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Chers petits frères ! (Part 4/5)

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Auteur : Shiva Rajah

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Depuis plus d’une heure, Aerith et Tifa n’avaient que le nom de Sephiroth à la bouche et les garçons commençaient sérieusement à saturer.

“Dis, Loz, est-ce qu’il dort en pyjama ou en caleçon ? ” ;

” Il est plutôt douche ou bain ? ” ;

” Qu’est-ce qu’il aime manger ? ” ;

” Rasoir électrique ou à lame ? ” ;

” Il met quoi, comme eau de toilette ? ” ;

” Il lui arrive de faire des cauchemars ? ” ;

” Il est déjà rentré blessé ? ” ;

“Qu’est-ce que vous avez fait ? “.

Reno, à bout, finit par se lever du canapé, où ils avaient tous pris place à la lumière des bougies, et se planta devant les filles.

- Oh, ouiiii… Il était blessé à mort ! gémit-il d’une voix suraiguë de midinette. Tu te souviens, Weiss ? Du sang et de la sueur coulait sur son torse musclé, piailla-t-il en se frottant la poitrine à travers son t-shirt. Il était méga trop beau ! Alors on l’a défringué complètement et on l’a mis au lit tout nu. Après on a pris une grooosse éponge et on l’a lavé partout-partout-partout. Il avait la méga fièvre et il gémissait en se tordant dans tous les sens, ses beaux cheveux humides étalés sur les draps trempés de sueur ” Ahhh Ahhh Ahhh ” ! (Il reprit subitement son sérieux et fusilla les adolescentes d’un regard sarcastique) C’est ça, que vous voulez entendre ? Si vous voulez des sensations vraiment fortes, on peut aussi aller à la buanderie vous chercher l’un de ses slips sales !

Les filles virèrent au rouge écrevisse et garçons éclatèrent de rire.

- Vous vous croyez plus malins, quand vous regardez des photos de filles nues sur le net, peut-être ? rétorqua Tifa. Vous pensez qu’on vous entend pas ? ” Ouah ! Elle est trop bonne, celle-là ! ” ; ” Trop chaude, la meuf ! “.

- ” T’as vu ses nichons ? Je me la ferai bien ! ” renchérit Aerith d’une voix rauque, imitation grossière de ses camarades.

- En voilà un langage, pour des demoiselles ! railla la voix de Sephiroth depuis la porte du salon.

Il était nu-pieds, torse-nu, uniquement vêtu d’un léger pantalon de coton noir, et ses cheveux avaient été noués en une longue natte lâche qu’il dansait sur son épaule.

Tifa et Aerith se congelèrent sur place et les garçons rirent de plus belle.

- On vous entend rire depuis la chambre du bébé, reprit le Soldat en s’approchant pour prendre un biscuit salé sur la table basse, au risque de faire se liquéfier pour de bon les “demoiselles” présentes. Vous allez finir par le réveiller.

Nero tira sur son pantalon, que ce dernier retint de justesse - mais pas assez vite que éviter que les filles n’aient un léger aperçu particulièrement croustillant de ce qui se cachait dessous, même si ça ne dura que le temps d’un clignement de cils.

- C’est cause que Tifa et Aerith, elle arrêtent pas de poser des questions sur toi.

- Nero ! Arrête de t’accrocher aux vêtements des gens, le tança son frère.

- C’est pas qu’est-ce que j’ai fait !

Le soldat sourit en soulevant Nero. Dans ses bras, le garçonnet paraissait encore plus petit que d’habitude.

- Ce n’est pas ce que j’ai fait, reprit-il gentiment ce dernier.

- Mais c’est qu’est-ce que j’ai dit ! protesta le petit, les faisant tous rire. Bah n’empêche que c’est vrai, qu’est-ce que j’ai dit ! Aerith et Tifa, elles demandent plein de trucs bizarres et ça énerve tout le monde.

Les filles regrettèrent en cet instant de ne pas pouvoir se transformer en flaque d’eau pour de bon et se glisser entre les lattes du plancher.

- Des questions bizarres sur moi ? s’étonna Sephiroth d’un air faussement intrigué. Ah bon ?

Il était habitué depuis belle lurette à ce genre de réactions de la part des adolescentes - ou même de femmes plus âgées - et avait appris à passer outre. Mais il y avait en revanche une chose que personne, à l’Académie, ne laisserait passer : l’occasion de taquiner le petit Nero qui, par ses facéties, son langage enfantin souvent hilarant et sa bouille de chibi, était devenu au fil des mois la mascotte attitrée de tout le régiment. Il faut dire aussi que, Weiss et son frère étant orphelins, ils vivaient tous deux en permanence à la caserne de l’Académie de Midgar, ce qui avait fait de Nero un peu le petit frère - ou le fils adoptif - de presque chaque soldat.

- Oui, plein !

- Enfin, l’une d’entre elles a déjà trouvé réponse, général, intervint Reno, narquois. Nu sous le pyjama, les filles ! lança-t-il en désignant du pouce la partie de l’anatomie du soldat que Nero avait dévoilé par mégarde.

Les demoiselles piquèrent un fard carabiné, faisant redoubler l’hilarité des invités, et Sephiroth lança au rouquin une œillade critique.

- Reno…

Au premier, Kadaj donna de la voix et tous les adolescents pressèrent leurs mains sur leurs bouches en marmonnant des excuses.

- Eh voilà ! fit Yazoo à la façon d’un parent mécontent du comportement de ses enfants en faisant claquer ses petites mains sur ses cuisses avec un sérieux de pape. Vous avez réveillé le bébé ! Bravo !

L’expression qu’il affichait était si insolite pour un garçonnet de huit ans, qu’il y eut un court moment de silence avant que tout le monde ne ricane de plus belle.

- Yazoo ! railla Sephiroth, pris d’un fou-rire incontrôlable. Je crois que Nero commence à déteindre sur toi !

Ce dernier se raidit dans ses bras.

- Je déteins, moi ? Comme les t-shirts de Zack dans la machine à laver ?

Weiss faillit s’étrangler avec le soda qu’il était en train de boire.

- Quelque chose comme ça, oui. Ah ! Ah ! Ah ! s’esclaffa Sephiroth.

Nero fronça ses petits sourcils en croisant les bras sur son pyjama “Super-Mog”, l’air soudain très concentré, comme s’il venait soudain de penser à quelque chose de particulièrement important.

- D’accord… Alors c’est pour ça que je fais du noir partout !

C’en fut trop pour le soldat, qui dût le poser par terre et s’appuyer contre le mur pour rire tout son soûl.

Yazoo haussa ses petits épaules en voyant les “grands” rire comme des idiots etsauta du canapé pour prendre Nero par la main.

- Viens, on va voir le bébé.

- J’espère que je serais jamais grand, moi. Les grands sont trop bêtes.

Yazoo acquiesça d’un soupir déchirant et se dirigea vers l’escalier en traînant des pieds.

- J’en ai marre de cette famille… Ils ont vraiment aucun sens des “responsabilisations” !

A l’énoncé de cette sentence, l’hilarité des adolescents et de Sephiroth atteignit des sommets.

***

Loz, qui était monté derrière les garçonnets pour calmer le bébé jusqu’à ce qu’il rendorme, redescendit dans la salon pour constater avec déplaisir - ô combien ! - que Sephiroth était toujours là, orteils et torse à l’air, en train de grignoter du pop-corn en compagnie de ses amis et sous le regard dégoulinant d’admiration des filles.

Et le pire, c’était que la lumière dorée des bougies le drapait d’ombres particulièrement avantageuses qui accentuaient sa musculature parfaite.

Qu’à cela ne tienne, il n’allait pas se laisser faire ! Lui aussi avait un corps d’athlète !

Il s’arrêta à mi-hauteur de l’escalier, attendit quelques instants dans l’ombre pour être sûr que personne ne l’avait remarqué, et remonta discrètement dans sa chambre pour ôter ses vêtements et fouiller à la recherche d’un pantalon de pyjama uni - ce qui ne fut pas une mince affaire car ils étaient presque tous estampillés de super-héros ou de personnages de dessins animés. Au moment de l’enfiler, il renifla ses aisselles, tendit la main vers son déodorant mais hésita. Un sourire incurva soudain ses lèvres et il jeta le pantalon de pyjama sur le lit avant de se diriger vers la salle de bains…

Tifa allait voir ce qu’elle allait voir ! A bishonen, bishonen et demi !

Il croisa son reflet dans le miroir et fronça le nez.

Bon d’accord, peut-être pas “et demi” mais au moins “et quart”, allez !

***

- Qu’est-ce qu’il fabrique ? commença à s’inquiéter Sephiroth. Kadaj devrait dormir depuis longtemps.

Weiss repoussa son frère pour se lever.

- Je peux aller voir, si vous voul… Quand on parle du loup !

- Désolé ! s’excusa Loz en entrant dans le cercle de lumière des bougies. Kadaj m’a bavé dessus, j’ai dû prendre une douche. Ouh, là, là… C’est moi ou on crève de chaud, ici ?

Plusieurs paires d’yeux écarquillés le considéraient, certains admiratifs, d’autres complices ou amusés, et d’autres encore, comme ceux de Nero, ouvertement étonnés.

- Pourquoi que t’es en culotte ? demanda le garçonnet en désignant le boxer-short vert et noir qui lui moulait les fesses et les hanches.

Sephi se mordit la langue pour ne pas rire et les filles laissèrent leur regard courir sur la peau brillante, tendue par une musculature qui, malgré le jeune âge de son propriétaire, n’avait presque rien à envier à celle de son aîné.

- C’est un short de gym, Nero, pas une “culotte”, expliqua Zack, amusé.

- T’as oublié de te sécher ? s’enquit Yazoo à son tour. T’es tout mouillé.

- Je viens de dire que j’avais chaud, moustique !

- Alors pourquoi que t’as la peau comme les poulets de la cantine ? insista Nero.

Weiss, comprenant parfaitement ce qu’essayait de faire son ami, attrapa son frère par derrière et lui plaqua la main sur la bouche.

- Ca suffit, Nero, arrête de l’embêter. Alors, Reno ? Tu las finis, ton histoire ?

Reno reprit son récit - probablement une anecdote croustillante - et Loz prit place sur le canapé, entre Cloud et Tifa en défiant Sephiroth du regard.

Ce dernier lui sourit, pas le moins du monde impressionné. Il ouvrit même la bouche pour faire un commentaire malicieux afin de le taquiner devant ses amis lorsqu’il le vit serrer les poings et les mâchoires, l’affolement dansant dans ses grands yeux mako. Ce reflet si particulier, le soldat le reconnut pour l’avoir vu mille fois dans les yeux des jeunes recrues indociles, lorsque les officiers les passaient en revue et leur hurlaient des imprécations dans les oreilles pour “les mater” ou “leur forger le caractère”, comme ils disaient. Cette lueur, c’était la peur de l’humiliation. Ou plutôt, la peur d’être humilié sans pourvoir répliquer ou faire quoi que ce soit pour se défendre.

Il avait provoqué lui-même cette rage impuissante chez des aspirants soldats trop vaniteux des centaines de fois mais la voir dans les yeux de son petit frère lui tordit le ventre.

Loz n’était pas un jeune postulant arrogant et indiscipliné qu’il fallait mater. C’était son petit frère… Celui qu’il avait tenu dans ses bras, lorsqu’il était bébé, et qui venait se réfugier dans son lit lorsqu’il faisait des cauchemars, la nuit. Ce n’était ni un tir-au-flanc, ni un jeune coq prétentieux. C’était son “Lozy”, son “bébé nounours” même s’il était devenu à homme sans qu’il s’en aperçoive. Il n’était pas son ennemi. Alors pourquoi cette expression ?

Aerith, qui le dévisageait lui, Sephiroth, avec admiration dès qu’elle pensait ne pas être vue, rougit violemment lorsque Zack la poussa discrètement de l’épaule pour qu’elle cesse son manège et il comprit. Il comprit qu’en cet instant, il n’était plus le grand frère qui était là, parmi eux, mais le Héros de la planète, la “vedette” élevée sur un tel piédestal par les médias et la population qu’il en était devenu intouchable. Une seule moquerie, une seule parole désobligeante de sa part devant Tifa et Loz perdrait aussitôt toute crédibilité ou charme à ses yeux. C’est du moins ce que croyait son petit frère en cet instant. Il le lisait dans son regard…

Il profita donc d’une pause dans le monologue de Reno pour se pencher en avant par-dessus la table basse et refermer sa main sur la cuisse de Loz, tâtant le muscle avec une brusquerie toute militaire. L’adolescent se figea, attendant la réflexion cuisante qui ne saurait tarder.

- T’as encore pris des cuisses, non ? demanda Sephiroth le plus sérieusement du monde. Belle fibre. Combien soulèves-tu, maintenant ?

- Quat… quatre-vingt kilos, bredouilla Loz, ne sachant à quel sauce il allait être mangé.

Les filles laissèrent échapper un petit cri admiratif et Weiss lui asséna une claque dans le dos.

- Je te bats ! Quatre-vingt-sept, mon pote ! Désolé.

Nouveaux cris et Weiss fit gonfler son biceps, fier de lui, tandis que Sephiroth se resservait un verre de soda, un sourire énigmatique sur les lèvres.

Il attendit que l’excitation retombe un peu et laissa nonchalamment tomber :

- Lorsque Loz dit “quatre-vingt kilos”, Weiss, je crois qu’il veut dire “quatre-vingt kilos”… sur chaque jambe !

Reno faillit en laisser tomber son verre et Zack s’étrangla avec une chips.

- Tu déconnes, là ? bredouilla Weiss en se tournant vers Loz, sidéré. “quatre-vingt kilos” sur chaque jambe ? En même temps ?

Ce dernier haussa les épaules, un peu gêné.

- Pourquoi ? Tu fais comment, toi ?

- Oh, la vache ! s’écria Cloud, qui n’en croyait pas ses oreilles.

- Et vous, général ? s’enquit Aerith, rougissante. Combien soulevez-vous, si ce n’est pas indiscret.

Sephiroth sourit et secoua la tête.

- A peine quatre-vingt-dix. Répartis sur les deux jambes, s’entend. Loz est un phénomène. Sa morphologie est idéale. Une alliance parfaire entre force et souplesse. Il n’y a qu’à regarder.

Il désigna le jeune corps presque nu de son frère, que ce dernier avait pris grand soin d’huiler un tout petit peu après la douche sur la peau encore mouillée pour faire ressortir les muscles à la lumière des bougies.

- C’est vrai que tu… tu es vraiment très… très… bien fout… musclé, murmura Tifa, le coeur soudain battant en détaillant le physique parfait.

Comment diable avait-elle fait pour ne pas le remarquer plus tôt ?

Chacun y alla de son petit commentaire et Sephiroth sourit à son jeune frère, qui lui adressait à présent à regard débordant de reconnaissance.

Discrètement, il lui fit signe de monter s’habiller et lui montra Tifa avec un clin d’oeil. Loz comprit immédiatement le message : tu lui as donné un aperçu du paradis ; maintenant, referme la porte et laisse-là rêver à ce qu’elle a vu.

Et question séduction, Sephiroth en connaissait un rayon !

- Je vais enfiler quelque chose, je commence à avoir un peu froid, fit-il.

- J’y crois pas ! railla Reno. Monsieur n’aime pas qu’on mate, hein ? Monsieur est timide, en réalité !

Loz lui lança un baiser, railleur.

- T’en fais pas, ma poule, je te laisserai mater quand tu voudras, si ça peut de faire tellement plaisir !

Les autres rirent de bon coeur et, lorsqu’il revint, vêtu du pantalon de pyjama uni qu’il avait abandonné sur son lit peu avant et d’un débardeur noir moulant avantageusement un torse, qui promettait de devenir ample et vigoureux dans quelques années, il aurait juré que le regard de Tifa sur lui avait changé. Quelque chose brillait à présent dans ses beaux yeux noisette, lorsqu’elle le dévisageait, quelque chose qui lui mettait tous les sens en émoi.

Sephiroth observait discrètement les deux adolescents avec un petit pincement au coeur, se souvenant de ses premiers émois et de ses premiers chagrins d’amour.

Tous s’imaginaient - et en cela le service de communication de la Shinra avait fait un travail admirable - que le grand général, le héros de la planète, était à mille lieues de ces choses. Qu’il était un parangon de vertu et de droiture, une sorte de créature froide et insaisissable que des choses aussi vulgaires que le sexe, le désir ou les sentiments ne touchait pas. Mais tous se trompaient… Il avait été adolescent lui-aussi. Lui aussi avait pleuré pour avoir la permission de minuit. Lui-aussi avait rasé son duvet naissant plusieurs fois par jour en espérant le voir se transformer en barde et poils drus et virils. Lui aussi avait souillé ses draps en rêvant à des créatures de rêve aux seins énormes et aux jambes interminables. Lui aussi avait rêvé d’abandonner ses fichus petits frères pleurnichards et casse-pieds dans le désert afin d’en être définitivement débarrassé. Et tant d’autres choses encore…

- Qu’est-ce que t’as ? T’es triste ? Tu vas pleurer ?

Il tressaillit en entendant la petite voix de Nero, qui s’était glissé entre ses jambes pour agripper sa taille de ses petits bras.

Le soldat regarda autour de lui et vit que Loz et ses amis discutaient avec animation au sujet d’un jeu, semblait-il, s’il en croyait l’espèce plateau de bois que Yazoo brandissait.

- Non, pourquoi serais-je triste, Nero ? (Il souleva le garçonnet pour l’asseoir sur sa cuisse) Je repensais à l’époque où j’avais l’âge de Loz.

- Avant que tu sois vieux ? demanda Nero.

Sephiroth pouffa.

- Je ne suis pas “vieux”, Nero. Je suis une grande personne.

Le petit secoua la tête.

- Mhh… Mhh…

- Non ? Tu n’es pas d’accord.

- Weiss et Loz et Zack et Reno et Cloud… ils sont grands. Enfin… Cloud, je sais pas trop, ajouta-t-il après réflexion, faisant s’esclaffer le soldat. Mais toi, t’es vieux.

Sephiroth haussa les épaules, toujours aussi amusé par les réflexions du garçonnet.

- Bon, eh bien disons que je suis vieux, alors. Mais j’ai été petit, tu sais. Comme Kadaj.

Nero ouvrit de grands yeux horrifiés.

- Tu faisais pipi partout sur les gens ?

- Ah ! Ah ! Ah ! Nero… Parfois, on devrait te filmer ! Ah ! Ah ! Ah !

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XIII - L’Omega

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Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Yazoo, allongé sur le ventre, laissait Reno lui masser le dos mais n’en ressentait pas moins une certaine gêne. Il n’était pas habitué au contact des autres - hormis celui ses frères, bien entendu. A plus forte raison à celui d’un turk qui, il y a peu encore, comptait parmi ses ennemis !

- Ca va mieux ? demanda ce dernier en décrispant patiemment les muscles situés le long de la moelle épinière.

L’argenté acquiesça en silence, de plus en plus embarrassé.

D’abord un bain avec lui et maintenant ça !

Ca devenait carrément ” bizarre “…

Il avait beau savoir que Reno ne faisait tout cela que pour le soulager, c’était quand même un tantinet licencieux, il fallait bien le reconnaître.

A moins que ce ne soit uniquement parce que sa propre nature obscène lui faisait voir des choses étranges là où il n’y avait rien d’autre qu’une sincère aménité et l’envie de l’aider…

Honteux de ses pensées graveleuses, Yazoo enfouit son visage dans l’oreiller pour dissimuler au turk un embarras de plus en plus visible.

Peine perdue.

- Quelque chose ne va pas ? s’inquiéta Reno d’une voix douce. Tu as l’air mal à l’aise.

L’incarné tourna un peu la tête et le regarda du coin de l’œil pour éviter de lui dévoiler ses joues cramoisies.

Reno était penché sur lui, nu-pieds sur le sol, la chemise, à demi-ouverte sur son torse, retombant par-dessus son pantalon et les manches remontées sur ses avant-bras. Il lui souriait avec sérénité, la tête légèrement penchée sur le côté, sa longue queue de cheval d’un roux éclatant rabattue sur son épaule.

Le turk était visiblement détendu et décontracté, du moins essayait-il de le paraître pour ne pas indisposer Yazoo et cela le rendait incroyablement… sexy.

La rougeur de l’incarné s’accentua et Reno laissa échapper un petit rire.

- Oui, ça te met vraiment mal à l’aise, on dirait, hein ? demanda-t-il en se redressant.

Yazoo sentit les mains chaudes quitter son dos avec un petit pincement au cœur.

Maintenant que les doigts agiles ne courraient plus sur sa peau, il réalisait à quel point ce contact avait été agréable.

- Je… Je n’ai pas l’habitude qu’on me touche, bredouilla-t-il.

- Désolé, je voulais juste t’aider à faire passer les crampes.

- Non, je… C’était très… bien. Je veux dire… ça fait du bien. Mais c’est bizarre…

- Bizarre ? Comment ça ? s’enquit le turk, de plus en plus amusé par la maladresse de Yazoo.

- Je… Je ne suis pas habitué, répéta ce dernier. J’ai beau avoir reçu de la mémoire de Sephiroth ce genre de… de sensation, c’est… C’est très différent à vivre réellement. Les contacts physiques avec un être vivant, s’entend. Les machines, c’est différent.

Reno grimaça.

- Un robot masseur, ça doit pas être génial, si tu veux mon avis ! En tous les cas, je ne lui mettrai pas le dos entre les pinces, ça c’est clair !

Yazoo sourit, un peu plus détendu.

- Oui, je suppose.

Il se tut, ne sachant quoi ajouter.

- Tu veux que je continue encore un peu ? s’enquit le turk pour le tirer d’embarras.

- Oh… Je… Non, je… Ne te sens pas obligé, je…

- Ca ne me gêne pas ! le coupa le Reno en reprenant son massage. En fait, j’aime ça, si tu veux tout savoir. Ca me détend. J’aime le contact des gens. Les filles disent que suis une véritable pieuvre !

Les mains habiles malaxèrent agréablement les muscles de ses épaules et Yazoo soupira de plaisir.

- Elles reprochaient souvent à Sephiroth d’être distant, au contraire, dit-il.

Reno leva un sourcil, intéressé.

- Attends, ne me dis pas que tu as en mémoire ses parties de… ” jambes en l’air “, si ? (L’incarné pouffa et hocha la tête.) Sérieux ?

Yazoo acquiesça à nouveau.

- Tout comme mes frères. Enfin, je suppose.

Reno tiqua en essayant d’imaginer ce qu’on devait ressentir avec les souvenirs et des sensations aussi intimes de quelqu’un d’autre gravés dans la mémoire.

- Ca doit faire super bizarre…

L’incarné haussa les épaules.

- L’expérience tangible est très différente du souvenir, en réalité.

- Et tu peux ajouter : plus agréable… ajouta Reno avec un air faussement suffisant en agitant ses doigts devant le nez de Yazoo.

- Et bien plus agréable, oui, acquiesça celui-ci avec une moue entendue.

Ils rirent de bon cœur et, une fois encore, l’incarné se dit qu’il ne s’était encore jamais laissé aller ainsi. Il avait sans doute ri et souri plus souvent ces dernières vingt-quatre heures qu’il ne l’avait fait depuis qu’il était sorti de la matrice, quelques semaines plus tôt.

- C’est incroyable, de se dire qu’il était là, dans mon corps, et que je m’en souviens absolument pas… murmura Yazoo au bout d’un petit moment en observant la paume de sa main, où Sephiroth avait enfoncé ses ongles en refermant le poing dans un accès de rage.

- Nous allons essayer de tirer toute cette historie au clair dès demain, ne te prends pas la tête avec ça pour l’instant. Détends-toi.

Reno s’assit sur le bord du lit et repoussa les longs cheveux de mercure sur le côté pour avoir un meilleur accès à la nuque. Yazoo sentit un long et délicieux frisson lui descendre le long du dos, ce qui n’échappa pas au turk.

- C’est d’enfer, ça, hein ? demanda-t-il en glissant ses doigts dans les soyeux fils argentés avec un clin d’œil complice. Moi aussi, j’adore qu’on me tripote les cheveux. Ca me fait frissonner de la tête aux pieds.

L’incarné poussa un profond soupir de pur plaisir et frémit de plus belle.

- Kadaj mettait parfois la tête sur mes genoux et restait des heures comme ça, à se faire câliner. Ca me manque. Il me manque…

Reno massa la nuque gracile avec précaution. Comment diable un homme pouvait-il avoir un cou aussi délicat ? Yazoo, bien que mince, était large d’épaules, pourtant.

- Il n’est pas certain que Kadaj ait rejoint la rivière de la vie, tu sais… murmura le turk, presque à contrecœur.

Bon sang de bois, Reno ! Qu’est-ce qui te prend de lui lâcher des infos, comme ça ? T’es con ou quoi ? File-lui les codes d’accès aux bases de données secrètes de la Shinra, tant que t’y es ! “

C’était totalement stupide, il s’en rendait bien compte mais merde, quoi ! Ce mec avait l’air tellement triste, tout d’un coup…

L’incarné se retourna subitement sur le dos et le fixa, ses beaux yeux mako écarquillés, emplis d’un espoir auquel il n’osait pas encore s’accrocher.

- Il… Il est vivant ? bredouilla-t-il en s’asseyant pour agripper à la chemise de Reno. La Shinra pense que Kadaj est vivant ? insista-t-il dans un murmure, à quelques centimètres à peine de son visage

Son souffle court qui s’échappait, haletant, d’entre les lèvres charnues, chatouillait le menton de Reno et son rythme cardiaque battait la charge. Si l’on ajoutait à cela le regard vert mako suppliant, son visage de chaton mouillé tendu vers le sien et les cheveux en bataille, Yazoo, mec ou pas mec, aurait fait fondre le cœur d’un bahamut.

Le turk sentit un torrent de lave se déverser dans ses veines mais réussit de conserver un semblant de calme.

- Nous ne sommes sûrs de rien, chuchota-t-il à un souffle la petite bouche boudeuse. Mais c’est possible, en effet.

L’incarné laissa échapper une sorte de gémissement entre le cri de soulagement et la lamentation déchirante et colla le front contre la poitrine du turk, toujours agrippé à sa chemise.

- Faites qu’il soit vivant… gémit-il d’une voix à peine audible. Dieux de cette planète, qui que vous soyez, faites qu’il soit encore vivant…

Le souffle brûlant qui glissa sur sa peau moite, entre ses muscles pectoraux, fit frissonner Reno et, presque timidement, il entoura les épaules de Yazoo de ses bras pour le serrer contre lui.

- S’il est vivant, nous le trouverons… promit-il en se demandant vaguement pourquoi il tenait autant à le rassurer. Nous le trouverons, tu verras…

***

La forme ectoplasmique d’Hojo marcha de long en large, dans le laboratoire, visiblement très contrariée par le rapport des deux chercheurs du Deep Groung que Nero avait mis à sa disposition.

- Il semblerait que les cellules de Jenova empêchent la fusion avec l’Omega, monsieur. Je doute que, même si nous arrivions à faire aboutir la Réunion, l’entité accepte le corps de Sephiroth comme hôte.

Hojo tordit ses mains fantomatiques, fou de rage.

A travers la vitre sans tain qui formait un pan entier du mur de la pièce, il observa le cristal où reposait son fils, comme si les reflets mako, désormais ternis par les expériences ratées de fusion, pouvaient lui fournir une réponse. Point n’était besoin d’être scientifique pour voir que le mythique soldat allait de mal en pis. Sa peau ivoirine avait pris une teinte bleuâtre et était devenue si fine qu’on lisait à présent parfaitement le réseau complexe des veines. Les magnifiques cheveux de mercure avaient perdu de leur lustre, virant au gris terne, la bouche sensuelle était crevassée et de nombreuses fissures courraient sur le cristal sensé protéger le grand corps athlétique. Ou ce qu’il en restait…

- Malédiction !

Si l’organisme de Sephiroth n’acceptait pas l’Omega, l’opération n’avait aucun intérêt ! Son projet était un échec !

La porte du bureau s’ouvrit pour laisser entrer un jeune homme mince à la chevelure aussi ténébreuse que les volutes sombres qui tourbillonnaient autour de lui, menaçant de happer tout ce qui se trouvait à portée.

Ses bras étaient entravés dans une sorte de camisole de force renforcée de cuir et son visage délicat disparaissait presque entièrement sous un masque de contention venu d’un autre âge, d’une époque où la médecine et la psychiatrie tenaient encore plus de la torture et de la barbarie que de la science. Et comme pour finir de lui donner une allure aussi étrange qu’inquiétante, une grande paire d’ailes métalliques aux rémiges tranchantes et aux alules remplacées par des mains artificielles articulées, saillaient de son dos, menaçant d’écraser le corps frêle sous leur poids.

- Ma patience a des limites, professeur, fit-il de sa belle voix posée à l’indéfinissable accent aristocratique.

Ses yeux purpurins se voilèrent de colère et Hojo ravala sa hargne.

La détresse de ce garçon lui avait offert une voie royale pour avoir accès aux laboratoires du Deep Ground - sous prétexte d’aider son frère Weiss - et ce n’était pas le moment de tout ficher par terre pour un simple accès de rage.

- Mon cher enfant… commença le scientifique, mielleux. Le croyais que la vie de ton frère bien-aimé importait plus que tout.

Nero se raidit.

- C’est le cas. Mais il semblerait que vous accordiez plus de temps et d’énergie à ramener votre fils à la vie qu’à sortir mon pauvre frère de sa léthargie !

La forme opalescente d’Hojo s’approcha pour lui poser la main sur l’épaule.

- Je n’ai jamais considéré ceci, fit-il en désignant le cristal mako à travers la glace sans tain, comme mon fils. Ce n’était qu’une expérience. Et, aujourd’hui, il me permet de faire les tests nécessaires devant me permette de sauver Weiss. Regarde-le, Nero. Regarde ce qu’une mauvaise préparation peut faire. Observe sa peau, ses cheveux, ses jambes réduites à l’état de déchets mako… Tiens-tu vraiment à ce que ton frère serve de cobaye jusqu’à ce qu’on trouve la bonne méthode. Ou préfères-tu que ce soit lui ?

Le ténébreux frissonna.

- Quand aurez-vous terminé vos… ” tests ” ? Quand pensez-vous pouvoir aider mon frère ?

- Bientôt, assura Hojo avec un sourire qui ressemblait plus à une grimace qu’à un signe de consolation. Mais, pour cela, je dois me concentrer et ne pas être interrompu sans cesse.

Nero encaissa le reproche sans broncher et tourna les talons après un dernier regard menaçant qui en dit plus long que n’importe quelle diatribe. Il signifiait ” trahis-moi et je te détruirai “.

Le scientifique jura et alla s’appuyer contre le miroir sans tain, son front ectoplasmique contre la vitre.

Pourquoi cela ne marchait-il pas ? Pourquoi Jenova et Omega ne fusionnaient-ils pas ? Etait-ce pour les mêmes raisons que Sephiroth n’avait pu être accepté par la rivière de la vie ? Parce que l’Omega appartenait à cette planète et pas Jenova ?

Si c’était le cas, aucun des ” super-soldats ” qu’il avait créés ne ferait un hôte acceptable. Absolument aucun ! Tous avaient reçu les cellules de Jenova. Absolument tous !

Non…

Non, pas tous.

Tous sauf…

- Weiss… murmura Hojo.

Mais oui ! Comment n’y a-t-il pas pensé plus tôt !

Hormis Nero, nourri depuis qu’il n’était qu’un fœtus au mako stagnant, les membres du Deep Ground n’avaient reçu que du mako purifié. Certes, Hojo n’avait pu mener l’expérience à son terme mais les premiers résultats avaient été stupéfiants. C’est vrai qu’il n’avait pas assez de recul pour pouvoir étudier les effets secondaires et les mutations ou dégénérescences possibles mais il n’en était plus là, de toute façon ! Il fallait faire vite et, contrairement à ce qu’il avait espéré, Sephiroth ne ferait pas l’affaire.

Génétique oblige, il aurait bien sûr été plus facile pour lui d’intégrer le corps de son fils que celui d’un étranger mais puisque son rejeton ne pouvait supporter l’Omega…

Un sourire torve incurva ses lèvres fines et les deux scientifiques présents dans la pièce frissonnèrent.

Bien sûr, comme Nero, ils ignoraient les véritables objectifs d’Hojo et pensaient que c’était uniquement par amour de la science et par soif de connaissances que la mémoire et la conscience désincarnée du chercheur avaient survécu dans la toile mondiale. Nero était persuadé que, pour Hojo, Weiss était une énigme, un challenge scientifique à relever, et que c’était pour cela qu’il avait annihilé le nano-virus qui dormait en lui et cherchait à le sortir de l’étrange coma que cela avait entraîné.

En réalité, le chercheur n’avait rien annihilé du tout et avait juste endormi le virus et l’organisme du chef des Tsviets. Sous prétexte de chercher le meilleur moyen de le ramener à la vie, Hojo avait obtenu l’accès au laboratoire secret du Deep Ground, où il avait espéré implanter l’Omega dans le corps de son fils avant d’y installer sa propre conscience désincarnée - son âme diraient certains.

Oui, il avait projeté de voler le corps de son propre fils après en avoir fait l’arme de destruction ultime et cela sans aucun scrupule. Après tout, n’était-il pas le créateur de Sephiroth ? Et ce qu’on a créé, on est en droit de le réclamer comme sien, ou même de le détruire, si l’envie nous en prend, non ?

C’est du moins ainsi qu’Hojo voyait les choses.

Hélas pour ses ambitions destructrices, son incapable de fils ne lui servait à rien ! Et dire qu’il avait mis tant d’espoirs en lui… Il était l’expérience parfaite, l’arme ultime, ciselée, modelée durant des années pour devenir l’épée qui purifierait la planète et qu’est-ce qui avait eu raison de lui ? Une armée ? Une puissance occulte ? Une Arme surpuissante ? Même pas !

Sa propre conscience et son impardonnable sensiblerie…

Oui, sa maudite et stupide humanité ! Que ne lui avait-il nettoyé le cerveau alors qu’il en était encore temps !

- Maudit sois-tu ! Misérable déchet, expérience ratée. Tu es bien le fils de ta garce de mère… Inutile et stupidement, pitoyablement humain… Comme Lucrecia…

Mais même un déchet pouvait servir la science. Il y avait toujours quelque chose à récupérer dans une expérience ratée…

- Avez-vous découvert où se terraient les deux autres ? demanda-t-il aux deux chercheurs qui essayaient de se faire le plus petits possible.

- Non, monsieur. Le clone n’a pas réussi à faire parler le plus jeune.

Maudite Jenova ! Mais comment aurait-il pu prévoir une chose pareille, aussi ? Depuis quand des cellules de cadavre étaient-elles supposées avoir une conscience et posséder celui qu’elles infectaient ?

Le monde entier s’était-il donc ligué pour lui pourrir la vie ?

Il inspira un grand coup.

Du calme…

S’énerver était contre-productif et ne servait à rien.

Weiss… Il fallait qu’il se concentre sur Weiss…

Il tenait peut-être une nouvelle piste à explorer. Mais avant cela…

- Trouvez-les, quoi qu’il en coûte ! Trouvez Loz et Yazoo et amenez-les-moi ! Morts ou vifs, peu m’importe, désormais…

S’il abandonnait définitivement l’idée d’implanter l’Omega dans Sephiroth, il n’avait plus besoin que des cellules des trois incarnés pour guérir et compléter le corps de son fils. Il lui servirait d’enveloppe charnelle au cas où l’expérience avec Weiss échouerait.

Oui, en cas d’échec, le corps de son fils lui irait comme un gant ! C’était la seule chose à laquelle il pouvait encore servir, de toute façon.

Dans le cristal mako, un désagréable frisson traversa le corps torturé de Sephiroth. Comme un mauvais pressentiment. Un très mauvais pressentiment…

…à Suivre

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Chers petits frères ! (Part 3/5)

***

Auteur : Shiva Rajah

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- On pourra le faire, après le bain, dis, Aerith ? insista encore Yazoo.

Weiss, qui donnait le bain à Yazoo et à Nero tandis qu’Aerith s’occupait de bébé Kadaj - Loz étant de corvée de vaisselle avec Tifa au rez-de-chaussée - roula des yeux et enduisit les longs cheveux des petits garçons d’une bonne dose d’après-shampoing.

Ni l’un ni l’autre ne voulait qu’on touche à sa tignasse ” comme celle de grand frère “ mais de là un supporter un démêlage dans les règles, il ne fallait quand même pas pousser ! Imiter Weiss ou Sephiroth, oui ; supporter les tiraillements du peigne, hors de question !

Nero visa son compagnon de son pistolet à eau et celui-ci répliqua avec le sien, ce qui les fit rire aux éclats.

- Bon, ça suffit ! les sermonna Weiss, trempé jusqu’aux épaules. Tenez-vous tranquilles, un peu !

Mais la baignoire, que les garçonnets avaient remplie de jouets aquatiques, ne poussait guère à la modération ou au calme.

Nero frappa l’eau de ses petits bras pour éclabousser Yazoo et celui-ci en fit autant, envoyant des gerbes d’eau en tout sens.

- Eh ! intervint Aerith, dont la robe légère fut éclaboussée par l’eau savonneuse. Arrêtez, vous allez mouiller le bébé !

Kadaj, à qui elle venait d’enfiler un pyjama ” mog ” qui lui donnait l’air d’une peluche, ne semblait pas aussi soucieux qu’elle et tapait dans ses menottes en riant comme un petit fou.

Weiss, le t-shirt désormais détrempé, saisit les bras maigres de son cadet et lui fit les gros yeux.

- Nero, ça suffit, j’ai dit ! C’est aussi valable pour toi ! ajouta-t-il, menaçant, en défiant Yazoo du regard de faire encore la moindre vaguelette dans la baignoire.

Ce dernier, sachant très bien jusqu’où il pouvait pousser l’ami de son frère, baissa lentement les mains et détourna les yeux avec une grimace boudeuse.

- Alors ? On pourra le faire ou pas ? demanda-t-il encore.

- Invoquer les esprits n’est pas un jeu, Yazoo, on ne sait jamais ce qui peut arriver, expliqua calmement Aerith, Kadaj assis à cheval sur sa hanche.

Le garçonnet laissa Weiss lui démêler et lui rincer les cheveux - non sans couiner des chapelets entiers de ” Aïe ! Aïe ! Aïe ! ” aussi exagérés qu’inutiles - avant de répondre.

- Mais t’as dit que ça marchait sûrement pas et que c’était juste pour amuser les gens !

La jeune fille se tourna vers le postulant Soldat, qui haussa les épaules, ne sachant plus quoi dire pour dissuader le garçonnet. Durant tout le dîner, Yazoo n’avait cessé de harceler Aerith sur le ouija découvert dans la réserve.

- Pourquoi que tu veux faire venir des ” spris ” ? demanda Nero, qui se laissait sagement coiffer sans protester.

Il adorait que son frère s’occupe de lui et tant pis s’il lui tirait un peu les cheveux ou lui pinçait parfois accidentellement la peau avec une fermeture ou un clip ! ” Si on pouvait le greffer à la jambe de son frangin, Nero serait le plus heureux des gosses ! “ avait l’habitude de plaisanter Reno.

- Des ” ES-prits “, le reprit le frangin en question en l’aidant à enfiler un petit pyjama estampillé de bébés chocobos hirsutes.

- C’est quoi ?

- Des fantômes.

Nero se pétrifia et ouvrit de grands yeux effrayés.

- Tu veux faire venir des fantômes dans ta maison ? apostropha-t-il Yazoo tout en s’accrochant au t-shirt de Weiss comme si l’un d’entre eux risquait à tout moment de jaillir du bain qui se vidait en glougloutant pour l’attraper par sa petite jambe et l’entraîner dans le siphon.

Aerith éclata de rire.

- Mais non, aucun fantôme ne va venir. Il ne s’agit que d’un j…

Elle fut interrompue par le bruit caractéristique de l’ampoule de la salle de bain qui venait de griller et de plonger la pièce dans le noir complet.

Nero poussa un cri strident et Yazoo lui fit écho par réflexe.

- Nero ! gronda Weiss. Tu m’étouffes !

Kadaj se mit à donner de la voix et Aerith tâtonna pour aller ouvrir la porte, le bébé toujours dans les bras.

Il faisait aussi sombre dans le couloir que dans la salle de bains.

- J’ai l’impression que le disjoncteur a sauté, fit-elle en soupirant. Chut, chut, du calme, bébé, ce n’est rien.

- C’est bizarre… nota son compagnon en allant à la fenêtre pour jeter un œil dehors, son petit frère accroché à sa jambe comme une moule à son rocher. Il n’y a plus une seule lumière à l’extérieur non plus. Pas même sur la route.

- Une coupure générale, tu crois ?

- Ca m’en a bien l’air.

- Zut…

- Weiss, je veux pas que les fantômes ils viennent ! sanglota Nero en tirant sur son pantalon.

Une curieuse sensation de froid se fit autour de la jambe de Weiss, typique des ténèbres que pouvaient invoquer son cadet, et l’adolescent s’accroupit pour emprisonner les petites menottes dans ses grandes mains.

- Arrêt de faire ça ! Aucun fantôme ne va apparaître, c’est juste une panne électrique !

- J’ai peur !

- Nero, arrête ça tout de suite !

- Mais Aerith elle a dit que les ” sprits “, c’est dangereux !

- C’est toi qui nous mets tous en danger, pour l’instant, pas les esprits !

- Maiiiiiiisss !

- Je t’ai dit d’arrêter, Nero ! Tu veux une fessée ?

L’adolescent lui asséna une tape sur les fesses.

Les pleurs redoublèrent mais la sensation de froid disparut aussitôt… remplacée par une forte impression d’humidité.

- Nero… gémit Weiss, à bout.

- J’ai pas fait exprès ! sanglota de plus belle le garçonnet, toujours accroché à sa jambe.

*

Sephiroth, l’oreille collée à son téléphone, soupira.

- Oui, mère, j’y vais tout de suite. Je serai là-bas dans une demi-heure, tout au plus. Mais que s’est-il passé exactement ? Lâché ? Tu veux dire ” lâché “, vraiment ” lâché ” ? Irréparable ? Combien de temps ? Eh bien… Oui, mieux vaut qu’ils restent tous à la maison. Sans lumière ni signalisation, les routes sont trop dangereuses pour les laisser rentrer seuls ou pour que quelqu’un vienne les chercher. Non, Weiss et Nero devaient rester à la maison jusqu’à lundi, l’académie était prévenue. Par contre, Zack et Cloud devaient partir en patrouille d’initiation, avec les cadets, demain à l’aube. Je pense qu’au vu des circonstances, Angeal va annuler, de toute façon. Ne t’en fais pas, je m’en occupe. Tu t’occupes de faire prévenir les parents des filles ? Moi aussi, je t’embrasse. Bon courage, mère, tu vas en avoir besoin.

Il raccrocha et Angeal lui tapa sur l’épaule.

- Alors ?

Son ami secoua la tête.

- Le tube de décompression du réacteur mako a lâché.

- Comment ça, ” lâché ” ?

- Fendu sur toute la longueur. Ils doivent de changer et relancer les flux.

- Combien de temps cela va-t-il prendre, pour remettre le courant à Midgar ?

- D’après mère, au minimum 12 heures. Au pire 48.

Angeal jura.

- On avait bien besoin de ça !

- Je dois filer à la maison. Les garçons sont seuls et ils ont invité des camarades. Zack et Cloud sont avec eux. Tu veux que je te les ramène ?

- Non, garde-les avec toi, si ça ne te dérange pas. Je vais devoir reporter la patrouille d’initiation de toute faç…

” ACCIDENT SUR LA VOIE 8 ! UN TRAIN EST RESTE BLOQUE DANS SA SECTION 42. JE REPETE : ACCIDENT SUR LA VOIE 8 ! UN TRAIN EST RESTE BLOQUE DANS SA SECTION 42. MERCI AUX TROUPES D’ASTREINTE DE REGAGNER LEUR SECTION POUR RECEVOIR LES INSTRUCTIONS. “

- Ca commence… gémit Angeal.

- A mon avis, ça va être comme ça toute la nuit. Veux-tu que je reste ?

- Non, file chez toi. Les gamins doivent crever de trouille. Nous, on peut communiquer grâce au réseau interne mais les relais téléphoniques eux, ont dû tous tomber…

*

- Pas de réseau, annonça Cloud en refermant son téléphone portable.

Ils étaient tous réunis dans le salon, autour des deux torches électriques que Loz et Reno avaient trouvées dans la cuisine et le garage.

- C’est une grosse panne générale, on dirait, fit Zack. Peut-être un problème au réacteur. Quelque chose a pu sauter.

Loz se raidit et blêmit.

- Ma mère devait y travailler aujourd’hui…

Zack réalisa alors sa bourde et agita la main.

- Attends, je veux pas dire qu’il y a eu un accident ou un truc comme ça, non. Je parlais d’un problème matériel.

Tifa, comprenant les craintes du garçon, lui serra le bras.

- Je suis sûre que Jenova va bien, Loz. S’il y avait eu un accident grave, on aurait entendu une explosion ou quelque chose comme ça. Pas vrai, Zack ?

Ce dernier hocha vigoureusement la tête.

- Ouais, bien sûr. A tous les coups.

- On va mourir ? demanda Nero d’une toute petite voix en voyant leurs mines lugubres.

Il portait un ancien pyjama de Yazoo beaucoup trop grand pour lui mais Weiss n’avait pas prévu de change en cas ” d’accident “. Voilà presque deux ans que son cadet n’avait plus besoin de ce genre de précautions.

- Bien sûr que non, on ne va pas mourir, idiot ! s’emporta l’adolescent. C’est juste une panne électrique, enfin !

Nero eut un mouvement de recul devant le ton hargneux. Ses lèvres tremblèrent un moment et, malgré les efforts déployés pour les retenir, il éclata en bruyants sanglots en s’accrochant à la jambe de son frère (désormais recouverte d’un pantalon de pyjama de Loz) pour enfouir son petit visage dans le tissu de coton bariolé.

- Mais qu’est-ce qu’il a, aujourd’hui ? s’étonna Zack. Il n’arrête pas de chouiner. Ca ne lui ressemble pas.

Weiss laissa échapper un profond soupir.

- Je vous l’ai dit, il est fatigué. Cette crevette noiraude ne veut plus faire sa sieste l’après-midi et voilà le résultat !

- C’est pas vrai, j’suis pas fatigué ! sanglota Nero, suspendu au pantalon de son frère. Et j’suis pas une crevette !

Ce dernier retint le vêtement de justesse, manquant de se retrouver cul nu devant ses amis.

- T’aurais pas dû mettre ta ceinture à laver aussi dans la bassine ! railla Reno. Pas quand monsieur pot de colle est dans les parages, n’attendant qu’une occasion de jouer les ” porte-clés ” !

- J’suis pas un porte-clés ! s’écria le petit sans cesser de pleurnicher, faisant s’esclaffer tout le monde.

Le bruit des rires les empêcha d’entendre la voiture qui se garait dans l’allée. Ce furent les phares qui éveillèrent leur attention.

- C’est grand frère ! s’écria Yazoo en se précipitant vers la porte pour l’ouvrir juste au moment où Sephiroth s’apprêtait à glisser la clé dans la serrure.

Le garçonnet lui sauta dans les bras et les deux filles présentes laissèrent échapper un petit cri aigu qui exaspéra Loz.

Ca y est ! La ” star ” venait une fois de plus lui ” casser son coup ” ! Et dire que tout était si bien parti, avec Tifa… Il l’avait fait rire, elle avait adoré le dîner, ils avaient plaisanté et s’étaient effleurés à plusieurs reprises en faisant la vaisselle et, comble de la chance, la Déesse lui envoyait une panne électrique qui coinçait la jeune fille à la maison pour une durée indéterminée. Alors pourquoi fallait-il que Sephiroth arrive maintenant ? Pourquoi ! Pourquoi ! Pourquoi !

Merde, merde et re-merde ! “

- Tout le monde va bien ? demanda le Soldat en jetant un œil à la ronde. La centrale électrique a subi une grosse avarie et ne sera pas opérationnelle avant demain midi, au moins. Aerith, Tifa, un messager est allé prévenir vos parents que vous passerez la nuit ici, c’est plus prudent. Zack et Cloud, la mission d’entraînement de demain est annulée. Vous restez ici aussi.

Les garçons prirent sur eux pour ne pas sauter de joie et se contentèrent d’un sobre : ” Bien, Général. A vos ordres, mon Général. “

- Reno, reprit le Soldat. Je ne savais pas que tu étais là. Veux-tu que je fasse prévenir chez toi aussi ?

Le rouquin secoua la tête.

- Non, pas de problème, Général. Mon père est à Corel pour son boulot. Je suis seul à la maison. Je peux rester sans problème.

- Parfait, alors. Tout le monde a dîné ?

Loz acquiesça, de plus en plus contrarié.

- On a mangé, la vaisselle est faite et rangée, les gamins sont lavés et on s’apprêtait à faire un ” truc “, là. Alors, si tu as faim ou que tu veux prendre un bain, il y a ce qu’il faut dans le frigo et on a fini avec la salle de bain du premier.

Sephiroth leva un sourcil intrigué face au ton acerbe de son cadet mais en comprit vite la raison en le voyant se rapprocher de sa camarade de classe, comme pour faire un rempart entre son frère et elle.

Les yeux de son jeune frère paraissaient lui hurler : ” Dégage ! Tu vois pas que tu gênes, là ? “

Le Soldat reposa donc Yazoo sur le sol et hocha la tête.

- Bien, alors je… commença-t-il en se contrôlant pour ne pas rire. Je vais vous laisser entre vous. Je… Je vais prendre une douche et manger un petit quelque chose dans la cuisine.

- Oh mais, ne partez pas à cause de nous, Général ! s’écria Tifa en rougissant. Vous… Je veux dire… Nous serons honorés que vous acceptiez de rester… Enfin, ici… Pas dans la cuisine. Euh… Je… Nous…

Au fur et à mesure que le sourire narquois de Sephiroth s’élargissait, la rougeur et le bégaiement de la jeune fille s’accentuaient - au grand amusement de ses camarades.

Loz lança un regard réfrigérant à son aîné, le défiant de rester avec eux, et ce dernier agita la main.

- C’est gentil, Tifa, mais j’ai ramené du travail, fit-il en brandissant un dossier épais comme le poing. Amusez-vous bien et ne couchez pas Yazoo et Nero trop tard. Au vu du nombre, je crains qu’il ne faille sortir un ou deux sacs de couchage. Vous allez vous débrouiller ? Je me charge de Kadaj, ajouta-t-il en prenant le petit des bras d’Aerith.

Ravi, le bébé gazouilla et Sephiroth couvrit sa bouille de baisers bruyants tout en grimpant l’escalier quatre à quatre sous le regard attendri des filles.

- Ohahhh… C’est trop chou ! Il est trop sexy ! soupira Tifa.

- Tu l’as jamais vu le matin au réveil… maugréa Loz.

- C’est vrai, il a tout pour lui… renchérit Aerith, rêveuse, sans prêter attention à lui.

- Les joues barbues, une haleine de chacal et les cheveux comme une serpillère… poursuivit Loz, dans l’indifférence générale.

-Je veux bien me sacrifier et aller dormir sur le tapis de sa chambre !

Elles pouffèrent et les garçons échangèrent un regard effondré en secouant la tête, dédaigneux.

- Bon, vous avez fini, oui ? finit par intervenir Cloud. Vous vous êtes vues ? Vous êtes ridicules.

Ils partirent tous dans une discussion animée mais les filles ne semblaient pas prêtes à redescendre sur terre après avoir vu leur idole d’aussi près et en pensant qu’elles allaient passer la nuit sous le même toit que lui !

- Pourquoi qu’elles sont tout drôle ? demanda innocemment Nero à Yazoo en voyant les jeunes filles glousser, se tortiller et soupirer à qui mieux-mieux.

Son ami fit vibrer ses lèvres, méprisant.

- Toutes les filles font ça, quand elles voient grand frère.

- Pourquoi ?

Yazoo haussa les épaules.

- Maman dit que c’est un truc de grands.

- Ils sont bizarres, les grands, quand même…

- Ouais, c’est clair !

…à suivre

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XII - Trois parts de moi

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Kadaj, exaspéré à force d’explications et découragé de voir que Sephiroth ne semblait pas comprendre un mot de ce qu’il disait, se laissa tomber sur le sol dégoûtant de la geôle qu’ils partageaient.

- Fais au moins apparaître le Masamune et réduis en pièces ces chaînes ridicules !

Sephiroth leva le bras, faisant cliqueter les chaînes en question.

- Faire apparaître… qui ça ?

Le garçon poussa un gémissement déchirant et se couvrit le visage des mains.

- Bon sang, mais tu dois bien te souvenir de quelque chose ! Je ne sais pas moi, les combats, tes amis… Jenova !

Le Soldat acquiesça.

- Jenova était ma mère. Elle est morte en me mettant au monde. Tu en as entendu parler ?

Kadaj jura, totalement abattu.

- Oh, et puis merde, tiens !

***

- Le cristal contenant mon corps se trouve quelque part sous les ruines de la tour Shinra, dans un laboratoire secret. J’ignore sur ordre de qui il a été amené là mais, pour ce que j’ai pu surprendre de leurs conversations, ceux qui l’ont récupéré au cratère nord, n’étaient ni des Soldats, ni des turks.

Reno tiqua et joua nerveusement avec les pans de sa chemise ouverte.

- Quand ? Quand le cristal a-t-il été déplacé ?

- Peu après que Jenova ait utilisé mes cellules pour créer mes trois incarnés.

Le turk hocha la tête.

- Voilà qui explique pourquoi nous n’avons rien trouvé là-bas, hormis nos trois amis fraîchement sortis de leur… ” matrice “.

Cloud s’assit prudemment sur le bord du lit en essayant de ne pas regarder l’entremêlement écoeurant de filaments verdâtres qui composaient désormais le bassin et les jambes de son ancien héros.

- Et tu dis qu’ils vont essayer de se servir d’eux pour… te ” reconstituer ” ? Mais Kadaj est mort.

Sephiroth secoua la tête.

- Les cellules de Jenova ne sont pas de ce monde et Kadaj ne peut se fondre dans la rivière de la vie comme tout un chacun. Même si Aerith avait réussi à lui offrir à ce qui pouvait se rapprocher le plus de la sérénité.

De plus en plus nerveux, Reno alluma une cigarette.

- Mais qui sont ces ” ils ” ? Les laboratoires de recherche de la Shirna ne…

- Je ne sais pas, le coupa Sephiroth, exaspéré par sa propre impuissance. Mon seul contact avec l’extérieur est celui que je peux avoir via mes incarnés. Là-bas, au laboratoire, je suis enfermé dans le cristal, à l’intérieur d’une sorte de… de… caisson ou de gros tube opaque, je ne sais pas. Les sons me parviennent étouffés et je ne vois pas ce qui se passe à l’extérieur. Mais j’entends parfois leur voix et leurs conversations.

- As-tu une idée de ce qu’ils veulent ? demanda Cloud.

Sephiroth soupira.

- Pas dans le détail. J’ai cru comprendre qu’ils voulaient faire de moi l’hôte d’une entité très puissante. Pas Jenova, ajouta-t-il en devançant leurs questions. Autre chose. Beaucoup plus instable. Et pour la contenir, ils ont besoin d’un corps capable de supporter une telle énergie. Comme Jenova, ils veulent se servir de moi comme d’un pantin… conclut-il, amer.

- Pire que Jenova ? bredouilla le turk. Qu’est-ce qui peut être pire que cette saloperie ?

Il se mordit la langue, doutant que l’ancien cauchemar accepte que l’on serve ce genre de ” gentillesses “à sa ” chère maman “, mais, comme Cloud le lui avait expliqué un peu plus tôt, il n’avait rien à craindre de ce côté là. Apparemment, Sephiroth savait très bien qui était Jenova et ce qu’il lui devait.

- Je l’ignore. Je sais seulement qu’ils en ont une peur panique, à en croire toutes les précautions qu’ils prennent.

- Dans quel but ?

Le Soldat secoua encore la tête, désolé de ne pouvoir donner plus de détails.

Reno fit vibrer ses lèvres, ne sachant plus s’il devait se sentir découragé ou rester sceptique.

- Bon ! O.K. Admettons. Et qu’est-ce qu’on est supposés faire avec tout ça, hein ?

Le regard de Sephiroth parut se glacer sous l’effet de la colère.

- Il ne faut pas les laisser utiliser mes incarnés ! A aucun prix ! Il faut les empêcher de reconstruire mon corps et de l’utiliser comme une arme dans je ne sais quel but ! Je ne veux plus être une marionnette ! Ni pour le SOLDAT, ni pour Jenova, ni pour personne ! Je veux que l’on récupère mon cristal, que l’on me ramène au cratère nord et qu’on me laisse enfin reposer en paix ! La Shinra me doit bien ça !

Il avait parlé avec une telle passion en serrant les poings que ses ongles s’étaient enfoncés dans ses paumes et que du sang avaient souillé les draps.

- Euh… fit Reno en désignant sa main. Je te rappelle que c’est pas ton corps, que t’es en train d’esquinter, là…

Sephiroth suivit son regard et desserra aussitôt les poings.

- Allez-vous m’aider ? demanda-t-il.

Le turk sifla.

- Bah il faudrait déjà que j’en parle au chef et qu’il me croit ! Et après ça, je…

Il s’était interrompu sous le regard massacrant que Cloud venait de lui lancer.

- Bien sûr que nous le ferons, assura ce dernier. Dès l’aube nous mettrons les autres au courant.

Sephiroth poussa un profond soupir.

- Merci, aspirant Strife.

- Cloud. Je… Appelle-moi Cloud.

Le Soldat sourit.

- Cloud. C’est noté. Je dois partir, à présent. J’ai passé trop dans ce temps dans ce corps et ce n’est pas sans conséquence pour lui. Nous nous reverrons lorsque vous aurez parlé à vos amis.

Avant même que les jeunes gens n’aient le temps de cligner des paupières, Sephiroth avait disparu, ne laissant à sa place qu’un Yazoo nu couvert de sueur, haletant et frissonnant.

Reno bondit littéralement sur lui, l’enveloppa bien serré dans le drap et le prit dans ses bras.

La tête de l’argenté inconscient ballotta contre sa poitrine avec des petits gémissements misérables.

- Merde…

Le visage moite encadré de cheveux humides en bataille et les petites plaintes qui s’échappaient de ses lèvres boudeuses rappelèrent plus que jamais au turk un chaton mouillé abandonné sur le bord d’une route.

Il écarta les mèches de mercure qui collaient au front blanc et les fines paupières frémirent avant de s’ouvrir sur deux grands yeux fiévreux couleur mako.

- Comment va-t-il ? demanda Cloud.

Le corps de l’incarné fut parcouru d’un long frisson et le turk resserra son étreinte.

- Tu as froid ? Tu veux une autre couverture ?

Yazoo s’accrocha à la chemise de Reno et blottit sa petite frimousse entre ses muscles pectoraux à la recherche d’un peu de réconfort.

- J’ai mal. J’ai mal… partout, gémit-il.

Reno lança un regard impuissant à son ami et celui-ci haussa les épaules, navré.

***

Kadaj était sur le point de devenir fou.

- Mais à quoi tu joues, à la fin ? hurla-t-il. Tu ne vas pas me dire que le contenu de ta mémoire se résume à trois phrases !

Sephiroth secoua la tête, aussi déconcerté que le garçon.

- Je… Je ne sais pas quoi te dire. Moi non plus, je ne comprends pas.

- Tu faisais partie de l’état major du SOLDAT ! Un général ! Ce n’est quand même pas rien ! Tu…

Pris d’une inspiration subite, Kadaj le gifla - ni assez fort ni assez vite pour qu’il ne puisse pas esquiver le coup avec facilité - mais Sephiroth reçut la claque de plein fouet.

- Non mais ça va pas ! Qu’est-ce qui te prend, petit ?

Le garçon, médusé, n’en croyait pas ses yeux.

Même lorsque l’on effaçait la mémoire d’un homme, qu’on lui lavait le cerveau, les réflexes restaient. Surtout s’ils avaient été développés durant des années !

Mais Sephiroth avait été incapable d’éviter une petite gifle de rien du tout. La ” légende vivante ” du SOLDAT avait des réflexes de combat proches du zéro pointé !

Qu’est-ce que c’était que cette blague ?

Kadaj plissa les paupières, de plus en plus méfiant, et recula d’un pas.

- Qui est-tu ?

Le Soldat écarquilla les yeux.

- Que… quoi ? Comment, qui je suis ?

***

Loz fut réveillé par une agaçante petite démangeaison sur son bras. Un moustique ou une araignée ? Argh ! Il détestait les insectes !

L’incarné ouvrit les yeux et vit qu’il ne s’agissait nullement de ce à quoi il pensait…

Allongée à ses côtés, Tifa dormait paisiblement sur le flanc, un bras autour de sa taille étroite et son front tout contre son imposant quadriceps. C’est son souffle régulier contre son bras qui provoquait le petit chatouillement.

Loz sourit et voulut tourner la tête pour contempler la jeune femme tout à loisir mais il faillit crier tant sa nuque était raide.

Et pas que sa nuque, d’ailleurs, mais, cette fois, l’excitation causée par la proximité de Tifa n’y était pour rien. Tout son corps était perclus de courbatures comme s’il avait passé des jours à se contorsionner.

Non, pas tout son corps, en fait… Ses jambes paraissaient être mystérieusement épargnées.

Il essaya en vain de retenir un gémissement pour ne pas réveiller sa compagne de lit mais une crampe particulièrement douloureuse venaient de se réveiller dans les tréfonds de ses muscles lombaires et son dos s’arqua brutalement, arrachant le drain.

La jeune femme se réveilla en sursaut.

- Loz ? Loz ! Qu’est-ce que tu as ?

- Cr… crampe… réussit-il à articuler.

Tifa s’assit et le regarda se tordre, impuissante.

- Une crampe ? Où ? Dans le dos ?

Il acquiesça dans un gémissement douloureux et elle glissa la main sous son dos cambré à craquer pour masser comme elle le put la partie concernée. La peau était moite d’une sueur glacée et les muscles tendus comme des cordes de guitare.

- Ce sont peut-être les antibiotiques, essaya de le rassurer la jeune femme. Certains me provoquent des tendinites, si je les prends à forte dose. Est-ce que ça passe ?

Loz acquiesça et essuya la larme qui avait coulé sur sa tempe.

- Oui, je… Ca va mieux. Merci.

Elle retira sa main et il se rallongea, le dos bien à plat, n’osant bouger de peur de provoquer une autre crampe.

- Ca y est ? Elle est part… Oh, oh, on dirait bien que ta blessure s’est rouverte.

Loz jeta un œil sur le bandage qui lui enserrait la poitrine en faisant bien attention à ne pas bouger la tête.

- Non, c’est… C’est le tube. Je l’ai arraché à l’instant sans faire exprès.

Tifa descendit du lit et alla s’agenouiller à son côté pour évaluer les dégâts.

Le pansement ne semblait pas être plus imprégné de sang que ça et celui qui marquait les parois du tube du drain avait commencé à coaguler, signe qu’il n’y coulait depuis un moment déjà.

- Bon, ça n’a pas l’air bien méchant. De toute façon, tu n’en avais plus besoin, apparemment.

- Nous guérissons vite, assura l’incarné. Un cadeau de mère, ajouta-t-il avec un sourire tendre qui congela le cœur de la jeune femme dans sa poitrine.

Ne sachant trop comment aborder le sujet, elle s’assit sur le lit, tout près de lui, et lui lissa les cheveux avec un pauvre sourire, comme elle l’aurait fait avec un petit garçon à qui elle aurait dû annoncer la mort ou la maladie d’un de ses parents.

- Loz… Jenova n’est pas du tout ce que tu crois, tu sais…

Le jeune homme fronça les sourcils.

- C’est pas gentil… Pourquoi tu dis ça ?

Il plissa les lèvres en une moue boudeuse à laquelle la jeune femme commençait à s’habituer et qu’elle trouvait de plus en plus “craquante”.

***

La forme opalescente d’Hojo se tenait devant la glace sans tain qui lui permettait de voir sans être vu tout ce qui se passait dans le laboratoire.

Au centre ce celui-ci trônait une sorte de gros tube en verre épais à l’intérieur duquel on avait placé le cristal mako contenant le corps de Sephiroth - ou du moins ce qu’il en restait.

Les chercheurs s’affairaient tout autour et relièrent un second tube au sien par tout un imbroglio de câbles et de tuyaux.

Hojo mourait d’envie de pousser la porte du laboratoire et de diriger les opérations mais c’était trop risqué. Il ne fallait surtout pas que son fils sache que c’était lui qui tirait les ficelles de ce projet improbable car il pourrait en avertir, via ses incarnés, des personnes qu’il n’avait surtout pas envie de croiser - cet empêcheur de tourner en rond de Vincent Valentine en tête !

- Le rythme cardiaque redevient normal, annonça une femme en blouse blanche au visage masqué.

Le fantôme d’Hojo ricana.

- Alors, mon garçon ? Revenu de ta promenade ? Où se cachent tes petits protégés, dis-moi ? Si seulement je pouvais t’obliger à me le dire…

- Ca s’accélère ! Il se passe quelque chose !

Le sourire d’Hojo s’élargit.

- Tu viens de le sentir, pas vrai ? Tu sais que Kadaj est ici.

Un homme en uniforme noir et bleu entra dans la pièce où il se trouvait et tendit le bras droit en claquant des talons.

- Heil Weiss ! salua-t-il.

- C’est ça, rétorqua le scientifique avec une moue méprisante. Bonjour également.

- Nero est ici, professeur. Il souhaite vous parler.

Hojo tordit le nez.

La dernière chose dont il avait besoin en ce moment, c’était que ce résidu d’éprouvette ténébreux vienne fourrer son petit nez de fouine dans son travail !

- Professeur ! les interrompit l’un des hommes qui avaient jeté Kadaj dans la cellule de Sephiroth un peu plus tôt. Nous avons un problème avec la copie !

- Quel genre de problème ?

- L’incarné l’a attaquée !

- Quoi ? Déjà ? Ce petit morveux n’a pas perdu de temps. Allons-y !

Il fit mine de quitter la pièce avec le butor mais le Tsviet s’interposa.

- Nero veut vous voir immédiatement, professeur. Il souhaite savoir pourquoi vous n’êtes pas en train d’aider l’Empereur Immaculé, comme vous vous y étiez engagé.

- Je ne fais que ça, imbécile ! mentit effrontément Hojo. Dis-lui de m’attendre dans mon bureau, j’arrive immédiatement !

Il passa à travers le Tsviet pour courir derrière le garde en direction de la geôle.

Kadaj s’était apparemment rendu compte que le Sephiroth qui lui tenait compagnie n’était qu’un clone de mauvaise de qualité mais il devait néanmoins faire vite pour sauver ce dernier de la vindicte du garçon avant qu’il ne le tue. Peut-être l’incarné lui avait-il, comme le professeur l’escomptait, involontairement confié de précieuses informations sur l’endroit où se trouvaient les deux autres incarnés…

à suivre

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Chers petits frères ! (Part 2/5)

***

Auteur : Shiva Rajah

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Yazoo poussa la porte de la chambre de son petit frère à la volée et, comme il l’avait espéré, Loz était penché sur la table à langer, en train de passer une lingette sur les fesses rebondies de Kadaj, qui piaillait de plaisir de se sentir enfin propre.

- Tadaaaa ! claironna-t-il en désignant son aîné à Tifa d’un grand geste théâtral. Le voilà !

Loz se pétrifia, blême de honte, les petits pieds de Kadaj dans une main, la lingette souillée dans l’autre, et Yazoo eut fort à faire pour ne pas éclater de rire tant la tête de son frère valait le coup d’œil.

Tifa, elle, s’était figée, les yeux écarquillés, le carton à pâtisserie qu’elle tenait se balançant doucement au bout de son solide ruban rose.

- Je… Je… bredouilla Loz.

- OHHHH ! C’EST TROP MIGNOOOONNN !!! s’écria soudain son amie, qui n’en croyait pas ses yeux.

Yazoo - qui attendait avec impatience le moment fatidique où son idiot de grand frère allait bredouiller un chapelet d’excuses stupides et avoir l’air plus idiot encore - fronça les sourcils et se tourna vers la jeune femme avec une moue.

- Hein ?

Mais Tifa ne faisait plus du tout attention à lui.

Elle laissa même échapper - signe évident que les choses ne se déroulaient pas du tout comme Yazoo l’avait espéré - le même genre de petit cri suraigu que poussaient les filles quand elles voyaient Sephiroth tondre la pelouse torse-nu dans le jardin.

- Qui t’a appris à t’occuper d’un bébé, Loz ?

Elle se précipita vers la table à langer pour regarder Kadaj avec ce que Yazoo appelait la ” méga tête de débile “. A savoir celle que faisaient généralement les adultes en présence de son petit frère.

Loz, plus qu’agréablement surpris par le revirement de situation, se rengorgea et haussa les épaules, un rien suffisant.

- Oh ! Quoi, ça ? fanfaronna-t-il en faisant sauter le pot de talc dans sa main comme l’aurait fait le barman d’une boîte branchée avec une bouteille d’alcool. C’est rien ! Ma mère a beaucoup de travail et, avec ces deux têtards, il faut bien un homme à la maison pour lui donner un coup de main ! ajouta-t-il en insistant un peu sur le mot “homme“.

Yazoo lui jeta un regard méprisant en faisant vibrer ses lèvres avec un bruit de ballon de baudruche que l’on dégonfle en pinçant l’embouchure.

Son aîné lui répondit par une œillade menaçante mais Tifa, les cils papillonnant d’admiration et des étoiles plein les yeux, ne remarqua rien.

- Dis-donc, Yazoo ! gronda Loz pour faire bonne mesure. Je ne t’ai pas demandé de m’apporter un paquet de couches de la remise ?

Le garçon se renfrogna et croisa les bras, vexé de se faire rabaisser ainsi devant Tifa. Il tenta même de faire de la résistance.

Pas longtemps…

- Tu préfères que j’utilise ton t-shirt, crapouillard ? demanda son frère en se penchant sur lui pour faire mine de le déshabiller.

Sachant qu’il était tout à fait capable de mettre ses menaces à exécution, Yazoo s’enfuit littéralement de la chambre sous les rires amusés de son frère et de Tifa.

Quelle humiliation !

Mais ça se paierait tôt au tard, ça, parole de Yazoo ! Comment, il ne le savait pas encore mais il trouverait !

Dans la chambre de Kadaj, Tifa se pencha sur le bébé pour lui faire des papouilles et lui chatouiller le ventre mais Loz lui conseilla de reculer.

- J’éviterais de faire ça, si j’étais toi.

La jeune femme leva un sourcil.

- Ah ? Pourquoi ?

- Bah… Kadaj est du genre à t’asperger au moment où t’y attends le moins, si tu vois ce que je veux dire.

Mais force était de constater, si l’on en croyait l’expression de la jeune fille, qu’elle ne comprenait pas du tout à quoi il faisait allusion.

- Si tu t’approches de trop et qu’il se lâche… essaya d’expliquer laborieusement Loz en rougissant.

Elle plissa le nez.

- Tu as peur qu’il me vomisse dessus ?

Le garçon grimpa d’un ton dans les pourpres.

- Il veut dire que si tu restes dans sa ligne de mire tant qu’il n’a pas sa couche, il va t’arroser au museau, baby ! railla la voix de Reno depuis la porte. Yo, potes ! salua-t-il en entrant dans la pièce.

Tifa rougit à son tour, comprenant enfin de quoi il retournait.

- Oh ! Ca !

- Super élégant, Reno, merci… grommela Loz.

La jeune fille pouffa et Reno, comme à son habitude, en rajouta encore pour faire bonne mesure.

- Attends, Tifa tu sais pas à qui t’as affaire, là… fit-il en désignant le bébé comme un organisateur de match de catch le ferait avec son meilleur poulain. C’est bébé Kadaj ! En chair et en os ! Le recordbaby du jet de pisse en longueur !

- Reno ! le tança Tifa en pouffant malgré elle.

- Sérieux. Record à battre : de la table à langer à l’humidificateur en un seul jet ! claironna le rouquin avec emphase en montrant la trajectoire d’un ample mouvement du bras.

- Reno ! intervint Loz à son tour en se tenant les côtes.

- Et si les cheveux de Cloud n’avaient pas ralenti l’impulsion du lancer à mi-course… je suis sûre qu’il aurait atteint la porte ! conclut Reno d’un ton tragique, faisant redoubler l’hilarité de ses camarades. Ce jour maudit, par la faute d’une coquetterie capillaire qui voulut défier les lois de la pesanteur, nous sommes passés à côté d’un moment historique ! La dure loi du sport…

- Reno, arrête, merde ! supplia Loz, à bout de souffle à force de rire.

Kadaj, les voyant tous aussi joyeux entra dans la partie, ce qui décupla l’hilarité générale.

Ce fut le moment que choisit Weiss pour arriver à son tour, la menotte de son frère Nero fermement cramponnée - comme à son habitude - à la jambe de son pantalon. A première vue, la tenue de l’adolescent laissait supposer qu’il sortait d’une salle d’entrainement d’arts martiaux sans avoir pris la peine de sa changer mais, comme disait Reno : “quiconque a eu un Nero suspendu à son futal comprend très vite la nécessité de porter une ceinture de judo nouée à double tour sur son pantalon de survet !”

- A peine arrivé et déjà en train de faire le pitre, poil de carotte ?

- Eh ! Yo, man ! T’as pensé au jeu dont je t’ai parlé ?

Son ami brandit une clé mémoire.

- Evidemment.

- Woah ! Cool !

Weiss désigna Kadaj du menton avec fit un clin d’oeil à Loz.

- Alors ? On a fini la vidange et on astique la carrosserie ?

- Si tu veux prendre ma place… proposa l’argenté avec un sourire narquois.

Son ami secoua la tête et désigna son petite frère, accroché à son pantalon.

- Merci mais j’ai déjà donné ! Pour rien au monde je ne veux revivre ça.

Reno se tapa les cuisses.

- Ah ! Ah ! Ah ! Tu m’étonnes !

Nero adressa à son aîné un regard accablé.

- Pourquoi tu dis ça ? demanda-t-il avec une petit moue chagrine en tirant sur la jambe de son pantalon. Tu m’aimais pas, quand j’étais bébé ?

Weiss leva les yeux au ciel et lui ébouriffa les cheveux.

- Mais si.

- C’est plutôt tes couches “radioactives” que ton frère avait du mal à apprécier, morpion ! lança Reno.

Ils éclatèrent de rire et le garçonnet se renfrogna.

- J’suis pas un morpion !

- Pourtant, question adhérence… ricana Reno.

- Maiss euh ! Weiss ! Il rigole de moi !

Les rires redoublèrent.

- Ne les écoute pas, Nero, ils sont bêtes ! le rassura Tifa en lui tendant les bras. Viens me faire un câlin.

Il ne se le fit pas dire deux fois et la jeune fille le souleva de terre pour l’asseoir à cheval sur sa hanche.

Nero était si petit, pour un enfant de six ans, que l’on aurait eu peine à lui en donner plus de quatre. Tout menu, il ne pesait pas plus lourd qu’une plume et Tifa pouvait faire le tour de son petit bras avec son pouce et son index.

- Alors, il paraît tu as cassé les pieds de ton frère tout l’après-midi ?

Le garçonnet secoua frénétiquement la tête avec une moue enfantine, ce qui eut pour effet d’auréoler ses longs cheveux noirs (qu’il refusait obstinément de couper “pour avoir les mêmes que Weiss“) d’une sorte de brume ténébreuse.

- C’est pas vrai ! C’est lui casse mes miens de pieds !

Tifa pouffa.

- Tiens donc !

- Vaut mieux entendre ça que d’être sourd ! railla Weiss. Monsieur pleurniche tout l’après-midi, refuse de faire sa sieste et c’est moi qui lui brise les noix !

- Et pourquoi que quand c’est toi qu’es fatigué, c’est toujours moi que j’dois aller dormir, d’abord ? se récria Nero de sa petite voix flûtée, faisant s’esclaffer tout l’auditoire de plus belle.

- Un point pour le grumeau ! gloussa Reno.

- Il est où, Yazoo ? demanda encore le garçonnet quant les rires se furent un peu calmés.

Loz regarda sa montre.

- C’est vrai ça, il en met du temps, en bas, qu’est-ce qu’il fabrique ?

- Bouge pas, j’y vais ! proposa Reno. Je préfère éviter de rester dans la visée du sniper fou tant qu’il n’a pas sa couche ! ajouta le rouquin avec un clin d’oeil, faisant rire ses camarades de plus belle.

***

Dans la remise, Yazoo avait totalement oublié pourquoi il était là.

Bien qu’on lui ait ordonné à de multiples reprises d’utiliser l’escabeau lorsqu’il voulait attraper quelque chose sur les étagères du haut - et qu’on lui ait formellement interdit d’y grimper comme un singe - Yazoo était un vrai casse-cou et n’en faisait qu’à sa tête.

Et, bien sûr, ce qui devait fatalement arriver arriva : un rayonnage avait fini par céder.

Heureusement pour le garçonnet, les cartons qui lui étaient tombés dessus ne contenaient que des décorations d’anniversaire et des guirlandes en papier.

Il savait que cela allait lui valoir une bonne punition mais, pour l’heure, quelque chose de beaucoup plus intéressant occupait ses pensées et accaparait son attention : l’étrange coffre en bois sculpté qui était apparu derrière le mur de cartons qu’il avait fait tomber.

Hélas, il était tout au fond, contre le mur, sous un tas de boîtes scellées avec le logo de la Shinra.

- Woah… C’est quoi, ce truc ?

Il se dégagea des cartons qui lui étaient tombés dessus et essaya d’atteindre le coffre en se faufilant entre deux packs d’eau minérale.

-Qu’est-ce que tu fabriques ? Ton frère attends toujours le paquet de… C’est quoi, ce bazar ? C’est toi qui as fichu cette pagaille ?

Yazoo, à quatre pattes par terre, tourna la tête et, avec soulagement, reconnut Reno.

- L’étagère s’est cassée.

- T’as encore joué les acrobates, c’est ça ?

- C’était un accident.

Le rouquin ricana.

- Ouais, bien sûr ! Et toi, tu es la petite fée de la remise. Et moi, le roi des gnomes !

Le garçonnet haussa les épaules avec dédain et se permit même de lui faire une grimace, à laquelle Reno, nullement vexé, répondit en tirant la langue.

Si ça avait été Weiss ou Cloud, Yazoo aurait été bon pour une fessée et un aller simple par la peau du cou en direction de sa chambre avec une fastidieuse leçon de morale. A croire que ces deux-là n’avaient jamais été petits et n’avaient jamais fait de bêtises !

Ce que les ” grands ” pouvaient être barbants, des fois, franchement !

- Reno, tu m’aides à sortir la boîte, là ?

Ce dernier s’accroupit pour voir ce que lui montrait le garçon.

Il s’agissait d’un coffre sculpté aux poignées ornementées qui devait bien mesurer dans les trente centimètres de haut sur autant de large et peser son poids de bois massif.

- C’est quoi, ce truc ? On dirait que c’est drôlement vieux.

- S’il te plaît… supplia Yazoo avec une petite voix larmoyante et un regard de chiot battu sous sa frange en bataille qui faisait toujours craquer Sephiroth.

Mais Reno n’était pas Sephiroth et il éclata de rire.

- T’as l’air d’un cocker à qui on a volé ses croquettes ! Ah ! Ah ! C’est bon, arrête de faire cette tête, tu vas rester coincé ! Et après, tu seras tellement moche qu’on devra te mettre dans le jardin pour chasser les corbeaux. Pousse-toi.

Un peu vexé tout de même, Yazoo lui laissa la place et le rouquin entreprit de tirer doucement le coffre vers lui sans faire tomber ce qui se trouvait au-dessus.

- Fais attention, intervint le garçonnet. Plus à gauche. Oui, t’y est presque. Encore un peu. Attention ! Tiens la boite blanche ! Fais gaffe, ça va tomb…

- Eh ! Moi, je veux bien t’aider mais, si c’est pour me les briser, tu te débrouilles tout seul, d’accord ?

- Je me tais ! Je me tais !

Yazoo pressa ses deux mains sur sa bouche en signe de bonne volonté et recula.

Au bout d’un petit moment, Reno réussit à décoincer le coffre et à le tirer vers lui sans rien casser ou faire tomber, les boites prenant la place laissée vide à la façon d’un jeu de cubes.

- Et voilà ! T’as vu le pro ? C’est pas beau, ça ? Bah dis donc, c’est une antiquité, ce machin. T’es sûr que ta mère serait d’accord pour tu fouilles là-dedans ? C’était drôlement bien planqué, quand même.

Yazoo haussa les épaules.

- Les choses qu’on a pas le droit de toucher, c’est dans une pièce du grenier fermé à clé et dans le labo de maman. Ici, elle nous a jamais dit de pas prendre des trucs.

Reno se mordilla la lèvre.

C’est vrai que si Jenova avait voulu mettre quelque chose hors de portée de ses enfants, elle ne l’aurait pas rangé dans la remise…

- O.K. T’es chez toi, après tout. Tu dois savoir ce que tu fais. Tiens.

Yazoo repoussa les toiles d’araignée qui recouvraient le coffre et le fermoir crissa en cédant. Son jean et son T-shirt étaient couverts de poussière mais il n’y prêta pas attention. Depuis qu’il était en âge de marcher, il passait des heures à déterrer ce qu’il considérait comme de véritables trésors dans la remise, le grenier ou le garage et, à presque neuf ans, il n’avait pas perdu une once de ce plaisir.

Il plongea les mains dans le coffre et extirpa, avec mille précautions, ce qui semblait être une vieille robe bleu pâle.

- Ca devait être à maman !

Reno se pencha à son tour sur le contenu mystérieux, curieux.

- C’est quoi ce truc, avec l’écriture bizarre ? demanda-t-il en désignant ce qui ressemblait à une planche de bois recouverte de symboles et de lettres incompréhensibles.

Yazoo extirpa la planche, et le petit triangle d’ivoire qui semblait l’accompagner, du fouillis de vieilles fripes.

- C’est quoi, comme langue ?

Ils regardèrent l’objet en silence.

- Il faudrait demander à Aerith mais je suis presque sûr que c’est de l’ancien cetra. J’ai vu quelque chose dans le genre dans un film, une fois, dit Reno, je crois que permet de communiquer avec les esprits.

Yazoo écarquilla les yeux, fasciné

- Sérieux ?

- Enfin, ça permet… ” en théorie “. Va pas t’imaginer des trucs. Ce n’est qu’un jeu.

- Ca pourrait être drôle d’essayer, risqua le garçonnet.

Reno haussa les épaules.

- Il faudrait le montrer à Aerith. Si ça se trouve, c’est pas ça du tout.

Le garçonnet se redressa, l’objet dans les mains.

- Alors viens, on va lui montrer ! Elle a dû arriver !

Il voulut filer, son trésor sous le bras, mais le rouquin le retint par la ceinture de son pantalon.

- Eh, là ! Minute, grumeau ! T’oublies rien ?

Yazoo haussa les sourcils et se débattit.

- Quoi ? Lâche-moi !

- Ton frère attend quelque chose, il me semble !

Le garçonnet cessa de s’agiter et ses épaules tombèrent de dix bons centimètres.

- Rah ! J’avais oublié le nabot bouffeur de purée…

- Oui, bah le nabot bouffeur de purée, il a cul à l’air depuis un moment grâce à toi. Et s’il arrose le papier peint, devine qui Loz va attraper pour faire le ménage… le menaça Reno en riant.

Yazoo lui confia son ” trésor ” et revint sur ses pas en traînant des pieds.

- J’en ai marre de cette famille…

Le rouquin éclata de rire.

- C’est ça ! persifla-t-il. Tous des bourreaux et toi, t’es un ange. On connait la chanson. Allez, hop, hop ! Un paquet de couches et que ça saute, moussaillon !

- Je vais lui faire manger, ses fichues couches…

- Et utilise ce satané escabeau !

à suivre

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Chers petits frères ! (Part 1/5)

***

Auteur : Shiva Rajah

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Loz passa en revue les derniers t-shirts de sa garde-robe.

Pas assez moulant… Trop gamin… Trop large… Manches trop longues… Trop vieux… Celui-là, elle m’a déjà vu avec… Non… Celui-là non plus… Celui-là ! “

- Loz, je dois aller au labo ! Tu gardes le bébé !

L’ordre de Jenova résonna dans l’escalier et tomba comme une sentence sur l’adolescent, qui poussa un gémissement déchirant.

Les deux t-shirts qu’il avait mis la moitié de la matinée à choisir lui tombèrent des mains.

- Oh, nooon !

Yazoo, assis son lit en train de lire une bande dessinée de ” Super Soldat “, laissa échapper un petit rire malicieux.

- Pas de ” bisou-bisou ” avec Tifa aujourd’hui ! railla-t-il en tendant une bouche en cul de poule à son aîné.

Celui-ci fit mine de lui jeter l’un des petits haltères avec lesquels il s’entraînait dès qu’il en avait l’occasion et le garçonnet, vif comme un serpent, sauta du lit en ricanant.

- Si tu me tapes, je le dis à maman !

- Sale petit morv…

- Et tu vérifies bien que Yazoo ne jette pas son dîner à la poubelle ! Je t’ai tout laissé dans four, tu n’as plus n’as plus qu’à réchauffer !

- Mais mamaaan ! plaida encore l’adolescent. Je devais aller au cinéma avec mes amis ! T’avais dit oui !

Yazoo fouilla dans la commode, mit deux paires de chaussettes de ski sous son t-shirt pour imiter une grosse paire de seins et se pavana devant son grand frère en faisant toutes sortes de simagrées pour le faire enrager.

- Je suis désolé, mon chéri, s’excusa Jenova. On a vraiment besoin de moi !

- Et Sephiroth, alors ? Pourquoi c’est jamais lui qui se coltine les nabots ?

Un ravissant minois à la longue chevelure de platine et aux jolies prunelles carmin passa par l’entrebâillement de la porte de la chambre des garçons et lui fit un clin d’œil espiègle.

- Parce que ton grand frère s’est déjà “coltiné” un “nabot” appelé Loz il n’y a pas si longtemps ! Et qu’il ne revient pas avant demain soir, de toute façon. J’ai droit à un bisou avant de partir ?

Yazoo se précipita pour embrasser sa mère avec enthousiasme.

- Tu reviens quand ?

- Ce soir, j’espère. Mais… qu’est-ce que t’es mis là, toi ? demanda la jeune femme en tâtant les deux grosses bosses moelleuses qui gonflaient le t-shirt de son fils.

Le garçon bomba le torse pour faire ressortir sa poitrine d’emprunt et fit mine de jouer avec ses longs cheveux en roulant des hanches.

- Je m’appelle Tifaaa et je veux aller au cinéma avec mon Loooz chéri ! singea-t-il d’une voix aiguë, faisant rire sa mère.

Loz s’empourpra violemment.

- Arrête !

Mais, encouragé par l’hilarité de Jenova, Yazoo en rajouta et fit rouler ses faux seins sous ses mains.

- Eh ! le rabroua la jeune femme en lui retirant les chaussettes. Ca suffit, tu deviens vulgaire. (Elle considéra les deux grosses paires de chaussettes de ski et pouffa.) Tu n’as pas trouvé plus gros ?

Yazoo écarquilla les yeux.

- Mais ils sont énormes, ses ploplos, m’man ! J’te jure ! Comme ça, au moins ! C’est pour ça que Loz est amoureux d’elle !

Celui-ci monta d’un ton dans les pourpres.

- J’suis pas amoureux, sale morveux !

Il voulut fondre sur son cadet mais celui-ci se cacha derrière sa mère.

- Bon, ça suffit, tous les deux ! (Elle prit le visage de Loz dans ses mains et l’embrassa avec effusion) Reste calme. Tu es son grand frère, tu dois montrer l’exemple.

***

Weiss, l’oreille collée à son téléphone portable, posa le garçonnet en pleurs sur le lit, à bout de nerfs.

- Mais tu vas te taire, oui ! cria-t-il, excédé.

Le petit tressaillit et se tut brutalement en écarquillant ses grands yeux pourpres mais… se remit à pleurer de plus belle.

Euh… J’avais une oreille… “ gémit la voix de Loz dans l’écouteur.

De sa main libre, l’adolescent agrippa ses longs cheveux blancs - soigneusement hérissés sur sa tête, à la dernière mode de l’Académie du Soldat - et poussa un grognement inintelligible, prêt à commettre un fratricide.

- Je vais le tuer, Loz ! gronda-t-il. Je te jure que, cette fois, je vais vraiment le tuer !

Il est peut-être malade. Ou il a mal quelque part. “

- Malade ? Tu parles ! MÔnsieur pique une crise parce que MÔsieur a refusé de faire la sieste et que, maintenant, MÔsieur est fatigué… ET QU’IL A DECIDE DE M’EMMERDER !

Il hurla les derniers mots au visage de son petit frère, dont les pleurs redoublèrent.

Weiss… Mes tympans… “

- Excuse-moi. Je suis à bout de nerfs, mec. Je n’en peux plus de… L’ENTENDRE CHOUINER ! MAIS TU VAS LA FERMER, OUI ? !

Nouveau concert de cris et de sanglots.

Weiss-euh ! “

- Désolé.

Ecoute, pourquoi tu ne viens pas à la maison avec lui ? Je suis sûr qui si on le colle avec Yazoo et Kadaj, ils joueront et nous ficheront la paix. De toute façon, le cinéma, c’est fichu, alors on pourrait tous regarder un film ici. En plus, ma mère a fait un tas de trucs à manger, il y a de quoi nourrir tout un régiment du Soldat ! “

- Je viens d’appeler Zack pour lui dire que la soirée était grillée aussi en ce qui me concernait. Il a dû prévenir les autres et ils ont sûrement prévu un truc de rechange.

O.K. Je les appelle tout de suite et je te recontacte. “

- Ca marche. Je… Oh ! LA FERME, NERO !

***

Loz s’affairait en cuisine en prévision de l’arrivée de ses amis.

C’était la première fois que Tifa venait à la maison alors, pour l’occasion, il avait mis les petits plats dans les grands : au moins quatre variétés d’amuse-gueule sur la table basse du salon, la tarte salée et les délicieuses lasagnes de Jenova au four en train de chauffer, de la glace au congélateur… Tout y était !

Reno amenait les films (dont au moins un film d’horreur, Loz avait bien insisté là-dessus - rien de mieux pour qu’une fille se serre contre vous !), Cloud avait tenu à acheter les sodas, Aerith et Zack, les sucreries, et Weiss venait avec les derniers logiciels de simulation de combat en vogue à l’Académie du Soldat.

Tout était réuni pour passer une soirée de rêve entre amis - surtout avec Tifa ! - et pour…

- Loz ! Kadaj, il fouette !

Loz se tourna vers la porte avec un soupir déchirant.

Yazoo se tenait dans l’encadrement et se bouchait le nez d’une main tandis que, de l’autre, il tenait la menotte de Kadaj, uniquement vêtu de sa couche qui - à en croire d’odeur qu’elle dégageait - avait grand besoin d’être changée.

- Yazoo, ne le promène pas comme ça, il va prendre froid, idiot !

- Mais j’vais pas lui mettre son pyjama alors qu’il est tout puant !

Kadaj, qui commençait tout juste à marcher, levait vers eux de grands yeux curieux, comprenant sans doute qu’il était l’objet de leur discussion mais pourquoi, ça… allez savoir !

Loz s’accroupit devant le bébé, attendri malgré lui par la bouille attentive.

- Alors, boule puante ? On a encore fait des saletés ?

Le petit lui sourit et tapa dans ses mains, tout joyeux qu’on s’intéresse à lui.

Son frère le souleva dans ses bras.

- Va me chercher un paquet de couches dans la remise, Yazoo.

- Hein ? Mais maman en a remis plein hier sur la table à langer !

- Il n’y en a plus, j’ai utilisé la dernière tout à l’heure. Et dépêche-toi ! ordonna Loz en quittant la pièce.

Yazoo grimaça, donna un coup de pied rageur dans le pied d’une chaise de cuisine et se dirigea vers l’escalier qui menait au sous-sol de la maison d’un pas traînant, tout en rouspétant contre son jeune frère.

- Sale mangeur de purée… Usine à crottes !

C’est alors que, par une fenêtre qui donnait sur le petit jardinet de la propriété, il aperçut Tifa, qui approchait avec une grosse boîte rose, estampillée du logo d’une célèbre pâtisserie.

Le garçon se précipita pour ouvrir avant que la jeune fille n’ait le temps de sonner.

- Bonsoir ! lança-t-il avec son plus beau sourire. Bienvenue à la maison !

Tifa, le doigt à quelques centimètres de la sonnette, lui sourit à son tour et se pencha pour embrasser sa joue rebondie.

- Bonjour, toi ! Je suis un peu en avance. Loz est là ?

Yazoo lui prit la main et l’entraîna à l’intérieur de maison.

- Oui, viens !

- Hein ? Eh ! Attends !

Mais le garçon avait déjà fermé la porte et la tirait derrière lui avec enthousiasme.

- Il est au premier avec Daj’ !

- Mais attends, voyons ! fit Tifa en riant tandis que Yazoo l’entraînait dans l’escalier. Laisse-moi au moins poser les gâteaux quelque part !

Mais Yazoo n’avait pas l’intention de perdre une seule seconde ! Ce n’était pas tous les jours qu’on avait l’occasion de faire surprendre son idiot de grand frère par sa petite copine avec les deux mains dans le caca !

à suivre

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XI - Double jeu

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Oubliant la crème glacée répandue sur le sol, Tifa se précipita au chevet de son « patient ».

Loz paraissait toujours inconscient et elle ne put que remercier le ciel qu’il ne se soit rendu compte de rien…

Profiter de l’inconscience d’un homme pour l’embrasser ! Qu’était-il donc passé par la tête de Cloud ?

Quelle honte !

Cela étant dit, ce à quoi elle venait d’assister expliquait beaucoup de choses car, enfin, ce n’était pour se montrer prétentieuse mais force était de reconnaître qu’elle était loin d’être laide, bien au contraire. Et, pourtant, malgré ses avances et les ouvertures laissées à son ami d’enfance, il n’en avait jamais profité. Ni avec une autre fille, d’ailleurs…

Mais, après ce à quoi elle venait d’assister, ce n’était guère étonnant !

Alors comme ça, Cloud préférait les hommes…

Et dire qu’elle ne s’était jamais rendue compte de rien. Durant toutes ces années. Incroyable !

Comme quoi, les gens ont raison de dire que c’est quand on a les choses sous le nez que l’on a le plus de chances de les rater.

Les paupières de Loz frémirent et elle se saisit du linge humide posé sur la table de nuit pour lui essuyer doucement les lèvres, comme si elle pouvait ainsi faire disparaître - voire même « laver » - toute trace du contact de Cloud. C’était un geste puéril qui la surprit elle-même mais la jeune femme ne put s’en empêcher.

Elle ne voulait pas du moindre atome, de la moindre particule de souffle, ni même du moindre souvenir d’une bouche étrangère sur les lèvres sensuelles !

« Gaia toute puissante, je réagis comme si cet homme m’appartenait… » réalisa-t-elle soudain en écoutant ses propres pensées. « Mais qu’est-ce qui m’arrive ? »

Elle dut se faire violence pour reposer le linge sur la table de nuit et s’arracha à la contemplation de la peau crémeuse de l’argenté pour nettoyer le gâchis qui poissait le plancher.

***

Après que Tifa l’ait poussé dans le couloir sans ménagement, Cloud s’était faufilé dans la chambre d’amis pour s’entretenir avec le Reno, à qui il avait raconté son échange avec le « Cauchemar de la planète ». Enfin… excepté un petit détail, bien sûr : celui-là même qui lui avait valu d’être jeté hors de la chambre de son amie d’enfance comme un malappris.

- Mais comment as-tu pu le voir là-bas puisque Yazoo n’a pas bougé d’ici ? demanda le turk, éberlué.

Cloud lui fit signe de baisser d’un ton pour ne pas réveiller l’argenté.

- Je le soupçonne de pouvoir utiliser n’importe lequel de ses incarnés pour apparaître.

- Quel esprit de déduction ! railla une voix dans leur dos, les figeant dans la pénombre.

Un petit applaudissement sarcastique accompagna la pique et Reno blêmit et recula jusqu’à la fenêtre.

Sur le lit où Yazoo reposait quelques instants plus tôt, Sephiroth les fixait avec une expression narquoise.

Cette fois, le drap ne le recouvrait pas et, en voyant le bas du corps du “Cauchemar de la planète” réduit à l’état de filaments glaireux, le turk ne put s’empêcher d’écarquiller les yeux en grimaçant de dégoût.

- Oh, putain, c’est dégueulasse… fit-il en plissant le nez.

- Reno… siffla Cloud entre ses dents en le fusillant du regard.

- Quoi ? C’est pas dégueu ? On dirait des spaghetti au basilic qui auraie…

- Reno !

Sephiroth pressa son pouce et son index sur ses yeux, découragé.

- Je vois que que tu n’as pas changé, Reno, soupira-t-il.

Ce dernier haussa le sourcil et tordit la bouche en un sourire caustique.

- Bah… J’aimerais pouvoir en dire autant mais…

Il désigna les filaments verdâtres d’un geste mou de la main et Cloud leva les yeux au plafond, presque aussi effondré que son ancien général.

- Tu m’as dis que tu avais besoin de mon aide, intervint-il pour couper court aux indélicatesses du turk.

- C’est exact.

- Eh, bien, je t’écoute. Parle.

Sephiroth hocha la tête mais leva un sourcil sévère.

- Puis-je espérer parvenir au bout de mes explications sans que l’un de vous deux n’essaye à nouveau de me rouler une pelle ?

Cloud et Reno virèrent au rouge cramoisi et échangèrent une œillade affectée, s’accusant mutuellement du regard.

- Eh ! Me regarde pas comme ça, c’était pas lui, que je visais, O.K. ? Se défendit piteusement le turk.

***

Dans la vieille église ruines de l’ancienne Midgar, l’eau de la source de vie se teinta de noir et, au fond de l’onde, un adolescent hurla en silence tandis qu’une épée de feu paraissait lui traverser le cerveau de part en part.

- Kadaj ! cria une voix désespérée de jeune femme que nul n’entendit.

Ce que ressentait l’adolescent n’était pas une réelle douleur physique mais mentale, comme si une partie de lui lui était soudain arrachée avec la délicatesse d’un boucher tirant sur l’articulation récalcitrante du lapin qu’il démembre.

Les muscles, tendons et veines psychiques qui formaient l’essence même de son être se déchiraient sous l’insupportable tiraillement.

Il haletait par réflexe, comme lorsqu’il respirait encore, la bouche pleine d’eau grande ouverte sur son hurlement muet. La souffrance qu’il endurait était de toute façon trop grande pour s’exprimer par des cris.

- Kadaj ! Non…

Les dernières fibres spirituelles cédèrent, incapables de résister à un tel traitement, et l’adolescent enfonça ses ongles dans ses paumes, au bord du désespoir.

- Non ! cria la jeune femme à fendre l’âme. Il s’en va ! Zack, il s’en va !

- Nous ne pouvons rien faire, Aerith…

- Kadaj ! Résiste ! Tu dois résister !

L’adolescent tendit la main vers la surface avec l’espoir improbable que quelqu’un la voie et la saisisse pour le tirer de son enfer liquide. Durant un instant, il eut même l’impression de voir Sephiroth se matérialiser au-dessus de lui et cela semblait si réel qu’il n’aurait su dire s’il s’agissait réellement de son frère ou du fruit de son imagination.

La voix qui résonnait en lui, en revanche, était bien réelle.

- Kadaj ! Kadaj, résiste ! Ne le laisse pas te prendre !

Mais il n’avait plus de forces pour ce faire. Il était physiquement et mentalement épuisé, en avait assez de lutter…

Alors il se laissa entraîner vers les ténèbres glacées des profondeurs de la source. Toujours plus profond.

- Kadaj, non !

- C’est fini, Aerith. C’est trop tard… Il a gagné.

L’étau qui compressait la poitrine de l’adolescent se desserra, laissant un vide douloureux, et il cessa même de se bouger, laissant bringuebaler sa tête au rythme des courants.

Kadaj était perdu… Il avait réussi.

Aerith resta longtemps agenouillée dans l’herbe haute et grasse et bordaient la rivière de la vie, pleurant toutes les larmes de son corps désincarné. Voilà bien longtemps qu’elle ne s’était lamentée ainsi.

Zack resta accroupi à ses cotés, en silence, maudissant les Dieux et le destin dans un même élan.

***

La première chose que Sephiroth sentit fut l’humidité, visqueuse, pénétrante, et un goût d’eau croupie dans la bouche.

Quelque chose lui chatouillait la lèvre inférieure, comme si un plaisantin le titillait avec l’extrémité d’une plume.

Il ouvrit les yeux et… ne vit rien.

Il cligna des paupières à plusieurs reprises, dans l’espoir de s’éclaircir la vue, sans résultat. Tout était noir, aucune forme de se dessinait. Etait-il soudain devenu aveugle ? Que s’était-il passé ? Où était-il ?

L’affolement le saisit et son cœur s’emballa.

Il se redressa d’un bond et ne put retenir un cri tant la douleur dans sa nuque était aiguë. Ce faisant, il faillit avaler l’insecte qui courait sur sa lèvre, sans doute un cafard ou une punaise, et il toussa comme un perdu en frissonnant de dégoût.

Il agita les bras en tout sens, essayant d’appréhender l’espace autour de lui, et les chaînes rouillées fixées à ses poignats émirent un cliquettement grinçant. Lorsqu’il les agita, sa main cogna douloureusement une surface dure et rugueuse, suintante d’eau huileuse. Un mur.

Il s’accroupit sur le sol de terre boueuse et s’adossa à la muraille en tâtonnant du bout des doigts autour de lui et en tendant l’oreille.

Un point lumineux scintilla durant quelques instant à l’extrémité de mon champ de vision mais, le temps qu’il tourne la tête, il s’éteignit, accompagné par couinement pathétique.

Un rat.

Il n’était donc pas aveugle. Il se trouvait dans le noir complet mais où ?

Prudemment, il se redressa et fit quelques pas de côté, longeant le mur.

Sa hanche buta douloureusement contre une saillie. Un anneau de métal où étaient fixées ses chaînes.

Une geôle. Il était dans une geôle et enchaîné au mur comme un animal ! Probablement très profondément dans le sous-sols, à en croire l’humidité.

Comment était-il arrivé là ? Et, surtout, comment allait-il en sortir ?

Il se laissa tomber sur le sol gâcheux et se prit la tête à deux mains, le souffre court, en essayant de se rappeler, de revivre les derniers instants dont il se souvenait. Guère évident avec cette douleur qui lui vrillait le crâne.

La douleur… L’horrible douleur. Puis le noir… Le noir complet.

Rien. Il ne se souvenait de rien !

Mais pourquoi ?

“Qu’est-ce que je fais ici ? Et comment vais-je me sortir de là ?”

Réfléchir. Réfléchir calmement et trouver un moyen de s’échapper. La porte ! Où était la porte ? Il y avait forcément une serrure et une serrure, ça se crochetait.

Il porta la main à sa taille et constata qu’il n’avait pas de ceinturon. L’aiguillon d’une boucle de ceinture lui aurait été précieuse pour forcer la serrure et ses geôliers n’en avaient été que trop conscients, maudits soient-ils !

A tâtons, il longea un mur sur quatre pas, puis l’autre, quatre autre pas. Il marcha sur ce qui semblait être un tas de foin pourri grouillant de vermine et atteignit enfin une chose râpeuse et spongieuse qui semblait être du métal rouillé recouvert de moisissure.

Il fit courir le bout de ses doigts sur l’épais battant.

Des ferrures rouillées mais pas serrure. La lourde porte se bloquait visiblement de l’extérieur à l’aide d’une barre transversale.

A bien y réfléchir, cela n’avait rien d’étonnant. L’humidité qui régnait aurait eu raison de n’importe quel mécanisme de fermeture.

Aucune ouverture, pas même une trappe ou un œil de bœuf.

Il posa ses mains à plat sur la porte et essaya de la faire jouer sur ses gonds. Le métal rouillé ne bougea pas d’un cheveu, à croire qu’il était cimenté au mur.

Et bien, soit ! Il n’avait plus que deux options. Soit attendre que l’on vienne le chercher, et c’était risquer de voir arriver des gens armés qui le conduiraient les démons seuls savaient où pour le torturer ou l’exécuter, soit faire assez de tintamarre pour alerter un gardien - ou ce qui en tenait lieu - et l’éliminer pour tenter de fuir.

C’était très certainement cette dernière hypothèse qui avait poussé ceux qui l’avaient jeté là à le priver de tout ce qui pouvait lui servir à blesser ou à tuer. La cellule était dépourvue de tout, y compris du sempiternel broc de terre cuite rempli d’eau croupie que l’on concède pourtant à la dernière des crapules.

“Les chaînes…” pensa-t-il alors.

Mais autant essayer de déloger une molaire dans la bouche d’un bahamut ! Rouillées peut-être, mais rudement solides, tout comme la porte rouillée.

Qu’à cela ne tienne, il lui restait les mains et les dents et il n’avait nullement l’intention de rester là, à attendre sagement que l’on vienne lui loger dans la tête la balle des renégats ou pire.

Des voix…

Des voix et des bruits de pas approchaient. Au moins quatre hommes.

Il recula de trois pas, le cœur battant, et se campa fermement sur les jambes, prêt à vendre chèrement sa peau.

La lueur d’une torche filtrant sous la porte… Un rire grinçant qu’il reconnut aussitôt… Le bruit d’une bâcle… Le crissement des gonds.

Il s’accroupit, prêt à bondir, mais se figea en voyant ce que traînaient les deux butors qui bouchaient à présent l’encadrement de la porte : un tout jeune adolescent aux cheveux argentés.

Les gardes le jetèrent sans ménagement sur le sol gâcheux de la geôle, pour ainsi dire à ses pieds, dans la flaque d’eau puante où il s’était lui-même réveillé.

- Tu as de la compagnie, Sephiroth ! railla l’homme en blouse blanche qui accompagnait les soldats.

- Hojo… cracha le prisonnier, en s’accroupissant près du corps menu. Quelque chose d’aussi sordide et puant ne pouvait être que ton œuvre !

Il fit mine de bondir sur le scientifique et les soldats réagirent aussitôt en pointant leurs armes sur lui, ce qui parut beaucoup amuser le professeur.

- Qu’est-ce que tu veux, Hojo ? Qu’est-ce que je fais ici ?

- Tu le sauras bien assez tôt… mon “cher fils“.

Sephiroth lui cracha à la figure et l’un des miliciens le frappa avec la crosse de son arme, manquant de peu de l’assommer.

Un troisième soldat déposa une bouteille plastique remplie d’eau et des barres énergétiques à même le sol et tous se retirèrent en refermant la porte mais en laissant - ou en oubliant ? - la torche accrochée à un support du couloir, à l’extérieur.

Pour un humain normal, cela n’aurait sans doute pas fait une grande différence mais, pour Sephiroth, la simple lueur qui coulait sous la porte lui permettait de voir comme en plein jour. La cellule était encore plus miteuse et grouillante de vermine qu’il ne l’avait cru mais cela importait peu, pour l’instant.

Il s’accroupit aux côtés de l’adolescent et le tira, à demi inconscient, hors de la flaque d’eau croupie, que les gardes semblaient décidément prendre plaisir à viser lorsqu’ils jetaient quelqu’un dans ce trou !

- Eh ! Petit ! appela-t-il en lui tapotant ses joues. Petit ! Réveille-toi !

L’adolescent marmonna quelques mots incompréhensibles, secoua la tête, comme s’il délirait et ouvrit enfin ses grands yeux mako, qui s’écarquillèrent en reconnaissant le visage au-dessus de lui.

- Grand frère…

Sephiroth sourit avec indulgence.

- Non. Je ne suis pas ton frère. Mais, si j’en crois ton visage et la couleur de tes cheveux, je veux bien croire que je dois lui ressembler.

Kadaj s’assit, hébété, et bredouilla :

- Mais tu… Tu es pourtant…

- Mon nom est Sephiroth. Sephiroth Hojo. Ton frère était donc avec toi quand tu as été fait prisonnier par cette ordure d’Hojo ?

- Tu… Tu ne me reconnais donc pas ?

- Je devrais ?

S’en fut trop pour Kadaj, qui s’évanouit dans ses bras.

- Eh ! Eh, petit !

à suivre

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X - Cher vieil ennemi

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno ferma doucement la porte de la chambre sans quitter Yazoo des yeux.

L’argenté dormait paisiblement avec un léger ronflement qui, si les circonstances avaient été autres, aurait sans doute fait rire le turk.

Il fallait avouer qu’on ne s’attendait pas à ce genre ” d’agrément ” sonore de la part d’une créature aussi délicate et élégante que Yazoo…

- Personne n’est parfait…

Souriant néanmoins malgré lui, Reno prit son paquet de cigarettes et son briquet dans la poche de sa veste, enfila son pantalon et prit la chaise du petit bureau de la chambre d’amis pour s’asseoir à la fenêtre. Il ouvrit silencieusement cette dernière en gardant un œil sur l’argenté qui, lorsqu’un petit courant d’air chaud agita les mèches de son front, se tourna sur le côté et cessa de ronfler.

Reno alluma sa cigarette et en tira une longue bouffée qu’il recracha avec un soupir de pur plaisir en posant paresseusement sa joue sur ses avant-bras, croisés sur le rebord de la fenêtre.

Il tourna légèrement la tête pour pouvoir continuer à surveiller l’argenté du coin de l’œil et avala goulûment une autre bouffée nicotine, qu’il prit soin de recracher à l’extérieur de la chambre.

Petit à petit, l’effet apaisant de la cigarette aidant, il encaissa le choc qu’il avait reçu en voyant le visage de Sephiroth à quelques centimètres à peine du sien.

Avait-il rêvé ?

Avait-ce été un effet de la fatigue ou, plus probablement, une manifestation violente de son subconscient ? Une alerte mentale, comme si son cerveau voulait lui dire ” Oh ! Oh ! Reno, mon gars ! On se réveille ! T’es sur le point de bécoter un mec, là ! “.

Pourquoi il avait eu envie de faire ça, bon sang ? Encore un effet de cet étrange attirance et cette sympathie que les argentés exerçaient sur les gens ?

Si c’était le cas, c’était puissant, nom d’une materia ! Bien plus qu’il ne l’aurait imaginé.

- Saloperie…

Oh, bien sûr, Reno avait déjà joué à ” frotti-frotta ” avec des garçons mais c’était uniquement parce qu’il savait pertinemment que cela rendait les filles complètement folles ! Faire semblant d’avoir des tendances bisexuelles sur la piste de danse d’une boîte branchée, c’était une manière quasi 100% garantie d’échauffer ces demoiselles et de repartir avec l’une - ou deux, s’il avait de la chance ! - d’entre elles à son bras.

Mais de là à…

- Rouler une pelle à un mec… Berk !

Il tira une dernière bouffée de sa cigarette avec une grimace et jeta le mégot dans la rue déserte.

*

Cloud vérifia que les enfants dormaient profondément puis alla pousser la porte de la chambre de Loz, pour voir si tout allait bien, et… retint un cri de justesse.

Malgré le choc, il eut néanmoins la présence d’esprit d’entrer précipitamment dans la pièce et de tourner la clé dans la serrure. Pour empêcher quelqu’un d’autre d’entrer, certes, mais surtout pour empêcher celui qui se tenait à demi allongé sous les draps de sortir.

- Ou est Tifa ? demanda-t-il, le cœur battant, en cherchant des yeux quelque chose qui aurait pu lui tenir lieu d’arme. Qu’as-tu fait d’elle ?

Sur le lit, le bas de son corps nu pudiquement dissimulé sous les couvertures, Sephiroth sourit. Un sourire qui, s’il ne contenait plus rien de l’agressivité et de la cruauté auxquelles Cloud était habitué, n’en avait pas moins gardé une certaine ironie.

- Elle est descendue au bar se chercher quelque chose à grignoter, répondit le Cauchemar de la planète d’une voix qui ne contenait pas non plus la moindre trace de menace ou une quelconque imminence de danger.

Cloud s’en trouva un peu plus déstabilisé.

- Alors Reno n’avait pas rêvé… bredouilla-t-il. C’est bien toi qu’il a vu.

- Tu dois m’aider, Strife, fit Sephiroth avec une franchise désarmante.

Le jeune homme faillit s’étrangler d’indignation.

- Te quoi ? Comment oses-tu ? cracha-t-il avec colère. Et qu’est-ce que tu fais encore là ? Ne peux-tu donc pas disparaître une fois pour toutes et laisser ces garçons tranquilles ? Qu’est-ce que tu veux ? Qu’est-ce que tu cherches ? A te servir de Loz et de Yazoo comme tu t’es servi de Kadaj ? Tu peux prendre toutes les formes que tu voudras, je te tuerai autant de fois qu’il le faudra ! Encore et enco…

- Tu ne m’as jamais tué, Strife, le coupa l’ancien Soldat, sans cependant paraître le moins du monde blessé par les propos du jeune homme. Et tu ne m’as jamais combattu. Sauf si tu appelles ” combattre ” le fait d’enfoncer une épée dans le corps d’un homme lorsqu’il a le dos tourné.

Cloud recula d’un pas, estomaqué, comme si Sephiroth venait de le frapper.

- Qu’est-ce que… Aurais-tu définitivement perdu la raison ?

Le Cauchemar sourit de nouveau.

- Le réacteur de Nibelheim, il y a sept ans, rappela-t-il. Tu m’as attaqué dans le dos. Tu ne…

- Je sais à quoi tu fais allusion !

- C’est la seule fois où nous croisé le fer, aspirant Strife.

Ce dernier secoua la tête.

- Est-ce encore l’une de tes manigances ? Qu’espères-tu, en jouant les amnésiques ? Faire oublier que tu as causé la mort de centaines de personnes ? Tu as fait de Midgar un cimetière ! Tu…

- Ce n’était pas moi et tu le sais parfaitement.

- Et Aerith ?!

- Aerith était ma soeur de lait, je ne lui aurais jamais fait de mal.

- Et Nibelheim ? Ce n’était pas toi, peut-être ?!

- Les seules morts injustes que j’ai sur la conscience sont celles de deux enfants tombés dans l’incendie.

Le jeune homme serra les dents.

- Comment oses-tu ? Les habitants de Nibelheim ne t’avaient rien fait ! Ils t’avaient accueilli à bras ouverts et tu as tout transformé en antichambre de l’enfer ! Ma propre mère faisait partie des victimes ! Et le père de Tifa aussi !

- Et, d’après toi, ils étaient innocents ?

- Comment oses-tu les accuser de quoi que ce soit ? gronda le jeune homme.

Sephiroth secoua tristement la tête.

- Sais-tu ce que j’ai fait, lorsque Zack et moi avons découvert les cuves contenant les… les expériences ratées de mon père, les ” monstres ” qui avaient été autrefois des jeunes hommes comme toi, des recrues prêtes à donner leur vie au Soldat ? Ces choses qui, au final, n’étaient pas si différents de toi et moi ?

Cloud ne répondit pas, attendant la suite, hésitant entre une explosion de colère et un profond désespoir.

- Je suis allé voir les autorités de Nibelheim. Je suis allé leur parler de ce que j’avais trouvé dans l’ancien laboratoire du réacteur et tu sais ce qu’il m’ont répondu ? Sais-tu ce que tes ” innocents habitants “, le père de Tifa en tête, ont osé me répondre, Strife ?

- Comment le saurais-je ? murmura celui-ci, le cœur battant.

- Rien.

- Que… Je… Je ne comprends pas.

- ” Close de confidentialité “. C’était le réacteur, son laboratoire et sa source de mako qui avaient fait vivre Nibelheim durant des années. La plupart des habitants y ont travaillé, comme techniciens ou comme simples employés. La Shinra leur a fait signer cette fameuse ” Close de confidentialité “, à l’époque. Rien de ce qui s’était dit, de ce qui s’était passé ou de ce qui avait été vu au réacteur ne devait sortir de là sous peine de sanctions juridiques et financières. Est-ce plus clair, à présent ?

Cloud aurait voulu se boucher les oreilles et mettre son cerveau à l’arrêt pour ne pas avoir à comprendre ce que Sephiroth essayait de lui dire. Pour garder ses illusions et sa foi en la nature humaine encore quelques instants.

- Je… Je ne sais pas.

- Tu ne t’es jamais demandé pourquoi ta mère a toujours obstinément refusé de t’accorder l’autorisation de t’inscrire à l’Académie du soldat, Strife ? Et pourquoi elle était si désespérée, lorsque tu as eu 16 ans et que tu as pu remplir la demande sans son aval ?

- Ne mêle pas ma mère à tout ça ! Je t’interdis de faire allusion à el…

- Pourquoi ne voulait-elle pas que tu deviennes un Soldat alors que c’était ton rêve le plus cher depuis toujours ?

- Je… C’était ma mère, bredouilla le jeune homme, ému. Elle avait peur pour moi, comme toutes les mères du monde !

- Oh, oui, elle avait peur. Elle devait même être terrifiée à la simple idée de voir son fils unique s’engager dans le bras armé de la Shinra… Parce qu’elle savait très bien ce qui t’attendait, aspirant Strife. Elle savait ce que les scientifiques faisaient aux Soldats pour améliorer leurs performances ! Elle le savait parce que, comme tous les autres, elle avait été le témoin de toutes les horreurs, de toutes les monstruosités qui s’étaient déroulées à Nibelheim et que, comme tous les autres, elle n’avait rien dit et avait laissé faire en échange d’un peu de commodité et d’une poignée de gils !

- Non ! Ma mère ne… Ma mère ne…

- Ta mère savait ! Comme les autres ! Tous savaient ! Mais était-ce si grave que la Shinra fabrique les créatures dans mon genre, après tout ? Qu’importe qu’il faille torturer des centaines d’hommes et faire ” joujou ” avec des fœtus ou même des enfants si les monstres sortis des éprouvettes et des cuves de la Shinra étaient là pour de les protéger, eux et leur petite vie tranquille !

Cloud se prit la tête dans les mains, profondément ébranlé par tout ce que venait de dire Sephiroth.

- Oh, mon Dieu…

- Alors, aspirant Strife ? Toujours aussi innocents, les habitants de Nibelheim, tu crois ?

Le jeune homme se laissa tomber sur le tas de draps sales que Tifa avait soigneusement plié et empilé contre le mur, à la tête du lit.

- C’est pour ça que tu as tout fait brûler ? demanda Cloud d’une voix blanche après un long moment.

Sephiroth ferma un instant les yeux et prit une profonde inspiration.

- Peu importe pourquoi. Ce qui est fait est fait et je ne suis pas là pour ça. Ce que j’essayais de t’expliquer, c’est que ce n’est pas moi que tu as combattu en dehors de ce jour là, au réacteur.

- Jenova ? Même là-haut, sur les toits, avec Kadaj ? (Sephiroth acquiesça en silence) Même… Même il y a deux ans, quand…

- Je t’ai parlé pour la dernière fois il y a sept ans, aspirant Strife.

Le jeune homme secoua la tête.

- Comment… Comment être certain que tu n’es pas en train de me mener en bateau ? De me mentir ?

L’ancien soldat eut un sourire d’une infinie tristesse.

- Et comment aurais-je fait pour participer aux combats dont tu parles ? En rampant sur le ventre ?

Cloud ouvrit la bouche pour exprimer son étonnement, dire qu’il ne comprenait pas l’allusion mais, à ce moment là, Sephiroth rabattit les couvertures sur le bas de son corps, qu’elles dissimulaient jusqu’à maintenant.

Le jeune homme dut presser les deux mains sur sa bouche pour retenir un cri horrifié. A partir de l’os de l’aine, le bas du corps de l’ancien soldat n’était plus qu’un amas de filaments verdâtres de chair mêlée de mako.

- Je sais que tu m’as déjà vu comme ça. Même si Jenova avait pris le contrôle de mon esprit J’ai senti ta présence, ce jour-là…

- Je… Le cristal mako, bredouilla Cloud. Tu étais… dans un cristal Mako…

Sephiroth remonta les couvertures jusqu’à son ventre et hocha la tête.

- Cette fois, ” le Cauchemar ” mérite vraiment son nom, tu vois.

L’ancien postulant soldat sentit un serrement aigu dans la poitrine.

- Je ne t’ai jamais considéré comme tel, fit-il d’une voix à peine audible. Pour moi - et pour beaucoup - tu étais un héros. Un demi-dieu vivant… J’aurais fait n’importe quoi pour… Pour…

- Pour ?

Avant de comprendre ce qu’il était en train de faire, Cloud s’assit sur le lit, se saisit du visage de Sephiroth et pressa sa bouche sur la sienne.

Le cœur battant à tout rompre et le cerveau embrumé par la tornade de sentiments contraditoires qui l’assaillaient - honte et colère, regrets et espoir, dégoût et passion - il n’entendit pas la clé tourner dans la serrure. Il n’entendit pas non plus la poignée de la porte grincer un peu en tournant. Pas plus qu’il n’entendit le hoquet surpris de Tifa.

La seule chose qu’il entendit, et qui le fit sursauter violemment, furent le bruit que fit le plateau que tenait la jeune femme en tombant sur le sol et le bris des bols qui éclatèrent, répandant sur le sol une flaque de crème glacée.

- Tifa, je… Je ne… bredouilla Cloud. Bon sang ! Dis quelque chose, ne me regarde pas comme ça !

Mais Tifa était bien trop choquée pour dire quoi que ce soit et la vision qui s’était offert à elle en entrant dans la pièce la hanterait probablement durant des mois.

- Cloud, tu es… Ignoble ! Tu…

- Tifa, je…

- Sors d’ici ! Dehors !

Elle le saisit par le devant de son pull.

- Mais enfin, Tifa, laisse-moi t’expli…

- Sors de ma chambre tout de suite !

La jeune femme le jeta dans le couloir avec toute la rage dont elle était capable et referma la porte, au bord de la nausée.

Elle se serait attendue à n’importe quoi en déverrouillant la porte.

N’importe quoi !

Sauf à voir Cloud profiter de l’inconscience de Loz pour l’embrasser à pleine bouche…

à suivre

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IX - Je ne serai jamais un souvenir…

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- C’est tout ce dont je me souviens, conclut Yazoo après avoir expliqué à Reno comment lui et Kadaj avaient ranimé Loz, dans le Cratère, peu avant l’arrivée des turks.

Reno fit vibrer ses lèvres dans l’obscurité, à laquelle ses yeux s’étaient suffisamment habitués pour distinguer le visage en cœur d’argenté, allongé à ses côtés, dans le lit.

- Bah merde, alors ! Moi qui me disais qu’avec tous les trucs bizarres que j’avais vus rien ne pourrait plus me surprendre… C’est digue, cette histoire de matrice… Eh, là, attends une minute ! réalisa-t-il soudain en se redressant sur un coude pour se tourner carrément vers Yazoo. T’es en train de me dire que… Que toi et ton frangin vous êtes âgés de… (Il compta rapidement sur ses doigts) De cinq semaines ? ! s’étrangla-t-il.

L’incarné acquiesça et le turk siffla, essayant de saisir tout ce que cela sous-entendait.

- Donc… Tu n’as aucune expérience personnelle, en fait ? Tout te vient de Sephiroth ? Lorsque tu pilotes une moto, que tu te sers d’une fourchette, de ton arme ou…

Ou que tu fais l’amour… “ avait-il failli ajouter.

Il s’était mordu la langue à temps.

- Ses expériences personnelles à lui sont mes seules références. Enfin, à peu de chose près. Je sais beaucoup de choses sans pour autant les avoir moi-même expérimentées.

Reno fronça les sourcils.

- Attends, tu veux dire… un truc du genre ” je n’ai jamais mangé de mangues mais je sais le goût que ça a ” ?

Yazoo parut réfléchir à cette façon de présenter les choses et acquiesça.

- Oui, plus ou moins. Je connais le goût de certains plats que je n’ai jamais eu l’occasion de manger et je peux reconnaître des parfums que je n’ai jamais sentis moi-même.

- Est-ce qu’il t’arrive de détester des trucs que lui aimait ? demanda encore le turk avec curiosité.

L’argenté haussa les épaules.

- Je l’ignore, je n’ai pas connu Sephiroth. Je ne sais pas ce qu’il aimait ou détestait.

- D’accord mais si ses…

- Les connaissances qu’il m’a transmises ne sont que des données. Des informations. Pas des sensations ou des sentiments, Reno.

Celui-ci tiqua mais ne releva pas car Yazoo venait, pour la première fois, de l’appeler par son prénom.

- Ce ne sont que des informations, poursuivit l’incarné. Comme des fichiers que l’on transfère d’un ordinateur à l’autre. Pas un morceau de la personnalité Sephiroth. Enfin, je ne pense pas… ajouta-t-il à mi-voix, trouvant cette perspective plutôt effrayante.

Il frissonna et, à nouveau, Reno eut encore cette envie soudaine de le protéger et de le serrer contre lui.

Ca doit vraiment être un putain de système d’autodéfense inné… “ se dit-il en résistant à l’envie de tendre la main pour lui lisser les cheveux.

Comment faisaient-ils ça ? Des phéromones ? Une substance chimique qui faisait tinter une alarme dans le cerveau des gens et agitait une pancarte ” Je suis une pauvre petite chose sans défense ! Un petit chaton abandonné ! Câlinez-moi ! Aimez-moi ! Protégez-moi ! “.

- Je suis fatigué, Reno… chuchota ” le chaton ” en question en frottant ses jolis yeux mako.

Le turk faillit pousser un gémissement attendri tant cette mimique le rendait - si c’était possible - encore plus craquant.

- Excuse-moi, je n’aurais pas dû te prendre la tête avec ça maintenant. Ca va, tu n’as pas froid ? Tu veux que je baisse un peu la clim ?

Yazoo secoua la tête et se pelotonna dans les draps.

- Non, ça va. Bonne nuit, Reno.

Ce dernier sourit dans le noir.

- Ouais… Bonne nuit à toi aussi…

” …petit chaton mouillé. “ ajouta-t-il mentalement.

*

Tifa se redressa sur un coude et cligna de l’œil.

- Ca te dirait, un petit truc à grignoter ?

Loz sourit malgré lui.

Il venait de prendre un anti-douleur et se sentait beaucoup mieux. Même la fièvre paraissait être tombée.

- Du genre… sandwich ?

- Plutôt du genre… ” crème glacée ” !

L’argenté pinça les lèvres, taquin.

- Est-ce bien raisonnable ?

Tifa tira le bout de sa langue, chipie, et le jeune homme détourna le regard, luttant contre l’envie de se pencher pour la pincer entre ses dents et l’aspirer dans sa bouche.

- On s’en fiche ! Tout le monde dort et les enfants sont avec Cloud.

Avant qu’il n’ait pu dire un mot, elle avait bondi du lit et était sortie de la chambre, le regard de Loz rivé sur la cambrure de ses reins.

Cette fille va vraiment me rendre dingue… “ pensa-t-il en soupirant.

*

A une bonne demi-heure du 7ème ciel, dans l’église en ruine de Midgar, d’étranges remous agitaient la source qui coulait sous ce qui fut jadis le maître autel.

Dans les ténèbres, à peine éclairées par la lune, des bulles crevèrent à la surface de l’eau et une petite main - bien trop menue pour appartenir à un homme mais trop vigoureuse pour être celle d’une femme - jaillit dans une gerbe de gouttelettes…

La peau encore fine d’adolescent, d’une pâleur bleutée, scintilla un instant sous les maigres rayons de l’astre nocturne et les doigts graciles se tendirent vers le bord de l’eau, comme pour essayer de s’agripper à quelque chose et s’extraire de l’onde glaciale. Mais quelque chose - ou quelqu’un - parut tirer inexorablement sous l’eau le propriétaire de la petite main si blanche.

Un dernier clapotis fit office de chant du cygne et, lorsque les doigts effilés disparurent sous la surface, l’église en ruine redevint aussi silencieuse qu’un tombeau…

*

Reno fixait le plafond, incapable de dormir mais néanmoins bercé par le souffle léger de Yazoo.

Ne pas le regarder…

Ne pas le regarder…

Ne pas le regarder…

Ne pas le reg… Trop tard.

Comme mus par une volonté propre, les yeux du turk coururent sur les cheveux brillants malgré la lueur pâlotte de la lune, dont les rayons entraient par la fenêtre, dévoilant le petit visage en cœur de Yazoo.

Par la Déesse ! Ce visage…

Les joues rondes donnaient envie de les pincer, les longs cils argentés mettaient au défi un index malicieux de les chatouiller et les lèvres entrouvertes…

Par tous les démons de la planète ! Ces lèvres…

Tendres, pleines et si joliment ourlées, d’un rose tendre un peu bleuté…

Avant de comprendre ce qu’il était en train de faire, Reno se pencha lentement, le regard fixé sur la petite bouche boudeuse.

Que comptait-il faire exactement ?

La caresser ? La baiser ? La frôler ? S’enivrer du parfum suave du souffle qui s’en échappait ?

Il n’en savait rien, en réalité… Il était juste attiré par la peau gourmande comme une guêpe par une goutte d’eau sucrée.

Et, au moment où sa propre bouche allait se poser sur les lèvres parfaites, ces dernières remuèrent et s’étirèrent en un rictus presque cruel.

- Qu’espères-tu faire, petit turk ? railla une voix qui n’était pas celle de Yazoo.

Reno cligna des yeux, surpris, laissa échapper un cri étouffé et recula si violemment qu’il tomba du lit.

Nonchalamment allongé sous les draps, la tête languissamment appuyée sur son avant-bras, il le dévisageait, un sourire narquois sur ses lèvres parfaites.

Le turk, pétrifié, n’osait pas esquisser un geste et ne put que gémir un pitoyable :

- Oh, putain…

*

Pestant contre son manque de contrôle et sa puérilité, Tifa remplit deux bols à ras bord de crème glacée, qu’elle posa sur un plateau, et prit une bouteille d’eau minérale sous le bar.

Ca te dirait, un petit truc à grignoter ? ” Ridicule !

Tout à fait le genre de chose à dire à un homme blessé à demi assommé par la fièvre, vraiment !

L’excuse la plus ridicule qu’elle aurait pu trouver pour s’esquiver de cette chambre !

- Idiote ! s’admonesta-t-elle à voix haute. Crétine !

Elle s’appuya au bar et se frotta le visage.

Mais pourquoi cet homme la mettait-elle sens dessus-dessous ?

Parce que ce qu’il avait enduré lui faisait pitié ? O.K. !

Parce qu’il avait un corps à rendre jaloux la moitié du panthéon Cetra ? Soit !

Parce que sa voix profonde aurait fait vibrer toute femme comme une harpe ? Il aurait été ridicule de le nier !

Parce que ses airs innocents de petit garçon malmené la faisaient totalement craquer ? Il y avait aussi sans doute un peu de ça !

Parce que le fait qu’il n’ait cessé de penser à elle comblait son besoin débridé de romantisme ? C’était une affaire entendue !

Parce quil avait les plus beaux yeux tristes et la bouche la plus sensuelle que Tifa n’ait jamais vus ? C’était vrai aussi !

Mais bon !

A part ça, qu’est-ce que ce maudit incarné avait pour plaire, hein, franchement ?

La jeune femme se frappa le front de la main et laissa échapper une bordée de jurons qui auraient même faire rougir Cid Highwind en personne…

- Idiote ! Idiote ! Et re-idiote !

*

Cloud tressaillit et ouvrit brutalement les yeux.

N’avait-on pas crié dans la chambre d’amis ?

Le cœur battant, il bondit hors de son lit et se précipita dans le couloir.

La chambre où dormait Reno paraissait silencieuse. Avait-il été victime d’un cauchemar ?

Par acquit de conscience, il gratta néanmoins au battant. Un bruit trop léger pour déranger un dormeur mais parfaitement audible si quelqu’un était éveillé.

La porte s’ouvrit brutalement et il faillit se prendre les jambes dans un Reno affolé qui essayait tant bien que mal de remettre sur ses pieds.

-Reno ? s’étonna Cloud. Qu’est-ce qui…

- Il est là ! Il est revenu ! le pressa le turk en désignant la chambre.

- Quoi ? Qui ? demanda son compagnon en regardant à l’intérieur.

- Sur le lit !

Cloud fronça les sourcils, regarda encore et se tourna vers Reno, qui se tenait en caleçon dans le couloir, les membres tremblants.

- Reno, il n’y a personne, là-dedans. A part Yazoo, s’entend.

Le turk le bouscula presque pour regarder à l’intérieur de la chambre.

Sur le grand lit, emmitouflé dans les draps, qui se soulevaient au rythme de son souffle paisible, Yazoo dormait comme un ange.

- Mais… bredouilla Reno. Il était là. Je l’ai vu… Sur le lit, à côté de moi. Il m’a parlé. Je ne suis pas dingue !

- Mais enfin qui était là, Reno ?

- Sephiroth… avoua le turk à mi-voix, faisant blêmir Cloud.

… à suivre

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LVII - Vos cris et mon silence

Le plaisir est un cri ;

la douleur, un hurlement ;

l’horreur, un murmure. “

Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : d’après des illustrations de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Les versions non censurées de ce texte et de cette illustration se trouvent fascicule “Les interdits de www.ff7-yaoi-fanfics.com” tome 1 (voir dans la boutique)

Merill retira la fine aiguille de la sonde du bras de Sephiroth et celui-ci se redressa sur le lit de l’infirmerie.

- Alors ? demanda-t-il.

- Tout est parfait, Général, affirma le jeune homme en imprimant les résultats des analyses pour les glisser dans un dossier.

- Tant mieux.

Le bébé de Loz, qui était resté en observation à l’infirmerie pour la nuit, babilla dans son berceau transparent et Sephiroth alla le prendre dans ses bras en faisant attention à ne pas décoller les capteurs qui envoyaient des informations sur ses fonctions vitales à un ordinateur de contrôle.

- Déjà réveillé, toi ? demanda-t-il en effleurant des lèvres le duvet argenté qui recouvrait son petit crâne.

Le bébé leva ses grands yeux mako vers lui et s’accrocha à ses longs cheveux en baragouinant une série de sons incompréhensibles.

Merill pouffa tout en rangeant son matériel d’analyses.

- Bah dis donc ! Tu veux nous en dire, des choses !

Le petit les dévisagea à tour de rôle et sourit en se blottissant contre la poitrine nue de Sephiroth, ce qui parut beaucoup amuser ce dernier.

- Qu’est-ce qu’il y a, Kay ? Tu veux faire un câlin ?

Kay…

C’est le nom que Loz lui avait officiellement donné un peu plus tôt. Un mélange des premières lettres des prénoms de ses frères : Ka-daj et Y-azoo. Kay. L’idée était un peu saugrenue mais le résultait sonnait plutôt bien, il devait le reconnaître.

- Il a eu beaucoup d’émotions, ce soir, Général. Il a du mal à dormir.

- Tu n’as pas sommeil ? Papa te manq… Eh ! Tu espères faire quoi, là ? Il n’y a rien à manger là-dedans !

Merill tourna la tête et éclata de rire devant le tableau impayable du bébé accroché au muscle pectoral de Sephiroth, la bouche collée à son téton.

- Ah ! Ah ! Ah ! Ce n’est pas la faim, Général. Je crois que ça le rassure.

L’ancien ” cauchemar de la planète ” ne put s’empêcher de partager l’amusement du jeune homme.

- Il va falloir dire à papa de faire provision de tétines au village dès demain ! dit-il au bébé. De quoi j’ai l’air, moi, comme ça, hein ?

L’hilarité de Merill redoubla.

- Je vais le prendre, si vous voulez, Général, proposa-t-il en tendant les bras.

Sephiroth secoua la tête en riant.

- Ca ira, Merill, je pense pouvoir assumer le ridicule de la situation, railla-t-il avec une moue. Mais toi, si tu en parles à quelqu’un, menaça-t-il le bébé en lui chatouillant la joue, je te coupe le bout du nez !

Pour toute réaction, le petit s’installa plus confortablement au creux de son bras et commença à se rendormir sans lâcher pour autant le succulent petit mamelon, qu’il tétait avec délectation.

- Je t’impressionne, c’est effrayant… gouailla Sephiroth en s’asseyant sur l’un des lits, le bébé serré contre lui.

Il prit une petite main entre son pouce et son index et l’observa attentivement, stupéfait par les doigts minuscules et les ongles de la taille d’une tête d’allumette.

Est-ce que ses fils avaient eu des menottes semblables ? Kay ressemblait-il à son père, à son âge ? S’il l’avait pris dans ses bras en pleine nuit, Loz se serait-il aussi endormi en tétant son sein, sa petite main entre ses doigts ? Les cheveux de bébé de Kadaj étaient-ils aussi doux ? Les joues tendres de Yazoo aussi rebondies ? Il ne le saurait jamais…

La gorge serrée, il allait remettre le bébé endormi dans son berceau transparent lorsque l’assistant de Shalua intervint.

- Toujours à plat, Général, fit-il en lui prenant le petit des mains pour le coucher sur le dos. En lui tenant bien la tête. Si vous l’allongez tête première avec un mouvement le balancier, elle risque de riper sur les draps et vous pouvez lui briser la nuque comme un rien.

Sephiroth blêmit.

- Désolé, je… Je n’ai pas l’habitude de manipuler des nourrissons.

Merill le rassura d’un sourire.

- Ce n’est rien, ça vient vite, Général, vous verrez.

Celui-ci hocha la tête avec un pincement au cœur.

Trois fils… Il avait trois fils et ne savait même pas coucher un bébé correctement ! Pour quel père lamentable passerait-il auprès de ceux qui ignoraient les circonstances de la naissance de Kadaj et des jumeaux ?

Il s’imagina dans un hôpital, appelé en pleine nuit parce que l’un d’entre eux aurait eu un léger accrochage à moto.

Y a-t-il un médicament auquel il est allergique, Général ? “

A-t-il déjà eu ce genre de fracture ? “

D’où vient cette cicatrice, sur son abdomen ? “

A-t-il subi des interventions chirurgicales ? “

Il serait incapable de répondre…

Un bruit d’objet métallique tombant sur le sol carrelé leur parvint depuis le boxe de chirurgie et ils allèrent voir ce qui se passait à travers les murs vitrés de la petite pièce aseptisée.

Reeve, Shalua et Shelke s’affairaient toujours sur Nero, allongé sur la table d’opération. Le bruit qu’ils avaient entendu était celui du premier implant d’aile qu’ils venaient de retirer de son dos.

- Bon sang, ça fait combien de temps, qu’ils sont là-dedans ? demanda Sephiroth en remarquant leurs fronts moites de sueur.

Merill regarda sa montre.

- Presque deux heures, Général. Le professeur Hojo avait apparemment relié les ailes à la moelle épinière par un réseau nerveux synthétique complexe, expliqua-t-il en lui désignant les écrans d’un microscope électronique dernier cri sur lesquels se concentrait Shalua pour couper les connexions nerveuses une à une.

- Je n’arrive toujours pas à savoir si mon père était un génie qui a perdu la raison, ou un fou dangereux doté d’une intelligence peu commune, soupira Sephiroth.

- Sans vouloir vous offenser, Général, c’est une question que nous nous sommes tous posée en visionnant les comptes-rendus de ses recherches.

Le soldat se tourna vers lui.

- Comment ça, ” visionner ” ? Il a filmé ses expériences ?

Merill acquiesça.

- Oui, Général. Scrupuleusement.

Sephiroth sentir sa gorge s’assécher et son vendre se nouer.

- Y compris… celle qui me concerne moi et ma mère ? Le projet ” Jenova ” ?

L’assistant de Shalua acquiesça et le soldat sentit son cœur s’affoler dans sa poitrine.

- Oui, Général. Les projets Jenova I, II et III.

Sephiroth tiqua.

- Comment, trois ?

- Vous, Général : Jenova I. Les jumeaux : Jenova II. Et Kadaj : Jenova III.

Le soldat le prit la les épaules, décontenançant le jeune homme.

- Je veux les voir, Merill !

- Que… Quoi ? Maintenant ?

- Bien sûr, maintenant !

- Mais… Ca représente des années de films et de rapports, Général.

Sephiroth le lâcha et recula d’un pas, estomaqué.

- Mon père a… tout filmé ?

- Absolument tout, général. La conception, la naissance, l’apprentissage, les expériences, les tests de résistance aux injections de mako, les…

- Les quoi ? le coupa le soldat, sûr d’avoir mal entendu.

Merill se mordit les lèvres et détourna le regard, gêné.

- Je… Je pense que vous devriez en parler à Shalua, lorsqu’elle…

- Que leur a-t-il fait ? insista Sephiroth en entraînant le garçon à l’écart, pour ne pas risquer de déconcentrer Shalua, sa soeur et Reeve. Qu’est-ce que ce salopard a fait ?

*

Dans la salle de bains, Loz monta encore un peu la température du jet et le laissa couler sur ses larges épaules en un délassant massage. Il n’avait qu’une envie : descendre à l’infirmerie pour prendre son bébé dans ses bras mais il se raisonna. Cette nuit d’observation était nécessaire pour être certains qu’il allait parfaitement bien.

- Comment va ton dos ? demanda Tifa en le rejoignant sous la douche.

Elle l’enlaça par derrière de déposa une traînée de baisers sur ses omoplates.

- Ca va, ça ne brûle presque plus.

La jeune femme recula un peu et observa la croûte rougeâtre qui s’était formée sur son épine dorsale, là où Shalua avait fait la douloureuse injection de mako.

- Ca cicatrise bien, on dirait.

Loz se retourna dans ses bras et l’enlaça en souriant.

- Dans quelques jours, il n’y paraîtra plus, tu verras.

Elle se pendit à son cou et ils restèrent un long moment à s’embrasser sous le jet brûlant. Jusqu’à ce que l’argenté s’accroupisse lentement devant elle, ses lèvres descendant progressivement de long de sa gorge, de sa poitrine, de son ventre, puis…

- Oh, Loz… gémit-elle en plongeant les doigts dans ses cheveux mouillés lorsque la langue du jeune homme, diaboliquement habile, fondit sur son intimité.

D’une main sur les reins de Tifa, il poussait ses hanches en avant, pour pouvoir explorer la chair brûlante aussi profondément que possible et, de l’autre, il caressait discrètement sa propre virilité dressée entre ses cuisses.

- J’adore, quand tu fais ça… haleta la jeune femme avec un clin d’oeil coquin.

Sans cesser de titiller du bout de la langue le petit bouton rose lové dans ses replis les plus secrets, Loz leva ses grands yeux mako vers elle et sourit.

- Quoi ? Ca ? demanda-t-il avec un sourire mutin en aspirant le petit clitoris entre ses lèvres.

Tifa laissa échapper un petit cri de plaisir surpris et répondit à son sourire.

- Non, là, avec ta main…

L’argenté abandonna sa proie en se léchant les lèvres avec gourmandise.

- Ca ? fit-il en redressant la tête et en poussant son bassin en avant, un peu provocateur, sa main gauche enserrant toujours sa virilité imposante.

En le voyant accroupi là, à ses pieds, les cuisses largement ouvertes, empoignant son sexe tendu et l’eau de la douche coulant sur son corps parfait, la jeune femme sentit une vague de lave lui descendre le long du ventre.

- Tu n’a pas idée à quel point la vue d’un beau garçon comme toi en train de se caresser peut être excitante, murmura-t-elle avec passion.

Loz fronça les sourcils avec un sourire mi-sceptique, mi-amusé et elle hocha la tête, les yeux brillants de désir et le souffle court.

- Parfois, nous aimerions être des petites souris pour nous cacher dans un coin de la pièce et vous regarder faire, lorsque vous ” jouez ” tout seuls, ajouta-t-elle en rougissant un peu.

Loz éclata de rire.

- Non !

- Je t’assure que c’est vrai, assura-t-elle en se mordant la lèvre. C’est vraiment… sexy en diable !

Il se redressa et se pressa contre elle jusqu’à ce qu’elle se retrouve coincée entre lui et le mur de verre de la douche.

- Tu te fiches de moi… murmura-t-il contre son oreille, la faisant, frissonner.

Il frotta son sexe tendu contre son ventre enflammé et elle gémit en l’enlaçant.

- Je te jure que non, insista-t-elle en mordillant son cou, s’enivrant de son odeur sucrée, que l’eau brûlante sur la peau douce intensifiait jusqu’au vertige. C’est incroyablement excitant.

Loz ferma brutalement le robinet et s’écarta pour la dévisager avec une expression insondable.

La jeune femme blêmit, craignant de l’avoir blessé ou humilié d’une façon ou d’une autre.

- Loz, je ne disais pas ça pour te mettre mal à l’aise, je…

- Chut ! la coupa-t-il en posant un doigt sur ses lèvres.

Il la prit par la main et la fit sortir de la douche sans changer d’expression.

Puis il enroula Tifa dans un drap de bain et la porta, de plus en plus inquiète, dans la chambre, où il la déposa sur un fauteuil, dans un coin de la pièce.

- Loz, je…

Il pressa la main sur sa bouche et secoua la tête.

- Ne dis plus rien, chuchota-t-il. Tu n’es pas là.

Il éteignit le plafonnier, plongeant la chambre dans le noir total, et alluma la petite veilleuse de la table de nuit, qui éclairait tout juste le lit d’une douce lumière ténue.

Tifa, invisible dans l’ombre épaisse, le vit s’allonger sur l’édredon, la peau et les cheveux encore mouillés, et fermer les yeux, comme s’il s’apprêtait à s’endormir.

Il resta allongé ainsi un petit moment, sur le dos, le souffle régulier, les yeux clos et les membres complètement détendus.

Incrédule et troublée, la jeune femme s’apprêtait à se lever et à demander des explications lorsqu’il ouvrit ses beaux yeux mako pour fixer le plafond, un sourire sensuel sur les lèvres, comme s’il venait de penser à quelque chose de particulièrement agréable.

Il s’étira alors comme un chat, ferma à demi les paupières et laissa échapper un soupir expressif.

Portant ses deux mains à sa bouche, il lécha la pulpe de ses doigts et Tifa faillit laisser échapper un Oh ! Mon Dieu ! “ vibrant en le voyant se caresser les tétons, qui durcirent sous le bout des doigts mouillés tandis que la peau de son torse se hérissait d’excitation…

*

Sephiroth, s’assit dans le fauteuil de Shalua et, la main tremblant légèrement, il glissa l’une des cartes mémoire que lui avaient données Merill dans l’ordinateur portable de la jeune femme. Il s’agissait, d’après ce qu’il avait compris, d’une sorte de compilation que Vincent Valentine avait réalisée pour la présenter aux hôtes du manoir quelques jours plus tôt.

Sur le petit écran, apparut une jeune femme allongée sur une table d’examen, son ventre proéminent dépassant du drap vert qui la couvrait jusqu’en haut des cuisses. Sa grossesse était visiblement bien avancée.

Lucrecia…

Un homme en blouse blanche, les cheveux noirs serrés dans une queue de cheval nouée à la va-vite, s’affairait à ses côtés. Il remplit une seringue de liquide bleuâtre et y fixa une fine aiguille stérile d’une longueur terrifiante.

Hojo…

Lorsque l’aiguille s’enfonça d’une bonne dizaine de centimètres, transperçant peau, muscles et placenta, le cri de Lucrecia résonna dans les petits haut-parleurs et Sephiroth serra les dents pour contrôler la nausée qui lui souleva le cœur.

*

Terrassé par le plaisir qu’il venait lui-même de se procurer, Loz s’affala sur le lit, la tête de côté, le souffle court et le cœur battant à tout rompre.

Tifa vint s’appuyer sur le bord du lit et l’intense parfum chaud et sucré qui montait de la peau nacrée du grand corps frissonnant finit de lui tourner les sens.

Après un orgasme, la peau de Loz était comme électrifiée et d’une sensibilité excessive durant plusieurs minutes. Tifa avait vite appris qu’elle devait éviter de le caresser durant ce court laps de temps car le moindre attouchement provoquait de violents tremblements et saccades qui lui coupaient le souffle. Après l’amour, elle le serrait donc simplement contre elle et attendait, émue, que son corps s’apaise et que sa respiration redevienne normale.

Mais, pour l’heure, elle devait se contenter de l’observer, attendrie aux larmes, en résistant à l’envie d’écarter de son front quelques mèches de ses cheveux encore mouillés.

L’argenté ouvrit les yeux et sourit en voyant son expression.

- Alors ? demanda-t-il dans un murmure sensuel et encore un peu haletant. Qu’est-ce que ça fait, d’être une petite souris ?

Il glissa la main entre les cuisses de la jeune femme, la faisant trembler et gémir.

- A ce point là ? la taquina-t-il en se léchant les doigts.

Incapable de se contenir davantage, elle écrasa sa bouche sur la sienne et la dévora en un baiser profond qui les laissa pantelants l’un et l’autre.

Elle posa sur lui un regard de prédateur.

- Je vais te… commença-t-elle avec une grimace expressive en faisant mine de déchiqueter quelque chose entre ses doigts recroquevillés comme des griffes.

Elle gronda comme un fauve en lui montrant les dents et Loz éclata de rire.

- Oh, oui… murmura-t-il tout contre sa bouche. Vas-y, mange-moi…

Tifa fondit sur sa gorge avec un rugissement comique et il l’enlaça en riant de plus belle.

*

Cait 9 trottinait en direction de l’infirmerie en traînant Vincent par la main, derrière lui.

- Doucement, Cait !

- Merill est vraiment très inquiet, pour m’ordonner de vous chercher.

- T’a-t-il au moins dit ce qui se passait ?

- Je crois que c’est le général. Le choc a l’air d’être brutal.

- Quel choc ?

- Il regarde les vidéos, sur la formation du trio.

Vincent se figea un instant dans le couloir, blême.

- Tu veux dire les vidéos d’Hojo sur la naissance de ses fils et leur vie au cratère Nord ?

Ce chat acquiesça et il le souleva dans ses bras pour dévaler l’escalier qui menait au laboratoire, l’angoisse au ventre.

La dernière fois que Sephiroth avait eu ce genre de révélation, tout Nibelheim était parti en fumée…

…à suivre

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LIII - Etre un homme

Il est plus facile d’être un héros qu’un homme.

Héros nous pouvons l’être une fois par hasard ;

Mais être un homme digne de ce nom…

Ca, c’est une autre histoire !”

L. Pirandello

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Assis sur un banc du parc enténébré, Cloud et Barret regardèrent décoller l’hélicoptère en buvant une bière.

- Tu sais ce que Cid va faire à Canyon Cosmo ? demanda le jeune homme.

Le chef d’AVALANCHE haussa les épaules.

- Moi, les délires mystiques, j’y pige que dalle ! J’ai toujours trouvé Nanaki un peu ” barge “.

Cloud laissa échapper un petit rire en frottant ses bras endoloris couverts d’ecchymoses noirâtres.

Vincent n’exagérait pas : Loz avait une force hors normes. Si Barret n’était pas venu lui donner un coup de main, vers la fin, il aurait été incapable de l’empêcher de bondir hors du lit pour se cogner la tête contre les murs.

Kadaj lui avait dit que c’était ce que Loz faisait lors des premières injections de mako, au laboratoire. Se taper le front contre le sol et les parois de verre sécurisé dans l’espoir qu’un coup suffisamment violent le fasse sombrer dans l’inconscience.

” Yazoo s’est brisé les os des deux mains en essayant de l’arrêter, une fois. ”

- Ca va, tes bras ? s’enquit Barret.

Le jeune soldat hocha la tête.

- Oui, pas de problème. Jusque quelques bleus. Shalua m’a donné ce qu’il fallait, ne t’en fais pas.

Le colosse but une longue gorgée de bière et ricana.

- Il a une sacrée force, le bestiau ! Je me demande encore par quel miracle il ne t’a pas brisé les os.

- Il a réussi plus ou moins à se contrôler, c’est évident. Sinon, à l’heure qu’il est, vous tireriez tous sur mon pantalon pour m’extraire du mur de l’infirmerie où je serais encore encastré !

Barret éclata d’un rire tonitruant et lui asséna une tape sur la cuisse.

- N’empêche que Cid a raison, fit-il lorsqu’il se fut un peu calmé. Ce mec en a une sacrée paire pour avoir fait ce qu’il a fait.

Cloud finit sa bière d’un trait et hocha la tête, la gorge un peu serrée.

- Ouais. Ouais, c’est vrai. Je suis bien obligé de le reconnaître.

Le chef d’AVALANCHE tiqua et se tourna franchement vers lui.

- Ravale ta jalousie, p’tit, elle n’est vraiment pas de mise. Si tu as ne serait-ce qu’un peu d’affection pour Tifa, fais-moi au moins le plaisir d’être content pour elle parce qu’elle ne pouvait pas mieux tomber. Loz est un homme digne de ce nom, un vrai, c’est moi qui te le dis. Fort, généreux, franc du collier et droit dans ses bottes !

- Je sais, Barret, admit le jeune homme malgré lui. Et c’est peut-être ça qui me met le plus en rogne, finalement. Un salopard serait plus facile à détester…

Le colosse éclata de rire et lui tapota le dos.

- Barret… ? reprit Cloud après un petit moment d’une voix à peine audible.

- Mhh ?

- Comment… Comment sait-on si on est un homme ?

Barret faillit s’étouffer avec sa bière et son hilarité redoubla.

- Quoi ? s’étrangla-t-il.

- Je veux dire… un ” vrai “. ” Fort ” et ” Droit dans ses bottes “, comme tu dis. Comment sait-on si on en est devenu un ?

La moue sarcastique de Barret s’effaça, remplacée par un sourire avenant et paternel.

- J’en sais rien, p’tit, dit-il en pressant l’épaule de son jeune compagnon. Tout ce que je peux te dire c’est qu’un beau jour, tu te regardes dans le miroir et que tu sais que tu n’as plus besoin de te poser cette question…

Cloud sourit tristement, hocha la tête et déboucha une autre bière.

*

Cait s’assit confortablement sur le fauteuil de Kadaj et, après avoir souhaité une bonne lui à l’argenté et à Yuffie, se mit en mode “veille “.

Celle-ci, étendue tout habillée sur le lit aux côtés de l’argenté, les bras derrière la tête, sourit, attendrie.

- Ils sont vraiment mignons, tous les deux.

Kadaj tourna la tête vers elle.

- Qui ?

- Ton frère et Tifa ! railla-t-elle. Qui d’autre ?

- Oh.

- Cette façon qu’elle a de lui passer la main dans les cheveux… Et lui ? Tu as vu comme il la regarde avant de poser sa joue contre sa poitrine ? C’est trop chou ! Tu trouves pas ?

L’argenté sourit.

- C’est vrai, ils vont bien ensemble.

- Ouais… Ils font un très joli couple. Shalua et Cid aussi, remarque. Tu as vu ce baiser, lorsqu’il est sorti de la cuve ? Wouahouh ! (Elle soupira, rêveuse.) Je me demande ce que l’on éprouve en embrassant quelqu’un qui tient à toi à ce point là…

Kadaj tiqua.

- Comment ça ?

- Bah oui, quelqu’un qui a des sentiments pour toi, pas juste un partenaire d’une nuit. Quelqu’un avec ce ” truc ” bizarre dans yeux, tu sais ? Comme Loz quand il regarde Tifa.

- Du désir ? demanda l’argenté contre son oreille, taquin.

Yuffie pouffa et lui donna un coup de coude.

- Mais non, idiot ! Cette petite flamme verte qui brille dans ses yeux, quand il est sur le point de l’embrasser ou de la prendre dans ses bras. C’est… je ne sais pas. Ca doit faire bizarre de savoir que c’est toi qui provoques cette expression dans les yeux d’un homme. Je me demande ce que ça fait.

Perdue dans ses romantiques pensées, elle sentit à peine Kadaj se redresser sur un coude, à côté d’elle, et se pencher au-dessus sur son visage.

- Ca fait à peu près ça… susurra-t-il tout contre sa joue en plongeant ses beaux yeux vert mako dans les siens.

Yuffie sursauta et voulut protester mais deux pupilles fendues accrochèrent son regard et des lèvres fraîches et légères aspirèrent son cri de surprise dans la bouche entrouverte de leur propriétaire.

Prenant bien garde à ne pas l’écraser sous poids pour ne pas lui donner l’impression d’être prisonnière - mais en appuyant suffisamment sa poitrine nue sur les seins menus pour lui faire sentir que c’était bien le corps d’un homme qui la recouvrait - Kadaj l’embrassa avec toute la douceur dont il était capable.

Il ne força rien ni n’exigea rien, se contentant de caresser la petite bouche de la sienne et d’en suivre les contours du bout de la langue jusqu’à ce qu’on l’invite d’un soupir à pousser plus avant.

Les yeux grands ouverts pour qu’elle puisse tout à loisir contempler cette ” petite flamme ” qui la fascinait tant dans ceux de son frère aîné, l’argenté lui offrit sans doute le premier vrai moment de tendresse voluptueuse de sa jeune existence.

Lorsque Kadaj mit fin au baiser, craignant que le feu dévastateur qui commençait à le dévorer et menaçait de l’enflammer à tout instant n’effarouche la jeune fille, il remarqua qu’un désir au moins aussi impérieux que le sien - bien que plus innocent - flambait dans les noires ténèbres de ses prunelles.

- Non… chuchota-t-elle contre sa bouche en nouant ses bras autour de ses épaules pour le retenir.

- As-tu une idée de ce à quoi tu t’exposes en faisant ça ? demanda-t-il d’une voix enrouée, à la fois malicieuse et terriblement sensuelle.

Yuffie lui répondit par un sourire provoquant et referma la main sur sa nuque pour rapprocher à nouveau son visage du sien…

*

Reno se pressa contre le dos de Yazoo lorsqu’il sortit de la douche l’enlaça.

Il sentait le cœur de l’incarné battre aussi vite que le sien sous le peignoir de fin coton noir. Ses mains recouvrirent les siennes et les serrèrent si fort que le turk sentit les jointures de ses phalanges craquer.

- Yazoo… soupira-t-il contre sa nuque, enivré par le parfum sucré de sa peau opaline.

Il prit une profonde inspiration qui fit frissonner l’incarné et, d’une petite pression, le poussa doucement vers le lit.

La prise sur ses mains se relâcha et Yazoo se laissa aller contre lui, la tête renversée sur son épaule, les yeux clos et les lèvres entrouvertes, tendres, pleines, tentatrices…

Reno les effleura des siennes et il l’allongea sur le lit avant de s’écarter un peu pour l’admirer étendu là, à la lueur de la lampe de chevet.

Les cheveux de mercure étaient épars sur la couette et le peignoir noirs et une jambe dénudée jusqu’en haut de la cuisse par un entrebâillement fortuit, les parties les plus intimes de l’argenté à l’abri précaire d’un pli uniquement assuré par l’obstacle dérisoire du nœud de la ceinture, dont le turk saisit l’une des extrémités.

Il lui aurait suffi de tirer, ne serait-ce qu’un peu, et le nœud lâche aurait cédé, libérant les deux pans du vêtement, qui glisseraient sur ses flancs comme deux vagues ténébreuses qui se retirent, exposant le corps laiteux dans son entier…

Yazoo ouvrit à demi les yeux et laissa échapper un soupir inaudible qui, le temps d’un clignement de paupières, accentua l’échancrure provocante, impatiente de s’ouvrir d’avantage.

Reno enroula la ceinture autour de sa main et tira très lentement ; suffisamment fort pour qu’il sente le long ruban de coton forcer sur le nœud mais pas assez pour faire céder ce dernier.

Le regard de l’argenté se fit brûlant et ses lèvres frémirent.

Pouce par pouce, la ceinture coula entre les doigts de Reno et, après une dernière hésitation, retomba sur la cuisse dénudée.

Les yeux mako s’écarquillèrent, habités par l’incompréhension et peut-être, une légère anxiété, mais le turk le rassura d’un sourire et se pencha pour déposer un baiser sur le nœud du peignoir avant de se glisser hors du lit, le regard rivé au sien.

Sans hâte, il fit glisser sa chemise sur ses épaules et, lorsque le vêtement retomba sur ses reins, Yazoo retint son souffle.

Lentement, Reno défit sa ceinture et son pantalon chut à son tour à ses pieds.

Il ne portait pas de sous-vêtement.

L’argenté avait redressé un peu la tête et le turk pouvait presque sentir ses prunelles vert topaze caresser sa peau tant le regard était intense.

Immobile, il laissa Yazoo le contempler à satiété - chose que celui-ci n’avait encore jamais osé faire ouvertement jusque là -, ravi et excité par l’admiration qu’il lisait sur son visage. Admiration qui se teinta de curiosité, lorsqu’il considéra ses attributs et la hampe de chair qui se dressait au bas de son ventre.

Un invraisemblable amalgame de honte, de ravissement, de stupeur et d’excitation se lut sur le petit visage en cœur de Yazoo, qui prit une profonde inspiration et adressa à Reno un merveilleux sourire.

- Tu es… beau. Vraiment beau, ajouta-t-il en resserrant les pans de son peignoir d’un geste inconscient.

Le turk inclina la tête sur le côté et fronça les sourcils, surpris par cette pudeur soudaine.

- Je suis sincère, martela l’argenté, se méprenant sur sa moue. Je suis… flatté.

- Pourquoi te cacher, dans ce cas ?

Yazoo écarquilla les yeux, suivit son regard et parut remarquer ses doigts, contractées sur le coton noir de son peignoir.

Il pâlit.

- Oh… Je… Ne crois p… bredouilla-t-il. Enfin, je veux dire que…

Reno s’assit sur le lit et tendit la main vers ses cheveux argentins pour y entrelacer ses doigts.

- Qu’est-ce que tu as ? s’inquiéta-t-il.

Son érection provocante l’avait-elle effrayé ? Craignait-il de faire l’amour avec lui ?

Yazoo détourna le regard.

- Je… (Il toussota) Il y a un peu trop de lumière…

Les bras de Reno lui en tombèrent.

Encore cette histoire de cicatrices !

- Et moi, je trouve qu’il n’y en a pas assez, chuchota-t-il tout contre sa joue. Je ne veux pas rater une miette de toi. Pas une…

L’argenté suivit le mouvement de ses mains d’un regard inquiet et ces dernières se refermèrent sur la ceinture du peignoir.

Très lentement, le turk défit le nœud de coton, écarta les deux pans du vêtement et sourit de contentement.

Jusqu’au bout de ses petits tétons roses, Yazoo frôlait la perfection…

Sous sa peau de porcelaine courait une musculature ferme et bien dessinée et du bout du doigt, Reno suivit le contour des pectoraux et des abdominaux, évita le petit nombril et caressa le ventre plat, au bas duquel un sexe d’une couleur plus foncée que la peau imberbe alentour était assoupi.

De l’index, le turk tira sur la peau élastique et fit jaillir un bourgeon rose, d’où coula une goutte argentée qui roula pour se perdre entre deux petits testicules doux et lisses, aussi appétissants que des fruits mûrs.

Avec un sourire attendri, Reno se pencha en avant et les mordilla très doucement, s’enivrant de leur parfum sucré.

Yazoo tressaillit et laissa échapper un petit soupir, qui se fit sifflant lorsque la langue agile remonta le long de la colonne qui s’érigeait, de plus en plus dure, jusqu’au bourgeon humide.

Faisant tressauter la peau étourdissante, Reno remonta ensuite le long du ventre jusqu’à un téton puis papillonna jusqu’à la gorge et au menton pour trouver enfin le plus court chemin jusqu’à ses lèvres, qu’il aspira délicatement entre les siennes.

- Je t’aime, Yazoo Baby… chuchota-t-il entre elles, le souffle court.

Celui-ci sourit contre sa bouche, conscient, maintenant, de l’effet qu’il avait sur le turk, dont le sexe érigé palpitait contre sa cuisse, impatient.

Sans hâte, ses lèvres s’entrouvrirent et Reno accepta l’invitation avec un soupir affamé. Le bout de sa langue se glissa entre ses dents et chercha la sienne, qui vint timidement à sa rencontre.

Entêtant était son baiser, comme sa peau et son essence la plus intime. N’eut-il écouté que son impatience, Reno aurait plongé sans retenue dans cette caverne humide mais seul un mufle viderait d’un trait une coupe de vin rare.

Yazoo noua ses bras autour de lui et répondit à son baiser de façon passionnée et maladroite, accentuant la pression de leurs corps affamés, et aspira sa langue dans sa bouche avec ce qui n’était pas loin de ressembler à de la violence, faisant presque s’entrechoquer leurs dents.

Par caresses, tendres griffures et pincements, le turk lui fit comprendre que ce n’était pas ainsi que cela devait se passer et la petite bouche pâle se fit plus docile, ses mains moins brutales sur son dos.

- Pardon… s’excusa Yazoo contre ses lèvres.

Reno sourit et lissa une mèche de cheveux argentés.

- Laisse-moi faire… susurra-t-il avec sensualité en déposant sur sa gorge un baiser qui se mua en douce succion.

Puis il remonta jusqu’à son oreille et en suivit le contour du bout de la langue, le faisant frissonner.

La chaleur au bas du ventre du turk atteignait des sommets et il aurait alors voulu écarter les cuisses nacrées pour y plonger sans préambule et se répandre dans les entrailles ardentes mais il fit taire son empressement.

Mordillant les épaules laiteuses, Reno laissa ses mains caresser les bras souples puis le torse glabre, ses doigts cherchant les petites saillies rosées des tétons, durs et tendus.

Il les taquina l’un après l’autre, faisant tressaillir l’incarné sous lui, et le frottement de ses cuisses sur sa verge lui rappela son propre désir rageur. Un seul attouchement de la main de Yazoo à cet à cet endroit l’aurait fait venir, alors, il en certain, et il se mit à quatre pattes au dessus de lui pour éviter tout contact qui aurait pu écourter ces instants.

Sa bouche trouva le téton droit et il l’aspira en le titillant du bout de la langue.

Yazoo gémit et leva les hanches d’instinct pour aller à sa rencontre et frotter son sexe dur contre le sien mais Reno était trop haut et il se résigna avec un soupir de dépit.

Le turk avait cependant sous-estimé son entêtement et, lorsque sa langue fondit sur son téton gauche, la main de l’argenté glissa jusqu’à son ventre pour enserrer maladroitement son membre gonflé.

Il tira férocement sur la peau flexible et décalotta sans douceur, faisant hoqueter Reno. Les va-et-vient énergiques de sa main étaient aussi douloureux qu’un frottement sur une peau écorchée.

Le front appuyé contre sa poitrine, le turk enroula ses doigts autour de son poignet et l’immobilisa.

- C’est trop fort… haleta-t-il, secoué par un spasme incontrôlable.

- Je… Je suis désolé.

Yazoo le lâcha immédiatement mais Reno prit son visage dans ses mains en coupe pour le lever vers le sien et déposer un baiser léger sur ses lèvres.

- Ce n’est rien.

Souriant, il renouvela son baiser, plus doux encore si c’était possible.

Ses lèvres voletèrent à nouveau sur son torse mais, cette fois, évitèrent les petits tétons roses, aussi sensibles que de la chair à vif à force d’être titillés par les doigts et la langue diaboliquement adroits.

Yazoo n’eut que le temps de respirer trois fois avant que le bout de la langue du turk n’effleure son gland humide et il se contracta dans l’attente de mordillements ou de succions passionnés. Qui ne vinrent pas…

Très lentement, au contraire, par petits coups de langue répétés et patients, Reno habitua la peau vierge, et encore excessivement sensible, à son contact insoutenablement excitant.

Lorsqu’il sentit les muscles de l’argenté se relâcher et sa respiration s’approfondir, le turk aspira prudemment le gland lubrifié et le lécha sans hâte ni rudesse.

Un long soupir monta de la gorge de Yazoo et la main de Reno rejoignit sa bouche pour effectuer de lents va-et-vient. A peine un effleurement.

- Reno…

Sa main se porta au front de ce dernier et il essaya, sans grande conviction, de l’écarter en sentant le plaisir monter des tréfonds de son ventre, violent et inéluctable.

Les joues de Yazoo s’embrasèrent et une chaleur traîtresse se répandit en lui. Ses doigts se contractèrent sur la nuque de Reno, tous ses muscles se tendirent et il renversa la tête en arrière sur l’oreiller, la bouche entrouverte sur un cri contenu, dans l’attente de la jouissance qui n’allait pas tarder à déferler et à l’emporter.

Sa main gauche et ses petits orteils agrippèrent les draps comme des serres et une sueur ardente lui coula sur les tempes et entre les pectoraux.

- Reno… gémit-il encore en essayant encore d’éloigner la bouche brûlante de son membre lorsqu’il sentit la lave destructrice sur le point de jaillir. Reno, attention, je…

Sa phase se termina en un râle inarticulé tandis que la lumière blanche explosait dans son cerveau, mettant toutes ses terminaisons nerveuses en pièces.

Il eut vaguement conscience de se tordre sur le lit et de crier, essayant d’échapper à la vague de jouissance, mais celle-ci le rattrapa vite et le roula comme un frêle esquif perdu dans la tempête.

Où était le haut ? Où était le bas ? Comment respirait-on, déjà ? Et ce battement de tambour ? Etait-ce son cœur ou son ventre ?

Qu’importait…

Chaque fibre de ses muscles, chaque pouce de peau n’était plus que plaisir et, s’il devait mourir là, quelle plus belle mort pouvait-il espérer ?

Yazoo cessa donc de lutter et se laissa porter par la vague qui, petit à petit, se mua en houle paresseuse puis, après une ou deux bourrades assassines, se retira, le laissant haletant, l’esprit embrumé, affaibli et les membres gourds.

Bon sang ! Loz lui avait bien dit qu’un orgasme « faisait un effet dingue » mais il ne s’était quand même pas attendu à quelque chose comme ça ! C’était.. C’était… Oui, « dingue ». Complètement dingue…

Il sourit sans s’en rendre compte. Hormis la brise légère qui faisait frissonner et se hérisser sa peau en se glissant par la haute fenêtre de la chambre de Reno, il était bien… Il ne s’était même jamais aussi bien senti depuis des années.

Reno…

Au prix d’un effort surhumain, il ouvrit les yeux pour voir le visage du turk au-dessus de lui.

Reno le considérait avec une expression attendrie, curieuse et fascinée à la fois. Au coin de ses lèvres gonflées, une petite traînée blanche les rendait plus pulpeuses et désirables encore.

- Reno… murmura Yazoo avec un sourire épuisé.

Il cueillit la goutte de semence du bout de son index et Reno s’empara de sa main pour le lécher avant de presser sa paume contre sa joue.

- Sais-tu que tu es beau à mourir dans ces moments là, Yazoo baby ? demanda-t-il, les yeux brillants.

La gorge soudain serrée par ce qu’il lisait dans les prunelles bleu-vert, Yazoo fut incapable de répondre.

Il avait toujours cru, à écouter ses frères et les conversations qu’il avait pu surprendre entre les scientifiques du laboratoire du cratère nord, que les hommes prenaient leur plaisir puis s’en allaient ou s’endormaient une fois soulagés.

Reno, lui, n’avait pensé qu’au sien, reniant son propre désir, et il s’émerveillait du résultat…

C’était une attitude si touchante que l’argenté en était profondément bouleversé.

- Reno, tu es si… Si…

Celui-ci ne le laissa pas finir sa phrase.

Il l’attira tout contre lui et, fou de tendresse, l’embrassa à pleine bouche, comme avait voulu le faire Yazoo quelques instants plus tôt et qu’il l’en avait empêché…

*

Allongé sur le dos et Yuffie pelotonnée tout contre lui, endormie, la tête au creux de son épaule, Kadaj contemplait le plafond dans l’obscurité. Il se passait et se repassait dans la tête les instants délicieux qu’il venait de vivre et réfléchissant à ce curieux sentiment de possessivité égoïste qu’il ressentait à présent en serrant la jeune fille dans ses bras.

Tu es à moi. A moi ! A moi ! A moi ! “ disait chacun des allers et retours de sa main sur son dos souple. ” A moi et personne d’autre ! “

Bien souvent, il s’était considéré - bien qu’il n’ose jamais l’avouer ouvertement et encore moins devant ses frères ! - comme le plus le plus ” pondéré ” et le plus ” civilisé ” de la fratrie. Bref, celui qui possédait le caractère le plus ” proche ” de celui de Sephiroth, ce mélange ” calme intelligence ” et de ” froide élégance ” qui faisait tout le charme du grand Général, dépourvu de la virilité provocante de Loz ou de la féminité guindée de Yazoo.

Pourtant, tout à l’heure, lorsqu’il avait fait sienne la petite Utaïenne et que celle-ci s’était accrochée à lui, griffant son dos en gémissant son nom, emportée par un raz-de-marée de plaisir qu’elle n’aurait jamais cru pouvoir être provoqué par un homme, la partie la plus primitive de lui s’était réveillée. Un côté se sa personnalité qu’il n’aurait jamais soupçonnée et qui lui avait donné envie de battre sa poitrine de ses poings en criant : ” OUAIS ! ! ! ! JE SUIS LE PREMIER ! ! ! ! “.

Cette attitude lui faisait honte, à présent, et - plus étonnant encore ! - il était incapable de se l’expliquer !

Peut-être faudrait-il qu’il en parle à Loz, lorsqu’il irait mieux. Ou à Vincent, même, plutôt. Son frère aîné avait suffisamment de soucis pour l’instant sans y ajouter l’attitude frustre et grotesquement possessive de son cadet vis à vis de sa nouvelle maîtresse !

Maîtresse ” ?

Il grimaça.

Ah, non, non… Même ce mot n’allait pas du tout ! Il sous-entendait tout un tas de choses et d’autres aventures qui gênaient Kadaj au plus haut point !

- Tu ne dors pas ?

Celui-ci sursauta et adressa à Yuffie un sourire béat dont il n’avait même pas conscience.

- Je repensais à tout à l’heure, murmura-t-il en caressant le bout de son nez de ses lèvres.

Elle se raidit dans ses bras.

- Ce n’était pas bien ? Tu n’as pas aimé ?

- Quoi ? Bien sûr que si ! se récria-t-il. Au contraire, je…

- Tu quoi ?

Il ne répondit pas et, emporté par un élan de passion qui l’étonna plus encore que tout le reste, la renversa pour l’embrasser avec une passion renouvelée.

- Kadaj… gémit la jeune fille contre sa bouche.

*

Nanaki, assis au sommet du plateau rocheux, vit l’hélicoptère approcher et fit un élégant mouvement de sa queue enflammée pour signaler sa position au pilote.

Celui-ci fit atterrir l’engin volant comme dans un mouchoir à quelques mètres du chien roux, qui ne cesserait décidément jamais de s’étonner de la facilité avec laquelle Highwind manœuvrait ce genre de machine.

Une fois les moteurs coupés et l’hélice immobile, le pilote sauta de l’appareil et vint vers son ami de sa démarche athlétique et chaloupée.

- Heureux de te revoir, Red ! salua-t-il.

Nanaki sourit en lui tendant la patte et Cid la serra avec chaleur.

- Vincent m’a raconté ce qui s’était passé. Je suis heureux de te voir en si bonne santé. (Il le détailla lentement de bas en haut et le pilote se soumit à l’examen en silence) Quelque chose a changé en toi.

- Ouais… Je sais. C’est pour ça que je suis là.

Nanaki hocha gravement la tête.

- La ” promesse de sang “, oui. Viens, nous allons en parler. Le chaman nous attend.

Ils descendirent du plateau par un sentier étroit et gagnèrent une petite plaine aride au centre de laquelle s’élevait une tente d’où s’échappaient une fumée bleuâtre doucereuse et des chants rauques à faire froid dans le dos.

Cid frissonna et un pli soucieux barra son front mais il ne ralentit pas l’allure et ne fit pas le moindre commentaire.

Nanaki, qui l’observait discrètement du coin de son œil valide depuis qu’il avait atterri, sourit.

Oui, Highwind avait changé…

La croisée des destins

***

Auteur : Miss Montague

Relecture et Réécriture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

Les débris épars sur le sol craquèrent sous ses talons à mesure qu’elle s’avançait dans l’allée centrale de la vieille église.

Bien qu’elle en ignore exactement la raison - peut-être simplement pour évaluer plus froidement le degré de violence de l’affrontement ou justifier sa défaite -, Tifa avait ressenti le besoin irrépressible de retourner sur les lieux.

Cloud était revenu vingt-quatre heures plus tôt à peine, la main de la petite Marlène fermement serrée dans la sienne, et ce fut un immense soulagement pour la jeune femme que de les voir tous deux sains et saufs.

Elle avait étreint la fillette avec un terrible sentiment de culpabilité mais comment aurait-il pu en être autrement ? Elle avait perdu le combat… avait abandonné la petite aux griffes de son ennemi !

Serrant Marlène dans son giron, elle avait levé les yeux vers Cloud, le regard débordant à la fois de reconnaissance et de honte.

C’est vrai, Cloud avait failli tous les abandonner et la jeune femme dut user de toute sa persuasion pour lui faire recouvrer la raison mais s’il n’avait pas été là pour récupérer Marlène… que se serait-il passé ?

Hélas, les autres enfants enlevés par Kadaj et ses frères restaient introuvables. Cloud avait parcouru la Cité des Anciens de long en large sans succès.

A en croire Marlène, il était cependant peu probable qu’il leur soit fait le moindre mal et, de toute façon, le gang referait très certainement son apparition avant peu.

En attendant, Tifa cherchait désespérément la meilleure façon de se reprendre.

Cette peur déchirante qui l’avait paralysée jusqu’à ce que Marlène lui soit ramenée saine et sauve, pour rien au monde elle ne voulait la sentir de nouveau lui tordre le ventre. Pas plus qu’elle ne souhaitait faire revivre ce cauchemar à la fillette.

Ses pas soulevant des volutes de poussière, Tifa s’avança jusqu’au parterre de fleurs entretenu - il y a une éternité de cela, semblait-il - par sa défunte amie.

C’est ici que j’ai échoué… “ pensa-t-elle. Ici même que j’ai été incapable de protéger Marlène. ”

Comme dans un rêve brumeux, Tifa revoyait son adversaire se détourner d’elle et s’approcher de la petite à la façon d’un prédateur ; se souvenait de l’effroi avec lequel elle avait assisté à toute la scène…

La jeune femme avait hurlé à la gamine de s’enfuir mais le cri avait résonné sous son crâne avec une telle puissance désespérée que la tête lui avait tourné et… plus rien.

Elle ne reprit ses esprits qu’à l’arrivée de Cloud. Et encore pour un laps de temps réduit, hélas, puisque tous deux avaient presque aussitôt sombré côte à côte pour se réveiller dans les appartements privés du 7ème ciel “, où Reno et Rude les avaient transportés, non sans difficulté.

Machinalement, Tifa tenta de redresser les tiges, couchées sous le poids son propre corps, lorsqu’il l’avait jetée au sol, sur le parterre fleuri.

Peine perdue.

La jeune femme se demanda alors si, contrairement à elle, les fleurs pouvaient se relever de cet échec.

Plus que sa vie, c’était celle de Marlène qu’elle avait mise en danger et cela, elle ne pourrait jamais se le pardonner.

- Je vais à l’église, avait-elle dit à la petite un peu plus tôt. Les voisins vont venir s’occuper de toi durant mon absence.

- Je viens avec toi !

- Non ! Je t’ai dit qu’on allait venir s’occuper de toi, je n’en ai pas pour longtemps. Je préfère te savoir à l’abri ici.

- … très bien.

Durant ce bref échange, pas une seule fois les yeux de Tifa - honteuse au point d’être incapable de la regarder en face - ne s’étaient posés sur la petite.

La fleur qu’elle venait de redresser retomba et ses mains, en appui sur la terre fraîche, se refermèrent en poings, se crispant jusqu’à faire saillir les veines sous la peau délicate.

Tap… Tap… Tap…

Tout son corps se raidit.

D’un bond, elle se redressa et se tourna vers l’imposante porte en bois, à l’autre extrémité de l’église.

Elle reconnut immédiatement le visiteur inattendu et ses yeux s’écarquillèrent.

Tap…

L’homme s’arrêta au beau milieu des débris de pierre et de bois provenant des moellons et des bancs réduits à l’état de charpie. Qu’il s’agisse des traits du visage ou des yeux d’un bleu-vert quasi-transparent, tout paraissait figé chez lui.

Le souffle coupé, la jeune femme ne put empêcher une grimace apeurée de lui tordre le visage et, ses membres ne lui obéissant plus, elle commença à trembler de toute part.

L’homme aux courts cheveux argentés s’avança encore. Sous ses sourcils froncés, ses yeux étaient fixés sur elle sans que le moindre clignement de cils ne voile le regard félin.

Qu’est ce que tu attends pour t’enfuir, espèce d’idiote ? Tu penses pouvoir t’en tirer en restant plantée devant lui ? “

Malheureusement, ses jambes ne semblaient guère pressées de lui obéir.

Plus le jeune homme se rapprochait, plus le bruit de ses pas était fort, faisant écho aux battements du cœur de Tifa, de plus en plus apeurée.

Malédiction ! Qu’était-il arrivé à la combattante émérite qui avait même réussi à ravaler sa peur deux ans plus tôt face au monstrueux Sephiroth ?

Non, elle n’aurait pas dû être effrayée, n’aurait même jamais pas dû perdre face à cet homme !

Pourtant, ce fut bien le cas et, en cet instant, c’était le doute, plus que la peur, qui la minait : si elle l’affrontait encore, elle perdrait le combat une seconde fois, elle en était certaine.

- Eh bien… Qui aurait cru qu’on ferait autant de dégâts !

Sa voix grave la fit sursauter mais rien ne la surpris davantage que de le voir s’arrêter à quelques pas d’elle et… sourire !

Il embrassa les lieux d’un regard détaché, mains sur les hanches, et posa de nouveau les yeux sur elle, la tête légèrement penchée sur le côté.

- Tu as… peur ? demanda-t-il, curieux.

- Pas du tout !

Elle avait ponctué sa réponse d’un froncement de sourcils éloquent et se mit d’instinct en garde, les jambes toujours tremblantes.

- Ce n’est pas beau de mentir.

La gorge de la jeune femme se serra. A quel jeu puéril s’amusait-il ?

A en croire sa réaction, sa peur était parfaitement perceptible mais elle ne fuirait pas. Non, certainement pas ! La couardise serait un châtiment plus humiliant encore qu’une nouvelle défaite.

Elle se battrait jusqu’au bout, même si l’issu de ce nouveau conflit ne laissait aucun doute quant au résultat.

C’est du moins ce dont elle essayait de se persuader…

- Détends-toi ! railla-t-il. Je n’ai pas l’intention de me battre avec toi aujourd’hui.

Elle ne bougea pas un orteil.

- Allô ! insista-t-il, taquin.

Elle haussa très légèrement un sourcil.

A quoi jouait-il donc ? Cherchait-il à lui faire baisser la garde pour l’attaquer en traître ?

Loz se tapota le front de la main.

- Toutes les femmes sont-elles aussi têtues que toi ?

- Donne-moi une seule raison de te faire confiance ! rétorqua-t-elle avec aigreur.

- Parce que je ne vois pas l’intérêt de t’attaquer par surprise. Moins encore dans ton état, ajouta-t-il sur le ton de la plaisanterie. Tu ne tiendrais pas une minute, même si je te laissais m’attaquer la première. Détends-toi, va ! Tu vas nous refaire un malaise, sinon.

Les joues de Tifa s’empourprèrent violemment.

Mais c’est qu’il se moquait d’elle, en plus !

- Que fais-tu ici ? demanda-t-elle pour se donner une contenance, à l’affût du moindre geste suspect.

- Moi ça va, merci, et toi ?

- Où sont les enfants ?

- Eux aussi vont bien.

- Je t’ai demandé où ils étaient !

- Et tu crois sérieusement que je vais te répondre ?

- S’il le faut, je t’y obligerai ! menaça-t-elle.

- S’il le faut “ ? Si tu le pouvais, tu veux dire ! Ce qui n’est pas le cas…

- Ne me sous-estime pas.

- Et toi, cesse de te surestimer. Cela pourrait te coûter cher, un jour.

- Je ne…

Elle laissa sa phrase en suspend.

A quoi bon tenter de lui faire croire le contraire, de toute façon ? Elle n’était plus la femme forte qu’elle avait été, même lui s’en était rendu compte.

Découragée, elle baissa les bras - dans tous les sens du terme.

Loz l’observa avec curiosité et laissa échapper un soupir en la voyant détourner le regard pour fixer le sol, ses longs cheveux bruns voilant à demi son visage.

- Je n’aime pas jouer lorsque je suis certain de gagner, reprit-il d’une voix plus douce. Dis-toi que, de cette façon, je t’épargne une seconde défaite.

Il s’adressait à elle comme à un enfant boudeur. Pire : à un loser !

Ravalant son humiliation, elle prit une profonde inspiration.

- Tu ne m’as toujours pas dit pourquoi tu étais là.

- Je n’en ai aucune idée ! Mes pas m’ont guidé jusqu’ici. Peut-être parce qu’ils savaient que je t’y trouverais.

- Je… Je ne suis pas sûre de comprendre.

- Moi non plus, avoua-t-il. Demande à mes pieds, ils ont peut-être une explication logique à ça…

Spontanément, les yeux de Tifa se posèrent sur les chaussures de cuir de l’argenté, une expression incrédule sur le visage.

Loz pouffa et elle releva aussitôt la tête pour voir ses lèvres crispées en un rire contenu, des petits bruits de gorge accompagnant les soubresauts de son large torse.

- Pffff…

Les joues de la jeune femme s’empourprèrent de nouveau.

- Ce n’est pas drôle !

- Ah ! Ah ! Ah !

Elle croisa les bras, horriblement vexée.

Les larmes aux yeux, Loz leva une jambe, comme pour l’inviter à parler à son pied.

- Oh ! Ca va !

Elle ne réalisa pas immédiatement qu’elle s’était mise à rire aussi et ce rire clair et incontrôlable, qui s’échappait de sa gorge, eut pour effet de la détendre un peu, ses poumons s’emplissant d’air à chaque nouvelle respiration, lui dénouant le ventre.

- Alors ? demanda-t-il lorsqu’ils reprirent un peu leur sérieux. Ca a l’air d’aller mieux non ?

- Qu… Quoi ?

- Bah ! Tu as l’air un peu moins coincé, tout d’un coup.

Tifa se raidit, toute trace de sourire effacé.

- Dis-moi où sont les enfants.

- Ah ! J’ai parlé trop vite…

- Dis-moi où ils sont !

Il la fixa de son intense regard félin.

- Je t’ai dit qu’ils allaient bien. N’insiste pas. Tu les reverras tous, sains et saufs. Nous n’avons pas l’intention de les tuer. La seule chose qui compte, c’est de la retrouver.

- Qui ça ?

- Mère ! Je te l’ai déjà dit.

Ce mot, qu’elle n’avait plus entendu prononcer avec une telle ferveur depuis des années, fit tressaillir Tifa.

Lui aussi, le prononçait avec cette même dévotion.

Sephiroth

Elle dévisagea Loz comme si elle le voyait pour la première fois.

Ces cheveux… Ces yeux…

Etait-ce possible ?

- Mère ? bredouilla-t-elle. Ce ne serait pas… ?

Un doux sourire sur les lèvres, il s’en retourna, le bras levé en signe d’au revoir.

Non ! Elle devait savoir !

Elle se précipita derrière lui et ses mains s’agrippèrent au bras recouvert de cuir pour l’empêcher de partir.

- Dis-moi que tu ne fais pas allusion à Jenova ! supplia-t-elle. Dis-moi que ce n’est pas ça !

Il pivota lentement, riva ses pupilles félines aux siennes et un frisson parcouru la jeune femme.

Loz était réellement impressionnant…

Il la dépassait d’une bonne tête, sa peau satinée semblait sans défaut et ses yeux… Mon Dieu, quels yeux !

- Je ne… commença-t-elle. Nous ne pouvons pas te laisser faire ! se reprit-elle.

- ” Nous ” ? Mais là, tu es seule et je doute que tu puisses m’empêcher de faire quoi que ce soit.

Et le pire, c’est qu’elle savait qu’il avait raison.

Elle baissa la tête, vaincue, en même temps que ses mains glissaient le long de son bras, le libérant.

Mais voilà que ses mains à lui se posèrent sur ses joues pour l’obliger à replonger dans l’hypnotique regard bleu-vert.

- Tu reprendras bientôt des forces, promit-il. Tu reprendras aussi confiance en toi, et, alors, nous nous battrons.

Un sourire engageant éclaira son visage et la jeune femme sentit sa gorge se serrer…

***

La main de Cloud massait son dos en un doux va-et-vient.

- Tu sembles encore plus tendue que ces derniers jours. Pourtant, Marlène est rentrée, maintenant. Nous retrouverons vite Denzel et les autres enfants, tu verras.

Tifa prit sur elle pour sourire.

Les enfants…

Si seulement cela pouvait être la seule raison de sa nervosité…

Le soir était tombé et la petite lampe murale dégageait une légère et chaleureuse lumière, bien suffisante pour lui permettre de voir le visage de son compagnon.

Visage qu’elle ne regardait d’ailleurs que furtivement.

- Je n’ai pas su la protéger, Cloud…

- Tu ne connaissais pas ton ennemi et tu as été surprise par sa puissance mais, la prochaine fois que tu seras nez à nez avec lui, tu n’auras aucun mal à lui faire mordre la poussière, j’en suis certain.

Elle coula un regard en biais à son ami d’enfance.

Aucun mal…

S’il savait !

S’il savait qu’elle avait été incapable de bouger le petit doigt un peu plus tôt dans la journée… Qu’elle avait tremblé comme une feuille… Que c’était précisément l’homme à qui elle devait faire mordre la poussière” qui l’avait réconfortée avant de partir retrouver ses frères…

Elle pivota franchement vers Cloud et, toujours sans un mot, effleura ses lèvres des siennes, ses doigts lissant doucement ses cheveux hérissés, caressant sa nuque, la main du jeune homme massant toujours son dos.

S’il avait su avec quelle tendresse des doigts gantés s’étaient posés sur son visage… A quel point étaient hypnotiques les yeux qui s’étaient vissés aux siens et comment, à ce moment là, son cœur avait battu la chamade…

Encore maintenant, alors même qu’elle prenait conscience de la chaleur du corps de Cloud contre sa peau, Tifa s’interrogeait, incapable d’expliquer clairement ce qu’elle avait ressenti en cet instant.

Que dirait Cloud s’il avait pu deviner qu’elle croyait encore sentir le cuir du gant de Loz sur sa peau, s’il avait pu concevoir avec quelle débauche de détails elle se souvenait de son visage, de sa peau lisse, des traits si virils, parfois adoucis par de furtifs et sincères sourires…

Leur sueur se mêlait, à présent, ainsi leur respiration saccadée et leurs murmures haletants. Les draps s’échauffaient, se froissaient sous leurs corps et, tout à sa passion, Cloud ne remarqua pas les larmes de Tifa qui s’étaient soudain mises à perler au bout de ses longs cils.

S’il avait su…

S’il avait su qu’en cet instant, c’est à lui qu’elle pensait…

***

Au matin, Tifa s’était réveillée seule, les draps tièdes et froissés indiquant que Cloud s’était une fois de plus éclipsé ; comme si, une fois son désir satisfait, la vue de celle qui l’avait assouvi lui devenait insupportable.

Cette nouvelle matinée rendait la jeune femme morose mais elle n’en apprécia pas moins la présence de sa petite Marlène. Cloud disparaissant régulièrement, elle ne goûtait que davantage la compagnie de la petite.

Le vacarme soudain, à l’extérieur, vint briser la discrète tranquillité du 7ème ciel : la ville d’Edge était saisie d’effroi et le chaos régnait autour du mémorial de la Shinra.

Arrivée sur les lieux, Tifa constata que Kadaj et ses frères étaient une fois de plus la cause de la panique ambiante.

Un stupéfiant Bahamut avait été invoqué et les traces de son passage n’auraient jamais pu de passer inaperçues.

Le cœur de jeune femme se serra, les images de la veille défilant dans son esprit à toute vitesse, et elle se maudit de penser à cela au vu de la situation.

Les enfants…

Loz avait dit qu’elle les reverrait tous bientôt, sains et saufs, et ils étaient bien là, devant elle, entiers.

Elle courut vers Denzel qui, le regard inexpressif et inhumain, fixait le vide, devant lui.

Ces yeux… Les mêmes que…

Peu importait ! Elle devait sauver son petit garçon et l’éloigner de cet enfer !

Les monstres invoqués l’assaillirent soudain de toute part mais l’instinct de protection que lui inspirait son fils adoptif lui donnait des ailes et la force de repousser les attaques des monstrueuses bêtes.

Un cri déchira le ciel et, avant qu’elle ne se rende compte de ce qui se passait, d’immenses pattes griffues s’abattirent devant elle.

Ahurie, elle regarda le Bahamut s’élever de nouveau dans les airs afin d’envoyer une boule d’énergie qui fit exploser le mémorial, envoyant des débris aux quatre coins de la vaste place d’Edge et détruisant de nombreux bâtiments alentour.

Le souffle de l’explosion l’étourdit et, durant ces quelques minutes d’inconscience, Denzel lui apparut : le garçonnet souriait, tendant vers elle une main secourable et elle souriait en retour. Jusqu’à ce que les yeux du garçonnet virent vers ce bleu-vert si envoûtant, la pupille s’allongeant telle celle d’un félin, et sa petite menotte se transformant en une main grande et forte. Celle d’un homme aux courts cheveux d’argent…

La jeune femme reprit brutalement conscience et ses paupières se soulevèrent difficilement pour voir son vieil ami Barret protéger Denzel, son bras mécanique crachant une rafale de balles.

Le regard de Tifa balaya la place et ses alentours en ruine.

Des mouvements rapides attirèrent son attention et… elle le vit.

Il était là, se battant rageusement contre les turks.

Sa gorge se serra.

Et s’ils finissaient par se croiser ? Et s’ils se battaient ?

Elle chassa ces pensées de son esprit. D’autres priorités réclamaient toute son attention.

Les uns après les autres, ses amis vinrent en renfort au pas de charge afin d’engager la bataille contre le Bahamut de plusieurs mètres de haut et dont la carapace paraissait plus dure que de la pierre.

Chacun donna le meilleur de lui-même, tous portés comme autrefois par une inextinguible soif de victoire, avec la ferme intention d’en terminer ensuite avec le trio infernal - chose que Tifa ne pouvait s’empêcher d’appréhender.

Le Bahamut, cependant, n’entendait pas se laisser vaincre aussi facilement et rageait d’être attaqué par ces minuscules créatures si agaçantes.

Il déploya ses ailes immenses, tournoyant autour de la place maintenant dévastée, broyant et piétinant tout ce qu’il pouvait.

Puis, sa patience ayant atteint ses limites, le monstre concentra son énergie dans sa gueule hérissée de crocs et cracha une boule d’un bleu étincelant… droit sur Tifa, qui se trouvait aux cotés de Red XIII et Caith Sith !

Le chien rouge bondit prestement à quelques mètres de là, le robot sur son dos, tandis que la jeune femme rassembla toute sa force dans un extraordinaire coup de pied qu’elle asséna à l’amas bleuté.

Ce dernier termina sa course contre l’un des rares immeubles encore debout et une extraordinaire explosion en résulta, qui projeta des morceaux de métal et des morceaux de pierre droit sur elle alors qu’elle pensait avoir échappé au pire.

Elle n’eut que le temps de se mettre en boule, pour tenter tant bien que mal de se protéger des énormes débris à moitié calcinés, et ferma les yeux, attendant la douleur qui ne saurait tarder.

Mais, dans le brouhaha de l’explosion et de l’écroulement du bâtiment, les secondes passèrent sans qu’elle ne ressente quoi que ce soit.

Aucun débris n’était donc arrivé jusqu’à elle ?

Impossible… “ se dit-elle.

Prudemment, elle releva la tête.

A travers la poussière, la jeune femme distingua une imposante silhouette, juste devant elle.

A mesure que le vent balayait les minuscules résidus grisâtres, elle reconnut le grand corps athlétique. Corps traversé, au niveau du thorax, par une tige métallique pointue d’une bonne dizaine de centimètres de diamètre.

Par l’énorme plaie s’écoulait des flots rougeâtres et le corps empalé se tordait, essayant vainement de rester perpendiculaire au sol.

Sans succès.

Les jambes, pourtant puissantes, cédèrent et l’homme s’écroula avec un bruit sourd.

Tifa ne réagit pas immédiatement, une expression hébétée sur le visage.

Elle ne comprenait pas, c’était irréel ! Comment croire que Loz s’était mis devant elle, lui faisant un rempart de son corps pour lui sauver la vie ?

Elle le considéra un long moment, étendu sur le sol dans une mare de sang, l’énorme tige de métal en travers de la cage thoracique, et son souffle se fit haletant à mesure qu’elle reprenait ses esprits et qu’elle saisissait toute l’horreur de la situation.

Fébrile, elle se leva et tituba vers celui qu’elle avait eu si peur de revoir encore quelques instants auparavant.

Avant qu’elle ne puisse poser un doigt sur le corps meurtri, elle fut brutalement repoussée en arrière par un jeune homme à la taille élancée et aux longs cheveux argentés flottant sur ses épaules et son dos.

- Et estime-toi heureuse que je ne te tue pas !

Sa voix, à la fois douce et tranchante, lui fit comprendre que mieux valait éviter d’insister.

Figée, le visage de marbre, elle le vit arracher la hampe de métal plantée dans le thorax de son frère avec une violence inouïe, faisant jaillir encore plus de sang.

Loz poussa un tel hurlement que des larmes de compassion montèrent aux yeux de la jeune femme.

Indifférent, le clone du démoniaque Sephiroth emporta son aîné dans ses bras aussi facilement que s’il s’était agi d’un nouveau-né.

- Attends ! l’interpella Tifa, incapable de confiner ses interrogations au fond de sa gorge. Que va-t-il devenir ?

Yazoo marqua un temps d’arrêt mais ne se retourna pas.

- J’ignore pourquoi tu tiens à le savoir ni pourquoi il a agi aussi stupidement mais laisse-moi te donner un conseil : oublie-le !

- Garde tes conseils ! Dis-moi juste s’il va s’en sortir !

Yazoo laissa échapper un petit rire railleur.

- Oui… Ces blessures sont superficielles, pour des créatures telles que nous.

Tandis qu’il s’éloignait avec le blessé, les jambes de Tifa cédèrent et ses genoux percutèrent durement sur le sol.

Elle ne s’était pas aperçue de la présence de Cloud qui, à quelques mètres d’elle, bouillait littéralement de rage contenue.

***

Une semaine s’était écoulée depuis l’apparition du Bahamut à Edge et le retour des enfants kidnappés par le gang de Kadaj.

Le monstre exterminé et les enfants à nouveau maîtres de leur libre arbitre, chacun avait pu retrouver la chaleur de son foyer et l’affection des siens.

Malheureusement, les choses s’étaient beaucoup moins bien passées pour Tifa : elle était revenue chez elle dans un silence pesant, accompagnée par un Cloud muet comme une tombe.

Lorsqu’elle avait fini par le remarquer, quelques instants après avoir laissé partir Yazoo, elle avait bien ouvert la bouche mais n’avait pas réussi à en faire sortir le moindre mot.

A présent, le silence retombait aussi sur toute la ville mais on entendait toutefois quelques personnes courageuses essayer de déblayer le gros des dégâts faits au cours de l’après-midi.

Sachant Denzel en sécurité, Cloud s’était dirigé vers l’escalier qui menait à l’étage. Tifa l’avait suivi sans y avoir été invitée, prête à l’inévitable confrontation et aux explications qui promettaient d’être houleuses.

Et, en effet, jamais autant de fureur, de colère ou d’écœurement n’étaient sortis de la bouche de son meilleur ami.

Les insultes fusèrent, de même que les reproches, et chaque mot qu’elle recevait s’enfonçait doit dans son cœur déjà malmené.

- Je ne sais pas… Je ne comprends pas… Je suis désolée…

Ses excuses ne faisaient qu’attiser la rage de Cloud mais elle était incapable de trouver des arguments pouvant apaiser le jeune homme…

…encore moins de lui avouer la vérité !

***

Depuis leur dispute, Cloud n’avait plus quitté la maison, au grand étonnement de toute la petite bande, à qui rien de l’incompréhensible comportement de la jeune femme n’avait été révélé, bien sûr.

Il semblait évident pour Tifa que son ami d’enfance voulait garder en permanence un œil sur la ” fautive ” et elle se sentait clairement prisonnière.

Et lui ? ” ne pouvait-elle s’empêcher de se demander.

Comment allait-il ? Souffrait-il ? Ses frères s’occupaient-ils bien de lui, au moins ?

Chaque jour, profitant des courts moments de répit que lui laissaient les occupations de Cloud, elle s’éclipsait discrètement pour se précipiter dans l’église, espérant le revoir.

Mais rien. Personne.

Sept jours. Sept longs après-midi de silence pesant à l’attendre en vain.

Cloud, trop occupé, ne remarquait guère ses absences furtives mais elle se doutait bien que cela ne durerait pas.

Bien sûr, elle comprenait très bien la réaction de son ami d’enfance. Pour lui, elle avait en quelque sorte pactisé avec l’ennemi. Mais, alors, pourquoi ne se sentait-elle pas aussi coupable qu’elle l’aurait dû ? Pourquoi ne pouvait-elle s’empêcher de s’esquiver en cachette comme une petite fille pour essayer de le revoir ?

Peut-être trouverait-elle les réponses à ces questions le jour où elle le reverrait…

Et cela arriva.

Le huitième jour.

Comme chaque jour, elle avait échappé à la surveillance jalouse de Cloud pour gagner la tranquille église des taudis et, comme chaque jour, son cœur était empli d’espoir mais, une fois encore, rien. Personne.

Tifa laissa ses pas la guider entre les décombres, jouissant du calme et de la paix du lieu, priant même.

- Encore un hasard ?

La jeune femme sursauta et se retourna brusquement.

Il était là, juste devant elle.

Son cœur se serra à la vue du furtif sourire qui se dessina sur le visage viril mais de sombres pensées l’assaillirent aussitôt…

Elle se remémorait cette silhouette bienveillante là-bas, sur la place d’Edge, mais aussi le sang qui coulait à flots de sa blessure. Elle le revit s’effondrer et hurler de douleur lorsque son frère avait arraché l’épaisse tige de métal de son corps meurtri.

- Pourquoi m’as-tu protégée ? s’écria-t-elle soudain. Pourquoi as-tu risqué ta vie pour moi ?

Il ne répondit pas, pris au dépourvu par son éclat.

- Nous sommes ENNEMIS ! poursuivit-elle. Nous devons nous battre l’un contre l’autre, chacun pour ses propres idéaux, alors pourquoi ?

- Parce que tu aurais fait la même chose pour moi.

Sa voix mâle et profonde s’était brisée en prononçant ses mots… de même que l’élan de colère de la jeune femme.

- Je ne t’en veux pas à toi personnellement, ajouta-t-il. Pas plus que toi, tu ne m’en veux pas vraiment à moi non plus. Je me bats pour Mère, comme tu te bats pour cette planète.

- Justement ! Je ne peux pas te laisser détruire ce monde, auquel j’appartiens ! Je ne peux pas cautionner vos actes, à toi et tes semblables ! Je ne peux pas !

Tout comme le ton de sa voix, son poing s’était levé et elle le projeta de toutes ses forces en direction de la mâchoire de Loz, lequel rétorqua par un vif coup de pied, qu’elle esquiva d’un bond félin.

L’une après l’autre, les frappes s’enchaînèrent et le combat acharné tant prévu commença.

En même temps qu’elle assénait ses coups, Tifa laissait échapper des hurlements déchirants, comme pour extérioriser la douleur et la tristesse qu’elle éprouvait à se battre.

Elle sentait bien que Loz retenait ses coups ; des signes évidents de pitié étaient même clairement perceptibles sur son visage alors qu’il la voyait se forcer au combat.

Le poing de la jeune femme s’abattit à nouveau et, cette fois, d’incontrôlables larmes qu’elle était incapable de retenir accompagnèrent le coup, lui brouillant la vue.

La joue un peu rougie, Loz se remit rapidement d’aplomb et, impassible, replongea ses yeux envoûtants dans les siens.

Les dents serrées au point d’en avoir les mâchoires douloureuses, Tifa reprit de l’élan, pliant son bras vers l’arrière aussi loin que l’articulation de son épaule le lui permettait.

Alors que son poing prenait de la vitesse, Loz le stoppa net d’une seule main avant de saisir ses longs cheveux bruns de l’autre et d’avancer brutalement son visage pour presser ardemment ses lèvres sur les siennes.

Les yeux de Tifa s’écarquillèrent et elle tenta de se libérer de l’emprise de son adversaire mais sans succès.

Avec la dernière énergie, elle essaya désespérément de le repousser loin d’elle, ses larmes continuant à couler et son petit poing frappant son large torse, mais avec si peu de conviction qu’il ne cilla même pas.

Même après la blessure qu’il avait subie, sa combinaison de cuir paraissait neuve et, inconsciemment, elle commença à frotter cette seconde peau de sa paume.

Sa bouche s’abandonna progressivement aux tendres lèvres qui, au fil de ses caresses à elle, devinrent plus impétueuses.

L’argenté relâcha enfin son bras, qui n’opposait plus la moindre résistance et qui, au contraire, s’agrippa à sa nuque afin d’appuyer plus encore le baiser qu’ils échangeaient.

Ce qui se passa alors la surprit quelque peu : le blouson de cuir noir parut se désintégrer à proprement parler, révélant peu à peu le corps athlétique dans sa plus parfaite nudité.

Les capacités et les mystères de cet homme allaient donc jusque là…

Le bout des doigts de Tifa - abasourdie par le prodige et dans une sorte d’état second - suivirent un long moment le dessin des muscles proéminents.

Frissonnant à son tour sous ses caresses à lui, elle fit glisser la fermeture éclair de son haut noir pour laisser apparaître des formes qui avaient rendu bon nombre d’hommes fous de désir.

Leurs jambes les avaient machinalement rapprochés de l’une des colonnes de pierre qui gisaient à terre, dans la travée obscurcie par une douce pénombre.

Splendide dans sa nudité, Tifa s’assit à califourchon sur celui qui était devenu l’objet de tant de fantasmes… Celui qui lui avait fait si peur en apparaissant soudain devant elle couvert de sang, sept jours plus tôt… Celui qu’elle serrait désormais entre ses cuisses et dont les mains avides remodelaient les courbes de ses hanches… Celui dont le bassin c’était mis à bouger langoureusement de bas en haut, lui arrachant de discrets soupirs…

Jamais elle ne s’était sentie aussi bien qu’en cet instant - mêlant son corps à celui, si chaud, de son ancien adversaire au regard si froid - et ne pouvait s’empêcher de caresser ce visage auquel elle avait si souvent pensé et qu’elle avait malgré elle rêvé de revoir.

La jeune femme enserra les larges épaules de Loz de ses bras et pressa son visage tout contre son cou pour étouffer les bruyants soupirs qui s’échappaient de ses lèvres au fur et à mesure que le rythme s’accélérait et que le plaisir montait.

Elle aurait tant souhaité que les lents va-et-vient caressants ne s’arrêtent jamais, tant aimé sentir éternellement la chaleur de ce corps contre le sien et être certaine que les mâles inflexions de cette voix rauque, qui gémissait sensuellement à son oreille, l’accompagnent jusqu’à la fin des temps…

***

Un nuage de poussière se répandit au sommet de l’imposante tour Shinra.

Le combat final contre Sephiroth avait à nouveau eu lieu et le courage, la fougue et le tempérament conquérant de Cloud avait eu raison du Mal.

De l’intérieur du hautvent de leur ami Cid, toute la fine équipe avait assisté, le souffle coupé, au terrible combat et s’était réjoui de son issue mais, hélas, leur allégresse fut de courte durée.

Sortie de nulle part, une balle atteignit Cloud en plein cœur, lui transperçant la poitrine de part en part.

Souffrant et haletant, le jeune homme ne se tourna pas moins vers ceux qui l’avaient attaqué par surprise et dans le dos.

Tifa, elle, resta impassible mais son cœur s’emballa lorsqu’elle reconnut les deux assaillants.

Après une suite de combats acharnés contre Reno et Rude, tout d’abord, puis contre Cloud, Yazoo et Loz semblaient à deux doigts de la désagrégation.

Elle vit celui qui avait été son amant, certes durant de trop courtes et délicieuses heures, remuer difficilement les lèvres.

Comme elle aurait aimé revivre d’autres sensuels et précieux instants en sa compagnie…

A rien ne lui servait d’entendre les mots que Loz avait prononcés - sans doute une toute dernière provocation à l’égard de Cloud. Que perdait-il de toute manière, puisqu’elle-même savait sa fin proche ?

Tandis qu’une larme roulait sur son visage meurtri, elle vit Cloud, épée au clair, foncer rageusement vers ses ennemis.

Lorsque le vent dispersa le nuage de poussière dû à l’explosion, Tifa cherchait encore tristement en elle-même la définition du mot ” Destin “…

Fin