« Si c’est là votre façon d’aimer,
je vous prie de me haïr. »
Molière
***
Rédaction : Shiva Rajah
Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)
Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)
Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !
***
Shalua et Shera se dévisagèrent dans un silence de mort, le bras de Cid toujours passé autour de la taille de la première.
- Tu ne me présentes pas, Cid ? demanda la seconde d’une voix glaciale.
La jeune scientifique se dégagea et, relevant la tête avec courage, s’avança d’un pas en tendant sa main valide.
- Docteur Shalua Rui, fit-elle avec aplomb.
La femme de Cid hoqueta, le regard fixé sur le moignon de son bras gauche que ne recouvrait nulle prothèse. Comme il n’était supposé se trouver aucun étranger parmi eux, la jeune femme avait voulu dîner à l’aise et s’était laissée convaincre par Merill de laisser sa lourde prothèse robotisée au laboratoire.
- Oh, mon Dieu… bredouilla Shera, les joues soudain brûlantes. Je… Pardon, j’ai cru que…
Elle leva le visage vers Shalua et remarqua alors qu’il lui manquait également un oeil, ce qui fit monter sa gêne d’un cran.
Cid s’avança à son tour, prêt à défendre la jeune scientifique de la moindre remarque désobligeante mais eut la surprise de voir sa femme serrer chaleureusement la main de sa rivale.
- Shera, se présenta-t-elle à son tour. Je suis Shera Highwind, la femme de Cid. Pardonnez-moi, je… Je me sens tellement idiote ! J’ai cru que… Oh, là, là… (Elle se tourna vers le pilote) Quelle manie, toi aussi, d’être aussi familier avec les gens ! On n’a pas idée ! Pardonnez-moi, docteur Rui, je ne sais pas quoi vous dire. Je… A le voir vous enlacer comme ça, j’ai cru que… Enfin, vous voyez. Non mais quel balourd tu fais, Cid !
Shalua encaissa le choc avec dignité mais Tifa, à l’instar de la plupart des spectateurs, sentit la révolte lui nouer les tripes.
Dans l’esprit de Shera, une femme comme Shalua - c’est à dire borgne et amputée d’un bras - ne pouvait en aucun cas être la maîtresse de son mari, les aurait-elle surpris nus dans un lit.
Cid, blême comme un suaire, serra les poings et ouvrit la bouche pour invectiver sa femme mais la jeune scientifique lui serra le bras, suppliante, la gorge serrée par la honte et ne voulant surtout pas ajouter à son malaise déjà grand.
- Tu entends ça, Cid ? fit-elle avec un effort surhumain pour ravaler ses larmes. Ta femme a cru que nous étions amants ! Toi et moi… Avoue qu’il y a de quoi rire, non ?
Le double sens de ses paroles et l’amertume qu’il sentait percer dans le ton artificiellement railleur enfoncèrent des poignards incandescents dans le coeur du pilote.
- Une fois encore, je suis désolée, docteur Rui… s’excusa à nouveau Shalua. Je ne sais pas comment me… Mon Dieu, vous devez me trouver si ridicule !
- Ce n’est rien, vraiment.
- Shera ! s’écria Cloud en lui tendant les bras. Tu ne dis plus bonjour aux amis ?
- Cloud ! Bon sang, ça faisait un bail !
Ils s’embrassèrent chaleureusement et la tension ambiante retomba un peu.
Reno se tourna vers Rude et secoua la tête, effondré.
- Rudo, ne le prends pas mal mais t’es vraiment un boulet !
- J’ai pas trop compris ce qui vient de se passer, là, avoua l’impressionnant turk à mi-voix.
- Cid envisage de divorcer, crétin de mes deux ! Shalua est sa maîtresse.
Son comparse pâlit.
- Oh, putain… J’en savais rien, moi !
- Pourquoi t’es allé la chercher ? Abruti !
- C’est Cloud qui m’a dit que ça lui ferait plaisir ! Ca devait être une surprise.
Reno faillit s’étrangler.
- Ah, parce que c’était ça, la surprise dont tu m’as parlé ? Oh, la vache…
Du coin de l’oeil, il vit Cloud plaisanter avec la nouvelle venue et jura.
Les enfants vinrent l’embrasser à leur tour et Rufus entraîna discrètement le pilote à l’écart.
- Je vous en prie, amiral Highwind, supplia le jeune président, reprenez-vous et faites semblant d’être heureux de la voir. Au moins ce soir.
- Quoi ? s’écria Cid.
- Chut ! Moins fort. Votre épouse arrive comme un cheveu dans la soupe et nous n’avons vraiment pas besoin de problèmes supplémentaires pour l’instant. Je vous rappelle que nous avons un Sephiroth inconscient au sous-sol qui est supposé se trouver à Edge, des invités avec une saleté d’entité extraterrestre qui n’attend qu’une occasion pour leur dévorer le cerveau et des phénomènes plus qu’inquiétants dans la rivière de la vie à étudier de toute urgence sans affoler la population !
- Rufus, nous n’avez pas idée de ce que vous me demandez !
- Soyez sûr du contraire. Je sais que vous préparez votre divorce et que la principale concernée n’est pas encore au courant. Je vous aiderai à accélérer les choses, je vous en donne ma parole, mais, pour l’heure, le plus important est que Shera reparte au plus vite.
- Il a raison, intervint Vincent en les rejoignant. Tu dois jouer les maris attentionnés quelques heures pour la renvoyer dès demain le plus sereinement possible et sans qu’elle pose trop de questions.
Cid serra ses mâchoires à tel point qu’ils entendirent grincer ses dents.
- Bordel de merde ! Quand je vais choper Rude, il va passer un sale quart d’heure…
- Il n’y est pour rien, Cid, assura Vincent. J’ai cru comprendre que c’était Cloud qui lui avait demandé de passer chercher Shera.
Le pilote lâcha une bordée de jurons étouffés et Rufus lui tapa sur l’épaule.
- Je vais parler à Shalua, ne vous en faites pas, fit-il avant de s’éloigner pour prendre la jeune femme à l’écart.
- Ca va aller ? s’enquit Vincent. Tu crois que tu vas pouvoir donner le change ?
Cid vit Shalua et Tifa hocher gravement la tête devant Rufus sous les regards révoltés de Loz et de Shelke.
- J’en sais rien, Vincent… J’en sais rien.
La jeune scientifique lui lança un sourire discret débordant d’affection qui lui serra le coeur.
- Tout le monde m’embrasse sauf mon propre mari, c’est un comble ! s’écria gaiement Shera en arrivant derrière lui. Bonsoir, Vincent. Ravie de te revoir.
Elle lui présenta sa joue mais il lui tendit la main.
- Désolé, je n’ai jamais été très à l’aise avec les contacts humains, s’excusa-t-il avant de les laisser seuls.
- Il n’a pas changé ! Alors ? Tu ne m’embrasses pas ?
Cid piqua sa joue d’un baiser rapide en essayant de ne pas imaginer ce que Shalua devait ressentir en le voyant agir de la sorte après la façon dont sa femme l’avait traitée.
- Tu as été odieuse avec le docteur Rui, Shera, ne put-il s’empêcher de lui faire remarquer.
Cette dernière grimaça et laissa échapper un gémissement embarrassé.
- Je sais… Je ne sais pas quoi dire pour m’excuser. Mais à vous voir tous les deux, comme ça, mon sang n’a fait qu’un tour. Oh ! Cid… Qu’aurais-tu pensé à ma place, franchement ?
« C’est pas ça qui est odieux, espèce de mégère ! C’est de croire que parce qu’elle a sacrifié son bras et son oeil pour sauver sa soeur, elle ne mérite plus l’attention d’un homme ! » avait-il envie de hurler.
- Tu as salué tout le monde ? demanda-t-il, ravalant sa rage à grand peine.
- Non, j’attendais que tu me présentes à ceux que je ne connais pas encore. Tiens, tu travailles sur un nouveau prototype ? demanda-t-elle de but en blanc.
- Hein ?
Elle lui prit la main gauche.
- Tu as enlevé ton alliance.
Cid avait pour habitude de retirer son anneau à chaque fois qu’il devait se servir d’outils ou manipuler du matériel.
- Ouais… cracha-t-il. C’est ça, je travaille sur un nouveau projet.
- Et on peut savoir lequel ? demanda-t-elle, intéressée. Je peux peut-être t’aider ?
Il soupira.
- Shera… Ne le prend pas mal mais te faire venir ici n’était pas une bonne idée. Pas en ce moment, du moins. On a… On a des « trucs » en cours. Des « trucs » dont je ne peux pas te parler.
- Un projet « top secret » ?
- Ouais. Ouais, c’est plus ou moins ça.
- Ca a à voir avec le Général Sephiroth ?
- Non. Ca, c’est réglé depuis deux jours, déjà, mentit-il. C’est autre chose.
Elle ouvrit de grands yeux, retenant à grand peine un sourire enthousiaste.
- Ne me dis pas que… Ne me dis pas qu’ils relancent un programme spatial, si ?
- Viens, fit-il pour couper court. Je vais te présenter Gretta.
Il la poussa presque de force et ils faillirent buter sur Shalua, qui venait prendre congé.
- Je… pardonnez-moi mais du travail m’attend au labo, je dois filer. Je vous laisse entre vous. Ravie de vous avoir rencontrée, madame Highwind.
- Shalua… Tu… Tu n’as même pas dîné, bredouilla le pilote.
Il ne savait pas comment faire pour la retenir afin de la réconforter, ou peut-être juste la rassurer… Un peu, au moins. Ou de… de… quelque chose ! Pas la laisser partir comme ça, bon sang !
- Gretta me descendra quelque chose, Cid, ne t’en fais pas. Bonne fin de soirée !
Elle fila discrètement et Tifa voulut la suivre mais Loz la retint.
- On a de la compagnie, chuchota-t-il à son oreille.
La jeune femme tourna la tête et vit Shera se précipiter vers elle pour l’embrasser bruyamment.
- Tifa ! Toujours aussi ravissante et en forme !
L’argenté posa une main protectrice sur l’épaule de sa compagne, déconcertant la femme de Cid.
Shera s’était toujours attendue à la voir avec Cloud, pas avec une espèce de play-boy bodybuildé aux cheveux prématurément gris et aux inquiétants yeux de chat.
Cramponnée au bras de Cid, elle se força cependant à sourire.
- Mais… qui est ce beau garçon, dis-moi ? fit-elle, un peu perdue, en voyant la jeune femme passer affectueusement le bras autour des reins étroits gainées de cuir noir.
- Loz, se présenta celui-ci avec un visage sévère sans même lui tendre la main, ses yeux félins luisant de méfiance. Loz Hojo.
- Hojo ? L’un des frères du général Sephiroth dont la télévision ne cesse de parler ? s’enquit Shera avec un sourire rayonnant qui n’émut pas l’argenté le moins du monde.
Celui-ci ne se donna d’ailleurs même pas la peine de répondre à sa question. Il la toisa de toute sa hauteur, un peu agressif, la mettant horriblement mal à l’aise… à la secrète satisfaction de Cid.
Sa femme l’ignorait encore mais la façon dont elle avait traité Shalua avait fait d’elle l’ennemi public numéro un des trois quarts de l’assistance.
- Et cette ravissante jeune fille, qui est-ce ? enchaîna Shera pour conjurer l’embarras que faisait naître en elle le belliqueux regard mako.
- Shelke Rui, madame Highwind. Je suis la soeur de Shalua.
- Encore désolée pour votre soeur, quelle idiote je fais… J’espère qu’elle ne m’en voudra pas.
- Ne vous en faites pas, madame Highwind. Ma soeur sait faire la part des choses.
- Gretta ! appela Cid, excédé de jouer les hôtes prévenants. (La gouvernante accourut.) Pouvez-vous conduire mon épouse à une chambre du second qu’elle puisse se rafraîchir et s’installer pour cette nuit ?
Traditionnellement, le premier étage du manoir, où ils logeaient tous excepté les domestiques, était réservé aux proches amis de la famille et aux maîtres de maison. Le second était lui destiné aux visiteurs de passage mais cela, Shera l’ignorait.
Et si elle se sentit froissée à la mention de « cette nuit », ce qui sous-entendait «la seule qu’elle passerait au manoir», elle n’en laissa rien paraître.
- Bien sûr, amiral Highwind, acquiesça Gretta, comprenant parfaitement ce que voulait le pilote. Madame Highwind, si vous voulez bien me suivre.
Cette dernière récupéra son sac et suivit la vieille femme hors de la salle de réception sous les regards en coin des autres hôtes de la demeure.
- Vous allez beaucoup apprécier la chambre bleue, madame Highwind, fit aimablement la gouvernante en s’engageant dans l’escalier monumental menant aux appartements du second étage. Madame Shinra, la grand-mère de Rufus, s’y enfermait durant des heures pour lire ou broder. Elle a une vue ravissante sur le parc et un petit balcon qui…
- Où est la chambre de mon mari ? l’interrompit Shera en s’immobilisant au milieu d’une marche.
- Au premier, madame, dans l’aile s…
- Alors allons-y, trancha-t-elle en désignant de la main l’escalier qu’elles venaient de monter. Je vous suis.
La vieille femme se raidit.
- Je vous demande pardon, madame ?
- La chambre de Cid. Conduisez-moi. Allons-y !
- Mais, madame… L’amiral Highwind a demandé de vous installer dans une chambre d’amis. Elles sont bien plus confortables et douillettes pour une dame que les appartements de fonction de…
- Je m’accommoderai très bien de ceux de Cid, ne vous en faites pas.
- C’est que… Le cabinet de travail de l’amiral Highwind est attenant à sa chambre, madame, plaida la pauvre femme, à court d’arguments. Et il ne serait pas convenable, déontologiquement parlant, de…
- Gretta, c’est ça ? la coupa Shera. Alors écoutez-moi bien, Gretta : Cid, enfin « L’amiral Highwind », est mon époux. Je suis sa femme. Nous sommes mariés. Il est donc normal que je m’installe dans sa chambre. Et pour ce qui est de ses papiers ou de ses dossiers, rassurez-vous : nous avons travaillé ensemble pendant des années et, aux dernières nouvelles, je fais toujours partie de l’équipe d’ingénieurs de la Shinra. Nous sommes donc sur le même bateau et ses secrets seront parfaitement gardés, n’ayez crainte. Rassurée ?
La gouvernante toussota, horriblement gênée.
- Je comprendre tout cela, madame, mais…
- Pas de « mais », Gretta. Montrez-moi sa chambre ou je me chargerai de la trouver moi-même.
La vieille femme se raidit, choquée par le comportement cavalier de Shera, mais inclina poliment la tête.
- Bien, madame.
*
Le dîner fut un cauchemar.
Prétextant du « travail » en retard et des « recherches » à faire, Tifa, Shelke, Yuffie, Reno et les trois argentés avaient préféré tenir compagnie à Shalua pour la réconforter et manger quelques sandwichs avec elle et Merill, au labo.
Cid s’était donc retrouvé coincé avec sa femme à faire des ronds de jambe simulés à Rufus, flanqué de Reeve, Rude, Vincent, Cloud et les enfants.
La table commença à se vider bien avant le dessert, chacun trouvant des excuses toutes plus farfelues les unes que les autres pour s’éclipser - du travail, un coup de fil important, un mail à envoyer… - et ne plus supporter l’ambiance horriblement pesante.
Shera, elle, plaisantait avec Marlène et Denzel qui, bien loin des problèmes et des considérations des adultes, riaient comme des fous aux plaisanteries et aux histoires de la femme de Cid.
Ce dernier n’avait pas quitté Cloud des yeux de tout le repas et, si son beau regard céruléen avait pu tuer, le jeune homme serait mort dix fois - au bas mot.
Le pilote n’attendait qu’une occasion de le coincer entre quatre yeux mais Shera s’agrippait à lui comme une moule à son rocher. Pire : Gretta l’avait informé que « madame Highwind » avait « exigé » d’être logée dans « la chambre de son mari », ce qui avait fini de le mettre hors de lui.
- Toi, j’aurais deux mots à te dire demain, cracha-t-il agressivement à l’oreille de Cloud en quittant enfin la table.
- Demain, tu me remercieras de t’avoir ramené à la raison, rétorqua le garçon sur le même ton, achevant de lui mettre les nerfs en pelote.
Il allait répliquer mais sa femme le tira par le bras.
- Cid, sois gentil, tu parleras avec tes amis demain. Je suis vraiment fatiguée, tu sais. J’ai filé en catastrophe de Rocket Town et le voyage en hélico dans le mauvais temps et les orages n’a pas été une partie de plaisir.
Il céda à contrecoeur et suivit Shera jusqu’à sa chambre, mourrant d’envie de descendre au sous-sol pour voir comment allait Shalua et lui parler.
*
Yuffie referma la porte de sa chambre et se laissa tomber sur la montagne de vêtements qui encombrait son lit avec un soupir déchirant.
- Journée de merde…
Elle repassa en mémoire les évènements de l’après-midi puis de la soirée.
Trois heures à essayer des robes et des corsages en fantasmant sur Reno, tout ça pour un quart d’heure d’humiliation, suivi d’une séance de baby-sitting avec un Denzel affolé. Et voilà la femme de Cid qui débarque et le prend pour ainsi dire la main dans le sac avec sa maîtresse, Shalua qui est traînée plus bas que terre et, pour finir, un « dîner sandwich » au labo - très sympa, d’ailleurs. Le seul moment agréable de la soirée, en fait.
Cait leur avait récité une flopée de poèmes humoristiques absolument tordants, Reno avait fait le clown comme à son habitude, Loz et Yazoo s’étaient lancés dans une bataille rangée de surnoms ridicules qui les avaient tous fait hurler de rire et Shalua et Tifa avaient bien failli les achever définitivement en racontant leurs premiers flirts adolescents - ce qui, soit dit en passant, déculpabilisa définitivement la jeune femme de son expérience catastrophique avec Reno…
Oui, ce dîner improvisé avait été vraiment sympa… Et les avait tous beaucoup rapprochés.
C’était bizarre, même, à bien y repenser, un tel rapprochement de gens si différents ; d’anciens ennemis, qui plus est.
Elle se revit s’esclaffer à s’en tordre les tripes sur l’un des lits de l’infirmerie, à demi vautrée sur Kadaj et Shalua, aussi hilares qu’elle après un poème satirique de Cait. Et elle revit les autres, aussi… Tifa, juste à côté d’elle, assise sur les genoux de Loz. Yazoo en tailleur face à eux, sur le deuxième lit, la tête de Reno sur sa cuisse et Shelke accoudée sur les genoux repliés de ce dernier.
Oui, ils avaient beaucoup ri, espiègles et amicaux, à quelques pas du mythique Sephiroth au visage si serein, comme si leur soudaine complicité l’apaisait…
Dire qu’il y a quelques mois encore, ils se seraient tous battus à mort et auraient transformé le labo en zone sinistrée…
Non mais quelle connerie, la guerre ! Un allumé plus ambitieux que les autres, une entité extraterrestre en mal de puissance ou un groupe industriel avide de toujours plus d’argent et pfuiiiiiii ! Ca y est ! C’en était fini des plaisanteries et des amis que l’on aurait pu se faire ! Terminé, les gens merveilleux que l’on aurait pu apprendre à connaître, tout ça parce qu’ils se retrouvent cachés derrière la lame d’un sabre ou le canon d’une arme pointée sur vous !
Ouais… Une belle connerie.
Yuffie s’étira sur son lit, fit tomber la robe de daim qu’elle avait retiré un peu plus tôt et repensa à Reno.
Elle avait cru que la présence du turk la mettrait terriblement mal à l’aise, au début, mais il n’en fut rien. Reno fit comme s’il ne s’était absolument rien passé entre eux, ce dont elle lui fut vraiment reconnaissante.
En fait, la seule fausse note de cette soirée de franche camaraderie avait été l’absence parmi eux de Cid, toujours prêt à plaisanter, et de Vincent.
Quant à Cloud…
Yuffie grimaça.
Elle avait toujours considéré le « croupion de chocobo », comme elle l’appelait, comme une prise de tête mais là, il atteignait quand même des sommets !
Faire venir Shera au manoir… Non mais de quoi je me mêle ! Pauvre Cid… Et pauvre Shalua, surtout ! Elle n’osait imaginer comment elle aurait elle-même réagi si on l’avait humiliée de la sorte.
Bon allez, assez cogité ! Il était tard et grand temps de prendre une bonne douche avant de se coucher.
Elle se redressa sur son lit avec un bâillement et faillit hurler en reconnaissant la jeune femme qui se tenait debout au pied de son lit.
- Bonjour, Yuffie, la salua l’apparition opalescente avec un sourire aimable. Pardonne-moi, je ne voulais pas t’effrayer.
La jeune utaïenne sentit une sueur glacée lui couler dans le dos.
- A… Aerith ? bredouilla-t-elle.
*
Lorsque Cid entendit le robinet s’arrêter de couler dans la salle de bains, il se tourna sur le flanc et ferma les yeux, simulant un sommeil profond.
Il entendit Shera soupirer et fermer la porte avant d’éteindre la lumière et se glisser dans le lit, tout contre lui.
Elle se lova contre son dos nu et, sentant sa peau fraîche, il écarquilla les yeux dans le noir.
Que diable faisait-elle toute nue ?
La réponse lui vint avec la main qui s’aventura sur sa hanche et glissa en direction de son bas-ventre.
- Shera, qu’est-ce que tu fais ? demanda-t-il en lui immobilisant le poignet.
- Comment, ce que je fais ? murmura-t-elle à son oreille, séductrice. Je suis ta femme, non ?
- Et tu t’en souviens seulement maintenant ? persifla-t-il, acide.
- Pourquoi dis-tu ça ?
- Pourquoi ? Tu te fiches de moi ou quoi ? On a dû baiser trois ou quatre fois au maximum depuis qu’on est mariés !
Elle mordilla son épaule et il se dégagea.
- Arrête.
- Voilà autre chose ! D’habitude, c’est toujours toi, qui réclames du sexe !
- Au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, Shera, ça fait très longtemps que je ne réclame plus. Depuis notre nuit de noces, en fait, lui rappela-t-il. Si on peut appeler comme ça les dix minutes de singeries et de soupe à la grimace durant lesquelles tu as daigné écarter les cuisses ce jour-là…
Shera le lâcha et tendit la main pour récupérer la chemise de nuit quelle avait posée sur la table de chevet.
- Ouh là, là… Monsieur est dans un mauvais jour, ça va, j’ai compris. Dis-le simplement, Cid. Inutile d’être aussi déplaisant.
- Déplaisant ? Shera, c’est moi qui… Oh, et puis laisse tomber.
Elle enfila la chemise et se colla à nouveau contre lui.
- Quoi, Cid ?
- Rien. Laisse-moi dormir, j’ai du travail, demain.
Mais elle ne l’entendait pas de cette oreille.
- Cid, j’ai fait le voyage jusqu’ici parce qu’on m’a dit que tu te sentais seul et déprimé.
Le pilote serra les dents et se tourna sur le dos pour croiser les bras derrière sa nuque.
- Je ne me sens pas seul, Shera, et je ne suis pas déprimé le moins du monde. En fait, je suis très contrarié parce que j’ai du boulot par-dessus la tête et que la dernière chose dont j’ai besoin, c’est d’une femme dans mes pattes ! Pardon de te le dire aussi crûment mais Cloud a eu tort de te faire venir. C’était vraiment pas le moment !
Shera se redressa sur un coude et alluma la lampe de chevet, faisant jurer Cid, qui se couvrit les yeux de l’avant-bras.
- Bon, ça suffit ! Il se passe quelque chose et je veux savoir ce que c’est !
- Et tu vois ça à quoi ? Une boule de cristal ?
- « Pardon de te le dire aussi crûment » singea-t-elle. C’est quoi ce langage ? Depuis quand tu t’excuses pour quoi que ce soit auprès de moi ?
- O.K…. Eteins cette lampe, et laisse-moi dormir, bordel de merde ! gronda-t-il, agressif. C’est mieux, comme ça ? ajouta-t-il, narquois. Ca me ressemble plus ?
Elle obtempéra.
- Cid…
- Quoi encore ?
- Cette fille, cette manchote…
Le sang du pilote ne fit qu’un tour.
- Je t’interdis de l’appeler comme ça ! explosa-t-il, le coeur battant, en s’asseyant sur le lit.
Shera ralluma la lumière et le considéra avec stupeur. Elle l’avait rarement vu aussi en colère.
- Ouh là, là… D’accord, ne mords pas ! La « doctoresse », alors.
- Le docteur Rui, Shera, si ça ne t’écorche pas les amygdales.
- En parlant de mordre… Qui t’a mordu, toi ?
Cid fronça le sourcil.
- Hein ?
Sa femme posa le doigt sur son biceps. A la lumière de la lampe, on distinguait parfaitement les marques d’une petite mâchoire.
Marlène l’avait mordu lorsqu’il l’avait taquinée au sujet de Loz.
- Et ne me dis pas que c’est l’un des enfants qui a fait ça en jouant, Cid, ou je me mets à hurler.
Il faillit bredouiller que c’était pourtant bien le cas, qu’elle n’avait qu’à demander à Marlène, mais changea d’avis et rabattit les couvertures pour s’asseoir sur le bord du lit.
- Et si je te disais que c’est moi ? rétorqua-t-il, cassant.
Elle ricana.
- Tu t’es mordu toi-même ? Bah voyons !
- Ouais ! dit-il, excédé, en enfilant son pantalon. Je me suis mordu pour étouffer un cri de plaisir pendant qu’on me taillait la meilleure pipe que j’ai jamais eue ! Ca te va, ça, comme explication ?
Elle fit vibrer ses lèvres, goguenarde.
- Je ne te crois pas un instant…
- Alors pourquoi tu m’emmerdes ? hurla-t-il, à bout.
Son cri résonna dans la chambre et il se frotta le visage en réalisant qu’il avait peut-être réveillé la moitié de la maisonnée.
- Tu devrais le redire mais un petit chouia plus fort, le brocarda Shera. Je ne suis pas certaine que tu aies réussi à réveiller toutes les marmottes qui hibernent sur le mont Nibel.
Cid allait rétorquer crûment, comme il le faisait toujours en pareil cas, mais se ravisa et se força au contraire au plus grand calme.
- Pourquoi faut-il toujours que ça se termine de la même façon, Shera ?
- Comment ça « de la même façon » ?
- Par une engueulade !
- Mais parce que tu ne sais pas t’exprimer autrement, Cid, quelle question. Il y a belle lurette que j’en ai pris mon parti !
Il faillit en rire mais seulement « failli ».
« Tu te trompes, je n’ai jamais élevé la voix ni même été un peu vif avec Shalua. Jamais… » avait-il envie de répliquer.
- Shera, ce n’est plus possible, soupira-t-il en tournant en rond dans la chambre. Ca ne peut pas continuer comme ça…
- Hein ?
Il fit jouer ses mâchoires en serrant et desserrant les poings. Bon sang, ce qu’il aurait donné pour pouvoir tirer sur une cigarette…
- Je voulais attendre d’avoir fini ce que j’avais à faire ici avant de t’en parler, Shera, mais c’est impossible. Je n’en peux plus de faire semblant, j’en ai assez !
La jeune femme leva les yeux au ciel.
- Faire semblant de quoi, Cid ? Où veux-tu en venir, à la fin ?
Il croisa les bras et la regarda droit dans les yeux, son rythme cardiaque battant le tambour dans ses veines.
- Ce mariage était une erreur, Shera. Je n’aurais jamais dû m’embarquer là-dedans.
Elle écarquilla les yeux et s’assit en tailleur.
- Ah… Voilà autre chose.
- Je suis désolé. Je ne voulais pas te dire ça comme ça, ici, mais je ne veux plus faire comme si tout allait de soi.
Elle sourit et tapota les draps, près d’elle.
- Viens là et dis-moi ce que tu as sur le coeur une fois pour toutes.
Il s’assit à ses côtés, sur le bord du lit, et prit une profonde inspiration.
- Il faut arrêter les dégâts, Shera. Toi et moi, on n’arrivera jamais à rien.
La jeune femme pouffa et ouvrit la bouche pour rétorquer par une pique mais le regard que lui lança Cid à cet instant coinça la plaisanterie dans sa gorge.
- Et… ça veut dire quoi, ça ?
- Que je veux divorcer.
Shera en resta sans voix un long moment.
- Divorcer ? Rien que ça ?
- Je sais que c’est un peu brutal comme décision mais…
- Pas du tout, pourquoi ? railla-t-elle. Tout le monde fait ça, de nos jours. Une broutille !
Cid pinça les lèvres, essayant de ne pas sortir de ses gonds.
- C’est la seule solution raisonnable, Shera. Pour tous les deux.
- Raisonnable ? Tu trouves ? On a une dispute et hop ! Tiens, chéri, j’ai une idée : si on divorçait ? Je t’en prie, Cid, un peu de sérieux ! Réagis en adulte, pour une fois ! Un problème, ça se règle en discutant et en parlant, pas en…
- Non ! la coupa-t-il. Arrête de noyer le poisson ! J’en ai marre ! Il ne s’agit pas seulement d’aujourd’hui et tu le sais très bien. Plus de faux-fuyants. Plus de mensonges, Shera. Plus de dispute. Plus de discussion stérile. Un divorce. C’est tout ce que je veux. Un divorce en bonne et due forme.
Shera sentit son estomac se contracter et elle se mordit la lèvre, déstabilisée par la fougue et la gravité de son pilote de mari. Habituellement, il abandonnait rapidement la dispute, par ennui si ce n’était par agacement. Mais là…
Et c’était bien la première fois aussi qu’elle l’entendait parler de divorce.
Oui, cette fois, c’était un peu plus sérieux et elle décida donc de changer de stratégie.
Une larme roula sur sa joue et Cid détourna le regard, horriblement mal à l’aise.
Bon sang, s’il y avait une chose qu’il détestait, c’était bien de faire pleurer une femme !
- Divorcer… murmura-t-elle. As-tu seulement conscience de la portée de ce mot ?
- Oui… Et ce n’est pas une décision que je prends à la légère, crois-moi.
- Comment peux-tu vouloir effacer toutes ces années comme ça, en un clin d’oeil ? Nous avons vécu tant de choses, Cid ! Et je t’aime toujours… ajouta-t-elle dans un sanglot étouffé. Je n’ai jamais cessé de t’aimer, tu le sais.
Il hocha la tête.
- Je le sais, Shera. Et j’en suis vraiment très touché… mais pour s’aimer il faut être deux.
- Mais nous sommes deux !
- Non, Shera, poursuivit-il d’une voix posée. Les années dont tu parles n’ont été que des collaborations. Nous étions collègues, rien de plus.
- Non ! C’est faux.
- Tu as toujours été la seule à aimer, Shera.
- C’est toi qui m’as demandée en mariage !
- Non, Shera. J’ai voulu te faire plaisir en t’épousant, c’est très différent. Et j’ai eu tort.
Shera sentit qu’elle perdait pied et que Cid lui glissait entre les doigts.
Elle devait réagir. Réagir vite !
- Tu aurais pu me quitter cent fois, Cid, mais tu es toujours revenu ! Si tu n’éprouvais vraiment rien pour moi, tu…
- Tu t’es installée chez moi, Shera, lui rappela-t-il. Où voulais-tu que j’aille ? (Elle allait protester mais il lui prit le visage dans les mains pour la regarder droit dans les yeux) Fouille dans ta mémoire, Shera, aussi loin que tu te souviennes. T’ai-je jamais dit que je t’aimais ? T’ai-je seulement jamais laissé penser que ça pouvait être le cas ? Sois honnête. L’ai-je jamais fait ? Tu vois bien…
Elle secoua la tête et éclata d’un rire nerveux.
- Voyons, Cid, évidemment que tu ne l’as jamais dit ! (Elle l’enlaça et posa la tête sur son épaule) Un homme comme toi ne dirait jamais ce genre de choses à une femme, tu le sais.
Il se dégagea doucement.
- Tu te trompes, Shera, dit-il tristement. Je peux dire ce genre de choses à une femme. Et beaucoup d’autres, encore. Mais pas à toi. Pas parce que tu ne le mérite pas, loin de là. Mais parce que je ne les ressens pas.
Elle l’observa un long moment et réalisa qu’elle ne parviendrait pas à le raisonner. Pas tout de suite, du moins…
- D’accord, admettons, admit-t-elle d’une voix profondément lasse. Tu n’es pas heureux avec moi et tu veux divorcer. Très bien, Cid, je… je suis prête à écouter tes arguments mais… si on essayait de dormir un peu, maintenant, hein ?
- Quoi ? s’étrangla-t-il.
- Ecoute-toi, Cid, tu es à bout de nerfs, ça se voit. Tu ne sais plus vraiment ce que tu dis. Faisons un bon somme et nous reparlerons de tout ça à tête reposée demain matin, d’accord ? Après ça, si tu veux toujours divorcer, nous…
- Bordel de merde, j’y crois pas ! jura-t-il en se prenant la tête dans les mains.
- Cid, les avocats ne vont pas se volatiliser d’ici demain matin !
- Voilà, ça y est, soupira-t-il. C’est reparti…
- Quoi donc ?
- Ca ! cria-t-il. Ce que tu es en train de faire ! Nier la réalité ! Distordre la vérité à ta convenance. Putain de merde ! Je ne t’aime pas, Shera ! Dans quelle langue dois-je te le dire ? Complicité zéro ! On partage que dalle. On ne se comprend pas. On ne parle pas. On ne baise même pas, bordel !
Elle croisa les bras sur sa poitrine, ironique.
- Rappelle-moi qui vient de repousser mes avances, Cid ? Qui part de la maison pendant des jours, pour aller rejoindre ses amis et se battre comme un chien des rues avec je ne sais quelles créatures bizarres ? Qui refuse de me parler de ce qu’il fait ? Qui m’a demandé de ficher le camp il y a un instant pour terminer tranquillement son travail ? Qui ? Et tu viens me dire à moi qu’on ne partage rien ? A qui la faute, Cid ? Qui doit faire des efforts, ici ?
Cid éclata de rire. Un rire triste et abattu.
- Ca y est ! Tu recommences ! Tu présentes les choses comme ça t’arrange ! Tu retournes tout à ton avantage en essayant de me faire culpabiliser… Une fois de plus.
- Ne te cherche pas d’excuse, Cid. Sois honnête, pour une fois !
Il ricana et agita l’index devant son nez.
- Stop !
- Tu sais que j’ai raison, Cid ! Mais je ne t’en veux pas. Je t’aime. Je donnerai ma vie avec joie, pour toi et pour te permettre de réaliser tes rêves ! Je te l’ai prouvé, non ? Tu as déjà oublié ?
- Ne remets pas ça sur le tapis pour essayer de m’amadouer parce que, cette fois, je ne me laisserai pas avoir, Shera !
Il enfila un t-shirt bleu par-dessus son pantalon de toile et elle se raidit.
- Où compte-tu aller ?
Cid enfila ses bottes et les laça.
- N’importe où dès l’instant où tu n’y es pas pour me pourrir la vie !
- Ce n’est pas une réponse !
- Il faudra pourtant t’en contenter !
Il sortit en claquant la porte et Shera serra les poings, folle de rage.
…à suivre
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