sa B.A. ? Pourquoi pas…

- Yazoo… Tu trouverais ça vraiment débile si…

Il se tut, craignant que le jeune homme ne le voit arriver de loin avec ses gros sabots.

- Si quoi, Reno ?

- Si je te demandais de… de me serrer contre toi une dernière fois avant que je rentre là-dedans ? termina-t-il dans un murmure sans oser le regarder en face.

Yazoo ne répondit pas mais couvrit le peu de distance qui les séparait et serra le turk contre lui aussi fort qu’il le put.

Ce dernier plongea son visage dans ses cheveux si doux et nicha son visage contre son cou, qu’il venait discrètement de dénuder en partie d’un rapide mouvement du pouce digne d’un pick-pocket.

Yazoo se raidit en sentant des lèvres et un visage étrangers toucher sa peau à un endroit aussi sensible. Un endroit où, de plus, se trouvait précisément la cicatrice d’une ancienne plaie infectée et qu’il prenait habituellement grand soin de dissimuler sous le col zippé de son manteau…

Zut ! La fermeture éclair avait dû s’entrouvrir par accident, lorsqu’il s’était entraîné avec Loz.

- Tu sens bon, Yazoo… fit le turk en frottant sa joue contre la gorge délicate.

L’argenté se raidit.

- Désolé… Il paraît que moi et les frères avons une odeur bizarre, pour certaines personnes. Ce n’est dû qu’au mako, ne t’inquiète pas.

Il voulut reculer mais Reno resserra la pression de ses bras autour de lui et sourit contre son cou.

- Je ne m’inquiète pas du tout, Yazoo. Je dis juste que c’est très agréable, au contraire, et très apaisant.

- Oh… Je… Merci.

Le turk ne pouvait pas voir son visage mais il aurait mis sa main à couper qu’il l’avait fait rougir de confusion.

“Bien joué, Reno, t’es le meilleur !” se félicita-t-il en silence.

- Je veux pas y aller… fit-il d’une voix geignarde à la façon d’un sale gosse qui refuse d’aller à l’école.

Yazoo rit de bon coeur et lui frictionna le dos à travers sa veste.

- Si tu arrives à plaisanter, c’est que ton cas n’est pas aussi désespéré que tu sembles le croire.

La porte du bureau s’ouvrit et Shalua regarda sa montre.

- Je savais bien que j’avais entendu quelqu’un ! Prêt à faire « plouf », Reno ?

- Non ! gémit ce dernier, toujours accroché à Yazoo, le visage dans ses cheveux.

- Je vois… Yazoo baby, pousse cette loque par ici, tu veux ? Allez, allez, Reno, c’est par là que ça se passe, mon coeur !

Yazoo obéit en riant et Reno, fidèle à sa réputation de clown, poussa des cris d’orfraie pour conjurer la terreur qui ne l’avait pas quitté.

…à suivre

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XXV - Tes désirs sont désordre

« Un partenaire qui tient à nous

et qui nous aime devient notre miroir,

il est la mesure de notre importance

et de notre mérite. »

Milan Kundera

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Shiva Rajah d’après une illustration de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Loz sortit de la douche en se séchant énergiquement les cheveux et enfila un léger pantalon de coton noir.

Il sortit dans le couloir et se dirigeait déjà vers la chambre de Reno pour apporter le pyjama de son jumeau et sa brosse à dents à celui-ci, comme il le lui avait demandé peu avant par SMS, lorsqu’il entendit quelqu’un pleurer.

Il écouta attentivement et réalisa que ça venait de la chambre d’à côté. Celle de Tifa…

L’argenté se raidit, dos au mur, et attendit un peu, indécis et l’oreille aux aguets, mais les pleurs ne semblaient pas vouloir cesser.

Et si c’était à cause de lui et de ce qui s’était passé dans la chapelle, qu’elle pleurait ? Ou, pire, s’il l’avait à nouveau heurtée par son comportement ou quelque chose qu’il avait peut-être dit durant le dîner sans y prêter attention ?

Soucieux de savoir ce qu’il en était, il revint dans sa chambre, reposa les affaires de son frère sur le lit et ressortit.

***

La jeune femme ouvrit les yeux.

Sur elle reposait un bras puissant qui l’emprisonnait. Ses jambes un peu repliées et ses pieds nus recevaient la protection d’une cuisse longue et musculeuse.

Unis dans un même état d’épuisement, Shalua et Cid, immobiles et apaisés, partageaient le confort du traversin moelleux. Près d’elle, le pilote endormi laissait contempler son visage au repos, sans retenue ni artifice. Sa barbe naissante le rajeunissait et, comme pour prolonger la ligne de ses paupières closes, ses cils blonds semblaient exceptionnellement longs. Les lèvres entrouvertes, il perdait de sa dureté et se libérait de cette éternelle expression sarcastique qui le caractérisait.

Shalua se pelotonna un peu plus contre lui et frôla son menton de ses lèvres. De si près, elle sentait la tiédeur de son souffle et le parfum si mâle de sa peau hâlée par le grand air.

Quelle sensibilité, sur ce visage serein… Quelle douceur dans ces grands yeux azurés pour l’instant clos…

Cid… Même ses amis ignoraient à quel point il était facile de le blesser et de lui faire de la peine. A quel point aussi il pouvait être voluptueux et passionné.

Lorsqu’il se laissait aller, vaincu par le désir, sa voix profonde avait l’âpre suavité du miel noir, sa force et sa souplesse. Ses baisers enflammés portaient des promesses d’avenir, de grands espaces et de liberté et son corps si vigoureux et viril se laissait volontiers prendre dans les filets sensuels de la jeune femme, s’abandonnant sans retenue aucune à ses caresses assassines, ardentes ou impudiques.

Oui, l’homme qui l’enveloppait de son corps et de ses membres puissants constituait l’objet le plus désirable et le plus admirable qu’elle pouvait espérer. Le fascinant pilote avait en lui tout un monde de mystères, semblable à une forêt magique et obscure parfois traversée de lueurs fugitives et mouvantes, comme les rayons de lune perçant la voûte ombragée de ses frondaisons. Il brûlait aussi d’un feu intérieur prêt à tout embraser. Pas seulement cette chaleur, capiteuse et tentatrice, du corps contre lequel se pressait celui de Shalua, non, mais également une chaleur spirituelle, intime, qui se manifestait au moment où l’on s’y attendait le moins par des propos apaisants et délicats et par sa clairvoyance attentive et attentionnée.

Les paupières dorées frémirent et deux grandes prunelles d’un bleu céruléen flamboyant à la lumière de la petite lampe de chevet.

- Tu ne dors pas ? murmura-t-il avec un sourire tendre.

- Je te regardais dormir, répondit-elle avec quelque chose qui n’était pas loin de ressembler à de l’adoration.

Il darda la pointe de la langue pour caresser ses lèvres et elle l’aspira dans sa bouche en un baiser aussi violent que passionné qui les laissa tous deux haletants.

- Je pourrais passer des jours dans ce lit à te faire l’amour… susurra-t-il à son oreille, la faisant agréablement frissonner.

- Bientôt, Cid… promit-elle.

Il se redressa sur un coude et lui caressa les cheveux.

- L’avocat de Rufus m’a dit n’avoir besoin que d’un jour ou deux jours pour rédiger le compromis amiable. Je l’appellerai dès demain.

- Tu t’es déjà renseigné pour le divorce ? s’étonna la jeune femme.

Il acquiesça.

- Vincent et moi avons passé quelques coups de fil avant le dîner.

Elle rougit un peu et se retourna sur le ventre, confuse et quelque peu apitoyée par la future déconvenue de Shera, dont elle se sentait plus que jamais coupable.

Cid se pencha pour couvrir sa nuque et ses épaules de baisers.

- C’est moi qui ai fait l’erreur d’accepter de l’épouser alors que je ne l’aimais pas, Shalua. Tu n’es en rien responsable de cette séparation. Ma décision était prise et j’aurais quitté Shera même si tu avais décidé de m’envoyer sur les roses cette nuit…

La jeune femme lui sourit avec toute l’affection dont elle était capable.

- T’envoyer sur les roses ? Je crois que je préférerai perdre mon second bras, Cid.

Il la serra dans les siens à l’étouffer.

- Ne dis pas des choses pareilles.

Ils restèrent ainsi un long moment, comme pour conjurer tout risque d’être séparés, simplement heureux de sentir battre le coeur de l’autre contre leur poitrine.

- Pourvu que Shera accepte de signer ces foutus papiers sans faire d’histoires parce que je ne suis pas prêt à supporter sa sordide comédie de la ménagère amoureuse et soumise une minute de plus, soupira Cid.

- Quelle femme serait assez sotte et masochiste pour vouloir rester mariée à un homme qui avoue ne pas l’aimer ?

- Une femme comme elle, justement.

Il s’allongea sur le dos et croisa ses bras derrière sa nuque, Shalua confortablement installée sur sa large poitrine.

- Oh, Cid… Je suis persuadée que tu la décris comme plus déraisonnable qu’elle ne l’est en réalité. Divorcer au plus tôt c’est lui laisser une chance à elle aussi de trouver quelqu’un qui l’aimera vraiment.

- Je crois que tu surestimes beaucoup ses capacités de raisonnement, tu sais.

- Quand comptes-tu lui faire part de ta décision ?

- Dès que les choses se seront un peu stabilisées ici et que je pourrais m’esquiver quelques jours à Rocket Town. Je ne veux pas qu’elle se sente dupée ou aculée, au contraire. J’aimerais prendre le temps de m’expliquer clairement et calmement pour qu’elle ne puisse douter ni de mes intentions ni de ma détermination.

La jeune femme se blottit contre lui et ferma les yeux, confiante, sans voir que le sourire de Cid s’était teinté d’anxiété. Il avait un mauvais un pressentiment mais aurait été bien incapable de dire pourquoi…

***

Tifa, dos à la porte, entendit celle-ci s’ouvrir et se refermer très doucement.

Cloud revenait donc pour lui présenter des excuses ? Qu’il aille se faire pendre !

Mais, bien vite, un léger parfum sucré lui chatouilla les narines, l’informant de l’identité de celui qui venait d’entrer dans la pièce.

Le coeur battant, elle se frotta les yeux en reniflant. Mon Dieu, elle devait avoir une mine à faire peur !

- Ces larmes… c’est à cause de moi ? demanda Loz de sa voix mâle et profonde. J’ai fait quelque chose ?

Tifa se pétrifia et se tourna vers lui.

- Non ! assura-elle en lui posant la main sur le bras. Bien sûr que non, voyons !

Il la dévisagea un long moment et elle détourna le visage.

- Ne me regarde pas. Je dois avoir une tête horrible !

Loz sourit, s’assit à ses côtés sur le lit et lui prit doucement le menton pour l’obliger à lui faire face.

- Qu’est-ce que tu as ? Pourquoi tu pleures ?

Elle haussa les épaules et essaya de sourire.

- Je… Cloud et moi, nous… nous avons eu des mots. C’est mon ami d’enfance, crut-elle bon de préciser. Nous avons tous deux des caractères de cochon et il nous arrive souvent d’avoir des échanges un peu animés. Ce n’est rien, vraiment.

L’argenté ne paraissait pas tout à fait convaincu mais eut la délicatesse de ne pas insister, ce dont elle lui fut reconnaissante.

Il porta une main légère et caressante au visage de la jeune femme pour essuyer délicatement toute trace de chagrin.

- Tu veux que je reste un peu avec toi ? murmura-t-il, conscient qu’elle avait bien plus besoin de réconfort qu’elle ne voulait le laisser paraître.

Elle pressa sa joue contre la large paume et acquiesça, touchée par sa gentillesse et sa douceur.

Loz lui ouvrit les bras et elle se blottit contre sa poitrine nue, réalisant alors qu’il ne portait qu’un bas de pyjama.

Le contact de sa peau si douce et son parfum suave fit s’emballer son coeur et se hérisser sa peau.

- Tu m’as entendue pleurer depuis ta chambre ? demanda-t-elle dans le vain espoir que des considérations un plus peu terre-à-terre calmeraient ses sens soudain affolés.

- Non, la tranquillisa-t-il en lui lissant les cheveux, comme il le faisait toujours avec son jumeau lorsqu’il le consolait ou le rassurait. Je t’ai entendue dans le couloir. J’allais dire bonsoir à Yazoo et Reno.

- Il est toujours avec lui ? C’est gentil…

- Yazoo s’occupait toujours de Kadaj et de moi lorsque nous étions malades, après les traitements. Il sait s’y prendre, il a l’habitude.

Tifa revit les scènes horribles dans le laboratoire et resserra son étreinte autour du torse de Loz en signe de soutien et d’affection mais ce dernier se méprit sur son geste, croyant que c’était au contraire le dégoût qui la faisait se raidir.

- Pardon, s’excusa-t-il. Je ne parlerai plus de ça.

Tifa redressa la tête et lui sourit.

- Au contraire, je veux que tu me parles de toi. Je veux tout savoir. Tout ce que tu voudras bien me dire, du moins.

- J’ai rien à… cacher.

Il déglutit avec difficulté.

Un irrésistible attrait paraissait vouloir les jeter en permanence dans les bras l’un de l’autre et la bouche de la jeune femme était si près de la sienne…

***

Yazoo prit son pyjama et les quelques affaires de toilette abandonnés par son jumeau en tas sur son lit.

Soit Loz avait mal compris le message, ce dont il doutait, soit il avait dû filer - peut-être appelé par Kadaj ou l’un des enfants. Il ne l’avait pas vu depuis le début de l’après-midi et jamais il n’était resté séparé de son frère plus de quelques heures. Marlène lui avait raconté le dîner un peu tôt, lorsqu’elle était venue embrasser Reno avant d’aller se coucher, mais avait surtout parlé du chat que Reeve avait donné à Kadaj. Et de Cid, qui l’avait « embêtée, comme toujours ! » et qu’elle avait méchamment mordu « sans faire exprès ! » en chahutant.

L’argenté soupira et écrivit un mot rapide, qu’il laissa sur le lit. Il quitta ensuite la chambre pour retourner dans celle de Reno.

- J’aurais pu t’en prêter un, tu sais, fit ce dernier en voyant Yazoo déplier le pyjama noir pour se rendre dans la salle de bains.

L’argenté haussa les épaules avec un sourire et s’enferma à double tour dans le cabinet de toilette, au grand amusement du turk.

Ils avaient parlé de longues heures, depuis le départ de Rude, abordant des sujets de plus en plus personnels. Bien que leurs confidences aient été entrecoupées, hélas, de crises de spasmes ou de montées soudaines de fièvre de Reno, ce dernier avait trouvé ces instants particulièrement plaisants.

C’est fou comme on peut parfois se confier facilement à un inconnu alors qu’il est si difficile de le faire avec ses amis ou ses proches collaborateurs. Peut-être aussi Yazoo était-il particulièrement réceptif et complaisant ; il n’élevait pas inutilement la voix, comme la plupart des hommes, ne jugeait jamais et semblait saisir les choses avec une sensibilité rare.

Avant de voir les heures défiler, Reno n’aurait jamais cru avoir tant de choses à raconter à quelqu’un, tant de doutes à partager ni de souvenirs à évoquer.

Vers une heure du matin, l’argenté avait commencé à montrer des signes de fatigue et eut beau lutter, il ne put s’empêcher de piquer du nez sur l’épaule du turk.

Reno l’aurait volontiers laissé dormir ainsi s’il n’avait craint de le voir se réveiller au matin douloureusement courbaturé et suant comme un fruit trop mûr dans son lourd manteau de cuir zippé jusqu’au menton.

Il l’avait donc invité à retirer ses vêtements et à partager son lit sans autre forme de procès, comme il l’aurait fait avec Rude si ce dernier avait été à sa place, mais la seule idée de découvrir un centimètre carré de peau devant un étranger paraissait apparemment faire paniquer Yazoo. Ce n’était même plus de la pudeur mais de la hantise. Jamais Reno n’aurait cru que l’argenté pouvait avoir si honte des pâles cicatrices qui couvraient sa peau délicate…

Ce dernier sortit de la salle de bains rapidement, après avoir brossé ses dents et ses cheveux, si l’on en croyait leur brillance et la façon dont les mèches d’électrum ondoyaient sur les épaules graciles.

Il plia soigneusement pantalon et manteau sur une chaise avant de retourner s’allonger près de Reno - mais sans toutefois oser se glisser sous les couvertures.

Avec la chaleur qui régnait dans la chambre, cela ne prêterait cependant pas à conséquence, estima le turk. Il ne risquait pas de prendre froid.

- Tu crois pouvoir arriver à te rendormir ? demanda Reno, la main sur l’interrupteur de la lampe de chevet.

Yazoo hocha la tête et sourit.

- Je tiens à peine debout. Mais, si tu ne te sens pas bien, réveille-moi, surtout.

Reno éclata de rire.

- T’en fais pas, va ! Si je suis malade, j’ai bien peur que toi et ce lit en soyez les premiers avertis ! plaisanta le turk avec une grimace en éteignant la lampe.

- Ne pense pas à ça, sinon tu vas l’être pour de bon, le rabroua gentiment l’argenté. Bonne nuit.

- Bonne nuit…

Les yeux mako brillaient un peu dans l’obscurité. Lorsque l’argenté les ferma, Reno eut l’impression qu’il éteignait son être tout entier, comme s’il mettait son esprit en veille, et cette idée saugrenue le fit sourire.

Décidément, c’était bien agréable de l’avoir auprès de lui, même endormi.

Sa douceur et son calme étaient si communicatifs, si relaxants… Et il sentait bon !

Oui, Reno ne voyait pas comment dire ça autrement : Yazoo sentait bon. Pas comme Tseng ou Rude, qui choisissaient leur eau de toilette et leur after-shave avec un soin quasi monomaniaque, non, Yazoo, sentait vraiment bon. Sa peau, ses cheveux, son souffle, tout. Un curieux parfum sucré presque imperceptible, comme du caramel ou… non, pas du caramel. Où avait-il déjà senti cette odeur, bon sang ?

La bonbonnière !

Mais, oui ! La petite bonbonnière sur le bureau d’Elena, où tous piochaient une ou deux dragées dès qu’ils en avaient l’occasion.

Régulièrement pillée, la jeune femme devait la remplir plusieurs fois par semaine et, lorsqu’elle était vide, elle avait exactement cette odeur là. Celle des délicieuses dragées qu’elle avait contenues et qui, une fois envolées, n’avaient laissé dans l’écrin de porcelaine que le souvenir presque imperceptible de leur douceur sucrée.

Oui… Yazoo sentait exactement comme ça.

Reno bougea un peu la tête pour plonger le visage dans la chevelure de platine qui s’étalait sur le traversin en prenant bien garde de ne pas réveiller son « infirmier » et ferma les yeux pour mieux s’enivrer du parfum suave et lénifiant.

Avant même de s’en rendre compte, il s’était endormi.

***

Lorsqu’il posa délicatement ses lèvres sur celles de Tifa, Loz ne rencontra aucune résistance. Bien au contraire, un soupir s’échappa de la bouche tentatrice.

Le corps délicat s’abandonnait contre le sien avec une confiance totale et il prolongea le baiser un long moment, prenant tout son temps pour effleurer, agacer, explorer, lécher et goûter à tour de rôle avec une curiosité et une habileté qui électrisaient la jeune femme.

Ses lèvres scellées aux siennes, Tifa se lovait contre lui, parcourait ses flancs, son dos, ses bras, ses épaules et enfonçait ses doigts dans ses courts cheveux argentins, les y noyant comme si elle ne devait jamais s’en dessaisir. Son souffle n’était plus qu’une sorte de râle continu, et ce gémissement extrêmement sensuel qu’elle ne contrôlait pas était plus éloquent encore que les caresses fébriles qu’elle multipliait.

Sous cet assaut, le corps de Loz s’enflamma jusque dans ses profondeurs les plus intimes et son désir causa une tension impérieuse.

Tifa avait longuement touché sa peau, lorsqu’il était inconscient, et elle croyait donc bien le connaître mais l’évidence de son erreur lui apparaissait, à présent…

Naguère passif et soumis, le corps de Loz s’animait désormais sous ses mains, enthousiaste et passionné, riche d’une ardeur érotique débordante et, dans sa poitrine, son coeur battait la charge.

Lorsqu’il la renversa doucement sur du lit, léger malgré sa taille et sa carrure peu communes, elle s’accrocha à son cou et à ses épaules, presque épouvantée par l’insatiable concupiscence qui la dévorait.

Les grandes mains enveloppèrent ses seins puis écartèrent le tissu du peignoir pour les dénuder et en titiller les pointes turgescentes.

Loz craignit un instant que, froissée par son ardeur, la jeune femme ne le repousse mais, au contraire, elle s’agrippa à lui, l’attirant toujours plus près.

Conscient de la folle volupté qu’il suscitait en elle, il accentua ses caresses sans cesser de lui baiser la bouche avec emportement et le gémissement continu de Tifa monta en intensité.

Elle étreignit avec une ardeur renouvelée le corps sculptural. Que ne donnerait-elle pour rester à jamais entre ces bras puissants, sous la caresse de ces doigts, le baiser de cette bouche, la pénétration de cette langue…

Son corps se tordit, en proie à une agitation fiévreuse irrésistible et Loz pressa plus fort les reins de la jeune femme contre le matelas.

Celle-ci fit courir ses mains le long du dos musclé et les glissa sous la ceinture élastique du pantalon de pyjama pour y pétrir les fesses lisses, rondes et fermes, accentuant encore la pression de son ventre tendu par le désir sur le sien.

Le pantalon ne tarda pas à choir sur le sol et Tifa sentit qu’un genou remontait entre ses jambes, retroussant son peignoir.

Ses cuisses s’écartèrent et ce ne fut plus le genou mais la cuisse de Loz qui se faufila entre ses jambes et se caressa à elles, les ouvrant sans effort, irrésistiblement…

Quelle sensualité, quelle affriolante inconvenance que le contact de cette cuisse si puissante à cet endroit !

De toutes ses forces, Tifa referma les siennes sur celle du jeune colosse, la serra comme dans un étau et cambra les reins pour que son intimité puisse s’y frotter avec force.

Cela excita follement Loz et le mouvement rythmé qui l’animait déjà s’accéléra. D’instinct, le corps de la jeune femme adopta sa cadence.

Entre ses cuisses, la chair délicate et humide s’embrasait en glissant d’un mouvement long et lascif contre la peau dont elle avait naguère admiré la beauté, respiré le parfum et caressé la douceur.

Au-delà du désordre du peignoir relevé, elle se saisit à deux mains de la cuisse de Loz et la pétrit, y enfonça ses doigts effilés. Puis, emportée par sa passion, elle lui griffa gentiment les fesses, les reins et le dos, ce qui le fit violemment frissonner.

A moins que ce frisson ne vint d’elle ? Tous deux en proie à un même et effréné désir, haletant du même souffle affolé, elle aurait été bien incapable de le dire.

Jamais Tifa n’avait éprouvé une telle fièvre ou ressenti une attente aussi éperdue. Habituée à l’indolence de Cloud et à sa tiédeur teintée de réserve, elle ne s’était pas préparée à une telle aventure…

Le corps de Loz la recouvrait tout entière, la noyait par son parfum capiteux. Elle le sentait peser sur elle et en devinait les moindres détails contre sa peau : les bras puissants à la peau si lisse, la large poitrine dont les petits tétons durcis frottaient contre ses seins et la pression des cuisses musclées contre les siennes. Et que dire de la taille et de la fermeté de sa virilité, aussi étonnantes qu’une que l’autre…

La bouche qui baisait la sienne la libéra mais ce fut pour s’emparer de sa gorge. Bien qu’avides et brûlantes, ses lèvres surprenaient par leur douceur - presque contre nature chez un être aussi puissant.

Les yeux fermés, elle savourait la caresse gourmande de sa langue, les audaces de ses paumes et de ses doigts agiles qui faisaient courir sur sa peau des frissons si violents que leur effet se prolongeait partout en elle.

Le peignoir rejoignit bientôt le pantalon de pyjama sur le sol et les mains et la bouche de Loz parcoururent librement les cuisses dénudées, les fesses, le ventre, les seins et les flancs palpitants. Au creux de son intimité, la délicieuse souffrance devint intolérable.

Cette chair palpitante, c’est elle que Loz allait bientôt caresser de sa langue diaboliquement agile, c’est en elle qu’allait pénétrer sa virilité effrayante et cette seule pensée fit encore monter le désir de Tifa d’un cran.

Le tourbillon de sensations qui l’enivraient déjà se fit tornade et l’emporta tant et si bien qu’elle faillit ne pas entendre le discret tapotement à la porte de sa chambre.

- Tifa ? demanda doucement la voix de la Marlène, les arrachant tous les deux au cocon de plaisir qu’ils avaient tissé de leurs corps enlacés. Tifa ?

Ils se pétrifièrent et Loz roula sur le dos, l’avant-bras sur le visage, haletant et le coeur battant la chamade.

- Qu… Qu’y a-t-il ? demanda la jeune femme d’une voix encore enrouée de désir.

- Denzel n’arrête pas de pleurer et il me laisse pas dormir. Il dit qu’il a le nez bouché et qu’il peut pas respirer. Je peux entrer ?

Tifa bondit sur ses pieds et ramassa son peignoir, qu’elle enfila rapidement, avant d’aller entrebâiller la porte.

Marlène se tenait dans le couloir, vêtue de son pyjama bleu ciel et de ses gros chaussons jaunes et velus imitant des têtes de chocobos.

- Retourne avec lui, ma chérie, dit-elle en prenant bien garde que la petite ne voit rien de ce qui se passait dans la chambre. Fais-le asseoir dans la salle de bains, la porte bien fermée, et fais couler de l’eau très très chaude dans la baignoire.

- Et je le mets dedans ?

- Mon Dieu, non ! Tu veux l’ébouillanter ? Fais juste ce que je te dis. Je m’habille et j’arrive tout suite.

- D’accord.

La petite fila et la jeune femme referma la porte avant de s’y appuyer avec un soupir accablé.

Debout près du lit, Loz avait remis son pantalon de pyjama et la considérait avec un sourire dépité.

- D’accord, fit-elle avec un humour désespéré, je le reconnais : mes amis sont parfois de vraies plaies !

Il haussa les épaules en signe d’impuissance et lui ouvrit les bras. Elle s’y précipita pour lui voler un dernier baiser avec un gémissement déchirant aussi comique que flatteur.

…à suivre

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XXIV - Les bons samaritains

« Certaines personnes ont tendance

à vouloir aider les autres,

uniquement pour se sentir meilleures

qu’elles ne le sont en réalité…»

Paulo Coelho

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Yuffie, Tifa et Loz arrivèrent dans le grand salon où les serviteurs avaient dressé la table pour quatorze personnes, tous les regards se tournèrent vers eux.

- Où diable étiez-vous passés, tous les deux ? s’enquit Shalua avec une moue entendue. Nous n’attendions plus que vous et Reeve.

- Ils se battaient ! s’emporta Yuffie. Et je vous dis pas où ! Dans l’église ! Non mais vous vous rendez compte ?

Marlène laissa échapper une exclamation aiguë.

- Encore ?

Les deux belligérants échangèrent un regard gêné mais Rufus rit de bon coeur.

- Et qui a gagné ? s’enquit-il.

Loz et Tifa répondirent en même temps.

- Elle !

- Lui !

Le jeune président leva un sourcil, narquois, et Vincent sourit.

- Ah… railla Cid. On va avoir du mal à distribuer les médailles !

- Vous vous êtes battus comme des chiens enragés et ne savez pas qui a gagné ? martela Yuffie. Alors là, c’est la meilleure !

- Loz, répéta Tifa en prenant place à côté de Marlène. Il m’a envoyé dans le décor.

- Euh… En fait, j’ai triché, protesta Loz, en s’asseyant en face d’elle, à la droite de Vincent. Ca ne compte pas.

Kadaj, installé à la gauche de son frère, le dévisagea comme si des bois de cerf venaient de lui pousser au milieu le front.

- Et depuis quand tu refuses une victoire parce que tu as rusé, toi ?

Loz et Tifa rougirent jusqu’à la racine des cheveux, au grand amusement des convives et plus particulièrement de Shalua, Cid et Vincent, qui comprirent immédiatement de quoi il retournait.

Un hôte, cependant, ne goûtait guère la bonne humeur générale…

Cloud serrait les mâchoires et transperçait son amie d’enfance d’un regard glacial. Regard qu’elle soutint sans broncher jusqu’à ce qu’il détourne les yeux.

- Où est Yazoo ? s’enquit Loz.

- Avec Reno ! lança Marlène. Gretta lui a monté un plateau. On a fait une ballade à moto, cet après-midi, ajouta-t-elle avec fierté.

- Et notre demoiselle a vivement regretté que son conducteur de la fasse pas monter devant, « comme Loz », intervint Cid pour asticoter la petite.

Sur le coup, l’argenté ne vit pas du tout à quoi le pilote faisant allusion puis il se souvint de l’enlèvement de la gamine, à l’église, ce qui le mit un peu mal à l’aise.

Gêne qui s’envola lorsque Marlène, vexée, apostropha Cid :

- M’en fiche parce que du coup, on est allés super plus vite qu’avec Loz ! Bien plus que toi avec tes tas de ferraille volants !

- Marlène ! la rabroua Tifa.

Mais Cid, qui adorait faire bisquer la petite, s’amusait de la colère enfantine.

- Je suis sûre qu’il t’a fait asseoir devant par peur que le vent t’emporte comme un moucheron, la taquina-t-il encore.

- Même pas vrai !

- Marlène, ne crie pas ! gronda encore Tifa.

- Hein que c’est pas vrai ? demanda la petite à Loz sans faire attention à elle. (Ce dernier secoua la tête) Tu vois !

- J’avais une caisse de matérias à arrière, précisa l’argenté, à la grande humiliation de Marlène, faisant redoubler l’hilarité Cid.

- Mes matérias, intervint Yuffie avec une moue mais si bas que personne hormis Cloud, attablé à ses côtés, ne l’entendit.

Le dernier convive arriva à ce moment là en tenant sa peluche robotisée par la main - ou plutôt par la patte.

- Messeigneurs et mesdames, je vous salue bien bas ! couina le chat en agitant sa patte libre. Et vous souhaite un tranquille et délicieux repas !

Cid grimaça.

- Eh, beh… Ca s’arrange pas ! ironisa-t-il.

- Pardon d’être aussi direct, Reeve, fit remarquer Vincent, non sans humour, mais ton nouveau programme d’apprentissage me paraît définitivement être une… catastrophe !

Reeve contempla son jouet, qui le considérait avec de grands yeux innocents, et soupir a.

- Je ne sais pas ce qui se passe. Je crois que je vais revenir à l’ancienne version et essayer juste de l’améliorer un peu.

- C’est un robot ? s’étonna Kadaj, qui avait quitté la table pour s’accroupir sur le sol, fasciné par le chat robotisé mais restant à bonne distance de peur de l’effrayer.

Les bêtes avaient peur de lui depuis toujours. Lorsqu’il lui arrivait de passer près des animaux du laboratoire, au cratère nord, les singes devenaient comme fous, les chiens hurlaient à la mort et les rats se jetaient contre les parois de verre.

Comprenant les craintes du garçon pour avoir étudié les vidéos de surveillance du laboratoire d’Hojo pendant les mois, le chef du WRO lâcha la patte de sa créature et l’encouragea à aller vers le jeune homme.

- Va dire bonjour, allez.

La peluche robotisée ne se le fit pas dire deux fois.

Chaussé de ses gros godillots et coiffé de son drôle de petit couvre chef, il sautilla vers Kadaj pour aller frotter son museau rose contre sa main.

- Une gratouille sur la tête me transporte de joie, chantonna la petite créature. Mais si c’est un baiser, je ronronne d’émoi !

Il tendit sa petite truffe moustachue et, pour son plus grand plaisir, l’argenté obtempéra.

- C9 ! tempêta son créateur, faisant rire toute la tablée. En voilà, des manières !

- Tu devrais lui couper le jus et le mettre dans un carton jusqu’à ton départ, préconisa Cid. A mon avis, cette bestiole a définitivement pété une durite !

Reeve, découragé, comptait bien suivre le conseil du pilote mais, au moment où il voulut saisir le chat, celui-ci sauta dans les bras de Kadaj.

- Pourquoi le débrancher ? demanda ce dernier en caressant le doux poil du félin. Il est si drôle…

- L’ennui, intervint le pilote, c’est qu’il n’a pas été créé pour l’être.

L’argenté hocha la tête et, non sans regret, dénoua les petites pattes qui s’accrochaient à son cou.

- Désolé, tu dois retourner avec ton maître.

Il posa doucement le chat sur le tapis et celui-ci se détourna tristement pour marcher lentement vers Reeve, épaules basses et oreilles en berne, comme s’il s’apprêtait à monter sur l’échafaud pour être pendu haut et court.

Le chef de la WRO éclata de rire.

- Non mais regardez-moi ce comédien ! (Il souleva le chat à bout de bras) Tu veux rester avec lui, c’est ça ? (Le robot redressa aussitôt la tête et sourit) Et pourquoi pas, après tout…

Il reposa le chat sur sol, qui se précipita à nouveau vers Kadaj pour se pendre à son cou avec un petit ronronnement enthousiaste.

- Trouve-lui un nom, brosse-le tous les jours et ne lui donne surtout rien à manger, même s’il pleurniche, fit Reeve à Kadaj. Il n’a nullement besoin de se nourrir, c’est une machine - ce qu’il a tendance à oublier.

- Tu me le confies ? s’étonna l’argenté.

Reeve éclata de rire et s’installa à table.

- Non, mon garçon, je te le donne.

Le jeune homme en resta pétrifié, ce qui fit sourire Vincent.

Jamais personne ne lui avait fait un tel présent et jamais non plus il n’aurait cru pouvoir prendre un animal dans ses bras autrement que mort, même s’il ne s’agissait que d’un robot.

- Je… Je ne sais pas quoi dire.

- Il n’y a rien à dire. Il est plutôt grand temps de manger. Je meurs de faim ! Qu’est-ce que Gretta nous a préparé de bon ?

Vincent se pencha en avant.

- Il ne te reste plus qu’à lui trouver un nom, Kadaj.

Celui-ci s’assit avec le chat sur ses genoux.

- Comment voudrais-tu qu’on t’appelle ? lui demanda-t-il.

La peluche croisa ses petites pattes sur son ventre soyeux.

- Puisqu’au nombre de neuf furent mes prédécesseurs. Cait 9 sera le nom de votre serviteur.

- Cait 9 ? Très bien, ça me va.

- Et il va parler tout le temps comme ça ? demanda Cid, exaspéré d’avance. En faisant des rimes pourries à chaque fois qu’il ouvrira la bouche ?

Le chef du WRO haussa les épaules et plissa le front.

- Je n’aurais peut-être pas dû le laisser seul dans la bibliothèque…

Shalua pouffa et le pilote leva les yeux au ciel.

***

Tseng s’assit à son bureau et pressa l’un des boutons de son téléphone.

- C’est bon, repassez-le-moi. Rude ? Alors ? Qu’est-ce que ça donne ?

« Que dalle. Le labo, ou du moins ce qu’il en reste, est on ne peut plus mort. Rien n’a bougé depuis que nous sommes passés faire le grand ménage et installer les systèmes de sécurité, l’an dernier. »

- Tu en es sûr ?

« Certain ! Tout est clean. »

- Mais qu’est-ce qui a pu déclencher les alarmes, dans ce cas ?

« C’est là que ça se corse. Je pense que l’origine des mouvements se trouve plus profond dans le cratère et on a pas le matos sur place pour descendre plus bas. »

- Il faudra donc y retourner.

« C’est ce que je me disais. »

- As-tu au moins une idée de ce qui est à l’origine des déplacements saisis par les caméras thermiques ?

« Non, c’est trop flou et trop rapide. »

- Que comptes-tu faire dans l’immédiat ?

« Faire une dernière fois le tour des premiers niveaux par acquit de conscience et rentrer pour préparer une nouvelle exploration plus poussée. »

- Tiens-moi au courant s’il y a du nouveau.

« Ca marche. »

Le chef des turks raccrocha et se laissa aller sur son fauteuil en mordillant l’ongle de son pouce.

L’« origine des mouvements se trouve plus profond » avait dit Rude.

Guère rassurant lorsqu’on savait que « plus profond », sous le volcan désormais éteint, c’était la rivière de la vie, qui coulait…

Après un court moment de réflexion, il composa le numéro du portable de Rufus.

***

Shalua, impatiente, poussa Tifa dans sa luxueuse suite et verrouilla la porte.

- Alors ? pressa-t-elle son amie. Raconte ! Que s’est-il passé, dans cette chapelle ?

La jeune femme prit place sur le divan crème du petit salon.

- Que veux-tu qu’il se soit passé, Shalua ? demanda-t-elle avec une innocence feinte.

La scientifique agita l’index.

- Oh ! Non… Non, non, non, pas de ça avec moi ! Les regards que vous échangez dégoulinent de complicité comme les cheveux de Cloud de gel capillaire, alors ne me prends pas pour une imbécile, ma fille !

Tifa soupira.

- Yuffie est arrivée au moment critique.

Shalua mordit son poing valide en un geste comique de frustration.

- La peste !

- Et Cloud était avec elle, poursuivit la jeune femme avec une grimace.

- Ca on s’en fiche, vous ne couchez même plus ensem… Oh, mais attends. C’est donc pour ça qu’il a fait sa tête de hérisson constipé durant tout le dîner ?

- J’en ai bien peur.

La soeur de Shelke lui adressa un sourire de requin.

- Pourquoi j’ai soudain envie de m’écrier : « bien fait ! » ?

- Peut-être parce que tu n’as jamais vraiment aimé Cloud ? risqua Tifa, railleuse.

- Détrompe-toi, je n’ai rien contre lui. Tant qu’il reste ton ami, s’entend. Parce que, comme « petit » ami, il repassera ! C’est un gosse souffrant de dépression chronique qui a plus besoin d’une psychothérapie que d’une femme, crois-moi.

- Ah ! Ah ! Ah ! Oh, bon sang, Shalua ! Mais qu’est-ce qu’il t’a fait, ce pauvre Cloud ?

- Il t’a fait souffrir pendant des mois, pour ne pas dire des années, et cela seul suffit à me le rendre un tantinet antipathique, vois-tu. Mais revenons-en à toi et à monsieur corps de rêve…

Son amie s’allongea à demi sur le divan, rêveuse.

- Loz m’attire, c’est définitif.

- Ah ! Je le savais.

- Il est vraiment craquant, tu sais… Par moments, on dirait un petit garçon malmené que l’on meure d’envie de consoler et, à d’autres, il fait preuve d’une sensibilité et d’une clairvoyance terrifiantes. Et… il a une de ces paires de fesses ! ajouta-t-elle, malicieuse.

Shalua éclata de rire s’assit à ses côtés.

- Attends un peu de voir le reste… Et là, c’est le médecin qui parle. (Elle se pencha à son oreille avec un sourire suggestif) C’est ce qui s’appelle de l’artillerie lourde, ma fille !

- Oh ! Shalua ! s’écria Tifa en faisant claquer sa main sur la cuisse de la scientifique.

Elles piquèrent l’un de ces fous rires complices dont seules les femmes ont le secret et on frappa discrètement à la porte de la suite.

Shalua se leva pour aller ouvrir.

- Cid ?

Le pilote sourit.

- Il faut que je te parle, Shalua, c’est très important.

- Oui, bien sûr mais… je suis avec Tifa et…

- J’allais partir ! fit cette dernière depuis le divan.

Cid agita la main.

- Ce n’est pas à la minute non plus.

- Attends-moi dans ta chambre, lui murmura la scientifique. J’arrive dès que je peux.

Le pilote acquiesça et se retira.

Shalua referma le battant et y appuya son dos, le souffle court.

- Qu’y a-t-il ? s’inquiéta son amie en la voyant soudain si nerveuse.

Son masque de facétieuse espiègle s’était brisé et elle avait repris tout son sérieux.

- Tifa, Cid et moi avons fait une énorme sottise…

La jeune femme leva les mains au ciel.

- Oui, bon, vous avez couché ensemble et il est marié. Ce n’est pas la fin du monde, non plus ! Personne ne va aller le dire à Shera.

- Non, je ne parle pas de ça.

Tifa se leva et vint vers son amie pour lui poser la main sur l’épaule, de plus en plus inquiète par son attitude et sa pâleur.

- Shalua, qu’y a-t-il ?

Une larme perla au coin de l’oeil valide de cette dernière.

- Je crois bien que nous sommes tombés amoureux l’un de l’autre, Tifa, murmura-t-elle, la voix brisée. Vraiment amoureux.

La jeune femme blêmit à son tour.

- Oh, merde…

- Je suis sûre que c’est de ça qu’il veut me parler. Et si… S’il me demande de tout arrêter maintenant, je… Je ne sais pas si je tiendrais le coup.

Elle éclata en sanglots, lasse de jouer la comédie de la jeune femme insouciante et farceuse, et Tifa la prit dans ses bras.

- Oh, mon Dieu, Shalua…

***

Lorsque Tifa quitta Shalua devant la chambre de Cid et qu’elle regagna la sienne pour prendre une douche et se coucher, un visiteur l’y attendait mais ce n’était pas celui qu’elle aurait espéré y voir.

- Cloud ? En voilà une surprise fit-elle en se déshabillant sans gêne aucune pour enfiler un peignoir. Que fais-tu là ?

- Pourquoi ? Tu attendais quelqu’un d’autre ? demanda-t-il d’une voix glaciale.

- Même si c’était le cas, je ne vois pas en quoi ça te regarde.

Il se raidit, estomaqué, et se planta devant elle, les poings sur les hanches.

- Tu ne vois pas en quoi ça me regarde ? répéta-t-il, incrédule. J’espère que tu plaisantes !

- Pas du tout. Et maintenant, si tu permets, j’aimerais prendre une douche et me coucher.

Elle voulut passer à côté de lui pour se diriger vers la salle de bains mais il lui bloqua le passage du bras.

- Je n’ai pas fini, Tifa.

- Oh ! Que si !

Il la prit par les épaules et plongea son regard bleu dans le sien.

- J’ai vu ce que vous faisiez, dans la chapelle, Tifa…

Elle rougit légèrement mais se reprit vite et soutint son regard sans faiblir.

- Oui, j’embrassais Loz. Et après ?

- Comment « et après ? » ? s’écria-t-il. J’ai peut-être mon mot à dire, tu ne crois pas ?

- Ah oui ? Et pourquoi ?

Il la lâcha et recula d’un pas en secouant la tête, profondément choqué.

- Tifa, qu’est-ce qui te prend ? Qu’est-ce que tu fais de nous ?

- Nous ? Et depuis quand y a-t-il un « nous », Cloud ?

- Je suis là, non ?

- Oui, tu es là, Cloud. Mais tu aurais aussi pu venir hier ou avant-hier et tu ne l’as pas fait. En fait, tu aurais pu passer la nuit avec moi des dizaines de fois mais tu ne l’as jamais fait. Tu n’es donc pas ici pour moi.

- Par tous les démons de planète, je suis Soldat, Tifa, je ne fais pas ce que je veux de mon temps !

- Tu n’es ici que parce que tu m’as vu embrasser un autre homme et que tu es jaloux ! poursuivit la jeune femme sans se démonter. Tu es comme ces petits garçons qui s’ennuient dans leur chambre pleine de jouets desquels il se fichent royalement jusqu’au jour ou un autre enfant veut prendre leur mog en peluche ! Il n’y a jamais eu de « nous » parce que tu ne m’as jamais aimée comme un homme aime une femme, Cloud ! Je ne suis que la bonne amie avec laquelle tu as essayé un moment de compenser la disparition de celle que tu aimais vraiment. Mais je ne suis pas Aerith, Cloud… Je ne suis pas Aerith et je ne le serai jamais ! Moi, je suis vivante, Cloud, faite de chair et de sang ! J’ai besoin d’un homme qui m’aime réellement et qui soit là pour me prendre dans ses bras lorsque j’ai envie de lui ! Un homme avec lequel je peux espérer construire quelque chose et non ressasser des souvenirs ! Un homme qui m’aime et me désire vraiment !

Cloud recula jusqu’à la porte, pantois et l’estomac noué. Jamais Tifa n’avait osé lui dire les choses aussi crûment et pourtant chacun savait qu’elle n’avait pas la langue dans sa poche.

Il serrait les poings - d’autant plus fou de rage qu’elle avait raison - cherchant ce qu’il pourrait bien dire pour la remettre à sa place.

Comme un enfant qui, faute d’arguments pour riposter, cherche à blesser, il frappa à l’endroit où il savait que ça ferait le plus mal…

- Je comprends que Loz puisse te faire mouiller, Tifa, je l’ai vu à poil dans la grotte. Mais si tout ce que tu voulais, c’était des muscles et une grosse queue, tu aurais pu choisir Cid ou Rude. Eux, au moins, ils ont un cerveau !

Bien sûr, il regretta ces mots orduriers à peine eurent-ils franchi le seuil de ses lèvres mais il était trop tard pour les arrêter.

Tifa, indignée, laissa échapper un petit cri mais réagit au quart de tour, couvrant la distance qui la séparait de Cloud pour le gifler à toute volée.

- Dehors… ordonna-t-elle d’une voix brisée, les larmes aux yeux.

Son physique avantageux et ses formes plantureuses lui avaient toujours valu une réputation de cruche et de « chaudasse » érotomane auprès des garçons puis des hommes qu’elle côtoyait - et principalement auprès de ceux qui savaient n’avoir aucune chance avec elle, au demeurant. Toute sa vie, elle avait dû se battre avec acharnement contre cette image erronée de dévergondée décérébrée - non sans mal - et Cloud le savait parfaitement.

- Fiche le camp ! cria-t-elle entre ses larmes, qu’elle essayait désespérément d’empêcher de couler.

- Tifa, je…

- Dehors !

Cloud obéit en maudissant sa propre sottise et Tifa claqua brutalement la porte derrière lui.

Il resta un instant sur le seuil, l’oreille presque collée à la porte et les pleurs déchirants qu’il entendit lui brisèrent le coeur.

- Quel con… gémit-il. Mais quel con…

Il allait entrer à nouveau pour s’excuser à genoux, la supplier de lui pardonner, lui assurer qu’il ne pensait pas un mot de ce qu’il avait dit et…

Non, ça ne servirait à rien. Il avait été vraiment trop odieux pour qu’elle accepte ne serait-ce que de l’écouter dans l’immédiat.

Bon sang ! Mais comment avait-il pu être aussi méchant et aussi stupide ?

Il s’adossa au mur du couloir et se laissa glisser jusqu’au sol, où il s’affala, le visage dans les mains.

- Qu’est-ce que j’ai fait ? Mais qu’est-ce que j’ai fait…

C’est vrai, Tifa avait raison : il était jaloux. Horriblement jaloux. Lorsqu’il les avait vus, là, dans la chapelle, il les aurait volontiers transpercés tous deux de son épée d’un même élan. Mais elle se trompait sur un point : il l’aimait. Il l’aimait vraiment. Peut-être pas comme un homme aime une femme, c’est vrai, mais elle était son amie d’enfance et rien ne pourrait jamais effacer l’affection qu’il lui portait ni les bons souvenirs qu’ils avaient en commun.

C’est vrai, les quelques nuits qu’ils avaient passées ensemble avaient été au mieux ternes et ennuyeuses. Oui, il était un conjoint exécrable et un amant timoré. Oui, il aimait toujours Aerith. Oui, il adorait être un Soldat et avait postulé davantage pour son propre agrément que pour la protéger. Tout cela était vrai et plus encore, certainement. Mais il était aussi vrai que jamais il ne se remettrai de la perte de sa meilleure amie et surtout pas s’il la perdait comme ça…

Mais comment rattraper son comportement inqualifiable ? Commet se faire pardonner ?

Cloud n’avait jamais été très doué pour se sortir de ce genre de situations, il lui fallait le conseil et l’aide d’un homme d’expérience et il pensa immédiatement à Vincent avant de se rappeler qu’il était descendu au labo avec Kadaj et son nouveau jouet, à la fin du dîner. Barret ? Parti. Reeve ? Non, il n’était pas assez intime avec lui.

- Cid !

Oui, bien sûr, c’était Cid qu’il lui fallait !

Sous des dehors un peu brutaux et des manières frustes, le pilote était un homme de coeur d’une gentillesse et d’une patience à toute épreuve.

Cloud bondit aussitôt sur ses pieds et se dirigea vers la chambre de Cid.

Il s’apprêtait à frapper lorsqu’il réalisa qu’il était minuit passé.

Ne voulant pas réveiller le pilote, le jeune homme tourna doucement la poignée et passa la tête par l’entrebâillement de la porte pour vérifier si son ami était encore debout.

Ce qu’il vit le surprit tellement qu’il ne put contenir un juron qui fit tressaillir Cid et Shalua, l’un allongé nu sur le lit et l’autre encore en sous-vêtements à califourchon sur lui.

- Personne ne t’a appris à frapper aux portes, sale morveux ? s’écria le pilote en se redressant pour cacher la semi-nudité de sa compagne au jeune homme.

Cloud, sidéré, le dévisagea non sans un certain dégoût.

- Cid… bredouilla-t-il. Comment peux-tu faire ça à Shera ?

- De quoi je me mêle ? hurla l’amiral de la WRO en enfilant son pantalon, qui traînait sur le sol.

Cloud, mortifié, quitta la chambre mais Cid le rattrapa dans le couloir et le saisit fermement par le bras.

- Dis-donc, petit merdeux ! gronda-t-il, faisant grincer ses dents éclatantes. Un : tu vas t’excuser tout de suite pour ta petite entrée en scène. Et deux : tu vas te mêler de tes affaires ou je vais me charger personnellement de refaire ton éducation !

- Tu es mal placé pour me donner des leçons de morale !

- Je te demande pardon ?

- Tu es marié, Cid !

Celui-ci ricana.

- Précisément, petit : je suis marié, pas mort ! Et, au risque de me répéter, ce qui se passe dans mon pieu ne te regarde pas.

Cloud se dégagea et toisa le pilote.

- Arrête de me parler comme si j’étais un gosse !

Cid se pencha sur lui.

- Alors grandis ! Il serait peut-être temps ! lui cracha-t-il au visage avant de tourner les talons d’un pas assuré.

Cloud rejoignit sa chambre et se laissa tomber sur son lit, ne sachant plus du tout comment il devait réagir à tout ce qui venait de se passer.

Réfléchir. Réfléchir calmement, surtout.

- Oui… Réfléchir et prendre les choses en main.

Que Tifa se laisse séduire par une brute sans cervelle, eh ! bien soit, une fois que le désir inspiré par la plastique parfaite de l’argenté serait un peu retombé, elle finirait bien par s’apercevoir qu’il n’était qu’un demeuré. Mais que faire lorsque l’un de ses meilleurs amis est sur le point de ficher sa vie en l’air et de briser son mariage pour une coucherie ?

Cloud repensa à Shera, si douce, si amoureuse de son Cid adoré, qui lui avait pourtant juré une éternelle fidélité devant témoins… Shera, qui avait même été prête à sacrifier sa vie pour permettre à l’homme qu’elle aimait comme une folle de réaliser son rêve le plus cher. Jamais le pilote ne trouverait une femme plus dévouée ni plus aimante.

Il ne pouvait pas laisser Cid prendre le risque de perdre Shera. Non, il ne le pouvait pas… Il était son ami, avait été son témoin de mariage et était donc en devoir de sauvegarder ce lien sacré !

Cid n’était tombé dans les bras de Shalua que parce qu’il se sentait seul, Cloud en était persuadé. Il était resté loin de chez lui depuis trop longtemps.

Malheureusement, la situation étant ce qu’elle était avec le retour des argentés, Reeve n’autoriserait pas l’amiral de sa flotte aérienne à rentrer de sitôt.

Une idée traversa alors l’esprit du jeune homme : puisque Cid ne pouvait aller à Shera, qu’à cela ne tienne, c’est Shera qui viendrait à lui !

Sa décision prise, il décrocha son téléphone portable de sa ceinture et composa le numéro de Rude.

- Rudo ? C’est Cloud, excuse-moi je sais qu’il est tard et… C’est sympa. Oui, il va bien. Yazoo, Tifa et Marlène jouent les infirmières dévouées avec lui. Dis-moi, es-tu toujours au cratère Nord ? Quand ? Dans ce cas, j’aurais un petit service à te demander. Est-ce que tu pourrais faire un crochet avec l’hélico, en revenant ? Rocket Town… Une surprise pour Cid.

…à suivre

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XXIII - Raconte-moi une histoire…

« Ce n’est pas fait pour être vrai, les histoires,

mais pour être raconté…»

Jacques Savoie

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Shiva Rajah d’après les illustrations de M.A. Sambre

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Tifa vit s’approcher le mur de pierre, elle sut qu’elle n’aurait pas même le temps de crier avant que les os de son crâne n’éclatent en dizaines de petits morceaux contre les moellons massifs.

Elle ferma les yeux par réflexe, dans l’attente du choc, et crut apercevoir un éclair bleu du coin de l’oeil.

Sentirait-elle la douleur au moment fatal ?

La collision eut finalement lieu et… c’était doux. Doux et chaud.

Bizarre…

Son cerveau avait-il déconnecté ses capteurs sensoriels pour lui épargner le calvaire de sentir sa tête éclater comme une noix contre le mur de pierre ?

Tiens, le mur sentait bon, aussi… Délicieusement bon, oui.

Elle s’attendit à glisser le long de la paroi jusqu’au sol mais non. Quelle chose paraissait la retenir fermement. Elle en sentait la pression tout autour de son buste. Comme des bras.

Des bras ?

La jeune femme ouvrit un oeil, puis l’autre, et comprit qu’elle avait le nez niché entre deux muscles pectoraux saillants laissés généreusement à découvert par l’échancrure d’un blouson de cuir noir. Du même cuir qui gainait les bras puissants qui la serraient contre le torse dur et la maintenaient à vingt bons centimètres du sol.

Elle leva lentement la tête et ses yeux coururent le long de la peau délicate de la poitrine puis de la gorge satinée, butèrent sur la pomme d’Adam tendrement arrondie, poursuivirent leur course par-delà le menton carré, les lèvres pleines et le nez droit jusqu’aux yeux vert mako aux pupilles dilatées par la pénombre du bas-côté, sur le mur duquel Tifa avait cru finir son vol plané.

Loz lui adressa un sourire satisfait et la posa doucement sur le sol.

- J’ai encore gagné !

La jeune femme était si estomaquée et avait eu si peur qu’elle faillit se mettre à hurler pour se défouler comme une démente hystérique.

Le peu de santé mentale qui lui restait lui permit cependant de se contrôler.

Enfin… presque.

- Abruti ! cria-t-elle en lui martelant la poitrine des poings. Dégénéré ! Espèce de malade !

L’argenté la laissa faire sans se défendre, interdit, jusqu’à ce qu’elle se calme enfin un peu et retourne s’asseoir devant l’autel, lui tournant le dos.

Tifa se mordit la langue pour ne pas pleurer, inspira un bon coup et se redressa pour se frotter vigoureusement les bras, frissonnante dans l’air frais de la chapelle.

Bon sang ce qu’elle avait eu peur ! Jamais elle n’aurait cru voir un jour la mort d’aussi près…

Mais quel idiot !

« Non… quelle idiote, plutôt… » s’admonesta-t-elle en enfouissant son visage dans ses mains. C’est elle qui l’avait méchamment asticoté. Insulté, même. Sans compter que…

Tifa sursauta en sentant quelque chose de chaud et de lourd peser sur ses épaules et un doux parfum sucré l’enveloppa comme une caresse.

Elle leva la tête pour voir Loz au-dessus d’elle et réalisa que c’était son blouson, qu’elle avait sur le dos.

La chaleur et le parfum de son corps s’étaient communiqués au cuir épais et la jeune femme eut l’impression d’être encore entre ses bras, pressée contre sa large poitrine.

Il s’assit à côté d’elle et détourna le regard, mal à l’aise.

- D’accord, j’ai un peu triché, s’excusa-t-il d’une voix tout juste audible en se penchant en avant pour appuyer ses avant-bras sur ses genoux. Mais c’était juste pour te taquiner. Je ne pensais pas te faire aussi peur…

L’argenté ne portait qu’un débardeur noir largement échancré mais ne paraissait pas souffrir du froid, contrairement à elle. Cela étant dit, la terreur qu’elle avait ressentie n’était sans doute pas étrangère à sa fébrilité.

- Tu vas attraper la mort, remarqua-t-elle en posant la main sur son épaule nue, toute colère enfuie.

Sa peau était douce et tiède, comme dans ses souvenirs, et elle rougit en repensant à cette nuit-là, à l’infirmerie.

- Non, ça va. Le froid ne me gêne pas plus que ça.

Tifa laissa son regard courir sur l’impressionnante musculature de son dos en V et remarqua ce qui semblait être une profonde brûlure à l’acide sur l’épine dorsale, à quelques centimètres sous la nuque, à la limite de l’échancrure du col.

La cicatrice des injections de mako ?

- Loz, est-ce que… commença-t-elle, la gorge serrée. Est-ce que c’est ce que je crois ?

- Hein ? Quoi donc ?

Elle posa le bout du doigt sur la brûlure et Loz tressaillit comme si un scorpion venait de le piquer.

- Pardon ! s’excusa Tifa, en pleine déconfiture. Je suis désolée, je ne voulais pas te faire mal, je…

- Non, ça ne fait pas vraiment mal, la rassura-t-il avec un sourire hésitant. C’est cicatrisé depuis longtemps.

- C’est les injections, n’est-ce pas ? C’est le mako qui a fait ça ? (Il acquiesça et se tourna un peu en tirant sur le dos de son débardeur pour découvrir le haut de sa colonne vertébrale jusqu’aux omoplates) Oh ! Mon Dieu…

La chair tendre et la peau si douce paraissaient avoir fondu sur une quinzaine de centimètres de haut et une dizaine de large et la jeune femme sentit une révolte irrépressible lui dévorer les entrailles.

Il se redressa et se tourna vers elle.

- Je ne t’aurais pas laissé t’éclater contre le mur, tu sais… murmura-t-il avec sa franchise coutumière. Je ne tuerai jamais une femme, tu as oublié ?

Tifa rit malgré elle et resserra le blouson sur ses épaules.

Une bouffée de la troublante odeur du jeune colosse lui remonta au visage à travers le col.

- En fait, Loz, je crois que je suis plus en colère contre moi que contre toi.

- Pourquoi ?

- Parce que je me suis fait avoir exactement comme la première fois. C’est… rageant ! Tu as peut-être raison, finalement, soupira-t-elle en s’avachissant sur le banc. Tu es bien plus fort que je ne le serais jamais…

Loz secoua la tête.

- Non, c’est juste parce que tu te retournes en reprenant appui sur ton adversaire, après avoir frappé. Yazoo avait le même problème, avant.

La jeune femme releva la tête, déroutée.

- Comment ça ?

- Il avait le même défaut que toi, répéta l’argenté. Tu ne dois jamais tourner le dos à ton ennemi. Tu n’iras jamais assez vite pour l’empêcher de tendre le bras. Pour le garder à l’oeil, tu dois reprendre ton élan sans vriller et sauter en arrière, pas en avant.

Tifa se redressa et leva un sourcil.

- Mais je n’aurais jamais assez de muscles pour ça ! Aucune femme n’a une telle force.

- Bien sûr que si, c’est juste un coup à prendre. Ce qui t’arrête, c’est pas les muscles, c’est que t’as pas d’yeux dans le dos.

- Quoi ?

- Façon de parler. Une peur instinctive de ce qui est derrière toi et que tu risques de percuter parce que tu ne peux pas le voir. C’est une réaction innée de défense, une mauvaise habitude à perdre. Je te dis que Yazoo avait le même problème.

La jeune femme réfléchit un petit moment, très intéressée par ce nouvel angle d’approche des choses.

- Et maintenant ?

- Maintenant ? Il saute aussi haut et aussi vite en arrière qu’en avant ! Il suffit d’un peu d’entraînement. C’est pas compliqué une fois que t’as pris le coup, je te montrerai. Enfin… si tu veux, ajouta-t-il plus bas en se souvenant que la jeune femme n’avait pas du tout apprécié leur récent « échange ».

Tifa s’aperçut de son embarras et acquiesça vigoureusement.

- Bien sûr que je veux ! Mais dans un endroit un peu plus approprié qu’ici… Il y a une salle d’entraînement dans l’aile Sud du manoir, où on ne risque pas de casser des bancs !

Il suivit son regard jusqu’aux deux bancs qu’ils avaient réduits en charpie et sourit.

- Ca marche…

Il se tut, ne sachant quoi ajouter, et détourna à nouveau le regard vers l’autel en faisant craquer ses phalanges. Un tic nerveux à chaque fois qu’il se sentait mal à l’aise, apparemment.

- Loz… Si tu n’as plus mal, pourquoi as-tu sursauté si violemment lorsque j’ai touché ta cicatrice?

Il grimaça.

- Ca ne me fait plus mal ici, dit-il en tapotant sa nuque, mais… Tsss ! Je ne sais pas expliquer.

Il fit un geste rageur et la jeune femme lui adressa un sourire doux.

- Ca ne fait rien, je comprends. Ca réveille de vieilles terreurs, c’est ça ? La douleur est toujours là mais plutôt… ici, dit-elle en tapotant doucement sa tempe.

Loz la dévisagea un long moment, les yeux brillants et la gorge serrée.

- Oui… finit-il par répondre d’une voix à peine audible.

- Ca doit être horrible de… De ne pas pouvoir expliquer ce qu’on ressent.

- J’en ai jamais eu l’occasion, s’excusa-t-il avec un petit mouvement d’épaules.

- Mais… les médecins qui s’occupaient de vous ?

- Ils s’en fichaient.

- Et les chercheurs qui vous étudiaient ?

- Ils m’interdisaient de parler, la plupart du temps.

- Tes frères ?

- Inutile. Ils savent ce que je sens sans avoir besoin de leur dire.

La jeune femme secoua la tête, consternée.

- Tu n’as vraiment jamais pu parler en toute liberté avec personne ?

L’argenté sourit tristement.

- Non. Je te l’ai dit : parler, c’est pas ce qu’on me demandait.

- Mais enfin… On a parfois besoin d’extérioriser ce qu’on a en soi d’une façon ou d’une autre, sinon on dépérit ! On devient cinglé !

- C’est pour ça que je pleure tout le temps, avoua-t-il en s’essuyant les yeux. Yazoo dit que c’est parce qu’il faut que ce que j’ai à l’intérieur sorte d’une façon ou d’une autre, sinon, je risquerais d’exploser…

Tifa éclata de rire.

- C’est mignon ! Mais c’est vrai que ça fait du bien de pleurer, parfois… Ca soulage.

Le regard de Loz se perdit dans le vague, rêveur, et la jeune femme ne put s’empêcher d’admirer ses traits délicats et pourtant si virils.

- Oui, ça soulage, parfois… Mais je préférerais pourvoir faire comprendre aux gens que je ne vais pas bien sans avoir besoin de le montrer comme ça. J’aimerais pouvoir choisir les bons mots, comme Kadaj, et trouver ceux qui pourront… Comment dire ? Je ne sais pas expliquer ça… (Il soupira) En fait, j’aimerais être comme le poète de l’histoire, sur le pont de Nibelheim…

Tifa leva un sourcil, intriguée.

- Quelle histoire de poète ?

L’argenté laissa échapper un petit rire gêné.

- Le poète sur le pont de Nibelheim. Une histoire que Yazoo racontait à Kadaj lorsqu’il nous cassait les pieds la nuit. Mon frère devait souvent lui raconter des histoires ou lui parler pour qu’il s’endorme, ajouta-t-il en remarquant le regard interrogateur de la jeune femme.

- Je comprends. Denzel est un peu comme ça, aussi. Mais pour en revenir à ton histoire, je suis pourtant originaire d’ici et je n’ai jamais entendu parler d’un poète sur un pont !

Loz haussa les épaules.

- Peut-être parce que Yazoo a tout inventé. Il le faisait, parfois.

- Et… elle parle de quoi, ton histoire ?

L’argenté secoua la tête et rougit, ce qui amusa beaucoup Tifa.

- Je ne suis pas plus doué pour raconter des histoires que pour parler de moi, tu sais.

- Essaye quand même, tu as piqué ma curiosité. (Elle s’emmitoufla confortablement dans le blouson de cuir et appuya sa joue contre son bras avec des grands yeux de chiot suppliant) Allez… S’il te plaît.

Il rit de sa grimace et elle lui adressa un sourire désarmant.

- Tu me dois bien ça, après la peur que tu m’as faite, non ? reprit-elle plus sérieusement. Je ne rirai pas et ne dirai pas un mot, je te le promets.

Il lui rendit son sourire et hocha la tête.

- D’accord…

Il s’assit plus confortablement sur le banc et son regard se fit lointain, comme s’il fouillait au plus profond de sa mémoire.

Le soleil se couchait, nimbant l’intérieur de l’église d’une myriade de pourpres orangés filtrant à travers les vitraux, et une brise d’hiver odorante s’insinua entre les lourds battants de la porte entrouverte pour soulever les cheveux de Tifa, qui frissonna.

La poussière tournoya un instant dans un ultime rayon de soleil rougeoyant qui ne tarda pas à disparaître, plongeant la chapelle dans une semi-obscurité feutrée, habitée de souvenirs anciens et de présences d’un autre âge.

La jeune femme ferma à demi les yeux et tendit l’oreille à la voix douce et profonde de Loz.

- Je ne sais pas à quoi ressemble le printemps, ici, à Nibelheim, commença-t-il. En fait, je ne sais pas à quoi ressemble le printemps tout court parce que j’en ai jamais vu. J’imagine que c’est comme dans les films, au labo, avec des fleurs qui poussent partout, des gens qui se promènent, des enfants qui jouent, des oiseaux dans le ciel et de l’herbe. Plein d’herbe.

Tifa sourit et hocha la tête.

- Oui, c’est à peu près ça, murmura-t-elle.

- Eh bien, cette histoire, elle se passe une veille de printemps, ici, à Nibelheim…

La jeune femme ferma les yeux et se revit adolescente, des années en arrière.

Une veille de printemps…

Elle se souvenait du parfum des pommiers en fleur, qui donneraient bientôt des fruits délicieux, et des premières corolles des lilas, sur la place du village, où voletaient les premières hirondelles.

- C’était le début des beaux jours, poursuivit Loz de sa voix mâle et profonde, et tout le monde était sorti pour profiter du soleil. Les enfants jouaient sur la place du village et les couples se promenaient ça et là, bras dessus, bras dessous.

Et, les yeux clos, Tifa vit les enfants, entendit leurs rires, et surprit le chuchotement des amoureux sous les pommiers en fleur…

- Là, sur le pont enjambant la petite rivière qui traverse le bourg, se trouvait un mendiant. Un vieil homme qui tendait sa main vide aux passants. A son cou, retenu par une ficelle, pendait un bout de carton sur lequel était écrit : « AVEUGLE ». Cet aveugle, tout le monde le connaissait, bien sûr. Il faisait partie du décor, si on peut dire, et personne ne lui prêtait plus attention depuis longtemps. A plus forte raison pendant une si belle journée. Enfin, personne… sauf un poète. Un poète qui vint à passer ce jour-là sur le pont et qui l’observa un long moment avec quelque chose d’étrange dans le regard. L’infirme, qui l’avait senti, tendit vers lui sa vieille main fripée. « S’il vous plaît… Pour un pauvre aveugle. » mendia-t-il. Mais, pour toute aumône, le poète retourna le morceau de carton, sortit un feutre du revers de sa veste, écrivit quelque chose et partit sans dire un mot. Le vieil aveugle en resta pétrifié. Il maudit sa cécité, qui l’empêchait de donner une bonne leçon à celui qu’il pensait être un méchant farceur, mais voilà que, soudain, une pièce tomba dans sa main. Puis une autre. Et encore une autre. Les unes après les autres, l’argent se mit à pleuvoir et ça ne semblait pas vouloir s’arrêter. Le vieil homme était sidéré. Sentant une nouvelle main frôler la sienne, il la saisit et reconnut un poignet de femme. « Je vous en prie Madame, aidez-moi ! » supplia-t-il « Je ne comprends pas ce qui se passe. J’étais là, comme d’habitude, sur le pont, à attendre des aumônes qui ne venaient pas et un homme est passé. Il a écrit quelque chose sur ma pancarte et alors… Oh ! C’est merveilleux, madame ! Tout le monde a commencé à me donner de l’argent. Je vous en prie… Je vous en prie, Madame, dites-moi ce qu’il a écrit ! » Alors la jeune femme lut à voix haute le vieux carton où le poète avait simplement écrit ça : « Demain, c’est le printemps… et je ne le verrai pas. »

Tifa sentit une émotion terrible la prendre à la gorge et eut toutes les peines du monde à déglutir.

- Tu vois, Tifa, j’aimerais être comme ce poète… murmura Loz, les yeux rêveurs toujours perdus dans un monde intérieur inaccessible. Je voudrais pouvoir trouver les bons mots, ceux qui nous font ressentir les choses avec une émotion particulière. Oui, j’aimerais avoir ce don là…

Il sourit tristement, tourna la tête vers la jeune femme, dont la tête reposait à présent sur son épaule, et ne put dissimuler sa stupéfaction en voyant qu’elle pleurait.

- Loz… murmura-t-elle, la gorge nouée. Tu n’imagines pas à quel point tu l’as…

Son visage si mâle était tout près du sien et ses lèvres si tendres, si tentantes…

Tifa leva doucement la main et posa le bout des doigts sur son menton. Un effleurement fut à peine nécessaire pour que le visage sculptural s’incline lentement vers le sien et que les lèvres si douces viennent caresser les siennes.

Le parfum si particulier de l’argenté l’enveloppa tout entière et elle ferma les yeux, au comble d’un ravissement presque mystique.

- Vous vous êtes battus ? cria soudain la voix suraiguë de Yuffie, les faisant tressaillir. Ici ? Regardez-moi ce gâchis ! J’ose même pas imaginer combien coûtent ces bancs sculptés ! Non mais vous n’avez pas honte ?!

Tifa se retourna, le coeur battant, et vit la jeune Utaïenne remonter l’allée en se frottant les bras en raison de la température, qui avait chuté avec la tombée de la nuit.

- Yuffie ! gronda-t-elle en la rejoignant. Tu m’as fait peur !

- On vous cherche partout depuis une bonne demi-heure ! Tout le monde vous attend pour dîner ! Hein, Cloud ? Cloud ? Bah… Où il est passé ? Il était avec moi à l’instant. Oh ! Je suis sûre qu’il est parti s’empiffrer sans nous ! Bon, bah vous venez ? J’ai faim, moi !

Elle fila en direction de la porte mais la jeune femme resta pétrifiée au milieu de l’allée, emmitouflée dans le blouson de Loz.

- Cloud…

…à suivre

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XXII - Mon meilleur ennemi

« Entre tous les ennemis le plus dangereux

est celui dont on est l’ami.»

Alphonse Karr

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno referma ses mains sur les avant-bras de Yazoo pour le faire lâcher prise mais il était bien trop faible pour ne serait-ce que lui faire desserrer un peu la pression sur sa poitrine et ses clavicules.

- Tu sais pourquoi on injecte le mako avec des seringues en verre ? gronda l’argenté contre son oreille. Est-ce que tu le sais !? insista-t-il en lui cognant durement le dos contre le carrelage.

Le turk voulut répondre par l’affirmative pour essayer de le calmer et de désamorcer sa colère mais le seul son qui sortit de sa gorge malmenée fut un gémissement étouffé.

- Parce que le mako fait fondre le plastique comme un acide… poursuivit Yazoo, tout contre sa joue. Tu imagines ce que ça peut faire dans des tissus mous comme tes biceps, tes cuisses ou ton ventre ? Est-ce que tu l’imagines, Reno ? C’est comme si on t’injectait un mélange de vitriol et d’huile de vidange ! Tu sens tes muscles fondre comme du lard dans une casserole et tu les vois s’affaisser sous ta peau, qui se met elle aussi à brûler de l’intérieur puis à fondre à son tour. 5 heures, Reno… Il faut 5 heures pour que la douleur commence à refluer. 5 heures durant lesquelles tu ne peux que hurler à t’en arracher la gorge et à t’en faire crever les tympans. Arrives-tu à concevoir une souffrance pareille, Reno ? Y arrives-tu ?

Reno revit les images horribles des vidéos de surveillance et se rappela ce visage, à présent à quelques millimètres du sien, tordu par la douleur. Il crut entendre à nouveau le hurlement inhumain qui s’échappait de cette bouche délicate et sentit un haut-le-coeur lui contracter l’estomac.

Il cracha un filet de sang mais Yazoo ne lâcha pas prise pour autant et le liquide écarlate coula du menton du turk sur les mains si pâles.

- Imagine à présent les mêmes injections dans la moelle épinière deux fois par jour pendant des jours ! Des journées interminables qui ne sont qu’une suite de douleurs insoutenables et de hurlements…

- J’ai… j’ai vu… les… vidéos… haleta Reno en essayant d’amener un peu d’air à ses poumons.

Yazoo lui ricana au visage.

- Tu as vu les vidéos ? singea-t-il. Combien de temps ? Deux minutes ? Trois ? Ah ! Ah ! Ah ! Cinq semaines, Reno… J’ai entendu hurler mon frère Loz pendant cinq longues semaines. Je l’ai vu se tordre par terre en me suppliant de le tuer… Je me suis brisé les os des deux mains en l’empêchant de se cogner la tête contre les murs, dans l’espoir de sombrer dans l’inconscience, et je me disais que rien de ce qu’on pourrait encore nous infliger ne pouvait être pire que ça mais tu sais quoi ? Je me trompais ! Le pire est venu après, avec la dépendance au mako, avec laquelle personne n’avait compté, qu’aucun de ces savants de mes deux n’avait été capable de prévoir ! Est-ce que tu l’as vu, ça aussi, sur tes fichues vidéos ? Hein ?! Est-ce que tu l’as vu ? Non ? Bien sûr que non ! Durant des jours j’ai vu mon frère se tordre de douleur, pleurer, hurler et vomir sur mes genoux en suppliant qu’on lui injecte une nouvelle dose de ce poison ! Parce que le manque était pire encore que le supplice qu’il avait vécu durant plus d’un mois !

Il lâcha le turk aussi brutalement qu’il l’avait saisi par le col de sa veste de pyjama.

Reno se laissa glisser le long du mur carrelé jusqu’au sol, tremblant de fièvre, profondément choqué par ce qu’il venait d’entendre et le ton poignant avec lequel Yazoo s’était exprimé.

- Alors ne viens plus jamais me dire que je ne sais pas de quoi je parle, Reno ! s’emporta l’argenté. Tu entends ? Jamais !

Yazoo haletait, à présent, les deux mains sur le visage, ne sachant s’il devait se laisser tomber au sol pour éclater en sanglots ou passer ses nerfs sur les ornementations d’albâtre de la baignoire et le miroir de la salle de bains.

Il opta pour la fuite et effectua un demi-tour rapide pour filer mais une main fermement accrochée à son long manteau de cuir l’en empêcha.

- Lâche-moi, murmura-t-il sans se retourner.

- Non…

- Lâche-moi ou je vais te faire mal, Reno, prévint-il.

- Je suis désolé… Pardon… Je… Je suis vraiment, vraiment désolé…

Yazoo soupira et serra les poings pour trouver le courage de faire face au turk avec un air neutre et détaché mais il en était incapable.

Trop de choses excessivement intimes avaient jailli de ses lèvres ces dernières vingt-quatre heures et il n’avait pas pour habitude de se laisser aller de la sorte. Se dévoiler et exposer ses sentiments était une faiblesse, on le lui avait assez répété au laboratoire mais, d’un autre côté, pouvait-il se fier à ce qu’on lui avait appris là-bas ? Toute sa vie et celle de ces frères n’avait-elle pas été qu’un mensonge, jusque là ?

- Yazoo, répéta Reno. Je suis sincère… Le coup du rat… je ne le pensais pas une minute, je suis… Je suis claqué et il fallait que je passe mes nerfs sur quelqu’un. Je… (Il ravala un sanglot et lâcha le manteau de l’argenté pour entourer ses jambes de ses bras repliées et nicher le visage entre ses genoux) Non, c’est pas vrai… reprit-il d’une voix à peine audible. Je ne suis pas que fatigué… La vérité, c’est que j’ai la trouille, Yazoo… Pour la première fois de ma vie, j’ai vraiment la trouille… Et merde… sanglota-t-il pour de bon, incapable de retenir ses larmes plus longtemps.

Yazoo, touché par un désespoir qui lui rappelait tant celui de son jumeau, quelques années plus tôt, s’accroupit à ses côtés et lui lissa les cheveux, apaisant.

- Il ne va rien se passer de particulier, Reno, assura-t-il de sa voix douce. Demain soir, ton organisme sera fin prêt pour le traitement. Shalua te plongera durant quelques heures dans une cuve et tu en ressortiras comme neuf.

- J’y arriverai pas, gémit Reno. Ca ne fait que quelques heures que j’ai arrêté de boire et regarde-moi… Je suis une loque ! Et je n’arrête pas d’y penser. Je n’ai qu’une envie : engloutir la moitié d’une bouteille de scotch même si je sais que ça va me rendre malade comme un chien !

L’argenté rit avec douceur.

- Je te l’ai dit, Reno… Loz réclamait une nouvelle piqûre à cor et à cris et, pourtant, les effets d’une telle injection sont autrement plus douloureux qu’une gueule de bois carabinée, crois-moi. C’est normal de réagir comme ça lorsque tu es dépendant à quelque chose mais ça ne dure pas. Il faut seulement s’armer de courage au début. Juste un peu, Reno. Après, ça devient plus facile, tu verras.

Le turk releva la tête et s’essuya les yeux d’un revers de manche.

- T’as été accro au mako, toi aussi ?

Yazoo secoua la tête.

- Non. Ni moi, ni Kadaj. Nos doses à nous étaient bien plus diluées que celles de Loz.

- Diluées ? bredouilla Reno sans pouvoir réprimer un frisson.

Si le spectacle atroce duquel il avait été témoin dans la salle de conférences n’était que la conséquence d’une dose « diluée » alors il n’osait imaginer ce que devait donner une dose « normale ».

- Allez, debout, c’est assez de cris et de larmes pour ce soir, ordonna Yazoo en l’aidant à se remettre sur ses pieds pour l’asseoir sur le petit tabouret qui trônait à côté de la petite baignoire ovale, qu’il entreprit de remplir d’eau brûlante.

Reno haussa le sourcil et frissonna, gagné par un nouvel accès de fièvre.

- Je pue tant que ça ?

L’argenté sourit.

- Un bain chaud te fera du bien, il n’y a pas mieux pour détendre les muscles et atténuer un peu les spasmes. Et, accessoirement, oui, tu empestes.

Le turk tordit le nez.

- Merci… (Il renifla son aisselle, se raidit avec une grimace caricaturale et fit mine de se sentir mal) Oh, la vache…

Yazoo roula des yeux, amusé malgré lui par ses clowneries.

- Allez, rentre là-dedans.

Reno se dévêtit, abandonna son pyjama tâché de sang sur le sol et obéit.

L’eau était brûlante et il dut s’y prendre à plusieurs reprises pour s’immerger mais, une fois dans le bain, il arrêta de frissonner et ses membres se détendirent.

- Oh, bon sang, ça fait du bien… soupira-t-il en fermant les yeux et calant sa nuque sur le luxueux appui-tête matelassé.

Mais il n’était pas au bout de ses surprises car il sentit bientôt sur son visage des mains douces aux doigts habiles qui lui massaient le front et les tempes avec des gestes aussi précis que délicieux.

- Oh bon sang… répéta-t-il en soupirant de plus belle.

Il ouvrit un oeil pour voir le petit visage de Yazoo au-dessus de lui et hocha la tête.

- Ah, si, c’est bien toi, pourtant, dit-il.

L’argenté fronça son petit nez retroussé.

- Quoi ?

- Non, rien, je vérifiais juste que tu étais bien le type qui avait essayé de me briser les os en me précipitant du toit d’un immeuble, il y a deux ans…

« C’est bien moi ! Celui que tu as essayé de faire sauter à la dynamite et que tu as enterré vivant avec son jumeau sous un tunnel… » pensa Yazoo avec un trait d’humour noir mais préféra se taire, doutant que Reno soit pour l’instant en état de saisir le second degré de la boutade.

- Mhh… C’est les singes en blanc qui t’ont appris à faire ça ? demanda le turk, qui se laissait à présent totalement aller sous le délassant massage.

- C’était l’une des rares choses qui calmait un peu Kadaj quand il était particulièrement excité. Ca et les histoires que je lui racontais quand il devenait vraiment pénible.

Reno sourit.

- Un vrai petit diable, si je comprends bien.

L’argenté poussa un soupir déchirant.

- Dernier couché, premier levé et intenable entre les deux. Mais plus affectueux qu’un petit chiot quand il rentrait les griffes. Rien que pour ces moments là, Loz et moi lui pardonnions volontiers le reste !

- C’est dingue…

- Quoi donc ?

- Que tu sois arrivé à te forger des souvenirs agréables dans l’enfer que vous avez vécu.

- Reno… nous ignorions que c’était un enfer. Nous n’avions rien connu d’autre. En fait, nous avons parfois beaucoup de mal à vous saisir, toi et tes amis, et à savoir comment réagir avec les uns et les autres.

- Change rien, surtout ! Surtout ton truc avec les pouces, là… Mhh… Oui, ce truc là… Si tu continues encore un peu, je suis même prêt à écouter une histoire.

Yazoo laissa échapper son doux rire clair et se fit la curieuse réflexion qu’il n’avait sans doute jamais autant ri que depuis les dernières vingt-quatre heures… Ca faisait pourtant un bien fou, de rire comme ça, pour presque rien.

- Je serais bien incapable de m’en remémorer une seule, tu sais. Ca fait longtemps, Kadaj était tout petit. Mais Loz, lui, doit se rappeler. Il s’en souvenait toujours, même des années après. Il a une mémoire prodigieuse.

- Ah oui ? s’étonna le turk.

L’argenté lui pinça douloureusement les joues, le faisant couiner.

- C’est pas gentil !

- Ah, ça par contre, c’est un truc qu’il aurait pu dire… Aïe ! Ah ! Ah ! Ah !

***

Tifa avait l’impression que les tendons de sa cheville allaient céder sous le tiraillement. Tout ce qu’elle pouvait faire, c’était se protéger le visage des bras tandis que Loz, qui la tenait par la jambe droite, la faisait tournoyer autour de lui comme si elle n’avait été guère plus qu’un poids à lancer lors d’une épreuve sportive.

Sa tête passait à quelques centimètres à peine au-dessus des bancs et, de par la puissance des rotations de l’argenté et sa vitesse, le sang affluait à sa tête avec une telle force qu’elle pensa son crâne sur le point d’exploser sous la pression sanguine.

Malédiction ! Mais comment avait-elle pu encore se laisser avoir comme la première fois ?!

Comme la première fois ? Non, pas vraiment… C’était plus violent. Bien plus violent et plus difficile que là-bas, dans l’église de Midgar. Tifa ne se souvenait pas avoir vu tournoyer les murs et le plafond avec une telle rapidité.

Si Loz la lâchait maintenant, la jeune femme savait son élan tel qu’elle ne pourrait pas se rétablir ni même se retourner pour amortir le choc de ses mains ou de ses pieds. S’il desserrait ne serait-ce qu’un peu sa prise, l’impulsion donnée par les tournoiements de plus en plus véloces l’enverrait s’aplatir contre le premier obstacle rencontré tel un moucheron sur un pare-brise !

Et malheureusement pour elle… c’est bien ce qu’il fit.

***

Vincent allait allumer l’une des lampes de la bibliothèque pour consulter le rapport relié de cuir brun qu’il venait de prendre sur l’étagère lorsqu’il remarqua la silhouette qui se découpait en contre-jour dans le soleil couchant, assise sur le rebord de l’une des hautes fenêtres.

Nul besoin de lumière pour reconnaître la carrure peu commune et le profil anguleux, au nez un peu busqué.

- Cid ? murmura l’ancien turk. Que fais-tu ici, dans l’obscurité ?

Il prit place dans le fauteuil recouvert de tissu damasquiné, près de la fenêtre, et dévisagea son ami à la lueur crépusculaire de la fin de l’après-midi.

Le pilote avait perdu son expression enjouée et continuellement facétieuse. Son surprenant regard bleu paraissait s’être voilé de gris, ses paupières étaient gonflées et ses traits plus creusés que d’habitude.

- Qu’est-ce que tu as ? s’enquit Vincent, inquiet.

- J’ai déconné, Vincent, soupira Cid en se frottant le visage. Vraiment déconné. Je ne sais plus où j’en suis. Ou plutôt si, je le sais trop bien, c’est tout le problème…

Vincent se pencha en avant et plongea son regard purpurin dans les yeux azurés, à présent voilés de brume.

- Une femme ?

Le pilote ricana.

- Bah merde ! C’est écrit sur mon front, c’est ça ? essaya-t-il de plaisanter.

L’ancien turk sourit tristement et secoua la tête.

- Non mais j’ai peine à imaginer ce qui pourrait faire pleurer un homme comme toi hormis une femme dont il serait éperdument amoureux. (Cid se frotta les yeux, comme s’il pouvait effacer les traces de son chagrin d’un simple effleurement.) C’est Shalua, n’est-ce pas ?

Le pilote acquiesça.

- Je l’aime, Vincent. Je l’aime à m’en arracher les tripes…

- C’est quelque chose que je peux comprendre.

Le pilote jura.

- Putain, pourquoi est-ce qu’il fallait que ça m’arrive maintenant ? Je n’ai plus vingt ans, bordel ! Comme ai-je pu me laisser piéger comme ça ? Pourquoi n’ai-je rien vu venir ?

Vincent sourit.

- Qu’en pense Shalua ? Partage-t-elle tes sentiments ?

- J’ai bien peur que oui…

- Alors excuse-moi mais je ne vois pas où est le problème.

- Le problème, c’est que je suis marié, Vincent !

L’ancien turk se laissa aller contre le dossier du fauteuil et se mordilla la joue.

- Je n’ai jamais compris pourquoi tu avais épousé Shera, Cid. Tu ne l’aimes pas, je le sais. Tu ne l’as jamais aimée. Alors pourquoi ? C’est juste… physique ?

Cid éclata de rire.

- Physique ? Tu rigoles ! On a dû baiser trois ou quatre fois depuis qu’on est mariés. Quand elle se glisse dans le lit, j’arrive même pas à bander !

- Alors je répète ma question : pourquoi l’avoir épousée ? (Le pilote détourna le regard) Elle t’a eu à l’usure, mhh ?

- Elle rêvait de ce mariage, bordel ! Je lui devais bien ça, non ? Je l’ai injustement accusée durant des années, Vincent. Shera a gâché sa jeunesse pour moi. Elle a toujours été là pour tenir la maison et me donner un coup de main au besoin.

- Précisément, Cid : elle a décidé. Toute seule. Toi, tu ne lui as jamais rien demandé. Tu ne lui devais et tu ne lui dois toujours rien. Rien du tout !

Cid lui lança un regard en coin.

- Tu ne l’as jamais aimée, hein ? C’est pour ça que tu as refusé d’être témoin à mon mariage ?

- J’ai toujours pensé que tu faisais une sottise et j’en ai la preuve aujourd’hui.

- Le grand Valentine a parlé ! Et qu’est-ce que je devrais faire, d’après toi ?

- Divorcer.

Le pilote secoua la tête.

- Autant lui enfoncer moi-même un couteau dans la poitrine. Je ne peux pas lui faire ça, Vincent. J’ai fais mes choix et je dois les assumer jusqu’au bout.

- Pourquoi ? Parce que tu te sens coupable ou redevable ? Par le ciel, Cid ! Tu n’as que trente-six ans. Tu parles comme si ta vie était déjà finie alors que tu n’en es même pas à la moitié ! Ne la gâche pas parce qu’une femme a fait seule le choix de jouer les esclaves attentionnées !

Cid se prit le visage dans les mains.

- Je suis paumé, Vincent…

- Parle-en à Shalua. Demande-lui ce qu’elle en pense. Réellement. Et si elle partage réellement tes sentiments, alors n’hésite pas une seule seconde ! Envoie promener ce ridicule mariage et saute dans les bras de la femme que tu aimes vraiment ! Si tu savais ce que je donnerais pour revenir quelques années en arrière et ne pas refaire les mêmes erreurs, Cid ! Si tu savais…

Sa voix se brisa et le pilote tendit le bras pour lui presser amicalement l’épaule, comme il l’avait fait tant de fois par le passé, lorsque Vincent se laissait aller au désespoir en sa présence.

- Je le sais, Vincent. Je le sais…

- Alors ne fais pas la même erreur que moi. Tu le regretteras jusqu’à la mort. Jusqu’à la mort, Cid… Je t’en donne ma parole.

Ce dernier prit une profonde inspiration et réfléchit un long moment.

- Je parlerai à Shalua, décida-t-il. Tu as raison. Nous verrons ce qui en ressortira.

Vincent acquiesça et sourit.

…à suivre

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XIX - Un pied dans la tombe

«Il paraît qu’on n’apprend pas à mourir

en tuant les autres…»

Chateaubriand

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Quel âge as-tu, Reno ? demanda Shalua en se laissant aller contre le dossier du confortable fauteuil de son bureau.

Le turk leva le sourcil, ironique, et lui montra le dossier médical ouvert devant elle.

- C’est pas écrit là ?

- Je lis 31. Mais si je m’en tiens à ça, fit-elle en poussant vers lui une photo d’échographie et une série de graphiques, je dirais dans les 60 ou 65 ans.

Reno écarquilla les yeux et pouffa.

- Quelqu’un a mélangé les dossiers ? Sérieux ?

La jeune femme se leva et alla fermer la porte de son bureau donnant sur le laboratoire, où attendait patiemment Rude en compagnie de Merill.

- Non, Reno… reprit-elle à mi-voix en s’asseyant sur le secrétaire, tout près du turk. Ce sont bien les résultats de tes examens faits par Merill : tu as le foie et l’estomac d’un homme de 60 ans.

Il encaissa le choc et haussa les épaules.

- O.K. je suis un peu… bizarre. Et après ?

- Non, Reno. Tu n’es pas bizarre, corrigea-t-elle en brandissant des résultats d’analyses sous son nez. Tu es alcoolique. Et depuis des années.

Le turk eut un mouvement de recul et agita les mains.

- Woh ! Woh ! Woh ! Minute ! On arrête les délires ! Ca ne m’amuse plus, là. Il m’arrive de faire quelques excès, d’accord, mais je ne…

- Non, le coupa-t-elle sèchement. Non, non ! Pas d’excuses vaseuses de toxico, Reno, je n’ai pas de temps à perdre.

Il blêmit et sourit en même temps, ne sachant s’il s’agissait d’une farce ou si la jeune scientifique était sérieuse.

- Qu… Quoi ? Attends, tu me fais quoi, là, Shalua ?

- Tu es fichu, Reno. Ton foie est rongé par la cirrhose et Merill a repéré trois ulcères sur ta paroi stomacale. Et ça, uniquement par imagerie médicale, précisa-t-elle. Je n’ose imaginer ce que donneraient une biopsie et des prises de vue de nano-caméra… Veux-tu aussi des détails sur ton cerveau, ton coeur et tes artères ou tu préfères crever sans connaître l’étendue des dégâts ?

- Hein ? bredouilla-t-il. Comment ça, « crever » ?

Shalua riva son oeil valide aux siens.

- Tu es en train de mourir, Reno, je suis désolée. La fête est finie, bébé.

Elle n’ajouta rien et il se leva pour faire les cent pas dans la pièce, totalement affolé.

Il haletait et se frottait le visage en essayant de digérer ce que la scientifique venait de lui dire.

Mourir…

Non… Non, non, non, non ! Impossible ! Il ne pouvait pas mourir. Personne ne mourait en faisant la fête une fois de temps en temps.

Ca ne se pouvait pas ! Elle se trompait. Elle se trompait forcément.

Pourtant… Pourtant, il n’avait jamais été aussi malade. Un cuite de temps à autres, au pire mais pas…

- C’est impossible… gémit-il, la poitrine si oppressée qu’il avait du mal à respirer. Ca se peut pas… Je mérite pas ça, merde…

Shalua laissa échapper un profond soupir.

- Désolée, Reno, mais « ça », tu te l’es infligé tout seul, chaton.

- C’est impossible, bordel ! Je ne picole pas plus que n’importe qui.

- Ah non ? Ce n’est pas ce que disent tes résultats et eux, ils ne mentent pas.

- Il doit y avoir une erreur !

- Il n’y en a pas. Tu as ingurgité des hectolitres d’alcool au cours de ta courte vie et, maintenant, il faut payer l’addition. C’est terminé, Reno. TER-MI-NE. La nature t’avait donné un corps de rêve en parfaite santé et tu as tout gâché pour quelques instants d’ivresse vite envolés. A ce jeu là, il n’y a pas de seconde chance, mon grand.

Reno passa par un éventail d’émotions, de la colère au désespoir le plus noir, et finit tomber à genoux, au milieu du bureau.

- Combien de temps ? demanda-t-il en réalisant qu’il était sur le point de fondre en larmes. Combien de temps… il me reste ?

La jeune femme haussa les épaules.

- Un mois, fit-elle, provoquant un sanglot incontrôlable. Peut-être deux. Et… Je dirais… Une bonne cinquantaine d’années si tu arrêtes tes conneries.

Reno se figea, à genoux sur le sol, et tourna lentement la tête vers elle.

- Quoi ? murmura-t-il, n’osant croire à ce qu’il venait d’entendre.

- Tu as très bien compris, Reno ! Alors ? Tu as eu peur ?

Il bondit sur ses pieds, à la fois défaillant de soulagement et fou de rage.

- Bien sûr que j’ai eu peur ! Espèce de… De… Pourquoi t’as fait ça ? Tu voulais me faire crever pour de bon d’une attaque, c’est ça ? Merde ! On a pas idée de foutre les jetons comme ça aux gens pour des conneries !

- Des conneries ? Mais je ne plaisantais pas, Reno. Et je n’ai pas dit non plus que j’acceptais de te soigner.

Il secoua la tête et fit quelques pas à reculons en se tordant les mains. Shalua soufflait le chaud et le froid et il ne savait plus à quel saint se vouer.

- Attends, temps mort ! Je pige plus rien. Je vrais crever ou pas ? s’emporta-t-il, le visage défait.

- Si nous ne faisons rien, oui, et très vite.

- Eh bien faisons ! Où est le problème ?

Elle se leva et s’approcha de lui pour lui parler bien en face.

- Le… « problème », Reno, c’est que pour te remettre à neuf, il faut que je te plonge dans une cuve de mako et que je ne vois pas pourquoi je le ferais si c’est pour que tu recommences à boire aussitôt sorti de là. De plus, je ne pense pas que l’alcoolisme fasse partie des… « maladies » prises en charge par les services de soin des employés de la Shinra. Je crois même me souvenir que c’est plutôt, au contraire, une raison de renvoi immédiat, sans solde ni pension, ajouta-t-elle, venimeuse.

Sous l’assaut de l’angoisse, Reno sentit son coeur s’emballer, ses jambes se dérober sous lui et dut se traîner jusqu’à la chaise qui flanquait le bureau de Shalua pour ne pas tomber.

- Me fait pas ça, Shalua, sanglota-t-il, le visage dans les mains, les dernières miettes de fierté enfuies. Etre turk, c’est ma raison de vivre, mon rêve de gosse. C’est tout ce que j’ai. M’enlève pas ça, Shalua, merde… M’enlève pas ça…

La jeune femme se permit un petit sourire satisfait dans son dos mais reprit vite son air tragique pour lui faire face.

- Regarde-moi, Reno. J’ai dit : regarde-moi !

Le turk essuya son visage, releva la tête et Shalua dut se faire violence pour ne pas le serrer contre elle avec des mots réconfortant tant il était touchant en cet instant.

Ses immenses yeux bleu-vert étaient le siège d’un désespoir indescriptible, son petit nez retroussé avait un peu rougi à force de pleurer, ses lèvres tendres tremblaient et son petit visage couvert de taches de rousseur, si pâles qu’elles en étaient presque invisibles, se contractait sous l’assaut des larmes, qu’il n’arrivait pas à empêcher de couler.

Reno avait toujours eu une bouille craquante mais là, c’était presque au-delà de ce que la jeune scientifique pouvait supporter sans avoir envie de croquer dans les joues poupines.

- Depuis combien de temps es-tu accro à l’alcool ? réussit-elle à demander sans se laisser déborder par la sympathie.

- J’en sais rien. Je bois depuis toujours.

- Je vais poser ma question autrement : depuis quand bois-tu régulièrement ?

- Depuis que j’ai 16 ou 17 ans, à peu près.

Elle s’accroupit devant lui et posa son bras valide sur ses genoux.

- Ecoute-moi bien, Reno : si j’accepte de te faire subir un traitement au mako, tu ne devras plus toucher à une seule goutte d’alcool. Pas une, c’est compris ?

- Mais… et pour la Shinra ? S’ils savent, ils… Enfin tu vois.

Elle hocha la tête.

- Je leur dirai que tu as une petite tumeur. Non ! Ne te réjouis pas trop vite ! Laisse-moi finir. Si je te revois avec un verre d’alcool à la main ou si j’entends parler d’un seul écart, Reno. Je transmets les vrais résultats de tes analyses à Tseng et à Rufus dans la minute et je te garantis que tu finiras dans le caniveau d’une ruelle sordide de Edge avant même de comprendre ce qui t’arrive. C’est clair, dans ta petite tête de colibri ?

Reno acquiesça avec gravité.

- Plus une goutte, Shalua. Je t’en donne ma parole.

Elle lui prit le menton et sourit.

- Ton organisme est encore trop saturé de ton poison favori pour que je te plonge dans la cuve. Alors, à compter de cet instant, Reno, plus une goutte d’alcool pendant 48 heures, pas même un sirop pour la toux. Au bout de ces deux jours, je veux te voir ici, prêt à faire un gros « plouf ! » à côté de Sephiroth. Tu as bien compris ?

Il hocha vigoureusement la tête.

- A côté du général ? essaya-t-il de plaisanter. Ouah ! La classe !

Shalua se pencha par-dessus son bureau pour ouvrir son tiroir et prit un petit flacon transparent rempli de cachets roses, qu’il lui tendit.

- Un antispasmodique. Tu vas en avoir besoin dans les heures qui viennent, crois-moi. Un toutes les 4 heures maxi. O.K. ?

- Une façon élégante de me dire que je vais encore être malade comme un chien, c’est ça ?

- Tu es accro, Reno. Et tu vas réagir au manque comme tous les accros, ne te fais pas d’illusions. Si j’étais toi, je monterai tout de suite dans ma chambre et je m’allongerai avec une grosse bassine au pied de mon lit en prévision de la nuit de cauchemar qui m’attend.

Il grimaça mais sourit.

- Ca marche, doc.

Il fit une mimique adorable et Shalua, cette fois, se laissa attendrir.

Elle le serra contre elle et il lui rendit son étreinte avec chaleur.

- Ne flanche pas pas, Reno, chuchota-t-elle, maternelle. Nous tenons tous beaucoup trop à toi pour te perdre aussi bêtement.

- Moi non plus, Shalua… Moi non plus, j’veux pas vous perdre. Vous et vos gros coeurs d’enfoirés, c’est tout ce que j’ai…

Bien plus ému qu’il ne l’aurait souhaité, il resserra encore ses bras autour d’elle et eut beau faire, il ne put retenir ses larmes.

***

Cid tourna un peu plus le robinet d’eau chaude de la douche et laissa le jet brûlant lui masser le dos.

Shalua ne devrait plus tarder, maintenant.

Shalua… toujours prête à s’enflammer sous ses caresses avides…

Par la Déesse, comme il aimait faire l’amour avec elle !

Sa chair parfumée et délicate s’ouvrait pour accueillir la sienne dans ses tendres moiteurs, sa chaleur bienfaisante l’enveloppait et l’enfermait en elle, l’aspirait jusqu’à arracher son essence même à ses entrailles impatientes.

Comme il aimait la faire languir d’attente et de plaisir, se faire désirer jusqu’au désespoir, la réduire à sa merci jusqu’à ce qu’elle n’ait plus de souffle que pour gémir son nom…

Mais, en fait de souffle haletant, il n’entendait pour l’instant que le sien et lui seul s’impatientait de la voir franchir le seuil le sa chambre ; lui seul se désespérait, victime pitoyable de ses fantasmes adultères.

Il pressa le front contre le carrelage de la douche, incapable de chasser l’image de la jeune femme, et jura comme un corps de garde.

Que tous les démons l’emportent s’il n’était pas en train de tomber amoureux…

***

Au matin, la journée de Kadaj commença par une pétarade de moteurs.

Il s’était immédiatement levé et penché à la fenêtre de la chambre luxueuse qu’on lui avait attribuée. Trois motos d’un noir laqué somptueux venaient d’être livrés dans la cour du manoir et Vincent lui faisait signe de descendre.

Lorsqu’il rejoignit l’ancien turk en compagnie de ses frères, un petit groupe d’admirateurs composé de Cid, Cloud, Reno et Barret s’était déjà rassemblé autour des puissantes machines.

Rufus, également présent, leur tendit des puces de démarrage ainsi que trois petites sacoches contenant un téléphone, un mini ordinateur, des papiers d’identité, une carte de crédit et des cartes d’accès diverses.

- Vous en aurez besoin, à présent, dit-il simplement.

Les argentés acceptèrent le tout avec méfiance et remontèrent dans leur chambre aussi sec.

Barret siffla, déçu.

- Bah dites donc ! Je me serais attendu à un peu plus d’enthousiasme, avec des beautés pareilles ! fit-il remarquer en caressant amoureusement le métal laqué des motos. Bon sang… Non mais regardez-moi ces carénages !

Vincent lui tapa sur l’épaule.

- Ils se méfient encore trop de nous, pour l’instant.

Cid hocha la tête.

- Ouais… Je crois qu’il va nous falloir un petit bout de temps pour apprivoiser nos trois petits fauves blancs !

Un peu plus tard, les occupants du manoir s’installaient à la grande table du salon pour le petit déjeuner lorsque les trois frères traversèrent la pièce en silence, sortirent dans la cour, enfourchèrent leurs motos et partirent au nez et à la barbe de tous, sans un mot ni une explication.

- Ils nous font quoi, là ? s’étonna Barret.

Rufus se raidit sur sa chaise et lança un regard inquiet à Vincent mais celui-ci se contenta de sourire et lui fit signe de ne pas s’en faire.

De leur côté, les argentés prirent la première route qui se présentait en se demandant comment leurs « hôtes » comptaient réagir à leur départ silencieux. Allaient-ils envoyer des hommes armés motorisés ou des hélicoptères pour leur donner la chasse ?

La réponse arriva mais pas comme ils le pensaient.

Au bout d’une vingtaine de kilomètres de route parcourue au hasard, le téléphone de Loz sonna et un message s’afficha.

« Joint à ce message, une carte de la région. Soyez prudents dans les montagnes et hors du périmètre bleu. Risque d’attaques de créatures de type 3 et 3.b. Déjeuner servi à 13h00. Vincent »

Les frères crurent tout d’abord à une farce mais Vincent ne paraissait pas du genre à se laisser aller à ce genre de niches.

- Eh bien, soit, nota Kadaj. Vincent n’a pas menti, nous ne sommes pas prisonniers.

- Mais qu’en est-il du reste, à votre avis ? demanda Yazoo en brandissant les cartes remises par Rufus à chacun d’entre eux. Vraies ou simples ruses destinées à nous amadouer en nous faisant croire que nous sommes des gens comme eux, avec une existence légale et le droit d’en user ?

Pour le vérifier, ils optèrent pour un tour en ville, où les gens les dévisagèrent avec une curiosité mêlée de crainte.

Yazoo s’arrêta devant le seul magasin informatique de Nibelheim, et y entra, laissant ses frères à l’extérieur.

Sa présence dans la petite boutique jeta un froid glacial, dû à son étrange apparence aussi bien qu’à son attitude un peu raide.

La présence des deux autres à l’extérieur n’était pas faite non plus pour rassurer le propriétaire des lieux, un homme affable d’une soixantaine d’années aux lunettes en demi-lune et aux épais cheveux blancs.

Le pauvre commerçant et son épouse se tenaient prêts à appuyer sur le bouton d’alarme dissimulé derrière le comptoir au moindre geste suspect de ces trois voyous.

Lorsque Yazoo demanda à voir un modèle d’ordinateur portable particulièrement onéreux - en fait le plus cher du magasin - la méfiance de l’homme monta d’un cran.

- Je le prends, fit l’argenté sans même le regarder en détail en tendant la carte de crédit et la pièce d’identité donnée par Rufus.

L’homme les prit en tremblant légèrement, cherchant déjà une excuse quelconque du type « désolé, le terminal est en panne » ou « pardon, la connexion est coupée » lorsque le fatal « ALERTE ! CARTE VOLEE ! » apparaîtrait sur son écran mais le terminal bipa joyeusement et les informations qui s’affichèrent détendirent le brave homme d’un seul coup, à la grande surprise de son épouse… et de Yazoo, qui s’attendait à tout sauf à ce que les cartes soient authentiques !

- La garantie est de 3 ans, fit gaiement le commerçant avec un sourire à présent rayonnant. Souhaitez-vous une prolongation de celle-ci ?

- Hein ? Euh… non. Non, ça ira.

- Je vous imprime ça tout de suite.

L’homme changea d’ordinateur pour remplir sa fiche et Yazoo risqua un coup d’oeil à l’écran du terminal dans lequel étaient insérées ses cartes de crédit et d’identité.

Sa photo y était affichée, ainsi que ses empreintes digitales, son groupe sanguin, un extrait de sa séquence ADN et une adresse au siège de la Shinra, à Edge.

Nom : YAZOO HOJO

Tiré : SHINRA Corp.

Affectation : SIEGE DU WRO - (Département du SOLDAT de Edge)

Grade : OFFICIER classe I

Niveau de crédit : GOLD+

- Hojo ? s’écria la femme du commerçant en lisant par-dessus l’épaule de celui-ci, faisant bondir Yazoo. Hojo, de la famille du général Sephiroth ? Celui que l’on vient de retrouver dans le laboratoire ?

Yazoo toussota et réfléchit à toute vitesse.

Vincent leur avait parlé de l’entourloupe médiatique, le jour de leur réveil à l’infirmerie.

- Oui, c’est… C’est notre frère, dit-il en désignant du menton son jumeau et Kadaj, à l’extérieur.

La femme fit claquer ses paumes l’une contre l’autre.

- Je savais que vos yeux et vos cheveux me disaient quelque chose ! Oh, mon Dieu ! Soyez assurés de notre sympathie, monsieur Hojo. Ciel, quelle histoire incroyable. Mais quel soulagement pour vous, aussi, de le retrouver vivant, j’imagine !

- Comment va-t-il ? s’enquit un autre client entre deux âges qui l’avait dévisagé avec méfiance jusque là. Ils disent à la télévision que les médecins restent prudents.

Yazoo acquiesça avec une mine de circonstance.

- Son état est stationnaire, pour l’instant. C’est… C’est pour ça que nous sommes à Nibelheim, mentit-il, subitement inspiré. Pour… Pour étudier les dossiers trouvés dans le laboratoire des scientifiques qui… Enfin vous voyez.

Le commerçant sortit de derrière son comptoir.

- L’ordinateur VForce-PL3, c’était pour ça ? Etudier des données scientifiques ?

- Euh… Oui. Enfin… entre autres, broda Yazoo, pris au dépourvu par la tournure des évènements.

Et lui qui n’avait choisi le matériel le plus cher que pour vérifier si la carte de crédit et les papiers d’identité donnés par Rufus étaient vrais…

- Oh ! Mais ce n’est pas du tout ce qu’il vous faut. Non, non, non. Attendez, je vais vous montrer un autre modèle, bien plus adapté à ce genre de travail et de calculs. Junny ! cria-t-il en direction de la réserve. Sors-moi un VDU-347, chérie ! La dernière version !

Au final, Yazoo resta près d’une heure dans le magasin, au grand étonnement de ses frères, qui le voyaient sourire et discuter avec les clients qui entraient et sortaient, la nouvelle que les frères de Sephiroth étaient à Nibelheim se répandant comme une traînée de poudre.

« Le grand général Sephiroth, rendez-vous compte ! Si, si, je vous assure, monsieur le maire, il a des frères, Soldats, comme lui. Ils sont en ce moment même chez nous, à Nibelheim, dans la boutique de ce brave Stan ! »

Kadaj et Loz, à l’extérieur de la boutique, durent eux-mêmes donner des nouvelles de leur « grand frère » à un nombre incalculable d’inconnus, habitants de la bourgade ou simples vacanciers et « Quelle tragédie, mon Dieu ! Courage, nous sommes de tout coeur avec vous, gardez espoir. Il s’en sortira, vous verrez. »

De retour au manoir, les garçons avaient la tête qui tournait comme s’ils venaient de passer des heures dans une bétonnière !

Eux qui ne parlaient pour ainsi dire jamais avaient sans doute échangé plus de banalités en une matinée qu’ils ne l’avaient fait durant toute leur vie au laboratoire du cratère nord !

Vincent et Rufus - qui riaient sous cape après l’appel du maire de Nibelheim voulant « témoigner personnellement sa sympathie aux frères du Grand Général » qu’il avait « aperçus de loin en ville » - les virent monter précipitamment dans leur chambre, un paquet sous le bras et le visage défait.

- Gretta ! appela le jeune président de la Shinra depuis le salon en riant encore.

La gouvernante du manoir, une femme avenante au sourire doux d’une soixantaine d’années et vêtue à l’ancienne mode, se présenta presque aussitôt.

- Monsieur ?

- Gretta, soyez gentille de faire monter un plateau à nos trois amis motards, quelque chose me dit qu’ils vont avoir besoin de reprendre des forces !

La brave femme sourit.

- Tout de suite, monsieur. J’avais fait garder leur déjeuner au chaud.

- Merci, Gretta. Vous êtes un ange.

La gouvernante rosit comme une jeune fille et disparut. Vincent se leva.

- Je ferais mieux de monter les voir. Il ont peut-être envie de parler de leur « escapade ». J’en profiterai pour voir Reno.

- Rude et les enfants sont avec lui, ne t’en fais pas. Shalua dit qu’elle pourra traiter sa tumeur dans deux jours, dès que les médicaments qu’elle lui a donnés pour nettoyer la « tuyauterie » auront agi. Saloperie… Je n’aurais jamais cru que quelque chose comme ça pouvait lui tomber dessus. Pauvre Reno.

- Au fait… Tseng et Elena ?

- Partis il y a une heure, comme tu me l’as demandé. Bien que je ne comprenne toujours pas pourquoi tu y tenais tant. Ils étaient prêts à affronter le regard de leurs bourreaux sans broncher et sans haine aucune, tu sais. Ils me l’ont fait clairement comprendre.

- C’est bien là, le problème, Rufus. Leur bourreau, c’est Jenova, pas les garçons. Et je ne veux surtout pas que Tseng et Elena puissent leur laisser croire le contraire, pas même par inadvertance. Nous ne devons laisser aucune prise à cette saloperie tombée du ciel. Pas le moindre petit interstice dans l’esprit de ces garçons où elle risquerait de se glisser.

Rufus hocha la tête.

- Je comprends. Mais tu ne pourras pas les protéger éternellement, Vincent.

- Telle n’est pas mon intention. Je veux juste les préserver jusqu’à ce qu’ils soient en mesure de faire face à cette ordure sans risquer de flancher. Et pour cela, ils doivent se sentir en sécurité et acceptés parmi nous.

- Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir, tu le sais.

Vincent, tel un père avec son fils aîné, lui pressa affectueusement l’épaule.

- Je le sais.

Il quitta le salon et, comme il le faisait toujours, le jeune président admira la façon dont la lumière dansait dans sa longue chevelure brune avec un soupir déchirant.

Oui, Vincent aurait pu être son père… Hélas !

Son portable sonna, annonçant un texto.

Il s’agissait de Tseng :

“Ca bouge au cratère nord. Me rappeler d’urgence.”

Rufus blêmit et monta dans sa suite pour rappeler le chefs des turks en toute discrétion.

…à suivre

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XVIII - Les démons du passé

«Les amis sont là comme un rempart solide

et infaillible contre les démons de la vie.»

Sydney Smith

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Tifa raccompagna le jeune couple jusqu’à la porte en s’excusant encore et allait la refermer lorsqu’elle vit Shalua, enveloppée dans un long manteau noir, traverser la petite route et venir dans sa direction.

- En voilà une surprise ! Tu es venue à pied depuis le manoir ?

- Y aurait-il un thé chaud et quelques biscuits pour une pauvre scientifique frigorifiée ?

Tifa éclata de rire.

- Bien sûr ! Entre, voyons, tu dois être morte de froid. Pourquoi n’as-tu pas demandé à un domestique de t’amener en voiture ?

- J’avais envie de m’aérer un peu pour me réveiller ! J’avoue que j’ai du mal à tenir le choc après ma nuit blanche au labo. Brrr… Dis donc, la température est tombée d’un coup.

- Oui, c’est souvent comme ça en début d’après-midi, ici, en hiver. Les nuages s’estompent, le soleil sort et un froid de canard nous tombe dessus. Viens dans le salon, j’ai allumé la cheminée.

La jeune scientifique regarda autour d’elle, charmée.

- Mais dis donc, elle est ravissante, cette maison !

- Elle t’intéresse ? la taquina son amie en disparaissant dans la cuisine attenante pour préparer du thé.

Shalua l’y suivit et balaya les lieux du regard en retirant son manteau : la cuisine typique d’un petit village coquet, toute de faïence blanche, rouge et bleue, avec ses torchons brodés suspendus aux crochets et ses meubles en bois massif ciselés de motifs ruraux.

Une petite cuisine fonctionnelle avec le petit cachet « rustique » qui plaisait tant aux citadins qui visitaient Nibelheim.

- Toujours pas d’acheteurs valables en vue ? Etonnant ! J’aurais cru que les gens se battraient pour ce genre de petite merveille.

Tifa posa un pot de biscuits faits maison sur la table, brancha la bouilloire et haussa les épaules.

- Pas tant que ça, en fait.

Son amie piocha dans les biscuits et croqua dedans avec gourmandise.

- Mhh… Excellents ! Aussi bons que ceux de Gretta.

- Merci.

- Pas d’acheteurs, alors ?

- Non, malheureusement.

- Tifa ?

- Oui ?

- Tu ne te ficherais pas de moi, par hasard ?

La jeune femme se retourna pour voir Shalua la considérer avec un sourire sarcastique en engouffrant un second biscuit.

- Si je te dis « oui », tu m’en voudrais ? grimaça-t-elle.

La scientifique éclata de rire et frotta son pouce contre son index.

- Combien t’en ont-ils proposé, les deux tourtereaux que j’ai vu sortir ? (Tifa prit une feuille sur le calepin du réfrigérateur, y écrivit un chiffre et la lui tendit) Oh ! Mon Dieu ! Et tu as dit non ? Mais tu es folle, ma fille !

Tifa plaça deux sachets de thé au fond de deux grosses tasses, les posa sur la table et s’assit en face de son amie avec une grimace découragée.

- Oui. Je suis dingue. Enfin, je commence sérieusement à le croire.

Shalua prit un troisième biscuit.

- Tifa… qu’est-ce qui se passe ?

- Je crois que je n’arrive pas à me décider à vendre cett…

- Stop ! On arrête tout de suite. Je ne parlais pas de la maison.

- Je ne te suis pas.

- Tu t’es littéralement enfuie du manoir avant le déjeuner en prenant prétexte d’une vente sur le point de se conclure et je viens de voir un jeune couple désespéré sortir d’ici parce que tu as refusé de leur vendre la maison de leurs rêves.

Tifa se raidit.

- Où veux-tu en vernir ?

- Au fait que tu t’es servie de ce charmant petit couple pour filer en douce après avoir vu nos trois argentés réveillés et que je veux en connaître la raison. A moins, bien sûr, que tu ne me fasses plus confiance et que tu préfères ne plus te confier à moi… ajouta-t-elle avec une moue comique, faussement cassante.

L’égérie d’AVALANCHE éclata de rire malgré elle.

- Je peux même t’en donner deux, Shalua. Des raisons, s’entend.

- Ah ! fit la scientifique avec gourmandise. Des potins, vite, vite ! Que j’aille tout répéter au manoir !

- La première est ce jeune couple, quoi que tu en penses. Si, si, Shalua, j’avais réellement rendez-vous avec eux aujourd’hui en début d’après-midi. Demande à Vincent, il était au courant !

Shalua fit vibrer ses lèvres.

- Passe encore. Et la seconde ?

La bouilloire électrique tinta et Tifa versa l’eau chaude dans les tasses.

- C’est « eux ».

- Qui, « eux » ? Mes petits bouts ?

- Oui. Tes chers « babies » aux cheveux argentés !

La scientifique leva les yeux au plafond.

- Le pauvre Sephiroth flotte toujours dans sa cuve. Quant aux autres, ils se reposent dans leurs chambres et sont si tourneboulés par ce qui leur arrive qu’ils n’en sortiront probablement pas avant demain. Les pauvres… Je n’en reviens pas que tu puisses avoir peur d’eux après tout ce que tu as vu et entendu à leur sujet !

Tifa tressaillit.

- Mais enfin, je n’ai pas peur, quelle idée !

- Alors c’est quoi, le problème ?

La jeune femme haussa les épaules et rougit brusquement.

- En fait, c’est Loz, le problème… avoua-t-elle.

- Loz ?

***

Yazoo sursauta dans son lit et se redressa, en sueur, le coeur battant et le souffle court.

Perdu, ne se rappelant plus où il était ni comment il s’était retrouvé là, il tourna la tête en tout sens, affolé.

En voyant Loz endormi dans le second lit que comptait la luxueuse chambre à coucher, la mémoire lui revint.

Sephiroth et la grotte glaciale… Le manoir Shinra… Aerith… Vincent et Shalua… Les vidéos… Jenova…

Alors ce n’était pas un simple cauchemar… C’était bel bien réel.

Il cligna des paupières pour chasser la sueur qui coulait de son front, toussa douloureusement et porta la main à sa gorge, encore irritée par le tube du respirateur. Il avisa un verre à demi rempli d’eau, sur la table de chevet, dont il réussit à avaler quelques gorgées en tremblant de tous ses membres.

Il mourait de froid.

Les draps étaient humides de sueur, de même que le T-shirt et le pantalon de pyjama donnés par Shalua.

Il s’en débarrassa en frissonnant, sortit de son lit et se glissa dans celui de son frère.

Aussitôt la chaleur de Loz l’enveloppa et il se pressa contre son dos nu en claquant des dents.

- Yazoo ? demanda celui-ci d’une voix ensommeillée en sentant les bras glacés se refermer autour de sa taille. Qu’est-ce que tu as ? Ca va pas ?

- J’ai froid…

Comme Yazoo s’y attendait, son jumeau se retourna pour le serrer dans ses bras et il se blottit contre lui, nichant le visage entre ses pectoraux.

- Tu as fait un cauchemar ? chuchota le jeune colosse en lissant ses longs cheveux humides. Tu es trempé.

- Ce n’était pas un cauchemar… susurra son cadet d’une voix étranglée en resserrant son étreinte autour de la large poitrine. Ce n’était pas un cauchemar, malheureusement… Qu’est-ce qu’on va faire, à présent ? Oh, Loz… Qu’est-ce qu’on va devenir ?

Loz, la gorge soudain serrée, lui frotta le dos, apaisant.

- Pleure pas, Yazoo… Pleure pas…

***

La bouche de Shalua s’arrondit en un O parfait et elle éclata de rire.

- Tu l’as tripoté pendant qu’il était inconscient ? s’écria-t-elle. Oh ! C’est pas vrai ! Quand ?

- Tu étais là.

La scientifique fronça les sourcils.

- Tu veux parler de la fois où…

- Oui !

Shalua s’asséna une claque sur le front de sa main valide.

- Tifa… Tu ne l’as pas tripoté, tu as reprogrammé sa perfusion ! A ma demande, en plus !

- Si, je l’ai caressé… Tu m’as même surprise, rappelle-toi.

Tifa avait à présent une teinte cramoisie à la limite du pourpre et son amie pouffa.

- Mon Dieu ! s’exclama-t-elle, faussement choquée. Tu lui as effleuré la poitrine ? Repends-toi vite et fais pénitence, fille dépravée, où tu brûleras en enfer !

- Shalua…

- Oh, Tifa ! Je fais bien pire lorsque je fais la toilette de mes patients ! Ne me dis pas que tu es partie en courant juste pour ça.

- J’ai peur de le regarder en face et de voir qu’il s’est peut-être aperçu de quelque chose.

Le rire de la scientifique redoubla.

- J’y crois pas…

- Shalua !

- Je t’en prie ! Tu es ridicule…

Tifa baissa la tête, piteuse.

- Je sais… Mais il… Il me déconcerte, ce type !

Shalua se raidit sur sa chaise, un sourire mutin sur les lèvres.

- Il te plaît ?

- Non ! Bien sûr que non. Enfin… pas vraiment.

Son amie se pencha en avant, plus intéressée que jamais.

- Oui ou non ?

- Non, il ne me plaît pas. Il est brutal, commun, grossier… Tout l’opposé de mon type d’homme. Mais je ne sais pas, il… m’attire ? Non, ce n’est pas le mot. C’est bizarre.

Shalua reprit un autre biscuit et le grignota du bout de dents.

- Sois honnête : il a un visage d’ange et un physique de rêve. Aucune femme ne peut rester insensible à un homme pareil.

- Je ne le nie pas, Shalua, mais non, c’est autre chose.

Son amie hocha la tête.

- Peut-être t’inspire-t-il de la sympathie, tout simplement. Ce qu’il a vécu t’a sans doute touchée, émue, te l’a montré d’une façon que tu n’imaginais pas.

- Tu crois ?

- Rappelle-toi comme tu as été malade, lors de la conférence.

Tifa prit un biscuit à son tour et le trempa délicatement dans son thé.

- Peut-être. Oui, c’est certainement ça, tu as raison. Enfin… Assez parlé de mes lubies. Parlons de toi, plutôt !

- De moi ?

Le sourire de la jeune femme se mua en un rictus déluré.

- Mais oui… Si tu me parlais un peu de ton « Cid baby », mhh ?

Elle eut le plaisir de voir les joues de la scientifique se teinter de rose.

- Il n’y a rien de particulier à en dire, tu sais…

- Shalua…

Celle-ci poussa un gémissement douloureux et laissa tomber son front sur la table avec un « toc » comique.

- Je suis en train de perdre pied, Tifa… Je perds complètement la boule, avec lui !

- Comment ça ?

Shalua leva la tête et lui adressa un regard piteux.

- Cid me fait complètement craquer…

Tifa s’assombrit.

- Shalua… il est marié.

- Je sais… gémit à nouveau la scientifique. Mais il me fait vraiment craquer. Je ne… (Son téléphone portable sonna et elle s’excusa avant de décrocher) Merill ? Tu as les résultats, ça y est ? Et alors, ça donne quoi ?

Son amie la vit pâlir et l’interrogea du regard mais Shalua lui fit signe de ne pas s’inquiéter.

- Et l’imagerie ? reprit-elle. Elle confirme les examens sanguins ? Oh, merde… Ne le laisse pas ficher le camp du manoir, surtout. Eh bien convainc-le ! Demande à Rude de le clouer à son lit et de l’assommer si besoin est mais je dois absolument l’informer de… Non, tu ne dis rien, Merill. Et surtout pas à Tseng ou à Rufus, d’accord ? Oui, j’arrive. A tout de suite.

Elle raccrocha et soupira.

- Qu’est-ce qui se passe ? s’inquiéta Tifa.

Shalua se mordilla l’intérieur de la joue.

- C’est Reno, il… Il a un petit souci de santé. Rien de grave, bien sûr, mentit-elle pour la rassurer. Mais je préférerai faire le nécessaire rapidement. Bon, tu reviens avec moi ou tu restes ici à culpabiliser et à essayer de ne pas vendre ta jolie maison ? railla-t-elle.

Tifa lava rapidement leurs deux tasses avant de les mettre à égoutter sur l’évier et lui donna un coup d’épaule amical.

- Viens, on prend ma voiture, ça ira plus vite.

***

Yazoo se glissa hors du lit avec mille précautions sans réveiller son jumeau, enfila ses vêtements et sortit silencieusement dans le couloir.

Ses cauchemars le réveillaient sans cesse et il faisait violemment sursauter Loz à chaque fois. Mieux valait qu’il se lève et qu’il aille rejoindre Vincent dans la chambre de Kadaj attenante à la leur. Au moins, il ne gênerait personne.

Il refermait la porte tout doucement, retenant la poignée pour éviter que le passant ne claque trop brutalement, lorsque lui parvint le bruit écoeurant typique de quelqu’un en train de vomir violemment dans la chambre d’en face.

La porte était entrouverte et Yazoo entendit distinctement un juron étouffé suivi d’une plainte et d’un nouveau gargouillis glaireux.

Quelqu’un était sacrément malade, là-dedans !

Il traversa prudemment le couloir et poussa le battant de bois tout doucement mais sans oser l’ouvrir totalement.

- Ca va ? demanda-t-il de sa voix douce et ténue. Oh, oh ?

La seule réponse qui lui parvint fut un gémissement suivi d’un autre borborygme et il passa la tête par l’ouverture.

Une odeur âcre et métallique agressa son odorat ultra-sensible et il grimaça.

De la bile et du sang ?

- Eh ? appela-t-il un peu plus fort en avisant la porte entrouverte du cabinet de toilette. Vous allez bien ?

Toujours pas de réponse.

Il entra dans la chambre et se dirigea vers la petite salle de bains.

Son pied butta sur quelque chose et, du coin de l’oeil, il vit une bouteille en verre vide rouler jusque sous le lit.

- Est-ce que ça va aller ? demanda Yazoo en frappant doucement à la porte du cabinet de toilette.

Le bruit sourd d’un corps qui chute se fit entendre et l’argenté ne réfléchit pas plus longtemps.

Il poussa la porte et entra pour voir Reno sur sol à demi-inconscient.

L’argenté reconnut aussitôt dans ce garçon rouquin celui qu’il avait combattu à Edge, deux ans plus tôt.

Il s’agenouilla sur le carrelage et souleva la tête du turk pour la poser doucement sur ses genoux, comme il l’avait toujours fait avec Loz ou Kadaj, lorsque les hommes en blouse blanche les ramenaient évanouis après les injections de mako ou des traitements divers.

L’évier de marbre vert était éclaboussé de sang et de bile malodorante et Yazoo tendit le bras pour faire couler l’eau. Il laissa sa main un petit moment sous le jet glacé pour la refroidir et la passa doucement sur le front piqué de taches rousseur, si pales qu’elles ne se remarquaient que lorsqu’on se penchait sur le visage poupin.

Il suivit du doigt les curieux tatouages rouges en forme de virgule, qu’il n’avait pas vus lorsqu’ils s’étaient affrontés - ou peut-être ne s’en souvenait-il simplement pas. Ses préoccupations étaient autres, alors…

Les paupières fines frémirent et deux grands yeux aigue-marine s’ouvrirent avec difficulté.

- Ca va mieux ? demanda Yazoo en se penchant un peu pour que Reno puisse le voir.

La réaction de celui-ci fut immédiate : il poussa un cri inarticulé, se dégagea en se cognant contre le pied du lavabo et rampa jusqu’à la porte pour s’y aplatir, le coeur battant.

- Que… Qu’est-ce que tu fous là, toi ? bredouilla-t-il en cherchant des yeux un objet qui pourrait lui tenir lieu d’arme.

Hélas pour lui, la seule chose à portée de main était la balayette des toilettes. Guère intimidant, comme matraque…

L’argenté se remit debout et lissa sa longue veste de cuir.

- N’aie pas peur, je t’ai juste entendu vomir et j’ai pensé que…

- Reste où tu es ! Ne fais pas un pas de plus ou de te casse en deux !

Yazoo considéra le rouquin recroquevillé sur le sol avec un certain amusement et se tint immobile au centre de la petite salle de bains, les bras croisés.

Reno le détailla de bas en haut un petit moment.

- T’attends quoi, là ?

- Que tu veuilles bien me laisser sortir.

Le turkgrimaça en réalisant qu’il était affalé contre la porte et se releva avec difficulté sans quitter son étrange visiteur des yeux, méfiant.

A peine debout, une sueur froide soudaine perla sur tout son corps, faisant adhérer désagréablement sa chemise à son dos.

Il se mit à trembler comme une feuille.

- Ca va aller ? s’enquit Yazoo.

- Ouais ! cracha Reno, frissonnant de plus belle en s’essuyant le front d’un revers de manche.

- Je n’en ai pas l’impression.

Comme pour le confirmer, le turk se plia en deux sous l’assaut d’une crampe abdominale et l’argenté dut le soutenir tandis qu’il se penchait à nouveau au-dessus de l’évier.

Reno eut des renvois pendant un long moment puis la température de son corps monta si soudainement que Yazoo pouvait presque sentir sa peau brûler à travers ses vêtements.

L’état pitoyable du rouquin lui rappela d’autres lieux et une autre époque…

Il revit le grand corps de Loz étendu sur le sol, près de l’évier qu’il n’avait pas eu le temps d’atteindre, secoué de spasmes, blême, rongé par la fièvre et le manque de mako.

- Vincent est dans la chambre d’à côté, avec mon frère, murmura Yazoo. Si tu veux, je peux aller le cherch…

- Non ! s’écria le turk en le repoussant brutalement. Je vais bien, putain ! Je dois te le dire comment ? J’ai mangé un truc qui est pas passé, merde, c’est tout ! Ca t’es jamais arrivé, bordel ?! On vous filait que de la bouffe aseptisée, dans votre foutu labo, c’est ça ? Bah bienvenu dans les joies de la vraie vie !

Il vomit un jet de bile rougeâtre et l’argenté fronça les sourcils.

- Tu m’as l’air d’avoir un problème bien plus grave qu’une ind…

- J’ai pas de problème ! hurla Reno, les jambes flageolantes. Et je t’ai rien demandé, putain de merde ! Fous-moi la paix et dégage de ma chambre !

Yazoo parut hésiter un instant mais quitta la salle de bains en refermant doucement la porte et soupira. Ce n’était pas son problème après tout.

Un petit reflet blanc accrocha la lumière de la lampe et attira son regard, sous le lit. Il se pencha pour ramasser la bouteille vide sur laquelle il avait buté en entrant dans la chambre et se dirigea vers la poubelle, au pied du petit bureau qui occupait le fond de la chambre du turk.

***

Reno ouvrit les yeux pour découvrir qu’il était à nouveau étendu sur le carrelage de la salle de bains mais, cette fois, plus de type aux cheveux argentés dans les parages.

« J’ai pas été très sympa, sur ce coup-là… » réalisa-t-il avec une petite moue.

Pas grave, il s’excuserait plus tard.

Il porta la main à son ventre en grimaçant, attendant la douleur ou la nouvelle nausée qui ne saurait tarder mais rien ne vint.

Soulagé, il s’étala sur le dos de tout son long et respira profondément.

La crise était passée.

Bon sang, quel soulagement ! Après tant d’émotions, un petit remontant serait le bienvenu.

Il porta la main à la poche intérieure de sa veste par réflexe mais il ne portait que sa chemise. Où diable avait-il laissé sa veste ?

Ah oui, sur le lit.

Il se leva avec difficulté, courbaturé comme s’il avait couru pendant des heures, et passa dans la chambre à coucher, où il se pétrifia en voyant la petite mise en scène qu’on avait préparée à son intention.

La dizaine de bouteilles et de mignonnettes d’alcool vides qui se trouvaient dans la corbeille avaient été alignées sur le lit et, sur une page de carnet arraché au bloc du bureau, on pouvait lire quelques mots au tracé ferme et élégant : « AUCUN PROBLEME… VRAIMENT ? »

…à suivre

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XI - Le prix du désir

«Vénus, une belle et bonne dame, était la déesse de l’amour ;

Junon, une terrible mégère, la déesse du mariage.

Toujours elles furent ennemies mortelles…»

J. Swift

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Shalua s’engagea dans l’escalier qui menait au laboratoire lorsqu’une main énergique la saisit par son bras valide, manquant de peu de la faire trébucher sur le tapis qui recouvrait les marches de pierre.

Croyant perdre l’équilibre, la jeune femme laissa échapper un petit cri surpris, aussitôt étouffé par la bouche impatiente qui se referma sur la sienne, aspirant ses lèvres avec avidité.

Elle réalisa alors qu’elle était prisonnière de deux bras vigoureux qui la pressaient contre une poitrine dure et haletante moulée dans un sweat-shirt kaki.

- Ose me dire que tu n’en as pas autant envie que moi… gémit Cid dans sa bouche.

Sa barbe naissante lui picotait agréablement la peau et son odeur si typiquement masculine, un parfum musqué et enivrant adouci par le léger effluve de son eau de toilette - une impalpable essence boisée aux délicates notes de vanille - lui tournait les sens.

Elle sentit les pointes de ses seins durcir, se tendre vers le poitrail musculeux, et son ventre s’embraser sous la chaleur dévastatrice de ce grands corps si mâle.

- Pas ici… murmura-t-elle en lui mordillant la lèvre inférieure, perdue dans les bleus céruléens de son regard pénétrant.

Elle le repoussa d’un geste caressant et la pression des bras vigoureux faiblit un peu, lui permettant de descendre une marche.

- Où, alors ? demanda-t-il d’une voix rendue rauque par le désir.

Shalua lui adressa un sourire sans équivoque et descendit lentement l’escalier, non sans jeter de fréquents regards en arrière, en signe d’invite.

Cid de s’y trompa pas et dévala les marches à sa suite.

***

Dans la lumière mordorée apaisante, assis sur le confortable divan de la bibliothèque, Tseng avait le regard fixe et paraissait scruter un monde intérieur dont lui seul avait la clé.

Il se sentait comme un homme à qui l’on vient d’arracher une partie de ses tripes : une désagréable sensation de douleur et de vide au creux de ventre.

Lorsqu’Elena lui tendit une tasse de thé fumant en souriant, il dut se mordre la langue pour ne pas la congédier vertement.

Cette fille était-elle sotte au point de ne pas voir qu’il s’était isolé là précisément pour ne pas être dérangé ?

- Non, merci, réussit-il à répondre sans trop d’animosité. Je n’ai pas soif.

- Tu devr…

- J’ai besoin de rester seul quelques minutes, Helena, la coupa-t-il d’une voix aimable - du moins en apparence.

- Oh… Je… Pardon.

Elle rougit et s’éclipsa avec sa tasse de thé en courant presque et Tseng aurait juré avoir vu ses yeux briller.

Elena était éprise de lui, il le savait, elle lui avait même avoué ses sentiments dans le cratère nord, il y a deux ans, alors qu’ils étaient tous deux persuadés de vivre leurs derniers instants, mais il ne les partageait pas. Pas du tout. Il le lui avait fait clairement comprendre et la jeune femme s’était engagée à l’accepter mais force était de constater qu’elle n’y parvenait pas.

Mois après mois, elle se faisait plus pressante, plus envahissante, et, ce qui était beaucoup plus grave, leur travail à tous deux commençait sérieusement à en pâtir.

Devait-il se montrer plus sec encore ou plus méprisant pour lui faire entendre raison ? Ou fallait-il aller jusqu’à la menacer de renvoi pour susciter une prise de conscience ?

Il poussa un profond soupir, se laissa aller contre le confortable dossier capitonné et frissonna. Bon sang, pourquoi faisait-il toujours aussi froid, dans cette bibliothèque ?

Il aurait dû accepter le thé avant de la renvoyer, finalement…

***

Cid referma la porte du petit bureau derrière lui et Shalua en fit autant avec celle qui menait au laboratoire.

Ils se dévisagèrent un petit moment, un sourire expressif sur les lèvres et le souffle court, puis, voyant la jeune femme détailler les sinuosités de ses muscles sous ses vêtements avec gourmandise, le pilote retira son sweat-shirt sans autre cérémonie et s’avança jusqu’au centre de la pièce pour qu’elle puisse le contempler à loisir. Ce qu’elle fit sans la moindre pudeur avant de s’avancer pour l’enlacer furieusement et le pousser contre le bureau.

Caresses et mots d’amour étaient superflus. Ils n’étaient plus des adolescents hésitants depuis longtemps et savaient très bien ce qu’ils voulaient en cet instant, ce dont ils avaient besoin, et ce n’était ni du romantisme, ni des serments. Ca, ça viendrait plus tard… Peut-être.

Pour l’heure, c’était un désir animal qui les dévorait, un désir exacerbé par le manque. Un désir qu’il fallait satisfaire au plus vite, sans fioriture ni mots inutiles, pour jouir d’un plaisir sauvage et primitif.

D’un revers du bras, Cid balaya une partie des dossiers qui encombraient le bureau et y assit Shalua sur le bord avant de se glisser entre ses cuisses pour l’embrasser à pleine bouche, frottant son membre douloureusement tendu contre son sexe brûlant déjà humide.

Elle répondit à son baiser profond avec une rage similaire et sa main valide déboutonna hâtivement son pantalon tandis que les siennes remontaient sous sa jupe pour la débarrasser de sa petite culotte en coton blanc.

La bouche de Cid glissa ensuite jusqu’à sa gorge, trouva le chemin jusqu’à ses seins, qu’il venait de libérer de leur écrin de tissu, arrachant presque les lanières de son bustier, et elle s’accrocha à lui en étouffant un gémissement dans ses cheveux blonds, les doigts creusant cruellement dans les muscles de son dos.

Puis il s’agenouilla entre ses cuisses et sa langue indécemment adroite fondit sur son intimité, lui enflammant le corps tout entier, titillant la chair moite en même temps que, de la main, il se caressait lui-même en prenant garde de lui offrir une vue imprenable sur ce geste aussi intime qu’excitant.

- Oh… Cid… ne put-elle s’empêcher de gémir doucement en enfonçant ses ongles dans ses épaules.

Lorsqu’il la sentit sur le point de jouir, il se redressa et elle guida son membre dur entre ses cuisses, où il s’enfonça lentement, leur arrachant à tous deux des soupirs impatients.

Shalua noua ses jambes autour de ses reins, s’accrocha à ses épaules et accompagna le mouvement, de plus en plus rapide, de plus en plus sauvage…

Il ne fallut que quelques instants à la jeune femme pour être emportée par un orgasme fulgurant, auquel s’abandonna Cid à son tour dès qu’il sentit les spasmes violents de sa partenaire autour de sa virilité palpitante.

Le plaisir violent ressenti les laissa pantelants dans les bras l’un de l’autre, appuyés sur le bord de l’inconfortable bureau.

- Par la Déesse… haleta Cid contre son cou, faisant sourire Shalua, qui mordilla la peau douce de ses larges épaules.

Les coeurs battaient dans les cages thoraciques comme s’ils voulaient franchir la barrière des côtes et les souffles brûlants embrasaient les gorges.

Cid sentit son membre flasque glisser hors de son doux nid de chair et tendit le bras pour saisir une boîte de mouchoirs en papier, dans laquelle Shalua se servit généreusement.

Epuisés et repus, ils échangèrent un sourire entendu et allaient s’accorder un dernier baiser quand l’assistant de la jeune femme toqua discrètement à la porte avant d’essayer d’enter dans le bureau, dont la porte était verrouillée.

- Shalua ? Shalua, c’est toi ?

- Oui ! Oui… Je… bredouilla-t-elle en réajustant son bustier à la va-vite. Je… Je me rafraîchissais un peu ! Tout va bien ?

Elle fit une grimace ironique au pilote, qui répondit par un clin d’oeil complice.

- J’aimerais que tu me dises ce que tu penses des dernières analyses de Yazoo. Ses spasmes musculaires sont de plus en plus réguliers et son taux d’acide lactique monte en flèche.

- J’arrive, accorde-moi une minute !

Cid reboutonna son pantalon et, le temps qu’il enfile son sweat-shirt, Shalua avait disparu dans le laboratoire en fermant la porte derrière elle.

Il se demanda l’espace d’un instant s’il devait s’asseoir et l’attendre mais secoua la tête et déverrouilla la porte qui donnait sur le couloir.

On ne savait jamais quoi se dire dans ce genre de situation et mieux valait éviter un moment de gêne inutile pour l’un comme pour l’autre.

Il grimpa donc l’escalier en sifflotant, non sans remarquer le regard ironique des deux turks postés à l’entrée du laboratoire.

Qu’ils pensent ce qu’ils veulent, il s’en fichait.

Bon sang, ça faisait longtemps qu’il n’avait pas pris son pied comme ça…

Quelle femme ! Lorsqu’elle l’avait regardé se caresser devant elle, on aurait dit qu’elle voulait le dévorer tout cru. Et la sentir le désirer à ce point la rendait incroyablement sexy…

Il fit une pause derrière la porte qui donnait sur le couloir du rez-de-chaussée et se força à respirer posément, craignant que son émoi ne devienne trop visible. Le désir lui échauffait à nouveau les sens et une nuée de petits papillons paraissaient voleter dans son ventre et chatouiller son sternum.

Par la Déesse ! Depuis combien de temps n’avait-il pas ressenti ce genre de choses ? Ne s’était-il pas senti aussi vivant ?

L’image de sa femme Shera en robe de mariée se dessina dans son esprit et les dizaines de papillons qui s’agitaient gaiement dans son ventre tombèrent raides morts…

***

Dans la salle de conférence, Tifa considérait tour à tour Cid, étrangement serein, nonchalamment assis sur sa chaise et Shalua, bizarrement souriante, qui préparait ses fiches.

Lorsque leurs regards se croisaient - un peu trop souvent pour que ce soit fortuit - une teinte coupable d’un joli rose apparaissait sur les joues de son amie et le sourire de Cid grandissait de plusieurs centimètres.

Il venait de se passer quelque chose entre ces deux-là ! Elle en mettrait sa tête à couper !

Et, comme s’il était besoin de confirmation, lorsque Shalua se pencha pour jeter un oeil à son petit écran de contrôle, faisant bâiller sa blouse blanche, elle remarqua l’état de son bustier…

« Oh ! la sale petite peste… » pensa-t-elle, mi-choquée, mi-admirative, en retenant un rire.

Aussitôt, elle saisit son téléphone et composa rapidement un message.

Shalua, sentant vibrer l’appareil dans sa poche, consulta le SMS et se mordit la langue pour ne pas pouffer en portant la main à son décolleté :

« Ton pilote aurait-il avalé le premier clip de ton corsage ? »

La jeune femme ferma discrètement sa blouse blanche pour cacher l’évidence et coula à son amie un regard entendu avant de prendre place sous l’écran géant.

Au premier rang, Cid dissimula un juron dans un toussotement.

…à suivre

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VIII - Le parfum des souvenirs

« L’homme fort et courageux doit imiter l’arbre de santal qui,

lorsqu’on l’abat, parfume la hache qui le frappe…»

Proverbe hawaïen

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

Adossée à la porte des cuisines du manoir, Tifa grelottait dans la semi obscurité, vêtue d’un simple pull de laine gris et d’un pantalon de cuir rentré dans des bottes épaisses.

La nuit était claire et l’air pur, bien que mordant, la vivifia. Elle en avait besoin après ce qu’elle venait de voir.

Loz…

C’est une chose d’avoir un ennemi en face et de le combattre la tête froide, en donnant le meilleur de soi-même, proprement et sans haine véritable ni sentiment réel quel qu’il soit autre que celui de remporter la victoire ; c’en était une autre de réaliser que l’ennemi en question était un être humain avec un passé, des terreurs et des souvenirs qui auraient même ébranlé la pire des brutes.

Loin de la jeune femme l’idée de considérer ce brave Rude comme telle mais même lui n’avait pu cacher sa révolte à la vue des horribles images. Pourtant, Tifa le connaissait suffisamment maintenant pour savoir à quel point il était doué pour cacher ce qu’il ressentait…

- Tifa ?

Elle sursauta et laissa échapper un petit cri surpris.

- Ca va ? s’enquit Cloud. Tu vas attraper froid, à rester là, dehors.

La jeune femme prit une profonde inspiration et secoua la tête.

- Si je retourne là-dedans maintenant, je vais encore être malade.

Son ami d’enfance hocha la tête et s’appuya au chambranle de la porte en lui pressant affectueusement l’épaule.

- Ca t’a rappelé de mauvais souvenirs, hein ? Ca ne se reproduira pas, Tifa, je te le promets.

Elle roula de grands yeux, ne comprenant absolument pas où Cloud voulait en venir.

- Hein ? Quels souvenirs ?

- Je te protégerai. Je ne laisserai pas ce taré consanguin s’approcher de toi ou de Marlène.

Tifa faillit se frotter vigoureusement les oreilles pour être certaine d’avoir bien entendu.

- Cloud tu… C’est tout ce que tu… C’est tout ce que ces images te…?

Elle était si choquée qu’elle ne parvenait pas à trouver ses mots.

- Ne me dis pas que… que tu crois que c’est la peur de me retrouver en face de ce colosse qui m’a rendue malade, si ? s’étrangla-t-elle.

Le jeune Soldat la dévisagea un moment et secoua furieusement la tête.

- Non, ce n’est pas ce que je voulais dire, mentit-il effrontément. Je sais très bien que tu es une combattante hors pair et…

Elle leva la main pour l’interrompre.

- Arrête !

- Tifa !

Elle repoussa la main qu’il tendit vers elle.

- Tu as raison, Cloud. Je crois qu’on ne se comprend décidément plus. Mais ça ne date pas d’aujourd’hui…

- Quoi ? Tifa, attends !

Elle disparut à l’intérieur et Cloud jura, résistant à l’envie de lui lancer une ou deux piques bien senties.

Ce que son amie d’enfance pouvait être agaçante, par moments ! Si seulement elle avait un dixième de la patience et de la douceur d’Aerith… Rien qu’un dixième !

A la pensée de la jeune marchande de fleurs, son regard se perdit dans les étoiles.

- Où es-tu, Aerith ? murmura-t-il. Tu me manques tellement… Tellement…

***

- Je descends tout de suite, Merill, promit Shalua à son assistant en prenant la direction de l’escalier du sous-sol. Non, prépare-en 10 millilitres, mon coeur, ça devrait suffire.

Elle rangea son téléphone dans une poche de sa blouse blanche et s’apprêtait à dévaler les marches lorsqu’elle remarqua Tifa, appuyée au mur et la mine verdâtre.

- Eh ! Ma belle… Ca va ?

La jeune femme secoua la tête.

- Pas très fort Shalua, non. Tu n’as pas arrêté la projection à cause de moi, j’espère ? Je suis désolée, je…

- Non ! la coupa la soeur de Shelke en agitant sa main valide. Pas du tout. C’est à cause de mon nouvel assistant, Merill. Adorable mais il s’affole au moindre « bip ». Accompagne-moi en bas, je te donnerai quelque chose pour te soulager.

Tifa lui adressa un regard reconnaissant.

- Merci, Shalua. Ce n’est vraiment pas de refus…

Elle lui emboîta le pas dans l’escalier puis réalisa à mi-chemin qu’« en bas », c’était le laboratoire du manoir… L’endroit où se trouvaient fatalement Sephiroth et ses frères - ou devrait-elle dire ses « fils » ?

Un début de malaise la saisit de nouveau à cette simple pensée et elle dut s’appuyer sur celle qui était devenue son amie la plus proche au fil des mois pour descendre la dernière volée de marches.

***

« Mère… Tu entends ? Tu entends ses cris silencieux ? »

« Oui, mon fils… Je suis désolée.»

« Pourquoi ne font-ils rien pour le soulager ? Où est Vincent ?»

« Ca va aller, quelqu’un va venir, j’en suis sûre. »

« Son coeur bat comme celui d’un moineau pris au piège… Il a tellement peur… Va le voir, mère.»

« C’est impossible. »

« Je t’en supplie ! »

« Calme-toi, mon fils bien aimé, calme-toi. Quelqu’un vient, je le sens, ce n’est qu’une question de secondes. Ecoute… »

« N’aie pas peur, tendre Yazoo… N’aie pas peur, petit frère… N’aie pas peur… »

***

Les alarmes stridentes des machines se turent et Tifa s’aperçut qu’elle agrippait nerveusement les accoudoirs du fauteuil de Shalua. Elle y avait pris place en attendant son amie qui, sitôt arrivée, s’était précipitée dans la pièce à côté, laissant la porte de son petit bureau entrouverte.

C’était donc là, qu’ils étaient… Sephiroth et ses frères.

La jeune femme considéra le rai de lumière bleuâtre qui filtrait par l’entrebâillement de la porte et son coeur s’emballa, emporté par une bouffée d’angoisse irrépressible.

Elle se força au calme en prenant une profonde inspiration.

« C’est ça, respire calmement, ma vieille Tifa… Inspirer, expirer, inspirer, expirer… Par le ventre et lentement…»

Ne pas penser au météore… Ne pas penser à Aerith… Ne pas penser à Kadaj se désintégrant dans les bras de Cloud… Ne pas penser à Omega… Ne pas penser aux deux minuscules petites créatures s’agitant dans la matrice d’un cadavre… Ne pas penser… Surtout ne pas penser !

Inspirer…

Expirer…

Inspirer…

« Cette odeur… »

Le petit bureau de Shalua, impeccablement rangé, sentait bon la cire d’abeille mais une autre odeur, plus doucereuse, pénétrait depuis le laboratoire.

De l’éther ?

Oui, de l’éther mêlé à un étrange parfum floral très sucré. Du miel ? Non… Du pollen, plutôt, ou du nectar ? Bon sang, où avait-elle déjà senti cette odeur ?

Tifa se concentra sur cette dernière dans l’espoir d’échapper à ses angoisses.

Elle ferma les yeux, dilata les narines et un parterre de fleurs se dessina dans sa mémoire. Des dizaines de fleurs et de l’herbe douce qui lui chatouillait la joue et la nuque dans une église en ruine…

Aerith…

Le bureau sentait comme l’église d’Aerith, elle s’en souvenait à présent.

Les fleurs…

C’est ça. Ce parfum l’avait enveloppée lorsqu’elle s’était retrouvée allongée sur le parterre de fleurs.

Elle prit une grande inspiration et sourit, laissant le doux effluve imprégner ses poumons.

- Ca sent bon, hein ?

Elle tressaillit si fort qu’elle faillit choir du fauteuil, au grand amusement de Shalua.

- Eh ! Bien, ma belle ! En voilà un sursaut !

- Désolée, murmura Tifa en souriant malgré elle. Je crois que je suis vraiment sur les nerfs.

La soeur de Shelke lui tendit un verre où elle versa le contenu d’un cachet effervescent.

- Moi aussi, j’aime cette odeur, fit-elle.

- Elle me rappelle de bons souvenirs…

Shalua plissa le front.

- Ah ? J’aurais cru le contraire. Le labo en est saturé mais tout le monde n’y est pas sensible. Merill, lui, ne la sent pas du tout.

Tifa avala le médicament en grimaçant et tiqua. Des fleurs dans le labo ?

- Saturé ? Tu fais des expériences sur les cultures transgéniques ou un truc comme ça ? Un nouveau projet de Rufus ?

Shalua ouvrit la bouche, marqua un temps d’arrêt puis, comprenant de quoi il retournait, éclata de rire.

- Ce ne sont pas des plantes qui sentent comme ça, bête que tu es !

- Ah non ? Quoi alors ?

- C’est l’odeur typique des phéromones produites par des organismes saturés de mako.

Tifa, comprenant ce que cela signifiait, sentit ses joues devenir cuisantes.

- C’est… C’est eux qui sentent comme ça ? bredouilla-t-elle à mi-voix en désignant discrètement la porte du laboratoire.

- Tu peux parler normalement, tu sais, ils ne risquent pas te t’entendre, répondit son amie sur le même ton avec une pointe d’ironie.

« Mais alors… Le parfum sucré qui flottait dans l’église… » réalisa Tifa, rougissant de plus belle et essayant de chasser l’image d’un homme immense vêtu de cuir noir, accroupi au-dessus d’elle dans un parterre de fleurs.

La voyant virer à l’écarlate, Shalua ouvrit la bouche pour faire un commentaire sarcastique mais les alarmes des machines l’en empêchèrent.

- Shalua ! appela Merill depuis le laboratoire. C’est Yazoo ! Ca recommence !

- Merde !

La jeune femme se précipita aussitôt et, celle fois, ne prit même pas le temps de repousser la porte.

Sur le seuil, où elle avait été attirée comme par un aimant, Tifa se raidit, fascinée, incapable de détourner le regard du grand corps argenté flottant dans une cuve de liquide verdâtre à l’autre bout de la grande pièce.

Sephiroth…

…à suivre

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IV - Promets-moi, Vincent…

« L’expression “mort naturelle” est charmante !

Elle laisse supposer qu’il existe une mort surnaturelle,

voire une mort contre-nature… »

Gabriel Matzneff

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

Lucrecia tendit la main vers la joue de Vincent qui, bien sûr, ne sentit pas son contact. A moins peut-être un léger picotement mais sans doute n’était-ce dû qu’à son imagination et à son désir fou que la matérialisation ectoplasmique de la femme qu’il avait aimée jusqu’à la démence prenne corps devant ses yeux afin qu’il puisse à nouveau la serrer contre lui et enfouir son visage dans ses doux cheveux châtains.

- Promets-moi que tu le feras, Vincent, murmura la voix désincarnée. Promets-moi que tu veilleras sur eux et que tu les aideras du mieux que tu pourras.

L’image de Lucrecia vacilla et l’ancien turk sentit un chagrin déchirant lui serrer la poitrine.

- Je te le promets… jura-t-il d’une voix brisée en tendant une main désespérée vers la forme évanescente. Mais reste encore. Reste encore un peu, je t’en prie…

La jeune femme sourit tristement.

- Je ne peux pas, Vincent. Mes forces m’abandonnent et il me faudra pourtant être forte quand le moment viendra. Toi aussi tu dois t’y préparer. Sois bien conscient que, cette fois, ce n’est pas seulement la survie de la planète qui est en jeu. Fais bien comprendre ça à tes amis et aux responsables de la Shinra.

Elle disparut un court moment avant de réapparaître, si pâle que l’on pouvait cette fois voir à travers corps élancé.

- Dis à mes fils que je les aime, Vincent. Qu’ils ne l’oublient jamais. Jamais… Il y va de votre survie à tous. Tu leur diras, n’est-ce pas ?

- Je leur dirai, Lucrecia.

« Lucrecia ? Lucrecia, tu dois le laisser, maintenant… » susurra la voix lointaine d’Aerith quelque part au-dessus de leur tête. « Jenova s’agite. Sephiroth a besoin de toi et Shelke faiblit à chaque minute qui passe. »

- Encore quelques secondes, supplia Vincent. Juste quelques secondes, je t’en supplie. Lucrecia !

« Tu auras l’occasion de lui reparler, Vincent, mais, pour l’instant nous avons beaucoup à faire et si peu de temps… Si peu de temps… N’oublie pas, Vincent : tout repose sur eux. »

- LUCRECIA ! hurla le turk alors que l’image de Lucrecia disparaissait totalement.

Terrassé par la douleur de la perte, il se laissa glisser à genoux sur le sol du bureau de Shalua, la gorge trop serrée pour laisser passer ne serait-ce qu’un sanglot.

- Vincent ? Vincent, ça va ?

L’ancien turk tourna la tête vers Shelke, qui s’était débarrassée du système électronique qu’elle avait conçu et qui reliait sa mémoire résiduelle à l’ordinateur.

La toute jeune fille suait à grosses gouttes et tremblait de tous ses membres. Le mettre en contact avec Lucrecia lui avait demandé des efforts colossaux et Vincent s’en voulut terriblement.

- Combien… Combien de temps cela a-t-il…

- Vous avez parlé près de deux heures, le coupa-t-elle. Et ce n’était pas très prudent. J’ai senti sa présence, Vincent… Je l’ai sentie !

Elle grimaça comme si elle avait mordu dans un fruit trop vert.

Vincent se remit sur ses pieds et frissonna.

- Jenova ? murmura-t-il d’une voix à peine audible. C’est elle que tu as sentie ?

Shelke acquiesça, une terreur qu’elle essayait de garder sous contrôle brillant dans son regard clair.

L’ancien turk tendit un bras vers elle et elle vint se réfugier sous sa cape, tout contre lui.

- Elle ne veut pas qu’on touche à ses « fils », Vincent, le prévint-elle. Ce sont ses émissaires, ses choses, ses instruments. J’ai peur, Vincent. Peur de ce qu’elle pourrait faire aux âmes immortelles de Lucrecia et d’Aerith. Peur de ce qu’elle pourrait leur faire à eux… et à nous, par leur intermédiaire. L’énergie qui est en train de se synthétiser autour d’elle est… sale. Noire. Redoutable. Un monde de ténèbres.

- Alors il n’y a pas de temps à perdre…

Ils rejoignirent Rufus, Reno et Rude, qui patientaient à côté en jetant des regards désorientés à Shalua, qui allait de l’un à l’autre de ses curieux patients, contrôlant les machines et les signes vitaux.

Lorsqu’ils virent entrer Vincent, ils bondirent aussitôt sur leurs pieds.

- Alors ? s’enquit le jeune président de la Shinra.

- Il est 16 heures. Je veux voir tout le monde en salle de conférence au plus tard à 21h00, annonça-t-il, faisant hoqueter Rude. Et quand je dis « tout le monde », c’est AVALANCHE inclue.

Rufus se raidit, heurté par le ton péremptoire de l’ancien turk, qui se permettait de lui jeter un ordre à la face comme s’il n’avait été qu’un subalterne.

- Suis-je supposé dire « à vos ordres » ? essaya-t-il de plaisanter, un sourire forcé sur ses lèvres sensuelles.

- Dis ce que tu voudras, Rufus, rétorqua Vincent en se dirigeant vers la porte de l’infirmerie. L’essentiel, c’est que tout le monde soit là dans une heure.

Il disparut et Rufus fit siffler l’air entre ses dents.

- Charmant !

Reno et Rude échangèrent une grimace et ce dernier fit claquer sa langue contre son palais.

- Si j’étais pas celui que suis, mec, je me mettrai à paniquer grave, là, tu vois…

Son partenaire acquiesça avec gravité.

- Ouais… Pour que Valentine commence à flipper, c’est que ça craint un max…

- A ce point là ? s’immisça Rufus, que leur ton, le comportement de Vincent et la situation saugrenue commençaient sérieusement à inquiéter.

Les deux compères échangèrent un regard entendu et hochèrent la tête de concert en direction de leur patron, qui jeta une oeillade désemparée à la cuve de mako dans laquelle flottait le légendaire et si redouté Sephiroth.

***

« Sephiroth ? Sephiroth…Tu m’entends ? »

« Qui êtes-vous ? Suis-je mort ? Je ne sens plus mon corps. Je ne sens plus rien… »

« Tu es dans une cuve de régénération, mon fils. Tu es en sécurité. »

« Qui êtes-vous ? Comment se fait-il que je vous entendre à l’intérieur de ma tête ? Et pourquoi votre voix me semble si… familière ?»

« Parce que c’est la première que tu aies entendue. Je suis ta mère… »

« Ma mère ? Elle est morte en me mettant au monde »

« C’est faux. »

« C’est ce qu’on m’a toujours dit »

« Je sais… »

« Tu serais donc Jenova ? »

« Non, Jenova n’est pas ta mère. Elle ne l’a jamais été. C’est moi qui t’ai conçu, porté et qui t’ai mis au monde. Moi, Lucrecia. Lucrecia Hojo. »

« Qui ? »

…à suivre

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I - Revenus du néant

“Supplier à tes pieds en pleurant mes angoisses ?
Plutôt rire et danser sur ma propre carcasse,
Renier ma famille et ma race et ma foi
Que de plier ainsi le genou devant toi.
Je déboute les dieux de leurs droits sur mon sort.
Pour être libéré, je réclame ta mort !
A toi, mon compagnon, je jure que demain
Il faudra rendre l’âme… à qui elle appartient ! “

Claude Neix ” Les chroniques d’Ishmaar”

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

Une terre humide s’insinuait dans sa bouche et ses narines, collait à sa peau nue. Il eut un haut-le-coeur et cracha, essaya de se redresser sur un coude mais ses bras ankylosés refusèrent de le soutenir.

Où était-il ?

Il ouvrit les yeux. Rien. L’obscurité, le bourdonnement des insectes et le clapotis de l’eau glacée, où ses jambes à demi paralysées par le froid baignaient encore.

Il voulut prendre une goulée d’air mais une brûlure indescriptible irradia dans sa poitrine et il s’étouffa avec le liquide qui lui congestionnait les poumons.

Il toussa, crachat un filet d’eau verte phosphorescente et cria de douleur.

Son hurlement se répercuta sur des murs invisibles dans les ténèbres.

Une grotte ?

Grelottant, respirant avec difficulté, il rampa tant bien que mal loin du cours d’eau pour s’asseoir péniblement sur le sol meuble et tourna la tête en tout sens. Nulle lumière hormis la faible lueur verte - des restes de mako très dilué ? - qui nimbait l’eau comme de la vapeur phosphorescente, bien insuffisante pour distinguer quoi que ce soit.

Quel était ce lieu où circulait une rivière souterraine souillée de mako ? Et pourquoi son corps, rompu à mille exercices et entraîné à supporter les températures les plus extrêmes, lui semblait-il soudain si fragile, si douloureux et la morsure du froid si intense ?

A présent que ses poumons s’étaient totalement vidés du liquide qu’ils contenaient, il récupérait petit à petit son sens de l’odorat.

La pestilence du lieu le prit à la gorge : un mélange de relents de boue glaireuse, de mako et de mousse décomposée.

Un long frisson agita sa peau bleuie où le froid avait hérissé jusqu’au plus fin duvet argenté, si pâle par endroits qu’il en était transparent.

Comment sortir de là ? Y avait-il seulement une sortie ? Et comment était-il arrivé en un tel endroit ?

« Ne panique pas, Sephiroth… » se tança-t-il « Surtout ne panique pas… Réfléchis. Réfléchis, bon sang ! »

Mais réfléchir, il en était bien incapable. Tout s’embrouillait dans sa tête et le froid l’engourdissait le plus en plus.

Il était tellement, tellement fatigué…

Quelle était la dernière chose dont il se rappelait ? Voyons… Un voyage. Un voyage pour…

Le réacteur !

Oui, il devait aller vérifier quelque chose dans le réacteur mako de Nibelheim… mais quoi ?

Avec un gémissement plaintif, il se roula en boule, ramena ses genoux tout contre sa poitrine, y nicha le menton et ferma les yeux.

Gourd, affaibli et transi de froid, il s’endormit sans même s’en rendre compte.

***

On lui tapota l’épaule.

La caresse douce et timide d’une femme ? Ou peut-être d’un adolescent…

Une jeune recrue chargée de venir le réveiller en pleine nuit ? S’était-il passé quelque chose ? Encore un problème avec un réacteur ?

Dans un demi-sommeil, ses doigts se refermèrent sur la main fine pour l’immobiliser et la chasser de son épaule.

Elle était petite, fragile et glacée.

- Grand frère ? Grand frère, réveille-toi, nous avons besoin de toi.

« Grand frère ! » Et pourquoi pas « vieille branche » ou « frangin » tant qu’on y était ? Quelle familiarité ! Le respect ne semblait décidément plus partie des bases élémentaires enseignées aux jeunes recrues !

Il voulut s’étirer et faillit crier tant ses muscles étaient raidis et le faisaient souffrir.

Nul soleil ne réchauffait son visage travers la vitre de la fenêtre de ses quartiers. Nul drap tiédi par la chaleur de son propre corps ne lui chatouillait la joue. Et la voix de la jeune recrue ne lui disait absolument rien.

Il ouvrit les yeux.

L’obscurité seule fut témoin de son désappointement et de la panique qui s’ensuivit.

- Par tous les démons de la planètejura-t-il.

Alors ce n’était pas un simple cauchemar ?

Il n’était pas dans ses quartiers, il était vraiment dans la grotte glaciale !

Il s’agrippa à la main qu’il tenait toujours dans la sienne et trouva une épaule.

- Grand frère… sanglota à nouveau la voix. Grand frère, nous sommes perdus. Mère nous a abandonnés !

Il aurait juré pouvoir reconnaître cette voix si elle n’avait été brisée par la terreur. Mais, par tous les démons du cosmos, pourquoi ce garçon l’appelait-il « grand frère » ?

Sephiroth lutta pour se rappeler.

En vain.

- Où sommes-nous ? finit-il par demander en massant son épaule ankylosée. Qui es-tu ?

- Grand frère ne nous reconnaît plus ? geignit une seconde voix, un peu plus rauque que la première et probablement plus âgée, faisant sursauter le soldat.

- Pleure pas, Loz. Il est choqué, c’est tout. Ca va lui revenir.

Sephiroth tressaillit et aurait bondi sur ses pieds si le garçon dont il tenait toujours la main ne s’était agrippé à son bras - ce qui, soit dit en passant, était anormalement douloureux.

- Que… qui êtes-vous ? s’écria-t-il en essayant de se dégager, faisant craquer la jointure de son coude. Combien êtes-vous, ici ?

- Qui nous sommes ? Tu as donc vraiment tout oublié ?

Un bref sanglot déchirant résonna dans les ténèbres.

- Pleure pas, Yazoo !

Le soldat lutta contre la démence qui menaçait de le gagner.

Qui étaient ces gens ? Comment avait-il atterri là ?

Se rappeler… Se rappeler !

Le noir.

La douleur et le froid.

La peur et la chute dans le vide… Un abîme de mako, glacé et sans fond

L’eau dans sa bouche, le froid et la terreur.

Des sensations floues, vagues et inutiles.

Il secoua la tête et déglutit péniblement pour chasser un début de nausée.

- Où sommes-nous ? demanda-t-il. Où est la sortie ?

Il sentit les mains fragiles qui enserraient à son bras accentuer leur pression, le faisant grimacer, et se mettre à trembler.

- Dehors, tout est si étrange, grand frère…

Le soldat se leva avec difficulté, le garçon toujours agrippé à lui.

- Dehors ? Où ça, dehors ? Montre-moi !

Les mains frémissantes le guidèrent vers une sorte d’escalier naturel qu’ils grimpèrent à tâtons et qui débouchait sur ce qui s’avéra être un tunnel enténébré menant à une petite grotte, au sommet d’une montagne. Un vent glacé dans lequel voltigeaient quelques flocons de neige s’engouffrait par rafales dans la cavité. La température y était encore plus glaciale que près de la rivière souterraine.

Après autant de temps passé dans l’obscurité totale, la lumière pourtant pâle et grisâtre du début de matinée éblouit le soldat… qui eut un haut le cœur en voyant distinctement pour la première fois le tout jeune homme accroché à son avant-bras - ainsi que ses deux compagnons, qui lui avaient emboîté le pas.

Ils étaient nus, comme lui et souillés de boue verdâtre. Leurs magnifiques visages étaient tordus par la peur et leurs corps parfaits marqués d’ecchymoses. Leurs splendides chevelures argentines, identiques à la sienne, étaient encore humides et leurs yeux…

« Par la foudre du ciel, ces yeux… »

Le juron s’étrangla dans la gorge de Sephiroth, qui se dégagea brutalement de l’étreinte du garçon, provoquant un nouveau craquement - à la jointure de son épaule, cette fois.

- Mais que… Qu’est-ce que vous êtes ? bredouilla-t-il avec un violent mouvement de recul, comme si on l’avait frappé. D’où est-ce que vous sortez ?

Celui qu’il venait de repousser, et qui paraissait être le plus jeune des trois, s’approcha avec prudence et ses étranges yeux fendus d’un vert topaze, copie conforme de ceux du soldat, s’attristèrent.

- Tu ne te souviens vraiment pas de nous ?

Le coeur au bord des lèvres, rattrapé par le souvenir vague de créatures monstrueuses dans des cuves de mako, près du réacteur, Sephiroth recula encore jusqu’à s’aplatir contre le mur rugueux.

- N’insiste pas, ça ne sert à rien. Il nous a vraiment oubliés…

Celui qui venait de parler, grand, droit et magnifique dans sa nudité à peine voilée par une longue chevelure brillante et fluide comme le mercure, s’était avancé au milieu de la grotte.

A dix ans près et quelques kilos, il aurait pu être le jumeau de Sephiroth et considérait ce dernier avec un mélange de colère et d’accablement.

- Il nous abandonne, lui aussi, reprit-il. Tout comme mère ! Nous avons échoué. Nous ne leur servons plus à rien ! (un sanglot enfantin l’interrompit) Pleure pas, Kadaj. On se débrouillera seuls. Nous n’avons pas besoin de lui ! Ni de mère !

Il fit mine de quitter la grotte mais le plus âgé des trois garçons, un grand gaillard aux cheveux courts, le retint par le bras.

- Attends ! C’est grand frère, on ne peut pas le laisser là !

- Tais-toi, Loz ! Tu ne vois pas qu’il n’en a rien à fiche de nous ? Personne ne veut de nous, de toute façon !

L’interpellé grimaça.

- Pourquoi ne veux-tu plus de nous ? demanda-t-il au soldat avec la franchise et la candeur désarmante d’un petit garçon. Tu ne nous aimes plus ?

Sephiroth hoqueta et cligna des yeux, totalement pris au dépourvu par la naïveté de la question.

D’où diable sortaient ces phénomènes de foire ? D’un labo clandestin ?

Un Dieu espiègle avait-il trouvé amusant de le jeter en enfer avec des expériences ratées de lui-même affublées de cerveaux d’enfants de cinq ans ?

Le sien opta pour la seule échappatoire possible lorsqu’on se retrouve perdu, nu et sans armes dans une situation aussi ubuesque qu’inextricable.

Il perdit connaissance.

…à suivre.

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