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Les rapports tordus de Rudo…

Les rapports de Rude sont parfois… rudes (à encaisser, s’entend)

Mais bon… ce brave garçon n’est pas une flèche, tout le monde le sait, hein. (Hein ? Quoi ? Je vais me faire des ennemis ? Où ça ? Ah… Bonjour Monsieur.)

Je disais donc que les rapports de mission de notre Rude adoré ont ceci de particulier qu’ils sont toujours attendus avec une grande impatience par les archivistes et les supérieurs hiérarchiques, qui se les refilent en se gondolant comme d’autres des photos gag…

Pourquoi ?

Eh bien, lisez ces quelques extraits choisis, vous comprendrez…

***

Extraits du dossier 587RO-B58 des rapports des agents spéciaux “TURKS”

Agent 008 : MANFRED EVINRUDE (dit RUDE)

« Après avoir exploré le réacteur Zéro sous toutes les coutures, nous avons pu voir qu’il n’y avait plus rien à voir. »

« Suite à l’attaque subite de l’homme, Reno a dû se défendre avec le gunblade de ce dernier. Après le coup violent porté à la gorge, la tête ne lui tenait plus que par la peau du derrière. »

« Comme le Capitaine Rhapsodos nous semblait devoir être pris en charge au plus vite dans un asile psychiatrique , nous avons estimé urgent de l’appréhender pour le conduire au siège de la Shinra. »

« Des témoins nous ont assuré que le dit Cloud Strife était cloué sur son lit par deux coups d’épée au bras. »

« Mort sur le coup, l’homme avait déjà été victime d’un accident identique l’an dernier. »

« Je jure sur mon honneur que j’ai effectivement frappé le dit Cid Highwind à la tête avec le marteau mais en faisant bien attention à ne pas lui faire mal. »

« Les neufs coups d’épée sur le cou, le torse et le visage de Zack Fair, dont le corps a été retrouvé au nord du désert, laissent croire que la mort n’est pas naturelle. »

« Malgré toutes les menaces que vous avez brandies, je vous rappelle que mon partenaire n’a avoué qu’un petit vol de rien du tout ainsi que quelques autres meurtres. Je ne vois donc pas de raison de le suspendre plus longtemps. »

« Nous nous sommes bien rendus à la maison de la mère du nommé Genesis. Toutes les entrées de la femme étant verrouillées, nous avons jugé préférable de pénétrer par le devant. »

« Plus l’homme cherchait à nous donner des explications sur son geste, plus nous avons compris qu’il ne parlait pas la même langue que nous. »

« Le trou de balle était si gros que nous avons pu y mettre deux doigts. »

« Il est faux de dire que mon partenaire aurait froidement assassiné le suspect. Il n’a fait que se défendre face à un fou dangereux. J’ai pu constater par moi-même que le cadavre ne semblait pas en possession de toutes ses facultés. »

« D’après le rapport d’autopsie du professeur Hojo, il semble évident que le pendu soit mort noyé.”


Bon bah j’espère que ce p’tit délire inspiré de quelques perles (hélas bien réelles !) vous aura fait au moins sourire (Un peu d’humour dans ce monde pourri…)

Ah, oui, pour ceux qui ne le sauraient pas, Evinrude est une marque de moteurs de bateaux très connue (ils sont particulièrement bruyants puisque généralement gros et très puissants…). Je trouvais ça rigolo, ne me demandez pas pourquoi.

Je précise aussi que Rude ne s’appelle pas plus “Manfred” (j’ai adoré “Ice Age”, oui) que Reno ne s’appelle “Renato”, enfin, je ne pense pas… Je l’espère pour eux, en tous les cas ! :oD

LXVI - Un mort bien vivant

Quand on n’a rien à se reprocher dans la journée,

on ne craint pas que les fantômes viennent

hurler à la porte au milieu de la nuit. ”

Proverbe chinois

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Derrière la vitre de la cuve, Weiss essayait désespérément de deviner ce qui se disait et se passait dans le laboratoire.

Il avait définitivement repris ses esprits deux heures plus tôt, en sentant l’horrible douleur - typique du mako purifié - embraser ses poumons et ce fut pour voir Sephiroth allonger son frère sur - ou plutôt ” dans ” - le corps de Genesis, que d’autres hommes avaient transporté jusque là dans une civière.

- Weiss ? Weiss, tu m’entends ?

Il baissa les yeux vers Shelke, qui tapotait le verre de la cuve pour attirer son attention.

- Kadaj va augmenter un peu la concentration de mako, l’informa la jeune fille. Fais-nous signe si tu sens une gêne ou une brûlure quelconque.

Indifférent à son propre sort et à la douleur de ses os brisés, l’ancien chef des Tsviets désigna ce qui se passait dans le laboratoire et secoua la tête, soucieux.

- Je te l’ai dit, insista la jeune fille. Tu n’as rien à craindre. Il s’agit bien de Genesis. Du vrai Genesis. Nero a besoin de ces cellules ou sinon, il risque de…

Weiss sentit un horrible élancement au côté droit, là où une côte avait transpercé son foie, et il posa lourdement le front sur le verre avec un ” toc ” sinistre, interrompant son ancienne subordonnée.

Celle-ci se tourna vers sa sœur, ne sachant plus comment convaincre le jeune homme de se concentrer sur sa propre guérison.

Shalua s’approcha.

- Weiss ? Weiss, regarde-moi. Regarde-moi !

Elle donna une tape sur la paroi et il daigna enfin lui accorder un peu d’attention mais son magnifique regard bleu et or décelait un monde d’angoisse et de souffrance.

- Tout va bien se passer, assura-t-elle d’une voix douce. Vincent et Genesis savent ce qu’ils font, je t’en donne ma parole.

Le Tsviet vissa ses prunelles aux siennes, comme s’il lui demandait silencieusement de jurer qu’il n’arriverait rien à son frère, et Shalua sourit.

- Ce qui aidera vraiment Nero à se remettre rapidement, c’est de voir que son grand frère va bien et qu’il est hors de danger.

Weiss ferma les yeux un instant, comme s’il se concentrait pour essayer de se reprendre et de gérer la douleur et hocha la tête.

- Bien. J’ai réduit les fractures et il faut à présent que le mako ressoude tes os et régénère tes organes. Kadaj va y aller en douceur.

Le jeune homme acquiesça de nouveau et se tourna vers Kadaj, qui lui sourit pour le rassurer.

- Le mako aussi pur est très instable, fit ce dernier. Alors j’ai vraiment besoin que tu m’alertes à la moindre gêne.

Weiss plissa le front en signe d’incompréhension et tourna la tête vers Shelke, qui laissa échapper un petit rire.

- Tu n’es plus au Deep Ground, Weiss, dit-elle. Ici, tu te rendras à peine compte du changement de concentration de mako. Kadaj est un vrai virtuose.

L’incarné haussa un sourcil, un peu perdu, et la jeune fille s’assit sur l’accoudoir de son fauteuil.

- Au Deep Ground, les scientifiques n’utilisaient pas de paliers progressifs, expliqua-t-elle.

Kadaj tordit le nez.

- Charmant… Et moi qui pensais que nous avions écopé des pires sadiques au cratère Nord !

De l’agitation se fit dans l’infirmerie.

Telle un étrange papillon s’arrachant à sa chrysalide, Nero avait commencé à s’extraire du corps de Genesis. Et à le voir haleter et lutter, cela n’avait rien d’un exercice aisé.

Le rythme cardiaque de Weiss se mit à battre la chamade, faisant hurler les appareils de contrôle, et Kadaj jura.

- Du calme, Weiss, le supplia Shelke. Concentre-toi !

Nero était parvenu en rampant à extraire la moitié supérieure de son corps de celui de son hôte… lorsqu’il s’effondra sur le côté, à bout de souffle.

- C’est pas vrai… soupira Vincent. Allez, encore un petit effort !

- Ne peut-on pas l’aider ? proposa Loz, prêt à se saisir des bras minces pour le tirer vers lui.

- Surtout pas ! intervint l’essence fantomatique de Genesis. Tu pourrais endommager irrémédiablement et son corps, et le mien.

- Voire même couper tout bonnement ce garçon en deux, ajouta Reeve.

Cid, lui aussi présent, se raidit.

- Tu es sérieux ?

- Les cellules de sa partie inférieure sont totalement imbriquées dans les miennes, confirma Genesis.

Sephiroth s’accroupit à côté de Nero, trop épuisé pour ne serait-ce que se redresser sur ses avant-bras.

- Allez, courage, c’est bientôt fini. Tu y es presque.

Le Tsviet secoua la tête.

- Je… Je n’y arrive… pas…

- Essaye quand même une dernière fois. Respire un grand coup.

Nero obéit et s’accrocha même aux jambes de Sephiroth pour essayer de se libérer. En vain. Son bassin et ses jambes restaient prisonnières de ceux de Genesis - ou plutôt ” mêlés ” à eux.

- Je… Je ne… peux pas… Je suis… Désolé…

Le Soldat lança un regard désespéré à Vincent, qui secoua la tête.

- Il est en train de s’épuiser pour rien alors qu’il a besoin de toutes ses forces pour se remettre d’aplomb et assimiler les cellules de Genesis, trancha ce dernier. Ce n’est pas bon du tout.

- Alors, je crois que nous n’avons pas le choix, fit Reeve en se tournant vers l’essence fantomatique de l’ancien soldat 1ère classe. Il va falloir l’aider.

- J’aurais préféré éviter ça, murmura ce dernier. Ca risque d’être très violent et dans son état de fragilité, il…

- Genesis… intervint Sephiroth, la tête de Nero sur ses genoux. Il est vraiment à bout.

- D’accord, d’accord, Seph, c’est bon, j’ai compris.

*

Dans le grand salon, les autres hôtes du manoir - Denzel et Marlène, qui dormaient encore, exceptés - étaient réunis devant un petit déjeuner très matinal, les yeux bouffis de sommeil.

- Bon sang ! Je pourrais dire que j’en aurais vu, des trucs bizarres, dans ma vie… fit Rude, encore vêtu de sa tenue de commando, en avalant son troisième café.

Reno lui tapa sur l’épaule et se saisit d’une carafe de jus de fruits.

- Tu l’as dit, mon pote.

Il remplit son verre et celui de Yazoo, qui ne cessait de lorgner sur le cadran de la montre de son amant.

Tifa, qui avait remarqué son manège depuis un moment, se pencha à son oreille

- Tseng et Elena seront là d’un moment à l’autre, chuchota-t-elle.

L’argenté sourit et elle lui pressa amicalement la main.

- En fait, non, pas tout de suite, annonça Rufus avec une moue. Avec les événements de la nuit, j’ai oublié de vous en faire part mais Tseng a appelé. Ils ont dû s’arrêter en route. Un petit problème d’ordinateur de bord mais rien de grave. Ils seront là dans la soirée. (Les épaules de Yazoo s’affaissèrent) Je suis désolé, j’aurais dû t’en parler tout de suite.

L’argenté se reprit et secoua la tête.

- Ca ira, ne vous en faites pas. Je… Je m’étais juste mentalement préparé à leur arrivée pour ce matin, c’est tout.

Reno lui passa le bras autour des épaules, réconfortant.

- Les machines sont toujours là pour nous pourrir la vie pile poil quand il ne faut pas, petit ! soupira Barret avec philosophie.

Yuffie s’étira et se frotta les yeux.

- Je me demande comment ça se passe, en bas.

*

Genesis eut beau essayer de réintégrer son corps aussi délicatement que possible, comme il l’avait craint, à peine ” réinstallé “, Nero en fut expulsé avec une violence inouïe.

Si Loz n’avait pas aidé Sephiroth à le retenir, le ténébreux aurait sans doute été propulsé à plusieurs mètres et il ne s’en serait pas tiré indemne.

La douleur n’en fut cependant pas moins intense et, tout comme cela avait été le cas lorsqu’Hojo l’avait chassé du corps de Genesis une première fois, Nero eut l’impression que chacune de ses cellules se scindait en deux.

Son cri résonna dans l’infirmerie.

Weiss, affolé, hurla le nom de son frère en silence dans le mako en plaquant ses deux mains contre la vitre et Shelke essaya une fois de plus de l’apaiser.

- Ca va aller ! Ma sœur et Vincent sont avec lui. Reprends-toi ! Tu dois te calmer ou tu risques d’endommager irrémédiablement les os fracturés que Shalua a remis en place ! Si le mako les ressoude de travers, tu es bon pour passer sur la table d’opération avant de retourner là-dedans !

A quelques mètres de là, Shalua auscultait Nero, qui gisait dans les bras de Sephiroth.

- Il est choqué mais ça a l’air d’aller. Tu m’entends, chaton ? Ouvre-les yeux, allez.

- Nero… gémit Genesis, qui essayait de se redresser un peu avec l’aide de Merill.

- Doucement, Capitaine Rhapsodos. Reconstituer ce que vous avez offert à votre ami va prendre un peu de temps. Restez tranquille.

Nero ouvrit lentement les yeux et Shalua lui sourit en passant la main dans ses cheveux dégoulinants de sueur.

- Ca va, chaton ? Comment te sens-tu ? As-tu mal quelque part ?

- Fa…tigué…

Sephiroth et Vincent laissèrent échapper un soupir d’intense soulagement.

- C’est normal, poursuivit la jeune scientifique en caressant le front moite. Tu vas pouvoir dormir et te reposer autant que tu le voudras, maintenant, je te le promets.

Elle se tourna vers la cuve, où Weiss s’agitait de plus en plus, et leva le pouce avec un large sourire, pour faire signe que tout allait bien.

- Ca a marché, dit Shelke en posant ses paumes contre celles de Weiss à travers la vitre de la cuve. Tu entends, Weiss ? C’est fini, Nero est hors de danger, maintenant.

L’ancien chef des Tsviets hocha la tête et se laissa aller en arrière contre la paroi en fermant les yeux, comme si le soulagement lui coupait les jambes et lui ôtait ce qui lui restait d’énergie.

- Weiss ? appela doucement Kadaj. Weiss, encore un effort, il faut trouver le bon palier de mako. Ensuite tu pourras te laisser aller jusqu’à ce que tu sortes de là.

Weiss se força à sourire malgré la douleur et acquiesça.

*

Tseng - ou du moins avait-il l’apparence de Tseng - enjamba le corps inanimé d’Elena et du pilote de l’avion pour se saisir du petit cercueil, qu’il ouvrit pour récupérer le minuscule défunt momifié.

- Ridicule… cracha-t-il en voyant les vêtements de poupée.

Il dénuda le corps du bébé sans la moindre pitié, éparpillant la layette sur le sol, et voulut le glisser dans la poche de son costume mais la position des petits bras et des jambes potelées l’en empêchèrent.

- Saleté…

Il jeta un regard alentour et prit un sac en papier destiné aux passagers souffrant du mal de l’air.

Il brisa les membres du bébé avec des “ crac ! ” sinistres, désolidarisa le corps de la tête et jeta le tout dans le sac avant de glisser ce dernier dans sa poche.

- Des cellules de Jenova parfaitement conservées ! ricana-t-il en tapotant les petits restes momifiés à travers la toile de sa veste, faisant s’entrechoquer les morceaux avec un bruit de cailloux. Un génie ! Je suis un génie…

à suivre

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LXV - Chibi Face

” Un ami, c’est quelqu’un qui vous connaît bien…
et qui vous aime quand même. ”

Hervé Lauwick

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Vincent et les soldats du WRO qui l’accompagnaient firent irruption dans la grotte surplombant le ravin où coulait la rivière de la vie, ils furent saisis par le spectacle qui s’offrit à eux.

A quelques pas à peine du bord de l’abîme, Genesis semblait défier… Genesis !

- Qu’est-ce que… bredouilla l’un des soldats, ébahi.

- Shelke, as-tu une idée de ce qui se passe ? demanda l’ex turk à la jeune fille.

Celle-ci observait la scène, aussi surprise que ses compagnons, mais analysa immédiatement la situation.

- On dirait qu’il essaye de récupérer son propre corps, Vincent. Et il n’est pas seul, regarde.

Elle désigna les deux formes opalescentes qui observaient elles aussi la scène avec inquiétude et Vincent laissa échapper un cri.

- Lucrecia !

Tous se tournèrent alors vers lui et, profitant, de la diversion, le voleur du corps de Genesis s’en débarrassa comme d’un vieux vêtement pour plonger dans l’abîme où coulait la rivière de la vie avec un rire fou.

Le corps désincarné de Genesis voulut le suivre mais Angeal, le second ” fantôme ” présent, s’interposa.

- Non ! Recupère ton corps et rejoins ces hommes ! ordonna le Soldat avant de plonger derrière Hojo.

Lucrecia voulut sauter à son tour mais Vincent l’appela encore.

- Non ! Lucrecia ! Attends !

- Nous nous verrons bientôt, Vincent, je te le promets… dit-elle avant de se lancer à son tour dans l’onde tourbillonnante. Je te confie Genesis.

- Lucrecia !

Il se précipita au bord du précipice, où l’essence désincarnée du soldat s’était agenouillée près de son propre corps.

- Il n’est pas là… bredouilla-t-il en enfonçant une main translucide dans la poitrine sanglée de cuir. Comment est-ce possible ?

- Tu es Genesis, n’est-ce pas ? demanda Shelke, qui s’était approchée à son tour. Le ” vrai ” Genesis ?

Celui-ci hocha la tête, hébété.

- Où est-il ? demanda-t-il. Où est le garçon qui avait pris ce corps ?

Vincent se tourna vers eux.

- Nero ? En sécurité. Très affaibli mais il reconstitue son enveloppe et ses organes petit à petit.

Genesis secoua la tête, sceptique.

- Il reconstitue son enveloppe ? Mais… Avec quoi ? C’est impossible ! Il… Il n’a rien pris. Pas une seule cellule. Mon corps est intact !

- Nous l’avons mis dans un caisson mako, l’informa Shelke.

- Un caisson mako ? répéta-t-il, visiblement préoccupé. Mais ça ne suffira jamais !

- Est-ce Hojo que nous avons vu plonger dans la rivière ? demanda Vincent, encore sous le choc de ce qu’il avait vu.

- Oui. Oui, c’était bien cette ordure d’Hojo. Comment… Comment Nero s’y est-il pris ? insista Genesis.

Shelke leva le sourcil, étonné de l’inquiétude de l’ancien soldat pour le second des Tsviets.

- Pas de la meilleure façon, je le crains, mais il n’avait pas vraiment le choix. Le fait de devoir reconstituer son corps avec la force de son seul moi psychique l’a fortement affaibli et, à entendre ma sœur, il est aussi fragile qu’un nouveau-né.

- Récupère ton enveloppe et partons d’ici, ordonna Vincent. Il nous faut nous dep…

- Non, le coupa Genesis. Si je réintègre mon corps, je ne pourrais plus en sortir.

L’ex turk ouvrit de grands yeux.

- Tu préfères donc rester un fantôme ?

- Bien sûr que non ! Mais j’aimerais d’abord que Nero y prenne la matière suffisante pour se régénérer et, pour cela, il faut lui amener ” vide “. D’après ce que me dit cette jeune fille, il n’aura jamais la force de s’y glisser si j’y suis déjà.

Shelke sourit.

- Alors Sephiroth avait raison, finalement. Tu sembles beaucoup aimer Nero et son frère.

- Sephiroth ? bredouilla Genesis. Alors cette femme disait vrai ? Sephiroth est… vivant ?

- ” Cette femme ” est sa mère, l’informa l’ex turk. Lucrecia Crescent. Et, oui, il est bien vivant.

Le soldat frotta son visage désincarné, visiblement très ébranlé.

- Je suis resté absent si longtemps…

Vincent et Shelke échangèrent un regard embarrassé.

Les soldats du WRO qui les accompagnaient, eux, ne savaient visiblement plus du tout à quel saint se vouer.

*

- Et tu ne m’as rien dit ? gronda Loz, fou de rage mais essayant de se contrôler pour ne pas malmener Nero, toujours blotti contre lui. Cette ordure a torturé mon fils !

- ” Cette ordure “ a tué le mien ! rétorqua Yazoo sur le même ton, faisant blêmir son frère. Qu’est-ce ce que tu crois ? Que je n’avais pas envie, moi aussi, de grimper dans ce satané hélicoptère pour aller régler son compte à cet enfant de salaud ? Tu crois que j’ai déjà oublié ce qu’il a fait à mon bébé ?

- Bien sûr que non. Je… Je suis désolé… Ce n’est pas ce que je voulais dire, murmura son jumeau, horriblement mal à l’aise. Mais ni Vincent, ni Rufus, ni toi n’aviez le droit de nous empêcher de régler son compte à cet homme !

- Peut-être avons-nous estimé que ta vie et celles de mes frères valait mieux que le plaisir fugace d’une vengeance ! railla le cadet, amer. Mille pardons d’avoir voulu vous protéger des griffes de ce Genesis et de Jenova !

- De quoi devons-nous être protégés, Yazoo baby ? On peut savoir ? demanda la voix de Cid, qui venait d’arriver dans leur dos, flanqué de Sephiroth et de Cloud.

Yazoo ferma les yeux et pinça les lèvres, anéanti.

Il avait juré à Reno de garder le secret sur la mission et, en trois heures à peine, il avait déjà réussi à mettre la puce à l’oreille à tous ses frères.

Quel piètre compagnon il faisait pour un turk aussi haut placé que Reno !

Il s’apprêtait à fournir une explication laborieuse lorsque le cri de Shalua, qui venait de sortir de son bureau le téléphone collé à l’oreille, l’interrompit.

- Merill ! Ils sont sur le toit ! Prépare la cuve et demande à Kadaj de descendre de toute urgence !

- Il est en si mauvais état que ça ? s’enquit son assistant, anxieux.

- A en croire Reno, oui. Cid ! Je vais avoir besoin de toi, là-haut !

- Mais enfin, qu’est-ce qui se passe, ici ? demanda Cloud, le regard allant de Shalua à Yazoo.

Cette dernière ne prit pas le temps de répondre et quitta l’infirmerie en tirant le pilote interloqué par le devant de son t-shirt.

L’argenté, lui, sentit ses joues s’empourprer sous le regard croisé de ses frères.

*

Weiss, sanglé à la civière se sentit ballotté en tout sens et il lui sembla entendre des voix d’hommes affolés autour de lui. Son esprit embrumé ne lui permettait de saisir que des bribes de leur conversation.

” …cassé …sérieux …urgence …Kadaj …cuve …dangereux pour lui …mako purifié ..Omega …Nero “

Nero…

Son petit frère…

Où était-il ?

- Ne…ro… gémit-il. Ne…ro…

Une voix douce de femme chuchota tout contre son oreille.

- Nero est en sécurité, je te le promets, tu le verras bientôt. Accroche-toi, mon grand, on va s’occuper de toi.

Nero…

Il ne fallait pas que Nero le voie dans cet état. Cela le terrifierait. Il aurait voulu le dire à la femme mais il se sentait incapable de former une phrase cohérente.

Son petit frère n’avait jamais supporté de le voir malade ou malmené. Ca le rendait fou de peur et de chagrin. Comme il y a quatre ans, là-bas, au réacteur zéro, lorsque Weiss et ses lieutenants avaient enfin réussi à se débarrasser de leur bourreau, ce Restrictor maudit qui les avait enfermés et dressés comme chiens de combat.

Non…

Non, c’était injuste de dire ça…

Les chiens de combats étaient bien mieux traités !

Lorsque le Restrictor s’était effondré à ses pieds, Weiss s’était figé et avait attendu quelques instants. Une douleur… Une gêne… Un malaise… Un quelconque signe annonçant que le nanovirus qu’on lui avait injecté pour prévenir toute mutinerie, et qui devait se réveiller dans les trois jours suivant la mort de son bourreau, avait commencé son œuvre de destruction.

Le nanovirus…

Cette minuscule promesse de mort…

Le seul obstacle qui l’avait empêché de se révolter jusqu’alors.

Du moins jusqu’à ce qu’on attache Nero à cette colonne maudite dans ce sous-sol crasseux et qu’il l’entende hurler et l’appeler à l’aide jour et nuit…

Une seule chose comptait aux yeux de Weiss plus que sa propre vie : son petit frère. Et son premier geste d’homme libre, après avoir éliminé le Restrictor, fut d’aller libérer Nero.

- C’est fini … avait-il murmuré à son oreille lorsqu’il avait brisé les chaînes qui retenaient impitoyablement son corps menu contre la pierre dure. C’est fini, chibi face

Chibi face “

Un sobriquet affectueux donné par Angeal Hewley et que le benjamin n’acceptait que de la part de son frère aîné.

Nero était resté un long moment blotti contre lui, dans ce sous-sol horrible, comme s’il voulait s’assurer de la réalité de son frère. Il lui fallut plusieurs minutes pour faire sortir quelques mots de sa gorge, écorchée à force de sanglots et de hurlements.

- Tu as… réussi… Tu as pu te… libérer de… lui… Je suis tellement… heureux… Mon frère… Bien aimé…

- Oui, chibi face, cette fois, c’est bien terminé.

- Comment ? Le virus… Comment as-tu…

- Nous trouverons, l’avait coupé Weiss. Ne t’en fais pas pour ça.

Nero s’était alors raidit dans ses bras et avait levé vers lui un regard épouvanté.

- Tu as tué le Restrictor sans… Sans anihiler… le virus ?

- Nous trouverons une solution, Nero, Shelke va me…

- Non ! avait hurlé son frère, en larmes en s’accrochant désespérément à lui.

- Nero, je…

- Il ne reste que trois jours, Weiss ! Comment vas-tu faire ?

- Je t’ai dit que…

- Pourquoi as-tu fait ça ? Pourquoi ? Pourquoi ? POURQUOI ? !

La dernière chose dont il se souvenait ensuite, était d’avoir pénétré grâce à Shelke dans la réalité virtuelle de la toile mondiale, à la recherche d’informations et… plus rien.

Jusqu’à ce que, trois ans plus tard, Vincent Valentine et son frère chassent (ou du moins l’avait-il cru) l’homme qui avait pris possession de son corps pour en faire l’hôte de l’Omega…

à suivre

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LXIV - Plus mort que vif

Mieux vaut la mort dans le combat que la vie d’un vaincu.
Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

L’oreillette de Vincent grésilla et il leva la main pour signifier aux soldats de la WRO qui le suivaient de s’arrêter.

Ces derniers obéirent comme un seul homme et se placèrent dos au mur de l’étroit conduit souterrain qu’ils arpentaient prudemment depuis près d’une heure et qui menait aux entrailles du mont Nibel.

Ici l’Unité alpha. Tout est propre. Rien à signaler dans les grottes du secteur C01. “ fit la voix de Rude dans l’oreillette de l’ex-turk.

Ici unité beta. Tout est propre aussi dans la zone C02, Monsieur. Quelles sont vos instructions ?” demanda la voix d’une jeune femme à son tour.

Vincent se tourna vers Shelke, qui lui fit signe de la tête en tapotant sur son PDA.

- Unités alpha et beta, continuez la progression comme convenu dans les secteurs C03 et C04, ordonna l’ex-turk. Nous vous envoyons une topographie détaillée des lieux.

A vos ordres, Monsieur. “

O.K., on continue, Vince “

Vincent donna ordre de poursuivre et la petite colonne armée se remit en marche.

*

Denzel finit par s’endormir, pelotonné dans le lit entre Tifa et Loz.

- Décidément, il sera dit que nous ne passerons pas une seule nuit tranquilles… soupira la jeune femme.

L’argenté eut un sourire las et tendit la main pour lui caresser la joue.

- Avec le bébé, ça ne va pas s’arranger, tu sais. Je vais m’installer avec lui à côté, dans la chambre que Yazoo et moi nous…

- Ne dis pas de bêtises, le coupa Tifa. Le bébé viendra ici, avec son papa.

Le papa en question se permit un petit rire ironique.

- As-tu déjà passé des mois avec un nourrisson qui se réveille plusieurs fois par nuit avec des cris aigus ? demanda-t-il, non sans humour.

- Non mais ça ne doit pas être si terrible que ça.

- Crois-moi sur parole, Yazoo et moi avons eu envie de jeter ” bébé Kadaj ” dans les toilettes plus d’une fois.

La jeune femme pouffa en se mordant la langue pour ne pas réveiller Denzel.

- Dans les toilettes ?

- Nous n’avions pas de fenêtres, au cratère Nord, plaisanta l’argenté avec une moue taquine.

Tifa grimaça désespérément pour ne pas piquer un fou-rire.

- Idiot…

Loz lui pinça tendrement la joue.

- Je vais redescendre un peu auprès de ce garçon, dans le caisson.

- Nero ? Il est inconscient.

- Peu importe. Il m’a ramené mon fils. Rester un peu à ses côtés est le moins que je puisse faire en l’absence de son frère. Ca va aller ?

Tifa, tombant de fatigue, acquiesça, les yeux mi-clos, et embrassa sa paume.

- Oui, ne t’en fais pas. Essaye de revenir dormir un peu quand même.

Il se pencha prudemment par-dessus le garçonnet et déposa un baiser sur les lèvres offertes.

- Ne t’inquiète pas pour moi. Dors.

Il les borda, elle et Denzel, et s’habilla en silence, sachant très bien qu’il n’était pas prêt de se recoucher.

Veiller Nero n’était qu’un prétexte.

Bien qu’il ait fait mine de ne s’apercevoir de rien pour ne pas effrayer Tifa, il s’était évidemment rendu compte que Yazoo lui cachait quelque chose. Et il était bien décidé à le ” cuisiner ” le temps qu’il faudrait pour savoir de quoi il s’agissait !

*

Rude et son unité firent irruption dans une large grotte.

- Go ! Go ! cria le turk. En position !

La dizaine de soldats du WRO se déploya aussitôt le long des parois en balayant les lieux du faisceau des torches qu’ils avaient fixées à l’extrémité de leurs armes.

Tout semblait désert et Rude s’apprêtait à en informer Vincent lorsqu’un jeune soldat roux l’interpella depuis l’extrémité opposée de la grotte.

- Monsieur ! cria-t-il. Par ici ! Dans les rochers !

Le turk se tourna vers lui.

Comme une poupée désarticulée que l’on aurait jetée au sol, l’ancien chef des Tsviets gisait sur le dos, les bras en croix et la tête renversée sur les arêtes aiguës des pierres qui lui servaient de couche.

- Oh, merde… gémit Rude en se précipitant vers lui. Vince ! cria-t-il dans le petit micro fixé au col de sa tenue de commando. On l’a trouvé ! Dis à Reno de poser l’hélico sur le terre-plain, à l’entrée de la grotte !

*

- Comment va-t-il ? demanda Loz à son jumeau, le faisant sursauter.

Ce dernier se tenait debout à côté du caisson de Nero et le regardait avec inquiétude.

- Il s’agite, hyperventile et n’arrête pas d’appeler son frère. Il ne te rappelle pas quelqu’un ? demanda-t-il avec un sourire triste en posant la main à plat sur la paroi de verre, juste au-dessus du visage comprimé dans son masque de contention, comme pour lui caresser la joue à distance.

Loz s’approcha à son tour et sentit son cœur se pincer devant le corps tremblant, si mince que l’on voyait le dessin des côtes sur ses flancs. Par rapport au reste, si menu, ses bras, ses épaules et sa musculature pectorale et abdominale paraissaient étonnamment vigoureux mais pouvait-il en être autrement lorsqu’on vous contraint à manier d’énormes pistolets de près de trois livres chacun et qu’on vous visse une immense paire d’ailes métalliques aux os de l’épine dorsale et des omoplates ?

Les longs doigts graciles étaient recroquevillés sous le petit menton pointu, autant du moins que le permettaient les fins poignets entravés par plusieurs épaisseurs de gaze.

Les globes oculaires roulèrent sous les paupières diaphanes à demi-closes.

- Weiss… eiss… eiss…

A peine un murmure.

La poitrine ornée d’arabesques haleta, fut prise de soubresauts, et des larmes perlèrent au bout des longs cils frémissants.

La gorge de Yazoo se serra tandis qu’il avait l’impression de revenir des années en arrière, là-bas, au cratère Nord, lorsque les scientifiques ramenaient Kadaj dans leur chambre, après lui avoir fait subir les Dieux seuls savaient quoi.

L’adolescent semblait si fragile, alors, étendu sur son lit, à peine conscient, tremblant et utilisant le peu de forces qui lui restait pour gémir le nom de Loz sans discontinuer, jusqu’à ce que celui-ci revienne enfin de son entraînement forcé le soir venu et serre le garçon contre lui pour le bercer comme un tout petit. Comme lorsqu’il était enfant et qu’un cauchemar l’effrayait.

Les jumeaux s’étaient toujours occupés de Kadaj avec autant de dévouement l’un que l’autre mais, dans ses moments là, lorsqu’il était vraiment terrifié, c’était toujours l’aîné que le cadet réclamait. La force peu commune de Loz, sa carrure, sa voix profonde et son indéfectible patience rassuraient Kadaj et le calmaient plus sûrement que n’importe quelle caresse ou mot tendre de Yazoo.

Une figure paternelle, protectrice et rassurante ? Sans doute.

Et c’est aussi ce que devait être Weiss pour Nero, si l’on en croyait ses réactions et ce qu’avait raconté Shelke.

Alerté par les ” bips ” de l’ordinateur relié au caisson, Merill s’approcha pour vérifier les données.

- Zut… soupira-t-il en constatant que l’agitation de son patient montait en flèche, risquant de provoquer un incident cardiaque - ou pire. Shalua, ça ne va pas, appela-t-il.

La jeune scientifique s’approcha à son tour et lut par-dessus l’épaule de son assistant.

- Il va falloir injecter une nouvelle dose de sédatifs.

- Encore ? J’ai peur que cela lui fasse plus de mal que de bien.

Yazoo lança à Loz un regard suppliant. Celui-ci sourit et hocha la tête.

- Shalua, peut-on le sortir du caisson, un instant ? demanda le grand argenté.

Les deux médecins ouvrirent de grands yeux surpris.

- Loz, il a besoin du mako qui…

- Juste une minute. Il est juste effrayé. C’est d’un contact, dont il a besoin, pas de médicaments.

Shalua parut hésiter mais Yazoo insista.

- Kadaj faisait exactement les mêmes mimiques et réagissait de la même façon après avoir été malmené par les chercheurs, dit-il. Loz arrivait toujours à calmer. Laisse-le essayer, ça n’engage à rien.

Avec un soupir sceptique, la jeune femme et Merill s’exécutèrent, sans grand enthousiasme, et, après l’avoir enroulé le corps nu avec mille précautions dans une couverture très douce, Loz souleva le fragile ténébreux dans ses bras et alla s’asseoir sur l’un des lits, dont Yazoo redressa le dossier pour qu’il puisse s’y appuyer, son précieux fardeau roulé en position fœtale contre sa poitrine.

- Attention à son dos, les points de suture sont encore très frais, prévint Merill en collant quelques électrodes sur la poitrine et le dos de Nero.

Shalua s’avança avec un masque à oxygène relié à la cuve par un long tuyau où circulait un gaz verdâtre et le posa sur le visage de son patient après avoir déclipsé la partie du système de contention qui lui cachait la bouche.

- C’est de mélange d’oxygène et de mako, expliqua-t-elle. Ca ne vaut pas le caisson mais c’est mieux que rien.

Nero inspira le mélange avec avidité, au début, puis de plus en plus lentement tandis qu’il se laissait aller contre la large poitrine, dont il entendait battre le cœur contre son oreille.

” Papam… Papam… Papam… ”

Une grande main lissa les longs cheveux noirs tandis qu’il se sentit bercé tout doucement d’arrière en avant, en un mouvement lent et hypnotique accompagné par le rassurant battement.

” Papam… En arrière… Papam… En avant… Papam… Papam…”

La peau contre le haut de sa joue, l’une des rares parties de son visage que laissait à découvert son masque de contention, était tiède et douce. Le muscle qu’elle recouvrait, puissant et volumineux.

Comme ceux de Weiss…

Mais ce n’était pas lui.

Et ce n’était pas non plus Angeal.

Qui était cet homme, qui le tenait dans le berceau protecteur de ses bras avec la même tendresse que son frère ou que leur capitaine, sans la moindre crainte ou dégoût ?

” Weiss… Grand frère… Bientôt là… Dormir… Weiss… Mont Nibel… Va revenir…”

Une voix qui n’appartenait pas à l’homme contre qui il se blottissait, lui parvenait par intermittences, elle aussi rassurante et douce, presque féminine. A demi inconscient, il ne parvenait pas à tout saisir mais l’essentiel était clair : Weiss viendrait bientôt. Weiss serait bientôt là, près de lui, et le protégerait comme il l’avait toujours fait.

En attendant, l’homme aux grandes mains douces veillerait sur lui. Oui, il en était persuadé. Il le sentait dans la façon dont ses doigts lissaient ses cheveux et dont ses lèvres effleuraient parfois sa pommette ronde. Comme seuls son frère et Angeal avaient osé le faire jusqu’à présent.

Et Genesis.

Genesis…

Genesis… Je croyais que tu nous aimais bien… C’est ce que tu disais toujours… Pourquoi nous as-tu fait autant de mal ? Parce que j’ai pris ton corps ? J’en avais juste besoin pour sauver mon frère bien aimé… Je te l’aurais rendu intact… Jamais je n’aurais fait quelque chose pour te nuire ou te blesser, Genesis… Même lorsque tu as refusé de nous aider à nous libérer des restrictors, nous t’avons protégé de la Shinra… J’ai mis moi-même ton corps à l’abri dans la grotte…Tu savais que je te l’aurais rendu très vite… Tu le savais… Tu le savais… Tu le savais ! Alors pourquoi nous as-tu fait ça ? Pourquoi, Genesis ? Pourquoi ? “

Une larme perla entre ses longs cils et Yazoo essuya les grands yeux en amande à l’aide d’une compresse stérile.

- Comment es-tu aussi sûr que Weiss ne va pas tarder, Yazoo ? murumura Loz avec un regard perçant. (Son jumeau se figea) Qu’est-ce que tu ne veux pas me dire, petit frère ?

*

Dans l’hélicoptère, Vincent aida Rude à fixer Weiss à la civière de secours.

Reno, qui s’était tourné pour voir à quoi ressemblait l’homme qu’il était venu sauver, jura.

- Faut avoir fait ” bombe sup’ ” pour être officier supérieur dans le SOLDAT ou quoi ? Ils les recrutent sur photo ?

- Reno… le tança Vincent.

- Oh, ça va, je détendais un peu l’ambiance, c’est tout…

- Il est dans un sale était, soupira Rude.

- Hojo… ne cessait de répéter l’ancien chef des Tsviets dans une sorte de délire à demi conscient. Vincent… Vincent Valentine…

- Je suis là, le rassura ce dernier.

Il épongea le sang qui coulait de la lèvre du jeune homme avec une moue révoltée. Ce garçon et son frère étaient-ils donc destinés à servir toute leur vie de marionnettes et de défouloir à des bourreaux tous plus déséquilibrés les uns que les autres ?

Weiss était jeune, beau, rayonnant et si plein de vie… Quel gâchis !

Vincent le couvrit d’une couverture de survie et le blessé s’agita.

- Du calme. On va te sortir de là. Le cauchemar est fini, Weiss.

- Hojo… répéta celui-ci en agrippant le bras de l’ex-turk.

- Hojo est mort.

- Non… Il est… Vivant…

- J’ai tué Hojo lorsqu’il…

- Vincent… l’interrompit Shelke, les yeux brillants soudain d’une étrange lueur dorée en sautant dans l’hélicoptère. Il y a des perturbations importantes en bas, près de la rivière.

- Genesis… insista Weiss avant de sombrer dans l’inconscience. Genesis… C’est… C’est Hojo…

- Quoi ?

*

Des dizaines de mètres plus bras, celui qui n’était pas Genesis courait en direction du flux vital de la planète, qui passait sous la montagne.

Si seulement il avait encore eu Nero sous sa coupe, il aurait envoyé tous ces gêneurs et ces satanés soldats dans un endroit d’où il ne risquaient plus de revenir autrement que fous !

Mais Nero s’était enfui…

Et il avait dû abandonner Weiss…

Il secoua la tête avec rage.

- Arrête de ressasser, ce n’est qu’un léger retard ! s’admonesta-t-il sans cesser de courir.

Un dernier coude…

Une dernière dénivellation…

Et elle était là : sa libération. La rivière de la vie où il s’apprêtait à plonger..

Mais quelque chose se dressait entre lui et elle.

Quelque chose qu’il n’avait pas prévu…

Pas prévu du tout !

Genesis-Hojo se figea dans son élan, à quelques mètres à peine du gouffre où coulait la rivière, et son visage se tordit en un masque de rage.

Devant lui, flanqué des apparitions fantomatiques de son ex-femme et du soldat Angeal Hewley, une légende vivante bien plus consistante que les deux défunts lui adressait un sourire vibrant de mépris.

- On est venu m’informer que tu avais pris quelque chose qui m’appartenait, dit l’apparition en campant fermement ses jambes désincarnées sur le sol de pierre, bien décidé à empêcher le scientifique de passer pour se jeter dans le rivière.

Hojo sentit son estomac d’emprunt se contracter et sa crainte n’avait rien à voir avec Lucrecia ou Angeal, pour haineux qu’ils fussent. Les morts ne sont que des fantômes inoffensifs.

Mais les âmes désincarnées, c’était une autre paire de manches… surtout lorsque l’âme en question risquait à tout moment de reprendre de son corps et de vous emprisonner avec elle à l’intérieur comme un vulgaire moustique dans un bocal…

Hojo recula d’un pas.

- Genesis… bredouilla-t-il.

à suivre

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LXIII - Mon père, cet assassin

” Mon père aima ma mère comme on aime un complice ;
comme le crime aime le vice !”

C. Rodriguez

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Tifa bâilla et Loz la serra contre lui.

Vêtue d’une simple nuisette par-dessus laquelle elle avait rapidement enfilé un déshabillé pour descendre à l’infirmerie, elle frissonnait dans l’air climatisé du sous-sol.

- Nous devrions remonter dormir un peu, chuchota-t-il à son oreille. Il est presque quatre heures du matin.

La jeune femme acquiesça avec un sourire épuisé et se laissa aller contre son torse nu.

- Tu vas finir par attraper la mort, à te promener comme ça, murmura-t-elle en frictionnant la peau satinée.

Il haussa les épaules.

- Le froid ne me fait pas plus d’effet que ça, tu devrais commencer à le savoir, répondit-il avec un clin d’oeil. Où est passé Denzel ?

La jeune femme jeta un regard alentour.

Elle et Loz se tenaient debout près du caisson mako où Nero était toujours inconscient. Sephiroth, Cid et Cloud discutaient non loin de là avec des mines sombres. Shalua et Merill nettoyaient et désinfectaient le box de chirurgie et Shelke était penchée sur le berceau de Kay, qui gazouillait joyeusement sous les chatouilles de la jeune fille.

- Il était avec le bébé et Shelke à l’instant…

- Là, fit Loz en désignant la porte entrouverte du bureau de Shalua.

Tifa fronça les sourcils.

- Sale petit farfouilleur trop curieux ! gronda-t-elle faisant rire l’argenté.

- Je vais le chercher.

- Et fais-lui la leçon, surtout ! Toi, il t’écoutera peut-être.

Loz traversa le laboratoire en direction du bureau et Kadaj entra à ce moment précis, accompagné de Cait et d’une Yuffie aux yeux bouffis de sommeil.

- Ca y est, ils ont terminé ? s’enquit cette dernière en s’approchant du caisson pour observer Nero. Tiens, je ne me souvenais plus qu’il avait tous ces tatouages.

- Ce ne sont pas des tatouages, l’informa Tifa. D’après ce que j’ai compris, ces marques sont apparues sur sa peau à la puberté.

Cait écarquilla les yeux et colla presque la truffe contre le couvercle de verre pour mieux voir.

- Tu parles d’un truc bizarre, nota l’Utaïenne.

Kadaj tendit l’oreille.

- C’est quoi, ce bruit et cette fumée noire ? On dirait des centaines gémissements mêlés, dit-il en frissonnant malgré lui. Un mélange spécial de mako ?

Sa compagne sourit.

- Non, c’est Nero qui fait ça. C’est son ” don “. Il invoque des sortes de ténèbres peuplées de… de… Je ne sais pas vraiment quoi, en fait. Mais je peux te dire que quand tu te retrouves coincée dedans, ça n’a rien de drôle !

- Ca y est ? demanda une voix douce derrière eux. Alors ? Il a dit quelque chose ?

Ils se tournèrent pour voir Yazoo, qui venait d’arriver à son tour.

- Non, lui apprit Tifa. Il ne s’est pas encoré réveillé. Reno n’est pas avec toi ?

- Il est dans le bureau de Rufus, avec Rude, Vincent et Reeve.

Kadaj tiqua.

- Un problème ?

- Non ! le rassura son frère avec un sourire. Pas du tout. Maintenant que grand frère est réveillé, ils doivent préparer son ” grand retour ” pour la presse.

- Oh. Je n’avais pas pensé à ça.

- Je dois aller dire à Shelke qu’ils ont besoin d’elle.

- Elle est là-bas, avec Kay, fit Tifa en pointant la jeune fille du menton.

Yazoo s’éloigna avec un soupir silencieux. A l’instar de Loz, et contrairement à ce que pensaient beaucoup de personnes, il n’avait jamais été très doué pour mentir, surtout pas à ses frères. Mais, qu’il le veuille ou non, c’était visiblement le prix à payer pour être l’amant d’un turk…

Aussi naturellement que possible, il s’approcha de Shelke et se pencha vers elle comme si de rien n’était, pour caresser les joues du bébé que la jeune fille berçait.

- Vincent a besoin de toi, murmura-t-il sans se départir de son sourire, pour donner le change à ceux qui pouvaient les observer. Lui, Reno, Rude et Barret vont aller chercher le frère de Nero au mont Nibel. Un escadron de la WRO appelé par le commandeur Tuesti sera sur place dans moins d’une demi-heure et vous attendra.

Shelke sourit en retour et hocha la tête, entrant dans son jeu. Le bébé s’était presque rendormi et elle le donna à l’argenté.

- Une attaque terrestre ? Pas d’appui aérien ?

- Uniquement l’hélico piloté par Reno pour évacuer Weiss le plus vite possible.

- Pourquoi pas une unité de Cid ?

- Il porte les cellules de Jenova lui-aussi, à présent. Vincent pense qu’il est donc lui aussi devenu une cible, au même titre que moi et mes frères.

- Je comprends. J’y vais tout de suite.

Elle quitta l’infirmerie calmement et Yazoo embrassa doucement le bébé endormi avant de le coucher dans son berceau.

Ensuite, comme Reno le lui avait demandé, il se dirigea vers le box de chirurgie pour parler discrètement à Merill et Shalua.

Cette dernière, le voyant approcher avec les traits tendus, retira son masque et posa la lingette désinfectante qu’elle passait sur toute la surface de la table d’opération.

- Yazoo baby ? Tu en fais une tête. Tu es souffrant ?

Il s’approcha tout près, en prenant garde de rester dos au mur vitré du box afin que personne ne puisse voir son expression ni les mouvements de ses lèvres.

- Shalua, j’ai des consignes de Vincent pour toi. Souris, comme si tout était normal.

La jeune femme obéit.

- Tu me fais peur, qu’est-ce qui se passe ?

- Vincent, ta sœur et les turks partent chercher le frère de Nero au mont Nibel.

- Quoi ? Seuls ? intervint Merill en souriant à son tour comme s’ils parlaient de la pluie et du beau temps.

- Non. Un escadron de la WRO les attend là-bas. Lucrecia a parlé à Vincent. Weiss est sans doute très très mal en point. Elle craint même que Genesis ne soit sur le point de le tuer, si ce n’est pas déjà fait. Il faut vous préparer à son arrivée. Reno l’évacuera par hélicoptère au plus vite et il faut que vous soyez prêts à une éventuelle intervention d’urgence.

- J’ai compris. Qui est au courant ?

- Ici ? Personne. A part vous et moi, s’entend. Et il ne faut surtout pas en parler aux autres. Vincent ne veut pas qu’ils aillent se jeter dans la gueule du loup.

La jeune femme acquiesça.

- Il pense toujours que Genesis veut mettre la main sur des porteurs des cellules de Jenova ?

- Disons qu’il préfère ne prendre aucun risque. (Yazoo grimaça et serra les poings) Je serais pourtant volontiers allé dire ma façon de penser à cet enfant de salaud.

Shalua lui prit les mains et les serra.

- Si c’est bien lui qui a fait ces maudites manipulations au labo du Deepground et qui a tué Kaly, il paiera, Yazoo baby. Je te promets que nous lui ferons payer d’une façon ou d’une autre.

- Grand frère dit que, du temps où ils étaient amis, Genesis aurait été incapable de faire la différence entre une éprouvette et une seringue.

- Il n’a pas tort. J’avoue que je serais curieuse moi-aussi de savoir où Genesis a appris à faire des manipulations génétiques aussi complexes.

Yazoo allait répondre mais fut interrompu par les sanglots et les supplications étouffées de Denzel, qui s’échappèrent soudain du bureau de Shalua, les figeant tous et faisant réveillant le bébé.

Tifa se précipita mais Cid, Cloud et Sephiroth, qui étaient plus près, la devancèrent.

*

Au plus profond du mont Nibel, Genesis sentit presque immédiatement que quelque chose ” clochait “. Comme si une alarme silencieuse s’était mise à carillonner dans les tréfonds de son cerveau, il pressentit un danger. Un danger imminent.

Il se raidit et tendit l’oreille, les sens au aguets.

Weiss, étendu à ses pieds, brisé et ensanglanté, puisa dans ses dernières forces pour sourire et le railler.

- Je crois que… tu vas avoir… de la visite… sous peu.

- La ferme !

- Tu comptes faire… quoi ? Me traîner par les… cheveux en… espérant qu’après quelques coups… supplémentaires je… joue les… chiots… obéissants ? Je croyais que… tu me connaissais… un peu… mieux que ça…

Il ricana et Genesis le fit taire d’un coup de pied dans le foie.

- Je t’ai dit de la fermer !

Mais il savait que Weiss avait raison.

En perdant Nero, il avait perdu sa meilleure arme et son seul moyen de pression sur l’ancien chef des Tsviets. Mais, bon sang ! Comment aurait-il pu deviner que cette saloperie de tas de ténèbres impures allait abandonner son frère adoré cette façon ? !

C’ était même la dernière chose à laquelle il se serait attendu !

Et en emportant la seule source de cellules de Jenova qui lui restait, qui plus est !

De pure frustration, il frappa Weiss à coups redoublés.

Nero. Il devait récupérer Nero s’il voulait faire obéir son frère. Et il devait récupérer aussi une source de cellules de Jenova de toute urgence ! Il allait avoir besoin d’aide.

Avec un peu de chance, les géostigmates avaient déjà dû se répandre dans Nibelheim et ce serait bien le diable si, avec l’appui de Jenova, il ne parvenait pas à prendre le contrôle de quelques imbéciles plus gravement atteints que les autres pour ” l’assister ” dans cette tâche.

Nero, Weiss et une source de cellules. C’était tout ce qu’il lui fallait pour mener ses plans à bien.

Des plans bien plus modestes que ce qu’il avait imaginé au début - avant que cette chienne qui lui avait servi d’épouse ne lui vole son fils et les trois rejetons de celui-ci pour les mettre à l’abri, loin de la rivière de la vie - mais, pour un homme de son génie, il y avait toujours ” moyen de moyenner “, comme il disait.

S’il ne pouvait commencer tout de suite par un feu d’artifice, il commencerait par une étincelle. La réaction en chaîne suivrait…

Pour l’instant, il devait renoncer à Weiss. Encore une fois. Comme il avait déjà dû y renoncer un an plus tôt, là-bas, au réacteur zéro. Pas pour longtemps, c’est vrai.

Oui, il serait toujours temps de les récupérer lui et son frère par la suite.

Chaque chose en son temps…

Ce qu’il avait raté dans les ruines de Midgar, un an plus tôt, puis à Nibelheim plus récemment, il le réussirait à Edge ! Jamais deux sans trois et, cette fois, il réussirait à réveiller l’Omega pour de bon ! Il avait juste besoin pour cela de quelques cellules de Jenova.

Des cellules de Jenova…

Mais où en trouver ?

Il se tapa rageusement le front de son poing fermé.

Réfléchir ! Réfléchir ! Réfléchir !

Reeve avait mis toutes les cellules restantes à l’abri…

Le bébé s’était envolé avec Nero…

Les argentés étaient protégés de bien trop près pour être atteintes directement…

Réfléchir ! Réfléchir ! Réfléchir encore ! Il devait y avoir un moyen. Il y avait forcément un moyen. Il y avait toujours un moy…

Son visage s’éclaira soudain et un sourire hideux déforma ses traits.

- Bien sûr… Comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ? ! Je suis un génie… murmura-t-il. Un génie ! Un pur génie !

Un rire hystérique incontrôlable résonna dans la grotte et Weiss, qui reconnut immédiatement ces mots et cet affreux rire rocailleux pour les avoir entendus à maintes reprises, se redressa péniblement sur un coude, les yeux écarquillés d’horreur.

- Ce n’est pas… possible… bredouilla-t-il. Toi…

- Quoi ? railla Genesis. Tu réalises l’évidence seulement maintenant ? Ah ! Ah ! Ah ! Tout dans les muscles et rien dans la tête ! Pauvre Weiss !

- Tu es… mort…

Le rire grinçant redoubla et l’ancien chef des Tsviets sentit le désespoir le terrasser.

- Vincent… t’a tué… gémit-il encore. Il t’a tué… il y a un an… au réacteur… zéro… Vincent… t’a tué !

Sans cesser de rire, celui qui n’avait jamais été Genesis lui asséna un coup si violent à la tête qu’il perdit connaissance.

- Profite des petites vacances que je t’accorde, amphitryon d’Omega. Je veux que tu sois en pleine forme, lorsque je reviendrais vous chercher, toi et ton frère chéri. Ah ! Ah ! Ah !

*

Dans le bureau de Shalua, Denzel s’accrochait désespérément en pleurant aux hanches Loz, qui regardait Cloud et Tifa à tout de rôle, ne sachant plus quoi faire pour le calmer.

- Je savais pas ! sanglotait le petit garçon. J’te jure que j’savais pas ! Ils me disaient qu’ils travaillaient pour que le monde soit meilleur ! J’te jure que je savais pas, Loz ! J’te jure !

Cid s’approcha et s’accroupit aux pieds du garçonnet.

- Mais enfin, de quoi tu parles, mon grand ?

- Je savais pas qu’il faisaient ça ! geignit encore Denzel en pointant le doigt vers l’ordinateur portable de Shalua, où Sephiroth avait consulté les vidéos de surveillance un peu plus tôt.

Sur l’écran, Loz, sous anesthésie générale, était allongé nu et sanglé sur la table d’opération tandis qu’Hojo, aidé de ses assistants, un homme et une jeune femme, faisaient les prélèvements de sperme qui donneraient naissance à Kay cinq ans plus tard.

- Les vidéos retrouvées au labo du Deepground… soupira Shalua. Denzel ! Qu’est-ce qui t’a pris de regarder ces horreurs ?

Cloud s’approcha à son tour et Denzel lui sauta dans les bras.

- Dis-lui, Cloud ! supplia-t-il. Dis-lui que je savais pas !

- Mais enfin, tu ne pouvais pas deviner qu’il avait subi tout ça, voyons… Pourquoi ça te met dans un tel état ? Tu as de la peine pour lui, c’est ça ?

- Il voudra plus être mon papa, maintenant !

Tous les adultes présents échangèrent un sourire attendri.

- Mais enfin, Denzel, qu’est-ce que ça a à voir avec toutes les vilaines choses que les méchants savants lui ont fait ? demanda à son tour Tifa en retenant un rire.

- Je suis pas comme eux ! cria presque Denzel en s’accrochant à nouveau à Loz, qui se baissa pour l’asseoir sur sa cuisse et le serrer contre son torse nu. Quand je t’ai dit que je voulais que tu crèves, c’était pas vrai ! Je le pensais pas ! Je te jure que je suis pas comme eux ! Je savais pas ce qu’ils faisaient ! Je savais pas ! Je te promets ! Je te promets !

Loz tiqua.

- Denzel, mais de qui tu parles ? Tu n’es pas comme qui ?

En sanglotant et sans oser relever la tête, le garçonnet pointa le doigt vers l’écran de l’ordinateur.

Tous tournèrent la tête vers l’image figée de la caméra de surveillance.

- Tu n’est pas comme Hojo ? demanda doucement Cloud. C’est ça, que tu veux dire ?

Denzel secoua la tête, fixant toujours le sol.

- Non… murmura-t-il d’une voix à peine audible. Les autres…

- Le monsieur et la dame en blouse blanche ? demanda Sephiroth à son tour.

Le garçonnet acquiesça et inclina le front en pleurant de plus belle.

Yazoo lui ébouriffa les cheveux.

- S’il a vu ne serait-ce qu’un millième de ce que ces deux ordures nous ont fait subir là-bas, je comprends qu’ils puissent lui faire peur, soupira-t-il.

Cid grimaça.

- A ce point là ?

Loz acquiesça en berçant Denzel dans l’espoir de le calmer un peu.

- Plus le mari se montrait sadique durant la journée, cracha-t-il avec une haine dans le regard que le pilote ne lui avait jamais vu, plus sa femme devenait perverse durant la nuit lorsqu’elle me forçait à la…

- Loz ! l’interrompit Yazoo en désignant le garçonnet.

Son aîné rougit.

- Désolé.

- Tu n’es pas comme eux, Denzel, reprit son jumeau. C’était sans doute les scientifiques les plus méchants du cratère nord après Hojo ! Même un bahamut enragé n’est pas aussi méchant.

Loz acquiesça.

- C’est vrai. Même si tu m’avais dit des choses encore plus horribles, tu ne leur arriverais même pas tout en bas de la cheville !

- Je ne savais pas, qu’ils étaient comme ça ! sanglota de nouveau le petit garçon. Pardon ! Pardon !

- Denzel ! essaya de plaisanter Cloud. Ils disent ça pour te rassurer, voyons !

Personne, hormis Shalua, ne remarqua que Tifa s’était levée depuis un petit moment, déjà, et que, penchée sur l’écran, elle était devenue blême comme un linge.

Elle venait de reconnaître les deux visages pour les avoir époussetés des dizaines de fois dans leur cadre, sur la table de chevet de Denzel.

- Tifa ? Tu en fais une tête. Tu les connais ? demanda la jeune scientifique.

Le pleurs de Denzel redoublèrent et Tifa inspira un grand coup avant de laisser tomber d’une voix blanche :

- Je crois que ce sont ses parents…

… à suivre

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On ne dit pas…

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Vous connaissez tous les fameuses blagues sur les nains… On ne dit pas “un imposteur” mais : “un facteur de petite taille” !

Dans la même veine, quelques petits “on ne dit pas” à la sauce FF7, rien que pour rire un coup !

Hein ?

Si, si, Kadaj en tenue d’aérobic, ça a un rapport avec ce qui suit, vous verrez ! Promis !

***

On ne dit pas ” Le ton monte “ mais ” Shera prend l’escalier “.

On ne dit pas ” Lazard fait des courbettes “ mais “Lazard est nul comme prof “.

On ne dit pas “Barret a du cran”, on dit “Barret est frisé”.

On ne dit pas “Aerith a un potager”, on dit “Aerigh a un vieux copain”.

On ne dit pas “Immaculé Weiss” mais “Je me suis fait mettre par le boss”.

On ne dit pas “l’électronique” mais “Reeve fait l’amour”.

On ne dit pas “Yazoo avale une biroute” mais “Yazoo emprunte une route à 2 voies”.

On ne dit pas “Loz a un cerf-volant” mais “Loz est long à la détente”.

On ne dit pas “Le gestionnaire des taches” mais “Le chef des turks”.

On ne dit pas “Scarlet est paniquée”, mais “Scarlet cherche un mec”.

On ne dit pas “Cloud a vaincu”, mais “Le chocobo est pluri-anal”.

On ne dit pas “Le Général fait les vendanges”, mais “Sephiroth pète comme un Dieu”.

On ne dit pas “Cait est un chat hors pair”, mais “Le chat de Reeve est castré”.

On ne dit pas “Rufus a enclenché le processus de paix”, mais “Le patron va lâcher une caisse”.

On ne dit pas “La connerie” mais “Yuffie s’amuse”.

On ne dit pas “Décongeler” mais “Les idiots du cratère nord”

On ne dit pas “Cloud est incompétent” mais “Cet idiot de Cloud fait de l’aérophagie”

On ne dit pas “Compense” mais “Reno essaie de réfléchir”

On ne dit pas “Un instant” mais “Kadaj fait du stretching” (vous voyez, je vous disais bien qu’il y avait un rapport !)

On ne dit pas “Le Gospel” mais “Denzel a pris un coup de soleil”

On ne dit pas “ce jeune soldat s’est élevé à la force du poignet” mais “Zack est un branleur”

On ne dit pas “Ciboulette”, mais “Trois trois argentés dévêtus”

On ne dit pas “Un match interminable” mais “Un combat amical entre SOLDATS”

Vous avez aimé cette partie de rigolade ? Laissez-moi un commentaire !

Les murs murmurent toujours !

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Troisième et dernière cargaison de graffitis version FF VII ! Ah ! Bah… C’est que j’ai plus de stock au bout d’un moment, moi ^___-

Et des murs des cuisines à ceux des douches, Hojo rouspète toujours !


(Dans la cafétéria des turks)

Déjà 6h00 du matin ? Il est plus que temps de nous cuiter !
Reno


- POSTE VACANT POUR CAUSE DE DECES -

Ouais… Encore une fichue excuse pour pas bosser !
Hojo


Dans les toilettes d’un bar à la mode de la Costa del Sol

A mon époque, la Costa del Sol, c’était les 3 “S” : Sea, Sun & Sex !
Cid

Et à la notre, c’est les 3 “M” : Mazout, Mélanomes & Morbacs !
Cloud


Sur le mur flambant neuf d’un labo de la Shinra

Pas un tag, pas un graffiti, pas une tache ! Je le cherchais, c’est : LE MUR DU SILENCE !
Lucrecia


(Dans les WC du SOLDAT, dans un état lamentable)

Mais enfin, qu’est-ce que vous avez fichu, ici ? ! On dirait qu’il y a eu un congrès d’aveugles parkinsoniens !
Hojo

Non, juste de vieux scientifiques de passage.
Sephiroth


Sur la camionnette de livraison de Cloud :

- ARRETS FREQUENTS -

Vessie faiblarde !
Zack


(Dans les WC du SOLDAT)

Vous qui venez ici, dans une humble posture
De vos flancs alourdis, décharger le fardeau
Veuillez, quand vous aurez soulagé la nature
Epancher dans l’amphore, un courant d’onde pure
Et, sur l’autel fumant, placer pour chapiteau
Le couvercle arrondi, dont l’auguste jointure
Aux parfums indiscrets doit servir de tombeau…
Genesis

Oh, là, là… Faut que t’arrêtes Loveless d’urgence, toi, hein !
Angeal

C’est pas Loveless, c’est du Musset, ignare !
Genesis

Oh, le boulet…
Zack

Ils ont raison, t’en tiens une sacrée couche !
Sephiroth

Toi, le héros de supermarché, on t’a rien demandé !
Genesis

Ah bah, valà ! Y nous l’a encore énervé ! LOLLLL
Angeal


Je pardonne à ceux qui m’ont offensé… mais j’ai la liste !
Tseng


Loz, t’es tellement con que s’il existait un championat de la connerie, tu serais même trop con pour le gagner !
Cloud

Et le championnat d’orthographe, enfoiré ? Tu t’inscris quand ?
Loz


(Discrètement gravé au pied d’une cuve Mako du réacteur de Nibelheim)

Plonge qui veut, remonte qui peut !
Anonyme


(Dans les WC des turks)

Reno, sois gentil, évite de tirer la langue à tout va ! Surtout quand elle est chargée.
Elena

Pourquoi ? T’as peur que je blesse quelqu’un ?
Reno


(Dans un des WC de la tour Shinra)

Ne déroulez pas le papier en le tirant entre vos jambes et n’arrachez que la longueur dont vous avez besoin ! Et, surtout… NE LE RE-ENROULEZ PAS SUR LE ROULEAU APRES USAGE !
Hojo

Putain, y’a des caméras, ici, ou quoi ?
Reno


(Dans les toilettes pour dames du 7ème ciel)

LES FEMMES N’ONT PAS BESOIN DES HOMMES !
Elena

Faut avouer qu’ici, on peut se débrouiller plus ou moins sans eux…
Rosso


(Dans les toilettes de la salle de tir des turks)

C’est ici que repose
Une certaine dose
D’une certaine chose
Qui ne sent pas la rose.
Celui qui se propose
De faire ici sa prose
Doit avant toute chose
Tenir la porte close.
Anonyme

Oh, non, merde ! Genesis, tu vas pas t’y mettre ici aussi, hein ! Les chiottes du SOLDAT te suffisent plus ?
Reno

Comment tu sais que c’est moi ?
Genesis

Baka…
Reno


(Mot sur le frigo, dans la cuisine du bar de Tifa)

Loz, je t’ai gardé ton repas dans la boîte bento bleue. Je te préviens que si tu laisses encore les légumes, tu as intérêt à trouver une explication plus convaincante que “j’aime pas ça” ou tu auras affaire à moi ! Tu donnes un très mauvais exemple aux enfants !
Tifa

O.K. Je n’en mange pas parce que je suis un grand émotif ! Comment peux-tu rester insensible au hurlement épouvantable de l’épinard plongé vivant dans une casserole légumicide ? Je refuse d’être mêlé à ce génocide ! J’ai donc laissé les légumes dans la boîte…
Loz


(Dans les douches du SOLDAT)

Hier soir, à l’entrainement, Sephiroth a paniqué !
Anonyme

Mais moi, oui !
Zack


Bel homme, fort, courageux, bonne situation, cherche jeune femme pour partager doux moments et plus si affinités…
Rude (poste 32 21)

Rudo, c’est les WC pour hommes, ici, crétin !
Reno


Le ghetto de ma liberté s’achève au bout de mes bras.
Kadaj

La vache, c’est profond… Mais qu’est-ce-que ça veut dire ?
Loz

A mon avis, qu’il vient de fumer un truc !
Yazoo


(Gravé sur la peinture flambant neuve de la carlingue du Tiny Bronco )

Le plaisir solitaire, c’est économique : pas besoin d’inviter votre main au resto après !
Anonyme

Vince, je sais que Lucrecia de manque et qu’il faut que tu te défoules mais là, t’es lourd…
Cid


Gravé le mur fraîchement repeint du labo d’Hojo, sous l’avertissement suivant :

- INTERDICTION DE GRIBOUILLER, DE PEINDRE, DE BOMBER OU D’AFFICHER SUR CE MUR -

Franchement, ça ne me serait même pas venu à l’idée !!!
Vincent

Bon sang ! Mais quel crétin lui a collé cette saleté de gant en métal ?!
Hojo

Si vous le découvrez, je veux bien le tuyau. Moi aussi j’aurais deux mots à lui dire…
Cid


(Sur le mur des toilettes du DEEP GROUND)

C’est ici que tombent en ruines
Tous les déchets de la cuisine.
Dans un lieu aussi respectable,
Il faut se tenir ici comme à table
Et garder le bord de la lunette
Aussi propre que celui de son assiette.
Si vous venez sans papier ni paille,
Lavez-vous les doigts au lieu de salir la muraille.
Anonyme

Ah non ! Nan, nan, Genesis ! T’es gentil, tu vas versificoter dans les chiottes du SOLDAT si tu veux mais pas ici !
Weiss

Merde, c’est pas vrai ! Mais comment vous faites pour savoir que c’est moi ?
Genesis

T’es vraiment une pomme, toi, hein !
Weiss


WUTAI AUX UTAIENS !
Anonyme

Et la frisée aux lardons !
Sephiroth

Et le poulet aux morilles !
Angeal

Et le steak au poivre !
Genesis

Et le chèque au porteur !
Zack

C’est fini, oui !?
Tseng


(Sur le mur de la bibliothèque du manoir de Nibelheim)

Avec la chance que j’ai, je vais sûrement me faire choper à écrire au marqueur sur ce putain de mu_

Game over ! Hojo : 1 - Reno : 0
Rude


Hojo, Palmer et Heidegger sont dans un avion en flammes et il n’y a que 2 parachutes. Question : qui se sacrifie ?
Zack

Réponse : on s’en fout !!!
Angeal


A 8 ans, Tifa rêvait de poupées et moi de SOLDATS. Maintenant, c’est moi qui rêve de poupées et elle qui rêve de SOLDATS !!!
Cloud

Loz peut la draguer, alors ?
Yazoo

Pourquoi ?
Cloud

Bah, t’en es pas un, non ?
Yazoo

Loz non plus !
Cloud

Non, mais il en a une plus grosse que la tienne !
Yazoo

Depuis quand il a une épée, lui ?
Cloud

Oh, la vache… Tu m’étonnes que t’as pas pu devenir SOLDAT !
Yazoo


Et si on parlait du plaisir d’enseigner ?
Lazard

Et si on parlait d’enseigner le plaisir ?
Sephiroth


(Dans l’ascenseur du DEEP GROUND)

- MAXIMUM 6 PERSONNES -

Ou 1 Azul…
Shelke


(Dans les WC du 7ème ciel)

Il y a quelque chose d’héroïque à commander un plat ici, quelque chose d’inconscient à l’avaler et quelque chose de maso à le payer. Suis-je un héros inconsciemment masochiste ? Un inconscient masochistement héroïque ? Ou un maso héroïquement inconscient ?
Lazard

Juste un con d’intellectuel…
Loz


FIN (Bah vi, a pu ! Ces petits mots sont inspirés de vrais graffitis et j’en ai plus en stock !)

Vous avez aimé ce texte ? Laissez-moi un commentaire !

Les murs murmurent encore…

Vous les avez réclamés, les voilà ! Plus de graffitis version FF VII !

Qu’il s’agisse des murs des casernes ou de ceux des toilettes de la Shinra, Hojo n’a pas fini de rouspéter !

***

(Dans le vestiaire de la salle d’entraînement du DEEP GROUND)

Weiss signifiant “blanc” en germanique, pourquoi a-t-on appelé le frère de notre cher empereur immaculé “Nero” (du latin “nero”/”noir”) au lieu de “Schwarz” (du germanique “Schwarz”/”noir-sombre”) ?
Rosso

Pour que les idiotes aient quelque chose d’intelligent à dire (du ténébreux “j’t'emmerde” !)
Nero


- EN CAS D’INCENDIE NE PAS UTILISER L’ASCENSEUR -

Utilisez l’extincteur !
Vincent


Dans le dico médical d’Hojo, à côté du mot “blennoragie”, y’a marqué “Voir index”. J’ai regardé mes doigts, c’est bon, j’ai rien.
Zack

Seigneur ! Et c’est avec ça que je suis supposé faire des soldats d’élite…
Hojo


Ce qu’il y a de bien, dans la position du missionnaire, c’est qu’on peut continuer à lire sa BD !
Kadaj

En levrette, c’est mieux, t’as pas besoin de la tenir !
Loz

Que je revoie UNE BD traîner dans la chambre… UNE SEULE !
Yazoo


(Dans les WC de la salle de réunion des turks)

Vous êtes là pour éjecter votre bol fécal, pas pour le couver !
Tseng


(Sur le mur du vestiaire des Turks)

A ce qu’on m’a dit, ce mur serait réservé aux graffitis ! La, la, la…
Anonyme

Non, mon petit Reno ! Vos gribouillages immondes sont interdits, ce mur doit rester propre sous peine de sanctions !
Hojo (heureux possesseur d’une mini-caméra espion et d’un fusil de chasse à 2 coups chargé de gros sel !)

Oh, merde…


L’insupportable manie de repeindre ce mur est une atteinte à liberté d’expression !
Genesis

Continuez vos cochonneries et je vais vous atteindre autre chose, moi !
Hojo


C’est pas pour me vanter mais, aujourd’hui, il fait vachement beau !
Rufus

C’est contagieux, la mégalomanie ?
Weiss


(Dans la salle de commandement du WRO)

- NO SMOKING ! -

But salopette, yes !
Cid


Soutenez Cloud !
Yuffie

Pourquoi ? Il se sent mal ?
Angeal


- SOS SUICIDE : UN COUP DE TELEPHONE PEUT SAUVER UNE VIE -

Sur la tête, il peut aussi fracturer un crâne…
Sephiroth


Sephiroth for president !
Cloud

And Cloud for queen !
Cid


(Dans un ascenseur flambant neuf de la section des turks)

Voilà ce que j’appelle un ascenseur nickel. Pas une marque, pas un graffiti, pas une tache, rien. Bravo les gars ! Splendide !
Genesis


(Dans les WC du SOLDAT)

Plus de 5 secousses, c’est de la masturbation !
Reno


J’ai fait pipi à côté. Le faire a soulagé ma vessie. Le dire a soulagé ma conscience !
Kadaj


OAHHHH !!!! DES FILLES AVEC DES GROS NENEEEESS !!!!
Loz

Où ça, où ça ?
Rude

Rudo, il a écrit ça au mois de juillet ! T’es lent, mais t’es lent…
Helena


(Dans la salle d’attente du service d’évaluation psychologique du SOLDAT)

Je vois bien que vous m’en voulez, pour mon complexe de persécution !
Sephiroth

Depuis que j’ai mon complexe de castration, j’ai l’impression qu’il me manque un truc…
Angeal

Moi, j’aimerais bien avoir un complexe de castration, mon complexe de frustration ne me suffit plus !
Genesis

C’est ça, moquez-vous ! Attendez de vous coltiner un bon syndrome post-traumatique, vous ferez moins les malins !
Hojo


(Dans les toilettes du du bar de Tifa)

Soyez gentils d’écrire à hauteur des yeux. Trop bas, on se penche en avant et on déjante de la cuvette. Trop haut, on se penche en arrière et se fracasse le crâne sur la chasse. Merci d’avance.
Reeve


J’ai testé le mako, on dirait de l’eau de vaisselle…
Weiss

Je viens de palper l’infirmière, on dirait de la gélatine…
Azul

Je viens de d’essayer la piscine, on dirait une baignoire…
Nero

Je viens de payer les factures du Deep Ground. On dirait de l’arnaque !
Rufus


MERDE ! PUTAIN ! BORDEL ! CHIER ! (Maintenant que j’ai prouvé que je pouvais moi-aussi piloter une fusée, où faut-il s’inscrire ?)
Reno

Tu remets tes lacets, pour courir ?
Cid


(Gravé sur l’écorce d’un arbre de la cité des anciens)

Si tu es le garçon super canon qui s’est battu ici la nuit dernière avec les longs cheveux argentés, des yeux d’émeraude, un long manteau de cuir noir zipé, un pantalon moulant et une petite bouche en coeur, je ne dors plus la nuit !!!! Où t’as acheté ton flingue ? Répondre ici : ……………
Vincent


(Sur le mur du bar de Tifa)

Un repas ici : 4 heures de mastication, 40 heures d’aigreurs, 4 semaines de nausées, 4 années de plaidoiries.
Rufus


Un jour mon prince viendra !
Jenova

Depuis le temps que tu l’attends, quand il va te voir, il va avoir un choc…
Lucrecia


(Sur le mur de la salle de cours de Lazard)

Ceux qui ont le savoir, produisent. Ceux qui ne savent pas et ne produisent pas, enseignent. Ceux qui enseignent, transmettent aux nouvelles recrues ce qu’ils savent. Merde, qu’on me dise comment c’est possible !?
Sephiroth


Ce qu’il y a sur ce mur de WC est vraiment odieux !
Hojo

Jetez donc un coup d’oeil dans le miroir : c’est pire !
Weiss


(Dans les toilettes du réacteur de Nibelheim)

Pour gagner un superbe badge “tireur d’élite”, visez juste ! (Demander le badge dans bureau du fond, en sortant, là où y’a marqué “Pr Hojo”).
Anonyme


On me reproche toujours de passer mon temps dans “Loveless”
Genesis

Et moi, on me reproche toujours de commencer des trucs et de ne jamais les finir…
Sephiroth

Ouais. Les enfants, par exemple !
Kadaj


(Dans les WC des turks)

Ah, enfin !… S’asseoir, défaire son noeud de cravate et poser les pieds sur la porte, relax…
Rude


(Dans un ascenseur de la Shinra, au-dessus d’une moquette trempée)

Ce petit pissou m’a purgé de toute la haine que je nourris pour les ascenseurs à musique…
Reno

Cette fic vous a plu ? Laissez un commentaire !

Les murs murmurent

Ah ! Là là, les graffitis !

Depuis des milliers d’années, ils disent bien souvent ce que personne n’ose avouer à haute voix et Midgar ne fait pas exception à la règle. Des murs des casernes du Soldat aux toilettes des pubs du quartier populaire, chacun y va de son petit blabla.

Voyez plutôt !

***

(Dans le vestiaire de la salle d’entraînement du SOLDAT)

Ce matin, à 7h48, Sephiroth a souri.

Angeal


Dans l’armée, les hommes sont des hommes !

Heidegger

Les chocobos en savent quelque chose…

Reno


(Dans les WC du sous-sol du réfectoire)

Ici on mange de la merde !

Zack

Là-haut c’est encore pire.

Angeal


Sephiroth nous pompe !

Cloud

A quelle heure ?

Anonyme


La réponse c’est la guerre !

Anonyme

Ce qui prouve combien la question était idiote…

Reeve


Encore des graffitis sur ce mur repeint ? C’est pas bientôt fini, bande de porcs ?

Hojo


Les femmes ont leur mot à dire ! Revalorisez la condition féminine !

Tifa

C’est vrai ! Les éviers sont trop hauts, les cuisines sont trop petites et le liquide vaisselle est hors de prix !

Cid


Ce mur est rouvert après travaux.

Rufus

Si vous vous y mettez aussi, on va jamais s’en sortir !

Hojo


Pourquoi les femmes baissent-elles les yeux quand on leur avoue qu’on les aime ?

Vincent

A ton avis ? Pour voir si c’est vrai !

Cid


Ce matin je suis allé voir le toubib ; j’avais envie de tirer la langue à quelqu’un.

Reno


Quand je vois ce que les pigeons ont fait sur cette pierre tombale… Je suis content que les chocobos ne puissent pas voler trop haut !

Vincent


Halte à la phallocratie ! Notre corps nous appartient, il n’est pas à vendre !

Elena

Mais on est prêts à le louer !

Rude


(Dans les WC des quartiers du SOLDAT)

Ne cherchez pas des traits d’humour sur ce mur… La plaisanterie du jour, vous l’avez dans les mains, bande de nazes !

Reno


Faites l’amour, pas la guerre.

Aerith

Tu parles ! Faites les deux, mariez-vous…

Lucrecia

Sympa, merci !

Hojo


Mesdames, gardez toujours en tête que si ça a des pneus ou des testicules, vous aurez tôt ou tard des ennuis avec !

Cid


SEPHIROTH EST UN ENFOIRE !

Anonyme

Zack, je sais que c’est toi qui a écrit ça. Si je t’attrape, je te découpe en tranches.

Sephiroth

Merde, Sephy, fais pas le con, c’était pour rire !


Est-il donc si difficile pour une femme de trouver le plus court chemin vers le coeur d’un homme ?

Vincent

Non. Pas si on a une prise à portée de main où brancher la tronçonneuse.

Rosso


(Dans les toilettes du du bar de Tifa)

Tous ces graffitis, c’est vraiment dégueulasses.

Hojo

Attends d’avoir goûté la bière qu’on sert ici !

Barett


Nero, je sais que tu va picoler comme un trous a midi et que tu va donc forcemment venir ici cet et lire ceci. Oublit pas qu’on a réserver la salle d’entrainement ce soir. Traine pas trois plonbes dans cette putain cafette.

Weiss

T’est gonfler d’écrire sa devant tous le monde ! C’est toujours toi qui aies a la boure !

Nero

Eh ! Vous deux ! J’ai un dictionnaire en double, ça vous intéresse ?

Genesis


Le Soldat, c’est des douilles, des nouilles et des chtouilles.

Cloud

Et des testicules

Zack

Aussi mais ça rime plus.

Cloud


La femme est l’être parfait.

Scarlet

Alors pourquoi ma douce Lucrecia est toujours fourrée chez le docteur ?

Vincent

Pas « chez » le docteur ; « par » le docteur !

Scarlet


(Sur le mur d’un dortoir du soldat)

Ce qui nous venge des missions pourries, c’est d’imaginer Sephiroth se battre avec ses bretelles en cuir à chaque fois qu’il a envie d’y aller !

Anonyme


Spécialités de la maison : la serveuse et le chocobo au citron. J’ai essayé les deux, je préfère le chocobo.

Anonyme

Je n’ai jamais essayé avec un chocobo…

Reno


(Dans les toilettes du labo de la Shinra)

Et si j’avais infecté le papier toilette avec un virus mortel, hein, bande de graffiteurs dégueulasses ? Avec quoi vous vous torcheriez le derrière ?

Hojo

Comme toujours : avec l’essuie-mains.

Sephiroth


Ne dites pas « l’idole des jeunes » mais « Séphiroth casse la croûte ».

Zack


(Dans les douches des quartiers des Turks)

Quelle merveilleuse invention que ce nouveau stylo feutre de la Shinra ! On peut enfin écrire sur ce putain de carrelage.

Reno


Sephiroth est cool !

Anonyme

Non, Sephiroth est froid.

Cloud


Rien que de penser à la taille du slip de Palmer, ça me dégoûte des hommes.

Scarlet


Pardon pour les grossières allusions “Chocophiles” mais je me dis que si nos légionnaires à nous ont les chèvres, les soldats de la Shinra, eux… Enfin bref. (sifflote sifflote)

VII - Vivants ! J + 4

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Dans la chambre, Tifa essayait désespérément de calmer Loz, qui, dévoré par la fièvre, ruait et s’agitait, menaçant d’arracher son drain.

- Du calme, tu es en sécurité. Chut, Loz… Chut, Calme-toi, voyons.

Peine perdue.

- Tifa ! Qu’est-ce qu’il a ? gémissait Marlène, au bord des larmes. Pourquoi il se débat comme ça. Il a mal ?

- Je ne sais pas, ma chérie, répondit la jeune femme, contrainte de se coucher presque sur l’incarné pour l’empêcher de bouger. Bon sang, Loz, tu vas te calmer, oui !

Elle referma ses mains gantées sur les bras puissants et pesa dessus de toutes ses forces en essayant de plaquer le corps athlétique dos au matelas. Le jeune homme se cambra aussitôt, arqua l’échine en gémissant de plus belle et donna de violents coups de reins.

- Arrête ! pleurnicha la petite en s’agrippant à son gilet de cuir pour la faire lâcher prise. Arrête, tu lui fais mal !

- Je ne lui fais pas mal, Marlène ! s’impatienta Tifa en repoussant la petite d’un léger mouvement de hanches. J’essaye de l’empêcher d’arracher ce fichu tube ! Ecarte-toi !

La fillette recula d’un pas en se mordant les lèvres pour ne pas pleurer.

- Ya…zoo… haleta Loz d’une voix fiévreuse entrecoupée de sanglots. Yazoo !

Epuisé à force de se débattre, il finit néanmoins par se calmer un peu et Tifa, sans le libérer pour autant, posa sa joue contre la sienne pour lui murmurer des paroles rassurantes à l’oreille.

- Yazoo va bien, Cloud et Reno s’occupent de lui. Chut… Ca va aller. Du calme… Du calme…

- Tifa… murmura-t-il en se détendant sous elle.

- Je suis là. Je suis là, Loz, calme-toi… Calme-toi, allez, c’est fini…

Sa joue satinée caressa la sienne, brûlante et moite, et les pattes argentée de sa barbe lui piquèrent la peau mais ce n’était pas désagréable.

- Tifa…

En sentant la peau fraîche de la jeune femme contre son visage, il se laissa complètement aller. Les muscles noués de ses imposants biceps se décontractèrent sous la douce pression des mains gantées et il nicha son visage au creux du cou de Tifa avec un petit soupir expressif.

Celle-ci, à la fois surprise et un peu gênée, passa doucement l’avant-bras sous la nuque argentée, lova sa paume sur le galbe de son épaule et le serra doucement contre elle.

- Chut… C’est fini. C’est fini, Loz, ça va aller, maintenant, je suis là… Chut… Essaye de dormir.

De sa main libre, Tifa lissa les courts cheveux humides de sueur et une chaude fragrance musquée, capiteuse et typiquement masculine, lui chatouilla les narines et titilla ses sens.

Serrer ce corps moite, si viril, cette peau odorante et incandescente contre elle, éveilla au creux de son ventre des sensations qu’elle avait presque oubliées.

Depuis combien de temps n’avait-elle pas senti l’odeur d’un homme blotti contre elle ? N’avait-elle pas senti sa barbe picoter ses joues ? Son souffle haletant contre son cou ? Ses lèvres frémissantes contre sa gorge ? Son corps dur contre le sien ? Ses bras puissants autour de…

- Il dort ?

La voix de Marlène la fit sursauter et elle lutta pour émerger du cocon sensuel où le contact du trop mâle et trop séduisant incarné l’avait plongée.

- Je… bredouilla-t-elle. Oui, mentit-elle en sentant le souffle brûlant de Loz s’accélérer encore contre son cou et son oreille, provoquant d’irrépressibles et délicieux frissons. Il… Il somnole. C’est la fièvre.

Le petit visage de Marlène se contracta sous l’assaut de la pitié et elle tendit une petite main pour caresser l’épaule nue de Loz en un geste tendre et rassurant.

La peau de celui-ci se hérissa et Tifa sentit les battements de son coeur s’accélérer contre sa poitrine.

- Le pauvre… Il arrête pas de trembler, t’as vu ? Tu veux que j’aille chercher une autre couverture ?

Tifa déglutit avec difficulté. Les bras de Loz lui rendaient à présent timidement son étreinte et, de sa main libre, elle remonta le drap sur son grand corps nu.

- Non, Marlène, ça va aller.

- Mais il a froid, regarde. Il n’arrête pas de frissonner.

Tifa resserra son étreinte, le souffle de Loz s’accéléra encore contre sa gorge, sa poitrine durcit contre ses seins et elle sentit un flot de lave incandescente lui descendre le long du ventre et inonder son intimité.

- Ca va aller, Marlène, répéta la jeune femme d’une voix enrouée.

La petite hocha la tête et s’assit sur le bord du lit avec un petit soupir las, totalement inconsciente de ce qui était en train de se passer sous ses yeux, dans les arcanes des chairs des deux adultes enlacés et derrière les murailles de leurs fantasmes et de leurs désirs les plus secrets.

Loz, affaibli par les drogues, trop épuisé pour pouvoir ne serait-ce que redresser le torse et le corps enflammé par la fièvre au-delà du supportable, était à deux doigts de se mettre à hurler tant le contact de la jeune femme le mettait à la torture. Cette fille, dont il avait rêvé durant des jours, qu’il avait désirée jusqu’à la folie et lui avait ôté jusqu’au sommeil était là, tout contre lui, et serrait contre elle son grands corps nu à travers la barrière dérisoire du fin drap de coton peigné. Un drap qui, contre sa peau si ravagée de désir qu’elle en était douloureusement à vif, paraissait pourtant tissé de ronces et de chardons.

Tifa bougea un peu pour trouver une position un peu plus confortable pour tous les deux et le tissu frotta contre les petits tétons roses de l’incarné, lui arrachant un gémissement plaintif. Mais le pire était sans doute la tension insupportable au bas de son ventre. Elle était telle que Loz sentait battre et palpiter le sang dans le corps caverneux de son sexe gonflé à la façon d’un élancement douloureux, comme ceux dont on peut souffrir après un écrasement ou un coup particulièrement violent.

En fait, chaque mouvement de la jeune femme, fus-ce un simple mouvement des doigts dans ses cheveux, faisait naître un nouveau - et insoutenable - frisson qui descendait le long de son échine jusqu’à ses reins, traversait son ventre et envoyait une décharge électrique au bas de ce dernier, provoquant un douloureux afflux de sang et une nouvelle suée… qui descendait à son tour le long de son dos en une intolérable et torturante caresse.

Son coeur battait à présent si fort contre sa poitrine qu’il avait l’impression qu’il allait bientôt s’échapper de sa cage thoracique, déchirer la chair et les os qui l’emprisonnaient et sauter entre les seins de la jeune femme !

Cette image lui donna envie de rire et mal lui en prit : lorsqu’il inspira, le contact entre leurs corps se fit plus intense et il ne put contenir un sanglot plaintif contre son cou.

Tifa, à demi allongée sur lui, ne sentait que trop les battement du coeur affolé, les muscles frissonnants, les soupirs douloureux, la peau humide et brûlante, les halètements incontrôlables et l’impressionnant renflement au bas de son ventre, contre sa hanche à elle. Le parfum saturé de phéromones qui montait de sa chair incandescente lui tournait la tête et elle aurait voulu lécher la peau moite au creux de son cou et derrière son oreille, s’enivrer de cette odeur si mâle, le nez dans ses cheveux de mercure…

Jamais elle n’aurait cru voir un jour un homme aussi ravagé par le désir que Loz l’était en cet instant. Certes, la fièvre y était sans doute pour beaucoup mais le résultat n’en était pas moins délicieusement excitant…

Elle s’écarta un peu pour regarder l’expression de son visage.

La tête toujours renversée sur l’avant-bras de la jeune femme, il n’avait pas ouvert les yeux et respirait avec plus de difficulté que jamais mais sa blessure n’y était pour rien, cette fois. Ses joues s’étaient légèrement colorées de rose, ses yeux roulaient sous les paupières closes et ses lèvres entrouvertes avaient gonflé.

De sa main libre, Tifa prit le linge qui reposait sur la table de nuit, près d’un grand bol d’eau désormais tiède, et épongea doucement le visage baigné de sueur en commençant par le front et les tempes. Loz poussa un petit soupir et elle s’attarda un peu sur les grands yeux en amande, l’élégant nez droit et les pommettes hautes. Puis, se débarrassant de son gant à l’aide de ses dents, elle plongea à nouveau le linge dans le bol et pressa le trop plein de liquide.

- Va chercher de l’eau fraîche, tu veux bien ? demanda Tifa à Marlène.

- D’accord !

La petite bondit du lit, ravie de se rendre enfin utile, et se dirigea vers la salle de bains, le bol dans les mains.

Tifa, elle, se concentra à nouveau sur son “patient” et passa tendrement le linge sur les lèvres sensuelles, les mâchoires viriles et le menton volontaire avant de descendre sur la gorge et le haut de la poitrine.

Loz cambra le dos, pressant sa nuque contre l’avant-bras de la jeune femme, et sanglota une petite plainte en ouvrant à demi ses incroyables yeux félins, brillants de fièvre.

- Chut, le rassura Tifa en posant le bout de l’index sur ses lèvres. Ca va aller, du calme.

Le jeune homme secoua la tête avec un regard suppliant.

- Arrête ça…

Elle lui sourit, se méprenant sur ses craintes.

- Ce n’est qu’un linge humide. Personne ne te fera de mal, ici, je te le promets.

Elle posa la main à plat sur sa poitrine pour le rassurer, sur la partie inférieure d’un muscle pectoral que le bandage laissait à nu. Loz tressaillit, comme si le contact l’avait brûlé, se mordit la lèvre au sang et donna un involontaire coup de reins qui dévoila un instant l’impressionnante virilité qui se dressait au bas de son ventre musclé.

- Pardon… haleta-t-il d’une voix à peine audible en rougissant.

Tifa sentit ses joues devenir cuisantes mais sourit comme si elle n’avait rien remarqué et retira sa main de sa poitrine en réalisant que c’était le frottement de sa paume contre son petit téton rose douloureusement sensible qui avait provoqué ce mouvement réflexe.

- Ce n’est rien, c’est la fièvre, ça arrive, essaya-t-elle d’argumenter pour le tirer d’embarras. C’est normal… Comment te sens-tu ?

Il déglutit avec difficulté et secoua la tête.

- Mal… Je… Je…

“J’ai tellement envie de toi que je crois que je vais en mourir…” avait-il envie de dire, le cœur cognant tellement fort et le sang battant si violemment dans son bas-ventre et à ses tempes qu’il en avait la nausée et tête qui tournait.

- Marlène va apporter de l’eau fraîche, le secourut Tifa. Ça ira un peu mieux après, tu verras.

Elle caressa son front humide et peigna ses cheveux argentés de ses doigts graciles, le faisant soupirer.

Loz sourit avec tristesse, ferma les yeux et une larme roula sur sa tempe argentée. Il blottit à nouveau son visage au creux de son cou et pleura en silence.

- Loz ? chuchota la Tifa, inquiète. Qu’est-ce que tu as ?

- Rien… Rien du tout…

Avant même de se rendre compte de ce qu’elle faisait, Tifa posa ses lèvres frissonnantes sur son front fiévreux.

- Plus personne ne vous fera de mal, à toi et à Yazoo, promit-elle en resserrant son étreinte autour de ses épaules. Ni les médecins, ni Jenova, ni Sephiroth, ni personne. Le cauchemar est fini, Loz. Je te le promets…

Elle le sentit à nouveau haleter contre son cou et elle tourna légèrement la tête pour pour profiter de la sensation délicieuse de son souffle contre son oreille.

- Je n’ai pas arrêté de penser à toi depuis ce jour-là, dans l’église, avoua-t-il dans un souffle brûlant, tout contre sa joue. Pas une minute…

Tout le corps de Loz paraissait se tendre vers elle et la température de la chambre semblait avoir soudain monté de plusieurs degrés.

Tifa sentit son cœur faire une embardée et se mettre à battre la charge dans sa poitrine. Depuis quand un homme ne l’avait-elle pas désirée à ce point ? Au point que chaque pore de sa peau, chaque mot, chaque geste, chaque murmure, chaque souffle paraissait la supplier de lui accorder un instant d’attention. En fait… cela lui était-il seulement déjà arrivé ?

D’elle-même sa tête pivota encore un peu, sa joue se caressant à celle de l’incarné, les angles soignés des dessins de sa barbe lui picotant agréablement la peau. Les eux mi-clos, elle chercha ses lèvres.

- Tu vois qu’il va bien !

La voix de Denzel fit tressaillir la jeune femme, qui redressa la tête, blême comme un suaire.

- Je te l’avais dit ! insista le garçonnet. Pourquoi tu voulait pas qu’on le laisse avec Tifa ?

Dans l’encadrement de la porte, Cloud regardait ses chaussures, à demi mort de honte.

- Comment va Loz ? demanda-t-il à sa compagne en rougissant légèrement.

Tifa cligna des paupières, interloquée.

Cloud ne s’était-il dont aperçu de rien ? N’avait-il pas vu ce qu’elle s’apprêtait à faire ?

Elle baissa les yeux vers Loz qui, la nuque toujours appuyée sur son avant-bras et le visage tourné dans le sens opposé de la porte, avait eu la présence d’esprit de simuler l’inconscience dès que le fils adoptif de la jeune femme était entré dans la chambre…

*

Dans la salle de bains, Yazoo toujours assis entre ses jambes dans l’eau brûlante, Reno vit Marlène remplir un bol d’eau fraîche au lavabo et regarda sa montre. Minuit passé. Il était grand temps de coucher les enfants et d’essayer de dormir un peu.

Comme s’il avait lu dans ses pensées, l’incarné se serra un peu plus confortablement contre le turk avec un petit soupir et ce dernier réalisa que, depuis un petit moment déjà, Yazoo dormait comme un ange…

VI - Vivants ! J + 3

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno étendit une couverture supplémentaire sur le corps frissonnant toujours inconscient de Yazoo et Tifa secoua la tête, découragée.

- L’un est glacé et l’autre a une fièvre de cheval… c’est à en perdre sa langue.

- Très bien professeur, merci, disait Cloud au téléphone en entrant dans la chambre d’où il était sorti pour appeler l’hôpital. Oui, je vous rappelle si ça empire. Oui, merci.

Il raccrocha.

- Alors ? Qu’est-ce qu’il a dit ? s’enquit Reno.

Le jeune homme haussa les épaules.

- Bain très chaud, laissa-t-il tomber.

- Et… c’est tout ?

- C’est ce qu’il a préconisé. D’après lui, la baisse de température n’est due qu’au choc traumatique.

- Et lui, alors ? intervint Marlène en passant sa petite main sur le front moite de Loz, qui délirait dans un demi-sommeil. Pourquoi il est aussi malade ?

Tifa se pencha sur elle et lui lissa les cheveux en souriant pour la rassurer.

- Il a une très vilaine blessure, ma chérie. La fièvre, c’est parce que son corps combat l’infection. Elle tombera bientôt, tu verras.

- Il faut le mettre dans la baignoire, alors ? demanda Denzel, qui n’avait pas lâché la main de Yazoo depuis qu’il était entré dans la chambre, juste après avoir expédié son petit déjeuner au bar.

Cloud lui tapota paternellement la tête.

- Oui, comme le docteur l’a dit : un bon bain très chaud. Reno est moi allons nous en occuper, ne t’en fais pas.

- ” Très chaud ” ? Et… ça va pas le brûler ?

Reno éclata de rire.

- Pourquoi veux-tu que ça le brûle ? On va juste le réchauffer, pas l’ébouillanter !

- Bah, il a presque pas de peau, regarde, plaida le petit en lui tendant la main molle de l’argenté, qu’il serrait dans ses menottes. On voit tout à travers !

Le turk, plus amusé que jamais, s’accroupit à ses côtés et prit la main délicate de Yazoo dans la sienne.

- Ils ont la peau très claire, expliqua-t-il patiemment en suivant du doigt une fine veine bleue dans le creux du bras, c’est pour ça qu’elle te paraît transparente. Mais elle est aussi résistante que la tienne ou la mienne, rassure-toi. Voire même plus. Un bain chaud ne lui fera aucun mal, je te le promets.

Cloud tendit la main au garçonnet.

- Tu viens ? On va le faire couler.

Denzel bondit sur ses pieds et quitta la pièce en compagnie de son ami, au grand amusement de Tifa, qui s’assit sur le bord du lit, près de Marlène.

- Il va dans son corps, ce gros tuyau ? demanda la petite en désignant le tube ensanglanté qui sortait de dessous les draps qui recouvraient Loz.

- C’est un drain, ma chérie. Et il n’est pas si gros que ça. Ca sert à faire sortir le sang et le liquide de ses poumons pour qu’il ne s’étouffe pas.

La fillette grimaça.

- Et il va avoir ça tout le temps, maintenant ?

- Non ! Bien sûr que non. C’est juste le temps que sa blessure cicatrise un peu.

- Pourquoi il se réveille pas ?

- Ca va venir. Il faut que la fièvre tombe un peu et que les effets des médicaments se dissipent.

Marlène poussa un profond soupir qui fit rire Reno.

- Tu ne vas pas avoir peur de lui, quand il se réveillera ? demanda-t-il.

Elle secoua furieusement la tête.

- Bah non, t’es bête ! Il est pas méchant, avec les enfants, rétorqua-t-elle avec une docte assurance qui fit pouffer Tifa. C’est vrai ! insita-t-elle. Demande à Denzel, si tu me crois pas !

- Oh mais je te crois, ma puce.

- Et à vous non plus, il fera plus de mal, ajouta-t-elle le plus sérieusement du monde, puisque Jenova n’est plus là pour le commander…

- Ah… L’assurance des enfants ! railla le turk, plus amusé que jamais, en frottant doucement la main glacée de Yazoo.

- C’est vrai ! C’est même Cloud qui l’a dit ! Hein que c’est vrai, Tifa ?

- Oui, ma chérie, il l’a dit.

- Oh ! Regardez ! s’écria soudain la petite en se penchant sur le visage baigné de sueur de son protégé. Il pleure !

Tifa éclata de rire.

- Mais non, voyons, il transp… Ah, si, tu as raison, se reprit-elle en voyant des larmes rouler sur les tempes argentées pour se perdre dans la chevelure de mercure. Il pleure.

- Le pauvre… gémit la petite. C’est parce qu’il a mal, tu crois ?

- Je ne sais pas, Marlène.

Elle prit le linge avec lequel la fillette lui épongeait le front, le trempa dans la bassine d’eau fraîche prévue à cet effet, l’essora et le passa doucement sur le visage et les yeux de l’incarné.

Sa tête ballottait sur l’oreiller, en proie à une poussée de fièvre particulièrement violente, et des petits gémissements à peine audibles s’échappaient de ses lèvres entrouvertes.

- Chut, chut, chut… Allons, du calme… murmura la jeune femme en prenant son visage entre ses mains en coupe, ses pouces caressant doucement ses joues, dont deux pattes argentées soigneusement taillées en L soulignaient les lignes viriles.

- Ti…fa… susurra-t-il dans son état de semi-conscience, faisant un peu rougir la jeune femme, qui ne le lâcha pas pour autant.

- Je suis là, du calme…

Sa peau était douce et chaude sous ses doigts et ses lèvres pleines, gonflées par la fièvre, et brûlantes. Si Reno et Marlène n’avaient pas été là, elle se serait laissée aller à en caresser le contour du bout du pouce, comme ça, juste pour le plaisir de sentir la peau souple.

Loz avait une bouche terriblement sensuelle, aux lèvres pleines élégamment ourlées, et de grands yeux en amande magnifiques. Peu importait qui il était ni ce qu’elle pouvait lui reprocher, il n’en était pas moins un homme particulièrement agréable à contempler.

Même dans l’église, là-bas, dans les ruines de Midgar, Tifa n’avait pu s’empêcher de remarquer le corps athlétique, véritable mètre étalon de perfection masculine, que mettaient en avant plus qu’ils ne cachaient ses vêtements de cuir moulants.

Jamais elle n’avait croisé un homme avec des proportions aussi exquises : grand et élancé, le dos formant un large V sans défaut, une taille étroite et cambrée jusqu’au vertige sur des fesses d’une rondeur affolante et des cuisses puissantes, qui doublaient presque de volume lorsque les muscles se gonflaient, tendant le cuir du pantalon jusqu’à la limite de la déchirure…

Oui, un corps à retourner les sens qu’elle aurait pu contempler dans sa plus bouleversante nudité si elle avait été seule pour pouvoir soulever les couvertures. Un corps dont elle avait eu un fugace aperçu - trop fugace, hélas - à l’hôpital, lorsque le médecin avait rabattu le drap.

- ” Ahem ! ” cria presque Reno, la faisant tressaillir.

- Hein ? bredouilla-t-elle. Quoi ?

Elle cligna des yeux comme au sortir d’un rêve, vit la grimace du turk et s’aperçut qu’elle tenait toujours dans ses mains le visage de Loz, qu’elle continuait à caresser mécaniquement du bout des doigts.

Elle ne le lâcha qu’en remarquant Cloud, debout près d’elle - et apparemment là depuis un petit moment.

- Je disais : le bain est prêt, fit celui-ci d’une voix blanche et avec une expression qui en disait plus long qu’un discours sur ce qu’il avait surpris dans les yeux de la jeune femme alors qu’elle caressait les joues de l’argenté inconscient.

*

Denzel plongea une dernière fois le thermomètre dans l’eau puis sa main. Et encore une fois le thermomètre. Puis à nouveau sa main.

- Puisqu’on te dit qu’il ne risque rien, graine de têtard ! gouailla Reno en entrant dans la salle de bains avec, dans les bras, un Yazoo nu et frissonnant.

- J’suis pas un têtard ! s’écria le garçonnet en sautant sur ses pieds, les poings serrés.

Le turk éclata de rire et se pencha par-dessus le rebord de la baignoire pour y plonger l’incarné inconscient qui, aussitôt qu’il sentit l’eau commencer à le recouvrir, s’agita comme un beau diable en gémissant, envoyant des gerbes d’eau chaude en tout sens et manquant de peu de déséquilibrer Reno.

- Oh ! Là ! Du calme ! Du calme, voyons !

- Tu vois ! s’écria Denzel en essayant de tirer le turk en arrière, loin de la baignoire. Je t’avais dit que ça le brûlerait !

- Ca n’a rien à voir, Denzel. L’eau n’est pas chaude à ce point.

Incapable de maintenir Yazoo dans l’eau sans risquer qu’il ne se blesse - ou qu’il ne le blesse lui ou le garçonnet - Reno s’accroupit sur le sol, l’argenté serré contre lui en une étreinte de fer pour l’empêcher de bouger et l’obliger à se calmer.

- Chut, chut, chut… On se calme, allez, allez, c’est fini.

- Qu’est-ce qui se passe ? demanda Cloud en entrant à son tour dans la salle de bains pour voir l’incarné et le turk avachis sur le carrelage et trempés comme des soupes. C’était quoi, ces gémissements ?

- Monsieur n’aime pas l’eau ! railla le Reno.

Cloud s’approcha et posa la main sur la poitrine nue de Yazoo.

Son coeur battait comme celui d’un moineau pris au piège.

- Il est totalement paniqué. Qu’est-ce que tu lui as fait ?

- Mais rien ! A peine les fesses dans l’eau, il a commencé à geindre et à donner des coups en tout sens. Il a pourtant déjà dû se laver au moins une fois dans sa vie, quand même !

- Ca doit être à cause de la pluie… réalisa l’ancien postulant soldat. Oui, c’est sûrement ça.

- Hein ? De quoi tu parles ?

- La pluie qui a balayé les géostigmates.

- Eh bien quoi, la pluie ?

- Elle agissait sur eux comme une pluie acide.

- Quel rapport ?

- Les médecins l’ont drogué, Reno ! Il est dans les vapes. Il ne se rend pas compte que tu essayes de le plonger dans une inoffensive baignoire. La dernière chose dont il se souvient plus ou moins nettement, c’est sûrement d’être coincé sous ses tonnes de gravats avec cette pluie acide brûlante qui lui tombait dessus sans pouvoir rien faire pour lui échapper !

Reno grimaça et écarta les cheveux humides du petit visage bleui, dont les lèvres mouillées tremblaient comme jamais.

- Ah, merde… J’avais pas pensé à ça.

- Je vais t’aider à tenir immobile dans l’eau.

- Non, attends, on risquerait de faire sauter ses points de suture. J’ai une meilleure idée : tiens-le-moi une minute.

Reno se leva pour retirer chemise et pantalon avant de prendre place dans la grande baignoire.

- Ecarte-toi, Denzel, il pourrait te donner un coup. Vas-y, passe-le-moi.

Cloud assit l’argenté entre les jambes du turk et celui-ci le saisit aussitôt à bras le corps par derrière pour l’empêcher de bouger.

Peine perdue, Yazoo se débattit avec la force du désespoir.

- Du calme ! Chut… Ca va, ça va… Arrête ! Chut… C’est pas vrai ! Arrête… Du calme… Bordel, attrape-lui les jambes !

Il fallut dix bonnes minutes pour que Yazoo finisse par déclarer forfait et se laisse aller contre la poitrine de Reno avec un gémissement pitoyable, totalement épuisé.

- Chut… chuchota celui-ci contre son oreille. Tu vois, c’était pas si terrible… Du calme… Allez, calme-toi…

Le turk l’installa confortablement tout contre lui et s’immergea totalement en prenant toutefois bien garde de lui laisser la tête hors de l’eau.

- On dirait que ça va aller, nota Cloud en passant la main sur le petit visage encore trop pâle.

- Je remets un peu d’eau chaude ? demanda Denzel en plongeant le thermomètre dans l’eau à présent tiède.

- Ouais, bonhomme, vas-y, acquiesça Reno, Et toi, tu arrêtes de gigoter, ajouta-t-il en immobilisant les jambes de Yazoo entre les siennes.

Ce dernier poussa une petite plainte et le turk desserra un peu l’étau de ses cuisses.

- Fais attention à sa jambe, prévint Cloud en tâtant l’épais rectangle de peau artificielle qui devait protéger la blessure de l’argenté et remplacer son épiderme jusqu’à ce que celle-ci cicatrise et se reforme.

- Les points de suture ont morflé ?

- Non, ça a l’air d’aller. Tout est bien en place.

Denzel ferma le robinet d’eau chaude après avoir vérifié la température de l’eau une énième fois et croisa ses petits bras sur le rebord de la baignoire.

- Il va se réveiller quand ? demanda-t-il, impatient.

- Pas tout de suite, on dirait, plaisanta Reno en sentant le souffle régulier de Yazoo contre sa joue.

- Il s’est endormi ? s’étonna Cloud. (Le turk acquiesça) Alors, profites-en pour lui faire faire trempette aussi longtemps que possible. Viens Denzel, on va aller voir Tifa.

- Mais je peux rester ici, je ferais pas de bruit, promis.

- Non, laisse Yazoo avec Reno, il a besoin de calme, allez.

Le petit obéit à regret et Reno ne put s’empêcher de sourire.

« Besoin de calme, tu parles ! »

Cloud n’avait surtout aucune envie de laisser sa dulcinée seule avec Loz après le regard qu’il avait surpris en revenant dans la chambre !

Il aurait fallu être aveugle pour ne pas le remarquer, d’ailleurs.

Cela étant dit, il pouvait comprendre Tifa.

A plus forte raison maintenant que le petit visage en coeur de Yazoo reposait tout contre le sien et que son corps tendre se lovait contre lui.

Les incarnés paraissaient avoir un « truc », un je-ne-sais-quoi qui agissait comme un aimant et donnait envie de toucher leur peau diaphane, presque bleutée, et leurs étranges cheveux argentés.

S’ils étaient agressifs, une peur quasi paranormale vous tordait le ventre à la seule idée d’affronter ces étranges créatures évanescentes mais, dès l’instant qu’ils montraient le moindre signe de faiblesse ou de fragilité, on avait aussitôt envie de les protéger et de les serrer contre soi, comme on pourrait le faire avec un chiot ou un chaton particulièrement craquant.

Cela faisait-il partie de la panoplie de survie inhérente à leur étrange nature, au même titre que leur rapidité ou leur adresse ?

Pouvoir effrayer leurs adversaires jusqu’au malaise lorsqu’ils étaient en mesure de le faire et, si ce n’était plus le cas, qu’ils étaient fragilisés ou ne pouvaient plus se défendre, susciter la sympathie d’autrui, voire même un attendrissement extrême ou, carrément de l’affection ?

Reno tourna un peu la tête pour détailler la « bouille » (comment aurait-il pu appeler cela autrement ?) qui se pressait contre sa joue et passa tout doucement le bout de l’index sur la chair pâle et si tendre de la petite bouche boudeuse. Le souffle léger qui s’échappait des lèvres entrouvertes était tout juste tiède.

- Et si on remettait encore un peu d’eau chaude, mhh ? susurra-t-il en effleurant de ses lèvres le bout du petit nez glacé.

Il vida une partie de l’eau de la baignoire et fit couler le robinet chaud quelques minutes pour la remplir à nouveau.

Lorsqu’il le ferma, Yazoo bougea un peu pour se blottir tout entier contre lui et nicher son visage au creux de son cou avec un petit soupir expressif qui fit pouffer Reno.

- Je t’en prie, vas-y, mets-toi à l’aise, railla le turk dans un murmure en retenant un fou-rire.

…à suivre

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V - Vivants ! Jour J + 2

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

” … i… fa… i… fa… “

Un chuchotement ténu. A peine un murmure. Tout juste un souffle.

Les lèvres bleutées de Loz entrouvertes, presque déjà des lèvres de cadavre, ne bougeaient même pas. Contrairement à ses paupières diaphanes qui, elles, ne cessaient de cligner.

Cloud ferma la porte de la chambre pour protéger les incarnés de Sephiroth du tohu-bohu qui régnait à l’extérieur et frotta ses bras nus.

- Bon sang mais il fait un froid de canard, ici ! Ils pourraient quand même régler la clim !

Dehors, les employés de l’hôpital continuaient à s’agiter en tous sens et les mots ” piratage “, ” données “, ” sécurité ” et ” virus ” revenaient sans cesse.

Quel genre de pirate pouvait donc être assez abject et écervelé pour s’en prendre aux ordinateurs d’un hôpital, risquant peut-être ainsi la vie de centaines de personnes ?

” … i… fa… “

Tifa, le cœur de plus en plus serré, se pencha sur le visage de Loz et planta son regard dans le sien.

En vain.

Les pupilles fendues, si dilatées qu’elles en paraissaient rondes, restaient immobiles et paraissaient traverser les obstacles du champ de vision comme s’ils n’existaient pas.

- Pourquoi ne me regarde-t-il pas alors qu’il ne cesse de m’appeler ? demanda la jeune femme, perdue.

Cloud secoua la tête, aussi décontenancé qu’elle, et toucha l’épaule nue et froide de Yazoo.

- Comment font-ils pour ne pas frissonner, avec une température pareille ? demanda-t-il en remontant un peu le drap trop léger sur la poitrine glabre.

Tifa prit la main glacée de Loz dans la sienne mais celle-ci resta flasque dans sa paume. Elle ne sentit pas même un petit sursaut nerveux lorsqu’elle pressa les doigts élégants et vigoureux.

” … i… fa… “

L’insupportable et douloureux chuchotement. Encore et encore.

- Je suis là, insista-t-elle en lissant les cheveux argentés dans l’espoir qu’il tourne enfin le regard vers elle. Regarde-moi. Tourne la tête. Pourquoi ne me regardes-tu pas ?

Quelque chose parut s’agiter avec l’énergie du désespoir dans les profondeurs de l’océan vert mako des yeux de l’incarné mais c’était si ténu, si difficilement perceptible, que Tifa crut qu’elle avait rêvé.

Une fois, cependant, un petit bruit qui ressemblait à une plainte étouffée s’échappa des lèvres immobiles et les paupières se fermèrent.

Cloud, qui ne cessait d’aller et venir d’un lit à l’autre, essayant de provoquer une réaction quelconque en parlant et touchant les argentés, finit par hausser les épaules et s’asseoir au chevet de Yazoo, qui fixait le plafond de ses yeux aussi vides que ceux de son frère.

- Je crois que Reeve a raison, Tifa, soupira-t-il, découragé. Il n’y a rien à faire. Ils ne…

La porte de la chambre s’ouvrit soudain à toute volée, faisant sursauter et crier Tifa.

Deux hommes et une femme en blouse blanche, flanqués de Reno, de Vincent et de Reeve s’engouffrèrent dans la pièce comme une tornade avec un plein chariot de matériel médical.

- Que… qu’est-ce qui se passe, ici ? s’écria Cloud en voyant les médecins se précipiter au chevet des argentés et rabattre brutalement les draps sur leurs corps nus, les découvrant entièrement. Qu’est-ce que vous faites ?

- Tout va bien, les rassura Vincent. Ces docteurs sont avec nous.

La voix de Rude résonna dans le couloir entre les cris affolés des employés. Il s’adressait visiblement à la nuée de turks qui venaient de se répandre dans l’établissement comme un vol de sauterelles.

- Mettez tous les responsables de sa section recherche aux arrêts ! cria-t-il. Et toi, avance, espèce d’ordure !

Il entra à son tour dans la grande chambre en poussant devant lui un médecin efflanqué d’une cinquantaine d’années.

- Vous n’avez pas le droit ! tempêtait ce dernier en essayant de se dégager de la poigne de fer du turk. Vous entendrez bientôt parler de moi et du président de ce centre hospitalier !

- Depuis très exactement 10 minutes, cracha Reno, le président de cet hosto s’appelle Rufus Shinra, connard ! Alors tu la fermes et tu nous dis ce qu’on veut savoir !

La femme médecin qui occultait Yazoo, une ravissante brunette d’une trentaine d’années, se tourna vers Vincent, sidérée.

- Ils ne les ont même pas soignés ! Regardez ça !

- Si on ne fait rien, c’est l’empoisonnement du sang assuré ! renchérit le médecin qui s’affairait au chevet de Loz, sous le regard inquiet de Tifa.

La jeune femme et Cloud regardaient sans y croire les plaies béantes - bouillie de chair infectée, de pus et de sang - sur la poitrine de Loz et la cuisse de Yazoo.

- Oh, mon Dieu…

- Ils ont dit qu’il les avaient opérés ! fit Cloud, abasourdi. Nous avons même vu les médecins les emmener au bloc !

- Ca, c’est ce qu’ils ont voulu nous faire croire, intervint Reno. Les fichiers informatisés du centre de recherche disent tout autre chose ! Hein, ” docteur ” ? demanda-t-il au médecin toujours maintenu fermement par Rude.

- Que leur avez-vous injecté, professeur Giarh ? lui demanda à son tour le troisième médecin amené par Vincent et Reeve, un tout jeune homme qui paraissait sortir fraîchement de l’institut de médecine.

Le professeur en question lui répondit par un sourire méprisant et Rude le secoua durement.

- On t’a posé une question, ordure !

- Ce n’est pas moi qui m’occupe des détails de ce genre, consentit à rétorquer l’antipathique personnage en accentuant encore son hideux sourire.

Il n’en fallut pas plus à Reno pour sortir de ses gonds.

D’un bond, il fut à ses côtés et il le frappa si fort qu’il lui brisa le nez.

- Ah ! Mais vous êtes cinglé ! pleurnicha l’homme, le nez en sang. Vous n’avez pas le droit ! Je vous traînerai en justice pour ça ! Vous me le paier…

- Vous devrez d’abord expliquer aux juges les 17 cadavres flottant dans le mako que nous venons de trouver, professeur ! le coupa Rufus en entrant à son tour dans la chambre, le faisant blêmir. Oui, professeur, mes hommes viennent d’intercepter le camion à la sortie du parking. Rude, sois assez aimable pour mettre ce déchet dehors en attendant les autorités compétentes pour lui rendre la monnaie de ses gils !

Le turk obtempéra en refermant soigneusement la porte et le médecin qui débranchait soigneusement la perfusion de Loz se tourna vers Cloud.

- Depuis quand sont-ils dans cet espèce d’état inconscient ?

- Depuis leur arrivée ici. Et c’est de pire en pire.

Les trois médecins échangèrent un regard sinistre.

- Qu’est-ce qui se passe, Vincent ? demanda Tifa.

Rufus soupira.

- C’est ce que nous aimerions savoir.

Cloud secoua la tête.

- Alors c’était vous, le piratage ?

- J’ai tout de suite senti que quelque chose n’allait pas, expliqua Vincent. Les médecins nous cachaient quelque chose.

- Pancuronium bromure ! s’écria la jeune femme médecin, penchée sur Yazoo, une petite lampe de poche braquée sur ses pupilles. J’en suis pratiquement certaine ! Regardez leurs yeux ! Je sais que vous êtes conscient, dit-elle à l’argenté en éteignant le petit faisceau lumineux. Battez des paupières si vous m’entendez.

L’argenté battit frénétiquement des paupières et le médecin qui s’occupait de Loz poussa un juron.

- Oh, mon Dieu… gémit le plus jeune praticien, horrifié.

- Qu’est-ce qui se passe ? demanda Tifa. Que leur a-t-on fait ?

- On leur a visiblement injecté des doses régulières de pancuronium bromure.

- Quoi ? s’écria Reno, profondément choqué.

- Que… qu’est-ce que c’est ? s’enquit Cloud.

- Un puissant paralysant musculaire, expliqua Reeve, soudain blême. Ils entendent, voient et sentent tout ce qui se passe mais sont incapables de bouger ou de parler.

- Quoi ? Mais c’est horrible !

” …I…FA… “

Le médecin près de Loz tressaillit et l’observa avec attention.

- Il n’arrête pas de murmurer mon nom, expliqua la jeune femme, la gorge serrée. Comme… comme s’il m’appelait.

Le médecin hocha la tête et grimaça, maussade.

- Ce n’est pas un murmure, mademoiselle, fit-il en remplissant une seringue. C’est un hurlement… Depuis des heures, il essaye très probablement d’appeler à l’aide et d’essayer de vous faire comprendre qu’il est toujours vivant.

Tous laissèrent échapper des exclamations horrifiées.

- Est-ce que vous m’entendez, mon garçon ? demanda le médecin d’une voix douce en se penchant sur l’argenté. Battez une fois des paupières pour ” oui ” et deux fois ” non ” Avez-vous compris ce que je viens de dire ?

Loz battit une fois des paupières et Tifa sentit son ventre se nouer.

Conscients… Ils étaient conscients depuis tout ce temps et avaient dû subir tous ces horribles examens sans pouvoir ne serait-ce que pousser un gémissement de douleur.

Quelle horreur… “ pensa-t-elle.

Voilà donc pourquoi Loz ne cessait de l’appeler. Il essayait de lui faire comprendre ce qui se passait, croyant sans doute que, parce qu’ils avaient combattu durant un long moment dans l’église de Midgar, la jeune femme serait plus à même que ses compagnons d’interpréter ses réactions.

Le pauvre… Je n’ai rien compris du tout. “

- Je sais que vous souffrez horriblement, dit encore le médecin mais c’est bientôt fini. Cette seringue contient un puissant anesthésique. Je vais piquer votre bras et l’injecter tout doucement. Si vous avez l’impression de voir la pièce tourner ou si vous vous sentez mal, clignez rapidement des paupières et j’arrêterai l’injection. Avez-vous compris ?

Un clignement.

- J’ai à présent besoin de connaître l’intensité de la douleur pour savoir quelle dose injecter. Sur une échelle de 1 à 10, 10 étant la pire douleur que vous n’ayez ressentie, dites-moi à quel point vous avez mal.

Loz cligna des paupières neuf fois de suite.

- Que le ciel nous vienne en aide… gémit Tifa en détournant le regard de la plaie béante de la poitrine que le jeune médecin venait de badigeonner de teinture d’iode.

Du côté de Yazoo se déroulait une scène similaire.

La jeune femme médecin venait de terminer l’injection et l’argenté avait fermé les yeux de pur soulagement.

- Sentez-vous encore quelque chose ? demanda-t-elle. Avez-vous encore mal ?

Les paupières diaphanes s’ouvrirent.

Les pupilles avaient repris leur apparence féline et n’étaient plus que deux minces traits noirs fendant l’iris.

Yazoo cligna deux fois des yeux : ” non “.

- Avez-vous froid ?

” Oui “

- Beaucoup ?

” Oui “

Reno prit une couverture chauffante dans le placard de la chambre et l’étendit doucement sur le corps imberbe, non sans laisser son regard courir un tout petit peu plus que nécessaire sur la peau lisse et le physique athlétique en tout point parfait.

Lorsque la chair délicate commença à se réchauffer, les joues blêmes se teintèrent d’une très légère teinte rosée.

- Est-ce que ça va un peu mieux ? demanda tout doucement le turk en se penchant sur l’adorable visage.

Les deux grands yeux vert topaze se plantèrent dans les siens et les paupières diaphanes clignèrent une fois.

- Laissez-vous aller, murmura la jeune femme médecin en caressant le front haut. Lorsque l’effet du pancuronium bromure se sera estompé, nous pourrons vous soigner correctement, vous et votre frère. D’ici là, n’essayez pas de lutter et dormez. Lorsque vous vous réveillerez, tout sera rentré dans l’ordre et vous pourrez à nouveau bouger et parler.

Yazoo ne se le fit pas dire deux fois et ferma les yeux pour de bon avant de sombrer dans le sommeil.

Ne plus sentir la douleur. Ne plus avoir peur. Enfin…

*

- Une trop forte dose de paralysant musculaire finit par entraîner la paralysie du diaphragme et, par conséquent, la mort par étouffement, expliqua le médecin le plus jeune tandis que ses confrères s’occupaient des argentés en salle d’opération.

- Mais c’est horrible ! s’écria Tifa, qui patientait en compagnie de Reno et de Cloud. Pourquoi vouloir les tuer de la sorte ?

- Pour les étudier. La mort par étouffement est celle qui conserve le mieux les organes.

Reno se détourna en ravalant un juron, malade de rage et révolté comme il l’avait rarement été.

Cloud hocha la tête.

- Et nous faire croire par la même occasion qu’ils se laissaient mourir d’inanition ! Bande de vautours ! Et moi qui croyais qu’Hojo était le pire malade qu’on n’ait jamais eu !

Le jeune médecin secoua la tête.

- Vous ne croyez pas si bien dire. Lorsque monsieur Shinra a dissout la branche de recherche génétique de la Shinra, il a bien fallu que les membres de son staff trouvent du travail ailleurs…

Cloud tressaillit.

- Vous voulez dire que les médecins qui travaillent ici… ?

Il ne put finir sa phrase.

- Non, monsieur Strife ! Pas tous. La preuve, j’en fais partie et jamais je ne m’abaisserais à faire le centième des horreurs que nous avons pu découvrir dans ce laboratoire de recherche. Non, uniquement les chercheurs - ou devrais-je dire ” les bouchers ” ? - du pôle de recherche expérimentale. Une branche très particulière de l’institut de recherche du centre hospitalier de Edge, désormais propriété de monsieur Rufus Shinra.

- Ils voulaient les disséquer comme des rats de laboratoire ? grimaça Tifa.

- Plutôt les conserver en l’état et les précieuses cellules de Jenova avec !

- Et nous qui pensions les sauver en les amenant ici… Mon Dieu !

- S’ils étaient restés au centre de soins, où ils sont maintenant, ils l’auraient été, croyez-moi. Cependant, si je puis me permettre…

- Oui, docteur ?

- Y a-t-il un endroit où ils peuvent, disons, se remettre paisiblement après l’intervention ?

Reno fronça le sourcil.

- Que voulez-vous dire ?

- Ailleurs que dans des locaux de la Shinra.

- Pourquoi donc ?

- Vous ne les avez pas vus avant d’entrer en salle d’opération, une fois les effets du pancuronium bromure estompés. Ils étaient…

- Quoi, doc ?

- Affolés. Oui. Totalement paniqués. Perdus. Et la vue de vos confrères dans les couloirs a fait grimper leur angoisse à des hauteurs affolantes.

- Ca, ça peut se comprendre, nota Tifa, un rien railleuse avec un clin d’œil à Reno.

Cloud secoua la tête.

- Kadaj disparu et Jenova ne les estimant plus utiles à quoi que ce soit et les ayant abandonnés… cela peut se comprendre. La ” réunion ” était leur seule raison de vivre et d’exister.

- Alors, il va falloir qu’ils en trouvent d’autres et seuls, je crains qu’ils n’y arrivent pas, intervint Vincent en les rejoignant dans la salle d’attente. Ils sont comme des enfants soudain lâchés dans la nature, avec des souvenirs et des connaissances qui ne sont pas les leurs, qu’ils n’ont eu le temps ni d’expérimenter ni de vérifier par eux-mêmes.

Cloud sembla réfléchir profondément et adressa à Tifa un regard suppliant.

Celle-ci secoua la tête.

- Cloud ! Nous avons deux enfants, avec nous !

- Eux, ils n’ont personne, Tifa.

- Mais… Ils peuvent rester ici. Ou dans les locaux de la Shinra. Ils sont mieux à même d’intervenir rapidement en cas de problème que nous !

- Ils me considèrent comme leur grand frère, plaida encore le jeune homme. Je… je ne peux pas me résoudre à les abandonner dans un hôpital ou un laboratoire ! Ils sont des victimes de Jenova, eux aussi.

Tifa soupira.

Elle non plus n’avait pas le cœur à les abandonner mais, bon sang, ils ne pouvaient pas recueillir chaque créature égarée de Edge ! Et ces hommes étaient dangereux, elle l’avait constaté elle-même à son corps défendant.

Et s’ils devenaient agressifs et s’en prenaient à Denzel ou à Marlène ?

- Je ne sais pas, Cloud…

- Je protégerai les enfants.

La jeune femme ricana.

- Je t’en prie, Cloud ! Tu n’es jamais là.

Ce dernier battit en retraite, ne voulant pas entrer dans ce genre de discussion, qui finissait invariablement en dispute cuisante entre eux.

- Je vais voir ce que font les enfants avec Reeve et Cait, coupa-t-il en s’éclipsant.

La jeune femme leva les yeux au ciel, excédée.

- Et voilà ! L’art et la manière d’échapper à ses responsabilités…

Vincent sourit et s’assit à ses côtés.

- Rufus peut envoyer Reno ou Rude vivre avec toi et les enfants quelques jours, pour te prêter main forte en cas de besoin et voir comment les choses évoluent. Et je passerai vous voir régulièrement, moi aussi.

- Pourquoi ne pas venir passer quelques jours au bar ? proposa Tifa. Ca te ferait le plus grand bien, à toi aussi, de te faire chouchouter un peu, le taquina-t-elle.

L’ancien turk cligna de l’œil, malicieux.

- Le but est qu’ils se sentent ” en famille ” et ” rassurés “, Tifa, pas surveillés ni épiés.

Celle-ci prit une profonde inspiration et laissa échapper un soupir déchirant.

- Comme si j’avais déjà pu dire non quand il s’agit de recueillir des chatons égarés… railla-t-elle.

Vincent rit de bon cœur et lui tapota l’épaule.

- Tout se passera bien, tu verras.

*

Depuis le seuil de la chambre, Tifa et Reno observaient Denzel et Marlène au chevet de Loz et de Yazoo.

En attendant que les deux pièces inoccupées de la maison soient aménagées le lendemain, la jeune femme avait fait installer les argentés dans sa propre chambre, elle-même partageant le lit de Marlène.

- Un vraie petite infirmière, regarde, fit remarquer le turk en souriant tandis que la petite fille épongeait le front moite de l’aîné inconscient avec délicatesse.

Tifa hocha la tête.

- Les enfants ont une capacité à pardonner et une facilité à donner leur affection qui m’étonnera toujours.

Yazoo poussa un petit gémissement dans son sommeil et Denzel se tourna vers eux.

- Qu’est-ce qu’il a ? Pourquoi il n’arrête pas de gigoter ? Il a mal ?

Reno secoua la tête.

- Non, mon grand, les docteurs leur ont donné des médicaments pour ça. C’est pour cette raison qu’ils sont endormis. Yazoo fait peut-être un cauchemar, tout simplement.

Le garçonnet parut réfléchir un instant puis tapa dans ses mains, comme s’il venait d’avoir l’idée du siècle, et se précipita hors de la chambre.

- Denzel ? demanda Tifa. Où vas-tu ?

- Chercher monsieur Carot !

Tifa pressa les deux mains sur la bouche pour ne pas éclater de rire et le turk fronça le sourcil.

- Qui ?

La jeune femme n’eut pas le temps de répondre que le petit était déjà de retour avec un vieux lapin en peluche, qu’il plaça sur l’oreiller, tout contre la tête de Yazoo.

- Monsieur Carot a l’incroyable pouvoir de chasser les cauchemars, chuchota Tifa avec solennité.

Reno hocha la tête avec une gravité de circonstance.

- Je vois. Une perle rare, ce Monsieur Carot. Un doudou de haute volée…

Ils échangèrent un regard et se détournèrent chacun d’un côté de la porte pour étouffer leurs rires de leurs paumes, incapables de garder leur sérieux plus longtemps.

à suivre.

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XXXXVIII - Tout ce qui me reste est pour toi

Un ami, c’est celui qui devine toujours

quand on a besoin de lui.”

J. Renard.

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Soutenue par Loz, le souffle haletant et les jambes tremblantes, Tifa était pétrifiée d’horreur par la vision d’épouvante qui s’offrait à elle.

Les mains souillées de sang, Shalua et Merill - qui venait d’arriver précipitamment, apportant avec lui une valise métallique contenant du matériel de réanimation - essayaient désespérément de réveiller et de faire respirer Cid, étendu sur une mare de sang au milieu de la chambre.

A quelques pas d’eux, Reeve recouvrait d’un drap le corps de Shera - et le plus gros des restes d’os et de cervelle répandus lorsqu’elle s’était tirée une balle dans la bouche.

Au bout de minutes interminables, l’un des appareils consentit enfin à biper, affichant des battements d’un cœur certes terriblement légers et irréguliers, mais battements tout de même.

- Il faut préparer la cuve, Merill ! sanglota Shalua, qui ne gardait qu’à grand peine un minimum de contrôle sur elle-même. Rude et Loz m’aideront à le descendre.

Ceux-ci hochèrent la tête depuis la porte de la chambre.

- J’y vais, Kadaj programmera le contrôleur, fit Merill en se levant et en faisant signe à l’argenté, qui acquiesça. Dès qu’il montrera des signes de conscience, nous le… Oh, merde !

Il était si inhabituel de voir le garçon se montrer grossier que la jeune femme se raidit.

- Qu’y a-t-il, Merill ?

Celui-ci se pencha pour ramasser ce sur quoi il venait de marcher et lui montra.

- Il faut le descendre au bloc, Shalua ! Tout de suite !

Shalua regarda la lame cassée du coupe-papier avec l’expression de quelqu’un à qui l’on vient d’annoncer que la fin du monde est pour demain.

- L’autre morceau doit être à l’intérieur, Shalua ! On ne peut pas le mettre dans la cuve avec ça dans le corps !

Elle secoua furieusement la tête.

- Il ne supportera pas une intervention, Merill, fit-elle, la gorge plus serrée que jamais. Pas dans l’état où il est !

- Nous n’avons pas le choix !

Il se tourna vers Rude. Celui-ci n’eut pas le temps de faire un pas en avant que Loz l’avait déjà devancé et soulevait précautionneusement le pilote dans ses bras.

Merill tint la perfusion et le tube de l’oxygène en l’air, prêt à se mettre en marche, mais l’argenté secoua la tête.

- J’irai plus vite seul, affirma-t-il.

Le jeune homme fronça les sourcils mais Shalua, comprenant très bien où il voulait en venir, arracha presque le matériel des mains de son assistant pour les poser sur le ventre de Cid.

- Vas-y, nous te suivons, dit-elle.

Tifa eut l’impression que Loz et le pilote se dématérialisaient devant elle et un éclair bleu traversa la pièce puis le couloir en direction du sous-sol, Merill, Shalua et Kadaj courant derrière.

Tifa resta prostrée devant la chambre, où Reeve, ganté de latex et un masque sur le nez, avait entrepris de rassembler les restes de Shera pour la transporter en bas, à la morgue.

Des relents de soufre brûlé au goût métallique - mélange de sang, de poudre et de cervelle - flottaient dans l’air et elle eut le plus grand mal à réprimer un violent haut-le-cœur.

- Ca va, Tifa ? s’enquit Yuffie, qui lui pressa doucement le bras.

L’interpellée sursauta et parut enfin prendre conscience de la présence de ses amis, au moins aussi choqués qu’elle.

- Oui, je… Je crois…

Gretta, qui, à l’instar des autres, s’était précipitée, lui frotta le dos, le visage décomposé.

- Il va s’en sortir, Miss Lockheart, j’en suis certaine. C’est un homme solide, l’amiral Highwind, vous verrez.

Mais quelque chose, dans sa voix et dans son regard épuisé, disait exactement le contraire et Tifa tourna la tête vers l’impressionnante mare de sang que le parquet, vampire sans âge fait d’essences rares, buvait avec avidité.

Elle regarda ses pieds nus et ses orteils se recroquevillèrent en réalisant qu’elle était cernée d’empreintes de pas sanglantes, faites par tous ceux qui étaient entrés dans la chambre et en étaient ressortis.

« Cid… Mon Dieu, Cid… »

La jeune femme prit une profonde inspiration pour ne pas fondre en larmes et céder à l’hystérie.

Ne pas regarder tout ce sang…

Surtout ne pas regarder…

Un peu à l’écart, Marlène, en larmes, s’accrochait aux hanches de Yazoo, le visage enfoui dans son long manteau de cuir.

Le jeune homme et Reno s’étaient placés entre elle et la porte de la chambre du pilote pour l’empêcher de regarder.

- Yazoo, j’ai peur ! sanglotait la petite. Qu’est-ce qu’il a, oncle Cid ? Et pourquoi ça sent tout bizarre ?

- Reno, emmène les enfants, ordonna Rufus. Ce n’est pas un spectacle pour eux.

- Je m’en charge, monsieur Shinra, intervint Gretta en prenant la petite par la main. Allez, viens, mon grand, fit-elle à Denzel, que Tifa remarqua alors, serré contre… Cloud.

Son instinct maternel faillit la faire bondir sur lui pour arracher son fils à l’étreinte de son ami d’enfance mais la vieille gouvernante la devança, serrant l’enfant contre son moelleux giron.

- Cloud… gémit le garçonnet en tendant la main vers son idole, ce qui serra le cœur de Tifa.

Mais Cloud, qui ne semblait même pas avoir remarqué que Denzel avait passé un moment agrippé à lui, ne parut l’entendre non plus.

Il avait le regard vide et les lèvres tremblantes.

- Allons, allons… murmura doucement Gretta en poussant les enfants devant elle. C’est l’heure du bain et, ensuite, nous prendrons un bon petit déjeuner.

- Je veux rester avec Cloud, sanglota encore le petit garçon.

- Tu le verras tout à l’heure, mon poussin. Pour l’instant, les grandes personnes doivent s’occuper de l’amiral Highwind, pour qu’il guérisse très vite, mhh ? Car vous voulez qu’il guérisse vite, n’est-ce pas ?

Ils disparurent au détour du couloir et la jeune femme, seulement vêtue d’une fine nuisette de coton, frissonna.

- C’est de ma faute…

Elle sursauta et se tourna vers son ami d’enfance, qui avait été rejoint par Vincent.

- C’est de ma faute, répéta Cloud, la gorge serrée et le visage tordu par une grimace douloureuse. Ma faute…

Et, pour la première fois de sa vie, Tifa fut témoin de ses sanglots…

***

Derrière la vitre du bureau de Shalua, tous assistaient à ce qui aurait dû être le réveil de Cid, après l’intervention chirurgicale durant laquelle Merill et Shalua avaient extrait la lame du coupe-papier coincée entre ses côtes.

« Aurait dû » car le pilote ne paraissait pas reprendre conscience et la tension montait de minute en minute.

La jeune femme paraissait à la limite de se mettre à hurler et Merill se frottait nerveusement le visage en se mordillant la lèvre.

Ils s’affairèrent autour du corps immobile et un « bip bip » timide finit par retentir.

Chacun retint son souffle et Shalua se tourna vers Kadaj et Shelke, pleine d’espoir, mais ceux-ci vérifièrent les réglages du contrôleur de la cuve et secouèrent la tête.

- Il faut quand même essayer ! s’écria la scientifique.

- La simulation est formelle, laissa tomber sa sœur. Si on le met là-dedans, il ne tiendra pas une minute.

Dans le bureau, Yuffie laissa échapper un sanglot et Vincent soupira, la gorge aussi serrée que celle de Tifa, que Loz serrait dans ses bras dans l’espoir vain de la réconforter.

Rude et Reno échangèrent une œillade expressive et Yazoo serra discrètement l’épaule de ce dernier.

- Je suis désolé… murmura-t-il d’une voix à peine audible.

Rufus tapa du poing sur le mur, impuissant.

- Pourquoi ne peut-on pas essayer de le mettre dans le mako, même inconscient ? ragea Yuffie. Qu’est-ce que ça change, de toute façon ? Il va mourir, si on ne fait rien !

Reeve et lui passa le bras autour des épaules, paternel.

- On ne peut pas plonger quelqu’un d’inconscient dans le mako liquide, Yuffie, cela le tuerait.

- C’est déjà un putain de choc quand tu es en possession de tes moyens, renchérit Reno, alors si tu es dans les vapes, je te raconte pas… Si cela avait été possible, crois-moi que j’aurais opté pour un bon coup de massue avant de sauter dans ce truc.

- Et le gaz ? Vincent et Shelke y ont été mis plein de fois dans les pommes !

L’ancien turk secoua la tête.

- Non, Yuffie. Une solution gazeuse ne lui ferait pas plus d’effet qu’une aspirine dans l’état où il est.

- Alors tant pis ! Essayons la cuve !

- Yuffie… essaya de la calmer Reeve.

- Quoi ? Il y est bien, lui ! s’écria-t-elle en désignant Sephiroth, à l’autre extrémité du laboratoire.

- Sephiroth a les puissantes cellules de Jenova pour le protéger et contrecarrer les effets nocifs du mako, pas Cid.

Tifa sentit Loz se raidir contre elle et elle releva la tête.

Le jeune homme paraissait soudain perdu dans ses pensées, le regard rivé au corps immobile, sur l’épaule duquel Shalua, malgré tous les efforts qu’elle faisait pour garder son sang froid, s’était mise à sangloter.

- Loz ?

- On a qu’à lui en injecter, de ces saletés de cellules ! hurla Yuffie, à demi-folle de chagrin.

Cloud tressaillit.

- Cid préférerait mourir que de tomber sous la coupe de cette saloperie.

Chacun essaya de raisonner la jeune ninja et Loz se pencha à l’oreille de Tifa.

- Cid est ton ami, n’est-ce pas ? Tu l’aimes ? Je veux dire… Tu l’aimes vraiment ?

La jeune femme sourit de la naïveté de la question.

- Bien sûr, Loz, fit-elle avec un sourire triste, incapable de retenir ses larmes. Cid est le meilleur des hommes. Et le meilleur des amis. Tu as pu le constater toi-même, non ? N’a-t-il pas été le premier à vous accorder sa confiance, à toi et à tes frères ?

Loz hocha la tête, prit une profonde inspiration et fronça les sourcils.

- Si c’était aussi facile, Yuffie… poursuivait Vincent en caressant la joue humide de larmes de la jeune fille. Outre que les gènes de Jenova sont un véritable poison pour l’immense majorité des humains, elles risquent de faire un pantin de celui qui les reçoit. N’as-tu pas vu ce qu’a traversé Cloud, il y a cinq ans ? Ce qu’ont vécu Kadaj et Yazoo, il y a seulement quelques heures ? La lutte terrible que Loz a dû mener pour annihiler cette puissance néfaste au cœur même de ses cellules ?

- Alors… on ne peut rien faire pour l’aider, Vincent ? Vraiment rien ?

- Pas en lui injectant des cellules de Jenova, en tous les cas, non.

- Sauf si les cellules en question ont été purgées de toute influence néfaste et si elles ont déjà été assimilées par un autre organisme, laissa tomber Loz d’une voix blanche, faisant sursauter Rufus, qui se tourna lentement vers lui.

- Il a raison… bredouilla ce dernier. Vincent ! Il a raison !

L’interpellé pâlit et secoua la tête.

- Hors de question.

- Pourquoi ? insista le jeune président de la Shinra. Les cellules de Jenova on été totalement assimilées par son organisme et il a réussi à les « purger de toute influence néfaste », tu l’as dit toi même ! Si Loz donne son sang à Cid, il lui donnera aussi les…

- J’ai dit « non », Rufus ! s’emporta l’ancien turk en lançant à Loz un regard suppliant.

Tifa s’avança à son tour.

- Pourquoi pas ? Loz a réussi à brider le contrôle de Jenova sur ces cellules, Vincent, Cid ne risque rien !

- Sauf de mourir si on ne fait rien ! sanglota Yuffie.

Vincent ouvrit la bouche pour protester mais Loz l’en empêcha.

- Je sais ce que je fais, dit-il. Et je sais ce que cela implique.

Yazoo, blême comme un linge fit quelques pas pour se planter devant son jumeau.

- As-tu une idée de la quantité de sang qu’il faudrait, Loz ? murmura-t-il d’une voix étranglée.

- Oui, Yazoo. Et je sais aussi que je suis prêt à la donner.

Son cadet se tourna vers Reeve en désespoir de cause et lui lança une supplique silencieuse.

- Ce n’est pas à moi de lui dicter sa conduite, Yazoo, fit ce dernier.

- Reeve ! s’écria Vincent.

- Ni à toi, Vince.

- Mais merde, c’est quoi le problème, à la fin ? s’emporta Reno, à bout de nerfs. Loz a réussi à court-circuiter Jenova dans ses cellules, oui ou merde ?

- Oui, répondit Reeve à contrecœur.

- Alors pourquoi vous vous prenez la tête ? Cid est en train de crever, bordel !

Yazoo lui jeta une œillade glaciale.

- Tais-toi, Reno ! Tu ne sais pas de quoi tu…

- Ca suffit ! cria Loz. Disputez-vous autant que vous voudrez, moi, je sais ce que j’ai à faire.

Sur ces mots, il ouvrit la porte du bureau et pénétra dans le laboratoire pour marcher droit sur Shalua, au chevet de Cid.

Ils parlaient trop bas pour que les autres puissent entendre quoi que soit mais ils virent la jeune femme secouer violemment la tête, révoltée, et Kadaj bondir de son fauteuil.

- Mais enfin, qu’est-ce qu’il y a de si terrible à la faire, cette transfusion ? demanda Rude, n’y tenant plus.

Reeve allait répondre lorsque le cri de Kadaj retentit dans le haut-parleur.

- Il lui faut au moins un litre de sang, Loz !

- Je sais ce que ça implique ! répliqua l’argenté sur le même ton.

- Non, Loz, je refuse de faire ça, répéta Shalua.

- Alors Cid va mourir !

- Je suis médecin, Loz ! cria la jeune femme. Médecin ! Pas l’un de ces bourreaux qui vous ont tourmentés durant des années ! Je sauve ces vies, je ne torture pas des gens !

- Que sont quelques heures de douleur face à la vie de l’homme que tu aimes ? De leur ami ? ajouta-t-il en pointant le doigt vers la vitre sans tain du bureau.

- Non, Loz ! Et Cid serait le premier à refuser de te laisser faire ça !

Loz la prit par les épaules et murmura quelque chose qu’ils n’entendirent pas.

Elle se raidit et Kadaj se détourna.

Au bout de quelques minutes de discussion, elle et Merill allongèrent Loz sur un lit, près de Cid.

- C’est pas vrai… gémit Vincent en les voyant commencer une seconde transfusion, de bras à bras.

Yazoo se couvrit le visage des mains, catastrophé, et Rude jura en levant les bras au ciel, excédé par leurs pleurnicheries.

- D’accord, un litre de sang, c’est pas rien mais bon, on n’en meure pas, non plus ! Il est largement assez costaud pour tenir le coup, même crevé !

Si Yazoo avait eu un pistolet à la place des prunelles, Rude serait tombé mort sur le sol.

- Pourquoi faut-il toujours que les gens parlent sans rien savoir !

Il quitta à son tour le bureau pour aller au chevet de son frère et Tifa lui emboîta le pas.

Rude prit les autres à témoin.

- Quoi ? J’ai dit une connerie ? C’est pas vrai, qu’il est largement assez costaud pour faire ça ?

Reeve lui tapota amicalement l’épaule.

- Bien sûr que si, Rude. Tout va bien se passer, j’en suis certain…
…à suivre

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XXXXVI - Aimer c’est aussi savoir se taire

C’est un poids bien lourd pour un seul coeur

que de souffrir pour deux.”

Euripide

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

En entrant dans sa chambre, Highwind entendit le bruit de la douche derrière la porte close de la salle de bains.

Comme toujours, Shera s’était levée aux aurores.

Prenant garde à ne pas faire trop de bruit, Cid posa sur son bureau la liasse de documents envoyés par l’avocat qu’il venait de récupérer chez Rufus et entreprit de ranger toutes les affaires de celle qui était encore sa femme dans son sac de voyage.

xOx

Ce fut un agréable parfum sucré qui réveilla Yuffie.

S’était-elle endormie par mégarde sur l’un des sachets de bonbons qu’elle avait rapportés de la cuisine ?

Elle lutta pour ouvrir les yeux mais ses paupières semblaient peser des tonnes !

Elle voulut s’étirer mais il y avait quelque chose entre ses jambes : une autre… jambe.

Tiens…

Depuis quand elle en avait trois, de ces trucs là ?

La petite Utaïenne déploya un effort surhumain pour soulever une paupière après l’autre et réalisa que le léger parfum sucré venait, non d’un sachet de bonbons éventré, comme elle l’avait cru, mais des cheveux de Kadaj.

Le visage du garçon était tout près du sien, sur le traversin, ses mèches argentées lui chatouillaient le nez et c’était aussi sa cuisse athlétique, recouverte par le fin coton de son pantalon de pyjama, qui reposait entre les siennes.

Et la main, qu’elle sentait sur sa hanche ?

Ah, non…

Ca, c’était Cait 9.

Il dormait - enfin, c’était mis en veille, plutôt - entre eux, douillettement pelotonné entre leurs deux poitrines, l’une nue et l’autre habillée.

Elle tourna prudemment la tête pour regarder autour d’elle.

La boîte bleue estampillée de moogles était rangée sous le bureau, sur lequel étaient soigneusement empilés les albums photo, apportés par Gretta, et les restes de confiseries.

La brave femme avait pris soin de mettre de l’ordre dans la chambre de Kadaj et de les couvrir lui et elle d’un édredon avant de partir, visiblement.

Ils avaient dû s’endormir en regardant les photos.

D’ailleurs, l’argenté tenait toujours dans sa main le portrait de Lucrecia. Un miracle qu’elle n’ait pas été cornée ou pliée.

Yuffie la lui prit aussi doucement que possible pour la poser sur la table de chevet, à l’abri d’un incident, mais Kadaj la serrait tellement fort qu’il se réveilla.

- Désolée, s’excusa-t-elle en souriant, je voulais juste éviter qu’on l’écrabouille.

Il lui sourit en retour et se frotta les yeux en s’étirant.

- Nous nous sommes endormis ?

- Il faut croire, oui. Mais ne me demande pas quand, je n’en sais rien.

L’argenté laissa échapper un petit rire et tourna à nouveau la tête vers elle.

Son visage était si près du sien que Yuffie pouvait sentir son souffle sur ses cils et sa frange.

- J’ai encore sommeil… gémit-il avec une moue enfantine qui fit pouffer la petite Utaïenne. Pas toi ?

- Si… soupira-t-elle. Je n’ai jamais pu tenir une nuit blanche complète, avoua-t-elle en bâillant à s’en décrocher la mâchoire.

Cait 9, les capteurs à l’affût du moindre bruit ou mouvement de ses maîtres, se redressa à ce moment là en rabattant l’édredon.

- Pour bien commencer une bonne journée : une douche énergique et un bon déjeuner ! claironna-t-il en tapant dans ses pattes.

Il se tourna, enthousiaste, mais, voyant les yeux gonflés et les mines endormies des deux jeunes gens, ses petites épaules velues tombèrent de dix centimètres.

- J’ai connu des bulots, des carpes et des merlans, qui même sortis de l’eau, me semblaient plus vivants ! railla-t-il en se frottant les moustaches.

- Très drôle, Cait… rétorqua Kadaj, le visage grimaçant et les yeux à demi clos.

Cait 9 sauta du lit et entreprit de chausser ses gros godillots.

- Qui doit terminer sa nuit a besoin… d’un déjeuner au lit ! décréta-t-il en plaçant son petit couvre-chef sur sa tête.

- Excellente idée, Cait, approuva Yuffie. Mais pas avant deux bonnes heures, d’accord ?

Le chat robotisé hocha aimablement la tête et quitta la chambre en refermant doucement la porte.

Kadaj jeta un œil au petit écran défilant du panneau de contrôle mural.

” …température de la pièce est de 19°C / Il est 7h15 / Nous sommes le…

- Ce serait indécent, de dormir jusqu’à 9h30 ou 10h00, tu crois ? demanda l’Utaïenne.

L’argenté fit mine de réfléchir un instant avant de lancer un ” Naaaaan ! “ sarcastique couplé d’une grimace comique, ce qui fit de nouveau rire la jeune fille.

Celle-ci baissa alors les yeux sur son gros pull de laine et son épais pantalon de toile froissé.

- Zut ! Je me suis endormie tout habillée… soupira-t-elle en faisant glisser son pull par-dessus sa tête et son pantalon pour ne garder qu’un petit caraco fleuri et sa culotte-short assortie. Regarde-moi ça, j’ai des marques partout, gémit-elle en tâtant les stries rouges dont elle était couverte, provoqués par les plis des vêtements.

Kadaj dut faire un effort considérable pour rester stoïque face à la soudaine quasi-nudité de la jeune fille - au demeurant ravissante !

Au vu de la pudeur dont elle avait fait preuve devant la cuve de Reno, jamais il n’aurait pu penser qu’elle se dévêtirait ainsi un jour devant lui sans autre forme de procès !

Cela étant dit, le naturel et la naïveté avec lesquels elle avait fait ça, sans la moindre crainte ou arrière-pensée, étaient on ne peut plus touchants, voire… terriblement équivoques.

Elle se coula à nouveau sous l’édredon avec un soupir de plaisir évident et l’argenté faillit éclater de rire.

Se rendait-elle compte qu’elle était seule, à demi-nue, dans le lit l’un homme ?

Si c’était le cas, elle ne comprenait visiblement pas ce que cela impliquait et Kadaj pouffa, plus amusé que jamais.

- Quoi ? demanda Yuffie. J’ai dit une bêtise ?

Il secoua la tête et se pelotonna à son tour sous l’édredon, lui faisant face.

- Non, c’est moi, je repensais aux anecdotes de Gretta, mentit-il.

La jeune fille lui adressa un sourire fatigué.

- C’est vrai que c’était drôle. (Elle frissonna) Il fait drôlement froid, non ?

- C’est parce que tu es fatiguée. (Il allait lui proposer de monter un peu le chauffage de la chambre mais…) Viens, fit-il d’une voix un peu enrouée en tendant son bras.

Kadaj pensait qu’elle refuserait, bien entendu, mais, au contraire, la jeune fille se blottit contre lui, nichant la tête au creux de son épaule.

- C’est gentil… dit-elle d’une voix tout juste audible avant de s’endormir profondément, le prenant totalement au dépourvu.

Il déglutit avec difficulté : le corps menu qui se pressait contre le sien avait allumé un incendie que la tendre proximité attisait de seconde ne seconde.

Bravo ! ” se sermonna-t-il en silence. ” Et maintenant ? Tu fais quoi, gros malin ?

Il ferma les yeux avec un soupir silencieux en essayant d’occulter les pensées peu avouables que les courbes gracieuses, et la chaleur de la peau douce, faisaient naître dans son esprit.

Une chose était certaine, cependant : il n’avait plus du tout sommeil !

xOx

Loz était sorti de la salle de bains et enfilait son pantalon lorsqu’il resta en arrêt devant le spectacle qui s’offrait à lui.

Nue, à genoux sur le lit, Tifa se séchait les cheveux avec une serviette, la peau frissonnante et les yeux mi-clos.

Elle aurait pu être l’image même du désir et de la sensualité si un pli soucieux ne barrait pas ses lèvres pleines.

- Qu’est-ce que tu as ? demanda-t-il d’une voix douce en la rejoignant sur le lit.

La jeune femme jeta la serviette sur une chaise et essaya de sourire.

- Tu le sais très bien, Loz.

- Ce ne sont que des cauchemars, Tifa, ce n’est rien. Il n’y a vraiment pas de quoi t’en faire pour ça, je t’assure. Je… J’en fais depuis toujours.

Elle secoua la tête, la gorge nouée.

- C’est faux, rétorqua-t-elle, au bord des larmes. Tu essayes seulement de me rassurer. Et le pire, c’est que je ne peux rien faire. Je me sens tellement… inutile !

Il la serra dans ses bras et elle pressa sa joue contre son torse.

La chair était dure et la peau souple, soyeuse et parfumée.

Après la douche brûlante qu’il venait de prendre, chaque pore paraissait exhaler cet affolant parfum sucré dont Tifa ne pouvait plus se passer.

- Tu es près de moi, Tifa, susurra-t-il à son oreille. Et c’est bien plus que je n’aurais jamais osé espérer.

- Ce n’est pas assez, fit-elle d’une voix étranglée en se blottissant tout contre lui. J’ai eu si peur, tout à l’heure, Loz, si tu savais. Si… Si je te perdais maintenant, je…

Il posa un doigt sur sa bouche et sourit.

- Jamais, promit-il en enfouissant sa main dans ses cheveux pour lui relever la tête. Jamais, Tifa.

- Jure-le-moi, supplia-t-elle, les yeux brillants de larmes. Jure-moi que tu ne la laisseras pas te reprendre. Ni elle ni personne !

- Je te le promets mais ne pleure pas. Je n’aime pas te voir pleurer…

Le cœur d’autant plus serré qu’il savait être la cause de sa détresse, Loz l’étreignit plus fort encore et se pencha pour l’embrasser avec toute la tendresse et l’affection dont il était capable.

Elle répondit à son baiser avec chaleur puis recula un peu pour prendre son visage entre ses mains en coupe et le dévisager.

Sa peau trop pâle, ses joues creuses et ses yeux cernés serrèrent le cœur de la jeune femme.

- Loz… Tu es épuisé. Tu n’as pour ainsi dire pas fermé l’œil depuis que…

- Je vais bien, essaya-t-il de la rassurer avec un pauvre sourire.

La jeune femme jeta un coup d’œil au panneau de contrôle mural et lui caressa la joue.

- Il est encore très tôt, tu sais. Tu devrais essayer de dormir un peu avant le petit déjeuner.

- Je ne…

- Juste une heure ou deux, pas plus, le pressa-t-elle.

Il secoua la tête.

- Tifa, je…

- Je veillerai sur ton sommeil, promit-elle dans un souffle, tout contre ses lèvres, en lissant ses courts cheveux argentés. Au moindre signe de cauchemar, je te réveillerai, je te le promets.

Loz laissa échapper une petite plainte mais elle l’enlaça et se laissa aller en arrière sur le lit, l’entraînant avec elle.

- Tifa, non…

Il voulut se redresser mais elle resserra son étreinte, rabattit la couette sur eux et nicha la tête du jeune homme contre ses seins tendres.

- Chhh… Dors, mon amour. Dors. Repose-toi.

Il poussa un profond soupir et ferma les yeux, uniquement pour lui faire plaisir.

Il devait rester éveillé coûte que coûte, il le savait.

Ne pas s’endormir.

Surtout ne pas s’endormir car, s’il lâchait prise, les cauchemars reviendraient.

Mais il était si bien, dans les bras de Tifa, et tellement fatigué…

Tellement fatigué…

Tellement…

xOx

Dans le petit salon des appartements de Shalua, Rufus et Vincent regardaient les images reçues par Reeve.

Le chef de la WRO était venu les chercher à la demande la jeune femme et ils considéraient l’écran de l’ordinateur portable avec un dégoût mêlé d’appréhension.

- C’est là, prévint Reeve avec une moue en se détournant.

Il avait déjà visionné les images seul puis une nouvelle en compagnie de Shalua et il doutait que son estomac puisse supporter une troisième séance.

- Ils… Ils vont le stériliser ? demanda Rufus avec une moue douloureuse en voyant Hojo, armé d’un scalpel, se pencher sur le bas-ventre de Loz.

Le jeune argenté, apparemment sous anesthésie générale, était allongé nu et solidement sanglé sur une table d’opération, les cuisses légèrement écartées, pour lui dénier tout mouvement accidentel.

Shalua secoua la tête.

- Une vasectomie, c’est aussi ce que j’ai cru, au début, mais non. C’est même tout le contraire, en fait. Regardez.

Rufus serra les dents et dut fournir un effort surhumain pour ne pas détourner les yeux lorsqu’il vit le scalpel mordre dans la peau fragile du scrotum sur plusieurs centimètres sous la racine de la verge.

D’une main sûre, Hojo écarta ensuite les deux bords ensanglantés pour mettre à découvert un testicule. Le long du bord supérieur de celui-ci était accolé un petit corps mou oblong, dans lequel le scientifique enfonça une fine aiguille à l’extrémité de laquelle se trouvait une canule de ponction.

- Oh, mon Dieu… gémit le jeune président de la Shinra en pressant inconsciemment ses mains sur ses parties en un geste instinctif de protection.

- Un prélèvement de spermatozoïdes directement dans l’épididyme ? s’étonna Vincent.

Shalua tordit le nez.

- Hojo voulait visiblement du “premier choix”.

On vit les scientifiques répartir les précieux spermatozoïdes soigneusement sélectionnés dans cinq petits tubes bleus qu’ils plongèrent dans l’azote liquide puis le document reprit sur un fondu, dans la même salle d’opération que précédemment.

Cette fois, c’était Yazoo qui était sanglé au lit.

- Ils ont prélevé du sperme sur les trois ? demanda Rufus, voulant couper court et ne pas subir à nouveau la vision du scalpel tranchant dans la peau tendre.

La jeune scientifique secoua la tête.

- Non. Seulement Loz.

- Et lui, alors ?

- Regardez, vous allez comprendre.

Hojo se saisit une fois encore du scalpel.

Il se pencha sur Yazoo et trancha dans le bas du ventre, à quelques centimètres de la hanche, comme s’il s’apprêtait à opérer le jeune homme de l’appendicite.

L’entaille faite, un assistant fixa un écarteur pour ouvrir largement la plaie, laissant apparaître, non l’extrémité d’un intestin mais une sorte de petite boule de la taille d’une amande d’où sortait un gros vaisseau rosâtre.

- On dirait… une tumeur, nota Rufus sans remarquer que Vincent venait de blêmir.

Hojo fit un prélèvement semblable à celui qu’il avait effectué sur Loz un peu plus tôt.

- Il récupère quoi, là ? insista le jeune président.

- Des ovules… répondit l’ancien turk, qui n’en croyait pas ses yeux.

- Des quoi ? s’écria Rufus, sceptique. Des ovules ? Sur un homme ? Et dans une tumeur ?

- Ce n’est pas une tumeur, Rufus, intervint Shalua d’une voix blanche. C’est un ovaire.

Le jeune président laissa échapper une exclamation étouffée et serait tombé à la renverse s’il n’avait pas été assis.

- Un… bredouilla-t-il. Un… Ovaire ? Yazoo ? Vous voulez dire que c’est un… un hermaphrodite ?

Il s’affala sur le canapé de Shalua, terrassé par la nouvelle, et Reeve hocha gravement la tête.

- Le prix de la consanguinité, c’est lui qui l’a payé… soupira-t-il.

à suivre
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I - Vivants ! Jour J

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Shiva Rajah d’après une illustration de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno regarda une dernière fois les décombres éparpillés de l’immeuble et donna un coup de pied dans un petit morceau de ciment.

Est-ce à cela qu’aurait ressemblé Edge et la planète entière si Cloud n’était pas arrivé à bout de Kadaj ?

- Reno ? cria la voix de Rude de l’autre côté des décombres. Tu as trouvé quelque chose ?

- Que dalle ! A mon avis, ils ont été réduits en compost ! Ou ils se sont carrément dissous, comme leur frangin !

- Avec le nombre de materias qu’ils avaient dans le corps, ça m’étonnerait ! répondit la voix de Yuffie depuis les sous-sols à demi-effondrés.

Voilà plus de trois heures que les turks et Avalanche fouillaient les décombres à la recherche des cadavres des frères aînés de Kadaj.

Si, comme le craignait Rufus, leurs corps ne s’étaient pas désintégrés, ils étaient de véritables réserves de cellules de Jenova qu’il urgeait de mettre en lieu sûr, à l’abri de cinglés du genre d’Hojo. Même si, pour cela, il fallait les découper en tranches pour les mettre, à l’instar de leur saloperie de mère, dans des boîtes scellées.

Reno essuya la sueur qui coulait de son front et secoua sa chemise pour rafraîchir un peu la peau moite de son torse.

Il était presque dix-huit heures.

Le ciel commençait à rougir mais la température, elle, ne semblait pas vouloir baisser.

« Saloperie de canicule… »

Il sauta par-dessus les restes d’un muret de béton, regarda autour de lui et blêmit.

Il se trouvait au centre de ce qui avait dû être autrefois une sorte de hall d’accueil mais qui tenait désormais davantage de l’ossuaire que du vestibule.

Si l’on en croyait les squelettes blanchis coincés sous les gravats des plafonds effondrés, la chute du météore avait provoqué en ce lieu une véritable boucherie.

Les dépouilles avaient dû pourrir là durant des années, à l’abri des murs lépreux du bâtiment, jusqu’à ce que les incarnés de Sephiroth fassent tout sauter, exposant la scène dans toute son horreur.

Le turk recula d’un pas et quelque chose craqua sous son talon.

Il grimaça, devinant ce qui devait être à l’origine de ce son de céréale écrasée sous une cuiller.

- Et merde…

Reno baissa lentement les yeux vers le sol et frémit en réalisant qu’il avait marché sur les phalanges blanchies d’une main d’enfant âgé de quatre ou cinq ans tout au plus.

- Oh, putain…

Il contint un frisson de dégoût et s’écarta du petit corps vêtu des restes d’une robe blanche et bleue.

Près de la fillette s’amoncelaient les ossements de cinq ou six autres personnes, pour ce que pouvait en voir le turk. Probablement toutes tuées par la chute de la poutre en béton armé sous laquelle disparaissaient diverses parties des corps.

Reno allait fuir la vision de cauchemar lorsqu’un bruit glaireux de lapement attira son attention, derrière ce qui avait été autrefois un standard d’accueil téléphonique dernier cri.

Il s’approcha sans faire de bruit pour jeter un oeil par dessus l’amoncellement de câbles, de métal distordu et de plastique fondu.

La première chose qu’il remarqua fut un reflet émeraude qui scintilla comme un éclair dans la fin d’après-midi rougissante.

A quelques mètres de l’endroit où il se trouvait, un monstre se régalait du sang qui coulait en petites rigoles entre les gravats. Ses écailles brillantes accrochaient les feux du couchant.

Le turk l’observa en silence et en prenant bien garde de ne pas faire le moindre bruit.

C’était une bête étrange, tout en angles et en nerfs.

De la taille d’un gros chien, elle n’était pas vraiment laide, au contraire, elle était élancée et racée, perchée sur de hautes pattes élégantes aux griffes acérées comme des rasoirs.

Encore sous le choc de la vue des corps, Reno se surprit à admirer la créature. Peu importait qu’il s’agisse d’un monstre. Au moins, c’était vivant et, en cet instant, ça le rendait plus beau à ses yeux que n’importe quoi d’autre.

Il s’approcha à pas de loup…

Le sang que léchait la bête, presque avec affection et les yeux dorés mi-clos, comme on goûte un vin rare, coulait en élégants méandres rubis d’un bras à la chair tendre, pale et délicate. Un bras qui avait lâché son arme, qui gisait à quelques centimètres à peine des longs doigts graciles.

La chevelure d’argent de son propriétaire s’étalait sur le sol couvert de déblais pour former un tapis luxueux sous les pattes griffues du monstre, comme le dernier hommage d’un martyr à une cruelle divinité animale….

La scène aurait pu orner le mur du temple d’un Dieu antique.

Cette bête chimérique et puissante, léchant ce corps qui semblait si fragile en comparaison…

La scène était belle, oui. Horriblement, terriblement belle.

- Reno ! Couche-toi !

Le cri de Tifa, qui retentit soudain derrière lui, le tira de sa sinistre rêverie et il se coucha d’instinct sur les gravats tandis que retentissaient deux coups de feu.

Touché en plein coeur, le monstre s’effondra aussitôt et la jeune femme rejoignit le turk en sautant par-dessus le muret, qu’il avait lui-même franchi un peu plus tôt.

- Reno, ça va ?

- Oui, bredouilla-t-il, étonnée de la voir se servir d’une arme à feu avec une telle dextérité. Oui, je… Ca va.

Bordel de merde ! Il perdait la boule ou quoi ?

S’extasier sur cette sale bestiole en train de s’abreuver de sang humain, c’était du grand n’importe quoi ! Même si le sang en question était celui d’un putain d’incarné !

- Qu’est-ce qui s’est passé ? cria la voix de Rude depuis le côté opposé des ruines. C’était quoi, ces coups de feu ?

- On en a retrouvé un ! répondit Tifa. Un Rokoal était entrain de lécher le sang qui coulait de… Oh, c’est pas vrai !

Elle se tut, soudain blême, et Reno la secoua par l’épaule.

- Tifa ? Qu’est-ce que tu as ?

- Depuis quand ça saigne, un cadavre ? demanda-t-elle avant de se précipiter vers l’argenté coincé sous les gravats.

Le turk s’élança derrière elle.

- Tifa, attends ! Et on est supposés faire quoi, s’il est vivant ? L’achever d’une balle dans la tête ?

- Arrête de dire des sottises et aide-moi à le dégager !

Il souleva à grand peine un reste de plafond pour qu’elle puisse tirer le corps de sous un amas de plâtre et de tiges métalliques, dont l’une avait transpercé la cuisse gainée de cuir.

Tifa retourna l’argenté et posa un doigt sur la veine de son cou.

- Alors ? demanda Reno en lâchant le morceau de plafond avec un bruit assourdissant.

- Il est vivant, murmura-t-elle, mais tout juste. Rude ! cria-t-elle. Cloud ! Venez vite ! Yazoo est vivant !

Reno s’agenouilla à côté d’elle et considéra le corps ensanglanté qu’elle tenait dans les bras.

Ce visage…

Il n’avait pas oublié ce visage.

Lorsqu’il avait combattu ce satané incarné, le turk avait à peine eu le temps de le détailler mais la petite « frimousse » - quel autre qualificatif conviendrait mieux à ces traits graciles presque enfantins ? - s’était gravée dans son esprit avec la force d’un fer rougi.

Comment aurait-il pu en être autrement ? Des traits aussi délicats chez un homme, c’en était presque obscène…

Mais Reno n’avait pourtant pas rêvé, la preuve. Ce visage existait bel et bien et se trouvait là, devant lui.

Yazoo.

C’était donc son nom.

- Vous êtes où ? cria la voix de Cloud, toute proche.

- Ici ! répondit Reno. Juste sous les restes de colonnes bleues ! Merde, Tifa, il saigne comme un goret.

- Une artère, tu crois ?

- Non, quand même pas à ce point là. Celle saleté de tige en métal devait boucher une veine et on l’a sans doute déplacée en le tirant de là.

Il retira sa ceinture et entreprit de la serrer autour de la cuisse de l’argenté, au-dessus de sa blessure.

- Son frère ne doit pas être loin, dit Tifa, la gorge sèche, en tournant la tête en tout sens. Bon sang, je n’ose imaginer les drames qui ont dû se dérouler ici il y a sept ans.

Elle venait de voir les ossements blanchis coincés sous plusieurs tonnes de béton.

- Ils n’ont probablement pas eu le temps de… Tifa ! Là-bas ! Regarde ! Sous la poutre !

Il lui désigna un coin d’ombre, sous une poutre de béton et la jeune femme secoua la tête.

- Je ne vois rien.

- C’est pas une main, ça ? Là ! Juste à côté du bout de taule.

Tifa finit par voir à quoi faisait allusion le turk et laissa échapper un petit cri étouffé en considérant les centaines de kilos de déblais.

- On ne pourra jamais le sortir de là sans matériel adéquat.

- Tu crois qu’il est vivant, lui aussi ?

- Ca m’étonnerait. Son corps a dû être totalement écrasé par les décomb… Il a bougé ?

- Hein ?

- La main. Elle a bougé, non ?

- Oh putain…

La jeune femme se précipita sous les décombres et dut dégager plusieurs couches de morceaux de plâtre et de déblais pour accéder à la tête et aux épaules du corps immobile.

Elle n’eut même pas besoin de vérifier son pouls car sa respiration sifflante et douloureuse n’était que trop audible.

- Reno ! Il est vivant, lui aussi !

Le turk secoua la tête, incrédule.

- Bah merde, alors…

- Loz… murmura Tifa, la gorge serrée. Loz, tu m’entends ?

Prononcer le nom de cet homme lui faisait un effet étrange.

Jamais personne ne lui avait inspiré à la fois autant de méfiance, de colère et d’indignation mais aussi de pitié, d’admiration et de trouble.

Colère pour l’avoir battue à plates coutures dans l’église, indignation pour les heures d’angoisse passées à s’inquiéter pour Marlène, qu’il avait enlevée sans le moindre état d’âme, pitié parce qu’elle savait, à présent, qu’il n’avait été que la marionnette de Jenova, admiration parce qu’il était sans doute l’homme le plus fort qu’elle n’avait jamais affronté et trouble parce que… Parce que…

Elle secoua la tête pour chasser le souvenir d’un grand corps athlétique aux muscles puissants gainés de cuir noir et tendit une main hésitante pour caresser la courbe lisse d’une pommette, le front haut, suivre l’arête du nez élégant et effleurer du bout des doigts les lèvres pleines au dessin parfait mais craquelées par la déshydratation.

Les longs cils argentés frémirent.

- Yazoo… gémit Loz d’une voix étranglée à peine audible. Yazoo…

Un filet de mousse rougeâtre lui coula au coin de la bouche et la jeune femme hoqueta.

- Reno ! Je crois que quelque chose lui a transpercé le poumon ! Il faut le sortir de là !

La jeune femme lissa les courts cheveux de mercure et deux yeux félins couleur mako embués de larmes douloureuses s’ouvrirent et la fixèrent.

- Toi… murmura-t-il avec difficulté.

- Ne bouge pas. On va te tirer de là.

Un sourire d’une douceur poignante se dessina sur les lèvres sensuelles et Tifa s’étonna de voir une expression aussi tendre sur le visage d’un tel homme.

- Je… poursuivit l’argenté malgré le sang qui encombrait les voies respiratoires. Je t’ai vue si souvent dans mes rêves… qu’à mon réveil j’ai l’impression que tu es encore là…

Il cracha un filet de liquide rougeâtre et s’évanouit à nouveau.

Tifa passa une main derrière la nuque argentée pour lui tenir la tête de côté afin de l’empêcher de s’étouffer et frémit au contact de la peau douce.

Que pouvaient signifier ces mots ?

Une chose était sûre en tous les cas : il ne l’avait pas oubliée.

Et curieusement, cette certitude l’emplit d’une exaltation aussi malvenue qu’inexplicable.

…à suivre.

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XXXV - Je t’aime… Moi, non plus !

« Si c’est là votre façon d’aimer,

je vous prie de me haïr. »

Molière

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Shalua et Shera se dévisagèrent dans un silence de mort, le bras de Cid toujours passé autour de la taille de la première.

- Tu ne me présentes pas, Cid ? demanda la seconde d’une voix glaciale.

La jeune scientifique se dégagea et, relevant la tête avec courage, s’avança d’un pas en tendant sa main valide.

- Docteur Shalua Rui, fit-elle avec aplomb.

La femme de Cid hoqueta, le regard fixé sur le moignon de son bras gauche que ne recouvrait nulle prothèse. Comme il n’était supposé se trouver aucun étranger parmi eux, la jeune femme avait voulu dîner à l’aise et s’était laissée convaincre par Merill de laisser sa lourde prothèse robotisée au laboratoire.

- Oh, mon Dieu… bredouilla Shera, les joues soudain brûlantes. Je… Pardon, j’ai cru que…

Elle leva le visage vers Shalua et remarqua alors qu’il lui manquait également un oeil, ce qui fit monter sa gêne d’un cran.

Cid s’avança à son tour, prêt à défendre la jeune scientifique de la moindre remarque désobligeante mais eut la surprise de voir sa femme serrer chaleureusement la main de sa rivale.

- Shera, se présenta-t-elle à son tour. Je suis Shera Highwind, la femme de Cid. Pardonnez-moi, je… Je me sens tellement idiote ! J’ai cru que… Oh, là, là… (Elle se tourna vers le pilote) Quelle manie, toi aussi, d’être aussi familier avec les gens ! On n’a pas idée ! Pardonnez-moi, docteur Rui, je ne sais pas quoi vous dire. Je… A le voir vous enlacer comme ça, j’ai cru que… Enfin, vous voyez. Non mais quel balourd tu fais, Cid !

Shalua encaissa le choc avec dignité mais Tifa, à l’instar de la plupart des spectateurs, sentit la révolte lui nouer les tripes.

Dans l’esprit de Shera, une femme comme Shalua - c’est à dire borgne et amputée d’un bras - ne pouvait en aucun cas être la maîtresse de son mari, les aurait-elle surpris nus dans un lit.

Cid, blême comme un suaire, serra les poings et ouvrit la bouche pour invectiver sa femme mais la jeune scientifique lui serra le bras, suppliante, la gorge serrée par la honte et ne voulant surtout pas ajouter à son malaise déjà grand.

- Tu entends ça, Cid ? fit-elle avec un effort surhumain pour ravaler ses larmes. Ta femme a cru que nous étions amants ! Toi et moi… Avoue qu’il y a de quoi rire, non ?

Le double sens de ses paroles et l’amertume qu’il sentait percer dans le ton artificiellement railleur enfoncèrent des poignards incandescents dans le coeur du pilote.

- Une fois encore, je suis désolée, docteur Rui… s’excusa à nouveau Shalua. Je ne sais pas comment me… Mon Dieu, vous devez me trouver si ridicule !

- Ce n’est rien, vraiment.

- Shera ! s’écria Cloud en lui tendant les bras. Tu ne dis plus bonjour aux amis ?

- Cloud ! Bon sang, ça faisait un bail !

Ils s’embrassèrent chaleureusement et la tension ambiante retomba un peu.

Reno se tourna vers Rude et secoua la tête, effondré.

- Rudo, ne le prends pas mal mais t’es vraiment un boulet !

- J’ai pas trop compris ce qui vient de se passer, là, avoua l’impressionnant turk à mi-voix.

- Cid envisage de divorcer, crétin de mes deux ! Shalua est sa maîtresse.

Son comparse pâlit.

- Oh, putain… J’en savais rien, moi !

- Pourquoi t’es allé la chercher ? Abruti !

- C’est Cloud qui m’a dit que ça lui ferait plaisir ! Ca devait être une surprise.

Reno faillit s’étrangler.

- Ah, parce que c’était ça, la surprise dont tu m’as parlé ? Oh, la vache…

Du coin de l’oeil, il vit Cloud plaisanter avec la nouvelle venue et jura.

Les enfants vinrent l’embrasser à leur tour et Rufus entraîna discrètement le pilote à l’écart.

- Je vous en prie, amiral Highwind, supplia le jeune président, reprenez-vous et faites semblant d’être heureux de la voir. Au moins ce soir.

- Quoi ? s’écria Cid.

- Chut ! Moins fort. Votre épouse arrive comme un cheveu dans la soupe et nous n’avons vraiment pas besoin de problèmes supplémentaires pour l’instant. Je vous rappelle que nous avons un Sephiroth inconscient au sous-sol qui est supposé se trouver à Edge, des invités avec une saleté d’entité extraterrestre qui n’attend qu’une occasion pour leur dévorer le cerveau et des phénomènes plus qu’inquiétants dans la rivière de la vie à étudier de toute urgence sans affoler la population !

- Rufus, nous n’avez pas idée de ce que vous me demandez !

- Soyez sûr du contraire. Je sais que vous préparez votre divorce et que la principale concernée n’est pas encore au courant. Je vous aiderai à accélérer les choses, je vous en donne ma parole, mais, pour l’heure, le plus important est que Shera reparte au plus vite.

- Il a raison, intervint Vincent en les rejoignant. Tu dois jouer les maris attentionnés quelques heures pour la renvoyer dès demain le plus sereinement possible et sans qu’elle pose trop de questions.

Cid serra ses mâchoires à tel point qu’ils entendirent grincer ses dents.

- Bordel de merde ! Quand je vais choper Rude, il va passer un sale quart d’heure…

- Il n’y est pour rien, Cid, assura Vincent. J’ai cru comprendre que c’était Cloud qui lui avait demandé de passer chercher Shera.

Le pilote lâcha une bordée de jurons étouffés et Rufus lui tapa sur l’épaule.

- Je vais parler à Shalua, ne vous en faites pas, fit-il avant de s’éloigner pour prendre la jeune femme à l’écart.

- Ca va aller ? s’enquit Vincent. Tu crois que tu vas pouvoir donner le change ?

Cid vit Shalua et Tifa hocher gravement la tête devant Rufus sous les regards révoltés de Loz et de Shelke.

- J’en sais rien, Vincent… J’en sais rien.

La jeune scientifique lui lança un sourire discret débordant d’affection qui lui serra le coeur.

- Tout le monde m’embrasse sauf mon propre mari, c’est un comble ! s’écria gaiement Shera en arrivant derrière lui. Bonsoir, Vincent. Ravie de te revoir.

Elle lui présenta sa joue mais il lui tendit la main.

- Désolé, je n’ai jamais été très à l’aise avec les contacts humains, s’excusa-t-il avant de les laisser seuls.

- Il n’a pas changé ! Alors ? Tu ne m’embrasses pas ?

Cid piqua sa joue d’un baiser rapide en essayant de ne pas imaginer ce que Shalua devait ressentir en le voyant agir de la sorte après la façon dont sa femme l’avait traitée.

- Tu as été odieuse avec le docteur Rui, Shera, ne put-il s’empêcher de lui faire remarquer.

Cette dernière grimaça et laissa échapper un gémissement embarrassé.

- Je sais… Je ne sais pas quoi dire pour m’excuser. Mais à vous voir tous les deux, comme ça, mon sang n’a fait qu’un tour. Oh ! Cid… Qu’aurais-tu pensé à ma place, franchement ?

« C’est pas ça qui est odieux, espèce de mégère ! C’est de croire que parce qu’elle a sacrifié son bras et son oeil pour sauver sa soeur, elle ne mérite plus l’attention d’un homme ! » avait-il envie de hurler.

- Tu as salué tout le monde ? demanda-t-il, ravalant sa rage à grand peine.

- Non, j’attendais que tu me présentes à ceux que je ne connais pas encore. Tiens, tu travailles sur un nouveau prototype ? demanda-t-elle de but en blanc.

- Hein ?

Elle lui prit la main gauche.

- Tu as enlevé ton alliance.

Cid avait pour habitude de retirer son anneau à chaque fois qu’il devait se servir d’outils ou manipuler du matériel.

- Ouais… cracha-t-il. C’est ça, je travaille sur un nouveau projet.

- Et on peut savoir lequel ? demanda-t-elle, intéressée. Je peux peut-être t’aider ?

Il soupira.

- Shera… Ne le prend pas mal mais te faire venir ici n’était pas une bonne idée. Pas en ce moment, du moins. On a… On a des « trucs » en cours. Des « trucs » dont je ne peux pas te parler.

- Un projet « top secret » ?

- Ouais. Ouais, c’est plus ou moins ça.

- Ca a à voir avec le Général Sephiroth ?

- Non. Ca, c’est réglé depuis deux jours, déjà, mentit-il. C’est autre chose.

Elle ouvrit de grands yeux, retenant à grand peine un sourire enthousiaste.

- Ne me dis pas que… Ne me dis pas qu’ils relancent un programme spatial, si ?

- Viens, fit-il pour couper court. Je vais te présenter Gretta.

Il la poussa presque de force et ils faillirent buter sur Shalua, qui venait prendre congé.

- Je… pardonnez-moi mais du travail m’attend au labo, je dois filer. Je vous laisse entre vous. Ravie de vous avoir rencontrée, madame Highwind.

- Shalua… Tu… Tu n’as même pas dîné, bredouilla le pilote.

Il ne savait pas comment faire pour la retenir afin de la réconforter, ou peut-être juste la rassurer… Un peu, au moins. Ou de… de… quelque chose ! Pas la laisser partir comme ça, bon sang !

- Gretta me descendra quelque chose, Cid, ne t’en fais pas. Bonne fin de soirée !

Elle fila discrètement et Tifa voulut la suivre mais Loz la retint.

- On a de la compagnie, chuchota-t-il à son oreille.

La jeune femme tourna la tête et vit Shera se précipiter vers elle pour l’embrasser bruyamment.

- Tifa ! Toujours aussi ravissante et en forme !

L’argenté posa une main protectrice sur l’épaule de sa compagne, déconcertant la femme de Cid.

Shera s’était toujours attendue à la voir avec Cloud, pas avec une espèce de play-boy bodybuildé aux cheveux prématurément gris et aux inquiétants yeux de chat.

Cramponnée au bras de Cid, elle se força cependant à sourire.

- Mais… qui est ce beau garçon, dis-moi ? fit-elle, un peu perdue, en voyant la jeune femme passer affectueusement le bras autour des reins étroits gainées de cuir noir.

- Loz, se présenta celui-ci avec un visage sévère sans même lui tendre la main, ses yeux félins luisant de méfiance. Loz Hojo.

- Hojo ? L’un des frères du général Sephiroth dont la télévision ne cesse de parler ? s’enquit Shera avec un sourire rayonnant qui n’émut pas l’argenté le moins du monde.

Celui-ci ne se donna d’ailleurs même pas la peine de répondre à sa question. Il la toisa de toute sa hauteur, un peu agressif, la mettant horriblement mal à l’aise… à la secrète satisfaction de Cid.

Sa femme l’ignorait encore mais la façon dont elle avait traité Shalua avait fait d’elle l’ennemi public numéro un des trois quarts de l’assistance.

- Et cette ravissante jeune fille, qui est-ce ? enchaîna Shera pour conjurer l’embarras que faisait naître en elle le belliqueux regard mako.

- Shelke Rui, madame Highwind. Je suis la soeur de Shalua.

- Encore désolée pour votre soeur, quelle idiote je fais… J’espère qu’elle ne m’en voudra pas.

- Ne vous en faites pas, madame Highwind. Ma soeur sait faire la part des choses.

- Gretta ! appela Cid, excédé de jouer les hôtes prévenants. (La gouvernante accourut.) Pouvez-vous conduire mon épouse à une chambre du second qu’elle puisse se rafraîchir et s’installer pour cette nuit ?

Traditionnellement, le premier étage du manoir, où ils logeaient tous excepté les domestiques, était réservé aux proches amis de la famille et aux maîtres de maison. Le second était lui destiné aux visiteurs de passage mais cela, Shera l’ignorait.

Et si elle se sentit froissée à la mention de « cette nuit », ce qui sous-entendait «la seule qu’elle passerait au manoir», elle n’en laissa rien paraître.

- Bien sûr, amiral Highwind, acquiesça Gretta, comprenant parfaitement ce que voulait le pilote. Madame Highwind, si vous voulez bien me suivre.

Cette dernière récupéra son sac et suivit la vieille femme hors de la salle de réception sous les regards en coin des autres hôtes de la demeure.

- Vous allez beaucoup apprécier la chambre bleue, madame Highwind, fit aimablement la gouvernante en s’engageant dans l’escalier monumental menant aux appartements du second étage. Madame Shinra, la grand-mère de Rufus, s’y enfermait durant des heures pour lire ou broder. Elle a une vue ravissante sur le parc et un petit balcon qui…

- Où est la chambre de mon mari ? l’interrompit Shera en s’immobilisant au milieu d’une marche.

- Au premier, madame, dans l’aile s…

- Alors allons-y, trancha-t-elle en désignant de la main l’escalier qu’elles venaient de monter. Je vous suis.

La vieille femme se raidit.

- Je vous demande pardon, madame ?

- La chambre de Cid. Conduisez-moi. Allons-y !

- Mais, madame… L’amiral Highwind a demandé de vous installer dans une chambre d’amis. Elles sont bien plus confortables et douillettes pour une dame que les appartements de fonction de…

- Je m’accommoderai très bien de ceux de Cid, ne vous en faites pas.

- C’est que… Le cabinet de travail de l’amiral Highwind est attenant à sa chambre, madame, plaida la pauvre femme, à court d’arguments. Et il ne serait pas convenable, déontologiquement parlant, de…

- Gretta, c’est ça ? la coupa Shera. Alors écoutez-moi bien, Gretta : Cid, enfin « L’amiral Highwind », est mon époux. Je suis sa femme. Nous sommes mariés. Il est donc normal que je m’installe dans sa chambre. Et pour ce qui est de ses papiers ou de ses dossiers, rassurez-vous : nous avons travaillé ensemble pendant des années et, aux dernières nouvelles, je fais toujours partie de l’équipe d’ingénieurs de la Shinra. Nous sommes donc sur le même bateau et ses secrets seront parfaitement gardés, n’ayez crainte. Rassurée ?

La gouvernante toussota, horriblement gênée.

- Je comprendre tout cela, madame, mais…

- Pas de « mais », Gretta. Montrez-moi sa chambre ou je me chargerai de la trouver moi-même.

La vieille femme se raidit, choquée par le comportement cavalier de Shera, mais inclina poliment la tête.

- Bien, madame.

*

Le dîner fut un cauchemar.

Prétextant du « travail » en retard et des « recherches » à faire, Tifa, Shelke, Yuffie, Reno et les trois argentés avaient préféré tenir compagnie à Shalua pour la réconforter et manger quelques sandwichs avec elle et Merill, au labo.

Cid s’était donc retrouvé coincé avec sa femme à faire des ronds de jambe simulés à Rufus, flanqué de Reeve, Rude, Vincent, Cloud et les enfants.

La table commença à se vider bien avant le dessert, chacun trouvant des excuses toutes plus farfelues les unes que les autres pour s’éclipser - du travail, un coup de fil important, un mail à envoyer… - et ne plus supporter l’ambiance horriblement pesante.

Shera, elle, plaisantait avec Marlène et Denzel qui, bien loin des problèmes et des considérations des adultes, riaient comme des fous aux plaisanteries et aux histoires de la femme de Cid.

Ce dernier n’avait pas quitté Cloud des yeux de tout le repas et, si son beau regard céruléen avait pu tuer, le jeune homme serait mort dix fois - au bas mot.

Le pilote n’attendait qu’une occasion de le coincer entre quatre yeux mais Shera s’agrippait à lui comme une moule à son rocher. Pire : Gretta l’avait informé que « madame Highwind » avait « exigé » d’être logée dans « la chambre de son mari », ce qui avait fini de le mettre hors de lui.

- Toi, j’aurais deux mots à te dire demain, cracha-t-il agressivement à l’oreille de Cloud en quittant enfin la table.

- Demain, tu me remercieras de t’avoir ramené à la raison, rétorqua le garçon sur le même ton, achevant de lui mettre les nerfs en pelote.

Il allait répliquer mais sa femme le tira par le bras.

- Cid, sois gentil, tu parleras avec tes amis demain. Je suis vraiment fatiguée, tu sais. J’ai filé en catastrophe de Rocket Town et le voyage en hélico dans le mauvais temps et les orages n’a pas été une partie de plaisir.

Il céda à contrecoeur et suivit Shera jusqu’à sa chambre, mourrant d’envie de descendre au sous-sol pour voir comment allait Shalua et lui parler.

*

Yuffie referma la porte de sa chambre et se laissa tomber sur la montagne de vêtements qui encombrait son lit avec un soupir déchirant.

- Journée de merde…

Elle repassa en mémoire les évènements de l’après-midi puis de la soirée.

Trois heures à essayer des robes et des corsages en fantasmant sur Reno, tout ça pour un quart d’heure d’humiliation, suivi d’une séance de baby-sitting avec un Denzel affolé. Et voilà la femme de Cid qui débarque et le prend pour ainsi dire la main dans le sac avec sa maîtresse, Shalua qui est traînée plus bas que terre et, pour finir, un « dîner sandwich » au labo - très sympa, d’ailleurs. Le seul moment agréable de la soirée, en fait.

Cait leur avait récité une flopée de poèmes humoristiques absolument tordants, Reno avait fait le clown comme à son habitude, Loz et Yazoo s’étaient lancés dans une bataille rangée de surnoms ridicules qui les avaient tous fait hurler de rire et Shalua et Tifa avaient bien failli les achever définitivement en racontant leurs premiers flirts adolescents - ce qui, soit dit en passant, déculpabilisa définitivement la jeune femme de son expérience catastrophique avec Reno…

Oui, ce dîner improvisé avait été vraiment sympa… Et les avait tous beaucoup rapprochés.

C’était bizarre, même, à bien y repenser, un tel rapprochement de gens si différents ; d’anciens ennemis, qui plus est.

Elle se revit s’esclaffer à s’en tordre les tripes sur l’un des lits de l’infirmerie, à demi vautrée sur Kadaj et Shalua, aussi hilares qu’elle après un poème satirique de Cait. Et elle revit les autres, aussi… Tifa, juste à côté d’elle, assise sur les genoux de Loz. Yazoo en tailleur face à eux, sur le deuxième lit, la tête de Reno sur sa cuisse et Shelke accoudée sur les genoux repliés de ce dernier.

Oui, ils avaient beaucoup ri, espiègles et amicaux, à quelques pas du mythique Sephiroth au visage si serein, comme si leur soudaine complicité l’apaisait…

Dire qu’il y a quelques mois encore, ils se seraient tous battus à mort et auraient transformé le labo en zone sinistrée…

Non mais quelle connerie, la guerre ! Un allumé plus ambitieux que les autres, une entité extraterrestre en mal de puissance ou un groupe industriel avide de toujours plus d’argent et pfuiiiiiii ! Ca y est ! C’en était fini des plaisanteries et des amis que l’on aurait pu se faire ! Terminé, les gens merveilleux que l’on aurait pu apprendre à connaître, tout ça parce qu’ils se retrouvent cachés derrière la lame d’un sabre ou le canon d’une arme pointée sur vous !

Ouais… Une belle connerie.

Yuffie s’étira sur son lit, fit tomber la robe de daim qu’elle avait retiré un peu plus tôt et repensa à Reno.

Elle avait cru que la présence du turk la mettrait terriblement mal à l’aise, au début, mais il n’en fut rien. Reno fit comme s’il ne s’était absolument rien passé entre eux, ce dont elle lui fut vraiment reconnaissante.

En fait, la seule fausse note de cette soirée de franche camaraderie avait été l’absence parmi eux de Cid, toujours prêt à plaisanter, et de Vincent.

Quant à Cloud…

Yuffie grimaça.

Elle avait toujours considéré le « croupion de chocobo », comme elle l’appelait, comme une prise de tête mais là, il atteignait quand même des sommets !

Faire venir Shera au manoir… Non mais de quoi je me mêle ! Pauvre Cid… Et pauvre Shalua, surtout ! Elle n’osait imaginer comment elle aurait elle-même réagi si on l’avait humiliée de la sorte.

Bon allez, assez cogité ! Il était tard et grand temps de prendre une bonne douche avant de se coucher.

Elle se redressa sur son lit avec un bâillement et faillit hurler en reconnaissant la jeune femme qui se tenait debout au pied de son lit.

- Bonjour, Yuffie, la salua l’apparition opalescente avec un sourire aimable. Pardonne-moi, je ne voulais pas t’effrayer.

La jeune utaïenne sentit une sueur glacée lui couler dans le dos.

- A… Aerith ? bredouilla-t-elle.

*

Lorsque Cid entendit le robinet s’arrêter de couler dans la salle de bains, il se tourna sur le flanc et ferma les yeux, simulant un sommeil profond.

Il entendit Shera soupirer et fermer la porte avant d’éteindre la lumière et se glisser dans le lit, tout contre lui.

Elle se lova contre son dos nu et, sentant sa peau fraîche, il écarquilla les yeux dans le noir.

Que diable faisait-elle toute nue ?

La réponse lui vint avec la main qui s’aventura sur sa hanche et glissa en direction de son bas-ventre.

- Shera, qu’est-ce que tu fais ? demanda-t-il en lui immobilisant le poignet.

- Comment, ce que je fais ? murmura-t-elle à son oreille, séductrice. Je suis ta femme, non ?

- Et tu t’en souviens seulement maintenant ? persifla-t-il, acide.

- Pourquoi dis-tu ça ?

- Pourquoi ? Tu te fiches de moi ou quoi ? On a dû baiser trois ou quatre fois au maximum depuis qu’on est mariés !

Elle mordilla son épaule et il se dégagea.

- Arrête.

- Voilà autre chose ! D’habitude, c’est toujours toi, qui réclames du sexe !

- Au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, Shera, ça fait très longtemps que je ne réclame plus. Depuis notre nuit de noces, en fait, lui rappela-t-il. Si on peut appeler comme ça les dix minutes de singeries et de soupe à la grimace durant lesquelles tu as daigné écarter les cuisses ce jour-là…

Shera le lâcha et tendit la main pour récupérer la chemise de nuit quelle avait posée sur la table de chevet.

- Ouh là, là… Monsieur est dans un mauvais jour, ça va, j’ai compris. Dis-le simplement, Cid. Inutile d’être aussi déplaisant.

- Déplaisant ? Shera, c’est moi qui… Oh, et puis laisse tomber.

Elle enfila la chemise et se colla à nouveau contre lui.

- Quoi, Cid ?

- Rien. Laisse-moi dormir, j’ai du travail, demain.

Mais elle ne l’entendait pas de cette oreille.

- Cid, j’ai fait le voyage jusqu’ici parce qu’on m’a dit que tu te sentais seul et déprimé.

Le pilote serra les dents et se tourna sur le dos pour croiser les bras derrière sa nuque.

- Je ne me sens pas seul, Shera, et je ne suis pas déprimé le moins du monde. En fait, je suis très contrarié parce que j’ai du boulot par-dessus la tête et que la dernière chose dont j’ai besoin, c’est d’une femme dans mes pattes ! Pardon de te le dire aussi crûment mais Cloud a eu tort de te faire venir. C’était vraiment pas le moment !

Shera se redressa sur un coude et alluma la lampe de chevet, faisant jurer Cid, qui se couvrit les yeux de l’avant-bras.

- Bon, ça suffit ! Il se passe quelque chose et je veux savoir ce que c’est !

- Et tu vois ça à quoi ? Une boule de cristal ?

- « Pardon de te le dire aussi crûment » singea-t-elle. C’est quoi ce langage ? Depuis quand tu t’excuses pour quoi que ce soit auprès de moi ?

- O.K…. Eteins cette lampe, et laisse-moi dormir, bordel de merde ! gronda-t-il, agressif. C’est mieux, comme ça ? ajouta-t-il, narquois. Ca me ressemble plus ?

Elle obtempéra.

- Cid…

- Quoi encore ?

- Cette fille, cette manchote…

Le sang du pilote ne fit qu’un tour.

- Je t’interdis de l’appeler comme ça ! explosa-t-il, le coeur battant, en s’asseyant sur le lit.

Shera ralluma la lumière et le considéra avec stupeur. Elle l’avait rarement vu aussi en colère.

- Ouh là, là… D’accord, ne mords pas ! La « doctoresse », alors.

- Le docteur Rui, Shera, si ça ne t’écorche pas les amygdales.

- En parlant de mordre… Qui t’a mordu, toi ?

Cid fronça le sourcil.

- Hein ?

Sa femme posa le doigt sur son biceps. A la lumière de la lampe, on distinguait parfaitement les marques d’une petite mâchoire.

Marlène l’avait mordu lorsqu’il l’avait taquinée au sujet de Loz.

- Et ne me dis pas que c’est l’un des enfants qui a fait ça en jouant, Cid, ou je me mets à hurler.

Il faillit bredouiller que c’était pourtant bien le cas, qu’elle n’avait qu’à demander à Marlène, mais changea d’avis et rabattit les couvertures pour s’asseoir sur le bord du lit.

- Et si je te disais que c’est moi ? rétorqua-t-il, cassant.

Elle ricana.

- Tu t’es mordu toi-même ? Bah voyons !

- Ouais ! dit-il, excédé, en enfilant son pantalon. Je me suis mordu pour étouffer un cri de plaisir pendant qu’on me taillait la meilleure pipe que j’ai jamais eue ! Ca te va, ça, comme explication ?

Elle fit vibrer ses lèvres, goguenarde.

- Je ne te crois pas un instant…

- Alors pourquoi tu m’emmerdes ? hurla-t-il, à bout.

Son cri résonna dans la chambre et il se frotta le visage en réalisant qu’il avait peut-être réveillé la moitié de la maisonnée.

- Tu devrais le redire mais un petit chouia plus fort, le brocarda Shera. Je ne suis pas certaine que tu aies réussi à réveiller toutes les marmottes qui hibernent sur le mont Nibel.

Cid allait rétorquer crûment, comme il le faisait toujours en pareil cas, mais se ravisa et se força au contraire au plus grand calme.

- Pourquoi faut-il toujours que ça se termine de la même façon, Shera ?

- Comment ça « de la même façon » ?

- Par une engueulade !

- Mais parce que tu ne sais pas t’exprimer autrement, Cid, quelle question. Il y a belle lurette que j’en ai pris mon parti !

Il faillit en rire mais seulement « failli ».

« Tu te trompes, je n’ai jamais élevé la voix ni même été un peu vif avec Shalua. Jamais… » avait-il envie de répliquer.

- Shera, ce n’est plus possible, soupira-t-il en tournant en rond dans la chambre. Ca ne peut pas continuer comme ça…

- Hein ?

Il fit jouer ses mâchoires en serrant et desserrant les poings. Bon sang, ce qu’il aurait donné pour pouvoir tirer sur une cigarette…

- Je voulais attendre d’avoir fini ce que j’avais à faire ici avant de t’en parler, Shera, mais c’est impossible. Je n’en peux plus de faire semblant, j’en ai assez !

La jeune femme leva les yeux au ciel.

- Faire semblant de quoi, Cid ? Où veux-tu en venir, à la fin ?

Il croisa les bras et la regarda droit dans les yeux, son rythme cardiaque battant le tambour dans ses veines.

- Ce mariage était une erreur, Shera. Je n’aurais jamais dû m’embarquer là-dedans.

Elle écarquilla les yeux et s’assit en tailleur.

- Ah… Voilà autre chose.

- Je suis désolé. Je ne voulais pas te dire ça comme ça, ici, mais je ne veux plus faire comme si tout allait de soi.

Elle sourit et tapota les draps, près d’elle.

- Viens là et dis-moi ce que tu as sur le coeur une fois pour toutes.

Il s’assit à ses côtés, sur le bord du lit, et prit une profonde inspiration.

- Il faut arrêter les dégâts, Shera. Toi et moi, on n’arrivera jamais à rien.

La jeune femme pouffa et ouvrit la bouche pour rétorquer par une pique mais le regard que lui lança Cid à cet instant coinça la plaisanterie dans sa gorge.

- Et… ça veut dire quoi, ça ?

- Que je veux divorcer.

Shera en resta sans voix un long moment.

- Divorcer ? Rien que ça ?

- Je sais que c’est un peu brutal comme décision mais…

- Pas du tout, pourquoi ? railla-t-elle. Tout le monde fait ça, de nos jours. Une broutille !

Cid pinça les lèvres, essayant de ne pas sortir de ses gonds.

- C’est la seule solution raisonnable, Shera. Pour tous les deux.

- Raisonnable ? Tu trouves ? On a une dispute et hop ! Tiens, chéri, j’ai une idée : si on divorçait ? Je t’en prie, Cid, un peu de sérieux ! Réagis en adulte, pour une fois ! Un problème, ça se règle en discutant et en parlant, pas en…

- Non ! la coupa-t-il. Arrête de noyer le poisson ! J’en ai marre ! Il ne s’agit pas seulement d’aujourd’hui et tu le sais très bien. Plus de faux-fuyants. Plus de mensonges, Shera. Plus de dispute. Plus de discussion stérile. Un divorce. C’est tout ce que je veux. Un divorce en bonne et due forme.

Shera sentit son estomac se contracter et elle se mordit la lèvre, déstabilisée par la fougue et la gravité de son pilote de mari. Habituellement, il abandonnait rapidement la dispute, par ennui si ce n’était par agacement. Mais là…

Et c’était bien la première fois aussi qu’elle l’entendait parler de divorce.

Oui, cette fois, c’était un peu plus sérieux et elle décida donc de changer de stratégie.

Une larme roula sur sa joue et Cid détourna le regard, horriblement mal à l’aise.

Bon sang, s’il y avait une chose qu’il détestait, c’était bien de faire pleurer une femme !

- Divorcer… murmura-t-elle. As-tu seulement conscience de la portée de ce mot ?

- Oui… Et ce n’est pas une décision que je prends à la légère, crois-moi.

- Comment peux-tu vouloir effacer toutes ces années comme ça, en un clin d’oeil ? Nous avons vécu tant de choses, Cid ! Et je t’aime toujours… ajouta-t-elle dans un sanglot étouffé. Je n’ai jamais cessé de t’aimer, tu le sais.

Il hocha la tête.

- Je le sais, Shera. Et j’en suis vraiment très touché… mais pour s’aimer il faut être deux.

- Mais nous sommes deux !

- Non, Shera, poursuivit-il d’une voix posée. Les années dont tu parles n’ont été que des collaborations. Nous étions collègues, rien de plus.

- Non ! C’est faux.

- Tu as toujours été la seule à aimer, Shera.

- C’est toi qui m’as demandée en mariage !

- Non, Shera. J’ai voulu te faire plaisir en t’épousant, c’est très différent. Et j’ai eu tort.

Shera sentit qu’elle perdait pied et que Cid lui glissait entre les doigts.

Elle devait réagir. Réagir vite !

- Tu aurais pu me quitter cent fois, Cid, mais tu es toujours revenu ! Si tu n’éprouvais vraiment rien pour moi, tu…

- Tu t’es installée chez moi, Shera, lui rappela-t-il. Où voulais-tu que j’aille ? (Elle allait protester mais il lui prit le visage dans les mains pour la regarder droit dans les yeux) Fouille dans ta mémoire, Shera, aussi loin que tu te souviennes. T’ai-je jamais dit que je t’aimais ? T’ai-je seulement jamais laissé penser que ça pouvait être le cas ? Sois honnête. L’ai-je jamais fait ? Tu vois bien…

Elle secoua la tête et éclata d’un rire nerveux.

- Voyons, Cid, évidemment que tu ne l’as jamais dit ! (Elle l’enlaça et posa la tête sur son épaule) Un homme comme toi ne dirait jamais ce genre de choses à une femme, tu le sais.

Il se dégagea doucement.

- Tu te trompes, Shera, dit-il tristement. Je peux dire ce genre de choses à une femme. Et beaucoup d’autres, encore. Mais pas à toi. Pas parce que tu ne le mérite pas, loin de là. Mais parce que je ne les ressens pas.

Elle l’observa un long moment et réalisa qu’elle ne parviendrait pas à le raisonner. Pas tout de suite, du moins…

- D’accord, admettons, admit-t-elle d’une voix profondément lasse. Tu n’es pas heureux avec moi et tu veux divorcer. Très bien, Cid, je… je suis prête à écouter tes arguments mais… si on essayait de dormir un peu, maintenant, hein ?

- Quoi ? s’étrangla-t-il.

- Ecoute-toi, Cid, tu es à bout de nerfs, ça se voit. Tu ne sais plus vraiment ce que tu dis. Faisons un bon somme et nous reparlerons de tout ça à tête reposée demain matin, d’accord ? Après ça, si tu veux toujours divorcer, nous…

- Bordel de merde, j’y crois pas ! jura-t-il en se prenant la tête dans les mains.

- Cid, les avocats ne vont pas se volatiliser d’ici demain matin !

- Voilà, ça y est, soupira-t-il. C’est reparti…

- Quoi donc ?

- Ca ! cria-t-il. Ce que tu es en train de faire ! Nier la réalité ! Distordre la vérité à ta convenance. Putain de merde ! Je ne t’aime pas, Shera ! Dans quelle langue dois-je te le dire ? Complicité zéro ! On partage que dalle. On ne se comprend pas. On ne parle pas. On ne baise même pas, bordel !

Elle croisa les bras sur sa poitrine, ironique.

- Rappelle-moi qui vient de repousser mes avances, Cid ? Qui part de la maison pendant des jours, pour aller rejoindre ses amis et se battre comme un chien des rues avec je ne sais quelles créatures bizarres ? Qui refuse de me parler de ce qu’il fait ? Qui m’a demandé de ficher le camp il y a un instant pour terminer tranquillement son travail ? Qui ? Et tu viens me dire à moi qu’on ne partage rien ? A qui la faute, Cid ? Qui doit faire des efforts, ici ?

Cid éclata de rire. Un rire triste et abattu.

- Ca y est ! Tu recommences ! Tu présentes les choses comme ça t’arrange ! Tu retournes tout à ton avantage en essayant de me faire culpabiliser… Une fois de plus.

- Ne te cherche pas d’excuse, Cid. Sois honnête, pour une fois !

Il ricana et agita l’index devant son nez.

- Stop !

- Tu sais que j’ai raison, Cid ! Mais je ne t’en veux pas. Je t’aime. Je donnerai ma vie avec joie, pour toi et pour te permettre de réaliser tes rêves ! Je te l’ai prouvé, non ? Tu as déjà oublié ?

- Ne remets pas ça sur le tapis pour essayer de m’amadouer parce que, cette fois, je ne me laisserai pas avoir, Shera !

Il enfila un t-shirt bleu par-dessus son pantalon de toile et elle se raidit.

- Où compte-tu aller ?

Cid enfila ses bottes et les laça.

- N’importe où dès l’instant où tu n’y es pas pour me pourrir la vie !

- Ce n’est pas une réponse !

- Il faudra pourtant t’en contenter !

Il sortit en claquant la porte et Shera serra les poings, folle de rage.

…à suivre

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XXXIV - La rose et l’épine

« Qui baise la rose… épouse l’épine. »

Jean Dypréau

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Montage de Shiva Rajah d’après des illustrations de M.A. Sambre

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno prit les mains de Yazoo dans les siennes et les serra.

Si cela ne parut pas surprendre l’argenté, habitué aux cajoleries de ses frères, le turk réalisa que c’était le genre de petits gestes galants qu’il réservait habituellement à la gent féminine.

Mais ce réflexe était-il si surprenant lorsqu’on considérait l’étrange physique androgyne de Yazoo, après tout ?

- Je te le dis et je te le répète : tout monde a très bien compris ce qui s’était passé et personne ne t’en veut. Quand à Cloud, je vais personnellement me charger de lui fai…

- Tu ne feras rien ! trancha l’argenté. Mon frère lui a pris celle qu’il considérait comme sa petite amie et il est hors de lui, c’est tout. Ca lui passera.

- Son comportement puéril de gosse jaloux a failli déclencher une catastrophe, Yazoo ! Ne lui cherche pas d’excuse !

- Ne dramatise pas, Reno, son fiel aurait aussi bien pu tomber sur Kadaj que sur moi, ou même sur Tifa.

- Je persiste à dire que c’est un comportement puéril et inqualifiable au vu des enjeux et des risques encourus avec une créature telle que Jenova. A plus forte raison s’il s’agit du comportement d’un Soldat de classe I ! Si Cloud est incapable de contrôler ses émotions à ce point, il n’a rien à faire dans une unité d’élite, tu m’en vois désolé !

- Reno… commença Yazoo, un peu gêné. Ce n’est pas seulement Cloud, le responsable de mon… de ma faiblesse vis à vis de Jenova.

Le turk fronça le sourcil et secoua la tête.

- Comment ça ?

Les joues de l’argenté se colorèrent un peu.

- Je… j’ai vu quelque chose, un peu avant, qui m’a… disons heurté.

- Ah, oui ? Quoi donc ?

- J’ai vu Yuffie sortir du petit salon en rajustant sa robe, avoua Yazoo dans un souffle, le cœur battant. (Reno laissa échapper un hoquet) Je sais ! ajouta-t-il précipitamment. C’était une farce ! Elle avait le béguin pour toi et il fallait couper court, Loz me l’a dit, mais… je l’ignorais et…

« Je me suis alors senti abattu et aussi jaloux de Yuffie que Cloud peut l’être de Loz… » avait-il envie de confesser en espérant secrètement que le jeune homme lirait ces mots dans son regard ou les devinerait au ton de sa voix.

Hélas pour lui, l’objet de ses pensées n’était ni devin, ni sorcier.

- Et tu as cru que j’étais un pervers qui s’était tapé une gamine, c’est ça ? termina le turk à sa place en riant.

- Oui… mentit Yazoo, le coeur serré, dans un murmure inaudible.

- Oh, Yazoo… chuchota Reno avec quelque chose dans la voix qui n’était pas loin de ressembler à de la tendresse émue. J’ai beaucoup de défauts, tu sais, mais je ne m’en prends pas encore aux adolescentes, rassure-toi. Les femmes de mon âge sont beaucoup trop vicieuses et séduisantes pour qu’un jouisseur comme moi passe à côté de ça ! ajouta-t-il, goguenard, sans se rendre compte que chaque mot enfonçait une épine supplémentaire dans le coeur de l’argenté.

- Je… Je suis désolé, Reno, réussit à articuler ce dernier aux prix d’un effort surhumain. Je ne voulais pas me montrer insultant.

- Laisse tomber ! C’est rien ! Et, à bien y réfléchir, tu me connais pas tant que ça, en fait. A ta place, j’aurais sans doute pensé la même chose. Allez, on oublie tout ça, O.K. ? Interdiction formelle de repenser à cette fin d’après-midi pourrie à l’avenir, ordre du patron ! C’est compris ?

L’argenté acquiesça avec un pauvre sourire.

- Je vais essayer… Si tu arrêtes de t’excuser pour ces maudites bombes.

Reno tordit le nez.

- C’est pas vraiment comparable, tu sais…

- Ca l’est pour moi dans le sens où c’est quelque chose que j’aimerais aussi oublier.

- Alors marché conclu. Je te promets de ne plus remettre ça sur le tapis.

- Merci, Reno. Et… merci aussi d’être venu me remonter le moral.

- Eh ! C’est normal, mec ! T’es notre Yazoo, maintenant, pas celui de Jenova. Ouais ! Notre Yazoo baby rien qu’à nous ! Et on ne laissera pas cette vieille salope t’arracher à nous si facilement, fais-moi confiance.

Yazoo rougit un peu.

- Ce surnom est vraiment ridicule…

- J’trouve pas. La preuve : tout le monde l’a adopté ! D’un autre côté, on peut toujours demander à Cid de t’en trouver un autre. Moi, il m’appelle « poil de carotte » alors, si ça se trouve, on peut essayer de négocier. « Poil de navet », ça t’irait ?

L’argenté laissa filer un rire clair, pour la plus garde satisfaction du turk.

- Ah ! Quand même ! Ce rire commençait à me manquer. On s’y habitue fichument vite, tu sais. Et si on descendait dîner, pour en faire aussi profiter les autres ? Qu’est-ce que t’en dis ?

Yazoo inspira un grand coup et hocha la tête.

- Laisse-moi juste me passer le visage sous l’eau.

- Pas de problème, princesse.

L’argenté se raidit.

- Si ça ne te fait rien, je crois que je préfère encore « poil de navet »… grimaça-t-il.

Reno lui adressa une moue taquine mais n’osa pas aller jusqu’à s’excuser, de peur d’aggraver sa gaffe.

Il attendit que Yazoo s’enferme et se laissa aller sur le dos, les mains sur la bouche pour étouffer un fou rire.

« Oups, la bourde ! »

Note pour plus tard : ne jamais rappeler à Yazoo qu’il ressemble à une fille !

Il ne manquait pas grand chose à ce dernier pour être une très jolie jeune femme, pourtant : une paire de petits seins en pomme, des hanches un tantinet plus rondes et hop ! Il aurait fait une pin-up ravissante.

Oui, ravissante.

Toute de noir vêtue…

Moulée dans un long manteau de cuir ouvert sur un décolleté plongeant bonnet B (minimum)…

De hautes bottes noires aux talons vertigineux gainant ses jambes élancées…

…et faisant tournoyer une paire de menottes autour de son index avec un sourire suggestif.

« Wahouh… » rêvassa Reno les yeux fermés, se laissant porter par son imagination débordante.

- Mes frères ont-ils aussi un surnom ou c’est un privilège qui m’est destiné en exclusivité ? plaisanta l’argenté en sortant du cabinet de toilette quelques minutes plus tard, arrachant le turk à ses fantasmes licencieux.

Les cheveux brossés et le visage débarbouillé, Yazoo paraissait frais comme une rose. Personne ne se serait jamais douté qu’il avait passé plus d’une heure à sangloter et qu’il avait frôlé un empoisonnement au mako un peu plus tôt dans la journée.

- Kadaj, c’est « le p’tit », se reprit rapidement le turk. Du moins pour Cid et Reeve. Pour Shalua, c’est « poussin » ou « chaton ».

- « Chaton »… Et Loz, dans ce cas ? Comment l’appelez-vous ? « Le fauve» ?

Reno prit un air faussement effrayé.

- Lui, on l’appelle : « Monsieur » !

L’argenté partit d’un fou rire et le turk en ressentit un bien-être inexplicable.

Bon sang, ce que ça faisait du bien, de l’entendre rire comme ça ! L’entrain de Yazoo et sa douceur étaient si communicatifs…

Ouais… Voilà quelque chose, hélas, que ne pourraient jamais lui donner ses innombrables « compagnes de jeu », comme il les appelait - fussent-elles de sulfureuses panthères brunes tout de cuir vêtues.

Pour entendre ce rire là chaque jour, Reno était prêt à donner deux ans de sa vie. Voire trois, allez… A négocier !

***

Dans la cuisine, Shalua et Tifa aidaient Gretta à orner un énorme gâteau d’arabesques de crème et de fleurs en sucre.

C’était la soirée hebdomadaire de congé des domestiques et la vieille gouvernante venait de les autoriser à abandonner le service après avoir rempli de nouveau les sceaux à champagne et garni les plateaux d’apéritif de petits fours chauds.

Se charger seule du service du dîner pour treize convives et deux enfants n’effrayait absolument pas la brave femme, loin s’en fallait.

- Bon sang, ce que j’ai faim ! gémit l’égérie d’AVALANCHE en croquant un petit coquelicot sucré.

Son amie lui tapa sur la main.

- Eh ! Ca, c’est pour le gâteau !

- Qu’est-ce qu’ils fichent, là-haut ? Il est presque 9h30 !

- Pas ce à quoi tu penses, en tous les cas. Les garçons, c’est vraiment pas le truc de Reno.

- Hélas pour Yazoo, soupira Tifa.

Shalua fixa une rangée de petites roses de sucre vert sur le nappage de chocolat du gâteau et tiqua.

- Hélas ? Pas si sûr. J’ai beau adorer mon petit sucre roux, son comportement avec ses conquêtes ne m’en donne pas moins envie de l’écorcher vif, parfois…

- A ce point là ? Gretta ! Dites-moi qu’elle exagère.

La brave gouvernante leur tendit un nouveau plateau de petites fleurs en sucre et soupira en ajustant une épingle dans son élégant chignon tressé.

- Hélas non, Miss Lockheart. Et pourtant, vous savez à quel point je le chéris, notre turbulent petit turk !

- Bon, d’accord, il aime les femmes. Un peu trop, peut-être. Mais si…

- Oh ! Ca, pour les aimer, il les aime ! la coupa Gretta, narquoise. Toutes, Miss Lockheart. Toutes ! Mais à la va-vite. Et jamais plus d’une nuit… Mon Dieu ! Si vous saviez combien j’en vois défiler, lorsqu’il vient au manoir ! Et elles se dameraient toutes volontiers pour ses beaux yeux aigue marine, les pauvres petites.

Tifa mangea une seconde fleur en sucre et croisa les bras sur sa poitrine.

- A vous entendre toutes les deux, ce pauvre Yazoo est condamné à soupirer en silence et sans espoir de retour !

Shalua et la gouvernante échangèrent un regard navré et hochèrent la tête.

- En parlant de silence, Tifa… Tu nous as dit que Loz avait essayé de te tuer mais sans nous expliquer comment tu t’étais sortie de ce mauvais pas.

La jeune femme sourit, espiègle, et goba une autre fleur.

- C’est très… intime.

- Raison de plus pour nous faire saliver. Et arrête d’engloutir la décoration ! ajouta-t-elle en lui donnant une autre tape sur la main, au grand amusement de la vieille gouvernante. Allez, allez, pas de fausse pudeur, ma fille. Raconte ! (Tifa fit mine d’hésiter et Shalua passa le bras autour des épaules de Gretta, suppliante) Fais-le pour Gretta, qui s’ennuie à mourir lorsque le manoir se vide de ses invités !

- C’est vrai, Miss Lockheart, plaida cette dernière d’une voix plaintive, entrant dans le jeu de la jeune scientifique. A mon âge, quel autre moyen de vivre de belles histoires l’amour si ne n’est à travers de jolies jeunes femmes comme vous ou de jolis garçons comme mon Reno ?

La bouche de Tifa s’arrondit en un « Oh ! » faussement scandalisé.

- Dites-moi que je rêve ! Il n’y en a pas une pour racheter l’autre ! Il ne manquerait plus que ce fouineur de Reno pour compléter de tableau !

Elle leur jeta une pincée de farine à la figure à chacune et toutes trois éclatèrent de rire.

La vieille gouvernante adorait Shalua et Reno.

La première vivait avec elle au manoir lorsqu’elle n’était pas au siège de la WRO, à Edge, et le second, orphelin depuis l’adolescence et sans famille à qui rendre visite, avait pris l’habitude de venir y passer une grande partie de ses jours de congé.

Gretta en était donc très vite venue à faire la connaissance de leur amie Tifa et à l’apprécier tout autant, bien qu’elle ne voie la jeune femme que lors de ses rares visites à Nibelheim.

Lorsqu’elle les regardait tous les trois, elle se revoyait à leur âge, audacieuse, séduisante et croquant la vie à belles dents !

Gretta n’était pas de ces vieilles gouvernantes aigries, pétries de principes d’un autre âge et de règles de morale éculée et étriquée, non. Sous des dehors à première vue un peu austères - une quasi-obligation pour la fonction qui était la sienne - c’était une femme généreuse, drôle et pleine de vie.

- Alors ? On parle de moi ? lança une voix joyeuse dans leur dos, les faisant sursauter.

Le turk s’approcha de la table et tendit une main gourmande vers l’une des fleurs de sucre que Shalua venait de disposer sur le nappage du gâteau.

- Bas les pattes ! fit celle-ci en chassant les doigts pillards d’un petit coup de cuiller en bois. Tu ne vas pas t’y mettre aussi !

- Aïe ! Eh ! Doucement, doc ! Je suis convalescent !

- Raconte, à la fin ! insista Shalua. Cesse de te faire prier, Tifa.

- Vous parlez de quoi ? s’immisça Reno. Des trucs cochons ?

- Reno ! s’écrièrent les trois femmes d’une même voix.

- Quoi ? N’essayez pas de me faire croire le contraire, vous avez vos têtes de perverses des mauvais jours ! les nargua-t-il en chipant finalement une sucrerie sur le gâteau. Raté ! railla-t-il en échappant à la cuiller en bois.

Il croqua dans la fleur caramélisée avec gourmandise.

- Nous nous demandions comment Tifa avait échappé aux envies meurtrières de sa récente moitié, fit Shalua.

Le turk avala le reste de sa sucrerie d’un coup et s’assit sur la table.

- C’est vrai, ça, au fait ! Qu’est-ce qui s’est passé avec Loz, exactement ?

Tifa secoua la tête.

- Non. C’est trop personnel, désolée.

Les trois autres laissèrent échapper une exclamation agacée.

- O.K. ! lança Reno. Je te propose un deal : ce qui s’est passé avec Loz contre… un scoop !

La jeune femme leva le sourcil.

- Et que sais-tu que je ne sache pas ou que tu ne m’aies pas déjà dit ?

Le turk se passa la langue sur les lèvres, malicieux.

- Je me suis fait Elena…

Trois cris surpris résonnèrent dans la cuisine et il fit signe de baisser d’un ton.

- Je ne te crois pas ! Quand ?

- Il y a cinq ans, lorsque vous étiez encore à la recherche de Sephiroth. On était complètement bourrés.

- Je veux des détails, Reno.

Il lui adressa un sourire espiègle.

- Toi d’abord.

Tifa jeta un oeil circulaire à la grande cuisine pour être certaine que personne ne risquait de l’entendre et parla à voix basse.

- D’accord. Nous étions en train de nous embrasser sur son lit et prêts à passer à des choses plus sérieuses lorsqu’il m’a saisie à la gorge, avoua-t-elle en mimant un geste d’étranglement, faisant se raidir son auditoire.

- Mon Dieu, quelle frayeur vous avez dû avoir… fit Gretta. S’offrir à des mains qui risquent de vous tordre le cou ? Vous parlez d’une entrée en matière ! Et qu’avez-vous fait, Miss Lockheart ?

- Rien, en fait. J’ai cru à un jeu coquin, au début, et je lui ai juste demandé de desserrer sa prise parce qu’il m’étouffait.

Reno se pencha en avant.

- Et qu’est-ce qu’il a dit ?

- Lorsqu’il a vu ce qu’il était en train de me faire, il a blêmi et s’est écarté d’un bond, totalement désarçonné.

- Et… c’est tout, Miss Lockheart ? Il s’est écarté et… pffuiii ! La chose, cette… « Jenova », l’a libéré ?

Tifa se dandina d’un pied sur l’autre.

- Pas exactement, Gretta. En fait…

- Allez, insista Shalua, ne te fais pas prier ! Qu’est-ce qui s’est passé ?

- Avant même que j’aie le temps de comprendre ce qu’il faisait, murmura lentement Tifa, ménageant son effet, il a retiré sa ceinture de cuir des passants de son pantalon et me l’a donnée.

Son amie secoua la tête, interloquée.

- Pour quoi faire ?

- Il voulait pas que tu le cognes avec, quand même, si ? s’étrangla Reno.

Tifa s’appuya sur la table de la cuisine avec un sourire mutin.

- Bien sûr que non, idiot !

- Alors quoi ?

-En fait, chuchota-t-elle, langoureuse, il s’est allongé nu les draps, a saisi les barreaux du lit au-dessus de sa tête et… il m’a supplié de lui attacher les mains pour lui faire l’amour…

Shalua, Reno et Gretta écarquillèrent les yeux et laissèrent échapper des exclamations émues ou admiratives.

- Pincez-moi !

- Woah ! La classe…

- Oh, mon Dieu, Miss Lockheart ! C’est si… si… sensuel !

Tifa hocha la tête.

- J’avoue que, sur le coup, j’avais moi-même du mal à croire ce que je voyais.

La jeune scientifique ferma à demi les yeux, rêveuse.

- Un type superbe attaché nu aux barreaux d’un lit… susurra-t-elle, l’image d’un pilote blond avec les poignets liés se dessinant dans son esprit.

- Loz un crétin, tu parles ! Un foutu allumeur, ouais… soupira Reno, admiratif. Putain, comment il assure, le salaud !

Gretta couvrit ses joues rougissantes de ses mains

- C’est vrai que monsieur Hojo est tellement bien fait de sa personne… Comment vais-je pouvoir le regarder dorénavant sans l’imaginer ainsi que vous venez de le décrire, Miss Lockheart ? demanda-t-elle avec un petit gloussement canaille, incontestablement comique pour une femme de son âge.

Tifa, Shalua et Reno éclatèrent de rire et la considérèrent avec une attitude faussement scandalisée.

- Gretta ! s’écrièrent-ils en coeur.

***

Gretta, assistée de Cait et des enfants, venait de poser les derniers plats de hors-d’oeuvre sur l’immense table de chêne, signifiant aux convives qu’il était grand temps de dîner.

Rufus leva sa coupe de champagne une dernière fois et tous se tournèrent vers lui.

- A Reno ! Notre miraculé du jour en espérant qu’il ne nous fasse plus jamais de telles frayeurs !

Le « miraculé » en question s’inclina en levant son verre de jus de fruits et ouvrit la bouche pour porter un dernier toast avant de passer à table lorsque la porte de la salle à manger s’ouvrit pour laisser passer un Rude trempé et frigorifié.

- A peine sauvé et déjà en train de picoler, mauvaise graine ? lança-t-il en retirant ses lunettes fumées couvertes de buée.

Avec un cri de hyène, Reno franchit les quelques mètres qui le séparaient de son comparse et lui sauta littéralement au cou, manquant de peu de le faire tomber à la renverse.

- Rooahhh ! Rudo ! Mon pote !

Rude dut s’appuyer à la porte pour supporter le poids du « petit garçon » de 32 ans qui s’agrippait à lui à l’étouffer, faisant rire toute l’assistance.

Shalua secoua la tête et soupira.

- Bon sang, qu’est-ce que nous serions devenus, sans ses pitreries…

Cid lui passa le bras autour de la taille et la serra contre lui, tournant le dos à la porte, résistant à l’envie de poser ses lèvres sur les siennes.

- Mais, grâce à toi et à Kadaj, il est toujours là.

- C’est surtout grâce à Yazoo.

- Tu es trop modeste.

Elle appuya sa joue contre sa poitrine si dure et but une gorgée de champagne à sa coupe, le regard perdu dans les feux azurés de son regard trop bleu.

Mon Dieu, ces bras virils et ce regard… A eux seuls, ils suffisaient à la couper de toute réalité. Lorsque Cid la prenait dans ses bras, le monde qui l’entourait cessait d’exister.

- Et toi, bien trop mâle et trop séduisant pour espérer que je garde la tête froide lorsque tu es si près de moi, ronronna-t-elle avec un sourire engageant.

- Perds la tête autant que tu voudrais, murmura-t-il, flatté. Ca ne me déra…

- Ci… Cid… l’interrompit Tifa d’une voix blanche et bredouillante en posant une main fébrile sur son épaule.

Comme réveillé en plein milieu d’un agréable songe, il leva la tête vers elle, souriant, et s’étonna du soudain teint de cire de la jeune femme.

Il allait l’interroger sur la raison de sa pâleur - se sentait-elle mal ? - lorsqu’il réalisa que tout le monde s’était brusquement tû et le considérait avec une expression indéfinissable dans le regard, mélange d’embarras et d’anxiété.

En fait, le silence était tel que l’on aurait pu entendre une fourmi trotter sur le parquet ciré.

Il allait lancer l’un de ses jurons tonitruants couplé d’un « Quoi, bande de faux-culs ? Comme si vous ne saviez pas qu’il se passait quelque chose entre moi et Shalua ! » lorsqu’une voix familière et douce s’éleva dans son dos.

- Bonjour, Cid.

Il eut l’impression que le sang se congelait dans ses veines et Shalua le sentit se pétrifier contre elle.

Très lentement, le coeur battant et la gorge serrée jusqu’à la nausée, il pivota.

A deux pas de lui à peine se tenait une femme de taille moyenne aux cheveux châtains noués en une queue de cheval un peu lâche, vêtue d’une jean et d’un chaud blouson d’aviateur.

Son petit visage délicat était serein et seuls ses immenses yeux noisette, qui s’écarquillaient derrière de grandes lunettes rondes qui lui donnaient un air mutin de petite fille, trahissaient sa surprise et sa contrariété.

- Shera… murmura Cid d’une voix éteinte.

A la mention de ce nom, Shalua contint de justesse un petit cri surpris mais ne put empêcher la coupe de champagne qu’elle tenait dans sa main valide lui glisser des doigts pour s’écraser à ses pieds avec un bruit assourdissant dans le silence pesant…

…à suivre

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XXXIII - Je ne t’abandonnerai pas

« Soutiens ton ami surtout quand il a tort ;

quand il a raison, il n’a pas besoin de toi ! »

Henri Lavedan

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Le visage niché entre les puissants pectoraux de son jumeau, Yazoo pleurait à fendre l’âme, accroché à son blouson.

Loz sentait les larmes tièdes couler le long de sa poitrine en un flot ininterrompu et il resserra son étreinte, au supplice de voir souffrir son frère de la sorte.

- Ils vont nous détester, maintenant… haleta Yazoo entre deux sanglots. A cause de moi, ils vont se méfier de nous trois. J’ai tout gâché…

Son aîné lissa sa longue chevelure soyeuse et enfouit le visage dans les mèches de mercure.

- Bien sûr que non, Yazoo. Tout le monde sait très bien ce qui s’est passé, je te l’ai dit. Ils connaissent la perfidie de Jenova mieux que personne.

- Tu lui as bien résisté, toi ! Et Kadaj aussi ! Mais pas moi… Pas moi…

- Yazoo, ne…

- C’est comme là-bas ! Je rate toujours tout ! Hojo avait raison, on aurait dû me tuer pendant qu’il était temps ! Et vous seriez tranquilles, aujourd’hui, toi et Kadaj.

Loz se raidit et le prit par les épaules pour l’obliger à le regarder dans les yeux.

- Ne dis pas ça ! s’écria-t-il, la gorge si serrée que ses yeux menaçaient de déborder à leur tour. Ne redis jamais ça, tu entends ?

Les fins cheveux argentés de Yazoo collaient à son petit visage ovale mouillé de larmes et ses grands yeux mako étaient rouges, enflés et plus tristes que jamais.

- Oh, Yazoo… soupira son frère avant de le serrer à nouveau contre lui en maudissant sa langue malhabile, sachant qu’il était incapable de trouver les mots pour le réconforter. Pardon… Pardon de t’avoir frappé. Pardon de ne pas t’avoir protégé d’elle… J’aurais dû me douter que cette ordure s’en prendrait à toi. J’aurais dû te prévenir. Te parler de ce qu’elle avait essayé de nous faire faire, à moi et à Kadaj. Je n’ai pas réfléchi, comme d’habitude… Pardonne-moi, mon frère…

Yazoo sentit son coeur se serrer.

Pauvre Loz… Une fois de plus, il prenait tout sur lui.

Comme toujours…

Comme là-bas, au cratère nord.

Combien de fois lui et Kadaj, en bons petits diablotins, n’en avaient-ils pas profité et même abusé ?

Mais pas cette fois. Non, Yazoo ne le laisserait pas prendre la responsabilité de sa propre bêtise, de sa propre faiblesse…

- Tu n’es coupable que d’avoir voulu me préserver, Loz, murmura-t-il en lui rendant son étreinte. Ta seule faute a toujours été de vouloir nous préserver…

***

- Et tu dis que c’est Sephiroth qui m’a sauvé ? bredouilla Reno, incrédule.

Kadaj acquiesça, encore honteux de ce qu’il venait d’avouer, et Cid se passa la main sur le visage, soucieux.

- Cette salope est sacrément perverse… cracha-t-il.

Rufus secoua la tête et se laissa tomber sur une chaise, profondément contrarié.

- Bon sang ! Mais comment Jenova arrive-t-elle à deviner que c’est « pile » le moment propice pour agir ?

- L’instinct, répondit Shalua. Un peu comme si une sorte d’alarme psychique la reliait à nos petits bouts et résonnait en elle lorsque l’un d’eux flanche.

Vincent acquiesça et Reeve frissonna.

- C’est vraiment pervers, fit ce dernier. Cid a raison.

- Quelque chose dans les gènes de Jenova, fit l’ancien turk comme s’il se parlait à lui-même. Oui, une sorte de conscience éparpillée en des millions de cellules agissant chacune de façon indépendante. Ca semble terrifiant et pourtant… Pourtant, Loz, comme Sephiroth, semble être parvenu à séparer le grain de l’ivraie. A réduire cette « conscience » à néant sans pour autant détruire les qualités dont les gênes de Jenova l’avaient pourvu. Par quel mécanisme chimique ou psychique, je serais curieux de le savoir.

Tifa haussa les épaules.

- D’après lui, c’est arrivé « d’un seul coup », dit-elle. Il m’a expliqué que c’était comme « une sensation de frais » de « légèreté soudaine ». Comme si on lui « avait injecté de l’oxygène dans le sang ».

- Et c’est arrivé comme ça, subitement, sans raison particulière ? insista Reeve.

- Oui. Je suppose que, voyant que Loz de céderait pas, elle a finalement abandonné la lutte après des heures passées à le torturer et à le harceler.

Elle se garda de préciser que c’était juste après avoir fait l’amour avec lui car, pour la jeune femme, il ne s’agissait là que d’une coïncidence sans rapport avec la lutte acharnée qu’avait mené Loz contre l’entité. Elle était persuadée que la capitulation de Jenova n’était due qu’à la ténacité et à l’instinct combatif de celui qui était devenu son amant.

Reno se tourna vers elle.

- Il a vraiment voulu te tuer ?

La jeune femme sourit.

- Oui. Il a essayé de m’étrangler.

Le turk blêmit.

- Et… t’as pas flippé ?

- Sur le moment ? Pas un instant, non. J’avais confiance en lui. Peut-être même plus que lui-même.

- Faire naître la peur en nous, c’est justement ce qu’elle veut, Reno, lui rappela Vincent. Que nous ayons suffisamment peur d’eux pour les chasser ou les éloigner de nous. Assez pour qu’ils se sentent rejetés et qu’elle puisse à nouveau les accueillir dans son giron ; les avoir à sa botte.

Reno se leva pour faire quelques pas dans la salle à manger, fou de rage.

- Quelle saloperie !

Kadaj se mordilla la joue et Cait, dans ses bras, frotta son museau contre son menton pour le réconforter.

- Reno… chuchota l’argenté. Je suis désolé pour ce qui a failli se passer en bas. Je ne pensais pas que je…

- Non ! Pas de justification, Kadaj. Ne t’excuse pas à la place de cette salope. C’est elle qui a voulu me noyer dans le mako pur, pas toi, alors ne lui fais surtout pas l’honneur de présenter des excuses à sa place. Si, comme le dit Vincent, elle veut que nous ayons peur de vous ou que nous vous lâchions, bah c’est raté ! Si, par le plus grand des malheurs, je devais demain me retrouver à nouveau dans une cuve mako, c’est toi que je voudrais aux commandes, et personne d’autre. Je sais ce que je te dois et je sais ce que je dois à Yazoo : ma vie. Rien que ça. Et je ne suis pas prêt de l’oublier, n’en déplaise à… cette saloperie tombée du ciel comme une grosse bouse sur un tas de foin ! termina-t-il en criant presque les derniers mots en direction du plafond, s’adressant davantage à Jenova qu’à l’argenté.

Cid leva le pouce, approbateur, et Kadaj sourit, profondément touché par les paroles du turk.

- Reno a raison, p’tit, renchérit le pilote. Te laisse pas faire par cette garce. Et si tu sens que ça chatouille, tu cries au-secours !

Shalua lui caressa maternellement la joue et gratouilla la tête de Cait.

- Si vous flanchez, on sera là, poussin. On sera tous là pour lui mettre des bâtons dans les roues, je te le promets.

Rufus lui adressa un clin d’oeil complice, Tifa, Reno et Vincent sourirent et Reeve hocha lentement la tête.

Une tendresse terrible serrait la gorge de Kadaj et il ne put que les remercier d’un bref hochement du chef, trop ému pour émettre le moindre son. Jamais il n’aurait cru que des êtres humains - hormis ses frères, bien sûr - pourraient un jour lui réchauffer le coeur à ce point.

C’est à ce moment précis que, après avoir confié Marlène et Denzel à Gretta, Yuffie revint dans la salle à manger.

Mieux valait tenir les enfants éloignés jusqu’à ce que tout le monde se reprenne.

- Denzel est persuadé que Jenova va débarquer dans un vaisseau spatial d’un instant à l’autre, laissa-t-elle tomber, tragique. J’arrive pas à le calmer. Il est complètement affolé et la pauvre Gretta est complètement dépassée.

Cid grimaça.

- Je vais voir ce que je peux faire, fit-il en se dirigeant vers la porte.

- Je vous accompagne, amiral, fit Rufus en lui emboîtant le pas. Les peurs enfantines, je connais par coeur.

- Vous ? ironisa le pilote. Le petit prince surprotégé du clan Shinra ? Et de quoi aviez-vous peur ? De manquer de toasts pour votre caviar ?

Le « petit prince » secoua la tête et grimaça un sourire, nullement vexé par les moqueries amicales de Cid, auxquelles chacun était habitué depuis belle lurette. Elles faisaient partie de sa personnalité autant que la manie de donner des surnoms affectueux était typique de celle de Shalua.

- Petit, je croyais qu’un vampire vivait dans la cave, confessa Rufus en tordant le nez. Et qu’il viendrait me sucer le sang dès qu’il en aurait occasion ici même, dans le manoir.

- Tiens donc ? railla Vincent. Un vampire, rien que ça.

- Oui. J’avais entendu des bruis bizarres un jour, au sous-sol et j’étais persuadé que… Oups… laissa-t-il échapper en réalisant que ses cauchemars de petit garçon n’étaient peut-être pas tout à fait infondées - risque de saignement à blanc excepté.

Reeve ricana et Rufus vira à l’écarlate avant de disparaître sur les talons du pilote en fuyant le regard de l’ancien turk.

- Pourquoi Yazoo et Loz ne reviennent-ils pas ? osa enfin demander Reno.

Vincent lui pressa amicalement l’épaule.

- Tu devrais aller lui parler.

Le jeune homme se mordit les lèvres.

- Ouais… à supposer que j’arrive à le regarder en face après ce que j’ai fait.

- Dis-toi que, ce jour-là, ce sont des matérialisations de Jenova, que tu as voulu faire sauter

Reno prit une profonde inspiration et son visage se tordit en un masque douloureux.

- Pourtant, quand je ferme les yeux, ce sont bien les visages de Loz et de Yazoo, que je vois dans les flammes… murmura-t-il, indigné par ses propres actes. Et ce sont bien leurs cris qui résonnent à mes oreilles…

Cait secoua vigoureusement de sa petite tête velue.

- Quand un démon se déguise en ange, nul ne doit se douter de l’échange, soupira-t-il. Et il prend l’apparence éthérée, de l’éphèbe qu’il veut imiter !

Le turk sourit malgré lui et gratouilla l’oreille du robot.

- C’est gentil, Cait.

Tifa passa son bras sous le sien.

- Allez, viens. Je vais avec toi.

***

- C’était mon idée, disait Loz à Yazoo, allongé sur le lit de ce dernier. Une idée idiote, comme d’habitude…

Son jumeau, blotti contre lui, caressa sa joue du bout de son petit nez rougi d’avoir trop pleuré.

- Ce n’était pas une idée idiote, Loz, au contraire. Tu ne pouvais pas deviner que je la surprendrais sortant de là, à demi dévêtue. Bon sang… Que vais-je bien pouvoir dire à Reno après tout ça ? Loz, je n’oserai jamais redescendre après ce que j’ai fait…

Il pinça les lèvres, prêt à fondre à nouveau en larmes, mais son frère sourit et lui releva le menton.

- Je crois que tu n’auras pas à le faire. Regarde qui est là…

Il lui désigna la porte de la chambre du menton et Yazoo hoqueta en voyant Tifa et Reno sur le seuil.

La jeune femme agita la main.

- Salut, fit-elle d’une voix douce. On peut entrer ?

Yazoo s’assit brutalement et détourna la tête pour cacher son visage poisseux de larmes séchées et ses yeux gonflés.

Reno s’approcha et prit place sur le bord du lit.

- Eh ? chuchota-t-il d’une voix douce en tendant la main pour effleurer les longs cheveux d’électrum. Ca va ? Tout le monde s’inquiète pour toi, en bas.

Tifa adressa un signe de tête discret à Loz.

Celui-ci se pencha pour déposer un baiser sur la tempe de son jumeau et rejoignit la jeune femme.

- Nous vous attendrons pour dîner, fit cette dernière en refermant doucement la porte, laissant Reno et Yazoo seuls dans la pièce.

Loz s’appuya au battant, hésitant à abandonner son frère, et Tifa leva le sourcil.

- Il n’est vraiment pas bien, plaida-t-il. Je ne sais pas si…

Elle lui posa le doigt sur les lèvres et sourit, rassurante.

- Fais-moi confiance. S’il y a quelqu’un en mesure de lui remonter le moral, c’est bien Reno.

Il parut hésiter un instant mais hocha finalement la tête.

- D’accord.

Elle lui passa le bras autour de la taille et l’entraîna dans le couloir, en direction de l’escalier.

- Vincent m’a demandé de quelle façon tu t’étais débarrassé de Jenova et je lui ai répété ce que tu m’avais dit, au sujet de ce sentiment de « légèreté soudaine » et de « piqûre d’oxygène »… J’ai eu tort ?

Il fit une moue, interloqué.

- Non. Pourquoi aurais-tu eu tort ? C’est la vérité.

Tifa s’arrêta devant la porte de sa propre chambre et se tourna vers lui, un indéfinissable sentiment de perplexité dans le regard.

- Loz… Tu m’as bien tout dit, n’est-ce pas ? demanda-t-elle en nouant ses mains derrière sa nuque.

Il écarquilla les yeux.

- Comment ça ?

- Eh bien… Reeve a soulevé un point qui ne m’avait pas effleuré jusque là.

- Lequel ?

- Il a demandé si… Si c’était arrivé comme ça, subitement, sans raison particulière.

Loz toussota et elle aurait juré que ses joues avaient pris une imperceptible teinte rosée.

- Et… tu lui as dit quoi ?

- Que non.

- Et c’est la vérité, non ? Tu étais là. Nous étions seuls dans ma chambre.

- Oui, je sais bien. Il ne s’est rien passé de particulier. Enfin pas que je sache. Ou… si c’est le cas, ajouta-t-elle avec un regard en coin, je n’ai rien vu.

Il secoua vigoureusement la tête.

- Tifa ! Qu’aurais-tu voulu voir ? Il ne s’est rien passé de particulier. Je… J’ai juste senti que… Qu’elle me laissait tranquille, c’est tout.

- C’est bizarre, tout de même. Comme ça, tout d’un coup, sans raison… Enfin, je sais que tu as lutté contre son emprise toute la journée, bien sûr, mais… Avoue que c’est étrange, qu’elle ait abandonné la partie aussi vite. Non ?

Loz fit vibrer ses lèvres en haussant les épaules.

- Je ne sais pas quoi te dire, moi ! Ce qui est sûr, ajouta-t-il en se tapotant la tempe, c’est qu’elle n’est plus là.

Tifa lui sourit avec affection et se pressa contre lui.

- Et c’est tout ce qui compte, chuchota-t-elle en déposant un baiser sur sa poitrine, laissée en partie nue par l’échancrure du blouson de cuir. Excuse-moi, je ne voulais pas me montrer désagréable ni te mettre mal à l’aise. Allez, Viens, les autres doivent se demander ce qu’on fabrique.

Elle lui prit la main et voulut le tirer derrière elle mais il résista.

Croyant qu’il la taquinait pour se venger, elle tira violemment sur son bras mais il résista encore.

- Tifa, attends… soupira-t-il, tête basse.

La jeune femme, voyant sa mine soudain sombre, sentit son sourire malicieux s’évanouir et l’angoisse lui serrer le coeur.

- Loz ? Qu’y a-t-il ?

Il mordilla sa lèvre inférieure.

- J’ai menti, confessa-t-il sans oser la regarder dans les yeux.

Elle se figea.

- Quoi ? Comment ça ? Elle… Jenova n’est toujours pas partie ? C’est ça que tu essayes de me dire ?

- Si ! se récria-t-il. Bien sûr que si ! Ce n’est pas ça, c’est…

Il rougit furieusement et elle posa la main sur sa joue, plus inquiète que jamais.

- Loz, dis-moi ce qui se passe !

Celui-ci prit appui contre le mur du couloir, un pied replié contre la paroi, à un mètre à peine de la chambre de la jeune femme.

- Je t’ai menti, Tifa, il s’est bien passé quelque chose qui a fait partir Jenova… avoua-t-il dans un souffle. Quelque chose qui… qui m’a donné la force de la chasser de moi pour toujours…

Il fit le drôle petit bruit auquel la jeune femme était à présent habituée, celui qu’il faisait avec le bout de la langue sur ses incisives, lorsqu’il était agacé ou horriblement gêné : “Tssss…”

- Est-ce que ça a un rapport avec ce que nous avons fait… avant ? le secourut-elle.

- Non ! Enfin… Pas exactement.

Tifa essayait de fixer son regard mais les yeux mako fuyaient les siens.

- Loz, que s’est-il passé ? insista-t-elle impatiemment. Sephiroth est intervenu, comme pour Reno ? Ou Lucrecia ?

- Non…

- Quoi, alors ?

Il dut s’y prendre à plusieurs reprises pour parvenir à faire sortir les mots qui se coinçaient dans sa gorge et, lorsqu’il réussit enfin à les pousser dehors, ce fut d’une voix bouleversée tout juste audible.

- Tu… Tu m’as avoué que tu tenais à moi, Tifa. C’est ça qui… qui m’a donné la volonté suffisante pour la chasser de moi.

Le choc fut tel que la jeune femme en eut le souffle coupé.

- Qu… Quoi ? bredouilla-t-elle.

Le visage de Loz vira au rouge cramoisi et il acquiesça d’un hochement de tête sans cesser de fixer les lattes du parquet.

- Ouais, je sais, c’est ridicule… C’est pour ça que je ne t’ai rien dit.

- Ridicule ? s’écria soudain Tifa, le faisant sursauter.

La jeune femme referma ses mains sur son visage pour l’obliger à lever la tête et la regarder dans les yeux.

Son coeur battait si fort et sa gorge était si serrée qu’elle se demandait comment elle arrivait à faire sortir le moindre son de sa gorge.

- Ridicule ? répéta-t-elle, plus doucement. Oh, Loz… murmura-t-elle, les prunelles brillantes d’émotion. C’est sans doute la plus belle chose que l’on ne m’ait jamais dite de toute ma vie…

Il voulut rétorquer mais elle ne lui en laissa pas le temps.

Etouffant ses protestations dans sa bouche dans un baiser passionné qui leur coupa le souffle à tous deux, elle le poussa d’un coup de reins,vers la porte de sa chambre toute proche…

…à suivre

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XXIV - Les bons samaritains

« Certaines personnes ont tendance

à vouloir aider les autres,

uniquement pour se sentir meilleures

qu’elles ne le sont en réalité…»

Paulo Coelho

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Yuffie, Tifa et Loz arrivèrent dans le grand salon où les serviteurs avaient dressé la table pour quatorze personnes, tous les regards se tournèrent vers eux.

- Où diable étiez-vous passés, tous les deux ? s’enquit Shalua avec une moue entendue. Nous n’attendions plus que vous et Reeve.

- Ils se battaient ! s’emporta Yuffie. Et je vous dis pas où ! Dans l’église ! Non mais vous vous rendez compte ?

Marlène laissa échapper une exclamation aiguë.

- Encore ?

Les deux belligérants échangèrent un regard gêné mais Rufus rit de bon coeur.

- Et qui a gagné ? s’enquit-il.

Loz et Tifa répondirent en même temps.

- Elle !

- Lui !

Le jeune président leva un sourcil, narquois, et Vincent sourit.

- Ah… railla Cid. On va avoir du mal à distribuer les médailles !

- Vous vous êtes battus comme des chiens enragés et ne savez pas qui a gagné ? martela Yuffie. Alors là, c’est la meilleure !

- Loz, répéta Tifa en prenant place à côté de Marlène. Il m’a envoyé dans le décor.

- Euh… En fait, j’ai triché, protesta Loz, en s’asseyant en face d’elle, à la droite de Vincent. Ca ne compte pas.

Kadaj, installé à la gauche de son frère, le dévisagea comme si des bois de cerf venaient de lui pousser au milieu le front.

- Et depuis quand tu refuses une victoire parce que tu as rusé, toi ?

Loz et Tifa rougirent jusqu’à la racine des cheveux, au grand amusement des convives et plus particulièrement de Shalua, Cid et Vincent, qui comprirent immédiatement de quoi il retournait.

Un hôte, cependant, ne goûtait guère la bonne humeur générale…

Cloud serrait les mâchoires et transperçait son amie d’enfance d’un regard glacial. Regard qu’elle soutint sans broncher jusqu’à ce qu’il détourne les yeux.

- Où est Yazoo ? s’enquit Loz.

- Avec Reno ! lança Marlène. Gretta lui a monté un plateau. On a fait une ballade à moto, cet après-midi, ajouta-t-elle avec fierté.

- Et notre demoiselle a vivement regretté que son conducteur de la fasse pas monter devant, « comme Loz », intervint Cid pour asticoter la petite.

Sur le coup, l’argenté ne vit pas du tout à quoi le pilote faisant allusion puis il se souvint de l’enlèvement de la gamine, à l’église, ce qui le mit un peu mal à l’aise.

Gêne qui s’envola lorsque Marlène, vexée, apostropha Cid :

- M’en fiche parce que du coup, on est allés super plus vite qu’avec Loz ! Bien plus que toi avec tes tas de ferraille volants !

- Marlène ! la rabroua Tifa.

Mais Cid, qui adorait faire bisquer la petite, s’amusait de la colère enfantine.

- Je suis sûre qu’il t’a fait asseoir devant par peur que le vent t’emporte comme un moucheron, la taquina-t-il encore.

- Même pas vrai !

- Marlène, ne crie pas ! gronda encore Tifa.

- Hein que c’est pas vrai ? demanda la petite à Loz sans faire attention à elle. (Ce dernier secoua la tête) Tu vois !

- J’avais une caisse de matérias à arrière, précisa l’argenté, à la grande humiliation de Marlène, faisant redoubler l’hilarité Cid.

- Mes matérias, intervint Yuffie avec une moue mais si bas que personne hormis Cloud, attablé à ses côtés, ne l’entendit.

Le dernier convive arriva à ce moment là en tenant sa peluche robotisée par la main - ou plutôt par la patte.

- Messeigneurs et mesdames, je vous salue bien bas ! couina le chat en agitant sa patte libre. Et vous souhaite un tranquille et délicieux repas !

Cid grimaça.

- Eh, beh… Ca s’arrange pas ! ironisa-t-il.

- Pardon d’être aussi direct, Reeve, fit remarquer Vincent, non sans humour, mais ton nouveau programme d’apprentissage me paraît définitivement être une… catastrophe !

Reeve contempla son jouet, qui le considérait avec de grands yeux innocents, et soupir a.

- Je ne sais pas ce qui se passe. Je crois que je vais revenir à l’ancienne version et essayer juste de l’améliorer un peu.

- C’est un robot ? s’étonna Kadaj, qui avait quitté la table pour s’accroupir sur le sol, fasciné par le chat robotisé mais restant à bonne distance de peur de l’effrayer.

Les bêtes avaient peur de lui depuis toujours. Lorsqu’il lui arrivait de passer près des animaux du laboratoire, au cratère nord, les singes devenaient comme fous, les chiens hurlaient à la mort et les rats se jetaient contre les parois de verre.

Comprenant les craintes du garçon pour avoir étudié les vidéos de surveillance du laboratoire d’Hojo pendant les mois, le chef du WRO lâcha la patte de sa créature et l’encouragea à aller vers le jeune homme.

- Va dire bonjour, allez.

La peluche robotisée ne se le fit pas dire deux fois.

Chaussé de ses gros godillots et coiffé de son drôle de petit couvre chef, il sautilla vers Kadaj pour aller frotter son museau rose contre sa main.

- Une gratouille sur la tête me transporte de joie, chantonna la petite créature. Mais si c’est un baiser, je ronronne d’émoi !

Il tendit sa petite truffe moustachue et, pour son plus grand plaisir, l’argenté obtempéra.

- C9 ! tempêta son créateur, faisant rire toute la tablée. En voilà, des manières !

- Tu devrais lui couper le jus et le mettre dans un carton jusqu’à ton départ, préconisa Cid. A mon avis, cette bestiole a définitivement pété une durite !

Reeve, découragé, comptait bien suivre le conseil du pilote mais, au moment où il voulut saisir le chat, celui-ci sauta dans les bras de Kadaj.

- Pourquoi le débrancher ? demanda ce dernier en caressant le doux poil du félin. Il est si drôle…

- L’ennui, intervint le pilote, c’est qu’il n’a pas été créé pour l’être.

L’argenté hocha la tête et, non sans regret, dénoua les petites pattes qui s’accrochaient à son cou.

- Désolé, tu dois retourner avec ton maître.

Il posa doucement le chat sur le tapis et celui-ci se détourna tristement pour marcher lentement vers Reeve, épaules basses et oreilles en berne, comme s’il s’apprêtait à monter sur l’échafaud pour être pendu haut et court.

Le chef de la WRO éclata de rire.

- Non mais regardez-moi ce comédien ! (Il souleva le chat à bout de bras) Tu veux rester avec lui, c’est ça ? (Le robot redressa aussitôt la tête et sourit) Et pourquoi pas, après tout…

Il reposa le chat sur sol, qui se précipita à nouveau vers Kadaj pour se pendre à son cou avec un petit ronronnement enthousiaste.

- Trouve-lui un nom, brosse-le tous les jours et ne lui donne surtout rien à manger, même s’il pleurniche, fit Reeve à Kadaj. Il n’a nullement besoin de se nourrir, c’est une machine - ce qu’il a tendance à oublier.

- Tu me le confies ? s’étonna l’argenté.

Reeve éclata de rire et s’installa à table.

- Non, mon garçon, je te le donne.

Le jeune homme en resta pétrifié, ce qui fit sourire Vincent.

Jamais personne ne lui avait fait un tel présent et jamais non plus il n’aurait cru pouvoir prendre un animal dans ses bras autrement que mort, même s’il ne s’agissait que d’un robot.

- Je… Je ne sais pas quoi dire.

- Il n’y a rien à dire. Il est plutôt grand temps de manger. Je meurs de faim ! Qu’est-ce que Gretta nous a préparé de bon ?

Vincent se pencha en avant.

- Il ne te reste plus qu’à lui trouver un nom, Kadaj.

Celui-ci s’assit avec le chat sur ses genoux.

- Comment voudrais-tu qu’on t’appelle ? lui demanda-t-il.

La peluche croisa ses petites pattes sur son ventre soyeux.

- Puisqu’au nombre de neuf furent mes prédécesseurs. Cait 9 sera le nom de votre serviteur.

- Cait 9 ? Très bien, ça me va.

- Et il va parler tout le temps comme ça ? demanda Cid, exaspéré d’avance. En faisant des rimes pourries à chaque fois qu’il ouvrira la bouche ?

Le chef du WRO haussa les épaules et plissa le front.

- Je n’aurais peut-être pas dû le laisser seul dans la bibliothèque…

Shalua pouffa et le pilote leva les yeux au ciel.

***

Tseng s’assit à son bureau et pressa l’un des boutons de son téléphone.

- C’est bon, repassez-le-moi. Rude ? Alors ? Qu’est-ce que ça donne ?

« Que dalle. Le labo, ou du moins ce qu’il en reste, est on ne peut plus mort. Rien n’a bougé depuis que nous sommes passés faire le grand ménage et installer les systèmes de sécurité, l’an dernier. »

- Tu en es sûr ?

« Certain ! Tout est clean. »

- Mais qu’est-ce qui a pu déclencher les alarmes, dans ce cas ?

« C’est là que ça se corse. Je pense que l’origine des mouvements se trouve plus profond dans le cratère et on a pas le matos sur place pour descendre plus bas. »

- Il faudra donc y retourner.

« C’est ce que je me disais. »

- As-tu au moins une idée de ce qui est à l’origine des déplacements saisis par les caméras thermiques ?

« Non, c’est trop flou et trop rapide. »

- Que comptes-tu faire dans l’immédiat ?

« Faire une dernière fois le tour des premiers niveaux par acquit de conscience et rentrer pour préparer une nouvelle exploration plus poussée. »

- Tiens-moi au courant s’il y a du nouveau.

« Ca marche. »

Le chef des turks raccrocha et se laissa aller sur son fauteuil en mordillant l’ongle de son pouce.

L’« origine des mouvements se trouve plus profond » avait dit Rude.

Guère rassurant lorsqu’on savait que « plus profond », sous le volcan désormais éteint, c’était la rivière de la vie, qui coulait…

Après un court moment de réflexion, il composa le numéro du portable de Rufus.

***

Shalua, impatiente, poussa Tifa dans sa luxueuse suite et verrouilla la porte.

- Alors ? pressa-t-elle son amie. Raconte ! Que s’est-il passé, dans cette chapelle ?

La jeune femme prit place sur le divan crème du petit salon.

- Que veux-tu qu’il se soit passé, Shalua ? demanda-t-elle avec une innocence feinte.

La scientifique agita l’index.

- Oh ! Non… Non, non, non, pas de ça avec moi ! Les regards que vous échangez dégoulinent de complicité comme les cheveux de Cloud de gel capillaire, alors ne me prends pas pour une imbécile, ma fille !

Tifa soupira.

- Yuffie est arrivée au moment critique.

Shalua mordit son poing valide en un geste comique de frustration.

- La peste !

- Et Cloud était avec elle, poursuivit la jeune femme avec une grimace.

- Ca on s’en fiche, vous ne couchez même plus ensem… Oh, mais attends. C’est donc pour ça qu’il a fait sa tête de hérisson constipé durant tout le dîner ?

- J’en ai bien peur.

La soeur de Shelke lui adressa un sourire de requin.

- Pourquoi j’ai soudain envie de m’écrier : « bien fait ! » ?

- Peut-être parce que tu n’as jamais vraiment aimé Cloud ? risqua Tifa, railleuse.

- Détrompe-toi, je n’ai rien contre lui. Tant qu’il reste ton ami, s’entend. Parce que, comme « petit » ami, il repassera ! C’est un gosse souffrant de dépression chronique qui a plus besoin d’une psychothérapie que d’une femme, crois-moi.

- Ah ! Ah ! Ah ! Oh, bon sang, Shalua ! Mais qu’est-ce qu’il t’a fait, ce pauvre Cloud ?

- Il t’a fait souffrir pendant des mois, pour ne pas dire des années, et cela seul suffit à me le rendre un tantinet antipathique, vois-tu. Mais revenons-en à toi et à monsieur corps de rêve…

Son amie s’allongea à demi sur le divan, rêveuse.

- Loz m’attire, c’est définitif.

- Ah ! Je le savais.

- Il est vraiment craquant, tu sais… Par moments, on dirait un petit garçon malmené que l’on meure d’envie de consoler et, à d’autres, il fait preuve d’une sensibilité et d’une clairvoyance terrifiantes. Et… il a une de ces paires de fesses ! ajouta-t-elle, malicieuse.

Shalua éclata de rire s’assit à ses côtés.

- Attends un peu de voir le reste… Et là, c’est le médecin qui parle. (Elle se pencha à son oreille avec un sourire suggestif) C’est ce qui s’appelle de l’artillerie lourde, ma fille !

- Oh ! Shalua ! s’écria Tifa en faisant claquer sa main sur la cuisse de la scientifique.

Elles piquèrent l’un de ces fous rires complices dont seules les femmes ont le secret et on frappa discrètement à la porte de la suite.

Shalua se leva pour aller ouvrir.

- Cid ?

Le pilote sourit.

- Il faut que je te parle, Shalua, c’est très important.

- Oui, bien sûr mais… je suis avec Tifa et…

- J’allais partir ! fit cette dernière depuis le divan.

Cid agita la main.

- Ce n’est pas à la minute non plus.

- Attends-moi dans ta chambre, lui murmura la scientifique. J’arrive dès que je peux.

Le pilote acquiesça et se retira.

Shalua referma le battant et y appuya son dos, le souffle court.

- Qu’y a-t-il ? s’inquiéta son amie en la voyant soudain si nerveuse.

Son masque de facétieuse espiègle s’était brisé et elle avait repris tout son sérieux.

- Tifa, Cid et moi avons fait une énorme sottise…

La jeune femme leva les mains au ciel.

- Oui, bon, vous avez couché ensemble et il est marié. Ce n’est pas la fin du monde, non plus ! Personne ne va aller le dire à Shera.

- Non, je ne parle pas de ça.

Tifa se leva et vint vers son amie pour lui poser la main sur l’épaule, de plus en plus inquiète par son attitude et sa pâleur.

- Shalua, qu’y a-t-il ?

Une larme perla au coin de l’oeil valide de cette dernière.

- Je crois bien que nous sommes tombés amoureux l’un de l’autre, Tifa, murmura-t-elle, la voix brisée. Vraiment amoureux.

La jeune femme blêmit à son tour.

- Oh, merde…

- Je suis sûre que c’est de ça qu’il veut me parler. Et si… S’il me demande de tout arrêter maintenant, je… Je ne sais pas si je tiendrais le coup.

Elle éclata en sanglots, lasse de jouer la comédie de la jeune femme insouciante et farceuse, et Tifa la prit dans ses bras.

- Oh, mon Dieu, Shalua…

***

Lorsque Tifa quitta Shalua devant la chambre de Cid et qu’elle regagna la sienne pour prendre une douche et se coucher, un visiteur l’y attendait mais ce n’était pas celui qu’elle aurait espéré y voir.

- Cloud ? En voilà une surprise fit-elle en se déshabillant sans gêne aucune pour enfiler un peignoir. Que fais-tu là ?

- Pourquoi ? Tu attendais quelqu’un d’autre ? demanda-t-il d’une voix glaciale.

- Même si c’était le cas, je ne vois pas en quoi ça te regarde.

Il se raidit, estomaqué, et se planta devant elle, les poings sur les hanches.

- Tu ne vois pas en quoi ça me regarde ? répéta-t-il, incrédule. J’espère que tu plaisantes !

- Pas du tout. Et maintenant, si tu permets, j’aimerais prendre une douche et me coucher.

Elle voulut passer à côté de lui pour se diriger vers la salle de bains mais il lui bloqua le passage du bras.

- Je n’ai pas fini, Tifa.

- Oh ! Que si !

Il la prit par les épaules et plongea son regard bleu dans le sien.

- J’ai vu ce que vous faisiez, dans la chapelle, Tifa…

Elle rougit légèrement mais se reprit vite et soutint son regard sans faiblir.

- Oui, j’embrassais Loz. Et après ?

- Comment « et après ? » ? s’écria-t-il. J’ai peut-être mon mot à dire, tu ne crois pas ?

- Ah oui ? Et pourquoi ?

Il la lâcha et recula d’un pas en secouant la tête, profondément choqué.

- Tifa, qu’est-ce qui te prend ? Qu’est-ce que tu fais de nous ?

- Nous ? Et depuis quand y a-t-il un « nous », Cloud ?

- Je suis là, non ?

- Oui, tu es là, Cloud. Mais tu aurais aussi pu venir hier ou avant-hier et tu ne l’as pas fait. En fait, tu aurais pu passer la nuit avec moi des dizaines de fois mais tu ne l’as jamais fait. Tu n’es donc pas ici pour moi.

- Par tous les démons de planète, je suis Soldat, Tifa, je ne fais pas ce que je veux de mon temps !

- Tu n’es ici que parce que tu m’as vu embrasser un autre homme et que tu es jaloux ! poursuivit la jeune femme sans se démonter. Tu es comme ces petits garçons qui s’ennuient dans leur chambre pleine de jouets desquels il se fichent royalement jusqu’au jour ou un autre enfant veut prendre leur mog en peluche ! Il n’y a jamais eu de « nous » parce que tu ne m’as jamais aimée comme un homme aime une femme, Cloud ! Je ne suis que la bonne amie avec laquelle tu as essayé un moment de compenser la disparition de celle que tu aimais vraiment. Mais je ne suis pas Aerith, Cloud… Je ne suis pas Aerith et je ne le serai jamais ! Moi, je suis vivante, Cloud, faite de chair et de sang ! J’ai besoin d’un homme qui m’aime réellement et qui soit là pour me prendre dans ses bras lorsque j’ai envie de lui ! Un homme avec lequel je peux espérer construire quelque chose et non ressasser des souvenirs ! Un homme qui m’aime et me désire vraiment !

Cloud recula jusqu’à la porte, pantois et l’estomac noué. Jamais Tifa n’avait osé lui dire les choses aussi crûment et pourtant chacun savait qu’elle n’avait pas la langue dans sa poche.

Il serrait les poings - d’autant plus fou de rage qu’elle avait raison - cherchant ce qu’il pourrait bien dire pour la remettre à sa place.

Comme un enfant qui, faute d’arguments pour riposter, cherche à blesser, il frappa à l’endroit où il savait que ça ferait le plus mal…

- Je comprends que Loz puisse te faire mouiller, Tifa, je l’ai vu à poil dans la grotte. Mais si tout ce que tu voulais, c’était des muscles et une grosse queue, tu aurais pu choisir Cid ou Rude. Eux, au moins, ils ont un cerveau !

Bien sûr, il regretta ces mots orduriers à peine eurent-ils franchi le seuil de ses lèvres mais il était trop tard pour les arrêter.

Tifa, indignée, laissa échapper un petit cri mais réagit au quart de tour, couvrant la distance qui la séparait de Cloud pour le gifler à toute volée.

- Dehors… ordonna-t-elle d’une voix brisée, les larmes aux yeux.

Son physique avantageux et ses formes plantureuses lui avaient toujours valu une réputation de cruche et de « chaudasse » érotomane auprès des garçons puis des hommes qu’elle côtoyait - et principalement auprès de ceux qui savaient n’avoir aucune chance avec elle, au demeurant. Toute sa vie, elle avait dû se battre avec acharnement contre cette image erronée de dévergondée décérébrée - non sans mal - et Cloud le savait parfaitement.

- Fiche le camp ! cria-t-elle entre ses larmes, qu’elle essayait désespérément d’empêcher de couler.

- Tifa, je…

- Dehors !

Cloud obéit en maudissant sa propre sottise et Tifa claqua brutalement la porte derrière lui.

Il resta un instant sur le seuil, l’oreille presque collée à la porte et les pleurs déchirants qu’il entendit lui brisèrent le coeur.

- Quel con… gémit-il. Mais quel con…

Il allait entrer à nouveau pour s’excuser à genoux, la supplier de lui pardonner, lui assurer qu’il ne pensait pas un mot de ce qu’il avait dit et…

Non, ça ne servirait à rien. Il avait été vraiment trop odieux pour qu’elle accepte ne serait-ce que de l’écouter dans l’immédiat.

Bon sang ! Mais comment avait-il pu être aussi méchant et aussi stupide ?

Il s’adossa au mur du couloir et se laissa glisser jusqu’au sol, où il s’affala, le visage dans les mains.

- Qu’est-ce que j’ai fait ? Mais qu’est-ce que j’ai fait…

C’est vrai, Tifa avait raison : il était jaloux. Horriblement jaloux. Lorsqu’il les avait vus, là, dans la chapelle, il les aurait volontiers transpercés tous deux de son épée d’un même élan. Mais elle se trompait sur un point : il l’aimait. Il l’aimait vraiment. Peut-être pas comme un homme aime une femme, c’est vrai, mais elle était son amie d’enfance et rien ne pourrait jamais effacer l’affection qu’il lui portait ni les bons souvenirs qu’ils avaient en commun.

C’est vrai, les quelques nuits qu’ils avaient passées ensemble avaient été au mieux ternes et ennuyeuses. Oui, il était un conjoint exécrable et un amant timoré. Oui, il aimait toujours Aerith. Oui, il adorait être un Soldat et avait postulé davantage pour son propre agrément que pour la protéger. Tout cela était vrai et plus encore, certainement. Mais il était aussi vrai que jamais il ne se remettrai de la perte de sa meilleure amie et surtout pas s’il la perdait comme ça…

Mais comment rattraper son comportement inqualifiable ? Commet se faire pardonner ?

Cloud n’avait jamais été très doué pour se sortir de ce genre de situations, il lui fallait le conseil et l’aide d’un homme d’expérience et il pensa immédiatement à Vincent avant de se rappeler qu’il était descendu au labo avec Kadaj et son nouveau jouet, à la fin du dîner. Barret ? Parti. Reeve ? Non, il n’était pas assez intime avec lui.

- Cid !

Oui, bien sûr, c’était Cid qu’il lui fallait !

Sous des dehors un peu brutaux et des manières frustes, le pilote était un homme de coeur d’une gentillesse et d’une patience à toute épreuve.

Cloud bondit aussitôt sur ses pieds et se dirigea vers la chambre de Cid.

Il s’apprêtait à frapper lorsqu’il réalisa qu’il était minuit passé.

Ne voulant pas réveiller le pilote, le jeune homme tourna doucement la poignée et passa la tête par l’entrebâillement de la porte pour vérifier si son ami était encore debout.

Ce qu’il vit le surprit tellement qu’il ne put contenir un juron qui fit tressaillir Cid et Shalua, l’un allongé nu sur le lit et l’autre encore en sous-vêtements à califourchon sur lui.

- Personne ne t’a appris à frapper aux portes, sale morveux ? s’écria le pilote en se redressant pour cacher la semi-nudité de sa compagne au jeune homme.

Cloud, sidéré, le dévisagea non sans un certain dégoût.

- Cid… bredouilla-t-il. Comment peux-tu faire ça à Shera ?

- De quoi je me mêle ? hurla l’amiral de la WRO en enfilant son pantalon, qui traînait sur le sol.

Cloud, mortifié, quitta la chambre mais Cid le rattrapa dans le couloir et le saisit fermement par le bras.

- Dis-donc, petit merdeux ! gronda-t-il, faisant grincer ses dents éclatantes. Un : tu vas t’excuser tout de suite pour ta petite entrée en scène. Et deux : tu vas te mêler de tes affaires ou je vais me charger personnellement de refaire ton éducation !

- Tu es mal placé pour me donner des leçons de morale !

- Je te demande pardon ?

- Tu es marié, Cid !

Celui-ci ricana.

- Précisément, petit : je suis marié, pas mort ! Et, au risque de me répéter, ce qui se passe dans mon pieu ne te regarde pas.

Cloud se dégagea et toisa le pilote.

- Arrête de me parler comme si j’étais un gosse !

Cid se pencha sur lui.

- Alors grandis ! Il serait peut-être temps ! lui cracha-t-il au visage avant de tourner les talons d’un pas assuré.

Cloud rejoignit sa chambre et se laissa tomber sur son lit, ne sachant plus du tout comment il devait réagir à tout ce qui venait de se passer.

Réfléchir. Réfléchir calmement, surtout.

- Oui… Réfléchir et prendre les choses en main.

Que Tifa se laisse séduire par une brute sans cervelle, eh ! bien soit, une fois que le désir inspiré par la plastique parfaite de l’argenté serait un peu retombé, elle finirait bien par s’apercevoir qu’il n’était qu’un demeuré. Mais que faire lorsque l’un de ses meilleurs amis est sur le point de ficher sa vie en l’air et de briser son mariage pour une coucherie ?

Cloud repensa à Shera, si douce, si amoureuse de son Cid adoré, qui lui avait pourtant juré une éternelle fidélité devant témoins… Shera, qui avait même été prête à sacrifier sa vie pour permettre à l’homme qu’elle aimait comme une folle de réaliser son rêve le plus cher. Jamais le pilote ne trouverait une femme plus dévouée ni plus aimante.

Il ne pouvait pas laisser Cid prendre le risque de perdre Shera. Non, il ne le pouvait pas… Il était son ami, avait été son témoin de mariage et était donc en devoir de sauvegarder ce lien sacré !

Cid n’était tombé dans les bras de Shalua que parce qu’il se sentait seul, Cloud en était persuadé. Il était resté loin de chez lui depuis trop longtemps.

Malheureusement, la situation étant ce qu’elle était avec le retour des argentés, Reeve n’autoriserait pas l’amiral de sa flotte aérienne à rentrer de sitôt.

Une idée traversa alors l’esprit du jeune homme : puisque Cid ne pouvait aller à Shera, qu’à cela ne tienne, c’est Shera qui viendrait à lui !

Sa décision prise, il décrocha son téléphone portable de sa ceinture et composa le numéro de Rude.

- Rudo ? C’est Cloud, excuse-moi je sais qu’il est tard et… C’est sympa. Oui, il va bien. Yazoo, Tifa et Marlène jouent les infirmières dévouées avec lui. Dis-moi, es-tu toujours au cratère Nord ? Quand ? Dans ce cas, j’aurais un petit service à te demander. Est-ce que tu pourrais faire un crochet avec l’hélico, en revenant ? Rocket Town… Une surprise pour Cid.

…à suivre

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XXI - Entre rage et désespoir

« L’espérance serait la plus grande des forces humaines

si le désespoir n’existait pas…»

V. Hugo

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Shalua remonta dans sa suite - qu’elle occupait lorsqu’elle était au manoir - pour prendre une douche et se changer en prévision du dîner.

Elle avait abandonné en bas Kadaj et Shelke, qui travaillaient d’arrache-pied et refusaient de lâcher leurs claviers. C’était la première fois qu’elle voyait sa soeur aussi enthousiaste à la tâche ; mais avoir quelqu’un comme Kadaj sous la main, qui comprenait parfaitement le langage et les allusions à demi-mot de la jeune fille, l’était aussi et ceci expliquait très certainement cela.

Une fois dans la chambre, elle retira sa blouse, son chemisier et ôta la prothèse de son bras gauche, qu’elle jeta sur le couvre lit moelleux avec une grimace en frottant son moignon.

- Besoin d’un câlin ? chuchota une voix basse et mâle à son oreille, la faisant sursauter violemment.

Deux mains robustes se posèrent sur ses épaules nues pour les masser avec sensualité.

- Cid… gémit-elle sous l’agréable traitement. Tu m’as fait peur, idiot…

Il sourit contre son cou et darda la langue pour lui chatouiller le lobe de l’oreille, qu’il aspira entre ses lèvres, provoquant d’irrépressibles frissons.

Shalua pivota pour lui faire face et noua son bras valide autour de son cou.

Cid la serra contre lui et mordilla ses lèvres, joueur.

- Tu t’es rasé ? nota la jeune femme en caressant son visage lisse. En quel honneur ?

- Tous les cinq jours, fit-il. C’est la règle que je me suis imposée. Tu veux étrenner ? demanda-t-il en tendant sa joue.

Elle ne se fit pas prier et piqua son visage de petits baisers mouillés avec un plaisir non dissimulé. Sa peau avait un agréable, et terriblement viril, petit arrière-goût de mousse à raser et d’after-shave.

- Pourquoi n’optes-tu pas pour une épilation définitive, comme la plupart des hommes ? Tu l’as bien fait pour tout le reste… nota-t-elle, malicieuse, en posant la main sur son sexe, qui commençait déjà à durcir sous la toile du pantalon ample.

Il soupira sous la caresse.

- Et je laisse juste deux pattes intactes, comme Loz ? plaisanta-t-il.

- Mhh… tu as passé l’âge de ce genre de fantaisies.

Cid gronda contre son oreille.

- Comment je dois le prendre, ça ?

- Comme la preuve que je préfère les hommes plus raisonnables.

- Ma barbe te gêne ?

Elle sourit et lui mordilla le menton.

- Au contraire, je l’adore… susurra-t-elle.

- Ah, tu vois…

Il laissa une traînée de baisers enfiévrés le long de la gorge offerte de Shalua et fit doucement remonter ses mains le long de ses cuisses, sous la jupe.

- Cid…

- Mhh ?

- Je dois prendre une douche…

- Chouette, je vais pouvoir te savonner partout…

Il la souleva dans ses bras pour se diriger vers la luxueuse salle de bains et elle se laissa aller contre sa large poitrine en riant.

Dieux, qu’elle se sentait bien, avec lui. Qu’elle était heureuse dans ses bras…

Pourquoi fallait-il qu’il soit marié, bon sang ! Pourquoi ?!

***

Rude enfila son manteau, posa le téléphone de Reno à portée de main, sur la table de nuit, et remonta les draps sur sa poitrine.

- Sois prudent, mec, fit ce dernier d’une voix cassée à force de vomissements. Le cratère nord, ça a toujours été un nid à emmerdes.

- Te tracasse pas pour ça, ce n’est qu’une petite anomalie détectée par les caméras à ondes Beta. Si ça se trouve, c’est juste une famille d’ours qui a emménagé dans l’ancien labo !

Reno sourit malgré lui.

- Ce serait marrant… Je me demande qui serait le plus flippé par la tête de l’autre : toi ou papa ours.

- Je t’emmerde !

- Ah bah, j’osais pas te le dire mais vu que tu abordes le sujet…

Rude lui asséna une petite tape sur la tête.

- P’tit con ! T’es sûr que tu ne veux pas que j’aille chercher Tifa ou Shalua ? demanda-t-il en reprenant son sérieux. Ca ne me rassure pas de te laisser seul.

Son comparse secoua la tête.

- Nan, je fais assez chier tout le monde depuis hier. Je vais piquer un somme, t’en fais pas.

- O.K… Comme tu voudras. Mais si ça va pas, le téléphone est juste là.

- File, Rudo, l’hélico t’attend et le pilote doit commencer à criser.

- Prends bien soin de toi, Reno.

Celui-ci agita la main et sourit.

- C’est bon, je te dis ! Allez, dégage, plaisanta-t-il, je veux plus voir ta tête d’oeuf, ça me rend malade.

Rude quitta la chambre à regret et descendit dans le hall, où il croisa une Marlène survoltée qui riait comme une petite folle en sautillant autour de Yazoo.

- Eh bien ! fit-il remarquer. Tu m’as l’air bien joyeuse !

- On a fait une ballade à moto ! C’était génial ! On est montés presque jusqu’aux grottes à matéria !

Rude siffla.

- Eh beh ! Et t’as pas eu le vertige ?

- Même pas ! Demande à Yazoo, si tu me crois pas ! Tu t’en vas ?

- Ouais, ma grande. Boulot.

- Tu reviens quand ?

- Demain ou après-demain, je pense. Dis-donc, ajouta-t-il en s’accroupissant pour mettre les yeux à la hauteur de ceux de la fillette. Je peux te demander un service ? Veille sur Reno pendant mon absence pour qu’il fasse bien tout ce que Shalua lui dira, O.K. ? Et s’il t’envoie sur les roses… mords-le !

Il tendit sa main, paume vers le haut, et Marlène y fit claquer la sienne.

- Ca marche ! Je monte le voir tout se suite !

Elle fila et Rude se tourna vers Yazoo, qui s’était mis un peu à l’écart.

- Elle ne t’a pas trop cassé les pieds ? demanda-t-il aimablement, ne sachant trop comment aborder le jeune homme. Marlène est une boule d’énergie et c’est parfois un peu fatigant.

L’argenté secoua la tête et sourit.

- Non, pas du tout, répondit-il de sa voix douce. Elle me rappelle un peu Kadaj, lorsqu’il était petit.

Rude revit les scène poignantes d’un adolescent au corps couvert de plaies serrant son petit frère dans ses bras maigres et sentit la révolte lui ronger les tripes.

- Je l’ai vu sur les vidéos surveillance, fit-il la gorge serrée. C’était… c’était un beau petit garçon.

Le visage de Yazoo s’éclaira au souvenir de son cadet.

- Oui, il pouvait être très mignon quand il le voulait.

- Enfin tout ça pour dire que tu n’es pas obligé de jouer les nounous avec Marlène si tu n’en as pas envie.

- Ca ne me gêne pas. Et j’avoue que je ne sais pas trop ce que je suis supposé faire d’autre ici, de toute façon, ajouta-t-il, embarrassé.

Rude retira ses lunettes fumées pour le regarder droit dans les yeux.

- Ce n’est pas à toi de te demander ce que tu dois faire. C’est à nous de chercher de quelle façon vous aider au mieux, toi et tes frères.

Yazoo rougit légèrement.

- Je… j’avoue que j’ai du mal à comprendre pourquoi.

- Appelons ça officiellement des dommages et intérêts de la Shinra pour préjudices subis. Et officieusement, une bande de joyeux optimistes un rien naïfs qui croient que l’amitié et l’entraide peuvent nous aider à sauver la planète et construire un monde meilleur.

L’argenté laissa échapper un rire cristallin.

- Je prends la version officieuse. Elle est plus poétique. Et bien plus sympathique.

Rude lui fit un clin d’oeil et chaussa ses lunettes.

- Vendu !

Son portable sonna, affichant un message impatient du pilote de l’hélicoptère qui l’attendait sur la pelouse du grand parc.

- Je dois fil…

- Rude ! cria Marlène depuis le grand escalier. T’es encore là ? Reno, il veut pas boire d’eau ! Il dit que ça sert à rien, que ça reste pas !

Rude grimaça, découragé, mais Yazoo lui fit signe de partir et le turk ne se le fit pas dire deux fois.

- Je suis parti ! cria-t-il à Marlène en se dirigeant précipitamment vers la porte.

- Mais Shalua a dit qu’il devait boire, sinon, il allait se déshydrater !

- Je ne suis plus là ! Si Reno devient trop chiant, chuchota Rude à l’intention de Yazoo avant de disparaître, vous avez tous autorisation de l’assommer.

- Rude !

- Rude est parti, Marlène ! fit Yazoo en retenant un rire.

- Alors viens m’aider, s’il te plaît ! Il veut rien savoir et il n’arrête pas de dire des gros mots !

Yazoo leva les yeux au ciel et s’engagea dans le couloir en direction du grand escalier.

***

Cid refit surface après ce qui lui parut une éternité, une langueur délicieuse dans tout le corps, et se pressa contre Shalua, étendue nue sur le lit, à ses côtés. Il l’attira à lui pour sentir les battements de son coeur contre le sien et s’enivra de son parfum si féminin.

La jeune femme l’enlaça de son bras valide et, du bout de la langue, suivit le tracé de sa lèvre inférieure puis le délicat renflement de la lèvre supérieure.

Cid soupira sous la sensuelle caresse et Shalua fixa les éblouissants yeux bleus qui la regardaient.

Il y avait tant d’espoir, tant de lumière en eux…

Et quelque chose d’autre, aussi. Quelque chose qu’elle pouvait presque voir prendre lentement forme dans la pensée du pilote à travers ses prunelles azurées. Mais la jeune femme savait que cela ne devait pas être dit, pas maintenant que ça ne pouvait rien changer si ce n’est leur apporter plus de souffrance encore.

Les lèvres de Cid, légères et audacieuses, étaient pourtant prêtes à prononcer les mots interdits et, avec un gémissement désespéré, Shalua scella leurs bouches entrouvertes l’une contre l’autre pour respirer les mots non dits contre les lèvres du pilote et les garder enfermés en elle à jamais.

- Ne le dis pas… murmura-t-elle contre sa joue. Ca n’aurait jamais dû avoir lieu, Cid. Ca n’aurait jamais dû se transformer en cela. Pas maintenant, qu’il est trop tard… Qu’il a toujours été trop tard…

Cid déglutit péniblement, la gorge serrée, et, avec un sourire triste, attira Shalua à lui dans une étreinte de mort.

Il haletait, contractant convulsivement ses bras autour d’elle et il fallut un petit moment à la jeune femme pour réaliser qu’il pleurait, le visage enfoui dans ses longs cheveux châtains.

***

- Qu’est-ce qu’il a ? s’affolait Marlène en regardant un Reno tremblant et fiévreux, soutenu par Yazoo, cracher un filet de sans le lavabo. Je dois aller chercher Shalua ou Merill ?

L’argenté secoua la tête.

- Non, Marlène, ça va aller. File, va voir ton ami Denzel, je vais m’occuper de lui. Ce n’est pas un spectacle pour une petite fille.

- T’es sûr ?

- Mais oui, j’ai l’habitude, ne t’en fais pas.

- D’accord.

Elle obéit, trop heureuse d’échapper à l’écoeurant spectacle et Reno jura comme un charretier.

- Tumeur de merde… haleta-t-il.

Yazoo émit un petit rire narquois.

- Epargne-moi ce couplet-là, il n’y a que toi et moi, ici.

Le turk se raidit dans ses bras.

- Non mais de quoi je me mêle ?

- Tu es en état de manque, c’est ce qui te rend malade, et si tu ne bois pas un peu d’eau pour t’hydrater, tu…

Reno le repoussa brutalement et dut s’appuyer au lavabo pour ne pas tomber.

- Fous le camp ! J’ai pas besoin de toi ni de tes leçons…

L’argenté laissa échapper un profond soupir et prit sur lui pour ne pas sortir de ses gonds.

- Ecoute, je sais très bien ce que tu ressens et…

- Non ! s’écria Reno, excédé à la fois par les nausées, la fièvre, la peur que le traitement échoue et ce maudit argenté qui lui mettait les points sur les « i ». Tu sais rien du tout ! Que dalle ! Tu me connais pas, rat de labo de merde !

A peine avait-il prononcé les derniers mots qu’il sut qu’il avait commis une faute de stratégie impardonnable.

Lorsque Yazoo, blême de rage, referma les mains sur sa veste de pyjama pour le plaquer durement contre le mur carrelé, il avait déjà fermé les yeux, se préparant au pire…

…à suivre

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XX - A chacun sa peur

«Plains ceux qui ont peur

car ils créent leurs propres terreurs…»

S. King

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : d’après MA Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

A l’extérieur du manoir, Barret rangeait ses affaires et son matériel dans son camion.

- Tout va bien se passer, assura Cid. Nous veillerons sur elle, ne t’en fais pas.

Le chef d’AVALANCHE ne paraissait pas tout à fait rassuré.

- Tu laisserais ta gosse dans la même maison qu’eux sans te poser de questions, toi ? Franchement.

Le pilote le regarda droit dans les yeux.

- Oui.

- T’as pas de gosses, aussi ! Comment tu peux savoir ?

- Oh, merde, Barret ! Tu deviens carrément parano. Regarde-les…

Il désigna discrètement la fille adoptive du géant du menton.

Marlène était accroupie un peu plus loin aux côtés de Yazoo, qui opérait quelques réglages sur sa moto, et posait mille questions auxquelles le jeune homme répondait patiemment avec la douceur qui paraissait lui être habituelle.

- Marlène semble fascinée par nos trois amis, nota le pilote avec humour.

Barret sourit en voyant la petite fille minauder près du frère de Sephiroth.

- Moi, à son âge, j’étais amoureux de ma prof de maths ! Une « vraie femme mûre » de 23 ans !

Cid grimaça.

- La mienne en avait cinquante, du poil sous les bras et de la moustache…

Son ami lui asséna une claque dans le dos et partit d’un rire tonitruant.

- Je te confie ma fille. Veille sur elle ou t’auras affaire à moi.

- Allez, arrête de t’en faire et deale-nous ce putain de terrain du mieux que tu peux. Un nouveau champ d’éoliennes au sud du continent serait vraiment une bénédiction pour tout le monde.

- Je vais faire du mieux que je peux mais je crois qu’on ne nous a pas tout dit sur les nappes phréatiques présentes dans le coin. Je préfère faire des sondages supplémentaires.

- Tu l’as dit à Rufus ? Il en pense quoi ?

- Comme moi : que deux précautions valent mieux qu’une. Bien, je crois que c’est bon ! dit-il en bouclant la porte arrière du camion. Marlène ! appela-t-il en agitant la main. Je m’en vais !

Marlène, vêtue d’un blouson rembourré et d’un pantalon épais glissé dans des bottes fourrées, bondit sur ses pieds et vint en courant vers lui.

Comme à chaque fois qu’il devait se séparer d’elle, Barret sentit un terrible pincement au coeur.

Il se baissa pour lui tendre les bras et la petite s’y précipita.

- Fais-moi un gros câlin, princesse.

- Tu reviens vite, dis ?

- Promis, ma puce ! Trois ou quatre jours, tout au plus.

Cid observait discrètement Yazoo, qui suivait la scène avec une expression à la fois fascinée et curieuse, devant très certainement se demander ce qu’on ressentait dans les bras d’un père ou d’une mère.

- Je t’appellerai ce soir, après le dîner, O.K., princesse ? Et sois bien sage durant mon absence, d’accord ?

Le moteur de la moto se fit entendre et l’argenté passa à quelques pas du camion, en direction de la grille du manoir.

- Attends ! lui cria la petite. Tu m’emmènes avec toi faire un tour ?

Yazoo freina et, ne sachant comment il devait réagir, lança un regard embarrassé aux deux hommes.

- Dis donc, demie portion ! le secourut Cid en ébouriffant les cheveux de la petite. Tu pourrais au moins lui demander son avis !

Marlène, nullement décontenancée, se tourna vers le motard et demanda avec un aplomb déconcertant :

- Ca te dérange de m’emmener avec toi faire un tour ?

Yazoo secoua aimablement la tête et Barret éclata de rire.

- L’art et là manière de s’imposer dans une négociation ! Ah ! Ah ! Bravo, ma fille, tu as bien retenu les leçons de ton vieux père !

Sans laisser le temps à Barret d’esquisser ne serait-ce qu’un début de protestation, Cid la souleva pour l’asseoir sur la moto, derrière le jeune homme.

- Allez hop ! En selle !

- Accroche-toi bien à lui, ma puce, ne put s’empêcher d’intervenir Barret, mi-figue, mi-raisin, en lançant au pilote un regard assassin que Yazoo ne vit pas.

Cid y répondit par un clin d’oeil espiègle.

- Mais… protesta la fillette. Loz, il me fait asseoir devant !

- Quand es-tu montée à moto avec Loz ? s’étonna son père.

Marlène haussa les épaules.

- Y’a deux ans, quand il est venu me chercher à l’église et qu’il s’est battu avec Tifa. Il m’a fait monter devant, lui ! Et même que j’ai passé une vitesse, ajouta-t-elle pour faire bonne mesure en évitant toutefois de préciser que ça s’était produit lorsque sa main avait dérapé sur le guidon.

Yazoo blêmit, plus gêné que jamais, mais la petite avait dit ça à la fois avec un tel naturel, comme si elle parlait du temps qu’il faisait, et une telle fierté que Cid partit d’un terrible fou rire.

- Le prochain pédopsychiatre qui me culpabilise et me conseille de changer de job en me bassinant avec des risques de « séquelles de traumatismes enfantins », je lui fais avaler ses diplômes… ronchonna le chef d’AVALANCHE, faisant redoubler l’hilarité du pilote.

Rassuré par leur réaction, Yazoo se tourna vers Marlène et tordit le nez en une moue qui amusait beaucoup Kadaj lorsqu’il était enfant.

- Tu sais, fit-il, malicieux, j’ai peur de ne pas tenir longtemps en équilibre sur le guidon les bras tendus. Je n’ai pas les gros muscles de Loz, moi. Mais si tu tiens absolument à finir comme une galette entre moi et le carénage…

La fillette grimaça et éclata de rire.

- Nan !

- C’est bien ce que je pensais. Alors accroche-toi.

Lorsqu’il sentit les petits bras se refermer fermement autour de sa taille, il remit le contact et démarra.

- Soyez prudents ! cria Barret. Ne roulez pas trop vite !

Cid lui tapa sur l’épaule et ricana, facétieux.

- Tu vois quand tu veux !

***

Dans le laboratoire, Kadaj avait plaqué les mains sur la paroi de verre de la cuve où flottait Sephiroth et le fixait comme s’il espérait que cela lui fasse ouvrir les yeux.

- Pourquoi ne guérit-il pas ? demanda-t-il à Shalua.

- Oh, mais il guérit, chaton. Il faut lui laisser le temps, voilà tout.

L’argenté sourit.

Jamais personne ne l’avait affublé de ce genre de sobriquet mais, chez la jeune femme, c’était apparemment une manie incurable. Il avait aussi tâté du « poussin » à l’occasion, « baby » et « mon grand » étant plutôt réservés à Yazoo et à Loz.

- Pourquoi un programmeur XG1 est-il branché sur son contrôleur mako avec seulement quatre flux transitoires ? s’étonna encore Kadaj en décodant les données qui s’affichaient à l’écran à une vitesse affolante.

Shelke leva le nez de son ordinateur.

- Tu comprends ce genre de protocole ? demanda-t-elle, éberluée.

La jeune fille ne connaissait qu’une poignée d’ingénieurs capables de se dépatouiller - et encore à peu près - avec les calculs ultra-complexes de ce type de protocole de combinaisons chimiques. Elle-même s’y perdait mais c’est vrai que ce n’était pas du tout son champ de travail habituel.

L’argenté acquiesça.

- XG, YG, MG, BG et T3. Je les ai appris à… Enfin, là-bas, termina-t-il avec un serrement douloureux à l’estomac.

Shalua se leva, aussi surprise que sa soeur, pour lui poser la main sur l’épaule.

Elle ne pouvait certes pas lui faire oublier ses horribles souvenirs mais peut-être tenait-elle la solution pour qu’il n’ait plus à en rougir tout en accélérant la guérison de Sephiroth !

- Tu te sentirais capable de mettre à contribution ce que tu as appris là-bas pour nous aider à reprogrammer ce fichu contrôleur ?

Le visage de Kadaj parut s’illuminer et il hocha vigoureusement la tête, trop heureux de pouvoir influer positivement sur l’état de son aîné et, accessoirement, de s’occuper les mains et l’esprit.

- Bien sûr. Mais, pour ça, j’aurais besoin des codes sécurisés et d’un accès aux bases de la Shinra, ajouta-t-il, tout enthousiasme soudain envolé, sachant très bien qu’on ne lui accorderait jamais ce genre d’autorisation.

Shalua échangea un regard avec sa soeur, qui hocha la tête, et décocha son téléphone aussitôt pour composer un numéro préprogrammé.

- Monsieur Shinra ? Ici, Shalua. Pouvez-vous descendre au laboratoire, une minute ? Non, rien de grave mais nous allons avoir besoin d’un passe de niveau 7. Non, monsieur, le mien n’est que de niveau 6. Pour le programmeur XG1. Kadaj, monsieur. Oui, monsieur, absolument. A tout de suite.

Elle raccrocha et afficha un sourire rayonnant.

- Il descend.

Kadaj écarquilla les yeux, n’osant y croire et, le coeur battant, plaqua à nouveau les mains sur la cuve de Sephiroth.

- Tu sortiras bientôt de là, grand frère, je te le promets…

***

Tifa sortit de la chambre de Denzel, laissant le garçonnet finir la sieste, et descendit dans parc du manoir pour s’aérer un peu.

Entre le pauvre Reno et son fils adoptif qui avait pris froid, elle n’avait pas encore mis le pied dehors de la journée, jouant les infirmières en compagnie de Rude et de Yuffie depuis le petit déjeuner.

L’astre solaire perçait timidement à travers les nuages bas de la fin d’après-midi et elle présenta le visage à ses rayons en souriant de plaisir.

La température était un peu remontée par rapport à la veille et, si on restait au soleil, on pouvait se passer d’un lourd manteau, ce qu’elle fit, trop heureuse de sentir l’air pur sur son visage et ses bras, sur lesquels elle avait relevé les manches de son pull.

Le parc du manoir était un ravissement pour les yeux et l’odorat et elle flâna un long moment dans les allées, sentant une fleur d’hiver ou cueillant une branche de gui.

Elle emprunta une allée de graviers roses qui menait à la chapelle gothique de la propriété et remarqua que la porte était entrouverte.

Quelles petites merveilles pouvait bien receler le ravissant édifice rehaussé de gâbles sculptés de scènes baroques ? Vus de l’extérieur, les vitraux représentant des batailles célestes paraissaient déjà être un chef-d’œuvre à eux seuls.

La jeune femme poussa doucement la porte ornée d’arabesques végétales et d’animaux fabuleux.

Si l’extérieur de la petite église était ravissant, l’intérieur était un enchantement !

L’endroit respirait la sérénité et la paix, tout en dorures légères et dentelle de pierre percée de vitraux multicolores sur lesquels guerroyaient, virevoltaient ou priaient des anges.

De fines colonnes sculptées soutenaient les clés de voûte élancées et, entre elle, des statues d’albâtre rose et blanc d’anges guerriers et de jeunes filles ailées joignaient leurs mains en prières ferventes.

Quelques bouquets de gui artistiquement assemblés et noués de rubans avaient été déposés au pied de certaines statues et leur douce odeur sucrée à peine perceptible, mêlée à celle de la cire et de l’encens, chatouillait l’odorat de Tifa comme une caresse…

Sucrée ?

Minute !

« Et depuis quand le gui a-t-il une odeur sucrée ? » réalisa-t-elle comme si on venait de lui asséner un coup en pleine la poitrine.

Le coeur battant, elle retint sa respiration, pivota très lentement en direction de l’autel et le vit.

Assis sur le premier banc, lui tournant le dos, un pied sur l’assise et le menton dans le poing posé sur son genou replié, Loz, paraissait fixer la statue de la déesse qui tenait son enfant dans ses bras.

La première réaction de Tifa fut de s’enfuir sans demander son reste, certaine qu’il n’avait pas dû l’entendre et encore moins la voir mais elle se ravisa, maudissant son comportement puéril.

Prenant son courage à deux mains, elle remonta l’allée centrale jusqu’au premier rang des bancs, le coeur cognant si fort contre ses côtes qu’elle se demandait comment faisait Loz pour ne pas l’entendre.

Elle s’arrêta à son niveau - sans oser toutefois prendre place à ses côtés - et lui adressa un petit salut de la main depuis l’allée.

- Bonsoir, fit-elle timidement d’une voix étranglée.

Loz tourna les yeux vers elle l’espace d’un dixième de seconde à peine mais ce fut largement suffisant pour qu’elle voit qu’il avait pleuré.

- Salut… murmura-t-il d’une voix blanche, sans même bouger un cil.

Elle le dévisagea, déconcertée, et s’approcha d’un pas.

Imaginer un grand gaillard comme lui la larme à l’oeil lui aurait paru impossible quelques secondes plus tôt.

- Est-ce que… Est-ce que ça va ? demanda-t-elle.

Il fit un curieux petit bruit avec le bout de sa langue sur ses incisives - « Tss » - et sourit avec amertume.

- Mieux qu’elles, en tous cas, fit-il en désignant du menton le pied de l’autel.

Tifa baissa les yeux et vit une petite masse visqueuse, grouillante, grise et velue.

Un rat mort.

Et depuis un moment déjà si elle en croyait les larves pondues par des mouches nécrophages qui gigotaient dans la chair suintante à demi décomposée pour s’extraire de sous la peau purulente. Leur croissance terminée et gorgées de tissus nécrosés, les ignobles bestioles étaient fin prêtes pour quitter leur nid putréfié et prendre leur envol.

- Quelle horreur… grimaça la jeune femme en pinçant le nez de dégoût.

Loz laissa échapper un petit ricanement désagréable.

- Ouais… C’est aussi ce que je me suis dit en voyant la vidéo.

La jeune femme sentit un coup au coeur en comprenant qu’il comparait le dégoûtant spectacle qu’offraient les larves se tordant dans de rat à demi décomposé à sa propre naissance.

- Non, Loz, fit-elle d’une voix douce en s’asseyant sur le bord du banc. Toi et tes frères n’avez rien d’insectes répugnants. Loin de là.

C’était la première fois que Tifa l’appelait par son nom et elle en ressentit une étrange gêne.

Surpris par le compliment, il se tourna à demi vers elle et fronça les sourcils, ironique.

Elle esquiva son regard, incapable de soutenir l’intensité de ses yeux félins.

- On est destinés à ce croiser dans ce genre d’endroit, on dirait, fit-il remarquer en embrassant la chapelle d’un geste ample pour briser la gêne soudaine de la jeune femme.

Celle-ci sourit malgré elle.

- Il faut croire, oui, répondit-elle sur le même ton léger. J’avais rarement rencontré un adversaire aussi fort avant ce jour-là.

- Toi aussi, tu sais te battre, dit-il, approbateur. La Shinra ?

- Non, mon père. C’était un maître de combat très réputé.

- Etait ?

- Il est mort. Il y a plusieurs années, déjà, ajouta-t-elle pour couper court.

Ce n’était ni le moment ni l’endroit pour amener Sephiroth sur le tapis.

- Oh…

Il fit craquer ses phalanges, visiblement mal à l’aise.

Avant tout dressé pour se battre et se réaliser dans l’action, Loz n’avait pas l’habitude de parler avec ses semblables et cela se voyait dans son attitude et chacun de ses gestes.

- Tu sais… commença Tifa, son sang battant le tambour contre ses tempes. Il y a une question que j’ai envie de te poser depuis que Vincent nous a montré les vidéos du labo.

A ces mots, le jeune homme parut se contracter un peu sur le banc et une très légère teinte rosée colora ses joues.

- Oh, il n’y avait rien de choquant ou de trop… intime, pas du tout ! le rassura-t-elle, imaginant parfaitement les raisons de son malaise. On ne nous a montré que des extraits retraçant les grandes lignes de la… enfin, de vos… du projet.

Loz parut s’amuser de sa gaucherie et elle toussota.

- Qu’est-ce que tu veux savoir ? demanda-t-il.

Tifa prit son courage à deux mains pour se tourner carrément vers lui mais sa question mourut sur ses lèvres…

Il fixait toujours l’autel, le regard perdu dans un monde intérieur auquel elle n’avait pas accès.

En arrière-plan, le soleil se couchait derrière le grand vitrail dans une débauche d’ors et de pourpres et le profil de médaille de l’argenté se découpait dans la douce lumière irisée, entre les anges combattants. Ceux-ci virevoltaient autour de sa tête et paraissaient prêts à frôler les lèvres pleines ou le front haut de la pointe d’une aile ou d’un orteil nu.

L’élégant visage de Loz ne dépareillait nullement dans la scène martiale, au milieu des entités célestes dont les corps athlétiques étaient cependant loin de dégager la puissance et la force de celui du jeune colosse. Les êtres volants étaient des anges guerriers, armés de lances et d’épées ; lui était l’archange exterminateur, pouvant raser les mondes d’un seul coup de poing de sa divine colère.

Et le parfum de sa peau, qui l’enveloppait comme une aura… Mon Dieu, ce parfum…

- Alors ? s’enquit-il en tournant soudain la tête vers elle.

- Hein ? bredouilla-t-elle, décontenancée.

- Qu’est-ce que tu voulais savoir ?

- Oui, pardon. Pourquoi tu ne m’as pas tuée, là-bas, à Midgar ? laissa-t-elle échapper nerveusement sans autre cérémonie, encore troublée par la vision ensorceleuse.

Loz écarquilla les yeux, un sourire narquois sur les lèvres

- C’est un reproche ? Je peux y remédier, si tu veux.

Elle rougit en réalisant le double sens qu’entraînait la tournure trop directe de sa phrase.

- Non, c’était juste une question, fit-elle en souriant malgré elle. Je t’ai vu, dans les vidéos. Ta puissance est incroyable. Tu aurais pu me casser en deux d’une chiquenaude, si tu l’avais voulu, mais tu ne l’as pas fait. Pourquoi ?

Il reprit son sérieux et hocha la tête.

- Je te l’ai dit : tu sais te battre.

- Oh… Tu m’as donc épargnée par respect ? C’est très… élégant, merci.

- Non, la détrompa-t-il avec une candeur invraisemblable. C’est rare de trouver un adversaire valable à qui me mesurer et je voulais en profiter. Et je ne tue pas les femmes, de toute façon. Elles sont plus faibles. C’est lâche.

Tifa se raidit, ne sachant si elle devait se sentir insultée ou s’il plaisantait mais un regard dans ses grands yeux mako la convainquit qu’il disait tout simplement la vérité nue telle qu’il la ressentait, sans malice ni mépris.

Elle éclata de rire, ce qui parut le décontenancer un peu.

- Oh, Loz ! Tu es d’une honnêteté désarmante… Droit au but et délicat comme un coup de poing ! Ah ! Ah !

Il plissa le front, un rien boudeur, et détourna à nouveau le regard vers l’autel.

- Je ne sais pas faire de grandes phrases sophistiquées, comme Kadaj, murmura-t-il d’une voix à peine audible. On ne m’a pas appris. C’était pas utile pour ce qu’on me demandait là-bas…

Tifa sentit un petit pincement lui contracter la poitrine et se mordit la lèvre.

- Eh ? fit-elle en le poussant doucement du bout de l’index. C’était pas un reproche.

Il tordit le nez.

- Pas grave. J’ai l’habitude.

Son regard retomba sur le rat mort.

Tifa vit sa pomme d’Adam monter et descendre et l’éclat de ses yeux mako s’intensifia, menaçant de déborder à nouveau.

- Tu… commença-t-elle, ne sachant comment elle devrait réagir s’il se mettait à pleurer devant elle. Ca n’a pas dû être facile de… D’entendre tout ce que Vincent et Aerith avaient à vous dire. Enfin, j’imagine. (Elle l’entendit déglutir avec difficulté mais il ne dit rien) Tu as envie d’en parler ?

Il secoua la tête et s’essuya les yeux avant qu’ils ne coulent.

- Je ne sais pas parler comme vous autres, je te l’ai dit.

Sa tension et sa détresse étaient si évidentes que Tifa en avait la gorge serrée.

Elle sentait une foule de sentiments tournoyer en lui mais il était incapable de les exprimer et cela le faisait souffrir horriblement.

Au laboratoire, il pouvait encore évacuer ses angoisses et ses appréhensions par l’action, en s’entraînant, en se défoulant jusqu’à l’épuisement mais ici, au manoir ?

A moins que…

Une idée folle lui traversa l’esprit et elle se lança sans réfléchir, avant de manquer de courage.

- Alors comme ça, d’après toi, les femmes sont faibles ? demanda-t-elle, soudain taquine.

Surpris par changement brutal de ton et de sujet , Loz tourna la tête vers elle.

- Hein ?

- Tu as dit que les femmes étaient faibles.

- Physiquement, oui. Plus que moi, en tout cas.

Tifa prit ses gants en cuir dans la poche arrière de son pantalon et commença à les enfiler.

- Alors, fit-elle en se levant, tu ne craindras sûrement pas de te prendre une dérouillée si une « faible femme » te demande une revanche dans les règles, mhh ?

L’expression de Loz changea du tout au tout et sa bouche sensuelle s’étira en un sourire plein d’assurance.

- Tu veux te battre ? Contre moi ? Maintenant ?

La jeune femme recula de quelques pas pour le laisser sortir dans l’allée et se mit en garde.

- A la loyale, décréta-t-elle. Pas d’arme ou de pseudo-téléportation, cette fois, juste toi et moi, nos pieds et nos poings.

- J’ai pas besoin de ma griffe pour te faire mordre la poussière, ma toute belle.

- Je te trouve bien sûr de toi, « mon tout beau ».

Il assura ses appuis et se mit en garde à son tour.

Bon sang ! Elle ne se rappelait plus qu’il était aussi grand une fois debout près d’elle…

- Tu peux encore changer d’avis, la brocarda-t-il en remarquant sa pâleur soudaine.

- T’en fais pas pour moi ! se récria-t-elle, vexée. Prépare-toi plutôt à ravaler ce petit sourire suffisant.

Il rit de plus belle.

- Tu veux que je m’attache un bras dans le dos ? Ca te laisserait peut-être une chance…

Piquée au vif, la colère la gagna et elle lui fit signe d’approcher avec un rictus agressif.

- Arrête de te vanter et viens plutôt me montrer ce que tu as dans le pantalon. A supposer, bien sûr, qu’il contienne quelque chose… ajouta-t-elle, venimeuse, avec un clin d’oeil insolent.

Le sourire de Loz s’effaça aussitôt et son visage se contracta en un masque menaçant.

Lorsque son poing jaillit et qu’elle l’évita de justesse, Tifa sut qu’elle était allée trop loin dans la provocation mais il était trop tard : son adversaire était fou de rage…

…à suivre

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XII - Comme un cheval qu’on égorge

« La nature n’abandonne personne au

point de lui ôter tout moyen d’autodéfense. »

Jacob Grimm

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

« J’ai tellement mal, mère… »

« Courage. »

« Pourquoi mon corps me torture-t-il ainsi ? »

« Parce qu’il guérit. »

« Alors je préfère être mort… »

« Ne dis pas ça. »

« Je n’en peux plus… »

« Pense à tes frères, mon fils. Ils ont besoin de toi. »

« Non, c’est d’une mère qu’ils ont besoin… »

« Ton tourment te fait dire des sottises. »

« Ramène-moi, mère… Ramène-moi à la rivière de la vie… Je veux que la douleur s’en aille…»

« Non. »

« Je t’en supplie… »

« Non, mon fils. Je ne la laisserai pas te reprendre. »

« Pitié, mère… J’ai si mal… Si tu m’aimes vraiment… Fais que cela cesse. Je t’en prie… Je t’en supplie… »

« Courage, amour… Courage… C’est bientôt fini, je le te promets. »

***

Les lumières de la salle de conférence s’éteignirent et les trois frères apparurent sur l’écran, au centre du plateau d’un simulateur de combat, armés jusqu’aux dents.

Ils avaient grandi et étaient devenus de superbes jeunes gens.

L’aîné, Loz, affichait déjà une carrure impressionnante, des épaules larges et robustes, des reins étroits, joliment cambrés, et des jambes puissantes. Yazoo, lui, était tout en finesse et en souplesse. De grands yeux tristes éclairaient son visage angélique et il ne quittait pas son jumeau de plus de trois pas. Kadaj était le plus petit du trio mais paraissait robuste et hargneux comme un jeune loup.

Leur combat était orchestré comme une danse et leur maîtrise avait de quoi surprendre.

- Quel âge ont-ils ? demanda Tseng, admiratif.

- Les jumeaux, dix-sept ans. Kadaj, douze.

- Impressionnant…

Yazoo rata une réception acrobatique sur le bras de Loz qui plia brutalement.

Les lumières se rallumèrent, les monstres disparurent et Kadaj jura comme un corps de garde en se précipitant vers ses frères, dont l’un avait durement atterri sur le dos et l’autre se roulait littéralement sur le sol en se tenant l’avant-bras, les larmes aux yeux.

- Mais ce n’est pas croyable d’être aussi empoté ! hurla une voix masculine inconnue dans le micro. Qu’est-ce que tu as dans les biceps, J8 ? Du coton ?

Kadaj réagit au quart de tour et bondit sur la vitre fumée qui les séparait des scientifiques, frappant à coups de poing et de pied, fou de rage.

- Viens ici, si tu as quelque chose à nous dire, ordure ! Allez, ose le dire en face ! Viens ! Viens ! Viens, je t’attends !

Yazoo se redressa tant bien que mal et tituba vers lui pour le ceinturer par derrière et le faire reculer.

- Arrête, Kadaj… On va avoir des ennuis. Ca suffit !

Mais son cadet ne l’entendait pas de cette oreille et se débattait comme un beau diable entre ses bras, insultant les scientifiques et leurs géniteurs dans un même élan de grossièreté.

- Kadaj, arrête ! Tu vas te…

Un violent coup de coude involontaire de son cadet l’étourdit et il tomba à genoux, relâchant son étreinte.

Kadaj, à nouveau libre de ses mouvements, en profita pour asséner un coup de pied terrible à la vitre teintée, qui vibra comme la peau d’un tambour.

- Sors de ton trou, salopard ! hurla-t-il de plus belle.

Une petite trappe pivota dans le plafond du simulateur et Yazoo lutta pour se remettre debout.

- Non, arrêtez… gémit-il.

- Viens me voir ! s’égosillait toujours son jeune frère qui, aveuglé par la colère, n’avait rien remarqué. Allez, viens me voir !

- Je vous en prie, non ! supplia Yazoo. C’est encore un petit garçon ! Il ne sait pas ce qu’il dit ! Non ! Kadaj !

Il voulut se jeter sur lui pour le protéger du rayon bleu qui jaillit de la petite trappe mais ne fut pas assez rapide.

En moins de temps qu’il n’en faut pour dire, le corps de l’adolescent fut secoué par un choc électrique intense et s’écroula, inanimé.

- Kadaj !

Yazoo serra le jeune corps inerte contre sa poitrine en un geste de protection désespéré et vit Loz se redresser péniblement à genoux, le visage grimaçant baigné de larmes.

- Loz, ça va ?

Se dernier pivota lentement vers lui en tenant son bras blessé, dont le coude formait un angle impossible.

L’articulation avait cassé net et son avant-bras pendait, uniquement tenu par les muscles et les ligaments.

- Loz !

- Merde ! Il ne manquait plus que ça ! ronchonna la voix masculine. Allez me récupérer cet abruti !

Trois hommes armés entrèrent dans le caisson de simulation.

Le plus âgé garda le canon de son arme pointé sur Kadaj inconscient tandis que les deux autres traînaient Loz à l’extérieur sans sollicitude aucune pour ses plaintes déchirantes.

- Quels enfoirés ! cracha Cid au premier rang.

Shelke arrêta la vidéo à la demande de sa soeur et cette dernière s’avança sous l’écran.

- J’ai choisi cette séquence pour mettre en évidence deux éléments d’importance. Le premier est que, à l’époque où cette vidéo a été tournée, Hojo avait revu ses priorités, cessé de s’impliquer personnellement dans le projet depuis deux ans et avait confié ses « spécimens » à deux de ses collaborateurs.

- Avait revu ses priorités ? intervint Barret. Je croyais qu’il n’y avait rien de plus important pour lui que ses expériences sur les humains et Jenova.

- C’est exact. Et c’était toujours le cas. Mais, à cette époque, nous… Moi et mon équipe travaillions parallèlement sur la structure moléculaire du mako. Nous avions mis au point une méthode de purification qui divisait par vingt la quantité de mako nécessaire au fonctionnement des structures d’exploitation. Nos travaux avaient bien sûr pour but la diminution de l’utilisation de cette source d’énergie et la protection des ressources de la planète mais Hojo, lui, était surtout intéressé par un autre aspect du mako purifié : la facilité de son assimilation par un organisme vivant avec des risques réduits d’empoisonnement.

- Encore son obsession de créer une armée de « super-soldats » dopés au mako ?

- Oui, Barret. Je me suis bien sûr opposée à l’approfondissement de l’étude de cet aspect de ma découverte mais… Vous savez tous ce qu’il en a résulté et à quoi nous avons échappé de justesse dix ans plus tard, termina-t-elle avec un regard désolé à sa soeur et tapotant la prothèse de son bras gauche.

Rufus détourna le regard.

- Pendant qu’Hojo entreprenait ses nouvelles expériences sur des « spécimens » selon lui plus « stables » que nos trois argentés, dont ma propre soeur, ses collaborateurs en charge des trois frères de Sephiroth - écartés du nouveau projet - voulurent faire du zèle. Et j’en arrive ici au second point important de l’enregistrement que vous venez de voir : subissant parfois plus de dix-huit heures d’entraînement intensif par jour, désocialisés, maltraités, épuisés, les garçons atteignirent rapidement leurs limites, tant physiques que cognitives, ce qui n’était pas fait pour servir les exigences de leurs nouveaux bourreaux.

- Pourquoi un tel acharnement ? s’enquit Elena.

- L’ambition, répondit Vincent, prenant le relais. Les anciens assistants d’Hojo voulaient prouver à la Shinra que les élèves avaient dépassé le maître, qu’ils avaient été injustement mis de côté et pouvaient faire aussi bien que leur ancien mentor si ce n’est mieux. Une course contre la montre avait débuté ; l’équipe qui fournirait la première les meilleurs « super-soldats » à la Shinra, obtiendrait des crédits de recherche et des possibilités inimaginables. Mais les anciens élèves d’Hojo avaient commis une erreur de taille en pensant que les cellules de Jenova pouvaient pallier les pires abus, sévices ou lésions. Ils avaient pris Sephiroth pour référence en oubliant qu’il avait fallu à ce dernier des années pour développer totalement ses capacités et que ses frères - ou ses fils, comme vous préférerez - n’étaient encore que des adolescents. Précoces, certes, mais adolescents tout de même. Ils n’avaient encore ni la maturité physique, ni la stabilité psychique nécessaires au rôle qu’on voulait leur imposer. Ces apprentis sorciers voulurent alors forcer la main à la nature.

Il fit signe à Shalua de poursuivre.

- Comme je vous l’ai dit, si Hojo s’intéressait tant au mako purifié, c’était en raison de ses qualités d’assimilation avec des risques réduits d’empoisonnement. Les cellules de Jenova - lorsqu’elles n’étaient pas rejetées par l’organisme dans lequel elles étaient injectées, bien sûr - avaient beau réduire ce risque d’intoxication, les quantités de mako non purifiés acceptables étaient quand même minimes et présentaient de grands risques de malformation et de dégénérescence.

- Le problème des scientifiques était donc insoluble, nota Tseng.

- En effet. Nos apprentis sorciers optèrent donc pour un calcul aussi stupide que dangereux : si « mako = puissance » et que les cellules de Jenova facilitaient l’assimilation de celui-ci alors plus le pourcentage de cellules de Jenova serait important dans un organisme donné, plus la quantité de mako tolérée par ce même organisme serait élevée. Et pour tester leur théorie, Hojo leur avait laissé le cobaye idéal…

Elle fit signe à sa soeur, qui reprit la projection.

Des exclamations choquées et des jurons retentirent dans la salle lorsqu’un Yazoo hurlant de terreur apparut sur l’écran géant.

Sanglé comme un animal à une table de dissection, il se débattait avec l’énergie du désespoir pour échapper aux injections mortelles.

- Echec total, annonça Shalua d’une voix forte pour se faire entendre entre les cris stridents et Shelke arrêta à nouveau la vidéo. Son organisme réagit presque immédiatement combattant les nouvelles cellules comme s’il s’agissait de véritables virus.

- Pourquoi ? demanda Tseng, surpris. On leur en avait pourtant déjà injecté alors qu’ils n’étaient que des foetus, non ?

Shalua hocha la tête.

- Là réside peut-être l’explication : le système immunitaire des foetus était en formation et encore trop faible pour combattre l’envahisseur. Il l’aurait donc assimilé - entendons-nous bien, je ne soumets là qu’une hypothèse. Ne restait donc qu’une solution - bien digne d’anciens disciples d’Hojo : repousser les limites et tant pis pour les risques.

- A savoir ?

- Saturer les organismes des garçons de mako concentré jusqu’à la limite critique en espérant que les cellules de Jenova transmises par leur géniteur et par les injections prénatales seraient suffisantes pour leur éviter un empoisonnement mortel. Mais un autre problème, technique celui-là, se posait : comment injecter une telle concentration de mako sans dégâts ? Jusque là - comme c’était le cas des miliciens du Soldat, par exemple - on procédait par voie cutanée. En laissant baigner le corps du sujet dans une solution gazeuse plus ou moins concentrée, le mako pénétrait dans l’organise peu à peu par les pores de la peau. Hormis les effets secondaires plus ou moins violents, l’assimilation en elle-même, de par la légère concentration de principes actifs, était pour ainsi dire indolore et sans conséquences physiques immédiatement néfastes. L’injection directe de mako concentrée, en revanche, pose de nombreux problèmes. Shelke…

La vidéo reprit et les spectateurs frémirent d’horreur dans leur chaises en voyant le corps dénudé et inconscient de Yazoo, couvert de plaies suintantes et de ce qui ressemblait à des brûlures d’acide à vif.

- Oh ! Merde… C’est quoi, ça, encore ? gémit Reno, au bord de la nausée.

- Des essais, laissa tomber Shalua d’une voix étranglée.

- Des… quoi ?!

- Les scientifiques firent des essais de type d’injection et de divers pourcentages de concentration de principes actifs. Au-delà de vingt pour cent de mako brut pur, la solution, extrêmement acide, a le temps de faire fondre la peau et les muscles avant d’être totalement assimilée.

Reno se prit la tête dans les mains, consterné, incapable de détacher les yeux de la peau bleutée, si fine, rongée par les plaies purulentes.

- Putain de bordel de merde… Dis-moi que s’il est inconscient, c’est parce qu’on l’a shooté avant de faire ça !

Shalua préféra ne pas répondre et le turk laissa échapper un grognement qui aurait pu passer pour un juron étouffé.

- Il a résulté de ces « tests » que, pour les scientifiques en charge du projet, le meilleur moyen de procéder était par injections médullaires de doses à quarante sept pour cent de mako.

Laissant la scientifique poursuivre ses explications, Reno se pencha en avant, à l’oreille d’Elena.

- Toi qui as dû apprendre par coeur « l’encyclopédie médicale pour petite filles sages », chuchota-t-il, C’est quoi, des injections modulaires ?

- Médullaires, le reprit la jeune femme avec un regard glacial. Des injections dans la cavité médullaire.

- Tu ne peux pas être un tantinet plus claire ?

- Le trou dans les vertèbres qui contient la moelle épinière, abruti.

Agacée, Elena lui fit signe de regarder l’écran.

Yazoo avait été étendu sur le ventre et attaché à un lit par de solides sangles de cuir épais. Il se débattait dans ses liens comme un animal pris au piège mais Reno n’avait d’yeux que pour la seringue remplie de liquide verdâtre que tenait un homme en blouse blanche ganté et masqué d’un écran anti-projections.

Chose étrange, la seringue ne comportait pas d’aiguille et le turk en comprit vite la raison en voyant un second homme s’approcher avec un curieux objet en forme de T qui ressemblait davantage à un outil de menuisier qu’à un instrument médical.

- La seringue est en verre et l’aiguille en titane, expliqua Shalua. Une telle concentration de mako ferait fondre le plastique et rongerait l’acier chirurgical.

Après avoir choisi un endroit précis entre les omoplates, le bourreau en blouse blanche raffermit sa prise sur son ustensile, laissant dépasser l’épaisse aiguille creuse de son poing fermé entre les troisièmes phalanges du majeur et de l’annulaire, comme s’il s’apprêtait à déboucher une bouteille de vin.

C’est d’ailleurs ce même mouvement circulaire qu’il effectua pour enfoncer l’aiguille entre deux vertèbres.

Yazoo étouffa un cri dans les draps aseptisés et la plupart des regards se détournèrent de l’écran, le coeur au bord des lèvres.

Reno, lui, était paralysé à la fois par la nausée et par une sorte de fascination morbide.

En trois puissantes rotations, l’homme enfonça l’aiguille de quatre bons centimètres dans l’épine dorsale et son confrère fixa la seringue au centre de la barre transversale du T, dont le corps était l’aiguille creuse.

Yazoo sanglotait tout doucement et se forçait à l’immobilité, chaque contraction musculaire augmentant probablement la douleur provoquée par la tige de métal glacial plantée entre ses deux vertèbres.

Barret se leva brutalement.

- Tu es vraiment obligé de nous monter ça, Vincent ? explosa-t-il, profondément ébranlé. Tu crois qu…

Il ne put finir sa phrase, coupé en plein élan par le cri inhumain qui retentit alors dans les haut-parleurs.

Tifa, le visage détourné de l’écran, dut serrer ses mains l’une contre pour s’empêcher de se boucher les oreilles, ce que n’hésitèrent pas à faire Yuffie et Elena.

Jamais la jeune femme n’avait entendu un tel hurlement.

Ce qui n’était pas le cas de Rude, qui paraissait s’être changé en statue de pierre.

Oui… il se souvenait même très bien de ce genre de cri ; jamais il ne pourrait l’oublier.

Quel âge devait-il avoir ? Huit ? Neuf ans peut-être.

Son père, anthropologue amateur passionné de traditions rurales, l’avait emmené passer des vacances dans un petit village du sud de la région des prairies et ils étaient arrivés le jour de la mise à mort d’un cheval blessé.

Rude avait cru qu’il était grand, alors, presque un homme - huit ans, déjà ! - et qu’un homme devait supporter la vue de la mise à mort d’un futur steak.

Hélas, la mise à mort en question ne fut pas comme il l’avait imaginée, ou vue dans les films, rapide et nette d’une balle entre les deux yeux et la monture ressemblait à tout sauf à un morceau de viande.

Il s’agissait d’un animal bien vivant, au regard doux frangé de longs cils, à la robe brillante et à la jolie crinière blonde.

Le garçonnet avait ressenti la douleur de l’animal avec une empathie terrifiante, comme si les muscles, tendons et veines qui se décollaient lentement de l’os sous le va-et-vient insupportable du fil aiguisé du couteau du boucher étaient ceux de sa propre gorge.

Mais le pire, c’était les cris…

Rude n’oublierait jamais les hurlements atroces de la pauvre bête, cette impression que ses cordes vocales sanguinolentes palpitantes et torturées allaient jaillir de la gorge progressivement tranchée pour venir s’écraser avec un bruit mat et gluant sur ses chaussures de randonnée neuves.

C’était un cri semblable qui s’était échappé des haut-parleurs…

Le piston de la seringue poussa les dernières gouttes de mako dans la moelle épinière de Yazoo qui haletait, à présent, la bouche grande ouverte sur un hurlement muet. La souffrance qu’il endurait était devenue trop grande pour s’exprimer par des cris mais, hélas pour lui, il ne perdit pas connaissance.

- Ca ira, Shelke, intervint Vincent d’une voix tout juste audible.

La jeune fille arrêta la projection et la tension dans sa salle de conférence retomba un peu.

- Mais quels… quels fils de pute ! laissa échapper Cloud.

Barret, lui, s’était laissé retomber sur sa chaise et secouait gravement la tête.

- Rude ? s’inquiéta Reno en voyant le visage décomposé de son acolyte. Ca va, mon pote ?

- Non, répondit ce dernier, le visage dans la main et saisi d’une rage incontrôlable qu’il ne savait contre qui tourner.

A moins, bien sûr, qu’on ne lui fasse le plaisir de le laisser quelques secondes avec les hommes en blouse blanche…

Oh, oui… Juste quelques secondes !

- Juste quelques secondes avec ces salopards… siffla-t-il entre ses dents.

Il sentit la main de Reno se poser sur son épaule et essaya de reprendre un semblant de contrôle de soi.

Shalua s’avança et toussota.

- Les tests sur J9 permirent de déterminer la posologie en mesure d’être supportées par ses deux frères en fonction de leur résistance, leur âge et leur poids respectifs.

L’auditoire, mortifié, se replia sur lui-même dans des attitudes diverses de rage impuissante ou d’épuisement consterné, attendant les conclusions avec anxiété.

- Yazoo, reprit-elle d’une voix blanche, reçut dix-huit injections pendant neuf jours, à raison d’une toutes les douze heures, avant de commencer à présenter des signes évidents d’empoisonnement.

Elle vit Cid fermer les yeux et presser sa main sur sa bouche pour ne pas jurer.

- Kadaj reçut trente-huit injections, poursuivit-elle, déclenchant des réactions effarées. Et Loz, comme les scientifiques s’y attendaient, fut celui qui résista le mieux.

Elle sentit l’auditoire retenir son souffle.

- Il en reçut soixante-douze, laissa-t-elle tomber d’une voix tout juste audible, aussitôt recouverte par des exclamations choquées.

- Soixante-douze ? répéta Tifa, incrédule. A raison d’une toute les douze heures ? Tu veux dire qu’ils… qu’ils lui ont fait subir ça pendant plus d’un mois ? insista son amie en tendant un doigt tremblant vers l’écran.

Shalua acquiesça tristement et une chape de plomb tomba sur l’assistance.

- Quelques secondes… répéta Rude entre ses dents, les mâchoires serrées à craquer. Juste quelques secondes avec ces fils de pute…

…à suivre

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X - Et tu naîtras dans la douleur

« Un enfant disait, pour parler du temps

d’avant sa naissance : “Quand j’étais encore mort”…»

J.-C. Carrière

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Sur l’écran géant, Hojo plongea sa main gantée dans le ventre du cadavre par l’incision qu’il venait de pratiquer et un flot de liquide amniotique coula dans les rigoles de la table d’autopsie métallique pour disparaître dans le siphon d’évacuation avec un gargouillis lugubre.

Sans la moindre délicatesse, il tira par les pieds un minuscule bébé hors de la prison de chair à demi putréfiée et, une fois qu’il l’entendit pleurer, le passa à un assistant en blouse verte avant de replonger la main dans les entrailles encore tièdes.

- Le spécimen J8, annonça Shalua. Ou Loz, si vous préférez, ajouta-t-elle, faisant tressaillir Tifa.

L’homme qui tenait le nourrisson sanguinolent par les chevilles, tête en bas, se saisit de la douchette mortuaire de la table d’autopsie et aspergea le petit d’eau froide comme un ouvrier d’abattoir rince un morceau de viande de chocobo tombée par inadvertance dans la sciure.

Le bébé pleura à fendre l’âme.

Tifa et Elena poussèrent une exclamation horrifiée et Barret jura, révolté.

- Quel barbare ! s’exclama Cid avec une moue écoeurée.

- Le spécimen J9, annonça cette fois Shalua en montrant le second bébé, qui venait d’être sorti du ventre putrescent pour recevoir le même accueil glacial que son frère. Yazoo.

- Il est minuscule, lui ! s’écria Yuffie, surprise.

La jeune scientifique sourit.

- Oui. Six livres à peine, si j’en crois son dossier. Huit pour son frère.

Les images suivantes montraient les jumeaux hurlant de faim dans une sorte de couveuse en verre, seulement vêtus de leurs couches et coiffés d’une touffe de duvet argenté hérissé sur leur petit crâne encore mou.

Leurs membres potelés s’agitaient frénétiquement pour attirer l’attention et les électrodes dont ils étaient couverts ne résistèrent pas longtemps à ce traitement. La plupart des petites pastilles autocollantes furent arrachées en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, déclenchant les alarmes des appareils.

Une jeune femme blonde en blouse blanche, que les spectateurs avaient déjà aperçue lors de la fécondation in vitro, se précipita dans la pièce avec un plateau métallique contenant une sorte de grosse seringue en plastique remplie d’un liquide blanc qui ne pouvait être que du lait maternisé.

- Ca va, ça va, ça vient ! râla-t-elle en soulevant le couvercle de la couveuse. Bon sang, ce de sont pas des estomacs, que vous avez, c’est des puits sans fond !

La salle de projection retentit des rires attendris ou amusés des uns et des autres.

Rires qui se coincèrent dans les gorges en voyant la jeune femme fixer à l’extrémité de la seringue une longue canule en plastique qu’elle enfonça sans douceur à tour de rôle dans la gorge des bébés jusqu’au cardia.

- Oh, putain, c’est pas vrai… gémit Reno.

D’une pression brutale du piston, elle vida à parts égales le contenu blanc dans chaque minuscule estomac et retourna rapidement les petits sur le ventre pour ne pas qu’ils s’étouffent avec leurs renvois, qu’elle nettoya en tournant à demi la tête, le nez froncé de dégoût.

Les bébés, eux, les entrailles suppliciées par la trop grande quantité de liquide injectée si brutalement, pleuraient de plus belle dans l’indifférence totale. La jeune femme en blouse blanche avait déjà disparu sans même un dernier regard vers la couveuse.

Dans la salle, les visages s’étaient pétrifiés.

- J’ai tenu à faire figurer cette séquence pour illustrer les conditions dans lesquelles ont grandi les jumeaux et vous montrer pourquoi ils sont devenus si proches et si protecteurs l’un envers l’autre, expliqua Shalua. Les cellules de Jenova ne sont pas seules responsables de leur relation fusionnelle et c’est un atout en ce qui nous concerne.

La séquence suivante montrait un bébé de deux ans à peine qui ne pouvait être que Loz, si l’on en croyait le tatouage « J8 » qui ornait le haut de son bras tendre.

Grelottant de froid dans sa petite couche blanche, il pleurait bruyamment, assis sur la partie droite d’une table séparée en deux par un panneau de barreaux métalliques verticaux plus grands que lui.

- L’apprentissage du spécimen J8 commença très tôt, commenta Shalua. Ici, il est tout juste âgé d’un an.

- C’est tout ? s’écria Yuffie. Il est déjà drôlement grand !

La scientifique sourit.

- Développement physique accéléré. L’un des effets les plus spectaculaires des cellules de Jenova sur un enfant.

- En parlant de développement… ne put s’empêcher de relever Barret. Je n’ai pas réagi sur le coup mais, si les premières images de ces expériences datent comme tu l’as dit d’il y a vingt-sept ans… Quel âge avait le père biologique des jumeaux, à cette époque ?

- Sephiroth ? Huit ans à peine.

Reno poussa un long gémissement écoeuré.

- Oh, putain, c’est dégueulasse…

Rude lui asséna un coup de coude.

- Change de disque.

- Quoi, tu trouves pas ça dégueulasse, toi ?

Rude répondit par une torsion de la bouche éloquente et un long frisson désagréable parcourut l’échine de Tifa.

Féconder l’ovule d’une femme avec le sperme de son fils anormalement précoce de huit ans… Hojo atteignait décidément des sommets dans l’obscénité.

- Revenons-en à J8, si vous voulez bien, les recadra Shalua en désignant l’écran, où Hojo en personne venait de poser un petit biberon sur le côté gauche de la table.

Seuls les barreaux séparaient le petit de sa nourriture, qu’il regardait à présent avec convoitise, oubliant même de pleurer.

S’approchant à quatre pattes du panneau métallique, il tendit son petit bras tatoué entre les barreaux, main tendue vers le biberon tant convoité, mais, au moment où il allait le saisir, un arc électrique traversa les barreaux de métal, le projetant brutalement en arrière cul par dessus tête.

N’eut été l’intervention de la jeune femme blonde en blouse blanche, le bébé serait tombé de la table.

- Mais ils sont malades ! s’écria Cloud, révolté, tandis que retentissaient dans la salle les pleurs du bébé. Ca rime à quoi, ça ?

Shalua lui fit signe de se calmer et de regarder.

D’après l’horloge que l’on voyait au bas de l’écran à chaque fondu d’images, l’expérience dura un jour entier durant lequel, à plusieurs reprises, Loz, de plus en plus affamé, n’avait de cesse d’essayer de saisir le biberon.

Sans succès.

Le petit bras tendre commençait même à cloquer par endroits sous l’effet des chocs électriques.

- Oh ! Mon Dieu… murmura Tifa, les deux mains sur le visage, n’osant plus regarder l’écran qu’entre ses doigts.

Doigts qui, elle venait de s’en rendre compte, étaient encore imprégnés de son odeur.

Cela ne fit qu’ajouter à l’horreur car elle avait l’impression d’être tout près de lui, là, à quelques pas de cette table et de ces affreux barreaux.

- Mais ils cherchent à faire quoi, bordel ? s’emporta Barret, incapable d’en supporter davantage. A faire cuire ce gosse à petit peu ?

- Regardez ce qui va suivre, répondez Shalua. Regardez tous attentivement.

Trop tiraillé par la faim à présent pour accepter de renoncer au biberon de lait, Loz s’avança à nouveau vers les barreaux électrifiés et tendit son petit bras brûlé.

Reno vit Rude et Tseng se contracter sur leur chaise, attendant la décharge fatale.

Qui ne vint pas…

Stupéfaits, ils virent cette fois bébé agripper le biberon et le ramener lui à une vitesse prodigieuse. Bien trop vite pour déclencher la terrible décharge électrique.

Voyant les scientifiques - ravis - venir vers lui, le nourrisson engouffra goulûment la tétine dans sa bouche et entreprit de vider le biberon le plus vite possible au cas où les « gens en blouse blanche » chercheraient à le lui reprendre.

- La rapidité et les réflexes, expliqua enfin Shalua. C’est ce que les chercheurs ont cherché à développer en premier lieu chez les jumeaux. Et les résultats dépasseront leurs espérances. Du moins en ce qui concerne J8.

Tifa vit Cloud secouer la tête, consterné.

- C’est avec cet entraînement « de choc » qu’ils ont appris à Loz à se téléporter ? demanda-t-il, apitoyé.

La jeune scientifique retint un petit rire.

- Se téléporter ? Si c’était le cas, il traverserait les murs !

- Cloud a raison, intervint Tifa, le sternum douloureux au simple souvenir de la poigne de Loz sur la partie concernée. Je l’ai vu faire de mes yeux, Shalua.

- Ce n’est pas de la téléportation, Tifa. Il ne disparaît pas à un endroit pour réapparaître à un autre. Sa vitesse de déplacement est tout simplement telle que des yeux et un cerveau normalement constitués ne parviennent pas à en décomposer le mouvement, c’est tout.

- Vous avez dit que les résultats ont dépassé les espérances des scientifiques mais en laissant entendre que cela ne concernait que Loz, l’interpella Tseng. Pourquoi ? Y a-t-il eu un problème avec le second jumeau ?

La jeune femme acquiesça et montra l’écran du doigt.

- J’y venais, justement.

Deux garçons aux cheveux argentés d’une dizaine d’années (du moins en apparence), vêtus de combinaisons noires, se tenaient dos à dos dans un caisson de simulation de combat, face à trois créatures simiesques deux fois plus grandes qu’eux.

En sueur et à bout de souffle, ils n’avaient pour toute arme que leurs poings et deux grands pistolets bien trop pensants pour leurs bras encore frêles.

- J’ose à peine poser la question, reprit Tseng, mais quel âge ont-ils ?

- Six ans.

Reno geignit et se mordit la langue mais pas assez vite pour empêcher un « p’tain de merde… » indigné de s’échapper.

Les créatures humanoïdes attaquèrent toutes en même temps et, si le plus grand des deux garçons, bien qu’épuisé, parvint à s’en tirer sans trop de dégâts, le second se retrouva bien vite à la merci de l’un des monstres, la tête coincée sous un pied griffu énorme. N’eut été l’intervention de son frère, la bête se serait emparée de son arme pour les « abattre » tous les deux.

Une fois les trois « ennemis » à terre, la lumière vive se ralluma et les monstres disparurent.

Le plus petit des jumeaux éclata aussitôt en sanglots dans les bras de son frère, qui s’était précipité pour le consoler.

- Ca fait rien, disait ce dernier, c’est pas grave, Yazoo, pleure pas…

- Bien sûr que c’est grave ! hurla la voix de Hojo dans les haut-parleurs.

- C’est pas sa faute ! protesta Loz en donnant un coup de pied rageur dans un pistolet. Ces trucs sont trop lourds !

- Non, c’est de la mienne… répondit Hojo, davantage pour lui-même qu’à l’intention du garçon en coupant le micro. Nous n’aurions jamais dû garder cet avorton !

- Professeur, je… commença la jolie blonde en blouse blanche.

- Non ! Je ne veux rien entendre ! Je vous ai écouté et j’ai eu tort ! Nous aurions dû suivre le protocole prévu, éliminer le plus fragile des feux foetus dès le premier signe de faiblesse et procéder à une seconde insémination dans un autre corps pour obtenir deux spécimens de première qualité !

- Professeur, il aurait été dommage de se priver du spécimen J9 alors que son développement était normal et qu’il ne gênait en rien J8.

- Le voilà, votre spécimen ! Belle réussite ! Réparez votre erreur avant que cette… cette… ce résidu d’éprouvette ne finisse de nous faire définitivement perdre un temps précieux !

- Je crains que ce soit impossible, professeur…

- Que… Pardon ? siffla Hojo entre ses dents, menaçant.

La jeune femme baissa la tête et blêmit, frissonnante sous la terrible colère de son mentor et supérieur hiérarchique.

- Si nous éliminons J9 maintenant, nous risquons de déstabiliser psychologiquement J8. Il est très attaché à son jumeau et…

- Dites-moi que je rêve ! hurla Hojo, hors de lui. Trois jours. Je vous donne trois jours pour trouver une solution. D’ici là, je veux qu’une seconde insémination ait eu lieu et, cette fois, je ne veux aucun écart, fut-ce d’un iota, est-ce que c’est clair ?

- Oui, professeur…

Dans la salle, Cloud agita la main, décontenancé.

- Attends une minute, Shalua. On peut arrêter ce truc ? Merci. Pardon, mais j’ai dû rater quelque chose. Ce garçon, celui qu’ils veulent éliminer, c’est bien Yazoo ?

Shalua acquiesça.

- En effet. D’après Hojo, il était trop fragile, peu endurant, et ne correspondait pas aux attentes de…

- Trop faible ? la coupa Reno, abasourdi. On voit que tu ne l’as jamais eu en face ! Te type est un morceau chewing-gum doublé d’un marteau-pilon !

- Sans compter qu’il fait des invocations comme moi je vais pisser ! renchérit Cid. Enfin, façon de parler… se reprit-il, rougissant, en remarquant le regard faussement choqué de la jeune scientifique.

- Bien sûr que ses capacités sont très largement supérieures à celle d’un humain comme vous ou moi, répondit celle-ci. Mais bien en dessous de celles de ses frères ou de Sephiroth. Tout comme Loz était supposé être un échantillon amélioré des qualités martiales de ce dernier, Yazoo aurait dû en être le pendant cérébral inébranlable.

- La tête et les jambes à eux deux, quoi.

- Oui, Reno. Un peu lapidaire mais, en gros, oui, c’est bien ça. J9 ne remplissant pas leurs exigences, nous en venons à la création et à la naissance de J10 : Kadaj, qui, à l’instar de Loz comblera les espérances d’Hojo.

- Et… qu’en est-il de Yazoo ? s’enquit Reno.

Un sourire amer étira les lèvres sensuelles de Shalua, qui fit signe à sa soeur de reprendre la projection.

- Pour que la réussite de l’expérience soit totale, les qualités musculaires et motrices de J8 ainsi que les dons cognitifs de J10 devaient être développés à outrance. Des protocoles d’assimilation intensive de mako et de produits divers destinés à améliorer ces qualités innées durent donc être mis au point. Yazoo, de par les facultés de guérison de son organisme, dues à l’héritage de Jenova, et sa similitude physique avec ses frères servit dès lors de spécimen de test.

Sur l’écran, un tout jeune adolescent torse-nu, les cheveux mi-longs argentés lui tombant sur les épaules, était assis sur le sol blanc d’une chambre à deux lits, dont l’un des murs était une sorte de grande vitrine en verre blindé donnant sur le laboratoire d’Hojo.

Il berçait tendrement un bébé qui gazouillait dans la petite couverture bleue où il était emmitouflé et tentait de saisir par jeu les longues mèches soyeuses de son aîné.

La scène de ce garçon berçant son petit frère aurait pu être touchante, voire charmante, si le dos et les bras de l’adolescent n’étaient pas couverts d’horribles plaques purulentes, dues sans doute à une réaction de son organisme à un produit qui lui avait été administré à titre de test.

Rufus Shinra, oubliant le semblant de contrôle qu’il s’imposait depuis le début de la projection, se couvrit le visage des mains et secoua la tête, accablé.

- Mon Dieu… Mon Dieu… Mon Dieu…

C’est tout ce qu’il était capable de dire face à la vision insoutenable de ce petit garçon à la chair suppliciée et au regard vide qui serrait un bébé minuscule entre ses bras maigres, dans l’espoir insensé de lui communiquer un peu de tendresse fraternelle et de protection.

- Ils ont utilisé ce môme comme d’un putain de cobaye… murmura Reno, la gorge serrée. Oh, merde… J’y crois pas. Quels fils de pute !

Il détourna le regard et vit son comparse littéralement effondré sur sa chaise.

- Je m’étais demandé pourquoi ce garçon avait le regard aussi triste, chuchota Rude d’une voix à peine audible. Ouais, je me souviens m’être demandé pourquoi il avait ce regard-là, y’a deux ans…

- Bah voilà, tu sais, railla Reno avec lassitude et amertume. Satisfait ?

- Pas vraiment, non…

Tifa sentit la main de Yuffie, terriblement choquée, se refermer sur la sienne et déglutit avec difficulté, réalisant pourquoi Shalua lui avait avoué avoir une tendresse particulière pour Yazoo.

Dans la salle, tous étaient comme sonnés, en colère, consternés, écoeurés et pris de pitié tout à la fois pour les trois garçons.

- Je crois… intervint Tseng en se levant. Je crois qu’un bon café ferait du bien à tout le monde.

Shalua acquiesça et jeta un coup d’oeil à l’écran du petit moniteur portable sur lequel elle avait une vue d’ensemble du laboratoire du sous-sol.

- Très bien. Nous reprendrons dans un quart d’heure. C’est presque terminé. Dans moins d’une heure, vous pourrez tous aller dormir, je vous le promets.

Mais dormir, personne n’était certain d’en avoir envie après ce qu’ils avaient vu cette nuit…

…à suivre

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VII - Et moi qui me noyais. Et toi qui l’ignorais…

«Un savant, c’est quelqu’un qui sait des choses qu’il faudrait

savoir mieux que lui pour être sûr que ce n’est pas un imbécile.»

Jean Paulhan

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

Rude rangea son téléphone dans la poche intérieure de sa veste après avoir lu le message et vérifia rapidement sa mise impeccable dans l’un des miroirs ornementés de filigranes de bronze qui surplombaient les luxueux lavabos de marbre bleu.

Il pinça sa joue pour en tester l’élasticité et fronça le nez.

- Tu réalises que Vincent doit avoir dans les… soixante ans ? C’est dingue… Il en paraît quoi ? Vingt-cinq ? Trente ? Des années dans une boîte. Tu imagines ? Oh ! Reno ! Je te parle. Reno ?

Il frappa à la porte des toilettes, d’où les bruits écoeurants de vomissements répétés avaient cessé depuis un petit moment.

- Reno, ça va ? Reno ? Reno, merde, réponds !

- Ca va, ça va, j’suis pas sourd, répondit une voix enrouée.

- T’es O.K. ?

- Ouais… Ouais, je vais bien… Enfin je crois…

- Bah, ça a pas l’air.

- Je vais bien, j’te dis ! C’est bon, arrête de brailler, tu me donnes mal au crâne !

- Il faut y retourner, mec.

- Ouais, je… Vas-y ne m’attend pas, je… Je me passe le museau sous la flotte et je te rejoins tout de suite.

- Tu es sûr que ça va aller ? s’enquit le grand turk, circonspect. T’as vraiment pas l’air en forme, tu sais ? Tu crois vraiment que c’est ces putain de vidéos ? T’aurais pas plutôt mangé un truc qui n’est pas passé ?

- Ca va, je te dis ! File ou sieur « troisième oeil » va encore piquer sa crise.

Rude soupira, hésita un instant mais finit par quitter les toilettes pour hommes.

Dès qu’il entendit la porte se refermer, Reno déverrouilla la sienne et alla s’appuyer sur le rebord de marbre de l’un des lavabos.

Le miroir lui renvoya son reflet.

Il était aussi blême que sa chemise et ses immenses yeux aigue-marine, d’habitude si doux, étaient gonflés et injectés de sang.

- Reno, t’as vraiment une sale tronche, mon vieux… gémit-il en s’aspergeant le visage d’eau froide.

Il avait besoin d’un remontant.

D’instinct, sa main se porta à la poche intérieure de sa veste mais il se souvint que sa flasque d’argent était vide.

- Merde…

Il regarda sa montre et pinça les lèvres.

S’il se dépêchait, il pouvait aller dans sa chambre pour la remplir vite fait et en revenir en moins de trois ou quatre minutes chrono. Tant pis s’il arrivait un peu en retard et que Tseng lui servait son « regard qui flingue », certaines choses étaient plus importantes que d’autres.

Sa décision prise, il fonça dans le couloir en direction de l’escalier monumental qui menait aux étages de l’aile Ouest.

***

- Voilà pour Sephiroth, annonça Vincent en faisant signe à Shelke d’arrêter la projection sur l’écran géant.

Il fit rallumer les lumières et considéra les visages de l’assistance avec gravité.

La plupart des regards étaient perdus, hagards et profondément choqués, particulièrement celui des femmes et de Barret, dont l’instinct paternel - fut-il seulement d’adoption - avait crié au supplice tout le long de la projection.

Cloud, lui, regardait ses bottes d’un air absent, essayant désespérément de faire le rapprochement entre ce qu’il venait de voir, le Sephiroth qu’il avait connu, celui qu’il avait imaginé durant des années à travers les coupures de presse et les reportages TV et celui qu’il était devenu.

Que le grand général ait été pris de folie n’était guère étonnant. Ce qui l’était davantage c’est qu’il ne soit pas devenu fou bien plus tôt…

Sous l’écran, Rufus s’agita nerveusement sur sa chaise, incapable de regarder ceux qui lui faisaient face, et Vincent le prit en pitié, sachant très bien ce qu’il devait ressentir. Après tout, c’était la Shinra qui avait financé toutes ces horreurs, les avait soutenues et même encouragées…

Du coin de l’oeil, il vit Reno avaler discrètement une goulée d’alcool fort sorti d’une flasque. Flasque qui, pour la plus grande panique du jeune homme, lui fut arrachée aussitôt des mains par Tseng.

Loin de lui tenir rigueur de cette entorse au règlement, le leader des turks avala lui aussi une longue gorgée avant de lui rendre le petit récipient en grimaçant sous l’effet de la brûlure du liquide.

Rude, Reno et Elena le dévisagèrent comme si des cornes venaient soudain de lui pousser sur le front mais ne se permirent aucun commentaire.

- D’autres questions sur ce que vous venez de voir ? demanda Vincent. Dans ce cas, passons à la suite.

- Attends ! intervint Cid, faisant lever la tête à Shalua. Moi, j’en ai une : ça nous avance à quoi, tout ça ? Je veux dire, O.K. c’est horrible, il a vécu des trucs qui auraient rendu taré n’importe qui et je suis aussi vraiment très… flatté, ouais, flatté que tu nous fasses suffisamment confiance pour avoir accepté de dévoiler ainsi ton passé devant nous mais, sans vouloir t’offenser ou salir la mémoire de Lucrecia… Ca change quoi, bordel ? A part raviver des souvenirs douloureux, ça sert à quoi, Vincent, merde ?

Tifa serra les dents pour ravaler les larmes qu’elle retenait depuis qu’elle avait vu les flammes dévorer Nibelheim sur l’écran géant.

- Cid a raison, renchérit Cloud d’une voix brisée. Ca sert à quoi, de revenir sur tout ça ?

L’ancien turk prit une profonde inspiration et avança d’un pas.

- Je veux vous faire comprendre comment et pourquoi Jenova agit et prend le contrôle de ceux qu’elle a infectés. Et tu devrais te sentir plus concerné de personne, Cloud, parce que tu es loin d’être à l’abri, mon garçon…

Cette affirmation et le ton ouvertement paternaliste, si rare chez Vincent, agitèrent l’assistance d’un frisson désagréable.

- Qu’est-ce que tu veux dire ? bredouilla le jeune homme, les mains crispées sur les bords de sa chaise. J’ai reçu les cellules de Jenova, d’accord, mais je sais qu’à mon niveau, ça ne…

- Tu ne sais rien, Cloud, le coupa Vincent d’une voix douce, je te l’ai déjà dit. Tu n’as pas idée de ce qu’elle est capable de faire et de la façon dont elle agit sur ceux qu’elle infecte. Tu te demandais pourquoi Sephiroth n’avait aucun souvenir de ce qui s’était passé dans le réacteur ? Tout simplement parce que Sephiroth est mort à l’instant précis où il a découvert les expériences d’Hojo et qu’il a réalisé ce qu’il était.

- Je ne te suis pas.

- Jenova l’a dévoré. Ses doutes, sa panique et l’horreur qu’il a éprouvés ont ouvert grand la porte de son moi le plus intime à cette maudite entité. Elle n’a eu aucun mal à s’y faufiler pour prendre le contrôle. N’as-tu pas fait cette expérience toi-même, Cloud ?

Le jeune Soldat baissa les yeux un instant, honteux de cette partie de son passé.

- C’est vrai. Mais j’ai su y faire face et reprendre le contrôle. Je ne…

- Tu as réussi ? releva le turk. Tu as réussi, Cloud ? Ou tes amis, tes proches, ta « famille » t’ont aidé à réussir ?

- Je ne le nie pas mais…

- Il avait qui, lui ? demanda Vincent en élevant légèrement la voix, le doigt pointé vers l’écran géant où l’image figée de Sephiroth considérait le fond de la salle d’un regard vide. Qui avait-il pour le mettre en garde, l’aider et le protéger ? Qui, Cloud ?

Un silence aussi pesant qu’une chape de plomb tomba sur la salle.

Tous semblaient avoir soudain trouvé quelque chose d’incroyablement intéressant à étudier sur le sol ou leurs chaussures.

- Personne ne doit se sentir coupable, reprit plus calmement Vincent. C’est le modus operandi de Jenova : couper ses victimes de tout ce qui peut les rattacher à un groupe, à une famille ou même à un conjoint pour pouvoir les contrôler plus aisément. Faire en sorte qu’ils ne voient que par elle et pour elle. Leur faire croire qu’elle est leur seul salut et leur seule possibilité d’avenir. C’est son pouvoir. Concentré jusqu’au coeur même de ses cellules.

- Mais… pourquoi ? intervint Elena. Dans quel but ?

- Pourquoi certains illuminés ont-ils besoin de disciples toujours plus nombreux dans le seul but de les adorer et d’asseoir leur exécrable pouvoir ? Et pourquoi certaines personnes d’apparence équilibrée se laissent-elles embrigader dans des sectes ou des organisations douteuses ? Parce que, malheureusement, il y aura toujours des gens désespérés ayant besoin de croire en une créature suprême, capable de leur proposer autre chose que la vie misérable ou solitaire qu’ils mènent. Et qu’il y aura toujours aussi des insensés pour vouloir devenir cet être suprême. Jenova a besoin de faire croire à un avenir, à un paradis. Pour qu’on l’adore. Pour qu’on la vénère. Pour pouvoir s’amuser de ce que ses créatures sont capables de subir en son nom. Un peu comme ces chercheurs qui ouvrent le ventre d’un rat pour savoir combien de temps il peut rester les tripes à l’air, j’imagine. Ce n’est pas Sephiroth qui voulait devenir un Dieu. C’est elle… Détruire la planète, c’est pouvoir récupérer ce qui l’alimente. Des légions d’âmes esseulées prêtes à se prosterner à ses pieds. Nous. Nos ancêtres. Nos parents. Nos amis. Nos enfants… Comprenez-vous, à présent, pourquoi Aerith a agi comme elle l’a fait ? Pourquoi la rivière de la vie a accepté de nous rendre Sephiroth et ses frères ? Pourquoi nous devons les protéger à tout prix de la convoitise de Jenova ?

Rufus s’agita sur sa chaise.

- Mais… S’il est des créatures en qui Jenova est présente en des proportions terrifiantes, c’est bien eux. Ils sont de véritables bombes à retardement !

Vincent acquiesça.

- C’est précisément pour ça qu’ils ne doivent en aucun cas retomber dans ses filets. Aerith les a en quelque sorte momentanément « purgés » de l’influence néfaste de Jenova et c’est la raison pour laquelle ils sont si affaiblis mais notre calamité tombée du ciel n’attend qu’une occasion pour reprendre le dessus sur leur volonté via les cellules qui sont en eux… et en Cloud.

Ce dernier frémit à ces mots et Tifa lui serra furieusement la main, gagnée par l’inquiétude.

- Comment empêcher une catastrophe ? s’enquit Rufus.

- En comprenant comment elle contrôle ses victimes et en sachant à qui nous avons affaire.

Il fit signe à Shelke, qui introduit la seconde carte mémoire dans le lecteur du moniteur de contrôle, et s’assit à côté de Rufus.

A la surprise de tous, Shalua prit le relais.

- Ces expériences ont été filmées dans les laboratoires du cratère Nord, il y a aujourd’hui vingt-sept ans. Je tiens à vous prévenir que ce que vous avez vu jusqu’à maintenant passerait pour un film éducatif à côté de ce qui va suivre.

- Chouette… siffla Reno entre ses dents, sarcastique. En cherchant bien au fond de mon intestin grêle, il doit encore me rester quelques bouchées du dîner d’hier.

Rude lui asséna un coup de coude discret et Shalua fit éteindre les lumières.

Hojo apparut sur l’écran géant.

Il enfila des gants étranges, incroyablement épais, et se dirigea vers une sorte de caisson blanc.

Lorsqu’il l’ouvrit, une épaisse fumée blanche s’en échappa.

- Ces cuves, expliqua Shalua, contiennent du sperme et des ovules conservés dans de l’azote liquide.

Hojo, après une courte hésitation, choisit quatre petites pipettes dans la cuve, deux blanches et deux rouges, et les posa avec mille précautions sur un petit support prévu à cet effet.

La caméra se rapprocha (probablement tenue par un assistant chargé de filmer la manipulation) et chacun put lire les inscriptions sur les pipettes. Les blanches portaient le nom : « SEPHIROTH ». Les rouges : « LUCRECIA ».

Hojo s’installa derrière un microscope électronique et prépara son matériel avec un sourire impatient en faisant signe à une jeune femme en blouse blanche, qui se saisit des pipettes.

- Fécondation in-vitro des spécimens J8 et J9 imminente, annonça froidement une voix hors champ, probablement celle du cameraman.

Des exclamations outragées s’élevèrent dans la salle de conférence.

- Attendez, s’étrangla Cid. Il… Il va pas faire ça, si ?

Shalua pinça les lèvres et l’écran du microscope électronique renvoya l’image d’un spermatozoïde introduit dans un ovule à l’aide d’une sorte d’aiguille creuse.

- Ce… ce malade a fécondé des ovules de la mère avec… avec les spermatozoïdes du fils ? bredouilla Rufus Shinra, le coeur au bord des lèvres.

L’image suivante montra une femme nue au ventre rebondi dans une cuve de régénération. Une quantité incroyable de fils et de tubes de toute sorte paraissait sortir du corps inconscient et étrangement flétri.

- Foetus J8 et J9 à cinq mois de gestation, annonça Shalua en essayant de garder son calme malgré la révolte qui lui tordait les entrailles.

- C’est les cellules de Jenova qui l’ont esquintée comme ça ? demanda Rude, grimaçant.

- Les cellules en question n’ont pas encore été injectées, répondit la jeune femme. Et celles transmises par Sephiroth commencent tout juste à agir.

- Alors pourquoi est-elle si mal en point ? s’étonna Tseng. Pourquoi tous ces tubes et ces sondes ? Je croyais que le but d’une cuve de régénération c’était justement d’éviter tout cet attirail.

Shalua adressa un regard suppliant à Vincent, qui prit une profonde inspiration avant de répondre :

- Parce qu’elle est morte.

Reno tressaillit sur sa chaise.

- Woh, woh, woh… Minute. Comment ça, morte ? Morte à cause de sa double grossesse ? Elle n’a pas supporté d’avoir deux têtards dans bide en même temps, c’est ça ?

Shalua détourna la tête et Vincent se frotta le visage, horriblement mal à l’aise.

- Je crois qu’il veut dire que les embryons ont été implantés dans un cadavre, Reno, fit Elena d’une voix blanche.

Le turk s’affala sur sa chaise, blême comme un suaire.

- Oh, putain, c’est dégueulasse… gémit-il.

- Hojo ne voulait pas risquer les mêmes… « contrariétés » que… qu’avec son épouse enceinte de Sephiroth, réussit à articuler Vincent. Une morte n’a ni sentiments, ni regrets.

Dans la salle de conférence, chacun était pétrifié d’horreur, les yeux fixés sur le ventre du cadavre flottant dans le mako. La tension était telle que lorsque qu’une bosse semblable à une étoile apparut sur le ventre distendu - la pression d’une petite main ou d’un petit pied ? - chacun sursauta sur sa chaise.

Un jeune homme en blouse blanche injecta une substance blanchâtre dans l’un des tubes reliés au placenta du cadavre et un pied minuscule imprima rageusement sa forme dans la chair molle à plusieurs reprises.

- Un sacré bagarreur, celui-là ! essaya de plaisanter Barret pour conjurer l’horreur de ce qui se déroulait sous leurs yeux.

Sans succès.

- Est-ce que… est-ce que les bébés ont survécu ? s’enquit Tifa, au comble de révolte, n’osant demander ce que contenait le liquide qui avait provoqué une réaction si violente de la part de la petite créature.

- Ils sont survécu, oui, la rassura Shalua. Vous connaissez J8 et J9 sous les noms de Yazoo et de Loz.

- Oh ! putain de putain… gémit à nouveau Reno, les paumes pressées sur les yeux, chassant l’image d’un petit visage ovale voilé de longs cheveux fluides.

La porte d’entrée claqua bruyamment et Cloud, debout, considéra le battant avec inquiétude.

A la mention du second nom, Tifa s’était précipitée dehors, les deux mains sur la bouche.

...à suivre

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IV - Promets-moi, Vincent…

« L’expression “mort naturelle” est charmante !

Elle laisse supposer qu’il existe une mort surnaturelle,

voire une mort contre-nature… »

Gabriel Matzneff

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

Lucrecia tendit la main vers la joue de Vincent qui, bien sûr, ne sentit pas son contact. A moins peut-être un léger picotement mais sans doute n’était-ce dû qu’à son imagination et à son désir fou que la matérialisation ectoplasmique de la femme qu’il avait aimée jusqu’à la démence prenne corps devant ses yeux afin qu’il puisse à nouveau la serrer contre lui et enfouir son visage dans ses doux cheveux châtains.

- Promets-moi que tu le feras, Vincent, murmura la voix désincarnée. Promets-moi que tu veilleras sur eux et que tu les aideras du mieux que tu pourras.

L’image de Lucrecia vacilla et l’ancien turk sentit un chagrin déchirant lui serrer la poitrine.

- Je te le promets… jura-t-il d’une voix brisée en tendant une main désespérée vers la forme évanescente. Mais reste encore. Reste encore un peu, je t’en prie…

La jeune femme sourit tristement.

- Je ne peux pas, Vincent. Mes forces m’abandonnent et il me faudra pourtant être forte quand le moment viendra. Toi aussi tu dois t’y préparer. Sois bien conscient que, cette fois, ce n’est pas seulement la survie de la planète qui est en jeu. Fais bien comprendre ça à tes amis et aux responsables de la Shinra.

Elle disparut un court moment avant de réapparaître, si pâle que l’on pouvait cette fois voir à travers corps élancé.

- Dis à mes fils que je les aime, Vincent. Qu’ils ne l’oublient jamais. Jamais… Il y va de votre survie à tous. Tu leur diras, n’est-ce pas ?

- Je leur dirai, Lucrecia.

« Lucrecia ? Lucrecia, tu dois le laisser, maintenant… » susurra la voix lointaine d’Aerith quelque part au-dessus de leur tête. « Jenova s’agite. Sephiroth a besoin de toi et Shelke faiblit à chaque minute qui passe. »

- Encore quelques secondes, supplia Vincent. Juste quelques secondes, je t’en supplie. Lucrecia !

« Tu auras l’occasion de lui reparler, Vincent, mais, pour l’instant nous avons beaucoup à faire et si peu de temps… Si peu de temps… N’oublie pas, Vincent : tout repose sur eux. »

- LUCRECIA ! hurla le turk alors que l’image de Lucrecia disparaissait totalement.

Terrassé par la douleur de la perte, il se laissa glisser à genoux sur le sol du bureau de Shalua, la gorge trop serrée pour laisser passer ne serait-ce qu’un sanglot.

- Vincent ? Vincent, ça va ?

L’ancien turk tourna la tête vers Shelke, qui s’était débarrassée du système électronique qu’elle avait conçu et qui reliait sa mémoire résiduelle à l’ordinateur.

La toute jeune fille suait à grosses gouttes et tremblait de tous ses membres. Le mettre en contact avec Lucrecia lui avait demandé des efforts colossaux et Vincent s’en voulut terriblement.

- Combien… Combien de temps cela a-t-il…

- Vous avez parlé près de deux heures, le coupa-t-elle. Et ce n’était pas très prudent. J’ai senti sa présence, Vincent… Je l’ai sentie !

Elle grimaça comme si elle avait mordu dans un fruit trop vert.

Vincent se remit sur ses pieds et frissonna.

- Jenova ? murmura-t-il d’une voix à peine audible. C’est elle que tu as sentie ?

Shelke acquiesça, une terreur qu’elle essayait de garder sous contrôle brillant dans son regard clair.

L’ancien turk tendit un bras vers elle et elle vint se réfugier sous sa cape, tout contre lui.

- Elle ne veut pas qu’on touche à ses « fils », Vincent, le prévint-elle. Ce sont ses émissaires, ses choses, ses instruments. J’ai peur, Vincent. Peur de ce qu’elle pourrait faire aux âmes immortelles de Lucrecia et d’Aerith. Peur de ce qu’elle pourrait leur faire à eux… et à nous, par leur intermédiaire. L’énergie qui est en train de se synthétiser autour d’elle est… sale. Noire. Redoutable. Un monde de ténèbres.

- Alors il n’y a pas de temps à perdre…

Ils rejoignirent Rufus, Reno et Rude, qui patientaient à côté en jetant des regards désorientés à Shalua, qui allait de l’un à l’autre de ses curieux patients, contrôlant les machines et les signes vitaux.

Lorsqu’ils virent entrer Vincent, ils bondirent aussitôt sur leurs pieds.

- Alors ? s’enquit le jeune président de la Shinra.

- Il est 16 heures. Je veux voir tout le monde en salle de conférence au plus tard à 21h00, annonça-t-il, faisant hoqueter Rude. Et quand je dis « tout le monde », c’est AVALANCHE inclue.

Rufus se raidit, heurté par le ton péremptoire de l’ancien turk, qui se permettait de lui jeter un ordre à la face comme s’il n’avait été qu’un subalterne.

- Suis-je supposé dire « à vos ordres » ? essaya-t-il de plaisanter, un sourire forcé sur ses lèvres sensuelles.

- Dis ce que tu voudras, Rufus, rétorqua Vincent en se dirigeant vers la porte de l’infirmerie. L’essentiel, c’est que tout le monde soit là dans une heure.

Il disparut et Rufus fit siffler l’air entre ses dents.

- Charmant !

Reno et Rude échangèrent une grimace et ce dernier fit claquer sa langue contre son palais.

- Si j’étais pas celui que suis, mec, je me mettrai à paniquer grave, là, tu vois…

Son partenaire acquiesça avec gravité.

- Ouais… Pour que Valentine commence à flipper, c’est que ça craint un max…

- A ce point là ? s’immisça Rufus, que leur ton, le comportement de Vincent et la situation saugrenue commençaient sérieusement à inquiéter.

Les deux compères échangèrent un regard entendu et hochèrent la tête de concert en direction de leur patron, qui jeta une oeillade désemparée à la cuve de mako dans laquelle flottait le légendaire et si redouté Sephiroth.

***

« Sephiroth ? Sephiroth…Tu m’entends ? »

« Qui êtes-vous ? Suis-je mort ? Je ne sens plus mon corps. Je ne sens plus rien… »

« Tu es dans une cuve de régénération, mon fils. Tu es en sécurité. »

« Qui êtes-vous ? Comment se fait-il que je vous entendre à l’intérieur de ma tête ? Et pourquoi votre voix me semble si… familière ?»

« Parce que c’est la première que tu aies entendue. Je suis ta mère… »

« Ma mère ? Elle est morte en me mettant au monde »

« C’est faux. »

« C’est ce qu’on m’a toujours dit »

« Je sais… »

« Tu serais donc Jenova ? »

« Non, Jenova n’est pas ta mère. Elle ne l’a jamais été. C’est moi qui t’ai conçu, porté et qui t’ai mis au monde. Moi, Lucrecia. Lucrecia Hojo. »

« Qui ? »

…à suivre

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III - Marche ou crève

“La liberté, comme le courage, est un escalier qu’il faut gravir

marche par marche - impossible d’enjamber !”

G. Cesbron

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Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

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Vincent enjamba les civières où reposaient les corps immobiles de Kadaj, Loz et Yazoo pour atteindre celui de Sephiroth.

D’un geste presque tendre, il déplia une couverture de survie et en couvrit la peau nue et glacée.

- Et un baiser sur le front, non ? persifla Cloud, acide, en se penchant à son tour sur l’ancien général pour retirer la fléchette paralysante plantée dans le lobe de son oreille d’un geste brusque. Merde… Reno ! Tu l’as raté, il faut remettre ça.

Celui-ci, aidé de Rude, sanglait fermement les trois jeunes hommes inertes aux civières.

- Etait-ce vraiment nécessaire ? intervint Vincent. Il était déjà inconscient lorsque nous sommes arrivés. Et les autres n’ont même pas tenté de se défendre.

- Avec lui, on n’est jamais assez prudent, et tu le sais mieux que personne ! répliqua vertement le jeune soldat.

- Ces trois-là, dans l’hélico ! ordonna Rude à ses hommes en désignant les brancards. Et passez-moi un fusil et une fléch… Oh ! Putain…

- Vincent, dégage ! hurla Reno en se saisissant du pistolet de Rude pour le pointer aux pieds de Vincent.

Ce dernier obéit par réflexe et baissa les yeux sur Sephiroth… qui luttait pour garder les paupières ouvertes.

En quelques instants, un vent de panique souffla dans la grotte et le fils de Lucrecia devint aussitôt la cible d’une dizaine de canons d’armes diverses et de l’épée de Cloud, prêt à trancher la gorge offerte.

- Magne-toi, Rude, remets-lui une dose ! ordonna Reno en armant son pistolet. Une grosse !

Son acolyte chargea aussitôt un fusil paralysant avec une fléchette hypodermique mais l’ancien turk s’interposa.

- Tu fais quoi, là ! s’écria Cloud. Dégage !

Il empoigna d’une main le devant de la cape de son ami pour le repousser avec rudesse mais Sephiroth s’adressa à lui, lui glaçant le sang dans les veines.

- Strife ? demanda-t-il d’une voix à peine audible, comme si chaque syllabe prononcée exigeait une énergie folle. C’est bien ton nom, n’est-ce pas ? Cloud Strife ? Tu… Tu étais avec moi et Zack au… au réacteur.

L’interpellé se raidit, l’épée toujours pointée sur la gorge de l’ancien général, et adressa une moue effarée à ses compagnons, aussi abasourdis que lui.

- Strife… reprit Sephiroth en tendant une main tremblante vers lui. Que… que s’est-il passé ? Qui sont ces hommes ? Il faut arrêter Genesis… Le… Le réacteur…Où est… Où est Zack ? Réponds, troisième classe Strife… Où est… Zack… ?

Il voulut redresser un peu la tête mais ses yeux roulèrent dans leurs orbites et il perdit à nouveau connaissance.

Cloud hoqueta et interrogea ses camarades d’un regard affolé mais ils affichaient tous une expression de profonde perplexité.

- Alors celle-là, c’est la meilleure de l’année… bredouilla Reno.

Vincent posa deux doigts sur la jugulaire de Sephiroth pour sentir son pouls puis posa l’oreille sur sa poitrine.

- Je crois qu’on va avoir besoin d’un kit d’assistance respiratoire, annonça-t-il.

Cloud faillit s’étrangler d’indignation.

- Qu’il crève une fois pour toutes ! Qu’est-ce qu’on en a à cir…

Il ne vit pas arriver la gifle du turk qui, pour légère, n’en était que plus vexante.

Ce geste d’humeur, en inadéquation totale avec le légendaire sang froid de l’ancien turk, les déconcerta touts.

- Qu’est-ce qui te pr… commença Cloud.

- Tu parles sans discernement et sans rien savoir, le coupa son ami.

Et, sous le regard ébahi de Reno et de Rude, il se précipita dehors, en quête de la mallette de secours d’urgence fixée sous l’un des fauteuils de l’hélicoptère.

***

Depuis l’une des fenêtres du manoir Shinra de Nibelheim, Reno observait les journalistes et les curieux qui se pressaient derrières les cordons de sécurité des soldats alignés en rangs serrés devant les grilles.

- Les vautours sont prêts pour la curée. Ils ont fait vite.

- Non, ils étaient déjà sur place pour la fête, assura Rude en soufflant sur ses lunettes fumées avant de les essuyer soigneusement avec sa cravate.

Son partenaire étouffa un juron.

Il vida d’un trait le verre de whisky qu’il tenait à la main et se dirigea vers le bar du bureau pour s’en servir un second.

- Ils sont au courant, pour nos petits amis, tu crois ?

- Je ne pense pas, non. Ils sentent juste qu’il se passe quelque chose d’important. C’est pas la réserve personnelle du patron, ça ? demanda le colosse en lisant l’étiquette gaufrée du whisky centenaire.

Reno sourit d’un air gourmand et cligna de l’oeil.

- Si ! Je t’en sers un petit ?

Rude brandit la bouteille déjà au tiers vide et secoua la tête.

- Tu vas te faire lyncher, mec !

Son ami s’assit nonchalamment sur un coin du secrétaire de chêne massif qui trônait au centre de la pièce monumentale, toute de tentures et de boiseries, et croisa les pieds sur les accoudoirs d’un fauteuil que trois mois de son salaire - pourtant confortable - n’auraient pas réussi à payer.

- Rabat-joie ! lança-t-il avant le lui tirer la langue et de vider son verre.

- Ne vous gênez pas pour moi, surtout !

La voix claire de Rufus Shinra fit tressaillir les deux turks, qui se tournèrent vers la double porte d’entrée avec une grimace douloureuse en rentrant la tête dans leurs épaules.

- Patron ! saluèrent-t-il en choeur avec des trémolos dans la voix.

***

Dans l’infirmerie du laboratoire, au sous-sol du manoir Shinra, Shalua vérifia une dernière fois les indicateurs des appareils de contrôle sur lesquels étaient branchés les quatre argentés plongés, par sécurité, dans un sommeil artificiel.

Elle secoua la tête en tendant à Vincent une série de diagrammes et de chiffres que la machine qui maintenait Sephiroth en vie venait de cracher à grand renfort de bips alarmants.

- Il ne tiendra pas, assura-t-elle en rabattant la manche gauche de sa blouse blanche sur sa prothèse robotisée. Il faut le mettre en cuve mako.

- Je doute que ça suffise, vu son état.

- Je parlais d’une solution de mako liquide, Vincent, pas gazeux.

Ce dernier fit la moue.

- Je croyais qu’il ne fallait jamais mettre quelqu’un d’inconscient dans le mako liquide.

- Normalement non mais les cellules de Jenova lui éviteront l’infarctus ou l’accident vasculaire.

L’ancien turk ajouta les données de la machine au dossier médical qu’il était en train de parcourir et secoua la tête, résigné.

- Neuf fractures ? Comment est-ce possible ?

- Les sangles de sa civière, sans doute. Et peut-être a-t-il marché ou rampé jusqu’à l’endroit où vous l’avez trouvé. Tu as dit qu’il était inconscient, il a pu s’évanouir et tomber, ce qui expliquerait l’état de son bras gauche et de sa hanche. La clavicule, c’est sans doute moi, en l’intubant, ajouta-t-elle, coupable.

- C’est à ce point là ?

- On peut à peine le toucher sans risquer une lésion ou de lui briser un os. Il est pire qu’un grand prématuré. Ses cellules ne sont pas encore… Comment dire ? Touche son crâne, tu vas comprendre, proposa la jeune femme, subitement inspirée.

Sceptique, Vincent, tendit sa main vers le visage de Sephiroth et, avec mille précautions, appuya doucement sur le haut de son front, qui s’enfonça un peu sous la pression, comme si l’os était encore mou.

- On dirait le crâne d’un nouveau né… hoqueta l’ancien turk.

Shalua acquiesça et s’affaira autour d’une cuve de régénération.

- Il semblerait que, contrairement à ses frères, la rivière de la vie n’ait pas eu le temps de…

Elle se tut, ne parvenant pas à trouver le terme adéquat.

- De… le finir ? la secourut Vincent.

- C’est un peu barbare, comme vocable, mais oui. Il n’est physiquement pas… fini. Ses os se brisent comme du sucre, ses poumons peinent à amener de l’air dans les alvéoles et le peu d’oxygène qu’il parvient à conduire dans ses veines trop fragiles, le coeur n’a pas la force de le pomper. Quant à son système immunitaire ou digestif, je préfère ne pas savoir ce que ça peut donner ! C’est prêt, annonça-t-elle au bout de quelques minutes en revenant vers le lit de Sephiroth pour débrancher une machine après l’autre.

- Combien de temps avons-nous ?

- Lorsque j’aurais débranché le respirateur ? Deux minutes, au maximum, pour le placer dans la cuve et la remplir. Au-delà, j’ai peur que le manque d’oxygène n’endommage vraiment son cerveau. J’ai testé la chose et je peux te dire qu’il vaut mieux éviter, essaya-t-elle de plaisanter en clignant de son oeil valide.

Le turk lui adressa un sourire un peu forcé, sachant très bien par quelles épreuves elle était passée pour retrouver sa soeur Shelke et les séquelles qu’elle en garderait toute sa vie.

Avec mille précautions, ils débarrassèrent le corps de l’ancien général des électrodes, perfusions et tubes qui le couvraient, ne laissant que celui du respirateur.

- Prête ?

Shalua hocha la tête.

- A trois. Un… Deux… Trois…

Elle débrancha le respirateur, sortit la longue canule de la trachée de Sephiroth et Vincent souleva ce dernier aussi doucement qu’il le put, sans à-coups ni trop serrer, pour le placer en position foetale sur le socle de métal de la cuve encore vide.

Aussitôt, Shalua fit descendre le tube de verre, le verrouilla et tapota rapidement sur son ordinateur pour remplir la cuve.

Vincent, lui, regardait le cadran de la montre de la jeune femme avec inquiétude.

- Vite… vite… murmurait-il tandis que ce qui ressemblait à une énorme éprouvette se remplissait d’une solution verdâtre, composée pour l’essentiel de mako, avec une lenteur exaspérante.

Recroquevillé sur le sol de la cuve, le liquide luminescent ne tarda pourtant pas à recouvrir entièrement Sephiroth, qui fut secoué de soubresauts douloureux tandis que le fluide pénétrait dans ses poumons et s’infiltrait par le moindre de ses pores.

Vincent détourna le regard, préférant ne pas voir ce que subissait le fils de sa regrettée Lucrecia.

Il savait parfaitement ce qu’on ressentait à ce moment là. Cette horrible impression de se noyer et la douleur. L’insupportable douleur dans la poitrine, la brûlure atroce dans les fosses nasales et la sensation que sa cage thoracique va exploser sous la pression.

- Je n’avais pas le choix, Vincent, crois-moi, plaida Shalua, se méprenant sur son attitude.

Il allait la rassurer lorsque la voix claire et sensuelle de Rufus, qui venait d’entrer, l’interrompit.

Sa silhouette élégante et féline se découpa dans la lumière bleuâtre et tamisée de l’infirmerie du laboratoire.

- J’ai fait aussi vite que j’ai pu, Vincent. Shelke est prête, elle t’attend à côté.

Il avisa les trois argentés inconscients et attachés à leur lit par des sangles solides puis Sephiroth, flottant dans la cuve de mako.

- Je n’en reviens pas que ce soit vrai… laissa-t-il tomber d’une voix blanche avant de s’asseoir lourdement sur l’une des chaises. Qu’est-on supposés faire ? Quelqu’un a une idée ?

Vincent hocha la tête et désigna la porte de la pièce attenante, où attendait Shelke.

- J’espère bien le découvrir sous peu…

…à suivre

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II - Comme des rats dans un piège

« A semer le pain aux souris,

on attire des rats.

C. Chabot

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Colorisation : Akroma

Corrections : Arisu

***

Rude sortit de l’ascenseur en traînant des pieds et marqua une pause sur le palier.

Avec un soupir déchirant, il leva le regard vers la porte du bureau qu’il partageait avec Reno lorsqu’ils étaient cloués - comme c’était le cas depuis presque cinq jours - dans les locaux flambant neufs de la Shinra Corp.

A la seule idée de passer encore plusieurs heures enfermé entre quatre murs après avoir dû supporter une crise de “réunionite aiguë” avec Tseng et le « sieur » Shinra, son estomac fit des noeuds et émit un gargouillis inquiétant.

Nom d’un chocobo arthritique ! Ce qu’il pouvait détester rester là, à ne rien faire si ce n’est regarder des écrans de contrôle et compter les mégots de Reno qui s’amoncelaient dans le cendrier !

S’il n’avait craint d’être saisi par l’oeil des caméras de contrôle, il se serait mis à piétiner les dossiers qu’il tenait sous le bras et à jurer comme un contrebandier de mako.

« Allez, ce n’est qu’un mauvais moment à passer. » se raisonna-t-il en franchissant les quelques pas qui le séparaient du seuil de ce qu’il considérait comme son enfer personnel « Avec un peu de chance, peut-être qu’une ou deux bestioles bien enragées vont attaquer les employés du parc éolien de Nibelheim ou qu’un malade mental va s’introduire dans les labos du sous-sol et… » Il grimaça « Ouais… Et peut-être aussi qu’une fontaine de bière va jaillir au milieu du couloir ! »

- Merde, merde et remerde ! ronchonna-t-il à haute voix en poussant la porte du bureau maudit. Salut, ma poule, quoi de neuf ? lança-t-il à la cantonade en voyant son acolyte qui lui tournait le dos, assis devant un mur d’écrans de contrôle. J’ai un tas de paperasse à… Eh ! Oh ! Reno ! Je suis là. Je suis arrivé.

Pas de réaction.

- Reno ? Allô ? Ne me dis pas que t’es déjà rond comme une matéria ; il est à peine 10h00 du mat’ !

Il le rejoignit dans le but de le secouer un bon coup histoire de lui faire reprendre ses esprits mais, à peine avait-il avancé la main vers la chevelure écarlate, qu’il remarqua l’expression qu’affichait son compagnon - bien réveillé.

Reno, tendu comme la corde d’un arc et les yeux écarquillés fixés sur l’écran de contrôle qui lui faisait face, paraissait plongé dans un état quasi-catatonique, pétrifié par le choc. Sa bouche béait à un point tel qu’il tenait du miracle que la moitié des colonies de mouches de Midgar n’ait pas déjà pris leurs aises dans l’agréable et moelleux domicile.

- Reno ? Si tu voyais ta tête…

Pour toute réponse, et sans changer le moins du monde d’expression, ce dernier pointa lentement le doigt sur l’écran qu’il fixait sans sourciller.

Le regard de Rude glissa du visage de son acolyte à son l’épaule, suivit la manche noire jusqu’au poignet et, de là, l’extrémité du long doigt pâle pour se poser finalement sur l’écran de contrôle qui avait plongé son ami dans le trouble le plus extrême et dans un coin duquel on pouvait lire : « Mont Nibel / Camera 7 ».

Les yeux du turk s’écarquillèrent à son tour, signe de la plus grande perplexité.

Avec un grognement étouffé, il baissa un peu ses lunettes et s’approcha de l’écran jusqu’à le frôler presque du bout du nez.

- Tu vois ce que je vois, mec ? bredouilla Reno d’une voix à peine audible. Ou ce sont juste les effets secondaires de ma cuite d’hier ?

Très lentement, ils tournèrent la tête l’un vers l’autre.

Après un moment de flottement, ils clignèrent rapidement des yeux et, comme si un signal d’alerte silencieux venait soudain de résonner simultanément dans sous leurs deux calottes crâniennes, ils poussèrent un cri inintelligible et bondirent d’un même élan vers la console de communication interne, renversant tout sur leur passage.

L’énorme patte de Rude s’abattit sur le bouton d’alerte, menaçant d’écraser l’appareil pourtant solide sous sa paume, tandis que Reno s’égosillait dans le combiné au milieu des sirènes hurlantes.

- PATRON ! ALERTE !

« Reno ? Mais que diable se passe-t-il ? Pourquoi ce raffut ? »

- LES TARES SONT DE RETOUR !

« Quoi ? Les écologistes végétaliens qui ont voulu plastiquer le hangar de l’amiral Highwind ? »

- NON ! LE RAT DE LABO ET TOUTE SA PETITE FAMILLE !

« … Qui ? »

***

Le village de Nibelheim se préparait à fêter le solstice d’hiver à grand renfort de feux d’artifices, de musique et de spectacles théâtraux en tout genre. En quelques jours, la population du petit bourg avait pour ainsi dire été multipliée par deux et chaque auberge ou maison d’hôte affichait complet.

Il était midi passé et, dans les moindres ruelles, places et, surtout, dans le seul tout nouveau bar-restaurant du village, on se bousculait, flânait ou faisait des emplettes de produits « naturels » ou « de la ferme » - confitures, pâtisseries et conserves diverses.

Des touristes à Nibelheim ! Qui l’eût dit il y a seulement trois ans…

Mais il est vrai que depuis que Rufus Shinra avait fait du village un test grandeur nature en matière d’écologie et d’énergie renouvelable, Nibelheim était devenu une référence dans le domaine. La firme engloutissait des sommes astronomiques dans la recherche et, mois après mois, les besoins en mako diminuaient, au grand bénéfice de tous. Seul un réacteur de secours était actif - et encore ne fonctionnait-il qu’en cas d’extrême nécessité, d’urgence médicale ou pour les besoins des quelques expériences scientifiques dûment ratifiées par le congrès de déontologie, nouvellement créé.

Grâce aux efforts de Rufus et à son acharnement - sans doute aussi à son sentiment de culpabilité vis-à-vis de la planète -, bien des terrains exploités jusque là sans discernement par la Shinra avaient repris un second souffle et céréales, légumes et fruits sortaient de terre dans des proportions que personne n’aurait cru possible d’atteindre sans une aide chimique ou génétique.

- C’est vrai que tout a brûlé ? Ca paraît incroyable ! Tout semble si prospère et joli…

Shelke regardait autour d’elle et ne savait plus où donner de la tête. Des petites toitures de brique rouge aux murs chaulés et des fenêtres à croisillons aux portes sculptées et ferrées, les maisons de Nibelheim aux balcons ornés de fleurs d’hiver paraissaient sortir tout droit d’un conte pour enfant comme ceux que lui lisait sa soeur Shalua, il y a bien longtemps, avant que…

Elle secoua furieusement la tête pour chasser ses idées noires.

Repenser à la jeune femme - encore fragilisée par son récent coma - lui serrait le cœur mais elle devait être courageuse et faire bonne figure pour ses nouveaux amis. Revenir sur les lieux où ils avaient grandi et ceux où leur famille et beaucoup de leurs amis avaient trouvé la mort ne devait être facile ni pour Cloud ni pour Tifa. Loin de là…

Celle-ci hocha tristement la tête et chassa une longue mèche brune de son visage.

- Sephiroth a brûlé Nibelheim jusqu’aux fondations, oui. C’est la Shinra qui a tout reconstruit. Mais pas pour en faire ce qu’il est aujourd’hui, hélas. Enfin, pas tout de suite.

- Pourquoi, alors ?

- Pour cacher le fait que leur meilleur soldat avait perdu la raison et massacré des civils innocents.

Elle frissonna - pas seulement en raison du froid tombé en ce début d’après-midi - et resserra autour d’elle son long manteau gris, cadeau d’anniversaire de Shelke et de Shalua, qui, au fil des mois, était devenue sa meilleure amie, sa confidente et, à l’occasion, la baby sitter de Denzel et de Marlène.

Tiens, d’ailleurs, où étaient-ils passés, ces deux-là ?

- Partis avec Cloud voir le champ d’éoliennes, annonça Vincent en tendant un beignet fourré de confiture à Shelke. Quelle foule ! Tiens, goûte un peu ça. Lorsque j’étais gosse, les jours de foire, je tannais mon père pendant des heures jusqu’à ce qu’il m’en achète.

La fillette ne se fit pas prier et mordit dans le beignet chaud avec un plaisir non dissimulé.

L’ancien turk et Tifa échangèrent un regard mi-attendri, mi-amusé et cette dernière soupira en jouant avec le petit trousseau de clés qu’elle tenait à la main.

- Ca va aller ? s’enquit-il.

- Oui. Je… En fait, je ne sais pas quoi faire, Vincent. C’est une somme énorme mais…

- Mais tu as l’impression de vendre une partie de ton enfance.

Elle acquiesça et haussa les épaules.

Au vu de l’incroyable flambée du prix des maisons dans le village et des terrains environnants, Tifa s’était dit que c’était peut-être l’occasion de vendre celle de son père et de pouvoir enfin faire les travaux nécessaires dans le bar et la maison de Edge mais, maintenant qu’elle était au pied du mur et qu’un jeune couple lui avait proposé une somme astronomique pour la petite habitation et le jardin potager attenant, elle doutait de pouvoir s’y résoudre.

La jeune femme avait beau savoir que jamais elle ne pourrait plus vivre à Nibelheim et que sa maison n’était en fait qu’une copie conforme reconstruite par la Shinra après l’incendie, elle ne parvenait pas à couper totalement les liens avec cet endroit.

Vincent pressa son épaule de sa main valide.

- Tu n’es pas obligée de te décider tout suite. Prends le temps de réfléchir.

- A quoi bon ? C’est idiot ! J’habite Edge, maintenant. Nos amis, les enfants et leur avenir sont plus importants que… qu’un… « clone » de la maison qui m’a vue grandir. Sans compter que trop de mauvais souvenirs dorment ici…

- Tu prendras la bonne décision, j’en suis certain.

Tifa sourit et ouvrit la bouche pour le remercier lorsqu’un bruit de moteur et d’hélices se fit entendre au loin.

A l’instar des touristes présents, ils levèrent la tête pour voir de quoi il retournait et virent approcher trois hélicoptères de la Shinra, dont deux gros transporteurs de troupes, semant un début de panique dans le village.

Vincent s’assombrit et un mauvais pressentiment lui serra la gorge. Les souvenirs de la fête gâchée de Kalm par les troupes du deepground étaient encore bien présents à son esprit. Tout avait commencé ainsi : par une arrivée d’hélicoptères transportant des soldats armés…

- C’est Reno ! leur cria Cloud en fendant la foule apeurée, son cellulaire collé à l’oreille et poussant Marlène et Denzel devant lui. Il y a un problème au mont Nibel ! Où sont Cid et Barret ?

- Ils doivent nous attendre à la maison, comme convenu, répondit Tifa en brandissant son trousseau de clés et criant presque pour couvrir les exclamations affolées des badauds.

- Rejoins-les avec les enfants et enfermez-vous jusqu’à ce que Vincent et moi soyons de retour.

- Mais enfin, que se passe-t-il ? commença à s’inquiéter la jeune femme. Reno vous a demandé de le rejoindre ? Pourquoi ?

Cloud haussa les épaules et secoua la tête.

- Aucune idée mais, pour qu’il l’ait fait, c’est que ça doit être important.

- C’est pas juste, vous étiez en permission pendant encore cinq jours ! protesta Denzel, boudeur.

Vincent lui tapota la tête, rassurant, et Cloud piétina, impatient.

Depuis qu’il avait intégré les escadrons d’élite du Soldat, nouvellement reconstitués sous la houlette de Reeve Tuesti, le jeune homme prenait son rôle de “Première Classe” avec un sérieux excessif.

« Un sérieux maladif, oui… » ne cessait de répéter Tifa.

Cloud vivait chaque instant de sa vie de «héros» comme si c’était le dernier et que la survie de la planète entière dépendait des moindres de ses faits et gestes.

- Nous devons y aller, Vincent, ils nous attendent, insista-t-il.

L’interpellé hocha la tête et poussa le garçonnet dans les bras de Tifa.

- Prends garde à toi, Cloud, supplia la jeune femme, ne te…

- Je t’appelle dès que je peux, ne t’en fais pas ! la coupa-t-il en tirant l’ancien turk à travers la foule.

Tifa les regarda disparaître dans la cohue avec un arrière-goût dans la gorge. Et dire qu’elle avait longtemps nourri l’espoir qu’elle et Cloud…

Foutaises ! Maintenant que son ami d’enfance était devenu «le héros de Midgar», celui qui avait défait le «cauchemar de la planète», le terrible Sephiroth, et qu’il avait aidé à anéantir l’Omega, il n’avait définitivement plus que faire d’une femme, d’un foyer ou d’une famille bien à lui.

Bien qu’il refusât de le reconnaître à chaque fois qu’elle avait mis le sujet sur la table, il était clair qu’en intégrant enfin le SOLDAT, Cloud avait réalisé l’un de ses rêves d’enfant les plus chers. Elle se souvenait encore avec émotion de ce petit garçon timide qui lui avait promis de devenir un soldat fort et respecté pour pouvoir la protéger.

« A qui cette promesse bénéficiait-elle réellement, Cloud ? A toi ou à moi ? A qui faisait-elle le plus plaisir de nous deux ? »

Mais cette cruelle question, elle n’avait jamais osé la lui jeter à la figure.

Si Cloud aurait donné sa vie pour la protéger ? Elle n’en doutait pas une seule seconde. S’il l’aimait ? Bien entendu, elle en était absolument certaine. Mais comme un frère un peu incestueux ou un ami trop tendre et ce n’était pas ce qu’elle voulait. Non, ce n’était pas ce qu’elle voulait…

Plus maintenant qu’elle avait successivement passé l’âge des serments enfantins, des baisers sur le front puis celui des nuits d’amour sans lendemain. Désormais, elle avait besoin d’autre chose…

***

Dans la grotte du mont Nibel, il aurait été difficile de savoir qui, des soldats ou des hommes nus à la chevelure de mercure paraissaient le plus surpris ou les plus terrifiés.

Ces derniers - du moins les trois d’entre eux encore conscients - s’étaient recroquevillés les uns contre les autres et protégeaient le quatrième de leur corps transis de froid, faisant un dérisoire rempart de chair pâle entre eux et les hommes armés de fusils à cartouches paralysantes.

- C’est… C’est une plaisanterie ? bredouilla Cloud, figé par la surprise à l’entrée de la grotte aux côtés de Vincent.

Assailli par une foule d’émotions, de la colère la plus noire à la tristesse la plus poignante, le jeune homme se savait à ce moment précis incapable d’un geste, d’une parole ou de que quoi que ce soit de plus cohérent que la question stupide qui avait franchi ses lèvres…

…à suivre

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