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I - Ennui mortel

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Auteur : BMIK & Rina

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

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Assis sur une proéminence rocheuse de la ville oubliée, le regard de Yazoo errait paresseusement sur les arbres lumineux et sur la surface du lac tout proche.

Kadaj s’était encore isolé pour communiquer mentalement avec leur mère, le laissant esseulé, sans rien de plus excitant à faire que de compter les poussières brillantes voletant dans l’air.

Adossé à la paroi, il lissait ses longs cheveux en laissant vagabonder son regard, lorsque des petits bruits attirèrent son attention.

” Plop ! Plop ! Plop ! “

Choisissant un caillou parmi ceux se trouvaient au creux de sa main, Loz le lança dans le lac d’un mouvement rasant et le regarda ricocher à la surface, troublant l’immobilité de l’eau.

- Tu t’ennuies aussi, hein ? murmura-t-il à l’adresse de son frère silencieux perché sur son rocher.

C’était davantage une affirmation qu’une question.

Avec un soudain mouvement de frustration, Loz lança le reste des cailloux dans le lac, le son des petites pierres rappelant celui d’une pluie battante.

Avec un profond soupir, il pivota vers son frère cadet.

- Yazoo…Pourquoi Mère ne s’adresse-t-elle jamais à nous ?

Ce dernier contempla d’un oeil vague les petites ondes, qui ridaient la surface de l’eau et troublaint la tranquillité du lac, puis, s’arrachant à l’état contemplatif qui lui était habituel tourna lentement la tête pour fixer son aîné.

L’agitation contenue de Loz était une distraction bienvenue dans son univers de mélancolie. Aussi, au lieu de l’habituel ” Ne pleure pas, Loz “, il répondit calmement :

- Qui sait…Elle ne nous aime probablement pas autant qu’elle aime Kadaj.

Le coin de ses lèvres remonta un peu en un imperceptible sourire. Taquiner de Loz était de loin sa distraction favorite.

Non qu’il n’appréciait pas son frère - loin s’en fallait ! - mais, pour l’heure, il s’ennuyait à mourir et c’était là la seule activité disponible…

Loz laissa échapper un grognement.

- Putain, tu parles d’un scoop ! railla-t-il. Tout le monde aime Kadaj plus que nous. Même toi, tu l’aimes plus que moi.

Il passa la main dans ses courts cheveux argentés et soupira encore, résigné depuis longtemps à accepter l’évidence et ne s’attendant même pas à ce que Yazoo le contredise.

Il contempla fixement la forêt, le sourcil froncé.

C’était si monotone, cet endroit ! Rien ne vivait parmi les arbres morts. Aucun oiseau, aucun animal, vraiment rien. Et rien ne se passait jamais non plus. Rien ne bougeait hormis les petites poussières luminescentes qui voletaient dans l’air un instant puis s’éteignaient.

En de rares occasions, lorsqu’il n’en pouvait vraiment plus et qu’il lui avait fallu trouver de quoi se distraire ou passer le temps pour ne pas devenir cinglé, il était venu ici et avait essayé de les viser avec son arme. Mais il s’était lassé rapidement de ce jeu insipide. Loz avait toujours eu du mal à concentrer longtemps son attention sur quoi que ce soit.

En repensant à Kadaj, l’exaspération le saisit.

- Pourquoi c’est Kadaj qui joue les chefs, d’abord ? C’est à moi, que ce rôle revient ! Je suis plus âgé, plus grand et plus fort que lui !

Il laissa échapper un juron et reprit :

- C’est lui qui décide toujours de tout ! C’est pour ça que nous sommes coincés ici à ne rien faire, à attendre comme des larbins que monsieur nous donne ses ordres. Comme si on ne pouvait rien faire sans lui. Putain, ça m’énerve !

Pourtant, Loz adorait son petit frère. Mais, parfois, Kadaj le… Comment dire ? L’ennuyait ? L’énervait ? L’exaspérait ? Oui, c’est ça. Parfois, Kadaj l’exaspérait vraiment et, quand ça arrivait, il avait envie de tout envoyer valser !

Mais, cette fois, il se contenta de donner un coup de pied dans une pierre, qui tomba dans le lac à nouveau immobile avec un gros ” splatch ! “.

Loz n’en détesta que davantage la froideur et la quiétude habituelle du plan d’eau. Une froideur et une quiétude qui n’étaient pas sans rappeler celles de Yazoo.

Silencieux et immobile comme une statue, à l’exception de quelques mèches cheveux soulevés par une brise douce, son cadet paraissait fait de glace, comme si aucun émotion n’avait prise sur lui.

- Je ne sais même pas pourquoi je m’emmerde à te dite tout ça. Tu t’en fiches, de toute façon. Tu te fiches de tout…

Démoralisé, Loz tourna les talons et finit dans un murmure amer, comme s’il se parlait à lui-même :

- …surtout de moi.

Yazoo cligna des yeux à cette sentence et tourna la tête vers son frère en se demandant ce qui avait pu amener ces allégations.

Habituellement, le jeune argenté était très adroit, pour manipuler les gens et tout ce qu’il voulait, il l’obtenait - bien que, ironie de la chose, il n’ait jamais voulu grand-chose, en réalité. Mais voilà que, au lieu de suivre le scénario habituel et d’éclater en sanglots - que Yazoo aurait pu aussitôt endiguer avec quelques paroles réconfortantes et une étreinte sur les larges épaules - Loz semblait avoir opté pour une crise de jalousie.

- Reste là, ordonna-t-il, le regard toujours vague mais sachant au bruit de ses pas que son aîné était toujours à portée de voix. Ca ne se fait pas, de poser des questions à quelqu’un et de partir sans attendre sa réponse. (Les pas s’arrêtèrent) Contrairement à ce que tu penses, je ne m’en fiche pas, assura-t-il d’une voix traînante qui paraissait manquer cruellement de conviction.

Il crut sentir la présence imposante et menaçante de son frère près de lui mais ne se donna pas la peine de tourner la tête pour vérifier si c’était le cas. Son instinct ne le trahissait jamais, de toute façon, et le lien mental qu’il partageait avec Loz était particulièrement fort. Bien plus fort que celui - quasi inexistant - qui le liait à Kadaj.

C’était probablement la raison pour laquelle il devait davantage poser de questions et parler avec leur cadet - ce dont il n’avait jamais été particulièrement friand.

Avec Loz, tout était plus simple et plus intense. Ils n’avaient besoin que de peu de paroles parce que les choses importantes, ils se les transmettraient grâce à cette connexion mentale privilégiée. Un rapide coup d’œil de l’un et un simple hochement de tête de l’autre, voilà tout ce dont ils avaient besoin pour dialoguer. Et cela suffisait amplement à Yazoo.

Mais pas à Loz, apparemment.

- Alors, grand frère, dis-moi… reprit Yazoo avec une ombre de sourire sur ses traits impassibles en insistant sur le deuxième mot. Que ferais-tu, si tu étais le ” chef ” ?

Il daigna enfin regarder Loz, qui s’était accroupi au pied du rocher où son frère était perché.

Celui-ci leva les yeux en direction du ciel crépusculaire et réfléchit un moment, surpris par la question directe de Yazoo. Il avait été si occupé à se demander pourquoi il n’était pas le chef qu’il n’avait jamais pris le temps de penser à ce qu’il ferait si c’était le cas.

Pour ce qui était de retrouver leur mère, il doutait pouvoir faire plus que ce que Kadaj faisait lui-même en ce moment. Son petit frère n’avait de cesse de la localiser et chaque jour qui passait les rapprochait un peu plus d’elle. Et comme il n’avait pas ce lien particulier qui unissait Jenova et Kadaj, Loz ne pourrait pas faire mieux de toute façon. Non, cette mission là était la prérogative de son seul benjamin.

Alors que pourrait-il améliorer s’il était le chef ?

Loz arracha un brin d’herbe, huma son parfum frais et vert, puis le fit tourner entre ses doigts

- Tu sais ce que je ferais ? finit-il par demander sur un ton inhabituellement calme et sérieux. Je me débarrasserai de Kadaj. Pas pour toujours, non. Juste quelques jours. Je lui dirais de rester ici et d’attendre mes ordres, juste pour qu’il comprenne ce qu’il nous fait subir, puis je t’attraperais et je ficherais le camp de cette saleté de forêt ! On éteindrait nos téléphones pour qu’il ne puisse pas nous contacter et qu’il doive se débrouiller tout seul, comme un grand. J’en ai marre des ordres, des caprices, de toutes ces recherches et de ces bagarres. Oh ! Parfois c’est amusant, bien sûr. Surtout quand on se bat. Mais la plus part du temps, c’est juste pénible.

Il poussa un long soupir épuisé.

- J’en ai marre, de tout ça. J’ai besoin d’une putain de pause.

Il se leva et lança un regard oblique à Yazoo.

Celui-ci le considérait avec la tête penchée d’une manière qui lui était familière, sans rien dire, mais ses yeux luisaient d’une légère et inhabituelle curiosité.

Encouragé par l’intérêt manifesté, aussi infime soit-il, Loz poursuivit, son enthousiasme grandissant à chaque mot.

- Nous pourrions simplement partir d’ici, Yaz. Juste toi et moi sur nos motos, et conduire le plus vite possible jusqu’à ce que le soleil se couche. Nous trouverions un hôtel confortable, quelque part, et profiterions du service d’étage. On mangerait au lit, on regarderait des films et on pillerait le mini-bar ! Je ne me souviens même plus de la dernière fois que nous avons pris le temps de nous détendre. Pas grand chose, tu sais, s’éclater juste un peu. Faire comme les gens normaux.

Il se rapprocha un peu de Yazoo, recherchant du contact de son frère. La saillie rocheuse où le mince incarné était assis était assez basse pour que Loz puisse se pencher et poser sa tête sur les genoux de son cadet. Peu importait que Yazoo ne réponde pas à ses suggestions ; au moins, il l’écoutait. Mieux : il ne se moquait pas de lui et le repoussait pas, ce qui était encore plus encourageant.

Loz posa donc sa joue sur les cuisses recouvertes de cuir de Yazoo en espérant secrètement qu’il lui passe la main dans les cheveux. Il adorait ça.

- Bien sûr, je sais bien qu’on n’a rien de personnes normales, mais ce serait quand même bien d’agir comme telles, pour une fois, et de ne plus devoir penser à retrouver les cellules de mère, à la réunion et à toutes ces conneries que Kadaj continue n’arrête pas de nous rabâcher. Et puis tu veux que je dise ? Je suis sûr que si on partait en le laissant là, il ne remarquerait même pas notre absence ! Mère est toujours avec lui pour lui tenir compagnie et ça lui suffit.

Le regard toujours fixé sur le profond lac sombre, Loz posa la main sur le genou de Yazoo, que dévoilait la fente de son long manteau, et le caressa à travers le cuir du pantalon et de son propre gant.

Son frère ne le repoussa pas et il restèrent ainsi durant un petit moment, silencieux, essayant d’imaginer ce que pourrait être leur fuite - même si elle ne durait qu’un ou deux jours.

Quand il parla à nouveau, le ton de Loz était doux et mélancolique.

- Je sais que tu as besoin d’une pause autant que moi. Je peux le sentir. Si j’étais le chef, je t’emmènerai loin de tout ca, Yazoo. Oui, voilà ce que ferai.

Il soupira et fit la moue.

- Je sais que ça peut sembler idiot, reprit-il. Tu penses sûrement que c’est l’idée la plus débile de la planète, hein, avoue ?

- Oui, acquiesça Yazoo, amusé par l’expression penaude qu’il lut sur le visage de Loz, qu’il venait de vexer cruellement.

Mais, avant que son aîné ne puisse réagir ou partir à nouveau, Yazoo glissa paresseusement ses doigts gantés dans les courts cheveux de son frère, le bout de ses doigts massant agréablement son cuir chevelu. Son expression était toujours insondable mais, lorsque son regard courut le visage de Loz, il sembla songeur.

Il comprenait très bien le ras-le-bol de Loz, en partie parce que son exaspération irradiait littéralement. Une part de lui l’avait non seulement remarqué, mais partageait ce sentiment d’agacement et ce besoin de rébellion.

Habituellement Yazoo était ne voyait pas d’inconvénient à ce Kadaj décide de tout. Il préférait de loin rester en retrait et faire ce qu’on lui demandait le moment venu. Mais l’attente commençait sérieusement à lui taper sur les nerfs. Peut-être pas tant l’attente en elle-même, d’ailleurs, que le fait qu’on lui ait ordonné d’attendre. Yazoo n’était pas une marionnette dont on pouvait tirer impunément les fils, c’était par choix, qu’il avait cédé sa part d’autorité à Kadaj et celui-ci semblait parfois l’oublier un peu trop facilement…

Peut-être était-il temps de lui rappeler certaines choses. Que Loz et lui n’étaient pas ses laquais, par exemple, mais deux des parties d’une seule et même trinité qui dépendait des talents de chacun pour être parfaite.

Kadaj était peut-être le cerveau de cette trinité, mais il dépendait de la force de Loz, dont le corps puissant était leur meilleur rempart face aux menaces. Et ses poings s’étaient révélés être des dispositifs plus que convaincants lorsque toute discussion devenait inutile.

Yazoo, lui, intervenait lorsque la force et la cruauté restaient sans effet. Lorsqu’une approche plus délicate s’imposait. Contrairement à Kadaj, totalement asocial, il avait le don de manipuler les gens à son avantage sans que ces derniers en soient même conscients. Il pouvait par son seul charme faire plier chacun à ses desiderata, manipuler ou tromper. Voire tuer en un éclair et sans le moindre état d’âme.

Oui, ils se complétaient parfaitement, tous les trois. Mais Kadaj avait visiblement besoin d’une petite piqûre de rappel…

- Tu sais quoi ? fit subitement Yazoo, les yeux toujours fixés sur le visage de Loz, mais cette fois parfaitement alerte. Nous devrions le faire.

Les doigts qui caressaient le cuir chevelu de Loz s’immobilisèrent, et il redressa le buste, indiquant à Loz qu’il était sur le point de se lever.

- Prends ta moto. Nous partons tout de suite.

…à suivre

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Quelque chose à quoi s’accrocher

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Rédaction (texte traduit de l’anglais) : Enide Dear

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

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Loz dormait sur le ventre, les mains sous l’oreiller, serein et aussi confiant qu’un enfant.

Yazoo pouvait rester des heures éveillé à le regarder. L’obscurité n’étant pas un obstacle pour les yeux mako, l’incarné se régalait du sommeil paisible de son frère, dont le spectacle apaisant détendait aussi bien son esprit que son corps, régulièrement mis à rude épreuve par toute sorte de cauchemars, qui n’en finissaient pas de le hanter.

Pas autant que Kadaj, évidemment, car il arrivait fréquemment à son frère cadet de rire, crier ou jurer dans son sommeil en battant des poings et des talons. D’autres fois, il se pelotonnait en chien de fusil au fond du lit et pleurait.

De telles crises réveillaient toujours Loz, qui se tournait alors vers son frère pour le prendre dans ses bras comme s’il pouvait faire un rempart de son corps entre les cauchemars et le jeune argenté. Quelquefois, ça fonctionnait et Kadaj se détendait pour sombrer dans un profond sommeil sans rêves. Mais, le plus souvent, tout ce que Loz obtenait était un coup de coude dans les côtes, le dos de la tête de Kadaj dans le nez, ou un coup de pied dans ses tibias. Cela n’avait pourtant jamais semblé le décourager.

Yazoo n’était jamais arrivé à de telles extrémités. Généralement, il se réveillait en sueur et haletant, avec un vague souvenir des cauchemars qui avaient agité son sommeil, mais il n’avait jamais crié ou lutté. Cela étant dit, lorsqu’il ouvrait les yeux, il se trouvait généralement déjà dans les bras de Loz et ceci expliquait sans doute cela.

Quelquefois, aux heures les plus sombres, il s’était demandé si Kadaj ne faisait pas tout ce cinéma exprès pour attirer l’attention…

“Du matin au soir, nous faisons tout ce que tu nous demandes, petit frère. Nous te suivons partout, toujours, et t’obéissons sans discuter. Ne peux-tu donc nous laisser ces quelques heures nocturnes rien que pour nous ?”

Cette nuit, cependant, Kadaj dormait paisiblement à l’extrémité du lit. Yazoo s’était mis délibérément entre ses frères quand ils s’étaient couchés et, maintenant, il s’était rapproché de Loz pour mettre ses bras autour des larges épaules et avait appuyé son visage contre le biceps vigoureux.

La puissance pure qui émanait du corps du jeune homme avait toujours réussi à l’apaiser.

Il passa doucement les ongles sur l’épine dorsale son aîné et celui-ci fit le dos rond pour accentuer la pression de l’agréable grattement, ce qui fit sourire Yazoo. Son frère était si spontané dans ses goûts, si honnête avec ses émotions… Pas comme Kadaj qui, tel un oignon, se couvrait le coeur de couches superposées de réflexions plus ou moins avouables, de plans et de complots en tout genre. Et même, pour être honnête, de personnalités aussi diverses que ses humeurs.

Yazoo, lui, gardait ses sentiments scellés dans la cage de son coeur, n’en révélant de temps en temps qu’une petite part. Une habileté nécessaire pour survivre dans un monde qui pouvait vous faire tant de mal - mais dont Loz ne semblait pas avoir besoin.

Il caressa la peau lisse de de paume de sa main… Une peau et un corps qui auraient pu être sculptés dans le marbre tant ils étaient parfaits. Comme toute cette puissance l’attirait ! Tout autant que sa force morale ou cette capacité que Loz avait d’aimer sans compter et de pleurer sans retenue. Oui, tout cela faisait fondre les défenses de Yazoo depuis toujours.

Il ébouriffa affectueusement les courts cheveux de mercure, provoquant un soupir assoupi et grognon.

Le sourire de Yazoo s’élargit.

Avec ses cheveux et ses pattes soigneusement taillées, Loz était de loin le plus frivole d’entre eux. Et les seuls ciseaux auxquels il acceptait de les confier était ceux de Yazoo - et encore ne le faisait-il jamais sans un interminable chapelet d’instructions et de conseils ! C’était d’ailleurs le seul moment où son frère avait quelque exigence, lui qui de réclamait jamais quoi que ce soit.

Yazoo faisait toujours très attention à ne pas briser cette confiance en sachant que que Kadaj, lui, ne se serait sans doute jamais encombré de ce genre de précautions.

Loz s’agita dans son sommeil et se retourna sur le flanc, ce qui permit à Yazoo d’enrouler plus aisément son bras autour de son cou tout en caressant les pattes argentées du bout des doigts.

Les traits anguleux et fortement charpentés - si différent des siens et de ceux de Kadaj, qui avait encore gardé ses joue potelées de bébé - étaient adoucis par le sommeil.

Yazoo posa ses lèvres sur la nuque exposé, juste à l’endroit où les cheveux rebiquaient vers le haut, à la tendre jonction où le centre nerveux cérébral communiquait avec le réseau spinal pour transformer les pensées en actes : violence, sexe, caresses…

La vie, tout simplement.

Loz soupira de plaisir. Leurs corps se pressèrent un peu plus l’un contre l’autre et leurs jambes s’entremêlèrent.

“A moi…” ne pouvait s’empêcher de penser Yazoo. “Il est à moi. Toi, Kadaj, tu as déjà mère et Sephiroth en sus d’un grand destin. C’est mère qui l’a voulu ainsi. Alors, ne peux-tu me laisser au moins ça ?”

Mais il n’était pas dans la nature de Kadaj de partager quoi que ce soit, Yazoo le savait. Et Loz ne s’opposerait jamais à lui ; il aimait ses frères tout autant et de la même façon, Yazoo ne cessait de se le répéter.

Il s’était souvent demandé si Loz avait idée des sentiments qu’il nourrissait à son égard… et si Kadaj le savait.

Son frère cadet n’en aurait que faire, de toute façon ; il prendrait ce dont il avait envie envie parce que c’était dans sa nature. Et Yazoo ne l’en empêcherait pas, évidemment, parce que ce n’était dans la sienne d’agir ainsi.

Il ne réalisa qu’il était agité par des sanglots que lorsque Loz se retourna pour refermer ses mains puissantes sur ses épaules et l’attirer à lui.

Il pressa le dos de Yazoo contre sa poitrine.

“Ne pleure pas …” murmura-t-il, à peine éveillé, en emboîtant leurs deux corps comme deux cuillers. “Ne pleure pas.”

La tension de Yazoo s’estompa et il se laissa aller dans l’étreinte de son frère, le sommeil le gagnant à nouveau.

Avec Loz pressé contre son dos il se sentait en sécurité. Avec Loz derrière lui, il pourrait dévorer le monde !

Il souleva la grande main de son frère pour embrasser la large paume et sentit Loz refermer ses doigts comme pour saisir le baiser et l’empêcher de s’envoler.

“A moi…” sentit-il plus qu’il n’entendit la voix rêveuse dans son oreille. “Mon Yazoo à moi.”

Et enfin, il put se rendormir.

FIN

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Pouvoir mécanique

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Rédaction (texte traduit de l’anglais) : Enide Dear

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

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Ils avaient arrêté leurs motos depuis plusieurs minutes pour se dégourdir les jambes et se débarrasser de la poussière qui leur irritait les yeux. Alentour, les terres désolées qui entouraient Midgar paraissaient sans fin.

Kadaj soupira et s’étira, tendant haut les bras au-dessus de sa tête, le regard perdu au loin, et Yazoo parut soudain mal à l’aise en coupant le moteur de sa machine.

- Loz, ça recommence, fit-il, un peu embarrassé. Tu m’avais pourtant assuré que tu avais tout fixé.

- J’étais persuadé de l’avoir fait, oui, acquiesça Loz en fronçant les sourcils. Je peux y jeter un œil à nouveau, si tu veux, proposa-t-il en désignant la moto.

- De quoi êtes-vous en train de parler, encore, tous les deux ? demanda leur cadet en pivotant sur sa selle.

- C’est ma moto. Elle… Elle vibre à nouveau, expliqua Yazoo, le visage crispé.

- Et alors ? La mienne aussi. Pourquoi ? C’est dangereux ? s’enquit encore le benjamin en fronçant les sourcils.

Loz agita les mains.

- Bien sûr que non, je vérifie vos motos tous les soirs. Elles sont en parfait état. Sans doute quelques vis se sont-elles un peu desserrées mais je les fixerai. Il n’y a aucun danger. Peut-être êtes-vous simplement un peu trop légers pour ce genre de machines. La mienne ne vibre pas du tout.

- Si ne n’est pas dangereux, qu’as-tu à ronchonner, Yazoo ? s’enquit Kadaj, plus irrité encore qu’à son habitude.

- C’est juste que… commença l’interpellé, une légère rougeur sur les joues. C’est… Ca fait… Enfin, tu vois ce que je veux dire.

- Eh bien tu le supporteras ! Je ne vais pas retarder la recherche de mère parce que Monsieur ne peut pas conduire en bandant !

Bon, décidément Kadaj était vraiment dans un mauvais jour, aujourd’hui !

Le chef des argentés remonta sur sa moto et replia sa béquille d’un coup de pied hargneux.

- Allez, on y va !

***

Quand ils s’arrêtèrent pour la nuit, Yazoo était sur les nerfs et son corps souple tremblait légèrement - mais pas d’épuisement.

Ils garèrent leurs motos et Kadaj disparut à l’intérieur du minuscule hangar sans même accorder un regard à ses frères.

Les yeux verts de Yazoo brûlèrent d’une faim presque effrayante lorsque Loz sortit sa boîte à outils et s’approcha de lui.

- Euh, Yazzie ? Si tu veux que je regarde ce que ta moto a dans le ventre, tu ferais bien d’arrêter le moteur et de descendre.

Yazoo ne fit pas mine de bouger et resta assis sur la machine vibrante, se passant la langue sur les lèvres en détaillant Loz sans la moindre retenue.

- Baise-moi, ordonna-t-il soudain, les yeux brillants. Maintenant. Sur cette putain de moto parkinsonienne !

Le Yazoo calme et détaché que son frère connaissait paraissait s’être volatilisé après avoir passé des heures à supporter le frottement vibrant de la machine sur son entrejambe.

Loz ne se le fit pas dire deux fois et fut sur lui en un clin d’oeil, dézippant le long manteau de cuir tandis que son cadet, gémissant, s’accrochait à son grands corps, lui arrachant baiser après baiser avec une sorte de désespoir.

Son pantalon fut jeté au sol et les fortes mains du jeune colosse le poussèrent en avant, sur la machine.

Yazoo gémit une plainte inarticulée en sentant un doigt glissant de graisse de moteur commencer à sonder son intimité.

- Par tous les Dieux, Loz ! Oublie les préliminaires ! J’en ai eu mon compte pour aujourd’hui !

Yazoo n’avait jamais juré, jamais réclamé et n’avait - Ô grand jamais - décliné les préliminaires.

Loz ne put empêcher un petit sourire satisfait de se dessiner sur ses lèvres.

Ca c’était vraiment le pied ! Yazoo le suppliant de le baiser, ses longues jambes écartées, à cheval sur la moto vibrante et sa chute de reins splendide exposée à son regard concupiscent…

Il n’allait pas rechigner, pour ça non !

Lorsque Loz prit possession de ce qu’on lui offrait à grands coups de reins vigoureux, Yazoo laissa échapper des cris impudiques en poussant autant qu’il le pouvait pour recevoir son aîné plus profondément encore d’intérieur lui.

La moto bourdonnait toujours sous lui et, après dont un jour passé à demi couché sur l’engin, sa virilité frottant impitoyablement sur le carénage, c’était bien plus qu’il ne pouvait en supporter…

Il vint avec un cri et tout son corps se contracta.

Loz jura et donna un violent coup de reins, projetant presque Yazoo en avant, sur le guidon de la moto, alors qu’il jouissait à son tour.

Ils restèrent un moment sur l’engin, à bout de souffle, Loz caressant de haut en bas le dos souple, faisant frissonner son cadet tandis que les dernières traces d’excitation se dissipaient.

- Grande Mère, j’en avais vraiment besoin… gémit finalement Yazoo en s’asseyant bien droit, souriant gentiment à Loz. Cette fichue vibration est vraiment intenable.

- Je vais jeter un coup d’œil à ta moto, promit son frère dans un baiser.

Non sans amusement, il regarda son benjamin se diriger vers le hangar, la démarche un peu raide.

Il essuya de la selle de la moto avec un chiffon en sifflotant et sortit de nouveau les outils pour serrer soigneusement les vis coupables avant de passer à la moto de Kadaj.

Ainsi donc, le petit dernier se vantait de pouvoir conduire la machine vibrante sans le moindre ” effet secondaire “, hein ?

Un petit sourire coquin étira les lèvres de Loz.

Eh bien on verrait s’il maîtriserait toujours aussi bien la chose après avoir traversé des terrains recouverts de gravier !

Très soigneusement, il desserra les vis de la selle de Kadaj d’un petit tour supplémentaire…

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LXV - Chibi Face

” Un ami, c’est quelqu’un qui vous connaît bien…
et qui vous aime quand même. ”

Hervé Lauwick

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Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

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Lorsque Vincent et les soldats du WRO qui l’accompagnaient firent irruption dans la grotte surplombant le ravin où coulait la rivière de la vie, ils furent saisis par le spectacle qui s’offrit à eux.

A quelques pas à peine du bord de l’abîme, Genesis semblait défier… Genesis !

- Qu’est-ce que… bredouilla l’un des soldats, ébahi.

- Shelke, as-tu une idée de ce qui se passe ? demanda l’ex turk à la jeune fille.

Celle-ci observait la scène, aussi surprise que ses compagnons, mais analysa immédiatement la situation.

- On dirait qu’il essaye de récupérer son propre corps, Vincent. Et il n’est pas seul, regarde.

Elle désigna les deux formes opalescentes qui observaient elles aussi la scène avec inquiétude et Vincent laissa échapper un cri.

- Lucrecia !

Tous se tournèrent alors vers lui et, profitant, de la diversion, le voleur du corps de Genesis s’en débarrassa comme d’un vieux vêtement pour plonger dans l’abîme où coulait la rivière de la vie avec un rire fou.

Le corps désincarné de Genesis voulut le suivre mais Angeal, le second ” fantôme ” présent, s’interposa.

- Non ! Recupère ton corps et rejoins ces hommes ! ordonna le Soldat avant de plonger derrière Hojo.

Lucrecia voulut sauter à son tour mais Vincent l’appela encore.

- Non ! Lucrecia ! Attends !

- Nous nous verrons bientôt, Vincent, je te le promets… dit-elle avant de se lancer à son tour dans l’onde tourbillonnante. Je te confie Genesis.

- Lucrecia !

Il se précipita au bord du précipice, où l’essence désincarnée du soldat s’était agenouillée près de son propre corps.

- Il n’est pas là… bredouilla-t-il en enfonçant une main translucide dans la poitrine sanglée de cuir. Comment est-ce possible ?

- Tu es Genesis, n’est-ce pas ? demanda Shelke, qui s’était approchée à son tour. Le ” vrai ” Genesis ?

Celui-ci hocha la tête, hébété.

- Où est-il ? demanda-t-il. Où est le garçon qui avait pris ce corps ?

Vincent se tourna vers eux.

- Nero ? En sécurité. Très affaibli mais il reconstitue son enveloppe et ses organes petit à petit.

Genesis secoua la tête, sceptique.

- Il reconstitue son enveloppe ? Mais… Avec quoi ? C’est impossible ! Il… Il n’a rien pris. Pas une seule cellule. Mon corps est intact !

- Nous l’avons mis dans un caisson mako, l’informa Shelke.

- Un caisson mako ? répéta-t-il, visiblement préoccupé. Mais ça ne suffira jamais !

- Est-ce Hojo que nous avons vu plonger dans la rivière ? demanda Vincent, encore sous le choc de ce qu’il avait vu.

- Oui. Oui, c’était bien cette ordure d’Hojo. Comment… Comment Nero s’y est-il pris ? insista Genesis.

Shelke leva le sourcil, étonné de l’inquiétude de l’ancien soldat pour le second des Tsviets.

- Pas de la meilleure façon, je le crains, mais il n’avait pas vraiment le choix. Le fait de devoir reconstituer son corps avec la force de son seul moi psychique l’a fortement affaibli et, à entendre ma sœur, il est aussi fragile qu’un nouveau-né.

- Récupère ton enveloppe et partons d’ici, ordonna Vincent. Il nous faut nous dep…

- Non, le coupa Genesis. Si je réintègre mon corps, je ne pourrais plus en sortir.

L’ex turk ouvrit de grands yeux.

- Tu préfères donc rester un fantôme ?

- Bien sûr que non ! Mais j’aimerais d’abord que Nero y prenne la matière suffisante pour se régénérer et, pour cela, il faut lui amener ” vide “. D’après ce que me dit cette jeune fille, il n’aura jamais la force de s’y glisser si j’y suis déjà.

Shelke sourit.

- Alors Sephiroth avait raison, finalement. Tu sembles beaucoup aimer Nero et son frère.

- Sephiroth ? bredouilla Genesis. Alors cette femme disait vrai ? Sephiroth est… vivant ?

- ” Cette femme ” est sa mère, l’informa l’ex turk. Lucrecia Crescent. Et, oui, il est bien vivant.

Le soldat frotta son visage désincarné, visiblement très ébranlé.

- Je suis resté absent si longtemps…

Vincent et Shelke échangèrent un regard embarrassé.

Les soldats du WRO qui les accompagnaient, eux, ne savaient visiblement plus du tout à quel saint se vouer.

*

- Et tu ne m’as rien dit ? gronda Loz, fou de rage mais essayant de se contrôler pour ne pas malmener Nero, toujours blotti contre lui. Cette ordure a torturé mon fils !

- ” Cette ordure “ a tué le mien ! rétorqua Yazoo sur le même ton, faisant blêmir son frère. Qu’est-ce ce que tu crois ? Que je n’avais pas envie, moi aussi, de grimper dans ce satané hélicoptère pour aller régler son compte à cet enfant de salaud ? Tu crois que j’ai déjà oublié ce qu’il a fait à mon bébé ?

- Bien sûr que non. Je… Je suis désolé… Ce n’est pas ce que je voulais dire, murmura son jumeau, horriblement mal à l’aise. Mais ni Vincent, ni Rufus, ni toi n’aviez le droit de nous empêcher de régler son compte à cet homme !

- Peut-être avons-nous estimé que ta vie et celles de mes frères valait mieux que le plaisir fugace d’une vengeance ! railla le cadet, amer. Mille pardons d’avoir voulu vous protéger des griffes de ce Genesis et de Jenova !

- De quoi devons-nous être protégés, Yazoo baby ? On peut savoir ? demanda la voix de Cid, qui venait d’arriver dans leur dos, flanqué de Sephiroth et de Cloud.

Yazoo ferma les yeux et pinça les lèvres, anéanti.

Il avait juré à Reno de garder le secret sur la mission et, en trois heures à peine, il avait déjà réussi à mettre la puce à l’oreille à tous ses frères.

Quel piètre compagnon il faisait pour un turk aussi haut placé que Reno !

Il s’apprêtait à fournir une explication laborieuse lorsque le cri de Shalua, qui venait de sortir de son bureau le téléphone collé à l’oreille, l’interrompit.

- Merill ! Ils sont sur le toit ! Prépare la cuve et demande à Kadaj de descendre de toute urgence !

- Il est en si mauvais état que ça ? s’enquit son assistant, anxieux.

- A en croire Reno, oui. Cid ! Je vais avoir besoin de toi, là-haut !

- Mais enfin, qu’est-ce qui se passe, ici ? demanda Cloud, le regard allant de Shalua à Yazoo.

Cette dernière ne prit pas le temps de répondre et quitta l’infirmerie en tirant le pilote interloqué par le devant de son t-shirt.

L’argenté, lui, sentit ses joues s’empourprer sous le regard croisé de ses frères.

*

Weiss, sanglé à la civière se sentit ballotté en tout sens et il lui sembla entendre des voix d’hommes affolés autour de lui. Son esprit embrumé ne lui permettait de saisir que des bribes de leur conversation.

” …cassé …sérieux …urgence …Kadaj …cuve …dangereux pour lui …mako purifié ..Omega …Nero “

Nero…

Son petit frère…

Où était-il ?

- Ne…ro… gémit-il. Ne…ro…

Une voix douce de femme chuchota tout contre son oreille.

- Nero est en sécurité, je te le promets, tu le verras bientôt. Accroche-toi, mon grand, on va s’occuper de toi.

Nero…

Il ne fallait pas que Nero le voie dans cet état. Cela le terrifierait. Il aurait voulu le dire à la femme mais il se sentait incapable de former une phrase cohérente.

Son petit frère n’avait jamais supporté de le voir malade ou malmené. Ca le rendait fou de peur et de chagrin. Comme il y a quatre ans, là-bas, au réacteur zéro, lorsque Weiss et ses lieutenants avaient enfin réussi à se débarrasser de leur bourreau, ce Restrictor maudit qui les avait enfermés et dressés comme chiens de combat.

Non…

Non, c’était injuste de dire ça…

Les chiens de combats étaient bien mieux traités !

Lorsque le Restrictor s’était effondré à ses pieds, Weiss s’était figé et avait attendu quelques instants. Une douleur… Une gêne… Un malaise… Un quelconque signe annonçant que le nanovirus qu’on lui avait injecté pour prévenir toute mutinerie, et qui devait se réveiller dans les trois jours suivant la mort de son bourreau, avait commencé son œuvre de destruction.

Le nanovirus…

Cette minuscule promesse de mort…

Le seul obstacle qui l’avait empêché de se révolter jusqu’alors.

Du moins jusqu’à ce qu’on attache Nero à cette colonne maudite dans ce sous-sol crasseux et qu’il l’entende hurler et l’appeler à l’aide jour et nuit…

Une seule chose comptait aux yeux de Weiss plus que sa propre vie : son petit frère. Et son premier geste d’homme libre, après avoir éliminé le Restrictor, fut d’aller libérer Nero.

- C’est fini … avait-il murmuré à son oreille lorsqu’il avait brisé les chaînes qui retenaient impitoyablement son corps menu contre la pierre dure. C’est fini, chibi face

Chibi face “

Un sobriquet affectueux donné par Angeal Hewley et que le benjamin n’acceptait que de la part de son frère aîné.

Nero était resté un long moment blotti contre lui, dans ce sous-sol horrible, comme s’il voulait s’assurer de la réalité de son frère. Il lui fallut plusieurs minutes pour faire sortir quelques mots de sa gorge, écorchée à force de sanglots et de hurlements.

- Tu as… réussi… Tu as pu te… libérer de… lui… Je suis tellement… heureux… Mon frère… Bien aimé…

- Oui, chibi face, cette fois, c’est bien terminé.

- Comment ? Le virus… Comment as-tu…

- Nous trouverons, l’avait coupé Weiss. Ne t’en fais pas pour ça.

Nero s’était alors raidit dans ses bras et avait levé vers lui un regard épouvanté.

- Tu as tué le Restrictor sans… Sans anihiler… le virus ?

- Nous trouverons une solution, Nero, Shelke va me…

- Non ! avait hurlé son frère, en larmes en s’accrochant désespérément à lui.

- Nero, je…

- Il ne reste que trois jours, Weiss ! Comment vas-tu faire ?

- Je t’ai dit que…

- Pourquoi as-tu fait ça ? Pourquoi ? Pourquoi ? POURQUOI ? !

La dernière chose dont il se souvenait ensuite, était d’avoir pénétré grâce à Shelke dans la réalité virtuelle de la toile mondiale, à la recherche d’informations et… plus rien.

Jusqu’à ce que, trois ans plus tard, Vincent Valentine et son frère chassent (ou du moins l’avait-il cru) l’homme qui avait pris possession de son corps pour en faire l’hôte de l’Omega…

à suivre

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VI - Balaye devant ta porte !

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Tirée du doujinshi BUBBLES du Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Nous arrivâmes chez Rufus Shinra vers cinq heures du matin.

Sa famille possédait une propriété, à l’ouest de Gongaga, un ancien palais qui faisait ressembler le manoir de Nibelheim où j’avais passé ma petite enfance à une vulgaire maison de poupée.

C’était une demeure très anciene, aux dômes élégants, à la façade sculptée de statues et aux hautes fenêtres. Je n’osai compter le nombre de balcons mais, pour ce que j’en voyais de la grille d’entrée, il devait bien y en avoir sept par étage sur deux niveaux - rien que sur la façade Nord.

Par endroits, la pierre ressemblait à de la dentelle.

Un vieil homme vêtu d’un pantalon de lin blanc et d’une longue tunique fendue serrée par une longue ceinture de soie ouvrit la porte après que nous lui ayions expliqué qui nous étions.

Il nous laissa passer d’un air soupçonneux et lorgna avec écœurement la poussière qui nous recouvrait et mon torse nu.

Il estimait probablement que notre mise ne seyait guère pour une visite à sa ” majesté sérénissime “.

Le domestique nous fit signe de le précéder d’un geste, en restant à distance, comme si notre proximité le souillait. Nous nous engageâmes dans les allées de l’immense jardin. Même à la lumière capricieuse de la lune et en dépit de ce que je venais de vivre, je dois avouer qu’il était magnifique et je ne pus m’empêcher de l’admirer.

Il nous fit entrer dans l’immense hall.

Angeal et moi échangeâmes un regard ébahi.

La seule fois que j’avais pu voir autant d’antiquités, c’était au musée de Midgar.

Pas un mètre carré du sol qui ne soit pas recouvert de tapis précieux, pas un pan de mur qui ne soit pas peint de fresques anciennes et chaque statue ou objet décoratif devait valoir une fortune.

Malgré l’heure plus que matinale, nous croisâmes plusieurs serviteurs époussetant les meubles impeccables ou vaquant à quelque occupation nécessaire à l’apparat de la demeure de l’héritier Shinra.

Nous suivîmes le domestique à travers une grande galerie à colonnes et entrâmes dans ce qui semblait être un petit salon de réception.

Je dis ” petit ” en comparaison du reste de la demeure car il devait faire à lui seul la totalité de la surface de mes appartements à la caserne du SOLDAT.

Comme dans toutes les demeures traditionnelles, les appartements privés se trouvaient au fond de la maison, à l’abri des regards indiscrets.

- Je vais m’enquérir auprès de monsieur Shinra pour savoir s’il accepte de vous recevoir, dit-il avec hauteur.

Il s’inclina avec cérémonie et jamais salut ne me parut aussi insultant.

Il y avait plus de mépris dans ce simple geste, pourtant révérencieux, qu’en n’importe quelle insulte proférée par un pilier de bar après une nuit de beuverie.

Je serrai les poings mais le domestique feignit ne s’apercevoir de rien.

- Pour qui se prend-il ? demandai-je à Angeal, irrité, une fois le larbin obséquieux sorti.

- La question est mal formulée, répondit mon ami en riant. Je dirais plutôt : pour qui nous prend-il ? Je crois que la réponse est : pour de la piétaille indigne de ce palais et de son propriétaire.

Je secouai la tête.

- Décidément, j’ai beau faire des efforts, je ne comprendrai jamais ce pays.

La porte s’ouvrit à nouveau, faisant place au lèche-bottes de service.

Palmer s’approcha et s’inclina devant nous - avec moins de mépris que le domestique, dois-je préciser.

Il était emmitouflé dans un énorme peignoir de soie ou quelque chose dans ce goût là. Ca me faisait penser à la tenue des nomades de Canyon Cosmo, en plus chic.

- Général… Capitaine… murmura-t-il, mielleux. Monsieur Shinra va venir dans un instant. Je ne vous cache pas qu’il a été très irrité de cette inopportune visite. On ne dérange pas le fils du président ainsi. J’espère que vous avez une raison valable pour faire irruption ici en pleine nuit !

- Valable ? s’écria Angeal. Nous avons plusieurs cadavres sur les bras dont un victime de meurtre ! s’écria-t-il. Est-ce, selon vous, une raison suffisamment “valable” pour que sa ” gracieuse majesté ” daigne quitter ses draps de satin ?

- Cela, c’est à moi d’en juger, Hewley, gronda la voix de Rufus Shinra, que nous n’avions pas entendu entrer.

Il avait enfilé un kimono de coton bleu marine, si impeccablement coupé qu’il ne pouvait avoir été fait que sur mesure, et se tenait nu-pieds sur le somptueux carrelage émaillé de bleu, blanc et or. La large échancrure dévoilait deux pectoraux au dessin si ferme et parfait que j ‘en oubliai presque à quel point il me tapait sur le système.

Mais cela ne dura pas…

- On m’a parlé d’un petit incident, sur le chantier, poursuivit-il d’un air las en s’asseyant sur l’un des divans brodés. Tu peux nous laisser,dit-il à Palmer, qui sortit en reculant, la tête respectueusement inclinée.

Ca y est ! Il recommençait à me donner envie de lui arracher les yeux avec une petite cuiller…

- Un “petit” incident ? relevai-je sarcastique.

Il me lança un regard méprisant.

- Rien, en tous les cas, qui mérite de me déranger à cette heure.

- Un fauve s’est introduit dans le camp ! criai-je en me retenant pour ne pas le saisir par le col de son kimono de luxe. Des hommes sont morts ! Des hommes qui travaillaient pour que vous puissiez poser votre fessier princier sur la cuvette des chiottes de votre putain de réacteur “que tout monde pourra voir de loin” !

Rufus Shinra ferma à demi les yeux, menaçant.

- Je vous conseille d’employer un autre ton avec moi, Général Sephiroth. Je ne suis en rien responsable de vos délires. Un fauve mangeur d’hommes… Nous ne sommes plus au temps des Cetras. Moins encore dans un zoo !

J’allais répliquer vertement mais Angeal me devança.

- Nous l’avons vu, insista-t-il. Nous en avons même croisé deux, pour être exact. Un au camp et un Gongaga. Plusieurs ouvriers sont morts, déchiquetés, et l’un d’entre eux a été assassiné.

Rufus leva un sourcil et esquissa un sourire, comme s’il avait affaire à des déficients mentaux.

- Il n’y a plus de grands fauves dans la région, Capitaine Hewley. Depuis des dizaines et des dizaines d’années. Et certainement pas des fauves assassins, ajouta-t-il avec une moue sarcastique.

- Quand je parlais d’assassinat, je voulais dire par la main d’un homme, monsieur. Un ouvrier a eu la gorge proprement tranchée d’une oreille à l’autre.

Le rejeton Shinra leva les yeux au ciel et soupira.

- Il faudrait savoir ! C’était un fauve ou un homme ?

J’eus beau avoir envie de l’étrangler, je me fis la réflexion que sa question n’était pas, tout compte fait, ouvertement idiote. Il était tout de même étrange que, la même nuit, se déroule un assassinat et un tel carnage.

L’assassin possédait-il un fauve ?

Non, cela ne tenait pas debout.

Et celui de Gongaga, dans ce cas ?

- Les deux, tranchai-je. Mais une chose est claire, la région est bel et bien infestée de bestioles, quoi que vous en pensiez.

Il sembla réfléchir un instant.

- Et je peux savoir ce que vous attendez de moi ? demanda-t-il. J’ai ordonné l’arrêt de ce chantier, ce qui s’y déroule ne m’intéresse plus.

J’ouvris la bouche mais il leva la main.

- Soyez tranquilles, reprit-il, vous recevrez la prime convenue au départ et nulle sanction ne figurera dans votre dossier militaire. Malgré la catastrophe que vous avez causée… ajouta-t-il en me jetant un regard meurtrier.

- Quelle catastrophe ? s’écria Angeal, outré. Nous ne sommes pas responsables si…

- Ca suffit ! coupai-je, à bout, en me penchant sur Rufus, menaçant. J’en ai assez de tout ce cinéma, alors écoutez-moi bien, vice-président de ce que vous voudrez ! Des hommes sont morts, leurs cadavres gisent sous une tente du chantier, de votre chantier, et un homme a été égorgé. La police refuse de prendre une déposition ou d’envoyer quelqu’un sans votre autorisation. Alors vous allez bouger votre putain de cul, prendre ce putain de téléphone et ordonner à tous ces bras cassés de prendre les mesures nécessaires ! Me suis-je bien fait comprendre ?

Rufus en resta bouche bée.

Je crois que jamais il me m’aurait cru capable de m’adresser ainsi à un supérieur et qu’il comprit, à ce moment-là, en voyant mes yeux verts glaciaux, ma mâchoire crispée et mes muscles bandés, à quel point je pouvais être dangereux.

“Sa majesté des réacteurs” perdit donc une bonne partie de son assurance.

- Et la moindre des choses serait d’indemniser les familles des victimes, ajouta mon ami, profitant de l’effet “Sephiroth risque d’exploser alors ne le contrariez pas”.

Rufus ouvrit la bouche puis parut penser à quelque chose et se figea, comme si une pensée soudaine l’avait frappé.

Il ferma les yeux un instant, les rouvrit, se leva et… chancela.

- Ah là ! Doucement ! Vous allez bien ? demanda Angeal, un peu coupable.

C’était la première fois que Rufus se tenait immobile aussi près de moi.

Son front m’arrivait au menton ce qui, avec mon mètre quatre vingt douze et mes quatre vingt sept kilos, était déjà en soi un bel exploit pour un homme normalement constitué.

Un parfum musqué me chatouilla les narines et mon regard glissa à nouveau vers l’échancrure de son peignoir.

Merde… Ce type était sculptural.

Si seulement il n’était pas aussi imbuvable !

- J’ai une impression de “déjà vu”, murmura-t-il, la gorge serrée. C’est très désagréable. Excusez-moi, je reviens dans un instant.

Il sortit, nous laissant, Angeal et moi, totalement interloqués.

***

Journal de Rufus Shinra

Palmer m’a réveillé ce matin à l’aube, avant l’heure que je lui avais donnée. C’est la première fois qu’il ose désobéir à mes ordres, c’est dire si grande était son inquiétude. Et bien que je ne puisse le montrer, j’avoue la partager.

Mes plus grandes craintes se réalisent…

Ce Général mal dégrossi a attiré sur nous la colère des dieux. Des soldats restés au camp ont été massacrés par un fauve qui s’est enfui.

Je n’en ai pas parlé à ce rustre mais le grand léopard noir a toujours été l’animal tutélaire des Shinra, depuis la naissance de notre lignée. Je ne peux voir une coïncidence dans le fait que la vengeance des dieux s’accomplisse par la patte de cet animal.

Toujours tournée vers le passé, comme tous les anciens, ma vieille nourrice m’a assez seriné la longue histoire de mes ancêtres pour que je puisse la réciter mot pour mot.

Sa loyauté à ma famille m’est précieuse, mais son archaïsme me porte sur les nerfs, parfois.

Déjà que J’ai le plus grand mal à convaincre mon propre père d’accepter les changements qu’impose le passage de notre société dans l’ère de la modernité…

Ce Sephiroth ajoute aussi à la liste de nos ennuis la mort de celui qui a déclenché cette tragédie par sa maladresse.

Il n’arrive pas à comprendre que cela n’est que la juste conséquence de son erreur. Mais je crains qu’il ne prenne ce décès un peu trop au sérieux, et qu’il n’en réfère aux autorités, qui ne manqueraient pas de m’importuner.

Je ne m’inquiète pas vraiment pour la police, ils comprendront aisément mon point de vue, mais j’enrage à l’idée de payer des pots-de-vin supplémentaires pour m’assurer leur silence à cause des scrupules de celui qui n’est, bien qu’il l’ignore encore, que le fruit d’une expérience de laboratoire - comme son compagnon.

Ils feraient mieux de balayer devant leur porte et de s’interroger sur leur propre famille avant de me donner des leçons de morale !

La seule pensée de leur présence troublant la paix de cette demeure me contrarie !

Hewley a même oser mentionner la possibilité de verser une somme aux familles des victimes.

“En compensation “, a-t-il dit.

En compensation du travail non fourni, sans doute ? Du temple de mes ancêtres saccagé ?

Décidément, ces deux rebuts d’éprouvette m’exaspèrent !

Ils n’ont aucun sens des priorités.

Les mânes de mes aïeux doivent hurler à l’agonie devant la profanation de ce lieu, et les dieux ne pardonnent ni n’oublient ce genre d’offenses aussi facilement que les hommes.

Je sais que les ouvriers, eux, auront compris.

Je doute qu’un seul d’entre eux ait accepté de retourner travailler sur le chantier sans qu’il n’y ait eu expiation, de toute façon. En tout cas, pas avec le responsable de ce crime sur les lieux.

Mais ce rejeton mal dégrossi d’extraterrestre ne semble pas conscient de cet aspect de la situation. Pas plus que son compagnon.

Quels piètres meneurs d’hommes ils font !

J’ai même du mal à imaginer qu’ils aient pu se faire tolérer si longtemps par les ouvriers. Je me demande bien comment ils s’y sont pris !

Enfin…

Ah, j’allais oublier ! Je ne sais si je dois confesser dans ces pages mais…

J’ai accueilli le réveil inopiné de Palmer avec soulagement, en fait, car il m’a tiré d’un rêve extrêmement dérangeant. Tel que je n’en avais jamais fait auparavant.

Je parlais à un homme. Et cet homme…

Non, c’est idiot, c’est sans importance.

Il vaut mieux que je finisse de régler mes problèmes avec mes deux expériences de laboratoire qui s’ignorent au plus vite !

… à suivre

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On ne dit pas…

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Vous connaissez tous les fameuses blagues sur les nains… On ne dit pas “un imposteur” mais : “un facteur de petite taille” !

Dans la même veine, quelques petits “on ne dit pas” à la sauce FF7, rien que pour rire un coup !

Hein ?

Si, si, Kadaj en tenue d’aérobic, ça a un rapport avec ce qui suit, vous verrez ! Promis !

***

On ne dit pas ” Le ton monte “ mais ” Shera prend l’escalier “.

On ne dit pas ” Lazard fait des courbettes “ mais “Lazard est nul comme prof “.

On ne dit pas “Barret a du cran”, on dit “Barret est frisé”.

On ne dit pas “Aerith a un potager”, on dit “Aerigh a un vieux copain”.

On ne dit pas “Immaculé Weiss” mais “Je me suis fait mettre par le boss”.

On ne dit pas “l’électronique” mais “Reeve fait l’amour”.

On ne dit pas “Yazoo avale une biroute” mais “Yazoo emprunte une route à 2 voies”.

On ne dit pas “Loz a un cerf-volant” mais “Loz est long à la détente”.

On ne dit pas “Le gestionnaire des taches” mais “Le chef des turks”.

On ne dit pas “Scarlet est paniquée”, mais “Scarlet cherche un mec”.

On ne dit pas “Cloud a vaincu”, mais “Le chocobo est pluri-anal”.

On ne dit pas “Le Général fait les vendanges”, mais “Sephiroth pète comme un Dieu”.

On ne dit pas “Cait est un chat hors pair”, mais “Le chat de Reeve est castré”.

On ne dit pas “Rufus a enclenché le processus de paix”, mais “Le patron va lâcher une caisse”.

On ne dit pas “La connerie” mais “Yuffie s’amuse”.

On ne dit pas “Décongeler” mais “Les idiots du cratère nord”

On ne dit pas “Cloud est incompétent” mais “Cet idiot de Cloud fait de l’aérophagie”

On ne dit pas “Compense” mais “Reno essaie de réfléchir”

On ne dit pas “Un instant” mais “Kadaj fait du stretching” (vous voyez, je vous disais bien qu’il y avait un rapport !)

On ne dit pas “Le Gospel” mais “Denzel a pris un coup de soleil”

On ne dit pas “ce jeune soldat s’est élevé à la force du poignet” mais “Zack est un branleur”

On ne dit pas “Ciboulette”, mais “Trois trois argentés dévêtus”

On ne dit pas “Un match interminable” mais “Un combat amical entre SOLDATS”

Vous avez aimé cette partie de rigolade ? Laissez-moi un commentaire !

Les murs murmurent toujours !

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Troisième et dernière cargaison de graffitis version FF VII ! Ah ! Bah… C’est que j’ai plus de stock au bout d’un moment, moi ^___-

Et des murs des cuisines à ceux des douches, Hojo rouspète toujours !


(Dans la cafétéria des turks)

Déjà 6h00 du matin ? Il est plus que temps de nous cuiter !
Reno


- POSTE VACANT POUR CAUSE DE DECES -

Ouais… Encore une fichue excuse pour pas bosser !
Hojo


Dans les toilettes d’un bar à la mode de la Costa del Sol

A mon époque, la Costa del Sol, c’était les 3 “S” : Sea, Sun & Sex !
Cid

Et à la notre, c’est les 3 “M” : Mazout, Mélanomes & Morbacs !
Cloud


Sur le mur flambant neuf d’un labo de la Shinra

Pas un tag, pas un graffiti, pas une tache ! Je le cherchais, c’est : LE MUR DU SILENCE !
Lucrecia


(Dans les WC du SOLDAT, dans un état lamentable)

Mais enfin, qu’est-ce que vous avez fichu, ici ? ! On dirait qu’il y a eu un congrès d’aveugles parkinsoniens !
Hojo

Non, juste de vieux scientifiques de passage.
Sephiroth


Sur la camionnette de livraison de Cloud :

- ARRETS FREQUENTS -

Vessie faiblarde !
Zack


(Dans les WC du SOLDAT)

Vous qui venez ici, dans une humble posture
De vos flancs alourdis, décharger le fardeau
Veuillez, quand vous aurez soulagé la nature
Epancher dans l’amphore, un courant d’onde pure
Et, sur l’autel fumant, placer pour chapiteau
Le couvercle arrondi, dont l’auguste jointure
Aux parfums indiscrets doit servir de tombeau…
Genesis

Oh, là, là… Faut que t’arrêtes Loveless d’urgence, toi, hein !
Angeal

C’est pas Loveless, c’est du Musset, ignare !
Genesis

Oh, le boulet…
Zack

Ils ont raison, t’en tiens une sacrée couche !
Sephiroth

Toi, le héros de supermarché, on t’a rien demandé !
Genesis

Ah bah, valà ! Y nous l’a encore énervé ! LOLLLL
Angeal


Je pardonne à ceux qui m’ont offensé… mais j’ai la liste !
Tseng


Loz, t’es tellement con que s’il existait un championat de la connerie, tu serais même trop con pour le gagner !
Cloud

Et le championnat d’orthographe, enfoiré ? Tu t’inscris quand ?
Loz


(Discrètement gravé au pied d’une cuve Mako du réacteur de Nibelheim)

Plonge qui veut, remonte qui peut !
Anonyme


(Dans les WC des turks)

Reno, sois gentil, évite de tirer la langue à tout va ! Surtout quand elle est chargée.
Elena

Pourquoi ? T’as peur que je blesse quelqu’un ?
Reno


(Dans un des WC de la tour Shinra)

Ne déroulez pas le papier en le tirant entre vos jambes et n’arrachez que la longueur dont vous avez besoin ! Et, surtout… NE LE RE-ENROULEZ PAS SUR LE ROULEAU APRES USAGE !
Hojo

Putain, y’a des caméras, ici, ou quoi ?
Reno


(Dans les toilettes pour dames du 7ème ciel)

LES FEMMES N’ONT PAS BESOIN DES HOMMES !
Elena

Faut avouer qu’ici, on peut se débrouiller plus ou moins sans eux…
Rosso


(Dans les toilettes de la salle de tir des turks)

C’est ici que repose
Une certaine dose
D’une certaine chose
Qui ne sent pas la rose.
Celui qui se propose
De faire ici sa prose
Doit avant toute chose
Tenir la porte close.
Anonyme

Oh, non, merde ! Genesis, tu vas pas t’y mettre ici aussi, hein ! Les chiottes du SOLDAT te suffisent plus ?
Reno

Comment tu sais que c’est moi ?
Genesis

Baka…
Reno


(Mot sur le frigo, dans la cuisine du bar de Tifa)

Loz, je t’ai gardé ton repas dans la boîte bento bleue. Je te préviens que si tu laisses encore les légumes, tu as intérêt à trouver une explication plus convaincante que “j’aime pas ça” ou tu auras affaire à moi ! Tu donnes un très mauvais exemple aux enfants !
Tifa

O.K. Je n’en mange pas parce que je suis un grand émotif ! Comment peux-tu rester insensible au hurlement épouvantable de l’épinard plongé vivant dans une casserole légumicide ? Je refuse d’être mêlé à ce génocide ! J’ai donc laissé les légumes dans la boîte…
Loz


(Dans les douches du SOLDAT)

Hier soir, à l’entrainement, Sephiroth a paniqué !
Anonyme

Mais moi, oui !
Zack


Bel homme, fort, courageux, bonne situation, cherche jeune femme pour partager doux moments et plus si affinités…
Rude (poste 32 21)

Rudo, c’est les WC pour hommes, ici, crétin !
Reno


Le ghetto de ma liberté s’achève au bout de mes bras.
Kadaj

La vache, c’est profond… Mais qu’est-ce-que ça veut dire ?
Loz

A mon avis, qu’il vient de fumer un truc !
Yazoo


(Gravé sur la peinture flambant neuve de la carlingue du Tiny Bronco )

Le plaisir solitaire, c’est économique : pas besoin d’inviter votre main au resto après !
Anonyme

Vince, je sais que Lucrecia de manque et qu’il faut que tu te défoules mais là, t’es lourd…
Cid


Gravé le mur fraîchement repeint du labo d’Hojo, sous l’avertissement suivant :

- INTERDICTION DE GRIBOUILLER, DE PEINDRE, DE BOMBER OU D’AFFICHER SUR CE MUR -

Franchement, ça ne me serait même pas venu à l’idée !!!
Vincent

Bon sang ! Mais quel crétin lui a collé cette saleté de gant en métal ?!
Hojo

Si vous le découvrez, je veux bien le tuyau. Moi aussi j’aurais deux mots à lui dire…
Cid


(Sur le mur des toilettes du DEEP GROUND)

C’est ici que tombent en ruines
Tous les déchets de la cuisine.
Dans un lieu aussi respectable,
Il faut se tenir ici comme à table
Et garder le bord de la lunette
Aussi propre que celui de son assiette.
Si vous venez sans papier ni paille,
Lavez-vous les doigts au lieu de salir la muraille.
Anonyme

Ah non ! Nan, nan, Genesis ! T’es gentil, tu vas versificoter dans les chiottes du SOLDAT si tu veux mais pas ici !
Weiss

Merde, c’est pas vrai ! Mais comment vous faites pour savoir que c’est moi ?
Genesis

T’es vraiment une pomme, toi, hein !
Weiss


WUTAI AUX UTAIENS !
Anonyme

Et la frisée aux lardons !
Sephiroth

Et le poulet aux morilles !
Angeal

Et le steak au poivre !
Genesis

Et le chèque au porteur !
Zack

C’est fini, oui !?
Tseng


(Sur le mur de la bibliothèque du manoir de Nibelheim)

Avec la chance que j’ai, je vais sûrement me faire choper à écrire au marqueur sur ce putain de mu_

Game over ! Hojo : 1 - Reno : 0
Rude


Hojo, Palmer et Heidegger sont dans un avion en flammes et il n’y a que 2 parachutes. Question : qui se sacrifie ?
Zack

Réponse : on s’en fout !!!
Angeal


A 8 ans, Tifa rêvait de poupées et moi de SOLDATS. Maintenant, c’est moi qui rêve de poupées et elle qui rêve de SOLDATS !!!
Cloud

Loz peut la draguer, alors ?
Yazoo

Pourquoi ?
Cloud

Bah, t’en es pas un, non ?
Yazoo

Loz non plus !
Cloud

Non, mais il en a une plus grosse que la tienne !
Yazoo

Depuis quand il a une épée, lui ?
Cloud

Oh, la vache… Tu m’étonnes que t’as pas pu devenir SOLDAT !
Yazoo


Et si on parlait du plaisir d’enseigner ?
Lazard

Et si on parlait d’enseigner le plaisir ?
Sephiroth


(Dans l’ascenseur du DEEP GROUND)

- MAXIMUM 6 PERSONNES -

Ou 1 Azul…
Shelke


(Dans les WC du 7ème ciel)

Il y a quelque chose d’héroïque à commander un plat ici, quelque chose d’inconscient à l’avaler et quelque chose de maso à le payer. Suis-je un héros inconsciemment masochiste ? Un inconscient masochistement héroïque ? Ou un maso héroïquement inconscient ?
Lazard

Juste un con d’intellectuel…
Loz


FIN (Bah vi, a pu ! Ces petits mots sont inspirés de vrais graffitis et j’en ai plus en stock !)

Vous avez aimé ce texte ? Laissez-moi un commentaire !

Parlez-vous Genesien ?

Avez-vous remarqué que Genesis est pour ainsi dire le seul à ne jamais employer les termes populaciers, voire parfois grossiers, chers aux autres personnages ?

Normal, c’est un lettré (en sus d’une grosses andouille, certes, mais lettré quand même).

Alors en exclusivité planétaire, voici pour vous quelques traductions des expressions courantes de notre Genesis national et qu’il est parfois difficile d’appréhender lorsque l’on ne fait pas partie du club très fermé des pros en “littérature-pour-lovelessfans-siphonnés-de-la-calotte” .


Extraits choisis

« Cesse tes simagrées, Angeal, car je sens une ascension rhino-moutardiere imminente ! »

Traduction : Arrête de faire le con, Angy, j’ai la moutarde qui me monte au nez

« Jeune home charmant mais qui souffre hélas d’un capilarisme epiglottal très marqué »

Traduction : Ce grand dadais a un cheveu sur la langue de la taille d’une balayette

« On ne va pas caquegluer à ce stade de la bataille ! »

Traduction : C’est pas le moment de chier dans la colle, les gars !

« Un cariolisme ante-bovin est la dernière chose à envisager »

Traduction : N’allez pas nous mettre la charrue avant les bœufs.

« Je crains que nous ne nous trouvions en situation de catacervicomerdose »

Traduction : Je crois qu’on est dans la merde jusqu’au cou

« Permettez que j’effectue une cession felino-linguale »

Traduction : Je donne ma langue au chat

« Ce garçon va finir cretinothanasié »

Traduction : Il va mourir idiot, ce con là

« Mes amis, que diriez-vous d’une brève crustafraction ? »

Traduction : Et si on cassait la croûte, les mecs ?

« Optons pour le cubitoludisme ou nous n’arriverons jamais au bar »

Traduction : Va falloir jouer des coudes pour aller s’en jeter un derrière la cravate, les gars.

« Je déplore une endororectocephalie depuis ce matin 8h00»

Traduction : Je me suis levé avec la tête dans le cul

« Faisons une geopalpation auprès du patron avant de lui exposer notre stratégie »

Traduction : Tâtons le terrain pour voir s’il ne risque pas nous lyncher

« J’endure une laryngofelinie tous les diables ! »

Traduction : J’ai une saleté de chat dans la gorge

« Sephiroth souffre de latrinogueusie, c’est évident ! »

Traduction : Sephy a vraiment des goûts de chiotte !

« Pardonne ma franchise, Angeal, mais il n’est plus temps de se laisser aller à la muscapedication »

Traduction : Quand t’auras fini ton enculage de mouches, Angy, on pourra peut-être passer aux choses sérieuses et avancer.


Vous, je ne sais pas mais j’ai soudain un de ces mal de tête, moi…

Cette fanfiction vous a plu ? Laissez un commentaire !

Le SOLDAT recrute !

Pas facile de devenir soldat de la Shinra…

Pourtant, avec les jeux vidéos toujours plus nombreux, les films et les reportages réguliers sur «super Sephiroth», de plus en plus impérieuse est l’envie, pour nombre de jeunes gens, de quitter les jupes de môman pour tenter l’aventure.

Seulement voilà : lorsqu’on a passé 18 ans à se faire chouchouter par « la-môman-chérie-à-son-fiston », pas facile de s’habituer à la vie militaire…

Mais, une fois de plus, la Shinra a tout prévu et, en exclusivité planétaire (et uniquement pour « ff7 yaoi fanfics »), voici pour la première fois dévoilés les secrets de la formation suprême, celle que les plus grandes écoles militaires de la galaxie envient à la firme, j’ai nommé : LE PROGRAMME DES COURS PREPARATOIRES AU CONCOURS DU SOLDAT ou « comment éveiller cet organe appelé cerveau, dont les jeunes recrues ignoraient l’existence jusque là ».

C’est pas gagné, hein…


PROGRAMME DES COURS PREPARATOIRES DES NOUVELLES RECRUES

Note : En raison de la complexité et de la difficulté des cours, seulement 10 participants seront acceptés pour chaque cours.

Ce stage préparatoire au concours du Soldat s’étend sur 5 jours, et comprend les modules suivants :


PREMIER JOUR

Thème : Mon arrivée à la caserne

Instructeur : Heidegger

8h30 : COMMENT RANGER LE CONTENU DE MA VALISE DANS MON PLACARD
Présentation tâche par tâche sur diapositives

10h30 : COMMENT TROUVER LES CHOSES SANS RETOURNER LA CASERNE EN POUSSANT DES CRIS DE HYENE
Forum

13h30 : S’HABILLER DECEMMENT TOUT SEUL ET NE PAS FAIRE SEMBLANT D’IGNORER OU SE TROUVE MON CASIER
Exercices pratiques

15h00 : COMMENT ETRE LE COMPAGNON DE DORTOIR IDEAL
Exercices de relaxation, méditation et techniques de respiration

16h00 : VIVRE A LA CASERNE : MON SUPERIEUR HIERARCHIQUE N’EST PAS MA MERE
Jeux de rôle


DEUXIEME JOUR

Thème : vos collègues femmes sont des soldats comme les autres

Instructeur : Sacarlet

8h30 : EST-IL GENETIQUEMENT IMPOSSIBLE DE RESTER TRANQUILLE PENDANT QUE VOTRE COÉQUIPIERE POSE L’HELICO OU GARE LE CAMION ?
Simulation de conduite

10h00 : MA COLLEGUE N’EST PAS MON INFIRMIERE
Présentation diapositives + jeux de rôle

11h00 : MA COLLEGUE N’EST PAS MA BONNE
Projection de documentaire + intervention de témoins

14h00 : MA COLLEGUE N’EST PAS MA MERE
Présentation PowerPoint

16h00 : NOTIONS ESSENTIELLES DE GRAMMAIRE : LE FEMININ DE “ASSIS AUX COMMANDES D’UN REMORQUEUR” N’EST PAS “DEBOUT DERRIERE L’ASPIRATEUR”
Jeux de rôle


TROISIEME JOUR

Thème : vivre à la caserne – la vie en communauté

Instructeur : Angeal

8h00 : PAPIER TOILETTE : POUSSE-T-IL TOUT SEUL SUR LES DISTRIBUTEURS ?
Table ronde

10h00 : JE NE FAIS PAS PIPI A COTE : JE M’AVANCE UN PEU ET OUBLIE MA PRETENTION
Exercice pratique avec vidéo

13h00 : ASSIETTES ET VERRES : PASSENT-ILS DU REFECTOIRE AU LAVE-VAISSELLE GRACE A LA LEVITATION ?
Débats - Intervention d’experts

15h00 : BOUTEILLES DE BIERE VIDES : DOIVENT-ELLES ALLER DANS LE FRIGO OU DANS LA POUBELLE ?
Groupes de discussion et jeux de rôle


QUATRIEME JOUR

Thème : se débrouiller tout seul sans maman

Instructeur : Genesis

8h00 : REPASSAGE EN 2 ETAPES : A) 1 CHEMISE EN MOINS DE 2 HEURES B) LA VAPEUR CA BRULE
Exercice pratiques avec des professionnels

10h00 : LE MENAGE DU DORTOIR, UNE ACTIVITE VIRILE ET VALORISANTE
Table ronde et exercices pratiques

12h00 : DIFFERENCES ENTRE LE PANIER A LINGE ET LE SOL ET COMMENT SE RENDRE A LA LAVERIE SANS SE PERDRE
Exercices pratiques avec paniers en osier

De 14h00 à 19h00 : COURS DE CUISINE PRATIQUE EN 3 ETAPES

Niveau 1 (débutant) : Les appareils ménagers « ON mettre en marche » « OFF arrêter l’appareil ».

Niveau 2 avancé : Mon premier « Shinra rapid’soup » sans brûler l’eau

Niveau 3 Expert : Faire un café sans oublier l’eau ou le café et ne pas utiliser le soluble qui est incompatible avec la cafetière


CINQUIEME JOUR

Thème : être un SOLDAT dans son corps et dans sa tête

Instructeur : Sephiroth

8h00 : Santé module 1 : SE LAVER TOUS LES JOURS EST SANS RISQUE POUR VOTRE SANTE
Présentation Power Point avec intervention du Pr. Hojo

9h00 : Santé module 2 : NON, LE GEL COIFFANT N’EST PAS UNE FATALITE, ON PEUT S’EN PASSER
Table ronde avec intervention de médecins addictologues

11h00 : Santé module 3 : COMMENT SURVIVRE A UN RHUME SANS PENSER ETRE A L’ARTICLE DE LA MORT
Table ronde avec intervention de médecins

14h00 : Vie pratique module 1 : DES HOMMES PERDUS PEUVENT DEMANDER LEUR CHEMIN
Témoignages du seul soldat mâle l’ayant jamais fait

16h00 : Vie pratique module 2 : SE RAPPELER DES DATES DE MISSION ET PREVENIR QUAND VOUS AVEZ DU RETARD
Apporter son agenda au cours

17h00 : Vie pratique module 3 : MON ARME N’EST PAS L’EXPRESSION DE MA VIRILITE, LA PREUVE PAR LES CHIFFRES
Apporter son double décimètre personnel

18h00 : COMPTE-RENDU DU STAGE AVEC L’EQUIPE PEDAGOGIQUE


En raison du nombre croissant des demandes, nous invitons les supérieurs hiérarchiques directs et les instructeurs à nous faire parvenir les demandes d’inscription dans les plus brefs délais.

Merci d’avance

CETTE FANFIC VOUS A PLU ? LAISSEZ-MOI UN COMMENTAIRE !

V - Seuls les morts sont froids

Le désir est l’appétit de l’agréable. “

Aristote

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Zack nous apprit que le seul poste de police de Gongaga se trouvait à deux pas de la maison de ses parents, sur la place du village.

Nous avions contacté Lazard par téléphone pour l’informer de ce qui s’était passé mais il s’était contenté d’un : ” cela regarde les autorités locales, désormais. Le président a interrompu la mission, vous n’avez plus rien à faire là-bas. Passez le dossier aux autorités compétentes, rassemblez le matériel sensible et rentrez à la base. Vous avez trois jours pour plier bagage. “

Ca avait au moins le mérite d’être clair…

En raison de la mauvaise visibilité et de l’état des routes, nous mîmes deux bonnes heures à parcourir les quelques quarante kilomètres à vol d’oiseau (le double par la route) qui nous séparaient de Gongaga, qui était, en fait, un village plus qu’un bourg.

Pas de lumière dans les ruelles, bien entendu, et des trous où je faillis plusieurs fois me briser les jambes.

Je ne sus que nous étions arrivés à l’antenne de police que parce que Zack me traduisit l’inscription à demi effacée peinte sur le mur de torchis. Jamais il ne me serait venu à l’idée que cette porcherie pouvait tenir lieu de commissariat local.

A peine passée la porte, dont seules quelques écailles témoignaient d’un ancien vernissage, l’odeur de sueur et d’huile rance me prit à la gorge.

Le policier de garde, un Gongagien bedonnant à la chemise blanche maculée de tâches, était affalé sur une chaise de bois qui avait vu des jours meilleurs. Il est hasardeux d’essayer de donner un âge aux gens de ce pays mais j’aurais dit qu’il devait avoir dans les quarante ans.

En nous entendant arriver, il leva vers nous un œil endormi et retira ses pieds de la table.

Visiblement, nous avions interrompu son petit somme.

Je vis Zack se lancer dans un discours, auquel je ne compris pas un traître mot, à grand renfort de gestes et d’exclamations mais le policier, ou ce qui en tenait lieu, se contenta de gratter sa barbe de trois jours et de chasser de la table un cafard gros comme mon poignet d’un revers de la main.

J’esquivai le projectile ragoûtant avec une grimace et me tournai vers Angeal.

- Qu’est-ce qu’il raconte ? demandai-je.

Angeal, concentré sur la conversation, me fit signe de me taire d’un geste et je soupirai.

Lorsqu’il entendit le nom de “Rufus Shinra”, seule chose que je saisis de la discussion, le policier tressaillit et se leva d’un mouvement brusque pour se lancer, à son tour, dans une diatribe sans fin en agitant les bras en tout sens.

Je ne sais pas ce que lui avait dit Zack mais cela avait eu l’air de faire son effet à en juger par la mine soudain inquiète du policier et par la façon dont il se tenait la tête, gémissant entre deux phrases.

- Mais qu’est-ce qu’il dit ? insistai-je.

- Chut ! rétorqua Angeal avec un geste irrité.

Je levai les yeux au ciel et fit claquer mes mains sur les cuisses en m’accroupissant sur le sol. Le cafard, de nouveau sur ses pattes, était juste entre les miennes et je me redressai aussi sec en jurant comme un charretier pour l’écraser brutalement sous ma semelle avec un bruit de craquement de céréales.

Je ne sais pas si ce fut à cause du bruit du cafard ou de celui du claquement de ma semelle sur le sol de bois fêlé - je chausse quand même du quarante-cinq - mais Zack et le policier cessèrent immédiatement leur conversation animée et se tournèrent vers moi.

J’en profitai.

- Alors ? demandai-je.

- Il ne veut pas s’occuper de l’affaire avant d’en référer à monsieur Shinra, soupira Zack.

Je faillis m’étrangler.

- Quoi ? m’écriai-je. Un homme a été assassiné et nous avons plusieurs cadavres sur les bras ! Il faut un légiste et au moins deux ambulances !

Zack commença à lui traduire ce que je venais de dire et s’arrêta en cours de route pour se tourner vers moi.

- Euh… Je crains que le mot ” légiste ” n’existe pas en gongagien, Général.

J’allais lui répondre lorsqu’Angeal me devança et adressa au policier quelques mots en un Gongagien laborieux.

Le visage de l’homme s’éclaira et il répondit quelque chose que je ne compris pas.

- Il dit qu’il en a vu un dans un film policier, le mois dernier… soupira mon ami d’un ton morne.

Je tapai à nouveau du pied, faisant sauter un éclat de plancher. Cette fois je commençais vraiment à m’énerver.

- J’exige qu’il prenne notre déposition et qu’il appelle un hôpital ! hurlai-je.

Zack traduisit mais l’homme secoua la tête, obstiné. Avec un grognement, je le saisis par son col de chemise et Angeal s’interposa, me tirant en arrière.

- Laisse tomber, Seph, c’est inutile. Ici, rien ne fonctionne comme chez nous. Allons plutôt voir son “altesse”. Ce type ne bougera pas le petit doigt sans son accord express.

Nous quittâmes le bâtiment et l’homme me jeta un regard terrifié avant de fermer doucement la porte derrière nous.

Notre véhicule n’avait pas bougé des abords du village, les ruelles étroites et les trous dans la chaussée ne permettant pas son passage à travers le village sans risquer de perdre une roue, 4×4 ou non.

Enfin… disons que le 4×4 break lui-même n’avait pas bougé… parce que les portières, elles, gisaient de part et d’autre sur le sol.

Avec un juron, Angeal se précipita, brandissant la torche électrique qui nous avait permis de trouver le commissariat sans tomber dans un trou.

En m’approchant à mon tour, je ne pus retenir une exclamation étouffée et Zack se mit à marmonner ce qui semblait être une prière pour chasser le mauvais oeil.

Visiblement, celui qui avait fait ça avait agi par pur plaisir de nuire car nous n’avions pas fermé les portières à clé. Il n’y avait donc nulle raison de les arracher.

De plus, rien n’avait été volé. Le sac à dos d’Angeal n’avait même pas été fouillé. Tout était intact sur le siège du conducteur et rien ne manquait du matériel.

- Bon sang ! Le type qui a fait ça devait être une force de la nature, remarquai-je en observant le métal tordu.

- C’est de la tôle ! répliqua Angeal en soulevant une portière. Personne n’aurait pu faire une chose pareille. Regarde-moi ça, on dirait qu’elle a été pliée comme une vulgaire feuille de papier.

La portière en question me faisait penser à une énorme papillote, comme celles que les femmes se mettent dans les cheveux pour les friser.

Angeal braqua la torche sur la seconde et la retourna du pied.

- Merde ! Merde ! Merde ! grogna-t-il. Il ne nous manquait plus que ça !

La seconde portière était éventrée comme si elle avait eu maille à partir avec une pelleteuse mécanique.

Des petits lézards glacés me descendaient le long du dos, mais, sachant que Zack nous observait pour savoir quelle attitude adopter, j’essayai tant bien que mal d’afficher une expression décontractée, comme celle des héros de films ou de jeux vidéo qui plaisantent devant la voiture qui vient de leur exploser sous le nez, manquant de peu de les faire rôtir.

- Qu’est-ce qu’on fait ? demandai-je, faussement sarcastique. On aura l’air fin à rouler comme ça. Remarque, ça économisera la clim. Je savais qu’ils n’aimaient pas beaucoup les étrangers, ici, mais à ce point là…

Angeal jura une fois de plus et nous fit signe de monter à bord.

- Oh putain ! s’écria Zack en ressortant vivement.

- Quoi ? demandai-je en m’approchant pour regarder prudemment à l’intérieur.

Pour toute réponse, Zack me désigna le siège passager et Angeal balaya la cabine de la torche.

Au début, je ne vis rien de particulier. Le siège du conducteur était intact, ainsi que le tableau de bord.

Là où ça se gâtait, c’était du côté passager - à savoir le mien.

Je crois que le terme “place du mort” se justifiait parfaitement dans ce cas : le fauteuil, mon fauteuil, avait été éventré avec une rage impressionnante. Des morceaux de mousse étaient éparpillés partout et le skaï avait été lacéré. Quatre belles coupures bien régulières, comme celles qu’aurait pu faire la patte d’un chat.

D’un très gros chat…

- Tous les fauves de la région se sont donnés le mot pour nous pourrir la vie ou quoi ? lançai-je dans une lamentable tentative pour faire de l’humour malgré l’angoisse qui commençait à me nouer le ventre. Ils sont de sortie ? C’est leur fête annuelle ?

Angeal tendit la main, prit un amas de coton déchiqueté sur le plancher et le déplia.

Mon sweat-shirt. Celui que je laissais en permanence dans la voiture au cas où.

Il ne restait même plus dix centimètres carrés de tissu intact.

- Je ne sais pas s’ils sont de sortie mais celui-là, c’est visiblement toi qu’il voulait. Tu dois avoir une odeur particulièrement appétissante.

Je lui arrachai feu sweat-shirt des mains avec un regard meurtrier, et m’en fis une sorte de ” coussin-serpillière ” pour empêcher les ressorts du siège de m’arracher la peau des fesses.

- Très drôle, dis-je en retenant un frisson. Allez, grimpe et démarre ! Je ne tiens pas vraiment à rester dans le coin avec une bestiole comme ça dans les parages.

Zack marqua un temps d’arrêt, avant de monter dans le véhicule, et nous le vîmes tourner la tête en direction du village en se mordillant la lèvre.

- Zack, ça va ? s’enquit Angeal, le faisant sursauter.

Le garçon rougit et acquiesça.

- Oui, monsieur. Bien sûr.

Mon ami sourit.

- Tu t’inquiète pour tes parents ?

Son protégé baissa les yeux, horriblement embarrassé.

- C’est que… je n’avais jamais vu un fauve s’approcher aussi près des habitations, monsieur.

Angeal hocha gravement la tête, d’apparence calme, mais je remarquai que le tendon de sa mâchoire jouait sous sa peau tandis qu’il serrait les dents.

Ah ! On peut dire qu’on avait du mal à le jouer, notre rôle de gros durs blasés !

Mon ami et moi avions beau faire les fiers à bras, nous étions tout aussi angoissés que le gamin par les événements de la nuit.

Et l’atmosphère lugubre n’arrangeait rien à l’affaire.

La lune était cachée par intermittences, les nuages noirs se déplaçant lentement avec la brise, et j’avais l’impression que chaque coin d’ombre cachait un monstre prêt à bondir. Je m’imaginai l’un de ces animaux me saisissant la jambe par le trou béant qu’avait laissé la portière et je me m’en écartait d’instinct le plus possible en essayant de me faire tout petit sur mon siège.

Zack avait raison de s’inquiéter.

Un fauve sur le chantier, on pouvait encore l’admettre, la dense forêt de Gongaga n’était pas loin. Mais ici, au beau milieu du village…

- Monsieur… murmura timidement le garçon.

Angeal lui adressa un sourire un peu forcé.

- Mhh ?

- Vous… Vous ne croyez pas qu’il pourrait s’agir de la même bête que sur le chantier, n’est-ce pas ?

Je sortis la tête de la voiture pour me tourner vers lui et éclatai de rire.

- Bien sûr que si ! raillai-je. Il nous a suivi en courant uniquement pour avoir le plaisir de te croquer les orteils ! T’as une touche, petit, y’a pas de doute !

Il rougit furieusement et Angeal secoua la tête.

- Tu sais mieux que personne combien il y a de fauves dans ce putain de pays, Zack. A mon avis, ils doivent crever de faim par manque de gibier ou un truc comme ça et ils sont sortis de la forêt pour trouver de la nourriture, point. A en croire les écologistes, il paraît qu’avec l’extension des cultures, les animaux ont de moins en moins d’espace vital. Qu’est-ce que tu ferais à leur place, mhh ?

Il hocha la tête.

- Vous avez sûrement raison, monsieur.

- Il a raison, fis-je avec un sourire qui se voulait rassurant. C’était un accident Zack, rien de plus.

Angeal lui désigna le village d’un mouvement du menton.

- File chez tes parents pour cette nuit et assure-toi qu’ils vont bien. Je passerai te chercher demain, lorsque nous aurons mis un peu d’ordre dans le camp.

- Non, je ne peux pas vous laiss…

- C’est un ordre !

Le garçon s’inclina.

- Bien, monsieur. Merci…

Il nous adressa un sourire reconnaissant et fila sans demander son reste avant que l’on ne change d’avis.

Nous nous mîmes en route et je frottai mes bras nus.

Je n’avais même pas pris le temps de mettre au moins un maillot de corps avant de partir et je commençais à le regretter.

Comment aurais-je pu deviner qu’une saloperie de bestiole allait réduite mon sweat en pièces, aussi ?

Saloperie de pays !

Tandis que nous reprenions le chemin du chantier, cette histoire de malédiction et de démon me trottait dans la tête. On a beau ne pas y croire, dans ce genre de cas, on ne peut pas s’empêcher de douter de tout, à plus forte raison de ses propres convictions.

Je repensai au chamane.

Il traînait sa puanteur dans toute la région et devait forcément être au courant que les fauves quittaient la forêt en quête d’un bon repas. N’importe quel imbécile sachant cela aurait pu faire une telle prédiction et j’étais persuadé qu’il connaissait l’existence du temple sous le réacteur, le salaud !

Il nous avait laissé creuser en se marrant dans son coin, attendant de faire sa petite entrée et de nous coller une frousse de tous les diables avec sa belle prophétie préparée de longue date.

Quel chien ! Il ne perdait rien pour attendre.

Je me massai la nuque en baillant. J’étais physiquement et nerveusement épuisé.

Angeal me donna une petite tape sur le genou et je tressaillis.

J’étais vraiment à cran.

- Essaye de dormir un peu, Seph. Nous n’arriverons pas avant deux bonnes heures, vu l’était de la route.

- Tu auras assez d’essence ?

Si on tombait en panne, là, au milieu de nulle part, je ne donnais pas cher de notre peau avec toutes ces bestioles en vadrouille. Cela devait être affreux de mourir de la sorte. Sentir sa chair se déchirer, lambeau par lambeau, être dévoré vif…

Je repensai aux cadavres des soldats et du cuisinier et me frottai les bras encore plus vigoureusement.

- Il y a trois jerrycans derrière, t’en fais pas. Tu as froid ? C’est la fatigue. Tiens, mets ça.

Tout en conduisant, il retira le pull de son uniforme et me le tendit, pour ne garder que son maillot.

Je l’enfilai avec reconnaissance.

Il était doux et la chaleur de son corps s’était communiquée au tissu. Je cessai instantanément de frissonner et frottai ma joue contre le col.

Il portait son odeur, un parfum fortement boisé. Pour un peu, si je prenais la peine de tomber dans un ridicule un tantinet romantique, je dirais que je me serai cru dans ses bras.

Je le regardai dans la pénombre que diffusait la lumière de phares : un visage anguleux et carré, des traits élégants et fermes et une carrure de lutteur. Angeal avait un corps à damner un saint.

Et si… “ me surpris-je à penser avec un sourire rêveur.

Bah, quoi ?

Pourquoi pas, après tout ? Il était de compagnie agréable et je savais qu’il avait eu une petite aventure platonique avec Genesis, dans son adolescence. Il suffisait peut être de peu de choses pour…

- Ca va ? me demanda-t-il, interrompant ma rêverie. Tu fais une drôle de tête.

Le charme était rompu et je redescendis brusquement sur terre.

Angeal était comme mon frère. Comment pouvais-je penser à des choses pareilles ?

Je secouai la tête.

- Si je te disais à quoi j’étais en train de penser, tu me jetterais en pâture aux fauves, répondis-je amèrement.

Il leva un sourcil et me coula un regard en coin avant de me faire un clin d’œil.

- Quand on voit la mort de trop près, on a envie de ça, c’est normal. Ca t’a pas fait ça, à Wutaï ? Moi, j’avais envie de baiser sans arrêt. Les psy disent que c’est une réaction… comment on dit déjà ? Tu sais pour exorciser le truc. L’opposition entre la vie et la mort, tout ça.

Je tordis le nez.

- Oui, je sais.

- Bah j’espère qu’à Wutaï, tu as eu plus de chance que moi.

Je fis la moue.

- Je n’ai pas tâté de la ” chair locale “, avouai-je.

- Tu n’as rien perdu.

- Les dames utaïennes ne sont donc pas des ” affaires ” ?

- Ni les hommes, d’après ce que j’ai entendu dire. A croire qu’un Dieu blagueur les a privés de libido !

- A ce point là ?

Il se tourna avec un sourire moqueur.

- T’as vu Tseng ?

Je ris de bon cœur.

- Oui, c’est sûr que, vu comme ça…

- Blague à part, tu n’as quand même pas passé tout ce temps à Wutaï à te serrer la ceinture !

- Non, j’avais une aventure avec un autre soldat, à l’époque.

Angeal leva le sourcil.

- Ah ? Qui ?

- Weiss. Enfin, quand son frère Nero voulait bien lui lâcher la jambe !

Il pouffa.

- Ah ! Ces deux-là…

- Ouais.

- C’est vrai que question jolis garçons, t’es pas gâté, par ici, dit-il en secouant la tête. Sérieux, ça fait combien de temps que tu n’as pas… Ah, merde !

La voiture fit un écart et je dus m’agripper à lui pour ne pas être projeté à l’extérieur du Break.

Il me sembla voir une masse noire passer dans mon champ de vision et un cri se coinça dans ma gorge.

C’était inconcevable.

Nous roulions à plus de soixante ! Cet animal ne pouvait pas nous suivre et certainement pas nous percuter ainsi sans y laisser un os.

Angeal parvint à rétablir le véhicule et coupa le moteur.

- Mais qu’est-ce que tu fais ? criai-je, paniqué. Tu veux te faire déchiqueter ? Redémarre ! Tu as vu la force de cette bestiole ?

Il me fixa un instant, interdit, et me posa la main sur l’épaule.

- Seph… On a crevé, dit-il comme s’il parlait à un simple d’esprit.

- Je l’ai vu ! Il nous a percuté ! Il était là, dehors, il est passé devant nous !

Je regardai partout, m’attendant à le voir surgir à tout instant pour enfoncer ses crocs dans ma cuisse.

- On a crevé, Seph… répéta Angeal. Il n’y a rien dehors.

- Bon sang ! Je te dis qu’il est là ! hurlai-je en me tournant en tout sens.

Avec un soupir, il tendit la main pour prendre le fusil et la torche derrière lui et sortit du break.

- Reviens ici tout de suite et redémarre !

L’angoisse au ventre, je le vis faire le tour de la voiture et balayer le paysage de sa torche.

Puis il se baissa pour ramasser quelque chose et se pencha vers moi.

- On a crevé, répéta-t-il en me tendant une pierre aiguë. Et il n’y a rien dehors, Seph, à part ces fichus cailloux coupants.

Je sortis du véhicule et regardai la roue.

Aucun fauve ne nous avait percuté, la roue était juste affaissée et dégonflée. On voyait parfaitement le silex qui y était fiché.

- Désolé… murmurai-je, honteux, en m’appuyant sur le 4×4.

Angeal commença à sortir un pneu de secours et un cric de l’arrière du véhicule et je l’aidai à changer la roue - sans pouvoir cependant m’empêcher de regarder par-dessus mon épaule, à la recherche d’une paire d’yeux luisant dans l’obscurité.

Les vis grippaient à cause de la poussière mais nous pûmes nous remettre en route assez rapidement, ce qui, je l’avoue, me soulagea.

Mon compagnon me jetait de fréquents coups d’œil, auxquels j’essayai de répondre par un sourire - hélas peu convainquant.

- T’es sur les nerfs, hein ? me demanda-t-il soudain.

Je regardai l’obscurité qui nous entourait et me laissai aller sur mon siège en soupirant, me couvrant le bas du visage des mains.

- C’est peu de le dire.

Il hocha la tête et m’adressa un sourire rassurant.

- C’est bientôt terminé, Seph. On va aller voir “sa majesté”, régler tout ça, et, dans trois jours, ce ne sera plus qu’un lointain souvenir.

Je laissai échapper un rire amer.

- Un lointain souvenir… Tu parles ! Ce connard blondinet m’a littéralement lynché ! J’aurais de la chance si, après ça, on ne me relègue pas à la surveillance des réacteurs… Et pour améliorer encore l’excellente impression que je lui ai faite, je viens de perdre quatre hommes par la faute d’un foutu chat de merde et d’un tueur mystérieux ! Chier !

Je frappai le tableau de bord du plat de la main.

- Seph…

- Chier ! Chier ! Chier !

Je me sentais au bord de la crise de nerfs, les cadavres déchiquetés dansant devant mes yeux, et fermai les paupières pour essayer de me calmer.

- Viens là.

J’ouvris les yeux et remarquai qu’Angeal s’était arrêté au milieu de la petite route déserte. Je ne m’étais même pas aperçu du silence soudain, provoqué par l’arrêt du moteur.

On n’entendait plus que le chant des insectes et le chuchotement de la brise, uniquement entrecoupés par le cri lointain d’un oiseau de nuit.

- Allez, viens là, répéta-t-il.

Il s’était à demi tourné vers moi et me tendait les bras.

Je m’y blottis sans réfléchir.

Il était plus petit que moi mais dégageait une force presque palpable. Je me sentais comme un petit garçon entre ses bras.

En sécurité.

Au chaud.

Je cessai immédiatement de frissonner, ses larges mains pétrissant mon dos, me communiquant leur chaleur à travers l’étoffe de son pull.

- Ce connard va me rétrograder, Angie.

- Bien sûr que non…

Il resserra son étreinte et le soupirai.

Le levier de vitesse me meurtrissait la cuisse mais je m’en moquais. J’étais bien entre ses bras.

Je sentais sa joue contre mon cou, les poils de sa barbichette qui me piquaient la joue et son odeur chaude, presque animale. J’avais besoin de cette chaleur et de ce soutien.

J’en vais besoin tout de suite !

Sans même m’en rendre compte, ma joue glissa sur la sienne et il eut un petit mouvement de recul lorsque mes lèvres frôlèrent les siennes.

- S’il te plaît, murmurai-je en le sentant se pétrifier. S’il te plaît, Angie…

Il recula et me fixa un instant sans comprendre. Je lui lançai un regard suppliant et sa bouche s’étira en un sourire indulgent.

- Allons Seph, ça va aller, reprends-toi, mon grand.

Je pressai alors mes lèvres sur les siennes et il fit une chose dont je ne l’aurais jamais cru capable : Angeal me frappa avec une telle brutalité que je dus m’agripper au tableau de bord pour ne pas être expulsé de la voiture sous la force du choc.

Je savais qu’il était une force de la nature, mais j’avoue que je ne m’étais pas non plus attendu à cela.

Il n’avait jamais été brutal avec moi, pas même durant nos entraînements et il n’avait que rarement haussé le ton.

La violence de son rejet me fit plus mal que le coup lui-même.

Il avait mis tant de rage dans son geste, tant de mépris, que j’eus l’impression de me retrouver devant un étranger.

- Angeal… chuchotai-je, sous le choc.

Ses lèvres se mirent à trembler et il secoua la tête.

- Je… je suis désolé, Seph, bredouilla-t-il. Je… je ne voulais pas cogner aussi fort. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Je crois que moi aussi, je suis à bout.

- Tu n’avais pas besoin de faire ça, fis-je d’une voix blanche.

Je commençais à sentir la colère me gagner.

Jamais je n’avais forcé qui que ce soit et Angeal le savait parfaitement. Il aurait suffit d’un simple ” stop ! ” pour que je le laisse tranquille.

Il tendit une main vers ma joue mais je la repoussai.

- Qu’est-ce qui nous arrive, bon sang ? soupira-t-il en s’adossant à son fauteuil, se prenant la tête dans les mains. Qu’est-ce qui nous arrive ?

Il semblait brisé.

- Oublie ça, Angie. Je suis allé trop loin, c’est de ma faute.

Il tourna la tête vers moi et tendit une main pour allumer le plafonnier.

La lumière vive m’éblouit.

Je fermai les yeux mais sentis ses doigts sur ma joue, qui commençait à me lancer.

- Je ne t’ai pas raté, mon pauvre Seph, remarqua-t-il en éteignant la petite lampe. Désolé.

Je souris mais n’osai pas le regarder en face ou faire un geste, de peur qu’il soit mal interprété. Un mur venait de s’élever entre nous et je sus que jamais plus je ne me permettrai un geste tendre ou amical à son endroit. Du moins, pas avant de longs mois.

Il dut s’en rendre compte car je le sentis se raidir.

- Il ne vaut mieux pas rester dans le coin, dis-je en détournant le visage pour regarder à l’extérieur.

Je le sentis s’écarter, remuer sur son siège et j’attendis sagement que le moteur se remette en marche, les yeux toujours fixés dans le décor, à travers le trou béant de la portière manquante.

- Seph ?

En soupirant, je me tournai vers lui et blêmis.

Il avait retiré son maillot et le haut de son pantalon était déboutonné, laissant apparaître quelques poils bruns sur le bas de son ventre.

Ma gorge s’assécha.

Angeal était bâti comme un dieu, une musculature ferme et bien dessinée roulait sous sa peau hâlée.

- Qu’y a-t-il, Seph ? murmura-t-il en souriant. On devient timide ?

- Angie…

Je n’osai pas faire un geste.

D’un mouvement qui fit gonfler son biceps, il actionna le levier de rotation de son siège, dont le dossier s’abaissa jusqu’à être totalement à plat sur la banquette arrière.

Confortablement allongé, il tendit une main autoritaire, qui se referma autour de ma nuque pour m’attirer à lui.

Sans savoir comment, je me retrouvai sous lui, ses mains se glissant sous mes vêtements, faisant passer le pull par-dessus ma tête, déboutonnant mon pantalon, courant sur ma peau et se faufilant entre mes cuisses…

J’étais un jouet entre ses mains et j’avoue que cela ne déplaisait pas le moins du monde, en cet instant.

J’avais envie de lâcher prise et c’est ce que je fis.

Pour quelques instants, j’oubliai les fauves, les morts et la peur de perdre bientôt un statut que j’avais mis des années à acquérir à la force des poings, tout au plaisir que m’offrait Angeal.

Il me fit l’amour avec ardeur, presque avec brutalité, mais j’avais au moins la certitude de ressentir les choses et d’être vivant. Pas comme ceux dont les restes gisaient dans la tente, là-bas, sur la colline…

… à suivre

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Les murs murmurent encore…

Vous les avez réclamés, les voilà ! Plus de graffitis version FF VII !

Qu’il s’agisse des murs des casernes ou de ceux des toilettes de la Shinra, Hojo n’a pas fini de rouspéter !

***

(Dans le vestiaire de la salle d’entraînement du DEEP GROUND)

Weiss signifiant “blanc” en germanique, pourquoi a-t-on appelé le frère de notre cher empereur immaculé “Nero” (du latin “nero”/”noir”) au lieu de “Schwarz” (du germanique “Schwarz”/”noir-sombre”) ?
Rosso

Pour que les idiotes aient quelque chose d’intelligent à dire (du ténébreux “j’t'emmerde” !)
Nero


- EN CAS D’INCENDIE NE PAS UTILISER L’ASCENSEUR -

Utilisez l’extincteur !
Vincent


Dans le dico médical d’Hojo, à côté du mot “blennoragie”, y’a marqué “Voir index”. J’ai regardé mes doigts, c’est bon, j’ai rien.
Zack

Seigneur ! Et c’est avec ça que je suis supposé faire des soldats d’élite…
Hojo


Ce qu’il y a de bien, dans la position du missionnaire, c’est qu’on peut continuer à lire sa BD !
Kadaj

En levrette, c’est mieux, t’as pas besoin de la tenir !
Loz

Que je revoie UNE BD traîner dans la chambre… UNE SEULE !
Yazoo


(Dans les WC de la salle de réunion des turks)

Vous êtes là pour éjecter votre bol fécal, pas pour le couver !
Tseng


(Sur le mur du vestiaire des Turks)

A ce qu’on m’a dit, ce mur serait réservé aux graffitis ! La, la, la…
Anonyme

Non, mon petit Reno ! Vos gribouillages immondes sont interdits, ce mur doit rester propre sous peine de sanctions !
Hojo (heureux possesseur d’une mini-caméra espion et d’un fusil de chasse à 2 coups chargé de gros sel !)

Oh, merde…


L’insupportable manie de repeindre ce mur est une atteinte à liberté d’expression !
Genesis

Continuez vos cochonneries et je vais vous atteindre autre chose, moi !
Hojo


C’est pas pour me vanter mais, aujourd’hui, il fait vachement beau !
Rufus

C’est contagieux, la mégalomanie ?
Weiss


(Dans la salle de commandement du WRO)

- NO SMOKING ! -

But salopette, yes !
Cid


Soutenez Cloud !
Yuffie

Pourquoi ? Il se sent mal ?
Angeal


- SOS SUICIDE : UN COUP DE TELEPHONE PEUT SAUVER UNE VIE -

Sur la tête, il peut aussi fracturer un crâne…
Sephiroth


Sephiroth for president !
Cloud

And Cloud for queen !
Cid


(Dans un ascenseur flambant neuf de la section des turks)

Voilà ce que j’appelle un ascenseur nickel. Pas une marque, pas un graffiti, pas une tache, rien. Bravo les gars ! Splendide !
Genesis


(Dans les WC du SOLDAT)

Plus de 5 secousses, c’est de la masturbation !
Reno


J’ai fait pipi à côté. Le faire a soulagé ma vessie. Le dire a soulagé ma conscience !
Kadaj


OAHHHH !!!! DES FILLES AVEC DES GROS NENEEEESS !!!!
Loz

Où ça, où ça ?
Rude

Rudo, il a écrit ça au mois de juillet ! T’es lent, mais t’es lent…
Helena


(Dans la salle d’attente du service d’évaluation psychologique du SOLDAT)

Je vois bien que vous m’en voulez, pour mon complexe de persécution !
Sephiroth

Depuis que j’ai mon complexe de castration, j’ai l’impression qu’il me manque un truc…
Angeal

Moi, j’aimerais bien avoir un complexe de castration, mon complexe de frustration ne me suffit plus !
Genesis

C’est ça, moquez-vous ! Attendez de vous coltiner un bon syndrome post-traumatique, vous ferez moins les malins !
Hojo


(Dans les toilettes du du bar de Tifa)

Soyez gentils d’écrire à hauteur des yeux. Trop bas, on se penche en avant et on déjante de la cuvette. Trop haut, on se penche en arrière et se fracasse le crâne sur la chasse. Merci d’avance.
Reeve


J’ai testé le mako, on dirait de l’eau de vaisselle…
Weiss

Je viens de palper l’infirmière, on dirait de la gélatine…
Azul

Je viens de d’essayer la piscine, on dirait une baignoire…
Nero

Je viens de payer les factures du Deep Ground. On dirait de l’arnaque !
Rufus


MERDE ! PUTAIN ! BORDEL ! CHIER ! (Maintenant que j’ai prouvé que je pouvais moi-aussi piloter une fusée, où faut-il s’inscrire ?)
Reno

Tu remets tes lacets, pour courir ?
Cid


(Gravé sur l’écorce d’un arbre de la cité des anciens)

Si tu es le garçon super canon qui s’est battu ici la nuit dernière avec les longs cheveux argentés, des yeux d’émeraude, un long manteau de cuir noir zipé, un pantalon moulant et une petite bouche en coeur, je ne dors plus la nuit !!!! Où t’as acheté ton flingue ? Répondre ici : ……………
Vincent


(Sur le mur du bar de Tifa)

Un repas ici : 4 heures de mastication, 40 heures d’aigreurs, 4 semaines de nausées, 4 années de plaidoiries.
Rufus


Un jour mon prince viendra !
Jenova

Depuis le temps que tu l’attends, quand il va te voir, il va avoir un choc…
Lucrecia


(Sur le mur de la salle de cours de Lazard)

Ceux qui ont le savoir, produisent. Ceux qui ne savent pas et ne produisent pas, enseignent. Ceux qui enseignent, transmettent aux nouvelles recrues ce qu’ils savent. Merde, qu’on me dise comment c’est possible !?
Sephiroth


Ce qu’il y a sur ce mur de WC est vraiment odieux !
Hojo

Jetez donc un coup d’oeil dans le miroir : c’est pire !
Weiss


(Dans les toilettes du réacteur de Nibelheim)

Pour gagner un superbe badge “tireur d’élite”, visez juste ! (Demander le badge dans bureau du fond, en sortant, là où y’a marqué “Pr Hojo”).
Anonyme


On me reproche toujours de passer mon temps dans “Loveless”
Genesis

Et moi, on me reproche toujours de commencer des trucs et de ne jamais les finir…
Sephiroth

Ouais. Les enfants, par exemple !
Kadaj


(Dans les WC des turks)

Ah, enfin !… S’asseoir, défaire son noeud de cravate et poser les pieds sur la porte, relax…
Rude


(Dans un ascenseur de la Shinra, au-dessus d’une moquette trempée)

Ce petit pissou m’a purgé de toute la haine que je nourris pour les ascenseurs à musique…
Reno

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LXI - J’ai mal, je t’aime

“On ne souffre jamais seul.

On souffre toujours avec ceux qui souffrent

à cause de votre souffrance.”

E. Wiesel

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Shalua coupa la dernière terminaison nerveuse qui reliait la moelle épinière de Nero au système de contrôle du mécanisme de ses ailes et Reeve retira précautionneusement le second tronçon d’aile. Une horrible écharde de métal au bout de laquelle pendait un imbroglio gluant de chair rougeâtre, de reste d’os, de câbles et de nerfs qui, avec les années, s’étaient formés autour de la structure que l’on avait fixée à la colonne vertébrale, aux côtes et aux omoplates du jeune homme.

- Ca devait lui faire un mal de chien… nota le chef de la WRO en posant la répugnante écharde de métal sur le sol.

Shalua acquiesça sous son masque de chirurgie tandis qu’elle s’affairait sur le dos du ténébreux.

- Les douleurs osseuses sont les pires qui soient. J’ignore comment il a pu supporter tout ça.

Shelke vérifia les fonctions vitales de son ancien compagnon d’armes sur son ordinateur.

- Plus que vingt minutes d’anesthésie, annonça-t-elle.

Reeve hocha la tête.

- Ca suffira largement. Nous avons presque fini.

Pauvre gosse… “ pensa-t-il en lissant la longue chevelure noire de ses mains gantées de latex.

Il secoua la tête, pris de pitié, mais Nero ne sentit pas la caresse réconfortante.

Nero était loin du box de chirurgie du manoir de Nibelheim.

Très loin…

Des années en arrière, en fait…

*

Ce n’était pas le cas de son frère Weiss.

Les coups de pieds furieux de Genesis et la douleur de chaque nouvel impact lui interdisaient la moindre échappatoire à la douleur, ne fût-ce qu’en se réfugiant dans ses souvenirs. Ce n’était pourtant pas faute de provoquer son tourmenter en espérant qu’un uppercut assez fort l’assommerait.

L’ancien chef des Tsviets, l’admiré, l’adoré, l’immaculé Weiss, se tordait sur le sol rocheux en gémissant sous les coups, le souffle coupé, les mains liées et le corps brisé et ensanglanté.

- Dis-lui de revenir ! hurlait Genesis à tue-tête. Appelle-le ! Appelle-le !

Il lui asséna un coup de pied particulièrement violent à la poitrine et le jeune supplicié en eut le souffle coupé mais essaya malgré tout de ricaner.

L’ironie était la dernière arme qui lui restait et il savait que cela rendait Genesis fou de rage.

- Désolé… J’ai pas… son numéro de… téléphone… sur moi…

Son bourreau le saisit par ses longs cheveux blancs et souleva sa tête pour lui parler à un pouce à peine du visage. Un visage qui, il y a encore quelques heures, avant que sa peau éburnéenne n’éclate sous l’impact des coups, aurait rendu jaloux bien des anges.

- Très drôle… Continue à faire le malin et c’est en morceaux, que ton frère te récupérera. Contacte-le ! Utilise ce lien empoisonné qui vous unit ! répéta-t-il en cognant brutalement sa tête sur le sol, lui ouvrant une nouvelle entaille - au front, cette fois. Dis-lui de revenir avec ce qu’il m’a volé !

- Va te… faire… mettre !

L’ex-soldat feula comme un fauve enragé et lui donna un coup de pied si brutal dans ses reins, provoquant une telle douleur, que Weiss s’évanouit.

Genesis jura, comprenant que c’était bien ce que le tsviet avait cherché à faire depuis le début.

- Maudit ! gronda-t-il en Tu ne perds rien pour attendre ! Je te jure que lorsque j’en aurais fini avec toi, tu hurleras tellement et tu appelleras ton frère au secours avec une telle force psychique qu’il aura de la chance si sa cervelle n’éclate pas !

*

Dans le grand open space réservé aux turks dans les plus hauts étages de la nouvelle tour Shinra, Tseng tapait impatiemment du pied.

Que fichait Elena ?

Elle aurait dû être là depuis un moment déjà et le pilote de l’hélicoptère commençait à s’impatienter !

Avec un soupir irrité, le chef des turks se rassit à son bureau, sur lequel était posée une petite boîte blanche de bois laquée ornée de minuscules poignées d’argent ciselé.

N’importe qui aurait pris cette boîte pour un grand écrin à bijoux ou un coffre à trésors quelconque jusqu’à qu’il lise la petite plaque gravée et délicieusement ornementée qui y avait été fixée deux heures plus tôt par un bijoutier réveillé en pleine nuit (et grassement payé pour le dérangement) : ” KALY - R.I.P.* “.

(*Note : pour ceux qui m’ont posé la question par mail, R.I.P. est l’inscription que l’on trouve sur les pierres tombales et les cercueils occidentaux, elle est l’abréviation du latin “Requiescat in pace” (Qu’il/elle repose en paix))

La porte s’ouvrit, laissant passer sa collègue retardataire, qui s’avança avec un grand et luxueux sac cartonné à la main.

Tseng lui adressa un regard lourd de reproches.

- Où diable étais-tu passée ? Nous aurions déjà dû part… Qu’est-ce que tu fais ? s’étrangla-t-il en la voyant ouvrir le petit cercueil.

Elena, guère intimidée, brandit le sac estampillé du logo d’un prestigieux magasin de jouets de luxe.

- J’ai dû faire intervenir quelques contacts pour me faire ouvrir la boutique en pleine nuit, mais j’ai enfin trouvé ce que j’ai cherché toute la journée ! claironna-t-elle en débarrassant le minuscule cadavre de son petit drap d’hôpital bleu.

L’Utaïen faillit en manger sa cravate.

- Elena ! Par tous les Dieux de la planète ! Repose ce fœtus dans son cercueil immédiatement !

La jeune femme se contenta de hausser les épaules et allongea la minuscule créature sur le bureau de son chef avec un petit bruit sec qui retourna l’estomac de celui-ci.

Le mako avait littéralement momifié les tissus, désormais durs comme de la pierre et parfaitement conservés, comme si la vie du petit être s’était figée dans le temps, fossilisée par le mako. En fait, le bébé paraissait dormir et n’importe qui, qui l’aurait vue ainsi, se serait attendu à voir la menotte se resserrer d’instinct autour de son doigt.

Une poupée de cire “ avait pensé Elena lorsqu’elle avait touché le fœtus momifié la première fois. Une poupée de cire comme celles qu’on voit dans les musées… “

Si ce n’est que les poupées de cire étaient à taille humaine alors que le petit cadavre, à qui on avait ôté la vie à cinq mois de gestation à peine, tenait presque tout entier dans sa main.

- Bon sang, Elena, mais qu’est-ce que tu fiches ? s’étrangla Tseng en la voyant sortir de minuscules vêtements de poupée de son sac.

Patiemment, et sans s’énerver ou lui prêter attention le moins du monde, la jeune femme habilla le bébé avec les vêtements de poupée : une adorable grenouillère bleue et blanche brodée de petits poussins chocobo, des chaussons blancs et un petit bonnet assorti.

- S’il veut le voir, il sera mieux comme ça que nu dans un morceau de tissu récupéré à la morgue, répondit-elle enfin, ravie du résultat. Qu’est-ce que tu en dis ?

Le chef des turks frissonna car le bébé avait l’air plus que jamais vivant.

- C’est… (Il soupira) Je ne sais pas si je dois trouver ça sordide ou… Ou… Remets-le là-dedans, tu veux ?

Il se détourna, horriblement mal à l’aise, et la jeune femme allongea doucement le bébé dans son cercueil après en avoir retiré l’horrible drap bleu et referma le couvercle, le cœur un peu lourd.

Cela n’aurait sans doute pas été le cas si elle n’avait pas eu cette fichue conversation, avec Reno.

Ils avaient parlé longtemps.

Sans doute même plus longtemps qu’elle ne l’avait jamais fait et elle était sûre d’une chose : Reno était fou amoureux de Yazoo. C’était une évidence. Une évidence dont le jeune turk ne s’était peut-être même pas encore rendu compte. Il lui avait parlé de l’argenté pendant presque une heure, lui racontant à quel point les découvertes dans le laboratoire secret du Deep Ground l’avaient remué.

Rends le fœtus aussi présentable que possible, d’accord ? “ avait-il demandé avec une timidité et une anxiété qu’elle ne lui connaissait pas. Je suis sûr qu’il voudra le voir avant qu’on le mette dans la crypte”.

Elle l’avait rassuré, alors, lui avait dit que cela ne poserait aucun problème, que le petit corps était parfaitement conservé et que le bébé paraissait dormir.

Reno avait soupiré de soulagement et elle avait souri.

Oui, il était vraiment amoureux…

Et elle ne savait que trop ce que l’on pouvait ressentir en voyant souffrir la personne que l’on aimait le plus au monde.

Les images de la terrible nuit qu’elle et Tseng avaient passé au cratère nord frappèrent à la porte de sa mémoire mais elle ne les laissa pas entrer.

Pas cette fois.

Plus jamais…

Depuis qu’elle avait tenu le petit corps dans ses mains et qu’elle avait vu les premières images de Kay, filmé par Reno, quelque chose s’était réveillé en elle.

Quelque chose avait changé.

Profondément.

Obtenir l’amour de Tseng, ce qui avait été pour elle durant des années la finalité rêvée, le but ultime, commença à perdre de son importance.

Oh, bien sûr, elle l’aimait toujours et ne cesserait sans doute jamais de l’aimer, mais autre chose occupait désormais le premier plan son esprit : un bébé. Elena, qui avait passé une partie de sa vie à ôter celle des autres lorsque la situation l’exigeait, rêvait désormais de la donner…

Elle ne pouvait donc que trop imaginer ce que devait ressentir Yazoo, à qui l’on avait arraché son enfant sans même lui donner une chance de le voir.

Elle trouvait cela cruel, injuste et profondément choquant. Peu importe ce qu’il avait pu faire, deux ans plus tôt, aucune mère ne méritait ça ! Car, aussi curieux que cela semble à dire, Yazoo était bien la mère de la petite créature qu’elle avait habillée avec tant de soin.

Elena avait passé la journée sur Internet et au téléphone pour trouver des vêtements de bébé à la bonne taille. En vain. Même les vêtements pour grands prématurés étaient encore trop larges.

Le vêtir ainsi aussi sonné faux, comme une parodie ou une bouffonnerie de maternité. Elle voulait, au contraire, que tout paraisse normal, naturel. Comme l’enterrement d’un bébé mort-né. Une tragédie, certes… mais une chose qui arrivait souvent. Pas comme un bébé grandissant dans un cadavre et tué par des savants fous uniquement soucieux de performance !

Elena était sûre que, plus cela paraîtrait naturel et plus Yazoo se remettrait facilement.

Pourquoi y tenait-elle tellement ? Aurait-on pu se demander.

Pour Yazoo ? Pour Reno ? Pour le bébé ? Pour elle-même ?

Sans doute les quatre à la fois.

Mais aussi, et surtout, parce qu’elle était une femme et qu’elle comprenait. Oui, elle comprenait d’instinct et savait ce qu’elle devait faire - ou ce qu’elle aurait aimé qu’une autre mère, en devenir ou non, fasse si les rôles avaient été inversés.

Elena souleva le cercueil avec un mystérieux sourire, à la fois triste et paisible, que Tseng ne réussit pas à interpréter.

- Oh, Tseng ! fit-elle sans se retourner. Peux-tu prendre le sac ? J’ai aussi acheté un cadeau pour Kay. Je le donnerai à Loz de notre part à tous.

- Euh… Ou… Oui… bredouilla l’Utaïen. Bien sûr.

Elle sortit et le chef des turks récupéra le sac avec un froncement de sourcils incrédule.

La jeune femme avait quitté la pièce sans même lui adresser un regard. Pas même l’un de ceux qui l’agaçaient tant, dégoulinants d’admiration, qu’elle lui coulait entre ses longs cils, croyant qu’il ne remarquait rien.

Il aurait dû en éprouver du soulagement, voire même de l’espoir en se disant qu’elle avait peut-être enfin fini par comprendre où était leur place à tous deux et accepter qu’il ne serait jamais rien pour elle que son supérieur hiérarchique, mais… curieusement ce ne fut pas le cas.

Si Tseng ne se connaissait pas mieux que ça et ne se savait pas à l’abri de sentiments aussi mesquins qu’improductifs, il aurait pu croire qu’un petit pincement vexé lui avait piqué l’estomac…

*

Allongé sur son lit et une coupe de vin à demi pleine posée sur la table, Vincent regardait les étoiles par la fenêtre entrouverte, goûtant la fraîcheur nocturne.

Lui, Cait et Merill avaient aidé Sephiroth à remettre de l’ordre dans le bureau de Shalua et avaient attendu un peu que cette dernière finisse de s’occuper de Nero mais Reeve leur avait fait signe que ce serait plus long que prévu.

Enlever les restes d’ailes métalliques ne suffisait pas, leur avait-il expliqué, il fallait aussi retirer très soigneusement un appareillage complexe fixé à l’os.

- Vincent…

Celui-ci tressaillit et sentit une armée de petits lézards glacés lui descendre le long du dos en entendant la voix douce qui s’éleva dans son dos, dans l’angle le plus sombre de sa chambre.

La gorge sèche, il pivota lentement et sa gorge serrée émit un son étranglé en reconnaissant la ” visiteuse ” nocturne.

- Lucrecia… finit-il par articuler après plusieurs tentatives infructueuses.

L’apparition s’approcha et tendit vers sa joue une main ectoplasmsique que, bien sûr, il ne sentit pas.

- Mon amour… chuchota la jeune femme, ses yeux fantomatiques brillants de larmes.

Il aurait tant voulu la consoler. La serrer dans ses bras. Enfouir son visage dans ses cheveux et respirer son parfum frais. Il aurait voulu… Oh ! Dieux, il aurait voulu tant de choses…

- Lucrecia… Si tu savais comme tu me manques…

La jeune femme fit des efforts inhumains pour se reprendre et ne pas se laisser aveugler par ses sentiments.

Elle n’avait pas le loisir de se laisser aller.

Le temps pressait.

Il fallait faire vite.

- Vincent… Weiss va mourir, dit-elle de but en blanc.

L’ex-turk se raidit.

- Quoi ?

- Il faut aller le chercher sans tarder ou Genesis va le tuer ! Il n’acceptera jamais de lui livrer son frère. Il préférera mourir et s’il meure… nous ne pourrons plus compter sur l’Omega pour combattre Jenova.

L’apparition trembla, parut se dissoudre, puis réapparut à nouveau mais si pâle qu’on la distinguait à peine.

- Lucrecia ! cria Vincent en bondissant de son lit.

La jeune femme paraissait à présent souffrir et avait visiblement du mal à rester visible.

- Lucrecia… Pourquoi a-t-on besoin de l’Omega ? En quoi Genesis est-il…

- Weiss… l’interrompit précipitamment Lucrecia en luttant pour ne pas disparaître complètement. Weiss vous expliquera tout… La source du mont Nibel… Weiss… Ne le laissez pas… Mourir…

- Lucrecia !

- La source… du mont… Nib…el…

Elle disparut complètement et, après un court instant d’hésitation, Vincent bondit hors de sa chambre et se précipita en direction des appartements de Rufus.

à suivre

IV - Chasse nocturne

« La guerre, c’est comme la chasse,
sauf qu’à la guerre, les lapins tirent. »

C. de Gaulle

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Du calme, Angie… chuchotai-je en regardant le pouce d’Angeal contracté sur le chien du fusil.

Il épaula et posa l’index sur la détente, tenant le canon et la torche de la main gauche.

Avec un tel dispositif, ce qui se trouverait face à la torche serait inévitablement dans la ligne de mire.

- Je me calmerai quand je saurai ce qui se passe là-dedans.

Avant d’entrer dans la tente, il balaya une dernière fois les alentours du faisceau de lumière, dans le sens des aiguilles d’une montre, et refit l’opération dans l’autre sens, plus lentement.

Rien ne semblait bouger.

Il s’apprêtait à tendre le bras pour saisir le rabat quand deux billes vertes accrochèrent un instant la lumière, sur notre gauche, à quelques mètres de la tente.

- Merde ! cria-t-il.

Je reculai d’instinct et il braqua la torche et le canon sur une tête monstrueuse où luisaient des crocs rougeâtres et grands comme des dagues.

- Tire ! hurlai-je au moment où j’entendais la détonation.

Je clignai des yeux, surpris par le bruit qui retentit et se répercuta dans les vallons sur une distance inimaginable.

Angeal tira deux cartouches et une masse de fourrure noire traversa le faisceau de lumière.

- Putain de bestiole ! jura mon ami en braquant la torche vers l’endroit où l’énorme panthère était partie.

- Je croyais que ces animaux étaient en voie de disparition ! fis-je remarquer, hébété.

Mon compagnon avança de quelques pas, dans la direction qu’avait prise le félin, et je le suivis pour scruter la colline en contrebas : un à-pic à donner le vertige.

- Une panthère volante, tu crois ? essaya-t-il de plaisanter.

- Cette saleté a dû faire le tour de la tente, elle n’a pas pu sauter.

- Merde !

Je regardais autour de moi en essayant de percer l’obscurité à la recherche de deux billes vertes et luisantes.

- Elle est partie, assurai-je.

- Tu crois ?

- Je l’espère, du moins…

Ca, c’est le genre de choses que je n’ai jamais pu expliquer.

Autant je peux affronter cinq hommes armés jusqu’aux dents sans broncher, autant les sales bestioles font monter mon stress à un niveau de tous les diables ! A plus forte raison quand la bestiole en question fait dans les quatre vingt kilos et a des dents comme des poignards…

- Oui, il a dû partir, soupira Angeal en retournant à la tente. Il a du venir de la forêt, ce fils de pute ! Il y a quelqu’un ? demanda-t-il en soulevant le rabat. Zack ? T’es là ? Ou vous vous êtes tous enfuis comme des lâches qui se… (Je lui montrai le rabat lacéré et sa voix fut remplacée par une respiration sifflante). Oh mon Dieu ! Zack !

Je le suivis à l’intérieur et mon cœur manqua un battement.

Ce n’était pourtant pas les premiers cadavres que je voyais, loin s’en fallait ! Lorsqu’on a fait cette putain de guerre de Wutaï, on est vacciné à vie pour faire face à ce genre de spectacle sans rendre le contenu de son estomac…

D’ailleurs, je n’oublierai jamais ma première rencontre avec un cadavre, là-bas. Je venais d’arriver, les lieux avaient été sécurisés et, curieux, je me promenais dans l’exotique capitale le nez en l’air, sans faire attention où je marchais. Et, fatalement, j’avais trébuché… pour me retrouver allongé et nez à nez avec un machin à demi putréfié, abandonné en pleine rue sur une civière débordante de fleurs fanées.

Ca m’avait fichu un sacré coup, je peux bien l’avouer !

J’appris plus tard qu’il y avait des coutumes mortuaires bizarres, à Wutaï. Ce qui expliquait que l’on baladait les macchabées à l’air libre pendant plusieurs jours, avant de le mener vers son bûcher funéraire au bord de l’eau au vu et au su de tout le monde, tel un paquet de linge à laver.

Ce n’est pas que je sois particulièrement impressionnable mais, franchement, je n’avais que seize ans et n’y étais pas préparé.

Au SOLDAT, tout ce qui concerne la mort est tellement tabou, pour ne pas décourager les nouvelles recrues, que voir des dépouilles participer pour ainsi dire au train train de la vie quotidienne à Wutaï semblait ” indécent “.

Je me doute que j’ai l’air d’un imbécile en disant ça. Je sais bien que ce n’est qu’une question d’éducation et de coutumes mais avouez que vous n’en mèneriez pas large non plus si vous aviez à l’improviste failli faire un ” love kiss ” à un cadavre recouvert de fleurs fanées - et je vous fais grâce de l’odeur !

Dans la tente où Angeal et moi nous étions figés de dégoût, il n’y avait pas de fleurs ou de cortège pour les malheureux qui gisaient sur le sol. Seulement du sang, des tripes répandues par des blessures béantes et la puanteur âcre de la peur et des corps à qui l’imminence de la mort ôte tout contrôle.

Pas de quoi faire des effets de style…

Ces deux jeunes soldats et le cuisinier, j’avais appris à les connaître et à les apprécier et voir leurs cadavres ainsi déchiquetés me serra les tripes.

- Zack n’est pas là, fit Angeal en parcourant les lieux du regard.

Il balaya l’intérieur de la tente de sa lampe .

- Il doit encore courir, à moins qu’il ne soit blessé et se terre quelque part près d’ici, fis-je avec une ironie morbide que mon compagnon n’apprécia pas.

Il s’était beaucoup attaché à ce garçon, semblait-il. Beaucoup plus que je ne l’aurais cru.

- Il faut le retrouver avant que ce fauve ne revienne, dit-il en sortant de la tente.

J’acquiesçai d’un signe de tête et lui m’emboîtai le pas.

- Zack est allé à bonne école, avec toi. C’est un garçon malin et adroit, il ne se serait pas laissé avoir aussi facilement, essayai-je maladroitement de me rattraper.

Angeal eut un petit rire nerveux.

- Si j’étais superstitieux, Seph, je me dirais qu’on aurait peut-être dû écouter le vieux fou qui nous a mis en garde cet après-midi…

Je me raidis.

- Ne sois pas ridicule ! Rien n’aurait empêché ce fauve de sortir de la forêt voisine pour venir se faire les crocs ici ! A tous les coups, il a été attiré par les bruits. Ou les odeurs de nourriture.

J’avais vu, dans un reportage, que les fauves n’attaquaient l’homme que lorsqu’ils ne pouvaient plus chasser de proies plus dangereuses - ou plus rapides.

Celui-là m’avait paru en pleine possession de ses moyens, pourtant !

Quoi que… en y repensant, pas aussi énorme qu’il m’avait semblé lorsqu’il avait émergé des ténèbres. Même pas aussi massif que les félins gras du bide que l’on voit se traîner mollement dans le zoo de Midgar.

Bien assez grand, cela dit, pour être dangereux.

S’il avait décidé de s’offrir un steak d’humain, peut-être avait-il prévu d’aller jusqu’aux abords de Gongaga. Mais comme nous avions installé le campement ici… Il en avait profité.

- Cette attaque n’est pas une malédiction, Angie, assurai-je, mais une épouvantable malchance ! S’accabler de reproches tardifs ne ramènera pas ces malheureux à leurs familles. Mais on peut peut-être encore sauver ton Zack.

Angeal enfila rapidement ses vêtements et moi mon pantalon et mes bottes sans même prendre le temps de mettre des chaussettes ou de me couvrir le torse - j’ai toujours détesté avoir quelque chose sur la gorge ou la poitrine, je ne sais pas pourquoi. J’avais toujours un pull d’uniforme de secours dans la voiture, de toute façon, au cas où.

Nous fîmes le tour du campement, maîtrisant nos craintes de ne retrouver que des morceaux épars de Zack.

Notre 4×4 nous attendait silencieusement dans le noir, sa silhouette trapue bien visible marquant le début de la sente qui menait à la civilisation, ou du moins, à la sécurité relative de la communauté humaine de Gongaga.

J’aurais donné n’importe quoi en ce moment pour me retrouver au milieu de la foule que j’évitais d’ordinaire. Je crois même que j’aurais pu serrer dans mes bras le vieux chamane poussiéreux s’il avait surgi des ténèbres !

Sans nous concerter, nous nous dirigeâmes droit vers le véhicule et un grincement métallique à peine audible nous fit nous raidir.

Angeal me fit signe de me tenir prêt à ouvrir la portière arrière du break, pendant qu’il pointait à la fois le fusil et la torche vers l’intérieur.

Tendu à craquer, je tirai si brusquement sur la portière qu’elle faillit sortir de ses gonds dans un odieux crissement qui résonna comme un gong en fin de course.

Dans le silence de la nuit, j’avais l’impression d’avoir commis un sacrilège par ce vacarme.

J’ignore encore comment, en dépit de cette tension accumulée, Angeal put se retenir d’appuyer sur la détente lorsqu’un mouvement se fit dans le véhicule.

Si j’avais été à sa place, j’aurais probablement causé un drame car c’était notre pauvre Zack, légèrement blessé à la jambe, qui y avait trouvé refuge.

- C’est vous ! soupira-t-il en nous voyant. Dieux merci !

*

Pendant qu’Angeal bandait la jambe de son protégé, celui-ci nous raconta qu’il avait aussi entendu les hurlements de ses camarades alors qu’il était sorti soulager sa vessie. Mais, au contraire de nous, en entrant dans la tente plongée dans le noir pour leur porter secours, il avait également reconnu le feulement sourd qu’il entendit. Et devinant la nature de la menace, il avait battu en retraite mais pas assez rapidement pour éviter un coup de griffe.

Il avait alors rampé jusqu’à l’abri des parois de tôle de la voiture, sûr que l’animal allait se précipiter à ses trousses.

Le garçon s’excusait à n’en plus finir de qu’il considérait comme de la lâcheté.

- Zack…

- J’aurais dû aller vous avertir, récupérer une arme, défendre mes compagnons !

- Il était trop tard.

- Le contremaître ? demanda soudain Zack. Damon ! Avez-vous trouvé Damon ?

Je secouai la tête.

- Pourtant, il a réussi à s’enfuir de la tente. Je le sais, je l’ai vu ! insista-t-il.

Nous refîmes donc tous trois le tour du camp.

En vain.

Nous trouvâmes pas le cadavre de Damon et personne ne répondit à nos appels.

Je ne sais lequel de nous trois eu enfin l’idée d’aller jeter un œil dans les fondations.

Sans doute pas Zack car, depuis le début de l’après-midi, tous les Gongagiens manifestaient une réticence maladive à s’approcher du temple.

Rufus Shinra leur avait bien sûr interdit de le faire, certes, mais au vu de leurs visages décomposés par la peur, cette interdiction était totalement superflue.

Angeal et moi descendîmes la pente abrupte menant au fond du trou et je l’entendis jurer dans la pénombre en se frappant trois fois le front.

Ce geste me surprit par je ne l’avais jamais vu manifester une ombre de superstition.

Cela dit, en de telles circonstances, j’arrivais presque à le comprendre.

Angeal avait déjà travaillé ici, avant, ainsi qu’à Canyon Cosmo, où les mythes étaient au moins aussi vivaces qu’à Gongaga. Qui savait ce qu’il avait pu voir au cours de ses missions ? Il faudrait que je le questionne là-dessus, un jour. Mais pas en pleine nuit, après trois cadavres mis en pièces et près d’un temple profané…

Angeal se glissa sous le ruban de plastique censé interdire l’entrée par la crevasse ouverte dans le mur du temple, la torche en avant.

Après un pesant silence, il laissa tomber :

- Je l’ai trouvé.

A son ton neutre et à son dos raidi, je devinai une autre mauvaise nouvelle.

Je le rejoignis et vis le corps du contremaître étendu sur l’autel de pierre et couvert de sang comme les autres.

Je notai que les blessures n’étaient pas dues à un fauve ou à quelconque animal : cet homme avait été égorgé par une lame, non par des crocs ou des griffes !

J’échangeai un regard avec Angeal, hésitant à formuler des conclusions qui pourraient s’apparenter à des accusations.

Avions-nous un meurtrier sur les bras en sus d’une bête fauve ?

Nous ne pouvions fournir aucune réponse à cette question pour l’instant.

… à suivre

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Part 12 Les chemins de la vertu… ne sont décidément pas sur la route du Star Tash !

Un cri résonne dans la nuit : NOOOOOOONNNNNN !!!

Dans la chambre de Weiss et de Nero

Nero (qui sort la tête des draps) : C’était quoi ça ?

Weiss (un gros point d’interrogation sur la tête) : Tu crois qu’ils ont des singes hurleurs dans le vaisseau ?

Nero (réfléchit un moment et secoue la tête) : Nan, je pense pas.

Weiss : Alors je vois pas.

Re-cri : AAAAHHHHAIEAIEAIEAIE ! ! !

Nero : C’est Lozy, non ? Faut aller voir !

Weiss (qui le retient par une aile) : Minute papillon ! Avant d’aller butiner ailleurs, tu peux m’expliquer comment ça se fait que tu l’appelles par son petit nom ?

Nero (gaufré par terre, le nez dans la descente de lit) : Non mais tu crois que c’est le moment de me piquer une crise de jalousie ?

Il se dégage, et se précipite dehors, en pyjama.

Pendant de temps, dans la chambre de Loz et Yazoo :

Yazoo (qui maintient les poignets de Loz) : C’est pas la peine de gigoter comme ça, de toute façon t’échapperas pas à… ça !

Loz (s’accrochant aux draps) : NAAAAAAAAAAANNNNNNNNNN ARRREEETEUHHHH NNAAHHHAAWWWWWOUILLE OUILLE OUILLE AIEAIEAIE !

Yazoo (suant au labeur) : Trop tard, c’est fait !

Pendant de temps, dans le cercueil de Vincent, dans les soutes :

Cid (ouvrant le couvercle du cercueil pour sortir la tête) : C’était quoi, ça ?

Vincent (en soulevant le cache à dentelle qui lui couvre le yeux pour dormir) : Vaut p’têt mieux y aller, j’crois que Loz est en train de douiller !

Ils s’habillent vite fait, se précipitent et croisent Nero, Weiss, Tifa, Cloud, Reno… enfin toute la clique dans les coursives et… Tseng, que le boucan a réveillé !

Vincent (voyant Tseng) : Merde !

Tseng : Vous disiez, agent Valentine ?

Vincent: EUH… rien ! Je me demandais ce qu’était ce bruit, hihihi…

Tseng (en remontant son pantalon de pyjama estampillé de fleurs de gingembre utaïennes et en raffermissant sa poigne sur la batte de base-ball qu’il a apportée avec lui) : Allons-y doucement, peut-être un démon s’est-il introduit chez l’officier Loz. Restez derrière moi.

Weiss (se marrant comme une baleine) : Attends de voir la gueule de ” l’introduction ” ! (Nero lui donne un coup d’aile) Aïeuh !

Cloud : Heu… Monsieur ? C’est p’têt pas la peine d’y aller, vous savez…

Tseng : Il le faut ! L’entraide est le ciment d’une équipe bien soudée !

Reno (en aparté à Tifa) : Ca se soude, le ciment ?

Tifa (effondrée) : Reno, tu es vraiment un boulet…

Cloud (insiste) : Yazoo et Loz sont des soldats 1ère classe, après tout, si y’a un monstre là dedans, personne n’est plus qualifié qu’eux.

Tseng : Quand bien même, il faut qu’ils sachent qu’ils peuvent compter sur leurs camarades pour tout !

Weiss (lève le doigt et s’apprête à faire un commentaire enthousiaste mais se reprend un autre coup d’aile de Nero sur la tête) : Mais aïeuh ! T’arrêtes un peu, oui ? !

Cloud (à court d’arguments) : Oui mais p’tet qu’on va les réveiller pour rien et Yazoo peut être très très très en colère lorsqu’on le réveille en sursaut, vous savez…

Tout le monte hoche vigoureusement la tête, sachant très bien ce qu’ils risquent de trouver de l’autre côté de la porte.

Tseng (outré) : Soldat Strife ! Je commence à en avoir plus qu’assez de votre attitude de péteux ! (En se tournant vers les autres) Aurais-je donc affaire à une bande de couards ?

Cloud (les yeux soudain plus mako que bleus) : PETEUX, MOI ?

Sephiroth (sa dignité guerrière traînée dans la boue) : Monsieur ! Avec tout le respect que je dois au chef des turks, je vous demande de retirer ses paroles ou je me verrais contraint de demander réparation sur-le-champ !

Cloud (la bouche en cœur) : Mon hérooooossss…

Tseng (un peu rassuré) : Pardonnez-moi, mais j’ai craint un moment… Enfin ça ne fait rien. On y va !

Il défonce la porte de la cabine.

Tous : NNAAANNN ! ! ! ! ! !

Tseng (qui lâche soudain la batte et fixe le lit) : Mais que…

SHKLONG (bruit de la batte qui tombe sur le sol)

Tout le monde se précipite, s’attendant au pire, et voient Yazoo, sous les draps, appuyé sur les oreillers entrain de fumer une cigarette, un grand sourire aux lèvres.

Les multiples paires yeux glissent alors sur Loz.

Il est allongé, les bras en croix, et fixe le plafond avec un large sourire en banane, aussi béat que niais.

Yazoo (faisant des ronds avec la fumée d’un air d’autosatisfaction intense) : Oui ? C’est à quel sujet ?

Tseng (qui bafouille) : Je… Euh… On a entendu crier… Alors… Bah…

Yazoo : Oh, ça ! Ce n’est rien. Loz a fait un cauchemar mais il va mieux maintenant. Hein, Lozy ?

Loz (qui hoche la tête, toujours béat et le regard toujours au plafond) : Vi, vi… Y va bien…

Tseng (inquiet quand même) : Vous êtes sur ? Il n’a pas l’air très “dans son jus”, là, quand même, hein…

Yazoo : Faites-moi confiance, je m’occupe de lui, monsieur.

Tseng : Bon, eh bien, dans ce cas… Bonne nuit.

Yazoo (tout sourire) : Bonne nuit ! Dis bonne nuit, Lozy.

Loz (qui il agite la main sans se départir de sourire idiot) : Onne huiiii !

Tseng chasse tous les curieux et referme la porte.

Yazoo (se penchant sur Loz) : Ca va mamour ?

Loz : Hein ?

Yazoo : Je te demande si ça va.

Loz (tronche de mongolien) : Kezudit ?

Yazoo (qui commence à s’inquiéter quand même) : Loz, c’est moi ! On se réveille ! C’est ton sucre d’orge adoré !

Loz (qui bondit hors du lit, reprenant ses esprits d’un coup) : Ah ! Ne m’approche pas !

Yazioo : Bah m’amour…

Loz (hystérique) : Sadique ! B’sédé ! Comment t’as pu me faire une chose pareille ? Monstre ! Sans cœur ! Bourreau !

Yazoo (la larme à l’œil) : Mais… je t’aime, mouaaa !

Loz (sur le point de péter les plombs) : Tu m’aimes ? Et tu t’imagines que je vais te croire après ce que tu viens de me faire ?

Yazoo (qui essaye de le prendre dans ses bras) : M’amour…

Loz : ME TOUCHE PAS ! VIOLEUR ! Tu mériterais que je te tranche la tête !

Yazoo (effondré sur le sol en larmes) : Ne me dis pas des choses aussi horribles !

Loz (qui le toise avant de sortir) : C’est ça ! Chiale ! Tu pisseras moins !

Il part en claquant la porte.

Nero et Tifa, qui étaient restés devant la porte à discuter (et a essayer d’entendre ce qui se passait dans la chambre, bien sur), voient sortir Loz comme une furie.

Loz (qui entraîne Tifa avec lui) : Viens là ! Faut qu’j'te cause !

Tifa : Hein ? (elle regarde Nero, qui hausse les ailes - enfin les épaules) Mais keskia ?

Loz : Je t’explique ça dans deux minutes

Il l’entraîne à travers les coursives.

Nero (qui rentre à pas de loup dans la cabine, voit Yazoo effondré) : Ca va pas ?

Yazoo (en larmes) : Laisse-moi ! J’veux mourir ! Il me déteste !

Nero (qui le prend dans ses bras et le berce *ah bah dès qu’il peut profiter d’un câlin, lui…*) : Mais non, mais non, il est sous le coup du bromure, c’est tout…

Yazoo : Il a même dit que je mériterais qu’il me coupe la tête !

Nero (avec de gros poutous) : Allons, allons, il avait plutôt l’air d’avoir apprécie lorsque nous sommes entrés…

Yazoo (en secouant la tête et mettant des grands coups de cheveux à Nero) : Nan ! Il m’a dit que j’étais un pervers !

Nero : Mais non, voyons, il était un peu en colère, c’est tout.

Yazoo : Y m’aime, plus j’te dis ! ! !Il a même dit que j’étais ridicule tout nu ! Et moi qui lui ai tout donné ! Je veux mourir !

Nero (qui ne sait plus quoi dire) : Je te répète que ce sont les effets secondaires du bromure, enfin ! C’est un mauvais moment à passer, c’est tout !

Yazoo : J’peux pas ! C’est trop dur ! Tue-moi !

Nero (qui se dégage) : Ah non, hein ! Ca va bien, maintenant, vos crises de mélo-dramatico-culpabilité-déceptionnée ! Ca va lui passer, je te dis !

Yazoo (qui renifle) : Et en attendant je fais quoi moi, hein ?

Nero : Comment ça ? (Il remarque alors le regard aguicheur de Yazoo mais se souvient - enfin c’est surtout son popotin, qui se souvient - de la façon dont Loz lui a fait regretter d’avoir touché à sa propriété privée) Euh… Nan. Nan, nan, moi j’ai rien à voir dans vos salades, cette fois, hein !

Il se glisse prestement hors de l’étreinte un peu trop collante et s’esquive vers sa cabine façon “surtout ne pas contrarier les grands dépressifs mais poussez pas le bouchon trop loin quand même”.

BONCHH ! Aieuh! Oups…

Ca c’est parce qu’en tournant le coin de la coursive, il est entré en collision avec Tseng…

Nero (toussotant): Ah, euh, tiens, vous ici, Sir ! Quelle bonne surprise, vous n’êtes donc pas encore retourné vous coucher ?

Tseng (encore un peu déconcerté et se disant que décidément quelque chose lui échappe sur ce vaisseau): J’ai eu l’impression que ce serait peut-être bien que je fasse une petite ronde… Dès fois qu’il resterait du danger… Un monstre… Chais pas… Un truc normal, quoi…

Nero (devinant que ça carbure sec sous le crâne de béton du turk): Allons, allons, il n’y a rien d’anormal ici, qu’est-ce qui vous inquiète?

Tseng (en se grattant la tête): Je n’avais jamais vu l’équipage aussi nerveux… On dirait qu’ils sont sous tension et qu’ils me cachent quelque chose…

Nero (en apparté) : Aie…

… à suivre

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LX - Charnelles vapeurs

” Tu noies tes chagrins dans l’alcool ?
Méfie-toi, ils savent nager. »
Y. Mirande

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

Les versions non censurées de ce texte et de cette illustration se trouvent fascicule “Les interdits de www.ff7-yaoi-fanfics.com” tome 2 (voir dans la boutique)

***

- Ca va aller ? demanda Reno en aidant Yazoo à s’allonger sur le lit. Ce n’était peut-être pas une si bonne idée que ça, ce verre de cognac. Je suis désolé, je n’aurais pas dû laisser Rufus te faire avaler ça.

L’argenté sourit.

- Tu n’y es pour rien et Rufus non plus. Il voulait juste que je me détende un peu. Et je dois être le seul homme au monde qui se retrouve dans cet état après trois gorgées d’alcool !

Il rit et le turk l’aida à se déshabiller en admirant le corps pâle à la douce lumière de la veilleuse avant de le recouvrir.

Bon sang ! Ce qu’il mourrait d’envie de lui faire l’amour…

Pourtant, malgré les tendres moments qu’ils avaient passés ensemble, ils n’avaient pas encore franchi le pas - si par “pas”, on entendait “relation sexuelle incluant une pénétration”.

Yazoo n’était pas encore assez à l’aise pour cela et Reno savait qu’il ne le forcerait jamais. Il attendrait qu’il soit prêt à le recevoir même si cela devait lui coûter plusieurs dizaines de nuits blanches.

- Dors, mon ange.

Il déposa un baiser léger sur ses lèvres et passa la main dans ses cheveux argentés.

- Tu… tu ne te couches pas ?

Reno cligna de l’oeil.

- Je vais aller voir comment ça se passe avec Nero, en bas. Et tu as besoin de te reposer après tout ce qui s’est passé.

Yazoo plongea ses yeux mako dans les siens et noua ses bras autour de son cou.

- Reste… S’il te plaît.

- Tu es sûr ?

- Oui. Je veux que tu sois près de moi. Pour toujours… Je t’aime Reno.

Reno goûta à la coupe de ses lèvres le cognac que Yazoo avait bu. Puis il retira sa veste de costume et s’allongea près de lui pour blottir son visage au creux de son cou.

- Reno ? murmura Yazoo au bout d’un petit moment.

Le turk releva lentement la tête.

Les joues de l’argenté avaient pris une teinte rosée et son souffle était un peu haletant.

- Ca va ? Tu n’as pas l’air bi…

Yazoo lui posa un doigt sur la bouche et lui adressa un sourire débordant d’amour.

- Chut…

Sans prévenir, il bascula Reno sur le dos et s’assit sur le matelas.

Avec une lenteur et une tendresse qui chavira le cœur du turk, il fit courir sa petite bouche en coeur sur son cou.

Reno ferma les yeux et les boutons de sa chemise semblèrent fondre entre les doigts de Yazoo. Il la sentit glisser sur ses épaules et il se redressa légèrement pour pouvoir la retirer complètement.

Les doigts délicats et les lèvres de l’argenté tracèrent un chemin caressant sur sa poitrine, son ventre, et la fermeture éclair de son pantalon céda à son tour.

Yazoo le fit glisser le long de ses jambes athlétiques jusqu’à l’envoyer rejoindre la chemise sur le sol, suivi de près par ses chaussures et ses chaussettes.

Lorsque le turk sentit ses doigts se glisser sous l’élastique de son caleçon, il hoqueta, surpris par son audace.

Bah merde ! Tu parles d’effets secondaires… “ pensa-t-il en retenant un sourire.

Des frissons lui remontèrent le long du ventre mais l’incarné de s’attarda pas. Il fit glisser le sous-vêtement jusqu’à ses chevilles et le posa avec le reste des affaires.

Reno entrouvrit les yeux et surprit le regard admiratif que je jeune homme posait sur son corps nu. Un corps mâle, mince et aux muscles bien dessinés. Un corps pour lequel bien des femmes se seraient damnées. Et, au bas du ventre plat, une hampe de chair dure et palpitante.

L’excitation rosit encore les joues de Yazoo et son propre sexe se dressa entre ses cuisses.

- Ce que t’es canon, comme ça… laissa échapper Reno, la gorge serrée.

Les longs cheveux argentés accrochaient la lumière de la lampe et tombaient sur ses épaules comme un châle coûteux. Yazoo était mince mais Reno distinguait parfaitement le dessin ferme de ses abdominaux et la courbe harmonieuse de ses pectoraux ornés de deux petits grains rose pâle.

Très doucement, les mains fines se tendirent vers le visage de Reno et celui-ci ferma de nouveau les yeux, savourant la délicate caresse des doigts fuselés sur sa peau.

L’argenté faisait courir la pulpe de ses doigts sur son corps en évitant soigneusement le bas de son ventre, faisant vibrer chaque nerf.

Le turk soupira en sentant son corps répondre à ses caresses.

Yazoo laissa une traînée de baisers chauds et humides sur sa poitrine. La respiration de Reno s’accéléra et il entrouvrit les yeux. La langue de l’argenté poussa contre l’un de ses tétons, lui arrachant un soupir comme cela envoyait un long frisson directement dans son bas-ventre.

Il apprend vite, la vache… ”

L’argenté l’excita doucement avec ses dents, faisant courir une traînée de baisers sur sa poitrine d’un téton à l’autre.

- Eh, Yazoo baby… Tu sais que tu vas avoir du mal à m’empêcher de sauter dessus, si tu continues ? grogna Reno en mordant sa lèvre inférieure, son front se plissant tandis que les sensations augmentaient.

Yazoo se contenta de sourire et la traînée de baisers descendit sur la surface lisse et dure de son estomac, chaque contact brûlant le faisant se contracter, puis elles fuirent à nouveau.

Reno sentit ses cuisses s’écarter d’elles-mêmes et une partie de lui se révolta alors même que l’autre attendait… anticipait, fascinée.

Le premier baiser sur l’intérieur de sa cuisse le fit sursauter.

Yazoo amena ses doigts à se joindre aux baisers, monta depuis l’intérieur de sa cuisse, joua avec une douceur exaspérante avec ses parties pour descendre jusqu’à l’intérieur de l’autre cuisse. Puis remonta à nouveau. Et sa bouche humide se referma enfin sur lui, sa langue poussant les testicules d’avant en arrière.

Le turk prit une autre inspiration frémissante.

Il aimait ça.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, il aimait que Yazoo prenne les devants et le touche comme ça.

Bah merde, alors ! Si je m’attendais à ça… ”

Cette certitude était invraisemblable, effrayante, dévastatrice…

- Je t’aime, murmura l’argenté en frottant de sa joue le membre soyeux et palpitant.

Il fit courir le bout de sa langue de la base à l’extrémité et entendit le soupir de Reno. Il sourit, le lécha à nouveau dans une longue et lente caresse, poussant le pénis du turk contre son aine.

Celui-ci voulait bouger, soulever ses hanches pour aller au-devant de cette langue et gémit de plaisir pendant que Yazoo continuait cette lente torture insensée.

L’incarné fit doucement courir ses lèvres sur le sexe dur, le mordillant, le frôlant avec ses dents. Sa langue flexible en lécha l’extrémité puis plongea dans la petite fente humide, se tordant comme si elle essayait de s’y forcer un passage et ses doigts caressèrent les testicules, encerclant la chair douloureusement contractée par le désir… doucement.

Reno poussa un râle et ses mains agrippèrent les draps.

- Continue… s’entendit-il mendier. Oh, oui, continue…

Mais Yazoo s’arrêta et Reno frissonna. Il en voulait plus et gémit encore. Un petit son implorant.

Pourquoi arrêtait-il ?

Il sentit Yazoo bouger à côté de lui sur le lit, puis il fut chevauché, le visage empourpré du jeune homme baissé vers lui, souriant.

- Yazoo…

Celui-ci appuya ses mains de chaque côté de sa tête, sur l’oreiller, et se pencha en avant.

- Prends… chuchota-t-il contre son oreille en pressant l’un de ses tétons contre la bouche du turk, son souffle lui envoyant des frissons dans le cou.

Reno n’en revenait pas.

C’était comme si la minuscule quantité d’alcool qu’avait avalée l’argenté avait fait tomber toutes ses inhibitions.

Ne profite pas de la situation, Reno. Contrôle-toi, merde… ” s’admonesta-t-il.

Non, il ne devait pas profiter de la situation.

Il ne le devait pas !

Il ne le devait pas !

Il ne le devait pas !

Mais… le petit grain dur sombra entre ses lèvres douces tandis que Yazoo haletait comme la langue mouillée et chaude de Reno dardait entre ses lèvres pour le goûter, le fouettant rapidement.

Le corps de l’argenté se contracta sous l’effet de l’excitation et les dents de Reno attrapèrent tout doucement le téton entre ses dents. Il tira un peu sur la peau tendre, tenant le petit grain de chair afin que sa langue puisse cingler contre son extrémité.

Yazoo soupira et un spasme lui agita le corps.

Le turk libéra le petit téton molesté et continua de le tremper avec sa langue jusqu’à ce que l’argenté se laisse glisser pour embrasser sa poitrine en allégeant sa tension avec de légers mouvements des lèvres.

Reno inspira profondément et la bouche douce remonta jusqu’à sa gorge, à son menton puis à ses lèvres.

- Je t’aime, mon ange… murmura Reno avant de presser sa bouche sur la sienne.

Leurs langues se cherchèrent et bataillèrent durant un long moment avant que Yazoo ne se redresse, s’installant confortablement sur le ventre de Reno pour frotter ses fesses contre le sexe impatient.

- Reno…

Mais Reno avait rejeté la tête en arrière, perdu dans un flot de sensations qu’il ne parvenait plus à contrôler.

Reno se noyait.

Reno qui sentait sa verge dressée contre les fesses fermes.

Reno qui, le souffle court, se demandait comment on pouvait éprouver un tel plaisir au contact d’un corps si semblable au sien.

Reno qui, bientôt, ne fut même plus capable de penser.

Et lorsque la main de Yazoo descendit sur son propre ventre et commença à caresser son sexe vibrant en rythme avec des mouvements graduels de ses hanches, Reno en oublia même comment respirer.

Il imaginait que c’était sa main, pas celle de l’argenté, qui arrachait de si délicieuses plaintes de ses lèvres entrouvertes.

Il allait tendre sa main vers le sexe dressé lorsque Yazoo lui glissa deux doigts dans la bouche.

Il les accueillit sans protester, les léchant comme s’il se fut agi de son sexe, et il poussa même un petit gémissement plaintif lorsqu’ils se retirèrent… pour se glisser entre les fesses de l’argenté, qui poussa un long soupir en rejetant la tête en arrière dans un envol de mèches argentées.

Reno imagina ces doigts qu’il ne voyait pas se faufiler dans leur caverne de chair et faillit jurer de surprise mais se mordit la langue à temps.

Non, Yazoo ne pouvait pas être en train de faire ça…

Pas son Yazoo baby, si timide et réservé. Même pas dans ses rêves érotiques les plus fous !

Reno tendit les mains pour les poser sur les fesses rondes et sentit le poignet droit de Yazoo faire des mouvements de va et vient de plus en plus rapides tandis que la main gauche s’affairait de plus en plus rapidement sur son sexe, faisant jaillir par intermittences un bourgeon de chair rose de son tendre fourreau de peau. Du bout des doigts, le turk sentit ceux de Yazoo entrer en lui et sortir, vriller et se tordre tandis que ses fesses se pressaient et se frottaient de plus en plus durement sur son propre sexe.

Le turk hoqueta, incrédule.

“Oh, la vache, il le fait…”

***

Alangui, épuisé et le souffle court, Yazoo se pelotonna contre Reno mais ce dernier semblait inanimé.

- Je t’aime…

Pas de réaction.

Pourquoi Reno ne disait-il rien ?

Yazoo parut alors réaliser ce qu’il venait de faire et son ventre se noua.

” Oh, non… Je n’aurais pas dû… Je suis le premier homme de qui il tombe amoureux et je me comporte comme un chien en rut pour quelques gorgées de cognac. Oh, Dieux, Reno, qu’est-ce que je viens de faire… “

Timidement, il lui chatouilla la nuque mais Reno ne bougea pas.

L’argenté sentit les larmes lui monter aux yeux.

” J’ai tout gâché… Gaia, viens-moi en aide, j’ai tout gâché ! “

En réalité, Reno gisait simplement sur le ventre, se complaisant dans les après-fourmillements de son orgasme.

Il aimait la façon dont le cœur de Yazoo battait contre son dos et dont son souffle et le bout de ses doigts lui chatouillaient la nuque.

Avec un pincement au cœur, il le sentit s’écarter et il se mit sur son flanc pour lui faire face.

L’argenté avait enfoui son visage dans l’oreiller, comme s’il avait honte.

Reno se redressa et lui lissa les cheveux mais Yazoo ne releva pas la tête.

- Qu’y a-t-il, Yazoo baby ? murmura Reno, soudain inquiet.

- Je suis désolé… Je me suis comporté comme un sauvage …

Sa voix se brisa et le turk écarquilla les yeux.

- Quoi ? Qu’est-ce que racontes ?

Yazoo leva enfin les yeux. Il pleurait.

Reno, attendri, prit son petit visage dans ses mains et essuya ses larmes d’un baiser.

- Tu es mon ange à moi, chuchota-t-il. Maintenant plus que jamais.

- Tu ne m’en veux pas ?

Le turk éclata de rire et le serra contre lui.

- T’es fou ! Ah ! Ah ! Ah !

… à suivre

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LIX - Mea culpa

“Un véritable égoïste accepte même que les autres soient heureux,

s’ils le sont à cause de lui.”

J. Renard

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : d’après des illustrations de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Cloud, l’oreille collée à la porte de Tifa, ne perdait pas une miette de ce que disait Loz et avait du mal à réaliser que la belle voix grave et posée était celle de l’argenté brutal et obtus - du moins était-ce ainsi qu’il l’avait toujours considéré - qu’il avait combattu à Edge deux ans plus tôt.

- C’est une vieille légende cétra. Celle d’un jeune garçon d’écurie amoureux d’une princesse.

- Un conte de fées ? s’étonna Tifa avec un rire doux.

- Pas exactement. A moins que les contes pour enfants ne commencent par un viol.

- Un viol ? se récria la jeune femme, indignée.

- Une tentative, en fait. Sur la personne de la princesse par son oncle, qui était aussi le conseiller du roi. C’est arrivé dans l’écurie, alors que la jolie jeune femme s’apprêtait à enfourcher son cheval pour partir en promenade.

- Quelle horreur !

- Mais c’est là qu’intervient notre jeune palefrenier.

- Il a sauvé la princesse ?

- Oui. En tuant le conseiller d’un coup de fourche.

- Et comment a réagi le roi ?

Cloud entendit Loz éclater de rire.

- Tu veux que je te la raconte, cette histoire ? Ou tu vas continuer à poser des questions tout du long ?

Tifa pouffa.

- Pardon.

- Bon. Le roi, donc, le père de la jeune femme, voulut récompenser le garçon d’écurie et lui proposa de réaliser son plus grand souhait - dès l’instant qu’il était en son pouvoir de le faire, bien sûr.

- Et qu’est-ce que c’ét… Pardon, pardon.

Cloud ne put s’empêcher de sourire de l’autre côté de la porte.

Tifa ne changerait décidément jamais…

- Le palefrenier, amoureux de la princesse depuis toujours, demanda l’impensable : sa main. Et le roi, outré qu’un simple palefrenier ose prétendre à la main de sa fille, essaya de le dissuader en lui proposant des richesses, des terres et même un château encore plus grand que ce manoir. Mais rien n’y fit. Le garçon voulait la princesse et le roi réalisa bien vite que celle-ci n’était pas du tout hostile à cette union, bien au contraire. En fait, elle était elle-même éprise en secret du garçon d’écurie courageux et avenant.

- Oh ! Un amour secr… Désolée. Je ne dis plus rien, promis !

- Le roi, coincé, décida donc de biaiser et expliqua au jeune homme que seul un noble chevalier pouvait épouser une princesse et que, pour devenir chevalier, il se devait au minimum de briller à la guerre ou de mener une quête importante. La paix régnant depuis de longues années, le palefrenier opta donc pour la quête et le roi, bien entendu, lui en confia une totalement irréalisable. Pars, voyage et trouve la Vérité. “ lui dit-il. Et une fois que tu l’auras trouvée, tu pourras revenir épouser ma fille. ” Le jeune homme ne se laissa pas abattre. Il partit et, durant des années, il chercha la Vérité. Il parcourut le royaume en long, en large et en travers. Il alla demander audience aux sages de chaque cour, de chaque ville et chaque école, interrogea les plus savants d’entre eux mais aucun ne pouvait assurer avoir trouvé un jour la Vérité. Alors le jeune garçon d’écurie s’en fut voir les prêtres, du temple le plus lointain à la plus minuscule chapelle mais, là non plus, personne n’avait jamais vu la Vérité. Mois après mois, il chercha en vain et cinq années passèrent.

- Cinq ans ?

- Oui. Cinq longues années. Et, une nuit, au sommet d’une montagne, alors que, désespéré et honteux, il s’était assis dans la neige pour attendre la mort, une vieille femme l’interpella : J’ai entendu dire que tu me cherchais, mon garçon ? “ Le palefrenier sursauta et vit approcher une vieille femme lépreuse repoussante, sale et couverte de plaies. Qui es-tu ? “ demanda-t-il. Quelle question ! ” rétorqua-t-elle. “La Vérité, bien sûr ! Qui veux-tu que je sois ! “ Le jeune homme, malgré le dégoût que lui inspirait la veille lépreuse, la suivit jusqu’à sa masure et parla avec elle jusqu’au petit matin, lui posant mille questions. Lorsque le soleil fut au plus haut, il dut se rendre à l’évidence : la vieille lépreuse ne mentait pas. Elle était bel et bien la Vérité qu’il avait tant et tant cherchée. Sa quête avait été un succès.

- Et il pouvait enfin repartir épouser sa princesse, conclut Tifa avec un petit rire amusé.

- Eh bien… Pas tout à fait. Il restait un petit détail à régler. Comment prouver au roi qu’il avait bien trouvé la Vérité ? Il s’en ouvrit à la vieille femme. Je suis heureux d’avoir trouvé la Vérité que tant d’hommes ont cherché leur vie durant en vain. ” dit-il. ” J’ai mené à bien la quête que m’a confiée le roi mais… Que dois-je lui dire, pour qu’il me croie ? Que lui répondre lorsqu’il voudra savoir qui est la Vérité ? “ demanda le garçon. Alors, la vieille femme lépreuse se pencha sur l’épaule du garçon d’écurie avec un sourire et murmura à son oreille : Va et dis-lui que je suis jeune et belle. “

Tifa poussa une exclamation ravie et, derrière la porte, Cloud faillit lui-même laisser échapper un hoquet surpris.

- La vérité est une vieille femme lépreuse que personne n’a envie de regarder en face, Tifa, reprit Loz de sa belle voix. C’est pour ça que tu ne peux pas en vouloir à grand frère d’avoir du mal à la regarder droit dans les yeux et de préférer l’imaginer comme ça l’arrange.

- Oh, Loz… soupira la jeune femme, émue.

Dans le couloir, Cloud sentit l’émotion lui serrer la gorge.

Il avait déjà commis des erreurs de jugement, dans sa vie. Beaucoup, même. Mais en ce qui concernait Loz… Force était de constater qu’il ne s’agissait même plus d’une erreur. Il s’était mis le doigt dans l’œil jusqu’au coude, oui !

Barret avait raison.

Cid avait raison.

Tifa avait raison.

Shalua, Yuffie, Vincent…

En fait, tous avaient raison ! Même Marlène avait été plus perspicace que lui ! L’incarné était quelqu’un de bien, un homme digne de ce nom “, comme disait le chef d’AVALANCHE, n’en déplaise aux imbéciles comme… Comme lui-même, en fait !

Toutes les horreurs qu’il avait pu dire au sujet du jeune argenté lui revinrent en mémoire et il sentit la honte lui serrer les tripes. Oh, bien sûr, il pouvait toujours se rassurer en se disant qu’il n’était plus lui-même, alors.

Ouais, tu parles ! Elle bon dos, Jenova, sur ce coup-là, tiens ! “ s’admonesta-t-il, en s’appuyant contre le mur du couloir. Tu t’es comporté comme un connard parce que tu étais jaloux, la voilà, la vérité, mon pauvre Cloud ! “

Il resta là un petit moment encore, immobile près de la porte à essayer de faire le tri dans la tempête qui se déchaînait dans sa tête et sans vraiment chercher à écouter ce que disaient Loz et Tifa.

Il lui sembla cependant qu’il était vaguement question de ” progrès “, de ” blocages qui s’effaçaient petit à petit ” et de ” mettre des mots sur des sentiments “. Apparemment, la jeune femme ne perdait pas une occasion d’obliger son compagnon à parler, à exprimer ce qu’il ressentait et le jeune soldat se souvint avec une pointe de nostalgie du nombre de fois où elle avait essayé de faire de même avec lui.

Contrairement à Loz, Cloud n’avait jamais cédé, restant obstinément enfermé dans sa coquille et, en cet instant, il le regrettait.

L’argenté et son amie d’enfance partirent d’un terrible fou-rire pour une histoire de ” petite souris ” et de ” gros rat ” qu’il ne saisit pas (sans doute un ” truc ” entre eux qu’ils étaient les seuls à pouvoir comprendre) et il s’éloigna en silence dans le couloir enténébré.

Il s’apprêtait à boire de l’eau à la bouteille qu’il avait ramenée de la cuisine dans l’espoir de se dénouer un peu la gorge lorsqu’il vit Denzel, en pyjama, venir à pas de loup en sens inverse.

Lorsqu’il le remarqua, le garçonnet sursauta si fort qu’il faillit lâcher la petite peluche qu’il tenait dans les bras.

- Denzel ? s’étonna Cloud. Pourquoi n’es-tu pas au lit ?

Le petit, pris en faute, rougit brutalement et cacha la peluche derrière son dos comme s’il s’était agi d’un paquet de bonbons qu’il serait allé voler en douce dans la cuisine.

***

Dans le village de Nibelheim, au premier étage de sa petite maison attenante à sa boutique d’informatique, le vieux Stan se coula discrètement hors du lit sans réveiller son épouse. Nauséeux, il se rendit dans la salle de bains, verrouilla silencieusement la porte et alluma la lumière.

Sans doute cette satanée pizza !

Il savait pourtant qu’il devait éviter ce genre de nourriture mais sa gourmandise avait été la plus forte.

Il fit couler le robinet d’eau froide pour s’asperger le visage et laissa échapper un cri étouffé en voyant ses avant-bras recouverts de tâches noirâtres qu’il ne reconnut que trop pour en avoir vu les victimes maintes et maintes fois à la télévision et dans les journaux deux ans plus tôt, lors de l’épidémie.

- Oh, mon Dieu, pas ça…

Il leva plus haut les manches de sa veste de pyjama et son cœur fit un tel bond dans sa poitrine qu’il dut s’appuyer contre le mur carrelé pour ne pas se trouver mal.

Ses bras noueux étaient recouverts de géostigmates jusqu’aux épaules…

***

- Où comptes-tu aller te promener, à une heure pareille ? s’enquit Cloud.

Denzel baissa la tête.

- A la cuisine, j’avais soif.

Le soldat fronça le nez, amusé par le mensonge enfantin, et désigna la peluche que le garçonnet cachait derrière son dos, un petit chocobo bleu fait dans une matière molle et particulièrement douce. Du genre de celle qui conviendrait parfaitement à un bébé…

- Et ton petit compagnon a soif aussi, je suppose ?

Le garçonnet vira au rouge cramoisi.

- Je… J’avais peur de descendre dans le noir.

Cloud pouffa.

- Tu allais voir Kay en douce, mhh ?

- Non ! (Le jeune soldat leva un sourcil, ironique) Je… Je voulais juste lui donner ça, avoua-t-il finalement d’une toute petite voix en brandissant la peluche. Il est tout seul à l’infirmerie et il a pas de jouet alors que Marlène et moi, on en a plein la chambre.

Cloud, aussi amusé qu’attendri, souleva le garçonnet dans ses bras et alla s’asseoir sur une marche d’escalier, à l’extrémité du couloir.

- Il n’est pas tout seul, Denzel, essaya-t-il de rassurer le petit, qu’il avait assis sur ses genoux. Merill et Shalua veillent sur lui. Sephiroth aussi est en bas, ainsi que Shelke et Reeve.

- Ah ? Bon, bah j’ai pas besoin d’y aller, alors. Tu sais, c’était juste comme ça, pour rendre service. Je m’en fiche, moi, de ce bébé.

L’excuse était si maladroite que le soldat faillit éclater carrément de rire.

- Tiens donc ? Tu t’en fiches ?

- Ouais ! acquiesça Denzel, les joues cuisantes, sans oser pour autant regarder son ami en face. C’est que le bébé de Loz, après tout, c’est pas comme si c’était ton bébé à toi.

Cloud tiqua.

- Comment ça ?

- Bah si c’était ton bébé à toi, je m’en ficherai pas, je veux dire.

Commençant à comprendre de quoi il retournait et à quoi rimaient tous ces mensonges malhabiles, le jeune homme sentit un pincement au cœur.

- Denzel… Regarde-moi. Allez, lève la tête. (Le garçonnet obéit en se mordillant la lèvre inférieure, prêt à éclater en sanglots) Pourquoi ne veux-tu pas avouer que tu l’aimes déjà, ce bébé, mhh ? (Denzel ne répondit pas) Pour les mêmes raisons que tu refuses d’avouer que tu aimes Loz de plus en plus ?

Une larme coula sur la joue du garçonnet et il s’agrippa au cou de Cloud.

- J’veux pas que tu nous laisses, moi et Tifa ! sanglota-t-il.

Le jeune soldat le serra fort contre lui et sourit.

C’était donc bien ça, il ne s’était pas trompé. Denzel craignait que s’il montrait trop d’affection pour Loz ou le bébé, Cloud ne se sente rejeté et prenne ses distances. Voire même qu’il disparaisse à jamais de leurs vies.

Mais n’était-il pas le premier responsable des craintes du garçonnet ?

Pas en raison de la façon odieuse dont il s’était comporté ces derniers jours avec les argentés et particulièrement avec l’aîné, non, cela Denzel savait que ce n’était dû qu’à la ” jénovite “. Mais parce qu’au fil des années, il avait donné au petit garçon l’image d’un homme qui, lorsqu’il se trouvait confronté à des difficultés ou à des doutes, préfèrait prendre la fuite plutôt que de s’en ouvrir à ses proches pour trouver la force de les affronter.

Ne me faites pas de peine et évitez de me causer des problèmes ou je m’en vais ! “

Beau modèle paternel et adulte qu’il avait donné à voir là !

Et dire qu’il s’était permis à d’innombrables reprises de juger Sephiroth, Cid ou les argentés - et tant d’autres ! - et de jouer les donneurs de leçons…

C’est toi, le minable, mon pauvre Cloud… “ pensa-t-il. Minable au point qu’un tout petit garçon doit souffrir en silence et taire ses sentiments de peur de te voir t’enfuir comme le lâche que tu es ! “

Un lâche, oui, parfaitement. Voilà ce qu’il était dès lors qu’il s’agissait d’engagement et de sentiments. Un être d’un incorrigible égoïsme et d’une lâcheté sans nom ! Il s’en rendait bien compte, à présent, alors que Denzel sanglotait, blotti contre lui et s’accrochant à son cou comme s’il craignait de le voir bondir sur ses pieds pour disparaître à jamais dans l’obscurité.

Décidément… C’était la nuit de toutes les révélations, ce soir ! Les Dieux avaient-il décidé que le moment était venu de lui asséner une volée de claques afin de lui remettre les idées en place ?

Peut-être bien car Cloud eut un ” déclic “. L’un de ces rares moments où l’on sait que quelque chose en nous vient de changer bien que l’on ne sache expliquer quoi ni comment.

Le jeune homme sentit comme une sensation d’air frais au fond de ses poumons et l’impression que le poids de son cœur trop lourd avait soudain diminué de moitié, qu’il était devenu aussi léger et agréable à porter qu’une plume. Un curieux sentiment d’assurance l’envahit. La certitude, en cet instant précis, de savoir exactement et sans le moindre toute possible non ce qu’il voulait mais ce qu’il convenait de faire et de quelle manière…

Il tapota le dos de Denzel, rassurant.

- Tu veux qu’on reste toujours amis, si je comprends bien ?

- Oui… pleura le petit en redressant timidement la tête.

Le jeune soldat se composa un faux masque déçu et simula une profonde tristesse.

- Et moi qui pensais que tu voulais que soyons beaucoup plus proches… dit-il avec un soupir déchirant. Une vraie grande famille… Je suis désolé, Denzel, je n’avais pas compris.

Le garçonnet fronça les sourcils, perdu.

- Hein ? Mais tu as dit que Tifa et toi vous ne…

- C’est de ma faute, pardonne-moi, le coupa Cloud en poursuivant sur sa lancée, comme s’il n’avait rien entendu. Je dirai à Tifa qu’il vaut mieux qu’elle attende un peu avant de s’engager avec Loz, que tu n’es pas prêt à avoir tout ce monde autour de toi. Elle comprendra, ne t’en fais pas.

- Mais de quoi tu…

- J’ai été idiot, vraiment. Après tout, je suis quoi, pour toi ? Un ami de ta mère, point. Et c’est déjà très bien que m’acceptes en tant qu’ami, je n’aurais jamais dû vouloir davantage. Quel besoin as-tu d’un oncle, en fait, si on réfléchit bien ? C’est vrai. Enfin, ” un “, non. Un bon paquet, en réalité, parce que rien que moi, Kadaj, Yazoo, Cid et Sephiroth, nous sommes déjà cinq frères et si on rajoute les conjoints, à savoir Yuffie, Shalua et Reno, bien sûr, c’est… Oui, c’est beaucoup trop, j’aurais dû m’en rendre compte, Denzel, je n’ai pas réfléchi. Passer d’orphelin à une famille aussi grande avec, en plus, un petit frère, c’est… Ouh !

- Une famille…

- Tu sais quoi ? Je parlerai à Loz et à Tifa dès demain matin et je…

- Attends ! s’écria Denzel en mettant ses petites mains sur la bouche de son ami pour le faire taire.

Cloud cligna des paupières avec une innocence désarmante et sut, en voyant pétiller les prunelles du garçonnet, qu’il était arrivé à ses fins.

- Comment ça, ” une vraie grande famille ” ? insista ce dernier, certain d’avoir mal compris.

Il libéra la bouche de son ami et celui-ci haussa les épaules comme si c’était une évidence.

- Oui, si Loz devient ton papa, je deviens forcément ton oncle, puisque c’est mon frère.

Denzel écarquilla les yeux.

- Ton frère ? Mais tu disais que…

- On s’en fiche, de ce que je disais ! J’avais la jénovite, tu l’as déjà oublié ? Tu crois que Loz, Kadaj et Yazoo m’appellent ” grand frère ” comme ça, juste pour faire joli ?

- C’est vraiment tes frères, alors ?

- Evidemment ! Demande à Loz, tu verras.

- Et Sephiroth aussi, c’est ton frère ?

- Oui. Et Cid, aussi, depuis que Loz lui a donné son sang.

Denzel en resta bouche bée.

- Ouahhhh…

- Mais bon, puisque tu préfères que nous restions juste amis, je…

- Non !

- Non ?

Denzel lui sauta à nouveau au cou mais c’en était fini des larmes et des sanglots. Le garçonnet riait de pur bonheur, cette fois.

- Je veux qu’on soit une vraie famille, avoua-t-il. Et je veux avoir un petit frère. Et je veux aussi plein d’oncles et tantes. Et un vrai papa pour que les copains, ils ne se moquent plus de moi à l’école…

Cloud pressa le garçonnet sur sa poitrine nue en se souvenant de cette terrible journée.

Lorsque l’école de Denzel avait organisé ” la journées des papas “, où les pères des écoliers devaient venir parler de leurs métiers respectifs devant la classe, Cloud avait tenu le rôle comme il l’avait pu. Le soir, cependant, le garçonnet était rentré en larmes et couvert de bleus pour s’être battu contre ses petits camarades, qui l’avaient raillé parce qu’il n’avait pas de ” vrai papa ” à présenter à la classe.

- Avec un papa comme Loz, plus personne n’osera se moquer de toi, assura le jeune homme, sachant à quel point cette journée avait été douloureuse pour le petit.

- C’est clair !

Non, plus personne n’oserait se moquer de lui !

Denzel s’imaginait déjà dans la cour de l’école, attendant avec les autres l’arrivée des parents, qui viendraient pour la plupart à pied.

Alors on entendrait un énorme ” VRAAAOUUUUMMM ! “.

Tous ses copains écarquilleraient les yeux en voyant arriver une grosse moto noire. Les garçons seraient épatés et les filles deviendraient toutes rouges en voyant Loz tout vêtu de cuir noir descendre du bolide avec des armes et tout et tout.

Les garçons diraient : Oh ! Qui c’est ? T’as vu comment il est fort ? On dirait un héros de jeux vidéo ! “. Et les filles : ” Oh, là, là… qu’est-ce qu’il est beau ! T’as vu ? On dirait un chanteur de rock ! “

Et là, lui, Denzel, lancerait sur un ton presque négligent :

- Arrêtez de dire n’importe quoi. C’est mon papa, il est officier 1ère classe dans le SOLDAT. Il est en tenue de combat parce qu’il revient d’une mission super importante avec mon oncle Sephiroth. Hein ? Bah évidemment, le Général ! T’en connais beaucoup, des ” Sephiroth ” ? Bah oui, c’est le grand frère de mon papa. Quoi, je vous l’ai jamais dit ? Ah ouais ? Je croyais.

- Denzel ? Tu rêves ?

Le garçonnet cligna les yeux et sortit de son rêve éveillé pour voir le visage amusé de Cloud, à quelques centimètres du sien.

- Tu diras à Loz que je veux bien qu’il soit mon papa ?

Le sourire du jeune homme s’agrandit.

- Et pourquoi tu n’irais pas lui dire toi-même, mhh ? Je suis sûr que ça lui ferait plaisir.

- Quoi ? Maintenant ?

- Mon petit doigt me dit que lui et Tifa sont réveillés. Et puis on ira ensuite vite fait apporter ton cadeau à Kay avant de retourner se coucher, qu’est-ce que tu en penses ?

Denzel acquiesça vigoureusement, ravi.

- D’accord !

- Laisse-moi juste aller enfiler un t-shirt pendant que tu vas voir ta mère.

Cloud accompagna le garçonnet jusqu’à la porte de la chambre de Tifa, à laquelle il frappa doucement, et poursuivit jusqu’à sa propre chambre, où il alla prendre un t-shirt noir et se passer le visage sous l’eau.

Il n’arrivait pas encore à croire qu’il venait de pousser son rival dans les bras de son ancienne petite amie et de son fils adoptif !

Curieusement, il n’en éprouvait nul regret, bien au contraire. C’était ce qu’il y avait de mieux à faire pour le bien de tous. Quant au reste de jalousie qui lui pinçait bien un peu le cœur, il ferait avec ! Le bonheur qu’il avait lu sur le visage de Denzel valait bien cette minuscule petite douleur. Il avait fait ce qu’il fallait et il le savait.

Il s’essuya le visage en se regardant dans la glace, au-dessus de l’évier, et la conversation qu’il avait eue avec Barret deux jours plus tôt lui revint en mémoire…

- Barret… Comment sait-on si on est un homme ?

- Quoi ?

- Je veux dire… un ” vrai “. ” Fort ” et ” Droit dans ses bottes “, comme tu dis. Comment sait-on si on en est devenu un ?

- J’en sais rien, p’tit. Tout ce que je peux te dire c’est qu’un beau jour, tu te regardes dans le miroir et que tu sais que tu n’as plus besoin de te poser cette question… “

Cloud s’observa un long moment, sourit à son reflet et, du plus profond des océans azurés de ses yeux, une vieille femme lépreuse lui rendit son sourire…

… à suivre

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III - Nuit d’angoisse

« Où serait le mérite,

si les héros n’avaient jamais peur ? »

Alphonse Daudet

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Rufus annonça la suspension des travaux, la plupart des ouvriers rentrèrent chez eux à pied sans même réclamer leur rétribution et le chantier me parut horriblement désert. D’habitude ils restaient dormir sous leur tente et ne repartaient au village qu’une fois par semaine, le jour de la paye.

Ce soir-là, seuls le contremaître, le cuisinier et trois hommes étaient au camp en sus d’Angeal et de moi-même. Mon ami était parti ruminer dans sa tente sans même se donner la peine de manger la nourriture gongaïenne, délicieuse mais trop épicé qui m’avait donné des brûlures d’estomac et des coliques durant les trois premières semaines, ce qui avait beaucoup amusé Zack fair, le petit protégé d’Angeal.

Ce dernier semblait horriblement déçu par la décision de Rudus mais, surtout, très en colère. Je crois qu’il devait m’en vouloir de ne pas avoir suffisamment étudié le terrain avant de commencer les fondations.

Comment pouvais-je deviner qu’une bande de sagouins s’était amusée à creuser un temple dans la roche de la colline pour le condamner ensuite sans la moindre indication de son emplacement ?

Je ne suis pas une devineresse cétra !

Las, je m’assis en tailleur sur le sol, devant ma tente, et allumai une de ces infectes cigarettes à… A quoi, d’ailleurs ? Mieux valait ne pas le savoir mais c’était les seules que l’on pouvait trouver dans le village le plus proche, distant d’une bonne dizaine de kilomètres à vol d’oiseau.

Il n’y avait pas un souffle d’air et la seule chose que l’on entendait était le bourdonnement des moustiques et le murmure des prières du cuisinier et du contremaître.

Depuis que Rufus était parti, ils n’avaient cessé de prier et leurs mélopées me donnaient le bourdon.

Je regardai ma montre bracelet et dus essuyer le cadran couvert d’une poussière rougeâtre pour lire l’heure.

20h00.

Le soleil se couchait et le ciel était d’un rouge agressif, recouvrant le paysage d’un voile sanguinolent. On avait une belle vue depuis le haut de la grande colline.

D’après ce que m’avait expliqué Angeal, le nom de cette colline avait été emprunté à des entités célestes qui commandent aux vents : les mâruts. Il m’a montré une représentation de ceux-ci sur Internet. Il s’agissait de Dieux terrifiants, aux bras multiples et au visage agressif. Il avait ri de ma réaction en m’expliquant que les Mâruts n’était en rien des Dieux maléfiques, tout au contraire.

Au nord, la colline Mârut formait un à-pic de vingt mètres qui donnait sur la route ; l’emplacement que j’avais choisi pour construire la véranda du laboratoire attenant au réacteur.

A cet endroit du sommet, le terrain était droit et plat sur à peu près 1200 mètres carrés ; puis le sol s’abaissait en pente douce vers le sud. Vue du ciel, la colline devait avoir la forme d’une énorme virgule. A perte de vue c’était un terrain vallonné, aride, parsemé de petits bosquets d’épineux, à travers lequel serpentait le large ruban de terre battue qui menait à la rivière.

A une dizaine de kilomètres de la pointe de la virgule, cependant, une masse verdâtre inextricable attirait le regard. C’était la forêt sacrée de Gongaga.

Zack m’expliqua que des milliers de gens y venaient en pèlerinage car c’était dans cette région qu’un Dieu local supposé faire des miracles avait passé son enfance. J’avais insisté pour m’y rendre.

C’était l’une de ces forêts du cru où il valait mieux éviter de mettre les pieds si l’on ne voulait pas se retrouver face une bestiole aussi attachante qu’un serpent vert ou à un troupeau de singes amoureux qui vous collaient aux basques et vous mettaient leur derrière pelé sous le nez, sûrs de leur sex-appeal. Les serpents, c’est vrai, étaient monnaie courante et, une fois, une énorme vipère s’était introduit dans ma tente. J’avais poussé un tel hurlement que je ne sais pas lequel, du serpent ou de moi, avait été le plus effrayé par l’autre. Il avait filé sans demander son reste et j’avais passé une semaine à sursauter à chaque fois que je voyais un câble ou une corde traîner sur le sol.

Pour l’instant, ce n’était pas tant les serpents qui m’effrayaient que le silence entrecoupé par le bourdonnement des moustiques et des prières.

Je fixai le trou des fondations et un frisson glacé me remonta le long du dos. Je ne croyais pas une seconde, bien entendu, qu’une quelconque bêbête digne d’un roman d’horreur allait sortir de là, comme semblait le craindre son altesse Shinra de mes genoux, mais il fallait bien reconnaître que l’ambiance était tout ce qu’il a de lugubre sous ce ciel sanglant. La terre elle-même semblait gorgée d’hémoglobine.

Et si ce terrain appartenait à la famille de Rufus depuis des dizaines d’années, il était fort probable que ce fut bien le cas…

D’après ce que j’avais lu, l’étripage entre familles, clans, castes - ou comme on voulait bien les appeler-, semblait faire partie depuis belle lurette du sport régional, au même titre que les combats de cailles ou de coqs.

J’essayai de m’imaginer Rufus, installé sur son chocobo, en train de mener ses troupes au combat, aboyant des ordres et sautant sur le cul de sa volaille au rythme de sa marche lourdaude.

J’ajoutai au tableau un Palmer gras double courant à ses côtés, parasol ou éventail en étendard, tout en sautillant de temps en temps pour lui tendre un bol de cacahouètes et l’allégorie était presque assez cocasse pour être digne de son altesse ridiculissime.

Bon sang ! Quel gâchis d’avoir mis un tel abruti dans un corps pareil.

Je sortis de ma rêverie pour m’apercevoir que le soleil s’était couché.

Plus aucune lumière ne brillait dans le camp et ma cigarette s’était consumé et éteinte. J’en allumai une seconde et fixai la pleine lune.

Elle me parut énorme.

Après la vision d’un paysage baigné de sang, tout me paraissait à présent couleur de cendre grise.

“Eh allez ! D’abord tu vois le sang, les batailles et la mort et, maintenant, de la cendre. Remarque, t’as de la logique dans tes délires mon pauvre Sephiroth : après la boucherie, le bûcher. Normal. Faut bien se débarrasser des restes”.

Un Rufus échevelé, en larmes et hurlant de désespoir, se dessina devant moi. Je secouai la tête pour chasser cette image et regardai ma cigarette, suspicieux.

“Mais qu’est-ce qu’ils mettent dans leurs putain de clops ?”

Je l’écrasai sous ma semelle et me relevai avec un soupir pour entrer dans ma tente.

J’allumai la lampe posée sur une caisse de matériel en fer blanc, juste à côté de mon lit de camp, et elle vacilla durant un instant. Il était grand temps que je change la batterie.

“Demain”, me promis-je avant de me déshabiller et de jeter mes vêtements à la ronde.

“Quel désordre”, pensais-je en m’allongeant sous la moustiquaire.

Des plans étaient épars sur la planche de contre-plaqué montée sur tréteaux qui me servait de table. Une chaise, une malle, quelques caisses de matériel, une bassine et un nécessaire de toilette complétaient le reste du mobilier, le tout dans une disposition plus qu’approximative et branlante. Quelle misère…

Je me grattai le menton. Après deux jours sans rasage, ma barbe naissante me démangerait.

“Demain”, me dis-je encore en tendant la main pour éteindre la lampe.

Elle était trop loin.

“De toute façon, il n’y a plus de jus…”

Fainéant pour fainéant…

Je fermai les yeux, bras derrière la nuque et essayai de dormir.

En fait, j’étais épuisé. Le drap de coton était agréablement frais mais quelque chose me chatouillait les pieds. Les miettes des biscuits de la veille sans doute. Ou de l’avant veille.

Je secouai les jambes.

Les miettes irritantes tombèrent au fond du lit.

Les voilà qui m’égratignaient le mollet à présent. Elles avaient décidé me m’empoisonner la vie ou quoi ?

Je secouai rageusement les pieds pour les faire tomber.

Elles revinrent à l’assaut de mes cuisses, grimpèrent sur mon ventre, remontèrent vers la poitrine et j’ouvris brutalement les yeux.

Les miettes, ça ne cavale pas… mais les araignées, oui !

Avec un cri de dément, je bondis hors de mon lit, emportant la moustiquaire, dans laquelle je m’empêtrai, et sautai sur place en agitant la tête tout en me donnant des claques sur le corps.

En y repensant, je devais avoir l’air d’un bel épouvantail à moineaux ou d’un fantôme pris d’hystérie.

La mygale détala sous la malle et j’essayai de reprendre mon souffre en luttant pour me débarrasser de la monstrueuse toile d’araignée en mousseline couverte de dépouilles de moustiques. J’entendais encore l’écho de mon cri se répercuter dans la tente.

Tiens… Depuis quand ça avait de l’écho une tente ?

Je me figeai et tendis l’oreille.

Ce n’était pas un cri mais plusieurs hurlements qui se mêlaient jusqu’à ne plus former qu’une lamentation aiguë et hideuse qui me donna la chair de poule et me noua les entrailles.

De ma vie, je n’avais jamais rien entendu de semblable.

Sauf peut-être une fois, lorsque j’étais enfant.

Genesis m’avait invité chez lui, à la campagne, et nous étions tombés le jour le l’abattage des porcs. Les pauvres bêtes poussaient ce genre de cris quand le boucher du village les traînait à travers la cour de la ferme. Ils sentaient qu’ils allaient mourir et qu’ils ne pouvaient rien faire pour se soustraire à ce qui les attendait. Leurs cris devenaient tellement aigus et hystériques qu’ils ressemblaient à ceux d’un enfant. Ils persistaient un long moment lorsque le boucher leur maintenait la tête au-dessus d’une bassine en plastique, où le sang était récupéré pour confectionner les boudins, et leur tranchait la gorge comme on découpe un steak, à grands va et vient de lame, la peau étant trop dure pour la couper proprement.

Oui, ce que je venais d’entendre ressemblait exactement à cela.

Le hululement se mua en un gémissement atroce et se tut.

Je posai la main sur le rabat de la tente et hésitai.

Les croyances des ouvriers me semblaient d’un coup beaucoup moins ridicules…

Et si l’étrange créature qu’avait vomie les fondations où nous avions creusé m’attendait, là-dehors, dans le silence ?

La lampe vacilla, faisait scintiller la lame de Masamune, posée sur la table, et s’éteignit, ajoutant encore à mon angoisse.

Je ne pouvais pas rester indéfiniment planté dans le noir, accroché à un bout de toile.

Je secouai la tête et, d’un geste rageur davantage destiné à me persuader de mon courage qu’à l’exprimer, ouvris le rabat et sortis.

La silhouette massive qui me faisait face me fit tressaillir et un éclair de lumière vive m’aveugla.

- Tu as entendu ?

Je soupirai de soulagement en reconnaissant la voix d’Angeal.

- Oui, dis-je, la gorge sèche.

Il se dirigea vers la tente qui servait d’abri aux ouvriers et à nos hommes.

Je lui emboîtai le pas, mon rythme cardiaque dansant la gigue.

En dépit de la chaleur, j’étais glacé jusqu’aux os.

Je remarquai alors qu’il tenait un fusil à la main et lui étais reconnaissant d’avoir pris une telle initiative.

A quelques mètres, dans la tente du contremaître, tout semblait silencieux et calme.

Trop calme.

Comme si une chose tapie dans l’ombre attendait que nous soyons suffisamment près pour nous sauter dessus.

C’était là.

Je le sentais comme quand un chatouillement sur la nuque vous avertit que quelqu’un vous regarde.

Je voulus prévenir Angeal mais, au moment ou j’ouvris la bouche, cela me parut si ridicule, si fantaisiste, que je la refermai aussitôt.

C’est étrange comme le surnaturel prend immédiatement le dessus dès que l’on ne peut pas donner d’explication à son angoisse.

Sans doute quelque pan de mur s’était-il effondré dans le trou. Les ouvriers avaient pris peur et avaient dû fuir à toutes jambes, voilà pourquoi tout était silencieux.

Angeal avançait lentement, méfiant. Il scrutait l’obscurité en balayant le camp du faisceau de sa torche.

N’eut été la situation difficile, j’aurais presque ri de l’image qu’il offrait : muscles tendus à craquer, le fusil dans une main et une torche dans l’autre, avec, pour tout vêtement, un short ridicule offert par Zack et imprimé de petits lapins “touche pas à ma carotte”.

Curieusement, un air frais s’était levé et la poussière était froide sous mes pieds.

J’avais la chair de poule.

La lune, qui m’avait paru si lumineuse quelques instants auparavant, disparaissait par intermittence sous le voile des nuages.

Angeal s’arrêta devant la grande tente silencieuse, bien campé sur ses jambes, et je le serrais de tellement près que je faillis le heurter.

- Tout va bien là-dedans ? demanda-t-il d’un voix enrouée.

Pas de réponse.

Il me lança un regard anxieux et haussa le ton pour demander :

- Vous êtes là ? Zack ? Est-ce que tout va bien ?

Toujours rien.

Je le vis déglutir avec difficulté et armer le fusil.

La culasse émit un bruit sec et métallique…

…à suivre

II - Patron à céder. Beau. Imbuvable. Très peu servi.

« Un patron, c’est ce genre d’individu qui vous pose une question,

répond à votre place et vous accuse ensuite de parler à tort et à travers. »

Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Illustration tirée du doujinshi “BUBBLES” du Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Bien qu’irrémédiablement agnostique et sceptique, je laissai momentanément de côté mes convictions pour adresser une rapide prière à mon ange gardien, ou n’importe quoi d’autre qui pouvait m’en tenir lieu.

J’étais tout prêt à aller faire une offrande à n’importe quel Dieu qui mettrait sur ma route un spécimen pareil !

A vue de nez, un mètre quatre-vingt de classe et de grâce moulé dans un costume blanc fait sur mesure. Pour un peu je regrettais de ne pas être couturier pour prendre les mesures en question.

Le nouveau venu, à qui je donnais dans les vingt-deux, vingt-cinq ans maxi, ôta ses lunettes de soleil, révélant des yeux en amande aux prunelles bleu-gris comme un ciel d’hiver, hypnotiques. Avec ça, un visage digne d’une statue, bien dessiné sans être trop fin, et les cheveux blonds. Détail curieux, il tenait un mouchoir devant sa bouche pour ne pas respirer la poussière du chantier. Drôle de dandy…

A voir les manières de l’obséquieux en chef, cet Apollon au teint de porcelaine n’était autre que le Rufus Shinra en personne.

Ma journée s’éclaircissait-elle par miracle ?

Cela ne pouvait pas durer…

Et en effet, la faute de goût impardonnable était la poule qui faisait signe à Palmer ” gras-double ” pour lui ouvrir la portière de la voiture de luxe. A peine extirpée de l’habitacle, elle alla se pendre au bras de Rufus, autant pour lui coller ses seins sous le nez que pour ne pas trébucher avec ses talons aiguille sur les pierres du chantier.

Je me demandai où il l’avait trouvée - et surtout combien il l’avait payée - tout en estimant que quel que soit le prix, c’était trop cher.

Attention, que les choses soient claires : je ne déteste pas les femmes par principe. Tout au long de ma courte vie, j’avais déjà croisé de superbes créatures comme on peut en admirer sur les couverture des magazines et même couché avec beaucoup d’entre elles. Difficile, même pour moi (car, à en croire Angeal et Genesis, je suis ce qui se rapproche le plus d’un morceau de glace en matière d’affectivité et de romantisme), de ne pas apprécier leur beauté.

Mais Rufus, lui, descendant de plusieurs générations d’élégance raffinée, se promenait aux bras d’une abomination aux cheveux décolorés coiffés en palmier, moulée dans une mini-robe en skaï noir au ras des fesses et affublée d’un collier de chien clouté !

Il dégringola d’une belle volée de marches dans mon échelle d’intérêt et je commençai à comprendre l’origine des directives aberrantes de Palmer pour la sécurité et la discrétion des lieux. Moi qui espérais à moitié que ” gras-double ” était en partie responsable de l’excès de ” sécurite aiguë ” et que je pourrais discuter avec son patron, j’en étais pour mes frais… Pourvu qu’il ne me demande pas d’aménager un donjon sado-maso dans la cave avec des caméras cachées tournant en permanence !

Laissant de côté mes goûts personnels pour redevenir un soldat 1ère classe responsable de la sécurité, professionnel et neutre, je me portai à la rencontre de Rufus Shinra et de sa suite.

Il jeta un regard méprisant à ma main tendue, déjà noire de poussière collée par la sueur, et dédaigna de la serrer. Je ne pouvais guère lui en tenir rigueur…

Son sous-fifre intervint avec une courbette et récita comme s’il avait passé la nuit à répéter devant son miroir :

- J’ai le grand honneur de vous présenter le président directeur général adjoint, membre éminent du conseil d’administration de la ville de Midgar, chargé de mission pour le cabinet de gestion de l’énergie et en charge du dossier de restructuration du budget, monsieur Rufus Shinra.

A le voir reprendre son souffle, on comprenait aisément qu’il ait dû s’entraîner. Chaque titre et syllabe semblait élever d’un degré supplémentaire le piédestal où était juché son patron, qui me toisait du haut de son curriculum vitae.

Mais à ce jeu-là, nous pouvions être deux.

- Enchanté. Sephiroth Hojo, fis-je avec une ombre de sourire.

Je marquai une pause, puis ajoutai en élargissant mon rictus :

- Mais vous pouvez m’appelez ” Général “, en toute simplicité.

Pour une fois, j’eus une pensée reconnaissante au père du dandy pour ce grade, gagné de haute lutte durant la guerre de Wutai.

En réalité, tous les gens que je connaissais m’appelaient simplement par mon prénom - voir Seph ou Sephy pour certains - mais je n’avais pas l’intention de faire une fleur à ce fils à papa pète-sec.

La moue pincée de son altesse sérénissime, qui en oublia de se couvrir la bouche de son mouchoir, me dit que j’avais atteint mon but.

Je contins un sourire et me promis de faire un effort pour ne pas me montrer trop désagréable. D’ailleurs, me souvenir que je devais rendre des comptes à ce type dissipa aussitôt toute envie de rire comme une douche glacée. Aussi glacée que la voix de Rufus quand il me demanda où en étaient les travaux.

Son langage châtié était aussi impeccable que son costume mais je n’allais pas m’en laisser conter par un nobliau.

- Eh bien, comme vous le voyez, le vieux temple a été rasé. Nous creusons actuellement les fondations dans les ruines pour installer le réseau de thermo-détection. Voulez-vous voir cela de plus près ?

Sa poule lui lança un regard peu enthousiaste et lui-même fronça le nez en regardant les ouvriers charrier les pierres concassées hors des tranchées béantes.

Inutile de me faire un dessin… Il n’avait pas envie de salir ses chaussures à vingt mille gils pour aller voir suer les hommes qui rénovaient son fichu réacteur.

Je craignis de ne pas pouvoir rester civil bien longtemps avec ces trois snobs quand des cris et un grondement sourd retentirent.

Un nuage de poussière s’éleva soudain des fondations, et Angeal courut vers la source du vacarme. Je m’élançai moi aussi, laissant son altesse planté près de sa voiture de luxe.

Les ouvriers s’étaient regroupés autour d’un des leurs, qui avait lâché son marteau piqueur et se tenait la tête entre les mains. Devant lui, le sol s’était effondré et béait sur ce qui semblait être une cave plongée dans l’obscurité.

Je repoussai ses collègues pour l’atteindre, devancé par Zack et Angeal.

L’ouvrier s’était figé, comme s’il s’attendait à être foudroyé sur place. Je le secouai doucement.

- Eh ! Ca va aller ?

- Il est juste choqué, intervint Zack.

L’homme secoua la tête et vomit un flot de plaintes incompréhensibles.

- Du calme, fis-je en le prenant par les épaules. Ce n’est rien, personne n’est blessé. Qu’est-ce qu’il dit ? demandai-je à Zack.

- Il n’arrête pas de répéter qu’il a commis ” un péché “.

- Un péché ? Il y a eu un accident, ça arrive. Dis-lui bien qu’il ne sera pas renvoyé pour ça.

Zack traduisit et l’homme se calma un peu.

- C’est quoi le trou, en dessous ? demanda Angeal.

- Il faudrait commencer par faire le plan de ces caves du vieux temple - ou quoi que ce ça puisse être - et voir comment en tirer parti ou les éviter. On ne peut pas faire passer des tonnes de câblage destiné à transmettre des données sécurisées comme ça, à l’aveuglette, au-dessus d’un espace vide dont on ignore s’il est accessible ou non de l’extérieur.

L’ouvrier désigna du doigt des pierres sculptées mises en pièces, à ses pieds. Il blêmit, pour autant que je puisse en juger sous la terre qui le couvrait, et leva vers moi des yeux pleins de terreur en débitant je ne sais quelles explications d’une voix tremblante et surexcitée.

- Qu’est-ce qu’il dit ?

- Le temple, traduisit Zack. Il dit qu’un démon était enfermé sous le temple.

Allons bon… Il ne manquait plus que ça à ma journée ! J’allais finir par croire à leurs sornettes et penser que j’avais écopé d’un mauvais karma en débarquant ici.

- Que se passe-t-il ? demanda une voix sèche au-dessus de moi. De quel temple parlez-vous ?

Rufus m’avait suivi, au péril de ses mocassins en… en je ne sais quoi d’ailleurs - pas du cuir en tous les cas -, et semblait hypnotisé par l’ouverture béante dans les fondations des futures enceintes de son réacteur mako.

La pointe d’appréhension que je devinai dans son expression m’intrigua.

Le chef des ouvriers se répandit en courbettes se lança dans explications où il était question d’une légende concernant un démon, enfermé dans un temple.

A ma grande surprise, monsieur le prince, champion de la modernité, la connaissait déjà et semblait y attacher beaucoup plus d’importance que moi.

Arrachant son bras à l’emprise de sa petite amie - ou devrais-je dire son “esclave” ? - d’un mouvement brusque, il bondit dans le trou et, pendant une fraction de seconde, la grâce féline de son saut me détourna de mon antipathie à son égard. Un gâchis pareil, c’était bien la preuve qu’il n’y avait pas de dieux ou de démons en ce bas monde !

Rufus se pencha sur les pierres sculptées, les replaçant dans leur position initiale, et entreprit d’enlever la terre recouvrant le mur de part et d’autre du trou. Il semblait vouloir déchiffrer les fresques.

Je pris mon mal en patience et attendis sous le soleil de plomb qu’il daigne nous faire part de ses conclusions. J’aurais bien sauté dans le trou pour y patienter à l’ombre de la cave mais j’avais l’impression que cela ne serait pas très bien accueilli…

Enfin Rufus se redressa et m’adressa un regard en biais.

- Ce temple a été bâti par les cetras. Il est écrit ici qu’un certain Idfern ou Ilfern y a fait emprisonner une créature malfaisante…

- Ah. Et… c’est grave ? demandai-je, sarcastique.

Il me jeta un regard meurtrier.

J’espérai de tout mon cœur qu’il n’allait pas renoncer au projet pour ces balivernes - la permission de deux mois entiers que je pensais m’accorder à la Costa del Sol dans un hôtel de luxe entouré de petits minets alléchants en dépendait !

Je ne tenais cartes pas à démolir un patrimoine archéologique mais, au point où on en était, il ne devait plus rester grand-chose à sauver. L’antique temple avait été rasée et le mur de la cave éventré.

Rufus pointa du doigt un motif entrelacé qui semblait courir le long du mur.

- Ceci était le sceau qui condamnait le temple. Il a été détruit par cet ouvrier.

Le malheureux terrassier priait toujours et ses camarades, pleins de pitié, le regardaient comme s’ils s’attendaient à ce que ce démon sorte du sol pour le croquer.

- Cet homme creusait là où on lui avait dit de creuser. Nous n’avions aucun moyen de savoir que c’était un… ” lieu sacré ” ou comme vous voudrez bien l’appeler.

- Cela n’en est plus un maintenant, répliqua le petit prince blondinet avec animosité.

Visiblement, il m’en tenait pour responsable.

Heureusement, Angeal intervint pour m’empêcher de répondre vertement.

- Pouvons-nous faire quelque chose à ce sujet, monsieur Shinra ?

Angeal avait toujours été plus diplomate que moi.

Rufus réfléchit un instant puis demanda des torches.

Palmer s’empressa d’aller chercher un projecteur forte puissance dans le coffre de la voitre et je me demandai vaguement pourquoi il avait un truc pareil sous la main. Avant de me souvenir de la fiabilité toute relative des routes et de l’alimentation électrique locale…

Rufus désigna Palmer d’office pour descendre le premier avec la torche. Il le suivit, m’interdit d’un geste sec d’en faire autant, et Angeal posa une main sur mon bras pour m’empêcher de lui sauter à la gorge.

J’attendis en battant de la semelle dans l’air suffocant que ” sa majesté ” se soit avancée dans l’obscurité pour me glisser dans le trou avant qu’il ne puisse protester.

Il me fusilla du regard mais je n’en avais cure.

La vue du temple me rassura un peu. Nous n’avions pas fait trop de dégâts. Les bas-reliefs étaient intacts pour la plupart. Et, par chance, ceux que le mur éventré portait à l’intérieur semblaient incomplets, comme si le temple avait été achevé à la hâte.

En réalité, ce n’était qu’un des milliers de petits temples cetras mineurs qui parsemaient le continent comme des grains de sable sur un sandwich de plage. J’aurais été désolé d’avoir contribué à la destruction d’un site archéologique ou d’un trésor d’art antique.

- Apparemment, plus de peur que de mal, soupirai-je.

Rufus me fustigea d’une œillade peu amicale et Palmer rentra la tête dans les épaules.

xox

Gongaga, 12 mai, 19h17.

Journal de Rufus Shinra

Cette journée a tourné au cauchemar. Palmer m’avait bien mis en garde contre l’impudence de Sephiroth, et il n’avait pas tort. Je me demande comment ce rustre a pu s’élever au grade de Général. Non seulement il a été très malpoli avec moi mais il méprise la culture et le passé de notre planète. Le contremaître m’a même rapporté la prédiction d’un saint homme que ce Sephiroth a presque chassé du chantier le matin même. Le châtiment n’a pas tardé : les ouvriers ont mis à jour le temple dont parlait la légende du prince cetra Hendraa ; les scellés des murs ont été brisés par les marteaux piqueurs. Je n’ose imaginer quels autres désastres il va causer. Déjà, un pressentiment étrange et désagréable de mort imminente m’envahit et je sens déjà les flots de la rivière de la vie lécher mes jambes.

S’obstiner à remettre en état ce réacteur est folie mais folie plus grande encore serait de ne pas essayer de réparer les dégâts causés par cet imbécile de soldat !

Jamais homme ne n’avait inspiré une telle antipathie. Il semble traîner derrière lui une aura infestée et malpropre bien digne de son père, ce fou d’Hojo.

Bien sûr, aux yeux de n’importe qui d’autre, il apparaîtrait comme un bel homme. J’ai bien remarqué que le regard de Babeth s’attardait sur lui plus que la décence et sa condition de soumise ne le lui permettaient.

Je pense d’ailleurs prendre les mesures nécessaires pour renvoyer dès demain cette putain incapable de comprendre que son maître est le seul qu’elle doive regarder de la sorte. Palmer n’aura nul mal à me trouver une remplaçante. Je pense jeter mon dévolu sur cette comédienne que l’on voit partout sur les jaquettes de films SM depuis quelques mois. Comment s’appelle-t-elle déjà ? Peu importe d’ailleurs. Je ne lui demande pas d’avoir un nom mais qu’elle joue son rôle d’esclave, m’obéisse et sache me faire jouir quand je le lui ordonne.

J’ai expliqué à ma vielle nourrice ce qui s’était passé au réacteur en espérant qu’elle sache peut-être quoi faire. Elle s’est contentée de pousser un cri strident en se couvrant le visage des mains. J’ai eu beau tenter de la calmer, rien n’y a fait.

J’avoue que, ma colère passée, sa réaction m’a effrayé et je sens des serpents me ronger les entrailles.

J’essayerai encore demain d’obtenir les renseignements qu’elle pourrait me fournir et, si ce n’est pas le cas, je serai contraint de chercher dans la bibliothèque de Nibelheim. Dieux que je déteste cette pièce et ce manoir ! Ils semblent pleins de murmures.

J’ai ordonné que l’on suspende les travaux jusqu’à nouvel ordre. A l’annonce de cette décision, le petit rire sarcastique de Sephiroth m’a donné enviede le jeter de la colline en contrebas pour l’entendre se briser les os. Comment son esprit obtus de militaire mal dégrossi pourrait-il saisir toute la gravité de sa faute ?

C’est étrange… Jamais je n’ai senti gronder une telle haine en moi pour un homme.

Jamais…

…à suivre

LVIII - Un cercueil contre un berceau

” Il n’y a pas de cimetière assez grand

pour engloutir le passé.”

A. Kivimaa

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Vincent fit irruption dans l’infirmerie, Merill se tenait devant la porte du bureau de Shalua, pétrifié, le bébé de Loz dans les bras.

De l’intérieur parvenaient des bruits confus de sanglots et de bris d’objets que l’on aurait jeté sur le sol ou contre les murs.

- Monsieur Valentine, vous voilà enfin, Dieux merci !

L’ancien turk posa Cait sur le sol et jeta un œil en direction du box de chirurgie vitré, inquiet que le boucan ne déconcentre Shalua et Reeve.

- Ne vous en faites pas, monsieur Valentine, le rassura Merill, la salle de chirurgie est insonorisée.

- Reste ici et n’interviens pas, quoi qu’il arrive, ordonna Vincent en entrant dans le petit bureau.

Le garçon n’eut pas le temps protester que la porte se referma sur l’ex-turk.

*

- Tu meurs d’envie de descendre voir le bébé ! railla Tifa en éclatant de rire. Allez, admets-le ! Tu ne vas pas commencer à faire comme Cloud et essayer de cacher ce que tu ressens ou ce dont tu as envie !

Cloud, qui revenait de la cuisine avec une bouteille d’eau, s’arrêta devant la porte de Tifa en entendant prononcer son nom et tendit l’oreille.

Il n’était vêtu que d’un pantalon de pyjama et il frissonna en appuyant son dos nu contre le mur du couloir plongé dans l’ombre.

- Très bien, c’est vrai, j’ai envie de descendre, acquiesça Loz en riant lui aussi. Mais je ne le ferai pas. Je veux être fixé sur son état de santé. Tu as vu ses pieds ?

- Oui. Nero nous dira peut-être ce qui s’est passé. Je suis persuadé qu’hormis cela, il va très bien.

- Pourquoi dis-tu que grand frère essaye de cacher ce qu’il ressent ?

Dans le couloir, ce dernier se raidit.

- Parce qu’il l’a toujours fait. Tu sais que ça me fait vraiment bizarre, lorsque je t’entends l’appeler comme ça ?

- C’est ce qu’il est. Comment veux-tu que je l’appelle ?

Le doux rire triste de Tifa tinta derrière la porte close et Cloud sentit un pincement au coeur.

- Je crains, hélas, qu’il ne soit pas de ton avis, Loz. Contrairement à Cid, il considérera toujours les cellules de Jenova qui sont en lui comme une souillure. Jamais il n’acceptera d’en voir le côté positif, ce lien qui vous unit tous, plus fort et indestructible que n’importe quelle attache familiale. Cloud a toujours été un solitaire.

Loz soupira.

- Les gens changent, parfois. Regarde ceux qui sont ici, dans ce manoir.

- Oh, Cloud peut changer d’attitude envers les autres, j’en suis certaine. Mais de là à se pardonner à lui-même et à accepter ce qu’il est… Ou du moins ce qu’il croit être, c’est une autre histoire.

Dans le couloir, les mains de Cloud se contractèrent si fort sur la bouteille d’eau qu’il tenait à la main qu’il faillit la faire éclater.

- La vérité est une vieille femme lépreuse que personne n’a envie de regarder en face, Tifa.

- Que c’est joli ! Où as-tu entendu çà ?

Le Soldat tiqua, étonné d’entendre ce genre de choses dans la bouche d’une grande brute comme Loz.

- C’était il y a longtemps.

- Encore de tes histoires, pas vrai ? Avoue !

Loz éclata de son beau rire grave et Tifa insista.

- Raconte-la-moi !

- Tifa…

- Allez, s’il te plaît !

- Tu sais bien que je ne suis pas à l’aise pour parl…

- Sornettes ! Tu racontes merveilleusement bien ! Ne m’oblige pas à te supplier, Loz.

Cloud, de plus en plus surpris, colla son oreille contre la porte.

Il entendit grincer un peu le lit et imagina la jeune femme se blottir contre l’argenté à la façon d’une petite fille pour écouter attentivement l’histoire qu’il s’apprêtait à raconter.

*

Le mythique général avait transformé la pièce en zone sinistrée.

Des documents étaient éparpillés partout sur le sol, les meubles, hormis le bureau où était posé l’ordinateur portable où défilaient les images vidéo, avaient été renversés et des dizaines d’objets avaient été brisés.

Sephiroth empoigna le fauteuil où il était assis quelques instants plus tôt avec l’intention évidente de le lancer contre le mur ou, pire, contre la vitre sans tain qui séparait le bureau de Shalua du laboratoire mais Vincent s’interposa.

- Ca suffit ! cria l’ex-turk en lui saisissant les avant-bras.

- Lâche-moi ou je te jure que je te…

- Tu n’es pas responsable de ce qu’Hojo leur a fait ! insista Vincent en vissant son regard purpurin au sien sans desserrer sa prise.

Les yeux de Sephiroth étaient rouges et son visage souillé des larmes qui en avaient coulé, et qui coulaient encore, ruisselant sur ses joues jusqu’à son menton, sa gorge et sa poitrine nue. Mais sa bouche, elle, se tordait en un rictus haineux qui découvrait ses dents de carnassier.

- J’aurais dû l’en empêcher !

- Tu n’étais toi-même qu’un petit garçon, lorsque les jumeaux sont nés !

L’ancien cauchemar de la planète repoussa Vincent avec une telle brutalité qu’il alla s’écraser contre la seule étagère encore debout, provoquant une avalanche de livres et de dossiers.

Il leva ensuite le fauteuil au-dessus de sa tête avec un cri de rage et allait le lancer contre la vitre sans tain lorsque l’ex-turk se redressa et l’apostropha.

- C’est ça, vas-y ! hurla celui-ci, à son tour fou de rage. Profites-en, Nibelheim a été reconstruit et sa population a triplé !

Il ramassa un briquet dans un tas d’objets épars, sur le sol, et lui lança avec colère.

- Tiens ! Amuse-toi ! Avec trois fois plus de victimes, ce sera encore plus drôle à faire flamber que la première fois !

Sephiroth blêmit à tel point que Vincent le crut sur le point de se trouver mal et reposa le fauteuil avant de s’y laisser tomber, profondément choqué.

Vincent, comprenant qu’il était allé trop loin, s’approcha et lui posa la main sur l’épaule.

- Je suis désolé, je n’aurais pas dû dire ça. Tu n’étais plus toi-même, alors.

Le regard du Soldat glissa jusqu’à l’écran de l’ordinateur portable, où les images des vidéos de surveillance du cratère nord continuaient à défiler.

- Quelle importance, que je sois moi-même ou non au moment où les malheurs surviennent… soupira-t-il. Force est de constater que j’ai toujours été incapable de les empêcher de frapper.

L’ex-turk le serra contre lui, le gosier noué.

- Tu n’as pas le droit de te reprocher ce qui est arrivé au cratère nord.

- J’aurais dû le sentir. Sentir leur présence. Leur souffrance. Leur existence !

- Ton père et Ashton Shinra sont les seuls coupables, Sephiroth.

- Pourquoi ? Pourquoi ont-ils fait ça ? Ils m’avaient moi, à cette époque ! Et Angeal ! Et Genesis ! Comment ont-ils pu vouloir créer d’autres “super-soldats” avec tous les risques que cela comportait ? Ils le savaient ! Ils connaissaient les risques !

- Ce n’était que des expériences, pour eux. Tout comme toi. Et moi. Et Nero. Et Weiss. Et Cloud. Et tant d’autres… Tant d’autres, Sephiroth…

- Ils n’étaient que des petits garçons innocents, Vincent… Ils n’étaient que des petits garçons… Mes petits garçons…

Vincent resserra son étreinte.

- Je sais…

*

Au fond du parc du manoir, Yazoo frissonna et sursauta lorsque la main de Reno se posa sur son épaule.

- Pardon. Je t’ai fait peur ?

L’argenté s’essuya les yeux et secoua la tête.

- Non, tu m’as surpris, c’est tout.

Le turk désigna du menton le mausolée des Shinra qui se découpait dans le ciel nocturne éclairé par la pleine lune.

- Je t’ai dit que ce n’était pas lugubre mais de là à venir en pleine nuit… essaya-t-il de plaisanter.

- Même la nuit, je… enfin, ce n’est pas lugubre du tout, en effet.

Reno lui lissa les cheveux et lui tendit un mouchoir.

- Ca va aller ?

Yazoo acquiesça et se força à sourire en se tamponnant les yeux.

- Oui, bien sûr, ne t’en fais pas. C’est… C’est très joli, tu avais raison. Quand… Quand vont-ils amener le… le corps ?

- Demain. Elena a appelé tout à l’heure.

- Elle a appelé ? Si tard ?

- Elle et Tseng voulaient que le filme Kay avec mon portable pour leur envoyer, expliqua le Turk. Je crois bien qu’eux aussi sont en train de tomber amoureux de ce bébé !

- Il est si mignon…

- Le tien l’était aussi, fit une voix dans leur dos.

Ils se tournèrent pour voir Rufus Shinra venir ver eux, emmitouflé dans un élégant manteau de laine gris.

- Tu veux entrer ? demanda-t-il encore à Yazoo en agitant un trousseau de clés.

- Comment saviez-vous que nous étions ici ?

- Gretta m’a dit que tu lui avais demandé où se trouvait le mausolée. Venez.

Il déverrouilla la magnifique porte de fer forgé, qui s’ouvrit sans même un grincement, et une agréable odeur de fleurs fraîche leur chatouilla les narines.

Rufus actionna un interrupteur et une douce lumière dorée éclaira la crypte, toute de marbre rose et luisante de propreté.

Durant la journée, les rayons du soleil passant à travers les vitraux représentant les magnifiques jardins de la terre promise des Cetras devaient illuminer les lieux de mille couleurs chatoyantes et, sur chaque tombeau, vide ou non, des statues d’anges souriants jouaient de la musique, lisaient ou devisaient au milieu des fleurs et des plantes d’hiver.

Le jeune président sourit devant l’expression étonnée de l’argenté et échangea un sourire entendu avec Reno.

- Tu vois ? fit celui-ci. Je t’avais dit que c’était clair et paisible.

- La section réservée aux enfants est ici, les guida Rufus. Elle est vide, pour l’instant.

Il les mena vers ce qui ressemblait à la reproduction d’un petit château de conte de fées en albâtre multicolore, sur lequel veillaient des chérubins joufflus et des créatures fantastiques, sympathiques dragons rondouillards et souriants ou fées et lutins facétieux qui se cachaient dans les tours ou derrière les colonnes.

La porte et les deux grandes fenêtres du château étaient en fait les plaques funéraires fermant les niches prêtes à accueillir trois petits cercueils.

- Mon père disait que nous n’avions pas à faire supporter notre tristesse aux morts, expliqua Rufus. Et moins encore si ces morts étaient des enfants.

Yazoo tendit la main pour caresser l’aile d’un dragon jovial qui tendait un panier destiné à recevoir des fleurs pour les petits défunts.

- Loz doit choisir un berceau et moi une boîte… ne put-il s’empêcher de remarquer, amer et incapable de ravaler ses larmes. Le destin ne manque pas d’humour…

Reno ouvrit la bouche, prêt à le consoler, mais Rufus lui posa la main sur l’épaule et secoua la tête.

L’argenté avait besoin de faire sortir sa rage et sa frustration.

Ils le laissèrent donc déverser son trop plein de peine et colère en silence, jusqu’à ce que, au bout d’un long moment, Yazoo se reprenne, s’essuie le visage et se tourne vers eux.

- Je suis désolé, s’excusa-t-il en rougissant. Je ne devrais pas dire des choses pareilles. Kay et Loz n’y sont pour rien.

Rufus et Reno lui sourirent, rassurants.

- C’est normal, que t’aies la rage, fit ce dernier.

- C’est humain, renchérit le jeune président.

L’argenté sentit un coup au cœur et les larmes lui remonter aux yeux mais sous le coup de l’émotion, cette fois.

” Humain “

Lui, Yazoo, était humain

C’était la première fois qu’on lui disait une chose pareille mais comment leur faire comprendre à quel point ce simple petit mot lancé de façon aussi naturelle le flattait plus sûrement que le plus retentissant des panégyriques ?

- Je vous remercie d’accepter d’accueillir mon… fils ici, Rufus.

” Mon fils “

Que ces mots, qu’il disait pour la première fois sonnaient bizarrement dans sa bouche…

Un instant, il craignit même qu’une trace de sarcasme n’apparaisse sur le visage de Rufus ou de Reno mais ce ne fut pas le cas, loin de là.

- As-tu réfléchi au nom qu’on doit faire graver sur la plaque ? demanda le jeune président. (Yazoo blêmit) Ca ne fait rien, ce n’est pas urgent, prends le temps de réfléchir, je…

- Kaly, dit Yazoo avant de manquer de courage.

- Kaly ? répéta Reno. Ca sonne bien. Ka-daj, L-oz, Y-azoo. Kaly.

- Oui, la technique de Loz me plaît assez, finalement, acquiesça Yazoo.

- Va pour Kaly, fit Rufus. Nous nous en occuperons dès demain matin.

- Il sera bien ici… soupira l’argenté en jetant un dernier regard à la ronde. C’est si joli et paisible. Merci encore, Rufus.

Ce dernier secoua la tête.

- Ce manoir, cette propriété, ne sont plus seulement à moi. Ils ont trop à raconter. Ils ont vu trop de grands malheurs et de bonheurs immenses ces derniers jours. Trop pour un seul homme. Cette maison est celle du clan, désormais. Notre clan. A nous tous.

Reno sourit et passa le bras autour des épaules de Yazoo.

- Le clan Shinra ? murmura celui-ci avec un sourire reconnaissant.

- Le clan Shinra… répéta le turk. Ca aussi, ça sonne plutôt bien.

- Oui… acquiesça Rufus, bien plus ému qu’il ne l’aurait souhaité. Ca sonne bien.

L’argenté acquiesça d’un sourire et se laissa aller contre l’épaule de Reno.

Oui, c’est vrai que ça sonnait bien…

…à suivre

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Part 11 Les chemins de la vertu… Ils sont de quel côté, déjà ?

Cid (semblant réfléchir un moment) : A la guerre comme à la guerre ! Soit !

Tout le monde pousse un gros soupir.

Loz (en bâillant) : Eh bien bonne nuit.

Il se dirige vers sa cabine où Yazoo dort comme un bienheureux, se déshabille *ben quoi, il va pas dormir habillé, non ?*, met un pyjama *ah vous ne vous y attendiez pas à celle-là, hein ?* avec des petits moogles rouges et essaye de pousser Yazoo qui s’est étalé en long, en large, en travers et en hauteur… En hauteur ? C’est quoi ce truc ? Glups !

Loz (en grognant) : Mais pousse-toi donc un peu, enfin !

Yazoo grommelle et s’étale encore plus.

Loz (en le poussant sans ménagement) : Mais pousse-toi j’te dis !

Yazoo se casse la gueule et continue à roupiller par terre.

Loz (qui va pour le relever et se rétracte au dernier moment) : Oh, puis merde, reste là ! Au moins j’aurai de la place ! (il se couche, croise les mimines derrière la tête et regarde le plafond) J’ai pas sommeil, moi ! J’ai pas l’habitude de m’coucher à c’t'heure là (il regarde Yazoo, qui roupille, avec envie) R’gard’le l’aut’la ! Le plafond pourrait lui tomber dessus…

Yazoo (en rêvant) : Prends-moi dans tes bras, mon étalon céleste… (Loz, d’un zouli rouze pivoine, se met l’oreiller sur la figure) Aahhh ! ! !Ouuiiiiiiiiii ! ! ! Encore…

Incapable d’en supporter plus, Loz se lève et se rend dans la chambre de Kadaj pour échapper à la ” vision lamentable des instincts primaires de Yazoo ” et faire un “mi” sur le front de son p’tit frère adoré. Mais, arrivé devant la cabine il entend des …bruits bizarres.

Loz (en poussant la porte d’un coup) : Espèces d’obsédés de l’espace ! Qu’est ce que vous faites à mon p’tit frère ? Glups ! (Reprenant un air distingué et martial) Mes hommages, Madame !

Tifa : Nan mais ça va pas nan de rentrer comme ça chez …? Tes quoi ? “Hommages” ? (la mâchoire pendante) Pincez-moi je rêve !

Cloud (avec un grand sourire, sortant la tête des draps) : Alors ? On commence à s’ennuyer ?

Loz (le regard pudiquement tourné) : Vous me voyez navré de cette intrusion inopportune, Madame, veuillez m’excuser

Il ressort en fermant doucement la porte.

Tifa (qui regarde Cloud comme si elle venait de voir passer un troupeau de vaches à bicyclette) : Est-cet que toi entendre ce que moi avoir entendu ? Lui être devenu un gentleman ?

Cloud (levant le sourcil) : De quoi ?

Tifa (un entonnoir sur la tête et les cheveux hérissés sur le caillou) : Moi y’en a dire que pas le reconnaître… Moi y’en a avoir mal entendu ? Hommages de Madame à moi ?

Cloud (qui lui tapote l’épaule) : Oh, là, là ! Respire fort, ça va aller mieux dans un moment…

Tifa (toujours avec son entonnoir sur la tête et un œil qui dit merde à l’autre) : Ah Agha…? Mieux aller ? C’est quand est-ce, prévu pour ?

Sephiroth (qui sort à son tour des draps et l’entraîne sous les couvertures) : Pour tout de suite. Viens là, j’vais t’expliquer…

Tifa (avec DEUX entonnoirs) : Agha ?

Loz, en état de choc *si, si* décide d’aller voir Reeve pour qu’il lui donne un prozac. Il pousse la porte de sa cabine et rentre, la queue à l’oreille et la fleur entre les jambes… Euh, non ! L’inverse, l’inverse !

Loz : Reeve, aide-moi. Je… (il voit deux pieds et deux mains dépassent au pied du lit) Dis donc, j’avais jamais remarqué que t’avais les bras aussi longs !

Elena (qui sort la tête de sous les draps, entre les mollets Reeve) : Non mais faut pas se gêner !

Loz (à moitié pâmé) : Que..que..que.. ? Keskissepassladsou ?

Reeve (qui sort à son tour la tête, mais de l’autre côté) : Qu’est-ce qu’il dit ? Pas grave Loz, crache, on fera le tri !

Loz (quitte l’infirmerie comme un somnambule, tout flageolant) : Sépapossib…sépapossib…vite quelqu’un… s’cour… Zeng… Zid… s’cour…édémoi…

Tseng (qui revient du p’tit coin *ah ben c’est ça, les problèmes de prostate…*) : Officier Loz ? (Il le retient avant qu’il tombe) Qu’y a-t-il, officier ?

Loz (qui ne sait plus ou il est) : Ils font…y sont…Y partouzent…Y partouzent…

Tseng (lui tapotant paternellement la tête) : Mais non, mais non, personne ne part , allons, allons, vous avez du faire un cauchemar.

Loz (qui hoche vigoureusement la tête) : Ah zi ! zi,zi,zi,zi,zi,zi ! (il montre les cabines du doigt) Y partouzent… par deux, par trois…et z’ai pas vu les autres…

Tseng (raisonnable) : Mais non, il ne partent pas, je vous dis. Où voudriez vous qu’ils aillent ? Et en groupe en plus ! Ils ne passeraient pas inaperçus, voyons. Allons, allons, je vous raccompagne à votre cabine. (Il le soutient pour marcher). Vous avez besoin de repos. Je savais bien que vous travailliez trop, tous !

Tseng entre dans la cabine avec Loz sous le bras et voit Yazoo par terre. Il dépose Loz sur le lit et se penche vers Yazoo pour le secouer.

Tseng : Réveillez vous, mon garçon. (Yazoo gémit) C’est pas vrai… Pauvre petit. Il est tellement épuisé que même quand un cauchemar le fait tomber du lit, il ne se réveille même pas ! (La larme à l’œil) Pauvre enfant… Comme sa maman doit lui manquer… snirrffflll… Ca doit être si dûr d’être né orphelin… Snirrrfllll !

Il le secoue comme un prunier et Yazoo ouvre un œil glauque

Yazoo : Kya ? C’est déjà l’heure de l’école ? Loz, j’peux avoir un lait chaud ? Avec du miel.

Tseng (le serrant dans ses bras) : Beueuahhhwww ! Mon pauvre Yazoo ! Beuahahahww ! Je vous comprends vous savez…sniffff…tant d’années de solitude et vous pensez toujours à votre mère, Dieux que c’est triste…snifff

Yazoo : Chenova ? Où cha ?

Tseng (s’essuyant les larmes d’un viril revers de pyjama à chocobos verts) : Il faut vous reposer. Mais promettez-moi de ne plus penser à Jenova.

Yazoo (shooté total) : Chans problème ! (Il voit Loz et se jette dans ses bras) Mamouuuuuurrrrr ! ! ! ! ! Kechk’y ont faiiiiiiit ? ? ?

Tseng (complètement bouleversé *il est très fleur bleue*) : Comme c’est beau. (des angelots avec des lyres papillonnent autour de lui) Pouvoir se laisser aller ainsi à son chagrin et parler librement dans les bras d’un frère.

Il sort, le cœur faisant boum boum.

Yazoo (secouant Loz, toujours en état de choc) : Niiiii-Chaaaannnn ! J’t'en suppliiiiiiiiie ! ! ! *tiens il a retrouvé sa voix* Dis-moi que tu m’aimes toujours ! S’teuplaiiiiiiiiit ! ! ! ! !

Loz (genre menhir) : Sépépossib…sépaposssibb ! Dans le vaisseau amiral… Partouzer…

CRAC, CHKRONKCH, SHKRIK (bruit du cœur de Yazoo qui se brise)

Yazoo : Partouzer ? Parce que lorsque nous faisons l’amour tu appelles ça partouzer ? BBBueueuahhhhhhwwww ! ! ! !

Loz : Cloud, Tifa, Reeve, la nympho…tous ! Y partouzent !

Yazoo (désespéré) : Beuhawww ! ! ! Tu es un monssstttreeawww ! ! !

Loz (qui poursuit son délire) : Tranquilles, peinards, comme si c’était naturel ! Et allez ! Ca partouze !

Yazoo : Bien sur que c’est naturel puisque je t’aiiimmmmeuhhh !

Loz (qui émerge un peu) : J’vois pas le rapport.

Yazoo (qui, désespéré, met la tête dans une grille, près du mur et tourne le bouton sur ” maximum “) : J’veux mouriiiir ! J’vais m’suicideeer !

Loz (roule des yeux, excédé) : Veux-tu sortir la tête de la clim ! Tu vas choper la crève.

Yazoo : La cli… (mort de honte, il referme la grille) Puisque c’est ça, je vais aller me faire écraser dans les turbines !

Il fait mine de sortir et Loz le retient.

Loz : Ah non ! On vient de les décrasser !

Yazoo : Beuawwww ! ! ! T’en a rien à cirer que je crèèèèève !

Loz (excédé) : Non mais t’as fini, oui ?

Yazoo (l’air menaçant se saisit de son gunblade et retourne le canon-lame contre lui) : Si à trois tu ne me dis pas que tu m’aimes, je me jette sur Velvet Nighmare ! Un…

Loz (lève les bras au ciel) : Ah bah, v’la autre chose !

Yazoo : deux…

Loz : Ca suffit ! Arrête de faire l’enfant !

Yazoo : Deux et demi…

Loz : Ca va, ça va, je t’aime, là ! Voilà, t’es content ?

Yazoo (s’écroule, en larmes) : T’es pas sincèèèèèèèreeuuahhhwww ! ! !

Loz : chuuutt ! Tu vas réveiller tout le monde !

Yazoo : M’en fiiiiiicchheueueaaaahhhwww ! ! ! !

Loz (le regardant de haut) : Et puis mets un pyjama, tu es ridicule, tout nu, à quatre pattes avec ton gunblade dans les bras… Tu imagines si quelqu’un rentrait ?

Yazoo (qui arrête subitement de pleurer) : Ridicule à poil, moi ? (il approche, menaçant) C’est ce que tu insinues ?

Loz (qui recule un peu) : Ben, avec ton truc qui pendouille… (il baisse les yeux vers le ” truc ” en question) Euh… Qui pendouillait…

Yazoo : Ah, j’suis ridicule à quatre pattes !

Loz (très inquiet) : Pourquoi tu me regardes comme ça ?

Yazoo (des éclairs dans les yeux) : Tu crois que tu auras l’air plus malin, toi ?

Loz (qui déglutit avec un bruit étranglé) : Je suis ton aîné et je t’ordonne de rester où tu es !

Yazoo : Alors comme ça je ne suis plus que ridicule pour “Moôôssieur” ?!

Loz (recule en tendant les mains devant lui pour dissuader Yazoo d’avancer): Ne t’énerve pas, c’est mauvais pour la discipline du vaisseau et, en plus, les officiers ne doivent pas faire preuve de rancunes personnelles durant le service…

Yazoo (rugit): ON N’EST PAS “EN SERVICE” ! ON EST DANS TA CHAMBRE! ET DANS TA CHAMBRE, ON NE PENSE PLUS “SERVICE”!

Loz (flap-flape des mains en regardant en biais vers la porte derrière lui pour vérifier que personne n’arrive, alerté par le chahut): Chuuut! Pas si fort!

Yazoo : JE FAIS CE QUE JE VEUX !

Loz : Je t’ai dit que je t’aimais, qu’est-ce que tu veux de plus ?

Yazoo : C’ETAIT PAS SINCEEEERE ! ! IL M’AIME MÊME PAAAAS!!! BOUAAHHHH!!!

Loz (confus de déclencher une telle cascade façon Niagara): Mais non ! Enfin je veux dire si !

Yazoo: NANNNNNNNNN !! AVOUE !!!!!! TU M’A FAIT L’AMOUR QUE PASKE TIFA VOULAIT PAS TOUAAAAHHH !!

Loz (qui commence à avoir un peu pitié): Mais non, mais non, je n’ai jamais dit ça….

Yazoo (renifle à gros sanglots): Je t’ai tout donnééééé ! Et maintenant, tu me fous à la porte !

Loz (s’approche avec précaution pour lui tapoter la joue): Allons, allons, c’est fini le gros chagrin ? Tu sais bien que je ferais n’importe quoi pour te faire plaisir…

Yazoo (le regarde par en dessous avec un air qui reste de mauvais augure): Prouve-le !

Loz (se fige instantanément): Hein?

Yazoo (le prend par la taille et essaye de l’attirer vers le lit): Je te donne l’occasion de me faire plaisir!

Loz (effrayé, résiste): Naaaan ! C’est pas ce que je voulais dire !! B’sédé ! Barbare ! Lâche-moi !!

Yazoo (mauvais mauvais): Pas question ! Ah tu voulais me faire plaisir ! Bah fais-moi le plaisir de payer ton ardoise illico ! Tu vas voir un peu comment je vais t’aider à régler tes dettes!

Loz (les ongles crissant sur le sol dans une tentative désespérée d’échapper à Yazoo qui l’entraîne par les pieds vers le lit): Je ne veux pas ! Je suis ton aîné ! Laisse-moi partir ou je te punirais !

Yazoo (mélodramatique): Il n’y a pas pire punition que ton indifférence et ton refus ! *Ouah celle-là je la recaserai dans une fan-fic plus sérieuse…*

Loz : NANNNNNNNNN !!!

…à suivre

Les murs murmurent

Ah ! Là là, les graffitis !

Depuis des milliers d’années, ils disent bien souvent ce que personne n’ose avouer à haute voix et Midgar ne fait pas exception à la règle. Des murs des casernes du Soldat aux toilettes des pubs du quartier populaire, chacun y va de son petit blabla.

Voyez plutôt !

***

(Dans le vestiaire de la salle d’entraînement du SOLDAT)

Ce matin, à 7h48, Sephiroth a souri.

Angeal


Dans l’armée, les hommes sont des hommes !

Heidegger

Les chocobos en savent quelque chose…

Reno


(Dans les WC du sous-sol du réfectoire)

Ici on mange de la merde !

Zack

Là-haut c’est encore pire.

Angeal


Sephiroth nous pompe !

Cloud

A quelle heure ?

Anonyme


La réponse c’est la guerre !

Anonyme

Ce qui prouve combien la question était idiote…

Reeve


Encore des graffitis sur ce mur repeint ? C’est pas bientôt fini, bande de porcs ?

Hojo


Les femmes ont leur mot à dire ! Revalorisez la condition féminine !

Tifa

C’est vrai ! Les éviers sont trop hauts, les cuisines sont trop petites et le liquide vaisselle est hors de prix !

Cid


Ce mur est rouvert après travaux.

Rufus

Si vous vous y mettez aussi, on va jamais s’en sortir !

Hojo


Pourquoi les femmes baissent-elles les yeux quand on leur avoue qu’on les aime ?

Vincent

A ton avis ? Pour voir si c’est vrai !

Cid


Ce matin je suis allé voir le toubib ; j’avais envie de tirer la langue à quelqu’un.

Reno


Quand je vois ce que les pigeons ont fait sur cette pierre tombale… Je suis content que les chocobos ne puissent pas voler trop haut !

Vincent


Halte à la phallocratie ! Notre corps nous appartient, il n’est pas à vendre !

Elena

Mais on est prêts à le louer !

Rude


(Dans les WC des quartiers du SOLDAT)

Ne cherchez pas des traits d’humour sur ce mur… La plaisanterie du jour, vous l’avez dans les mains, bande de nazes !

Reno


Faites l’amour, pas la guerre.

Aerith

Tu parles ! Faites les deux, mariez-vous…

Lucrecia

Sympa, merci !

Hojo


Mesdames, gardez toujours en tête que si ça a des pneus ou des testicules, vous aurez tôt ou tard des ennuis avec !

Cid


SEPHIROTH EST UN ENFOIRE !

Anonyme

Zack, je sais que c’est toi qui a écrit ça. Si je t’attrape, je te découpe en tranches.

Sephiroth

Merde, Sephy, fais pas le con, c’était pour rire !


Est-il donc si difficile pour une femme de trouver le plus court chemin vers le coeur d’un homme ?

Vincent

Non. Pas si on a une prise à portée de main où brancher la tronçonneuse.

Rosso


(Dans les toilettes du du bar de Tifa)

Tous ces graffitis, c’est vraiment dégueulasses.

Hojo

Attends d’avoir goûté la bière qu’on sert ici !

Barett


Nero, je sais que tu va picoler comme un trous a midi et que tu va donc forcemment venir ici cet et lire ceci. Oublit pas qu’on a réserver la salle d’entrainement ce soir. Traine pas trois plonbes dans cette putain cafette.

Weiss

T’est gonfler d’écrire sa devant tous le monde ! C’est toujours toi qui aies a la boure !

Nero

Eh ! Vous deux ! J’ai un dictionnaire en double, ça vous intéresse ?

Genesis


Le Soldat, c’est des douilles, des nouilles et des chtouilles.

Cloud

Et des testicules

Zack

Aussi mais ça rime plus.

Cloud


La femme est l’être parfait.

Scarlet

Alors pourquoi ma douce Lucrecia est toujours fourrée chez le docteur ?

Vincent

Pas « chez » le docteur ; « par » le docteur !

Scarlet


(Sur le mur d’un dortoir du soldat)

Ce qui nous venge des missions pourries, c’est d’imaginer Sephiroth se battre avec ses bretelles en cuir à chaque fois qu’il a envie d’y aller !

Anonyme


Spécialités de la maison : la serveuse et le chocobo au citron. J’ai essayé les deux, je préfère le chocobo.

Anonyme

Je n’ai jamais essayé avec un chocobo…

Reno


(Dans les toilettes du labo de la Shinra)

Et si j’avais infecté le papier toilette avec un virus mortel, hein, bande de graffiteurs dégueulasses ? Avec quoi vous vous torcheriez le derrière ?

Hojo

Comme toujours : avec l’essuie-mains.

Sephiroth


Ne dites pas « l’idole des jeunes » mais « Séphiroth casse la croûte ».

Zack


(Dans les douches des quartiers des Turks)

Quelle merveilleuse invention que ce nouveau stylo feutre de la Shinra ! On peut enfin écrire sur ce putain de carrelage.

Reno


Sephiroth est cool !

Anonyme

Non, Sephiroth est froid.

Cloud


Rien que de penser à la taille du slip de Palmer, ça me dégoûte des hommes.

Scarlet


Pardon pour les grossières allusions “Chocophiles” mais je me dis que si nos légionnaires à nous ont les chèvres, les soldats de la Shinra, eux… Enfin bref. (sifflote sifflote)

Une journée d’enfer !

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Un jour parfait pour Kadaj

08h15 Être réveillé par môman avec un bisou et l’entendre dire qu’on est son fils préféré

08h30 Petit déj. fait par môman avec du vrai jus d’orange et des gaufres au sucre maison (les fans de ” Banal fantasy ” comprendront…)

09h15 Prendre un bain moussant que môman a fait couler pendant le petit déj.

09h55 Lavage de dents

10h00 Cours de poterie

11h00 Piscine

12h00 Déjeuner à midi cuisiné amoureusement par môman.

12h55 Lavage de dents

13h00 Club de Théâtre.

15h00 Lecture d’une histoire + sieste, comme tous les gentils petits garçons à leur môman.

16h00 Goûter préparé par… (allez, tous en coeur !) Môooomaaannn !

16h30 Dessins animés à la TV (sans môman).

17h30 Cuisine avec Môman.

19h00 Dîner avec môman.

20h25 Popo

20h30 Bain.

20h55 Lavage de dents

21h00 Dodo après une histoire lue par… (je vous le donne en mille ? Raté !) grand frère.


Un jour parfait pour Yazoo

08h15 Être réveillé avec des câlins et des bisous de Reno.

08h30 Peser 2 Kilos de moins que la veille

08h45 Petit déj. au lit avec jus d’oranges sans phosphates pressées et croissants servis affectueusement par Reno.

09h15 Prendre un bain très chaud avec des huiles aux senteurs exotiques offertes par Kadaj et Loz à l’occasion de la fête du ” frère le plus sexy du monde entier “.

10h30 Soin du visage, manucure, pédicure, gommage, shampooing, après-shampoing, laisser agir 20 mn, rinçage, lotion ” glossy “, mousse coiffante anti-casse, sèche-cheveux.

12h00 Déjeuner orgiaque à midi dans un resto branché : quatre feuilles de salade, trois rondelles de tomate, un dé de gruyère et deux biscottes.

12h45 Croiser Elena et Tifa et découvrir qu’elles ont pris 10 kg.

13h00 Shopping (crédit illimité).

15h00 Livraison de trois douzaines de roses accompagnées d’une carte signée par un admirateur secret (Qui a dit ” Reno ” ? Bien joué, vous gagnez une tringle à rideaux !).

15h15 Entrainement au combat avec Sephiroth qui, entre deux baisemain et trois génuflexions, déclare forfait et le supplie de lui donner des cours.

17h00 Massage fait par un kiné super sexy, super musclé et super sympa qui lui assure qu’il a rarement massé un corps si parfait.

17h30 Essayage de la nouvelle collection d’un créateur de haute couture A SA DEMANDE A LUI et faire une démo devant tout le staff sur le podium pour éviter que les mannequins ne salopent le boulot le jour du défilé.

19h30 Dîner aux chandelles avec Reno, musique douce et pluie de compliments.

22h00 Douche (seul ou à deux selon l’envie).

22h50 Être porté jusqu’au lit par Reno (draps frais et repassés).

23h00 Câlins (toujours avec Reno, oui, forcément…).

23h15 S’endormir dans ses bras musclés.


Un jour parfait pour Loz

06h00 Le réveil sonne.

06h15 Se faire tailler une pipe.

06h30 Grosse commission matinale en lisant les rubriques “sport ” et “BD” piquées dans le journal du matin.

07h00 Petit déj : rumsteck et oeufs, bière et toasts préparés par la femme de ménage à poil.

09h15 Douche.

09h30 Limousine avec chauffeur (une blonde aux gros nénés en uniforme mini-jupe) pour se rendre au gymnase.

09h45 Mettre la pâtée à Rude.

11h45 Déjeuner : burger de chocobo, frites, 2 Bières et une méga glace au chocolat.

12h15 Se faire tailler une pipe.

12h30 Retour au gymnase et mettre une ratatouille carabinée à Reno.

17h00 Retour en hélico - gracieusement prêté par la Shinra - pilotée par une rousse avec de gros nénés.

17h30 Massage thaïlandais de tout le corps + pipe par une brune aux gros nénés (Tifa ? Mouais. C’est une idée…).

18h45 Penser à prendre un douche mais seulement y penser.

19h00 Regarder les informations (que des bonnes nouvelles !) : Rufus Shinra est mort, le projet Jenova est relancé et la marijuana, les combats à mort et les pornos hardcore sont légalisés.

19h30 Dîner : bière brune, gros steak juteux et en dessert : glace au chocolat servie sur 2 gros seins rebondis (nan, j’ai pas dit ” ceux de Tifa ” !).

20h30 Finir le dernier jeu de shooting 3D en un temps record en explosant toutes les limites.

21h30 Relations sexuelles avec 2 femmes à la fois (les 2 ayant des tendances lesbiennes, bien sûr).

23h00 Massage et bain avec une jolie brune et une bière blonde

23h45 Se mettre au lit.

23h50 Faire un pet de 12 secondes qui change 4 fois de ton et qui vire les frangins de la chambre à coucher à moitié asphyxiés.

00h00 S’endormir (seul) et ronfler comme un sourd.


…Arrgghh, misère… Y’a plus de romantisme…

Je vous ai dit que le premier chapitre du nouveau feuilleton “Quand viennent les fauves” est en ligne ? Oui ? Ah bon… Non, j’suis pas sénile, j’insiste LOURDEMENT, c’est tout !

Part 10. Les chemins de la vertu sont pavés de… va savoir !

Qui a dit de capotes usagées ? J’attends !

Yazoo (qui regarde la très longue aiguille entre les doigts de Reeve) : J’te préviens ! Si tu lui fais mal t’auras à faire à moi !

Reeve (détournant le regard et enfonçant à l’aveuglette l’aiguille d’un coup sec dans la fesse de Loz) : Arrgh ! Je déteste les piqûres !

Loz pousse une plainte et Yazoo le serre contre lui.

Yazoo (en pétard) : Sadique ! Mon pauvre frère! T’as vu comme tu l’as empalé ? (Il caresse le front de son “Lozy”) Mon pauvre Lozynou, il t’a fait mal…

Reeve : C’est fini oui ! Il en a vu d’autres !

Yazoo (soudain affolé) : Alors pourquoi il devient tout mou ? Pourquoi il ne bouge plus ? Hein ? (Hystérique) POURQUOI Y BOUGE PLUS ? !

Reeve (qui mine de rien commence à flipper) : Zut, qu’est ce qu’il a ? (il regarde l’étiquette du flacon) Oups…

Yazoo : Quoi “oups” ? (Il le secoue) : Qu’est ce que tu as fait ?

Reeve (avec un sourire forcé) : j’m'ai gouré…

Yazoo (prêt à le tuer) : Comment “gouré” ? Qu’est ce que tu lui a injecté ?

Reeve : Du bbrrmmmre

Yazoo : Du brem ? C’est quoi, ça, encore ?

Reeve (déconfit): Non ! Pas du “brem” ! Du bromure…

Yazoo (bredouille) : Du… bromure ? (Hurle, prenant conscience de ce que ça signifie pour lui) TU LUI AS INJECTE DU BROMURE ? ! Combien ?

Reeve (qui recule un peu par prudence) : Euh… Normalement… ça calmerait un troupeau de chocobos pendant une bonne semaine.

Yazoo : Un… QUOI ? ? ? ?

Reeve (d’une voix geignarde) : Enfin, toutes proportions gardées, s’entend. (Yazoo gronde, menaçant) Un “petit” troupeau.

Yazoo (plus radioactif que le slip de Kadaj après 3 assiettes du chili con carne d’Aerith): PETIT COMMENT ?

Reeve (de plus en plus pitoyable) : Tout petit. Un troupinet. (Il fait mine de tenir quelque chose de minuscule entrer son pouce et son index) Un troupininou…

Yazoo (fond ne larmes, incapable d’en supporter plus) : Mon pauvre mamour de frèèèèère ! Il l’a castréééééééé !!!!!!

Reeve (qui lui tapote l’épaule) : Mais non, mais non, ça lui passera…dans un mois ou deux…

Yazoo (se raidit, les yeux exorbités) : Un mois ou deux ? ? ? ? Beuhahwwwww ! ! ! Il l’a rendu impuisssaaaaaannnnntttteuaheuaheuah ! ! ! Malade ! Sadique ! Savant fou !

Reeve (outré) : N’exagérons rien ! Je l’ai juste un peu calmé !

Pendant ce temps, sur le pont de commandement…

Tseng (qui dresse l’oreille) : Vous entendez ?

Tout le monde écoute et reconnaît les lamentations caractéristiques de Yazoo.

Tseng : Mais c’est Yazoo ! (inquiet) Serait-il arrivé malheur à son frère ?

Kadaj : je vais voir, monsieur !

Tifa (qui se lève à son tour en entraînant Nero avec elle) : Nous y allons aussi ! Vous tracassez pas ! On a besoin de vous ici !

Ils sortent tous les trois avant que Tseng n’aie le temps de bouger le petit doigt.

Tifa (qui rentre dans la cabine et voit Yazoo effondré sur la poitrine de Loz, qui roupille comme un bienheureux) : Oh oh ! C’est plus sérieux que je croyais…

Yazoo (en larmes) : Il a chatré mon Lozyamouaahahah ! ! ! !

Nero : Il a quoi ?

Reeve : Meuhhh non ! Il exagère ! Je l’ai juste un peu calmé !

Yazoo (chouinant à l’intention de Nero) : Il lui a injecté une dose de bromure à assommer un troupeau de taureaux !

Nero éclate de rire.

Tifa (à son oreille) : Ouais ben te marre pas trop, parce que… (tout bas) Si le p’tit cachou d’amour de son mamour de frère adoré n’a pas sa dose de saute moutons, il pète carrément les plombs !

Nero : A ce point là ?

Tifa et Kadaj hochent la tête.

Nero : Et…il va en avoir pour combien de temps ?

Reeve (qui hausse les épaules) : Chais pas moi…Un mois ou deux.

Kadaj : QUOI ? (Tout le monde lui fait signe de baisser d’une octave) Quoi ? Nan mais ça va pas ? Yazoo va tout saccager ! Que va penser Tseng ?

Nero : Mais, attendez un peu. Pourquoi ça le mettrait dans un état pareil d’abord ? Sa se trouve un peu de calme ça lui fera du bien aussi.

Tifa (qui lui tape sur l’épaule) : Ouais, t’as de l’espoir… C’est un fils de Jenova, je te signale. Et l’un des plus atteints. Les galipettes, ça lui permet de mettre son énergie ailleurs… Mais si y’a plus ça, il est capable de nous faire péter le vaisseau et nous avec ! A mois qu’on dégote une bonne guerre bien saignante…

Yazoo (qui n’en a que pour Loz et n’a rien entendu) : Lozynet…réveille toi…sniff snifff…mon Lozynounet…sniff ….ouvre les yeux ! Lozynouuuuuuuh……..Lozy ? Lozy ! Oh Loz, tu m’as fait si peur !

Loz (qui ouvre les yeux) : Que s’est-il passé ?

Tout le monde approche et Reeve lui prend le pouls.

Yazoo : Lozyyyy ! Tu nous a fait une de ces peurs…

Loz (qui lui tapote la joue) : Allons allons, un peu de tenue. (Tout le monde se regarde éberlué) Où est Tseng ?

Kadaj : A ton poste.

Loz : Alors, j’y vais, on ne sait jamais. Reeve, enlève moi cette perfusion.

Reeve (qui s’exécute ahuri) : Bh… bh… bien.

Loz se lève, lisse ses vêtements et se redresse fièrement, fesses cambrées et torse bombé.

Kadaj (en pinçant Tifa, qui fond comme un glaçon sur une chaudière) : Eh, oh ! Y’a quelqu’un ? On se réveille !

Tifa (des petits coeurs dans les yeux et des angelots avec des arcs qui volent autour de sa tête) : Il est impressionnant quand il est sérieux, comme ça, non ?

Loz (qui se tourne vers elle et lui tapote le joue) : C’est très gentil, merci. Bon allez, la récréation est finie, tout le monde sur le pont !

Yazoo (la larme à l’œil) : Ben… Lozynou…

Loz (en fronçant les sourcils) : Je t’ai dit : un peu de tenue s’il te plaît. Nous ne sommes pas seuls.

Il sort avec roulement d’épaules digne d’Al Pacino après trois shoots de testostérone.

Yazoo (effondré) : Il me l’a bousillé ! Il me l’a châtré ! Il me l’a complètement déglinguééhéhéhhhehhhhhhh ! ! ! !

Reeve (qui ne s’en est toujours pas remis) : Ah ben mince, alors ! Tu parles d’effets secondaires ! Un vrai iceberg ! Pire que Sephiroth.

Tifa (complètement gâteuse) : Qu’il est beau, qu’il est viril, qu’il est impressionnant…

Kadaj : Dis moi ce que t’as fait de Cloud au lieu de te répandre !

Tifa : Qui ça ? (Kadaj la regarde de travers) Oh ! Il est à l’infirmerie avec Weiss. Tu trouves pas que ton frère est vraiment … Oh, là, là !

Nero (qui décide de profiter honteusement de la situation et de consoler Yazoo) : Bon, allez rejoindre les autres ; moi, je m’occupe de lui.

Tout le monde sort.

Sur le pont de commandement

Loz entre dans la salle des commandes en faisant vibrer l’air tant sa présence est impressionnante.

Tseng : Officier Loz ! Heureux de vous revoir en bonne santé.

Loz : Merci, Monsieur. Je peux reprendre mon poste. Je suis navré de vous avoir imposé le spectacle d’une faiblesse passagère.

Teng : Allons, allons, ne soyez pas désolé, mon garçon, ces choses peuvent arriver. Je vous souhaite une bonne nuit à tous.

Loz : Merci, Monsieur, vous de même. Kadaj ! Que fais-tu là à regarder les mouches ? N’y a-t-il pas de travail à faire ?

Kadaj (sur le cul) : Euuhh… Si, Grand fr… Euh… j’y vais !

Yazoo (qui entre, soutenu par Nero, qui a eu beau tout essayer mais n’a pas pu conclure) : Lozyyyy…

Loz : Tu ne te sent pas bien, Yazoo ?

Yazoo : Mais… Mémémémémém… Beueueuaaaahhhhwhwhh ! ! !

Nero : Il a été très… choqué par ton malaise, et très inquiet de…

Loz (impérieux) : Eh bien qu’il aille s’allonger, au lieu de faire des vocalises !

Nero (dans sa barbe) : Sans cœur !

Il ressort, ramenant Yazoo dans sa cabine, le déshabille et le met sous les draps.

Yazoo : Il m’aime plus ! Il se fiche de moi comme d’une guigne ! Je vais tuer Reeve ! Qu’est ce qu’il a fait à mon Lozynouneeetttt ? J’veux qu’il soit comme avant ! ! !

Nero (en apparté) : Oui bah ça ça va pas être de la tarte !

Yazoo (s’accrochant à lui comme un naufragé et se répandant en larmes sur son épaule): J’supporte pas qu’on m’ignooooreuuhhhh!

Nero (compatissant): Allons allons, ça va lui passer, moi aussi j’ai parfois du mal a faire que Weiss soit plus attentionné mais il faut s’accrocher et…

Yazoo (le regarde entre ses larmes): Sniff… sniff… Beuh c’est pas pareiiiiil!!! Toi t’as l’habitude, t’es trop bizarre et tout le monde te fuit depuis toujours !!! Beuahhh !!!

Nero (prend la mouche): Dis donc, moi je veux bien essayer de te consoler mais si tu commences les vacheries je te laisse hein !

Yazoo (genre “les grandes eaux”): Beuaaahh!!! Tout le monde me laisse tomber!!!!

Reeve (arrive en courant de l’infirmerie avec sa trousse à pharmacie sous le bras) : Houlaaa, je le savais qu’il lui faudrait un calmant dare-dare!

Yazoo (tombe du lit en essayant d’échapper à Reeve) : Ah ! Toi me touche pas, hein ! Espèce de monstre ! Savant fou ! T’as complètement castré mon Lozyyyynouneett !!!

Nero (se bouchant les oreilles): Fais-le taire avant que votre turk en chef ne se pointe par ici et entende ses lamentations ! On a l’air de quoi là ?!

Reeve (préparant fébrilement une seringue): J’y vais, j’y vais, ferme la porte qu’on soit insonorisés au moins ! Ca nous fera gagner du temps!

Nero : Oui ben mangez-vous, parce que moi, je dois aller mettre la main sur mon frère.

Reeve (en faisant sa piqûre): La mets pas n’importe où, hein, avec Tseng qui risque de vous tomber dessus et de….

SHBLAFF!!!

Reeve se rattrape de justesse à la table de nuit, à moitié assommé par le lancer d’annuaire de Nero (NDLA : quoi y’a pas d’annuaire sur les vaisseaux spatiaux ? Pas grave ! C’est de la “génération spontanée de projectiles inattendus” - très connue dans le métier de scénariste style manga, si, si !)

Pendant ce temps, sur la passerelle de commandement…

Tifa (assise aux pieds de Loz, en adoration totale devant la liste d’ordres qu’il vient de donner pour que le vaisseau reprenne une vitesse de croisière normale - Enfin de la vitesse tout court, ça serait déjà mal vu l’état du joint du culasse du vaisseau…) : ***soupirrrrrrrrrrrrr***

Loz (termine la liste des trucs qu’il vient de vérifier) : … et enfin les lieux d’aisance ont été réparés par Cloud il y a déjà quelques heures, Capitaine.

Cid (sourire conquérant et assuré) : Fort bien! Il nous reste donc à régler la question de l’hébergement des nouvelles recrues ! Quelles sont les cabines disponibles?

Vincent (qui boude dans son coin depuis que les deux “mâles dominants” du pont de commandement - Cid et Loz - ont commencé à se la péter “militaires efficaces”) : Gnagagna…

Tifa (roucoule amoureusement) : Je pourrais dormir dans celle de Loz, si ça peut dépanner, Capitaine…

Loz (lui tapote la tête) : Je ne voudrais sûrement pas t’obliger à partager la cabine d’un homme, ce ne serait pas convenable pour ta réputation. Bien que je puisse t’assurer que je n’en aurais évidemment pas profité….

Tifa (le moral chutant un peu): Ben je vois pas l’intérêt, alors… Flûte c’est vrai que c’est pénible, attends un peu que je mette la main sur Reeve…

Kadaj (qui se pointe le calepin à la main et au garde à vous): Ahem ! Voici la liste des membres d’équipage d’origine, la plupart n’ayant pas de cabine personnelle vu que le règlement ne prévoit pas qu’on… enfin c’est prévu comme ça, quoi. Loz, Yazoo, Shera, Tifa, le Capitaine, Cloud, moi-même, Sephiroth, Reeve, Reno et Vincent répartis en sept cabines. Les nouveaux arrivants sont : Tseng, la pu… Pardon. Elena, le gars avec les ailes et son frère, ce qui fait quatre. Certains vont donc devoir se mettre à deux par cabine, Majesté. Puis-je suggérer que Tseng bénéficie d’une cabine pour lui seul ?

Loz (agite distraitement la main): C’est cela, c’est cela. A moins qu’on en manque vraiment, je pense qu’il faudrait que je garde la mienne, comme le Capitaine et Sephiroth, eu égard à notre rang…

Là, les rares présents le regardent la mâchoire pendante.

Vincent : Ben et moa ? Je vais dormir où, moa ?

Loz (se drapant dans la dignité offensée qui sied au guerrier viril et fier de l’être): Eh bien dans ta boîte, quelle question !

Donk, bink, pok (les mâchoires qui touchent terre).

Kadaj (timidement): Euh… Sauf ton respect, j’avais compté qu’on pourrait garder en partie la répartition habituelle. Non?

Loz (le fixe d’un regard mako glacé et totalement impassible): *soupir* Quelle solution cela vous donnait-il?

Kadaj (feuilletant rapidement son calepin): voilà voilà ! D’abord les deux frangins de l’espace dans la cabine de Yazoo, Yazoo avec Loz, Tifa avec Reno, Cloud avec Sephiroth -ça devrait pas les déranger beaucoup-, moi avec Reeve, le capitaine avec sa femme, Vincent dans son cercueil à la soute, Tseng tout seul et il vaudrait mieux qu’on laisse l’excitée dormir à l’infirmerie en sécurité dans sa ceinture de chasteté. Enfin quand je parle de sécurité c’est pour nous, je veux dire. (Petite voix) non ?

…à suivre

LVII - Vos cris et mon silence

Le plaisir est un cri ;

la douleur, un hurlement ;

l’horreur, un murmure. “

Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : d’après des illustrations de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Les versions non censurées de ce texte et de cette illustration se trouvent fascicule “Les interdits de www.ff7-yaoi-fanfics.com” tome 1 (voir dans la boutique)

Merill retira la fine aiguille de la sonde du bras de Sephiroth et celui-ci se redressa sur le lit de l’infirmerie.

- Alors ? demanda-t-il.

- Tout est parfait, Général, affirma le jeune homme en imprimant les résultats des analyses pour les glisser dans un dossier.

- Tant mieux.

Le bébé de Loz, qui était resté en observation à l’infirmerie pour la nuit, babilla dans son berceau transparent et Sephiroth alla le prendre dans ses bras en faisant attention à ne pas décoller les capteurs qui envoyaient des informations sur ses fonctions vitales à un ordinateur de contrôle.

- Déjà réveillé, toi ? demanda-t-il en effleurant des lèvres le duvet argenté qui recouvrait son petit crâne.

Le bébé leva ses grands yeux mako vers lui et s’accrocha à ses longs cheveux en baragouinant une série de sons incompréhensibles.

Merill pouffa tout en rangeant son matériel d’analyses.

- Bah dis donc ! Tu veux nous en dire, des choses !

Le petit les dévisagea à tour de rôle et sourit en se blottissant contre la poitrine nue de Sephiroth, ce qui parut beaucoup amuser ce dernier.

- Qu’est-ce qu’il y a, Kay ? Tu veux faire un câlin ?

Kay…

C’est le nom que Loz lui avait officiellement donné un peu plus tôt. Un mélange des premières lettres des prénoms de ses frères : Ka-daj et Y-azoo. Kay. L’idée était un peu saugrenue mais le résultait sonnait plutôt bien, il devait le reconnaître.

- Il a eu beaucoup d’émotions, ce soir, Général. Il a du mal à dormir.

- Tu n’as pas sommeil ? Papa te manq… Eh ! Tu espères faire quoi, là ? Il n’y a rien à manger là-dedans !

Merill tourna la tête et éclata de rire devant le tableau impayable du bébé accroché au muscle pectoral de Sephiroth, la bouche collée à son téton.

- Ah ! Ah ! Ah ! Ce n’est pas la faim, Général. Je crois que ça le rassure.

L’ancien ” cauchemar de la planète ” ne put s’empêcher de partager l’amusement du jeune homme.

- Il va falloir dire à papa de faire provision de tétines au village dès demain ! dit-il au bébé. De quoi j’ai l’air, moi, comme ça, hein ?

L’hilarité de Merill redoubla.

- Je vais le prendre, si vous voulez, Général, proposa-t-il en tendant les bras.

Sephiroth secoua la tête en riant.

- Ca ira, Merill, je pense pouvoir assumer le ridicule de la situation, railla-t-il avec une moue. Mais toi, si tu en parles à quelqu’un, menaça-t-il le bébé en lui chatouillant la joue, je te coupe le bout du nez !

Pour toute réaction, le petit s’installa plus confortablement au creux de son bras et commença à se rendormir sans lâcher pour autant le succulent petit mamelon, qu’il tétait avec délectation.

- Je t’impressionne, c’est effrayant… gouailla Sephiroth en s’asseyant sur l’un des lits, le bébé serré contre lui.

Il prit une petite main entre son pouce et son index et l’observa attentivement, stupéfait par les doigts minuscules et les ongles de la taille d’une tête d’allumette.

Est-ce que ses fils avaient eu des menottes semblables ? Kay ressemblait-il à son père, à son âge ? S’il l’avait pris dans ses bras en pleine nuit, Loz se serait-il aussi endormi en tétant son sein, sa petite main entre ses doigts ? Les cheveux de bébé de Kadaj étaient-ils aussi doux ? Les joues tendres de Yazoo aussi rebondies ? Il ne le saurait jamais…

La gorge serrée, il allait remettre le bébé endormi dans son berceau transparent lorsque l’assistant de Shalua intervint.

- Toujours à plat, Général, fit-il en lui prenant le petit des mains pour le coucher sur le dos. En lui tenant bien la tête. Si vous l’allongez tête première avec un mouvement le balancier, elle risque de riper sur les draps et vous pouvez lui briser la nuque comme un rien.

Sephiroth blêmit.

- Désolé, je… Je n’ai pas l’habitude de manipuler des nourrissons.

Merill le rassura d’un sourire.

- Ce n’est rien, ça vient vite, Général, vous verrez.

Celui-ci hocha la tête avec un pincement au cœur.

Trois fils… Il avait trois fils et ne savait même pas coucher un bébé correctement ! Pour quel père lamentable passerait-il auprès de ceux qui ignoraient les circonstances de la naissance de Kadaj et des jumeaux ?

Il s’imagina dans un hôpital, appelé en pleine nuit parce que l’un d’entre eux aurait eu un léger accrochage à moto.

Y a-t-il un médicament auquel il est allergique, Général ? “

A-t-il déjà eu ce genre de fracture ? “

D’où vient cette cicatrice, sur son abdomen ? “

A-t-il subi des interventions chirurgicales ? “

Il serait incapable de répondre…

Un bruit d’objet métallique tombant sur le sol carrelé leur parvint depuis le boxe de chirurgie et ils allèrent voir ce qui se passait à travers les murs vitrés de la petite pièce aseptisée.

Reeve, Shalua et Shelke s’affairaient toujours sur Nero, allongé sur la table d’opération. Le bruit qu’ils avaient entendu était celui du premier implant d’aile qu’ils venaient de retirer de son dos.

- Bon sang, ça fait combien de temps, qu’ils sont là-dedans ? demanda Sephiroth en remarquant leurs fronts moites de sueur.

Merill regarda sa montre.

- Presque deux heures, Général. Le professeur Hojo avait apparemment relié les ailes à la moelle épinière par un réseau nerveux synthétique complexe, expliqua-t-il en lui désignant les écrans d’un microscope électronique dernier cri sur lesquels se concentrait Shalua pour couper les connexions nerveuses une à une.

- Je n’arrive toujours pas à savoir si mon père était un génie qui a perdu la raison, ou un fou dangereux doté d’une intelligence peu commune, soupira Sephiroth.

- Sans vouloir vous offenser, Général, c’est une question que nous nous sommes tous posée en visionnant les comptes-rendus de ses recherches.

Le soldat se tourna vers lui.

- Comment ça, ” visionner ” ? Il a filmé ses expériences ?

Merill acquiesça.

- Oui, Général. Scrupuleusement.

Sephiroth sentir sa gorge s’assécher et son vendre se nouer.

- Y compris… celle qui me concerne moi et ma mère ? Le projet ” Jenova ” ?

L’assistant de Shalua acquiesça et le soldat sentit son cœur s’affoler dans sa poitrine.

- Oui, Général. Les projets Jenova I, II et III.

Sephiroth tiqua.

- Comment, trois ?

- Vous, Général : Jenova I. Les jumeaux : Jenova II. Et Kadaj : Jenova III.

Le soldat le prit la les épaules, décontenançant le jeune homme.

- Je veux les voir, Merill !

- Que… Quoi ? Maintenant ?

- Bien sûr, maintenant !

- Mais… Ca représente des années de films et de rapports, Général.

Sephiroth le lâcha et recula d’un pas, estomaqué.

- Mon père a… tout filmé ?

- Absolument tout, général. La conception, la naissance, l’apprentissage, les expériences, les tests de résistance aux injections de mako, les…

- Les quoi ? le coupa le soldat, sûr d’avoir mal entendu.

Merill se mordit les lèvres et détourna le regard, gêné.

- Je… Je pense que vous devriez en parler à Shalua, lorsqu’elle…

- Que leur a-t-il fait ? insista Sephiroth en entraînant le garçon à l’écart, pour ne pas risquer de déconcentrer Shalua, sa soeur et Reeve. Qu’est-ce que ce salopard a fait ?

*

Dans la salle de bains, Loz monta encore un peu la température du jet et le laissa couler sur ses larges épaules en un délassant massage. Il n’avait qu’une envie : descendre à l’infirmerie pour prendre son bébé dans ses bras mais il se raisonna. Cette nuit d’observation était nécessaire pour être certains qu’il allait parfaitement bien.

- Comment va ton dos ? demanda Tifa en le rejoignant sous la douche.

Elle l’enlaça par derrière de déposa une traînée de baisers sur ses omoplates.

- Ca va, ça ne brûle presque plus.

La jeune femme recula un peu et observa la croûte rougeâtre qui s’était formée sur son épine dorsale, là où Shalua avait fait la douloureuse injection de mako.

- Ca cicatrise bien, on dirait.

Loz se retourna dans ses bras et l’enlaça en souriant.

- Dans quelques jours, il n’y paraîtra plus, tu verras.

Elle se pendit à son cou et ils restèrent un long moment à s’embrasser sous le jet brûlant. Jusqu’à ce que l’argenté s’accroupisse lentement devant elle, ses lèvres descendant progressivement de long de sa gorge, de sa poitrine, de son ventre, puis…

- Oh, Loz… gémit-elle en plongeant les doigts dans ses cheveux mouillés lorsque la langue du jeune homme, diaboliquement habile, fondit sur son intimité.

D’une main sur les reins de Tifa, il poussait ses hanches en avant, pour pouvoir explorer la chair brûlante aussi profondément que possible et, de l’autre, il caressait discrètement sa propre virilité dressée entre ses cuisses.

- J’adore, quand tu fais ça… haleta la jeune femme avec un clin d’oeil coquin.

Sans cesser de titiller du bout de la langue le petit bouton rose lové dans ses replis les plus secrets, Loz leva ses grands yeux mako vers elle et sourit.

- Quoi ? Ca ? demanda-t-il avec un sourire mutin en aspirant le petit clitoris entre ses lèvres.

Tifa laissa échapper un petit cri de plaisir surpris et répondit à son sourire.

- Non, là, avec ta main…

L’argenté abandonna sa proie en se léchant les lèvres avec gourmandise.

- Ca ? fit-il en redressant la tête et en poussant son bassin en avant, un peu provocateur, sa main gauche enserrant toujours sa virilité imposante.

En le voyant accroupi là, à ses pieds, les cuisses largement ouvertes, empoignant son sexe tendu et l’eau de la douche coulant sur son corps parfait, la jeune femme sentit une vague de lave lui descendre le long du ventre.

- Tu n’a pas idée à quel point la vue d’un beau garçon comme toi en train de se caresser peut être excitante, murmura-t-elle avec passion.

Loz fronça les sourcils avec un sourire mi-sceptique, mi-amusé et elle hocha la tête, les yeux brillants de désir et le souffle court.

- Parfois, nous aimerions être des petites souris pour nous cacher dans un coin de la pièce et vous regarder faire, lorsque vous ” jouez ” tout seuls, ajouta-t-elle en rougissant un peu.

Loz éclata de rire.

- Non !

- Je t’assure que c’est vrai, assura-t-elle en se mordant la lèvre. C’est vraiment… sexy en diable !

Il se redressa et se pressa contre elle jusqu’à ce qu’elle se retrouve coincée entre lui et le mur de verre de la douche.

- Tu te fiches de moi… murmura-t-il contre son oreille, la faisant, frissonner.

Il frotta son sexe tendu contre son ventre enflammé et elle gémit en l’enlaçant.

- Je te jure que non, insista-t-elle en mordillant son cou, s’enivrant de son odeur sucrée, que l’eau brûlante sur la peau douce intensifiait jusqu’au vertige. C’est incroyablement excitant.

Loz ferma brutalement le robinet et s’écarta pour la dévisager avec une expression insondable.

La jeune femme blêmit, craignant de l’avoir blessé ou humilié d’une façon ou d’une autre.

- Loz, je ne disais pas ça pour te mettre mal à l’aise, je…

- Chut ! la coupa-t-il en posant un doigt sur ses lèvres.

Il la prit par la main et la fit sortir de la douche sans changer d’expression.

Puis il enroula Tifa dans un drap de bain et la porta, de plus en plus inquiète, dans la chambre, où il la déposa sur un fauteuil, dans un coin de la pièce.

- Loz, je…

Il pressa la main sur sa bouche et secoua la tête.

- Ne dis plus rien, chuchota-t-il. Tu n’es pas là.

Il éteignit le plafonnier, plongeant la chambre dans le noir total, et alluma la petite veilleuse de la table de nuit, qui éclairait tout juste le lit d’une douce lumière ténue.

Tifa, invisible dans l’ombre épaisse, le vit s’allonger sur l’édredon, la peau et les cheveux encore mouillés, et fermer les yeux, comme s’il s’apprêtait à s’endormir.

Il resta allongé ainsi un petit moment, sur le dos, le souffle régulier, les yeux clos et les membres complètement détendus.

Incrédule et troublée, la jeune femme s’apprêtait à se lever et à demander des explications lorsqu’il ouvrit ses beaux yeux mako pour fixer le plafond, un sourire sensuel sur les lèvres, comme s’il venait de penser à quelque chose de particulièrement agréable.

Il s’étira alors comme un chat, ferma à demi les paupières et laissa échapper un soupir expressif.

Portant ses deux mains à sa bouche, il lécha la pulpe de ses doigts et Tifa faillit laisser échapper un Oh ! Mon Dieu ! “ vibrant en le voyant se caresser les tétons, qui durcirent sous le bout des doigts mouillés tandis que la peau de son torse se hérissait d’excitation…

*

Sephiroth, s’assit dans le fauteuil de Shalua et, la main tremblant légèrement, il glissa l’une des cartes mémoire que lui avaient données Merill dans l’ordinateur portable de la jeune femme. Il s’agissait, d’après ce qu’il avait compris, d’une sorte de compilation que Vincent Valentine avait réalisée pour la présenter aux hôtes du manoir quelques jours plus tôt.

Sur le petit écran, apparut une jeune femme allongée sur une table d’examen, son ventre proéminent dépassant du drap vert qui la couvrait jusqu’en haut des cuisses. Sa grossesse était visiblement bien avancée.

Lucrecia…

Un homme en blouse blanche, les cheveux noirs serrés dans une queue de cheval nouée à la va-vite, s’affairait à ses côtés. Il remplit une seringue de liquide bleuâtre et y fixa une fine aiguille stérile d’une longueur terrifiante.

Hojo…

Lorsque l’aiguille s’enfonça d’une bonne dizaine de centimètres, transperçant peau, muscles et placenta, le cri de Lucrecia résonna dans les petits haut-parleurs et Sephiroth serra les dents pour contrôler la nausée qui lui souleva le cœur.

*

Terrassé par le plaisir qu’il venait lui-même de se procurer, Loz s’affala sur le lit, la tête de côté, le souffle court et le cœur battant à tout rompre.

Tifa vint s’appuyer sur le bord du lit et l’intense parfum chaud et sucré qui montait de la peau nacrée du grand corps frissonnant finit de lui tourner les sens.

Après un orgasme, la peau de Loz était comme électrifiée et d’une sensibilité excessive durant plusieurs minutes. Tifa avait vite appris qu’elle devait éviter de le caresser durant ce court laps de temps car le moindre attouchement provoquait de violents tremblements et saccades qui lui coupaient le souffle. Après l’amour, elle le serrait donc simplement contre elle et attendait, émue, que son corps s’apaise et que sa respiration redevienne normale.

Mais, pour l’heure, elle devait se contenter de l’observer, attendrie aux larmes, en résistant à l’envie d’écarter de son front quelques mèches de ses cheveux encore mouillés.

L’argenté ouvrit les yeux et sourit en voyant son expression.

- Alors ? demanda-t-il dans un murmure sensuel et encore un peu haletant. Qu’est-ce que ça fait, d’être une petite souris ?

Il glissa la main entre les cuisses de la jeune femme, la faisant trembler et gémir.

- A ce point là ? la taquina-t-il en se léchant les doigts.

Incapable de se contenir davantage, elle écrasa sa bouche sur la sienne et la dévora en un baiser profond qui les laissa pantelants l’un et l’autre.

Elle posa sur lui un regard de prédateur.

- Je vais te… commença-t-elle avec une grimace expressive en faisant mine de déchiqueter quelque chose entre ses doigts recroquevillés comme des griffes.

Elle gronda comme un fauve en lui montrant les dents et Loz éclata de rire.

- Oh, oui… murmura-t-il tout contre sa bouche. Vas-y, mange-moi…

Tifa fondit sur sa gorge avec un rugissement comique et il l’enlaça en riant de plus belle.

*

Cait 9 trottinait en direction de l’infirmerie en traînant Vincent par la main, derrière lui.

- Doucement, Cait !

- Merill est vraiment très inquiet, pour m’ordonner de vous chercher.

- T’a-t-il au moins dit ce qui se passait ?

- Je crois que c’est le général. Le choc a l’air d’être brutal.

- Quel choc ?

- Il regarde les vidéos, sur la formation du trio.

Vincent se figea un instant dans le couloir, blême.

- Tu veux dire les vidéos d’Hojo sur la naissance de ses fils et leur vie au cratère Nord ?

Ce chat acquiesça et il le souleva dans ses bras pour dévaler l’escalier qui menait au laboratoire, l’angoisse au ventre.

La dernière fois que Sephiroth avait eu ce genre de révélation, tout Nibelheim était parti en fumée…

…à suivre

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LVI - Dur, dur, d’être un bébé

“As-tu déjà entendu un bébé babiller dans son berceau?
Il imite à sa façon la parole des adultes qu’il entend autour de lui.
Il croit peut-être qu’il parle comme eux..”

Michel Tournier

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Le bruit était si assourdissant qu’il faisait mal aux oreilles.

“Flap ! Flap ! Flap !”

Et ça bougeait. Ca bougeait dans tous les sens.

Il y avait plein d’odeurs inconnues, aussi, et plein de nouvelles voix qu’il ne comprenait pas.

“Bon sang, regarde ses pieds ! Qu’est-ce qu’on lui a fait ?”

“Je n’en sais rien. Doucement, Cid !”

“Tu préfères que je rentre dans les arbres, poil de carotte ?”

“Je te demande seulement d’y aller plus doux avec ce manche ! Le bébé a peur.”

“Comment un truc aussi petit peut faire autant de bruit ? C’est dingue !”

“Chut, bébé… Allez, allez, c’est fini. Tu vas voir papa, bientôt, tu verras. Chut… Arrête de pleurer.”

“Passe-le, moi un peu, Vince.”

“Reno ! Ce n’est pas un jouet !”

Il changea de bras et écarquilla ses grands yeux mako.

Saaaaluuut, toi ! Gouzi, gouzi, gouzi…”

Une créature horrible, avec des choses écarlates pointues qui sortaient partout de sa tête, grimaça au-dessus de lui et il hurla à plein poumons.

“Bravo Reno !”

“Mais j’ai rien fait !”

“Vince ! Et l’autre, ça donne quoi ?”

“Pas fameux…”

“Bon Dieu, Reno ! Calme-moi ce bébé !”

“Et qu’est-ce que tu crois que j’essaye de faire ?!”

“Vince, bordel, reprends-lui ce marmot avant qu’il ne le fasse crever de trouille !”

“Oh, ça va, hein !”

A nouveau le cocon rouge, doux et moelleux. Ce n’était pas encore ça, soit, mais c’était déjà mieux que le monstre hirsute !

Il couvrit ses petites oreilles de ses menottes sans cesser pour autant de pleurer et l’homme enveloppé dans la grande couverture rouge et chaude le serra un peu plus contre lui en lui parlant doucement. Il ne comprenait pas, bien sûr, mais un son revenait tout le temps : “papa“. Ce que ça signifiait, il n’en savait rien mais le ton très chaleureux sur lequel il était dit laissait présager quelque chose de particulièrement doux et agréable.

L’horrible buit “flap ! flap ! flap !” cessa enfin et le monde autour de lui cessa de bouger. Sauf, bien sur, les hommes qui, eux, s’agitaient dans tous les sens.

” Allô ? Merill ? Nous sommes sur le toit. Non, Nero n’est pas en bon état, c’est le moins qu’on puisse dire. A tout de suite. Reno, aide-moi à descendre la civière de l’hélico !”

L’homme enveloppé dans la couverture rouge sauta dans l’air glacial avec lui, si bien que son nez minuscule fut bientôt tout dur et tout froid. Mais ça sentait drôlement meilleur que là où il était avant, avec l’homme qui faisait mal aux pieds. Là-bas, l’odeur piquait le nez et brûlait les yeux.

Il éternua et l’homme qui le portait l’enveloppa plus serré dans la couverture rouge et moelleuse avant de se mettre à courir.

Au-dessus de lui dansaient plein de petits points brillants et, au milieu, une grosse chose blanche, luisante et tout ronde. Il tendit sa petite menotte pour essayer de la saisir mais, comme tous ceux qui, avant lui, avaient essayé de décrocher la lune, il dut se résoudre à la laisser où elle était…

Puis l’homme ouvrit une porte et ça descendit. Puis ça remonta. Et ça descendit encore.

Le décor au-dessus de lui changea soudain. C’était blanc et tout lisse. Et de temps en temps, il passait sous une grosse grappe de choses brillantes, comme des gouttes d’eau, qui faisaient de la lumière.

Soudain, l’homme qui le portait, desserra son étreinte, le découvrit presque entièrement, l’assis sur son avant-bras et entra dans un endroit où la lumière était tellement forte qu’il dut presser ses poings minuscules sur ses yeux. Mais le pire, ce furent les cris qui retentirent d’un coup et finirent de le terrifier. Combien y avait-il de gens, là-dedans ? Qu’allait-on lui faire ?

Aveuglé et épouvanté, il pleura à fendre l’âme en tendant désespérément ses bras potelés pour que quelqu’un le prenne et le serre contre lui, au chaud et à l’abri.

“Oh ! Mon Dieu !”

“C’est pas vrai !”

“Ce qu’il est mignon !”

“Viens là, mon bébé…”

“Oh, là, là, ce que tu es joli !”

“Papa, je peux le prendre ?”

“Attends, tiens-lui la tête !”

“Oh, là, là, mais tu es un jouet, toi !”

“Rudo, tu ne sais pas y faire!”

Il se sentit passer d’une paire de bras à une autre paire de bras, d’une odeur à l’autre et il hurla de plus belle.

“Chut, chut… En voilà, un gros chagrin.”

“C’est ton papa, que tu veux, hein, bébé ?”

Puis, soudain, il y eut l’homme avec les grandes mains douces qui sentaient bon…

*

Vincent descendit à l’infirmerie, laissant le bébé avec son père et ses amis, dans la chambre de Sephiroth.

Merill, aidé de Reeve et de Shelke, avaient allongé Nero sur le ventre, sur une table d’examen. L’assistant de Shalua et le chef de la WRO découpaient le costume de cuir avec mille précautions pour dévêtir le jeune homme inconscient dans le blesser.

- Comment ça se passe ? s’enquit l’ancien turk.

Reeve réussit à dégager le dos et une jambe, découvrant une peau de porcelaine ornée de tatouages noirs sur toute la surface.

Les deux échardes métalliques ensanglantées qui saillaient du dos souple étaient à présent visibles dans toute leur horreur.

- Il faut lui retirer ces choses, murmura Merill en badigeonnant le blessé de teinture d’iode.

- Alors ? Comment est le bébé ? s’enquit Shelke sans cesser de caresser les cheveux de son ancien compagnon d’armes, comme pour le rassurer.

Vincent sourit.

- Tout le monde en est tombé amoureux. Tu devrais aller le voir, je vais rester ici.

La jeune fille hésita mais Reeve l’encouragea d’un petit signe de tête et elle s’esquiva.

- Nero a-t-il parlé, dans l’hélico, Vince ?

- Il a essayé mais il était trop mal en point. Il va falloir attendre un peu.

Sur la table, Nero s’était mis à trembler et il ne cessait de gémir doucement d’une voix à peine audible :

- Weiss… Weiss…

- Alors monsieur Strife avait raison : cet ancien soldat, ce Genesis, se cache dans les entrailles du mont Nibel ? s’enquit Merill. Mais que cherche-t-il à faire, exactement ?

Vincent secoua la tête.

- Nero a parlé de géostigmates et de contamination mais ce n’était pas très clair.

Reeve blêmit.

- Les géostigmates ?

- Si ce n’est que ça, on sait les guérir, maintenant, nota Merill. Avec l’eau originelle.

L’ancien turk secoua la tête.

- Il n’y a qu’une source, lui rappela-t-il. A Edge. Si nous avons affaire à une contamination trop importante, ce ne sera pas suffisant.

Reeve retira ses gants de latex et prit son téléphone.

- J’envoie des hommes protéger la source immédiatement. On ne sait jamais.

Vincent acquiesça et échangea un regard inquiet avec l’assistant de Shalua.

*

Deux gros bras chauds l’enveloppèrent et le serrèrent contre une grande poitrine très dure, recouverte d’une matière noire et glissante. Sauf à l’endroit où le nourrisson pressa sa petite joue rebondie, juste sous la gorge. Là, la peau était nue, toute chaude et sentait très bon, comme ses mains.

Le bébé arrêta aussitôt de pleurer et ses petites menottes tâtèrent la chair douce avec curiosité.

- Salut, toi…

La voix profonde résonna dans l’ample torse et le petit leva la tête.

Le visage de l’homme aux grandes mains était rassurant et il avait de grands yeux brillants très doux.

Cet homme n’était pas comme les autres…

Le nourrisson le sentait au fond de lui. Quelque chose les liait tous les deux, il le voyait dans ses grands yeux, le sentait tout au fond de lui et une sérénité soudaine l’envahit. Dans les bras de cet homme, il serait toujours en sécurité…

Il sourit d’instinct et, avec une confiance totale, il se blottit contre la peau qui sentait si bon en glissant son pouce dans sa bouche.

Un concert de “oh !” émus résonna dans la pièce et les commentaires reprirent de plus belle.

“Vous avez vu ? On dirait qu’il sait qui c’est !”

“Ce qu’il est mignon !”

“Regardez ça, comme il s’accroche !”

“On ne veut plus lâcher papa, pas vrai ?”

Des mains le touchèrent à nouveau, des lèvres fleurèrent sa tête et s’accrocha aux vêtements de l’homme aux grandes mains de toute la force de ses petites menottes.

En vain.

Les bras entreprenants l’arrachèrent au grand corps chaud si rassurant et il se mit à pleurer à nouveau.

“Bah alors, bébé ?”

“On ne veut plus quitter papa ?”

Il tendit ses mains minuscules vers l’homme aux grandes mains mais il continua à passer de bras en bras, sans la moindre pitié.

“Viens me dire bonjour, petit poupon. Papa ne va pas s’envoler !”

Inexorablement, on l’éloigna de l’homme aux grands mains et aux jolis yeux. Il hurla à fendre l’âme.

“Bon sang ! Quel organe !”

“On dirait qu’il a reconnu son père et qu’il ne veut plus le lâcher ! Ah ! Ah ! Ah !”

“Bien sûr que oui, qu’est-ce que tu crois ? Allez, viens, on retourne avec papa.”

Ce son…

Papa.

Encore et encore.

Papa.

Il revenait sans cesse et, il ne saurait expliquer pourquoi, ce son semblait avoir un rapport avec l’homme aux grandes mains, entre les bras de qui on le remit à nouveau.

Immédiatement, il arrêta de pleurer.

Les mains et les lèvres, cependant, continuaient à le toucher, menaçant de l’arracher à l’homme à nouveau.

Si seulement on pouvait le laisser rester là, tout contre cette peau douce qui sentait tellement bon ! Comment pouvait-il leur faire comprendre ça ?

Deux nouvelles mains se tendirent vers lui.

“Coucou, bébé ! Je m’appelle Shelke. Tu viens dire bonjour ?”

Le petit s’agrippa aux vêtements de cuir aussi fort qu’il le put et se blottit contre la poitrine chaude, à la recherche de protection.

- Da…da… ânonna-t-il en levant une petite bouille suppliante vers l’homme aux jolis yeux, provoquant des cris surpris dans l’assistance.

“J’y crois pas ! Vous avez entendu ?”

“Il babille, Reno !”

“Mais… il a dit “papa”, non ?”

“Bien sûr que non, idiot ! C’est un bébé. Comment veux-tu qu…”

- Da… da…

“Tifa, il a dit “papa” !”

“Mais non, Denzel. Il fait des sons au hasard, comme tous les béb…”

- Dada ! cria encore le bébé.

“Oh, mon Dieu…”

“Je rêve !”

L’homme le considérait à présent avec une expression à la fois sidérée et attendrie et le bébé tendit ses petites menottes pour s’agripper à son visage.

- Dada !

- Oui, bébé… C’est papa. C’est bien moi, c’est papa.

Tout joyeux, le petit babilla et quelque chose de mouillé lui tomba sur le front.

Etonné, il vit que l’homme avait de l’eau qui sortait de ses jolis yeux. Il avait sûrement faim. Ou alors… il était trempé !

Quoi que ce soit, ce n’était pas grave et quelqu’un allait sûrement lui donner à manger bientôt ou changer sa couche.

Quoiqu’à bien y réfléchir… ce n’était pas certain car “dada” ne faisait pas grand chose pour se faire remarquer. Faire couler l’eau des yeux ne suffisait pas, il fallait faire du bruit ! Sinon, on vous laissait mourir de faim ou croupir dans votre couche mouillée. Il en savait quelque chose !

Voyant que l’homme ne se décidait pas et que personne ne paraissait décidé à lui tendre un biberon ou à l’allonger pour le changer bien que tout le monde s’agite autour d’eux, il prit les devants ! Il gonfla bien fort ses petits poumons ouvrit grand la bouche et…

“Oh ! Dieux du ciel ! Mais comment une chose aussi minuscule arrive-t-elle à faire un tel boucan ?”

“Il a peut-être faim ?”

“Possible.”

- Accompagne-moi en bas, mon grand. Il y a du lait maternisé au labo. On en profitera pour lui faire un petit sheck-up.”

- Chut, bébé… Arrête de pleurer, allez.

“Il va aussi falloir lui trouver des vêtements.”

“Attendez… On a ce qu’il faut ! Dans la chambre de Kadaj !”

“J’ai des vêtements de béb… ? Oh ! Mais oui ! La boîte aux moogles !”

“Quelle boîte ?”

“Le trousseau de Sephiroth !”

“J’avais un trousseau, moi ?”

“Oui, mère l’avait préparé pour toi. Dans la boîte bleue.”

“Oh… La fameuse boîte ! Mère ne m’a pas dit ce qu’elle contenait.”

“De quelle boîte parlez-vous ?”

…à suivre

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I - Bienvenue à Gongaga !

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Illustration tirée du doujinshi “BUBBLES” du Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Jamais le soleil n’avait tapé comme ce matin là. L’air sec était chargé de poussière et j’avais la gorge comme de la litière pour chats. Nous étions en août, au plus fort de la saison sèche, et je me souviens du grincement des minuscules grains de sable emportés par le vent entre mes dents.

Ma casquette me donnait l’impression d’avoir le crâne sous une cocotte minute mais c’était ça où tomber raide, assommé par le soleil. La sueur coulait sur mon front et ma queue de cheval me collait déjà à la nuque. Combien de fois en quinze jours m’étais-je promis de me couper les cheveux ? J’en avais perdu le compte mais je n’avais jamais pu me résoudre à renoncer à cette dernière coquetterie.

Avec un soupir, je me resservis du café. Il avait un goût aigre amer, comme s’il avait bouilli. Connaissant le cuisinier, je ne doutais pas que ce fut bien le cas et je le bus d’un trait en grimaçant, comme tous les matins.

Je dus déployer des efforts surhumains pour mettre un pied devant l’autre et sortir de la tente qui nous servait de cantine. Le soleil m’aveugla et cette impression de respirer à travers un mouchoir brûlant que l’on aurait pressé sur ma bouche était insupportable. Je dus fermer les yeux, incapable de supporter la lumière en dépit de l’heure matinale, sortis mes lunettes de soleil de la poche de mon pantalon de toile et les chaussai. A travers les verres fumés qui assombrissaient le décor, le camp semblait bénéficier d’une ombre illusoire, et bizarrement, il me sembla que la température avait baissé en même temps que la lumière.

Les brahmanes de Canyon Cosmo disent que l’esprit d’un homme est capable de faire plier les éléments. Eh, bien moi j’avais des lunettes magiques qui jetaient de l’ombre sur le décor ! C’était ridicule mais pour un peu de fraîcheur ou une illusion de fraîcheur, j’étais prêt à tout…

Le cahier des charges sous le bras, j’avançai sur le terrain aride, mes bottes se couvrant d’une pellicule de poussière orangeâtre.

Je crois que c’est l’une des rares choses que je déteste, dans cette région désertique qui entoure la forêt de Congaga : cette poussière grasse qui se mélange à la sueur et colle à la peau dès que l’on met le nez dehors.

Et encore, devais-je être heureux de ne pas me trouver en poste à Midgar, comme Genesis ! La première fois que j’avais été en mission là-bas, j’avais été horrifié en constatant qu’après avoir retiré le manteau porté toute la journée, mes bras et mes jambes étaient enduits d’une suie huileuse. On voyait parfaitement la marque des vêtements que j’avais ôtés, comme si j’avais pris un monstrueux coup de soleil noir. L’eau de la douche ressemblait à de l’huile de moteur et j’avais passé de longues minutes à me décrasser les cheveux. Mes poumons devaient ressembler à un pot d’échappement mal entretenu ou à ceux des lapins que ce salopard d’Hojo oblige à fumer pour tester le taux de nicotine des cigarettes. Le second jour, l’idée de porter un masque anti-pollution m’avait effleuré et le troisième, je me promenais dans les rues aussi crasseux et grisâtre que n’importe qui.

Lorsque j’avais accepté de sécuriser la zone du réacteur de Gongaga, en pleine rénovation, je m’étais imaginé la région comme me l’avaient racontée Angeal et Genesis, à l’école d’officiers : verte, fraîche et luxuriante. Avec un adorable petit village perché à flanc de montagne….

Tu parles ! Ils avaient juste oublié de préciser que l’oasis de verdure ne restait verte que trois ou quatre mois par an, au printemps, et qu’elle était entourée d’une région caillouteuse où l’on crevait de chaud en été et où l’on mourait de froid en hiver !

Au lieu de la douce fraîcheur parfumée d’herbe verte que je m’étais imaginée, je me promenais dans la poussière du chantier en pantalon d’épaisse toile noire, t-shirt poisseux de sueur et je dormais sous l’une des tentes où il ne se passait pas une nuit sans que je ne me réveille empêtré dans la moustiquaire. Si les membres de mes fan-clubs me voyaient…

Angeal, m’avait précédé sur les lieux et avait déjà établi un périmètre de sécurité. Contrairement à moi, il connaissait la région et les coutumes du coin pour y avoir passé son enfance. D’un kilomètre à l’autre, la terre était tour à tour végétation desséchée inextricable ou désert caillouteux. Les routes n’étaient que des chemins de terre et bien souvent nos 4×4 s’ensablaient.

Je jetai un regard aux échafaudages, sur lesquels s’affairaient avec les ouvriers, tous originaires de la région. Combien étaient-ils ? Une trentaine ? Il y avait bien longtemps que j’avais renoncé à faire l’appel. Si le frère était malade, le neveu le remplaçait et cela quand le père n’amenait pas le fils pour lui prêter main forte afin de finir dans les temps. Les questions d’assurance et de contrat de travail n’avaient pas cours ici. Tout ce qui comptait pour ces hommes, c’était de terminer honorablement leur tâche, comme ils s’y étaient engagés. On ne badine pas avec l’honneur et la parole donnée, dans la région. J’avais rarement connu des gens aussi travailleurs et je n’hésitais pas à tanner Reeve pour qu’il leur verse un supplément d’argent lorsque j’estimais qu’ils le méritaient, c’est à dire bien souvent. Cela m’avait valu des amoncellements de friandises et plats traditionnels confectionnés par leurs épouses et leurs sœurs, que nous partagions lors des pauses.

J’essuyai la sueur qui coulait de mon front. Comment pouvaient-ils supporter de travailler par cette chaleur ? Torse nu, la peau tannée par le soleil et vêtus de pantalons de coton ou de chemises ouvertes sur des shorts bariolés, ils manipulaient les sacs de ciment avec une facilité déconcertante. Ils transpiraient à peine et la lumière les faisait à tout juste plisser les yeux.

Mon regard s’attarda un instant sur les dos musclés et les poitrines noueuses. Les hommes… Depuis combien de mois n’avais-je pas touché un homme ? Deux ? Trois ? Le dernier était un jeune postulant soldat dégingandé qui m’avait fait regretter de ne pas avoir passé mon chemin.

Je secouai la tête et consultai les plans de déploiement des forces de sécurité pour la énième fois. N’avais-je rien oublié ? A Midgar, j’en avais été particulièrement fier de mais, une fois arrivé dans la région de Gongaga, je m’aperçus de ce que les tours de surveillance pouvaient avoir de ridicule dans une région aussi escarpée.

De président adjoint Rufus Shinra voulait du beau, du grand, du riche et, par dessus tout, de l’impressionnant. Quand je voyais les ravissantes constructions traditionnelles qui parsemaient la région, je n’arrivais vraiment pas à comprendre comment cet imbécile pouvait leur préférer ce monceau de ciment et de verre en forme de chou-fleur que j’avais mis des semaines à sécuriser sur les conseils de son éminence grise, un petit homme gras et dégoûtant qui répondait au nom de Palmer.

“Non, il faut plus de caméras !” “Non, il y a trop de surface exposée !” “Allons, mon garçon ! Le président adjoint ne sera jamais en sécurité si les vitres ne sont pas blindées !”

Plus d’une fois l’envie m’avait démangée de le passer par la fenêtre sans prendre la peine de l’ouvrir mais c’était lui qui signait les chèques… J’avais eu ce gnome mangeur de gras sur le dos pendant trois semaines et il devait passer sur le chantier aujourd’hui en compagnie de son “altesse sérénissime”. Si le maître était aussi exaspérant que son toutou, cela promettait un bel après-midi de fichu !

Je n’avais jamais eu l’occasion de rencontrer Rufus Shinra mais je le détestais déjà cordialement !

“Son Altesse” avait souhaité que son ” chou-fleur ” domine la route qui conduisait à la petite rivière qui menait au village. Devoir raser le petit temple de pierre qui se trouvait non loin pour pouvoir sécuriser les travaux de construction m’avait fendu le cœur mais il allait l’avoir son “réacteur que tout le monde pourrait voir de loin”. C’était là les instructions les plus sottes que l’on m’avait jamais données mais Rufus payait bien. Très bien même. J’allais gagner ici plus d’argent en un an que je n’aurais pu en économiser en 50 ans de missions ordinaires.

Le groupe électrogène se mit en route avec un grondement de tonnerre et l’odeur du gasoil se mêla aux parfums d’épices. Je n’ai jamais su décrire l’odeur qu’il y avait dans la région par un autre terme. L’air sentait la terre, le parfum et les épices. Une odeur étourdissante que je n’ai jamais retrouvée ailleurs.

- Sephiroth ! Déjà levé ? Tu fais des efforts, mon grand ! Tu viens nous donner un coup de main ?

Je baissai les yeux vers Angeal, qui surveillait l’avancement des travaux dans l’immense trou des fondations et lui fis un petit signe de la main.

- Ne rêve pas ! criai-je pour couvrir le bruit des marteaux piqueurs qui s’étaient mis en route pour briser la pierre. Je n’ai pas sué durant les cours assommants de Lazard dans le but de nager dans la crasse !

Il éclata de rire et retira son casque de protection pour essuyer la sueur qui coulait sur son visage. Je connaissais Angeal depuis mon enfance, tout comme Genesis, et je peux dire que j’en étais venu à considérer au fil des années comme le frère que je n’avais jamais eu. La petite trentaine, des cheveux noirs mi-longs coiffés en arrière et une charpente à faire blêmir un culturiste, Angeal était de sept ans mon aîné et m’adorait. Je n’avais jamais cherché à cacher ma liberté de moeurs et la relation particulière que j’entretenais avec Angeal avait bien souvent alimenté les ragots.

- Dis-moi mon grand, poursuivit-il, tu ne crois pas que… oh, oh ! On a de la visite.

Il grimaça et je suivis son regard. J’avais beau le voir en contre-jour, je reconnus immédiatement le personnage qui s’avançait vers moi. Sa masse impressionnante de cheveux emmêlés et ses jambes maigres et arquées lui donnaient l’apparence d’un primate.

L’ermite de la forêt de Gongaga nous rendait visite de plus en plus souvent, ces derniers jours.

- Merde, soupirai-je en levant les yeux au ciel. Mais qu’est-ce que cet illuminé vient faire ici, encore ? Si les ouvriers le voient, nous sommes cuits…

Le saint homme arriva à ma hauteur et leva les yeux vers moi sans un mot. Il avait peint trois cercles rouges sur son front, par dessus la crasse, et son visage était vierge de toute expression. J’avais l’impression d’observer un mannequin d’argile. Vêtu d’un pagne douteux et maigre à faire peur, il dégageait une aura inquiétante et une puanteur insoutenable. Je pinçai les narines et détournai le regard.

Un cri s’éleva dans les fondations et plusieurs têtes dépassèrent du trou où travaillaient les maçons. En voyant notre visiteur, tous lâchèrent leurs outils, éteignirent les marteaux piqueurs et grimpèrent en une nuée bourdonnante pour venir s’agenouiller devant le saint homme en le priant de les bénir. Les ouvriers, pour la plupart originaires de la région, se balançaient d’arrière en avant en psalmodiant des prières devant l’homme minuscule, mains jointes devant leur front.

Je m’écartai et lançai un regard excédé à Angeal, qui me répondit par un haussement d’épaules.

- Laisse tomber, Seph.

Le saint homme avait pris l’habitude de venir une ou deux fois par semaine sur le site. Lorsque j’en avais demandé la raison à l’un des contremaîtres, il m’avait simplement répondu que les gens comme lui étaient guidés par les Dieux eux-mêmes et qu’il ne fallait pas chercher à comprendre le pourquoi de leurs actes et de leurs paroles.

J’étais bien avancé !

La première fois que ce zombie avait fait son apparition, il était arrivé derrière moi comme un fantôme et m’avait soufflé dans le cou. En voyant le visage couvert d’une croûte blanchâtre digne d’un film d’horreur, j’avais poussé un cri à paralyser un troupeau de Bahamuts et manqué de peu la crise d’apoplexie. Par la suite, je vis plusieurs de ces individus à Gongaga. Ils restaient immobiles durant des heures, assis en tailleur au beau milieu de la route, et chacun leur témoignait un respect craintif. D’après ce que j’avais compris, ils avaient fait vœu d’abandonner tout plaisir terrestre ou quelque chose dans ce goût là. Des sortes de renonçants.

Bien entendu, j’avais consulté des dizaines de guides et de livres sur la région avant de partir mais, je suis désolé de le dire, une fois sur place, on se demande si les auteurs de ces ouvrages ont bien posé le pied dans le pays dont ils parlent.

Ici, rien n’est simple et aucun texte, aussi complet soit-il, ne peut donner une idée de ce que sont réellement ces gens et leur terre.

Je regardai ma montre. Si le saint homme ne fichait pas le camp pour que nous puissions reprendre le travail, je risquais de me faire salement remonter les bretelles par le ” petit prince Shinra “, qui devait arriver d’un instant à l’autre.

- Allez, allez ! La récréation est finie.

Je tapai dans mes mains et Angeal sortit de son trou pour me poser la main sur le bras.

- Arrête, Seph. Respecte leurs croyances.

Je me tournai vers lui en ouvrant des yeux ronds comme des soucoupes.

- Mais je respecte leurs croyances ! Le problème, c’est que son altesse de mes fesses va arriver et que…

- Chut ! me rabroua Angeal. Ne parle pas de lui comme ça devant eux.

Plusieurs hommes se couvrirent le visage des mains et posèrent le front sur les pieds du gnome, comme s’ils cherchaient à se faire pardonner pour mon comportement cavalier.

- Désolé ! grimaçai-je en agitant la main dans leur direction.

Pour la première fois, j’entendis l’homme blafard parler. Sa voix était rocailleuse et aiguë. Elle vrillait les tympans et son curieux dialecte accentuait encore cette désagréable impression.

- Que dit-il ? demandai-je à Angeal.

Il haussa les épaules. Visiblement, il était parti de chez lui depuis trop longtemps et avait oublié son patois natal.

Zack, un postulant soldat lui aussi originaire de la région, s’approcha. Comme à chaque fois qu’il s’adressait à moi, ses grands yeux bleus semblaient incapables de me fixer et ses mains tremblaient. Lorsqu’il aurait pris un peu d’assurance, il ne faisait pas de doute qu’il deviendrait une excellente recrue.

Le silence était soudain tel que l’on n’entendit plus que le bruissement des pieds des ouvriers fouillant la terre poussiéreuse avec embarras et le vent léger et étouffant qui charriait l’odeur de vase de la rivière.

- Il dit que quelque chose va vous faire du mal, Général, et que vous devez faire attention.

Je plissai les lèvres. Après les prières… les superstitions ! Il ne manquait plus que ça.

- Quelque chose va me faire du mal ?

- Oui, Général.

- Cette chose doit s’appeler Rufus Shinra, dans ce cas. Parce que sois certain qu’il va m’arracher la tête s’il ne vous trouve pas tous au travail en arrivant.

Les hommes échangèrent des regards entendus et baissèrent la tête.

- Sauf votre respect, vous ne devriez pas plaisanter avec ça, Général. Le danger est réel.

- Qui ? Rufus Shinra ?

Zack sourit malgré lui.

- Non, Général. La chose.

- Quel genre de chose ? demanda Angeal.

Je levai les yeux au ciel et me donnai une claque sur le front.

- Angeal ! Tu ne vas pas t’y mettre toi aussi !

Il ne répondit pas et montra le sage du menton en continuant à s’adresser Zack.

- Demande-lui.

Zack s’inclina devant la vieille chouette cendreuse et lui parla dans sa langue discordante. Le sage ne répondit pas, ne changea pas d’expression et fit demi tour.

Chacun le regarda s’éloigner et, quand il s’engagea sur la pente, disparaissant de leur champ de vision, les maçons se tournèrent vers moi de concert et me lancèrent des regards désolés.

J’avais beau être imperméable à toute sorte de religion et de superstition, l’expression de leur visage, leurs épaules basses et leur immobilité me nouèrent le ventre.

Je tournai sur moi-même.

Ils formaient une ronde lugubre et mélancolique. Ils me fixaient comme si je n’étais déjà plus qu’un cadavre autour duquel les vieux copains se recueillent en se disant “c’était un brave type”.

Je pris une profonde inspiration.

- On peut retourner travailler ou vous voulez vraiment que Shinra Junior me fasse rôtir ?

Angeal adressa quelques mots aux ouvriers, qui inclinèrent la tête et retournèrent à leurs occupations en murmurant entre eux, comme s’ils craignaient que le bruit de leurs voix n’attire le malheur dont avait parlé le vieux sage. L’un d’entre eux posa la main sur ma poitrine en murmurant une prière que je ne compris pas.

- Il demande aux Dieux de te protéger, murmura Angeal.

- Oh, je… Merci, fis-je à l’homme avec un légère inclinaison de tête.

L’ouvrier s’inclina à son tour, me sourit, et descendit dans les fondations.

Chaque coin de ce pays semblait regorger de malédictions en tout genre et j’avais déjà eu des difficultés à trouver des ouvriers à cause des multiples fariboles locales qui faisaient de la région un véritable berceau du mysticisme.

Si un jour je décidais d’abandonner l’armée, je pourrais toujours gagner ma vie en écrivant des histoires sur les mystères de la région pour gogos en mal de magie, étouffant dans leurs murs de béton…

Un bruit de moteur me tira de mes plans de carrière à long terme et, un instant, je crus bien que le saint homme avait raison au sujet de sa créature dangereuse qui allait venir me chercher.

Ce qui m’arrivait dessus était au moins aussi redoutable que l’odeur du saint homme, et je sentais mes nerfs sur le point de lâcher face à cette vision d’horreur : monsieur lèche-bottes en personne, Palmer le gras double, arrivait sur le chantier pour la visite prévue. La journée commençait vraiment mal. J’avais de plus en plus hâte qu’elle se termine pour me retrouver sous ma tente.

Et, si possible, avec le joli blondinet qui venait de sortir de la voiture…

…à suivre

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Les sept péchés capitaux : LA COLERE

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : les volontaires sont les bienvenus !

***

Une morsure à la base de sa nuque le réveilla en sursaut et il rua sous le grand corps qui l’écrasait contre le matelas.

- Aïe ! Quand cesseras-tu d’être aussi brutal !

Il se retourna avec peine sous la masse de muscles et son frère lui adressa un sourire espiègle, amusé de l’avoir fait enrager.

Yazoo le dévisagea un instant avec une expression lasse et voyant qu’il ne bougeait pas d’un centimètre, martela ses larges épaules de ses poings.

- Tu m’écrases !

Avec un grognement, Loz consentit enfin à rouler sur le côté et son cadet s’assit sur son lit en se frottant la nuque couverte de salive avec une grimace de dégoût.

- Kadaj veut te parler, annonça le jeune colosse avec une moue boudeuse qui n’aurait pas dépareillé sur le visage d’un petit garçon.

Yazoo lui adressa un regard en biais et soupira.

- Et c’était sans doute une raison pour me réveiller en me mordant le cou ? (Loz pouffa) Ce que tu peux être puéril, parfois !

Il essuya sa paume humide de salive sur la manche du blouson de son frère et celui-ci bondit du lit en frottant le cuir d’un air écœuré.

- Eh ! C’est dégoûtant !

Yazoo éclata de rire.

- C’est ta propre bave, idiot ! railla-t-il de sa voix suave.

Il fila dans la salle de bains de sa chambre - au demeurant la seule salle de bains attenante à une chambre dans le petit appartement qu’ils avaient loué à Edge (Kadaj et Loz se contenant de celle qui se trouvait au bout du couloir).

- Je ne suis pas idiot ! rétorqua ce dernier en direction de la porte entrouverte, faisant redoubler le rire de son frère.

- Bien sûr que non ! Tu préfères juste cogner au lieu de penser !

Vexé, Loz quitta la chambre d’un pas rageur pour rejoindre Kadaj et finir le frugal petit déjeuner préparé à la va-vite par ce dernier.

***

- Et surtout, ne laissez rien au hasard ! lança Kadaj avant de démarrer en trombe. La moindre piste donnée par les deux imbéciles de la Shinra doit être exploitée dans les moindres détails !

- …doit être exploitée dans les moindres détails… Gnagnagna ! singea Loz sur le pas de la porte, faisant sourire Yazoo. Pourquoi c’est toujours nous qui écopons du sale boulot ?

Son cadet haussa les épaules.

- Il sait ce qu’il fait, Loz.

Celui-ci tordit le nez.

- Mhh…

- Je me charge retrouver les traces de grand frère dans les archives de la ville. Toi, va explorer le labo désaffecté et essaye de trouv…

- Pourquoi c’est moi qui doit aller au labo ? le coupa Loz, plus renfrogné que jamais.

Yazoo laissa échapper un profond soupir excédé et roula des yeux.

- Loz, ne commence pas, s’il te plaît.

- C’est plein de choses dégoûtantes, ces endroits, et… et… on ne sait jamais s’il ne reste pas des… des « trucs » qui peuvent te rendre malade ou… ou…

- Ou te rentrer par les narines pour te ronger le cerveau ? persifla son frère. Aucun risque de côté là en ce qui te concerne, Loz, rassure-toi.

Ce dernier se raidit avec un pincement au cœur et émit un curieux petit hoquet affecté.

- Ca, c’était vraiment pas gentil… fit-il d’une voix étranglée avant de se détourner et de se diriger, les épaules basses, vers sa moto garée non loin.

Son cadet jura et le rattrapa.

- Loz, attends, je suis désolé, je ne voulais pas dire ça.

Il le prit par le bras mais son frère se dégagea et enfourcha son bolide.

- Si, tu le voulais, Yazoo. Pire, même : tu le pensais !

Il fit ronfler le moteur et démarra.

- Non… Loz, attends, ne… Et zut !

***

Lorsque Loz quitta le laboratoire, la nuit était sur le point de tomber. Il avait eu beau fouiller les anciens locaux désaffectés de la cave au grenier, il n’avait trouvé qu’un amas de paperasses inutiles, réduites en charpie par l’humidité et les intempéries, et du matériel cassé sans le moindre intérêt, dont il valait mieux ignorer à quoi il avait pu servir.

Il s’assit sur la moto avec un soupir déchirant en s’essuyant nerveusement les mains sur son pantalon et sortit son téléphone portable de sa poche.

Yazoo ne l’avait pas appelé. Etrange. Il était rare que son cadet le laisse sans nouvelles durant plus de deux ou trois heures.

“Et s’il n’osait pas me téléphoner après la façon dont je l’ai envoyé promener ?”

Bien qu’il n’ait strictement rien à se reprocher et que ce soit lui, au contraire, qui ait subi les sarcasmes venimeux de son cadet, il se sentit coupable. Coupable et seul. Terriblement seul…

Il tint le petit téléphone un long moment dans sa paume, comme si le simple fait de le fixer intensément pouvait le faire sonner, et, lorsqu’un bit strident retentit, annonçant un message, il sursauta.

Mais ce n’était pas Yazoo.

Oh, que non…

Le coeur battant et la gorge serrée jusqu’à la nausée, Loz relut le message encore et encore, refusant d’admettre l’horrible évidence.

- Non… gémit-il, tremblant de tous ses membres. Tu es mort… Tu es mort !

***

Pour les habitants de Edge, désormais endormis, cette nuit-là ressemblait à toutes les autres nuits mais, pour l’ombre qui se glissait dans les ruelles, c’était le début d’un cauchemar. Un long cauchemar.

Loz ne portait aucune arme, comme il lui avait été ordonné dans le message. A l’insu de Kadaj, il avait caché son pistolame et sa griffe de combat dans la petite remise de la maison coquillage.

- Où vas-tu ? avait demandé son jeune frère, agacé de le voir arriver bredouille du laboratoire désaffecté pour repartir aussitôt.

- J’ai besoin de me changer les idées.

- Ne va pas provoquer de bagarre inutile !

- Ne t’en fais pas, je veux juste rouler un peu.

- Que t’a dit Yazoo, exactement ? avait insisté Kadaj. Pourquoi tarde-t-il autant à nous rejoindre ici, comme prévu ? Et pourquoi ne répond-t-il pas au téléphone ?

- Je te l’ai dit : il a un problème avec le réservoir de sa moto. Le garage où il a dû se rendre est en sous-sol, le réseau ne passe pas.

Son cadet tapa rageusement du pied.

- Il n’y en a pas un pour racheter l’autre, décidément ! ronchonna-t-il en tournant les talons. Et ne passe pas toute la nuit dehors ! ajouta-t-il depuis le seuil de la maison.

Loz n’avait pas rétorqué. Il avait attendu qu’il disparaisse derrière la porte pour aller cacher discrètement ses armes, l’angoisse au ventre, puis avait pris la route de Edge.
Le corps secoué par des tremblements incontrôlables, il traversa la ville endormie et franchit le tronçon d’autoroute délabré qui menait à de ce qui avait été la ville de Midgar.

Lorsqu’il arriva enfin devant les ruines du siège de la Shinra, il abandonna son bolide, comme il lui avait été ordonné dans le message, et se précipita à l’intérieur.

Pantelant, sans même prendre le temps de s’arrêter pour respirer, il dévala les escaliers dévastés qui menaient au sous-sol au pas de course, étage après étage… et fut presque immédiatement stoppé par une douleur soudaine qui lui coupa le peu de souffle qui lui restait.
Dans l’obscurité, il n’avait pas vu venir le pied qui le cueillit au creux de l’estomac et s’était effondré sur le sol.

Un rire tonitruant éclata dans ce qui était une espèce de salle de réunion souterraine, réduite à l’état de décombres et tout juste éclairée par une torche électrique d’appoint, qui dissipait à peine les ténèbres dans le coin de la pièce où il se trouvait.

L’incarné essaya de se redresser mais le poids d’une botte sur son épaule le maintint à terre. Une botte boueuse portée par un lascar digne des plus terrifiants contes pour enfants.

- Où est mon frère ? haleta Loz, l’estomac révulsé par l’odeur d’humidité et de moisissure qui flottait dans le sous-sol.

L’homme retira son pied et Loz put redresser la tête mais il frémit devant l’horrible visage, ou du moins ce qu’il en restait… L’œil gauche avait été arraché et la bouche formait un angle impossible du fait des cicatrices qui barraient les joues.

- J’ai changé, n’est ce pas ? Laisse-moi donc te remercier pour ce ravissant minois !

Tremblant de rage, il s’approcha et gifla l’argenté à toute volée du dos de la main, lui fendant la lèvre, mais Loz sentit à peine le coup, abasourdi par la surprise et trop inquiet pour Yazoo.

C’était donc réel… Le SMS venait réellement de lui, de ce salopard.

Kraig…

Ce nom avant hanté ses pires cauchemar durant des années.

“Soldat Première Classe Capitaine Kraig Copland”.

Il aurait dû mourir, pourtant. Oui, il aurait dû mourir, ce jour-là…

Cela faisait si longtemps que Loz avait presque oublié. Les luttes. Le sang. Les cris d’agonie. Le soleil… Ce maudit soleil les faisait cuire sur place. Et les monstres. Si nombreux… Il s’en souvenait, maintenant. Si nombreux qu’ils avaient tous cru mourir sous leurs griffes, y compris le téméraire Capitaine Copland. Son maître d’armes, son professeur et son pire bourreau.

Kraig Copland était tombé sous les coups des démons, ce jour-là. L’argenté revoyait les gueules béantes se jeter sur lui et aurait pu le prévenir. Il aurait pu l’aider - oui, il aurait pu. Mais il ne l’avait pas fait…

Il ne l’avait pas fait car, le matin même, Copland avait passé la main dans les cheveux de Yazoo, qui n’était alors qu’un tout jeune adolescent. Une caresse à priori innocente mais ponctuée d’un sourire que Loz ne connaissait que trop bien…

Alors, lorsque l’une des créatures avait refermé ses mâchoires sur le si respecté capitaine et l’avait emporté dans sa gueule pour festoyer avec ses congénères, Loz en aurait presque applaudi de joie !

Oui, ce jour-là, l’incarné s’était débarrassé de son bourreau ! Et il s’était juré de devenir fort. Plus fort que n’importe qui, afin que, plus jamais, un autre Copland ne risque de s’approcher trop près de lui ou de ses frères. Il ne le permettrait plus, pour ça non !

Et Loz avait tenu parole.

Mais voilà que Kraig Copland se tenait devant lui. Défiguré et boiteux, certes, mais bien vivant.

- Alors c’est donc ça qu’est devenu l’incarné le plus réussi du grand Sephiroth ! Ah ! Ah ! Ah ! Non mais regarde-toi, Loz ! Quel gâchis…

- Où est mon frère ? répéta ce dernier sans relever l’insulte, la gorge serrée par le dégoût.

L’homme le gifla à nouveau, le saisit par les cheveux et lui tira la tête en arrière.

- Je t’interdis de prononcer mon nom, sale petite pute ! Comment as-tu pu me faire une chose pareille ? Moi, qui t’avais tout appris ! Qui t’avais tout donné !
Le butor lui asséna un coup de pied dans les côtes et l’argenté s’effondra en gémissant sur le sol.

- Où est… mon frère ? haleta à nouveau Loz. Qu’as-tu… fait… de lui ?

- Ah ! Ah ! Ah ! Non mais regarde-toi ! railla son bourreau.

Il se pencha et saisit douloureusement le menton de l’incarné pour lui redresser la tête.

- Ne me… touche pas !

Le géant balafré éclata d’un rire méprisant et lui administra un autre coup de pied avec une violence incroyable.

Le jeune homme se plia en deux et roula sur le sol en gémissant.

- Rassure-toi, te toucher est la dernière dont on a envie lorsqu’on voit ce que tu es devenu, mon pauvre Loz ! Tes cheveux… Tes magnifiques cheveux… Par toute la pourriture de la planète, comment as-tu pu sacrifier de tels cheveux ? Et ce corps… Regarde ce que tu as fait ! Tous ces muscles et… cette barbe ! Par l’enfer ! Quand je pense à quel point tu étais beau… Tu resplendissais comme le soleil, et maintenant, tu as l’air d’un… d’un animal.

Loz émit un bruit de gorge et son visage se tordit.

- Le seul animal… c’était toi ! Toi… et tes jeux pervers !

Il se mit à genoux avec difficulté, et se redressa, chancelant.

Fou de rage, Copland le saisit à la gorge.

- C’est pour ça que tu as sacrifié ton ensorcelante beauté ? Pour échapper aux “pervers” dans mon genre ? C’est pour ça que tu as voulu me laisser crever, espèce de petite putain capricieuse ?

Loz essaya de se jeter sur lui mais le géant resserra sa prise sur son cou.

- Où est… mon frère ? réussi à articuler l’argenté, à demi-étouffé par les énormes doigts.

- Sais-tu que je l’ai pris pour toi, quand je l’ai vu, à Edge ? Un très joli garçon, lui aussi, mais une bien pâle copie de ce que tu étais. Lui as-tu parlé de moi ? Lui as-tu avoué que c’est dans mon lit, que tu venais, lorsque tu quittais votre chambre, au laboratoire du cratère Nord ? Lui as-tu raconté comment tu pleurais, quand je te…

- Tais-toi ! hurla Loz.

- Tu avais des lèvres adorables. J’ai toujours aimé tes lèvres. Ton frère a les mêmes lèv…

- Qu’est ce que tu lui as fait ? tempêta l’argenté. Si jamais tu as posé la main sur lui je te jure que je te tuerais !

Il se débattit comme un diable mais la pression sur sa gorge se resserra et sa vue s’obscurcit.

- Tu m’a laissé mourir, petite putain… murmura le butor en caressant la pommette satinée. Tu as une dette envers moi. Et, cette dette, qui va la payer ?

Loz blêmit.

- Relâche Yazoo… Relâche-le et… tu pourras faire de moi ce que tu… voudras, je le jure !

Le géant sourit.

- Comme au bon vieux temps, là-bas, au cratère Nord, mhhh ? Tu croyais franchement que je ne voyais pas ton petit manège ? Tes frères savent-il le nombre de fois que tu as sauvé leurs jolies petites fesses en t’agenouillant entre mes cuisses ?

- Tu auras ce que tu veux de moi mais ne lui parle pas de ça et laisse-le partir, supplia Loz.

Copland sembla réfléchir.

- Et qui te dit que la brute que tu es devenue m’intéresse ? Où est le Loz gracile et tendre qui réchauffait mon lit ?

- Ce que tu voudras, répéta Loz, les larmes aux yeux. Absolument… tout.

- Tu imagines ? reprit le colosse comme s’il n’avait rien entendu. Tu imagines si Kadaj et Yazoo savaient que leur frère, leur dur, leur viril, leur indestructible frère écartait régulièrement les cuisses pour leur épargner de douloureuses expérimentations ou des entraînements impitoyables ? S’ils savaient que, pour les protéger, tu as dû sacrifier ta beauté, ta jeunesse et devenir une brute sans éducation ni cervelle tout juste bonne à donner des coups de poings dans un sac et à soulever de la fonte ? Imagines-tu à quel point Yazoo serait désespéré s’il connaissait ne serait-ce qu’un dixième des souffrances que tu as endurées pour eux, Loz ?

- Yazoo ne t’a jamais fait de mal, pas plus que Kadaj ! Ils t’ont toujours respecté et admiré, Kraig ! Torture-moi ! Bats-moi mais fiche-leur la paix !

Le colosse sourit tristement.

- Toi contre Yazoo, alors ? Une fois de plus. As-tu seulement une idée de ce que je pourrais te faire subir ? De la rage que j’éprouve ? De la haine qui n’a cessé de grandir depuis ce jour ?

Loz sentit une bile amère lui monter dans la gorge.

- Laisse partir Yazoo et je te donne ma parole que tu pourras faire de moi ce que tu voudras.

Le géant se planta devant l’argenté, qui dut faire un effort pour ne pas détourner les yeux de l’horrible visage.

- Approche. Nous allons faire ça à ma manière… A genoux !

Loz obéit comme un pantin sur les fils duquel on aurait tiré et son ancien maître d’armes lui attacha les bras dans le dos avec une corde solide.

- Je t’ai donné ma parole ! Pourquoi m’attacher ?

- Il est certaines occasions où un homme est prêt à se parjurer. (Il augmenta l’intensité de la torche électrique et Loz plissa les yeux) Dans le cas, par exemple, ou…

Le cercle de lumière s’élargit, les coins d’ombres diminuèrent et le hurlement de Loz retentit alors dans tout le sous-sol : Yazoo, bâillonné et attaché à une poutre de métal dans une partie qui était jusqu’alors dans l’ombre, avait assisté à la scène et avait tout entendu.

- Yazoo…

- Dans le cas, disais-je, où un frère cadet voit son aîné se soumettre aux pires avilissements à cause lui… acheva Kraig Copland avec un sourire d’intense satisfaction.

Loz voulut se redresser mais le géant sortit une minuscule télécommande de sa poche et une lumière rouge se mit à clignoter sur la gorge de Yazoo.

En reconnaissant l’un des colliers piégés que l’on mettait aux prisonniers particulièrement dangereux lors de transferts ou de déplacements à haut risque, l’incarné poussa un sanglot déchirant.

- Si j’étais toi, je resterai tranquille, prévint le géant en desserrant son ceinturon. Regarde bien ce que ton grand frère va encore faire pour toi, Yazoo ! Regarde bien !

Le bâillon de Yazoo était trempé de larmes et il secouait désespérément la tête, suppliant silencieusement Loz de ne pas se laisser faire. Mais le colosse défiguré se jeta sur son aîné, le plaqua au sol en déchirant les lanières de son blouson et lui écarta brutalement les cuisses d’un coup de genou.

- Maintenant, on est quittes !

- Ne regarde pas, Yazoo ! hurla Loz entre deux sanglots. Je t’en prie ! Ne regarde pas ! Ne crois pas ce qu’il te dit ! Ca n’a jamais été de ta faute ni de celle de Kadaj ! Jamais !

***

Lorsque Loz ouvrit les yeux, sa tête reposait sur les genoux de son frère. Yazoo caressait ses courts cheveux de platine avec une douceur infinie.

- Où est-il ?

- Je ne sais pas. Il m’a détaché, m’a assommé et il est parti.

Des larmes roulaient sur ses joues et retombaient sur le front de frère aîné.

- Ne pleure pas, Yazoo.

- Je le tuerai, Loz… Je retournerai toute la planète s’il le faut et je te ramènerai sa tête dans un sac !

Loz eut un sourire amer et secoua la tête.

- Tu ne devras jamais parler de ce qui s’est passé ici ou de ce que tu as entendu. Et surtout pas à Kadaj. Jamais…

Les larmes de Yazoo redoublèrent et son frère se leva avec difficulté.

- Je lui ai dit que ta moto était tombée en panne. Pars seul vers la forêt des anciens. Dans une heure ou deux, je vous rejoindrai comme si je revenais d’une balade quelconque.

Il se rhabilla avec des gestes lents et douloureux.

- Tu es blessé, Loz. Il va bien le voir.

Celui-ci toucha son visage contusionné.

- Je lui dirais que je me suis battu dans un bar.

- Il ne te croira pas.

Loz eut un sourire triste

- Bien sûr que si. Je n’ai rien dans la tête et je ne sais que cogner, vous n’arrêtez pas de le répéter, dit-il avec un clin d’oeil avant de quitter le sous-sol.

Yazoo sentit une douleur intense lui déchirer les entrailles et il éclata sanglots, pleurant comme il n’avait encore jamais pleuré.

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Les sept péchés capitaux : L’ENVIE

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : MA Sambre ( Studio Gothika)

Corrections : les volontaires sont les bienvenus !

Les versions non censurées de ce texte et de cette illustration se trouvent dans le fascicule “Les interdits de www.ff7-yaoi-fanfics.com Tome 1″ (voir dans la boutique)

***

Lorsque Kadaj revint dans la maison coquillage, les chamailleries qui lui parvenaient depuis la chambre de ses frères lui firent lever les yeux au plafond avec un soupir déchirant. Ce qu’ils pouvaient parfois être puérils ! Se bagarrer comme des chenapans à une heure pareille et dans de telles circonstances ; comme s’ils n’avaient pas plus grave à penser ! Le jeune homme avait parfois du mal à admettre qu’il était le plus jeune de la fratrie…

Yazoo poussa un petit gémissement plaintif et Kadaj se dirigea vers la porte de la chambre de ses frères en grommelant, bien décidé à leur faire la leçon une fois de plus, mais, lorsqu’il poussa le battant et réalisa ce qui se passait dans la chambre - ou plutôt sur le lit -, son sang se congela dans ses veines.

Au début, il eut du mal à comprendre ce qui se déroulait sous ses yeux, tant sa raison refusait d’admettre l’impensable.

L’air de la chambre était étouffant. Il sentait la sueur, le cuir et le sexe.

Kadaj recula en pinçant les narines de dégoût.

- C’est pas vrai…

Loz tourna brusquement la tête et blêmit.

- Oh, merde !

Yazoo le remarqua à son tour.

Il s’assit brusquement en se couvrant précipitamment le bas du corps de son manteau et essaya de reprendre son souffle.

- Kadaj, je vais t’expli…

- La ferme ! cria celui-ci, le cœur au bord des lèvres.

Le benjamin secoua la tête, les yeux écarquillés, et recula encore d’un pas dans le couloir, hésitant entre une soudaine envie de vomir et un irrépressible besoin de pleurer.

- Kadaj ! supplia Loz.

Il bondit du lit et avança vers son jeune frère pour lui poser une main apaisante sur l’épaule mais celui-ci le repoussa violemment en le détaillant de bas en haut avec agressivité.

Loz rougit jusqu’à la racine de ses cheveux de mercure et se couvrit le bas-ventre des mains.

- Kadaj, je…

- Tu me dégoûtes ! lui hurla son frère à la face. Et toi… ajouta-t-il en lançant à Yazoo un regard débordant d’aversion. Toi… tu es encore pire que lui ! Vous êtes des animaux ! Non, pire que ça ! Vous êtes des pervers incapables de vous contrôler !

Yazoo pressa ses yeux mains sur sa bouche, profondément meurtri par les paroles de son cadet, qui quitta la pièce comme on s’enfuit, malade de répulsion et fou de colère.

Loz voulut le rattraper.

- Loz, non ! Laisse-le ! Ce n’est encore qu’un petit garçon, il ne peut pas comprendre ce genre de choses.

- Mais…

- Laisse. Il a besoin de… de se calmer un peu.

L’argenté frissonna et passa sa main fine sur son visage, désorienté et honteux. Loz le rejoignit sur le lit et le serra contre sa large poitrine.

- Ne pleure pas, Yazoo. Ne pleure pas…

*

Dans sa chambre, Kadaj ne tenait pas en place. Sa rage était telle qu’il aurait avec plaisir réduit la maison coquillage en charpie et ses frères avec elle ! Il tournait en rond, laissant retomber son poing au petit bonheur la chance sur le mur ou un meuble vermoulu.

- Comment as-tu pu les laisser me faire ça, mère ? Comment as-tu pu ?

Incapable de se contenir, il dégaina son sabre et réduisit son sac de couchage en charpie en imaginant que c’était la tête de ses aînés.

Il se laissa retomber sur la bourre éventrée en sanglotant et gémissant de rage à la fois.

Les poings pressés sur les tempes, il essayait de chasser l’image des ébats de ses frères…

- Ignobles dépravés !

Kadaj s’essuya furieusement les yeux et y appuya ses paumes en sanglotant jusqu’à ce qu’il voit des centaines de petits points lumineux derrière ses paupières closes.

Mais cela ne suffit pas pour effacer la vision obsédante des grandes mains de Loz agrippées aux hanches de Yazoo, qui se tordait sous ses assauts en geignant comme une pouliche montée par un étalon trop fougueux.

- Porcs immondes ! Ordures…

Et l’adorable visage de Yazoo, les joues rosies et sa petite bouche boudeuse rouge et gonflée… Ses cheveux humides, si doux…

Oh, oui, Kadaj savait à quel point ils étaient doux. Tout comme l’était la peau satinée de Loz.

Mais, cette fois, toute cette douceur n’était que pour ses frères et pour eux seuls.

C’était ce qui lui faisait sans doute le plus mal : pour la première fois de son existence, ses aînés l’écartaient sans une hésitation et sans le moindre état d’âme. C’est le nom de Loz, que Yazoo murmurait en pleurant presque de plaisir. Celui de Yazoo que Loz susurrait, les yeux mi-clos, emporté par des sensations qui lui faisaient oublier tout le reste.

Kadaj se roula en boule et pleura comme un petit garçon, à longs sanglots bruyants, hoquetant et reniflant, la cage thoracique saisie de spasmes incontrôlables.

- Je vous déteste ! Je vous déteste…

Ils avaient toujours tout fait ensemble, n’avaient jamais eu de secret les uns pour les autres. Jamais jusqu’à présent…

- Pouquoi ? Pouquoi ! Pouquoi ! Pouquoi ! Pouquoi ! Pouquoi ! ragea-t-il en battant des pieds et des mains sans cesser de pleurer.

“Pourquoi seulement vous deux ?

Pourquoi vous… et pas moi ?

Pourquoi pas moi ?”

Et pour la première fois, Kadaj prit conscience du fossé qui le séparait de ses aînés. Un fossé de dix années qu’il avait toujours refusé de voir. Ou que ses frères avaient toujours fait semblant de ne pas considérer comme essentiel - ce qui, en réalité, était loin d’être le cas.

Loz et Yazoo étaient des hommes.

Lui, il n’était encore qu’un enfant.

Et il y avait des jeux auxquels un enfant ne jouait pas…

Part 9. L’équipage se mord la langue… Mais chacun la sienne !

Pont de commandement avec tout l’équipage + Tseng

Tseng: Ah ! Bah voilà ! Quand je vous disais de faire attention à vos ailes, jeune homme !

Nero : d’solé, sir.

Tseng (lui tapotant l’épaule) : Mais non, mais non, mon garçon, ça peut arriver. Bon ben c’est pas tout ça mais je meurs de faim moi. Que diriez vous de goûter la tarte aux pommes, hein ? Allez ! Reeve, tu veux bien aller chercher mes bagages dans le vaisseau ?

Reeve (blême) : Vos bagages ?

Tseng : Oui, j’ai décidé de vous accompagner un petit bout de chemin. Je me suis dit que c’était vraiment injuste de vous voir suer comme des esclaves ici, alors que moi je coule des heures paisibles dans ma maison de campagne.

Cloud (le sourire plus que forcé) : Ahhhh… quelle bonne idée…

Tseng (compatissant) : Mes pauvres enfants, quand je pense que vous êtes une poignée à trimer pour taper les rapports, mener l’exploration, faire les statistiques, analyser l’atmosphère des divers mondes, mener les batailles contre les monstres, commander le vaisseau, revoir les archives, archiver les rapports et j’en passe. Mais vous le savez sans doute mieux que moi.

Vince (à l’oreille de Cid) : Merde, on doit faire tout ça ? (tout haut) C’est que… nous avons pris un peu de retard, chef.

Kadaj (à Yazoo) : Psstt ! C’est quoi les sratistikes ?

Yazoo (qui le fusille du regard) : Voilà ce que c’est, de faire mumuse avec un sabre au lieu de faire ses devoirs !

Kadaj (vexé) : Oh, ça va, hein…

Reeve (qui revient avec cinq valises trois bouteilles de jus d’orange et deux énormes tartes aux pommes) : Pffouh ! Voilà.

Tseng : Merci. Mais dis-moi, Yazoo, je te trouve une petite mine.

Yazoo (emmitouflé dans sa combinaison) : C’est qu’on a eu pas mal de pannes.

Weiss (étouffant un rire) : Mais elles ont redémarré au quart de tour !

Yazoo lui fiche un coup dans les côtes et Loz se retient pour ne pas se remettre à pleurnicher.

Tseng : Tant mieux, tant mieux. Amiral Highwind, permettez-moi de vous demander où je dois m’installer.

Vince (sans réfléchir) : Dans ma cabine. (Il voit le regard de Cid) Glups !

Tseng : Mais où dormirez-vous donc ?

Vince (qui tape dans le dos de Cid qui commence à s’étouffer pendant que tout le monde retient son souffle) : Ben…. c’est à dire qu’on dort deux par deux… pour… le… La… la sécurité ! Et puis comme ça, ça fait de la place aux nouveaux arrivants.(il se tortille) Le vaisseau est tellement petit….

Tseng : Et avec qui partagez-vous habituellement la votre ?

Vince : La mienne est vide, moi je dors avec Cid …

Tseng (lui tapant sur l’épaule) : Ah vous deux ! Vous êtes vraiment inséparables ! Si c’est pas beau une telle amitié ! Voyez les jeunots ? Prenez-en de la graine ! Même perdus au fond de l’espace ils restent vertueux ! Les hommes avec les hommes et les dames avec les dames !

Tout le monde pique un fard.

Weiss : Bon ben, on se la mange cette tarte ?

Reeve et Yazoo posent les tartes sur la console et chacun s’installe autour de la table.

Tseng (regardant Elena, aussi dans les pommes que les tartes en question *oui,je sais,elle est nulle mais il est tard*) : Mais… et la pintade ? Il faut peut-être la réveiller ?

Tous : NAAAAANNNNNNN !!!!!!!

Reeve (la prenant dans les bras et l’emportant dans le labo) : Je m’en occupe. (à Cid) Il doit bien me rester un ou deux tubes de somnifères.

Tseng Loz) : Mais dis-moi, mon grand, quand est-ce que tu vas finir par nous annoncer le mariage ?

Yazoo manque de s’étouffer avec sa tarte et Loz devient blanc comme un linge.

Loz : Quel mariage ?

Tseng : Allons, allons, pas à un vieux briscard comme moi mon garçon ! Tu ne vas pas me dire qu’un beau et viril garçon comme toi n’a pas de petite amie ?

Loz (qui secoue la tête, le nez dans son jus d’orange) : Pas l’temps.

Tseng : Ah, le devoir, toujours le devoir ! Mais enfin, les enfants, prenez donc un peu de bon temps que diable ! Que diriez vous d’une petite partie ce soir ?

Tout le monde le regarde la mâchoire pendante

Weiss : Moi je veux bien !

Nero (lui file un coup de pied sous la table) : Une partie ?

Tseng : Bah, oui, amusez vous un peu que diable ! Vous avez le matériel j’espère, parce que je n’ai rien apporté avec moi.

Weiss (qui n’a rien capté) : Y’en a plein le placard de Yazoo ! (tout le monde retient son souffle et Loz frôle la syncope) En métal, en latex…

Tseng (qui lève une main) : Ouh là, ouh là, jeune homme, je n’en demande pas tant. Des dés en plastique nous iront très bien !

Weiss : Des… dés ?

Nero (agitant la main) : Ah ! Ah ! Ah ! Ce Weiss, quel comique ! Dès qu’on parle de matériel, il pense « outils » ! Vous savez ce que c’est… le travail, le travail, toujours le travail !

Tseng (à Yazoo, intéressé) : Tiens donc, tu bricoles, toi ? Depuis quand ?

Yazoo (qui ne sais pas comment se dépatouiller de la boulette de Nero) : Euuhhh… Si on veut. Disons que… Je tripatouille un peu… par ci, par là.

Loz se lève, au bord de l’apoplexie, et s’écroule inanimé.

Kadaj : Nii-S… Loz !

Tseng : Par les Dieux ! Tifa, faites lui donc du bouche à bouche ! Vous voyez bien qu’il s’étouffe !

Tifa : Pourquoi moi ?

Tseng : Comment pourquoi vous ? Vous voyez bien qu’il par terre est à vos pieds !

Tifa : Ah oui, tiens.

Elle va pour se pencher mais Yazoo plonge pour se mettre entre les deux.

Yazoo : Bas les pattes, femelle ! Je m’en charge !

Reno : Ouh, là, là ! Le réveil va être salé ! Sortez le jex vitres !

Tseng (qui se tourne vers lui) : Ne dites pas de bêtises ! Dans ces cas là c’est du vinaigre qu’on utilise !

Reno (intéressé) : Ah bon ? Sa décrasse mieux, chef ?

Tseng : Et comment ! Ca vous fouette les nasaux jusqu’au cerveau.

Reno (qui se tourne vers Tifa) : Pas tout capté là !

Loz, sentant les lèvres de Yazoo sur les siennes gémit et l’enlace.

Loz moitié dans les vapes) : Ma petite chauve-souris en sucre…

Yazoo regarde à la ronde avec un sourire aussi niais qu’embarrassé.

Tseng (affolé) : Dieux du ciel ! Il délire ! Il vous prend pour une femme ! Ne le contrariez surtout pas ! Ca pourrait lui provoquer un choc émotionnel !

Weiss (mort de rire) : Attendez de voir la taille du choc !

CHHTOONG !

Kadaj (qui cache le marteau derrière son dos quand Tseng se tourne vers lui) : Ah, l’affolement, hein ! Y’a qu’un coup sec pour éviter l’hystérie !

Tseng, qui décide de prendre les choses en main, soulève Loz dans ses bras.

Tseng : Où est sa cabine ?

Cid : Par ici.

Loz (qui enlace Tseng, croyant que c’est Yazoo) : Où m’emmènes-tu mon ange d’amour adoré ?

Tseng (très psychologue à deux balles) : Nous allons dormir…chéri. (tout bas au peloton qui le suit) Surtout ne pas le contrarier.

Weiss (pouffe): Ben alors ça va être un sacré bordel dans cinq minutes !

Nero (qui lui pince les fesses) : Chut !

Tseng pose Loz sur le lit et ce dernier l’agrippe, l’entraînant avec lui sur le matelas.

Kadaj (sentant venir la cata, secoue son frère incosncient comme un prunier) : Ouille, ouille… On se réveille !

Tseng (dans les bras de Loz) : Tais-toi, petit ! Il ne faut…

Tous : « Surtout pas le contrarier », on sait !

Cid : Ouais, ben faites gaffe quand même, hein ! On sait jamais.

Tseng : mais non, je contrôle la situation.

Loz (complètement shooté par le manque d’oxygène) : Embrasse-moi encore, mon chocobo interstellaire.

Weiss (qui se tape les cuisses) : Ouahhnh ! Ah ! Ah ! Ah ! Alors celle-là, j’crois que c’est la pire de toutes !

Tseng (très diplomate en prenant une petite voix efféminée) : Ce n’est pas raisonnable chéri il faut dormir.

Tout le monde pouffe.

Tseng : Oh ! Ca va, je fais c’que j’peux, moi, hein !

Loz (qui caresse les poils rêches de la barbichette Tseng) : Bah… Mon piou piou, Pourquoi t’as mis ton cul sur l’oreiller ?

Là c’est est trop, tout le monde éclate de rire et Tseng rougit au point d’exploser.

Tseng : apportez-moi du vinaigre au lieu de rire du malheur d’un homme malade !

Reno se porte volontaire et part vers la cuisine en riant tout son soul. Il revient avec une grande bouteille de vinaigre qu’Tseng lui arrache presque des mains.

Tseng (totalement largué): Il délire complètement! Il n’est même plus cohérent! Appelez Reeve, c’est lui le scientifique du bord, il nous dira comment le faire revenir à lui!

Reno (s’approche de l’interphone sur le mur et brame de toutes ses forces de sa voix la plus perçante dans l’espoir que ça va réveiller Loz avant que ça tourne mal): Reeve ! Laisse tomber la cat… (il se reprend in extremis en se souvenant de la présence d’Tseng) la cat…astrophe causée par Nero, et viens dans la cabine de Loz, il a un gros malaise ! GROUIIIIIILLE!!

Tseng (les mains plaquées sur les oreilles qui tintent encore): Dites donc, mon garçon, pas la peine de hurler comme ça, les interphones servent à éviter de crier pour communiquer!

Reno (air penaud d’autant plus que ça n’a eu aucun effet sur Loz à qui Yazoo essaie d’arracher la bouteille qu’il caresse amoureusement) : D’solé.

Tseng (bon prince): Ca ira, ça ira. Pensez-y la prochaine fois.

Il se débouche les oreilles dans un bruit de bouchon et se retourne vers la couchette. Yazoo se relève précipitamment en immobilisant la main de Loz qui est partie en balade de son propre chef sur le derrière familier. Du coup la bouteille de vinaigre tombe de ses genoux et se brise sur le sol.

Tseng (se détournant): Pouah! Quelle horrible odeur! Mais comment se fait-il que ça n’ait pas d’effet sur lui ?

Cid (saisissant l’occasion): Ne restez pas ici à suffoquer, Tseng, pas la peine de tous subir cela ! Retournez donc dans la salle de commandement, je suis sûr que vous êtes le plus qualifié pour remplacer Loz à ce poste pendant qu’il est… euh… Disons indisponible.

Tous les autres (poussant Tseng hors de la cabine): Oui, oui, bonne idée, il faut quelqu’un à la barre, vous avez tout à fait raison, Amiral !

Tseng (traînant les pieds genre “mais on a besoin de moi ici”): Mais je voudrais m’assurer de la santé de…

Reeve (arrivant en catastrophe et comprenant la situation aux roucoulements que continue à faire Loz dans un état second): Ouh là ! Si vous le permettez, monsieur, il faut de l’oxygène au blessé, aussi je pense que je travaillerais mieux seul si vous me laissez de l’espace !

Tseng (un peu ennuyé): Bon, si vous le dites, Reeve, on va vous laisser. Venez aussi, Yazoo.

Reeve (qui s’imagine déjà enfermé dans la cabine, seul avec un Loz dans les vapes et complètement allumé qui prend tout ce qui passe à portée pour son cher mamour de frère…) : NOOONNNN !

Tseng (perplexe): Pardon ? Pourquoi ce cri ?

Reeve (confus): Euh, je… J’aurais besoin de quelqu’un pour m’aider et Yazoo est le plus qualifié, monsieur…

Kadaj (très martial, se mettant au garde à vous): monsieur ! Nous ne pouvons pas laisser le Star Trash sans commandement si personnel navigant ! Il faut que remplaciez Loz et retourniez avec moi au poste de contrôle avant qu’une catastrophe n’arrive, sauf votre respect !

Cloud (les yeux au plafond en train de se retenir de rire): Ca c’est sûr que ça va tourner mal s’il reste là…

Kadaj (le fusille du regard): Aide-nous, si t’es si malin!

Tifa (ferme la porte de la cabine d’autorité pour accélérer la décision): Ils ont raison monsieur, il nous faut un homme à poigne aux commandes pour seconder l’amiral Highwind !

Weiss (hilare, à voix basse): Ca, c’est sûr que, de la poigne, Loz en a !

Cloud (lui tapant sur l’épaule an rigolant): Ouais, mais il s’en sert pas toujours sur les comm…

CRACK!!!!!

Tseng, enfin parti vers la salle, se retourne pour voir Weiss et Cloud s’effondrer côte à côte, assommés, et Nero derrière eux croise précipitamment ses ailes derrière son dos.

Nero (sourire contrit): Désolé, je… J’ai glissé. On va les soigner, sir, pas de problème…

Tseng (incrédule, tente de ne rien laisser paraître): Euh… Bon, je vous fais confiance. Quelle insécurité sur ce vaisseau ! Il va falloir que je mette de l’ordre dans tout ça…

Tifa (à côté de Nero, lui fait au revoir de la main) : Certainement, monsieur ! On compte sur vous, monsieur !

Elle a élevé la voix pour éviter qu’TsengTsengTseng n’entende les bruits qui viennent de derrière la porte de la cabine…

… à suivre

Part 8. L’équipage apprend la morale ! Ya du boulot…

La scène redémarre sur le pont de commandement avec tout l’équipage.

Reeve (avec une énorme trousse à pharmacie sous le bras et un gros coussin ) : C’est pour qui l’oreiller ?

Nero lève le doigt en regardant Loz de travers, prend le coussin et s’assoit dessus avec mille grimaces et précautions.

Cid (la voix cassée et l’œil au beurre noir, agite la main) : Là t’as été vache, mec,.

Loz (griffé de partout) : Bien fait pour lui !

Cid (en essayant de se racler la gorge) : D’accord, il a déconné avec Yazoo, mais n’empêche que c’est vache…

Reeve (en brandissant un tube de pommade) : C’est pour qui la pommade anti-piqure,

Tout le monde lève la main.

Reeve : Ppffiuu ! Eh bien ! (Yazoo la lui arrache des mains) Eh là doucement !

Yazoo (couvert de petits points rouges) : Oui ben hein ! C’est moi le plus atteint !

Reno (que Kadaj commence à couvrir de sparadraps) : T’as qu’à croire ! Ouille ! Doucement !

Reeve (qui sort une bouteille d’eau minérale) : C’est pour qui la flotte ?

Loz agite la main.

Tout le monde : NOOOONNN !

Reeve (qui range la bouteille) Désolé Lozy, tu boiras plus tard ! (Etonné, il sort un trousseau de clefs) Qui a demandé un passe partout ? (Elena lève une main timide et Reeve range le trousseau) Compte là-dessus, ma grande !

Shera (qui arrive en tendant une boite à Cid) : Tiens, j’ai enfin retrouvé les strepcils. T’as mal à la gorge ?

Vince se retourne en sifflotant d’un air absent.

Cid (presque aphone) : Si on veut…

Reeve (qui continue la distribution en regardant sa liste) : Et un tube de co… Hein ? Un tube de colle ?

Sephy (un énorme tas de plumes sur les genoux) : C’est pour moi !

Weiss ( des bleus partout ) : Nero ! Bobo !

Nero (qui essaye de trouver la place la plus confortable possible sur son gros coussin) : Je sais, je sais, ton frérot est là, t’inquiète pas !

Tout le monde se plaint, gémit, ou grogne pendant que Reeve les rafistole comme il peut. Le vaisseau fait alors une embardée et tout le monde se retrouve par terre.

Tifa : C’était quoi ça ?

Silence de mort, tout le monde attend.

Deuxième embardée suivi d’un bruit de ferraille.

Troisième embardée,

Une voix résonne dans les hauts parleurs : Zut ! Flûte ! Crotte ! Mais ils ne peuvent pas les faire plus grandes, ces plates-formes d’atterrissage ! Pas vrai ça ! De mon temps c’était pas comme ça ! Ouhouh ! Y’a quelqu’un ? Tout le monde va bien ? J’vous ai apporté une tarte aux pommes et du jus d’orange ! Eh oh !

Weiss : C’est qui, ça, encore ?

L’équipage s’affole, commence à tout ranger et à épousseter le moindre recoin.

Cid (Complètement perdu) : Oulalalalala ! Manquait plus que lui ! Alors plus un gros mot ! Plus une insulte ! Plus une seule insinuation ! Planquez les clops, le matos louche et l’alcool !

Sephy (alarmé) : Qu’est ce qu’il va dire quand il va nous voir comme ça ? (il désigne les pansements dont tout le monde est couvert) Oulalalala !

Cid (qui réfléchit à toute vitesse) : Euhh…On a été attaqués ! On s’est défendu ! Et maintenant tout va bien !

Weiss : TEMPS MORT ! Qu’est ce qui se passe ici ? C’est qui ce mec ?

Tous en cœur : C’est TSENG!

Tseng (dans les hauts parleurs) : Vous êtes là ? Ah ! vous me faites une farce, hein ? Je monte ! J’espère que vous n’êtes pas entrain de vous empiffrer de cochonneries pleines de cholestérol et de sucre en douce !

Kadaj (qui planque tant bien que mal les bouteilles, les joints, les capotes et le « matos » dans un placard qui menace d’exploser) : C’est l’emmerdeur de service ! Le chef des turks ! Le gardien des valeurs morales de la planète ! Le mot le plus grossier qu’il connaisse c’est “ salaud ”.

Weiss (qui siffle entre ses dents) : Oh bah là on est pas dans la merde ! Parce qu ’à moins qu’il soit aveugle, le tutu, je vois pas comment on va passer pour des vertueux !

Nero (hésitant entre effondrement et crise de fou rire nerveux): Ah ca… Déjà l’autre avec sa ceinture de chasteté ça donne l’ambiance…

Weiss (en désignant Reeve qui badigeonne en vitesse tout le monde de crème anti-piqure-d’ailes-de-Nero): Moi, ce qui m’étonne, c’est qu’il n’ait encore rien compris à vivre au milieu d’une bande de tarés pareils…

Cid (se lève d’un coup et essaye de gueuler): C’est qui la bande de tar… keuff keuff keuff *tousse* *tousse*… Aaaghh…

Vince (paniqué -pour une fois, ouahaah…. Bon elle nulle d’accord-): Mamour ! Je t’ai dit de pas trop parler tu te fais du mal… (fusille Weiss du regard) Et toi arrête de l’énerver, sinon je me charge de toi.

Weiss : essaye, pour voir !

Loz : C’est fini, oui ! C’est moi qui vais me charger des deux, si on se fait griller à cause de vos conneries, ça va pas tarder !

Nero (grimace): Ouh là, bah fais gaffe, frérot, il plaisante pas et j’aimerais pas passer après…

Sephy (gêné qu’on parle de son frère comme ça): Bon ben bouclez-là, Tseng ne va pas tarder à débarquer ! Taisez-vous tout le monde ! Ayez l’air naturel !

Yazoo (grommelle en enfilant des gants pour compléter la combi le qui recouvre entièrement, seul moyen de cacher les plaies, piqures et bosses récoltées dans la journée): Naturels, tu parles…

Ils adoptent tous une pose qu’ils espèrent innocente, les couples s’éloignent l’un de l’autre d’un pas réglementaire et la porte s’ouvre pour laisser entrer…

Tseng : Ah enfin je vous trouve ! (S’inquiète soudain des pansements qu’ils portent presque tous) Bah… qu’est-ce qui vous est arrivé ?

Cid veut s’éclaircir la gorge, manque de s’étrangler et est pris d’une crise de toux.

Sephy (tapotant dans le dos de Cid): Ce n’est rien. Nous avons essuyé une attaque surprise de démons inconnus, et nous les avons vaillamment repoussés. Mais la bataille a été rude et nous avons quelques plaies à panser. Voilà. En gros.

Weiss (à part): Ouais… En très très gros, alors.

Tifa (lui file un coup de coude en sifflant): Pas de commentaires!

Kadaj : Bravo Nii-San ! Euh, je voulais dire, excellent rapport de la situation, Général.

Tseng (les couvant d’un regard compatissant): Oh je suis désolé de ne pas avoir été là pour vous aider. Ils devaient être puissants pour avoir réussi à en blesser autant…

Tous (acquiesçant avec ardeur et jetant dans le désordre le plus total): C’est ça, c’est ça, ils étaient très puissants, et supérieurs en nombre, et bien armés, oh là oui ils étaient bien équipés, mais on les a eus, pas la peine de s’inquiéter, tout est réglé maintenant, voilà, c’est ça, tout est réglé, tout va bien, ça roule, on oublie tout et on passe à la suite…

Tseng (remarquant - c’est pas un turk pour rien ! - que l’équipage a quelques nouvelles recrues): Tiens ? Des nouveaux ?

Sephy (tapotant le dos de Cid toujours aphone): Euuuh… Des naufragés de l’espace récupérés au hasard de la mission, rien de bien important.

Tseng (s’approchant de Loz en louchant sur ses mains et son cou pleins de piqures): Qu’est-ce que c’est que ces petits points rouges que vous portez tous?…

Cloud (se met au garde à vous en essayant en vain de ne pas rougir): C’est une arme des démons, M’sieu! Une nouvelle arme très efficace, M’sieu! Ca a passé les défenses, M’sieu! C’est un… (regarde tout le monde en espérant qu’ils lui soufflent une explication plausible, mais ils sont aussi en panne d’inspiration que lui) …un fouet d’épines! Voilà, c’est un fouet d’épines, M’sieu! Ils en avaient tous! C’était une vraie boucherie! Mais heureusement on les a eus quand même ces vermines! M’sieu!

Les autres hochent la tête avec ferveur.

Weiss (le regarde de travers et grommelle) : Si t’aimes pas, n’en dégoûte pas les autres…

Tseng (se tourne vers lui) : Et vous jeune homme? Ah et bien vous n’êtes pas blessé au moins?

Weiss (pique un fard): Ben moi j’ai l’habit… Je veux dire, je sais esquiver le plus gros.

Nero (s’écrie, étonné): Ah bon?

Weiss (fait des gestes de la main dans son dos pour le faire taire): C’est à dire que mon frère et moi avons une certaine expérience, M’sieu.

Reno (glisse en douce): On dit “Chef”, pas “M’sieu”.

Weiss (boude en désignant Cloud) : Ben il a bien dit “M’sieu” lui !

Tseng (lève les mains entre eux pour apaiser les esprits): Bon, ça va, ça va, c’est pas grave. (Passe à Nero, visiblement très intrigué par son mors et sa camisole de force) Alors vous êtes le frère de ce jeune homme ?

Nero (absolument infichu de se mettre au garde à vous vu ses fringues et ses ailes qui cognent au plafond quand il essaie de se tenir tout droit): Oui, Sir ! On voyage ensemble, Sir !

Tseng (paternaliste): Faites attention à ne pas blesser quelqu’un avec ces ailes, le vaisseau est un peu exigu. Et notre cher Sephy lui-même a tendance à laisser quelques plumes dans les sas.

Cloud (en coin): Pas que dans les sas si je me souviens…

Kadaj (tout bas): Shhh!

Tseng (arrive à Elena): Mais… qu’est-ce que c’est que cette tenue ? C’est pas réglementaire ! Et c’est quoi, cette curieuse ceinture, une nouvelle mode venue de la Costa del Sol ?

Elena (qui le regardait avec des petits coeurs dans les yeux depuis qu’il était arrvié et passe soudain en mode « pitbull »): Il se fout de ma gueule en plus, le bridé ?

Tous : Noooon!

Reeve (qui se met devant elle) : Excusez-là, le choc de la bataille, tout ça, elle est encore très énervée, elle ne sait plus ce qu’elle dit… Ils devaient avoir un disrupteur psychique, voilà, c’est sûrement ça ! (Tout bas d’une voix pressante à Elena) Tais-toi donc, tu vois bien qu’il peut pas savoir ce que c’est, il y connaît rien!

Elena (boude): Décidément c’est plein de puceaux, ce vaisseau…

Tout le monde se regarde et lève les yeux au plafond d’un air innocent, sauf Tseng qui a un peu pris des couleurs à la remarque de sa consœur.

Tseng (incarnation de la dignité offensée): Sache, chère collègue, que tu es ici sur le Star Trash, bastion de l’armée spatiale de la Shinra, fierté de la planète, et sous le commandement du vénérable et ô combien respectable Amiral Highwind ! Pas dans une vulgaire maison de passe comme celle dont, au passage, vous m’as l’air de sortir avec cette tenue !

Là tous les autres se regardent incrédules en se demandant s’il parle bien de leur vaisseau.

Tseng (poursuivant sur sa lancée): Les hommes d’équipage de ce vaisseau ont été triés sur le volet pour leurs hautes compétences techniques, stratégiques et martiales!

Reno (ajoute tout bas): Et/ou leur coup de main assuré, leur capacité à remonter le moral des troupes et leurs ouverture d’esprit, entre autres…

Tseng (qui n’entend rien): … aussi, je t’interdis avec la plus grande énergie de jeter le blâme sur leur intégrité, leur grande moralité et leur dévotion sans faille à leur unique passion : la protection de la planète !

Cid est en train de se regarder dans le reflet d’un écran de contrôle pour tenter de savoir si, des fois, il ne se serait pas réincarné à son insu dans le corps d’un saint.

Les autres, honteux, ont la tête piteusement baissée et une jolie couleur vermeille.

Elena s’apprête à faire une remarque sur la séance de conseil de guerre des officiers qu’elle a eu l’occasion de surprendre, mais, prévoyant la cata, Nero se lève d’un seul coup pour faire semblant de se mettre au garde-à-vous et étend ses ailes, assommant Elena au passage.

Nero (lève la main à sa bouche d’un air confus) : Oups ! Désolé !

…à suivre

La tentation de Reno

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Cette histoire (curieuse histoire, diraient certains) se passa un soir de juillet dans l’église en ruine de l’ancienne ville de Midgar.

L’athéisme ambiant, ou plutôt “ de bon ton ” avait réduit la petit église à l’état de ruine bien avant la chute du météore et, hormis une jeune femme qui, disait-on, y avait fait pousser des fleurs deux ans plus tôt, personne n’y mettait jamais les pieds.

Personne ?

Pas tout à fait car, à quelques pas du maître autel délabré, dans l’ombre d’une alcôve de pierre, un jeune homme était agenouillée à même le sol, sur les dalles de marbre.

La tête pieusement inclinée, il priait, ses mains fines jointes sur sa poitrine recouverte de cuir et ses longs cheveux de mercure retombant sur ses épaules à la fois carrées et élégantes.

“ Beau comme un ange… ”

C’est ce que murmuraient généralement les gens qui le croisaient.

Mais existe-t-il des anges aveugles ? Car aveugle, l’inconnu l’était, si l’on en croyait la canne blanche posée à côté de lui et le regard fixe de ses yeux fendus vert mako.

Détail qu’avait aussi remarqué un homme aux cheveux rouges, debout à quelques mètres derrière la pauvre créature. Et, à bien les regarder l’un et l’autre, avec leurs visages enfantins et leurs grands yeux clairs, on se disait qu’ils auraient fait les délices d’un peintre d’icônes.

L’inconnu à la chevelure de feu était un peu plus petit que le jeune aveugle et bien plus singulier. Mais, singuliers, tous les turks le sont et que nul n’imagine qu’il s’agit là d’un effet de style. Cet inconnu, qui détaillait celui que l’on prendrait volontiers pour l’un des siens, était bel et bien un turk et non des moindres. Il s’agissait de Reno.

Oui, ce Reno-là. Sur les lieux en cette belle soirée de juillet parce qu’un informateur anonyme lui avait assuré avoir été témoin d’un important trafic de materias de contrebande - dont il n’avait d’ailleurs pas vu trace.

Et Reno était subjugué par le jeune inconnu, qui ressemblait tellement à…

“ Sephiroth… ”

C’est avec une fascination mêlée de déférence qu’il s’approcha de l’aveugle agenouillé.

- Les Dieux doivent sourire en entendant de si belles prières.

Le jeune homme tressaillit et se retourna.

Faut-il décrire la surprise et le ravissement de Reno lorsqu’il contempla le délicat visage à la lumière feutrée filtrant par le toit éventré ? Inutile. Nul mot ne saurait le décrire de toute façon. Quant à sa voix, disons que si les campanules avaient pu jouer de la musique lorsque le vent du printemps les fait danser au rythme de sa brise, leur chant aurait ressemblé au doux timbre de l’aveugle.

- Bonsoir, murmura simplement celui-ci en tendant la main vers sa canne.

- Pardonnez-moi, je ne voulais pas vous effrayer mais je… je vous écoutais parler avec les Dieux et j’avoue que j’ai rarement vu quelqu’un prier avec tant de ferveur.

L’inconnu pencha la tête sur le côté et sa longue chevelure mercure lui balaya la poitrine.

- Écouter, dites-vous ? Il me semblait pourtant prier en silence. Pardonnez-moi si j’ai perturbé votre recueillement, j’étais persuadé d’avoir les lèvres closes.

- Disons que votre cœur et votre visage parlaient si bien qu’il m’a semblé les entendre.

Le jeune aveugle fit tinter son rire. Un doux rire cristallin teinté d’ironie qui ravit le turk.

- Vous êtes bien étrange, monsieur.

Reno sourit.

- D’accord, j’ai menti. En fait, je… Je trouvais que vous ressembliez étrangement à quelqu’un que j’ai connu.

- Oh. Pourtant, on me dit souvent que j’ai un physique un peu “ à part ”. Cela étant dit, monsieur, plaisanta le garçon, je suis dans l’impossibilité de vérifier !

Le turk rit de bon cœur.

- Mon nom est Reno, pas monsieur. ”

L’infirme se leva en s’aidant de sa canne et tendit sa main fine.

- Je m’appelle Yazoo. Enchanté.

Reno leva un sourcil, amusé, et serra la main tendue.

- Yazoo ? Quel nom singulier vous avez là.

- Oui, il parait.

Le jeune homme s’appuya sur sa canne, qui se coinça entre deux dalles mal assemblées et se brisa.

Emporté par son élan, il serait tombé tête première n’eût été les bras vigoureux qui le retinrent.

- Oh ! Pardonnez-moi… Zut, il ne manquait plus que ça.

- Habitez-vous loin d’ici ?

L’inconnu secoua la tête.

- Non, mais beaucoup trop loin pour moi sans cette canne, je le crains, soupira-t-il. Je vais appeler mon frère, pour qu’il vienne me chercher. Pouvez-vous me guider jusqu’à un endroit où je peux capter le réseau ?

Reno sourit.

- Je vous dois mieux que cela. Puisque je suis en partie responsable de cet incident, permettez-moi de vous raccompagner.

- Eh bien, je… je ne sais pas si…

Les hésitations du jeune homme amusèrent le turk.

- Rassurez-vous, vous ne risquez absolument rien en ma compagnie.

- Je… Je ne voulais pas être désagréable.

- Vous ne l’avez pas été.

- C’est que l’on entend tellement de choses horribles de nos jours, que… Excusez-moi. Je suis trop méfiant. Peut-être est-il temps de… (Il sourit) que je fasse un peu plus confiance aux gens.

- Venez, murmura Reno en lui donnant le bras. Attention aux gravats.

Ils quittèrent donc l’église et prirent la direction de Edge.

- Votre frère vous ressemble-t-il ? demanda Reno en marchant d’un pas serein.

Yazoo sourit.

- On le dit, oui. Bien qu’il soit beaucoup plus fort que moi ! Avez-vous des frères et sœurs vous-même ?

Ils devisèrent ainsi tout en marchant et nombreux furent les yeux qui, en chemin, se tournèrent dans leur direction. Bien des femmes succombèrent. Quant aux hommes, ma foi… soit ils grimacèrent, soit ils furent séduits, tout dépendit des hommes. Mais aucun regard, cependant, ne se détourna avant que la porte de l’entrée de l’immeuble délabré où habitait l’aveugle ne leur cache le pâle visage à la beauté éthérée.

- Vous disiez que je ressemblais à l’un de vos amis ?  demanda le jeune infirme en montant les marches.

- ” Ami ” ? Je n’irai pas jusque là, non, plaisanta le turk. Un ancien adversaire, plutôt. (L’aveugle s’arrêta un instant, haussa les sourcils et Reno rit de son expression.) Il avait les mêmes yeux que vous. Des yeux que je n’avais jamais vus chez quelqu’un d’autre jusqu’à maintenant. Ah ! Je crois que nous sommes arrivés. Je vous dis donc “ à bientôt ”. Peut-être.

- Est-ce que… Est-ce que vous accepteriez de boire un verre avec moi ? s’enquit timidement l’aveugle. Vous avez été très aimable et… j’avoue que vous m’êtes très sympathique. J’ai plaisir à parler avec vous.

Reno fut pris au dépourvu.

- Eh bien…

- Vous n’y êtes pas obligé, fit précipitamment Yazoo en rougissant furieusement.

Le turk sourit.

- J’accepte avec joie. Peut-être dois-je, moi aussi, devenir moins méfiant ! (Il haussa les épaules.) Déformation professionnelle ! plaisanta-t-il.

- Ah ? Vous êtes policier ?

- Ah ! Ah ! Ah ! Non. Je travaille pour les services de sécurité de la Shinra, fit-il évasivement.

- Oh. Je vois.

Reno entra dans l’appartement. Un meublé, selon toute vraisemblance, si l’on en croyait le manque total d’originalité et la sobriété de la décoration. Mais la seule présence de son hôte suffisait à magnifier les lieux et le turk, profitant de sa cécité, ne se gêna pas pour le détailler des pieds à la tête sans la moindre pudeur. Et il était beau, son hôte, pour ça oui ! Si les anges avaient eu une descendance, il aurait pu se croire en présence de l’un d’entre eux.

- Le salon est par là, précisa le jeune homme en le précédant. Qu’aimeriez-vous boire ?

- Un whisky allongé, si vous avez ça.

Yazoo prit deux verres dans un placard, une flasque contenant un liquide doré et une bouteille d’eau minérale dans le réfrigérateur du bar.

- Me permettez-vous de vous regarder à ma manière ? demanda-t-il en remplissant les verres. Je suis curieux de savoir à quoi vous ressemblez.

- Que voulez-vous d…

Mais le jeune homme faisait déjà courir ses doigts frais sur son visage avec délicatesse.

- Vous êtes beau.

Reno sourit, à la fois gêné et flatté.

- Merci.

- De rien, susurra Yazoo à un souffle de ses lèvres.

Le turk observa la petite bouche boudeuse avec curiosité. Que se passerait-il s’il posait ses lèvres sur ces lèvres-là ? Concupiscence ? Luxure ? Péché ? Abomination ? Acte contre-nature ? Bien sûr que non. Le baiser d’une bouche pareille ne pouvait être que tendre, pur et sans arrière pensée, à l’image de son propriétaire.

Reno se pencha doucement sur le visage délicat et embrassa les lèvres tendres. Une vague d’émotion le submergea et il eut à peine conscience des bras qui l’entraînaient sur les coussins.

***

Lorsqu’il ouvrit les yeux, il était seul dans le lit et avait un mal de crâne à faire hurler un muet.

Merde, qu’avait-il fait ?

Il vit un long cheveu d’électrum sur l’oreiller et frémit.

Que s’était-il passé ? Il eut beau essayer de se souvenir, il lui semblait que sa mémoire s’obstinait a lui masquer les preuves de sa bêtise.

“ Oh, la vache… Ma tête ! ”

Ils avaient bu… Oui, beaucoup bu. Et beaucoup ri, aussi. Puis ils avaient fait l’amour. Et avaient encore bu…

Reno avait parlé à Yazoo de sa ressemblance avec Sephiroth et le garçon avait posé des dizaines de questions. Trop de questions, en fait. Oui, beaucoup trop de questions - auxquelles il avait d’ailleurs répondu, grisé par l’alcool et le sexe.

- Qui est cette… Jenova ? avait demandé le garçon.

Reno avait éclaté de rire et vidé un autre verre de brandy.

- C’est pas vrai ! Tu as vécu dans une boîte, ces dernières années, ou quoi ?

Alors il lui avait parlé de la calamité tombée du ciel. De la façon dont Sephiroth avait…

- Oh, putain ! s’écria-t-il en se redressant sur le lit, soudain parfaitement dégrisé.

Il réalisa alors qu’il n’était pas seul dans la chambre.

Un homme vêtu de cuir, aux courts cheveux de mercure et aux épaules aussi larges aussi larges que celles de Rude, était appuyé contre le chambranle de la porte. Grand, un profil de médaille et admirablement découplé, il dégageait ce charme sauvage et cette puissance qui n’appartient qu’aux grands fauves.

Ses yeux mako aux pupilles fendues luisaient dans la pénombre et il souriait, follement amusé.

- Yazoo ! appela-t-il. Il est réveillé !

“ L’ange ” qui avait si sensuellement gémi le nom de Reno quelques heures plus tôt, entra dans la chambre, vêtu de son long manteau de cuir noir. Il s’appuya contre la large poitrine de celui qui - si l’on en croyait la façon dont il transpirait la sensualité et la vigueur - ne pouvait être que son frère.

La pose de Yazoo était languissante ; son immobilité, une invitation et son regard… un monde de sarcasmes non formulés.

Les pupilles fendues se vissèrent à celle du turk sans la moindre hésitation.

- Aveugle, mon cul… cracha ce dernier. Tu t’es servi de moi, sale fils de pute !

Fou de rage, il bondit du lit pour se jeter sur son arme mais le jeune colosse aux cheveux courts le devança à une vitesse prodigieuse et l’assomma.

- Qu’est-ce qu’on fait de lui ? demanda-t-il avec un rictus mauvais.

- On s’en fiche, répondit son frère. Viens. Allons vite dire à Kadaj que nous savons où est mère.

Ils quittèrent la pièce et, quelques secondes plus part, Reno, à demi inconscient,

entendit vrombir le moteur de deux motos au pied de l’immeuble.

Il se traîna sur le sol pour se saisir de son téléphone cellulaire et composa le numéro de Tseng.

“ Reno ? Reno, ça va ? Tu as une drôle de voix ? ”

- Elena ?

“ Oui, Tseng est en réunion avec le patr… ”

-  Il faut que vous partiez au cratère nord ! Tout de suite ! Je vous rejoindrai là-bas !

“ Quoi ? Pourquoi ? Qu’est-ce que tu racontes ? ”

- Je crois que j’ai fait une connerie, Elena… Une énorme connerie.

LIII - Etre un homme

Il est plus facile d’être un héros qu’un homme.

Héros nous pouvons l’être une fois par hasard ;

Mais être un homme digne de ce nom…

Ca, c’est une autre histoire !”

L. Pirandello

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Assis sur un banc du parc enténébré, Cloud et Barret regardèrent décoller l’hélicoptère en buvant une bière.

- Tu sais ce que Cid va faire à Canyon Cosmo ? demanda le jeune homme.

Le chef d’AVALANCHE haussa les épaules.

- Moi, les délires mystiques, j’y pige que dalle ! J’ai toujours trouvé Nanaki un peu ” barge “.

Cloud laissa échapper un petit rire en frottant ses bras endoloris couverts d’ecchymoses noirâtres.

Vincent n’exagérait pas : Loz avait une force hors normes. Si Barret n’était pas venu lui donner un coup de main, vers la fin, il aurait été incapable de l’empêcher de bondir hors du lit pour se cogner la tête contre les murs.

Kadaj lui avait dit que c’était ce que Loz faisait lors des premières injections de mako, au laboratoire. Se taper le front contre le sol et les parois de verre sécurisé dans l’espoir qu’un coup suffisamment violent le fasse sombrer dans l’inconscience.

” Yazoo s’est brisé les os des deux mains en essayant de l’arrêter, une fois. ”

- Ca va, tes bras ? s’enquit Barret.

Le jeune soldat hocha la tête.

- Oui, pas de problème. Jusque quelques bleus. Shalua m’a donné ce qu’il fallait, ne t’en fais pas.

Le colosse but une longue gorgée de bière et ricana.

- Il a une sacrée force, le bestiau ! Je me demande encore par quel miracle il ne t’a pas brisé les os.

- Il a réussi plus ou moins à se contrôler, c’est évident. Sinon, à l’heure qu’il est, vous tireriez tous sur mon pantalon pour m’extraire du mur de l’infirmerie où je serais encore encastré !

Barret éclata d’un rire tonitruant et lui asséna une tape sur la cuisse.

- N’empêche que Cid a raison, fit-il lorsqu’il se fut un peu calmé. Ce mec en a une sacrée paire pour avoir fait ce qu’il a fait.

Cloud finit sa bière d’un trait et hocha la tête, la gorge un peu serrée.

- Ouais. Ouais, c’est vrai. Je suis bien obligé de le reconnaître.

Le chef d’AVALANCHE tiqua et se tourna franchement vers lui.

- Ravale ta jalousie, p’tit, elle n’est vraiment pas de mise. Si tu as ne serait-ce qu’un peu d’affection pour Tifa, fais-moi au moins le plaisir d’être content pour elle parce qu’elle ne pouvait pas mieux tomber. Loz est un homme digne de ce nom, un vrai, c’est moi qui te le dis. Fort, généreux, franc du collier et droit dans ses bottes !

- Je sais, Barret, admit le jeune homme malgré lui. Et c’est peut-être ça qui me met le plus en rogne, finalement. Un salopard serait plus facile à détester…

Le colosse éclata de rire et lui tapota le dos.

- Barret… ? reprit Cloud après un petit moment d’une voix à peine audible.

- Mhh ?

- Comment… Comment sait-on si on est un homme ?

Barret faillit s’étouffer avec sa bière et son hilarité redoubla.

- Quoi ? s’étrangla-t-il.

- Je veux dire… un ” vrai “. ” Fort ” et ” Droit dans ses bottes “, comme tu dis. Comment sait-on si on en est devenu un ?

La moue sarcastique de Barret s’effaça, remplacée par un sourire avenant et paternel.

- J’en sais rien, p’tit, dit-il en pressant l’épaule de son jeune compagnon. Tout ce que je peux te dire c’est qu’un beau jour, tu te regardes dans le miroir et que tu sais que tu n’as plus besoin de te poser cette question…

Cloud sourit tristement, hocha la tête et déboucha une autre bière.

*

Cait s’assit confortablement sur le fauteuil de Kadaj et, après avoir souhaité une bonne lui à l’argenté et à Yuffie, se mit en mode “veille “.

Celle-ci, étendue tout habillée sur le lit aux côtés de l’argenté, les bras derrière la tête, sourit, attendrie.

- Ils sont vraiment mignons, tous les deux.

Kadaj tourna la tête vers elle.

- Qui ?

- Ton frère et Tifa ! railla-t-elle. Qui d’autre ?

- Oh.

- Cette façon qu’elle a de lui passer la main dans les cheveux… Et lui ? Tu as vu comme il la regarde avant de poser sa joue contre sa poitrine ? C’est trop chou ! Tu trouves pas ?

L’argenté sourit.

- C’est vrai, ils vont bien ensemble.

- Ouais… Ils font un très joli couple. Shalua et Cid aussi, remarque. Tu as vu ce baiser, lorsqu’il est sorti de la cuve ? Wouahouh ! (Elle soupira, rêveuse.) Je me demande ce que l’on éprouve en embrassant quelqu’un qui tient à toi à ce point là…

Kadaj tiqua.

- Comment ça ?

- Bah oui, quelqu’un qui a des sentiments pour toi, pas juste un partenaire d’une nuit. Quelqu’un avec ce ” truc ” bizarre dans yeux, tu sais ? Comme Loz quand il regarde Tifa.

- Du désir ? demanda l’argenté contre son oreille, taquin.

Yuffie pouffa et lui donna un coup de coude.

- Mais non, idiot ! Cette petite flamme verte qui brille dans ses yeux, quand il est sur le point de l’embrasser ou de la prendre dans ses bras. C’est… je ne sais pas. Ca doit faire bizarre de savoir que c’est toi qui provoques cette expression dans les yeux d’un homme. Je me demande ce que ça fait.

Perdue dans ses romantiques pensées, elle sentit à peine Kadaj se redresser sur un coude, à côté d’elle, et se pencher au-dessus sur son visage.

- Ca fait à peu près ça… susurra-t-il tout contre sa joue en plongeant ses beaux yeux vert mako dans les siens.

Yuffie sursauta et voulut protester mais deux pupilles fendues accrochèrent son regard et des lèvres fraîches et légères aspirèrent son cri de surprise dans la bouche entrouverte de leur propriétaire.

Prenant bien garde à ne pas l’écraser sous poids pour ne pas lui donner l’impression d’être prisonnière - mais en appuyant suffisamment sa poitrine nue sur les seins menus pour lui faire sentir que c’était bien le corps d’un homme qui la recouvrait - Kadaj l’embrassa avec toute la douceur dont il était capable.

Il ne força rien ni n’exigea rien, se contentant de caresser la petite bouche de la sienne et d’en suivre les contours du bout de la langue jusqu’à ce qu’on l’invite d’un soupir à pousser plus avant.

Les yeux grands ouverts pour qu’elle puisse tout à loisir contempler cette ” petite flamme ” qui la fascinait tant dans ceux de son frère aîné, l’argenté lui offrit sans doute le premier vrai moment de tendresse voluptueuse de sa jeune existence.

Lorsque Kadaj mit fin au baiser, craignant que le feu dévastateur qui commençait à le dévorer et menaçait de l’enflammer à tout instant n’effarouche la jeune fille, il remarqua qu’un désir au moins aussi impérieux que le sien - bien que plus innocent - flambait dans les noires ténèbres de ses prunelles.

- Non… chuchota-t-elle contre sa bouche en nouant ses bras autour de ses épaules pour le retenir.

- As-tu une idée de ce à quoi tu t’exposes en faisant ça ? demanda-t-il d’une voix enrouée, à la fois malicieuse et terriblement sensuelle.

Yuffie lui répondit par un sourire provoquant et referma la main sur sa nuque pour rapprocher à nouveau son visage du sien…

*

Reno se pressa contre le dos de Yazoo lorsqu’il sortit de la douche l’enlaça.

Il sentait le cœur de l’incarné battre aussi vite que le sien sous le peignoir de fin coton noir. Ses mains recouvrirent les siennes et les serrèrent si fort que le turk sentit les jointures de ses phalanges craquer.

- Yazoo… soupira-t-il contre sa nuque, enivré par le parfum sucré de sa peau opaline.

Il prit une profonde inspiration qui fit frissonner l’incarné et, d’une petite pression, le poussa doucement vers le lit.

La prise sur ses mains se relâcha et Yazoo se laissa aller contre lui, la tête renversée sur son épaule, les yeux clos et les lèvres entrouvertes, tendres, pleines, tentatrices…

Reno les effleura des siennes et il l’allongea sur le lit avant de s’écarter un peu pour l’admirer étendu là, à la lueur de la lampe de chevet.

Les cheveux de mercure étaient épars sur la couette et le peignoir noirs et une jambe dénudée jusqu’en haut de la cuisse par un entrebâillement fortuit, les parties les plus intimes de l’argenté à l’abri précaire d’un pli uniquement assuré par l’obstacle dérisoire du nœud de la ceinture, dont le turk saisit l’une des extrémités.

Il lui aurait suffi de tirer, ne serait-ce qu’un peu, et le nœud lâche aurait cédé, libérant les deux pans du vêtement, qui glisseraient sur ses flancs comme deux vagues ténébreuses qui se retirent, exposant le corps laiteux dans son entier…

Yazoo ouvrit à demi les yeux et laissa échapper un soupir inaudible qui, le temps d’un clignement de paupières, accentua l’échancrure provocante, impatiente de s’ouvrir d’avantage.

Reno enroula la ceinture autour de sa main et tira très lentement ; suffisamment fort pour qu’il sente le long ruban de coton forcer sur le nœud mais pas assez pour faire céder ce dernier.

Le regard de l’argenté se fit brûlant et ses lèvres frémirent.

Pouce par pouce, la ceinture coula entre les doigts de Reno et, après une dernière hésitation, retomba sur la cuisse dénudée.

Les yeux mako s’écarquillèrent, habités par l’incompréhension et peut-être, une légère anxiété, mais le turk le rassura d’un sourire et se pencha pour déposer un baiser sur le nœud du peignoir avant de se glisser hors du lit, le regard rivé au sien.

Sans hâte, il fit glisser sa chemise sur ses épaules et, lorsque le vêtement retomba sur ses reins, Yazoo retint son souffle.

Lentement, Reno défit sa ceinture et son pantalon chut à son tour à ses pieds.

Il ne portait pas de sous-vêtement.

L’argenté avait redressé un peu la tête et le turk pouvait presque sentir ses prunelles vert topaze caresser sa peau tant le regard était intense.

Immobile, il laissa Yazoo le contempler à satiété - chose que celui-ci n’avait encore jamais osé faire ouvertement jusque là -, ravi et excité par l’admiration qu’il lisait sur son visage. Admiration qui se teinta de curiosité, lorsqu’il considéra ses attributs et la hampe de chair qui se dressait au bas de son ventre.

Un invraisemblable amalgame de honte, de ravissement, de stupeur et d’excitation se lut sur le petit visage en cœur de Yazoo, qui prit une profonde inspiration et adressa à Reno un merveilleux sourire.

- Tu es… beau. Vraiment beau, ajouta-t-il en resserrant les pans de son peignoir d’un geste inconscient.

Le turk inclina la tête sur le côté et fronça les sourcils, surpris par cette pudeur soudaine.

- Je suis sincère, martela l’argenté, se méprenant sur sa moue. Je suis… flatté.

- Pourquoi te cacher, dans ce cas ?

Yazoo écarquilla les yeux, suivit son regard et parut remarquer ses doigts, contractées sur le coton noir de son peignoir.

Il pâlit.

- Oh… Je… Ne crois p… bredouilla-t-il. Enfin, je veux dire que…

Reno s’assit sur le lit et tendit la main vers ses cheveux argentins pour y entrelacer ses doigts.

- Qu’est-ce que tu as ? s’inquiéta-t-il.

Son érection provocante l’avait-elle effrayé ? Craignait-il de faire l’amour avec lui ?

Yazoo détourna le regard.

- Je… (Il toussota) Il y a un peu trop de lumière…

Les bras de Reno lui en tombèrent.

Encore cette histoire de cicatrices !

- Et moi, je trouve qu’il n’y en a pas assez, chuchota-t-il tout contre sa joue. Je ne veux pas rater une miette de toi. Pas une…

L’argenté suivit le mouvement de ses mains d’un regard inquiet et ces dernières se refermèrent sur la ceinture du peignoir.

Très lentement, le turk défit le nœud de coton, écarta les deux pans du vêtement et sourit de contentement.

Jusqu’au bout de ses petits tétons roses, Yazoo frôlait la perfection…

Sous sa peau de porcelaine courait une musculature ferme et bien dessinée et du bout du doigt, Reno suivit le contour des pectoraux et des abdominaux, évita le petit nombril et caressa le ventre plat, au bas duquel un sexe d’une couleur plus foncée que la peau imberbe alentour était assoupi.

De l’index, le turk tira sur la peau élastique et fit jaillir un bourgeon rose, d’où coula une goutte argentée qui roula pour se perdre entre deux petits testicules doux et lisses, aussi appétissants que des fruits mûrs.

Avec un sourire attendri, Reno se pencha en avant et les mordilla très doucement, s’enivrant de leur parfum sucré.

Yazoo tressaillit et laissa échapper un petit soupir, qui se fit sifflant lorsque la langue agile remonta le long de la colonne qui s’érigeait, de plus en plus dure, jusqu’au bourgeon humide.

Faisant tressauter la peau étourdissante, Reno remonta ensuite le long du ventre jusqu’à un téton puis papillonna jusqu’à la gorge et au menton pour trouver enfin le plus court chemin jusqu’à ses lèvres, qu’il aspira délicatement entre les siennes.

- Je t’aime, Yazoo Baby… chuchota-t-il entre elles, le souffle court.

Celui-ci sourit contre sa bouche, conscient, maintenant, de l’effet qu’il avait sur le turk, dont le sexe érigé palpitait contre sa cuisse, impatient.

Sans hâte, ses lèvres s’entrouvrirent et Reno accepta l’invitation avec un soupir affamé. Le bout de sa langue se glissa entre ses dents et chercha la sienne, qui vint timidement à sa rencontre.

Entêtant était son baiser, comme sa peau et son essence la plus intime. N’eut-il écouté que son impatience, Reno aurait plongé sans retenue dans cette caverne humide mais seul un mufle viderait d’un trait une coupe de vin rare.

Yazoo noua ses bras autour de lui et répondit à son baiser de façon passionnée et maladroite, accentuant la pression de leurs corps affamés, et aspira sa langue dans sa bouche avec ce qui n’était pas loin de ressembler à de la violence, faisant presque s’entrechoquer leurs dents.

Par caresses, tendres griffures et pincements, le turk lui fit comprendre que ce n’était pas ainsi que cela devait se passer et la petite bouche pâle se fit plus docile, ses mains moins brutales sur son dos.

- Pardon… s’excusa Yazoo contre ses lèvres.

Reno sourit et lissa une mèche de cheveux argentés.

- Laisse-moi faire… susurra-t-il avec sensualité en déposant sur sa gorge un baiser qui se mua en douce succion.

Puis il remonta jusqu’à son oreille et en suivit le contour du bout de la langue, le faisant frissonner.

La chaleur au bas du ventre du turk atteignait des sommets et il aurait alors voulu écarter les cuisses nacrées pour y plonger sans préambule et se répandre dans les entrailles ardentes mais il fit taire son empressement.

Mordillant les épaules laiteuses, Reno laissa ses mains caresser les bras souples puis le torse glabre, ses doigts cherchant les petites saillies rosées des tétons, durs et tendus.

Il les taquina l’un après l’autre, faisant tressaillir l’incarné sous lui, et le frottement de ses cuisses sur sa verge lui rappela son propre désir rageur. Un seul attouchement de la main de Yazoo à cet à cet endroit l’aurait fait venir, alors, il en certain, et il se mit à quatre pattes au dessus de lui pour éviter tout contact qui aurait pu écourter ces instants.

Sa bouche trouva le téton droit et il l’aspira en le titillant du bout de la langue.

Yazoo gémit et leva les hanches d’instinct pour aller à sa rencontre et frotter son sexe dur contre le sien mais Reno était trop haut et il se résigna avec un soupir de dépit.

Le turk avait cependant sous-estimé son entêtement et, lorsque sa langue fondit sur son téton gauche, la main de l’argenté glissa jusqu’à son ventre pour enserrer maladroitement son membre gonflé.

Il tira férocement sur la peau flexible et décalotta sans douceur, faisant hoqueter Reno. Les va-et-vient énergiques de sa main étaient aussi douloureux qu’un frottement sur une peau écorchée.

Le front appuyé contre sa poitrine, le turk enroula ses doigts autour de son poignet et l’immobilisa.

- C’est trop fort… haleta-t-il, secoué par un spasme incontrôlable.

- Je… Je suis désolé.

Yazoo le lâcha immédiatement mais Reno prit son visage dans ses mains en coupe pour le lever vers le sien et déposer un baiser léger sur ses lèvres.

- Ce n’est rien.

Souriant, il renouvela son baiser, plus doux encore si c’était possible.

Ses lèvres voletèrent à nouveau sur son torse mais, cette fois, évitèrent les petits tétons roses, aussi sensibles que de la chair à vif à force d’être titillés par les doigts et la langue diaboliquement adroits.

Yazoo n’eut que le temps de respirer trois fois avant que le bout de la langue du turk n’effleure son gland humide et il se contracta dans l’attente de mordillements ou de succions passionnés. Qui ne vinrent pas…

Très lentement, au contraire, par petits coups de langue répétés et patients, Reno habitua la peau vierge, et encore excessivement sensible, à son contact insoutenablement excitant.

Lorsqu’il sentit les muscles de l’argenté se relâcher et sa respiration s’approfondir, le turk aspira prudemment le gland lubrifié et le lécha sans hâte ni rudesse.

Un long soupir monta de la gorge de Yazoo et la main de Reno rejoignit sa bouche pour effectuer de lents va-et-vient. A peine un effleurement.

- Reno…

Sa main se porta au front de ce dernier et il essaya, sans grande conviction, de l’écarter en sentant le plaisir monter des tréfonds de son ventre, violent et inéluctable.

Les joues de Yazoo s’embrasèrent et une chaleur traîtresse se répandit en lui. Ses doigts se contractèrent sur la nuque de Reno, tous ses muscles se tendirent et il renversa la tête en arrière sur l’oreiller, la bouche entrouverte sur un cri contenu, dans l’attente de la jouissance qui n’allait pas tarder à déferler et à l’emporter.

Sa main gauche et ses petits orteils agrippèrent les draps comme des serres et une sueur ardente lui coula sur les tempes et entre les pectoraux.

- Reno… gémit-il encore en essayant encore d’éloigner la bouche brûlante de son membre lorsqu’il sentit la lave destructrice sur le point de jaillir. Reno, attention, je…

Sa phase se termina en un râle inarticulé tandis que la lumière blanche explosait dans son cerveau, mettant toutes ses terminaisons nerveuses en pièces.

Il eut vaguement conscience de se tordre sur le lit et de crier, essayant d’échapper à la vague de jouissance, mais celle-ci le rattrapa vite et le roula comme un frêle esquif perdu dans la tempête.

Où était le haut ? Où était le bas ? Comment respirait-on, déjà ? Et ce battement de tambour ? Etait-ce son cœur ou son ventre ?

Qu’importait…

Chaque fibre de ses muscles, chaque pouce de peau n’était plus que plaisir et, s’il devait mourir là, quelle plus belle mort pouvait-il espérer ?

Yazoo cessa donc de lutter et se laissa porter par la vague qui, petit à petit, se mua en houle paresseuse puis, après une ou deux bourrades assassines, se retira, le laissant haletant, l’esprit embrumé, affaibli et les membres gourds.

Bon sang ! Loz lui avait bien dit qu’un orgasme « faisait un effet dingue » mais il ne s’était quand même pas attendu à quelque chose comme ça ! C’était.. C’était… Oui, « dingue ». Complètement dingue…

Il sourit sans s’en rendre compte. Hormis la brise légère qui faisait frissonner et se hérisser sa peau en se glissant par la haute fenêtre de la chambre de Reno, il était bien… Il ne s’était même jamais aussi bien senti depuis des années.

Reno…

Au prix d’un effort surhumain, il ouvrit les yeux pour voir le visage du turk au-dessus de lui.

Reno le considérait avec une expression attendrie, curieuse et fascinée à la fois. Au coin de ses lèvres gonflées, une petite traînée blanche les rendait plus pulpeuses et désirables encore.

- Reno… murmura Yazoo avec un sourire épuisé.

Il cueillit la goutte de semence du bout de son index et Reno s’empara de sa main pour le lécher avant de presser sa paume contre sa joue.

- Sais-tu que tu es beau à mourir dans ces moments là, Yazoo baby ? demanda-t-il, les yeux brillants.

La gorge soudain serrée par ce qu’il lisait dans les prunelles bleu-vert, Yazoo fut incapable de répondre.

Il avait toujours cru, à écouter ses frères et les conversations qu’il avait pu surprendre entre les scientifiques du laboratoire du cratère nord, que les hommes prenaient leur plaisir puis s’en allaient ou s’endormaient une fois soulagés.

Reno, lui, n’avait pensé qu’au sien, reniant son propre désir, et il s’émerveillait du résultat…

C’était une attitude si touchante que l’argenté en était profondément bouleversé.

- Reno, tu es si… Si…

Celui-ci ne le laissa pas finir sa phrase.

Il l’attira tout contre lui et, fou de tendresse, l’embrassa à pleine bouche, comme avait voulu le faire Yazoo quelques instants plus tôt et qu’il l’en avait empêché…

*

Allongé sur le dos et Yuffie pelotonnée tout contre lui, endormie, la tête au creux de son épaule, Kadaj contemplait le plafond dans l’obscurité. Il se passait et se repassait dans la tête les instants délicieux qu’il venait de vivre et réfléchissant à ce curieux sentiment de possessivité égoïste qu’il ressentait à présent en serrant la jeune fille dans ses bras.

Tu es à moi. A moi ! A moi ! A moi ! “ disait chacun des allers et retours de sa main sur son dos souple. ” A moi et personne d’autre ! “

Bien souvent, il s’était considéré - bien qu’il n’ose jamais l’avouer ouvertement et encore moins devant ses frères ! - comme le plus le plus ” pondéré ” et le plus ” civilisé ” de la fratrie. Bref, celui qui possédait le caractère le plus ” proche ” de celui de Sephiroth, ce mélange ” calme intelligence ” et de ” froide élégance ” qui faisait tout le charme du grand Général, dépourvu de la virilité provocante de Loz ou de la féminité guindée de Yazoo.

Pourtant, tout à l’heure, lorsqu’il avait fait sienne la petite Utaïenne et que celle-ci s’était accrochée à lui, griffant son dos en gémissant son nom, emportée par un raz-de-marée de plaisir qu’elle n’aurait jamais cru pouvoir être provoqué par un homme, la partie la plus primitive de lui s’était réveillée. Un côté se sa personnalité qu’il n’aurait jamais soupçonnée et qui lui avait donné envie de battre sa poitrine de ses poings en criant : ” OUAIS ! ! ! ! JE SUIS LE PREMIER ! ! ! ! “.

Cette attitude lui faisait honte, à présent, et - plus étonnant encore ! - il était incapable de se l’expliquer !

Peut-être faudrait-il qu’il en parle à Loz, lorsqu’il irait mieux. Ou à Vincent, même, plutôt. Son frère aîné avait suffisamment de soucis pour l’instant sans y ajouter l’attitude frustre et grotesquement possessive de son cadet vis à vis de sa nouvelle maîtresse !

Maîtresse ” ?

Il grimaça.

Ah, non, non… Même ce mot n’allait pas du tout ! Il sous-entendait tout un tas de choses et d’autres aventures qui gênaient Kadaj au plus haut point !

- Tu ne dors pas ?

Celui-ci sursauta et adressa à Yuffie un sourire béat dont il n’avait même pas conscience.

- Je repensais à tout à l’heure, murmura-t-il en caressant le bout de son nez de ses lèvres.

Elle se raidit dans ses bras.

- Ce n’était pas bien ? Tu n’as pas aimé ?

- Quoi ? Bien sûr que si ! se récria-t-il. Au contraire, je…

- Tu quoi ?

Il ne répondit pas et, emporté par un élan de passion qui l’étonna plus encore que tout le reste, la renversa pour l’embrasser avec une passion renouvelée.

- Kadaj… gémit la jeune fille contre sa bouche.

*

Nanaki, assis au sommet du plateau rocheux, vit l’hélicoptère approcher et fit un élégant mouvement de sa queue enflammée pour signaler sa position au pilote.

Celui-ci fit atterrir l’engin volant comme dans un mouchoir à quelques mètres du chien roux, qui ne cesserait décidément jamais de s’étonner de la facilité avec laquelle Highwind manœuvrait ce genre de machine.

Une fois les moteurs coupés et l’hélice immobile, le pilote sauta de l’appareil et vint vers son ami de sa démarche athlétique et chaloupée.

- Heureux de te revoir, Red ! salua-t-il.

Nanaki sourit en lui tendant la patte et Cid la serra avec chaleur.

- Vincent m’a raconté ce qui s’était passé. Je suis heureux de te voir en si bonne santé. (Il le détailla lentement de bas en haut et le pilote se soumit à l’examen en silence) Quelque chose a changé en toi.

- Ouais… Je sais. C’est pour ça que je suis là.

Nanaki hocha gravement la tête.

- La ” promesse de sang “, oui. Viens, nous allons en parler. Le chaman nous attend.

Ils descendirent du plateau par un sentier étroit et gagnèrent une petite plaine aride au centre de laquelle s’élevait une tente d’où s’échappaient une fumée bleuâtre doucereuse et des chants rauques à faire froid dans le dos.

Cid frissonna et un pli soucieux barra son front mais il ne ralentit pas l’allure et ne fit pas le moindre commentaire.

Nanaki, qui l’observait discrètement du coin de son œil valide depuis qu’il avait atterri, sourit.

Oui, Highwind avait changé…

Part. 7 - Les patrons se la pètent comme des Dieux !

Cabine de Yazoo : Weiss, Sephy, Loz, Yazoo, kadaj, Tifa, Cid, Vincent, Cloud.

Depuis le moment où Weiss a commencé prononcé les mots “ grande gigue ”, les grandes fontaines de Versailles (enfin toutes les pleureuses qui inondaient le plancher, quoi) se sont brusquement arrêtées pour écouter dans un silence horrifié le flot ininterrompu des explications.

Nero lui-même est complètement blême depuis un bon moment et a essayé en vain de faire taire son frère en pensant à l’inévitable explosion de Sephiroth qui ne devrait pas tarder…

Weiss est le seul qui n’a rien remarqué.

Bref, quand il s’arrête *enfin* de parler, tout le monde le fixe avec la mâchoire qui pend par terre, dans le glougloutement de l’eau qui continue à s’évacuer doucement à travers les coursives.

Enfin… tout le monde sauf Sephiroth, qui le fixe, certes, mais avec les mâchoires tellement crispées qu’on a l’impression qu’il se mord les dents (exercice difficile s’il en est !).

Sephy (qui repousse doucement un Kadaj mortifié hors de son chemin et se drape dans son manteau - ce qui projette alentour une bonne douche vu qu’il traîne dans 30 cm d’eau salée) : c’est qui, la “ gigue ” ?

Trèèèèès menaçant, il avance trèèèès lentement sur Weiss, qui le regarde d’un air blasé.

Weiss (grand sourire): Ne te sous-estimes pas ! Tu devrais être content, j’ai dit “grande gigue”.

Sephy (de l’électricité qui crépite tout autour de lui et a l’air assez bouillant pour cuire des frites): Et il insiste, le délavé ! Tu comptes me donner des cours p’tet’ ? Toi qui n’est même pas fichu de contenter un mec tout seul ?

Weiss (marque une seconde d’arrêt et désigne son frère du menton) : Alors là pouce, coup bas ! Tu l’as regardé, le mec en question ?

Sephy : Ouais, justement, un môme façon “ crevette ” ! Même Kadaj - ma “lavette” de frère, t’as dit? - ne se laisserait pas traiter comme ça !

Nero hésite entre aller demander des comptes à Sephy ou adopter un silence diplomatique étant donnée l’humeur massacrante de celui-cit.

Vu que le vaisseau commence à ressembler à une usine EDF avec les éclairs qui zigzaguent partout, la prudence l’emporte…

Weiss (ricane): T’as raison, il est tellement bouché qu’il serait pas fichu de se rendre compte quand une fille lui fait du rentre-dedans…

Sephy (siffle): Tu dis encore un mot sur mon petit frère et t’es mort.

Weiss (sifflote): Me fais pas rigoler, je suis l’Omega, moi, j’te signale. Un vrai Dieu ! Ca veut dire que je suis immortel. Invulnérable et tout et tout. Pas un demi-dieu au rabais qui meurt empalé par un croupion de chocobo sur une grosse biscotte en kevlar ! Ca doit être le sport national chez vous, de s’empaler sur des grandes épées, si j’ai compris ?

Sephy (les yeux exorbités): Tu… oses…?! Tu parles de qui là?

Weiss (air sadique): Ben de ton… Comment tu l’appelais tout à l’heure déjà ? Tu sais, quand on vous a surpris dans le couloir ? Attends voir, ça va me revenir… “Mon roudoudou d’amour” ? Nan, ça c’est ce que râlait l’autre. Enfin je crois. Il parlait d’épée aussi, il me semble. Nan ? C’était p’tet’ une image, c’était assez confus. Ah ouais, je me souviens, “mon oiseau céleste” ! Cette rigolade ! Z’étiez trop chous tiens ! Tu parles de Soldats de la Shinra en train de roucouler!

Tous les autres se cachent la tête dans les mains mais regardent au cas où entre leurs doigts pour ne pas rater une miette du carnage.

Sephy (rugit): JE VAIS TE TUER !

Le ailes de Nero claquent sous le souffle du rugissement de Sephiroth et Weiss éclate de rire en se tapant sur la cuisse tellement il rigole.

Sephy (deux fois plus furieux, si c’est possible): QUOI ?! BATS-TOI SI T’ES UN HOMME AU LIEU DE TE FOUTRE DE MOI!!

Weiss (s’essuie les larmes de rire, reprend son souffle et dit avec bonne humeur): Ah t’es vraiment trop super quand tu t’énerves ! T’excites pas, va, (là son sourire devient franchement suspect) je suis là pour ça !

Sur quoi il franchit le mur d’éclairs qui le séparait de Sephy et lui roule un patin magistral. La tension électrique chute d’un seul coup, sauf aux alentours de Kadaj, qui n’en croit pas ses yeux et dont les cheveux se dressent sur la tête.

Nero (les bras lui en tombent): Ben…? Mon frère bien aimé ?

Kadaj (meurtrier): Qu’est-ce qu’il fait à mon Nii-San ?!

Arrive Vincent en train d’essorer le bas de sa cape.

Vince : Dites donc qu’est-ce que vous foutez, encore ? Quand je suis sorti de la cabine de Cid, je me suis pris une tonne de flotte dans la figure. (Avisant l’aile noire de Sephy fermée comme un cocon, et ses pieds et ceux de Weiss qui dépassent en dessous) Tiens, j’ai raté quelque chose?

Loz : Euuhh… J’préfère pas te raconter ça ici… Ca risquerait d’être dangereux…

Kadaj (accroupi par terre dans la flotte pour essayer de voir ce qui se passe sous l’aile) : Mais tu vas lâcher mon Nii-San, oui ?!

Yazoo (confus): Relève-toi ! Ca se fait pas pour un fils de Jenova, de se mettre à genoux.

Loz (vaguement surpris): Ah bon ?

Yazoo (vire au rouge et lui file une baffe): J’parle pas de ça !

Cloud (qui arrive en faisant floutch floutch précipitamment à contre-courant et n’a pas remarqué les pieds de Weiss dépassant de sous l’aile de Sephy): Dites ! Oh ! Ca va pas la tête, non ?! Pourquoi vous avez inondé les couloirs ?! Si c’était pour me faire une blague c’était une très mauvaise idée ! (à Sephy) Range ton aile, merde ! On voit bien que c’est pas toi qui dois curer les gaines d’aération tous les 15 jours à cause des plumes !

Kadaj (toujours accroupi, regardant sous l’aile de Sephy) : Ca va Nii-SDan ? Tu fais de drôles de bruits ! Tu me fais peur, on dirait que t’étouffes ! Nii-San ?

Sephy (la bouche pleine…) : Mffppppfffrs ! ! !

Loz (mort de rire) : Ah ! Ah ! Ah ! Ca, pour un patin, c’est un patin !

Tifa (qui chronomètre) : Waouh ! Ca va faire 8 mn !

Nero (qui commence à avoir de la fumée qui sort par les oreilles) : LACHE CET HOMME, WEISS ! TOUT DE SUITE !

Cloud (pivoine, qui commence à comprendre ce qui se passe) : Mais… Mémémémémémé…

Weiss lâche enfin Sephy, qui tombe sur les fesses dans l’eau.

Sephy (qui essaye de reprendre son souffle) : Vite…une…épée….un…sabre… un couteau… une compil de Lara Fabian… quelque…chose… Je …veux…tuer…ce…type…

Loz : Pas la peine ! (Il se campe fermement sur ses jambes, l’air de vouloir en découdre) J’m'en occupe !

Weiss (les larmes aux yeux tellement qu’y se marre) : Ah ! Ah ! Ah ! De mieux en mieux ! Après la gigue, le cro-magnon ! Ah ! Ah ! Ah ! Arrête ! Tu me fais peur !

Nero fait un mouvement bizarre et Loz est enveloppé d’une drôle de fumée bleue.

Nero : Tu seras plus à l’aise comme ça !

La fumée se dissipe et tout le monde regarde Loz, dont les vêtements ont …fondu !

Loz (qui baisse les yeux, devient tout pale, il se tourne vers la caméra ) : Ah non ! ALORS LA, NON ! C’est une manie de vouloir me défroquer ou me coller des blousons dépoitraillés et pantalons poutre apparente ou quoi ? JE VEUX PARLER AU SCENARISTE !

Voix off : Arrête de t’exciter ! T’es trop près de la caméra ! Tu sais combien ça coûte, une lentille ?!

Loz : Qui c’est qui veut faire des gros plans à chaque fois, hein ? C’est moi p’tet ?

Weiss (qui fixe éberlué l’énorme “ truc ” qui lui pendouille entre les jambes) : Ah ben merde ! J’devine pourquoi c’est toi qui es supposé être “ l’homme viril ” de la fratrie !

Sephy (après qu’il ait réussi a récupérer sa langue, qu’il a failli avaler) : Nan mais ça va pas nan ? T’as fini de le mater comme ça ? Où tu te crois, là ? Dans un film X ?

Le scénariste déboule devant caméra, un casque sur les oreilles et un clap à la main. On voit au second plan toute la bande qui s’étripe, s’étrille, se mord et se tape dessus joyeusement.

Le scénariste : Coupez ! Coupez ! C’est pas bon, les gars !

Les voix derrière lui :

“ Ouille, pas mon aile, pas mon aile ! ”

“ Va te faire cuire un oeuf, croupion de volaille ! ”

“ Weiss ! fais gaf…trop tard ! ”

“ Ouaahhhhouuu aïe aïe aïe ! C’est pas ma jambe, ça ! ”

“ Je suis l’amiral de ce vaisspppffffrrrggg… ”

“ Recrache, Cid ! Recrache ”

“Kef ke fu crois que f’éfaille de fairrggpppfffg ”

“ Soldat du dimanche ! ”

“ Nii-San ! m’laisse paaassss !”

“ Ouilleouilleouille, pas les cheveux, pas les cheveux ! ”

“ Mords-lui l’oreille, Loz ! ”

Le scé (qui fait de grands gestes au cameraman) : On dérape là ! On saute direct à la scène suivante ! (une main te tire en arrière) Nan ! Pas moi ! J’y suis pour rieeeeennnnn….

………………..fondu……………………..

Part. 6 - Un, on écope ; deux, on éponge !

Pont de commandement : Tifa, Weiss, Cloud, Kadaj, Shera.

Weiss entre en trombe.

Weiss : Ou est Yazoo ?

Tout le monde hausse les épaules.

Kadaj (qui rentre à son tour et s’approche à deux doigts de lui) : Dis donc… c’est quoi tous ces petits points rouges sur ta poitrine et tes bras ?

Weiss (comme s’il les voyait pour la première fois) : De quoi ? Ca ? Chais pas moi ! (Tout le monde le regarde avec un sourire en coin, se souvenant très bien par quoi sont terminées les étranges ailes de son frère) Oui bah le problème n’est pas là ! OU EST YAZOO ?

Shera : Qu’est ce que tu lui veux, à ce pauvre agneau ?

Weiss (qui s’approche d’elle et la toise) : Pauvre quoi ? Agneau ? Tu veux rire !

Shera (que la proximité de la large poitrine nue et musculeuse commence titiller) : Comment ça ?

Weiss (dramatique) : A cause de ce petit dévergondé, son frangin Loz est entrain de pleurer toutes les larmes de son corps !

Tout le monde (retenant la respiration) : Hein ?

Weiss (d’un cri indigné) : Lui et Sephiroth nous ont surpris mon frère et moi avec lui !

Tout le monde (soupirant de soulagement genre « oh, ce n’est que ça ! ») : Aaaaah !

Weiss : Non mais vous vous rendez pas compte ! Loz nous accuse d’en avoir fait un obsédé !

Tifa (en lui tapotant l’épaule) : Mais non, mais non. S’il est pas devenu obsédé avec des frères comme les siens, j’vois pas…(le regard de Kadaj se fait mauvais)…pourquoi…(très mauvais)…il…(plus que mauvais)…..Je plaisantais !

Weiss : Bah restez pas comme ça faites un appel au micro !

Kadaj (se saisissant du micro) : Eh ! l’frangin ! File dans ta cabine en quatrième vitesse ou ya Nii-San-bis qui va encore nous inonder jusqu’aux soutes !

Weiss : oui bah, en attendant, venez ! Vous pourrez peut-être faire quelque chose !

Chambre de Yazoo : Pont de commandement : Tifa, Weiss, Cloud, Kadaj, Sephy, Loz, Nero, Yazoo, un pack d’eau, de l’huile, du beurre, 3 kg de patates et… oups, pardon, je me trompe de liste !

Tifa et Kadaj suivent Weiss et se retrouvent devant la cabine de Yazoo. Loz y étendu ventre à terre dans une énorme flaque, Il pleure avec des ululements de chien battu !

Sephy (pratique) : C’est qu’il va nous inonder le couloir, si ça continue !

Kadaj lui donne un coup dans les côtes.

Yazoo (qui vient d’arriver) : Ben… Lozzy ? Qu’est ce que t’as ?

Loz (qui lève la tête et voit son frère) : BBEUUUAAAAHHHHH ! ! ! ! ! Et en plus il me demande ce que j’aiaiaihhhhhhhh !

Yazoo : Mais arrête, enfin ! Tu vois bien que t’es entrain de tout inonder !

Loz : Beueueahhhhh ! M’en fous ! J’suis le pleurnichard de l’histoire, alors si j’ai envie de faire une innondation, bah je la f’raiaiaiaihhhhhh !

Sephy (a Yazoo) : Ah non mais là, faut que tu fasses quelque chose parce que ça commence VRAIMENT à déborder dans le couloir !

Tifa (les pieds mouillés) : Mais d’où sort-il toute cette flotte ?

Kadaj (à l’oreille de Tifa sur le ton de la confidence) : Ben, c’est l’incarné de Nii-San qui a hérité de TOUT le côté sensible et comme Nii-San n’a pas chialé depuis sa naissance… il a des réserves !

Yazoo (suppliant) : Mais enfin Lozzy, arrête ! Tu vois bien que tu te fais du mal !

Loz : Beueueaaahhhhh ! Frère indigne ! Comment t’as pu me faire çaaaahhhhhhhhh !

Yazoo (en pétard) : Frère indigne moi ? C’est la meilleure du centenaire celle là ! C’est toi le frère indigne !

Loz (avec les larmes qui jaillissent genre fontaine): BBEEUUUUAAAAHHHHH ! ! ! ! Et en plus il ose élever le ton avec moiiiiiiiiiiahahahahaha !

Yazoo (qui enfile des bottes en caoutchouc pour aller le rejoindre) *ne me demandez pas où il les a trouvées* : Oui ben moi au moins je fais l’effort de parler ! Que toi, à part pleurnicher, hein !

Tous : Glups !

Loz : Beueueahhhh ! J’veux mourriiiiiiirrr ! Toute ma vie à me sacrifier pour mes petits frères et voilà le remerciemeeennnnnntttt !

Kadaj (qui se met à pleurer lui aussi dans les bras de Tifa) : Mon pauvre Nii-San-bis ! Je supporte pas de voir pleurer mon Nii-San-bis ! ! !

Tifa (de l’eau jusqu’aux genoux et Kadaj qui l’inonde) : Ah non hein ! Tu ne vas pas t’y mettre aussi !

Weiss : Quelqu’un pourrait ouvrir les panneaux d’évacuation ? (Tout le monde le regarde de travers) Bon, bon, ça va, j’ai rien dit…

Loz : Beueuaahhh ! Qu’est ce que j’ai fait pour mériter çaaaaaaa ? ? ?! ! ! Traîné plus bas que terre, humilié et trompé par mon indigne de frère !

Yazoo (fou de rage) : Indigne, moi ? Oui bah moi, au moins, je ne suis pas un gros balourd sans cervelle !

Tout le monde retient son souffle et Loz, qui s’est brusquement arrêté de pleurer, se redresse, les yeux lançant des flammes. Il gonfle la poitrine et des éclairs électriques se mettent à crépiter autour de lui.

Tout le monde recule et Yazoo déglutit péniblement.

Yazoo (d’une toute toute toute petite voix) : Zuzte “ neuneu ” alors ?

Loz (d’une voix qui retentit comme le tonnerre) : C’EST PAS GENTIL !

Tout le monde se remet les cheveux en place (parce que quand Loz a parlé, c’est comme s’ils avaient reçu une rafale d’orage électrique en pleine tronche !).

Yazoo (qui recule au fur et à mesure que son frère approche) : Arrête Lozzy, tu me fais peur là !

Loz (grondant) : Alors, petit merdeux ? On veut jouer les durs et quand on a un ennemi de taille en face de soi, on chie dans son froc ? Mhhhh ?

Yazoo (les larmes aux yeux) : Arrête Lozzy… S’te plait…

Loz : Grrrrrr…

Yazoo (qui se jette dans ses bras) : C’est pas de ma faute ! C’est eux ! Ils m’ont obligé !

Nero (qui avait gardé un silence diplomatique jusque là) : Oh l’autre ! T’as pas dis non, hein !

Tifa (lui mettant la main sur la bouche) : Chut ! Tu vois pas qu’il essaye de le calmer !

Loz (que le contact de son “ pitit frère ” émeut quand même pas mal) : C’est bien vrai, ça ?

Yazoo (gros yeux de chiot battu): J’te le juuuure ! J’ai honte ! Tu le diras pas à môman, hein ?

Loz (complètement gaga) : Mais non, mon poussin. *smac smac smac* Là là c’est fini mon ange. *smac smac smac* C’est fini, grand frère est là, mon canard…

Kadaj (toujours dans les bras de Tifa) : Beueueahahaha !

Tifa : Mais qu’est-ce que t’as, encore ?

Kadaj : Ce genre de scène ça me fait toujours pleureeeeeerrrrrrr ! ! ! !

Weiss (qui regarde au plafond pour pas voir le bouquet de fleurs bleues entrain de se répandre) : Mais qu’est ce que je fous ici ! Eh oh ! Les enfants ! Faut arrêter là ! Oh ! L’inondation va reprendre, sinon ! Et merde, tiens…

Cid (qui arrive en pataugeant) : Eh ! mais qu’est ce qui se passe, ici ? Ya de l’eau dans les soutes et les chiottes débordent encore ! ! ! (A Weiss) Mais c’est quoi ce bordel ?

Weiss (qui apparemment est très en verve entre la parade électrique et l’interlude aquatique): Oh, ça a commencé parce que la grande gigue avait des états d’âme parce que sa lavette de petit frère s’est fait dépuceler par une furie - t’as dû la croiser non ? Une blondinette incendiaire complètement excitée. Elle saute sur tout ce qui bouge - et vice-versa pour ainsi dire. T’as qu’à voir, pour avoir réussi à se taper la lavette à son Nii-San faut vraiment qu’elle soit motivée ! En plus, il est gonflé, le Sephiroth, parce que, tout à l’heure, on l’a croisé dans le couloir avec le gamin qui ressemble à un croupion de chocobo en train de faire un truc dont je connais même pas le nom - et pourtant, j’en connais un rayon c’est moi qui te le dis ! Et après, Môssieur vient faire le délicat parce que son petit frère a ENFIN couché. Alors il a débarqué ici pour se faire consoler par sa tapette de frère du milieu mais il nous surprend Nero et moi avec lui. Pire, la fontaine amirale a suivi de peu le grand frère et a eu des mots avec son… frangin-amant-clone-incarné - je sais comment appeler ça - et là ils viennent de se réconcilier en se tombant dans les bras l’un de l’autre. O se croirait dans un mauvais roman rose, berk… En plus, il est pas gonflé, le grand dadais, parce que, depuis que je suis arrivé, il a pas arrêté de dragouiller la brunette aux gros nénés, là… Faut pas déconner ! Nan, t’es pas d’accord?

Cid le fixe avec des yeux effarés sans répondre.

Silence de mort.

…à suivre

Comme la première fois

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : les volontaires sont les bienvenus !

***

Incapable de dormir, Loz était accoudé à l’étrange fenêtre de la chambre improvisée qu’il partageait avec Yazoo dans la maison coquillage de la cité des anciens, le regard perdu dans les ombres de la forêt spectrale.

La pleine lune brillait et une créature telle que lui, aux curieux yeux félins bien plus perçants que ceux de n’importe quel humain, y voyait comme en plein jour.

Non loin du petit lac qui miroitait au centre de la clairière, dans le recoin le plus sombre d’un lugubre sentier bordé de ronces mortes, un éclair métallique attira son attention.

Kadaj ?

Que faisait-il donc seul à l’orée de la forêt à une heure pareille ?

N’était-il pas supposé surveiller les enfants toute la nuit, dans la lande ? Non qu’ils risquent de s’enfuir - leur libre arbitre avait été totalement sapé par l’implacable volonté de Jenova ­- mais parce qu’une sorte d’instinct, peut-être un reste d’humanité avec lequel personne sans doute n’aurait jamais compté, les empêchait de laisser des enfants en bas âge livrés à eux-mêmes sans protection. A plus forte raison dans une forêt qui tenait plus du bois de cauchemar hanté par des monstres que du bosquet de conte pour tout-petits peuplé d’elfes et de lutins.

Curieux de savoir ce qu’il en était, Loz quitta sa pseudo-chambre avec la ferme intention de rejoindre son frère sous le couvert des arbres fantomatiques et de lui tirer les vers du nez.

Sans arme et torse-nu comme il l’était, il traversa la maison coquillage silencieuse, longea le bord de l’étang et s’engagea sur l’étroit sentier qui bordait la forêt.

Il ne lui fallut pas longtemps pour trouver Kadaj, affalé sur un vieux tronc mort abattu, le front sur les genoux.

Ses épaules tressautaient et Loz reconnut distinctement les petits reniflements discrets qu’il laissait échapper lorsqu’il sanglotait.

- Kadaj ? murmura-t-il. Est-ce que ça va ?

Le jeune homme tressaillit et leva brusquement la tête, plein d’espoir, mais, reconnaissant son aîné, s’assombrit de nouveau.

- Oh… c’est toi.

Loz s’assit à ses côtés et sourit, non sans ironie.

- Ta déception fait peine à voir !

- Ca n’a rien à voir avec toi, Loz. Excuse-moi…

- Qu’est-ce que tu as ?

- Rien.

- Rien ? On ne dirait pas.

- Je n’ai pas envie d’en parler, finit par avouer Kadaj dans un murmure à peine audible en s’essuyant le visage.

Loz s’accroupit face à lui, lui fit redresser la tête et le contraignit à reposer les pieds sur le sol, le dos bien droit.

- De la tenue ! railla-t-il gentiment en croisant les mains sur les genoux graciles pour y appuyer le menton. C’est ce que te dirait Yazoo : ” quelles que soient les circonstances, de la tenue ! C’est ce qui nous différencie des bêtes ! ” (Son frère détourna le regard) D’habitude, ça te fait rire…

- Pas cette fois, Loz. Désolé.

Ce dernier fronça le nez.

- Il va bien falloir, pourtant, poursuivit-il, les yeux mako pétillants de malice. Si tu restes là avec cette tête, tu risques de tuer un gosse de trouille. (Il simula une attaque et Kadaj rit malgré lui) Un coup à finir tous les trois en bouillie dans une petite boîte scellée avec une bande jaune, ça.

- Loz ! Il n’y a que toi pour oser plaisanter avec des choses pareilles !

- Qu’est-ce que tu fais tout seul ici ? Il s’est passé quelque chose, dans la lande ?

A la lumière de la pleine lune, il vit son cadet rougir.

- Je… Je n’étais pas dans la lande.

- Hein ? Tu as laissé les enfants seuls dans la forêt ? Mais tu nous avais dit que tu les surveillerais jusqu…

- Eh bien, j’ai menti, voilà tout !

Loz hocha la tête et pinça les lèvres.

- Ah… Et… pourquoi ça ?

- Tu vas courir le répéter à Yazoo ?

- Pourqu…

- Loz !

- Non ! Tu veux que je jure et que je crache par terre ? railla l’interpellé.

Kadaj roula des yeux.

- N’en rajoute pas, tu veux. C’est déjà assez humiliant comme ça…

- Humiliant ? Bon, ça suffit ! Qu’est-ce qui se passe, à la fin ? gronda-t-il.

Son cadet ouvrit et referma la bouche à plusieurs reprises, ne sachant visiblement pas par quel bout aborder le sujet.

- Rufus a… Nous avons… Il m’a… Enfin, nous…

Son frère écarquilla les yeux.

- Rufus ? Tu es retourné là-bas ?

- Entre lui et moi… il s’est passé… disons des choses que je n’avais pas prévues. Pas prévues du tout. (Il resserra sur lui les pans de son manteau en un geste inconscient de pudeur et Loz blêmit.) Non ! Non, non, non, ce n’est pas ce que tu crois, se récria Kadaj en comprenant les inquiétudes de son aîné. Il ne m’a pas forcé à quoi que ce soit. En fait… c’est même plutôt l’inverse. (Loz hoqueta) Enfin, non ! Pas exactement ! Ce n’est pas ce que je voulais dire, je… Oh ! Eh puis zut !

- Kadaj… menaça son aîné, les nerfs en pelote. Ou tu me dis immédiatement ce qui se passe, où je compte jusqu’à trois et j’enfourche ma moto pour aller chercher Rufus par la peau du cou et savoir de quoi il retourne exactement. Et tu sais que j’en suis capable… ajouta-t-il avec un rictus agressif.

Kadaj laissa échapper un gémissement plaintif.

- Je n’ai pas pu… hoqueta-t-il. J’ai tout gâché, Loz ! Tout gâché.

Ce dernier se redressa et s’assit sur le tronc mort, à ses côtés, pour lui relever le menton et planter ses beaux yeux couleur de topaze verte dans les siennes.

- Il t’a demandé de t’envoyer en l’air avec lui en échange de mère ? s’écria-t-il, estomaqué.

- Non ! Non, Loz, ça n’a rien à voir avec mère, c’est… c’est juste un… ” truc ” qui s’est passé entre lui et moi. Une attirance, je n’en sais rien, appelle ça comme tu veux !

- Je vois… murmura Loz, troublé par l’aveu et essayant de le digérer autant que possible.

Kadaj baissa la tête et garda le silence un long moment.

- Bah dis donc… A voir ta tête, je viens de dégringoler une bonne volée d’échelons dans ton estime.

- Non, le rassura son frère avec un sourire. Non pas du tout. Je… Je suis juste surpris. Je t’aurais vu plus volontiers découper Rufus en rondelles que lui sauter au cou !

- Je ne lui ai pas sauté au cou, justement. J’ai été… minable.

Loz lui ébouriffa les cheveux, amical.

- Tu n’avais pas envie de galipettes, et après ? Ca t’étonne ? Franchement… je crois que nous avons des choses plus importantes à penser, non ?

- Tu es vraiment idiot, Loz, ou tu le fais exprès ? ! Bien sûr que j’en avais envie mais… je n’ai pas pu.

- Pas ” pu ” ? ( Kadaj baissa les yeux, plus gêné que jamais, et son frère fit claquer sa langue contre son palais.) Aïe…

- Comme tu dis : ” aïe “. Pourtant, oublie ce à quoi tu es en train de penser en ce moment parce que je peux t’assurer que je n’ai aucun problème de ce côté là.

Loz tordit le nez, pas très convaincu.

- Ouais…

- Pas avec des femmes, en tous les cas… précisa Kadaj en soupirant.

Son aîné ricana.

- Je vois…

Un silence un peu embarrassé tomba sur les jeunes gens, bientôt brisé par Kadaj, qui avait besoin de réponses et ne savait pas auprès de qui les trouver hormis son aîné, en qui il avait toute confiance.

- Loz ?

- Mhh ?

- Tu… Tu as déjà été tenté de… Enfin, je veux dire … avec un autre homme ?

Loz se tourna brutalement vers lui et planta son regard dans le sien, le faisant furieusement rougir.

- De quoi ? Non mais ça va pas ! Pour qui tu me prends? !

- Dé… Désolé… bredouilla Kadaj. Je ne voulais pas être insultant.

Son aîné fronça les sourcils et éclata de rire.

- Je te taquine, idiot ! (Son visage se radoucit) Ca fiche les jetons, hein ? Pas moi, de désirer un autre homme, je veux dire. Tu te sens largué… Tu as honte… Et tu te demandes si quelque chose ne s’est pas mis à dérailler là-dedans, fit-il en se tapotant la tempe.

Son frère se tourna franchement vers lui et le considéra avec étonnement.

- Tu as vécu ça ? chuchota-t-il, stupéfait. Toi ?

Loz eut un rire doux.

- Eh ! Ouais, ” moi “. Et si tu crois que j’avais l’air plus malin que toi, la première fois… Tu te goures !

- Comment ça, la première fois ? Tu veux dire que tu as déjà… Nooon !

- Mes mains tremblaient tellement que j’aurais été incapable de tenir un verre d’eau sans le renverser.

Son cadet éclata de rire.

- Tu dis ça pour me rassurer !

- Absolument pas.

- Et… tu as… ” conclu ” ? (Loz hocha la tête) Et ? Comment ça c’est passé ?

Loz lui répondit par un franc sourire.

- Dans mon cas, ce fut… (Il hésita, perdu dans d’agréables souvenirs) L’un des plus beaux moment de ma vie ? Ouais… Ouais, je crois qu’on peut dire ça. Durant toute la nuit, il n’y eut plus que nous deux. Rien d’autre n’existait.

Kadaj tordit le nez, ne sachant si c’était du lard ou du cochon.

- Tu es sérieux, là ? Ou tu te payes ma tête ?

Son frère lui jeta un regard en coin et soupira.

- Je ne mens pas, Kadaj. C’était quelqu’un que j’aimais énormément et ce fut vraiment formidable.

- C’était qui ? (Loz secoua la tête et son cadet le poussa affectueusement d’un coup d’épaule, presque jaloux qu’un étranger ait pu faire naître de tels sentiments chez l’un de ses frères.) Allez, ne te fais pas prier. Yazoo est au courant, je parie !

- Désolé, petit frère. Ca fait partie des choses qui n’appartiennent qu’à moi.

- Depuis quand tu as des secrets pour nous, toi ? s’offusqua Kadaj.

- Uniquement celui-là. C’est bien peu en comparaison de tout ce que je partage avec vous, non ?

Son frère lui pressa le bras et hocha la tête à contrecœur.

- D’accord. Comme tu voudras.

- Si Rufus te plaît vraiment, laisse-toi aller. Peu importe qu’il soit un homme ou une femme. Lorsque tu le sentiras s’abandonner dans tes bras, ou que tu t’abandonneras dans les siens, tu oublieras ce qu’il est. Ca n’aura plus d’importance, tu verras.

- Merci, Loz, chuchota Kadaj, la gorge serrée. Merci d’être toujours là pour me donner un coup de pied aux fesses quand j’en ai besoin.

Un silence, puis :

- Je le connais, au moins?

Loz éclata de rire et lui ébouriffa les cheveux.

- N’insiste pas. Je t’ai dit que ça ne regardait que moi ! Non ! Plus de question à ce sujet. Je vais dormir. Et toi, tu files surveiller les gosses, comme tu l’as promis, rappela-t-il.

Il s’éloigna de son frère du pas athlétique et alerte qui avait toujours été le sien et regagna la maison coquillage.

De retour dans la pièce qui leur servait de chambre à lui et à Yazoo, il retira son pantalon en silence et se glissa dans son sac de couchage en prenant bien garde à ne pas le réveiller son frère mais ce dernier ouvrit des yeux gonfles de sommeil.

- Où tu étais passé ?

Loz sourit.

- Je t’en pose, des questions ?

D’une bourrade énergique, Yazoo le renversa sur le dos et fit semblant de l’étrangler mais son frère n’eut aucun mal à le maîtriser en riant et à inverser les positions.

- Je me rends… railla Yazoo d’une vois ensommeillée, les poignets prisonniers des mains de son aîné de part et d’autre de sa tête.

Ce dernier se pencha sur son visage pour caresser sa joue du bout de son nez, joueur.

- Yazoo ?

- Mhh ?

- Tu te souviens de la première fois que nous avons fait l’amour ?

Son frère ferma à demi les yeux et parut se perdre dans de savoureux souvenirs.

- Comment pourrais-je l’oublier ?

- Qu’as-tu ressenti, cette nuit-là ? Tu te souviens ?

- C’était… magique.

- C’est bien ce que je pensais, acquiesça son frère avec un sourire malicieux.

Yazoo s’étrangla et éclata de rire.

- Prétentieux !

Il n’en noua pas moins ses bras autour de son cou vigoureux.

- Loz…

- Quoi ?

- Fais-moi l’amour, chuchota-t-il la gorge un rien serrée.

- Et si Kadaj se pointe ? murmura Loz tout contre sa bouche.

Yazoo aspira sa lèvre inférieure et la suça.

- Il est dans la lande, avec les enfants.

- Oui, mais…

Une langue humide s’insinua dans sa bouche, le contraignant au silence.

- Il ne viendra pas. Il n’y a que toi et moi… Comme ce jour là… Tu te souviens ?

Loz sentit une main fraîche descendre le long de son ventre et il ferma les yeux.

- Je me souviens… murmura-t-il en se glissant entre les cuisses consentantes. Oh, Yazoo…

- Fais-moi l’amour, Loz, supplia ce dernier dans un gémissement impatient. Fais-moi l’amour comme si c’était la première fois…

Avec toute la tendresse dont il était capable, Loz referma ses lèvres sur les siennes tandis que leurs doigts s’entrelaçaient.

***

A mi-chemin de la lande, où étaient réunis les enfants, Kadaj marqua un arrêt sur le sentier.

Que pouvait-il leur arriver, à ces mouflets, de toute façon ? Il n’y avait rien, dans cette fichue forêt, hormis les fantômes de mauvais souvenirs et d’une race éteinte. Rien du tout ! Et lui, il avait besoin d’être seul. De se blottir dans son duvet douillet et de penser.

Oui, de penser !

De penser ? Ou de rêver ?

- Rufus…

Se retrouver seul dans la pénombre avec son souvenir… Son image… L’odeur de ses cheveux blonds qui persistait sur ses doigts…

Il porta ses mains à sa bouche et sourit tandis qu’un long frisson lui remontait le long de l’épine dorsale.

- Ces satanés gamins ne risquent rien, de toute façon !

Sa décision prise, il fit demi-tour et se dirigea vers la maison coquillage, où ses frères devaient déjà dormir…

FIN

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Part 5 - Qui a piqué le titre ? Que personne ne sorte !

Coursive puis cabine de Cid : Vincent et Cid

Vincent, qui n’en peut plus de se morfondre tout seul dans sa cabine après avoir piqué sa crise sur le pont de commandement, prend son courage à deux mains pour aller faire la paix avec Cid.

Une fois devant la porte de sa cabine, il respire à fond, toussote, et arrange ses vêtements. Après une petite réflexion (et après avoir bien vérifié que personne ne le regarde !), il déboutonne sa chemise.

Encore une réflexion et il fait quelques grimaces pour ramener un peu couleur sur ses joues, se brosse les cheveux avec les doigts et se frotte les dents avec un pan de sa cape pour être sur qu’aucun petit morceau de salade n’enlaidit son sourire.

Après un dernier regard de part et d’autre du couloir, il fait un rapide récurage de narines pour être sûr d’être parfaitement net.

Cid (qui, ayant entendu du bruit, vient d’ouvrir la porte et se retrouve nez à nez avec Vincent, les doigts dans le museau. Il le regarde d’un air dégoûté) : Tu veux les miens ? Ils sont plus gros !

Vincent ( qui a viré au rouge écarlate profond assorti à sa cape) : Heu… ça me grattait. Je suis venu pour faire la paix !

Il lui tend la main et Cid la regarde d’un air suspect.

Cid (qui a préféré ne pas y toucher) : Entre. Le lavabo, c’est au fond à droite.

Vincent devient blême mais s’exécute pour se donner une contenance et ondule généreusement des épaules et du popotin en passant devant lui pour mettre en avant l’échancrure toute fraîche.

Cid (qui le regarde onduler comme une couleuvre, sourcil levé) : Si t’as des démangeaisons à cet endroit aussi, j’aimerais autant que tu évites de le faire devant moi.

Vincent se retourne, toujours blême, mais de rage ce coup-ci.

Vincent (qui se plante devant lui) : Dis donc ! Je ne te permets pas de me parler comme si j’étais le dernier les malappris ! Ca t’arrive jamais le nez qui gratte ?

Cid : Le nez si !

Vincent (la fumée commence à sortir par les oreilles) : Cet endroit de mon anatomie ne souffre d’aucune démangeaison ! C’est ma façon de marcher figure-toi ! (Il rejette avec fierté une mèche brune en arrière) Je n’y suis pour rien si la nature m’a pourvu de reins cambrés, d’un fessier musclé et de cuisses souples qui m’empêchent de me déplacer sans ce déhanchement que d’ailleurs, soit dit en passant, tu es le seul à trouver sans un esthétisme certain ajoutant à mon charme.

Cid (pas très convaincu) : Mouais… Ben moi je dis qu’un mec qui ondule comme une femme, ça fait un peu… Enfin tu vois.

Vincent (fou de rage ce coup-ci) : Quoi ? Et ban vas-y ! Dis-le ! Ca fait tapette, c’est ça ?

Cid (surpris par sa colère soudaine) : T’énerve pas. J’te donne un conseil d’ami, c’est tout. Une dégaine de tante, c’est pas une fatalité, il suffit juste d’essayer de la corriger un peu. (le visage de Vincent se décompose et Cid essaye d’argumenter) Fais pas cette tête, c’est pas de ta faute si t’as vraiment un visage de fille, des jambes de pin-up, un déhancher de gonzesse et des yeux de midinette.

Vincent (Au bord des larmes) : Et tu te considères comme un ami ? Ah je vois ! Très bien ! Dès demain je fais un régime pour engraisser comme un porc, j’me laverai plus qu’une fois par semaine, j’me couturerai le visage de cicatrices et… et je me rase le crâne !

Cid (affolé) : NON !

Vincent (en papillonnant des cils, avec expression de martyr et ravi que Cid s’inquiète pour lui) : Non ? (Minaude en jouant avec ses cheveux) Pourtant tu disais que…

Cid : Non, pas les cheveux. C’est la seule chose qui cache un peu ton déhanchement.

Vincent (en larmes ce coup-ci) : Ahhhhh ! Ordure ! Pourri ! Sadique ! Tu te dis mon ami et t’es prêt à me laisser me défigurer !

Cid (gêné de le voir se répandre ainsi) : Mais, mais, mais, mais, mais, mais… Te mets pas dans un état pareil voyons ! Vous passez votre temps à vous chambrer toi et les turks !

Vincent (piteux. Non… Minable, plutôt) : C’est pô pareil. Snirrrfl. Eux, j’m'en fous comme de ma première sod… heu, ma première branlette.

Il se laisse tomber en sanglotant comme une midinette sur le lit… Euh, non le canapé… le boudoir ? P’tain, kesk’y z’ont au juste comme meubles dans un vaisseau de la Shin-ra ? ! Qui m’a piqué mon “Maisons et Jardins - numéro hors-série : en direct des ruines volantes d’Highwind” ? ! Celui avec la visite de la cuisine le jour des « Knaky Balls » ? - private joke - Bon ben tant pis, on va dire que c’est un sofa ou l’équivalent local.

Cid (le regarde inonder ses jolis coussins brodés de « cui-cuis » (second private joke !) sans comprendre l’étendue de son désespoir-euh) : Vincent ? Houhou ? La base appelle Vincent ! Y’a quelqu’un ? Tu vas pas te mettre dans des états pareils pour si peu ?

Vincent ( lui jette un regard humide - voire même complètement trempé - de sous ses longs cils d’obsidienne - renifle bruyamment et recommence à chialer ): Ne me regarde paaaas ! Je suis laiiid ! ! !

Cid ( raisonnable ): Ben forcément, à force de pleurer comme ça, ça te bouffit les yeux, et puis t’es tout rouge et ça te tire les traits, et t’as les cheveux tout emmêlés comme de la vieille étoupe qu’aurait passé dans le lave-linge, ça t’arrange pas non plus…

Vincent (s’enfonce un peu plus dans le sofa sous le poids de la description) : J’m'en fouuus ! Je ne veux plus jamais plaiiire !(hoquète entre deux sanglots et hoche la tête, mais ça se voit pas vraiment vu qu’il a la tronche enfouie dans un coussin) BWIIIIIIII ! ! ! ! Je suis un incompriiiiis !

Cid (blême d’embarras façon endive, ou plutôt poireau avec les oreilles qui font les feuilles bien tombantes…) : Ah ?

Vincent (le regarde du fin fond de son amour-propre blessé, ramassant les restes épars de sa dignité offensée pour s’y draper tel Jules César à Gergovie - NDLA : demain, je me lance dans les romans à l’eau de rose. J’ai largement le niveau et le style, et ça paye mieux que la fan-fiction. Ca sert de lire Astérix, pas vrai ? ): Tu peux te gausser de moi, Cid, mais tu ne pourras pas nier la vérité !

Cid (largué) : Quelle vérité ?

Vincent (se redresse dans toute sa majesté - quelque peu gâchée par l’échancrure béante de sa chemise qui lui donne des allures de strip-teaseuse ) : Je ne dissimulerai pas mon opproble… opplobre ? Octobre? Rolp… Plorr…

NDLR : on croit qu’il voulait dire “opprobre”, mais on a eu la flemme de vérifier dans le dico pour vous donner la définition

Cid (en aparté) : Il y en a un des deux qui ne sait plus ce qu’il dit et je ne crois pas que ce soit moi. Ou alors j’ai sauté une page du script. Où j’ai fichu mon texte, moi?

Vincent (qui le regarde faire son aparté à un innocent pot de bégonias, qui n’en demandait pas tant, puis regarder dessous d’un air préoccupé) : Euh… Cid ? Tu as perdu quelque chose ? (il fait des efforts désespérés pour ne pas ajouter pour lui-même “Oui, la raison”. NDLA: qui a dit “Sa vertu!” en rigolant ? Et puis d’abord, on ne peut perdre que ce qu’on a, CQFD...)

Cid (prend la teinte purpurine du soleil affleurant au ponant. NDLA: p’tain, c’est moi qu’ai écrit ça ? On comprend à peine que ça veut dire qu’il rougit !): Euh… Nan, nan, j’essayais juste de me souvenir d’un truc… Donc, tu me disais que tu étais venu me demander un truc, c’est ça ? Alors ? En quoi je peux t’aider ?

Vincent (ses trois synapses qui moulinent, moulinent): M”aider” ? J’appellerais pas vraiment ça comme ça, tu vois…

Cid : Bah t’es venu pour quoi, alors ?

Vincent (les mots qui godillent sur son cerveau comme une gondole dans les canaux de Venise - rame, rame, POCK - ah, on a touché le quai) : Bah… Euh… Enfin… (flappe flappe des mains rouge écarlate) Tu t’en doutes bien, non ?

***

Autre coursive… : Loz, Sephiroth, Kadaj, Tifa, Reno, Cloud

Loz (qui s’approche insidieusement de Tifa) : Tiens, tiens… Le couloir est désert… Ca t’inspire rien ?

Tifa ( qui le repousse genre… ” j’te repousse mais faut que t’insistes ”) : Arrête des bêtises, si Yazoo nous voit, il nous tue tous les deux !

Loz l’attrape par la taille et s’apprête à la faire plonger genre « tango » pour lui rouler le patin di siècle quand une tornade leur rentre dedans de plein fouet.

Reno (mort de trouille, tout rouge, les cheveux mouillés et enroulé dans un drap de bain) : AAAAHHHHH ! Aidez-moi ! Au secours !

Loz (en relevant Tifa) : Mais qu’est ce qui te prend ?

Reno (en montrant le couloir du doigt) : Y’a Elena qui me poursuit ! ! ! Elle est devenue folle !!! Ahhhh ! (il s’accroche à Loz) Aide-moi ! ! ! ! ! La laisse pas tripatouiller mon zozio ! ! ! ! Elle a déjà eu Kadaj ! Elle pété un plomb, j’te dis ! ! !

Sephiroth (qui, alerté par le raffut, vient de sortir de la chambre de Cloud) : Quoi ? Qui ça ? Qui a touché à mon poupounet gris ? (Il secoue Reno comme un prunier) Réponds espèce de larve pleureuse !

Cloud (qui récupère Reno dans les griffes de Sephy et le berce) : Mais arrête voyons ! Tu vois bien qu’il est tout effrayé, pau’v p’tit père !

Sephiroth (furax) : Qui a touché à mon petit frère ?

Reno (blotti dans les bras de Cloud mais qui commence à se demander ce que signifie son étrange sourire carnassier) : Elena !

Sephiroth (les yeux lançant des éclairs) : Quoi ? Cette aliénée a osé tripatouiller la chair de ma chair ? Le sang de mon sang ? mon trésor ? La moitié de moi même ? Le fruit de mes entrailles ? La candeur réincarnée ? Mon ange immaculé ? Mon agneau virginal ?

Loz : Euh… Ca va, faut pas déconner, non plus, T’en fais un peu trop là.

Sephiroth (des éclairs jaillissant autour de lui) : Nan j’en fais pas trop ! C’est mon poussin à moi et je permettrais pas qu’une ¤@#& me le dévergonde ! Où elle est cette ¤}@\`de*$=$£ que je lui apprenne à vivre !

Reno (tout tremblant) : Dans la cabine de Kadaj.

Sephiroth part en courant et passe en trombe dans les couloirs, talonné par Loz.

Sephiroth : Kadaj ! Tiens bon ! Phiphy arrive !

Il pile devant la porte en voyant son “ ange de vertu ” sortir de sa cabine, l’air blasé, la clope au bec, le blouson ouvert et un air de dire “ t’as plus rien à m’apprendre, j’suis un homme ”.

Sephiroth (avec un bruit de cœur brisé) : Ben…mon bébé !

Kadaj (en s’étouffant à moitié avec la fumée) : Arrête ton char, frérot ! Va pas me faire le coup des oiseaux et des abeilles ! Cette gisquette c’est de la dynamite !

Sephiroth (la larme à l’œil) : C’est pas vrai ! Kadaj ! T’as pas fait ça, hein ? Pas mon bébé !

Kadaj (en tapotant l’épaule de Sephy) : T’inquiètes frangin ! (Raisonnable) C’est pas parce que j’suis devenu un homme fort, viril, sexy et une bête au pieu que ça veut dire que tu vieillis !

Sephiroth (qui se précipite dans la chambre) : JE VAIS LA TUER ! ! ! ! 20 ans d’éducation et elle m’en fait un obsédé sexuel en moins de cinq minutes !

Kadaj : Nii-San, arrête !

Sephiroth (en le giflant) : Toi, camembert ! C’est pas parce que t’es plus puceau qu’il faut la ramener !

Kadaj (rouge écrevisse) : euh… Nii-San… Là, t’es vulgaire !

Sephiroth (fier comme Apollon) : Et alors ? tu veux que je te parle comme à un homme oui ou merde ? Tu oublies que j’ai été élevé dans le Soldat, môa, Môsieur ! Et jette-moi cette cigarette ! (Kadaj s’exécute et s’en va sans demander son reste) Alors ? (Il rentre dans la cabine) Elle est où la grognasse ?

Loz (un fouet à la main, lui montre Elena, qu’il a enchaîné et bâillonnée au pied du lit) : T’inquiète, je l’ai matée ! J’en fais quoi ?

Sephiroth : Ce que tu veux ! Mais je veux qu’elle s’en rappelle pendant les vingt prochaines années…

Loz (pense à un truc, fait un grand sourire puis… se rembrunit et secoue la tête) : ouais mais non… Ca risquerait de lui plaire,

Sephiroth s’approche et lui murmure quelque chose à l’oreille.

Loz : Noooon ? Si ? O.K. ! Alors c’est parti ! Il va me falloir du cuir, de l’acier, une serrure….

Sephiroth (se penche vers Elena et lui enlève son bâillon) : Tu vas adorer ce que Loz va te préparer !

Elena (rouge comme une tomate) : De quoi tu parles ?

Sephiroth (en pétard) : Tu connais la définition de… “ ceinture de chasteté ” ?

Elena (affolée) : Quoi ? ? ? Ca va pas la tête ? Assassin !

Mais Sephiroth s’en va, traînant dans les couloirs comme une âme en peine. Il se dirige vers la cabine de Yazoo histoire de se faire consoler et… tombe à genoux avec un cri déchirant.

Sephiroth (s’écroule en larmes): NOOONNNNN ! Vous voulez tous ma mort !

Nero (en position assez tarabiscotée avec son frère et Yazoo) : Oh, oh ! On a de la visite !

Weiss (tapant sur l’épaule de Yazoo) : Redresse-toi, mon tout beau, v’la ton frérot et il n’a pas l’air content…

…à suivre

IV - Vivants ! Un mois plus tôt

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Tout ce qu’il ressentait, c’était une douleur piquante qui faisait tressaillir chacun de ses muscles et se hérisser sa peau, encore poisseuse du liquide dans lequel il avait flotté dans la matrice. Une peau qui lui paraissait soudain bien nue et bien fragile.

Même sa mâchoire tremblait toute seule, faisant s’entrechoquer ses dents.

Il savait d’instinct que s’il arrivait à se serrer contre les autres, pourtant, la morsure se ferait moins intense et la douleur moins aiguë.

Froid… “

Voilà comment s’appelait cette douleur : froid.

Il ignorait pour l’instant comment ni où il l’avait appris mais il le savait…

Mettre un nom sur sa souffrance ne la fit pas disparaître, cependant.

Chaleur… “

Ce nouveau mot fit son chemin dans les méandres de son cerveau encore engourdi.

Pour survivre, il lui fallait la chaleur des autres, comme avant que la matrice ne se déchire et que l’air glacial ne le pénètre, lui embrasant les poumons.

Tout comme lui brûlait les yeux la pâle lumière tombant sur lui depuis un point distant, tout là-haut, loin au-dessus de sa tête.

Les paupières diaphanes frémirent mais croire qu’elles puissent déjà s’ouvrir était prématuré et elles restèrent scellées sur des prunelles encore trop fragiles pour supporter l’intensité lumineuse, pourtant faible, qui régnait dans le fond du cratère.

A tâtons, les membres gourds excessivement instables pour lui permettre de se déplacer sur la surface dure et froide autrement qu’en rampant, il chercha le grand corps chaud qui s’était fait berceau dans le cocon protecteur maintenant éventré et glissant.

Par deux fois ses coudes chancelants dérapèrent à la surface de la membrane épaisse et visqueuse sur laquelle il se traînait, grelottant, et qui recouvrait le sol rocailleux. Ses fins cheveux argentés dégoulinaient d’une sorte de mélasse verdâtre et lui collaient désagréablement au visage et au cou.

Il laissa échapper une petite plainte, le premier bruit à sortir de sa gorge délicate.

Voix… ” lui apprit sa mémoire innée.

Il tendit fébrilement une main, qui remonta le long d’une cuisse musculeuse et chaude mais si glissante qu’il n’arrivait pas à s’y accrocher pour s’y hisser.

Comment survivre s’il ne parvenait pas à se pelotonner contre la chaleur salvatrice ?

Nouvelle plainte désespérée.

Il tenta de ramper encore un peu et sa tête rencontra un obstacle.

Un autre

Un autre qui s’était roulé en boule contre le corps vigoureux !

De quel droit ? C’était sa place ! Elle l’avait toujours été ! Dans la matrice, c’était lui qui reposait tout contre ce grand corps chaud si doux, dont le bruit hypnotique l’apaisait, pas l’autre !

Pam-pam… Pam-pam… Pam-pam… “

C’était le bruit que faisait l’ample poitrine contre son oreille lorsqu’il dormait.

Pam-pam… Pam-pam…”

Il gémit de frustration et essaya de déloger le sans-gêne mais sans grand succès. Il n’avait pas la force de le repousser et ses ongles étaient encore trop mous pour griffer.

Puisant dans ses maigres forces, il s’agrippa des deux mains au pied frêle contre lequel il avait butté et tira, ce qui eut pour effet, non de chasser l’importun, mais de le faire remonter lui de deux bonnes coudées.

Enhardi, il se tortilla avec l’énergie du désespoir, glissant sur les membres entremêlés et les peaux poisseuses pour se faire une place dans le nid de chair ardente.

De grands bras musclés l’étreignirent alors et l’attirèrent dans le cocon formé par les deux corps enlacés.

Pleurant presque de soulagement, il appuya son petit visage contre l’ample poitrine si réconfortante.

Pam-pam… Pam-pam… Pam-pam… “

Il calqua sa respiration sur le rythme hypnotique.

Blotti tout contre les autres, protégé du froid mordant par la chaleur du grand corps, il était à nouveau en sécurité.

Frères… “

C’est comme ça que s’appelaient les autres.

Ses frères. Oui, chaque chose avait un nom, même lui.

Ka… daj… “

Kadaj. C’était son nom. Kadaj.

Ca sonnait bien.

***

Loz frissonna violemment et lutta pour ouvrir les yeux mais ses paupières étaient encore collées et ne s’ouvriraient pas avant plusieurs jours.

Il n’avait réussi à déchirer la membrane et à en libérer ses frères que quelques heures plus tôt mais la fatigue commençait déjà à se faire sentir et il savait qu’avant peu, il n’arriverait plus à produire suffisamment de chaleur pour les garder en vie.

C’était pourtant son devoir et sa seule raison d’exister : ” protéger ses frères et les aider à retrouver mère “. Ces mots étaient écrits en lettres de feu dans son cerveau et chacune de ses cellules.

A tâtons, il essaya de deviner les formes et les positions de ses cadets.

Le plus petit était blotti tout contre son ventre, comme dans la matrice, mais il ne sentait pas le second, habituellement collé contre son dos, ses bras souples enroulés autour de sa taille étroite.

L’affolement le gagna.

Il chercha plus loin, par-dessus le petit corps pelotonné dans son giron, et hoqueta d’horreur en touchant une épaule glaciale.

- Ya…zoo… gémit-il de sa voix encore mal équilibrée.

Faisant grogner Kadaj, il tendit son bras par-dessus ce dernier pour agripper le poignet gracile de Yazoo et le tirer à lui.

Celui-ci, transi de froid, se laissa faire sans la moindre résistance, trop faible pour réagir, et Loz le mit entre lui et son frère endormi, tout contre sa peau brûlante.

Mais Kadaj ne l’entendait pas de cette oreille !

Sentant soudain un corps glacé contre le sien, il rua avec colère, essayant de le repousser à nouveau loin de lui et de la chaleur bienfaisante qu’il voulait pour lui seul.

Loz dut les étreindre tous deux fermement, au risque de tordre leurs os mous, pour empêcher le belligérant de gigoter et de gâcher la précieuse et rare chaleur nécessaire à leur survie à tous. Chaleur qu’au demeurant il peinait de plus en plus à produire…

Malgré cela, il fit encore monter la température de son organisme de plusieurs degrés et, aussitôt, ses frères cessèrent de grelotter et de s’agiter pour retomber dans une sorte de catatonie réparatrice. Un état quasi-comateux nécessaire pour parfaire leur développement une fois sortis de la matrice.

Tels des sangsues assoiffées, ils se nourrissaient de la chaleur de leur aîné, n’en ayant jamais assez, leur cerveau brûlant toujours plus d’énergie à mesure que leur mémoire résiduelle se remplissait de celle de Sephiroth. Des souvenirs, des réflexes, des connaissances qui n’étaient pas les leurs se ruaient à l’assaut de leurs synapses à une vitesse et avec une violence effrayantes.

Kadaj et Yazoo s’agrippaient férocement à leur frère aîné, enfonçant leurs doigts dans sa chair tendre comme des rapaces, réclamant toujours plus de chaleur, et Loz dut bientôt se résoudre à choisir entre recevoir les précieuses données dont l’analyse et l’assimilation étaient par trop friandes d’énergie ou continuer à produire toujours plus de chaleur pour permettre à ses frères d’achever leur processus de développement dans les meilleures conditions possibles.

Poussé par l’instinct inscrit dans ses gènes, il n’hésita pas un instant.

Lorsqu’il estima avoir reçu de la mémoire de Sephiroth juste ce qu’il fallait de données essentielles à sa future survie sans le monde, il coupa la connexion mentale avec le Cauchemar de la Planète et utilisa ses dernières forces pour maintenir les deux corps serrés contre lui à la température adéquate.

Il dut cependant se rendre vite à l’évidence : il ne tiendrait pas très longtemps.

Son corps refroidissait à chaque heure qui passait, faisant bientôt grelotter Yazoo et enrager Kadaj, qui ruait, pinçait et mordait, réclamant toujours plus de cette chaleur dont il se gorgeait, inconscient des souffrances et des sacrifices que cela coûtait à son aîné.

Si ce dernier ne trouvait pas une solution, un apport d’énergie suffisant rapidement, ils mourraient et ce risque bien réel donna à Loz un second souffle.

Il devait protéger ses frères, c’était son devoir, quitte à le payer de sa propre vie.

C’est d’eux dont leur mère avait réellement besoin, pas de lui. Il le savait et, bien que cette vérité lui déchire le cœur, il s’y soumettait. Parce qu’il en avait reçu l’ordre, certes, et qu’il avait été créé dans ce but, mais aussi parce qu’il en était venu à éprouver pour les deux fragiles créatures, avec qui il avait partagé la matrice et qu’il avait senti se former et grandir tout contre lui, un amour inconditionnel qu’aucun instinct ou injonction inscrit dans ses gènes ne pourrait jamais remplacer.

La température de son corps baissa encore et il laissa échapper un sanglot désespéré en entendant la petite plainte de Yazoo, qui frissonnait contre sa peau désormais tiède.

De l’énergie. Il lui fallait une source d’énergie mais où la trouver ?

C’est alors qu’il se souvint sur quoi ils étaient tous trois allongés.

La matrice.

Cette membrane épaisse et visqueuse qui les avait protégés, nourris et au sein de laquelle ils avaient pris corps et forme…

Loz tourna un peu la tête pour frôler le tissu adipeux de ses lèvres et sut très bien dès lors ce qui lui restait à faire.

A la façon d’une louve qui dévore le placenta de ses louveteaux nouveau-nés pour engranger les protéines nécessaires à leur allaitement, il déchira une partie de la matrice gluante de ses dents et l’avala en grimaçant, luttant contre les spasmes qui lui retournaient le coeur.

***

Dix jours plus tard, les paupières de Loz furent les premières à se décoller.

Il faisait nuit, au dehors, et seule la faible lumière de la lune descendante éclairait le fond du cratère nord. Ce fut néanmoins suffisant à ses sens surdéveloppés pour distinguer ses frères, endormis enlacés tout contre lui, et l’émotion lui serra la gorge en les voyant pour la première fois.

Prenant bien garde à ne pas les réveiller, il lissa leurs cheveux soyeux et caressa leur peau douce, un sourire incontrôlable sur les lèvres.

Il resta ainsi un long moment, à les regarder et à les frôler du bout des doigts, attendri comme on peut l’être face à une portée de chatons pelotonnés dans un panier.

Mais il n’était plus temps de s’émouvoir, hélas.

Leurs corps étaient parfaitement développés, à présent, et avaient besoin, pour se nourrir, d’autre chose que de chaleur et d’oxygène.

Loz posa sa main à plat sur leur poitrine et leur dos et constata que, bien qu’ils ne soient plus en contact avec lui depuis un moment, les organismes de ses frères parvenaient maintenant à réguler plus ou moins leur température. Durant un certains laps de temps, du moins, et dès l’instant qu’ils restaient bien serrés l’un contre l’autre.

Bien.

Mais que se passerait-il s’il devait s’absenter trop longtemps pour leur trouver de la nourriture ?

Qu’est-ce qui pourrait leur fournir un peu d’énergie afin de continuer à produire de la chaleur si son absence se prolongeait ou s’il lui arrivait quelque chose et qu’ils devaient survivre et se débrouiller par eux-mêmes ?

S’il avait pu leur donner un morceau de sa propre chair à manger en cet instant, il l’aurait fait mais il avait besoin de son corps dans son intégralité pour les protéger et trouver de quoi les nourrir.

Il fouilla son cerveau à la recherche d’une situation similaire et de la réponse appropriée à donner mais… rien.

Il se prit la tête dans les mains, maudissant son manque de repères.

Peut-être n’aurait-il pas dû pas dû bloquer le flux d’informations provenant de la mémoire de Sephiroth, finalement. Peut-être que s’il ne l’avait pas fait, il…

Stop ! “ se rabroua-t-il. ” Tu n’avais pas choix, de toute façon. C’est trop tard, maintenant. Réfléchis ! Réfléchis, bon sang ! “

Sang qui battit à ses tempes avec affolement et il se raidit soudain.

La voilà la solution : le sang.

Gorgé de nutriments essentiels, facilement assimilables par des organismes encore fragiles et relativement aisé à reconstituer pour lui, le sang était exactement ce qu’il fallait à ses frères.

Du regard, il chercha quelque chose de tranchant et referma la main sur un morceau de silex tranchant, avec leqquel il s’entailla profondément la poitrine, au-dessus du téton droit, avant de soulever tendrement Yazoo dans ses bras pour le serrer doucement contre lui sans le réveiller.

La main sous la nuque délicate, il guida la petite bouche tendre jusqu’à la profonde entaille et son frère se mit à téter d’instinct, de plus en plus fort, le faisant grimacer de douleur. Il le laissa cependant faire jusqu’à ce que la source commence à coaguler et à se tarir.

Loz le remit ensuite en position foetale avec une patience et une tendresse à toute épreuve et s’entailla à nouveau la chair, au dessus du téton gauche, cette fois.

Contrairement à Yazoo, Kadaj n’eut guère besoin d’être guidé jusqu’à l’affleurement écarlate. L’odeur du sang de son frère fit frémir impatiemment ses narines et il s’agrippa aux larges épaules et au torse puissant avec un acharnement avide. Il aspira furieusement la vie hors du corps déjà tant éprouvé à longues succions douloureuses et en mordillant la plaie pour la rouvrir et en avoir encore plus lorsque celle-ci commença à coaguler.

Loz eut toutes les peines du monde à l’arracher à lui et se releva en titubant, le sein endolori et la tête tournant comme une toupie.

Pas le temps de se reprendre, cependant. Le soleil se lèverait bientôt et il fallait faire vite…

***

Yazoo fut réveillé par une odeur de sang frais et son estomac affamé se contracta douloureusement au souvenir du goût exquis de celui de son frère.

Au prix de douloureux tiraillements et de de frottements énergiques, ses paupières se décollèrent enfin mais, ébloui par la lumière de l’aube, pourtant bien pâle, il dut s’y prendre à plusieurs reprises pour réussir à les garder ouvertes.

Il tourna la tête en direction de l’odeur alléchante et vit que, tout près de lui, la chair rosée de deux lièvres de neiges, soigneusement dépecés et désossés, l’attendait.

Les yeux larmoyants, il se redressa à quatre pattes et se dirigea droit vers le festin de viande crue. Loz avait soigneusement sélectionné pour ses frères les parties les plus tendres et les plus charnues des lièvres, se contentant des restes.

Proche de la béatitude, Yazoo sentit les morceaux juteux fondre dans sa bouche et glisser dans son estomac qui, encore ridiculement étroit, fut vite rempli.

Il venait à peine de terminer son premier vrai repas qu’il sentit une main légère se poser sur son épaule.

- Ya…zoo ? demanda une voix douce.

Il se retourna et sourit avec tendresse en voyant son jeune frère pour la première fois.

- Kadaj…

Ce dernier hocha la tête et Yazoo lui tendit un morceau de viande, qu’il dévora sous les yeux curieux de son frère, mais, comme lui, il fut vite rassasié.

Repus, ils prirent alors le temps de s’observer et de se toucher attentivement, fascinés par leur ressemblance et émus par leur contact.

Kadaj glissa la main dans les longs cheveux soyeux de son aîné et sourit, les yeux brillants d’émoi.

- Tu es comme je t’imaginais, mon frère, murmura-t-il avec quelque chose qui n’était pas loin de ressembler à de la fierté.

Yazoo lui répondit par une étreinte violente et vit alors Loz, par-dessus son épaule.

- Laissons-le dormir, proposa Kadaj en suivant son regard. Il a bien mérité de se reposer un peu.

Son frère acquiesça mais n’en rampa pas moins vers le grand corps qui gisait à plat dos sur la pierre dure, ce corps qui les avait tous deux protégés et nourris de sa chaleur et de son sang.

Fasciné, il en détailla la silhouette virile, si différente de la sienne et de celle de Kadaj, la musculature athélique, la peau pâle et les traits délicats.

Oh, il était beau, son frère, pour ça oui. Beau et puissant comme un fauve.

La main tremblant d’émotion, il effleura du bout des doigts la courbe ferme de la mâchoire et… blêmit.

- Loz… murmura-t-il d’une voix étranglée.

- Mère est ici, fit Kadaj, qui s’était redressé pour faire quelques pas dans la grotte à ciel ouvert qui formait le fond du cratère. Je la sens… Elle est tout près.

- LOZ !

Alerté par le cri, Kadaj se précipita.

- Qu’est-ce qu’il y a ?

- Loz, réveille-toi ! Loz ! Tu n’as pas le droit !

- Yazoo, qu’est-ce qui se passe ?

- Il est tout froid ! cria celui-ci en sanglotant de plus belle. Kadaj, il est tout froid !

Ce dernier s’accroupit et posa son oreille contre la large poitrine.

Pam… Pa…am… Pap…am… Pam…”

Les battements du cœur de son frère, ce “bruit” si rassurant qui l’avait bercé dans la matrice puis dans l’air hostile et glacial du dehors, avait perdu toute régularité et faiblissait à chaque seconde.

- Loz… gémit-il, la gorge et le ventre noués.

- Qu’est-ce qu’il a ? Qu’est-ce qu’il a, Kadaj ? Pourquoi est-il si froid ?

La lèvre de Kadaj frémit et ses yeux se remplirent de larmes.

- Parce qu’il nous a tout donné… répondit-il dans un murmure à peine audible avec un regard d’intense désespoir à son aîné. Nous lui avons tout pris, Yazoo. Absolument tout.

Sans réfléchir davantage, il s’allongea sur le grand corps glacé et l’enlaça aussi fort qu’il le put.

Yazoo en fit autant et, réunissant leurs forces toutes neuves, faisant appel à leurs pouvoirs d’invocation - ceux-là même auxquels Loz avait dû renoncer, parmi bien d’autres choses, pour leur permettre de vivre - ils matérialisèrent autour d’eux une sorte de cocon dans lequel ils essayèrent de rendre à leur frère aîné au moins une partie de ce qu’il avait sacrifié pour eux : sa vie.

***

Tseng, regarde ça ! Oh… c’est répugnant ! “

BANG ! BANG !

Merde ! C’est qui, ces mecs ? “

BANG ! BANG ! BANG ! BANG !

Elena ! “

BANG ! BANG !

Non ! Va-t-en, Reno ! Remonte dans l’hélico ! Remonte dans l’hélico ! “

BANG ! BANG ! BANG !

Elena ! Attention ! “

BANG !

Tseng ! “

Vous avez pris notre mère. Où est-elle ? “

Qui… qui êtes-vous ? “

Où est mère ? “

Va te… faire foutre ! “

Eh ! C’est pas gentil ! “

Merveilleux… Il y a… même un… demeuré… AHH ! “

Tseng ! “

Comment viens-tu d’appeler notre frère, misérable larbin ? “

Tseng ! Oh, mon, Dieu, Tseng ! Arrêtez ! Arrêtez, vous allez le tuer ! “

La croisée des destins

***

Auteur : Miss Montague

Relecture et Réécriture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

Les débris épars sur le sol craquèrent sous ses talons à mesure qu’elle s’avançait dans l’allée centrale de la vieille église.

Bien qu’elle en ignore exactement la raison - peut-être simplement pour évaluer plus froidement le degré de violence de l’affrontement ou justifier sa défaite -, Tifa avait ressenti le besoin irrépressible de retourner sur les lieux.

Cloud était revenu vingt-quatre heures plus tôt à peine, la main de la petite Marlène fermement serrée dans la sienne, et ce fut un immense soulagement pour la jeune femme que de les voir tous deux sains et saufs.

Elle avait étreint la fillette avec un terrible sentiment de culpabilité mais comment aurait-il pu en être autrement ? Elle avait perdu le combat… avait abandonné la petite aux griffes de son ennemi !

Serrant Marlène dans son giron, elle avait levé les yeux vers Cloud, le regard débordant à la fois de reconnaissance et de honte.

C’est vrai, Cloud avait failli tous les abandonner et la jeune femme dut user de toute sa persuasion pour lui faire recouvrer la raison mais s’il n’avait pas été là pour récupérer Marlène… que se serait-il passé ?

Hélas, les autres enfants enlevés par Kadaj et ses frères restaient introuvables. Cloud avait parcouru la Cité des Anciens de long en large sans succès.

A en croire Marlène, il était cependant peu probable qu’il leur soit fait le moindre mal et, de toute façon, le gang referait très certainement son apparition avant peu.

En attendant, Tifa cherchait désespérément la meilleure façon de se reprendre.

Cette peur déchirante qui l’avait paralysée jusqu’à ce que Marlène lui soit ramenée saine et sauve, pour rien au monde elle ne voulait la sentir de nouveau lui tordre le ventre. Pas plus qu’elle ne souhaitait faire revivre ce cauchemar à la fillette.

Ses pas soulevant des volutes de poussière, Tifa s’avança jusqu’au parterre de fleurs entretenu - il y a une éternité de cela, semblait-il - par sa défunte amie.

C’est ici que j’ai échoué… “ pensa-t-elle. Ici même que j’ai été incapable de protéger Marlène. ”

Comme dans un rêve brumeux, Tifa revoyait son adversaire se détourner d’elle et s’approcher de la petite à la façon d’un prédateur ; se souvenait de l’effroi avec lequel elle avait assisté à toute la scène…

La jeune femme avait hurlé à la gamine de s’enfuir mais le cri avait résonné sous son crâne avec une telle puissance désespérée que la tête lui avait tourné et… plus rien.

Elle ne reprit ses esprits qu’à l’arrivée de Cloud. Et encore pour un laps de temps réduit, hélas, puisque tous deux avaient presque aussitôt sombré côte à côte pour se réveiller dans les appartements privés du 7ème ciel “, où Reno et Rude les avaient transportés, non sans difficulté.

Machinalement, Tifa tenta de redresser les tiges, couchées sous le poids son propre corps, lorsqu’il l’avait jetée au sol, sur le parterre fleuri.

Peine perdue.

La jeune femme se demanda alors si, contrairement à elle, les fleurs pouvaient se relever de cet échec.

Plus que sa vie, c’était celle de Marlène qu’elle avait mise en danger et cela, elle ne pourrait jamais se le pardonner.

- Je vais à l’église, avait-elle dit à la petite un peu plus tôt. Les voisins vont venir s’occuper de toi durant mon absence.

- Je viens avec toi !

- Non ! Je t’ai dit qu’on allait venir s’occuper de toi, je n’en ai pas pour longtemps. Je préfère te savoir à l’abri ici.

- … très bien.

Durant ce bref échange, pas une seule fois les yeux de Tifa - honteuse au point d’être incapable de la regarder en face - ne s’étaient posés sur la petite.

La fleur qu’elle venait de redresser retomba et ses mains, en appui sur la terre fraîche, se refermèrent en poings, se crispant jusqu’à faire saillir les veines sous la peau délicate.

Tap… Tap… Tap…

Tout son corps se raidit.

D’un bond, elle se redressa et se tourna vers l’imposante porte en bois, à l’autre extrémité de l’église.

Elle reconnut immédiatement le visiteur inattendu et ses yeux s’écarquillèrent.

Tap…

L’homme s’arrêta au beau milieu des débris de pierre et de bois provenant des moellons et des bancs réduits à l’état de charpie. Qu’il s’agisse des traits du visage ou des yeux d’un bleu-vert quasi-transparent, tout paraissait figé chez lui.

Le souffle coupé, la jeune femme ne put empêcher une grimace apeurée de lui tordre le visage et, ses membres ne lui obéissant plus, elle commença à trembler de toute part.

L’homme aux courts cheveux argentés s’avança encore. Sous ses sourcils froncés, ses yeux étaient fixés sur elle sans que le moindre clignement de cils ne voile le regard félin.

Qu’est ce que tu attends pour t’enfuir, espèce d’idiote ? Tu penses pouvoir t’en tirer en restant plantée devant lui ? “

Malheureusement, ses jambes ne semblaient guère pressées de lui obéir.

Plus le jeune homme se rapprochait, plus le bruit de ses pas était fort, faisant écho aux battements du cœur de Tifa, de plus en plus apeurée.

Malédiction ! Qu’était-il arrivé à la combattante émérite qui avait même réussi à ravaler sa peur deux ans plus tôt face au monstrueux Sephiroth ?

Non, elle n’aurait pas dû être effrayée, n’aurait même jamais pas dû perdre face à cet homme !

Pourtant, ce fut bien le cas et, en cet instant, c’était le doute, plus que la peur, qui la minait : si elle l’affrontait encore, elle perdrait le combat une seconde fois, elle en était certaine.

- Eh bien… Qui aurait cru qu’on ferait autant de dégâts !

Sa voix grave la fit sursauter mais rien ne la surpris davantage que de le voir s’arrêter à quelques pas d’elle et… sourire !

Il embrassa les lieux d’un regard détaché, mains sur les hanches, et posa de nouveau les yeux sur elle, la tête légèrement penchée sur le côté.

- Tu as… peur ? demanda-t-il, curieux.

- Pas du tout !

Elle avait ponctué sa réponse d’un froncement de sourcils éloquent et se mit d’instinct en garde, les jambes toujours tremblantes.

- Ce n’est pas beau de mentir.

La gorge de la jeune femme se serra. A quel jeu puéril s’amusait-il ?

A en croire sa réaction, sa peur était parfaitement perceptible mais elle ne fuirait pas. Non, certainement pas ! La couardise serait un châtiment plus humiliant encore qu’une nouvelle défaite.

Elle se battrait jusqu’au bout, même si l’issu de ce nouveau conflit ne laissait aucun doute quant au résultat.

C’est du moins ce dont elle essayait de se persuader…

- Détends-toi ! railla-t-il. Je n’ai pas l’intention de me battre avec toi aujourd’hui.

Elle ne bougea pas un orteil.

- Allô ! insista-t-il, taquin.

Elle haussa très légèrement un sourcil.

A quoi jouait-il donc ? Cherchait-il à lui faire baisser la garde pour l’attaquer en traître ?

Loz se tapota le front de la main.

- Toutes les femmes sont-elles aussi têtues que toi ?

- Donne-moi une seule raison de te faire confiance ! rétorqua-t-elle avec aigreur.

- Parce que je ne vois pas l’intérêt de t’attaquer par surprise. Moins encore dans ton état, ajouta-t-il sur le ton de la plaisanterie. Tu ne tiendrais pas une minute, même si je te laissais m’attaquer la première. Détends-toi, va ! Tu vas nous refaire un malaise, sinon.

Les joues de Tifa s’empourprèrent violemment.

Mais c’est qu’il se moquait d’elle, en plus !

- Que fais-tu ici ? demanda-t-elle pour se donner une contenance, à l’affût du moindre geste suspect.

- Moi ça va, merci, et toi ?

- Où sont les enfants ?

- Eux aussi vont bien.

- Je t’ai demandé où ils étaient !

- Et tu crois sérieusement que je vais te répondre ?

- S’il le faut, je t’y obligerai ! menaça-t-elle.

- S’il le faut “ ? Si tu le pouvais, tu veux dire ! Ce qui n’est pas le cas…

- Ne me sous-estime pas.

- Et toi, cesse de te surestimer. Cela pourrait te coûter cher, un jour.

- Je ne…

Elle laissa sa phrase en suspend.

A quoi bon tenter de lui faire croire le contraire, de toute façon ? Elle n’était plus la femme forte qu’elle avait été, même lui s’en était rendu compte.

Découragée, elle baissa les bras - dans tous les sens du terme.

Loz l’observa avec curiosité et laissa échapper un soupir en la voyant détourner le regard pour fixer le sol, ses longs cheveux bruns voilant à demi son visage.

- Je n’aime pas jouer lorsque je suis certain de gagner, reprit-il d’une voix plus douce. Dis-toi que, de cette façon, je t’épargne une seconde défaite.

Il s’adressait à elle comme à un enfant boudeur. Pire : à un loser !

Ravalant son humiliation, elle prit une profonde inspiration.

- Tu ne m’as toujours pas dit pourquoi tu étais là.

- Je n’en ai aucune idée ! Mes pas m’ont guidé jusqu’ici. Peut-être parce qu’ils savaient que je t’y trouverais.

- Je… Je ne suis pas sûre de comprendre.

- Moi non plus, avoua-t-il. Demande à mes pieds, ils ont peut-être une explication logique à ça…

Spontanément, les yeux de Tifa se posèrent sur les chaussures de cuir de l’argenté, une expression incrédule sur le visage.

Loz pouffa et elle releva aussitôt la tête pour voir ses lèvres crispées en un rire contenu, des petits bruits de gorge accompagnant les soubresauts de son large torse.

- Pffff…

Les joues de la jeune femme s’empourprèrent de nouveau.

- Ce n’est pas drôle !

- Ah ! Ah ! Ah !

Elle croisa les bras, horriblement vexée.

Les larmes aux yeux, Loz leva une jambe, comme pour l’inviter à parler à son pied.

- Oh ! Ca va !

Elle ne réalisa pas immédiatement qu’elle s’était mise à rire aussi et ce rire clair et incontrôlable, qui s’échappait de sa gorge, eut pour effet de la détendre un peu, ses poumons s’emplissant d’air à chaque nouvelle respiration, lui dénouant le ventre.

- Alors ? demanda-t-il lorsqu’ils reprirent un peu leur sérieux. Ca a l’air d’aller mieux non ?

- Qu… Quoi ?

- Bah ! Tu as l’air un peu moins coincé, tout d’un coup.

Tifa se raidit, toute trace de sourire effacé.

- Dis-moi où sont les enfants.

- Ah ! J’ai parlé trop vite…

- Dis-moi où ils sont !

Il la fixa de son intense regard félin.

- Je t’ai dit qu’ils allaient bien. N’insiste pas. Tu les reverras tous, sains et saufs. Nous n’avons pas l’intention de les tuer. La seule chose qui compte, c’est de la retrouver.

- Qui ça ?

- Mère ! Je te l’ai déjà dit.

Ce mot, qu’elle n’avait plus entendu prononcer avec une telle ferveur depuis des années, fit tressaillir Tifa.

Lui aussi, le prononçait avec cette même dévotion.

Sephiroth

Elle dévisagea Loz comme si elle le voyait pour la première fois.

Ces cheveux… Ces yeux…

Etait-ce possible ?

- Mère ? bredouilla-t-elle. Ce ne serait pas… ?

Un doux sourire sur les lèvres, il s’en retourna, le bras levé en signe d’au revoir.

Non ! Elle devait savoir !

Elle se précipita derrière lui et ses mains s’agrippèrent au bras recouvert de cuir pour l’empêcher de partir.

- Dis-moi que tu ne fais pas allusion à Jenova ! supplia-t-elle. Dis-moi que ce n’est pas ça !

Il pivota lentement, riva ses pupilles félines aux siennes et un frisson parcouru la jeune femme.

Loz était réellement impressionnant…

Il la dépassait d’une bonne tête, sa peau satinée semblait sans défaut et ses yeux… Mon Dieu, quels yeux !

- Je ne… commença-t-elle. Nous ne pouvons pas te laisser faire ! se reprit-elle.

- ” Nous ” ? Mais là, tu es seule et je doute que tu puisses m’empêcher de faire quoi que ce soit.

Et le pire, c’est qu’elle savait qu’il avait raison.

Elle baissa la tête, vaincue, en même temps que ses mains glissaient le long de son bras, le libérant.

Mais voilà que ses mains à lui se posèrent sur ses joues pour l’obliger à replonger dans l’hypnotique regard bleu-vert.

- Tu reprendras bientôt des forces, promit-il. Tu reprendras aussi confiance en toi, et, alors, nous nous battrons.

Un sourire engageant éclaira son visage et la jeune femme sentit sa gorge se serrer…

***

La main de Cloud massait son dos en un doux va-et-vient.

- Tu sembles encore plus tendue que ces derniers jours. Pourtant, Marlène est rentrée, maintenant. Nous retrouverons vite Denzel et les autres enfants, tu verras.

Tifa prit sur elle pour sourire.

Les enfants…

Si seulement cela pouvait être la seule raison de sa nervosité…

Le soir était tombé et la petite lampe murale dégageait une légère et chaleureuse lumière, bien suffisante pour lui permettre de voir le visage de son compagnon.

Visage qu’elle ne regardait d’ailleurs que furtivement.

- Je n’ai pas su la protéger, Cloud…

- Tu ne connaissais pas ton ennemi et tu as été surprise par sa puissance mais, la prochaine fois que tu seras nez à nez avec lui, tu n’auras aucun mal à lui faire mordre la poussière, j’en suis certain.

Elle coula un regard en biais à son ami d’enfance.

Aucun mal…

S’il savait !

S’il savait qu’elle avait été incapable de bouger le petit doigt un peu plus tôt dans la journée… Qu’elle avait tremblé comme une feuille… Que c’était précisément l’homme à qui elle devait faire mordre la poussière” qui l’avait réconfortée avant de partir retrouver ses frères…

Elle pivota franchement vers Cloud et, toujours sans un mot, effleura ses lèvres des siennes, ses doigts lissant doucement ses cheveux hérissés, caressant sa nuque, la main du jeune homme massant toujours son dos.

S’il avait su avec quelle tendresse des doigts gantés s’étaient posés sur son visage… A quel point étaient hypnotiques les yeux qui s’étaient vissés aux siens et comment, à ce moment là, son cœur avait battu la chamade…

Encore maintenant, alors même qu’elle prenait conscience de la chaleur du corps de Cloud contre sa peau, Tifa s’interrogeait, incapable d’expliquer clairement ce qu’elle avait ressenti en cet instant.

Que dirait Cloud s’il avait pu deviner qu’elle croyait encore sentir le cuir du gant de Loz sur sa peau, s’il avait pu concevoir avec quelle débauche de détails elle se souvenait de son visage, de sa peau lisse, des traits si virils, parfois adoucis par de furtifs et sincères sourires…

Leur sueur se mêlait, à présent, ainsi leur respiration saccadée et leurs murmures haletants. Les draps s’échauffaient, se froissaient sous leurs corps et, tout à sa passion, Cloud ne remarqua pas les larmes de Tifa qui s’étaient soudain mises à perler au bout de ses longs cils.

S’il avait su…

S’il avait su qu’en cet instant, c’est à lui qu’elle pensait…

***

Au matin, Tifa s’était réveillée seule, les draps tièdes et froissés indiquant que Cloud s’était une fois de plus éclipsé ; comme si, une fois son désir satisfait, la vue de celle qui l’avait assouvi lui devenait insupportable.

Cette nouvelle matinée rendait la jeune femme morose mais elle n’en apprécia pas moins la présence de sa petite Marlène. Cloud disparaissant régulièrement, elle ne goûtait que davantage la compagnie de la petite.

Le vacarme soudain, à l’extérieur, vint briser la discrète tranquillité du 7ème ciel : la ville d’Edge était saisie d’effroi et le chaos régnait autour du mémorial de la Shinra.

Arrivée sur les lieux, Tifa constata que Kadaj et ses frères étaient une fois de plus la cause de la panique ambiante.

Un stupéfiant Bahamut avait été invoqué et les traces de son passage n’auraient jamais pu de passer inaperçues.

Le cœur de jeune femme se serra, les images de la veille défilant dans son esprit à toute vitesse, et elle se maudit de penser à cela au vu de la situation.

Les enfants…

Loz avait dit qu’elle les reverrait tous bientôt, sains et saufs, et ils étaient bien là, devant elle, entiers.

Elle courut vers Denzel qui, le regard inexpressif et inhumain, fixait le vide, devant lui.

Ces yeux… Les mêmes que…

Peu importait ! Elle devait sauver son petit garçon et l’éloigner de cet enfer !

Les monstres invoqués l’assaillirent soudain de toute part mais l’instinct de protection que lui inspirait son fils adoptif lui donnait des ailes et la force de repousser les attaques des monstrueuses bêtes.

Un cri déchira le ciel et, avant qu’elle ne se rende compte de ce qui se passait, d’immenses pattes griffues s’abattirent devant elle.

Ahurie, elle regarda le Bahamut s’élever de nouveau dans les airs afin d’envoyer une boule d’énergie qui fit exploser le mémorial, envoyant des débris aux quatre coins de la vaste place d’Edge et détruisant de nombreux bâtiments alentour.

Le souffle de l’explosion l’étourdit et, durant ces quelques minutes d’inconscience, Denzel lui apparut : le garçonnet souriait, tendant vers elle une main secourable et elle souriait en retour. Jusqu’à ce que les yeux du garçonnet virent vers ce bleu-vert si envoûtant, la pupille s’allongeant telle celle d’un félin, et sa petite menotte se transformant en une main grande et forte. Celle d’un homme aux courts cheveux d’argent…

La jeune femme reprit brutalement conscience et ses paupières se soulevèrent difficilement pour voir son vieil ami Barret protéger Denzel, son bras mécanique crachant une rafale de balles.

Le regard de Tifa balaya la place et ses alentours en ruine.

Des mouvements rapides attirèrent son attention et… elle le vit.

Il était là, se battant rageusement contre les turks.

Sa gorge se serra.

Et s’ils finissaient par se croiser ? Et s’ils se battaient ?

Elle chassa ces pensées de son esprit. D’autres priorités réclamaient toute son attention.

Les uns après les autres, ses amis vinrent en renfort au pas de charge afin d’engager la bataille contre le Bahamut de plusieurs mètres de haut et dont la carapace paraissait plus dure que de la pierre.

Chacun donna le meilleur de lui-même, tous portés comme autrefois par une inextinguible soif de victoire, avec la ferme intention d’en terminer ensuite avec le trio infernal - chose que Tifa ne pouvait s’empêcher d’appréhender.

Le Bahamut, cependant, n’entendait pas se laisser vaincre aussi facilement et rageait d’être attaqué par ces minuscules créatures si agaçantes.

Il déploya ses ailes immenses, tournoyant autour de la place maintenant dévastée, broyant et piétinant tout ce qu’il pouvait.

Puis, sa patience ayant atteint ses limites, le monstre concentra son énergie dans sa gueule hérissée de crocs et cracha une boule d’un bleu étincelant… droit sur Tifa, qui se trouvait aux cotés de Red XIII et Caith Sith !

Le chien rouge bondit prestement à quelques mètres de là, le robot sur son dos, tandis que la jeune femme rassembla toute sa force dans un extraordinaire coup de pied qu’elle asséna à l’amas bleuté.

Ce dernier termina sa course contre l’un des rares immeubles encore debout et une extraordinaire explosion en résulta, qui projeta des morceaux de métal et des morceaux de pierre droit sur elle alors qu’elle pensait avoir échappé au pire.

Elle n’eut que le temps de se mettre en boule, pour tenter tant bien que mal de se protéger des énormes débris à moitié calcinés, et ferma les yeux, attendant la douleur qui ne saurait tarder.

Mais, dans le brouhaha de l’explosion et de l’écroulement du bâtiment, les secondes passèrent sans qu’elle ne ressente quoi que ce soit.

Aucun débris n’était donc arrivé jusqu’à elle ?

Impossible… “ se dit-elle.

Prudemment, elle releva la tête.

A travers la poussière, la jeune femme distingua une imposante silhouette, juste devant elle.

A mesure que le vent balayait les minuscules résidus grisâtres, elle reconnut le grand corps athlétique. Corps traversé, au niveau du thorax, par une tige métallique pointue d’une bonne dizaine de centimètres de diamètre.

Par l’énorme plaie s’écoulait des flots rougeâtres et le corps empalé se tordait, essayant vainement de rester perpendiculaire au sol.

Sans succès.

Les jambes, pourtant puissantes, cédèrent et l’homme s’écroula avec un bruit sourd.

Tifa ne réagit pas immédiatement, une expression hébétée sur le visage.

Elle ne comprenait pas, c’était irréel ! Comment croire que Loz s’était mis devant elle, lui faisant un rempart de son corps pour lui sauver la vie ?

Elle le considéra un long moment, étendu sur le sol dans une mare de sang, l’énorme tige de métal en travers de la cage thoracique, et son souffle se fit haletant à mesure qu’elle reprenait ses esprits et qu’elle saisissait toute l’horreur de la situation.

Fébrile, elle se leva et tituba vers celui qu’elle avait eu si peur de revoir encore quelques instants auparavant.

Avant qu’elle ne puisse poser un doigt sur le corps meurtri, elle fut brutalement repoussée en arrière par un jeune homme à la taille élancée et aux longs cheveux argentés flottant sur ses épaules et son dos.

- Et estime-toi heureuse que je ne te tue pas !

Sa voix, à la fois douce et tranchante, lui fit comprendre que mieux valait éviter d’insister.

Figée, le visage de marbre, elle le vit arracher la hampe de métal plantée dans le thorax de son frère avec une violence inouïe, faisant jaillir encore plus de sang.

Loz poussa un tel hurlement que des larmes de compassion montèrent aux yeux de la jeune femme.

Indifférent, le clone du démoniaque Sephiroth emporta son aîné dans ses bras aussi facilement que s’il s’était agi d’un nouveau-né.

- Attends ! l’interpella Tifa, incapable de confiner ses interrogations au fond de sa gorge. Que va-t-il devenir ?

Yazoo marqua un temps d’arrêt mais ne se retourna pas.

- J’ignore pourquoi tu tiens à le savoir ni pourquoi il a agi aussi stupidement mais laisse-moi te donner un conseil : oublie-le !

- Garde tes conseils ! Dis-moi juste s’il va s’en sortir !

Yazoo laissa échapper un petit rire railleur.

- Oui… Ces blessures sont superficielles, pour des créatures telles que nous.

Tandis qu’il s’éloignait avec le blessé, les jambes de Tifa cédèrent et ses genoux percutèrent durement sur le sol.

Elle ne s’était pas aperçue de la présence de Cloud qui, à quelques mètres d’elle, bouillait littéralement de rage contenue.

***

Une semaine s’était écoulée depuis l’apparition du Bahamut à Edge et le retour des enfants kidnappés par le gang de Kadaj.

Le monstre exterminé et les enfants à nouveau maîtres de leur libre arbitre, chacun avait pu retrouver la chaleur de son foyer et l’affection des siens.

Malheureusement, les choses s’étaient beaucoup moins bien passées pour Tifa : elle était revenue chez elle dans un silence pesant, accompagnée par un Cloud muet comme une tombe.

Lorsqu’elle avait fini par le remarquer, quelques instants après avoir laissé partir Yazoo, elle avait bien ouvert la bouche mais n’avait pas réussi à en faire sortir le moindre mot.

A présent, le silence retombait aussi sur toute la ville mais on entendait toutefois quelques personnes courageuses essayer de déblayer le gros des dégâts faits au cours de l’après-midi.

Sachant Denzel en sécurité, Cloud s’était dirigé vers l’escalier qui menait à l’étage. Tifa l’avait suivi sans y avoir été invitée, prête à l’inévitable confrontation et aux explications qui promettaient d’être houleuses.

Et, en effet, jamais autant de fureur, de colère ou d’écœurement n’étaient sortis de la bouche de son meilleur ami.

Les insultes fusèrent, de même que les reproches, et chaque mot qu’elle recevait s’enfonçait doit dans son cœur déjà malmené.

- Je ne sais pas… Je ne comprends pas… Je suis désolée…

Ses excuses ne faisaient qu’attiser la rage de Cloud mais elle était incapable de trouver des arguments pouvant apaiser le jeune homme…

…encore moins de lui avouer la vérité !

***

Depuis leur dispute, Cloud n’avait plus quitté la maison, au grand étonnement de toute la petite bande, à qui rien de l’incompréhensible comportement de la jeune femme n’avait été révélé, bien sûr.

Il semblait évident pour Tifa que son ami d’enfance voulait garder en permanence un œil sur la ” fautive ” et elle se sentait clairement prisonnière.

Et lui ? ” ne pouvait-elle s’empêcher de se demander.

Comment allait-il ? Souffrait-il ? Ses frères s’occupaient-ils bien de lui, au moins ?

Chaque jour, profitant des courts moments de répit que lui laissaient les occupations de Cloud, elle s’éclipsait discrètement pour se précipiter dans l’église, espérant le revoir.

Mais rien. Personne.

Sept jours. Sept longs après-midi de silence pesant à l’attendre en vain.

Cloud, trop occupé, ne remarquait guère ses absences furtives mais elle se doutait bien que cela ne durerait pas.

Bien sûr, elle comprenait très bien la réaction de son ami d’enfance. Pour lui, elle avait en quelque sorte pactisé avec l’ennemi. Mais, alors, pourquoi ne se sentait-elle pas aussi coupable qu’elle l’aurait dû ? Pourquoi ne pouvait-elle s’empêcher de s’esquiver en cachette comme une petite fille pour essayer de le revoir ?

Peut-être trouverait-elle les réponses à ces questions le jour où elle le reverrait…

Et cela arriva.

Le huitième jour.

Comme chaque jour, elle avait échappé à la surveillance jalouse de Cloud pour gagner la tranquille église des taudis et, comme chaque jour, son cœur était empli d’espoir mais, une fois encore, rien. Personne.

Tifa laissa ses pas la guider entre les décombres, jouissant du calme et de la paix du lieu, priant même.

- Encore un hasard ?

La jeune femme sursauta et se retourna brusquement.

Il était là, juste devant elle.

Son cœur se serra à la vue du furtif sourire qui se dessina sur le visage viril mais de sombres pensées l’assaillirent aussitôt…

Elle se remémorait cette silhouette bienveillante là-bas, sur la place d’Edge, mais aussi le sang qui coulait à flots de sa blessure. Elle le revit s’effondrer et hurler de douleur lorsque son frère avait arraché l’épaisse tige de métal de son corps meurtri.

- Pourquoi m’as-tu protégée ? s’écria-t-elle soudain. Pourquoi as-tu risqué ta vie pour moi ?

Il ne répondit pas, pris au dépourvu par son éclat.

- Nous sommes ENNEMIS ! poursuivit-elle. Nous devons nous battre l’un contre l’autre, chacun pour ses propres idéaux, alors pourquoi ?

- Parce que tu aurais fait la même chose pour moi.

Sa voix mâle et profonde s’était brisée en prononçant ses mots… de même que l’élan de colère de la jeune femme.

- Je ne t’en veux pas à toi personnellement, ajouta-t-il. Pas plus que toi, tu ne m’en veux pas vraiment à moi non plus. Je me bats pour Mère, comme tu te bats pour cette planète.

- Justement ! Je ne peux pas te laisser détruire ce monde, auquel j’appartiens ! Je ne peux pas cautionner vos actes, à toi et tes semblables ! Je ne peux pas !

Tout comme le ton de sa voix, son poing s’était levé et elle le projeta de toutes ses forces en direction de la mâchoire de Loz, lequel rétorqua par un vif coup de pied, qu’elle esquiva d’un bond félin.

L’une après l’autre, les frappes s’enchaînèrent et le combat acharné tant prévu commença.

En même temps qu’elle assénait ses coups, Tifa laissait échapper des hurlements déchirants, comme pour extérioriser la douleur et la tristesse qu’elle éprouvait à se battre.

Elle sentait bien que Loz retenait ses coups ; des signes évidents de pitié étaient même clairement perceptibles sur son visage alors qu’il la voyait se forcer au combat.

Le poing de la jeune femme s’abattit à nouveau et, cette fois, d’incontrôlables larmes qu’elle était incapable de retenir accompagnèrent le coup, lui brouillant la vue.

La joue un peu rougie, Loz se remit rapidement d’aplomb et, impassible, replongea ses yeux envoûtants dans les siens.

Les dents serrées au point d’en avoir les mâchoires douloureuses, Tifa reprit de l’élan, pliant son bras vers l’arrière aussi loin que l’articulation de son épaule le lui permettait.

Alors que son poing prenait de la vitesse, Loz le stoppa net d’une seule main avant de saisir ses longs cheveux bruns de l’autre et d’avancer brutalement son visage pour presser ardemment ses lèvres sur les siennes.

Les yeux de Tifa s’écarquillèrent et elle tenta de se libérer de l’emprise de son adversaire mais sans succès.

Avec la dernière énergie, elle essaya désespérément de le repousser loin d’elle, ses larmes continuant à couler et son petit poing frappant son large torse, mais avec si peu de conviction qu’il ne cilla même pas.

Même après la blessure qu’il avait subie, sa combinaison de cuir paraissait neuve et, inconsciemment, elle commença à frotter cette seconde peau de sa paume.

Sa bouche s’abandonna progressivement aux tendres lèvres qui, au fil de ses caresses à elle, devinrent plus impétueuses.

L’argenté relâcha enfin son bras, qui n’opposait plus la moindre résistance et qui, au contraire, s’agrippa à sa nuque afin d’appuyer plus encore le baiser qu’ils échangeaient.

Ce qui se passa alors la surprit quelque peu : le blouson de cuir noir parut se désintégrer à proprement parler, révélant peu à peu le corps athlétique dans sa plus parfaite nudité.

Les capacités et les mystères de cet homme allaient donc jusque là…

Le bout des doigts de Tifa - abasourdie par le prodige et dans une sorte d’état second - suivirent un long moment le dessin des muscles proéminents.

Frissonnant à son tour sous ses caresses à lui, elle fit glisser la fermeture éclair de son haut noir pour laisser apparaître des formes qui avaient rendu bon nombre d’hommes fous de désir.

Leurs jambes les avaient machinalement rapprochés de l’une des colonnes de pierre qui gisaient à terre, dans la travée obscurcie par une douce pénombre.

Splendide dans sa nudité, Tifa s’assit à califourchon sur celui qui était devenu l’objet de tant de fantasmes… Celui qui lui avait fait si peur en apparaissant soudain devant elle couvert de sang, sept jours plus tôt… Celui qu’elle serrait désormais entre ses cuisses et dont les mains avides remodelaient les courbes de ses hanches… Celui dont le bassin c’était mis à bouger langoureusement de bas en haut, lui arrachant de discrets soupirs…

Jamais elle ne s’était sentie aussi bien qu’en cet instant - mêlant son corps à celui, si chaud, de son ancien adversaire au regard si froid - et ne pouvait s’empêcher de caresser ce visage auquel elle avait si souvent pensé et qu’elle avait malgré elle rêvé de revoir.

La jeune femme enserra les larges épaules de Loz de ses bras et pressa son visage tout contre son cou pour étouffer les bruyants soupirs qui s’échappaient de ses lèvres au fur et à mesure que le rythme s’accélérait et que le plaisir montait.

Elle aurait tant souhaité que les lents va-et-vient caressants ne s’arrêtent jamais, tant aimé sentir éternellement la chaleur de ce corps contre le sien et être certaine que les mâles inflexions de cette voix rauque, qui gémissait sensuellement à son oreille, l’accompagnent jusqu’à la fin des temps…

***

Un nuage de poussière se répandit au sommet de l’imposante tour Shinra.

Le combat final contre Sephiroth avait à nouveau eu lieu et le courage, la fougue et le tempérament conquérant de Cloud avait eu raison du Mal.

De l’intérieur du hautvent de leur ami Cid, toute la fine équipe avait assisté, le souffle coupé, au terrible combat et s’était réjoui de son issue mais, hélas, leur allégresse fut de courte durée.

Sortie de nulle part, une balle atteignit Cloud en plein cœur, lui transperçant la poitrine de part en part.

Souffrant et haletant, le jeune homme ne se tourna pas moins vers ceux qui l’avaient attaqué par surprise et dans le dos.

Tifa, elle, resta impassible mais son cœur s’emballa lorsqu’elle reconnut les deux assaillants.

Après une suite de combats acharnés contre Reno et Rude, tout d’abord, puis contre Cloud, Yazoo et Loz semblaient à deux doigts de la désagrégation.

Elle vit celui qui avait été son amant, certes durant de trop courtes et délicieuses heures, remuer difficilement les lèvres.

Comme elle aurait aimé revivre d’autres sensuels et précieux instants en sa compagnie…

A rien ne lui servait d’entendre les mots que Loz avait prononcés - sans doute une toute dernière provocation à l’égard de Cloud. Que perdait-il de toute manière, puisqu’elle-même savait sa fin proche ?

Tandis qu’une larme roulait sur son visage meurtri, elle vit Cloud, épée au clair, foncer rageusement vers ses ennemis.

Lorsque le vent dispersa le nuage de poussière dû à l’explosion, Tifa cherchait encore tristement en elle-même la définition du mot ” Destin “…

Fin

II - Vivants ! Quatre jours plus tôt…

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Je suis rentré ! haleta Loz en retirant son t-shirt trempé de sueur. Kadaj ? Yazoo ? Vous dormez déj…

Sa phrase resta en suspend.

Le lit de Yazoo était vide.

Quant à Kadaj, il était emmitouflé dans ses draps fraîchement changés et s’était profondément endormi, lassé d’attendre le retour de ses aînés.

Ils avaient choisi un petit motel loin de la ville, pour être tranquilles et profiter des derniers moments de calme avant d’aller affronter Rufus Shinra et lui réclamer ce qui leur revenait de droit : leur propre mère.

Loz s’assit sur le bord de l’un des trois lits que comptait la pièce et chatouilla la tempe de son frère du bout de l’index, à titre d’essai.

Ce dernier se frotta le visage dans son sommeil et grimaça, comme s’il avait été effleuré par un insecte.

- Ca doit vouloir dire «Fiche-moi la paix, j’ai sommeil !», mhh ?

Un grognement lui répondit et il sourit.

Lorsque Kadaj dormait, le plafond pouvait s’écrouler sans qu’il bouge un orteil.

« J’aimerais pouvoir en dire autant… »

Loz se dirigea donc vers le cabinet de toilette pour prendre une douche rapide qui, contrairement à ce qu’il avait espéré, ne le détendit pas plus que les deux heures de course à pied dans le désert qu’il venait de s’imposer.

« Insomnie » avaient simplement dit ses frères la veille.

Il avait feint d’accepter leur diagnostic mais savait très bien, au fond de lui, que ce qui l’empêchait de dormir n’était pas tant un quelconque dérèglement ou un stress passager qu’une paire de seins à donner le vertige et de doux yeux de biche couleur noisette.

« Tifa »

C’est comme ça que l’avait appelée la gamine.

Tifa…

Parfois, lorsque l’image de la jeune femme le hantait et lui embrasait douloureusement les sens, il donnerait n’importe quoi pour ne jamais l’avoir rencontrée.

Comment une femme pouvait-elle obséder un homme à ce point ?

Peut-être que s’il la croisait à nouveau et qu’elle se montrait méprisante, rancunière, voire insultante, alors…

Ridicule.

Ca ne changerait rien. Rien du tout.

Alors même qu’il n’avait d’elle que le souvenir d’une adversaire qui aurait volontiers joué au ballon avec sa tête avant de fouler aux pieds les restes disloqués de sa carcasse dans l’église en ruine, il la trouvait irrésistiblement attirante.

Ses doigts, comme d’eux-mêmes, caressèrent l’énorme contusion violacée qui s’était rapidement formée sur son sternum, où Tifa avait sauté à pieds joints de tout son poids sans la moindre hésitation, au risque de faire éclater ses boyaux sous ses talons comme ceux d’un chat sous les roues d’une voiture.

L’ecchymose était douloureuse, lorsqu’il la touchait, mais, étrangement, c’était une sensation à la fois plaisante et agaçante, un peu comme la griffure féroce d’une femme lorsqu’on fait l’amour et qu’on est sur le point de jouir.

Il essaya d’imaginer les longs doigts graciles de Tifa, qu’il avait vus lorsqu’elle avait enfilé ses gants, labourant son dos, s’enfonçant dans sa chair tandis qu’elle ruerait sous son corps, ravagée par le plaisir, et un long frisson lui remonta le long de l’échine, accéléra les battements de son coeur et descendit impitoyablement en lave incandescente vers son bas-ventre, lui enflammant les reins.

Le souffle soudain haletant, il se laissa aller contre le carrelage de la cabine de douche et ferma violemment le robinet d’eau chaude.

Le jet glacial devint rapidement insupportable sur sa peau brûlante.

Il sortit de la douche en frissonnant et s’essuya vigoureusement le corps, presque avec violence, craignant que tout geste un tant soit peu caressant n’attise le feu de ses sens à vif. Cela fait, il enfila un pantalon de coton léger et alla à la porte-fenêtre de la chambre de leur motel.

Il l’ouvrit sans faire de bruit pour respirer la brise nocturne, parfumée des doux effluves du petit jardin en contrebas, que le propriétaire faisait pousser à grand peine dans cet trou perdu aride et étouffant.

Même le parfum entêtant des fleurs n’incommodait plus ses sens surdéveloppés car il lui en rappelait un semblable, là-bas, à Midgar, dans l’église en ruine…

Il secoua furieusement la tête pour chasser l’obsédante image de Tifa allongée sous lui, entre ses cuisses, sur le parterre fleuri.

« Faut-il donc que tout me rappelle cette fille ? »

Il poussa un profond soupir, se tourna vers son frère endormi et faillit éclater de rire.

Comme à son habitude, Kadaj s’était roulé en boule, tête-bêche au milieu de son lit.

Il avait ramené les draps sur lui, formant une sorte de cocon tirebouchonné d’où n’émergeait, par une ouverture fortuite, qu’un petit nez retroussé, un bout de joue poupine et une mèche argentée.

- Kadaj…

Aussi amusé que résigné, il se leva pour aller défaire l’étrange chrysalide de coton peigné, ce que la véhémente petite chenille douillettement installée là ne parut pas apprécier outre mesure si l’on en croyait l’indignation qui perçait dans ses grognements ensommeillés à peine intelligibles.

- Laiss’moi d’mir… F’che-moi l’paix… Mhh v’t-en !

Loz esquiva facilement les coups de pied somnolents et rageurs et réussit tant bien que mal à coucher le belliqueux petit ver nu dans le bon sens, en une position moins sujette à étouffement, la tête sur l’oreiller et les épaules hors des draps.

- J’froid… gémit Kadaj dans un état de semi conscience.

- Arrête, Kadaj, il fait une chaleur à crever !

Plus grognon que jamais, ce dernier tira à nouveau sur les draps que son aîné venait à grand peine de coincer sous le matelas.

Agacé, Loz se saisit du plaid posé sur le lit de Yazoo pour en couvrir la « chenille couineuse ».

A peine Kadaj sentit-il la couverture moelleuse qu’il l’attrapa pour en rabattre un pan sur sa tête avant et se rendormir aussi sec.

Son frère leva les yeux au plafond, excédé.

- Oh ! Eh puis zut, tiens… ronchonna-t-il en reprenant place près de la porte-fenêtre. Etouffe-toi, si ça t’amuse.

Il laissa son regard courir sur les allées baignées d’obscurité, en contrebas, et essaya d’imaginer ce que faisait Tifa en cet instant.

Dormait-elle, languissamment abandonnée dans son lit moelleux ? Prenait-elle un bain, la mousse parfumée glissant sur sa peau satinée ? Ou peut-être lisait-elle un livre, regardait-elle la télévision ? A moins qu’elle ne soit en train de veiller la gamine, Marlène, de peur qu’on ne l’enlève à nouveau ?

Il rêva ainsi, immobile, durant un long moment.

Lorsque la porte de la chambre s’ouvrit doucement, il faillit ne pas l’entendre.

Yazoo.

- Où étais-tu passé ? demanda Loz à voix basse sans quitter le petit jardin des yeux.

- Au bar du motel. Un type m’a parlé d’un étrange monument, à Edge. Je me demande si… Loz !

Celui-ci se tourna, alerté par le chuchotement irascible.

Yazoo, exaspéré, lui montrait Kadaj d’un index accusateur.

Leur cadet s’était encore emmailloté dans ses couvertures et Loz haussa les épaules.

- Ca va, ce n’est pas un bébé non plus…

Son frère lui jeta un regard laissant clairement entendre qu’il n’était pas de cet avis et entreprit de libérer une nouvelle fois la petite chenille têtue de son cocon de laine et de coton.

- Regarde-moi ça, il est tout trempé ! ronchonna Yazoo en découvrant la tête hirsute aux cheveux moites de sueur.

Kadaj grogna, se débattit dans son sommeil et Loz soupira.

- Il va t’en mettre une, Yazoo, prévint-il.

- Pourquoi l’as-tu laissé s’emmitoufler comme ç… aïe ! Kadaj !

- Je t’avais prévenu.

Kadaj se redressa sur son lit, gesticulant, les yeux gonflés de sommeil et fou de rage.

- Mais vous allez le laisser dormir tranquille, à la fin ! s’écria-t-il, excédé. Si vous n’avez pas envie de vous coucher, allez faire un tour dans le désert ou où vous voudrez mais fichez-moi la paix, tous les deux !

Sur ce, il se recoucha d’un geste brusque en rabattant les couvertures sur sa tête mais Yazoo ne l’entendait pas de cette oreille et tira sur les draps, faisant enrager son cadet.

- Sors la tête de là, Kadaj ! Tu vas transpirer comme un fruit confit et tomber malade !

- Occupe-toi de tes fesses, Yazoo ! rétorqua Kadaj en récupérant ses couvertures d’un tiraillement violent.

C’était sans compter sur l’acharnement de son aîné, qui les lui arracha de nouveau.

- On peut continuer comme ça toute la nuit, tu sais. (Loz grommela un juron et Yazoo lui lança un regard acerbe) Aide-moi à le raisonner, toi, au lieu de chouiner !

Son frère le gratifia d’une grimace et se détourna, indifférent.

- Laisse-le donc se terrer comme une taupe, cracha-t-il. S’il tombe malade, on aura au moins la paix pendant quelques jours.

Yazoo hoqueta et Kadaj se raidit.

C’était bien la première fois qu’ils l’entendaient faire ce genre de réflexion, lui qui était toujours le premier à s’inquiéter pour les frères et les couver à l’excès.

- Dis donc, je te remercie ! ironisa le cadet avec un pincement au coeur. Je peux allez me jeter dans l’escalier et me casser une jambe tout de suite, si tu veux.

Loz se leva et se tourna vers lui avec un sourire sarcastique.

- C’est ça. Fais donc ça, railla-t-il avant de quitter leur chambre, laissant ses deux frères médusés.

- Que… qu’est-ce qu’il a ? bredouilla Kadaj. Ca ne lui ressemble pas, ce genre d’attitude.

Yazoo haussa les épaules et lissa les cheveux de son benjamin, rassurant.

- Je ne sais pas. Tu ne trouves pas qu’il est bizarre depuis deux jours ?

- A cause des enfants, tu crois ?

- Non… Non, c’est autre chose.

- Quoi, d’après toi ?

- Ca… j’aimerais bien le savoir.

Kadaj poussa un profond soupir dépité son frère grimaça.

…à suivre

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I - Vivants ! Jour J

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Shiva Rajah d’après une illustration de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno regarda une dernière fois les décombres éparpillés de l’immeuble et donna un coup de pied dans un petit morceau de ciment.

Est-ce à cela qu’aurait ressemblé Edge et la planète entière si Cloud n’était pas arrivé à bout de Kadaj ?

- Reno ? cria la voix de Rude de l’autre côté des décombres. Tu as trouvé quelque chose ?

- Que dalle ! A mon avis, ils ont été réduits en compost ! Ou ils se sont carrément dissous, comme leur frangin !

- Avec le nombre de materias qu’ils avaient dans le corps, ça m’étonnerait ! répondit la voix de Yuffie depuis les sous-sols à demi-effondrés.

Voilà plus de trois heures que les turks et Avalanche fouillaient les décombres à la recherche des cadavres des frères aînés de Kadaj.

Si, comme le craignait Rufus, leurs corps ne s’étaient pas désintégrés, ils étaient de véritables réserves de cellules de Jenova qu’il urgeait de mettre en lieu sûr, à l’abri de cinglés du genre d’Hojo. Même si, pour cela, il fallait les découper en tranches pour les mettre, à l’instar de leur saloperie de mère, dans des boîtes scellées.

Reno essuya la sueur qui coulait de son front et secoua sa chemise pour rafraîchir un peu la peau moite de son torse.

Il était presque dix-huit heures.

Le ciel commençait à rougir mais la température, elle, ne semblait pas vouloir baisser.

« Saloperie de canicule… »

Il sauta par-dessus les restes d’un muret de béton, regarda autour de lui et blêmit.

Il se trouvait au centre de ce qui avait dû être autrefois une sorte de hall d’accueil mais qui tenait désormais davantage de l’ossuaire que du vestibule.

Si l’on en croyait les squelettes blanchis coincés sous les gravats des plafonds effondrés, la chute du météore avait provoqué en ce lieu une véritable boucherie.

Les dépouilles avaient dû pourrir là durant des années, à l’abri des murs lépreux du bâtiment, jusqu’à ce que les incarnés de Sephiroth fassent tout sauter, exposant la scène dans toute son horreur.

Le turk recula d’un pas et quelque chose craqua sous son talon.

Il grimaça, devinant ce qui devait être à l’origine de ce son de céréale écrasée sous une cuiller.

- Et merde…

Reno baissa lentement les yeux vers le sol et frémit en réalisant qu’il avait marché sur les phalanges blanchies d’une main d’enfant âgé de quatre ou cinq ans tout au plus.

- Oh, putain…

Il contint un frisson de dégoût et s’écarta du petit corps vêtu des restes d’une robe blanche et bleue.

Près de la fillette s’amoncelaient les ossements de cinq ou six autres personnes, pour ce que pouvait en voir le turk. Probablement toutes tuées par la chute de la poutre en béton armé sous laquelle disparaissaient diverses parties des corps.

Reno allait fuir la vision de cauchemar lorsqu’un bruit glaireux de lapement attira son attention, derrière ce qui avait été autrefois un standard d’accueil téléphonique dernier cri.

Il s’approcha sans faire de bruit pour jeter un oeil par dessus l’amoncellement de câbles, de métal distordu et de plastique fondu.

La première chose qu’il remarqua fut un reflet émeraude qui scintilla comme un éclair dans la fin d’après-midi rougissante.

A quelques mètres de l’endroit où il se trouvait, un monstre se régalait du sang qui coulait en petites rigoles entre les gravats. Ses écailles brillantes accrochaient les feux du couchant.

Le turk l’observa en silence et en prenant bien garde de ne pas faire le moindre bruit.

C’était une bête étrange, tout en angles et en nerfs.

De la taille d’un gros chien, elle n’était pas vraiment laide, au contraire, elle était élancée et racée, perchée sur de hautes pattes élégantes aux griffes acérées comme des rasoirs.

Encore sous le choc de la vue des corps, Reno se surprit à admirer la créature. Peu importait qu’il s’agisse d’un monstre. Au moins, c’était vivant et, en cet instant, ça le rendait plus beau à ses yeux que n’importe quoi d’autre.

Il s’approcha à pas de loup…

Le sang que léchait la bête, presque avec affection et les yeux dorés mi-clos, comme on goûte un vin rare, coulait en élégants méandres rubis d’un bras à la chair tendre, pale et délicate. Un bras qui avait lâché son arme, qui gisait à quelques centimètres à peine des longs doigts graciles.

La chevelure d’argent de son propriétaire s’étalait sur le sol couvert de déblais pour former un tapis luxueux sous les pattes griffues du monstre, comme le dernier hommage d’un martyr à une cruelle divinité animale….

La scène aurait pu orner le mur du temple d’un Dieu antique.

Cette bête chimérique et puissante, léchant ce corps qui semblait si fragile en comparaison…

La scène était belle, oui. Horriblement, terriblement belle.

- Reno ! Couche-toi !

Le cri de Tifa, qui retentit soudain derrière lui, le tira de sa sinistre rêverie et il se coucha d’instinct sur les gravats tandis que retentissaient deux coups de feu.

Touché en plein coeur, le monstre s’effondra aussitôt et la jeune femme rejoignit le turk en sautant par-dessus le muret, qu’il avait lui-même franchi un peu plus tôt.

- Reno, ça va ?

- Oui, bredouilla-t-il, étonnée de la voir se servir d’une arme à feu avec une telle dextérité. Oui, je… Ca va.

Bordel de merde ! Il perdait la boule ou quoi ?

S’extasier sur cette sale bestiole en train de s’abreuver de sang humain, c’était du grand n’importe quoi ! Même si le sang en question était celui d’un putain d’incarné !

- Qu’est-ce qui s’est passé ? cria la voix de Rude depuis le côté opposé des ruines. C’était quoi, ces coups de feu ?

- On en a retrouvé un ! répondit Tifa. Un Rokoal était entrain de lécher le sang qui coulait de… Oh, c’est pas vrai !

Elle se tut, soudain blême, et Reno la secoua par l’épaule.

- Tifa ? Qu’est-ce que tu as ?

- Depuis quand ça saigne, un cadavre ? demanda-t-elle avant de se précipiter vers l’argenté coincé sous les gravats.

Le turk s’élança derrière elle.

- Tifa, attends ! Et on est supposés faire quoi, s’il est vivant ? L’achever d’une balle dans la tête ?

- Arrête de dire des sottises et aide-moi à le dégager !

Il souleva à grand peine un reste de plafond pour qu’elle puisse tirer le corps de sous un amas de plâtre et de tiges métalliques, dont l’une avait transpercé la cuisse gainée de cuir.

Tifa retourna l’argenté et posa un doigt sur la veine de son cou.

- Alors ? demanda Reno en lâchant le morceau de plafond avec un bruit assourdissant.

- Il est vivant, murmura-t-elle, mais tout juste. Rude ! cria-t-elle. Cloud ! Venez vite ! Yazoo est vivant !

Reno s’agenouilla à côté d’elle et considéra le corps ensanglanté qu’elle tenait dans les bras.

Ce visage…

Il n’avait pas oublié ce visage.

Lorsqu’il avait combattu ce satané incarné, le turk avait à peine eu le temps de le détailler mais la petite « frimousse » - quel autre qualificatif conviendrait mieux à ces traits graciles presque enfantins ? - s’était gravée dans son esprit avec la force d’un fer rougi.

Comment aurait-il pu en être autrement ? Des traits aussi délicats chez un homme, c’en était presque obscène…

Mais Reno n’avait pourtant pas rêvé, la preuve. Ce visage existait bel et bien et se trouvait là, devant lui.

Yazoo.

C’était donc son nom.

- Vous êtes où ? cria la voix de Cloud, toute proche.

- Ici ! répondit Reno. Juste sous les restes de colonnes bleues ! Merde, Tifa, il saigne comme un goret.

- Une artère, tu crois ?

- Non, quand même pas à ce point là. Celle saleté de tige en métal devait boucher une veine et on l’a sans doute déplacée en le tirant de là.

Il retira sa ceinture et entreprit de la serrer autour de la cuisse de l’argenté, au-dessus de sa blessure.

- Son frère ne doit pas être loin, dit Tifa, la gorge sèche, en tournant la tête en tout sens. Bon sang, je n’ose imaginer les drames qui ont dû se dérouler ici il y a sept ans.

Elle venait de voir les ossements blanchis coincés sous plusieurs tonnes de béton.

- Ils n’ont probablement pas eu le temps de… Tifa ! Là-bas ! Regarde ! Sous la poutre !

Il lui désigna un coin d’ombre, sous une poutre de béton et la jeune femme secoua la tête.

- Je ne vois rien.

- C’est pas une main, ça ? Là ! Juste à côté du bout de taule.

Tifa finit par voir à quoi faisait allusion le turk et laissa échapper un petit cri étouffé en considérant les centaines de kilos de déblais.

- On ne pourra jamais le sortir de là sans matériel adéquat.

- Tu crois qu’il est vivant, lui aussi ?

- Ca m’étonnerait. Son corps a dû être totalement écrasé par les décomb… Il a bougé ?

- Hein ?

- La main. Elle a bougé, non ?

- Oh putain…

La jeune femme se précipita sous les décombres et dut dégager plusieurs couches de morceaux de plâtre et de déblais pour accéder à la tête et aux épaules du corps immobile.

Elle n’eut même pas besoin de vérifier son pouls car sa respiration sifflante et douloureuse n’était que trop audible.

- Reno ! Il est vivant, lui aussi !

Le turk secoua la tête, incrédule.

- Bah merde, alors…

- Loz… murmura Tifa, la gorge serrée. Loz, tu m’entends ?

Prononcer le nom de cet homme lui faisait un effet étrange.

Jamais personne ne lui avait inspiré à la fois autant de méfiance, de colère et d’indignation mais aussi de pitié, d’admiration et de trouble.

Colère pour l’avoir battue à plates coutures dans l’église, indignation pour les heures d’angoisse passées à s’inquiéter pour Marlène, qu’il avait enlevée sans le moindre état d’âme, pitié parce qu’elle savait, à présent, qu’il n’avait été que la marionnette de Jenova, admiration parce qu’il était sans doute l’homme le plus fort qu’elle n’avait jamais affronté et trouble parce que… Parce que…

Elle secoua la tête pour chasser le souvenir d’un grand corps athlétique aux muscles puissants gainés de cuir noir et tendit une main hésitante pour caresser la courbe lisse d’une pommette, le front haut, suivre l’arête du nez élégant et effleurer du bout des doigts les lèvres pleines au dessin parfait mais craquelées par la déshydratation.

Les longs cils argentés frémirent.

- Yazoo… gémit Loz d’une voix étranglée à peine audible. Yazoo…

Un filet de mousse rougeâtre lui coula au coin de la bouche et la jeune femme hoqueta.

- Reno ! Je crois que quelque chose lui a transpercé le poumon ! Il faut le sortir de là !

La jeune femme lissa les courts cheveux de mercure et deux yeux félins couleur mako embués de larmes douloureuses s’ouvrirent et la fixèrent.

- Toi… murmura-t-il avec difficulté.

- Ne bouge pas. On va te tirer de là.

Un sourire d’une douceur poignante se dessina sur les lèvres sensuelles et Tifa s’étonna de voir une expression aussi tendre sur le visage d’un tel homme.

- Je… poursuivit l’argenté malgré le sang qui encombrait les voies respiratoires. Je t’ai vue si souvent dans mes rêves… qu’à mon réveil j’ai l’impression que tu es encore là…

Il cracha un filet de liquide rougeâtre et s’évanouit à nouveau.

Tifa passa une main derrière la nuque argentée pour lui tenir la tête de côté afin de l’empêcher de s’étouffer et frémit au contact de la peau douce.

Que pouvaient signifier ces mots ?

Une chose était sûre en tous les cas : il ne l’avait pas oubliée.

Et curieusement, cette certitude l’emplit d’une exaltation aussi malvenue qu’inexplicable.

…à suivre.

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Laboratoire HP-82

*

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Shiva Rajah, d’après des illustrations de M.A. Sambre

Corrections : les volontaires sont les bienvenus !

*

L’arme semblait appeler le tout jeune adolescent.

” Velvet Nightmare “

Cauchemar de velours. Quel beau nom…

Caché derrière une étagère de la bibliothèque, il observait la gunblade depuis plusieurs minutes et l’entendait presque le supplier de briser la vitre du présentoir pour la prendre.

- Yazoo ? Que fais-tu ?

La voix cristalline de Kadaj le fit tressaillir et il se retourna avec une vivacité inhumaine, conforme à sa nature.

Son frère cadet s’accouda à l’un des rayonnages croulant sous les livres scientifiques et les encyclopédies diverses.

- Alors ? Tu ne réponds pas ?

Yazoo lui offrit son sourire le plus enjôleur.

- J’admirais la gunblade, c’est tout.

Kadaj lui adressa un regard courroucé.

- ” Ils ” t’ont dit de ne plus traîner ici, sinon, on sera punis tous les trois !

- Et je suppose aussi qu’” ils ” t’ont demandé de me surveiller ? Qu’est-ce qu’ils t’ont promis, en échange ? Plus de piqûres pendant une semaine ? Dispensé d’entraînement pendant trois jours ?

Son frère détourna ses yeux mako voilés de longs cils argentés et Yazoo sourit de sa gêne. Un sourire qui aurait fait pleurer d’amour les pierres elles-mêmes.

Si Kadaj était gracieux comme un ange du ciel, tout en rondeurs enfantines et en douceur, Yazoo, lui, possédait déjà, malgré son jeune âge, la beauté venimeuse et sensuelle des anges déchus. Semblables par leur délicatesse et leur finesse de traits, l’aîné avait pourtant ce charme éthéré qui n’appartenait qu’à lui.

Il posa sa joue sur l’épaule de son frère, qui frémit à son contact.

Les scientifiques n’avaient pas accoutumé les argentés à ce genre de familiarités mais Yazoo en usait toujours avec un plaisir évident.

- Tu vas courir leur dire ? demanda-t-il avec une moue.

Kadaj se dégagea, une délicate teinte rose sur ses joues poupines.

- Tu crois que j’ai envie qu’on soit tous punis ? (Yazoo lui passa en riant les bras autour des épaules.) Arrête !

- Quoi ? Qu’est-ce que j’ai fait de mal, encore ?

Son cadet le repoussa sans douceur.

- Cette manie que tu as de nous tripoter sans arrêt, Loz et moi… c’est gênant.

Yazoo leva un fin sourcil d’argent.

- Gênant ? Mon contact est gênant !

Il tourna les talons, agacé, et quitta la bibliothèque.

- Yazoo, attends. C’est pas ce que voulais di… Oh ! Eh puis zut ! Va te faire voir !

*

- Gênant ! maugréa Yazoo en sortant de la douche pour rejoindre Loz dans la chambre qu’ils partageaient. Tu entends ? demanda-t-il à son aîné, assis en caleçon au milieu de son lit en train de se battre avec la batterie de sa mini-console de jeux. Mon contact est gênant pour mon propre petit frère !

Loz éclata de rire.

- Mais qu’est-ce que tu racontes, encore ?

La soyeuse chevelure argentée de l’adolescent était aussi courte que celle de son frère était longue. Quant à son jeune corps, il en remontrerait avant peu à bien des adultes athlétiques dans la force de l’âge.

Yazoo alla s’allonger sur le lit, la tête sur sa cuisse.

- Prends tes aises ailleurs que sur mes genoux, moustique ! railla gentiment Loz en faisant mine de le chasser. Ca fait presque une heure que j’attends pour prendre une douche. Allez, du balai ! Yazoo !

- Tu peux attendre une minute, non ? grommela celui-ci sans bouger d’un pouce. Je suis en train de te parler, là ! Et arrête avec ce truc !

Il lui arracha la console des mains pour la jeter sur le couvre-lit voisin et son aîné leva les yeux au plafond et soupira, vaincu.

- Vas-y. Qu’est-ce que tu as encore fait ?

- C’est pas vrai, tu n’as rien écouté de ce que je t’ai dit, hein ? Il ne s’agit pas de moi, gros bêta ! C’est Kadaj.

- Bon, alors : qu’est-ce que le têtard a encore fait ?

- Rien ! Mais il est de plus en plus bizarre, chuchota-t-il.

- Bizarre ? Ah ! Ah ! J’en connais qui penseraient plutôt ça de toi.

Yazoo se mordilla la lèvre.

- Sais-tu pourquoi nous n’avons pas le droit d’aller dans la bibliothèque ? Je suis sûr que ce n’est pas seulement à cause des armes, dans les vitrines.

Son frère secoua la tête et sourit.

- Attention où tu mets tes jolis petits orteils, murmura-t-il en lui tirant gentiment l’oreille. Tu vas finir par nous attirer à tous de sérieux ennuis !

- Mais non ! Dis ?

- Quoi ?

- Tu trouves mon contact gênant, toi ?

- Bien sûr que non, quelle idée !

Yazoo leva un sourcil et le détailla pour essayer de le percer à jour.

Tiens…

Les épaules de Loz ne s’étaient-elles pas encore élargies, depuis quelques semaines ? Ses traits ne s’étaient-ils pas durcis ?

Sa peau fine était toujours aussi douce que celle d’une fillette mais son menton paraissait plus anguleux et les veines, sur ses avant-bras, ressortaient un peu plus que d’habitude, gonflées par des muscles qui promettaient d’être fermes.

Ses jambes étaient encore un peu trop fines et trop longues par rapport à son torse mais ses mollets et ses cuisses s’épaississaient de mois en mois.

Quant à son ventre rebondi de garçonnet joufflu, il avait disparu, s’était creusé, et on distinguait à présent parfaitement le dessin de huit petits muscles abdominaux bien carrés.

Quelle magie avait donc opéré à l’insu de Yazoo? Quand cela s’était-il produit ? Et pourquoi cela le perturbait-il soudain à ce point ?

- Loz…

- Quoi, encore ?

- Tu me fais un câlin ?

- Quoi ? Pourquoi ? Tu ne pleures pas.

- Parce que j’en ai envie, idiot ! Moi, je ne t’en fais que quand tu chouines, peut-être ? Allez, embrasse-moi. (Loz haussa les épaules et se pencha pour déposer un baiser sur sa joue.) Mais non, pas comme ça.

- Comment alors ?

Yazoo fit une moue coquine et caressa ses lèvres du bout des doigts.

- Tu as les lèvres douces, murmura-t-il. Embrasse les miennes.

- Etrange idée. Pourquoi faire ?

- Tu verras. Allez, embrasse-moi. Je vais te montrer un truc.

Davantage pour avoir la paix et pouvoir prendre enfin sa douche que par envie réelle, Loz déposa un baiser sur la petite bouche boudeuse et son cadet noua ses bras autour de son cou, le forçant à s’approcher d’avantage.

Le bout de sa langue se glissa entre ses dents, caressa la sienne et il voulut se dégager mais Yazoo tenait ferme.

C’était étrange de sentir son goût et son souffle… Etrange et follement agréable, en fait.

Un peu rassuré, Loz laissa échapper un soupir et sa langue s’enroula finalement autour de celle de son frère, réprimant l’envie de l’aspirer.

Bizarre comme sa peau semblait douce sous ses mains, tout d’un coup.

Douce à frémir.

Douce à vouloir y frotter la sienne.

Oui… le serrer contre lui. Sentir son corps contre le sien.

Et cette chaleur…

D’où venait cette chaleur soudaine, au bas de son ventre ?

C’était…

Il s’écarta brutalement, effrayé par ce qu’il ressentait. Ce besoin pressant de… de… de quoi, d’ailleurs ?

- Que… Où as-tu appris à faire ça, Yazoo ? haleta-t-il. Dans un livre de la bibliothèque ?

- Non, j’ai vu Hojo le faire avec une assistante. C’était pas bien ? Moi j’ai bi… Qu’est-ce que t’as ?

Loz baissa les yeux vers ce que lui désignait son frère et tordit le nez en voyant la grosse bosse qui déformait son caleçon.

Il tira sur ce dernier pour voir de quoi il retournait et laissa échapper une exclamation horrifiée.

- Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que j’ai ? Qu’est-ce que tu m’as fait ?

Yazoo, intrigué, porta la main à cette étrange excroissance de chair qui semblait avoir poussé au bas du ventre de son aîné.

- C’est… C’est juste ton ” machin “. Ca a enflé. (Il passa les doigts dessus et Loz poussa un petit cri qui le fit retirer vivement sa main.) Pardon. Je ne voulais pas te faire mal.

- Tu crois que c’est un truc qu’ils m’ont injecté ? Un produit qui a des effets bizarres ?

La peur le saisit et l’excroissance s’en fut comme elle était venue, rapetissant pour devenir le petit sexe imberbe auquel ils étaient tous deux habitués.

Yazoo poussa une exclamation étouffée.

- Tu as eu mal ?

- Non. Non pas du tout. Au contraire… Mais c’est vraiment étrange, comme impression.

- Nous devrions peut-être en parler aux blouses blanches ?

Loz fronça les sourcils.

- Tu crois ? C’était peut-être juste un… accident. Un truc qui pousse et qui s’en va, comme un bouton sur la figure.

- Peut-être.

- C’est étrange, quand même. Je veux dire, ce ” truc “. Les blouses blanches nous ont donné des jambes pour marcher, des yeux pour voir, une bouche pour parler mais ça… (Il prit son sexe entre deux doigts.) Je ne vois pas à quoi ça peut servir.

Yazoo haussa les épaules.

- A faire pipi, quelle question ! Tu l’utilises tous les jours.

- Un trou aurait suffi, non ? Pourquoi ils sont allés nous mettre tout cet attirail ?

- Je ne sais pas. Ca doit être joli. Comme nos cheveux. Ils ne servent à rien mais ils sont là parce que c’est joli.

L’aîné tira sur la petite masse de chair qu’il tenait entre les doigts.

- Tu trouves ça joli, toi ? Ce bout de chair et ces machins qui pendouillent au bas de notre ventre et qui font mal quand on cogne dessus, en plus ? Et pourquoi ça s’est mis à grandir ?

- Tu en as de ces questions, Loz ! Comment veux-tu que je le sache ? Remarque qu’il y aurait bien un moyen d’essayer de le savoir…

- Oublie cette saleté de bibliothèque !

Yazoo bondit que ses pieds et embrassa d’un geste ample toute la pièce.

- Oublie ! Ne pense pas ! Ne dis rien ! Fais ci ! Fais ça ! J’en ai assez ! Je veux une réponse à toutes mes questions et je la veux tout de suite !

Son frère se couvrit la tête des mains en gémissant, voyant déjà les ennuis et la punition qui allait avec leur tomber dessus comme un couperet.

- Mais pourquoi faut-il que tu cherches toujours des problèmes ?

Yazoo manqua de s’étouffer.

- Des problèmes ? Nous passons notre temps à obéir et à faire leurs quatre volontés !

- Yazoo !

- Quoi ” Yazoo ” ? J’en ai assez ! J’ai l’impression d’être un tableau statistique servant à décorer le mur ! Et le monde, là, dehors ? Pourquoi les blouses blanches ne nous en parlent-ils jamais ? Qu’est-ce qu’il y a, de l’autre côté des murs ? Je veux savoir ! Savoir ! Savoir ! Tu ne t’es jamais posé ces questions ? Et pourquoi nous ont-ils créés tels que nous sommes pour nous punir dès que nous nous servons de ce qu’ils nous ont donné ?

- Qu’est-ce que tu racontes ?

- Hier, Hojo m’a passé un savon parce que j’étais nu dans la piscine ! Tu peux me dire quel mal il y a à être nu dans la piscine ? J’aime le contact de l’eau sur ma peau. ” C’est obscène ! ” A-t-il dit. ” Impudique et obscène ” ! Tu y comprends quelque chose ? Eh bien moi, rien ! Rien du tout ! De quoi a-t-il peur, Hojo ? Qu’on use la jolie peau qu’il nous a fabriquée ?

Loz lui passa un bras autour des épaules.

- Allons, calme-toi. Hojo n’aime pas qu’on se mette en colère.

Yazoo releva la tête.

- Hojo n’aime pas ci ! Hojo n’aime pas ça ! Et ce qu’on aime, nous ? Ca compte ou pas ? J’en ai marre ! On existe pour faire quoi, d’ailleurs ? Tout le monde a un métier, ici, s’occupe de quelque chose, mais nous ? On sert à quoi, nous ? Hojo nous a fabriqués pour quoi, exactement ?

Il se tut, excédé, et ramena les genoux contre sa poitrine pour les enserrer de ses bras.

Taquin, Loz frotta doucement le bout de son nez contre sa joue, ce qui ne manquait jamais de le faire sourire.

- Tu boudes ? demanda-t-il d’une petite voix chagrine.

Comme il l’espérait, son frère se dérida aussitôt et laissa échapper un petit rire.

- Idiot…

*

Yazoo se réveilla avec une désagréable sensation d’humidité sur le ventre et entre les cuisses.

Ses draps étaient mouillés ?

Impossible !

Contrairement à Kadaj, qui avait régulièrement trempé son lit jusqu’à l’âge de six ou sept ans, lui et Loz ne s’étaient jamais oubliés la nuit.

Il alluma sa lampe de chevet et souleva ses couvertures.

C’était le drap du dessus qui avait pâti, et non le drap housse.

En plus de ça, ça ne ressemblait pas à de l’urine.

Moins encore à de la sueur.

C’était… plus épais. Plus… sirupeux ?

Et ça avait à moitié séché sur son ventre et le haut de ses cuisses en plaques visqueuses, comme s’il s’était tartiné de… de… de morve ?

Il grimaça, dégoûté.

En plus, ça sentait bizarre. Une odeur âcre, à la fois iodée et sucrée.

- Qu’est-ce que tu fiches, Yazoo ? ronchonna Loz, le faisant sursauter. Il n’est même pas quatre heures du matin ! Eteins cette lamp… Yazoo ? Qu’est-ce que tu as ? Tu es malade ?

- Je… je ne sais pas, bredouilla son cadet. Viens voir.

Loz se leva en frottant ses beaux yeux mako gonflés de sommeil, observa attentivement les draps et grimaça.

- Beurk… Tu t’es mouché dedans ?

Yazoo lui asséna une tape sur la tête.

- Idiot ! Bien sûr que non ! Tu vois bien que c’est mon ventre, qui est sale, pas mon visage !

- S’est sorti de ton nombril, affirma Loz, de plus en plus inquiet en se penchant sur le ventre tendre. Tu en as plein, à cet endroit.

Son frère enfonça prudemment le bout de l’index dans l’orifice concerné mais le retira aussitôt avec un frisson anxieux.

- Je n’ose pas. Vas-y, toi.

- Et si te je fais mal ou que j’abîme quelque chose ?

- Bah, je te le dirais. Allez, vas-y !

Il ferma les yeux, s’attendant à sentir le doigt de Loz s’enfoncer dans ses intestins mais son frère secoua la tête.

- Non, je ne sens pas de trou. C’est fermé. (Il tâta son propre nombril, à titre de comparaison) C’est exactement comme moi.

- Ca s’est peut-être refermé tout seul ?

- Sûrement.

Le cadet blêmit.

- Et si ça continue à couler dedans ? Tu imagines ?

- T’as peut-être un trou quelque part dans l’estomac.

- Loz, j’ai peur !

Ce dernier ne réfléchit pas davantage et se précipita vers la porte.

- Ne bouge pas ! Je vais chercher une blouse blanche !

- Loz ! sanglota Yazoo. Attends ! Ne me laisse pas tout seul ! Loz !

*

Son corps splendide à demi recouvert par un somptueux drap de soie noire, Scarlet pétrissait d’une main possessive les muscles pectoraux du jeune homme au physique sculptural allongé nu à ses côtés.

- Laisse-moi dormir, maugréa-t-il en chassant la main délicate avant de se retourner sur le ventre. Trouve-toi un autre crétin, si tu n’en as pas eu assez.

Le sourire se figea sur le visage de la directrice du Département du Développement de l’armement.

Elle enfonça cruellement ses ongles vernis de rouge dans les reins étroits et les fit remonter le long du large dos en V, marquant la chair pâle de profonds sillons ensanglantés.

- Aïe ! Mais ça va pas !

Il s’était redressé sur le lit comme un ressort trop longtemps bandé et grimaçait, les larmes aux yeux et le dos cuisant.

- Ne t’avise plus jamais de me parler de cette façon, Loz.

- Ca va, c’était juste une pique !

Scarlet lui répondit par son insupportable petit rire cruel et referma la main sur l’un des impressionnants biceps du jeune homme.

- Plus j’y pense et plus je me dis qu’il te faudrait quelque chose de plus puissant qu’une simple arme à feu. Oui… quelque chose de bien plus puissant et de bien plus dangereux…

- Hein ? grimaça Loz en essayant de tâter son dos pour évaluer les dégâts.

- Je dois trouver une arme plus adaptée à toute cette puissance, dit-elle en évaluant la force d’un avant-bras musculeux d’une simple pression des doigts.

Il lui montra sa main ensanglantée.

- Regarde ça ! Tu m’as littéralement tailladé la peau, espèce de folle.

Une gifle retentissante mit fin à ses récriminations et il dût se mordre la langue pour ne pas lui servir une bordée d’épithètes fleuris bien moins élégants qu’une allusion à son état mental.

- File d’ici ! ordonna-t-elle. Tu es insupportable, aujourd’hui. Tu m’agaces…

Il ne se le fit pas dire deux fois et entreprit de s’habiller sous le regard ardent et admiratif de la jeune femme.

Les yeux inquisiteurs paraissaient lui brûler le dos davantage encore que les blessures qu’elle venait de lui infliger

Un court instant, elle faillit le retenir pour s’offrir une dernière partie de ” saute-mouton “, comme disait Reeve, mais se ravisa. Le jeune homme avait sans doute donné son maximum pour la journée. Demain serait un autre jour…

- Tu ne me dis même pas au revoir ? le tança-t-elle lorsqu’elle le vit se diriger vers la porte sans même un regard en arrière.

Il se retourna et lui adressa un regard à faire frémir l’homme le plus téméraire mais il en fallait plus pour impressionner Scarlet.

- Pourquoi faire ? répliqua-t-il simplement avant de disparaître. Tu viendras me chercher dès que l’entrejambe te démangera, de toute façon.

La chaussure à talon aiguille que lui lança la jeune femme à toute volée percuta la porte qu’il venait de refermer.

- Petit con ! cria-t-elle.

*

- Tu étais encore avec cette pintade ? cracha Yazoo en le voyant revenir dans leur chambre. Je ne sais pas comment tu fais. Qu’est-ce que tu as ? ajouta-t-il en voyant son frère grimacer en enlevant son sweet-shirt. Elle t’a jeté du lit ?

Loz jeta ses vêtements au pied de son lit.

- Cette folle m’a ravagé la peau du dos.

Il allait s’allonger sur le couvre-lit mais son cadet bondit du sien, sur lequel il était en train de lire, pour s’interposer.

- Oh ! Non ! fit-il en le tirant par le bras vers la salle de bains. Non, non, non, non… Hors de question que tu infestes le moindre recoin de cette pièce avec une seule molécule, un seul atome - que dis-je ! - un seul électron de cette garce !

- Yazoo… gémit Loz.

- Pas de ” Yazoo ” qui tienne, tu files sous la douche ! décréta-t-il en le poussant sous le jet, le faisant jurer.

- Aïe ! Ca fait mal !

- Quoi ? C’est trop chaud ?

- Non… Mon dos. Ca brûle.

Il se retourna et son frère hoqueta en voyant les striures rouges sur son dos ensanglanté.

- Wouahouh… Qu’est-ce que tu lui as fait pour qu’elle te griffe comme ça ? demanda-t-il avec un sourire à la fois narquois et complice.

- Je lui ai demandé de me laissé dormir… gémit piteusement Loz en grimaçant sous le jet d’eau chaude.

Yazoo écarquilla les yeux et éclata de rire.

- Ah… Oui, là, forcément, c’est tout de suite moins affriolant. Allez, finis de te laver, je vais t’arranger un peu ça.

Vingt minutes plus tard, Loz commença à regretter de ne pas avoir jeté Scarlet sur ses genoux pour lui administrer une fessée dans les règles de l’art et tant pis pour les conséquences.

- Arrête de gigoter, Loz ! bougonna Yazoo en finissant de nettoyer les longues plaies à l’antiseptique.

- Mais ça démange ! (Son frère ne put s’empêcher de rire.) Quoi ?

- Tu ne changeras jamais…

- Comment ça ? se renfrogna Loz.

Son cadet l’enlaça par derrière et pressa sa joue satinée contre la sienne.

- Que, malgré vingt années bien sonnées, tu es et tu resteras toujours le petit garçon que j’ai connu et avec lequel j’ai grandi. Et c’est pour ça que je t’aime toujours autant.

- Ne dis jamais ça devant Kadaj. Il deviendrait dingue…

Yazoo rit de plus belle.

Le petit dernier de la fratrie était d’une jalousie maladive et avait parfois du mal à accepter la tendresse et la complicité que partageaient ses deux aînés.

- Qu’est-ce que je ne dois pas entendre ? demanda une voix claire dans leur dos.

- On ne t’a jamais dit qu’il fallait frapper aux portes avant d’entrer, sale petit têtard ? gronda Loz.

- Comment tu m’as appelé, tas de viande sans cervelle ?

Yazoo pouffa et attrapa Kadaj au vol lorsqu’il voulut se jeter sur leur aîné.

- Du calme, petit frère !

- Je vais le tuer ! promit celui-ci.

Loz rit de plus belle.

- Quoi ? Tu veux me frapper avec tes petits poings, Kadaj ? railla-t-il en tapant du plat de la main sur sa poitrine, deux fois plus large que celle de ses cadets. Chouette ! On va pouvoir jouer aux osselets, après !

Kadaj se débattit comme un diable dans les bras de Yazoo et ce dernier jeta à son aîné un regard suppliant.

- Arrête ! Tu veux le rendre hystérique ou quoi ?

- Depuis quand il a besoin de moi pour ça ?

- Loz !

- Lâche-moi ! hurla Kadaj. Lâche-moi ! Je vais lui arracher la peau du dos et m’en faire un tapis. Tu es un homme mort, Loz !

- Désolé, quelqu’un s’en est déjà chargé, regarde, grimaça ce dernier en se retournant.

Kadaj se calma instantanément, la curiosité prenant le pas sur la colère, mais Yazoo ne desserra pas son étreinte pour autant, au cas où.

- Qui t’a fait ça ?

- La pintade ! persifla Yazoo.

- Hein ? Wouah ! Tu as dû l’envoyer au moins au neuvième ciel pour qu’elle t’arrange comme ça.

- Ouais, on va dire ça…

- En fait, il l’a juste envoyée promener et elle lui a fait comprendre qui était le chef ! pouffa Yazoo.

Son cadet ouvrit de grands yeux moqueurs.

- Oh, la honte !

- Non mais tu es de quel côté, toi ? s’emporta Loz en fusillant Yazoo du regard.

Il se laissa tomber à plat ventre sur son lit et Kadaj se libéra pour venir s’asseoir à ses côtés, tout sucre, tout miel.

- Tu as mal ?

- Non, ça va.

- Tu es sûr ? insista-t-il en enfonçant le doigt dans la plaie la plus profonde.

- Aïe ! Sale petit têtard !

Le têtard en question fila comme une flèche en ricanant avant qu’il ne puisse réagir, laissant la porte ouverte.

- Il t’a encore eu, se moqua Yazoo en refermant le battant.

- Je déteste quand il agit comme ça… Quel sournois !

Son frère s’assit sur son oreiller, tout près de sa tête, et lui caressa les cheveux.

- Tu devrais arrêter les frais, avec Scarlet.

- Si tu crois que j’ai le choix…

- Tu devrais arrêter quand même.

Loz leva un sourcil narquois.

- Jaloux ?

- Ne dis pas de sottises ! C’est juste que je ne l’aime pas, elle est trop… possessive.

- Peut-être mais je n’ai rien d’autre sous la main, en ce moment.

- Et la rouquine de l’accueil ?

- Partie.

- La brunette du labo 3 ?

- Hojo l’a virée.

- Et celle qui t’avait tapé dans l’œil, la petite avec les gros roploplos ?

- Elle préfère les minets. Elle trouve Kadaj ” trooop chouuuuu ” ! singea-t-il avec une grimace, la bouche en cul de poule.

Yazoo éclata de rire.

- Eh bien, prends ton mal en patience. Un peu de calme ne te fera pas de mal, va !

- Et sur qui je viderai mon trop plein de testostérone ? Toi ? (Yazoo lui répondit par une grimace.) Tu n’étais pourtant pas le dernier à te porter volontaire, si je me souviens bien… Tu as déjà oublié ?

Son frère se redressa d’un bond et blêmit.

- On avait juré de ne jamais reparler de ça, Loz… murmura-t-il avec un regard méfiant en direction de la porte. Nous n’étions que des gosses.

- Moi, j’en garde un bon souvenir.

- Loz !

- Quoi ? Tu as honte ?

- Parle moins fort.

- Réponds. Tu as honte ?

- Oui.

- Pourquoi ?

- Parce que… parce que… Je n’en sais rien. C’était mal.

- Mal ? Vis-à-vis de qui ? De quoi ?

- Je n’en sais rien !

- Pfff… ” Toujours pareil “. C’est ce que tu disais tout le temps, tu te rappelles ?

- Quoi donc ?

- Que tu en avais assez de t’entendre donner des ordres sans aucune raison ou explication valable. Que tu voulais connaître le pourquoi des règles afin de décider par toi-même si elles étaient acceptables ou non. Tu as oublié ?

Yazoo sourit avec tendresse et s’allongea sur le dos à côté de son frère.

- Non, Loz, je n’ai pas oublié.

Ce dernier, toujours sur le ventre, bougea un peu la tête et la posa sur son épaule.

- Parfois, ça me manque.

- Quoi donc ?

- Cette époque. Notre innocence. Toutes les questions que nous nous posions. On se disait que, quand on serait grands, on s’enfuirait pour trouver toutes les réponses. Tu te souviens ?

- Je me souviens… On s’imaginait un monde merveilleux, dehors.

- Tu sais, Yazoo, parfois j’aimerais que tu aies raison à mon sujet.

- Comment ça ?

- J’aimerais vraiment être un petit garçon et y croire encore…

Une larme coula le long de l’arête de son nez élégant jusqu’à la poitrine de Yazoo et celui-ci serra son frère contre lui, comme il le faisait lorsqu’ils n’étaient encore que de tout jeunes adolescents inconscients de toutes ces ” choses interdites ” dont ils ignoraient jusqu’au nom…

FIN

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XXXXIII - Adagio au clair de lune pour un petit turk

«Le sexe masculin est ce qu’il y a de plus léger au monde…

une simple pensée le soulève ! »

Frédéric Dard

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Loz installa Marlène devant lui, sur sa moto, ajusta ses gants de cuir et alluma ses phares.

Il était presque six heures du matin mais le soleil d’hiver ne se lèverait pas avant au moins deux heures et, hormis une pleine lune qui avait du mal à percer derrière les nuages, il faisait encore nuit noire.

- Prête ? demanda-t-il.

La petite acquiesça joyeusement et se pencha sur le guidon.

- Il pleut encore des petites gouttes, t’as vu ?

- Tu veux qu’on attende encore un peu ?

- Non, c’est bon. Sinon, on n’aura pas le temps de passer à la boutique de monsieur Philéas avant le petit déjeuner.

L’argenté se pencha par-dessus la fillette pour se saisir du guidon.

- Alors, on est partis !

Il fit vrombir la moto, sortit de la grotte et s’engagea sur la petite route de montagne escarpée pour entamer la descente vertigineuse du mont Nibel.

Ce n’était guère plus qu’un chemin de terre détrempé par la pluie qui serpentait tout autour de la montagne, de la base au sommet.

Il était si étroit que, par endroits, ils roulaient à un mètre à peine du ravin.

- Tu n’as pas le vertige ? demanda l’argenté d’une voix forte pour couvrir le bruit du moteur. Ca ne va pas trop vite ?

- Oh, non ! C’est génial ! J’adore quand toi et Yazoo vous allez vite !

Loz éclata de rire, amusé par l’exaltation qui perçait dans sa voix, et relâcha un peu les freins, pour le plus grand plaisir de la petite.

*

A nouveau réveillé par un cauchemar, Yazoo réalisa qu’il était à demi allongé sur Reno, la joue sur sa poitrine, et se pétrifia, n’osant même plus respirer.

Il voulut se faire violence pour s’écarter de lui mais fut incapable d’ordonner à ses membres d’obéir.

Il sentait battre le cœur du turk contre sa poitrine, entendait sa respiration profonde, s’enivrait de sa chaleur et était perdu dans un sensuel nuage de parfum masculin, sensuel et musqué.

Non, pour rien au monde il ne voulait bouger de là !

Au contraire, il nicha son petit visage au creux du cou offert et se blottit dans les bras accueillants avec un petit soupir involontaire.

Avant même de comprendre ce qu’il faisait, il effleura la gorge palpitante de ses lèvres.

Il but les battements du cœur de Reno à même sa jugulaire en respirant à pleins poumons la tiède fragrance de ses cheveux roux qui lui chatouillaient le nez jusqu’à ce que la tête lui tourne.

S’enhardissant, il darda même la pointe de sa langue pour goûter sa peau, juste sous son oreille, le faisant frissonner dans son sommeil.

Cette réponse à sa discrète caresse inonda le ventre de Yazoo d’un flot de lave et ses doigts, mus par une volonté propre, descendirent sur la poitrine glabre pour effleurer un téton tendre, qui se contracta et durcit comme un petit caillou sous sa paume.

Le pouls du turk s’affola contre ses lèvres et il ferma les yeux, essayant de graver cet instant délicieux dans sa mémoire.

C’est alors qu’il prit alors conscience de la colonne de chair qui se tendait contre sa cuisse, gagnant en vigueur à chaque battement de cœur.

Il se cambra pour échapper au contact fiévreux de ce curieux python.

- Tu l’as cherché, Yazoo baby… chantonna Reno à son oreille.

Si l’argenté ne vit pas son sourire narquois dans la pénombre, il ne l’entendit que trop et l’appréhension le gagna.

Appréhension qui, lorsque Reno pressa ses lèvres sur les siennes, se mua en panique.

- Non… gémit-il contre sa bouche.

Mais son refus sonnait faux.

Tout son corps se tendait vers le turk et, en dépit du contrôle qu’il essayait de lui imposer, accueillait le baiser avec une avidité féroce.

« Il ne faut pas… Il ne faut pas… Je vais tout gâcher… Je ne sais pas m’y prendre… »

Comment allait réagir Reno en découvrant qu’il était un novice en la matière et incapable de lui donner le moindre plaisir ?

Qu’avait-il dit, déjà, en parlant de Yuffie ?

« Je ne m’intéresse pas aux candides créatures effarouchés. Les femmes de mon âge sont beaucoup trop vicieuses et séduisantes pour qu’un jouisseur comme moi passe à côté de ça ! »

Cette pensée le dégrisa immédiatement et il interrompit leur innocent baiser en détourant brutalement la tête.

- Reno, non !

Les lèvres de celui-ci frémirent contre sa joue et il lâcha l’argenté pour s’allonger de tout son long, les bras derrière la nuque.

Toujours en appui sur sa poitrine, Yazoo écarquillait désespérément les yeux pour essayer de distinguer l’expression de son regard dans la pénombre mais c’était inutile : il entendait très clairement sa respiration sifflante et le grincement de ses dents.

Reno était en colère, et il ne pouvait pas lui en vouloir.

- Excuse-moi, murmura-t-il, la gorge serrée. Je… je ne sais pas ce qui m’a pris. (Reno ne répondit pas et ne fit pas un geste mais un long soupir d’exaspération s’échappa de sa gorge) Reno, je…

Ce dernier s’assit brusquement, le faisant rouler sur le côté comme s’il n’avait été qu’un chat endormi sur son ventre, et alluma la petite lampe de chevet.

- Reno…

Les couvertures se rabattirent brutalement sur lui et le turk se leva en silence pour enfiler son pantalon.

- Reno, où vas-tu ? demanda l’argenté d’une voix brisée, l’inquiétude lui nouant les entrailles.

- Prendre l’air, consentit enfin à répondre le jeune homme en s’asseyant sur le lit pour attraper sa chemise.

Bouleversé et pris d’angoisse, Yazoo le ceintura par derrière et pressa sa joue contre sa nuque.

- Ne pars pas, supplia-t-il. Pas comme ça. Je suis désolé, Reno… Pardonne-moi…

Reno allait répliquer vertement qu’il n’avait qu’à prendre ses responsabilités et finir ce qu’il avait commencé, éteindre l’incendie qu’il avait volontairement attisé, lorsqu’il réalisa que l’argenté sanglotait.

Sa frustration et sa colère retombèrent aussitôt.

- Yazoo ? Eh, Yazoo baby, arrête, c’est pas grave.

Il se libéra doucement de son étreinte et se tourna pour le prendre dans ses bras.

- Pardon, Reno…

- Chut, ce n’est rien. Arrête de pleurer, ce n’est pas la fin du monde. Je ne t’en veux pas, je suis juste un peu déçu, c’est tout. C’est toujours rageant de se faire allumer et… Enfin peu importe. Allez, calme-toi. (Il effleura sa joue et l’argenté eut un mouvement de recul) Je vois. Ecoute, j’ai juste cru que… Enfin, que je te plaisais et que tu voulais faire l’amour, je…

- C’est le cas, le coupa Yazoo en rougissant violemment. Mais…

Il se tut et détourna le regard.

- Quoi ? Tu n’as pas confiance en moi ? demanda le turk. Tu penses que je vais te prendre là, à quatre pattes par terre, et m’en vanter à la ronde ?

Il lui tira la langue, taquin, et Yazoo rougit de plus belle.

- Non, c’est que je… je… C’est que je ne me suis jamais retrouvé dans ce genre de… de situation.

Reno rit de bon coeur.

- Si ça peut te rassurer, moi non plus ! Les mecs, c’est vraiment pas mon truc, d’habitude. Mais il ne doit pas y avoir une grande dif…

- Ce n’est pas ce que je veux dire, Reno, le coupa à nouveau l’argenté, les joues cuisantes.

Le turk se souvint de la conversation qu’il avait surprise entre Tifa et Shalua, à l’infirmerie, et se mordit la lèvre.

- Oh… Tu veux dire que tu n’as jamais fait… Enfin, jamais eu de…

- C’est ça… avoua Yazoo, plus gêné que jamais.

Reno sourit.

- Ca te fait peur ?

Yazoo secoua la tête, replia ses jambes et les enserra de ses bras.

- Non, c’est juste que… Je ne sais pas comment faire, chuchota-t-il d’une voix presque inaudible. Quels gestes faire, quels mots employer et tu… tu disais que tu détestais « essuyer les plâtres », en parlant de jeunes filles comme Yuffie.

Reno se mordit les lèvres pour étouffer un rire.

- Yazoo… Ca n’a rien à voir, voyons.

- Les « pucelles coincées » te font « gerber ». Ce sont tes propres mots, je n’ai pas oublié. J’ai peur d’être maladroit. De faire ou de dire des choses idiotes. Peur d’être ridicule et de t’entendre te moquer de moi.

Une tendresse bouleversante prit Reno à la gorge.

- Yazoo… On n’est jamais ridicule, dans ces moments là. C’est ça qui est génial, quand tu fais l’amour. Tu peux te laisser totalement aller, dire ou faire des choses complètement dingues.

L’argenté lui jeta un regard en biais.

- Tu t’es pourtant bien moqué de Yuffie.

- Comme je me serais moqué de Marlène ou de Denzel. C’est tout ce qu’elle est, à mes yeux. Une enfant. Je n’éprouve strictement aucun désir pour elle. Ce qui est loin d’être le cas lorsque je te regarde, Yazoo baby… ajouta-t-il d’une voix un peu enrouée.

Yazoo se pétrifia, ébranlé par un aveu aussi direct.

- Je… je ne sais pas quoi dire, chuchota-t-il en baissant les yeux pour échapper au regard concupiscent.

- Alors c’est moi qui vais parler. Et te dire que je ne passe pas une heure sans me languir du parfum de tes cheveux, de ta peau, ou sans repenser à la sensation grisante de ton corps contre le mien, flottant dans le mako. A la caresse de tes doigts sur mon front, lorsque j’étais malade. A ton rire tintant dans cette chambre. A ton adorable visage penché sur moi. A cette petite bouche que j’ai envie d’écraser sous la mienne, à ces lèvres pleines que j’imagine courir sur toute la surface de ma peau… Tout cela est-il ridicule, Yazoo ?

- Non… susurra celui-ci, ému. Bien sûr que non.

- Et toi ? Qu’as-tu envie de me dire, Yazoo baby ? chuchota Reno en se penchant sur lui, taquin. (L’argenté eut un petit rire gêné et secoua la tête) Quoi ? N’y a-t-il donc rien qui te plait, en moi ?

- Si, bien sûr que si. Trop, sans doute.

- Quoi ? Allez, joue le jeu. Dis-moi quoi.

Il frotta le bout de son nez contre la joue ronde de l’argenté et le poussa gentiment, enjôleur.

-Tes yeux, finit par avouer Yazoo, amusé par son insistance. Je ne me lasse pas d’y plonger le regard. Tes cheveux, aussi. J’ai toujours envie d’y glisser mes mains. De sentir leur texture, de respirer leur odeur…

Reno s’approcha davantage encore.

- Fais-le, chuchota-t-il à son oreille. J’adore ça.

Yazoo caressa timidement la douce chevelure rousse et le turk ferma les yeux, goûtant les petits frissons que provoquaient les doigts graciles.

- J’ai souvent regardé ta bouche, aussi… (Reno lui prit la main de sorte que les doigts fins en caressent la courbe voluptueuse) Et qu’elle est aussi tendre que je l’avais imaginée… (Il effleura ses lèvres des siennes) Et bien plus douce que je n’avais osé le rêver… susurra Yazoo contre sa bouche.

Le baiser se fit plus féroce.

Reno le sentit trembler et s’écarta un peu pour ne pas l’effaroucher.

- Tu vois, ce n’est pas si compliqué… murmura-t-il en lui caressant la joue.

Il observa son visage à la faible lueur mordorée de la petite lampe de chevet qui dansait sur la peau si blanche et ombrait ses longs cils argentés, plus épais que ceux d’une femme.

Du bout des doigts, il suivit les courbes douces, presque enfantines, de ce visage parfait encadré de soyeux cheveux de mercure : la petite bouche boudeuse aux lèvres pleines, le menton pointu, le nez droit, un peu retroussé, et les paupières mi-closes sous lesquelles brillaient d’immenses yeux couleur de topaze verte.

Il se pencha pour effleurer à nouveau ses lèvres, répandant une cascade rousse sur les épaules de Yazoo, mais n’insista pas. Ce fut ce dernier qui noua les bras autour de son cou pour l’attirer à lui.

Prudent, Reno glissa le bout de la langue entre les lèvres adorablement gonflées et la petite bouche s’ouvrit timidement.

Sa langue chercha la sienne qui, craintive, s’était tapie tout contre la voûte du palais. Il l’effleura délicatement, comme on caresse un petit animal sauvage pour l’amadouer, et, après plusieurs essais infructueux, elle consentit enfin à répondre maladroitement à ses tentatives d’approche.

Il ne força rien, ne tenta rien pour obtenir davantage que ce que l’argenté voulait bien lui donner et le long baiser prit bientôt fin.

Yazoo rougit et baissa à nouveau les yeux, ne sachant quoi faire ou que dire.

- N’aie pas peur, chuchota Reno.

- Je n’ai pas peur… Mais je… Je ne sais pas comment…

Le turk n’attendit pas son explication et ses lèvres prirent à nouveau les siennes tandis que ses mains se glissaient sous le t-shirt de coton.

Sa bouche suivit bientôt ses doigts et se posèrent sur chaque pouce de peau que dévoilait le tissu.

Yazoo laissa échapper un gémissement involontaire.

- Dois-je m’arrêter ? demanda le turk, la joue contre sa poitrine, en faisant lentement glisser le pantalon de pyjama de l’argenté sur ses hanches étroites.

- Non… murmura celui-ci en se laissant aller sur les couvertures défaites, les mains cramponnées à la douce chevelure rousse. Ne t’arrête pas…

Reno déposa de légers baisers sur la peau translucide de son ventre.

Lorsqu’il s’allongea enfin sur lui pour enfouir son visage contre son cou, que Yazoo sentit la chaleur de sa peau contre la sienne, libérée de la barrière de coton, une tendresse qui le fit presque pleurer l’envahit.

La longue chevelure rousse les recouvrait tous les deux, précieuse et fragile étoffe, et il ferma les yeux, simplement heureux de sentir ce corps sur le sien.

- De quoi as-tu envie ? demanda le Reno.

- De te caresser… répondit Yazoo avec un calme qui le surprit. De te découvrir… de te toucher…

Le turk se redressa légèrement et entrelaça ses doigts aux siens avant de se rallonger sur lui, afin que pas un pouce de la peau de l’un n’échappe au contact de la peau de l’autre.

- Découvre, Yazoo baby, touche… (Yazoo ferma les yeux et se concentra afin de se sensibiliser au tendre contact du corps sur le sien) Que sens-tu ?

Il était si étrange de toucher avec son corps tout entier…

Les mains prisonnières de celles de Reno, Yazoo le touchait cependant comme il ne l’aurait pas pu possible.

- Tes pieds… susurra-t-il. Oui, tes pieds entre les miens… (Le turk remua les orteils, le faisant sourire) Tu as des pieds très délicats avec des orteils très souples. Des chevilles fines. Et tu n’as pas de cors !

Reno éclata de rire.

- Et ?

- Je sens tes mollets. Très athlétiques. Comme tes cuisses. Ta peau est très douce. Tes hanches sont… très étroites… et tes reins très cambrés. Je sens…

Son souffle se fit court.

- Oui ? insista Reno.

- Ton sexe… Contre mon bas-ventre. Il est gonflé et très dur. Il palpite contre le mien.

Reno donna un très léger coup de reins, faisant soupirer sensuellement l’argenté.

Celui-ci essaya de libérer ses mains mais le turk raffermit sa prise.

- Que sens-tu ?

- Tes testicules contre mes cuisses. Tièdes… doux… (Reno frotta son membre contre le sien et Yazoo laissa échapper un petit gémissement) Ton ventre lisse contre le mien. Ton torse… Ferme et glabre. Il me protège. Il est brûlant… Je sens ta respiration. Lorsque… lorsque tu inspires, le contact de nos deux corps est plus intense… plus fort. Je sens tes tétons durcir. Ils frottent contre ma poitrine.

- Quoi d’autre ?

- Tes bras sur les miens… Ils sont musclés… Tes doigts qui s’entrelacent aux miens. Ils sont déliés… comme tes mains.

- Et ?

- Tes poignets. Fins. Tout est si délicat chez toi… C’est incroyable. Tu me sembles si solide, pourtant… J’ai l’impression que je pourrais briser tes doigts d’une simple pression. Tes mains sont faites pour caresser… non pour tenir une arme. C’est étrange. Elles ne sont pas dures et calleuses, comme on pourrait s’y attendre chez un homme qui manipule le bâton de combat avec une telle dextérité. Je…

Il se tut, le souffle soudain court.

- Oui ?

- Je les sens encore courir sur mon ventre et mes hanches… susurra l’argenté d’une voix enrouée qui fit remonter un long frisson le long de l’échine de Reno.

- Mhh… Et elles n’ont pas fini de dégourdir leurs petites jambes, les coquines…

Cette promesse espiègle fit à la fois sourire et frissonner Yazoo.

- Je sens tes épaules, poursuivit-il. Elles sont totalement détendues. Attends ! Ton cœur… (Il sourit) Oui… j’entends battre ton cœur. Là, juste sur ma poitrine. Et là, aussi.

- Ou ça ?

- Sur la veine de ton cou. Contre ma gorge. Je sens ton visage. Tes cheveux contre ma joue. Ils sont doux… Ils sentent bon… J’entends ton souffle tout contre mon oreille. Il s’échappe de tes lèvres entrouvertes. Tes cils me chatouillent la tempe. Tu as fermé les yeux…

- Oui…

- Tu respires très fort contre ma peau… Tu sembles… t’enivrer de son odeur.

- Oui, mon ange… Oui.

« Mon ange… »

Le cœur d’Yazoo se gonfla.

Il avait dit cela si naturellement…

Reno semblait si totalement détendu, si abandonné que ces mots avaient franchi ses lèvres comme une caresse.

- Tu es très séduisant, Reno. Et tu me plais énormément. En fait, je crois même que je…

Il se tut, incapable d’avouer ce qui lui brûlait pourtant les lèvres et le turk se redressa légèrement pour planter ses prunelles aigue-marine dans les yeux mako.

Ce regard… cette expression…

Reno en aurait presque pleuré…

- Oui, quoi ? demanda-t-il, la gorge soudain serrée.

La sonnerie stridente de son téléphone les fit sursauter tous les deux, faisant éclater la bulle de sensualité qu’ils s’étaient créée, et, très contrarié, il tendit la main pour attraper le petit appareil, sur la table de nuit.

- Reno, j’écoute, fit-il, le coeur battant. Vincent ? Pourquoi ? Qu’est-ce qui se passe ? (Il blêmit) Cloud a fait quoi ? s’écria-t-il en de redressant sur le lit. C’est pas vrai… Et où sont-ils partis ? De quel côté ? D’accord… Non, son frère est avec moi. (Yazoo pâlit à son tour, alarmé par ses paroles) On arrive tout de suite. Je peux faire démarrer l’hélico dans moins de 10 minutes.

Il raccrocha et l’argenté s’agrippa à son bras.

- Reno, qu’est-ce qui se passe ? Quel frère ?

- Loz. Il est avec Marlène et, si on ne les retrouve pas très vite, ils risquent de se tuer en moto ! Si ce n’est pas déjà fait… ajouta-t-il d’une voix étranglée.

- Quoi ? Comment ça ?

- Cloud a trafiqué les freins de vos bécanes.

Le visage de Yazoo se décomposa et il pressa ses deux mains sur sa bouche pour étouffer un cri horrifié.

- Non ! S’il était arrivé quelque chose à mon frère, je le sentirais ! assura-t-il en s’habillant à précipitamment.

Reno enfila ses vêtements à son tour en priant pour qu’il ait raison…

…à suivre

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XXXVII - Le mal de “mère”

«La plus violente douleur qu’on puisse éprouver,

certes, est la perte d’un enfant pour une mère,

et la perte de la mère pour un homme.»

Guy de Maupassant

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

« Que contient ce carton, mère ? »

« … »

« Tu ne veux pas me le dire ? »

« Tu le verras bientôt, amour… Lorsque tu sortiras d’ici. »

« Et tu es certaine que cela peut aider Kadaj ? »

« Qui peut être sûr de quoi que ce soit ? »

« Tu as l’air bien sombre, tout d’un coup… »

« Ce sont les souvenirs… Cette maison est pleine de tant de souvenirs… »

« Je sais… »

« Ne sois pas peiné, mon fils. Ils ne sont pas tous douloureux, loin de là. »

« C’est curieux… »

« Quoi donc, amour ? »

« Loz… Tu sens ? Quelque chose a changé. Il ne dégage plus la même énergie psychique que ses frères. C’est beaucoup plus intense. Il semble… euphorique ? »

« Pas euphorique, mon fils. Amoureux. »

« Amoureux… »

« C’est un sentiment si agréable… »

« Vraiment ? Qu’est-ce que ça fait, mère ? »

« C’est… difficile à expliquer. »

« Tu as souvent été amoureuse ? »

« Non, amour. Une seule fois, en réalité. »

« C’était Vincent, n’est-ce pas ? »

« Oui… Oui, c’était Vincent. »

« Mère… »

« Oui ? »

« Pourquoi as-tu épousé père si tu aimais Vincent ? »

« Je… Je ne m’estimais pas en droit de l’aimer. »

« Pourquoi ? »

« Son père, Grimoire, un homme que je respectais et qui était devenu mon maître à penser, est mort par ma faute. »

« La mort de Grimoire Valentine était un accident, mère. Personne n’aurait pu prévoir la réaction de cette entité que l’on appelle Chaos. Pas même toi.»

« Je sais… Mais peut-être que si je m’étais montrée plus prudente, moins impatiente, je… »

« Ca n’aurait rien changé. »

« Sans doute… Quoi qu’il en soit, c’est ce qui m’a fait repousser les avances de Vincent. »

« La culpabilité. Encore… Toujours… »

« Oui, mon fils. La culpabilité. Un fléau, disent certains philosophes. Mais, sans elle, nous serions des êtres dépourvus de morale et peut-être même de sentiments. Alors, à tout prendre, mieux vaut vivre avec elle que sans. »

« Et supporter sa morsure en serrant les dents… »

« Pas forcément, non. Tout maux a son remède.»

« Qu’est-ce qui peut guérir la culpabilité, mère ? »

« Le pardon, Sephiroth. Le pardon… »

*

Discret comme un fantôme, Vincent suivit Yuffie du grenier à la cuisine et la vit faire une razzia de biscuits, bonbons, sodas et autres cochonneries dans les placards avant de repartir, sa mystérieuse boîte bleue dans les bras.

- Une soirée pyjama se prépare, dirait-on, fit-il à l’intention de Gretta, qu’il avait vue se cacher derrière la porte à l’arrivée de la jeune fille.

La vieille femme, qui elle ne l’avait bien sûr pas remarqué, sursauta si fort qu’elle failli laisser tomber la part de gâteau - son péché mignon - et le thé qu’elle était venue engloutir discrètement.

- Monsieur Valentine ! s’écria-t-elle. Vous m’avez fait une de ces peurs !

- Désolé, Gretta.

Elle alluma une petite lampe et remit sa tasse de thé dans le micro-ondes.

- Un morceau de gâteau ? demanda-t-elle en lissant coquettement son élégante robe de chambre vert pâle et ses longs cheveux blancs noués en une natte lâche.

Vincent sourit et secoua la tête.

- Non, merci. Pourquoi vous êtes-vous cachée, en entendant Yuffie ?

Elle lui adressa un clin d’oeil complice.

- Le péché a meilleur goût lorsqu’il est commis en douce ! laissa-t-elle tomber, faisant rire l’ancien turk. Vous avez vu ce qu’elle transportait ? On aurait dit la boîte dans laquelle le docteur Crescent avai…

- C’est bien elle, la coupa Vincent, la gorge serrée. C’est moi qui la lui avait achetée, à l’époque, lorsqu’elle a su qu’elle était enceinte. Elle en avait besoin pour… enfin peu importe.

Le micro-ondes sonna et Gretta en retira la tasse de thé brûlant.

- C’est pour les garçons, vous croyez ?

- Pour le plus jeune, je pense.

- Oh, monsieur Hojo junior. C’est un gentil petit. Comme ses frères, d’ailleurs. Si seulement le docteur Crescent avait pu les connaître, elle qui rêvait d’avoir des tas d’enfants… Mon Dieu, quelle tragédie.

- « Tragédie » me paraît un mot bien faible, ma pauvre Gretta.

- C’est vrai. Mais j’y pense… les vieux albums, dans la bibliothèque. Ceux qui avaient été faits par leur maman. Vous croyez que ça leur ferait plaisir de les voir ? Enfin, si tant est que j’arrive à remettre la main dessus. Cette vieille maison prend des airs de chantier de fouilles archéologiques dès lors que l’on commence à y chercher quelque chose.

L’ancien turk leva un sourcil.

- Lucrecia a fait des albums ? Et… vous croyez qu’il serait possible d’entreprendre cette « fouille archéologique » maintenant ? demanda-t-il avec une grimace amusée.

- Là ? Tout de suite ? En pleine nuit ? (Vincent acquiesça et le visage de la vieille gouvernante se fendit d’un sourire malicieux) Passer une partie de la nuit avec un bel homme comme vous dans un endroit sombre et poussiéreux… C’est tentant. Quand je leur raconterai ça, les vieilles peaux de Nibelheim vont en être malades de jalousie ! plaisanta-t-elle en acceptant coquettement le bras qu’il lui tendait.

L’ancien turk rit de bon coeur et cligna de l’oeil, séducteur.

- Vous pourrez même leur dire que j’ai fait ça…

Il se pencha pour déposer un baiser bruyant sur sa joue et Gretta rougit comme une adolescente en gloussant de plaisir.

- Oh ! Monsieur Valentine ! le gronda-t-elle en lui donnant une petite tape sur l’épaule.

*

Quelqu’un le secouait doucement dans son sommeil. C’était déjà le matin ? Il lui semblait pourtant que cela faisait à peine quelques minutes qu’il s’était endormi.

Reno ouvrit un oeil.

- Mhh ?

- Reno ? murmura la voix douce de Yazoo dans la pénombre.

Le turk se frotta les yeux et s’assit sur son lit.

- Il y a un problème ?

- Non, je… Désolé, je ne pensais pas que tu dormais déjà.

- J’suis claqué. Je me suis effondré comme une merde… Qu’est-ce qu’il y a ? Tu ne te sens pas bien ? C’est à nouveau cette pourriture de Jenova ?

- Non, je suis… seul. Dans la chambre, je veux dire.

Reno écarquilla les yeux, certain d’avoir mal compris.

- Hein ?

Il ne pouvait pas voir le visage de l’argenté dans la pénombre mais était presque certain, au ton de la voix, qu’il avait viré à l’écarlate.

- Loz est avec Tifa et il va probablement passer la nuit avec elle, alors…

Il laissa sa phrase en suspend et le turk sentit son estomac se nouer.

Il rêvait ou Yazoo était en train de lui faire ouvertement des avances ?

- Euh… Ouais, bredouilla-t-il, horriblement gêné. Et… alors ?

- Tu vas me trouver ridicule mais… Rester dans cette chambre immense, seul, toute la nuit, à me dire qu’elle peut revenir à tout moment… Je… Enfin, je… J’ai peur, Reno. J’ai peur qu’elle profite de mon inconscience pour reprendre le contrôle si mon frère n’est pas là.

Le turk était si soulagé qu’il faillit se mettre à sauter sur son lit en criant « youppii ! ».

- Tu veux dormir avec moi ?

- Si ça ne t’ennuie pas, bien sûr.

- T’es con ou quoi ? Quelle idée, bien sûr que non. Allez, hop ! Viens là, fit-il en rabattant les couvertures.

Yazoo parut hésiter.

- Oh, je… Ce n’est pas nécessaire. Je peux juste m’allonger sur…

- Fais pas le con ! Allez, saute là-dedans.

L’argenté obéit et s’emmitoufla dans les draps de coton fraîchement changés.

- Merci. Je… Je n’ai pas osé aller voir Kadaj. Je ne voulais pas l’effrayer.

- Pas de problème, fit Reno en réprimant un bâillement. La vache, tu sens toujours aussi bon, ajouta-t-il d’une voix ensommeillée en se collant contre son dos, enfouissant son visage dans ses cheveux à l’étrange odeur sucrée.

Yazoo se raidit en sentant le bras du turk se refermer autour de sa taille et attendit d’interminables minutes que ce dernier se retourne et le lâche.

En vain…

- R… Reno ? finit-il par bredouiller d’une voix si ténue qu’elle était tout bonnement inaudible.

Mais le turk, grisé par le parfum sucré de la chevelure de mercure, était déjà reparti pour le royaume des rêves, laissant leurs deux corps emboîtés comme deux cuillers dans un tiroir.

Et si Yazoo portait un pyjama, ce n’était pas le cas de Reno, qui, certain que personne ne viendrait le voir, comme lorsqu’il était malade, s’était couché entièrement nu…

L’argenté sentait parfaitement les moindres détails de son anatomie à travers le coton léger et plus particulièrement la zone du bas-ventre, plus fraîche que le reste de son corps.

Il n’osait pas esquisser le moindre mouvement de fuite, de peur que le turk, stimulé par le frottement, ne se mette à « réagir ». C’est ce que faisait parfois inconsciemment son jumeau dans son sommeil, lorsque Yazoo se collait trop à lui. Mais l’argenté doutait fort que, comme Loz, Reno se contente d’un « Arrête de me serrer comme ça, ça me fait bander ! » ronchon avant de lui tourner le dos… Non, leur gêne à tous deux serait terrible et… et… et mieux valait éviter d’y penser !

Il ferma les yeux et essaya de se détendre mais c’était impossible.

Le souffle qui s’échappait des lèvres entrouvertes lui chatouillait la nuque, le bras qui l’enserrait lui brûlait la peau à travers son t-shirt, il sentait les battements de coeur du turk contre son dos et…

« Oh, merde… »

Ce qu’il craignait arriva : stimulé par le contact du corps tiède et le parfum affolant des phéromones saturées de mako, le corps de Reno répondit d’instinct et son sexe se tendit contre les fesses de Yazoo.

Ce dernier se força à une telle immobilité que c’était à peine s’il osait respirer.

C’était une chose de rêver romantiquement des bras de Reno autour de lui et c’en était une autre de sentir un corps d’homme plaqué contre soi, sexe tendu contre la partie la plus intime de son anatomie…

« Et le pire c’est que ce n’est pas désagréable du tout… » réalisa-t-il avec embarras.

Loz avait dit un peu plus tôt qu’il ne s’était jamais soucié de ce qui trouvait entre son nombril et ses genoux mais force était de constater que la partie incriminée se rappelait soudain à ses bons souvenirs.

Une chaleur traîtresse lui enflammait progressivement le bas du ventre, ses joues devenaient cuisantes et des fourmis lui remontaient le long des reins.

« Malédiction… »

Reno chuchota des mots inintelligibles dans son sommeil en resserrant son étreinte autour de lui et Yazoo mordit l’oreiller pour étouffer un petit gémissement frustré.

*

Kadaj avait fini se brosser les dents et s’apprêtait à se glisser dans son lit en compagnie de Cait 9 lorsqu’un léger grattement se fit entendre à la porte.

- Kadaj ? fit la voix étouffée de Yuffie derrière le battant. Tu dors ?

- Non, pas encore. Entre !

Cait alla aimablement ouvrir et la jeune ninja pénétra dans la pièce, un énorme carton bleu estampillé de petits moogles dans les bras.

- Pardon d’arriver comme ça, mais il fallait que tu vois ça, fit-elle en posant son fardeau sur le lit avec grognement. Bon sang, ce que c’est lourd ! Qui pourrait croire que des trucs aussi petits peuvent peser trois tonnes !

L’argenté considéra le curieux colis jauni et cloqué par le temps et l’humidité.

- Que… qu’est-ce que c’est ?

- C’était à ta mère.

Yuffie ouvrit le couvercle et en sortit les boissons, gâteaux et bonbons pris dans la cuisine sous le regard à la fois abasourdi et perplexe de Kadaj.

- A ma mère ?

- Mais non, pas ça, idiot ! Ah ! Ah ! Ah ! Ca, je l’ai piqué à la cuisine. La nuit risque d’être longue alors j’ai fait des réserves !

L’argenté la regarda retirer ses bottes et se mettre à l’aise sur le couvre-lit en étalant les sucreries autour d’elle, pour la plus grande joie de Cait, qui paraissait soudain surexcité.

- Tu… Tu fais quoi, là ?

Yuffie écarquilla les yeux.

- Quoi ? T’as jamais passé une nuit à te goinfrer de sucreries en regardant de vieilles photos ou en lisant de vieilles lettres ? Tu sais, dans la série « on ressort les vieux jouets et les vêtements de quand on était bébés » ?

- Hein ?

- Rigolade, blagues débiles, vieilles fringues ringardes, coupes démodées, tes vieux qui font des trucs que t’aurais jamais cru… Non ? Une soirée pyjama, quoi ! T’as jamais fait ça, avec tes frangins ?

Kadaj secoua la tête, ne comprenant absolument pas où elle voulait en venir, et elle échangea un regard effaré avec Cait, qui haussa ses petites épaules velues.

- On se souvient des jours de son enfance, expliqua le chat. On ressort les photos, on conjure l’absence. A ceux qui sont partis, on rend un tendre hommage. De ceux qui sont restés, on revoit le visage…

- Au labo, nous n’avions pas de souvenirs ou de jouets. Encore moins des photos. Nous étions des expériences, Cait, pas des enfants.

L’Utaïenne plissa le nez avec un pincement au coeur et tapota la boîte aux moogles.

- Je vois… Eh bien Lucrecia, ta maman, avait préparé cette boîte pour Sephiroth avant sa naissance. (L’argenté se raidit) Tu ne veux pas savoir ce qu’il y a dedans ?

- Je… Je ne suis pas Sephiroth, dit-il, la gorge soudain si serrée qu’il se demanda comment un seul son pouvait sortir de sa bouche.

Yuffie ne se laissa pas démonter pour autant.

- Je sais. Mais Lucrecia veut que tu voies ce qu’il y a dedans. C’est donc que ça doit être important pour toi aussi.

- Lucrecia ? Ma… mère ?

- Oui. C’est Aerith qui me l’a dit.

- Aerith ?

- Elle est venue me voir, tout à l’heure. Et elle m’a fait une belle peur, tu peux me croire ! C’est elle qui m’a dit où trouver la boîte. (Elle ouvrit un paquet de bonbons et le lui tendit) Allez, viens t’asseoir. Tu vas voir, il y a plein de choses qui vont te faire rire, dedans ! (Le chat robotisé plongea la patte dans le carton et en ressortit une minuscule paire de chaussettes blanches brodées de souris bleues) Regarde ! C’était pour le grand Général Sephiroth !

Cait éclata de rire et Kadaj s’assit sur le lit avec circonspection mais n’osa pas se pencher sur le contenu de la boîte.

Des sentiments contradictoires l’agitaient. Il mourait de curiosité de voir le contenu mystérieux mais se sentait aussi terriblement jaloux de Sephiroth. Lui aussi aurait aimé avoir une boîte semblable avec son nom écrit au feutre noir sur le couvercle.

Voyant qu’il ne bougeait pas, Yuffie et Cait replongèrent simultanément main et patte dans la grosse boîte.

L’une en retira un gros album orné d’un bébé moogle bleu vêtu d’une barboteuse et suçotant une tétine et l’autre, deux lettres encore cachetées.

Ces dernières attirèrent aussitôt l’attention de la petite ninja car si l’une portait l’inscription « Pour l’équipe médicale », la seconde était libellée : « Pour Vincent Valentine ». Et on pouvait lire sur les deux, écrit au feutre rouge : « A OUVRIR LE JOUR DE L’ACCOUCHEMENT SI LE PRONOSTIC VITAL EST ENGAGE».

- Vous avez remarqué ? demanda Cait. Elles sont toujours fermées.

- C’est donc que l’accouchement s’est passé sans problème. Qu’est-ce qu’on fait ? s’enquit Yuffie. L’une d’elles est pour Vincent.

Kadaj lui arracha impatiemment les lettres de mains et les ouvrit sans autre cérémonie.

- Il y a prescription, je pense. Tiens… Les deux sont identiques. Je ne comprends pas, c’est quoi ?

La jeune Ninja lui en reprit une et la parcourut, Cait lisant par-dessus son bras.

- C’est une lettre d’intention, expliqua-t-elle. Les jeunes mères en écrivent au cas où l’accouchement se passerait mal.

- Comment ça ?

- Généralement, lorsque le pronostic vital est engagé, les médecins essayent de sauver la mère, en se disant, j’imagine, qu’elle pourra avoir d’autres enfants plus tard.

Kadaj haussa les épaules.

- Logique.

- Mais Lucrecia, comme beaucoup de mamans, avait donné pour instruction de sauver son enfant et non pas elle.

L’argenté grimaça.

- C’est idiot !

Yuffie ouvrit de grands yeux surpris.

- Idiot ? Pourquoi ? N’importe quelle mère digne de se nom se sacrifierait pour son enfant. C’est une réaction normale.

Cait 9 acquiesça énergiquement et Kadaj parut déstabilisé.

- C’est… c’est aux enfants de se sacrifier pour leur mère, essaya-t-il de plaider. Ils lui doivent leur existence et…

- Non, Kadaj, le coupa la jeune fille d’une voix douce. Aucune maman digne de ce nom n’accepterait que son enfant souffre à cause d’elle. Jamais, Kadaj. Jamais…

Ces quelques mots et l’assurance avec laquelle ils avaient été prononcés firent à Kadaj l’effet d’une volée de gifles.

Si c’était si évident pour tout le monde, pourquoi lui et ses frères s’étaient-ils fait avoir aussi facilement par Jenova ? Etaient-ils idiots ? Cet « instinct » qui semblait caractériser les gens « normaux » leur faisait-il défaut ?

Comme si une main géante venait de se refermer sur sa poitrine, il se sentit son coeur se serrer et se souffle se réduire à un filet d’air sifflant.

- Excuse-moi un instant, réussit-il à articuler d’une voix tout juste audible malgré la boule qui grossissait dans sa gorge.

Il se dirigea lentement vers la salle de bains, ferma doucement la porte et, une fois seul, s’appuya sur le bord du lavabo et essaya de pleurer aussi silencieusement que possible malgré les sanglots violents qui lui agitèrent le corps…

Sur le lit, Yuffie se mordilla l’ongle du pouce.

- Qu’est-ce qu’il a ? demanda-t-elle au robot. J’ai dit une bêtise ?

Cait secoua sa petite tête velue et se cacha le museau des mains, catastrophé.

- Sa seule mère, jusque là, s’appelait Jenova…

- Ah, zut… Moi et ma maudite langue !

…à suivre

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Habille-moi !

Rédaction : Shiva Rajah

Corrections : Noriplume

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

*

Après avoir lu ceci, vous ne déshabillerez plus Sephiroth du regard comme avant…

…et ne lirez plus jamais une fic lemon sans éclater de rire !!


Les yeux de Cloud, morceaux de ciel d’azur prisonniers de deux franges de cils mordorées, brillaient d’excitation.

Languissamment allongé sur le lit, il se passait le bout de la langue sur les lèvres en regardant Sephiroth glisser ses cuisses puissantes et marbrées dans l’échancrure du slip kangourou réglementaire en épais coton blanc, fourni deux fois l’an par l’intendance SOLDAT.

Les élastiques, distendus par l’usage, bâillaient, dévoilant le galbe d’une fesse ferme et cambrée. Par la poche, elle aussi agrandie et malmenée par de nombreuses urgences urogénitales, on entrevoyait la chair tendre et rosée d’un testicule duveteux – kiwi de platine lové dans un nid de coton devenu trop vaste pour lui.

- Que regardes-tu ? demanda le grand général, assis sur le tapis en train d’enfiler un chaussette de laine aussi réglementaire que le slip.

- Le grain de ta peau, ronronna Cloud, soudain joueur, en lui tendant la deuxième chaussette.

Sephiroth la fit sensuellement glisser le long de sa cuisse tendrement galbée avant d’en couvrir son pied élégant, dont un orteil souple dépassa par l’entrebâillement non voulu d’un trou dû à l’usure.

Il se leva en tenant son slip de sa main pour l’empêcher de tomber et se pencha pour déposer un baiser sur la nuque blonde.

- Où as-tu caché mon maillot de corps, petit coquin ? susurra-t-il à l’oreille du garçon.

Cloud se retourna, lui saisit les bras et l’attira à lui.

Ce faisant, le slip réglementaire de son supérieur glissa sur ses chevilles mais le garçon le remonta d’une main experte avec cette facilité que donne l’habitude.

- Attends, je vais t’arranger ça, promit-il d’une voix enrouée par le désir, en se penchant vers le sous-vêtement récalcitrant.

Sans quitter le général des yeux, il repéra un petit trou dans la couture, par lequel dépassait l’élastique fatigué. Il le sectionna d’un coup de dents et Sephiroth poussa un gémissement expressif en renversant la tête en arrière, frissonnant de désir.

Le jeune homme tira ensuite sur les deux bouts de l’élastique, resserrant l’échancrure du slip kangourou, et fit un gros double noeud marin pour l’empêcher de glisser à nouveau sur les jambes ivoirines.

- Ah… soupira Sephiroth. Tu me rends fou… Tes noeuds sont si beaux… Tous tes noeuds, ajouta-t-il en caressant ses mèches blondes.

Avec un sourire pervers, Cloud sortit un maillot de corps assorti au slip de dessous les draps.

Après un instant d’hésitation, uniquement destiné à faire monter le désir d’un cran, il le lui tendit en se passant la langue sur les lèvres, tel un fauve sur le point de sauter sur sa proie, et rugit sensuellement.

- Grrrrrrr…

Bien conscient de l’émoi qu’il provoquait, le grand général enfila le maillot de corps très lentement et joua un instant avec les bouloches du coton fatigué qui lui moulait le haut du torse jusqu’au dessus du nombril.

Cloud passa un doigt sur le ventre musclé que le maillot, rétréci par lavages répétés, laissait à découvert et se laissa retomber lourdement sur le lit en soupirant.

- Qu’y a-t-il, mon amour ? demanda Sephiroth en remontant ses chaussettes de laine jusqu’aux genoux, ce qui agrandit le trou d’où dépassaient maintenant deux délicieux orteils d’albâtre.

- Pourquoi faut-il que tu me quittes ? soupira l’amour en question.

Le général revêtit son pantalon de cuir souple et ses bottes.

- Une mission m’attend, tu le sais bien.

- Oui, je le sais…

Le garçon se mit en boule dans les draps pendant que Sephiroth finissait de boucler les attaches de son élégant manteau de cuir noir.

Lorsque ce fut fait, il embrassa furieusement Cloud avec un déchirant :

- Adieu, mon amour… A jamais !

Le garçon, des larmes diamantines perlant au bout de ses longs cils dorés, le regarda sortir dans une envolée de cuir noir impeccablement ciré et de magnifiques cheveux argentés.

MORALITE :

Avant de baver et de fantasmer sur des personnages sexy aux atours somptueux, demandez vous ce qui se cache en dessous…Vous baverez beaucoup moins et votre clavier s’en portera beaucoup mieux !

Et vous savez quoi ? J’ai toujours pas honte !! :-D

***

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XXXI - Effrayant comme un homme

« Moi aussi, j’ai eu 20 ans. Et je ne laisserai personne me dire

que c’est le plus bel âge du monde ! »

Claude Neix

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : D’après un crayonné de M.A. Sambre

Corrections : Shiva Rajah

***

Dans le couloir qui menait à la grande salle à manger du manoir, où l’on entendait déjà les rires et les discussions des premiers convives impatients de prendre des nouvelles de Reno et de constater que la cure mako avait porté ses fruits, Tifa s’entretenait avec le « roi de la fête » depuis un petit moment.

- Tu es sûre ? insistait le turk, ébahi. Mais enfin, Yuffie n’est encore qu’une gosse ! Pour elle, je suis un « vieux schnock».

La jeune femme secoua la tête, à la fois amusée et préoccupée.

- Non. Rude est : « vieux ». Toi, t’es : « cool ».

Reno éclata de rire.

- Elle a vraiment dit ça ? Sérieux ? Et tu lui as rappelé que Rude et moi n’avions que 2 ans d’écart ?

- Oui. Mais j’ai bien peur que ton côté « ado dégingandé » ne pèse davantage dans la balance que tes 32 ans.

- Aïe… C’est à ce point là ?

Tifa haussa les épaules, découragée.

- Reno ! Elle m’a fait ton éloge pendant plus d’une heure !

Reno grimaça.

- Merde… J’avais bien besoin de ça, tiens.

- Yuffie est entichée comme seule peut l’être une adolescente, fais-moi confiance.

- Je me disais aussi que c’était bizarre de la voir jouer les infirmières attentionnées alors qu’on avait à peine échangé plus de quelques mots les rares fois où je l’avais croisée. (Il soupira) Qu’est-ce que tu me conseilles ? Tu la connais mieux que moi.

- Moi je me disais qu’une discussion entre vous s’imposait mais Loz pense que tu devrais plutôt « y aller direct ». Pour ce que ça veut dire exactement, j’en sais rien.

Le turk ricana.

- Moi, oui. Et je suis de son avis. Je m’en occupe, t’en fais pas. Et merci de m’avoir prévenu, je ne sais pas comment j’aurais réagi si elle me sortait le grand jeu ce soir. Mais au fait, dis-moi : tu parles de Loz comme si toi et lui vous… Non ?

Comme il l’avait escompté, la jeune femme rosit un peu.

- Oui. En effet, nous… Enfin, Loz et moi avons décidé de faire un petit bout de chemin ensemble. Pour voir ce que ça peut donner, on ne sait jamais, ajouta-t-elle avec un détachement qui ne trompa pas le turk.

Rompu à l’art de la dissimulation et du mensonge depuis des années, Reno la vit venir à dix pas. Nulle besoin d’aveux ou de pousser plus loin l’indiscrétion car l’affection qu’elle avait pour l’argenté se lisait sur son visage à chaque fois qu’elle faisait allusion à lui.

D’ailleurs en parlant d’indiscrétions…

- Mhh… Mes félicitations. C’est rare de tomber sur quelqu’un qui donne envie de poursuivre plus loin l’aventure. Tu as bien de la chance. Pour Cid et Shalua, aussi, ça a l’air de bien coller.

La jeune femme sursauta.

- Qui t’a parlé de ça ?

Leçon numéro un du parfait turk : prêcher le faux pour savoir vrai.

- Qui ? Mais enfin, tout le monde est courant ! mentit-il.

- C’est vrai qu’ils ne s’en cachent pas.

Reno retint un sourire satisfait. Cid et Shalua étaient donc bien amants, son instinct ne l’avait pas trompé. Bon sang, que tout cela devenait croustillant !

C’est en partie pour ce genre de moments qu’il adorait son boulot : les potins lui étaient aussi nécessaires que l’air qu’il respirait ! S’il n’avait pas été turk, il se serait bien vu à la tête d’un tabloïd sulfureux ou d’une émission de télévision people…

- Mais, dis-moi… Et sa femme ? Tu crois que Shalua va accepter de passer au second plan, d’être la maîtresse cachée ? C’est très romantique, cela dit, mais bon, ça peut vite dégénérer.

La jeune femme lui jeta un regard en coin et sourit.

- Reno… Pourquoi j’ai soudain l’impression que je viens de me faire avoir ? (Il ouvrit de grands yeux innocents et elle secoua la tête) Tu ne savais rien, en fait, avoue ! Si tu n’étais pas mon ami et mon meilleur fournisseur de ragots, je t’étranglerai…

- D’accord, d’accord, je suis irrécupérable, je sais, j’admets, c’est vrai. Mais si je te promets de ne pas ouvrir la bouche, de ne pas en parler à âme qui vive ? (Tifa éclata de rire) O.K., je suis pire qu’une commère de village devant sa porte, je le reconnais, mea culpa ! Mais avoue aussi que tu es ravie d’avoir sous la main un mec qui aime les commérages autant que toi. (Tifa ouvrit la bouche pour protester mais il agita son index sous on nez) Non, non, non, pas d’esquive, sinon, plus de nouvelles fraîches sur la saga «Elena/Tseng» jusqu’à nouvel ordre !

- C’est du chantage.

- Allez, raconte… supplia-t-il.

- D’accord. Ils sont très amoureux, murmura la jeune femme. Vraiment amoureux.

Le turk sourit de toutes ses dents, ravi.

- Je le savais ! Une idylle interdite au manoir Shinra ! Le pilote aventurier et la scientifique sexy. J’adore…

- Reno, tu n’as jamais pensé à écrire des romans à l’eau de ro…

- Et Shera ? la coupa-t-il, impatient. Que va-t-il faire avec Shera ? Il va jouer les bigames ? Raconte, raconte !

- Cid veut divorcer. Je crois qu’il n’a pas épousé Shera pour de bonnes raisons et il le réalise à présent.

Reno s’appuya contre le mur, bouche bée.

- Divorcer ? Carrément ? Ouahouh…

- En fait, j’ai cru comprendre que cette femme est une véritable… comment dire ?

- Toxine.

- Hein ?

Reno fronça les sourcils et croisa les bras.

- Une « personnalité toxique ». C’est comme ça qu’on appelle les gens tels que Shera, chez nous, dans les dossiers de renseignements. Ce sont des personnalités instables et obsessionnelles qui, sous des dehors charmants et serviables, peuvent te manipuler durant des mois, voire des années, pour arriver à leurs fins.

Tifa hoqueta.

- Et tu sais ça depuis quand ?

- Depuis que j’ai vu Shera, lorsque Cid m’a invité au mariage. Elle a toutes les caractéristiques de ce type de personnalité.

- Tu l’as dit à Cid ?

- Inutile. Ni lui ni personne ne m’aurait cru. Ces personnes ont la faculté de te faire croire que c’est toi le méchant de l’histoire et non pas elles. Elles trompent et trichent en permanence sans même s’en apercevoir. Au fil des années, cela leur devient si naturel qu’elles n’arrivent même plus à faire la différence entre leurs propres désirs et leur propre personnalité et ceux du personnage qu’elles ont créé. Elles vivent dans le mensonge permanent, fixées sur un seul but : la domination et la possession de l’autre.

La jeune femme frissonna.

- C’est terrifiant. J’ai même du mal à concevoir que tu parles de la douce Shera.

- Je sais. C’est pour ça que ces personnes sont si dangereuses. Et je peux même te dire un autre truc : si elle est bien telle que je viens de te la décrire, et je ne pense malheureusement pas me tromper, elle n’acceptera jamais le divorce. Non. Jamais elle ne voudra lâcher ce qu’elle considère lui appartenir. Elle préférera le détruire qu’y renoncer.

- Elle n’a aucune crainte à avoir de ce côté là, Cid se moque bien de l’argent et de la maison de Rocket Town, il n’est pas comme ça. Il lui laissera tout et elle ne manquera jamais de rien.

- Quand je disais «ce qu’elle considère lui appartenir », Tifa… je parlais de Cid.

Tifa laissa échapper une petite exclamation horrifiée et frissonna.

***

Vers 20h30, Reno s’esquiva discrètement de la fête dans un petit salon adjacent en compagnie d’une Yuffie rougissante et ravie qu’il tenait amoureusement par les hanches.

Escapade et familiarité qui parurent ennuyer Kadaj.

Il les suivit du regard avec un noeud dans le ventre jusqu’à ce qu’ils disparaissent dans le couloir.

- Amour secret, passion ardente… Voilà les rêves d’adolescente, soupira Cait, à cheval sur la hanche de maître. Mais dans le coeur de son Reno, elle ne trouvera nul écho…

- Qu’est-ce que tu racontes, touffe de poils ? intervint Shelke en caressant la tête du chat.

Elle tendit un verre de jus de fruits à l’argenté et celui ci l’accepta avec un sourire aimable bien qu’il doute que sa gorge serrée laisse passer une seule gorgée de liquide.

- Je crois que notre tas de boulons disserte sur l’amour, railla Cid, qui les rejoignit. Blague mise à part, qu’est allé faire Reno avec la petite ?

Les regards langoureux et les caresses discrètes dont le turk gratifiait l’adolescente depuis qu’elle avait rejoint la petite fête avaient inquiété le pilote au plus haut point.

- A les voir bras dessus, bras dessous, ce qu’ils comptent faire me semble évident, fit Kadaj avec une certaine rancoeur qui n’échappa à personne.

- Quoi ? s’étrangla Cid.

Il allait s’élancer pour sortir Reno du petit salon par la peau du cou et lui faire passer l’envie de tâter de la chair trop fraîche mais Shalua le retint par la ceinture de son pantalon.

- On se calme, amiral ! fit-elle avec une moue taquine. Tu ne vas nulle part, il ne s’agit que d’un jeu.

- Parce qu’un homme qui s’apprête à abuser d’une gamine, tu appelles ça un jeu ?

- Personne ne va abuser de personne, bête que tu es ! Tifa m’a dit que notre petite ninja avait une toquade pour Reno. Loz lui a donc conseillé de prendre le taureau par les cornes afin d’en finir au plus vite avec cette lubie. Notre rouquin préféré va sans doute la taquiner un peu pour lui faire passer l’envie de lui courir après, c’est tout.

Kadaj eut un sourire en coin, bien plus soulagé qu’il ne l’aurait cru, et constata, non sans surprise, que le noeud dans son ventre s’était mystérieusement dissous.

Shelke leur proposa des petits fours du petit plateau qu’elle était allée chercher sur la table.

- Et si ça lui plaît ? fit soudain Cid, faisant à nouveau se tordre les entrailles de l’argenté.

Shalua secoua la tête.

- Cid… Tu as aimé ta première cigarette ? Tu as apprécié ta première bière ? Tu as pris ton pied, lors de ton premier rapport sexuel ? (Le pilote grimaça) C’est bien ce que je pensais.

Cait 9 fit un grand geste emphatique et pérora :

- L’amour n’est pas affaire de candides adolescentes. Comment expliquer à un ange qu’il est des douleurs excitantes ? Qu’entend une enfant ingénue, à la brûlure des grands bûchers ; ou à la beauté d’un nu peint au pinceau envenimé ?!

Kadaj, Shelke et Shalua pouffèrent dans leur verre, manquant de peu de s’éclabousser les uns les autres et Cid partit d’un formidable éclat de rire qui fit se retourner les autres invités.

- Alors celle-là, je crois que c’est la pire de toutes ! Ah ! Ah ! Ah !

- Eh ! On peut rire aussi ? lança Reeve, qui s’entretenait avec Merill et Vincent.

- Tu devrais le commercialiser pour mettre de l’ambiance dans les hospices ! répondit le pilote, les larmes aux yeux, en désignant le chat robotisé du pouce.

Ce dernier se renfrogna, profondément vexé, et les rires redoublèrent.

***

Reno s’effaça poliment pour laisser entrer sa compagne et verrouilla la porte du petit salon, où trônait un divan moelleux tapissé de soie vert bouteille, de la même teinte que l’épais tapis qui recouvrait le plus clair du parquet verni.

Ces petits salons étaient destinés à permettre aux hôtes du manoir de s’isoler pour lire, regarder la télévision où se reposer un moment.

Le turk avait passé une bonne demi-heure avec Yuffie dans la grande salle et force était de constater que Tifa n’avait pas exagéré : l’adolescente était amourachée de lui au dernier degré. Il était plus qu’urgent de faire redescendre sur terre la créature rougissante et gloussante qu’était devenue la petite utaïenne et tant pis si cela devait lui faire passer un quart d’heure un peu humiliant.

Il retira sa veste, qu’il jeta négligemment sur l’accoudoir du divan, et alluma une petite lampe qui laissa la pièce douillette dans une pénombre mordorée.

- Nous serons tranquilles, ici, fit-il en prenant place tout contre Yuffie sur le canapé et en passant son bras possessif autour de ses épaules.

La jeune fille remarqua son sourire de prédateur et vira à l’écarlate.

Reno semblait soudain si… si… « homme ». Son odeur, ses mains, ses épaules… tout ! Où était passé l’adolescent affaibli aux yeux doux et aux mains frémissantes qu’elle avait appris à aimer pendant qu’elle jouait les infirmières ? Pas dans cette musculature qui tendait sa chemise, ni dans les veines saillantes de ses avant-bras vigoureux, moins encore dans ce regard assuré marqué au coins par d’imperceptibles rides d’expression ou dans ce sourire de carnassier un rien sarcastique…

- Qu’y a-t-il ? s’enquit Reno. Tu sembles anxieuse.

- Qui ? Moi ? Non, bien sur que non, quelle idée ! assura-t-elle en agitant la main.

Elle croyait que l’ambiance romantique et la présence toute proche de Reno éveillerait un désir cuisant en elle mais non. Bien au contraire. Son souffle contre sa peau la fit bien frissonner… mais de peur.

- Yuffie… Tu es très belle, haleta le turk. Je n’ai jamais osé te le dire, pendant que tu prenais soin de moi mais… tu me plais beaucoup…

Il la serra contre lui et fit courir les mains sur son dos en lui embrassant fougueusement le cou, comme fou de désir, et ça n’avait rien d’agréable.

Cambrée, la tête rejetée en arrière et en équilibre sur une fesse, la position de l’Utaïenne était inconfortable au possible. De plus, être ainsi pressée contre des muscles pectoraux durs comme du bois lui compressait douloureusement les seins et l’empêchait de respirer normalement mais, morte de peur, elle n’osait esquisser un geste entre ses bras.

Le souffle de Reno était brûlant, sa peau cherchait le contact de la sienne, ses lèvres semblaient vouloir la dévorer et ses dents lui mordillaient désagréablement la gorge.

C’était donc ça, un homme fou de désir ? C’était effrayant ! D’autant plus effrayant qu’elle ne savait absolument pas quoi faire !

Si elle avait eu ne serait-ce qu’un soupçon d’expérience, sans doute aurait-elle compris que le turk simulait et que son corps était loin de parler le même langage que ses lèvres et ses mains.

- Je te désire, Yuffie… susurra-t-il d’une voix rauque et sur un ton comme on n’en entendait que dans les feuilletons télévisés. Je te désire comme je n’ai jamais désiré une femme… ajouta-t-il, devant presque se mordre la joue pour ne pas éclater de rire.

Yuffie était bien trop troublée pour se rendre compte du ridicule de ses paroles.

« Ah… Parce qu’en plus, il faut parler ? »

Mais qu’allait-elle répondre ?

Heureusement, Reno ne parut pas se formaliser de son silence et il resserra son étreinte en posant ses lèvres sur les siennes.

Un baiser. Ca, au moins, elle connaissait ! Elle en avait vu des dizaines dans les films et avait déjà embrassé plusieurs garçons, à Utaï.

Elle soupira de soulagement mais voilà que quelque chose d’humide et de chaud se glissait entre ses lèvres pour chercher sa langue, qui s’était réfugiée d’elle-même au fin fond se sa bouche, tout contre sa glotte, la forçant à ouvrir grand les mâchoires.

Il n’avait quand même pas l’intention de lui mettre la langue jusque là, si ? C’était plus un baiser, ça, c’était de la spéléologie ! Est-ce que ce genre de trucs ne se faisait pas seulement dans les films pour adultes, normalement ?

Elle eut un mouvement de recul en s’essuyant les lèvres mouillés de salive.

Reno s’écarta d’elle et la regarda, déconcerté.

- Je ne te plais pas ? demanda-t-il avec une moue faussement dépitée.

Le sang de la jeune fille se figea dans ses veines. Refuser d’embrasser Reno ! Etait-elle devenue folle ?

- Bien sûr que tu me plais ! Quelle idée !

Pour le démontrer, elle s’agrippa à son cou et le turk reçut le baiser le plus maladroit de son existence. Les dents de la jeune fille s’entrechoquèrent violemment avec les siennes et elle manqua de peu de lui mordre la lèvre.

Ca suffit, il était plus que temps d’en finir !

- Que… bredouilla-t-elle en sentant les doigts du turk déboutonner sa robe. Qu’est-ce que tu fais ?

- Tu veux faire l’amour tout habillée ?

Elle blêmit.

- Faire… quoi ? s’étrangla-t-elle. Déjà ? Ici ?

Il haussa les épaules.

- Tu préfères qu’on aille dans bibliothèque ? J’ai toujours rêvé de m’envoyer en l’air au milieu des bouquins poussiéreux.

- Non ! J’veux dire si ! Enfin non ! Heu… Je… Ce serait pas de refus mais c’est la mauvaise période ! bredouilla-t-elle en bondissant sur ses pieds. J’ai mes… problèmes de femme.

Elle rougit furieusement en réalisant ce qu’elle venait de dire.

- Ah… fit Reno, dissimulant son amusement à grand peine. On ne me l’avait encore jamais faite celle-là…

- Je suis désolée, Reno.

- C’est pas grave, il m’en faut plus pour me décourager, assura-t-il en lui tendant la main. Approche.

La jeune fille tordit le nez en une grimace de dégoût et recula encore.

- Hein ?

- Bah oui, quand l’entrée principale est fermée, il reste la porte de service ! Allez, viens là, tu va adorer, tu verras…

Le sang de Yuffie déserta son visage si brutalement que le turk la crut sur le point de pâmer.

- Pardon ? Euh… Oui. Enfin, peut-être, fit-elle en reculant vers la porte. Mais je… J’ai horriblement mal au ventre, là, et je crois que c’est pas près de s’arranger alors, je… Je crois qu’on devrait arrêter là. Cela étant dit, si tu préfères aller voir ailleurs, je comprendrai parfaitement. Je ne t’en voudrai pas du tout, tu sais. Mais alors pas du tout.

Elle déverrouilla la porte à tâtons d’une main tremblante.

- Ah ? Tu es sû…

Mais elle s’était déjà enfuie dans le couloir et Reno se laissa aller à rire tout son soûl sur le divan. Oh bon sang ! Ce que ça faisait de bien, de rigoler… Il avait hâte de raconter ça à Tifa et à Loz !

Une fois calmé, il quitta le petit salon à son tour, sa veste sur l’épaule.

Il rejoignit les autres convives en se recoiffant et lissant sa chemise, sans remarquer les reflets des yeux mako de Yazoo, qui l’observait dans l’ombre du couloir. Ce même Yazoo qui, le coeur serré, venait de croiser la jeune ninja, haletante et les joues rosies, qui reboutonnait discrètement sa robe…

…à suivre

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XXX - Une part pour deux

«Rien n’est plus difficile à partager qu’un homme.»

Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

« Elle est folle de rage, mère. »

« Grand bien lui fasse. »

« Sa revanche sera d’autant plus terrible que sa défaite a été cuisante… »

« C’est à craindre, oui. Mais nous ne la laisserons pas faire. »

« Kadaj est le plus fragile sur le plan affectif. Il l’a toujours été. Il est jeune. Une proie facile et malléable, pour elle. Elle l’a déjà utilisé une fois et n’hésitera pas à recommencer. »

« Aerith doit parler à Yuffie à ce sujet. Notre petite Utaïenne a l’âge de Kadaj et le coeur sur la main. Elle est la plus à même de recevoir sa confiance. »

« Et Yazoo ? »

« Yazoo… Tendre Yazoo… Loz veille sur lui comme sur un autre lui-même. Non, c’est pour Kadaj que je m’inquiète le plus. »

« Mère ? Mère, tu sens ?La rivière… »

« Oui. Ca recommence… »

« Que signifient ces soudaines turbulences dans la rivière de la vie ? »

« Je l’ignore. Mais ça se rapproche. »

« Je n’aime pas ça… »

« Moi non plus, amour. Moi non plus… »

***

Allongée sur le dos de Loz, Tifa jouait avec l’une des pattes argentées de sa barbe.

- Tu veux que je les enlève ? demanda-t-il.

- Non ! se récria-t-elle. Non, ça te va bien…

Ils avaient refait l’amour et étaient tous deux exténués mais ravis de la sensuelle langueur qui leur engourdissait le corps.

La jeune femme éparpilla une pluie de petits baisers sur ses épaules et suivit du doigt les contours du tatouage défraîchi sur le haut de son bras : J8.

- Projet Jenova - essai numéro 8, dit-il avec un humour plein d’amertume.

Tifa sentit soudain une détresse poignante dans son sourire esquissé et nicha son menton au creux de son épaule pour frotter doucement sa joue contre la sienne.

- Je crois qu’aucun de nous ne se remettra jamais des images que nous a montrées Vincent… murmura-t-elle, la gorge serrée. (Il leva un sourcil, ne voyant pas de quoi elle parlait) Les images des vidéos de surveillance.

Loz sourit et enroula une longue mèche brune autour de son doigt.

- C’est du passé, Tifa.

- Je n’arrête pas de revoir le bébé que tu étais sur cette horrible table, les bras brûlés à force de vouloir saisir ce maudit biberon. Et Yazoo… Couvert de plaies et…

- Tifa, la coupa-t-il en se retournant sous elle pour la serrer contre lui. Arrête de penser à ça. C’est fini. Ca fait partie des vieux souvenirs oubliés.

Elle croisa les bras sur les pectoraux saillants et y posa le menton, le regard cloué au sien.

- Je sais bien que non. Je l’entends au ton de ta voix. Notre passé nous poursuit toujours. On aimerait croire qu’on oublie mais c’est faux. On n’oublie jamais, Loz. On accumule. On ne fait qu’accumuler… Et seul, la charge est dure à porter, parfois.

Il secoua la tête.

- Je ne…

- Tu as du mal à parler de ces choses, je sais. Mais je suis incorrigiblement patiente et je peux être très obstinée, tu sais. Je ne laisserai pas des non-dits, des souvenirs douloureux et des souffrances muettes te torturer sans rien faire. Te voilà prévenu !

Loz sourit et pressa le bout de l’index sur son nez, taquin.

- C’est une menace ?

On tapa discrètement à la porte de la chambre et ils échangèrent un regard à la fois contrarié et interrogateur.

Tifa bondit sur ses pieds et ramassa ses vêtements pour aller s’enfermer dans la salle de bains.

Loz, lui, enfila rapidement son pantalon, alla ouvrir et vit son jumeau sur le seuil de la chambre.

- Désolé de vous déranger, fit se dernier de sa voix douce, je veux juste me laver et me changer pour le dîner.

- Yazoo ? Tu ne devrais pas être en train de te reposer à l’infirmerie ? demanda le jeune colosse, un peu inquiet de sa mauvaise mine.

- Je vais bien, ne t’en fais pas. Les effets du mako sont totalement dissipés.

- On ne le dirait pas, à voir ta tête. (Yazoo haussa les épaules et referma la porte) Tu as des vertiges ? Des nausées ?

- Non ! Ca va, je te dis. (il regarda autour de lui, surpris) Où est Tifa ?

- Comment sais-tu que j’étais avec Tifa ?

Son jumeau lui adressa un clin d’oeil complice.

- Il aurait fallu être sourd, mon frère, pour ne pas le savoir…

Loz blêmit et Yazoo éclata de rire.

- Tu nous as entendus depuis le labo ?

L’hilarité de son jumeau redoubla.

- Non, quand même pas ! J’étais avec Kadaj, à côté.

La porte de la salle de bains s’ouvrit, laissant passer une Tifa écarlate rhabillée à la hâte.

Ses joues étaient tellement cuisantes qu’elle était certaine de pouvoir y faire frire un oeuf de chocobo en moins de trois minutes.

Elle toussota et s’éclaircit la gorge.

- Désolée, Yazoo, je… nous n’avons pas vu passer le temps.

Celui-ci la rassura d’un sourire.

- Pas de problème. Je vais prendre un bain, fit-il en prenant au passage une grande serviette dans la commode de merisier.

Il entra dans la salle d’eau, ferma discrètement la porte et s’appuya sur le rebord du lavabo pour se regarder dans la glace.

Loz avait raison : il avait vraiment mauvaise mine…

***

Dans sa chambre, Yuffie retira le sixième haut qu’elle essayait et le jeta rageusement en tas avec les autres vêtements, sur le lit.

Depuis plus d’une heure - en fait depuis que Shalua avait sorti Reno de la cuve et que les domestiques avaient mis le champagne au frais dans le but de fêter dignement sa guérison - la jeune utaïenne retournait ses bagages à la recherche de la tenue qui la mettrait en valeur.

Hélas, elle ne trouvait rien. Mais rien de rien !

- Y’en a marre, j’ai jamais rien à me mettre ! ragea-t-elle en donnant un coup de pied dans l’impressionnant tas de shorts, pantalons, pulls, robes, corsages, et autres vêtements qu’elle avait entassés dans deux valises pleines à craquer avant de partir pour Nibelheim.

Peut-être devrait-elle aller emprunter quelque chose à Tifa ? Une jolie robe en lainage ou…

- Ouais, et avec quoi tu la remplirais, pauvre pomme ! dit-elle à son reflet menu.

Elle extirpa une petite robe de daim noir de sous l’impressionnant tas de vêtements et fronça le nez.

C’était encore ce qui faisait le plus « femme » dans toute sa garde-robe.

Il fallait vraiment qu’elle fasse du tri dans ses armoires et qu’elle investisse dans des choses un peu plus sexy, sinon, les hommes ne la remarqueraient jamais.

Et surtout pas un homme comme…

Elle rougit et soupira à la seule pensée de son nom.

Quel genre de femmes pouvait-il aimer ? Les grandes perches avec de gros « nénés » et des jambes interminables ? Tous les garçons aimaient les grandes perches avec de gros nénés.

Elle essaya de l’imaginer dans un bar louche avec une tigresse en bikini aux cheveux de sirène en train de danser sur une table, devant lui, et de lui agiter une paire de ballons trop gonflés sous le nez.

Non ! Non, non, non, non, non…

Il n’irait jamais dans un endroit pareil ! Il était bien trop intelligent, romantique, drôle, courageux et sexy pour se prêter à ce genre de cinéma.

Il n’avait pas besoin de ça. Ce n’était pas une bête, lui ! Il savait contrôler ses bas instincts et ses impulsions. Il avait de « la classe » et, comme le disait toujours Rude, aimait ce qui avait de « la gueule » !

Elle poussa un profond soupir et se laissa tomber à plat dos sur le tas de vêtements, le regard rêveur et un sourire un peu niais sur les lèvres.

Elle ne cessait de le revoir nu, flottant dans sa cuve… Cette image l’avait hanté tout l’après-midi et la faisait rosir de gêne et de délectation à chaque instant.

Ah ! Reno…

Nom d’une matéria, qu’il était beau !

***

Reno ferma les yeux et, les jambes un peu tremblantes de l’orgasme qu’il venait de provoquer, se laissa aller dans la baignoire avec un soupir, laissant l’eau brûlante laver le sperme qui s’était répandu sur ses doigts et son ventre.

La première branlette de sa nouvelle vie !

Bon sang ce que ça faisait du bien de se sentir à nouveau vivant !

Plus vivant que jamais, d’ailleurs. Cette cure de mako avait vraiment fait des miracles. Il se sentait dispos et reposé comme s’il venait de prendre trois mois de vacances, c’était incroyable !

Il se lava les cheveux en sifflotant et pensa à toutes les choses qu’il aimerait faire car, que cela soit clair, il ne dépenserait plus une minute de sa vie inutilement ! Lorsqu’on a testé une fois cet horrible sentiment que son existence est sur le point de s’achever, toutes les choses que l’on ne pourra pas faire défilent dans la tête, saupoudrées de regrets.

Fini les nuits à comater dans un bar louche, l’esprit embrumé par l’alcool, terminées les soirées affalé sur le divan, à légumiser devant une console de jeu ou une émission de télévision ridicule ! Il allait profiter de chaque moment de libre pour s’éclater réellement ! Essayer, tenter des expériences en tout genre, du saut en parachute au stage de relaxation, découvrir des choses et, bien sûr, faire l’amour comme une bête ! Ouais !

Son téléphone sonna et il tendit le bras hors de la baignoire pour tâtonner dans les vêtements qu’il avait jetés sur le sol de la salle de bains.

Le petit écran indiquait un appel de Rude et il sourit.

- Nan, Rudo, tu n’hériteras pas de mon écran géant, je suis toujours vivant, désolé !

Un énorme éclat de rire lui répondit.

« Reno ! Putain, ça fait du bien de t’entendre déconner, vieux frère ! Shalua m’a dit que tu étais sorti de la cuve et que tout s’était bien passé. »

- Ouais. Enfin, ça a été un peu plus compliqué que ça, je t’expliquerai.

« Si tu fais allusion à Yazoo, Shalua m’a déjà raconté. »

- Vous faites une belle paire de commères, tous les deux, tiens !

L’hilarité de Rude redoubla.

« C’est le mako qui se fout des morts ! »

- T’es où ?

« En chemin, je serai au manoir dans deux heures, tout au plus. »

- En chemin ? Qu’est-ce que tu fous ? Vincent m’a dit que tu avais quitté le cratère nord en fin de matinée.

« Oui mais j’ai dû passer chercher une petite surprise pour Cid. »

- Ah ouais ? Quoi ?

« Je peux pas t’en parler, c’est une surprise, je te l’ai dit. Surtout tu lui dis rien, tu fermes ta gueule, hein ? »

- Je sais : le programme de pilotage dont il nous rebat les oreilles et qu’il attend depuis des mois !

« Raté ! Cherche pas, Reno, tu verras bien. »

- Donne-moi un indice, au moins !

« T’auras que dalle ! Sauf peut-être une beigne pour chaque sale quart d’heure que tu m’as fait passer ces deux derniers jours ! Plus sérieusement, Reno : comment tu te sens ? »

- Honnêtement ? J’ai une patate d’enfer ! J’aurais jamais cru.

« C’est super… Je suis vraiment content, vieux frère. Tu nous aurais vraiment manqué, tu sais. Le téléphone de Tseng n’arrête pas de sonner. Tout le monde demande de tes nouvelles. »

La gorge de Reno se serra un peu.

- Ouais… Ouais, je… J’ai… (il toussota, un peu gêné) J’ai du bol d’avoir des potes pareils. Sérieux, je… je sais ce que je vous dois à tous, Rudo, et j’oublierai pas.

« Ah ! Ah ! Ah ! Arrête des conneries et range le mélo ; ça te va comme un costard à un chocobo. Lâche-nous deux ou trois vannes et ça fera l’affaire ! Ce qu’on veut, c’est pas des mercis, c’est retrouver notre bon vieux Reno aussi déjanté et tête brûlée qu’avant ! »

- Ca, ça devrait pas poser de problème.

« Ca marche ! Alors je te dis à tout à l’heure. »

- A toute, Rudo.

Il raccrocha, plus ému qu’il n’aurait voulu, reposa le téléphone sur le tas de vêtements sales et se laissa aller sur l’appuie-tête de la baignoire avec un soupir.

Il avait encore une bonne heure avant le dîner et comptait bien profiter de tous les avantages de la luxueuse salle de bain mais, curieusement, il avait l’impression qu’il manquait quelque chose pour être tout à fait bien, du moins aussi bien que la dernière fois…

Quoi donc ?

Les sels de bain ? Non, il en avait versé une pleine poignée. De la musique ? Non, ça ne lui disait rien. Des remous peut-être ?

Il appuya sur l’un des boutons de commande à l’extérieur de la baignoire et l’eau se mit bientôt à gargouiller, les bulles d’air lui massant agréablement le dos.

Il laissa échapper un soupir de contentement.

C’était presque ça mais… non, il manquait quand même un « truc ».

Il se creusa la cervelle en se massant les tempes et rouvrit brutalement les yeux.

Yazoo…

Voilà ce qui manquait et ce qui l’avait fait se sentir aussi bien la dernière fois qu’il avait pris un bain dans cette même baignoire : les mains fraîches de Yazoo massant doucement son front et ses épaules…

***

Mains qui pétrissaient pour l’heure les épaules et la large poitrine de Loz, qui se laissait faire avec délectation. Les yeux clos et Yazoo assis à califourchon sur son ventre, il était immergé à demi dans l’immense baignoire à remous de la salle de bain de leur chambre.

- Pourquoi n’as-tu pas attendu qu’il sorte de la cuve ? finit-il par demander, intrigué par le comportement de son cadet.

Ce dernier soupira et haussa les épaules.

- Je ne voulais pas qu’il se sente gêné et se croit obligé de se confondre en remerciements à peine sorti de là.

Son massage terminé, il s’allongea sur son frère et ils glissèrent tous deux dans l’eau brûlante.

Agréablement bercé par les bulles du bain, il blottit sa tête au creux du cou de son jumeau avec un petit soupir mais se redressa aussitôt, le faisant violemment sursauter.

- Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? Tu es malade ?

Yazoo approcha son visage à quelques centimètres du sien.

- Dis-moi franchement : j’ai une sale tête ?

Son jumeau jura et le fusilla du regard.

- Ca va pas de me faire des peurs pareilles !

- Réponds !

Loz fronça les sourcils et fit mine de se concentrer profondément pour détailler le petit visage en coeur dans le moindre détail.

- Une sale tête… je dirais pas ça. C’est plutôt…

- Quoi ? Eh bien dis-moi ! Sois honnête.

- On dirait… On dirait un truc déterré par les chiens…

Yazoo se raidit, horrifié, et son frère éclata de rire.

- Abruti ! Tu ne peux pas rester sérieux, une minute ? C’est trop te demander ?! Crétin !

Il tomba sur Loz, qui riait à s’en décrocher la mâchoire, à bras raccourcis, envoyant des gerbes d’eau dans toute la salle de bains.

- Ah ! Ah ! Arrête, tu arroses tout ! Ah ! Ah !

Il lui saisit les poignets d’une main et le ceintura de son bras libre.

Yazoo abandonna rapidement la lutte, sachant qu’en matière de force, il ne faisait pas le poids face à son aîné.

Lorsqu’il le sentit se calmer et se détendre contre sa poitrine, Loz le lâcha, le laissant s’allonger sur lui.

- Alors ? demanda son cadet au bout d’un petit moment avec un sourire malicieux. Comment c’était, avec Tifa ? (un sifflement admiratif lui répondit) A ce point là ?

- Je croyais que tu avais tout entendu.

Son jumeau secoua la tête.

- Je te taquinais. Je suis monté directement du labo et je vous ai entendu parler au moment de tourner le bouton de la porte. Mais si j’en crois ta réaction, ça a dû être bruyant, en effet !

Loz lui pinça les côtes et fit un drôle de petit bruit agacé avec le bout de sa langue contre ses incisives.

- Tsss !

- Loz ? reprit son cadet, voyant qu’il n’obtiendrait pas davantage de confidences.

- Mhh ?

- Tu me trouves comment ?

- Hein ?

- Physiquement. Tu me trouves comment ? Séduisant ? Attirant ? Excitant, même, peut-être ? (Loz grimaça) A ce point là ?

- Un : tu es un homme. Deux : tu es mon frère. Alors pour l’excitation, tu repasseras.

- Oui, forcément, vu comme ça… soupira Yazoo, déçu.

- Mais sinon, tu es un homme très séduisant, essaya de se rattraper son jumeau, qui ne s’attendait pas à le voir si déçu. Aucun problème là-dessus. Bien des femmes seraient ravies de mettre dans leur lit, je te le garantis.

Yazoo fit la moue, pas très convaincu.

- Et… ça fait quoi ?

- Quoi donc ?

- Ca fait quoi ? De faire l’amour, je veux dire. Enfin, avec Tifa, par exemple, ça t’a fait quoi ? Raconte-moi.

Loz écarquilla les yeux, chercha ses mots quelques instants mais finit par hausser les épaules et lâcher un gros soupir en faisant vibrer ses lèvres, incapable de donner un début d’indication à son frère.

Yazoo redressa la tête pour le gratifier d’un regard atterré et la laissa retomber lourdement sur sa poitrine.

- Pourquoi je te demande ça à toi, aussi…

Ils gardèrent le silence un petit moment puis :

- Yazoo… A quoi riment ces questions bizarres ?

Yazoo rougit légèrement.

- Bizarres ? Qu’ont-elles de si « bizarre », mes questions ?

Loz lui releva le menton pour le regarder droit dans les yeux et fit la moue.

- Ce qui peut se passer entre ton nombril et tes genoux ne t’a jamais intéressé. A plus forte raison ce qui se peut se passer entre les miens. Alors qui t’a suffisamment tapé dans l’oeil pour que tu te rappelles soudain que tu avais un sexe à cet endroit ?

Son jumeau vira à l’écarlate et se redressa.

- Ce que tu peux être trivial, quand tu t’y mets ! s’écria Yazoo en sortant de la baignoire.

Il s’enroula dans son drap de bain et fila dans la chambre comme on prend la fuite pour se rouler en boule sur son lit, honteux de s’être fait percer à jour par son jumeau aussi facilement.

Il ne fallut pas longtemps pour qu’il sente le poids de ce dernier sur le lit et ses bras réconfortants autour de lui.

- Dis-moi ce qui se passe, murmura Loz contre son oreille.

Son cadet se retourna et se blottit contre lui avec une soudaine envie de pleurer.

- C’est Reno, avoua-t-il d’une voix à peine audible. C’est Reno, Loz.

Yazoo éclata en sanglots et son jumeau, complètement démuni en face d’une telle situation, ne put que le serrer contre lui et le bercer comme un enfant.

- Oh, merde…

Comment gérait-on d’une situation pareille ?

Il fallait qu’il en parle à Tifa. Qu’il lui parle au plus vite !

***

Après avoir répété à Yuffie une dizaine de fois que « mais oui, elle était ravissante » et que « mais non, sa robe ne la mincissait pas trop », l’Utaïenne consentit enfin à laisser Tifa prendre sa douche et se changer.

Une minute de plus à entendre le panégyrique de Reno et soit elle se serait mise à hurler soit elle aurait éclaté de rire !

- Yuffie… tu es sûre que nous parlons de la même personne ? avait-elle demandé lorsque la jeune fille avait monté en épingle la «dextérité», le «courage» et le «sérieux» du turk. Reno ? Notre Reno ?

- Oh ! Tifa… Il est tellement… Tellement…

- Plus vieux que toi ? avait-elle essayé de plaisanter.

- Ohah ! Tout de suite ! C’est quoi dix ans, franchement ?!

- Presque douze, Yuffie. Presque douze. Reno va avoir 32 ans.

- Eh bien justement : il en a peut-être marre, des vieilles peaux trentenaires !

Tifa en riait encore lorsque, alors qu’elle venait tout juste de se glisser sous le jet d’eau de la douche, Loz fit irruption dans sa salle de bains, lui faisant une peur de tous les diables.

- Mon Dieu, Loz ! Tu veux me faire mourir d’une attaque ?

- Tifa ! Je dois te parl… Oh…

Il s’était figé avec, sur les lèvres, un petit sourire en coin rêveur ; hypnotisé par les dizaines de petites rigoles d’eau savonneuse qui coulaient entre les formes généreuses de la jeune femme.

Tifa, plus flattée par sa réaction qu’elle ne voulait bien le laisser paraître, lui releva la tête.

- Pour parler, bel incarné, c’est là que ça se passe, fit-elle en posant son majeur et son index sous ses yeux.

- J’ai un problème, fit-il sans détour. Un gros !

- Un problème ?

- C’est Yazoo. Il… (il baissa d’un ton) Il ressent des… Disons qu’il s’est mis à apprécier particulièrement quelqu’un.

- Ah ? Et en quoi c’est un problème ? (Loz rougit un peu et toussota, mal à l’aise) Ah non ! Ne me dis pas que c’est de Shalua !

Il secoua la tête et leva les bras au ciel.

- Si c’était ça, ce serait pas grave !

- Que tu crois ! Elle est avec Cid.

- Ah oui ? Alors c’est pour ça qu’ils… Enfin, on s’en fiche ! Non, ce n’est pas Shalua.

- Qui, alors ?

- C’est… C’est Reno, avoua-t-il dans un murmure à peine audible, faisant blêmir Tifa.

- Quoi ? Lui aussi ? s’écria-t-elle.

- Comment ça « lui aussi » ?

…à suivre

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XXIX - Mien et seulement mien !

«Qu’est-ce que la possession

qu’un lent désir n’a pas précédée ?»

J. Lamarche

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Shiva Rajah d’après des illustrations de M.A. Sambre

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

La version non censurée de ce texte accompagnée d’une illustration inédite trop osée pour être publiée ici se trouvent dans le fascicule “Les interdits de www.ff7-yaoi-fanfics.com Tome 2″ (voir dans la boutique)

- Loz ? insista Tifa en posant la main sur sa joue. Qu’est-ce que tu as ? Tu me fais peur…

Avec un grognement sauvage, il l’écarta de l’épaule et asséna un coup de poing si violent dans le mur qu’un morceau de maçonnerie tomba à ses pieds.

- Loz ! s’affola la jeune femme. Qu’est-ce qui te prend ? Qu’est-ce que tu as ?

Pour toute réponse, l’argenté pressa ses deux mains sur ses tempes et, dos au mur qu’il venait de frapper, se laissa glisser jusqu’au sol avec un gémissement horrible, le visage déformé par quelque chose qui n’était pas loin de ressembler à de la douleur.

- Oh, mon Dieu ! Loz !

Elle voulut le serrer contre elle et l’aider à se relever mais il la repoussa brutalement, les yeux voilés de larmes.

- Ne m’approche pas !

- Qu… Quoi ?

- Je vais te faire du mal, Tifa, ne m’approche pas !

- Qu’est-ce que tu racontes ? Loz…

- Qu’est-ce qui se passe, ici ? s’écria Shalua, qui venait de sortir du laboratoire, alertée par le bruit. Qu’est-ce qu’il a ? demanda-t-elle en voyant l’argenté sur le sol.

- Je l’ignore ! hoqueta son amie, complètement affolée. Il a… il a changé d’attitude soudainement et… Je ne sais pas, Shalua. Je ne sais pas ce qu’il a !

Kadaj sortit à son tour du laboratoire et, évaluant la situation en un instant, se précipita aussitôt vers son frère.

***

Dans la bibliothèque, Vincent referma d’un geste rageur les rapports remis par Rufus et qu’il avait demandés à Elena la veille.

Il avait lu et relu les différents passages concernant le compte-rendu de l’incident qui avait fait annuler le décollage de la fusée de Cid, il y a plusieurs années, mettant par là même une fin définitive à son rêve d’aller dans l’espace et au projet spatial de la Shinra. Il avait décortiqué le texte jusque dans les moindres détails, cherchant la faille, mais n’avait rien trouvé.

Rien du tout…

Mais qu’espérait-il y trouver, en réalité ? Ce n’était pas la première fois que son intuition le trompait, après tout.

Que les rapports matériels aient confirmé l’anomalie détectée par Shera concernant les réserves d’oxygène de fusée, ce n’était cependant pas ce qui allait le faire changer d’avis sur elle, loin de là !

Si ces fichues réserves d’oxygène avaient explosé en vol, tout l’équipage de la fusée aurait été réduit en cendres et ça, Shera s’était toujours chargé de le rappeler à Cid et de le dire à qui voulait bien l’entendre. Oh, bien sûr, jamais de façon à avoir l’air de s’en vanter, bien au contraire. Plutôt en se présentant comme celle qui « avait gâché le rêve de l’homme pour qui elle aurait volontiers donné sa vie ! » La jeune femme avait peaufiné son rôle de « Sainte Shera Martyr » jusqu’à la dernière larme !

Vincent froissa une feuille de notes et la jeta rageusement sur le sol.

Pourquoi personne ne voyait clair dans le jeu de cette folle en dehors de lui ?

« Shera ? Mais enfin, Vincent, tu es fou ! Elle est la douceur même. »

« Avec Shera, Cid ne pouvait pas mieux tomber ! Mais la patience de cette femme sera mise à rude épreuve durant ce mariage, tu peux me croire ! »

« Comment Cid peut-il traiter une femme si gentille avec autant de mépris ? Il a beau être mon ami, j’avoue que je lui dirais volontiers ses quatre vérités à ce sujet ! »

Etaient-ils donc tous aveugles ?

Il poussa un profond soupir de dépit.

Il aurait tant aimé trouver dans ces rapports une raison inexcusable de rupture à ajouter au dossier de divorce - une erreur, un mensonge, un sabotage, n’importe quoi !

Non, en fait. Pas n’importe quoi. La confirmation de ce qu’il pensait depuis toujours : que c’était Shera qui avait saboté la fusée pour l’empêcher de décoller !

Si Cid avait été le premier homme à aller dans l’espace, il serait devenu un héros, une vedette… inaccessible pour elle, qui avait pourtant accepté de jouer les esclaves soumises durant des années pour pouvoir être seulement près de lui.

De l’amour ? C’est ce qu’elle croyait mais, à ce niveau, ça tenait plus de l’obsession psychotique que de l’idylle.

Cid avait beau essayer de le cacher, il savait très bien qu’elle n’accepterait jamais de divorcer. Pas sans qu’on lui force la main, du moins.

- Mon maître vous réclame et semble tourmenté, annonça Cait 9 en entrant dans la bibliothèque. Si vous me permettez la familiarité.

- Kadaj ? Qu’a-t-il donc ?

- Je l’ignore mais il m’a demandé d’accourir et, sans perdre de temps, de venir vous quérir.

Vincent rangea les rapports dans leur pochette cartonnée et les coinça sous son bras.

- Allons-y donc, fit-il en tendant sa main gantée au chat robotisé.

Cait la saisit et ils quittèrent la bibliothèque en direction du sous-sol.

***

- Loz ! Loz, regarde-moi. Regarde-moi !

Kadaj lui prit le visage dans les mains et le força à lever la tête.

- Elle est là, Kadaj ! haleta Loz, faisant blêmir Tifa et Shalua. Elle est revenue ! Je l’entends ! Elle essaye de s’imposer dans chacune de mes pensées !

Son frère le serra contre lui.

- Je le sais, mon frère. Je le sais…

- Jenova… murmura la jeune scientifique en se détournant avec un frémissement horrifié dans la voix.

Elle eut un geste aussi rageur qu’impuissant et Tifa, au bord de la nausée, s’appuya contre le mur du couloir.

- Oh, non… Elle ne va pas les reprendre ? Shalua, dis-moi qu’elle ne peut pas les reprendre !

A ce moment précis, Vincent descendit les dernières marches qui menaient au sous-sol en tenant Cait 9 par la main.

Devant le spectacle désolant qui s’offrit à lui, il comprit immédiatement de quoi il retournait.

- Elle n’a pas perdu de temps… soupira-t-il en s’accroupissant à côté de Loz et de Kadaj. Lui aussi ? demanda-t-il à ce dernier.

Kadaj acquiesça.

- Aussi ? s’étonna Shalua. Pourquoi ? Qui est l’autre ? Yazoo ?

Le benjamin de la fratrie leva vers elle un regard coupable et elle posa une main compatissante sur son épaule.

- Oh, poussin…

Cait, sentant la détresse de son jeune maître et que quelque chose de grave se passait, se glissa entre lui et son frère pour enlacer son cou de ses petites pattes velues.

- On ne la laissera pas faire, Kadaj, assura Vincent en gratouillant la tête du chat. Je te le promets.

- Loz est le plus fort d’entre nous, Vincent. Si même lui n’arrive pas à lutter, comment le pourrons-nous ?

Son aîné redressa la tête, le regard farouche et volontaire.

- J’ai lutté, assura-t-il. Si ce n’avait pas été le cas, Tifa serait morte, à l’heure qu’il est, ajouta-t-il, faisant hoqueter la jeune femme.

Profondément choquée par ces paroles, Tifa dut s’appuyer contre Shalua et l’ancien turk se tourna vers elle.

- Reprends-toi, Tifa, ce n’est pas le moment de flancher.

- Il a raison, ma grande, chuchota la jeune scientifique en serrant affectueusement les épaules de son amie de son bras valide. C’est maintenant qu’ils vont avoir besoin de nous.

Loz adressa à Tifa un regard à la fois accablé et coupable qui la bouleversa et, prenant son courage à deux mains, elle s’agenouilla à ses côtés pour enfouir son visage contre son cou.

- Je ne te ferai jamais de mal, Tifa, assura-t-il. Pas tant qu’il me restera une once de conscience qu’elle n’aura pas dévoré.

- Elle ne dévorera rien du tout ! promit Vincent. Nous l’en empêcherons. Jenova n’est pas invincible, loin s’en faut, et cette première bataille contre elle, tu l’as bel et bien gagnée, Loz.

Kadaj serra fortement Cait 9 contre lui, comme si l’affectueuse peluche était une amulette pouvant le protéger de Jenova.

Et elle l’était, en quelque sorte, puisqu’elle était la marque de l’amitié de Reeve et qu’elle lui rappelait à chaque instant, par sa seule et attendrissante présence, que lui et ses frères n’étaient plus seuls, désormais.

Mais cela suffirait-il ? Jenova était si forte…

- Et les prochaines batailles ? murmura-t-il avec un tremblement dans la voix. Qui les gagnera, Loz ? Elle ou nous ?

- Nous ! répondit Tifa à sa place. Nous tous. Et peu importe que nous ne sachions pour l’instant comment…

Vincent se leva.

- Dès que Reno sera sorti de la cuve, après le dîner, nous réunirons tout le monde en salle de conférence. Les hostilités sont ouvertes et nous devons serrer les rangs…

Tifa se blottit contre Loz et Cait leva un regard inquiet vers Kadaj et Shalua, quémandant une grattouille réconfortante.

***

Yuffie regarda sa montre et repoussa sa deuxième part de dessert, repue.

- Je descends voir Reno ! lança-t-elle à la cantonade en quittant la table du déjeuner. Je lui ai promis !

Cid avala son rapidement son café et se leva.

- Je vais avec toi.

Ils descendirent dans le sous-sol et frappèrent doucement à la porte du laboratoire.

Ce fut Cait 9 qui leur ouvrit.

- Mademoiselle. Cher Amiral, salua-il avec une petite révérence. Votre souci est médical ?

Cid roula des yeux et les leva au plafond.

- Ah non mais c’est carrément insupportable, cette façon de parler…

- On est pas malades, Cait, chuchota l’Utaïenne sans prêter attention à la réflexion du pilote. On vient voir Reno. C’est possible ?

Le chat acquiesça et s’effaça pour les laisser passer en mettant un doigt de sa petite patte devant sa bouche.

- Passez, passez et parlez bas, recommanda-t-il. Yazoo repose juste là.

***

Nu-pieds, vêtu d’un t-shirt noir et de son pantalon de cuir après une douche brûlante, Loz essayait de se détendre, allongé sur son lit.

Sans succès.

Il avait quitté la table du déjeuner sans attendre le dessert - espérant s’accorder quelques moments d’intimité avec Tifa - mais cette dernière était restée en bas et ne paraissait pas pressée de le rejoindre dans sa chambre, comme il l’avait espéré.

Pire : depuis presque une demi-heure que durait son attente, la voix dans son cerveau ne le laissait pas en paix, menaçant de le rendre fou.

« Elle ne viendra pas, Loz. » railla-t-elle « Cette peste ne sera satisfaite que lorsqu’elle t’aura brisé le coeur et enterré sous six pieds de gravats ! »

Il ferma les yeux et essaya de l’ignorer.

« Comme ce turk pour lequel ton jumeau a risqué sa vie ! Tu te souviens de l’explosion, dans le tunnel, Loz ? Tu te souviens des flammes ? De l’odeur de ta propre chair en train de se consumer ? Du bruit des os de Yazoo écrasés sous les blocs de ciment ? De la douleur ? Te souviens-tu de vos cris, Loz ? Ceux qui ont fait ça sont les mêmes que ceux qui voudraient te faire croire aujourd’hui qu’ils sont tes amis ! »

Il posa un oreiller sur son visage pour étouffer un gémissement.

- Mais tu vas te taire, à la fin !

« Je suis ta mère et mon devoir est de veiller à ce que tu ne… »

- Tu n’es pas ma mère ! Ma mère s’appelait Lucrecia !

« Mensonge ! Qui était là, lorsque vous aviez besoin d’aide : cette garce ou moi ? Qui a fait de vous des hommes puissants et redoutés alors que vous n’étiez que des expériences ratées ? Veux-tu redevenir une expérience ratée, Loz ? C’est ça que tu veux ? Parce que, pour eux, tu n’es et ne seras jamais rien d’autre ! »

- Je ne veux plus t’entendre !

« Il le faudra bien, pourtant, parce que je ne laisserai pas mon fils bien aimé être berné par une putain et une bande de fripouilles parvenues ! Tôt ou tard, j’arriverai à te faire entendre raison ! »

On frappa et Loz sursauta.

- C’est ouvert !

La porte s’entrouvrit et Tifa passa la tête par l’entrebâillement.

- Je peux ?

Il sourit, le coeur battant.

- Bien sûr, entre.

Il s’assit sur le lit et elle referma la porte pour s’y appuyer.

- Comment te sens-tu ?

Il haussa les épaules et grimaça.

- Elle se réveille de temps à autres. C’est à devenir complètement cinglé.

- Si seulement je pouvais faire quelque chose pour te soulager.

Loz prit sur lui pour faire bonne figure.

- Un câlin ne serait pas de refus, badina-t-il avec une petite moue espiègle.

Elle éclata de rire.

- Ca devrait pourvoir s’arranger ! Tu es parti comme une flèche, après le déjeuner.

- Je… En fait, je m’attendais à ce que tu me suives, quand je suis monté, avoua-t-il en détournant le regard, la gorge soudain sèche.

Jenova avait raison sur un point : il désirait Tifa à en être malade, comme il n’avait jamais désiré une femme. La souffrance provoquée par ce désir, c’est ce qui avait nourri l’entité. C’est en profitant de cette faiblesse que sa pseudo-mère avait failli le pousser à commettre le pire, un peu plus tôt.

- J’avais envie de prendre une douche et me changer, avant, murmura Tifa en verrouillant la porte pour que, cette fois, personne ne vienne plus les déranger. Je portais encore les vêtements d’entraînement de ce matin.

Les iris couleur de mako se plantèrent dans les siens et le monde qui l’entourait cessa d’exister…

***

Cid tapota doucement sur le cylindre en verre de la cuve de mako et Reno ouvrit les yeux.

- Salut, poil de carotte ! La baille est bonne ?

Le turk sourit et leva le pouce.

- Salut ! fit à son tour Yuffie en sortant de derrière le dos de Cid pour s’approcher de la cuve. Comment t… Oups !

Elle rougit brutalement avant de reculer de plusieurs pas et Kadaj pouffa derrière son écran.

Un : elle ne s’était pas attendue à voir Reno nu dans la cuve.

Deux : celle-ci étant surélevée d’une cinquantaine de centimètres et Yuffie surbaissée de vingt par rapport à la moyenne des femmes, elle s’était, pour ainsi dire, retrouvée le nez sur…

- Ce n’est qu’un pénis, du calme ! la brocarda le pilote, la faisant rougir plus encore. Dis-donc, Reno, t’es un vrai roux ? J’aurais jamais cru !

Le turk roula des yeux et son sourire s’élargit.

- Ne le fais pas rire, Cid, intervint Shalua en lui pinçant les fesses, ce qui fit hausser le sourcil à Reno.

Tiens, tiens… Se passait-il quelque chose entre ces deux-là ? Intéressant. Il faudrait qu’il examine le sujet de plus près une fois sorti de là.

- Bon, bah, contente de voir que tu vas bien, Reno ! Je te vois tout à l’heure pour dîner, hein ! fit précipitamment Yuffie avant de s’éclipser - ou de s’enfuir ? - les joues presque aussi rouges que les cheveux du turk.

Ce dernier agita la main et haussa les épaules.

- Je ne l’aurais pas crue si pudique, notre petite ninja… nota Shalua, follement amusée par la réaction épidermique de la jeune fille.

Kadaj, lui, trouva sa réaction plutôt émouvante et un sourire énigmatique étira ses lèvres pâles tandis qu’il se concentrait sur son clavier.

***

Tifa alla s’agenouilla à côté de Loz, sur le lit, pour suivre de l’index les formes un rien agressives des pattes argentées qui accentuaient les angles élégants de ses joues.

L’odeur sucrée du jeune homme l’enveloppa et elle caressa du bout des doigts ce visage à la beauté virile, farouche, et cette peau lisse et parfumée d’une pâleur onctueuse.

Loz sourit en fermant à demi les yeux.

Les reflets bleutés du froid soleil d’hiver qui pénétrait par l’entrebâillement des lourds rideaux faisaient chatoyer ses cheveux de mercure et se reflétaient sur sa peau, le transformant en statue d’électrum.

Le sourire de Tifa se fit caresse pour se poser sur sa pommette haute et elle se sentit soudain saisie d’une confusion qui n’était due qu’à l’émotion du moment.

- Je t’ai vue moins timide, murmura-t-il à son oreille.

« Oui, lorsqu’elle a essayé de te tuer, là-bas, à Midgar, elle était tout sauf timide… » persifla la voix dans sa tête. « T’en souviens-tu, Loz ? De souviens-tu de la haine, dans ses yeux ? »

« Mais tu vas la fermer, oui ! » répliqua-t-il en silence.

Tifa hocha la tête.

- C’est à mon tour de ne pas trouver les bons mots pour te faire comprendre à quel point tu m’attires et combien j’aimerais te le dire.

- Alors montre-le-moi…

Les mains de Loz se posèrent sur sa ceinture de cuir.

Souriant, il défit la boucle ainsi que le bouton de son pantalon et Tifa sentit une vague de chaleur remonter le long de son ventre. Puis il retira son t-shirt noir, dénudant son torse.

Sans la quitter des yeux, il fit descendre ses doigts de sa poitrine à son ventre, où ils dézippèrent la fermeture éclair. Puis ils se faufilèrent dans son pantalon pour le faire glisser sur ses cuisses et s’en débarrasser d’une torsion de reins.

Il ne portait aucun sous-vêtement.

Magnifique dans sa nudité, il se pencha sur Tifa et ses mains défirent un à un les petits boutons de son corsage. Sa bouche suivit bientôt ses doigts, se posant délicatement sur chaque pouce de peau dévoilée.

Ses lèvres traçaient un chemin de sensations contradictoires sur la peau de la jeune femme, frôlements assassins et caresses meurtrières, à la fois douces et douloureusement plaisantes.

« Ne fais pas autant de manières, Loz ! Ca ne te ressemble pas ! Et ce n’est pas ce qu’elle attend de toi, pauvre idiot ! Elle se sert de toi, es-tu donc si aveugle ? »

« Je t’ai dit de la fermer ! »

Après s’être débarrassé de la jupe longue et des bottes, il dégrafa le soutien-gorge, qu’il envoya valser au pied du lit, et fit glisser la petite culotte de dentelle le long des jambes fuselées.

Lorsqu’il s’allongea sur elle et que Tifa sentit la chaleur de sa peau contre la sienne, entièrement libérée de la barrière des vêtements, ce fut une intense brûlure qu’elle ressentit jusqu’aux tréfonds.

Le visage enfoui contre son cou, il mordilla tendrement le lobe de son oreille et un long frisson traversa le corps de la jeune femme. Le poids du corps de Loz, qui la pressait contre le matelas, l’enchanta, lui rappelant les sensations enivrantes et malheureusement interrompues de la nuit précédente.

Elle soupira et sourit, simplement heureuse de le sentir sur elle, pesant, fort, à sa place.

Tifa ouvrit brutalement les yeux.

Oui… il était à sa place.

Il se redressa légèrement et la regarda.

Un feu intense luisait dans son regard de félin. Un brasier effrayant d’intensité. Ses lèvres entrouvertes étaient gonflées et ses joues se teintaient d’une douce ombre rosée, comme s’il venait de courir. La veine, sur sa tempe, battait si violemment que Tifa craignit un instant de le voir s’affaler. Impression accrue par le souffle haletant et difficile qui s’échappait de sa gorge.

- Loz… murmura-t-elle, un peu inquiète.

Mais ces yeux-là n’étaient pas ceux d’un homme souffrant ou sous l’emprise d’une entité extra-terrestre. C’étaient ceux d’un homme dévoré par le désir. Un désir qui, lorsque qu’elle le décela, tordit les entrailles de la jeune femme en une agréable et sensuelle pression, faisant se dilater chacune de ses veines.

Le voir la désirer ainsi le rendait incroyablement désirable en retour et Tifa se sentit plonger dans un tourbillon de folie, une frénésie de concupiscence attisée par une trop longue abstinence. Une passion toute de brutalité et de domination forgée au grand feu de l’impatience. Si elle relâchait ne serait-ce qu’un peu le contrôle, ce serait violent… Effrayant… Animal… Le pire d’elle-même, cette partie masculine si bestiale qu’elle détestait d’autant plus chez les hommes qu’elle faisait partie intégrante de sa personnalité de combattante.

« N’attends pas ! » hurla la petite voix dans la tête de Loz. « Possède cette chienne en chaleur et débarrasse-toi d’elle ! »

« Non… »

Il se pencha vers elle pour prendre son visage entre ses mains et déposer un baiser passionné sur ses lèvres.

Un feu dévastateur enflamma les reins de la jeune femme.

« Plus bas, Loz. » insista la petite voix. « Serre cette gorge comme elle aurait tant voulu le faire avec toi, il y a deux ans ! »

« Jamais… Je ne lui ferai jamais de mal. »

« Bien sûr que si ! Parce qu’elle le mérite et parce que c’est dans ta nature, que tu le veuilles ou non ! »

« Tais-toi donc ! »

« Prends-là, allez, qu’attends-tu ? Glisse-toi entre ses jambes, soulage-toi et serre tes mains sur sa gorge ! »

« Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! »

Il poussa un gémissement douloureux dans la bouche de Tifa et celle-ci couvrit son visage de baisers.

La jeune femme lui prit la main droite et la fit courir sur son corps jusqu’à ses seins et sa gorge avec un soupir expressif tandis que de l’autre, elle lui pinça cruellement les tétons, le faisant brutalement tressaillir.

- Tifa… haleta-t-il en lui saisissant le poignet de sa main libre.

Elle lui adressa une petite moue désolée, ne l’ayant pas cru si sensible à cet endroit…

« Regarde comme elle te traite ! Tu n’es qu’un jouet, pour elle ! Comme pour les autres !»

Il sentait battre la jugulaire de la jeune femme sous sa paume droite et il lova les doigts sur la gorge délicate.

« Montre-lui qui est le maître !»

Il serra un peu et elle le laissa faire, préférant continer de taquiner ses tétons si sensibles plus gentiment.

« Serre ! Mais serre donc ! Tu n’auras jamais de plus belle occasion ! C’est la femme qui a essayé de te tuer, Loz ! Ne l’oublie pas ! »

- Loz… susurra Tifa, si bas qu’il faillit ne pas l’entendre. Doucement. Tu… Tu m’étrangles.

Il ouvrit brutalement les yeux et voyant sa main puissante contractée sur le cou gracile, fut pris de panique. Par tous les démons de la planète ! Qu’était-il donc en train de faire ?

Il la lâcha immédiatement et recula.

- Pardon, je…

Il parut hésiter un instant, le souffle court, puis se pencha par dessus le bord du lit pour se saisir de son pantalon, qu’il avait jeté sur le sol.

La jeune femme se raidit, soudain blême, croyant qu’il allait se rhabiller et partir.

- Loz ? bredouilla-t-elle. Attends, que…

Il retira la ceinture de cuir des passants du vêtement et la lui tendit.

- Attache-moi, chuchota-t-il.

« Que fais-tu, Loz ? Es-tu fou ?»

Tifa écarquilla les yeux.

- Quoi ?

« Arrête ! Arrête ce jeu stupide immédiatement, Loz ! Au fond de toi, tu sais que j’ai raison ! »

Il s’allongea lentement sur le dos, sans la quitter des yeux, et saisit les barreaux du lit, au-dessus de sa tête.

- Attache-moi les mains, répéta-t-il, le souffle saccadé.

« Pauvre imbécile… »

Tifa n’en croyait ni ses yeux ni ses oreilles mais la simple perspective de soumettre ainsi cette force brute, de dompter cette créature si puissante était… terriblement excitant.

Jamais elle n’aurait imaginé qu’un homme tel que Loz, si viril, si dominateur, se prêterait à ce genre de jeu…

Mais était-ce un jeu ?

Elle plongea son regard dans les yeux mako et y lut du désir, bien sûr, mais aussi ce qu’elle interpréta comme de l’appréhension.

- De quoi as-tu peur, Loz ? demanda-t-elle en se penchant pour caresser son ventre de ses lèvres, le faisant frissonner de plus belle. De moi ?

- Non… répondit-il.

- De toi, alors ?

- Peut-être…

- D’elle ?

- Surtout.

Avec un pincement au coeur, elle déposa une pluie de baisers sur son abdomen.

- Jamais je ne la laisserai te reprendre, Loz… assura-t-elle d’une voix enrouée en caressant son corps magnifiquement découplé. Dis-moi ce que je dois faire. Dis-moi ce que tu veux…

Elle le vit déglutir avec difficulté, sa pomme d’Adam montant et descendant dans sa gorge serrée par le désir.

- Attache-moi et…

- Et quoi, Loz ?

Il ferma les yeux un instant, le coeur battant, et elle l’encouragea d’un baiser sur le coin de la bouche.

- Fais-moi l’amour…

Ces quelques mots, si insolites dans la bouche d’un homme, le ton suppliant, ses caresses, son odeur et son physique affolant allumèrent un incendie de concupiscence au creux du ventre de la jeune femme.

- Oh, Loz…

Ses prunelles brillèrent avec l’intensité que celles d’un oiseau de proie et elle attacha solidement ses poignets du jeune homme aux barreaux du lit, au-dessus de sa tête.

***

Appuyé à l’encadrement de la fenêtre, le corps nu portant encore les traces de la passion dévorante qui l’avait uni à Tifa, Loz regardait le soleil se coucher, le ventre noué et les yeux menaçant de déborder.

La voix l’avait réveillé et ne cessait de le harceler.

« Tu as eu ce que tu voulais, Loz. Es-tu soulagé pour autant ? Bien sûr que non parce que j’avais raison ! Tout ce qu’elle voulait, c’était profiter du plaisir que tu pouvais lui offrir ! »

« C’est faux… Elle n’a pensé qu’à moi. »

« Non, Loz ! Elle a fait de toi son jouet ! Sa chose ! »

« Non… »

« Mais qu’est-ce que tu crois, mon pauvre fils ? Qu’est-ce que tu espérais ? Qu’elle te ferait l’amour en te murmurant des mots doux à l’oreille et te ferait des promesses d’affection éternelle ? Ah ! Ah ! Ah ! Ouvre les yeux, Loz ! »

« Tais-toi ! Par pitié, tais-toi… »

« Non. Pas tant que je ne t’aurais pas rendu la raison. Cette fille est en train de te briser ! Elle va réduire ton coeur et ton âme en charpie pour son seul plaisir ! Débarrasse-toi d’elle, Loz ! Débarrasse-t-en ! »

« Je ne peux pas… »

« Bien sûr que si ! Pense à ce qu’elle a fait. A ce qu’elle a dit ! Elle n’a que les mots « désir » et « plaisir » à la bouche, lorsqu’elle parle de toi, Loz ! Rien de plus ! Tu n’es rien de plus pour elle qu’un corps destiné à lui donner du plaisir ! »

« Je ne peux pas… »

« Je te guiderai, mon fils… »

« Non… Je t’en supplie, non… »

Il ferma les yeux et prit une inspiration douloureuse.

- Loz ?

Il tressaillit en sentant les bras de Tifa lui enserrer la taille par derrière.

- Tu pleures ?

Elle faillit ajouter « mon amour » mais se mordit la langue à temps, sachant combien les hommes détestaient ce genre de petits noms dès le premier rapport sexuel.

La seule chose qu’ils craignaient plus qu’une piqûre ou une prise de sang était une femme sentimentale qui risquerait de leur passer la corde au cou, elle ne le savait que trop et en avait fait l’amère expérience avec Cloud.

- Non, je ne pleure pas.

Elle laissa une traînée de baisers le long de son épine dorsale en insistant sur les cicatrices de ses injections de mako.

- Pourquoi as-tu l’air si crispé, Loz ?

- Tifa… Tout à l’heure…

Elle discerna quelque chose dans sa voix, comme un reproche, qui lui noua le ventre.

- Oui ? demanda-t-elle, la gorge soudain serrée par l’appréhension.

- Ce n’était pas… Ce n’était pas que physique, pour toi, n’est-ce pas ?

La jeune femme eut l’impression de recevoir une gifle en pleine figure.

Et dire qu’elle l’avait cru différent des autres… Mais, non, Loz était comme tous les autres hommes. Coucher, d’accord, mais s’encombrer d’une femme qui risquerait de l’aimer et de nouer un fil à la patte, hors de question !

Elle pressa son front contre son dos en ravalant ses larmes, se demandant si elle devait répondre par la négative, d’un enjoué : « Mais non, voyons ! Que vas-tu imaginer ! Je ne voulais que passer un moment, comme toi. Si on remettait ça un de ces quatre ? ».

Au moins, comme ça, elle aurait une chance de vivre à nouveau avec lui des minutes aussi fortes que celles qui venaient de s’écouler. Oui, si elle cachait ses sentiments, elle pourrait…

Quoi ? Souffrir en silence durant des années, comme avec Cloud ? Attendre de sa part un amour qui ne viendrait jamais ? Vivre avec son absence quasi-permanente ?

Non, elle ne mentirait pas.

Et, après tout, Loz était tout à fait en droit de refuser son affection. N’était-ce pas elle, qui l’avait cherché, dans la chapelle ? N’était-ce pas elle, qui l’avait embrassé la première ? Elle qui l’avait séduit, en fait ?

Non, Loz ne lui devait rien. Rien du tout et ne lui avait fait aucune promesse. Elle n’avait pas le droit de l’enchaîner par des sentiments qu’il n’avait pas réclamés.

- Non, Loz, avoua-t-elle, le coeur brisé. Ce n’était pas seulement physique…

Elle le sentit se pétrifier entre ses bras et resserra son étreinte une dernière fois. Juste une dernière fois pour profiter encore quelques secondes de sa chaleur, de la douceur de sa peau et de son parfum.

Elle sentait battre son coeur à tout rompre contre ses seins et son souffle s’accélérer sous l’effet du choc et de la surprise.

Bon sang, c’était encore pire que ce qu’elle aurait pu craindre…

- Si ça te pose problème autant le dire tout de suite Loz, fit-elle en ravalant ses larmes. Dis-le avant qu’il ne soit trop tard parce que… Parce que je crois que je suis en train de tomber salement amoureuse de toi, tu sais…

Il pivota entre ses bras pour lui faire face mais elle n’osa pas lever la tête pour voir son expression.

Tête basse, elle le lâcha à regret, une douleur sourde au creux de la poitrine qui mettrait sans doute des mois à cicatriser… mais deux mains puissantes se refermèrent sur son visage pour l’obliger à plonger son regard couleur de châtaigne dans les yeux mako à présent scintillants de larmes.

- Surtout ne change rien pour moi, fit-il en souriant tandis qu’un flot salé se répandait sur ses joues. Oh, Tifa…

« Je le savais… Je savais qu’elle éprouvait quelque chose pour moi ! J’avais raison ! » hurla-t-il mentalement à Jenova, narguant la voix qui avait voulu le tromper. « Tu n’as jamais su que nous mentir et te servir de nous ! Mais c’est fini ! Bel et bien fini… Je ne te laisserai plus te mettre entre elle et moi. Ni entre moi et personne, d’ailleurs ! Va pourrir avec les charognes, Jenova ! C’est là qu’est ta place… »

Il serra Tifa contre lui à l’étouffer et quelque chose, comme si on lui avait injecté une pleine seringue d’oxygène, se répandit dans chacune de ses artères, purifiant, faisant chanter le sang dans ses veines. Il se sentait soudain si libre, si léger que si la jeune femme n’était pas agrippée à lui, il aurait pu s’envoler.

- Loz… Loz… murmurait Tifa comme un mantra, la joue pressée contre sa poitrine.

- Je suis là, Tifa… Je serai toujours là, pour toi… Toujours…

Le ravissement de la jeune femme était tel qu’elle crut sa poitrine sur le point d’éclater.

Tout comme éclatèrent au même instant, à des centaines de kilomètres de là, les vitres les détecteurs de la Shinra sous le cratère nord tant fut forte l’explosion de colère de Jenova.

Tifa l’avait terrassée comme on embrasse : en douceur, passionnément et sans hésitation aucune.

Le hurlement de rage de la calamité tombée du ciel agita la rivière de la vie jusqu’aux tréfonds.

Les remous provoqués par sa formidable colère vinrent baigner avec la douceur d’une vague d’été les pieds de Lucrecia, qui lui répondit par un rire clair débordant de joie.

Jenova venait de perdre son premier « fils ».

…à suivre

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