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Chers petits frères ! (Part 4/5)

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Auteur : Shiva Rajah

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Depuis plus d’une heure, Aerith et Tifa n’avaient que le nom de Sephiroth à la bouche et les garçons commençaient sérieusement à saturer.

“Dis, Loz, est-ce qu’il dort en pyjama ou en caleçon ? ” ;

” Il est plutôt douche ou bain ? ” ;

” Qu’est-ce qu’il aime manger ? ” ;

” Rasoir électrique ou à lame ? ” ;

” Il met quoi, comme eau de toilette ? ” ;

” Il lui arrive de faire des cauchemars ? ” ;

” Il est déjà rentré blessé ? ” ;

“Qu’est-ce que vous avez fait ? “.

Reno, à bout, finit par se lever du canapé, où ils avaient tous pris place à la lumière des bougies, et se planta devant les filles.

- Oh, ouiiii… Il était blessé à mort ! gémit-il d’une voix suraiguë de midinette. Tu te souviens, Weiss ? Du sang et de la sueur coulait sur son torse musclé, piailla-t-il en se frottant la poitrine à travers son t-shirt. Il était méga trop beau ! Alors on l’a défringué complètement et on l’a mis au lit tout nu. Après on a pris une grooosse éponge et on l’a lavé partout-partout-partout. Il avait la méga fièvre et il gémissait en se tordant dans tous les sens, ses beaux cheveux humides étalés sur les draps trempés de sueur ” Ahhh Ahhh Ahhh ” ! (Il reprit subitement son sérieux et fusilla les adolescentes d’un regard sarcastique) C’est ça, que vous voulez entendre ? Si vous voulez des sensations vraiment fortes, on peut aussi aller à la buanderie vous chercher l’un de ses slips sales !

Les filles virèrent au rouge écrevisse et garçons éclatèrent de rire.

- Vous vous croyez plus malins, quand vous regardez des photos de filles nues sur le net, peut-être ? rétorqua Tifa. Vous pensez qu’on vous entend pas ? ” Ouah ! Elle est trop bonne, celle-là ! ” ; ” Trop chaude, la meuf ! “.

- ” T’as vu ses nichons ? Je me la ferai bien ! ” renchérit Aerith d’une voix rauque, imitation grossière de ses camarades.

- En voilà un langage, pour des demoiselles ! railla la voix de Sephiroth depuis la porte du salon.

Il était nu-pieds, torse-nu, uniquement vêtu d’un léger pantalon de coton noir, et ses cheveux avaient été noués en une longue natte lâche qu’il dansait sur son épaule.

Tifa et Aerith se congelèrent sur place et les garçons rirent de plus belle.

- On vous entend rire depuis la chambre du bébé, reprit le Soldat en s’approchant pour prendre un biscuit salé sur la table basse, au risque de faire se liquéfier pour de bon les “demoiselles” présentes. Vous allez finir par le réveiller.

Nero tira sur son pantalon, que ce dernier retint de justesse - mais pas assez vite que éviter que les filles n’aient un léger aperçu particulièrement croustillant de ce qui se cachait dessous, même si ça ne dura que le temps d’un clignement de cils.

- C’est cause que Tifa et Aerith, elle arrêtent pas de poser des questions sur toi.

- Nero ! Arrête de t’accrocher aux vêtements des gens, le tança son frère.

- C’est pas qu’est-ce que j’ai fait !

Le soldat sourit en soulevant Nero. Dans ses bras, le garçonnet paraissait encore plus petit que d’habitude.

- Ce n’est pas ce que j’ai fait, reprit-il gentiment ce dernier.

- Mais c’est qu’est-ce que j’ai dit ! protesta le petit, les faisant tous rire. Bah n’empêche que c’est vrai, qu’est-ce que j’ai dit ! Aerith et Tifa, elles demandent plein de trucs bizarres et ça énerve tout le monde.

Les filles regrettèrent en cet instant de ne pas pouvoir se transformer en flaque d’eau pour de bon et se glisser entre les lattes du plancher.

- Des questions bizarres sur moi ? s’étonna Sephiroth d’un air faussement intrigué. Ah bon ?

Il était habitué depuis belle lurette à ce genre de réactions de la part des adolescentes - ou même de femmes plus âgées - et avait appris à passer outre. Mais il y avait en revanche une chose que personne, à l’Académie, ne laisserait passer : l’occasion de taquiner le petit Nero qui, par ses facéties, son langage enfantin souvent hilarant et sa bouille de chibi, était devenu au fil des mois la mascotte attitrée de tout le régiment. Il faut dire aussi que, Weiss et son frère étant orphelins, ils vivaient tous deux en permanence à la caserne de l’Académie de Midgar, ce qui avait fait de Nero un peu le petit frère - ou le fils adoptif - de presque chaque soldat.

- Oui, plein !

- Enfin, l’une d’entre elles a déjà trouvé réponse, général, intervint Reno, narquois. Nu sous le pyjama, les filles ! lança-t-il en désignant du pouce la partie de l’anatomie du soldat que Nero avait dévoilé par mégarde.

Les demoiselles piquèrent un fard carabiné, faisant redoubler l’hilarité des invités, et Sephiroth lança au rouquin une œillade critique.

- Reno…

Au premier, Kadaj donna de la voix et tous les adolescents pressèrent leurs mains sur leurs bouches en marmonnant des excuses.

- Eh voilà ! fit Yazoo à la façon d’un parent mécontent du comportement de ses enfants en faisant claquer ses petites mains sur ses cuisses avec un sérieux de pape. Vous avez réveillé le bébé ! Bravo !

L’expression qu’il affichait était si insolite pour un garçonnet de huit ans, qu’il y eut un court moment de silence avant que tout le monde ne ricane de plus belle.

- Yazoo ! railla Sephiroth, pris d’un fou-rire incontrôlable. Je crois que Nero commence à déteindre sur toi !

Ce dernier se raidit dans ses bras.

- Je déteins, moi ? Comme les t-shirts de Zack dans la machine à laver ?

Weiss faillit s’étrangler avec le soda qu’il était en train de boire.

- Quelque chose comme ça, oui. Ah ! Ah ! Ah ! s’esclaffa Sephiroth.

Nero fronça ses petits sourcils en croisant les bras sur son pyjama “Super-Mog”, l’air soudain très concentré, comme s’il venait soudain de penser à quelque chose de particulièrement important.

- D’accord… Alors c’est pour ça que je fais du noir partout !

C’en fut trop pour le soldat, qui dût le poser par terre et s’appuyer contre le mur pour rire tout son soûl.

Yazoo haussa ses petits épaules en voyant les “grands” rire comme des idiots etsauta du canapé pour prendre Nero par la main.

- Viens, on va voir le bébé.

- J’espère que je serais jamais grand, moi. Les grands sont trop bêtes.

Yazoo acquiesça d’un soupir déchirant et se dirigea vers l’escalier en traînant des pieds.

- J’en ai marre de cette famille… Ils ont vraiment aucun sens des “responsabilisations” !

A l’énoncé de cette sentence, l’hilarité des adolescents et de Sephiroth atteignit des sommets.

***

Loz, qui était monté derrière les garçonnets pour calmer le bébé jusqu’à ce qu’il rendorme, redescendit dans la salon pour constater avec déplaisir - ô combien ! - que Sephiroth était toujours là, orteils et torse à l’air, en train de grignoter du pop-corn en compagnie de ses amis et sous le regard dégoulinant d’admiration des filles.

Et le pire, c’était que la lumière dorée des bougies le drapait d’ombres particulièrement avantageuses qui accentuaient sa musculature parfaite.

Qu’à cela ne tienne, il n’allait pas se laisser faire ! Lui aussi avait un corps d’athlète !

Il s’arrêta à mi-hauteur de l’escalier, attendit quelques instants dans l’ombre pour être sûr que personne ne l’avait remarqué, et remonta discrètement dans sa chambre pour ôter ses vêtements et fouiller à la recherche d’un pantalon de pyjama uni - ce qui ne fut pas une mince affaire car ils étaient presque tous estampillés de super-héros ou de personnages de dessins animés. Au moment de l’enfiler, il renifla ses aisselles, tendit la main vers son déodorant mais hésita. Un sourire incurva soudain ses lèvres et il jeta le pantalon de pyjama sur le lit avant de se diriger vers la salle de bains…

Tifa allait voir ce qu’elle allait voir ! A bishonen, bishonen et demi !

Il croisa son reflet dans le miroir et fronça le nez.

Bon d’accord, peut-être pas “et demi” mais au moins “et quart”, allez !

***

- Qu’est-ce qu’il fabrique ? commença à s’inquiéter Sephiroth. Kadaj devrait dormir depuis longtemps.

Weiss repoussa son frère pour se lever.

- Je peux aller voir, si vous voul… Quand on parle du loup !

- Désolé ! s’excusa Loz en entrant dans le cercle de lumière des bougies. Kadaj m’a bavé dessus, j’ai dû prendre une douche. Ouh, là, là… C’est moi ou on crève de chaud, ici ?

Plusieurs paires d’yeux écarquillés le considéraient, certains admiratifs, d’autres complices ou amusés, et d’autres encore, comme ceux de Nero, ouvertement étonnés.

- Pourquoi que t’es en culotte ? demanda le garçonnet en désignant le boxer-short vert et noir qui lui moulait les fesses et les hanches.

Sephi se mordit la langue pour ne pas rire et les filles laissèrent leur regard courir sur la peau brillante, tendue par une musculature qui, malgré le jeune âge de son propriétaire, n’avait presque rien à envier à celle de son aîné.

- C’est un short de gym, Nero, pas une “culotte”, expliqua Zack, amusé.

- T’as oublié de te sécher ? s’enquit Yazoo à son tour. T’es tout mouillé.

- Je viens de dire que j’avais chaud, moustique !

- Alors pourquoi que t’as la peau comme les poulets de la cantine ? insista Nero.

Weiss, comprenant parfaitement ce qu’essayait de faire son ami, attrapa son frère par derrière et lui plaqua la main sur la bouche.

- Ca suffit, Nero, arrête de l’embêter. Alors, Reno ? Tu las finis, ton histoire ?

Reno reprit son récit - probablement une anecdote croustillante - et Loz prit place sur le canapé, entre Cloud et Tifa en défiant Sephiroth du regard.

Ce dernier lui sourit, pas le moins du monde impressionné. Il ouvrit même la bouche pour faire un commentaire malicieux afin de le taquiner devant ses amis lorsqu’il le vit serrer les poings et les mâchoires, l’affolement dansant dans ses grands yeux mako. Ce reflet si particulier, le soldat le reconnut pour l’avoir vu mille fois dans les yeux des jeunes recrues indociles, lorsque les officiers les passaient en revue et leur hurlaient des imprécations dans les oreilles pour “les mater” ou “leur forger le caractère”, comme ils disaient. Cette lueur, c’était la peur de l’humiliation. Ou plutôt, la peur d’être humilié sans pourvoir répliquer ou faire quoi que ce soit pour se défendre.

Il avait provoqué lui-même cette rage impuissante chez des aspirants soldats trop vaniteux des centaines de fois mais la voir dans les yeux de son petit frère lui tordit le ventre.

Loz n’était pas un jeune postulant arrogant et indiscipliné qu’il fallait mater. C’était son petit frère… Celui qu’il avait tenu dans ses bras, lorsqu’il était bébé, et qui venait se réfugier dans son lit lorsqu’il faisait des cauchemars, la nuit. Ce n’était ni un tir-au-flanc, ni un jeune coq prétentieux. C’était son “Lozy”, son “bébé nounours” même s’il était devenu à homme sans qu’il s’en aperçoive. Il n’était pas son ennemi. Alors pourquoi cette expression ?

Aerith, qui le dévisageait lui, Sephiroth, avec admiration dès qu’elle pensait ne pas être vue, rougit violemment lorsque Zack la poussa discrètement de l’épaule pour qu’elle cesse son manège et il comprit. Il comprit qu’en cet instant, il n’était plus le grand frère qui était là, parmi eux, mais le Héros de la planète, la “vedette” élevée sur un tel piédestal par les médias et la population qu’il en était devenu intouchable. Une seule moquerie, une seule parole désobligeante de sa part devant Tifa et Loz perdrait aussitôt toute crédibilité ou charme à ses yeux. C’est du moins ce que croyait son petit frère en cet instant. Il le lisait dans son regard…

Il profita donc d’une pause dans le monologue de Reno pour se pencher en avant par-dessus la table basse et refermer sa main sur la cuisse de Loz, tâtant le muscle avec une brusquerie toute militaire. L’adolescent se figea, attendant la réflexion cuisante qui ne saurait tarder.

- T’as encore pris des cuisses, non ? demanda Sephiroth le plus sérieusement du monde. Belle fibre. Combien soulèves-tu, maintenant ?

- Quat… quatre-vingt kilos, bredouilla Loz, ne sachant à quel sauce il allait être mangé.

Les filles laissèrent échapper un petit cri admiratif et Weiss lui asséna une claque dans le dos.

- Je te bats ! Quatre-vingt-sept, mon pote ! Désolé.

Nouveaux cris et Weiss fit gonfler son biceps, fier de lui, tandis que Sephiroth se resservait un verre de soda, un sourire énigmatique sur les lèvres.

Il attendit que l’excitation retombe un peu et laissa nonchalamment tomber :

- Lorsque Loz dit “quatre-vingt kilos”, Weiss, je crois qu’il veut dire “quatre-vingt kilos”… sur chaque jambe !

Reno faillit en laisser tomber son verre et Zack s’étrangla avec une chips.

- Tu déconnes, là ? bredouilla Weiss en se tournant vers Loz, sidéré. “quatre-vingt kilos” sur chaque jambe ? En même temps ?

Ce dernier haussa les épaules, un peu gêné.

- Pourquoi ? Tu fais comment, toi ?

- Oh, la vache ! s’écria Cloud, qui n’en croyait pas ses oreilles.

- Et vous, général ? s’enquit Aerith, rougissante. Combien soulevez-vous, si ce n’est pas indiscret.

Sephiroth sourit et secoua la tête.

- A peine quatre-vingt-dix. Répartis sur les deux jambes, s’entend. Loz est un phénomène. Sa morphologie est idéale. Une alliance parfaire entre force et souplesse. Il n’y a qu’à regarder.

Il désigna le jeune corps presque nu de son frère, que ce dernier avait pris grand soin d’huiler un tout petit peu après la douche sur la peau encore mouillée pour faire ressortir les muscles à la lumière des bougies.

- C’est vrai que tu… tu es vraiment très… très… bien fout… musclé, murmura Tifa, le coeur soudain battant en détaillant le physique parfait.

Comment diable avait-elle fait pour ne pas le remarquer plus tôt ?

Chacun y alla de son petit commentaire et Sephiroth sourit à son jeune frère, qui lui adressait à présent à regard débordant de reconnaissance.

Discrètement, il lui fit signe de monter s’habiller et lui montra Tifa avec un clin d’oeil. Loz comprit immédiatement le message : tu lui as donné un aperçu du paradis ; maintenant, referme la porte et laisse-là rêver à ce qu’elle a vu.

Et question séduction, Sephiroth en connaissait un rayon !

- Je vais enfiler quelque chose, je commence à avoir un peu froid, fit-il.

- J’y crois pas ! railla Reno. Monsieur n’aime pas qu’on mate, hein ? Monsieur est timide, en réalité !

Loz lui lança un baiser, railleur.

- T’en fais pas, ma poule, je te laisserai mater quand tu voudras, si ça peut de faire tellement plaisir !

Les autres rirent de bon coeur et, lorsqu’il revint, vêtu du pantalon de pyjama uni qu’il avait abandonné sur son lit peu avant et d’un débardeur noir moulant avantageusement un torse, qui promettait de devenir ample et vigoureux dans quelques années, il aurait juré que le regard de Tifa sur lui avait changé. Quelque chose brillait à présent dans ses beaux yeux noisette, lorsqu’elle le dévisageait, quelque chose qui lui mettait tous les sens en émoi.

Sephiroth observait discrètement les deux adolescents avec un petit pincement au coeur, se souvenant de ses premiers émois et de ses premiers chagrins d’amour.

Tous s’imaginaient - et en cela le service de communication de la Shinra avait fait un travail admirable - que le grand général, le héros de la planète, était à mille lieues de ces choses. Qu’il était un parangon de vertu et de droiture, une sorte de créature froide et insaisissable que des choses aussi vulgaires que le sexe, le désir ou les sentiments ne touchait pas. Mais tous se trompaient… Il avait été adolescent lui-aussi. Lui aussi avait pleuré pour avoir la permission de minuit. Lui-aussi avait rasé son duvet naissant plusieurs fois par jour en espérant le voir se transformer en barde et poils drus et virils. Lui aussi avait souillé ses draps en rêvant à des créatures de rêve aux seins énormes et aux jambes interminables. Lui aussi avait rêvé d’abandonner ses fichus petits frères pleurnichards et casse-pieds dans le désert afin d’en être définitivement débarrassé. Et tant d’autres choses encore…

- Qu’est-ce que t’as ? T’es triste ? Tu vas pleurer ?

Il tressaillit en entendant la petite voix de Nero, qui s’était glissé entre ses jambes pour agripper sa taille de ses petits bras.

Le soldat regarda autour de lui et vit que Loz et ses amis discutaient avec animation au sujet d’un jeu, semblait-il, s’il en croyait l’espèce plateau de bois que Yazoo brandissait.

- Non, pourquoi serais-je triste, Nero ? (Il souleva le garçonnet pour l’asseoir sur sa cuisse) Je repensais à l’époque où j’avais l’âge de Loz.

- Avant que tu sois vieux ? demanda Nero.

Sephiroth pouffa.

- Je ne suis pas “vieux”, Nero. Je suis une grande personne.

Le petit secoua la tête.

- Mhh… Mhh…

- Non ? Tu n’es pas d’accord.

- Weiss et Loz et Zack et Reno et Cloud… ils sont grands. Enfin… Cloud, je sais pas trop, ajouta-t-il après réflexion, faisant s’esclaffer le soldat. Mais toi, t’es vieux.

Sephiroth haussa les épaules, toujours aussi amusé par les réflexions du garçonnet.

- Bon, eh bien disons que je suis vieux, alors. Mais j’ai été petit, tu sais. Comme Kadaj.

Nero ouvrit de grands yeux horrifiés.

- Tu faisais pipi partout sur les gens ?

- Ah ! Ah ! Ah ! Nero… Parfois, on devrait te filmer ! Ah ! Ah ! Ah !

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XIII - L’Omega

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Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Yazoo, allongé sur le ventre, laissait Reno lui masser le dos mais n’en ressentait pas moins une certaine gêne. Il n’était pas habitué au contact des autres - hormis celui ses frères, bien entendu. A plus forte raison à celui d’un turk qui, il y a peu encore, comptait parmi ses ennemis !

- Ca va mieux ? demanda ce dernier en décrispant patiemment les muscles situés le long de la moelle épinière.

L’argenté acquiesça en silence, de plus en plus embarrassé.

D’abord un bain avec lui et maintenant ça !

Ca devenait carrément ” bizarre “…

Il avait beau savoir que Reno ne faisait tout cela que pour le soulager, c’était quand même un tantinet licencieux, il fallait bien le reconnaître.

A moins que ce ne soit uniquement parce que sa propre nature obscène lui faisait voir des choses étranges là où il n’y avait rien d’autre qu’une sincère aménité et l’envie de l’aider…

Honteux de ses pensées graveleuses, Yazoo enfouit son visage dans l’oreiller pour dissimuler au turk un embarras de plus en plus visible.

Peine perdue.

- Quelque chose ne va pas ? s’inquiéta Reno d’une voix douce. Tu as l’air mal à l’aise.

L’incarné tourna un peu la tête et le regarda du coin de l’œil pour éviter de lui dévoiler ses joues cramoisies.

Reno était penché sur lui, nu-pieds sur le sol, la chemise, à demi-ouverte sur son torse, retombant par-dessus son pantalon et les manches remontées sur ses avant-bras. Il lui souriait avec sérénité, la tête légèrement penchée sur le côté, sa longue queue de cheval d’un roux éclatant rabattue sur son épaule.

Le turk était visiblement détendu et décontracté, du moins essayait-il de le paraître pour ne pas indisposer Yazoo et cela le rendait incroyablement… sexy.

La rougeur de l’incarné s’accentua et Reno laissa échapper un petit rire.

- Oui, ça te met vraiment mal à l’aise, on dirait, hein ? demanda-t-il en se redressant.

Yazoo sentit les mains chaudes quitter son dos avec un petit pincement au cœur.

Maintenant que les doigts agiles ne courraient plus sur sa peau, il réalisait à quel point ce contact avait été agréable.

- Je… Je n’ai pas l’habitude qu’on me touche, bredouilla-t-il.

- Désolé, je voulais juste t’aider à faire passer les crampes.

- Non, je… C’était très… bien. Je veux dire… ça fait du bien. Mais c’est bizarre…

- Bizarre ? Comment ça ? s’enquit le turk, de plus en plus amusé par la maladresse de Yazoo.

- Je… Je ne suis pas habitué, répéta ce dernier. J’ai beau avoir reçu de la mémoire de Sephiroth ce genre de… de sensation, c’est… C’est très différent à vivre réellement. Les contacts physiques avec un être vivant, s’entend. Les machines, c’est différent.

Reno grimaça.

- Un robot masseur, ça doit pas être génial, si tu veux mon avis ! En tous les cas, je ne lui mettrai pas le dos entre les pinces, ça c’est clair !

Yazoo sourit, un peu plus détendu.

- Oui, je suppose.

Il se tut, ne sachant quoi ajouter.

- Tu veux que je continue encore un peu ? s’enquit le turk pour le tirer d’embarras.

- Oh… Je… Non, je… Ne te sens pas obligé, je…

- Ca ne me gêne pas ! le coupa le Reno en reprenant son massage. En fait, j’aime ça, si tu veux tout savoir. Ca me détend. J’aime le contact des gens. Les filles disent que suis une véritable pieuvre !

Les mains habiles malaxèrent agréablement les muscles de ses épaules et Yazoo soupira de plaisir.

- Elles reprochaient souvent à Sephiroth d’être distant, au contraire, dit-il.

Reno leva un sourcil, intéressé.

- Attends, ne me dis pas que tu as en mémoire ses parties de… ” jambes en l’air “, si ? (L’incarné pouffa et hocha la tête.) Sérieux ?

Yazoo acquiesça à nouveau.

- Tout comme mes frères. Enfin, je suppose.

Reno tiqua en essayant d’imaginer ce qu’on devait ressentir avec les souvenirs et des sensations aussi intimes de quelqu’un d’autre gravés dans la mémoire.

- Ca doit faire super bizarre…

L’incarné haussa les épaules.

- L’expérience tangible est très différente du souvenir, en réalité.

- Et tu peux ajouter : plus agréable… ajouta Reno avec un air faussement suffisant en agitant ses doigts devant le nez de Yazoo.

- Et bien plus agréable, oui, acquiesça celui-ci avec une moue entendue.

Ils rirent de bon cœur et, une fois encore, l’incarné se dit qu’il ne s’était encore jamais laissé aller ainsi. Il avait sans doute ri et souri plus souvent ces dernières vingt-quatre heures qu’il ne l’avait fait depuis qu’il était sorti de la matrice, quelques semaines plus tôt.

- C’est incroyable, de se dire qu’il était là, dans mon corps, et que je m’en souviens absolument pas… murmura Yazoo au bout d’un petit moment en observant la paume de sa main, où Sephiroth avait enfoncé ses ongles en refermant le poing dans un accès de rage.

- Nous allons essayer de tirer toute cette historie au clair dès demain, ne te prends pas la tête avec ça pour l’instant. Détends-toi.

Reno s’assit sur le bord du lit et repoussa les longs cheveux de mercure sur le côté pour avoir un meilleur accès à la nuque. Yazoo sentit un long et délicieux frisson lui descendre le long du dos, ce qui n’échappa pas au turk.

- C’est d’enfer, ça, hein ? demanda-t-il en glissant ses doigts dans les soyeux fils argentés avec un clin d’œil complice. Moi aussi, j’adore qu’on me tripote les cheveux. Ca me fait frissonner de la tête aux pieds.

L’incarné poussa un profond soupir de pur plaisir et frémit de plus belle.

- Kadaj mettait parfois la tête sur mes genoux et restait des heures comme ça, à se faire câliner. Ca me manque. Il me manque…

Reno massa la nuque gracile avec précaution. Comment diable un homme pouvait-il avoir un cou aussi délicat ? Yazoo, bien que mince, était large d’épaules, pourtant.

- Il n’est pas certain que Kadaj ait rejoint la rivière de la vie, tu sais… murmura le turk, presque à contrecœur.

Bon sang de bois, Reno ! Qu’est-ce qui te prend de lui lâcher des infos, comme ça ? T’es con ou quoi ? File-lui les codes d’accès aux bases de données secrètes de la Shinra, tant que t’y es ! “

C’était totalement stupide, il s’en rendait bien compte mais merde, quoi ! Ce mec avait l’air tellement triste, tout d’un coup…

L’incarné se retourna subitement sur le dos et le fixa, ses beaux yeux mako écarquillés, emplis d’un espoir auquel il n’osait pas encore s’accrocher.

- Il… Il est vivant ? bredouilla-t-il en s’asseyant pour agripper à la chemise de Reno. La Shinra pense que Kadaj est vivant ? insista-t-il dans un murmure, à quelques centimètres à peine de son visage

Son souffle court qui s’échappait, haletant, d’entre les lèvres charnues, chatouillait le menton de Reno et son rythme cardiaque battait la charge. Si l’on ajoutait à cela le regard vert mako suppliant, son visage de chaton mouillé tendu vers le sien et les cheveux en bataille, Yazoo, mec ou pas mec, aurait fait fondre le cœur d’un bahamut.

Le turk sentit un torrent de lave se déverser dans ses veines mais réussit de conserver un semblant de calme.

- Nous ne sommes sûrs de rien, chuchota-t-il à un souffle la petite bouche boudeuse. Mais c’est possible, en effet.

L’incarné laissa échapper une sorte de gémissement entre le cri de soulagement et la lamentation déchirante et colla le front contre la poitrine du turk, toujours agrippé à sa chemise.

- Faites qu’il soit vivant… gémit-il d’une voix à peine audible. Dieux de cette planète, qui que vous soyez, faites qu’il soit encore vivant…

Le souffle brûlant qui glissa sur sa peau moite, entre ses muscles pectoraux, fit frissonner Reno et, presque timidement, il entoura les épaules de Yazoo de ses bras pour le serrer contre lui.

- S’il est vivant, nous le trouverons… promit-il en se demandant vaguement pourquoi il tenait autant à le rassurer. Nous le trouverons, tu verras…

***

La forme ectoplasmique d’Hojo marcha de long en large, dans le laboratoire, visiblement très contrariée par le rapport des deux chercheurs du Deep Groung que Nero avait mis à sa disposition.

- Il semblerait que les cellules de Jenova empêchent la fusion avec l’Omega, monsieur. Je doute que, même si nous arrivions à faire aboutir la Réunion, l’entité accepte le corps de Sephiroth comme hôte.

Hojo tordit ses mains fantomatiques, fou de rage.

A travers la vitre sans tain qui formait un pan entier du mur de la pièce, il observa le cristal où reposait son fils, comme si les reflets mako, désormais ternis par les expériences ratées de fusion, pouvaient lui fournir une réponse. Point n’était besoin d’être scientifique pour voir que le mythique soldat allait de mal en pis. Sa peau ivoirine avait pris une teinte bleuâtre et était devenue si fine qu’on lisait à présent parfaitement le réseau complexe des veines. Les magnifiques cheveux de mercure avaient perdu de leur lustre, virant au gris terne, la bouche sensuelle était crevassée et de nombreuses fissures courraient sur le cristal sensé protéger le grand corps athlétique. Ou ce qu’il en restait…

- Malédiction !

Si l’organisme de Sephiroth n’acceptait pas l’Omega, l’opération n’avait aucun intérêt ! Son projet était un échec !

La porte du bureau s’ouvrit pour laisser entrer un jeune homme mince à la chevelure aussi ténébreuse que les volutes sombres qui tourbillonnaient autour de lui, menaçant de happer tout ce qui se trouvait à portée.

Ses bras étaient entravés dans une sorte de camisole de force renforcée de cuir et son visage délicat disparaissait presque entièrement sous un masque de contention venu d’un autre âge, d’une époque où la médecine et la psychiatrie tenaient encore plus de la torture et de la barbarie que de la science. Et comme pour finir de lui donner une allure aussi étrange qu’inquiétante, une grande paire d’ailes métalliques aux rémiges tranchantes et aux alules remplacées par des mains artificielles articulées, saillaient de son dos, menaçant d’écraser le corps frêle sous leur poids.

- Ma patience a des limites, professeur, fit-il de sa belle voix posée à l’indéfinissable accent aristocratique.

Ses yeux purpurins se voilèrent de colère et Hojo ravala sa hargne.

La détresse de ce garçon lui avait offert une voie royale pour avoir accès aux laboratoires du Deep Ground - sous prétexte d’aider son frère Weiss - et ce n’était pas le moment de tout ficher par terre pour un simple accès de rage.

- Mon cher enfant… commença le scientifique, mielleux. Le croyais que la vie de ton frère bien-aimé importait plus que tout.

Nero se raidit.

- C’est le cas. Mais il semblerait que vous accordiez plus de temps et d’énergie à ramener votre fils à la vie qu’à sortir mon pauvre frère de sa léthargie !

La forme opalescente d’Hojo s’approcha pour lui poser la main sur l’épaule.

- Je n’ai jamais considéré ceci, fit-il en désignant le cristal mako à travers la glace sans tain, comme mon fils. Ce n’était qu’une expérience. Et, aujourd’hui, il me permet de faire les tests nécessaires devant me permette de sauver Weiss. Regarde-le, Nero. Regarde ce qu’une mauvaise préparation peut faire. Observe sa peau, ses cheveux, ses jambes réduites à l’état de déchets mako… Tiens-tu vraiment à ce que ton frère serve de cobaye jusqu’à ce qu’on trouve la bonne méthode. Ou préfères-tu que ce soit lui ?

Le ténébreux frissonna.

- Quand aurez-vous terminé vos… ” tests ” ? Quand pensez-vous pouvoir aider mon frère ?

- Bientôt, assura Hojo avec un sourire qui ressemblait plus à une grimace qu’à un signe de consolation. Mais, pour cela, je dois me concentrer et ne pas être interrompu sans cesse.

Nero encaissa le reproche sans broncher et tourna les talons après un dernier regard menaçant qui en dit plus long que n’importe quelle diatribe. Il signifiait ” trahis-moi et je te détruirai “.

Le scientifique jura et alla s’appuyer contre le miroir sans tain, son front ectoplasmique contre la vitre.

Pourquoi cela ne marchait-il pas ? Pourquoi Jenova et Omega ne fusionnaient-ils pas ? Etait-ce pour les mêmes raisons que Sephiroth n’avait pu être accepté par la rivière de la vie ? Parce que l’Omega appartenait à cette planète et pas Jenova ?

Si c’était le cas, aucun des ” super-soldats ” qu’il avait créés ne ferait un hôte acceptable. Absolument aucun ! Tous avaient reçu les cellules de Jenova. Absolument tous !

Non…

Non, pas tous.

Tous sauf…

- Weiss… murmura Hojo.

Mais oui ! Comment n’y a-t-il pas pensé plus tôt !

Hormis Nero, nourri depuis qu’il n’était qu’un fœtus au mako stagnant, les membres du Deep Ground n’avaient reçu que du mako purifié. Certes, Hojo n’avait pu mener l’expérience à son terme mais les premiers résultats avaient été stupéfiants. C’est vrai qu’il n’avait pas assez de recul pour pouvoir étudier les effets secondaires et les mutations ou dégénérescences possibles mais il n’en était plus là, de toute façon ! Il fallait faire vite et, contrairement à ce qu’il avait espéré, Sephiroth ne ferait pas l’affaire.

Génétique oblige, il aurait bien sûr été plus facile pour lui d’intégrer le corps de son fils que celui d’un étranger mais puisque son rejeton ne pouvait supporter l’Omega…

Un sourire torve incurva ses lèvres fines et les deux scientifiques présents dans la pièce frissonnèrent.

Bien sûr, comme Nero, ils ignoraient les véritables objectifs d’Hojo et pensaient que c’était uniquement par amour de la science et par soif de connaissances que la mémoire et la conscience désincarnée du chercheur avaient survécu dans la toile mondiale. Nero était persuadé que, pour Hojo, Weiss était une énigme, un challenge scientifique à relever, et que c’était pour cela qu’il avait annihilé le nano-virus qui dormait en lui et cherchait à le sortir de l’étrange coma que cela avait entraîné.

En réalité, le chercheur n’avait rien annihilé du tout et avait juste endormi le virus et l’organisme du chef des Tsviets. Sous prétexte de chercher le meilleur moyen de le ramener à la vie, Hojo avait obtenu l’accès au laboratoire secret du Deep Ground, où il avait espéré implanter l’Omega dans le corps de son fils avant d’y installer sa propre conscience désincarnée - son âme diraient certains.

Oui, il avait projeté de voler le corps de son propre fils après en avoir fait l’arme de destruction ultime et cela sans aucun scrupule. Après tout, n’était-il pas le créateur de Sephiroth ? Et ce qu’on a créé, on est en droit de le réclamer comme sien, ou même de le détruire, si l’envie nous en prend, non ?

C’est du moins ainsi qu’Hojo voyait les choses.

Hélas pour ses ambitions destructrices, son incapable de fils ne lui servait à rien ! Et dire qu’il avait mis tant d’espoirs en lui… Il était l’expérience parfaite, l’arme ultime, ciselée, modelée durant des années pour devenir l’épée qui purifierait la planète et qu’est-ce qui avait eu raison de lui ? Une armée ? Une puissance occulte ? Une Arme surpuissante ? Même pas !

Sa propre conscience et son impardonnable sensiblerie…

Oui, sa maudite et stupide humanité ! Que ne lui avait-il nettoyé le cerveau alors qu’il en était encore temps !

- Maudit sois-tu ! Misérable déchet, expérience ratée. Tu es bien le fils de ta garce de mère… Inutile et stupidement, pitoyablement humain… Comme Lucrecia…

Mais même un déchet pouvait servir la science. Il y avait toujours quelque chose à récupérer dans une expérience ratée…

- Avez-vous découvert où se terraient les deux autres ? demanda-t-il aux deux chercheurs qui essayaient de se faire le plus petits possible.

- Non, monsieur. Le clone n’a pas réussi à faire parler le plus jeune.

Maudite Jenova ! Mais comment aurait-il pu prévoir une chose pareille, aussi ? Depuis quand des cellules de cadavre étaient-elles supposées avoir une conscience et posséder celui qu’elles infectaient ?

Le monde entier s’était-il donc ligué pour lui pourrir la vie ?

Il inspira un grand coup.

Du calme…

S’énerver était contre-productif et ne servait à rien.

Weiss… Il fallait qu’il se concentre sur Weiss…

Il tenait peut-être une nouvelle piste à explorer. Mais avant cela…

- Trouvez-les, quoi qu’il en coûte ! Trouvez Loz et Yazoo et amenez-les-moi ! Morts ou vifs, peu m’importe, désormais…

S’il abandonnait définitivement l’idée d’implanter l’Omega dans Sephiroth, il n’avait plus besoin que des cellules des trois incarnés pour guérir et compléter le corps de son fils. Il lui servirait d’enveloppe charnelle au cas où l’expérience avec Weiss échouerait.

Oui, en cas d’échec, le corps de son fils lui irait comme un gant ! C’était la seule chose à laquelle il pouvait encore servir, de toute façon.

Dans le cristal mako, un désagréable frisson traversa le corps torturé de Sephiroth. Comme un mauvais pressentiment. Un très mauvais pressentiment…

…à Suivre

Ce texte vous plu ? Laissez-moi un message !

Chers petits frères ! (Part 3/5)

***

Auteur : Shiva Rajah

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- On pourra le faire, après le bain, dis, Aerith ? insista encore Yazoo.

Weiss, qui donnait le bain à Yazoo et à Nero tandis qu’Aerith s’occupait de bébé Kadaj - Loz étant de corvée de vaisselle avec Tifa au rez-de-chaussée - roula des yeux et enduisit les longs cheveux des petits garçons d’une bonne dose d’après-shampoing.

Ni l’un ni l’autre ne voulait qu’on touche à sa tignasse ” comme celle de grand frère “ mais de là un supporter un démêlage dans les règles, il ne fallait quand même pas pousser ! Imiter Weiss ou Sephiroth, oui ; supporter les tiraillements du peigne, hors de question !

Nero visa son compagnon de son pistolet à eau et celui-ci répliqua avec le sien, ce qui les fit rire aux éclats.

- Bon, ça suffit ! les sermonna Weiss, trempé jusqu’aux épaules. Tenez-vous tranquilles, un peu !

Mais la baignoire, que les garçonnets avaient remplie de jouets aquatiques, ne poussait guère à la modération ou au calme.

Nero frappa l’eau de ses petits bras pour éclabousser Yazoo et celui-ci en fit autant, envoyant des gerbes d’eau en tout sens.

- Eh ! intervint Aerith, dont la robe légère fut éclaboussée par l’eau savonneuse. Arrêtez, vous allez mouiller le bébé !

Kadaj, à qui elle venait d’enfiler un pyjama ” mog ” qui lui donnait l’air d’une peluche, ne semblait pas aussi soucieux qu’elle et tapait dans ses menottes en riant comme un petit fou.

Weiss, le t-shirt désormais détrempé, saisit les bras maigres de son cadet et lui fit les gros yeux.

- Nero, ça suffit, j’ai dit ! C’est aussi valable pour toi ! ajouta-t-il, menaçant, en défiant Yazoo du regard de faire encore la moindre vaguelette dans la baignoire.

Ce dernier, sachant très bien jusqu’où il pouvait pousser l’ami de son frère, baissa lentement les mains et détourna les yeux avec une grimace boudeuse.

- Alors ? On pourra le faire ou pas ? demanda-t-il encore.

- Invoquer les esprits n’est pas un jeu, Yazoo, on ne sait jamais ce qui peut arriver, expliqua calmement Aerith, Kadaj assis à cheval sur sa hanche.

Le garçonnet laissa Weiss lui démêler et lui rincer les cheveux - non sans couiner des chapelets entiers de ” Aïe ! Aïe ! Aïe ! ” aussi exagérés qu’inutiles - avant de répondre.

- Mais t’as dit que ça marchait sûrement pas et que c’était juste pour amuser les gens !

La jeune fille se tourna vers le postulant Soldat, qui haussa les épaules, ne sachant plus quoi dire pour dissuader le garçonnet. Durant tout le dîner, Yazoo n’avait cessé de harceler Aerith sur le ouija découvert dans la réserve.

- Pourquoi que tu veux faire venir des ” spris ” ? demanda Nero, qui se laissait sagement coiffer sans protester.

Il adorait que son frère s’occupe de lui et tant pis s’il lui tirait un peu les cheveux ou lui pinçait parfois accidentellement la peau avec une fermeture ou un clip ! ” Si on pouvait le greffer à la jambe de son frangin, Nero serait le plus heureux des gosses ! “ avait l’habitude de plaisanter Reno.

- Des ” ES-prits “, le reprit le frangin en question en l’aidant à enfiler un petit pyjama estampillé de bébés chocobos hirsutes.

- C’est quoi ?

- Des fantômes.

Nero se pétrifia et ouvrit de grands yeux effrayés.

- Tu veux faire venir des fantômes dans ta maison ? apostropha-t-il Yazoo tout en s’accrochant au t-shirt de Weiss comme si l’un d’entre eux risquait à tout moment de jaillir du bain qui se vidait en glougloutant pour l’attraper par sa petite jambe et l’entraîner dans le siphon.

Aerith éclata de rire.

- Mais non, aucun fantôme ne va venir. Il ne s’agit que d’un j…

Elle fut interrompue par le bruit caractéristique de l’ampoule de la salle de bain qui venait de griller et de plonger la pièce dans le noir complet.

Nero poussa un cri strident et Yazoo lui fit écho par réflexe.

- Nero ! gronda Weiss. Tu m’étouffes !

Kadaj se mit à donner de la voix et Aerith tâtonna pour aller ouvrir la porte, le bébé toujours dans les bras.

Il faisait aussi sombre dans le couloir que dans la salle de bains.

- J’ai l’impression que le disjoncteur a sauté, fit-elle en soupirant. Chut, chut, du calme, bébé, ce n’est rien.

- C’est bizarre… nota son compagnon en allant à la fenêtre pour jeter un œil dehors, son petit frère accroché à sa jambe comme une moule à son rocher. Il n’y a plus une seule lumière à l’extérieur non plus. Pas même sur la route.

- Une coupure générale, tu crois ?

- Ca m’en a bien l’air.

- Zut…

- Weiss, je veux pas que les fantômes ils viennent ! sanglota Nero en tirant sur son pantalon.

Une curieuse sensation de froid se fit autour de la jambe de Weiss, typique des ténèbres que pouvaient invoquer son cadet, et l’adolescent s’accroupit pour emprisonner les petites menottes dans ses grandes mains.

- Arrêt de faire ça ! Aucun fantôme ne va apparaître, c’est juste une panne électrique !

- J’ai peur !

- Nero, arrête ça tout de suite !

- Mais Aerith elle a dit que les ” sprits “, c’est dangereux !

- C’est toi qui nous mets tous en danger, pour l’instant, pas les esprits !

- Maiiiiiiisss !

- Je t’ai dit d’arrêter, Nero ! Tu veux une fessée ?

L’adolescent lui asséna une tape sur les fesses.

Les pleurs redoublèrent mais la sensation de froid disparut aussitôt… remplacée par une forte impression d’humidité.

- Nero… gémit Weiss, à bout.

- J’ai pas fait exprès ! sanglota de plus belle le garçonnet, toujours accroché à sa jambe.

*

Sephiroth, l’oreille collée à son téléphone, soupira.

- Oui, mère, j’y vais tout de suite. Je serai là-bas dans une demi-heure, tout au plus. Mais que s’est-il passé exactement ? Lâché ? Tu veux dire ” lâché “, vraiment ” lâché ” ? Irréparable ? Combien de temps ? Eh bien… Oui, mieux vaut qu’ils restent tous à la maison. Sans lumière ni signalisation, les routes sont trop dangereuses pour les laisser rentrer seuls ou pour que quelqu’un vienne les chercher. Non, Weiss et Nero devaient rester à la maison jusqu’à lundi, l’académie était prévenue. Par contre, Zack et Cloud devaient partir en patrouille d’initiation, avec les cadets, demain à l’aube. Je pense qu’au vu des circonstances, Angeal va annuler, de toute façon. Ne t’en fais pas, je m’en occupe. Tu t’occupes de faire prévenir les parents des filles ? Moi aussi, je t’embrasse. Bon courage, mère, tu vas en avoir besoin.

Il raccrocha et Angeal lui tapa sur l’épaule.

- Alors ?

Son ami secoua la tête.

- Le tube de décompression du réacteur mako a lâché.

- Comment ça, ” lâché ” ?

- Fendu sur toute la longueur. Ils doivent de changer et relancer les flux.

- Combien de temps cela va-t-il prendre, pour remettre le courant à Midgar ?

- D’après mère, au minimum 12 heures. Au pire 48.

Angeal jura.

- On avait bien besoin de ça !

- Je dois filer à la maison. Les garçons sont seuls et ils ont invité des camarades. Zack et Cloud sont avec eux. Tu veux que je te les ramène ?

- Non, garde-les avec toi, si ça ne te dérange pas. Je vais devoir reporter la patrouille d’initiation de toute faç…

” ACCIDENT SUR LA VOIE 8 ! UN TRAIN EST RESTE BLOQUE DANS SA SECTION 42. JE REPETE : ACCIDENT SUR LA VOIE 8 ! UN TRAIN EST RESTE BLOQUE DANS SA SECTION 42. MERCI AUX TROUPES D’ASTREINTE DE REGAGNER LEUR SECTION POUR RECEVOIR LES INSTRUCTIONS. “

- Ca commence… gémit Angeal.

- A mon avis, ça va être comme ça toute la nuit. Veux-tu que je reste ?

- Non, file chez toi. Les gamins doivent crever de trouille. Nous, on peut communiquer grâce au réseau interne mais les relais téléphoniques eux, ont dû tous tomber…

*

- Pas de réseau, annonça Cloud en refermant son téléphone portable.

Ils étaient tous réunis dans le salon, autour des deux torches électriques que Loz et Reno avaient trouvées dans la cuisine et le garage.

- C’est une grosse panne générale, on dirait, fit Zack. Peut-être un problème au réacteur. Quelque chose a pu sauter.

Loz se raidit et blêmit.

- Ma mère devait y travailler aujourd’hui…

Zack réalisa alors sa bourde et agita la main.

- Attends, je veux pas dire qu’il y a eu un accident ou un truc comme ça, non. Je parlais d’un problème matériel.

Tifa, comprenant les craintes du garçon, lui serra le bras.

- Je suis sûre que Jenova va bien, Loz. S’il y avait eu un accident grave, on aurait entendu une explosion ou quelque chose comme ça. Pas vrai, Zack ?

Ce dernier hocha vigoureusement la tête.

- Ouais, bien sûr. A tous les coups.

- On va mourir ? demanda Nero d’une toute petite voix en voyant leurs mines lugubres.

Il portait un ancien pyjama de Yazoo beaucoup trop grand pour lui mais Weiss n’avait pas prévu de change en cas ” d’accident “. Voilà presque deux ans que son cadet n’avait plus besoin de ce genre de précautions.

- Bien sûr que non, on ne va pas mourir, idiot ! s’emporta l’adolescent. C’est juste une panne électrique, enfin !

Nero eut un mouvement de recul devant le ton hargneux. Ses lèvres tremblèrent un moment et, malgré les efforts déployés pour les retenir, il éclata en bruyants sanglots en s’accrochant à la jambe de son frère (désormais recouverte d’un pantalon de pyjama de Loz) pour enfouir son petit visage dans le tissu de coton bariolé.

- Mais qu’est-ce qu’il a, aujourd’hui ? s’étonna Zack. Il n’arrête pas de chouiner. Ca ne lui ressemble pas.

Weiss laissa échapper un profond soupir.

- Je vous l’ai dit, il est fatigué. Cette crevette noiraude ne veut plus faire sa sieste l’après-midi et voilà le résultat !

- C’est pas vrai, j’suis pas fatigué ! sanglota Nero, suspendu au pantalon de son frère. Et j’suis pas une crevette !

Ce dernier retint le vêtement de justesse, manquant de se retrouver cul nu devant ses amis.

- T’aurais pas dû mettre ta ceinture à laver aussi dans la bassine ! railla Reno. Pas quand monsieur pot de colle est dans les parages, n’attendant qu’une occasion de jouer les ” porte-clés ” !

- J’suis pas un porte-clés ! s’écria le petit sans cesser de pleurnicher, faisant s’esclaffer tout le monde.

Le bruit des rires les empêcha d’entendre la voiture qui se garait dans l’allée. Ce furent les phares qui éveillèrent leur attention.

- C’est grand frère ! s’écria Yazoo en se précipitant vers la porte pour l’ouvrir juste au moment où Sephiroth s’apprêtait à glisser la clé dans la serrure.

Le garçonnet lui sauta dans les bras et les deux filles présentes laissèrent échapper un petit cri aigu qui exaspéra Loz.

Ca y est ! La ” star ” venait une fois de plus lui ” casser son coup ” ! Et dire que tout était si bien parti, avec Tifa… Il l’avait fait rire, elle avait adoré le dîner, ils avaient plaisanté et s’étaient effleurés à plusieurs reprises en faisant la vaisselle et, comble de la chance, la Déesse lui envoyait une panne électrique qui coinçait la jeune fille à la maison pour une durée indéterminée. Alors pourquoi fallait-il que Sephiroth arrive maintenant ? Pourquoi ! Pourquoi ! Pourquoi !

Merde, merde et re-merde ! “

- Tout le monde va bien ? demanda le Soldat en jetant un œil à la ronde. La centrale électrique a subi une grosse avarie et ne sera pas opérationnelle avant demain midi, au moins. Aerith, Tifa, un messager est allé prévenir vos parents que vous passerez la nuit ici, c’est plus prudent. Zack et Cloud, la mission d’entraînement de demain est annulée. Vous restez ici aussi.

Les garçons prirent sur eux pour ne pas sauter de joie et se contentèrent d’un sobre : ” Bien, Général. A vos ordres, mon Général. “

- Reno, reprit le Soldat. Je ne savais pas que tu étais là. Veux-tu que je fasse prévenir chez toi aussi ?

Le rouquin secoua la tête.

- Non, pas de problème, Général. Mon père est à Corel pour son boulot. Je suis seul à la maison. Je peux rester sans problème.

- Parfait, alors. Tout le monde a dîné ?

Loz acquiesça, de plus en plus contrarié.

- On a mangé, la vaisselle est faite et rangée, les gamins sont lavés et on s’apprêtait à faire un ” truc “, là. Alors, si tu as faim ou que tu veux prendre un bain, il y a ce qu’il faut dans le frigo et on a fini avec la salle de bain du premier.

Sephiroth leva un sourcil intrigué face au ton acerbe de son cadet mais en comprit vite la raison en le voyant se rapprocher de sa camarade de classe, comme pour faire un rempart entre son frère et elle.

Les yeux de son jeune frère paraissaient lui hurler : ” Dégage ! Tu vois pas que tu gênes, là ? “

Le Soldat reposa donc Yazoo sur le sol et hocha la tête.

- Bien, alors je… commença-t-il en se contrôlant pour ne pas rire. Je vais vous laisser entre vous. Je… Je vais prendre une douche et manger un petit quelque chose dans la cuisine.

- Oh mais, ne partez pas à cause de nous, Général ! s’écria Tifa en rougissant. Vous… Je veux dire… Nous serons honorés que vous acceptiez de rester… Enfin, ici… Pas dans la cuisine. Euh… Je… Nous…

Au fur et à mesure que le sourire narquois de Sephiroth s’élargissait, la rougeur et le bégaiement de la jeune fille s’accentuaient - au grand amusement de ses camarades.

Loz lança un regard réfrigérant à son aîné, le défiant de rester avec eux, et ce dernier agita la main.

- C’est gentil, Tifa, mais j’ai ramené du travail, fit-il en brandissant un dossier épais comme le poing. Amusez-vous bien et ne couchez pas Yazoo et Nero trop tard. Au vu du nombre, je crains qu’il ne faille sortir un ou deux sacs de couchage. Vous allez vous débrouiller ? Je me charge de Kadaj, ajouta-t-il en prenant le petit des bras d’Aerith.

Ravi, le bébé gazouilla et Sephiroth couvrit sa bouille de baisers bruyants tout en grimpant l’escalier quatre à quatre sous le regard attendri des filles.

- Ohahhh… C’est trop chou ! Il est trop sexy ! soupira Tifa.

- Tu l’as jamais vu le matin au réveil… maugréa Loz.

- C’est vrai, il a tout pour lui… renchérit Aerith, rêveuse, sans prêter attention à lui.

- Les joues barbues, une haleine de chacal et les cheveux comme une serpillère… poursuivit Loz, dans l’indifférence générale.

-Je veux bien me sacrifier et aller dormir sur le tapis de sa chambre !

Elles pouffèrent et les garçons échangèrent un regard effondré en secouant la tête, dédaigneux.

- Bon, vous avez fini, oui ? finit par intervenir Cloud. Vous vous êtes vues ? Vous êtes ridicules.

Ils partirent tous dans une discussion animée mais les filles ne semblaient pas prêtes à redescendre sur terre après avoir vu leur idole d’aussi près et en pensant qu’elles allaient passer la nuit sous le même toit que lui !

- Pourquoi qu’elles sont tout drôle ? demanda innocemment Nero à Yazoo en voyant les jeunes filles glousser, se tortiller et soupirer à qui mieux-mieux.

Son ami fit vibrer ses lèvres, méprisant.

- Toutes les filles font ça, quand elles voient grand frère.

- Pourquoi ?

Yazoo haussa les épaules.

- Maman dit que c’est un truc de grands.

- Ils sont bizarres, les grands, quand même…

- Ouais, c’est clair !

…à suivre

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Et le SOLDAT ? T’y as pensé ?

Ah ! Bah ouais ! Ils ont pas apprécié, les tutus, qu’une pointure du SOLDAT comme Angeal se paye leur tête dans leur journal interne…

Alors du coup, paf ! Retour de bâton.

Ah, ça va faire très très mal, si, si…

Pardon aux fans, amis, famille, tout ça… (j’aime beaucoup Sylvestre et la “World Company”, oui…)

Article paru dans le blog officiel des turks

*

TU VEUX PROUVER QUE T’ES UN HOMME, UN VRAI ?

ET LE SOLDAT, T’Y AS PENSÉ ?

Par Reno

(la réponse du berger à la bergère)

Le costume haute couture fait pas assez rebelle ? La cravate noire fait pas assez racaille ? Tu veux te frotter au gratin, à ceux qui mangent deux dragons coupées en rondelles au petit déj’ avant d’aller zigouiller leurs trois douzaines de monstres quotidiens ? Des noms comme Sephiroth ou Angeal te font fantasmer ? Toi aussi, tu rêves du grand frisson ?

O.K., tonton Reno va te guider dans les ruelles sordides de Testostérone-city.

Prépare ton déo stick large senteur marine, une maxi-dose de gel coiffant et bienvenu dans le monde merveilleux du SOLDAT !

Certains trous du cul de la baston sont orientés « lame de moissonneuse-batteuse », d’autres sont plutôt « pan-pan-j’t'ai-eu ». Mais le point commun entre eux est cet amour sans limite pour le SOLDAT. Et c’est vrai, le SOLDAT est une institution attachante. Un peu comme on s’attache à un enfant autiste ou à une voiture qui ne veut plus avancer…

Nous allons faire de toi un vrai postulant SOLDAT, un de ceux qui se la pètent dans les salles de muscu entre une gorgée de boisson vitaminée et une giclée de gel capillaire extra-fort.

LE SOLDAT, C’EST PAS UNE ARMEE DE PEDALES !

Ouais, je sais, je sais, tu confonds encore ta gauche et ta droite mais ce n’est pas grave : le SOLDAT est un vivier de guerriers d’élite, ça veut pas dire que c’est un endroit pour gens sérieux. S’il y a bien une question à ne pas se poser avant de flinguer cinq ans de ta vie pour faire tes classes au SOLDAT c’est : “Pourquoi ?”.

Et il existe une méthode infaillible pour vouloir faire ta ch’tite croix au bas de la feuille d’engagement. Lis le message suivant 500 fois et, tu verras, tu seras convaincu par ces arguments percutants, mais subtils, que tout ce qui n’est pas SOLDAT, c’est de la caille :

« Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! »

Si jamais, au cours de ce qui précède, tu as le moindre doute sur la supériorité du SOLDAT, demande un shoot de mako et reviens lire deux ou trois cent fois ce message. Cela devrait t’aider à te faire une opinion stable.

Maintenant que je t’ai expliqué toute la supériorité du SOLDAT grâce à cet argumentaire objectif et consistant, je te propose de télécharger et d’imprimer, via le super-site-Internet-maxi-testosténonné du SOLDAT, les 100 pages du manuel gratuit d’entraînement du SOLDAT en PDF à lire obligatoirement avant de postuler.

Et devine quoi ? C’est du bilingue, eh ouais ! Moitié langue courante, moitié langue de pute ! Des articles écrits par des vrais hommes pour de vrais hommes !

MAIS OU EST LA SUITE DE LA PAGE 2 ?

Ah ! Le fabuleux moment de la lecture du manuel d’entraînement ! Il reste gravé à tout jamais dans la mémoire de chaque postulant.

Comme ça vient du SOLDAT, c’est de la balle ! On sent que c’est vraiment du bon boulot.

1/ C’est du noir et blanc mais tu t’en fous, t’es un homme, un vrai. L’important, c’est le contenu !

3/ Les pages sont mal calibrées, ça donne un aspect bourru et tordu. C’est normal ! C’est pour faire plus viril.

3/ Les textes sont entrecoupés d’offres de vente de matériel et d’équipement militaire et il faut lire les « articles » comme un jeu de l’oie. C’est normal ! C’est bilingue mais aussi bicéphale : ça fait manuel d’infanterie et catalogue publicitaire de la SHINRA en même temps.

Au bout de 48 heures de reconstitution et des doigts de coron parce que l’encre n’a pas eu le temps se sécher, tu pourras enfin découvrir ce pour quoi tu viens de péter une cartouche d’encre et 2 jours de ta jeunesse…

Wahouuuu !! 4 lignes de texte incompréhensible plein de mots scientifiques pour 38 lignes de pub. Le top moumoute ! Un vrai manuel de pro rien que pour toi.

Encore une fois, faisons appel à la méthode préférée des SOLDATS pour se convaincre de quelque chose :

« Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! »

Bien. Tu es sur le bon chemin.

BIENVENU PARMI LES TIENS !

Maintenant que tu as lu le manuel de l’apprenti SOLDAT, tu es un vrai guerrier, c’est clair ! Un dur de dur. Une racaille de la baston, un warrior qui laissera son nom dans l’Histoire avec un grand « i », tu fais peur à tous les mercenaires professionnels et la Shinra veut t’embaucher pour réorganiser toute la sécurité interne parce que ces pédales de turks ont salopé le boulot.

Il va désormais falloir, au quotidien, te comporter comme un guerrier, un vrai, c’est à dire avec un esprit de guerrier dans un corps de guerrier et avec un langage de guerrier.

Une fois que tes amis, tes confrères et ta famille auront bien vu que tu as changé, que tu n’es plus le même homme, il va falloir répandre aussi la nouvelle sur la planète et te faire de nouveaux amis qui seront, comme toi, des guerriers. Tu devras aller dans les bas-fonds des salles de fitness branchées, dans les profondeurs des salons de coiffure à la mode, dans les fosses des bars à 300 gils la boisson vitaminée, là où se planquent les pros de la lame, les Super-Guerriers, là où seuls les vrais cogneurs réussissent à se faire une place dans cet univers de violence.

MAIS NE PERDS JAMAIS DE VUE TES OBJECTIFS !

Car, au SOLDAT, le combat n’est jamais fini.

Garde les pieds sur terre et n’oublie jamais l’essentiel : tu es un postulant SOLDAT, donc tu es là avant tout pour te la péter comme un Dieu !

Fais bien attention à tout faire dans l’ombre, n’avoue jamais que tu dézingues n’importe qui pour le simple plaisir de te sentir enfin quelqu’un de puissant, que tu utilises deux bouteilles d’après-shampoing et une demi-livre de crème hydratante à chaque douche ou que tu as choisi l’épée la plus longue pour compenser ce qui te manque. Toi, tu es un trou du cul de guerrier du SOLDAT, tu es au-dessus de tout ça et ton seul objectif est la sécurité de la planète ! Jamais tu n’oserais abuser de ton pouvoir ! Tu es là pour protéger l’innocence et la justice, ouaiiiiiis ! ! !

Wahouuuu… Y’a pas à dire, depuis que tu es devenu pré-postulant SOLDAT, je te regarde d’un autre oeil. Maintenant, j’ai l’impression que tu n’as plus mauvaise haleine et je te trouve même un certain charme ténébreux. Pour un peu… j’en oublierais presque que tu es une tanche !

Reno


Alors ? On a bien rigolé ? Tant mieux. Je me suis inspirée d’un vieux truc sur les “lamers” pour ce chapitre.

Je peux faire un peu de pub pour moi ?

Hein ? Si, j’ai le droit !

Ah ! c’est ça ou je vous parle des fesses de Loz ! Choisissez !

Ca y est ? Vous avez choisi ? Bien !

Alors :

Pour ceux qui veulent la pub :

Nan, je voulais juste vous dire qu’il ne reste plus que 20 exemplaires du fascicule “FF7 FANFICTIONS tome 1“, alors, si vous ne l’avez pas encore acheté, rendez-vous à la boutique parce que, comme les derniers seront liquidés à Japan Expo, les retardataires vont se retrouver le bec dans l’eau, comme on dit.

Et pour ceux qui préfèrent les fesses de Loz :

C’est là que ça se passe –» ( ).( )

XII - Trois parts de moi

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Kadaj, exaspéré à force d’explications et découragé de voir que Sephiroth ne semblait pas comprendre un mot de ce qu’il disait, se laissa tomber sur le sol dégoûtant de la geôle qu’ils partageaient.

- Fais au moins apparaître le Masamune et réduis en pièces ces chaînes ridicules !

Sephiroth leva le bras, faisant cliqueter les chaînes en question.

- Faire apparaître… qui ça ?

Le garçon poussa un gémissement déchirant et se couvrit le visage des mains.

- Bon sang, mais tu dois bien te souvenir de quelque chose ! Je ne sais pas moi, les combats, tes amis… Jenova !

Le Soldat acquiesça.

- Jenova était ma mère. Elle est morte en me mettant au monde. Tu en as entendu parler ?

Kadaj jura, totalement abattu.

- Oh, et puis merde, tiens !

***

- Le cristal contenant mon corps se trouve quelque part sous les ruines de la tour Shinra, dans un laboratoire secret. J’ignore sur ordre de qui il a été amené là mais, pour ce que j’ai pu surprendre de leurs conversations, ceux qui l’ont récupéré au cratère nord, n’étaient ni des Soldats, ni des turks.

Reno tiqua et joua nerveusement avec les pans de sa chemise ouverte.

- Quand ? Quand le cristal a-t-il été déplacé ?

- Peu après que Jenova ait utilisé mes cellules pour créer mes trois incarnés.

Le turk hocha la tête.

- Voilà qui explique pourquoi nous n’avons rien trouvé là-bas, hormis nos trois amis fraîchement sortis de leur… ” matrice “.

Cloud s’assit prudemment sur le bord du lit en essayant de ne pas regarder l’entremêlement écoeurant de filaments verdâtres qui composaient désormais le bassin et les jambes de son ancien héros.

- Et tu dis qu’ils vont essayer de se servir d’eux pour… te ” reconstituer ” ? Mais Kadaj est mort.

Sephiroth secoua la tête.

- Les cellules de Jenova ne sont pas de ce monde et Kadaj ne peut se fondre dans la rivière de la vie comme tout un chacun. Même si Aerith avait réussi à lui offrir à ce qui pouvait se rapprocher le plus de la sérénité.

De plus en plus nerveux, Reno alluma une cigarette.

- Mais qui sont ces ” ils ” ? Les laboratoires de recherche de la Shirna ne…

- Je ne sais pas, le coupa Sephiroth, exaspéré par sa propre impuissance. Mon seul contact avec l’extérieur est celui que je peux avoir via mes incarnés. Là-bas, au laboratoire, je suis enfermé dans le cristal, à l’intérieur d’une sorte de… de… caisson ou de gros tube opaque, je ne sais pas. Les sons me parviennent étouffés et je ne vois pas ce qui se passe à l’extérieur. Mais j’entends parfois leur voix et leurs conversations.

- As-tu une idée de ce qu’ils veulent ? demanda Cloud.

Sephiroth soupira.

- Pas dans le détail. J’ai cru comprendre qu’ils voulaient faire de moi l’hôte d’une entité très puissante. Pas Jenova, ajouta-t-il en devançant leurs questions. Autre chose. Beaucoup plus instable. Et pour la contenir, ils ont besoin d’un corps capable de supporter une telle énergie. Comme Jenova, ils veulent se servir de moi comme d’un pantin… conclut-il, amer.

- Pire que Jenova ? bredouilla le turk. Qu’est-ce qui peut être pire que cette saloperie ?

Il se mordit la langue, doutant que l’ancien cauchemar accepte que l’on serve ce genre de ” gentillesses “à sa ” chère maman “, mais, comme Cloud le lui avait expliqué un peu plus tôt, il n’avait rien à craindre de ce côté là. Apparemment, Sephiroth savait très bien qui était Jenova et ce qu’il lui devait.

- Je l’ignore. Je sais seulement qu’ils en ont une peur panique, à en croire toutes les précautions qu’ils prennent.

- Dans quel but ?

Le Soldat secoua encore la tête, désolé de ne pouvoir donner plus de détails.

Reno fit vibrer ses lèvres, ne sachant plus s’il devait se sentir découragé ou rester sceptique.

- Bon ! O.K. Admettons. Et qu’est-ce qu’on est supposés faire avec tout ça, hein ?

Le regard de Sephiroth parut se glacer sous l’effet de la colère.

- Il ne faut pas les laisser utiliser mes incarnés ! A aucun prix ! Il faut les empêcher de reconstruire mon corps et de l’utiliser comme une arme dans je ne sais quel but ! Je ne veux plus être une marionnette ! Ni pour le SOLDAT, ni pour Jenova, ni pour personne ! Je veux que l’on récupère mon cristal, que l’on me ramène au cratère nord et qu’on me laisse enfin reposer en paix ! La Shinra me doit bien ça !

Il avait parlé avec une telle passion en serrant les poings que ses ongles s’étaient enfoncés dans ses paumes et que du sang avaient souillé les draps.

- Euh… fit Reno en désignant sa main. Je te rappelle que c’est pas ton corps, que t’es en train d’esquinter, là…

Sephiroth suivit son regard et desserra aussitôt les poings.

- Allez-vous m’aider ? demanda-t-il.

Le turk sifla.

- Bah il faudrait déjà que j’en parle au chef et qu’il me croit ! Et après ça, je…

Il s’était interrompu sous le regard massacrant que Cloud venait de lui lancer.

- Bien sûr que nous le ferons, assura ce dernier. Dès l’aube nous mettrons les autres au courant.

Sephiroth poussa un profond soupir.

- Merci, aspirant Strife.

- Cloud. Je… Appelle-moi Cloud.

Le Soldat sourit.

- Cloud. C’est noté. Je dois partir, à présent. J’ai passé trop dans ce temps dans ce corps et ce n’est pas sans conséquence pour lui. Nous nous reverrons lorsque vous aurez parlé à vos amis.

Avant même que les jeunes gens n’aient le temps de cligner des paupières, Sephiroth avait disparu, ne laissant à sa place qu’un Yazoo nu couvert de sueur, haletant et frissonnant.

Reno bondit littéralement sur lui, l’enveloppa bien serré dans le drap et le prit dans ses bras.

La tête de l’argenté inconscient ballotta contre sa poitrine avec des petits gémissements misérables.

- Merde…

Le visage moite encadré de cheveux humides en bataille et les petites plaintes qui s’échappaient de ses lèvres boudeuses rappelèrent plus que jamais au turk un chaton mouillé abandonné sur le bord d’une route.

Il écarta les mèches de mercure qui collaient au front blanc et les fines paupières frémirent avant de s’ouvrir sur deux grands yeux fiévreux couleur mako.

- Comment va-t-il ? demanda Cloud.

Le corps de l’incarné fut parcouru d’un long frisson et le turk resserra son étreinte.

- Tu as froid ? Tu veux une autre couverture ?

Yazoo s’accrocha à la chemise de Reno et blottit sa petite frimousse entre ses muscles pectoraux à la recherche d’un peu de réconfort.

- J’ai mal. J’ai mal… partout, gémit-il.

Reno lança un regard impuissant à son ami et celui-ci haussa les épaules, navré.

***

Kadaj était sur le point de devenir fou.

- Mais à quoi tu joues, à la fin ? hurla-t-il. Tu ne vas pas me dire que le contenu de ta mémoire se résume à trois phrases !

Sephiroth secoua la tête, aussi déconcerté que le garçon.

- Je… Je ne sais pas quoi te dire. Moi non plus, je ne comprends pas.

- Tu faisais partie de l’état major du SOLDAT ! Un général ! Ce n’est quand même pas rien ! Tu…

Pris d’une inspiration subite, Kadaj le gifla - ni assez fort ni assez vite pour qu’il ne puisse pas esquiver le coup avec facilité - mais Sephiroth reçut la claque de plein fouet.

- Non mais ça va pas ! Qu’est-ce qui te prend, petit ?

Le garçon, médusé, n’en croyait pas ses yeux.

Même lorsque l’on effaçait la mémoire d’un homme, qu’on lui lavait le cerveau, les réflexes restaient. Surtout s’ils avaient été développés durant des années !

Mais Sephiroth avait été incapable d’éviter une petite gifle de rien du tout. La ” légende vivante ” du SOLDAT avait des réflexes de combat proches du zéro pointé !

Qu’est-ce que c’était que cette blague ?

Kadaj plissa les paupières, de plus en plus méfiant, et recula d’un pas.

- Qui est-tu ?

Le Soldat écarquilla les yeux.

- Que… quoi ? Comment, qui je suis ?

***

Loz fut réveillé par une agaçante petite démangeaison sur son bras. Un moustique ou une araignée ? Argh ! Il détestait les insectes !

L’incarné ouvrit les yeux et vit qu’il ne s’agissait nullement de ce à quoi il pensait…

Allongée à ses côtés, Tifa dormait paisiblement sur le flanc, un bras autour de sa taille étroite et son front tout contre son imposant quadriceps. C’est son souffle régulier contre son bras qui provoquait le petit chatouillement.

Loz sourit et voulut tourner la tête pour contempler la jeune femme tout à loisir mais il faillit crier tant sa nuque était raide.

Et pas que sa nuque, d’ailleurs, mais, cette fois, l’excitation causée par la proximité de Tifa n’y était pour rien. Tout son corps était perclus de courbatures comme s’il avait passé des jours à se contorsionner.

Non, pas tout son corps, en fait… Ses jambes paraissaient être mystérieusement épargnées.

Il essaya en vain de retenir un gémissement pour ne pas réveiller sa compagne de lit mais une crampe particulièrement douloureuse venaient de se réveiller dans les tréfonds de ses muscles lombaires et son dos s’arqua brutalement, arrachant le drain.

La jeune femme se réveilla en sursaut.

- Loz ? Loz ! Qu’est-ce que tu as ?

- Cr… crampe… réussit-il à articuler.

Tifa s’assit et le regarda se tordre, impuissante.

- Une crampe ? Où ? Dans le dos ?

Il acquiesça dans un gémissement douloureux et elle glissa la main sous son dos cambré à craquer pour masser comme elle le put la partie concernée. La peau était moite d’une sueur glacée et les muscles tendus comme des cordes de guitare.

- Ce sont peut-être les antibiotiques, essaya de le rassurer la jeune femme. Certains me provoquent des tendinites, si je les prends à forte dose. Est-ce que ça passe ?

Loz acquiesça et essuya la larme qui avait coulé sur sa tempe.

- Oui, je… Ca va mieux. Merci.

Elle retira sa main et il se rallongea, le dos bien à plat, n’osant bouger de peur de provoquer une autre crampe.

- Ca y est ? Elle est part… Oh, oh, on dirait bien que ta blessure s’est rouverte.

Loz jeta un œil sur le bandage qui lui enserrait la poitrine en faisant bien attention à ne pas bouger la tête.

- Non, c’est… C’est le tube. Je l’ai arraché à l’instant sans faire exprès.

Tifa descendit du lit et alla s’agenouiller à son côté pour évaluer les dégâts.

Le pansement ne semblait pas être plus imprégné de sang que ça et celui qui marquait les parois du tube du drain avait commencé à coaguler, signe qu’il n’y coulait depuis un moment déjà.

- Bon, ça n’a pas l’air bien méchant. De toute façon, tu n’en avais plus besoin, apparemment.

- Nous guérissons vite, assura l’incarné. Un cadeau de mère, ajouta-t-il avec un sourire tendre qui congela le cœur de la jeune femme dans sa poitrine.

Ne sachant trop comment aborder le sujet, elle s’assit sur le lit, tout près de lui, et lui lissa les cheveux avec un pauvre sourire, comme elle l’aurait fait avec un petit garçon à qui elle aurait dû annoncer la mort ou la maladie d’un de ses parents.

- Loz… Jenova n’est pas du tout ce que tu crois, tu sais…

Le jeune homme fronça les sourcils.

- C’est pas gentil… Pourquoi tu dis ça ?

Il plissa les lèvres en une moue boudeuse à laquelle la jeune femme commençait à s’habituer et qu’elle trouvait de plus en plus “craquante”.

***

La forme opalescente d’Hojo se tenait devant la glace sans tain qui lui permettait de voir sans être vu tout ce qui se passait dans le laboratoire.

Au centre ce celui-ci trônait une sorte de gros tube en verre épais à l’intérieur duquel on avait placé le cristal mako contenant le corps de Sephiroth - ou du moins ce qu’il en restait.

Les chercheurs s’affairaient tout autour et relièrent un second tube au sien par tout un imbroglio de câbles et de tuyaux.

Hojo mourait d’envie de pousser la porte du laboratoire et de diriger les opérations mais c’était trop risqué. Il ne fallait surtout pas que son fils sache que c’était lui qui tirait les ficelles de ce projet improbable car il pourrait en avertir, via ses incarnés, des personnes qu’il n’avait surtout pas envie de croiser - cet empêcheur de tourner en rond de Vincent Valentine en tête !

- Le rythme cardiaque redevient normal, annonça une femme en blouse blanche au visage masqué.

Le fantôme d’Hojo ricana.

- Alors, mon garçon ? Revenu de ta promenade ? Où se cachent tes petits protégés, dis-moi ? Si seulement je pouvais t’obliger à me le dire…

- Ca s’accélère ! Il se passe quelque chose !

Le sourire d’Hojo s’élargit.

- Tu viens de le sentir, pas vrai ? Tu sais que Kadaj est ici.

Un homme en uniforme noir et bleu entra dans la pièce où il se trouvait et tendit le bras droit en claquant des talons.

- Heil Weiss ! salua-t-il.

- C’est ça, rétorqua le scientifique avec une moue méprisante. Bonjour également.

- Nero est ici, professeur. Il souhaite vous parler.

Hojo tordit le nez.

La dernière chose dont il avait besoin en ce moment, c’était que ce résidu d’éprouvette ténébreux vienne fourrer son petit nez de fouine dans son travail !

- Professeur ! les interrompit l’un des hommes qui avaient jeté Kadaj dans la cellule de Sephiroth un peu plus tôt. Nous avons un problème avec la copie !

- Quel genre de problème ?

- L’incarné l’a attaquée !

- Quoi ? Déjà ? Ce petit morveux n’a pas perdu de temps. Allons-y !

Il fit mine de quitter la pièce avec le butor mais le Tsviet s’interposa.

- Nero veut vous voir immédiatement, professeur. Il souhaite savoir pourquoi vous n’êtes pas en train d’aider l’Empereur Immaculé, comme vous vous y étiez engagé.

- Je ne fais que ça, imbécile ! mentit effrontément Hojo. Dis-lui de m’attendre dans mon bureau, j’arrive immédiatement !

Il passa à travers le Tsviet pour courir derrière le garde en direction de la geôle.

Kadaj s’était apparemment rendu compte que le Sephiroth qui lui tenait compagnie n’était qu’un clone de mauvaise de qualité mais il devait néanmoins faire vite pour sauver ce dernier de la vindicte du garçon avant qu’il ne le tue. Peut-être l’incarné lui avait-il, comme le professeur l’escomptait, involontairement confié de précieuses informations sur l’endroit où se trouvaient les deux autres incarnés…

à suivre

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LXXI - Certaines vérités flattent… D’autres tuent

Il n’était pas menteur…

Il avouait la vérité et disait qu’il était cruel ! “

Lautréamont

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Tu me ressembles bien plus que tu ne le penses, Loz, murmura Sephiroth, le nez dans les cours cheveux argentés, dont il respirait le parfum sucré si apaisant. Mais, à la différence de moi, tu as le courage de tes émotions, ce qui n’a jamais été mon cas.

Il sourit et pétrit les larges épaules avec affection. Nom d’une materia ! S’il n’avait pas peur du ridicule, il étoufferait littéralement ses trois garçons dans ses bras. Non sans humour, il se souvint du nombre de fois où il s’était moqué d’Angeal lorsque son ami fondait sur le petit Nero avec un “Je vais te manger tout cru !” tonitruant qui faisait hurler de rire le garçonnet. Sephiroth n’avait jamais éprouvé ce genre d’élan incontrôlable qui poussait son compagnon à attraper le petit frère de Weiss pour couvrir sa bouille de chibi de baisers bruyants. Enfin… Jamais jusqu’à maintenant.

-C’est à croire que vous avez chacun hérité d’une part de ma personnalité et je dois reconnaître que c’est assez troublant, reprit-il néanmoins en contrôlant ses pulsions paternelles refoulées.

Loz leva un peu la tête, intrigué, et l’ex-cauchemar ne put s’empêcher d’effleurer le front haut de ses lèvres.

- Yazoo te ressemble bien plus, père, affirma-t-il. Il est intelligent, beau et d’une agilité peu commune.

Sephiroth hocha la tête, plus flatté qu’il ne voulait le laisser paraître.

C’était pourtant là des compliments qui lui avaient été servis à de multiples reprises et qui avaient toujours glissé sur lui comme sur du papier huilé. Mais là… Là, c’était différent.

Ce n’était pas n’importe quel admirateur, journaliste ou supérieur hiérarchique qui les lui adressait mais son fils aîné et ça… Ca c’était quelque chose de spécial, pour un homme.

Oui, de très spécial.

- Tu peux être fier de lui, père, ajouta le jeune homme. Vraiment fier.

- ” Un homme digne de ce nom à qui on peut faire confiance les yeux fermés. Généreux, courageux, franc du collier et droit dans ses bottes “, murmura le Soldat.

- Oui, confirma Loz, fier des qualités de son jumeau. Oui, c’est vrai, Yazoo est tout cela.

Sephiroth laissa échapper un petit rire et resserra encore son étreinte.

- Non, mon fils. Ca, c’est ce que les hôtes de ce manoir disent en parlant de toi…

Le jeune homme se raidit dans ses bras et laissa échapper un hoquet surpris.

- On dirait que ça te surprend, le taquina l’ex-cauchemar.

Loz redressa un peu la tête, laissant voir ses joues enflammées.

- Je… Je ne sais pas qui a pu te dire ça, je…

- Loz… soupira Sephiroth en vissant son regard mako au sien. Réalises-tu que, sous ce toit, se trouvent les hommes les plus influents de cette planète ? Dans ces quelques pièces sont réunis des gens qui ont entre leurs mains l’existence de centaines de milliers d’hommes et de femmes. Des hommes qui, d’un ordre, peuvent réunir des armées ou des forces capables de détruire ce monde en moins de temps qu’il n’en faut pour dire. Rufus Shinra… Reeve Tuesti… Cid Highwind… Barett Wallace… Vincent Valentine… Ils tiennent le monde dans leur poing et, pourtant, pas un seul d’entre eux - pas un, Loz, tu m’entends bien ? - n’hésiterait une seule seconde à te confier sa propre vie et celle de ses hommes si besoin était. Combien de pères sur cette planète peuvent-ils dire cela de leur fils aîné, Loz ? Combien, d’après toi, peuvent se vanter de cela ? Réalises-tu que tu bénéficies d’un capital de confiance que même moi, aux plus belles heures de ma gloire, alors que j’étais un héros de la guerre de Wutaï, je n’ai jamais eu ?

- Je… Je n’ai jamais envisagé les choses sous cet angle, père, murmura le jeune homme, un peu gêné. Pour moi, ce sont des amis, pas des… “hommes influents “. Et Cid est mon frère, à présent.

Sephiroth sourit.

- C’est vrai. Ce sont tes frère et amis. Mais réalises-tu qu’il y a encore quelques jours, ces hommes, qui aujourd’hui seraient prêts à te confier leur vie, étaient tes pires ennemis ?

- Je ne vois pas… ce que tu essayes de me dire, père.

- Quelques jours, Loz… Tu as su te gagner l’affection et la confiance de chaque habitant de ce manoir en seulement quelques jours. C’est… (Il secoua la tête, à la fois orgueilleux et stupéfait) Pas étonnant que toi et Weiss ayez l’air de vous entendre si bien…

- Que veux-tu dire par là ?

- Il y a trois sortes de chefs, dans une armée, Loz. Ceux qui inspirent la crainte et le respect de par leurs actes de bravoure et leur expérience - et je crois que c’était mon cas. Ceux qui utilisent la peur pour se faire obéir car ils n’ont rien pour forcer le respect. Et, enfin, bien plus rares, ceux qui inspirent naturellement à leurs hommes un attachement si profond et une telle confiance qu’ils pourraient se jeter dans le feu pour eux. Je pense que toi - comme Weiss - tu fais partie de ces derniers.

Loz rougit violemment, surpris d’entendre un tel compliment sortir de la bouche de Sephiroth, et toussota, horriblement mal à l’aise.

- Je… Je ne suis pas un soldat, père. Encore moins un ” chef “.

- Ce n’est pas ce que dit ton dossier militaire. ” Soldat 1ère Classe Loz Hojo “, récita l’ex-cauchemar. ” Officier de l’armée de terre du département du… “

- C’est Rufus, qui a fait ça, le coupa le jeune homme. Pour… Parce qu’il fallait bien mettre quelques chose sur nos papiers d’identité.

Sephiroth secoua la tête et sourit.

- Je ne pense pas, non. Tu as été entraîné pour le combat depuis que tu es un bébé, Loz. Tu as été formé pour diriger des troupes d’élite. Comme Yazoo. Comme Kadaj. Tu as été entraîné pour marcher sur mes traces. Et, si ce qui se prépare est aussi terrible que semblent le penser Aerith, mère et Angeal, alors je vais avoir besoin de toi à mes côtés pour mener ce combat.

Loz sourit avec tristesse.

Oh, comme il aurait aimé, à la façon de ces dynasties de guerriers légendaires, dont Yazoo contait les aventures à Kadaj, être le digne héritier de son père ! Comme il aurait aimé se tenir fièrement à ses côtés sur un champ de bataille, face à l’ennemi ! Mais il savait bien que c’était impossible. Il n’était qu’une expérience décevante, un mauvais clone de son père, dont il n’avait pas un dixième de l’intelligence et du talent.

- Si tu savais comme j’aimerais être pour toi ce qu’à été Angeal ou Génesis… Ce que Nero a été pour Weiss au Deep Ground… Mais je sais bien que c’est impossible. Je ne… Je ne suis pas assez malin pour ça, je… Je suis incapable de penser une stratégie ou de mettre un plan au point. Je ferais tout rater, père. C’est Kadaj, qu’il te faut, pas moi, ajouta-t-il avec un profond désarroi. C’est lui, le cerveau, avoua-t-il malgré la douleur que cette vérité lui causait. Pas moi. Pas moi…

Sephiroth le saisit par la nuque et colla son front contre le sien pour le regarder droit dans les yeux.

- Kadaj et Yazoo sont du bois dont on fait les flèches, mon fils, murmura-t-il. Rapides, précis, élégants et discrets. Absolument parfaits. Des armes idéales, au fer délicat aiguisé comme un rasoir, inflexibles et mortelles. Mais des armes tributaires de l’impulsion d’une corde, de la souplesse d’un arc, de la distance à parcourir, de la dureté de la cible et de la force du vent. Toi et Weiss, en revanche, êtes taillés dans le bois dont on emmanche les haches. Votre apparence peut sembler brutale et grossière, vos possibilités limitées, mais vous tenez la lame mortelle soudée à vous comme la montagne à la terre. Et c’est sans hésitation qu’elle frappera et pourfendra la cible jusqu’à laquelle vous aurez décidé de la guider. Alors, d’après toi, mon fils, s’il est vrai que les soldats sont le fer de la guerre, à quel bois voudraient-ils être attachés pour les conduire à leur cible et remporter la victoire ? A celui d’une flèche, élégant, léger et précis ? Ou à celui d’une hache, robuste, inflexible et toujours solidaire, chevillé à eux quelle que soit la violence des coups ?

Loz, ébahi par ces paroles et la poitrine sur le point d’éclater d’émotion, s’écarta lentement sans cesser de fixer Sephiroth mais était encore trop touché par ce qu’il venait d’entendre pour parler.

- Yazoo ferait un turk parfait, reprit ce dernier. Il est malin, adroit, audacieux et sait cacher son jeu à la perfection. Kadaj, lui, est un jeune chien fou et fougueux, comme l’était Zack. Je suis sûr qu’il deviendra un jeune officier du WRO hors pair. Mais sur le terrain, à mes côtés, c’est de toi, dont j’ai besoin, Loz. D’un lieutenant dont la force n’a d’égal que la sincérité et la droiture. Un homme dont mes Soldats pourront admirer la puissance en sachant qu’il ne les sacrifiera jamais par intérêt personnel mal placé. Un chef en qui ils pourront avoir une confiance aveugle parce qu’il saura partager leur quotidien, comprendra leur langage et défendra leurs intérêts bec et ongles. Un mur solide sur lequel ils pourront s’appuyer. Parce que c’est dans ta nature, Loz. Parce que tu es comme ça. Comme Weiss. Comme Angeal…

- Père…

Un bruit dans le couloir leur fit redresser la tête. Comme si quelqu’un haletait violemment en rasant le mur.

***

Tifa referma le capot de la petite voiture et fit signe à Yuffie, qui mit le contact en faisant une prière silencieuse à tous les Dieux qu’elle connaissait.

Après deux essais infructueux, le moteur se mit enfin tousser puis, après une angoissante attente, à ronronner sans à-coups.

Marlène et Denzel poussèrent des cris de joie et Tifa soupira de soulagement.

- J’ai cru que je n’y arriverais jamais !

- Bravo, miss Lockheart ! la félicita Gretta à son tour.

- Ouais, n’empêche que si on avait appelé tonton Cid tout de suite après être tombés en panne, on ne serait pas restés ici pendant presque trois heures ! ne put s’empêcher de ronchonner Denzel.

Marlène lui lança un regard réfrigérant.

- Genre, on peut pas se débrouiller sans les garçons !

Gretta essaya de calmer un peu le jeu.

- Miss Wallace, Monsieur Lockheart, un peu de tenue, je vous prie. Agissez comme des gens civilisés et bien éduqués. Miss Lockheart et moi-même nous avons expliqué que la nuit avait été très longue pour beaucoup de monde, au manoir, et que nous devions laisser ces jeunes gens se reposer. Preuve est maintenant faite que nous pouvions nous débrouiller seuls. (Les enfants lui adressèrent un regard ironique) Certes… ce fut un peu plus long que prévu, ajouta-t-elle en toussotant. Mais c’est réparé, non ? C’est le principal.

Yuffie regarda sa montre.

- Presque 16h30. On a juste le temps d’arriver avant que les magasins ne ferment.

Denzel leva le sourcil, railleur.

- Si on avait pas été chercher vos confitures et vos charcuteries dans cette ferme perdue dans la cambrousse, en bah on…

- Si nous n’étions pas “allés”, le reprit Tifa.

- C’est qu’est-ce que j’ai dit ! Si on avait pas été là-bas, on aurait tombé en panne au village et puis on aurait réparé le tas de ferraille en moins de deux !

Sa mère adoptive roula des yeux, découragée.

- Eh bien tu nous les laisseras, les ” nos confitures ” et ” nos charcuteries “, le taquina Yuffie. Personne ne t’oblige à les manger, tu sais.

- Eh ! J’ai pas dit ça pour ça ! se récria le garçonnet, faisant rire ses compagnes.

- Allez, ça suffit, tout le monde en voiture ! J’ai hâte d’aller boire un chocolat chaud à la nouvelle taverne !

Tifa reprit le volant en direction de Nibelheim sans se douter un instant du cauchemar que les attendait…

***

- On dirait que quelqu’un est malade, nota Loz, prêt à bondir du lit nu comme il l’était.

Sephiroth lui fit signe de rester tranquille et alla ouvrir la porte pour voir Weiss, qui avançait en titubant vers l’escalier.

- Weiss ? Tout va bien ?

Celui-ci tourna vers lui un visage décomposé et le Soldat vit qu’il verdissait à vue d’œil.

- Je… Je ne… hoqueta le Tsviet en pressant sa main sur sa bouche.

Sephiroth ouvrit grand la porte de la chambre.

- Tout de suite à droite, fit-il en se plaquant contre le chambranle pour lui laisser la place de passer.

Assit sur le lit, Loz vit Weiss se précipiter dans les toilettes, où il l’entendit rendre le contenu de son estomac.

- Tu crois que c’est le mako, père ? demanda-t-il en bondissant sur le plancher pour s’engouffrer dans la salle de bains à la suite du tsviet, agenouillé au-dessus des toilettes et agité par de violents renvois.

- Possible, acquiesça le Soldat en passant une petite serviette sous l’eau fraîche avant de la tendre au jeune homme.

- Weiss, ça va mieux ? s’enquit celui-ci en lui donnant le linge, dont il s’essuya la bouche. Allonge-toi un peu, on va appeler Shalua et…

- Non ! Non, c’est… ce n’est pas la peine, assura Weiss en se relevant. Ca n’a rien à voir avec le traitement au mako.

Loz fronça les sourcils.

- Tu en es sûr ? Alors qu’est-ce que tu as ?

Le tsviet ouvrit la bouche pour répondre mais tiqua imperceptiblement en remarquant le regard de Sephiroth posé sur eux.

- Rien, c’est juste un malaise.

- Je vais voir Yazoo, annonça le Soldat, devinant que Weiss ne voulait pas parler en sa présence. Si ça ne va pas mieux dans un moment, appelez quand même Shalua, d’accord ?

Les jeunes gens acquiescèrent et il quitta la chambre en refermant doucement la porte.

- Il est parti, Weiss, murmura Loz. Qu’est-ce que tu ne voulais pas dire devant lui ?

Le tsviet se couvrit le visage de la serviette humide et s’adossa au mur, le long duquel il se laissa glisser jusqu’au sol.

- J’ai fait une connerie, Loz, gémit-il. Une énorme, une monumentale connerie…

L’argenté se saisit à son tour d’une serviette, qu’il drapa autour de ses reins, et s’accroupit à ses côtés.

- De quoi tu parles ? Qu’est-ce que tu as pu faire qui te rende malade comme ça ? Tu as bu ?

Weiss laissa échapper un ricanement douloureux.

- Si seulement !

- Alors quoi ? Weiss, tu m’inquiètes. Dis-moi ce qui se passe !

Le tsviet laissa tomber la serviette qui lui cachait le visage et Loz sentit sa gorge se serrer en voyant qu’il pleurait.

- Je… commença-t-il d’une voix étranglée. Loz, je crois que…

Il se tut, incapable de parler, étouffé par les sanglots qu’il essayait de ravaler, et l’argenté lui pressa le bras en signe d’encouragement.

- Weiss…

Ce dernier tourna franchement la tête vers lui et lui annonça, droit dans les yeux, avant de manquer de courage :

- Je crois que j’ai violé mon petit frère…

- Tu as… QUOI ?!

…à suivre.

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LXX - Entre père et loup

Que c’est dur à élever, un père !”

Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Sephiroth poussa la porte de la chambre de Kadaj sans faire de bruit et jeta un oeil à l’intérieur. Les rideaux étaient tirés, plongeant la pièce dans la pénombre, et le jeune homme dormait à poings fermés tout habillé sur l’édredon, Cait roulé en boule contre lui.

La petite Yuffie avait dû accompagner Tifa et Gretta en ville.

L’ex-cauchemar de la planète entra à pas de loup et referma la porte doucement derrière lui avant de s’approcher prudemment du grand lit.

Il s’assit et vit s’ouvrir les yeux de Cait. Blotti contre le ventre de Kadaj, le chat robotisé était prêt à défendre son jeune maître.

Sephiroth posa son index sur sa bouche.

“Chut…”

Le félin sourit et le Soldat s’assit sur le bord du matelas avec mille précautions.

Il observa le visage poupin du jeune homme un long moment et caressa ses doux cheveux de bébé en prenant bien garde à ne pas le réveiller. Il dut se faire violence pour ne pas le soulever par les épaules et presser le corps menu contre lui.

Depuis quand n’avait-il pas ressenti ce besoin de prendre quelqu’un dans ses bras ? Avait-il seulement déjà expérimenté cette envie irrépressible avant connaître l’existence de ses fils - de ses frères ?

Une ou deux fois, peut-être. Des années plus tôt. Mais ce n’était pas pareil…

Angeal… “

Mais un ami (ou un amant) n’était en rien comparable à son propre enfant, il s’en rendait bien compte, à présent. Sous ses doigts palpitait une chair tendre qui était une partie de lui. En elle battait un coeur qui emplissait le sien d’une affection presque douloureuse.

Quelle curieuse sensation que cet amour sans bornes que l’on voue d’instinct à ses enfants ou à ses frères… Quelle étrange impression que celle de se sentir comme un loup protégeant sa meute des dangers extérieurs !

L’image de son propre père dansa un instant devant ses yeux et la bile lui monta dans la gorge.

Hojo n’avait-il donc jamais ressenti cela ? N’avait-il donc jamais rien éprouvé pour son propre fils ? Comment était-ce possible ? Comment avait-il pu échapper à ce sentiment incontrôlable ? Son père était-il de la race de ces hommes qui abandonnaient froidement leur progéniture sans un regard en arrière ? Il fallait croire.

Par tous les démons de la planète, comment ces hommes y arrivaient-ils ? Avaient-ils donc des pierres à la place du coeur et du cerveau ? Depuis qu’il avait appris l’existence de ses fils, Sephiroth ne tenait plus en place et devait se faire violence pour ne pas les toucher à chaque occasion ou faire en sorte de les avoir sous les yeux en permanence ! Là encore, l’image d’un loup léchant ses petits, bien à l’abri dans sa tanière, lui vint à l’esprit. Et pourtant, ses ” louveteaux ” à lui étaient déjà de superbes mâles dominants aux instincts aiguisés et aux crocs mortellement puissants. Alors s’ils n’avaient encore été que des enfants sans défense… Sans doute les aurait-il étouffés par trop d’attention, dans tous les sens du terme.

S’il avait cru en leur existence, Sephiroth aurait remercié tous les Dieux de la planète de lui avoir épargné toute ressemblance avec son propre père - ou du moins, de cet aspect de sa personnalité.

Kadaj soupira dans son sommeil et bougea un peu la tête pour presser inconsciemment le front contre la cuisse de l’ex-Cauchemar, qui en ressentit un violent pincement de tendresse au creux de l’estomac.

Il desserra un peu la veste de cuir du garçon pour se donner une contenance devant le chat robotisé, qui l’observait toujours avec curiosité.

- Ne le laisse pas s’endormir tout habillé, la prochaine fois, chuchota-t-il tout doucement à l’oreille de Cait.

Ce dernier hocha sa petite tête velue et lui répondit sur le même ton :

- Pardonnez-moi, Général. Je ne pensais pas à mal.

Sephiroth le rassura d’une gratouille amicale et se pencha sur son fils pour effleurer son front de ses lèvres avant de se lever et de repartir à regret. S’il restait là une minute de plus, l’émotion l’étoufferait.

Une fois dans le couloir, il s’appuya dos à la porte qu’il venait de refermer et prit une profonde inspiration malgré sa gorge affreusement serrée. Comment pouvait-on ressentir autant d’émotion à la seule vue que quelqu’un ? Etait-ce cela que l’on appelait l’amour ? C’était terrifiant. Mais tellement agréable, en même temps…

Après s’être un peu repris, il poussa la porte voisine de celle de Kadaj, qu’il savait être la chambre de Tifa Lockheart, où Loz s’était installé un peu plus tôt avec le bébé.

La pièce était elle aussi plongée dans la pénombre mais une quantité suffisante de la pâle lumière de l’après-midi passait à travers l’entrebâillement des rideaux pour laisser voir un spectacle qui, s’il ne s’était pas retenue à temps, aurait fait pousser à Sephiroth une exclamation émue.

Le sommeil et l’épuisement avaient visiblement saisi Loz au sortir de la douche et celui-ci s’était endormi dans le grand lit, les cheveux humides et une serviette encore mouillée autour de ses reins étroits.

Mais ce qui avait tant touché Sephiroth n’était ni le physique sculptural irradiant de puissance de son aîné, qui aurait fait gonfler tout homme de fierté paternelle, ni l’adorable expression de petit garçon qu’il avait lorsqu’il dormait et qui donnait envie d’ébouriffer les courts cheveux de mercure. Du moins pas seulement… Non, ce qui avait noué une boule d’émotion dans la gorge du célèbre Soldat, c’était de voir la fragile créature qui dormait si paisiblement à plat ventre sur l’ample torse.

Les petits bras en croix, comme s’il nourrissait l’espoir fou d’arriver à faire le tour de la large poitrine, la bouche collée à un petit mamelon tendre qu’il tétait - et avec une délectation considérable, si l’on en croyait les bruits gourmands de succion - Kay s’était fait un lit douillet du corps athlétique de son père.

Retenant à grand peine un fou-rire, Sephiroth s’approcha du lit et se pencha pour caresser la joue rebondie du bébé.

- Est-ce que c’est aussi bon que ça en a l’air ? plaisanta-t-il en le voyant aspirer le petit téton avec voracité.

Mais, à en croire les petits tressaillement qui agitaient les lèvres de Loz lorsque le bébé tirait un peu trop brutalement sur la peau sensible, ce n’était pas aussi agréable pour tout le monde…

- Kay, tu fais mal à papa, bébé… chuchota-t-il en commençant à soulever le petit avec autant de douceur et de délicatesse que s’il manipulait de la nitroglycérine. Allez, viens avec moi.

La main du jeune homme, pourtant toujours endormi, réagit aussitôt et avec une telle rapidité que Sephiroth ne perçut même pas le geste avant de sentir les doigts vigoureux de se refermer sur son avant-bras.

Mais, comme si la main avait reconnu la chair familière au toucher, elle retomba cependant presque aussitôt et Loz se détendit à nouveau.

Si j’avais été un étranger, il m’aurait brisé le bras avant même d’ouvrir les yeux… “ nota Sephiroth, admiratif.

Etait-ce donc cela que l’on appelait ” l’instinct paternel ” ? Le sien était-il aussi développé que celui de son fils ?

J’espère que oui… “

Il prit le bébé dans ses bras et la bouche minuscule se détacha du mamelon adoré avec un petit ” chhplop ” comique qui amusa le Soldat.

Brutalement privé de sa proie favorite ainsi que de la chaleur et de l’odeur de son père, Kay frotta ses yeux et ouvrit la bouche, prêt à donner de la voix, mais Sephiroth le devança.

- Non, non, non, ne pleure pas, bébé, murmura-t-il. Regarde, je vais te montrer un truc…

Il s’assit sur le fauteuil qui trônait non loin du lit avec le nourrisson dans les bras et se saisit d’une menotte potelée pour guider un pouce minuscule jusqu’à la petite bouche.

Surpris, Kay ouvrit de grands yeux mako ensommeillés et observa son pouce sous toutes les coutures avec une moue boudeuse qui faisait ressortir sa lèvre inférieure - le portrait craché de son père !

Qu’est-ce que c’était que ce truc ? C’était à lui, ça ? Ah, oui. Bon, d’accord, ça n’avait pas aussi bon goût que le téton de papa mais bon… ce n’était pas mal non plus.

Il le glissa donc dans sa bouche et ferma à nouveau les yeux en se blottissant contre Sephiroth.

Celui-ci attendit qu’il s’endorme profondément avant de le coucher dans ce qui avait été le berceau de Rufus avec toutes les précautions nécessaires - comme Merill lui avait appris à le faire.

Kay accepta le changement sans difficulté et ne se réveilla même pas, continuant à téter goulûment son pouce.

- Bien joué.

Sephiroth tourna la tête vers Loz, qui observait la scène avec un sourire amusé.

- Désolé, je ne voulais pas te réveiller, s’excusa le soldat en s’asseyant sur le bord de la couche. Enlève ça et mets-toi sous la couette, tu vas attraper la mort, ajouta-t-il en dénouant la serviette humide qui ceignait les reins de son fils.

Ce dernier souleva les hanches pour lui permettre de retirer le linge mouillé et se glissa sous l’édredon moelleux en réprimant un bâillement.

- Je me suis effondré après ma douche… essaya-t-il de se justifier. Je ne me souviens même pas m’être endormi.

Il se mit sur le flanc pour faire face à Sephiroth et celui-ci tendit la main pour toucher le tatouage défraîchi sur le haut de son bras : ” J8 “.

Les images des vidéos de surveillance lui revinrent en mémoire et il sentit son estomac se serrer.

- Eh ? Ca va ? demanda Loz en voyant son expression s’assombrir. Tu devrais dormir un peu aussi. Tu as l’air fatigué.

L’ex-cauchemar sourit pour le rassurer et se laissa aller sur les oreillers pour s’appuyer sur son coude.

- Je ne peux pas dormir. Pas encore. J’ai trop de choses dans la tête…

- Tu veux… en parler ? demanda timidement le jeune homme. Je sais que je ne suis pas assez intelligent pour donner des conseils, ajouta-t-il en baissant les yeux, mais je peux écouter, tu sais.

Sephiroth sentit une émotion sans nom le prendre à la gorge et il lui saisit le visage à deux mains.

- Je t’interdis, Loz, tu m’entends… Je t’interdis de dire des choses pareilles.

Celui-ci le rassura d’un sourire.

- Ne t’en fais pas, ça ne me vexe pas. J’en ai pris mon parti depuis longtemps.

L’ex-cauchemar plongea son regard dans les yeux mako si semblables aux siens.

- Tu mens… chuchota-t-il. Raconte ça à qui tu voudras mais pas à moi. Ca te fait souffrir depuis toujours et à tort parce que, crois-moi, tu n’as rien d’un imbécile.

Loz sentit un trop plein d’émotion monter en lui et, comme c’était le cas à chaque fois que ça lui arrivait, celle-ci déborda entre ses paupières.

- Pardon… s’excusa-t-il en essayant de se dégager pour dissimuler ses larmes. Je… J’aurais tant aimé te ressembler davantage, père…

Sephiroth, au contraire, le serra contre lui avec force.

***

Incapable de dormir, Yazoo finit par quitter silencieusement le lit sans réveiller Reno et descendit dans la serre du manoir pour respirer le parfum des plantes rares et réfléchir calmement, allongé sur l’une des confortables chaises longues au pied des palmiers, bercé le gazouillis des dizaines de minuscules oiseaux exotiques qui volaient librement sous l’immense dôme de verre.

Cet endroit, que lui avait fait découvrir Marlène peur après leur première promenade à moto au mont Nibel, était un îlot de sérénité propice à la réflexion et une certaine forme de mélancolie qu’appréciait parfois l’argenté. Il se pencha pour respirer le parfum d’une rare orchidée et…

- Une fleur parmi les fleurs ! fit la voix de Genesis, le faisant sursauter.

Il se retourna, le cœur battant, et vit le soldat confortablement installé sur l’une des chaises longues où il comptait justement prendre place, un livre relié de cuir à la main - probablement l’un de ceux de la riche bibliothèque du manoir.

- Capitaine Rapshodos, salua le jeune homme.

- Pardon de t’avoir fait peur, s’excusa Genesis avec un sourire séducteur.

Yazoo secoua la tête, un peu honteux de s’être laissé surprendre.

- Non, c’est moi. J’étais perdu dans mes pensées. Je ne vous avais pas vu. Je vais vous laisser à votre lecture, pardon de vous avoir interrompu.

Le soldat éclata de rire, charmé.

- Ne t’excuse pas, au contraire. C’est une vision on ne peut plus gracieuse que celle d’une créature telle que toi au milieu de tant de beauté. Tu es ici à ta place. Bien plus que moi.

Yazoo se força à sourire aimablement par égard pour Sephiroth mais commençait sérieusement à trouver les envolées lyriques de Genesis de plus en plus pesantes et embarrassantes.

- C’est… gentil.

- Viens t’asseoir. Nous pourrions discuter un peu. As-tu déjà entendu parler de ” Loveless ” ? demanda le Banoran en brandissant le livre qu’il tenait à la main sans laisser à l’argenté le temps de décliner l’invitation.

…à suivre.

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Chers petits frères ! (Part 2/5)

***

Auteur : Shiva Rajah

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Yazoo poussa la porte de la chambre de son petit frère à la volée et, comme il l’avait espéré, Loz était penché sur la table à langer, en train de passer une lingette sur les fesses rebondies de Kadaj, qui piaillait de plaisir de se sentir enfin propre.

- Tadaaaa ! claironna-t-il en désignant son aîné à Tifa d’un grand geste théâtral. Le voilà !

Loz se pétrifia, blême de honte, les petits pieds de Kadaj dans une main, la lingette souillée dans l’autre, et Yazoo eut fort à faire pour ne pas éclater de rire tant la tête de son frère valait le coup d’œil.

Tifa, elle, s’était figée, les yeux écarquillés, le carton à pâtisserie qu’elle tenait se balançant doucement au bout de son solide ruban rose.

- Je… Je… bredouilla Loz.

- OHHHH ! C’EST TROP MIGNOOOONNN !!! s’écria soudain son amie, qui n’en croyait pas ses yeux.

Yazoo - qui attendait avec impatience le moment fatidique où son idiot de grand frère allait bredouiller un chapelet d’excuses stupides et avoir l’air plus idiot encore - fronça les sourcils et se tourna vers la jeune femme avec une moue.

- Hein ?

Mais Tifa ne faisait plus du tout attention à lui.

Elle laissa même échapper - signe évident que les choses ne se déroulaient pas du tout comme Yazoo l’avait espéré - le même genre de petit cri suraigu que poussaient les filles quand elles voyaient Sephiroth tondre la pelouse torse-nu dans le jardin.

- Qui t’a appris à t’occuper d’un bébé, Loz ?

Elle se précipita vers la table à langer pour regarder Kadaj avec ce que Yazoo appelait la ” méga tête de débile “. A savoir celle que faisaient généralement les adultes en présence de son petit frère.

Loz, plus qu’agréablement surpris par le revirement de situation, se rengorgea et haussa les épaules, un rien suffisant.

- Oh ! Quoi, ça ? fanfaronna-t-il en faisant sauter le pot de talc dans sa main comme l’aurait fait le barman d’une boîte branchée avec une bouteille d’alcool. C’est rien ! Ma mère a beaucoup de travail et, avec ces deux têtards, il faut bien un homme à la maison pour lui donner un coup de main ! ajouta-t-il en insistant un peu sur le mot “homme“.

Yazoo lui jeta un regard méprisant en faisant vibrer ses lèvres avec un bruit de ballon de baudruche que l’on dégonfle en pinçant l’embouchure.

Son aîné lui répondit par une œillade menaçante mais Tifa, les cils papillonnant d’admiration et des étoiles plein les yeux, ne remarqua rien.

- Dis-donc, Yazoo ! gronda Loz pour faire bonne mesure. Je ne t’ai pas demandé de m’apporter un paquet de couches de la remise ?

Le garçon se renfrogna et croisa les bras, vexé de se faire rabaisser ainsi devant Tifa. Il tenta même de faire de la résistance.

Pas longtemps…

- Tu préfères que j’utilise ton t-shirt, crapouillard ? demanda son frère en se penchant sur lui pour faire mine de le déshabiller.

Sachant qu’il était tout à fait capable de mettre ses menaces à exécution, Yazoo s’enfuit littéralement de la chambre sous les rires amusés de son frère et de Tifa.

Quelle humiliation !

Mais ça se paierait tôt au tard, ça, parole de Yazoo ! Comment, il ne le savait pas encore mais il trouverait !

Dans la chambre de Kadaj, Tifa se pencha sur le bébé pour lui faire des papouilles et lui chatouiller le ventre mais Loz lui conseilla de reculer.

- J’éviterais de faire ça, si j’étais toi.

La jeune femme leva un sourcil.

- Ah ? Pourquoi ?

- Bah… Kadaj est du genre à t’asperger au moment où t’y attends le moins, si tu vois ce que je veux dire.

Mais force était de constater, si l’on en croyait l’expression de la jeune fille, qu’elle ne comprenait pas du tout à quoi il faisait allusion.

- Si tu t’approches de trop et qu’il se lâche… essaya d’expliquer laborieusement Loz en rougissant.

Elle plissa le nez.

- Tu as peur qu’il me vomisse dessus ?

Le garçon grimpa d’un ton dans les pourpres.

- Il veut dire que si tu restes dans sa ligne de mire tant qu’il n’a pas sa couche, il va t’arroser au museau, baby ! railla la voix de Reno depuis la porte. Yo, potes ! salua-t-il en entrant dans la pièce.

Tifa rougit à son tour, comprenant enfin de quoi il retournait.

- Oh ! Ca !

- Super élégant, Reno, merci… grommela Loz.

La jeune fille pouffa et Reno, comme à son habitude, en rajouta encore pour faire bonne mesure.

- Attends, Tifa tu sais pas à qui t’as affaire, là… fit-il en désignant le bébé comme un organisateur de match de catch le ferait avec son meilleur poulain. C’est bébé Kadaj ! En chair et en os ! Le recordbaby du jet de pisse en longueur !

- Reno ! le tança Tifa en pouffant malgré elle.

- Sérieux. Record à battre : de la table à langer à l’humidificateur en un seul jet ! claironna le rouquin avec emphase en montrant la trajectoire d’un ample mouvement du bras.

- Reno ! intervint Loz à son tour en se tenant les côtes.

- Et si les cheveux de Cloud n’avaient pas ralenti l’impulsion du lancer à mi-course… je suis sûre qu’il aurait atteint la porte ! conclut Reno d’un ton tragique, faisant redoubler l’hilarité de ses camarades. Ce jour maudit, par la faute d’une coquetterie capillaire qui voulut défier les lois de la pesanteur, nous sommes passés à côté d’un moment historique ! La dure loi du sport…

- Reno, arrête, merde ! supplia Loz, à bout de souffle à force de rire.

Kadaj, les voyant tous aussi joyeux entra dans la partie, ce qui décupla l’hilarité générale.

Ce fut le moment que choisit Weiss pour arriver à son tour, la menotte de son frère Nero fermement cramponnée - comme à son habitude - à la jambe de son pantalon. A première vue, la tenue de l’adolescent laissait supposer qu’il sortait d’une salle d’entrainement d’arts martiaux sans avoir pris la peine de sa changer mais, comme disait Reno : “quiconque a eu un Nero suspendu à son futal comprend très vite la nécessité de porter une ceinture de judo nouée à double tour sur son pantalon de survet !”

- A peine arrivé et déjà en train de faire le pitre, poil de carotte ?

- Eh ! Yo, man ! T’as pensé au jeu dont je t’ai parlé ?

Son ami brandit une clé mémoire.

- Evidemment.

- Woah ! Cool !

Weiss désigna Kadaj du menton avec fit un clin d’oeil à Loz.

- Alors ? On a fini la vidange et on astique la carrosserie ?

- Si tu veux prendre ma place… proposa l’argenté avec un sourire narquois.

Son ami secoua la tête et désigna son petite frère, accroché à son pantalon.

- Merci mais j’ai déjà donné ! Pour rien au monde je ne veux revivre ça.

Reno se tapa les cuisses.

- Ah ! Ah ! Ah ! Tu m’étonnes !

Nero adressa à son aîné un regard accablé.

- Pourquoi tu dis ça ? demanda-t-il avec une petit moue chagrine en tirant sur la jambe de son pantalon. Tu m’aimais pas, quand j’étais bébé ?

Weiss leva les yeux au ciel et lui ébouriffa les cheveux.

- Mais si.

- C’est plutôt tes couches “radioactives” que ton frère avait du mal à apprécier, morpion ! lança Reno.

Ils éclatèrent de rire et le garçonnet se renfrogna.

- J’suis pas un morpion !

- Pourtant, question adhérence… ricana Reno.

- Maiss euh ! Weiss ! Il rigole de moi !

Les rires redoublèrent.

- Ne les écoute pas, Nero, ils sont bêtes ! le rassura Tifa en lui tendant les bras. Viens me faire un câlin.

Il ne se le fit pas dire deux fois et la jeune fille le souleva de terre pour l’asseoir à cheval sur sa hanche.

Nero était si petit, pour un enfant de six ans, que l’on aurait eu peine à lui en donner plus de quatre. Tout menu, il ne pesait pas plus lourd qu’une plume et Tifa pouvait faire le tour de son petit bras avec son pouce et son index.

- Alors, il paraît tu as cassé les pieds de ton frère tout l’après-midi ?

Le garçonnet secoua frénétiquement la tête avec une moue enfantine, ce qui eut pour effet d’auréoler ses longs cheveux noirs (qu’il refusait obstinément de couper “pour avoir les mêmes que Weiss“) d’une sorte de brume ténébreuse.

- C’est pas vrai ! C’est lui casse mes miens de pieds !

Tifa pouffa.

- Tiens donc !

- Vaut mieux entendre ça que d’être sourd ! railla Weiss. Monsieur pleurniche tout l’après-midi, refuse de faire sa sieste et c’est moi qui lui brise les noix !

- Et pourquoi que quand c’est toi qu’es fatigué, c’est toujours moi que j’dois aller dormir, d’abord ? se récria Nero de sa petite voix flûtée, faisant s’esclaffer tout l’auditoire de plus belle.

- Un point pour le grumeau ! gloussa Reno.

- Il est où, Yazoo ? demanda encore le garçonnet quant les rires se furent un peu calmés.

Loz regarda sa montre.

- C’est vrai ça, il en met du temps, en bas, qu’est-ce qu’il fabrique ?

- Bouge pas, j’y vais ! proposa Reno. Je préfère éviter de rester dans la visée du sniper fou tant qu’il n’a pas sa couche ! ajouta le rouquin avec un clin d’oeil, faisant rire ses camarades de plus belle.

***

Dans la remise, Yazoo avait totalement oublié pourquoi il était là.

Bien qu’on lui ait ordonné à de multiples reprises d’utiliser l’escabeau lorsqu’il voulait attraper quelque chose sur les étagères du haut - et qu’on lui ait formellement interdit d’y grimper comme un singe - Yazoo était un vrai casse-cou et n’en faisait qu’à sa tête.

Et, bien sûr, ce qui devait fatalement arriver arriva : un rayonnage avait fini par céder.

Heureusement pour le garçonnet, les cartons qui lui étaient tombés dessus ne contenaient que des décorations d’anniversaire et des guirlandes en papier.

Il savait que cela allait lui valoir une bonne punition mais, pour l’heure, quelque chose de beaucoup plus intéressant occupait ses pensées et accaparait son attention : l’étrange coffre en bois sculpté qui était apparu derrière le mur de cartons qu’il avait fait tomber.

Hélas, il était tout au fond, contre le mur, sous un tas de boîtes scellées avec le logo de la Shinra.

- Woah… C’est quoi, ce truc ?

Il se dégagea des cartons qui lui étaient tombés dessus et essaya d’atteindre le coffre en se faufilant entre deux packs d’eau minérale.

-Qu’est-ce que tu fabriques ? Ton frère attends toujours le paquet de… C’est quoi, ce bazar ? C’est toi qui as fichu cette pagaille ?

Yazoo, à quatre pattes par terre, tourna la tête et, avec soulagement, reconnut Reno.

- L’étagère s’est cassée.

- T’as encore joué les acrobates, c’est ça ?

- C’était un accident.

Le rouquin ricana.

- Ouais, bien sûr ! Et toi, tu es la petite fée de la remise. Et moi, le roi des gnomes !

Le garçonnet haussa les épaules avec dédain et se permit même de lui faire une grimace, à laquelle Reno, nullement vexé, répondit en tirant la langue.

Si ça avait été Weiss ou Cloud, Yazoo aurait été bon pour une fessée et un aller simple par la peau du cou en direction de sa chambre avec une fastidieuse leçon de morale. A croire que ces deux-là n’avaient jamais été petits et n’avaient jamais fait de bêtises !

Ce que les ” grands ” pouvaient être barbants, des fois, franchement !

- Reno, tu m’aides à sortir la boîte, là ?

Ce dernier s’accroupit pour voir ce que lui montrait le garçon.

Il s’agissait d’un coffre sculpté aux poignées ornementées qui devait bien mesurer dans les trente centimètres de haut sur autant de large et peser son poids de bois massif.

- C’est quoi, ce truc ? On dirait que c’est drôlement vieux.

- S’il te plaît… supplia Yazoo avec une petite voix larmoyante et un regard de chiot battu sous sa frange en bataille qui faisait toujours craquer Sephiroth.

Mais Reno n’était pas Sephiroth et il éclata de rire.

- T’as l’air d’un cocker à qui on a volé ses croquettes ! Ah ! Ah ! C’est bon, arrête de faire cette tête, tu vas rester coincé ! Et après, tu seras tellement moche qu’on devra te mettre dans le jardin pour chasser les corbeaux. Pousse-toi.

Un peu vexé tout de même, Yazoo lui laissa la place et le rouquin entreprit de tirer doucement le coffre vers lui sans faire tomber ce qui se trouvait au-dessus.

- Fais attention, intervint le garçonnet. Plus à gauche. Oui, t’y est presque. Encore un peu. Attention ! Tiens la boite blanche ! Fais gaffe, ça va tomb…

- Eh ! Moi, je veux bien t’aider mais, si c’est pour me les briser, tu te débrouilles tout seul, d’accord ?

- Je me tais ! Je me tais !

Yazoo pressa ses deux mains sur sa bouche en signe de bonne volonté et recula.

Au bout d’un petit moment, Reno réussit à décoincer le coffre et à le tirer vers lui sans rien casser ou faire tomber, les boites prenant la place laissée vide à la façon d’un jeu de cubes.

- Et voilà ! T’as vu le pro ? C’est pas beau, ça ? Bah dis donc, c’est une antiquité, ce machin. T’es sûr que ta mère serait d’accord pour tu fouilles là-dedans ? C’était drôlement bien planqué, quand même.

Yazoo haussa les épaules.

- Les choses qu’on a pas le droit de toucher, c’est dans une pièce du grenier fermé à clé et dans le labo de maman. Ici, elle nous a jamais dit de pas prendre des trucs.

Reno se mordilla la lèvre.

C’est vrai que si Jenova avait voulu mettre quelque chose hors de portée de ses enfants, elle ne l’aurait pas rangé dans la remise…

- O.K. T’es chez toi, après tout. Tu dois savoir ce que tu fais. Tiens.

Yazoo repoussa les toiles d’araignée qui recouvraient le coffre et le fermoir crissa en cédant. Son jean et son T-shirt étaient couverts de poussière mais il n’y prêta pas attention. Depuis qu’il était en âge de marcher, il passait des heures à déterrer ce qu’il considérait comme de véritables trésors dans la remise, le grenier ou le garage et, à presque neuf ans, il n’avait pas perdu une once de ce plaisir.

Il plongea les mains dans le coffre et extirpa, avec mille précautions, ce qui semblait être une vieille robe bleu pâle.

- Ca devait être à maman !

Reno se pencha à son tour sur le contenu mystérieux, curieux.

- C’est quoi ce truc, avec l’écriture bizarre ? demanda-t-il en désignant ce qui ressemblait à une planche de bois recouverte de symboles et de lettres incompréhensibles.

Yazoo extirpa la planche, et le petit triangle d’ivoire qui semblait l’accompagner, du fouillis de vieilles fripes.

- C’est quoi, comme langue ?

Ils regardèrent l’objet en silence.

- Il faudrait demander à Aerith mais je suis presque sûr que c’est de l’ancien cetra. J’ai vu quelque chose dans le genre dans un film, une fois, dit Reno, je crois que permet de communiquer avec les esprits.

Yazoo écarquilla les yeux, fasciné

- Sérieux ?

- Enfin, ça permet… ” en théorie “. Va pas t’imaginer des trucs. Ce n’est qu’un jeu.

- Ca pourrait être drôle d’essayer, risqua le garçonnet.

Reno haussa les épaules.

- Il faudrait le montrer à Aerith. Si ça se trouve, c’est pas ça du tout.

Le garçonnet se redressa, l’objet dans les mains.

- Alors viens, on va lui montrer ! Elle a dû arriver !

Il voulut filer, son trésor sous le bras, mais le rouquin le retint par la ceinture de son pantalon.

- Eh, là ! Minute, grumeau ! T’oublies rien ?

Yazoo haussa les sourcils et se débattit.

- Quoi ? Lâche-moi !

- Ton frère attend quelque chose, il me semble !

Le garçonnet cessa de s’agiter et ses épaules tombèrent de dix bons centimètres.

- Rah ! J’avais oublié le nabot bouffeur de purée…

- Oui, bah le nabot bouffeur de purée, il a cul à l’air depuis un moment grâce à toi. Et s’il arrose le papier peint, devine qui Loz va attraper pour faire le ménage… le menaça Reno en riant.

Yazoo lui confia son ” trésor ” et revint sur ses pas en traînant des pieds.

- J’en ai marre de cette famille…

Le rouquin éclata de rire.

- C’est ça ! persifla-t-il. Tous des bourreaux et toi, t’es un ange. On connait la chanson. Allez, hop, hop ! Un paquet de couches et que ça saute, moussaillon !

- Je vais lui faire manger, ses fichues couches…

- Et utilise ce satané escabeau !

à suivre

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LXIX - Je t’ai tout donné

“Le dévouement d’un homme va souvent plus loin que lui.”

J.-L. Richard

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Weiss s’assit sur le bord du lit et chassa une longue mèche brune du front de son frère.

Du dos de son index, il caressa le haut d’une pommettes et le petit menton pointu - les rares parties du visage de Nero que le masque de contention laissait à découvert.

Au moins, on ne lui avait pas assujetti les bras ou lié les mains…

Comme Shelke l’avait dit, son cadet remuait beaucoup. Il ne cessait de changer de position avec des petits soupirs comblés, s’étalant de tout son long en travers du grand lit, comme s’il essayait toutes les positions possibles les unes après les autres avec une délectation qui frôlait l’extase.

Weiss comprit parfaitement les raisons de ce curieux comportement et un gros pincement attendri lui serra le cœur.

Son frère n’avait pas pu dormir sur le dos depuis des années… Ni dans un vrai lit.

Impossible en effet pour lui de s’étendre sur l’une des couchettes qui servaient de lit aux soldats du Deepground car, lorsqu’il laissait pendre ses ailes à l’extérieur, leur poids l’entraînait fatalement vers le sol. Et s’il se mettait dos au mur, il n’avait plus de place pour s’allonger.

Nero en était donc réduit à reposer à même le sol. Sur le ventre, bien entendu, ses implants dorsaux déployés autour de lui pour répartir le poids au maximum, ce qui n’empêchait cependant pas les impitoyables tiraillements qui malmenaient ses muscles et sa frêle ossature pour ainsi dire en permanence.

Au début, il avait bien essayé de dormir sur le côté mais, devant rester en appui sur la hanche, des contusions s’étaient très vite formées autour de l’os iliaque, provoquant des douleurs articulaires cuisantes qui l’empêchaient presque de marcher normalement le lendemain.

Et s’il n’y avait eu que les ailes !

Ses bras étaient immobilisés pour ainsi dire vingt-quatre heures sur vingt-quatre, croisés sur sa poitrine, ce qui, pour dormir sur le ventre était aussi confortable que de reposer sur un tapis de galets !

Quant aux vêtements de contention qu’il devait porter, y compris la nuit, ils étaient si serrés que Nero ne pouvait jamais gonfler totalement ses poumons ni même s’asseoir ou ramener un peu les genoux vers lui sans s’écraser l’entrejambe.

Quiconque avait pu voir le jeune homme vêtu de sa combinaison aurait pourtant douté qu’il y eut quoi que ce soit de sensible à cet endroit tant son bas-ventre était comprimé et paraissait plat !

Hélas - et combien Nero le regretta ! - la zone sus-dite correspondait bien à son état civil. Avant de se réveiller en sursaut plusieurs fois par nuit en jurant comme un corps de garde, il n’avait cependant jamais vraiment réalisé que cette partie de son anatomie - comme celle de tous les hommes bien portants de la planète - se mettait en marche cinq ou six fois par nuit pour d’obscures nécessités vasculaires et neurologiques…

En fait, depuis qu’on lui avait implanté ces satanées ailes de métal et qu’on l’avait engoncé dans son horrible combinaison, Nero n’avait jamais pu fermer l’oeil plus de deux heures d’affiliée sans être réveillé par toutes sortes de tiraillements, spasmes, courbatures, crampes et douleurs diverses.

Sans compter les mois passés enchaîné à deux mètres du sol dans les sous-sols du Deepground…

Weiss posa prudemment la main à plat sur la poitrine de son frère pour sentir les côtés s’ouvrir et se refermer au rythme de sa respiration et sourit. Voilà longtemps qu’il ne l’avait pas senti aussi détendu.

Cela étant, s’il gigotait ainsi depuis un moment déjà, il y avait fort à parier que les pansements n’avaient pas dû résister au frottement des draps et l’ancien chef des Tviets commença à s’inquiéter pour ses points de suture.

Non sans émotion, Weiss rabattit l’édredon sur le mince corps nu, et dût prendre sur lui pour ne pas le soulever du lit et le serrer à l’écraser.

Cela ne faisait-il pas presque quatre ans qu’il n’avait pas pu étreindre son petit frère et le garder contre lui plus de quelques minutes ?

La dernière fois, c’était lorsque Vincent avait combattu Hojo, dans les entrailles du réacteur Zéro. Et encore cela n’avait-il duré que quelques secondes. Quelques précieux instants durant lesquels il avait pu sentir le petit visage fantomatique contre sa poitrine nue. Ensuite, ce fut le corps de Genesis qui servit d’enveloppe à Nero durant plusieurs mois.

Oui, si l’on additionnait les trois années qui avaient suivi sa révolte contre les Restrictors et celle écoulée, cela faisait bel et bien quatre ans qu’il n’avait pu prendre son frère dans ses bras, réalisa Weiss avec effroi.

Il se pencha pour enfouir son visage dans la noire chevelure de Nero et la nostalgie lui serra la gorge.

Malgré les années, son frère avait toujours cette odeur de petit garçon, la même que celle qu’il avait lorsqu’il venait se pelotonner la nuit dans son lit, à l’Académie.

A regret, il se redressa.

Le sparadrap de l’un des pansements commençait à se détacher et il voulut le décoller complètement pour le remettre en place.

- Weiss… gémit Nero d’une voix ensommeillée. Mon frère bien aimé…

Weiss referma doucement les mains sur l’épaule et la hanche frêles pour le faire pivoter sur le ventre aussi doucement que possible - et ne pas le sortir trop brutalement de sa torpeur.

- Désolé, petit frère, tu dois te mettre sur le ventre un instant. Je me dépêche, promis.

Bien qu’il soit toujours dans état semi-comateux, Nero réagit aussitôt à ces mots et son aîné sentit muscles et tendons se tendre sous ses paumes.

Le jeune homme tira fébrilement les draps pour couvrir ses fesses et le bas de son ventre en un geste inconscient de protection et repoussa la main de Weiss qui s’était refermée sur sa hanche.

- Weiss, non… supplia-t-il dans un état second. Deux frères ne doivent pas… faire ça…

Le sang de Weiss se congela dans ses veines et il resta un moment pétrifié à la tête du lit.

- Qu’est-ce que tu… Non mais ça va pas !

Il saisit Nero par les épaules pour le réveiller et ce dernier poussa un petit cri en se recroquevillant dans le lit.

- Ne m’oblige pas encore à faire ça… Weiss… sanglota-t-il, figeant son aîné. S’il te plait… S’il te plait…

Le coeur au bord des lèvres, Weiss recula, en état de choc et incapable de quitter son frère semi-comateux du regard. Ce ne fut que lorsque le dos de ses cuisses butèrent sur la commode qu’il se rendit compte qu’il avait traversé toute la pièce à reculons.

Il s’agrippa au bord du meuble avec une telle force que le bois craqua.

Pourquoi son frère réagissait-il de la sorte ? Quand lui avait-il jamais laissé croire que l’amour qu’il avait pour lui pouvait être autre que fraternel ?

L’évidence le frappa alors comme un coup de poing.

Ses jambes le trahirent et il tomba à genoux.

- Hojo… bredouilla-t-il d’une voix à peine audible.

“Qu’est-ce que tu as fait à mon frère lorsque tu m’as volé mon corps, salopard ? Gaia toute puissante ! Qu’est-ce que tu l’as obligé à faire, sale pervers…”

***

“Personne n’a été blessé au moins ?” s’enquit la voix de Rufus, dans l’oreillette du portable de celui qui n’était plus Tseng.

- Non, monsieur. Mais j’ai préféré confier l’appareil aux ingénieurs de l’aérodrome par sécurité. Vous me voyez désolé pour ce retard.

“Non, tu as bien fait, Tseng. S’il vous arrivait quelque chose à cause d’un banal incident mécanique durant le vol, je ne me le pardonnerait pas.”

Elena, allongée sur le sol aux côtés du pilote mort, commença à reprendre conscience et “Tseng” l’assomma à nouveau d’un violent coup de pied à la tête.

- Si tout se passe bien et que le temps le permet, nous devrions pouvoir être à Nibelheim demain soir, monsieur.

“Bien. A demain, dans ce cas. N’hésite pas à me rappeler si vous rencontrez le moindre souci.”

- Je n’y manquerai pas, Monsieur.

Il raccrocha et fouilla dans le fourbi à disposition dans le jet. Il ne tarda pas à trouver une combinaison de ski et du matériel de montagne.

S’il y avait une chose qu’il fallait reconnaître aux turks, c’était leur sens de l’organisation et leur aptitude à anticiper les problèmes qui pouvaient se présenter au cours d’une mission.

Il enfila la combinaison de ski par-dessus son costume, compléta sa tenue de chaussures adéquates et choisit l’un des deux surfs des neiges à poussée électrostatique fixés par des sangles au mur de la soute.

Une fois équipé, il ouvrit la porte de l’appareil et jeta un oeil à l’extérieur. La neige ne tombait plus sur les hauteurs de la chaîne du mont Nibel et le ciel était clair. Il serait à Corel avant la tombée de la nuit et pourrait se servir de l’identité de Tseng pour récupérer un jet ou un hélicoptère.

Mais avant cela, il lui restait quelque chose à faire…

Après avoir jeté un regard autour de lui, il se saisit de la première chose un peu lourde qui lui tomba sous la main (une bouteille de brandy) et l’abattit de toutes ses forces sur la tête d’Elena, toujours inconsciente, lui fracturant le crâne. Cela fait, il jeta la bouteille rougie dehors, loin de la carcasse du jet.

Ensuite, il s’entailla la main, prit soin de laisser des traces ensanglantées un peu partout dans l’appareil et sortit en prenant bien garde de laisser la porte grande ouverte.

Si, par malchance, on retrouvait le cadavre de la jeune femme et celui du pilote avant qu’il n’ait atteint Edge, on penserait de prime abord qu’ils étaient morts dans l’accident, lors de l’impact, et que lui, bien que blessé, avait miraculeusement survécu et quitté les lieux.

Le temps que les deux cadavres décongèlent pour qu’on puisse les autopsier et celui que perdraient les turks à chercher leur chef blessé lui en laisserait suffisamment à lui pour se mettre à l’abri et poursuivre son oeuvre macabre - diabolique, diraient certains…

***

- Tu as été odieux !

Reno ricana.

- Oh ! Arrête… Ne me dis pas que tu apprécies ses ronds de jambe !

- La question n’est pas là, Reno !

Le turk croisa les bras sur sa poitrine et le dévisagea un petit moment.

L’argenté, gêné par l’examen silencieux, détourna le regard, les joues en feu.

- C’est pas vrai… persifla Reno avec dédain.

- Quoi ?

- Rien ! Rien du tout.

Il retira sa veste avec des gestes brusques et la jeta sur le lit.

Yazoo fronça les sourcils.

- Je vois bien que si. Qu’est-ce qui se passe ?

Son compagnon planta son regard aigue-marine dans les yeux mako et grinça des dents avec un sourire acerbe.

- Ce type t’a fait du rentre-dedans pendant près d’une demi-heure, merde ! Et devant moi, en plus ! (L’argenté hoqueta, comprit où se situait le problème et se mordit les lèvres.) Et, toi, ça te fait rire…

Il tourna les talons en direction de la salle de bains, rageur.

Yazoo lui emboîta le pas.

- Non… Reno, attends ! (Il le rattrapa et l’enlaça par derrière.) Tu es… jaloux ? demanda-t-il en se retenant à grand peine de rire.

- C’est ça ! Fous-toi de ma gueule, ça va arranger les choses !

Le turk se dégagea avec une certaine brusquerie et fit couler l’eau de la douche.

- Tu es ridicule, Reno… murmura l’argenté avec un sourire doux en tendant la main pour enrouler autour de ses doigts sa queue de cheval rousse.

Il tira un peu pour l’obliger à revenir vers lui et l’enlaça à nouveau en déposant de petits baisers au creux du cou.

- Genesis est quelqu’un d’impulsif, Yazoo, murmura Reno, un peu apaisé. C’est un homme irréfléchi, prétentieux et excessif.

Le sourire de Yazoo se fit rassurant mais aussi ému.

- Tu es adorable quand tu es jaloux…

Le turk voulut rétorquer mais il le fit taire d’un baiser.

- Je t’aime Reno… murmura-t-il tout contre sa bouche. Tu n’as absolument rien à craindre de cet homme.

- Ce n’est pas pour moi, que je m’inquiète, Yazoo baby. Je n’ai pas aimé ce que j’ai vu dans ses yeux lorsqu’il te regardait.

L’argenté déboutonna un à un les boutons de la chemise de Reno avec une moue coquine et la fit sensuellement glisser sur ses épaules.

- Alors regarde plutôt dans les miens…

***

- Des problèmes avec l’ordinateur de l’avion ? s’étonna Vincent, qui sirotait un vieux cognac en compagnie de Rufus.

- Oui, l’informatique embarquée a fait des siennes mais Tseng m’a assuré qu’ils seraient probablement là demain soir.

L’ex-turk hocha la tête, pensif, et posa son verre vide sur le bureau massif avant de se lever, en feignant de pas remarquer que, comme à chaque fois qu’il en avait l’occasion, le jeune président le détaillait de pied en cape avec un regard qui en disait long.

- Vous devriez vous offrir le luxe d’une sieste vous-aussi, Rufus. Quelque chose me dit que les jours qui viennent ne…

Il n’eut pas l’occasion de finir sa phrase.

Avant qu’il ne réalise se qui se passait, Rufus avant franchi la distance qui les séparait et l’avait brusquement saisi à bras le corps pour presser ses lèvres sur les siennes.

Vincent se raidit mais ne fit pas un geste pour le repousser, se contentant de garder la bouche furieusement close en attendant simplement qu’il reprenne ses esprits.

Le jeune président, sentant l’ex-turk de glace entre ses mains, le lâcha et recula d’un pas, penaud.

Vincent le regardait droit dans les yeux avec un visage de marbre et ce regard purpurin sans expression aucune - qu’il s’agisse de surprise ou de dégoût - était plus acerbe que la pire des imprécations.

- Je… Je suis désolé, s’excusa Rufus en se détournant, le rouge au front.

- Je me doutais que vous alliez finir par commettre ce genre d’impair, fit Vincent d’une voix blanche.

- Pardonnez-moi, Vincent, je ne…

- N’en parlons plus, le coupa ce dernier. Mais maîtrisez-vous, à l’avenir. Croyez bien que suis flatté mais ce genre de… “d’expérience” ne me tente pas et ne m’a jamais tenté.

Rufus se passa la main dans les cheveux, atrocement mal à l’aise.

- Je me sens ridicule, je ne sais pas quoi dire. La pression de ces derniers jour à dû…

- La pression n’y est pour rien et vous le savez parfaitement.

- Vincent, je…

- Je sais très bien ce que vous ressentez, Rufus. Je serais même tenté de vous dire que personne ne sait mieux que moi ce qu’aimer en secret signifie. Mais vous n’arriverez à rien avec moi. Ni maintenant, ni jamais.

Le jeune président sentit sa gorge se serrer.

- Je ne vous savais pas aussi cynique, monsieur Valentine…

- Ce n’est pas du cynisme. Mais, à mon âge, on sait qu’il est préférable mettre les choses au clair plutôt que de risquer de les laisser encore s’envenimer.

- Je… Je comprends.

Vincent se dirigea vers la porte et marqua un arrêt.

- Je n’aurais pas dû fermer les yeux en me disant que vos sentiments s’étioleraient d’eux-mêmes. Je suis désolé, Rufus.

Il quitta le bureau et le jeune président se laissa tomber lourdement dans son fauteuil.

- Tu n’es qu’un idiot, Rufus… s’admonesta-t-il en se resservant un verre de cognac, qu’il vida d’un trait malgré sa gorge serrée. Un pauvre idiot.

…à suivre

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Chers petits frères ! (Part 1/5)

***

Auteur : Shiva Rajah

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Loz passa en revue les derniers t-shirts de sa garde-robe.

Pas assez moulant… Trop gamin… Trop large… Manches trop longues… Trop vieux… Celui-là, elle m’a déjà vu avec… Non… Celui-là non plus… Celui-là ! “

- Loz, je dois aller au labo ! Tu gardes le bébé !

L’ordre de Jenova résonna dans l’escalier et tomba comme une sentence sur l’adolescent, qui poussa un gémissement déchirant.

Les deux t-shirts qu’il avait mis la moitié de la matinée à choisir lui tombèrent des mains.

- Oh, nooon !

Yazoo, assis son lit en train de lire une bande dessinée de ” Super Soldat “, laissa échapper un petit rire malicieux.

- Pas de ” bisou-bisou ” avec Tifa aujourd’hui ! railla-t-il en tendant une bouche en cul de poule à son aîné.

Celui-ci fit mine de lui jeter l’un des petits haltères avec lesquels il s’entraînait dès qu’il en avait l’occasion et le garçonnet, vif comme un serpent, sauta du lit en ricanant.

- Si tu me tapes, je le dis à maman !

- Sale petit morv…

- Et tu vérifies bien que Yazoo ne jette pas son dîner à la poubelle ! Je t’ai tout laissé dans four, tu n’as plus n’as plus qu’à réchauffer !

- Mais mamaaan ! plaida encore l’adolescent. Je devais aller au cinéma avec mes amis ! T’avais dit oui !

Yazoo fouilla dans la commode, mit deux paires de chaussettes de ski sous son t-shirt pour imiter une grosse paire de seins et se pavana devant son grand frère en faisant toutes sortes de simagrées pour le faire enrager.

- Je suis désolé, mon chéri, s’excusa Jenova. On a vraiment besoin de moi !

- Et Sephiroth, alors ? Pourquoi c’est jamais lui qui se coltine les nabots ?

Un ravissant minois à la longue chevelure de platine et aux jolies prunelles carmin passa par l’entrebâillement de la porte de la chambre des garçons et lui fit un clin d’œil espiègle.

- Parce que ton grand frère s’est déjà “coltiné” un “nabot” appelé Loz il n’y a pas si longtemps ! Et qu’il ne revient pas avant demain soir, de toute façon. J’ai droit à un bisou avant de partir ?

Yazoo se précipita pour embrasser sa mère avec enthousiasme.

- Tu reviens quand ?

- Ce soir, j’espère. Mais… qu’est-ce que t’es mis là, toi ? demanda la jeune femme en tâtant les deux grosses bosses moelleuses qui gonflaient le t-shirt de son fils.

Le garçon bomba le torse pour faire ressortir sa poitrine d’emprunt et fit mine de jouer avec ses longs cheveux en roulant des hanches.

- Je m’appelle Tifaaa et je veux aller au cinéma avec mon Loooz chéri ! singea-t-il d’une voix aiguë, faisant rire sa mère.

Loz s’empourpra violemment.

- Arrête !

Mais, encouragé par l’hilarité de Jenova, Yazoo en rajouta et fit rouler ses faux seins sous ses mains.

- Eh ! le rabroua la jeune femme en lui retirant les chaussettes. Ca suffit, tu deviens vulgaire. (Elle considéra les deux grosses paires de chaussettes de ski et pouffa.) Tu n’as pas trouvé plus gros ?

Yazoo écarquilla les yeux.

- Mais ils sont énormes, ses ploplos, m’man ! J’te jure ! Comme ça, au moins ! C’est pour ça que Loz est amoureux d’elle !

Celui-ci monta d’un ton dans les pourpres.

- J’suis pas amoureux, sale morveux !

Il voulut fondre sur son cadet mais celui-ci se cacha derrière sa mère.

- Bon, ça suffit, tous les deux ! (Elle prit le visage de Loz dans ses mains et l’embrassa avec effusion) Reste calme. Tu es son grand frère, tu dois montrer l’exemple.

***

Weiss, l’oreille collée à son téléphone portable, posa le garçonnet en pleurs sur le lit, à bout de nerfs.

- Mais tu vas te taire, oui ! cria-t-il, excédé.

Le petit tressaillit et se tut brutalement en écarquillant ses grands yeux pourpres mais… se remit à pleurer de plus belle.

Euh… J’avais une oreille… “ gémit la voix de Loz dans l’écouteur.

De sa main libre, l’adolescent agrippa ses longs cheveux blancs - soigneusement hérissés sur sa tête, à la dernière mode de l’Académie du Soldat - et poussa un grognement inintelligible, prêt à commettre un fratricide.

- Je vais le tuer, Loz ! gronda-t-il. Je te jure que, cette fois, je vais vraiment le tuer !

Il est peut-être malade. Ou il a mal quelque part. “

- Malade ? Tu parles ! MÔnsieur pique une crise parce que MÔsieur a refusé de faire la sieste et que, maintenant, MÔsieur est fatigué… ET QU’IL A DECIDE DE M’EMMERDER !

Il hurla les derniers mots au visage de son petit frère, dont les pleurs redoublèrent.

Weiss… Mes tympans… “

- Excuse-moi. Je suis à bout de nerfs, mec. Je n’en peux plus de… L’ENTENDRE CHOUINER ! MAIS TU VAS LA FERMER, OUI ? !

Nouveau concert de cris et de sanglots.

Weiss-euh ! “

- Désolé.

Ecoute, pourquoi tu ne viens pas à la maison avec lui ? Je suis sûr qui si on le colle avec Yazoo et Kadaj, ils joueront et nous ficheront la paix. De toute façon, le cinéma, c’est fichu, alors on pourrait tous regarder un film ici. En plus, ma mère a fait un tas de trucs à manger, il y a de quoi nourrir tout un régiment du Soldat ! “

- Je viens d’appeler Zack pour lui dire que la soirée était grillée aussi en ce qui me concernait. Il a dû prévenir les autres et ils ont sûrement prévu un truc de rechange.

O.K. Je les appelle tout de suite et je te recontacte. “

- Ca marche. Je… Oh ! LA FERME, NERO !

***

Loz s’affairait en cuisine en prévision de l’arrivée de ses amis.

C’était la première fois que Tifa venait à la maison alors, pour l’occasion, il avait mis les petits plats dans les grands : au moins quatre variétés d’amuse-gueule sur la table basse du salon, la tarte salée et les délicieuses lasagnes de Jenova au four en train de chauffer, de la glace au congélateur… Tout y était !

Reno amenait les films (dont au moins un film d’horreur, Loz avait bien insisté là-dessus - rien de mieux pour qu’une fille se serre contre vous !), Cloud avait tenu à acheter les sodas, Aerith et Zack, les sucreries, et Weiss venait avec les derniers logiciels de simulation de combat en vogue à l’Académie du Soldat.

Tout était réuni pour passer une soirée de rêve entre amis - surtout avec Tifa ! - et pour…

- Loz ! Kadaj, il fouette !

Loz se tourna vers la porte avec un soupir déchirant.

Yazoo se tenait dans l’encadrement et se bouchait le nez d’une main tandis que, de l’autre, il tenait la menotte de Kadaj, uniquement vêtu de sa couche qui - à en croire d’odeur qu’elle dégageait - avait grand besoin d’être changée.

- Yazoo, ne le promène pas comme ça, il va prendre froid, idiot !

- Mais j’vais pas lui mettre son pyjama alors qu’il est tout puant !

Kadaj, qui commençait tout juste à marcher, levait vers eux de grands yeux curieux, comprenant sans doute qu’il était l’objet de leur discussion mais pourquoi, ça… allez savoir !

Loz s’accroupit devant le bébé, attendri malgré lui par la bouille attentive.

- Alors, boule puante ? On a encore fait des saletés ?

Le petit lui sourit et tapa dans ses mains, tout joyeux qu’on s’intéresse à lui.

Son frère le souleva dans ses bras.

- Va me chercher un paquet de couches dans la remise, Yazoo.

- Hein ? Mais maman en a remis plein hier sur la table à langer !

- Il n’y en a plus, j’ai utilisé la dernière tout à l’heure. Et dépêche-toi ! ordonna Loz en quittant la pièce.

Yazoo grimaça, donna un coup de pied rageur dans le pied d’une chaise de cuisine et se dirigea vers l’escalier qui menait au sous-sol de la maison d’un pas traînant, tout en rouspétant contre son jeune frère.

- Sale mangeur de purée… Usine à crottes !

C’est alors que, par une fenêtre qui donnait sur le petit jardinet de la propriété, il aperçut Tifa, qui approchait avec une grosse boîte rose, estampillée du logo d’une célèbre pâtisserie.

Le garçon se précipita pour ouvrir avant que la jeune fille n’ait le temps de sonner.

- Bonsoir ! lança-t-il avec son plus beau sourire. Bienvenue à la maison !

Tifa, le doigt à quelques centimètres de la sonnette, lui sourit à son tour et se pencha pour embrasser sa joue rebondie.

- Bonjour, toi ! Je suis un peu en avance. Loz est là ?

Yazoo lui prit la main et l’entraîna à l’intérieur de maison.

- Oui, viens !

- Hein ? Eh ! Attends !

Mais le garçon avait déjà fermé la porte et la tirait derrière lui avec enthousiasme.

- Il est au premier avec Daj’ !

- Mais attends, voyons ! fit Tifa en riant tandis que Yazoo l’entraînait dans l’escalier. Laisse-moi au moins poser les gâteaux quelque part !

Mais Yazoo n’avait pas l’intention de perdre une seule seconde ! Ce n’était pas tous les jours qu’on avait l’occasion de faire surprendre son idiot de grand frère par sa petite copine avec les deux mains dans le caca !

à suivre

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LXVIII - Amours envenimées

“L’amour se mesure à ce que l’on accepte de lui sacrifier.”
A. Gardner

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Après le déjeuner, lorsque Loz eut fini de changer Kay dans la salle de bains et qu’il revint dans la chambre, Vincent et Weiss se tenaient sur le seuil, dans l’encadrement de la porte ouverte.

Les deux hommes chuchotaient pour ne réveiller personne. La nuit avait été longue pour tout le monde et la plupart des hôtes du manoir avaient cédé à la tentation d’une sieste réparatrice amplement méritée après le déjeuner.

- Dans ce cas, je réunirai tout le monde dans la salle de conférences à 9h30, demain matin, conclut Vincent en pressant le bras de l’ancien commandant des Tviets. D’ici là, repose-toi et essaye de te souvenir d’autant de détails que tu le pourras. Il ne faut rien négliger, on ne sait jamais.

Weiss acquiesça avec un sourire misérable et Vincent s’éclipsa en refermant doucement la porte.

- Hojo s’est servi de moi comme d’une marionnette, soupira le Tsviet en s’appuyant dos au battant. Je me sens si… si… stupide…

Loz s’allongea avec le bébé au milieu du grand lit et lui répondit par un sourire rassurant.

- Ca m’arrive tout le temps, assura-t-il. De me sentir stupide, je veux dire.

Weiss pouffa et vint s’asseoir à ses côtés.

- Je n’ai jamais été très doué pour cerner les gens ou les situations, de toute façon, avoua-t-il. En dehors d’un contexte de combat, s’entend. Dès qu’il a été en âge de comprendre ce qui l’entourait, j’ai toujours compté sur Nero pour analyser les choses et m’aider à prendre les décisions… soupira-t-il tandis que le bébé essayait d’attraper ses mèches blanches.

- Plus à l’aise dans l’action que dans la réflexion… fit Loz avec un petit froncement de sourcils ironique. Toute l’histoire de ma vie !

- Et tu n’en as jamais éprouvé de la rage ou…

Le Tsviet n’osa pas finir sa phrase, de peur de le froisser mais l’argenté le fit pour lui.

- De la honte ? Si, bien sûr.

- Je m’en suis voulu si souvent… J’étais l’aîné. C’était à moi d’assumer ce genre de responsabilité, mais…

Il fit la moue et haussa les épaules.

- Ouais, je comprends, argua Loz en clignant de l’oeil. J’aurais souvent aimé faire plus que protéger physiquement mes frères. Mais bon… Moi non plus je n’ai jamais été très doué pour planifier des choses ou jouer les ” chefs “, avoua-t-il en rougissant légèrement. Pourtant, j’ai cru comprendre que c’était bien ton cas.

Weiss fit résonner son joli rire de baryton et s’adossa à la tête du lit, les bras derrière la nuque.

- Quand je n’étais pas à la tête d’une mission suicide, on me gardait enchaîné comme un chien de combat dans sa cage ! Tu parles d’un chef…

- Mais Shelke a dit que…

- Oublie ce qu’a pu dire Shelke, le coupa le Tsviet avec amertume. Au Deepground, c’était ” marche ou crève “, je n’ai pas eu le choix. Ou je les surpassais tous, ou Nero et moi aurions fini dans un sac à viande. Ou pire… Sur la table de dissection d’Hojo, ajouta-t-il d’une voix tout juste audible. Mais tu sais de quoi je parle, pas vrai ? Tu sais ce que c’est, que d’être confronté à ce genre d’alternative.

Il dévisagea Loz avec intensité et celui-ci, un peu gêné, détourna les yeux et pinça les lèvres en glissant son pouce dans la menotte de son fils.

- Ecraser ou être écrasé, poursuivit Weiss. Vaincre tous tes adversaires ou mourir. Réussir chaque épreuve ou vivre un enfer de douleur et de peur. Et en ayant à l’esprit à chaque minute que toute erreur peut entraîner tes frères avec toi…

Loz déglutit avec difficulté.

- Vincent… Vincent t’a parlé de moi, c’est ça ?

Weiss sourit et le poussa de l’épaule d’une bourrade amicale.

- Pas besoin. Les types comme nous ont tous ce ” truc ” dans le regard.

- Quel ” truc ” ? demanda l’argenté en relevant la tête.

Le Tsviet planta ses prunelles dans les siennes et Loz soutint son regard, cette fois. En plongeant au plus profond des abîmes d’or ténébreux qui obscurcissaient les océans bleutés, il eut la désagréable impression, pendant un instant, de regarder à l’intérieur de lui-même.

- Ouais… murmura Weiss en notant le subtil changement de son expression. Ce ” truc ” là…

L’argenté cligna des yeux, coupant l’intense contact visuel, et lui rendit timidement son sourire.

Ils restèrent silencieux un long moment et Weiss fit babiller le bébé en le chatouillant avec une longue mèche de ses cheveux ivoirins.

Le jeune homme inspirait à Loz des sentiments contradictoires.

Comme tous ceux qui le rencontraient, il était bien sûr, de prime abord, fasciné par ce que le Tsviet dégageait, cet incroyable charisme, cette énergie qui semblait irradier de lui.

Mais, tapi sous cette aura de vitalité immaculée, l’argenté sentait aussi palpiter quelque chose de douloureusement familier. A la fois lourd de secrets et étouffant d’amour. Quelque chose de magnifiquement laid et d’horriblement beau… Une âme à fleur de peau, torturée, souillée, humiliée, trompée, mille fois brisée mais toujours généreuse et prête à se donner encore pour être à nouveau piétinée.

Une âme si familière…

Une âme si semblable à la sienne…

” Ca doit être horrible, de ne pas pouvoir exprimer ce qu’on ressent ! ” lui avait dit Tifa lorsqu’ils s’étaient revus dans la grande chapelle du manoir.

Mais comment exprimer ça ? Comment expliquer à quelqu’un que l’on ne s’appartient plus ? Que l’on a renoncé à soi depuis des années pour l’amour de ces ” autres ” que les gens appellent ses ” frères ” ? Qu’ils ont toujours été sa seule raison de vivre et de se battre ? Que l’entité appelée ” Loz ” n’est plus qu’une âme déchirée et morcelée à force de s’être donnée morceau après morceau…

- Weiss, tu… Tu ne t’es jamais demandé comment… Comment…

Il hésita car il n’avait jamais abordé ce genre du sujet avec personne - et encore moins avec ses frères.

Ils n’auraient pas pu comprendre. Personne n’aurait pu comprendre. Personne à part quelqu’un comme Weiss. Peut-être…

- Comment quoi ? l’encouragea ce dernier.

- Tu ne t’es jamais demandé comment tu as fait pour tenir le coup ? demanda Loz, la gorge soudain serrée. Pour supporter tout ça ? Pour aller de l’avant en sachant chaque matin que la journée qui t’attendait serait forcément pire que la veille ?

L’ancien chef des Tsviets hocha la tête, comprenant parfaitement à quoi il faisait allusion.

- Si. Souvent. Nero n’y est sans doute pas étranger.

- Oui, bien sûr, moi aussi, je savais que c’était pour mes frères, que je me battais. Que c’était pour eux, que je devais réussir toutes les épreuves et devenir fort… Assez fort pour les protéger en toute circonstance et réussir à faire face à n’importe quoi. Mais ce que je n’ai jamais compris, c’est ” comment ? “. Comment, juste au moment où tu réalises que tu as atteint tes limites, que tu vas crever là, comme le dernier des rats de laboratoire dans sa cage, tu arrives à trouver la force d’aller encore plus loin… Encore plus vite… De frapper encore plus fort, quitte à te briser les os… De repousser ton seuil de douleur et de résistance un peu plus à chaque fois…

Weiss soupira.

- Je ne sais pas. Je ne l’ai jamais compris, moi non plus.

- La puissance d’un homme n’est pas extensible à l’infini, quelle que soit la volonté et la rage qui l’anime, non ?

- Normalement, non. Les gens croient que c’est justement cette capacité de dépassement de soi qui fait de certains hommes des êtres exceptionnels. Des ” héros “. Des ” super soldats “. (Il ricana) De la merde, ouais !

- Le mako, peut-être.

- Non, affirma le Tsviet. Tous les soldats en reçoivent et, que je sache, ça n’a pas fait d’eux tous des foudres de guerre pour autant.

- Les cellules de Jenova ?

- On ne m’en a jamais injecté. Peut-être… Peut-être qu’à force de repousser les limites, quelque chose a été détruit en nous. (Il fit claquer ses paumes l’une contre l’autre) Paf ! Comme un disjoncteur en surcharge. Tu sais, comme si on avait coupé les fils d’une alarme dans nos têtes qui aurait normalement dû nous dire ” Oh ! Oh ! Les gars ! Il faut arrêter ! Stop ! Danger ! Ligne rouge franchie ! Risque de mort imminente ! “.

Loz fit la moue.

- Tu veux dire qu’on ne serait plus que des machines de guerre ignorant leurs propres limites ? Juste des tas de muscles bons à foncer dans le tas sans réfléchir ?

Weiss grimaça à son tour, n’aimant pas du tout cette idée.

- Tu sais quoi ? En fait, je pense que ce genre de prise de tête, c’est pas pour nous. Mieux vaut laisser ça à Nero ou à ton frère Yazoo ! ajouta-t-il avec une mimique enfantine.

- Oui, tu as sans doute raison, concéda l’argenté, préférant lui aussi changer de sujet.

- Demande-moi de te liquider cinq adversaires à main nues et je te les ramène par la peau des fesses en moins de temps qu’il n’en fait pour dire ” ouf “. J’ai été entraîné à ça depuis tout gosse. Mais si tu me demandes quelle est la dernière fois où l’on m’a ordonné de faire marcher ce truc-là pendant plus de dix minutes… ajouta le Tsviet en se tapotant la tempe.

Il fit vibrer ses lèvres, penaud, et Loz éclata de rire.

- Pareil pour moi, acquiesça ce dernier. Le seul cerveau surdéveloppé que je possède, c’est celui-là ! (Il fit gonfler son biceps) Notre premier instructeur me disaient tout le temps : ” Si un mur se dresse devant toi, Loz, souviens toi qu’on t’a donné une tête et que c’est pour t’en servir… “

Un nouvel éclair de complicité passa entre les deux jeunes hommes et ils finirent d’une même voix :

” … Dix secondes et un coup de boule plus tard : adieu le mur ! “

Ils éclatèrent de rire et le bébé les imita, ce qui décupla leur hilarité.

- Heidegger ! cracha Weiss lorsqu’ils se furent une peu calmés. Quel crevard, celui-là… Je croyais qu’il ne s’occupait que des recrues de l’Académie de Midgar.

Loz secoua la tête et grimaça.

- Il nous a entraînés au moins quatre fois par semaine, mes frères et moi. Jusqu’à ce que j’aie une dizaine d’années. Il se passait toujours quelque chose. Un accident ou de gros dégâts. Alors, au bout d’un moment, Hojo en a eu assez. Mon frère les a entendus se disputer puis on ne l’a jamais revu. C’était vraiment quelqu’un de méchant…

- De méchant ? S’étrangla le Tsviet. C’est peu de le dire ! Ce type était un salopard de la pire espèce ! ” Si ça saigne, c’est qu’on peut le tuer ! “, imita-t-il d’une voix rocailleuse en faisant gonfler ses joues.

Les rires des deux hommes résonnèrent à nouveau dans la chambre avec une telle spontanéité qu’ils faillirent ne pas entendre les petits coups discrets frappés à la porte.

Ils se figèrent, comme deux garçonnets surpris à faire du boucan en pleine nuit.

- Oups… grimaça Weiss, penaud.

- C’est ouvert ! fit Loz en retenant un fou rire.

Shelke passa la tête par le battant et s’excusa.

- Pardon ne vous déranger mais Nero commence à s’agiter, je crois qu’il ne va pas tarder à se réveiller.

Son ancien commandant sauta aussitôt sur ses pieds.

- Je prends la relève. Va dormir un peu. (La jeune fille obéit et il se tourna pour saluer Loz, qui lui répondit en agitant la menotte du bébé, qui rit comme un petit fou.) Salut, petit lutin !

Il quitta la chambre à son tour en fermant doucement la porte et Loz s’allongea contre les oreillers en retenant un bâillement et assit son fils sur sa poitrine.

- Qu’est-ce que tu en dis ? C’est un chouette type, hein ?

Kay agita les mains en babillant et l’argenté sourit.

***

- Capitaine Rhapsodos, il faut absolument que je vous présente à Cait ! lança Reno avec une note venimeuse qui amusa grandement Sephiroth lorsque Genesis se laissa aller à un nouvel accès d’incontinence poétique en l’honneur de Yazoo - qui n’en finissait pas de rougir. Vous êtes vraiment faits pour vous entendre, tous les deux…

L’ex-Cauchemar dissimula un sourire caustique derrière le rideau soyeux de ses cheveux - détail qui n’échappa pas au turk, ravi de s’être trouvé un allié imprévu - et Yazoo lança à son amant un regard acerbe.

- Reno…

- Quoi ? Je n’ai pas raison ?

Genesis, loin de se douter qu’il était la cible d’une pique bien affutée, sourit aimablement pour rassurer l’objet de ses attentions lyriques.

- Je devine que Sephiroth a dû me dépeindre comme un ours taciturne et asocial, plaisanta-t-il en se méprenant sur la gêne de l’argenté. Mais je vous assure que je serais ravi de rencontrer votre ami. A plus forte raison si nous partageons quelques centres d’intérêt.

Reno fit mine de réfléchir à la question et Yazoo le fixa avec intensité, le mettant au défi d’ouvrir la bouche.

Sephiroth, lui, avait fort à faire pour garder son sérieux.

- Oh ! Vous avez, à n’en pas douter, plus de choses en commun qu’on ne pourrait le croire de prime abord, confirma le turk, faisant blêmir son compagnon. Même si Cait est plus… plus… Comment dire ?

Yazoo contracta les mâchoires, s’attendant au pire.

- Velu ? ne put s’empêcher d’intervenir Sephiroth, en ravalant l’éclat de rire qui menaçait d’exploser à tout instant au fond de sa gorge.

Yazoo le fusilla du regard et il pinça les lèvres pour ne pas pouffer.

- Velu ? s’étonna Genesis, sûr d’avoir mal compris.

- Ne les écoutez pas, capitaine Rhapsodos, ils sont un peu cabots, parfois, préféra couper l’argenté. Je suis ravi d’avoir fait votre connaissance, ajouta-t-il précipitamment en poussant le turk sans ménagement vers la porte. J’espère avoir le plaisir de vous revoir au dîner !

- Oh mais, tout le plaisir sera pour moi, croyez-moi… assura Genesis avec un sourire séducteur.

- On vous gardera la place à côté de Cait ! lança Reno depuis la porte. Vous ne… Aïe !

Ils disparurent dans le couloir et le Banoran se tourna vers son ami.

- Qui est ce Cait, dont vous faites tous si grand cas ? Un officier du WRO ?

S’en fut trop pour Sephiroth, qui éclata franchement de rire.

…à suivre

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XI - Double jeu

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Oubliant la crème glacée répandue sur le sol, Tifa se précipita au chevet de son « patient ».

Loz paraissait toujours inconscient et elle ne put que remercier le ciel qu’il ne se soit rendu compte de rien…

Profiter de l’inconscience d’un homme pour l’embrasser ! Qu’était-il donc passé par la tête de Cloud ?

Quelle honte !

Cela étant dit, ce à quoi elle venait d’assister expliquait beaucoup de choses car, enfin, ce n’était pour se montrer prétentieuse mais force était de reconnaître qu’elle était loin d’être laide, bien au contraire. Et, pourtant, malgré ses avances et les ouvertures laissées à son ami d’enfance, il n’en avait jamais profité. Ni avec une autre fille, d’ailleurs…

Mais, après ce à quoi elle venait d’assister, ce n’était guère étonnant !

Alors comme ça, Cloud préférait les hommes…

Et dire qu’elle ne s’était jamais rendue compte de rien. Durant toutes ces années. Incroyable !

Comme quoi, les gens ont raison de dire que c’est quand on a les choses sous le nez que l’on a le plus de chances de les rater.

Les paupières de Loz frémirent et elle se saisit du linge humide posé sur la table de nuit pour lui essuyer doucement les lèvres, comme si elle pouvait ainsi faire disparaître - voire même « laver » - toute trace du contact de Cloud. C’était un geste puéril qui la surprit elle-même mais la jeune femme ne put s’en empêcher.

Elle ne voulait pas du moindre atome, de la moindre particule de souffle, ni même du moindre souvenir d’une bouche étrangère sur les lèvres sensuelles !

« Gaia toute puissante, je réagis comme si cet homme m’appartenait… » réalisa-t-elle soudain en écoutant ses propres pensées. « Mais qu’est-ce qui m’arrive ? »

Elle dut se faire violence pour reposer le linge sur la table de nuit et s’arracha à la contemplation de la peau crémeuse de l’argenté pour nettoyer le gâchis qui poissait le plancher.

***

Après que Tifa l’ait poussé dans le couloir sans ménagement, Cloud s’était faufilé dans la chambre d’amis pour s’entretenir avec le Reno, à qui il avait raconté son échange avec le « Cauchemar de la planète ». Enfin… excepté un petit détail, bien sûr : celui-là même qui lui avait valu d’être jeté hors de la chambre de son amie d’enfance comme un malappris.

- Mais comment as-tu pu le voir là-bas puisque Yazoo n’a pas bougé d’ici ? demanda le turk, éberlué.

Cloud lui fit signe de baisser d’un ton pour ne pas réveiller l’argenté.

- Je le soupçonne de pouvoir utiliser n’importe lequel de ses incarnés pour apparaître.

- Quel esprit de déduction ! railla une voix dans leur dos, les figeant dans la pénombre.

Un petit applaudissement sarcastique accompagna la pique et Reno blêmit et recula jusqu’à la fenêtre.

Sur le lit où Yazoo reposait quelques instants plus tôt, Sephiroth les fixait avec une expression narquoise.

Cette fois, le drap ne le recouvrait pas et, en voyant le bas du corps du “Cauchemar de la planète” réduit à l’état de filaments glaireux, le turk ne put s’empêcher d’écarquiller les yeux en grimaçant de dégoût.

- Oh, putain, c’est dégueulasse… fit-il en plissant le nez.

- Reno… siffla Cloud entre ses dents en le fusillant du regard.

- Quoi ? C’est pas dégueu ? On dirait des spaghetti au basilic qui auraie…

- Reno !

Sephiroth pressa son pouce et son index sur ses yeux, découragé.

- Je vois que que tu n’as pas changé, Reno, soupira-t-il.

Ce dernier haussa le sourcil et tordit la bouche en un sourire caustique.

- Bah… J’aimerais pouvoir en dire autant mais…

Il désigna les filaments verdâtres d’un geste mou de la main et Cloud leva les yeux au plafond, presque aussi effondré que son ancien général.

- Tu m’as dis que tu avais besoin de mon aide, intervint-il pour couper court aux indélicatesses du turk.

- C’est exact.

- Eh, bien, je t’écoute. Parle.

Sephiroth hocha la tête mais leva un sourcil sévère.

- Puis-je espérer parvenir au bout de mes explications sans que l’un de vous deux n’essaye à nouveau de me rouler une pelle ?

Cloud et Reno virèrent au rouge cramoisi et échangèrent une œillade affectée, s’accusant mutuellement du regard.

- Eh ! Me regarde pas comme ça, c’était pas lui, que je visais, O.K. ? Se défendit piteusement le turk.

***

Dans la vieille église ruines de l’ancienne Midgar, l’eau de la source de vie se teinta de noir et, au fond de l’onde, un adolescent hurla en silence tandis qu’une épée de feu paraissait lui traverser le cerveau de part en part.

- Kadaj ! cria une voix désespérée de jeune femme que nul n’entendit.

Ce que ressentait l’adolescent n’était pas une réelle douleur physique mais mentale, comme si une partie de lui lui était soudain arrachée avec la délicatesse d’un boucher tirant sur l’articulation récalcitrante du lapin qu’il démembre.

Les muscles, tendons et veines psychiques qui formaient l’essence même de son être se déchiraient sous l’insupportable tiraillement.

Il haletait par réflexe, comme lorsqu’il respirait encore, la bouche pleine d’eau grande ouverte sur son hurlement muet. La souffrance qu’il endurait était de toute façon trop grande pour s’exprimer par des cris.

- Kadaj ! Non…

Les dernières fibres spirituelles cédèrent, incapables de résister à un tel traitement, et l’adolescent enfonça ses ongles dans ses paumes, au bord du désespoir.

- Non ! cria la jeune femme à fendre l’âme. Il s’en va ! Zack, il s’en va !

- Nous ne pouvons rien faire, Aerith…

- Kadaj ! Résiste ! Tu dois résister !

L’adolescent tendit la main vers la surface avec l’espoir improbable que quelqu’un la voie et la saisisse pour le tirer de son enfer liquide. Durant un instant, il eut même l’impression de voir Sephiroth se matérialiser au-dessus de lui et cela semblait si réel qu’il n’aurait su dire s’il s’agissait réellement de son frère ou du fruit de son imagination.

La voix qui résonnait en lui, en revanche, était bien réelle.

- Kadaj ! Kadaj, résiste ! Ne le laisse pas te prendre !

Mais il n’avait plus de forces pour ce faire. Il était physiquement et mentalement épuisé, en avait assez de lutter…

Alors il se laissa entraîner vers les ténèbres glacées des profondeurs de la source. Toujours plus profond.

- Kadaj, non !

- C’est fini, Aerith. C’est trop tard… Il a gagné.

L’étau qui compressait la poitrine de l’adolescent se desserra, laissant un vide douloureux, et il cessa même de se bouger, laissant bringuebaler sa tête au rythme des courants.

Kadaj était perdu… Il avait réussi.

Aerith resta longtemps agenouillée dans l’herbe haute et grasse et bordaient la rivière de la vie, pleurant toutes les larmes de son corps désincarné. Voilà bien longtemps qu’elle ne s’était lamentée ainsi.

Zack resta accroupi à ses cotés, en silence, maudissant les Dieux et le destin dans un même élan.

***

La première chose que Sephiroth sentit fut l’humidité, visqueuse, pénétrante, et un goût d’eau croupie dans la bouche.

Quelque chose lui chatouillait la lèvre inférieure, comme si un plaisantin le titillait avec l’extrémité d’une plume.

Il ouvrit les yeux et… ne vit rien.

Il cligna des paupières à plusieurs reprises, dans l’espoir de s’éclaircir la vue, sans résultat. Tout était noir, aucune forme de se dessinait. Etait-il soudain devenu aveugle ? Que s’était-il passé ? Où était-il ?

L’affolement le saisit et son cœur s’emballa.

Il se redressa d’un bond et ne put retenir un cri tant la douleur dans sa nuque était aiguë. Ce faisant, il faillit avaler l’insecte qui courait sur sa lèvre, sans doute un cafard ou une punaise, et il toussa comme un perdu en frissonnant de dégoût.

Il agita les bras en tout sens, essayant d’appréhender l’espace autour de lui, et les chaînes rouillées fixées à ses poignats émirent un cliquettement grinçant. Lorsqu’il les agita, sa main cogna douloureusement une surface dure et rugueuse, suintante d’eau huileuse. Un mur.

Il s’accroupit sur le sol de terre boueuse et s’adossa à la muraille en tâtonnant du bout des doigts autour de lui et en tendant l’oreille.

Un point lumineux scintilla durant quelques instant à l’extrémité de mon champ de vision mais, le temps qu’il tourne la tête, il s’éteignit, accompagné par couinement pathétique.

Un rat.

Il n’était donc pas aveugle. Il se trouvait dans le noir complet mais où ?

Prudemment, il se redressa et fit quelques pas de côté, longeant le mur.

Sa hanche buta douloureusement contre une saillie. Un anneau de métal où étaient fixées ses chaînes.

Une geôle. Il était dans une geôle et enchaîné au mur comme un animal ! Probablement très profondément dans le sous-sols, à en croire l’humidité.

Comment était-il arrivé là ? Et, surtout, comment allait-il en sortir ?

Il se laissa tomber sur le sol gâcheux et se prit la tête à deux mains, le souffre court, en essayant de se rappeler, de revivre les derniers instants dont il se souvenait. Guère évident avec cette douleur qui lui vrillait le crâne.

La douleur… L’horrible douleur. Puis le noir… Le noir complet.

Rien. Il ne se souvenait de rien !

Mais pourquoi ?

“Qu’est-ce que je fais ici ? Et comment vais-je me sortir de là ?”

Réfléchir. Réfléchir calmement et trouver un moyen de s’échapper. La porte ! Où était la porte ? Il y avait forcément une serrure et une serrure, ça se crochetait.

Il porta la main à sa taille et constata qu’il n’avait pas de ceinturon. L’aiguillon d’une boucle de ceinture lui aurait été précieuse pour forcer la serrure et ses geôliers n’en avaient été que trop conscients, maudits soient-ils !

A tâtons, il longea un mur sur quatre pas, puis l’autre, quatre autre pas. Il marcha sur ce qui semblait être un tas de foin pourri grouillant de vermine et atteignit enfin une chose râpeuse et spongieuse qui semblait être du métal rouillé recouvert de moisissure.

Il fit courir le bout de ses doigts sur l’épais battant.

Des ferrures rouillées mais pas serrure. La lourde porte se bloquait visiblement de l’extérieur à l’aide d’une barre transversale.

A bien y réfléchir, cela n’avait rien d’étonnant. L’humidité qui régnait aurait eu raison de n’importe quel mécanisme de fermeture.

Aucune ouverture, pas même une trappe ou un œil de bœuf.

Il posa ses mains à plat sur la porte et essaya de la faire jouer sur ses gonds. Le métal rouillé ne bougea pas d’un cheveu, à croire qu’il était cimenté au mur.

Et bien, soit ! Il n’avait plus que deux options. Soit attendre que l’on vienne le chercher, et c’était risquer de voir arriver des gens armés qui le conduiraient les démons seuls savaient où pour le torturer ou l’exécuter, soit faire assez de tintamarre pour alerter un gardien - ou ce qui en tenait lieu - et l’éliminer pour tenter de fuir.

C’était très certainement cette dernière hypothèse qui avait poussé ceux qui l’avaient jeté là à le priver de tout ce qui pouvait lui servir à blesser ou à tuer. La cellule était dépourvue de tout, y compris du sempiternel broc de terre cuite rempli d’eau croupie que l’on concède pourtant à la dernière des crapules.

“Les chaînes…” pensa-t-il alors.

Mais autant essayer de déloger une molaire dans la bouche d’un bahamut ! Rouillées peut-être, mais rudement solides, tout comme la porte rouillée.

Qu’à cela ne tienne, il lui restait les mains et les dents et il n’avait nullement l’intention de rester là, à attendre sagement que l’on vienne lui loger dans la tête la balle des renégats ou pire.

Des voix…

Des voix et des bruits de pas approchaient. Au moins quatre hommes.

Il recula de trois pas, le cœur battant, et se campa fermement sur les jambes, prêt à vendre chèrement sa peau.

La lueur d’une torche filtrant sous la porte… Un rire grinçant qu’il reconnut aussitôt… Le bruit d’une bâcle… Le crissement des gonds.

Il s’accroupit, prêt à bondir, mais se figea en voyant ce que traînaient les deux butors qui bouchaient à présent l’encadrement de la porte : un tout jeune adolescent aux cheveux argentés.

Les gardes le jetèrent sans ménagement sur le sol gâcheux de la geôle, pour ainsi dire à ses pieds, dans la flaque d’eau puante où il s’était lui-même réveillé.

- Tu as de la compagnie, Sephiroth ! railla l’homme en blouse blanche qui accompagnait les soldats.

- Hojo… cracha le prisonnier, en s’accroupissant près du corps menu. Quelque chose d’aussi sordide et puant ne pouvait être que ton œuvre !

Il fit mine de bondir sur le scientifique et les soldats réagirent aussitôt en pointant leurs armes sur lui, ce qui parut beaucoup amuser le professeur.

- Qu’est-ce que tu veux, Hojo ? Qu’est-ce que je fais ici ?

- Tu le sauras bien assez tôt… mon “cher fils“.

Sephiroth lui cracha à la figure et l’un des miliciens le frappa avec la crosse de son arme, manquant de peu de l’assommer.

Un troisième soldat déposa une bouteille plastique remplie d’eau et des barres énergétiques à même le sol et tous se retirèrent en refermant la porte mais en laissant - ou en oubliant ? - la torche accrochée à un support du couloir, à l’extérieur.

Pour un humain normal, cela n’aurait sans doute pas fait une grande différence mais, pour Sephiroth, la simple lueur qui coulait sous la porte lui permettait de voir comme en plein jour. La cellule était encore plus miteuse et grouillante de vermine qu’il ne l’avait cru mais cela importait peu, pour l’instant.

Il s’accroupit aux côtés de l’adolescent et le tira, à demi inconscient, hors de la flaque d’eau croupie, que les gardes semblaient décidément prendre plaisir à viser lorsqu’ils jetaient quelqu’un dans ce trou !

- Eh ! Petit ! appela-t-il en lui tapotant ses joues. Petit ! Réveille-toi !

L’adolescent marmonna quelques mots incompréhensibles, secoua la tête, comme s’il délirait et ouvrit enfin ses grands yeux mako, qui s’écarquillèrent en reconnaissant le visage au-dessus de lui.

- Grand frère…

Sephiroth sourit avec indulgence.

- Non. Je ne suis pas ton frère. Mais, si j’en crois ton visage et la couleur de tes cheveux, je veux bien croire que je dois lui ressembler.

Kadaj s’assit, hébété, et bredouilla :

- Mais tu… Tu es pourtant…

- Mon nom est Sephiroth. Sephiroth Hojo. Ton frère était donc avec toi quand tu as été fait prisonnier par cette ordure d’Hojo ?

- Tu… Tu ne me reconnais donc pas ?

- Je devrais ?

S’en fut trop pour Kadaj, qui s’évanouit dans ses bras.

- Eh ! Eh, petit !

à suivre

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LXVI - Un mort bien vivant

Quand on n’a rien à se reprocher dans la journée,

on ne craint pas que les fantômes viennent

hurler à la porte au milieu de la nuit. ”

Proverbe chinois

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Derrière la vitre de la cuve, Weiss essayait désespérément de deviner ce qui se disait et se passait dans le laboratoire.

Il avait définitivement repris ses esprits deux heures plus tôt, en sentant l’horrible douleur - typique du mako purifié - embraser ses poumons et ce fut pour voir Sephiroth allonger son frère sur - ou plutôt ” dans ” - le corps de Genesis, que d’autres hommes avaient transporté jusque là dans une civière.

- Weiss ? Weiss, tu m’entends ?

Il baissa les yeux vers Shelke, qui tapotait le verre de la cuve pour attirer son attention.

- Kadaj va augmenter un peu la concentration de mako, l’informa la jeune fille. Fais-nous signe si tu sens une gêne ou une brûlure quelconque.

Indifférent à son propre sort et à la douleur de ses os brisés, l’ancien chef des Tsviets désigna ce qui se passait dans le laboratoire et secoua la tête, soucieux.

- Je te l’ai dit, insista la jeune fille. Tu n’as rien à craindre. Il s’agit bien de Genesis. Du vrai Genesis. Nero a besoin de ces cellules ou sinon, il risque de…

Weiss sentit un horrible élancement au côté droit, là où une côte avait transpercé son foie, et il posa lourdement le front sur le verre avec un ” toc ” sinistre, interrompant son ancienne subordonnée.

Celle-ci se tourna vers sa sœur, ne sachant plus comment convaincre le jeune homme de se concentrer sur sa propre guérison.

Shalua s’approcha.

- Weiss ? Weiss, regarde-moi. Regarde-moi !

Elle donna une tape sur la paroi et il daigna enfin lui accorder un peu d’attention mais son magnifique regard bleu et or décelait un monde d’angoisse et de souffrance.

- Tout va bien se passer, assura-t-elle d’une voix douce. Vincent et Genesis savent ce qu’ils font, je t’en donne ma parole.

Le Tsviet vissa ses prunelles aux siennes, comme s’il lui demandait silencieusement de jurer qu’il n’arriverait rien à son frère, et Shalua sourit.

- Ce qui aidera vraiment Nero à se remettre rapidement, c’est de voir que son grand frère va bien et qu’il est hors de danger.

Weiss ferma les yeux un instant, comme s’il se concentrait pour essayer de se reprendre et de gérer la douleur et hocha la tête.

- Bien. J’ai réduit les fractures et il faut à présent que le mako ressoude tes os et régénère tes organes. Kadaj va y aller en douceur.

Le jeune homme acquiesça de nouveau et se tourna vers Kadaj, qui lui sourit pour le rassurer.

- Le mako aussi pur est très instable, fit ce dernier. Alors j’ai vraiment besoin que tu m’alertes à la moindre gêne.

Weiss plissa le front en signe d’incompréhension et tourna la tête vers Shelke, qui laissa échapper un petit rire.

- Tu n’es plus au Deep Ground, Weiss, dit-elle. Ici, tu te rendras à peine compte du changement de concentration de mako. Kadaj est un vrai virtuose.

L’incarné haussa un sourcil, un peu perdu, et la jeune fille s’assit sur l’accoudoir de son fauteuil.

- Au Deep Ground, les scientifiques n’utilisaient pas de paliers progressifs, expliqua-t-elle.

Kadaj tordit le nez.

- Charmant… Et moi qui pensais que nous avions écopé des pires sadiques au cratère Nord !

De l’agitation se fit dans l’infirmerie.

Telle un étrange papillon s’arrachant à sa chrysalide, Nero avait commencé à s’extraire du corps de Genesis. Et à le voir haleter et lutter, cela n’avait rien d’un exercice aisé.

Le rythme cardiaque de Weiss se mit à battre la chamade, faisant hurler les appareils de contrôle, et Kadaj jura.

- Du calme, Weiss, le supplia Shelke. Concentre-toi !

Nero était parvenu en rampant à extraire la moitié supérieure de son corps de celui de son hôte… lorsqu’il s’effondra sur le côté, à bout de souffle.

- C’est pas vrai… soupira Vincent. Allez, encore un petit effort !

- Ne peut-on pas l’aider ? proposa Loz, prêt à se saisir des bras minces pour le tirer vers lui.

- Surtout pas ! intervint l’essence fantomatique de Genesis. Tu pourrais endommager irrémédiablement et son corps, et le mien.

- Voire même couper tout bonnement ce garçon en deux, ajouta Reeve.

Cid, lui aussi présent, se raidit.

- Tu es sérieux ?

- Les cellules de sa partie inférieure sont totalement imbriquées dans les miennes, confirma Genesis.

Sephiroth s’accroupit à côté de Nero, trop épuisé pour ne serait-ce que se redresser sur ses avant-bras.

- Allez, courage, c’est bientôt fini. Tu y es presque.

Le Tsviet secoua la tête.

- Je… Je n’y arrive… pas…

- Essaye quand même une dernière fois. Respire un grand coup.

Nero obéit et s’accrocha même aux jambes de Sephiroth pour essayer de se libérer. En vain. Son bassin et ses jambes restaient prisonnières de ceux de Genesis - ou plutôt ” mêlés ” à eux.

- Je… Je ne… peux pas… Je suis… Désolé…

Le Soldat lança un regard désespéré à Vincent, qui secoua la tête.

- Il est en train de s’épuiser pour rien alors qu’il a besoin de toutes ses forces pour se remettre d’aplomb et assimiler les cellules de Genesis, trancha ce dernier. Ce n’est pas bon du tout.

- Alors, je crois que nous n’avons pas le choix, fit Reeve en se tournant vers l’essence fantomatique de l’ancien soldat 1ère classe. Il va falloir l’aider.

- J’aurais préféré éviter ça, murmura ce dernier. Ca risque d’être très violent et dans son état de fragilité, il…

- Genesis… intervint Sephiroth, la tête de Nero sur ses genoux. Il est vraiment à bout.

- D’accord, d’accord, Seph, c’est bon, j’ai compris.

*

Dans le grand salon, les autres hôtes du manoir - Denzel et Marlène, qui dormaient encore, exceptés - étaient réunis devant un petit déjeuner très matinal, les yeux bouffis de sommeil.

- Bon sang ! Je pourrais dire que j’en aurais vu, des trucs bizarres, dans ma vie… fit Rude, encore vêtu de sa tenue de commando, en avalant son troisième café.

Reno lui tapa sur l’épaule et se saisit d’une carafe de jus de fruits.

- Tu l’as dit, mon pote.

Il remplit son verre et celui de Yazoo, qui ne cessait de lorgner sur le cadran de la montre de son amant.

Tifa, qui avait remarqué son manège depuis un moment, se pencha à son oreille

- Tseng et Elena seront là d’un moment à l’autre, chuchota-t-elle.

L’argenté sourit et elle lui pressa amicalement la main.

- En fait, non, pas tout de suite, annonça Rufus avec une moue. Avec les événements de la nuit, j’ai oublié de vous en faire part mais Tseng a appelé. Ils ont dû s’arrêter en route. Un petit problème d’ordinateur de bord mais rien de grave. Ils seront là dans la soirée. (Les épaules de Yazoo s’affaissèrent) Je suis désolé, j’aurais dû t’en parler tout de suite.

L’argenté se reprit et secoua la tête.

- Ca ira, ne vous en faites pas. Je… Je m’étais juste mentalement préparé à leur arrivée pour ce matin, c’est tout.

Reno lui passa le bras autour des épaules, réconfortant.

- Les machines sont toujours là pour nous pourrir la vie pile poil quand il ne faut pas, petit ! soupira Barret avec philosophie.

Yuffie s’étira et se frotta les yeux.

- Je me demande comment ça se passe, en bas.

*

Genesis eut beau essayer de réintégrer son corps aussi délicatement que possible, comme il l’avait craint, à peine ” réinstallé “, Nero en fut expulsé avec une violence inouïe.

Si Loz n’avait pas aidé Sephiroth à le retenir, le ténébreux aurait sans doute été propulsé à plusieurs mètres et il ne s’en serait pas tiré indemne.

La douleur n’en fut cependant pas moins intense et, tout comme cela avait été le cas lorsqu’Hojo l’avait chassé du corps de Genesis une première fois, Nero eut l’impression que chacune de ses cellules se scindait en deux.

Son cri résonna dans l’infirmerie.

Weiss, affolé, hurla le nom de son frère en silence dans le mako en plaquant ses deux mains contre la vitre et Shelke essaya une fois de plus de l’apaiser.

- Ca va aller ! Ma sœur et Vincent sont avec lui. Reprends-toi ! Tu dois te calmer ou tu risques d’endommager irrémédiablement les os fracturés que Shalua a remis en place ! Si le mako les ressoude de travers, tu es bon pour passer sur la table d’opération avant de retourner là-dedans !

A quelques mètres de là, Shalua auscultait Nero, qui gisait dans les bras de Sephiroth.

- Il est choqué mais ça a l’air d’aller. Tu m’entends, chaton ? Ouvre-les yeux, allez.

- Nero… gémit Genesis, qui essayait de se redresser un peu avec l’aide de Merill.

- Doucement, Capitaine Rhapsodos. Reconstituer ce que vous avez offert à votre ami va prendre un peu de temps. Restez tranquille.

Nero ouvrit lentement les yeux et Shalua lui sourit en passant la main dans ses cheveux dégoulinants de sueur.

- Ca va, chaton ? Comment te sens-tu ? As-tu mal quelque part ?

- Fa…tigué…

Sephiroth et Vincent laissèrent échapper un soupir d’intense soulagement.

- C’est normal, poursuivit la jeune scientifique en caressant le front moite. Tu vas pouvoir dormir et te reposer autant que tu le voudras, maintenant, je te le promets.

Elle se tourna vers la cuve, où Weiss s’agitait de plus en plus, et leva le pouce avec un large sourire, pour faire signe que tout allait bien.

- Ca a marché, dit Shelke en posant ses paumes contre celles de Weiss à travers la vitre de la cuve. Tu entends, Weiss ? C’est fini, Nero est hors de danger, maintenant.

L’ancien chef des Tsviets hocha la tête et se laissa aller en arrière contre la paroi en fermant les yeux, comme si le soulagement lui coupait les jambes et lui ôtait ce qui lui restait d’énergie.

- Weiss ? appela doucement Kadaj. Weiss, encore un effort, il faut trouver le bon palier de mako. Ensuite tu pourras te laisser aller jusqu’à ce que tu sortes de là.

Weiss se força à sourire malgré la douleur et acquiesça.

*

Tseng - ou du moins avait-il l’apparence de Tseng - enjamba le corps inanimé d’Elena et du pilote de l’avion pour se saisir du petit cercueil, qu’il ouvrit pour récupérer le minuscule défunt momifié.

- Ridicule… cracha-t-il en voyant les vêtements de poupée.

Il dénuda le corps du bébé sans la moindre pitié, éparpillant la layette sur le sol, et voulut le glisser dans la poche de son costume mais la position des petits bras et des jambes potelées l’en empêchèrent.

- Saleté…

Il jeta un regard alentour et prit un sac en papier destiné aux passagers souffrant du mal de l’air.

Il brisa les membres du bébé avec des “ crac ! ” sinistres, désolidarisa le corps de la tête et jeta le tout dans le sac avant de glisser ce dernier dans sa poche.

- Des cellules de Jenova parfaitement conservées ! ricana-t-il en tapotant les petits restes momifiés à travers la toile de sa veste, faisant s’entrechoquer les morceaux avec un bruit de cailloux. Un génie ! Je suis un génie…

à suivre

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X - Cher vieil ennemi

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno ferma doucement la porte de la chambre sans quitter Yazoo des yeux.

L’argenté dormait paisiblement avec un léger ronflement qui, si les circonstances avaient été autres, aurait sans doute fait rire le turk.

Il fallait avouer qu’on ne s’attendait pas à ce genre ” d’agrément ” sonore de la part d’une créature aussi délicate et élégante que Yazoo…

- Personne n’est parfait…

Souriant néanmoins malgré lui, Reno prit son paquet de cigarettes et son briquet dans la poche de sa veste, enfila son pantalon et prit la chaise du petit bureau de la chambre d’amis pour s’asseoir à la fenêtre. Il ouvrit silencieusement cette dernière en gardant un œil sur l’argenté qui, lorsqu’un petit courant d’air chaud agita les mèches de son front, se tourna sur le côté et cessa de ronfler.

Reno alluma sa cigarette et en tira une longue bouffée qu’il recracha avec un soupir de pur plaisir en posant paresseusement sa joue sur ses avant-bras, croisés sur le rebord de la fenêtre.

Il tourna légèrement la tête pour pouvoir continuer à surveiller l’argenté du coin de l’œil et avala goulûment une autre bouffée nicotine, qu’il prit soin de recracher à l’extérieur de la chambre.

Petit à petit, l’effet apaisant de la cigarette aidant, il encaissa le choc qu’il avait reçu en voyant le visage de Sephiroth à quelques centimètres à peine du sien.

Avait-il rêvé ?

Avait-ce été un effet de la fatigue ou, plus probablement, une manifestation violente de son subconscient ? Une alerte mentale, comme si son cerveau voulait lui dire ” Oh ! Oh ! Reno, mon gars ! On se réveille ! T’es sur le point de bécoter un mec, là ! “.

Pourquoi il avait eu envie de faire ça, bon sang ? Encore un effet de cet étrange attirance et cette sympathie que les argentés exerçaient sur les gens ?

Si c’était le cas, c’était puissant, nom d’une materia ! Bien plus qu’il ne l’aurait imaginé.

- Saloperie…

Oh, bien sûr, Reno avait déjà joué à ” frotti-frotta ” avec des garçons mais c’était uniquement parce qu’il savait pertinemment que cela rendait les filles complètement folles ! Faire semblant d’avoir des tendances bisexuelles sur la piste de danse d’une boîte branchée, c’était une manière quasi 100% garantie d’échauffer ces demoiselles et de repartir avec l’une - ou deux, s’il avait de la chance ! - d’entre elles à son bras.

Mais de là à…

- Rouler une pelle à un mec… Berk !

Il tira une dernière bouffée de sa cigarette avec une grimace et jeta le mégot dans la rue déserte.

*

Cloud vérifia que les enfants dormaient profondément puis alla pousser la porte de la chambre de Loz, pour voir si tout allait bien, et… retint un cri de justesse.

Malgré le choc, il eut néanmoins la présence d’esprit d’entrer précipitamment dans la pièce et de tourner la clé dans la serrure. Pour empêcher quelqu’un d’autre d’entrer, certes, mais surtout pour empêcher celui qui se tenait à demi allongé sous les draps de sortir.

- Ou est Tifa ? demanda-t-il, le cœur battant, en cherchant des yeux quelque chose qui aurait pu lui tenir lieu d’arme. Qu’as-tu fait d’elle ?

Sur le lit, le bas de son corps nu pudiquement dissimulé sous les couvertures, Sephiroth sourit. Un sourire qui, s’il ne contenait plus rien de l’agressivité et de la cruauté auxquelles Cloud était habitué, n’en avait pas moins gardé une certaine ironie.

- Elle est descendue au bar se chercher quelque chose à grignoter, répondit le Cauchemar de la planète d’une voix qui ne contenait pas non plus la moindre trace de menace ou une quelconque imminence de danger.

Cloud s’en trouva un peu plus déstabilisé.

- Alors Reno n’avait pas rêvé… bredouilla-t-il. C’est bien toi qu’il a vu.

- Tu dois m’aider, Strife, fit Sephiroth avec une franchise désarmante.

Le jeune homme faillit s’étrangler d’indignation.

- Te quoi ? Comment oses-tu ? cracha-t-il avec colère. Et qu’est-ce que tu fais encore là ? Ne peux-tu donc pas disparaître une fois pour toutes et laisser ces garçons tranquilles ? Qu’est-ce que tu veux ? Qu’est-ce que tu cherches ? A te servir de Loz et de Yazoo comme tu t’es servi de Kadaj ? Tu peux prendre toutes les formes que tu voudras, je te tuerai autant de fois qu’il le faudra ! Encore et enco…

- Tu ne m’as jamais tué, Strife, le coupa l’ancien Soldat, sans cependant paraître le moins du monde blessé par les propos du jeune homme. Et tu ne m’as jamais combattu. Sauf si tu appelles ” combattre ” le fait d’enfoncer une épée dans le corps d’un homme lorsqu’il a le dos tourné.

Cloud recula d’un pas, estomaqué, comme si Sephiroth venait de le frapper.

- Qu’est-ce que… Aurais-tu définitivement perdu la raison ?

Le Cauchemar sourit de nouveau.

- Le réacteur de Nibelheim, il y a sept ans, rappela-t-il. Tu m’as attaqué dans le dos. Tu ne…

- Je sais à quoi tu fais allusion !

- C’est la seule fois où nous croisé le fer, aspirant Strife.

Ce dernier secoua la tête.

- Est-ce encore l’une de tes manigances ? Qu’espères-tu, en jouant les amnésiques ? Faire oublier que tu as causé la mort de centaines de personnes ? Tu as fait de Midgar un cimetière ! Tu…

- Ce n’était pas moi et tu le sais parfaitement.

- Et Aerith ?!

- Aerith était ma soeur de lait, je ne lui aurais jamais fait de mal.

- Et Nibelheim ? Ce n’était pas toi, peut-être ?!

- Les seules morts injustes que j’ai sur la conscience sont celles de deux enfants tombés dans l’incendie.

Le jeune homme serra les dents.

- Comment oses-tu ? Les habitants de Nibelheim ne t’avaient rien fait ! Ils t’avaient accueilli à bras ouverts et tu as tout transformé en antichambre de l’enfer ! Ma propre mère faisait partie des victimes ! Et le père de Tifa aussi !

- Et, d’après toi, ils étaient innocents ?

- Comment oses-tu les accuser de quoi que ce soit ? gronda le jeune homme.

Sephiroth secoua tristement la tête.

- Sais-tu ce que j’ai fait, lorsque Zack et moi avons découvert les cuves contenant les… les expériences ratées de mon père, les ” monstres ” qui avaient été autrefois des jeunes hommes comme toi, des recrues prêtes à donner leur vie au Soldat ? Ces choses qui, au final, n’étaient pas si différents de toi et moi ?

Cloud ne répondit pas, attendant la suite, hésitant entre une explosion de colère et un profond désespoir.

- Je suis allé voir les autorités de Nibelheim. Je suis allé leur parler de ce que j’avais trouvé dans l’ancien laboratoire du réacteur et tu sais ce qu’il m’ont répondu ? Sais-tu ce que tes ” innocents habitants “, le père de Tifa en tête, ont osé me répondre, Strife ?

- Comment le saurais-je ? murmura celui-ci, le cœur battant.

- Rien.

- Que… Je… Je ne comprends pas.

- ” Close de confidentialité “. C’était le réacteur, son laboratoire et sa source de mako qui avaient fait vivre Nibelheim durant des années. La plupart des habitants y ont travaillé, comme techniciens ou comme simples employés. La Shinra leur a fait signer cette fameuse ” Close de confidentialité “, à l’époque. Rien de ce qui s’était dit, de ce qui s’était passé ou de ce qui avait été vu au réacteur ne devait sortir de là sous peine de sanctions juridiques et financières. Est-ce plus clair, à présent ?

Cloud aurait voulu se boucher les oreilles et mettre son cerveau à l’arrêt pour ne pas avoir à comprendre ce que Sephiroth essayait de lui dire. Pour garder ses illusions et sa foi en la nature humaine encore quelques instants.

- Je… Je ne sais pas.

- Tu ne t’es jamais demandé pourquoi ta mère a toujours obstinément refusé de t’accorder l’autorisation de t’inscrire à l’Académie du soldat, Strife ? Et pourquoi elle était si désespérée, lorsque tu as eu 16 ans et que tu as pu remplir la demande sans son aval ?

- Ne mêle pas ma mère à tout ça ! Je t’interdis de faire allusion à el…

- Pourquoi ne voulait-elle pas que tu deviennes un Soldat alors que c’était ton rêve le plus cher depuis toujours ?

- Je… C’était ma mère, bredouilla le jeune homme, ému. Elle avait peur pour moi, comme toutes les mères du monde !

- Oh, oui, elle avait peur. Elle devait même être terrifiée à la simple idée de voir son fils unique s’engager dans le bras armé de la Shinra… Parce qu’elle savait très bien ce qui t’attendait, aspirant Strife. Elle savait ce que les scientifiques faisaient aux Soldats pour améliorer leurs performances ! Elle le savait parce que, comme tous les autres, elle avait été le témoin de toutes les horreurs, de toutes les monstruosités qui s’étaient déroulées à Nibelheim et que, comme tous les autres, elle n’avait rien dit et avait laissé faire en échange d’un peu de commodité et d’une poignée de gils !

- Non ! Ma mère ne… Ma mère ne…

- Ta mère savait ! Comme les autres ! Tous savaient ! Mais était-ce si grave que la Shinra fabrique les créatures dans mon genre, après tout ? Qu’importe qu’il faille torturer des centaines d’hommes et faire ” joujou ” avec des fœtus ou même des enfants si les monstres sortis des éprouvettes et des cuves de la Shinra étaient là pour de les protéger, eux et leur petite vie tranquille !

Cloud se prit la tête dans les mains, profondément ébranlé par tout ce que venait de dire Sephiroth.

- Oh, mon Dieu…

- Alors, aspirant Strife ? Toujours aussi innocents, les habitants de Nibelheim, tu crois ?

Le jeune homme se laissa tomber sur le tas de draps sales que Tifa avait soigneusement plié et empilé contre le mur, à la tête du lit.

- C’est pour ça que tu as tout fait brûler ? demanda Cloud d’une voix blanche après un long moment.

Sephiroth ferma un instant les yeux et prit une profonde inspiration.

- Peu importe pourquoi. Ce qui est fait est fait et je ne suis pas là pour ça. Ce que j’essayais de t’expliquer, c’est que ce n’est pas moi que tu as combattu en dehors de ce jour là, au réacteur.

- Jenova ? Même là-haut, sur les toits, avec Kadaj ? (Sephiroth acquiesça en silence) Même… Même il y a deux ans, quand…

- Je t’ai parlé pour la dernière fois il y a sept ans, aspirant Strife.

Le jeune homme secoua la tête.

- Comment… Comment être certain que tu n’es pas en train de me mener en bateau ? De me mentir ?

L’ancien soldat eut un sourire d’une infinie tristesse.

- Et comment aurais-je fait pour participer aux combats dont tu parles ? En rampant sur le ventre ?

Cloud ouvrit la bouche pour exprimer son étonnement, dire qu’il ne comprenait pas l’allusion mais, à ce moment là, Sephiroth rabattit les couvertures sur le bas de son corps, qu’elles dissimulaient jusqu’à maintenant.

Le jeune homme dut presser les deux mains sur sa bouche pour retenir un cri horrifié. A partir de l’os de l’aine, le bas du corps de l’ancien soldat n’était plus qu’un amas de filaments verdâtres de chair mêlée de mako.

- Je sais que tu m’as déjà vu comme ça. Même si Jenova avait pris le contrôle de mon esprit J’ai senti ta présence, ce jour-là…

- Je… Le cristal mako, bredouilla Cloud. Tu étais… dans un cristal Mako…

Sephiroth remonta les couvertures jusqu’à son ventre et hocha la tête.

- Cette fois, ” le Cauchemar ” mérite vraiment son nom, tu vois.

L’ancien postulant soldat sentit un serrement aigu dans la poitrine.

- Je ne t’ai jamais considéré comme tel, fit-il d’une voix à peine audible. Pour moi - et pour beaucoup - tu étais un héros. Un demi-dieu vivant… J’aurais fait n’importe quoi pour… Pour…

- Pour ?

Avant de comprendre ce qu’il était en train de faire, Cloud s’assit sur le lit, se saisit du visage de Sephiroth et pressa sa bouche sur la sienne.

Le cœur battant à tout rompre et le cerveau embrumé par la tornade de sentiments contraditoires qui l’assaillaient - honte et colère, regrets et espoir, dégoût et passion - il n’entendit pas la clé tourner dans la serrure. Il n’entendit pas non plus la poignée de la porte grincer un peu en tournant. Pas plus qu’il n’entendit le hoquet surpris de Tifa.

La seule chose qu’il entendit, et qui le fit sursauter violemment, furent le bruit que fit le plateau que tenait la jeune femme en tombant sur le sol et le bris des bols qui éclatèrent, répandant sur le sol une flaque de crème glacée.

- Tifa, je… Je ne… bredouilla Cloud. Bon sang ! Dis quelque chose, ne me regarde pas comme ça !

Mais Tifa était bien trop choquée pour dire quoi que ce soit et la vision qui s’était offert à elle en entrant dans la pièce la hanterait probablement durant des mois.

- Cloud, tu es… Ignoble ! Tu…

- Tifa, je…

- Sors d’ici ! Dehors !

Elle le saisit par le devant de son pull.

- Mais enfin, Tifa, laisse-moi t’expli…

- Sors de ma chambre tout de suite !

La jeune femme le jeta dans le couloir avec toute la rage dont elle était capable et referma la porte, au bord de la nausée.

Elle se serait attendue à n’importe quoi en déverrouillant la porte.

N’importe quoi !

Sauf à voir Cloud profiter de l’inconscience de Loz pour l’embrasser à pleine bouche…

à suivre

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LXV - Chibi Face

” Un ami, c’est quelqu’un qui vous connaît bien…
et qui vous aime quand même. ”

Hervé Lauwick

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Vincent et les soldats du WRO qui l’accompagnaient firent irruption dans la grotte surplombant le ravin où coulait la rivière de la vie, ils furent saisis par le spectacle qui s’offrit à eux.

A quelques pas à peine du bord de l’abîme, Genesis semblait défier… Genesis !

- Qu’est-ce que… bredouilla l’un des soldats, ébahi.

- Shelke, as-tu une idée de ce qui se passe ? demanda l’ex turk à la jeune fille.

Celle-ci observait la scène, aussi surprise que ses compagnons, mais analysa immédiatement la situation.

- On dirait qu’il essaye de récupérer son propre corps, Vincent. Et il n’est pas seul, regarde.

Elle désigna les deux formes opalescentes qui observaient elles aussi la scène avec inquiétude et Vincent laissa échapper un cri.

- Lucrecia !

Tous se tournèrent alors vers lui et, profitant, de la diversion, le voleur du corps de Genesis s’en débarrassa comme d’un vieux vêtement pour plonger dans l’abîme où coulait la rivière de la vie avec un rire fou.

Le corps désincarné de Genesis voulut le suivre mais Angeal, le second ” fantôme ” présent, s’interposa.

- Non ! Recupère ton corps et rejoins ces hommes ! ordonna le Soldat avant de plonger derrière Hojo.

Lucrecia voulut sauter à son tour mais Vincent l’appela encore.

- Non ! Lucrecia ! Attends !

- Nous nous verrons bientôt, Vincent, je te le promets… dit-elle avant de se lancer à son tour dans l’onde tourbillonnante. Je te confie Genesis.

- Lucrecia !

Il se précipita au bord du précipice, où l’essence désincarnée du soldat s’était agenouillée près de son propre corps.

- Il n’est pas là… bredouilla-t-il en enfonçant une main translucide dans la poitrine sanglée de cuir. Comment est-ce possible ?

- Tu es Genesis, n’est-ce pas ? demanda Shelke, qui s’était approchée à son tour. Le ” vrai ” Genesis ?

Celui-ci hocha la tête, hébété.

- Où est-il ? demanda-t-il. Où est le garçon qui avait pris ce corps ?

Vincent se tourna vers eux.

- Nero ? En sécurité. Très affaibli mais il reconstitue son enveloppe et ses organes petit à petit.

Genesis secoua la tête, sceptique.

- Il reconstitue son enveloppe ? Mais… Avec quoi ? C’est impossible ! Il… Il n’a rien pris. Pas une seule cellule. Mon corps est intact !

- Nous l’avons mis dans un caisson mako, l’informa Shelke.

- Un caisson mako ? répéta-t-il, visiblement préoccupé. Mais ça ne suffira jamais !

- Est-ce Hojo que nous avons vu plonger dans la rivière ? demanda Vincent, encore sous le choc de ce qu’il avait vu.

- Oui. Oui, c’était bien cette ordure d’Hojo. Comment… Comment Nero s’y est-il pris ? insista Genesis.

Shelke leva le sourcil, étonné de l’inquiétude de l’ancien soldat pour le second des Tsviets.

- Pas de la meilleure façon, je le crains, mais il n’avait pas vraiment le choix. Le fait de devoir reconstituer son corps avec la force de son seul moi psychique l’a fortement affaibli et, à entendre ma sœur, il est aussi fragile qu’un nouveau-né.

- Récupère ton enveloppe et partons d’ici, ordonna Vincent. Il nous faut nous dep…

- Non, le coupa Genesis. Si je réintègre mon corps, je ne pourrais plus en sortir.

L’ex turk ouvrit de grands yeux.

- Tu préfères donc rester un fantôme ?

- Bien sûr que non ! Mais j’aimerais d’abord que Nero y prenne la matière suffisante pour se régénérer et, pour cela, il faut lui amener ” vide “. D’après ce que me dit cette jeune fille, il n’aura jamais la force de s’y glisser si j’y suis déjà.

Shelke sourit.

- Alors Sephiroth avait raison, finalement. Tu sembles beaucoup aimer Nero et son frère.

- Sephiroth ? bredouilla Genesis. Alors cette femme disait vrai ? Sephiroth est… vivant ?

- ” Cette femme ” est sa mère, l’informa l’ex turk. Lucrecia Crescent. Et, oui, il est bien vivant.

Le soldat frotta son visage désincarné, visiblement très ébranlé.

- Je suis resté absent si longtemps…

Vincent et Shelke échangèrent un regard embarrassé.

Les soldats du WRO qui les accompagnaient, eux, ne savaient visiblement plus du tout à quel saint se vouer.

*

- Et tu ne m’as rien dit ? gronda Loz, fou de rage mais essayant de se contrôler pour ne pas malmener Nero, toujours blotti contre lui. Cette ordure a torturé mon fils !

- ” Cette ordure “ a tué le mien ! rétorqua Yazoo sur le même ton, faisant blêmir son frère. Qu’est-ce ce que tu crois ? Que je n’avais pas envie, moi aussi, de grimper dans ce satané hélicoptère pour aller régler son compte à cet enfant de salaud ? Tu crois que j’ai déjà oublié ce qu’il a fait à mon bébé ?

- Bien sûr que non. Je… Je suis désolé… Ce n’est pas ce que je voulais dire, murmura son jumeau, horriblement mal à l’aise. Mais ni Vincent, ni Rufus, ni toi n’aviez le droit de nous empêcher de régler son compte à cet homme !

- Peut-être avons-nous estimé que ta vie et celles de mes frères valait mieux que le plaisir fugace d’une vengeance ! railla le cadet, amer. Mille pardons d’avoir voulu vous protéger des griffes de ce Genesis et de Jenova !

- De quoi devons-nous être protégés, Yazoo baby ? On peut savoir ? demanda la voix de Cid, qui venait d’arriver dans leur dos, flanqué de Sephiroth et de Cloud.

Yazoo ferma les yeux et pinça les lèvres, anéanti.

Il avait juré à Reno de garder le secret sur la mission et, en trois heures à peine, il avait déjà réussi à mettre la puce à l’oreille à tous ses frères.

Quel piètre compagnon il faisait pour un turk aussi haut placé que Reno !

Il s’apprêtait à fournir une explication laborieuse lorsque le cri de Shalua, qui venait de sortir de son bureau le téléphone collé à l’oreille, l’interrompit.

- Merill ! Ils sont sur le toit ! Prépare la cuve et demande à Kadaj de descendre de toute urgence !

- Il est en si mauvais état que ça ? s’enquit son assistant, anxieux.

- A en croire Reno, oui. Cid ! Je vais avoir besoin de toi, là-haut !

- Mais enfin, qu’est-ce qui se passe, ici ? demanda Cloud, le regard allant de Shalua à Yazoo.

Cette dernière ne prit pas le temps de répondre et quitta l’infirmerie en tirant le pilote interloqué par le devant de son t-shirt.

L’argenté, lui, sentit ses joues s’empourprer sous le regard croisé de ses frères.

*

Weiss, sanglé à la civière se sentit ballotté en tout sens et il lui sembla entendre des voix d’hommes affolés autour de lui. Son esprit embrumé ne lui permettait de saisir que des bribes de leur conversation.

” …cassé …sérieux …urgence …Kadaj …cuve …dangereux pour lui …mako purifié ..Omega …Nero “

Nero…

Son petit frère…

Où était-il ?

- Ne…ro… gémit-il. Ne…ro…

Une voix douce de femme chuchota tout contre son oreille.

- Nero est en sécurité, je te le promets, tu le verras bientôt. Accroche-toi, mon grand, on va s’occuper de toi.

Nero…

Il ne fallait pas que Nero le voie dans cet état. Cela le terrifierait. Il aurait voulu le dire à la femme mais il se sentait incapable de former une phrase cohérente.

Son petit frère n’avait jamais supporté de le voir malade ou malmené. Ca le rendait fou de peur et de chagrin. Comme il y a quatre ans, là-bas, au réacteur zéro, lorsque Weiss et ses lieutenants avaient enfin réussi à se débarrasser de leur bourreau, ce Restrictor maudit qui les avait enfermés et dressés comme chiens de combat.

Non…

Non, c’était injuste de dire ça…

Les chiens de combats étaient bien mieux traités !

Lorsque le Restrictor s’était effondré à ses pieds, Weiss s’était figé et avait attendu quelques instants. Une douleur… Une gêne… Un malaise… Un quelconque signe annonçant que le nanovirus qu’on lui avait injecté pour prévenir toute mutinerie, et qui devait se réveiller dans les trois jours suivant la mort de son bourreau, avait commencé son œuvre de destruction.

Le nanovirus…

Cette minuscule promesse de mort…

Le seul obstacle qui l’avait empêché de se révolter jusqu’alors.

Du moins jusqu’à ce qu’on attache Nero à cette colonne maudite dans ce sous-sol crasseux et qu’il l’entende hurler et l’appeler à l’aide jour et nuit…

Une seule chose comptait aux yeux de Weiss plus que sa propre vie : son petit frère. Et son premier geste d’homme libre, après avoir éliminé le Restrictor, fut d’aller libérer Nero.

- C’est fini … avait-il murmuré à son oreille lorsqu’il avait brisé les chaînes qui retenaient impitoyablement son corps menu contre la pierre dure. C’est fini, chibi face

Chibi face “

Un sobriquet affectueux donné par Angeal Hewley et que le benjamin n’acceptait que de la part de son frère aîné.

Nero était resté un long moment blotti contre lui, dans ce sous-sol horrible, comme s’il voulait s’assurer de la réalité de son frère. Il lui fallut plusieurs minutes pour faire sortir quelques mots de sa gorge, écorchée à force de sanglots et de hurlements.

- Tu as… réussi… Tu as pu te… libérer de… lui… Je suis tellement… heureux… Mon frère… Bien aimé…

- Oui, chibi face, cette fois, c’est bien terminé.

- Comment ? Le virus… Comment as-tu…

- Nous trouverons, l’avait coupé Weiss. Ne t’en fais pas pour ça.

Nero s’était alors raidit dans ses bras et avait levé vers lui un regard épouvanté.

- Tu as tué le Restrictor sans… Sans anihiler… le virus ?

- Nous trouverons une solution, Nero, Shelke va me…

- Non ! avait hurlé son frère, en larmes en s’accrochant désespérément à lui.

- Nero, je…

- Il ne reste que trois jours, Weiss ! Comment vas-tu faire ?

- Je t’ai dit que…

- Pourquoi as-tu fait ça ? Pourquoi ? Pourquoi ? POURQUOI ? !

La dernière chose dont il se souvenait ensuite, était d’avoir pénétré grâce à Shelke dans la réalité virtuelle de la toile mondiale, à la recherche d’informations et… plus rien.

Jusqu’à ce que, trois ans plus tard, Vincent Valentine et son frère chassent (ou du moins l’avait-il cru) l’homme qui avait pris possession de son corps pour en faire l’hôte de l’Omega…

à suivre

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IX - Je ne serai jamais un souvenir…

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- C’est tout ce dont je me souviens, conclut Yazoo après avoir expliqué à Reno comment lui et Kadaj avaient ranimé Loz, dans le Cratère, peu avant l’arrivée des turks.

Reno fit vibrer ses lèvres dans l’obscurité, à laquelle ses yeux s’étaient suffisamment habitués pour distinguer le visage en cœur d’argenté, allongé à ses côtés, dans le lit.

- Bah merde, alors ! Moi qui me disais qu’avec tous les trucs bizarres que j’avais vus rien ne pourrait plus me surprendre… C’est digue, cette histoire de matrice… Eh, là, attends une minute ! réalisa-t-il soudain en se redressant sur un coude pour se tourner carrément vers Yazoo. T’es en train de me dire que… Que toi et ton frangin vous êtes âgés de… (Il compta rapidement sur ses doigts) De cinq semaines ? ! s’étrangla-t-il.

L’incarné acquiesça et le turk siffla, essayant de saisir tout ce que cela sous-entendait.

- Donc… Tu n’as aucune expérience personnelle, en fait ? Tout te vient de Sephiroth ? Lorsque tu pilotes une moto, que tu te sers d’une fourchette, de ton arme ou…

Ou que tu fais l’amour… “ avait-il failli ajouter.

Il s’était mordu la langue à temps.

- Ses expériences personnelles à lui sont mes seules références. Enfin, à peu de chose près. Je sais beaucoup de choses sans pour autant les avoir moi-même expérimentées.

Reno fronça les sourcils.

- Attends, tu veux dire… un truc du genre ” je n’ai jamais mangé de mangues mais je sais le goût que ça a ” ?

Yazoo parut réfléchir à cette façon de présenter les choses et acquiesça.

- Oui, plus ou moins. Je connais le goût de certains plats que je n’ai jamais eu l’occasion de manger et je peux reconnaître des parfums que je n’ai jamais sentis moi-même.

- Est-ce qu’il t’arrive de détester des trucs que lui aimait ? demanda encore le turk avec curiosité.

L’argenté haussa les épaules.

- Je l’ignore, je n’ai pas connu Sephiroth. Je ne sais pas ce qu’il aimait ou détestait.

- D’accord mais si ses…

- Les connaissances qu’il m’a transmises ne sont que des données. Des informations. Pas des sensations ou des sentiments, Reno.

Celui-ci tiqua mais ne releva pas car Yazoo venait, pour la première fois, de l’appeler par son prénom.

- Ce ne sont que des informations, poursuivit l’incarné. Comme des fichiers que l’on transfère d’un ordinateur à l’autre. Pas un morceau de la personnalité Sephiroth. Enfin, je ne pense pas… ajouta-t-il à mi-voix, trouvant cette perspective plutôt effrayante.

Il frissonna et, à nouveau, Reno eut encore cette envie soudaine de le protéger et de le serrer contre lui.

Ca doit vraiment être un putain de système d’autodéfense inné… “ se dit-il en résistant à l’envie de tendre la main pour lui lisser les cheveux.

Comment faisaient-ils ça ? Des phéromones ? Une substance chimique qui faisait tinter une alarme dans le cerveau des gens et agitait une pancarte ” Je suis une pauvre petite chose sans défense ! Un petit chaton abandonné ! Câlinez-moi ! Aimez-moi ! Protégez-moi ! “.

- Je suis fatigué, Reno… chuchota ” le chaton ” en question en frottant ses jolis yeux mako.

Le turk faillit pousser un gémissement attendri tant cette mimique le rendait - si c’était possible - encore plus craquant.

- Excuse-moi, je n’aurais pas dû te prendre la tête avec ça maintenant. Ca va, tu n’as pas froid ? Tu veux que je baisse un peu la clim ?

Yazoo secoua la tête et se pelotonna dans les draps.

- Non, ça va. Bonne nuit, Reno.

Ce dernier sourit dans le noir.

- Ouais… Bonne nuit à toi aussi…

” …petit chaton mouillé. “ ajouta-t-il mentalement.

*

Tifa se redressa sur un coude et cligna de l’œil.

- Ca te dirait, un petit truc à grignoter ?

Loz sourit malgré lui.

Il venait de prendre un anti-douleur et se sentait beaucoup mieux. Même la fièvre paraissait être tombée.

- Du genre… sandwich ?

- Plutôt du genre… ” crème glacée ” !

L’argenté pinça les lèvres, taquin.

- Est-ce bien raisonnable ?

Tifa tira le bout de sa langue, chipie, et le jeune homme détourna le regard, luttant contre l’envie de se pencher pour la pincer entre ses dents et l’aspirer dans sa bouche.

- On s’en fiche ! Tout le monde dort et les enfants sont avec Cloud.

Avant qu’il n’ait pu dire un mot, elle avait bondi du lit et était sortie de la chambre, le regard de Loz rivé sur la cambrure de ses reins.

Cette fille va vraiment me rendre dingue… “ pensa-t-il en soupirant.

*

A une bonne demi-heure du 7ème ciel, dans l’église en ruine de Midgar, d’étranges remous agitaient la source qui coulait sous ce qui fut jadis le maître autel.

Dans les ténèbres, à peine éclairées par la lune, des bulles crevèrent à la surface de l’eau et une petite main - bien trop menue pour appartenir à un homme mais trop vigoureuse pour être celle d’une femme - jaillit dans une gerbe de gouttelettes…

La peau encore fine d’adolescent, d’une pâleur bleutée, scintilla un instant sous les maigres rayons de l’astre nocturne et les doigts graciles se tendirent vers le bord de l’eau, comme pour essayer de s’agripper à quelque chose et s’extraire de l’onde glaciale. Mais quelque chose - ou quelqu’un - parut tirer inexorablement sous l’eau le propriétaire de la petite main si blanche.

Un dernier clapotis fit office de chant du cygne et, lorsque les doigts effilés disparurent sous la surface, l’église en ruine redevint aussi silencieuse qu’un tombeau…

*

Reno fixait le plafond, incapable de dormir mais néanmoins bercé par le souffle léger de Yazoo.

Ne pas le regarder…

Ne pas le regarder…

Ne pas le regarder…

Ne pas le reg… Trop tard.

Comme mus par une volonté propre, les yeux du turk coururent sur les cheveux brillants malgré la lueur pâlotte de la lune, dont les rayons entraient par la fenêtre, dévoilant le petit visage en cœur de Yazoo.

Par la Déesse ! Ce visage…

Les joues rondes donnaient envie de les pincer, les longs cils argentés mettaient au défi un index malicieux de les chatouiller et les lèvres entrouvertes…

Par tous les démons de la planète ! Ces lèvres…

Tendres, pleines et si joliment ourlées, d’un rose tendre un peu bleuté…

Avant de comprendre ce qu’il était en train de faire, Reno se pencha lentement, le regard fixé sur la petite bouche boudeuse.

Que comptait-il faire exactement ?

La caresser ? La baiser ? La frôler ? S’enivrer du parfum suave du souffle qui s’en échappait ?

Il n’en savait rien, en réalité… Il était juste attiré par la peau gourmande comme une guêpe par une goutte d’eau sucrée.

Et, au moment où sa propre bouche allait se poser sur les lèvres parfaites, ces dernières remuèrent et s’étirèrent en un rictus presque cruel.

- Qu’espères-tu faire, petit turk ? railla une voix qui n’était pas celle de Yazoo.

Reno cligna des yeux, surpris, laissa échapper un cri étouffé et recula si violemment qu’il tomba du lit.

Nonchalamment allongé sous les draps, la tête languissamment appuyée sur son avant-bras, il le dévisageait, un sourire narquois sur ses lèvres parfaites.

Le turk, pétrifié, n’osait pas esquisser un geste et ne put que gémir un pitoyable :

- Oh, putain…

*

Pestant contre son manque de contrôle et sa puérilité, Tifa remplit deux bols à ras bord de crème glacée, qu’elle posa sur un plateau, et prit une bouteille d’eau minérale sous le bar.

Ca te dirait, un petit truc à grignoter ? ” Ridicule !

Tout à fait le genre de chose à dire à un homme blessé à demi assommé par la fièvre, vraiment !

L’excuse la plus ridicule qu’elle aurait pu trouver pour s’esquiver de cette chambre !

- Idiote ! s’admonesta-t-elle à voix haute. Crétine !

Elle s’appuya au bar et se frotta le visage.

Mais pourquoi cet homme la mettait-elle sens dessus-dessous ?

Parce que ce qu’il avait enduré lui faisait pitié ? O.K. !

Parce qu’il avait un corps à rendre jaloux la moitié du panthéon Cetra ? Soit !

Parce que sa voix profonde aurait fait vibrer toute femme comme une harpe ? Il aurait été ridicule de le nier !

Parce que ses airs innocents de petit garçon malmené la faisaient totalement craquer ? Il y avait aussi sans doute un peu de ça !

Parce que le fait qu’il n’ait cessé de penser à elle comblait son besoin débridé de romantisme ? C’était une affaire entendue !

Parce quil avait les plus beaux yeux tristes et la bouche la plus sensuelle que Tifa n’ait jamais vus ? C’était vrai aussi !

Mais bon !

A part ça, qu’est-ce que ce maudit incarné avait pour plaire, hein, franchement ?

La jeune femme se frappa le front de la main et laissa échapper une bordée de jurons qui auraient même faire rougir Cid Highwind en personne…

- Idiote ! Idiote ! Et re-idiote !

*

Cloud tressaillit et ouvrit brutalement les yeux.

N’avait-on pas crié dans la chambre d’amis ?

Le cœur battant, il bondit hors de son lit et se précipita dans le couloir.

La chambre où dormait Reno paraissait silencieuse. Avait-il été victime d’un cauchemar ?

Par acquit de conscience, il gratta néanmoins au battant. Un bruit trop léger pour déranger un dormeur mais parfaitement audible si quelqu’un était éveillé.

La porte s’ouvrit brutalement et il faillit se prendre les jambes dans un Reno affolé qui essayait tant bien que mal de remettre sur ses pieds.

-Reno ? s’étonna Cloud. Qu’est-ce qui…

- Il est là ! Il est revenu ! le pressa le turk en désignant la chambre.

- Quoi ? Qui ? demanda son compagnon en regardant à l’intérieur.

- Sur le lit !

Cloud fronça les sourcils, regarda encore et se tourna vers Reno, qui se tenait en caleçon dans le couloir, les membres tremblants.

- Reno, il n’y a personne, là-dedans. A part Yazoo, s’entend.

Le turk le bouscula presque pour regarder à l’intérieur de la chambre.

Sur le grand lit, emmitouflé dans les draps, qui se soulevaient au rythme de son souffle paisible, Yazoo dormait comme un ange.

- Mais… bredouilla Reno. Il était là. Je l’ai vu… Sur le lit, à côté de moi. Il m’a parlé. Je ne suis pas dingue !

- Mais enfin qui était là, Reno ?

- Sephiroth… avoua le turk à mi-voix, faisant blêmir Cloud.

… à suivre

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LXIV - Plus mort que vif

Mieux vaut la mort dans le combat que la vie d’un vaincu.
Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

L’oreillette de Vincent grésilla et il leva la main pour signifier aux soldats de la WRO qui le suivaient de s’arrêter.

Ces derniers obéirent comme un seul homme et se placèrent dos au mur de l’étroit conduit souterrain qu’ils arpentaient prudemment depuis près d’une heure et qui menait aux entrailles du mont Nibel.

Ici l’Unité alpha. Tout est propre. Rien à signaler dans les grottes du secteur C01. “ fit la voix de Rude dans l’oreillette de l’ex-turk.

Ici unité beta. Tout est propre aussi dans la zone C02, Monsieur. Quelles sont vos instructions ?” demanda la voix d’une jeune femme à son tour.

Vincent se tourna vers Shelke, qui lui fit signe de la tête en tapotant sur son PDA.

- Unités alpha et beta, continuez la progression comme convenu dans les secteurs C03 et C04, ordonna l’ex-turk. Nous vous envoyons une topographie détaillée des lieux.

A vos ordres, Monsieur. “

O.K., on continue, Vince “

Vincent donna ordre de poursuivre et la petite colonne armée se remit en marche.

*

Denzel finit par s’endormir, pelotonné dans le lit entre Tifa et Loz.

- Décidément, il sera dit que nous ne passerons pas une seule nuit tranquilles… soupira la jeune femme.

L’argenté eut un sourire las et tendit la main pour lui caresser la joue.

- Avec le bébé, ça ne va pas s’arranger, tu sais. Je vais m’installer avec lui à côté, dans la chambre que Yazoo et moi nous…

- Ne dis pas de bêtises, le coupa Tifa. Le bébé viendra ici, avec son papa.

Le papa en question se permit un petit rire ironique.

- As-tu déjà passé des mois avec un nourrisson qui se réveille plusieurs fois par nuit avec des cris aigus ? demanda-t-il, non sans humour.

- Non mais ça ne doit pas être si terrible que ça.

- Crois-moi sur parole, Yazoo et moi avons eu envie de jeter ” bébé Kadaj ” dans les toilettes plus d’une fois.

La jeune femme pouffa en se mordant la langue pour ne pas réveiller Denzel.

- Dans les toilettes ?

- Nous n’avions pas de fenêtres, au cratère Nord, plaisanta l’argenté avec une moue taquine.

Tifa grimaça désespérément pour ne pas piquer un fou-rire.

- Idiot…

Loz lui pinça tendrement la joue.

- Je vais redescendre un peu auprès de ce garçon, dans le caisson.

- Nero ? Il est inconscient.

- Peu importe. Il m’a ramené mon fils. Rester un peu à ses côtés est le moins que je puisse faire en l’absence de son frère. Ca va aller ?

Tifa, tombant de fatigue, acquiesça, les yeux mi-clos, et embrassa sa paume.

- Oui, ne t’en fais pas. Essaye de revenir dormir un peu quand même.

Il se pencha prudemment par-dessus le garçonnet et déposa un baiser sur les lèvres offertes.

- Ne t’inquiète pas pour moi. Dors.

Il les borda, elle et Denzel, et s’habilla en silence, sachant très bien qu’il n’était pas prêt de se recoucher.

Veiller Nero n’était qu’un prétexte.

Bien qu’il ait fait mine de ne s’apercevoir de rien pour ne pas effrayer Tifa, il s’était évidemment rendu compte que Yazoo lui cachait quelque chose. Et il était bien décidé à le ” cuisiner ” le temps qu’il faudrait pour savoir de quoi il s’agissait !

*

Rude et son unité firent irruption dans une large grotte.

- Go ! Go ! cria le turk. En position !

La dizaine de soldats du WRO se déploya aussitôt le long des parois en balayant les lieux du faisceau des torches qu’ils avaient fixées à l’extrémité de leurs armes.

Tout semblait désert et Rude s’apprêtait à en informer Vincent lorsqu’un jeune soldat roux l’interpella depuis l’extrémité opposée de la grotte.

- Monsieur ! cria-t-il. Par ici ! Dans les rochers !

Le turk se tourna vers lui.

Comme une poupée désarticulée que l’on aurait jetée au sol, l’ancien chef des Tsviets gisait sur le dos, les bras en croix et la tête renversée sur les arêtes aiguës des pierres qui lui servaient de couche.

- Oh, merde… gémit Rude en se précipitant vers lui. Vince ! cria-t-il dans le petit micro fixé au col de sa tenue de commando. On l’a trouvé ! Dis à Reno de poser l’hélico sur le terre-plain, à l’entrée de la grotte !

*

- Comment va-t-il ? demanda Loz à son jumeau, le faisant sursauter.

Ce dernier se tenait debout à côté du caisson de Nero et le regardait avec inquiétude.

- Il s’agite, hyperventile et n’arrête pas d’appeler son frère. Il ne te rappelle pas quelqu’un ? demanda-t-il avec un sourire triste en posant la main à plat sur la paroi de verre, juste au-dessus du visage comprimé dans son masque de contention, comme pour lui caresser la joue à distance.

Loz s’approcha à son tour et sentit son cœur se pincer devant le corps tremblant, si mince que l’on voyait le dessin des côtes sur ses flancs. Par rapport au reste, si menu, ses bras, ses épaules et sa musculature pectorale et abdominale paraissaient étonnamment vigoureux mais pouvait-il en être autrement lorsqu’on vous contraint à manier d’énormes pistolets de près de trois livres chacun et qu’on vous visse une immense paire d’ailes métalliques aux os de l’épine dorsale et des omoplates ?

Les longs doigts graciles étaient recroquevillés sous le petit menton pointu, autant du moins que le permettaient les fins poignets entravés par plusieurs épaisseurs de gaze.

Les globes oculaires roulèrent sous les paupières diaphanes à demi-closes.

- Weiss… eiss… eiss…

A peine un murmure.

La poitrine ornée d’arabesques haleta, fut prise de soubresauts, et des larmes perlèrent au bout des longs cils frémissants.

La gorge de Yazoo se serra tandis qu’il avait l’impression de revenir des années en arrière, là-bas, au cratère Nord, lorsque les scientifiques ramenaient Kadaj dans leur chambre, après lui avoir fait subir les Dieux seuls savaient quoi.

L’adolescent semblait si fragile, alors, étendu sur son lit, à peine conscient, tremblant et utilisant le peu de forces qui lui restait pour gémir le nom de Loz sans discontinuer, jusqu’à ce que celui-ci revienne enfin de son entraînement forcé le soir venu et serre le garçon contre lui pour le bercer comme un tout petit. Comme lorsqu’il était enfant et qu’un cauchemar l’effrayait.

Les jumeaux s’étaient toujours occupés de Kadaj avec autant de dévouement l’un que l’autre mais, dans ses moments là, lorsqu’il était vraiment terrifié, c’était toujours l’aîné que le cadet réclamait. La force peu commune de Loz, sa carrure, sa voix profonde et son indéfectible patience rassuraient Kadaj et le calmaient plus sûrement que n’importe quelle caresse ou mot tendre de Yazoo.

Une figure paternelle, protectrice et rassurante ? Sans doute.

Et c’est aussi ce que devait être Weiss pour Nero, si l’on en croyait ses réactions et ce qu’avait raconté Shelke.

Alerté par les ” bips ” de l’ordinateur relié au caisson, Merill s’approcha pour vérifier les données.

- Zut… soupira-t-il en constatant que l’agitation de son patient montait en flèche, risquant de provoquer un incident cardiaque - ou pire. Shalua, ça ne va pas, appela-t-il.

La jeune scientifique s’approcha à son tour et lut par-dessus l’épaule de son assistant.

- Il va falloir injecter une nouvelle dose de sédatifs.

- Encore ? J’ai peur que cela lui fasse plus de mal que de bien.

Yazoo lança à Loz un regard suppliant. Celui-ci sourit et hocha la tête.

- Shalua, peut-on le sortir du caisson, un instant ? demanda le grand argenté.

Les deux médecins ouvrirent de grands yeux surpris.

- Loz, il a besoin du mako qui…

- Juste une minute. Il est juste effrayé. C’est d’un contact, dont il a besoin, pas de médicaments.

Shalua parut hésiter mais Yazoo insista.

- Kadaj faisait exactement les mêmes mimiques et réagissait de la même façon après avoir été malmené par les chercheurs, dit-il. Loz arrivait toujours à calmer. Laisse-le essayer, ça n’engage à rien.

Avec un soupir sceptique, la jeune femme et Merill s’exécutèrent, sans grand enthousiasme, et, après l’avoir enroulé le corps nu avec mille précautions dans une couverture très douce, Loz souleva le fragile ténébreux dans ses bras et alla s’asseoir sur l’un des lits, dont Yazoo redressa le dossier pour qu’il puisse s’y appuyer, son précieux fardeau roulé en position fœtale contre sa poitrine.

- Attention à son dos, les points de suture sont encore très frais, prévint Merill en collant quelques électrodes sur la poitrine et le dos de Nero.

Shalua s’avança avec un masque à oxygène relié à la cuve par un long tuyau où circulait un gaz verdâtre et le posa sur le visage de son patient après avoir déclipsé la partie du système de contention qui lui cachait la bouche.

- C’est de mélange d’oxygène et de mako, expliqua-t-elle. Ca ne vaut pas le caisson mais c’est mieux que rien.

Nero inspira le mélange avec avidité, au début, puis de plus en plus lentement tandis qu’il se laissait aller contre la large poitrine, dont il entendait battre le cœur contre son oreille.

” Papam… Papam… Papam… ”

Une grande main lissa les longs cheveux noirs tandis qu’il se sentit bercé tout doucement d’arrière en avant, en un mouvement lent et hypnotique accompagné par le rassurant battement.

” Papam… En arrière… Papam… En avant… Papam… Papam…”

La peau contre le haut de sa joue, l’une des rares parties de son visage que laissait à découvert son masque de contention, était tiède et douce. Le muscle qu’elle recouvrait, puissant et volumineux.

Comme ceux de Weiss…

Mais ce n’était pas lui.

Et ce n’était pas non plus Angeal.

Qui était cet homme, qui le tenait dans le berceau protecteur de ses bras avec la même tendresse que son frère ou que leur capitaine, sans la moindre crainte ou dégoût ?

” Weiss… Grand frère… Bientôt là… Dormir… Weiss… Mont Nibel… Va revenir…”

Une voix qui n’appartenait pas à l’homme contre qui il se blottissait, lui parvenait par intermittences, elle aussi rassurante et douce, presque féminine. A demi inconscient, il ne parvenait pas à tout saisir mais l’essentiel était clair : Weiss viendrait bientôt. Weiss serait bientôt là, près de lui, et le protégerait comme il l’avait toujours fait.

En attendant, l’homme aux grandes mains douces veillerait sur lui. Oui, il en était persuadé. Il le sentait dans la façon dont ses doigts lissaient ses cheveux et dont ses lèvres effleuraient parfois sa pommette ronde. Comme seuls son frère et Angeal avaient osé le faire jusqu’à présent.

Et Genesis.

Genesis…

Genesis… Je croyais que tu nous aimais bien… C’est ce que tu disais toujours… Pourquoi nous as-tu fait autant de mal ? Parce que j’ai pris ton corps ? J’en avais juste besoin pour sauver mon frère bien aimé… Je te l’aurais rendu intact… Jamais je n’aurais fait quelque chose pour te nuire ou te blesser, Genesis… Même lorsque tu as refusé de nous aider à nous libérer des restrictors, nous t’avons protégé de la Shinra… J’ai mis moi-même ton corps à l’abri dans la grotte…Tu savais que je te l’aurais rendu très vite… Tu le savais… Tu le savais… Tu le savais ! Alors pourquoi nous as-tu fait ça ? Pourquoi, Genesis ? Pourquoi ? “

Une larme perla entre ses longs cils et Yazoo essuya les grands yeux en amande à l’aide d’une compresse stérile.

- Comment es-tu aussi sûr que Weiss ne va pas tarder, Yazoo ? murumura Loz avec un regard perçant. (Son jumeau se figea) Qu’est-ce que tu ne veux pas me dire, petit frère ?

*

Dans l’hélicoptère, Vincent aida Rude à fixer Weiss à la civière de secours.

Reno, qui s’était tourné pour voir à quoi ressemblait l’homme qu’il était venu sauver, jura.

- Faut avoir fait ” bombe sup’ ” pour être officier supérieur dans le SOLDAT ou quoi ? Ils les recrutent sur photo ?

- Reno… le tança Vincent.

- Oh, ça va, je détendais un peu l’ambiance, c’est tout…

- Il est dans un sale était, soupira Rude.

- Hojo… ne cessait de répéter l’ancien chef des Tsviets dans une sorte de délire à demi conscient. Vincent… Vincent Valentine…

- Je suis là, le rassura ce dernier.

Il épongea le sang qui coulait de la lèvre du jeune homme avec une moue révoltée. Ce garçon et son frère étaient-ils donc destinés à servir toute leur vie de marionnettes et de défouloir à des bourreaux tous plus déséquilibrés les uns que les autres ?

Weiss était jeune, beau, rayonnant et si plein de vie… Quel gâchis !

Vincent le couvrit d’une couverture de survie et le blessé s’agita.

- Du calme. On va te sortir de là. Le cauchemar est fini, Weiss.

- Hojo… répéta celui-ci en agrippant le bras de l’ex-turk.

- Hojo est mort.

- Non… Il est… Vivant…

- J’ai tué Hojo lorsqu’il…

- Vincent… l’interrompit Shelke, les yeux brillants soudain d’une étrange lueur dorée en sautant dans l’hélicoptère. Il y a des perturbations importantes en bas, près de la rivière.

- Genesis… insista Weiss avant de sombrer dans l’inconscience. Genesis… C’est… C’est Hojo…

- Quoi ?

*

Des dizaines de mètres plus bras, celui qui n’était pas Genesis courait en direction du flux vital de la planète, qui passait sous la montagne.

Si seulement il avait encore eu Nero sous sa coupe, il aurait envoyé tous ces gêneurs et ces satanés soldats dans un endroit d’où il ne risquaient plus de revenir autrement que fous !

Mais Nero s’était enfui…

Et il avait dû abandonner Weiss…

Il secoua la tête avec rage.

- Arrête de ressasser, ce n’est qu’un léger retard ! s’admonesta-t-il sans cesser de courir.

Un dernier coude…

Une dernière dénivellation…

Et elle était là : sa libération. La rivière de la vie où il s’apprêtait à plonger..

Mais quelque chose se dressait entre lui et elle.

Quelque chose qu’il n’avait pas prévu…

Pas prévu du tout !

Genesis-Hojo se figea dans son élan, à quelques mètres à peine du gouffre où coulait la rivière, et son visage se tordit en un masque de rage.

Devant lui, flanqué des apparitions fantomatiques de son ex-femme et du soldat Angeal Hewley, une légende vivante bien plus consistante que les deux défunts lui adressait un sourire vibrant de mépris.

- On est venu m’informer que tu avais pris quelque chose qui m’appartenait, dit l’apparition en campant fermement ses jambes désincarnées sur le sol de pierre, bien décidé à empêcher le scientifique de passer pour se jeter dans le rivière.

Hojo sentit son estomac d’emprunt se contracter et sa crainte n’avait rien à voir avec Lucrecia ou Angeal, pour haineux qu’ils fussent. Les morts ne sont que des fantômes inoffensifs.

Mais les âmes désincarnées, c’était une autre paire de manches… surtout lorsque l’âme en question risquait à tout moment de reprendre de son corps et de vous emprisonner avec elle à l’intérieur comme un vulgaire moustique dans un bocal…

Hojo recula d’un pas.

- Genesis… bredouilla-t-il.

à suivre

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LXIII - Mon père, cet assassin

” Mon père aima ma mère comme on aime un complice ;
comme le crime aime le vice !”

C. Rodriguez

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Tifa bâilla et Loz la serra contre lui.

Vêtue d’une simple nuisette par-dessus laquelle elle avait rapidement enfilé un déshabillé pour descendre à l’infirmerie, elle frissonnait dans l’air climatisé du sous-sol.

- Nous devrions remonter dormir un peu, chuchota-t-il à son oreille. Il est presque quatre heures du matin.

La jeune femme acquiesça avec un sourire épuisé et se laissa aller contre son torse nu.

- Tu vas finir par attraper la mort, à te promener comme ça, murmura-t-elle en frictionnant la peau satinée.

Il haussa les épaules.

- Le froid ne me fait pas plus d’effet que ça, tu devrais commencer à le savoir, répondit-il avec un clin d’oeil. Où est passé Denzel ?

La jeune femme jeta un regard alentour.

Elle et Loz se tenaient debout près du caisson mako où Nero était toujours inconscient. Sephiroth, Cid et Cloud discutaient non loin de là avec des mines sombres. Shalua et Merill nettoyaient et désinfectaient le box de chirurgie et Shelke était penchée sur le berceau de Kay, qui gazouillait joyeusement sous les chatouilles de la jeune fille.

- Il était avec le bébé et Shelke à l’instant…

- Là, fit Loz en désignant la porte entrouverte du bureau de Shalua.

Tifa fronça les sourcils.

- Sale petit farfouilleur trop curieux ! gronda-t-elle faisant rire l’argenté.

- Je vais le chercher.

- Et fais-lui la leçon, surtout ! Toi, il t’écoutera peut-être.

Loz traversa le laboratoire en direction du bureau et Kadaj entra à ce moment précis, accompagné de Cait et d’une Yuffie aux yeux bouffis de sommeil.

- Ca y est, ils ont terminé ? s’enquit cette dernière en s’approchant du caisson pour observer Nero. Tiens, je ne me souvenais plus qu’il avait tous ces tatouages.

- Ce ne sont pas des tatouages, l’informa Tifa. D’après ce que j’ai compris, ces marques sont apparues sur sa peau à la puberté.

Cait écarquilla les yeux et colla presque la truffe contre le couvercle de verre pour mieux voir.

- Tu parles d’un truc bizarre, nota l’Utaïenne.

Kadaj tendit l’oreille.

- C’est quoi, ce bruit et cette fumée noire ? On dirait des centaines gémissements mêlés, dit-il en frissonnant malgré lui. Un mélange spécial de mako ?

Sa compagne sourit.

- Non, c’est Nero qui fait ça. C’est son ” don “. Il invoque des sortes de ténèbres peuplées de… de… Je ne sais pas vraiment quoi, en fait. Mais je peux te dire que quand tu te retrouves coincée dedans, ça n’a rien de drôle !

- Ca y est ? demanda une voix douce derrière eux. Alors ? Il a dit quelque chose ?

Ils se tournèrent pour voir Yazoo, qui venait d’arriver à son tour.

- Non, lui apprit Tifa. Il ne s’est pas encoré réveillé. Reno n’est pas avec toi ?

- Il est dans le bureau de Rufus, avec Rude, Vincent et Reeve.

Kadaj tiqua.

- Un problème ?

- Non ! le rassura son frère avec un sourire. Pas du tout. Maintenant que grand frère est réveillé, ils doivent préparer son ” grand retour ” pour la presse.

- Oh. Je n’avais pas pensé à ça.

- Je dois aller dire à Shelke qu’ils ont besoin d’elle.

- Elle est là-bas, avec Kay, fit Tifa en pointant la jeune fille du menton.

Yazoo s’éloigna avec un soupir silencieux. A l’instar de Loz, et contrairement à ce que pensaient beaucoup de personnes, il n’avait jamais été très doué pour mentir, surtout pas à ses frères. Mais, qu’il le veuille ou non, c’était visiblement le prix à payer pour être l’amant d’un turk…

Aussi naturellement que possible, il s’approcha de Shelke et se pencha vers elle comme si de rien n’était, pour caresser les joues du bébé que la jeune fille berçait.

- Vincent a besoin de toi, murmura-t-il sans se départir de son sourire, pour donner le change à ceux qui pouvaient les observer. Lui, Reno, Rude et Barret vont aller chercher le frère de Nero au mont Nibel. Un escadron de la WRO appelé par le commandeur Tuesti sera sur place dans moins d’une demi-heure et vous attendra.

Shelke sourit en retour et hocha la tête, entrant dans son jeu. Le bébé s’était presque rendormi et elle le donna à l’argenté.

- Une attaque terrestre ? Pas d’appui aérien ?

- Uniquement l’hélico piloté par Reno pour évacuer Weiss le plus vite possible.

- Pourquoi pas une unité de Cid ?

- Il porte les cellules de Jenova lui-aussi, à présent. Vincent pense qu’il est donc lui aussi devenu une cible, au même titre que moi et mes frères.

- Je comprends. J’y vais tout de suite.

Elle quitta l’infirmerie calmement et Yazoo embrassa doucement le bébé endormi avant de le coucher dans son berceau.

Ensuite, comme Reno le lui avait demandé, il se dirigea vers le box de chirurgie pour parler discrètement à Merill et Shalua.

Cette dernière, le voyant approcher avec les traits tendus, retira son masque et posa la lingette désinfectante qu’elle passait sur toute la surface de la table d’opération.

- Yazoo baby ? Tu en fais une tête. Tu es souffrant ?

Il s’approcha tout près, en prenant garde de rester dos au mur vitré du box afin que personne ne puisse voir son expression ni les mouvements de ses lèvres.

- Shalua, j’ai des consignes de Vincent pour toi. Souris, comme si tout était normal.

La jeune femme obéit.

- Tu me fais peur, qu’est-ce qui se passe ?

- Vincent, ta sœur et les turks partent chercher le frère de Nero au mont Nibel.

- Quoi ? Seuls ? intervint Merill en souriant à son tour comme s’ils parlaient de la pluie et du beau temps.

- Non. Un escadron de la WRO les attend là-bas. Lucrecia a parlé à Vincent. Weiss est sans doute très très mal en point. Elle craint même que Genesis ne soit sur le point de le tuer, si ce n’est pas déjà fait. Il faut vous préparer à son arrivée. Reno l’évacuera par hélicoptère au plus vite et il faut que vous soyez prêts à une éventuelle intervention d’urgence.

- J’ai compris. Qui est au courant ?

- Ici ? Personne. A part vous et moi, s’entend. Et il ne faut surtout pas en parler aux autres. Vincent ne veut pas qu’ils aillent se jeter dans la gueule du loup.

La jeune femme acquiesça.

- Il pense toujours que Genesis veut mettre la main sur des porteurs des cellules de Jenova ?

- Disons qu’il préfère ne prendre aucun risque. (Yazoo grimaça et serra les poings) Je serais pourtant volontiers allé dire ma façon de penser à cet enfant de salaud.

Shalua lui prit les mains et les serra.

- Si c’est bien lui qui a fait ces maudites manipulations au labo du Deepground et qui a tué Kaly, il paiera, Yazoo baby. Je te promets que nous lui ferons payer d’une façon ou d’une autre.

- Grand frère dit que, du temps où ils étaient amis, Genesis aurait été incapable de faire la différence entre une éprouvette et une seringue.

- Il n’a pas tort. J’avoue que je serais curieuse moi-aussi de savoir où Genesis a appris à faire des manipulations génétiques aussi complexes.

Yazoo allait répondre mais fut interrompu par les sanglots et les supplications étouffées de Denzel, qui s’échappèrent soudain du bureau de Shalua, les figeant tous et faisant réveillant le bébé.

Tifa se précipita mais Cid, Cloud et Sephiroth, qui étaient plus près, la devancèrent.

*

Au plus profond du mont Nibel, Genesis sentit presque immédiatement que quelque chose ” clochait “. Comme si une alarme silencieuse s’était mise à carillonner dans les tréfonds de son cerveau, il pressentit un danger. Un danger imminent.

Il se raidit et tendit l’oreille, les sens au aguets.

Weiss, étendu à ses pieds, brisé et ensanglanté, puisa dans ses dernières forces pour sourire et le railler.

- Je crois que… tu vas avoir… de la visite… sous peu.

- La ferme !

- Tu comptes faire… quoi ? Me traîner par les… cheveux en… espérant qu’après quelques coups… supplémentaires je… joue les… chiots… obéissants ? Je croyais que… tu me connaissais… un peu… mieux que ça…

Il ricana et Genesis le fit taire d’un coup de pied dans le foie.

- Je t’ai dit de la fermer !

Mais il savait que Weiss avait raison.

En perdant Nero, il avait perdu sa meilleure arme et son seul moyen de pression sur l’ancien chef des Tsviets. Mais, bon sang ! Comment aurait-il pu deviner que cette saloperie de tas de ténèbres impures allait abandonner son frère adoré cette façon ? !

C’ était même la dernière chose à laquelle il se serait attendu !

Et en emportant la seule source de cellules de Jenova qui lui restait, qui plus est !

De pure frustration, il frappa Weiss à coups redoublés.

Nero. Il devait récupérer Nero s’il voulait faire obéir son frère. Et il devait récupérer aussi une source de cellules de Jenova de toute urgence ! Il allait avoir besoin d’aide.

Avec un peu de chance, les géostigmates avaient déjà dû se répandre dans Nibelheim et ce serait bien le diable si, avec l’appui de Jenova, il ne parvenait pas à prendre le contrôle de quelques imbéciles plus gravement atteints que les autres pour ” l’assister ” dans cette tâche.

Nero, Weiss et une source de cellules. C’était tout ce qu’il lui fallait pour mener ses plans à bien.

Des plans bien plus modestes que ce qu’il avait imaginé au début - avant que cette chienne qui lui avait servi d’épouse ne lui vole son fils et les trois rejetons de celui-ci pour les mettre à l’abri, loin de la rivière de la vie - mais, pour un homme de son génie, il y avait toujours ” moyen de moyenner “, comme il disait.

S’il ne pouvait commencer tout de suite par un feu d’artifice, il commencerait par une étincelle. La réaction en chaîne suivrait…

Pour l’instant, il devait renoncer à Weiss. Encore une fois. Comme il avait déjà dû y renoncer un an plus tôt, là-bas, au réacteur zéro. Pas pour longtemps, c’est vrai.

Oui, il serait toujours temps de les récupérer lui et son frère par la suite.

Chaque chose en son temps…

Ce qu’il avait raté dans les ruines de Midgar, un an plus tôt, puis à Nibelheim plus récemment, il le réussirait à Edge ! Jamais deux sans trois et, cette fois, il réussirait à réveiller l’Omega pour de bon ! Il avait juste besoin pour cela de quelques cellules de Jenova.

Des cellules de Jenova…

Mais où en trouver ?

Il se tapa rageusement le front de son poing fermé.

Réfléchir ! Réfléchir ! Réfléchir !

Reeve avait mis toutes les cellules restantes à l’abri…

Le bébé s’était envolé avec Nero…

Les argentés étaient protégés de bien trop près pour être atteintes directement…

Réfléchir ! Réfléchir ! Réfléchir encore ! Il devait y avoir un moyen. Il y avait forcément un moyen. Il y avait toujours un moy…

Son visage s’éclaira soudain et un sourire hideux déforma ses traits.

- Bien sûr… Comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ? ! Je suis un génie… murmura-t-il. Un génie ! Un pur génie !

Un rire hystérique incontrôlable résonna dans la grotte et Weiss, qui reconnut immédiatement ces mots et cet affreux rire rocailleux pour les avoir entendus à maintes reprises, se redressa péniblement sur un coude, les yeux écarquillés d’horreur.

- Ce n’est pas… possible… bredouilla-t-il. Toi…

- Quoi ? railla Genesis. Tu réalises l’évidence seulement maintenant ? Ah ! Ah ! Ah ! Tout dans les muscles et rien dans la tête ! Pauvre Weiss !

- Tu es… mort…

Le rire grinçant redoubla et l’ancien chef des Tsviets sentit le désespoir le terrasser.

- Vincent… t’a tué… gémit-il encore. Il t’a tué… il y a un an… au réacteur… zéro… Vincent… t’a tué !

Sans cesser de rire, celui qui n’avait jamais été Genesis lui asséna un coup si violent à la tête qu’il perdit connaissance.

- Profite des petites vacances que je t’accorde, amphitryon d’Omega. Je veux que tu sois en pleine forme, lorsque je reviendrais vous chercher, toi et ton frère chéri. Ah ! Ah ! Ah !

*

Dans le bureau de Shalua, Denzel s’accrochait désespérément en pleurant aux hanches Loz, qui regardait Cloud et Tifa à tout de rôle, ne sachant plus quoi faire pour le calmer.

- Je savais pas ! sanglotait le petit garçon. J’te jure que j’savais pas ! Ils me disaient qu’ils travaillaient pour que le monde soit meilleur ! J’te jure que je savais pas, Loz ! J’te jure !

Cid s’approcha et s’accroupit aux pieds du garçonnet.

- Mais enfin, de quoi tu parles, mon grand ?

- Je savais pas qu’il faisaient ça ! geignit encore Denzel en pointant le doigt vers l’ordinateur portable de Shalua, où Sephiroth avait consulté les vidéos de surveillance un peu plus tôt.

Sur l’écran, Loz, sous anesthésie générale, était allongé nu et sanglé sur la table d’opération tandis qu’Hojo, aidé de ses assistants, un homme et une jeune femme, faisaient les prélèvements de sperme qui donneraient naissance à Kay cinq ans plus tard.

- Les vidéos retrouvées au labo du Deepground… soupira Shalua. Denzel ! Qu’est-ce qui t’a pris de regarder ces horreurs ?

Cloud s’approcha à son tour et Denzel lui sauta dans les bras.

- Dis-lui, Cloud ! supplia-t-il. Dis-lui que je savais pas !

- Mais enfin, tu ne pouvais pas deviner qu’il avait subi tout ça, voyons… Pourquoi ça te met dans un tel état ? Tu as de la peine pour lui, c’est ça ?

- Il voudra plus être mon papa, maintenant !

Tous les adultes présents échangèrent un sourire attendri.

- Mais enfin, Denzel, qu’est-ce que ça a à voir avec toutes les vilaines choses que les méchants savants lui ont fait ? demanda à son tour Tifa en retenant un rire.

- Je suis pas comme eux ! cria presque Denzel en s’accrochant à nouveau à Loz, qui se baissa pour l’asseoir sur sa cuisse et le serrer contre son torse nu. Quand je t’ai dit que je voulais que tu crèves, c’était pas vrai ! Je le pensais pas ! Je te jure que je suis pas comme eux ! Je savais pas ce qu’ils faisaient ! Je savais pas ! Je te promets ! Je te promets !

Loz tiqua.

- Denzel, mais de qui tu parles ? Tu n’es pas comme qui ?

En sanglotant et sans oser relever la tête, le garçonnet pointa le doigt vers l’écran de l’ordinateur.

Tous tournèrent la tête vers l’image figée de la caméra de surveillance.

- Tu n’est pas comme Hojo ? demanda doucement Cloud. C’est ça, que tu veux dire ?

Denzel secoua la tête, fixant toujours le sol.

- Non… murmura-t-il d’une voix à peine audible. Les autres…

- Le monsieur et la dame en blouse blanche ? demanda Sephiroth à son tour.

Le garçonnet acquiesça et inclina le front en pleurant de plus belle.

Yazoo lui ébouriffa les cheveux.

- S’il a vu ne serait-ce qu’un millième de ce que ces deux ordures nous ont fait subir là-bas, je comprends qu’ils puissent lui faire peur, soupira-t-il.

Cid grimaça.

- A ce point là ?

Loz acquiesça en berçant Denzel dans l’espoir de le calmer un peu.

- Plus le mari se montrait sadique durant la journée, cracha-t-il avec une haine dans le regard que le pilote ne lui avait jamais vu, plus sa femme devenait perverse durant la nuit lorsqu’elle me forçait à la…

- Loz ! l’interrompit Yazoo en désignant le garçonnet.

Son aîné rougit.

- Désolé.

- Tu n’es pas comme eux, Denzel, reprit son jumeau. C’était sans doute les scientifiques les plus méchants du cratère nord après Hojo ! Même un bahamut enragé n’est pas aussi méchant.

Loz acquiesça.

- C’est vrai. Même si tu m’avais dit des choses encore plus horribles, tu ne leur arriverais même pas tout en bas de la cheville !

- Je ne savais pas, qu’ils étaient comme ça ! sanglota de nouveau le petit garçon. Pardon ! Pardon !

- Denzel ! essaya de plaisanter Cloud. Ils disent ça pour te rassurer, voyons !

Personne, hormis Shalua, ne remarqua que Tifa s’était levée depuis un petit moment, déjà, et que, penchée sur l’écran, elle était devenue blême comme un linge.

Elle venait de reconnaître les deux visages pour les avoir époussetés des dizaines de fois dans leur cadre, sur la table de chevet de Denzel.

- Tifa ? Tu en fais une tête. Tu les connais ? demanda la jeune scientifique.

Le pleurs de Denzel redoublèrent et Tifa inspira un grand coup avant de laisser tomber d’une voix blanche :

- Je crois que ce sont ses parents…

… à suivre

Vous avez aimé ce texte ? Laissez-moi un commentaire !

On ne dit pas…

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Vous connaissez tous les fameuses blagues sur les nains… On ne dit pas “un imposteur” mais : “un facteur de petite taille” !

Dans la même veine, quelques petits “on ne dit pas” à la sauce FF7, rien que pour rire un coup !

Hein ?

Si, si, Kadaj en tenue d’aérobic, ça a un rapport avec ce qui suit, vous verrez ! Promis !

***

On ne dit pas ” Le ton monte “ mais ” Shera prend l’escalier “.

On ne dit pas ” Lazard fait des courbettes “ mais “Lazard est nul comme prof “.

On ne dit pas “Barret a du cran”, on dit “Barret est frisé”.

On ne dit pas “Aerith a un potager”, on dit “Aerigh a un vieux copain”.

On ne dit pas “Immaculé Weiss” mais “Je me suis fait mettre par le boss”.

On ne dit pas “l’électronique” mais “Reeve fait l’amour”.

On ne dit pas “Yazoo avale une biroute” mais “Yazoo emprunte une route à 2 voies”.

On ne dit pas “Loz a un cerf-volant” mais “Loz est long à la détente”.

On ne dit pas “Le gestionnaire des taches” mais “Le chef des turks”.

On ne dit pas “Scarlet est paniquée”, mais “Scarlet cherche un mec”.

On ne dit pas “Cloud a vaincu”, mais “Le chocobo est pluri-anal”.

On ne dit pas “Le Général fait les vendanges”, mais “Sephiroth pète comme un Dieu”.

On ne dit pas “Cait est un chat hors pair”, mais “Le chat de Reeve est castré”.

On ne dit pas “Rufus a enclenché le processus de paix”, mais “Le patron va lâcher une caisse”.

On ne dit pas “La connerie” mais “Yuffie s’amuse”.

On ne dit pas “Décongeler” mais “Les idiots du cratère nord”

On ne dit pas “Cloud est incompétent” mais “Cet idiot de Cloud fait de l’aérophagie”

On ne dit pas “Compense” mais “Reno essaie de réfléchir”

On ne dit pas “Un instant” mais “Kadaj fait du stretching” (vous voyez, je vous disais bien qu’il y avait un rapport !)

On ne dit pas “Le Gospel” mais “Denzel a pris un coup de soleil”

On ne dit pas “ce jeune soldat s’est élevé à la force du poignet” mais “Zack est un branleur”

On ne dit pas “Ciboulette”, mais “Trois trois argentés dévêtus”

On ne dit pas “Un match interminable” mais “Un combat amical entre SOLDATS”

Vous avez aimé cette partie de rigolade ? Laissez-moi un commentaire !

Les murs murmurent toujours !

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Troisième et dernière cargaison de graffitis version FF VII ! Ah ! Bah… C’est que j’ai plus de stock au bout d’un moment, moi ^___-

Et des murs des cuisines à ceux des douches, Hojo rouspète toujours !


(Dans la cafétéria des turks)

Déjà 6h00 du matin ? Il est plus que temps de nous cuiter !
Reno


- POSTE VACANT POUR CAUSE DE DECES -

Ouais… Encore une fichue excuse pour pas bosser !
Hojo


Dans les toilettes d’un bar à la mode de la Costa del Sol

A mon époque, la Costa del Sol, c’était les 3 “S” : Sea, Sun & Sex !
Cid

Et à la notre, c’est les 3 “M” : Mazout, Mélanomes & Morbacs !
Cloud


Sur le mur flambant neuf d’un labo de la Shinra

Pas un tag, pas un graffiti, pas une tache ! Je le cherchais, c’est : LE MUR DU SILENCE !
Lucrecia


(Dans les WC du SOLDAT, dans un état lamentable)

Mais enfin, qu’est-ce que vous avez fichu, ici ? ! On dirait qu’il y a eu un congrès d’aveugles parkinsoniens !
Hojo

Non, juste de vieux scientifiques de passage.
Sephiroth


Sur la camionnette de livraison de Cloud :

- ARRETS FREQUENTS -

Vessie faiblarde !
Zack


(Dans les WC du SOLDAT)

Vous qui venez ici, dans une humble posture
De vos flancs alourdis, décharger le fardeau
Veuillez, quand vous aurez soulagé la nature
Epancher dans l’amphore, un courant d’onde pure
Et, sur l’autel fumant, placer pour chapiteau
Le couvercle arrondi, dont l’auguste jointure
Aux parfums indiscrets doit servir de tombeau…
Genesis

Oh, là, là… Faut que t’arrêtes Loveless d’urgence, toi, hein !
Angeal

C’est pas Loveless, c’est du Musset, ignare !
Genesis

Oh, le boulet…
Zack

Ils ont raison, t’en tiens une sacrée couche !
Sephiroth

Toi, le héros de supermarché, on t’a rien demandé !
Genesis

Ah bah, valà ! Y nous l’a encore énervé ! LOLLLL
Angeal


Je pardonne à ceux qui m’ont offensé… mais j’ai la liste !
Tseng


Loz, t’es tellement con que s’il existait un championat de la connerie, tu serais même trop con pour le gagner !
Cloud

Et le championnat d’orthographe, enfoiré ? Tu t’inscris quand ?
Loz


(Discrètement gravé au pied d’une cuve Mako du réacteur de Nibelheim)

Plonge qui veut, remonte qui peut !
Anonyme


(Dans les WC des turks)

Reno, sois gentil, évite de tirer la langue à tout va ! Surtout quand elle est chargée.
Elena

Pourquoi ? T’as peur que je blesse quelqu’un ?
Reno


(Dans un des WC de la tour Shinra)

Ne déroulez pas le papier en le tirant entre vos jambes et n’arrachez que la longueur dont vous avez besoin ! Et, surtout… NE LE RE-ENROULEZ PAS SUR LE ROULEAU APRES USAGE !
Hojo

Putain, y’a des caméras, ici, ou quoi ?
Reno


(Dans les toilettes pour dames du 7ème ciel)

LES FEMMES N’ONT PAS BESOIN DES HOMMES !
Elena

Faut avouer qu’ici, on peut se débrouiller plus ou moins sans eux…
Rosso


(Dans les toilettes de la salle de tir des turks)

C’est ici que repose
Une certaine dose
D’une certaine chose
Qui ne sent pas la rose.
Celui qui se propose
De faire ici sa prose
Doit avant toute chose
Tenir la porte close.
Anonyme

Oh, non, merde ! Genesis, tu vas pas t’y mettre ici aussi, hein ! Les chiottes du SOLDAT te suffisent plus ?
Reno

Comment tu sais que c’est moi ?
Genesis

Baka…
Reno


(Mot sur le frigo, dans la cuisine du bar de Tifa)

Loz, je t’ai gardé ton repas dans la boîte bento bleue. Je te préviens que si tu laisses encore les légumes, tu as intérêt à trouver une explication plus convaincante que “j’aime pas ça” ou tu auras affaire à moi ! Tu donnes un très mauvais exemple aux enfants !
Tifa

O.K. Je n’en mange pas parce que je suis un grand émotif ! Comment peux-tu rester insensible au hurlement épouvantable de l’épinard plongé vivant dans une casserole légumicide ? Je refuse d’être mêlé à ce génocide ! J’ai donc laissé les légumes dans la boîte…
Loz


(Dans les douches du SOLDAT)

Hier soir, à l’entrainement, Sephiroth a paniqué !
Anonyme

Mais moi, oui !
Zack


Bel homme, fort, courageux, bonne situation, cherche jeune femme pour partager doux moments et plus si affinités…
Rude (poste 32 21)

Rudo, c’est les WC pour hommes, ici, crétin !
Reno


Le ghetto de ma liberté s’achève au bout de mes bras.
Kadaj

La vache, c’est profond… Mais qu’est-ce-que ça veut dire ?
Loz

A mon avis, qu’il vient de fumer un truc !
Yazoo


(Gravé sur la peinture flambant neuve de la carlingue du Tiny Bronco )

Le plaisir solitaire, c’est économique : pas besoin d’inviter votre main au resto après !
Anonyme

Vince, je sais que Lucrecia de manque et qu’il faut que tu te défoules mais là, t’es lourd…
Cid


Gravé le mur fraîchement repeint du labo d’Hojo, sous l’avertissement suivant :

- INTERDICTION DE GRIBOUILLER, DE PEINDRE, DE BOMBER OU D’AFFICHER SUR CE MUR -

Franchement, ça ne me serait même pas venu à l’idée !!!
Vincent

Bon sang ! Mais quel crétin lui a collé cette saleté de gant en métal ?!
Hojo

Si vous le découvrez, je veux bien le tuyau. Moi aussi j’aurais deux mots à lui dire…
Cid


(Sur le mur des toilettes du DEEP GROUND)

C’est ici que tombent en ruines
Tous les déchets de la cuisine.
Dans un lieu aussi respectable,
Il faut se tenir ici comme à table
Et garder le bord de la lunette
Aussi propre que celui de son assiette.
Si vous venez sans papier ni paille,
Lavez-vous les doigts au lieu de salir la muraille.
Anonyme

Ah non ! Nan, nan, Genesis ! T’es gentil, tu vas versificoter dans les chiottes du SOLDAT si tu veux mais pas ici !
Weiss

Merde, c’est pas vrai ! Mais comment vous faites pour savoir que c’est moi ?
Genesis

T’es vraiment une pomme, toi, hein !
Weiss


WUTAI AUX UTAIENS !
Anonyme

Et la frisée aux lardons !
Sephiroth

Et le poulet aux morilles !
Angeal

Et le steak au poivre !
Genesis

Et le chèque au porteur !
Zack

C’est fini, oui !?
Tseng


(Sur le mur de la bibliothèque du manoir de Nibelheim)

Avec la chance que j’ai, je vais sûrement me faire choper à écrire au marqueur sur ce putain de mu_

Game over ! Hojo : 1 - Reno : 0
Rude


Hojo, Palmer et Heidegger sont dans un avion en flammes et il n’y a que 2 parachutes. Question : qui se sacrifie ?
Zack

Réponse : on s’en fout !!!
Angeal


A 8 ans, Tifa rêvait de poupées et moi de SOLDATS. Maintenant, c’est moi qui rêve de poupées et elle qui rêve de SOLDATS !!!
Cloud

Loz peut la draguer, alors ?
Yazoo

Pourquoi ?
Cloud

Bah, t’en es pas un, non ?
Yazoo

Loz non plus !
Cloud

Non, mais il en a une plus grosse que la tienne !
Yazoo

Depuis quand il a une épée, lui ?
Cloud

Oh, la vache… Tu m’étonnes que t’as pas pu devenir SOLDAT !
Yazoo


Et si on parlait du plaisir d’enseigner ?
Lazard

Et si on parlait d’enseigner le plaisir ?
Sephiroth


(Dans l’ascenseur du DEEP GROUND)

- MAXIMUM 6 PERSONNES -

Ou 1 Azul…
Shelke


(Dans les WC du 7ème ciel)

Il y a quelque chose d’héroïque à commander un plat ici, quelque chose d’inconscient à l’avaler et quelque chose de maso à le payer. Suis-je un héros inconsciemment masochiste ? Un inconscient masochistement héroïque ? Ou un maso héroïquement inconscient ?
Lazard

Juste un con d’intellectuel…
Loz


FIN (Bah vi, a pu ! Ces petits mots sont inspirés de vrais graffitis et j’en ai plus en stock !)

Vous avez aimé ce texte ? Laissez-moi un commentaire !

Les murs murmurent encore…

Vous les avez réclamés, les voilà ! Plus de graffitis version FF VII !

Qu’il s’agisse des murs des casernes ou de ceux des toilettes de la Shinra, Hojo n’a pas fini de rouspéter !

***

(Dans le vestiaire de la salle d’entraînement du DEEP GROUND)

Weiss signifiant “blanc” en germanique, pourquoi a-t-on appelé le frère de notre cher empereur immaculé “Nero” (du latin “nero”/”noir”) au lieu de “Schwarz” (du germanique “Schwarz”/”noir-sombre”) ?
Rosso

Pour que les idiotes aient quelque chose d’intelligent à dire (du ténébreux “j’t'emmerde” !)
Nero


- EN CAS D’INCENDIE NE PAS UTILISER L’ASCENSEUR -

Utilisez l’extincteur !
Vincent


Dans le dico médical d’Hojo, à côté du mot “blennoragie”, y’a marqué “Voir index”. J’ai regardé mes doigts, c’est bon, j’ai rien.
Zack

Seigneur ! Et c’est avec ça que je suis supposé faire des soldats d’élite…
Hojo


Ce qu’il y a de bien, dans la position du missionnaire, c’est qu’on peut continuer à lire sa BD !
Kadaj

En levrette, c’est mieux, t’as pas besoin de la tenir !
Loz

Que je revoie UNE BD traîner dans la chambre… UNE SEULE !
Yazoo


(Dans les WC de la salle de réunion des turks)

Vous êtes là pour éjecter votre bol fécal, pas pour le couver !
Tseng


(Sur le mur du vestiaire des Turks)

A ce qu’on m’a dit, ce mur serait réservé aux graffitis ! La, la, la…
Anonyme

Non, mon petit Reno ! Vos gribouillages immondes sont interdits, ce mur doit rester propre sous peine de sanctions !
Hojo (heureux possesseur d’une mini-caméra espion et d’un fusil de chasse à 2 coups chargé de gros sel !)

Oh, merde…


L’insupportable manie de repeindre ce mur est une atteinte à liberté d’expression !
Genesis

Continuez vos cochonneries et je vais vous atteindre autre chose, moi !
Hojo


C’est pas pour me vanter mais, aujourd’hui, il fait vachement beau !
Rufus

C’est contagieux, la mégalomanie ?
Weiss


(Dans la salle de commandement du WRO)

- NO SMOKING ! -

But salopette, yes !
Cid


Soutenez Cloud !
Yuffie

Pourquoi ? Il se sent mal ?
Angeal


- SOS SUICIDE : UN COUP DE TELEPHONE PEUT SAUVER UNE VIE -

Sur la tête, il peut aussi fracturer un crâne…
Sephiroth


Sephiroth for president !
Cloud

And Cloud for queen !
Cid


(Dans un ascenseur flambant neuf de la section des turks)

Voilà ce que j’appelle un ascenseur nickel. Pas une marque, pas un graffiti, pas une tache, rien. Bravo les gars ! Splendide !
Genesis


(Dans les WC du SOLDAT)

Plus de 5 secousses, c’est de la masturbation !
Reno


J’ai fait pipi à côté. Le faire a soulagé ma vessie. Le dire a soulagé ma conscience !
Kadaj


OAHHHH !!!! DES FILLES AVEC DES GROS NENEEEESS !!!!
Loz

Où ça, où ça ?
Rude

Rudo, il a écrit ça au mois de juillet ! T’es lent, mais t’es lent…
Helena


(Dans la salle d’attente du service d’évaluation psychologique du SOLDAT)

Je vois bien que vous m’en voulez, pour mon complexe de persécution !
Sephiroth

Depuis que j’ai mon complexe de castration, j’ai l’impression qu’il me manque un truc…
Angeal

Moi, j’aimerais bien avoir un complexe de castration, mon complexe de frustration ne me suffit plus !
Genesis

C’est ça, moquez-vous ! Attendez de vous coltiner un bon syndrome post-traumatique, vous ferez moins les malins !
Hojo


(Dans les toilettes du du bar de Tifa)

Soyez gentils d’écrire à hauteur des yeux. Trop bas, on se penche en avant et on déjante de la cuvette. Trop haut, on se penche en arrière et se fracasse le crâne sur la chasse. Merci d’avance.
Reeve


J’ai testé le mako, on dirait de l’eau de vaisselle…
Weiss

Je viens de palper l’infirmière, on dirait de la gélatine…
Azul

Je viens de d’essayer la piscine, on dirait une baignoire…
Nero

Je viens de payer les factures du Deep Ground. On dirait de l’arnaque !
Rufus


MERDE ! PUTAIN ! BORDEL ! CHIER ! (Maintenant que j’ai prouvé que je pouvais moi-aussi piloter une fusée, où faut-il s’inscrire ?)
Reno

Tu remets tes lacets, pour courir ?
Cid


(Gravé sur l’écorce d’un arbre de la cité des anciens)

Si tu es le garçon super canon qui s’est battu ici la nuit dernière avec les longs cheveux argentés, des yeux d’émeraude, un long manteau de cuir noir zipé, un pantalon moulant et une petite bouche en coeur, je ne dors plus la nuit !!!! Où t’as acheté ton flingue ? Répondre ici : ……………
Vincent


(Sur le mur du bar de Tifa)

Un repas ici : 4 heures de mastication, 40 heures d’aigreurs, 4 semaines de nausées, 4 années de plaidoiries.
Rufus


Un jour mon prince viendra !
Jenova

Depuis le temps que tu l’attends, quand il va te voir, il va avoir un choc…
Lucrecia


(Sur le mur de la salle de cours de Lazard)

Ceux qui ont le savoir, produisent. Ceux qui ne savent pas et ne produisent pas, enseignent. Ceux qui enseignent, transmettent aux nouvelles recrues ce qu’ils savent. Merde, qu’on me dise comment c’est possible !?
Sephiroth


Ce qu’il y a sur ce mur de WC est vraiment odieux !
Hojo

Jetez donc un coup d’oeil dans le miroir : c’est pire !
Weiss


(Dans les toilettes du réacteur de Nibelheim)

Pour gagner un superbe badge “tireur d’élite”, visez juste ! (Demander le badge dans bureau du fond, en sortant, là où y’a marqué “Pr Hojo”).
Anonyme


On me reproche toujours de passer mon temps dans “Loveless”
Genesis

Et moi, on me reproche toujours de commencer des trucs et de ne jamais les finir…
Sephiroth

Ouais. Les enfants, par exemple !
Kadaj


(Dans les WC des turks)

Ah, enfin !… S’asseoir, défaire son noeud de cravate et poser les pieds sur la porte, relax…
Rude


(Dans un ascenseur de la Shinra, au-dessus d’une moquette trempée)

Ce petit pissou m’a purgé de toute la haine que je nourris pour les ascenseurs à musique…
Reno

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Les murs murmurent

Ah ! Là là, les graffitis !

Depuis des milliers d’années, ils disent bien souvent ce que personne n’ose avouer à haute voix et Midgar ne fait pas exception à la règle. Des murs des casernes du Soldat aux toilettes des pubs du quartier populaire, chacun y va de son petit blabla.

Voyez plutôt !

***

(Dans le vestiaire de la salle d’entraînement du SOLDAT)

Ce matin, à 7h48, Sephiroth a souri.

Angeal


Dans l’armée, les hommes sont des hommes !

Heidegger

Les chocobos en savent quelque chose…

Reno


(Dans les WC du sous-sol du réfectoire)

Ici on mange de la merde !

Zack

Là-haut c’est encore pire.

Angeal


Sephiroth nous pompe !

Cloud

A quelle heure ?

Anonyme


La réponse c’est la guerre !

Anonyme

Ce qui prouve combien la question était idiote…

Reeve


Encore des graffitis sur ce mur repeint ? C’est pas bientôt fini, bande de porcs ?

Hojo


Les femmes ont leur mot à dire ! Revalorisez la condition féminine !

Tifa

C’est vrai ! Les éviers sont trop hauts, les cuisines sont trop petites et le liquide vaisselle est hors de prix !

Cid


Ce mur est rouvert après travaux.

Rufus

Si vous vous y mettez aussi, on va jamais s’en sortir !

Hojo


Pourquoi les femmes baissent-elles les yeux quand on leur avoue qu’on les aime ?

Vincent

A ton avis ? Pour voir si c’est vrai !

Cid


Ce matin je suis allé voir le toubib ; j’avais envie de tirer la langue à quelqu’un.

Reno


Quand je vois ce que les pigeons ont fait sur cette pierre tombale… Je suis content que les chocobos ne puissent pas voler trop haut !

Vincent


Halte à la phallocratie ! Notre corps nous appartient, il n’est pas à vendre !

Elena

Mais on est prêts à le louer !

Rude


(Dans les WC des quartiers du SOLDAT)

Ne cherchez pas des traits d’humour sur ce mur… La plaisanterie du jour, vous l’avez dans les mains, bande de nazes !

Reno


Faites l’amour, pas la guerre.

Aerith

Tu parles ! Faites les deux, mariez-vous…

Lucrecia

Sympa, merci !

Hojo


Mesdames, gardez toujours en tête que si ça a des pneus ou des testicules, vous aurez tôt ou tard des ennuis avec !

Cid


SEPHIROTH EST UN ENFOIRE !

Anonyme

Zack, je sais que c’est toi qui a écrit ça. Si je t’attrape, je te découpe en tranches.

Sephiroth

Merde, Sephy, fais pas le con, c’était pour rire !


Est-il donc si difficile pour une femme de trouver le plus court chemin vers le coeur d’un homme ?

Vincent

Non. Pas si on a une prise à portée de main où brancher la tronçonneuse.

Rosso


(Dans les toilettes du du bar de Tifa)

Tous ces graffitis, c’est vraiment dégueulasses.

Hojo

Attends d’avoir goûté la bière qu’on sert ici !

Barett


Nero, je sais que tu va picoler comme un trous a midi et que tu va donc forcemment venir ici cet et lire ceci. Oublit pas qu’on a réserver la salle d’entrainement ce soir. Traine pas trois plonbes dans cette putain cafette.

Weiss

T’est gonfler d’écrire sa devant tous le monde ! C’est toujours toi qui aies a la boure !

Nero

Eh ! Vous deux ! J’ai un dictionnaire en double, ça vous intéresse ?

Genesis


Le Soldat, c’est des douilles, des nouilles et des chtouilles.

Cloud

Et des testicules

Zack

Aussi mais ça rime plus.

Cloud


La femme est l’être parfait.

Scarlet

Alors pourquoi ma douce Lucrecia est toujours fourrée chez le docteur ?

Vincent

Pas « chez » le docteur ; « par » le docteur !

Scarlet


(Sur le mur d’un dortoir du soldat)

Ce qui nous venge des missions pourries, c’est d’imaginer Sephiroth se battre avec ses bretelles en cuir à chaque fois qu’il a envie d’y aller !

Anonyme


Spécialités de la maison : la serveuse et le chocobo au citron. J’ai essayé les deux, je préfère le chocobo.

Anonyme

Je n’ai jamais essayé avec un chocobo…

Reno


(Dans les toilettes du labo de la Shinra)

Et si j’avais infecté le papier toilette avec un virus mortel, hein, bande de graffiteurs dégueulasses ? Avec quoi vous vous torcheriez le derrière ?

Hojo

Comme toujours : avec l’essuie-mains.

Sephiroth


Ne dites pas « l’idole des jeunes » mais « Séphiroth casse la croûte ».

Zack


(Dans les douches des quartiers des Turks)

Quelle merveilleuse invention que ce nouveau stylo feutre de la Shinra ! On peut enfin écrire sur ce putain de carrelage.

Reno


Sephiroth est cool !

Anonyme

Non, Sephiroth est froid.

Cloud


Rien que de penser à la taille du slip de Palmer, ça me dégoûte des hommes.

Scarlet


Pardon pour les grossières allusions “Chocophiles” mais je me dis que si nos légionnaires à nous ont les chèvres, les soldats de la Shinra, eux… Enfin bref. (sifflote sifflote)

LVII - Vos cris et mon silence

Le plaisir est un cri ;

la douleur, un hurlement ;

l’horreur, un murmure. “

Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : d’après des illustrations de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Les versions non censurées de ce texte et de cette illustration se trouvent fascicule “Les interdits de www.ff7-yaoi-fanfics.com” tome 1 (voir dans la boutique)

Merill retira la fine aiguille de la sonde du bras de Sephiroth et celui-ci se redressa sur le lit de l’infirmerie.

- Alors ? demanda-t-il.

- Tout est parfait, Général, affirma le jeune homme en imprimant les résultats des analyses pour les glisser dans un dossier.

- Tant mieux.

Le bébé de Loz, qui était resté en observation à l’infirmerie pour la nuit, babilla dans son berceau transparent et Sephiroth alla le prendre dans ses bras en faisant attention à ne pas décoller les capteurs qui envoyaient des informations sur ses fonctions vitales à un ordinateur de contrôle.

- Déjà réveillé, toi ? demanda-t-il en effleurant des lèvres le duvet argenté qui recouvrait son petit crâne.

Le bébé leva ses grands yeux mako vers lui et s’accrocha à ses longs cheveux en baragouinant une série de sons incompréhensibles.

Merill pouffa tout en rangeant son matériel d’analyses.

- Bah dis donc ! Tu veux nous en dire, des choses !

Le petit les dévisagea à tour de rôle et sourit en se blottissant contre la poitrine nue de Sephiroth, ce qui parut beaucoup amuser ce dernier.

- Qu’est-ce qu’il y a, Kay ? Tu veux faire un câlin ?

Kay…

C’est le nom que Loz lui avait officiellement donné un peu plus tôt. Un mélange des premières lettres des prénoms de ses frères : Ka-daj et Y-azoo. Kay. L’idée était un peu saugrenue mais le résultait sonnait plutôt bien, il devait le reconnaître.

- Il a eu beaucoup d’émotions, ce soir, Général. Il a du mal à dormir.

- Tu n’as pas sommeil ? Papa te manq… Eh ! Tu espères faire quoi, là ? Il n’y a rien à manger là-dedans !

Merill tourna la tête et éclata de rire devant le tableau impayable du bébé accroché au muscle pectoral de Sephiroth, la bouche collée à son téton.

- Ah ! Ah ! Ah ! Ce n’est pas la faim, Général. Je crois que ça le rassure.

L’ancien ” cauchemar de la planète ” ne put s’empêcher de partager l’amusement du jeune homme.

- Il va falloir dire à papa de faire provision de tétines au village dès demain ! dit-il au bébé. De quoi j’ai l’air, moi, comme ça, hein ?

L’hilarité de Merill redoubla.

- Je vais le prendre, si vous voulez, Général, proposa-t-il en tendant les bras.

Sephiroth secoua la tête en riant.

- Ca ira, Merill, je pense pouvoir assumer le ridicule de la situation, railla-t-il avec une moue. Mais toi, si tu en parles à quelqu’un, menaça-t-il le bébé en lui chatouillant la joue, je te coupe le bout du nez !

Pour toute réaction, le petit s’installa plus confortablement au creux de son bras et commença à se rendormir sans lâcher pour autant le succulent petit mamelon, qu’il tétait avec délectation.

- Je t’impressionne, c’est effrayant… gouailla Sephiroth en s’asseyant sur l’un des lits, le bébé serré contre lui.

Il prit une petite main entre son pouce et son index et l’observa attentivement, stupéfait par les doigts minuscules et les ongles de la taille d’une tête d’allumette.

Est-ce que ses fils avaient eu des menottes semblables ? Kay ressemblait-il à son père, à son âge ? S’il l’avait pris dans ses bras en pleine nuit, Loz se serait-il aussi endormi en tétant son sein, sa petite main entre ses doigts ? Les cheveux de bébé de Kadaj étaient-ils aussi doux ? Les joues tendres de Yazoo aussi rebondies ? Il ne le saurait jamais…

La gorge serrée, il allait remettre le bébé endormi dans son berceau transparent lorsque l’assistant de Shalua intervint.

- Toujours à plat, Général, fit-il en lui prenant le petit des mains pour le coucher sur le dos. En lui tenant bien la tête. Si vous l’allongez tête première avec un mouvement le balancier, elle risque de riper sur les draps et vous pouvez lui briser la nuque comme un rien.

Sephiroth blêmit.

- Désolé, je… Je n’ai pas l’habitude de manipuler des nourrissons.

Merill le rassura d’un sourire.

- Ce n’est rien, ça vient vite, Général, vous verrez.

Celui-ci hocha la tête avec un pincement au cœur.

Trois fils… Il avait trois fils et ne savait même pas coucher un bébé correctement ! Pour quel père lamentable passerait-il auprès de ceux qui ignoraient les circonstances de la naissance de Kadaj et des jumeaux ?

Il s’imagina dans un hôpital, appelé en pleine nuit parce que l’un d’entre eux aurait eu un léger accrochage à moto.

Y a-t-il un médicament auquel il est allergique, Général ? “

A-t-il déjà eu ce genre de fracture ? “

D’où vient cette cicatrice, sur son abdomen ? “

A-t-il subi des interventions chirurgicales ? “

Il serait incapable de répondre…

Un bruit d’objet métallique tombant sur le sol carrelé leur parvint depuis le boxe de chirurgie et ils allèrent voir ce qui se passait à travers les murs vitrés de la petite pièce aseptisée.

Reeve, Shalua et Shelke s’affairaient toujours sur Nero, allongé sur la table d’opération. Le bruit qu’ils avaient entendu était celui du premier implant d’aile qu’ils venaient de retirer de son dos.

- Bon sang, ça fait combien de temps, qu’ils sont là-dedans ? demanda Sephiroth en remarquant leurs fronts moites de sueur.

Merill regarda sa montre.

- Presque deux heures, Général. Le professeur Hojo avait apparemment relié les ailes à la moelle épinière par un réseau nerveux synthétique complexe, expliqua-t-il en lui désignant les écrans d’un microscope électronique dernier cri sur lesquels se concentrait Shalua pour couper les connexions nerveuses une à une.

- Je n’arrive toujours pas à savoir si mon père était un génie qui a perdu la raison, ou un fou dangereux doté d’une intelligence peu commune, soupira Sephiroth.

- Sans vouloir vous offenser, Général, c’est une question que nous nous sommes tous posée en visionnant les comptes-rendus de ses recherches.

Le soldat se tourna vers lui.

- Comment ça, ” visionner ” ? Il a filmé ses expériences ?

Merill acquiesça.

- Oui, Général. Scrupuleusement.

Sephiroth sentir sa gorge s’assécher et son vendre se nouer.

- Y compris… celle qui me concerne moi et ma mère ? Le projet ” Jenova ” ?

L’assistant de Shalua acquiesça et le soldat sentit son cœur s’affoler dans sa poitrine.

- Oui, Général. Les projets Jenova I, II et III.

Sephiroth tiqua.

- Comment, trois ?

- Vous, Général : Jenova I. Les jumeaux : Jenova II. Et Kadaj : Jenova III.

Le soldat le prit la les épaules, décontenançant le jeune homme.

- Je veux les voir, Merill !

- Que… Quoi ? Maintenant ?

- Bien sûr, maintenant !

- Mais… Ca représente des années de films et de rapports, Général.

Sephiroth le lâcha et recula d’un pas, estomaqué.

- Mon père a… tout filmé ?

- Absolument tout, général. La conception, la naissance, l’apprentissage, les expériences, les tests de résistance aux injections de mako, les…

- Les quoi ? le coupa le soldat, sûr d’avoir mal entendu.

Merill se mordit les lèvres et détourna le regard, gêné.

- Je… Je pense que vous devriez en parler à Shalua, lorsqu’elle…

- Que leur a-t-il fait ? insista Sephiroth en entraînant le garçon à l’écart, pour ne pas risquer de déconcentrer Shalua, sa soeur et Reeve. Qu’est-ce que ce salopard a fait ?

*

Dans la salle de bains, Loz monta encore un peu la température du jet et le laissa couler sur ses larges épaules en un délassant massage. Il n’avait qu’une envie : descendre à l’infirmerie pour prendre son bébé dans ses bras mais il se raisonna. Cette nuit d’observation était nécessaire pour être certains qu’il allait parfaitement bien.

- Comment va ton dos ? demanda Tifa en le rejoignant sous la douche.

Elle l’enlaça par derrière de déposa une traînée de baisers sur ses omoplates.

- Ca va, ça ne brûle presque plus.

La jeune femme recula un peu et observa la croûte rougeâtre qui s’était formée sur son épine dorsale, là où Shalua avait fait la douloureuse injection de mako.

- Ca cicatrise bien, on dirait.

Loz se retourna dans ses bras et l’enlaça en souriant.

- Dans quelques jours, il n’y paraîtra plus, tu verras.

Elle se pendit à son cou et ils restèrent un long moment à s’embrasser sous le jet brûlant. Jusqu’à ce que l’argenté s’accroupisse lentement devant elle, ses lèvres descendant progressivement de long de sa gorge, de sa poitrine, de son ventre, puis…

- Oh, Loz… gémit-elle en plongeant les doigts dans ses cheveux mouillés lorsque la langue du jeune homme, diaboliquement habile, fondit sur son intimité.

D’une main sur les reins de Tifa, il poussait ses hanches en avant, pour pouvoir explorer la chair brûlante aussi profondément que possible et, de l’autre, il caressait discrètement sa propre virilité dressée entre ses cuisses.

- J’adore, quand tu fais ça… haleta la jeune femme avec un clin d’oeil coquin.

Sans cesser de titiller du bout de la langue le petit bouton rose lové dans ses replis les plus secrets, Loz leva ses grands yeux mako vers elle et sourit.

- Quoi ? Ca ? demanda-t-il avec un sourire mutin en aspirant le petit clitoris entre ses lèvres.

Tifa laissa échapper un petit cri de plaisir surpris et répondit à son sourire.

- Non, là, avec ta main…

L’argenté abandonna sa proie en se léchant les lèvres avec gourmandise.

- Ca ? fit-il en redressant la tête et en poussant son bassin en avant, un peu provocateur, sa main gauche enserrant toujours sa virilité imposante.

En le voyant accroupi là, à ses pieds, les cuisses largement ouvertes, empoignant son sexe tendu et l’eau de la douche coulant sur son corps parfait, la jeune femme sentit une vague de lave lui descendre le long du ventre.

- Tu n’a pas idée à quel point la vue d’un beau garçon comme toi en train de se caresser peut être excitante, murmura-t-elle avec passion.

Loz fronça les sourcils avec un sourire mi-sceptique, mi-amusé et elle hocha la tête, les yeux brillants de désir et le souffle court.

- Parfois, nous aimerions être des petites souris pour nous cacher dans un coin de la pièce et vous regarder faire, lorsque vous ” jouez ” tout seuls, ajouta-t-elle en rougissant un peu.

Loz éclata de rire.

- Non !

- Je t’assure que c’est vrai, assura-t-elle en se mordant la lèvre. C’est vraiment… sexy en diable !

Il se redressa et se pressa contre elle jusqu’à ce qu’elle se retrouve coincée entre lui et le mur de verre de la douche.

- Tu te fiches de moi… murmura-t-il contre son oreille, la faisant, frissonner.

Il frotta son sexe tendu contre son ventre enflammé et elle gémit en l’enlaçant.

- Je te jure que non, insista-t-elle en mordillant son cou, s’enivrant de son odeur sucrée, que l’eau brûlante sur la peau douce intensifiait jusqu’au vertige. C’est incroyablement excitant.

Loz ferma brutalement le robinet et s’écarta pour la dévisager avec une expression insondable.

La jeune femme blêmit, craignant de l’avoir blessé ou humilié d’une façon ou d’une autre.

- Loz, je ne disais pas ça pour te mettre mal à l’aise, je…

- Chut ! la coupa-t-il en posant un doigt sur ses lèvres.

Il la prit par la main et la fit sortir de la douche sans changer d’expression.

Puis il enroula Tifa dans un drap de bain et la porta, de plus en plus inquiète, dans la chambre, où il la déposa sur un fauteuil, dans un coin de la pièce.

- Loz, je…

Il pressa la main sur sa bouche et secoua la tête.

- Ne dis plus rien, chuchota-t-il. Tu n’es pas là.

Il éteignit le plafonnier, plongeant la chambre dans le noir total, et alluma la petite veilleuse de la table de nuit, qui éclairait tout juste le lit d’une douce lumière ténue.

Tifa, invisible dans l’ombre épaisse, le vit s’allonger sur l’édredon, la peau et les cheveux encore mouillés, et fermer les yeux, comme s’il s’apprêtait à s’endormir.

Il resta allongé ainsi un petit moment, sur le dos, le souffle régulier, les yeux clos et les membres complètement détendus.

Incrédule et troublée, la jeune femme s’apprêtait à se lever et à demander des explications lorsqu’il ouvrit ses beaux yeux mako pour fixer le plafond, un sourire sensuel sur les lèvres, comme s’il venait de penser à quelque chose de particulièrement agréable.

Il s’étira alors comme un chat, ferma à demi les paupières et laissa échapper un soupir expressif.

Portant ses deux mains à sa bouche, il lécha la pulpe de ses doigts et Tifa faillit laisser échapper un Oh ! Mon Dieu ! “ vibrant en le voyant se caresser les tétons, qui durcirent sous le bout des doigts mouillés tandis que la peau de son torse se hérissait d’excitation…

*

Sephiroth, s’assit dans le fauteuil de Shalua et, la main tremblant légèrement, il glissa l’une des cartes mémoire que lui avaient données Merill dans l’ordinateur portable de la jeune femme. Il s’agissait, d’après ce qu’il avait compris, d’une sorte de compilation que Vincent Valentine avait réalisée pour la présenter aux hôtes du manoir quelques jours plus tôt.

Sur le petit écran, apparut une jeune femme allongée sur une table d’examen, son ventre proéminent dépassant du drap vert qui la couvrait jusqu’en haut des cuisses. Sa grossesse était visiblement bien avancée.

Lucrecia…

Un homme en blouse blanche, les cheveux noirs serrés dans une queue de cheval nouée à la va-vite, s’affairait à ses côtés. Il remplit une seringue de liquide bleuâtre et y fixa une fine aiguille stérile d’une longueur terrifiante.

Hojo…

Lorsque l’aiguille s’enfonça d’une bonne dizaine de centimètres, transperçant peau, muscles et placenta, le cri de Lucrecia résonna dans les petits haut-parleurs et Sephiroth serra les dents pour contrôler la nausée qui lui souleva le cœur.

*

Terrassé par le plaisir qu’il venait lui-même de se procurer, Loz s’affala sur le lit, la tête de côté, le souffle court et le cœur battant à tout rompre.

Tifa vint s’appuyer sur le bord du lit et l’intense parfum chaud et sucré qui montait de la peau nacrée du grand corps frissonnant finit de lui tourner les sens.

Après un orgasme, la peau de Loz était comme électrifiée et d’une sensibilité excessive durant plusieurs minutes. Tifa avait vite appris qu’elle devait éviter de le caresser durant ce court laps de temps car le moindre attouchement provoquait de violents tremblements et saccades qui lui coupaient le souffle. Après l’amour, elle le serrait donc simplement contre elle et attendait, émue, que son corps s’apaise et que sa respiration redevienne normale.

Mais, pour l’heure, elle devait se contenter de l’observer, attendrie aux larmes, en résistant à l’envie d’écarter de son front quelques mèches de ses cheveux encore mouillés.

L’argenté ouvrit les yeux et sourit en voyant son expression.

- Alors ? demanda-t-il dans un murmure sensuel et encore un peu haletant. Qu’est-ce que ça fait, d’être une petite souris ?

Il glissa la main entre les cuisses de la jeune femme, la faisant trembler et gémir.

- A ce point là ? la taquina-t-il en se léchant les doigts.

Incapable de se contenir davantage, elle écrasa sa bouche sur la sienne et la dévora en un baiser profond qui les laissa pantelants l’un et l’autre.

Elle posa sur lui un regard de prédateur.

- Je vais te… commença-t-elle avec une grimace expressive en faisant mine de déchiqueter quelque chose entre ses doigts recroquevillés comme des griffes.

Elle gronda comme un fauve en lui montrant les dents et Loz éclata de rire.

- Oh, oui… murmura-t-il tout contre sa bouche. Vas-y, mange-moi…

Tifa fondit sur sa gorge avec un rugissement comique et il l’enlaça en riant de plus belle.

*

Cait 9 trottinait en direction de l’infirmerie en traînant Vincent par la main, derrière lui.

- Doucement, Cait !

- Merill est vraiment très inquiet, pour m’ordonner de vous chercher.

- T’a-t-il au moins dit ce qui se passait ?

- Je crois que c’est le général. Le choc a l’air d’être brutal.

- Quel choc ?

- Il regarde les vidéos, sur la formation du trio.

Vincent se figea un instant dans le couloir, blême.

- Tu veux dire les vidéos d’Hojo sur la naissance de ses fils et leur vie au cratère Nord ?

Ce chat acquiesça et il le souleva dans ses bras pour dévaler l’escalier qui menait au laboratoire, l’angoisse au ventre.

La dernière fois que Sephiroth avait eu ce genre de révélation, tout Nibelheim était parti en fumée…

…à suivre

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LVI - Dur, dur, d’être un bébé

“As-tu déjà entendu un bébé babiller dans son berceau?
Il imite à sa façon la parole des adultes qu’il entend autour de lui.
Il croit peut-être qu’il parle comme eux..”

Michel Tournier

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Le bruit était si assourdissant qu’il faisait mal aux oreilles.

“Flap ! Flap ! Flap !”

Et ça bougeait. Ca bougeait dans tous les sens.

Il y avait plein d’odeurs inconnues, aussi, et plein de nouvelles voix qu’il ne comprenait pas.

“Bon sang, regarde ses pieds ! Qu’est-ce qu’on lui a fait ?”

“Je n’en sais rien. Doucement, Cid !”

“Tu préfères que je rentre dans les arbres, poil de carotte ?”

“Je te demande seulement d’y aller plus doux avec ce manche ! Le bébé a peur.”

“Comment un truc aussi petit peut faire autant de bruit ? C’est dingue !”

“Chut, bébé… Allez, allez, c’est fini. Tu vas voir papa, bientôt, tu verras. Chut… Arrête de pleurer.”

“Passe-le, moi un peu, Vince.”

“Reno ! Ce n’est pas un jouet !”

Il changea de bras et écarquilla ses grands yeux mako.

Saaaaluuut, toi ! Gouzi, gouzi, gouzi…”

Une créature horrible, avec des choses écarlates pointues qui sortaient partout de sa tête, grimaça au-dessus de lui et il hurla à plein poumons.

“Bravo Reno !”

“Mais j’ai rien fait !”

“Vince ! Et l’autre, ça donne quoi ?”

“Pas fameux…”

“Bon Dieu, Reno ! Calme-moi ce bébé !”

“Et qu’est-ce que tu crois que j’essaye de faire ?!”

“Vince, bordel, reprends-lui ce marmot avant qu’il ne le fasse crever de trouille !”

“Oh, ça va, hein !”

A nouveau le cocon rouge, doux et moelleux. Ce n’était pas encore ça, soit, mais c’était déjà mieux que le monstre hirsute !

Il couvrit ses petites oreilles de ses menottes sans cesser pour autant de pleurer et l’homme enveloppé dans la grande couverture rouge et chaude le serra un peu plus contre lui en lui parlant doucement. Il ne comprenait pas, bien sûr, mais un son revenait tout le temps : “papa“. Ce que ça signifiait, il n’en savait rien mais le ton très chaleureux sur lequel il était dit laissait présager quelque chose de particulièrement doux et agréable.

L’horrible buit “flap ! flap ! flap !” cessa enfin et le monde autour de lui cessa de bouger. Sauf, bien sur, les hommes qui, eux, s’agitaient dans tous les sens.

” Allô ? Merill ? Nous sommes sur le toit. Non, Nero n’est pas en bon état, c’est le moins qu’on puisse dire. A tout de suite. Reno, aide-moi à descendre la civière de l’hélico !”

L’homme enveloppé dans la couverture rouge sauta dans l’air glacial avec lui, si bien que son nez minuscule fut bientôt tout dur et tout froid. Mais ça sentait drôlement meilleur que là où il était avant, avec l’homme qui faisait mal aux pieds. Là-bas, l’odeur piquait le nez et brûlait les yeux.

Il éternua et l’homme qui le portait l’enveloppa plus serré dans la couverture rouge et moelleuse avant de se mettre à courir.

Au-dessus de lui dansaient plein de petits points brillants et, au milieu, une grosse chose blanche, luisante et tout ronde. Il tendit sa petite menotte pour essayer de la saisir mais, comme tous ceux qui, avant lui, avaient essayé de décrocher la lune, il dut se résoudre à la laisser où elle était…

Puis l’homme ouvrit une porte et ça descendit. Puis ça remonta. Et ça descendit encore.

Le décor au-dessus de lui changea soudain. C’était blanc et tout lisse. Et de temps en temps, il passait sous une grosse grappe de choses brillantes, comme des gouttes d’eau, qui faisaient de la lumière.

Soudain, l’homme qui le portait, desserra son étreinte, le découvrit presque entièrement, l’assis sur son avant-bras et entra dans un endroit où la lumière était tellement forte qu’il dut presser ses poings minuscules sur ses yeux. Mais le pire, ce furent les cris qui retentirent d’un coup et finirent de le terrifier. Combien y avait-il de gens, là-dedans ? Qu’allait-on lui faire ?

Aveuglé et épouvanté, il pleura à fendre l’âme en tendant désespérément ses bras potelés pour que quelqu’un le prenne et le serre contre lui, au chaud et à l’abri.

“Oh ! Mon Dieu !”

“C’est pas vrai !”

“Ce qu’il est mignon !”

“Viens là, mon bébé…”

“Oh, là, là, ce que tu es joli !”

“Papa, je peux le prendre ?”

“Attends, tiens-lui la tête !”

“Oh, là, là, mais tu es un jouet, toi !”

“Rudo, tu ne sais pas y faire!”

Il se sentit passer d’une paire de bras à une autre paire de bras, d’une odeur à l’autre et il hurla de plus belle.

“Chut, chut… En voilà, un gros chagrin.”

“C’est ton papa, que tu veux, hein, bébé ?”

Puis, soudain, il y eut l’homme avec les grandes mains douces qui sentaient bon…

*

Vincent descendit à l’infirmerie, laissant le bébé avec son père et ses amis, dans la chambre de Sephiroth.

Merill, aidé de Reeve et de Shelke, avaient allongé Nero sur le ventre, sur une table d’examen. L’assistant de Shalua et le chef de la WRO découpaient le costume de cuir avec mille précautions pour dévêtir le jeune homme inconscient dans le blesser.

- Comment ça se passe ? s’enquit l’ancien turk.

Reeve réussit à dégager le dos et une jambe, découvrant une peau de porcelaine ornée de tatouages noirs sur toute la surface.

Les deux échardes métalliques ensanglantées qui saillaient du dos souple étaient à présent visibles dans toute leur horreur.

- Il faut lui retirer ces choses, murmura Merill en badigeonnant le blessé de teinture d’iode.

- Alors ? Comment est le bébé ? s’enquit Shelke sans cesser de caresser les cheveux de son ancien compagnon d’armes, comme pour le rassurer.

Vincent sourit.

- Tout le monde en est tombé amoureux. Tu devrais aller le voir, je vais rester ici.

La jeune fille hésita mais Reeve l’encouragea d’un petit signe de tête et elle s’esquiva.

- Nero a-t-il parlé, dans l’hélico, Vince ?

- Il a essayé mais il était trop mal en point. Il va falloir attendre un peu.

Sur la table, Nero s’était mis à trembler et il ne cessait de gémir doucement d’une voix à peine audible :

- Weiss… Weiss…

- Alors monsieur Strife avait raison : cet ancien soldat, ce Genesis, se cache dans les entrailles du mont Nibel ? s’enquit Merill. Mais que cherche-t-il à faire, exactement ?

Vincent secoua la tête.

- Nero a parlé de géostigmates et de contamination mais ce n’était pas très clair.

Reeve blêmit.

- Les géostigmates ?

- Si ce n’est que ça, on sait les guérir, maintenant, nota Merill. Avec l’eau originelle.

L’ancien turk secoua la tête.

- Il n’y a qu’une source, lui rappela-t-il. A Edge. Si nous avons affaire à une contamination trop importante, ce ne sera pas suffisant.

Reeve retira ses gants de latex et prit son téléphone.

- J’envoie des hommes protéger la source immédiatement. On ne sait jamais.

Vincent acquiesça et échangea un regard inquiet avec l’assistant de Shalua.

*

Deux gros bras chauds l’enveloppèrent et le serrèrent contre une grande poitrine très dure, recouverte d’une matière noire et glissante. Sauf à l’endroit où le nourrisson pressa sa petite joue rebondie, juste sous la gorge. Là, la peau était nue, toute chaude et sentait très bon, comme ses mains.

Le bébé arrêta aussitôt de pleurer et ses petites menottes tâtèrent la chair douce avec curiosité.

- Salut, toi…

La voix profonde résonna dans l’ample torse et le petit leva la tête.

Le visage de l’homme aux grandes mains était rassurant et il avait de grands yeux brillants très doux.

Cet homme n’était pas comme les autres…

Le nourrisson le sentait au fond de lui. Quelque chose les liait tous les deux, il le voyait dans ses grands yeux, le sentait tout au fond de lui et une sérénité soudaine l’envahit. Dans les bras de cet homme, il serait toujours en sécurité…

Il sourit d’instinct et, avec une confiance totale, il se blottit contre la peau qui sentait si bon en glissant son pouce dans sa bouche.

Un concert de “oh !” émus résonna dans la pièce et les commentaires reprirent de plus belle.

“Vous avez vu ? On dirait qu’il sait qui c’est !”

“Ce qu’il est mignon !”

“Regardez ça, comme il s’accroche !”

“On ne veut plus lâcher papa, pas vrai ?”

Des mains le touchèrent à nouveau, des lèvres fleurèrent sa tête et s’accrocha aux vêtements de l’homme aux grandes mains de toute la force de ses petites menottes.

En vain.

Les bras entreprenants l’arrachèrent au grand corps chaud si rassurant et il se mit à pleurer à nouveau.

“Bah alors, bébé ?”

“On ne veut plus quitter papa ?”

Il tendit ses mains minuscules vers l’homme aux grandes mains mais il continua à passer de bras en bras, sans la moindre pitié.

“Viens me dire bonjour, petit poupon. Papa ne va pas s’envoler !”

Inexorablement, on l’éloigna de l’homme aux grands mains et aux jolis yeux. Il hurla à fendre l’âme.

“Bon sang ! Quel organe !”

“On dirait qu’il a reconnu son père et qu’il ne veut plus le lâcher ! Ah ! Ah ! Ah !”

“Bien sûr que oui, qu’est-ce que tu crois ? Allez, viens, on retourne avec papa.”

Ce son…

Papa.

Encore et encore.

Papa.

Il revenait sans cesse et, il ne saurait expliquer pourquoi, ce son semblait avoir un rapport avec l’homme aux grandes mains, entre les bras de qui on le remit à nouveau.

Immédiatement, il arrêta de pleurer.

Les mains et les lèvres, cependant, continuaient à le toucher, menaçant de l’arracher à l’homme à nouveau.

Si seulement on pouvait le laisser rester là, tout contre cette peau douce qui sentait tellement bon ! Comment pouvait-il leur faire comprendre ça ?

Deux nouvelles mains se tendirent vers lui.

“Coucou, bébé ! Je m’appelle Shelke. Tu viens dire bonjour ?”

Le petit s’agrippa aux vêtements de cuir aussi fort qu’il le put et se blottit contre la poitrine chaude, à la recherche de protection.

- Da…da… ânonna-t-il en levant une petite bouille suppliante vers l’homme aux jolis yeux, provoquant des cris surpris dans l’assistance.

“J’y crois pas ! Vous avez entendu ?”

“Il babille, Reno !”

“Mais… il a dit “papa”, non ?”

“Bien sûr que non, idiot ! C’est un bébé. Comment veux-tu qu…”

- Da… da…

“Tifa, il a dit “papa” !”

“Mais non, Denzel. Il fait des sons au hasard, comme tous les béb…”

- Dada ! cria encore le bébé.

“Oh, mon Dieu…”

“Je rêve !”

L’homme le considérait à présent avec une expression à la fois sidérée et attendrie et le bébé tendit ses petites menottes pour s’agripper à son visage.

- Dada !

- Oui, bébé… C’est papa. C’est bien moi, c’est papa.

Tout joyeux, le petit babilla et quelque chose de mouillé lui tomba sur le front.

Etonné, il vit que l’homme avait de l’eau qui sortait de ses jolis yeux. Il avait sûrement faim. Ou alors… il était trempé !

Quoi que ce soit, ce n’était pas grave et quelqu’un allait sûrement lui donner à manger bientôt ou changer sa couche.

Quoiqu’à bien y réfléchir… ce n’était pas certain car “dada” ne faisait pas grand chose pour se faire remarquer. Faire couler l’eau des yeux ne suffisait pas, il fallait faire du bruit ! Sinon, on vous laissait mourir de faim ou croupir dans votre couche mouillée. Il en savait quelque chose !

Voyant que l’homme ne se décidait pas et que personne ne paraissait décidé à lui tendre un biberon ou à l’allonger pour le changer bien que tout le monde s’agite autour d’eux, il prit les devants ! Il gonfla bien fort ses petits poumons ouvrit grand la bouche et…

“Oh ! Dieux du ciel ! Mais comment une chose aussi minuscule arrive-t-elle à faire un tel boucan ?”

“Il a peut-être faim ?”

“Possible.”

- Accompagne-moi en bas, mon grand. Il y a du lait maternisé au labo. On en profitera pour lui faire un petit sheck-up.”

- Chut, bébé… Arrête de pleurer, allez.

“Il va aussi falloir lui trouver des vêtements.”

“Attendez… On a ce qu’il faut ! Dans la chambre de Kadaj !”

“J’ai des vêtements de béb… ? Oh ! Mais oui ! La boîte aux moogles !”

“Quelle boîte ?”

“Le trousseau de Sephiroth !”

“J’avais un trousseau, moi ?”

“Oui, mère l’avait préparé pour toi. Dans la boîte bleue.”

“Oh… La fameuse boîte ! Mère ne m’a pas dit ce qu’elle contenait.”

“De quelle boîte parlez-vous ?”

…à suivre

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LV - J’avais trois fils

On n’est pas forcément le père de quelqu’un…

mais on n’est jamais le fils de personne.»

G. Wolinski

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Non, ne fais pas ça, attends ! gémit Zack en tendant une main suppliante vers Nero, qui disparaissait petit à petit dans un maelstrom de ténèbres qui paraissaient sortir de lui. Je plaisantais ! Ne ne le prends pas comme ça !

Le ténébreux secoua la tête et recula d’un pas, le bébé de Loz pleurant de terreur dans ses bras.

- Je savais que c’était un piège… Je n’aurais jamais dû écouter Weiss. Jamais…

Le jeune soldat secoua furieusement la tête.

- Quoi ? Non ! Je dois vous guider tous les deux jusqu’à un endroit où l’on viendra vous cherch…

- C’est faux ! Toi et la Shinra vous moquez bien de ce qui peut nous arriver à moi et à mon pauvre frère ! Tout ce que vous voulez, c’est le bébé et les cellules de Jenova qu’il contient !

- Pas du tout, Angeal a…

- Angeal ne t’aurait jamais envoyé toi !

Zack se frotta le visage avec un gémissement désespéré.

Et dire qu’Angeal lui avait pourtant fait la leçon pendant une heure…

« Et, surtout, évite de faire de l’humour douteux ! Il faut récupérer ces garçons et le petit ! »

« Ca va ! C’est bon ! Je suis quand même capable de ram… »

« C’est sérieux, Zack ! Tu es sans doute la dernière personne à qui Nero ou Weiss feraient confiance mais nous n’avons pas le choix ! Lucrecia et moi devons absolument aider Aerith à contenir les géostigmates. »

« C’est bon, je te dis ! Quoi ? D’accord, je reconnais que j’ai parfois un peu titillé la boule de poix et son choupinounet de frérot mais… »

« Zack, bon sang ! »

« Désolé, ça m’a échappé ! »

- Merde… Merde… Merde… Je… NON ! Nero ! Non, allez, déconne pas ! Nero !

Celui-ci recula encore dans le brouillard ténébreux et les cris du bébé redoublèrent.

- Arrête, merde ! Tu vas le rendre malade de peur si tu l’emmènes avec toi là-dedans !

- Quand bien même ! Il sera plus en sécurité avec moi qu’entre les mains des scientifiques de la Shinra !

- NON ! Je t’en supplie, ne fais pas ça ! NERO !Oh, merde…

*

Sephiroth cracha un long jet de mako avec un dernier haut-le-coeur qui le laissa pantelant au pied de la cuve.

- Général, pouvez-vous respirer normalement ? s’enquit Merill après un petit moment en l’aidant à s’asseoir.

L’argenté hocha péniblement la tête et déglutit avec une grimace.

- Oui… fit-il d’une voix rauque. Je crois que… tout le… liquide… est sorti.

La tête lui tournait et sa vue ne serait pas nette avant plusieurs minutes, il le savait, mais le temps pressait.

Les yeux larmoyants, il essaya de distinguer - ou du moins d’identifier vaguement - les personnes qui formaient un cercle autour de lui et des deux médecins agenouillés à ses côtés.

La tête avec les grands pics, ce devait être Strife. La tête rouge, Reno. Et, près de lui…

- Cid… gémit Sephiroth en tendant la main. Cid Highwind…

Tous tressaillirent, surpris.

Le pilote n’avait jamais connu Sephiroth avant d’être confronté à lui lorsqu’il avait rejoint AVALANCHE, peu avant la chute du météore ; il ne lui avait même jamais parlé. Pourtant, quelque chose faisait à présent du général un être familier et aussi proche de Cid que Yazoo, Kadaj ou Loz - mais sans atteindre toutefois le degré d’intimité qu’il partageait désormais avec ce dernier.

- Qu’y a-t-il, mon frère ? demanda le pilote en prenant l’avant-bras tendu.

- Nero… Il faut que tu ailles chercher Nero… Le mont Nibel… Il est sur le mont Nibel… Avec Zack… Et le bébé…

A ces mots, Loz tressaillit.

- Je t’accompagne !

Sephiroth, trop affaibli pour protester, pressa le bras de Cid, suppliant, mais c’était inutile. Celui-ci savait très bien ce qu’il avait à faire.

- Non, Loz. Reno et Vincent m’accompagneront.

L’argenté allait protester mais Sephiroth s’effondra alors dans les bras du pilote.

- Faites… vite… haleta-t-il avant de perdre connaissance.

*

- Où est le bébé ? hurla Genesis aux oreilles de Weiss en essayant de reprendre son souffle.

Il avait frappé le jeune homme si fort et à de si nombreuses reprises depuis une heure qu’il en avait les bras engourdis et était essoufflé comme s’il venait de finir une course d’obstacles.

- Va… te faire… foutre… gémit le prisonnier d’une voix tout juste audible.

Son visage ensanglanté était si contusionné que l’on avait presque du mal à reconnaitre dans cette bouillie rougeâtre le ravissant minois de l’ex-commandant des Tsviets

Fou de rage, Genesis lui tomba dessus à bras racourcis.

*

Cloud faisait les cent pas dans le couloir, hésitant à entrer dans la chambre du premier où Rufus avait fait installer Sephiroth et où tous attendaient qu’il reprenne connaissance.

Lorsque le général avait demandé de l’aide à Cid, en bas, il en avait presque ressenti… Quoi en fait ? Comme un pincement au coeur et une sorte de colère, une…

“De la jalousie, Cloud ! Ni plus ni moins que de la jalousie !” persiffla une petit voix dans son cerveau. Et, cette fois, il s’agissait bien de sa propre conscience et non de cette pourriture de Jenova ! C’était peut-être ce qui l’agaçait le plus, d’ailleurs…

Jaloux…

Il en avait presque honte.

Mais, après tout, il avait reçu les cellules de Jenova, lui aussi, alors pourquoi c’était Cid que les argentés respectaient et accueillaient comme un membre de la famille ? Pourquoi le pilote et pas lui ?

Parce que tu les as toujours rejetés sans chercher à comprendre ce qui les motivait ou ce qui se passait !” lui rappela sa conscience. “Il y a deux ans, lorsque Kadaj t’appelait “grand frère”, tu lui rétorquais déjà “marionnette !”

- Ils m’ont attaqué sans me laisser de temps de comprendre quoi que ce soit !

- As-tu seulement essayé ? T’es-tu posé ne serait-ce qu’une seule question à leur sujet en dehors de “comment nous en débarrasser” ?

- J’ignorais, alors, ce qu’il en était réellement et les épreuves qu’ils avaient traversées ! répondit-il à son reflet, dans l’un des grands miroirs qui ornaient le couloir.

“Tu ne l’ignorais pas, lorsque tu as essayé de les tuer en trafiquant les freins de leurs motos…”

- Je n’étais pas moi-même ! C’était Jenova !

“Et, lorsque tu as insulté et blessé cruellement Tifa, parce que tu l’avais vue essayer d’embrasser Loz ? Lorsque tu as failli briser les vies de Cid et Shalua en te mêlant de ce qui ne te regardait pas ? C’était Jenova, aussi ?”

- La ferme ! gémit le jeune homme en se prenant la tête dans les mains.

“Ce n’est pas trop fatigant, de se chercher sans cesse des excuses, Cloud ?”

Il allait se rétorquer à lui-même lorsque la porte de la chambre de Sephiroth s’ouvrit, laissant passer la tête Tifa.

- Cloud… il se réveille.

Le garçon eut l’impression que son sang cessait de couler dans ses veines.

*

- Là ! cria Vincent pour couvrir le bruit de l’hélice en désignant un point dans la forêt dense qui recouvrait le flanc du mont Nibel.

Dans cette zone, même les puissants projecteurs de l’hélicoptère peinaient à percer l’obscurité.

Reno, assis dans le fauteuil de co-pilote de l’hélicoptère, scruta le sol à la jumelle.

- Je ne vois rien !

- Fais-moi confiance ! fit Vincent. Cid, descend !

Le pilote secoua la tête.

- Je ne peux pas me poser, Vince ! La forêt est trop dense. Tu vas devoir jouer les acrobates !

Vincent déboucla les sangles de sécurité qui le maintenaient sur le siège arrière et fixa une corde à harnais aux crochets prévus à cet effet.

- Descends autant que tu peux et ça devrait aller !

- Comment tu sais que c’est bien là ? insista Reno. Il fait noir comme dans un four, là en bas !

- Précisément, Reno ! Il fait beaucoup trop noir ! Descends encore, Cid ! Stop ! C’est bon !

Au sol, Zack vit l’hélicoptère se stabiliser avec un immense soulagement.

- Nero ! appela-t-il. Ils sont là ! Sort de ce truc, bon sang !

Mais, à l’intérieur du maelström de noirceur, le ténébreux n’entendait rien et essayait de calmer le bébé qui hurlait, rendu presque fou de terreur par les cris et les chuchotements des âmes perdues qui se pressaient auteur d’eux. Ses petits bras battaient désespérément pour chasser les mains désincarnées qui se tendaient vers lui mais ses poings minuscules n’impressionnaient guère les lambeaux de ténèbres glaciales. Ces dernières frôlaient son adorable visage, caressaient son petit corps tendre et s’enroulaient à son toupet de cheveux argentés.

- Chut, bébé, ce n’est rien, ils ne peuvent pas te faire de mal tant que je suis là, assura Nero. Du calme.

Peine perdue.

- Tu vas le faire mourir de peur, si tu le gardes ici, Nero.

Ce dernier leva brusquement la tête et recula d’un pas en serrant un peu plus le bébé contre lui.

- Vincent Valentine… murmura-t-il en s’enfonçant encore dans les ténèbres, faisant redoubler les cris du petit.

- Attends ! Arrête !

- Désolé, Vincent Valentine, mais cette danse-ci, je suis pas en état de te l’accorder. Pas tout de suite, du moins.

Vincent leva les mains pour lui montrer qu’il n’était pas armé.

- Je ne suis pas venu pour me battre, Nero, mais pour vous mettre à l’abri, toi et le bébé !

- Venant de toi, je me serais attendu à un mensonge moins naïf.

- C’est la vérité !

Le petit s’arrêta soudain de crier et le ténébreux remarqua avec épouvante qu’il avait les yeux révulsés.

- Par tous les démons de la planète, Nero, tu es en train de le faire mourir de terreur ! s’affola Vincent. Il faut le sortir d’ici !

Nero, médusé, le secoua doucement.

- Réveille-toi… Ouvre les yeux, bébé. Ouvre les yeux !

Ses jambes trop affaiblies refusant de le soutenir plus longtemps, il tomba à genoux, le nourrisson toujours serré contre sa poitrine, et jeta à Vincent un regard désespéré.

- Si tu le gardes ici, dans ces ténèbres, avec toi, il mourra !

Le ténébreux secoua furieusement la tête.

- Je voulais le protéger… gémit-il. Juste le protéger.

- Je le sais, Nero. Mais un homme normalement constitué ne peut pas rester dans un endroit comme celui-ci sans perdre totalement la raison. A plus forte raison, un enfant. Il faut le sortir d’ici.

- Pour qu’ils en fassent un monstre ? Comme moi ? Comme mon frère ?

- Je ne le permettrai pas, Nero. Jamais. Et son père non père encore moins. Oui, Nero, ce petit a un père, insista l’ex-turc en voyant le tsviet écarquiller les yeux. Un père à qui j’ai promis de ramener son bébé.

Nero déglutit avec difficulté et caressa la petite tête argentée, hésitant.

- Jure-moi que tu ne laisseras pas la Shinra le prendre ou lui faire du mal, Vincent Valentine…

Celui-ci secoua la tête et s’approcha de quelques pas.

- Personne n’a l’intention de lui faire du mal, Nero. Et surtout pas Rufus Shinra, tu as ma parole.

Le ténébreux berça un instant le bébé inconscient avec un sanglot désespéré, indécis, puis le tendis à Vincent.

- Très bien… Emmène-le, Vincent Valentine. Et fais ce que tu as à faire aussi vite que tu le pourras.

- J’en ai bien l’intention, assura-t-il en prenant le bébé.

- Lorsque tu verras mon frère, murmura Nero d’une voix étranglée, dis-lui que, jusqu’au dernier moment, je n’ai cessé de penser à lui et de l’aimer.

Il tendit son cou gracile vers l’ancien turc en fermant ses beaux yeux carmins et celui-ci tiqua.

- Que… qu’est-ce que tu fais ?

- Ton arme n’aurait aucun effet, ici. Tu vas devoir te salir les mains, Vincent Valentine.

Ce dernier hoqueta.

- Mais enfin, je n’ai nullement l’intention de te tuer ! Encore moins de te tordre le cou comme à un poulet !

Nero rouvrit les yeux et cligna des paupières, perdu.

- Mais tu… Tu as ce que tu étais venu chercher. Tu as le bébé.

- Nero… soupira Vincent. Angeal a promis à ton frère que nous ferions tout pour vous sortir de là et c’est bien ce que nous avons l’intention de faire !

- Je… J’ai peur de ne pas comprendre.

- Il n’y a rien à comprendre, s’impatiernte l’ancien turk. Peux-tu marcher ?

Le ténébreux secoua la tête, hébété.

- Je… Je ne crois pas.

- Alors, tiens le bébé.

Vincent lui posa le bébé sur le ventre avant qu’il n’ait le temps de répliquer et voulut les soulever délicatement tous deux dans ses bras mais quelque chose lui piqua douloureusement le bras.

Nero s’étant un peu rasséréné, les ténèbres s’étaient clairsemées et l’ex-turk frémit d’horreur en voyant ce qui lui avait pincé le biceps.

- Nero… Qu’est-il arrivé à ton dos ?

- Mes ailes… fit celui-ci entre ses dents serrées pour contenir un cri de douleur. Genesis… Genesis les a arrachées.

- Que les Dieux nous viennent en aide…

Mais, le bébé commençant à montrer des signes de conscience, il n’eut pas le loisir de poser plus questions.

*

Lorsque Sephiroth ouvrit les yeux, le premier visage qu’il vit fut celui de Kadaj.

Assis sur le lit, le garçon était penché sur lui et guettait attentivement le moindre signe de conscience.

- Grand frère ? chuchota-t-il, les yeux luisants et la voix tremblant d’émotion.

Le général sourit et posa une main glacée sur la joue poupine.

- Kadaj… Mon fougueux et imprévisible Kadaj… railla-t-il gentiment. Mon adorable petit fauve…

Ce dernier, bouleversé, se jeta dans ses bras en sanglotant comme l’enfant qu’il y était encore il a peu.

- Grand frère…

- Laisse-moi te regarder, fit celui-ci en prenant Kadaj par les épaules pour l’obliger à lui faire face.

Le garçon rougit un peu sous l’examen attentif mais s’essuya les yeux et sourit.

- Tu nous a tellement manqué, si tu savais…

- Vous aussi, vous m’avez manqué, assura l’ex-cauchemar de la planète en pétrissant ses épaules avec affection. Si tu savais comme j’avais envie de vous connaître enfin… Vous connaître vraiment… (Il écarta les cheveux du petit visage rond avec une douceur qui surprit Cloud) Bon sang, ce que tu peux ressembler à mère !

A la mention de ce mot, le garçon se raidit.

- A… mère ?

Sephiroth rit, sachant très bien ce qu’il pensait.

- A Lucrecia.

- Gretta me l’a dit aussi, répondit le garçon en rougissant de fierté.

- Gretta… Elle est toujours ici ?

- Et elle a hâte de te saluer. Elle m’a beaucoup parlé de toi et de mère.

- Ah oui ?

Sephiroth laissa échapper un petit rire attendri en serrant le garçon contre lui et lissa ses cheveux doux et fins comme ceux d’un bébé.

Par dessus son épaule, il vit Cloud, qui ne savait visiblement pas s’il devait lui sourire ou baisser les yeux ; la jeune Tifa, qui était devenue une superbe jeune femme depuis la dernière fois qu’il l’avait vue ; Reeve, qui était toujours le même, sobre, calme et élégant ; l’immense Barret, qui serrait contre lui une petite fille qui le regardait avec curiosité ; une jeune femme et un garçon en blouse blanche, qui ne pouvaient être que Shalua et Merill, qui avaient si bien pris soin de lui, lorsqu’il était dans la cuve ; Yuffie, dont il reconnut le rire joyeux pour l’avoir souvent entendu dans le laboratoire, lorsqu’elle venait voir Kadaj ; Rufus, bien sûr, toujours aussi joli garçon ; Rude, seul, pour une fois, et…

Loz, lui, baissa les yeux, intimidé.

- Bonjour, grand-frère, murmura Yazoo avec un petit signe de tête timoré.

Il n’osait pas s’avancer, et Sephiroth lui tendit la main en signe d’invitation.

- Tendre Yazoo… Mon autre moi-même… Approche que je te regarde. Approche, mon ange noir…

Le jeune homme ne se le fit pas dire deux fois et se jeta à son tour dans les bras de Sephiroth, ému aux larmes.

- Je croyais que tu ne souviendrais plus jamais de nous, grand frère…

Reeve échangea un regard attendri avec Shalua et Cloud secoua la tête, incrédule. Il était si surpris par le comportement affectueux de son ancien ennemi qu’il avait presque envie de se frotter les yeux pour être sûr que ces derniers ne lui jouaient pas un tour.

Barret, lui, sa fille adoptive accrochée à sa cuisse, paraissait comprendre ce que ressentait Sephiroth et Yuffie, comme à son habitude, luttait pour ne pas se laisser déborder par l’émotion.

Loz, qui observait leur effusions avec envie, lâcha la main de Tifa et recula discrètement de plusieurs pas. En cet instant, il aurait donné n’importe quoi pour prendre ses jambes à son cou ou se transformer en souris et se cacher dans un trou du plancher.

Le mythique général paraissait béat d’admiration devant ses cadets, qu’il ne finissait pas de toucher et de serrer contre lui avec effusion. Et c’était bien normal, il aurait été le premier à reconnaitre si on le lui avait demandé. Ses frères avaient tout pour eux, avaient hérité du meilleur de Sephiroth, mais lui… Lui, il n’avait ni l’intelligence et l’esprit vif de Kadaj, ni la beauté et la sagesse de Yazoo, et il le savait. Hojo et ses assistants le lui avaient assez répété. En fait, hormis ses yeux verts fendus et ses cheveux gris, il ne lui ressemblait guère, il s’en rendait bien compte, à présent qu’il les voyait tous les trois.

- Loz ? s’inquiéta Tifa dans un discret murmure en réalisant qu’il avait reculé vers la porte.

Il ouvrit la bouche pour la rassurer mais n’en eut pas le temps car Sephiroth venait de lever les yeux vers lui.

Le jeune homme hocha respectueusement la tête, les yeux fixés sur le parquet, mais resta où il était pour ne pas mettre le général mal à l’aise en l’obligeant à se montrer aussi affectueux avec lui qu’avec ses cadets par pur devoir.

- Bon retour parmi nous, grand frère. Je suis heureux de te revoir.

N’obtenant pas de réponse, il se décida enfin à relever la tête. Le pénétrant regard mako se vissa au sien.

- Loz… fit Sephiroth d’une voix étranglée par l’émotion en tendant les bras vers lui. Unique et indispensable Loz…

Celui-ci s’avança lentement et s’assit prudemment sur le bord du lit, ne sachant si Sephiroth se moquait gentiment de lui ou s’il était sincère jusqu’à ce que ce dernier referme ses mains sur ses puissantes épaules et l’attire contre lui pour le serrer avec force.

- Merci de m’avoir remplacé auprès d’eux, Loz… murmura-t-il tout contre son oreille afin que lui seul puisse entendre. Merci d’avoir toujours été un père pour Kadaj et Yazoo.

“Ce qu’on ne m’a jamais permis d’être et que je ne serais sans doute jamais pour aucun de vous, hélas…” avait-il envie de rajouter.

- Je… C’est… C’est normal, bredouilla le jeune homme sur le même ton en rougissant de confusion, pris de court par le compliment. Ce sont mes petits frères. Ils n’avaient que moi, pour les protéger.

Sephiroth sourit avec tendresse contre son cou.

- Comment tant puissance peut-elle contenir autant de générosité et de douceur après tout ce que tu as supporté, Loz, je me le demande… Où diable as-tu puisé un tel courage, toutes ces années ?

- Ce n’est rien. Tout le monde en aurait fait autant.

- Non. Tout le monde ne l’aurait pas fait… poursuivit Sephiroth en pétrissant affectueusement son large dos. Tout le monde ne l’aurait pas fait, crois-moi. Je suis fier de toi…

C’en était trop pour Loz, qui fondit en larmes dans les bras de Sephiroth.

- Père

En entendant cette épithète, qui lui était adressée pour la première fois de sa vie et qu’il n’aurait jamais espéré entendre, Sephiroth sentit son coeur se serrer jusqu’à lui en faire mal et une émotion sans nom le saisir à la gorge.

Le mot était sorti droit du coeur et de la bouche de Loz avec sa franchise habituelle, sans malice aucune, et c’était sans doute ce qui était le plus touchant.

- Dis-le encore, sanglota Sephiroth en resserrant son étreinte. Toi seul est assez fort pour assumer cette vérité, Loz, et j’ai tellement besoin de l’entendre… Dis-le encore, mon fils

- Père…

- Qu’est-ce qu’ils se racontent ? demanda discrètement Kadaj à Yazoo en essayant de saisir les murmures inaudibles de ses deux frères aînés.

Yazoo haussa les épaules et échangea un regard interloqué avec les autres, tout aussi étonnés - si ce n’est plus - de voir Sephiroth et Loz s’étreindre ainsi en pleurant et riant à la fois.

VII - Vivants ! J + 4

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Dans la chambre, Tifa essayait désespérément de calmer Loz, qui, dévoré par la fièvre, ruait et s’agitait, menaçant d’arracher son drain.

- Du calme, tu es en sécurité. Chut, Loz… Chut, Calme-toi, voyons.

Peine perdue.

- Tifa ! Qu’est-ce qu’il a ? gémissait Marlène, au bord des larmes. Pourquoi il se débat comme ça. Il a mal ?

- Je ne sais pas, ma chérie, répondit la jeune femme, contrainte de se coucher presque sur l’incarné pour l’empêcher de bouger. Bon sang, Loz, tu vas te calmer, oui !

Elle referma ses mains gantées sur les bras puissants et pesa dessus de toutes ses forces en essayant de plaquer le corps athlétique dos au matelas. Le jeune homme se cambra aussitôt, arqua l’échine en gémissant de plus belle et donna de violents coups de reins.

- Arrête ! pleurnicha la petite en s’agrippant à son gilet de cuir pour la faire lâcher prise. Arrête, tu lui fais mal !

- Je ne lui fais pas mal, Marlène ! s’impatienta Tifa en repoussant la petite d’un léger mouvement de hanches. J’essaye de l’empêcher d’arracher ce fichu tube ! Ecarte-toi !

La fillette recula d’un pas en se mordant les lèvres pour ne pas pleurer.

- Ya…zoo… haleta Loz d’une voix fiévreuse entrecoupée de sanglots. Yazoo !

Epuisé à force de se débattre, il finit néanmoins par se calmer un peu et Tifa, sans le libérer pour autant, posa sa joue contre la sienne pour lui murmurer des paroles rassurantes à l’oreille.

- Yazoo va bien, Cloud et Reno s’occupent de lui. Chut… Ca va aller. Du calme… Du calme…

- Tifa… murmura-t-il en se détendant sous elle.

- Je suis là. Je suis là, Loz, calme-toi… Calme-toi, allez, c’est fini…

Sa joue satinée caressa la sienne, brûlante et moite, et les pattes argentée de sa barbe lui piquèrent la peau mais ce n’était pas désagréable.

- Tifa…

En sentant la peau fraîche de la jeune femme contre son visage, il se laissa complètement aller. Les muscles noués de ses imposants biceps se décontractèrent sous la douce pression des mains gantées et il nicha son visage au creux du cou de Tifa avec un petit soupir expressif.

Celle-ci, à la fois surprise et un peu gênée, passa doucement l’avant-bras sous la nuque argentée, lova sa paume sur le galbe de son épaule et le serra doucement contre elle.

- Chut… C’est fini. C’est fini, Loz, ça va aller, maintenant, je suis là… Chut… Essaye de dormir.

De sa main libre, Tifa lissa les courts cheveux humides de sueur et une chaude fragrance musquée, capiteuse et typiquement masculine, lui chatouilla les narines et titilla ses sens.

Serrer ce corps moite, si viril, cette peau odorante et incandescente contre elle, éveilla au creux de son ventre des sensations qu’elle avait presque oubliées.

Depuis combien de temps n’avait-elle pas senti l’odeur d’un homme blotti contre elle ? N’avait-elle pas senti sa barbe picoter ses joues ? Son souffle haletant contre son cou ? Ses lèvres frémissantes contre sa gorge ? Son corps dur contre le sien ? Ses bras puissants autour de…

- Il dort ?

La voix de Marlène la fit sursauter et elle lutta pour émerger du cocon sensuel où le contact du trop mâle et trop séduisant incarné l’avait plongée.

- Je… bredouilla-t-elle. Oui, mentit-elle en sentant le souffle brûlant de Loz s’accélérer encore contre son cou et son oreille, provoquant d’irrépressibles et délicieux frissons. Il… Il somnole. C’est la fièvre.

Le petit visage de Marlène se contracta sous l’assaut de la pitié et elle tendit une petite main pour caresser l’épaule nue de Loz en un geste tendre et rassurant.

La peau de celui-ci se hérissa et Tifa sentit les battements de son coeur s’accélérer contre sa poitrine.

- Le pauvre… Il arrête pas de trembler, t’as vu ? Tu veux que j’aille chercher une autre couverture ?

Tifa déglutit avec difficulté. Les bras de Loz lui rendaient à présent timidement son étreinte et, de sa main libre, elle remonta le drap sur son grand corps nu.

- Non, Marlène, ça va aller.

- Mais il a froid, regarde. Il n’arrête pas de frissonner.

Tifa resserra son étreinte, le souffle de Loz s’accéléra encore contre sa gorge, sa poitrine durcit contre ses seins et elle sentit un flot de lave incandescente lui descendre le long du ventre et inonder son intimité.

- Ca va aller, Marlène, répéta la jeune femme d’une voix enrouée.

La petite hocha la tête et s’assit sur le bord du lit avec un petit soupir las, totalement inconsciente de ce qui était en train de se passer sous ses yeux, dans les arcanes des chairs des deux adultes enlacés et derrière les murailles de leurs fantasmes et de leurs désirs les plus secrets.

Loz, affaibli par les drogues, trop épuisé pour pouvoir ne serait-ce que redresser le torse et le corps enflammé par la fièvre au-delà du supportable, était à deux doigts de se mettre à hurler tant le contact de la jeune femme le mettait à la torture. Cette fille, dont il avait rêvé durant des jours, qu’il avait désirée jusqu’à la folie et lui avait ôté jusqu’au sommeil était là, tout contre lui, et serrait contre elle son grands corps nu à travers la barrière dérisoire du fin drap de coton peigné. Un drap qui, contre sa peau si ravagée de désir qu’elle en était douloureusement à vif, paraissait pourtant tissé de ronces et de chardons.

Tifa bougea un peu pour trouver une position un peu plus confortable pour tous les deux et le tissu frotta contre les petits tétons roses de l’incarné, lui arrachant un gémissement plaintif. Mais le pire était sans doute la tension insupportable au bas de son ventre. Elle était telle que Loz sentait battre et palpiter le sang dans le corps caverneux de son sexe gonflé à la façon d’un élancement douloureux, comme ceux dont on peut souffrir après un écrasement ou un coup particulièrement violent.

En fait, chaque mouvement de la jeune femme, fus-ce un simple mouvement des doigts dans ses cheveux, faisait naître un nouveau - et insoutenable - frisson qui descendait le long de son échine jusqu’à ses reins, traversait son ventre et envoyait une décharge électrique au bas de ce dernier, provoquant un douloureux afflux de sang et une nouvelle suée… qui descendait à son tour le long de son dos en une intolérable et torturante caresse.

Son coeur battait à présent si fort contre sa poitrine qu’il avait l’impression qu’il allait bientôt s’échapper de sa cage thoracique, déchirer la chair et les os qui l’emprisonnaient et sauter entre les seins de la jeune femme !

Cette image lui donna envie de rire et mal lui en prit : lorsqu’il inspira, le contact entre leurs corps se fit plus intense et il ne put contenir un sanglot plaintif contre son cou.

Tifa, à demi allongée sur lui, ne sentait que trop les battement du coeur affolé, les muscles frissonnants, les soupirs douloureux, la peau humide et brûlante, les halètements incontrôlables et l’impressionnant renflement au bas de son ventre, contre sa hanche à elle. Le parfum saturé de phéromones qui montait de sa chair incandescente lui tournait la tête et elle aurait voulu lécher la peau moite au creux de son cou et derrière son oreille, s’enivrer de cette odeur si mâle, le nez dans ses cheveux de mercure…

Jamais elle n’aurait cru voir un jour un homme aussi ravagé par le désir que Loz l’était en cet instant. Certes, la fièvre y était sans doute pour beaucoup mais le résultat n’en était pas moins délicieusement excitant…

Elle s’écarta un peu pour regarder l’expression de son visage.

La tête toujours renversée sur l’avant-bras de la jeune femme, il n’avait pas ouvert les yeux et respirait avec plus de difficulté que jamais mais sa blessure n’y était pour rien, cette fois. Ses joues s’étaient légèrement colorées de rose, ses yeux roulaient sous les paupières closes et ses lèvres entrouvertes avaient gonflé.

De sa main libre, Tifa prit le linge qui reposait sur la table de nuit, près d’un grand bol d’eau désormais tiède, et épongea doucement le visage baigné de sueur en commençant par le front et les tempes. Loz poussa un petit soupir et elle s’attarda un peu sur les grands yeux en amande, l’élégant nez droit et les pommettes hautes. Puis, se débarrassant de son gant à l’aide de ses dents, elle plongea à nouveau le linge dans le bol et pressa le trop plein de liquide.

- Va chercher de l’eau fraîche, tu veux bien ? demanda Tifa à Marlène.

- D’accord !

La petite bondit du lit, ravie de se rendre enfin utile, et se dirigea vers la salle de bains, le bol dans les mains.

Tifa, elle, se concentra à nouveau sur son “patient” et passa tendrement le linge sur les lèvres sensuelles, les mâchoires viriles et le menton volontaire avant de descendre sur la gorge et le haut de la poitrine.

Loz cambra le dos, pressant sa nuque contre l’avant-bras de la jeune femme, et sanglota une petite plainte en ouvrant à demi ses incroyables yeux félins, brillants de fièvre.

- Chut, le rassura Tifa en posant le bout de l’index sur ses lèvres. Ca va aller, du calme.

Le jeune homme secoua la tête avec un regard suppliant.

- Arrête ça…

Elle lui sourit, se méprenant sur ses craintes.

- Ce n’est qu’un linge humide. Personne ne te fera de mal, ici, je te le promets.

Elle posa la main à plat sur sa poitrine pour le rassurer, sur la partie inférieure d’un muscle pectoral que le bandage laissait à nu. Loz tressaillit, comme si le contact l’avait brûlé, se mordit la lèvre au sang et donna un involontaire coup de reins qui dévoila un instant l’impressionnante virilité qui se dressait au bas de son ventre musclé.

- Pardon… haleta-t-il d’une voix à peine audible en rougissant.

Tifa sentit ses joues devenir cuisantes mais sourit comme si elle n’avait rien remarqué et retira sa main de sa poitrine en réalisant que c’était le frottement de sa paume contre son petit téton rose douloureusement sensible qui avait provoqué ce mouvement réflexe.

- Ce n’est rien, c’est la fièvre, ça arrive, essaya-t-elle d’argumenter pour le tirer d’embarras. C’est normal… Comment te sens-tu ?

Il déglutit avec difficulté et secoua la tête.

- Mal… Je… Je…

“J’ai tellement envie de toi que je crois que je vais en mourir…” avait-il envie de dire, le cœur cognant tellement fort et le sang battant si violemment dans son bas-ventre et à ses tempes qu’il en avait la nausée et tête qui tournait.

- Marlène va apporter de l’eau fraîche, le secourut Tifa. Ça ira un peu mieux après, tu verras.

Elle caressa son front humide et peigna ses cheveux argentés de ses doigts graciles, le faisant soupirer.

Loz sourit avec tristesse, ferma les yeux et une larme roula sur sa tempe argentée. Il blottit à nouveau son visage au creux de son cou et pleura en silence.

- Loz ? chuchota la Tifa, inquiète. Qu’est-ce que tu as ?

- Rien… Rien du tout…

Avant même de se rendre compte de ce qu’elle faisait, Tifa posa ses lèvres frissonnantes sur son front fiévreux.

- Plus personne ne vous fera de mal, à toi et à Yazoo, promit-elle en resserrant son étreinte autour de ses épaules. Ni les médecins, ni Jenova, ni Sephiroth, ni personne. Le cauchemar est fini, Loz. Je te le promets…

Elle le sentit à nouveau haleter contre son cou et elle tourna légèrement la tête pour pour profiter de la sensation délicieuse de son souffle contre son oreille.

- Je n’ai pas arrêté de penser à toi depuis ce jour-là, dans l’église, avoua-t-il dans un souffle brûlant, tout contre sa joue. Pas une minute…

Tout le corps de Loz paraissait se tendre vers elle et la température de la chambre semblait avoir soudain monté de plusieurs degrés.

Tifa sentit son cœur faire une embardée et se mettre à battre la charge dans sa poitrine. Depuis quand un homme ne l’avait-elle pas désirée à ce point ? Au point que chaque pore de sa peau, chaque mot, chaque geste, chaque murmure, chaque souffle paraissait la supplier de lui accorder un instant d’attention. En fait… cela lui était-il seulement déjà arrivé ?

D’elle-même sa tête pivota encore un peu, sa joue se caressant à celle de l’incarné, les angles soignés des dessins de sa barbe lui picotant agréablement la peau. Les eux mi-clos, elle chercha ses lèvres.

- Tu vois qu’il va bien !

La voix de Denzel fit tressaillir la jeune femme, qui redressa la tête, blême comme un suaire.

- Je te l’avais dit ! insista le garçonnet. Pourquoi tu voulait pas qu’on le laisse avec Tifa ?

Dans l’encadrement de la porte, Cloud regardait ses chaussures, à demi mort de honte.

- Comment va Loz ? demanda-t-il à sa compagne en rougissant légèrement.

Tifa cligna des paupières, interloquée.

Cloud ne s’était-il dont aperçu de rien ? N’avait-il pas vu ce qu’elle s’apprêtait à faire ?

Elle baissa les yeux vers Loz qui, la nuque toujours appuyée sur son avant-bras et le visage tourné dans le sens opposé de la porte, avait eu la présence d’esprit de simuler l’inconscience dès que le fils adoptif de la jeune femme était entré dans la chambre…

*

Dans la salle de bains, Yazoo toujours assis entre ses jambes dans l’eau brûlante, Reno vit Marlène remplir un bol d’eau fraîche au lavabo et regarda sa montre. Minuit passé. Il était grand temps de coucher les enfants et d’essayer de dormir un peu.

Comme s’il avait lu dans ses pensées, l’incarné se serra un peu plus confortablement contre le turk avec un petit soupir et ce dernier réalisa que, depuis un petit moment déjà, Yazoo dormait comme un ange…

La tentation de Reno

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Cette histoire (curieuse histoire, diraient certains) se passa un soir de juillet dans l’église en ruine de l’ancienne ville de Midgar.

L’athéisme ambiant, ou plutôt “ de bon ton ” avait réduit la petit église à l’état de ruine bien avant la chute du météore et, hormis une jeune femme qui, disait-on, y avait fait pousser des fleurs deux ans plus tôt, personne n’y mettait jamais les pieds.

Personne ?

Pas tout à fait car, à quelques pas du maître autel délabré, dans l’ombre d’une alcôve de pierre, un jeune homme était agenouillée à même le sol, sur les dalles de marbre.

La tête pieusement inclinée, il priait, ses mains fines jointes sur sa poitrine recouverte de cuir et ses longs cheveux de mercure retombant sur ses épaules à la fois carrées et élégantes.

“ Beau comme un ange… ”

C’est ce que murmuraient généralement les gens qui le croisaient.

Mais existe-t-il des anges aveugles ? Car aveugle, l’inconnu l’était, si l’on en croyait la canne blanche posée à côté de lui et le regard fixe de ses yeux fendus vert mako.

Détail qu’avait aussi remarqué un homme aux cheveux rouges, debout à quelques mètres derrière la pauvre créature. Et, à bien les regarder l’un et l’autre, avec leurs visages enfantins et leurs grands yeux clairs, on se disait qu’ils auraient fait les délices d’un peintre d’icônes.

L’inconnu à la chevelure de feu était un peu plus petit que le jeune aveugle et bien plus singulier. Mais, singuliers, tous les turks le sont et que nul n’imagine qu’il s’agit là d’un effet de style. Cet inconnu, qui détaillait celui que l’on prendrait volontiers pour l’un des siens, était bel et bien un turk et non des moindres. Il s’agissait de Reno.

Oui, ce Reno-là. Sur les lieux en cette belle soirée de juillet parce qu’un informateur anonyme lui avait assuré avoir été témoin d’un important trafic de materias de contrebande - dont il n’avait d’ailleurs pas vu trace.

Et Reno était subjugué par le jeune inconnu, qui ressemblait tellement à…

“ Sephiroth… ”

C’est avec une fascination mêlée de déférence qu’il s’approcha de l’aveugle agenouillé.

- Les Dieux doivent sourire en entendant de si belles prières.

Le jeune homme tressaillit et se retourna.

Faut-il décrire la surprise et le ravissement de Reno lorsqu’il contempla le délicat visage à la lumière feutrée filtrant par le toit éventré ? Inutile. Nul mot ne saurait le décrire de toute façon. Quant à sa voix, disons que si les campanules avaient pu jouer de la musique lorsque le vent du printemps les fait danser au rythme de sa brise, leur chant aurait ressemblé au doux timbre de l’aveugle.

- Bonsoir, murmura simplement celui-ci en tendant la main vers sa canne.

- Pardonnez-moi, je ne voulais pas vous effrayer mais je… je vous écoutais parler avec les Dieux et j’avoue que j’ai rarement vu quelqu’un prier avec tant de ferveur.

L’inconnu pencha la tête sur le côté et sa longue chevelure mercure lui balaya la poitrine.

- Écouter, dites-vous ? Il me semblait pourtant prier en silence. Pardonnez-moi si j’ai perturbé votre recueillement, j’étais persuadé d’avoir les lèvres closes.

- Disons que votre cœur et votre visage parlaient si bien qu’il m’a semblé les entendre.

Le jeune aveugle fit tinter son rire. Un doux rire cristallin teinté d’ironie qui ravit le turk.

- Vous êtes bien étrange, monsieur.

Reno sourit.

- D’accord, j’ai menti. En fait, je… Je trouvais que vous ressembliez étrangement à quelqu’un que j’ai connu.

- Oh. Pourtant, on me dit souvent que j’ai un physique un peu “ à part ”. Cela étant dit, monsieur, plaisanta le garçon, je suis dans l’impossibilité de vérifier !

Le turk rit de bon cœur.

- Mon nom est Reno, pas monsieur. ”

L’infirme se leva en s’aidant de sa canne et tendit sa main fine.

- Je m’appelle Yazoo. Enchanté.

Reno leva un sourcil, amusé, et serra la main tendue.

- Yazoo ? Quel nom singulier vous avez là.

- Oui, il parait.

Le jeune homme s’appuya sur sa canne, qui se coinça entre deux dalles mal assemblées et se brisa.

Emporté par son élan, il serait tombé tête première n’eût été les bras vigoureux qui le retinrent.

- Oh ! Pardonnez-moi… Zut, il ne manquait plus que ça.

- Habitez-vous loin d’ici ?

L’inconnu secoua la tête.

- Non, mais beaucoup trop loin pour moi sans cette canne, je le crains, soupira-t-il. Je vais appeler mon frère, pour qu’il vienne me chercher. Pouvez-vous me guider jusqu’à un endroit où je peux capter le réseau ?

Reno sourit.

- Je vous dois mieux que cela. Puisque je suis en partie responsable de cet incident, permettez-moi de vous raccompagner.

- Eh bien, je… je ne sais pas si…

Les hésitations du jeune homme amusèrent le turk.

- Rassurez-vous, vous ne risquez absolument rien en ma compagnie.

- Je… Je ne voulais pas être désagréable.

- Vous ne l’avez pas été.

- C’est que l’on entend tellement de choses horribles de nos jours, que… Excusez-moi. Je suis trop méfiant. Peut-être est-il temps de… (Il sourit) que je fasse un peu plus confiance aux gens.

- Venez, murmura Reno en lui donnant le bras. Attention aux gravats.

Ils quittèrent donc l’église et prirent la direction de Edge.

- Votre frère vous ressemble-t-il ? demanda Reno en marchant d’un pas serein.

Yazoo sourit.

- On le dit, oui. Bien qu’il soit beaucoup plus fort que moi ! Avez-vous des frères et sœurs vous-même ?

Ils devisèrent ainsi tout en marchant et nombreux furent les yeux qui, en chemin, se tournèrent dans leur direction. Bien des femmes succombèrent. Quant aux hommes, ma foi… soit ils grimacèrent, soit ils furent séduits, tout dépendit des hommes. Mais aucun regard, cependant, ne se détourna avant que la porte de l’entrée de l’immeuble délabré où habitait l’aveugle ne leur cache le pâle visage à la beauté éthérée.

- Vous disiez que je ressemblais à l’un de vos amis ?  demanda le jeune infirme en montant les marches.

- ” Ami ” ? Je n’irai pas jusque là, non, plaisanta le turk. Un ancien adversaire, plutôt. (L’aveugle s’arrêta un instant, haussa les sourcils et Reno rit de son expression.) Il avait les mêmes yeux que vous. Des yeux que je n’avais jamais vus chez quelqu’un d’autre jusqu’à maintenant. Ah ! Je crois que nous sommes arrivés. Je vous dis donc “ à bientôt ”. Peut-être.

- Est-ce que… Est-ce que vous accepteriez de boire un verre avec moi ? s’enquit timidement l’aveugle. Vous avez été très aimable et… j’avoue que vous m’êtes très sympathique. J’ai plaisir à parler avec vous.

Reno fut pris au dépourvu.

- Eh bien…

- Vous n’y êtes pas obligé, fit précipitamment Yazoo en rougissant furieusement.

Le turk sourit.

- J’accepte avec joie. Peut-être dois-je, moi aussi, devenir moins méfiant ! (Il haussa les épaules.) Déformation professionnelle ! plaisanta-t-il.

- Ah ? Vous êtes policier ?

- Ah ! Ah ! Ah ! Non. Je travaille pour les services de sécurité de la Shinra, fit-il évasivement.

- Oh. Je vois.

Reno entra dans l’appartement. Un meublé, selon toute vraisemblance, si l’on en croyait le manque total d’originalité et la sobriété de la décoration. Mais la seule présence de son hôte suffisait à magnifier les lieux et le turk, profitant de sa cécité, ne se gêna pas pour le détailler des pieds à la tête sans la moindre pudeur. Et il était beau, son hôte, pour ça oui ! Si les anges avaient eu une descendance, il aurait pu se croire en présence de l’un d’entre eux.

- Le salon est par là, précisa le jeune homme en le précédant. Qu’aimeriez-vous boire ?

- Un whisky allongé, si vous avez ça.

Yazoo prit deux verres dans un placard, une flasque contenant un liquide doré et une bouteille d’eau minérale dans le réfrigérateur du bar.

- Me permettez-vous de vous regarder à ma manière ? demanda-t-il en remplissant les verres. Je suis curieux de savoir à quoi vous ressemblez.

- Que voulez-vous d…

Mais le jeune homme faisait déjà courir ses doigts frais sur son visage avec délicatesse.

- Vous êtes beau.

Reno sourit, à la fois gêné et flatté.

- Merci.

- De rien, susurra Yazoo à un souffle de ses lèvres.

Le turk observa la petite bouche boudeuse avec curiosité. Que se passerait-il s’il posait ses lèvres sur ces lèvres-là ? Concupiscence ? Luxure ? Péché ? Abomination ? Acte contre-nature ? Bien sûr que non. Le baiser d’une bouche pareille ne pouvait être que tendre, pur et sans arrière pensée, à l’image de son propriétaire.

Reno se pencha doucement sur le visage délicat et embrassa les lèvres tendres. Une vague d’émotion le submergea et il eut à peine conscience des bras qui l’entraînaient sur les coussins.

***

Lorsqu’il ouvrit les yeux, il était seul dans le lit et avait un mal de crâne à faire hurler un muet.

Merde, qu’avait-il fait ?

Il vit un long cheveu d’électrum sur l’oreiller et frémit.

Que s’était-il passé ? Il eut beau essayer de se souvenir, il lui semblait que sa mémoire s’obstinait a lui masquer les preuves de sa bêtise.

“ Oh, la vache… Ma tête ! ”

Ils avaient bu… Oui, beaucoup bu. Et beaucoup ri, aussi. Puis ils avaient fait l’amour. Et avaient encore bu…

Reno avait parlé à Yazoo de sa ressemblance avec Sephiroth et le garçon avait posé des dizaines de questions. Trop de questions, en fait. Oui, beaucoup trop de questions - auxquelles il avait d’ailleurs répondu, grisé par l’alcool et le sexe.

- Qui est cette… Jenova ? avait demandé le garçon.

Reno avait éclaté de rire et vidé un autre verre de brandy.

- C’est pas vrai ! Tu as vécu dans une boîte, ces dernières années, ou quoi ?

Alors il lui avait parlé de la calamité tombée du ciel. De la façon dont Sephiroth avait…

- Oh, putain ! s’écria-t-il en se redressant sur le lit, soudain parfaitement dégrisé.

Il réalisa alors qu’il n’était pas seul dans la chambre.

Un homme vêtu de cuir, aux courts cheveux de mercure et aux épaules aussi larges aussi larges que celles de Rude, était appuyé contre le chambranle de la porte. Grand, un profil de médaille et admirablement découplé, il dégageait ce charme sauvage et cette puissance qui n’appartient qu’aux grands fauves.

Ses yeux mako aux pupilles fendues luisaient dans la pénombre et il souriait, follement amusé.

- Yazoo ! appela-t-il. Il est réveillé !

“ L’ange ” qui avait si sensuellement gémi le nom de Reno quelques heures plus tôt, entra dans la chambre, vêtu de son long manteau de cuir noir. Il s’appuya contre la large poitrine de celui qui - si l’on en croyait la façon dont il transpirait la sensualité et la vigueur - ne pouvait être que son frère.

La pose de Yazoo était languissante ; son immobilité, une invitation et son regard… un monde de sarcasmes non formulés.

Les pupilles fendues se vissèrent à celle du turk sans la moindre hésitation.

- Aveugle, mon cul… cracha ce dernier. Tu t’es servi de moi, sale fils de pute !

Fou de rage, il bondit du lit pour se jeter sur son arme mais le jeune colosse aux cheveux courts le devança à une vitesse prodigieuse et l’assomma.

- Qu’est-ce qu’on fait de lui ? demanda-t-il avec un rictus mauvais.

- On s’en fiche, répondit son frère. Viens. Allons vite dire à Kadaj que nous savons où est mère.

Ils quittèrent la pièce et, quelques secondes plus part, Reno, à demi inconscient,

entendit vrombir le moteur de deux motos au pied de l’immeuble.

Il se traîna sur le sol pour se saisir de son téléphone cellulaire et composa le numéro de Tseng.

“ Reno ? Reno, ça va ? Tu as une drôle de voix ? ”

- Elena ?

“ Oui, Tseng est en réunion avec le patr… ”

-  Il faut que vous partiez au cratère nord ! Tout de suite ! Je vous rejoindrai là-bas !

“ Quoi ? Pourquoi ? Qu’est-ce que tu racontes ? ”

- Je crois que j’ai fait une connerie, Elena… Une énorme connerie.

VI - Vivants ! J + 3

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno étendit une couverture supplémentaire sur le corps frissonnant toujours inconscient de Yazoo et Tifa secoua la tête, découragée.

- L’un est glacé et l’autre a une fièvre de cheval… c’est à en perdre sa langue.

- Très bien professeur, merci, disait Cloud au téléphone en entrant dans la chambre d’où il était sorti pour appeler l’hôpital. Oui, je vous rappelle si ça empire. Oui, merci.

Il raccrocha.

- Alors ? Qu’est-ce qu’il a dit ? s’enquit Reno.

Le jeune homme haussa les épaules.

- Bain très chaud, laissa-t-il tomber.

- Et… c’est tout ?

- C’est ce qu’il a préconisé. D’après lui, la baisse de température n’est due qu’au choc traumatique.

- Et lui, alors ? intervint Marlène en passant sa petite main sur le front moite de Loz, qui délirait dans un demi-sommeil. Pourquoi il est aussi malade ?

Tifa se pencha sur elle et lui lissa les cheveux en souriant pour la rassurer.

- Il a une très vilaine blessure, ma chérie. La fièvre, c’est parce que son corps combat l’infection. Elle tombera bientôt, tu verras.

- Il faut le mettre dans la baignoire, alors ? demanda Denzel, qui n’avait pas lâché la main de Yazoo depuis qu’il était entré dans la chambre, juste après avoir expédié son petit déjeuner au bar.

Cloud lui tapota paternellement la tête.

- Oui, comme le docteur l’a dit : un bon bain très chaud. Reno est moi allons nous en occuper, ne t’en fais pas.

- ” Très chaud ” ? Et… ça va pas le brûler ?

Reno éclata de rire.

- Pourquoi veux-tu que ça le brûle ? On va juste le réchauffer, pas l’ébouillanter !

- Bah, il a presque pas de peau, regarde, plaida le petit en lui tendant la main molle de l’argenté, qu’il serrait dans ses menottes. On voit tout à travers !

Le turk, plus amusé que jamais, s’accroupit à ses côtés et prit la main délicate de Yazoo dans la sienne.

- Ils ont la peau très claire, expliqua-t-il patiemment en suivant du doigt une fine veine bleue dans le creux du bras, c’est pour ça qu’elle te paraît transparente. Mais elle est aussi résistante que la tienne ou la mienne, rassure-toi. Voire même plus. Un bain chaud ne lui fera aucun mal, je te le promets.

Cloud tendit la main au garçonnet.

- Tu viens ? On va le faire couler.

Denzel bondit sur ses pieds et quitta la pièce en compagnie de son ami, au grand amusement de Tifa, qui s’assit sur le bord du lit, près de Marlène.

- Il va dans son corps, ce gros tuyau ? demanda la petite en désignant le tube ensanglanté qui sortait de dessous les draps qui recouvraient Loz.

- C’est un drain, ma chérie. Et il n’est pas si gros que ça. Ca sert à faire sortir le sang et le liquide de ses poumons pour qu’il ne s’étouffe pas.

La fillette grimaça.

- Et il va avoir ça tout le temps, maintenant ?

- Non ! Bien sûr que non. C’est juste le temps que sa blessure cicatrise un peu.

- Pourquoi il se réveille pas ?

- Ca va venir. Il faut que la fièvre tombe un peu et que les effets des médicaments se dissipent.

Marlène poussa un profond soupir qui fit rire Reno.

- Tu ne vas pas avoir peur de lui, quand il se réveillera ? demanda-t-il.

Elle secoua furieusement la tête.

- Bah non, t’es bête ! Il est pas méchant, avec les enfants, rétorqua-t-elle avec une docte assurance qui fit pouffer Tifa. C’est vrai ! insita-t-elle. Demande à Denzel, si tu me crois pas !

- Oh mais je te crois, ma puce.

- Et à vous non plus, il fera plus de mal, ajouta-t-elle le plus sérieusement du monde, puisque Jenova n’est plus là pour le commander…

- Ah… L’assurance des enfants ! railla le turk, plus amusé que jamais, en frottant doucement la main glacée de Yazoo.

- C’est vrai ! C’est même Cloud qui l’a dit ! Hein que c’est vrai, Tifa ?

- Oui, ma chérie, il l’a dit.

- Oh ! Regardez ! s’écria soudain la petite en se penchant sur le visage baigné de sueur de son protégé. Il pleure !

Tifa éclata de rire.

- Mais non, voyons, il transp… Ah, si, tu as raison, se reprit-elle en voyant des larmes rouler sur les tempes argentées pour se perdre dans la chevelure de mercure. Il pleure.

- Le pauvre… gémit la petite. C’est parce qu’il a mal, tu crois ?

- Je ne sais pas, Marlène.

Elle prit le linge avec lequel la fillette lui épongeait le front, le trempa dans la bassine d’eau fraîche prévue à cet effet, l’essora et le passa doucement sur le visage et les yeux de l’incarné.

Sa tête ballottait sur l’oreiller, en proie à une poussée de fièvre particulièrement violente, et des petits gémissements à peine audibles s’échappaient de ses lèvres entrouvertes.

- Chut, chut, chut… Allons, du calme… murmura la jeune femme en prenant son visage entre ses mains en coupe, ses pouces caressant doucement ses joues, dont deux pattes argentées soigneusement taillées en L soulignaient les lignes viriles.

- Ti…fa… susurra-t-il dans son état de semi-conscience, faisant un peu rougir la jeune femme, qui ne le lâcha pas pour autant.

- Je suis là, du calme…

Sa peau était douce et chaude sous ses doigts et ses lèvres pleines, gonflées par la fièvre, et brûlantes. Si Reno et Marlène n’avaient pas été là, elle se serait laissée aller à en caresser le contour du bout du pouce, comme ça, juste pour le plaisir de sentir la peau souple.

Loz avait une bouche terriblement sensuelle, aux lèvres pleines élégamment ourlées, et de grands yeux en amande magnifiques. Peu importait qui il était ni ce qu’elle pouvait lui reprocher, il n’en était pas moins un homme particulièrement agréable à contempler.

Même dans l’église, là-bas, dans les ruines de Midgar, Tifa n’avait pu s’empêcher de remarquer le corps athlétique, véritable mètre étalon de perfection masculine, que mettaient en avant plus qu’ils ne cachaient ses vêtements de cuir moulants.

Jamais elle n’avait croisé un homme avec des proportions aussi exquises : grand et élancé, le dos formant un large V sans défaut, une taille étroite et cambrée jusqu’au vertige sur des fesses d’une rondeur affolante et des cuisses puissantes, qui doublaient presque de volume lorsque les muscles se gonflaient, tendant le cuir du pantalon jusqu’à la limite de la déchirure…

Oui, un corps à retourner les sens qu’elle aurait pu contempler dans sa plus bouleversante nudité si elle avait été seule pour pouvoir soulever les couvertures. Un corps dont elle avait eu un fugace aperçu - trop fugace, hélas - à l’hôpital, lorsque le médecin avait rabattu le drap.

- ” Ahem ! ” cria presque Reno, la faisant tressaillir.

- Hein ? bredouilla-t-elle. Quoi ?

Elle cligna des yeux comme au sortir d’un rêve, vit la grimace du turk et s’aperçut qu’elle tenait toujours dans ses mains le visage de Loz, qu’elle continuait à caresser mécaniquement du bout des doigts.

Elle ne le lâcha qu’en remarquant Cloud, debout près d’elle - et apparemment là depuis un petit moment.

- Je disais : le bain est prêt, fit celui-ci d’une voix blanche et avec une expression qui en disait plus long qu’un discours sur ce qu’il avait surpris dans les yeux de la jeune femme alors qu’elle caressait les joues de l’argenté inconscient.

*

Denzel plongea une dernière fois le thermomètre dans l’eau puis sa main. Et encore une fois le thermomètre. Puis à nouveau sa main.

- Puisqu’on te dit qu’il ne risque rien, graine de têtard ! gouailla Reno en entrant dans la salle de bains avec, dans les bras, un Yazoo nu et frissonnant.

- J’suis pas un têtard ! s’écria le garçonnet en sautant sur ses pieds, les poings serrés.

Le turk éclata de rire et se pencha par-dessus le rebord de la baignoire pour y plonger l’incarné inconscient qui, aussitôt qu’il sentit l’eau commencer à le recouvrir, s’agita comme un beau diable en gémissant, envoyant des gerbes d’eau chaude en tout sens et manquant de peu de déséquilibrer Reno.

- Oh ! Là ! Du calme ! Du calme, voyons !

- Tu vois ! s’écria Denzel en essayant de tirer le turk en arrière, loin de la baignoire. Je t’avais dit que ça le brûlerait !

- Ca n’a rien à voir, Denzel. L’eau n’est pas chaude à ce point.

Incapable de maintenir Yazoo dans l’eau sans risquer qu’il ne se blesse - ou qu’il ne le blesse lui ou le garçonnet - Reno s’accroupit sur le sol, l’argenté serré contre lui en une étreinte de fer pour l’empêcher de bouger et l’obliger à se calmer.

- Chut, chut, chut… On se calme, allez, allez, c’est fini.

- Qu’est-ce qui se passe ? demanda Cloud en entrant à son tour dans la salle de bains pour voir l’incarné et le turk avachis sur le carrelage et trempés comme des soupes. C’était quoi, ces gémissements ?

- Monsieur n’aime pas l’eau ! railla le Reno.

Cloud s’approcha et posa la main sur la poitrine nue de Yazoo.

Son coeur battait comme celui d’un moineau pris au piège.

- Il est totalement paniqué. Qu’est-ce que tu lui as fait ?

- Mais rien ! A peine les fesses dans l’eau, il a commencé à geindre et à donner des coups en tout sens. Il a pourtant déjà dû se laver au moins une fois dans sa vie, quand même !

- Ca doit être à cause de la pluie… réalisa l’ancien postulant soldat. Oui, c’est sûrement ça.

- Hein ? De quoi tu parles ?

- La pluie qui a balayé les géostigmates.

- Eh bien quoi, la pluie ?

- Elle agissait sur eux comme une pluie acide.

- Quel rapport ?

- Les médecins l’ont drogué, Reno ! Il est dans les vapes. Il ne se rend pas compte que tu essayes de le plonger dans une inoffensive baignoire. La dernière chose dont il se souvient plus ou moins nettement, c’est sûrement d’être coincé sous ses tonnes de gravats avec cette pluie acide brûlante qui lui tombait dessus sans pouvoir rien faire pour lui échapper !

Reno grimaça et écarta les cheveux humides du petit visage bleui, dont les lèvres mouillées tremblaient comme jamais.

- Ah, merde… J’avais pas pensé à ça.

- Je vais t’aider à tenir immobile dans l’eau.

- Non, attends, on risquerait de faire sauter ses points de suture. J’ai une meilleure idée : tiens-le-moi une minute.

Reno se leva pour retirer chemise et pantalon avant de prendre place dans la grande baignoire.

- Ecarte-toi, Denzel, il pourrait te donner un coup. Vas-y, passe-le-moi.

Cloud assit l’argenté entre les jambes du turk et celui-ci le saisit aussitôt à bras le corps par derrière pour l’empêcher de bouger.

Peine perdue, Yazoo se débattit avec la force du désespoir.

- Du calme ! Chut… Ca va, ça va… Arrête ! Chut… C’est pas vrai ! Arrête… Du calme… Bordel, attrape-lui les jambes !

Il fallut dix bonnes minutes pour que Yazoo finisse par déclarer forfait et se laisse aller contre la poitrine de Reno avec un gémissement pitoyable, totalement épuisé.

- Chut… chuchota celui-ci contre son oreille. Tu vois, c’était pas si terrible… Du calme… Allez, calme-toi…

Le turk l’installa confortablement tout contre lui et s’immergea totalement en prenant toutefois bien garde de lui laisser la tête hors de l’eau.

- On dirait que ça va aller, nota Cloud en passant la main sur le petit visage encore trop pâle.

- Je remets un peu d’eau chaude ? demanda Denzel en plongeant le thermomètre dans l’eau à présent tiède.

- Ouais, bonhomme, vas-y, acquiesça Reno, Et toi, tu arrêtes de gigoter, ajouta-t-il en immobilisant les jambes de Yazoo entre les siennes.

Ce dernier poussa une petite plainte et le turk desserra un peu l’étau de ses cuisses.

- Fais attention à sa jambe, prévint Cloud en tâtant l’épais rectangle de peau artificielle qui devait protéger la blessure de l’argenté et remplacer son épiderme jusqu’à ce que celle-ci cicatrise et se reforme.

- Les points de suture ont morflé ?

- Non, ça a l’air d’aller. Tout est bien en place.

Denzel ferma le robinet d’eau chaude après avoir vérifié la température de l’eau une énième fois et croisa ses petits bras sur le rebord de la baignoire.

- Il va se réveiller quand ? demanda-t-il, impatient.

- Pas tout de suite, on dirait, plaisanta Reno en sentant le souffle régulier de Yazoo contre sa joue.

- Il s’est endormi ? s’étonna Cloud. (Le turk acquiesça) Alors, profites-en pour lui faire faire trempette aussi longtemps que possible. Viens Denzel, on va aller voir Tifa.

- Mais je peux rester ici, je ferais pas de bruit, promis.

- Non, laisse Yazoo avec Reno, il a besoin de calme, allez.

Le petit obéit à regret et Reno ne put s’empêcher de sourire.

« Besoin de calme, tu parles ! »

Cloud n’avait surtout aucune envie de laisser sa dulcinée seule avec Loz après le regard qu’il avait surpris en revenant dans la chambre !

Il aurait fallu être aveugle pour ne pas le remarquer, d’ailleurs.

Cela étant dit, il pouvait comprendre Tifa.

A plus forte raison maintenant que le petit visage en coeur de Yazoo reposait tout contre le sien et que son corps tendre se lovait contre lui.

Les incarnés paraissaient avoir un « truc », un je-ne-sais-quoi qui agissait comme un aimant et donnait envie de toucher leur peau diaphane, presque bleutée, et leurs étranges cheveux argentés.

S’ils étaient agressifs, une peur quasi paranormale vous tordait le ventre à la seule idée d’affronter ces étranges créatures évanescentes mais, dès l’instant qu’ils montraient le moindre signe de faiblesse ou de fragilité, on avait aussitôt envie de les protéger et de les serrer contre soi, comme on pourrait le faire avec un chiot ou un chaton particulièrement craquant.

Cela faisait-il partie de la panoplie de survie inhérente à leur étrange nature, au même titre que leur rapidité ou leur adresse ?

Pouvoir effrayer leurs adversaires jusqu’au malaise lorsqu’ils étaient en mesure de le faire et, si ce n’était plus le cas, qu’ils étaient fragilisés ou ne pouvaient plus se défendre, susciter la sympathie d’autrui, voire même un attendrissement extrême ou, carrément de l’affection ?

Reno tourna un peu la tête pour détailler la « bouille » (comment aurait-il pu appeler cela autrement ?) qui se pressait contre sa joue et passa tout doucement le bout de l’index sur la chair pâle et si tendre de la petite bouche boudeuse. Le souffle léger qui s’échappait des lèvres entrouvertes était tout juste tiède.

- Et si on remettait encore un peu d’eau chaude, mhh ? susurra-t-il en effleurant de ses lèvres le bout du petit nez glacé.

Il vida une partie de l’eau de la baignoire et fit couler le robinet chaud quelques minutes pour la remplir à nouveau.

Lorsqu’il le ferma, Yazoo bougea un peu pour se blottir tout entier contre lui et nicher son visage au creux de son cou avec un petit soupir expressif qui fit pouffer Reno.

- Je t’en prie, vas-y, mets-toi à l’aise, railla le turk dans un murmure en retenant un fou-rire.

…à suivre

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LIV - Pardon pour le retard mais j’étais mort !

« ” Si vous arrivez en retard, dites :

“C’est que je ne suis pas le premier venu !” »

Alphonse Allais

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- J’ai un fils… J’ai un fils…

Assis sur l’une des deux chaises qui flanquaient le bureau de Shalua, Loz, les bras ballants et profondément choqué, fut longtemps incapable de dire autre chose.

Yazoo s’approcha de lui pour l’enlacer par derrière et enfouit son visage contre son cou.

- Nous allons le retrouver, Loz, je te promets.

- Vincent, Rufus et Shelke mettent tout en œuvre pour localiser Genesis, renchérit Kadaj, présent lui aussi dans la pièce ainsi que la jeune scientifique et le chef de la WRO.

- Alors c’était lui… bredouilla encore Loz. Le bébé, dans mes rêves… C’était lui…

Reeve hocha la tête et rabattit l’écran de l’ordinateur portable pour leur épargner la vue des images figées du cadavre putrescent qui avait porté l’enfant.

- Probablement, oui. Nous pensons que Genesis compte sur le fait que tu te lances à sa recherche.

L’argenté se raidit.

- Et c’est bien ce que j’ai l’intention de faire ! s’écria-t-il en bondissant sur ses pieds. Même si je dois retourner la moitié de la planète pour le retrouver !

- Loz ! intervint Yazoo. C’est précisément ce que cet homme espère !

- Que ferais-tu à la place ? tempêta son jumeau.

Ce dernier se détourna, sachant très bien qu’il ne réagirait pas autrement si les rôles avaient été inversés.

- Je… Je ne sais pas.

- Je dois retrouver mon fils !

- Et moi, je te garantis que tu ne bougeras pas tes jolies fesses de ce putain de manoir ! rugit la voix de Cid, qui venait d’entrer dans le bureau.

Tous se tournèrent vers le pilote, qui n’avait pas donné signe de vie depuis qu’il avait annoncé son ” saut rapide à Canyon Cosmo ” le soir précédent.

- Cid ! s’écria Shalua en se levant de son fauteuil pour courir l’enlacer.

Elle referma ses bras autour de lui et il grimaça de douleur.

- Attention, ma belle… murmura-t-il, trop bas pour les autres puissent l’entendre.

- Désolée, répondit-elle sur le même ton en retirant les mains de son dos.

Il l’embrassa passionnément et elle ne put que remarquer ses traits tirés et le pli douloureux qui barrait ses lèvres sensuelles.

- Tu vas bien ? demanda-t-elle encore.

Il hocha la tête, rassurant, et cligna de l’œil.

- Tu ne bouges pas tes fesses d’ici, p’tit frère, désolé ! répéta-t-il à l’intention de Loz en pointant un doigt autoritaire dans sa direction.

Shalua et Reeve échangèrent un regard abasourdi, surpris par le ton impérieux que Cid osait employer avec l’argenté et s’attendant à une réaction virulente de la part de ses cadets.

Mais, curieusement, ni Loz ni ses frères ne parurent s’offusquer de sa soudaine familiarité.

- C’est mon fils !

- Justement ! Hors de question de donner à l’enfant de salaud qui le retient la moindre chance de te mettre la main dessus ! On le retrouvera, Loz. Mais ni toi, ni Kadaj ou Yazoo ne devez vous mettre à portée de ce Genesis.

Kadaj se redressa.

- Tu ne peux pas exiger de nous que nous restions les bras croisés ! gronda-t-il, menaçant. Loz passe encore, il est trop impliqué pour ça, mais Yazoo et moi… c’est hors de question ! Cet enfant fait partie de nous !

Cid s’approcha et s’inclina pour mettre son visage à hauteur du sien jusqu’à le frôler, pas le moins du monde impressionné.

- Cet enfant fait partie du clan. Et je le laisserai pas ce Genesis se servir de lui pour mettre ses sales pattes sur l’un de ses membres. C’est clair ?

- Pourquoi ne pourrions-nous p… ? s’entêta l’argenté.

- Parce que j’en ai décidé ainsi, voilà pourquoi ! le coupa Cid. Tu as quelque chose à redire à ça, têtard ? grommela-t-il en le voyant ouvrir la bouche pour protester encore. Penses-tu que Sephiroth vous laisserait aller vous jeter dans la gueule du loup, s’il était à ma place ?

La pâleur de Reeve et de Shalua vira au vert maladif, persuadés qu’ils étaient de voir Kadaj sauter à la gorge du pilote mais, pour leur plus grand étonnement, celui-ci baissa la tête avec respect.

- Non, murmura-t-il. Bien sûr que non…

Cid se calma et lui passa le bras autour des épaules.

- Je sais que vous êtes tous très inquiets mais nous ferons ce qu’il faut, je vous le promets.

Kadaj se laissa aller contre sa poitrine, Yazoo le rejoignit et Loz serra avec chaleur l’avant-bras que lui tendit le pilote

- Promets-moi que tu me le ramèneras, Cid, pria-t-il, les larmes aux yeux.

- Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir, p’tit frère. Je te le jure.

Ils restèrent tous les quatre ainsi enlacés un long moment, sous le regard interdit de Reeve et de Shalua, comme si, par une étrange alchimie, leur proximité leur permettait d’échanger leur force et de s’encourager mutuellement sans un mot.

Que les trois garçons agissent de la sorte, cela n’avait, en soi, rien de surprenant lorsqu’on les connaissait mais… Cid !

A plusieurs reprises, la jeune femme crut même surprendre des messages silencieux dans les regards qu’il échangeait avec eux.

Il est leur frère, à présent… “ réalisa-t-elle tandis que Cid lui faisait de plus en plus l’impression d’une femelle bahamut couvant ses petits. ” L’assimilation des cellules de Jenova a fait de lui leur frère aîné ! “

Ce n’était même pas un phénomène conscient, cette évidence était juste inscrite dans le code génétique des cellules transmises par Loz.

Les réflexes de protection de Cid vis-à-vis des argentés n’étaient pas prémédités, elle le savait, moins encore la soumission de ces derniers à ses décisions. Ils les acceptaient parce qu’il était ” des leurs “ et qu’il était leur aîné.

Fallait-il que les gênes de Jenova soient puissantes pour engendrer de tels comportements !

La scientifique ne pouvait s’empêcher d’être fascinée par le phénomène.

C’est prodigieux… “

Elle croyait presque voir les fils invisibles qui les liaient les uns aux autres en un inextricable réseau d’échange de sentiments et d’émotions.

Reeve, aussi stupéfait qu’elle, si ce n’est davantage, lui coula un regard en biais et sourit.

- C’est fou, non ? murmura-t-il tout bas.

Elle acquiesça et lui rendit son sourire.

En silence pour ne pas interrompre les conversations muettes et les échanges émotionnels - qui définiraient les rapports futurs entre Cid et les argentés, de même que leurs places respectives dans le clan -, ils continuèrent à observer l’étrange phénomène qui se déroulait sous leurs yeux avec une fascination à la fois curieuse et attendrie.

*

La nuit était tombée depuis longtemps et la lune palote, dissimulée par intermittence par de noirs nuages menaçants, ne permettait guère d’y voir à plus de trois pas.

Nero, les jambes flageolantes et les bras douloureux à force de tenir le minuscule bébé serré contre lui, s’appuya au mur de la grotte d’où il venait de surgir pour reprendre son souffle,

Il sentit l’une de ses côtes se briser sous la pression d’une arête de pierre qu’il n’avait pas repérée dans l’obscurité et cria.

Son mors de cuir étouffa à demi sa plainte mais, dans le silence de la forêt dense qui recouvrait le flanc sud du mont Nibel, celui-ci parut quand même résonner à des kilomètres.

Sentant que quelque chose n’allait pas, le nourrisson se réveilla et se mit à pleurer, finissant d’affoler le ténébreux.

- Chut, bébé… supplia-t-il, n’osant pas bercer ce dernier de peur de se déboîter un coude ou une épaule. Chut… Ne pleure pas, s’il te plaît… Il ne faut pas qu’on nous entende… Ne pleure pas…

Rassemblant sa dernière énergie il marcha en direction d’un bouquet d’arbrisseaux dans l’espoir de s’y cacher le temps de calmer le petit.

- Non, pas par là, jolie maman, par ici ! chuchota une voix à sa droite, le faisant tressaillir.

Il pivota et reconnut immédiatement le jeune homme nimbé d’un halo fantomatique qui semblait flotter à une dizaine de centimètres du sol.

- Toi… gémit-il en sentant s’envoler les dernières onces de courage qui lui restaient.

- Avec qui as-tu fauté pour nous faire ce joli poupon, boule de suif ? Ton grand frère chéri ?

Nero recula d’un pas et secoua la tête, désespéré, en serrant un peu plus fort le bébé contre lui.

- Je le savais… Je savais que c’était un piège… Je n’aurais pas dû écouter Weiss… Je n’aurais jamais dû…

*

Cid sentit des doigts frais courir sur son visage.

Il ouvrit les yeux, vit le doux visage de Shalua penché sur lui et sourit.

- Quelle heure est-il ? demanda-t-il.

- 21h00. L’heure de dîner. Tu as dormi deux bonnes heures.

Il se frotta les yeux et s’assit sur le lit de la jeune femme, où il s’était écroulé tout habillé après avoir passé la journée à étudier les informations rassemblées par les agents de la WRO et les services de renseignement de la Shinra.

Ils avaient tous eu beau se creuser les méninges et tapoter sur leurs claviers jusqu’à en avoir les yeux rougis, les traces de la présence de Genesis se perdaient quelque part entre le cratère Nord et le Canyon Cosmo.

- Du nouveau ? demanda-t-il.

La scientifique secoua la tête.

- Shelke n’arrive pas à entrer en contact avec Lucrecia ou Aerith. Et l’électroencéphalogramme de Sephiroth fait des sauts de cabri depuis plus d’une heure. Il se passe apparemment quelque chose mais quoi, ça…

Elle soupira et il lui caressa tendrement la joue.

- Aerith ne nous laissera pas dans doute très longtemps, j’en suis convaincu. Elle nous fera signe d’une manière ou d’une autre.

Il se pencha sur elle pour lui voler un baiser et elle se laissa aller contre sa poitrine dure pour s’enivrer de son parfum si viril, goûtant la façon dont sa barbe naissante lui picotait les lèvres tandis que sa langue s’enroulait autour de la sienne.

- Est-ce que je peux la voir ? murmura-t-elle dans sa bouche.

Il sourit contre ses lèvres et s’écarta un peu.

- Bien sûr que tu peux. Il faut changer le pansement, de toute façon.

Il retira son t-shirt avec précaution et, folle de curiosité, Shalua dénoua lentement les larges bandes de lin artisanales qui lui bardaient la poitrine, protégeant son dos.

Lorsque le dernier pan d’étoffe vaporeuse tomba, la jeune femme recula d’un pas pour contempler le large dos muslé et ne put retenir un hoquet surpris.

- Alors ? demanda Cid.

- Cid, c’est… C’est magnifique !

Le pilote sourit.

- Tu me rassures parce que j’ai cru que j’allais en avaler ma langue, tellement j’en ai bavé !

- C’est incroyable, c’est… Les mots me manquent ! J’en avais déjà vu en photo mais là… Mon Dieu, Cid, tu as dû souffrir comme un damné !

- Mais est-elle à la hauteur de ce qu’elle honore ou pas ?

- Oui, assura-t-elle. Oh, oui, elle l’est. Elle… Elle est superbe, Cid. Vraiment. Tu devrais la lui montrer.

Il secoua la tête et lui présenta de nouveau son dos pour qu’elle puisse le bander de frais.

- Je ne l’ai pas faite pour faire joli ni m’en vanter à la ronde, Shalua.

- Je le sais bien Cid, mais…

- Il la verra bien tôt ou tard, ne t’en fais pas.

Elle prit un vaporisateur d’antiseptique dans sa trousse de première urgence et en aspergea le dos du pilote.

- C’est dingue, reprit ce dernier. Tu te rends compte qu’à l’époque, quand Tifa a été laissée pour morte dans la vieille église et que Cloud s’est fait fumer sur la tour, à Midgar, j’ai dit à Barret que, jusqu’à mon dernier souffle, je fouillerai la rivière de la vie à la recherche de ce fils de pute de Loz ? Je pensais vraiment que la déesse ne m’avait permis de survivre et d’échapper aux géostigmates que dans ce but…

Shalua éclata de rire.

- Quoi ? Pourquoi lui et pas les autres ?

Le pilote fit une moue sarcastique, comme pour se moquer de lui-même.

- Parce que je ne m’en prends ni aux femmes ni aux gosses et que c’était le seul de ces trois salopards qui, à mes yeux, paraissait suffisamment viril et adulte pour que je me permette de lui mettre mon poing dans la gueule !

Shalua éclata de rire à son tour.

- Oh ! Mon Dieu, Cid… Ne dis jamais ça à Kadaj ou à Yazoo !

- Ouais… Je sais. Mais je voulais vraiment lui faire la peau, tu sais. Lui en faire baver jusqu’à ce qu’il crie grâce, autant que lui et ses frangins avaient fait souffrir toute la planète ! Et regarde ce qui s’est passé… (Il laissa échapper un rire amer) Comme quoi, il faut vraiment, vraiment faire attention à ne pas faire de vœux qui pourraient se réaliser bien au-delà de nos espérances ! C’est ce je dis toujours à Denzel et à Marlène.

- Oh, je le sais ! A cause de ça, il a pleuré toutes les larmes de son corps, persuadé que c’était à cause de lui que Loz était ” en train de mourir ” !

Le pilote pouffa.

- Tu plaisantes ?

- Non, je t’assure, demande à Tifa, martela-t-elle en commençant à bander son torse. C’est la promesse en question, là, en bas, n’est-ce pas ? demanda-t-elle en passant délicatement le doigt sur ses muscles lombaires.

Cid acquiesça.

- Oui.

- Qu’est-ce que ça dit ?

Il se retourna à demi pour lui murmurer quelque chose à l’oreille et une émotion sans nom serra la gorge de la jeune femme.

- C’est vraiment beau. Tu devrais la montrer aux autres, Cid, je t’assure ! (Il secoua de nouveau la tête en souriant) Réalises-tu que vous devez être une poignée d’hommes sur cette planète à porter une promesse de sang authentique ? C’est quelque chose qui mérite de…

- Shalua ! railla Cid en riant.

- D’accord, ça va, je me tais, je n’insiste pas…

Elle fit mine de bouder et son rire redoubla.

- Viens par là, toi ! fit-il en l’attrapant par la taille pour l’allonger sous lui.

*

- Toujours rien, annonça Vincent tirant la chaise de Shelke pour l’aider à s’asseoir à la grande table.

La jeune fille était visiblement épuisée et, n’eut été l’insistance de Rufus et de Vincent, elle serait plus volontiers allée se coucher que dîner.

- Monsieur Valentine a raison, il faut reprendre des forces, fit Gretta en remplissant généreusement son assiette.

Reeve posa sa fourchette et soupira, déçu.

- On trouvera, Reeve, assura Rufus. Ca prendra le temps qu’il faudra mais on trouvera.

- A supposer qu’on ait du temps, laissa tomber Loz, lugubre.

Tifa lui serra la main sous la table, le cœur serré, et Yazoo lui adressa un sourire d’encouragement.

- Et toi, mon pote, ça va ? lança joyeusement Reno pour détendre un peu l’atmosphère en assénant une grande claque dans le dos de Cid, faisant hoqueter Shalua.

L’effet ne se fit pas attendre et le pilote laissa échapper un cri de douleur étouffé en se bandant comme un ressort.

- Putain de merde ! Reno ! jura-t-il en arquant le dos.

La grossièreté du juron fit pouffer Denzel et Marlène, qui reçurent chacun une tape sur la tête de la part de Tifa.

- Bah… Qu’est-ce que t’as ? s’étonna le turk, confus. Je croyais que le mako t’avait remis à neuf, non ?

Il jeta des regards confondus à la ronde, désolé de sa boulette, mais chacun haussa les épaules, ne comprenant pas non plus la réaction du pilote.

- Oh ! Mais c’est le cas, Reno, répondit Shalua avec un petit sourire en coin. Sa nouvelle… ” blessure ” n’a rien à voir avec son ex-femme !

Cid lui coula une œillade sarcastique et elle lui répondit par un sourire taquin.

- Tu es blessé ? s’enquit Vincent, inquiet.

Le pilote ouvrit la bouche pour répondre par la négative et inventer une sombre histoire de chute et d’écorchure mais la jeune scientifique le devança.

- Il a fait une promesse de sang ! claironna-t-elle avec délice, provoquant la stupéfaction autour de la table.

- C’est pour ça que t’es parti à Canyon Cosmo ? demanda Cloud, dont les yeux venaient de s’écarquiller jusqu’à doubler de volume.

- Oh, putain… Bah merde, alors ! laissa échapper Barret.

- Barret ! le tança Tifa en désignant les enfants, qui riaient à nouveau comme des fous.

- Une promesse de sang mais… une vraie ? s’étonna Rude, dont la fourchette s’était arrêtée à mi-chemin de sa bouche béante.

Shalua acquiesça à la place de Cid.

- Une vraie de vraie ? insista Reno. Pas l’un de ces tatouages à la mode, comme on fait a Edge ? Wouahhh ! Et… on peut voir ?

Yazoo se pencha vers lui.

- Une promesse de quoi ?

- Une promesse de sang ! Un truc mystique fait les par les chamans de Canyon Cosmo ! T’en as jamais entendu parler ?

L’argenté se tourna vers ses frères, qui secouèrent la tête de concert.

- Non.

- Une promesse de sang est un sacrifice que l’on fait en l’honneur de quelqu’un, expliqua Vincent. Je n’ai vu qu’un homme en porter une dans ma vie. Il l’avait faite pour sa fille.

Rufus acquiesça, aussi étonné que les autres convives.

- Les souffrances que l’intervention occasionne sont terribles. Elles sont offertes via le chaman à la rivière de la vie, pour qu’en échange ce paiement elle se montre clémente et veille sur l’âme de la personne à qui l’on a dédié sa promesse. C’est un acte de piété et de générosité totale, qui n’apporte absolument rien à celui qui la fait, ni bénédiction divine ni quoi que ce soit de cette sorte. Une démarche entièrement tourné vers et au bénéfice de l’autre.

- C’est d’ailleurs pour ça qu’il n’y a jamais eu beaucoup de volontaires ! plaisanta Reeve. Les promesses de sang sont une chose rarissime et, contrairement à Vincent, je n’en ai jamais vue une seule. Une vraie s’entend. Mais j’ai vu quelques vieilles photos. C’est surprenant.

- C’est quoi ? demanda Kadaj, curieux. Un tatouage ou quelque chose comme ça ?

- Pas tout à fait, expliqua encore Rufus. Les cinq éléments de la planète doivent toujours intervenir dans une promesse de sang : l’eau, le feu, la terre, l’air et l’esprit. La chair est donc marquée par des scarifications, des tatouages aux encres très particulières, des brûlures et des implants minéraux, le tout formant un dessin illustrant la promesse elle-même, écrite en lettres cunéiformes primitives, une écriture ancestrale et mystique plus ancienne encore que le cetra.

- Vous avez l’air de maîtriser sacrément le sujet, dites-moi ! railla le pilote.

Le jeune président hocha la tête.

- J’ai étudié les traditions chamaniques et l’écriture primitive pendant longtemps. C’est fascinant et très instructif. Mais, comme Reeve, je n’ai vu de promesses de sang qu’en photo, hélas.

Tifa se pencha vers Shalua et lui pinça le bras, taquine.

- Alors ? Qu’est-ce que ça fait d’être gravée à vie dans la chair de ton pilote adoré ? demanda-t-elle, malicieuse, faisant rire toute la tablée.

La jeune scientifique ne se démonta pas.

- Et qui te dit que cette promesse me concerne, ma chère Tifa ? rétorqua Shalua, ravie de la surprise que provoqua sa révélation.

- Bon, tu nous montres ou pas ? insista Reno, impatient.

Cid soupira et - flatté malgré tout par les réactions qu’il suscitait - se leva sous les regards curieux de ses amis pour retirer son t-shirt.

Shalua, ravie, l’aida à défaire son bandage et, lorsqu’il pivota pour leur montrer son dos, des cris surpris et émerveillés retentirent jusqu’au plafond de la grande salle.

- Oh, mon Dieu ! s’exclama Tifa, qui n’en croyait pas ses yeux.

- C’est… C’est… dingue ! fit à son tour Yuffie, qui s’était approchée pour y voir de plus près.

- Incroyable… murmura Cloud. C’est… C’est des scarifications, ça, non ? demanda-t-il en détaillant l’arabesque d’une ronce stylisée qui ressortait en relief sur la peau. Tu as dû en baver comme c’est pas permis…

Reno, qui en était resté sans voix, se tourna vers Yazoo, qui pressait les deux mains sur sa bouche, sidéré.

- C’est beau, non ? murmura-t-il. Tu as vu ces couleurs ? On dirait que les entrelacs de lianes et ronces vont se mettre à bouger.

L’argenté acquiesça.

- Magnifique ! s’écria Rufus. Vincent, tu as vu ça ?

- Oui, c’est… c’est superbe.

- Les détails sont tout simplement époustouflants ! acquiesça Reeve en suivant prudemment du doigt la ligne d’une minuscule araignée argentée cachée parmi les entrelacs végétaux qui entouraient le dessin central.

Chacun s’extasia ainsi durant un long moment, essayant de voir tous les détails cachés du dessin, chacun ayant une signification bien précise pour Cid.

Puis, l’un après l’autre, les convives se tournèrent vers celui qui était concerné au premier plan par la Promesse de Sang en question car point n’était besoin d’être versé en mystique chamanique pour voir au bénéfice de qui celle-ci avait été faite.

La symbolique du dessin central était on ne peut plus évidente.

Scarifications, implants, tatouages, tout se mêlait dans une débauche de couleurs avec une élégance et une beauté que personne n’aurait pu soupçonner de prime abord au vu de méthodes d’ornementation d’apparence aussi ” barbare “.

Le coupe-papier en forme de dague que Shera avait utilisé pour poignarder le pilote avait été reproduit avec une minutie quasi magique et avec un tel réalisme que l’on croyait pouvoir le saisir en tendant la main.

Il était planté jusqu’à la garde entre deux vertèbres et le sang qui coulait de la blessure n’était pas rouge… mais vert mako.

Loz qui, la gorge trop serrée pour prononcer le moindre mot, était resté un peu à l’écart, osa enfin s’approcher.

Formant une sorte de haie d’honneur improvisée, le groupe se scinda en deux de part et d’autre du pilote pour le laisser passer et ils observèrent ses réactions avec une émotion teintée de respect.

L’argenté tendit la main pour toucher, du bout des doigts, les élégants déliés et arabesques qui entouraient le dessin central de l’incroyable œuvre d’art ornant le large dos de Cid.

Il s’arrêta sur le cartouche qui contenait des sortes de dizaines de petits triangles dans toutes les positions possibles et imaginables.

- Que… qu’est-ce que ça dit ? demanda-t-il d’une voix étranglée par l’émotion.

Cid, trop ému pour parler, tourna un regard suppliant vers Rufus, qui s’approcha et lut d’une voix vibrante :

- « A toi qui as tant souffert pour que je puisse vivre… Moi qui n’avais survécu que pour te faire souffrir. »

Un concert de cris étouffés et d’exclamations émues s’éleva dans la grande salle et beaucoup sentirent leur gorge se nouer jusqu’à leur mal.

Loz, lui, ne voyait presque plus rien tant il pleurait.

Il n’en posa pas moins la main sur l’épaule de Cid pour le faire se retourner.

- Tu n’étais pas obligé de faire ça, Cid…

- Je sais, p’tit frère, répondit celui-ci en serrant l’argenté contre lui dans une étreinte brutale en tapotant doucement le pansement au bas de son dos par-dessus le blouson de cuir. Disons que moi aussi j’avais envie de garder ce souvenir là gravé dans la peau…

Yazoo eut beau faire, il fut incapable de retenir un sanglot, et Kadaj lutta pour ne pas se laisser déborder à son tour par son émotion.

Yuffie prit la main de Tifa et essuya ses yeux.

- Je crois que je vais me mettre à pleurer comme une fontaine… geignit-elle.

Tifa, non moins touchée, allait répondre par une petite boutade amicale lorsque Merill fit irruption dans la salle, blême et totalement paniqué.

- Shalua ! Vite !

Celle-ci se reprit et tous se tournèrent vers le jeune homme, soudain inquiets.

- Qu’y a-t-il, Merill ?

- Sephiroth ! Ca y est ! Il a ouvert les yeux !

à suivre.

LII - Frères de sang

Quand le ciel veut sauver un homme,

il lui donne l’affection d’un ami pour le protéger.”

Lao-Tseu

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Loz ouvrit à demi les yeux, il faisait nuit noire dans le parc du manoir et la lampe de chevet nimbait la chambre d’une douce pénombre dorée.

- Tifa ? murmura-t-il avec difficulté dans un état semi-conscient, la gorge irritée d’avoir tant hurlé. Yazoo ?

Il grimaça, tourna la tête de part et d’autre du lit pour chercher la jeune femme ou son jumeau et deux grands yeux d’un bleu d’azur lui sourirent.

- Bon retour parmi les vivants !

- Cid…

L’argenté voulut s’asseoir sur le lit et ravala de justesse la plainte qui lui monta aux lèvres lorsque l’horrible brûlure de mako au bas de son dos frotta sur les draps malgré la barrière protectrice du pansement.

Cid bondit aussitôt de sa chaise pour l’aider à se redresser.

- Eh ! Là… Doucement !

- Merci…

Loz était pâle comme la mort, ses yeux cernés de noir et ses traits étaient marqués par les souffrances qu’il avait endurées - et qu’il endurait sans doute encore.

- C’est moi qui ai failli passer l’arme à gauche et c’est toi qui en baves, hein ? fit remarquer Cid, bien plus touché qu’il ne l’aurait voulu.

L’argenté simula une expression sereine.

- Je vais bien, maintenant.

- Ouais… Tu parles. J’ai connu des prêtres de Gaïa qui mentaient mieux que toi !

Loz rit malgré lui.

- Quand es-tu sorti de la cuve ?

- Il y a deux heures à peine. Et je suis venu remplacer ta dulcinée à ton chevet jusqu’à ce qu’ils aient fini leur ” réunion au sommet “.

- La réunion ? Quelle réunion ?

Comme Shalua lui avait conseillé de le faire jusqu’à ce que l’argenté soit parfaitement rétabli, le pilote secoua la tête et sourit comme s’il s’agissait d’une chose sans importance.

Heureusement pour le convalescent, Cid mentait bien mieux que lui.

- Les hommes de Reeve ont découvert un étage supplémentaire dans les anciens locaux du Deepground. Rien de bien folichon ! Les autres t’en parleront quand tu te seras reposé. Ne te prends pas la tête avec ça pour l’instant.

- Je suis heureux de voir que tu vas bien, Cid. Tu nous as fait une belle peur, tu sais.

Celui-ci s’assit sur le bord du lit et serra l’avant-bras de Loz, qui aurait juré voir ses yeux briller plus que de coutume.

- Alors ? On est quoi, maintenant, toi et moi ? demanda le pilote, le gosier si noué par l’émotion que les mots avaient du mal à sortir. Frères de sang ?

Un sourire incurva les lèvres sensuelles de l’argenté.

- Un truc comme ça, oui, sans doute.

Cid sentit quelque chose d’humide rouler sur sa joue hérissée d’une sempiternelle barbe naissante et, faisant fi de ses habituels discours sur la sensiblerie, serra Loz contre sa poitrine en une étreinte de fer aussi soudaine que sincère.

- Merci, mon frère… murmura-t-il, le visage enfoui au creux du cou de l’argenté. Je sais ce que je te dois…

Loz répondit à son étreinte avec sa sensibilité et sa simplicité habituelle, comme il l’aurait fait avec Kadaj ou Yazoo, et ils restèrent ainsi de longues minutes, sans rien dire, laissant simplement les larmes couler sur leurs visages, lavant les tensions et les souvenirs des moments difficiles.

Mary, la nourrice qui avait élevé Cid à la mort de son père, lui aurait flanqué une belle taloche, si elle avait pu le voir se répandre ainsi.

” Ce sont les femmes, qui pleurent, Cid. C’est dans l’ordre des choses. Tout comme ce sont les lionnes chassent, pour nourrir leur famille, et non les lions ! C’est ainsi que Dame nature en a décidé. “

Pourtant, ça faisait tellement de bien…

Mais si ce sentiment de quiétude et de tendre complicité qui l’envahissait lorsqu’il étreignait l’un de ses frères était familier pour Loz, il ne l’était pas pour le pilote, peu habitué aux marques d’affection et aux contacts physiques autres que ceux qu’il dispensait aux femmes qui partageaient son lit.

Même avec Vincent, qui était pourtant ce qui pourrait se rapprocher le plus d’un ami intime, ce genre de proximité devenait rapidement… “gênante”.

Avec Loz, c’était différent.

Cid avait l’impression de serrer dans ses bras une partie de lui-même. Son contact, son odeur sucrée, sa chaleur, tout son être paraissait trouver une résonance en lui. Une résonance qui n’était pas là avant que…

” Les cellules de Jenova… “ réalisa soudain le pilote.

Il les sentait presque courir dans ses veines et vibrer à la proximité de l’un de ses ” frères “, en écho aux siennes.

Il se raidit, s’attendant à être soudain empli de dégoût mais… non.

Au contraire.

Ce n’était pas le mauvais de côté de Jenova qu’il découvrait là, il le savait, le percevait jusqu’au plus petit recoin de son cerveau.

Les cellules qu’il avait reçues étaient pures de toute influence néfaste. C’était simplement une qualité intrinsèque de ces dernières : pouvoir ressentir la présence de ses ” semblables ” et glaner des indices sur leur état d’esprit comme s’ils étaient un échantillon de sa propre essence. Pour lui, qui avait perdu ses parents très jeune et n’avait ni frères, ni enfants, ni même de famille encore en vie, c’était un sentiment totalement nouveau.

C’était agréable d’être aussi proche d’un autre être sans qu’aucune connotation sexuelle ne vienne troubler la donne… D’éprouver une telle sensation d’apaisement et de sentir sa poitrine de gonfler d’affection à son contact…

Ressentirait-il une chose semblable avec Kadaj ou Yazoo ?

Très certainement, bien que probablement moins intensément. Et peut-être même avec Sephiroth.

Cid allait avoir du mal à expliquer cet étrange sentiment de complicité innée et d’attachement à Vincent ou à Shalua. Quoiqu’à fréquenter avec les argentés et à voir la relation fusionnelle qu’ils entretenaient, un esprit suffisamment ouvert pouvait s’en faire aisément une idée.

- Merci, Loz… murmura-t-il encore. Merci pour tout…

- Ce n’est rien. Tu ferais la même chose pour moi. (Un court silence, puis :) Tu… Tu le ferais, Cid… n’est ce pas ?

En percevant le doute qui vibrait dans sa voix, le pilote sourit contre son cou et resserra son étreinte.

- Oh ! Oui, petit frère… assura-t-il avec toute l’affection dont il était capable. Je te jure que oui…

Il sentit les larmes de l’argenté humidifier le col de son t-shirt et les siennes redoublèrent.

Cela faisait tellement de bien de se laisser aller… Tellement de bien…

Les hommes ne pleurent pas “ disait sa nourrice. ” C’est dans la nature des choses, tout comme tu ne verras jamais un lion chasser. “

Elle se trompait.

Les hommes peuvent pleurer et les lions savent chasser. C’est le courage de le faire qui leur manque. C’est tout…

*

Nero secoua obstinément la tête.

- Je ne t’abandonnerai pas, Weiss… Jamais.

- Au contraire ! T’enfuir et amener de l’aide est le meilleur moyen de nous sauver tous les deux.

- Non… gémit le ténébreux. Il se vengera encore sur toi ! Il te tuera !

- Il a trop besoin de moi pour ça, Nero.

- Mais…

- Il nous tuera tous les deux tôt au tard, ne le comprends-tu pas ? Lorsque nous lui aurons donné ce qu’il veut, il n’aura plus que faire de nous. C’est la seule solution, mon frère. La seule…

Nero se laissa tomber aux pieds de son aîné avec un gémissement douloureux et étreignit ses jambes.

- Quand bien même, je ne suis même pas certain d’avoir la force physique de sortir de cette grotte, Weiss. Dès que je m’éloigne de la rivière de la vie, mon corps me trahit…

- Tu dois essayer ! Et tu dois emporter le bébé avec toi.

Nero hocha tristement la tête.

- J’aurais déjà de la chance si mes bras ne se brisent pas comme du verre sous son poids.

- ” Sortir à la surface “ a dit Angeal. C’est tout ce que tu auras à faire, mon frère. Sortir à la surface et te cacher dans la forêt jusqu’à ce qu’ils viennent te chercher.

Son cadet enlaça ses mollets vigoureux de ses bras frêles et y appuya tendrement sa joue.

- Non… Je t’abandonnerai pas ici, Weiss.

- Nero ! supplia celui-ci.

- Je t’abandonnerai pas…

*

La chambre des jumeaux était plongée dans le noir et n’eut été l’odeur sucrée qui flottait dans la pièce, on aurait pu la croire vide tant Yazoo, assis sur le bord de l’un des lits, se tenait immobile.

Ce n’est que quand Reno fut à trois pas de lui qu’il réalisa qu’il pleurait en silence.

- Nous… Nous nous attendions à ce que tu descendes au moins pour le dîner, murmura le turk, ne sachant comment l’aborder.

L’argenté continua de fixer le parc enténébré à travers le carreau de la fenêtre.

- Je n’ai pas faim… répondit-il d’une voix à peine audible.

Reno soupira.

- Ca peut se comprendre.

Un long silence s’installa, que le turk finit par rompre en s’asseyant aux côtés de l’incarné mais sans oser aller jusqu’à le toucher, ce qui fit redoubler les larmes de ce dernier.

- Je… Je ne sais pas quoi dire, Yazoo. Je… Je… je n’ose même pas imaginer ce que tu as dû ressentir en voyant ces images.

- Ne te crois pas obligé de dire quoi que ce soit, Reno… répondit l’argenté, la gorge nouée jusqu’à l’étouffement et la poitrine serrée dans un étau.

- Je suis désolé, Yazoo. Je… (Il se frotta le visage, horriblement mal à l’aise) Rufus a… J’ai pensé que… Enfin, que nous… Oh, et merde ! jura-t-il en se levant brutalement pour faire les cent pas en se tordant les mains.

Dans un élan de rage, il laissa tomber brutalement ses poings fermés sur la commode, faisant sursauter Yazoo.

Le silence retomba entre eux, seulement interrompu par la respiration haletante du turk et les sanglots étouffés de l’argenté.

- J’aurais donné dix ans de ma vie pour ne jamais avoir à t’imposer ça, Reno… Je te le jure.

Ce dernier se tourna lentement vers lui mais, à sa grande surprise, Yazoo ne lut dans ses yeux ni dégoût ni mépris, juste une profonde commisération.

- Il y a… Il y a une très jolie crypte, près de la chapelle, murmura le turk en revenant s’asseoir à ses côtés pour lui prendre timidement la main. Oh, je sais que ça ne le ramènera pas et que ça ne changera pas ce qui s’est passé, ajouta-t-il précipitamment lorsqu’il vit la bouche de Yazoo s’ouvrir d’étonnement. Mais… mais je me suis dit que… que tu aurais peut-être envie de… de… enfin, tu comprends ce que je veux dire, fit-il, horriblement mal à l’aise.

- Une… crypte ? bredouilla l’argenté, perdu.

- Oui, près de la chapelle, au nord du parc. C’est un endroit très paisible entouré de pins parasols et de lauriers-roses, un lieu de repos pas lugubre du tout. On peut aller le voir, si tu veux. Tu… tu n’es pas obligé de prendre une décision tout de suite. Rufus a ordonné que l’on garde le… enfin le ” corps ” à la morgue de la clinique Shinra de Edge en attentant de savoir si tu voulais qu’on l’incinère ou que… enfin tu vois.

Yazoo laissa échapper un hoquet étranglé, comprenant enfin de quoi Reno parlait et pourquoi il était à la fois triste, révolté et en colère. Et ce n’était pas du tout, comme il l’aurait cru, parce que son ” presque-amant ” avait cessé d’être un homme pour devenir un monstre sans réelle identité sexuelle.

- Reno… put-il seulement chuchoter, étouffé par ses sanglots.

Comme si cela avait été le signe que celui-ci attendait depuis qu’il était entré pour pouvoir étreindre l’argenté, le turk le serra enfin contre lui et enfouit son visage dans ses cheveux argentés.

- Tseng et Elena te présentent leurs condoléances, reprit le turk. De tout cœur. Et c’est sincère, je peux te l’assurer. C’est eux qui sont allés le récupérer au labo du Deepground tout à l’heure, à la demande de Rufus. (Les larmes de Yazoo redoublèrent et il s’accrocha désespérément à la chemise de Reno.) Ca va aller, mon ange. ca va aller, il ne faut pas t’en faire, tout se passera bien, tu verras. Elena… Elena a dit que c’était comme s’il dormait. Le mako a parfaitement conservé les tissus, tu ne seras absolument pas choqué de le voir si tu en as envie, je te le promets. C’était un très beau bébé, tu sais… Oui, un très beau bébé.

Lorsque Reno lui avait avoué ses sentiments, la veille, Yazoo avait cru que plus jamais il ne se sentirait aussi humain, aussi vivant, aussi… ” normal “.

Mais il se trompait.

En offrant une sépulture à celui qui aurait pu être son fils comme si c’était la chose la plus naturelle du monde, on venait le faire passer Yazoo du stade d’objet d’expérimentation à celui d’être humain à part entière. Tout comme du statut de déchet chirurgical, son fils était passé à celui de victime d’un infanticide.

- Je ne sais pas si c’est le genre de choses à dire dans ce genre de situation, Yazoo, mais… Rien ne t’empêche d’avoir d’autres enfants. Ce ne sont pas les mères porteuses qui manquent, ni les femmes ayant projeté de donner leur corps à la science et qui seraient ravies de pouvoir donner la vie même après leur mort. Et cette fois… Cette fois, tu pourras au moins choisir le père, acheva-t-il d’une voix trop timide pour ne pas y voir une allusion personnelle à peine voilée.

Yazoo ne s’y trompa pas et redressa la tête, à la fois merveilleusement surpris et totalement décontenancé.

- Pardon… s’excusa aussitôt le turk, gêné par sa propre audace. Je n’aurais pas dû dire ça.

- Non, je… Enfin, je veux dire si, tu as bien fait, au contraire, je… (Il sourit) Tu as su trouver les bons mots, Reno, je t’assure.

Il se blottit dans ses bras et colla son oreille contre sa poitrine pour entendre les battements de son cœur.

Reno le garda simplement ainsi serré contre lui, sans rien dire, respectant à la fois sa douleur et son silence.

Au bout d’un long moment, Yazoo s’essuya les yeux et se redressa.

- Merci, Reno… murmura-t-il, profondément ému. Merci de m’accepter tel que je suis.

- Quoi ? Ca ? demanda le turk en posant la main au bas de son ventre, à l’endroit où il avait vu Hojo pratiquer l’incision dans la vidéo. (Yazoo acquiesça et Reno haussa les épaules) Si ce truc là n’était pas là, tu ne serais plus vraiment notre Yazoo baby… Sais-tu à quel point nos putains d’hormones influent sur notre cervelle et notre comportement en général ?

Yazoo lui répondit par un sourire et fondit à nouveau en larmes, mais de pur soulagement, cette fois.

*

Tifa quitta sa chambre sur la pointe des pieds avec le plateau préparé par Gretta. Loz y avait à peine touché et s’était endormi en plein milieu de son repas.

- Comment va-t-il ? chuchota une voix douce dans le couloir.

La jeune femme se tourna vers Yuffie et Kadaj qui, leur dîner terminé, étaient montés se coucher.

Cait 9 se tenait entre eux deux, une petite patte serrée dans la main de chacun des jeunes gens.

- La douleur l’a épuisé. Il s’est endormi avant même de terminer son bol de potage.

- Lui as-tu parlé de… ce que tu sais ? s’enquit l’Utaïenne.

Tifa secoua la tête.

- Bien sûr que non mais… (Elle se mordilla la lèvre et ravala ses larmes) Je me sens coupable de garder le silence. Ca me fait tellement de peine de le voir dans cet état, si tu savais…

Son amie lui pressa le bras de sa main libre et Cait lui adressa un sourire d’encouragement.

- Loz est solide et dès demain soir, il arpentera les allées du manoir !

- C’est gentil, Cait, remercia la jeune femme en lui gratouillant la tête.

- Cait a raison, assura Kadaj. Demain, il sera d’aplomb et nous lui parlerons de son fils à ce moment là. Pour l’heure, il faut juste le laisser récupérer. (Il soupira.) Je comprends ton inquiétude. Moi-même, je pensais qu’il supporterait l’injection de mako mieux que ça. Au laboratoire, il était sur pied en quelques heures à peine.

Tifa sourit avec amertume.

- Loz a été très malade, la nuit dernière, Kadaj. Et la précédente n’a pas été bien meilleure. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les conditions n’étaient pas réunies pour que l’intervention se passe au mieux.

- En parlant de ça, vous savez où est passé Cid ? s’enquit Yuffie. Il a disparu juste après le dîner.

Tifa sourit.

- Sans doute avec Shalua. Il ne…

Elle fut interrompue par un bruit sourd provenant du toit.

- L’hélicoptère ? s’étonna Kadaj en échangeant un regard interloqué avec l’Utaïenne.

- Qui peut partir en balade à cette heure ?

…à suivre

V - Vivants ! Jour J + 2

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

” … i… fa… i… fa… “

Un chuchotement ténu. A peine un murmure. Tout juste un souffle.

Les lèvres bleutées de Loz entrouvertes, presque déjà des lèvres de cadavre, ne bougeaient même pas. Contrairement à ses paupières diaphanes qui, elles, ne cessaient de cligner.

Cloud ferma la porte de la chambre pour protéger les incarnés de Sephiroth du tohu-bohu qui régnait à l’extérieur et frotta ses bras nus.

- Bon sang mais il fait un froid de canard, ici ! Ils pourraient quand même régler la clim !

Dehors, les employés de l’hôpital continuaient à s’agiter en tous sens et les mots ” piratage “, ” données “, ” sécurité ” et ” virus ” revenaient sans cesse.

Quel genre de pirate pouvait donc être assez abject et écervelé pour s’en prendre aux ordinateurs d’un hôpital, risquant peut-être ainsi la vie de centaines de personnes ?

” … i… fa… “

Tifa, le cœur de plus en plus serré, se pencha sur le visage de Loz et planta son regard dans le sien.

En vain.

Les pupilles fendues, si dilatées qu’elles en paraissaient rondes, restaient immobiles et paraissaient traverser les obstacles du champ de vision comme s’ils n’existaient pas.

- Pourquoi ne me regarde-t-il pas alors qu’il ne cesse de m’appeler ? demanda la jeune femme, perdue.

Cloud secoua la tête, aussi décontenancé qu’elle, et toucha l’épaule nue et froide de Yazoo.

- Comment font-ils pour ne pas frissonner, avec une température pareille ? demanda-t-il en remontant un peu le drap trop léger sur la poitrine glabre.

Tifa prit la main glacée de Loz dans la sienne mais celle-ci resta flasque dans sa paume. Elle ne sentit pas même un petit sursaut nerveux lorsqu’elle pressa les doigts élégants et vigoureux.

” … i… fa… “

L’insupportable et douloureux chuchotement. Encore et encore.

- Je suis là, insista-t-elle en lissant les cheveux argentés dans l’espoir qu’il tourne enfin le regard vers elle. Regarde-moi. Tourne la tête. Pourquoi ne me regardes-tu pas ?

Quelque chose parut s’agiter avec l’énergie du désespoir dans les profondeurs de l’océan vert mako des yeux de l’incarné mais c’était si ténu, si difficilement perceptible, que Tifa crut qu’elle avait rêvé.

Une fois, cependant, un petit bruit qui ressemblait à une plainte étouffée s’échappa des lèvres immobiles et les paupières se fermèrent.

Cloud, qui ne cessait d’aller et venir d’un lit à l’autre, essayant de provoquer une réaction quelconque en parlant et touchant les argentés, finit par hausser les épaules et s’asseoir au chevet de Yazoo, qui fixait le plafond de ses yeux aussi vides que ceux de son frère.

- Je crois que Reeve a raison, Tifa, soupira-t-il, découragé. Il n’y a rien à faire. Ils ne…

La porte de la chambre s’ouvrit soudain à toute volée, faisant sursauter et crier Tifa.

Deux hommes et une femme en blouse blanche, flanqués de Reno, de Vincent et de Reeve s’engouffrèrent dans la pièce comme une tornade avec un plein chariot de matériel médical.

- Que… qu’est-ce qui se passe, ici ? s’écria Cloud en voyant les médecins se précipiter au chevet des argentés et rabattre brutalement les draps sur leurs corps nus, les découvrant entièrement. Qu’est-ce que vous faites ?

- Tout va bien, les rassura Vincent. Ces docteurs sont avec nous.

La voix de Rude résonna dans le couloir entre les cris affolés des employés. Il s’adressait visiblement à la nuée de turks qui venaient de se répandre dans l’établissement comme un vol de sauterelles.

- Mettez tous les responsables de sa section recherche aux arrêts ! cria-t-il. Et toi, avance, espèce d’ordure !

Il entra à son tour dans la grande chambre en poussant devant lui un médecin efflanqué d’une cinquantaine d’années.

- Vous n’avez pas le droit ! tempêtait ce dernier en essayant de se dégager de la poigne de fer du turk. Vous entendrez bientôt parler de moi et du président de ce centre hospitalier !

- Depuis très exactement 10 minutes, cracha Reno, le président de cet hosto s’appelle Rufus Shinra, connard ! Alors tu la fermes et tu nous dis ce qu’on veut savoir !

La femme médecin qui occultait Yazoo, une ravissante brunette d’une trentaine d’années, se tourna vers Vincent, sidérée.

- Ils ne les ont même pas soignés ! Regardez ça !

- Si on ne fait rien, c’est l’empoisonnement du sang assuré ! renchérit le médecin qui s’affairait au chevet de Loz, sous le regard inquiet de Tifa.

La jeune femme et Cloud regardaient sans y croire les plaies béantes - bouillie de chair infectée, de pus et de sang - sur la poitrine de Loz et la cuisse de Yazoo.

- Oh, mon Dieu…

- Ils ont dit qu’il les avaient opérés ! fit Cloud, abasourdi. Nous avons même vu les médecins les emmener au bloc !

- Ca, c’est ce qu’ils ont voulu nous faire croire, intervint Reno. Les fichiers informatisés du centre de recherche disent tout autre chose ! Hein, ” docteur ” ? demanda-t-il au médecin toujours maintenu fermement par Rude.

- Que leur avez-vous injecté, professeur Giarh ? lui demanda à son tour le troisième médecin amené par Vincent et Reeve, un tout jeune homme qui paraissait sortir fraîchement de l’institut de médecine.

Le professeur en question lui répondit par un sourire méprisant et Rude le secoua durement.

- On t’a posé une question, ordure !

- Ce n’est pas moi qui m’occupe des détails de ce genre, consentit à rétorquer l’antipathique personnage en accentuant encore son hideux sourire.

Il n’en fallut pas plus à Reno pour sortir de ses gonds.

D’un bond, il fut à ses côtés et il le frappa si fort qu’il lui brisa le nez.

- Ah ! Mais vous êtes cinglé ! pleurnicha l’homme, le nez en sang. Vous n’avez pas le droit ! Je vous traînerai en justice pour ça ! Vous me le paier…

- Vous devrez d’abord expliquer aux juges les 17 cadavres flottant dans le mako que nous venons de trouver, professeur ! le coupa Rufus en entrant à son tour dans la chambre, le faisant blêmir. Oui, professeur, mes hommes viennent d’intercepter le camion à la sortie du parking. Rude, sois assez aimable pour mettre ce déchet dehors en attendant les autorités compétentes pour lui rendre la monnaie de ses gils !

Le turk obtempéra en refermant soigneusement la porte et le médecin qui débranchait soigneusement la perfusion de Loz se tourna vers Cloud.

- Depuis quand sont-ils dans cet espèce d’état inconscient ?

- Depuis leur arrivée ici. Et c’est de pire en pire.

Les trois médecins échangèrent un regard sinistre.

- Qu’est-ce qui se passe, Vincent ? demanda Tifa.

Rufus soupira.

- C’est ce que nous aimerions savoir.

Cloud secoua la tête.

- Alors c’était vous, le piratage ?

- J’ai tout de suite senti que quelque chose n’allait pas, expliqua Vincent. Les médecins nous cachaient quelque chose.

- Pancuronium bromure ! s’écria la jeune femme médecin, penchée sur Yazoo, une petite lampe de poche braquée sur ses pupilles. J’en suis pratiquement certaine ! Regardez leurs yeux ! Je sais que vous êtes conscient, dit-elle à l’argenté en éteignant le petit faisceau lumineux. Battez des paupières si vous m’entendez.

L’argenté battit frénétiquement des paupières et le médecin qui s’occupait de Loz poussa un juron.

- Oh, mon Dieu… gémit le plus jeune praticien, horrifié.

- Qu’est-ce qui se passe ? demanda Tifa. Que leur a-t-on fait ?

- On leur a visiblement injecté des doses régulières de pancuronium bromure.

- Quoi ? s’écria Reno, profondément choqué.

- Que… qu’est-ce que c’est ? s’enquit Cloud.

- Un puissant paralysant musculaire, expliqua Reeve, soudain blême. Ils entendent, voient et sentent tout ce qui se passe mais sont incapables de bouger ou de parler.

- Quoi ? Mais c’est horrible !

” …I…FA… “

Le médecin près de Loz tressaillit et l’observa avec attention.

- Il n’arrête pas de murmurer mon nom, expliqua la jeune femme, la gorge serrée. Comme… comme s’il m’appelait.

Le médecin hocha la tête et grimaça, maussade.

- Ce n’est pas un murmure, mademoiselle, fit-il en remplissant une seringue. C’est un hurlement… Depuis des heures, il essaye très probablement d’appeler à l’aide et d’essayer de vous faire comprendre qu’il est toujours vivant.

Tous laissèrent échapper des exclamations horrifiées.

- Est-ce que vous m’entendez, mon garçon ? demanda le médecin d’une voix douce en se penchant sur l’argenté. Battez une fois des paupières pour ” oui ” et deux fois ” non ” Avez-vous compris ce que je viens de dire ?

Loz battit une fois des paupières et Tifa sentit son ventre se nouer.

Conscients… Ils étaient conscients depuis tout ce temps et avaient dû subir tous ces horribles examens sans pouvoir ne serait-ce que pousser un gémissement de douleur.

Quelle horreur… “ pensa-t-elle.

Voilà donc pourquoi Loz ne cessait de l’appeler. Il essayait de lui faire comprendre ce qui se passait, croyant sans doute que, parce qu’ils avaient combattu durant un long moment dans l’église de Midgar, la jeune femme serait plus à même que ses compagnons d’interpréter ses réactions.

Le pauvre… Je n’ai rien compris du tout. “

- Je sais que vous souffrez horriblement, dit encore le médecin mais c’est bientôt fini. Cette seringue contient un puissant anesthésique. Je vais piquer votre bras et l’injecter tout doucement. Si vous avez l’impression de voir la pièce tourner ou si vous vous sentez mal, clignez rapidement des paupières et j’arrêterai l’injection. Avez-vous compris ?

Un clignement.

- J’ai à présent besoin de connaître l’intensité de la douleur pour savoir quelle dose injecter. Sur une échelle de 1 à 10, 10 étant la pire douleur que vous n’ayez ressentie, dites-moi à quel point vous avez mal.

Loz cligna des paupières neuf fois de suite.

- Que le ciel nous vienne en aide… gémit Tifa en détournant le regard de la plaie béante de la poitrine que le jeune médecin venait de badigeonner de teinture d’iode.

Du côté de Yazoo se déroulait une scène similaire.

La jeune femme médecin venait de terminer l’injection et l’argenté avait fermé les yeux de pur soulagement.

- Sentez-vous encore quelque chose ? demanda-t-elle. Avez-vous encore mal ?

Les paupières diaphanes s’ouvrirent.

Les pupilles avaient repris leur apparence féline et n’étaient plus que deux minces traits noirs fendant l’iris.

Yazoo cligna deux fois des yeux : ” non “.

- Avez-vous froid ?

” Oui “

- Beaucoup ?

” Oui “

Reno prit une couverture chauffante dans le placard de la chambre et l’étendit doucement sur le corps imberbe, non sans laisser son regard courir un tout petit peu plus que nécessaire sur la peau lisse et le physique athlétique en tout point parfait.

Lorsque la chair délicate commença à se réchauffer, les joues blêmes se teintèrent d’une très légère teinte rosée.

- Est-ce que ça va un peu mieux ? demanda tout doucement le turk en se penchant sur l’adorable visage.

Les deux grands yeux vert topaze se plantèrent dans les siens et les paupières diaphanes clignèrent une fois.

- Laissez-vous aller, murmura la jeune femme médecin en caressant le front haut. Lorsque l’effet du pancuronium bromure se sera estompé, nous pourrons vous soigner correctement, vous et votre frère. D’ici là, n’essayez pas de lutter et dormez. Lorsque vous vous réveillerez, tout sera rentré dans l’ordre et vous pourrez à nouveau bouger et parler.

Yazoo ne se le fit pas dire deux fois et ferma les yeux pour de bon avant de sombrer dans le sommeil.

Ne plus sentir la douleur. Ne plus avoir peur. Enfin…

*

- Une trop forte dose de paralysant musculaire finit par entraîner la paralysie du diaphragme et, par conséquent, la mort par étouffement, expliqua le médecin le plus jeune tandis que ses confrères s’occupaient des argentés en salle d’opération.

- Mais c’est horrible ! s’écria Tifa, qui patientait en compagnie de Reno et de Cloud. Pourquoi vouloir les tuer de la sorte ?

- Pour les étudier. La mort par étouffement est celle qui conserve le mieux les organes.

Reno se détourna en ravalant un juron, malade de rage et révolté comme il l’avait rarement été.

Cloud hocha la tête.

- Et nous faire croire par la même occasion qu’ils se laissaient mourir d’inanition ! Bande de vautours ! Et moi qui croyais qu’Hojo était le pire malade qu’on n’ait jamais eu !

Le jeune médecin secoua la tête.

- Vous ne croyez pas si bien dire. Lorsque monsieur Shinra a dissout la branche de recherche génétique de la Shinra, il a bien fallu que les membres de son staff trouvent du travail ailleurs…

Cloud tressaillit.

- Vous voulez dire que les médecins qui travaillent ici… ?

Il ne put finir sa phrase.

- Non, monsieur Strife ! Pas tous. La preuve, j’en fais partie et jamais je ne m’abaisserais à faire le centième des horreurs que nous avons pu découvrir dans ce laboratoire de recherche. Non, uniquement les chercheurs - ou devrais-je dire ” les bouchers ” ? - du pôle de recherche expérimentale. Une branche très particulière de l’institut de recherche du centre hospitalier de Edge, désormais propriété de monsieur Rufus Shinra.

- Ils voulaient les disséquer comme des rats de laboratoire ? grimaça Tifa.

- Plutôt les conserver en l’état et les précieuses cellules de Jenova avec !

- Et nous qui pensions les sauver en les amenant ici… Mon Dieu !

- S’ils étaient restés au centre de soins, où ils sont maintenant, ils l’auraient été, croyez-moi. Cependant, si je puis me permettre…

- Oui, docteur ?

- Y a-t-il un endroit où ils peuvent, disons, se remettre paisiblement après l’intervention ?

Reno fronça le sourcil.

- Que voulez-vous dire ?

- Ailleurs que dans des locaux de la Shinra.

- Pourquoi donc ?

- Vous ne les avez pas vus avant d’entrer en salle d’opération, une fois les effets du pancuronium bromure estompés. Ils étaient…

- Quoi, doc ?

- Affolés. Oui. Totalement paniqués. Perdus. Et la vue de vos confrères dans les couloirs a fait grimper leur angoisse à des hauteurs affolantes.

- Ca, ça peut se comprendre, nota Tifa, un rien railleuse avec un clin d’œil à Reno.

Cloud secoua la tête.

- Kadaj disparu et Jenova ne les estimant plus utiles à quoi que ce soit et les ayant abandonnés… cela peut se comprendre. La ” réunion ” était leur seule raison de vivre et d’exister.

- Alors, il va falloir qu’ils en trouvent d’autres et seuls, je crains qu’ils n’y arrivent pas, intervint Vincent en les rejoignant dans la salle d’attente. Ils sont comme des enfants soudain lâchés dans la nature, avec des souvenirs et des connaissances qui ne sont pas les leurs, qu’ils n’ont eu le temps ni d’expérimenter ni de vérifier par eux-mêmes.

Cloud sembla réfléchir profondément et adressa à Tifa un regard suppliant.

Celle-ci secoua la tête.

- Cloud ! Nous avons deux enfants, avec nous !

- Eux, ils n’ont personne, Tifa.

- Mais… Ils peuvent rester ici. Ou dans les locaux de la Shinra. Ils sont mieux à même d’intervenir rapidement en cas de problème que nous !

- Ils me considèrent comme leur grand frère, plaida encore le jeune homme. Je… je ne peux pas me résoudre à les abandonner dans un hôpital ou un laboratoire ! Ils sont des victimes de Jenova, eux aussi.

Tifa soupira.

Elle non plus n’avait pas le cœur à les abandonner mais, bon sang, ils ne pouvaient pas recueillir chaque créature égarée de Edge ! Et ces hommes étaient dangereux, elle l’avait constaté elle-même à son corps défendant.

Et s’ils devenaient agressifs et s’en prenaient à Denzel ou à Marlène ?

- Je ne sais pas, Cloud…

- Je protégerai les enfants.

La jeune femme ricana.

- Je t’en prie, Cloud ! Tu n’es jamais là.

Ce dernier battit en retraite, ne voulant pas entrer dans ce genre de discussion, qui finissait invariablement en dispute cuisante entre eux.

- Je vais voir ce que font les enfants avec Reeve et Cait, coupa-t-il en s’éclipsant.

La jeune femme leva les yeux au ciel, excédée.

- Et voilà ! L’art et la manière d’échapper à ses responsabilités…

Vincent sourit et s’assit à ses côtés.

- Rufus peut envoyer Reno ou Rude vivre avec toi et les enfants quelques jours, pour te prêter main forte en cas de besoin et voir comment les choses évoluent. Et je passerai vous voir régulièrement, moi aussi.

- Pourquoi ne pas venir passer quelques jours au bar ? proposa Tifa. Ca te ferait le plus grand bien, à toi aussi, de te faire chouchouter un peu, le taquina-t-elle.

L’ancien turk cligna de l’œil, malicieux.

- Le but est qu’ils se sentent ” en famille ” et ” rassurés “, Tifa, pas surveillés ni épiés.

Celle-ci prit une profonde inspiration et laissa échapper un soupir déchirant.

- Comme si j’avais déjà pu dire non quand il s’agit de recueillir des chatons égarés… railla-t-elle.

Vincent rit de bon cœur et lui tapota l’épaule.

- Tout se passera bien, tu verras.

*

Depuis le seuil de la chambre, Tifa et Reno observaient Denzel et Marlène au chevet de Loz et de Yazoo.

En attendant que les deux pièces inoccupées de la maison soient aménagées le lendemain, la jeune femme avait fait installer les argentés dans sa propre chambre, elle-même partageant le lit de Marlène.

- Un vraie petite infirmière, regarde, fit remarquer le turk en souriant tandis que la petite fille épongeait le front moite de l’aîné inconscient avec délicatesse.

Tifa hocha la tête.

- Les enfants ont une capacité à pardonner et une facilité à donner leur affection qui m’étonnera toujours.

Yazoo poussa un petit gémissement dans son sommeil et Denzel se tourna vers eux.

- Qu’est-ce qu’il a ? Pourquoi il n’arrête pas de gigoter ? Il a mal ?

Reno secoua la tête.

- Non, mon grand, les docteurs leur ont donné des médicaments pour ça. C’est pour cette raison qu’ils sont endormis. Yazoo fait peut-être un cauchemar, tout simplement.

Le garçonnet parut réfléchir un instant puis tapa dans ses mains, comme s’il venait d’avoir l’idée du siècle, et se précipita hors de la chambre.

- Denzel ? demanda Tifa. Où vas-tu ?

- Chercher monsieur Carot !

Tifa pressa les deux mains sur la bouche pour ne pas éclater de rire et le turk fronça le sourcil.

- Qui ?

La jeune femme n’eut pas le temps de répondre que le petit était déjà de retour avec un vieux lapin en peluche, qu’il plaça sur l’oreiller, tout contre la tête de Yazoo.

- Monsieur Carot a l’incroyable pouvoir de chasser les cauchemars, chuchota Tifa avec solennité.

Reno hocha la tête avec une gravité de circonstance.

- Je vois. Une perle rare, ce Monsieur Carot. Un doudou de haute volée…

Ils échangèrent un regard et se détournèrent chacun d’un côté de la porte pour étouffer leurs rires de leurs paumes, incapables de garder leur sérieux plus longtemps.

à suivre.

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LI - J’ai mal à mon “ moi ”

«Il ne faut pas blesser une bête ;

on la caresse ou on la tue !»

Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Ne pas dormir… Il ne fallait surtout pas qu’il sombre dans l’inconscience ou les cauchemars reviendraient…

Il devait lutter contre cette langueur qui menaçait de l’engloutir. Lutter contre les sédatifs…

Lutter…

Lutter…

Lutter…

La sensation désagréable d’une aiguille que l’on retire de la chair de son bras…

Voilà… “ disait la voix douce. ” Avec ça, il devrait dormir comme un bébé. “

Quelque chose de petit, d’humide et de chaud qui se pose sur sa joue avec un bruit de ventouse…

Un baiser ?

Attention, Marlène. Ne t’appuie pas sur lui, tu pourrais lui faire mal. ”

Cette fois, la voix est grave, rocailleuse et puissante. Reconnaissable entre toutes.

Barret ?

Quand est-il revenu ?

Pourquoi il n’a pas ouvert les yeux ? “ demande la petite, une note inquiète dans son intonation fluette.

Parce que je l’ai endormi, ma chérie. Pour qu’il n’ait plus mal du tout. ”

Shalua…

Approche, Denzel, n’aie pas peur. “ dit la belle voix de Vincent. ” Tu vois ? Ne t’avais-je pas promis qu’il ne mourrait pas ? “

Une petite main tiède et timide sur son biceps…

Il va se réveiller quand ? “

Quand il se sera assez reposé. Mais pour cela, nous devons le laisser tranquille. Allez, fais-lui un bisou toi aussi et remontons avec les autres. “

A nouveau deux mains fragiles et enfantines sur sa poitrine et une petite bouche mouillée sur sa joue.

Tifa, on pourra revenir le voir avant d’aller dormir ? “

A la mention de ce nom, son cœur fait une embardée.

Tifa… Elle était donc là, elle aussi.

Une main tendre lui lisse les cheveux et le parfum délicat de la jeune femme lui caresse les narines. Elle semble inquiète.

Tifa…

S’il en avait la force, il lui sourirait pour la rassurer.

Bien sûr, ma chérie.”

Tu restes ici ? “

Oui. Yazoo et moi allons rester près de lui, cette nuit. “

Shalua, ne serait-il pas mieux là-haut que dans ce sous-sol aseptisé ? “

Vincent… le seul homme sans doute à détester les laboratoires autant que lui. Une fois encore, il aurait aimé sourire.

Probablement, oui. Mais il faudrait que Barret ou Rude nous aident à le trans… “

La jeune scientifique n’a pas le temps de finir sa phrase que Loz sent déjà des bras énormes se glisser doucement derrière sa nuque et le creux de ses genoux.

Pas de problème. “

Il est soulevé de son lit avec une facilité déconcertante et une douceur qui surprend de la part d’un colosse comme Barret.

Puis vient l’agréable sensation de léviter à plusieurs vingtaines de centimètres du sol alors que le chef d’avalanche l’emporte loin de l’infirmerie du laboratoire et monte prudemment l’escalier qui mene au rez-de-chaussée puis dans les chambres du premier étage.

Attention à sa tête, papa… “

Yazoo, les couvertures… “

Bon Dieu… Ce gosse est glacé, c’est normal ? “

C’est un effet secondaire du mako, Barret, ne t’en fais pas. “

Quelqu’un peut monter un peu le thermostat ? “

Denzel, tourne un peu le bouton, chaton. “

Venez, laissons-le se reposer. “

Des bribes de conversation.

Des voix qui se confondent.

Des mains sur ses bras, sa poitrine et son front.

Des pas qui s’éloignent et une porte qui se referme doucement.

Ses narines frémissent et son odorat surdéveloppé détecte un parfum de femme et de sexe qui flotte dans l’air, affolant, entêtant et imperceptible pour le commun des mortels.

La chambre de Tifa…

La douceur d’un oreiller frais et moelleux sous sa nuque et l’odeur mêlée de son propre corps et de celui de la jeune femme sur les draps.

Le lit de Tifa…

Tifa…

Dont les seins tendres et lourds se pressent à présent contre son bras. Dont la main lisse ses cheveux et caresse sa joue. Dont les lèvres chaudes effleurent sa tempe moite d’une sueur glacée…

Tifa.

- Ti… fa…

- Chut… Je suis là. N’essaye pas de parler, repose-toi. Dors, mon pauvre amour. Dors…

Dormir ?

Oui… Oui, maintenant il pouvait dormir.

Tifa était là.

Elle éloignerait les cauchemars.

Elle veillerait sur lui.

Dormir…

Enfin…

*

Malgré la croûte de sang séché qui lui fermait à demi la paupière, Weiss plongea son regard bleu opalin dans les prunelles ectoplasmiques d’Angeal, qui s’était accroupi aux côtés de Nero, étendu inconscient aux pieds de son frère.

- Par tous les démons de la planète… jura le soldat horrifié. Que lui est-il arrivé ?

Incrédule, il détaillait le corps amaigri engoncé dans une épaisse combinaison de cuir noir qui paraissait meurtrir la fragile peau de porcelaine de Nero, dont les bras étaient assujettis par de robustes lanières renforcées.

Son visage délicat, si féminin, et qui lui avait valu au sein du SOLDAT - tout comme à Sephiroth - autant d’admiration que de railleries, se voyait à présent comprimé dans une sorte de masque de contention qui lui maintenait la mâchoire et lui permettait tout juste d’entrouvrir la bouche. Quant à sa luxuriante chevelure noire, elle était - à l’instar de celle de son frère - d’une longueur qu’Angeal ne lui avait jamais connue, mal entretenue, coupée à la va-vite et hirsute.

Mais le pire était sans doute la vision des deux tiges de métal ensanglantées qui saillaient de son dos souple et gracieux à la façon de deux énormes échardes et qui finissaient de lui donner l’air pathétique d’un ange déchu aux ailes arrachées jeté cruellement sur terre par un Dieu sadique… Et, sur ce point, Angeal n’imaginait pas à quel point il était proche de la vérité !

- Au Deepground… Hojo a surdéveloppé… ses pouvoirs psychiques, haleta Weiss, dont l’inconfortable position, puisqu’il était toujours suspendu par les poignets, l’empêchait de respirer convenablement. Il… Il a fallu trouver un moyen de les… brider… C’est… c’est la façon la plus… efficace que le professeur ait trouvée.

Le soldat secoua tristement la tête, pris de pitié.

- C’était surtout la plus facile… Je reconnais bien là cette ordure d’Hojo.

- Hojo a… avait implanté des sortes d’ailes, dans son dos… Des appendices métalliques articulés qui… qui lui permettaient de remplacer ses mains lorsque que ces dernières… étaient attachées mais… Genesis… Genesis les lui a arrachés pour l’empêcher de… de se libérer ou de… m’aider à me libérer moi.

Angeal lut dans ses yeux la supplication muette qu’il n’osait formuler et secoua la tête avec un pincement au cœur.

- Je suis désolé, Weiss… s’excusa-t-il. Je ne suis hélas guère plus qu’un fantôme, désormais.

Il fit mine se saisir une pierre qui se trouvait près de son pied et sa main ectoplasmique passa au travers.

- Si cela n’avait pas été le cas, reprit-il. Je vous aurais déjà libérés et sortis d’ici, tu t’en doutes bien.

Weiss acquiesça tristement.

- Je… comprends. Et je n’en mérite sans doute pas plus… de toute façon.

Le soldat se redressa et planta son regard franc dans les yeux azurés.

- Je suis au courant pour l’Omega. Mais, que tous les Dieux m’en soient témoins, Weiss, ni toi ni ton frère n’étiez préparés à affronter ce genre de situation. Pas plus que Sephiroth ne l’était pour résister à la volonté de fer de Jenova et à ses sordides manipulations.

- J’aurais dû… me méfier. J’aurais dû résister. Je mérite… ce qui m’arrive, Angeal, mais… mais pas Nero… C’est moi qui l’ai entraîné dans le Deepground… Ils disaient… Ils disaient que c’était… la nouvelle unité d’élite… Que…

- Tu as été manipulé par les savants fous de la Shinra, mon garçon. Comme beaucoup d’autres. Moi y compris. Nous avons tous joué avec le feu, à un moment ou l’autre. Mais c’est du passé. C’est devant qu’il faut regarder, en direction de l’avenir, et ne jamais oublier la leçon qui nous a été donnée. Toutes ces erreurs que nous avons commises, il est grand temps d’essayer de les réparer. Pas pour nous mais pour cette planète et pour ceux à qui nous la laisserons. Que cherche Genesis, Weiss ? Que diable s’est-il passé ? Je croyais qu’il avait fait amende honorable et s’était repenti. Nous étions tous persuadés qu’il était enfin en paix. Qu’est-il arrivé, Weiss ?

- C’était peut avant l’éveil de l’Omega. Nero… J’ai tué Nero… Enfin, Hojo l’a tué… Son enveloppe mortelle, du moins. Mais mon frère a… a eu le temps de sauver son essence et de se cacher dans son monde de ténèbres avant de… de trouver refuge en moi et de chasser Hojo. Il… il m’a aidé à survivre à la puissance dévastatrice de l’Omega. Nero a… a bien plus de volonté et de force psychique que moi. Après la bataille, j’étais vivant mais mal en point alors… alors il a brisé le cristal mako dans lequel se trouvait Genesis pour s’emparer de son corps et… et me sauver. Cela s’est fait si facilement que… que Nero était même persuadé que l’âme de Genesis avait quitté son enveloppe depuis longtemps pour rejoindre la rivière de la vie mais…

- Mais ce n’était pas le cas, termina Angeal à sa place.

- Non… Il a bien caché son jeu. Il a laissé faire Nero durant des semaines, sans montrer le moindre signe… de sa présence. Et lorsque j’ai commencé à reprendre des forces… Il s’est manifesté.

Angeal se pencha à nouveau sur Nero. Il dormait, ou plutôt avait sombré dans cette sorte de profonde inconscience à la limite du coma où il était plongé la plupart du temps depuis que Genesis l’avait chassé de son enveloppe charnelle.

La substance du jeune ténébreux, mi-psychique, mi-physique, était encore si fragile qu’elle en était presque translucide et point n’était besoin d’enfoncer l’index dans la chevelure brune pour voir que les os du crâne étaient encore mous. Les endroits où Genesis avait frappé, et où s’étalaient des hématomes à présent noirâtres, ne présentaient aucune inflammation trahissant une cassure, ce qui aurait pourtant dû être le cas au vu de l’évidente brutalité des coups portés.

A quelques mois de guérison près, Nero était dans le même état que Sephiroth lorsqu’Aerith l’avait sorti de la rivière de la vie.

Depuis quand Genesis avait-il des pouvoirs et des connaissances cetra nécessaires à condenser la matière psychique et la transformer en matière solide ?

- C’est Genesis qui a fait ça ? demanda le Soldat.

- Non, c’est… c’est la proximité de la rivière de la vie qui permet à Nero de garder une forme… solide à peu près stable. S’il s’en éloigne il… il tient à peine sur ses jambes sans les briser.

- Tu veux dire que c’est lui-même qui reconstitue son corps cellule après cellule à partir de son moi psychique ? s’étonna Angeal

Weiss hocha la tête et sourit avec tristesse.

- Genesis l’y contraint en l’empêchant de se réfugier… en moi. Il… Il est en train de…

Il toussa douloureusement et le soldat finit la phrase à sa place.

- D’épuiser ses ressources psychiques pour reconstituer son corps physique. Autrement dit, Genesis est en train de le tuer pour de bon. Bon sang, Weiss, à quoi ça rime, tout ça ? Que cherche à faire Genesis ? Et pourquoi ?

- Genesis… a passé une sorte de pacte… avec Jenova.

Angeal blêmit.

- Quoi ?

*

Reeve arrêta l’enregistrement et Yazoo se laissa tomber lourdement dans le fauteuil du bureau de Shalua, le regard perdu et la gorge serrée.

Cette dernière lui enserra les épaules de son bras valide et le serra contre son giron dans un geste d’affection tout maternel.

- Nous ne sommes pas obligés de leur montrer tout l’enregistrement, Yazoo baby. C’est à toi de choisir.

- Qu’est-ce que je suis, Shalua ? murmura l’incarné d’une voix brisée tout juste audible. Quel monstre suis-je donc ?

Reeve referma l’ordinateur portable et s’accroupit à ses pieds.

- Tu n’as rien d’un monstre. L’hermaphrodisme est un phénomène bien plus courant qu’il n’y paraît. Si tu le souhaites, une opération pourrait même se pratiqu…

- Non ! le coupa le jeune homme. Enfin, je veux dire… Je… Je dois réfléchir. Je… (Il repoussa la jeune femme et se prit la tête dans les mains) Je ne sais plus…

Celle-ci jeta un regard inquiet au chef de la WRO, qui hocha gravement la tête.

- Je me suis souvent demandé pourquoi j’étais moins résistant que Loz, poursuivit l’incarné comme s’il se parlait à lui-même. Pourquoi il y avait ce côté si… efféminé, si fragile en moi. Je… Je pensais que c’était dû à notre naissance et à la façon dont nous avions été conçus…

- Yazoo… reprit Reeve. Je sais que tu viens d’avoir un choc terrible mais les informations que contient cette vidéo et ce que mes hommes ont trouvé dans les labos du Deepground est très important. Quelque chose de très grave se prépare. Nous devons en informer les autres au plus vite et je dois savoir si tu souhaites que nous coupions le passage qui te concerne.

L’argenté plongea ses incroyables yeux fendus dans les siens et Reeve y lut un monde de doutes et de souffrance.

Le cœur et la fierté de Yazoo avaient envie de répondre ” Non ! Je ne veux pas que Reno et mes frères sachent quelle créature monstrueuse ni quelle erreur de la nature je suis ! “ mais sa raison fut la plus forte et il acquiesça lentement.

- Ne leur cachez rien, fit-il à contrecœur. Les membres d’un clan doivent se faire confiance, quoi qu’il arrive et… Ne faisons-nous pas tous partie d’un clan, désormais ? Les difficultés, les souffrances et les dangers ne nous ont-ils pas rapprochés plus que de simples liens familiaux ne sauraient le faire, des derniers jours ?

- Si, Yazoo baby, répondit Shalua, la gorge nouée par l’émotion en serrant ses mains fines dans la sienne. Nous formons tous bel et bien un clan, désormais.

Il se laissa aller contre elle, incapable de retenir ses larmes plus longtemps à la seule pensée que lui et Reno ne partageraient bientôt plus jamais le même lit et qu’il ne sentirait plus jamais ses bras autour de lui.

Lorsqu’il aurait vu la vidéo, le turk frémirait de dégoût à la seule pensée de ce qui avait failli se passer entre eux.

- Il faut retrouver le bébé, Reeve, fit-il entre deux sanglots. C’est ça, l’important. Retrouver le fils de mon frère et découvrir ce que ce Genesis a derrière la tête.

Il serra les paupières de toutes ses forces pour chasser la photo que lui avait montré Reeve. Celle d’un fœtus de quatre mois à peine dans une coupelle d’aluminium.

Son fils à lui.

Une expérience ratée.

Un simple déchet.

Comme lui…

à suivre

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L - Sang pour sang

«Le sang se lave avec des larmes
et non avec du sang.»

Victor Hugo

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : d’après un dessin de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Réunis dans la grande salle, où personne n’avait touché au déjeuner servi par les domestiques, chacun était prostré, assis sur sa chaise ou debout et les bras ballants près de la table monumentale débordante de victuailles.

On avait eu beau fermer portes, fenêtres et battants, les cris de Loz résonnaient à intervalles réguliers dans tout le manoir, figeant les habitants de l’antique demeure qui cédaient alors aux prières, aux jurons ou aux larmes.

- Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu… ne pouvait que sangloter Gretta, son mouchoir de fine dentelle pressé sur sa bouche et les oreilles encore sifflantes des cris de bête blessée qui montaient du sous-sol.

Rufus, blême, lui posa la main sur l’épaule.

- Ca va aller, Gretta. Cela fait plus de trois heures, à présent, les phases d’inconscience sont de plus en plus fréquentes. C’est bon signe, cela signifie que le mako est presque assimilé.

La brave femme secoua la tête et essuya ses yeux rougis.

Trois heures…

Trois interminables heures qu’ils étaient tous là, à prier pour que l’organisme de Loz assimile le mako au plus vite et que les hurlements cessent.

Trois heures durant lesquelles l’argenté alternait les phases de syncope, lorsque la douleur se faisait insupportable, et de conscience, lorsque cette même douleur le réveillait en hurlant.

Yazoo se leva pour faire quelques pas nerveux devant l’une des hautes fenêtres et Reno le suivit du regard, résistant à l’envie de le rejoindre pour le serrer contre lui.

Kadaj, le regard vide, était attablé devant une assiette à laquelle, à l’instar des autres convives, il n’avait pas touchée, et serrait les poings si fort que les articulations de ses phalanges avaient viré au blanc.

Yuffie lui pressa timidement les doigts en signe de soutien et le garçon recouvrit la petite main de la sienne avec un sourire triste.

- Pourquoi le mako est-il encore aussi actif ? demanda l’Utaïenne à Rufus et à Vincent d’une voix étranglée.

Rude, planté devant la fenêtre, le regard perdu dans le vide, serra les poings.

- Elle a raison, renchérit-il, si inquiet qu’il en était excédé. Shalua a assuré qu’elle pourrait endormir Loz deux heures après l’injection, lorsque le mako serait assimilé par son organisme, mais ça fait plus de trois heures qu’il souffre comme un damné ! Qu’est-ce qui se passe, merde ? !

Tifa éclata à nouveau en sanglots et il maudit aussitôt son manque de contrôle.

- Il n’était pas au mieux de sa forme pour ce genre d’intervention, expliqua calmement Reeve en passant un bras consolateur autour des épaules de la jeune femme.

- Loz était épuisé, Rudo, répondit cette dernière d’une voix tout juste audible. Il n’arrête pas de faire d’horribles cauchemars. Il en a même été malade, la nuit dernière.

Reno hocha la tête.

- Il nous en a parlé, dans l’hélico. Yazoo non plus n’a presque pas fermé l’œil de la nuit. Hein, m… ?

Il allait dire ” Hein, mon ange ? ” mais s’était mordu la langue juste à temps.

Yazoo acquiesça, absent, et Kadaj redressa la tête.

- Quel genre de cauchemars ? Mèr… Jenova ?

Son frère allait répondre lorsqu’une nouvelle série de hurlements s’éleva du sous-sol et résonna dans chaque recoin du manoir.

- Putain, c’est pas vrai… jura Reno en se prenant la tête dans les mains, l’estomac noué. Ca ne peut plus durer, ça fait des heures qu’il crie à s’en arracher les cordes vocales ! Il y a bien quelque chose à faire pour le soulager, bordel !

Vincent ouvrir la bouche pour répondre mais fut interrompu par Denzel qui, ayant échappé à la jeune domestique et à Cait 9, qui avaient reçu pour consigne d’emmener les enfants se promener dans le parc et leur épargner ainsi les cris de souffrance de Loz, se jeta dans le giron de Tifa en sanglotant.

- Pardon, Miss Lockheart, s’excusa la jeune fille à qui l’on avait confié Marlène et le garçonnet. Il s’est précipité. Même du point le plus éloigné du parc, on entend crier monsieur Hojo.

Elle rentra la tête dans les épaules, effrayée par les cris en question qui montaient du sous-sol, et Gretta lui fit signe de sortir.

- Ca va aller, ma fille, vous pouvez disposer.

La jeune femme fit une petite courbette et s’en fut sans demander son reste.

Marlène, qui tenait Cait par la main (ou plutôt par la patte), lâcha l’animal pour courir vers Yazoo, dont elle enlaça les hanches de toute la force de ses petits bras en enfouissant son visage contre son ventre.

- Yazoo, j’ai peur ! sanglota-t-elle. Pourquoi Loz a aussi mal ? Qu’est-ce qu’on lui fait ?

L’argenté se pencha pour étreindre la fillette et lui caressa les cheveux.

- Ce n’est rien, chuchota-t-il à son oreille, rassurant. C’est bientôt fini, je te le promets.

- C’est de ma faute ! s’égosilla Denzel, en larmes.

Tifa fit un effort pour ravaler les siennes et essaya d’apaiser le garçonnet.

- Qu’est-ce que tu racontes ? Oncle Cid a eu un… un accident mais… Denzel, tu n’y es pour rien, voyons.

- Pas oncle Cid ! Loz ! (Il s’accrocha au corsage de la jeune femme avec des pleurs désespérés) Pardon, Tifa, je voulais pas ! Je te jure que je voulais pas ! Oncle Cid m’avait prévenu mais j’ai pas voulu l’écouter ! Je voulais pas ! Je voulais pas ! J’étais juste en colère, je te le promets !

- Chut… Allons, du calme. De quoi est-ce que tu parles ? Loz a très malade parce qu’il a voulu aider oncle Cid mais il va guérir très vite, Denzel, tu verras.

Le garçonnet secoua furieusement la tête.

- C’est pas vrai ! Oncle Cid l’avait dit : il faut jamais faire des vœux méchants parce que si un démon les entend, ils risquent de se réaliser ! Et c’est exactement ce qui s’est passé !

Denezel paraissait terrifié et Tifa jeta à Vincent un regard affolé.

L’ancien turc s’approcha et s’accroupit devant le garçonnet.

- Pourquoi dis-tu que c’est de ta faute, Denzel ? demanda-t-il tout doucement en lui caressant la tête. Qu’est-ce qui s’est passé, d’après toi ?

Le petit renifla à plusieurs reprises et geignit :

- J’ai dit à Loz que je voulais qu’il crève et maintenant… maintenant, il est en train de mourir !

Comme pour lui donner raison, un ultime cri résonna, les figeant tous, et s’éteignit, plongeant la demeure dans un silence sinistre.

- Loz n’est pas en train de mourir, assura Kadaj, qui s’était approché à son tour. Comme ta maman te l’a dit, Cid a eu un accident et…

- C’est pas vrai ! C’était pas un accident ! Shera a voulu le tuer, Marlène et moi on l’a bien vu, il y avait du sang partout ! Arrête de mentir, je suis plus un bébé !

- D’accord. D’accord, ce n’était pas un accident, c’est vrai. Mais mon frère a dû lui donner beaucoup de sang pour le sauver. C’est pour ça qu’il est malade. Parce que, pour compenser tout ce sang perdu, on a dû lui faire une piqûre qui fait très très mal mais ça va passer.

- Menteur ! Tu dis juste ça pour me rassurer ! Loz va mourir et c’est à cause de moi !

Kadaj secoua la tête et sourit.

- Non, Denzel. Il ne va pas mourir. Je t’en donne ma parole.

Le garçonnet se tourna vers Vincent et celui-ci acquiesça.

- Kadaj a raison, Denzel. Bientôt, Loz va s’endormir et tu pourras même descendre le voir pour t’assurer qu’il va bien. Je t’emmènerai, si tu veux. D’accord ?

Le petit acquiesça, pas tout à fait rassuré encore, et Tifa lui essuya le visage avec un mouchoir en papier.

- Promets-moi que tu seras gentil avec Loz, lorsqu’il se réveillera. (Denzel se blottit contre elle dans son giron et hocha la tête en reniflant) Il nous aime beaucoup, tu sais…

- Et toi ? chuchota le garçonnet d’une voix à peine audible. Tu l’aimes ?

- Oui… répondit-elle, la gorge serrée. Oui, Denzel. Bien plus que je ne l’aurais jamais cru…

***

Genesis, le bébé aux cheveux argentés dans les bras et un sourire satisfait sur les lèvres, se tenait debout au bord de la source qui alimentaient en eau la ville de Nibelheim, au cœur du mont Nibel.

L’eau de Nibelheim était connue pour sa pureté et ses propriétés curatives. Certains faisaient des kilomètres pour la boire car les instances locales, craignant que la source ne finisse par se tarir ou, pire, par être polluée, en avaient toujours refusé la commercialisation.

Quiconque voulait profiter des bienfaits de l’eau de Nibelheim devait venir sur place ou s’en faire envoyer quelques bouteilles par des amis ou de la famille.

L’origine des bienfaits de l’eau n’était un mystère pour personne, dans la région : la rivière de la vie coulait juste sous la source et lui transmettait ainsi une part de ses propriétés - dont un infime pourcentage de mako idéal pour consolider les os des nourrissons et des personnes âgées.

Mais, ce que les habitants de Nibelheim ignoraient encore c’est que, depuis deux jours, un nouvel élément faisait désormais partie de la composition de l’eau…

Genesis ricana en dépliant la lame d’un petit canif affûté comme un rasoir et, voyant l’objet scintiller, le bébé s’agita aussitôt dans ses bras et se mit à pleurer.

Mais il eut beau faire, ruer et crier de toute la force de ses minuscules poumons, une petite créature comme lui était bien incapable de résister à l’ancien soldat, qui se saisit d’une jambe potelée portant déjà plusieurs profondes coupures à demi-cicatrisées.

Sans une hésitation ni la moindre pitié, la lame du canif entailla en plusieurs endroits la chair tendre du pied du bébé, qui hurla à s’en arracher les cordes vocales, et un filet de sang écarlate coula dans la source d’eau pure, où il se dilua totalement.

Un sourire torve déformant ses lèvres sensuelles, Genesis regarda le sang gorgé des cellules de Jenova partir à la dérive pour rejoindre la nappe phréatique souterraine où un imbroglio de tuyaux distribuerait l’eau ainsi souillée à chaque fontaine, chaque maison, chaque robinet de Nibelheim… où elle serait bue.

Quelques gouttes de sang… la quantité paraissait ridicule comparée aux milliers de litres d’eau dans lesquels il s’était dissous et pourtant !

Une seule cellule de Jenova suffisait.

Oui, une seule minuscule cellule dans un corps humain et le lien entre le porteur et la calamité tombée du ciel pouvait se faire : une voie royale pour les géostigmates…

Le sang cessa de couler du pied du nourrisson et Genesis le lécha pour le nettoyer avant de le remettre sous la couverture moelleuse.

- Chut… C’est fini, bébé, allez, allez… Ce n’est rien du tout, arrête de pleurer. (Les cris du poupon redoublèrent et l’ancien soldat ricana) Aussi pleurnichard que papa, hein ? railla-t-il gentiment.

Il s’éloigna de la source en direction de la grotte ténébreuse, un niveau plus bas, où coulait la rivière de la vie par laquelle il était arrivé deux jours plus tôt…

***

Barret gara le camion dans le parc et monta l’escalier de pierre quatre à quatre, un paquet enrubanné sous le bras.

Il n’avait pas voulu appeler pour annoncer son retour et faire ainsi la surprise à Marlène.

Comme il s’y attendait, tous étaient réunis pour le déjeuner dans la grande salle et il avança à pas de loup jusqu’à la porte monumentale, dont il poussa les deux battants d’un geste théâtral.

- Alors ? On ne m’attend même pas pour manger ? claironna-t-il avec un rire enjoué. Qu’est-ce qui se passe, ici, quelqu’un est mort ? essaya-t-il de plaisanter en voyant les regards hébétés des convives.

Il remarqua alors que les assiettes étaient pleines, la nourriture froide et bien des yeux rougis.

- Papa ! sanglota Marlène en s’arrachant à l’étreinte de Yazoo pour se précipiter dans ses bras.

- Que… qu’est-ce qui se passe ? demanda encore Barret, de plus en plus inquiet en cherchant Cloud des yeux. Où est Cloud ? Et Cid ?

- Barret… commença Vincent en venant vers lui. Viens, assieds-toi.

- M’asseoir ? Pourquoi ? s’enquit-il, l’estomac soudain noué. Qu’est-ce qui risquerait de me faire tomber à la renverse ?

- Barret…

- Bordel de merde, Vince, dis-moi ce qui se passe !

- Il s’est passé pas mal de choses durant ton absence. Cid est bas, à l’infirmerie, mais il va s’en sortir, ne t’en fais pas.

- S’en sortir ? Comment ça ? Il a été blessé ? On s’en est pris à lui ? Et Cloud ? Où est Cloud ?

Le chef d’avalanche regardait autour de lui et essayait de compter les absents, mort d’inquiétude. Son regard s’arrêta alors sur Kadaj et Yazoo.

- Où est le troisième enfoiré ? cracha-t-il en serrant les poings.

- Barret, calme-toi, ce n’est pas du tout ce que tu crois ! intervint Tifa, les larmes aux yeux.

- C’est ce fils de pute, hein ? Il s’en est pris à eux ! Je savais qu’on ne pouvait pas leur faire confiance !

Il voulut se jeter sur les argentés mais Vincent, Reno et et Rude s’interposèrent.

- Arrête papa ! hurla Marlène, en larmes, en repoussant son père. Arrête, s’il te plaît ! Arrête !

Les petits bras fragiles arrêtèrent plus facilement dans son élan le chef d’AVALANCHE que les muscles des turks et de Vincent.

Il s’accroupit aussitôt pour serrer sa fille adoptive contre lui.

- Pardon, princesse, je ne voulais pas t’effrayer. Mais votre salopard de frère, il ne perd rien pour attendre ! menaça-t-il Yazoo et Kadaj. Où est cet enfoiré, Vince ?

- Arrête ! pleura de plus belle Marlène. Tu comprends rien ! Loz n’a rien fait ! C’est Shera ! Elle a essayé de tuer Cid et Loz l’a sauvé !

Barret cligna des paupières, abasourdi.

- Que… quoi ?

- C’est la stricte vérité, Barret, intervint Reeve.

Un nouvel hurlement de douleur monta du sous-sol et le chef d’avalanche se raidit, horrifié.

- Oh, mon Dieu… sanglota Gretta en pressant d’une main son mouchoir de dentelle sur sa bouche tandis que l’autre serrait celle de Tifa. Mon Dieu, ayez pitié de lui, je vous en supplie…

- Ce… C’était quoi, ça ? bredouilla Barret.

- C’est Loz, papa, hoqueta Marlène, les yeux inondés de larmes. Ils ont dû lui lui faire une piqûre de mako, comme dans le film…

Son père blêmit au souvenir des horribles images des vidéos de surveillance.

- Vince… Par tous les démons de la planète… Mais qu’est-ce qui se passe, ici ?

à suivre

Prenez votre douche comme un turk !

(d’après de trèèèèès vieux textes humoristiques qui circulent depuis trèèèèès longtemps)

Qui n’a jamais rêvé de se glisser dans la peau de ses personnages favoris ?

Et vous glisser dans celle d’un turk lors de moments de stricte intimité ? Ca vous dirait ? Allez ! C’est parti.

Selon que vous souhaitiez vous glisser dans la peau d’une femme ou d’un homme, optez pour celle d’Elena ou de Reno, suiviez les instructions et à vous la « turk-attitioude » !!!

***

I/ PRENEZ VOTRE DOUCHE COMME ELENA

1/ Retirez vos vêtements et placez les dans les paniers à linge sale correspondant (le blanc avec le blanc, les couleurs avec les couleurs).

2/ Allez jusqu’à la salle de bains commune en portant votre peignoir. Si vous croisez un autre turk (homme) au passage, recouvrez chaque partie de chair visible d’un geste nerveux et courez jusqu’à la salle de bains, que vous bouclerez à double tour.

3/ Regardez-vous dans la glace, courbez les épaules et sortez votre ventre pour que vous puissiez vous plaindre et pleurnicher parce que vous prenez du bidon et que vos seins tombent.

4/ Allez sous la douche. Cherchez le gant de toilette pour le visage, le gant de toilette pour les bras, le gant de toilette pour les jambes, la grande éponge et la pierre ponce.

5/ Lavez vos cheveux une première fois avec le shampooing « Quatre en un » des Laboratoires Shinra aux 83 vitamines.

6/ Relavez vos cheveux une première fois avec le shampooing « Quatre en un » des Laboratoires Shinra aux 83 vitamines.

7/ Utilisez l’après shampooing à l’huile de Mako et de glande anale de chocobo des laboratoires Shinra. Laissez l’après shampooing pendant 15 minutes sur vos cheveux.

8/ Frottez-vous le visage avec un masque fait d’œufs mélangés à de la purée d’abricots transgéniques SHINRA. Frottez pendant dix minutes ou jusqu’à l’obtention d’une sensation de forte irritation.

9/ Rincez l’après shampooing (cette opération doit prendre au moins 15 minutes pour être bien sûr que les cheveux soient bien rincés).

10/ Rasez-vous les aisselles et les jambes. Hésitez à vous raser le maillot mais optez finalement pour une épilation à la cire.

11/ Hurlez tout ce que vous pouvez, le plus fort possible lorsqu’un confrère se met à tirer la chasse ou fait couler de l’eau quelque part.

12/ Coupez l’eau de la douche.

13/ Epongez toutes les surfaces mouillées de la douche. Passez un coup de spray anti-moisissures du centre de recherches ménagères SHINRA sur les joints du bac de douche.

14/ Sortez de la douche. Séchez-vous avec un drap de bains grand comme deux fois Midgar. Enveloppez vos cheveux dans une deuxième serviette de bains.

15/ Inspectez la moindre partie de votre corps à la recherche d’un bouton. Attaquez-le avec les ongles ou une pince à épiler si nécessaire.

16/ Retournez dans vos quartiers enveloppée dans votre peignoir et avec votre serviette dans les cheveux.

17/ Si vous croisez un turk (homme) au passage, recouvrez chaque partie de chair visible d’un geste nerveux et courez jusqu’à la salle de bains où vous passerez une heure et demie à vous habiller.

***

II/ PRENEZ VOTRE DOUCHE COMME RENO

1/ Retirez tous vos vêtements en vous asseyant sur le bord du lit et mettez-les en tas.

2/Allez jusqu’à la salle de bain tout nu. Si vous croisez un autre turk en chemin (homme ou femme, vous n’êtes plus à une connerie près), n’oubliez pas d’agiter votre bassin de façon suggestive devant elle/lui pour lui montrer quel point vous êtes fier de votre engin.

3/ Regardez votre superbe physique masculin dans le miroir et rentrez votre ventre pour voir si vous avez des abdos (réponse : non). Admirez la taille de votre pénis, grattez-vous les testicules et prenez une dernière bouffée d’odeurs mâles en vous humant les doigts.

4/ Passez sous la douche.

5/ Ne cherchez pas de gant de toilette (vous n’en utilisez pas).

6/ Lavez-vous le visage.

7/ Lavez-vous les aisselles.

8/ Pétez bruyamment et étonnez-vous des capacités de résonance formidables de la cabine de douche.

9/ Lavez-vous les parties et la zone alentour.

10/ Lavez-vous le derrière, en laissant bien entendu des poils collés au savon.

11/ Prenez un shampooing (n’importe lequel) et lavez-vous les cheveux.

12/ Ouvrez le rideau de douche et regardez-vous dans le miroir avec toute cette mousse sur les cheveux. Grimacez. Louchez. Tirez la langue. Refermez ensuite le rideau.

13/ N’oubliez pas de faire votre pipi.

14/ Rincez-vous.

15/ Sortez de la douche. Ne remarquez pas toute l’eau qui s’est répandue sur le sol parce que vous aviez mal placé le rideau de douche.

16/ Séchez-vous partiellement. Bien sûr vous aurez laissé le rideau de douche s’égoutter sur le sol et non pas dans la douche.

17/ Regardez-vous dans le miroir. Bandez vos muscles, rentrez votre ventre, admirez la taille « monstrueuse » (tout est relatif) de votre pénis, etc.

18/ Ne rincez pas le bac de douche.

19/ Laissez allumés le chauffage de la salle de bain et la lumière.

20/ Retournez près de votre pile de vêtements dans vos quartiers, simplement vêtu d’une serviette autour de la taille. Si vous croisez une autre turk, ouvrez votre serviette et exhibez votre copain le pénis avec un beau déhanchement du bassin couplé à un petit cri du genre « Yeeaaahh ! T’as vu la bête ? »

21/ Jetez la serviette humide sur le lit. Habillez-vous avec vos vêtements « sales ».

XXXXIX - Maintenant, il faut payer !

«Ami, je n’ai rien à t’offrir ; que mon sang,

mon courage et mes larmes.»

P. A. Weiss

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Weiss leva péniblement la tête et réussit à ouvrir un oeil, l’autre étant scellé par une croute de sang.

Toujours suspendu à quelques centimètres au-dessus du sol rocheux, le bout de ses orteils frôlant à peine ce dernier, son corps était si douloureux qu’il se demandait comment il arrivait encore à amener de l’air à ses poumons.

Il pivota doucement la tête pour regarder autour de lui et faillit hurler tant il avait la nuque et les épaules ankylosées.

Personne.

Genesis et le bébé avaient encore disparu les Dieux seuls savaient où…

Weiss aurait mis sa main à couper que cela avait à voir avec ces fichus géostigmates que l’ancien Soldat s’apprêtait à répandre comme une lèpre.

- Nero… appela-t-il doucement dans un murmure à peine audible qui lui enflamma pourtant les cordes vocales.

Son frère, dans un état de faiblesse plus qu’inquiétant, gisait au sol, recroquevillé à ses pieds. Dans son dos, telles deux monstrueuses échardes souillées de sang séché, saillait ce qui restait des ailes articulées que Genesis avait arrachées pour l’empêcher de se défendre et de détacher les sangles de sa camisole, qui lui immobilisait les bras.

Pourquoi ne fuyait-il pas dans ses propres ténèbres ? Là, au moins, il serait à l’abri et ne souffrirait plus.

- Nero…

Ce dernier gémit et se redressa péniblement sur ses coudes mais ceux-ci cédèrent sous son poids et il s’écroula avec un petit cri étouffé.

- Nero !

- Pardon… Pardon, Weiss… Laisse-moi juste quelques minutes… Le temps de… récupérer un peu…

Il ferma ses beaux yeux purpurins et Weiss sentit les siens s’emplir de larmes.

- Tu dois fuir, Nero !

- Je te laisserai pas…

- Cache-toi dans tes ténèbres, il ne te trouvera jamais.

- Non…

- Au moins le temps de reprendre des forces !

- Je ne t’abandonnerai pas…

- Nero !

- N’insiste pas…

- Il le doit, pourtant, fit une belle voix grave, tout près d’eux.

Nero rouvrit les yeux, le coeur battant, et essaya à nouveau de se redresser.

- Toi… bredouilla Weiss en reconnaissant l’apparition fantomatique.

- Eh oui, moi ! Ca faisait un bail, hein, Weiss ?

Le ton enjoué et le visage souriant malgré les circonstances dramatiques le ramenèrent des années en arrière, quand lui et Nero n’avaient pas encore été enrôlés dans le Deepgroung. Une époque qu’avec le recul il considérait comme l’une des plus heureuse de leur vie.

- Es-tu bien là ? chuchota-t-il encore, la gorge serrée, comme s’il craignait que le fantôme ne s’évapore s’il parlait trop fort.

- Oui, mon garçon. Et j’ai bien l’intention de vous sortir de ce pétrin, tous les deux.

- Angeal…

***

Tifa s’assit sur le bord du lit de Loz et lui prit la main en essayant de ne pas regarder le sang qui s’écoulait de son bras par le tube qui les reliait désormais lui et Cid.

- Un coup de chance que vous soyez compatibles, essaya-t-elle de plaisanter pour le détendre un peu en passant la main dans ses courts cheveux de mercure.

- Les cellules de Jenova font de nous des donneurs universels, lui apprit Yazoo, assis du côté opposé. Ca va, Loz ?

Ce dernier hocha la tête, rassurant.

Près d’eux, Kadaj et Shelke s’affairaient fébrilement sur les simulateurs, le front moite et l’estomac noué.

- Kadaj ? demanda Shalua en ajustant la perfusion de Cid.

Celui-ci secoua la tête.

- Il en faut plus. Beaucoup plus.

- Chances de survie de Cid dans le mako si nous l’y plongeons maintenant : 17 % annonça Shelke.

- 15 cl transfusés, fit Merill, les yeux rivés sur son écran de contrôle.

- Kadaj ?

- Aucun changement,

Un interminable silence, puis :

- 20 cl.

Nouveau silence.

- 25 cl.

- Attendez ! lança Kadaj. Ca y est, on dirait qu’il commence à réagir !

- 23 % ! s’écria soudain Shelke. Et ça continue à monter.

Tifa sentit son cœur s’emballer et Shalua poussa un petit cri surpris.

- Si ça continue comme ça, 50 cl suffiront peut-être… fit Merill, gagné malgré lui par leur émoi.

Yazoo ferma les yeux en formulant une prière silencieuse et Kadaj se mordit la joue.

Chacun regardait les courbes et suivait les résultats des simulations avec appréhension.

- 35 cl transfusés, annonça Merill au bout de quelques interminables minutes.

- 47 % de chances de survie dans le mako, les informa Kadaj. 53… 57…61…

Tifa serrait convulsivement la main de Loz, qui avait commencé à transpirer et devenait de plus en plus pâle.

- Loz, ça va ?

Shalua vérifia sa tension et son rythme cardiaque.

- 82 % ! lança joyeusement Shelke. On y est presque. 87…

- 87 cl.

Yazoo lança un regard inquiet à Tifa. Son jumeau grimaçait de douleur, à présent, et sa peau avait viré au bleu.

- Shalua… supplia la jeune femme. Je crois que ça a atteint la limite du supportable.

- 91 %… 93 %…

Shalua ausculta Loz, inquiète.

- 93 % ça me suffit, je prends le risque ! fit-elle en arrêtant la transfusion. On y va ! Rude ! appela-t-elle en direction du bureau. Viens m’aider !

Elle bondit vers Cid pour le débrancher des machines qui le maintenaient en vie.

Le turk se précipita aussitôt et souleva le corps musculeux du pilote - non sans difficulté - pour le porter jusqu’à la cuve, sur le socle de laquelle il le mit en position fœtale.

- Tu peux y aller, poussin ! ordonna Shalua à Kadaj. Vas-y, mets toute la gomme !

Le tube s’abaissa, commença à se remplir et tout le monde retint son souffle.

Merill banda soigneusement le bras de Loz, qui reposait dans ceux de Tifa, et s’éclipsa discrètement.

Un par un, les hôtes du manoir quittèrent le bureau pour s’approcher de la cuve, le cœur battant et le souffle oppressé.

- Tiens le coup, Cid… supplia Yuffie, les larmes aux yeux, en plaquant les mains sur le cylindre de verre dans lequel commençait à flotter son ami. Je t’en prie, ne baisse pas les bras maintenant…

Vincent la serra affectueusement contre lui et ils attendirent, suspendus aux lèvres de Kadaj.

Au bout de ce qui leur parut être une éternité, ce dernier laissa échapper un soupir et se tourna vers eux, en sueur et des cernes noirâtres sous les yeux.

- Il est stabilisé… fit-il d’une voix à peine audible.

Les cris de joie qui lui répondirent furent aussi stridents que son murmure avait été ténu et, pendant un long moment, ce ne furent que rires, larmes de joie et remerciements.

Shalua, défaillant presque de soulagement, essuya son front moite.

- C’est fini, ma belle, fit Reno en l’embrassant bruyamment. Ton beau pilote est tiré d’affaire !

Elle fit son possible pour sourire, se tourna vers Loz, plus mort que vif, et ses larmes coulèrent sans qu’elle puisse les arrêter.

Il lui restait une tache à accomplir, et non des plus agréables, loin s’en fallait…

Vincent, le visage grave, lui posa la main sur l’épaule et elle la recouvrit de la sienne.

- Tu veux que je le fasse ? demanda-t-il.

Elle secoua la tête.

- Non, murmura-t-elle, la gorge serrée. Non, c’est à moi de le faire. Mais merci quand même, Vince.

Ce dernier se tourna vers Reeve, qui baissa les yeux et secoua la tête, désolé.

Shalua se dirigea lentement vers le lit de Loz, où chacun y allait de sa tape amicale ou de ses encouragements.

L’argenté faisait des efforts désespérés pour sourire mais elle voyait bien, tout comme ses frères, qu’il était au bord de la syncope.

Yazoo l’interrogea du regard.

Elle hocha la tête et il serra convulsivement l’épaule de son jumeau en ravalant un sanglot.

- Eh, Yazoo baby, ne pleure pas, c’est fini, fit tendrement Reno en essuyant son petit visage de la main. Cid est en vie et ton costaud de frère va s’en remettre en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, tu verras.

Loz tourna la tête vers Shalua.

- Fais-les sortir, Shalua, la pria-t-il en repoussant doucement Tifa. Je ne veux pas qu’ils voient ça.

Cette dernière se raidit.

- Que nous partions ? Pourquoi ?

- Oui, pourquoi ? s’enquit Yuffie. Et qu’est-ce qu’on ne doit pas voir, d’abord ?

- Shalua ? insista Tifa, gagnée par l’appréhension. Pourquoi tu fais cette tête ? Que… Qu’est-ce qui se passe ?

Loz lui prit la main pour l’effleurer de ses lèvres.

- Je t’expliquerai, assura-t-il avec un sourire doux et épuisé. Mais, pour l’instant, j’ai besoin de rester un peu seul avec Shalua.

Reno les considéra l’un et l’autre avec un regard soupçonneux.

- Attendez, c’est quoi, ces cachotteries ? Vous nous faites quoi, là ?

La jeune scientifique se mordit la lèvre et Reeve soupira.

Le regard de Tifa allait de son amie à Reeve et de ce dernier à Vincent. Tous les trois affichaient l’expression d’un l’homme qui vient par mégarde d’appuyer sur le bouton ordonnant la destruction totale d’une partie de la planète.

- Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-elle, de plus en plus inquiète. Qu’est-ce que vous refusez de nous dire, tous les trois ?

Mais ce fut le cri horrifié de Reno, qui lui apporta la réponse.

- OH, PUTAIN, C’EST PAS VRAI !

Le turk venait de blêmir et de reculer d’un pas, la main sur la bouche, tétanisé et le regard rivé sur Merill, qui avait refait son apparition à l’autre extrémité du laboratoire.

L’assistant de Shalua portait encore les épais gants de protection qu’il avait enfilés pour remplir de mako la seringue en verre posée sur le plateau métallique qu’il transportait.

Saisi d’horreur, Reno reconnut également l’étrange aiguille en forme de T, destinée à être plantée dans l’épine dorsale, et les solides sangles en cuir, identiques à celles qu’il avait vues dans les vidéos.

Il secoua la tête en reculant encore, les mots que Yazoo avait prononcés cette nuit-là, dans la salle de bain de sa chambre, résonnant à ses oreilles :

- Sais-tu pourquoi on utilise une seringue en verre, Reno ? Parce que le mako fait fondre le plastique comme un acide… C’est comme si on t’injectait un mélange de vitriol et d’huile de vidange ! Tu sens tes muscles fondre comme du lard dans une poêle et tu les vois s’affaisser sous ta peau, qui se met elle aussi à brûler de l’intérieur puis à fondre à son tour. Cinq heures, Reno… Il faut cinq heures pour que la douleur commence à refluer. Cinq heures durant lesquelles tu ne peux que hurler à t’en arracher la gorge et à t’en faire crever les tympans. Arrives-tu à concevoir une souffrance pareille, Reno ? Y arrives-tu ? “

Le turk revit les images horribles des vidéos de surveillance et se souvint du visage de Yazoo, tordu par la douleur.

Il crut entendre à nouveau le hurlement inhumain qui s’échappait de sa petite bouche délicate et sentit un haut-le-cœur lui contracter l’estomac.

- Tu… tu ne vas pas lui faire ça, Shalua ? bredouilla-t-il en se tournant vers la scientifique. Tu ne vas pas faire un truc aussi dégueulasse, pas toi !

Tifa s’agrippa à Loz pour lui faire un rempart de son corps.

- Il y a sûrement un autre moyen de le remettre d’aplomb ! s’écria-t-elle, en larmes. Il y en a forcément un autre !

Shalua secoua la tête.

- Il a perdu trop de sang, Tifa, je suis désolée. Beaucoup trop pour un organisme comme le sien.

- Sors, Tifa, reprit doucement Loz en la repoussant avec tendresse. Ca va aller, je t’assure. J’ai supporté ça des dizaines de fois.

- Tu as dit qu’un surplus de mako les tuerait ! essaya d’argumenter encore Reno. Regarde ce qui a failli arriver à Yazoo ! Vincent, dis-lui, toi !

L’ancien turk baissa la tête.

- Avant qu’on enlève près d’un litre de sang à Loz, son organisme en était saturé, en effet, Reno. Mais, maintenant, je doute même qu’il lui reste assez d’énergie pour avoir la force de se tenir debout.

- Mais enfin, c’est une blague ! s’emporta Rude, lui aussi saisi d’horreur. Un litre de sang pour un homme ayant un physique comme le sien ou le mien, c’est que dalle !

- Nous ne sommes pas aussi résistants que vous à la perte de sang en raison de la forte concentration de mako qu’il contient, intervint Kadaj. Le mako que nous avons assimilé depuis notre naissance est devenu aussi essentiel à notre survie que certains globules ou sels minéraux peuvent l’être pour vous. En excès, il nous empoisonne, comme tout un chacun, mais s’il vient à manquer…

Il secoua la tête, n’osant finir sa phrase, et le turk se détourna en serrant le poing, révolté par son impuissance.

- C’est dégueulasse… gronda-t-il. Ce n’est pas juste !

Il laissa tomber son poing sur une table métallique avec un bruit assourdissant et Reno essaya de l’apaiser en lui posant la main sur l’épaule.

- Arrête, Rudo… Casser le matos ne va aider personne.

- Mais ce n’est pas juste, bordel !

- Je sais, mon pote. Je sais…

Tifa fondit en larmes dans les bras de Loz.

- Tu le savais… sanglota-t-elle. Tu savais ce qui allait arriver si tu donnais ton sang à Cid…

- Sors, Tifa, répéta-t-il de sa voix douce. Plus on attend et pire ce sera.

Vincent et Reeve poussèrent tout le monde vers la porte du laboratoire mais Cloud, qui, rongé par la culpabilité, s’était fait aussi discret que possible depuis qu’ils étaient descendus au sous-sol, referma une poigne d’acier sur les bras de Merill, qui s’apprêtait à fixer les jambes et les poignets de Loz au lit avec les sangles de cuir.

- Non ! s’écria-t-il.

- Cloud, intervint Shalua. Si je ne l’immobilise pas et qu’il s’agite, l’aiguille risque de provoquer des dommages ir…

- Ce n’est pas un animal qu’il faut attacher avant de le piquer ! s’emporta le jeune Soldat.

Il arracha les sangles des mains de Merill et s’assit sur le tabouret, au pied du lit.

- C’est moi qui le tiendrais, ajouta-t-il plus calmement.

- Cloud, ne sois pas ridicule ! intervint Vincent depuis le seuil. Tu ne fais pas le poids ! Il va te briser les os !

Loz s’assit difficilement sur le lit et acquiesça.

- Vincent a raison, tu ne me dois rien, fit-il. Cid était aussi devenu mon ami.

- Cid me tuerait de ses mains si je les laissais t’attacher comme un chien, rétorqua le jeune homme.

Vincent soupira.

Cloud de sentait coupable de tout ce qui venait d’arriver et, ma foi, si se torturer devait l’aider à accepter ce qui s’était passé et aller de l’avant, alors soit.

Tous, excepté lui, les scientifiques et Kadaj, qui programmait le contrôleur de la cuve de Cid, quittèrent le laboratoire.

Loz s’assit torse-nu en face du Soldat et inspira profondément.

Allez, courage, ce n’est qu’un mauvais moment à passer, on n’en meure pas ! “ essaya-t-il de se rassurer.

- Essaye d’incliner le haut du torse en avant le plus possible, lui conseilla Shalua, la gorge serrée, en enfilant des gants et un masque de protection en plastique transparent. Cela ouvrira l’espace entre les vertèbres.

Loz déglutit difficilement et se pencha en faisant le dos rond jusqu’à poser son front sur l’épaule de Cloud. Celui-ci coinça ses genoux entre ses cuisses dans une étreinte de fer et entoura les larges épaules de ses bras en lui maintenant fermement la nuque pour l’empêcher de bouger.

L’argenté était tendu comme un arc, la gorge nouée par l’appréhension, et une sueur froide recouvrit son épiderme en sentant la jeune scientifique passer un coton imbibé l’alcool sur sa peau, pour désinfecter l’endroit où elle allait enfoncer l’aiguille.

Une bouffée de parfum sucré, auquel ni Merill ni Cloud n’étaient apparemment sensibles, monta du corps frissonnant et Shalua sentit la compassion lui serrer le ventre.

Malgré tout, elle empoigna fermement l’aiguille en T, laissant dépasser la tige creuse entre son majeur et son annulaire, et posa la pointe de l’instrument dans l’espace situé entre deux vertèbres lombaires.

Les sbires d’Hojo avaient pris l’habitude de piquer entre les omoplates et Shalua ne voulait pas endommager davantage l’épine dorsale à cet endroit.

- Tu es prêt, mon grand ? (Loz hocha la tête, la gorge trop serrée pour répondre) J’y vais, alors. Respire à fond…

D’une torsion du poignet et sans à-coup, elle commença à enfoncer l’aiguille entre les deux vertèbres et Cloud dut détourner les yeux, au bord du malaise.

***

Tifa gravit les dernières marches de l’escalier soutenue par Rude, qui n’en menait pas large non plus. Comme tous ses compagnons, il avait la tête encore pleine des cris de Yazoo qu’ils avaient entendus ce soir là, dans la salle de projection.

- Ca va bien se passer, j’en suis sûr, murmura Reeve à l’oreille de Yuffie, qui pleurait à fendre l’âme. Shalua fera son possible pour lui éviter de souffrir, tu verras.

Reno, blanc comme un linceul, marchait comme un zombie en direction de la salle commune du manoir, où les domestiques avaient dû servir le petit déjeuner.

Du café…

Il lui fallait du café…

Beaucoup de café…

- Ca va, toi ? demanda-t-il à Yazoo, dont le ravissant minois n’était plus qu’un masque de mélancolie et de douleur.

L’argenté secoua doucement la tête et une larme coula en silence sur sa joue blême.

Reno lui entoura affectueusement les épaules du bras.

- Ca va aller, Shalua ne…

Il fut interrompu par le hurlement qui monta des profondeurs du manoir et se répandit dans chaque pièce, escalier ou corridor comme un assourdissant coup de tonnerre.

Tous se figèrent sur place et Gretta, qui arrivait dans le couloir avec un plateau débordant, laissa tout échapper dans un fracas tonitruant qui ne parvint cependant pas à couvrir les hurlements de Loz.

- Oh, mon Dieu… gémit Tifa, défaillant presque dans les bras de Rude, qui jetait aux autres des regards désemparés.

Yuffie, saisie d’horreur, se blottit contre Vincent en se bouchant les oreilles de ses paumes et Rufus, épouvanté par les cris inhumains, dut s’appuyer contre le mur, le cœur battant.

- Gaia, mère de toute chose, viens-nous en aide… pria-t-il dans un murmure.

Yazoo tomba à genoux sur le parquet ciré, en larmes, et Reno le serra contre lui de toutes ses forces…

à suivre

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XXXXVIII - Tout ce qui me reste est pour toi

Un ami, c’est celui qui devine toujours

quand on a besoin de lui.”

J. Renard.

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Soutenue par Loz, le souffle haletant et les jambes tremblantes, Tifa était pétrifiée d’horreur par la vision d’épouvante qui s’offrait à elle.

Les mains souillées de sang, Shalua et Merill - qui venait d’arriver précipitamment, apportant avec lui une valise métallique contenant du matériel de réanimation - essayaient désespérément de réveiller et de faire respirer Cid, étendu sur une mare de sang au milieu de la chambre.

A quelques pas d’eux, Reeve recouvrait d’un drap le corps de Shera - et le plus gros des restes d’os et de cervelle répandus lorsqu’elle s’était tirée une balle dans la bouche.

Au bout de minutes interminables, l’un des appareils consentit enfin à biper, affichant des battements d’un cœur certes terriblement légers et irréguliers, mais battements tout de même.

- Il faut préparer la cuve, Merill ! sanglota Shalua, qui ne gardait qu’à grand peine un minimum de contrôle sur elle-même. Rude et Loz m’aideront à le descendre.

Ceux-ci hochèrent la tête depuis la porte de la chambre.

- J’y vais, Kadaj programmera le contrôleur, fit Merill en se levant et en faisant signe à l’argenté, qui acquiesça. Dès qu’il montrera des signes de conscience, nous le… Oh, merde !

Il était si inhabituel de voir le garçon se montrer grossier que la jeune femme se raidit.

- Qu’y a-t-il, Merill ?

Celui-ci se pencha pour ramasser ce sur quoi il venait de marcher et lui montra.

- Il faut le descendre au bloc, Shalua ! Tout de suite !

Shalua regarda la lame cassée du coupe-papier avec l’expression de quelqu’un à qui l’on vient d’annoncer que la fin du monde est pour demain.

- L’autre morceau doit être à l’intérieur, Shalua ! On ne peut pas le mettre dans la cuve avec ça dans le corps !

Elle secoua furieusement la tête.

- Il ne supportera pas une intervention, Merill, fit-elle, la gorge plus serrée que jamais. Pas dans l’état où il est !

- Nous n’avons pas le choix !

Il se tourna vers Rude. Celui-ci n’eut pas le temps de faire un pas en avant que Loz l’avait déjà devancé et soulevait précautionneusement le pilote dans ses bras.

Merill tint la perfusion et le tube de l’oxygène en l’air, prêt à se mettre en marche, mais l’argenté secoua la tête.

- J’irai plus vite seul, affirma-t-il.

Le jeune homme fronça les sourcils mais Shalua, comprenant très bien où il voulait en venir, arracha presque le matériel des mains de son assistant pour les poser sur le ventre de Cid.

- Vas-y, nous te suivons, dit-elle.

Tifa eut l’impression que Loz et le pilote se dématérialisaient devant elle et un éclair bleu traversa la pièce puis le couloir en direction du sous-sol, Merill, Shalua et Kadaj courant derrière.

Tifa resta prostrée devant la chambre, où Reeve, ganté de latex et un masque sur le nez, avait entrepris de rassembler les restes de Shera pour la transporter en bas, à la morgue.

Des relents de soufre brûlé au goût métallique - mélange de sang, de poudre et de cervelle - flottaient dans l’air et elle eut le plus grand mal à réprimer un violent haut-le-cœur.

- Ca va, Tifa ? s’enquit Yuffie, qui lui pressa doucement le bras.

L’interpellée sursauta et parut enfin prendre conscience de la présence de ses amis, au moins aussi choqués qu’elle.

- Oui, je… Je crois…

Gretta, qui, à l’instar des autres, s’était précipitée, lui frotta le dos, le visage décomposé.

- Il va s’en sortir, Miss Lockheart, j’en suis certaine. C’est un homme solide, l’amiral Highwind, vous verrez.

Mais quelque chose, dans sa voix et dans son regard épuisé, disait exactement le contraire et Tifa tourna la tête vers l’impressionnante mare de sang que le parquet, vampire sans âge fait d’essences rares, buvait avec avidité.

Elle regarda ses pieds nus et ses orteils se recroquevillèrent en réalisant qu’elle était cernée d’empreintes de pas sanglantes, faites par tous ceux qui étaient entrés dans la chambre et en étaient ressortis.

« Cid… Mon Dieu, Cid… »

La jeune femme prit une profonde inspiration pour ne pas fondre en larmes et céder à l’hystérie.

Ne pas regarder tout ce sang…

Surtout ne pas regarder…

Un peu à l’écart, Marlène, en larmes, s’accrochait aux hanches de Yazoo, le visage enfoui dans son long manteau de cuir.

Le jeune homme et Reno s’étaient placés entre elle et la porte de la chambre du pilote pour l’empêcher de regarder.

- Yazoo, j’ai peur ! sanglotait la petite. Qu’est-ce qu’il a, oncle Cid ? Et pourquoi ça sent tout bizarre ?

- Reno, emmène les enfants, ordonna Rufus. Ce n’est pas un spectacle pour eux.

- Je m’en charge, monsieur Shinra, intervint Gretta en prenant la petite par la main. Allez, viens, mon grand, fit-elle à Denzel, que Tifa remarqua alors, serré contre… Cloud.

Son instinct maternel faillit la faire bondir sur lui pour arracher son fils à l’étreinte de son ami d’enfance mais la vieille gouvernante la devança, serrant l’enfant contre son moelleux giron.

- Cloud… gémit le garçonnet en tendant la main vers son idole, ce qui serra le cœur de Tifa.

Mais Cloud, qui ne semblait même pas avoir remarqué que Denzel avait passé un moment agrippé à lui, ne parut l’entendre non plus.

Il avait le regard vide et les lèvres tremblantes.

- Allons, allons… murmura doucement Gretta en poussant les enfants devant elle. C’est l’heure du bain et, ensuite, nous prendrons un bon petit déjeuner.

- Je veux rester avec Cloud, sanglota encore le petit garçon.

- Tu le verras tout à l’heure, mon poussin. Pour l’instant, les grandes personnes doivent s’occuper de l’amiral Highwind, pour qu’il guérisse très vite, mhh ? Car vous voulez qu’il guérisse vite, n’est-ce pas ?

Ils disparurent au détour du couloir et la jeune femme, seulement vêtue d’une fine nuisette de coton, frissonna.

- C’est de ma faute…

Elle sursauta et se tourna vers son ami d’enfance, qui avait été rejoint par Vincent.

- C’est de ma faute, répéta Cloud, la gorge serrée et le visage tordu par une grimace douloureuse. Ma faute…

Et, pour la première fois de sa vie, Tifa fut témoin de ses sanglots…

***

Derrière la vitre du bureau de Shalua, tous assistaient à ce qui aurait dû être le réveil de Cid, après l’intervention chirurgicale durant laquelle Merill et Shalua avaient extrait la lame du coupe-papier coincée entre ses côtes.

« Aurait dû » car le pilote ne paraissait pas reprendre conscience et la tension montait de minute en minute.

La jeune femme paraissait à la limite de se mettre à hurler et Merill se frottait nerveusement le visage en se mordillant la lèvre.

Ils s’affairèrent autour du corps immobile et un « bip bip » timide finit par retentir.

Chacun retint son souffle et Shalua se tourna vers Kadaj et Shelke, pleine d’espoir, mais ceux-ci vérifièrent les réglages du contrôleur de la cuve et secouèrent la tête.

- Il faut quand même essayer ! s’écria la scientifique.

- La simulation est formelle, laissa tomber sa sœur. Si on le met là-dedans, il ne tiendra pas une minute.

Dans le bureau, Yuffie laissa échapper un sanglot et Vincent soupira, la gorge aussi serrée que celle de Tifa, que Loz serrait dans ses bras dans l’espoir vain de la réconforter.

Rude et Reno échangèrent une œillade expressive et Yazoo serra discrètement l’épaule de ce dernier.

- Je suis désolé… murmura-t-il d’une voix à peine audible.

Rufus tapa du poing sur le mur, impuissant.

- Pourquoi ne peut-on pas essayer de le mettre dans le mako, même inconscient ? ragea Yuffie. Qu’est-ce que ça change, de toute façon ? Il va mourir, si on ne fait rien !

Reeve et lui passa le bras autour des épaules, paternel.

- On ne peut pas plonger quelqu’un d’inconscient dans le mako liquide, Yuffie, cela le tuerait.

- C’est déjà un putain de choc quand tu es en possession de tes moyens, renchérit Reno, alors si tu es dans les vapes, je te raconte pas… Si cela avait été possible, crois-moi que j’aurais opté pour un bon coup de massue avant de sauter dans ce truc.

- Et le gaz ? Vincent et Shelke y ont été mis plein de fois dans les pommes !

L’ancien turk secoua la tête.

- Non, Yuffie. Une solution gazeuse ne lui ferait pas plus d’effet qu’une aspirine dans l’état où il est.

- Alors tant pis ! Essayons la cuve !

- Yuffie… essaya de la calmer Reeve.

- Quoi ? Il y est bien, lui ! s’écria-t-elle en désignant Sephiroth, à l’autre extrémité du laboratoire.

- Sephiroth a les puissantes cellules de Jenova pour le protéger et contrecarrer les effets nocifs du mako, pas Cid.

Tifa sentit Loz se raidir contre elle et elle releva la tête.

Le jeune homme paraissait soudain perdu dans ses pensées, le regard rivé au corps immobile, sur l’épaule duquel Shalua, malgré tous les efforts qu’elle faisait pour garder son sang froid, s’était mise à sangloter.

- Loz ?

- On a qu’à lui en injecter, de ces saletés de cellules ! hurla Yuffie, à demi-folle de chagrin.

Cloud tressaillit.

- Cid préférerait mourir que de tomber sous la coupe de cette saloperie.

Chacun essaya de raisonner la jeune ninja et Loz se pencha à l’oreille de Tifa.

- Cid est ton ami, n’est-ce pas ? Tu l’aimes ? Je veux dire… Tu l’aimes vraiment ?

La jeune femme sourit de la naïveté de la question.

- Bien sûr, Loz, fit-elle avec un sourire triste, incapable de retenir ses larmes. Cid est le meilleur des hommes. Et le meilleur des amis. Tu as pu le constater toi-même, non ? N’a-t-il pas été le premier à vous accorder sa confiance, à toi et à tes frères ?

Loz hocha la tête, prit une profonde inspiration et fronça les sourcils.

- Si c’était aussi facile, Yuffie… poursuivait Vincent en caressant la joue humide de larmes de la jeune fille. Outre que les gènes de Jenova sont un véritable poison pour l’immense majorité des humains, elles risquent de faire un pantin de celui qui les reçoit. N’as-tu pas vu ce qu’a traversé Cloud, il y a cinq ans ? Ce qu’ont vécu Kadaj et Yazoo, il y a seulement quelques heures ? La lutte terrible que Loz a dû mener pour annihiler cette puissance néfaste au cœur même de ses cellules ?

- Alors… on ne peut rien faire pour l’aider, Vincent ? Vraiment rien ?

- Pas en lui injectant des cellules de Jenova, en tous les cas, non.

- Sauf si les cellules en question ont été purgées de toute influence néfaste et si elles ont déjà été assimilées par un autre organisme, laissa tomber Loz d’une voix blanche, faisant sursauter Rufus, qui se tourna lentement vers lui.

- Il a raison… bredouilla ce dernier. Vincent ! Il a raison !

L’interpellé pâlit et secoua la tête.

- Hors de question.

- Pourquoi ? insista le jeune président de la Shinra. Les cellules de Jenova on été totalement assimilées par son organisme et il a réussi à les « purger de toute influence néfaste », tu l’as dit toi même ! Si Loz donne son sang à Cid, il lui donnera aussi les…

- J’ai dit « non », Rufus ! s’emporta l’ancien turk en lançant à Loz un regard suppliant.

Tifa s’avança à son tour.

- Pourquoi pas ? Loz a réussi à brider le contrôle de Jenova sur ces cellules, Vincent, Cid ne risque rien !

- Sauf de mourir si on ne fait rien ! sanglota Yuffie.

Vincent ouvrit la bouche pour protester mais Loz l’en empêcha.

- Je sais ce que je fais, dit-il. Et je sais ce que cela implique.

Yazoo, blême comme un linge fit quelques pas pour se planter devant son jumeau.

- As-tu une idée de la quantité de sang qu’il faudrait, Loz ? murmura-t-il d’une voix étranglée.

- Oui, Yazoo. Et je sais aussi que je suis prêt à la donner.

Son cadet se tourna vers Reeve en désespoir de cause et lui lança une supplique silencieuse.

- Ce n’est pas à moi de lui dicter sa conduite, Yazoo, fit ce dernier.

- Reeve ! s’écria Vincent.

- Ni à toi, Vince.

- Mais merde, c’est quoi le problème, à la fin ? s’emporta Reno, à bout de nerfs. Loz a réussi à court-circuiter Jenova dans ses cellules, oui ou merde ?

- Oui, répondit Reeve à contrecœur.

- Alors pourquoi vous vous prenez la tête ? Cid est en train de crever, bordel !

Yazoo lui jeta une œillade glaciale.

- Tais-toi, Reno ! Tu ne sais pas de quoi tu…

- Ca suffit ! cria Loz. Disputez-vous autant que vous voudrez, moi, je sais ce que j’ai à faire.

Sur ces mots, il ouvrit la porte du bureau et pénétra dans le laboratoire pour marcher droit sur Shalua, au chevet de Cid.

Ils parlaient trop bas pour que les autres puissent entendre quoi que soit mais ils virent la jeune femme secouer violemment la tête, révoltée, et Kadaj bondir de son fauteuil.

- Mais enfin, qu’est-ce qu’il y a de si terrible à la faire, cette transfusion ? demanda Rude, n’y tenant plus.

Reeve allait répondre lorsque le cri de Kadaj retentit dans le haut-parleur.

- Il lui faut au moins un litre de sang, Loz !

- Je sais ce que ça implique ! répliqua l’argenté sur le même ton.

- Non, Loz, je refuse de faire ça, répéta Shalua.

- Alors Cid va mourir !

- Je suis médecin, Loz ! cria la jeune femme. Médecin ! Pas l’un de ces bourreaux qui vous ont tourmentés durant des années ! Je sauve ces vies, je ne torture pas des gens !

- Que sont quelques heures de douleur face à la vie de l’homme que tu aimes ? De leur ami ? ajouta-t-il en pointant le doigt vers la vitre sans tain du bureau.

- Non, Loz ! Et Cid serait le premier à refuser de te laisser faire ça !

Loz la prit par les épaules et murmura quelque chose qu’ils n’entendirent pas.

Elle se raidit et Kadaj se détourna.

Au bout de quelques minutes de discussion, elle et Merill allongèrent Loz sur un lit, près de Cid.

- C’est pas vrai… gémit Vincent en les voyant commencer une seconde transfusion, de bras à bras.

Yazoo se couvrit le visage des mains, catastrophé, et Rude jura en levant les bras au ciel, excédé par leurs pleurnicheries.

- D’accord, un litre de sang, c’est pas rien mais bon, on n’en meure pas, non plus ! Il est largement assez costaud pour tenir le coup, même crevé !

Si Yazoo avait eu un pistolet à la place des prunelles, Rude serait tombé mort sur le sol.

- Pourquoi faut-il toujours que les gens parlent sans rien savoir !

Il quitta à son tour le bureau pour aller au chevet de son frère et Tifa lui emboîta le pas.

Rude prit les autres à témoin.

- Quoi ? J’ai dit une connerie ? C’est pas vrai, qu’il est largement assez costaud pour faire ça ?

Reeve lui tapota amicalement l’épaule.

- Bien sûr que si, Rude. Tout va bien se passer, j’en suis certain…
…à suivre

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XXXXVII - C’est l’espoir qu’on assassine !

«On compare parfois la cruauté

de l’homme à celle des fauves…

C’est faire injure à ces derniers !»

F. Dostoïevski

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

« Weiss… Il faut parler à Weiss, mère ! Il saura convaincre son frère de nous aider. Il est temps de sortir d’ici, à présent, je dois… »

« Non, amour, pas encore. »

« Il le faut ! »

« Quelques heures, mon fils, quelques heures encore. Ne gâche pas tout maintenant. »

« Ces heures, nous ne les avons pas, mère, tu le sais et tu le sens comme moi ! Genesis est ici, tout près, et les géostigmates ne vont pas tarder à se répandre à Nibelheim ! Je dois parler à Weiss, il m’écoutera. Je l’ai bien connu, lorsqu’il était Soldat première classe ! C’est un homme d’honneur. »

« Non. Quelqu’un de confiance ira lui parler mais pas toi. »

« Qui ? Zack ? Il passait son temps à se moquer de Nero et à faire les pires allusions sur la relation fusionnelle qui le liait à son frère ! Lui et Weiss ont failli en venir aux mains plus d’une fois ! »

« Je ne pensais pas à Zack, mon fils. »

« Qui alors ? Cloud ? Ce n’était qu’un bleu, à l’époque. Il a dû apercevoir Weiss et Nero deux ou trois fois, tout au plus ! »

« Dans les cas désespérés, amour, c’est entre les mains d’un ange qu’il faut mettre ses espoirs…»

« Un ange ? »

*

Reeve se frotta le visage.

- Et dire que nous n’avons rien remarqué malgré la batterie d’examens médicaux que nous lui avons fait subir… soupira-t-il.

- Batterie qui comprenait tout sauf un bilan hormonal, rappela Shalua. Mais quelle raison aurions-nous eu de le faire ?

- Nous sommes face à authentique hermaphrodite et les machines n’ont rien détecté d’anormal chez lui ? s’étonna Rufus. Incroyable…

- Je suis persuadée que Yazoo lui-même l’ignore, assura la jeune femme. Extérieurement, c’est un garçon on ne peut plus normal.

- Voilà qui explique du moins son étonnante androgynie, nota Vincent.

Rufus se leva pour faire quelques pas dans la pièce, sidéré.

- Homme et femme à la fois… Cela signifie-t-il qu’il… Qu’il pourrait… tomber enceinte tout seul, par exemple ? Se féconder lui-même ?

Shalua et Reeve sourirent.

- Non, Rufus, le rassura la jeune scientifique. Pour ce que j’ai pu voir, Yazoo ne possède qu’un ovaire et une trompe de Fallope atrophiée reliée à un embryon d’utérus. Tout à fait insuffisant pour enfanter mais largement assez pour semer la pagaille dans un bilan hormonal. Si je l’avais fait, martela-t-elle, coupable, je m’en serais rendue compte immédiatement.

- Et cela n’aurait rien changé, la rassura Vincent. Reeve, tu as parlé de matériel génétique, tout à l’heure. J’imagine que tes hommes ont trouvé le sperme et les ovules congelés dans le labo ?

Reeve hocha la tête et leur montra une série de photos que Shalua avait imprimées.

- Une partie, oui. Et… ceci.

Sur l’une des photos, on voyait un cadavre de femme à demi décomposé sur une table d’autopsie, le ventre ouvert.

- Oh, non… gémit Rufus. Hojo a recommencé ses saloperies ? Quand ?

- Pas Hojo, non. Au vu de l’état de la décomposition, le cadavre a été sorti de la cuve mako il y a trois semaines. Un mois, tout au plus.

- Et… ce qu’il contenait ? demanda pudiquement Vincent.

Reeve lui tendit une photo sur laquelle un fœtus d’une quinzaine de centimètres était recroquevillé.

- Oh, mon Dieu ! s’écria Rufus en se détournant.

L’ancien turk ferma les yeux un instant, profondément touché par la vue de la petite créature.

- Le fils de Yazoo et Loz, j’imagine ?

Shalua secoua la tête, les prenant au dépourvu.

- De Yazoo, seulement, si l’on en croit les tests ADN faits par le labo de la WRO. Quant au père, son code ADN ne figure sur aucun de nos fichiers. Probablement un donneur anonyme.

Rufus se raidit, surpris.

- Cette bande de malades a reculé devant une nouvelle insémination incestueuse ? Etonnant !

- C’est bizarre… nota Vincent en observant le fœtus de près. Pourquoi l’a-t-on sorti alors qu’il n’était pas encore viable ?

Shalua échangea un regard effondré avec Reeve et celui-ci prit son courage à deux mains.

- L’analyse des corps… commença-t-il, le cœur eu bord de lèvres. Elle a montré qu’il y avait en fait deux bébés…

Il se tut, incapable de poursuivre.

- Dont un a été… disons «éliminé» au bout de quatre mois de gestation, poursuivit la jeune femme à sa place. (Vincent leva la photo du fœtus et elle acquiesça) Détail typique des protocoles d’Hojo. Deux embryons implantés puis on élimine le plus faible.

- Et plus faible était visiblement le fils de Yazoo… (Shalua acquiesça à nouveau) Qui était le père du second bébé ? Loz, j’imagine ?

- Nous l’ignorons, intervint Reeve. Mais c’est probablement le cas, oui. Il manque deux tubes sur les dix congelés lors des prélèvements sur les jumeaux.

Rufus se frotta le visage.

- Où est-il passé, ce bébé ? Et qui a pu faire ces inséminations puisque Vincent nous a définitivement débarrassés d’Hojo il y a plus d’un an ? Et, surtout, pourquoi ? Dans quel but ?

- Quelque chose de colle pas, soupira Vincent. C’est bizarre…

- Bizarre ? releva le chef de la WRO. Que veux-tu dire, Vince ?

- Tout ça, insista le turk en désignant à la fois les photos et l’ordinateur. Tout ces documents, cette vidéo, le corps, le matériel génétique, le fœtus… Ca n’a aucun sens !

- Explique-toi, mon ami, parce que je ne te suis plus.

- Bon sang, mais réfléchissez une seconde ! Quel intérêt de travailler dans le plus grand secret durant des mois, dans un lieu que nul ne connaît, pour finalement laisser toutes ces preuves derrière soi ? Comment croire que quelqu’un capable de faire des manipulations génétiques, médicales et chimiques aussi complexes se laisse trahir par une vulgaire… fuite de mako ! ?

Le jeune président de la Shinra sentit son estomac se nouer, commençant à comprendre où Vincent voulait en venir.

- Tu pense que… c’est un piège ?

L’ancien turk hocha la tête, lugubre.

- Qui que soit le malade qui a fait ça, il voulait qu’on le sache. Il voulait que l’on sache qu’il y avait un second bébé. Et, surtout, qu’on le croit toujours vivant ! Voilà ce que je pense.

- Pourquoi ? insista Rufus. Dans quel but ?

Vincent se tourna franchement vers lui.

- Si tu découvrais que tu avais un fils quelque part, encore un bébé ? En danger, qui plus est, que ferais-tu, Rufus ?

- Je suppose que je mettrais tout en œuvre pour le récupérer, répondit ce dernier. Oui. Oui, si j’avais un fils, j’essaierai de le sauver coûte que coûte.

Reeve grinça des dents, indigné.

- Un moyen de pression, fit-il, fou de rage. Voilà ce que voulait la saloperie qui a fait ça ! Cet enfant n’est là que pour servir d’objet de chantage ! Merde !

Il tapa du poing sur la table et les trois autres sursautèrent, tant il était rare de voir Reeve se laisser submerger par la colère.

- Et dire que nous pensions que Jenova n’avait pour ainsi dire plus aucun contrôle sur ses fils… Que nous pensions avoir gagné une bataille… Idiots que nous sommes ! gronda l’ancien turk en se levant à son tour pour faire les cent pas. Une fois de plus, nous l’avons sous-estimée.

Shalua frissonna.

- Tu crois vraiment que c’est elle, qui est derrière tout ça ?

- Qui d’autre ?

La réponse leur parvint depuis la porte d’entrée.

- Genesis !

Tous les quatre se tournèrent vers Cloud qui, flanqué de Shelke, se tenait sur le seuil, pâle et les yeux rougis.

*

Shera sortit de la salle de bains dans un nuage d’eau de toilette et de déodorant fleuris fraîchement appliqués, vêtue d’un jean et d’un gros pull côtelé, les cheveux séchés et noués en une queue de cheval un peu lâche.

Elle chaussa ses lunettes après les avoir soigneusement essuyées et remarqua alors, à la faible lumière de la lampe de chevet, son sac de voyage - plein - et son blouson sur le lit.

- Qu’est-ce que… hoqueta-t-elle en voyant qu’il ne restait plus une seule de ses affaires dans la chambre.

Elle alluma le plafonnier et sursauta en voyant Cid, jusque là dans l’ombre, assis dans le fauteuil de son bureau.

- Es-tu fou, de me faire des peurs pareilles ? s’écria-t-elle. Eh ! Tu pourrais au moins t’excuser !

Elle fit un pas vers lui pour lui administrer une petite tape effrontée sur la tête mais s’immobilisa en voyant l’expression de son visage, sévère et si fermée qu’elle en était presque agressive.

Pour toute excuse, il tapota sèchement la liasse de documents posée sur le bureau.

- Tu as dix minutes pour signer ça et disparaître avant que je ne change d’avis et que Rufus ne t’offre un aller simple pour la prison de son choix, fit-il d’une voix glaciale.

Shera émit un curieux son qui ressemblait à un rire étranglé, ne sachant si Cid plaisantait ou non.

Méfiante, elle s’approcha du bureau et frémit en voyant le titre du premier dossier : « Rapports d’incidents du programme spatial Shinra / S-15 à S-26 ».

L’alliance de Cid était posée dessus comme un camouflet.

Elle la prit et sentit sa gorge se serrer.

- Cid, tu ne compr…

- Tu la fermes et tu signes ! s’écria le pilote en sortant une liasse de documents de sous le dossier.

« Accord amiable de divorce »

La jeune femme laissa échapper une petite plainte horrifiée et, les jambes soudain transformées en coton, elle dut s’appuyer au bureau pour ne pas tomber.

- Je… Je l’ai fait pour toi, Cid… bredouilla-t-elle.

Celui-ci se leva, fou de rage, et, les poings serrés, baissa son visage à hauteur du sien pour la regarder droit dans les yeux.

- Ne te fous pas de moi, Shera, parce que je ne suis vraiment pas d’humeur à écouter tes salades !

- Mais je t’aim…

- Signe ces putains de papiers ! hurla-t-il à son oreille en brandissant un stylo sous son nez.

Voyant que toute discussion était impossible, la jeune femme le repoussa d’un geste brusque.

- C’est cette garce, hein ? gronda-t-elle, tremblante de rage. C’est à cause de ta putain borgne !

Cid leva soudain la main et dut faire appel à toute sa volonté pour ne pas la laisser retomber sur la joue de Shera.

- Signe ces putains de papiers, répéta-t-il, les dents serrées.

Elle fondit en larmes.

- Mais je t’aime ! sanglota-t-elle en s’accrochant à son t-shirt. Tout ce que j’ai fait, c’était pour…

- Ne me touche pas ! rétorqua-t-il en la repoussant avec une grimace de profond dégoût. Ne me touche plus jamais, Shera. Ne me regarde plus, ne me parle plus, disparais de ma vie, de celle de mes amis et… signe ces putains de papelards !

Shera secoua violemment la tête, comme prise de folie, et sanglota de plus belle.

- Tu ne peux pas… Tu n’as pas le droit… Tu es à moi… Pas à elle !

Le pilote écarquilla les yeux et ricana.

- Oh, c’est pas vrai… Tu préfères que ça se passe comme ça ? Très bien. A ta guise. Tu ne veux pas signer ? Tant pis pour toi ! Reeve se fera un plaisir de te conduire à la prison la plus proche en attendant ton jugement. Pour ma part, je n’aurais de toute façon aucun mal à obtenir le divorce avec ou sans ton accord. Ca prendra un peu plus de temps, voilà tout !

Il se tourna pour prendre le téléphone.

- Ne fais pas ça, Cid… Ne fais pas ça !

Il ricana, l’oreille collée au combiné.

- Je vais me gêner !

Il pressa la touche de l’un des numéros préprogrammés.

- Tu n’en as pas le droit, Cid ! Je t’aime ! Je t’ai sacrifié ma jeunesse ! Ma vie !

- Allô ? Reeve ? C’est moi.

« Alors ?»

- Rien à faire, Shera ne… Ahhh !

Il eut l’impression qu’une flèche enflammée venait de lui transpercer le flanc, lui coupant le souffle.

Le combiné lui glissa des mains et retomba lourdement sur le bureau.

« Allô ? Cid ? Cid, tu es là ? Cid ! Cid, ça va ! Rufus, il se passe quelque chose… »

La flèche de feu ressortit… et s’enfonça encore. Dans l’estomac, cette fois.

Incrédule, Cid cracha un filet de sang et pivota pour voir la petite main ensanglantée de Shera, contractée sur le coupe-papier en forme de sabre qu’elle avait pris sur le bureau.

Elle frappa et frappa encore avec une force que seule la folie furieuse pouvait lui donner.

- She…ra…

Terrassé par la douleur et incapable de reprendre son souffle, les voies respiratoires obstruée par le sang qui jaillissait des multiples blessures de sa poitrine, Cid s’écroula sur le parquet ciré.

- Tu n’as pas le droit ! hurlait Shera. Pas le droit ! Pas le droit ! Tu es à moi et à personne d’autre ! A moi ! A moi ! A moi !

Chaque exclamation était ponctuée d’un nouveau coup de couteau rageur et il fallut un moment à la jeune femme pour comprendre que le coupe-papier s’était brisé depuis un moment, déjà. Juste avant que le pilote de s’écroule, en fait. La lame s’était brisée et était restée coincée entre deux côtés, la pointe fichée dans le poumon droit.

Cid essaya de ramper sur le sol pour atteindre la porte mais il se noyait avec son propre sang, qui coulait à flots et l’empêchait de reprendre son souffle.

Il tomba inanimé avant même d’avoir atteint le milieu de la pièce.

- Cid ! cria Shera entre ses larmes. Cid !

Pleurant et gémissant à la fois, couverte de sang jusqu’aux coudes, elle lâcha ce qui restait du coupe-papier et se mit à fouiller dans les tiroirs du bureau de son époux, répandant tout le contenu sur le sol ensanglanté jusqu’à ce qu’elle trouve ce qu’elle cherchait.

Pleurant de plus belle, elle referma ses mains sur le pistolet, vérifia qu’il était chargé et se laissa tomber un instant aux côtés du pilote.

- Cette putain borgne… geignit-elle en caressant les cheveux blonds poisseux de sang, le regard rivé sur la porte. C’est de sa faute ! Tout est de la faute de cette putain borgne !

*

Yazoo se réveilla en sursaut et tourna la tête en tout sens, le cœur battant.

- Tu as entendu ? demanda Reno, qui s’était lui aussi redressé sur le lit voisin, le souffle court.

L’argenté hocha la tête.

- On aurait dit un coup de feu.

Marlène, terrifiée et encore à demi-endormie, s’accrocha à Yazoo et éclata en sanglots.

*

- C’était quoi, ça ? haleta Yuffie, le rythme cardiaque affolé.

- Un coup de feu… répondit Kadaj en sautant du lit. Ca venait du bout du couloir !

- Et cri, tu as entendu ? On aurait dit Shalua !

L’argenté lui prit la main et ils se précipitèrent dehors.

*

- Loz, attends-moi ! supplia Tifa en enfilant une petite nuisette de coton.

- C’était Shalua ! assura Loz en bouclant précipitamment son pantalon. J’en suis certain !

- Oh, mon Dieu !

Ils bondirent hors de la chambre, manquant de percuter Rude.

- Qu’est-ce qui se passe ? les pressa celui-ci en essayant de fermer son peignoir sans cesser de courir. Qui a tiré ? Que… (Il s’arrêta si brutalement que Loz faillit le renverser) Qu’est-ce qu’ils font tous devant la chambre d’Highwind ? bredouilla-t-il.

Tifa poussa un cri étranglé et Loz, blême comme un suaire, la serra contre lui.

- Oh, non…

- Je vous en supplie, non… pria la jeune femme, les larmes aux yeux. Non, je vous en supplie, pas ça…

à suivre.

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XXXXVI - Aimer c’est aussi savoir se taire

C’est un poids bien lourd pour un seul coeur

que de souffrir pour deux.”

Euripide

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

En entrant dans sa chambre, Highwind entendit le bruit de la douche derrière la porte close de la salle de bains.

Comme toujours, Shera s’était levée aux aurores.

Prenant garde à ne pas faire trop de bruit, Cid posa sur son bureau la liasse de documents envoyés par l’avocat qu’il venait de récupérer chez Rufus et entreprit de ranger toutes les affaires de celle qui était encore sa femme dans son sac de voyage.

xOx

Ce fut un agréable parfum sucré qui réveilla Yuffie.

S’était-elle endormie par mégarde sur l’un des sachets de bonbons qu’elle avait rapportés de la cuisine ?

Elle lutta pour ouvrir les yeux mais ses paupières semblaient peser des tonnes !

Elle voulut s’étirer mais il y avait quelque chose entre ses jambes : une autre… jambe.

Tiens…

Depuis quand elle en avait trois, de ces trucs là ?

La petite Utaïenne déploya un effort surhumain pour soulever une paupière après l’autre et réalisa que le léger parfum sucré venait, non d’un sachet de bonbons éventré, comme elle l’avait cru, mais des cheveux de Kadaj.

Le visage du garçon était tout près du sien, sur le traversin, ses mèches argentées lui chatouillaient le nez et c’était aussi sa cuisse athlétique, recouverte par le fin coton de son pantalon de pyjama, qui reposait entre les siennes.

Et la main, qu’elle sentait sur sa hanche ?

Ah, non…

Ca, c’était Cait 9.

Il dormait - enfin, c’était mis en veille, plutôt - entre eux, douillettement pelotonné entre leurs deux poitrines, l’une nue et l’autre habillée.

Elle tourna prudemment la tête pour regarder autour d’elle.

La boîte bleue estampillée de moogles était rangée sous le bureau, sur lequel étaient soigneusement empilés les albums photo, apportés par Gretta, et les restes de confiseries.

La brave femme avait pris soin de mettre de l’ordre dans la chambre de Kadaj et de les couvrir lui et elle d’un édredon avant de partir, visiblement.

Ils avaient dû s’endormir en regardant les photos.

D’ailleurs, l’argenté tenait toujours dans sa main le portrait de Lucrecia. Un miracle qu’elle n’ait pas été cornée ou pliée.

Yuffie la lui prit aussi doucement que possible pour la poser sur la table de chevet, à l’abri d’un incident, mais Kadaj la serrait tellement fort qu’il se réveilla.

- Désolée, s’excusa-t-elle en souriant, je voulais juste éviter qu’on l’écrabouille.

Il lui sourit en retour et se frotta les yeux en s’étirant.

- Nous nous sommes endormis ?

- Il faut croire, oui. Mais ne me demande pas quand, je n’en sais rien.

L’argenté laissa échapper un petit rire et tourna à nouveau la tête vers elle.

Son visage était si près du sien que Yuffie pouvait sentir son souffle sur ses cils et sa frange.

- J’ai encore sommeil… gémit-il avec une moue enfantine qui fit pouffer la petite Utaïenne. Pas toi ?

- Si… soupira-t-elle. Je n’ai jamais pu tenir une nuit blanche complète, avoua-t-elle en bâillant à s’en décrocher la mâchoire.

Cait 9, les capteurs à l’affût du moindre bruit ou mouvement de ses maîtres, se redressa à ce moment là en rabattant l’édredon.

- Pour bien commencer une bonne journée : une douche énergique et un bon déjeuner ! claironna-t-il en tapant dans ses pattes.

Il se tourna, enthousiaste, mais, voyant les yeux gonflés et les mines endormies des deux jeunes gens, ses petites épaules velues tombèrent de dix centimètres.

- J’ai connu des bulots, des carpes et des merlans, qui même sortis de l’eau, me semblaient plus vivants ! railla-t-il en se frottant les moustaches.

- Très drôle, Cait… rétorqua Kadaj, le visage grimaçant et les yeux à demi clos.

Cait 9 sauta du lit et entreprit de chausser ses gros godillots.

- Qui doit terminer sa nuit a besoin… d’un déjeuner au lit ! décréta-t-il en plaçant son petit couvre-chef sur sa tête.

- Excellente idée, Cait, approuva Yuffie. Mais pas avant deux bonnes heures, d’accord ?

Le chat robotisé hocha aimablement la tête et quitta la chambre en refermant doucement la porte.

Kadaj jeta un œil au petit écran défilant du panneau de contrôle mural.

” …température de la pièce est de 19°C / Il est 7h15 / Nous sommes le…

- Ce serait indécent, de dormir jusqu’à 9h30 ou 10h00, tu crois ? demanda l’Utaïenne.

L’argenté fit mine de réfléchir un instant avant de lancer un ” Naaaaan ! “ sarcastique couplé d’une grimace comique, ce qui fit de nouveau rire la jeune fille.

Celle-ci baissa alors les yeux sur son gros pull de laine et son épais pantalon de toile froissé.

- Zut ! Je me suis endormie tout habillée… soupira-t-elle en faisant glisser son pull par-dessus sa tête et son pantalon pour ne garder qu’un petit caraco fleuri et sa culotte-short assortie. Regarde-moi ça, j’ai des marques partout, gémit-elle en tâtant les stries rouges dont elle était couverte, provoqués par les plis des vêtements.

Kadaj dut faire un effort considérable pour rester stoïque face à la soudaine quasi-nudité de la jeune fille - au demeurant ravissante !

Au vu de la pudeur dont elle avait fait preuve devant la cuve de Reno, jamais il n’aurait pu penser qu’elle se dévêtirait ainsi un jour devant lui sans autre forme de procès !

Cela étant dit, le naturel et la naïveté avec lesquels elle avait fait ça, sans la moindre crainte ou arrière-pensée, étaient on ne peut plus touchants, voire… terriblement équivoques.

Elle se coula à nouveau sous l’édredon avec un soupir de plaisir évident et l’argenté faillit éclater de rire.

Se rendait-elle compte qu’elle était seule, à demi-nue, dans le lit l’un homme ?

Si c’était le cas, elle ne comprenait visiblement pas ce que cela impliquait et Kadaj pouffa, plus amusé que jamais.

- Quoi ? demanda Yuffie. J’ai dit une bêtise ?

Il secoua la tête et se pelotonna à son tour sous l’édredon, lui faisant face.

- Non, c’est moi, je repensais aux anecdotes de Gretta, mentit-il.

La jeune fille lui adressa un sourire fatigué.

- C’est vrai que c’était drôle. (Elle frissonna) Il fait drôlement froid, non ?

- C’est parce que tu es fatiguée. (Il allait lui proposer de monter un peu le chauffage de la chambre mais…) Viens, fit-il d’une voix un peu enrouée en tendant son bras.

Kadaj pensait qu’elle refuserait, bien entendu, mais, au contraire, la jeune fille se blottit contre lui, nichant la tête au creux de son épaule.

- C’est gentil… dit-elle d’une voix tout juste audible avant de s’endormir profondément, le prenant totalement au dépourvu.

Il déglutit avec difficulté : le corps menu qui se pressait contre le sien avait allumé un incendie que la tendre proximité attisait de seconde ne seconde.

Bravo ! ” se sermonna-t-il en silence. ” Et maintenant ? Tu fais quoi, gros malin ?

Il ferma les yeux avec un soupir silencieux en essayant d’occulter les pensées peu avouables que les courbes gracieuses, et la chaleur de la peau douce, faisaient naître dans son esprit.

Une chose était certaine, cependant : il n’avait plus du tout sommeil !

xOx

Loz était sorti de la salle de bains et enfilait son pantalon lorsqu’il resta en arrêt devant le spectacle qui s’offrait à lui.

Nue, à genoux sur le lit, Tifa se séchait les cheveux avec une serviette, la peau frissonnante et les yeux mi-clos.

Elle aurait pu être l’image même du désir et de la sensualité si un pli soucieux ne barrait pas ses lèvres pleines.

- Qu’est-ce que tu as ? demanda-t-il d’une voix douce en la rejoignant sur le lit.

La jeune femme jeta la serviette sur une chaise et essaya de sourire.

- Tu le sais très bien, Loz.

- Ce ne sont que des cauchemars, Tifa, ce n’est rien. Il n’y a vraiment pas de quoi t’en faire pour ça, je t’assure. Je… J’en fais depuis toujours.

Elle secoua la tête, la gorge nouée.

- C’est faux, rétorqua-t-elle, au bord des larmes. Tu essayes seulement de me rassurer. Et le pire, c’est que je ne peux rien faire. Je me sens tellement… inutile !

Il la serra dans ses bras et elle pressa sa joue contre son torse.

La chair était dure et la peau souple, soyeuse et parfumée.

Après la douche brûlante qu’il venait de prendre, chaque pore paraissait exhaler cet affolant parfum sucré dont Tifa ne pouvait plus se passer.

- Tu es près de moi, Tifa, susurra-t-il à son oreille. Et c’est bien plus que je n’aurais jamais osé espérer.

- Ce n’est pas assez, fit-elle d’une voix étranglée en se blottissant tout contre lui. J’ai eu si peur, tout à l’heure, Loz, si tu savais. Si… Si je te perdais maintenant, je…

Il posa un doigt sur sa bouche et sourit.

- Jamais, promit-il en enfouissant sa main dans ses cheveux pour lui relever la tête. Jamais, Tifa.

- Jure-le-moi, supplia-t-elle, les yeux brillants de larmes. Jure-moi que tu ne la laisseras pas te reprendre. Ni elle ni personne !

- Je te le promets mais ne pleure pas. Je n’aime pas te voir pleurer…

Le cœur d’autant plus serré qu’il savait être la cause de sa détresse, Loz l’étreignit plus fort encore et se pencha pour l’embrasser avec toute la tendresse et l’affection dont il était capable.

Elle répondit à son baiser avec chaleur puis recula un peu pour prendre son visage entre ses mains en coupe et le dévisager.

Sa peau trop pâle, ses joues creuses et ses yeux cernés serrèrent le cœur de la jeune femme.

- Loz… Tu es épuisé. Tu n’as pour ainsi dire pas fermé l’œil depuis que…

- Je vais bien, essaya-t-il de la rassurer avec un pauvre sourire.

La jeune femme jeta un coup d’œil au panneau de contrôle mural et lui caressa la joue.

- Il est encore très tôt, tu sais. Tu devrais essayer de dormir un peu avant le petit déjeuner.

- Je ne…

- Juste une heure ou deux, pas plus, le pressa-t-elle.

Il secoua la tête.

- Tifa, je…

- Je veillerai sur ton sommeil, promit-elle dans un souffle, tout contre ses lèvres, en lissant ses courts cheveux argentés. Au moindre signe de cauchemar, je te réveillerai, je te le promets.

Loz laissa échapper une petite plainte mais elle l’enlaça et se laissa aller en arrière sur le lit, l’entraînant avec elle.

- Tifa, non…

Il voulut se redresser mais elle resserra son étreinte, rabattit la couette sur eux et nicha la tête du jeune homme contre ses seins tendres.

- Chhh… Dors, mon amour. Dors. Repose-toi.

Il poussa un profond soupir et ferma les yeux, uniquement pour lui faire plaisir.

Il devait rester éveillé coûte que coûte, il le savait.

Ne pas s’endormir.

Surtout ne pas s’endormir car, s’il lâchait prise, les cauchemars reviendraient.

Mais il était si bien, dans les bras de Tifa, et tellement fatigué…

Tellement fatigué…

Tellement…

xOx

Dans le petit salon des appartements de Shalua, Rufus et Vincent regardaient les images reçues par Reeve.

Le chef de la WRO était venu les chercher à la demande la jeune femme et ils considéraient l’écran de l’ordinateur portable avec un dégoût mêlé d’appréhension.

- C’est là, prévint Reeve avec une moue en se détournant.

Il avait déjà visionné les images seul puis une nouvelle en compagnie de Shalua et il doutait que son estomac puisse supporter une troisième séance.

- Ils… Ils vont le stériliser ? demanda Rufus avec une moue douloureuse en voyant Hojo, armé d’un scalpel, se pencher sur le bas-ventre de Loz.

Le jeune argenté, apparemment sous anesthésie générale, était allongé nu et solidement sanglé sur une table d’opération, les cuisses légèrement écartées, pour lui dénier tout mouvement accidentel.

Shalua secoua la tête.

- Une vasectomie, c’est aussi ce que j’ai cru, au début, mais non. C’est même tout le contraire, en fait. Regardez.

Rufus serra les dents et dut fournir un effort surhumain pour ne pas détourner les yeux lorsqu’il vit le scalpel mordre dans la peau fragile du scrotum sur plusieurs centimètres sous la racine de la verge.

D’une main sûre, Hojo écarta ensuite les deux bords ensanglantés pour mettre à découvert un testicule. Le long du bord supérieur de celui-ci était accolé un petit corps mou oblong, dans lequel le scientifique enfonça une fine aiguille à l’extrémité de laquelle se trouvait une canule de ponction.

- Oh, mon Dieu… gémit le jeune président de la Shinra en pressant inconsciemment ses mains sur ses parties en un geste instinctif de protection.

- Un prélèvement de spermatozoïdes directement dans l’épididyme ? s’étonna Vincent.

Shalua tordit le nez.

- Hojo voulait visiblement du “premier choix”.

On vit les scientifiques répartir les précieux spermatozoïdes soigneusement sélectionnés dans cinq petits tubes bleus qu’ils plongèrent dans l’azote liquide puis le document reprit sur un fondu, dans la même salle d’opération que précédemment.

Cette fois, c’était Yazoo qui était sanglé au lit.

- Ils ont prélevé du sperme sur les trois ? demanda Rufus, voulant couper court et ne pas subir à nouveau la vision du scalpel tranchant dans la peau tendre.

La jeune scientifique secoua la tête.

- Non. Seulement Loz.

- Et lui, alors ?

- Regardez, vous allez comprendre.

Hojo se saisit une fois encore du scalpel.

Il se pencha sur Yazoo et trancha dans le bas du ventre, à quelques centimètres de la hanche, comme s’il s’apprêtait à opérer le jeune homme de l’appendicite.

L’entaille faite, un assistant fixa un écarteur pour ouvrir largement la plaie, laissant apparaître, non l’extrémité d’un intestin mais une sorte de petite boule de la taille d’une amande d’où sortait un gros vaisseau rosâtre.

- On dirait… une tumeur, nota Rufus sans remarquer que Vincent venait de blêmir.

Hojo fit un prélèvement semblable à celui qu’il avait effectué sur Loz un peu plus tôt.

- Il récupère quoi, là ? insista le jeune président.

- Des ovules… répondit l’ancien turk, qui n’en croyait pas ses yeux.

- Des quoi ? s’écria Rufus, sceptique. Des ovules ? Sur un homme ? Et dans une tumeur ?

- Ce n’est pas une tumeur, Rufus, intervint Shalua d’une voix blanche. C’est un ovaire.

Le jeune président laissa échapper une exclamation étouffée et serait tombé à la renverse s’il n’avait pas été assis.

- Un… bredouilla-t-il. Un… Ovaire ? Yazoo ? Vous voulez dire que c’est un… un hermaphrodite ?

Il s’affala sur le canapé de Shalua, terrassé par la nouvelle, et Reeve hocha gravement la tête.

- Le prix de la consanguinité, c’est lui qui l’a payé… soupira-t-il.

à suivre
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I - Vivants ! Jour J

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Shiva Rajah d’après une illustration de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno regarda une dernière fois les décombres éparpillés de l’immeuble et donna un coup de pied dans un petit morceau de ciment.

Est-ce à cela qu’aurait ressemblé Edge et la planète entière si Cloud n’était pas arrivé à bout de Kadaj ?

- Reno ? cria la voix de Rude de l’autre côté des décombres. Tu as trouvé quelque chose ?

- Que dalle ! A mon avis, ils ont été réduits en compost ! Ou ils se sont carrément dissous, comme leur frangin !

- Avec le nombre de materias qu’ils avaient dans le corps, ça m’étonnerait ! répondit la voix de Yuffie depuis les sous-sols à demi-effondrés.

Voilà plus de trois heures que les turks et Avalanche fouillaient les décombres à la recherche des cadavres des frères aînés de Kadaj.

Si, comme le craignait Rufus, leurs corps ne s’étaient pas désintégrés, ils étaient de véritables réserves de cellules de Jenova qu’il urgeait de mettre en lieu sûr, à l’abri de cinglés du genre d’Hojo. Même si, pour cela, il fallait les découper en tranches pour les mettre, à l’instar de leur saloperie de mère, dans des boîtes scellées.

Reno essuya la sueur qui coulait de son front et secoua sa chemise pour rafraîchir un peu la peau moite de son torse.

Il était presque dix-huit heures.

Le ciel commençait à rougir mais la température, elle, ne semblait pas vouloir baisser.

« Saloperie de canicule… »

Il sauta par-dessus les restes d’un muret de béton, regarda autour de lui et blêmit.

Il se trouvait au centre de ce qui avait dû être autrefois une sorte de hall d’accueil mais qui tenait désormais davantage de l’ossuaire que du vestibule.

Si l’on en croyait les squelettes blanchis coincés sous les gravats des plafonds effondrés, la chute du météore avait provoqué en ce lieu une véritable boucherie.

Les dépouilles avaient dû pourrir là durant des années, à l’abri des murs lépreux du bâtiment, jusqu’à ce que les incarnés de Sephiroth fassent tout sauter, exposant la scène dans toute son horreur.

Le turk recula d’un pas et quelque chose craqua sous son talon.

Il grimaça, devinant ce qui devait être à l’origine de ce son de céréale écrasée sous une cuiller.

- Et merde…

Reno baissa lentement les yeux vers le sol et frémit en réalisant qu’il avait marché sur les phalanges blanchies d’une main d’enfant âgé de quatre ou cinq ans tout au plus.

- Oh, putain…

Il contint un frisson de dégoût et s’écarta du petit corps vêtu des restes d’une robe blanche et bleue.

Près de la fillette s’amoncelaient les ossements de cinq ou six autres personnes, pour ce que pouvait en voir le turk. Probablement toutes tuées par la chute de la poutre en béton armé sous laquelle disparaissaient diverses parties des corps.

Reno allait fuir la vision de cauchemar lorsqu’un bruit glaireux de lapement attira son attention, derrière ce qui avait été autrefois un standard d’accueil téléphonique dernier cri.

Il s’approcha sans faire de bruit pour jeter un oeil par dessus l’amoncellement de câbles, de métal distordu et de plastique fondu.

La première chose qu’il remarqua fut un reflet émeraude qui scintilla comme un éclair dans la fin d’après-midi rougissante.

A quelques mètres de l’endroit où il se trouvait, un monstre se régalait du sang qui coulait en petites rigoles entre les gravats. Ses écailles brillantes accrochaient les feux du couchant.

Le turk l’observa en silence et en prenant bien garde de ne pas faire le moindre bruit.

C’était une bête étrange, tout en angles et en nerfs.

De la taille d’un gros chien, elle n’était pas vraiment laide, au contraire, elle était élancée et racée, perchée sur de hautes pattes élégantes aux griffes acérées comme des rasoirs.

Encore sous le choc de la vue des corps, Reno se surprit à admirer la créature. Peu importait qu’il s’agisse d’un monstre. Au moins, c’était vivant et, en cet instant, ça le rendait plus beau à ses yeux que n’importe quoi d’autre.

Il s’approcha à pas de loup…

Le sang que léchait la bête, presque avec affection et les yeux dorés mi-clos, comme on goûte un vin rare, coulait en élégants méandres rubis d’un bras à la chair tendre, pale et délicate. Un bras qui avait lâché son arme, qui gisait à quelques centimètres à peine des longs doigts graciles.

La chevelure d’argent de son propriétaire s’étalait sur le sol couvert de déblais pour former un tapis luxueux sous les pattes griffues du monstre, comme le dernier hommage d’un martyr à une cruelle divinité animale….

La scène aurait pu orner le mur du temple d’un Dieu antique.

Cette bête chimérique et puissante, léchant ce corps qui semblait si fragile en comparaison…

La scène était belle, oui. Horriblement, terriblement belle.

- Reno ! Couche-toi !

Le cri de Tifa, qui retentit soudain derrière lui, le tira de sa sinistre rêverie et il se coucha d’instinct sur les gravats tandis que retentissaient deux coups de feu.

Touché en plein coeur, le monstre s’effondra aussitôt et la jeune femme rejoignit le turk en sautant par-dessus le muret, qu’il avait lui-même franchi un peu plus tôt.

- Reno, ça va ?

- Oui, bredouilla-t-il, étonnée de la voir se servir d’une arme à feu avec une telle dextérité. Oui, je… Ca va.

Bordel de merde ! Il perdait la boule ou quoi ?

S’extasier sur cette sale bestiole en train de s’abreuver de sang humain, c’était du grand n’importe quoi ! Même si le sang en question était celui d’un putain d’incarné !

- Qu’est-ce qui s’est passé ? cria la voix de Rude depuis le côté opposé des ruines. C’était quoi, ces coups de feu ?

- On en a retrouvé un ! répondit Tifa. Un Rokoal était entrain de lécher le sang qui coulait de… Oh, c’est pas vrai !

Elle se tut, soudain blême, et Reno la secoua par l’épaule.

- Tifa ? Qu’est-ce que tu as ?

- Depuis quand ça saigne, un cadavre ? demanda-t-elle avant de se précipiter vers l’argenté coincé sous les gravats.

Le turk s’élança derrière elle.

- Tifa, attends ! Et on est supposés faire quoi, s’il est vivant ? L’achever d’une balle dans la tête ?

- Arrête de dire des sottises et aide-moi à le dégager !

Il souleva à grand peine un reste de plafond pour qu’elle puisse tirer le corps de sous un amas de plâtre et de tiges métalliques, dont l’une avait transpercé la cuisse gainée de cuir.

Tifa retourna l’argenté et posa un doigt sur la veine de son cou.

- Alors ? demanda Reno en lâchant le morceau de plafond avec un bruit assourdissant.

- Il est vivant, murmura-t-elle, mais tout juste. Rude ! cria-t-elle. Cloud ! Venez vite ! Yazoo est vivant !

Reno s’agenouilla à côté d’elle et considéra le corps ensanglanté qu’elle tenait dans les bras.

Ce visage…

Il n’avait pas oublié ce visage.

Lorsqu’il avait combattu ce satané incarné, le turk avait à peine eu le temps de le détailler mais la petite « frimousse » - quel autre qualificatif conviendrait mieux à ces traits graciles presque enfantins ? - s’était gravée dans son esprit avec la force d’un fer rougi.

Comment aurait-il pu en être autrement ? Des traits aussi délicats chez un homme, c’en était presque obscène…

Mais Reno n’avait pourtant pas rêvé, la preuve. Ce visage existait bel et bien et se trouvait là, devant lui.

Yazoo.

C’était donc son nom.

- Vous êtes où ? cria la voix de Cloud, toute proche.

- Ici ! répondit Reno. Juste sous les restes de colonnes bleues ! Merde, Tifa, il saigne comme un goret.

- Une artère, tu crois ?

- Non, quand même pas à ce point là. Celle saleté de tige en métal devait boucher une veine et on l’a sans doute déplacée en le tirant de là.

Il retira sa ceinture et entreprit de la serrer autour de la cuisse de l’argenté, au-dessus de sa blessure.

- Son frère ne doit pas être loin, dit Tifa, la gorge sèche, en tournant la tête en tout sens. Bon sang, je n’ose imaginer les drames qui ont dû se dérouler ici il y a sept ans.

Elle venait de voir les ossements blanchis coincés sous plusieurs tonnes de béton.

- Ils n’ont probablement pas eu le temps de… Tifa ! Là-bas ! Regarde ! Sous la poutre !

Il lui désigna un coin d’ombre, sous une poutre de béton et la jeune femme secoua la tête.

- Je ne vois rien.

- C’est pas une main, ça ? Là ! Juste à côté du bout de taule.

Tifa finit par voir à quoi faisait allusion le turk et laissa échapper un petit cri étouffé en considérant les centaines de kilos de déblais.

- On ne pourra jamais le sortir de là sans matériel adéquat.

- Tu crois qu’il est vivant, lui aussi ?

- Ca m’étonnerait. Son corps a dû être totalement écrasé par les décomb… Il a bougé ?

- Hein ?

- La main. Elle a bougé, non ?

- Oh putain…

La jeune femme se précipita sous les décombres et dut dégager plusieurs couches de morceaux de plâtre et de déblais pour accéder à la tête et aux épaules du corps immobile.

Elle n’eut même pas besoin de vérifier son pouls car sa respiration sifflante et douloureuse n’était que trop audible.

- Reno ! Il est vivant, lui aussi !

Le turk secoua la tête, incrédule.

- Bah merde, alors…

- Loz… murmura Tifa, la gorge serrée. Loz, tu m’entends ?

Prononcer le nom de cet homme lui faisait un effet étrange.

Jamais personne ne lui avait inspiré à la fois autant de méfiance, de colère et d’indignation mais aussi de pitié, d’admiration et de trouble.

Colère pour l’avoir battue à plates coutures dans l’église, indignation pour les heures d’angoisse passées à s’inquiéter pour Marlène, qu’il avait enlevée sans le moindre état d’âme, pitié parce qu’elle savait, à présent, qu’il n’avait été que la marionnette de Jenova, admiration parce qu’il était sans doute l’homme le plus fort qu’elle n’avait jamais affronté et trouble parce que… Parce que…

Elle secoua la tête pour chasser le souvenir d’un grand corps athlétique aux muscles puissants gainés de cuir noir et tendit une main hésitante pour caresser la courbe lisse d’une pommette, le front haut, suivre l’arête du nez élégant et effleurer du bout des doigts les lèvres pleines au dessin parfait mais craquelées par la déshydratation.

Les longs cils argentés frémirent.

- Yazoo… gémit Loz d’une voix étranglée à peine audible. Yazoo…

Un filet de mousse rougeâtre lui coula au coin de la bouche et la jeune femme hoqueta.

- Reno ! Je crois que quelque chose lui a transpercé le poumon ! Il faut le sortir de là !

La jeune femme lissa les courts cheveux de mercure et deux yeux félins couleur mako embués de larmes douloureuses s’ouvrirent et la fixèrent.

- Toi… murmura-t-il avec difficulté.

- Ne bouge pas. On va te tirer de là.

Un sourire d’une douceur poignante se dessina sur les lèvres sensuelles et Tifa s’étonna de voir une expression aussi tendre sur le visage d’un tel homme.

- Je… poursuivit l’argenté malgré le sang qui encombrait les voies respiratoires. Je t’ai vue si souvent dans mes rêves… qu’à mon réveil j’ai l’impression que tu es encore là…

Il cracha un filet de liquide rougeâtre et s’évanouit à nouveau.

Tifa passa une main derrière la nuque argentée pour lui tenir la tête de côté afin de l’empêcher de s’étouffer et frémit au contact de la peau douce.

Que pouvaient signifier ces mots ?

Une chose était sûre en tous les cas : il ne l’avait pas oubliée.

Et curieusement, cette certitude l’emplit d’une exaltation aussi malvenue qu’inexplicable.

…à suivre.

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A Reno

Toi, mon petit capuccino…
Sucré et chaud qui rend nerveux !

Rude

Les beaux bruns ténébreux font rêver, c’est certain,
Mais moi, je rêve de toi, joli petit rouquin !

Tifa

Que Dieu te garde, Reno…

et, surtout, qu’il m’envoie la clé !

Rufus

Si ton corps était mon cachot

Et tes bras de solides chaînes

C’est avec joie… Que dis-je ! Au trot !

Que je viendrais purger ma peine.

Yazoo

Si la beauté était forfait,

Aucun juge ne te gracierait…

Tseng

Je t’aime, donc je te hais

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

***

Note : cette fanfic se déroule quelques semaines après que Yazoo et Loz aient fait exploser leurs materias à la fin de « Advent Children ». Les fans de Michèle Mercier apprécieront le gros clin d’oeil à “Angélique”.

Du coin de l’œil, Reno observait le mince argenté, appuyé à la rambarde.

Sa longue chevelure d’électrum cascadait sur ses épaules et ses longues mains jouaient avec les feuilles de lierre qui courraient de part et d’autre du balcon. Son cou élégant se tendait pour surprendre la promenade des hérissons qui avaient élu domicile dans le jardin du manoir Shinra de Nibelheim, en contrebas, et, lorsqu’il vit enfin les petits animaux sortir en file indienne de leur terrier, un sourire désarmant incurva ses lèvres fines.

- Ca y est ! Ils sont sortis.

Le turk ricana assis sur le lit de la suite.

- Evidemment qu’ils sont sortis, tu as littéralement couvert le gazon de nourriture !

- Tu dois nous trouver ridicules à être ainsi fasciné par des choses qui te semblent banales, dit-il en se tournant vers Reno.

- Je trouve surtout les argentés d’une perfection saisissante, répondit celui-ci avec un regard appuyé.

Yazoo sourit, narquois.

- Ah oui ? Tu aimes les hommes aux cheveux prématurément gris et à l’organisme ravagé par le mako ?

Reno se rapprocha soudain et le pressa contre la rambarde du balcon.

- Pas tous… Mais toi, oui.

L’argenté se dégagea avec l’adresse d’un jeune chat.

- Tu aimes surtout le scotch millésimé, Reno ! A l’excès, même, je dirais. Tu as bu comme un trou, au dîner.

- Je préfère la bière, répliqua le turk. A défaut d’un tout autre nectar… ajouta-t-il avec un clin d’œil salace.

Yazoo éclata de rire.

- Tu mériterais que je te pende par les pieds au-dessus de la baignoire ! Ca refroidirait peut-être un peu tes ardeurs.

- Je ne me pendrai qu’à ton cou ! rétorqua Reno avec emphase avec un ample geste théâtral.

Le rire de l’argenté redoubla.

- Quelle jolie phrase ! Du vent, certes, mais jolie tout de même.

- Mais je suis comme le vent ! poursuivit le turk sur sa lancée lyrique. Le vent qui voudrait se perdre dans tes cheveux, se glisser sous ce manteau fendu qui invite si bien à l’amour et caresser tes…

Yazoo voulut le frapper mais il saisit son poignet en souriant.

- Tss ! Tss ! On ne frappe pas le vent, bel incarné. Même toi, tu n’as pas ce pouvoir.

- Serais-tu poète en sus d’assassin ? persifla l’argenté.

- Certaines femmes pourraient le jurer, soupira Reno.

- Je ne suis pas une femme

- Et moi, je ne suis pas un assassin.

- Ah ?

- Non. Je n’ai rien à me reprocher de ce côté là.

- Aucun remords ? Jamais ? Alors tu es un homme heureux, pourquoi soupirer ?

- Parce que l’objet de mon désir n’apaise pas les brûlures qu’il cause.

- Et… ça fait mal ? ironisa Yazoo en s’asseyant sur son lit, dévoilant ses longues cuisses galbées de cuir.

Reno inclina la tête sur le côté, admiratif, et l’argenté rabattit un pan de son long manteau sur ses jambes, au grand amusement du turk.

- Inutile de te cacher. Pendant que tu étais à l’infirmerie, le mois dernier, je t’ai regardé. Je t’ai regardé… partout.

- Partout ?

- Mhh… Mouais. Et je peux te dire que tu es beau… partout.

La main d’Yazoo se leva à nouveau. Reno l’intercepta.

- Maman Jenova ne t’a pas appris qu’il ne fallait pas torturer un homme qui souffre ? demanda-t-il en embrassant le poignet délicat.

L’argenté bondit sur ses pieds et lui coula un regard agressif.

- Tu deviens insultant ! Et tu pousses le jeu un peu loin !

- Mais je ne joue pas.

Yazoo rougit soudain et serra les poings.

- Rufus t’a désigné pour être mon garde du corps, pas mon soupirant ivre mort !

Reno fit une révérence insultante.

- Oh… pardon. Pitié ô grand spécimen d’étude, fais-moi l’aumône d’un regard, dit-il avec insolence.

L’argenté hoqueta.

- Ca suffit, Reno ! Ca ne m’amuse plus !

- Je suis marri d’avoir pu offenser « ta Majesté ».

- Et cesse d’employer ce ton narquois !

Le turk éclata de rire.

- Regarde-toi ! On t’a retrouvé à demi-mort sous un tas de gravats en compagnie d’un frère encore plus mal en point que toi… et te revoilà aussi chiant et cul pincé que dans mes souvenirs ! Le fiston à sa môman a retrouvé sa morgue et refuse de plaisanter avec un pauvre humain « génétiquement-non-modifié » ?

- Je ne vois pas le rapport !

- Non ? Vraiment ? Voyons, vous êtes si parfaits, vous, les incarnés du grand Sephiroth ! Si impitoyables ! Si… invulnérables ! Si forts ! Surtout toi… Hein, Yazoo ? Comment tu te sens, depuis qu’on a annihilé les cellules de Jenova dans ce joli petit corps, dis-moi ? La forme ?

Le sang de l’argenté se glaça dans ses veines.

- Reno, tu deviens cruel…

- Ah ! La cruauté… n’est-ce pas là l’un des raffinements favoris de ta chère maman ? La souffrance est si agréable… Hein, Yazoo ? Chez les autres, s’entend, bien sûr. A moins que… Aimes-tu souffrir aussi ? Est-ce cela qui te manque, chez nous, simples humains ? Cette capacité à faire souffrir ? Cette jouissance qu’entraîne la douleur d’autrui ?

- Tu dis n’importe quoi !

- Tu crois ? Alors à quoi joues-tu depuis tout à l’heure, si ce n’est à me faire souffrir ? Oserais-tu nier que tu t’amuses de l’effet que tu produis sur moi ? Sinon, à quoi rimeraient les minauderies et les effets de jambe que tu m’infliges depuis que Rufus a fait de moi ton chien de garde ? C’est si amusant que ça, d’attiser le désir d’un homme en sachant qu’on ne l’apaisera jamais ? C’est maman qui t’a appris à faire ça ?

- Tais-toi !

- Pourquoi ? Si c’est le jeu de la souffrance, que tu préfères, on va y jouer à deux. Quand dois-tu prendre ta prochaine dose de mako, dis-moi ? Quand est-ce que tes genoux te trahiront ? Dans une heure ? Moins, sans doute ? Tu faiblis déjà. Regarde-toi. Tes mains tremblent depuis un moment, déjà, et tu as du mal à tenir sur tes ravissantes petites jambes.

Yazoo se boucha les oreilles et ferma les yeux.

C’est vrai que l’effet du mako s’estompait et que la tête lui tournait.

Depuis que les scientifiques avaient réussi à brider les pouvoirs de Jenova au coeur même de ses cellules, seule la substance produite par la rivière de la vie ou les materias les empêchaient lui et son frère de s’écrouler, inanimés, aux pieds de leurs anciens ennemis.

Anciens ennemis pour lesquels ils étaient devenus des objets d’étude et des curiosités…

- Fiche-moi la paix, Reno…

Il avait envie de s’allonger. D’être seul. De dormir… Il se sentait si fatigué…

- Ah ! Non, désolé… Ce serait trop facile ! Nous avons une conversation à terminer.

- Reno, arrête, je ne suis pas d’hum…

Le turk le saisit par le bras et n’eut aucun mal à le déséquilibrer.

L’argenté s’effondra dans ses bras avec un gémissement plaintif.

- Te voilà à ma merci, joli Yazoo. A moins que tu n’appelles ton frère à l’aide ? Mais que lui dirais-tu ? « Aide-moi, Loz, je suis trop faible pour me défendre… » ? Quelle humiliation, n’est-ce pas ? Mais laquelle serait la plus terrible ? Celle d’admettre ta faiblesse maintenant que les cellules de Jenova ne sont plus là pour te soutenir ? Ou celle de me voir prendre de force ce que tu me promets depuis quelques jours sans vouloir me le donner ? (Il lui saisit les poignets et Yazoo se débattit) Regarde-toi… tu n’as pas plus de force qu’un garçonnet…

- Tu ne feras pas cela, murmura l’argenté, la gorge serrée.

- Non ? Et pourquoi ? demanda encore Reno en dézippant son manteau pour faire glisser le manteau sur son épaule.

- Reno, je t’en prie…

- Alors ? Qu’est ce que ça fait, de se retrouver pris à son propre jeu, Yazoo ?

- Arrête… sanglota-t-il. S’il te plaît…

En voyant une larme rouler sur la joue pâle, Reno comprit qu’il était allé trop loin et reprit immédiatement son sérieux.

- Eh… chuchota-t-il en caressant doucement les cheveux de mercure. Merde… Le prends pas comme ça, je déconnais.

L’argenté serra les deux pans de son manteau sur sa poitrine et ses lèvres furent agitées d’un tremblement irrépressible.

- Pardonne-moi, chuchota Reno en embrassant la nuque délicate. Je ne voulais pas te faire peur. Je ne te ferai jamais de mal, Yazoo, tu le sais… Tu me sais, n’est-ce pas ?

- Laisse-moi.

Le turk lui prit le menton et tourna le visage gracieux vers lui.

Les yeux mako étaient le foyer d’un indicible tourment.

- Je suis désolé, Yazoo… Je suis désolé d’avoir poussé la blague un peu loin mais il faut que tu comprennes que… que…

Il effleura sa joue d’un doigt fébrile, le souffle court, puis le lâcha brutalement pour sortir de la suite comme on s’enfuit.

Lorsque Yazoo reprit suffisamment ses esprits pour le rappeler d’une voix brisée, seul l’immense couloir désert lui répondit en écho :

« Reno ! Attends ! Ne me laisse pas…pas… pas… as… as… »

FIN

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La recette du chocobo au lard de Reno

Vous connaissiez la très célèbre recette de la dinde au whisky ? Eh bien vous allez apprendre celle de la cuisse de chocobo au lard !

Ecoutez attentivement Reno et suivez bien ses instructions !

Bon appétit !


Recette du chocobo au lard

Par RENO

Niveau : très facile

Temps de préparation : ça dépend des gens

RECETTE :

Achetez une cuisse de chocobo d’environ 5 Kg pour 6 personnes et une bouteille de Whisky (trèèèès important), du sel, du poivre, de l’huile d’olive, des bardes de lard.

Barder la cuisse de chocobo avec le lard, la ficeler, la saler, la poivrer et ajouter un filet d’huile d’olive.

Faire préchauffer le four thermostat 7 pendant 10 minutes.

Se verser un verre de Whisky pendant ce temps là.

Mettre la cuisse de chocobo au four dans un plat à cuisson.

Se verser ensuite deux verres de whisky et les boire.

Mettre le thermostat à 8 après 20 binutes pour la saisir.

Se bercer 3 berres de whisky.

Après une debi beurre, fourrer l’ouvrir et surveiller la cuisson de la nuisse de cochobo.

Brendre la vouteille de biscuit et s’enfiler un bonne rasade derrière la bravate - non - la cravate.

Après une demi heure de blus, tituber jusqu’au bour. Oubrir la putain de borte du bour et reburner - non - revourner - non - recouner - non - enfin, mettre le bochoco dans l’autre sens.

Se pruler la main avec la putain de borte du bour en la refermant - bordel de merde.

Essayer de s’asseoir sur une putain de chaise et se reverdir 5 ou 6 whisky de verres ou le gontraire, je sais blus.

Buire - non - luire - non - cuire - non - ah ben si - cuire la buisse de cobocho bandant 4 heures.

Et hop 5 berres de plus. Ça fait du bien par où que ça passe.

R’tirer le four de la cuisse.

Se reberser une bonne goulée de whisky.

Essayer de sortir le bour de la saloperie de bochoco de nouveau parce que ça a raté la bremière fois.

Rabasser la nuisse qui est tombée bar terre. L’ettuyer avec une saleté de chiffon et la foutre sur un blat, ou sur un clas, ou sur une assiette . enfin on s’en fout…

Se péter la gueule à cause du gras sur le barrelage ou le carrelage de la buisine et essayer de se relever.

Décider que l’on n’est aussi bien par terre et binir la mouteille de rhiski.

Ramper jusqu’au lit, dorbir toute la nuit.


Et je suppose que la cuisse de chocobo, vous la mangerez froide avec une bonne mayonnaise le lendemain matin, histoire de vous donner un peu de courage et d’énergie pour nettoyer le bordel que vous aurez mis dans la cuisine la veille…

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XXXXV - Jamais deux sans toi !

A trop se donner, on s’abandonne.”
J. Ferron

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Imbécile ! Comment as-tu pu te faire avoir aussi bêtement par ce gamin ? !

Le poing de Genesis cueillit Nero au creux de l’estomac, lui coupant le souffle.

Telle une mince gerbe de blé coupé par une faux, le buste gracieux plia vers l’avant et le ténébreux s’effondra aux pieds de son bourreau.

- NOOONNN ! NERO !

Le hurlement de Weiss résonna dans les profondeurs souterraines.

- Ferme le bec ou je te jure que je lui décorerai la peau à ma façon pour chaque mot qui sortira du clapier te servant de bouche ! menaça Genesis en saisissant Nero par ses longs cheveux noirs.

- Ca… ça va… aller… mon frère… haleta ce dernier en essayant de se relever sous le douloureux tiraillement. Je… vais bi…

Une gifle retentissante l’interrompit.

- Qui t’a permis de l’ouvrir, maudit tas de poix ?

- Enfant de salaud ! cria encore Weiss. Laisse-le tranquille !

- Je ne me suis pas bien fait comprendre, on dirait, railla le soldat. Long à la détente, hein ? Tu préfères les exemples aux paroles ? A ta guise ! (Il gifla à nouveau Nero à toute volée.) Encore quelque chose à dire ?

L’ancien chef des Tsviets se mordit la langue pour ne pas répliquer mais, en voyant le sang couler de la lèvre fendue et du nez de son frère, il se débattit comme un diable dans ses liens.

- Il va suffoquer ! cria-t-il. Enlève-lui son mors ! Détache-lui les mains !

En effet, entravé par son mors, les bras immobilisés par les sangles de sa camisole et ses ailes de métal - dont les mains artificielles auraient pu lui permettre de se libérer - arrachées, Nero bataillait pour ne pas s’étouffer avec son propre sang.

Genesis tendit une main lasse vers les attaches du mors de cuir avec un soupir résigné mais interrompit son geste en entendant les pleurs de bébé qui résonnèrent soudain dans la grotte.

Abandonnant Nero, qui luttait pour respirer, et se dirigea vers un petit tas de couvertures gigotant, qu’il souleva dans ses bras avec un sourire de carnassier.

- Il t’a réveillé, hein, bébé ? babilla-t-il au milieu des bruits gargouillants de suffocation et des cris affolés de Weiss en berçant le nourrisson, dont un toupet de cheveux argentés dépassait de la couverture. Méchant petit bout de ténèbres qui embête bébé… Méchant Nero… Méchant ! On va le punir comme il se doit. Oh, oui…

- Espèce de malade ! hurla encore Weiss en se débattant entre ses liens, faisant pleurer le petit de plus belle.

Son frère essaya de tousser et une partie du sang qui coulait de son nez gicla, éclaboussant la couverture et le visage du bébé.

Fou de rage, Genesis le poussa violemment du pied, l’envoyant s’affaler contre un rocher.

- Crache tes impuretés ailleurs que sur lui !

Il essuya le visage poupon avec un pan de la couverture et le bébé, terrifié, pressa ses poings minuscules sur ses beaux yeux mako aux pupilles fendues en pleurant à fendre l’âme.

*

Cid posa l’hélicoptère sur la pelouse du parc et Reno qui - une fois n’est pas coutume - jouait les copilotes, secoua la tête.

- Pourquoi ne te poses-tu pas sur la piste du toit ?

- Et la moto, on la descend comment, poil de carotte ? railla l’amiral de la W.R.O. en faisant sourire Vincent. On lui met un parachute et on la jette dans le vide ?

Yazoo pouffa, Marlène endormie recroquevillée dans son giron.

Une fois l’hélice immobile et les moteurs coupés, Cid et Loz descendirent la moto à la force des poignets et se dirigèrent vers le garage accompagnés de Vincent tandis que le turk et Yazoo, la fillette endormie dans les bras, prenaient le chemin du manoir.

- Yazoo… appela Loz. N’oublie pas ce qu’on a dit.

- Je sais, mon frère, j’ai compris : tu es juste tombé en panne. Un ” simple incident mécanique “.

Il lui adressa un clin d’œil avant de disparaître en compagnie du turk et Vincent soupira en tapant sur l’épaule de Cid.

- Allons vite remettre d’aplomb les motos avant que tout le monde se réveille.

- Toi, fit le pilote en posant la main sur la large poitrine de Loz pour l’arrêter, tu vas me faire le plaisir d’aller nicher ton joli museau ente les roploplos de qui tu sais et de ne pas réapparaître avant d’avoir dormi deux ou trois heures !

L’argenté sourit malgré lui.

- Je vais bien, Cid, je dormirai un peu cet après-mi…

- Maintenant ! insista Cid. Tu tiens à peine sur tes jambes, mon gaillard.

- Cid a raison, renchérit Vincent. Nous nous occupons des motos, ne t’en fais pas. (Loz se frotta le visage et esquissa un geste impuissant.) Je sais que les cauchemars risquent de revenir, ajouta l’ancien turk en lui pressant le bras en signe d’encouragement. Mais tu dois quand même essayer de te reposer un peu.

- Qu’est-ce qui se prépare, Vincent ? Qu’est-ce que moi Yazoo avons à voir avec ce Genesis ?

- Je ne sais pas. Mais nous trouverons, je te le promets. (L’argenté hocha la tête et s’en retourna.) Loz ! Merci de vouloir rester discret au sujet de… de ça, fit-il en désignant la moto aux freins trafiqués.

- C’est mieux pour Tifa et pour les enfants. Ca leur ferait trop mal. Ils ne comprendraient pas.

Il s’éloigna et Cid siffla entre ses dents, admiratif.

- Ce mec en a une putain de paire, moi je te le dis !

Vincent éclata de rire et aida son ami à pousser la moto en direction du garage.

*

Shalua sentit qu’on lui secouait doucement l’épaule et ouvrit son œil valide.

Elle s’était assoupie auprès de Denzel, qui dormait profondément.

- Reeve ? murmura-t-elle en reconnaissant le chef de la W.R.O., vêtu d’un sobre peignoir de coton bleu. Qu’est-ce qui se passe ?

- Shalua, il faut absolument que tu vois ça, fit-il sur le même ton pour ne pas réveiller le garçonnet en sortant une clé mémoire de sa poche. On m’a envoyé ces documents il y a une heure.

- A voir ta tête, ça a l’air grave. Qu’est-ce que c’est ?

Il désigna Denzel.

- Allons dans la pièce d’à côté, je t’expliquerai. Prends ton ordinateur.

La jeune femme obéit et le suivit dans le salon.

- Qu’est-ce qu’il y a ? demanda-t-elle, de plus en plus inquiète en voyant le visage décomposé de Reeve à la lumière du plafonnier.

- Le labo du Deepground.

- Quoi, ” le labo du Deepground ” ? Il a été vidé et scellé, non ?

- Pas entièrement, Shalua.

Elle pâlit.

- Qu’est-ce que tu veux dire ?

Reeve se laissa tomber sur le divan et se tordit nerveusement les mains.

- Mes hommes viennent de… de retrouver un étage.

Shalua s’affala à ses côtés.

- Je… Je ne comprends pas.

- Un étage supplémentaire intermédiaire que nous n’avions pas repéré lors de la première fouille. C’est l’effondrement d’une poutre de soutien qui l’a mis au jour. Elle a été rongée par le mako.

La jeune femme déglutit péniblement.

- J’ai peur de poser la question, Reeve, mais… qu’est-ce que tes hommes ont trouvé de si grave pour te réveiller en pleine nuit ?

- Des cuves. Douze cuves mako dont plusieurs contenaient des restes humains. (Shalua porta sa main valide à sa bouche pour réprimer un haut-le-cœur) C’est la fuite de l’une d’elles qui a rongé la colonne. Ils ont également trouvé du matériel génétique. Récemment utilisé.

Shalua se raidit.

- Quel genre de… ” matériel ” ?

Reeve brancha la clé mémoire sur l’ordinateur portable de la jeune femme.

- Juge par par toi-même…

Il lança une vidéo et Shalua reconnut aussitôt l’endroit : les laboratoires du cratère nord.

Après avoir visionné des heures et des heures d’horreurs elle pensait avoir fait le tour de l’inhumanité d’Hojo mais force était de constater qu’elle s’était trompée.

*

Loz entra à pas de loup dans la chambre et vit son téléphone clignoter sur la table de chevet, illuminant par intermittences le visage de Tifa, profondément endormie, d’une lueur verdâtre : ” Vous avez un message “.

Avec un sourire attendri, il se saisit du petit appareil et s’assit tout doucement sur le bord du lit en effleurant la douce chevelure brune étalée sur l’oreiller .

Il consulta son répondeur afin d’arrêter l’agaçant clignotement et eut la surprise d’entendre la voix de Tifa.

” …à l’endroit de ton choix. A tout de suite. Je…Je t’aime. “

- Fin de vos messages. Pour les réécouter, tapez

Loz sentit une émotion sans nom lui serrer la gorge et, le cœur battant, essaya désespérément de ravaler les larmes qui menaçaient de couler.

Immobile à quelques centimètres seulement de la femme pour qui - il en était certain à présent - il pourrait offrir sa vie sans le moindre état d’âme, il dut attendre un long moment que l’émoi provoqué par les derniers mots du message se calme un peu.

Si tu crois qu’elle va laisser Denzel faire sa loi, tu la connais pas ! “

Marlène avait peut-être raison, finalement…

Il reposa le téléphone sur la table de chevet et, une fois certain qu’il pourrait garder les yeux secs, il se déshabilla en silence et se glissa sous les couvertures.

La jeune femme s’éveilla à demi en sentant un corps d’homme se presser contre son dos et une douce odeur sucrée lui chatouiller les narines. Une bouche avide remonta le long de sa nuque, mordillant la peau en provoquant d’agréables frissons.

- Je vous préviens, monsieur, fit-elle avec un petit rire ensommeillé sans ouvrir les yeux. Si vous n’êtes pas un grand garçon au corps de rêve avec des cheveux argentés très courts et de beaux yeux verts, vous allez au devant de gros ennuis…

Elle se retourna dans les bras de Loz et lui sourit dans la pénombre.

- J’ai droit à un baiser, murmura-t-il contre ses lèvres. J’ai reçu le message gagnant, je peux le prouver.

Tifa éclata de rire et l’embrassa avec une fougue impatiente mêlée de tendresse.

*

Vincent et Cid venaient de terminer de réparer les freins de la moto de Yazoo lorsque le téléphone du pilote sonna.

- Highwnind. Déjà ? Très bien, j’arrive. Non. Non, non, mieux vaut que ce soit fait tout de suite. Et Cloud ? Très bien, je lui dis.

Il raccrocha.

- Alors ? s’enquit l’ancien turk.

Le pilote prit une profonde inspiration.

- Les documents du divorce viennent d’arriver, laissa-t-il tomber, le cœur battant.

- Bien. Et Cloud ?

- Toujours avec Shelke, en bas. Ca se passe plutôt bien, d’après Rufus.

- Tant mieux.

Cid sourit, fébrile.

Il avait attendu cet instant si impatiemment ces derniers jours que, maintenant que ça arrivait, il se sentait tout ” chose “, comme disait Marlène.

- Nerveux ? demanda Vincent en voyant son ami respirer avec irrégularité.

- Un peu, je l’avoue.

- Vas-y, je m’occupe de la moto de Kadaj.

- Tu es sûr ?

Vincent lui pressa l’épaule.

- Va mettre fin à la mascarade qu’est ton semblant de mariage et nicher ” ton joli museau dans les roploplos de qui tu sais “ !

Le pilote éclata de rire et serra l’ancien turk contre lui en une virile accolade.

- Ca ne te va du tout, de dire des choses pareilles, tu sais ? railla-t-il. Mais l’intention était bonne, ajouta-t-il plus ému qu’il ne l’aurait voulu.

- Allez file avant qu’on se mette à pleurnicher.

Cid s’éloigna en direction de la porte du garage et se retourna une dernière fois avant de disparaître.

- Eh ! Vampy ! A toute fin utile : les freins, c’est les trucs sur lesquels on appuie pour s’arrêter de rouler ! plaisanta-t-il.

Il esquiva un chiffon noir de graisse et Vincent rit de bon cœur en se saisissant d’une clé à molette.

*

Reno, las d’attendre assis sur son lit que Yazoo le rejoigne et, surtout, craignant de s’endormir qu’il restait là à rien faire une minute de plus, décida d’aller le chercher.

Lui et l’argenté avaient quelque chose à… ” terminer ” !

Il quitta sa chambre pour se diriger vers celle de Denzel et Marlène et poussa doucement la porte.

Le lit du garçonnet était vide - Cid leur avait dit dans l’hélicoptère qu’il l’avait laissé avec Shalua - mais, sur celui de Marlène, le spectacle qui s’offrait à lui faillit le faire éclater de rire.

Yazoo, épuisé successivement par une nuit de cauchemars, un Reno entreprenant soûl comme une barrique, une partie de ” tralala ” interrompue, un frère sur le point de faire le saut de l’ange dans un ravin et un voyage nocturne en hélico, n’avait apparemment pas résisté au pouvoir hypnotique du couvre-lit estampillé de chocobos multicolores - et on pouvait le comprendre.

L’argenté et la fillette, ainsi qu’une bonne dizaine de peluches et une demi-douzaine de poupées, étaient entortillés dans un inextricable amas de bras, de jambes, de pattes, d’ailes et de cheveux (ou de poils) en tout genre.

Réprimant un fou rire, le turk couvrit le ” tas ” d’une couette et s’allongea sur le lit de Denzel avec un soupir las.

Il ferma les yeux “juste une minute” mais, avant même de s’en rendre compte, il s’endormit à son tour.

*

Une fois de plus happé par les ténèbres glaciales, Loz marchait à l’aveuglette, frissonnant et essayant désespérément de percer le brouillard obscur.

Les langues de brume ténébreuse et hurlante s’accrochaient à ses cheveux, enserraient ses jambes et ses bras, s’enroulaient autour de ses hanches étroites et léchaient son visage comme autant de mains, de bras ou de langues d’outre-tombe.

Il luttait pour ne pas céder à l’affolement, n’osant ouvrir la bouche pour crier ou appeler à l’aide de peur que le brouillard noir ne se glisse dans sa gorge.

Après une marche cauchemardesque durant laquelle il batailla contre les ténèbres, se débattant contre les assauts des mains invisibles et des voix hurlantes, il distingua un point lumineux au loin.

Avec sa dernière énergie, il se dirigea vers la lumière, essayant de courir de toutes ses forces mais en ayant l’impression de faire du ” sur place ” et, soudain, la lumière l’éblouit, comme s’il avait parcouru la distance qui se séparait du point lumineux en un dixième de seconde.

Il cligna des yeux.

Les ténèbres n’avaient pas totalement disparu, elles s’étaient juste retirées un peu, rampant, chuchotantes, vers les murs de la pièce dans laquelle il se trouvait…

Une salle dallée de blanc au centre de laquelle trônait une table de dissection à défaut de tout autre mobilier. Et, sur cette table, il se vit lui-même allongé, entièrement nu.

- Ce n’est pas réel… murmura-t-il en se forçant à mette un pied devant l’autre. Tout ceci n’est pas réel…

L’autre lui-même tourna la tête vers lui en le fixant de ses yeux mako vitreux.

- Ne pleure pas, Loz, fit-il d’une voix d’automate avant de reprendre sa position initiale.

Il fit encore un pas et… le remarqua. A croire qu’il venait de se matérialiser devant lui.

Le bébé.

Assis, nu sur la table métallique, il lui tournait le dos et babillait en jouant sur le ventre de l’autre ” lui ” avec quelque chose qui faisait un étrange bruit glaireux.

Ce dos tout rond à la chair tendre, ces fesses joufflues, ces petits bras potelés et ce toupet de cheveux argentés fins comme des toiles d’araignée, Loz les connaissait bien pour les avoir embrassés, massés ou toilettés à d’innombrables reprises.

- Kadaj ? chuchota-t-il en s’approchant du petit, la gorge serrée. Kadaj ? Qu’est-ce que tu fais là, bébé ?

Le petit se tourna à demi vers lui et il eut l’impression qu’on lui assénait un coup au cœur.

Ce n’était pas Kadaj.

Son front était plus large, ses traits plus volontaire et il était bien plus grand que son frère cadet au même âge.

- Qui est-tu, bébé ? demanda-t-il, attendri, en tendant les bras vers lui. Qu’est-ce que tu fais là ?

Le bébé laissa échapper un éclat de rire joyeux qui fit sourire Loz et agita frénétiquement ce qu’il tenait dans ses petites menottes, projetant des éclaboussures de sang et de liquide blanchâtre en tout sens.

L’argenté vit alors avec quoi jouait le nourrisson et d’où provenait l’étrange bruit glaireux : le bas-ventre de son “double” semblait avoir été réduit en un amas sanglant de peau et de chair dont les lambeaux s’accrochaient encore aux canaux séminifères ensanglantés sur lesquels le bébé tirait en riant, comme pour les arracher des testicules éventrés…

Le hurlement de Loz résonna dans son crâne avec la force de mille tambours et la dernière chose qu’il vit fut le rideau de ténèbres qui se referma sur lui pour le dévorer.

” …oz ! Lo… oi ! “

Il étouffait…

eille… oi ! Loz ! “

La bille lui brûlait la gorge…

- Loz ! Loz ! Oh, mon Dieu, Loz, réveille-toi !

Il ouvrit brutalement les yeux et voulut hurler mais sa gorge était trop serrée pour pouvoir émettre le moindre son.

- Loz ! Respire ! Respire, je t’en supplie ! Loz !

Tifa était accroupie au-dessus de lui, au bord des larmes, et le secouait aussi fort qu’elle le pouvait.

- Tifa… gémit-il.

Sa gorge se desserra soudain et il eut à peine le temps d’avaler une goulée d’air qu’un violent haut-le-cœur lui contracta l’estomac.

Il écarta la jeune femme aussi délicatement qu’il le put et se précipita dans la salle de bains pour rendre le contenu de son estomac dans une succession ininterrompue de spasmes douloureux qui parurent lui déchirer les entrailles.

- Loz… gémissait sans discontinuer Tifa en lui caressant le dos, totalement démunie. Oh, mon Dieu, Loz…

Lorsque les contractions finirent par se calmer, elles le laissèrent à genoux sur le luxueux carrelage, pantelant, totalement épuisé et ruisselant d’une sueur glacée.

Tifa enveloppa son corps moite frissonnant dans un drap de bain moelleux et le serra contre elle en suppliant tous les Dieux qu’elle connaissait de lui venir en aide.

Elle se laissa aller contre le mur de la salle de bains, Loz blotti contre elle, et pleura à la fois d’impuissance et de soulagement en pétrissant les muscles de son dos et de ses épaules.

- Pardon, Tifa… réussit-il à articuler, la gorge brûlante de la bile qu’il avait vomie. Pardon…

- Mon pauvre amour… chuchota-t-elle en couvrant son visage de baisers. Mon pauvre amour…

…à suivre.

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XXXXIV - La dame en blanc

C’est de ta peur que j’ai peur ! “

William Shakespeare

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Shiva Rajah d’après une illustration de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Zack pouvait les voir à mi-chemin de la vertigineuse descente du mont Nibel. Dans quelques minutes, ils atteindraient le terre-plein, le seul endroit large et plat de la route avant une pente à donner le vertige. Une pente dont Loz et Marlène ne sortiraient jamais vivants s’ils venaient à s’y engager.

Le jeune soldat était sur le point de se matérialiser pour se mettre en travers du chemin afin de les arrêter tant qu’il était encore temps de le faire mais, en quelques instants, il sentit les ténèbres l’envelopper.

Un rideau de brume noire s’épaissit autour de lui à un point tel qu’il lui fut bientôt impossible de voir au travers ni même de distinguer vaguement quoi que ce soit.

- Nero, laisse-moi passer ! ordonna-t-il en s’adressant aux ténèbres glaciales. Ils vont se tuer !

- Je ne peux pas… lui répondit une voix profonde comme un tombeau et belle comme une harpe funèbre.

- C’est une innocente petite fille ! Tu ne peux pas vouloir la mort d’une enfant ! Tu n’es pas tombé aussi bas, Nero !

- Bien sûr que non, je ne souhaite pas sa mort. Mais je veux encore moins que l’on fasse du mal à mon frère bien aimé…

- L’homme que tu vois là a des frères qui l’aiment, lui aussi. Imagines-tu ce qu’ils vont ressentir, si tu le laisses mourir de cette façon ?

Une forme longiligne se dessina dans la brume ténébreuse, un corps mince et élégant, aux longs cheveux noirs et aux yeux purpurins brillants de désespoir.

- Je suis désolé.

- Nero, laisse-moi passer ! Laisse-moi les arrêter tant que c’est encore possible !

Zack voulut avancer mais les ténèbres s’épaissirent, le prenant dans un tel piège de noirceur qu’il avait l’impression d’évoluer dans une sorte de poix psychique glaciale et gluante.

- Je ne peux pas, s’excusa encore la voix mélodieuse de Nero malgré le mors qui lui entravait la mâchoire. Je ne peux pas les laisser faire du mal à Weiss. Il est la seule personne qui ne m’ait jamais aimé. Et la seule que je n’aimerai jamais. Je suis désolé…

- Très bien, soupira Zack, prêt au combat malgré l’ambiance oppressante de la dimension psychique où le ténébreux les avait propulsés tous les deux. Si tu préfères que nous en passions d’abord par là…

*

Loz ralentit un peu en arrivant sur le terre-plein rendu glissant par la pluie et heureusement : il ne vit la jeune femme en blanc qu’au dernier moment et crut bien ne pas pouvoir l’éviter.

Elle paraissait s’être soudain matérialisée au milieu de la route.

Marlène poussa un cri strident et, dans un crissement insupportable de mécanique torturée, l’argenté pressa les freins aussi fort qu’il le put tout en posant un pied au sol pour effectuer un dérapage acrobatique et éviter de percuter l’inconnue de plein fouet.

N’eut été sa force peu commune, qui lui permit de maintenir la lourde moto d’aplomb, lui, Marlène et l’engin surpuissant auraient valsé dans le décor - ou plutôt… dans le ravin !

Le cœur battant à ses tempes, il stabilisa la machine, planta fermement la béquille sur le sol détrempé et souleva Marlène pour la retourner et l’asseoir sur sa cuisse.

- Ca va ? s’enquit-il fébrilement en auscultant la petite sous toutes les coutures. Tu n’as rien ? Tu as mal quelque part ?

La fillette secoua la tête et regard autour d’elle.

- Non, je vais bien. Mais… la dame ? Elle est où ?

Loz tourna la tête en tout sens, à la recherche de l’inconnue mais, ne la voyant nulle part, il sauta de sa moto en jurant.

- Ne bouge pas, ordonna-t-il à Marlène en s’éloignant un peu de l’engin pour fouiller le bas-côté.

- Tu crois qu’elle aurait pu tomber dans le ravin ? demanda la fillette en se couvrant les joues des deux mains.

L’argenté secoua la tête mais jeta un coup d’œil dans le vide par acquit de conscience.

Pas même une brindille n’avait été brisée et aucune jeune femme en blouse blanche ne gisait sur la large corniche, en contrebas.

- Non. Et je suis sûr qu’on ne l’a pas touchée, de toute façon. Bon sang ! jura-t-il en se frottant le visage, déconcerté. Je ne l’ai même pas vue arriver au milieu de la route !

Marlène s’agrippa à ses hanches, encore tremblante de la peur ressentie, et Loz s’accroupit pour la serrer contre lui.

- Moi non plus, je l’ai pas vue, chuchota la fillette. Et pourtant, je regardais tout droit. (Un long silence puis :) Dis, Loz…

- Mhh ?

- Tu crois que… (Elle baissa encore d’un ton) Tu crois que c’était un fantôme ? finit-elle par oser demander, blême de peur.

L’argenté éclata de rire et se releva avec la petite dans les bras.

- Bien sûr que non, voyons ! Et tu sais quoi ? Je pense même qu’on a seulement ” cru ” voir quelque chose. Quelque chose qui ressemblait à une femme. Une nappe de brume, peut-être. Ou la réflexion des phares sur une flaque d’eau.

Marlène tordit le nez.

- Moi j’ai vu une dame habillée comme Shalua. Et toi ?

- Moi aussi. J’ai cru voir une jeune femme. Mais regarde. Il n’y a absolument rien. Ce n’était qu’une ombre ou un reflet. Tu n’as pas à avoir peur. Ce qui m’inquiète bien davantage, ajouta-t-il avec une grimace en asseyant la petite sur le siège de la moto, c’est le bruit qu’a fait cette merveille quand j’ai forcé sur les freins…

- Ah bon ? Tu crois que c’est cassé ?

- Je te dis ça dans une minute, soupira Loz en s’accroupissant sur le sol boueux pour vérifier le mécanisme de freinage. Tu me passes la lampe torche ?

*

Nero laissa échapper ce qui ressemblait à un soupir déchirant.

- Un leurre… gémit-il. Tu n’étais qu’un leurre destiné à détourner mon attention, maudit sois-tu !

Zack eut un sourire en coin.

- C’était de bonne guerre. Salue cette saloperie de Jenova de ma part et dis-lui bien que, quoi qu’elle ait derrière la tête, on ne la laissera jamais arriver à ses fins !

Nero poussa un cri de rage désespéré et bondit sur lui dans un maelström de ténèbres encore plus denses que tout ce qu’il avait pu évoquer jusqu’à maintenant.

- C’est sur mon frère qu’elle va se venger, maudit sois-tu !

Mais, lorsqu’il tendit ses bras tatoués pour refermer ses mains élégantes sur la gorge ectoplasmique du jeune soldat, celui-ci parut se volatiliser sous ses doigts.

- Tuer un mort ? railla-t-il avant de disparaître totalement. Quelle prétention, Nero ! Ah ! Ah ! Ah !

*

Loz vérifia un dernière fois ses poches et jura comme un corps de garde.

- Mais quel idiot !

- T’as vraiment oublié ton téléphone, alors ?

- Il a dû tomber quand je me suis habillé. C’est pas vrai, quel crétin !

Marlène fouilla dans sa doudoune.

- Attends, on peut utiliser le mien.

L’argenté se tourna vers elle comme si elle venait de lui proposer le secret de la vie éternelle.

- Tu as un téléphone ?

Elle haussa les épaules et sortit un petit objet rose à paillettes de la poche intérieure de son vêtement.

- Si on veut. Papa dit que je suis trop petite, encore, pour en avoir un vrai. C’est un appareil qu’a fabriqué oncle Cid pour que papa puisse me parler de son téléphone à lui.

- Et toi ? Tu ne peux appeler personne ?

- Seulement papa ou oncle Cid si j’ai une urgence ou de gros ennuis. Et comme on a des ennuis mécaniques…

Pour un peu, Loz serait tombé à genoux pour remercier une bonne moitié du panthéon de la planète !

*

Cid confia Denzel à Shalua et se précipita dans le couloir en enfilant son blouson, le téléphone collé à l’oreille.

- Comment ça ” les freins ont lâché “ ? répéta-t-il, sidéré. C’est impossible, Loz, ces motos sont flambant neuves !

Disons qu’on les a un peu… aidés. “

Le pilote se figea au milieu du couloir, n’en croyant pas ses oreilles.

- Tu plaisantes !

Non. Cid, je suis formel. “

- Comment ? Les circuits ? Les pla…

Oui, oui, Marlène est tout près de moi, elle va très bien, je t’assure. “ Le coupa Loz.

- Merde, elle écoute tout ce que tu dis, c’est ça ?

Exactement ! Juste une grosse peur, rien de grave. “

- Considère que je suis déjà parti. Où êtes-vous coincés ?

A quelques pas de la balise 54, sur le terre-plein, à mi-chemin de la descente. “

- Assez de place pour caser un hélico ?

A peine. “

Cid ricana.

- ” A peine “ pour un pilote lambda, ça se traduit par ” les doigts dans le nez “ en ce qui me concerne, p’tit frère ! Je serai là avant même que vous n’ayez le temps de dire ” ouf ! “.

Il rangea son téléphone, finit de boucler son blouson et allait s’engager dans l’escalier qui menait à la piste d’atterrissage du toit lorsqu’il faillit percuter Reno et Vincent qui arrivaient en sens inverse dans le couloir, talonnés par Yazoo.

- Oh là ! fit-il. En voilà une précipitation à une heure pareille ! Ne me dites pas que vous comptiez prendre l’hélico, si ?

- Nous devons allez chercher Loz et Marlène, Cid, argua précipitamment Vincent. Je t’expliquerai.

- Ah ? Ils vous ont appelé aussi ? Comment ? Loz vient de me dire qu’il avait oublié son téléphone.

Vincent se figea et Reno hoqueta.

- Tu viens de lui parler ? s’écria Yazoo en s’agrippant au blouson du pilote. Où sont-ils ? Ils vont bien ?

*

Shalua allongea Denzel dans son propre lit et étreignit le petit corps tremblant, encore sous le choc de ce que Cid venait de lui montrer.

Contre l’avis de la jeune femme, il lui avait fait visionner des extraits des vidéos de surveillance si horribles qu’elle-même n’avait pas jugé utile de les inclure dans son exposé de la salle de conférences.

Sur l’un d’eux, Loz adolescent se tordait de douleur et paraissait suffoquer dans les petits bras de Kadaj, bien plus jeune encore que Denzel à l’époque.

On y voyait le garçonnet pleurer et supplier durant d’interminables minutes avec des hurlements déchirants que quelqu’un vienne aider son frère mais les chercheurs, qui avaient volontairement provoqué l’incident en faisant ingérer à l’aîné une substance hautement allergène, étudiaient chacune des réactions de l’enfant à travers un miroir sans tain sans bouger le petit doigt.

La séquence était d’une tristesse à vous arracher le cœur.

- Ah ! Ah ! Bien fait pour ce salaud, hein ? avait ricané Cid. T’as vu ? Et attends, après ils leur font des piqûres d’enfer avec des aiguilles grosses comme ça ! Ils en bavent à mort, tu vas adorer !

Bien entendu, comme le pilote l’avait escompté, Denzel ” n’adora ” pas du tout la chose, bien au contraire. Avec cette facilité déconcertante qu’ont les enfants de s’identifier à quelqu’un ou de prendre en pitié ceux à qui on fait injustement du mal, qu’il s’agisse d’humains ou d’animaux, le garçonnet ne tarda à fondre en larmes, profondément ébranlé.

Une explication - bien plus longue que celle qui avait déjà été fournie aux enfants au sujet de Sephitoth, de Jenova et des argentés lors du réveil de ces derniers - avait suivi. Certes, beaucoup de choses ne pouvant être dites à un petit garçon, telles les incestueuses fécondations in-vitro effectuées sur les cadavres, avaient été passées sous silence et d’autres encore ramenées à au niveau de compréhension adapté à un enfant de son âge.

Mais, malgré cette simplification outrancière, Jenova passa, pour Denzel, d’” entité extra-terrestre malfaisante douée de pensée et de perception “ à une sorte de maladie qui ” entrait dans le cerveau les gens ” et ” volait leur corps “.

C’était à bien des égards plus terrifiant mais beaucoup moins grave car, contrairement à un extraterrestre malfaisant, une maladie, ça pouvait se soigner. Du moins dans l’esprit d’un petit garçon de six ans !

Et ce d’autant plus facilement que, à en croire Shalua, chacun - même lui ! - pouvait contribuer à guérir les gens atteints de ” Jenovite “, comme Cloud, Sephiroth ou les argentés. Les médicaments étaient gratuits et très faciles à trouver : câlins, bisous et beaucoup d’affection. Voilà ce qui soignait cette terrible maladie. Cid avait bien insisté là-dessus : Jenova étant ” la créature la plus méchante du monde entier “, le moindre signe de tendresse ou d’attachement la rendait ” MA-LA-DEUH “ !

A l’instar des cruelles sorcières des contes pour enfant que lui lisait Tifa le soir, Jenova ne supportait pas le moindre signe d’affection ou de gentillesse.

Elle déteste tellement ça que c’est même la première chose qu’elle détruit dans les gens qu’elle infecte ! “ avait encore expliqué Cid.

Voilà donc pourquoi les argentés avaient été si méchants, il y a deux ans, et pourquoi Sephiroth avait fait brûler tout Nibelheim. Oui, tout était plus clair, à présent, pour le garçonnet.

- Mais là, c’est moi qui ai été méchant, murmura-t-il, au bord des larmes en s’agrippant à Shalua. Ca veut dire que moi aussi, j’ai la “jénovite” ?

La jeune femme remonta les couvertures sous son menton et éclata de rire.

- Bien sûr que non, voyons, je c’est pas contagieux ! Tu as cru ce que Cloud a dit, poussin, c’est tout, ce n’était pas de ta faute. Tu ne pouvais pas savoir qu’il était ” malade “. Personne ne s’en était aperçu, d’ailleurs, pas même moi.

Elle essuya le nez du garçonnet avec un mouchoir en papier et l’embrassa pour le rassurer.

- Et tu crois qu’on va pouvoir le guérir, comme Loz ?

- Et comment, qu’on va le guérir ! Je te promets que le manoir va devenir l’usine de câlins et de bisous la plus productive de la planète jusqu’à ce que Cloud se soit totalement débarrassé de sa ” jénovite “. Rassuré ?

Denzel hocha la tête et se pelotonna dans le grand lit de la jeune femme, totalement épuisé après la première nuit blanche de sa courte vie.

…à suivre

XXXXIII - Adagio au clair de lune pour un petit turk

«Le sexe masculin est ce qu’il y a de plus léger au monde…

une simple pensée le soulève ! »

Frédéric Dard

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Loz installa Marlène devant lui, sur sa moto, ajusta ses gants de cuir et alluma ses phares.

Il était presque six heures du matin mais le soleil d’hiver ne se lèverait pas avant au moins deux heures et, hormis une pleine lune qui avait du mal à percer derrière les nuages, il faisait encore nuit noire.

- Prête ? demanda-t-il.

La petite acquiesça joyeusement et se pencha sur le guidon.

- Il pleut encore des petites gouttes, t’as vu ?

- Tu veux qu’on attende encore un peu ?

- Non, c’est bon. Sinon, on n’aura pas le temps de passer à la boutique de monsieur Philéas avant le petit déjeuner.

L’argenté se pencha par-dessus la fillette pour se saisir du guidon.

- Alors, on est partis !

Il fit vrombir la moto, sortit de la grotte et s’engagea sur la petite route de montagne escarpée pour entamer la descente vertigineuse du mont Nibel.

Ce n’était guère plus qu’un chemin de terre détrempé par la pluie qui serpentait tout autour de la montagne, de la base au sommet.

Il était si étroit que, par endroits, ils roulaient à un mètre à peine du ravin.

- Tu n’as pas le vertige ? demanda l’argenté d’une voix forte pour couvrir le bruit du moteur. Ca ne va pas trop vite ?

- Oh, non ! C’est génial ! J’adore quand toi et Yazoo vous allez vite !

Loz éclata de rire, amusé par l’exaltation qui perçait dans sa voix, et relâcha un peu les freins, pour le plus grand plaisir de la petite.

*

A nouveau réveillé par un cauchemar, Yazoo réalisa qu’il était à demi allongé sur Reno, la joue sur sa poitrine, et se pétrifia, n’osant même plus respirer.

Il voulut se faire violence pour s’écarter de lui mais fut incapable d’ordonner à ses membres d’obéir.

Il sentait battre le cœur du turk contre sa poitrine, entendait sa respiration profonde, s’enivrait de sa chaleur et était perdu dans un sensuel nuage de parfum masculin, sensuel et musqué.

Non, pour rien au monde il ne voulait bouger de là !

Au contraire, il nicha son petit visage au creux du cou offert et se blottit dans les bras accueillants avec un petit soupir involontaire.

Avant même de comprendre ce qu’il faisait, il effleura la gorge palpitante de ses lèvres.

Il but les battements du cœur de Reno à même sa jugulaire en respirant à pleins poumons la tiède fragrance de ses cheveux roux qui lui chatouillaient le nez jusqu’à ce que la tête lui tourne.

S’enhardissant, il darda même la pointe de sa langue pour goûter sa peau, juste sous son oreille, le faisant frissonner dans son sommeil.

Cette réponse à sa discrète caresse inonda le ventre de Yazoo d’un flot de lave et ses doigts, mus par une volonté propre, descendirent sur la poitrine glabre pour effleurer un téton tendre, qui se contracta et durcit comme un petit caillou sous sa paume.

Le pouls du turk s’affola contre ses lèvres et il ferma les yeux, essayant de graver cet instant délicieux dans sa mémoire.

C’est alors qu’il prit alors conscience de la colonne de chair qui se tendait contre sa cuisse, gagnant en vigueur à chaque battement de cœur.

Il se cambra pour échapper au contact fiévreux de ce curieux python.

- Tu l’as cherché, Yazoo baby… chantonna Reno à son oreille.

Si l’argenté ne vit pas son sourire narquois dans la pénombre, il ne l’entendit que trop et l’appréhension le gagna.

Appréhension qui, lorsque Reno pressa ses lèvres sur les siennes, se mua en panique.

- Non… gémit-il contre sa bouche.

Mais son refus sonnait faux.

Tout son corps se tendait vers le turk et, en dépit du contrôle qu’il essayait de lui imposer, accueillait le baiser avec une avidité féroce.

« Il ne faut pas… Il ne faut pas… Je vais tout gâcher… Je ne sais pas m’y prendre… »

Comment allait réagir Reno en découvrant qu’il était un novice en la matière et incapable de lui donner le moindre plaisir ?

Qu’avait-il dit, déjà, en parlant de Yuffie ?

« Je ne m’intéresse pas aux candides créatures effarouchés. Les femmes de mon âge sont beaucoup trop vicieuses et séduisantes pour qu’un jouisseur comme moi passe à côté de ça ! »

Cette pensée le dégrisa immédiatement et il interrompit leur innocent baiser en détourant brutalement la tête.

- Reno, non !

Les lèvres de celui-ci frémirent contre sa joue et il lâcha l’argenté pour s’allonger de tout son long, les bras derrière la nuque.

Toujours en appui sur sa poitrine, Yazoo écarquillait désespérément les yeux pour essayer de distinguer l’expression de son regard dans la pénombre mais c’était inutile : il entendait très clairement sa respiration sifflante et le grincement de ses dents.

Reno était en colère, et il ne pouvait pas lui en vouloir.

- Excuse-moi, murmura-t-il, la gorge serrée. Je… je ne sais pas ce qui m’a pris. (Reno ne répondit pas et ne fit pas un geste mais un long soupir d’exaspération s’échappa de sa gorge) Reno, je…

Ce dernier s’assit brusquement, le faisant rouler sur le côté comme s’il n’avait été qu’un chat endormi sur son ventre, et alluma la petite lampe de chevet.

- Reno…

Les couvertures se rabattirent brutalement sur lui et le turk se leva en silence pour enfiler son pantalon.

- Reno, où vas-tu ? demanda l’argenté d’une voix brisée, l’inquiétude lui nouant les entrailles.

- Prendre l’air, consentit enfin à répondre le jeune homme en s’asseyant sur le lit pour attraper sa chemise.

Bouleversé et pris d’angoisse, Yazoo le ceintura par derrière et pressa sa joue contre sa nuque.

- Ne pars pas, supplia-t-il. Pas comme ça. Je suis désolé, Reno… Pardonne-moi…

Reno allait répliquer vertement qu’il n’avait qu’à prendre ses responsabilités et finir ce qu’il avait commencé, éteindre l’incendie qu’il avait volontairement attisé, lorsqu’il réalisa que l’argenté sanglotait.

Sa frustration et sa colère retombèrent aussitôt.

- Yazoo ? Eh, Yazoo baby, arrête, c’est pas grave.

Il se libéra doucement de son étreinte et se tourna pour le prendre dans ses bras.

- Pardon, Reno…

- Chut, ce n’est rien. Arrête de pleurer, ce n’est pas la fin du monde. Je ne t’en veux pas, je suis juste un peu déçu, c’est tout. C’est toujours rageant de se faire allumer et… Enfin peu importe. Allez, calme-toi. (Il effleura sa joue et l’argenté eut un mouvement de recul) Je vois. Ecoute, j’ai juste cru que… Enfin, que je te plaisais et que tu voulais faire l’amour, je…

- C’est le cas, le coupa Yazoo en rougissant violemment. Mais…

Il se tut et détourna le regard.

- Quoi ? Tu n’as pas confiance en moi ? demanda le turk. Tu penses que je vais te prendre là, à quatre pattes par terre, et m’en vanter à la ronde ?

Il lui tira la langue, taquin, et Yazoo rougit de plus belle.

- Non, c’est que je… je… C’est que je ne me suis jamais retrouvé dans ce genre de… de situation.

Reno rit de bon coeur.

- Si ça peut te rassurer, moi non plus ! Les mecs, c’est vraiment pas mon truc, d’habitude. Mais il ne doit pas y avoir une grande dif…

- Ce n’est pas ce que je veux dire, Reno, le coupa à nouveau l’argenté, les joues cuisantes.

Le turk se souvint de la conversation qu’il avait surprise entre Tifa et Shalua, à l’infirmerie, et se mordit la lèvre.

- Oh… Tu veux dire que tu n’as jamais fait… Enfin, jamais eu de…

- C’est ça… avoua Yazoo, plus gêné que jamais.

Reno sourit.

- Ca te fait peur ?

Yazoo secoua la tête, replia ses jambes et les enserra de ses bras.

- Non, c’est juste que… Je ne sais pas comment faire, chuchota-t-il d’une voix presque inaudible. Quels gestes faire, quels mots employer et tu… tu disais que tu détestais « essuyer les plâtres », en parlant de jeunes filles comme Yuffie.

Reno se mordit les lèvres pour étouffer un rire.

- Yazoo… Ca n’a rien à voir, voyons.

- Les « pucelles coincées » te font « gerber ». Ce sont tes propres mots, je n’ai pas oublié. J’ai peur d’être maladroit. De faire ou de dire des choses idiotes. Peur d’être ridicule et de t’entendre te moquer de moi.

Une tendresse bouleversante prit Reno à la gorge.

- Yazoo… On n’est jamais ridicule, dans ces moments là. C’est ça qui est génial, quand tu fais l’amour. Tu peux te laisser totalement aller, dire ou faire des choses complètement dingues.

L’argenté lui jeta un regard en biais.

- Tu t’es pourtant bien moqué de Yuffie.

- Comme je me serais moqué de Marlène ou de Denzel. C’est tout ce qu’elle est, à mes yeux. Une enfant. Je n’éprouve strictement aucun désir pour elle. Ce qui est loin d’être le cas lorsque je te regarde, Yazoo baby… ajouta-t-il d’une voix un peu enrouée.

Yazoo se pétrifia, ébranlé par un aveu aussi direct.

- Je… je ne sais pas quoi dire, chuchota-t-il en baissant les yeux pour échapper au regard concupiscent.

- Alors c’est moi qui vais parler. Et te dire que je ne passe pas une heure sans me languir du parfum de tes cheveux, de ta peau, ou sans repenser à la sensation grisante de ton corps contre le mien, flottant dans le mako. A la caresse de tes doigts sur mon front, lorsque j’étais malade. A ton rire tintant dans cette chambre. A ton adorable visage penché sur moi. A cette petite bouche que j’ai envie d’écraser sous la mienne, à ces lèvres pleines que j’imagine courir sur toute la surface de ma peau… Tout cela est-il ridicule, Yazoo ?

- Non… susurra celui-ci, ému. Bien sûr que non.

- Et toi ? Qu’as-tu envie de me dire, Yazoo baby ? chuchota Reno en se penchant sur lui, taquin. (L’argenté eut un petit rire gêné et secoua la tête) Quoi ? N’y a-t-il donc rien qui te plait, en moi ?

- Si, bien sûr que si. Trop, sans doute.

- Quoi ? Allez, joue le jeu. Dis-moi quoi.

Il frotta le bout de son nez contre la joue ronde de l’argenté et le poussa gentiment, enjôleur.

-Tes yeux, finit par avouer Yazoo, amusé par son insistance. Je ne me lasse pas d’y plonger le regard. Tes cheveux, aussi. J’ai toujours envie d’y glisser mes mains. De sentir leur texture, de respirer leur odeur…

Reno s’approcha davantage encore.

- Fais-le, chuchota-t-il à son oreille. J’adore ça.

Yazoo caressa timidement la douce chevelure rousse et le turk ferma les yeux, goûtant les petits frissons que provoquaient les doigts graciles.

- J’ai souvent regardé ta bouche, aussi… (Reno lui prit la main de sorte que les doigts fins en caressent la courbe voluptueuse) Et qu’elle est aussi tendre que je l’avais imaginée… (Il effleura ses lèvres des siennes) Et bien plus douce que je n’avais osé le rêver… susurra Yazoo contre sa bouche.

Le baiser se fit plus féroce.

Reno le sentit trembler et s’écarta un peu pour ne pas l’effaroucher.

- Tu vois, ce n’est pas si compliqué… murmura-t-il en lui caressant la joue.

Il observa son visage à la faible lueur mordorée de la petite lampe de chevet qui dansait sur la peau si blanche et ombrait ses longs cils argentés, plus épais que ceux d’une femme.

Du bout des doigts, il suivit les courbes douces, presque enfantines, de ce visage parfait encadré de soyeux cheveux de mercure : la petite bouche boudeuse aux lèvres pleines, le menton pointu, le nez droit, un peu retroussé, et les paupières mi-closes sous lesquelles brillaient d’immenses yeux couleur de topaze verte.

Il se pencha pour effleurer à nouveau ses lèvres, répandant une cascade rousse sur les épaules de Yazoo, mais n’insista pas. Ce fut ce dernier qui noua les bras autour de son cou pour l’attirer à lui.

Prudent, Reno glissa le bout de la langue entre les lèvres adorablement gonflées et la petite bouche s’ouvrit timidement.

Sa langue chercha la sienne qui, craintive, s’était tapie tout contre la voûte du palais. Il l’effleura délicatement, comme on caresse un petit animal sauvage pour l’amadouer, et, après plusieurs essais infructueux, elle consentit enfin à répondre maladroitement à ses tentatives d’approche.

Il ne força rien, ne tenta rien pour obtenir davantage que ce que l’argenté voulait bien lui donner et le long baiser prit bientôt fin.

Yazoo rougit et baissa à nouveau les yeux, ne sachant quoi faire ou que dire.

- N’aie pas peur, chuchota Reno.

- Je n’ai pas peur… Mais je… Je ne sais pas comment…

Le turk n’attendit pas son explication et ses lèvres prirent à nouveau les siennes tandis que ses mains se glissaient sous le t-shirt de coton.

Sa bouche suivit bientôt ses doigts et se posèrent sur chaque pouce de peau que dévoilait le tissu.

Yazoo laissa échapper un gémissement involontaire.

- Dois-je m’arrêter ? demanda le turk, la joue contre sa poitrine, en faisant lentement glisser le pantalon de pyjama de l’argenté sur ses hanches étroites.

- Non… murmura celui-ci en se laissant aller sur les couvertures défaites, les mains cramponnées à la douce chevelure rousse. Ne t’arrête pas…

Reno déposa de légers baisers sur la peau translucide de son ventre.

Lorsqu’il s’allongea enfin sur lui pour enfouir son visage contre son cou, que Yazoo sentit la chaleur de sa peau contre la sienne, libérée de la barrière de coton, une tendresse qui le fit presque pleurer l’envahit.

La longue chevelure rousse les recouvrait tous les deux, précieuse et fragile étoffe, et il ferma les yeux, simplement heureux de sentir ce corps sur le sien.

- De quoi as-tu envie ? demanda le Reno.

- De te caresser… répondit Yazoo avec un calme qui le surprit. De te découvrir… de te toucher…

Le turk se redressa légèrement et entrelaça ses doigts aux siens avant de se rallonger sur lui, afin que pas un pouce de la peau de l’un n’échappe au contact de la peau de l’autre.

- Découvre, Yazoo baby, touche… (Yazoo ferma les yeux et se concentra afin de se sensibiliser au tendre contact du corps sur le sien) Que sens-tu ?

Il était si étrange de toucher avec son corps tout entier…

Les mains prisonnières de celles de Reno, Yazoo le touchait cependant comme il ne l’aurait pas pu possible.

- Tes pieds… susurra-t-il. Oui, tes pieds entre les miens… (Le turk remua les orteils, le faisant sourire) Tu as des pieds très délicats avec des orteils très souples. Des chevilles fines. Et tu n’as pas de cors !

Reno éclata de rire.

- Et ?

- Je sens tes mollets. Très athlétiques. Comme tes cuisses. Ta peau est très douce. Tes hanches sont… très étroites… et tes reins très cambrés. Je sens…

Son souffle se fit court.

- Oui ? insista Reno.

- Ton sexe… Contre mon bas-ventre. Il est gonflé et très dur. Il palpite contre le mien.

Reno donna un très léger coup de reins, faisant soupirer sensuellement l’argenté.

Celui-ci essaya de libérer ses mains mais le turk raffermit sa prise.

- Que sens-tu ?

- Tes testicules contre mes cuisses. Tièdes… doux… (Reno frotta son membre contre le sien et Yazoo laissa échapper un petit gémissement) Ton ventre lisse contre le mien. Ton torse… Ferme et glabre. Il me protège. Il est brûlant… Je sens ta respiration. Lorsque… lorsque tu inspires, le contact de nos deux corps est plus intense… plus fort. Je sens tes tétons durcir. Ils frottent contre ma poitrine.

- Quoi d’autre ?

- Tes bras sur les miens… Ils sont musclés… Tes doigts qui s’entrelacent aux miens. Ils sont déliés… comme tes mains.

- Et ?

- Tes poignets. Fins. Tout est si délicat chez toi… C’est incroyable. Tu me sembles si solide, pourtant… J’ai l’impression que je pourrais briser tes doigts d’une simple pression. Tes mains sont faites pour caresser… non pour tenir une arme. C’est étrange. Elles ne sont pas dures et calleuses, comme on pourrait s’y attendre chez un homme qui manipule le bâton de combat avec une telle dextérité. Je…

Il se tut, le souffle soudain court.

- Oui ?

- Je les sens encore courir sur mon ventre et mes hanches… susurra l’argenté d’une voix enrouée qui fit remonter un long frisson le long de l’échine de Reno.

- Mhh… Et elles n’ont pas fini de dégourdir leurs petites jambes, les coquines…

Cette promesse espiègle fit à la fois sourire et frissonner Yazoo.

- Je sens tes épaules, poursuivit-il. Elles sont totalement détendues. Attends ! Ton cœur… (Il sourit) Oui… j’entends battre ton cœur. Là, juste sur ma poitrine. Et là, aussi.

- Ou ça ?

- Sur la veine de ton cou. Contre ma gorge. Je sens ton visage. Tes cheveux contre ma joue. Ils sont doux… Ils sentent bon… J’entends ton souffle tout contre mon oreille. Il s’échappe de tes lèvres entrouvertes. Tes cils me chatouillent la tempe. Tu as fermé les yeux…

- Oui…

- Tu respires très fort contre ma peau… Tu sembles… t’enivrer de son odeur.

- Oui, mon ange… Oui.

« Mon ange… »

Le cœur d’Yazoo se gonfla.

Il avait dit cela si naturellement…

Reno semblait si totalement détendu, si abandonné que ces mots avaient franchi ses lèvres comme une caresse.

- Tu es très séduisant, Reno. Et tu me plais énormément. En fait, je crois même que je…

Il se tut, incapable d’avouer ce qui lui brûlait pourtant les lèvres et le turk se redressa légèrement pour planter ses prunelles aigue-marine dans les yeux mako.

Ce regard… cette expression…

Reno en aurait presque pleuré…

- Oui, quoi ? demanda-t-il, la gorge soudain serrée.

La sonnerie stridente de son téléphone les fit sursauter tous les deux, faisant éclater la bulle de sensualité qu’ils s’étaient créée, et, très contrarié, il tendit la main pour attraper le petit appareil, sur la table de nuit.

- Reno, j’écoute, fit-il, le coeur battant. Vincent ? Pourquoi ? Qu’est-ce qui se passe ? (Il blêmit) Cloud a fait quoi ? s’écria-t-il en de redressant sur le lit. C’est pas vrai… Et où sont-ils partis ? De quel côté ? D’accord… Non, son frère est avec moi. (Yazoo pâlit à son tour, alarmé par ses paroles) On arrive tout de suite. Je peux faire démarrer l’hélico dans moins de 10 minutes.

Il raccrocha et l’argenté s’agrippa à son bras.

- Reno, qu’est-ce qui se passe ? Quel frère ?

- Loz. Il est avec Marlène et, si on ne les retrouve pas très vite, ils risquent de se tuer en moto ! Si ce n’est pas déjà fait… ajouta-t-il d’une voix étranglée.

- Quoi ? Comment ça ?

- Cloud a trafiqué les freins de vos bécanes.

Le visage de Yazoo se décomposa et il pressa ses deux mains sur sa bouche pour étouffer un cri horrifié.

- Non ! S’il était arrivé quelque chose à mon frère, je le sentirais ! assura-t-il en s’habillant à précipitamment.

Reno enfila ses vêtements à son tour en priant pour qu’il ait raison…

…à suivre

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XXXXII - Dis-moi, Loz…

«L’amour fit en lui ce qu’il fait en tous les autres :

il lui donna l’envie de parler..»

Madame de La Fayette

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Shiva Rajah d’après une illustration de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Marlène faisait lentement le tour de la grotte majestueuse, le nez levé et le faisceau de sa lampe torche dansant sur les cristaux multicolores qui affleuraient à surface de roche.

Ce ballet de lumière vive improvisé créait d’improbables arcs-en-ciel dans l’eau cristalline du petit lac souterrain peu profond qui miroitait au centre.

- Ouah ! Gretta m’avait dit que c’était un endroit bizarre mais j’pensais pas que ce serait comme ça. Qu’est-ce que c’est joli !

Loz regardait autour de lui avec une curiosité non dissimulée, aussi surpris que la petite.

Il avait laissé sa moto dans le passage naturel qui menait à la grotte, à l’abri de la petite pluie fine qui commençait à tomber lorsqu’ils étaient arrivés, et s’était engagé avec la fillette dans ce que les habitants de Nibelheim appelaient « les grottes à materias ».

En réalité, il ne s’agissait pas tant de materias que de milliers de petits cristaux de roche multicolores mais le spectacle n’en était pas moins à couper le souffle.

- Tu n’étais pas déjà venue avec Yazoo, Marlène ?

- Non, pas jusqu’ici. On devait mais on n’a pas pu. La route était coupée à cause d’un accident avec un camion, on pouvait pas passer. Tu entends ? C’est quoi ?

Loz tendit l’oreille.

- La pluie. Ca commence à tomber sec, dehors, on dirait.

La petite haussa les épaules, déboutonna sa doudoune et s’assit sur une grosse pierre, au bord du lac.

- Bah dis donc ! On s’est mis à l’abri à temps ! On a eu de la chance. Oh, regarde ! fit-elle en braquant sa torche au milieu du bassin. Il y a plein de petits poissons !

De minuscules créatures roses nageaient dans l’eau limpide. Ils fouillaient le sable blanc scintillant qui tapissait le fond du petit plan d’eau pour happer les nutriments microscopiques qu’ils trouvaient à foison.

L’argenté s’accroupit à côté de la petite et sourit.

- Ce sont des crônes, Marlène, lui apprit-il. Pas des poissons.

- Des quoi ?

- Des crônes. Des petits insectes aquatiques. Il y en avait plein au cratère nord. Ils se faufilent partout sous terre où il y a de l’eau. (Il retira l’un de ses gants et se pencha sur l’eau pour en attraper un d’un geste si rapide que la fillette n’eut pas même le temps de réaliser ce qu’il faisait.) Tiens, regarde.

- Oh… On dirait une petite crevette, t’as vu ? Une petite crevette rose avec des ailes et de gros yeux.

Il lui fit un clin d’oeil.

- On la met à la broche ? plaisanta-t-il. Ou on l’apporte à Gretta, pour ton petit déjeuner ?

Malène éclata de rire.

- Beurk !

- Non ? T’es sûre ? Tant pis.

Loz jeta le crône dans l’eau et remit son gant.

- Dis…

- Mhh ?

- Je peux te demander un truc ?

- Vas-y.

- Tu vas pas de fâcher, hein ?

- Non. Pourquoi je me fâcherais ?

- C’est vrai ce que Denzel dit, que ta maman, c’était une morte ?

Loz blêmit.

- Comment ça ?

La fillette se tortilla, mal à l’aise.

- Bah, moi j’ai pas pu regarder, quand ils ont ouvert le ventre de la dame, dans le film, je me suis caché les yeux. Mais Denzel, lui, il a tout vu et il dit que la maman des bébés, enfin de toi et Yazoo, c’était une morte.

L’argenté réfléchit un petit moment et secoua la tête en souriant pour la rassurer.

- Non. Ma vraie maman, ce n’est pas la « dame » que tu as vu. Elle s’appelait Lucrecia. Lucrecia Crescent.

- Alors pourquoi t’étais pas dans son ventre à elle ?

Il poussa un gros soupir, ne sachant trop comment se sortir de là mais, heureusement pour lui, Marlène avait tendance à parler pour deux et à faire les questions et les réponses.

- Ah, je sais ! reprit-elle. Elle a donné ses oeufs à la dame morte, c’est ça ? Comme font les femmes qui peuvent pas avoir de bébés ?

- C’est ça ! acquiesça Loz, soulagé par l’explication qu’elle venait de trouver. C’est… exactement ça. Ma mère ne pouvait pas nous porter moi et Yazoo.

- C’est à cause de Sephiroth, qu’elle pouvait plus avoir d’enfants ? Ca s’est pas bien passé, je parie. Tifa a eu une serveuse, comme ça. Après son bébé, on a dû l’opérer et les médecins ont dit qu’elle pouvait plus en avoir d’autres.

L’argenté fit vibrer ses lèvres, aussi mal à l’aise avec le mensonge qu’avec les grands discours.

- C’est ça. Enfin… plus ou moins.

Ce n’était pas tout à fait faux, après tout, essaya-t-il de se rassurer. C’était bien à cause de Sephiroth que Lucrecia n’aurait jamais pu les porter, lui et ses frères, de toute façon, non ?

Quelle mère voudrait du fruit incestueux de son fils de huit ans ?

- Et pour la dame ? Elle est vraiment morte ? Denzel avait raison ?

Loz souleva Marlène et l’installa confortablement sur ses genoux pour se donner le temps de réfléchir un peu à l’explication qu’il pouvait donner.

La petite se blottit contre sa poitrine et attendit sagement, compatissante, avec une expression attristée sur le visage.

- Oui, finit par répondre Loz, la mine grave. Elle est vraiment morte, Marlène. Enfin, elle est morte durant l’accouchement, bien sûr ! mentit-il en voyant soudain blêmir la petite.

- Ahhh… D’accord. C’est pour ça qu’on vous a sorti de son ventre comme ça ?

- Oui. Il… Il fallait faire très vite.

- Je comprends mieux, maintenant. Mais… et votre maman ? Pourquoi elle est pas venue vous chercher, quand vous êtes nés, toi et Yazoo ? Pourquoi elle vous a abandonnés dans cet horrible endroit ?

- Parce que… parce qu’elle était très malade, elle aussi, dit-il, subitement inspiré. Et qu’elle est morte avant que nous puissions la connaître.

- Et ton papa ? Il pouvait pas vous prendre ?

- Je… Non. Il… il ne… Enfin, il ne…

Marlène grimaça.

- Il savait pas, hein ? C’est ça ? Il avait quitté ta maman ?

- C’est… Euh… Mais… tu es très perspicace, dis-moi !

Elle secoua la tête.

- C’est arrivé à plein d’enfants que je connais, en fait.

- Ah ?

- Oui. Ils savent même pas qui était leur papa. Tu le sais, toi ?

- Bien sûr. Il s’appelait… Hojo, biaisa Loz.

- Bien sûr, je suis bête ! C’est ton nom. Dis ?

- Mhh ?

- Pourquoi on vous a fait toutes ces choses horribles, quand vous étiez petits ?

- C’était des expériences scientifiques. Nous avons servi de cobayes.

- Parce que vous n’aviez plus de parents pour vous protéger, hein ? C’est ça ? C’est dégoûtant ! C’est là qu’on vous a mis du Jenova ?

L’argenté éclata de rire.

- Tu as une façon de dire ça ! Oui. Oui, c’est là-bas.

- Mais ça y est, t’es guéri, maintenant, a dit Vincent. Non ?

- Oui. Enfin, normalement.

La petite bâilla et se roula en boule dans les bras de Loz.

- Tu sais quoi ?

- Non, mais tu va me le dire.

- Il y a deux ans, quand tu t’es battu avec Tifa, là-bas, à Midgar, tu te souviens ?

- Très bien, oui.

- Pendant un moment, j’ai… j’ai cru que tu allais lui faire vraiment du mal, tu sais. Denzel, il dit que tu l’aurais tué, si je t’en avais pas empêché. C’est vrai ?

Il secoua la tête et lui souleva le menton pour la regarder droit dans les yeux.

- Je ne ferais jamais une chose pareille, Marlène, assura-t-il. Emprise de Jenova ou non. Et, franchement, si j’avais voulu la tuer, tu crois vraiment qu’une petite crevette comme toi aurait pu m’en empêcher, mhh ?

La fillette sourit et enserra la large poitrine de ses bras maigres aussi fort qu’elle le put.

- J’en étais sûre ! Dis… J’avais raison tout à l’heure aussi, pour Tifa, pas vrai ?

- Comment ça ?

- Bah… que tu es son amoureux.

Loz tordit le nez et grimaça un sourire triste.

- Disons que je le suis jusqu’à ce que Denzel la persuade de me jeter comme une vieille chaussette !

Marlène laissa échapper un petit bruit méprisant.

- Pfffff ! Si tu crois que Tifa va le laisser faire sa loi, tu la connais pas ! Et puis…

Elle se tut, paraissant hésiter à poursuivre, et se mit soudain à genoux sur les cuisses de l’argenté pour placer ses yeux à hauteur des siens.

- Si je te dis un secret sur Tifa, Loz, tu le garderas pour toi ?

- Promis ! jura-t-il la main sur le coeur, amusé par la tournure de la conversation et le sérieux de la petite.

Marlène noua ses petits bras autour de son cou pour coller la bouche à son oreille et chuchoter :

- Tu lui plais plus que Cloud.

- Ah, oui ? murmura le jeune homme, plus amusé que jamais. Et comment tu sais ça, dis-moi ?

- Je l’ai entendue parler avec Shalua, en bas, dans la cuisine, avoua la fillette en baissant encore d’un ton. Elle disait que tu la faisais complètement « craquer » et que…

Elle pouffa, rougissante.

- Quoi ? insista Loz, à présent piqué par la curiosité. Qu’a-t-elle dit d’autre ?

- Qu’elle avait parfois envie de croquer dans tes fesses et de te manger tout cru ! s’esclaffa la petite en piquant un fou rire.

- Marlène ! s’écria l’argenté en éclatant de rire à son tour. Dis donc, tu sais que ce n’est pas bien, d’espionner les adultes ? la rabroua-t-il gentiment une fois qu’elle se calma.

Elle acquiesça et haussa les épaules.

- J’ai pas fait exprès, je te promets. J’étais allé chercher des gâteaux en cachette et elles sont arrivées pour boire un thé. J’ai dû me cacher pour pas me faire gronder. Tu le diras pas, hein ?

Il fit mine de réfléchir.

- D’accord. Mais tu me racontes ce qu’elle a dit d’autre à mon sujet, alors ! ajouta-t-il avec un sourire espiègle qui ravit Marlène.

Aux anges, elle frappa dans ses mains et se pencha à nouveau à son oreille avec des airs de conspiratrice.

Dehors, la pluie ne semblait pas vouloir cesser.

*

Reno se passa le visage sous l’eau froide et se regarda dans le miroir qui surplombait le luxueux lavabo de son cabinet de toilette.

« Mais qu’est-ce qui t’arrive, bon sang ? » demanda-t-il silencieusement à son reflet.

Tout turk digne de ce nom savait que faire boire un homme était le meilleur moyen de lui soutirer des informations, ou lui faire admettre des choses qu’il n’aurait jamais avouées autrement.

« Tu veux connaître la vraie nature d’un homme ? Regarde-le bourré ! » avait l’habitude de dire Elena.

Et il était bien placé pour savoir qu’elle avait raison.

Seulement, problème : voilà que lui, une fois soûl, il essayait de sauter sur Yazoo !

Non.

Non, non.

Pas « sur », en fait.

« Sauter Yazoo », tout court !

Il se prit la tête dans les mains avec un gémissement et pas à cause de sa migraine, dont il ne restait plus trace, au demeurant.

« Pourquoi ce type t’excite-t-il comme un fou, hein, Reno ? Depuis quand tu t’intéresses aux mecs ? »

Les phéromones qu’il dégageait ? Possible, cette odeur sucrée le rendait complètement dingue.

Non.

Non, ça ne collait pas.

Loz dégageait une odeur semblable - plus sucrée encore, même - et, s’il trouvait ça agréable et ne se privait pas pour la sentir à plein nez lorsque le jeune homme passait près lui, ça ne l’émoustillait pas le moins du monde.

Non, c’était autre chose mais quoi ?

Son côté androgyne si perturbant ?

- Reno ? Tout va bien ? appela Yazoo depuis la chambre, le faisant sursauter.

- Oui, je… Oui, je vais bien, ne t’en fais pas.

Le turk poussa un profond soupir et secoua la tête. Il ne trouverait pas la réponse maintenant, de toute façon.

Et puis pourquoi essayer d’en trouver une, d’ailleurs ?

Est-ce qu’il se posait des questions existentielles quand il avait envie de chocobo mariné ou d’un flan au chocolat ?

Non.

Se torturait-il les méninges quand une blonde incendiaire ou une brune dominatrice lui faisait de l’oeil ?

Non plus.

Bon, c’était un homme, O.K. et après ?

Franchement, il avait déjà fantasmé sur des choses plus bizarres !

Et puis « homme »… c’était vite dit.

« Ouais… t’as pas choisi le plus viril, mon vieux Reno, c’est le moins qu’on puisse dire ! »

Non, ce n’était pas demain la veille qu’il virerait sa cuti, décidément.

En fait, Yazoo ne l’attirait pas parce que c’était un homme ou parce qu’il ressemblait à une femme, non. Yazoo l’attirait parce que c’était Yazoo, point barre !

Et ça… Ca, c’était vraiment nouveau pour lui… vraiment troublant.

Désirer quelqu’un pour ce qu’il était, et non plus pour le plaisir qu’il pouvait lui procurer, le perturbait terriblement parce que ça ne lui ressemblait pas, mais alors pas du tout !

Il tira la langue à son reflet, sarcastique.

« Et bah, t’as plus qu’à t’arranger avec ça, tête de nœud ! »

Sur ce, il éteignit la lumière et retourna dormir auprès de Yazoo.

*

Vincent repoussa brutalement Cloud et lui désigna Shelke.

- Tu n’iras nulle part, tu dois la suivre au labo. Il semblerait que Jenova ait…

- Non ! Nous en parlerons plus tard, Vincent. Là, il faut vraiment que je…

Le jeune soldat voulut passer en force et le poing de l’ancien Turk le cueillit au coin de la mâchoire, l’assommant proprement.

- C’était vraiment nécessaire, Vincent ? demanda la soeur de Shalua avec une moue.

- Tu voyais une autre solution pour l’empêcher de filer et le traîner jusqu’au labo ? rétorqua ce dernier en soulevant Cloud dans ses bras. Va savoir ce qu’il avait l’intention de faire et ce que Jenova lui avait encore mis dans la tête !

La jeune fille acquiesça avec un soupir et lui ouvrit grand la porte.

*

Tifa quitta la suite de Shalua, laissant son fils adoptif en compagnie de Cid et de son amie en espérant qu’ils arriveraient à lui remettre les idées en place.

Lorsqu’elle revint dans sa propre chambre, elle eut un coup au coeur en trouvant le lit vide.

- Loz…

Un mot avait été laissé sur l’oreiller et elle s’avança pour le prendre avec la gorge serrée et un noeud dans le ventre.

Qu’avait-il dû penser en la voyant l’abandonner sans un mot avec Marlène pour se précipiter derrière Denzel ?

Elle s’assit sur le lit et déplia la petite feuille de papier quadrillé d’une main tremblante, s’attendant au pire.

Non sans surprise, elle reconnut l’écriture enfantine de Marlène.

« Tifa,

Loz et moi on va fairt faire un tour à moto le temps que tu calmes Denzel. Il m’a même promit promis que je pourais pourrais monter devant.

Je mais mets ma grosse doudoune et mon écharpe en laine, t’en fais pas.

On sera de retour pour le petit déjeuner. Dis a à Gretta de pas faire des crêpes parsequ’on parce qu’on amènera pour tout le monde des petits painsaux pommes tout frais de la boutique de monsieur Philéas.

On te fait plein de gros bisous tous les deux !

Marlène »

Tifa sourit, attendrie, et remarqua que les fautes d’orthographe avaient été corrigées d’une main ferme. Marlène avait dû demander à Loz de relire sa missive.

Soulagée, elle poussa un profond soupir et se laissa aller sur son lit en attrapant son téléphone, sur la table de nuit.

Elle composa le numéro de Loz et s’apprêtait à lui lancer un joyeux « Alors ? Je tourne le dos une minute et tu files déjà avec une jolie jeune fille en pleine nuit ? » lorsque la sonnerie du mobile de l’argenté la fit sursauter.

Ca paraissait venir de sous le lit.

- Zut ! maugréa-t-elle en se penchant pour attraper le petit téléphone.

Il avait dû tomber lorsque le jeune homme s’était habillé.

« …pas vous répondre pour l’instant. Laissez un message. »

- Bonjour, Loz, fit Tifa d’une voix caressante. Je me doute que tu ne peux pas répondre puisque ton téléphone est dans ma main. Sache que ce message te donne droit à un baiser gratuit à l’endroit de ton choix sur simple présentation de cet enregistrement. A tout de suite. Je… (Elle hésita) Je t’aime… finit-elle par avouer dans un murmure à peine audible avant de raccrocher.

…à suivre

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XXXXI - Manipulations

«La méchanceté vient de la faiblesse ;

l’enfant n’est méchant que parce qu’il est faible ;

rendez-le fort, il sera bon.»

Jean-Jacques Rousseau

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Denzel ! cria la jeune femme. Denzel, reviens ici tout de suite !

Tifa, en nuisette de coton et nu-pieds, se lança à la poursuite de Denzel.

Celui-ci courait comme un dératé en direction de la chambre de Cloud, dans l’aile opposée.

Vincent et Gretta, alertés par les cris du garçonnet, sortirent dans le couloir juste à temps pour voir la jeune femme disparaître au détour du corridor en direction de l’escalier.

- Qu’est-ce qui se passe, ma chérie ? demanda la vieille gouvernante à Marlène, qui se tenait en pyjama non loin de la porte de son amie.

La petite haussa les épaules.

- Denzel a dit plein de gros mots à Loz et Tifa lui a donné une fessée !

Vincent fronça le nez.

- Alors ? Qu’est-ce qu’il y a ? demanda la voix de Yuffie depuis l’intérieur des appartements de Kadaj.

Gretta revint dans la pièce auprès des jeunes gens et l’ancien turk ferma soigneusement la porte derrière elle avant de tendre la main à Marlène.

- Il a surpris Tifa et Loz au lit, c’est ça ? murmura-t-il lorsqu’ils furent seuls dans le couloir. (La petite hocha tristement la tête) Allez, viens, je te ramène dans ta chambre.

Elle secoua la tête.

- Je préfère rester avec Loz, dit-elle sur le ton de la confidence en tirant sur sa main pour l’obliger à se pencher. Je crois qu’il est en train de pleurer, chuchota-t-elle à son oreille en montrant la chambre de Tifa du doigt. Denzel lui a vraiment dit des choses horribles, tu sais.

Vincent allait rétorquer que c’était une affaire de grandes personnes et qu’il s’en occuperait mais quelque chose - une intuition ? La sympathie qu’il vit briller dans les grands yeux de Marlène ? - le fit changer d’avis.

Il sourit et hocha la tête.

- Comme tu voudras, répondit-il tout bas. Si tu as besoin de moi, je suis à côté, avec Kadaj et Yuffie.

- D’accord, murmura la fillette avant de retourner dans la chambre de Tifa et de fermer la porte.

« Sacrée gamine… » pensa l’ancien turk en rejoignant Gretta auprès des « enfants » et de Cait 9.

*

Yazoo aida Reno à boire un verre d’eau fraîche et tendit l’oreille.

- Tu as entendu ? C’était Denzel, non ?

Le turk, hocha la tête et se laissa aller sur les oreillers avec un soupir en massant ses tempes douloureuses.

- Il doit piquer une colère. Ca lui arrive, parfois.

- En pleine nuit ?

- Y’a pas d’heure, pour être con… Il essaye de pousser Tifa à bout, pour voir jusqu’où il peut aller. Et dans quelques années, quand il sera ado, ce sera encore pire ! Oh, ma tête…

L’argenté fronça les sourcils.

- Il ne m’a pas donné l’impression d’être un petit garçon insupportable, pourtant.

- Parce qu’il sait que, quand « tonton » Cid est dans les parages, il vaut mieux marcher droit, rétorqua Reno avec un clin d’oeil, sarcastique.

- Ah ? Marlène m’a dit qu’il ne jurait que par Cloud.

Le turk posa un gant de toilette mouillée sur son front.

- Cloud, c’est son « pote ». Une sorte de grand frère à qui il aime s’identifier. Cid, c’est différent. Tu n’as pas remarqué la réaction du têtard, quand on a parle de Jenova ou de quelque chose qui lui fait vraiment peur ? C’est toujours dans les jambes d’Highwind qu’il file se planquer.

- Une figure paternelle en quelque sorte.

- Un truc comme ça. (Il toussota) Au fait, je…

Yazoo redressa la tête.

- Mhh ?

Le turk envoya valser le gant de toilette sur la table de chevet et se frotta le visage.

- Désolé d’avoir été aussi… « grossier ». Je… je ne savais plus trop ce que je faisais, je crois.

L’argenté sourit.

- Ca ne fait rien. Ca va mieux ?

- Bah… Je n’ai pas enlevé mon pantalon, c’est plutôt bon signe, non ? (Yazoo pouffa) Je n’en reviens pas d’avoir fait ça. (Il secoua furieusement la tête) Attends, sérieux, j’ai vraiment fait ça ? (L’argenté fut pris d’un fou rire) Quelle humiliation… Bon, O.K. dis-moi juste un truc. Mais tu déconne pas, hein, c’est sérieux. (Yazoo acquiesça) Est-ce que je… Enfin, est-ce que tu as vu si…

- Quoi, Reno ?

Ce dernier hésita un instant.

- Dis-moi que je bandais pas… supplia-t-il d’une voix étranglée avec une moue comique.

L’hilarité de l’argenté redoubla et le turk poussa un gémissement douloureux en dissimulant son visage derrière un oreiller.

- Oh, la honte !

*

Dans la suite de Rufus, ce dernier échangea un regard étonné avec Cid et Shalua.

- Vous entendez ? Qu’est-ce que c’est que ce raffut ?

Le pilote leva un sourcil et sortit dans le couloir pour recevoir de plein fouet dans le bas-ventre un Denzel incapable de s’arrêter à temps.

- Oh ! La vache ! grogna Cid, littéralement plié en deux.

Le garçonnet blêmit et pressa ses deux mains sur sa bouche.

- Pardon… Je t’ai fait mal ?

- Ca va, Cid ? s’enquit Tifa avec une grimace.

Le pilote leva le pouce, railleur, le visage grimaçant de douleur.

- Ouais… Super !

Shalua sortit à son tour et vit Cid essayer de reprendre difficilement son souffle.

- Qu’est-ce qui se passe, ici ?

- Pardon, Cid, je t’avais pas vu, s’excusa à nouveau Denzel.

- J’espère bien ! Il ne manquerait plus que ça ! Je peux savoir où tu cavales, comme ça, rameutant tout le manoir ?

- Je dois voir Cloud.

Shalua secoua la tête.

- Denzel, tu sais l’heure qu’il est ?

Comme le garçon ne répondait pas, elle interrogea Tifa du regard et cette dernière leva les bras au ciel en un geste théâtral.

- Il a besoin d’aide pour tuer Loz ! C’est urgent !

Cid écarquilla les yeux.

- De quoi ?

- Arrête, Tifa ! trépigna le garçonnet. C’est pas ce que j’ai dit !

Cette dernière agita la main.

- Pardon, c’est vrai. Rectification : ou je me marie avec Cloud, ou il tue Loz. C’est mieux, comme ça ? demanda-t-elle à son fils adoptif, ironique.

- Non, j’ai pas dit ça ! J’veux pas de lui chez nous, c’est tout !

Shalua poussa un petit cri offusqué et Cid se planta devant Denzel, le visage sévère et les poings sur les hanches, pour l’empêcher de filer.

- Minute papillon… Tu nous fais quoi, là ?

Le garçonnet rougit furieusement et se mordit la joue, hésitant à battre en retraite devant l’impressionnant pilote.

- Je veux que Loz s’en aille, avoua-t-il piteusement en baissant la tête. Et les deux autres aussi.

Cid siffla entre ses dents et hocha la tête.

- Voyez-vous ça ! Et peut-on savoir ce qu’ils t’ont fait de si terrible pour que tu veuilles les jeter dehors en pleine nuit ?

Prenant son courage à deux mains, Denzel releva la tête et planta un regard agressif dans celui du pilote.

- C’est des salauds ! Ils ont voulu tous nous tuer, il y a deux ans.

- Denzel, intervint Shalua. On vous a expliqué à toi et à Marlène pourquoi ils avaient agi comme ils l’avaient fait. C’était Jenova qui…

- Loz veut prendre la place de Cloud ! la coupa le garçonnet, fou de rage.

Le pilote retint un rire.

- Nous y voilà… (Il s’accroupit devant le garçon) Et quelle est la place de Cloud, d’après toi, dis-moi ?

Denzel ouvrit la bouche et la referma à plusieurs reprises, ne sachant quoi répondre.

- C’est… C’est mon ami, finit-il par répliquer. Et c’est l’amoureux de Tifa.

Celle-ci eut un geste agacé et Cid grimaça.

- C’est marrant, la principale concernée n’a pas l’air d’accord.

- C’est parce qu’il l’a… mani… mani… manipulsée ! Ouais, c’est ça, manipulsée. Comme Yazoo quand il a fait semblant de sauver Reno. Il nous a tous manipulsés !

Tifa hoqueta et voulut intervenir mais le pilote leva la main et secoua la tête.

Il commençait à entrevoir d’où venait le problème.

- « Manipulsée », hein ? poursuivit-il. Et… pourquoi faire, d’après toi ? Pourquoi Loz aurait-il besoin de « manipulser » Tifa ?

Le garçonnet, voyant que Cid paraissait s’intéresser à ce qu’il avait à dire, reprit un peu d’assurance.

- Pour se servir d’elle, tiens ! Comme ils l’ont fait avec les enfants, y’a deux ans. Pour nous obliger à les aider pour leur… leur… Enfin le truc qu’ils veulent faire ! termina-t-il, ne se rappelant plus du mot qu’il avait entendu.

Le pilote acquiesça avec une gravité feinte et prit les petites mains dans les siennes.

- Se servir d’elle… Oui, bien sûr. Et… Qu’est-ce que… Cloud t’a dit d’autre, Denzel ?

Tifa se raidit, blême, et lança un regard effaré à Shalua, qui répondit par une moue.

- Que quand plus personne se méfiera d’eux, ils vont faire venir Jenova et puis ce sera fini ! répondit le garçonnet en tremblant. Et même que la Shinra, elle sera de leur côté !

Rufus, qui était resté un peu à l’écart, crut bon d’intervenir.

- Qu’est-ce que c’est que ces salades ? Pourquoi Strife raconte-t-il des horreurs pareilles à cet enfant ?

Cid se redressa et laissa échapper un profond soupir.

- Cette fois il est allé trop loin ! s’emporta Tifa. Je m’en vais lui faire passer l’envie de…

Le pilote la retint.

- Attends. Réponds d’abord à une question : comment se fait-il qu’un héros du Soldat, un garçon qui a aidé à sauver la planète par trois fois, sème sa zizanie, réussisse à se mettre à dos tous ses amis et ses relations en moins de trois jours et que personne ne se demande « pourquoi ? ».

La jeune femme se pétrifia, comprenant où il voulait en venir, et Rufus fit craquer ses phalanges, nerveux.

- Il porte les cellules de Jenova, murmura-t-il.

- Ouais… acquiesça le pilote. Et ce ne serait pas la première fois qu’elles lui jouent un sale tour.

Tifa dut s’appuyer sur le mur du couloir.

- Ca a bien failli nous mener à la catastrophe, il y a cinq ans.

- Que s’est-il passé ? s’enquit Shalua.

- Jenova avait pris le contrôle et l’avait obligé à lui remettre la matéria noire qui l’aiderait à détruire la planète. Oh, mon Dieu…

- « Diviser pour mieux régner », c’est bien ce qu’a dit Vincent, leur rappela Cid. Isoler, rompre les liens, monter le frère contre le frère, l’ami contre l’ami… Et, comme des cons, on n’a rien vu venir ! Merde !

Denzel les dévisagea tous à tour de rôle, perdu et tremblant de peur.

- Que… qu’est-ce qui se passe ? C’est trop tard, Jenova va venir, c’est ça ? Ces salauds ont réussi, hein, c’est ça que vous êtes en train de dire ?

- Denzel ! s’écria Tifa.

Cid s’interposa.

- Tifa, va chercher Vincent. Il saura quoi faire. Quant à moi, fit-il en s’accroupissant à nouveau devant Denzel avec un mine austère, il faut que j’aie une conversation avec ce courageux combattant du mal. Seuls. D’homme à homme. O.K. ?

Le garçonnet se gonfla d’orgueil et acquiesça avec sérieux.

*

Loz ferma la doudoune de Marlène jusqu’à la gorge et rabattit la capuche bordée de fourrure sur son visage.

Cela fait, il zippa son blouson et tapota le siège de la moto, derrière lui.

- Allez, grimpe avant que Tifa ne m’écorche vif ou que je ne change d’avis, fit-il, taquin.

- Eh ! T’as dit que je pourrais monter devant.

Il fronça les sourcils.

- J’ai dit ça, moi ? T’es sûre ?

- T’as promis !

Elle lui asséna un petit coup de poing sur la cuisse et il sourit.

- Ca va, je te taquinais.

Il la souleva d’un seul bras pour l’asseoir devant lui, entre ses jambes, et lui plaça les mains sur le guidon.

- Tu t’accroches là et tu ne lâches pas, hein ?

Lorsque Marlène était revenue dans la chambre de Tifa et l’avait vu enfiler ses vêtements de cuir pour aller faire une virée nocturne à moto, elle l’avait supplié de l’emmener avec lui.

Son premier réflexe, lorsque la jeune femme s’était lancée à la poursuite de son fils, avait été d’éclater en sanglots et de tout casser dans la chambre mais il avait finalement opté pour une ballade dans l’air glacial, histoire de se rafraîchir un peu la tête.

Enfourcher sa moto, s’engager sur une route au hasard et pousser le moteur au maximum dans la nuit glaciale dans l’espoir que la vitesse le griserait suffisamment pour lui faire oublier la douleur qui lui serrait la poitrine, voilà ce qu’il avait espéré.

Mais c’était sans compter sur Marlène qui, en voyant ses yeux rougis lorsqu’elle était revenue dans la chambre, s’était accrochée à lui avec toute la force de ses petits bras, refusant obstinément de le laisser tout seul.

- Loz ? Tu me laisseras passer une vitesse ?

Il enfila ses gants de cuir et rit de bon coeur, amusé par l’enthousiasme de la petite.

- On verra. Prête ? (Elle acquiesça et, excitée comme une puce, se coucha presque sur le carénage pour se donner l’illusion de piloter le puissant engin) Alors on y va. Tu n’as pas peur de sortir en pleine nuit, tu es sûre ?

- Nooon !

- Tu sais qu’il peut y avoir des monstres pas très sympas, là-haut, sur la montagne ?

- Bah tu les tueras, c’est pas grave ! Oncle Cid dit que t’es aussi costaud qu’un bahamut !

Il démarra, amusé par la confiance aveugle de la petite, et se pencha par-dessus son corps menu pour attraper le guidon et la protéger du froid glacial par la même occasion.

Ils sortirent du garage pour se diriger vers les grilles du manoir et Marlène leva la tête vers lui.

- Tu sens toujours aussi bon qu’il y a deux ans ! cria-t-elle pour couvrir le bruit du moteur, le faisant sourire.

- Comment ça ?

- Tu sens comme les bonbons !

Il éclata de rire et franchit les grilles pour s’engager sur la route menant au mont Nibel.

*

Allongé tout habillé sur son lit, Cloud entendit le bruit caractéristique de l’une des motos des argentés et bondit sur ses pieds pour aller à la fenêtre.

Lequel de ces trois salopards était-il donc pris d’insomnie ?

Lorsque l’une des lampes du parc jeta une lumière pâle sur de courts cheveux argentés et dessina les contours d’un large dos en V, Cloud sentit un sourire étirer ses lèvres.

Loz.

Une chance pareille, c’était presque trop beau !

Belle intuition qu’il avait eu de ne pas attendre le lendemain pour trafiquer les freins…

« Bon voyage, fils de pute. Tes petits frères ne te laisseront pas seul très longtemps, t’en fais pas… »

Loz s’engagea dans l’allée qui menait aux grilles du manoir, ce qui déclencha l’éclairage automatique du portail, et le coeur de Cloud fit un bond dans sa poitrine.

Il venait de reconnaître Marlène, assise sur la moto, devant l’argenté.

- Oh non pas ça… Merde !

Il fallait qu’il les rattrape et les arrête. Qu’il les rattrape à tout prix !

S’il venait à arriver quelque chose à la fillette par sa faute, il savait qu’il ne se pardonnerait jamais.

Il se saisit du démarreur de propre moto et, bondit en direction de la porte mais celle-ci s’ouvrit brusquement pour laisser passer Vincent et Shelke, que l’on venait visiblement de réveiller.

- Cloud, je dois de parler, c’est très important, décréta l’ancien turk.

- Pas maintenant ! s’écria le soldat en essayant de forcer le passage.

Mais Vincent ne l’entendait pas de cette oreille et il le repoussa sans douceur.

- Si, Cloud, tout de suite.

…à suivre

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XXXX - Du rire au drame

« Je me presse de rire de tout,

de peur d’être obligé d’en pleurer ! »

P.-A. C. Beaumarchais

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno entra dans la chambre en prenant bien garde de ne pas renverser le contenu des tasses sur le plateau et posa ce dernier sur son lit.

- Ca va ? demanda-t-il en se tournant vers la porte de la salle de bains, d’où s’échappait le bruit de l’eau en train de couler.

- Oui, je… Ca va mieux, répondit Yazoo d’une voix lasse en fermant le robinet.

Le turk soupira et retira sa veste de pyjama pour ne garder que son pantalon.

Il est 2h57 - la température est de 25°C, indiquait le contrôleur mural de la chambre.

« Tu parles d’un four ! »

Il avait essayé de régler le thermostat à plusieurs reprises depuis son arrivée mais c’était impossible. Gretta lui avait assuré qu’il serait réparé dès que Philip, l’homme à tout faire du manoir, serait rentré de congés.

La seule solution pour rafraîchir un peu l’atmosphère était d’ouvrir la fenêtre… et d’attraper une bonne pneumonie !

Yazoo sortit du luxueux cabinet de toilette en traînant des pieds, enveloppé dans le peignoir du turk et les cheveux humides de la douche qu’il venait de prendre.

- J’ai l’impression que mes jambes sont en plomb, gémit-il.

- Tu fais souvent des cauchemars aussi violents ?

- Non. Il m’arrive d’avoir un sommeil agité mais pas comme ça. Pas avec ce sentiment de danger imminent et de… de noirceur. Pas avec ce malaise au réveil.

- Tu ne te rappelles pas de ton rêve ?

L’argenté secoua la tête.

- Non, rien. Ou… Un nom, peut-être. Vaguement. Nemesis ? Akesis ? Je ne sais plus… Je suis désolé, Reno, je t’ai gâché ta nuit.

Ce dernier chassa la réflexion d’un geste et tapota le lit à côté du plateau.

- T’en fais pas pour ça, je n’ai jamais été un gros dormeur de toute façon. Et puis tu as de la chance, dans ton malheur, car nous sommes à Nibelheim et il existe ici une recette infaillible pour soigner les vilains cauchemars : le gâteau à la crème de Gretta !

Il arracha théâtralement la serviette d’une assiette, dévoilant plusieurs parts de gâteau orné de fleurs en sucre.

Yazoo pouffa.

- Et ça, c’est du chocolat chaud ? demanda-t-il en prenant l’un des mugs fumants pour en humer le contenu onctueux.

Le turk fit une petite révérence et contracta ses doigts comme s’ils étaient perclus d’arthrite.

- Préparé dans la cuisine ténébreuse d’un vieux manoir par un spécialiste des potions magiques, à savoir ton humble serviteur ! chevrota-t-il d’une voix sinistre, faisant rire Yazoo.

- Voilà qui a de quoi rassurer !

- D’habitude, j’y ajoute un peu de crème de whisky mais Shalua me tuerait alors je l’ai remplacée par de la crème montée, ajouta Reno en se redressant.

Il lui tendit un morceau de gâteau.

L’argenté déclina l’invitation, goûta le chocolat brûlant et sourit, paraissant se perdre dans d’agréables souvenirs.

- Mhh… C’est bon.

Reno engloutit goulûment une part de gâteau et en attaqua une deuxième.

- Je te l’ai dit : je suis un spécialiste !

- Lorsque nous étions enfants, Loz et moi, l’une des assistantes d’Hojo nous en préparait, parfois.

- Ah, oui ? J’ai du mal imaginer un sbire d’Hojo se montrant aimable avec qui que ce soit.

Yazoo grimaça et but lentement son chocolat.

- En fait, je crois que c’était le seul moyen qu’elle avait trouvé pour qu’on se tienne tranquilles le temps de faire les prélèvements de peau et de cheveux.

Le turk ricana puis parut penser à quelque chose, secoua bizarrement la tête et fit une moue.

- De… peau ? C’est dévlasse ! Euh… Pardon. Dégueulasse !

L’argenté secoua la tête, rassurant.

- Ca ne fait pas mal du tout.

- Ah ouais ? Bah je me suis écorché plus d’une fois et, p’tain, ça fait pas du bien non plus !

- En fait, ils prélèvent juste une petite lamelle de peau sur le talon. Tu ne sens absolument rien.

Reno se saisit d’une troisième part de gâteau.

- Bah moi… Je les aurais pas laissé, approcher, nan ! Je les aurais refournés comme des crêpes ! Euh… renourtés. Revournés ? Enfin, mis dans l’aut’sens.

Il ouvrit la bouche pour mordre dans la pâtisserie crémeuse mais hésita, ne sachant plus trop laquelle de ses deux mains droites était la bonne.

- Reno ?

- Bah merde, alors…

- Reno !

Celui-ci tressaillit, leva vers lui un regard vitreux et tangua un peu sur son assise.

- Mhh ? Quoi ?

- Reno, ça va ? Tu as l’air bizarre, tout d’un coup.

- Non, ça va. Juste… Je croyais que j’avais pris trois p’tain d’parts et… y’en reste encore quatre alors qu’j'en ai becté deux… J’pige pô…

Yazoo écarquilla les yeux et posa lentement son mug vide sur le plateau sans cesser de le dévisager.

- Reno… Regarde-moi.

Le turk essaya de fixer l’argenté immobile sans loucher. Et ça ne paraissait pas être une mince affaire si l’on en croyait la façon qu’il avait d’avancer et de reculer la tête à tour de rôle, comme un photographe un objectif récalcitrant lorsqu’il a du mal à faire le point.

- Si t’arrêtais d’bouger, aussi…

- Reno ! Qu’as-tu mis dans ton chocolat ? gronda Yazoo, la méfiance perçant dans la voix.

Le turk se gratta la tête avec une grimace ridicule et plissa le front.

- Attends qu’je rébléchisse… Réfléviche… Réchéfl…. Qu’je m’rappelle. Du lait… De l’eau… Du chocolat, bien sûr… Du sucre et d’la crême… Ou l’contraire ?

- De l’alcool ? le coupa l’argenté, gagné par une colère sourde.

Reno secoua furieusement la tête.

- T’es fou ?

Yazoo lui arracha son mug des mains pour en renifler le contenu.

Rien. Ca ne sentait que le chocolat.

- Tu as bu quelque chose, en bas ? Dis-moi la vérité !

- Nan ! Parole ! J’ai pas l’aurodisation. L’autosiration. L’autorisation. Non plus… Ah si.

- Reno, tu me déçois beaucoup, tu sais ! Non mais regarde-toi !

L’interpellé baissa les yeux sur sa poitrine nue et la dissimula sous ses bras croisés, à la façon d’une femme, vexé.

- Quoi ? Les filles m’trouvent très sesky, figure-toi ! assura-t-il en dodelinant du chef.

- Je ne parle pas de ça ! Tu es soûl !

Le turk se raidit brusquement et faillit tomber à la renverse sur la descente de lit.

- Ca pa vas, ta tête ! T’as bu ou quoi ?

- Tu sais, pourtant, qu’après ton passage dans le mako, tu ne dois plus toucher une goutte d’alcool ! Ton corps n’y est plus habitué ! Le moindre excès peut te plonger dans le coma ! Es-tu si pressé de mourir ? C’est comme ça que tu me remercies d’avoir risqué ma peau ?

- Mais puisque j’te dis qu’j'ai fait aucun eskès ! Esksès… Enfin ton truc que tu dis.

Yazoo allait répliquer vertement lorsque son regard tomba sur le gâteau.

Il en prit une part, la porta à son nez et tiqua.

- Oh lui ! railla Reno. Fais pas ta chochotte, l’est pas pourri, hein ! Gretta l’a fait c’t'aprem !

- Reno… Combien as-tu mangé de parts ? s’enquit l’argenté.

- Deux. P’quoi ? T’m'as vu, nan ?

- Reno… menaça Yazoo.

Le turk détourna le regard comme un garçonnet pris en faute.

- En comptant celles d’la cuisine ? (L’argenté acquiesça et Reno leva 4 doigts, le faisant pouffer) Oh ! Ca va, hein ! ronchonna-t-il, vexé.

Le rire de Yazoo redoubla.

La quantité d’eau-de-vie qui se trouvait dans la crème était minime mais, pour ce qu’était désormais l’organisme du turk, elle équivalait à une demi-bouteille de whisky avalée en quelques minutes par un adolescent de cinquante ou soixante kilos et qui n’avait jamais touché à l’alcool de sa vie.

- Ca promet !

- Quoi ? Dis dout te suite que j’bouffe trop ! J’ai jamais trépendu louvoir faire rentrer mon tupain de cul dans un futal de cuir taille XS, moi, hein !

- Reno, il ne s’agit pas de gourmandise mais d’ébriété, haleta Yazoo lorsqu’il réussit à reprendre son souffle. La crème de ce gâteau est bourrée d’eau de vie, âne que tu es ! C’est pour ça que tu es complètement cuit !

Reno blêmit et porta les mains à sa tête en un geste tragique de désespoir, l’image de Shalua armée d’une hache à double tranchant se dessinant dans son esprit.

- P’tain, chuis mort…

*

- Pourquoi il est dans ton lit ? insista Denzel en dévisageant Loz avec une grimace contrariée. Il est où, Cloud ?

Tifa alluma la lampe de chevet avec un grognement exaspéré et ordonna à Marlène de refermer la porte.

- Bon ! soupira-t-elle, éludant la question. Qu’est-ce que c’est que cette histoire d’enfants enlevés ?

- Deux petits garçons ! s’écria Marlène en venant tirer sur un pan de sa nuisette pour essayer de la sortir du lit. Dans un laboratoire de la Shinra.

La jeune femme se dégagea.

- Que… Quoi ? Calme-toi un peu. Qu’est-ce que tu racontes ?

- On les a vus ! la pressa Denzel. Il y a même un bébé ! Allez, viens ! Il faut aller réveiller Cloud !

- Un bébé ? Mais où ça ?

- Dans un laboratoire de la Shinra. Je sais pas où mais il lui font des trucs horribles ! Il est tout brûlé ! Allez, dépêche-toi !

Loz fit claquer sa langue contre ses incisives - « Tsss… » - et s’affala sur les oreillers en remontant les couvertures jusqu’à son menton.

- Qu’est-ce que tu paries qu’ils ont regardé les vidéos ? soupira-t-il.

Tifa se raidit.

- C’est vrai, Denzel ? s’écria-t-elle. Vous avez vu les films de surveillance ?

Le garçonnet lança un regard désespéré à Marlène.

- Tu vois ! le tança cette dernière. Je t’avais dit qu’on aurait des ennuis, si on entrait dans la salle vidéo !

- On s’en fiche, des ennuis ! Il faut aller chercher les enfants ! Tifa ! insista-t-il en tirant sa mère adoptive par le bras.

- Du calme, Denzel ! Le bébé va très bien.

- Ouais, il voudrait juste dormir un peu… murmura Loz, amusé malgré lui par la situation.

La jeune femme lui lança un regard narquois et il grimaça un sourire.

- Venez là, tous les deux, fit-elle en tendant les bras aux enfants, qui grimpèrent sur le lit pour se blottir contre elle, marchant littéralement sur l’argenté. Les vidéos que vous avez vues ont été tournées il y a très longtemps.

Marlène poussa un petit cri horrifié et se redressa.

- Alors c’est trop tard ? Les deux petits garçons sont morts ?

- Non ! Bien sûr que non ! Ils vont très bien et ils sont grands, maintenant, ce sont des hommes.

- Tu les connais ? demanda Denzel. C’est qui ?

Tifa se tourna vers Loz et rabattit doucement le drap qui lui couvrait le torse pour exposer le haut de son bras à la vue des enfants.

En voyant le tatouage déformé « J8 », ces derniers poussèrent un cri.

- C’était toi, le bébé ? bredouilla Marlène, qui le dévisageait à présent avec une expression de profonde sympathie.

L’argenté acquiesça.

- Et l’autre petit garçon, c’est mon frère, Yazoo.

La fillette émit un petit son étranglé et pinça les lèvres, prête à éclater en sanglots.

Tifa lui lissa les cheveux, rassurante.

- Tu vois, ma chérie ? Tout va bien. Il n’y a pas de raison de s’inquiet…

Mais Marlène s’était déjà jetée dans les bras de Loz et s’agrippait à lui en sanglotant bruyamment, ne sachant plus si elle était peinée, terrifiée, soulagée ou choquée. Probablement tout à la fois.

A la grande surprise de la jeune femme, l’argenté ne parut pas déstabilisé le moins du monde par sa réaction et entreprit de consoler la fillette à grand renfort de mots doux et de câlineries - trahissant l’habitude de s’occuper d’un frère plus jeune.

Et, bien sûr, comme c’est toujours le cas lorsqu’un enfant se met à pleurer en présence d’un autre, plus petit, ce dernier ne tarde pas à paniquer et à éclater en sanglots à son tour.

- Tifa, j’ai peur ! pleurnicha Denzel. Je veux pas rester ici !

- Pourquoi, mon coeur ?

- C’est la Shinra qui a fait du mal aux petits garçons et ici, c’est une maison de la Shinra !

- C’était il y a très longtemps, Denzel. Maintenant, c’est Rufus, le patron de la Shinra et il est gentil. Non ?

- Je m’en fiche ! Je veux Cloud ! Lui, il peut nous protéger ! Pourquoi il est pas avec toi ?

Tifa et Loz échangèrent un regard découragé et Marlène leva la tête.

- C’est toi, l’amoureux de Tifa, maintenant, hein ? demanda-t-elle à l’argenté.

- Non ! se récria Denzel sans lui laisser le temps de répondre. C’est Cloud !

- Denzel ! intervint la jeune femme.

- C’est Cloud, l’amoureux de Tifa !

- Non, c’est Loz ! soutint Marlène.

- C’est Cloud ! Et même qu’ils vont se marier un jour !

- Même pas vrai !

- Ca suffit, tous les deux ! s’emporta Tifa. Cloud est mon ami, Denzel, et il n’a jamais été question de mariage ! Qu’est-ce que c’est que cette lubie ?

Le garçonnet sauta du lit et secoua furieusement la tête.

- Non ! T’as pas le droit !

- Quoi ? s’étrangla-t-elle.

- T’as toujours dit qu’un jour qu’on vivrait tous ensemble ! Avec Cloud ! Et qu’on serait une vraie famille !

La jeune femme leva les yeux au ciel.

- Denzel… soupira-t-elle. Que nous hébergions Cloud à Edge ne signifie pas qu’on va se marier lui et moi.

Denzel pointa un doigt accusateur vers Loz.

- Je veux pas de lui chez nous !

Tifa fronça le sourcil, sévère.

- Ce n’est pas à toi de décider, Denzel.

- Tu seras jamais mon père ! cria encore le garçonnet avec toute la rage dont il était capable. Tu prendras pas la place de Cloud, je t’en empêcherai ! Je… Je… Je te tuerai !

- Denzel !

Tifa jaillit du lit et, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, lui administra une fessée retentissante sous le regard éberlué de Marlène, qui s’était blottie contre Loz, terrifiée par les paroles de son ami.

- Excuse-toi tout de suite, Denzel ! ordonna la jeune femme en désignant son amant.

- Je m’excuserai pas ! Il veut prendre la place de Cloud ! C’est un salaud !

- Laisse-le… murmura l’argenté d’une voix blanche en la voyant essayer de calmer le garçon, qui ruait et donnait des coups de pied en tout sens. Les vidéos l’ont choqué et il ne sait plus ce qu’il dit.

- Denzel ! Denzel, calme-toi, mon chéri !

- Lâche-moi !

- Denzel, arrête ! Tu vas te faire mal !

Le garçonnet se dégagea et courut vers la porte, en larmes.

- Je veux que tu crèves, sale enfoiré ! cria-t-il à Loz une dernière fois avant de disparaître en direction de la chambre de Cloud.

Tifa s’adossa au battant et réprima une soudaine envie de pleurer mais Marlène était trop sensible et la connaissait trop bien pour ne pas sentir sa détresse.

La fillette sauta du lit et la rejoignit pour enserrer sa taille de toute la force de ses petits bras.

- Pleure pas, Tifa… S’il te plaît.

Loz détourna le regard pour cacher ses propres larmes, la poitrine soudain si serrée et douloureuse qu’il lui était presque impossible de respirer.

Si le fils adoptif de la jeune femme se mettait à le détester, il savait très bien ce qui se passerait.

Aerith leur avait assez répété : pour une mère digne de ce nom, seuls ses enfants comptent. Pour eux, elle est prête à tout sacrifier. Absolument tout.

En comparaison de Denzel, lui, il n’était rien… Absolument rien.

*

- Reno, reste tranquille !

- Mais puisqu’j'te dis qu’j'ai pas s’meil ! rétorqua le turk en repoussant les draps.

Yazoo, découragé, s’assit sur le bord du lit et soupira.

- Je crois que je te préfère malade plutôt que soûl !

Reno tendit les bras avec un sourire idiot.

- Tu fais un câlin ?

- Non !

- Tant pis, j’le prends quand même !

Il attrapa l’argenté à bras le corps et se laissa tomber sur les draps défaits.

- Reno ! protesta Yazoo en se débattant.

- P’tain ! Qu’est-ce qu’tu sens bon… gémit le turk en enfouissant son visage contre son cou. Ca m’eskite à mort c’t'odeur !

L’objet de ses attentions pouffa et se dégagea de l’étreinte étouffante.

- Tu es ridicule, Reno ! ricana-t-il.

- C’pas des conneries, r’garde !

Le turk exposa la partie concernée et Yazoo lui remonta aussi sec le pantalon.

- Reno !

- Quoi ? On t’a majais dit que t’étais maivrent bandant ?

Reno lui tendit une bouche en cul de poule avec une mimique qui, sous l’effet de l’ébriété, n’avait plus de « sensuelle » que le nom et l’argenté fut pris d’un terrible fou rire.

- Je devrais te filmer pour que tu puisses te voir demain et mourir de honte !

Le turk se renfrogna.

- J’te fais pas d’effet, c’est ça ? J’suis pas assez sesky ?

- Si, Reno, railla l’argenté en riant de plus belle, tu es très « sesky » mais disons que là, tout de suite, ta « seskytude » n’est pas à son top niveau. Ah ! Ah ! Ah !

Il se plia en deux, hilare, et le turk lui agrippa l’épaule.

- Yazoo ? Yazoo !

- Quoi encore ?

- Faut qu’tu t’pousses…

- Hein ?

- Pousse-toi ! cria Reno, plus vert que blanc, en bondissant sur ses pieds pour se précipiter vers la salle de bains, les deux mains sur la bouche.

*

« Accès et passes bloqués, monsieur. » annonça la voix de Tseng dans le haut-parleur du téléphone connecté à la ligne sécurisée du jeune président de la Shinra.

Celui-ci, assis à son bureau dans une sobre robe de chambre de coton, poussa un soupir de soulagement et se tourna vers Cid, qui marchait de long en large dans la pièce.

- Tseng, Shera a-t-elle essayé de se connecter à la base depuis qu’elle est arrivée ? demanda ce dernier en s’immobilisant devant le poste.

« Oui, amiral Highwind. Depuis votre ordinateur. La dernière tentative de connexion a eu lieu… il y a 46 secondes. »

Shalua, assise sur l’un des luxueux fauteuils flanquant le secrétaire massif, tressaillit.

- A quelle base de données a-t-elle voulu avoir accès ? s’enquit Rufus.

« Les fichiers de travail du professeurs Rui, monsieur. Les recherches du laboratoire de Nibelheim. »

- J’en étais sûre ! gémit la jeune scientifique en prenant Cid à témoin.

Ce dernier jura comme un corps de garde et se pencha sur le micro du haut-parleur.

- Qu’a-t-elle eu le temps de voir, Tseng ?

« Rien, amiral. Ses accès avaient déjà été bloqués. »

Tous poussèrent un soupir de soulagement et Rufus alluma une cigarette, que Cid le vit déguster avec envie.

Remarquant son regard, Shalua tendit sa main valide pour la poser sur son bras nu et il sourit en se saisissant du poignet délicat pour le porter à ses lèvres.

« La notification de rupture de contrat est sur votre messagerie, monsieur, et votre avocat vient d’arriver. »

- Passe-le moi.

« Bien, monsieur. »

- Ash ?

« Bonjour, Rufus. Quelle histoire, dis-moi ! »

- Désolé de te tirer du lit d’aussi bon matin, Ash.

« Pas de problème ! »

- Tseng t’a expliqué toute l’affaire ?

« Oui, tout est clair. »

- As-tu aussi tout ce qu’il te faut pour les papiers de divorce ?

« Oui, on vient de me remettre à l’instant le dossier de l’amiral Highwind. Ne te fais pas de souci. Accorde-moi quatre petites heures et, sauf incident, tout sera prêt et en règle pour te débarrasser de cette cinglée. Conseil d’avocat, néanmoins, tu en fais ce que tu veux : tu devrais attaquer cette femme en justice. Ce genre d’individu ne change pas et tu peux être sûr que, tôt ou tard, tu entendras à nouveau parler d’elle.»

- Faisons déjà en sorte qu’elle fiche le camp en douceur. Ce n’est vraiment pas le moment de faire des vagues, Ash, crois-moi.

« C’est toi qui vois. Je me mets au travail tout de suite. Je te recontacte dès que j’ai terminé. »

- Merci encore, Ash. A tout à l’heure.

Il coupa la communication et se tourna vers Cid et Shalua.

- Nous n’avons plus qu’à patienter et à faire comme si de rien n’était en attendant de recevoir les documents.

- Perdre son travail et son mari en même temps… Je ne sais pas comment je prendrais la chose, à sa place, murmura la jeune femme, un peu inquiète.

Cid la rassura d’un clin d’oeil.

- Je me charge de lui annoncer la nouvelle. Avec moi, elle n’osera pas monter sur ses grands chevaux.

Rufus se mordilla la lèvre et frôla du bout des doigts les rapports de l’ancien programme spatial qui encombraient son bureau.

- Quel gâchis…

…à suivre

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XXXVII - Le mal de “mère”

«La plus violente douleur qu’on puisse éprouver,

certes, est la perte d’un enfant pour une mère,

et la perte de la mère pour un homme.»

Guy de Maupassant

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

« Que contient ce carton, mère ? »

« … »

« Tu ne veux pas me le dire ? »

« Tu le verras bientôt, amour… Lorsque tu sortiras d’ici. »

« Et tu es certaine que cela peut aider Kadaj ? »

« Qui peut être sûr de quoi que ce soit ? »

« Tu as l’air bien sombre, tout d’un coup… »

« Ce sont les souvenirs… Cette maison est pleine de tant de souvenirs… »

« Je sais… »

« Ne sois pas peiné, mon fils. Ils ne sont pas tous douloureux, loin de là. »

« C’est curieux… »

« Quoi donc, amour ? »

« Loz… Tu sens ? Quelque chose a changé. Il ne dégage plus la même énergie psychique que ses frères. C’est beaucoup plus intense. Il semble… euphorique ? »

« Pas euphorique, mon fils. Amoureux. »

« Amoureux… »

« C’est un sentiment si agréable… »

« Vraiment ? Qu’est-ce que ça fait, mère ? »

« C’est… difficile à expliquer. »

« Tu as souvent été amoureuse ? »

« Non, amour. Une seule fois, en réalité. »

« C’était Vincent, n’est-ce pas ? »

« Oui… Oui, c’était Vincent. »

« Mère… »

« Oui ? »

« Pourquoi as-tu épousé père si tu aimais Vincent ? »

« Je… Je ne m’estimais pas en droit de l’aimer. »

« Pourquoi ? »

« Son père, Grimoire, un homme que je respectais et qui était devenu mon maître à penser, est mort par ma faute. »

« La mort de Grimoire Valentine était un accident, mère. Personne n’aurait pu prévoir la réaction de cette entité que l’on appelle Chaos. Pas même toi.»

« Je sais… Mais peut-être que si je m’étais montrée plus prudente, moins impatiente, je… »

« Ca n’aurait rien changé. »

« Sans doute… Quoi qu’il en soit, c’est ce qui m’a fait repousser les avances de Vincent. »

« La culpabilité. Encore… Toujours… »

« Oui, mon fils. La culpabilité. Un fléau, disent certains philosophes. Mais, sans elle, nous serions des êtres dépourvus de morale et peut-être même de sentiments. Alors, à tout prendre, mieux vaut vivre avec elle que sans. »

« Et supporter sa morsure en serrant les dents… »

« Pas forcément, non. Tout maux a son remède.»

« Qu’est-ce qui peut guérir la culpabilité, mère ? »

« Le pardon, Sephiroth. Le pardon… »

*

Discret comme un fantôme, Vincent suivit Yuffie du grenier à la cuisine et la vit faire une razzia de biscuits, bonbons, sodas et autres cochonneries dans les placards avant de repartir, sa mystérieuse boîte bleue dans les bras.

- Une soirée pyjama se prépare, dirait-on, fit-il à l’intention de Gretta, qu’il avait vue se cacher derrière la porte à l’arrivée de la jeune fille.

La vieille femme, qui elle ne l’avait bien sûr pas remarqué, sursauta si fort qu’elle failli laisser tomber la part de gâteau - son péché mignon - et le thé qu’elle était venue engloutir discrètement.

- Monsieur Valentine ! s’écria-t-elle. Vous m’avez fait une de ces peurs !

- Désolé, Gretta.

Elle alluma une petite lampe et remit sa tasse de thé dans le micro-ondes.

- Un morceau de gâteau ? demanda-t-elle en lissant coquettement son élégante robe de chambre vert pâle et ses longs cheveux blancs noués en une natte lâche.

Vincent sourit et secoua la tête.

- Non, merci. Pourquoi vous êtes-vous cachée, en entendant Yuffie ?

Elle lui adressa un clin d’oeil complice.

- Le péché a meilleur goût lorsqu’il est commis en douce ! laissa-t-elle tomber, faisant rire l’ancien turk. Vous avez vu ce qu’elle transportait ? On aurait dit la boîte dans laquelle le docteur Crescent avai…

- C’est bien elle, la coupa Vincent, la gorge serrée. C’est moi qui la lui avait achetée, à l’époque, lorsqu’elle a su qu’elle était enceinte. Elle en avait besoin pour… enfin peu importe.

Le micro-ondes sonna et Gretta en retira la tasse de thé brûlant.

- C’est pour les garçons, vous croyez ?

- Pour le plus jeune, je pense.

- Oh, monsieur Hojo junior. C’est un gentil petit. Comme ses frères, d’ailleurs. Si seulement le docteur Crescent avait pu les connaître, elle qui rêvait d’avoir des tas d’enfants… Mon Dieu, quelle tragédie.

- « Tragédie » me paraît un mot bien faible, ma pauvre Gretta.

- C’est vrai. Mais j’y pense… les vieux albums, dans la bibliothèque. Ceux qui avaient été faits par leur maman. Vous croyez que ça leur ferait plaisir de les voir ? Enfin, si tant est que j’arrive à remettre la main dessus. Cette vieille maison prend des airs de chantier de fouilles archéologiques dès lors que l’on commence à y chercher quelque chose.

L’ancien turk leva un sourcil.

- Lucrecia a fait des albums ? Et… vous croyez qu’il serait possible d’entreprendre cette « fouille archéologique » maintenant ? demanda-t-il avec une grimace amusée.

- Là ? Tout de suite ? En pleine nuit ? (Vincent acquiesça et le visage de la vieille gouvernante se fendit d’un sourire malicieux) Passer une partie de la nuit avec un bel homme comme vous dans un endroit sombre et poussiéreux… C’est tentant. Quand je leur raconterai ça, les vieilles peaux de Nibelheim vont en être malades de jalousie ! plaisanta-t-elle en acceptant coquettement le bras qu’il lui tendait.

L’ancien turk rit de bon coeur et cligna de l’oeil, séducteur.

- Vous pourrez même leur dire que j’ai fait ça…

Il se pencha pour déposer un baiser bruyant sur sa joue et Gretta rougit comme une adolescente en gloussant de plaisir.

- Oh ! Monsieur Valentine ! le gronda-t-elle en lui donnant une petite tape sur l’épaule.

*

Quelqu’un le secouait doucement dans son sommeil. C’était déjà le matin ? Il lui semblait pourtant que cela faisait à peine quelques minutes qu’il s’était endormi.

Reno ouvrit un oeil.

- Mhh ?

- Reno ? murmura la voix douce de Yazoo dans la pénombre.

Le turk se frotta les yeux et s’assit sur son lit.

- Il y a un problème ?

- Non, je… Désolé, je ne pensais pas que tu dormais déjà.

- J’suis claqué. Je me suis effondré comme une merde… Qu’est-ce qu’il y a ? Tu ne te sens pas bien ? C’est à nouveau cette pourriture de Jenova ?

- Non, je suis… seul. Dans la chambre, je veux dire.

Reno écarquilla les yeux, certain d’avoir mal compris.

- Hein ?

Il ne pouvait pas voir le visage de l’argenté dans la pénombre mais était presque certain, au ton de la voix, qu’il avait viré à l’écarlate.

- Loz est avec Tifa et il va probablement passer la nuit avec elle, alors…

Il laissa sa phrase en suspend et le turk sentit son estomac se nouer.

Il rêvait ou Yazoo était en train de lui faire ouvertement des avances ?

- Euh… Ouais, bredouilla-t-il, horriblement gêné. Et… alors ?

- Tu vas me trouver ridicule mais… Rester dans cette chambre immense, seul, toute la nuit, à me dire qu’elle peut revenir à tout moment… Je… Enfin, je… J’ai peur, Reno. J’ai peur qu’elle profite de mon inconscience pour reprendre le contrôle si mon frère n’est pas là.

Le turk était si soulagé qu’il faillit se mettre à sauter sur son lit en criant « youppii ! ».

- Tu veux dormir avec moi ?

- Si ça ne t’ennuie pas, bien sûr.

- T’es con ou quoi ? Quelle idée, bien sûr que non. Allez, hop ! Viens là, fit-il en rabattant les couvertures.

Yazoo parut hésiter.

- Oh, je… Ce n’est pas nécessaire. Je peux juste m’allonger sur…

- Fais pas le con ! Allez, saute là-dedans.

L’argenté obéit et s’emmitoufla dans les draps de coton fraîchement changés.

- Merci. Je… Je n’ai pas osé aller voir Kadaj. Je ne voulais pas l’effrayer.

- Pas de problème, fit Reno en réprimant un bâillement. La vache, tu sens toujours aussi bon, ajouta-t-il d’une voix ensommeillée en se collant contre son dos, enfouissant son visage dans ses cheveux à l’étrange odeur sucrée.

Yazoo se raidit en sentant le bras du turk se refermer autour de sa taille et attendit d’interminables minutes que ce dernier se retourne et le lâche.

En vain…

- R… Reno ? finit-il par bredouiller d’une voix si ténue qu’elle était tout bonnement inaudible.

Mais le turk, grisé par le parfum sucré de la chevelure de mercure, était déjà reparti pour le royaume des rêves, laissant leurs deux corps emboîtés comme deux cuillers dans un tiroir.

Et si Yazoo portait un pyjama, ce n’était pas le cas de Reno, qui, certain que personne ne viendrait le voir, comme lorsqu’il était malade, s’était couché entièrement nu…

L’argenté sentait parfaitement les moindres détails de son anatomie à travers le coton léger et plus particulièrement la zone du bas-ventre, plus fraîche que le reste de son corps.

Il n’osait pas esquisser le moindre mouvement de fuite, de peur que le turk, stimulé par le frottement, ne se mette à « réagir ». C’est ce que faisait parfois inconsciemment son jumeau dans son sommeil, lorsque Yazoo se collait trop à lui. Mais l’argenté doutait fort que, comme Loz, Reno se contente d’un « Arrête de me serrer comme ça, ça me fait bander ! » ronchon avant de lui tourner le dos… Non, leur gêne à tous deux serait terrible et… et… et mieux valait éviter d’y penser !

Il ferma les yeux et essaya de se détendre mais c’était impossible.

Le souffle qui s’échappait des lèvres entrouvertes lui chatouillait la nuque, le bras qui l’enserrait lui brûlait la peau à travers son t-shirt, il sentait les battements de coeur du turk contre son dos et…

« Oh, merde… »

Ce qu’il craignait arriva : stimulé par le contact du corps tiède et le parfum affolant des phéromones saturées de mako, le corps de Reno répondit d’instinct et son sexe se tendit contre les fesses de Yazoo.

Ce dernier se força à une telle immobilité que c’était à peine s’il osait respirer.

C’était une chose de rêver romantiquement des bras de Reno autour de lui et c’en était une autre de sentir un corps d’homme plaqué contre soi, sexe tendu contre la partie la plus intime de son anatomie…

« Et le pire c’est que ce n’est pas désagréable du tout… » réalisa-t-il avec embarras.

Loz avait dit un peu plus tôt qu’il ne s’était jamais soucié de ce qui trouvait entre son nombril et ses genoux mais force était de constater que la partie incriminée se rappelait soudain à ses bons souvenirs.

Une chaleur traîtresse lui enflammait progressivement le bas du ventre, ses joues devenaient cuisantes et des fourmis lui remontaient le long des reins.

« Malédiction… »

Reno chuchota des mots inintelligibles dans son sommeil en resserrant son étreinte autour de lui et Yazoo mordit l’oreiller pour étouffer un petit gémissement frustré.

*

Kadaj avait fini se brosser les dents et s’apprêtait à se glisser dans son lit en compagnie de Cait 9 lorsqu’un léger grattement se fit entendre à la porte.

- Kadaj ? fit la voix étouffée de Yuffie derrière le battant. Tu dors ?

- Non, pas encore. Entre !

Cait alla aimablement ouvrir et la jeune ninja pénétra dans la pièce, un énorme carton bleu estampillé de petits moogles dans les bras.

- Pardon d’arriver comme ça, mais il fallait que tu vois ça, fit-elle en posant son fardeau sur le lit avec grognement. Bon sang, ce que c’est lourd ! Qui pourrait croire que des trucs aussi petits peuvent peser trois tonnes !

L’argenté considéra le curieux colis jauni et cloqué par le temps et l’humidité.

- Que… qu’est-ce que c’est ?

- C’était à ta mère.

Yuffie ouvrit le couvercle et en sortit les boissons, gâteaux et bonbons pris dans la cuisine sous le regard à la fois abasourdi et perplexe de Kadaj.

- A ma mère ?

- Mais non, pas ça, idiot ! Ah ! Ah ! Ah ! Ca, je l’ai piqué à la cuisine. La nuit risque d’être longue alors j’ai fait des réserves !

L’argenté la regarda retirer ses bottes et se mettre à l’aise sur le couvre-lit en étalant les sucreries autour d’elle, pour la plus grande joie de Cait, qui paraissait soudain surexcité.

- Tu… Tu fais quoi, là ?

Yuffie écarquilla les yeux.

- Quoi ? T’as jamais passé une nuit à te goinfrer de sucreries en regardant de vieilles photos ou en lisant de vieilles lettres ? Tu sais, dans la série « on ressort les vieux jouets et les vêtements de quand on était bébés » ?

- Hein ?

- Rigolade, blagues débiles, vieilles fringues ringardes, coupes démodées, tes vieux qui font des trucs que t’aurais jamais cru… Non ? Une soirée pyjama, quoi ! T’as jamais fait ça, avec tes frangins ?

Kadaj secoua la tête, ne comprenant absolument pas où elle voulait en venir, et elle échangea un regard effaré avec Cait, qui haussa ses petites épaules velues.

- On se souvient des jours de son enfance, expliqua le chat. On ressort les photos, on conjure l’absence. A ceux qui sont partis, on rend un tendre hommage. De ceux qui sont restés, on revoit le visage…

- Au labo, nous n’avions pas de souvenirs ou de jouets. Encore moins des photos. Nous étions des expériences, Cait, pas des enfants.

L’Utaïenne plissa le nez avec un pincement au coeur et tapota la boîte aux moogles.

- Je vois… Eh bien Lucrecia, ta maman, avait préparé cette boîte pour Sephiroth avant sa naissance. (L’argenté se raidit) Tu ne veux pas savoir ce qu’il y a dedans ?

- Je… Je ne suis pas Sephiroth, dit-il, la gorge soudain si serrée qu’il se demanda comment un seul son pouvait sortir de sa bouche.

Yuffie ne se laissa pas démonter pour autant.

- Je sais. Mais Lucrecia veut que tu voies ce qu’il y a dedans. C’est donc que ça doit être important pour toi aussi.

- Lucrecia ? Ma… mère ?

- Oui. C’est Aerith qui me l’a dit.

- Aerith ?

- Elle est venue me voir, tout à l’heure. Et elle m’a fait une belle peur, tu peux me croire ! C’est elle qui m’a dit où trouver la boîte. (Elle ouvrit un paquet de bonbons et le lui tendit) Allez, viens t’asseoir. Tu vas voir, il y a plein de choses qui vont te faire rire, dedans ! (Le chat robotisé plongea la patte dans le carton et en ressortit une minuscule paire de chaussettes blanches brodées de souris bleues) Regarde ! C’était pour le grand Général Sephiroth !

Cait éclata de rire et Kadaj s’assit sur le lit avec circonspection mais n’osa pas se pencher sur le contenu de la boîte.

Des sentiments contradictoires l’agitaient. Il mourait de curiosité de voir le contenu mystérieux mais se sentait aussi terriblement jaloux de Sephiroth. Lui aussi aurait aimé avoir une boîte semblable avec son nom écrit au feutre noir sur le couvercle.

Voyant qu’il ne bougeait pas, Yuffie et Cait replongèrent simultanément main et patte dans la grosse boîte.

L’une en retira un gros album orné d’un bébé moogle bleu vêtu d’une barboteuse et suçotant une tétine et l’autre, deux lettres encore cachetées.

Ces dernières attirèrent aussitôt l’attention de la petite ninja car si l’une portait l’inscription « Pour l’équipe médicale », la seconde était libellée : « Pour Vincent Valentine ». Et on pouvait lire sur les deux, écrit au feutre rouge : « A OUVRIR LE JOUR DE L’ACCOUCHEMENT SI LE PRONOSTIC VITAL EST ENGAGE».

- Vous avez remarqué ? demanda Cait. Elles sont toujours fermées.

- C’est donc que l’accouchement s’est passé sans problème. Qu’est-ce qu’on fait ? s’enquit Yuffie. L’une d’elles est pour Vincent.

Kadaj lui arracha impatiemment les lettres de mains et les ouvrit sans autre cérémonie.

- Il y a prescription, je pense. Tiens… Les deux sont identiques. Je ne comprends pas, c’est quoi ?

La jeune Ninja lui en reprit une et la parcourut, Cait lisant par-dessus son bras.

- C’est une lettre d’intention, expliqua-t-elle. Les jeunes mères en écrivent au cas où l’accouchement se passerait mal.

- Comment ça ?

- Généralement, lorsque le pronostic vital est engagé, les médecins essayent de sauver la mère, en se disant, j’imagine, qu’elle pourra avoir d’autres enfants plus tard.

Kadaj haussa les épaules.

- Logique.

- Mais Lucrecia, comme beaucoup de mamans, avait donné pour instruction de sauver son enfant et non pas elle.

L’argenté grimaça.

- C’est idiot !

Yuffie ouvrit de grands yeux surpris.

- Idiot ? Pourquoi ? N’importe quelle mère digne de se nom se sacrifierait pour son enfant. C’est une réaction normale.

Cait 9 acquiesça énergiquement et Kadaj parut déstabilisé.

- C’est… c’est aux enfants de se sacrifier pour leur mère, essaya-t-il de plaider. Ils lui doivent leur existence et…

- Non, Kadaj, le coupa la jeune fille d’une voix douce. Aucune maman digne de ce nom n’accepterait que son enfant souffre à cause d’elle. Jamais, Kadaj. Jamais…

Ces quelques mots et l’assurance avec laquelle ils avaient été prononcés firent à Kadaj l’effet d’une volée de gifles.

Si c’était si évident pour tout le monde, pourquoi lui et ses frères s’étaient-ils fait avoir aussi facilement par Jenova ? Etaient-ils idiots ? Cet « instinct » qui semblait caractériser les gens « normaux » leur faisait-il défaut ?

Comme si une main géante venait de se refermer sur sa poitrine, il se sentit son coeur se serrer et se souffle se réduire à un filet d’air sifflant.

- Excuse-moi un instant, réussit-il à articuler d’une voix tout juste audible malgré la boule qui grossissait dans sa gorge.

Il se dirigea lentement vers la salle de bains, ferma doucement la porte et, une fois seul, s’appuya sur le bord du lavabo et essaya de pleurer aussi silencieusement que possible malgré les sanglots violents qui lui agitèrent le corps…

Sur le lit, Yuffie se mordilla l’ongle du pouce.

- Qu’est-ce qu’il a ? demanda-t-elle au robot. J’ai dit une bêtise ?

Cait secoua sa petite tête velue et se cacha le museau des mains, catastrophé.

- Sa seule mère, jusque là, s’appelait Jenova…

- Ah, zut… Moi et ma maudite langue !

…à suivre

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XXXVI - La rivale

« J’embrasse mon rival,

mais c’est pour l’étouffer… »

Racine

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Shalua verrouilla la porte de sa suite et s’y appuya pour considérer Cid, qui avait pris place sur le canapé.

- Crois-tu raisonnable, au vu des circonstances, de quitter le lit de ta femme en pleine nuit pour rejoindre ta maîtresse ? murmura-t-elle, un nœud dans la gorge.

Les yeux azurés se plantèrent dans les siens, tourmentés et suppliants, et elle regretta aussitôt ses paroles. Il avait l’air si découragé, si désespéré…

Oubliés le choc de l’arrivée de Shera, l’humiliation qui en avait suivi et la brûlure incandescente de la jalousie. Pour l’heure, le seul îlot de réalité était ce visage à la beauté virile, farouche, et cette peau blonde dorée par des années de soleil ; son seul souci, ce regard abattu et ces lèvres frémissantes de désarroi.

- J’ai besoin de toi, Shalua… chuchota Cid d’une voix brisée à peine audible. Tellement besoin…

Le coeur de la jeune femme se serra et elle s’agenouilla à ses côtés sur le canapé pour caresser son front et ses joues, sur lesquelles perçait une barbe naissante.

Les lueurs rousses mordorés de la lampe du petit salon faisaient brasiller ses épais cheveux blonds et se reflétaient sur la peau glabre et satinée de ses bras, laissés nus par un t-shirt de fin coton bleu qui moulait son large torse athlétique comme une seconde peau.

Le pilote ferma à demi les yeux, enserra la taille fine de Shalua et pressa délicatement sa tempe contre la poitrine ferme, si maternelle lorsqu’elle faisait un berceau aux fronts tourmentés qui s’y réfugiaient.

La jeune femme sourit tendrement et le serra un peu plus contre elle.

Elle déposa une pluie de baisers légers sur les courts cheveux blonds, qu’elle lissa de ses lèvres en humant avec ravissement sa chaude odeur d’homme.

- Je n’ai pas pu rester près d’elle, Shalua, murmura-t-il, la gorge nouée. Je ne la supporte plus. C’était déjà pas terrible mais là… Là, elle me file carrément la gerbe.

Il réprima un frisson et, tel un petit garçon, nicha son visage dans le décolleté profond, entre ses seins laiteux, comme pour se couper du monde.

Shalua sourit de ce geste enfantin et pétrit les muscles de son large dos, résistant à l’envie de glisser sa main sous le t-shirt pour sentir la chair ardente rouler sous ses doigts.

- Alors reste avec moi cette nuit, Cid. Cette nuit et toutes celles que tu voudras…

- Je suis désolé, pour tout à l’heure, Shalua. Shera a été odieuse et je ne…

- Chut, le coupa-t-elle. Tu ne pouvais rien dire, ni faire quoi que ce soit, alors n’y pense plus.

Elle se pencha pour embrasser la chair si tendre et si sensible à l’angle de sa mâchoire, derrière le lobe.

Le souffle chaud fit frissonner Cid et, de ses lèvres, elle pinça gentiment la peau de son cou, de l’oreille à la clavicule.

- Shalua… soupira-t-il entre ses seins.

Elle tira sur le col de son t-shirt pour mordiller un trapèze proéminent et le creux charnu d’une épaule.

Sa peau avait la mâle saveur du sel, de la liberté et du grand air mêlés. Un parfum musqué et enivrant adouci par le léger effluve de l’eau de toilette de Cid, une impalpable et si particulière essence boisée aux très légères notes de vanille qu’elle n’avait jamais senti sur personne.

Enhardi par les attentions de la jeune femme, il darda la langue pour la faire remonter le long de la ravine parfumée de son décolleté jusqu’à sa gorge, son menton et, enfin, sa bouche, où elle se glissa, possessive, en un baiser profond.

Shalua gémit contre ses lèvres et elle défit la boucle de sa ceinture et le bouton de son pantalon pour pouvoir glisser la main sous le t-shirt de coton moulant.

Cid sourit et la laissa un instant batailler avec le tissu, qui prenait un malin plaisir à plisser ou s’enrouler autour des doigts impatients pour freiner leur exploration passionnée.

Elle réussit cependant, à force de persévérance, à franchir les vallons escarpés de la paroi abdominale pour atteindre les provocants muscles pectoraux aux aréoles contractées par l’excitation et aux tétons turgescents, qu’elle fit rouler tour à tour sous son pouce.

Il laissa échapper un halètement rauque dans sa bouche et interrompit leur baiser pour retirer son t-shirt, dénudant son ample torse.

Shalua adorait le voir torse-nu, il le savait. Elle ne se lassait jamais d’embrasser, pétrir, caresser ou mordre la peau lisse qui recouvrait les muscles puissants mais la jeune femme réfréna l’envie de fondre sur la chair onctueuse et porta la main à sa propre épaule pour retirer la prothèse robotisée de son bras gauche, quelle avait remise au labo.

Cid l’arrêta.

- Non… chuchota-t-il en embrassant sa paume. Laisse-moi faire.

Avec mille précautions et une douceur qui serra la gorge de Shalua, il détacha la prothèse faite par Reeve et la posa délicatement sur le canapé avant de couvrir la partie de son bras encore intacte de petits baisers, de l’épaule au moignon.

- Cid, non, ne… ne fais pas ça. C’est…

Il sourit contre sa peau.

- C’est quoi ?

- Ca doit être horriblement désagréable de… toucher ça pour quelqu’un de… d’entier.

- Pourquoi ? Y a-t-il un seul millimètre carré de mon corps qui te révulse ?

- Non, bien sûr que non, mais…

- Un seul endroit que je t’ai jamais interdit de toucher ? D’embrasser ou d’exciter ?

- Non… soupira-t-elle, lascive, au souvenir de leurs jeux amoureux.

- Pourquoi en serait-il autrement pour moi, Shalua ?

Il prit son visage entre ses mains et déposa un baiser tendre sur sa paupière fermée, celle sous laquelle avait jadis scintillé une prunelle aigue-marine.

- Cid… susurra-t-elle, émue aux larmes.

Il la souleva dans ses bras et, tout en lui dévorant les lèvres, écarta la table basse du pied pour l’allonger sur l’épais tapis de laine qui recouvrait le parquet ciré.

Elle pouffa.

- Ici ? Sur le sol ?

Il lui sourit avec une grimace espiègle.

- Ouais… gronda-t-il. Par terre, comme des bêtes !

Il fondit sur son cou, toutes dents dehors, pour mordre sensuellement la jointure de l’épaule avec un grognement comique.

Shalua éclata de rire et renversa la tête en arrière, offrant sa gorge aux morsures voluptueuses du pilote.

- Aïe ! Cid ! Ah ! Ah ! Ah !

Dans le couloir, Shera, l’oreille collée contre la porte de la suite jusqu’à laquelle elle avait discrètement suivi son infidèle époux, leva le sourcil et plissa ses lèvres fines en un sourire vipérin.

Sa première impression avait été la bonne, finalement. Cette garce borgne et manchote était bien la coqueluche en date de Cid.

La première depuis leur mariage…

Voilà donc la véritable raison pour laquelle il avait abordé ce sujet inepte de divorce.

C’était plutôt rassurant, cela dit, car cette Marie-couche-toi-là n’était très probablement qu’une tocade, une allumeuse qui le tenait par le bout du sexe. Un béguin qu’elle allait se charger de lui faire passer, fut-ce à coups d’humiliations.

Personne ne lui prendrait jamais Cid. Personne. Et moins encore une pouliche mutilée, une demi-femme, fut-elle la pire des putains dans un lit !

Les rires, de l’autre côté de la porte, s’étaient mués en soupirs lascifs, chuchotements suppliants et halètements douloureux.

Sous l’assaut du plaisir, Shalua cria le nom de Cid, qui laissa échapper un long gémissement guttural, et Shera grimaça, prise de répugnance.

Quels animaux !

Qu’ils en profitent. Ils n’allaient plus s’amuser très longtemps, parole de Shera !

Elle tourna rageusement les talons et traversa le couloir enténébré sans remarquer les yeux perçants qui l’observaient en silence, dans l’ombre d’une statue de porphyre aussi rouge que la cape et les prunelles de leur propriétaire…

*

Tifa s’assit sur son lit et se frotta les tempes, sous lesquelles commençait à percer une migraine.

- Tu as mal à la tête ? demanda Loz en lui lissant les cheveux.

La jeune femme allait répondre « oui » et réalisa alors tout le comique de la situation. Elle était en compagnie d’un homme au physique affolant dans la pénombre d’une chambre cossue, sur un lit aussi moelleux que confortable et… « Désolée, pas ce soir, j’ai mal à la tête, chéri !».

Elle éclata de rire et il grimaça, décontenancé.

- Quoi ? Qu’est-ce que j’ai dit ?

- Rien, c’est moi. Je réalise que je suis en train de te faire le coup de la migraine !

Loz secoua la tête, ne voyant absolument pas de quoi elle parlait.

- Le coup de la quoi ?

- La migraine ! (Il écarquilla les yeux et hocha négativement la tête) Ca ne te dit rien ?

« Bien sûr que non, comment cela pourrait-il lui dire quelque chose ? » réalisa-t-elle, touchée par son ignorance. Les érotomanes du labo où il avait grandi ne risquaient pas d’arguer une migraine avant de le… Enfin, bref.

- Le prétexte mythique des dames pour échapper aux élans des maris entreprenants ! expliqua-t-elle. C’est une vieille blague sur le manque d’ardeur des femmes et les mille et une excuses qu’elles inventent pour esquiver les câlins.

- Et pourquoi les femmes voudraient-elles esquiver les « câlins » ? demanda-t-il avec une innocence désarmante.

Elle lui pinça affectueusement les joues.

- Parce que tous les hommes ne sont pas aussi séduisants et habiles que toi… murmura-t-elle à son oreille en lui léchant le pavillon.

Il frissonna.

- Tifa ?

- Mhh ?

- En parlant de maris… Cloud… Ce n’était pas seulement ton ami, n’est-ce pas ?

Elle se raidit et s’écarta un peu de lui pour le regarder dans les yeux.

- Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

- La façon qu’il a de nous regarder, lorsqu’on est ensemble. La haine dans ses yeux, lorsque je passe dans son champ de vision.

Tifa acquiesça.

- Disons que Cloud et moi… Nous avons essayé de construire quelque chose mais que ça n’a rien donné. En fait, il était très amoureux d’une amie à nous qui est décédée et… Mais attends, tu la connais ! Aerith. Aerith Gainsborough.

Loz fronça le sourcil.

- Aerith ? La fille qui nous a sortis de la rivière de la vie, l’amie de mère ?

- Oui ! s’écria la jeune femme avec enthousiasme. Tu te souviens d’elle ? Si tu savais comme elle nous manque à tous…

- Je me souviens très bien. Elle est gentille. Et sa voix est très douce. (Tifa eut un rire doux) Quoi ?

- Rien, c’est la façon que tu as de dire ça. C’est mignon.

Il grimaça un sourire, ne sachant si elle se moquait gentiment de lui ou si elle était vraiment attendrie par son ton enfantin.

- Kadaj croyait qu’elle était notre mère, au début, reprit-il. Quand elle est venue nous chercher, il y a deux ans. Lorsque… Lorsque…

Il n’osa pas finir sa phrase et Tifa lui caressa tendrement le visage et le cou.

« Lorsque nous sommes morts… » c’est ce que l’argenté voulait dire.

- Je sais quand c’était, Loz. (Elle déposa un baiser doux sur ses lèvres et sourit) Eh bien Aerith était la petite amie de Cloud.

Loz tiqua.

- Ah bon ?

- Oui. Le « départ » d’Aerith a été une terrible épreuve. Ils s’aimaient énormément et auraient sans doute fini leurs jours ensemble si ce drame avait pu être évité.

Il se mordit la lèvre, embarrassé.

- Ah… Et… c’est lui qui t’a dit ça ?

- Pas aussi directement, non. Cloud est très pudique. Mais lorsque nous prenions encore le temps de papoter et de nous confier l’un à l’autre, avant qu’il ne s’engage dans le SOLDAT, il parlait très souvent d’elle et des projets qu’il avait fait pour eux. Pourquoi ?

L’argenté fit le curieux petit bruit avec sa langue contre ses dents - « Tsss » - et Tifa, qui commençait à bien connaître ses attitudes et ses tics, s’alarma.

- Qu’y a-t-il, Loz ? Il s’est passé quelque chose avec Aerith dont Cloud ne nous a pas parlé ?

- Pas que je sache, non. C’est juste que… l’homme qu’aime Aerith… Enfin…

Il se tut, de plus en plus gêné.

- Quoi ? Eh bien parle.

- Ce n’est pas Cloud, Tifa.

Celle-ci blêmit.

- Que veux-tu dire ?

- L’amant d’Aerith est avec elle, là-bas, dans la rivière. Je ne l’ai pas vu mais j’ai entendu sa voix. Il nous a parlé, au labo, lorsque Shalua nous a réveillés et que sa soeur nous a mis en contact avec Aerith. Il s’appelle Zack. Zack Fair, je crois. Il porte les cellules de Jenova, lui aussi.

La jeune femme agita la main et secoua la tête, amusée.

- Zack est avec elle, c’est vrai, mais ce n’est pas ce que tu crois. Il était le meilleur ami de Cloud et un ancien flirt d’Aerith.

- Ah oui ? Bah, ce n’est pas ce qu’il nous a dit…

- Comment ça ?

Loz haussa les épaules.

- « Le compagnon d’Aerith », c’est comme ça qu’il s’est présenté. « Et un ancien ami du général Sephiroth ». Je ne sais pas, tu interpréterais ça comment, toi ?

Tifa porta la main à sa bouche pour étouffer une exclamation surprise.

- De la même façon que toi…admit-elle.

- Je ne pensais pas que c’était un secret pour qui que ce soit et encore moins pour ses amis.

- Tu plaisantes ! Je n’ose même pas imaginer la réaction de Cloud s’il entendait parler de ça ! (L’argenté bâilla et se frotta les yeux) Mon pauvre amour… murmura Tifa, attendrie, en lui passant la main dans les cheveux. Que d’émotions, aujourd’hui, hein ? Tu as l’air à bout.

Loz tiqua et ouvrit de grands yeux. C’était la première fois de sa vie que quelqu’un l’appelait comme ça et c’était… ma foi, très agréable.

- Quoi ? s’inquiéta la jeune femme en voyant son expression ahurie.

Elle avait laissé échapper le surnom tendre si naturellement qu’elle ne s’en était même pas rendue compte.

- Rien, je… Je suis un peu fatigué, c’est vrai.

Tifa sourit et dégrafa les lanières de son blouson.

- Alors, allez hop ! Une bonne douche bien chaude et au lit. Qu’en dis-tu ?

Il lui rendit son sourire et l’embrassa pendant qu’elle faisait glisser la fermeture éclair sur sa poitrine.

- Ca me va, murmura-t-il contre ses lèvres.

- On prévient Yazoo qu’il ne t’attende pas cette nuit ?

- Je crois qu’il s’en doute… répondit-il en la soulevant dans ses bras pour se diriger vers la salle de bains.

*

Comme Aerith l’avait dit, Yuffie trouva la grosse boîte bleue tout au fond du grenier poussiéreux.

Quel désordre !

Quelque chose de petit et de velu fila entre ses pieds et elle se mordit la langue pour ne pas crier.

Des souris…

Elle détestait les souris !

Prenant son courage à deux mains, néanmoins, elle réussit à dégager la boîte sans rien faire tomber. Enfin… « rien » hormis cinq cartons, une lampe, un vieux sac de voyage et une canne !

- Bon sang, mais quelle poussiè… ah… ah… Tchah !

Cela eut pour effet certes de dépoussiérer le dessus de la boîte mais aussi de soulever un épais nuage de ladite poussière qui la fit tousser et éternuer de plus belle.

Avec une bordée de jurons fleuris comme seul Cid savait en trouver, elle se plaça sous le cercle de lumière chichement fourni par l’ampoule nue et maladive qui pendait du plafond pour jeter un oeil curieux à sa trouvaille.

C’était une grosse boîte de carton estampillé de petits personnages amusants - en l’occurrence des moogles - comme celles que l’on trouve dans les chambres d’enfants, au sommet des armoires, pour ranger vêtements ou jouets qui ne servent plus.

Le couvercle en avait été scellé par de l’épais ruban adhésif mais il en fallait plus pour décourager une petite utaïenne voleuse de matérias brûlant de curiosité !

Patiemment, elle décolla le ruban qui, ayant souffert des intempéries et de l’humidité, ne résista guère.

- Voyons voir si Aerith avait raison… soupira-t-elle en soulevant le couvercle.

C’est alors qu’elle remarqua, sur l’un des coins de celui-ci, le nom libellé au stylo-feutre d’une écriture assurée, élégante et indubitablement féminine :

-Sephiroth-

…à suivre

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XXXV - Je t’aime… Moi, non plus !

« Si c’est là votre façon d’aimer,

je vous prie de me haïr. »

Molière

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Shalua et Shera se dévisagèrent dans un silence de mort, le bras de Cid toujours passé autour de la taille de la première.

- Tu ne me présentes pas, Cid ? demanda la seconde d’une voix glaciale.

La jeune scientifique se dégagea et, relevant la tête avec courage, s’avança d’un pas en tendant sa main valide.

- Docteur Shalua Rui, fit-elle avec aplomb.

La femme de Cid hoqueta, le regard fixé sur le moignon de son bras gauche que ne recouvrait nulle prothèse. Comme il n’était supposé se trouver aucun étranger parmi eux, la jeune femme avait voulu dîner à l’aise et s’était laissée convaincre par Merill de laisser sa lourde prothèse robotisée au laboratoire.

- Oh, mon Dieu… bredouilla Shera, les joues soudain brûlantes. Je… Pardon, j’ai cru que…

Elle leva le visage vers Shalua et remarqua alors qu’il lui manquait également un oeil, ce qui fit monter sa gêne d’un cran.

Cid s’avança à son tour, prêt à défendre la jeune scientifique de la moindre remarque désobligeante mais eut la surprise de voir sa femme serrer chaleureusement la main de sa rivale.

- Shera, se présenta-t-elle à son tour. Je suis Shera Highwind, la femme de Cid. Pardonnez-moi, je… Je me sens tellement idiote ! J’ai cru que… Oh, là, là… (Elle se tourna vers le pilote) Quelle manie, toi aussi, d’être aussi familier avec les gens ! On n’a pas idée ! Pardonnez-moi, docteur Rui, je ne sais pas quoi vous dire. Je… A le voir vous enlacer comme ça, j’ai cru que… Enfin, vous voyez. Non mais quel balourd tu fais, Cid !

Shalua encaissa le choc avec dignité mais Tifa, à l’instar de la plupart des spectateurs, sentit la révolte lui nouer les tripes.

Dans l’esprit de Shera, une femme comme Shalua - c’est à dire borgne et amputée d’un bras - ne pouvait en aucun cas être la maîtresse de son mari, les aurait-elle surpris nus dans un lit.

Cid, blême comme un suaire, serra les poings et ouvrit la bouche pour invectiver sa femme mais la jeune scientifique lui serra le bras, suppliante, la gorge serrée par la honte et ne voulant surtout pas ajouter à son malaise déjà grand.

- Tu entends ça, Cid ? fit-elle avec un effort surhumain pour ravaler ses larmes. Ta femme a cru que nous étions amants ! Toi et moi… Avoue qu’il y a de quoi rire, non ?

Le double sens de ses paroles et l’amertume qu’il sentait percer dans le ton artificiellement railleur enfoncèrent des poignards incandescents dans le coeur du pilote.

- Une fois encore, je suis désolée, docteur Rui… s’excusa à nouveau Shalua. Je ne sais pas comment me… Mon Dieu, vous devez me trouver si ridicule !

- Ce n’est rien, vraiment.

- Shera ! s’écria Cloud en lui tendant les bras. Tu ne dis plus bonjour aux amis ?

- Cloud ! Bon sang, ça faisait un bail !

Ils s’embrassèrent chaleureusement et la tension ambiante retomba un peu.

Reno se tourna vers Rude et secoua la tête, effondré.

- Rudo, ne le prends pas mal mais t’es vraiment un boulet !

- J’ai pas trop compris ce qui vient de se passer, là, avoua l’impressionnant turk à mi-voix.

- Cid envisage de divorcer, crétin de mes deux ! Shalua est sa maîtresse.

Son comparse pâlit.

- Oh, putain… J’en savais rien, moi !

- Pourquoi t’es allé la chercher ? Abruti !

- C’est Cloud qui m’a dit que ça lui ferait plaisir ! Ca devait être une surprise.

Reno faillit s’étrangler.

- Ah, parce que c’était ça, la surprise dont tu m’as parlé ? Oh, la vache…

Du coin de l’oeil, il vit Cloud plaisanter avec la nouvelle venue et jura.

Les enfants vinrent l’embrasser à leur tour et Rufus entraîna discrètement le pilote à l’écart.

- Je vous en prie, amiral Highwind, supplia le jeune président, reprenez-vous et faites semblant d’être heureux de la voir. Au moins ce soir.

- Quoi ? s’écria Cid.

- Chut ! Moins fort. Votre épouse arrive comme un cheveu dans la soupe et nous n’avons vraiment pas besoin de problèmes supplémentaires pour l’instant. Je vous rappelle que nous avons un Sephiroth inconscient au sous-sol qui est supposé se trouver à Edge, des invités avec une saleté d’entité extraterrestre qui n’attend qu’une occasion pour leur dévorer le cerveau et des phénomènes plus qu’inquiétants dans la rivière de la vie à étudier de toute urgence sans affoler la population !

- Rufus, nous n’avez pas idée de ce que vous me demandez !

- Soyez sûr du contraire. Je sais que vous préparez votre divorce et que la principale concernée n’est pas encore au courant. Je vous aiderai à accélérer les choses, je vous en donne ma parole, mais, pour l’heure, le plus important est que Shera reparte au plus vite.

- Il a raison, intervint Vincent en les rejoignant. Tu dois jouer les maris attentionnés quelques heures pour la renvoyer dès demain le plus sereinement possible et sans qu’elle pose trop de questions.

Cid serra ses mâchoires à tel point qu’ils entendirent grincer ses dents.

- Bordel de merde ! Quand je vais choper Rude, il va passer un sale quart d’heure…

- Il n’y est pour rien, Cid, assura Vincent. J’ai cru comprendre que c’était Cloud qui lui avait demandé de passer chercher Shera.

Le pilote lâcha une bordée de jurons étouffés et Rufus lui tapa sur l’épaule.

- Je vais parler à Shalua, ne vous en faites pas, fit-il avant de s’éloigner pour prendre la jeune femme à l’écart.

- Ca va aller ? s’enquit Vincent. Tu crois que tu vas pouvoir donner le change ?

Cid vit Shalua et Tifa hocher gravement la tête devant Rufus sous les regards révoltés de Loz et de Shelke.

- J’en sais rien, Vincent… J’en sais rien.

La jeune scientifique lui lança un sourire discret débordant d’affection qui lui serra le coeur.

- Tout le monde m’embrasse sauf mon propre mari, c’est un comble ! s’écria gaiement Shera en arrivant derrière lui. Bonsoir, Vincent. Ravie de te revoir.

Elle lui présenta sa joue mais il lui tendit la main.

- Désolé, je n’ai jamais été très à l’aise avec les contacts humains, s’excusa-t-il avant de les laisser seuls.

- Il n’a pas changé ! Alors ? Tu ne m’embrasses pas ?

Cid piqua sa joue d’un baiser rapide en essayant de ne pas imaginer ce que Shalua devait ressentir en le voyant agir de la sorte après la façon dont sa femme l’avait traitée.

- Tu as été odieuse avec le docteur Rui, Shera, ne put-il s’empêcher de lui faire remarquer.

Cette dernière grimaça et laissa échapper un gémissement embarrassé.

- Je sais… Je ne sais pas quoi dire pour m’excuser. Mais à vous voir tous les deux, comme ça, mon sang n’a fait qu’un tour. Oh ! Cid… Qu’aurais-tu pensé à ma place, franchement ?

« C’est pas ça qui est odieux, espèce de mégère ! C’est de croire que parce qu’elle a sacrifié son bras et son oeil pour sauver sa soeur, elle ne mérite plus l’attention d’un homme ! » avait-il envie de hurler.

- Tu as salué tout le monde ? demanda-t-il, ravalant sa rage à grand peine.

- Non, j’attendais que tu me présentes à ceux que je ne connais pas encore. Tiens, tu travailles sur un nouveau prototype ? demanda-t-elle de but en blanc.

- Hein ?

Elle lui prit la main gauche.

- Tu as enlevé ton alliance.

Cid avait pour habitude de retirer son anneau à chaque fois qu’il devait se servir d’outils ou manipuler du matériel.

- Ouais… cracha-t-il. C’est ça, je travaille sur un nouveau projet.

- Et on peut savoir lequel ? demanda-t-elle, intéressée. Je peux peut-être t’aider ?

Il soupira.

- Shera… Ne le prend pas mal mais te faire venir ici n’était pas une bonne idée. Pas en ce moment, du moins. On a… On a des « trucs » en cours. Des « trucs » dont je ne peux pas te parler.

- Un projet « top secret » ?

- Ouais. Ouais, c’est plus ou moins ça.

- Ca a à voir avec le Général Sephiroth ?

- Non. Ca, c’est réglé depuis deux jours, déjà, mentit-il. C’est autre chose.

Elle ouvrit de grands yeux, retenant à grand peine un sourire enthousiaste.

- Ne me dis pas que… Ne me dis pas qu’ils relancent un programme spatial, si ?

- Viens, fit-il pour couper court. Je vais te présenter Gretta.

Il la poussa presque de force et ils faillirent buter sur Shalua, qui venait prendre congé.

- Je… pardonnez-moi mais du travail m’attend au labo, je dois filer. Je vous laisse entre vous. Ravie de vous avoir rencontrée, madame Highwind.

- Shalua… Tu… Tu n’as même pas dîné, bredouilla le pilote.

Il ne savait pas comment faire pour la retenir afin de la réconforter, ou peut-être juste la rassurer… Un peu, au moins. Ou de… de… quelque chose ! Pas la laisser partir comme ça, bon sang !

- Gretta me descendra quelque chose, Cid, ne t’en fais pas. Bonne fin de soirée !

Elle fila discrètement et Tifa voulut la suivre mais Loz la retint.

- On a de la compagnie, chuchota-t-il à son oreille.

La jeune femme tourna la tête et vit Shera se précipiter vers elle pour l’embrasser bruyamment.

- Tifa ! Toujours aussi ravissante et en forme !

L’argenté posa une main protectrice sur l’épaule de sa compagne, déconcertant la femme de Cid.

Shera s’était toujours attendue à la voir avec Cloud, pas avec une espèce de play-boy bodybuildé aux cheveux prématurément gris et aux inquiétants yeux de chat.

Cramponnée au bras de Cid, elle se força cependant à sourire.

- Mais… qui est ce beau garçon, dis-moi ? fit-elle, un peu perdue, en voyant la jeune femme passer affectueusement le bras autour des reins étroits gainées de cuir noir.

- Loz, se présenta celui-ci avec un visage sévère sans même lui tendre la main, ses yeux félins luisant de méfiance. Loz Hojo.

- Hojo ? L’un des frères du général Sephiroth dont la télévision ne cesse de parler ? s’enquit Shera avec un sourire rayonnant qui n’émut pas l’argenté le moins du monde.

Celui-ci ne se donna d’ailleurs même pas la peine de répondre à sa question. Il la toisa de toute sa hauteur, un peu agressif, la mettant horriblement mal à l’aise… à la secrète satisfaction de Cid.

Sa femme l’ignorait encore mais la façon dont elle avait traité Shalua avait fait d’elle l’ennemi public numéro un des trois quarts de l’assistance.

- Et cette ravissante jeune fille, qui est-ce ? enchaîna Shera pour conjurer l’embarras que faisait naître en elle le belliqueux regard mako.

- Shelke Rui, madame Highwind. Je suis la soeur de Shalua.

- Encore désolée pour votre soeur, quelle idiote je fais… J’espère qu’elle ne m’en voudra pas.

- Ne vous en faites pas, madame Highwind. Ma soeur sait faire la part des choses.

- Gretta ! appela Cid, excédé de jouer les hôtes prévenants. (La gouvernante accourut.) Pouvez-vous conduire mon épouse à une chambre du second qu’elle puisse se rafraîchir et s’installer pour cette nuit ?

Traditionnellement, le premier étage du manoir, où ils logeaient tous excepté les domestiques, était réservé aux proches amis de la famille et aux maîtres de maison. Le second était lui destiné aux visiteurs de passage mais cela, Shera l’ignorait.

Et si elle se sentit froissée à la mention de « cette nuit », ce qui sous-entendait «la seule qu’elle passerait au manoir», elle n’en laissa rien paraître.

- Bien sûr, amiral Highwind, acquiesça Gretta, comprenant parfaitement ce que voulait le pilote. Madame Highwind, si vous voulez bien me suivre.

Cette dernière récupéra son sac et suivit la vieille femme hors de la salle de réception sous les regards en coin des autres hôtes de la demeure.

- Vous allez beaucoup apprécier la chambre bleue, madame Highwind, fit aimablement la gouvernante en s’engageant dans l’escalier monumental menant aux appartements du second étage. Madame Shinra, la grand-mère de Rufus, s’y enfermait durant des heures pour lire ou broder. Elle a une vue ravissante sur le parc et un petit balcon qui…

- Où est la chambre de mon mari ? l’interrompit Shera en s’immobilisant au milieu d’une marche.

- Au premier, madame, dans l’aile s…

- Alors allons-y, trancha-t-elle en désignant de la main l’escalier qu’elles venaient de monter. Je vous suis.

La vieille femme se raidit.

- Je vous demande pardon, madame ?

- La chambre de Cid. Conduisez-moi. Allons-y !

- Mais, madame… L’amiral Highwind a demandé de vous installer dans une chambre d’amis. Elles sont bien plus confortables et douillettes pour une dame que les appartements de fonction de…

- Je m’accommoderai très bien de ceux de Cid, ne vous en faites pas.

- C’est que… Le cabinet de travail de l’amiral Highwind est attenant à sa chambre, madame, plaida la pauvre femme, à court d’arguments. Et il ne serait pas convenable, déontologiquement parlant, de…

- Gretta, c’est ça ? la coupa Shera. Alors écoutez-moi bien, Gretta : Cid, enfin « L’amiral Highwind », est mon époux. Je suis sa femme. Nous sommes mariés. Il est donc normal que je m’installe dans sa chambre. Et pour ce qui est de ses papiers ou de ses dossiers, rassurez-vous : nous avons travaillé ensemble pendant des années et, aux dernières nouvelles, je fais toujours partie de l’équipe d’ingénieurs de la Shinra. Nous sommes donc sur le même bateau et ses secrets seront parfaitement gardés, n’ayez crainte. Rassurée ?

La gouvernante toussota, horriblement gênée.

- Je comprendre tout cela, madame, mais…

- Pas de « mais », Gretta. Montrez-moi sa chambre ou je me chargerai de la trouver moi-même.

La vieille femme se raidit, choquée par le comportement cavalier de Shera, mais inclina poliment la tête.

- Bien, madame.

*

Le dîner fut un cauchemar.

Prétextant du « travail » en retard et des « recherches » à faire, Tifa, Shelke, Yuffie, Reno et les trois argentés avaient préféré tenir compagnie à Shalua pour la réconforter et manger quelques sandwichs avec elle et Merill, au labo.

Cid s’était donc retrouvé coincé avec sa femme à faire des ronds de jambe simulés à Rufus, flanqué de Reeve, Rude, Vincent, Cloud et les enfants.

La table commença à se vider bien avant le dessert, chacun trouvant des excuses toutes plus farfelues les unes que les autres pour s’éclipser - du travail, un coup de fil important, un mail à envoyer… - et ne plus supporter l’ambiance horriblement pesante.

Shera, elle, plaisantait avec Marlène et Denzel qui, bien loin des problèmes et des considérations des adultes, riaient comme des fous aux plaisanteries et aux histoires de la femme de Cid.

Ce dernier n’avait pas quitté Cloud des yeux de tout le repas et, si son beau regard céruléen avait pu tuer, le jeune homme serait mort dix fois - au bas mot.

Le pilote n’attendait qu’une occasion de le coincer entre quatre yeux mais Shera s’agrippait à lui comme une moule à son rocher. Pire : Gretta l’avait informé que « madame Highwind » avait « exigé » d’être logée dans « la chambre de son mari », ce qui avait fini de le mettre hors de lui.

- Toi, j’aurais deux mots à te dire demain, cracha-t-il agressivement à l’oreille de Cloud en quittant enfin la table.

- Demain, tu me remercieras de t’avoir ramené à la raison, rétorqua le garçon sur le même ton, achevant de lui mettre les nerfs en pelote.

Il allait répliquer mais sa femme le tira par le bras.

- Cid, sois gentil, tu parleras avec tes amis demain. Je suis vraiment fatiguée, tu sais. J’ai filé en catastrophe de Rocket Town et le voyage en hélico dans le mauvais temps et les orages n’a pas été une partie de plaisir.

Il céda à contrecoeur et suivit Shera jusqu’à sa chambre, mourrant d’envie de descendre au sous-sol pour voir comment allait Shalua et lui parler.

*

Yuffie referma la porte de sa chambre et se laissa tomber sur la montagne de vêtements qui encombrait son lit avec un soupir déchirant.

- Journée de merde…

Elle repassa en mémoire les évènements de l’après-midi puis de la soirée.

Trois heures à essayer des robes et des corsages en fantasmant sur Reno, tout ça pour un quart d’heure d’humiliation, suivi d’une séance de baby-sitting avec un Denzel affolé. Et voilà la femme de Cid qui débarque et le prend pour ainsi dire la main dans le sac avec sa maîtresse, Shalua qui est traînée plus bas que terre et, pour finir, un « dîner sandwich » au labo - très sympa, d’ailleurs. Le seul moment agréable de la soirée, en fait.

Cait leur avait récité une flopée de poèmes humoristiques absolument tordants, Reno avait fait le clown comme à son habitude, Loz et Yazoo s’étaient lancés dans une bataille rangée de surnoms ridicules qui les avaient tous fait hurler de rire et Shalua et Tifa avaient bien failli les achever définitivement en racontant leurs premiers flirts adolescents - ce qui, soit dit en passant, déculpabilisa définitivement la jeune femme de son expérience catastrophique avec Reno…

Oui, ce dîner improvisé avait été vraiment sympa… Et les avait tous beaucoup rapprochés.

C’était bizarre, même, à bien y repenser, un tel rapprochement de gens si différents ; d’anciens ennemis, qui plus est.

Elle se revit s’esclaffer à s’en tordre les tripes sur l’un des lits de l’infirmerie, à demi vautrée sur Kadaj et Shalua, aussi hilares qu’elle après un poème satirique de Cait. Et elle revit les autres, aussi… Tifa, juste à côté d’elle, assise sur les genoux de Loz. Yazoo en tailleur face à eux, sur le deuxième lit, la tête de Reno sur sa cuisse et Shelke accoudée sur les genoux repliés de ce dernier.

Oui, ils avaient beaucoup ri, espiègles et amicaux, à quelques pas du mythique Sephiroth au visage si serein, comme si leur soudaine complicité l’apaisait…

Dire qu’il y a quelques mois encore, ils se seraient tous battus à mort et auraient transformé le labo en zone sinistrée…

Non mais quelle connerie, la guerre ! Un allumé plus ambitieux que les autres, une entité extraterrestre en mal de puissance ou un groupe industriel avide de toujours plus d’argent et pfuiiiiiii ! Ca y est ! C’en était fini des plaisanteries et des amis que l’on aurait pu se faire ! Terminé, les gens merveilleux que l’on aurait pu apprendre à connaître, tout ça parce qu’ils se retrouvent cachés derrière la lame d’un sabre ou le canon d’une arme pointée sur vous !

Ouais… Une belle connerie.

Yuffie s’étira sur son lit, fit tomber la robe de daim qu’elle avait retiré un peu plus tôt et repensa à Reno.

Elle avait cru que la présence du turk la mettrait terriblement mal à l’aise, au début, mais il n’en fut rien. Reno fit comme s’il ne s’était absolument rien passé entre eux, ce dont elle lui fut vraiment reconnaissante.

En fait, la seule fausse note de cette soirée de franche camaraderie avait été l’absence parmi eux de Cid, toujours prêt à plaisanter, et de Vincent.

Quant à Cloud…

Yuffie grimaça.

Elle avait toujours considéré le « croupion de chocobo », comme elle l’appelait, comme une prise de tête mais là, il atteignait quand même des sommets !

Faire venir Shera au manoir… Non mais de quoi je me mêle ! Pauvre Cid… Et pauvre Shalua, surtout ! Elle n’osait imaginer comment elle aurait elle-même réagi si on l’avait humiliée de la sorte.

Bon allez, assez cogité ! Il était tard et grand temps de prendre une bonne douche avant de se coucher.

Elle se redressa sur son lit avec un bâillement et faillit hurler en reconnaissant la jeune femme qui se tenait debout au pied de son lit.

- Bonjour, Yuffie, la salua l’apparition opalescente avec un sourire aimable. Pardonne-moi, je ne voulais pas t’effrayer.

La jeune utaïenne sentit une sueur glacée lui couler dans le dos.

- A… Aerith ? bredouilla-t-elle.

*

Lorsque Cid entendit le robinet s’arrêter de couler dans la salle de bains, il se tourna sur le flanc et ferma les yeux, simulant un sommeil profond.

Il entendit Shera soupirer et fermer la porte avant d’éteindre la lumière et se glisser dans le lit, tout contre lui.

Elle se lova contre son dos nu et, sentant sa peau fraîche, il écarquilla les yeux dans le noir.

Que diable faisait-elle toute nue ?

La réponse lui vint avec la main qui s’aventura sur sa hanche et glissa en direction de son bas-ventre.

- Shera, qu’est-ce que tu fais ? demanda-t-il en lui immobilisant le poignet.

- Comment, ce que je fais ? murmura-t-elle à son oreille, séductrice. Je suis ta femme, non ?

- Et tu t’en souviens seulement maintenant ? persifla-t-il, acide.

- Pourquoi dis-tu ça ?

- Pourquoi ? Tu te fiches de moi ou quoi ? On a dû baiser trois ou quatre fois au maximum depuis qu’on est mariés !

Elle mordilla son épaule et il se dégagea.

- Arrête.

- Voilà autre chose ! D’habitude, c’est toujours toi, qui réclames du sexe !

- Au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, Shera, ça fait très longtemps que je ne réclame plus. Depuis notre nuit de noces, en fait, lui rappela-t-il. Si on peut appeler comme ça les dix minutes de singeries et de soupe à la grimace durant lesquelles tu as daigné écarter les cuisses ce jour-là…

Shera le lâcha et tendit la main pour récupérer la chemise de nuit quelle avait posée sur la table de chevet.

- Ouh là, là… Monsieur est dans un mauvais jour, ça va, j’ai compris. Dis-le simplement, Cid. Inutile d’être aussi déplaisant.

- Déplaisant ? Shera, c’est moi qui… Oh, et puis laisse tomber.

Elle enfila la chemise et se colla à nouveau contre lui.

- Quoi, Cid ?

- Rien. Laisse-moi dormir, j’ai du travail, demain.

Mais elle ne l’entendait pas de cette oreille.

- Cid, j’ai fait le voyage jusqu’ici parce qu’on m’a dit que tu te sentais seul et déprimé.

Le pilote serra les dents et se tourna sur le dos pour croiser les bras derrière sa nuque.

- Je ne me sens pas seul, Shera, et je ne suis pas déprimé le moins du monde. En fait, je suis très contrarié parce que j’ai du boulot par-dessus la tête et que la dernière chose dont j’ai besoin, c’est d’une femme dans mes pattes ! Pardon de te le dire aussi crûment mais Cloud a eu tort de te faire venir. C’était vraiment pas le moment !

Shera se redressa sur un coude et alluma la lampe de chevet, faisant jurer Cid, qui se couvrit les yeux de l’avant-bras.

- Bon, ça suffit ! Il se passe quelque chose et je veux savoir ce que c’est !

- Et tu vois ça à quoi ? Une boule de cristal ?

- « Pardon de te le dire aussi crûment » singea-t-elle. C’est quoi ce langage ? Depuis quand tu t’excuses pour quoi que ce soit auprès de moi ?

- O.K…. Eteins cette lampe, et laisse-moi dormir, bordel de merde ! gronda-t-il, agressif. C’est mieux, comme ça ? ajouta-t-il, narquois. Ca me ressemble plus ?

Elle obtempéra.

- Cid…

- Quoi encore ?

- Cette fille, cette manchote…

Le sang du pilote ne fit qu’un tour.

- Je t’interdis de l’appeler comme ça ! explosa-t-il, le coeur battant, en s’asseyant sur le lit.

Shera ralluma la lumière et le considéra avec stupeur. Elle l’avait rarement vu aussi en colère.

- Ouh là, là… D’accord, ne mords pas ! La « doctoresse », alors.

- Le docteur Rui, Shera, si ça ne t’écorche pas les amygdales.

- En parlant de mordre… Qui t’a mordu, toi ?

Cid fronça le sourcil.

- Hein ?

Sa femme posa le doigt sur son biceps. A la lumière de la lampe, on distinguait parfaitement les marques d’une petite mâchoire.

Marlène l’avait mordu lorsqu’il l’avait taquinée au sujet de Loz.

- Et ne me dis pas que c’est l’un des enfants qui a fait ça en jouant, Cid, ou je me mets à hurler.

Il faillit bredouiller que c’était pourtant bien le cas, qu’elle n’avait qu’à demander à Marlène, mais changea d’avis et rabattit les couvertures pour s’asseoir sur le bord du lit.

- Et si je te disais que c’est moi ? rétorqua-t-il, cassant.

Elle ricana.

- Tu t’es mordu toi-même ? Bah voyons !

- Ouais ! dit-il, excédé, en enfilant son pantalon. Je me suis mordu pour étouffer un cri de plaisir pendant qu’on me taillait la meilleure pipe que j’ai jamais eue ! Ca te va, ça, comme explication ?

Elle fit vibrer ses lèvres, goguenarde.

- Je ne te crois pas un instant…

- Alors pourquoi tu m’emmerdes ? hurla-t-il, à bout.

Son cri résonna dans la chambre et il se frotta le visage en réalisant qu’il avait peut-être réveillé la moitié de la maisonnée.

- Tu devrais le redire mais un petit chouia plus fort, le brocarda Shera. Je ne suis pas certaine que tu aies réussi à réveiller toutes les marmottes qui hibernent sur le mont Nibel.

Cid allait rétorquer crûment, comme il le faisait toujours en pareil cas, mais se ravisa et se força au contraire au plus grand calme.

- Pourquoi faut-il toujours que ça se termine de la même façon, Shera ?

- Comment ça « de la même façon » ?

- Par une engueulade !

- Mais parce que tu ne sais pas t’exprimer autrement, Cid, quelle question. Il y a belle lurette que j’en ai pris mon parti !

Il faillit en rire mais seulement « failli ».

« Tu te trompes, je n’ai jamais élevé la voix ni même été un peu vif avec Shalua. Jamais… » avait-il envie de répliquer.

- Shera, ce n’est plus possible, soupira-t-il en tournant en rond dans la chambre. Ca ne peut pas continuer comme ça…

- Hein ?

Il fit jouer ses mâchoires en serrant et desserrant les poings. Bon sang, ce qu’il aurait donné pour pouvoir tirer sur une cigarette…

- Je voulais attendre d’avoir fini ce que j’avais à faire ici avant de t’en parler, Shera, mais c’est impossible. Je n’en peux plus de faire semblant, j’en ai assez !

La jeune femme leva les yeux au ciel.

- Faire semblant de quoi, Cid ? Où veux-tu en venir, à la fin ?

Il croisa les bras et la regarda droit dans les yeux, son rythme cardiaque battant le tambour dans ses veines.

- Ce mariage était une erreur, Shera. Je n’aurais jamais dû m’embarquer là-dedans.

Elle écarquilla les yeux et s’assit en tailleur.

- Ah… Voilà autre chose.

- Je suis désolé. Je ne voulais pas te dire ça comme ça, ici, mais je ne veux plus faire comme si tout allait de soi.

Elle sourit et tapota les draps, près d’elle.

- Viens là et dis-moi ce que tu as sur le coeur une fois pour toutes.

Il s’assit à ses côtés, sur le bord du lit, et prit une profonde inspiration.

- Il faut arrêter les dégâts, Shera. Toi et moi, on n’arrivera jamais à rien.

La jeune femme pouffa et ouvrit la bouche pour rétorquer par une pique mais le regard que lui lança Cid à cet instant coinça la plaisanterie dans sa gorge.

- Et… ça veut dire quoi, ça ?

- Que je veux divorcer.

Shera en resta sans voix un long moment.

- Divorcer ? Rien que ça ?

- Je sais que c’est un peu brutal comme décision mais…

- Pas du tout, pourquoi ? railla-t-elle. Tout le monde fait ça, de nos jours. Une broutille !

Cid pinça les lèvres, essayant de ne pas sortir de ses gonds.

- C’est la seule solution raisonnable, Shera. Pour tous les deux.

- Raisonnable ? Tu trouves ? On a une dispute et hop ! Tiens, chéri, j’ai une idée : si on divorçait ? Je t’en prie, Cid, un peu de sérieux ! Réagis en adulte, pour une fois ! Un problème, ça se règle en discutant et en parlant, pas en…

- Non ! la coupa-t-il. Arrête de noyer le poisson ! J’en ai marre ! Il ne s’agit pas seulement d’aujourd’hui et tu le sais très bien. Plus de faux-fuyants. Plus de mensonges, Shera. Plus de dispute. Plus de discussion stérile. Un divorce. C’est tout ce que je veux. Un divorce en bonne et due forme.

Shera sentit son estomac se contracter et elle se mordit la lèvre, déstabilisée par la fougue et la gravité de son pilote de mari. Habituellement, il abandonnait rapidement la dispute, par ennui si ce n’était par agacement. Mais là…

Et c’était bien la première fois aussi qu’elle l’entendait parler de divorce.

Oui, cette fois, c’était un peu plus sérieux et elle décida donc de changer de stratégie.

Une larme roula sur sa joue et Cid détourna le regard, horriblement mal à l’aise.

Bon sang, s’il y avait une chose qu’il détestait, c’était bien de faire pleurer une femme !

- Divorcer… murmura-t-elle. As-tu seulement conscience de la portée de ce mot ?

- Oui… Et ce n’est pas une décision que je prends à la légère, crois-moi.

- Comment peux-tu vouloir effacer toutes ces années comme ça, en un clin d’oeil ? Nous avons vécu tant de choses, Cid ! Et je t’aime toujours… ajouta-t-elle dans un sanglot étouffé. Je n’ai jamais cessé de t’aimer, tu le sais.

Il hocha la tête.

- Je le sais, Shera. Et j’en suis vraiment très touché… mais pour s’aimer il faut être deux.

- Mais nous sommes deux !

- Non, Shera, poursuivit-il d’une voix posée. Les années dont tu parles n’ont été que des collaborations. Nous étions collègues, rien de plus.

- Non ! C’est faux.

- Tu as toujours été la seule à aimer, Shera.

- C’est toi qui m’as demandée en mariage !

- Non, Shera. J’ai voulu te faire plaisir en t’épousant, c’est très différent. Et j’ai eu tort.

Shera sentit qu’elle perdait pied et que Cid lui glissait entre les doigts.

Elle devait réagir. Réagir vite !

- Tu aurais pu me quitter cent fois, Cid, mais tu es toujours revenu ! Si tu n’éprouvais vraiment rien pour moi, tu…

- Tu t’es installée chez moi, Shera, lui rappela-t-il. Où voulais-tu que j’aille ? (Elle allait protester mais il lui prit le visage dans les mains pour la regarder droit dans les yeux) Fouille dans ta mémoire, Shera, aussi loin que tu te souviennes. T’ai-je jamais dit que je t’aimais ? T’ai-je seulement jamais laissé penser que ça pouvait être le cas ? Sois honnête. L’ai-je jamais fait ? Tu vois bien…

Elle secoua la tête et éclata d’un rire nerveux.

- Voyons, Cid, évidemment que tu ne l’as jamais dit ! (Elle l’enlaça et posa la tête sur son épaule) Un homme comme toi ne dirait jamais ce genre de choses à une femme, tu le sais.

Il se dégagea doucement.

- Tu te trompes, Shera, dit-il tristement. Je peux dire ce genre de choses à une femme. Et beaucoup d’autres, encore. Mais pas à toi. Pas parce que tu ne le mérite pas, loin de là. Mais parce que je ne les ressens pas.

Elle l’observa un long moment et réalisa qu’elle ne parviendrait pas à le raisonner. Pas tout de suite, du moins…

- D’accord, admettons, admit-t-elle d’une voix profondément lasse. Tu n’es pas heureux avec moi et tu veux divorcer. Très bien, Cid, je… je suis prête à écouter tes arguments mais… si on essayait de dormir un peu, maintenant, hein ?

- Quoi ? s’étrangla-t-il.

- Ecoute-toi, Cid, tu es à bout de nerfs, ça se voit. Tu ne sais plus vraiment ce que tu dis. Faisons un bon somme et nous reparlerons de tout ça à tête reposée demain matin, d’accord ? Après ça, si tu veux toujours divorcer, nous…

- Bordel de merde, j’y crois pas ! jura-t-il en se prenant la tête dans les mains.

- Cid, les avocats ne vont pas se volatiliser d’ici demain matin !

- Voilà, ça y est, soupira-t-il. C’est reparti…

- Quoi donc ?

- Ca ! cria-t-il. Ce que tu es en train de faire ! Nier la réalité ! Distordre la vérité à ta convenance. Putain de merde ! Je ne t’aime pas, Shera ! Dans quelle langue dois-je te le dire ? Complicité zéro ! On partage que dalle. On ne se comprend pas. On ne parle pas. On ne baise même pas, bordel !

Elle croisa les bras sur sa poitrine, ironique.

- Rappelle-moi qui vient de repousser mes avances, Cid ? Qui part de la maison pendant des jours, pour aller rejoindre ses amis et se battre comme un chien des rues avec je ne sais quelles créatures bizarres ? Qui refuse de me parler de ce qu’il fait ? Qui m’a demandé de ficher le camp il y a un instant pour terminer tranquillement son travail ? Qui ? Et tu viens me dire à moi qu’on ne partage rien ? A qui la faute, Cid ? Qui doit faire des efforts, ici ?

Cid éclata de rire. Un rire triste et abattu.

- Ca y est ! Tu recommences ! Tu présentes les choses comme ça t’arrange ! Tu retournes tout à ton avantage en essayant de me faire culpabiliser… Une fois de plus.

- Ne te cherche pas d’excuse, Cid. Sois honnête, pour une fois !

Il ricana et agita l’index devant son nez.

- Stop !

- Tu sais que j’ai raison, Cid ! Mais je ne t’en veux pas. Je t’aime. Je donnerai ma vie avec joie, pour toi et pour te permettre de réaliser tes rêves ! Je te l’ai prouvé, non ? Tu as déjà oublié ?

- Ne remets pas ça sur le tapis pour essayer de m’amadouer parce que, cette fois, je ne me laisserai pas avoir, Shera !

Il enfila un t-shirt bleu par-dessus son pantalon de toile et elle se raidit.

- Où compte-tu aller ?

Cid enfila ses bottes et les laça.

- N’importe où dès l’instant où tu n’y es pas pour me pourrir la vie !

- Ce n’est pas une réponse !

- Il faudra pourtant t’en contenter !

Il sortit en claquant la porte et Shera serra les poings, folle de rage.

…à suivre

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XXXIV - La rose et l’épine

« Qui baise la rose… épouse l’épine. »

Jean Dypréau

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Montage de Shiva Rajah d’après des illustrations de M.A. Sambre

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno prit les mains de Yazoo dans les siennes et les serra.

Si cela ne parut pas surprendre l’argenté, habitué aux cajoleries de ses frères, le turk réalisa que c’était le genre de petits gestes galants qu’il réservait habituellement à la gent féminine.

Mais ce réflexe était-il si surprenant lorsqu’on considérait l’étrange physique androgyne de Yazoo, après tout ?

- Je te le dis et je te le répète : tout monde a très bien compris ce qui s’était passé et personne ne t’en veut. Quand à Cloud, je vais personnellement me charger de lui fai…

- Tu ne feras rien ! trancha l’argenté. Mon frère lui a pris celle qu’il considérait comme sa petite amie et il est hors de lui, c’est tout. Ca lui passera.

- Son comportement puéril de gosse jaloux a failli déclencher une catastrophe, Yazoo ! Ne lui cherche pas d’excuse !

- Ne dramatise pas, Reno, son fiel aurait aussi bien pu tomber sur Kadaj que sur moi, ou même sur Tifa.

- Je persiste à dire que c’est un comportement puéril et inqualifiable au vu des enjeux et des risques encourus avec une créature telle que Jenova. A plus forte raison s’il s’agit du comportement d’un Soldat de classe I ! Si Cloud est incapable de contrôler ses émotions à ce point, il n’a rien à faire dans une unité d’élite, tu m’en vois désolé !

- Reno… commença Yazoo, un peu gêné. Ce n’est pas seulement Cloud, le responsable de mon… de ma faiblesse vis à vis de Jenova.

Le turk fronça le sourcil et secoua la tête.

- Comment ça ?

Les joues de l’argenté se colorèrent un peu.

- Je… j’ai vu quelque chose, un peu avant, qui m’a… disons heurté.

- Ah, oui ? Quoi donc ?

- J’ai vu Yuffie sortir du petit salon en rajustant sa robe, avoua Yazoo dans un souffle, le cœur battant. (Reno laissa échapper un hoquet) Je sais ! ajouta-t-il précipitamment. C’était une farce ! Elle avait le béguin pour toi et il fallait couper court, Loz me l’a dit, mais… je l’ignorais et…

« Je me suis alors senti abattu et aussi jaloux de Yuffie que Cloud peut l’être de Loz… » avait-il envie de confesser en espérant secrètement que le jeune homme lirait ces mots dans son regard ou les devinerait au ton de sa voix.

Hélas pour lui, l’objet de ses pensées n’était ni devin, ni sorcier.

- Et tu as cru que j’étais un pervers qui s’était tapé une gamine, c’est ça ? termina le turk à sa place en riant.

- Oui… mentit Yazoo, le coeur serré, dans un murmure inaudible.

- Oh, Yazoo… chuchota Reno avec quelque chose dans la voix qui n’était pas loin de ressembler à de la tendresse émue. J’ai beaucoup de défauts, tu sais, mais je ne m’en prends pas encore aux adolescentes, rassure-toi. Les femmes de mon âge sont beaucoup trop vicieuses et séduisantes pour qu’un jouisseur comme moi passe à côté de ça ! ajouta-t-il, goguenard, sans se rendre compte que chaque mot enfonçait une épine supplémentaire dans le coeur de l’argenté.

- Je… Je suis désolé, Reno, réussit à articuler ce dernier aux prix d’un effort surhumain. Je ne voulais pas me montrer insultant.

- Laisse tomber ! C’est rien ! Et, à bien y réfléchir, tu me connais pas tant que ça, en fait. A ta place, j’aurais sans doute pensé la même chose. Allez, on oublie tout ça, O.K. ? Interdiction formelle de repenser à cette fin d’après-midi pourrie à l’avenir, ordre du patron ! C’est compris ?

L’argenté acquiesça avec un pauvre sourire.

- Je vais essayer… Si tu arrêtes de t’excuser pour ces maudites bombes.

Reno tordit le nez.

- C’est pas vraiment comparable, tu sais…

- Ca l’est pour moi dans le sens où c’est quelque chose que j’aimerais aussi oublier.

- Alors marché conclu. Je te promets de ne plus remettre ça sur le tapis.

- Merci, Reno. Et… merci aussi d’être venu me remonter le moral.

- Eh ! C’est normal, mec ! T’es notre Yazoo, maintenant, pas celui de Jenova. Ouais ! Notre Yazoo baby rien qu’à nous ! Et on ne laissera pas cette vieille salope t’arracher à nous si facilement, fais-moi confiance.

Yazoo rougit un peu.

- Ce surnom est vraiment ridicule…

- J’trouve pas. La preuve : tout le monde l’a adopté ! D’un autre côté, on peut toujours demander à Cid de t’en trouver un autre. Moi, il m’appelle « poil de carotte » alors, si ça se trouve, on peut essayer de négocier. « Poil de navet », ça t’irait ?

L’argenté laissa filer un rire clair, pour la plus garde satisfaction du turk.

- Ah ! Quand même ! Ce rire commençait à me manquer. On s’y habitue fichument vite, tu sais. Et si on descendait dîner, pour en faire aussi profiter les autres ? Qu’est-ce que t’en dis ?

Yazoo inspira un grand coup et hocha la tête.

- Laisse-moi juste me passer le visage sous l’eau.

- Pas de problème, princesse.

L’argenté se raidit.

- Si ça ne te fait rien, je crois que je préfère encore « poil de navet »… grimaça-t-il.

Reno lui adressa une moue taquine mais n’osa pas aller jusqu’à s’excuser, de peur d’aggraver sa gaffe.

Il attendit que Yazoo s’enferme et se laissa aller sur le dos, les mains sur la bouche pour étouffer un fou rire.

« Oups, la bourde ! »

Note pour plus tard : ne jamais rappeler à Yazoo qu’il ressemble à une fille !

Il ne manquait pas grand chose à ce dernier pour être une très jolie jeune femme, pourtant : une paire de petits seins en pomme, des hanches un tantinet plus rondes et hop ! Il aurait fait une pin-up ravissante.

Oui, ravissante.

Toute de noir vêtue…

Moulée dans un long manteau de cuir ouvert sur un décolleté plongeant bonnet B (minimum)…

De hautes bottes noires aux talons vertigineux gainant ses jambes élancées…

…et faisant tournoyer une paire de menottes autour de son index avec un sourire suggestif.

« Wahouh… » rêvassa Reno les yeux fermés, se laissant porter par son imagination débordante.

- Mes frères ont-ils aussi un surnom ou c’est un privilège qui m’est destiné en exclusivité ? plaisanta l’argenté en sortant du cabinet de toilette quelques minutes plus tard, arrachant le turk à ses fantasmes licencieux.

Les cheveux brossés et le visage débarbouillé, Yazoo paraissait frais comme une rose. Personne ne se serait jamais douté qu’il avait passé plus d’une heure à sangloter et qu’il avait frôlé un empoisonnement au mako un peu plus tôt dans la journée.

- Kadaj, c’est « le p’tit », se reprit rapidement le turk. Du moins pour Cid et Reeve. Pour Shalua, c’est « poussin » ou « chaton ».

- « Chaton »… Et Loz, dans ce cas ? Comment l’appelez-vous ? « Le fauve» ?

Reno prit un air faussement effrayé.

- Lui, on l’appelle : « Monsieur » !

L’argenté partit d’un fou rire et le turk en ressentit un bien-être inexplicable.

Bon sang, ce que ça faisait du bien, de l’entendre rire comme ça ! L’entrain de Yazoo et sa douceur étaient si communicatifs…

Ouais… Voilà quelque chose, hélas, que ne pourraient jamais lui donner ses innombrables « compagnes de jeu », comme il les appelait - fussent-elles de sulfureuses panthères brunes tout de cuir vêtues.

Pour entendre ce rire là chaque jour, Reno était prêt à donner deux ans de sa vie. Voire trois, allez… A négocier !

***

Dans la cuisine, Shalua et Tifa aidaient Gretta à orner un énorme gâteau d’arabesques de crème et de fleurs en sucre.

C’était la soirée hebdomadaire de congé des domestiques et la vieille gouvernante venait de les autoriser à abandonner le service après avoir rempli de nouveau les sceaux à champagne et garni les plateaux d’apéritif de petits fours chauds.

Se charger seule du service du dîner pour treize convives et deux enfants n’effrayait absolument pas la brave femme, loin s’en fallait.

- Bon sang, ce que j’ai faim ! gémit l’égérie d’AVALANCHE en croquant un petit coquelicot sucré.

Son amie lui tapa sur la main.

- Eh ! Ca, c’est pour le gâteau !

- Qu’est-ce qu’ils fichent, là-haut ? Il est presque 9h30 !

- Pas ce à quoi tu penses, en tous les cas. Les garçons, c’est vraiment pas le truc de Reno.

- Hélas pour Yazoo, soupira Tifa.

Shalua fixa une rangée de petites roses de sucre vert sur le nappage de chocolat du gâteau et tiqua.

- Hélas ? Pas si sûr. J’ai beau adorer mon petit sucre roux, son comportement avec ses conquêtes ne m’en donne pas moins envie de l’écorcher vif, parfois…

- A ce point là ? Gretta ! Dites-moi qu’elle exagère.

La brave gouvernante leur tendit un nouveau plateau de petites fleurs en sucre et soupira en ajustant une épingle dans son élégant chignon tressé.

- Hélas non, Miss Lockheart. Et pourtant, vous savez à quel point je le chéris, notre turbulent petit turk !

- Bon, d’accord, il aime les femmes. Un peu trop, peut-être. Mais si…

- Oh ! Ca, pour les aimer, il les aime ! la coupa Gretta, narquoise. Toutes, Miss Lockheart. Toutes ! Mais à la va-vite. Et jamais plus d’une nuit… Mon Dieu ! Si vous saviez combien j’en vois défiler, lorsqu’il vient au manoir ! Et elles se dameraient toutes volontiers pour ses beaux yeux aigue marine, les pauvres petites.

Tifa mangea une seconde fleur en sucre et croisa les bras sur sa poitrine.

- A vous entendre toutes les deux, ce pauvre Yazoo est condamné à soupirer en silence et sans espoir de retour !

Shalua et la gouvernante échangèrent un regard navré et hochèrent la tête.

- En parlant de silence, Tifa… Tu nous as dit que Loz avait essayé de te tuer mais sans nous expliquer comment tu t’étais sortie de ce mauvais pas.

La jeune femme sourit, espiègle, et goba une autre fleur.

- C’est très… intime.

- Raison de plus pour nous faire saliver. Et arrête d’engloutir la décoration ! ajouta-t-elle en lui donnant une autre tape sur la main, au grand amusement de la vieille gouvernante. Allez, allez, pas de fausse pudeur, ma fille. Raconte ! (Tifa fit mine d’hésiter et Shalua passa le bras autour des épaules de Gretta, suppliante) Fais-le pour Gretta, qui s’ennuie à mourir lorsque le manoir se vide de ses invités !

- C’est vrai, Miss Lockheart, plaida cette dernière d’une voix plaintive, entrant dans le jeu de la jeune scientifique. A mon âge, quel autre moyen de vivre de belles histoires l’amour si ne n’est à travers de jolies jeunes femmes comme vous ou de jolis garçons comme mon Reno ?

La bouche de Tifa s’arrondit en un « Oh ! » faussement scandalisé.

- Dites-moi que je rêve ! Il n’y en a pas une pour racheter l’autre ! Il ne manquerait plus que ce fouineur de Reno pour compléter de tableau !

Elle leur jeta une pincée de farine à la figure à chacune et toutes trois éclatèrent de rire.

La vieille gouvernante adorait Shalua et Reno.

La première vivait avec elle au manoir lorsqu’elle n’était pas au siège de la WRO, à Edge, et le second, orphelin depuis l’adolescence et sans famille à qui rendre visite, avait pris l’habitude de venir y passer une grande partie de ses jours de congé.

Gretta en était donc très vite venue à faire la connaissance de leur amie Tifa et à l’apprécier tout autant, bien qu’elle ne voie la jeune femme que lors de ses rares visites à Nibelheim.

Lorsqu’elle les regardait tous les trois, elle se revoyait à leur âge, audacieuse, séduisante et croquant la vie à belles dents !

Gretta n’était pas de ces vieilles gouvernantes aigries, pétries de principes d’un autre âge et de règles de morale éculée et étriquée, non. Sous des dehors à première vue un peu austères - une quasi-obligation pour la fonction qui était la sienne - c’était une femme généreuse, drôle et pleine de vie.

- Alors ? On parle de moi ? lança une voix joyeuse dans leur dos, les faisant sursauter.

Le turk s’approcha de la table et tendit une main gourmande vers l’une des fleurs de sucre que Shalua venait de disposer sur le nappage du gâteau.

- Bas les pattes ! fit celle-ci en chassant les doigts pillards d’un petit coup de cuiller en bois. Tu ne vas pas t’y mettre aussi !

- Aïe ! Eh ! Doucement, doc ! Je suis convalescent !

- Raconte, à la fin ! insista Shalua. Cesse de te faire prier, Tifa.

- Vous parlez de quoi ? s’immisça Reno. Des trucs cochons ?

- Reno ! s’écrièrent les trois femmes d’une même voix.

- Quoi ? N’essayez pas de me faire croire le contraire, vous avez vos têtes de perverses des mauvais jours ! les nargua-t-il en chipant finalement une sucrerie sur le gâteau. Raté ! railla-t-il en échappant à la cuiller en bois.

Il croqua dans la fleur caramélisée avec gourmandise.

- Nous nous demandions comment Tifa avait échappé aux envies meurtrières de sa récente moitié, fit Shalua.

Le turk avala le reste de sa sucrerie d’un coup et s’assit sur la table.

- C’est vrai, ça, au fait ! Qu’est-ce qui s’est passé avec Loz, exactement ?

Tifa secoua la tête.

- Non. C’est trop personnel, désolée.

Les trois autres laissèrent échapper une exclamation agacée.

- O.K. ! lança Reno. Je te propose un deal : ce qui s’est passé avec Loz contre… un scoop !

La jeune femme leva le sourcil.

- Et que sais-tu que je ne sache pas ou que tu ne m’aies pas déjà dit ?

Le turk se passa la langue sur les lèvres, malicieux.

- Je me suis fait Elena…

Trois cris surpris résonnèrent dans la cuisine et il fit signe de baisser d’un ton.

- Je ne te crois pas ! Quand ?

- Il y a cinq ans, lorsque vous étiez encore à la recherche de Sephiroth. On était complètement bourrés.

- Je veux des détails, Reno.

Il lui adressa un sourire espiègle.

- Toi d’abord.

Tifa jeta un oeil circulaire à la grande cuisine pour être certaine que personne ne risquait de l’entendre et parla à voix basse.

- D’accord. Nous étions en train de nous embrasser sur son lit et prêts à passer à des choses plus sérieuses lorsqu’il m’a saisie à la gorge, avoua-t-elle en mimant un geste d’étranglement, faisant se raidir son auditoire.

- Mon Dieu, quelle frayeur vous avez dû avoir… fit Gretta. S’offrir à des mains qui risquent de vous tordre le cou ? Vous parlez d’une entrée en matière ! Et qu’avez-vous fait, Miss Lockheart ?

- Rien, en fait. J’ai cru à un jeu coquin, au début, et je lui ai juste demandé de desserrer sa prise parce qu’il m’étouffait.

Reno se pencha en avant.

- Et qu’est-ce qu’il a dit ?

- Lorsqu’il a vu ce qu’il était en train de me faire, il a blêmi et s’est écarté d’un bond, totalement désarçonné.

- Et… c’est tout, Miss Lockheart ? Il s’est écarté et… pffuiii ! La chose, cette… « Jenova », l’a libéré ?

Tifa se dandina d’un pied sur l’autre.

- Pas exactement, Gretta. En fait…

- Allez, insista Shalua, ne te fais pas prier ! Qu’est-ce qui s’est passé ?

- Avant même que j’aie le temps de comprendre ce qu’il faisait, murmura lentement Tifa, ménageant son effet, il a retiré sa ceinture de cuir des passants de son pantalon et me l’a donnée.

Son amie secoua la tête, interloquée.

- Pour quoi faire ?

- Il voulait pas que tu le cognes avec, quand même, si ? s’étrangla Reno.

Tifa s’appuya sur la table de la cuisine avec un sourire mutin.

- Bien sûr que non, idiot !

- Alors quoi ?

-En fait, chuchota-t-elle, langoureuse, il s’est allongé nu les draps, a saisi les barreaux du lit au-dessus de sa tête et… il m’a supplié de lui attacher les mains pour lui faire l’amour…

Shalua, Reno et Gretta écarquillèrent les yeux et laissèrent échapper des exclamations émues ou admiratives.

- Pincez-moi !

- Woah ! La classe…

- Oh, mon Dieu, Miss Lockheart ! C’est si… si… sensuel !

Tifa hocha la tête.

- J’avoue que, sur le coup, j’avais moi-même du mal à croire ce que je voyais.

La jeune scientifique ferma à demi les yeux, rêveuse.

- Un type superbe attaché nu aux barreaux d’un lit… susurra-t-elle, l’image d’un pilote blond avec les poignets liés se dessinant dans son esprit.

- Loz un crétin, tu parles ! Un foutu allumeur, ouais… soupira Reno, admiratif. Putain, comment il assure, le salaud !

Gretta couvrit ses joues rougissantes de ses mains

- C’est vrai que monsieur Hojo est tellement bien fait de sa personne… Comment vais-je pouvoir le regarder dorénavant sans l’imaginer ainsi que vous venez de le décrire, Miss Lockheart ? demanda-t-elle avec un petit gloussement canaille, incontestablement comique pour une femme de son âge.

Tifa, Shalua et Reno éclatèrent de rire et la considérèrent avec une attitude faussement scandalisée.

- Gretta ! s’écrièrent-ils en coeur.

***

Gretta, assistée de Cait et des enfants, venait de poser les derniers plats de hors-d’oeuvre sur l’immense table de chêne, signifiant aux convives qu’il était grand temps de dîner.

Rufus leva sa coupe de champagne une dernière fois et tous se tournèrent vers lui.

- A Reno ! Notre miraculé du jour en espérant qu’il ne nous fasse plus jamais de telles frayeurs !

Le « miraculé » en question s’inclina en levant son verre de jus de fruits et ouvrit la bouche pour porter un dernier toast avant de passer à table lorsque la porte de la salle à manger s’ouvrit pour laisser passer un Rude trempé et frigorifié.

- A peine sauvé et déjà en train de picoler, mauvaise graine ? lança-t-il en retirant ses lunettes fumées couvertes de buée.

Avec un cri de hyène, Reno franchit les quelques mètres qui le séparaient de son comparse et lui sauta littéralement au cou, manquant de peu de le faire tomber à la renverse.

- Rooahhh ! Rudo ! Mon pote !

Rude dut s’appuyer à la porte pour supporter le poids du « petit garçon » de 32 ans qui s’agrippait à lui à l’étouffer, faisant rire toute l’assistance.

Shalua secoua la tête et soupira.

- Bon sang, qu’est-ce que nous serions devenus, sans ses pitreries…

Cid lui passa le bras autour de la taille et la serra contre lui, tournant le dos à la porte, résistant à l’envie de poser ses lèvres sur les siennes.

- Mais, grâce à toi et à Kadaj, il est toujours là.

- C’est surtout grâce à Yazoo.

- Tu es trop modeste.

Elle appuya sa joue contre sa poitrine si dure et but une gorgée de champagne à sa coupe, le regard perdu dans les feux azurés de son regard trop bleu.

Mon Dieu, ces bras virils et ce regard… A eux seuls, ils suffisaient à la couper de toute réalité. Lorsque Cid la prenait dans ses bras, le monde qui l’entourait cessait d’exister.

- Et toi, bien trop mâle et trop séduisant pour espérer que je garde la tête froide lorsque tu es si près de moi, ronronna-t-elle avec un sourire engageant.

- Perds la tête autant que tu voudrais, murmura-t-il, flatté. Ca ne me déra…

- Ci… Cid… l’interrompit Tifa d’une voix blanche et bredouillante en posant une main fébrile sur son épaule.

Comme réveillé en plein milieu d’un agréable songe, il leva la tête vers elle, souriant, et s’étonna du soudain teint de cire de la jeune femme.

Il allait l’interroger sur la raison de sa pâleur - se sentait-elle mal ? - lorsqu’il réalisa que tout le monde s’était brusquement tû et le considérait avec une expression indéfinissable dans le regard, mélange d’embarras et d’anxiété.

En fait, le silence était tel que l’on aurait pu entendre une fourmi trotter sur le parquet ciré.

Il allait lancer l’un de ses jurons tonitruants couplé d’un « Quoi, bande de faux-culs ? Comme si vous ne saviez pas qu’il se passait quelque chose entre moi et Shalua ! » lorsqu’une voix familière et douce s’éleva dans son dos.

- Bonjour, Cid.

Il eut l’impression que le sang se congelait dans ses veines et Shalua le sentit se pétrifier contre elle.

Très lentement, le coeur battant et la gorge serrée jusqu’à la nausée, il pivota.

A deux pas de lui à peine se tenait une femme de taille moyenne aux cheveux châtains noués en une queue de cheval un peu lâche, vêtue d’une jean et d’un chaud blouson d’aviateur.

Son petit visage délicat était serein et seuls ses immenses yeux noisette, qui s’écarquillaient derrière de grandes lunettes rondes qui lui donnaient un air mutin de petite fille, trahissaient sa surprise et sa contrariété.

- Shera… murmura Cid d’une voix éteinte.

A la mention de ce nom, Shalua contint de justesse un petit cri surpris mais ne put empêcher la coupe de champagne qu’elle tenait dans sa main valide lui glisser des doigts pour s’écraser à ses pieds avec un bruit assourdissant dans le silence pesant…

…à suivre

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XXXIII - Je ne t’abandonnerai pas

« Soutiens ton ami surtout quand il a tort ;

quand il a raison, il n’a pas besoin de toi ! »

Henri Lavedan

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Le visage niché entre les puissants pectoraux de son jumeau, Yazoo pleurait à fendre l’âme, accroché à son blouson.

Loz sentait les larmes tièdes couler le long de sa poitrine en un flot ininterrompu et il resserra son étreinte, au supplice de voir souffrir son frère de la sorte.

- Ils vont nous détester, maintenant… haleta Yazoo entre deux sanglots. A cause de moi, ils vont se méfier de nous trois. J’ai tout gâché…

Son aîné lissa sa longue chevelure soyeuse et enfouit le visage dans les mèches de mercure.

- Bien sûr que non, Yazoo. Tout le monde sait très bien ce qui s’est passé, je te l’ai dit. Ils connaissent la perfidie de Jenova mieux que personne.

- Tu lui as bien résisté, toi ! Et Kadaj aussi ! Mais pas moi… Pas moi…

- Yazoo, ne…

- C’est comme là-bas ! Je rate toujours tout ! Hojo avait raison, on aurait dû me tuer pendant qu’il était temps ! Et vous seriez tranquilles, aujourd’hui, toi et Kadaj.

Loz se raidit et le prit par les épaules pour l’obliger à le regarder dans les yeux.

- Ne dis pas ça ! s’écria-t-il, la gorge si serrée que ses yeux menaçaient de déborder à leur tour. Ne redis jamais ça, tu entends ?

Les fins cheveux argentés de Yazoo collaient à son petit visage ovale mouillé de larmes et ses grands yeux mako étaient rouges, enflés et plus tristes que jamais.

- Oh, Yazoo… soupira son frère avant de le serrer à nouveau contre lui en maudissant sa langue malhabile, sachant qu’il était incapable de trouver les mots pour le réconforter. Pardon… Pardon de t’avoir frappé. Pardon de ne pas t’avoir protégé d’elle… J’aurais dû me douter que cette ordure s’en prendrait à toi. J’aurais dû te prévenir. Te parler de ce qu’elle avait essayé de nous faire faire, à moi et à Kadaj. Je n’ai pas réfléchi, comme d’habitude… Pardonne-moi, mon frère…

Yazoo sentit son coeur se serrer.

Pauvre Loz… Une fois de plus, il prenait tout sur lui.

Comme toujours…

Comme là-bas, au cratère nord.

Combien de fois lui et Kadaj, en bons petits diablotins, n’en avaient-ils pas profité et même abusé ?

Mais pas cette fois. Non, Yazoo ne le laisserait pas prendre la responsabilité de sa propre bêtise, de sa propre faiblesse…

- Tu n’es coupable que d’avoir voulu me préserver, Loz, murmura-t-il en lui rendant son étreinte. Ta seule faute a toujours été de vouloir nous préserver…

***

- Et tu dis que c’est Sephiroth qui m’a sauvé ? bredouilla Reno, incrédule.

Kadaj acquiesça, encore honteux de ce qu’il venait d’avouer, et Cid se passa la main sur le visage, soucieux.

- Cette salope est sacrément perverse… cracha-t-il.

Rufus secoua la tête et se laissa tomber sur une chaise, profondément contrarié.

- Bon sang ! Mais comment Jenova arrive-t-elle à deviner que c’est « pile » le moment propice pour agir ?

- L’instinct, répondit Shalua. Un peu comme si une sorte d’alarme psychique la reliait à nos petits bouts et résonnait en elle lorsque l’un d’eux flanche.

Vincent acquiesça et Reeve frissonna.

- C’est vraiment pervers, fit ce dernier. Cid a raison.

- Quelque chose dans les gènes de Jenova, fit l’ancien turk comme s’il se parlait à lui-même. Oui, une sorte de conscience éparpillée en des millions de cellules agissant chacune de façon indépendante. Ca semble terrifiant et pourtant… Pourtant, Loz, comme Sephiroth, semble être parvenu à séparer le grain de l’ivraie. A réduire cette « conscience » à néant sans pour autant détruire les qualités dont les gênes de Jenova l’avaient pourvu. Par quel mécanisme chimique ou psychique, je serais curieux de le savoir.

Tifa haussa les épaules.

- D’après lui, c’est arrivé « d’un seul coup », dit-elle. Il m’a expliqué que c’était comme « une sensation de frais » de « légèreté soudaine ». Comme si on lui « avait injecté de l’oxygène dans le sang ».

- Et c’est arrivé comme ça, subitement, sans raison particulière ? insista Reeve.

- Oui. Je suppose que, voyant que Loz de céderait pas, elle a finalement abandonné la lutte après des heures passées à le torturer et à le harceler.

Elle se garda de préciser que c’était juste après avoir fait l’amour avec lui car, pour la jeune femme, il ne s’agissait là que d’une coïncidence sans rapport avec la lutte acharnée qu’avait mené Loz contre l’entité. Elle était persuadée que la capitulation de Jenova n’était due qu’à la ténacité et à l’instinct combatif de celui qui était devenu son amant.

Reno se tourna vers elle.

- Il a vraiment voulu te tuer ?

La jeune femme sourit.

- Oui. Il a essayé de m’étrangler.

Le turk blêmit.

- Et… t’as pas flippé ?

- Sur le moment ? Pas un instant, non. J’avais confiance en lui. Peut-être même plus que lui-même.

- Faire naître la peur en nous, c’est justement ce qu’elle veut, Reno, lui rappela Vincent. Que nous ayons suffisamment peur d’eux pour les chasser ou les éloigner de nous. Assez pour qu’ils se sentent rejetés et qu’elle puisse à nouveau les accueillir dans son giron ; les avoir à sa botte.

Reno se leva pour faire quelques pas dans la salle à manger, fou de rage.

- Quelle saloperie !

Kadaj se mordilla la joue et Cait, dans ses bras, frotta son museau contre son menton pour le réconforter.

- Reno… chuchota l’argenté. Je suis désolé pour ce qui a failli se passer en bas. Je ne pensais pas que je…

- Non ! Pas de justification, Kadaj. Ne t’excuse pas à la place de cette salope. C’est elle qui a voulu me noyer dans le mako pur, pas toi, alors ne lui fais surtout pas l’honneur de présenter des excuses à sa place. Si, comme le dit Vincent, elle veut que nous ayons peur de vous ou que nous vous lâchions, bah c’est raté ! Si, par le plus grand des malheurs, je devais demain me retrouver à nouveau dans une cuve mako, c’est toi que je voudrais aux commandes, et personne d’autre. Je sais ce que je te dois et je sais ce que je dois à Yazoo : ma vie. Rien que ça. Et je ne suis pas prêt de l’oublier, n’en déplaise à… cette saloperie tombée du ciel comme une grosse bouse sur un tas de foin ! termina-t-il en criant presque les derniers mots en direction du plafond, s’adressant davantage à Jenova qu’à l’argenté.

Cid leva le pouce, approbateur, et Kadaj sourit, profondément touché par les paroles du turk.

- Reno a raison, p’tit, renchérit le pilote. Te laisse pas faire par cette garce. Et si tu sens que ça chatouille, tu cries au-secours !

Shalua lui caressa maternellement la joue et gratouilla la tête de Cait.

- Si vous flanchez, on sera là, poussin. On sera tous là pour lui mettre des bâtons dans les roues, je te le promets.

Rufus lui adressa un clin d’oeil complice, Tifa, Reno et Vincent sourirent et Reeve hocha lentement la tête.

Une tendresse terrible serrait la gorge de Kadaj et il ne put que les remercier d’un bref hochement du chef, trop ému pour émettre le moindre son. Jamais il n’aurait cru que des êtres humains - hormis ses frères, bien sûr - pourraient un jour lui réchauffer le coeur à ce point.

C’est à ce moment précis que, après avoir confié Marlène et Denzel à Gretta, Yuffie revint dans la salle à manger.

Mieux valait tenir les enfants éloignés jusqu’à ce que tout le monde se reprenne.

- Denzel est persuadé que Jenova va débarquer dans un vaisseau spatial d’un instant à l’autre, laissa-t-elle tomber, tragique. J’arrive pas à le calmer. Il est complètement affolé et la pauvre Gretta est complètement dépassée.

Cid grimaça.

- Je vais voir ce que je peux faire, fit-il en se dirigeant vers la porte.

- Je vous accompagne, amiral, fit Rufus en lui emboîtant le pas. Les peurs enfantines, je connais par coeur.

- Vous ? ironisa le pilote. Le petit prince surprotégé du clan Shinra ? Et de quoi aviez-vous peur ? De manquer de toasts pour votre caviar ?

Le « petit prince » secoua la tête et grimaça un sourire, nullement vexé par les moqueries amicales de Cid, auxquelles chacun était habitué depuis belle lurette. Elles faisaient partie de sa personnalité autant que la manie de donner des surnoms affectueux était typique de celle de Shalua.

- Petit, je croyais qu’un vampire vivait dans la cave, confessa Rufus en tordant le nez. Et qu’il viendrait me sucer le sang dès qu’il en aurait occasion ici même, dans le manoir.

- Tiens donc ? railla Vincent. Un vampire, rien que ça.

- Oui. J’avais entendu des bruis bizarres un jour, au sous-sol et j’étais persuadé que… Oups… laissa-t-il échapper en réalisant que ses cauchemars de petit garçon n’étaient peut-être pas tout à fait infondées - risque de saignement à blanc excepté.

Reeve ricana et Rufus vira à l’écarlate avant de disparaître sur les talons du pilote en fuyant le regard de l’ancien turk.

- Pourquoi Yazoo et Loz ne reviennent-ils pas ? osa enfin demander Reno.

Vincent lui pressa amicalement l’épaule.

- Tu devrais aller lui parler.

Le jeune homme se mordit les lèvres.

- Ouais… à supposer que j’arrive à le regarder en face après ce que j’ai fait.

- Dis-toi que, ce jour-là, ce sont des matérialisations de Jenova, que tu as voulu faire sauter

Reno prit une profonde inspiration et son visage se tordit en un masque douloureux.

- Pourtant, quand je ferme les yeux, ce sont bien les visages de Loz et de Yazoo, que je vois dans les flammes… murmura-t-il, indigné par ses propres actes. Et ce sont bien leurs cris qui résonnent à mes oreilles…

Cait secoua vigoureusement de sa petite tête velue.

- Quand un démon se déguise en ange, nul ne doit se douter de l’échange, soupira-t-il. Et il prend l’apparence éthérée, de l’éphèbe qu’il veut imiter !

Le turk sourit malgré lui et gratouilla l’oreille du robot.

- C’est gentil, Cait.

Tifa passa son bras sous le sien.

- Allez, viens. Je vais avec toi.

***

- C’était mon idée, disait Loz à Yazoo, allongé sur le lit de ce dernier. Une idée idiote, comme d’habitude…

Son jumeau, blotti contre lui, caressa sa joue du bout de son petit nez rougi d’avoir trop pleuré.

- Ce n’était pas une idée idiote, Loz, au contraire. Tu ne pouvais pas deviner que je la surprendrais sortant de là, à demi dévêtue. Bon sang… Que vais-je bien pouvoir dire à Reno après tout ça ? Loz, je n’oserai jamais redescendre après ce que j’ai fait…

Il pinça les lèvres, prêt à fondre à nouveau en larmes, mais son frère sourit et lui releva le menton.

- Je crois que tu n’auras pas à le faire. Regarde qui est là…

Il lui désigna la porte de la chambre du menton et Yazoo hoqueta en voyant Tifa et Reno sur le seuil.

La jeune femme agita la main.

- Salut, fit-elle d’une voix douce. On peut entrer ?

Yazoo s’assit brutalement et détourna la tête pour cacher son visage poisseux de larmes séchées et ses yeux gonflés.

Reno s’approcha et prit place sur le bord du lit.

- Eh ? chuchota-t-il d’une voix douce en tendant la main pour effleurer les longs cheveux d’électrum. Ca va ? Tout le monde s’inquiète pour toi, en bas.

Tifa adressa un signe de tête discret à Loz.

Celui-ci se pencha pour déposer un baiser sur la tempe de son jumeau et rejoignit la jeune femme.

- Nous vous attendrons pour dîner, fit cette dernière en refermant doucement la porte, laissant Reno et Yazoo seuls dans la pièce.

Loz s’appuya au battant, hésitant à abandonner son frère, et Tifa leva le sourcil.

- Il n’est vraiment pas bien, plaida-t-il. Je ne sais pas si…

Elle lui posa le doigt sur les lèvres et sourit, rassurante.

- Fais-moi confiance. S’il y a quelqu’un en mesure de lui remonter le moral, c’est bien Reno.

Il parut hésiter un instant mais hocha finalement la tête.

- D’accord.

Elle lui passa le bras autour de la taille et l’entraîna dans le couloir, en direction de l’escalier.

- Vincent m’a demandé de quelle façon tu t’étais débarrassé de Jenova et je lui ai répété ce que tu m’avais dit, au sujet de ce sentiment de « légèreté soudaine » et de « piqûre d’oxygène »… J’ai eu tort ?

Il fit une moue, interloqué.

- Non. Pourquoi aurais-tu eu tort ? C’est la vérité.

Tifa s’arrêta devant la porte de sa propre chambre et se tourna vers lui, un indéfinissable sentiment de perplexité dans le regard.

- Loz… Tu m’as bien tout dit, n’est-ce pas ? demanda-t-elle en nouant ses mains derrière sa nuque.

Il écarquilla les yeux.

- Comment ça ?

- Eh bien… Reeve a soulevé un point qui ne m’avait pas effleuré jusque là.

- Lequel ?

- Il a demandé si… Si c’était arrivé comme ça, subitement, sans raison particulière.

Loz toussota et elle aurait juré que ses joues avaient pris une imperceptible teinte rosée.

- Et… tu lui as dit quoi ?

- Que non.

- Et c’est la vérité, non ? Tu étais là. Nous étions seuls dans ma chambre.

- Oui, je sais bien. Il ne s’est rien passé de particulier. Enfin pas que je sache. Ou… si c’est le cas, ajouta-t-elle avec un regard en coin, je n’ai rien vu.

Il secoua vigoureusement la tête.

- Tifa ! Qu’aurais-tu voulu voir ? Il ne s’est rien passé de particulier. Je… J’ai juste senti que… Qu’elle me laissait tranquille, c’est tout.

- C’est bizarre, tout de même. Comme ça, tout d’un coup, sans raison… Enfin, je sais que tu as lutté contre son emprise toute la journée, bien sûr, mais… Avoue que c’est étrange, qu’elle ait abandonné la partie aussi vite. Non ?

Loz fit vibrer ses lèvres en haussant les épaules.

- Je ne sais pas quoi te dire, moi ! Ce qui est sûr, ajouta-t-il en se tapotant la tempe, c’est qu’elle n’est plus là.

Tifa lui sourit avec affection et se pressa contre lui.

- Et c’est tout ce qui compte, chuchota-t-elle en déposant un baiser sur sa poitrine, laissée en partie nue par l’échancrure du blouson de cuir. Excuse-moi, je ne voulais pas me montrer désagréable ni te mettre mal à l’aise. Allez, Viens, les autres doivent se demander ce qu’on fabrique.

Elle lui prit la main et voulut le tirer derrière elle mais il résista.

Croyant qu’il la taquinait pour se venger, elle tira violemment sur son bras mais il résista encore.

- Tifa, attends… soupira-t-il, tête basse.

La jeune femme, voyant sa mine soudain sombre, sentit son sourire malicieux s’évanouir et l’angoisse lui serrer le coeur.

- Loz ? Qu’y a-t-il ?

Il mordilla sa lèvre inférieure.

- J’ai menti, confessa-t-il sans oser la regarder dans les yeux.

Elle se figea.

- Quoi ? Comment ça ? Elle… Jenova n’est toujours pas partie ? C’est ça que tu essayes de me dire ?

- Si ! se récria-t-il. Bien sûr que si ! Ce n’est pas ça, c’est…

Il rougit furieusement et elle posa la main sur sa joue, plus inquiète que jamais.

- Loz, dis-moi ce qui se passe !

Celui-ci prit appui contre le mur du couloir, un pied replié contre la paroi, à un mètre à peine de la chambre de la jeune femme.

- Je t’ai menti, Tifa, il s’est bien passé quelque chose qui a fait partir Jenova… avoua-t-il dans un souffle. Quelque chose qui… qui m’a donné la force de la chasser de moi pour toujours…

Il fit le drôle petit bruit auquel la jeune femme était à présent habituée, celui qu’il faisait avec le bout de la langue sur ses incisives, lorsqu’il était agacé ou horriblement gêné : “Tssss…”

- Est-ce que ça a un rapport avec ce que nous avons fait… avant ? le secourut-elle.

- Non ! Enfin… Pas exactement.

Tifa essayait de fixer son regard mais les yeux mako fuyaient les siens.

- Loz, que s’est-il passé ? insista-t-elle impatiemment. Sephiroth est intervenu, comme pour Reno ? Ou Lucrecia ?

- Non…

- Quoi, alors ?

Il dut s’y prendre à plusieurs reprises pour parvenir à faire sortir les mots qui se coinçaient dans sa gorge et, lorsqu’il réussit enfin à les pousser dehors, ce fut d’une voix bouleversée tout juste audible.

- Tu… Tu m’as avoué que tu tenais à moi, Tifa. C’est ça qui… qui m’a donné la volonté suffisante pour la chasser de moi.

Le choc fut tel que la jeune femme en eut le souffle coupé.

- Qu… Quoi ? bredouilla-t-elle.

Le visage de Loz vira au rouge cramoisi et il acquiesça d’un hochement de tête sans cesser de fixer les lattes du parquet.

- Ouais, je sais, c’est ridicule… C’est pour ça que je ne t’ai rien dit.

- Ridicule ? s’écria soudain Tifa, le faisant sursauter.

La jeune femme referma ses mains sur son visage pour l’obliger à lever la tête et la regarder dans les yeux.

Son coeur battait si fort et sa gorge était si serrée qu’elle se demandait comment elle arrivait à faire sortir le moindre son de sa gorge.

- Ridicule ? répéta-t-elle, plus doucement. Oh, Loz… murmura-t-elle, les prunelles brillantes d’émotion. C’est sans doute la plus belle chose que l’on ne m’ait jamais dite de toute ma vie…

Il voulut rétorquer mais elle ne lui en laissa pas le temps.

Etouffant ses protestations dans sa bouche dans un baiser passionné qui leur coupa le souffle à tous deux, elle le poussa d’un coup de reins,vers la porte de sa chambre toute proche…

…à suivre

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XXX - Une part pour deux

«Rien n’est plus difficile à partager qu’un homme.»

Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

« Elle est folle de rage, mère. »

« Grand bien lui fasse. »

« Sa revanche sera d’autant plus terrible que sa défaite a été cuisante… »

« C’est à craindre, oui. Mais nous ne la laisserons pas faire. »

« Kadaj est le plus fragile sur le plan affectif. Il l’a toujours été. Il est jeune. Une proie facile et malléable, pour elle. Elle l’a déjà utilisé une fois et n’hésitera pas à recommencer. »

« Aerith doit parler à Yuffie à ce sujet. Notre petite Utaïenne a l’âge de Kadaj et le coeur sur la main. Elle est la plus à même de recevoir sa confiance. »

« Et Yazoo ? »

« Yazoo… Tendre Yazoo… Loz veille sur lui comme sur un autre lui-même. Non, c’est pour Kadaj que je m’inquiète le plus. »

« Mère ? Mère, tu sens ?La rivière… »

« Oui. Ca recommence… »

« Que signifient ces soudaines turbulences dans la rivière de la vie ? »

« Je l’ignore. Mais ça se rapproche. »

« Je n’aime pas ça… »

« Moi non plus, amour. Moi non plus… »

***

Allongée sur le dos de Loz, Tifa jouait avec l’une des pattes argentées de sa barbe.

- Tu veux que je les enlève ? demanda-t-il.

- Non ! se récria-t-elle. Non, ça te va bien…

Ils avaient refait l’amour et étaient tous deux exténués mais ravis de la sensuelle langueur qui leur engourdissait le corps.

La jeune femme éparpilla une pluie de petits baisers sur ses épaules et suivit du doigt les contours du tatouage défraîchi sur le haut de son bras : J8.

- Projet Jenova - essai numéro 8, dit-il avec un humour plein d’amertume.

Tifa sentit soudain une détresse poignante dans son sourire esquissé et nicha son menton au creux de son épaule pour frotter doucement sa joue contre la sienne.

- Je crois qu’aucun de nous ne se remettra jamais des images que nous a montrées Vincent… murmura-t-elle, la gorge serrée. (Il leva un sourcil, ne voyant pas de quoi elle parlait) Les images des vidéos de surveillance.

Loz sourit et enroula une longue mèche brune autour de son doigt.

- C’est du passé, Tifa.

- Je n’arrête pas de revoir le bébé que tu étais sur cette horrible table, les bras brûlés à force de vouloir saisir ce maudit biberon. Et Yazoo… Couvert de plaies et…

- Tifa, la coupa-t-il en se retournant sous elle pour la serrer contre lui. Arrête de penser à ça. C’est fini. Ca fait partie des vieux souvenirs oubliés.

Elle croisa les bras sur les pectoraux saillants et y posa le menton, le regard cloué au sien.

- Je sais bien que non. Je l’entends au ton de ta voix. Notre passé nous poursuit toujours. On aimerait croire qu’on oublie mais c’est faux. On n’oublie jamais, Loz. On accumule. On ne fait qu’accumuler… Et seul, la charge est dure à porter, parfois.

Il secoua la tête.

- Je ne…

- Tu as du mal à parler de ces choses, je sais. Mais je suis incorrigiblement patiente et je peux être très obstinée, tu sais. Je ne laisserai pas des non-dits, des souvenirs douloureux et des souffrances muettes te torturer sans rien faire. Te voilà prévenu !

Loz sourit et pressa le bout de l’index sur son nez, taquin.

- C’est une menace ?

On tapa discrètement à la porte de la chambre et ils échangèrent un regard à la fois contrarié et interrogateur.

Tifa bondit sur ses pieds et ramassa ses vêtements pour aller s’enfermer dans la salle de bains.

Loz, lui, enfila rapidement son pantalon, alla ouvrir et vit son jumeau sur le seuil de la chambre.

- Désolé de vous déranger, fit se dernier de sa voix douce, je veux juste me laver et me changer pour le dîner.

- Yazoo ? Tu ne devrais pas être en train de te reposer à l’infirmerie ? demanda le jeune colosse, un peu inquiet de sa mauvaise mine.

- Je vais bien, ne t’en fais pas. Les effets du mako sont totalement dissipés.

- On ne le dirait pas, à voir ta tête. (Yazoo haussa les épaules et referma la porte) Tu as des vertiges ? Des nausées ?

- Non ! Ca va, je te dis. (il regarda autour de lui, surpris) Où est Tifa ?

- Comment sais-tu que j’étais avec Tifa ?

Son jumeau lui adressa un clin d’oeil complice.

- Il aurait fallu être sourd, mon frère, pour ne pas le savoir…

Loz blêmit et Yazoo éclata de rire.

- Tu nous as entendus depuis le labo ?

L’hilarité de son jumeau redoubla.

- Non, quand même pas ! J’étais avec Kadaj, à côté.

La porte de la salle de bains s’ouvrit, laissant passer une Tifa écarlate rhabillée à la hâte.

Ses joues étaient tellement cuisantes qu’elle était certaine de pouvoir y faire frire un oeuf de chocobo en moins de trois minutes.

Elle toussota et s’éclaircit la gorge.

- Désolée, Yazoo, je… nous n’avons pas vu passer le temps.

Celui-ci la rassura d’un sourire.

- Pas de problème. Je vais prendre un bain, fit-il en prenant au passage une grande serviette dans la commode de merisier.

Il entra dans la salle d’eau, ferma discrètement la porte et s’appuya sur le rebord du lavabo pour se regarder dans la glace.

Loz avait raison : il avait vraiment mauvaise mine…

***

Dans sa chambre, Yuffie retira le sixième haut qu’elle essayait et le jeta rageusement en tas avec les autres vêtements, sur le lit.

Depuis plus d’une heure - en fait depuis que Shalua avait sorti Reno de la cuve et que les domestiques avaient mis le champagne au frais dans le but de fêter dignement sa guérison - la jeune utaïenne retournait ses bagages à la recherche de la tenue qui la mettrait en valeur.

Hélas, elle ne trouvait rien. Mais rien de rien !

- Y’en a marre, j’ai jamais rien à me mettre ! ragea-t-elle en donnant un coup de pied dans l’impressionnant tas de shorts, pantalons, pulls, robes, corsages, et autres vêtements qu’elle avait entassés dans deux valises pleines à craquer avant de partir pour Nibelheim.

Peut-être devrait-elle aller emprunter quelque chose à Tifa ? Une jolie robe en lainage ou…

- Ouais, et avec quoi tu la remplirais, pauvre pomme ! dit-elle à son reflet menu.

Elle extirpa une petite robe de daim noir de sous l’impressionnant tas de vêtements et fronça le nez.

C’était encore ce qui faisait le plus « femme » dans toute sa garde-robe.

Il fallait vraiment qu’elle fasse du tri dans ses armoires et qu’elle investisse dans des choses un peu plus sexy, sinon, les hommes ne la remarqueraient jamais.

Et surtout pas un homme comme…

Elle rougit et soupira à la seule pensée de son nom.

Quel genre de femmes pouvait-il aimer ? Les grandes perches avec de gros « nénés » et des jambes interminables ? Tous les garçons aimaient les grandes perches avec de gros nénés.

Elle essaya de l’imaginer dans un bar louche avec une tigresse en bikini aux cheveux de sirène en train de danser sur une table, devant lui, et de lui agiter une paire de ballons trop gonflés sous le nez.

Non ! Non, non, non, non, non…

Il n’irait jamais dans un endroit pareil ! Il était bien trop intelligent, romantique, drôle, courageux et sexy pour se prêter à ce genre de cinéma.

Il n’avait pas besoin de ça. Ce n’était pas une bête, lui ! Il savait contrôler ses bas instincts et ses impulsions. Il avait de « la classe » et, comme le disait toujours Rude, aimait ce qui avait de « la gueule » !

Elle poussa un profond soupir et se laissa tomber à plat dos sur le tas de vêtements, le regard rêveur et un sourire un peu niais sur les lèvres.

Elle ne cessait de le revoir nu, flottant dans sa cuve… Cette image l’avait hanté tout l’après-midi et la faisait rosir de gêne et de délectation à chaque instant.

Ah ! Reno…

Nom d’une matéria, qu’il était beau !

***

Reno ferma les yeux et, les jambes un peu tremblantes de l’orgasme qu’il venait de provoquer, se laissa aller dans la baignoire avec un soupir, laissant l’eau brûlante laver le sperme qui s’était répandu sur ses doigts et son ventre.

La première branlette de sa nouvelle vie !

Bon sang ce que ça faisait du bien de se sentir à nouveau vivant !

Plus vivant que jamais, d’ailleurs. Cette cure de mako avait vraiment fait des miracles. Il se sentait dispos et reposé comme s’il venait de prendre trois mois de vacances, c’était incroyable !

Il se lava les cheveux en sifflotant et pensa à toutes les choses qu’il aimerait faire car, que cela soit clair, il ne dépenserait plus une minute de sa vie inutilement ! Lorsqu’on a testé une fois cet horrible sentiment que son existence est sur le point de s’achever, toutes les choses que l’on ne pourra pas faire défilent dans la tête, saupoudrées de regrets.

Fini les nuits à comater dans un bar louche, l’esprit embrumé par l’alcool, terminées les soirées affalé sur le divan, à légumiser devant une console de jeu ou une émission de télévision ridicule ! Il allait profiter de chaque moment de libre pour s’éclater réellement ! Essayer, tenter des expériences en tout genre, du saut en parachute au stage de relaxation, découvrir des choses et, bien sûr, faire l’amour comme une bête ! Ouais !

Son téléphone sonna et il tendit le bras hors de la baignoire pour tâtonner dans les vêtements qu’il avait jetés sur le sol de la salle de bains.

Le petit écran indiquait un appel de Rude et il sourit.

- Nan, Rudo, tu n’hériteras pas de mon écran géant, je suis toujours vivant, désolé !

Un énorme éclat de rire lui répondit.

« Reno ! Putain, ça fait du bien de t’entendre déconner, vieux frère ! Shalua m’a dit que tu étais sorti de la cuve et que tout s’était bien passé. »

- Ouais. Enfin, ça a été un peu plus compliqué que ça, je t’expliquerai.

« Si tu fais allusion à Yazoo, Shalua m’a déjà raconté. »

- Vous faites une belle paire de commères, tous les deux, tiens !

L’hilarité de Rude redoubla.

« C’est le mako qui se fout des morts ! »

- T’es où ?

« En chemin, je serai au manoir dans deux heures, tout au plus. »

- En chemin ? Qu’est-ce que tu fous ? Vincent m’a dit que tu avais quitté le cratère nord en fin de matinée.

« Oui mais j’ai dû passer chercher une petite surprise pour Cid. »

- Ah ouais ? Quoi ?

« Je peux pas t’en parler, c’est une surprise, je te l’ai dit. Surtout tu lui dis rien, tu fermes ta gueule, hein ? »

- Je sais : le programme de pilotage dont il nous rebat les oreilles et qu’il attend depuis des mois !

« Raté ! Cherche pas, Reno, tu verras bien. »

- Donne-moi un indice, au moins !

« T’auras que dalle ! Sauf peut-être une beigne pour chaque sale quart d’heure que tu m’as fait passer ces deux derniers jours ! Plus sérieusement, Reno : comment tu te sens ? »

- Honnêtement ? J’ai une patate d’enfer ! J’aurais jamais cru.

« C’est super… Je suis vraiment content, vieux frère. Tu nous aurais vraiment manqué, tu sais. Le téléphone de Tseng n’arrête pas de sonner. Tout le monde demande de tes nouvelles. »

La gorge de Reno se serra un peu.

- Ouais… Ouais, je… J’ai… (il toussota, un peu gêné) J’ai du bol d’avoir des potes pareils. Sérieux, je… je sais ce que je vous dois à tous, Rudo, et j’oublierai pas.

« Ah ! Ah ! Ah ! Arrête des conneries et range le mélo ; ça te va comme un costard à un chocobo. Lâche-nous deux ou trois vannes et ça fera l’affaire ! Ce qu’on veut, c’est pas des mercis, c’est retrouver notre bon vieux Reno aussi déjanté et tête brûlée qu’avant ! »

- Ca, ça devrait pas poser de problème.

« Ca marche ! Alors je te dis à tout à l’heure. »

- A toute, Rudo.

Il raccrocha, plus ému qu’il n’aurait voulu, reposa le téléphone sur le tas de vêtements sales et se laissa aller sur l’appuie-tête de la baignoire avec un soupir.

Il avait encore une bonne heure avant le dîner et comptait bien profiter de tous les avantages de la luxueuse salle de bain mais, curieusement, il avait l’impression qu’il manquait quelque chose pour être tout à fait bien, du moins aussi bien que la dernière fois…

Quoi donc ?

Les sels de bain ? Non, il en avait versé une pleine poignée. De la musique ? Non, ça ne lui disait rien. Des remous peut-être ?

Il appuya sur l’un des boutons de commande à l’extérieur de la baignoire et l’eau se mit bientôt à gargouiller, les bulles d’air lui massant agréablement le dos.

Il laissa échapper un soupir de contentement.

C’était presque ça mais… non, il manquait quand même un « truc ».

Il se creusa la cervelle en se massant les tempes et rouvrit brutalement les yeux.

Yazoo…

Voilà ce qui manquait et ce qui l’avait fait se sentir aussi bien la dernière fois qu’il avait pris un bain dans cette même baignoire : les mains fraîches de Yazoo massant doucement son front et ses épaules…

***

Mains qui pétrissaient pour l’heure les épaules et la large poitrine de Loz, qui se laissait faire avec délectation. Les yeux clos et Yazoo assis à califourchon sur son ventre, il était immergé à demi dans l’immense baignoire à remous de la salle de bain de leur chambre.

- Pourquoi n’as-tu pas attendu qu’il sorte de la cuve ? finit-il par demander, intrigué par le comportement de son cadet.

Ce dernier soupira et haussa les épaules.

- Je ne voulais pas qu’il se sente gêné et se croit obligé de se confondre en remerciements à peine sorti de là.

Son massage terminé, il s’allongea sur son frère et ils glissèrent tous deux dans l’eau brûlante.

Agréablement bercé par les bulles du bain, il blottit sa tête au creux du cou de son jumeau avec un petit soupir mais se redressa aussitôt, le faisant violemment sursauter.

- Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? Tu es malade ?

Yazoo approcha son visage à quelques centimètres du sien.

- Dis-moi franchement : j’ai une sale tête ?

Son jumeau jura et le fusilla du regard.

- Ca va pas de me faire des peurs pareilles !

- Réponds !

Loz fronça les sourcils et fit mine de se concentrer profondément pour détailler le petit visage en coeur dans le moindre détail.

- Une sale tête… je dirais pas ça. C’est plutôt…

- Quoi ? Eh bien dis-moi ! Sois honnête.

- On dirait… On dirait un truc déterré par les chiens…

Yazoo se raidit, horrifié, et son frère éclata de rire.

- Abruti ! Tu ne peux pas rester sérieux, une minute ? C’est trop te demander ?! Crétin !

Il tomba sur Loz, qui riait à s’en décrocher la mâchoire, à bras raccourcis, envoyant des gerbes d’eau dans toute la salle de bains.

- Ah ! Ah ! Arrête, tu arroses tout ! Ah ! Ah !

Il lui saisit les poignets d’une main et le ceintura de son bras libre.

Yazoo abandonna rapidement la lutte, sachant qu’en matière de force, il ne faisait pas le poids face à son aîné.

Lorsqu’il le sentit se calmer et se détendre contre sa poitrine, Loz le lâcha, le laissant s’allonger sur lui.

- Alors ? demanda son cadet au bout d’un petit moment avec un sourire malicieux. Comment c’était, avec Tifa ? (un sifflement admiratif lui répondit) A ce point là ?

- Je croyais que tu avais tout entendu.

Son jumeau secoua la tête.

- Je te taquinais. Je suis monté directement du labo et je vous ai entendu parler au moment de tourner le bouton de la porte. Mais si j’en crois ta réaction, ça a dû être bruyant, en effet !

Loz lui pinça les côtes et fit un drôle de petit bruit agacé avec le bout de sa langue contre ses incisives.

- Tsss !

- Loz ? reprit son cadet, voyant qu’il n’obtiendrait pas davantage de confidences.

- Mhh ?

- Tu me trouves comment ?

- Hein ?

- Physiquement. Tu me trouves comment ? Séduisant ? Attirant ? Excitant, même, peut-être ? (Loz grimaça) A ce point là ?

- Un : tu es un homme. Deux : tu es mon frère. Alors pour l’excitation, tu repasseras.

- Oui, forcément, vu comme ça… soupira Yazoo, déçu.

- Mais sinon, tu es un homme très séduisant, essaya de se rattraper son jumeau, qui ne s’attendait pas à le voir si déçu. Aucun problème là-dessus. Bien des femmes seraient ravies de mettre dans leur lit, je te le garantis.

Yazoo fit la moue, pas très convaincu.

- Et… ça fait quoi ?

- Quoi donc ?

- Ca fait quoi ? De faire l’amour, je veux dire. Enfin, avec Tifa, par exemple, ça t’a fait quoi ? Raconte-moi.

Loz écarquilla les yeux, chercha ses mots quelques instants mais finit par hausser les épaules et lâcher un gros soupir en faisant vibrer ses lèvres, incapable de donner un début d’indication à son frère.

Yazoo redressa la tête pour le gratifier d’un regard atterré et la laissa retomber lourdement sur sa poitrine.

- Pourquoi je te demande ça à toi, aussi…

Ils gardèrent le silence un petit moment puis :

- Yazoo… A quoi riment ces questions bizarres ?

Yazoo rougit légèrement.

- Bizarres ? Qu’ont-elles de si « bizarre », mes questions ?

Loz lui releva le menton pour le regarder droit dans les yeux et fit la moue.

- Ce qui peut se passer entre ton nombril et tes genoux ne t’a jamais intéressé. A plus forte raison ce qui se peut se passer entre les miens. Alors qui t’a suffisamment tapé dans l’oeil pour que tu te rappelles soudain que tu avais un sexe à cet endroit ?

Son jumeau vira à l’écarlate et se redressa.

- Ce que tu peux être trivial, quand tu t’y mets ! s’écria Yazoo en sortant de la baignoire.

Il s’enroula dans son drap de bain et fila dans la chambre comme on prend la fuite pour se rouler en boule sur son lit, honteux de s’être fait percer à jour par son jumeau aussi facilement.

Il ne fallut pas longtemps pour qu’il sente le poids de ce dernier sur le lit et ses bras réconfortants autour de lui.

- Dis-moi ce qui se passe, murmura Loz contre son oreille.

Son cadet se retourna et se blottit contre lui avec une soudaine envie de pleurer.

- C’est Reno, avoua-t-il d’une voix à peine audible. C’est Reno, Loz.

Yazoo éclata en sanglots et son jumeau, complètement démuni en face d’une telle situation, ne put que le serrer contre lui et le bercer comme un enfant.

- Oh, merde…

Comment gérait-on d’une situation pareille ?

Il fallait qu’il en parle à Tifa. Qu’il lui parle au plus vite !

***

Après avoir répété à Yuffie une dizaine de fois que « mais oui, elle était ravissante » et que « mais non, sa robe ne la mincissait pas trop », l’Utaïenne consentit enfin à laisser Tifa prendre sa douche et se changer.

Une minute de plus à entendre le panégyrique de Reno et soit elle se serait mise à hurler soit elle aurait éclaté de rire !

- Yuffie… tu es sûre que nous parlons de la même personne ? avait-elle demandé lorsque la jeune fille avait monté en épingle la «dextérité», le «courage» et le «sérieux» du turk. Reno ? Notre Reno ?

- Oh ! Tifa… Il est tellement… Tellement…

- Plus vieux que toi ? avait-elle essayé de plaisanter.

- Ohah ! Tout de suite ! C’est quoi dix ans, franchement ?!

- Presque douze, Yuffie. Presque douze. Reno va avoir 32 ans.

- Eh bien justement : il en a peut-être marre, des vieilles peaux trentenaires !

Tifa en riait encore lorsque, alors qu’elle venait tout juste de se glisser sous le jet d’eau de la douche, Loz fit irruption dans sa salle de bains, lui faisant une peur de tous les diables.

- Mon Dieu, Loz ! Tu veux me faire mourir d’une attaque ?

- Tifa ! Je dois te parl… Oh…

Il s’était figé avec, sur les lèvres, un petit sourire en coin rêveur ; hypnotisé par les dizaines de petites rigoles d’eau savonneuse qui coulaient entre les formes généreuses de la jeune femme.

Tifa, plus flattée par sa réaction qu’elle ne voulait bien le laisser paraître, lui releva la tête.

- Pour parler, bel incarné, c’est là que ça se passe, fit-elle en posant son majeur et son index sous ses yeux.

- J’ai un problème, fit-il sans détour. Un gros !

- Un problème ?

- C’est Yazoo. Il… (il baissa d’un ton) Il ressent des… Disons qu’il s’est mis à apprécier particulièrement quelqu’un.

- Ah ? Et en quoi c’est un problème ? (Loz rougit un peu et toussota, mal à l’aise) Ah non ! Ne me dis pas que c’est de Shalua !

Il secoua la tête et leva les bras au ciel.

- Si c’était ça, ce serait pas grave !

- Que tu crois ! Elle est avec Cid.

- Ah oui ? Alors c’est pour ça qu’ils… Enfin, on s’en fiche ! Non, ce n’est pas Shalua.

- Qui, alors ?

- C’est… C’est Reno, avoua-t-il dans un murmure à peine audible, faisant blêmir Tifa.

- Quoi ? Lui aussi ? s’écria-t-elle.

- Comment ça « lui aussi » ?

…à suivre

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XXIX - Mien et seulement mien !

«Qu’est-ce que la possession

qu’un lent désir n’a pas précédée ?»

J. Lamarche

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Shiva Rajah d’après des illustrations de M.A. Sambre

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

La version non censurée de ce texte accompagnée d’une illustration inédite trop osée pour être publiée ici se trouvent dans le fascicule “Les interdits de www.ff7-yaoi-fanfics.com Tome 2″ (voir dans la boutique)

- Loz ? insista Tifa en posant la main sur sa joue. Qu’est-ce que tu as ? Tu me fais peur…

Avec un grognement sauvage, il l’écarta de l’épaule et asséna un coup de poing si violent dans le mur qu’un morceau de maçonnerie tomba à ses pieds.

- Loz ! s’affola la jeune femme. Qu’est-ce qui te prend ? Qu’est-ce que tu as ?

Pour toute réponse, l’argenté pressa ses deux mains sur ses tempes et, dos au mur qu’il venait de frapper, se laissa glisser jusqu’au sol avec un gémissement horrible, le visage déformé par quelque chose qui n’était pas loin de ressembler à de la douleur.

- Oh, mon Dieu ! Loz !

Elle voulut le serrer contre elle et l’aider à se relever mais il la repoussa brutalement, les yeux voilés de larmes.

- Ne m’approche pas !

- Qu… Quoi ?

- Je vais te faire du mal, Tifa, ne m’approche pas !

- Qu’est-ce que tu racontes ? Loz…

- Qu’est-ce qui se passe, ici ? s’écria Shalua, qui venait de sortir du laboratoire, alertée par le bruit. Qu’est-ce qu’il a ? demanda-t-elle en voyant l’argenté sur le sol.

- Je l’ignore ! hoqueta son amie, complètement affolée. Il a… il a changé d’attitude soudainement et… Je ne sais pas, Shalua. Je ne sais pas ce qu’il a !

Kadaj sortit à son tour du laboratoire et, évaluant la situation en un instant, se précipita aussitôt vers son frère.

***

Dans la bibliothèque, Vincent referma d’un geste rageur les rapports remis par Rufus et qu’il avait demandés à Elena la veille.

Il avait lu et relu les différents passages concernant le compte-rendu de l’incident qui avait fait annuler le décollage de la fusée de Cid, il y a plusieurs années, mettant par là même une fin définitive à son rêve d’aller dans l’espace et au projet spatial de la Shinra. Il avait décortiqué le texte jusque dans les moindres détails, cherchant la faille, mais n’avait rien trouvé.

Rien du tout…

Mais qu’espérait-il y trouver, en réalité ? Ce n’était pas la première fois que son intuition le trompait, après tout.

Que les rapports matériels aient confirmé l’anomalie détectée par Shera concernant les réserves d’oxygène de fusée, ce n’était cependant pas ce qui allait le faire changer d’avis sur elle, loin de là !

Si ces fichues réserves d’oxygène avaient explosé en vol, tout l’équipage de la fusée aurait été réduit en cendres et ça, Shera s’était toujours chargé de le rappeler à Cid et de le dire à qui voulait bien l’entendre. Oh, bien sûr, jamais de façon à avoir l’air de s’en vanter, bien au contraire. Plutôt en se présentant comme celle qui « avait gâché le rêve de l’homme pour qui elle aurait volontiers donné sa vie ! » La jeune femme avait peaufiné son rôle de « Sainte Shera Martyr » jusqu’à la dernière larme !

Vincent froissa une feuille de notes et la jeta rageusement sur le sol.

Pourquoi personne ne voyait clair dans le jeu de cette folle en dehors de lui ?

« Shera ? Mais enfin, Vincent, tu es fou ! Elle est la douceur même. »

« Avec Shera, Cid ne pouvait pas mieux tomber ! Mais la patience de cette femme sera mise à rude épreuve durant ce mariage, tu peux me croire ! »

« Comment Cid peut-il traiter une femme si gentille avec autant de mépris ? Il a beau être mon ami, j’avoue que je lui dirais volontiers ses quatre vérités à ce sujet ! »

Etaient-ils donc tous aveugles ?

Il poussa un profond soupir de dépit.

Il aurait tant aimé trouver dans ces rapports une raison inexcusable de rupture à ajouter au dossier de divorce - une erreur, un mensonge, un sabotage, n’importe quoi !

Non, en fait. Pas n’importe quoi. La confirmation de ce qu’il pensait depuis toujours : que c’était Shera qui avait saboté la fusée pour l’empêcher de décoller !

Si Cid avait été le premier homme à aller dans l’espace, il serait devenu un héros, une vedette… inaccessible pour elle, qui avait pourtant accepté de jouer les esclaves soumises durant des années pour pouvoir être seulement près de lui.

De l’amour ? C’est ce qu’elle croyait mais, à ce niveau, ça tenait plus de l’obsession psychotique que de l’idylle.

Cid avait beau essayer de le cacher, il savait très bien qu’elle n’accepterait jamais de divorcer. Pas sans qu’on lui force la main, du moins.

- Mon maître vous réclame et semble tourmenté, annonça Cait 9 en entrant dans la bibliothèque. Si vous me permettez la familiarité.

- Kadaj ? Qu’a-t-il donc ?

- Je l’ignore mais il m’a demandé d’accourir et, sans perdre de temps, de venir vous quérir.

Vincent rangea les rapports dans leur pochette cartonnée et les coinça sous son bras.

- Allons-y donc, fit-il en tendant sa main gantée au chat robotisé.

Cait la saisit et ils quittèrent la bibliothèque en direction du sous-sol.

***

- Loz ! Loz, regarde-moi. Regarde-moi !

Kadaj lui prit le visage dans les mains et le força à lever la tête.

- Elle est là, Kadaj ! haleta Loz, faisant blêmir Tifa et Shalua. Elle est revenue ! Je l’entends ! Elle essaye de s’imposer dans chacune de mes pensées !

Son frère le serra contre lui.

- Je le sais, mon frère. Je le sais…

- Jenova… murmura la jeune scientifique en se détournant avec un frémissement horrifié dans la voix.

Elle eut un geste aussi rageur qu’impuissant et Tifa, au bord de la nausée, s’appuya contre le mur du couloir.

- Oh, non… Elle ne va pas les reprendre ? Shalua, dis-moi qu’elle ne peut pas les reprendre !

A ce moment précis, Vincent descendit les dernières marches qui menaient au sous-sol en tenant Cait 9 par la main.

Devant le spectacle désolant qui s’offrit à lui, il comprit immédiatement de quoi il retournait.

- Elle n’a pas perdu de temps… soupira-t-il en s’accroupissant à côté de Loz et de Kadaj. Lui aussi ? demanda-t-il à ce dernier.

Kadaj acquiesça.

- Aussi ? s’étonna Shalua. Pourquoi ? Qui est l’autre ? Yazoo ?

Le benjamin de la fratrie leva vers elle un regard coupable et elle posa une main compatissante sur son épaule.

- Oh, poussin…

Cait, sentant la détresse de son jeune maître et que quelque chose de grave se passait, se glissa entre lui et son frère pour enlacer son cou de ses petites pattes velues.

- On ne la laissera pas faire, Kadaj, assura Vincent en gratouillant la tête du chat. Je te le promets.

- Loz est le plus fort d’entre nous, Vincent. Si même lui n’arrive pas à lutter, comment le pourrons-nous ?

Son aîné redressa la tête, le regard farouche et volontaire.

- J’ai lutté, assura-t-il. Si ce n’avait pas été le cas, Tifa serait morte, à l’heure qu’il est, ajouta-t-il, faisant hoqueter la jeune femme.

Profondément choquée par ces paroles, Tifa dut s’appuyer contre Shalua et l’ancien turk se tourna vers elle.

- Reprends-toi, Tifa, ce n’est pas le moment de flancher.

- Il a raison, ma grande, chuchota la jeune scientifique en serrant affectueusement les épaules de son amie de son bras valide. C’est maintenant qu’ils vont avoir besoin de nous.

Loz adressa à Tifa un regard à la fois accablé et coupable qui la bouleversa et, prenant son courage à deux mains, elle s’agenouilla à ses côtés pour enfouir son visage contre son cou.

- Je ne te ferai jamais de mal, Tifa, assura-t-il. Pas tant qu’il me restera une once de conscience qu’elle n’aura pas dévoré.

- Elle ne dévorera rien du tout ! promit Vincent. Nous l’en empêcherons. Jenova n’est pas invincible, loin s’en faut, et cette première bataille contre elle, tu l’as bel et bien gagnée, Loz.

Kadaj serra fortement Cait 9 contre lui, comme si l’affectueuse peluche était une amulette pouvant le protéger de Jenova.

Et elle l’était, en quelque sorte, puisqu’elle était la marque de l’amitié de Reeve et qu’elle lui rappelait à chaque instant, par sa seule et attendrissante présence, que lui et ses frères n’étaient plus seuls, désormais.

Mais cela suffirait-il ? Jenova était si forte…

- Et les prochaines batailles ? murmura-t-il avec un tremblement dans la voix. Qui les gagnera, Loz ? Elle ou nous ?

- Nous ! répondit Tifa à sa place. Nous tous. Et peu importe que nous ne sachions pour l’instant comment…

Vincent se leva.

- Dès que Reno sera sorti de la cuve, après le dîner, nous réunirons tout le monde en salle de conférence. Les hostilités sont ouvertes et nous devons serrer les rangs…

Tifa se blottit contre Loz et Cait leva un regard inquiet vers Kadaj et Shalua, quémandant une grattouille réconfortante.

***

Yuffie regarda sa montre et repoussa sa deuxième part de dessert, repue.

- Je descends voir Reno ! lança-t-elle à la cantonade en quittant la table du déjeuner. Je lui ai promis !

Cid avala son rapidement son café et se leva.

- Je vais avec toi.

Ils descendirent dans le sous-sol et frappèrent doucement à la porte du laboratoire.

Ce fut Cait 9 qui leur ouvrit.

- Mademoiselle. Cher Amiral, salua-il avec une petite révérence. Votre souci est médical ?

Cid roula des yeux et les leva au plafond.

- Ah non mais c’est carrément insupportable, cette façon de parler…

- On est pas malades, Cait, chuchota l’Utaïenne sans prêter attention à la réflexion du pilote. On vient voir Reno. C’est possible ?

Le chat acquiesça et s’effaça pour les laisser passer en mettant un doigt de sa petite patte devant sa bouche.

- Passez, passez et parlez bas, recommanda-t-il. Yazoo repose juste là.

***

Nu-pieds, vêtu d’un t-shirt noir et de son pantalon de cuir après une douche brûlante, Loz essayait de se détendre, allongé sur son lit.

Sans succès.

Il avait quitté la table du déjeuner sans attendre le dessert - espérant s’accorder quelques moments d’intimité avec Tifa - mais cette dernière était restée en bas et ne paraissait pas pressée de le rejoindre dans sa chambre, comme il l’avait espéré.

Pire : depuis presque une demi-heure que durait son attente, la voix dans son cerveau ne le laissait pas en paix, menaçant de le rendre fou.

« Elle ne viendra pas, Loz. » railla-t-elle « Cette peste ne sera satisfaite que lorsqu’elle t’aura brisé le coeur et enterré sous six pieds de gravats ! »

Il ferma les yeux et essaya de l’ignorer.

« Comme ce turk pour lequel ton jumeau a risqué sa vie ! Tu te souviens de l’explosion, dans le tunnel, Loz ? Tu te souviens des flammes ? De l’odeur de ta propre chair en train de se consumer ? Du bruit des os de Yazoo écrasés sous les blocs de ciment ? De la douleur ? Te souviens-tu de vos cris, Loz ? Ceux qui ont fait ça sont les mêmes que ceux qui voudraient te faire croire aujourd’hui qu’ils sont tes amis ! »

Il posa un oreiller sur son visage pour étouffer un gémissement.

- Mais tu vas te taire, à la fin !

« Je suis ta mère et mon devoir est de veiller à ce que tu ne… »

- Tu n’es pas ma mère ! Ma mère s’appelait Lucrecia !

« Mensonge ! Qui était là, lorsque vous aviez besoin d’aide : cette garce ou moi ? Qui a fait de vous des hommes puissants et redoutés alors que vous n’étiez que des expériences ratées ? Veux-tu redevenir une expérience ratée, Loz ? C’est ça que tu veux ? Parce que, pour eux, tu n’es et ne seras jamais rien d’autre ! »

- Je ne veux plus t’entendre !

« Il le faudra bien, pourtant, parce que je ne laisserai pas mon fils bien aimé être berné par une putain et une bande de fripouilles parvenues ! Tôt ou tard, j’arriverai à te faire entendre raison ! »

On frappa et Loz sursauta.

- C’est ouvert !

La porte s’entrouvrit et Tifa passa la tête par l’entrebâillement.

- Je peux ?

Il sourit, le coeur battant.

- Bien sûr, entre.

Il s’assit sur le lit et elle referma la porte pour s’y appuyer.

- Comment te sens-tu ?

Il haussa les épaules et grimaça.

- Elle se réveille de temps à autres. C’est à devenir complètement cinglé.

- Si seulement je pouvais faire quelque chose pour te soulager.

Loz prit sur lui pour faire bonne figure.

- Un câlin ne serait pas de refus, badina-t-il avec une petite moue espiègle.

Elle éclata de rire.

- Ca devrait pourvoir s’arranger ! Tu es parti comme une flèche, après le déjeuner.

- Je… En fait, je m’attendais à ce que tu me suives, quand je suis monté, avoua-t-il en détournant le regard, la gorge soudain sèche.

Jenova avait raison sur un point : il désirait Tifa à en être malade, comme il n’avait jamais désiré une femme. La souffrance provoquée par ce désir, c’est ce qui avait nourri l’entité. C’est en profitant de cette faiblesse que sa pseudo-mère avait failli le pousser à commettre le pire, un peu plus tôt.

- J’avais envie de prendre une douche et me changer, avant, murmura Tifa en verrouillant la porte pour que, cette fois, personne ne vienne plus les déranger. Je portais encore les vêtements d’entraînement de ce matin.

Les iris couleur de mako se plantèrent dans les siens et le monde qui l’entourait cessa d’exister…

***

Cid tapota doucement sur le cylindre en verre de la cuve de mako et Reno ouvrit les yeux.

- Salut, poil de carotte ! La baille est bonne ?

Le turk sourit et leva le pouce.

- Salut ! fit à son tour Yuffie en sortant de derrière le dos de Cid pour s’approcher de la cuve. Comment t… Oups !

Elle rougit brutalement avant de reculer de plusieurs pas et Kadaj pouffa derrière son écran.

Un : elle ne s’était pas attendue à voir Reno nu dans la cuve.

Deux : celle-ci étant surélevée d’une cinquantaine de centimètres et Yuffie surbaissée de vingt par rapport à la moyenne des femmes, elle s’était, pour ainsi dire, retrouvée le nez sur…

- Ce n’est qu’un pénis, du calme ! la brocarda le pilote, la faisant rougir plus encore. Dis-donc, Reno, t’es un vrai roux ? J’aurais jamais cru !

Le turk roula des yeux et son sourire s’élargit.

- Ne le fais pas rire, Cid, intervint Shalua en lui pinçant les fesses, ce qui fit hausser le sourcil à Reno.

Tiens, tiens… Se passait-il quelque chose entre ces deux-là ? Intéressant. Il faudrait qu’il examine le sujet de plus près une fois sorti de là.

- Bon, bah, contente de voir que tu vas bien, Reno ! Je te vois tout à l’heure pour dîner, hein ! fit précipitamment Yuffie avant de s’éclipser - ou de s’enfuir ? - les joues presque aussi rouges que les cheveux du turk.

Ce dernier agita la main et haussa les épaules.

- Je ne l’aurais pas crue si pudique, notre petite ninja… nota Shalua, follement amusée par la réaction épidermique de la jeune fille.

Kadaj, lui, trouva sa réaction plutôt émouvante et un sourire énigmatique étira ses lèvres pâles tandis qu’il se concentrait sur son clavier.

***

Tifa alla s’agenouilla à côté de Loz, sur le lit, pour suivre de l’index les formes un rien agressives des pattes argentées qui accentuaient les angles élégants de ses joues.

L’odeur sucrée du jeune homme l’enveloppa et elle caressa du bout des doigts ce visage à la beauté virile, farouche, et cette peau lisse et parfumée d’une pâleur onctueuse.

Loz sourit en fermant à demi les yeux.

Les reflets bleutés du froid soleil d’hiver qui pénétrait par l’entrebâillement des lourds rideaux faisaient chatoyer ses cheveux de mercure et se reflétaient sur sa peau, le transformant en statue d’électrum.

Le sourire de Tifa se fit caresse pour se poser sur sa pommette haute et elle se sentit soudain saisie d’une confusion qui n’était due qu’à l’émotion du moment.

- Je t’ai vue moins timide, murmura-t-il à son oreille.

« Oui, lorsqu’elle a essayé de te tuer, là-bas, à Midgar, elle était tout sauf timide… » persifla la voix dans sa tête. « T’en souviens-tu, Loz ? De souviens-tu de la haine, dans ses yeux ? »

« Mais tu vas la fermer, oui ! » répliqua-t-il en silence.

Tifa hocha la tête.

- C’est à mon tour de ne pas trouver les bons mots pour te faire comprendre à quel point tu m’attires et combien j’aimerais te le dire.

- Alors montre-le-moi…

Les mains de Loz se posèrent sur sa ceinture de cuir.

Souriant, il défit la boucle ainsi que le bouton de son pantalon et Tifa sentit une vague de chaleur remonter le long de son ventre. Puis il retira son t-shirt noir, dénudant son torse.

Sans la quitter des yeux, il fit descendre ses doigts de sa poitrine à son ventre, où ils dézippèrent la fermeture éclair. Puis ils se faufilèrent dans son pantalon pour le faire glisser sur ses cuisses et s’en débarrasser d’une torsion de reins.

Il ne portait aucun sous-vêtement.

Magnifique dans sa nudité, il se pencha sur Tifa et ses mains défirent un à un les petits boutons de son corsage. Sa bouche suivit bientôt ses doigts, se posant délicatement sur chaque pouce de peau dévoilée.

Ses lèvres traçaient un chemin de sensations contradictoires sur la peau de la jeune femme, frôlements assassins et caresses meurtrières, à la fois douces et douloureusement plaisantes.

« Ne fais pas autant de manières, Loz ! Ca ne te ressemble pas ! Et ce n’est pas ce qu’elle attend de toi, pauvre idiot ! Elle se sert de toi, es-tu donc si aveugle ? »

« Je t’ai dit de la fermer ! »

Après s’être débarrassé de la jupe longue et des bottes, il dégrafa le soutien-gorge, qu’il envoya valser au pied du lit, et fit glisser la petite culotte de dentelle le long des jambes fuselées.

Lorsqu’il s’allongea sur elle et que Tifa sentit la chaleur de sa peau contre la sienne, entièrement libérée de la barrière des vêtements, ce fut une intense brûlure qu’elle ressentit jusqu’aux tréfonds.

Le visage enfoui contre son cou, il mordilla tendrement le lobe de son oreille et un long frisson traversa le corps de la jeune femme. Le poids du corps de Loz, qui la pressait contre le matelas, l’enchanta, lui rappelant les sensations enivrantes et malheureusement interrompues de la nuit précédente.

Elle soupira et sourit, simplement heureuse de le sentir sur elle, pesant, fort, à sa place.

Tifa ouvrit brutalement les yeux.

Oui… il était à sa place.

Il se redressa légèrement et la regarda.

Un feu intense luisait dans son regard de félin. Un brasier effrayant d’intensité. Ses lèvres entrouvertes étaient gonflées et ses joues se teintaient d’une douce ombre rosée, comme s’il venait de courir. La veine, sur sa tempe, battait si violemment que Tifa craignit un instant de le voir s’affaler. Impression accrue par le souffle haletant et difficile qui s’échappait de sa gorge.

- Loz… murmura-t-elle, un peu inquiète.

Mais ces yeux-là n’étaient pas ceux d’un homme souffrant ou sous l’emprise d’une entité extra-terrestre. C’étaient ceux d’un homme dévoré par le désir. Un désir qui, lorsque qu’elle le décela, tordit les entrailles de la jeune femme en une agréable et sensuelle pression, faisant se dilater chacune de ses veines.

Le voir la désirer ainsi le rendait incroyablement désirable en retour et Tifa se sentit plonger dans un tourbillon de folie, une frénésie de concupiscence attisée par une trop longue abstinence. Une passion toute de brutalité et de domination forgée au grand feu de l’impatience. Si elle relâchait ne serait-ce qu’un peu le contrôle, ce serait violent… Effrayant… Animal… Le pire d’elle-même, cette partie masculine si bestiale qu’elle détestait d’autant plus chez les hommes qu’elle faisait partie intégrante de sa personnalité de combattante.

« N’attends pas ! » hurla la petite voix dans la tête de Loz. « Possède cette chienne en chaleur et débarrasse-toi d’elle ! »

« Non… »

Il se pencha vers elle pour prendre son visage entre ses mains et déposer un baiser passionné sur ses lèvres.

Un feu dévastateur enflamma les reins de la jeune femme.

« Plus bas, Loz. » insista la petite voix. « Serre cette gorge comme elle aurait tant voulu le faire avec toi, il y a deux ans ! »

« Jamais… Je ne lui ferai jamais de mal. »

« Bien sûr que si ! Parce qu’elle le mérite et parce que c’est dans ta nature, que tu le veuilles ou non ! »

« Tais-toi donc ! »

« Prends-là, allez, qu’attends-tu ? Glisse-toi entre ses jambes, soulage-toi et serre tes mains sur sa gorge ! »

« Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! »

Il poussa un gémissement douloureux dans la bouche de Tifa et celle-ci couvrit son visage de baisers.

La jeune femme lui prit la main droite et la fit courir sur son corps jusqu’à ses seins et sa gorge avec un soupir expressif tandis que de l’autre, elle lui pinça cruellement les tétons, le faisant brutalement tressaillir.

- Tifa… haleta-t-il en lui saisissant le poignet de sa main libre.

Elle lui adressa une petite moue désolée, ne l’ayant pas cru si sensible à cet endroit…

« Regarde comme elle te traite ! Tu n’es qu’un jouet, pour elle ! Comme pour les autres !»

Il sentait battre la jugulaire de la jeune femme sous sa paume droite et il lova les doigts sur la gorge délicate.

« Montre-lui qui est le maître !»

Il serra un peu et elle le laissa faire, préférant continer de taquiner ses tétons si sensibles plus gentiment.

« Serre ! Mais serre donc ! Tu n’auras jamais de plus belle occasion ! C’est la femme qui a essayé de te tuer, Loz ! Ne l’oublie pas ! »

- Loz… susurra Tifa, si bas qu’il faillit ne pas l’entendre. Doucement. Tu… Tu m’étrangles.

Il ouvrit brutalement les yeux et voyant sa main puissante contractée sur le cou gracile, fut pris de panique. Par tous les démons de la planète ! Qu’était-il donc en train de faire ?

Il la lâcha immédiatement et recula.

- Pardon, je…

Il parut hésiter un instant, le souffle court, puis se pencha par dessus le bord du lit pour se saisir de son pantalon, qu’il avait jeté sur le sol.

La jeune femme se raidit, soudain blême, croyant qu’il allait se rhabiller et partir.

- Loz ? bredouilla-t-elle. Attends, que…

Il retira la ceinture de cuir des passants du vêtement et la lui tendit.

- Attache-moi, chuchota-t-il.

« Que fais-tu, Loz ? Es-tu fou ?»

Tifa écarquilla les yeux.

- Quoi ?

« Arrête ! Arrête ce jeu stupide immédiatement, Loz ! Au fond de toi, tu sais que j’ai raison ! »

Il s’allongea lentement sur le dos, sans la quitter des yeux, et saisit les barreaux du lit, au-dessus de sa tête.

- Attache-moi les mains, répéta-t-il, le souffle saccadé.

« Pauvre imbécile… »

Tifa n’en croyait ni ses yeux ni ses oreilles mais la simple perspective de soumettre ainsi cette force brute, de dompter cette créature si puissante était… terriblement excitant.

Jamais elle n’aurait imaginé qu’un homme tel que Loz, si viril, si dominateur, se prêterait à ce genre de jeu…

Mais était-ce un jeu ?

Elle plongea son regard dans les yeux mako et y lut du désir, bien sûr, mais aussi ce qu’elle interpréta comme de l’appréhension.

- De quoi as-tu peur, Loz ? demanda-t-elle en se penchant pour caresser son ventre de ses lèvres, le faisant frissonner de plus belle. De moi ?

- Non… répondit-il.

- De toi, alors ?

- Peut-être…

- D’elle ?

- Surtout.

Avec un pincement au coeur, elle déposa une pluie de baisers sur son abdomen.

- Jamais je ne la laisserai te reprendre, Loz… assura-t-elle d’une voix enrouée en caressant son corps magnifiquement découplé. Dis-moi ce que je dois faire. Dis-moi ce que tu veux…

Elle le vit déglutir avec difficulté, sa pomme d’Adam montant et descendant dans sa gorge serrée par le désir.

- Attache-moi et…

- Et quoi, Loz ?

Il ferma les yeux un instant, le coeur battant, et elle l’encouragea d’un baiser sur le coin de la bouche.

- Fais-moi l’amour…

Ces quelques mots, si insolites dans la bouche d’un homme, le ton suppliant, ses caresses, son odeur et son physique affolant allumèrent un incendie de concupiscence au creux du ventre de la jeune femme.

- Oh, Loz…

Ses prunelles brillèrent avec l’intensité que celles d’un oiseau de proie et elle attacha solidement ses poignets du jeune homme aux barreaux du lit, au-dessus de sa tête.

***

Appuyé à l’encadrement de la fenêtre, le corps nu portant encore les traces de la passion dévorante qui l’avait uni à Tifa, Loz regardait le soleil se coucher, le ventre noué et les yeux menaçant de déborder.

La voix l’avait réveillé et ne cessait de le harceler.

« Tu as eu ce que tu voulais, Loz. Es-tu soulagé pour autant ? Bien sûr que non parce que j’avais raison ! Tout ce qu’elle voulait, c’était profiter du plaisir que tu pouvais lui offrir ! »

« C’est faux… Elle n’a pensé qu’à moi. »

« Non, Loz ! Elle a fait de toi son jouet ! Sa chose ! »

« Non… »

« Mais qu’est-ce que tu crois, mon pauvre fils ? Qu’est-ce que tu espérais ? Qu’elle te ferait l’amour en te murmurant des mots doux à l’oreille et te ferait des promesses d’affection éternelle ? Ah ! Ah ! Ah ! Ouvre les yeux, Loz ! »

« Tais-toi ! Par pitié, tais-toi… »

« Non. Pas tant que je ne t’aurais pas rendu la raison. Cette fille est en train de te briser ! Elle va réduire ton coeur et ton âme en charpie pour son seul plaisir ! Débarrasse-toi d’elle, Loz ! Débarrasse-t-en ! »

« Je ne peux pas… »

« Bien sûr que si ! Pense à ce qu’elle a fait. A ce qu’elle a dit ! Elle n’a que les mots « désir » et « plaisir » à la bouche, lorsqu’elle parle de toi, Loz ! Rien de plus ! Tu n’es rien de plus pour elle qu’un corps destiné à lui donner du plaisir ! »

« Je ne peux pas… »

« Je te guiderai, mon fils… »

« Non… Je t’en supplie, non… »

Il ferma les yeux et prit une inspiration douloureuse.

- Loz ?

Il tressaillit en sentant les bras de Tifa lui enserrer la taille par derrière.

- Tu pleures ?

Elle faillit ajouter « mon amour » mais se mordit la langue à temps, sachant combien les hommes détestaient ce genre de petits noms dès le premier rapport sexuel.

La seule chose qu’ils craignaient plus qu’une piqûre ou une prise de sang était une femme sentimentale qui risquerait de leur passer la corde au cou, elle ne le savait que trop et en avait fait l’amère expérience avec Cloud.

- Non, je ne pleure pas.

Elle laissa une traînée de baisers le long de son épine dorsale en insistant sur les cicatrices de ses injections de mako.

- Pourquoi as-tu l’air si crispé, Loz ?

- Tifa… Tout à l’heure…

Elle discerna quelque chose dans sa voix, comme un reproche, qui lui noua le ventre.

- Oui ? demanda-t-elle, la gorge soudain serrée par l’appréhension.

- Ce n’était pas… Ce n’était pas que physique, pour toi, n’est-ce pas ?

La jeune femme eut l’impression de recevoir une gifle en pleine figure.

Et dire qu’elle l’avait cru différent des autres… Mais, non, Loz était comme tous les autres hommes. Coucher, d’accord, mais s’encombrer d’une femme qui risquerait de l’aimer et de nouer un fil à la patte, hors de question !

Elle pressa son front contre son dos en ravalant ses larmes, se demandant si elle devait répondre par la négative, d’un enjoué : « Mais non, voyons ! Que vas-tu imaginer ! Je ne voulais que passer un moment, comme toi. Si on remettait ça un de ces quatre ? ».

Au moins, comme ça, elle aurait une chance de vivre à nouveau avec lui des minutes aussi fortes que celles qui venaient de s’écouler. Oui, si elle cachait ses sentiments, elle pourrait…

Quoi ? Souffrir en silence durant des années, comme avec Cloud ? Attendre de sa part un amour qui ne viendrait jamais ? Vivre avec son absence quasi-permanente ?

Non, elle ne mentirait pas.

Et, après tout, Loz était tout à fait en droit de refuser son affection. N’était-ce pas elle, qui l’avait cherché, dans la chapelle ? N’était-ce pas elle, qui l’avait embrassé la première ? Elle qui l’avait séduit, en fait ?

Non, Loz ne lui devait rien. Rien du tout et ne lui avait fait aucune promesse. Elle n’avait pas le droit de l’enchaîner par des sentiments qu’il n’avait pas réclamés.

- Non, Loz, avoua-t-elle, le coeur brisé. Ce n’était pas seulement physique…

Elle le sentit se pétrifier entre ses bras et resserra son étreinte une dernière fois. Juste une dernière fois pour profiter encore quelques secondes de sa chaleur, de la douceur de sa peau et de son parfum.

Elle sentait battre son coeur à tout rompre contre ses seins et son souffle s’accélérer sous l’effet du choc et de la surprise.

Bon sang, c’était encore pire que ce qu’elle aurait pu craindre…

- Si ça te pose problème autant le dire tout de suite Loz, fit-elle en ravalant ses larmes. Dis-le avant qu’il ne soit trop tard parce que… Parce que je crois que je suis en train de tomber salement amoureuse de toi, tu sais…

Il pivota entre ses bras pour lui faire face mais elle n’osa pas lever la tête pour voir son expression.

Tête basse, elle le lâcha à regret, une douleur sourde au creux de la poitrine qui mettrait sans doute des mois à cicatriser… mais deux mains puissantes se refermèrent sur son visage pour l’obliger à plonger son regard couleur de châtaigne dans les yeux mako à présent scintillants de larmes.

- Surtout ne change rien pour moi, fit-il en souriant tandis qu’un flot salé se répandait sur ses joues. Oh, Tifa…

« Je le savais… Je savais qu’elle éprouvait quelque chose pour moi ! J’avais raison ! » hurla-t-il mentalement à Jenova, narguant la voix qui avait voulu le tromper. « Tu n’as jamais su que nous mentir et te servir de nous ! Mais c’est fini ! Bel et bien fini… Je ne te laisserai plus te mettre entre elle et moi. Ni entre moi et personne, d’ailleurs ! Va pourrir avec les charognes, Jenova ! C’est là qu’est ta place… »

Il serra Tifa contre lui à l’étouffer et quelque chose, comme si on lui avait injecté une pleine seringue d’oxygène, se répandit dans chacune de ses artères, purifiant, faisant chanter le sang dans ses veines. Il se sentait soudain si libre, si léger que si la jeune femme n’était pas agrippée à lui, il aurait pu s’envoler.

- Loz… Loz… murmurait Tifa comme un mantra, la joue pressée contre sa poitrine.

- Je suis là, Tifa… Je serai toujours là, pour toi… Toujours…

Le ravissement de la jeune femme était tel qu’elle crut sa poitrine sur le point d’éclater.

Tout comme éclatèrent au même instant, à des centaines de kilomètres de là, les vitres les détecteurs de la Shinra sous le cratère nord tant fut forte l’explosion de colère de Jenova.

Tifa l’avait terrassée comme on embrasse : en douceur, passionnément et sans hésitation aucune.

Le hurlement de rage de la calamité tombée du ciel agita la rivière de la vie jusqu’aux tréfonds.

Les remous provoqués par sa formidable colère vinrent baigner avec la douceur d’une vague d’été les pieds de Lucrecia, qui lui répondit par un rire clair débordant de joie.

Jenova venait de perdre son premier « fils ».

…à suivre

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XXVIII - Une vieille connaissance

«Ecraser l’innocent qui résiste,

c’est un moyen que les tyrans emploient

pour se faire une place en mainte circonstance.»

Goethe

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Les violentes secousses qui agitèrent le liquide verdâtre apprirent à Reno que quelque chose de particulièrement volumineux venait d’être plongé dans la cuve.

Une échelle ?

Allait-on enfin le sortir de là en urgence ?

Les mains toujours crispées sur la poitrine, il ouvrit les yeux, releva la tête et eut la surprise de voir un autre corps nu tout près du sien. C’est à ses longs cheveux flottant autour de lui comme de fines algues d’argent qu’il reconnut Yazoo.

Ce dernier ne lui laissa pas le temps de montrer sa surprise et le serra aussitôt contre lui en expulsant l’air que contenaient ses poumons pour prendre une profonde inspiration.

C’était violent et particulièrement douloureux mais le temps pressait.

Le mako envahit aussitôt sa bouche et ses bronches et il convulsa douloureusement sans lâcher un seul instant sa prise sur Reno.

Ce dernier, comprenant ce que l’argenté était en train de faire, le repoussa et prit son visage entre ses mains pour le regarder droit dans les yeux. Yeux qui, pour l’heure, étaient fermés sous l’assaut de la douleur et le turk secoua la tête, ne comprenant absolument pas à quoi rimait sa présence dans la cuve.

Il était si surpris qu’il en oublia presque sa propre souffrance et sa propre panique durant quelques secondes.

Ne pouvant pas parler, il secoua doucement la tête de Yazoo, quêtant un signe à défaut d’explication.

L’argenté ouvrit enfin les yeux… et sourit.

« Yazoo ? » articula silencieusement Reno dans le liquide.

Pour toute réponse, celui-ci le serra à nouveau contre lui et lui frotta doucement la nuque et le dos, comme il l’avait fait la nuit précédente pour l’apaiser, lorsque Reno avait rendu tripes et boyaux à plusieurs reprises dans l’évier.

Hélas, toujours sous l’emprise de la panique, le turk ne pouvait rester immobile dans les bras réconfortants.

Il voulut se dégager mais l’argenté referma sa main droite sur sa bouche et son nez et resserra l’étreinte de son bras gauche, le pressant si fort contre lui qu’il était impossible à Reno de gonfler sa cage toxique.

« Ne respire pas, Reno » articula-t-il exagérément dans le liquide pour être sûr d’être compris.

Reno essaya à nouveau de se libérer mais Yazoo avait une poigne de fer et il était lui-même épuisé par les longues heures passées à vomir et à subir les assauts de la fièvre et du sevrage.

Ils bataillèrent durant un long moment et, lorsque le turk comprit qu’il ne pourrait pas sortir de cette maudite cuve et qu’il allait probablement mourir là, il abandonna la lutte, épuisé et las de se battre pour survivre depuis presque deux jours.

Reno en avait assez. Il n’en pouvait plus de la douleur, de la fièvre, de la peur, de tout…

Que le mako le noie, après tout ! Il s’en fichait. Il ne voulait plus ferrailler avec des moulins à vent. Il voulait la paix. Juste la paix. Ne plus avoir mal, ne plus penser, ne plus paniquer, ne plus trembler…

Yazoo le sentit soudain de pâte entre ses bras et il desserra l’étau de ses bras.

La tête du turk retomba doucement sur son épaule et il l’étreignit plus gentiment, presque tendrement, en lui massant doucement le dos, de la nuque aux reins, dans un mouvement lent et reposant.

Reno sentait la main légère et apaisante, sur son échine. Les courants que ses mouvements provoquaient dans le liquide verdâtre se répercutaient sur tout son corps en un délassant et caressant massage aquatique. Leurs cheveux flottaient autour d’eux, se mêlaient en un impossible entrelacs de feu et de glace, et leur chatouillaient le visage et les épaules.

Le turk nicha son visage dans le cou délicat et arrêta de respirer.

Finalement, la première douleur passée, c’était plutôt agréable de mourir…

***

Usant de son incroyable rapidité, Loz devança ses compagnons de plusieurs minutes.

Il fit irruption dans le laboratoire et se précipita vers la cuve où flottaient Yazoo et Reno pour plaquer ses mains sur la paroi du cylindre, face à son jumeau.

- YAZOO ! QU’EST-CE QUE TU FAIS ? YAZOO !

Ce dernier, qui serrait toujours Reno contre lui, lui sourit et tendit une main pour coller sa paume contre celle de Loz derrière le verre.

« Je vais bien, Loz. » articula-t-il dans le mako « Calme-toi. ».

- Sors de là ! hurla le colosse en tapant violemment contre la cuve. Sors de là, tu entends !

Shalua, craignant qu’il ne brise le grand cylindre pour libérer son jumeau, s’interposa et lui saisit doucement les poignets de sa main valide et de sa prothèse articulée.

- On va le tirer de là, mon grand, calme-toi !

- Comment as-tu pu le laisser entrer là-dedans ?! Tu savais ce qu’il risquait !

- Il m’avait promis de n’y rester que trois ou quatre minutes Loz ! Et en remontant à l’air libre pour respirer. Sinon, je ne l’aurais jamais laissé faire, tu penses bien.

- S’il ne sort pas, il va mourir ! s’écria l’argenté, les larmes aux yeux.

- Il sortira de gré ou de force, ça, je te le jure. C’est pour ça que j’ai prévenu Vincent mais, puisque tu es là, grimpe là-haut, tu feras aussi bien l’affaire que lui pour le tirer de force de là, si ce n’est mieux.

Elle lui désigna le haut escabeau en titane qui menait au sas ouvert au sommet de la cuve et dont on se servait pour accéder au patient sans avoir besoin de vider cette dernière.

Loz ne se le fit pas dire deux fois et grimpa les marches en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.

- Yazoo ! appela Merill en tapotant sur la vitre pour lui désigner l’écran de contrôle de la cuve d’un mouvement du pouce. C’est bon, il est calmé, tu peux sortir, maintenant. Ton frère va t’aider à de là.

Yazoo leva les yeux et vit la main de son jumeau plonger dans le mako au-dessus de lui mais secoua la tête.

Reno l’agrippait et il savait que s’il le lâchait maintenant, il se remettrait à paniquer.

« Encore quelques minutes… »

- Non, Yazoo baby ! intervint Shalua. Maintenant !

- Yazoo ! cria Kadaj, qui venait de pénétrer dans le laboratoire, accompagné de Tifa, Vincent, Reeve, Yuffie et Cid.

- Qu’est-ce qu’il fait là-dedans ? demanda ce dernier. Je croyais qu’il pouvait pas supporter un plongeon dans ce truc ?

- Il ne le peut pas, Cid, acquiesça la jeune scientifique. C’est bien là le problème !

Kadaj et Vincent essayèrent de convaincre Yazoo à leur tour à grand renfort de gestes et de cris mais celui-ci ferma les yeux et resserra son étreinte autour de Reno, qui releva quand même la tête, alerté par l’agitation qui régnait autour de la cuve.

Qu’est-ce qui se passait ? Pourquoi tout ce boucan alors qu’il était soudain si bien ? Soutenu par Yazoo, il se laissait porter par la poussée du liquide et sentait le mako pénétrer, réparer et envelopper chacune de ses cellules d’une chaleur bienfaisante…

- Yazoo ! criait Kadaj. Ne fais pas l’idiot !

Bon sang ! Mais pourquoi tout le monde s’agitait-il de la sorte ?

Reno se força à se concentrer sur ce qui se passait dans le laboratoire, de l’autre côté de la paroi de verre du cylindre.

Tout le monde paraissait affolé de voir l’argenté dans la cuve avec lui.

Pourtant, il était si bien… Il avait réussi à le calmer et…

Mais c’est vrai, ça, au fait ! Qu’est-ce que Yazoo fichait dans la cuve avec lui ?

Reprenant un peu ses esprits, il repoussa doucement l’argenté pour le regarder à nouveau dans les yeux, une interrogation muette dans le regard.

Une fois de plus, Yazoo se contenta de lui sourire et il réalisa… Par tous les démons de la planète ! Oui, il réalisa ce que l’argenté venait de faire pour lui. Il en comprit toute la générosité mais aussi toute l’horreur en se souvenant des vidéos et des raisons qui avaient poussé Shalua à le sortir de son sommeil artificiel plus tôt que prévu.

« Oh, putain… »

- Yazoo ! criait Vincent. Sors immédiatement ou je te jure que je laisse Loz te tirer de là par les cheveux !

De l’autre côté de la vitre, Tifa vit Reno prendre le visage de l’argenté dans ses mains en coupe et lui adresser un regard aussi suppliant que débordant de reconnaissance avant de lui faire signe de la tête de remonter.

«Sors. Ca va aller » articula-t-il. « Je vais bien, maintenant »

Yazoo, circonspect, inclina la tête de côté.

« Je t’en prie. » Il pressa son front contre le sien et ajouta en un léger mouvement des lèvres que seul l’argenté pouvait voir : « Je t’en supplie… Yazoo baby. »

- Yazoo ! cria encore Loz en plongeant à nouveau le bras dans le liquide verdâtre, prêt à se saisir de sa longue chevelure de platine.

Mais ce ne fut pas nécessaire car, cette fois, son jumeau accepta sa main.

***

Rufus imprima les documents qu’Elena venait de lui envoyer, à la demande de Vincent, et tiqua. De vieux rapports d’incidents techniques concernant le projet avorté d’exploration spatiale dirigé par Cid ? Que diable voulait faire l’ancien turk avec ça ?

L’amiral de la WRO avait-il besoin d’informations ? C’était peu probable car s’il y avait bien un sujet qu’il détestait aborder, c’était celui-là !

Et quand bien même, il aurait demandé les rapports en personne.

Non, si Vincent agissait de la sorte, c’est qu’Highwind n’était pas au courant.

Mais pourquoi ?

Piqué par la curiosité, il décrocha son téléphone et appela Tseng pour demander des précisions.

« Je l’ignore, monsieur. » répondit de dernier. « Mais je sais que Cid a pris contact avec l’un des avocats de la société, maître Jun, spécialisé en droit civil. Cela étant dit, comme c’était personnel, je n’ai pas cherché à savoir pourquoi sans avoir reçu d’instructions en ce sens. Dois-je me renseigner ?»

- Non. Non, je poserai la question à Cid moi-même.

« Demandez plutôt à Vincent, monsieur, il est au courant. C’est lui qui lui a conseillé d’appeler maître Jun, d’après ce que m’a dit Elena. Highwind ne verrait probablement pas d’un très bon oeil que vous vous mêliez de sa vie privée. »

- Si sa vie privée risque d’influer sur son travail, ça me regarde.

« Pas officiellement, monsieur. » lui rappela le chef des turks. « Légalement, son supérieur hiérarchique, c’est Reeve. Même si c’est la Shinra qui fait les chèques…»

- Oui, tu as raison… Je demanderai à Vincent. Sinon, du nouveau au cratère nord ?

« Rien pour l’instant, monsieur. Nos équipes sur place quittent les lieux à l’heure où je vous parle. Nous préparons une exploration plus poussée avec une équipe spécialisée du Soldat et deux scientifiques de la WRO. Rude devrait être de retour au manoir dans la soirée. »

- Parfait. Et la presse ?

« Elle reçoit les faux bulletins de santé de Sephiroth avec une précision d’horloger, monsieur. Rien n’a filtré, c’est parfait. En revanche, la rumeur commence à courir que le général aurait des frères et qu’ils seraient actuellement à Nibelheim. »

- Ils se sont très bien débrouillés jusqu’à maintenant. Ils ont parfaitement joué le jeu et semblent bien s’intégrer.

«Mhh… Bien.»

- Tseng… Je sais que ce que toi et Elena avez subi au cratère nord était tr…

«Je n’éprouve aucune haine envers eux, monsieur, je vous l’ai dit. J’ai parfaitement conscience de l’influence que Jenova avait sur eux. »

- Sentiment partagé par Elena ?

« Elena, c’est… Elena. »

- Je vois. Vincent avait donc raison… Une fois de plus.

« Monsieur, je… »

- Oui, Tseng ?

« Je reste à votre disposition. »

- Ce n’est pas ce que tu allais dire, Tseng.

« … »

- Qu’y a-t-il ?

«J’aimerais vous parler d’Elena, lorsque… lorsque vous le jugerez opportun. »

Rufus laissa échapper un juron.

- Réponds juste à une question, Tseng : risque-t-elle de poser problème dans l’affaire en cours ? Je veux une réponse brève et franche.

Un court silence, puis :

« Oui, monsieur. Je pense que oui. »

- A cause de ce qui s’est passé avec eux ?

«Pas seulement, non. Je fais aussi partie de l’équation, monsieur, j’en ai peur. »

Rufus soupira. Et lui qui pensait que cette histoire d’amourette était réglée depuis longtemps…

- Cette lubie de jeune fille prend des proportions grotesques et ça commence à me taper sérieusement sur les nerfs, Tseng !

«Pas autant que sur les miens, monsieur, si vous me permettez cette franchise. »

Le jeune président faillit laisser échapper un sifflement surpris.

Pour que Tseng en arrive à perdre son self-control et lui réponde de cette façon c’est qu’Elena l’avait vraiment poussé dans ses derniers retranchements !

- Passe-la-moi. Et tiens-moi au courant pour le reste.

« Bien. Merci, monsieur.».

Tseng transféra l’appel et Rufus alluma une cigarette.

Il glissa les documents imprimés dans une chemise cartonnée sur laquelle il écrivit au marqueur noir : pour Vince.

« Elena, à l’appareil. »

- Elena, c’est moi. Tu es seule dans ton bureau ?

« Non, monsieur. »

- Fais en sorte que ce soit le cas, je dois te parler seul à seule.

« Ah, je… B… Bien. » bredouilla-t-elle, une appréhension soudaine perçant dans la voix. « Je vous demande un instant, monsieur. ».

***

Dans le couloir du sous-sol, Loz était appuyé face au mur, le visage enfoui entre ses bras croisés. Il n’émettait pas un son et ne faisait pas un geste mais haletait, comme à bout de souffle. Il ne portait qu’un léger-shirt noir, qu’il avait rapidement enfilé avant de quitter la salle d’entraînement, mais la fraîcheur régnant dans le corridor n’était sans doute pas responsable de ses frissons.

Abandonnant Yazoo, qui s’était enfin endormi, aux bons soins de Shalua et de Kadaj, Tifa sortit à son tour de l’infirmerie, et le rejoignit.

Elle s’approcha de lui par derrière et passa les bras autour de sa taille pour se serrer contre lui, le front contre son dos.

Le cœur de l’argenté battait à tout rompre contre ses seins, affolé, et sa poitrine se soulevait par saccades incontrôlables.

La jeune femme réalisa alors qu’il pleurait en silence.

- Ca va aller, Loz, ne t’en fais pas, murmura-t-elle. Nous avons évité le pire.

- Je sais… fit-il d’une voix à peine audible.

- Alors pourquoi te lamenter ?

Il ne répondit pas mais elle le connaissait à présent suffisamment pour deviner la réponse à cette question : c’était sa façon à lui d’évacuer le surplus de stress, l’angoisse et le choc violent qu’il avait éprouvés en croyant perdre son jumeau.

- Laisse-toi aller un bon coup, chuchota-t-elle, plus émue qu’elle ne l’aurait cru. Personne ne te voit, ici. Ils sont tous remontés là-haut.

Il laissa échapper un sanglot étouffé, puis un autre, et elle resserra son étreinte autour de sa taille.

Petit à petit, au fur et à mesure que les larmes coulaient, Tifa sentit les muscles de son ventre et de son dos commencer à se détendre.

***

Kadaj lissa les cheveux de Yazoo, encore humides de la douche qu’ils lui avaient fait prendre en sortant de la cuve, et soupira.

- Si tu nous refais une peur pareille, mon frère, murmura-t-il en enveloppant son frère endormi d’une couverture légère, je t’arrache les boyaux.

Shalua sourit et baissa l’intensité de la lumière de l’infirmerie de plusieurs degrés.

Dans sa cuve, Reno ne les quittait pas des yeux, mortellement inquiet pour Yazoo.

La jeune scientifique vint vers lui et hocha la tête.

- Tout va bien, Reno, fit-elle. Les seules séquelles seront quelques étourdissements et une grosse fatigue. Il s’est endormi comme un bébé, ne te tourmente pas.

Elle vit la tête et les épaules du turk s’affaisser de soulagement.

- Reno ? reprit-elle, lui faisant lever le nez. Kadaj va programmer le contrôleur de ta cuve, ce qui va considérablement diminuer le temps que tu devras passer là-dedans. Tu arrives à distinguer la pendule du fond du labo à travers le mako ? (Reno plissa les yeux et acquiesça) Si tout se passe bien et que tu supportes une concentration de principes actifs suffisants, tu seras sorti de là vers 19h00. Juste à temps pour prendre une douche et t’habiller pour le dîner, plaisanta-t-elle, le faisant sourire. Kadaj va faire les tests dans un instant, tu es prêt ? Parfait. Ecoute bien ce qu’il va dire et réponds à ses questions aussi franchement que tu pourras.

Kadaj, installé devant le moniteur de surveillance de la cuve, prit la main sur le contrôleur automatique de flux, qui gérait les pourcentages de principes actifs contenus dans le mélange où baignait Reno et les courants électriques qui les traversaient.

Merill, lui, face à l’ordinateur régulant l’arrivée de mako brut dans les mélangeurs des cuves, attendait ses instructions.

- Tu entends ce que je dis, Reno, ou tu préfères que je branche le micro relié à ta cuve ? demanda Kadaj. Tu es sûr ? Bien. (Il tapa toute une série de codes complexes sur son clavier) Dis-moi si tu sens des picotements sur la peau.

Le turk se concentra et, après un instant, secoua la tête.

- Et maintenant ? demanda à nouveau Kadaj en montant progressivement les niveaux.

Reno sentit se hérisser tous les poils de son corps, comme s’il était traversé d’électricité statique et hocha la tête.

- D’accord. On va rester sur ce pallier un instant. Merill, balance-moi 20 cl de réserve.

- Je peux même monter à 30, si tu veux, j’ai de la marge dans le mélangeur.

- Alors vas-y. Reno ? reprit l’argenté. Si les picotements augmentent, lève la main, d’accord ? (Le turk acquiesça) En attendant, laisse-toi porter, ferme les yeux et détends-toi autant que tu peux.

Reno obéit et Kadaj commença à programmer le pallier suivant.

- Tu veux essayer à 2 pour 100 ? demanda Merill.

- Non, pas encore. Le taux de pénétration est trop bas. J’augmente la puissance électrique. A combien en est la dilatation de ses pores, Shalua ?

- Plus un huitième, répondit celle-ci en consultant l’écran de son portable.

- Ce n’est pas assez. J’augmente la température de la cuve de 2 degrés.

- Diminution du taux d’oxygène prévue : 22 pour 100, lut la jeune scientifique sur son écran.

- Merill, compense-moi la perte de gaz.

- Tout de suite.

- Dilatation à 1 quart, annonça Shalua quelques minutes plus tard. Le taux de pénétration a… triplé ?!

Kadaj sourit de son ébahissement.

- Parfait… On y est presque. Reno ? Tu sens toujours des picotements ? Non ? Bien. Merill on passe au palier 1,75 dans 3 minutes. A combien est la réserve ?

- 17 cl.

- Plus 35 ? C’est possible.

- Je ne peux pas aller au-delà de 28 pour l’instant, à cause de l’enrichissement en oxygène. Le mélange est instable, il faut que tu compenses avec les flux électriques.

- O.K. Disons 25 cl, alors. Je ferai avec.

Yazoo poussa un petit gémissement dans son sommeil et Shalua sourit, attendrie.

- Yazoo baby est en train de rêver, on dirait.

Kadaj se tourna vers le lit où reposait son frère, regarda le petit visage ovale si pâle, ses lèvres entrouvertes bleuies et eut un pincement au coeur.

« Il aurait pu mourir… » chuchota une petite voix dans sa tête. « Il aurait pu mourir à cause de cet homme et toi, tu essayes de le sauver !»

Il pivota vers Reno, flottant calmement dans sa cuve, confiant, le visage paisible, et une rage incontrôlable lui noua soudain les tripes.

« Que fera Yazoo pour lui, la prochaine fois, Kadaj ? » poursuivit la petite voix (Sa conscience ? Son inconscient ?) « Prendre une balle à sa place ? »

- Kadaj ? interrogea Merill.

L’argenté sursauta.

- Hein ? Oui, oui, on passe à 1,75.

Il tapota sur son clavier une série de commandes mais au moment de rentrer le pourcentage de mako, ses doigts restèrent suspendus au-dessus des touches, hésitants.

« Et si tu oubliais le 1, Kadaj ? » susurra la petite voix, tentatrice. « Un accident est si vite arrivé… Un doigt peur déraper par mégarde… et qui survivrait à une concentration de 75 pour cent de mako ? »

Qui, en effet ?

Dans un état second, Kadaj tapa « 75 » à titre d’essai, comme pour voir ce que ça faisait, et sentit une sueur froide lui couler le long du dos. Lorsque son index effleura la touche de validation, sa main se mit à trembler.

Non, il ne pouvait pas faire une chose pareille.

« Pense à Yazoo, Kadaj. Fais-le pour lui. Le débarrasser de cet homme est le plus beau cadeau que tu puisses lui faire… Il l’a séduit, Kadaj ! Il lui a tourné la tête au point de le faire sacrifier sa vie pour lui ! Tue-le, Kadaj… Tue-le… Pour Yazoo… Pour Loz… Pour toi… Fais-le… Appuie, Kadaj. Appuie sur ce bouton ! Sauve Yazoo !»

Avec une lenteur irréelle, il posa l’index sur la touche “valid” et les alarmes des contrôleurs de Sephiroth se mirent soudain à hurler dans tout le laboratoire, le faisant tressaillir si fort qu’il faillit choir de sa chaise.

- Merde ! jura Merill en se précipitant vers le contrôleur de Sephiroth.

- Qu’est-ce qui se passe ? s’enquit Shalua en faisant signe à Reno de rester calme. C’est Sephiroth, Reno, pas de panique ! Ca n’a rien à voir avec toi.

- Kadaj, il nous refait une crise de panique, comme ce matin ! s’écria l’assistant de la jeune femme.

L’argenté essuya la sueur glacée qui coulait de son front.

- Tout est normal, pourtant, poursuivit Merill. Ses fonctions vitales sont bonnes. Je ne comprends pas ! Il ne s’est rien passé de particulier.

Kadaj rejoignit le garçon devant le moniteur pour réguler quelques flux électriques.

Presque immédiatement, les courbes reprirent un aspect normal et Shalua poussa un profond soupir.

- Ca y est… confirma Kadaj. C’est passé. C’était juste… Juste une agitation passagère.

- Je ne vois pas ce qui a pu provoquer un pic d’activité cérébrale pareil… murmura la jeune scientifique en compulsant les données crachées par les machines. Nous n’avons pas fait de mouvements brusques ni élevé la voix, pourtant.

Kadaj blêmit, revint à son poste de contrôle et, la main encore tremblante, effaça les chiffres qu’il avait tapés, le coeur au bord des lèvres à la seule pensée de ce qu’il avait failli faire.

- Ca va ? s’inquiéta Merill en dévisageant. Tu es pâle comme la mort.

L’argenté se força à sourire.

- Oui. Oui, bien sûr je… Les alarmes m’ont fait sursauter, c’est tout. Reno ? demanda-t-il d’une voix étranglée. Reno, ça va ?

Le turk acquiesça.

- Que s’est-il passé ? demanda une voix douce au-dessus de lui. J’ai entendu les alertes sonner.

Il se tourna pour voir Yazoo, les yeux gonflés de fatigue et vêtu d’un ensemble médical de coton bleu semblable à celui que portait Merill - un confortable pantalon et une tunique à manches courtes.

Kadaj se leva et le serra dans ses bras à l’étouffer.

- Ce n’est rien, Sephiroth a dû faire un cauchemar. Retourne dormir, Yazoo. Nous nous occupons de Reno.

- Tu es sûr que ça va ? Tu es tout blanc.

- Je vais très bien, Yazoo. Je vais très bien, je te le promets… Cesse de t’inquiéter pour nous et prends un peu soin de toi. Va te reposer.

Il se mordit la langue en priant pour que son frère ne se rende pas compte de la terreur qui s’était soudain emparée de lui.

Les mots que Vincent avait employés la nuit de leur réveil, dans ce même laboratoire, tourbillonnaient dans son cerveau comme un vol de corbeaux :

« C’est le modus operandi de Jenova : couper ses victimes de tout ce qui risque de freiner sa domination sur elles ou de l’amoindrir. L’affection d’amis, d’enfants, de parents, d’amants ou de conjoints est pour elle le pire des dangers.

Elle ne souffre pas la concurrence et cherchera toujours à isoler pour mieux contrôler. Elle essayera d’exploiter la moindre faille pour prendre le contrôle, la moindre colère, le moindre doute, la moindre peur…

Elle se présentera comme la solution à tous les problèmes avec des promesses d’avenir qui ne sont que mensonge.

C’est son pouvoir. Concentré jusqu’au coeur même de ses cellules… »

Il regarda Shalua et Merill allonger Yazoo et poser par sécurité deux électrodes de surveillance sur sa poitrine mais ne put s’empêcher de remarquer l’oeillade que lança Reno à son frère, à la fois affectueux et plein de gratitude.

« …pour elle, l’affection d’amis est le pire des dangers… »

Oui…

Et il avait bien failli tuer celui qui, désormais, devait la vie à son frère et serait sans doute prêt à risquer volontiers la sienne à son tour en cas de besoin. Si les alarmes de Sephiroth ne s’étaient pas déclenchées par hasard à ce moment là, Kadaj aurait privé Yazoo de l’un de ses plus efficaces boucliers contre Jenova.

Mais cela avait-il vraiment été un hasard ?

Kadaj posa la main sur la cuve de Sephiroth, où celui-ci flottait, magnifique dans sa nudité, et sourit, la douce voix d’Aerith tintant encore à ses oreilles.

« Tant qu’il nous restera une cellule de conscience, Lucrecia, Sephiroth et moi serons toujours près de vous. Toujours… Ne l’oubliez jamais. Quoi qu’il arrive et quoi qu’on vous dise.»

Kadaj pivota vers la vitre sans tain du bureau de Shalua. Il fit signe à Cait 9, qui assistait sagement aux opérations de là depuis qu’ils s’étaient tous mis au travail sur Reno.

La porte du bureau s’ouvrit aussitôt et le chat vint en trottinant vers lui.

- Va dire discrètement à Vincent que je dois lui parler de toute urgence dès que j’aurais fini de programmer ce contrôleur. Surtout, que personne ne t’entende. Fais vite !

Le chat acquiesça gravement et fila aussitôt.

Dans le couloir, il vit Loz et Tifa, dans les bras l’un de l’autre, et se serait bien permis un petit alexandrin romantique si son maître ne lui avait demandé de dépêcher.

Il grimpa donc les marches quatre à quatre sans prêter attention au regard trouble de l’argenté qui scintillait d’une inquiétante lueur mako par-dessus l’épaule de la jeune femme.

« Elle se sert de toi, Loz, comme toutes les autres, là-bas, au laboratoire… » persiflait une petite voix dans sa tête. « Ce que tu éprouves pour elle n’est que du désir. Rien de plus. Colle-la contre le mur, écarte-lui les cuisses et prends-là. De force, si c’est nécessaire ! Une fois que tu l’auras possédée, elle cessera de hanter chacune de tes pensées… Tu seras à nouveau en paix, Loz. En paix… As-tu oublié qu’elle a essayé de te tuer, il y a deux ans, Loz ? Crois-tu qu’elle aurait hésité un instant à te rompre le cou, si elle l’avait pu ? Prends ce que tu veux et débarrasse-toi d’elle ! Fais-le, Loz !»

- Loz ? murmura Tifa. Loz, ça va ? Qu’est-ce que tu as, je te sens à nouveau contracté.

Elle leva le visage vers lui et frémit en voyant la grimace agressive qui étirait ses lèvres…

…à suivre

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XXVI - Dans l’oeil du cyclone

«Le calme, c’est la tenaille du bourreau…»

Victor Hugo

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Shiva Rajah d’après des illustrations de M.A. Sambre

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

« Mère, elle est tout près… Je la sens rôder autour de Kadaj. »

« Je le sais, je l’ai sentie aussi. »

« Comment ? Comment a-t-elle réussi à recouvrer ses capacités aussi vite ? Qui l’a aidée ? »

« C’est ce que nous essayons de comprendre, amour. »

« Elle veut reprendre Kadaj et les jumeaux coûte que coûte. Elle va les prendre, mère ! Il faut l’en empêcher ! »

« Ils ne sont pas seuls, mon fils. Et ils sont forts. »

« Pas assez pour lui tenir tête alors qu’elle ne cesse de gagner en puissance ! »

« Il le faudra pourtant. J’ai confiance en eux et en Vincent. »

« Ca ne suffit pas, mère ! Ils seront bientôt comme des pâtes molles entre les doigts de Jenova. Elle n’attend qu’une occasion, un seul moment d’incertitude ou de d’anxiété pour prendre le contrôle et, cette chance, elle l’aura tôt ou tard. Ils sont si fragiles, encore… Ils ont si peur de l’avenir…»

« C’est toi qui es en danger, mon fils, et je ne peux te laisser à sa merci. Te perdre toi, c’est les perdre tous. »

« Fais quelque chose ! Jamais elle n’a été aussi proche d’eux depuis leur réveil et ils ne s’en rendent absolument pas compte ! »

« Du calme, amour… Concentre-toi sur ta guérison, le reste, nous nous en chargeons. »

« Non ! Ils sont ma chair ! Ils sont mon sang ! Ils ont besoin de moi ! Je ne peux faire comme si aucun danger de les guettait et que le temps ne comptait pas. Chaque minute que je passe loin d’eux renforce Jenova. »

« Tu te trompes, mon fils. Chaque minute passée seuls les rend plus forts, leur apprend à vivre, à se dominer et à se protéger. »

« Ils peuvent succomber à tout moment, mère ! Ils ne se rendent pas compte du danger dans lequel ils sont. »

« Tous les oisillons risquent de s’écraser au sol en prenant leur premier envol. C’est pourtant nécessaire à leur survie. Il en est de même pour eux. »

« Ce sont tes fils ! Tu dis les aimer, vouloir les protéger et tu les condamnes à une mort quasi certaine ! »

« Au contraire, je leur apprend à voler de leurs propres ailes. C’est en eux qu’ils doivent trouver les raisons de combattre Jenova et de la détruire au coeur même de leurs cellules. »

« Une preuve de notre affection, mère, qu’ils comprennent juste que nous sommes toujours là, à leurs côtés, est-ce trop demander ? »

« Sephiroth, je… »

« Dois-je aller jusqu’à te supplier jour et nuit, mère ? »

« Très bien… D’accord mais calme-toi. T’agiter ainsi n’aide personne et surtout pas eux. Tu affoles Kadaj, amour. Reprends le contrôle. Reprends-toi, mon fils. »

« Je ne voulais pas t’effrayer, petit frère… Pardonne-moi… »

***

- Ca y est, les courbes sont à nouveau normales, assura Merill en vérifiant les données du moniteur de contrôle branché sur les fonctions vitales de Sephiroth.

Kadaj poussa un profond soupir de soulagement et se laissa tomber sur son fauteuil.

- Que s’est-il passé, à ton avis ? Pourquoi cette crise de panique ? J’ai peut-être mal calculé certains ratios de contrôle…

L’assistant de Shalua haussa les épaules.

- Non, ça n’a rien à voir, rassure-toi, je suis formel là-dessus. Il s’agit d’une activité cérébrale cognitive intense et soudaine. Un rêve, peut-être. Ou alors…

- Ou alors ?

- Peut-être commence-t-il tout simplement à reprendre partiellement conscience par moments et nous a-t-il sentis près de lui. Enfin, surtout toi.

- Tu crois ?

- Ce n’est qu’une supposition mais c’est plausible. Ses courbes cérébrales montrent des pics d’activité de plus en plus fréquents. Pas encore de quoi le sortir de là, bien sûr, mais c’est très prometteur. Tu as fait de l’excellent travail, Kadaj, sincèrement.

Le jeune homme accepta le compliment avec un sourire un peu gêné.

Il n’était pas habitué à ce qu’on le félicite pour ses performances. En fait, il n’était pas habitué à ce qu’on le félicite tout court…

- Merill…

- Mhh ?

- Tu crois que… Tu crois qu’il sait que sommes là, près de lui ?

Le jeune homme reposa les documents qu’il était en train de compulser et plongea son doux regard noisette dans celui de l’argenté.

- Je serais bien incapable de prouver ce que je vais dire mais : oui, j’en suis intimement convaincu.

- Un petit déjeuner et une belle journée, voilà bien le meilleur que l’on puisse souhaiter ! chantonna Cait 9 en pénétrant dans le laboratoire avec un plateau débordant plus grand que lui.

Merill le lui prit des pattes pour le poser sur une table roulante avant que le robot de fasse des catastrophes.

Ce dernier sauta au cou de Kadaj, qui l’assit à cheval sur sa hanche, l’avant-bras sous les fesses, comme il l’aurait fait avec un enfant.

- Sur le tableau du hall, des anges croisent le fer, piailla la petite créature en détaillant Sephiroth à travers la vitre de la cuve, devant laquelle se tenait l’argenté. Ils sont bien moins jolis que ne l’est ton grand frère !

Kadaj et l’assistant de Shalua éclatèrent de rire et Cait se frotta les moustaches, ravi de son effet.

- Je vois qu’on s’amuse bien ! remarqua Tifa en pénétrant dans le laboratoire avec un sourire rayonnant. Comment va-t-il ? demanda-t-elle aimablement en les rejoignant devant la cuve.

Elle ne put s’empêcher d’admirer le corps nu sculptural qui flottait dans la solution verdâtre. Un corps puissant à la peau pâle et lisse qui n’était sans lui rappeler un autre corps et une autre peau…

Au souvenir ce qui s’était passé la nuit précédente, un long frisson de ravissement lui remonta le long du dos et un sourire involontaire lui incurva les lèvres.

- Il montre des signes épisodique de conscience, lui apprit Kadaj. C’est très encourageant.

- C’est une bonne nouvelle, fit-elle en gratouillant l’oreille de Cait, toujours dans les bras du garçon. Et toi, boule de poils ? Content de ton nouveau maître ?

- Mon plaisir est immense et ma joie l’est autant, ronronna le chat. Puisse toujours durer un bonheur aussi grand !

La jeune femme rit de bon coeur.

- Voilà qui est adorable, mais ce n’est pas un peu agaçant, à force, cette façon de parler ?

Kadaj haussa les épaules.

- On s’y habitue vite.

- Il lui arrive d’être très drôle, miss Lockheart, assura Merill.

- Avant d’être amusant, je suis un combattant ! récria le robot, un peu vexé. Et de nombreuses traces témoignent de mon audace !

- Tiens donc ! railla la jeune femme.

Cait sauta sur le sol et s’inclina devant Tifa pour lui montrer une petite touffe de poils manquante, sur son postérieur.

- Un gros démon laid à faire peur, mordit Cait, votre serviteur. Et qu’arriva-t-il, miss Tifa ? Ce fut le démon qui creva !

Tous trois pouffèrent et Kadaj reprit le chat dans ses bras.

- Je ne sais pas si tu devrais t’en vanter, tu sais… fit-il en retenant à grand peine son hilarité pour ne pas le froisser.

- Shalua n’est pas encore là ? s’enquit Tifa. J’avais quelques questions à lui poser.

- Dans le bureau, miss Lockheart.

- Merci, Merill. Bon, eh bien, bonne continuation.

Elle frappa discrètement à la porte et la voix de son amie, aux accents particulièrement enjoués, l’invita à entrer.

- Bonjour ! Inutile de te demander si ça va, j’entends à ta voix que tout va parf…

- Ferme la porte, ferme la porte ! la pressa Shalua en trépignant d’impatience dans son fauteuil. J’étais sûre que tu viendrais aux nouvelles !

Tifa verrouilla la porte et s’assit sur un coin du bureau de son amie.

- Alors ? A voir ta tête, je suppose que Cid n’a pas mis fin à votre relation, comme tu le pensais. Raconte !

- Il va divorcer, lâcha la jeune scientifique tout à trac, faisant blêmir son amie.

- Quoi ?

***

Assis sur son lit et les cheveux encore humines de la douche qu’il venait de prendre, Reno relut le SMS de Shalua pour la trentième fois depuis qu’il l’avait reçu, un peu plus tôt :

« Résultats des examens de ce matin excellents ! Pouvons commencer le traitement en fin de matinée, vers 10h30. Ne mange ni ne bois rien. Je t’attends en bas. Shalua.»

- Ne fais pas cette tête, c’est une excellente nouvelle, Reno ! lui répéta Yuffie pour la énième fois.

Yazoo s’était éclipsé peu après son réveil, à l’arrivée de la jeune utaïenne venue le remplacer comme « garde-malade ».

Le turk aurait préféré voir rester l’argenté mais il ne pouvait pas lui imposer sa présence. Ce qu’il avait fait pour lui était déjà plus qu’il n’aurait dû, Reno en était parfaitement conscient, et pourtant…

- Où a filé Yazoo, au fait ? demanda-t-il sur un ton qu’il espérait détaché.

Yuffie haussa les épaules.

- J’en sais rien. Sûrement avec ses frères. Tu veux que je le rappelle ?

- Non ! Non, quelle idée… Je demandais ça comme ça, c’est tout. Il m’a semblé qu’il était parti comme s’il avait quelque chose d’urgent à faire, non ?

- Euh… Non, pas vraiment. Il est resté plus d’une heure avec nous après que Merill soit venu faire ta prise de sang.

- Ah… Tant que ça ? J’avais pas l’impression.

L’Utaïenne se tapa la tempe du doigt.

- T’as vraiment un problème, toi, hein ! Ca va vraiment pas fort. Vivement que Shalua se remettre d’aplomb ! D’ailleurs, en parlant de ça, il est 10h00. Il faudrait peut-être commencer à t’affoler.

Reno sentit l’angoisse lui serrer l’estomac.

En fait, il était terrifié à l’idée de plonger dans une cuve de mako mais ça, il n’aurait osé l’avouer qu’à Yazoo.

- Oui, je… Je m’habille et de descends.

- Je t’accompagne, si tu veux, proposa gentiment Yuffie.

- Non. Non, ça va aller, je t’assure. J’ai besoin de… de rester au calme un petit moment pour… pour me détendre.

- T’es sûr ?

- Oui. Oui, c’est vraiment très gentil, Yuffie. Merci pour tout.

La jeune fille agita la main, horriblement gênée.

- Oh là ! Arrête, c’est rien ! N’importe qui aurait fait la même chose. Bon bah… Je file alors. J’irai te voir, en bas ! ajouta-t-elle depuis la porte. Quand tu seras dans la cuve. Promis !

Il la remercia d’un geste et la porte se referma, le laissant seul avec ses terreurs enfantines.

Dans la cuve…

Il se vit déjà, nu comme un ver dans le tube géant, se débattant dans le liquide verdâtre.

Tous les petits garçons tremblent devant quelque chose : le noir, les serpents, les fantômes, le feu… ou le monstre du placard ! Reno, lui, avait toujours eu peur de l’eau et de la noyade. Depuis ce jour maudit où, enfant, il était tombé dans ce satané égout, à Midgar, et avait failli périr dans les eaux tourbillonnantes et glacées…

Et, se noyer, c’est bien ce qu’il allait faire dans quelques minutes, quand la solution au mako pénétrerait à travers ses pores et remplirait ses poumons.

***

- Mais pourquoi l’a-t-il épousée, cet imbécile ? répéta Tifa après le récit détaillé de Shalua. Ah ! Les hommes !

- Ce n’est donc plus qu’une question de temps mais il faut faire les choses calmement et sans précipitation.

- Oui, je comprends. Quelle histoire ! Pauvre Cid…

La jeune scientifique leur servit deux tasses de café du thermos que les domestiques lui préparaient le matin.

- Et toi ? demanda-t-elle. J’ai croisé Loz, ce matin, dans l’aile est. Il se dirigeait vers le gymnase en compagnie de Yazoo et de Vincent. Il avait l’air… en forme.

- Non, non, efface-moi cette expression suspicieuse, j’ai passé la nuit avec les enfants, Denzel a été malade. Enfin… une partie de la nuit, ajouta-t-elle, taquine.

Shalua gronda comme un chien à qui on essaye de voler un os à ronger.

- Raconte ou je te t’injecte un sérum de vérité dans la minute !

- C’est justement de ça, dont je voulais te parler.

- Du sérum de vérité ?

Tifa éclata de rire.

- Non ! De ce qui s’était passé avec Loz. Enfin, ce qui aurait pu se passer, plutôt, si nous n’avions pas été interrompus…

- Encore ? s’écria son amie. Mais vous le faites exprès !

La jeune femme chassa la réflexion d’un revers de la main.

- En tous les cas, j’ai eu le temps d’en voir assez pour me poser des questions. Questions auxquelles toi, tu as peut-être une réponse.

Shalua lui adressa un sourire suggestif.

- Ah, je t’avais prévenue, ma fille : ton Loz fait dans l’artillerie lourde. Mais rien dont une femme un tant soit peu motivée ne peut venir à bout, rassure-t…

- Shalua ! Je ne parle pas de ça ! Enfin, pas exactement…

- Explique-toi parce que là, j’avoue que je ne vois pas trop où tu veux en venir.

Tifa sur pencha en avant et baissa d’un ton.

- Ce n’est pas que j’aie une expérience sans limite dans le domaine du sexe mais je sais reconnaître un puceau quand j’en ai un sous la main. Et je peux te dire qu’un type qui arrive à te faire grimper aux rideaux en un tournemain et trois coups de langue est très loin d’en être un !

- Et ?

- Shalua… Loz a passé sa vie comme objet d’expérimentation dans un labo ! Comment a-t-il appris à faire l’amour comme ça ? Et ne me mens pas ! Je sais que tu as eu accès à toutes les vidéos.

- Aie…

- Shalua…

Cette dernière se frotta le visage, indécise.

- Tifa, ce que tu me demandes est très embarrassant. C’est… C’est à lui de t’en parler. Imagine qu’il puisse demander à l’un de ses amis de voir tes ébats filmés avec Cloud… Ca te plairait, franchement ?

- Je ne te demande pas de voir quoi ce que soit, Shalua. Je veux juste savoir ce qu… Attends, tu es donc en train de me dire qu’il y a bien eu des trucs bizarres au labo, c’est ça ?

- Non, pas bizarres ! Qu’est-ce que tu vas imaginer ? Lui et Kadaj ont eu des… rapports physiques, disons, avec quelques membres du staff. Des femmes tout à fait normales, rassure-toi.

Tifa croisa les bras et leva un sourcil. Qu’elle soit pendue si elle ne commençait à sentir une pointe de jalousie lui titiller l’estomac.

- Des scientifiques ?

- Oui, pour la plupart.

- La plupart ? s’écria la jeune femme. Tu dis ça comme s’il y en avait eu des dizaines ! (Shalua grimaça) D’accord… Je vois ! Et dire que j’ai cru à son cinéma du pauvre garçon privé de compagnie et d’affection alors qu’il avait des liaisons avec la moitié du staff d’Hojo ! Merde !

- Oh, oh, oh, ma grande, on se calme ! J’ai pas dit ça ! J’ai parlé de rapports physiques, pas de liaisons.

- C’est la même chose !

- Oh, que non, ma belle ! Je te parle de femmes qui se servaient d’eux pour se soulager comme d’autres de godemichés. Des femmes mariées ou trop prises par leur travail pour s’encombrer d’un partenaire sexuel. Oublie des mots comme « liaison » ou « aventure », tu n’y es pas du tout.

- Tu essayes de me dire qu’elles leur forçaient la main ?

- Cesse de jouer les idiotes ! Je ne connais aucun homme qui refuserait une partie de jambes en l’air si la partenaire est un tant soit peu acceptable. Mais de là à t’imaginer des idylles, il y a un gouffre.

Tifa accusa le choc et vida sa tasse de café.

- C’est mon côté pudibond qui s’exprime, fit-elle, ou c’est vraiment répugnant, pour des femmes de science sensées aider leurs semblables, de profiter de l’enfermement et de la solitude de ces garçons pour s’en servir comme des… des…

- « Putes », tu peux lâcher le mot, je ne t’en voudrais pas. Et non, ce n’est pas de la pudibonderie, c’est vraiment répugnant. Surtout lorsque tu sais que ces petits jeux ont commencé lorsque Loz n’avait que 10 ans… Kadaj en avait 12, lui, lorsqu’elles lui on mis le grappin dessus. Peut-être commençaient-elles à apprécier les « hommes » plus « mûrs », persifla-t-elle, écoeurée. Sans doute se trouvaient-elles des excuses en se disant que les garçons faisaient plus vieux que leur âge.

Son amie sentit le café faire des tourbillons dans son estomac.

- Oh, mon Dieu…

- Donc, comme je le disais, oublie toute idée d’aventure amoureuse. Loz ne t’a pas menti. Ses frères étaient bien les seuls à lui prodiguer un peu d’affection désintéressée.

- Attends, tu as parlé de Kadaj et de Loz mais… et Yazoo ?

Shalua se resservit du café et secoua la tête avec un sourire triste.

- Pauvre Yazoo baby… Qui aurait voulu de lui, avec ses plaies purulentes ? Personne n’osait le toucher sans gants en dehors de ses frères, Tifa. Alors avoir des rapports intimes avec lui !

- Mais nous l’avons vu sur les images, pourtant, il…

- Tifa… contrairement à ce que vous semblez tous penser, nous ne vous avons montré que les images les plus « regardables » des vidéos de surveillance. Tu n’as pas idée des horreurs que contiennent ces bandes ! Et j’espère sincèrement que tu n’auras jamais à le savoir, ajouta-t-elle avec une moue.

- Pauvre Yazoo… Il semble si gentil.

- Yazoo baby a un monde de tendresse à offrir, crois-moi. Mais, avant cela, il doit oublier toutes ces années où il n’était qu’un objet de dégoût pour les gens comme toi et moi. Hélas, les cicatrices dont son corps est couvert ne lui facilitent pas la tâche. Sans doute s’imagine-t-il qu’elles agissent comme de véritables répulsifs sur les autres, leur rappelant qu’il n’a été qu’un cobaye au corps infesté de substances douteuses et de micro-organismes répugnants dont il conserve peut-être encore des traces risquant d’être transmises par le moindre contact trop intime.

- Ne sois pas ridicule, Shalua, se récria Tifa, choquée. Tu es une scientifique ! Tu sais très bien que Yazoo est parfaitement sain !

Shalua sourit.

- Ce n’est pas moi qui pense ça, bête que tu es ! C’est lui !

Tifa soupira et remplit à nouveau sa tasse de café.

***

Dans le couloir, le dos collé au mur, tout près de la porte du bureau de Shalua, Reno fumait une dernière cigarette et tendait une oreille à la conversation des deux jeunes femmes.

Ce qu’il venait d’entendre lui avait retourné les tripes et serré la gorge.

Pauvre Yazoo…

Et dire qu’il avait ri de sa pudeur encore ce matin. Quel imbécile il avait été ! Il aurait pourtant dû comprendre en ayant vu les extraits vidéo.

«Un cobaye au corps infesté… »

Ridicule !

Il aspira la dernière bouffée de sa cigarette en regrettant de ne pas avoir insisté pour que l’argenté se glisse sous les couvertures avec lui, la nuit précédente. Ou il aurait dû au moins lui presser l’épaule, le serrer dans ses bras, lui tapoter amicalement le dos, n’importe quoi pour lui montrer que son contact ne le répugnait pas le moins du monde ! Cela lui aurait sans doute fait tellement plaisir…

- Quel con… se rabroua-t-il. Mais quel con…

- Reno ?

Il tressaillit en voyant l’objet de ses pensées courir dans sa direction dans le couloir.

- Yazoo ? Eh ! Du calme, essaya-t-il de plaisanter, je ne suis pas encore mort !

- Et ce n’est pas près de t’arriver, Yuffie m’a dit que l’heure du traitement avait été avancé. Comment tu te sens ?

Le turk écrasa sa cigarette dans l’un des cendriers sur pied prévus à cet effet et se tourna vers l’argenté avec un pâle sourire.

- Je fumais la cigarette du condamné.

- La… quoi ?

- Je suis pété de trouille, Yazoo…

Ce dernier fronça les sourcils et plongea ses grands yeux couleur de topaze verte dans les siens.

- Pourquoi ? Il n’y a pas de raison.

- J’ai la phobie de la noyade depuis que je suis petit, avoua Reno, en un murmure à peine audible. Je te jure que, tel que tu me vois, je suis prêt à me pisser dessus tellement j’ai peur…

Yazoo se mordilla la lèvre.

- Je suis désolé, je l’ignorais, mais tu ne vas te noyer, Reno, c’est… c’est très particulier, le mako. Ca n’a pas du tout les mêmes propriétés que l’eau.

- Ouais, je sais tout ça, j’arrête pas de me le répéter depuis hier mais y’a rien à faire, je suis prêt à partir en courant.

- Alors j’ai bien fait de venir, ne serait-ce que pour t’empêcher de t’enfuir ! plaisanta l’argenté dans l’espoir de le détendre un peu.

Reno consulta l’horloge de son téléphone mobile : 10h22.

L’heure de faire sa B.A. ? Pourquoi pas…

- Yazoo… Tu trouverais ça vraiment débile si…

Il se tut, craignant que le jeune homme ne le voit arriver de loin avec ses gros sabots.

- Si quoi, Reno ?

- Si je te demandais de… de me serrer contre toi une dernière fois avant que je rentre là-dedans ? termina-t-il dans un murmure sans oser le regarder en face.

Yazoo ne répondit pas mais couvrit le peu de distance qui les séparait et serra le turk contre lui aussi fort qu’il le put.

Ce dernier plongea son visage dans ses cheveux si doux et nicha son visage contre son cou, qu’il venait discrètement de dénuder en partie d’un rapide mouvement du pouce digne d’un pick-pocket.

Yazoo se raidit en sentant des lèvres et un visage étrangers toucher sa peau à un endroit aussi sensible. Un endroit où, de plus, se trouvait précisément la cicatrice d’une ancienne plaie infectée et qu’il prenait habituellement grand soin de dissimuler sous le col zippé de son manteau…

Zut ! La fermeture éclair avait dû s’entrouvrir par accident, lorsqu’il s’était entraîné avec Loz.

- Tu sens bon, Yazoo… fit le turk en frottant sa joue contre la gorge délicate.

L’argenté se raidit.

- Désolé… Il paraît que moi et les frères avons une odeur bizarre, pour certaines personnes. Ce n’est dû qu’au mako, ne t’inquiète pas.

Il voulut reculer mais Reno resserra la pression de ses bras autour de lui et sourit contre son cou.

- Je ne m’inquiète pas du tout, Yazoo. Je dis juste que c’est très agréable, au contraire, et très apaisant.

- Oh… Je… Merci.

Le turk ne pouvait pas voir son visage mais il aurait mis sa main à couper qu’il l’avait fait rougir de confusion.

“Bien joué, Reno, t’es le meilleur !” se félicita-t-il en silence.

- Je veux pas y aller… fit-il d’une voix geignarde à la façon d’un sale gosse qui refuse d’aller à l’école.

Yazoo rit de bon coeur et lui frictionna le dos à travers sa veste.

- Si tu arrives à plaisanter, c’est que ton cas n’est pas aussi désespéré que tu sembles le croire.

La porte du bureau s’ouvrit et Shalua regarda sa montre.

- Je savais bien que j’avais entendu quelqu’un ! Prêt à faire « plouf », Reno ?

- Non ! gémit ce dernier, toujours accroché à Yazoo, le visage dans ses cheveux.

- Je vois… Yazoo baby, pousse cette loque par ici, tu veux ? Allez, allez, Reno, c’est par là que ça se passe, mon coeur !

Yazoo obéit en riant et Reno, fidèle à sa réputation de clown, poussa des cris d’orfraie pour conjurer la terreur qui ne l’avait pas quitté.

…à suivre

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XXIV - Les bons samaritains

« Certaines personnes ont tendance

à vouloir aider les autres,

uniquement pour se sentir meilleures

qu’elles ne le sont en réalité…»

Paulo Coelho

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Yuffie, Tifa et Loz arrivèrent dans le grand salon où les serviteurs avaient dressé la table pour quatorze personnes, tous les regards se tournèrent vers eux.

- Où diable étiez-vous passés, tous les deux ? s’enquit Shalua avec une moue entendue. Nous n’attendions plus que vous et Reeve.

- Ils se battaient ! s’emporta Yuffie. Et je vous dis pas où ! Dans l’église ! Non mais vous vous rendez compte ?

Marlène laissa échapper une exclamation aiguë.

- Encore ?

Les deux belligérants échangèrent un regard gêné mais Rufus rit de bon coeur.

- Et qui a gagné ? s’enquit-il.

Loz et Tifa répondirent en même temps.

- Elle !

- Lui !

Le jeune président leva un sourcil, narquois, et Vincent sourit.

- Ah… railla Cid. On va avoir du mal à distribuer les médailles !

- Vous vous êtes battus comme des chiens enragés et ne savez pas qui a gagné ? martela Yuffie. Alors là, c’est la meilleure !

- Loz, répéta Tifa en prenant place à côté de Marlène. Il m’a envoyé dans le décor.

- Euh… En fait, j’ai triché, protesta Loz, en s’asseyant en face d’elle, à la droite de Vincent. Ca ne compte pas.

Kadaj, installé à la gauche de son frère, le dévisagea comme si des bois de cerf venaient de lui pousser au milieu le front.

- Et depuis quand tu refuses une victoire parce que tu as rusé, toi ?

Loz et Tifa rougirent jusqu’à la racine des cheveux, au grand amusement des convives et plus particulièrement de Shalua, Cid et Vincent, qui comprirent immédiatement de quoi il retournait.

Un hôte, cependant, ne goûtait guère la bonne humeur générale…

Cloud serrait les mâchoires et transperçait son amie d’enfance d’un regard glacial. Regard qu’elle soutint sans broncher jusqu’à ce qu’il détourne les yeux.

- Où est Yazoo ? s’enquit Loz.

- Avec Reno ! lança Marlène. Gretta lui a monté un plateau. On a fait une ballade à moto, cet après-midi, ajouta-t-elle avec fierté.

- Et notre demoiselle a vivement regretté que son conducteur de la fasse pas monter devant, « comme Loz », intervint Cid pour asticoter la petite.

Sur le coup, l’argenté ne vit pas du tout à quoi le pilote faisant allusion puis il se souvint de l’enlèvement de la gamine, à l’église, ce qui le mit un peu mal à l’aise.

Gêne qui s’envola lorsque Marlène, vexée, apostropha Cid :

- M’en fiche parce que du coup, on est allés super plus vite qu’avec Loz ! Bien plus que toi avec tes tas de ferraille volants !

- Marlène ! la rabroua Tifa.

Mais Cid, qui adorait faire bisquer la petite, s’amusait de la colère enfantine.

- Je suis sûre qu’il t’a fait asseoir devant par peur que le vent t’emporte comme un moucheron, la taquina-t-il encore.

- Même pas vrai !

- Marlène, ne crie pas ! gronda encore Tifa.

- Hein que c’est pas vrai ? demanda la petite à Loz sans faire attention à elle. (Ce dernier secoua la tête) Tu vois !

- J’avais une caisse de matérias à arrière, précisa l’argenté, à la grande humiliation de Marlène, faisant redoubler l’hilarité Cid.

- Mes matérias, intervint Yuffie avec une moue mais si bas que personne hormis Cloud, attablé à ses côtés, ne l’entendit.

Le dernier convive arriva à ce moment là en tenant sa peluche robotisée par la main - ou plutôt par la patte.

- Messeigneurs et mesdames, je vous salue bien bas ! couina le chat en agitant sa patte libre. Et vous souhaite un tranquille et délicieux repas !

Cid grimaça.

- Eh, beh… Ca s’arrange pas ! ironisa-t-il.

- Pardon d’être aussi direct, Reeve, fit remarquer Vincent, non sans humour, mais ton nouveau programme d’apprentissage me paraît définitivement être une… catastrophe !

Reeve contempla son jouet, qui le considérait avec de grands yeux innocents, et soupir a.

- Je ne sais pas ce qui se passe. Je crois que je vais revenir à l’ancienne version et essayer juste de l’améliorer un peu.

- C’est un robot ? s’étonna Kadaj, qui avait quitté la table pour s’accroupir sur le sol, fasciné par le chat robotisé mais restant à bonne distance de peur de l’effrayer.

Les bêtes avaient peur de lui depuis toujours. Lorsqu’il lui arrivait de passer près des animaux du laboratoire, au cratère nord, les singes devenaient comme fous, les chiens hurlaient à la mort et les rats se jetaient contre les parois de verre.

Comprenant les craintes du garçon pour avoir étudié les vidéos de surveillance du laboratoire d’Hojo pendant les mois, le chef du WRO lâcha la patte de sa créature et l’encouragea à aller vers le jeune homme.

- Va dire bonjour, allez.

La peluche robotisée ne se le fit pas dire deux fois.

Chaussé de ses gros godillots et coiffé de son drôle de petit couvre chef, il sautilla vers Kadaj pour aller frotter son museau rose contre sa main.

- Une gratouille sur la tête me transporte de joie, chantonna la petite créature. Mais si c’est un baiser, je ronronne d’émoi !

Il tendit sa petite truffe moustachue et, pour son plus grand plaisir, l’argenté obtempéra.

- C9 ! tempêta son créateur, faisant rire toute la tablée. En voilà, des manières !

- Tu devrais lui couper le jus et le mettre dans un carton jusqu’à ton départ, préconisa Cid. A mon avis, cette bestiole a définitivement pété une durite !

Reeve, découragé, comptait bien suivre le conseil du pilote mais, au moment où il voulut saisir le chat, celui-ci sauta dans les bras de Kadaj.

- Pourquoi le débrancher ? demanda ce dernier en caressant le doux poil du félin. Il est si drôle…

- L’ennui, intervint le pilote, c’est qu’il n’a pas été créé pour l’être.

L’argenté hocha la tête et, non sans regret, dénoua les petites pattes qui s’accrochaient à son cou.

- Désolé, tu dois retourner avec ton maître.

Il posa doucement le chat sur le tapis et celui-ci se détourna tristement pour marcher lentement vers Reeve, épaules basses et oreilles en berne, comme s’il s’apprêtait à monter sur l’échafaud pour être pendu haut et court.

Le chef de la WRO éclata de rire.

- Non mais regardez-moi ce comédien ! (Il souleva le chat à bout de bras) Tu veux rester avec lui, c’est ça ? (Le robot redressa aussitôt la tête et sourit) Et pourquoi pas, après tout…

Il reposa le chat sur sol, qui se précipita à nouveau vers Kadaj pour se pendre à son cou avec un petit ronronnement enthousiaste.

- Trouve-lui un nom, brosse-le tous les jours et ne lui donne surtout rien à manger, même s’il pleurniche, fit Reeve à Kadaj. Il n’a nullement besoin de se nourrir, c’est une machine - ce qu’il a tendance à oublier.

- Tu me le confies ? s’étonna l’argenté.

Reeve éclata de rire et s’installa à table.

- Non, mon garçon, je te le donne.

Le jeune homme en resta pétrifié, ce qui fit sourire Vincent.

Jamais personne ne lui avait fait un tel présent et jamais non plus il n’aurait cru pouvoir prendre un animal dans ses bras autrement que mort, même s’il ne s’agissait que d’un robot.

- Je… Je ne sais pas quoi dire.

- Il n’y a rien à dire. Il est plutôt grand temps de manger. Je meurs de faim ! Qu’est-ce que Gretta nous a préparé de bon ?

Vincent se pencha en avant.

- Il ne te reste plus qu’à lui trouver un nom, Kadaj.

Celui-ci s’assit avec le chat sur ses genoux.

- Comment voudrais-tu qu’on t’appelle ? lui demanda-t-il.

La peluche croisa ses petites pattes sur son ventre soyeux.

- Puisqu’au nombre de neuf furent mes prédécesseurs. Cait 9 sera le nom de votre serviteur.

- Cait 9 ? Très bien, ça me va.

- Et il va parler tout le temps comme ça ? demanda Cid, exaspéré d’avance. En faisant des rimes pourries à chaque fois qu’il ouvrira la bouche ?

Le chef du WRO haussa les épaules et plissa le front.

- Je n’aurais peut-être pas dû le laisser seul dans la bibliothèque…

Shalua pouffa et le pilote leva les yeux au ciel.

***

Tseng s’assit à son bureau et pressa l’un des boutons de son téléphone.

- C’est bon, repassez-le-moi. Rude ? Alors ? Qu’est-ce que ça donne ?

« Que dalle. Le labo, ou du moins ce qu’il en reste, est on ne peut plus mort. Rien n’a bougé depuis que nous sommes passés faire le grand ménage et installer les systèmes de sécurité, l’an dernier. »

- Tu en es sûr ?

« Certain ! Tout est clean. »

- Mais qu’est-ce qui a pu déclencher les alarmes, dans ce cas ?

« C’est là que ça se corse. Je pense que l’origine des mouvements se trouve plus profond dans le cratère et on a pas le matos sur place pour descendre plus bas. »

- Il faudra donc y retourner.

« C’est ce que je me disais. »

- As-tu au moins une idée de ce qui est à l’origine des déplacements saisis par les caméras thermiques ?

« Non, c’est trop flou et trop rapide. »

- Que comptes-tu faire dans l’immédiat ?

« Faire une dernière fois le tour des premiers niveaux par acquit de conscience et rentrer pour préparer une nouvelle exploration plus poussée. »

- Tiens-moi au courant s’il y a du nouveau.

« Ca marche. »

Le chef des turks raccrocha et se laissa aller sur son fauteuil en mordillant l’ongle de son pouce.

L’« origine des mouvements se trouve plus profond » avait dit Rude.

Guère rassurant lorsqu’on savait que « plus profond », sous le volcan désormais éteint, c’était la rivière de la vie, qui coulait…

Après un court moment de réflexion, il composa le numéro du portable de Rufus.

***

Shalua, impatiente, poussa Tifa dans sa luxueuse suite et verrouilla la porte.

- Alors ? pressa-t-elle son amie. Raconte ! Que s’est-il passé, dans cette chapelle ?

La jeune femme prit place sur le divan crème du petit salon.

- Que veux-tu qu’il se soit passé, Shalua ? demanda-t-elle avec une innocence feinte.

La scientifique agita l’index.

- Oh ! Non… Non, non, non, pas de ça avec moi ! Les regards que vous échangez dégoulinent de complicité comme les cheveux de Cloud de gel capillaire, alors ne me prends pas pour une imbécile, ma fille !

Tifa soupira.

- Yuffie est arrivée au moment critique.

Shalua mordit son poing valide en un geste comique de frustration.

- La peste !

- Et Cloud était avec elle, poursuivit la jeune femme avec une grimace.

- Ca on s’en fiche, vous ne couchez même plus ensem… Oh, mais attends. C’est donc pour ça qu’il a fait sa tête de hérisson constipé durant tout le dîner ?

- J’en ai bien peur.

La soeur de Shelke lui adressa un sourire de requin.

- Pourquoi j’ai soudain envie de m’écrier : « bien fait ! » ?

- Peut-être parce que tu n’as jamais vraiment aimé Cloud ? risqua Tifa, railleuse.

- Détrompe-toi, je n’ai rien contre lui. Tant qu’il reste ton ami, s’entend. Parce que, comme « petit » ami, il repassera ! C’est un gosse souffrant de dépression chronique qui a plus besoin d’une psychothérapie que d’une femme, crois-moi.

- Ah ! Ah ! Ah ! Oh, bon sang, Shalua ! Mais qu’est-ce qu’il t’a fait, ce pauvre Cloud ?

- Il t’a fait souffrir pendant des mois, pour ne pas dire des années, et cela seul suffit à me le rendre un tantinet antipathique, vois-tu. Mais revenons-en à toi et à monsieur corps de rêve…

Son amie s’allongea à demi sur le divan, rêveuse.

- Loz m’attire, c’est définitif.

- Ah ! Je le savais.

- Il est vraiment craquant, tu sais… Par moments, on dirait un petit garçon malmené que l’on meure d’envie de consoler et, à d’autres, il fait preuve d’une sensibilité et d’une clairvoyance terrifiantes. Et… il a une de ces paires de fesses ! ajouta-t-elle, malicieuse.

Shalua éclata de rire s’assit à ses côtés.

- Attends un peu de voir le reste… Et là, c’est le médecin qui parle. (Elle se pencha à son oreille avec un sourire suggestif) C’est ce qui s’appelle de l’artillerie lourde, ma fille !

- Oh ! Shalua ! s’écria Tifa en faisant claquer sa main sur la cuisse de la scientifique.

Elles piquèrent l’un de ces fous rires complices dont seules les femmes ont le secret et on frappa discrètement à la porte de la suite.

Shalua se leva pour aller ouvrir.

- Cid ?

Le pilote sourit.

- Il faut que je te parle, Shalua, c’est très important.

- Oui, bien sûr mais… je suis avec Tifa et…

- J’allais partir ! fit cette dernière depuis le divan.

Cid agita la main.

- Ce n’est pas à la minute non plus.

- Attends-moi dans ta chambre, lui murmura la scientifique. J’arrive dès que je peux.

Le pilote acquiesça et se retira.

Shalua referma le battant et y appuya son dos, le souffle court.

- Qu’y a-t-il ? s’inquiéta son amie en la voyant soudain si nerveuse.

Son masque de facétieuse espiègle s’était brisé et elle avait repris tout son sérieux.

- Tifa, Cid et moi avons fait une énorme sottise…

La jeune femme leva les mains au ciel.

- Oui, bon, vous avez couché ensemble et il est marié. Ce n’est pas la fin du monde, non plus ! Personne ne va aller le dire à Shera.

- Non, je ne parle pas de ça.

Tifa se leva et vint vers son amie pour lui poser la main sur l’épaule, de plus en plus inquiète par son attitude et sa pâleur.

- Shalua, qu’y a-t-il ?

Une larme perla au coin de l’oeil valide de cette dernière.

- Je crois bien que nous sommes tombés amoureux l’un de l’autre, Tifa, murmura-t-elle, la voix brisée. Vraiment amoureux.

La jeune femme blêmit à son tour.

- Oh, merde…

- Je suis sûre que c’est de ça qu’il veut me parler. Et si… S’il me demande de tout arrêter maintenant, je… Je ne sais pas si je tiendrais le coup.

Elle éclata en sanglots, lasse de jouer la comédie de la jeune femme insouciante et farceuse, et Tifa la prit dans ses bras.

- Oh, mon Dieu, Shalua…

***

Lorsque Tifa quitta Shalua devant la chambre de Cid et qu’elle regagna la sienne pour prendre une douche et se coucher, un visiteur l’y attendait mais ce n’était pas celui qu’elle aurait espéré y voir.

- Cloud ? En voilà une surprise fit-elle en se déshabillant sans gêne aucune pour enfiler un peignoir. Que fais-tu là ?

- Pourquoi ? Tu attendais quelqu’un d’autre ? demanda-t-il d’une voix glaciale.

- Même si c’était le cas, je ne vois pas en quoi ça te regarde.

Il se raidit, estomaqué, et se planta devant elle, les poings sur les hanches.

- Tu ne vois pas en quoi ça me regarde ? répéta-t-il, incrédule. J’espère que tu plaisantes !

- Pas du tout. Et maintenant, si tu permets, j’aimerais prendre une douche et me coucher.

Elle voulut passer à côté de lui pour se diriger vers la salle de bains mais il lui bloqua le passage du bras.

- Je n’ai pas fini, Tifa.

- Oh ! Que si !

Il la prit par les épaules et plongea son regard bleu dans le sien.

- J’ai vu ce que vous faisiez, dans la chapelle, Tifa…

Elle rougit légèrement mais se reprit vite et soutint son regard sans faiblir.

- Oui, j’embrassais Loz. Et après ?

- Comment « et après ? » ? s’écria-t-il. J’ai peut-être mon mot à dire, tu ne crois pas ?

- Ah oui ? Et pourquoi ?

Il la lâcha et recula d’un pas en secouant la tête, profondément choqué.

- Tifa, qu’est-ce qui te prend ? Qu’est-ce que tu fais de nous ?

- Nous ? Et depuis quand y a-t-il un « nous », Cloud ?

- Je suis là, non ?

- Oui, tu es là, Cloud. Mais tu aurais aussi pu venir hier ou avant-hier et tu ne l’as pas fait. En fait, tu aurais pu passer la nuit avec moi des dizaines de fois mais tu ne l’as jamais fait. Tu n’es donc pas ici pour moi.

- Par tous les démons de planète, je suis Soldat, Tifa, je ne fais pas ce que je veux de mon temps !

- Tu n’es ici que parce que tu m’as vu embrasser un autre homme et que tu es jaloux ! poursuivit la jeune femme sans se démonter. Tu es comme ces petits garçons qui s’ennuient dans leur chambre pleine de jouets desquels il se fichent royalement jusqu’au jour ou un autre enfant veut prendre leur mog en peluche ! Il n’y a jamais eu de « nous » parce que tu ne m’as jamais aimée comme un homme aime une femme, Cloud ! Je ne suis que la bonne amie avec laquelle tu as essayé un moment de compenser la disparition de celle que tu aimais vraiment. Mais je ne suis pas Aerith, Cloud… Je ne suis pas Aerith et je ne le serai jamais ! Moi, je suis vivante, Cloud, faite de chair et de sang ! J’ai besoin d’un homme qui m’aime réellement et qui soit là pour me prendre dans ses bras lorsque j’ai envie de lui ! Un homme avec lequel je peux espérer construire quelque chose et non ressasser des souvenirs ! Un homme qui m’aime et me désire vraiment !

Cloud recula jusqu’à la porte, pantois et l’estomac noué. Jamais Tifa n’avait osé lui dire les choses aussi crûment et pourtant chacun savait qu’elle n’avait pas la langue dans sa poche.

Il serrait les poings - d’autant plus fou de rage qu’elle avait raison - cherchant ce qu’il pourrait bien dire pour la remettre à sa place.

Comme un enfant qui, faute d’arguments pour riposter, cherche à blesser, il frappa à l’endroit où il savait que ça ferait le plus mal…

- Je comprends que Loz puisse te faire mouiller, Tifa, je l’ai vu à poil dans la grotte. Mais si tout ce que tu voulais, c’était des muscles et une grosse queue, tu aurais pu choisir Cid ou Rude. Eux, au moins, ils ont un cerveau !

Bien sûr, il regretta ces mots orduriers à peine eurent-ils franchi le seuil de ses lèvres mais il était trop tard pour les arrêter.

Tifa, indignée, laissa échapper un petit cri mais réagit au quart de tour, couvrant la distance qui la séparait de Cloud pour le gifler à toute volée.

- Dehors… ordonna-t-elle d’une voix brisée, les larmes aux yeux.

Son physique avantageux et ses formes plantureuses lui avaient toujours valu une réputation de cruche et de « chaudasse » érotomane auprès des garçons puis des hommes qu’elle côtoyait - et principalement auprès de ceux qui savaient n’avoir aucune chance avec elle, au demeurant. Toute sa vie, elle avait dû se battre avec acharnement contre cette image erronée de dévergondée décérébrée - non sans mal - et Cloud le savait parfaitement.

- Fiche le camp ! cria-t-elle entre ses larmes, qu’elle essayait désespérément d’empêcher de couler.

- Tifa, je…

- Dehors !

Cloud obéit en maudissant sa propre sottise et Tifa claqua brutalement la porte derrière lui.

Il resta un instant sur le seuil, l’oreille presque collée à la porte et les pleurs déchirants qu’il entendit lui brisèrent le coeur.

- Quel con… gémit-il. Mais quel con…

Il allait entrer à nouveau pour s’excuser à genoux, la supplier de lui pardonner, lui assurer qu’il ne pensait pas un mot de ce qu’il avait dit et…

Non, ça ne servirait à rien. Il avait été vraiment trop odieux pour qu’elle accepte ne serait-ce que de l’écouter dans l’immédiat.

Bon sang ! Mais comment avait-il pu être aussi méchant et aussi stupide ?

Il s’adossa au mur du couloir et se laissa glisser jusqu’au sol, où il s’affala, le visage dans les mains.

- Qu’est-ce que j’ai fait ? Mais qu’est-ce que j’ai fait…

C’est vrai, Tifa avait raison : il était jaloux. Horriblement jaloux. Lorsqu’il les avait vus, là, dans la chapelle, il les aurait volontiers transpercés tous deux de son épée d’un même élan. Mais elle se trompait sur un point : il l’aimait. Il l’aimait vraiment. Peut-être pas comme un homme aime une femme, c’est vrai, mais elle était son amie d’enfance et rien ne pourrait jamais effacer l’affection qu’il lui portait ni les bons souvenirs qu’ils avaient en commun.

C’est vrai, les quelques nuits qu’ils avaient passées ensemble avaient été au mieux ternes et ennuyeuses. Oui, il était un conjoint exécrable et un amant timoré. Oui, il aimait toujours Aerith. Oui, il adorait être un Soldat et avait postulé davantage pour son propre agrément que pour la protéger. Tout cela était vrai et plus encore, certainement. Mais il était aussi vrai que jamais il ne se remettrai de la perte de sa meilleure amie et surtout pas s’il la perdait comme ça…

Mais comment rattraper son comportement inqualifiable ? Commet se faire pardonner ?

Cloud n’avait jamais été très doué pour se sortir de ce genre de situations, il lui fallait le conseil et l’aide d’un homme d’expérience et il pensa immédiatement à Vincent avant de se rappeler qu’il était descendu au labo avec Kadaj et son nouveau jouet, à la fin du dîner. Barret ? Parti. Reeve ? Non, il n’était pas assez intime avec lui.

- Cid !

Oui, bien sûr, c’était Cid qu’il lui fallait !

Sous des dehors un peu brutaux et des manières frustes, le pilote était un homme de coeur d’une gentillesse et d’une patience à toute épreuve.

Cloud bondit aussitôt sur ses pieds et se dirigea vers la chambre de Cid.

Il s’apprêtait à frapper lorsqu’il réalisa qu’il était minuit passé.

Ne voulant pas réveiller le pilote, le jeune homme tourna doucement la poignée et passa la tête par l’entrebâillement de la porte pour vérifier si son ami était encore debout.

Ce qu’il vit le surprit tellement qu’il ne put contenir un juron qui fit tressaillir Cid et Shalua, l’un allongé nu sur le lit et l’autre encore en sous-vêtements à califourchon sur lui.

- Personne ne t’a appris à frapper aux portes, sale morveux ? s’écria le pilote en se redressant pour cacher la semi-nudité de sa compagne au jeune homme.

Cloud, sidéré, le dévisagea non sans un certain dégoût.

- Cid… bredouilla-t-il. Comment peux-tu faire ça à Shera ?

- De quoi je me mêle ? hurla l’amiral de la WRO en enfilant son pantalon, qui traînait sur le sol.

Cloud, mortifié, quitta la chambre mais Cid le rattrapa dans le couloir et le saisit fermement par le bras.

- Dis-donc, petit merdeux ! gronda-t-il, faisant grincer ses dents éclatantes. Un : tu vas t’excuser tout de suite pour ta petite entrée en scène. Et deux : tu vas te mêler de tes affaires ou je vais me charger personnellement de refaire ton éducation !

- Tu es mal placé pour me donner des leçons de morale !

- Je te demande pardon ?

- Tu es marié, Cid !

Celui-ci ricana.

- Précisément, petit : je suis marié, pas mort ! Et, au risque de me répéter, ce qui se passe dans mon pieu ne te regarde pas.

Cloud se dégagea et toisa le pilote.

- Arrête de me parler comme si j’étais un gosse !

Cid se pencha sur lui.

- Alors grandis ! Il serait peut-être temps ! lui cracha-t-il au visage avant de tourner les talons d’un pas assuré.

Cloud rejoignit sa chambre et se laissa tomber sur son lit, ne sachant plus du tout comment il devait réagir à tout ce qui venait de se passer.

Réfléchir. Réfléchir calmement, surtout.

- Oui… Réfléchir et prendre les choses en main.

Que Tifa se laisse séduire par une brute sans cervelle, eh ! bien soit, une fois que le désir inspiré par la plastique parfaite de l’argenté serait un peu retombé, elle finirait bien par s’apercevoir qu’il n’était qu’un demeuré. Mais que faire lorsque l’un de ses meilleurs amis est sur le point de ficher sa vie en l’air et de briser son mariage pour une coucherie ?

Cloud repensa à Shera, si douce, si amoureuse de son Cid adoré, qui lui avait pourtant juré une éternelle fidélité devant témoins… Shera, qui avait même été prête à sacrifier sa vie pour permettre à l’homme qu’elle aimait comme une folle de réaliser son rêve le plus cher. Jamais le pilote ne trouverait une femme plus dévouée ni plus aimante.

Il ne pouvait pas laisser Cid prendre le risque de perdre Shera. Non, il ne le pouvait pas… Il était son ami, avait été son témoin de mariage et était donc en devoir de sauvegarder ce lien sacré !

Cid n’était tombé dans les bras de Shalua que parce qu’il se sentait seul, Cloud en était persuadé. Il était resté loin de chez lui depuis trop longtemps.

Malheureusement, la situation étant ce qu’elle était avec le retour des argentés, Reeve n’autoriserait pas l’amiral de sa flotte aérienne à rentrer de sitôt.

Une idée traversa alors l’esprit du jeune homme : puisque Cid ne pouvait aller à Shera, qu’à cela ne tienne, c’est Shera qui viendrait à lui !

Sa décision prise, il décrocha son téléphone portable de sa ceinture et composa le numéro de Rude.

- Rudo ? C’est Cloud, excuse-moi je sais qu’il est tard et… C’est sympa. Oui, il va bien. Yazoo, Tifa et Marlène jouent les infirmières dévouées avec lui. Dis-moi, es-tu toujours au cratère Nord ? Quand ? Dans ce cas, j’aurais un petit service à te demander. Est-ce que tu pourrais faire un crochet avec l’hélico, en revenant ? Rocket Town… Une surprise pour Cid.

…à suivre

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XXI - Entre rage et désespoir

« L’espérance serait la plus grande des forces humaines

si le désespoir n’existait pas…»

V. Hugo

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Shalua remonta dans sa suite - qu’elle occupait lorsqu’elle était au manoir - pour prendre une douche et se changer en prévision du dîner.

Elle avait abandonné en bas Kadaj et Shelke, qui travaillaient d’arrache-pied et refusaient de lâcher leurs claviers. C’était la première fois qu’elle voyait sa soeur aussi enthousiaste à la tâche ; mais avoir quelqu’un comme Kadaj sous la main, qui comprenait parfaitement le langage et les allusions à demi-mot de la jeune fille, l’était aussi et ceci expliquait très certainement cela.

Une fois dans la chambre, elle retira sa blouse, son chemisier et ôta la prothèse de son bras gauche, qu’elle jeta sur le couvre lit moelleux avec une grimace en frottant son moignon.

- Besoin d’un câlin ? chuchota une voix basse et mâle à son oreille, la faisant sursauter violemment.

Deux mains robustes se posèrent sur ses épaules nues pour les masser avec sensualité.

- Cid… gémit-elle sous l’agréable traitement. Tu m’as fait peur, idiot…

Il sourit contre son cou et darda la langue pour lui chatouiller le lobe de l’oreille, qu’il aspira entre ses lèvres, provoquant d’irrépressibles frissons.

Shalua pivota pour lui faire face et noua son bras valide autour de son cou.

Cid la serra contre lui et mordilla ses lèvres, joueur.

- Tu t’es rasé ? nota la jeune femme en caressant son visage lisse. En quel honneur ?

- Tous les cinq jours, fit-il. C’est la règle que je me suis imposée. Tu veux étrenner ? demanda-t-il en tendant sa joue.

Elle ne se fit pas prier et piqua son visage de petits baisers mouillés avec un plaisir non dissimulé. Sa peau avait un agréable, et terriblement viril, petit arrière-goût de mousse à raser et d’after-shave.

- Pourquoi n’optes-tu pas pour une épilation définitive, comme la plupart des hommes ? Tu l’as bien fait pour tout le reste… nota-t-elle, malicieuse, en posant la main sur son sexe, qui commençait déjà à durcir sous la toile du pantalon ample.

Il soupira sous la caresse.

- Et je laisse juste deux pattes intactes, comme Loz ? plaisanta-t-il.

- Mhh… tu as passé l’âge de ce genre de fantaisies.

Cid gronda contre son oreille.

- Comment je dois le prendre, ça ?

- Comme la preuve que je préfère les hommes plus raisonnables.

- Ma barbe te gêne ?

Elle sourit et lui mordilla le menton.

- Au contraire, je l’adore… susurra-t-elle.

- Ah, tu vois…

Il laissa une traînée de baisers enfiévrés le long de la gorge offerte de Shalua et fit doucement remonter ses mains le long de ses cuisses, sous la jupe.

- Cid…

- Mhh ?

- Je dois prendre une douche…

- Chouette, je vais pouvoir te savonner partout…

Il la souleva dans ses bras pour se diriger vers la luxueuse salle de bains et elle se laissa aller contre sa large poitrine en riant.

Dieux, qu’elle se sentait bien, avec lui. Qu’elle était heureuse dans ses bras…

Pourquoi fallait-il qu’il soit marié, bon sang ! Pourquoi ?!

***

Rude enfila son manteau, posa le téléphone de Reno à portée de main, sur la table de nuit, et remonta les draps sur sa poitrine.

- Sois prudent, mec, fit ce dernier d’une voix cassée à force de vomissements. Le cratère nord, ça a toujours été un nid à emmerdes.

- Te tracasse pas pour ça, ce n’est qu’une petite anomalie détectée par les caméras à ondes Beta. Si ça se trouve, c’est juste une famille d’ours qui a emménagé dans l’ancien labo !

Reno sourit malgré lui.

- Ce serait marrant… Je me demande qui serait le plus flippé par la tête de l’autre : toi ou papa ours.

- Je t’emmerde !

- Ah bah, j’osais pas te le dire mais vu que tu abordes le sujet…

Rude lui asséna une petite tape sur la tête.

- P’tit con ! T’es sûr que tu ne veux pas que j’aille chercher Tifa ou Shalua ? demanda-t-il en reprenant son sérieux. Ca ne me rassure pas de te laisser seul.

Son comparse secoua la tête.

- Nan, je fais assez chier tout le monde depuis hier. Je vais piquer un somme, t’en fais pas.

- O.K… Comme tu voudras. Mais si ça va pas, le téléphone est juste là.

- File, Rudo, l’hélico t’attend et le pilote doit commencer à criser.

- Prends bien soin de toi, Reno.

Celui-ci agita la main et sourit.

- C’est bon, je te dis ! Allez, dégage, plaisanta-t-il, je veux plus voir ta tête d’oeuf, ça me rend malade.

Rude quitta la chambre à regret et descendit dans le hall, où il croisa une Marlène survoltée qui riait comme une petite folle en sautillant autour de Yazoo.

- Eh bien ! fit-il remarquer. Tu m’as l’air bien joyeuse !

- On a fait une ballade à moto ! C’était génial ! On est montés presque jusqu’aux grottes à matéria !

Rude siffla.

- Eh beh ! Et t’as pas eu le vertige ?

- Même pas ! Demande à Yazoo, si tu me crois pas ! Tu t’en vas ?

- Ouais, ma grande. Boulot.

- Tu reviens quand ?

- Demain ou après-demain, je pense. Dis-donc, ajouta-t-il en s’accroupissant pour mettre les yeux à la hauteur de ceux de la fillette. Je peux te demander un service ? Veille sur Reno pendant mon absence pour qu’il fasse bien tout ce que Shalua lui dira, O.K. ? Et s’il t’envoie sur les roses… mords-le !

Il tendit sa main, paume vers le haut, et Marlène y fit claquer la sienne.

- Ca marche ! Je monte le voir tout se suite !

Elle fila et Rude se tourna vers Yazoo, qui s’était mis un peu à l’écart.

- Elle ne t’a pas trop cassé les pieds ? demanda-t-il aimablement, ne sachant trop comment aborder le jeune homme. Marlène est une boule d’énergie et c’est parfois un peu fatigant.

L’argenté secoua la tête et sourit.

- Non, pas du tout, répondit-il de sa voix douce. Elle me rappelle un peu Kadaj, lorsqu’il était petit.

Rude revit les scène poignantes d’un adolescent au corps couvert de plaies serrant son petit frère dans ses bras maigres et sentit la révolte lui ronger les tripes.

- Je l’ai vu sur les vidéos surveillance, fit-il la gorge serrée. C’était… c’était un beau petit garçon.

Le visage de Yazoo s’éclaira au souvenir de son cadet.

- Oui, il pouvait être très mignon quand il le voulait.

- Enfin tout ça pour dire que tu n’es pas obligé de jouer les nounous avec Marlène si tu n’en as pas envie.

- Ca ne me gêne pas. Et j’avoue que je ne sais pas trop ce que je suis supposé faire d’autre ici, de toute façon, ajouta-t-il, embarrassé.

Rude retira ses lunettes fumées pour le regarder droit dans les yeux.

- Ce n’est pas à toi de te demander ce que tu dois faire. C’est à nous de chercher de quelle façon vous aider au mieux, toi et tes frères.

Yazoo rougit légèrement.

- Je… j’avoue que j’ai du mal à comprendre pourquoi.

- Appelons ça officiellement des dommages et intérêts de la Shinra pour préjudices subis. Et officieusement, une bande de joyeux optimistes un rien naïfs qui croient que l’amitié et l’entraide peuvent nous aider à sauver la planète et construire un monde meilleur.

L’argenté laissa échapper un rire cristallin.

- Je prends la version officieuse. Elle est plus poétique. Et bien plus sympathique.

Rude lui fit un clin d’oeil et chaussa ses lunettes.

- Vendu !

Son portable sonna, affichant un message impatient du pilote de l’hélicoptère qui l’attendait sur la pelouse du grand parc.

- Je dois fil…

- Rude ! cria Marlène depuis le grand escalier. T’es encore là ? Reno, il veut pas boire d’eau ! Il dit que ça sert à rien, que ça reste pas !

Rude grimaça, découragé, mais Yazoo lui fit signe de partir et le turk ne se le fit pas dire deux fois.

- Je suis parti ! cria-t-il à Marlène en se dirigeant précipitamment vers la porte.

- Mais Shalua a dit qu’il devait boire, sinon, il allait se déshydrater !

- Je ne suis plus là ! Si Reno devient trop chiant, chuchota Rude à l’intention de Yazoo avant de disparaître, vous avez tous autorisation de l’assommer.

- Rude !

- Rude est parti, Marlène ! fit Yazoo en retenant un rire.

- Alors viens m’aider, s’il te plaît ! Il veut rien savoir et il n’arrête pas de dire des gros mots !

Yazoo leva les yeux au ciel et s’engagea dans le couloir en direction du grand escalier.

***

Cid refit surface après ce qui lui parut une éternité, une langueur délicieuse dans tout le corps, et se pressa contre Shalua, étendue nue sur le lit, à ses côtés. Il l’attira à lui pour sentir les battements de son coeur contre le sien et s’enivra de son parfum si féminin.

La jeune femme l’enlaça de son bras valide et, du bout de la langue, suivit le tracé de sa lèvre inférieure puis le délicat renflement de la lèvre supérieure.

Cid soupira sous la sensuelle caresse et Shalua fixa les éblouissants yeux bleus qui la regardaient.

Il y avait tant d’espoir, tant de lumière en eux…

Et quelque chose d’autre, aussi. Quelque chose qu’elle pouvait presque voir prendre lentement forme dans la pensée du pilote à travers ses prunelles azurées. Mais la jeune femme savait que cela ne devait pas être dit, pas maintenant que ça ne pouvait rien changer si ce n’est leur apporter plus de souffrance encore.

Les lèvres de Cid, légères et audacieuses, étaient pourtant prêtes à prononcer les mots interdits et, avec un gémissement désespéré, Shalua scella leurs bouches entrouvertes l’une contre l’autre pour respirer les mots non dits contre les lèvres du pilote et les garder enfermés en elle à jamais.

- Ne le dis pas… murmura-t-elle contre sa joue. Ca n’aurait jamais dû avoir lieu, Cid. Ca n’aurait jamais dû se transformer en cela. Pas maintenant, qu’il est trop tard… Qu’il a toujours été trop tard…

Cid déglutit péniblement, la gorge serrée, et, avec un sourire triste, attira Shalua à lui dans une étreinte de mort.

Il haletait, contractant convulsivement ses bras autour d’elle et il fallut un petit moment à la jeune femme pour réaliser qu’il pleurait, le visage enfoui dans ses longs cheveux châtains.

***

- Qu’est-ce qu’il a ? s’affolait Marlène en regardant un Reno tremblant et fiévreux, soutenu par Yazoo, cracher un filet de sans le lavabo. Je dois aller chercher Shalua ou Merill ?

L’argenté secoua la tête.

- Non, Marlène, ça va aller. File, va voir ton ami Denzel, je vais m’occuper de lui. Ce n’est pas un spectacle pour une petite fille.

- T’es sûr ?

- Mais oui, j’ai l’habitude, ne t’en fais pas.

- D’accord.

Elle obéit, trop heureuse d’échapper à l’écoeurant spectacle et Reno jura comme un charretier.

- Tumeur de merde… haleta-t-il.

Yazoo émit un petit rire narquois.

- Epargne-moi ce couplet-là, il n’y a que toi et moi, ici.

Le turk se raidit dans ses bras.

- Non mais de quoi je me mêle ?

- Tu es en état de manque, c’est ce qui te rend malade, et si tu ne bois pas un peu d’eau pour t’hydrater, tu…

Reno le repoussa brutalement et dut s’appuyer au lavabo pour ne pas tomber.

- Fous le camp ! J’ai pas besoin de toi ni de tes leçons…

L’argenté laissa échapper un profond soupir et prit sur lui pour ne pas sortir de ses gonds.

- Ecoute, je sais très bien ce que tu ressens et…

- Non ! s’écria Reno, excédé à la fois par les nausées, la fièvre, la peur que le traitement échoue et ce maudit argenté qui lui mettait les points sur les « i ». Tu sais rien du tout ! Que dalle ! Tu me connais pas, rat de labo de merde !

A peine avait-il prononcé les derniers mots qu’il sut qu’il avait commis une faute de stratégie impardonnable.

Lorsque Yazoo, blême de rage, referma les mains sur sa veste de pyjama pour le plaquer durement contre le mur carrelé, il avait déjà fermé les yeux, se préparant au pire…

…à suivre

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XX - A chacun sa peur

«Plains ceux qui ont peur

car ils créent leurs propres terreurs…»

S. King

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : d’après MA Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

A l’extérieur du manoir, Barret rangeait ses affaires et son matériel dans son camion.

- Tout va bien se passer, assura Cid. Nous veillerons sur elle, ne t’en fais pas.

Le chef d’AVALANCHE ne paraissait pas tout à fait rassuré.

- Tu laisserais ta gosse dans la même maison qu’eux sans te poser de questions, toi ? Franchement.

Le pilote le regarda droit dans les yeux.

- Oui.

- T’as pas de gosses, aussi ! Comment tu peux savoir ?

- Oh, merde, Barret ! Tu deviens carrément parano. Regarde-les…

Il désigna discrètement la fille adoptive du géant du menton.

Marlène était accroupie un peu plus loin aux côtés de Yazoo, qui opérait quelques réglages sur sa moto, et posait mille questions auxquelles le jeune homme répondait patiemment avec la douceur qui paraissait lui être habituelle.

- Marlène semble fascinée par nos trois amis, nota le pilote avec humour.

Barret sourit en voyant la petite fille minauder près du frère de Sephiroth.

- Moi, à son âge, j’étais amoureux de ma prof de maths ! Une « vraie femme mûre » de 23 ans !

Cid grimaça.

- La mienne en avait cinquante, du poil sous les bras et de la moustache…

Son ami lui asséna une claque dans le dos et partit d’un rire tonitruant.

- Je te confie ma fille. Veille sur elle ou t’auras affaire à moi.

- Allez, arrête de t’en faire et deale-nous ce putain de terrain du mieux que tu peux. Un nouveau champ d’éoliennes au sud du continent serait vraiment une bénédiction pour tout le monde.

- Je vais faire du mieux que je peux mais je crois qu’on ne nous a pas tout dit sur les nappes phréatiques présentes dans le coin. Je préfère faire des sondages supplémentaires.

- Tu l’as dit à Rufus ? Il en pense quoi ?

- Comme moi : que deux précautions valent mieux qu’une. Bien, je crois que c’est bon ! dit-il en bouclant la porte arrière du camion. Marlène ! appela-t-il en agitant la main. Je m’en vais !

Marlène, vêtue d’un blouson rembourré et d’un pantalon épais glissé dans des bottes fourrées, bondit sur ses pieds et vint en courant vers lui.

Comme à chaque fois qu’il devait se séparer d’elle, Barret sentit un terrible pincement au coeur.

Il se baissa pour lui tendre les bras et la petite s’y précipita.

- Fais-moi un gros câlin, princesse.

- Tu reviens vite, dis ?

- Promis, ma puce ! Trois ou quatre jours, tout au plus.

Cid observait discrètement Yazoo, qui suivait la scène avec une expression à la fois fascinée et curieuse, devant très certainement se demander ce qu’on ressentait dans les bras d’un père ou d’une mère.

- Je t’appellerai ce soir, après le dîner, O.K., princesse ? Et sois bien sage durant mon absence, d’accord ?

Le moteur de la moto se fit entendre et l’argenté passa à quelques pas du camion, en direction de la grille du manoir.

- Attends ! lui cria la petite. Tu m’emmènes avec toi faire un tour ?

Yazoo freina et, ne sachant comment il devait réagir, lança un regard embarrassé aux deux hommes.

- Dis donc, demie portion ! le secourut Cid en ébouriffant les cheveux de la petite. Tu pourrais au moins lui demander son avis !

Marlène, nullement décontenancée, se tourna vers le motard et demanda avec un aplomb déconcertant :

- Ca te dérange de m’emmener avec toi faire un tour ?

Yazoo secoua aimablement la tête et Barret éclata de rire.

- L’art et là manière de s’imposer dans une négociation ! Ah ! Ah ! Bravo, ma fille, tu as bien retenu les leçons de ton vieux père !

Sans laisser le temps à Barret d’esquisser ne serait-ce qu’un début de protestation, Cid la souleva pour l’asseoir sur la moto, derrière le jeune homme.

- Allez hop ! En selle !

- Accroche-toi bien à lui, ma puce, ne put s’empêcher d’intervenir Barret, mi-figue, mi-raisin, en lançant au pilote un regard assassin que Yazoo ne vit pas.

Cid y répondit par un clin d’oeil espiègle.

- Mais… protesta la fillette. Loz, il me fait asseoir devant !

- Quand es-tu montée à moto avec Loz ? s’étonna son père.

Marlène haussa les épaules.

- Y’a deux ans, quand il est venu me chercher à l’église et qu’il s’est battu avec Tifa. Il m’a fait monter devant, lui ! Et même que j’ai passé une vitesse, ajouta-t-elle pour faire bonne mesure en évitant toutefois de préciser que ça s’était produit lorsque sa main avait dérapé sur le guidon.

Yazoo blêmit, plus gêné que jamais, mais la petite avait dit ça à la fois avec un tel naturel, comme si elle parlait du temps qu’il faisait, et une telle fierté que Cid partit d’un terrible fou rire.

- Le prochain pédopsychiatre qui me culpabilise et me conseille de changer de job en me bassinant avec des risques de « séquelles de traumatismes enfantins », je lui fais avaler ses diplômes… ronchonna le chef d’AVALANCHE, faisant redoubler l’hilarité du pilote.

Rassuré par leur réaction, Yazoo se tourna vers Marlène et tordit le nez en une moue qui amusait beaucoup Kadaj lorsqu’il était enfant.

- Tu sais, fit-il, malicieux, j’ai peur de ne pas tenir longtemps en équilibre sur le guidon les bras tendus. Je n’ai pas les gros muscles de Loz, moi. Mais si tu tiens absolument à finir comme une galette entre moi et le carénage…

La fillette grimaça et éclata de rire.

- Nan !

- C’est bien ce que je pensais. Alors accroche-toi.

Lorsqu’il sentit les petits bras se refermer fermement autour de sa taille, il remit le contact et démarra.

- Soyez prudents ! cria Barret. Ne roulez pas trop vite !

Cid lui tapa sur l’épaule et ricana, facétieux.

- Tu vois quand tu veux !

***

Dans le laboratoire, Kadaj avait plaqué les mains sur la paroi de verre de la cuve où flottait Sephiroth et le fixait comme s’il espérait que cela lui fasse ouvrir les yeux.

- Pourquoi ne guérit-il pas ? demanda-t-il à Shalua.

- Oh, mais il guérit, chaton. Il faut lui laisser le temps, voilà tout.

L’argenté sourit.

Jamais personne ne l’avait affublé de ce genre de sobriquet mais, chez la jeune femme, c’était apparemment une manie incurable. Il avait aussi tâté du « poussin » à l’occasion, « baby » et « mon grand » étant plutôt réservés à Yazoo et à Loz.

- Pourquoi un programmeur XG1 est-il branché sur son contrôleur mako avec seulement quatre flux transitoires ? s’étonna encore Kadaj en décodant les données qui s’affichaient à l’écran à une vitesse affolante.

Shelke leva le nez de son ordinateur.

- Tu comprends ce genre de protocole ? demanda-t-elle, éberluée.

La jeune fille ne connaissait qu’une poignée d’ingénieurs capables de se dépatouiller - et encore à peu près - avec les calculs ultra-complexes de ce type de protocole de combinaisons chimiques. Elle-même s’y perdait mais c’est vrai que ce n’était pas du tout son champ de travail habituel.

L’argenté acquiesça.

- XG, YG, MG, BG et T3. Je les ai appris à… Enfin, là-bas, termina-t-il avec un serrement douloureux à l’estomac.

Shalua se leva, aussi surprise que sa soeur, pour lui poser la main sur l’épaule.

Elle ne pouvait certes pas lui faire oublier ses horribles souvenirs mais peut-être tenait-elle la solution pour qu’il n’ait plus à en rougir tout en accélérant la guérison de Sephiroth !

- Tu te sentirais capable de mettre à contribution ce que tu as appris là-bas pour nous aider à reprogrammer ce fichu contrôleur ?

Le visage de Kadaj parut s’illuminer et il hocha vigoureusement la tête, trop heureux de pouvoir influer positivement sur l’état de son aîné et, accessoirement, de s’occuper les mains et l’esprit.

- Bien sûr. Mais, pour ça, j’aurais besoin des codes sécurisés et d’un accès aux bases de la Shinra, ajouta-t-il, tout enthousiasme soudain envolé, sachant très bien qu’on ne lui accorderait jamais ce genre d’autorisation.

Shalua échangea un regard avec sa soeur, qui hocha la tête, et décocha son téléphone aussitôt pour composer un numéro préprogrammé.

- Monsieur Shinra ? Ici, Shalua. Pouvez-vous descendre au laboratoire, une minute ? Non, rien de grave mais nous allons avoir besoin d’un passe de niveau 7. Non, monsieur, le mien n’est que de niveau 6. Pour le programmeur XG1. Kadaj, monsieur. Oui, monsieur, absolument. A tout de suite.

Elle raccrocha et afficha un sourire rayonnant.

- Il descend.

Kadaj écarquilla les yeux, n’osant y croire et, le coeur battant, plaqua à nouveau les mains sur la cuve de Sephiroth.

- Tu sortiras bientôt de là, grand frère, je te le promets…

***

Tifa sortit de la chambre de Denzel, laissant le garçonnet finir la sieste, et descendit dans parc du manoir pour s’aérer un peu.

Entre le pauvre Reno et son fils adoptif qui avait pris froid, elle n’avait pas encore mis le pied dehors de la journée, jouant les infirmières en compagnie de Rude et de Yuffie depuis le petit déjeuner.

L’astre solaire perçait timidement à travers les nuages bas de la fin d’après-midi et elle présenta le visage à ses rayons en souriant de plaisir.

La température était un peu remontée par rapport à la veille et, si on restait au soleil, on pouvait se passer d’un lourd manteau, ce qu’elle fit, trop heureuse de sentir l’air pur sur son visage et ses bras, sur lesquels elle avait relevé les manches de son pull.

Le parc du manoir était un ravissement pour les yeux et l’odorat et elle flâna un long moment dans les allées, sentant une fleur d’hiver ou cueillant une branche de gui.

Elle emprunta une allée de graviers roses qui menait à la chapelle gothique de la propriété et remarqua que la porte était entrouverte.

Quelles petites merveilles pouvait bien receler le ravissant édifice rehaussé de gâbles sculptés de scènes baroques ? Vus de l’extérieur, les vitraux représentant des batailles célestes paraissaient déjà être un chef-d’œuvre à eux seuls.

La jeune femme poussa doucement la porte ornée d’arabesques végétales et d’animaux fabuleux.

Si l’extérieur de la petite église était ravissant, l’intérieur était un enchantement !

L’endroit respirait la sérénité et la paix, tout en dorures légères et dentelle de pierre percée de vitraux multicolores sur lesquels guerroyaient, virevoltaient ou priaient des anges.

De fines colonnes sculptées soutenaient les clés de voûte élancées et, entre elle, des statues d’albâtre rose et blanc d’anges guerriers et de jeunes filles ailées joignaient leurs mains en prières ferventes.

Quelques bouquets de gui artistiquement assemblés et noués de rubans avaient été déposés au pied de certaines statues et leur douce odeur sucrée à peine perceptible, mêlée à celle de la cire et de l’encens, chatouillait l’odorat de Tifa comme une caresse…

Sucrée ?

Minute !

« Et depuis quand le gui a-t-il une odeur sucrée ? » réalisa-t-elle comme si on venait de lui asséner un coup en pleine la poitrine.

Le coeur battant, elle retint sa respiration, pivota très lentement en direction de l’autel et le vit.

Assis sur le premier banc, lui tournant le dos, un pied sur l’assise et le menton dans le poing posé sur son genou replié, Loz, paraissait fixer la statue de la déesse qui tenait son enfant dans ses bras.

La première réaction de Tifa fut de s’enfuir sans demander son reste, certaine qu’il n’avait pas dû l’entendre et encore moins la voir mais elle se ravisa, maudissant son comportement puéril.

Prenant son courage à deux mains, elle remonta l’allée centrale jusqu’au premier rang des bancs, le coeur cognant si fort contre ses côtes qu’elle se demandait comment faisait Loz pour ne pas l’entendre.

Elle s’arrêta à son niveau - sans oser toutefois prendre place à ses côtés - et lui adressa un petit salut de la main depuis l’allée.

- Bonsoir, fit-elle timidement d’une voix étranglée.

Loz tourna les yeux vers elle l’espace d’un dixième de seconde à peine mais ce fut largement suffisant pour qu’elle voit qu’il avait pleuré.

- Salut… murmura-t-il d’une voix blanche, sans même bouger un cil.

Elle le dévisagea, déconcertée, et s’approcha d’un pas.

Imaginer un grand gaillard comme lui la larme à l’oeil lui aurait paru impossible quelques secondes plus tôt.

- Est-ce que… Est-ce que ça va ? demanda-t-elle.

Il fit un curieux petit bruit avec le bout de sa langue sur ses incisives - « Tss » - et sourit avec amertume.

- Mieux qu’elles, en tous cas, fit-il en désignant du menton le pied de l’autel.

Tifa baissa les yeux et vit une petite masse visqueuse, grouillante, grise et velue.

Un rat mort.

Et depuis un moment déjà si elle en croyait les larves pondues par des mouches nécrophages qui gigotaient dans la chair suintante à demi décomposée pour s’extraire de sous la peau purulente. Leur croissance terminée et gorgées de tissus nécrosés, les ignobles bestioles étaient fin prêtes pour quitter leur nid putréfié et prendre leur envol.

- Quelle horreur… grimaça la jeune femme en pinçant le nez de dégoût.

Loz laissa échapper un petit ricanement désagréable.

- Ouais… C’est aussi ce que je me suis dit en voyant la vidéo.

La jeune femme sentit un coup au coeur en comprenant qu’il comparait le dégoûtant spectacle qu’offraient les larves se tordant dans de rat à demi décomposé à sa propre naissance.

- Non, Loz, fit-elle d’une voix douce en s’asseyant sur le bord du banc. Toi et tes frères n’avez rien d’insectes répugnants. Loin de là.

C’était la première fois que Tifa l’appelait par son nom et elle en ressentit une étrange gêne.

Surpris par le compliment, il se tourna à demi vers elle et fronça les sourcils, ironique.

Elle esquiva son regard, incapable de soutenir l’intensité de ses yeux félins.

- On est destinés à ce croiser dans ce genre d’endroit, on dirait, fit-il remarquer en embrassant la chapelle d’un geste ample pour briser la gêne soudaine de la jeune femme.

Celle-ci sourit malgré elle.

- Il faut croire, oui, répondit-elle sur le même ton léger. J’avais rarement rencontré un adversaire aussi fort avant ce jour-là.

- Toi aussi, tu sais te battre, dit-il, approbateur. La Shinra ?

- Non, mon père. C’était un maître de combat très réputé.

- Etait ?

- Il est mort. Il y a plusieurs années, déjà, ajouta-t-elle pour couper court.

Ce n’était ni le moment ni l’endroit pour amener Sephiroth sur le tapis.

- Oh…

Il fit craquer ses phalanges, visiblement mal à l’aise.

Avant tout dressé pour se battre et se réaliser dans l’action, Loz n’avait pas l’habitude de parler avec ses semblables et cela se voyait dans son attitude et chacun de ses gestes.

- Tu sais… commença Tifa, son sang battant le tambour contre ses tempes. Il y a une question que j’ai envie de te poser depuis que Vincent nous a montré les vidéos du labo.

A ces mots, le jeune homme parut se contracter un peu sur le banc et une très légère teinte rosée colora ses joues.

- Oh, il n’y avait rien de choquant ou de trop… intime, pas du tout ! le rassura-t-elle, imaginant parfaitement les raisons de son malaise. On ne nous a montré que des extraits retraçant les grandes lignes de la… enfin, de vos… du projet.

Loz parut s’amuser de sa gaucherie et elle toussota.

- Qu’est-ce que tu veux savoir ? demanda-t-il.

Tifa prit son courage à deux mains pour se tourner carrément vers lui mais sa question mourut sur ses lèvres…

Il fixait toujours l’autel, le regard perdu dans un monde intérieur auquel elle n’avait pas accès.

En arrière-plan, le soleil se couchait derrière le grand vitrail dans une débauche d’ors et de pourpres et le profil de médaille de l’argenté se découpait dans la douce lumière irisée, entre les anges combattants. Ceux-ci virevoltaient autour de sa tête et paraissaient prêts à frôler les lèvres pleines ou le front haut de la pointe d’une aile ou d’un orteil nu.

L’élégant visage de Loz ne dépareillait nullement dans la scène martiale, au milieu des entités célestes dont les corps athlétiques étaient cependant loin de dégager la puissance et la force de celui du jeune colosse. Les êtres volants étaient des anges guerriers, armés de lances et d’épées ; lui était l’archange exterminateur, pouvant raser les mondes d’un seul coup de poing de sa divine colère.

Et le parfum de sa peau, qui l’enveloppait comme une aura… Mon Dieu, ce parfum…

- Alors ? s’enquit-il en tournant soudain la tête vers elle.

- Hein ? bredouilla-t-elle, décontenancée.

- Qu’est-ce que tu voulais savoir ?

- Oui, pardon. Pourquoi tu ne m’as pas tuée, là-bas, à Midgar ? laissa-t-elle échapper nerveusement sans autre cérémonie, encore troublée par la vision ensorceleuse.

Loz écarquilla les yeux, un sourire narquois sur les lèvres

- C’est un reproche ? Je peux y remédier, si tu veux.

Elle rougit en réalisant le double sens qu’entraînait la tournure trop directe de sa phrase.

- Non, c’était juste une question, fit-elle en souriant malgré elle. Je t’ai vu, dans les vidéos. Ta puissance est incroyable. Tu aurais pu me casser en deux d’une chiquenaude, si tu l’avais voulu, mais tu ne l’as pas fait. Pourquoi ?

Il reprit son sérieux et hocha la tête.

- Je te l’ai dit : tu sais te battre.

- Oh… Tu m’as donc épargnée par respect ? C’est très… élégant, merci.

- Non, la détrompa-t-il avec une candeur invraisemblable. C’est rare de trouver un adversaire valable à qui me mesurer et je voulais en profiter. Et je ne tue pas les femmes, de toute façon. Elles sont plus faibles. C’est lâche.

Tifa se raidit, ne sachant si elle devait se sentir insultée ou s’il plaisantait mais un regard dans ses grands yeux mako la convainquit qu’il disait tout simplement la vérité nue telle qu’il la ressentait, sans malice ni mépris.

Elle éclata de rire, ce qui parut le décontenancer un peu.

- Oh, Loz ! Tu es d’une honnêteté désarmante… Droit au but et délicat comme un coup de poing ! Ah ! Ah !

Il plissa le front, un rien boudeur, et détourna à nouveau le regard vers l’autel.

- Je ne sais pas faire de grandes phrases sophistiquées, comme Kadaj, murmura-t-il d’une voix à peine audible. On ne m’a pas appris. C’était pas utile pour ce qu’on me demandait là-bas…

Tifa sentit un petit pincement lui contracter la poitrine et se mordit la lèvre.

- Eh ? fit-elle en le poussant doucement du bout de l’index. C’était pas un reproche.

Il tordit le nez.

- Pas grave. J’ai l’habitude.

Son regard retomba sur le rat mort.

Tifa vit sa pomme d’Adam monter et descendre et l’éclat de ses yeux mako s’intensifia, menaçant de déborder à nouveau.

- Tu… commença-t-elle, ne sachant comment elle devrait réagir s’il se mettait à pleurer devant elle. Ca n’a pas dû être facile de… D’entendre tout ce que Vincent et Aerith avaient à vous dire. Enfin, j’imagine. (Elle l’entendit déglutir avec difficulté mais il ne dit rien) Tu as envie d’en parler ?

Il secoua la tête et s’essuya les yeux avant qu’ils ne coulent.

- Je ne sais pas parler comme vous autres, je te l’ai dit.

Sa tension et sa détresse étaient si évidentes que Tifa en avait la gorge serrée.

Elle sentait une foule de sentiments tournoyer en lui mais il était incapable de les exprimer et cela le faisait souffrir horriblement.

Au laboratoire, il pouvait encore évacuer ses angoisses et ses appréhensions par l’action, en s’entraînant, en se défoulant jusqu’à l’épuisement mais ici, au manoir ?

A moins que…

Une idée folle lui traversa l’esprit et elle se lança sans réfléchir, avant de manquer de courage.

- Alors comme ça, d’après toi, les femmes sont faibles ? demanda-t-elle, soudain taquine.

Surpris par changement brutal de ton et de sujet , Loz tourna la tête vers elle.

- Hein ?

- Tu as dit que les femmes étaient faibles.

- Physiquement, oui. Plus que moi, en tout cas.

Tifa prit ses gants en cuir dans la poche arrière de son pantalon et commença à les enfiler.

- Alors, fit-elle en se levant, tu ne craindras sûrement pas de te prendre une dérouillée si une « faible femme » te demande une revanche dans les règles, mhh ?

L’expression de Loz changea du tout au tout et sa bouche sensuelle s’étira en un sourire plein d’assurance.

- Tu veux te battre ? Contre moi ? Maintenant ?

La jeune femme recula de quelques pas pour le laisser sortir dans l’allée et se mit en garde.

- A la loyale, décréta-t-elle. Pas d’arme ou de pseudo-téléportation, cette fois, juste toi et moi, nos pieds et nos poings.

- J’ai pas besoin de ma griffe pour te faire mordre la poussière, ma toute belle.

- Je te trouve bien sûr de toi, « mon tout beau ».

Il assura ses appuis et se mit en garde à son tour.

Bon sang ! Elle ne se rappelait plus qu’il était aussi grand une fois debout près d’elle…

- Tu peux encore changer d’avis, la brocarda-t-il en remarquant sa pâleur soudaine.

- T’en fais pas pour moi ! se récria-t-elle, vexée. Prépare-toi plutôt à ravaler ce petit sourire suffisant.

Il rit de plus belle.

- Tu veux que je m’attache un bras dans le dos ? Ca te laisserait peut-être une chance…

Piquée au vif, la colère la gagna et elle lui fit signe d’approcher avec un rictus agressif.

- Arrête de te vanter et viens plutôt me montrer ce que tu as dans le pantalon. A supposer, bien sûr, qu’il contienne quelque chose… ajouta-t-elle, venimeuse, avec un clin d’oeil insolent.

Le sourire de Loz s’effaça aussitôt et son visage se contracta en un masque menaçant.

Lorsque son poing jaillit et qu’elle l’évita de justesse, Tifa sut qu’elle était allée trop loin dans la provocation mais il était trop tard : son adversaire était fou de rage…

…à suivre

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XVIII - Les démons du passé

«Les amis sont là comme un rempart solide

et infaillible contre les démons de la vie.»

Sydney Smith

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Tifa raccompagna le jeune couple jusqu’à la porte en s’excusant encore et allait la refermer lorsqu’elle vit Shalua, enveloppée dans un long manteau noir, traverser la petite route et venir dans sa direction.

- En voilà une surprise ! Tu es venue à pied depuis le manoir ?

- Y aurait-il un thé chaud et quelques biscuits pour une pauvre scientifique frigorifiée ?

Tifa éclata de rire.

- Bien sûr ! Entre, voyons, tu dois être morte de froid. Pourquoi n’as-tu pas demandé à un domestique de t’amener en voiture ?

- J’avais envie de m’aérer un peu pour me réveiller ! J’avoue que j’ai du mal à tenir le choc après ma nuit blanche au labo. Brrr… Dis donc, la température est tombée d’un coup.

- Oui, c’est souvent comme ça en début d’après-midi, ici, en hiver. Les nuages s’estompent, le soleil sort et un froid de canard nous tombe dessus. Viens dans le salon, j’ai allumé la cheminée.

La jeune scientifique regarda autour d’elle, charmée.

- Mais dis donc, elle est ravissante, cette maison !

- Elle t’intéresse ? la taquina son amie en disparaissant dans la cuisine attenante pour préparer du thé.

Shalua l’y suivit et balaya les lieux du regard en retirant son manteau : la cuisine typique d’un petit village coquet, toute de faïence blanche, rouge et bleue, avec ses torchons brodés suspendus aux crochets et ses meubles en bois massif ciselés de motifs ruraux.

Une petite cuisine fonctionnelle avec le petit cachet « rustique » qui plaisait tant aux citadins qui visitaient Nibelheim.

- Toujours pas d’acheteurs valables en vue ? Etonnant ! J’aurais cru que les gens se battraient pour ce genre de petite merveille.

Tifa posa un pot de biscuits faits maison sur la table, brancha la bouilloire et haussa les épaules.

- Pas tant que ça, en fait.

Son amie piocha dans les biscuits et croqua dedans avec gourmandise.

- Mhh… Excellents ! Aussi bons que ceux de Gretta.

- Merci.

- Pas d’acheteurs, alors ?

- Non, malheureusement.

- Tifa ?

- Oui ?

- Tu ne te ficherais pas de moi, par hasard ?

La jeune femme se retourna pour voir Shalua la considérer avec un sourire sarcastique en engouffrant un second biscuit.

- Si je te dis « oui », tu m’en voudrais ? grimaça-t-elle.

La scientifique éclata de rire et frotta son pouce contre son index.

- Combien t’en ont-ils proposé, les deux tourtereaux que j’ai vu sortir ? (Tifa prit une feuille sur le calepin du réfrigérateur, y écrivit un chiffre et la lui tendit) Oh ! Mon Dieu ! Et tu as dit non ? Mais tu es folle, ma fille !

Tifa plaça deux sachets de thé au fond de deux grosses tasses, les posa sur la table et s’assit en face de son amie avec une grimace découragée.

- Oui. Je suis dingue. Enfin, je commence sérieusement à le croire.

Shalua prit un troisième biscuit.

- Tifa… qu’est-ce qui se passe ?

- Je crois que je n’arrive pas à me décider à vendre cett…

- Stop ! On arrête tout de suite. Je ne parlais pas de la maison.

- Je ne te suis pas.

- Tu t’es littéralement enfuie du manoir avant le déjeuner en prenant prétexte d’une vente sur le point de se conclure et je viens de voir un jeune couple désespéré sortir d’ici parce que tu as refusé de leur vendre la maison de leurs rêves.

Tifa se raidit.

- Où veux-tu en vernir ?

- Au fait que tu t’es servie de ce charmant petit couple pour filer en douce après avoir vu nos trois argentés réveillés et que je veux en connaître la raison. A moins, bien sûr, que tu ne me fasses plus confiance et que tu préfères ne plus te confier à moi… ajouta-t-elle avec une moue comique, faussement cassante.

L’égérie d’AVALANCHE éclata de rire malgré elle.

- Je peux même t’en donner deux, Shalua. Des raisons, s’entend.

- Ah ! fit la scientifique avec gourmandise. Des potins, vite, vite ! Que j’aille tout répéter au manoir !

- La première est ce jeune couple, quoi que tu en penses. Si, si, Shalua, j’avais réellement rendez-vous avec eux aujourd’hui en début d’après-midi. Demande à Vincent, il était au courant !

Shalua fit vibrer ses lèvres.

- Passe encore. Et la seconde ?

La bouilloire électrique tinta et Tifa versa l’eau chaude dans les tasses.

- C’est « eux ».

- Qui, « eux » ? Mes petits bouts ?

- Oui. Tes chers « babies » aux cheveux argentés !

La scientifique leva les yeux au plafond.

- Le pauvre Sephiroth flotte toujours dans sa cuve. Quant aux autres, ils se reposent dans leurs chambres et sont si tourneboulés par ce qui leur arrive qu’ils n’en sortiront probablement pas avant demain. Les pauvres… Je n’en reviens pas que tu puisses avoir peur d’eux après tout ce que tu as vu et entendu à leur sujet !

Tifa tressaillit.

- Mais enfin, je n’ai pas peur, quelle idée !

- Alors c’est quoi, le problème ?

La jeune femme haussa les épaules et rougit brusquement.

- En fait, c’est Loz, le problème… avoua-t-elle.

- Loz ?

***

Yazoo sursauta dans son lit et se redressa, en sueur, le coeur battant et le souffle court.

Perdu, ne se rappelant plus où il était ni comment il s’était retrouvé là, il tourna la tête en tout sens, affolé.

En voyant Loz endormi dans le second lit que comptait la luxueuse chambre à coucher, la mémoire lui revint.

Sephiroth et la grotte glaciale… Le manoir Shinra… Aerith… Vincent et Shalua… Les vidéos… Jenova…

Alors ce n’était pas un simple cauchemar… C’était bel bien réel.

Il cligna des paupières pour chasser la sueur qui coulait de son front, toussa douloureusement et porta la main à sa gorge, encore irritée par le tube du respirateur. Il avisa un verre à demi rempli d’eau, sur la table de chevet, dont il réussit à avaler quelques gorgées en tremblant de tous ses membres.

Il mourait de froid.

Les draps étaient humides de sueur, de même que le T-shirt et le pantalon de pyjama donnés par Shalua.

Il s’en débarrassa en frissonnant, sortit de son lit et se glissa dans celui de son frère.

Aussitôt la chaleur de Loz l’enveloppa et il se pressa contre son dos nu en claquant des dents.

- Yazoo ? demanda celui-ci d’une voix ensommeillée en sentant les bras glacés se refermer autour de sa taille. Qu’est-ce que tu as ? Ca va pas ?

- J’ai froid…

Comme Yazoo s’y attendait, son jumeau se retourna pour le serrer dans ses bras et il se blottit contre lui, nichant le visage entre ses pectoraux.

- Tu as fait un cauchemar ? chuchota le jeune colosse en lissant ses longs cheveux humides. Tu es trempé.

- Ce n’était pas un cauchemar… susurra son cadet d’une voix étranglée en resserrant son étreinte autour de la large poitrine. Ce n’était pas un cauchemar, malheureusement… Qu’est-ce qu’on va faire, à présent ? Oh, Loz… Qu’est-ce qu’on va devenir ?

Loz, la gorge soudain serrée, lui frotta le dos, apaisant.

- Pleure pas, Yazoo… Pleure pas…

***

La bouche de Shalua s’arrondit en un O parfait et elle éclata de rire.

- Tu l’as tripoté pendant qu’il était inconscient ? s’écria-t-elle. Oh ! C’est pas vrai ! Quand ?

- Tu étais là.

La scientifique fronça les sourcils.

- Tu veux parler de la fois où…

- Oui !

Shalua s’asséna une claque sur le front de sa main valide.

- Tifa… Tu ne l’as pas tripoté, tu as reprogrammé sa perfusion ! A ma demande, en plus !

- Si, je l’ai caressé… Tu m’as même surprise, rappelle-toi.

Tifa avait à présent une teinte cramoisie à la limite du pourpre et son amie pouffa.

- Mon Dieu ! s’exclama-t-elle, faussement choquée. Tu lui as effleuré la poitrine ? Repends-toi vite et fais pénitence, fille dépravée, où tu brûleras en enfer !

- Shalua…

- Oh, Tifa ! Je fais bien pire lorsque je fais la toilette de mes patients ! Ne me dis pas que tu es partie en courant juste pour ça.

- J’ai peur de le regarder en face et de voir qu’il s’est peut-être aperçu de quelque chose.

Le rire de la scientifique redoubla.

- J’y crois pas…

- Shalua !

- Je t’en prie ! Tu es ridicule…

Tifa baissa la tête, piteuse.

- Je sais… Mais il… Il me déconcerte, ce type !

Shalua se raidit sur sa chaise, un sourire mutin sur les lèvres.

- Il te plaît ?

- Non ! Bien sûr que non. Enfin… pas vraiment.

Son amie se pencha en avant, plus intéressée que jamais.

- Oui ou non ?

- Non, il ne me plaît pas. Il est brutal, commun, grossier… Tout l’opposé de mon type d’homme. Mais je ne sais pas, il… m’attire ? Non, ce n’est pas le mot. C’est bizarre.

Shalua reprit un autre biscuit et le grignota du bout de dents.

- Sois honnête : il a un visage d’ange et un physique de rêve. Aucune femme ne peut rester insensible à un homme pareil.

- Je ne le nie pas, Shalua, mais non, c’est autre chose.

Son amie hocha la tête.

- Peut-être t’inspire-t-il de la sympathie, tout simplement. Ce qu’il a vécu t’a sans doute touchée, émue, te l’a montré d’une façon que tu n’imaginais pas.

- Tu crois ?

- Rappelle-toi comme tu as été malade, lors de la conférence.

Tifa prit un biscuit à son tour et le trempa délicatement dans son thé.

- Peut-être. Oui, c’est certainement ça, tu as raison. Enfin… Assez parlé de mes lubies. Parlons de toi, plutôt !

- De moi ?

Le sourire de la jeune femme se mua en un rictus déluré.

- Mais oui… Si tu me parlais un peu de ton « Cid baby », mhh ?

Elle eut le plaisir de voir les joues de la scientifique se teinter de rose.

- Il n’y a rien de particulier à en dire, tu sais…

- Shalua…

Celle-ci poussa un gémissement douloureux et laissa tomber son front sur la table avec un « toc » comique.

- Je suis en train de perdre pied, Tifa… Je perds complètement la boule, avec lui !

- Comment ça ?

Shalua leva la tête et lui adressa un regard piteux.

- Cid me fait complètement craquer…

Tifa s’assombrit.

- Shalua… il est marié.

- Je sais… gémit à nouveau la scientifique. Mais il me fait vraiment craquer. Je ne… (Son téléphone portable sonna et elle s’excusa avant de décrocher) Merill ? Tu as les résultats, ça y est ? Et alors, ça donne quoi ?

Son amie la vit pâlir et l’interrogea du regard mais Shalua lui fit signe de ne pas s’inquiéter.

- Et l’imagerie ? reprit-elle. Elle confirme les examens sanguins ? Oh, merde… Ne le laisse pas ficher le camp du manoir, surtout. Eh bien convainc-le ! Demande à Rude de le clouer à son lit et de l’assommer si besoin est mais je dois absolument l’informer de… Non, tu ne dis rien, Merill. Et surtout pas à Tseng ou à Rufus, d’accord ? Oui, j’arrive. A tout de suite.

Elle raccrocha et soupira.

- Qu’est-ce qui se passe ? s’inquiéta Tifa.

Shalua se mordilla l’intérieur de la joue.

- C’est Reno, il… Il a un petit souci de santé. Rien de grave, bien sûr, mentit-elle pour la rassurer. Mais je préférerai faire le nécessaire rapidement. Bon, tu reviens avec moi ou tu restes ici à culpabiliser et à essayer de ne pas vendre ta jolie maison ? railla-t-elle.

Tifa lava rapidement leurs deux tasses avant de les mettre à égoutter sur l’évier et lui donna un coup d’épaule amical.

- Viens, on prend ma voiture, ça ira plus vite.

***

Yazoo se glissa hors du lit avec mille précautions sans réveiller son jumeau, enfila ses vêtements et sortit silencieusement dans le couloir.

Ses cauchemars le réveillaient sans cesse et il faisait violemment sursauter Loz à chaque fois. Mieux valait qu’il se lève et qu’il aille rejoindre Vincent dans la chambre de Kadaj attenante à la leur. Au moins, il ne gênerait personne.

Il refermait la porte tout doucement, retenant la poignée pour éviter que le passant ne claque trop brutalement, lorsque lui parvint le bruit écoeurant typique de quelqu’un en train de vomir violemment dans la chambre d’en face.

La porte était entrouverte et Yazoo entendit distinctement un juron étouffé suivi d’une plainte et d’un nouveau gargouillis glaireux.

Quelqu’un était sacrément malade, là-dedans !

Il traversa prudemment le couloir et poussa le battant de bois tout doucement mais sans oser l’ouvrir totalement.

- Ca va ? demanda-t-il de sa voix douce et ténue. Oh, oh ?

La seule réponse qui lui parvint fut un gémissement suivi d’un autre borborygme et il passa la tête par l’ouverture.

Une odeur âcre et métallique agressa son odorat ultra-sensible et il grimaça.

De la bile et du sang ?

- Eh ? appela-t-il un peu plus fort en avisant la porte entrouverte du cabinet de toilette. Vous allez bien ?

Toujours pas de réponse.

Il entra dans la chambre et se dirigea vers la petite salle de bains.

Son pied butta sur quelque chose et, du coin de l’oeil, il vit une bouteille en verre vide rouler jusque sous le lit.

- Est-ce que ça va aller ? demanda Yazoo en frappant doucement à la porte du cabinet de toilette.

Le bruit sourd d’un corps qui chute se fit entendre et l’argenté ne réfléchit pas plus longtemps.

Il poussa la porte et entra pour voir Reno sur sol à demi-inconscient.

L’argenté reconnut aussitôt dans ce garçon rouquin celui qu’il avait combattu à Edge, deux ans plus tôt.

Il s’agenouilla sur le carrelage et souleva la tête du turk pour la poser doucement sur ses genoux, comme il l’avait toujours fait avec Loz ou Kadaj, lorsque les hommes en blouse blanche les ramenaient évanouis après les injections de mako ou des traitements divers.

L’évier de marbre vert était éclaboussé de sang et de bile malodorante et Yazoo tendit le bras pour faire couler l’eau. Il laissa sa main un petit moment sous le jet glacé pour la refroidir et la passa doucement sur le front piqué de taches rousseur, si pales qu’elles ne se remarquaient que lorsqu’on se penchait sur le visage poupin.

Il suivit du doigt les curieux tatouages rouges en forme de virgule, qu’il n’avait pas vus lorsqu’ils s’étaient affrontés - ou peut-être ne s’en souvenait-il simplement pas. Ses préoccupations étaient autres, alors…

Les paupières fines frémirent et deux grands yeux aigue-marine s’ouvrirent avec difficulté.

- Ca va mieux ? demanda Yazoo en se penchant un peu pour que Reno puisse le voir.

La réaction de celui-ci fut immédiate : il poussa un cri inarticulé, se dégagea en se cognant contre le pied du lavabo et rampa jusqu’à la porte pour s’y aplatir, le coeur battant.

- Que… Qu’est-ce que tu fous là, toi ? bredouilla-t-il en cherchant des yeux un objet qui pourrait lui tenir lieu d’arme.

Hélas pour lui, la seule chose à portée de main était la balayette des toilettes. Guère intimidant, comme matraque…

L’argenté se remit debout et lissa sa longue veste de cuir.

- N’aie pas peur, je t’ai juste entendu vomir et j’ai pensé que…

- Reste où tu es ! Ne fais pas un pas de plus ou de te casse en deux !

Yazoo considéra le rouquin recroquevillé sur le sol avec un certain amusement et se tint immobile au centre de la petite salle de bains, les bras croisés.

Reno le détailla de bas en haut un petit moment.

- T’attends quoi, là ?

- Que tu veuilles bien me laisser sortir.

Le turkgrimaça en réalisant qu’il était affalé contre la porte et se releva avec difficulté sans quitter son étrange visiteur des yeux, méfiant.

A peine debout, une sueur froide soudaine perla sur tout son corps, faisant adhérer désagréablement sa chemise à son dos.

Il se mit à trembler comme une feuille.

- Ca va aller ? s’enquit Yazoo.

- Ouais ! cracha Reno, frissonnant de plus belle en s’essuyant le front d’un revers de manche.

- Je n’en ai pas l’impression.

Comme pour le confirmer, le turk se plia en deux sous l’assaut d’une crampe abdominale et l’argenté dut le soutenir tandis qu’il se penchait à nouveau au-dessus de l’évier.

Reno eut des renvois pendant un long moment puis la température de son corps monta si soudainement que Yazoo pouvait presque sentir sa peau brûler à travers ses vêtements.

L’état pitoyable du rouquin lui rappela d’autres lieux et une autre époque…

Il revit le grand corps de Loz étendu sur le sol, près de l’évier qu’il n’avait pas eu le temps d’atteindre, secoué de spasmes, blême, rongé par la fièvre et le manque de mako.

- Vincent est dans la chambre d’à côté, avec mon frère, murmura Yazoo. Si tu veux, je peux aller le cherch…

- Non ! s’écria le turk en le repoussant brutalement. Je vais bien, putain ! Je dois te le dire comment ? J’ai mangé un truc qui est pas passé, merde, c’est tout ! Ca t’es jamais arrivé, bordel ?! On vous filait que de la bouffe aseptisée, dans votre foutu labo, c’est ça ? Bah bienvenu dans les joies de la vraie vie !

Il vomit un jet de bile rougeâtre et l’argenté fronça les sourcils.

- Tu m’as l’air d’avoir un problème bien plus grave qu’une ind…

- J’ai pas de problème ! hurla Reno, les jambes flageolantes. Et je t’ai rien demandé, putain de merde ! Fous-moi la paix et dégage de ma chambre !

Yazoo parut hésiter un instant mais quitta la salle de bains en refermant doucement la porte et soupira. Ce n’était pas son problème après tout.

Un petit reflet blanc accrocha la lumière de la lampe et attira son regard, sous le lit. Il se pencha pour ramasser la bouteille vide sur laquelle il avait buté en entrant dans la chambre et se dirigea vers la poubelle, au pied du petit bureau qui occupait le fond de la chambre du turk.

***

Reno ouvrit les yeux pour découvrir qu’il était à nouveau étendu sur le carrelage de la salle de bains mais, cette fois, plus de type aux cheveux argentés dans les parages.

« J’ai pas été très sympa, sur ce coup-là… » réalisa-t-il avec une petite moue.

Pas grave, il s’excuserait plus tard.

Il porta la main à son ventre en grimaçant, attendant la douleur ou la nouvelle nausée qui ne saurait tarder mais rien ne vint.

Soulagé, il s’étala sur le dos de tout son long et respira profondément.

La crise était passée.

Bon sang, quel soulagement ! Après tant d’émotions, un petit remontant serait le bienvenu.

Il porta la main à la poche intérieure de sa veste par réflexe mais il ne portait que sa chemise. Où diable avait-il laissé sa veste ?

Ah oui, sur le lit.

Il se leva avec difficulté, courbaturé comme s’il avait couru pendant des heures, et passa dans la chambre à coucher, où il se pétrifia en voyant la petite mise en scène qu’on avait préparée à son intention.

La dizaine de bouteilles et de mignonnettes d’alcool vides qui se trouvaient dans la corbeille avaient été alignées sur le lit et, sur une page de carnet arraché au bloc du bureau, on pouvait lire quelques mots au tracé ferme et élégant : « AUCUN PROBLEME… VRAIMENT ? »

…à suivre

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XII - Comme un cheval qu’on égorge

« La nature n’abandonne personne au

point de lui ôter tout moyen d’autodéfense. »

Jacob Grimm

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

« J’ai tellement mal, mère… »

« Courage. »

« Pourquoi mon corps me torture-t-il ainsi ? »

« Parce qu’il guérit. »

« Alors je préfère être mort… »

« Ne dis pas ça. »

« Je n’en peux plus… »

« Pense à tes frères, mon fils. Ils ont besoin de toi. »

« Non, c’est d’une mère qu’ils ont besoin… »

« Ton tourment te fait dire des sottises. »

« Ramène-moi, mère… Ramène-moi à la rivière de la vie… Je veux que la douleur s’en aille…»

« Non. »

« Je t’en supplie… »

« Non, mon fils. Je ne la laisserai pas te reprendre. »

« Pitié, mère… J’ai si mal… Si tu m’aimes vraiment… Fais que cela cesse. Je t’en prie… Je t’en supplie… »

« Courage, amour… Courage… C’est bientôt fini, je le te promets. »

***

Les lumières de la salle de conférence s’éteignirent et les trois frères apparurent sur l’écran, au centre du plateau d’un simulateur de combat, armés jusqu’aux dents.

Ils avaient grandi et étaient devenus de superbes jeunes gens.

L’aîné, Loz, affichait déjà une carrure impressionnante, des épaules larges et robustes, des reins étroits, joliment cambrés, et des jambes puissantes. Yazoo, lui, était tout en finesse et en souplesse. De grands yeux tristes éclairaient son visage angélique et il ne quittait pas son jumeau de plus de trois pas. Kadaj était le plus petit du trio mais paraissait robuste et hargneux comme un jeune loup.

Leur combat était orchestré comme une danse et leur maîtrise avait de quoi surprendre.

- Quel âge ont-ils ? demanda Tseng, admiratif.

- Les jumeaux, dix-sept ans. Kadaj, douze.

- Impressionnant…

Yazoo rata une réception acrobatique sur le bras de Loz qui plia brutalement.

Les lumières se rallumèrent, les monstres disparurent et Kadaj jura comme un corps de garde en se précipitant vers ses frères, dont l’un avait durement atterri sur le dos et l’autre se roulait littéralement sur le sol en se tenant l’avant-bras, les larmes aux yeux.

- Mais ce n’est pas croyable d’être aussi empoté ! hurla une voix masculine inconnue dans le micro. Qu’est-ce que tu as dans les biceps, J8 ? Du coton ?

Kadaj réagit au quart de tour et bondit sur la vitre fumée qui les séparait des scientifiques, frappant à coups de poing et de pied, fou de rage.

- Viens ici, si tu as quelque chose à nous dire, ordure ! Allez, ose le dire en face ! Viens ! Viens ! Viens, je t’attends !

Yazoo se redressa tant bien que mal et tituba vers lui pour le ceinturer par derrière et le faire reculer.

- Arrête, Kadaj… On va avoir des ennuis. Ca suffit !

Mais son cadet ne l’entendait pas de cette oreille et se débattait comme un beau diable entre ses bras, insultant les scientifiques et leurs géniteurs dans un même élan de grossièreté.

- Kadaj, arrête ! Tu vas te…

Un violent coup de coude involontaire de son cadet l’étourdit et il tomba à genoux, relâchant son étreinte.

Kadaj, à nouveau libre de ses mouvements, en profita pour asséner un coup de pied terrible à la vitre teintée, qui vibra comme la peau d’un tambour.

- Sors de ton trou, salopard ! hurla-t-il de plus belle.

Une petite trappe pivota dans le plafond du simulateur et Yazoo lutta pour se remettre debout.

- Non, arrêtez… gémit-il.

- Viens me voir ! s’égosillait toujours son jeune frère qui, aveuglé par la colère, n’avait rien remarqué. Allez, viens me voir !

- Je vous en prie, non ! supplia Yazoo. C’est encore un petit garçon ! Il ne sait pas ce qu’il dit ! Non ! Kadaj !

Il voulut se jeter sur lui pour le protéger du rayon bleu qui jaillit de la petite trappe mais ne fut pas assez rapide.

En moins de temps qu’il n’en faut pour dire, le corps de l’adolescent fut secoué par un choc électrique intense et s’écroula, inanimé.

- Kadaj !

Yazoo serra le jeune corps inerte contre sa poitrine en un geste de protection désespéré et vit Loz se redresser péniblement à genoux, le visage grimaçant baigné de larmes.

- Loz, ça va ?

Se dernier pivota lentement vers lui en tenant son bras blessé, dont le coude formait un angle impossible.

L’articulation avait cassé net et son avant-bras pendait, uniquement tenu par les muscles et les ligaments.

- Loz !

- Merde ! Il ne manquait plus que ça ! ronchonna la voix masculine. Allez me récupérer cet abruti !

Trois hommes armés entrèrent dans le caisson de simulation.

Le plus âgé garda le canon de son arme pointé sur Kadaj inconscient tandis que les deux autres traînaient Loz à l’extérieur sans sollicitude aucune pour ses plaintes déchirantes.

- Quels enfoirés ! cracha Cid au premier rang.

Shelke arrêta la vidéo à la demande de sa soeur et cette dernière s’avança sous l’écran.

- J’ai choisi cette séquence pour mettre en évidence deux éléments d’importance. Le premier est que, à l’époque où cette vidéo a été tournée, Hojo avait revu ses priorités, cessé de s’impliquer personnellement dans le projet depuis deux ans et avait confié ses « spécimens » à deux de ses collaborateurs.

- Avait revu ses priorités ? intervint Barret. Je croyais qu’il n’y avait rien de plus important pour lui que ses expériences sur les humains et Jenova.

- C’est exact. Et c’était toujours le cas. Mais, à cette époque, nous… Moi et mon équipe travaillions parallèlement sur la structure moléculaire du mako. Nous avions mis au point une méthode de purification qui divisait par vingt la quantité de mako nécessaire au fonctionnement des structures d’exploitation. Nos travaux avaient bien sûr pour but la diminution de l’utilisation de cette source d’énergie et la protection des ressources de la planète mais Hojo, lui, était surtout intéressé par un autre aspect du mako purifié : la facilité de son assimilation par un organisme vivant avec des risques réduits d’empoisonnement.

- Encore son obsession de créer une armée de « super-soldats » dopés au mako ?

- Oui, Barret. Je me suis bien sûr opposée à l’approfondissement de l’étude de cet aspect de ma découverte mais… Vous savez tous ce qu’il en a résulté et à quoi nous avons échappé de justesse dix ans plus tard, termina-t-elle avec un regard désolé à sa soeur et tapotant la prothèse de son bras gauche.

Rufus détourna le regard.

- Pendant qu’Hojo entreprenait ses nouvelles expériences sur des « spécimens » selon lui plus « stables » que nos trois argentés, dont ma propre soeur, ses collaborateurs en charge des trois frères de Sephiroth - écartés du nouveau projet - voulurent faire du zèle. Et j’en arrive ici au second point important de l’enregistrement que vous venez de voir : subissant parfois plus de dix-huit heures d’entraînement intensif par jour, désocialisés, maltraités, épuisés, les garçons atteignirent rapidement leurs limites, tant physiques que cognitives, ce qui n’était pas fait pour servir les exigences de leurs nouveaux bourreaux.

- Pourquoi un tel acharnement ? s’enquit Elena.

- L’ambition, répondit Vincent, prenant le relais. Les anciens assistants d’Hojo voulaient prouver à la Shinra que les élèves avaient dépassé le maître, qu’ils avaient été injustement mis de côté et pouvaient faire aussi bien que leur ancien mentor si ce n’est mieux. Une course contre la montre avait débuté ; l’équipe qui fournirait la première les meilleurs « super-soldats » à la Shinra, obtiendrait des crédits de recherche et des possibilités inimaginables. Mais les anciens élèves d’Hojo avaient commis une erreur de taille en pensant que les cellules de Jenova pouvaient pallier les pires abus, sévices ou lésions. Ils avaient pris Sephiroth pour référence en oubliant qu’il avait fallu à ce dernier des années pour développer totalement ses capacités et que ses frères - ou ses fils, comme vous préférerez - n’étaient encore que des adolescents. Précoces, certes, mais adolescents tout de même. Ils n’avaient encore ni la maturité physique, ni la stabilité psychique nécessaires au rôle qu’on voulait leur imposer. Ces apprentis sorciers voulurent alors forcer la main à la nature.

Il fit signe à Shalua de poursuivre.

- Comme je vous l’ai dit, si Hojo s’intéressait tant au mako purifié, c’était en raison de ses qualités d’assimilation avec des risques réduits d’empoisonnement. Les cellules de Jenova - lorsqu’elles n’étaient pas rejetées par l’organisme dans lequel elles étaient injectées, bien sûr - avaient beau réduire ce risque d’intoxication, les quantités de mako non purifiés acceptables étaient quand même minimes et présentaient de grands risques de malformation et de dégénérescence.

- Le problème des scientifiques était donc insoluble, nota Tseng.

- En effet. Nos apprentis sorciers optèrent donc pour un calcul aussi stupide que dangereux : si « mako = puissance » et que les cellules de Jenova facilitaient l’assimilation de celui-ci alors plus le pourcentage de cellules de Jenova serait important dans un organisme donné, plus la quantité de mako tolérée par ce même organisme serait élevée. Et pour tester leur théorie, Hojo leur avait laissé le cobaye idéal…

Elle fit signe à sa soeur, qui reprit la projection.

Des exclamations choquées et des jurons retentirent dans la salle lorsqu’un Yazoo hurlant de terreur apparut sur l’écran géant.

Sanglé comme un animal à une table de dissection, il se débattait avec l’énergie du désespoir pour échapper aux injections mortelles.

- Echec total, annonça Shalua d’une voix forte pour se faire entendre entre les cris stridents et Shelke arrêta à nouveau la vidéo. Son organisme réagit presque immédiatement combattant les nouvelles cellules comme s’il s’agissait de véritables virus.

- Pourquoi ? demanda Tseng, surpris. On leur en avait pourtant déjà injecté alors qu’ils n’étaient que des foetus, non ?

Shalua hocha la tête.

- Là réside peut-être l’explication : le système immunitaire des foetus était en formation et encore trop faible pour combattre l’envahisseur. Il l’aurait donc assimilé - entendons-nous bien, je ne soumets là qu’une hypothèse. Ne restait donc qu’une solution - bien digne d’anciens disciples d’Hojo : repousser les limites et tant pis pour les risques.

- A savoir ?

- Saturer les organismes des garçons de mako concentré jusqu’à la limite critique en espérant que les cellules de Jenova transmises par leur géniteur et par les injections prénatales seraient suffisantes pour leur éviter un empoisonnement mortel. Mais un autre problème, technique celui-là, se posait : comment injecter une telle concentration de mako sans dégâts ? Jusque là - comme c’était le cas des miliciens du Soldat, par exemple - on procédait par voie cutanée. En laissant baigner le corps du sujet dans une solution gazeuse plus ou moins concentrée, le mako pénétrait dans l’organise peu à peu par les pores de la peau. Hormis les effets secondaires plus ou moins violents, l’assimilation en elle-même, de par la légère concentration de principes actifs, était pour ainsi dire indolore et sans conséquences physiques immédiatement néfastes. L’injection directe de mako concentrée, en revanche, pose de nombreux problèmes. Shelke…

La vidéo reprit et les spectateurs frémirent d’horreur dans leur chaises en voyant le corps dénudé et inconscient de Yazoo, couvert de plaies suintantes et de ce qui ressemblait à des brûlures d’acide à vif.

- Oh ! Merde… C’est quoi, ça, encore ? gémit Reno, au bord de la nausée.

- Des essais, laissa tomber Shalua d’une voix étranglée.

- Des… quoi ?!

- Les scientifiques firent des essais de type d’injection et de divers pourcentages de concentration de principes actifs. Au-delà de vingt pour cent de mako brut pur, la solution, extrêmement acide, a le temps de faire fondre la peau et les muscles avant d’être totalement assimilée.

Reno se prit la tête dans les mains, consterné, incapable de détacher les yeux de la peau bleutée, si fine, rongée par les plaies purulentes.

- Putain de bordel de merde… Dis-moi que s’il est inconscient, c’est parce qu’on l’a shooté avant de faire ça !

Shalua préféra ne pas répondre et le turk laissa échapper un grognement qui aurait pu passer pour un juron étouffé.

- Il a résulté de ces « tests » que, pour les scientifiques en charge du projet, le meilleur moyen de procéder était par injections médullaires de doses à quarante sept pour cent de mako.

Laissant la scientifique poursuivre ses explications, Reno se pencha en avant, à l’oreille d’Elena.

- Toi qui as dû apprendre par coeur « l’encyclopédie médicale pour petite filles sages », chuchota-t-il, C’est quoi, des injections modulaires ?

- Médullaires, le reprit la jeune femme avec un regard glacial. Des injections dans la cavité médullaire.

- Tu ne peux pas être un tantinet plus claire ?

- Le trou dans les vertèbres qui contient la moelle épinière, abruti.

Agacée, Elena lui fit signe de regarder l’écran.

Yazoo avait été étendu sur le ventre et attaché à un lit par de solides sangles de cuir épais. Il se débattait dans ses liens comme un animal pris au piège mais Reno n’avait d’yeux que pour la seringue remplie de liquide verdâtre que tenait un homme en blouse blanche ganté et masqué d’un écran anti-projections.

Chose étrange, la seringue ne comportait pas d’aiguille et le turk en comprit vite la raison en voyant un second homme s’approcher avec un curieux objet en forme de T qui ressemblait davantage à un outil de menuisier qu’à un instrument médical.

- La seringue est en verre et l’aiguille en titane, expliqua Shalua. Une telle concentration de mako ferait fondre le plastique et rongerait l’acier chirurgical.

Après avoir choisi un endroit précis entre les omoplates, le bourreau en blouse blanche raffermit sa prise sur son ustensile, laissant dépasser l’épaisse aiguille creuse de son poing fermé entre les troisièmes phalanges du majeur et de l’annulaire, comme s’il s’apprêtait à déboucher une bouteille de vin.

C’est d’ailleurs ce même mouvement circulaire qu’il effectua pour enfoncer l’aiguille entre deux vertèbres.

Yazoo étouffa un cri dans les draps aseptisés et la plupart des regards se détournèrent de l’écran, le coeur au bord des lèvres.

Reno, lui, était paralysé à la fois par la nausée et par une sorte de fascination morbide.

En trois puissantes rotations, l’homme enfonça l’aiguille de quatre bons centimètres dans l’épine dorsale et son confrère fixa la seringue au centre de la barre transversale du T, dont le corps était l’aiguille creuse.

Yazoo sanglotait tout doucement et se forçait à l’immobilité, chaque contraction musculaire augmentant probablement la douleur provoquée par la tige de métal glacial plantée entre ses deux vertèbres.

Barret se leva brutalement.

- Tu es vraiment obligé de nous monter ça, Vincent ? explosa-t-il, profondément ébranlé. Tu crois qu…

Il ne put finir sa phrase, coupé en plein élan par le cri inhumain qui retentit alors dans les haut-parleurs.

Tifa, le visage détourné de l’écran, dut serrer ses mains l’une contre pour s’empêcher de se boucher les oreilles, ce que n’hésitèrent pas à faire Yuffie et Elena.

Jamais la jeune femme n’avait entendu un tel hurlement.

Ce qui n’était pas le cas de Rude, qui paraissait s’être changé en statue de pierre.

Oui… il se souvenait même très bien de ce genre de cri ; jamais il ne pourrait l’oublier.

Quel âge devait-il avoir ? Huit ? Neuf ans peut-être.

Son père, anthropologue amateur passionné de traditions rurales, l’avait emmené passer des vacances dans un petit village du sud de la région des prairies et ils étaient arrivés le jour de la mise à mort d’un cheval blessé.

Rude avait cru qu’il était grand, alors, presque un homme - huit ans, déjà ! - et qu’un homme devait supporter la vue de la mise à mort d’un futur steak.

Hélas, la mise à mort en question ne fut pas comme il l’avait imaginée, ou vue dans les films, rapide et nette d’une balle entre les deux yeux et la monture ressemblait à tout sauf à un morceau de viande.

Il s’agissait d’un animal bien vivant, au regard doux frangé de longs cils, à la robe brillante et à la jolie crinière blonde.

Le garçonnet avait ressenti la douleur de l’animal avec une empathie terrifiante, comme si les muscles, tendons et veines qui se décollaient lentement de l’os sous le va-et-vient insupportable du fil aiguisé du couteau du boucher étaient ceux de sa propre gorge.

Mais le pire, c’était les cris…

Rude n’oublierait jamais les hurlements atroces de la pauvre bête, cette impression que ses cordes vocales sanguinolentes palpitantes et torturées allaient jaillir de la gorge progressivement tranchée pour venir s’écraser avec un bruit mat et gluant sur ses chaussures de randonnée neuves.

C’était un cri semblable qui s’était échappé des haut-parleurs…

Le piston de la seringue poussa les dernières gouttes de mako dans la moelle épinière de Yazoo qui haletait, à présent, la bouche grande ouverte sur un hurlement muet. La souffrance qu’il endurait était devenue trop grande pour s’exprimer par des cris mais, hélas pour lui, il ne perdit pas connaissance.

- Ca ira, Shelke, intervint Vincent d’une voix tout juste audible.

La jeune fille arrêta la projection et la tension dans sa salle de conférence retomba un peu.

- Mais quels… quels fils de pute ! laissa échapper Cloud.

Barret, lui, s’était laissé retomber sur sa chaise et secouait gravement la tête.

- Rude ? s’inquiéta Reno en voyant le visage décomposé de son acolyte. Ca va, mon pote ?

- Non, répondit ce dernier, le visage dans la main et saisi d’une rage incontrôlable qu’il ne savait contre qui tourner.

A moins, bien sûr, qu’on ne lui fasse le plaisir de le laisser quelques secondes avec les hommes en blouse blanche…

Oh, oui… Juste quelques secondes !

- Juste quelques secondes avec ces salopards… siffla-t-il entre ses dents.

Il sentit la main de Reno se poser sur son épaule et essaya de reprendre un semblant de contrôle de soi.

Shalua s’avança et toussota.

- Les tests sur J9 permirent de déterminer la posologie en mesure d’être supportées par ses deux frères en fonction de leur résistance, leur âge et leur poids respectifs.

L’auditoire, mortifié, se replia sur lui-même dans des attitudes diverses de rage impuissante ou d’épuisement consterné, attendant les conclusions avec anxiété.

- Yazoo, reprit-elle d’une voix blanche, reçut dix-huit injections pendant neuf jours, à raison d’une toutes les douze heures, avant de commencer à présenter des signes évidents d’empoisonnement.

Elle vit Cid fermer les yeux et presser sa main sur sa bouche pour ne pas jurer.

- Kadaj reçut trente-huit injections, poursuivit-elle, déclenchant des réactions effarées. Et Loz, comme les scientifiques s’y attendaient, fut celui qui résista le mieux.

Elle sentit l’auditoire retenir son souffle.

- Il en reçut soixante-douze, laissa-t-elle tomber d’une voix tout juste audible, aussitôt recouverte par des exclamations choquées.

- Soixante-douze ? répéta Tifa, incrédule. A raison d’une toute les douze heures ? Tu veux dire qu’ils… qu’ils lui ont fait subir ça pendant plus d’un mois ? insista son amie en tendant un doigt tremblant vers l’écran.

Shalua acquiesça tristement et une chape de plomb tomba sur l’assistance.

- Quelques secondes… répéta Rude entre ses dents, les mâchoires serrées à craquer. Juste quelques secondes avec ces fils de pute…

…à suivre

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Part 2 - Dans l’espace, personne ne vous entendra crier : “Oh, non ! Pas eux !”

Intérieur vaisseau. Coursive : Reno, Sephiroth, Cid, Cloud, Kadaj, Loz, Yazoo, Weiss, Nero.

Reno (en enfilant un gros scaphandre) : Au fait… Pourquoi c’est moi qui dois y aller, d’abord ?

Sephiroth : On a pas de scaphandre avec la place pour mon aile.

Reno (regard noir) : Toujours une bonne excuse…

Cid : Allez préparer le sas hermétiquo-spatial de décontamination cosmique Alpha Y12 !

Reeve : T’es payé au mot ? Qu’est-ce que tu veux décontaminer ? Ils viennent de l’espace. Y’a rien qui peut vivre dans l’espace, et surtout pas des micro-organismes !

Loz regarde les pieds de Vincent et ouvre la bouche pour faire un commentaire enthousiaste.

Vincent (trèèèès menaçant) : Si j’entends un mot sortir de ta bouche…

Il referme son gant métallique devant le nez de Loz avec un bruit sinistre, comme s’il écrasait quelque chose.

Loz (une main protectrice sur ses parties intimes et l’autre désignant les hommes à l’écran) : Rien ne vit, rien ne vit… Et eux ? Ils vivent pas dedans p’être ?!

Kadaj (tordant le nez) : Ca… on verra à l’autopsie.

Reeve : Techniquement parlant, si on fait une autopsie, c’est qu’ils sont morts. Et s’ils sont morts, c’est qu’ils ne vivent pas. Logiquement. Enfin à moins d’être des morts-vivants, bien sûr. Encore que techniquement parlant…

Cloud : Tu veux aller déboucher les gogues avec ta technique ?

Kadaj : Grand fr… Sephiroth ! Le sas est prêt !

Reno (en aparté à Cloud) : Encore un pistonné, ça.

Cloud (en aparté à Reno) : T’es mal placé pour dire ça, vu ton ignorance totale du fonctionnement du Startrash qui nous fait perdre plus de temps que si t’étais pas à bord… Je me demande bien comment t’as gagné ta place ici, d’ailleurs. Y’a marqué quoi, comme fonction, sur ta feuille de paye ?

Reno (vexé, marmonne) : mllsponsmrltrp…

Cloud : Hein ? J’ai pas entendu.

Reno (boude, s’éclaircit la gorge et récite) : « officier responsable du maintien de l’ambiance et chargé de veiller au moral vainqueur des troupes. »

Cloud (bouche bée) : C’est bien du langage administratif, ça !

Loz : Des troupes t’as dit ?

Reno (renfrogné) : C’est s’kiya d’marqué sur mon contrat !

Loz (le détaille des pieds à la tête avec un sourire inquiétant à rendre dépressif le requin des dents de la mer) : J’crois que mon moral aurait besoin d’un petit coup de main, dès que t’auras un moment…

Reno passe par une gamme de couleurs rouges-rosées et préfère s’enfuir en courant vers le sas (enfin courir… C’est un bien grand mot ! Se déplacer aussi vite que son scaphandre le lui permet, du moins).

Reno (crie depuis le sas) : Ca y est ! J’y suis ! J’suis parti ! J’suis plus là !

Loz (en aparté) : Tu perds rien pour attendre…

BOUM BOUM BOUM (Bruit de du cœur de Yazoo qui se met à battre de désespoir comme la grosse caisse de la garde républicaine.)

Loz (tendant l’oreille) : Tiens, le joint de culasse à encore lâché ?

VLAAAAAAAAAN ! (gifle de Yazoo à décoller la tapisserie)

Yazoo : Au premier mouvement d’approche du rouquin j’t'arrache les yeux, je les accroche à tes oreilles et j’attache le tout avec tes boyaux pour m’en faire un collier ! C’est clair ?

Loz (la main sur la joue et des grosses larmes dans les yeux) : M’enfin…

Vincent (ignorant la scène avec application) : Amiral, Reno vient d’opérer l’approche et l’arrimage des deux corps étrangers et amorce à présent la phase de déplacement dans la direction approximative du sas alpha tango charlie Y 12.

Cid : Tu pourrais pas dire “Ils les a attrapés et il revient par ici”, non ?

Vincent : C’est toi qu’as commencé à te la péter avec ton sas alpha machin truc !

Tout le monde attend impatiemment que le sas ait fini de se remplir d’air et les portes d’acier au tungstène s’ouvrent dans un chuintement métallique (pour autant que du métal puisse chuinter). Reno, toujours engoncé (c’est un mot qui m’amuse assez, aussi, celui-là) dans sa combinaison spatiale dernier modèle, se débat avec son casque. Les deux rescapés, eux, en voyant la fine équipe, ont les épaules qui descendent de 20 cm (au moins).

Vincent (chuchote à l’oreille de Cloud, un peu inquiet, en détaillant l’espèce de camisole de force et le mors que porte le maigrichon brun du duo) : T’as vu c’te dégaine ? Tu crois qu’il est dangereux ?

Cloud (chuchote à l’oreille de Vincent, pas très rassuré non plus) : P’tet qu’il mord… C’est pour ça qu’on lui a mis une muselière…

Cid (posture style « Héros de Manga » : pleine page, une main sur la hanche, l’autre sur l’échancrure de son blouson, l’air martial et concentré, tendu tout entier vers un seul but - qui a demandé : ” le popotin de Vinny ? ” ?) : Je suis le seul maître après Dieu - et encore - sur ce vaisseau. Amiral en chef du Startrash, actuellement en mission d’exploration de l’espace infini, vers les frontières de l’inconnu, vers lesquelles se dirige notre vaiss…

Sephiroth toussote d’un air gêné.

Cid (perd de sa superbe d’un coup et termine plus calmement) : …enfin se dirigera dès qu’on aura fini de réparer et qu’on saura où on est. Mon nom est Cid.

Nero (soupire, consterné, en consultant l’Atlas des mondes parallèles en 789 tomes qu’il a toujours sur lui) : Oui, oui, Cid Highwind, ingénieur mécanicien de génie, pilote émérite, blablabla, on sait… (Marmonne pour lui-même) C’était pourtant bien au deuxième rideau de ténèbres qu’il fallait tourner… J’comprends pas…

Cid (fier comme un chocobo le jour de la saillie) : Ma réputation m’a donc précédé sur votre planète ? C’est où ? On y parle donc de moi ?

Nero : Hein ? Si on veut. Je suppose que notre tête à nous ne dit rien à personne ? Non ? Ca m’aurait étonné… Moi, c’est Néro et mon frère, Weiss.

Weiss (tête baissée, grommelle en direction de son frère) : grmmllgrmlgrml…

Cid : Pardon?

Nero (transperçant Weiss du regard) : Oh ! Ca va, hein ! Je voudrais bien t’y voir !

Kadaj (sautille entre les deux avec le doigt en l’air) : J’ai entendu, j’ai entendu ! Il a dit: “C’est pas vrai, une infinité de mondes parallèles, on pourrait être n’importe où, n’importe quand, mais non, il a fallu que tu nous fasses atterrir au milieu de cette bande de nymphes !”

Yazoo (se réfugiant dans les bras de Loz pour pleurnicher) : Ah ! merde, j’en ai marre qu’on me prenne pour une fille !

Cloud à Reeve : Ca ressemble à Yazoo, les nymphes?

Reeve : Pas que je sache.

Weiss (rouge comme la planète du même nom - pas « Weiss », rouge. Mars ! La planète rouge. Ah ! quand même !) : Pas des nymphes. J’ai dit “cette bande de nymphOs”

Cid (outré, se congèle sur place et siffle de rage comme une bouilloire) : Des… “nymphos” ?

Grand silence.

BBZZZZZZZZZZZZZZ (mouche qui passe)

Nero : C’est pas un terme réservé aux filles, ça ?

Weiss : Sais pas. J’ai pas mon dico sous la main. Ca leur va bien en tout cas.

Vincent (profondément choqué) : Et ça veut dire quoi, ça ?

Weiss avise Yazoo, qui s’est reculé un peu à l’écart et dont le moral est en train de s’élever rapidement sous l’action du coup de main de Loz.

Weiss (pointant un doigt vers eux en prenant un teint de coquelicot.) : Ça veut dire ça, par exemple.

Tout le monde se retourne et assiste à un spectacle affligeant :

Sous une dégoulinade violonesque, anges, libellules, piafs, papillons et autres bestioles romantiques typiques des mangas envahissent la scène en faisant des bruits bizarres et en rebondissent sur la tête des uns et des autres, qui regardent le “baiser le plus amoureux depuis Roméo et Juliette”, agréé par la livre des Records sous surveillance d’huissier, en se retenant les mâchoires avec des élastiques pour ne pas qu’elles cognent sur le sol.

Sephiroth (Essaie d’avaler sa salive pour parler mais il a la gorge plus sèche que le Cosmo Canyon - de honte bien sûr, qu’allez-vous imaginer !) : C’est pas bientôt fini, non ! Quelle honte pour notre nom ! Notre réputation ! Notre famille !

Il sort sa Masamune et SCHBON -CRACK-BABOOM-FSSSSSSSIIMM-PAF !

Explosions, gerbes de lumières, papier peint des coursives réduit en compost, galeries sont soufflées de l’intérieur, débris qui volent dans tous les sens !

(NDLA : Où sont les gars d’I.L.M. quand on a besoin d’effets spéciaux ? Je veux devenir George Lucas à la place de George Lucas !)

Cid (assez effondré) : Bon, alors on a deux argentés inconscients, un décor à refaire et deux étrangers qui semblent nous connaître à garder en observation… J’ai bien résumé la situation ? D’autres dégâts ou d’autres blessés ? Non ? Alors tous à vos postes. Exécution !

Tout le monde s’éparpille pour obéir aux ordres de l’amiral Cid dans un désordre sans nom -comme d’habitude quoi…

...à suivre

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X - Et tu naîtras dans la douleur

« Un enfant disait, pour parler du temps

d’avant sa naissance : “Quand j’étais encore mort”…»

J.-C. Carrière

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Sur l’écran géant, Hojo plongea sa main gantée dans le ventre du cadavre par l’incision qu’il venait de pratiquer et un flot de liquide amniotique coula dans les rigoles de la table d’autopsie métallique pour disparaître dans le siphon d’évacuation avec un gargouillis lugubre.

Sans la moindre délicatesse, il tira par les pieds un minuscule bébé hors de la prison de chair à demi putréfiée et, une fois qu’il l’entendit pleurer, le passa à un assistant en blouse verte avant de replonger la main dans les entrailles encore tièdes.

- Le spécimen J8, annonça Shalua. Ou Loz, si vous préférez, ajouta-t-elle, faisant tressaillir Tifa.

L’homme qui tenait le nourrisson sanguinolent par les chevilles, tête en bas, se saisit de la douchette mortuaire de la table d’autopsie et aspergea le petit d’eau froide comme un ouvrier d’abattoir rince un morceau de viande de chocobo tombée par inadvertance dans la sciure.

Le bébé pleura à fendre l’âme.

Tifa et Elena poussèrent une exclamation horrifiée et Barret jura, révolté.

- Quel barbare ! s’exclama Cid avec une moue écoeurée.

- Le spécimen J9, annonça cette fois Shalua en montrant le second bébé, qui venait d’être sorti du ventre putrescent pour recevoir le même accueil glacial que son frère. Yazoo.

- Il est minuscule, lui ! s’écria Yuffie, surprise.

La jeune scientifique sourit.

- Oui. Six livres à peine, si j’en crois son dossier. Huit pour son frère.

Les images suivantes montraient les jumeaux hurlant de faim dans une sorte de couveuse en verre, seulement vêtus de leurs couches et coiffés d’une touffe de duvet argenté hérissé sur leur petit crâne encore mou.

Leurs membres potelés s’agitaient frénétiquement pour attirer l’attention et les électrodes dont ils étaient couverts ne résistèrent pas longtemps à ce traitement. La plupart des petites pastilles autocollantes furent arrachées en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, déclenchant les alarmes des appareils.

Une jeune femme blonde en blouse blanche, que les spectateurs avaient déjà aperçue lors de la fécondation in vitro, se précipita dans la pièce avec un plateau métallique contenant une sorte de grosse seringue en plastique remplie d’un liquide blanc qui ne pouvait être que du lait maternisé.

- Ca va, ça va, ça vient ! râla-t-elle en soulevant le couvercle de la couveuse. Bon sang, ce de sont pas des estomacs, que vous avez, c’est des puits sans fond !

La salle de projection retentit des rires attendris ou amusés des uns et des autres.

Rires qui se coincèrent dans les gorges en voyant la jeune femme fixer à l’extrémité de la seringue une longue canule en plastique qu’elle enfonça sans douceur à tour de rôle dans la gorge des bébés jusqu’au cardia.

- Oh, putain, c’est pas vrai… gémit Reno.

D’une pression brutale du piston, elle vida à parts égales le contenu blanc dans chaque minuscule estomac et retourna rapidement les petits sur le ventre pour ne pas qu’ils s’étouffent avec leurs renvois, qu’elle nettoya en tournant à demi la tête, le nez froncé de dégoût.

Les bébés, eux, les entrailles suppliciées par la trop grande quantité de liquide injectée si brutalement, pleuraient de plus belle dans l’indifférence totale. La jeune femme en blouse blanche avait déjà disparu sans même un dernier regard vers la couveuse.

Dans la salle, les visages s’étaient pétrifiés.

- J’ai tenu à faire figurer cette séquence pour illustrer les conditions dans lesquelles ont grandi les jumeaux et vous montrer pourquoi ils sont devenus si proches et si protecteurs l’un envers l’autre, expliqua Shalua. Les cellules de Jenova ne sont pas seules responsables de leur relation fusionnelle et c’est un atout en ce qui nous concerne.

La séquence suivante montrait un bébé de deux ans à peine qui ne pouvait être que Loz, si l’on en croyait le tatouage « J8 » qui ornait le haut de son bras tendre.

Grelottant de froid dans sa petite couche blanche, il pleurait bruyamment, assis sur la partie droite d’une table séparée en deux par un panneau de barreaux métalliques verticaux plus grands que lui.

- L’apprentissage du spécimen J8 commença très tôt, commenta Shalua. Ici, il est tout juste âgé d’un an.

- C’est tout ? s’écria Yuffie. Il est déjà drôlement grand !

La scientifique sourit.

- Développement physique accéléré. L’un des effets les plus spectaculaires des cellules de Jenova sur un enfant.

- En parlant de développement… ne put s’empêcher de relever Barret. Je n’ai pas réagi sur le coup mais, si les premières images de ces expériences datent comme tu l’as dit d’il y a vingt-sept ans… Quel âge avait le père biologique des jumeaux, à cette époque ?

- Sephiroth ? Huit ans à peine.

Reno poussa un long gémissement écoeuré.

- Oh, putain, c’est dégueulasse…

Rude lui asséna un coup de coude.

- Change de disque.

- Quoi, tu trouves pas ça dégueulasse, toi ?

Rude répondit par une torsion de la bouche éloquente et un long frisson désagréable parcourut l’échine de Tifa.

Féconder l’ovule d’une femme avec le sperme de son fils anormalement précoce de huit ans… Hojo atteignait décidément des sommets dans l’obscénité.

- Revenons-en à J8, si vous voulez bien, les recadra Shalua en désignant l’écran, où Hojo en personne venait de poser un petit biberon sur le côté gauche de la table.

Seuls les barreaux séparaient le petit de sa nourriture, qu’il regardait à présent avec convoitise, oubliant même de pleurer.

S’approchant à quatre pattes du panneau métallique, il tendit son petit bras tatoué entre les barreaux, main tendue vers le biberon tant convoité, mais, au moment où il allait le saisir, un arc électrique traversa les barreaux de métal, le projetant brutalement en arrière cul par dessus tête.

N’eut été l’intervention de la jeune femme blonde en blouse blanche, le bébé serait tombé de la table.

- Mais ils sont malades ! s’écria Cloud, révolté, tandis que retentissaient dans la salle les pleurs du bébé. Ca rime à quoi, ça ?

Shalua lui fit signe de se calmer et de regarder.

D’après l’horloge que l’on voyait au bas de l’écran à chaque fondu d’images, l’expérience dura un jour entier durant lequel, à plusieurs reprises, Loz, de plus en plus affamé, n’avait de cesse d’essayer de saisir le biberon.

Sans succès.

Le petit bras tendre commençait même à cloquer par endroits sous l’effet des chocs électriques.

- Oh ! Mon Dieu… murmura Tifa, les deux mains sur le visage, n’osant plus regarder l’écran qu’entre ses doigts.

Doigts qui, elle venait de s’en rendre compte, étaient encore imprégnés de son odeur.

Cela ne fit qu’ajouter à l’horreur car elle avait l’impression d’être tout près de lui, là, à quelques pas de cette table et de ces affreux barreaux.

- Mais ils cherchent à faire quoi, bordel ? s’emporta Barret, incapable d’en supporter davantage. A faire cuire ce gosse à petit peu ?

- Regardez ce qui va suivre, répondez Shalua. Regardez tous attentivement.

Trop tiraillé par la faim à présent pour accepter de renoncer au biberon de lait, Loz s’avança à nouveau vers les barreaux électrifiés et tendit son petit bras brûlé.

Reno vit Rude et Tseng se contracter sur leur chaise, attendant la décharge fatale.

Qui ne vint pas…

Stupéfaits, ils virent cette fois bébé agripper le biberon et le ramener lui à une vitesse prodigieuse. Bien trop vite pour déclencher la terrible décharge électrique.

Voyant les scientifiques - ravis - venir vers lui, le nourrisson engouffra goulûment la tétine dans sa bouche et entreprit de vider le biberon le plus vite possible au cas où les « gens en blouse blanche » chercheraient à le lui reprendre.

- La rapidité et les réflexes, expliqua enfin Shalua. C’est ce que les chercheurs ont cherché à développer en premier lieu chez les jumeaux. Et les résultats dépasseront leurs espérances. Du moins en ce qui concerne J8.

Tifa vit Cloud secouer la tête, consterné.

- C’est avec cet entraînement « de choc » qu’ils ont appris à Loz à se téléporter ? demanda-t-il, apitoyé.

La jeune scientifique retint un petit rire.

- Se téléporter ? Si c’était le cas, il traverserait les murs !

- Cloud a raison, intervint Tifa, le sternum douloureux au simple souvenir de la poigne de Loz sur la partie concernée. Je l’ai vu faire de mes yeux, Shalua.

- Ce n’est pas de la téléportation, Tifa. Il ne disparaît pas à un endroit pour réapparaître à un autre. Sa vitesse de déplacement est tout simplement telle que des yeux et un cerveau normalement constitués ne parviennent pas à en décomposer le mouvement, c’est tout.

- Vous avez dit que les résultats ont dépassé les espérances des scientifiques mais en laissant entendre que cela ne concernait que Loz, l’interpella Tseng. Pourquoi ? Y a-t-il eu un problème avec le second jumeau ?

La jeune femme acquiesça et montra l’écran du doigt.

- J’y venais, justement.

Deux garçons aux cheveux argentés d’une dizaine d’années (du moins en apparence), vêtus de combinaisons noires, se tenaient dos à dos dans un caisson de simulation de combat, face à trois créatures simiesques deux fois plus grandes qu’eux.

En sueur et à bout de souffle, ils n’avaient pour toute arme que leurs poings et deux grands pistolets bien trop pensants pour leurs bras encore frêles.

- J’ose à peine poser la question, reprit Tseng, mais quel âge ont-ils ?

- Six ans.

Reno geignit et se mordit la langue mais pas assez vite pour empêcher un « p’tain de merde… » indigné de s’échapper.

Les créatures humanoïdes attaquèrent toutes en même temps et, si le plus grand des deux garçons, bien qu’épuisé, parvint à s’en tirer sans trop de dégâts, le second se retrouva bien vite à la merci de l’un des monstres, la tête coincée sous un pied griffu énorme. N’eut été l’intervention de son frère, la bête se serait emparée de son arme pour les « abattre » tous les deux.

Une fois les trois « ennemis » à terre, la lumière vive se ralluma et les monstres disparurent.

Le plus petit des jumeaux éclata aussitôt en sanglots dans les bras de son frère, qui s’était précipité pour le consoler.

- Ca fait rien, disait ce dernier, c’est pas grave, Yazoo, pleure pas…

- Bien sûr que c’est grave ! hurla la voix de Hojo dans les haut-parleurs.

- C’est pas sa faute ! protesta Loz en donnant un coup de pied rageur dans un pistolet. Ces trucs sont trop lourds !

- Non, c’est de la mienne… répondit Hojo, davantage pour lui-même qu’à l’intention du garçon en coupant le micro. Nous n’aurions jamais dû garder cet avorton !

- Professeur, je… commença la jolie blonde en blouse blanche.

- Non ! Je ne veux rien entendre ! Je vous ai écouté et j’ai eu tort ! Nous aurions dû suivre le protocole prévu, éliminer le plus fragile des feux foetus dès le premier signe de faiblesse et procéder à une seconde insémination dans un autre corps pour obtenir deux spécimens de première qualité !

- Professeur, il aurait été dommage de se priver du spécimen J9 alors que son développement était normal et qu’il ne gênait en rien J8.

- Le voilà, votre spécimen ! Belle réussite ! Réparez votre erreur avant que cette… cette… ce résidu d’éprouvette ne finisse de nous faire définitivement perdre un temps précieux !

- Je crains que ce soit impossible, professeur…

- Que… Pardon ? siffla Hojo entre ses dents, menaçant.

La jeune femme baissa la tête et blêmit, frissonnante sous la terrible colère de son mentor et supérieur hiérarchique.

- Si nous éliminons J9 maintenant, nous risquons de déstabiliser psychologiquement J8. Il est très attaché à son jumeau et…

- Dites-moi que je rêve ! hurla Hojo, hors de lui. Trois jours. Je vous donne trois jours pour trouver une solution. D’ici là, je veux qu’une seconde insémination ait eu lieu et, cette fois, je ne veux aucun écart, fut-ce d’un iota, est-ce que c’est clair ?

- Oui, professeur…

Dans la salle, Cloud agita la main, décontenancé.

- Attends une minute, Shalua. On peut arrêter ce truc ? Merci. Pardon, mais j’ai dû rater quelque chose. Ce garçon, celui qu’ils veulent éliminer, c’est bien Yazoo ?

Shalua acquiesça.

- En effet. D’après Hojo, il était trop fragile, peu endurant, et ne correspondait pas aux attentes de…

- Trop faible ? la coupa Reno, abasourdi. On voit que tu ne l’as jamais eu en face ! Te type est un morceau chewing-gum doublé d’un marteau-pilon !

- Sans compter qu’il fait des invocations comme moi je vais pisser ! renchérit Cid. Enfin, façon de parler… se reprit-il, rougissant, en remarquant le regard faussement choqué de la jeune scientifique.

- Bien sûr que ses capacités sont très largement supérieures à celle d’un humain comme vous ou moi, répondit celle-ci. Mais bien en dessous de celles de ses frères ou de Sephiroth. Tout comme Loz était supposé être un échantillon amélioré des qualités martiales de ce dernier, Yazoo aurait dû en être le pendant cérébral inébranlable.

- La tête et les jambes à eux deux, quoi.

- Oui, Reno. Un peu lapidaire mais, en gros, oui, c’est bien ça. J9 ne remplissant pas leurs exigences, nous en venons à la création et à la naissance de J10 : Kadaj, qui, à l’instar de Loz comblera les espérances d’Hojo.

- Et… qu’en est-il de Yazoo ? s’enquit Reno.

Un sourire amer étira les lèvres sensuelles de Shalua, qui fit signe à sa soeur de reprendre la projection.

- Pour que la réussite de l’expérience soit totale, les qualités musculaires et motrices de J8 ainsi que les dons cognitifs de J10 devaient être développés à outrance. Des protocoles d’assimilation intensive de mako et de produits divers destinés à améliorer ces qualités innées durent donc être mis au point. Yazoo, de par les facultés de guérison de son organisme, dues à l’héritage de Jenova, et sa similitude physique avec ses frères servit dès lors de spécimen de test.

Sur l’écran, un tout jeune adolescent torse-nu, les cheveux mi-longs argentés lui tombant sur les épaules, était assis sur le sol blanc d’une chambre à deux lits, dont l’un des murs était une sorte de grande vitrine en verre blindé donnant sur le laboratoire d’Hojo.

Il berçait tendrement un bébé qui gazouillait dans la petite couverture bleue où il était emmitouflé et tentait de saisir par jeu les longues mèches soyeuses de son aîné.

La scène de ce garçon berçant son petit frère aurait pu être touchante, voire charmante, si le dos et les bras de l’adolescent n’étaient pas couverts d’horribles plaques purulentes, dues sans doute à une réaction de son organisme à un produit qui lui avait été administré à titre de test.

Rufus Shinra, oubliant le semblant de contrôle qu’il s’imposait depuis le début de la projection, se couvrit le visage des mains et secoua la tête, accablé.

- Mon Dieu… Mon Dieu… Mon Dieu…

C’est tout ce qu’il était capable de dire face à la vision insoutenable de ce petit garçon à la chair suppliciée et au regard vide qui serrait un bébé minuscule entre ses bras maigres, dans l’espoir insensé de lui communiquer un peu de tendresse fraternelle et de protection.

- Ils ont utilisé ce môme comme d’un putain de cobaye… murmura Reno, la gorge serrée. Oh, merde… J’y crois pas. Quels fils de pute !

Il détourna le regard et vit son comparse littéralement effondré sur sa chaise.

- Je m’étais demandé pourquoi ce garçon avait le regard aussi triste, chuchota Rude d’une voix à peine audible. Ouais, je me souviens m’être demandé pourquoi il avait ce regard-là, y’a deux ans…

- Bah voilà, tu sais, railla Reno avec lassitude et amertume. Satisfait ?

- Pas vraiment, non…

Tifa sentit la main de Yuffie, terriblement choquée, se refermer sur la sienne et déglutit avec difficulté, réalisant pourquoi Shalua lui avait avoué avoir une tendresse particulière pour Yazoo.

Dans la salle, tous étaient comme sonnés, en colère, consternés, écoeurés et pris de pitié tout à la fois pour les trois garçons.

- Je crois… intervint Tseng en se levant. Je crois qu’un bon café ferait du bien à tout le monde.

Shalua acquiesça et jeta un coup d’oeil à l’écran du petit moniteur portable sur lequel elle avait une vue d’ensemble du laboratoire du sous-sol.

- Très bien. Nous reprendrons dans un quart d’heure. C’est presque terminé. Dans moins d’une heure, vous pourrez tous aller dormir, je vous le promets.

Mais dormir, personne n’était certain d’en avoir envie après ce qu’ils avaient vu cette nuit…

…à suivre

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VII - Et moi qui me noyais. Et toi qui l’ignorais…

«Un savant, c’est quelqu’un qui sait des choses qu’il faudrait

savoir mieux que lui pour être sûr que ce n’est pas un imbécile.»

Jean Paulhan

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

Rude rangea son téléphone dans la poche intérieure de sa veste après avoir lu le message et vérifia rapidement sa mise impeccable dans l’un des miroirs ornementés de filigranes de bronze qui surplombaient les luxueux lavabos de marbre bleu.

Il pinça sa joue pour en tester l’élasticité et fronça le nez.

- Tu réalises que Vincent doit avoir dans les… soixante ans ? C’est dingue… Il en paraît quoi ? Vingt-cinq ? Trente ? Des années dans une boîte. Tu imagines ? Oh ! Reno ! Je te parle. Reno ?

Il frappa à la porte des toilettes, d’où les bruits écoeurants de vomissements répétés avaient cessé depuis un petit moment.

- Reno, ça va ? Reno ? Reno, merde, réponds !

- Ca va, ça va, j’suis pas sourd, répondit une voix enrouée.

- T’es O.K. ?

- Ouais… Ouais, je vais bien… Enfin je crois…

- Bah, ça a pas l’air.

- Je vais bien, j’te dis ! C’est bon, arrête de brailler, tu me donnes mal au crâne !

- Il faut y retourner, mec.

- Ouais, je… Vas-y ne m’attend pas, je… Je me passe le museau sous la flotte et je te rejoins tout de suite.

- Tu es sûr que ça va aller ? s’enquit le grand turk, circonspect. T’as vraiment pas l’air en forme, tu sais ? Tu crois vraiment que c’est ces putain de vidéos ? T’aurais pas plutôt mangé un truc qui n’est pas passé ?

- Ca va, je te dis ! File ou sieur « troisième oeil » va encore piquer sa crise.

Rude soupira, hésita un instant mais finit par quitter les toilettes pour hommes.

Dès qu’il entendit la porte se refermer, Reno déverrouilla la sienne et alla s’appuyer sur le rebord de marbre de l’un des lavabos.

Le miroir lui renvoya son reflet.

Il était aussi blême que sa chemise et ses immenses yeux aigue-marine, d’habitude si doux, étaient gonflés et injectés de sang.

- Reno, t’as vraiment une sale tronche, mon vieux… gémit-il en s’aspergeant le visage d’eau froide.

Il avait besoin d’un remontant.

D’instinct, sa main se porta à la poche intérieure de sa veste mais il se souvint que sa flasque d’argent était vide.

- Merde…

Il regarda sa montre et pinça les lèvres.

S’il se dépêchait, il pouvait aller dans sa chambre pour la remplir vite fait et en revenir en moins de trois ou quatre minutes chrono. Tant pis s’il arrivait un peu en retard et que Tseng lui servait son « regard qui flingue », certaines choses étaient plus importantes que d’autres.

Sa décision prise, il fonça dans le couloir en direction de l’escalier monumental qui menait aux étages de l’aile Ouest.

***

- Voilà pour Sephiroth, annonça Vincent en faisant signe à Shelke d’arrêter la projection sur l’écran géant.

Il fit rallumer les lumières et considéra les visages de l’assistance avec gravité.

La plupart des regards étaient perdus, hagards et profondément choqués, particulièrement celui des femmes et de Barret, dont l’instinct paternel - fut-il seulement d’adoption - avait crié au supplice tout le long de la projection.

Cloud, lui, regardait ses bottes d’un air absent, essayant désespérément de faire le rapprochement entre ce qu’il venait de voir, le Sephiroth qu’il avait connu, celui qu’il avait imaginé durant des années à travers les coupures de presse et les reportages TV et celui qu’il était devenu.

Que le grand général ait été pris de folie n’était guère étonnant. Ce qui l’était davantage c’est qu’il ne soit pas devenu fou bien plus tôt…

Sous l’écran, Rufus s’agita nerveusement sur sa chaise, incapable de regarder ceux qui lui faisaient face, et Vincent le prit en pitié, sachant très bien ce qu’il devait ressentir. Après tout, c’était la Shinra qui avait financé toutes ces horreurs, les avait soutenues et même encouragées…

Du coin de l’oeil, il vit Reno avaler discrètement une goulée d’alcool fort sorti d’une flasque. Flasque qui, pour la plus grande panique du jeune homme, lui fut arrachée aussitôt des mains par Tseng.

Loin de lui tenir rigueur de cette entorse au règlement, le leader des turks avala lui aussi une longue gorgée avant de lui rendre le petit récipient en grimaçant sous l’effet de la brûlure du liquide.

Rude, Reno et Elena le dévisagèrent comme si des cornes venaient soudain de lui pousser sur le front mais ne se permirent aucun commentaire.

- D’autres questions sur ce que vous venez de voir ? demanda Vincent. Dans ce cas, passons à la suite.

- Attends ! intervint Cid, faisant lever la tête à Shalua. Moi, j’en ai une : ça nous avance à quoi, tout ça ? Je veux dire, O.K. c’est horrible, il a vécu des trucs qui auraient rendu taré n’importe qui et je suis aussi vraiment très… flatté, ouais, flatté que tu nous fasses suffisamment confiance pour avoir accepté de dévoiler ainsi ton passé devant nous mais, sans vouloir t’offenser ou salir la mémoire de Lucrecia… Ca change quoi, bordel ? A part raviver des souvenirs douloureux, ça sert à quoi, Vincent, merde ?

Tifa serra les dents pour ravaler les larmes qu’elle retenait depuis qu’elle avait vu les flammes dévorer Nibelheim sur l’écran géant.

- Cid a raison, renchérit Cloud d’une voix brisée. Ca sert à quoi, de revenir sur tout ça ?

L’ancien turk prit une profonde inspiration et avança d’un pas.

- Je veux vous faire comprendre comment et pourquoi Jenova agit et prend le contrôle de ceux qu’elle a infectés. Et tu devrais te sentir plus concerné de personne, Cloud, parce que tu es loin d’être à l’abri, mon garçon…

Cette affirmation et le ton ouvertement paternaliste, si rare chez Vincent, agitèrent l’assistance d’un frisson désagréable.

- Qu’est-ce que tu veux dire ? bredouilla le jeune homme, les mains crispées sur les bords de sa chaise. J’ai reçu les cellules de Jenova, d’accord, mais je sais qu’à mon niveau, ça ne…

- Tu ne sais rien, Cloud, le coupa Vincent d’une voix douce, je te l’ai déjà dit. Tu n’as pas idée de ce qu’elle est capable de faire et de la façon dont elle agit sur ceux qu’elle infecte. Tu te demandais pourquoi Sephiroth n’avait aucun souvenir de ce qui s’était passé dans le réacteur ? Tout simplement parce que Sephiroth est mort à l’instant précis où il a découvert les expériences d’Hojo et qu’il a réalisé ce qu’il était.

- Je ne te suis pas.

- Jenova l’a dévoré. Ses doutes, sa panique et l’horreur qu’il a éprouvés ont ouvert grand la porte de son moi le plus intime à cette maudite entité. Elle n’a eu aucun mal à s’y faufiler pour prendre le contrôle. N’as-tu pas fait cette expérience toi-même, Cloud ?

Le jeune Soldat baissa les yeux un instant, honteux de cette partie de son passé.

- C’est vrai. Mais j’ai su y faire face et reprendre le contrôle. Je ne…

- Tu as réussi ? releva le turk. Tu as réussi, Cloud ? Ou tes amis, tes proches, ta « famille » t’ont aidé à réussir ?

- Je ne le nie pas mais…

- Il avait qui, lui ? demanda Vincent en élevant légèrement la voix, le doigt pointé vers l’écran géant où l’image figée de Sephiroth considérait le fond de la salle d’un regard vide. Qui avait-il pour le mettre en garde, l’aider et le protéger ? Qui, Cloud ?

Un silence aussi pesant qu’une chape de plomb tomba sur la salle.

Tous semblaient avoir soudain trouvé quelque chose d’incroyablement intéressant à étudier sur le sol ou leurs chaussures.

- Personne ne doit se sentir coupable, reprit plus calmement Vincent. C’est le modus operandi de Jenova : couper ses victimes de tout ce qui peut les rattacher à un groupe, à une famille ou même à un conjoint pour pouvoir les contrôler plus aisément. Faire en sorte qu’ils ne voient que par elle et pour elle. Leur faire croire qu’elle est leur seul salut et leur seule possibilité d’avenir. C’est son pouvoir. Concentré jusqu’au coeur même de ses cellules.

- Mais… pourquoi ? intervint Elena. Dans quel but ?

- Pourquoi certains illuminés ont-ils besoin de disciples toujours plus nombreux dans le seul but de les adorer et d’asseoir leur exécrable pouvoir ? Et pourquoi certaines personnes d’apparence équilibrée se laissent-elles embrigader dans des sectes ou des organisations douteuses ? Parce que, malheureusement, il y aura toujours des gens désespérés ayant besoin de croire en une créature suprême, capable de leur proposer autre chose que la vie misérable ou solitaire qu’ils mènent. Et qu’il y aura toujours aussi des insensés pour vouloir devenir cet être suprême. Jenova a besoin de faire croire à un avenir, à un paradis. Pour qu’on l’adore. Pour qu’on la vénère. Pour pouvoir s’amuser de ce que ses créatures sont capables de subir en son nom. Un peu comme ces chercheurs qui ouvrent le ventre d’un rat pour savoir combien de temps il peut rester les tripes à l’air, j’imagine. Ce n’est pas Sephiroth qui voulait devenir un Dieu. C’est elle… Détruire la planète, c’est pouvoir récupérer ce qui l’alimente. Des légions d’âmes esseulées prêtes à se prosterner à ses pieds. Nous. Nos ancêtres. Nos parents. Nos amis. Nos enfants… Comprenez-vous, à présent, pourquoi Aerith a agi comme elle l’a fait ? Pourquoi la rivière de la vie a accepté de nous rendre Sephiroth et ses frères ? Pourquoi nous devons les protéger à tout prix de la convoitise de Jenova ?

Rufus s’agita sur sa chaise.

- Mais… S’il est des créatures en qui Jenova est présente en des proportions terrifiantes, c’est bien eux. Ils sont de véritables bombes à retardement !

Vincent acquiesça.

- C’est précisément pour ça qu’ils ne doivent en aucun cas retomber dans ses filets. Aerith les a en quelque sorte momentanément « purgés » de l’influence néfaste de Jenova et c’est la raison pour laquelle ils sont si affaiblis mais notre calamité tombée du ciel n’attend qu’une occasion pour reprendre le dessus sur leur volonté via les cellules qui sont en eux… et en Cloud.

Ce dernier frémit à ces mots et Tifa lui serra furieusement la main, gagnée par l’inquiétude.

- Comment empêcher une catastrophe ? s’enquit Rufus.

- En comprenant comment elle contrôle ses victimes et en sachant à qui nous avons affaire.

Il fit signe à Shelke, qui introduit la seconde carte mémoire dans le lecteur du moniteur de contrôle, et s’assit à côté de Rufus.

A la surprise de tous, Shalua prit le relais.

- Ces expériences ont été filmées dans les laboratoires du cratère Nord, il y a aujourd’hui vingt-sept ans. Je tiens à vous prévenir que ce que vous avez vu jusqu’à maintenant passerait pour un film éducatif à côté de ce qui va suivre.

- Chouette… siffla Reno entre ses dents, sarcastique. En cherchant bien au fond de mon intestin grêle, il doit encore me rester quelques bouchées du dîner d’hier.

Rude lui asséna un coup de coude discret et Shalua fit éteindre les lumières.

Hojo apparut sur l’écran géant.

Il enfila des gants étranges, incroyablement épais, et se dirigea vers une sorte de caisson blanc.

Lorsqu’il l’ouvrit, une épaisse fumée blanche s’en échappa.

- Ces cuves, expliqua Shalua, contiennent du sperme et des ovules conservés dans de l’azote liquide.

Hojo, après une courte hésitation, choisit quatre petites pipettes dans la cuve, deux blanches et deux rouges, et les posa avec mille précautions sur un petit support prévu à cet effet.

La caméra se rapprocha (probablement tenue par un assistant chargé de filmer la manipulation) et chacun put lire les inscriptions sur les pipettes. Les blanches portaient le nom : « SEPHIROTH ». Les rouges : « LUCRECIA ».

Hojo s’installa derrière un microscope électronique et prépara son matériel avec un sourire impatient en faisant signe à une jeune femme en blouse blanche, qui se saisit des pipettes.

- Fécondation in-vitro des spécimens J8 et J9 imminente, annonça froidement une voix hors champ, probablement celle du cameraman.

Des exclamations outragées s’élevèrent dans la salle de conférence.

- Attendez, s’étrangla Cid. Il… Il va pas faire ça, si ?

Shalua pinça les lèvres et l’écran du microscope électronique renvoya l’image d’un spermatozoïde introduit dans un ovule à l’aide d’une sorte d’aiguille creuse.

- Ce… ce malade a fécondé des ovules de la mère avec… avec les spermatozoïdes du fils ? bredouilla Rufus Shinra, le coeur au bord des lèvres.

L’image suivante montra une femme nue au ventre rebondi dans une cuve de régénération. Une quantité incroyable de fils et de tubes de toute sorte paraissait sortir du corps inconscient et étrangement flétri.

- Foetus J8 et J9 à cinq mois de gestation, annonça Shalua en essayant de garder son calme malgré la révolte qui lui tordait les entrailles.

- C’est les cellules de Jenova qui l’ont esquintée comme ça ? demanda Rude, grimaçant.

- Les cellules en question n’ont pas encore été injectées, répondit la jeune femme. Et celles transmises par Sephiroth commencent tout juste à agir.

- Alors pourquoi est-elle si mal en point ? s’étonna Tseng. Pourquoi tous ces tubes et ces sondes ? Je croyais que le but d’une cuve de régénération c’était justement d’éviter tout cet attirail.

Shalua adressa un regard suppliant à Vincent, qui prit une profonde inspiration avant de répondre :

- Parce qu’elle est morte.

Reno tressaillit sur sa chaise.

- Woh, woh, woh… Minute. Comment ça, morte ? Morte à cause de sa double grossesse ? Elle n’a pas supporté d’avoir deux têtards dans bide en même temps, c’est ça ?

Shalua détourna la tête et Vincent se frotta le visage, horriblement mal à l’aise.

- Je crois qu’il veut dire que les embryons ont été implantés dans un cadavre, Reno, fit Elena d’une voix blanche.

Le turk s’affala sur sa chaise, blême comme un suaire.

- Oh, putain, c’est dégueulasse… gémit-il.

- Hojo ne voulait pas risquer les mêmes… « contrariétés » que… qu’avec son épouse enceinte de Sephiroth, réussit à articuler Vincent. Une morte n’a ni sentiments, ni regrets.

Dans la salle de conférence, chacun était pétrifié d’horreur, les yeux fixés sur le ventre du cadavre flottant dans le mako. La tension était telle que lorsque qu’une bosse semblable à une étoile apparut sur le ventre distendu - la pression d’une petite main ou d’un petit pied ? - chacun sursauta sur sa chaise.

Un jeune homme en blouse blanche injecta une substance blanchâtre dans l’un des tubes reliés au placenta du cadavre et un pied minuscule imprima rageusement sa forme dans la chair molle à plusieurs reprises.

- Un sacré bagarreur, celui-là ! essaya de plaisanter Barret pour conjurer l’horreur de ce qui se déroulait sous leurs yeux.

Sans succès.

- Est-ce que… est-ce que les bébés ont survécu ? s’enquit Tifa, au comble de révolte, n’osant demander ce que contenait le liquide qui avait provoqué une réaction si violente de la part de la petite créature.

- Ils sont survécu, oui, la rassura Shalua. Vous connaissez J8 et J9 sous les noms de Yazoo et de Loz.

- Oh ! putain de putain… gémit à nouveau Reno, les paumes pressées sur les yeux, chassant l’image d’un petit visage ovale voilé de longs cheveux fluides.

La porte d’entrée claqua bruyamment et Cloud, debout, considéra le battant avec inquiétude.

A la mention du second nom, Tifa s’était précipitée dehors, les deux mains sur la bouche.

...à suivre

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V - Passé imparfait

« Le paradoxe de la science est qu’il n’y a qu’une réponse

à ses méfaits et à ses périls : encore plus de science.»

Romain Gary

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

Dans la salle de conférence nouvellement restaurée du manoir Shinra, où les domestiques avaient reçu pour consigne d’installer les chaises de façon que tous puissent voir clairement l’écran géant qui occupait le mur du fond, chacun se dévisageait avec circonspection.

Sur le côté, près des deux portes d’entrée monumentales en merisier, trois tables recouvertes de nappes blanches luxueuses avaient été dressées, débordantes de boissons chaudes ou froides et de dizaines d’en-cas divers.

Le lourd parfum du café chaud dont on avait généreusement rempli les thermos se mêlait aux légères odeurs de plastique neuf des chaises et de peinture encore fraîche.

- On est là pour un moment, on dirait… remarqua Cid en remplissant une tasse de thé à ras bord. Quelqu’un sait exactement de quoi il retourne ?

- A ton avis ? railla Reno en agrémentant discrètement son café d’une rasade d’alcool mordoré sorti de la flasque d’argent qui ne quittait jamais la poche intérieure de sa veste. Je croyais que la nouvelle du retour des rats de labo s’était répandue comme une traînée de poudre.

- Si la question c’est : « quelle est la meilleure façon de s’en débarrasser une bonne fois pour toutes ? » j’opte pour la dissolution dans l’acide, cracha le pilote.

Malgré la température plus qu’agréable de la salle de réunion, Tifa, un peu à l’écart, se frottait les bras, transie d’un froid purement nerveux.

- Tu les as vus ? demandait Yuffie à Cloud, qui avait le plus grand mal à garder son calme. Ils sont vraiment vivants ? Vrai de vrai ?

Celui-ci hocha la tête et un rictus agressif déforma sa bouche enfantine.

- Si ça ne dépendait que de moi, ils ne le seraient plus depuis plusieurs heures ! persifla-t-il suffisamment fort pour être entendu de Rufus Shinra, qui prenait place à la table de conférence, sous l’écran géant.

- Cloud… l’admonesta gentiment Tifa.

Mais le jeune président ne parut pas se formaliser et répondit au soldat par un hochement de tête un rien moqueur.

La tension dans la pièce était palpable.

Tseng jouait nerveusement avec son stylo, Rude se passait la main sur le crâne en soupirant avec une fréquence qui en disait long sur son agitation, Elena s’attaquait férocement aux envies de sa main droite - celles de sa main gauche ayant déjà été mordillées jusqu’au sang - et Tifa dansait d’un pied sur l’autre comme si le parquet vitrifié avait commencé à geler.

Barret, n’y tenant plus, apostropha Rufus Shinra.

- Non mais on attend quoi, là ? Je devrais être en train de faire dîner ma fille, à cette heure !

- Marlène et Denzel sont entre de bonnes mains, au premier, le rassura Rufus. Gretta a été ma nourrice pendant plus de…

- Nous pouvons commencer ! l’interrompit la voix de Vincent, qui venait de pénétrer dans la salle de conférence avec sa tête des mauvais jours, talonné par Shelke et sa soeur Shalua.

La présence de cette dernière inquiéta Rufus.

- Ils sont seuls en bas ? chuchota-t-il en la prenant à part.

Elle brandit un petit moniteur de poche sur l’écran duquel on distinguait parfaitement une vue d’ensemble de l’infirmerie du laboratoire. Un jeune homme en blouse blanche allait et venait entre les lits.

- Mon assistant est resté sur place. Et deux de vos turks surveillent la porte. A la moindre alerte, je serai immédiatement avertie.

Rufus fit la moue, un rien circonspect, et reprit place sous l’écran.

Vincent attendit que tous aient regagné leurs chaises pour s’asseoir à son tour, Shelke à ses côtés, devant le moniteur qui contrôlait l’écran géant.

- Alors ? l’apostropha Cid. C’est quoi, tous ces mystères ? T’as réussi à savoir pourquoi ces quatre olibrius avaient de nouveau ramené leurs fesses ou pas ?

Shalua, surprise par la liberté de langage de l’amiral de la WRO (à qui elle n’avait jamais été présentée et qu’elle n’avait qu’entrevu en de rares occasions), le détailla avec curiosité sans prêter la moindre attention à la réponse de Vincent.

Highwind paraissait avoir dans les trente-cinq ans, était bâti comme un chêne et, malgré le froid mordant de l’extérieur, s’était simplement vêtu d’un ample pantalon de toile noire et d’un sweet-shirt de coton kaki qui moulait son corps d’athlète comme une seconde peau. Un sourire sarcastique paraissait être à jamais gravé sur ses traits énergiques et était accentué par des yeux pétillants d’un bleu céruléen.

La jeune scientifique laissa son regard vagabonder sur les creux et les bosses du corps puissant, rêveuse.

« Deux ans de ma vie pour pouvoir enlever mes chaussures et marcher nu-pieds sur tous ces muscles… » se prit-elle à rêvasser avec cette étrange faculté qu’avait son cerveau de lui inspirer des pensées en inadéquation totale avec la gravité de la situation qu’elle vivait.

Cid, sentant le regard de la jeune scientifique peser sur lui, tourna la tête vers elle et sourit d’instinct en réalisant à quel point elle était jolie mais tiqua en remarquant la prothèse robotisée de son bras amputé et sa paupière gauche close, que n’arrondissait nul globe oculaire.

Shalua rougit alors et se détourna brutalement, horriblement gênée, pour se concentrer sur le monologue de Vincent.

« A quoi tu t’attendais, pauvre pomme ? » s’admonesta-t-elle en silence, la gorge serrée « Mûr. Bien fait. Séduisant. Tu ne voudrais pas qu’il soit aveugle, en prime, non ? »

Cid, lui, s’était figé sur sa chaise en comprenant que la soeur de Shelke avait interprété sa surprise comme une marque de dégoût.

Il essaya bien de la fixer avec insistance un long moment, espérant qu’elle tourne de nouveau la tête vers lui afin de lui faire comprendre d’un sourire qu’elle faisait erreur mais la jeune scientifique ne quittait pas Vincent des yeux.

Ce dernier répondait à une question de Cloud qui, comme le reste de l’assistance, écarquillait à présent les yeux comme si on venait de leur annoncer que la planète allait se dissoudre dans les minutes qui suivaient.

« Merde, j’ai rien entravé… » réalisa Cid avec une grimace en essayant de reprendre le fil des évènements.

Voilà qui lui apprendrait à se laisser distraire par une jolie paire de gambettes et un ravissant minois !

- Aerith ignore encore ce que Jenova prépare précisément, disait Vincent, mais elle est certaine d’une chose : ni l’âme de Weiss ni celle de son frère Nero n’ont rejoint la rivière de la vie après la bataille qui nous a tous opposés à Omega, il y a presque un an.

Barret laissa échapper une bordée de jurons digne d’un corps de garde.

- Attends, t’es en train de nous dire que… que cette histoire d’âmes en partance pour une autre galaxie, de planète réduite en cendres et tout le tintouin, c’est pas fini ?

- Et qu’on va devoir convaincre les rats de labo de nous aider à faire la fête à leur « môman » chérie ? s’écria Reno en bondissant de sa chaise. J’espère que tu déconnes, là !

Des murmures nerveux s’élevèrent dans la salle de conférence et Vincent leva sa main gantée pour appeler au calme.

- Si nous ne les avons pas dans notre camp avant peu, c’est Jenova qui remettra la main sur eux.

Reno haussa les épaules et leva les bras au ciel.

- O.K. ! Alors flinguons-les ! Comme ça, elle ne les aura pas et nous, ils ne nous emmerderont plus !

Vincent secoua la tête.

- Sombre idiot… soupira-t-il. Crois-tu vraiment qu’Aerith se serait donné autant de mal pour les éloigner de Jenova et de la rivière de la vie si les choses étaient aussi simples ?

- Putain de merde ! C’est quoi le problème ? T’as peur qu’ils retournent à cette satanée rivière et que l’autre chtarbée de l’espace les récupère, c’est ça ? Alors ne les tuons pas avant d’avoir fait définitivement la peau à cette vieille salope ! En attendant, que Shalua leur prépare un cocktail à prendre par injection directe « in the brain » qui les transforme en légumes et le problème est réglé ! Il sera toujours temps de leur faire exploser la cervelle plus tard. Pourquoi on se prend la tête ? (Il se tourna vers les autres à la recherche de soutien mais seuls lui répondirent une dizaine de regards choqués) Quoi ? J’ai pas raison ? J’ai dit une connerie ? Cloud, merde ! J’ai raison ou pas ?

Mais même Cloud paraissait indigné par les propos du turk.

- Reno… Tu t’entends parler ?

L’interpellé hoqueta et ricana.

- Attends, je rêve ! Cloud le chevalier blanc ! C’est pas toi qui voulait leur trouer la peau dans la grotte il y a à peine quelques heures ?

Le jeune homme se leva et lui fit face, agressif.

- J’ignorais alors que c’était Aerith qui nous les avait envoyés ! Vincent a raison : elle ne l’aurait jamais fait si ce n’était pas nécessaire.

Reno ouvrit des yeux ronds, prit Rude à témoin et éclata de rire au nez de Cloud.

- Oh ! Je vois ce que c’est ! railla-t-il. Miss bouton de rose “les oiseaux chantent, on est tous frères” t’a passé le coeur au court-bouillon, hein ? Et du coup, tout ce qu’elle dit est parole d’évangile, fut-elle d’outre-tombe !

- Connard !

- Woohhh !

Le poing du soldat s’abattit avant que quiconque ait le temps de réaliser ce qui se passait… pour s’écraser sur la paume de Tseng, qui s’était interposé entre les deux jeunes hommes et avait arrêté le coup comme s’il se fut agi d’une simple chiquenaude.

- Reno, assis, ordonna-t-il d’une voix glaciale.

- Mais je…

- J’ai dit : « assis ».

Jamais murmure n’avait résonné d’inflexions aussi menaçantes et Reno ne s’y trompa pas.

- Bien, chef.

- Toi aussi, ajouta-t-il à l’adresse de Cloud, qui reprit place aux côtés de Tifa.

Encore sous l’effet de la colère, il ne remarqua pas que la jeune femme s’était imperceptiblement éloignée de lui, mettant quelques centimètres symboliques entre leurs deux chaises.

Tseng se rassit à la gauche d’Elena - qui se mordait la lèvre au sang depuis qu’elle l’avait vu sursauter au seul nom d’Aerith - et fit signe à Vincent de poursuivre.

Celui-ci brandit plusieurs mini-cartes mémoire et les tendit à Shelke, qui les glissa aussitôt dans les lecteurs reliés à l’écran géant.

- Avant de décider quoi que ce soit, il est certaines choses que vous devez savoir. Ces cartes contiennent des extraits d’enregistrements de vidéosurveillance de différents laboratoires de la Shinra. Les premiers, que vous allez visionner dans quelques instants, sont, pour certains, plus vieux que la plupart d’entre vous et ont été tournés ici même, au manoir. Vous vouliez connaître vos ennemis, savoir ce que nous risquons vraiment et comment nous en sommes tous arrivés là ? Ce sera chose faite dans quelques heures mais je vous préviens : personne ne ressortira indemne de cette salle après avoir vu ce que je m’apprête à vous montrer. J’en suis désolé, croyez-le, mais c’est nécessaire…

Il fit signe à un domestique d’éteindre les lumières et tout le monde échangea un regard circonspect avant que la salle ne soit plongée dans le noir.

Shelke lança la lecture de la première des cartes mémoire, qu’elle avait passé presque quatre heures à compiler, et l’une des salles du laboratoire du sous-sol apparut sur l’écran géant.

Une jeune femme était allongée sur une table d’examen, son ventre proéminent dépassant du drap vert qui la couvrait jusqu’en haut des cuisses.

Sa grossesse était visiblement bien avancée.

Un homme en blouse blanche, les cheveux noirs serrés dans une queue de cheval nouée à la va-vite, s’affairait à ses côtés et Tifa ne put retenir un frisson en le voyant saisir une seringue remplie de liquide bleuâtre sur laquelle il fixa une fine aiguille stérile d’une longueur terrifiante.

- Cette seringue contient les cellules de Jenova… expliqua Vincent, la gorge si serrée que sa voix avait du mal à faire vibrer ses cordes vocales.

Sur l’écran, l’impressionnante aiguille s’approcha du ventre rebondi et des hoquets consternés ou écoeurés s’élevèrent.

Rude s’enfonça dans sa chaise.

- Merde. Et moi qui déteste les piqûres…

- Cette jeune femme est Lucrecia Hojo, poursuivit difficilement Vincent. La mère de Sephiroth…

Lorsque l’aiguille s’enfonça d’une bonne dizaine de centimètres, transperçant peau, muscles et placenta, le cri de Lucrecia résonna dans les haut-parleurs.

Toutes les femmes présentes laissèrent échapper un cri horrifié et la plupart des hommes durent détourner le regard de l’écran.

- Oh ! putain… gémit Rude. Reno, je vais gerber…

Mais Reno était bien incapable de répondre, trop occupé à essayer lui-même de garder le contenu de son estomac.

…à suivre

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IV - Promets-moi, Vincent…

« L’expression “mort naturelle” est charmante !

Elle laisse supposer qu’il existe une mort surnaturelle,

voire une mort contre-nature… »

Gabriel Matzneff

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

Lucrecia tendit la main vers la joue de Vincent qui, bien sûr, ne sentit pas son contact. A moins peut-être un léger picotement mais sans doute n’était-ce dû qu’à son imagination et à son désir fou que la matérialisation ectoplasmique de la femme qu’il avait aimée jusqu’à la démence prenne corps devant ses yeux afin qu’il puisse à nouveau la serrer contre lui et enfouir son visage dans ses doux cheveux châtains.

- Promets-moi que tu le feras, Vincent, murmura la voix désincarnée. Promets-moi que tu veilleras sur eux et que tu les aideras du mieux que tu pourras.

L’image de Lucrecia vacilla et l’ancien turk sentit un chagrin déchirant lui serrer la poitrine.

- Je te le promets… jura-t-il d’une voix brisée en tendant une main désespérée vers la forme évanescente. Mais reste encore. Reste encore un peu, je t’en prie…

La jeune femme sourit tristement.

- Je ne peux pas, Vincent. Mes forces m’abandonnent et il me faudra pourtant être forte quand le moment viendra. Toi aussi tu dois t’y préparer. Sois bien conscient que, cette fois, ce n’est pas seulement la survie de la planète qui est en jeu. Fais bien comprendre ça à tes amis et aux responsables de la Shinra.

Elle disparut un court moment avant de réapparaître, si pâle que l’on pouvait cette fois voir à travers corps élancé.

- Dis à mes fils que je les aime, Vincent. Qu’ils ne l’oublient jamais. Jamais… Il y va de votre survie à tous. Tu leur diras, n’est-ce pas ?

- Je leur dirai, Lucrecia.

« Lucrecia ? Lucrecia, tu dois le laisser, maintenant… » susurra la voix lointaine d’Aerith quelque part au-dessus de leur tête. « Jenova s’agite. Sephiroth a besoin de toi et Shelke faiblit à chaque minute qui passe. »

- Encore quelques secondes, supplia Vincent. Juste quelques secondes, je t’en supplie. Lucrecia !

« Tu auras l’occasion de lui reparler, Vincent, mais, pour l’instant nous avons beaucoup à faire et si peu de temps… Si peu de temps… N’oublie pas, Vincent : tout repose sur eux. »

- LUCRECIA ! hurla le turk alors que l’image de Lucrecia disparaissait totalement.

Terrassé par la douleur de la perte, il se laissa glisser à genoux sur le sol du bureau de Shalua, la gorge trop serrée pour laisser passer ne serait-ce qu’un sanglot.

- Vincent ? Vincent, ça va ?

L’ancien turk tourna la tête vers Shelke, qui s’était débarrassée du système électronique qu’elle avait conçu et qui reliait sa mémoire résiduelle à l’ordinateur.

La toute jeune fille suait à grosses gouttes et tremblait de tous ses membres. Le mettre en contact avec Lucrecia lui avait demandé des efforts colossaux et Vincent s’en voulut terriblement.

- Combien… Combien de temps cela a-t-il…

- Vous avez parlé près de deux heures, le coupa-t-elle. Et ce n’était pas très prudent. J’ai senti sa présence, Vincent… Je l’ai sentie !

Elle grimaça comme si elle avait mordu dans un fruit trop vert.

Vincent se remit sur ses pieds et frissonna.

- Jenova ? murmura-t-il d’une voix à peine audible. C’est elle que tu as sentie ?

Shelke acquiesça, une terreur qu’elle essayait de garder sous contrôle brillant dans son regard clair.

L’ancien turk tendit un bras vers elle et elle vint se réfugier sous sa cape, tout contre lui.

- Elle ne veut pas qu’on touche à ses « fils », Vincent, le prévint-elle. Ce sont ses émissaires, ses choses, ses instruments. J’ai peur, Vincent. Peur de ce qu’elle pourrait faire aux âmes immortelles de Lucrecia et d’Aerith. Peur de ce qu’elle pourrait leur faire à eux… et à nous, par leur intermédiaire. L’énergie qui est en train de se synthétiser autour d’elle est… sale. Noire. Redoutable. Un monde de ténèbres.

- Alors il n’y a pas de temps à perdre…

Ils rejoignirent Rufus, Reno et Rude, qui patientaient à côté en jetant des regards désorientés à Shalua, qui allait de l’un à l’autre de ses curieux patients, contrôlant les machines et les signes vitaux.

Lorsqu’ils virent entrer Vincent, ils bondirent aussitôt sur leurs pieds.

- Alors ? s’enquit le jeune président de la Shinra.

- Il est 16 heures. Je veux voir tout le monde en salle de conférence au plus tard à 21h00, annonça-t-il, faisant hoqueter Rude. Et quand je dis « tout le monde », c’est AVALANCHE inclue.

Rufus se raidit, heurté par le ton péremptoire de l’ancien turk, qui se permettait de lui jeter un ordre à la face comme s’il n’avait été qu’un subalterne.

- Suis-je supposé dire « à vos ordres » ? essaya-t-il de plaisanter, un sourire forcé sur ses lèvres sensuelles.

- Dis ce que tu voudras, Rufus, rétorqua Vincent en se dirigeant vers la porte de l’infirmerie. L’essentiel, c’est que tout le monde soit là dans une heure.

Il disparut et Rufus fit siffler l’air entre ses dents.

- Charmant !

Reno et Rude échangèrent une grimace et ce dernier fit claquer sa langue contre son palais.

- Si j’étais pas celui que suis, mec, je me mettrai à paniquer grave, là, tu vois…

Son partenaire acquiesça avec gravité.

- Ouais… Pour que Valentine commence à flipper, c’est que ça craint un max…

- A ce point là ? s’immisça Rufus, que leur ton, le comportement de Vincent et la situation saugrenue commençaient sérieusement à inquiéter.

Les deux compères échangèrent un regard entendu et hochèrent la tête de concert en direction de leur patron, qui jeta une oeillade désemparée à la cuve de mako dans laquelle flottait le légendaire et si redouté Sephiroth.

***

« Sephiroth ? Sephiroth…Tu m’entends ? »

« Qui êtes-vous ? Suis-je mort ? Je ne sens plus mon corps. Je ne sens plus rien… »

« Tu es dans une cuve de régénération, mon fils. Tu es en sécurité. »

« Qui êtes-vous ? Comment se fait-il que je vous entendre à l’intérieur de ma tête ? Et pourquoi votre voix me semble si… familière ?»

« Parce que c’est la première que tu aies entendue. Je suis ta mère… »

« Ma mère ? Elle est morte en me mettant au monde »

« C’est faux. »

« C’est ce qu’on m’a toujours dit »

« Je sais… »

« Tu serais donc Jenova ? »

« Non, Jenova n’est pas ta mère. Elle ne l’a jamais été. C’est moi qui t’ai conçu, porté et qui t’ai mis au monde. Moi, Lucrecia. Lucrecia Hojo. »

« Qui ? »

…à suivre

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III - Marche ou crève

“La liberté, comme le courage, est un escalier qu’il faut gravir

marche par marche - impossible d’enjamber !”

G. Cesbron

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

Vincent enjamba les civières où reposaient les corps immobiles de Kadaj, Loz et Yazoo pour atteindre celui de Sephiroth.

D’un geste presque tendre, il déplia une couverture de survie et en couvrit la peau nue et glacée.

- Et un baiser sur le front, non ? persifla Cloud, acide, en se penchant à son tour sur l’ancien général pour retirer la fléchette paralysante plantée dans le lobe de son oreille d’un geste brusque. Merde… Reno ! Tu l’as raté, il faut remettre ça.

Celui-ci, aidé de Rude, sanglait fermement les trois jeunes hommes inertes aux civières.

- Etait-ce vraiment nécessaire ? intervint Vincent. Il était déjà inconscient lorsque nous sommes arrivés. Et les autres n’ont même pas tenté de se défendre.

- Avec lui, on n’est jamais assez prudent, et tu le sais mieux que personne ! répliqua vertement le jeune soldat.

- Ces trois-là, dans l’hélico ! ordonna Rude à ses hommes en désignant les brancards. Et passez-moi un fusil et une fléch… Oh ! Putain…

- Vincent, dégage ! hurla Reno en se saisissant du pistolet de Rude pour le pointer aux pieds de Vincent.

Ce dernier obéit par réflexe et baissa les yeux sur Sephiroth… qui luttait pour garder les paupières ouvertes.

En quelques instants, un vent de panique souffla dans la grotte et le fils de Lucrecia devint aussitôt la cible d’une dizaine de canons d’armes diverses et de l’épée de Cloud, prêt à trancher la gorge offerte.

- Magne-toi, Rude, remets-lui une dose ! ordonna Reno en armant son pistolet. Une grosse !

Son acolyte chargea aussitôt un fusil paralysant avec une fléchette hypodermique mais l’ancien turk s’interposa.

- Tu fais quoi, là ! s’écria Cloud. Dégage !

Il empoigna d’une main le devant de la cape de son ami pour le repousser avec rudesse mais Sephiroth s’adressa à lui, lui glaçant le sang dans les veines.

- Strife ? demanda-t-il d’une voix à peine audible, comme si chaque syllabe prononcée exigeait une énergie folle. C’est bien ton nom, n’est-ce pas ? Cloud Strife ? Tu… Tu étais avec moi et Zack au… au réacteur.

L’interpellé se raidit, l’épée toujours pointée sur la gorge de l’ancien général, et adressa une moue effarée à ses compagnons, aussi abasourdis que lui.

- Strife… reprit Sephiroth en tendant une main tremblante vers lui. Que… que s’est-il passé ? Qui sont ces hommes ? Il faut arrêter Genesis… Le… Le réacteur…Où est… Où est Zack ? Réponds, troisième classe Strife… Où est… Zack… ?

Il voulut redresser un peu la tête mais ses yeux roulèrent dans leurs orbites et il perdit à nouveau connaissance.

Cloud hoqueta et interrogea ses camarades d’un regard affolé mais ils affichaient tous une expression de profonde perplexité.

- Alors celle-là, c’est la meilleure de l’année… bredouilla Reno.

Vincent posa deux doigts sur la jugulaire de Sephiroth pour sentir son pouls puis posa l’oreille sur sa poitrine.

- Je crois qu’on va avoir besoin d’un kit d’assistance respiratoire, annonça-t-il.

Cloud faillit s’étrangler d’indignation.

- Qu’il crève une fois pour toutes ! Qu’est-ce qu’on en a à cir…

Il ne vit pas arriver la gifle du turk qui, pour légère, n’en était que plus vexante.

Ce geste d’humeur, en inadéquation totale avec le légendaire sang froid de l’ancien turk, les déconcerta touts.

- Qu’est-ce qui te pr… commença Cloud.

- Tu parles sans discernement et sans rien savoir, le coupa son ami.

Et, sous le regard ébahi de Reno et de Rude, il se précipita dehors, en quête de la mallette de secours d’urgence fixée sous l’un des fauteuils de l’hélicoptère.

***

Depuis l’une des fenêtres du manoir Shinra de Nibelheim, Reno observait les journalistes et les curieux qui se pressaient derrières les cordons de sécurité des soldats alignés en rangs serrés devant les grilles.

- Les vautours sont prêts pour la curée. Ils ont fait vite.

- Non, ils étaient déjà sur place pour la fête, assura Rude en soufflant sur ses lunettes fumées avant de les essuyer soigneusement avec sa cravate.

Son partenaire étouffa un juron.

Il vida d’un trait le verre de whisky qu’il tenait à la main et se dirigea vers le bar du bureau pour s’en servir un second.

- Ils sont au courant, pour nos petits amis, tu crois ?

- Je ne pense pas, non. Ils sentent juste qu’il se passe quelque chose d’important. C’est pas la réserve personnelle du patron, ça ? demanda le colosse en lisant l’étiquette gaufrée du whisky centenaire.

Reno sourit d’un air gourmand et cligna de l’oeil.

- Si ! Je t’en sers un petit ?

Rude brandit la bouteille déjà au tiers vide et secoua la tête.

- Tu vas te faire lyncher, mec !

Son ami s’assit nonchalamment sur un coin du secrétaire de chêne massif qui trônait au centre de la pièce monumentale, toute de tentures et de boiseries, et croisa les pieds sur les accoudoirs d’un fauteuil que trois mois de son salaire - pourtant confortable - n’auraient pas réussi à payer.

- Rabat-joie ! lança-t-il avant le lui tirer la langue et de vider son verre.

- Ne vous gênez pas pour moi, surtout !

La voix claire de Rufus Shinra fit tressaillir les deux turks, qui se tournèrent vers la double porte d’entrée avec une grimace douloureuse en rentrant la tête dans leurs épaules.

- Patron ! saluèrent-t-il en choeur avec des trémolos dans la voix.

***

Dans l’infirmerie du laboratoire, au sous-sol du manoir Shinra, Shalua vérifia une dernière fois les indicateurs des appareils de contrôle sur lesquels étaient branchés les quatre argentés plongés, par sécurité, dans un sommeil artificiel.

Elle secoua la tête en tendant à Vincent une série de diagrammes et de chiffres que la machine qui maintenait Sephiroth en vie venait de cracher à grand renfort de bips alarmants.

- Il ne tiendra pas, assura-t-elle en rabattant la manche gauche de sa blouse blanche sur sa prothèse robotisée. Il faut le mettre en cuve mako.

- Je doute que ça suffise, vu son état.

- Je parlais d’une solution de mako liquide, Vincent, pas gazeux.

Ce dernier fit la moue.

- Je croyais qu’il ne fallait jamais mettre quelqu’un d’inconscient dans le mako liquide.

- Normalement non mais les cellules de Jenova lui éviteront l’infarctus ou l’accident vasculaire.

L’ancien turk ajouta les données de la machine au dossier médical qu’il était en train de parcourir et secoua la tête, résigné.

- Neuf fractures ? Comment est-ce possible ?

- Les sangles de sa civière, sans doute. Et peut-être a-t-il marché ou rampé jusqu’à l’endroit où vous l’avez trouvé. Tu as dit qu’il était inconscient, il a pu s’évanouir et tomber, ce qui expliquerait l’état de son bras gauche et de sa hanche. La clavicule, c’est sans doute moi, en l’intubant, ajouta-t-elle, coupable.

- C’est à ce point là ?

- On peut à peine le toucher sans risquer une lésion ou de lui briser un os. Il est pire qu’un grand prématuré. Ses cellules ne sont pas encore… Comment dire ? Touche son crâne, tu vas comprendre, proposa la jeune femme, subitement inspirée.

Sceptique, Vincent, tendit sa main vers le visage de Sephiroth et, avec mille précautions, appuya doucement sur le haut de son front, qui s’enfonça un peu sous la pression, comme si l’os était encore mou.

- On dirait le crâne d’un nouveau né… hoqueta l’ancien turk.

Shalua acquiesça et s’affaira autour d’une cuve de régénération.

- Il semblerait que, contrairement à ses frères, la rivière de la vie n’ait pas eu le temps de…

Elle se tut, ne parvenant pas à trouver le terme adéquat.

- De… le finir ? la secourut Vincent.

- C’est un peu barbare, comme vocable, mais oui. Il n’est physiquement pas… fini. Ses os se brisent comme du sucre, ses poumons peinent à amener de l’air dans les alvéoles et le peu d’oxygène qu’il parvient à conduire dans ses veines trop fragiles, le coeur n’a pas la force de le pomper. Quant à son système immunitaire ou digestif, je préfère ne pas savoir ce que ça peut donner ! C’est prêt, annonça-t-elle au bout de quelques minutes en revenant vers le lit de Sephiroth pour débrancher une machine après l’autre.

- Combien de temps avons-nous ?

- Lorsque j’aurais débranché le respirateur ? Deux minutes, au maximum, pour le placer dans la cuve et la remplir. Au-delà, j’ai peur que le manque d’oxygène n’endommage vraiment son cerveau. J’ai testé la chose et je peux te dire qu’il vaut mieux éviter, essaya-t-elle de plaisanter en clignant de son oeil valide.

Le turk lui adressa un sourire un peu forcé, sachant très bien par quelles épreuves elle était passée pour retrouver sa soeur Shelke et les séquelles qu’elle en garderait toute sa vie.

Avec mille précautions, ils débarrassèrent le corps de l’ancien général des électrodes, perfusions et tubes qui le couvraient, ne laissant que celui du respirateur.

- Prête ?

Shalua hocha la tête.

- A trois. Un… Deux… Trois…

Elle débrancha le respirateur, sortit la longue canule de la trachée de Sephiroth et Vincent souleva ce dernier aussi doucement qu’il le put, sans à-coups ni trop serrer, pour le placer en position foetale sur le socle de métal de la cuve encore vide.

Aussitôt, Shalua fit descendre le tube de verre, le verrouilla et tapota rapidement sur son ordinateur pour remplir la cuve.

Vincent, lui, regardait le cadran de la montre de la jeune femme avec inquiétude.

- Vite… vite… murmurait-il tandis que ce qui ressemblait à une énorme éprouvette se remplissait d’une solution verdâtre, composée pour l’essentiel de mako, avec une lenteur exaspérante.

Recroquevillé sur le sol de la cuve, le liquide luminescent ne tarda pourtant pas à recouvrir entièrement Sephiroth, qui fut secoué de soubresauts douloureux tandis que le fluide pénétrait dans ses poumons et s’infiltrait par le moindre de ses pores.

Vincent détourna le regard, préférant ne pas voir ce que subissait le fils de sa regrettée Lucrecia.

Il savait parfaitement ce qu’on ressentait à ce moment là. Cette horrible impression de se noyer et la douleur. L’insupportable douleur dans la poitrine, la brûlure atroce dans les fosses nasales et la sensation que sa cage thoracique va exploser sous la pression.

- Je n’avais pas le choix, Vincent, crois-moi, plaida Shalua, se méprenant sur son attitude.

Il allait la rassurer lorsque la voix claire et sensuelle de Rufus, qui venait d’entrer, l’interrompit.

Sa silhouette élégante et féline se découpa dans la lumière bleuâtre et tamisée de l’infirmerie du laboratoire.

- J’ai fait aussi vite que j’ai pu, Vincent. Shelke est prête, elle t’attend à côté.

Il avisa les trois argentés inconscients et attachés à leur lit par des sangles solides puis Sephiroth, flottant dans la cuve de mako.

- Je n’en reviens pas que ce soit vrai… laissa-t-il tomber d’une voix blanche avant de s’asseoir lourdement sur l’une des chaises. Qu’est-on supposés faire ? Quelqu’un a une idée ?

Vincent hocha la tête et désigna la porte de la pièce attenante, où attendait Shelke.

- J’espère bien le découvrir sous peu…

…à suivre

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II - Comme des rats dans un piège

« A semer le pain aux souris,

on attire des rats.

C. Chabot

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Colorisation : Akroma

Corrections : Arisu

***

Rude sortit de l’ascenseur en traînant des pieds et marqua une pause sur le palier.

Avec un soupir déchirant, il leva le regard vers la porte du bureau qu’il partageait avec Reno lorsqu’ils étaient cloués - comme c’était le cas depuis presque cinq jours - dans les locaux flambant neufs de la Shinra Corp.

A la seule idée de passer encore plusieurs heures enfermé entre quatre murs après avoir dû supporter une crise de “réunionite aiguë” avec Tseng et le « sieur » Shinra, son estomac fit des noeuds et émit un gargouillis inquiétant.

Nom d’un chocobo arthritique ! Ce qu’il pouvait détester rester là, à ne rien faire si ce n’est regarder des écrans de contrôle et compter les mégots de Reno qui s’amoncelaient dans le cendrier !

S’il n’avait craint d’être saisi par l’oeil des caméras de contrôle, il se serait mis à piétiner les dossiers qu’il tenait sous le bras et à jurer comme un contrebandier de mako.

« Allez, ce n’est qu’un mauvais moment à passer. » se raisonna-t-il en franchissant les quelques pas qui le séparaient du seuil de ce qu’il considérait comme son enfer personnel « Avec un peu de chance, peut-être qu’une ou deux bestioles bien enragées vont attaquer les employés du parc éolien de Nibelheim ou qu’un malade mental va s’introduire dans les labos du sous-sol et… » Il grimaça « Ouais… Et peut-être aussi qu’une fontaine de bière va jaillir au milieu du couloir ! »

- Merde, merde et remerde ! ronchonna-t-il à haute voix en poussant la porte du bureau maudit. Salut, ma poule, quoi de neuf ? lança-t-il à la cantonade en voyant son acolyte qui lui tournait le dos, assis devant un mur d’écrans de contrôle. J’ai un tas de paperasse à… Eh ! Oh ! Reno ! Je suis là. Je suis arrivé.

Pas de réaction.

- Reno ? Allô ? Ne me dis pas que t’es déjà rond comme une matéria ; il est à peine 10h00 du mat’ !

Il le rejoignit dans le but de le secouer un bon coup histoire de lui faire reprendre ses esprits mais, à peine avait-il avancé la main vers la chevelure écarlate, qu’il remarqua l’expression qu’affichait son compagnon - bien réveillé.

Reno, tendu comme la corde d’un arc et les yeux écarquillés fixés sur l’écran de contrôle qui lui faisait face, paraissait plongé dans un état quasi-catatonique, pétrifié par le choc. Sa bouche béait à un point tel qu’il tenait du miracle que la moitié des colonies de mouches de Midgar n’ait pas déjà pris leurs aises dans l’agréable et moelleux domicile.

- Reno ? Si tu voyais ta tête…

Pour toute réponse, et sans changer le moins du monde d’expression, ce dernier pointa lentement le doigt sur l’écran qu’il fixait sans sourciller.

Le regard de Rude glissa du visage de son acolyte à son l’épaule, suivit la manche noire jusqu’au poignet et, de là, l’extrémité du long doigt pâle pour se poser finalement sur l’écran de contrôle qui avait plongé son ami dans le trouble le plus extrême et dans un coin duquel on pouvait lire : « Mont Nibel / Camera 7 ».

Les yeux du turk s’écarquillèrent à son tour, signe de la plus grande perplexité.

Avec un grognement étouffé, il baissa un peu ses lunettes et s’approcha de l’écran jusqu’à le frôler presque du bout du nez.

- Tu vois ce que je vois, mec ? bredouilla Reno d’une voix à peine audible. Ou ce sont juste les effets secondaires de ma cuite d’hier ?

Très lentement, ils tournèrent la tête l’un vers l’autre.

Après un moment de flottement, ils clignèrent rapidement des yeux et, comme si un signal d’alerte silencieux venait soudain de résonner simultanément dans sous leurs deux calottes crâniennes, ils poussèrent un cri inintelligible et bondirent d’un même élan vers la console de communication interne, renversant tout sur leur passage.

L’énorme patte de Rude s’abattit sur le bouton d’alerte, menaçant d’écraser l’appareil pourtant solide sous sa paume, tandis que Reno s’égosillait dans le combiné au milieu des sirènes hurlantes.

- PATRON ! ALERTE !

« Reno ? Mais que diable se passe-t-il ? Pourquoi ce raffut ? »

- LES TARES SONT DE RETOUR !

« Quoi ? Les écologistes végétaliens qui ont voulu plastiquer le hangar de l’amiral Highwind ? »

- NON ! LE RAT DE LABO ET TOUTE SA PETITE FAMILLE !

« … Qui ? »

***

Le village de Nibelheim se préparait à fêter le solstice d’hiver à grand renfort de feux d’artifices, de musique et de spectacles théâtraux en tout genre. En quelques jours, la population du petit bourg avait pour ainsi dire été multipliée par deux et chaque auberge ou maison d’hôte affichait complet.

Il était midi passé et, dans les moindres ruelles, places et, surtout, dans le seul tout nouveau bar-restaurant du village, on se bousculait, flânait ou faisait des emplettes de produits « naturels » ou « de la ferme » - confitures, pâtisseries et conserves diverses.

Des touristes à Nibelheim ! Qui l’eût dit il y a seulement trois ans…

Mais il est vrai que depuis que Rufus Shinra avait fait du village un test grandeur nature en matière d’écologie et d’énergie renouvelable, Nibelheim était devenu une référence dans le domaine. La firme engloutissait des sommes astronomiques dans la recherche et, mois après mois, les besoins en mako diminuaient, au grand bénéfice de tous. Seul un réacteur de secours était actif - et encore ne fonctionnait-il qu’en cas d’extrême nécessité, d’urgence médicale ou pour les besoins des quelques expériences scientifiques dûment ratifiées par le congrès de déontologie, nouvellement créé.

Grâce aux efforts de Rufus et à son acharnement - sans doute aussi à son sentiment de culpabilité vis-à-vis de la planète -, bien des terrains exploités jusque là sans discernement par la Shinra avaient repris un second souffle et céréales, légumes et fruits sortaient de terre dans des proportions que personne n’aurait cru possible d’atteindre sans une aide chimique ou génétique.

- C’est vrai que tout a brûlé ? Ca paraît incroyable ! Tout semble si prospère et joli…

Shelke regardait autour d’elle et ne savait plus où donner de la tête. Des petites toitures de brique rouge aux murs chaulés et des fenêtres à croisillons aux portes sculptées et ferrées, les maisons de Nibelheim aux balcons ornés de fleurs d’hiver paraissaient sortir tout droit d’un conte pour enfant comme ceux que lui lisait sa soeur Shalua, il y a bien longtemps, avant que…

Elle secoua furieusement la tête pour chasser ses idées noires.

Repenser à la jeune femme - encore fragilisée par son récent coma - lui serrait le cœur mais elle devait être courageuse et faire bonne figure pour ses nouveaux amis. Revenir sur les lieux où ils avaient grandi et ceux où leur famille et beaucoup de leurs amis avaient trouvé la mort ne devait être facile ni pour Cloud ni pour Tifa. Loin de là…

Celle-ci hocha tristement la tête et chassa une longue mèche brune de son visage.

- Sephiroth a brûlé Nibelheim jusqu’aux fondations, oui. C’est la Shinra qui a tout reconstruit. Mais pas pour en faire ce qu’il est aujourd’hui, hélas. Enfin, pas tout de suite.

- Pourquoi, alors ?

- Pour cacher le fait que leur meilleur soldat avait perdu la raison et massacré des civils innocents.

Elle frissonna - pas seulement en raison du froid tombé en ce début d’après-midi - et resserra autour d’elle son long manteau gris, cadeau d’anniversaire de Shelke et de Shalua, qui, au fil des mois, était devenue sa meilleure amie, sa confidente et, à l’occasion, la baby sitter de Denzel et de Marlène.

Tiens, d’ailleurs, où étaient-ils passés, ces deux-là ?

- Partis avec Cloud voir le champ d’éoliennes, annonça Vincent en tendant un beignet fourré de confiture à Shelke. Quelle foule ! Tiens, goûte un peu ça. Lorsque j’étais gosse, les jours de foire, je tannais mon père pendant des heures jusqu’à ce qu’il m’en achète.

La fillette ne se fit pas prier et mordit dans le beignet chaud avec un plaisir non dissimulé.

L’ancien turk et Tifa échangèrent un regard mi-attendri, mi-amusé et cette dernière soupira en jouant avec le petit trousseau de clés qu’elle tenait à la main.

- Ca va aller ? s’enquit-il.

- Oui. Je… En fait, je ne sais pas quoi faire, Vincent. C’est une somme énorme mais…

- Mais tu as l’impression de vendre une partie de ton enfance.

Elle acquiesça et haussa les épaules.

Au vu de l’incroyable flambée du prix des maisons dans le village et des terrains environnants, Tifa s’était dit que c’était peut-être l’occasion de vendre celle de son père et de pouvoir enfin faire les travaux nécessaires dans le bar et la maison de Edge mais, maintenant qu’elle était au pied du mur et qu’un jeune couple lui avait proposé une somme astronomique pour la petite habitation et le jardin potager attenant, elle doutait de pouvoir s’y résoudre.

La jeune femme avait beau savoir que jamais elle ne pourrait plus vivre à Nibelheim et que sa maison n’était en fait qu’une copie conforme reconstruite par la Shinra après l’incendie, elle ne parvenait pas à couper totalement les liens avec cet endroit.

Vincent pressa son épaule de sa main valide.

- Tu n’es pas obligée de te décider tout suite. Prends le temps de réfléchir.

- A quoi bon ? C’est idiot ! J’habite Edge, maintenant. Nos amis, les enfants et leur avenir sont plus importants que… qu’un… « clone » de la maison qui m’a vue grandir. Sans compter que trop de mauvais souvenirs dorment ici…

- Tu prendras la bonne décision, j’en suis certain.

Tifa sourit et ouvrit la bouche pour le remercier lorsqu’un bruit de moteur et d’hélices se fit entendre au loin.

A l’instar des touristes présents, ils levèrent la tête pour voir de quoi il retournait et virent approcher trois hélicoptères de la Shinra, dont deux gros transporteurs de troupes, semant un début de panique dans le village.

Vincent s’assombrit et un mauvais pressentiment lui serra la gorge. Les souvenirs de la fête gâchée de Kalm par les troupes du deepground étaient encore bien présents à son esprit. Tout avait commencé ainsi : par une arrivée d’hélicoptères transportant des soldats armés…

- C’est Reno ! leur cria Cloud en fendant la foule apeurée, son cellulaire collé à l’oreille et poussant Marlène et Denzel devant lui. Il y a un problème au mont Nibel ! Où sont Cid et Barret ?

- Ils doivent nous attendre à la maison, comme convenu, répondit Tifa en brandissant son trousseau de clés et criant presque pour couvrir les exclamations affolées des badauds.

- Rejoins-les avec les enfants et enfermez-vous jusqu’à ce que Vincent et moi soyons de retour.

- Mais enfin, que se passe-t-il ? commença à s’inquiéter la jeune femme. Reno vous a demandé de le rejoindre ? Pourquoi ?

Cloud haussa les épaules et secoua la tête.

- Aucune idée mais, pour qu’il l’ait fait, c’est que ça doit être important.

- C’est pas juste, vous étiez en permission pendant encore cinq jours ! protesta Denzel, boudeur.

Vincent lui tapota la tête, rassurant, et Cloud piétina, impatient.

Depuis qu’il avait intégré les escadrons d’élite du Soldat, nouvellement reconstitués sous la houlette de Reeve Tuesti, le jeune homme prenait son rôle de “Première Classe” avec un sérieux excessif.

« Un sérieux maladif, oui… » ne cessait de répéter Tifa.

Cloud vivait chaque instant de sa vie de «héros» comme si c’était le dernier et que la survie de la planète entière dépendait des moindres de ses faits et gestes.

- Nous devons y aller, Vincent, ils nous attendent, insista-t-il.

L’interpellé hocha la tête et poussa le garçonnet dans les bras de Tifa.

- Prends garde à toi, Cloud, supplia la jeune femme, ne te…

- Je t’appelle dès que je peux, ne t’en fais pas ! la coupa-t-il en tirant l’ancien turk à travers la foule.

Tifa les regarda disparaître dans la cohue avec un arrière-goût dans la gorge. Et dire qu’elle avait longtemps nourri l’espoir qu’elle et Cloud…

Foutaises ! Maintenant que son ami d’enfance était devenu «le héros de Midgar», celui qui avait défait le «cauchemar de la planète», le terrible Sephiroth, et qu’il avait aidé à anéantir l’Omega, il n’avait définitivement plus que faire d’une femme, d’un foyer ou d’une famille bien à lui.

Bien qu’il refusât de le reconnaître à chaque fois qu’elle avait mis le sujet sur la table, il était clair qu’en intégrant enfin le SOLDAT, Cloud avait réalisé l’un de ses rêves d’enfant les plus chers. Elle se souvenait encore avec émotion de ce petit garçon timide qui lui avait promis de devenir un soldat fort et respecté pour pouvoir la protéger.

« A qui cette promesse bénéficiait-elle réellement, Cloud ? A toi ou à moi ? A qui faisait-elle le plus plaisir de nous deux ? »

Mais cette cruelle question, elle n’avait jamais osé la lui jeter à la figure.

Si Cloud aurait donné sa vie pour la protéger ? Elle n’en doutait pas une seule seconde. S’il l’aimait ? Bien entendu, elle en était absolument certaine. Mais comme un frère un peu incestueux ou un ami trop tendre et ce n’était pas ce qu’elle voulait. Non, ce n’était pas ce qu’elle voulait…

Plus maintenant qu’elle avait successivement passé l’âge des serments enfantins, des baisers sur le front puis celui des nuits d’amour sans lendemain. Désormais, elle avait besoin d’autre chose…

***

Dans la grotte du mont Nibel, il aurait été difficile de savoir qui, des soldats ou des hommes nus à la chevelure de mercure paraissaient le plus surpris ou les plus terrifiés.

Ces derniers - du moins les trois d’entre eux encore conscients - s’étaient recroquevillés les uns contre les autres et protégeaient le quatrième de leur corps transis de froid, faisant un dérisoire rempart de chair pâle entre eux et les hommes armés de fusils à cartouches paralysantes.

- C’est… C’est une plaisanterie ? bredouilla Cloud, figé par la surprise à l’entrée de la grotte aux côtés de Vincent.

Assailli par une foule d’émotions, de la colère la plus noire à la tristesse la plus poignante, le jeune homme se savait à ce moment précis incapable d’un geste, d’une parole ou de que quoi que ce soit de plus cohérent que la question stupide qui avait franchi ses lèvres…

…à suivre

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