Chers petits frères ! (Part 4/5)
Auteur : Shiva Rajah
Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)
Illustration : Studio Gothika
Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !
***
Depuis plus d’une heure, Aerith et Tifa n’avaient que le nom de Sephiroth à la bouche et les garçons commençaient sérieusement à saturer.
“Dis, Loz, est-ce qu’il dort en pyjama ou en caleçon ? ” ;
” Il est plutôt douche ou bain ? ” ;
” Qu’est-ce qu’il aime manger ? ” ;
” Rasoir électrique ou à lame ? ” ;
” Il met quoi, comme eau de toilette ? ” ;
” Il lui arrive de faire des cauchemars ? ” ;
” Il est déjà rentré blessé ? ” ;
“Qu’est-ce que vous avez fait ? “.
Reno, à bout, finit par se lever du canapé, où ils avaient tous pris place à la lumière des bougies, et se planta devant les filles.
- Oh, ouiiii… Il était blessé à mort ! gémit-il d’une voix suraiguë de midinette. Tu te souviens, Weiss ? Du sang et de la sueur coulait sur son torse musclé, piailla-t-il en se frottant la poitrine à travers son t-shirt. Il était méga trop beau ! Alors on l’a défringué complètement et on l’a mis au lit tout nu. Après on a pris une grooosse éponge et on l’a lavé partout-partout-partout. Il avait la méga fièvre et il gémissait en se tordant dans tous les sens, ses beaux cheveux humides étalés sur les draps trempés de sueur ” Ahhh Ahhh Ahhh ” ! (Il reprit subitement son sérieux et fusilla les adolescentes d’un regard sarcastique) C’est ça, que vous voulez entendre ? Si vous voulez des sensations vraiment fortes, on peut aussi aller à la buanderie vous chercher l’un de ses slips sales !
Les filles virèrent au rouge écrevisse et garçons éclatèrent de rire.
- Vous vous croyez plus malins, quand vous regardez des photos de filles nues sur le net, peut-être ? rétorqua Tifa. Vous pensez qu’on vous entend pas ? ” Ouah ! Elle est trop bonne, celle-là ! ” ; ” Trop chaude, la meuf ! “.
- ” T’as vu ses nichons ? Je me la ferai bien ! ” renchérit Aerith d’une voix rauque, imitation grossière de ses camarades.
- En voilà un langage, pour des demoiselles ! railla la voix de Sephiroth depuis la porte du salon.
Il était nu-pieds, torse-nu, uniquement vêtu d’un léger pantalon de coton noir, et ses cheveux avaient été noués en une longue natte lâche qu’il dansait sur son épaule.
Tifa et Aerith se congelèrent sur place et les garçons rirent de plus belle.
- On vous entend rire depuis la chambre du bébé, reprit le Soldat en s’approchant pour prendre un biscuit salé sur la table basse, au risque de faire se liquéfier pour de bon les “demoiselles” présentes. Vous allez finir par le réveiller.
Nero tira sur son pantalon, que ce dernier retint de justesse - mais pas assez vite que éviter que les filles n’aient un léger aperçu particulièrement croustillant de ce qui se cachait dessous, même si ça ne dura que le temps d’un clignement de cils.
- C’est cause que Tifa et Aerith, elle arrêtent pas de poser des questions sur toi.
- Nero ! Arrête de t’accrocher aux vêtements des gens, le tança son frère.
- C’est pas qu’est-ce que j’ai fait !
Le soldat sourit en soulevant Nero. Dans ses bras, le garçonnet paraissait encore plus petit que d’habitude.
- Ce n’est pas ce que j’ai fait, reprit-il gentiment ce dernier.
- Mais c’est qu’est-ce que j’ai dit ! protesta le petit, les faisant tous rire. Bah n’empêche que c’est vrai, qu’est-ce que j’ai dit ! Aerith et Tifa, elles demandent plein de trucs bizarres et ça énerve tout le monde.
Les filles regrettèrent en cet instant de ne pas pouvoir se transformer en flaque d’eau pour de bon et se glisser entre les lattes du plancher.
- Des questions bizarres sur moi ? s’étonna Sephiroth d’un air faussement intrigué. Ah bon ?
Il était habitué depuis belle lurette à ce genre de réactions de la part des adolescentes - ou même de femmes plus âgées - et avait appris à passer outre. Mais il y avait en revanche une chose que personne, à l’Académie, ne laisserait passer : l’occasion de taquiner le petit Nero qui, par ses facéties, son langage enfantin souvent hilarant et sa bouille de chibi, était devenu au fil des mois la mascotte attitrée de tout le régiment. Il faut dire aussi que, Weiss et son frère étant orphelins, ils vivaient tous deux en permanence à la caserne de l’Académie de Midgar, ce qui avait fait de Nero un peu le petit frère - ou le fils adoptif - de presque chaque soldat.
- Oui, plein !
- Enfin, l’une d’entre elles a déjà trouvé réponse, général, intervint Reno, narquois. Nu sous le pyjama, les filles ! lança-t-il en désignant du pouce la partie de l’anatomie du soldat que Nero avait dévoilé par mégarde.
Les demoiselles piquèrent un fard carabiné, faisant redoubler l’hilarité des invités, et Sephiroth lança au rouquin une œillade critique.
- Reno…
Au premier, Kadaj donna de la voix et tous les adolescents pressèrent leurs mains sur leurs bouches en marmonnant des excuses.
- Eh voilà ! fit Yazoo à la façon d’un parent mécontent du comportement de ses enfants en faisant claquer ses petites mains sur ses cuisses avec un sérieux de pape. Vous avez réveillé le bébé ! Bravo !
L’expression qu’il affichait était si insolite pour un garçonnet de huit ans, qu’il y eut un court moment de silence avant que tout le monde ne ricane de plus belle.
- Yazoo ! railla Sephiroth, pris d’un fou-rire incontrôlable. Je crois que Nero commence à déteindre sur toi !
Ce dernier se raidit dans ses bras.
- Je déteins, moi ? Comme les t-shirts de Zack dans la machine à laver ?
Weiss faillit s’étrangler avec le soda qu’il était en train de boire.
- Quelque chose comme ça, oui. Ah ! Ah ! Ah ! s’esclaffa Sephiroth.
Nero fronça ses petits sourcils en croisant les bras sur son pyjama “Super-Mog”, l’air soudain très concentré, comme s’il venait soudain de penser à quelque chose de particulièrement important.
- D’accord… Alors c’est pour ça que je fais du noir partout !
C’en fut trop pour le soldat, qui dût le poser par terre et s’appuyer contre le mur pour rire tout son soûl.
Yazoo haussa ses petits épaules en voyant les “grands” rire comme des idiots etsauta du canapé pour prendre Nero par la main.
- Viens, on va voir le bébé.
- J’espère que je serais jamais grand, moi. Les grands sont trop bêtes.
Yazoo acquiesça d’un soupir déchirant et se dirigea vers l’escalier en traînant des pieds.
- J’en ai marre de cette famille… Ils ont vraiment aucun sens des “responsabilisations” !
A l’énoncé de cette sentence, l’hilarité des adolescents et de Sephiroth atteignit des sommets.
***
Loz, qui était monté derrière les garçonnets pour calmer le bébé jusqu’à ce qu’il rendorme, redescendit dans la salon pour constater avec déplaisir - ô combien ! - que Sephiroth était toujours là, orteils et torse à l’air, en train de grignoter du pop-corn en compagnie de ses amis et sous le regard dégoulinant d’admiration des filles.
Et le pire, c’était que la lumière dorée des bougies le drapait d’ombres particulièrement avantageuses qui accentuaient sa musculature parfaite.
Qu’à cela ne tienne, il n’allait pas se laisser faire ! Lui aussi avait un corps d’athlète !
Il s’arrêta à mi-hauteur de l’escalier, attendit quelques instants dans l’ombre pour être sûr que personne ne l’avait remarqué, et remonta discrètement dans sa chambre pour ôter ses vêtements et fouiller à la recherche d’un pantalon de pyjama uni - ce qui ne fut pas une mince affaire car ils étaient presque tous estampillés de super-héros ou de personnages de dessins animés. Au moment de l’enfiler, il renifla ses aisselles, tendit la main vers son déodorant mais hésita. Un sourire incurva soudain ses lèvres et il jeta le pantalon de pyjama sur le lit avant de se diriger vers la salle de bains…
Tifa allait voir ce qu’elle allait voir ! A bishonen, bishonen et demi !
Il croisa son reflet dans le miroir et fronça le nez.
Bon d’accord, peut-être pas “et demi” mais au moins “et quart”, allez !
***
- Qu’est-ce qu’il fabrique ? commença à s’inquiéter Sephiroth. Kadaj devrait dormir depuis longtemps.
Weiss repoussa son frère pour se lever.
- Je peux aller voir, si vous voul… Quand on parle du loup !
- Désolé ! s’excusa Loz en entrant dans le cercle de lumière des bougies. Kadaj m’a bavé dessus, j’ai dû prendre une douche. Ouh, là, là… C’est moi ou on crève de chaud, ici ?
Plusieurs paires d’yeux écarquillés le considéraient, certains admiratifs, d’autres complices ou amusés, et d’autres encore, comme ceux de Nero, ouvertement étonnés.
- Pourquoi que t’es en culotte ? demanda le garçonnet en désignant le boxer-short vert et noir qui lui moulait les fesses et les hanches.
Sephi se mordit la langue pour ne pas rire et les filles laissèrent leur regard courir sur la peau brillante, tendue par une musculature qui, malgré le jeune âge de son propriétaire, n’avait presque rien à envier à celle de son aîné.
- C’est un short de gym, Nero, pas une “culotte”, expliqua Zack, amusé.
- T’as oublié de te sécher ? s’enquit Yazoo à son tour. T’es tout mouillé.
- Je viens de dire que j’avais chaud, moustique !
- Alors pourquoi que t’as la peau comme les poulets de la cantine ? insista Nero.
Weiss, comprenant parfaitement ce qu’essayait de faire son ami, attrapa son frère par derrière et lui plaqua la main sur la bouche.
- Ca suffit, Nero, arrête de l’embêter. Alors, Reno ? Tu las finis, ton histoire ?
Reno reprit son récit - probablement une anecdote croustillante - et Loz prit place sur le canapé, entre Cloud et Tifa en défiant Sephiroth du regard.
Ce dernier lui sourit, pas le moins du monde impressionné. Il ouvrit même la bouche pour faire un commentaire malicieux afin de le taquiner devant ses amis lorsqu’il le vit serrer les poings et les mâchoires, l’affolement dansant dans ses grands yeux mako. Ce reflet si particulier, le soldat le reconnut pour l’avoir vu mille fois dans les yeux des jeunes recrues indociles, lorsque les officiers les passaient en revue et leur hurlaient des imprécations dans les oreilles pour “les mater” ou “leur forger le caractère”, comme ils disaient. Cette lueur, c’était la peur de l’humiliation. Ou plutôt, la peur d’être humilié sans pourvoir répliquer ou faire quoi que ce soit pour se défendre.
Il avait provoqué lui-même cette rage impuissante chez des aspirants soldats trop vaniteux des centaines de fois mais la voir dans les yeux de son petit frère lui tordit le ventre.
Loz n’était pas un jeune postulant arrogant et indiscipliné qu’il fallait mater. C’était son petit frère… Celui qu’il avait tenu dans ses bras, lorsqu’il était bébé, et qui venait se réfugier dans son lit lorsqu’il faisait des cauchemars, la nuit. Ce n’était ni un tir-au-flanc, ni un jeune coq prétentieux. C’était son “Lozy”, son “bébé nounours” même s’il était devenu à homme sans qu’il s’en aperçoive. Il n’était pas son ennemi. Alors pourquoi cette expression ?
Aerith, qui le dévisageait lui, Sephiroth, avec admiration dès qu’elle pensait ne pas être vue, rougit violemment lorsque Zack la poussa discrètement de l’épaule pour qu’elle cesse son manège et il comprit. Il comprit qu’en cet instant, il n’était plus le grand frère qui était là, parmi eux, mais le Héros de la planète, la “vedette” élevée sur un tel piédestal par les médias et la population qu’il en était devenu intouchable. Une seule moquerie, une seule parole désobligeante de sa part devant Tifa et Loz perdrait aussitôt toute crédibilité ou charme à ses yeux. C’est du moins ce que croyait son petit frère en cet instant. Il le lisait dans son regard…
Il profita donc d’une pause dans le monologue de Reno pour se pencher en avant par-dessus la table basse et refermer sa main sur la cuisse de Loz, tâtant le muscle avec une brusquerie toute militaire. L’adolescent se figea, attendant la réflexion cuisante qui ne saurait tarder.
- T’as encore pris des cuisses, non ? demanda Sephiroth le plus sérieusement du monde. Belle fibre. Combien soulèves-tu, maintenant ?
- Quat… quatre-vingt kilos, bredouilla Loz, ne sachant à quel sauce il allait être mangé.
Les filles laissèrent échapper un petit cri admiratif et Weiss lui asséna une claque dans le dos.
- Je te bats ! Quatre-vingt-sept, mon pote ! Désolé.
Nouveaux cris et Weiss fit gonfler son biceps, fier de lui, tandis que Sephiroth se resservait un verre de soda, un sourire énigmatique sur les lèvres.
Il attendit que l’excitation retombe un peu et laissa nonchalamment tomber :
- Lorsque Loz dit “quatre-vingt kilos”, Weiss, je crois qu’il veut dire “quatre-vingt kilos”… sur chaque jambe !
Reno faillit en laisser tomber son verre et Zack s’étrangla avec une chips.
- Tu déconnes, là ? bredouilla Weiss en se tournant vers Loz, sidéré. “quatre-vingt kilos” sur chaque jambe ? En même temps ?
Ce dernier haussa les épaules, un peu gêné.
- Pourquoi ? Tu fais comment, toi ?
- Oh, la vache ! s’écria Cloud, qui n’en croyait pas ses oreilles.
- Et vous, général ? s’enquit Aerith, rougissante. Combien soulevez-vous, si ce n’est pas indiscret.
Sephiroth sourit et secoua la tête.
- A peine quatre-vingt-dix. Répartis sur les deux jambes, s’entend. Loz est un phénomène. Sa morphologie est idéale. Une alliance parfaire entre force et souplesse. Il n’y a qu’à regarder.
Il désigna le jeune corps presque nu de son frère, que ce dernier avait pris grand soin d’huiler un tout petit peu après la douche sur la peau encore mouillée pour faire ressortir les muscles à la lumière des bougies.
- C’est vrai que tu… tu es vraiment très… très… bien fout… musclé, murmura Tifa, le coeur soudain battant en détaillant le physique parfait.
Comment diable avait-elle fait pour ne pas le remarquer plus tôt ?
Chacun y alla de son petit commentaire et Sephiroth sourit à son jeune frère, qui lui adressait à présent à regard débordant de reconnaissance.
Discrètement, il lui fit signe de monter s’habiller et lui montra Tifa avec un clin d’oeil. Loz comprit immédiatement le message : tu lui as donné un aperçu du paradis ; maintenant, referme la porte et laisse-là rêver à ce qu’elle a vu.
Et question séduction, Sephiroth en connaissait un rayon !
- Je vais enfiler quelque chose, je commence à avoir un peu froid, fit-il.
- J’y crois pas ! railla Reno. Monsieur n’aime pas qu’on mate, hein ? Monsieur est timide, en réalité !
Loz lui lança un baiser, railleur.
- T’en fais pas, ma poule, je te laisserai mater quand tu voudras, si ça peut de faire tellement plaisir !
Les autres rirent de bon coeur et, lorsqu’il revint, vêtu du pantalon de pyjama uni qu’il avait abandonné sur son lit peu avant et d’un débardeur noir moulant avantageusement un torse, qui promettait de devenir ample et vigoureux dans quelques années, il aurait juré que le regard de Tifa sur lui avait changé. Quelque chose brillait à présent dans ses beaux yeux noisette, lorsqu’elle le dévisageait, quelque chose qui lui mettait tous les sens en émoi.
Sephiroth observait discrètement les deux adolescents avec un petit pincement au coeur, se souvenant de ses premiers émois et de ses premiers chagrins d’amour.
Tous s’imaginaient - et en cela le service de communication de la Shinra avait fait un travail admirable - que le grand général, le héros de la planète, était à mille lieues de ces choses. Qu’il était un parangon de vertu et de droiture, une sorte de créature froide et insaisissable que des choses aussi vulgaires que le sexe, le désir ou les sentiments ne touchait pas. Mais tous se trompaient… Il avait été adolescent lui-aussi. Lui aussi avait pleuré pour avoir la permission de minuit. Lui-aussi avait rasé son duvet naissant plusieurs fois par jour en espérant le voir se transformer en barde et poils drus et virils. Lui aussi avait souillé ses draps en rêvant à des créatures de rêve aux seins énormes et aux jambes interminables. Lui aussi avait rêvé d’abandonner ses fichus petits frères pleurnichards et casse-pieds dans le désert afin d’en être définitivement débarrassé. Et tant d’autres choses encore…
- Qu’est-ce que t’as ? T’es triste ? Tu vas pleurer ?
Il tressaillit en entendant la petite voix de Nero, qui s’était glissé entre ses jambes pour agripper sa taille de ses petits bras.
Le soldat regarda autour de lui et vit que Loz et ses amis discutaient avec animation au sujet d’un jeu, semblait-il, s’il en croyait l’espèce plateau de bois que Yazoo brandissait.
- Non, pourquoi serais-je triste, Nero ? (Il souleva le garçonnet pour l’asseoir sur sa cuisse) Je repensais à l’époque où j’avais l’âge de Loz.
- Avant que tu sois vieux ? demanda Nero.
Sephiroth pouffa.
- Je ne suis pas “vieux”, Nero. Je suis une grande personne.
Le petit secoua la tête.
- Mhh… Mhh…
- Non ? Tu n’es pas d’accord.
- Weiss et Loz et Zack et Reno et Cloud… ils sont grands. Enfin… Cloud, je sais pas trop, ajouta-t-il après réflexion, faisant s’esclaffer le soldat. Mais toi, t’es vieux.
Sephiroth haussa les épaules, toujours aussi amusé par les réflexions du garçonnet.
- Bon, eh bien disons que je suis vieux, alors. Mais j’ai été petit, tu sais. Comme Kadaj.
Nero ouvrit de grands yeux horrifiés.
- Tu faisais pipi partout sur les gens ?
- Ah ! Ah ! Ah ! Nero… Parfois, on devrait te filmer ! Ah ! Ah ! Ah !
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