IX - Je ne serai jamais un souvenir…
Rédaction : Shiva Rajah
Illustration : Studio Gothika
Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !
***
- C’est tout ce dont je me souviens, conclut Yazoo après avoir expliqué à Reno comment lui et Kadaj avaient ranimé Loz, dans le Cratère, peu avant l’arrivée des turks.
Reno fit vibrer ses lèvres dans l’obscurité, à laquelle ses yeux s’étaient suffisamment habitués pour distinguer le visage en cœur d’argenté, allongé à ses côtés, dans le lit.
- Bah merde, alors ! Moi qui me disais qu’avec tous les trucs bizarres que j’avais vus rien ne pourrait plus me surprendre… C’est digue, cette histoire de matrice… Eh, là, attends une minute ! réalisa-t-il soudain en se redressant sur un coude pour se tourner carrément vers Yazoo. T’es en train de me dire que… Que toi et ton frangin vous êtes âgés de… (Il compta rapidement sur ses doigts) De cinq semaines ? ! s’étrangla-t-il.
L’incarné acquiesça et le turk siffla, essayant de saisir tout ce que cela sous-entendait.
- Donc… Tu n’as aucune expérience personnelle, en fait ? Tout te vient de Sephiroth ? Lorsque tu pilotes une moto, que tu te sers d’une fourchette, de ton arme ou…
” Ou que tu fais l’amour… “ avait-il failli ajouter.
Il s’était mordu la langue à temps.
- Ses expériences personnelles à lui sont mes seules références. Enfin, à peu de chose près. Je sais beaucoup de choses sans pour autant les avoir moi-même expérimentées.
Reno fronça les sourcils.
- Attends, tu veux dire… un truc du genre ” je n’ai jamais mangé de mangues mais je sais le goût que ça a ” ?
Yazoo parut réfléchir à cette façon de présenter les choses et acquiesça.
- Oui, plus ou moins. Je connais le goût de certains plats que je n’ai jamais eu l’occasion de manger et je peux reconnaître des parfums que je n’ai jamais sentis moi-même.
- Est-ce qu’il t’arrive de détester des trucs que lui aimait ? demanda encore le turk avec curiosité.
L’argenté haussa les épaules.
- Je l’ignore, je n’ai pas connu Sephiroth. Je ne sais pas ce qu’il aimait ou détestait.
- D’accord mais si ses…
- Les connaissances qu’il m’a transmises ne sont que des données. Des informations. Pas des sensations ou des sentiments, Reno.
Celui-ci tiqua mais ne releva pas car Yazoo venait, pour la première fois, de l’appeler par son prénom.
- Ce ne sont que des informations, poursuivit l’incarné. Comme des fichiers que l’on transfère d’un ordinateur à l’autre. Pas un morceau de la personnalité Sephiroth. Enfin, je ne pense pas… ajouta-t-il à mi-voix, trouvant cette perspective plutôt effrayante.
Il frissonna et, à nouveau, Reno eut encore cette envie soudaine de le protéger et de le serrer contre lui.
” Ca doit vraiment être un putain de système d’autodéfense inné… “ se dit-il en résistant à l’envie de tendre la main pour lui lisser les cheveux.
Comment faisaient-ils ça ? Des phéromones ? Une substance chimique qui faisait tinter une alarme dans le cerveau des gens et agitait une pancarte ” Je suis une pauvre petite chose sans défense ! Un petit chaton abandonné ! Câlinez-moi ! Aimez-moi ! Protégez-moi ! “.
- Je suis fatigué, Reno… chuchota ” le chaton ” en question en frottant ses jolis yeux mako.
Le turk faillit pousser un gémissement attendri tant cette mimique le rendait - si c’était possible - encore plus craquant.
- Excuse-moi, je n’aurais pas dû te prendre la tête avec ça maintenant. Ca va, tu n’as pas froid ? Tu veux que je baisse un peu la clim ?
Yazoo secoua la tête et se pelotonna dans les draps.
- Non, ça va. Bonne nuit, Reno.
Ce dernier sourit dans le noir.
- Ouais… Bonne nuit à toi aussi…
” …petit chaton mouillé. “ ajouta-t-il mentalement.
*
Tifa se redressa sur un coude et cligna de l’œil.
- Ca te dirait, un petit truc à grignoter ?
Loz sourit malgré lui.
Il venait de prendre un anti-douleur et se sentait beaucoup mieux. Même la fièvre paraissait être tombée.
- Du genre… sandwich ?
- Plutôt du genre… ” crème glacée ” !
L’argenté pinça les lèvres, taquin.
- Est-ce bien raisonnable ?
Tifa tira le bout de sa langue, chipie, et le jeune homme détourna le regard, luttant contre l’envie de se pencher pour la pincer entre ses dents et l’aspirer dans sa bouche.
- On s’en fiche ! Tout le monde dort et les enfants sont avec Cloud.
Avant qu’il n’ait pu dire un mot, elle avait bondi du lit et était sortie de la chambre, le regard de Loz rivé sur la cambrure de ses reins.
” Cette fille va vraiment me rendre dingue… “ pensa-t-il en soupirant.
*
A une bonne demi-heure du 7ème ciel, dans l’église en ruine de Midgar, d’étranges remous agitaient la source qui coulait sous ce qui fut jadis le maître autel.
Dans les ténèbres, à peine éclairées par la lune, des bulles crevèrent à la surface de l’eau et une petite main - bien trop menue pour appartenir à un homme mais trop vigoureuse pour être celle d’une femme - jaillit dans une gerbe de gouttelettes…
La peau encore fine d’adolescent, d’une pâleur bleutée, scintilla un instant sous les maigres rayons de l’astre nocturne et les doigts graciles se tendirent vers le bord de l’eau, comme pour essayer de s’agripper à quelque chose et s’extraire de l’onde glaciale. Mais quelque chose - ou quelqu’un - parut tirer inexorablement sous l’eau le propriétaire de la petite main si blanche.
Un dernier clapotis fit office de chant du cygne et, lorsque les doigts effilés disparurent sous la surface, l’église en ruine redevint aussi silencieuse qu’un tombeau…
*
Reno fixait le plafond, incapable de dormir mais néanmoins bercé par le souffle léger de Yazoo.
Ne pas le regarder…
Ne pas le regarder…
Ne pas le regarder…
Ne pas le reg… Trop tard.
Comme mus par une volonté propre, les yeux du turk coururent sur les cheveux brillants malgré la lueur pâlotte de la lune, dont les rayons entraient par la fenêtre, dévoilant le petit visage en cœur de Yazoo.
Par la Déesse ! Ce visage…
Les joues rondes donnaient envie de les pincer, les longs cils argentés mettaient au défi un index malicieux de les chatouiller et les lèvres entrouvertes…
Par tous les démons de la planète ! Ces lèvres…
Tendres, pleines et si joliment ourlées, d’un rose tendre un peu bleuté…
Avant de comprendre ce qu’il était en train de faire, Reno se pencha lentement, le regard fixé sur la petite bouche boudeuse.
Que comptait-il faire exactement ?
La caresser ? La baiser ? La frôler ? S’enivrer du parfum suave du souffle qui s’en échappait ?
Il n’en savait rien, en réalité… Il était juste attiré par la peau gourmande comme une guêpe par une goutte d’eau sucrée.
Et, au moment où sa propre bouche allait se poser sur les lèvres parfaites, ces dernières remuèrent et s’étirèrent en un rictus presque cruel.
- Qu’espères-tu faire, petit turk ? railla une voix qui n’était pas celle de Yazoo.
Reno cligna des yeux, surpris, laissa échapper un cri étouffé et recula si violemment qu’il tomba du lit.
Nonchalamment allongé sous les draps, la tête languissamment appuyée sur son avant-bras, il le dévisageait, un sourire narquois sur ses lèvres parfaites.
Le turk, pétrifié, n’osait pas esquisser un geste et ne put que gémir un pitoyable :
- Oh, putain…
*
Pestant contre son manque de contrôle et sa puérilité, Tifa remplit deux bols à ras bord de crème glacée, qu’elle posa sur un plateau, et prit une bouteille d’eau minérale sous le bar.
” Ca te dirait, un petit truc à grignoter ? ” Ridicule !
Tout à fait le genre de chose à dire à un homme blessé à demi assommé par la fièvre, vraiment !
L’excuse la plus ridicule qu’elle aurait pu trouver pour s’esquiver de cette chambre !
- Idiote ! s’admonesta-t-elle à voix haute. Crétine !
Elle s’appuya au bar et se frotta le visage.
Mais pourquoi cet homme la mettait-elle sens dessus-dessous ?
Parce que ce qu’il avait enduré lui faisait pitié ? O.K. !
Parce qu’il avait un corps à rendre jaloux la moitié du panthéon Cetra ? Soit !
Parce que sa voix profonde aurait fait vibrer toute femme comme une harpe ? Il aurait été ridicule de le nier !
Parce que ses airs innocents de petit garçon malmené la faisaient totalement craquer ? Il y avait aussi sans doute un peu de ça !
Parce que le fait qu’il n’ait cessé de penser à elle comblait son besoin débridé de romantisme ? C’était une affaire entendue !
Parce quil avait les plus beaux yeux tristes et la bouche la plus sensuelle que Tifa n’ait jamais vus ? C’était vrai aussi !
Mais bon !
A part ça, qu’est-ce que ce maudit incarné avait pour plaire, hein, franchement ?
La jeune femme se frappa le front de la main et laissa échapper une bordée de jurons qui auraient même faire rougir Cid Highwind en personne…
- Idiote ! Idiote ! Et re-idiote !
*
Cloud tressaillit et ouvrit brutalement les yeux.
N’avait-on pas crié dans la chambre d’amis ?
Le cœur battant, il bondit hors de son lit et se précipita dans le couloir.
La chambre où dormait Reno paraissait silencieuse. Avait-il été victime d’un cauchemar ?
Par acquit de conscience, il gratta néanmoins au battant. Un bruit trop léger pour déranger un dormeur mais parfaitement audible si quelqu’un était éveillé.
La porte s’ouvrit brutalement et il faillit se prendre les jambes dans un Reno affolé qui essayait tant bien que mal de remettre sur ses pieds.
-Reno ? s’étonna Cloud. Qu’est-ce qui…
- Il est là ! Il est revenu ! le pressa le turk en désignant la chambre.
- Quoi ? Qui ? demanda son compagnon en regardant à l’intérieur.
- Sur le lit !
Cloud fronça les sourcils, regarda encore et se tourna vers Reno, qui se tenait en caleçon dans le couloir, les membres tremblants.
- Reno, il n’y a personne, là-dedans. A part Yazoo, s’entend.
Le turk le bouscula presque pour regarder à l’intérieur de la chambre.
Sur le grand lit, emmitouflé dans les draps, qui se soulevaient au rythme de son souffle paisible, Yazoo dormait comme un ange.
- Mais… bredouilla Reno. Il était là. Je l’ai vu… Sur le lit, à côté de moi. Il m’a parlé. Je ne suis pas dingue !
- Mais enfin qui était là, Reno ?
- Sephiroth… avoua le turk à mi-voix, faisant blêmir Cloud.
… à suivre
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