X - La proie pour l’ombre
“Le méchant remue le couteau dans la plaie ;
la brute y plante en plus la fourchette !”
Anonyme
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Rédaction : Shiva Rajah
Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)
Illustration : Studio Gothika
Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !
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Journal de Rufus Shinra
Ne pouvant me résoudre à me rendormir, je suis allé dans la bibliothèque chercher des réponses à mes questions. J’ai fouillé dans ces livres où mon père a fait coucher par écrit toute l’histoire de ma famille.
Comme c’est ironique ! Lorsque j’étais enfant, je faisais tout pour échapper aux radotages de ces vieillards, qui me faisaient piquer du nez, et, à présent, j’ai recours à ces mêmes chroniques pour fuir ces cauchemars.
Il y a là des centaines de pages noircies d’écriture serrée, racontant des siècles de guerres, d’alliances et de tragédies. Je suis l’héritier de cette histoire et je dois protéger mon empire des maléfices et des mauvaises influences.
Je ne faillirai pas une seconde fois.
Je commencerai par écarter Sephiroth, puis je trouverai le moyen d’apaiser les dieux et la créature maudite qui nous pourchasse.
D’après ce récit, c’est bien un Démon qui gisait dans ce temple. Ce monstre, cet esprit errant de la nuit, avait l’apparence d’une panthère noire, mais d’après les légendes, il semblerait que ces créatures peuvent prendre n’importe quelle forme.
Si c’est une telle chose que nous avons réveillée, que les Dieux aient pitié de nous. Ces démons sont avides de sang et ne cherchent qu’à assouvir leur soif.
Il est dit que celui-là, au terme d’un combat acharné, réussit à terrasser le fondateur de notre lignée.
A l’époque, le Démon-panthère avait causé des dégâts dans plusieurs temples de la région. Le fils aîné du fondateur, mon aïeul, avait donc organisé une battue avec l’aide des villageois de la région. Pendant plus d’un mois, ils ont traqué la bête en vain. Elle apparaissait à la nuit tombée, tuait puis disparaissait dans les ténèbres jusqu’à son prochain forfait.
Ils l’ont finalement débusquée, acculée dans le plus ancien de nos sanctuaires, le temple de Gongaga, et mon ancêtre l’a achevée lui-même. Il a insisté pour que sa dépouille soit aussitôt scellée dans ce temple, construit par son propre père pour remercier les dieux de sa fortune. Un prêtre a ensuite apposé des sceaux, les portes du temple furent condamnées et l’accès fut bouché par des blocs de pierre.
Je me demande si ce n’est pas à dessein qu’ils ont minimisé les commémorations de ces événements. Peut-être mon aïeul se sentait-il coupable d’avoir mis tant de temps à arrêter le Démon.
Il y a plusieurs autres détails insolites, aussi. Je peux comprendre que mon ancêtre ait voulu mettre autant de protections que possible entre lui et le Démon, même mort, mais pourquoi ne pas plutôt incinérer le cadavre de la bête ?
L’emplacement choisi pour le temple est le plus curieux, cependant. Je pensais qu’il avait été creusé dans la roche spécialement pour y emprisonner les pouvoirs maléfiques d’un démon, mais d’après les textes c’est la première victime du monstre qui en a décidé la construction, et ce bien avant l’apparition de l’esprit.
Dans ces conditions je ne m’explique pas son étrange situation. Mes ancêtres n’avaient pas pour coutume de creuser des habitats troglodytes.
Il faut que j’en sache plus sur ce qui s’est passé, mais si même les chroniques de ma propre bibliothèque ne peuvent me répondre… j’ignore qui le pourra.
Peut-être en existe-t-il une copie plus complète ailleurs. Au musée cetra de Midgar, peut-être ?
J’ai tellement à faire et si peu de temps…
*
La première chose qui me frappa fut la foule.
De l’orée de la forêt qui longeait la rivière jusqu’au bord de cette dernière, les berges étaient noires de monde. Des centaines de personnes lavaient leur linge, faisaient boire les bêtes, pêchaient ou se baignaient.
Je n’osais même pas imaginer le nombre de saloperies que devait charrier le cours d’eau !
- Attendez ici, Monsieur, je vais chercher le saint homme, proposa aimablement Zack.
Je m’assis donc sur l’une des marches de pierre grossièrement taillées qui descendaient jusque dans l’eau et attendis patiemment tandis que le poulain d’Angeal se faufilait au milieu de la foule.
Mes longs - trop longs ? - cheveux argentés et ma haute taille attirèrent immédiatement l’attention et j’entendis des murmures et des rires s’élever dans les groupes de femmes vêtues de robes humides.
A mon grand étonnement, je me sentis rougir. Je baissai la tête et, chose qui ne m’était jamais arrivée jusque là, fis même des vœux pour qu’aucune d’entre elles ne m’approche ou ne m’adresse la parole.
Le moment passé avec Angeal dans le 4×4 m’avait-il vacciné à vie contre la gent féminine ?
Par contre, je laissai mon regard courir avec plaisir sur les corps masculins dégoulinants d’eau. La plupart des Gongagiens étaient minces et avaient des muscles secs et bien dessinés. Je me pris à imaginer à quel point leur peau devait être douce et parfumée lorsque Zack me toucha l’épaule, me faisant tressaillir.
- Le saint homme vous invite à le rejoindre dans la forêt sacrée, Monsieur.
Le cœur battant, je me levai et le suivis à travers la foule, ne pouvant faire autrement que de frôler les corps à demis nus.
Il m’entraîna à quelques cinquante mètres à l’intérieur des bois, où s’élevait un petit temple peint de couleurs vives. Là, à l’ombre d’un grand arbre aux branches ressemblant à des lianes et aux larges feuilles d’un vert tendre, se tenait l’ermite, assis en tailleur à même le sol. Il était entouré de plusieurs hommes et de deux femmes d’un certain âge qui l’écoutaient avec respect.
Dans ce curieux décor, il me parut soudain palpiter d’une étrange aura de sainteté, comme si une lumière invisible irradiait de sa personne.
Je mis cela sur le compte de mon appréhension et de l’angoisse que j’avais connue les nuits précédentes. Sans doute désirais-je voir en lui un être possédant quelque pouvoir susceptible de me délivrer du cauchemar éveillé qu’était devenue ma vie.
Zack s’inclina devant lui et lui tendit de la nourriture enveloppée dans un linge. Le saint homme hocha la tête en signe de remerciement et posa le paquet à ses pieds tout en me faisant signe d’approcher et de m’asseoir.
Les gens qui l’entouraient s’inclinèrent et s’esquivèrent discrètement.
Lorsque je le vis Zack se préparer à tourner les talons, je paniquai un peu.
- Tu ne restes pas ? demandai-je. Comment vais-je comprendre ce qu’il va me dire ?
- Il a demandé à rester seul avec vous, Monsieur, répondit le garçon. Vous comprendrez ce qu’il a à vous dire, ne vous en faites pas.
Malgré mon regard suppliant, il s’éloigna.
Comment allais-je parler à ce singe crayeux ? Je ne connaissais pas un seul mot de son étrange dialecte gongagien !
Je me tournai vers son visage impassible et mon estomac se contracta. Dans quoi m’étais-je donc encore embarqué ?
- Euh… Vous… Je ne… Euh… Zack did you explain my problem ? demandai-je en articulant exagérément.
Son expression ne se modifia pas.
- Do you understand what i say ? No ? Wutaïgo o hanashimasu ka ? Sprechen zi Nibelian ? Habla Coreliano ?
Il me fixa sans rien dire et je secouai la tête.
- Vous ne comprenez pas un mot de ce que je vous dis, hein ? Mais qu’est-ce que je suis venu faire ici, moi… maugréai-je en me passant la main sur le visage.
Je le regardai entre mes doigts. Il ne clignait même pas des paupières.
Je perdais mon temps et me maudis d’avoir nourri l’idée saugrenue que ce type pouvait m’aider en quoi que ce soit.
- Ecoutez, je suis désolé de vous avoir dérangé dans votre méditation ou je ne sais pas quoi, O.K. ? m’excusai-je en me levant. Continuez votre karma ou ce que vous voudrez, je vais me dépatouiller tout seul comme un grand. Restez tranquillement assis pendant qu’un fauve me colle aux basques et croque la moitié de la population de la région, surtout, ajoutai-je amèrement.
J’essuyai la poussière de mon pantalon et ajustai ma casquette.
- Vous êtes un ignorant. Oui. Nerveux et ignorant. Une bonne victime pour le Démon.
Je me figeai et baissai les yeux vers l’ermite pour m’assurer que c’était bien lui qui avait prononcé ces mots et que mes oreilles ne me jouaient pas de vilains tours.
Il affichait à présent une expression amusée.
- Vous me comprenez ? Vous… Vous avez toujours compris ce que je disais ? réalisai-je.
Il esquissa un sourire et je me sentis blêmir.
Combien de fois l’avais-je traité de “ macaque ” ou de ” primate crasseux ” sur le chantier ? Je devais avoir bonne mine tiens !
- Je comprends surtout que vous avez peur, répondit-il. Et vous avez raison, d’avoir peur.
Je me rassis lourdement en face de lui, la gorge soudain sèche.
- Que m’arrive-t-il, vieil homme ? Pourquoi moi ? Y avait-il réellement un démon, dans ce temple ?
Il secoua la tête.
- Si vous aviez creusé encore un peu, vous auriez vu le squelette du Démon. Du démon mort il y a longtemps, je veux dire.
J’essayai de comprendre ce qu’il voulait dire.
- Le démon mort ? S’il est mort, qu’est-ce qui me poursuit dans ce cas ?
- Un Démon.
Je secouai la tête.
- Mais vous venez de me dire qu’il était mort depuis longtemps !
- Oui. Celui du temple est mort longtemps.
- Vous voulez dire qu’il y en avait deux enfermés là-dedans ?
- Non.
Je soupirai. Je n’étais vraiment pas d’humeur pour jouer aux devinettes ésotériques.
- Pourquoi ce démon m’en veut-il à ce point ?
- Vengeance ? Jalousie ? Qui peut savoir ? Peut-être avez-vous éveillé quelque chose en lui. Sa part la plus sombre. Un vieux souvenir.
- Moi ? Mais ça n’a aucun sens. Je n’ai pas pour habitude de fréquenter les démons !
- Dans cette existence, non. Mais combien en avez-vous vécu ? Qui saurait dire ?
- Une vie avant la vie ?
Ca y est ! J’y étais. Cette fameuse croyance en la réincarnation avec un passage dans la rivière de la vie.
- Vous voulez dire que cette chose se vengerait de moi pour quelque chose que je lui aurais fait dans une vie antérieure ? essayai-je de demander sans éclater de rire.
- Oui.
- Et que suis-je supposé faire ? Une offrande ou un machin comme ça ?
Ses yeux devinrent deux fentes brillantes et son expression grave m’enleva soudain toute envie de rire.
- Savez-vous ce qu’est un métamorphe ?
- Une sorte de démon capable de se changer de forme ?
Il croisa les bras et inspira profondément.
- C’est une créature maudite. A la fois homme et fauve. Un être magique et puissant.
- Homme et fauve ?
- Oui.
Je levai un sourcil. Mais qu’est-ce que c’était encore que ces salades ?
D’abord des démons et maintenant des ” matous-garous “. J’étais dans de beaux draps tiens. Garou ou non, il fallait que je me débarrasse de cette chose.
- Comment peut-on le détruire ? demandai-je. Il doit bien y avoir un moyen ?
Il se pencha en avant.
- Oui. Mais c’est très difficile. Vous dev…
Il s’arrêta soudain de parler et renifla l’air.
- Quoi ? m’enquis-je avec inquiétude. Qu’y a-t-il ?
Il leva la main pour m’imposer le silence et sembla écouter. Mon cœur battit à une vitesse affolante. Le fauve m’avait-il retrouvé ?
J’entendis des brindilles craquer derrière moi et me redressai d’un bond, prêt au combat.
- Que faites-vous ici ? gronda Rufus Shinra.
S’il y avait quelqu’un que je ne m’attendais pas à voir en ce lieu, c’était bien lui !
Il ne portait qu’un pantalon de toile blanche dont la ceinture lâche lui retombait un peu trop bas sur les hanches et était pieds nus dans la poussière, en signe de modestie et de respect.
Si je l’avais trouvé beau dans son kimono hors de prix, ainsi débraillé et torse-nu, il me laissa sans voix. Ce type était une véritable gravure de mode.
- Comment osez-vous souiller ces lieux de votre présence ? persifla-t-il.
Son visage était tellement crispé et sa veine battait si fort contre sa tempe que je le crus au bord de la crise d’apoplexie.
- Je… Commençai-je la gorge nouée, incapable de détacher mes yeux de son corps de rêve. J’étais venu consulter le saint homme sur les événements qui…
- Partez ! s’écria-t-il. Des êtres tels que vous n’ont rien à faire ici !
J’allais répliquer vertement lorsque l’ermite gesticula en braillant dans notre direction.
- Voilà ! Vous êtes fier de vous j’espère ? hurla encore son altesse sérénissime à mes oreilles.
Il me poussa brutalement et je le regardai, ébahi, s’agenouiller devant le saint homme, s’aplatir dans la poussière et lui parler d’une voix suppliante.
Jamais je ne l’aurais cru capable d’un tel geste de soumission.
A ma grande surprise, l’ermite entra dans une colère folle et lui cracha à la face.
Un tel comportement de la part du saint homme me stupéfia. Jamais, même lorsque je l’avais traité de primate crayeux sur le chantier, il n’avait montré le moindre signe d’agressivité.
Rufus se redressa d’un bond et lui parla en lui jetant des regards suppliants tout en s’essuyant le visage.
Je ne savais plus comment réagir. Tout ce que je saisissais des paroles de sa majesté des réacteurs étaient des expressions comme “aidez-moi” et “ayez pitié“, qui revenaient sans cesse.
Mais que se passait-il donc ?
Rufus essaya à nouveau de ramper vers le saint homme mais ce dernier se saisit d’une poignée de poussière qu’il lui jeta à la figure, le faisant se redresser en gémissant de douleur.
L’ermite, lui, gesticulait et criait, attirant les curieux.
Je crus saisir le mot “impur” au milieu d’un flot d’injures et me décidai enfin à intervenir.
- Mais qu’est-ce qui vous prend ? m’écriai-je en me penchant sur Rufus. Vous voulez le rendre aveugle ou quoi ?
Ce dernier me repoussa, presque aussi hystérique que le saint homme et, les yeux larmoyants à cause de la poussière, voulut encore lui embrasser les pieds en signe de respect.
La réaction ne se fit pas attendre.
Le vieil homme s’écarta, ramassa une pierre et, avant que je puisse faire quoi que ce soit, la jeta en direction de Rufus, qui la reçut en pleine poitrine.
Il retomba en arrière avec un cri et l’ermite en saisit une seconde.
Sans plus réfléchir, je me jetai sur son altesse sérénissime pour le relever en dépit de ses efforts pour me repousser.
La seconde pierre le toucha au front, lui faisant une profonde entaille et flaf ! Il me tomba dans les bras, complètement sonné.
Si je ne le sortais pas de là, ce dingue allait le tuer - sans compter que la foule se resserrait dangereusement autour de nous.
Rufus Shinra était un homme imbuvable et son comportement avait certes dû lui valoir nombre d’anicroches et de ressentiment mais de là à le lapider en place publique, il y avait quand même un monde !
Je le hissai donc sur mon épaule et m’enfonçai dans forêt en bousculant quelques badauds curieux attirés par le scandale, poursuivi par les imprécations du vieux sage.
Je marchai pendant ce qui me sembla être une bonne dizaine de minutes et m’arrêtai, à bout de souffle. J’ai beau être costaud, Rufus n’était pas un poids plume et je suais comme un chocobo après une course.
Je me trouvais dans une minuscule clairière bordée d’arbres immenses et je ne savais absolument pas où j’étais.
La gorge sèche et brûlante à force de courir, je posai délicatement Rufus sur le sol couvert de mousse et appuyai sa tête sur mes genoux. Son visage était barbouillé de sang. Mais qu’est-ce qui avait pu passer par la tête de ce vieux fou ?
Je me forçai à respirer calmement pour ralentir mon rythme cardiaque et retirai mon t-shirt pour lui éponger le visage.
Je m’aperçus alors que mes mains tremblaient et que j’avais le plus grand mal à les empêcher de s’égarer sur le torse glabre.
J’étais seul, paumé en pleine forêt et presque à poil avec, sur les genoux, l’un des hommes les plus séduisants qu’il m’avait été donné de rencontrer.
En dépit de la situation plus qu’incertaine, je ne pouvais que remercier tous les dieux bizarres de Gongaga d’une telle aubaine.
La coupure de son front saignait beaucoup et ses cheveux étaient encore mouillés. Ses paupières frémissaient à peine et ses lèvres entrouvertes semblaient me narguer.
- Autant en profiter avant qu’il ne se réveille… me dis-je avec un sourire en coin à l’idée de ce que j’allais faire.
Je me penchai par dessus son visage et posai délicatement mes lèvres sur les siennes.
Elles étaient fraîches et douces…
Je glissai le bout le ma langue entre elles, cherchai la sienne mais il poussa une petite plainte et je me redressai vivement.
Mais qu’est-ce que j’étais en train de faire ? Profiter qu’un mec tombe dans les pommes pour lui rouler une pelle ! J’étais tombé bien bas.
Je lui tapotai les joues et il finit par ouvrir les yeux.
En me voyant, il cligna des paupières à plusieurs reprises et s’écarta comme s’il avait été mordu par un serpent.
- Qu’est-ce que vous faites là ? s’écria-t-il en m’assassinant du regard.
- Vous pourriez au moins dire “merci”, notai-je en grimaçant.
Il porta la main à son front et la retira poisseuse de sang. Je lui tendis mon t-shirt, qui en était imprégné.
- Navré, je n’ai pas de mouchoir en dentelle sous la main, m’excusai-je, sarcastique.
Il hésita et le sang lui coula sur l’œil gauche.
- Si vous préférez, je peux vous donner le bas mais, je vous préviens, je ne porte rien dessous.
Il blêmit et se détourna à façon d’une jeune fille que l’on aurait abordé de façon trop grivoise.
- Allez, ne soyez pas idiot ! Prenez ça et pressez-le sur votre front.
Avec un grognement, il m’arracha mon t-shirt des mains et essuya le sang de son visage.
- Pourquoi le saint homme a-t-il eu une telle réaction en vous voyant ? demandai-je.
Sa majesté des réacteurs me jeta un regard noir et je vis ses lèvres se mettre à trembler.
- Cela ne vous regarde pas, cracha-t-il.
Je soupirai.
- Il était pourtant parfaitement calme avec moi, fis-je. Il vous a appelé “impur”,non ? Je pensais pourtant que vous…
- J’ai dit que cela ne vous regardait pas ! s’écria-t-il.
Si ses yeux avaient été des gunblades, je crois que je serai mort vingt fois. Ce type était quand même gonflé !
- Eh ! Je vous ai sauvé la vie, je vous signale ! J’estime que j’ai droit à quelques explications !
- Ici, vous n’avez droit à rien, persifla-t-il en se levant.
Cette fois c’en était trop. Je me levai et le saisis par le bras pour l’obliger à se retourner.
- Minute, papillon ! Je commence à en avoir ras le bol de toutes vos salades mystiques !
Je sentais que j’étais prêt à le frapper s’il ne me donnait pas d’explication cohérente.
- Lâchez-moi ! Je vous interdit de me toucher !
Je resserai mon étreinte et il grimaça.
- Ecoutez bien, votre gracieuse Majesté de mes fesses ! Je sais que vous aviez dans l’idée de supplier papa pour me faire virer et je vous ai pourtant sauvé la peau. Alors, maintenant, de deux choses l’une : ou vous m’expliquez ce qui se passe, ou je vous arrache le bras. Choisissez ! Pourquoi l’ermite a-t-il eu cette réaction ? Qu’est-ce que vous lui avez fait ?
Rufus serra les dents et me jeta un regard glacial.
- Ne posez pas vos sales pattes sur moi ! fit-il entre ses dents. Qui sait quelle partie du corps de vos semblables elles ont touché !
Je blêmis.
C’était donc bien ça qui le gênait tellement chez moi… Ce sombre abruti était homophobe !
J’avais eu bien souvent affaire à ce type de dingues et j’étais blindé depuis belle lurette mais, dans le cas présent, cela me fit particulièrement mal. Je sentis mon estomac se tordre et ma gorge se nouer.
- Très bien… Comme vous voudrez. Retournez donc voir ce singe crayeux et faites en sorte que leurs cailloux ne vous ratent pas cette fois. Ca rendra service à tout le monde !
Je le repoussai brutalement et il tomba sur le sol comme un sac de ciment avec un gémissement rauque…
…à suivre
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