Posts Tagged ‘marlene’

IX - Je ne serai jamais un souvenir…

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- C’est tout ce dont je me souviens, conclut Yazoo après avoir expliqué à Reno comment lui et Kadaj avaient ranimé Loz, dans le Cratère, peu avant l’arrivée des turks.

Reno fit vibrer ses lèvres dans l’obscurité, à laquelle ses yeux s’étaient suffisamment habitués pour distinguer le visage en cœur d’argenté, allongé à ses côtés, dans le lit.

- Bah merde, alors ! Moi qui me disais qu’avec tous les trucs bizarres que j’avais vus rien ne pourrait plus me surprendre… C’est digue, cette histoire de matrice… Eh, là, attends une minute ! réalisa-t-il soudain en se redressant sur un coude pour se tourner carrément vers Yazoo. T’es en train de me dire que… Que toi et ton frangin vous êtes âgés de… (Il compta rapidement sur ses doigts) De cinq semaines ? ! s’étrangla-t-il.

L’incarné acquiesça et le turk siffla, essayant de saisir tout ce que cela sous-entendait.

- Donc… Tu n’as aucune expérience personnelle, en fait ? Tout te vient de Sephiroth ? Lorsque tu pilotes une moto, que tu te sers d’une fourchette, de ton arme ou…

Ou que tu fais l’amour… “ avait-il failli ajouter.

Il s’était mordu la langue à temps.

- Ses expériences personnelles à lui sont mes seules références. Enfin, à peu de chose près. Je sais beaucoup de choses sans pour autant les avoir moi-même expérimentées.

Reno fronça les sourcils.

- Attends, tu veux dire… un truc du genre ” je n’ai jamais mangé de mangues mais je sais le goût que ça a ” ?

Yazoo parut réfléchir à cette façon de présenter les choses et acquiesça.

- Oui, plus ou moins. Je connais le goût de certains plats que je n’ai jamais eu l’occasion de manger et je peux reconnaître des parfums que je n’ai jamais sentis moi-même.

- Est-ce qu’il t’arrive de détester des trucs que lui aimait ? demanda encore le turk avec curiosité.

L’argenté haussa les épaules.

- Je l’ignore, je n’ai pas connu Sephiroth. Je ne sais pas ce qu’il aimait ou détestait.

- D’accord mais si ses…

- Les connaissances qu’il m’a transmises ne sont que des données. Des informations. Pas des sensations ou des sentiments, Reno.

Celui-ci tiqua mais ne releva pas car Yazoo venait, pour la première fois, de l’appeler par son prénom.

- Ce ne sont que des informations, poursuivit l’incarné. Comme des fichiers que l’on transfère d’un ordinateur à l’autre. Pas un morceau de la personnalité Sephiroth. Enfin, je ne pense pas… ajouta-t-il à mi-voix, trouvant cette perspective plutôt effrayante.

Il frissonna et, à nouveau, Reno eut encore cette envie soudaine de le protéger et de le serrer contre lui.

Ca doit vraiment être un putain de système d’autodéfense inné… “ se dit-il en résistant à l’envie de tendre la main pour lui lisser les cheveux.

Comment faisaient-ils ça ? Des phéromones ? Une substance chimique qui faisait tinter une alarme dans le cerveau des gens et agitait une pancarte ” Je suis une pauvre petite chose sans défense ! Un petit chaton abandonné ! Câlinez-moi ! Aimez-moi ! Protégez-moi ! “.

- Je suis fatigué, Reno… chuchota ” le chaton ” en question en frottant ses jolis yeux mako.

Le turk faillit pousser un gémissement attendri tant cette mimique le rendait - si c’était possible - encore plus craquant.

- Excuse-moi, je n’aurais pas dû te prendre la tête avec ça maintenant. Ca va, tu n’as pas froid ? Tu veux que je baisse un peu la clim ?

Yazoo secoua la tête et se pelotonna dans les draps.

- Non, ça va. Bonne nuit, Reno.

Ce dernier sourit dans le noir.

- Ouais… Bonne nuit à toi aussi…

” …petit chaton mouillé. “ ajouta-t-il mentalement.

*

Tifa se redressa sur un coude et cligna de l’œil.

- Ca te dirait, un petit truc à grignoter ?

Loz sourit malgré lui.

Il venait de prendre un anti-douleur et se sentait beaucoup mieux. Même la fièvre paraissait être tombée.

- Du genre… sandwich ?

- Plutôt du genre… ” crème glacée ” !

L’argenté pinça les lèvres, taquin.

- Est-ce bien raisonnable ?

Tifa tira le bout de sa langue, chipie, et le jeune homme détourna le regard, luttant contre l’envie de se pencher pour la pincer entre ses dents et l’aspirer dans sa bouche.

- On s’en fiche ! Tout le monde dort et les enfants sont avec Cloud.

Avant qu’il n’ait pu dire un mot, elle avait bondi du lit et était sortie de la chambre, le regard de Loz rivé sur la cambrure de ses reins.

Cette fille va vraiment me rendre dingue… “ pensa-t-il en soupirant.

*

A une bonne demi-heure du 7ème ciel, dans l’église en ruine de Midgar, d’étranges remous agitaient la source qui coulait sous ce qui fut jadis le maître autel.

Dans les ténèbres, à peine éclairées par la lune, des bulles crevèrent à la surface de l’eau et une petite main - bien trop menue pour appartenir à un homme mais trop vigoureuse pour être celle d’une femme - jaillit dans une gerbe de gouttelettes…

La peau encore fine d’adolescent, d’une pâleur bleutée, scintilla un instant sous les maigres rayons de l’astre nocturne et les doigts graciles se tendirent vers le bord de l’eau, comme pour essayer de s’agripper à quelque chose et s’extraire de l’onde glaciale. Mais quelque chose - ou quelqu’un - parut tirer inexorablement sous l’eau le propriétaire de la petite main si blanche.

Un dernier clapotis fit office de chant du cygne et, lorsque les doigts effilés disparurent sous la surface, l’église en ruine redevint aussi silencieuse qu’un tombeau…

*

Reno fixait le plafond, incapable de dormir mais néanmoins bercé par le souffle léger de Yazoo.

Ne pas le regarder…

Ne pas le regarder…

Ne pas le regarder…

Ne pas le reg… Trop tard.

Comme mus par une volonté propre, les yeux du turk coururent sur les cheveux brillants malgré la lueur pâlotte de la lune, dont les rayons entraient par la fenêtre, dévoilant le petit visage en cœur de Yazoo.

Par la Déesse ! Ce visage…

Les joues rondes donnaient envie de les pincer, les longs cils argentés mettaient au défi un index malicieux de les chatouiller et les lèvres entrouvertes…

Par tous les démons de la planète ! Ces lèvres…

Tendres, pleines et si joliment ourlées, d’un rose tendre un peu bleuté…

Avant de comprendre ce qu’il était en train de faire, Reno se pencha lentement, le regard fixé sur la petite bouche boudeuse.

Que comptait-il faire exactement ?

La caresser ? La baiser ? La frôler ? S’enivrer du parfum suave du souffle qui s’en échappait ?

Il n’en savait rien, en réalité… Il était juste attiré par la peau gourmande comme une guêpe par une goutte d’eau sucrée.

Et, au moment où sa propre bouche allait se poser sur les lèvres parfaites, ces dernières remuèrent et s’étirèrent en un rictus presque cruel.

- Qu’espères-tu faire, petit turk ? railla une voix qui n’était pas celle de Yazoo.

Reno cligna des yeux, surpris, laissa échapper un cri étouffé et recula si violemment qu’il tomba du lit.

Nonchalamment allongé sous les draps, la tête languissamment appuyée sur son avant-bras, il le dévisageait, un sourire narquois sur ses lèvres parfaites.

Le turk, pétrifié, n’osait pas esquisser un geste et ne put que gémir un pitoyable :

- Oh, putain…

*

Pestant contre son manque de contrôle et sa puérilité, Tifa remplit deux bols à ras bord de crème glacée, qu’elle posa sur un plateau, et prit une bouteille d’eau minérale sous le bar.

Ca te dirait, un petit truc à grignoter ? ” Ridicule !

Tout à fait le genre de chose à dire à un homme blessé à demi assommé par la fièvre, vraiment !

L’excuse la plus ridicule qu’elle aurait pu trouver pour s’esquiver de cette chambre !

- Idiote ! s’admonesta-t-elle à voix haute. Crétine !

Elle s’appuya au bar et se frotta le visage.

Mais pourquoi cet homme la mettait-elle sens dessus-dessous ?

Parce que ce qu’il avait enduré lui faisait pitié ? O.K. !

Parce qu’il avait un corps à rendre jaloux la moitié du panthéon Cetra ? Soit !

Parce que sa voix profonde aurait fait vibrer toute femme comme une harpe ? Il aurait été ridicule de le nier !

Parce que ses airs innocents de petit garçon malmené la faisaient totalement craquer ? Il y avait aussi sans doute un peu de ça !

Parce que le fait qu’il n’ait cessé de penser à elle comblait son besoin débridé de romantisme ? C’était une affaire entendue !

Parce quil avait les plus beaux yeux tristes et la bouche la plus sensuelle que Tifa n’ait jamais vus ? C’était vrai aussi !

Mais bon !

A part ça, qu’est-ce que ce maudit incarné avait pour plaire, hein, franchement ?

La jeune femme se frappa le front de la main et laissa échapper une bordée de jurons qui auraient même faire rougir Cid Highwind en personne…

- Idiote ! Idiote ! Et re-idiote !

*

Cloud tressaillit et ouvrit brutalement les yeux.

N’avait-on pas crié dans la chambre d’amis ?

Le cœur battant, il bondit hors de son lit et se précipita dans le couloir.

La chambre où dormait Reno paraissait silencieuse. Avait-il été victime d’un cauchemar ?

Par acquit de conscience, il gratta néanmoins au battant. Un bruit trop léger pour déranger un dormeur mais parfaitement audible si quelqu’un était éveillé.

La porte s’ouvrit brutalement et il faillit se prendre les jambes dans un Reno affolé qui essayait tant bien que mal de remettre sur ses pieds.

-Reno ? s’étonna Cloud. Qu’est-ce qui…

- Il est là ! Il est revenu ! le pressa le turk en désignant la chambre.

- Quoi ? Qui ? demanda son compagnon en regardant à l’intérieur.

- Sur le lit !

Cloud fronça les sourcils, regarda encore et se tourna vers Reno, qui se tenait en caleçon dans le couloir, les membres tremblants.

- Reno, il n’y a personne, là-dedans. A part Yazoo, s’entend.

Le turk le bouscula presque pour regarder à l’intérieur de la chambre.

Sur le grand lit, emmitouflé dans les draps, qui se soulevaient au rythme de son souffle paisible, Yazoo dormait comme un ange.

- Mais… bredouilla Reno. Il était là. Je l’ai vu… Sur le lit, à côté de moi. Il m’a parlé. Je ne suis pas dingue !

- Mais enfin qui était là, Reno ?

- Sephiroth… avoua le turk à mi-voix, faisant blêmir Cloud.

… à suivre

Vous avez aimé ce texte ? Laissez un commentaire !

VIII - Vivants ! J + 4 Nuit

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno se réveilla en sursaut et Yazoo gémit sur son épaule.

Cloud venait d’allumer la petite lampe au dessus du miroir de l’évier qui, pour douce, ne lui en brûla pas moins cruellement les yeux.

- Reno, ça va ? Tu as piqué du nez, on dirait.

Le turk hocha la tête.

- Merde… Je ne m’en suis même pas rendu compte.

Il regarda sa montre.

Il avait fermé les yeux seulement quelques minutes.

- Tu veux que je t’aide ? demanda l’ancien soldat en désignant Yazoo, qui se blottissait contre le jeune homme.

- Non, ça ira. File-moi juste un coup de main pour le sortir.

Cloud posa les deux draps de bain qu’il avait apportés sur un tabouret et se pencha sur la baignoire pour soulever l’argenté. Ce dernier gémit quelques protestations incohérentes mais ne lutta pas ; il était de pâte, entre ses bras.

Reno s’extirpa à son tour, tira sur son boxer détrempé qui lui collait désagréablement à la peau et se sécha à la va-vite avant de s’asseoir sur le rebord de la baignoire et de se saisir du second drap de bain.

- C’est bon, passe-moi la belle au bois dormant, plaisanta-t-il en faisant signe à l’ex-soldat.

Ce dernier posa Yazoo sur ses genoux et le turk le serra contre lui de la main gauche tout en commençant à le sécher de la main droite.

- Ca va aller ?

- Ouais, t’en fais pas. Je m’occupe de lui. Va plutôt aider Tifa à coucher les gosses.

Cloud acquiesça.

- Oui, ils sont surexcités, avec nos nouveaux invités. Tu prends Yazoo avec toi pour la nuit ou tu préfères que je le prenne avec moi ?

- On ne le remet pas avec son frère ?

- Non, Loz a trop de fièvre et il n’arrête pas de s’agiter. Tifa a dû s’allonger avec lui. Je la remplacerai peut-être lorsque j’aurais dormi un peu s’il ne se calme pas.

- Oh… O.K. pas de problème.

- Tu es sûr que ça ira ?

- Ouaiiiis ! Il est tout patraque, regarde, argumenta le turk en bougeant légèrement l’épaule pour faire doucement ballotter la tête de Yazoo. Ne te fais pas de mouron et file coucher les têtards, sinon, demain, ils vont être nazes et on va les avoir dans les pattes sans arrêt.

Cloud laissa échapper un petit rire.

- Tu n’as pas tort. Tu sais où dormir ? Tifa t’a montré ta chambre ?

- Oui, c’est bon.

- Si tu as besoin de moi, la mienne est juste là.

Il quitta la salle de bains, non sans avoir posé la main sur le front de l’argenté, pour vérifier sa température.

- Bonne nuit, Reno.

- Bonne nuit, mon pote.

Le turk resta donc seul avec son protégé et, bien qu’il soit incapable d’expliquer pourquoi, il trouvait l’idée de passer la nuit en sa compagnie à la fois terriblement plaisante et profondément angoissante.

Yazoo fut agité d’un long frisson.

Reno baissa les yeux sur le petit visage en cœur appuyé au creux de son cou et vit que les beaux yeux mako étaient à moitié ouverts.

- Eh… Salut, murmura-t-il en continuant à sécher délicatement la peau translucide. Bien dormi ? Ca va un peu mieux ?

L’argenté cligna des paupières à plusieurs reprises puis, paraissant réaliser dans quelle situation il se trouvait - à savoir mouillé et entièrement nu assis sur la cuisse du turk, qui le serrait contre lui tout en le séchant - il voulut bondir sur le sol mais, à peine avait-il redressé un peu la tête que celle-ci se mit à tourner. Sa vue se couvrit d’un voile, il chancela et, n’eut été Reno, qui le retint fermement, il aurait basculé en arrière dans la baignoire.

- Oh, là ! Doucement ! Reste tranquille, je ne vais pas te faire de mal.

- Je… Loz…

- Il va bien, il est à côté, avec Tifa. Et toi ? Comment tu te sens ?

Yazoo lutta pour garder les yeux ouverts.

Il se sentait incroyablement faible et avait les idées totalement brouillées.

- Je suis… fatigué…

- Tu vas pouvoir dormir dans quelques minutes, juste le temps de te sécher.

L’argenté rougit furieusement et cacha pudiquement son bas-ventre de ses mains.

Reno eut un petit rire amusé.

- Je suis un mec aussi, tu sais ? plaisanta-t-il. T’as pas à te cacher ou à te sentir gêné.

Il n’en couvrit pas moins Yazoo du drap de bain pour ne pas l’embarrasser davantage.

- Où sommes-nous ? murmura l’argenté.

- Nous sommes chez Tifa et Cloud.

- Grand frère ?

- Ouais. Enfin, si on veut. Ca va, ta jambe ?

Yazoo le dévisagea, méfiant.

- Pourquoi prends-tu soin de moi ?

- Donne-moi une bonne raison de ne pas le faire, le taquina le turk.

- J’ai essayé de te tuer.

Reno sourit.

- Bien sûr que non. Tu aurais pu me tirer une balle dans la tête en plusieurs occasions et tu ne l’as pas fait. Viserais-tu donc si mal que ça ?

La rougeur de l’argenté s’intensifia et il s’emmitoufla dans sa serviette de bain en frissonnant.

*

- Ils vont rester vivre avec nous pour toujours ? demanda Denzel à Cloud, qui le borda après avoir refermé le gros livre de contes et légendes que Reeve avait offert aux enfants lors de sa dernière visite.

- Je ne sais pas. Il faut d’abord qu’ils se remettent et, ensuite, ils décideront de ce qu’ils souhaitent faire.

Marlène grimaça.

- Oui mais… s’ils partent ?

- Oui, et bien ?

- Ils n’ont pas de famille et aucun ami. Qu’est-ce qu’ils vont devenir ?

- Ils ont des amis Marlène : nous.

La petite sourit.

- C’est vrai.

- Allez, il faut dormir, maintenant.

- Et Kadaj ? insista Denzel. Il est mort ?

Cloud frissonna.

- Il a rejoint Aerith et Zack, dans la rivière de la vie. Il est en paix, maintenant.

- Il est avec papa et maman, tu crois ?

L’ex-soldat lui ébouriffa les cheveux.

- Qui sait ? Peut-être qu’en ce moment même, ils sont tous en train de faire un poker menteur et qu’ils s’amusent comme des fous ! Ou qu’ils nous regardent en disant ” Ah ! Tiens… Les enfants sont encore en train de faire des manières pour ne pas dormir. Pauvre Cloud ! “

Le garçonnet et la fillette éclatèrent de rire.

- Bonne nuit, Cloud ! lancèrent-ils en cœur en se pelotonnant confortablement sous leurs couvertures.

- Faites de beaux rêves.

Le jeune homme éteignit la lumière et partit enfin se coucher lui aussi.

*

Tifa retira ses chaussures et s’assit sur les couvertures, dans lesquelles Loz frissonnait comme jamais.

Elle venait de changer les draps mais, au vu des suées fiévreuses qui assaillaient régulièrement l’argenté, il y avait fort à parier qu’ils seraient de nouveau trempés dans une heure ou deux.

La jeune femme remplit le verre qui se trouvait sur la table de nuit avec l’une des bouteilles d’eau minérale qu’elle venait de remonter du bar et passa la main sous la nuque brûlante de Loz pour l’aider à relever un peu la tête.

Il fit la moue à la seule pensée de la désagréable sensation du liquide froid coulant dans sa gorge et son estomac.

- Allez, fais un effort. Tu dois boire ou tu vas te déshydrater pour de bon.

Elle l’aida à avaler la moitié du verre.

Un long frisson lui traversa le corps et fit trembler ses lèvres.

Lorsqu’elle lui présenta de nouveau le verre, il détourna le visage avec une grimace de petit garçon renfrogné.

- D’accord… murmura-t-elle avec un sourire résigné. On va dire qu’un demi-verre, c’est mieux que rien.

Les yeux vert mako se clouèrent aux siens, passionnés, et elle détourna le regard, gênée.

Pour se donner une contenance, elle entreprit de plier les draps sales et de les empiler sur le sol, près de la table de chevet.

C’était ridicule, bien entendu, mais, si on lui avait alors demandé pourquoi elle faisait ça, elle aurait sûrement répondu que c’était pour que ça prenne moins de place dans la machine à laver. Ou une sornette du genre…

De toute façon, ce serait toujours mieux que “ le simple contact de ce type m’a excitée comme une folle et, maintenant, j’ai honte de le regarder en face” !

En repensant à la façon dont son corps s’était enflammé lorsqu’elle l’avait serré contre elle, elle sentit le sang lui monter au front.

L’embrasser… Qu’est-ce qui lui avait pris d’avoir envie de faire ça ? Elle avait failli l’embrasser… Oh ! Dieux ! Elle avait failli l’embrasser !

Je n’ai pas arrêté de penser à toi depuis ce jour-là, dans l’église… “ lui avait-il avoué dans un souffle brûlant, tout contre sa joue. ” Pas une minute… “

Pourquoi cet aveu la mettait-elle dans un tel émoi ? Cela aurait dû l’effrayer au contraire. Voire la rebuter. Après tout, cet homme avait essayé de… de… De quoi, d’ailleurs ?

Lui faire mal ?

C’est elle, qui l’avait couvert de bleus.

La passer à tabac ?

Elle avait visionné leur combat dans sa tête à de multiples reprises et, les seules fois où il l’avait touchée, c’était par une décharge électrique. Pas un seul de ses coups de poing n’avait porté et Tifa aurait mis sa main à couper qu’il s’était toujours débrouillé pour qu’elle puisse les éviter ou les bloquer. Idem pour les coups de pied.

La tuer ?

Il lui aurait suffi pour cela de sortir son gunblade et de tirer. Mais il ne l’avait pas fait… Il n’avait même pas fait mine de porter la main à la crosse pour l’impressionner ou l’effrayer.

Joue avec moi ! “ avait-il lancé avec son sourire carnassier.

Et, plus elle y pensait, plus elle se disait qu’il avait en effet joué avec elle. Comme un chat avec un souris. La taquinant et lui faisant croire qu’elle pouvait fuir et prendre le dessus tout en sachant très bien qu’il lui suffisait d’un coup de patte pour l’assommer… ou la tuer.

- Pardon pour ça…

Elle sursauta.

- Hein ? Quoi donc ?

Loz désigna les draps qu’elle venait de plier.

- Ca. Je te donne du travail.

Elle secoua la tête et sourit.

- Non ! Ce n’est rien. C’est la machine qui lave, pas moi !

Une nouvelle suée lui enflamma le corps et il laissa échapper une petite plainte.

Tifa trempa un linge propre dans un bol d’eau fraîche et lui épongea le visage.

- Ca va ? s’enquit-elle.

Il soupira et planta à nouveau son regard félin dans le sien.

- Qu’allez-vous faire de nous ? demanda-t-il en frissonnant.

- Rien du tout, quelle question ! Tu devais dormir un peu, il est tard.

- Je voudrais bien… soupira-t-il.

Elle effleura le bandage de sa poitrine du bout des doigts.

- Tu as mal ? (Il acquiesça) Les antalgiques ne font plus du tout effet ?

- Si c’était le cas, je pense que je serais en train de hurler…

Tifa regarda la petite pendule, près de la porte et se mordit la lèvre.

- Tu pourras en reprendre un dans une bonne heure, pas avant. Un toutes les quatre heures au maximum. C’est ce qu’a dit le médecin. Tu pense que ça ira ?

- Je n’ai pas vraiment le choix, essaya-t-il de plaisanter.

- Essaye quand même de fermer les yeux et de te reposer.

Elle se leva pour éteindre le plafonnier, alluma la petite veilleuse bleutée sur la table de nuit et s’allongea à ses côtés sur les couvertures.

Loz avait le visage tourné vers elle, alors elle fixa obstinément le plafond, les bras croisés sur son ventre, en essayant de ne pas penser à quel point les petits frissons que provoquaient le souffle chaud du jeune homme sur son oreille étaient plaisants.

- Où est Yazoo ?

- Avec Reno. Il va bien veiller sur lui, ne t’en fais pas. C’est quelqu’un de très gentil.

- Pourquoi… vous faites tout ça ?

Tifa tourna la tête vers lui sur le traversin et frémit en réalisant que leurs bouches étaient toutes proches. La chaleur de sa chair fiévreuse irradiait et elle la sentait sur la peau de son visage.

- On dirait que la fièvre est remontée, nota-t-elle en posant la main sur son front moite.

Il sourit.

- Tu ne veux pas répondre ?

Elle tiqua.

- Hein ? Oh, si, bien sûr. Enfin, non. Je veux dire… (Elle soupira) C’est normal, que nous vous aidions. N’importe qui ferait de même.

Loz fronça les sourcils.

- Pourquoi ?

Tifa pouffa.

- Et moi qui croyait que Denzel était le roi des ” pourquoi ? ” !

L’argenté rougit.

- Pardon.

Elle lui toucha la joue.

- Ce n’était pas un reproche.

*

- Voilà, tu sais à peu près tout, fit Reno en réprimant un bâillement. La suite, tu la connais. Nous cherchions les restes de Sephiroth dans le cratère lorsque nous sommes tombés sur vous trois et cette foutue tête de Jenova.

L’argenté fronça le nez.

- Ne parle pas d’elle comme ça.

Le turk eut un geste agacé.

- T’as rien écouté de ce que je viens de te dire, ou quoi ?

- Si mais…

- Mais quoi ?

- Je ne m’y fais pas.

- Ouais, bah tu t’y feras, comme nous tous ! Je te jure que si on avait la possibilité de remonter le temps, je noierai ce salopard d’Hojo de mes propres mains ! Putain mais ça va jamais sécher, ce truc, ou quoi ? ronchonna-t-il en tirant sur son boxer humide.

Il fouilla dans le sac qu’il avait apporté, à la recherche de sous-vêtements secs.

Yazoo, qu’il venait d’allonger sur le lit, ne put s’empêcher de le détailler avec curiosité car les seuls corps qu’il connaissait, c’était ceux de ses frères, lisses, parfaits et d’une pâleur bleutée presque irréelle.

La peau du turk, elle, était laiteuse et couverte de taches de rousseur très pâles, surtout sur les épaules et les fesses, qui étaient petites et toutes rondes, un peu comme les siennes mais plus rebondies.

Il avait un corps élancé et athlétique, aux muscles fermes et bien dessinés.

Il retira son boxer mouillé pour en enfiler un sec et l’argenté remarqua un petit tatouage rouge dans le creux des reins, rappelant les motifs qui ornaient ses pommettes. Au bas de son ventre, son sexe d’un rose tendre saillait d’une courte toison châtain roux, de la même couleur que ses sourcils et du duvet qui recouvrait ses jambes et le haut de ses avant-bras.

Reno vint s’allonger sur le lit, mais sans se glisser dans les couvertures, et croisa les bras derrière sa tête avec un soupir de pur plaisir.

- Ah ! Bon sang, quelle journée !

Il tourna la tête et croisa le regard curieux des grands yeux félins de Yazoo, qui le dévisageait avec intérêt.

Seule la tête aux cheveux humides et ébouriffés dépassait des draps et le turk pouffa.

- C’est quoi, cette bouille ?

L’argenté fronça les sourcils et pinça ses lèvres boudeuses, ce qui fit redoubler l’hilarité de Reno.

- Quoi ?

- On dirait un chaton enrhumé tombé dans une bassine ! Ah ! Ah ! Ah !

Yazoo allait répliquer vertement mais réalisa vite à l’expression attendrie du turk qu’il n’était pas en train de l’insulter, loin de là.

- Désolé, s’excusa Reno en résistant à grand peine à la tentation de pincer les joues poupines. Je crois que je commence à être vraiment fatigué, moi aussi.

Il bâilla et tendit la main pour éteindre la lampe de chevet.

- Qui te dit que je ne vais pas t’étrangler dans ton sommeil pour m’enfuir ? demanda l’argenté le plus sérieusement du monde.

Le turk s’allongea sur le ventre et sourit dans le noir.

- Ouais… Je te vois bien traverser Edge à poil en pleine nuit, avec ton frère sur le dos. Surtout à cloche pied et avec cette bouille de chaton détrempé shooté à la morphine, ajouta-t-il avant d’étouffer un éclat de rire dans l’oreiller, incapable de se contenir en imaginant la scène.

Même Yazoo ne put empêcher un sourire d’étirer ses lèvres.

- Eh ? demanda-t-il lorsque Reno se fut un peu calmé.

- Mhh ?

- Comment puis-je être certain que tout ce que tu m’as dit sur le projet Jenova est vrai ?

Le turk reprit immédiatement son sérieux.

- Il a des tonnes de films, de tests, de rapports et j’en passe. Tu pourras les voir, si tu veux. (Il se redressa sur un coude) Yazoo, c’est pas des conneries, ce que je t’ai raconté. Jenova n’est qu’une putain d’entité extraterrestre qui agit comme une saloperie de virus sur ceux qu’elle infecte. Elle n’a rien d’une mère aimante et, pour l’énième fois, ce n’est pas elle qui a emmené Kadaj. C’est Aerith Gainsborough, que vous avez entendue, la sœur de lait de Sephiroth.

L’argenté poussa un soupir déchirant.

- Mais alors, pourquoi nous avoir créés ?

Reno s’assit sur le lit.

- En parlant de ça, d’où est-ce que vous sortez, toi et tes frères ? Kadaj disait que vous étiez les incarnés de Sephiroth. Ca veut dire quoi, exactement ?

Yazoo fixa le plafond et plissa un peu les yeux, fouillant dans sa mémoire.

- La première chose dont je me souvienne, c’est d’être dans la matrice, dans le cratère Nord.

Le turk écarquilla les yeux dans le noir.

- Dans la quoi ?

… à suivre

Vous avez aimé ce texte ? Laissez un commentaire !

VII - Vivants ! J + 4

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Dans la chambre, Tifa essayait désespérément de calmer Loz, qui, dévoré par la fièvre, ruait et s’agitait, menaçant d’arracher son drain.

- Du calme, tu es en sécurité. Chut, Loz… Chut, Calme-toi, voyons.

Peine perdue.

- Tifa ! Qu’est-ce qu’il a ? gémissait Marlène, au bord des larmes. Pourquoi il se débat comme ça. Il a mal ?

- Je ne sais pas, ma chérie, répondit la jeune femme, contrainte de se coucher presque sur l’incarné pour l’empêcher de bouger. Bon sang, Loz, tu vas te calmer, oui !

Elle referma ses mains gantées sur les bras puissants et pesa dessus de toutes ses forces en essayant de plaquer le corps athlétique dos au matelas. Le jeune homme se cambra aussitôt, arqua l’échine en gémissant de plus belle et donna de violents coups de reins.

- Arrête ! pleurnicha la petite en s’agrippant à son gilet de cuir pour la faire lâcher prise. Arrête, tu lui fais mal !

- Je ne lui fais pas mal, Marlène ! s’impatienta Tifa en repoussant la petite d’un léger mouvement de hanches. J’essaye de l’empêcher d’arracher ce fichu tube ! Ecarte-toi !

La fillette recula d’un pas en se mordant les lèvres pour ne pas pleurer.

- Ya…zoo… haleta Loz d’une voix fiévreuse entrecoupée de sanglots. Yazoo !

Epuisé à force de se débattre, il finit néanmoins par se calmer un peu et Tifa, sans le libérer pour autant, posa sa joue contre la sienne pour lui murmurer des paroles rassurantes à l’oreille.

- Yazoo va bien, Cloud et Reno s’occupent de lui. Chut… Ca va aller. Du calme… Du calme…

- Tifa… murmura-t-il en se détendant sous elle.

- Je suis là. Je suis là, Loz, calme-toi… Calme-toi, allez, c’est fini…

Sa joue satinée caressa la sienne, brûlante et moite, et les pattes argentée de sa barbe lui piquèrent la peau mais ce n’était pas désagréable.

- Tifa…

En sentant la peau fraîche de la jeune femme contre son visage, il se laissa complètement aller. Les muscles noués de ses imposants biceps se décontractèrent sous la douce pression des mains gantées et il nicha son visage au creux du cou de Tifa avec un petit soupir expressif.

Celle-ci, à la fois surprise et un peu gênée, passa doucement l’avant-bras sous la nuque argentée, lova sa paume sur le galbe de son épaule et le serra doucement contre elle.

- Chut… C’est fini. C’est fini, Loz, ça va aller, maintenant, je suis là… Chut… Essaye de dormir.

De sa main libre, Tifa lissa les courts cheveux humides de sueur et une chaude fragrance musquée, capiteuse et typiquement masculine, lui chatouilla les narines et titilla ses sens.

Serrer ce corps moite, si viril, cette peau odorante et incandescente contre elle, éveilla au creux de son ventre des sensations qu’elle avait presque oubliées.

Depuis combien de temps n’avait-elle pas senti l’odeur d’un homme blotti contre elle ? N’avait-elle pas senti sa barbe picoter ses joues ? Son souffle haletant contre son cou ? Ses lèvres frémissantes contre sa gorge ? Son corps dur contre le sien ? Ses bras puissants autour de…

- Il dort ?

La voix de Marlène la fit sursauter et elle lutta pour émerger du cocon sensuel où le contact du trop mâle et trop séduisant incarné l’avait plongée.

- Je… bredouilla-t-elle. Oui, mentit-elle en sentant le souffle brûlant de Loz s’accélérer encore contre son cou et son oreille, provoquant d’irrépressibles et délicieux frissons. Il… Il somnole. C’est la fièvre.

Le petit visage de Marlène se contracta sous l’assaut de la pitié et elle tendit une petite main pour caresser l’épaule nue de Loz en un geste tendre et rassurant.

La peau de celui-ci se hérissa et Tifa sentit les battements de son coeur s’accélérer contre sa poitrine.

- Le pauvre… Il arrête pas de trembler, t’as vu ? Tu veux que j’aille chercher une autre couverture ?

Tifa déglutit avec difficulté. Les bras de Loz lui rendaient à présent timidement son étreinte et, de sa main libre, elle remonta le drap sur son grand corps nu.

- Non, Marlène, ça va aller.

- Mais il a froid, regarde. Il n’arrête pas de frissonner.

Tifa resserra son étreinte, le souffle de Loz s’accéléra encore contre sa gorge, sa poitrine durcit contre ses seins et elle sentit un flot de lave incandescente lui descendre le long du ventre et inonder son intimité.

- Ca va aller, Marlène, répéta la jeune femme d’une voix enrouée.

La petite hocha la tête et s’assit sur le bord du lit avec un petit soupir las, totalement inconsciente de ce qui était en train de se passer sous ses yeux, dans les arcanes des chairs des deux adultes enlacés et derrière les murailles de leurs fantasmes et de leurs désirs les plus secrets.

Loz, affaibli par les drogues, trop épuisé pour pouvoir ne serait-ce que redresser le torse et le corps enflammé par la fièvre au-delà du supportable, était à deux doigts de se mettre à hurler tant le contact de la jeune femme le mettait à la torture. Cette fille, dont il avait rêvé durant des jours, qu’il avait désirée jusqu’à la folie et lui avait ôté jusqu’au sommeil était là, tout contre lui, et serrait contre elle son grands corps nu à travers la barrière dérisoire du fin drap de coton peigné. Un drap qui, contre sa peau si ravagée de désir qu’elle en était douloureusement à vif, paraissait pourtant tissé de ronces et de chardons.

Tifa bougea un peu pour trouver une position un peu plus confortable pour tous les deux et le tissu frotta contre les petits tétons roses de l’incarné, lui arrachant un gémissement plaintif. Mais le pire était sans doute la tension insupportable au bas de son ventre. Elle était telle que Loz sentait battre et palpiter le sang dans le corps caverneux de son sexe gonflé à la façon d’un élancement douloureux, comme ceux dont on peut souffrir après un écrasement ou un coup particulièrement violent.

En fait, chaque mouvement de la jeune femme, fus-ce un simple mouvement des doigts dans ses cheveux, faisait naître un nouveau - et insoutenable - frisson qui descendait le long de son échine jusqu’à ses reins, traversait son ventre et envoyait une décharge électrique au bas de ce dernier, provoquant un douloureux afflux de sang et une nouvelle suée… qui descendait à son tour le long de son dos en une intolérable et torturante caresse.

Son coeur battait à présent si fort contre sa poitrine qu’il avait l’impression qu’il allait bientôt s’échapper de sa cage thoracique, déchirer la chair et les os qui l’emprisonnaient et sauter entre les seins de la jeune femme !

Cette image lui donna envie de rire et mal lui en prit : lorsqu’il inspira, le contact entre leurs corps se fit plus intense et il ne put contenir un sanglot plaintif contre son cou.

Tifa, à demi allongée sur lui, ne sentait que trop les battement du coeur affolé, les muscles frissonnants, les soupirs douloureux, la peau humide et brûlante, les halètements incontrôlables et l’impressionnant renflement au bas de son ventre, contre sa hanche à elle. Le parfum saturé de phéromones qui montait de sa chair incandescente lui tournait la tête et elle aurait voulu lécher la peau moite au creux de son cou et derrière son oreille, s’enivrer de cette odeur si mâle, le nez dans ses cheveux de mercure…

Jamais elle n’aurait cru voir un jour un homme aussi ravagé par le désir que Loz l’était en cet instant. Certes, la fièvre y était sans doute pour beaucoup mais le résultat n’en était pas moins délicieusement excitant…

Elle s’écarta un peu pour regarder l’expression de son visage.

La tête toujours renversée sur l’avant-bras de la jeune femme, il n’avait pas ouvert les yeux et respirait avec plus de difficulté que jamais mais sa blessure n’y était pour rien, cette fois. Ses joues s’étaient légèrement colorées de rose, ses yeux roulaient sous les paupières closes et ses lèvres entrouvertes avaient gonflé.

De sa main libre, Tifa prit le linge qui reposait sur la table de nuit, près d’un grand bol d’eau désormais tiède, et épongea doucement le visage baigné de sueur en commençant par le front et les tempes. Loz poussa un petit soupir et elle s’attarda un peu sur les grands yeux en amande, l’élégant nez droit et les pommettes hautes. Puis, se débarrassant de son gant à l’aide de ses dents, elle plongea à nouveau le linge dans le bol et pressa le trop plein de liquide.

- Va chercher de l’eau fraîche, tu veux bien ? demanda Tifa à Marlène.

- D’accord !

La petite bondit du lit, ravie de se rendre enfin utile, et se dirigea vers la salle de bains, le bol dans les mains.

Tifa, elle, se concentra à nouveau sur son “patient” et passa tendrement le linge sur les lèvres sensuelles, les mâchoires viriles et le menton volontaire avant de descendre sur la gorge et le haut de la poitrine.

Loz cambra le dos, pressant sa nuque contre l’avant-bras de la jeune femme, et sanglota une petite plainte en ouvrant à demi ses incroyables yeux félins, brillants de fièvre.

- Chut, le rassura Tifa en posant le bout de l’index sur ses lèvres. Ca va aller, du calme.

Le jeune homme secoua la tête avec un regard suppliant.

- Arrête ça…

Elle lui sourit, se méprenant sur ses craintes.

- Ce n’est qu’un linge humide. Personne ne te fera de mal, ici, je te le promets.

Elle posa la main à plat sur sa poitrine pour le rassurer, sur la partie inférieure d’un muscle pectoral que le bandage laissait à nu. Loz tressaillit, comme si le contact l’avait brûlé, se mordit la lèvre au sang et donna un involontaire coup de reins qui dévoila un instant l’impressionnante virilité qui se dressait au bas de son ventre musclé.

- Pardon… haleta-t-il d’une voix à peine audible en rougissant.

Tifa sentit ses joues devenir cuisantes mais sourit comme si elle n’avait rien remarqué et retira sa main de sa poitrine en réalisant que c’était le frottement de sa paume contre son petit téton rose douloureusement sensible qui avait provoqué ce mouvement réflexe.

- Ce n’est rien, c’est la fièvre, ça arrive, essaya-t-elle d’argumenter pour le tirer d’embarras. C’est normal… Comment te sens-tu ?

Il déglutit avec difficulté et secoua la tête.

- Mal… Je… Je…

“J’ai tellement envie de toi que je crois que je vais en mourir…” avait-il envie de dire, le cœur cognant tellement fort et le sang battant si violemment dans son bas-ventre et à ses tempes qu’il en avait la nausée et tête qui tournait.

- Marlène va apporter de l’eau fraîche, le secourut Tifa. Ça ira un peu mieux après, tu verras.

Elle caressa son front humide et peigna ses cheveux argentés de ses doigts graciles, le faisant soupirer.

Loz sourit avec tristesse, ferma les yeux et une larme roula sur sa tempe argentée. Il blottit à nouveau son visage au creux de son cou et pleura en silence.

- Loz ? chuchota la Tifa, inquiète. Qu’est-ce que tu as ?

- Rien… Rien du tout…

Avant même de se rendre compte de ce qu’elle faisait, Tifa posa ses lèvres frissonnantes sur son front fiévreux.

- Plus personne ne vous fera de mal, à toi et à Yazoo, promit-elle en resserrant son étreinte autour de ses épaules. Ni les médecins, ni Jenova, ni Sephiroth, ni personne. Le cauchemar est fini, Loz. Je te le promets…

Elle le sentit à nouveau haleter contre son cou et elle tourna légèrement la tête pour pour profiter de la sensation délicieuse de son souffle contre son oreille.

- Je n’ai pas arrêté de penser à toi depuis ce jour-là, dans l’église, avoua-t-il dans un souffle brûlant, tout contre sa joue. Pas une minute…

Tout le corps de Loz paraissait se tendre vers elle et la température de la chambre semblait avoir soudain monté de plusieurs degrés.

Tifa sentit son cœur faire une embardée et se mettre à battre la charge dans sa poitrine. Depuis quand un homme ne l’avait-elle pas désirée à ce point ? Au point que chaque pore de sa peau, chaque mot, chaque geste, chaque murmure, chaque souffle paraissait la supplier de lui accorder un instant d’attention. En fait… cela lui était-il seulement déjà arrivé ?

D’elle-même sa tête pivota encore un peu, sa joue se caressant à celle de l’incarné, les angles soignés des dessins de sa barbe lui picotant agréablement la peau. Les eux mi-clos, elle chercha ses lèvres.

- Tu vois qu’il va bien !

La voix de Denzel fit tressaillir la jeune femme, qui redressa la tête, blême comme un suaire.

- Je te l’avais dit ! insista le garçonnet. Pourquoi tu voulait pas qu’on le laisse avec Tifa ?

Dans l’encadrement de la porte, Cloud regardait ses chaussures, à demi mort de honte.

- Comment va Loz ? demanda-t-il à sa compagne en rougissant légèrement.

Tifa cligna des paupières, interloquée.

Cloud ne s’était-il dont aperçu de rien ? N’avait-il pas vu ce qu’elle s’apprêtait à faire ?

Elle baissa les yeux vers Loz qui, la nuque toujours appuyée sur son avant-bras et le visage tourné dans le sens opposé de la porte, avait eu la présence d’esprit de simuler l’inconscience dès que le fils adoptif de la jeune femme était entré dans la chambre…

*

Dans la salle de bains, Yazoo toujours assis entre ses jambes dans l’eau brûlante, Reno vit Marlène remplir un bol d’eau fraîche au lavabo et regarda sa montre. Minuit passé. Il était grand temps de coucher les enfants et d’essayer de dormir un peu.

Comme s’il avait lu dans ses pensées, l’incarné se serra un peu plus confortablement contre le turk avec un petit soupir et ce dernier réalisa que, depuis un petit moment déjà, Yazoo dormait comme un ange…

VI - Vivants ! J + 3

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno étendit une couverture supplémentaire sur le corps frissonnant toujours inconscient de Yazoo et Tifa secoua la tête, découragée.

- L’un est glacé et l’autre a une fièvre de cheval… c’est à en perdre sa langue.

- Très bien professeur, merci, disait Cloud au téléphone en entrant dans la chambre d’où il était sorti pour appeler l’hôpital. Oui, je vous rappelle si ça empire. Oui, merci.

Il raccrocha.

- Alors ? Qu’est-ce qu’il a dit ? s’enquit Reno.

Le jeune homme haussa les épaules.

- Bain très chaud, laissa-t-il tomber.

- Et… c’est tout ?

- C’est ce qu’il a préconisé. D’après lui, la baisse de température n’est due qu’au choc traumatique.

- Et lui, alors ? intervint Marlène en passant sa petite main sur le front moite de Loz, qui délirait dans un demi-sommeil. Pourquoi il est aussi malade ?

Tifa se pencha sur elle et lui lissa les cheveux en souriant pour la rassurer.

- Il a une très vilaine blessure, ma chérie. La fièvre, c’est parce que son corps combat l’infection. Elle tombera bientôt, tu verras.

- Il faut le mettre dans la baignoire, alors ? demanda Denzel, qui n’avait pas lâché la main de Yazoo depuis qu’il était entré dans la chambre, juste après avoir expédié son petit déjeuner au bar.

Cloud lui tapota paternellement la tête.

- Oui, comme le docteur l’a dit : un bon bain très chaud. Reno est moi allons nous en occuper, ne t’en fais pas.

- ” Très chaud ” ? Et… ça va pas le brûler ?

Reno éclata de rire.

- Pourquoi veux-tu que ça le brûle ? On va juste le réchauffer, pas l’ébouillanter !

- Bah, il a presque pas de peau, regarde, plaida le petit en lui tendant la main molle de l’argenté, qu’il serrait dans ses menottes. On voit tout à travers !

Le turk, plus amusé que jamais, s’accroupit à ses côtés et prit la main délicate de Yazoo dans la sienne.

- Ils ont la peau très claire, expliqua-t-il patiemment en suivant du doigt une fine veine bleue dans le creux du bras, c’est pour ça qu’elle te paraît transparente. Mais elle est aussi résistante que la tienne ou la mienne, rassure-toi. Voire même plus. Un bain chaud ne lui fera aucun mal, je te le promets.

Cloud tendit la main au garçonnet.

- Tu viens ? On va le faire couler.

Denzel bondit sur ses pieds et quitta la pièce en compagnie de son ami, au grand amusement de Tifa, qui s’assit sur le bord du lit, près de Marlène.

- Il va dans son corps, ce gros tuyau ? demanda la petite en désignant le tube ensanglanté qui sortait de dessous les draps qui recouvraient Loz.

- C’est un drain, ma chérie. Et il n’est pas si gros que ça. Ca sert à faire sortir le sang et le liquide de ses poumons pour qu’il ne s’étouffe pas.

La fillette grimaça.

- Et il va avoir ça tout le temps, maintenant ?

- Non ! Bien sûr que non. C’est juste le temps que sa blessure cicatrise un peu.

- Pourquoi il se réveille pas ?

- Ca va venir. Il faut que la fièvre tombe un peu et que les effets des médicaments se dissipent.

Marlène poussa un profond soupir qui fit rire Reno.

- Tu ne vas pas avoir peur de lui, quand il se réveillera ? demanda-t-il.

Elle secoua furieusement la tête.

- Bah non, t’es bête ! Il est pas méchant, avec les enfants, rétorqua-t-elle avec une docte assurance qui fit pouffer Tifa. C’est vrai ! insita-t-elle. Demande à Denzel, si tu me crois pas !

- Oh mais je te crois, ma puce.

- Et à vous non plus, il fera plus de mal, ajouta-t-elle le plus sérieusement du monde, puisque Jenova n’est plus là pour le commander…

- Ah… L’assurance des enfants ! railla le turk, plus amusé que jamais, en frottant doucement la main glacée de Yazoo.

- C’est vrai ! C’est même Cloud qui l’a dit ! Hein que c’est vrai, Tifa ?

- Oui, ma chérie, il l’a dit.

- Oh ! Regardez ! s’écria soudain la petite en se penchant sur le visage baigné de sueur de son protégé. Il pleure !

Tifa éclata de rire.

- Mais non, voyons, il transp… Ah, si, tu as raison, se reprit-elle en voyant des larmes rouler sur les tempes argentées pour se perdre dans la chevelure de mercure. Il pleure.

- Le pauvre… gémit la petite. C’est parce qu’il a mal, tu crois ?

- Je ne sais pas, Marlène.

Elle prit le linge avec lequel la fillette lui épongeait le front, le trempa dans la bassine d’eau fraîche prévue à cet effet, l’essora et le passa doucement sur le visage et les yeux de l’incarné.

Sa tête ballottait sur l’oreiller, en proie à une poussée de fièvre particulièrement violente, et des petits gémissements à peine audibles s’échappaient de ses lèvres entrouvertes.

- Chut, chut, chut… Allons, du calme… murmura la jeune femme en prenant son visage entre ses mains en coupe, ses pouces caressant doucement ses joues, dont deux pattes argentées soigneusement taillées en L soulignaient les lignes viriles.

- Ti…fa… susurra-t-il dans son état de semi-conscience, faisant un peu rougir la jeune femme, qui ne le lâcha pas pour autant.

- Je suis là, du calme…

Sa peau était douce et chaude sous ses doigts et ses lèvres pleines, gonflées par la fièvre, et brûlantes. Si Reno et Marlène n’avaient pas été là, elle se serait laissée aller à en caresser le contour du bout du pouce, comme ça, juste pour le plaisir de sentir la peau souple.

Loz avait une bouche terriblement sensuelle, aux lèvres pleines élégamment ourlées, et de grands yeux en amande magnifiques. Peu importait qui il était ni ce qu’elle pouvait lui reprocher, il n’en était pas moins un homme particulièrement agréable à contempler.

Même dans l’église, là-bas, dans les ruines de Midgar, Tifa n’avait pu s’empêcher de remarquer le corps athlétique, véritable mètre étalon de perfection masculine, que mettaient en avant plus qu’ils ne cachaient ses vêtements de cuir moulants.

Jamais elle n’avait croisé un homme avec des proportions aussi exquises : grand et élancé, le dos formant un large V sans défaut, une taille étroite et cambrée jusqu’au vertige sur des fesses d’une rondeur affolante et des cuisses puissantes, qui doublaient presque de volume lorsque les muscles se gonflaient, tendant le cuir du pantalon jusqu’à la limite de la déchirure…

Oui, un corps à retourner les sens qu’elle aurait pu contempler dans sa plus bouleversante nudité si elle avait été seule pour pouvoir soulever les couvertures. Un corps dont elle avait eu un fugace aperçu - trop fugace, hélas - à l’hôpital, lorsque le médecin avait rabattu le drap.

- ” Ahem ! ” cria presque Reno, la faisant tressaillir.

- Hein ? bredouilla-t-elle. Quoi ?

Elle cligna des yeux comme au sortir d’un rêve, vit la grimace du turk et s’aperçut qu’elle tenait toujours dans ses mains le visage de Loz, qu’elle continuait à caresser mécaniquement du bout des doigts.

Elle ne le lâcha qu’en remarquant Cloud, debout près d’elle - et apparemment là depuis un petit moment.

- Je disais : le bain est prêt, fit celui-ci d’une voix blanche et avec une expression qui en disait plus long qu’un discours sur ce qu’il avait surpris dans les yeux de la jeune femme alors qu’elle caressait les joues de l’argenté inconscient.

*

Denzel plongea une dernière fois le thermomètre dans l’eau puis sa main. Et encore une fois le thermomètre. Puis à nouveau sa main.

- Puisqu’on te dit qu’il ne risque rien, graine de têtard ! gouailla Reno en entrant dans la salle de bains avec, dans les bras, un Yazoo nu et frissonnant.

- J’suis pas un têtard ! s’écria le garçonnet en sautant sur ses pieds, les poings serrés.

Le turk éclata de rire et se pencha par-dessus le rebord de la baignoire pour y plonger l’incarné inconscient qui, aussitôt qu’il sentit l’eau commencer à le recouvrir, s’agita comme un beau diable en gémissant, envoyant des gerbes d’eau chaude en tout sens et manquant de peu de déséquilibrer Reno.

- Oh ! Là ! Du calme ! Du calme, voyons !

- Tu vois ! s’écria Denzel en essayant de tirer le turk en arrière, loin de la baignoire. Je t’avais dit que ça le brûlerait !

- Ca n’a rien à voir, Denzel. L’eau n’est pas chaude à ce point.

Incapable de maintenir Yazoo dans l’eau sans risquer qu’il ne se blesse - ou qu’il ne le blesse lui ou le garçonnet - Reno s’accroupit sur le sol, l’argenté serré contre lui en une étreinte de fer pour l’empêcher de bouger et l’obliger à se calmer.

- Chut, chut, chut… On se calme, allez, allez, c’est fini.

- Qu’est-ce qui se passe ? demanda Cloud en entrant à son tour dans la salle de bains pour voir l’incarné et le turk avachis sur le carrelage et trempés comme des soupes. C’était quoi, ces gémissements ?

- Monsieur n’aime pas l’eau ! railla le Reno.

Cloud s’approcha et posa la main sur la poitrine nue de Yazoo.

Son coeur battait comme celui d’un moineau pris au piège.

- Il est totalement paniqué. Qu’est-ce que tu lui as fait ?

- Mais rien ! A peine les fesses dans l’eau, il a commencé à geindre et à donner des coups en tout sens. Il a pourtant déjà dû se laver au moins une fois dans sa vie, quand même !

- Ca doit être à cause de la pluie… réalisa l’ancien postulant soldat. Oui, c’est sûrement ça.

- Hein ? De quoi tu parles ?

- La pluie qui a balayé les géostigmates.

- Eh bien quoi, la pluie ?

- Elle agissait sur eux comme une pluie acide.

- Quel rapport ?

- Les médecins l’ont drogué, Reno ! Il est dans les vapes. Il ne se rend pas compte que tu essayes de le plonger dans une inoffensive baignoire. La dernière chose dont il se souvient plus ou moins nettement, c’est sûrement d’être coincé sous ses tonnes de gravats avec cette pluie acide brûlante qui lui tombait dessus sans pouvoir rien faire pour lui échapper !

Reno grimaça et écarta les cheveux humides du petit visage bleui, dont les lèvres mouillées tremblaient comme jamais.

- Ah, merde… J’avais pas pensé à ça.

- Je vais t’aider à tenir immobile dans l’eau.

- Non, attends, on risquerait de faire sauter ses points de suture. J’ai une meilleure idée : tiens-le-moi une minute.

Reno se leva pour retirer chemise et pantalon avant de prendre place dans la grande baignoire.

- Ecarte-toi, Denzel, il pourrait te donner un coup. Vas-y, passe-le-moi.

Cloud assit l’argenté entre les jambes du turk et celui-ci le saisit aussitôt à bras le corps par derrière pour l’empêcher de bouger.

Peine perdue, Yazoo se débattit avec la force du désespoir.

- Du calme ! Chut… Ca va, ça va… Arrête ! Chut… C’est pas vrai ! Arrête… Du calme… Bordel, attrape-lui les jambes !

Il fallut dix bonnes minutes pour que Yazoo finisse par déclarer forfait et se laisse aller contre la poitrine de Reno avec un gémissement pitoyable, totalement épuisé.

- Chut… chuchota celui-ci contre son oreille. Tu vois, c’était pas si terrible… Du calme… Allez, calme-toi…

Le turk l’installa confortablement tout contre lui et s’immergea totalement en prenant toutefois bien garde de lui laisser la tête hors de l’eau.

- On dirait que ça va aller, nota Cloud en passant la main sur le petit visage encore trop pâle.

- Je remets un peu d’eau chaude ? demanda Denzel en plongeant le thermomètre dans l’eau à présent tiède.

- Ouais, bonhomme, vas-y, acquiesça Reno, Et toi, tu arrêtes de gigoter, ajouta-t-il en immobilisant les jambes de Yazoo entre les siennes.

Ce dernier poussa une petite plainte et le turk desserra un peu l’étau de ses cuisses.

- Fais attention à sa jambe, prévint Cloud en tâtant l’épais rectangle de peau artificielle qui devait protéger la blessure de l’argenté et remplacer son épiderme jusqu’à ce que celle-ci cicatrise et se reforme.

- Les points de suture ont morflé ?

- Non, ça a l’air d’aller. Tout est bien en place.

Denzel ferma le robinet d’eau chaude après avoir vérifié la température de l’eau une énième fois et croisa ses petits bras sur le rebord de la baignoire.

- Il va se réveiller quand ? demanda-t-il, impatient.

- Pas tout de suite, on dirait, plaisanta Reno en sentant le souffle régulier de Yazoo contre sa joue.

- Il s’est endormi ? s’étonna Cloud. (Le turk acquiesça) Alors, profites-en pour lui faire faire trempette aussi longtemps que possible. Viens Denzel, on va aller voir Tifa.

- Mais je peux rester ici, je ferais pas de bruit, promis.

- Non, laisse Yazoo avec Reno, il a besoin de calme, allez.

Le petit obéit à regret et Reno ne put s’empêcher de sourire.

« Besoin de calme, tu parles ! »

Cloud n’avait surtout aucune envie de laisser sa dulcinée seule avec Loz après le regard qu’il avait surpris en revenant dans la chambre !

Il aurait fallu être aveugle pour ne pas le remarquer, d’ailleurs.

Cela étant dit, il pouvait comprendre Tifa.

A plus forte raison maintenant que le petit visage en coeur de Yazoo reposait tout contre le sien et que son corps tendre se lovait contre lui.

Les incarnés paraissaient avoir un « truc », un je-ne-sais-quoi qui agissait comme un aimant et donnait envie de toucher leur peau diaphane, presque bleutée, et leurs étranges cheveux argentés.

S’ils étaient agressifs, une peur quasi paranormale vous tordait le ventre à la seule idée d’affronter ces étranges créatures évanescentes mais, dès l’instant qu’ils montraient le moindre signe de faiblesse ou de fragilité, on avait aussitôt envie de les protéger et de les serrer contre soi, comme on pourrait le faire avec un chiot ou un chaton particulièrement craquant.

Cela faisait-il partie de la panoplie de survie inhérente à leur étrange nature, au même titre que leur rapidité ou leur adresse ?

Pouvoir effrayer leurs adversaires jusqu’au malaise lorsqu’ils étaient en mesure de le faire et, si ce n’était plus le cas, qu’ils étaient fragilisés ou ne pouvaient plus se défendre, susciter la sympathie d’autrui, voire même un attendrissement extrême ou, carrément de l’affection ?

Reno tourna un peu la tête pour détailler la « bouille » (comment aurait-il pu appeler cela autrement ?) qui se pressait contre sa joue et passa tout doucement le bout de l’index sur la chair pâle et si tendre de la petite bouche boudeuse. Le souffle léger qui s’échappait des lèvres entrouvertes était tout juste tiède.

- Et si on remettait encore un peu d’eau chaude, mhh ? susurra-t-il en effleurant de ses lèvres le bout du petit nez glacé.

Il vida une partie de l’eau de la baignoire et fit couler le robinet chaud quelques minutes pour la remplir à nouveau.

Lorsqu’il le ferma, Yazoo bougea un peu pour se blottir tout entier contre lui et nicher son visage au creux de son cou avec un petit soupir expressif qui fit pouffer Reno.

- Je t’en prie, vas-y, mets-toi à l’aise, railla le turk dans un murmure en retenant un fou-rire.

…à suivre

Ce texte vous a plu ? Laissez-moi un commentaire !

V - Vivants ! Jour J + 2

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

” … i… fa… i… fa… “

Un chuchotement ténu. A peine un murmure. Tout juste un souffle.

Les lèvres bleutées de Loz entrouvertes, presque déjà des lèvres de cadavre, ne bougeaient même pas. Contrairement à ses paupières diaphanes qui, elles, ne cessaient de cligner.

Cloud ferma la porte de la chambre pour protéger les incarnés de Sephiroth du tohu-bohu qui régnait à l’extérieur et frotta ses bras nus.

- Bon sang mais il fait un froid de canard, ici ! Ils pourraient quand même régler la clim !

Dehors, les employés de l’hôpital continuaient à s’agiter en tous sens et les mots ” piratage “, ” données “, ” sécurité ” et ” virus ” revenaient sans cesse.

Quel genre de pirate pouvait donc être assez abject et écervelé pour s’en prendre aux ordinateurs d’un hôpital, risquant peut-être ainsi la vie de centaines de personnes ?

” … i… fa… “

Tifa, le cœur de plus en plus serré, se pencha sur le visage de Loz et planta son regard dans le sien.

En vain.

Les pupilles fendues, si dilatées qu’elles en paraissaient rondes, restaient immobiles et paraissaient traverser les obstacles du champ de vision comme s’ils n’existaient pas.

- Pourquoi ne me regarde-t-il pas alors qu’il ne cesse de m’appeler ? demanda la jeune femme, perdue.

Cloud secoua la tête, aussi décontenancé qu’elle, et toucha l’épaule nue et froide de Yazoo.

- Comment font-ils pour ne pas frissonner, avec une température pareille ? demanda-t-il en remontant un peu le drap trop léger sur la poitrine glabre.

Tifa prit la main glacée de Loz dans la sienne mais celle-ci resta flasque dans sa paume. Elle ne sentit pas même un petit sursaut nerveux lorsqu’elle pressa les doigts élégants et vigoureux.

” … i… fa… “

L’insupportable et douloureux chuchotement. Encore et encore.

- Je suis là, insista-t-elle en lissant les cheveux argentés dans l’espoir qu’il tourne enfin le regard vers elle. Regarde-moi. Tourne la tête. Pourquoi ne me regardes-tu pas ?

Quelque chose parut s’agiter avec l’énergie du désespoir dans les profondeurs de l’océan vert mako des yeux de l’incarné mais c’était si ténu, si difficilement perceptible, que Tifa crut qu’elle avait rêvé.

Une fois, cependant, un petit bruit qui ressemblait à une plainte étouffée s’échappa des lèvres immobiles et les paupières se fermèrent.

Cloud, qui ne cessait d’aller et venir d’un lit à l’autre, essayant de provoquer une réaction quelconque en parlant et touchant les argentés, finit par hausser les épaules et s’asseoir au chevet de Yazoo, qui fixait le plafond de ses yeux aussi vides que ceux de son frère.

- Je crois que Reeve a raison, Tifa, soupira-t-il, découragé. Il n’y a rien à faire. Ils ne…

La porte de la chambre s’ouvrit soudain à toute volée, faisant sursauter et crier Tifa.

Deux hommes et une femme en blouse blanche, flanqués de Reno, de Vincent et de Reeve s’engouffrèrent dans la pièce comme une tornade avec un plein chariot de matériel médical.

- Que… qu’est-ce qui se passe, ici ? s’écria Cloud en voyant les médecins se précipiter au chevet des argentés et rabattre brutalement les draps sur leurs corps nus, les découvrant entièrement. Qu’est-ce que vous faites ?

- Tout va bien, les rassura Vincent. Ces docteurs sont avec nous.

La voix de Rude résonna dans le couloir entre les cris affolés des employés. Il s’adressait visiblement à la nuée de turks qui venaient de se répandre dans l’établissement comme un vol de sauterelles.

- Mettez tous les responsables de sa section recherche aux arrêts ! cria-t-il. Et toi, avance, espèce d’ordure !

Il entra à son tour dans la grande chambre en poussant devant lui un médecin efflanqué d’une cinquantaine d’années.

- Vous n’avez pas le droit ! tempêtait ce dernier en essayant de se dégager de la poigne de fer du turk. Vous entendrez bientôt parler de moi et du président de ce centre hospitalier !

- Depuis très exactement 10 minutes, cracha Reno, le président de cet hosto s’appelle Rufus Shinra, connard ! Alors tu la fermes et tu nous dis ce qu’on veut savoir !

La femme médecin qui occultait Yazoo, une ravissante brunette d’une trentaine d’années, se tourna vers Vincent, sidérée.

- Ils ne les ont même pas soignés ! Regardez ça !

- Si on ne fait rien, c’est l’empoisonnement du sang assuré ! renchérit le médecin qui s’affairait au chevet de Loz, sous le regard inquiet de Tifa.

La jeune femme et Cloud regardaient sans y croire les plaies béantes - bouillie de chair infectée, de pus et de sang - sur la poitrine de Loz et la cuisse de Yazoo.

- Oh, mon Dieu…

- Ils ont dit qu’il les avaient opérés ! fit Cloud, abasourdi. Nous avons même vu les médecins les emmener au bloc !

- Ca, c’est ce qu’ils ont voulu nous faire croire, intervint Reno. Les fichiers informatisés du centre de recherche disent tout autre chose ! Hein, ” docteur ” ? demanda-t-il au médecin toujours maintenu fermement par Rude.

- Que leur avez-vous injecté, professeur Giarh ? lui demanda à son tour le troisième médecin amené par Vincent et Reeve, un tout jeune homme qui paraissait sortir fraîchement de l’institut de médecine.

Le professeur en question lui répondit par un sourire méprisant et Rude le secoua durement.

- On t’a posé une question, ordure !

- Ce n’est pas moi qui m’occupe des détails de ce genre, consentit à rétorquer l’antipathique personnage en accentuant encore son hideux sourire.

Il n’en fallut pas plus à Reno pour sortir de ses gonds.

D’un bond, il fut à ses côtés et il le frappa si fort qu’il lui brisa le nez.

- Ah ! Mais vous êtes cinglé ! pleurnicha l’homme, le nez en sang. Vous n’avez pas le droit ! Je vous traînerai en justice pour ça ! Vous me le paier…

- Vous devrez d’abord expliquer aux juges les 17 cadavres flottant dans le mako que nous venons de trouver, professeur ! le coupa Rufus en entrant à son tour dans la chambre, le faisant blêmir. Oui, professeur, mes hommes viennent d’intercepter le camion à la sortie du parking. Rude, sois assez aimable pour mettre ce déchet dehors en attendant les autorités compétentes pour lui rendre la monnaie de ses gils !

Le turk obtempéra en refermant soigneusement la porte et le médecin qui débranchait soigneusement la perfusion de Loz se tourna vers Cloud.

- Depuis quand sont-ils dans cet espèce d’état inconscient ?

- Depuis leur arrivée ici. Et c’est de pire en pire.

Les trois médecins échangèrent un regard sinistre.

- Qu’est-ce qui se passe, Vincent ? demanda Tifa.

Rufus soupira.

- C’est ce que nous aimerions savoir.

Cloud secoua la tête.

- Alors c’était vous, le piratage ?

- J’ai tout de suite senti que quelque chose n’allait pas, expliqua Vincent. Les médecins nous cachaient quelque chose.

- Pancuronium bromure ! s’écria la jeune femme médecin, penchée sur Yazoo, une petite lampe de poche braquée sur ses pupilles. J’en suis pratiquement certaine ! Regardez leurs yeux ! Je sais que vous êtes conscient, dit-elle à l’argenté en éteignant le petit faisceau lumineux. Battez des paupières si vous m’entendez.

L’argenté battit frénétiquement des paupières et le médecin qui s’occupait de Loz poussa un juron.

- Oh, mon Dieu… gémit le plus jeune praticien, horrifié.

- Qu’est-ce qui se passe ? demanda Tifa. Que leur a-t-on fait ?

- On leur a visiblement injecté des doses régulières de pancuronium bromure.

- Quoi ? s’écria Reno, profondément choqué.

- Que… qu’est-ce que c’est ? s’enquit Cloud.

- Un puissant paralysant musculaire, expliqua Reeve, soudain blême. Ils entendent, voient et sentent tout ce qui se passe mais sont incapables de bouger ou de parler.

- Quoi ? Mais c’est horrible !

” …I…FA… “

Le médecin près de Loz tressaillit et l’observa avec attention.

- Il n’arrête pas de murmurer mon nom, expliqua la jeune femme, la gorge serrée. Comme… comme s’il m’appelait.

Le médecin hocha la tête et grimaça, maussade.

- Ce n’est pas un murmure, mademoiselle, fit-il en remplissant une seringue. C’est un hurlement… Depuis des heures, il essaye très probablement d’appeler à l’aide et d’essayer de vous faire comprendre qu’il est toujours vivant.

Tous laissèrent échapper des exclamations horrifiées.

- Est-ce que vous m’entendez, mon garçon ? demanda le médecin d’une voix douce en se penchant sur l’argenté. Battez une fois des paupières pour ” oui ” et deux fois ” non ” Avez-vous compris ce que je viens de dire ?

Loz battit une fois des paupières et Tifa sentit son ventre se nouer.

Conscients… Ils étaient conscients depuis tout ce temps et avaient dû subir tous ces horribles examens sans pouvoir ne serait-ce que pousser un gémissement de douleur.

Quelle horreur… “ pensa-t-elle.

Voilà donc pourquoi Loz ne cessait de l’appeler. Il essayait de lui faire comprendre ce qui se passait, croyant sans doute que, parce qu’ils avaient combattu durant un long moment dans l’église de Midgar, la jeune femme serait plus à même que ses compagnons d’interpréter ses réactions.

Le pauvre… Je n’ai rien compris du tout. “

- Je sais que vous souffrez horriblement, dit encore le médecin mais c’est bientôt fini. Cette seringue contient un puissant anesthésique. Je vais piquer votre bras et l’injecter tout doucement. Si vous avez l’impression de voir la pièce tourner ou si vous vous sentez mal, clignez rapidement des paupières et j’arrêterai l’injection. Avez-vous compris ?

Un clignement.

- J’ai à présent besoin de connaître l’intensité de la douleur pour savoir quelle dose injecter. Sur une échelle de 1 à 10, 10 étant la pire douleur que vous n’ayez ressentie, dites-moi à quel point vous avez mal.

Loz cligna des paupières neuf fois de suite.

- Que le ciel nous vienne en aide… gémit Tifa en détournant le regard de la plaie béante de la poitrine que le jeune médecin venait de badigeonner de teinture d’iode.

Du côté de Yazoo se déroulait une scène similaire.

La jeune femme médecin venait de terminer l’injection et l’argenté avait fermé les yeux de pur soulagement.

- Sentez-vous encore quelque chose ? demanda-t-elle. Avez-vous encore mal ?

Les paupières diaphanes s’ouvrirent.

Les pupilles avaient repris leur apparence féline et n’étaient plus que deux minces traits noirs fendant l’iris.

Yazoo cligna deux fois des yeux : ” non “.

- Avez-vous froid ?

” Oui “

- Beaucoup ?

” Oui “

Reno prit une couverture chauffante dans le placard de la chambre et l’étendit doucement sur le corps imberbe, non sans laisser son regard courir un tout petit peu plus que nécessaire sur la peau lisse et le physique athlétique en tout point parfait.

Lorsque la chair délicate commença à se réchauffer, les joues blêmes se teintèrent d’une très légère teinte rosée.

- Est-ce que ça va un peu mieux ? demanda tout doucement le turk en se penchant sur l’adorable visage.

Les deux grands yeux vert topaze se plantèrent dans les siens et les paupières diaphanes clignèrent une fois.

- Laissez-vous aller, murmura la jeune femme médecin en caressant le front haut. Lorsque l’effet du pancuronium bromure se sera estompé, nous pourrons vous soigner correctement, vous et votre frère. D’ici là, n’essayez pas de lutter et dormez. Lorsque vous vous réveillerez, tout sera rentré dans l’ordre et vous pourrez à nouveau bouger et parler.

Yazoo ne se le fit pas dire deux fois et ferma les yeux pour de bon avant de sombrer dans le sommeil.

Ne plus sentir la douleur. Ne plus avoir peur. Enfin…

*

- Une trop forte dose de paralysant musculaire finit par entraîner la paralysie du diaphragme et, par conséquent, la mort par étouffement, expliqua le médecin le plus jeune tandis que ses confrères s’occupaient des argentés en salle d’opération.

- Mais c’est horrible ! s’écria Tifa, qui patientait en compagnie de Reno et de Cloud. Pourquoi vouloir les tuer de la sorte ?

- Pour les étudier. La mort par étouffement est celle qui conserve le mieux les organes.

Reno se détourna en ravalant un juron, malade de rage et révolté comme il l’avait rarement été.

Cloud hocha la tête.

- Et nous faire croire par la même occasion qu’ils se laissaient mourir d’inanition ! Bande de vautours ! Et moi qui croyais qu’Hojo était le pire malade qu’on n’ait jamais eu !

Le jeune médecin secoua la tête.

- Vous ne croyez pas si bien dire. Lorsque monsieur Shinra a dissout la branche de recherche génétique de la Shinra, il a bien fallu que les membres de son staff trouvent du travail ailleurs…

Cloud tressaillit.

- Vous voulez dire que les médecins qui travaillent ici… ?

Il ne put finir sa phrase.

- Non, monsieur Strife ! Pas tous. La preuve, j’en fais partie et jamais je ne m’abaisserais à faire le centième des horreurs que nous avons pu découvrir dans ce laboratoire de recherche. Non, uniquement les chercheurs - ou devrais-je dire ” les bouchers ” ? - du pôle de recherche expérimentale. Une branche très particulière de l’institut de recherche du centre hospitalier de Edge, désormais propriété de monsieur Rufus Shinra.

- Ils voulaient les disséquer comme des rats de laboratoire ? grimaça Tifa.

- Plutôt les conserver en l’état et les précieuses cellules de Jenova avec !

- Et nous qui pensions les sauver en les amenant ici… Mon Dieu !

- S’ils étaient restés au centre de soins, où ils sont maintenant, ils l’auraient été, croyez-moi. Cependant, si je puis me permettre…

- Oui, docteur ?

- Y a-t-il un endroit où ils peuvent, disons, se remettre paisiblement après l’intervention ?

Reno fronça le sourcil.

- Que voulez-vous dire ?

- Ailleurs que dans des locaux de la Shinra.

- Pourquoi donc ?

- Vous ne les avez pas vus avant d’entrer en salle d’opération, une fois les effets du pancuronium bromure estompés. Ils étaient…

- Quoi, doc ?

- Affolés. Oui. Totalement paniqués. Perdus. Et la vue de vos confrères dans les couloirs a fait grimper leur angoisse à des hauteurs affolantes.

- Ca, ça peut se comprendre, nota Tifa, un rien railleuse avec un clin d’œil à Reno.

Cloud secoua la tête.

- Kadaj disparu et Jenova ne les estimant plus utiles à quoi que ce soit et les ayant abandonnés… cela peut se comprendre. La ” réunion ” était leur seule raison de vivre et d’exister.

- Alors, il va falloir qu’ils en trouvent d’autres et seuls, je crains qu’ils n’y arrivent pas, intervint Vincent en les rejoignant dans la salle d’attente. Ils sont comme des enfants soudain lâchés dans la nature, avec des souvenirs et des connaissances qui ne sont pas les leurs, qu’ils n’ont eu le temps ni d’expérimenter ni de vérifier par eux-mêmes.

Cloud sembla réfléchir profondément et adressa à Tifa un regard suppliant.

Celle-ci secoua la tête.

- Cloud ! Nous avons deux enfants, avec nous !

- Eux, ils n’ont personne, Tifa.

- Mais… Ils peuvent rester ici. Ou dans les locaux de la Shinra. Ils sont mieux à même d’intervenir rapidement en cas de problème que nous !

- Ils me considèrent comme leur grand frère, plaida encore le jeune homme. Je… je ne peux pas me résoudre à les abandonner dans un hôpital ou un laboratoire ! Ils sont des victimes de Jenova, eux aussi.

Tifa soupira.

Elle non plus n’avait pas le cœur à les abandonner mais, bon sang, ils ne pouvaient pas recueillir chaque créature égarée de Edge ! Et ces hommes étaient dangereux, elle l’avait constaté elle-même à son corps défendant.

Et s’ils devenaient agressifs et s’en prenaient à Denzel ou à Marlène ?

- Je ne sais pas, Cloud…

- Je protégerai les enfants.

La jeune femme ricana.

- Je t’en prie, Cloud ! Tu n’es jamais là.

Ce dernier battit en retraite, ne voulant pas entrer dans ce genre de discussion, qui finissait invariablement en dispute cuisante entre eux.

- Je vais voir ce que font les enfants avec Reeve et Cait, coupa-t-il en s’éclipsant.

La jeune femme leva les yeux au ciel, excédée.

- Et voilà ! L’art et la manière d’échapper à ses responsabilités…

Vincent sourit et s’assit à ses côtés.

- Rufus peut envoyer Reno ou Rude vivre avec toi et les enfants quelques jours, pour te prêter main forte en cas de besoin et voir comment les choses évoluent. Et je passerai vous voir régulièrement, moi aussi.

- Pourquoi ne pas venir passer quelques jours au bar ? proposa Tifa. Ca te ferait le plus grand bien, à toi aussi, de te faire chouchouter un peu, le taquina-t-elle.

L’ancien turk cligna de l’œil, malicieux.

- Le but est qu’ils se sentent ” en famille ” et ” rassurés “, Tifa, pas surveillés ni épiés.

Celle-ci prit une profonde inspiration et laissa échapper un soupir déchirant.

- Comme si j’avais déjà pu dire non quand il s’agit de recueillir des chatons égarés… railla-t-elle.

Vincent rit de bon cœur et lui tapota l’épaule.

- Tout se passera bien, tu verras.

*

Depuis le seuil de la chambre, Tifa et Reno observaient Denzel et Marlène au chevet de Loz et de Yazoo.

En attendant que les deux pièces inoccupées de la maison soient aménagées le lendemain, la jeune femme avait fait installer les argentés dans sa propre chambre, elle-même partageant le lit de Marlène.

- Un vraie petite infirmière, regarde, fit remarquer le turk en souriant tandis que la petite fille épongeait le front moite de l’aîné inconscient avec délicatesse.

Tifa hocha la tête.

- Les enfants ont une capacité à pardonner et une facilité à donner leur affection qui m’étonnera toujours.

Yazoo poussa un petit gémissement dans son sommeil et Denzel se tourna vers eux.

- Qu’est-ce qu’il a ? Pourquoi il n’arrête pas de gigoter ? Il a mal ?

Reno secoua la tête.

- Non, mon grand, les docteurs leur ont donné des médicaments pour ça. C’est pour cette raison qu’ils sont endormis. Yazoo fait peut-être un cauchemar, tout simplement.

Le garçonnet parut réfléchir un instant puis tapa dans ses mains, comme s’il venait d’avoir l’idée du siècle, et se précipita hors de la chambre.

- Denzel ? demanda Tifa. Où vas-tu ?

- Chercher monsieur Carot !

Tifa pressa les deux mains sur la bouche pour ne pas éclater de rire et le turk fronça le sourcil.

- Qui ?

La jeune femme n’eut pas le temps de répondre que le petit était déjà de retour avec un vieux lapin en peluche, qu’il plaça sur l’oreiller, tout contre la tête de Yazoo.

- Monsieur Carot a l’incroyable pouvoir de chasser les cauchemars, chuchota Tifa avec solennité.

Reno hocha la tête avec une gravité de circonstance.

- Je vois. Une perle rare, ce Monsieur Carot. Un doudou de haute volée…

Ils échangèrent un regard et se détournèrent chacun d’un côté de la porte pour étouffer leurs rires de leurs paumes, incapables de garder leur sérieux plus longtemps.

à suivre.

Vous avez aimé ce texte ? Laissez un commentaire !

III - Vivants ! Jour J + 1

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Tifa essuyait les derniers verres et les rangeait soigneusement derrière le bar lorsque le téléphone sonna.

- Denzel ! Apporte-moi le téléphone !

Le garçonnet obéit mais ne put s’empêcher de décrocher, curieux.

- Allô ? C’est qui ? Tifa ! C’est Reeve !

La jeune femme lui prit l’appareil des mains et agita un index accusateur sous son nez avec une grimace faussement courroucée.

- Je t’ai dit de me l’apporter, petit démon, pas de répondre ! Reeve ? Alors ? Quelles sont les nouvelles ?

« On a placé nos deux « invités » sous surveillance à l’hôpital général. »

- Comment vont-ils ?

Denzel grimpa sur l’un des tabourets qui flanquaient le bar. Il tendit l’oreille, fureteur, mais Tifa lui intima l’ordre de s’éclipser au premier d’un geste, ce qu’il fit de mauvaise grâce.

« Ce n’est pas fameux. »

- Pourquoi ? Ils avaient l’air d’avoir bien résisté, pourtant.

« Pour ce qui est du plus costaud, deux côtes ont transpercé ses poumons et il souffre d’écrasements divers. »

- C’est déjà un miracle qu’il soit vivant.

« En fait, pour ce que j’ai compris, il n’était déjà pas en très bon état avant de se retrouver là-dessous. »

- Comment ça ?

« Les médecins disent que les lésions qui ont causé la plupart des fêlures de la cage thoracique datent d’au moins quatre ou cinq jours. »

- Ah ? bredouilla la jeune femme, un peu mal à l’aise au souvenir de la bagarre qui l’avait opposée à l’argenté quatre jours plus tôt.

« Oui. A croire que ce garçon a été foulé aux sabots par un troupeau de buffles ! »

Tifa se couvrit la bouche de la main.

- Oups…

« Tifa ? Tifa, tu es toujours là ? »

- Oui. Oui, Reeve, je suis là. Excuse-moi je… J’étais en train de fermer le bar.

« Oh, désolé, tu veux que je rappelle plus tard ? »

- Non. Non, non, pas du tout, c’est bon, j’ai fini. Et Yazoo, qu’est-ce que ça donne ?

« Cloud pense qu’il se laisse mourir. »

- Quoi ? s’écria la jeune femme. Comment ça ?

« Comme je te le dis. Littéralement, s’entend. »

- Après avoir réchappé à la chute d’un immeuble de quarante étages et s’être accroché à la vie durant presque deux jours alors qu’il était coincé, blessé, sous des tommes de béton ? Voyons, Reeve, c’est… c’est ridicule !

« Cloud est persuadé qu’ils n’ont pas cherché à survivre, justement, mais à se suicider, au contraire. »

La jeune femme dut s’asseoir sur un tabouret du bar, les jambes coupées par ce qu’elle entendait.

- Ils… je pensais qu’ils voulaient surtout tuer Cloud.

« Pas d’après lui. Il dit qu’ils espéraient rejoindre leur mère et leur frère, dans la rivière de la vie en emmenant Cloud - leur « grand frère » - avec eux. Ces gosses sont persuadés que cette saleté tombée du ciel les attend gentiment quelque part, de l’autre côté, pour vivre une tendre petite vie de famille. »

- Mon Dieu… Aerith ! réalisa Tifa.

« Pardon ? »

- C’est parce qu’ils ont vu Aerith récupérer Kadaj, Reeve ! Ils croient sans doute que c’est Jenova qui est venue le chercher. Oh, non…

« Oui, c’est ce que pense Cloud, aussi. »

- Les pauvres… Traite-moi d’incurable sentimentale si tu veux, Reeve, mais, avec le recul, ils m’inspirent plus de pitié que de rancune.

« Je comprends. Tu n’es pas la seule à ressentir ça, Tifa, rassure-toi. »

La jeune femme secoua la tête, écoeurée.

- Est-ce que je peux faire quoi que ce soit pour vous aider ?

« Justement, c’était à ce sujet, que je t’appelais. »

- Vas-y, je t’écoute.

« Eh bien, le plus costaud de nos deux gaillards… »

-Loz.

« Oui, c’est ça, Loz. Il a beau être à demi-inconscient, il n’arrête pas de prononcer ton nom. »

La jeune femme écarquilla les yeux.

- Quoi ? Pourquoi ?

« Ca, j’espérais que tu pourrais me le dire. S’est-il passé quelque chose de particulier, entre vous deux ? »

- Non ! se récria-t-elle. Bien sûr que non, que vas-tu imaginer !

Elle entendit Reeve rire.

« Je ne parlais pas de ce genre de « choses » là, Tifa. S’est-il confié à toi ? T’a-t-il dit qu… »

- Oh, non, Reeve, le coupa-t-elle, ironique. Bien au contraire.

« Comment ça ? Excuse-moi mais je ne suis pas encore au courant de tous les détails de l’affaire. »

- Lui et moi nous sommes juste battus comme des chiffonniers avant qu’il ne m’assomme pour enlever Marlène et voler les materias de Yuffie. Notre rencontre se résume à des menaces, une volée de coups de poings et quelques coups de pied, rien de plus.

« Ah… Bon, tant pis. Connaissant ton caractère bienveillant, Vincent se disait qu’il s’était peut-être pris d’une sorte de sympathie pour toi. »

Tifa laissa échapper un petit rire triste.

- Ce n’est pas cas, Reeve. Il m’a, à l’inverse, fait mordre la poussière comme ça ne m’était encore jamais arrivé. Mais pourquoi cela a-t-il l’air d’être aussi important ?

« Il plonge lui aussi petit à petit dans une sorte d’apathie et Vince espérait peut-être que tu aurais pu lui parler ou… je ne sais pas, le pousser à s’accrocher et encourager ainsi son frère également. Mais bon… Oublie ça. Tu connais Vince, c’est un irrécupérable romantique. Eh bien je te laiss… ah, attends un instant, Cloud me fait des signes. Je te le passe. A très bientôt. Embrasse Denzel pour moi, surtout. »

- Je n’y manquerai pas. A bientôt, Reeve.

« Tifa ? »

- Oui, je suis toujours là, Cloud. Reeve me dit que ça ne va pas fort, pour tes deux pseudo « petits frères » ?

« C’est peu de le dire ! Ces saloperies de scientifiques ont déjà le scalpel qui frétille à la seule idée de les dépiauter comme des rats. Si tu voyais ces vautours blancs tournoyer autour de leur chambre en guettant leur dernier souffle, c’est à te mettre l’estomac à l’envers ! »

- Pourquoi je ne suis même pas étonnée ? soupira-t-elle.

« Tifa, tu vas sans doute trouver ça idiot mais… tu pourrais faire un saut ici ? »

- Oui, bien sûr mais… pourquoi faire ?

« Reeve t’a dit, pour Loz ? Il n’arrête pas de t’appeler. »

La jeune femme sentit des centaines de fourmis cavaler dans son estomac.

- Oui. Je… bredouilla-t-elle. Je ne comprends vraiment pas pourquoi, d’ailleurs.

« Il t’a vu protéger Marlène comme une louve. Pour lui, tu es peut-être ce qui se rapproche le plus d’une mère, va savoir. Ecoute, je pense que ça vaut peut-être le coup d’essayer. On verra bien comment il réagit en voyant. »

- Très bien. Le temps de prendre une douche, de me changer et j’arrive. Je peux être là dans une heure.

« C’est bizarre, tout de même… »

- Quoi donc ?

« Cette inertie dans laquelle ils sont plongés depuis qu’on les a amenés. Vincent dit que… que ça lui rappelle Lucrecia. »

Tifa tressaillit.

- Tu ne crois pas qu’ils vont finir comme ça, tout de même ? Comme des statues vivantes ?

« Tu verras par toi même mais j’ai bien peur qu’ils n’en soient pas loin, tu sais. »

- Mon Dieu… soupira la jeune femme.

« Bon, écoute, je te retiens pas au téléphone plus longtemps. L’un de nous t’attendra dans le hall du bâtiment D de l’hôpital. C’est là qu’ils sont. »

- D ? C’est pas le bâtiment du labo de génétique, ça ? Celui devant lequel il y a des manifestations écologistes tous les quatre matins ?

Elle entendit Cloud ricaner avec mépris.

« Ouais… Le repaire des savants fous en personne. Et je peux te dire que, de près, ils ont l’air encore plus insanes qu’à la télé ! »

- Je me dépêche.

« A tout de suite, Tifa »

Cette dernière monta quatre à quatre l’escalier qui menait aux appartements privés du bar, au premier étage, et appela Marlène et Denzel.

Elle aurait préféré ne pas avoir à les emmener mais il lui était matériellement impossible de trouver une Baby Sitter en moins de vingt minutes. Temps donc elle disposait pour prendre une douche, se changer, et trouver un taxi si elle voulait être à l’hôpital général de Edge dans une heure…

*

Derrière le mur vitré de la chambre de Loz et de Yazoo, Reeve regardait les médecins effectuer une batterie d’examens et faire une énième récolte d’échantillons en tout genre : sang, peau, cheveux, et le ciel savait quoi d’autre.

- Ils s’en donnent à coeur joie, ces salopards… cracha Cloud avec mépris.

- Il devrait au moins se plaindre… murmura Reeve sans faire attention à lui. Ce n’est pas normal.

- Hein ?

Le chef de la WRO secoua la tête et se tourna vers lui.

- Pardon, Cloud, je parlais tout seul. Je disais que ce n’était pas normal.

- Quoi donc ?

- Yazoo. Regarde ! Pas un cri, pas un gémissement, même pas un haussement de sourcils, c’est… bizarre. Non ?

Un frisson désagréable agita Cloud en voyant un médecin enfoncer une aiguille grosse comme une paille à cocktail dans le foie de l’argenté, à travers la paroi abdominale, pour pratiquer une biopsie.

- Ils ont dû l’anesthésier, murmura le jeune homme, le coeur au bord des lèvres.

- Non, ses paupières battent, regarde. Lentement mais elles battent.

- Une anesthésie locale, alors.

- Il aurait mal tout de même.

Cloud regarda les prunelles mako, fixes, vides, dilatées à l’extrême, et secoua la tête.

- Je crois qu’il va falloir se faire une raison, Reeve. Vincent avait vu juste : ils se laissent tout simplement mourir. Et, comme les cellules de Jenova qu’ils portent en eux les empêchent de rejoindre la rivière de la vie, ils finiront probablement comme Lucrecia…

- Et comme Sephiroth, lui rappela Reeve.

Le jeune homme sentit un pincement au coeur en revoyant ce héros qu’il avait tant admiré prisonnier de son cristal mako, la moitié inférieure de son corps réduite à une charpie de vaisseaux verdâtres et de filaments glaireux.

- Tu sais… Plus j’y pense et moins que crois que c’est Sephiroth que j’ai combattu là-haut, sur les toits.

- Jenova ?

Cloud haussa les épaules.

- Ce ne serait pas la première fois qu’elle se sert d’un ersatz de lui pour nous faire tourner en bourriques… Oh, voilà Tifa.

La jeune femme venait vers eux, flanquée de Denzel et de Marlène.

- Désolée, s’excusa-t-elle, je ne pouvais pas les laisser seuls.

- Ne t’en fais pas, assura Reeve en faisant signe à son chat robotisé, qui attendait bien sagement assis sur l’un des sièges du couloir. Moi et Cait, on va s’occuper d’eux.

Il poussa les enfants en direction de la cafétéria et Marlène faillit bien se dévisser la tête en essayant de jeter un coup d’oeil à l’intérieur de la chambre vitrée.

- C’est vrai ce que dit Tifa ? demanda-t-elle. Que c’est Jenova qui s’est mis en eux pour qu’ils nous fassent du mal ?

Le chef de la W.R.O. la souleva dans ses bras.

- Et si on discutait de tout ça devant une bonne glace, mhhh ?

Les enfants lancèrent des exclamations enthousiastes et il quitta les lieux aussi vite que possible.

- Qu’est-ce qu’ils font ? demanda Tifa à Cloud en observant les médecins à travers le mur vitré de la chambre des argentés. Ils sont au moins cinq, là-dedans.

- Je l’ignore, je… (Une jeune femme en blouse blanche leur jeta un regard méfiant et appuya sur l’un des boutons de commande du panneau mural, obscurcissant les vitres qui devinrent rapidement totalement opaques) Et ils ne veulent visiblement pas que ça change ! ajouta-t-il, un rien agressif.

Les jeunes gens attendirent un long moment que les scientifiques en terminent avec leurs prélèvements.

Les minutes passèrent avec une lenteur désespérante, s’enfilant sur le fil de leur angoisse telles des perles et c’est ainsi que près d’une heure s’écoula.

- Bizarre que Vincent ne soit pas revenu, nota Cloud.

Tifa soupira.

- Il m’attendait dans le hall mais a filé, disant qu’il avait quelque chose à vérifier d’urgence mais il n’a pas précisé quoi.

Des exclamation surprises et des jurons leur parvinrent soudain de part et d’autre du couloir ainsi que des laboratoires d’analyses ou des bureaux du personnel.

- Qu’est-ce qui se passe ? s’étonna Cloud, surpris par le raffut et l’agitation soudains.

Le personnel courait en tout sens, affolé, et Tifa agrippa par le bras une infirmière qui allait se précipiter dans la chambre des argentés.

- Qu’est-ce que c’est que cette pagaille ? Qu’arrive-t-il ?

- Notre système informatique vient d’être piraté ! s’écria la jeune fille avant de se libérer d’une torsion de poignet.

Elle fit irruption dans la chambre vitrée et, quelques minutes plus tard, celui qui semblait être le chef du pôle recherche de l’hôpital en ressortit comme une flèche pour se précipiter dans l’ascenseur sans un mot.

Cloud et Tifa profitèrent de la confusion pour pénétrer dans la chambre, où ne restaient plus que deux assistants, qui finissaient d’étiqueter une quantité effrayante de prélèvements en tout genre soigneusement alignés sur une table roulante métallique.

- Comment vont-ils ? demanda le soldat en jetant des regards inquiets aux deux argentés immobiles et exsangues.

L’un des deux jeunes hommes vêtu d’une blouse blanche retira ses gants, abaissa son masque, et secoua la tête après avoir échangé une œillade entendue avec son collègue.

- Voyez par vous même…

Il se lança dans une longue explication mais Tifa ne l’écoutait plus, ne pouvant détacher les yeux des deux visages si pâles et des yeux mako grands ouverts aux pupilles vibrantes si dilatées qu’elles en étaient parfaitement rondes.

Il y avait quelque chose de parfaitement inhumain dans ces visage immobiles. Trop immobiles…

- Tifa ?

Elle sursauta.

- Pardon, Cloud, je… Désolée, tu disais ?

- Je te demandais si tu allais bien, tu es toute pâle.

La jeune femme hocha la tête et remarqua que les deux assistants étaient partis. Cloud et elle étaient seuls avec les deux argentés.

- Oui. Oui, merci. Tu as vu leurs visages ? demanda-t-elle en s’approchant du lit de Loz, le cœur battant. En dehors des paupières, ils ne bougent pas du tout, ils sont parfaitement inexpressifs, indifférents à tout ce qui les entoure et pourtant… Pourtant leur regard…

Elle se pencha sur Loz, dont seule la tête dépassait du drap dont il était couvert, s’attendant à ce qu’il tourne au moins les yeux vers elle un instant mais il continua à fixer le plafond, ses pupilles paraissant vibrer comme un diapason.

- Quoi, leur regard ? demanda Cloud en se penchant à son tour au dessus de l’argenté.

- Ils semblent terrifiés…

Faisant appel à tout ce qu’elle pouvait rassembler de courage, elle tendit doucement la main et la posa, frémissante, sur le front large et élégant.

La peau était glaciale et Loz ne réagit absolument pas au contact des doigts apaisants. Pas même un petit tressaillement ou un semblant d’esquisse de sourire ou de moue sur les lèvres entrouvertes.

Vraiment bizarre…

… à suivre

Vous avez aimé ce texte ? Laissez un commentaire !

I - Vivants ! Jour J

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Shiva Rajah d’après une illustration de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno regarda une dernière fois les décombres éparpillés de l’immeuble et donna un coup de pied dans un petit morceau de ciment.

Est-ce à cela qu’aurait ressemblé Edge et la planète entière si Cloud n’était pas arrivé à bout de Kadaj ?

- Reno ? cria la voix de Rude de l’autre côté des décombres. Tu as trouvé quelque chose ?

- Que dalle ! A mon avis, ils ont été réduits en compost ! Ou ils se sont carrément dissous, comme leur frangin !

- Avec le nombre de materias qu’ils avaient dans le corps, ça m’étonnerait ! répondit la voix de Yuffie depuis les sous-sols à demi-effondrés.

Voilà plus de trois heures que les turks et Avalanche fouillaient les décombres à la recherche des cadavres des frères aînés de Kadaj.

Si, comme le craignait Rufus, leurs corps ne s’étaient pas désintégrés, ils étaient de véritables réserves de cellules de Jenova qu’il urgeait de mettre en lieu sûr, à l’abri de cinglés du genre d’Hojo. Même si, pour cela, il fallait les découper en tranches pour les mettre, à l’instar de leur saloperie de mère, dans des boîtes scellées.

Reno essuya la sueur qui coulait de son front et secoua sa chemise pour rafraîchir un peu la peau moite de son torse.

Il était presque dix-huit heures.

Le ciel commençait à rougir mais la température, elle, ne semblait pas vouloir baisser.

« Saloperie de canicule… »

Il sauta par-dessus les restes d’un muret de béton, regarda autour de lui et blêmit.

Il se trouvait au centre de ce qui avait dû être autrefois une sorte de hall d’accueil mais qui tenait désormais davantage de l’ossuaire que du vestibule.

Si l’on en croyait les squelettes blanchis coincés sous les gravats des plafonds effondrés, la chute du météore avait provoqué en ce lieu une véritable boucherie.

Les dépouilles avaient dû pourrir là durant des années, à l’abri des murs lépreux du bâtiment, jusqu’à ce que les incarnés de Sephiroth fassent tout sauter, exposant la scène dans toute son horreur.

Le turk recula d’un pas et quelque chose craqua sous son talon.

Il grimaça, devinant ce qui devait être à l’origine de ce son de céréale écrasée sous une cuiller.

- Et merde…

Reno baissa lentement les yeux vers le sol et frémit en réalisant qu’il avait marché sur les phalanges blanchies d’une main d’enfant âgé de quatre ou cinq ans tout au plus.

- Oh, putain…

Il contint un frisson de dégoût et s’écarta du petit corps vêtu des restes d’une robe blanche et bleue.

Près de la fillette s’amoncelaient les ossements de cinq ou six autres personnes, pour ce que pouvait en voir le turk. Probablement toutes tuées par la chute de la poutre en béton armé sous laquelle disparaissaient diverses parties des corps.

Reno allait fuir la vision de cauchemar lorsqu’un bruit glaireux de lapement attira son attention, derrière ce qui avait été autrefois un standard d’accueil téléphonique dernier cri.

Il s’approcha sans faire de bruit pour jeter un oeil par dessus l’amoncellement de câbles, de métal distordu et de plastique fondu.

La première chose qu’il remarqua fut un reflet émeraude qui scintilla comme un éclair dans la fin d’après-midi rougissante.

A quelques mètres de l’endroit où il se trouvait, un monstre se régalait du sang qui coulait en petites rigoles entre les gravats. Ses écailles brillantes accrochaient les feux du couchant.

Le turk l’observa en silence et en prenant bien garde de ne pas faire le moindre bruit.

C’était une bête étrange, tout en angles et en nerfs.

De la taille d’un gros chien, elle n’était pas vraiment laide, au contraire, elle était élancée et racée, perchée sur de hautes pattes élégantes aux griffes acérées comme des rasoirs.

Encore sous le choc de la vue des corps, Reno se surprit à admirer la créature. Peu importait qu’il s’agisse d’un monstre. Au moins, c’était vivant et, en cet instant, ça le rendait plus beau à ses yeux que n’importe quoi d’autre.

Il s’approcha à pas de loup…

Le sang que léchait la bête, presque avec affection et les yeux dorés mi-clos, comme on goûte un vin rare, coulait en élégants méandres rubis d’un bras à la chair tendre, pale et délicate. Un bras qui avait lâché son arme, qui gisait à quelques centimètres à peine des longs doigts graciles.

La chevelure d’argent de son propriétaire s’étalait sur le sol couvert de déblais pour former un tapis luxueux sous les pattes griffues du monstre, comme le dernier hommage d’un martyr à une cruelle divinité animale….

La scène aurait pu orner le mur du temple d’un Dieu antique.

Cette bête chimérique et puissante, léchant ce corps qui semblait si fragile en comparaison…

La scène était belle, oui. Horriblement, terriblement belle.

- Reno ! Couche-toi !

Le cri de Tifa, qui retentit soudain derrière lui, le tira de sa sinistre rêverie et il se coucha d’instinct sur les gravats tandis que retentissaient deux coups de feu.

Touché en plein coeur, le monstre s’effondra aussitôt et la jeune femme rejoignit le turk en sautant par-dessus le muret, qu’il avait lui-même franchi un peu plus tôt.

- Reno, ça va ?

- Oui, bredouilla-t-il, étonnée de la voir se servir d’une arme à feu avec une telle dextérité. Oui, je… Ca va.

Bordel de merde ! Il perdait la boule ou quoi ?

S’extasier sur cette sale bestiole en train de s’abreuver de sang humain, c’était du grand n’importe quoi ! Même si le sang en question était celui d’un putain d’incarné !

- Qu’est-ce qui s’est passé ? cria la voix de Rude depuis le côté opposé des ruines. C’était quoi, ces coups de feu ?

- On en a retrouvé un ! répondit Tifa. Un Rokoal était entrain de lécher le sang qui coulait de… Oh, c’est pas vrai !

Elle se tut, soudain blême, et Reno la secoua par l’épaule.

- Tifa ? Qu’est-ce que tu as ?

- Depuis quand ça saigne, un cadavre ? demanda-t-elle avant de se précipiter vers l’argenté coincé sous les gravats.

Le turk s’élança derrière elle.

- Tifa, attends ! Et on est supposés faire quoi, s’il est vivant ? L’achever d’une balle dans la tête ?

- Arrête de dire des sottises et aide-moi à le dégager !

Il souleva à grand peine un reste de plafond pour qu’elle puisse tirer le corps de sous un amas de plâtre et de tiges métalliques, dont l’une avait transpercé la cuisse gainée de cuir.

Tifa retourna l’argenté et posa un doigt sur la veine de son cou.

- Alors ? demanda Reno en lâchant le morceau de plafond avec un bruit assourdissant.

- Il est vivant, murmura-t-elle, mais tout juste. Rude ! cria-t-elle. Cloud ! Venez vite ! Yazoo est vivant !

Reno s’agenouilla à côté d’elle et considéra le corps ensanglanté qu’elle tenait dans les bras.

Ce visage…

Il n’avait pas oublié ce visage.

Lorsqu’il avait combattu ce satané incarné, le turk avait à peine eu le temps de le détailler mais la petite « frimousse » - quel autre qualificatif conviendrait mieux à ces traits graciles presque enfantins ? - s’était gravée dans son esprit avec la force d’un fer rougi.

Comment aurait-il pu en être autrement ? Des traits aussi délicats chez un homme, c’en était presque obscène…

Mais Reno n’avait pourtant pas rêvé, la preuve. Ce visage existait bel et bien et se trouvait là, devant lui.

Yazoo.

C’était donc son nom.

- Vous êtes où ? cria la voix de Cloud, toute proche.

- Ici ! répondit Reno. Juste sous les restes de colonnes bleues ! Merde, Tifa, il saigne comme un goret.

- Une artère, tu crois ?

- Non, quand même pas à ce point là. Celle saleté de tige en métal devait boucher une veine et on l’a sans doute déplacée en le tirant de là.

Il retira sa ceinture et entreprit de la serrer autour de la cuisse de l’argenté, au-dessus de sa blessure.

- Son frère ne doit pas être loin, dit Tifa, la gorge sèche, en tournant la tête en tout sens. Bon sang, je n’ose imaginer les drames qui ont dû se dérouler ici il y a sept ans.

Elle venait de voir les ossements blanchis coincés sous plusieurs tonnes de béton.

- Ils n’ont probablement pas eu le temps de… Tifa ! Là-bas ! Regarde ! Sous la poutre !

Il lui désigna un coin d’ombre, sous une poutre de béton et la jeune femme secoua la tête.

- Je ne vois rien.

- C’est pas une main, ça ? Là ! Juste à côté du bout de taule.

Tifa finit par voir à quoi faisait allusion le turk et laissa échapper un petit cri étouffé en considérant les centaines de kilos de déblais.

- On ne pourra jamais le sortir de là sans matériel adéquat.

- Tu crois qu’il est vivant, lui aussi ?

- Ca m’étonnerait. Son corps a dû être totalement écrasé par les décomb… Il a bougé ?

- Hein ?

- La main. Elle a bougé, non ?

- Oh putain…

La jeune femme se précipita sous les décombres et dut dégager plusieurs couches de morceaux de plâtre et de déblais pour accéder à la tête et aux épaules du corps immobile.

Elle n’eut même pas besoin de vérifier son pouls car sa respiration sifflante et douloureuse n’était que trop audible.

- Reno ! Il est vivant, lui aussi !

Le turk secoua la tête, incrédule.

- Bah merde, alors…

- Loz… murmura Tifa, la gorge serrée. Loz, tu m’entends ?

Prononcer le nom de cet homme lui faisait un effet étrange.

Jamais personne ne lui avait inspiré à la fois autant de méfiance, de colère et d’indignation mais aussi de pitié, d’admiration et de trouble.

Colère pour l’avoir battue à plates coutures dans l’église, indignation pour les heures d’angoisse passées à s’inquiéter pour Marlène, qu’il avait enlevée sans le moindre état d’âme, pitié parce qu’elle savait, à présent, qu’il n’avait été que la marionnette de Jenova, admiration parce qu’il était sans doute l’homme le plus fort qu’elle n’avait jamais affronté et trouble parce que… Parce que…

Elle secoua la tête pour chasser le souvenir d’un grand corps athlétique aux muscles puissants gainés de cuir noir et tendit une main hésitante pour caresser la courbe lisse d’une pommette, le front haut, suivre l’arête du nez élégant et effleurer du bout des doigts les lèvres pleines au dessin parfait mais craquelées par la déshydratation.

Les longs cils argentés frémirent.

- Yazoo… gémit Loz d’une voix étranglée à peine audible. Yazoo…

Un filet de mousse rougeâtre lui coula au coin de la bouche et la jeune femme hoqueta.

- Reno ! Je crois que quelque chose lui a transpercé le poumon ! Il faut le sortir de là !

La jeune femme lissa les courts cheveux de mercure et deux yeux félins couleur mako embués de larmes douloureuses s’ouvrirent et la fixèrent.

- Toi… murmura-t-il avec difficulté.

- Ne bouge pas. On va te tirer de là.

Un sourire d’une douceur poignante se dessina sur les lèvres sensuelles et Tifa s’étonna de voir une expression aussi tendre sur le visage d’un tel homme.

- Je… poursuivit l’argenté malgré le sang qui encombrait les voies respiratoires. Je t’ai vue si souvent dans mes rêves… qu’à mon réveil j’ai l’impression que tu es encore là…

Il cracha un filet de liquide rougeâtre et s’évanouit à nouveau.

Tifa passa une main derrière la nuque argentée pour lui tenir la tête de côté afin de l’empêcher de s’étouffer et frémit au contact de la peau douce.

Que pouvaient signifier ces mots ?

Une chose était sûre en tous les cas : il ne l’avait pas oubliée.

Et curieusement, cette certitude l’emplit d’une exaltation aussi malvenue qu’inexplicable.

…à suivre.

Vous avez aimé ce texte ? Laissez un commentaire !

XXXXIV - La dame en blanc

C’est de ta peur que j’ai peur ! “

William Shakespeare

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Shiva Rajah d’après une illustration de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Zack pouvait les voir à mi-chemin de la vertigineuse descente du mont Nibel. Dans quelques minutes, ils atteindraient le terre-plein, le seul endroit large et plat de la route avant une pente à donner le vertige. Une pente dont Loz et Marlène ne sortiraient jamais vivants s’ils venaient à s’y engager.

Le jeune soldat était sur le point de se matérialiser pour se mettre en travers du chemin afin de les arrêter tant qu’il était encore temps de le faire mais, en quelques instants, il sentit les ténèbres l’envelopper.

Un rideau de brume noire s’épaissit autour de lui à un point tel qu’il lui fut bientôt impossible de voir au travers ni même de distinguer vaguement quoi que ce soit.

- Nero, laisse-moi passer ! ordonna-t-il en s’adressant aux ténèbres glaciales. Ils vont se tuer !

- Je ne peux pas… lui répondit une voix profonde comme un tombeau et belle comme une harpe funèbre.

- C’est une innocente petite fille ! Tu ne peux pas vouloir la mort d’une enfant ! Tu n’es pas tombé aussi bas, Nero !

- Bien sûr que non, je ne souhaite pas sa mort. Mais je veux encore moins que l’on fasse du mal à mon frère bien aimé…

- L’homme que tu vois là a des frères qui l’aiment, lui aussi. Imagines-tu ce qu’ils vont ressentir, si tu le laisses mourir de cette façon ?

Une forme longiligne se dessina dans la brume ténébreuse, un corps mince et élégant, aux longs cheveux noirs et aux yeux purpurins brillants de désespoir.

- Je suis désolé.

- Nero, laisse-moi passer ! Laisse-moi les arrêter tant que c’est encore possible !

Zack voulut avancer mais les ténèbres s’épaissirent, le prenant dans un tel piège de noirceur qu’il avait l’impression d’évoluer dans une sorte de poix psychique glaciale et gluante.

- Je ne peux pas, s’excusa encore la voix mélodieuse de Nero malgré le mors qui lui entravait la mâchoire. Je ne peux pas les laisser faire du mal à Weiss. Il est la seule personne qui ne m’ait jamais aimé. Et la seule que je n’aimerai jamais. Je suis désolé…

- Très bien, soupira Zack, prêt au combat malgré l’ambiance oppressante de la dimension psychique où le ténébreux les avait propulsés tous les deux. Si tu préfères que nous en passions d’abord par là…

*

Loz ralentit un peu en arrivant sur le terre-plein rendu glissant par la pluie et heureusement : il ne vit la jeune femme en blanc qu’au dernier moment et crut bien ne pas pouvoir l’éviter.

Elle paraissait s’être soudain matérialisée au milieu de la route.

Marlène poussa un cri strident et, dans un crissement insupportable de mécanique torturée, l’argenté pressa les freins aussi fort qu’il le put tout en posant un pied au sol pour effectuer un dérapage acrobatique et éviter de percuter l’inconnue de plein fouet.

N’eut été sa force peu commune, qui lui permit de maintenir la lourde moto d’aplomb, lui, Marlène et l’engin surpuissant auraient valsé dans le décor - ou plutôt… dans le ravin !

Le cœur battant à ses tempes, il stabilisa la machine, planta fermement la béquille sur le sol détrempé et souleva Marlène pour la retourner et l’asseoir sur sa cuisse.

- Ca va ? s’enquit-il fébrilement en auscultant la petite sous toutes les coutures. Tu n’as rien ? Tu as mal quelque part ?

La fillette secoua la tête et regard autour d’elle.

- Non, je vais bien. Mais… la dame ? Elle est où ?

Loz tourna la tête en tout sens, à la recherche de l’inconnue mais, ne la voyant nulle part, il sauta de sa moto en jurant.

- Ne bouge pas, ordonna-t-il à Marlène en s’éloignant un peu de l’engin pour fouiller le bas-côté.

- Tu crois qu’elle aurait pu tomber dans le ravin ? demanda la fillette en se couvrant les joues des deux mains.

L’argenté secoua la tête mais jeta un coup d’œil dans le vide par acquit de conscience.

Pas même une brindille n’avait été brisée et aucune jeune femme en blouse blanche ne gisait sur la large corniche, en contrebas.

- Non. Et je suis sûr qu’on ne l’a pas touchée, de toute façon. Bon sang ! jura-t-il en se frottant le visage, déconcerté. Je ne l’ai même pas vue arriver au milieu de la route !

Marlène s’agrippa à ses hanches, encore tremblante de la peur ressentie, et Loz s’accroupit pour la serrer contre lui.

- Moi non plus, je l’ai pas vue, chuchota la fillette. Et pourtant, je regardais tout droit. (Un long silence puis :) Dis, Loz…

- Mhh ?

- Tu crois que… (Elle baissa encore d’un ton) Tu crois que c’était un fantôme ? finit-elle par oser demander, blême de peur.

L’argenté éclata de rire et se releva avec la petite dans les bras.

- Bien sûr que non, voyons ! Et tu sais quoi ? Je pense même qu’on a seulement ” cru ” voir quelque chose. Quelque chose qui ressemblait à une femme. Une nappe de brume, peut-être. Ou la réflexion des phares sur une flaque d’eau.

Marlène tordit le nez.

- Moi j’ai vu une dame habillée comme Shalua. Et toi ?

- Moi aussi. J’ai cru voir une jeune femme. Mais regarde. Il n’y a absolument rien. Ce n’était qu’une ombre ou un reflet. Tu n’as pas à avoir peur. Ce qui m’inquiète bien davantage, ajouta-t-il avec une grimace en asseyant la petite sur le siège de la moto, c’est le bruit qu’a fait cette merveille quand j’ai forcé sur les freins…

- Ah bon ? Tu crois que c’est cassé ?

- Je te dis ça dans une minute, soupira Loz en s’accroupissant sur le sol boueux pour vérifier le mécanisme de freinage. Tu me passes la lampe torche ?

*

Nero laissa échapper ce qui ressemblait à un soupir déchirant.

- Un leurre… gémit-il. Tu n’étais qu’un leurre destiné à détourner mon attention, maudit sois-tu !

Zack eut un sourire en coin.

- C’était de bonne guerre. Salue cette saloperie de Jenova de ma part et dis-lui bien que, quoi qu’elle ait derrière la tête, on ne la laissera jamais arriver à ses fins !

Nero poussa un cri de rage désespéré et bondit sur lui dans un maelström de ténèbres encore plus denses que tout ce qu’il avait pu évoquer jusqu’à maintenant.

- C’est sur mon frère qu’elle va se venger, maudit sois-tu !

Mais, lorsqu’il tendit ses bras tatoués pour refermer ses mains élégantes sur la gorge ectoplasmique du jeune soldat, celui-ci parut se volatiliser sous ses doigts.

- Tuer un mort ? railla-t-il avant de disparaître totalement. Quelle prétention, Nero ! Ah ! Ah ! Ah !

*

Loz vérifia un dernière fois ses poches et jura comme un corps de garde.

- Mais quel idiot !

- T’as vraiment oublié ton téléphone, alors ?

- Il a dû tomber quand je me suis habillé. C’est pas vrai, quel crétin !

Marlène fouilla dans sa doudoune.

- Attends, on peut utiliser le mien.

L’argenté se tourna vers elle comme si elle venait de lui proposer le secret de la vie éternelle.

- Tu as un téléphone ?

Elle haussa les épaules et sortit un petit objet rose à paillettes de la poche intérieure de son vêtement.

- Si on veut. Papa dit que je suis trop petite, encore, pour en avoir un vrai. C’est un appareil qu’a fabriqué oncle Cid pour que papa puisse me parler de son téléphone à lui.

- Et toi ? Tu ne peux appeler personne ?

- Seulement papa ou oncle Cid si j’ai une urgence ou de gros ennuis. Et comme on a des ennuis mécaniques…

Pour un peu, Loz serait tombé à genoux pour remercier une bonne moitié du panthéon de la planète !

*

Cid confia Denzel à Shalua et se précipita dans le couloir en enfilant son blouson, le téléphone collé à l’oreille.

- Comment ça ” les freins ont lâché “ ? répéta-t-il, sidéré. C’est impossible, Loz, ces motos sont flambant neuves !

Disons qu’on les a un peu… aidés. “

Le pilote se figea au milieu du couloir, n’en croyant pas ses oreilles.

- Tu plaisantes !

Non. Cid, je suis formel. “

- Comment ? Les circuits ? Les pla…

Oui, oui, Marlène est tout près de moi, elle va très bien, je t’assure. “ Le coupa Loz.

- Merde, elle écoute tout ce que tu dis, c’est ça ?

Exactement ! Juste une grosse peur, rien de grave. “

- Considère que je suis déjà parti. Où êtes-vous coincés ?

A quelques pas de la balise 54, sur le terre-plein, à mi-chemin de la descente. “

- Assez de place pour caser un hélico ?

A peine. “

Cid ricana.

- ” A peine “ pour un pilote lambda, ça se traduit par ” les doigts dans le nez “ en ce qui me concerne, p’tit frère ! Je serai là avant même que vous n’ayez le temps de dire ” ouf ! “.

Il rangea son téléphone, finit de boucler son blouson et allait s’engager dans l’escalier qui menait à la piste d’atterrissage du toit lorsqu’il faillit percuter Reno et Vincent qui arrivaient en sens inverse dans le couloir, talonnés par Yazoo.

- Oh là ! fit-il. En voilà une précipitation à une heure pareille ! Ne me dites pas que vous comptiez prendre l’hélico, si ?

- Nous devons allez chercher Loz et Marlène, Cid, argua précipitamment Vincent. Je t’expliquerai.

- Ah ? Ils vous ont appelé aussi ? Comment ? Loz vient de me dire qu’il avait oublié son téléphone.

Vincent se figea et Reno hoqueta.

- Tu viens de lui parler ? s’écria Yazoo en s’agrippant au blouson du pilote. Où sont-ils ? Ils vont bien ?

*

Shalua allongea Denzel dans son propre lit et étreignit le petit corps tremblant, encore sous le choc de ce que Cid venait de lui montrer.

Contre l’avis de la jeune femme, il lui avait fait visionner des extraits des vidéos de surveillance si horribles qu’elle-même n’avait pas jugé utile de les inclure dans son exposé de la salle de conférences.

Sur l’un d’eux, Loz adolescent se tordait de douleur et paraissait suffoquer dans les petits bras de Kadaj, bien plus jeune encore que Denzel à l’époque.

On y voyait le garçonnet pleurer et supplier durant d’interminables minutes avec des hurlements déchirants que quelqu’un vienne aider son frère mais les chercheurs, qui avaient volontairement provoqué l’incident en faisant ingérer à l’aîné une substance hautement allergène, étudiaient chacune des réactions de l’enfant à travers un miroir sans tain sans bouger le petit doigt.

La séquence était d’une tristesse à vous arracher le cœur.

- Ah ! Ah ! Bien fait pour ce salaud, hein ? avait ricané Cid. T’as vu ? Et attends, après ils leur font des piqûres d’enfer avec des aiguilles grosses comme ça ! Ils en bavent à mort, tu vas adorer !

Bien entendu, comme le pilote l’avait escompté, Denzel ” n’adora ” pas du tout la chose, bien au contraire. Avec cette facilité déconcertante qu’ont les enfants de s’identifier à quelqu’un ou de prendre en pitié ceux à qui on fait injustement du mal, qu’il s’agisse d’humains ou d’animaux, le garçonnet ne tarda à fondre en larmes, profondément ébranlé.

Une explication - bien plus longue que celle qui avait déjà été fournie aux enfants au sujet de Sephitoth, de Jenova et des argentés lors du réveil de ces derniers - avait suivi. Certes, beaucoup de choses ne pouvant être dites à un petit garçon, telles les incestueuses fécondations in-vitro effectuées sur les cadavres, avaient été passées sous silence et d’autres encore ramenées à au niveau de compréhension adapté à un enfant de son âge.

Mais, malgré cette simplification outrancière, Jenova passa, pour Denzel, d’” entité extra-terrestre malfaisante douée de pensée et de perception “ à une sorte de maladie qui ” entrait dans le cerveau les gens ” et ” volait leur corps “.

C’était à bien des égards plus terrifiant mais beaucoup moins grave car, contrairement à un extraterrestre malfaisant, une maladie, ça pouvait se soigner. Du moins dans l’esprit d’un petit garçon de six ans !

Et ce d’autant plus facilement que, à en croire Shalua, chacun - même lui ! - pouvait contribuer à guérir les gens atteints de ” Jenovite “, comme Cloud, Sephiroth ou les argentés. Les médicaments étaient gratuits et très faciles à trouver : câlins, bisous et beaucoup d’affection. Voilà ce qui soignait cette terrible maladie. Cid avait bien insisté là-dessus : Jenova étant ” la créature la plus méchante du monde entier “, le moindre signe de tendresse ou d’attachement la rendait ” MA-LA-DEUH “ !

A l’instar des cruelles sorcières des contes pour enfant que lui lisait Tifa le soir, Jenova ne supportait pas le moindre signe d’affection ou de gentillesse.

Elle déteste tellement ça que c’est même la première chose qu’elle détruit dans les gens qu’elle infecte ! “ avait encore expliqué Cid.

Voilà donc pourquoi les argentés avaient été si méchants, il y a deux ans, et pourquoi Sephiroth avait fait brûler tout Nibelheim. Oui, tout était plus clair, à présent, pour le garçonnet.

- Mais là, c’est moi qui ai été méchant, murmura-t-il, au bord des larmes en s’agrippant à Shalua. Ca veut dire que moi aussi, j’ai la “jénovite” ?

La jeune femme remonta les couvertures sous son menton et éclata de rire.

- Bien sûr que non, voyons, je c’est pas contagieux ! Tu as cru ce que Cloud a dit, poussin, c’est tout, ce n’était pas de ta faute. Tu ne pouvais pas savoir qu’il était ” malade “. Personne ne s’en était aperçu, d’ailleurs, pas même moi.

Elle essuya le nez du garçonnet avec un mouchoir en papier et l’embrassa pour le rassurer.

- Et tu crois qu’on va pouvoir le guérir, comme Loz ?

- Et comment, qu’on va le guérir ! Je te promets que le manoir va devenir l’usine de câlins et de bisous la plus productive de la planète jusqu’à ce que Cloud se soit totalement débarrassé de sa ” jénovite “. Rassuré ?

Denzel hocha la tête et se pelotonna dans le grand lit de la jeune femme, totalement épuisé après la première nuit blanche de sa courte vie.

…à suivre

XXXXIII - Adagio au clair de lune pour un petit turk

«Le sexe masculin est ce qu’il y a de plus léger au monde…

une simple pensée le soulève ! »

Frédéric Dard

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Loz installa Marlène devant lui, sur sa moto, ajusta ses gants de cuir et alluma ses phares.

Il était presque six heures du matin mais le soleil d’hiver ne se lèverait pas avant au moins deux heures et, hormis une pleine lune qui avait du mal à percer derrière les nuages, il faisait encore nuit noire.

- Prête ? demanda-t-il.

La petite acquiesça joyeusement et se pencha sur le guidon.

- Il pleut encore des petites gouttes, t’as vu ?

- Tu veux qu’on attende encore un peu ?

- Non, c’est bon. Sinon, on n’aura pas le temps de passer à la boutique de monsieur Philéas avant le petit déjeuner.

L’argenté se pencha par-dessus la fillette pour se saisir du guidon.

- Alors, on est partis !

Il fit vrombir la moto, sortit de la grotte et s’engagea sur la petite route de montagne escarpée pour entamer la descente vertigineuse du mont Nibel.

Ce n’était guère plus qu’un chemin de terre détrempé par la pluie qui serpentait tout autour de la montagne, de la base au sommet.

Il était si étroit que, par endroits, ils roulaient à un mètre à peine du ravin.

- Tu n’as pas le vertige ? demanda l’argenté d’une voix forte pour couvrir le bruit du moteur. Ca ne va pas trop vite ?

- Oh, non ! C’est génial ! J’adore quand toi et Yazoo vous allez vite !

Loz éclata de rire, amusé par l’exaltation qui perçait dans sa voix, et relâcha un peu les freins, pour le plus grand plaisir de la petite.

*

A nouveau réveillé par un cauchemar, Yazoo réalisa qu’il était à demi allongé sur Reno, la joue sur sa poitrine, et se pétrifia, n’osant même plus respirer.

Il voulut se faire violence pour s’écarter de lui mais fut incapable d’ordonner à ses membres d’obéir.

Il sentait battre le cœur du turk contre sa poitrine, entendait sa respiration profonde, s’enivrait de sa chaleur et était perdu dans un sensuel nuage de parfum masculin, sensuel et musqué.

Non, pour rien au monde il ne voulait bouger de là !

Au contraire, il nicha son petit visage au creux du cou offert et se blottit dans les bras accueillants avec un petit soupir involontaire.

Avant même de comprendre ce qu’il faisait, il effleura la gorge palpitante de ses lèvres.

Il but les battements du cœur de Reno à même sa jugulaire en respirant à pleins poumons la tiède fragrance de ses cheveux roux qui lui chatouillaient le nez jusqu’à ce que la tête lui tourne.

S’enhardissant, il darda même la pointe de sa langue pour goûter sa peau, juste sous son oreille, le faisant frissonner dans son sommeil.

Cette réponse à sa discrète caresse inonda le ventre de Yazoo d’un flot de lave et ses doigts, mus par une volonté propre, descendirent sur la poitrine glabre pour effleurer un téton tendre, qui se contracta et durcit comme un petit caillou sous sa paume.

Le pouls du turk s’affola contre ses lèvres et il ferma les yeux, essayant de graver cet instant délicieux dans sa mémoire.

C’est alors qu’il prit alors conscience de la colonne de chair qui se tendait contre sa cuisse, gagnant en vigueur à chaque battement de cœur.

Il se cambra pour échapper au contact fiévreux de ce curieux python.

- Tu l’as cherché, Yazoo baby… chantonna Reno à son oreille.

Si l’argenté ne vit pas son sourire narquois dans la pénombre, il ne l’entendit que trop et l’appréhension le gagna.

Appréhension qui, lorsque Reno pressa ses lèvres sur les siennes, se mua en panique.

- Non… gémit-il contre sa bouche.

Mais son refus sonnait faux.

Tout son corps se tendait vers le turk et, en dépit du contrôle qu’il essayait de lui imposer, accueillait le baiser avec une avidité féroce.

« Il ne faut pas… Il ne faut pas… Je vais tout gâcher… Je ne sais pas m’y prendre… »

Comment allait réagir Reno en découvrant qu’il était un novice en la matière et incapable de lui donner le moindre plaisir ?

Qu’avait-il dit, déjà, en parlant de Yuffie ?

« Je ne m’intéresse pas aux candides créatures effarouchés. Les femmes de mon âge sont beaucoup trop vicieuses et séduisantes pour qu’un jouisseur comme moi passe à côté de ça ! »

Cette pensée le dégrisa immédiatement et il interrompit leur innocent baiser en détourant brutalement la tête.

- Reno, non !

Les lèvres de celui-ci frémirent contre sa joue et il lâcha l’argenté pour s’allonger de tout son long, les bras derrière la nuque.

Toujours en appui sur sa poitrine, Yazoo écarquillait désespérément les yeux pour essayer de distinguer l’expression de son regard dans la pénombre mais c’était inutile : il entendait très clairement sa respiration sifflante et le grincement de ses dents.

Reno était en colère, et il ne pouvait pas lui en vouloir.

- Excuse-moi, murmura-t-il, la gorge serrée. Je… je ne sais pas ce qui m’a pris. (Reno ne répondit pas et ne fit pas un geste mais un long soupir d’exaspération s’échappa de sa gorge) Reno, je…

Ce dernier s’assit brusquement, le faisant rouler sur le côté comme s’il n’avait été qu’un chat endormi sur son ventre, et alluma la petite lampe de chevet.

- Reno…

Les couvertures se rabattirent brutalement sur lui et le turk se leva en silence pour enfiler son pantalon.

- Reno, où vas-tu ? demanda l’argenté d’une voix brisée, l’inquiétude lui nouant les entrailles.

- Prendre l’air, consentit enfin à répondre le jeune homme en s’asseyant sur le lit pour attraper sa chemise.

Bouleversé et pris d’angoisse, Yazoo le ceintura par derrière et pressa sa joue contre sa nuque.

- Ne pars pas, supplia-t-il. Pas comme ça. Je suis désolé, Reno… Pardonne-moi…

Reno allait répliquer vertement qu’il n’avait qu’à prendre ses responsabilités et finir ce qu’il avait commencé, éteindre l’incendie qu’il avait volontairement attisé, lorsqu’il réalisa que l’argenté sanglotait.

Sa frustration et sa colère retombèrent aussitôt.

- Yazoo ? Eh, Yazoo baby, arrête, c’est pas grave.

Il se libéra doucement de son étreinte et se tourna pour le prendre dans ses bras.

- Pardon, Reno…

- Chut, ce n’est rien. Arrête de pleurer, ce n’est pas la fin du monde. Je ne t’en veux pas, je suis juste un peu déçu, c’est tout. C’est toujours rageant de se faire allumer et… Enfin peu importe. Allez, calme-toi. (Il effleura sa joue et l’argenté eut un mouvement de recul) Je vois. Ecoute, j’ai juste cru que… Enfin, que je te plaisais et que tu voulais faire l’amour, je…

- C’est le cas, le coupa Yazoo en rougissant violemment. Mais…

Il se tut et détourna le regard.

- Quoi ? Tu n’as pas confiance en moi ? demanda le turk. Tu penses que je vais te prendre là, à quatre pattes par terre, et m’en vanter à la ronde ?

Il lui tira la langue, taquin, et Yazoo rougit de plus belle.

- Non, c’est que je… je… C’est que je ne me suis jamais retrouvé dans ce genre de… de situation.

Reno rit de bon coeur.

- Si ça peut te rassurer, moi non plus ! Les mecs, c’est vraiment pas mon truc, d’habitude. Mais il ne doit pas y avoir une grande dif…

- Ce n’est pas ce que je veux dire, Reno, le coupa à nouveau l’argenté, les joues cuisantes.

Le turk se souvint de la conversation qu’il avait surprise entre Tifa et Shalua, à l’infirmerie, et se mordit la lèvre.

- Oh… Tu veux dire que tu n’as jamais fait… Enfin, jamais eu de…

- C’est ça… avoua Yazoo, plus gêné que jamais.

Reno sourit.

- Ca te fait peur ?

Yazoo secoua la tête, replia ses jambes et les enserra de ses bras.

- Non, c’est juste que… Je ne sais pas comment faire, chuchota-t-il d’une voix presque inaudible. Quels gestes faire, quels mots employer et tu… tu disais que tu détestais « essuyer les plâtres », en parlant de jeunes filles comme Yuffie.

Reno se mordit les lèvres pour étouffer un rire.

- Yazoo… Ca n’a rien à voir, voyons.

- Les « pucelles coincées » te font « gerber ». Ce sont tes propres mots, je n’ai pas oublié. J’ai peur d’être maladroit. De faire ou de dire des choses idiotes. Peur d’être ridicule et de t’entendre te moquer de moi.

Une tendresse bouleversante prit Reno à la gorge.

- Yazoo… On n’est jamais ridicule, dans ces moments là. C’est ça qui est génial, quand tu fais l’amour. Tu peux te laisser totalement aller, dire ou faire des choses complètement dingues.

L’argenté lui jeta un regard en biais.

- Tu t’es pourtant bien moqué de Yuffie.

- Comme je me serais moqué de Marlène ou de Denzel. C’est tout ce qu’elle est, à mes yeux. Une enfant. Je n’éprouve strictement aucun désir pour elle. Ce qui est loin d’être le cas lorsque je te regarde, Yazoo baby… ajouta-t-il d’une voix un peu enrouée.

Yazoo se pétrifia, ébranlé par un aveu aussi direct.

- Je… je ne sais pas quoi dire, chuchota-t-il en baissant les yeux pour échapper au regard concupiscent.

- Alors c’est moi qui vais parler. Et te dire que je ne passe pas une heure sans me languir du parfum de tes cheveux, de ta peau, ou sans repenser à la sensation grisante de ton corps contre le mien, flottant dans le mako. A la caresse de tes doigts sur mon front, lorsque j’étais malade. A ton rire tintant dans cette chambre. A ton adorable visage penché sur moi. A cette petite bouche que j’ai envie d’écraser sous la mienne, à ces lèvres pleines que j’imagine courir sur toute la surface de ma peau… Tout cela est-il ridicule, Yazoo ?

- Non… susurra celui-ci, ému. Bien sûr que non.

- Et toi ? Qu’as-tu envie de me dire, Yazoo baby ? chuchota Reno en se penchant sur lui, taquin. (L’argenté eut un petit rire gêné et secoua la tête) Quoi ? N’y a-t-il donc rien qui te plait, en moi ?

- Si, bien sûr que si. Trop, sans doute.

- Quoi ? Allez, joue le jeu. Dis-moi quoi.

Il frotta le bout de son nez contre la joue ronde de l’argenté et le poussa gentiment, enjôleur.

-Tes yeux, finit par avouer Yazoo, amusé par son insistance. Je ne me lasse pas d’y plonger le regard. Tes cheveux, aussi. J’ai toujours envie d’y glisser mes mains. De sentir leur texture, de respirer leur odeur…

Reno s’approcha davantage encore.

- Fais-le, chuchota-t-il à son oreille. J’adore ça.

Yazoo caressa timidement la douce chevelure rousse et le turk ferma les yeux, goûtant les petits frissons que provoquaient les doigts graciles.

- J’ai souvent regardé ta bouche, aussi… (Reno lui prit la main de sorte que les doigts fins en caressent la courbe voluptueuse) Et qu’elle est aussi tendre que je l’avais imaginée… (Il effleura ses lèvres des siennes) Et bien plus douce que je n’avais osé le rêver… susurra Yazoo contre sa bouche.

Le baiser se fit plus féroce.

Reno le sentit trembler et s’écarta un peu pour ne pas l’effaroucher.

- Tu vois, ce n’est pas si compliqué… murmura-t-il en lui caressant la joue.

Il observa son visage à la faible lueur mordorée de la petite lampe de chevet qui dansait sur la peau si blanche et ombrait ses longs cils argentés, plus épais que ceux d’une femme.

Du bout des doigts, il suivit les courbes douces, presque enfantines, de ce visage parfait encadré de soyeux cheveux de mercure : la petite bouche boudeuse aux lèvres pleines, le menton pointu, le nez droit, un peu retroussé, et les paupières mi-closes sous lesquelles brillaient d’immenses yeux couleur de topaze verte.

Il se pencha pour effleurer à nouveau ses lèvres, répandant une cascade rousse sur les épaules de Yazoo, mais n’insista pas. Ce fut ce dernier qui noua les bras autour de son cou pour l’attirer à lui.

Prudent, Reno glissa le bout de la langue entre les lèvres adorablement gonflées et la petite bouche s’ouvrit timidement.

Sa langue chercha la sienne qui, craintive, s’était tapie tout contre la voûte du palais. Il l’effleura délicatement, comme on caresse un petit animal sauvage pour l’amadouer, et, après plusieurs essais infructueux, elle consentit enfin à répondre maladroitement à ses tentatives d’approche.

Il ne força rien, ne tenta rien pour obtenir davantage que ce que l’argenté voulait bien lui donner et le long baiser prit bientôt fin.

Yazoo rougit et baissa à nouveau les yeux, ne sachant quoi faire ou que dire.

- N’aie pas peur, chuchota Reno.

- Je n’ai pas peur… Mais je… Je ne sais pas comment…

Le turk n’attendit pas son explication et ses lèvres prirent à nouveau les siennes tandis que ses mains se glissaient sous le t-shirt de coton.

Sa bouche suivit bientôt ses doigts et se posèrent sur chaque pouce de peau que dévoilait le tissu.

Yazoo laissa échapper un gémissement involontaire.

- Dois-je m’arrêter ? demanda le turk, la joue contre sa poitrine, en faisant lentement glisser le pantalon de pyjama de l’argenté sur ses hanches étroites.

- Non… murmura celui-ci en se laissant aller sur les couvertures défaites, les mains cramponnées à la douce chevelure rousse. Ne t’arrête pas…

Reno déposa de légers baisers sur la peau translucide de son ventre.

Lorsqu’il s’allongea enfin sur lui pour enfouir son visage contre son cou, que Yazoo sentit la chaleur de sa peau contre la sienne, libérée de la barrière de coton, une tendresse qui le fit presque pleurer l’envahit.

La longue chevelure rousse les recouvrait tous les deux, précieuse et fragile étoffe, et il ferma les yeux, simplement heureux de sentir ce corps sur le sien.

- De quoi as-tu envie ? demanda le Reno.

- De te caresser… répondit Yazoo avec un calme qui le surprit. De te découvrir… de te toucher…

Le turk se redressa légèrement et entrelaça ses doigts aux siens avant de se rallonger sur lui, afin que pas un pouce de la peau de l’un n’échappe au contact de la peau de l’autre.

- Découvre, Yazoo baby, touche… (Yazoo ferma les yeux et se concentra afin de se sensibiliser au tendre contact du corps sur le sien) Que sens-tu ?

Il était si étrange de toucher avec son corps tout entier…

Les mains prisonnières de celles de Reno, Yazoo le touchait cependant comme il ne l’aurait pas pu possible.

- Tes pieds… susurra-t-il. Oui, tes pieds entre les miens… (Le turk remua les orteils, le faisant sourire) Tu as des pieds très délicats avec des orteils très souples. Des chevilles fines. Et tu n’as pas de cors !

Reno éclata de rire.

- Et ?

- Je sens tes mollets. Très athlétiques. Comme tes cuisses. Ta peau est très douce. Tes hanches sont… très étroites… et tes reins très cambrés. Je sens…

Son souffle se fit court.

- Oui ? insista Reno.

- Ton sexe… Contre mon bas-ventre. Il est gonflé et très dur. Il palpite contre le mien.

Reno donna un très léger coup de reins, faisant soupirer sensuellement l’argenté.

Celui-ci essaya de libérer ses mains mais le turk raffermit sa prise.

- Que sens-tu ?

- Tes testicules contre mes cuisses. Tièdes… doux… (Reno frotta son membre contre le sien et Yazoo laissa échapper un petit gémissement) Ton ventre lisse contre le mien. Ton torse… Ferme et glabre. Il me protège. Il est brûlant… Je sens ta respiration. Lorsque… lorsque tu inspires, le contact de nos deux corps est plus intense… plus fort. Je sens tes tétons durcir. Ils frottent contre ma poitrine.

- Quoi d’autre ?

- Tes bras sur les miens… Ils sont musclés… Tes doigts qui s’entrelacent aux miens. Ils sont déliés… comme tes mains.

- Et ?

- Tes poignets. Fins. Tout est si délicat chez toi… C’est incroyable. Tu me sembles si solide, pourtant… J’ai l’impression que je pourrais briser tes doigts d’une simple pression. Tes mains sont faites pour caresser… non pour tenir une arme. C’est étrange. Elles ne sont pas dures et calleuses, comme on pourrait s’y attendre chez un homme qui manipule le bâton de combat avec une telle dextérité. Je…

Il se tut, le souffle soudain court.

- Oui ?

- Je les sens encore courir sur mon ventre et mes hanches… susurra l’argenté d’une voix enrouée qui fit remonter un long frisson le long de l’échine de Reno.

- Mhh… Et elles n’ont pas fini de dégourdir leurs petites jambes, les coquines…

Cette promesse espiègle fit à la fois sourire et frissonner Yazoo.

- Je sens tes épaules, poursuivit-il. Elles sont totalement détendues. Attends ! Ton cœur… (Il sourit) Oui… j’entends battre ton cœur. Là, juste sur ma poitrine. Et là, aussi.

- Ou ça ?

- Sur la veine de ton cou. Contre ma gorge. Je sens ton visage. Tes cheveux contre ma joue. Ils sont doux… Ils sentent bon… J’entends ton souffle tout contre mon oreille. Il s’échappe de tes lèvres entrouvertes. Tes cils me chatouillent la tempe. Tu as fermé les yeux…

- Oui…

- Tu respires très fort contre ma peau… Tu sembles… t’enivrer de son odeur.

- Oui, mon ange… Oui.

« Mon ange… »

Le cœur d’Yazoo se gonfla.

Il avait dit cela si naturellement…

Reno semblait si totalement détendu, si abandonné que ces mots avaient franchi ses lèvres comme une caresse.

- Tu es très séduisant, Reno. Et tu me plais énormément. En fait, je crois même que je…

Il se tut, incapable d’avouer ce qui lui brûlait pourtant les lèvres et le turk se redressa légèrement pour planter ses prunelles aigue-marine dans les yeux mako.

Ce regard… cette expression…

Reno en aurait presque pleuré…

- Oui, quoi ? demanda-t-il, la gorge soudain serrée.

La sonnerie stridente de son téléphone les fit sursauter tous les deux, faisant éclater la bulle de sensualité qu’ils s’étaient créée, et, très contrarié, il tendit la main pour attraper le petit appareil, sur la table de nuit.

- Reno, j’écoute, fit-il, le coeur battant. Vincent ? Pourquoi ? Qu’est-ce qui se passe ? (Il blêmit) Cloud a fait quoi ? s’écria-t-il en de redressant sur le lit. C’est pas vrai… Et où sont-ils partis ? De quel côté ? D’accord… Non, son frère est avec moi. (Yazoo pâlit à son tour, alarmé par ses paroles) On arrive tout de suite. Je peux faire démarrer l’hélico dans moins de 10 minutes.

Il raccrocha et l’argenté s’agrippa à son bras.

- Reno, qu’est-ce qui se passe ? Quel frère ?

- Loz. Il est avec Marlène et, si on ne les retrouve pas très vite, ils risquent de se tuer en moto ! Si ce n’est pas déjà fait… ajouta-t-il d’une voix étranglée.

- Quoi ? Comment ça ?

- Cloud a trafiqué les freins de vos bécanes.

Le visage de Yazoo se décomposa et il pressa ses deux mains sur sa bouche pour étouffer un cri horrifié.

- Non ! S’il était arrivé quelque chose à mon frère, je le sentirais ! assura-t-il en s’habillant à précipitamment.

Reno enfila ses vêtements à son tour en priant pour qu’il ait raison…

…à suivre

Cette fanfiction vous a plu ? Laissez-moi un commentaire !

XXXXII - Dis-moi, Loz…

«L’amour fit en lui ce qu’il fait en tous les autres :

il lui donna l’envie de parler..»

Madame de La Fayette

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Shiva Rajah d’après une illustration de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Marlène faisait lentement le tour de la grotte majestueuse, le nez levé et le faisceau de sa lampe torche dansant sur les cristaux multicolores qui affleuraient à surface de roche.

Ce ballet de lumière vive improvisé créait d’improbables arcs-en-ciel dans l’eau cristalline du petit lac souterrain peu profond qui miroitait au centre.

- Ouah ! Gretta m’avait dit que c’était un endroit bizarre mais j’pensais pas que ce serait comme ça. Qu’est-ce que c’est joli !

Loz regardait autour de lui avec une curiosité non dissimulée, aussi surpris que la petite.

Il avait laissé sa moto dans le passage naturel qui menait à la grotte, à l’abri de la petite pluie fine qui commençait à tomber lorsqu’ils étaient arrivés, et s’était engagé avec la fillette dans ce que les habitants de Nibelheim appelaient « les grottes à materias ».

En réalité, il ne s’agissait pas tant de materias que de milliers de petits cristaux de roche multicolores mais le spectacle n’en était pas moins à couper le souffle.

- Tu n’étais pas déjà venue avec Yazoo, Marlène ?

- Non, pas jusqu’ici. On devait mais on n’a pas pu. La route était coupée à cause d’un accident avec un camion, on pouvait pas passer. Tu entends ? C’est quoi ?

Loz tendit l’oreille.

- La pluie. Ca commence à tomber sec, dehors, on dirait.

La petite haussa les épaules, déboutonna sa doudoune et s’assit sur une grosse pierre, au bord du lac.

- Bah dis donc ! On s’est mis à l’abri à temps ! On a eu de la chance. Oh, regarde ! fit-elle en braquant sa torche au milieu du bassin. Il y a plein de petits poissons !

De minuscules créatures roses nageaient dans l’eau limpide. Ils fouillaient le sable blanc scintillant qui tapissait le fond du petit plan d’eau pour happer les nutriments microscopiques qu’ils trouvaient à foison.

L’argenté s’accroupit à côté de la petite et sourit.

- Ce sont des crônes, Marlène, lui apprit-il. Pas des poissons.

- Des quoi ?

- Des crônes. Des petits insectes aquatiques. Il y en avait plein au cratère nord. Ils se faufilent partout sous terre où il y a de l’eau. (Il retira l’un de ses gants et se pencha sur l’eau pour en attraper un d’un geste si rapide que la fillette n’eut pas même le temps de réaliser ce qu’il faisait.) Tiens, regarde.

- Oh… On dirait une petite crevette, t’as vu ? Une petite crevette rose avec des ailes et de gros yeux.

Il lui fit un clin d’oeil.

- On la met à la broche ? plaisanta-t-il. Ou on l’apporte à Gretta, pour ton petit déjeuner ?

Malène éclata de rire.

- Beurk !

- Non ? T’es sûre ? Tant pis.

Loz jeta le crône dans l’eau et remit son gant.

- Dis…

- Mhh ?

- Je peux te demander un truc ?

- Vas-y.

- Tu vas pas de fâcher, hein ?

- Non. Pourquoi je me fâcherais ?

- C’est vrai ce que Denzel dit, que ta maman, c’était une morte ?

Loz blêmit.

- Comment ça ?

La fillette se tortilla, mal à l’aise.

- Bah, moi j’ai pas pu regarder, quand ils ont ouvert le ventre de la dame, dans le film, je me suis caché les yeux. Mais Denzel, lui, il a tout vu et il dit que la maman des bébés, enfin de toi et Yazoo, c’était une morte.

L’argenté réfléchit un petit moment et secoua la tête en souriant pour la rassurer.

- Non. Ma vraie maman, ce n’est pas la « dame » que tu as vu. Elle s’appelait Lucrecia. Lucrecia Crescent.

- Alors pourquoi t’étais pas dans son ventre à elle ?

Il poussa un gros soupir, ne sachant trop comment se sortir de là mais, heureusement pour lui, Marlène avait tendance à parler pour deux et à faire les questions et les réponses.

- Ah, je sais ! reprit-elle. Elle a donné ses oeufs à la dame morte, c’est ça ? Comme font les femmes qui peuvent pas avoir de bébés ?

- C’est ça ! acquiesça Loz, soulagé par l’explication qu’elle venait de trouver. C’est… exactement ça. Ma mère ne pouvait pas nous porter moi et Yazoo.

- C’est à cause de Sephiroth, qu’elle pouvait plus avoir d’enfants ? Ca s’est pas bien passé, je parie. Tifa a eu une serveuse, comme ça. Après son bébé, on a dû l’opérer et les médecins ont dit qu’elle pouvait plus en avoir d’autres.

L’argenté fit vibrer ses lèvres, aussi mal à l’aise avec le mensonge qu’avec les grands discours.

- C’est ça. Enfin… plus ou moins.

Ce n’était pas tout à fait faux, après tout, essaya-t-il de se rassurer. C’était bien à cause de Sephiroth que Lucrecia n’aurait jamais pu les porter, lui et ses frères, de toute façon, non ?

Quelle mère voudrait du fruit incestueux de son fils de huit ans ?

- Et pour la dame ? Elle est vraiment morte ? Denzel avait raison ?

Loz souleva Marlène et l’installa confortablement sur ses genoux pour se donner le temps de réfléchir un peu à l’explication qu’il pouvait donner.

La petite se blottit contre sa poitrine et attendit sagement, compatissante, avec une expression attristée sur le visage.

- Oui, finit par répondre Loz, la mine grave. Elle est vraiment morte, Marlène. Enfin, elle est morte durant l’accouchement, bien sûr ! mentit-il en voyant soudain blêmir la petite.

- Ahhh… D’accord. C’est pour ça qu’on vous a sorti de son ventre comme ça ?

- Oui. Il… Il fallait faire très vite.

- Je comprends mieux, maintenant. Mais… et votre maman ? Pourquoi elle est pas venue vous chercher, quand vous êtes nés, toi et Yazoo ? Pourquoi elle vous a abandonnés dans cet horrible endroit ?

- Parce que… parce qu’elle était très malade, elle aussi, dit-il, subitement inspiré. Et qu’elle est morte avant que nous puissions la connaître.

- Et ton papa ? Il pouvait pas vous prendre ?

- Je… Non. Il… il ne… Enfin, il ne…

Marlène grimaça.

- Il savait pas, hein ? C’est ça ? Il avait quitté ta maman ?

- C’est… Euh… Mais… tu es très perspicace, dis-moi !

Elle secoua la tête.

- C’est arrivé à plein d’enfants que je connais, en fait.

- Ah ?

- Oui. Ils savent même pas qui était leur papa. Tu le sais, toi ?

- Bien sûr. Il s’appelait… Hojo, biaisa Loz.

- Bien sûr, je suis bête ! C’est ton nom. Dis ?

- Mhh ?

- Pourquoi on vous a fait toutes ces choses horribles, quand vous étiez petits ?

- C’était des expériences scientifiques. Nous avons servi de cobayes.

- Parce que vous n’aviez plus de parents pour vous protéger, hein ? C’est ça ? C’est dégoûtant ! C’est là qu’on vous a mis du Jenova ?

L’argenté éclata de rire.

- Tu as une façon de dire ça ! Oui. Oui, c’est là-bas.

- Mais ça y est, t’es guéri, maintenant, a dit Vincent. Non ?

- Oui. Enfin, normalement.

La petite bâilla et se roula en boule dans les bras de Loz.

- Tu sais quoi ?

- Non, mais tu va me le dire.

- Il y a deux ans, quand tu t’es battu avec Tifa, là-bas, à Midgar, tu te souviens ?

- Très bien, oui.

- Pendant un moment, j’ai… j’ai cru que tu allais lui faire vraiment du mal, tu sais. Denzel, il dit que tu l’aurais tué, si je t’en avais pas empêché. C’est vrai ?

Il secoua la tête et lui souleva le menton pour la regarder droit dans les yeux.

- Je ne ferais jamais une chose pareille, Marlène, assura-t-il. Emprise de Jenova ou non. Et, franchement, si j’avais voulu la tuer, tu crois vraiment qu’une petite crevette comme toi aurait pu m’en empêcher, mhh ?

La fillette sourit et enserra la large poitrine de ses bras maigres aussi fort qu’elle le put.

- J’en étais sûre ! Dis… J’avais raison tout à l’heure aussi, pour Tifa, pas vrai ?

- Comment ça ?

- Bah… que tu es son amoureux.

Loz tordit le nez et grimaça un sourire triste.

- Disons que je le suis jusqu’à ce que Denzel la persuade de me jeter comme une vieille chaussette !

Marlène laissa échapper un petit bruit méprisant.

- Pfffff ! Si tu crois que Tifa va le laisser faire sa loi, tu la connais pas ! Et puis…

Elle se tut, paraissant hésiter à poursuivre, et se mit soudain à genoux sur les cuisses de l’argenté pour placer ses yeux à hauteur des siens.

- Si je te dis un secret sur Tifa, Loz, tu le garderas pour toi ?

- Promis ! jura-t-il la main sur le coeur, amusé par la tournure de la conversation et le sérieux de la petite.

Marlène noua ses petits bras autour de son cou pour coller la bouche à son oreille et chuchoter :

- Tu lui plais plus que Cloud.

- Ah, oui ? murmura le jeune homme, plus amusé que jamais. Et comment tu sais ça, dis-moi ?

- Je l’ai entendue parler avec Shalua, en bas, dans la cuisine, avoua la fillette en baissant encore d’un ton. Elle disait que tu la faisais complètement « craquer » et que…

Elle pouffa, rougissante.

- Quoi ? insista Loz, à présent piqué par la curiosité. Qu’a-t-elle dit d’autre ?

- Qu’elle avait parfois envie de croquer dans tes fesses et de te manger tout cru ! s’esclaffa la petite en piquant un fou rire.

- Marlène ! s’écria l’argenté en éclatant de rire à son tour. Dis donc, tu sais que ce n’est pas bien, d’espionner les adultes ? la rabroua-t-il gentiment une fois qu’elle se calma.

Elle acquiesça et haussa les épaules.

- J’ai pas fait exprès, je te promets. J’étais allé chercher des gâteaux en cachette et elles sont arrivées pour boire un thé. J’ai dû me cacher pour pas me faire gronder. Tu le diras pas, hein ?

Il fit mine de réfléchir.

- D’accord. Mais tu me racontes ce qu’elle a dit d’autre à mon sujet, alors ! ajouta-t-il avec un sourire espiègle qui ravit Marlène.

Aux anges, elle frappa dans ses mains et se pencha à nouveau à son oreille avec des airs de conspiratrice.

Dehors, la pluie ne semblait pas vouloir cesser.

*

Reno se passa le visage sous l’eau froide et se regarda dans le miroir qui surplombait le luxueux lavabo de son cabinet de toilette.

« Mais qu’est-ce qui t’arrive, bon sang ? » demanda-t-il silencieusement à son reflet.

Tout turk digne de ce nom savait que faire boire un homme était le meilleur moyen de lui soutirer des informations, ou lui faire admettre des choses qu’il n’aurait jamais avouées autrement.

« Tu veux connaître la vraie nature d’un homme ? Regarde-le bourré ! » avait l’habitude de dire Elena.

Et il était bien placé pour savoir qu’elle avait raison.

Seulement, problème : voilà que lui, une fois soûl, il essayait de sauter sur Yazoo !

Non.

Non, non.

Pas « sur », en fait.

« Sauter Yazoo », tout court !

Il se prit la tête dans les mains avec un gémissement et pas à cause de sa migraine, dont il ne restait plus trace, au demeurant.

« Pourquoi ce type t’excite-t-il comme un fou, hein, Reno ? Depuis quand tu t’intéresses aux mecs ? »

Les phéromones qu’il dégageait ? Possible, cette odeur sucrée le rendait complètement dingue.

Non.

Non, ça ne collait pas.

Loz dégageait une odeur semblable - plus sucrée encore, même - et, s’il trouvait ça agréable et ne se privait pas pour la sentir à plein nez lorsque le jeune homme passait près lui, ça ne l’émoustillait pas le moins du monde.

Non, c’était autre chose mais quoi ?

Son côté androgyne si perturbant ?

- Reno ? Tout va bien ? appela Yazoo depuis la chambre, le faisant sursauter.

- Oui, je… Oui, je vais bien, ne t’en fais pas.

Le turk poussa un profond soupir et secoua la tête. Il ne trouverait pas la réponse maintenant, de toute façon.

Et puis pourquoi essayer d’en trouver une, d’ailleurs ?

Est-ce qu’il se posait des questions existentielles quand il avait envie de chocobo mariné ou d’un flan au chocolat ?

Non.

Se torturait-il les méninges quand une blonde incendiaire ou une brune dominatrice lui faisait de l’oeil ?

Non plus.

Bon, c’était un homme, O.K. et après ?

Franchement, il avait déjà fantasmé sur des choses plus bizarres !

Et puis « homme »… c’était vite dit.

« Ouais… t’as pas choisi le plus viril, mon vieux Reno, c’est le moins qu’on puisse dire ! »

Non, ce n’était pas demain la veille qu’il virerait sa cuti, décidément.

En fait, Yazoo ne l’attirait pas parce que c’était un homme ou parce qu’il ressemblait à une femme, non. Yazoo l’attirait parce que c’était Yazoo, point barre !

Et ça… Ca, c’était vraiment nouveau pour lui… vraiment troublant.

Désirer quelqu’un pour ce qu’il était, et non plus pour le plaisir qu’il pouvait lui procurer, le perturbait terriblement parce que ça ne lui ressemblait pas, mais alors pas du tout !

Il tira la langue à son reflet, sarcastique.

« Et bah, t’as plus qu’à t’arranger avec ça, tête de nœud ! »

Sur ce, il éteignit la lumière et retourna dormir auprès de Yazoo.

*

Vincent repoussa brutalement Cloud et lui désigna Shelke.

- Tu n’iras nulle part, tu dois la suivre au labo. Il semblerait que Jenova ait…

- Non ! Nous en parlerons plus tard, Vincent. Là, il faut vraiment que je…

Le jeune soldat voulut passer en force et le poing de l’ancien Turk le cueillit au coin de la mâchoire, l’assommant proprement.

- C’était vraiment nécessaire, Vincent ? demanda la soeur de Shalua avec une moue.

- Tu voyais une autre solution pour l’empêcher de filer et le traîner jusqu’au labo ? rétorqua ce dernier en soulevant Cloud dans ses bras. Va savoir ce qu’il avait l’intention de faire et ce que Jenova lui avait encore mis dans la tête !

La jeune fille acquiesça avec un soupir et lui ouvrit grand la porte.

*

Tifa quitta la suite de Shalua, laissant son fils adoptif en compagnie de Cid et de son amie en espérant qu’ils arriveraient à lui remettre les idées en place.

Lorsqu’elle revint dans sa propre chambre, elle eut un coup au coeur en trouvant le lit vide.

- Loz…

Un mot avait été laissé sur l’oreiller et elle s’avança pour le prendre avec la gorge serrée et un noeud dans le ventre.

Qu’avait-il dû penser en la voyant l’abandonner sans un mot avec Marlène pour se précipiter derrière Denzel ?

Elle s’assit sur le lit et déplia la petite feuille de papier quadrillé d’une main tremblante, s’attendant au pire.

Non sans surprise, elle reconnut l’écriture enfantine de Marlène.

« Tifa,

Loz et moi on va fairt faire un tour à moto le temps que tu calmes Denzel. Il m’a même promit promis que je pourais pourrais monter devant.

Je mais mets ma grosse doudoune et mon écharpe en laine, t’en fais pas.

On sera de retour pour le petit déjeuner. Dis a à Gretta de pas faire des crêpes parsequ’on parce qu’on amènera pour tout le monde des petits painsaux pommes tout frais de la boutique de monsieur Philéas.

On te fait plein de gros bisous tous les deux !

Marlène »

Tifa sourit, attendrie, et remarqua que les fautes d’orthographe avaient été corrigées d’une main ferme. Marlène avait dû demander à Loz de relire sa missive.

Soulagée, elle poussa un profond soupir et se laissa aller sur son lit en attrapant son téléphone, sur la table de nuit.

Elle composa le numéro de Loz et s’apprêtait à lui lancer un joyeux « Alors ? Je tourne le dos une minute et tu files déjà avec une jolie jeune fille en pleine nuit ? » lorsque la sonnerie du mobile de l’argenté la fit sursauter.

Ca paraissait venir de sous le lit.

- Zut ! maugréa-t-elle en se penchant pour attraper le petit téléphone.

Il avait dû tomber lorsque le jeune homme s’était habillé.

« …pas vous répondre pour l’instant. Laissez un message. »

- Bonjour, Loz, fit Tifa d’une voix caressante. Je me doute que tu ne peux pas répondre puisque ton téléphone est dans ma main. Sache que ce message te donne droit à un baiser gratuit à l’endroit de ton choix sur simple présentation de cet enregistrement. A tout de suite. Je… (Elle hésita) Je t’aime… finit-elle par avouer dans un murmure à peine audible avant de raccrocher.

…à suivre

Cette fanfiction vous a plu ? Laissez un commentaire !

XXXX - Du rire au drame

« Je me presse de rire de tout,

de peur d’être obligé d’en pleurer ! »

P.-A. C. Beaumarchais

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno entra dans la chambre en prenant bien garde de ne pas renverser le contenu des tasses sur le plateau et posa ce dernier sur son lit.

- Ca va ? demanda-t-il en se tournant vers la porte de la salle de bains, d’où s’échappait le bruit de l’eau en train de couler.

- Oui, je… Ca va mieux, répondit Yazoo d’une voix lasse en fermant le robinet.

Le turk soupira et retira sa veste de pyjama pour ne garder que son pantalon.

Il est 2h57 - la température est de 25°C, indiquait le contrôleur mural de la chambre.

« Tu parles d’un four ! »

Il avait essayé de régler le thermostat à plusieurs reprises depuis son arrivée mais c’était impossible. Gretta lui avait assuré qu’il serait réparé dès que Philip, l’homme à tout faire du manoir, serait rentré de congés.

La seule solution pour rafraîchir un peu l’atmosphère était d’ouvrir la fenêtre… et d’attraper une bonne pneumonie !

Yazoo sortit du luxueux cabinet de toilette en traînant des pieds, enveloppé dans le peignoir du turk et les cheveux humides de la douche qu’il venait de prendre.

- J’ai l’impression que mes jambes sont en plomb, gémit-il.

- Tu fais souvent des cauchemars aussi violents ?

- Non. Il m’arrive d’avoir un sommeil agité mais pas comme ça. Pas avec ce sentiment de danger imminent et de… de noirceur. Pas avec ce malaise au réveil.

- Tu ne te rappelles pas de ton rêve ?

L’argenté secoua la tête.

- Non, rien. Ou… Un nom, peut-être. Vaguement. Nemesis ? Akesis ? Je ne sais plus… Je suis désolé, Reno, je t’ai gâché ta nuit.

Ce dernier chassa la réflexion d’un geste et tapota le lit à côté du plateau.

- T’en fais pas pour ça, je n’ai jamais été un gros dormeur de toute façon. Et puis tu as de la chance, dans ton malheur, car nous sommes à Nibelheim et il existe ici une recette infaillible pour soigner les vilains cauchemars : le gâteau à la crème de Gretta !

Il arracha théâtralement la serviette d’une assiette, dévoilant plusieurs parts de gâteau orné de fleurs en sucre.

Yazoo pouffa.

- Et ça, c’est du chocolat chaud ? demanda-t-il en prenant l’un des mugs fumants pour en humer le contenu onctueux.

Le turk fit une petite révérence et contracta ses doigts comme s’ils étaient perclus d’arthrite.

- Préparé dans la cuisine ténébreuse d’un vieux manoir par un spécialiste des potions magiques, à savoir ton humble serviteur ! chevrota-t-il d’une voix sinistre, faisant rire Yazoo.

- Voilà qui a de quoi rassurer !

- D’habitude, j’y ajoute un peu de crème de whisky mais Shalua me tuerait alors je l’ai remplacée par de la crème montée, ajouta Reno en se redressant.

Il lui tendit un morceau de gâteau.

L’argenté déclina l’invitation, goûta le chocolat brûlant et sourit, paraissant se perdre dans d’agréables souvenirs.

- Mhh… C’est bon.

Reno engloutit goulûment une part de gâteau et en attaqua une deuxième.

- Je te l’ai dit : je suis un spécialiste !

- Lorsque nous étions enfants, Loz et moi, l’une des assistantes d’Hojo nous en préparait, parfois.

- Ah, oui ? J’ai du mal imaginer un sbire d’Hojo se montrant aimable avec qui que ce soit.

Yazoo grimaça et but lentement son chocolat.

- En fait, je crois que c’était le seul moyen qu’elle avait trouvé pour qu’on se tienne tranquilles le temps de faire les prélèvements de peau et de cheveux.

Le turk ricana puis parut penser à quelque chose, secoua bizarrement la tête et fit une moue.

- De… peau ? C’est dévlasse ! Euh… Pardon. Dégueulasse !

L’argenté secoua la tête, rassurant.

- Ca ne fait pas mal du tout.

- Ah ouais ? Bah je me suis écorché plus d’une fois et, p’tain, ça fait pas du bien non plus !

- En fait, ils prélèvent juste une petite lamelle de peau sur le talon. Tu ne sens absolument rien.

Reno se saisit d’une troisième part de gâteau.

- Bah moi… Je les aurais pas laissé, approcher, nan ! Je les aurais refournés comme des crêpes ! Euh… renourtés. Revournés ? Enfin, mis dans l’aut’sens.

Il ouvrit la bouche pour mordre dans la pâtisserie crémeuse mais hésita, ne sachant plus trop laquelle de ses deux mains droites était la bonne.

- Reno ?

- Bah merde, alors…

- Reno !

Celui-ci tressaillit, leva vers lui un regard vitreux et tangua un peu sur son assise.

- Mhh ? Quoi ?

- Reno, ça va ? Tu as l’air bizarre, tout d’un coup.

- Non, ça va. Juste… Je croyais que j’avais pris trois p’tain d’parts et… y’en reste encore quatre alors qu’j'en ai becté deux… J’pige pô…

Yazoo écarquilla les yeux et posa lentement son mug vide sur le plateau sans cesser de le dévisager.

- Reno… Regarde-moi.

Le turk essaya de fixer l’argenté immobile sans loucher. Et ça ne paraissait pas être une mince affaire si l’on en croyait la façon qu’il avait d’avancer et de reculer la tête à tour de rôle, comme un photographe un objectif récalcitrant lorsqu’il a du mal à faire le point.

- Si t’arrêtais d’bouger, aussi…

- Reno ! Qu’as-tu mis dans ton chocolat ? gronda Yazoo, la méfiance perçant dans la voix.

Le turk se gratta la tête avec une grimace ridicule et plissa le front.

- Attends qu’je rébléchisse… Réfléviche… Réchéfl…. Qu’je m’rappelle. Du lait… De l’eau… Du chocolat, bien sûr… Du sucre et d’la crême… Ou l’contraire ?

- De l’alcool ? le coupa l’argenté, gagné par une colère sourde.

Reno secoua furieusement la tête.

- T’es fou ?

Yazoo lui arracha son mug des mains pour en renifler le contenu.

Rien. Ca ne sentait que le chocolat.

- Tu as bu quelque chose, en bas ? Dis-moi la vérité !

- Nan ! Parole ! J’ai pas l’aurodisation. L’autosiration. L’autorisation. Non plus… Ah si.

- Reno, tu me déçois beaucoup, tu sais ! Non mais regarde-toi !

L’interpellé baissa les yeux sur sa poitrine nue et la dissimula sous ses bras croisés, à la façon d’une femme, vexé.

- Quoi ? Les filles m’trouvent très sesky, figure-toi ! assura-t-il en dodelinant du chef.

- Je ne parle pas de ça ! Tu es soûl !

Le turk se raidit brusquement et faillit tomber à la renverse sur la descente de lit.

- Ca pa vas, ta tête ! T’as bu ou quoi ?

- Tu sais, pourtant, qu’après ton passage dans le mako, tu ne dois plus toucher une goutte d’alcool ! Ton corps n’y est plus habitué ! Le moindre excès peut te plonger dans le coma ! Es-tu si pressé de mourir ? C’est comme ça que tu me remercies d’avoir risqué ma peau ?

- Mais puisque j’te dis qu’j'ai fait aucun eskès ! Esksès… Enfin ton truc que tu dis.

Yazoo allait répliquer vertement lorsque son regard tomba sur le gâteau.

Il en prit une part, la porta à son nez et tiqua.

- Oh lui ! railla Reno. Fais pas ta chochotte, l’est pas pourri, hein ! Gretta l’a fait c’t'aprem !

- Reno… Combien as-tu mangé de parts ? s’enquit l’argenté.

- Deux. P’quoi ? T’m'as vu, nan ?

- Reno… menaça Yazoo.

Le turk détourna le regard comme un garçonnet pris en faute.

- En comptant celles d’la cuisine ? (L’argenté acquiesça et Reno leva 4 doigts, le faisant pouffer) Oh ! Ca va, hein ! ronchonna-t-il, vexé.

Le rire de Yazoo redoubla.

La quantité d’eau-de-vie qui se trouvait dans la crème était minime mais, pour ce qu’était désormais l’organisme du turk, elle équivalait à une demi-bouteille de whisky avalée en quelques minutes par un adolescent de cinquante ou soixante kilos et qui n’avait jamais touché à l’alcool de sa vie.

- Ca promet !

- Quoi ? Dis dout te suite que j’bouffe trop ! J’ai jamais trépendu louvoir faire rentrer mon tupain de cul dans un futal de cuir taille XS, moi, hein !

- Reno, il ne s’agit pas de gourmandise mais d’ébriété, haleta Yazoo lorsqu’il réussit à reprendre son souffle. La crème de ce gâteau est bourrée d’eau de vie, âne que tu es ! C’est pour ça que tu es complètement cuit !

Reno blêmit et porta les mains à sa tête en un geste tragique de désespoir, l’image de Shalua armée d’une hache à double tranchant se dessinant dans son esprit.

- P’tain, chuis mort…

*

- Pourquoi il est dans ton lit ? insista Denzel en dévisageant Loz avec une grimace contrariée. Il est où, Cloud ?

Tifa alluma la lampe de chevet avec un grognement exaspéré et ordonna à Marlène de refermer la porte.

- Bon ! soupira-t-elle, éludant la question. Qu’est-ce que c’est que cette histoire d’enfants enlevés ?

- Deux petits garçons ! s’écria Marlène en venant tirer sur un pan de sa nuisette pour essayer de la sortir du lit. Dans un laboratoire de la Shinra.

La jeune femme se dégagea.

- Que… Quoi ? Calme-toi un peu. Qu’est-ce que tu racontes ?

- On les a vus ! la pressa Denzel. Il y a même un bébé ! Allez, viens ! Il faut aller réveiller Cloud !

- Un bébé ? Mais où ça ?

- Dans un laboratoire de la Shinra. Je sais pas où mais il lui font des trucs horribles ! Il est tout brûlé ! Allez, dépêche-toi !

Loz fit claquer sa langue contre ses incisives - « Tsss… » - et s’affala sur les oreillers en remontant les couvertures jusqu’à son menton.

- Qu’est-ce que tu paries qu’ils ont regardé les vidéos ? soupira-t-il.

Tifa se raidit.

- C’est vrai, Denzel ? s’écria-t-elle. Vous avez vu les films de surveillance ?

Le garçonnet lança un regard désespéré à Marlène.

- Tu vois ! le tança cette dernière. Je t’avais dit qu’on aurait des ennuis, si on entrait dans la salle vidéo !

- On s’en fiche, des ennuis ! Il faut aller chercher les enfants ! Tifa ! insista-t-il en tirant sa mère adoptive par le bras.

- Du calme, Denzel ! Le bébé va très bien.

- Ouais, il voudrait juste dormir un peu… murmura Loz, amusé malgré lui par la situation.

La jeune femme lui lança un regard narquois et il grimaça un sourire.

- Venez là, tous les deux, fit-elle en tendant les bras aux enfants, qui grimpèrent sur le lit pour se blottir contre elle, marchant littéralement sur l’argenté. Les vidéos que vous avez vues ont été tournées il y a très longtemps.

Marlène poussa un petit cri horrifié et se redressa.

- Alors c’est trop tard ? Les deux petits garçons sont morts ?

- Non ! Bien sûr que non ! Ils vont très bien et ils sont grands, maintenant, ce sont des hommes.

- Tu les connais ? demanda Denzel. C’est qui ?

Tifa se tourna vers Loz et rabattit doucement le drap qui lui couvrait le torse pour exposer le haut de son bras à la vue des enfants.

En voyant le tatouage déformé « J8 », ces derniers poussèrent un cri.

- C’était toi, le bébé ? bredouilla Marlène, qui le dévisageait à présent avec une expression de profonde sympathie.

L’argenté acquiesça.

- Et l’autre petit garçon, c’est mon frère, Yazoo.

La fillette émit un petit son étranglé et pinça les lèvres, prête à éclater en sanglots.

Tifa lui lissa les cheveux, rassurante.

- Tu vois, ma chérie ? Tout va bien. Il n’y a pas de raison de s’inquiet…

Mais Marlène s’était déjà jetée dans les bras de Loz et s’agrippait à lui en sanglotant bruyamment, ne sachant plus si elle était peinée, terrifiée, soulagée ou choquée. Probablement tout à la fois.

A la grande surprise de la jeune femme, l’argenté ne parut pas déstabilisé le moins du monde par sa réaction et entreprit de consoler la fillette à grand renfort de mots doux et de câlineries - trahissant l’habitude de s’occuper d’un frère plus jeune.

Et, bien sûr, comme c’est toujours le cas lorsqu’un enfant se met à pleurer en présence d’un autre, plus petit, ce dernier ne tarde pas à paniquer et à éclater en sanglots à son tour.

- Tifa, j’ai peur ! pleurnicha Denzel. Je veux pas rester ici !

- Pourquoi, mon coeur ?

- C’est la Shinra qui a fait du mal aux petits garçons et ici, c’est une maison de la Shinra !

- C’était il y a très longtemps, Denzel. Maintenant, c’est Rufus, le patron de la Shinra et il est gentil. Non ?

- Je m’en fiche ! Je veux Cloud ! Lui, il peut nous protéger ! Pourquoi il est pas avec toi ?

Tifa et Loz échangèrent un regard découragé et Marlène leva la tête.

- C’est toi, l’amoureux de Tifa, maintenant, hein ? demanda-t-elle à l’argenté.

- Non ! se récria Denzel sans lui laisser le temps de répondre. C’est Cloud !

- Denzel ! intervint la jeune femme.

- C’est Cloud, l’amoureux de Tifa !

- Non, c’est Loz ! soutint Marlène.

- C’est Cloud ! Et même qu’ils vont se marier un jour !

- Même pas vrai !

- Ca suffit, tous les deux ! s’emporta Tifa. Cloud est mon ami, Denzel, et il n’a jamais été question de mariage ! Qu’est-ce que c’est que cette lubie ?

Le garçonnet sauta du lit et secoua furieusement la tête.

- Non ! T’as pas le droit !

- Quoi ? s’étrangla-t-elle.

- T’as toujours dit qu’un jour qu’on vivrait tous ensemble ! Avec Cloud ! Et qu’on serait une vraie famille !

La jeune femme leva les yeux au ciel.

- Denzel… soupira-t-elle. Que nous hébergions Cloud à Edge ne signifie pas qu’on va se marier lui et moi.

Denzel pointa un doigt accusateur vers Loz.

- Je veux pas de lui chez nous !

Tifa fronça le sourcil, sévère.

- Ce n’est pas à toi de décider, Denzel.

- Tu seras jamais mon père ! cria encore le garçonnet avec toute la rage dont il était capable. Tu prendras pas la place de Cloud, je t’en empêcherai ! Je… Je… Je te tuerai !

- Denzel !

Tifa jaillit du lit et, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, lui administra une fessée retentissante sous le regard éberlué de Marlène, qui s’était blottie contre Loz, terrifiée par les paroles de son ami.

- Excuse-toi tout de suite, Denzel ! ordonna la jeune femme en désignant son amant.

- Je m’excuserai pas ! Il veut prendre la place de Cloud ! C’est un salaud !

- Laisse-le… murmura l’argenté d’une voix blanche en la voyant essayer de calmer le garçon, qui ruait et donnait des coups de pied en tout sens. Les vidéos l’ont choqué et il ne sait plus ce qu’il dit.

- Denzel ! Denzel, calme-toi, mon chéri !

- Lâche-moi !

- Denzel, arrête ! Tu vas te faire mal !

Le garçonnet se dégagea et courut vers la porte, en larmes.

- Je veux que tu crèves, sale enfoiré ! cria-t-il à Loz une dernière fois avant de disparaître en direction de la chambre de Cloud.

Tifa s’adossa au battant et réprima une soudaine envie de pleurer mais Marlène était trop sensible et la connaissait trop bien pour ne pas sentir sa détresse.

La fillette sauta du lit et la rejoignit pour enserrer sa taille de toute la force de ses petits bras.

- Pleure pas, Tifa… S’il te plaît.

Loz détourna le regard pour cacher ses propres larmes, la poitrine soudain si serrée et douloureuse qu’il lui était presque impossible de respirer.

Si le fils adoptif de la jeune femme se mettait à le détester, il savait très bien ce qui se passerait.

Aerith leur avait assez répété : pour une mère digne de ce nom, seuls ses enfants comptent. Pour eux, elle est prête à tout sacrifier. Absolument tout.

En comparaison de Denzel, lui, il n’était rien… Absolument rien.

*

- Reno, reste tranquille !

- Mais puisqu’j'te dis qu’j'ai pas s’meil ! rétorqua le turk en repoussant les draps.

Yazoo, découragé, s’assit sur le bord du lit et soupira.

- Je crois que je te préfère malade plutôt que soûl !

Reno tendit les bras avec un sourire idiot.

- Tu fais un câlin ?

- Non !

- Tant pis, j’le prends quand même !

Il attrapa l’argenté à bras le corps et se laissa tomber sur les draps défaits.

- Reno ! protesta Yazoo en se débattant.

- P’tain ! Qu’est-ce qu’tu sens bon… gémit le turk en enfouissant son visage contre son cou. Ca m’eskite à mort c’t'odeur !

L’objet de ses attentions pouffa et se dégagea de l’étreinte étouffante.

- Tu es ridicule, Reno ! ricana-t-il.

- C’pas des conneries, r’garde !

Le turk exposa la partie concernée et Yazoo lui remonta aussi sec le pantalon.

- Reno !

- Quoi ? On t’a majais dit que t’étais maivrent bandant ?

Reno lui tendit une bouche en cul de poule avec une mimique qui, sous l’effet de l’ébriété, n’avait plus de « sensuelle » que le nom et l’argenté fut pris d’un terrible fou rire.

- Je devrais te filmer pour que tu puisses te voir demain et mourir de honte !

Le turk se renfrogna.

- J’te fais pas d’effet, c’est ça ? J’suis pas assez sesky ?

- Si, Reno, railla l’argenté en riant de plus belle, tu es très « sesky » mais disons que là, tout de suite, ta « seskytude » n’est pas à son top niveau. Ah ! Ah ! Ah !

Il se plia en deux, hilare, et le turk lui agrippa l’épaule.

- Yazoo ? Yazoo !

- Quoi encore ?

- Faut qu’tu t’pousses…

- Hein ?

- Pousse-toi ! cria Reno, plus vert que blanc, en bondissant sur ses pieds pour se précipiter vers la salle de bains, les deux mains sur la bouche.

*

« Accès et passes bloqués, monsieur. » annonça la voix de Tseng dans le haut-parleur du téléphone connecté à la ligne sécurisée du jeune président de la Shinra.

Celui-ci, assis à son bureau dans une sobre robe de chambre de coton, poussa un soupir de soulagement et se tourna vers Cid, qui marchait de long en large dans la pièce.

- Tseng, Shera a-t-elle essayé de se connecter à la base depuis qu’elle est arrivée ? demanda ce dernier en s’immobilisant devant le poste.

« Oui, amiral Highwind. Depuis votre ordinateur. La dernière tentative de connexion a eu lieu… il y a 46 secondes. »

Shalua, assise sur l’un des luxueux fauteuils flanquant le secrétaire massif, tressaillit.

- A quelle base de données a-t-elle voulu avoir accès ? s’enquit Rufus.

« Les fichiers de travail du professeurs Rui, monsieur. Les recherches du laboratoire de Nibelheim. »

- J’en étais sûre ! gémit la jeune scientifique en prenant Cid à témoin.

Ce dernier jura comme un corps de garde et se pencha sur le micro du haut-parleur.

- Qu’a-t-elle eu le temps de voir, Tseng ?

« Rien, amiral. Ses accès avaient déjà été bloqués. »

Tous poussèrent un soupir de soulagement et Rufus alluma une cigarette, que Cid le vit déguster avec envie.

Remarquant son regard, Shalua tendit sa main valide pour la poser sur son bras nu et il sourit en se saisissant du poignet délicat pour le porter à ses lèvres.

« La notification de rupture de contrat est sur votre messagerie, monsieur, et votre avocat vient d’arriver. »

- Passe-le moi.

« Bien, monsieur. »

- Ash ?

« Bonjour, Rufus. Quelle histoire, dis-moi ! »

- Désolé de te tirer du lit d’aussi bon matin, Ash.

« Pas de problème ! »

- Tseng t’a expliqué toute l’affaire ?

« Oui, tout est clair. »

- As-tu aussi tout ce qu’il te faut pour les papiers de divorce ?

« Oui, on vient de me remettre à l’instant le dossier de l’amiral Highwind. Ne te fais pas de souci. Accorde-moi quatre petites heures et, sauf incident, tout sera prêt et en règle pour te débarrasser de cette cinglée. Conseil d’avocat, néanmoins, tu en fais ce que tu veux : tu devrais attaquer cette femme en justice. Ce genre d’individu ne change pas et tu peux être sûr que, tôt ou tard, tu entendras à nouveau parler d’elle.»

- Faisons déjà en sorte qu’elle fiche le camp en douceur. Ce n’est vraiment pas le moment de faire des vagues, Ash, crois-moi.

« C’est toi qui vois. Je me mets au travail tout de suite. Je te recontacte dès que j’ai terminé. »

- Merci encore, Ash. A tout à l’heure.

Il coupa la communication et se tourna vers Cid et Shalua.

- Nous n’avons plus qu’à patienter et à faire comme si de rien n’était en attendant de recevoir les documents.

- Perdre son travail et son mari en même temps… Je ne sais pas comment je prendrais la chose, à sa place, murmura la jeune femme, un peu inquiète.

Cid la rassura d’un clin d’oeil.

- Je me charge de lui annoncer la nouvelle. Avec moi, elle n’osera pas monter sur ses grands chevaux.

Rufus se mordilla la lèvre et frôla du bout des doigts les rapports de l’ancien programme spatial qui encombraient son bureau.

- Quel gâchis…

…à suivre

Cette fanfiction vous a plu ? Laissez un commentaire !