LXVII - Graines de jalousie
“L’hermaphrodisme est un vice de forme…
ou une forme de vice !”
L. Campion
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Rédaction : Shiva Rajah
Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)
Illustration : Studio Gothika
Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !
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Genesis se laissa aller contre le dossier relevé de son lit et ferma les yeux en soupirant, priant pour que tout ce qu’il venait d’apprendre ne soit qu’un cauchemar ou une mauvaise blague.
Depuis presque deux heures, il écoutait Sephiroth, assis sur une chaise à son chevet, et celui-ci semblait encore plus écœuré que lui - si c’était possible - par ses propres mots.
- Je mangerai la cervelle de ce salopard d’Hojo à même sa tête avec une petite cuiller, cracha le Banoran.
- C’est toi qui risquerais d’en crever, essaya de plaisanter son ami.
Genesis laissa échapper un rire amer.
- Ouais… Tu n’as peut-être pas tort.
Merill s’approcha d’eux.
- Monsieur Rhapsodos, je vais retirer votre perfusion mais vous devriez rester encore allongé une petite heure. Normalement, la solution préparée par le docteur Rui devrait arrêter définitivement la dégénérescence de vos organes mais, le cas échéant, on pourrait réitérer l’opération en modifiant un peu le mélange sans le moindre problème, rassurez-vous.
Genesis hocha aimablement la tête et se laissa faire sans broncher.
- Ca a l’air si simple, à t’entendre… soupira-t-il.
- Oh ! Ca en l’est pas, monsieur Rhapsodos. Il a fallu des années de recherche sur le mako purifié au docteur Rui pour arriver à mettre au point ce genre de sérum.
- Si seulement ce traitement avait existé il y a 10 ans… soupira le Banoran.
Merill sourit.
- Mieux vaut tard que jamais, monsieur.
- Oui, on va dire ça. Comment va Nero ?
- Il réagit bien mieux qu’on ne pouvait l’espérer, ne vous en faites pas. Son frère est avec lui, au premier. Si je puis me permettre, monsieur… ce que vous avez fait était vraiment très généreux.
Genesis eut un sourire triste.
- Généreux, mon garçon, j’aurais dû l’être des années plus tôt et tout ceci ne serait jamais arrivé.
- Genesis… le tança gentiment Sephiroth.
Merill s’éloigna, un peu embarrassé, et son patient secoua la tête.
- Weiss m’avait prévenu, Seph, avoua le Banoran, la gorge serrée.
- De quoi tu parles ?
- Lorsque lui et Nero sont venus me chercher, peu après l’incendie de Nibelheim. Avant de mettre mon corps à l’abri dans la grotte, ils m’ont supplié de les aider à éliminer les chefs de la 14ème légion.
Sephiroth frissonna.
- Les Restrictors ?
Genesis acquiesça.
Les Restrictors étaient les éminences grises du légendaire Deep Ground, la 14ème force de Soldat - ainsi nommée car elle avait vaincu en une seule nuit tous les membres du “Ragnarok”, la 13ème légion considérée jusqu’alors comme le bras armé le plus puissant de la Shinra.
- Weiss disait que quelque chose de grave se préparait. Que les Restrictors allaient les utiliser, lui et son frère, comme fers de lance d’une nouvelle unité de supers soldats du Deep Ground.
- Les Tsivets.
- J’ai cru qu’il exagérait et j’ai refusé… murmura le Banoran d’une voix brisée.
- Genesis…
- Merde, Seph, j’ai refusé ! Je lui ai dit que ce n’était plus mes affaires, que je ne voulais plus être mêlé de près ou de loin aux magouilles de la Shinra !
Il se couvrit le visage des mains.
- Genesis, tu ne pouvais pas devin…
- Je les ai laissé tomber, Seph ! Ils m’ont supplié de les aider et je les ai laissé tomber pour courir me planquer quelque part entre ma propre conscience et le royaume des morts en croyant que passer des années à méditer loin de tout m’aiderait à comprendre le sens de la vie et ferait de moi un être… supérieur ! Comme si un simple humain pouvait… (Il se tut, à demi-étouffé par le remords) Ils n’étaient que des gosses… Ils n’avaient personne. Et je les ai laissé tomber pour courir après une chimère !
- D’accord, tu les as laissé tomber. Mais ils sont là, maintenant, dans ce manoir, bien vivants. Et beaucoup d’autres aussi. Des milliers d’autres qui ont besoin de nous. Alors plutôt que de te morfondre sur tes erreurs passées, tu ferais mieux de te reprendre pour nous aider à affronter ce qui se prépare !
Genesis le dévisagea un long moment, sourit avec ce qui n’était pas loin de ressembler à de la tendresse et hocha la tête.
- Et on dit que les fortes têtes ne changent jamais…
*
Kay gazouillait sur le lit tandis que Loz détournait son attention pour permettre à Yazoo de soigner ses petits pieds meurtris.
Tifa et Gretta s’étaient rendues au village avec Marlène et Denzel, qui ne tenaient plus en place et n’avaient qu’une envie : se glisser en douce dans la chambre de Weiss et de Nero pour voir de quoi avaient l’air les mystérieux invités et anciens compagnons d’infortune de Shelke.
Loz fit mine de dévorer le petit vendre rebondi et le bébé rit comme un fou en donnant des coups de pied en tout sens, empêchant Yazoo de continuer à appliquer la pommade sur les petons tendres.
- Loz !
Son cadet se saisit fermement d’une petite jambe potelée, ce qui parut déplaire fortement au bébé, qui fronça des minuscules sourcils argentés pinça les lèvres avec une grimace boudeuse.
La mimique était si typique de Loz que Yazoo fut pris d’un fou-rire.
- Quoi ?
- On dirait toi ! Ah ! Ah ! Ah !
L e jeune colosse allait répliquer lorsqu’on frappa à la porte de la chambre.
- C’est ouvert !
Le battant s’ouvrit lentement et la silhouette de Weiss se dessina dans l’encadrement.
L’ancien Tsviet était vêtu d’un ample pantalon de toile, d’un sweat-shirt bleu pâle qui moulait son torse athlétique et de rangers militaires prêtées par Cid. Tous deux faisaient pratiquement la même taille. Tifa et Gretta devaient revenir du village avec quelques vêtements pour lui, les argentés et le bébé. Pour ce qui était de Nero, c’était une tout autre paire de manches (au sens propre comme au figuré). Reeve s’était entretenu un long moment au téléphone et par Internet avec la section de recherche du WRO au sujet d’un vêtement de contention adapté.
- Pardon de vous déranger, s’excusa Weiss de sa belle voix de baryton. Je voulais vous remercier de vous être occupés de mon frère. Shelke m’a dit que vous l’aviez fait sortir du caisson et que vous étiez resté avec lui tout ce temps.
Yazoo sourit en remettant ses petits chaussons au bébé.
- Entre, ne reste pas à la porte. Comment va ton frère ?
- Bien mieux. Grace à vous tous. Shelke est avec lui. (Il s’approcha et se pencha sur le petit) Te revoilà, toi, petit lutin. Tu me reconnais ?
Kay gazouilla en agitant ses petites menottes vers lui.
Voyant qu’il n’osait pas toucher le bébé, Loz le souleva et le lui tendit.
- Dis bonjour, Kay !
Aussitôt, le petit s’agrippa à Weiss et le dévisagea avec de grands yeux curieux.
Le rire du jeune homme résonna dans la pièce. Un joli rire comme Yazoo et Loz n’en avaient jamais entendu : clair, spontané et terriblement communicatif.
Le bébé, envoûté, se mit à rire lui aussi. La température et la luminosité de la chambre parurent montrer de plusieurs degrés.
Les jumeaux échangèrent un regard aussi étonné que charmé.
Weiss paraissait illuminer littéralement la pièce de sa présence mais, étrangement, malgré une plastique parfaite et des traits à faire pâlir d’envie tous les anges du paradis, son charme n’agissait pas sur le plan ” physique “. L’attirance qu’il provoquait n’avait rien de sexuel ni même de sensuel. Sa séduction opérait à un autre niveau…
Etrange.
En le voyant jouer et rire avec Kay, son surnom ” Weiss l’immaculé ” commençait à prendre tout son sens pour les deux argentés.
Avec un tel charisme, il n’était pas étonnant que ses soldats se soient mis à l’adorer comme un demi-dieu…
- Eh ! On s’amuse comme des fous et on ne m’a pas invité ? claironna la voix enjouée de Reno.
Yazoo, encore sous le charme, se tourna vers la porte.
- Kay a reconnu Weiss, fit-il pour se redonner une contenance.
- Ah ouais ? Et le beau Reno, tu le reconnais, p’tit grumeau ? (Il fit une grimace ridicule en direction du bébé et le rire de celui-ci redoubla) Sephiroth aimerait te présenter à son vieil ami, Yazoo baby. Tu es le seul qu’il n’ait pas encore vu. Tu veux bien descendre une minute ?
- Oh… Oui, bien sûr.
- Au fait, comment va Nero ? demanda aimablement le turk.
- Bien mieux, répondit Weiss, un rien gêné car peu habitué à tant de sollicitude. C’est toi qui m’a ramené en hélicoptère, n’est-ce pas ?
Reno s’inclina avec une révérence comique.
- A ton service !
- Ne pilotais-tu pas aussi l’un des hélicoptères qui ont donné la chasse à Genesis et à Angeal, lorsqu’ils ont déserté le Soldat ?
Le turk hoqueta et écarquilla les yeux.
- La vache… Ca, c’est de la mémoire ! Ouais, j’en pilotais un. Je n’étais qu’un simple exécutant, à l’époque. Mais toi tu… Ton frère et toi deviez être des gamins, non ? Ca fait quoi ? Huit ? Neuf ans ?
Weiss hocha la tête, amusé.
- Nero avait 16 ans. Moi, 23.
- On a plus ou moins le même âge, alors, toi et moi ? s’étonna le turk, surpris par l’apparente jeunesse de l’ancien chef des Tsviets.
- Je crois bien.
Yazoo poussa Reno dehors avant qu’il ne commence à cuisiner Weiss sur une hypothétique recette miracle de l’éternelle jeunesse et ce dernier rit de bon cœur, amusé par leurs pitreries.
*
- De l’hermaphrodisme ? répéta Genesis, qui n’en croyait pas ses oreilles. Tu es sérieux, Seph ?
Sephiroth hocha la tête avec gravité.
- Promets-moi de ne pas y faire la moindre allusion.
- Oui… Oui, bien sûr, cela va de soi mais c’est quand même incroy…
- Chut ! Les voilà.
Genesis leva la tête pour voir s’avancer Yazoo, flanqué du turk roux qui était parti le chercher, et réalisa aussitôt qu’il lui serait inutile de se mordre la langue. Le corps élancé moulé dans un long manteau cuir noir et l’adorable visage encadré par une longue chevelure de mercure pur lui avait fait perdre la voix !
Alors c’était ça, le ” jumeau ” hermaphrodite de Loz ?
L’ancien soldat s’était attendu au pire à une caricature grassouillette du jeune colosse avec des seins, des joues hirsutes et une voix aiguë et, au mieux, à une version de lui un peu efféminée mais sûrement pas à… ça !
Bouche bée, il regarda s’avancer la créature éthérée qui répondait donc au charmant surnom de ” Yazoo baby ” et lorsque celui-ci s’arrêta devant son lit en souriant, Genesis crut que des dizaines de papillons venaient de prendre leur envol dans son estomac.
- Yazoo, voici Genesis, l’un de mes amis d’enfance, le présenta Sephiroth.
L’incarné adressa au Banoran un élégant petit salut de la tête.
Ce dernier dut se faire violence pour ne pas tendre la main afin de chasser une mèche de cheveux du visage en cœur pour la glisser derrière l’une des délicates petites oreilles.
- C’est un honneur de vous rencontrer, capitaine Rhapsodos, fit l’apparition de sa voix douce en s’inclinant avec respect.
Un parfum sucré à tourner les sens caressa les narines de Genesis. Il entrouvrit les lèvres pour le respirer par la bouche afin de le goûter et faillit fermer les yeux pour le déguster comme il l’aurait d’un vieux cognac.
- Tu contiens dans ton oeil le couchant et l’aurore; récita-t-il, plongeant son regard dans celui de l’incarné.
Tu répands des parfums comme un soir orageux;
Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
Qui font le héros lâche et l’enfant courageux.
Yazoo hoqueta, à la fois flatté et surpris, et une rougeur - que Genesis trouva au demeurant particulièrement charmante - colora ses pommettes hautes.
C’était bien la première que quelqu’un s’adressait à lui de la sorte !
Sephiroth leva les yeux au ciel.
- Oui, j’avais oublié ce détail, railla-t-il. Genesis adore les niaiseries et plus particulièrement lorsqu’elles riment !
Yazoo fit tinter son rire musical et le Banoran lui fit un clin d’œil.
Un geste de séduction que Reno, qui observait les réactions de Genesis depuis qu’ils étaient arrivés, n’apprécia pas mais alors pas du tout…
…à suivre
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