Posts Tagged ‘rufus’

X - La proie pour l’ombre

“Le méchant remue le couteau dans la plaie ;

la brute y plante en plus la fourchette !”

Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Journal de Rufus Shinra

Ne pouvant me résoudre à me rendormir, je suis allé dans la bibliothèque chercher des réponses à mes questions. J’ai fouillé dans ces livres où mon père a fait coucher par écrit toute l’histoire de ma famille.

Comme c’est ironique ! Lorsque j’étais enfant, je faisais tout pour échapper aux radotages de ces vieillards, qui me faisaient piquer du nez, et, à présent, j’ai recours à ces mêmes chroniques pour fuir ces cauchemars.

Il y a là des centaines de pages noircies d’écriture serrée, racontant des siècles de guerres, d’alliances et de tragédies. Je suis l’héritier de cette histoire et je dois protéger mon empire des maléfices et des mauvaises influences.

Je ne faillirai pas une seconde fois.

Je commencerai par écarter Sephiroth, puis je trouverai le moyen d’apaiser les dieux et la créature maudite qui nous pourchasse.

D’après ce récit, c’est bien un Démon qui gisait dans ce temple. Ce monstre, cet esprit errant de la nuit, avait l’apparence d’une panthère noire, mais d’après les légendes, il semblerait que ces créatures peuvent prendre n’importe quelle forme.

Si c’est une telle chose que nous avons réveillée, que les Dieux aient pitié de nous. Ces démons sont avides de sang et ne cherchent qu’à assouvir leur soif.

Il est dit que celui-là, au terme d’un combat acharné, réussit à terrasser le fondateur de notre lignée.

A l’époque, le Démon-panthère avait causé des dégâts dans plusieurs temples de la région. Le fils aîné du fondateur, mon aïeul, avait donc organisé une battue avec l’aide des villageois de la région. Pendant plus d’un mois, ils ont traqué la bête en vain. Elle apparaissait à la nuit tombée, tuait puis disparaissait dans les ténèbres jusqu’à son prochain forfait.

Ils l’ont finalement débusquée, acculée dans le plus ancien de nos sanctuaires, le temple de Gongaga, et mon ancêtre l’a achevée lui-même. Il a insisté pour que sa dépouille soit aussitôt scellée dans ce temple, construit par son propre père pour remercier les dieux de sa fortune. Un prêtre a ensuite apposé des sceaux, les portes du temple furent condamnées et l’accès fut bouché par des blocs de pierre.

Je me demande si ce n’est pas à dessein qu’ils ont minimisé les commémorations de ces événements. Peut-être mon aïeul se sentait-il coupable d’avoir mis tant de temps à arrêter le Démon.

Il y a plusieurs autres détails insolites, aussi. Je peux comprendre que mon ancêtre ait voulu mettre autant de protections que possible entre lui et le Démon, même mort, mais pourquoi ne pas plutôt incinérer le cadavre de la bête ?

L’emplacement choisi pour le temple est le plus curieux, cependant. Je pensais qu’il avait été creusé dans la roche spécialement pour y emprisonner les pouvoirs maléfiques d’un démon, mais d’après les textes c’est la première victime du monstre qui en a décidé la construction, et ce bien avant l’apparition de l’esprit.

Dans ces conditions je ne m’explique pas son étrange situation. Mes ancêtres n’avaient pas pour coutume de creuser des habitats troglodytes.

Il faut que j’en sache plus sur ce qui s’est passé, mais si même les chroniques de ma propre bibliothèque ne peuvent me répondre… j’ignore qui le pourra.

Peut-être en existe-t-il une copie plus complète ailleurs. Au musée cetra de Midgar, peut-être ?

J’ai tellement à faire et si peu de temps…

*

La première chose qui me frappa fut la foule.

De l’orée de la forêt qui longeait la rivière jusqu’au bord de cette dernière, les berges étaient noires de monde. Des centaines de personnes lavaient leur linge, faisaient boire les bêtes, pêchaient ou se baignaient.

Je n’osais même pas imaginer le nombre de saloperies que devait charrier le cours d’eau !

- Attendez ici, Monsieur, je vais chercher le saint homme, proposa aimablement Zack.

Je m’assis donc sur l’une des marches de pierre grossièrement taillées qui descendaient jusque dans l’eau et attendis patiemment tandis que le poulain d’Angeal se faufilait au milieu de la foule.

Mes longs - trop longs ? - cheveux argentés et ma haute taille attirèrent immédiatement l’attention et j’entendis des murmures et des rires s’élever dans les groupes de femmes vêtues de robes humides.

A mon grand étonnement, je me sentis rougir. Je baissai la tête et, chose qui ne m’était jamais arrivée jusque là, fis même des vœux pour qu’aucune d’entre elles ne m’approche ou ne m’adresse la parole.

Le moment passé avec Angeal dans le 4×4 m’avait-il vacciné à vie contre la gent féminine ?

Par contre, je laissai mon regard courir avec plaisir sur les corps masculins dégoulinants d’eau. La plupart des Gongagiens étaient minces et avaient des muscles secs et bien dessinés. Je me pris à imaginer à quel point leur peau devait être douce et parfumée lorsque Zack me toucha l’épaule, me faisant tressaillir.

- Le saint homme vous invite à le rejoindre dans la forêt sacrée, Monsieur.

Le cœur battant, je me levai et le suivis à travers la foule, ne pouvant faire autrement que de frôler les corps à demis nus.

Il m’entraîna à quelques cinquante mètres à l’intérieur des bois, où s’élevait un petit temple peint de couleurs vives. Là, à l’ombre d’un grand arbre aux branches ressemblant à des lianes et aux larges feuilles d’un vert tendre, se tenait l’ermite, assis en tailleur à même le sol. Il était entouré de plusieurs hommes et de deux femmes d’un certain âge qui l’écoutaient avec respect.

Dans ce curieux décor, il me parut soudain palpiter d’une étrange aura de sainteté, comme si une lumière invisible irradiait de sa personne.

Je mis cela sur le compte de mon appréhension et de l’angoisse que j’avais connue les nuits précédentes. Sans doute désirais-je voir en lui un être possédant quelque pouvoir susceptible de me délivrer du cauchemar éveillé qu’était devenue ma vie.

Zack s’inclina devant lui et lui tendit de la nourriture enveloppée dans un linge. Le saint homme hocha la tête en signe de remerciement et posa le paquet à ses pieds tout en me faisant signe d’approcher et de m’asseoir.

Les gens qui l’entouraient s’inclinèrent et s’esquivèrent discrètement.

Lorsque je le vis Zack se préparer à tourner les talons, je paniquai un peu.

- Tu ne restes pas ? demandai-je. Comment vais-je comprendre ce qu’il va me dire ?

- Il a demandé à rester seul avec vous, Monsieur, répondit le garçon. Vous comprendrez ce qu’il a à vous dire, ne vous en faites pas.

Malgré mon regard suppliant, il s’éloigna.

Comment allais-je parler à ce singe crayeux ? Je ne connaissais pas un seul mot de son étrange dialecte gongagien !

Je me tournai vers son visage impassible et mon estomac se contracta. Dans quoi m’étais-je donc encore embarqué ?

- Euh… Vous… Je ne… Euh… Zack did you explain my problem ? demandai-je en articulant exagérément.

Son expression ne se modifia pas.

- Do you understand what i say ? No ? Wutaïgo o hanashimasu ka ? Sprechen zi Nibelian ? Habla Coreliano ?

Il me fixa sans rien dire et je secouai la tête.

- Vous ne comprenez pas un mot de ce que je vous dis, hein ? Mais qu’est-ce que je suis venu faire ici, moi… maugréai-je en me passant la main sur le visage.

Je le regardai entre mes doigts. Il ne clignait même pas des paupières.

Je perdais mon temps et me maudis d’avoir nourri l’idée saugrenue que ce type pouvait m’aider en quoi que ce soit.

- Ecoutez, je suis désolé de vous avoir dérangé dans votre méditation ou je ne sais pas quoi, O.K. ? m’excusai-je en me levant. Continuez votre karma ou ce que vous voudrez, je vais me dépatouiller tout seul comme un grand. Restez tranquillement assis pendant qu’un fauve me colle aux basques et croque la moitié de la population de la région, surtout, ajoutai-je amèrement.

J’essuyai la poussière de mon pantalon et ajustai ma casquette.

- Vous êtes un ignorant. Oui. Nerveux et ignorant. Une bonne victime pour le Démon.

Je me figeai et baissai les yeux vers l’ermite pour m’assurer que c’était bien lui qui avait prononcé ces mots et que mes oreilles ne me jouaient pas de vilains tours.

Il affichait à présent une expression amusée.

- Vous me comprenez ? Vous… Vous avez toujours compris ce que je disais ? réalisai-je.

Il esquissa un sourire et je me sentis blêmir.

Combien de fois l’avais-je traité de “ macaque ” ou de ” primate crasseux ” sur le chantier ? Je devais avoir bonne mine tiens !

- Je comprends surtout que vous avez peur, répondit-il. Et vous avez raison, d’avoir peur.

Je me rassis lourdement en face de lui, la gorge soudain sèche.

- Que m’arrive-t-il, vieil homme ? Pourquoi moi ? Y avait-il réellement un démon, dans ce temple ?

Il secoua la tête.

- Si vous aviez creusé encore un peu, vous auriez vu le squelette du Démon. Du démon mort il y a longtemps, je veux dire.

J’essayai de comprendre ce qu’il voulait dire.

- Le démon mort ? S’il est mort, qu’est-ce qui me poursuit dans ce cas ?

- Un Démon.

Je secouai la tête.

- Mais vous venez de me dire qu’il était mort depuis longtemps !

- Oui. Celui du temple est mort longtemps.

- Vous voulez dire qu’il y en avait deux enfermés là-dedans ?

- Non.

Je soupirai. Je n’étais vraiment pas d’humeur pour jouer aux devinettes ésotériques.

- Pourquoi ce démon m’en veut-il à ce point ?

- Vengeance ? Jalousie ? Qui peut savoir ? Peut-être avez-vous éveillé quelque chose en lui. Sa part la plus sombre. Un vieux souvenir.

- Moi ? Mais ça n’a aucun sens. Je n’ai pas pour habitude de fréquenter les démons !

- Dans cette existence, non. Mais combien en avez-vous vécu ? Qui saurait dire ?

- Une vie avant la vie ?

Ca y est ! J’y étais. Cette fameuse croyance en la réincarnation avec un passage dans la rivière de la vie.

- Vous voulez dire que cette chose se vengerait de moi pour quelque chose que je lui aurais fait dans une vie antérieure ? essayai-je de demander sans éclater de rire.

- Oui.

- Et que suis-je supposé faire ? Une offrande ou un machin comme ça ?

Ses yeux devinrent deux fentes brillantes et son expression grave m’enleva soudain toute envie de rire.

- Savez-vous ce qu’est un métamorphe ?

- Une sorte de démon capable de se changer de forme ?

Il croisa les bras et inspira profondément.

- C’est une créature maudite. A la fois homme et fauve. Un être magique et puissant.

- Homme et fauve ?

- Oui.

Je levai un sourcil. Mais qu’est-ce que c’était encore que ces salades ?

D’abord des démons et maintenant des ” matous-garous “. J’étais dans de beaux draps tiens. Garou ou non, il fallait que je me débarrasse de cette chose.

- Comment peut-on le détruire ? demandai-je. Il doit bien y avoir un moyen ?

Il se pencha en avant.

- Oui. Mais c’est très difficile. Vous dev…

Il s’arrêta soudain de parler et renifla l’air.

- Quoi ? m’enquis-je avec inquiétude. Qu’y a-t-il ?

Il leva la main pour m’imposer le silence et sembla écouter. Mon cœur battit à une vitesse affolante. Le fauve m’avait-il retrouvé ?

J’entendis des brindilles craquer derrière moi et me redressai d’un bond, prêt au combat.

- Que faites-vous ici ? gronda Rufus Shinra.

S’il y avait quelqu’un que je ne m’attendais pas à voir en ce lieu, c’était bien lui !

Il ne portait qu’un pantalon de toile blanche dont la ceinture lâche lui retombait un peu trop bas sur les hanches et était pieds nus dans la poussière, en signe de modestie et de respect.

Si je l’avais trouvé beau dans son kimono hors de prix, ainsi débraillé et torse-nu, il me laissa sans voix. Ce type était une véritable gravure de mode.

- Comment osez-vous souiller ces lieux de votre présence ? persifla-t-il.

Son visage était tellement crispé et sa veine battait si fort contre sa tempe que je le crus au bord de la crise d’apoplexie.

- Je… Commençai-je la gorge nouée, incapable de détacher mes yeux de son corps de rêve. J’étais venu consulter le saint homme sur les événements qui…

- Partez ! s’écria-t-il. Des êtres tels que vous n’ont rien à faire ici !

J’allais répliquer vertement lorsque l’ermite gesticula en braillant dans notre direction.

- Voilà ! Vous êtes fier de vous j’espère ? hurla encore son altesse sérénissime à mes oreilles.

Il me poussa brutalement et je le regardai, ébahi, s’agenouiller devant le saint homme, s’aplatir dans la poussière et lui parler d’une voix suppliante.

Jamais je ne l’aurais cru capable d’un tel geste de soumission.

A ma grande surprise, l’ermite entra dans une colère folle et lui cracha à la face.

Un tel comportement de la part du saint homme me stupéfia. Jamais, même lorsque je l’avais traité de primate crayeux sur le chantier, il n’avait montré le moindre signe d’agressivité.

Rufus se redressa d’un bond et lui parla en lui jetant des regards suppliants tout en s’essuyant le visage.

Je ne savais plus comment réagir. Tout ce que je saisissais des paroles de sa majesté des réacteurs étaient des expressions comme “aidez-moi” et “ayez pitié“, qui revenaient sans cesse.

Mais que se passait-il donc ?

Rufus essaya à nouveau de ramper vers le saint homme mais ce dernier se saisit d’une poignée de poussière qu’il lui jeta à la figure, le faisant se redresser en gémissant de douleur.

L’ermite, lui, gesticulait et criait, attirant les curieux.

Je crus saisir le mot “impur” au milieu d’un flot d’injures et me décidai enfin à intervenir.

- Mais qu’est-ce qui vous prend ? m’écriai-je en me penchant sur Rufus. Vous voulez le rendre aveugle ou quoi ?

Ce dernier me repoussa, presque aussi hystérique que le saint homme et, les yeux larmoyants à cause de la poussière, voulut encore lui embrasser les pieds en signe de respect.

La réaction ne se fit pas attendre.

Le vieil homme s’écarta, ramassa une pierre et, avant que je puisse faire quoi que ce soit, la jeta en direction de Rufus, qui la reçut en pleine poitrine.

Il retomba en arrière avec un cri et l’ermite en saisit une seconde.

Sans plus réfléchir, je me jetai sur son altesse sérénissime pour le relever en dépit de ses efforts pour me repousser.

La seconde pierre le toucha au front, lui faisant une profonde entaille et flaf ! Il me tomba dans les bras, complètement sonné.

Si je ne le sortais pas de là, ce dingue allait le tuer - sans compter que la foule se resserrait dangereusement autour de nous.

Rufus Shinra était un homme imbuvable et son comportement avait certes dû lui valoir nombre d’anicroches et de ressentiment mais de là à le lapider en place publique, il y avait quand même un monde !

Je le hissai donc sur mon épaule et m’enfonçai dans forêt en bousculant quelques badauds curieux attirés par le scandale, poursuivi par les imprécations du vieux sage.

Je marchai pendant ce qui me sembla être une bonne dizaine de minutes et m’arrêtai, à bout de souffle. J’ai beau être costaud, Rufus n’était pas un poids plume et je suais comme un chocobo après une course.

Je me trouvais dans une minuscule clairière bordée d’arbres immenses et je ne savais absolument pas où j’étais.

La gorge sèche et brûlante à force de courir, je posai délicatement Rufus sur le sol couvert de mousse et appuyai sa tête sur mes genoux. Son visage était barbouillé de sang. Mais qu’est-ce qui avait pu passer par la tête de ce vieux fou ?

Je me forçai à respirer calmement pour ralentir mon rythme cardiaque et retirai mon t-shirt pour lui éponger le visage.

Je m’aperçus alors que mes mains tremblaient et que j’avais le plus grand mal à les empêcher de s’égarer sur le torse glabre.

J’étais seul, paumé en pleine forêt et presque à poil avec, sur les genoux, l’un des hommes les plus séduisants qu’il m’avait été donné de rencontrer.

En dépit de la situation plus qu’incertaine, je ne pouvais que remercier tous les dieux bizarres de Gongaga d’une telle aubaine.

La coupure de son front saignait beaucoup et ses cheveux étaient encore mouillés. Ses paupières frémissaient à peine et ses lèvres entrouvertes semblaient me narguer.

- Autant en profiter avant qu’il ne se réveille… me dis-je avec un sourire en coin à l’idée de ce que j’allais faire.

Je me penchai par dessus son visage et posai délicatement mes lèvres sur les siennes.

Elles étaient fraîches et douces…

Je glissai le bout le ma langue entre elles, cherchai la sienne mais il poussa une petite plainte et je me redressai vivement.

Mais qu’est-ce que j’étais en train de faire ? Profiter qu’un mec tombe dans les pommes pour lui rouler une pelle ! J’étais tombé bien bas.

Je lui tapotai les joues et il finit par ouvrir les yeux.

En me voyant, il cligna des paupières à plusieurs reprises et s’écarta comme s’il avait été mordu par un serpent.

- Qu’est-ce que vous faites là ? s’écria-t-il en m’assassinant du regard.

- Vous pourriez au moins dire “merci”, notai-je en grimaçant.

Il porta la main à son front et la retira poisseuse de sang. Je lui tendis mon t-shirt, qui en était imprégné.

- Navré, je n’ai pas de mouchoir en dentelle sous la main, m’excusai-je, sarcastique.

Il hésita et le sang lui coula sur l’œil gauche.

- Si vous préférez, je peux vous donner le bas mais, je vous préviens, je ne porte rien dessous.

Il blêmit et se détourna à façon d’une jeune fille que l’on aurait abordé de façon trop grivoise.

- Allez, ne soyez pas idiot ! Prenez ça et pressez-le sur votre front.

Avec un grognement, il m’arracha mon t-shirt des mains et essuya le sang de son visage.

- Pourquoi le saint homme a-t-il eu une telle réaction en vous voyant ? demandai-je.

Sa majesté des réacteurs me jeta un regard noir et je vis ses lèvres se mettre à trembler.

- Cela ne vous regarde pas, cracha-t-il.

Je soupirai.

- Il était pourtant parfaitement calme avec moi, fis-je. Il vous a appelé “impur”,non ? Je pensais pourtant que vous…

- J’ai dit que cela ne vous regardait pas ! s’écria-t-il.

Si ses yeux avaient été des gunblades, je crois que je serai mort vingt fois. Ce type était quand même gonflé !

- Eh ! Je vous ai sauvé la vie, je vous signale ! J’estime que j’ai droit à quelques explications !

- Ici, vous n’avez droit à rien, persifla-t-il en se levant.

Cette fois c’en était trop. Je me levai et le saisis par le bras pour l’obliger à se retourner.

- Minute, papillon ! Je commence à en avoir ras le bol de toutes vos salades mystiques !

Je sentais que j’étais prêt à le frapper s’il ne me donnait pas d’explication cohérente.

- Lâchez-moi ! Je vous interdit de me toucher !

Je resserai mon étreinte et il grimaça.

- Ecoutez bien, votre gracieuse Majesté de mes fesses ! Je sais que vous aviez dans l’idée de supplier papa pour me faire virer et je vous ai pourtant sauvé la peau. Alors, maintenant, de deux choses l’une : ou vous m’expliquez ce qui se passe, ou je vous arrache le bras. Choisissez ! Pourquoi l’ermite a-t-il eu cette réaction ? Qu’est-ce que vous lui avez fait ?

Rufus serra les dents et me jeta un regard glacial.

- Ne posez pas vos sales pattes sur moi ! fit-il entre ses dents. Qui sait quelle partie du corps de vos semblables elles ont touché !

Je blêmis.

C’était donc bien ça qui le gênait tellement chez moi… Ce sombre abruti était homophobe !

J’avais eu bien souvent affaire à ce type de dingues et j’étais blindé depuis belle lurette mais, dans le cas présent, cela me fit particulièrement mal. Je sentis mon estomac se tordre et ma gorge se nouer.

- Très bien… Comme vous voudrez. Retournez donc voir ce singe crayeux et faites en sorte que leurs cailloux ne vous ratent pas cette fois. Ca rendra service à tout le monde !

Je le repoussai brutalement et il tomba sur le sol comme un sac de ciment avec un gémissement rauque…

…à suivre

Vous avez aimé ce texte ? Laissez-moi un commentaire !

IX - La chasse est ouverte

“Certaines chasses se résument à de l’inqualifiable poursuivant l’immangeable.”

Anonyme insp. de M. Genevoix

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Je crus avoir mal entendu.

- Par une fenêtre du premier ? Il avait donc des ail…

Mon cœur manqua un battement.

Angeal…

- Angeal ! criai-je en me précipitant dans l’escalier, talonné par Zack. Angeal !

Je dérapai sur le tapis du haut de l’escalier et me raccrochai à la rambarde avant de foncer dans le couloir.

- Angeal ! Angeal !

Pourquoi ne répondait-il pas ?

Je priai de toutes mes forces les dieux dont j’avais entendu parler depuis que j’étais arrivé pour le retrouver indemne.

- Angeal !

Je le vis enfin, debout devant la porte de ma chambre, blême comme un linge.

J’en aurais crié de soulagement.

- Angeal… Ca va ?

Il ne réagit pas, continuant à fixer ma chambre par la porte ouverte.

- Angeal ? Qu’y a-t-il ?

Je suivis son regard.

En réalité, il n’y avait plus de porte. Ou, du moins, ce qu’il en restait gisait sur le sol, en charpie.

Mais le pire se trouvait à l’intérieur…

J’entrais, sidéré, laissant Angeal et Zack dans le corridor.

La fenêtre semblait avoir littéralement explosé, comme dans les films d’espionnage, quand le type habillé de noir passe à travers le carreau, suspendu à une corde d’escalade.

Tout le mobilier avait été réduit en pièces et le lit où j’avais dormi avait été sauvagement lacéré. La bourre du matelas était répandue à travers la pièce et la serviette de bain que j’avais utilisée me rappela l’état de mon sweet-shirt dans le 4×4.

Dans ce désordre, je ne remarquai pas tout de suite le sang. Pas avant de poser le pied dessus avec un bruit gluant…

La flaque s’écoulait lentement entre les lattes de bois du sol et la descente de lit s’en imbibait comme une éponge.

J’eus un mouvement de recul et marchai sur quelque chose de mou qui émit un étrange craquement sous ma semelle.

Je baissai les yeux et la première chose que je reconnus fut une alliance d’argent… avant de comprendre qu’elle était passée à l’annulaire d’une main sans bras, qui tenait encore un chiffon à poussière et sur laquelle j’avais posé le pied en brisant les phalanges sous mon talon.

- C’est moi qu’il cherchait… murmurai-je, la gorge sèche, en regardant la main qui avait, selon toute vraisemblance, soit appartenu à la femme de ménage, soit à l’épouse de l’aubergiste.

Angeal sembla sortir de son étrange léthargie et s’approcha pour poser la main sur mon épaule.

- C’est peut-être juste un hasard, Seph, chuchota-t-il. Un horrible hasard.

Je me dégageai brusquement, mes boyaux faisant le grand huit.

- Hasard, mon cul ! me récriai-je. Pas deux fois de suite, Angeal ! C’est moi que cette saleté de bestiole cherchait et tu le sais très bien ! Je ne suis plus un enfant que l’on a besoin de rassurer lorsque la nuit tombe !

- Général, c’est… C’est…

Zack contemplait la scène de carnage, horrifié.

Je le saisis par les épaules.

- Zack, où est le vieil ermite ? Il faut que je le voie ! Où peut-on le trouver ?

- Seph ! intervint Angeal. Qu’est-ce qui te prend ? Tu perds les pédales, ou quoi ?

Notre jeune compagnon détourna le regard de la chambre et bredouilla, presque malade de dégoût :

- Sans doute près de la rivière, non loin de la forêt sacrée. Je ne pense pas qu’il se terre dans une grotte. C’est un saint homme, Général. Il ne craint ni les fauves, ni les démons.

Il avait bien de la veine parce que moi, je n’étais pas du tout rassuré à l’idée d’être traqué par ce qui avait fait irruption au premier étage pour réduire en compost bois, tissus et chair sans distinction !

- Tu vas nous aider à le trouver, Zack !

- Seph ! se récria Angeal. On doit rester ici !

- Le temps presse, Angie ! Il faut mettre un terme à cette tuerie.

- La police va débarquer et voudra savoir ce qui s’est passé.

Il avait raison. Ce n’était pas le moment de rendre la police soupçonneuse, même si, comme je lui fis remarquer…

- Ca m’étonnerait qu’ils se bougent. Ils ne voudront pas troubler le repos de ” Monsieur le Prince ” avec une triviale histoire à dormir debout de fauve tueur de femmes de chambre ! Ils sont bien trop pétochards pour tenter quoi que ce soit sans son accord.

Angeal me saisit par les épaules.

- Tu comptes te taper la route jusqu’à la rivière, avec un fauve qui rôde en te cherchant partout, pour aller demander conseil à vieux singe ?

J’allais répliquer lorsque, pour échapper à l’aubergiste et à un groupe d’hommes qui commençaient à monter l’escalier armés de fourches et de fusils, je poussai notre petit trio dans la chambre d’Angeal et refermai la porte sur nous.

- Il faut que tu saches quelque chose, Angie. Nous avons une piste concernant le meurtre, au chantier.

Je fis signe à Zack, qui sortit le poignard dissimulé à la hâte lorsque les cris de la femme avaient interrompu notre conversation.

- Ce poignard porte des traces de sang frais et les armes de la famille Shinra…

Angeal, la première surprise passée, joua pensivement avec sa barbichette et finit par demander calmement :

- Tu penses donc que Rufus Shinra est notre tueur ?

J’acquiesçai.

- Cela semble probable. S’il est vraiment aussi superstitieux qu’il nous l’a laissé deviner, il a pu craindre la malédiction et vouloir laver l’offense dans le sang en signe de sacrifice.

- Je ne l’accuserai pas si vite, Seph. Il ne se salirait pas les mains lui-même…

- Il a pu donner les ordres, cela ne change pas grand chose. L’ermite m’en dira peut-être plus. Toi, reste ici pour attendre les autorités et essayer d’arranger les choses le cas échéant, tu es bien plus diplomate que moi.

Angeal hocha la tête sans enthousiasme.

- Hors de question de te laisser aller là-bas seul, Seph.

- Je ne serai pas seul, Zack va venir avec moi. Et, si on trouve le vieux singe, il nous protégera du vilain matou avec sa magie ! ajoutai-je avec un clin d’œil railleur.

Angeal me serra la main comme s’il ne devait jamais me revoir et soupira.

- Tu perds la boule, Seph, mais bonne chance.

Zack sur mes talons, je quittai donc l’auberge, où la panique était totale, en direction du seul “concessionnaire” de voitures existant (en réalité, le petit garage du patelin) à la recherche d’un nouveau véhicule.

Je n’étais pas loin de penser, comme Angeal, que je devenais fou. J’avais toujours fui comme la peste tout ce qui se rapprochait de près ou de loin de la superstition ou de la religion. J’avais vu trop de gens céder aux sirènes de la facilité et remettre leurs décisions entre les mains de charlatans qui les absolvaient de leurs responsabilités.

Mais là, en terre inconnue, où tout le monde autour de moi semblait consulter une divinité avant de bouger le petit orteil, je me retrouvais avec un gros, très gros problème qui échappait à toute logique et peu de recours possibles. J’ignorais contre quoi je devais me battre ni pourquoi j’étais la victime désignée mais, sans des appuis puissants, personne ne ferait rien susceptible de froisser si peu que ce soit Rufus Shinra en m’aidant à y voir plus clair. Et le seul appui assez fort pour contrer Shinra, c’était les croyances de ces gens.

Il me fallait des renseignements, m’attirer les bonnes grâces des autochtones à défaut de celles de leurs dieux et, pour ça, je devais retrouver le saint homme, en espérant qu’il ne m’enverrait pas sur les roses après la façon dont je l’avais traité.

Mon impulsivité m’avait toujours coûté cher et là, j’étais à deux doigts de me jeter à nouveau dans la gueule du loup…

*

Au garage, j’avais arrêté mon choix sur un antique 4×4 imposant qui, à Midgar, n’aurait jamais passé un contrôle technique, mais qui semblait la plus solide des trois bagnoles en stock.

Les vitres latérales et celles de l’arrière avaient été remplacées par des grilles d’acier soudées, ce qui me parut idéal pour notre périple.

J’avais vu dans ma chambre ce que notre fauve ” volant ” pouvait faire d’une vitre et, bien qu’il ait prouvé la veille pouvoir tordre le métal comme une feuille d’aluminium de cuisine, ces grilles nous donneraient au moins un peu de temps pour fuir en cas d’attaque surprise.

J’avais laissé le marchandage à Zack, qui se débrouilla - j’ignore comment - pour arracher un prix dérisoire au garagiste.

Après un démarrage un peu poussif, j’avais sorti le 4×4 du terrain vague qui servait de lieu de stockage au garage, tournant le volant comme un marin au long cours son gouvernail pour faire braquer ce paquebot dans la rue sans arracher le mortier du mur d’en face.

C’est sûr, j’aurais donné très cher pour une voiture plus moderne, plus petite et, surtout, plus rapide, qui m’aurait arraché de ce bourbier au plus vite, mais j’étais bien obligé de faire avec ce tank !

D’un autre côté, la construction “à l’ancienne” de la bagnole résisterait peut-être une seconde de plus au fauve s’il nous tombait dessus.

Avant de sortir de sortir de Gongaga, Zack m’avait indiqué le chemin d’un marché où on pouvait acheter et vendre quasiment n’importe quoi.

Nous y avions acheté deux couvertures, deux fusils de chasse et une ample provision de munitions. Sur le conseil de Zack, nous avions également fait l’acquisition de nourriture, pas seulement pour nous mais aussi pour offrir au saint homme, ainsi que d’encens et d’une machette pour mon compagnon, au cas où les fusils nous feraient défaut.

Maudite bestiole !

Je crispai les mains sur le volant du 4×4.

Bon sang, mais d’où venait-il, ce satané animal ?

J’essayai de rester logique.

Un fauve dressé à tuer à qui l’on aurait fait sentir mon odeur ?

Qui ? Rufus Shinra, roi des animaux ?

J’imaginais bien la scène, tiens…

“Toi sentir odeur de ce con de Sephiroth et puis toi sauter par fenêtre pour boulotter lui. Moi avoir mis trampoline dessous pour petites pattes à toi. Toi comprendre ?”

Non, cette bête n’était pas une bête ordinaire. Mais qu’est-ce que c’était, alors ?

Un démon ? Ca existait, ces trucs-là ?

- Vous devez prendre à droite, général.

Je tressaillis.

- Pardon ?

- A droite, répéta Zack. La forêt sacrée se trouve se trouve en amont de la rivière.

Je ralentis et regardai autour de moi. Nous étions que les berges de la petite rivière qui alimentait toute la région en eau et je me surpris à chercher des yeux luisants dans l’obscurité, la gorge serrée, mais rien n’attira mon attention.

Le fauve était-il toujours à mes trousses ?

Je secouai la tête, essayant de ne pas y penser, et suivis les instructions de Zack.

Nous empruntâmes un chemin de terre battue et la voiture fit des bonds de cabri.

*

Journal de Rufus SHinra

J’ai peur…

Je viens de me réveiller en sursaut et de vomir tout le contenu de mon estomac.

Il y avait une grande quantité de sang. C’est la seconde fois que cela m’arrive.

Le médecin m’a conseillé d’aller faire des examens à l’hôpital. Il pense que j’ai un ulcère.

Cela ne m’étonnerait guère étant donné l’angoisse qui m’étreint depuis la profanation du temple. Mais je ne pense pas que cela soit aussi simple et je ne puis voir dans ces horribles malaises, qui me laissent aussi épuisé que si j’avais couru toute la nuit, que la main des dieux.

C’est sans doute eux aussi qui m’envoient tous ces cauchemars.

Hier, j’ai appris que le Général Sephiroth était… je n’ose même pas coucher ce mot sur le papier tant il est immonde et inhumain !

Disons que ses préférences vont souvent aux personnes de son propre sexe, contre toute morale ou loi naturelle. Cette nouvelle m’a empli d’horreur lorsque je l’ai apprise de la bouche de Palmer, à qui j’avais demandé de se renseigner sur lui.

Quand je pense que j’ai serré sa main et que jai touché des documents sur lesquels ses doigts ont couru ! Qui peut savoir ce que des mains pareille ont fait avant de se poser sur le papier…

Ce sont ces mêmes mains qui ont touché cette terre sous laquelle reposait le temple sacré et qui ont sali ma maison.

Ma faute.

Tout est de ma faute.

J’ai été inconscient. J’ai voulu amener à cette région arriérée un peu de modernité, lui redonner un peu de vie en remettant le réacteur mako en marche et voilà ce qu’il m’en avait coûté !

J’ai péché par orgueil et par ignorance et les Dieux m’ont puni pour mon arrogance.

Et ces cauchemars atroces qui me bouleversent au point de me retourner l’estomac, comment les interpréter ?

Cet après-midi, je me rendrai à la forêt sacrée pour demander conseil à un Saint Homme.

Puissent les dieux me donner la force de lui conter mes rêves, que je n’ose pas même rapporter ici.

Dieux tout puissants de mes ancêtres, protégez votre serviteur.

J’ai peur.

Si peur…

…à suivre

Vous avez aimé ce texte ? Laissez-moi un commentaire !

LXIX - Je t’ai tout donné

“Le dévouement d’un homme va souvent plus loin que lui.”

J.-L. Richard

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Weiss s’assit sur le bord du lit et chassa une longue mèche brune du front de son frère.

Du dos de son index, il caressa le haut d’une pommettes et le petit menton pointu - les rares parties du visage de Nero que le masque de contention laissait à découvert.

Au moins, on ne lui avait pas assujetti les bras ou lié les mains…

Comme Shelke l’avait dit, son cadet remuait beaucoup. Il ne cessait de changer de position avec des petits soupirs comblés, s’étalant de tout son long en travers du grand lit, comme s’il essayait toutes les positions possibles les unes après les autres avec une délectation qui frôlait l’extase.

Weiss comprit parfaitement les raisons de ce curieux comportement et un gros pincement attendri lui serra le cœur.

Son frère n’avait pas pu dormir sur le dos depuis des années… Ni dans un vrai lit.

Impossible en effet pour lui de s’étendre sur l’une des couchettes qui servaient de lit aux soldats du Deepground car, lorsqu’il laissait pendre ses ailes à l’extérieur, leur poids l’entraînait fatalement vers le sol. Et s’il se mettait dos au mur, il n’avait plus de place pour s’allonger.

Nero en était donc réduit à reposer à même le sol. Sur le ventre, bien entendu, ses implants dorsaux déployés autour de lui pour répartir le poids au maximum, ce qui n’empêchait cependant pas les impitoyables tiraillements qui malmenaient ses muscles et sa frêle ossature pour ainsi dire en permanence.

Au début, il avait bien essayé de dormir sur le côté mais, devant rester en appui sur la hanche, des contusions s’étaient très vite formées autour de l’os iliaque, provoquant des douleurs articulaires cuisantes qui l’empêchaient presque de marcher normalement le lendemain.

Et s’il n’y avait eu que les ailes !

Ses bras étaient immobilisés pour ainsi dire vingt-quatre heures sur vingt-quatre, croisés sur sa poitrine, ce qui, pour dormir sur le ventre était aussi confortable que de reposer sur un tapis de galets !

Quant aux vêtements de contention qu’il devait porter, y compris la nuit, ils étaient si serrés que Nero ne pouvait jamais gonfler totalement ses poumons ni même s’asseoir ou ramener un peu les genoux vers lui sans s’écraser l’entrejambe.

Quiconque avait pu voir le jeune homme vêtu de sa combinaison aurait pourtant douté qu’il y eut quoi que ce soit de sensible à cet endroit tant son bas-ventre était comprimé et paraissait plat !

Hélas - et combien Nero le regretta ! - la zone sus-dite correspondait bien à son état civil. Avant de se réveiller en sursaut plusieurs fois par nuit en jurant comme un corps de garde, il n’avait cependant jamais vraiment réalisé que cette partie de son anatomie - comme celle de tous les hommes bien portants de la planète - se mettait en marche cinq ou six fois par nuit pour d’obscures nécessités vasculaires et neurologiques…

En fait, depuis qu’on lui avait implanté ces satanées ailes de métal et qu’on l’avait engoncé dans son horrible combinaison, Nero n’avait jamais pu fermer l’oeil plus de deux heures d’affiliée sans être réveillé par toutes sortes de tiraillements, spasmes, courbatures, crampes et douleurs diverses.

Sans compter les mois passés enchaîné à deux mètres du sol dans les sous-sols du Deepground…

Weiss posa prudemment la main à plat sur la poitrine de son frère pour sentir les côtés s’ouvrir et se refermer au rythme de sa respiration et sourit. Voilà longtemps qu’il ne l’avait pas senti aussi détendu.

Cela étant, s’il gigotait ainsi depuis un moment déjà, il y avait fort à parier que les pansements n’avaient pas dû résister au frottement des draps et l’ancien chef des Tviets commença à s’inquiéter pour ses points de suture.

Non sans émotion, Weiss rabattit l’édredon sur le mince corps nu, et dût prendre sur lui pour ne pas le soulever du lit et le serrer à l’écraser.

Cela ne faisait-il pas presque quatre ans qu’il n’avait pas pu étreindre son petit frère et le garder contre lui plus de quelques minutes ?

La dernière fois, c’était lorsque Vincent avait combattu Hojo, dans les entrailles du réacteur Zéro. Et encore cela n’avait-il duré que quelques secondes. Quelques précieux instants durant lesquels il avait pu sentir le petit visage fantomatique contre sa poitrine nue. Ensuite, ce fut le corps de Genesis qui servit d’enveloppe à Nero durant plusieurs mois.

Oui, si l’on additionnait les trois années qui avaient suivi sa révolte contre les Restrictors et celle écoulée, cela faisait bel et bien quatre ans qu’il n’avait pu prendre son frère dans ses bras, réalisa Weiss avec effroi.

Il se pencha pour enfouir son visage dans la noire chevelure de Nero et la nostalgie lui serra la gorge.

Malgré les années, son frère avait toujours cette odeur de petit garçon, la même que celle qu’il avait lorsqu’il venait se pelotonner la nuit dans son lit, à l’Académie.

A regret, il se redressa.

Le sparadrap de l’un des pansements commençait à se détacher et il voulut le décoller complètement pour le remettre en place.

- Weiss… gémit Nero d’une voix ensommeillée. Mon frère bien aimé…

Weiss referma doucement les mains sur l’épaule et la hanche frêles pour le faire pivoter sur le ventre aussi doucement que possible - et ne pas le sortir trop brutalement de sa torpeur.

- Désolé, petit frère, tu dois te mettre sur le ventre un instant. Je me dépêche, promis.

Bien qu’il soit toujours dans état semi-comateux, Nero réagit aussitôt à ces mots et son aîné sentit muscles et tendons se tendre sous ses paumes.

Le jeune homme tira fébrilement les draps pour couvrir ses fesses et le bas de son ventre en un geste inconscient de protection et repoussa la main de Weiss qui s’était refermée sur sa hanche.

- Weiss, non… supplia-t-il dans un état second. Deux frères ne doivent pas… faire ça…

Le sang de Weiss se congela dans ses veines et il resta un moment pétrifié à la tête du lit.

- Qu’est-ce que tu… Non mais ça va pas !

Il saisit Nero par les épaules pour le réveiller et ce dernier poussa un petit cri en se recroquevillant dans le lit.

- Ne m’oblige pas encore à faire ça… Weiss… sanglota-t-il, figeant son aîné. S’il te plait… S’il te plait…

Le coeur au bord des lèvres, Weiss recula, en état de choc et incapable de quitter son frère semi-comateux du regard. Ce ne fut que lorsque le dos de ses cuisses butèrent sur la commode qu’il se rendit compte qu’il avait traversé toute la pièce à reculons.

Il s’agrippa au bord du meuble avec une telle force que le bois craqua.

Pourquoi son frère réagissait-il de la sorte ? Quand lui avait-il jamais laissé croire que l’amour qu’il avait pour lui pouvait être autre que fraternel ?

L’évidence le frappa alors comme un coup de poing.

Ses jambes le trahirent et il tomba à genoux.

- Hojo… bredouilla-t-il d’une voix à peine audible.

“Qu’est-ce que tu as fait à mon frère lorsque tu m’as volé mon corps, salopard ? Gaia toute puissante ! Qu’est-ce que tu l’as obligé à faire, sale pervers…”

***

“Personne n’a été blessé au moins ?” s’enquit la voix de Rufus, dans l’oreillette du portable de celui qui n’était plus Tseng.

- Non, monsieur. Mais j’ai préféré confier l’appareil aux ingénieurs de l’aérodrome par sécurité. Vous me voyez désolé pour ce retard.

“Non, tu as bien fait, Tseng. S’il vous arrivait quelque chose à cause d’un banal incident mécanique durant le vol, je ne me le pardonnerait pas.”

Elena, allongée sur le sol aux côtés du pilote mort, commença à reprendre conscience et “Tseng” l’assomma à nouveau d’un violent coup de pied à la tête.

- Si tout se passe bien et que le temps le permet, nous devrions pouvoir être à Nibelheim demain soir, monsieur.

“Bien. A demain, dans ce cas. N’hésite pas à me rappeler si vous rencontrez le moindre souci.”

- Je n’y manquerai pas, Monsieur.

Il raccrocha et fouilla dans le fourbi à disposition dans le jet. Il ne tarda pas à trouver une combinaison de ski et du matériel de montagne.

S’il y avait une chose qu’il fallait reconnaître aux turks, c’était leur sens de l’organisation et leur aptitude à anticiper les problèmes qui pouvaient se présenter au cours d’une mission.

Il enfila la combinaison de ski par-dessus son costume, compléta sa tenue de chaussures adéquates et choisit l’un des deux surfs des neiges à poussée électrostatique fixés par des sangles au mur de la soute.

Une fois équipé, il ouvrit la porte de l’appareil et jeta un oeil à l’extérieur. La neige ne tombait plus sur les hauteurs de la chaîne du mont Nibel et le ciel était clair. Il serait à Corel avant la tombée de la nuit et pourrait se servir de l’identité de Tseng pour récupérer un jet ou un hélicoptère.

Mais avant cela, il lui restait quelque chose à faire…

Après avoir jeté un regard autour de lui, il se saisit de la première chose un peu lourde qui lui tomba sous la main (une bouteille de brandy) et l’abattit de toutes ses forces sur la tête d’Elena, toujours inconsciente, lui fracturant le crâne. Cela fait, il jeta la bouteille rougie dehors, loin de la carcasse du jet.

Ensuite, il s’entailla la main, prit soin de laisser des traces ensanglantées un peu partout dans l’appareil et sortit en prenant bien garde de laisser la porte grande ouverte.

Si, par malchance, on retrouvait le cadavre de la jeune femme et celui du pilote avant qu’il n’ait atteint Edge, on penserait de prime abord qu’ils étaient morts dans l’accident, lors de l’impact, et que lui, bien que blessé, avait miraculeusement survécu et quitté les lieux.

Le temps que les deux cadavres décongèlent pour qu’on puisse les autopsier et celui que perdraient les turks à chercher leur chef blessé lui en laisserait suffisamment à lui pour se mettre à l’abri et poursuivre son oeuvre macabre - diabolique, diraient certains…

***

- Tu as été odieux !

Reno ricana.

- Oh ! Arrête… Ne me dis pas que tu apprécies ses ronds de jambe !

- La question n’est pas là, Reno !

Le turk croisa les bras sur sa poitrine et le dévisagea un petit moment.

L’argenté, gêné par l’examen silencieux, détourna le regard, les joues en feu.

- C’est pas vrai… persifla Reno avec dédain.

- Quoi ?

- Rien ! Rien du tout.

Il retira sa veste avec des gestes brusques et la jeta sur le lit.

Yazoo fronça les sourcils.

- Je vois bien que si. Qu’est-ce qui se passe ?

Son compagnon planta son regard aigue-marine dans les yeux mako et grinça des dents avec un sourire acerbe.

- Ce type t’a fait du rentre-dedans pendant près d’une demi-heure, merde ! Et devant moi, en plus ! (L’argenté hoqueta, comprit où se situait le problème et se mordit les lèvres.) Et, toi, ça te fait rire…

Il tourna les talons en direction de la salle de bains, rageur.

Yazoo lui emboîta le pas.

- Non… Reno, attends ! (Il le rattrapa et l’enlaça par derrière.) Tu es… jaloux ? demanda-t-il en se retenant à grand peine de rire.

- C’est ça ! Fous-toi de ma gueule, ça va arranger les choses !

Le turk se dégagea avec une certaine brusquerie et fit couler l’eau de la douche.

- Tu es ridicule, Reno… murmura l’argenté avec un sourire doux en tendant la main pour enrouler autour de ses doigts sa queue de cheval rousse.

Il tira un peu pour l’obliger à revenir vers lui et l’enlaça à nouveau en déposant de petits baisers au creux du cou.

- Genesis est quelqu’un d’impulsif, Yazoo, murmura Reno, un peu apaisé. C’est un homme irréfléchi, prétentieux et excessif.

Le sourire de Yazoo se fit rassurant mais aussi ému.

- Tu es adorable quand tu es jaloux…

Le turk voulut rétorquer mais il le fit taire d’un baiser.

- Je t’aime Reno… murmura-t-il tout contre sa bouche. Tu n’as absolument rien à craindre de cet homme.

- Ce n’est pas pour moi, que je m’inquiète, Yazoo baby. Je n’ai pas aimé ce que j’ai vu dans ses yeux lorsqu’il te regardait.

L’argenté déboutonna un à un les boutons de la chemise de Reno avec une moue coquine et la fit sensuellement glisser sur ses épaules.

- Alors regarde plutôt dans les miens…

***

- Des problèmes avec l’ordinateur de l’avion ? s’étonna Vincent, qui sirotait un vieux cognac en compagnie de Rufus.

- Oui, l’informatique embarquée a fait des siennes mais Tseng m’a assuré qu’ils seraient probablement là demain soir.

L’ex-turk hocha la tête, pensif, et posa son verre vide sur le bureau massif avant de se lever, en feignant de pas remarquer que, comme à chaque fois qu’il en avait l’occasion, le jeune président le détaillait de pied en cape avec un regard qui en disait long.

- Vous devriez vous offrir le luxe d’une sieste vous-aussi, Rufus. Quelque chose me dit que les jours qui viennent ne…

Il n’eut pas l’occasion de finir sa phrase.

Avant qu’il ne réalise se qui se passait, Rufus avant franchi la distance qui les séparait et l’avait brusquement saisi à bras le corps pour presser ses lèvres sur les siennes.

Vincent se raidit mais ne fit pas un geste pour le repousser, se contentant de garder la bouche furieusement close en attendant simplement qu’il reprenne ses esprits.

Le jeune président, sentant l’ex-turk de glace entre ses mains, le lâcha et recula d’un pas, penaud.

Vincent le regardait droit dans les yeux avec un visage de marbre et ce regard purpurin sans expression aucune - qu’il s’agisse de surprise ou de dégoût - était plus acerbe que la pire des imprécations.

- Je… Je suis désolé, s’excusa Rufus en se détournant, le rouge au front.

- Je me doutais que vous alliez finir par commettre ce genre d’impair, fit Vincent d’une voix blanche.

- Pardonnez-moi, Vincent, je ne…

- N’en parlons plus, le coupa ce dernier. Mais maîtrisez-vous, à l’avenir. Croyez bien que suis flatté mais ce genre de… “d’expérience” ne me tente pas et ne m’a jamais tenté.

Rufus se passa la main dans les cheveux, atrocement mal à l’aise.

- Je me sens ridicule, je ne sais pas quoi dire. La pression de ces derniers jour à dû…

- La pression n’y est pour rien et vous le savez parfaitement.

- Vincent, je…

- Je sais très bien ce que vous ressentez, Rufus. Je serais même tenté de vous dire que personne ne sait mieux que moi ce qu’aimer en secret signifie. Mais vous n’arriverez à rien avec moi. Ni maintenant, ni jamais.

Le jeune président sentit sa gorge se serrer.

- Je ne vous savais pas aussi cynique, monsieur Valentine…

- Ce n’est pas du cynisme. Mais, à mon âge, on sait qu’il est préférable mettre les choses au clair plutôt que de risquer de les laisser encore s’envenimer.

- Je… Je comprends.

Vincent se dirigea vers la porte et marqua un arrêt.

- Je n’aurais pas dû fermer les yeux en me disant que vos sentiments s’étioleraient d’eux-mêmes. Je suis désolé, Rufus.

Il quitta le bureau et le jeune président se laissa tomber lourdement dans son fauteuil.

- Tu n’es qu’un idiot, Rufus… s’admonesta-t-il en se resservant un verre de cognac, qu’il vida d’un trait malgré sa gorge serrée. Un pauvre idiot.

…à suivre

Vous avez aimé ce texte ? Laissez-moi un commentaire !

VIII - Sur le fil

C’est peu que de vouloir, sous un couteau mortel,
Me montrer votre coeur fumant sur un autel. “

J. Racine

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Je dormis durant une bonne douzaine d’heures et me réveillai un peu groggy.

J’eus un sommeil agité, empli de rêves aussi désagréables que saugrenus.

Toutes ces histoires de temples, de fauves et de légendes s’étaient mélangées en un joyeux cocktail à la sauce gongaguienne pour donner une mixture pour le moins cocasse.

A mon réveil, je ne m’en rappelai que très vaguement mais une image persistait cependant : celle de Rufus Shinra, vêtu de soie orange et brandissant une épée dans ma direction avec une expression digne d’un psychopathe.

On peut dire que notre entretien ne m’avait pas laissé un bon souvenir.

Je rabattis les draps mais restai allongé.

J’avais trop dormi et j’étais épuisé.

On frappa à ma porte sur les coups de dix-sept heures.

Je me nouai une serviette autour des reins et allai ouvrir.

Angeal entra et me tendit un sac en plastique contenant deux t-shirt noirs, des chaussettes, un short et une casquette noires.

- Je me suis dit que tu aimerais te promener autrement qu’à demi-nu, fit-il d’un ton las en s’asseyant sur le lit.

Je refermai la porte et m’appuyai dessus, bras croisés.

Il avait dû faire quelques emplettes pendant que je me débattais avec mes cauchemars. Peut-être même n’avait-il pas dormi car il avait la mine défaite mais, après ce que nous avions vécu, je ne pouvais pas lui en faire le reproche.

Dans l’ambiance douillette de l’auberge, cependant, j’avais presque l’impression que tout cela n’avait jamais eu lieu. Comme s’il s’était agi de la simple résurgence d’un mauvais rêve, de ceux qui vous laissent un mauvais goût dans la gorge au réveil et un nœud dans le ventre.

- Tout va comme tu veux ? demandai-je en faisant ostensiblement tomber ma serviette pour enfiler le short.

Angeal soupira et secoua la tête, ne m’accordant pas même un regard.

J’aurais aussi bien pu danser la gigue en tutu.

- J’ai appelé Heidegger pour lui expliquer la situation et savoir comment nous devions agir vis-à-vis de Rufus Shinra.

Le ton de sa voix ne présageait rien de bon.

Je pris place à ses côtés et entrepris de démêler mes cheveux en grimaçant.

- Et ? demandai-je.

Il soupira.

- J’ai essayé de lui dire que tu n’y étais pour rien Seph, lâcha-t-il en baissant la tête. Je te jure que j’ai essayé.

Un frisson glacial me descendit le long du dos et j’arrêtai net ma séance de démêlage.

- Angeal… demandai-je la gorge soudain serrée. Qu’est-ce que tu veux dire ?

Il se leva pour tourner en rond devant moi.

- Les big boss estiment que tu as commis une faute grave en omettant de tester le sol.

- Quoi ? m’écriai-je en me levant. Tu as entendu les géologues comme moi ! C’était de la pierre Angie ! De la putain de caillasse bien solide ! Personne ne pouvait deviner qu’il y avait un temple à cinq ou six mètres en dessous des caves ! Qu’est-ce que tu voulais que je fasse ? Tu as vu les cartes du sol ! Il n’y avait aucun problème ! Personne ne pouvait prévoir un truc pareil ! Et quand bien même, bordel ! Je suis soldat, pas ingénieur !

Angeal me tourna le dos et leva les yeux au plafond.

Il semblait partagé entre la colère et l’inquiétude.

- Angeal… Tu… tu ne crois quand même pas que c’est de ma faute pas vrai ? Tu témoigneras en ma faveur, n’est ce pas ? Tu ne vas pas les laisser me dégrader à cause d’un abruti superstitieux !

Il pinça les lèvres mais ne répondit pas et un énorme nœud me serra l’estomac. J’avais soudain l’impression de danser sur le fil d’un rasoir.

Si je perdais mon grade à cause d’une erreur de ce genre, j’étais foutu. Ca ferait le tour des casernes en moins de temps qu’il faudrait pour le dire et je serais la risée de chaque sous-officier du soldat.

Bon sang, qu’est-ce que j’allais devenir ? Ma carrière était tout ce que j’avais !

- Angeal… murmurai-je en lui posant une main tremblante sur l’épaule.

Il tressaillit et secoua la tête, comme si je venais de le sortir de ses pensées.

- Hein ? Non ! Bien sûr que non, ne sois pas idiot ! Tu n’y es pour rien. Et évidemment que je suis de ton côté ! Comment peux-tu en douter une seule seconde ?

Mon soulagement fut tel que je dus m’asseoir à nouveau sur le lit, les jambes en coton.

- Si tu savais comme je m’en veux de t’avoir entraîné dans cette mission, Angie…

Il fit vibrer ses lèvres.

- Ne dis pas de conneries ! (Il se prit la tête dans les mains) Si seulement cet abruti d’architecte avec sondé le terrain plus en profondeur !

J’éclatai d’un rire amer qui résonna désagréablement à mes propres oreilles.

- Sonder le terrain ! On est à Gongaga, Angie ! En pleine cambrousse ! Dans un coin perdu où on a déjà de la chance d’arriver à trouver une pile électrique !

Il hocha la tête et me tapota le dos en faisant son possible pour sourire.

- Rien n’est joué, Seph. Ils attendent la décision de Shinra.

S’il m’était resté un soupçon d’espoir… il venait de s’envoler !

- Tu paries combien que ” monsieur le Prince ” a déjà bavé sur mon compte dans l’oreille de ce salaud d’Heidegger ? (Angeal parut soudain gêné.) Oh ! Non… C’est pas vrai ! Qu’est-ce qu’il est allé raconter ?

- Pas lui. Palmer.

- Le gros lard ?

- Il s’est plaint du peu de respect dont tu faisais preuve vis à vis des croyances de ce pays. Il a même parlé à Heidegger de la façon dont tu as traité le vieux sage.

S’il m’avait administré l’une de ses gifles “maison” dont il avait le secret, cela n’aurait pas été pire.

- Quoi ? !

- Il lui a même soutenu que c’était à cause de toi que les ouvriers avaient déserté le chantier parce que, d’après eus, tu avais mis leurs dieux en colère. Et que c’était - toujours d’après eux - pour cela que le fauve a attaqué les hommes qui restaient.

J’écarquillai les yeux, sidéré. Comment un homme normalement constitué et possédant un cerveau fonctionnant à peu près normalement pouvait-il arguer ce genre d’inepties superstitieuses sans risquer de se faire immédiatement enfermer dans un asile ?

Je me débattais en plein cauchemar et j’allais me réveiller, ce n’était pas possible !

- Mais c’est ridicule ! Heidegger ne peut pas croire à de telles sornettes !

- Oh ! Il n’y croit pas, rassure-toi, assura Angeal. Mais, en bon chien-chien obéissant, il préfère attendre de voir si Rufus Shinra ne va pas profiter et se servir de ces accusations tordues pour te lyncher…

Je levai les bras au ciel, impuissant.

- Par tous les démons de la planète, mais qu’est-ce que je lui ai fait, à ce type ? m’écriai-je.

- Je n’en sais rien, Seph, mais il a suffisamment de pouvoir et d’argent pour dicter sa loi à qui il le souhaite.

- Ca c’est ce qu’on va voir ! hurlai-je en enfilant l’un des t-shirts que mon ami m’avait achetés.

Il me posa la main sur le bras mais je me dégageai.

- Eh ! Où comptes-tu aller comme ça ?

- Devine ! répliquai-je en ajustant la casquette.

- Seph, tu vas faire une connerie ! (Il me saisit par les épaules.) Tu ne bougeras pas d’ici !

Je le poussai brutalement, hors de moi.

Je comptais bien aller trouver Shinra pour m’expliquer avec lui d’homme à homme. Et si nous devions en venir aux mains…

Tant pis pour lui !

- Fous-moi la paix, Angeal. Cette affaire ne regarde que sa majesté de mes deux et moi.

- Sephiroth ! Attends, je…

Je sortis en claquant la porte et descendis les marches en courant.

Le réceptionniste m’interpella au moment où je m’apprêtais à sortir de l’auberge.

- Général ! Général ! Un jeune soldat vous demande ! Il dit que c’est très important.

Je le fixai.

Il nageait dans ses vêtements et m’arrivait à peine à la poitrine.

- Un jeune soldat ? Quel jeune soldat ? Vous a-t-il donné son nom ?

- Zack Fair, Général. Il vous attend dans le salon.

Je le suivis jusqu’au coquet salon où les rares clients de la petite auberge prenaient leurs repas.

Après tout, Rufus Shinra ne perdait rien pour attendre une petite heure.

A son goût, j’arriverai de toute façon toujours trop tôt !

- Zack ? Qu’y a-t-il de si important ? Ta famille va bien ?

En entendant son nom, il se précipita vers moi et patron de l’auberge nous laissa seuls.

Le salon était désert et le resterait jusqu’à l’heure du thé.

- Oui, Général, je vous remercie de vous en inquiéter, mais c’est une affaire autrement plus urgente qui m’amène, dit-il précipitamment à mi-voix, comme s’il avait peur d’être entendu.

Nous primes place dans deux confortables fauteuils un peu ternis.

- Je t’écoute.

- Tôt, ce matin… Je suis retourné sur le chantier, Général.

- Tu as quoi ? m’écriai-je. (Il me fit signe de baisser d’un ton.) Es-tu idiot ou totalement inconscient, Zack ? !

Il sortit discrètement de sous son pull un objet oblong enveloppé dans un linge, qu’il avait glissé dans son dos, sous sa ceinture.

- Qu’est-ce que c’est ? demandai-je.

Il jeta à nouveau un regard autour de lui, pour s’assurer que personne ne se trouvait à “portée d’oreille”.

- J’ai vu une camionnette qui emportait les corps des ouvriers.

Je soupirai.

- Au moins Shinra a-t-il fait le nécessaire pour récupérer les dépouilles…

- Oui. Une fois désert, j’ai fait le tour du chantier, pour vérifier si quelque chose avait été volé ou détérioré.

- Et ?

- Rien n’a été touché, Général. Mais j’ai trouvé ça au pied Nord de la colline. Quelqu’un l’avait visiblement jeté d’en haut, précisément là où l’on a découvert le temple enseveli.

Il me tendit sa découverte et je soulevai les pans de tissu. Un poignard à la garde en ivoire superbement ciselée, apparut.

La lame était sale et recouverte d’une substance brunâtre.

Du sang ?

- Le couteau qui a servi à tuer le contremaître… murmurai-je.

Zack hocha la tête.

- Oui, Général. C’est aussi ce que je pense. Le sang n’est pas encore oxydé dans les rainures. Et l’arme elle-même n’était pas du tout couverte de poussière, lorsque je l’ai ramassée. Elle était là depuis peu.

J’observai le poignard plus attentivement et, par réflexe, pris garde à ne pas y déposer mes empreintes.

Précaution ridicule puisque Zack y avait déposé les siennes et avait probablement effacé une bonne partie de celles qui s’y trouvaient déjà. De toute façon, qui chercherait à savoir à qui elles appartenaient dans ce trou perdu ?

La garde était sculptée de façon à ressembler à une danseuse et un sceau d’or était incrusté dans l’ivoire : une tête de panthère tenant un serpent entre ses crocs.

Je connaissais cet emblème. Je l’avais déjà vu, j’en étais certain, mais où ?

- Je connais ce sceau, Zack, assurai-je.

- C’est le contraire, qui serait étonnant, Général. C’est le sceau héréditaire des Shinra.

- Leurs armes… dis-je la gorge sèche. Leur emblème… Quel salopard… murmurai-je en m’appuyant sur mon siège. Ce petit prince de mes deux a buté un pauvre type à cause d’une connerie de superstition ?

Zack haussa les épaules.

- Ca me paraît quand même… ” énorme “, Général. Non ?

Je levai les yeux au plafond.

- Qui d’autre que lui pourrait posséder une telle arme ? demandai-je, pas convaincu pour deux sous de l’intégrité de sa majesté des réacteurs.

Il allait me répondre lorsqu’il fut interrompu par un cri de femme hystérique semblant provenir de l’étage de l’auberge.

Je vis le patron se précipiter, ce que Zack et moi-même fîmes également.

La jeune fille qui s’occupait du service des chambres dévala l’escalier en courant et se jeta dans les bras du patron pour y sangloter je ne sais quoi dans sa langue avant de répandre le contenu de son estomac sur le plancher de bois.

- Que se passe-t-il ? m’enquis-je.

L’homme ouvrit la bouche à plusieurs reprises avant de pouvoir prononcer un seul mot, terrifié.

- Une… une panthère noire, bredouilla-t-il. Elle est entrée dans une chambre au premier. Par la fenêtre…

Zack et moi échangeâmes un regard interloqué, sûrs d’avoir mal entendu.

- Entrée par… la quoi ?

…à suivre

Vous avez aimé ce texte ? Laissez-moi un commentaire !

VII - Enfant gâté… adulte pourri !

“L’âge adulte, c’est de l’enfance pourrie.”
J. Cau

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Je ne sais pas si, comme l’affirme le dicton, l’exactitude est vraiment la politesse des puissants, mais Rufus Shinra, lui, ne s’embarrassait pas de bonnes manières.

Je me demandais s’il nous avait joué la comédie du malade imaginaire pour s’éclipser et nous laisser en plan avec nos problèmes ou s’il avait vraiment eu un malaise.

Ce n’étaient pourtant pas les nouvelles qui l’avaient bouleversé.

Il était évident qu’il se fichait complètement que l’on massacre allègrement ses soldats et ses larbins alors qu’ils travaillaient pour lui.

Je veux bien qu’on ne prenne pas sur son dos toute la misère du monde, mais tout de même ! Il y a des limites à l’indifférence.

Quoi qu’il en soit, on avait besoin de lui pour que le policier que nous avions vu plus tôt consente à lever son gros postérieur de son siège miteux, même si j’ignorais pourquoi.

Apparemment, le pouvoir de Shinra sur les autorités locales dépassait de loin ce que à quoi je m’attendais.

Un reste de pouvoir féodal, ou de respect des traditions ? A moins que ce ne soit tout bonnement de la peur.

Oui, à y réfléchir, le policier de pacotille avait semblé plus effrayé que respectueux. A croire que ” sa majesté des réacteurs ” lui collait plus les jetons que les monstres bardés de crocs en liberté autour de son village - ou qu’un éventreur à deux pattes.

Génial : ça nous faisait deux malades de trouille sur les bras ! Parce que, plus j’y repensais, plus je croyais à la scène de soudain malaise de ” son altesse ” chochotte.

A moins, bien sûr, qu’il n’ait décidé de s’entraîner pour entamer une carrière dans les sommets absolus du kitsch afin de jouer dans l’une de ces pièces à la mode du genre de cette saleté de Loveless - dont on ne cessait de nous rebattre les oreilles - mais c’était peu probable.

Et comme je doutais que cette indisposition passagère soit un effet de mon charme ravageur - hélas ! - cela ne pouvait donc être que de la frousse…

Peur de la vengeance de ses innombrables divinités ? Ce serait de la susceptibilité mal placée de leur part…

Mais, après tout, les dieux n’ont pas la réputation d’être raisonnables. Ce qui est d’ailleurs la principale raison pour laquelle je refuse l’idée de confier mon destin - ou même ma moralité - à quelqu’un d’autre que moi-même. Et surtout pas à une hypothétique puissance un tantinet mégalo et psychopathe, en théorie surpuissante, mais qui n’intervient jamais quand on en a besoin. Le Deep Ground fait aussi bien l’affaire de ce côté-là, si ce n’est mieux !

Au bout d’un long moment, sa seigneurie daigna tout de même nous illuminer à nouveau de sa céleste présence.

Il n’avait pas l’air plus en forme qu’avant - il était même plutôt verdâtre, sous sa jolie peau nacrée.

Pour un peu, sa faiblesse le rendait presque sympathique.

Qu’est-ce qu’il avait pu voir pour s’enfuir ainsi ? Sa propre mort sous les griffes d’un fauve ?

Il nous fixa alternativement du regard, Angeal et moi, et son expression redevint de marbre. Le masque de l’antipathie glissa sur son visage, me faisant oublier sur l’instant mon élan de mère poule prête à poupouner un poussin malade.

Ce qui me préoccupait, c’était la sécurité des hommes sur le chantier - à commencer par la mienne et celle d’Angeal et de Zack ! - et savoir si, oui ou non, j’allais pouvoir mener à terme ce projet.

- Ne vous inquiétez pas, fit Rufus.

La sécheresse de sa voix me fit grimacer.

Ce n’était plus de l’indifférence ou du mépris, mais de l’hostilité qui contredisait ses paroles.

- Le chantier… ne reprendra pas dans l’immédiat. Néanmoins, je ferai le nécessaire pour qu’une enquête fasse la lumière sur ces événements. Et nous prendrons les mesures qui s’imposent pour protéger le chantier des bêtes sauvages et des éventuels pilleurs. Je ne veux pas que de nouveaux dégâts soient commis. Comandant Hewley, j’aimerais que vous réfléchissiez à la possibilité de faire aménager un nouveau temple près du réacteur. Il nous faudra purifier ces terres avant d’y entreprendre quoi que ce soit d’autre et je crois savoir que votre protégé, le jeune Fair, connaît bien les ouvriers du chantier. Je vous laisse discuter avec Palmer des formalités.

Je haussai les sourcils en entendant la dernière phrase. Qu’est-ce qu’il sous-entendait pas là ? Que les ouvriers ne pouvaient pas me voir en peinture ? Où avait-il été pêcher une idée pareille ? Il s’imaginait peut-être que tout le monde traitait avec autant de mépris que lui-même les gens qui suaient pour lui !

- Je croyais que nous devions quitter les lieux au plus vite ? ne pus-je m’empêcher d’intervenir.

Shinra se tourna vers moi avec un regard agressif.

- J’ai changé d’avis, Général. Ca vous pose un problème ?

Je me mordis la langue pour ne pas répliquer vertement et l’altesse en kimono se déplaça jusqu’à un mur recouvert de motifs géométriques finement peints, où il appuya sur une plaquette de marbre à hauteur d’homme.

Je retins une moue dégoûtée en réalisant que ce sinistre crétin avait dû faire installer un système d’Interphone, ou de sonnette électrique, dans l’œuvre d’art qui abritait ses fesses d’aristocrate trop gâté.

L’arrivée immédiate de Palmer à l’appel de son maître me détourna de mes pulsions homicides. Enfin… me détourna de l’antipathique petit prince vers “la voix de son maître” en question.

- Je dois vous laisser à présent, annonça froidement Rufus. Je vous serai gré de retourner surveiller le chantier dès que la sécurité y aura été rétablie. En attendant vous pouvez loger à Gongaga. Palmer s’occupera de vos frais d’hébergement. J’espère ne pas vous revoir avant que la situation n’ait évolué.

Je restai ébahi devant tant de grossièreté.

Seule la certitude que son agressivité dissimulait une étrange nervosité m’empêcha de franchir les trois mètres de tapis moelleux qui nous séparaient pour lui faire ravaler son air hautain.

Si ce type n’était pas réellement terrifié, je voulais bien devenir turk !

Il se retira cependant avec toute la dignité voulue, et mon début de pitié s’en alla tout aussi soudainement qu’elle était apparue. Son larbin et ses manières doucereuses n’y étaient sûrement pas étrangères…

Angeal lança à Palmer un regard plus dégoulinant de colère contenue que les cheveux de Zack de gel capillaire et je pris mentalement note de ne jamais me retrouver du côté de ceux qui le contrariaient.

*

Lorsque nous sortîmes enfin de la propriété des Shinra, ce fut avec un intense soulagement et une folle envie de tout casser.

Angeal bouillait littéralement de rage et marchait à grands pas dans l’allée de graviers en direction de notre 4×4 (ou du moins de ce qui en restait).

- Ce type égocentrique et son valet de pied ! Je suis prêt à parier mon épée qu’ils ne vont rien faire pour élucider ce qui s’est passé !

J’étais aussi en colère que lui, mais bien plus déterminé.

- Nous pourrons facilement vérifier s’il nous ment. Le chantier et les alentours devraient être le théâtre de battues pour chasser les fauves, aujourd’hui.

Angeal leva les yeux au ciel et maugréa encore un bon coup.

- S’il n’y avait que les fauves, je ne m’en ferai pas trop ! On peut dormir dans des camions, avec le fusil à portée de main.

Je n’étais pas aussi rassuré que lui.

- Tu as oublié ce que notre ami velu a fait aux portières de notre 4×4 ? Je ne crois pas qu’un camion suffise à nous mettre à l’abri. Et on ne peut pas loger tous les ouvriers.

- Pour l’instant nous n’avons plus personne à loger, à part Zack. Et nous n’aurons que nous-mêmes à protéger tant que je n’aurais pas déniché un architecte capable de présenter un plan de temple à Rufus Shinra. Il va falloir serrer les dents et faire pénitence, mon cher !

Je grimaçai à cette pensée.

Un temple ? J’en avais vu plusieurs, depuis mon arrivée, mais Rufus voulait-il juste une chapelle de remplacement histoire de se dédouaner vis-à-vis de ses irritables dieux, ou souhaitait-il un “temple qui se voit de loin” comme son réacteur en forme de chou-fleur ?

Nous n’étions pas rendus - et encore moins partis de cette fichue région !

Angeal ne décolérait pas.

- Salopard ! Il se fiche comme d’une guigne du meurtre. Pour lui, ce n’est qu’un désagrément mineur. Je suis sûr qu’il serait plus contrarié s’il avait perdu l’un de ses canaris ! Inutile d’espérer grand-chose de la police dans ces conditions.

- On n’a qu’à le chercher nous-mêmes, ce meurtrier, dis-je avant de m’en rendre compte.

Mon ami me lança un regard étonné et finit par esquisser un sourire narquois.

- Bah, alors ? On a envie de jouer les turks ?

Soulagé de le voir plaisanter, j’enchaînai.

- S’il s’agit de rabattre le caquet de sa majesté des réacteurs, je suis prêt à jouer tout ce que tu voudras.

Angeal éclata de rire.

- Fais-moi penser à commander au plus vite un lot de serviettes éponges, dans le cas.

Il m’adressa un clin d’œil, se remit à en marche et je lui emboîtai le pas en serrant les poings, serrant les dents pour ne pas relever la pique.

Angeal me connaissait sur le bout des doigts et savait que, malheureusement, je possédais un trait de caractère qui m’avait toujours valu les pires ennuis : j’adorais pousser les gens à bout. Dans tous les domaines.

Cela m’avait valu des retours de flamme mémorables, à la sortie desquels Angeal me récupérait chez lui à trois ou quatre heures du matin, fin soûl - en sang ou en larmes selon la nature du ” pépin “. Je mettais des jours à m’en remettre en jurant ” qu’on ne m’y reprendrait plus ” mais, six mois plus tard, super Sephiroth était encore chez Angeal - épongeant l’hémoglobine de sa dernière victime ou son propre surplus de sécrétions lacrymales dans un mouchoir en papier - à maudire les adversaires trop faibles ou les amants trop susceptibles.

Ma vie sociale et amoureuse résumée en quelques lignes !

Le proverbe du chat échaudé qui craint l’eau froide n’était vraiment pas pour moi et, en repensant à l’attitude de Rufus, je sentais bien que j’étais sur le point de pencher du côté où je n’allais pas, une fois de plus, tarder à tomber…

*

Journal de Rufus Shinra

J’ai envoyé Palmer parler à la police.

Je sais qu’il réglera l’affaire au mieux de mes intérêts. La recherche des fauves occupera ces fonctionnaires si jamais il leur prenait l’envie de faire du zèle.

Je leur ai fait passer la consigne de laisser croire à Sephiroth et à Hewley qu’ils menaient également une enquête sur le meurtre du profanateur mais Palmer saura leur expliquer qu’à mes yeux cette enquête n’a pas à être rapide.

Ni à aboutir…

Il saura leur faire comprendre qu’une absence de résultat de ce côté ne leur serait pas dommageable, bien au contraire.

Les autorités locales sont loin d’être brillantes, mais largement assez cupides pour savoir où est leur intérêt.

Je vais allez dormir un peu car je suis épuisé et le malaise ressenti durant la visite de ces deux Soldats n’est pas encore tout à fait passé.

C’est une sensation vraiment très désagréable…

…à suivre

Vous avez aimé ce texte ? Laissez-moi un commentaire !

LXVI - Un mort bien vivant

Quand on n’a rien à se reprocher dans la journée,

on ne craint pas que les fantômes viennent

hurler à la porte au milieu de la nuit. ”

Proverbe chinois

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Derrière la vitre de la cuve, Weiss essayait désespérément de deviner ce qui se disait et se passait dans le laboratoire.

Il avait définitivement repris ses esprits deux heures plus tôt, en sentant l’horrible douleur - typique du mako purifié - embraser ses poumons et ce fut pour voir Sephiroth allonger son frère sur - ou plutôt ” dans ” - le corps de Genesis, que d’autres hommes avaient transporté jusque là dans une civière.

- Weiss ? Weiss, tu m’entends ?

Il baissa les yeux vers Shelke, qui tapotait le verre de la cuve pour attirer son attention.

- Kadaj va augmenter un peu la concentration de mako, l’informa la jeune fille. Fais-nous signe si tu sens une gêne ou une brûlure quelconque.

Indifférent à son propre sort et à la douleur de ses os brisés, l’ancien chef des Tsviets désigna ce qui se passait dans le laboratoire et secoua la tête, soucieux.

- Je te l’ai dit, insista la jeune fille. Tu n’as rien à craindre. Il s’agit bien de Genesis. Du vrai Genesis. Nero a besoin de ces cellules ou sinon, il risque de…

Weiss sentit un horrible élancement au côté droit, là où une côte avait transpercé son foie, et il posa lourdement le front sur le verre avec un ” toc ” sinistre, interrompant son ancienne subordonnée.

Celle-ci se tourna vers sa sœur, ne sachant plus comment convaincre le jeune homme de se concentrer sur sa propre guérison.

Shalua s’approcha.

- Weiss ? Weiss, regarde-moi. Regarde-moi !

Elle donna une tape sur la paroi et il daigna enfin lui accorder un peu d’attention mais son magnifique regard bleu et or décelait un monde d’angoisse et de souffrance.

- Tout va bien se passer, assura-t-elle d’une voix douce. Vincent et Genesis savent ce qu’ils font, je t’en donne ma parole.

Le Tsviet vissa ses prunelles aux siennes, comme s’il lui demandait silencieusement de jurer qu’il n’arriverait rien à son frère, et Shalua sourit.

- Ce qui aidera vraiment Nero à se remettre rapidement, c’est de voir que son grand frère va bien et qu’il est hors de danger.

Weiss ferma les yeux un instant, comme s’il se concentrait pour essayer de se reprendre et de gérer la douleur et hocha la tête.

- Bien. J’ai réduit les fractures et il faut à présent que le mako ressoude tes os et régénère tes organes. Kadaj va y aller en douceur.

Le jeune homme acquiesça de nouveau et se tourna vers Kadaj, qui lui sourit pour le rassurer.

- Le mako aussi pur est très instable, fit ce dernier. Alors j’ai vraiment besoin que tu m’alertes à la moindre gêne.

Weiss plissa le front en signe d’incompréhension et tourna la tête vers Shelke, qui laissa échapper un petit rire.

- Tu n’es plus au Deep Ground, Weiss, dit-elle. Ici, tu te rendras à peine compte du changement de concentration de mako. Kadaj est un vrai virtuose.

L’incarné haussa un sourcil, un peu perdu, et la jeune fille s’assit sur l’accoudoir de son fauteuil.

- Au Deep Ground, les scientifiques n’utilisaient pas de paliers progressifs, expliqua-t-elle.

Kadaj tordit le nez.

- Charmant… Et moi qui pensais que nous avions écopé des pires sadiques au cratère Nord !

De l’agitation se fit dans l’infirmerie.

Telle un étrange papillon s’arrachant à sa chrysalide, Nero avait commencé à s’extraire du corps de Genesis. Et à le voir haleter et lutter, cela n’avait rien d’un exercice aisé.

Le rythme cardiaque de Weiss se mit à battre la chamade, faisant hurler les appareils de contrôle, et Kadaj jura.

- Du calme, Weiss, le supplia Shelke. Concentre-toi !

Nero était parvenu en rampant à extraire la moitié supérieure de son corps de celui de son hôte… lorsqu’il s’effondra sur le côté, à bout de souffle.

- C’est pas vrai… soupira Vincent. Allez, encore un petit effort !

- Ne peut-on pas l’aider ? proposa Loz, prêt à se saisir des bras minces pour le tirer vers lui.

- Surtout pas ! intervint l’essence fantomatique de Genesis. Tu pourrais endommager irrémédiablement et son corps, et le mien.

- Voire même couper tout bonnement ce garçon en deux, ajouta Reeve.

Cid, lui aussi présent, se raidit.

- Tu es sérieux ?

- Les cellules de sa partie inférieure sont totalement imbriquées dans les miennes, confirma Genesis.

Sephiroth s’accroupit à côté de Nero, trop épuisé pour ne serait-ce que se redresser sur ses avant-bras.

- Allez, courage, c’est bientôt fini. Tu y es presque.

Le Tsviet secoua la tête.

- Je… Je n’y arrive… pas…

- Essaye quand même une dernière fois. Respire un grand coup.

Nero obéit et s’accrocha même aux jambes de Sephiroth pour essayer de se libérer. En vain. Son bassin et ses jambes restaient prisonnières de ceux de Genesis - ou plutôt ” mêlés ” à eux.

- Je… Je ne… peux pas… Je suis… Désolé…

Le Soldat lança un regard désespéré à Vincent, qui secoua la tête.

- Il est en train de s’épuiser pour rien alors qu’il a besoin de toutes ses forces pour se remettre d’aplomb et assimiler les cellules de Genesis, trancha ce dernier. Ce n’est pas bon du tout.

- Alors, je crois que nous n’avons pas le choix, fit Reeve en se tournant vers l’essence fantomatique de l’ancien soldat 1ère classe. Il va falloir l’aider.

- J’aurais préféré éviter ça, murmura ce dernier. Ca risque d’être très violent et dans son état de fragilité, il…

- Genesis… intervint Sephiroth, la tête de Nero sur ses genoux. Il est vraiment à bout.

- D’accord, d’accord, Seph, c’est bon, j’ai compris.

*

Dans le grand salon, les autres hôtes du manoir - Denzel et Marlène, qui dormaient encore, exceptés - étaient réunis devant un petit déjeuner très matinal, les yeux bouffis de sommeil.

- Bon sang ! Je pourrais dire que j’en aurais vu, des trucs bizarres, dans ma vie… fit Rude, encore vêtu de sa tenue de commando, en avalant son troisième café.

Reno lui tapa sur l’épaule et se saisit d’une carafe de jus de fruits.

- Tu l’as dit, mon pote.

Il remplit son verre et celui de Yazoo, qui ne cessait de lorgner sur le cadran de la montre de son amant.

Tifa, qui avait remarqué son manège depuis un moment, se pencha à son oreille

- Tseng et Elena seront là d’un moment à l’autre, chuchota-t-elle.

L’argenté sourit et elle lui pressa amicalement la main.

- En fait, non, pas tout de suite, annonça Rufus avec une moue. Avec les événements de la nuit, j’ai oublié de vous en faire part mais Tseng a appelé. Ils ont dû s’arrêter en route. Un petit problème d’ordinateur de bord mais rien de grave. Ils seront là dans la soirée. (Les épaules de Yazoo s’affaissèrent) Je suis désolé, j’aurais dû t’en parler tout de suite.

L’argenté se reprit et secoua la tête.

- Ca ira, ne vous en faites pas. Je… Je m’étais juste mentalement préparé à leur arrivée pour ce matin, c’est tout.

Reno lui passa le bras autour des épaules, réconfortant.

- Les machines sont toujours là pour nous pourrir la vie pile poil quand il ne faut pas, petit ! soupira Barret avec philosophie.

Yuffie s’étira et se frotta les yeux.

- Je me demande comment ça se passe, en bas.

*

Genesis eut beau essayer de réintégrer son corps aussi délicatement que possible, comme il l’avait craint, à peine ” réinstallé “, Nero en fut expulsé avec une violence inouïe.

Si Loz n’avait pas aidé Sephiroth à le retenir, le ténébreux aurait sans doute été propulsé à plusieurs mètres et il ne s’en serait pas tiré indemne.

La douleur n’en fut cependant pas moins intense et, tout comme cela avait été le cas lorsqu’Hojo l’avait chassé du corps de Genesis une première fois, Nero eut l’impression que chacune de ses cellules se scindait en deux.

Son cri résonna dans l’infirmerie.

Weiss, affolé, hurla le nom de son frère en silence dans le mako en plaquant ses deux mains contre la vitre et Shelke essaya une fois de plus de l’apaiser.

- Ca va aller ! Ma sœur et Vincent sont avec lui. Reprends-toi ! Tu dois te calmer ou tu risques d’endommager irrémédiablement les os fracturés que Shalua a remis en place ! Si le mako les ressoude de travers, tu es bon pour passer sur la table d’opération avant de retourner là-dedans !

A quelques mètres de là, Shalua auscultait Nero, qui gisait dans les bras de Sephiroth.

- Il est choqué mais ça a l’air d’aller. Tu m’entends, chaton ? Ouvre-les yeux, allez.

- Nero… gémit Genesis, qui essayait de se redresser un peu avec l’aide de Merill.

- Doucement, Capitaine Rhapsodos. Reconstituer ce que vous avez offert à votre ami va prendre un peu de temps. Restez tranquille.

Nero ouvrit lentement les yeux et Shalua lui sourit en passant la main dans ses cheveux dégoulinants de sueur.

- Ca va, chaton ? Comment te sens-tu ? As-tu mal quelque part ?

- Fa…tigué…

Sephiroth et Vincent laissèrent échapper un soupir d’intense soulagement.

- C’est normal, poursuivit la jeune scientifique en caressant le front moite. Tu vas pouvoir dormir et te reposer autant que tu le voudras, maintenant, je te le promets.

Elle se tourna vers la cuve, où Weiss s’agitait de plus en plus, et leva le pouce avec un large sourire, pour faire signe que tout allait bien.

- Ca a marché, dit Shelke en posant ses paumes contre celles de Weiss à travers la vitre de la cuve. Tu entends, Weiss ? C’est fini, Nero est hors de danger, maintenant.

L’ancien chef des Tsviets hocha la tête et se laissa aller en arrière contre la paroi en fermant les yeux, comme si le soulagement lui coupait les jambes et lui ôtait ce qui lui restait d’énergie.

- Weiss ? appela doucement Kadaj. Weiss, encore un effort, il faut trouver le bon palier de mako. Ensuite tu pourras te laisser aller jusqu’à ce que tu sortes de là.

Weiss se força à sourire malgré la douleur et acquiesça.

*

Tseng - ou du moins avait-il l’apparence de Tseng - enjamba le corps inanimé d’Elena et du pilote de l’avion pour se saisir du petit cercueil, qu’il ouvrit pour récupérer le minuscule défunt momifié.

- Ridicule… cracha-t-il en voyant les vêtements de poupée.

Il dénuda le corps du bébé sans la moindre pitié, éparpillant la layette sur le sol, et voulut le glisser dans la poche de son costume mais la position des petits bras et des jambes potelées l’en empêchèrent.

- Saleté…

Il jeta un regard alentour et prit un sac en papier destiné aux passagers souffrant du mal de l’air.

Il brisa les membres du bébé avec des “ crac ! ” sinistres, désolidarisa le corps de la tête et jeta le tout dans le sac avant de glisser ce dernier dans sa poche.

- Des cellules de Jenova parfaitement conservées ! ricana-t-il en tapotant les petits restes momifiés à travers la toile de sa veste, faisant s’entrechoquer les morceaux avec un bruit de cailloux. Un génie ! Je suis un génie…

à suivre

Vous avez aimé ce texte ? Laissez-moi un commentaire !

LXV - Chibi Face

” Un ami, c’est quelqu’un qui vous connaît bien…
et qui vous aime quand même. ”

Hervé Lauwick

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Vincent et les soldats du WRO qui l’accompagnaient firent irruption dans la grotte surplombant le ravin où coulait la rivière de la vie, ils furent saisis par le spectacle qui s’offrit à eux.

A quelques pas à peine du bord de l’abîme, Genesis semblait défier… Genesis !

- Qu’est-ce que… bredouilla l’un des soldats, ébahi.

- Shelke, as-tu une idée de ce qui se passe ? demanda l’ex turk à la jeune fille.

Celle-ci observait la scène, aussi surprise que ses compagnons, mais analysa immédiatement la situation.

- On dirait qu’il essaye de récupérer son propre corps, Vincent. Et il n’est pas seul, regarde.

Elle désigna les deux formes opalescentes qui observaient elles aussi la scène avec inquiétude et Vincent laissa échapper un cri.

- Lucrecia !

Tous se tournèrent alors vers lui et, profitant, de la diversion, le voleur du corps de Genesis s’en débarrassa comme d’un vieux vêtement pour plonger dans l’abîme où coulait la rivière de la vie avec un rire fou.

Le corps désincarné de Genesis voulut le suivre mais Angeal, le second ” fantôme ” présent, s’interposa.

- Non ! Recupère ton corps et rejoins ces hommes ! ordonna le Soldat avant de plonger derrière Hojo.

Lucrecia voulut sauter à son tour mais Vincent l’appela encore.

- Non ! Lucrecia ! Attends !

- Nous nous verrons bientôt, Vincent, je te le promets… dit-elle avant de se lancer à son tour dans l’onde tourbillonnante. Je te confie Genesis.

- Lucrecia !

Il se précipita au bord du précipice, où l’essence désincarnée du soldat s’était agenouillée près de son propre corps.

- Il n’est pas là… bredouilla-t-il en enfonçant une main translucide dans la poitrine sanglée de cuir. Comment est-ce possible ?

- Tu es Genesis, n’est-ce pas ? demanda Shelke, qui s’était approchée à son tour. Le ” vrai ” Genesis ?

Celui-ci hocha la tête, hébété.

- Où est-il ? demanda-t-il. Où est le garçon qui avait pris ce corps ?

Vincent se tourna vers eux.

- Nero ? En sécurité. Très affaibli mais il reconstitue son enveloppe et ses organes petit à petit.

Genesis secoua la tête, sceptique.

- Il reconstitue son enveloppe ? Mais… Avec quoi ? C’est impossible ! Il… Il n’a rien pris. Pas une seule cellule. Mon corps est intact !

- Nous l’avons mis dans un caisson mako, l’informa Shelke.

- Un caisson mako ? répéta-t-il, visiblement préoccupé. Mais ça ne suffira jamais !

- Est-ce Hojo que nous avons vu plonger dans la rivière ? demanda Vincent, encore sous le choc de ce qu’il avait vu.

- Oui. Oui, c’était bien cette ordure d’Hojo. Comment… Comment Nero s’y est-il pris ? insista Genesis.

Shelke leva le sourcil, étonné de l’inquiétude de l’ancien soldat pour le second des Tsviets.

- Pas de la meilleure façon, je le crains, mais il n’avait pas vraiment le choix. Le fait de devoir reconstituer son corps avec la force de son seul moi psychique l’a fortement affaibli et, à entendre ma sœur, il est aussi fragile qu’un nouveau-né.

- Récupère ton enveloppe et partons d’ici, ordonna Vincent. Il nous faut nous dep…

- Non, le coupa Genesis. Si je réintègre mon corps, je ne pourrais plus en sortir.

L’ex turk ouvrit de grands yeux.

- Tu préfères donc rester un fantôme ?

- Bien sûr que non ! Mais j’aimerais d’abord que Nero y prenne la matière suffisante pour se régénérer et, pour cela, il faut lui amener ” vide “. D’après ce que me dit cette jeune fille, il n’aura jamais la force de s’y glisser si j’y suis déjà.

Shelke sourit.

- Alors Sephiroth avait raison, finalement. Tu sembles beaucoup aimer Nero et son frère.

- Sephiroth ? bredouilla Genesis. Alors cette femme disait vrai ? Sephiroth est… vivant ?

- ” Cette femme ” est sa mère, l’informa l’ex turk. Lucrecia Crescent. Et, oui, il est bien vivant.

Le soldat frotta son visage désincarné, visiblement très ébranlé.

- Je suis resté absent si longtemps…

Vincent et Shelke échangèrent un regard embarrassé.

Les soldats du WRO qui les accompagnaient, eux, ne savaient visiblement plus du tout à quel saint se vouer.

*

- Et tu ne m’as rien dit ? gronda Loz, fou de rage mais essayant de se contrôler pour ne pas malmener Nero, toujours blotti contre lui. Cette ordure a torturé mon fils !

- ” Cette ordure “ a tué le mien ! rétorqua Yazoo sur le même ton, faisant blêmir son frère. Qu’est-ce ce que tu crois ? Que je n’avais pas envie, moi aussi, de grimper dans ce satané hélicoptère pour aller régler son compte à cet enfant de salaud ? Tu crois que j’ai déjà oublié ce qu’il a fait à mon bébé ?

- Bien sûr que non. Je… Je suis désolé… Ce n’est pas ce que je voulais dire, murmura son jumeau, horriblement mal à l’aise. Mais ni Vincent, ni Rufus, ni toi n’aviez le droit de nous empêcher de régler son compte à cet homme !

- Peut-être avons-nous estimé que ta vie et celles de mes frères valait mieux que le plaisir fugace d’une vengeance ! railla le cadet, amer. Mille pardons d’avoir voulu vous protéger des griffes de ce Genesis et de Jenova !

- De quoi devons-nous être protégés, Yazoo baby ? On peut savoir ? demanda la voix de Cid, qui venait d’arriver dans leur dos, flanqué de Sephiroth et de Cloud.

Yazoo ferma les yeux et pinça les lèvres, anéanti.

Il avait juré à Reno de garder le secret sur la mission et, en trois heures à peine, il avait déjà réussi à mettre la puce à l’oreille à tous ses frères.

Quel piètre compagnon il faisait pour un turk aussi haut placé que Reno !

Il s’apprêtait à fournir une explication laborieuse lorsque le cri de Shalua, qui venait de sortir de son bureau le téléphone collé à l’oreille, l’interrompit.

- Merill ! Ils sont sur le toit ! Prépare la cuve et demande à Kadaj de descendre de toute urgence !

- Il est en si mauvais état que ça ? s’enquit son assistant, anxieux.

- A en croire Reno, oui. Cid ! Je vais avoir besoin de toi, là-haut !

- Mais enfin, qu’est-ce qui se passe, ici ? demanda Cloud, le regard allant de Shalua à Yazoo.

Cette dernière ne prit pas le temps de répondre et quitta l’infirmerie en tirant le pilote interloqué par le devant de son t-shirt.

L’argenté, lui, sentit ses joues s’empourprer sous le regard croisé de ses frères.

*

Weiss, sanglé à la civière se sentit ballotté en tout sens et il lui sembla entendre des voix d’hommes affolés autour de lui. Son esprit embrumé ne lui permettait de saisir que des bribes de leur conversation.

” …cassé …sérieux …urgence …Kadaj …cuve …dangereux pour lui …mako purifié ..Omega …Nero “

Nero…

Son petit frère…

Où était-il ?

- Ne…ro… gémit-il. Ne…ro…

Une voix douce de femme chuchota tout contre son oreille.

- Nero est en sécurité, je te le promets, tu le verras bientôt. Accroche-toi, mon grand, on va s’occuper de toi.

Nero…

Il ne fallait pas que Nero le voie dans cet état. Cela le terrifierait. Il aurait voulu le dire à la femme mais il se sentait incapable de former une phrase cohérente.

Son petit frère n’avait jamais supporté de le voir malade ou malmené. Ca le rendait fou de peur et de chagrin. Comme il y a quatre ans, là-bas, au réacteur zéro, lorsque Weiss et ses lieutenants avaient enfin réussi à se débarrasser de leur bourreau, ce Restrictor maudit qui les avait enfermés et dressés comme chiens de combat.

Non…

Non, c’était injuste de dire ça…

Les chiens de combats étaient bien mieux traités !

Lorsque le Restrictor s’était effondré à ses pieds, Weiss s’était figé et avait attendu quelques instants. Une douleur… Une gêne… Un malaise… Un quelconque signe annonçant que le nanovirus qu’on lui avait injecté pour prévenir toute mutinerie, et qui devait se réveiller dans les trois jours suivant la mort de son bourreau, avait commencé son œuvre de destruction.

Le nanovirus…

Cette minuscule promesse de mort…

Le seul obstacle qui l’avait empêché de se révolter jusqu’alors.

Du moins jusqu’à ce qu’on attache Nero à cette colonne maudite dans ce sous-sol crasseux et qu’il l’entende hurler et l’appeler à l’aide jour et nuit…

Une seule chose comptait aux yeux de Weiss plus que sa propre vie : son petit frère. Et son premier geste d’homme libre, après avoir éliminé le Restrictor, fut d’aller libérer Nero.

- C’est fini … avait-il murmuré à son oreille lorsqu’il avait brisé les chaînes qui retenaient impitoyablement son corps menu contre la pierre dure. C’est fini, chibi face

Chibi face “

Un sobriquet affectueux donné par Angeal Hewley et que le benjamin n’acceptait que de la part de son frère aîné.

Nero était resté un long moment blotti contre lui, dans ce sous-sol horrible, comme s’il voulait s’assurer de la réalité de son frère. Il lui fallut plusieurs minutes pour faire sortir quelques mots de sa gorge, écorchée à force de sanglots et de hurlements.

- Tu as… réussi… Tu as pu te… libérer de… lui… Je suis tellement… heureux… Mon frère… Bien aimé…

- Oui, chibi face, cette fois, c’est bien terminé.

- Comment ? Le virus… Comment as-tu…

- Nous trouverons, l’avait coupé Weiss. Ne t’en fais pas pour ça.

Nero s’était alors raidit dans ses bras et avait levé vers lui un regard épouvanté.

- Tu as tué le Restrictor sans… Sans anihiler… le virus ?

- Nous trouverons une solution, Nero, Shelke va me…

- Non ! avait hurlé son frère, en larmes en s’accrochant désespérément à lui.

- Nero, je…

- Il ne reste que trois jours, Weiss ! Comment vas-tu faire ?

- Je t’ai dit que…

- Pourquoi as-tu fait ça ? Pourquoi ? Pourquoi ? POURQUOI ? !

La dernière chose dont il se souvenait ensuite, était d’avoir pénétré grâce à Shelke dans la réalité virtuelle de la toile mondiale, à la recherche d’informations et… plus rien.

Jusqu’à ce que, trois ans plus tard, Vincent Valentine et son frère chassent (ou du moins l’avait-il cru) l’homme qui avait pris possession de son corps pour en faire l’hôte de l’Omega…

à suivre

Vous avez aimé ce texte ? Laissez-moi un commentaire !

LXIV - Plus mort que vif

Mieux vaut la mort dans le combat que la vie d’un vaincu.
Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

L’oreillette de Vincent grésilla et il leva la main pour signifier aux soldats de la WRO qui le suivaient de s’arrêter.

Ces derniers obéirent comme un seul homme et se placèrent dos au mur de l’étroit conduit souterrain qu’ils arpentaient prudemment depuis près d’une heure et qui menait aux entrailles du mont Nibel.

Ici l’Unité alpha. Tout est propre. Rien à signaler dans les grottes du secteur C01. “ fit la voix de Rude dans l’oreillette de l’ex-turk.

Ici unité beta. Tout est propre aussi dans la zone C02, Monsieur. Quelles sont vos instructions ?” demanda la voix d’une jeune femme à son tour.

Vincent se tourna vers Shelke, qui lui fit signe de la tête en tapotant sur son PDA.

- Unités alpha et beta, continuez la progression comme convenu dans les secteurs C03 et C04, ordonna l’ex-turk. Nous vous envoyons une topographie détaillée des lieux.

A vos ordres, Monsieur. “

O.K., on continue, Vince “

Vincent donna ordre de poursuivre et la petite colonne armée se remit en marche.

*

Denzel finit par s’endormir, pelotonné dans le lit entre Tifa et Loz.

- Décidément, il sera dit que nous ne passerons pas une seule nuit tranquilles… soupira la jeune femme.

L’argenté eut un sourire las et tendit la main pour lui caresser la joue.

- Avec le bébé, ça ne va pas s’arranger, tu sais. Je vais m’installer avec lui à côté, dans la chambre que Yazoo et moi nous…

- Ne dis pas de bêtises, le coupa Tifa. Le bébé viendra ici, avec son papa.

Le papa en question se permit un petit rire ironique.

- As-tu déjà passé des mois avec un nourrisson qui se réveille plusieurs fois par nuit avec des cris aigus ? demanda-t-il, non sans humour.

- Non mais ça ne doit pas être si terrible que ça.

- Crois-moi sur parole, Yazoo et moi avons eu envie de jeter ” bébé Kadaj ” dans les toilettes plus d’une fois.

La jeune femme pouffa en se mordant la langue pour ne pas réveiller Denzel.

- Dans les toilettes ?

- Nous n’avions pas de fenêtres, au cratère Nord, plaisanta l’argenté avec une moue taquine.

Tifa grimaça désespérément pour ne pas piquer un fou-rire.

- Idiot…

Loz lui pinça tendrement la joue.

- Je vais redescendre un peu auprès de ce garçon, dans le caisson.

- Nero ? Il est inconscient.

- Peu importe. Il m’a ramené mon fils. Rester un peu à ses côtés est le moins que je puisse faire en l’absence de son frère. Ca va aller ?

Tifa, tombant de fatigue, acquiesça, les yeux mi-clos, et embrassa sa paume.

- Oui, ne t’en fais pas. Essaye de revenir dormir un peu quand même.

Il se pencha prudemment par-dessus le garçonnet et déposa un baiser sur les lèvres offertes.

- Ne t’inquiète pas pour moi. Dors.

Il les borda, elle et Denzel, et s’habilla en silence, sachant très bien qu’il n’était pas prêt de se recoucher.

Veiller Nero n’était qu’un prétexte.

Bien qu’il ait fait mine de ne s’apercevoir de rien pour ne pas effrayer Tifa, il s’était évidemment rendu compte que Yazoo lui cachait quelque chose. Et il était bien décidé à le ” cuisiner ” le temps qu’il faudrait pour savoir de quoi il s’agissait !

*

Rude et son unité firent irruption dans une large grotte.

- Go ! Go ! cria le turk. En position !

La dizaine de soldats du WRO se déploya aussitôt le long des parois en balayant les lieux du faisceau des torches qu’ils avaient fixées à l’extrémité de leurs armes.

Tout semblait désert et Rude s’apprêtait à en informer Vincent lorsqu’un jeune soldat roux l’interpella depuis l’extrémité opposée de la grotte.

- Monsieur ! cria-t-il. Par ici ! Dans les rochers !

Le turk se tourna vers lui.

Comme une poupée désarticulée que l’on aurait jetée au sol, l’ancien chef des Tsviets gisait sur le dos, les bras en croix et la tête renversée sur les arêtes aiguës des pierres qui lui servaient de couche.

- Oh, merde… gémit Rude en se précipitant vers lui. Vince ! cria-t-il dans le petit micro fixé au col de sa tenue de commando. On l’a trouvé ! Dis à Reno de poser l’hélico sur le terre-plain, à l’entrée de la grotte !

*

- Comment va-t-il ? demanda Loz à son jumeau, le faisant sursauter.

Ce dernier se tenait debout à côté du caisson de Nero et le regardait avec inquiétude.

- Il s’agite, hyperventile et n’arrête pas d’appeler son frère. Il ne te rappelle pas quelqu’un ? demanda-t-il avec un sourire triste en posant la main à plat sur la paroi de verre, juste au-dessus du visage comprimé dans son masque de contention, comme pour lui caresser la joue à distance.

Loz s’approcha à son tour et sentit son cœur se pincer devant le corps tremblant, si mince que l’on voyait le dessin des côtes sur ses flancs. Par rapport au reste, si menu, ses bras, ses épaules et sa musculature pectorale et abdominale paraissaient étonnamment vigoureux mais pouvait-il en être autrement lorsqu’on vous contraint à manier d’énormes pistolets de près de trois livres chacun et qu’on vous visse une immense paire d’ailes métalliques aux os de l’épine dorsale et des omoplates ?

Les longs doigts graciles étaient recroquevillés sous le petit menton pointu, autant du moins que le permettaient les fins poignets entravés par plusieurs épaisseurs de gaze.

Les globes oculaires roulèrent sous les paupières diaphanes à demi-closes.

- Weiss… eiss… eiss…

A peine un murmure.

La poitrine ornée d’arabesques haleta, fut prise de soubresauts, et des larmes perlèrent au bout des longs cils frémissants.

La gorge de Yazoo se serra tandis qu’il avait l’impression de revenir des années en arrière, là-bas, au cratère Nord, lorsque les scientifiques ramenaient Kadaj dans leur chambre, après lui avoir fait subir les Dieux seuls savaient quoi.

L’adolescent semblait si fragile, alors, étendu sur son lit, à peine conscient, tremblant et utilisant le peu de forces qui lui restait pour gémir le nom de Loz sans discontinuer, jusqu’à ce que celui-ci revienne enfin de son entraînement forcé le soir venu et serre le garçon contre lui pour le bercer comme un tout petit. Comme lorsqu’il était enfant et qu’un cauchemar l’effrayait.

Les jumeaux s’étaient toujours occupés de Kadaj avec autant de dévouement l’un que l’autre mais, dans ses moments là, lorsqu’il était vraiment terrifié, c’était toujours l’aîné que le cadet réclamait. La force peu commune de Loz, sa carrure, sa voix profonde et son indéfectible patience rassuraient Kadaj et le calmaient plus sûrement que n’importe quelle caresse ou mot tendre de Yazoo.

Une figure paternelle, protectrice et rassurante ? Sans doute.

Et c’est aussi ce que devait être Weiss pour Nero, si l’on en croyait ses réactions et ce qu’avait raconté Shelke.

Alerté par les ” bips ” de l’ordinateur relié au caisson, Merill s’approcha pour vérifier les données.

- Zut… soupira-t-il en constatant que l’agitation de son patient montait en flèche, risquant de provoquer un incident cardiaque - ou pire. Shalua, ça ne va pas, appela-t-il.

La jeune scientifique s’approcha à son tour et lut par-dessus l’épaule de son assistant.

- Il va falloir injecter une nouvelle dose de sédatifs.

- Encore ? J’ai peur que cela lui fasse plus de mal que de bien.

Yazoo lança à Loz un regard suppliant. Celui-ci sourit et hocha la tête.

- Shalua, peut-on le sortir du caisson, un instant ? demanda le grand argenté.

Les deux médecins ouvrirent de grands yeux surpris.

- Loz, il a besoin du mako qui…

- Juste une minute. Il est juste effrayé. C’est d’un contact, dont il a besoin, pas de médicaments.

Shalua parut hésiter mais Yazoo insista.

- Kadaj faisait exactement les mêmes mimiques et réagissait de la même façon après avoir été malmené par les chercheurs, dit-il. Loz arrivait toujours à calmer. Laisse-le essayer, ça n’engage à rien.

Avec un soupir sceptique, la jeune femme et Merill s’exécutèrent, sans grand enthousiasme, et, après l’avoir enroulé le corps nu avec mille précautions dans une couverture très douce, Loz souleva le fragile ténébreux dans ses bras et alla s’asseoir sur l’un des lits, dont Yazoo redressa le dossier pour qu’il puisse s’y appuyer, son précieux fardeau roulé en position fœtale contre sa poitrine.

- Attention à son dos, les points de suture sont encore très frais, prévint Merill en collant quelques électrodes sur la poitrine et le dos de Nero.

Shalua s’avança avec un masque à oxygène relié à la cuve par un long tuyau où circulait un gaz verdâtre et le posa sur le visage de son patient après avoir déclipsé la partie du système de contention qui lui cachait la bouche.

- C’est de mélange d’oxygène et de mako, expliqua-t-elle. Ca ne vaut pas le caisson mais c’est mieux que rien.

Nero inspira le mélange avec avidité, au début, puis de plus en plus lentement tandis qu’il se laissait aller contre la large poitrine, dont il entendait battre le cœur contre son oreille.

” Papam… Papam… Papam… ”

Une grande main lissa les longs cheveux noirs tandis qu’il se sentit bercé tout doucement d’arrière en avant, en un mouvement lent et hypnotique accompagné par le rassurant battement.

” Papam… En arrière… Papam… En avant… Papam… Papam…”

La peau contre le haut de sa joue, l’une des rares parties de son visage que laissait à découvert son masque de contention, était tiède et douce. Le muscle qu’elle recouvrait, puissant et volumineux.

Comme ceux de Weiss…

Mais ce n’était pas lui.

Et ce n’était pas non plus Angeal.

Qui était cet homme, qui le tenait dans le berceau protecteur de ses bras avec la même tendresse que son frère ou que leur capitaine, sans la moindre crainte ou dégoût ?

” Weiss… Grand frère… Bientôt là… Dormir… Weiss… Mont Nibel… Va revenir…”

Une voix qui n’appartenait pas à l’homme contre qui il se blottissait, lui parvenait par intermittences, elle aussi rassurante et douce, presque féminine. A demi inconscient, il ne parvenait pas à tout saisir mais l’essentiel était clair : Weiss viendrait bientôt. Weiss serait bientôt là, près de lui, et le protégerait comme il l’avait toujours fait.

En attendant, l’homme aux grandes mains douces veillerait sur lui. Oui, il en était persuadé. Il le sentait dans la façon dont ses doigts lissaient ses cheveux et dont ses lèvres effleuraient parfois sa pommette ronde. Comme seuls son frère et Angeal avaient osé le faire jusqu’à présent.

Et Genesis.

Genesis…

Genesis… Je croyais que tu nous aimais bien… C’est ce que tu disais toujours… Pourquoi nous as-tu fait autant de mal ? Parce que j’ai pris ton corps ? J’en avais juste besoin pour sauver mon frère bien aimé… Je te l’aurais rendu intact… Jamais je n’aurais fait quelque chose pour te nuire ou te blesser, Genesis… Même lorsque tu as refusé de nous aider à nous libérer des restrictors, nous t’avons protégé de la Shinra… J’ai mis moi-même ton corps à l’abri dans la grotte…Tu savais que je te l’aurais rendu très vite… Tu le savais… Tu le savais… Tu le savais ! Alors pourquoi nous as-tu fait ça ? Pourquoi, Genesis ? Pourquoi ? “

Une larme perla entre ses longs cils et Yazoo essuya les grands yeux en amande à l’aide d’une compresse stérile.

- Comment es-tu aussi sûr que Weiss ne va pas tarder, Yazoo ? murumura Loz avec un regard perçant. (Son jumeau se figea) Qu’est-ce que tu ne veux pas me dire, petit frère ?

*

Dans l’hélicoptère, Vincent aida Rude à fixer Weiss à la civière de secours.

Reno, qui s’était tourné pour voir à quoi ressemblait l’homme qu’il était venu sauver, jura.

- Faut avoir fait ” bombe sup’ ” pour être officier supérieur dans le SOLDAT ou quoi ? Ils les recrutent sur photo ?

- Reno… le tança Vincent.

- Oh, ça va, je détendais un peu l’ambiance, c’est tout…

- Il est dans un sale était, soupira Rude.

- Hojo… ne cessait de répéter l’ancien chef des Tsviets dans une sorte de délire à demi conscient. Vincent… Vincent Valentine…

- Je suis là, le rassura ce dernier.

Il épongea le sang qui coulait de la lèvre du jeune homme avec une moue révoltée. Ce garçon et son frère étaient-ils donc destinés à servir toute leur vie de marionnettes et de défouloir à des bourreaux tous plus déséquilibrés les uns que les autres ?

Weiss était jeune, beau, rayonnant et si plein de vie… Quel gâchis !

Vincent le couvrit d’une couverture de survie et le blessé s’agita.

- Du calme. On va te sortir de là. Le cauchemar est fini, Weiss.

- Hojo… répéta celui-ci en agrippant le bras de l’ex-turk.

- Hojo est mort.

- Non… Il est… Vivant…

- J’ai tué Hojo lorsqu’il…

- Vincent… l’interrompit Shelke, les yeux brillants soudain d’une étrange lueur dorée en sautant dans l’hélicoptère. Il y a des perturbations importantes en bas, près de la rivière.

- Genesis… insista Weiss avant de sombrer dans l’inconscience. Genesis… C’est… C’est Hojo…

- Quoi ?

*

Des dizaines de mètres plus bras, celui qui n’était pas Genesis courait en direction du flux vital de la planète, qui passait sous la montagne.

Si seulement il avait encore eu Nero sous sa coupe, il aurait envoyé tous ces gêneurs et ces satanés soldats dans un endroit d’où il ne risquaient plus de revenir autrement que fous !

Mais Nero s’était enfui…

Et il avait dû abandonner Weiss…

Il secoua la tête avec rage.

- Arrête de ressasser, ce n’est qu’un léger retard ! s’admonesta-t-il sans cesser de courir.

Un dernier coude…

Une dernière dénivellation…

Et elle était là : sa libération. La rivière de la vie où il s’apprêtait à plonger..

Mais quelque chose se dressait entre lui et elle.

Quelque chose qu’il n’avait pas prévu…

Pas prévu du tout !

Genesis-Hojo se figea dans son élan, à quelques mètres à peine du gouffre où coulait la rivière, et son visage se tordit en un masque de rage.

Devant lui, flanqué des apparitions fantomatiques de son ex-femme et du soldat Angeal Hewley, une légende vivante bien plus consistante que les deux défunts lui adressait un sourire vibrant de mépris.

- On est venu m’informer que tu avais pris quelque chose qui m’appartenait, dit l’apparition en campant fermement ses jambes désincarnées sur le sol de pierre, bien décidé à empêcher le scientifique de passer pour se jeter dans le rivière.

Hojo sentit son estomac d’emprunt se contracter et sa crainte n’avait rien à voir avec Lucrecia ou Angeal, pour haineux qu’ils fussent. Les morts ne sont que des fantômes inoffensifs.

Mais les âmes désincarnées, c’était une autre paire de manches… surtout lorsque l’âme en question risquait à tout moment de reprendre de son corps et de vous emprisonner avec elle à l’intérieur comme un vulgaire moustique dans un bocal…

Hojo recula d’un pas.

- Genesis… bredouilla-t-il.

à suivre

Vous avez aimé ce texte ? Laissez-moi un commentaire !

VI - Balaye devant ta porte !

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Tirée du doujinshi BUBBLES du Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Nous arrivâmes chez Rufus Shinra vers cinq heures du matin.

Sa famille possédait une propriété, à l’ouest de Gongaga, un ancien palais qui faisait ressembler le manoir de Nibelheim où j’avais passé ma petite enfance à une vulgaire maison de poupée.

C’était une demeure très anciene, aux dômes élégants, à la façade sculptée de statues et aux hautes fenêtres. Je n’osai compter le nombre de balcons mais, pour ce que j’en voyais de la grille d’entrée, il devait bien y en avoir sept par étage sur deux niveaux - rien que sur la façade Nord.

Par endroits, la pierre ressemblait à de la dentelle.

Un vieil homme vêtu d’un pantalon de lin blanc et d’une longue tunique fendue serrée par une longue ceinture de soie ouvrit la porte après que nous lui ayions expliqué qui nous étions.

Il nous laissa passer d’un air soupçonneux et lorgna avec écœurement la poussière qui nous recouvrait et mon torse nu.

Il estimait probablement que notre mise ne seyait guère pour une visite à sa ” majesté sérénissime “.

Le domestique nous fit signe de le précéder d’un geste, en restant à distance, comme si notre proximité le souillait. Nous nous engageâmes dans les allées de l’immense jardin. Même à la lumière capricieuse de la lune et en dépit de ce que je venais de vivre, je dois avouer qu’il était magnifique et je ne pus m’empêcher de l’admirer.

Il nous fit entrer dans l’immense hall.

Angeal et moi échangeâmes un regard ébahi.

La seule fois que j’avais pu voir autant d’antiquités, c’était au musée de Midgar.

Pas un mètre carré du sol qui ne soit pas recouvert de tapis précieux, pas un pan de mur qui ne soit pas peint de fresques anciennes et chaque statue ou objet décoratif devait valoir une fortune.

Malgré l’heure plus que matinale, nous croisâmes plusieurs serviteurs époussetant les meubles impeccables ou vaquant à quelque occupation nécessaire à l’apparat de la demeure de l’héritier Shinra.

Nous suivîmes le domestique à travers une grande galerie à colonnes et entrâmes dans ce qui semblait être un petit salon de réception.

Je dis ” petit ” en comparaison du reste de la demeure car il devait faire à lui seul la totalité de la surface de mes appartements à la caserne du SOLDAT.

Comme dans toutes les demeures traditionnelles, les appartements privés se trouvaient au fond de la maison, à l’abri des regards indiscrets.

- Je vais m’enquérir auprès de monsieur Shinra pour savoir s’il accepte de vous recevoir, dit-il avec hauteur.

Il s’inclina avec cérémonie et jamais salut ne me parut aussi insultant.

Il y avait plus de mépris dans ce simple geste, pourtant révérencieux, qu’en n’importe quelle insulte proférée par un pilier de bar après une nuit de beuverie.

Je serrai les poings mais le domestique feignit ne s’apercevoir de rien.

- Pour qui se prend-il ? demandai-je à Angeal, irrité, une fois le larbin obséquieux sorti.

- La question est mal formulée, répondit mon ami en riant. Je dirais plutôt : pour qui nous prend-il ? Je crois que la réponse est : pour de la piétaille indigne de ce palais et de son propriétaire.

Je secouai la tête.

- Décidément, j’ai beau faire des efforts, je ne comprendrai jamais ce pays.

La porte s’ouvrit à nouveau, faisant place au lèche-bottes de service.

Palmer s’approcha et s’inclina devant nous - avec moins de mépris que le domestique, dois-je préciser.

Il était emmitouflé dans un énorme peignoir de soie ou quelque chose dans ce goût là. Ca me faisait penser à la tenue des nomades de Canyon Cosmo, en plus chic.

- Général… Capitaine… murmura-t-il, mielleux. Monsieur Shinra va venir dans un instant. Je ne vous cache pas qu’il a été très irrité de cette inopportune visite. On ne dérange pas le fils du président ainsi. J’espère que vous avez une raison valable pour faire irruption ici en pleine nuit !

- Valable ? s’écria Angeal. Nous avons plusieurs cadavres sur les bras dont un victime de meurtre ! s’écria-t-il. Est-ce, selon vous, une raison suffisamment “valable” pour que sa ” gracieuse majesté ” daigne quitter ses draps de satin ?

- Cela, c’est à moi d’en juger, Hewley, gronda la voix de Rufus Shinra, que nous n’avions pas entendu entrer.

Il avait enfilé un kimono de coton bleu marine, si impeccablement coupé qu’il ne pouvait avoir été fait que sur mesure, et se tenait nu-pieds sur le somptueux carrelage émaillé de bleu, blanc et or. La large échancrure dévoilait deux pectoraux au dessin si ferme et parfait que j ‘en oubliai presque à quel point il me tapait sur le système.

Mais cela ne dura pas…

- On m’a parlé d’un petit incident, sur le chantier, poursuivit-il d’un air las en s’asseyant sur l’un des divans brodés. Tu peux nous laisser,dit-il à Palmer, qui sortit en reculant, la tête respectueusement inclinée.

Ca y est ! Il recommençait à me donner envie de lui arracher les yeux avec une petite cuiller…

- Un “petit” incident ? relevai-je sarcastique.

Il me lança un regard méprisant.

- Rien, en tous les cas, qui mérite de me déranger à cette heure.

- Un fauve s’est introduit dans le camp ! criai-je en me retenant pour ne pas le saisir par le col de son kimono de luxe. Des hommes sont morts ! Des hommes qui travaillaient pour que vous puissiez poser votre fessier princier sur la cuvette des chiottes de votre putain de réacteur “que tout monde pourra voir de loin” !

Rufus Shinra ferma à demi les yeux, menaçant.

- Je vous conseille d’employer un autre ton avec moi, Général Sephiroth. Je ne suis en rien responsable de vos délires. Un fauve mangeur d’hommes… Nous ne sommes plus au temps des Cetras. Moins encore dans un zoo !

J’allais répliquer vertement mais Angeal me devança.

- Nous l’avons vu, insista-t-il. Nous en avons même croisé deux, pour être exact. Un au camp et un Gongaga. Plusieurs ouvriers sont morts, déchiquetés, et l’un d’entre eux a été assassiné.

Rufus leva un sourcil et esquissa un sourire, comme s’il avait affaire à des déficients mentaux.

- Il n’y a plus de grands fauves dans la région, Capitaine Hewley. Depuis des dizaines et des dizaines d’années. Et certainement pas des fauves assassins, ajouta-t-il avec une moue sarcastique.

- Quand je parlais d’assassinat, je voulais dire par la main d’un homme, monsieur. Un ouvrier a eu la gorge proprement tranchée d’une oreille à l’autre.

Le rejeton Shinra leva les yeux au ciel et soupira.

- Il faudrait savoir ! C’était un fauve ou un homme ?

J’eus beau avoir envie de l’étrangler, je me fis la réflexion que sa question n’était pas, tout compte fait, ouvertement idiote. Il était tout de même étrange que, la même nuit, se déroule un assassinat et un tel carnage.

L’assassin possédait-il un fauve ?

Non, cela ne tenait pas debout.

Et celui de Gongaga, dans ce cas ?

- Les deux, tranchai-je. Mais une chose est claire, la région est bel et bien infestée de bestioles, quoi que vous en pensiez.

Il sembla réfléchir un instant.

- Et je peux savoir ce que vous attendez de moi ? demanda-t-il. J’ai ordonné l’arrêt de ce chantier, ce qui s’y déroule ne m’intéresse plus.

J’ouvris la bouche mais il leva la main.

- Soyez tranquilles, reprit-il, vous recevrez la prime convenue au départ et nulle sanction ne figurera dans votre dossier militaire. Malgré la catastrophe que vous avez causée… ajouta-t-il en me jetant un regard meurtrier.

- Quelle catastrophe ? s’écria Angeal, outré. Nous ne sommes pas responsables si…

- Ca suffit ! coupai-je, à bout, en me penchant sur Rufus, menaçant. J’en ai assez de tout ce cinéma, alors écoutez-moi bien, vice-président de ce que vous voudrez ! Des hommes sont morts, leurs cadavres gisent sous une tente du chantier, de votre chantier, et un homme a été égorgé. La police refuse de prendre une déposition ou d’envoyer quelqu’un sans votre autorisation. Alors vous allez bouger votre putain de cul, prendre ce putain de téléphone et ordonner à tous ces bras cassés de prendre les mesures nécessaires ! Me suis-je bien fait comprendre ?

Rufus en resta bouche bée.

Je crois que jamais il me m’aurait cru capable de m’adresser ainsi à un supérieur et qu’il comprit, à ce moment-là, en voyant mes yeux verts glaciaux, ma mâchoire crispée et mes muscles bandés, à quel point je pouvais être dangereux.

“Sa majesté des réacteurs” perdit donc une bonne partie de son assurance.

- Et la moindre des choses serait d’indemniser les familles des victimes, ajouta mon ami, profitant de l’effet “Sephiroth risque d’exploser alors ne le contrariez pas”.

Rufus ouvrit la bouche puis parut penser à quelque chose et se figea, comme si une pensée soudaine l’avait frappé.

Il ferma les yeux un instant, les rouvrit, se leva et… chancela.

- Ah là ! Doucement ! Vous allez bien ? demanda Angeal, un peu coupable.

C’était la première fois que Rufus se tenait immobile aussi près de moi.

Son front m’arrivait au menton ce qui, avec mon mètre quatre vingt douze et mes quatre vingt sept kilos, était déjà en soi un bel exploit pour un homme normalement constitué.

Un parfum musqué me chatouilla les narines et mon regard glissa à nouveau vers l’échancrure de son peignoir.

Merde… Ce type était sculptural.

Si seulement il n’était pas aussi imbuvable !

- J’ai une impression de “déjà vu”, murmura-t-il, la gorge serrée. C’est très désagréable. Excusez-moi, je reviens dans un instant.

Il sortit, nous laissant, Angeal et moi, totalement interloqués.

***

Journal de Rufus Shinra

Palmer m’a réveillé ce matin à l’aube, avant l’heure que je lui avais donnée. C’est la première fois qu’il ose désobéir à mes ordres, c’est dire si grande était son inquiétude. Et bien que je ne puisse le montrer, j’avoue la partager.

Mes plus grandes craintes se réalisent…

Ce Général mal dégrossi a attiré sur nous la colère des dieux. Des soldats restés au camp ont été massacrés par un fauve qui s’est enfui.

Je n’en ai pas parlé à ce rustre mais le grand léopard noir a toujours été l’animal tutélaire des Shinra, depuis la naissance de notre lignée. Je ne peux voir une coïncidence dans le fait que la vengeance des dieux s’accomplisse par la patte de cet animal.

Toujours tournée vers le passé, comme tous les anciens, ma vieille nourrice m’a assez seriné la longue histoire de mes ancêtres pour que je puisse la réciter mot pour mot.

Sa loyauté à ma famille m’est précieuse, mais son archaïsme me porte sur les nerfs, parfois.

Déjà que J’ai le plus grand mal à convaincre mon propre père d’accepter les changements qu’impose le passage de notre société dans l’ère de la modernité…

Ce Sephiroth ajoute aussi à la liste de nos ennuis la mort de celui qui a déclenché cette tragédie par sa maladresse.

Il n’arrive pas à comprendre que cela n’est que la juste conséquence de son erreur. Mais je crains qu’il ne prenne ce décès un peu trop au sérieux, et qu’il n’en réfère aux autorités, qui ne manqueraient pas de m’importuner.

Je ne m’inquiète pas vraiment pour la police, ils comprendront aisément mon point de vue, mais j’enrage à l’idée de payer des pots-de-vin supplémentaires pour m’assurer leur silence à cause des scrupules de celui qui n’est, bien qu’il l’ignore encore, que le fruit d’une expérience de laboratoire - comme son compagnon.

Ils feraient mieux de balayer devant leur porte et de s’interroger sur leur propre famille avant de me donner des leçons de morale !

La seule pensée de leur présence troublant la paix de cette demeure me contrarie !

Hewley a même oser mentionner la possibilité de verser une somme aux familles des victimes.

“En compensation “, a-t-il dit.

En compensation du travail non fourni, sans doute ? Du temple de mes ancêtres saccagé ?

Décidément, ces deux rebuts d’éprouvette m’exaspèrent !

Ils n’ont aucun sens des priorités.

Les mânes de mes aïeux doivent hurler à l’agonie devant la profanation de ce lieu, et les dieux ne pardonnent ni n’oublient ce genre d’offenses aussi facilement que les hommes.

Je sais que les ouvriers, eux, auront compris.

Je doute qu’un seul d’entre eux ait accepté de retourner travailler sur le chantier sans qu’il n’y ait eu expiation, de toute façon. En tout cas, pas avec le responsable de ce crime sur les lieux.

Mais ce rejeton mal dégrossi d’extraterrestre ne semble pas conscient de cet aspect de la situation. Pas plus que son compagnon.

Quels piètres meneurs d’hommes ils font !

J’ai même du mal à imaginer qu’ils aient pu se faire tolérer si longtemps par les ouvriers. Je me demande bien comment ils s’y sont pris !

Enfin…

Ah, j’allais oublier ! Je ne sais si je dois confesser dans ces pages mais…

J’ai accueilli le réveil inopiné de Palmer avec soulagement, en fait, car il m’a tiré d’un rêve extrêmement dérangeant. Tel que je n’en avais jamais fait auparavant.

Je parlais à un homme. Et cet homme…

Non, c’est idiot, c’est sans importance.

Il vaut mieux que je finisse de régler mes problèmes avec mes deux expériences de laboratoire qui s’ignorent au plus vite !

… à suivre

Vous avez aimé ce texte ? Laissez-moi un commentaire !

LXIII - Mon père, cet assassin

” Mon père aima ma mère comme on aime un complice ;
comme le crime aime le vice !”

C. Rodriguez

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Tifa bâilla et Loz la serra contre lui.

Vêtue d’une simple nuisette par-dessus laquelle elle avait rapidement enfilé un déshabillé pour descendre à l’infirmerie, elle frissonnait dans l’air climatisé du sous-sol.

- Nous devrions remonter dormir un peu, chuchota-t-il à son oreille. Il est presque quatre heures du matin.

La jeune femme acquiesça avec un sourire épuisé et se laissa aller contre son torse nu.

- Tu vas finir par attraper la mort, à te promener comme ça, murmura-t-elle en frictionnant la peau satinée.

Il haussa les épaules.

- Le froid ne me fait pas plus d’effet que ça, tu devrais commencer à le savoir, répondit-il avec un clin d’oeil. Où est passé Denzel ?

La jeune femme jeta un regard alentour.

Elle et Loz se tenaient debout près du caisson mako où Nero était toujours inconscient. Sephiroth, Cid et Cloud discutaient non loin de là avec des mines sombres. Shalua et Merill nettoyaient et désinfectaient le box de chirurgie et Shelke était penchée sur le berceau de Kay, qui gazouillait joyeusement sous les chatouilles de la jeune fille.

- Il était avec le bébé et Shelke à l’instant…

- Là, fit Loz en désignant la porte entrouverte du bureau de Shalua.

Tifa fronça les sourcils.

- Sale petit farfouilleur trop curieux ! gronda-t-elle faisant rire l’argenté.

- Je vais le chercher.

- Et fais-lui la leçon, surtout ! Toi, il t’écoutera peut-être.

Loz traversa le laboratoire en direction du bureau et Kadaj entra à ce moment précis, accompagné de Cait et d’une Yuffie aux yeux bouffis de sommeil.

- Ca y est, ils ont terminé ? s’enquit cette dernière en s’approchant du caisson pour observer Nero. Tiens, je ne me souvenais plus qu’il avait tous ces tatouages.

- Ce ne sont pas des tatouages, l’informa Tifa. D’après ce que j’ai compris, ces marques sont apparues sur sa peau à la puberté.

Cait écarquilla les yeux et colla presque la truffe contre le couvercle de verre pour mieux voir.

- Tu parles d’un truc bizarre, nota l’Utaïenne.

Kadaj tendit l’oreille.

- C’est quoi, ce bruit et cette fumée noire ? On dirait des centaines gémissements mêlés, dit-il en frissonnant malgré lui. Un mélange spécial de mako ?

Sa compagne sourit.

- Non, c’est Nero qui fait ça. C’est son ” don “. Il invoque des sortes de ténèbres peuplées de… de… Je ne sais pas vraiment quoi, en fait. Mais je peux te dire que quand tu te retrouves coincée dedans, ça n’a rien de drôle !

- Ca y est ? demanda une voix douce derrière eux. Alors ? Il a dit quelque chose ?

Ils se tournèrent pour voir Yazoo, qui venait d’arriver à son tour.

- Non, lui apprit Tifa. Il ne s’est pas encoré réveillé. Reno n’est pas avec toi ?

- Il est dans le bureau de Rufus, avec Rude, Vincent et Reeve.

Kadaj tiqua.

- Un problème ?

- Non ! le rassura son frère avec un sourire. Pas du tout. Maintenant que grand frère est réveillé, ils doivent préparer son ” grand retour ” pour la presse.

- Oh. Je n’avais pas pensé à ça.

- Je dois aller dire à Shelke qu’ils ont besoin d’elle.

- Elle est là-bas, avec Kay, fit Tifa en pointant la jeune fille du menton.

Yazoo s’éloigna avec un soupir silencieux. A l’instar de Loz, et contrairement à ce que pensaient beaucoup de personnes, il n’avait jamais été très doué pour mentir, surtout pas à ses frères. Mais, qu’il le veuille ou non, c’était visiblement le prix à payer pour être l’amant d’un turk…

Aussi naturellement que possible, il s’approcha de Shelke et se pencha vers elle comme si de rien n’était, pour caresser les joues du bébé que la jeune fille berçait.

- Vincent a besoin de toi, murmura-t-il sans se départir de son sourire, pour donner le change à ceux qui pouvaient les observer. Lui, Reno, Rude et Barret vont aller chercher le frère de Nero au mont Nibel. Un escadron de la WRO appelé par le commandeur Tuesti sera sur place dans moins d’une demi-heure et vous attendra.

Shelke sourit en retour et hocha la tête, entrant dans son jeu. Le bébé s’était presque rendormi et elle le donna à l’argenté.

- Une attaque terrestre ? Pas d’appui aérien ?

- Uniquement l’hélico piloté par Reno pour évacuer Weiss le plus vite possible.

- Pourquoi pas une unité de Cid ?

- Il porte les cellules de Jenova lui-aussi, à présent. Vincent pense qu’il est donc lui aussi devenu une cible, au même titre que moi et mes frères.

- Je comprends. J’y vais tout de suite.

Elle quitta l’infirmerie calmement et Yazoo embrassa doucement le bébé endormi avant de le coucher dans son berceau.

Ensuite, comme Reno le lui avait demandé, il se dirigea vers le box de chirurgie pour parler discrètement à Merill et Shalua.

Cette dernière, le voyant approcher avec les traits tendus, retira son masque et posa la lingette désinfectante qu’elle passait sur toute la surface de la table d’opération.

- Yazoo baby ? Tu en fais une tête. Tu es souffrant ?

Il s’approcha tout près, en prenant garde de rester dos au mur vitré du box afin que personne ne puisse voir son expression ni les mouvements de ses lèvres.

- Shalua, j’ai des consignes de Vincent pour toi. Souris, comme si tout était normal.

La jeune femme obéit.

- Tu me fais peur, qu’est-ce qui se passe ?

- Vincent, ta sœur et les turks partent chercher le frère de Nero au mont Nibel.

- Quoi ? Seuls ? intervint Merill en souriant à son tour comme s’ils parlaient de la pluie et du beau temps.

- Non. Un escadron de la WRO les attend là-bas. Lucrecia a parlé à Vincent. Weiss est sans doute très très mal en point. Elle craint même que Genesis ne soit sur le point de le tuer, si ce n’est pas déjà fait. Il faut vous préparer à son arrivée. Reno l’évacuera par hélicoptère au plus vite et il faut que vous soyez prêts à une éventuelle intervention d’urgence.

- J’ai compris. Qui est au courant ?

- Ici ? Personne. A part vous et moi, s’entend. Et il ne faut surtout pas en parler aux autres. Vincent ne veut pas qu’ils aillent se jeter dans la gueule du loup.

La jeune femme acquiesça.

- Il pense toujours que Genesis veut mettre la main sur des porteurs des cellules de Jenova ?

- Disons qu’il préfère ne prendre aucun risque. (Yazoo grimaça et serra les poings) Je serais pourtant volontiers allé dire ma façon de penser à cet enfant de salaud.

Shalua lui prit les mains et les serra.

- Si c’est bien lui qui a fait ces maudites manipulations au labo du Deepground et qui a tué Kaly, il paiera, Yazoo baby. Je te promets que nous lui ferons payer d’une façon ou d’une autre.

- Grand frère dit que, du temps où ils étaient amis, Genesis aurait été incapable de faire la différence entre une éprouvette et une seringue.

- Il n’a pas tort. J’avoue que je serais curieuse moi-aussi de savoir où Genesis a appris à faire des manipulations génétiques aussi complexes.

Yazoo allait répondre mais fut interrompu par les sanglots et les supplications étouffées de Denzel, qui s’échappèrent soudain du bureau de Shalua, les figeant tous et faisant réveillant le bébé.

Tifa se précipita mais Cid, Cloud et Sephiroth, qui étaient plus près, la devancèrent.

*

Au plus profond du mont Nibel, Genesis sentit presque immédiatement que quelque chose ” clochait “. Comme si une alarme silencieuse s’était mise à carillonner dans les tréfonds de son cerveau, il pressentit un danger. Un danger imminent.

Il se raidit et tendit l’oreille, les sens au aguets.

Weiss, étendu à ses pieds, brisé et ensanglanté, puisa dans ses dernières forces pour sourire et le railler.

- Je crois que… tu vas avoir… de la visite… sous peu.

- La ferme !

- Tu comptes faire… quoi ? Me traîner par les… cheveux en… espérant qu’après quelques coups… supplémentaires je… joue les… chiots… obéissants ? Je croyais que… tu me connaissais… un peu… mieux que ça…

Il ricana et Genesis le fit taire d’un coup de pied dans le foie.

- Je t’ai dit de la fermer !

Mais il savait que Weiss avait raison.

En perdant Nero, il avait perdu sa meilleure arme et son seul moyen de pression sur l’ancien chef des Tsviets. Mais, bon sang ! Comment aurait-il pu deviner que cette saloperie de tas de ténèbres impures allait abandonner son frère adoré cette façon ? !

C’ était même la dernière chose à laquelle il se serait attendu !

Et en emportant la seule source de cellules de Jenova qui lui restait, qui plus est !

De pure frustration, il frappa Weiss à coups redoublés.

Nero. Il devait récupérer Nero s’il voulait faire obéir son frère. Et il devait récupérer aussi une source de cellules de Jenova de toute urgence ! Il allait avoir besoin d’aide.

Avec un peu de chance, les géostigmates avaient déjà dû se répandre dans Nibelheim et ce serait bien le diable si, avec l’appui de Jenova, il ne parvenait pas à prendre le contrôle de quelques imbéciles plus gravement atteints que les autres pour ” l’assister ” dans cette tâche.

Nero, Weiss et une source de cellules. C’était tout ce qu’il lui fallait pour mener ses plans à bien.

Des plans bien plus modestes que ce qu’il avait imaginé au début - avant que cette chienne qui lui avait servi d’épouse ne lui vole son fils et les trois rejetons de celui-ci pour les mettre à l’abri, loin de la rivière de la vie - mais, pour un homme de son génie, il y avait toujours ” moyen de moyenner “, comme il disait.

S’il ne pouvait commencer tout de suite par un feu d’artifice, il commencerait par une étincelle. La réaction en chaîne suivrait…

Pour l’instant, il devait renoncer à Weiss. Encore une fois. Comme il avait déjà dû y renoncer un an plus tôt, là-bas, au réacteur zéro. Pas pour longtemps, c’est vrai.

Oui, il serait toujours temps de les récupérer lui et son frère par la suite.

Chaque chose en son temps…

Ce qu’il avait raté dans les ruines de Midgar, un an plus tôt, puis à Nibelheim plus récemment, il le réussirait à Edge ! Jamais deux sans trois et, cette fois, il réussirait à réveiller l’Omega pour de bon ! Il avait juste besoin pour cela de quelques cellules de Jenova.

Des cellules de Jenova…

Mais où en trouver ?

Il se tapa rageusement le front de son poing fermé.

Réfléchir ! Réfléchir ! Réfléchir !

Reeve avait mis toutes les cellules restantes à l’abri…

Le bébé s’était envolé avec Nero…

Les argentés étaient protégés de bien trop près pour être atteintes directement…

Réfléchir ! Réfléchir ! Réfléchir encore ! Il devait y avoir un moyen. Il y avait forcément un moyen. Il y avait toujours un moy…

Son visage s’éclaira soudain et un sourire hideux déforma ses traits.

- Bien sûr… Comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ? ! Je suis un génie… murmura-t-il. Un génie ! Un pur génie !

Un rire hystérique incontrôlable résonna dans la grotte et Weiss, qui reconnut immédiatement ces mots et cet affreux rire rocailleux pour les avoir entendus à maintes reprises, se redressa péniblement sur un coude, les yeux écarquillés d’horreur.

- Ce n’est pas… possible… bredouilla-t-il. Toi…

- Quoi ? railla Genesis. Tu réalises l’évidence seulement maintenant ? Ah ! Ah ! Ah ! Tout dans les muscles et rien dans la tête ! Pauvre Weiss !

- Tu es… mort…

Le rire grinçant redoubla et l’ancien chef des Tsviets sentit le désespoir le terrasser.

- Vincent… t’a tué… gémit-il encore. Il t’a tué… il y a un an… au réacteur… zéro… Vincent… t’a tué !

Sans cesser de rire, celui qui n’avait jamais été Genesis lui asséna un coup si violent à la tête qu’il perdit connaissance.

- Profite des petites vacances que je t’accorde, amphitryon d’Omega. Je veux que tu sois en pleine forme, lorsque je reviendrais vous chercher, toi et ton frère chéri. Ah ! Ah ! Ah !

*

Dans le bureau de Shalua, Denzel s’accrochait désespérément en pleurant aux hanches Loz, qui regardait Cloud et Tifa à tout de rôle, ne sachant plus quoi faire pour le calmer.

- Je savais pas ! sanglotait le petit garçon. J’te jure que j’savais pas ! Ils me disaient qu’ils travaillaient pour que le monde soit meilleur ! J’te jure que je savais pas, Loz ! J’te jure !

Cid s’approcha et s’accroupit aux pieds du garçonnet.

- Mais enfin, de quoi tu parles, mon grand ?

- Je savais pas qu’il faisaient ça ! geignit encore Denzel en pointant le doigt vers l’ordinateur portable de Shalua, où Sephiroth avait consulté les vidéos de surveillance un peu plus tôt.

Sur l’écran, Loz, sous anesthésie générale, était allongé nu et sanglé sur la table d’opération tandis qu’Hojo, aidé de ses assistants, un homme et une jeune femme, faisaient les prélèvements de sperme qui donneraient naissance à Kay cinq ans plus tard.

- Les vidéos retrouvées au labo du Deepground… soupira Shalua. Denzel ! Qu’est-ce qui t’a pris de regarder ces horreurs ?

Cloud s’approcha à son tour et Denzel lui sauta dans les bras.

- Dis-lui, Cloud ! supplia-t-il. Dis-lui que je savais pas !

- Mais enfin, tu ne pouvais pas deviner qu’il avait subi tout ça, voyons… Pourquoi ça te met dans un tel état ? Tu as de la peine pour lui, c’est ça ?

- Il voudra plus être mon papa, maintenant !

Tous les adultes présents échangèrent un sourire attendri.

- Mais enfin, Denzel, qu’est-ce que ça a à voir avec toutes les vilaines choses que les méchants savants lui ont fait ? demanda à son tour Tifa en retenant un rire.

- Je suis pas comme eux ! cria presque Denzel en s’accrochant à nouveau à Loz, qui se baissa pour l’asseoir sur sa cuisse et le serrer contre son torse nu. Quand je t’ai dit que je voulais que tu crèves, c’était pas vrai ! Je le pensais pas ! Je te jure que je suis pas comme eux ! Je savais pas ce qu’ils faisaient ! Je savais pas ! Je te promets ! Je te promets !

Loz tiqua.

- Denzel, mais de qui tu parles ? Tu n’es pas comme qui ?

En sanglotant et sans oser relever la tête, le garçonnet pointa le doigt vers l’écran de l’ordinateur.

Tous tournèrent la tête vers l’image figée de la caméra de surveillance.

- Tu n’est pas comme Hojo ? demanda doucement Cloud. C’est ça, que tu veux dire ?

Denzel secoua la tête, fixant toujours le sol.

- Non… murmura-t-il d’une voix à peine audible. Les autres…

- Le monsieur et la dame en blouse blanche ? demanda Sephiroth à son tour.

Le garçonnet acquiesça et inclina le front en pleurant de plus belle.

Yazoo lui ébouriffa les cheveux.

- S’il a vu ne serait-ce qu’un millième de ce que ces deux ordures nous ont fait subir là-bas, je comprends qu’ils puissent lui faire peur, soupira-t-il.

Cid grimaça.

- A ce point là ?

Loz acquiesça en berçant Denzel dans l’espoir de le calmer un peu.

- Plus le mari se montrait sadique durant la journée, cracha-t-il avec une haine dans le regard que le pilote ne lui avait jamais vu, plus sa femme devenait perverse durant la nuit lorsqu’elle me forçait à la…

- Loz ! l’interrompit Yazoo en désignant le garçonnet.

Son aîné rougit.

- Désolé.

- Tu n’es pas comme eux, Denzel, reprit son jumeau. C’était sans doute les scientifiques les plus méchants du cratère nord après Hojo ! Même un bahamut enragé n’est pas aussi méchant.

Loz acquiesça.

- C’est vrai. Même si tu m’avais dit des choses encore plus horribles, tu ne leur arriverais même pas tout en bas de la cheville !

- Je ne savais pas, qu’ils étaient comme ça ! sanglota de nouveau le petit garçon. Pardon ! Pardon !

- Denzel ! essaya de plaisanter Cloud. Ils disent ça pour te rassurer, voyons !

Personne, hormis Shalua, ne remarqua que Tifa s’était levée depuis un petit moment, déjà, et que, penchée sur l’écran, elle était devenue blême comme un linge.

Elle venait de reconnaître les deux visages pour les avoir époussetés des dizaines de fois dans leur cadre, sur la table de chevet de Denzel.

- Tifa ? Tu en fais une tête. Tu les connais ? demanda la jeune scientifique.

Le pleurs de Denzel redoublèrent et Tifa inspira un grand coup avant de laisser tomber d’une voix blanche :

- Je crois que ce sont ses parents…

… à suivre

Vous avez aimé ce texte ? Laissez-moi un commentaire !

On ne dit pas…

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Vous connaissez tous les fameuses blagues sur les nains… On ne dit pas “un imposteur” mais : “un facteur de petite taille” !

Dans la même veine, quelques petits “on ne dit pas” à la sauce FF7, rien que pour rire un coup !

Hein ?

Si, si, Kadaj en tenue d’aérobic, ça a un rapport avec ce qui suit, vous verrez ! Promis !

***

On ne dit pas ” Le ton monte “ mais ” Shera prend l’escalier “.

On ne dit pas ” Lazard fait des courbettes “ mais “Lazard est nul comme prof “.

On ne dit pas “Barret a du cran”, on dit “Barret est frisé”.

On ne dit pas “Aerith a un potager”, on dit “Aerigh a un vieux copain”.

On ne dit pas “Immaculé Weiss” mais “Je me suis fait mettre par le boss”.

On ne dit pas “l’électronique” mais “Reeve fait l’amour”.

On ne dit pas “Yazoo avale une biroute” mais “Yazoo emprunte une route à 2 voies”.

On ne dit pas “Loz a un cerf-volant” mais “Loz est long à la détente”.

On ne dit pas “Le gestionnaire des taches” mais “Le chef des turks”.

On ne dit pas “Scarlet est paniquée”, mais “Scarlet cherche un mec”.

On ne dit pas “Cloud a vaincu”, mais “Le chocobo est pluri-anal”.

On ne dit pas “Le Général fait les vendanges”, mais “Sephiroth pète comme un Dieu”.

On ne dit pas “Cait est un chat hors pair”, mais “Le chat de Reeve est castré”.

On ne dit pas “Rufus a enclenché le processus de paix”, mais “Le patron va lâcher une caisse”.

On ne dit pas “La connerie” mais “Yuffie s’amuse”.

On ne dit pas “Décongeler” mais “Les idiots du cratère nord”

On ne dit pas “Cloud est incompétent” mais “Cet idiot de Cloud fait de l’aérophagie”

On ne dit pas “Compense” mais “Reno essaie de réfléchir”

On ne dit pas “Un instant” mais “Kadaj fait du stretching” (vous voyez, je vous disais bien qu’il y avait un rapport !)

On ne dit pas “Le Gospel” mais “Denzel a pris un coup de soleil”

On ne dit pas “ce jeune soldat s’est élevé à la force du poignet” mais “Zack est un branleur”

On ne dit pas “Ciboulette”, mais “Trois trois argentés dévêtus”

On ne dit pas “Un match interminable” mais “Un combat amical entre SOLDATS”

Vous avez aimé cette partie de rigolade ? Laissez-moi un commentaire !

Les murs murmurent toujours !

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Troisième et dernière cargaison de graffitis version FF VII ! Ah ! Bah… C’est que j’ai plus de stock au bout d’un moment, moi ^___-

Et des murs des cuisines à ceux des douches, Hojo rouspète toujours !


(Dans la cafétéria des turks)

Déjà 6h00 du matin ? Il est plus que temps de nous cuiter !
Reno


- POSTE VACANT POUR CAUSE DE DECES -

Ouais… Encore une fichue excuse pour pas bosser !
Hojo


Dans les toilettes d’un bar à la mode de la Costa del Sol

A mon époque, la Costa del Sol, c’était les 3 “S” : Sea, Sun & Sex !
Cid

Et à la notre, c’est les 3 “M” : Mazout, Mélanomes & Morbacs !
Cloud


Sur le mur flambant neuf d’un labo de la Shinra

Pas un tag, pas un graffiti, pas une tache ! Je le cherchais, c’est : LE MUR DU SILENCE !
Lucrecia


(Dans les WC du SOLDAT, dans un état lamentable)

Mais enfin, qu’est-ce que vous avez fichu, ici ? ! On dirait qu’il y a eu un congrès d’aveugles parkinsoniens !
Hojo

Non, juste de vieux scientifiques de passage.
Sephiroth


Sur la camionnette de livraison de Cloud :

- ARRETS FREQUENTS -

Vessie faiblarde !
Zack


(Dans les WC du SOLDAT)

Vous qui venez ici, dans une humble posture
De vos flancs alourdis, décharger le fardeau
Veuillez, quand vous aurez soulagé la nature
Epancher dans l’amphore, un courant d’onde pure
Et, sur l’autel fumant, placer pour chapiteau
Le couvercle arrondi, dont l’auguste jointure
Aux parfums indiscrets doit servir de tombeau…
Genesis

Oh, là, là… Faut que t’arrêtes Loveless d’urgence, toi, hein !
Angeal

C’est pas Loveless, c’est du Musset, ignare !
Genesis

Oh, le boulet…
Zack

Ils ont raison, t’en tiens une sacrée couche !
Sephiroth

Toi, le héros de supermarché, on t’a rien demandé !
Genesis

Ah bah, valà ! Y nous l’a encore énervé ! LOLLLL
Angeal


Je pardonne à ceux qui m’ont offensé… mais j’ai la liste !
Tseng


Loz, t’es tellement con que s’il existait un championat de la connerie, tu serais même trop con pour le gagner !
Cloud

Et le championnat d’orthographe, enfoiré ? Tu t’inscris quand ?
Loz


(Discrètement gravé au pied d’une cuve Mako du réacteur de Nibelheim)

Plonge qui veut, remonte qui peut !
Anonyme


(Dans les WC des turks)

Reno, sois gentil, évite de tirer la langue à tout va ! Surtout quand elle est chargée.
Elena

Pourquoi ? T’as peur que je blesse quelqu’un ?
Reno


(Dans un des WC de la tour Shinra)

Ne déroulez pas le papier en le tirant entre vos jambes et n’arrachez que la longueur dont vous avez besoin ! Et, surtout… NE LE RE-ENROULEZ PAS SUR LE ROULEAU APRES USAGE !
Hojo

Putain, y’a des caméras, ici, ou quoi ?
Reno


(Dans les toilettes pour dames du 7ème ciel)

LES FEMMES N’ONT PAS BESOIN DES HOMMES !
Elena

Faut avouer qu’ici, on peut se débrouiller plus ou moins sans eux…
Rosso


(Dans les toilettes de la salle de tir des turks)

C’est ici que repose
Une certaine dose
D’une certaine chose
Qui ne sent pas la rose.
Celui qui se propose
De faire ici sa prose
Doit avant toute chose
Tenir la porte close.
Anonyme

Oh, non, merde ! Genesis, tu vas pas t’y mettre ici aussi, hein ! Les chiottes du SOLDAT te suffisent plus ?
Reno

Comment tu sais que c’est moi ?
Genesis

Baka…
Reno


(Mot sur le frigo, dans la cuisine du bar de Tifa)

Loz, je t’ai gardé ton repas dans la boîte bento bleue. Je te préviens que si tu laisses encore les légumes, tu as intérêt à trouver une explication plus convaincante que “j’aime pas ça” ou tu auras affaire à moi ! Tu donnes un très mauvais exemple aux enfants !
Tifa

O.K. Je n’en mange pas parce que je suis un grand émotif ! Comment peux-tu rester insensible au hurlement épouvantable de l’épinard plongé vivant dans une casserole légumicide ? Je refuse d’être mêlé à ce génocide ! J’ai donc laissé les légumes dans la boîte…
Loz


(Dans les douches du SOLDAT)

Hier soir, à l’entrainement, Sephiroth a paniqué !
Anonyme

Mais moi, oui !
Zack


Bel homme, fort, courageux, bonne situation, cherche jeune femme pour partager doux moments et plus si affinités…
Rude (poste 32 21)

Rudo, c’est les WC pour hommes, ici, crétin !
Reno


Le ghetto de ma liberté s’achève au bout de mes bras.
Kadaj

La vache, c’est profond… Mais qu’est-ce-que ça veut dire ?
Loz

A mon avis, qu’il vient de fumer un truc !
Yazoo


(Gravé sur la peinture flambant neuve de la carlingue du Tiny Bronco )

Le plaisir solitaire, c’est économique : pas besoin d’inviter votre main au resto après !
Anonyme

Vince, je sais que Lucrecia de manque et qu’il faut que tu te défoules mais là, t’es lourd…
Cid


Gravé le mur fraîchement repeint du labo d’Hojo, sous l’avertissement suivant :

- INTERDICTION DE GRIBOUILLER, DE PEINDRE, DE BOMBER OU D’AFFICHER SUR CE MUR -

Franchement, ça ne me serait même pas venu à l’idée !!!
Vincent

Bon sang ! Mais quel crétin lui a collé cette saleté de gant en métal ?!
Hojo

Si vous le découvrez, je veux bien le tuyau. Moi aussi j’aurais deux mots à lui dire…
Cid


(Sur le mur des toilettes du DEEP GROUND)

C’est ici que tombent en ruines
Tous les déchets de la cuisine.
Dans un lieu aussi respectable,
Il faut se tenir ici comme à table
Et garder le bord de la lunette
Aussi propre que celui de son assiette.
Si vous venez sans papier ni paille,
Lavez-vous les doigts au lieu de salir la muraille.
Anonyme

Ah non ! Nan, nan, Genesis ! T’es gentil, tu vas versificoter dans les chiottes du SOLDAT si tu veux mais pas ici !
Weiss

Merde, c’est pas vrai ! Mais comment vous faites pour savoir que c’est moi ?
Genesis

T’es vraiment une pomme, toi, hein !
Weiss


WUTAI AUX UTAIENS !
Anonyme

Et la frisée aux lardons !
Sephiroth

Et le poulet aux morilles !
Angeal

Et le steak au poivre !
Genesis

Et le chèque au porteur !
Zack

C’est fini, oui !?
Tseng


(Sur le mur de la bibliothèque du manoir de Nibelheim)

Avec la chance que j’ai, je vais sûrement me faire choper à écrire au marqueur sur ce putain de mu_

Game over ! Hojo : 1 - Reno : 0
Rude


Hojo, Palmer et Heidegger sont dans un avion en flammes et il n’y a que 2 parachutes. Question : qui se sacrifie ?
Zack

Réponse : on s’en fout !!!
Angeal


A 8 ans, Tifa rêvait de poupées et moi de SOLDATS. Maintenant, c’est moi qui rêve de poupées et elle qui rêve de SOLDATS !!!
Cloud

Loz peut la draguer, alors ?
Yazoo

Pourquoi ?
Cloud

Bah, t’en es pas un, non ?
Yazoo

Loz non plus !
Cloud

Non, mais il en a une plus grosse que la tienne !
Yazoo

Depuis quand il a une épée, lui ?
Cloud

Oh, la vache… Tu m’étonnes que t’as pas pu devenir SOLDAT !
Yazoo


Et si on parlait du plaisir d’enseigner ?
Lazard

Et si on parlait d’enseigner le plaisir ?
Sephiroth


(Dans l’ascenseur du DEEP GROUND)

- MAXIMUM 6 PERSONNES -

Ou 1 Azul…
Shelke


(Dans les WC du 7ème ciel)

Il y a quelque chose d’héroïque à commander un plat ici, quelque chose d’inconscient à l’avaler et quelque chose de maso à le payer. Suis-je un héros inconsciemment masochiste ? Un inconscient masochistement héroïque ? Ou un maso héroïquement inconscient ?
Lazard

Juste un con d’intellectuel…
Loz


FIN (Bah vi, a pu ! Ces petits mots sont inspirés de vrais graffitis et j’en ai plus en stock !)

Vous avez aimé ce texte ? Laissez-moi un commentaire !

Le SOLDAT recrute !

Pas facile de devenir soldat de la Shinra…

Pourtant, avec les jeux vidéos toujours plus nombreux, les films et les reportages réguliers sur «super Sephiroth», de plus en plus impérieuse est l’envie, pour nombre de jeunes gens, de quitter les jupes de môman pour tenter l’aventure.

Seulement voilà : lorsqu’on a passé 18 ans à se faire chouchouter par « la-môman-chérie-à-son-fiston », pas facile de s’habituer à la vie militaire…

Mais, une fois de plus, la Shinra a tout prévu et, en exclusivité planétaire (et uniquement pour « ff7 yaoi fanfics »), voici pour la première fois dévoilés les secrets de la formation suprême, celle que les plus grandes écoles militaires de la galaxie envient à la firme, j’ai nommé : LE PROGRAMME DES COURS PREPARATOIRES AU CONCOURS DU SOLDAT ou « comment éveiller cet organe appelé cerveau, dont les jeunes recrues ignoraient l’existence jusque là ».

C’est pas gagné, hein…


PROGRAMME DES COURS PREPARATOIRES DES NOUVELLES RECRUES

Note : En raison de la complexité et de la difficulté des cours, seulement 10 participants seront acceptés pour chaque cours.

Ce stage préparatoire au concours du Soldat s’étend sur 5 jours, et comprend les modules suivants :


PREMIER JOUR

Thème : Mon arrivée à la caserne

Instructeur : Heidegger

8h30 : COMMENT RANGER LE CONTENU DE MA VALISE DANS MON PLACARD
Présentation tâche par tâche sur diapositives

10h30 : COMMENT TROUVER LES CHOSES SANS RETOURNER LA CASERNE EN POUSSANT DES CRIS DE HYENE
Forum

13h30 : S’HABILLER DECEMMENT TOUT SEUL ET NE PAS FAIRE SEMBLANT D’IGNORER OU SE TROUVE MON CASIER
Exercices pratiques

15h00 : COMMENT ETRE LE COMPAGNON DE DORTOIR IDEAL
Exercices de relaxation, méditation et techniques de respiration

16h00 : VIVRE A LA CASERNE : MON SUPERIEUR HIERARCHIQUE N’EST PAS MA MERE
Jeux de rôle


DEUXIEME JOUR

Thème : vos collègues femmes sont des soldats comme les autres

Instructeur : Sacarlet

8h30 : EST-IL GENETIQUEMENT IMPOSSIBLE DE RESTER TRANQUILLE PENDANT QUE VOTRE COÉQUIPIERE POSE L’HELICO OU GARE LE CAMION ?
Simulation de conduite

10h00 : MA COLLEGUE N’EST PAS MON INFIRMIERE
Présentation diapositives + jeux de rôle

11h00 : MA COLLEGUE N’EST PAS MA BONNE
Projection de documentaire + intervention de témoins

14h00 : MA COLLEGUE N’EST PAS MA MERE
Présentation PowerPoint

16h00 : NOTIONS ESSENTIELLES DE GRAMMAIRE : LE FEMININ DE “ASSIS AUX COMMANDES D’UN REMORQUEUR” N’EST PAS “DEBOUT DERRIERE L’ASPIRATEUR”
Jeux de rôle


TROISIEME JOUR

Thème : vivre à la caserne – la vie en communauté

Instructeur : Angeal

8h00 : PAPIER TOILETTE : POUSSE-T-IL TOUT SEUL SUR LES DISTRIBUTEURS ?
Table ronde

10h00 : JE NE FAIS PAS PIPI A COTE : JE M’AVANCE UN PEU ET OUBLIE MA PRETENTION
Exercice pratique avec vidéo

13h00 : ASSIETTES ET VERRES : PASSENT-ILS DU REFECTOIRE AU LAVE-VAISSELLE GRACE A LA LEVITATION ?
Débats - Intervention d’experts

15h00 : BOUTEILLES DE BIERE VIDES : DOIVENT-ELLES ALLER DANS LE FRIGO OU DANS LA POUBELLE ?
Groupes de discussion et jeux de rôle


QUATRIEME JOUR

Thème : se débrouiller tout seul sans maman

Instructeur : Genesis

8h00 : REPASSAGE EN 2 ETAPES : A) 1 CHEMISE EN MOINS DE 2 HEURES B) LA VAPEUR CA BRULE
Exercice pratiques avec des professionnels

10h00 : LE MENAGE DU DORTOIR, UNE ACTIVITE VIRILE ET VALORISANTE
Table ronde et exercices pratiques

12h00 : DIFFERENCES ENTRE LE PANIER A LINGE ET LE SOL ET COMMENT SE RENDRE A LA LAVERIE SANS SE PERDRE
Exercices pratiques avec paniers en osier

De 14h00 à 19h00 : COURS DE CUISINE PRATIQUE EN 3 ETAPES

Niveau 1 (débutant) : Les appareils ménagers « ON mettre en marche » « OFF arrêter l’appareil ».

Niveau 2 avancé : Mon premier « Shinra rapid’soup » sans brûler l’eau

Niveau 3 Expert : Faire un café sans oublier l’eau ou le café et ne pas utiliser le soluble qui est incompatible avec la cafetière


CINQUIEME JOUR

Thème : être un SOLDAT dans son corps et dans sa tête

Instructeur : Sephiroth

8h00 : Santé module 1 : SE LAVER TOUS LES JOURS EST SANS RISQUE POUR VOTRE SANTE
Présentation Power Point avec intervention du Pr. Hojo

9h00 : Santé module 2 : NON, LE GEL COIFFANT N’EST PAS UNE FATALITE, ON PEUT S’EN PASSER
Table ronde avec intervention de médecins addictologues

11h00 : Santé module 3 : COMMENT SURVIVRE A UN RHUME SANS PENSER ETRE A L’ARTICLE DE LA MORT
Table ronde avec intervention de médecins

14h00 : Vie pratique module 1 : DES HOMMES PERDUS PEUVENT DEMANDER LEUR CHEMIN
Témoignages du seul soldat mâle l’ayant jamais fait

16h00 : Vie pratique module 2 : SE RAPPELER DES DATES DE MISSION ET PREVENIR QUAND VOUS AVEZ DU RETARD
Apporter son agenda au cours

17h00 : Vie pratique module 3 : MON ARME N’EST PAS L’EXPRESSION DE MA VIRILITE, LA PREUVE PAR LES CHIFFRES
Apporter son double décimètre personnel

18h00 : COMPTE-RENDU DU STAGE AVEC L’EQUIPE PEDAGOGIQUE


En raison du nombre croissant des demandes, nous invitons les supérieurs hiérarchiques directs et les instructeurs à nous faire parvenir les demandes d’inscription dans les plus brefs délais.

Merci d’avance

CETTE FANFIC VOUS A PLU ? LAISSEZ-MOI UN COMMENTAIRE !

V - Seuls les morts sont froids

Le désir est l’appétit de l’agréable. “

Aristote

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Zack nous apprit que le seul poste de police de Gongaga se trouvait à deux pas de la maison de ses parents, sur la place du village.

Nous avions contacté Lazard par téléphone pour l’informer de ce qui s’était passé mais il s’était contenté d’un : ” cela regarde les autorités locales, désormais. Le président a interrompu la mission, vous n’avez plus rien à faire là-bas. Passez le dossier aux autorités compétentes, rassemblez le matériel sensible et rentrez à la base. Vous avez trois jours pour plier bagage. “

Ca avait au moins le mérite d’être clair…

En raison de la mauvaise visibilité et de l’état des routes, nous mîmes deux bonnes heures à parcourir les quelques quarante kilomètres à vol d’oiseau (le double par la route) qui nous séparaient de Gongaga, qui était, en fait, un village plus qu’un bourg.

Pas de lumière dans les ruelles, bien entendu, et des trous où je faillis plusieurs fois me briser les jambes.

Je ne sus que nous étions arrivés à l’antenne de police que parce que Zack me traduisit l’inscription à demi effacée peinte sur le mur de torchis. Jamais il ne me serait venu à l’idée que cette porcherie pouvait tenir lieu de commissariat local.

A peine passée la porte, dont seules quelques écailles témoignaient d’un ancien vernissage, l’odeur de sueur et d’huile rance me prit à la gorge.

Le policier de garde, un Gongagien bedonnant à la chemise blanche maculée de tâches, était affalé sur une chaise de bois qui avait vu des jours meilleurs. Il est hasardeux d’essayer de donner un âge aux gens de ce pays mais j’aurais dit qu’il devait avoir dans les quarante ans.

En nous entendant arriver, il leva vers nous un œil endormi et retira ses pieds de la table.

Visiblement, nous avions interrompu son petit somme.

Je vis Zack se lancer dans un discours, auquel je ne compris pas un traître mot, à grand renfort de gestes et d’exclamations mais le policier, ou ce qui en tenait lieu, se contenta de gratter sa barbe de trois jours et de chasser de la table un cafard gros comme mon poignet d’un revers de la main.

J’esquivai le projectile ragoûtant avec une grimace et me tournai vers Angeal.

- Qu’est-ce qu’il raconte ? demandai-je.

Angeal, concentré sur la conversation, me fit signe de me taire d’un geste et je soupirai.

Lorsqu’il entendit le nom de “Rufus Shinra”, seule chose que je saisis de la discussion, le policier tressaillit et se leva d’un mouvement brusque pour se lancer, à son tour, dans une diatribe sans fin en agitant les bras en tout sens.

Je ne sais pas ce que lui avait dit Zack mais cela avait eu l’air de faire son effet à en juger par la mine soudain inquiète du policier et par la façon dont il se tenait la tête, gémissant entre deux phrases.

- Mais qu’est-ce qu’il dit ? insistai-je.

- Chut ! rétorqua Angeal avec un geste irrité.

Je levai les yeux au ciel et fit claquer mes mains sur les cuisses en m’accroupissant sur le sol. Le cafard, de nouveau sur ses pattes, était juste entre les miennes et je me redressai aussi sec en jurant comme un charretier pour l’écraser brutalement sous ma semelle avec un bruit de craquement de céréales.

Je ne sais pas si ce fut à cause du bruit du cafard ou de celui du claquement de ma semelle sur le sol de bois fêlé - je chausse quand même du quarante-cinq - mais Zack et le policier cessèrent immédiatement leur conversation animée et se tournèrent vers moi.

J’en profitai.

- Alors ? demandai-je.

- Il ne veut pas s’occuper de l’affaire avant d’en référer à monsieur Shinra, soupira Zack.

Je faillis m’étrangler.

- Quoi ? m’écriai-je. Un homme a été assassiné et nous avons plusieurs cadavres sur les bras ! Il faut un légiste et au moins deux ambulances !

Zack commença à lui traduire ce que je venais de dire et s’arrêta en cours de route pour se tourner vers moi.

- Euh… Je crains que le mot ” légiste ” n’existe pas en gongagien, Général.

J’allais lui répondre lorsqu’Angeal me devança et adressa au policier quelques mots en un Gongagien laborieux.

Le visage de l’homme s’éclaira et il répondit quelque chose que je ne compris pas.

- Il dit qu’il en a vu un dans un film policier, le mois dernier… soupira mon ami d’un ton morne.

Je tapai à nouveau du pied, faisant sauter un éclat de plancher. Cette fois je commençais vraiment à m’énerver.

- J’exige qu’il prenne notre déposition et qu’il appelle un hôpital ! hurlai-je.

Zack traduisit mais l’homme secoua la tête, obstiné. Avec un grognement, je le saisis par son col de chemise et Angeal s’interposa, me tirant en arrière.

- Laisse tomber, Seph, c’est inutile. Ici, rien ne fonctionne comme chez nous. Allons plutôt voir son “altesse”. Ce type ne bougera pas le petit doigt sans son accord express.

Nous quittâmes le bâtiment et l’homme me jeta un regard terrifié avant de fermer doucement la porte derrière nous.

Notre véhicule n’avait pas bougé des abords du village, les ruelles étroites et les trous dans la chaussée ne permettant pas son passage à travers le village sans risquer de perdre une roue, 4×4 ou non.

Enfin… disons que le 4×4 break lui-même n’avait pas bougé… parce que les portières, elles, gisaient de part et d’autre sur le sol.

Avec un juron, Angeal se précipita, brandissant la torche électrique qui nous avait permis de trouver le commissariat sans tomber dans un trou.

En m’approchant à mon tour, je ne pus retenir une exclamation étouffée et Zack se mit à marmonner ce qui semblait être une prière pour chasser le mauvais oeil.

Visiblement, celui qui avait fait ça avait agi par pur plaisir de nuire car nous n’avions pas fermé les portières à clé. Il n’y avait donc nulle raison de les arracher.

De plus, rien n’avait été volé. Le sac à dos d’Angeal n’avait même pas été fouillé. Tout était intact sur le siège du conducteur et rien ne manquait du matériel.

- Bon sang ! Le type qui a fait ça devait être une force de la nature, remarquai-je en observant le métal tordu.

- C’est de la tôle ! répliqua Angeal en soulevant une portière. Personne n’aurait pu faire une chose pareille. Regarde-moi ça, on dirait qu’elle a été pliée comme une vulgaire feuille de papier.

La portière en question me faisait penser à une énorme papillote, comme celles que les femmes se mettent dans les cheveux pour les friser.

Angeal braqua la torche sur la seconde et la retourna du pied.

- Merde ! Merde ! Merde ! grogna-t-il. Il ne nous manquait plus que ça !

La seconde portière était éventrée comme si elle avait eu maille à partir avec une pelleteuse mécanique.

Des petits lézards glacés me descendaient le long du dos, mais, sachant que Zack nous observait pour savoir quelle attitude adopter, j’essayai tant bien que mal d’afficher une expression décontractée, comme celle des héros de films ou de jeux vidéo qui plaisantent devant la voiture qui vient de leur exploser sous le nez, manquant de peu de les faire rôtir.

- Qu’est-ce qu’on fait ? demandai-je, faussement sarcastique. On aura l’air fin à rouler comme ça. Remarque, ça économisera la clim. Je savais qu’ils n’aimaient pas beaucoup les étrangers, ici, mais à ce point là…

Angeal jura une fois de plus et nous fit signe de monter à bord.

- Oh putain ! s’écria Zack en ressortant vivement.

- Quoi ? demandai-je en m’approchant pour regarder prudemment à l’intérieur.

Pour toute réponse, Zack me désigna le siège passager et Angeal balaya la cabine de la torche.

Au début, je ne vis rien de particulier. Le siège du conducteur était intact, ainsi que le tableau de bord.

Là où ça se gâtait, c’était du côté passager - à savoir le mien.

Je crois que le terme “place du mort” se justifiait parfaitement dans ce cas : le fauteuil, mon fauteuil, avait été éventré avec une rage impressionnante. Des morceaux de mousse étaient éparpillés partout et le skaï avait été lacéré. Quatre belles coupures bien régulières, comme celles qu’aurait pu faire la patte d’un chat.

D’un très gros chat…

- Tous les fauves de la région se sont donnés le mot pour nous pourrir la vie ou quoi ? lançai-je dans une lamentable tentative pour faire de l’humour malgré l’angoisse qui commençait à me nouer le ventre. Ils sont de sortie ? C’est leur fête annuelle ?

Angeal tendit la main, prit un amas de coton déchiqueté sur le plancher et le déplia.

Mon sweat-shirt. Celui que je laissais en permanence dans la voiture au cas où.

Il ne restait même plus dix centimètres carrés de tissu intact.

- Je ne sais pas s’ils sont de sortie mais celui-là, c’est visiblement toi qu’il voulait. Tu dois avoir une odeur particulièrement appétissante.

Je lui arrachai feu sweat-shirt des mains avec un regard meurtrier, et m’en fis une sorte de ” coussin-serpillière ” pour empêcher les ressorts du siège de m’arracher la peau des fesses.

- Très drôle, dis-je en retenant un frisson. Allez, grimpe et démarre ! Je ne tiens pas vraiment à rester dans le coin avec une bestiole comme ça dans les parages.

Zack marqua un temps d’arrêt, avant de monter dans le véhicule, et nous le vîmes tourner la tête en direction du village en se mordillant la lèvre.

- Zack, ça va ? s’enquit Angeal, le faisant sursauter.

Le garçon rougit et acquiesça.

- Oui, monsieur. Bien sûr.

Mon ami sourit.

- Tu t’inquiète pour tes parents ?

Son protégé baissa les yeux, horriblement embarrassé.

- C’est que… je n’avais jamais vu un fauve s’approcher aussi près des habitations, monsieur.

Angeal hocha gravement la tête, d’apparence calme, mais je remarquai que le tendon de sa mâchoire jouait sous sa peau tandis qu’il serrait les dents.

Ah ! On peut dire qu’on avait du mal à le jouer, notre rôle de gros durs blasés !

Mon ami et moi avions beau faire les fiers à bras, nous étions tout aussi angoissés que le gamin par les événements de la nuit.

Et l’atmosphère lugubre n’arrangeait rien à l’affaire.

La lune était cachée par intermittences, les nuages noirs se déplaçant lentement avec la brise, et j’avais l’impression que chaque coin d’ombre cachait un monstre prêt à bondir. Je m’imaginai l’un de ces animaux me saisissant la jambe par le trou béant qu’avait laissé la portière et je me m’en écartait d’instinct le plus possible en essayant de me faire tout petit sur mon siège.

Zack avait raison de s’inquiéter.

Un fauve sur le chantier, on pouvait encore l’admettre, la dense forêt de Gongaga n’était pas loin. Mais ici, au beau milieu du village…

- Monsieur… murmura timidement le garçon.

Angeal lui adressa un sourire un peu forcé.

- Mhh ?

- Vous… Vous ne croyez pas qu’il pourrait s’agir de la même bête que sur le chantier, n’est-ce pas ?

Je sortis la tête de la voiture pour me tourner vers lui et éclatai de rire.

- Bien sûr que si ! raillai-je. Il nous a suivi en courant uniquement pour avoir le plaisir de te croquer les orteils ! T’as une touche, petit, y’a pas de doute !

Il rougit furieusement et Angeal secoua la tête.

- Tu sais mieux que personne combien il y a de fauves dans ce putain de pays, Zack. A mon avis, ils doivent crever de faim par manque de gibier ou un truc comme ça et ils sont sortis de la forêt pour trouver de la nourriture, point. A en croire les écologistes, il paraît qu’avec l’extension des cultures, les animaux ont de moins en moins d’espace vital. Qu’est-ce que tu ferais à leur place, mhh ?

Il hocha la tête.

- Vous avez sûrement raison, monsieur.

- Il a raison, fis-je avec un sourire qui se voulait rassurant. C’était un accident Zack, rien de plus.

Angeal lui désigna le village d’un mouvement du menton.

- File chez tes parents pour cette nuit et assure-toi qu’ils vont bien. Je passerai te chercher demain, lorsque nous aurons mis un peu d’ordre dans le camp.

- Non, je ne peux pas vous laiss…

- C’est un ordre !

Le garçon s’inclina.

- Bien, monsieur. Merci…

Il nous adressa un sourire reconnaissant et fila sans demander son reste avant que l’on ne change d’avis.

Nous nous mîmes en route et je frottai mes bras nus.

Je n’avais même pas pris le temps de mettre au moins un maillot de corps avant de partir et je commençais à le regretter.

Comment aurais-je pu deviner qu’une saloperie de bestiole allait réduite mon sweat en pièces, aussi ?

Saloperie de pays !

Tandis que nous reprenions le chemin du chantier, cette histoire de malédiction et de démon me trottait dans la tête. On a beau ne pas y croire, dans ce genre de cas, on ne peut pas s’empêcher de douter de tout, à plus forte raison de ses propres convictions.

Je repensai au chamane.

Il traînait sa puanteur dans toute la région et devait forcément être au courant que les fauves quittaient la forêt en quête d’un bon repas. N’importe quel imbécile sachant cela aurait pu faire une telle prédiction et j’étais persuadé qu’il connaissait l’existence du temple sous le réacteur, le salaud !

Il nous avait laissé creuser en se marrant dans son coin, attendant de faire sa petite entrée et de nous coller une frousse de tous les diables avec sa belle prophétie préparée de longue date.

Quel chien ! Il ne perdait rien pour attendre.

Je me massai la nuque en baillant. J’étais physiquement et nerveusement épuisé.

Angeal me donna une petite tape sur le genou et je tressaillis.

J’étais vraiment à cran.

- Essaye de dormir un peu, Seph. Nous n’arriverons pas avant deux bonnes heures, vu l’était de la route.

- Tu auras assez d’essence ?

Si on tombait en panne, là, au milieu de nulle part, je ne donnais pas cher de notre peau avec toutes ces bestioles en vadrouille. Cela devait être affreux de mourir de la sorte. Sentir sa chair se déchirer, lambeau par lambeau, être dévoré vif…

Je repensai aux cadavres des soldats et du cuisinier et me frottai les bras encore plus vigoureusement.

- Il y a trois jerrycans derrière, t’en fais pas. Tu as froid ? C’est la fatigue. Tiens, mets ça.

Tout en conduisant, il retira le pull de son uniforme et me le tendit, pour ne garder que son maillot.

Je l’enfilai avec reconnaissance.

Il était doux et la chaleur de son corps s’était communiquée au tissu. Je cessai instantanément de frissonner et frottai ma joue contre le col.

Il portait son odeur, un parfum fortement boisé. Pour un peu, si je prenais la peine de tomber dans un ridicule un tantinet romantique, je dirais que je me serai cru dans ses bras.

Je le regardai dans la pénombre que diffusait la lumière de phares : un visage anguleux et carré, des traits élégants et fermes et une carrure de lutteur. Angeal avait un corps à damner un saint.

Et si… “ me surpris-je à penser avec un sourire rêveur.

Bah, quoi ?

Pourquoi pas, après tout ? Il était de compagnie agréable et je savais qu’il avait eu une petite aventure platonique avec Genesis, dans son adolescence. Il suffisait peut être de peu de choses pour…

- Ca va ? me demanda-t-il, interrompant ma rêverie. Tu fais une drôle de tête.

Le charme était rompu et je redescendis brusquement sur terre.

Angeal était comme mon frère. Comment pouvais-je penser à des choses pareilles ?

Je secouai la tête.

- Si je te disais à quoi j’étais en train de penser, tu me jetterais en pâture aux fauves, répondis-je amèrement.

Il leva un sourcil et me coula un regard en coin avant de me faire un clin d’œil.

- Quand on voit la mort de trop près, on a envie de ça, c’est normal. Ca t’a pas fait ça, à Wutaï ? Moi, j’avais envie de baiser sans arrêt. Les psy disent que c’est une réaction… comment on dit déjà ? Tu sais pour exorciser le truc. L’opposition entre la vie et la mort, tout ça.

Je tordis le nez.

- Oui, je sais.

- Bah j’espère qu’à Wutaï, tu as eu plus de chance que moi.

Je fis la moue.

- Je n’ai pas tâté de la ” chair locale “, avouai-je.

- Tu n’as rien perdu.

- Les dames utaïennes ne sont donc pas des ” affaires ” ?

- Ni les hommes, d’après ce que j’ai entendu dire. A croire qu’un Dieu blagueur les a privés de libido !

- A ce point là ?

Il se tourna avec un sourire moqueur.

- T’as vu Tseng ?

Je ris de bon cœur.

- Oui, c’est sûr que, vu comme ça…

- Blague à part, tu n’as quand même pas passé tout ce temps à Wutaï à te serrer la ceinture !

- Non, j’avais une aventure avec un autre soldat, à l’époque.

Angeal leva le sourcil.

- Ah ? Qui ?

- Weiss. Enfin, quand son frère Nero voulait bien lui lâcher la jambe !

Il pouffa.

- Ah ! Ces deux-là…

- Ouais.

- C’est vrai que question jolis garçons, t’es pas gâté, par ici, dit-il en secouant la tête. Sérieux, ça fait combien de temps que tu n’as pas… Ah, merde !

La voiture fit un écart et je dus m’agripper à lui pour ne pas être projeté à l’extérieur du Break.

Il me sembla voir une masse noire passer dans mon champ de vision et un cri se coinça dans ma gorge.

C’était inconcevable.

Nous roulions à plus de soixante ! Cet animal ne pouvait pas nous suivre et certainement pas nous percuter ainsi sans y laisser un os.

Angeal parvint à rétablir le véhicule et coupa le moteur.

- Mais qu’est-ce que tu fais ? criai-je, paniqué. Tu veux te faire déchiqueter ? Redémarre ! Tu as vu la force de cette bestiole ?

Il me fixa un instant, interdit, et me posa la main sur l’épaule.

- Seph… On a crevé, dit-il comme s’il parlait à un simple d’esprit.

- Je l’ai vu ! Il nous a percuté ! Il était là, dehors, il est passé devant nous !

Je regardai partout, m’attendant à le voir surgir à tout instant pour enfoncer ses crocs dans ma cuisse.

- On a crevé, Seph… répéta Angeal. Il n’y a rien dehors.

- Bon sang ! Je te dis qu’il est là ! hurlai-je en me tournant en tout sens.

Avec un soupir, il tendit la main pour prendre le fusil et la torche derrière lui et sortit du break.

- Reviens ici tout de suite et redémarre !

L’angoisse au ventre, je le vis faire le tour de la voiture et balayer le paysage de sa torche.

Puis il se baissa pour ramasser quelque chose et se pencha vers moi.

- On a crevé, répéta-t-il en me tendant une pierre aiguë. Et il n’y a rien dehors, Seph, à part ces fichus cailloux coupants.

Je sortis du véhicule et regardai la roue.

Aucun fauve ne nous avait percuté, la roue était juste affaissée et dégonflée. On voyait parfaitement le silex qui y était fiché.

- Désolé… murmurai-je, honteux, en m’appuyant sur le 4×4.

Angeal commença à sortir un pneu de secours et un cric de l’arrière du véhicule et je l’aidai à changer la roue - sans pouvoir cependant m’empêcher de regarder par-dessus mon épaule, à la recherche d’une paire d’yeux luisant dans l’obscurité.

Les vis grippaient à cause de la poussière mais nous pûmes nous remettre en route assez rapidement, ce qui, je l’avoue, me soulagea.

Mon compagnon me jetait de fréquents coups d’œil, auxquels j’essayai de répondre par un sourire - hélas peu convainquant.

- T’es sur les nerfs, hein ? me demanda-t-il soudain.

Je regardai l’obscurité qui nous entourait et me laissai aller sur mon siège en soupirant, me couvrant le bas du visage des mains.

- C’est peu de le dire.

Il hocha la tête et m’adressa un sourire rassurant.

- C’est bientôt terminé, Seph. On va aller voir “sa majesté”, régler tout ça, et, dans trois jours, ce ne sera plus qu’un lointain souvenir.

Je laissai échapper un rire amer.

- Un lointain souvenir… Tu parles ! Ce connard blondinet m’a littéralement lynché ! J’aurais de la chance si, après ça, on ne me relègue pas à la surveillance des réacteurs… Et pour améliorer encore l’excellente impression que je lui ai faite, je viens de perdre quatre hommes par la faute d’un foutu chat de merde et d’un tueur mystérieux ! Chier !

Je frappai le tableau de bord du plat de la main.

- Seph…

- Chier ! Chier ! Chier !

Je me sentais au bord de la crise de nerfs, les cadavres déchiquetés dansant devant mes yeux, et fermai les paupières pour essayer de me calmer.

- Viens là.

J’ouvris les yeux et remarquai qu’Angeal s’était arrêté au milieu de la petite route déserte. Je ne m’étais même pas aperçu du silence soudain, provoqué par l’arrêt du moteur.

On n’entendait plus que le chant des insectes et le chuchotement de la brise, uniquement entrecoupés par le cri lointain d’un oiseau de nuit.

- Allez, viens là, répéta-t-il.

Il s’était à demi tourné vers moi et me tendait les bras.

Je m’y blottis sans réfléchir.

Il était plus petit que moi mais dégageait une force presque palpable. Je me sentais comme un petit garçon entre ses bras.

En sécurité.

Au chaud.

Je cessai immédiatement de frissonner, ses larges mains pétrissant mon dos, me communiquant leur chaleur à travers l’étoffe de son pull.

- Ce connard va me rétrograder, Angie.

- Bien sûr que non…

Il resserra son étreinte et le soupirai.

Le levier de vitesse me meurtrissait la cuisse mais je m’en moquais. J’étais bien entre ses bras.

Je sentais sa joue contre mon cou, les poils de sa barbichette qui me piquaient la joue et son odeur chaude, presque animale. J’avais besoin de cette chaleur et de ce soutien.

J’en vais besoin tout de suite !

Sans même m’en rendre compte, ma joue glissa sur la sienne et il eut un petit mouvement de recul lorsque mes lèvres frôlèrent les siennes.

- S’il te plaît, murmurai-je en le sentant se pétrifier. S’il te plaît, Angie…

Il recula et me fixa un instant sans comprendre. Je lui lançai un regard suppliant et sa bouche s’étira en un sourire indulgent.

- Allons Seph, ça va aller, reprends-toi, mon grand.

Je pressai alors mes lèvres sur les siennes et il fit une chose dont je ne l’aurais jamais cru capable : Angeal me frappa avec une telle brutalité que je dus m’agripper au tableau de bord pour ne pas être expulsé de la voiture sous la force du choc.

Je savais qu’il était une force de la nature, mais j’avoue que je ne m’étais pas non plus attendu à cela.

Il n’avait jamais été brutal avec moi, pas même durant nos entraînements et il n’avait que rarement haussé le ton.

La violence de son rejet me fit plus mal que le coup lui-même.

Il avait mis tant de rage dans son geste, tant de mépris, que j’eus l’impression de me retrouver devant un étranger.

- Angeal… chuchotai-je, sous le choc.

Ses lèvres se mirent à trembler et il secoua la tête.

- Je… je suis désolé, Seph, bredouilla-t-il. Je… je ne voulais pas cogner aussi fort. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Je crois que moi aussi, je suis à bout.

- Tu n’avais pas besoin de faire ça, fis-je d’une voix blanche.

Je commençais à sentir la colère me gagner.

Jamais je n’avais forcé qui que ce soit et Angeal le savait parfaitement. Il aurait suffit d’un simple ” stop ! ” pour que je le laisse tranquille.

Il tendit une main vers ma joue mais je la repoussai.

- Qu’est-ce qui nous arrive, bon sang ? soupira-t-il en s’adossant à son fauteuil, se prenant la tête dans les mains. Qu’est-ce qui nous arrive ?

Il semblait brisé.

- Oublie ça, Angie. Je suis allé trop loin, c’est de ma faute.

Il tourna la tête vers moi et tendit une main pour allumer le plafonnier.

La lumière vive m’éblouit.

Je fermai les yeux mais sentis ses doigts sur ma joue, qui commençait à me lancer.

- Je ne t’ai pas raté, mon pauvre Seph, remarqua-t-il en éteignant la petite lampe. Désolé.

Je souris mais n’osai pas le regarder en face ou faire un geste, de peur qu’il soit mal interprété. Un mur venait de s’élever entre nous et je sus que jamais plus je ne me permettrai un geste tendre ou amical à son endroit. Du moins, pas avant de longs mois.

Il dut s’en rendre compte car je le sentis se raidir.

- Il ne vaut mieux pas rester dans le coin, dis-je en détournant le visage pour regarder à l’extérieur.

Je le sentis s’écarter, remuer sur son siège et j’attendis sagement que le moteur se remette en marche, les yeux toujours fixés dans le décor, à travers le trou béant de la portière manquante.

- Seph ?

En soupirant, je me tournai vers lui et blêmis.

Il avait retiré son maillot et le haut de son pantalon était déboutonné, laissant apparaître quelques poils bruns sur le bas de son ventre.

Ma gorge s’assécha.

Angeal était bâti comme un dieu, une musculature ferme et bien dessinée roulait sous sa peau hâlée.

- Qu’y a-t-il, Seph ? murmura-t-il en souriant. On devient timide ?

- Angie…

Je n’osai pas faire un geste.

D’un mouvement qui fit gonfler son biceps, il actionna le levier de rotation de son siège, dont le dossier s’abaissa jusqu’à être totalement à plat sur la banquette arrière.

Confortablement allongé, il tendit une main autoritaire, qui se referma autour de ma nuque pour m’attirer à lui.

Sans savoir comment, je me retrouvai sous lui, ses mains se glissant sous mes vêtements, faisant passer le pull par-dessus ma tête, déboutonnant mon pantalon, courant sur ma peau et se faufilant entre mes cuisses…

J’étais un jouet entre ses mains et j’avoue que cela ne déplaisait pas le moins du monde, en cet instant.

J’avais envie de lâcher prise et c’est ce que je fis.

Pour quelques instants, j’oubliai les fauves, les morts et la peur de perdre bientôt un statut que j’avais mis des années à acquérir à la force des poings, tout au plaisir que m’offrait Angeal.

Il me fit l’amour avec ardeur, presque avec brutalité, mais j’avais au moins la certitude de ressentir les choses et d’être vivant. Pas comme ceux dont les restes gisaient dans la tente, là-bas, sur la colline…

… à suivre

Vous avez aimé ce texte ? Laissez-moi un commentaire !

Les murs murmurent encore…

Vous les avez réclamés, les voilà ! Plus de graffitis version FF VII !

Qu’il s’agisse des murs des casernes ou de ceux des toilettes de la Shinra, Hojo n’a pas fini de rouspéter !

***

(Dans le vestiaire de la salle d’entraînement du DEEP GROUND)

Weiss signifiant “blanc” en germanique, pourquoi a-t-on appelé le frère de notre cher empereur immaculé “Nero” (du latin “nero”/”noir”) au lieu de “Schwarz” (du germanique “Schwarz”/”noir-sombre”) ?
Rosso

Pour que les idiotes aient quelque chose d’intelligent à dire (du ténébreux “j’t'emmerde” !)
Nero


- EN CAS D’INCENDIE NE PAS UTILISER L’ASCENSEUR -

Utilisez l’extincteur !
Vincent


Dans le dico médical d’Hojo, à côté du mot “blennoragie”, y’a marqué “Voir index”. J’ai regardé mes doigts, c’est bon, j’ai rien.
Zack

Seigneur ! Et c’est avec ça que je suis supposé faire des soldats d’élite…
Hojo


Ce qu’il y a de bien, dans la position du missionnaire, c’est qu’on peut continuer à lire sa BD !
Kadaj

En levrette, c’est mieux, t’as pas besoin de la tenir !
Loz

Que je revoie UNE BD traîner dans la chambre… UNE SEULE !
Yazoo


(Dans les WC de la salle de réunion des turks)

Vous êtes là pour éjecter votre bol fécal, pas pour le couver !
Tseng


(Sur le mur du vestiaire des Turks)

A ce qu’on m’a dit, ce mur serait réservé aux graffitis ! La, la, la…
Anonyme

Non, mon petit Reno ! Vos gribouillages immondes sont interdits, ce mur doit rester propre sous peine de sanctions !
Hojo (heureux possesseur d’une mini-caméra espion et d’un fusil de chasse à 2 coups chargé de gros sel !)

Oh, merde…


L’insupportable manie de repeindre ce mur est une atteinte à liberté d’expression !
Genesis

Continuez vos cochonneries et je vais vous atteindre autre chose, moi !
Hojo


C’est pas pour me vanter mais, aujourd’hui, il fait vachement beau !
Rufus

C’est contagieux, la mégalomanie ?
Weiss


(Dans la salle de commandement du WRO)

- NO SMOKING ! -

But salopette, yes !
Cid


Soutenez Cloud !
Yuffie

Pourquoi ? Il se sent mal ?
Angeal


- SOS SUICIDE : UN COUP DE TELEPHONE PEUT SAUVER UNE VIE -

Sur la tête, il peut aussi fracturer un crâne…
Sephiroth


Sephiroth for president !
Cloud

And Cloud for queen !
Cid


(Dans un ascenseur flambant neuf de la section des turks)

Voilà ce que j’appelle un ascenseur nickel. Pas une marque, pas un graffiti, pas une tache, rien. Bravo les gars ! Splendide !
Genesis


(Dans les WC du SOLDAT)

Plus de 5 secousses, c’est de la masturbation !
Reno


J’ai fait pipi à côté. Le faire a soulagé ma vessie. Le dire a soulagé ma conscience !
Kadaj


OAHHHH !!!! DES FILLES AVEC DES GROS NENEEEESS !!!!
Loz

Où ça, où ça ?
Rude

Rudo, il a écrit ça au mois de juillet ! T’es lent, mais t’es lent…
Helena


(Dans la salle d’attente du service d’évaluation psychologique du SOLDAT)

Je vois bien que vous m’en voulez, pour mon complexe de persécution !
Sephiroth

Depuis que j’ai mon complexe de castration, j’ai l’impression qu’il me manque un truc…
Angeal

Moi, j’aimerais bien avoir un complexe de castration, mon complexe de frustration ne me suffit plus !
Genesis

C’est ça, moquez-vous ! Attendez de vous coltiner un bon syndrome post-traumatique, vous ferez moins les malins !
Hojo


(Dans les toilettes du du bar de Tifa)

Soyez gentils d’écrire à hauteur des yeux. Trop bas, on se penche en avant et on déjante de la cuvette. Trop haut, on se penche en arrière et se fracasse le crâne sur la chasse. Merci d’avance.
Reeve


J’ai testé le mako, on dirait de l’eau de vaisselle…
Weiss

Je viens de palper l’infirmière, on dirait de la gélatine…
Azul

Je viens de d’essayer la piscine, on dirait une baignoire…
Nero

Je viens de payer les factures du Deep Ground. On dirait de l’arnaque !
Rufus


MERDE ! PUTAIN ! BORDEL ! CHIER ! (Maintenant que j’ai prouvé que je pouvais moi-aussi piloter une fusée, où faut-il s’inscrire ?)
Reno

Tu remets tes lacets, pour courir ?
Cid


(Gravé sur l’écorce d’un arbre de la cité des anciens)

Si tu es le garçon super canon qui s’est battu ici la nuit dernière avec les longs cheveux argentés, des yeux d’émeraude, un long manteau de cuir noir zipé, un pantalon moulant et une petite bouche en coeur, je ne dors plus la nuit !!!! Où t’as acheté ton flingue ? Répondre ici : ……………
Vincent


(Sur le mur du bar de Tifa)

Un repas ici : 4 heures de mastication, 40 heures d’aigreurs, 4 semaines de nausées, 4 années de plaidoiries.
Rufus


Un jour mon prince viendra !
Jenova

Depuis le temps que tu l’attends, quand il va te voir, il va avoir un choc…
Lucrecia


(Sur le mur de la salle de cours de Lazard)

Ceux qui ont le savoir, produisent. Ceux qui ne savent pas et ne produisent pas, enseignent. Ceux qui enseignent, transmettent aux nouvelles recrues ce qu’ils savent. Merde, qu’on me dise comment c’est possible !?
Sephiroth


Ce qu’il y a sur ce mur de WC est vraiment odieux !
Hojo

Jetez donc un coup d’oeil dans le miroir : c’est pire !
Weiss


(Dans les toilettes du réacteur de Nibelheim)

Pour gagner un superbe badge “tireur d’élite”, visez juste ! (Demander le badge dans bureau du fond, en sortant, là où y’a marqué “Pr Hojo”).
Anonyme


On me reproche toujours de passer mon temps dans “Loveless”
Genesis

Et moi, on me reproche toujours de commencer des trucs et de ne jamais les finir…
Sephiroth

Ouais. Les enfants, par exemple !
Kadaj


(Dans les WC des turks)

Ah, enfin !… S’asseoir, défaire son noeud de cravate et poser les pieds sur la porte, relax…
Rude


(Dans un ascenseur de la Shinra, au-dessus d’une moquette trempée)

Ce petit pissou m’a purgé de toute la haine que je nourris pour les ascenseurs à musique…
Reno

Cette fic vous a plu ? Laissez un commentaire !

IV - Chasse nocturne

« La guerre, c’est comme la chasse,
sauf qu’à la guerre, les lapins tirent. »

C. de Gaulle

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Du calme, Angie… chuchotai-je en regardant le pouce d’Angeal contracté sur le chien du fusil.

Il épaula et posa l’index sur la détente, tenant le canon et la torche de la main gauche.

Avec un tel dispositif, ce qui se trouverait face à la torche serait inévitablement dans la ligne de mire.

- Je me calmerai quand je saurai ce qui se passe là-dedans.

Avant d’entrer dans la tente, il balaya une dernière fois les alentours du faisceau de lumière, dans le sens des aiguilles d’une montre, et refit l’opération dans l’autre sens, plus lentement.

Rien ne semblait bouger.

Il s’apprêtait à tendre le bras pour saisir le rabat quand deux billes vertes accrochèrent un instant la lumière, sur notre gauche, à quelques mètres de la tente.

- Merde ! cria-t-il.

Je reculai d’instinct et il braqua la torche et le canon sur une tête monstrueuse où luisaient des crocs rougeâtres et grands comme des dagues.

- Tire ! hurlai-je au moment où j’entendais la détonation.

Je clignai des yeux, surpris par le bruit qui retentit et se répercuta dans les vallons sur une distance inimaginable.

Angeal tira deux cartouches et une masse de fourrure noire traversa le faisceau de lumière.

- Putain de bestiole ! jura mon ami en braquant la torche vers l’endroit où l’énorme panthère était partie.

- Je croyais que ces animaux étaient en voie de disparition ! fis-je remarquer, hébété.

Mon compagnon avança de quelques pas, dans la direction qu’avait prise le félin, et je le suivis pour scruter la colline en contrebas : un à-pic à donner le vertige.

- Une panthère volante, tu crois ? essaya-t-il de plaisanter.

- Cette saleté a dû faire le tour de la tente, elle n’a pas pu sauter.

- Merde !

Je regardais autour de moi en essayant de percer l’obscurité à la recherche de deux billes vertes et luisantes.

- Elle est partie, assurai-je.

- Tu crois ?

- Je l’espère, du moins…

Ca, c’est le genre de choses que je n’ai jamais pu expliquer.

Autant je peux affronter cinq hommes armés jusqu’aux dents sans broncher, autant les sales bestioles font monter mon stress à un niveau de tous les diables ! A plus forte raison quand la bestiole en question fait dans les quatre vingt kilos et a des dents comme des poignards…

- Oui, il a dû partir, soupira Angeal en retournant à la tente. Il a du venir de la forêt, ce fils de pute ! Il y a quelqu’un ? demanda-t-il en soulevant le rabat. Zack ? T’es là ? Ou vous vous êtes tous enfuis comme des lâches qui se… (Je lui montrai le rabat lacéré et sa voix fut remplacée par une respiration sifflante). Oh mon Dieu ! Zack !

Je le suivis à l’intérieur et mon cœur manqua un battement.

Ce n’était pourtant pas les premiers cadavres que je voyais, loin s’en fallait ! Lorsqu’on a fait cette putain de guerre de Wutaï, on est vacciné à vie pour faire face à ce genre de spectacle sans rendre le contenu de son estomac…

D’ailleurs, je n’oublierai jamais ma première rencontre avec un cadavre, là-bas. Je venais d’arriver, les lieux avaient été sécurisés et, curieux, je me promenais dans l’exotique capitale le nez en l’air, sans faire attention où je marchais. Et, fatalement, j’avais trébuché… pour me retrouver allongé et nez à nez avec un machin à demi putréfié, abandonné en pleine rue sur une civière débordante de fleurs fanées.

Ca m’avait fichu un sacré coup, je peux bien l’avouer !

J’appris plus tard qu’il y avait des coutumes mortuaires bizarres, à Wutaï. Ce qui expliquait que l’on baladait les macchabées à l’air libre pendant plusieurs jours, avant de le mener vers son bûcher funéraire au bord de l’eau au vu et au su de tout le monde, tel un paquet de linge à laver.

Ce n’est pas que je sois particulièrement impressionnable mais, franchement, je n’avais que seize ans et n’y étais pas préparé.

Au SOLDAT, tout ce qui concerne la mort est tellement tabou, pour ne pas décourager les nouvelles recrues, que voir des dépouilles participer pour ainsi dire au train train de la vie quotidienne à Wutaï semblait ” indécent “.

Je me doute que j’ai l’air d’un imbécile en disant ça. Je sais bien que ce n’est qu’une question d’éducation et de coutumes mais avouez que vous n’en mèneriez pas large non plus si vous aviez à l’improviste failli faire un ” love kiss ” à un cadavre recouvert de fleurs fanées - et je vous fais grâce de l’odeur !

Dans la tente où Angeal et moi nous étions figés de dégoût, il n’y avait pas de fleurs ou de cortège pour les malheureux qui gisaient sur le sol. Seulement du sang, des tripes répandues par des blessures béantes et la puanteur âcre de la peur et des corps à qui l’imminence de la mort ôte tout contrôle.

Pas de quoi faire des effets de style…

Ces deux jeunes soldats et le cuisinier, j’avais appris à les connaître et à les apprécier et voir leurs cadavres ainsi déchiquetés me serra les tripes.

- Zack n’est pas là, fit Angeal en parcourant les lieux du regard.

Il balaya l’intérieur de la tente de sa lampe .

- Il doit encore courir, à moins qu’il ne soit blessé et se terre quelque part près d’ici, fis-je avec une ironie morbide que mon compagnon n’apprécia pas.

Il s’était beaucoup attaché à ce garçon, semblait-il. Beaucoup plus que je ne l’aurais cru.

- Il faut le retrouver avant que ce fauve ne revienne, dit-il en sortant de la tente.

J’acquiesçai d’un signe de tête et lui m’emboîtai le pas.

- Zack est allé à bonne école, avec toi. C’est un garçon malin et adroit, il ne se serait pas laissé avoir aussi facilement, essayai-je maladroitement de me rattraper.

Angeal eut un petit rire nerveux.

- Si j’étais superstitieux, Seph, je me dirais qu’on aurait peut-être dû écouter le vieux fou qui nous a mis en garde cet après-midi…

Je me raidis.

- Ne sois pas ridicule ! Rien n’aurait empêché ce fauve de sortir de la forêt voisine pour venir se faire les crocs ici ! A tous les coups, il a été attiré par les bruits. Ou les odeurs de nourriture.

J’avais vu, dans un reportage, que les fauves n’attaquaient l’homme que lorsqu’ils ne pouvaient plus chasser de proies plus dangereuses - ou plus rapides.

Celui-là m’avait paru en pleine possession de ses moyens, pourtant !

Quoi que… en y repensant, pas aussi énorme qu’il m’avait semblé lorsqu’il avait émergé des ténèbres. Même pas aussi massif que les félins gras du bide que l’on voit se traîner mollement dans le zoo de Midgar.

Bien assez grand, cela dit, pour être dangereux.

S’il avait décidé de s’offrir un steak d’humain, peut-être avait-il prévu d’aller jusqu’aux abords de Gongaga. Mais comme nous avions installé le campement ici… Il en avait profité.

- Cette attaque n’est pas une malédiction, Angie, assurai-je, mais une épouvantable malchance ! S’accabler de reproches tardifs ne ramènera pas ces malheureux à leurs familles. Mais on peut peut-être encore sauver ton Zack.

Angeal enfila rapidement ses vêtements et moi mon pantalon et mes bottes sans même prendre le temps de mettre des chaussettes ou de me couvrir le torse - j’ai toujours détesté avoir quelque chose sur la gorge ou la poitrine, je ne sais pas pourquoi. J’avais toujours un pull d’uniforme de secours dans la voiture, de toute façon, au cas où.

Nous fîmes le tour du campement, maîtrisant nos craintes de ne retrouver que des morceaux épars de Zack.

Notre 4×4 nous attendait silencieusement dans le noir, sa silhouette trapue bien visible marquant le début de la sente qui menait à la civilisation, ou du moins, à la sécurité relative de la communauté humaine de Gongaga.

J’aurais donné n’importe quoi en ce moment pour me retrouver au milieu de la foule que j’évitais d’ordinaire. Je crois même que j’aurais pu serrer dans mes bras le vieux chamane poussiéreux s’il avait surgi des ténèbres !

Sans nous concerter, nous nous dirigeâmes droit vers le véhicule et un grincement métallique à peine audible nous fit nous raidir.

Angeal me fit signe de me tenir prêt à ouvrir la portière arrière du break, pendant qu’il pointait à la fois le fusil et la torche vers l’intérieur.

Tendu à craquer, je tirai si brusquement sur la portière qu’elle faillit sortir de ses gonds dans un odieux crissement qui résonna comme un gong en fin de course.

Dans le silence de la nuit, j’avais l’impression d’avoir commis un sacrilège par ce vacarme.

J’ignore encore comment, en dépit de cette tension accumulée, Angeal put se retenir d’appuyer sur la détente lorsqu’un mouvement se fit dans le véhicule.

Si j’avais été à sa place, j’aurais probablement causé un drame car c’était notre pauvre Zack, légèrement blessé à la jambe, qui y avait trouvé refuge.

- C’est vous ! soupira-t-il en nous voyant. Dieux merci !

*

Pendant qu’Angeal bandait la jambe de son protégé, celui-ci nous raconta qu’il avait aussi entendu les hurlements de ses camarades alors qu’il était sorti soulager sa vessie. Mais, au contraire de nous, en entrant dans la tente plongée dans le noir pour leur porter secours, il avait également reconnu le feulement sourd qu’il entendit. Et devinant la nature de la menace, il avait battu en retraite mais pas assez rapidement pour éviter un coup de griffe.

Il avait alors rampé jusqu’à l’abri des parois de tôle de la voiture, sûr que l’animal allait se précipiter à ses trousses.

Le garçon s’excusait à n’en plus finir de qu’il considérait comme de la lâcheté.

- Zack…

- J’aurais dû aller vous avertir, récupérer une arme, défendre mes compagnons !

- Il était trop tard.

- Le contremaître ? demanda soudain Zack. Damon ! Avez-vous trouvé Damon ?

Je secouai la tête.

- Pourtant, il a réussi à s’enfuir de la tente. Je le sais, je l’ai vu ! insista-t-il.

Nous refîmes donc tous trois le tour du camp.

En vain.

Nous trouvâmes pas le cadavre de Damon et personne ne répondit à nos appels.

Je ne sais lequel de nous trois eu enfin l’idée d’aller jeter un œil dans les fondations.

Sans doute pas Zack car, depuis le début de l’après-midi, tous les Gongagiens manifestaient une réticence maladive à s’approcher du temple.

Rufus Shinra leur avait bien sûr interdit de le faire, certes, mais au vu de leurs visages décomposés par la peur, cette interdiction était totalement superflue.

Angeal et moi descendîmes la pente abrupte menant au fond du trou et je l’entendis jurer dans la pénombre en se frappant trois fois le front.

Ce geste me surprit par je ne l’avais jamais vu manifester une ombre de superstition.

Cela dit, en de telles circonstances, j’arrivais presque à le comprendre.

Angeal avait déjà travaillé ici, avant, ainsi qu’à Canyon Cosmo, où les mythes étaient au moins aussi vivaces qu’à Gongaga. Qui savait ce qu’il avait pu voir au cours de ses missions ? Il faudrait que je le questionne là-dessus, un jour. Mais pas en pleine nuit, après trois cadavres mis en pièces et près d’un temple profané…

Angeal se glissa sous le ruban de plastique censé interdire l’entrée par la crevasse ouverte dans le mur du temple, la torche en avant.

Après un pesant silence, il laissa tomber :

- Je l’ai trouvé.

A son ton neutre et à son dos raidi, je devinai une autre mauvaise nouvelle.

Je le rejoignis et vis le corps du contremaître étendu sur l’autel de pierre et couvert de sang comme les autres.

Je notai que les blessures n’étaient pas dues à un fauve ou à quelconque animal : cet homme avait été égorgé par une lame, non par des crocs ou des griffes !

J’échangeai un regard avec Angeal, hésitant à formuler des conclusions qui pourraient s’apparenter à des accusations.

Avions-nous un meurtrier sur les bras en sus d’une bête fauve ?

Nous ne pouvions fournir aucune réponse à cette question pour l’instant.

… à suivre

Vous avez aimé ce texte ? Laissez-moi un commentaire !

III - Nuit d’angoisse

« Où serait le mérite,

si les héros n’avaient jamais peur ? »

Alphonse Daudet

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Rufus annonça la suspension des travaux, la plupart des ouvriers rentrèrent chez eux à pied sans même réclamer leur rétribution et le chantier me parut horriblement désert. D’habitude ils restaient dormir sous leur tente et ne repartaient au village qu’une fois par semaine, le jour de la paye.

Ce soir-là, seuls le contremaître, le cuisinier et trois hommes étaient au camp en sus d’Angeal et de moi-même. Mon ami était parti ruminer dans sa tente sans même se donner la peine de manger la nourriture gongaïenne, délicieuse mais trop épicé qui m’avait donné des brûlures d’estomac et des coliques durant les trois premières semaines, ce qui avait beaucoup amusé Zack fair, le petit protégé d’Angeal.

Ce dernier semblait horriblement déçu par la décision de Rudus mais, surtout, très en colère. Je crois qu’il devait m’en vouloir de ne pas avoir suffisamment étudié le terrain avant de commencer les fondations.

Comment pouvais-je deviner qu’une bande de sagouins s’était amusée à creuser un temple dans la roche de la colline pour le condamner ensuite sans la moindre indication de son emplacement ?

Je ne suis pas une devineresse cétra !

Las, je m’assis en tailleur sur le sol, devant ma tente, et allumai une de ces infectes cigarettes à… A quoi, d’ailleurs ? Mieux valait ne pas le savoir mais c’était les seules que l’on pouvait trouver dans le village le plus proche, distant d’une bonne dizaine de kilomètres à vol d’oiseau.

Il n’y avait pas un souffle d’air et la seule chose que l’on entendait était le bourdonnement des moustiques et le murmure des prières du cuisinier et du contremaître.

Depuis que Rufus était parti, ils n’avaient cessé de prier et leurs mélopées me donnaient le bourdon.

Je regardai ma montre bracelet et dus essuyer le cadran couvert d’une poussière rougeâtre pour lire l’heure.

20h00.

Le soleil se couchait et le ciel était d’un rouge agressif, recouvrant le paysage d’un voile sanguinolent. On avait une belle vue depuis le haut de la grande colline.

D’après ce que m’avait expliqué Angeal, le nom de cette colline avait été emprunté à des entités célestes qui commandent aux vents : les mâruts. Il m’a montré une représentation de ceux-ci sur Internet. Il s’agissait de Dieux terrifiants, aux bras multiples et au visage agressif. Il avait ri de ma réaction en m’expliquant que les Mâruts n’était en rien des Dieux maléfiques, tout au contraire.

Au nord, la colline Mârut formait un à-pic de vingt mètres qui donnait sur la route ; l’emplacement que j’avais choisi pour construire la véranda du laboratoire attenant au réacteur.

A cet endroit du sommet, le terrain était droit et plat sur à peu près 1200 mètres carrés ; puis le sol s’abaissait en pente douce vers le sud. Vue du ciel, la colline devait avoir la forme d’une énorme virgule. A perte de vue c’était un terrain vallonné, aride, parsemé de petits bosquets d’épineux, à travers lequel serpentait le large ruban de terre battue qui menait à la rivière.

A une dizaine de kilomètres de la pointe de la virgule, cependant, une masse verdâtre inextricable attirait le regard. C’était la forêt sacrée de Gongaga.

Zack m’expliqua que des milliers de gens y venaient en pèlerinage car c’était dans cette région qu’un Dieu local supposé faire des miracles avait passé son enfance. J’avais insisté pour m’y rendre.

C’était l’une de ces forêts du cru où il valait mieux éviter de mettre les pieds si l’on ne voulait pas se retrouver face une bestiole aussi attachante qu’un serpent vert ou à un troupeau de singes amoureux qui vous collaient aux basques et vous mettaient leur derrière pelé sous le nez, sûrs de leur sex-appeal. Les serpents, c’est vrai, étaient monnaie courante et, une fois, une énorme vipère s’était introduit dans ma tente. J’avais poussé un tel hurlement que je ne sais pas lequel, du serpent ou de moi, avait été le plus effrayé par l’autre. Il avait filé sans demander son reste et j’avais passé une semaine à sursauter à chaque fois que je voyais un câble ou une corde traîner sur le sol.

Pour l’instant, ce n’était pas tant les serpents qui m’effrayaient que le silence entrecoupé par le bourdonnement des moustiques et des prières.

Je fixai le trou des fondations et un frisson glacé me remonta le long du dos. Je ne croyais pas une seconde, bien entendu, qu’une quelconque bêbête digne d’un roman d’horreur allait sortir de là, comme semblait le craindre son altesse Shinra de mes genoux, mais il fallait bien reconnaître que l’ambiance était tout ce qu’il a de lugubre sous ce ciel sanglant. La terre elle-même semblait gorgée d’hémoglobine.

Et si ce terrain appartenait à la famille de Rufus depuis des dizaines d’années, il était fort probable que ce fut bien le cas…

D’après ce que j’avais lu, l’étripage entre familles, clans, castes - ou comme on voulait bien les appeler-, semblait faire partie depuis belle lurette du sport régional, au même titre que les combats de cailles ou de coqs.

J’essayai de m’imaginer Rufus, installé sur son chocobo, en train de mener ses troupes au combat, aboyant des ordres et sautant sur le cul de sa volaille au rythme de sa marche lourdaude.

J’ajoutai au tableau un Palmer gras double courant à ses côtés, parasol ou éventail en étendard, tout en sautillant de temps en temps pour lui tendre un bol de cacahouètes et l’allégorie était presque assez cocasse pour être digne de son altesse ridiculissime.

Bon sang ! Quel gâchis d’avoir mis un tel abruti dans un corps pareil.

Je sortis de ma rêverie pour m’apercevoir que le soleil s’était couché.

Plus aucune lumière ne brillait dans le camp et ma cigarette s’était consumé et éteinte. J’en allumai une seconde et fixai la pleine lune.

Elle me parut énorme.

Après la vision d’un paysage baigné de sang, tout me paraissait à présent couleur de cendre grise.

“Eh allez ! D’abord tu vois le sang, les batailles et la mort et, maintenant, de la cendre. Remarque, t’as de la logique dans tes délires mon pauvre Sephiroth : après la boucherie, le bûcher. Normal. Faut bien se débarrasser des restes”.

Un Rufus échevelé, en larmes et hurlant de désespoir, se dessina devant moi. Je secouai la tête pour chasser cette image et regardai ma cigarette, suspicieux.

“Mais qu’est-ce qu’ils mettent dans leurs putain de clops ?”

Je l’écrasai sous ma semelle et me relevai avec un soupir pour entrer dans ma tente.

J’allumai la lampe posée sur une caisse de matériel en fer blanc, juste à côté de mon lit de camp, et elle vacilla durant un instant. Il était grand temps que je change la batterie.

“Demain”, me promis-je avant de me déshabiller et de jeter mes vêtements à la ronde.

“Quel désordre”, pensais-je en m’allongeant sous la moustiquaire.

Des plans étaient épars sur la planche de contre-plaqué montée sur tréteaux qui me servait de table. Une chaise, une malle, quelques caisses de matériel, une bassine et un nécessaire de toilette complétaient le reste du mobilier, le tout dans une disposition plus qu’approximative et branlante. Quelle misère…

Je me grattai le menton. Après deux jours sans rasage, ma barbe naissante me démangerait.

“Demain”, me dis-je encore en tendant la main pour éteindre la lampe.

Elle était trop loin.

“De toute façon, il n’y a plus de jus…”

Fainéant pour fainéant…

Je fermai les yeux, bras derrière la nuque et essayai de dormir.

En fait, j’étais épuisé. Le drap de coton était agréablement frais mais quelque chose me chatouillait les pieds. Les miettes des biscuits de la veille sans doute. Ou de l’avant veille.

Je secouai les jambes.

Les miettes irritantes tombèrent au fond du lit.

Les voilà qui m’égratignaient le mollet à présent. Elles avaient décidé me m’empoisonner la vie ou quoi ?

Je secouai rageusement les pieds pour les faire tomber.

Elles revinrent à l’assaut de mes cuisses, grimpèrent sur mon ventre, remontèrent vers la poitrine et j’ouvris brutalement les yeux.

Les miettes, ça ne cavale pas… mais les araignées, oui !

Avec un cri de dément, je bondis hors de mon lit, emportant la moustiquaire, dans laquelle je m’empêtrai, et sautai sur place en agitant la tête tout en me donnant des claques sur le corps.

En y repensant, je devais avoir l’air d’un bel épouvantail à moineaux ou d’un fantôme pris d’hystérie.

La mygale détala sous la malle et j’essayai de reprendre mon souffre en luttant pour me débarrasser de la monstrueuse toile d’araignée en mousseline couverte de dépouilles de moustiques. J’entendais encore l’écho de mon cri se répercuter dans la tente.

Tiens… Depuis quand ça avait de l’écho une tente ?

Je me figeai et tendis l’oreille.

Ce n’était pas un cri mais plusieurs hurlements qui se mêlaient jusqu’à ne plus former qu’une lamentation aiguë et hideuse qui me donna la chair de poule et me noua les entrailles.

De ma vie, je n’avais jamais rien entendu de semblable.

Sauf peut-être une fois, lorsque j’étais enfant.

Genesis m’avait invité chez lui, à la campagne, et nous étions tombés le jour le l’abattage des porcs. Les pauvres bêtes poussaient ce genre de cris quand le boucher du village les traînait à travers la cour de la ferme. Ils sentaient qu’ils allaient mourir et qu’ils ne pouvaient rien faire pour se soustraire à ce qui les attendait. Leurs cris devenaient tellement aigus et hystériques qu’ils ressemblaient à ceux d’un enfant. Ils persistaient un long moment lorsque le boucher leur maintenait la tête au-dessus d’une bassine en plastique, où le sang était récupéré pour confectionner les boudins, et leur tranchait la gorge comme on découpe un steak, à grands va et vient de lame, la peau étant trop dure pour la couper proprement.

Oui, ce que je venais d’entendre ressemblait exactement à cela.

Le hululement se mua en un gémissement atroce et se tut.

Je posai la main sur le rabat de la tente et hésitai.

Les croyances des ouvriers me semblaient d’un coup beaucoup moins ridicules…

Et si l’étrange créature qu’avait vomie les fondations où nous avions creusé m’attendait, là-dehors, dans le silence ?

La lampe vacilla, faisait scintiller la lame de Masamune, posée sur la table, et s’éteignit, ajoutant encore à mon angoisse.

Je ne pouvais pas rester indéfiniment planté dans le noir, accroché à un bout de toile.

Je secouai la tête et, d’un geste rageur davantage destiné à me persuader de mon courage qu’à l’exprimer, ouvris le rabat et sortis.

La silhouette massive qui me faisait face me fit tressaillir et un éclair de lumière vive m’aveugla.

- Tu as entendu ?

Je soupirai de soulagement en reconnaissant la voix d’Angeal.

- Oui, dis-je, la gorge sèche.

Il se dirigea vers la tente qui servait d’abri aux ouvriers et à nos hommes.

Je lui emboîtai le pas, mon rythme cardiaque dansant la gigue.

En dépit de la chaleur, j’étais glacé jusqu’aux os.

Je remarquai alors qu’il tenait un fusil à la main et lui étais reconnaissant d’avoir pris une telle initiative.

A quelques mètres, dans la tente du contremaître, tout semblait silencieux et calme.

Trop calme.

Comme si une chose tapie dans l’ombre attendait que nous soyons suffisamment près pour nous sauter dessus.

C’était là.

Je le sentais comme quand un chatouillement sur la nuque vous avertit que quelqu’un vous regarde.

Je voulus prévenir Angeal mais, au moment ou j’ouvris la bouche, cela me parut si ridicule, si fantaisiste, que je la refermai aussitôt.

C’est étrange comme le surnaturel prend immédiatement le dessus dès que l’on ne peut pas donner d’explication à son angoisse.

Sans doute quelque pan de mur s’était-il effondré dans le trou. Les ouvriers avaient pris peur et avaient dû fuir à toutes jambes, voilà pourquoi tout était silencieux.

Angeal avançait lentement, méfiant. Il scrutait l’obscurité en balayant le camp du faisceau de sa torche.

N’eut été la situation difficile, j’aurais presque ri de l’image qu’il offrait : muscles tendus à craquer, le fusil dans une main et une torche dans l’autre, avec, pour tout vêtement, un short ridicule offert par Zack et imprimé de petits lapins “touche pas à ma carotte”.

Curieusement, un air frais s’était levé et la poussière était froide sous mes pieds.

J’avais la chair de poule.

La lune, qui m’avait paru si lumineuse quelques instants auparavant, disparaissait par intermittence sous le voile des nuages.

Angeal s’arrêta devant la grande tente silencieuse, bien campé sur ses jambes, et je le serrais de tellement près que je faillis le heurter.

- Tout va bien là-dedans ? demanda-t-il d’un voix enrouée.

Pas de réponse.

Il me lança un regard anxieux et haussa le ton pour demander :

- Vous êtes là ? Zack ? Est-ce que tout va bien ?

Toujours rien.

Je le vis déglutir avec difficulté et armer le fusil.

La culasse émit un bruit sec et métallique…

…à suivre

II - Patron à céder. Beau. Imbuvable. Très peu servi.

« Un patron, c’est ce genre d’individu qui vous pose une question,

répond à votre place et vous accuse ensuite de parler à tort et à travers. »

Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Illustration tirée du doujinshi “BUBBLES” du Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Bien qu’irrémédiablement agnostique et sceptique, je laissai momentanément de côté mes convictions pour adresser une rapide prière à mon ange gardien, ou n’importe quoi d’autre qui pouvait m’en tenir lieu.

J’étais tout prêt à aller faire une offrande à n’importe quel Dieu qui mettrait sur ma route un spécimen pareil !

A vue de nez, un mètre quatre-vingt de classe et de grâce moulé dans un costume blanc fait sur mesure. Pour un peu je regrettais de ne pas être couturier pour prendre les mesures en question.

Le nouveau venu, à qui je donnais dans les vingt-deux, vingt-cinq ans maxi, ôta ses lunettes de soleil, révélant des yeux en amande aux prunelles bleu-gris comme un ciel d’hiver, hypnotiques. Avec ça, un visage digne d’une statue, bien dessiné sans être trop fin, et les cheveux blonds. Détail curieux, il tenait un mouchoir devant sa bouche pour ne pas respirer la poussière du chantier. Drôle de dandy…

A voir les manières de l’obséquieux en chef, cet Apollon au teint de porcelaine n’était autre que le Rufus Shinra en personne.

Ma journée s’éclaircissait-elle par miracle ?

Cela ne pouvait pas durer…

Et en effet, la faute de goût impardonnable était la poule qui faisait signe à Palmer ” gras-double ” pour lui ouvrir la portière de la voiture de luxe. A peine extirpée de l’habitacle, elle alla se pendre au bras de Rufus, autant pour lui coller ses seins sous le nez que pour ne pas trébucher avec ses talons aiguille sur les pierres du chantier.

Je me demandai où il l’avait trouvée - et surtout combien il l’avait payée - tout en estimant que quel que soit le prix, c’était trop cher.

Attention, que les choses soient claires : je ne déteste pas les femmes par principe. Tout au long de ma courte vie, j’avais déjà croisé de superbes créatures comme on peut en admirer sur les couverture des magazines et même couché avec beaucoup d’entre elles. Difficile, même pour moi (car, à en croire Angeal et Genesis, je suis ce qui se rapproche le plus d’un morceau de glace en matière d’affectivité et de romantisme), de ne pas apprécier leur beauté.

Mais Rufus, lui, descendant de plusieurs générations d’élégance raffinée, se promenait aux bras d’une abomination aux cheveux décolorés coiffés en palmier, moulée dans une mini-robe en skaï noir au ras des fesses et affublée d’un collier de chien clouté !

Il dégringola d’une belle volée de marches dans mon échelle d’intérêt et je commençai à comprendre l’origine des directives aberrantes de Palmer pour la sécurité et la discrétion des lieux. Moi qui espérais à moitié que ” gras-double ” était en partie responsable de l’excès de ” sécurite aiguë ” et que je pourrais discuter avec son patron, j’en étais pour mes frais… Pourvu qu’il ne me demande pas d’aménager un donjon sado-maso dans la cave avec des caméras cachées tournant en permanence !

Laissant de côté mes goûts personnels pour redevenir un soldat 1ère classe responsable de la sécurité, professionnel et neutre, je me portai à la rencontre de Rufus Shinra et de sa suite.

Il jeta un regard méprisant à ma main tendue, déjà noire de poussière collée par la sueur, et dédaigna de la serrer. Je ne pouvais guère lui en tenir rigueur…

Son sous-fifre intervint avec une courbette et récita comme s’il avait passé la nuit à répéter devant son miroir :

- J’ai le grand honneur de vous présenter le président directeur général adjoint, membre éminent du conseil d’administration de la ville de Midgar, chargé de mission pour le cabinet de gestion de l’énergie et en charge du dossier de restructuration du budget, monsieur Rufus Shinra.

A le voir reprendre son souffle, on comprenait aisément qu’il ait dû s’entraîner. Chaque titre et syllabe semblait élever d’un degré supplémentaire le piédestal où était juché son patron, qui me toisait du haut de son curriculum vitae.

Mais à ce jeu-là, nous pouvions être deux.

- Enchanté. Sephiroth Hojo, fis-je avec une ombre de sourire.

Je marquai une pause, puis ajoutai en élargissant mon rictus :

- Mais vous pouvez m’appelez ” Général “, en toute simplicité.

Pour une fois, j’eus une pensée reconnaissante au père du dandy pour ce grade, gagné de haute lutte durant la guerre de Wutai.

En réalité, tous les gens que je connaissais m’appelaient simplement par mon prénom - voir Seph ou Sephy pour certains - mais je n’avais pas l’intention de faire une fleur à ce fils à papa pète-sec.

La moue pincée de son altesse sérénissime, qui en oublia de se couvrir la bouche de son mouchoir, me dit que j’avais atteint mon but.

Je contins un sourire et me promis de faire un effort pour ne pas me montrer trop désagréable. D’ailleurs, me souvenir que je devais rendre des comptes à ce type dissipa aussitôt toute envie de rire comme une douche glacée. Aussi glacée que la voix de Rufus quand il me demanda où en étaient les travaux.

Son langage châtié était aussi impeccable que son costume mais je n’allais pas m’en laisser conter par un nobliau.

- Eh bien, comme vous le voyez, le vieux temple a été rasé. Nous creusons actuellement les fondations dans les ruines pour installer le réseau de thermo-détection. Voulez-vous voir cela de plus près ?

Sa poule lui lança un regard peu enthousiaste et lui-même fronça le nez en regardant les ouvriers charrier les pierres concassées hors des tranchées béantes.

Inutile de me faire un dessin… Il n’avait pas envie de salir ses chaussures à vingt mille gils pour aller voir suer les hommes qui rénovaient son fichu réacteur.

Je craignis de ne pas pouvoir rester civil bien longtemps avec ces trois snobs quand des cris et un grondement sourd retentirent.

Un nuage de poussière s’éleva soudain des fondations, et Angeal courut vers la source du vacarme. Je m’élançai moi aussi, laissant son altesse planté près de sa voiture de luxe.

Les ouvriers s’étaient regroupés autour d’un des leurs, qui avait lâché son marteau piqueur et se tenait la tête entre les mains. Devant lui, le sol s’était effondré et béait sur ce qui semblait être une cave plongée dans l’obscurité.

Je repoussai ses collègues pour l’atteindre, devancé par Zack et Angeal.

L’ouvrier s’était figé, comme s’il s’attendait à être foudroyé sur place. Je le secouai doucement.

- Eh ! Ca va aller ?

- Il est juste choqué, intervint Zack.

L’homme secoua la tête et vomit un flot de plaintes incompréhensibles.

- Du calme, fis-je en le prenant par les épaules. Ce n’est rien, personne n’est blessé. Qu’est-ce qu’il dit ? demandai-je à Zack.

- Il n’arrête pas de répéter qu’il a commis ” un péché “.

- Un péché ? Il y a eu un accident, ça arrive. Dis-lui bien qu’il ne sera pas renvoyé pour ça.

Zack traduisit et l’homme se calma un peu.

- C’est quoi le trou, en dessous ? demanda Angeal.

- Il faudrait commencer par faire le plan de ces caves du vieux temple - ou quoi que ce ça puisse être - et voir comment en tirer parti ou les éviter. On ne peut pas faire passer des tonnes de câblage destiné à transmettre des données sécurisées comme ça, à l’aveuglette, au-dessus d’un espace vide dont on ignore s’il est accessible ou non de l’extérieur.

L’ouvrier désigna du doigt des pierres sculptées mises en pièces, à ses pieds. Il blêmit, pour autant que je puisse en juger sous la terre qui le couvrait, et leva vers moi des yeux pleins de terreur en débitant je ne sais quelles explications d’une voix tremblante et surexcitée.

- Qu’est-ce qu’il dit ?

- Le temple, traduisit Zack. Il dit qu’un démon était enfermé sous le temple.

Allons bon… Il ne manquait plus que ça à ma journée ! J’allais finir par croire à leurs sornettes et penser que j’avais écopé d’un mauvais karma en débarquant ici.

- Que se passe-t-il ? demanda une voix sèche au-dessus de moi. De quel temple parlez-vous ?

Rufus m’avait suivi, au péril de ses mocassins en… en je ne sais quoi d’ailleurs - pas du cuir en tous les cas -, et semblait hypnotisé par l’ouverture béante dans les fondations des futures enceintes de son réacteur mako.

La pointe d’appréhension que je devinai dans son expression m’intrigua.

Le chef des ouvriers se répandit en courbettes se lança dans explications où il était question d’une légende concernant un démon, enfermé dans un temple.

A ma grande surprise, monsieur le prince, champion de la modernité, la connaissait déjà et semblait y attacher beaucoup plus d’importance que moi.

Arrachant son bras à l’emprise de sa petite amie - ou devrais-je dire son “esclave” ? - d’un mouvement brusque, il bondit dans le trou et, pendant une fraction de seconde, la grâce féline de son saut me détourna de mon antipathie à son égard. Un gâchis pareil, c’était bien la preuve qu’il n’y avait pas de dieux ou de démons en ce bas monde !

Rufus se pencha sur les pierres sculptées, les replaçant dans leur position initiale, et entreprit d’enlever la terre recouvrant le mur de part et d’autre du trou. Il semblait vouloir déchiffrer les fresques.

Je pris mon mal en patience et attendis sous le soleil de plomb qu’il daigne nous faire part de ses conclusions. J’aurais bien sauté dans le trou pour y patienter à l’ombre de la cave mais j’avais l’impression que cela ne serait pas très bien accueilli…

Enfin Rufus se redressa et m’adressa un regard en biais.

- Ce temple a été bâti par les cetras. Il est écrit ici qu’un certain Idfern ou Ilfern y a fait emprisonner une créature malfaisante…

- Ah. Et… c’est grave ? demandai-je, sarcastique.

Il me jeta un regard meurtrier.

J’espérai de tout mon cœur qu’il n’allait pas renoncer au projet pour ces balivernes - la permission de deux mois entiers que je pensais m’accorder à la Costa del Sol dans un hôtel de luxe entouré de petits minets alléchants en dépendait !

Je ne tenais cartes pas à démolir un patrimoine archéologique mais, au point où on en était, il ne devait plus rester grand-chose à sauver. L’antique temple avait été rasée et le mur de la cave éventré.

Rufus pointa du doigt un motif entrelacé qui semblait courir le long du mur.

- Ceci était le sceau qui condamnait le temple. Il a été détruit par cet ouvrier.

Le malheureux terrassier priait toujours et ses camarades, pleins de pitié, le regardaient comme s’ils s’attendaient à ce que ce démon sorte du sol pour le croquer.

- Cet homme creusait là où on lui avait dit de creuser. Nous n’avions aucun moyen de savoir que c’était un… ” lieu sacré ” ou comme vous voudrez bien l’appeler.

- Cela n’en est plus un maintenant, répliqua le petit prince blondinet avec animosité.

Visiblement, il m’en tenait pour responsable.

Heureusement, Angeal intervint pour m’empêcher de répondre vertement.

- Pouvons-nous faire quelque chose à ce sujet, monsieur Shinra ?

Angeal avait toujours été plus diplomate que moi.

Rufus réfléchit un instant puis demanda des torches.

Palmer s’empressa d’aller chercher un projecteur forte puissance dans le coffre de la voitre et je me demandai vaguement pourquoi il avait un truc pareil sous la main. Avant de me souvenir de la fiabilité toute relative des routes et de l’alimentation électrique locale…

Rufus désigna Palmer d’office pour descendre le premier avec la torche. Il le suivit, m’interdit d’un geste sec d’en faire autant, et Angeal posa une main sur mon bras pour m’empêcher de lui sauter à la gorge.

J’attendis en battant de la semelle dans l’air suffocant que ” sa majesté ” se soit avancée dans l’obscurité pour me glisser dans le trou avant qu’il ne puisse protester.

Il me fusilla du regard mais je n’en avais cure.

La vue du temple me rassura un peu. Nous n’avions pas fait trop de dégâts. Les bas-reliefs étaient intacts pour la plupart. Et, par chance, ceux que le mur éventré portait à l’intérieur semblaient incomplets, comme si le temple avait été achevé à la hâte.

En réalité, ce n’était qu’un des milliers de petits temples cetras mineurs qui parsemaient le continent comme des grains de sable sur un sandwich de plage. J’aurais été désolé d’avoir contribué à la destruction d’un site archéologique ou d’un trésor d’art antique.

- Apparemment, plus de peur que de mal, soupirai-je.

Rufus me fustigea d’une œillade peu amicale et Palmer rentra la tête dans les épaules.

xox

Gongaga, 12 mai, 19h17.

Journal de Rufus Shinra

Cette journée a tourné au cauchemar. Palmer m’avait bien mis en garde contre l’impudence de Sephiroth, et il n’avait pas tort. Je me demande comment ce rustre a pu s’élever au grade de Général. Non seulement il a été très malpoli avec moi mais il méprise la culture et le passé de notre planète. Le contremaître m’a même rapporté la prédiction d’un saint homme que ce Sephiroth a presque chassé du chantier le matin même. Le châtiment n’a pas tardé : les ouvriers ont mis à jour le temple dont parlait la légende du prince cetra Hendraa ; les scellés des murs ont été brisés par les marteaux piqueurs. Je n’ose imaginer quels autres désastres il va causer. Déjà, un pressentiment étrange et désagréable de mort imminente m’envahit et je sens déjà les flots de la rivière de la vie lécher mes jambes.

S’obstiner à remettre en état ce réacteur est folie mais folie plus grande encore serait de ne pas essayer de réparer les dégâts causés par cet imbécile de soldat !

Jamais homme ne n’avait inspiré une telle antipathie. Il semble traîner derrière lui une aura infestée et malpropre bien digne de son père, ce fou d’Hojo.

Bien sûr, aux yeux de n’importe qui d’autre, il apparaîtrait comme un bel homme. J’ai bien remarqué que le regard de Babeth s’attardait sur lui plus que la décence et sa condition de soumise ne le lui permettaient.

Je pense d’ailleurs prendre les mesures nécessaires pour renvoyer dès demain cette putain incapable de comprendre que son maître est le seul qu’elle doive regarder de la sorte. Palmer n’aura nul mal à me trouver une remplaçante. Je pense jeter mon dévolu sur cette comédienne que l’on voit partout sur les jaquettes de films SM depuis quelques mois. Comment s’appelle-t-elle déjà ? Peu importe d’ailleurs. Je ne lui demande pas d’avoir un nom mais qu’elle joue son rôle d’esclave, m’obéisse et sache me faire jouir quand je le lui ordonne.

J’ai expliqué à ma vielle nourrice ce qui s’était passé au réacteur en espérant qu’elle sache peut-être quoi faire. Elle s’est contentée de pousser un cri strident en se couvrant le visage des mains. J’ai eu beau tenter de la calmer, rien n’y a fait.

J’avoue que, ma colère passée, sa réaction m’a effrayé et je sens des serpents me ronger les entrailles.

J’essayerai encore demain d’obtenir les renseignements qu’elle pourrait me fournir et, si ce n’est pas le cas, je serai contraint de chercher dans la bibliothèque de Nibelheim. Dieux que je déteste cette pièce et ce manoir ! Ils semblent pleins de murmures.

J’ai ordonné que l’on suspende les travaux jusqu’à nouvel ordre. A l’annonce de cette décision, le petit rire sarcastique de Sephiroth m’a donné enviede le jeter de la colline en contrebas pour l’entendre se briser les os. Comment son esprit obtus de militaire mal dégrossi pourrait-il saisir toute la gravité de sa faute ?

C’est étrange… Jamais je n’ai senti gronder une telle haine en moi pour un homme.

Jamais…

…à suivre

Les murs murmurent

Ah ! Là là, les graffitis !

Depuis des milliers d’années, ils disent bien souvent ce que personne n’ose avouer à haute voix et Midgar ne fait pas exception à la règle. Des murs des casernes du Soldat aux toilettes des pubs du quartier populaire, chacun y va de son petit blabla.

Voyez plutôt !

***

(Dans le vestiaire de la salle d’entraînement du SOLDAT)

Ce matin, à 7h48, Sephiroth a souri.

Angeal


Dans l’armée, les hommes sont des hommes !

Heidegger

Les chocobos en savent quelque chose…

Reno


(Dans les WC du sous-sol du réfectoire)

Ici on mange de la merde !

Zack

Là-haut c’est encore pire.

Angeal


Sephiroth nous pompe !

Cloud

A quelle heure ?

Anonyme


La réponse c’est la guerre !

Anonyme

Ce qui prouve combien la question était idiote…

Reeve


Encore des graffitis sur ce mur repeint ? C’est pas bientôt fini, bande de porcs ?

Hojo


Les femmes ont leur mot à dire ! Revalorisez la condition féminine !

Tifa

C’est vrai ! Les éviers sont trop hauts, les cuisines sont trop petites et le liquide vaisselle est hors de prix !

Cid


Ce mur est rouvert après travaux.

Rufus

Si vous vous y mettez aussi, on va jamais s’en sortir !

Hojo


Pourquoi les femmes baissent-elles les yeux quand on leur avoue qu’on les aime ?

Vincent

A ton avis ? Pour voir si c’est vrai !

Cid


Ce matin je suis allé voir le toubib ; j’avais envie de tirer la langue à quelqu’un.

Reno


Quand je vois ce que les pigeons ont fait sur cette pierre tombale… Je suis content que les chocobos ne puissent pas voler trop haut !

Vincent


Halte à la phallocratie ! Notre corps nous appartient, il n’est pas à vendre !

Elena

Mais on est prêts à le louer !

Rude


(Dans les WC des quartiers du SOLDAT)

Ne cherchez pas des traits d’humour sur ce mur… La plaisanterie du jour, vous l’avez dans les mains, bande de nazes !

Reno


Faites l’amour, pas la guerre.

Aerith

Tu parles ! Faites les deux, mariez-vous…

Lucrecia

Sympa, merci !

Hojo


Mesdames, gardez toujours en tête que si ça a des pneus ou des testicules, vous aurez tôt ou tard des ennuis avec !

Cid


SEPHIROTH EST UN ENFOIRE !

Anonyme

Zack, je sais que c’est toi qui a écrit ça. Si je t’attrape, je te découpe en tranches.

Sephiroth

Merde, Sephy, fais pas le con, c’était pour rire !


Est-il donc si difficile pour une femme de trouver le plus court chemin vers le coeur d’un homme ?

Vincent

Non. Pas si on a une prise à portée de main où brancher la tronçonneuse.

Rosso


(Dans les toilettes du du bar de Tifa)

Tous ces graffitis, c’est vraiment dégueulasses.

Hojo

Attends d’avoir goûté la bière qu’on sert ici !

Barett


Nero, je sais que tu va picoler comme un trous a midi et que tu va donc forcemment venir ici cet et lire ceci. Oublit pas qu’on a réserver la salle d’entrainement ce soir. Traine pas trois plonbes dans cette putain cafette.

Weiss

T’est gonfler d’écrire sa devant tous le monde ! C’est toujours toi qui aies a la boure !

Nero

Eh ! Vous deux ! J’ai un dictionnaire en double, ça vous intéresse ?

Genesis


Le Soldat, c’est des douilles, des nouilles et des chtouilles.

Cloud

Et des testicules

Zack

Aussi mais ça rime plus.

Cloud


La femme est l’être parfait.

Scarlet

Alors pourquoi ma douce Lucrecia est toujours fourrée chez le docteur ?

Vincent

Pas « chez » le docteur ; « par » le docteur !

Scarlet


(Sur le mur d’un dortoir du soldat)

Ce qui nous venge des missions pourries, c’est d’imaginer Sephiroth se battre avec ses bretelles en cuir à chaque fois qu’il a envie d’y aller !

Anonyme


Spécialités de la maison : la serveuse et le chocobo au citron. J’ai essayé les deux, je préfère le chocobo.

Anonyme

Je n’ai jamais essayé avec un chocobo…

Reno


(Dans les toilettes du labo de la Shinra)

Et si j’avais infecté le papier toilette avec un virus mortel, hein, bande de graffiteurs dégueulasses ? Avec quoi vous vous torcheriez le derrière ?

Hojo

Comme toujours : avec l’essuie-mains.

Sephiroth


Ne dites pas « l’idole des jeunes » mais « Séphiroth casse la croûte ».

Zack


(Dans les douches des quartiers des Turks)

Quelle merveilleuse invention que ce nouveau stylo feutre de la Shinra ! On peut enfin écrire sur ce putain de carrelage.

Reno


Sephiroth est cool !

Anonyme

Non, Sephiroth est froid.

Cloud


Rien que de penser à la taille du slip de Palmer, ça me dégoûte des hommes.

Scarlet


Pardon pour les grossières allusions “Chocophiles” mais je me dis que si nos légionnaires à nous ont les chèvres, les soldats de la Shinra, eux… Enfin bref. (sifflote sifflote)

I - Bienvenue à Gongaga !

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Illustration tirée du doujinshi “BUBBLES” du Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Jamais le soleil n’avait tapé comme ce matin là. L’air sec était chargé de poussière et j’avais la gorge comme de la litière pour chats. Nous étions en août, au plus fort de la saison sèche, et je me souviens du grincement des minuscules grains de sable emportés par le vent entre mes dents.

Ma casquette me donnait l’impression d’avoir le crâne sous une cocotte minute mais c’était ça où tomber raide, assommé par le soleil. La sueur coulait sur mon front et ma queue de cheval me collait déjà à la nuque. Combien de fois en quinze jours m’étais-je promis de me couper les cheveux ? J’en avais perdu le compte mais je n’avais jamais pu me résoudre à renoncer à cette dernière coquetterie.

Avec un soupir, je me resservis du café. Il avait un goût aigre amer, comme s’il avait bouilli. Connaissant le cuisinier, je ne doutais pas que ce fut bien le cas et je le bus d’un trait en grimaçant, comme tous les matins.

Je dus déployer des efforts surhumains pour mettre un pied devant l’autre et sortir de la tente qui nous servait de cantine. Le soleil m’aveugla et cette impression de respirer à travers un mouchoir brûlant que l’on aurait pressé sur ma bouche était insupportable. Je dus fermer les yeux, incapable de supporter la lumière en dépit de l’heure matinale, sortis mes lunettes de soleil de la poche de mon pantalon de toile et les chaussai. A travers les verres fumés qui assombrissaient le décor, le camp semblait bénéficier d’une ombre illusoire, et bizarrement, il me sembla que la température avait baissé en même temps que la lumière.

Les brahmanes de Canyon Cosmo disent que l’esprit d’un homme est capable de faire plier les éléments. Eh, bien moi j’avais des lunettes magiques qui jetaient de l’ombre sur le décor ! C’était ridicule mais pour un peu de fraîcheur ou une illusion de fraîcheur, j’étais prêt à tout…

Le cahier des charges sous le bras, j’avançai sur le terrain aride, mes bottes se couvrant d’une pellicule de poussière orangeâtre.

Je crois que c’est l’une des rares choses que je déteste, dans cette région désertique qui entoure la forêt de Congaga : cette poussière grasse qui se mélange à la sueur et colle à la peau dès que l’on met le nez dehors.

Et encore, devais-je être heureux de ne pas me trouver en poste à Midgar, comme Genesis ! La première fois que j’avais été en mission là-bas, j’avais été horrifié en constatant qu’après avoir retiré le manteau porté toute la journée, mes bras et mes jambes étaient enduits d’une suie huileuse. On voyait parfaitement la marque des vêtements que j’avais ôtés, comme si j’avais pris un monstrueux coup de soleil noir. L’eau de la douche ressemblait à de l’huile de moteur et j’avais passé de longues minutes à me décrasser les cheveux. Mes poumons devaient ressembler à un pot d’échappement mal entretenu ou à ceux des lapins que ce salopard d’Hojo oblige à fumer pour tester le taux de nicotine des cigarettes. Le second jour, l’idée de porter un masque anti-pollution m’avait effleuré et le troisième, je me promenais dans les rues aussi crasseux et grisâtre que n’importe qui.

Lorsque j’avais accepté de sécuriser la zone du réacteur de Gongaga, en pleine rénovation, je m’étais imaginé la région comme me l’avaient racontée Angeal et Genesis, à l’école d’officiers : verte, fraîche et luxuriante. Avec un adorable petit village perché à flanc de montagne….

Tu parles ! Ils avaient juste oublié de préciser que l’oasis de verdure ne restait verte que trois ou quatre mois par an, au printemps, et qu’elle était entourée d’une région caillouteuse où l’on crevait de chaud en été et où l’on mourait de froid en hiver !

Au lieu de la douce fraîcheur parfumée d’herbe verte que je m’étais imaginée, je me promenais dans la poussière du chantier en pantalon d’épaisse toile noire, t-shirt poisseux de sueur et je dormais sous l’une des tentes où il ne se passait pas une nuit sans que je ne me réveille empêtré dans la moustiquaire. Si les membres de mes fan-clubs me voyaient…

Angeal, m’avait précédé sur les lieux et avait déjà établi un périmètre de sécurité. Contrairement à moi, il connaissait la région et les coutumes du coin pour y avoir passé son enfance. D’un kilomètre à l’autre, la terre était tour à tour végétation desséchée inextricable ou désert caillouteux. Les routes n’étaient que des chemins de terre et bien souvent nos 4×4 s’ensablaient.

Je jetai un regard aux échafaudages, sur lesquels s’affairaient avec les ouvriers, tous originaires de la région. Combien étaient-ils ? Une trentaine ? Il y avait bien longtemps que j’avais renoncé à faire l’appel. Si le frère était malade, le neveu le remplaçait et cela quand le père n’amenait pas le fils pour lui prêter main forte afin de finir dans les temps. Les questions d’assurance et de contrat de travail n’avaient pas cours ici. Tout ce qui comptait pour ces hommes, c’était de terminer honorablement leur tâche, comme ils s’y étaient engagés. On ne badine pas avec l’honneur et la parole donnée, dans la région. J’avais rarement connu des gens aussi travailleurs et je n’hésitais pas à tanner Reeve pour qu’il leur verse un supplément d’argent lorsque j’estimais qu’ils le méritaient, c’est à dire bien souvent. Cela m’avait valu des amoncellements de friandises et plats traditionnels confectionnés par leurs épouses et leurs sœurs, que nous partagions lors des pauses.

J’essuyai la sueur qui coulait de mon front. Comment pouvaient-ils supporter de travailler par cette chaleur ? Torse nu, la peau tannée par le soleil et vêtus de pantalons de coton ou de chemises ouvertes sur des shorts bariolés, ils manipulaient les sacs de ciment avec une facilité déconcertante. Ils transpiraient à peine et la lumière les faisait à tout juste plisser les yeux.

Mon regard s’attarda un instant sur les dos musclés et les poitrines noueuses. Les hommes… Depuis combien de mois n’avais-je pas touché un homme ? Deux ? Trois ? Le dernier était un jeune postulant soldat dégingandé qui m’avait fait regretter de ne pas avoir passé mon chemin.

Je secouai la tête et consultai les plans de déploiement des forces de sécurité pour la énième fois. N’avais-je rien oublié ? A Midgar, j’en avais été particulièrement fier de mais, une fois arrivé dans la région de Gongaga, je m’aperçus de ce que les tours de surveillance pouvaient avoir de ridicule dans une région aussi escarpée.

De président adjoint Rufus Shinra voulait du beau, du grand, du riche et, par dessus tout, de l’impressionnant. Quand je voyais les ravissantes constructions traditionnelles qui parsemaient la région, je n’arrivais vraiment pas à comprendre comment cet imbécile pouvait leur préférer ce monceau de ciment et de verre en forme de chou-fleur que j’avais mis des semaines à sécuriser sur les conseils de son éminence grise, un petit homme gras et dégoûtant qui répondait au nom de Palmer.

“Non, il faut plus de caméras !” “Non, il y a trop de surface exposée !” “Allons, mon garçon ! Le président adjoint ne sera jamais en sécurité si les vitres ne sont pas blindées !”

Plus d’une fois l’envie m’avait démangée de le passer par la fenêtre sans prendre la peine de l’ouvrir mais c’était lui qui signait les chèques… J’avais eu ce gnome mangeur de gras sur le dos pendant trois semaines et il devait passer sur le chantier aujourd’hui en compagnie de son “altesse sérénissime”. Si le maître était aussi exaspérant que son toutou, cela promettait un bel après-midi de fichu !

Je n’avais jamais eu l’occasion de rencontrer Rufus Shinra mais je le détestais déjà cordialement !

“Son Altesse” avait souhaité que son ” chou-fleur ” domine la route qui conduisait à la petite rivière qui menait au village. Devoir raser le petit temple de pierre qui se trouvait non loin pour pouvoir sécuriser les travaux de construction m’avait fendu le cœur mais il allait l’avoir son “réacteur que tout le monde pourrait voir de loin”. C’était là les instructions les plus sottes que l’on m’avait jamais données mais Rufus payait bien. Très bien même. J’allais gagner ici plus d’argent en un an que je n’aurais pu en économiser en 50 ans de missions ordinaires.

Le groupe électrogène se mit en route avec un grondement de tonnerre et l’odeur du gasoil se mêla aux parfums d’épices. Je n’ai jamais su décrire l’odeur qu’il y avait dans la région par un autre terme. L’air sentait la terre, le parfum et les épices. Une odeur étourdissante que je n’ai jamais retrouvée ailleurs.

- Sephiroth ! Déjà levé ? Tu fais des efforts, mon grand ! Tu viens nous donner un coup de main ?

Je baissai les yeux vers Angeal, qui surveillait l’avancement des travaux dans l’immense trou des fondations et lui fis un petit signe de la main.

- Ne rêve pas ! criai-je pour couvrir le bruit des marteaux piqueurs qui s’étaient mis en route pour briser la pierre. Je n’ai pas sué durant les cours assommants de Lazard dans le but de nager dans la crasse !

Il éclata de rire et retira son casque de protection pour essuyer la sueur qui coulait sur son visage. Je connaissais Angeal depuis mon enfance, tout comme Genesis, et je peux dire que j’en étais venu à considérer au fil des années comme le frère que je n’avais jamais eu. La petite trentaine, des cheveux noirs mi-longs coiffés en arrière et une charpente à faire blêmir un culturiste, Angeal était de sept ans mon aîné et m’adorait. Je n’avais jamais cherché à cacher ma liberté de moeurs et la relation particulière que j’entretenais avec Angeal avait bien souvent alimenté les ragots.

- Dis-moi mon grand, poursuivit-il, tu ne crois pas que… oh, oh ! On a de la visite.

Il grimaça et je suivis son regard. J’avais beau le voir en contre-jour, je reconnus immédiatement le personnage qui s’avançait vers moi. Sa masse impressionnante de cheveux emmêlés et ses jambes maigres et arquées lui donnaient l’apparence d’un primate.

L’ermite de la forêt de Gongaga nous rendait visite de plus en plus souvent, ces derniers jours.

- Merde, soupirai-je en levant les yeux au ciel. Mais qu’est-ce que cet illuminé vient faire ici, encore ? Si les ouvriers le voient, nous sommes cuits…

Le saint homme arriva à ma hauteur et leva les yeux vers moi sans un mot. Il avait peint trois cercles rouges sur son front, par dessus la crasse, et son visage était vierge de toute expression. J’avais l’impression d’observer un mannequin d’argile. Vêtu d’un pagne douteux et maigre à faire peur, il dégageait une aura inquiétante et une puanteur insoutenable. Je pinçai les narines et détournai le regard.

Un cri s’éleva dans les fondations et plusieurs têtes dépassèrent du trou où travaillaient les maçons. En voyant notre visiteur, tous lâchèrent leurs outils, éteignirent les marteaux piqueurs et grimpèrent en une nuée bourdonnante pour venir s’agenouiller devant le saint homme en le priant de les bénir. Les ouvriers, pour la plupart originaires de la région, se balançaient d’arrière en avant en psalmodiant des prières devant l’homme minuscule, mains jointes devant leur front.

Je m’écartai et lançai un regard excédé à Angeal, qui me répondit par un haussement d’épaules.

- Laisse tomber, Seph.

Le saint homme avait pris l’habitude de venir une ou deux fois par semaine sur le site. Lorsque j’en avais demandé la raison à l’un des contremaîtres, il m’avait simplement répondu que les gens comme lui étaient guidés par les Dieux eux-mêmes et qu’il ne fallait pas chercher à comprendre le pourquoi de leurs actes et de leurs paroles.

J’étais bien avancé !

La première fois que ce zombie avait fait son apparition, il était arrivé derrière moi comme un fantôme et m’avait soufflé dans le cou. En voyant le visage couvert d’une croûte blanchâtre digne d’un film d’horreur, j’avais poussé un cri à paralyser un troupeau de Bahamuts et manqué de peu la crise d’apoplexie. Par la suite, je vis plusieurs de ces individus à Gongaga. Ils restaient immobiles durant des heures, assis en tailleur au beau milieu de la route, et chacun leur témoignait un respect craintif. D’après ce que j’avais compris, ils avaient fait vœu d’abandonner tout plaisir terrestre ou quelque chose dans ce goût là. Des sortes de renonçants.

Bien entendu, j’avais consulté des dizaines de guides et de livres sur la région avant de partir mais, je suis désolé de le dire, une fois sur place, on se demande si les auteurs de ces ouvrages ont bien posé le pied dans le pays dont ils parlent.

Ici, rien n’est simple et aucun texte, aussi complet soit-il, ne peut donner une idée de ce que sont réellement ces gens et leur terre.

Je regardai ma montre. Si le saint homme ne fichait pas le camp pour que nous puissions reprendre le travail, je risquais de me faire salement remonter les bretelles par le ” petit prince Shinra “, qui devait arriver d’un instant à l’autre.

- Allez, allez ! La récréation est finie.

Je tapai dans mes mains et Angeal sortit de son trou pour me poser la main sur le bras.

- Arrête, Seph. Respecte leurs croyances.

Je me tournai vers lui en ouvrant des yeux ronds comme des soucoupes.

- Mais je respecte leurs croyances ! Le problème, c’est que son altesse de mes fesses va arriver et que…

- Chut ! me rabroua Angeal. Ne parle pas de lui comme ça devant eux.

Plusieurs hommes se couvrirent le visage des mains et posèrent le front sur les pieds du gnome, comme s’ils cherchaient à se faire pardonner pour mon comportement cavalier.

- Désolé ! grimaçai-je en agitant la main dans leur direction.

Pour la première fois, j’entendis l’homme blafard parler. Sa voix était rocailleuse et aiguë. Elle vrillait les tympans et son curieux dialecte accentuait encore cette désagréable impression.

- Que dit-il ? demandai-je à Angeal.

Il haussa les épaules. Visiblement, il était parti de chez lui depuis trop longtemps et avait oublié son patois natal.

Zack, un postulant soldat lui aussi originaire de la région, s’approcha. Comme à chaque fois qu’il s’adressait à moi, ses grands yeux bleus semblaient incapables de me fixer et ses mains tremblaient. Lorsqu’il aurait pris un peu d’assurance, il ne faisait pas de doute qu’il deviendrait une excellente recrue.

Le silence était soudain tel que l’on n’entendit plus que le bruissement des pieds des ouvriers fouillant la terre poussiéreuse avec embarras et le vent léger et étouffant qui charriait l’odeur de vase de la rivière.

- Il dit que quelque chose va vous faire du mal, Général, et que vous devez faire attention.

Je plissai les lèvres. Après les prières… les superstitions ! Il ne manquait plus que ça.

- Quelque chose va me faire du mal ?

- Oui, Général.

- Cette chose doit s’appeler Rufus Shinra, dans ce cas. Parce que sois certain qu’il va m’arracher la tête s’il ne vous trouve pas tous au travail en arrivant.

Les hommes échangèrent des regards entendus et baissèrent la tête.

- Sauf votre respect, vous ne devriez pas plaisanter avec ça, Général. Le danger est réel.

- Qui ? Rufus Shinra ?

Zack sourit malgré lui.

- Non, Général. La chose.

- Quel genre de chose ? demanda Angeal.

Je levai les yeux au ciel et me donnai une claque sur le front.

- Angeal ! Tu ne vas pas t’y mettre toi aussi !

Il ne répondit pas et montra le sage du menton en continuant à s’adresser Zack.

- Demande-lui.

Zack s’inclina devant la vieille chouette cendreuse et lui parla dans sa langue discordante. Le sage ne répondit pas, ne changea pas d’expression et fit demi tour.

Chacun le regarda s’éloigner et, quand il s’engagea sur la pente, disparaissant de leur champ de vision, les maçons se tournèrent vers moi de concert et me lancèrent des regards désolés.

J’avais beau être imperméable à toute sorte de religion et de superstition, l’expression de leur visage, leurs épaules basses et leur immobilité me nouèrent le ventre.

Je tournai sur moi-même.

Ils formaient une ronde lugubre et mélancolique. Ils me fixaient comme si je n’étais déjà plus qu’un cadavre autour duquel les vieux copains se recueillent en se disant “c’était un brave type”.

Je pris une profonde inspiration.

- On peut retourner travailler ou vous voulez vraiment que Shinra Junior me fasse rôtir ?

Angeal adressa quelques mots aux ouvriers, qui inclinèrent la tête et retournèrent à leurs occupations en murmurant entre eux, comme s’ils craignaient que le bruit de leurs voix n’attire le malheur dont avait parlé le vieux sage. L’un d’entre eux posa la main sur ma poitrine en murmurant une prière que je ne compris pas.

- Il demande aux Dieux de te protéger, murmura Angeal.

- Oh, je… Merci, fis-je à l’homme avec un légère inclinaison de tête.

L’ouvrier s’inclina à son tour, me sourit, et descendit dans les fondations.

Chaque coin de ce pays semblait regorger de malédictions en tout genre et j’avais déjà eu des difficultés à trouver des ouvriers à cause des multiples fariboles locales qui faisaient de la région un véritable berceau du mysticisme.

Si un jour je décidais d’abandonner l’armée, je pourrais toujours gagner ma vie en écrivant des histoires sur les mystères de la région pour gogos en mal de magie, étouffant dans leurs murs de béton…

Un bruit de moteur me tira de mes plans de carrière à long terme et, un instant, je crus bien que le saint homme avait raison au sujet de sa créature dangereuse qui allait venir me chercher.

Ce qui m’arrivait dessus était au moins aussi redoutable que l’odeur du saint homme, et je sentais mes nerfs sur le point de lâcher face à cette vision d’horreur : monsieur lèche-bottes en personne, Palmer le gras double, arrivait sur le chantier pour la visite prévue. La journée commençait vraiment mal. J’avais de plus en plus hâte qu’elle se termine pour me retrouver sous ma tente.

Et, si possible, avec le joli blondinet qui venait de sortir de la voiture…

…à suivre

Cette fanfiction vous a plu ? Laissez un commentaire !

Comme la première fois

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : les volontaires sont les bienvenus !

***

Incapable de dormir, Loz était accoudé à l’étrange fenêtre de la chambre improvisée qu’il partageait avec Yazoo dans la maison coquillage de la cité des anciens, le regard perdu dans les ombres de la forêt spectrale.

La pleine lune brillait et une créature telle que lui, aux curieux yeux félins bien plus perçants que ceux de n’importe quel humain, y voyait comme en plein jour.

Non loin du petit lac qui miroitait au centre de la clairière, dans le recoin le plus sombre d’un lugubre sentier bordé de ronces mortes, un éclair métallique attira son attention.

Kadaj ?

Que faisait-il donc seul à l’orée de la forêt à une heure pareille ?

N’était-il pas supposé surveiller les enfants toute la nuit, dans la lande ? Non qu’ils risquent de s’enfuir - leur libre arbitre avait été totalement sapé par l’implacable volonté de Jenova ­- mais parce qu’une sorte d’instinct, peut-être un reste d’humanité avec lequel personne sans doute n’aurait jamais compté, les empêchait de laisser des enfants en bas âge livrés à eux-mêmes sans protection. A plus forte raison dans une forêt qui tenait plus du bois de cauchemar hanté par des monstres que du bosquet de conte pour tout-petits peuplé d’elfes et de lutins.

Curieux de savoir ce qu’il en était, Loz quitta sa pseudo-chambre avec la ferme intention de rejoindre son frère sous le couvert des arbres fantomatiques et de lui tirer les vers du nez.

Sans arme et torse-nu comme il l’était, il traversa la maison coquillage silencieuse, longea le bord de l’étang et s’engagea sur l’étroit sentier qui bordait la forêt.

Il ne lui fallut pas longtemps pour trouver Kadaj, affalé sur un vieux tronc mort abattu, le front sur les genoux.

Ses épaules tressautaient et Loz reconnut distinctement les petits reniflements discrets qu’il laissait échapper lorsqu’il sanglotait.

- Kadaj ? murmura-t-il. Est-ce que ça va ?

Le jeune homme tressaillit et leva brusquement la tête, plein d’espoir, mais, reconnaissant son aîné, s’assombrit de nouveau.

- Oh… c’est toi.

Loz s’assit à ses côtés et sourit, non sans ironie.

- Ta déception fait peine à voir !

- Ca n’a rien à voir avec toi, Loz. Excuse-moi…

- Qu’est-ce que tu as ?

- Rien.

- Rien ? On ne dirait pas.

- Je n’ai pas envie d’en parler, finit par avouer Kadaj dans un murmure à peine audible en s’essuyant le visage.

Loz s’accroupit face à lui, lui fit redresser la tête et le contraignit à reposer les pieds sur le sol, le dos bien droit.

- De la tenue ! railla-t-il gentiment en croisant les mains sur les genoux graciles pour y appuyer le menton. C’est ce que te dirait Yazoo : ” quelles que soient les circonstances, de la tenue ! C’est ce qui nous différencie des bêtes ! ” (Son frère détourna le regard) D’habitude, ça te fait rire…

- Pas cette fois, Loz. Désolé.

Ce dernier fronça le nez.

- Il va bien falloir, pourtant, poursuivit-il, les yeux mako pétillants de malice. Si tu restes là avec cette tête, tu risques de tuer un gosse de trouille. (Il simula une attaque et Kadaj rit malgré lui) Un coup à finir tous les trois en bouillie dans une petite boîte scellée avec une bande jaune, ça.

- Loz ! Il n’y a que toi pour oser plaisanter avec des choses pareilles !

- Qu’est-ce que tu fais tout seul ici ? Il s’est passé quelque chose, dans la lande ?

A la lumière de la pleine lune, il vit son cadet rougir.

- Je… Je n’étais pas dans la lande.

- Hein ? Tu as laissé les enfants seuls dans la forêt ? Mais tu nous avais dit que tu les surveillerais jusqu…

- Eh bien, j’ai menti, voilà tout !

Loz hocha la tête et pinça les lèvres.

- Ah… Et… pourquoi ça ?

- Tu vas courir le répéter à Yazoo ?

- Pourqu…

- Loz !

- Non ! Tu veux que je jure et que je crache par terre ? railla l’interpellé.

Kadaj roula des yeux.

- N’en rajoute pas, tu veux. C’est déjà assez humiliant comme ça…

- Humiliant ? Bon, ça suffit ! Qu’est-ce qui se passe, à la fin ? gronda-t-il.

Son cadet ouvrit et referma la bouche à plusieurs reprises, ne sachant visiblement pas par quel bout aborder le sujet.

- Rufus a… Nous avons… Il m’a… Enfin, nous…

Son frère écarquilla les yeux.

- Rufus ? Tu es retourné là-bas ?

- Entre lui et moi… il s’est passé… disons des choses que je n’avais pas prévues. Pas prévues du tout. (Il resserra sur lui les pans de son manteau en un geste inconscient de pudeur et Loz blêmit.) Non ! Non, non, non, ce n’est pas ce que tu crois, se récria Kadaj en comprenant les inquiétudes de son aîné. Il ne m’a pas forcé à quoi que ce soit. En fait… c’est même plutôt l’inverse. (Loz hoqueta) Enfin, non ! Pas exactement ! Ce n’est pas ce que je voulais dire, je… Oh ! Eh puis zut !

- Kadaj… menaça son aîné, les nerfs en pelote. Ou tu me dis immédiatement ce qui se passe, où je compte jusqu’à trois et j’enfourche ma moto pour aller chercher Rufus par la peau du cou et savoir de quoi il retourne exactement. Et tu sais que j’en suis capable… ajouta-t-il avec un rictus agressif.

Kadaj laissa échapper un gémissement plaintif.

- Je n’ai pas pu… hoqueta-t-il. J’ai tout gâché, Loz ! Tout gâché.

Ce dernier se redressa et s’assit sur le tronc mort, à ses côtés, pour lui relever le menton et planter ses beaux yeux couleur de topaze verte dans les siennes.

- Il t’a demandé de t’envoyer en l’air avec lui en échange de mère ? s’écria-t-il, estomaqué.

- Non ! Non, Loz, ça n’a rien à voir avec mère, c’est… c’est juste un… ” truc ” qui s’est passé entre lui et moi. Une attirance, je n’en sais rien, appelle ça comme tu veux !

- Je vois… murmura Loz, troublé par l’aveu et essayant de le digérer autant que possible.

Kadaj baissa la tête et garda le silence un long moment.

- Bah dis donc… A voir ta tête, je viens de dégringoler une bonne volée d’échelons dans ton estime.

- Non, le rassura son frère avec un sourire. Non pas du tout. Je… Je suis juste surpris. Je t’aurais vu plus volontiers découper Rufus en rondelles que lui sauter au cou !

- Je ne lui ai pas sauté au cou, justement. J’ai été… minable.

Loz lui ébouriffa les cheveux, amical.

- Tu n’avais pas envie de galipettes, et après ? Ca t’étonne ? Franchement… je crois que nous avons des choses plus importantes à penser, non ?

- Tu es vraiment idiot, Loz, ou tu le fais exprès ? ! Bien sûr que j’en avais envie mais… je n’ai pas pu.

- Pas ” pu ” ? ( Kadaj baissa les yeux, plus gêné que jamais, et son frère fit claquer sa langue contre son palais.) Aïe…

- Comme tu dis : ” aïe “. Pourtant, oublie ce à quoi tu es en train de penser en ce moment parce que je peux t’assurer que je n’ai aucun problème de ce côté là.

Loz tordit le nez, pas très convaincu.

- Ouais…

- Pas avec des femmes, en tous les cas… précisa Kadaj en soupirant.

Son aîné ricana.

- Je vois…

Un silence un peu embarrassé tomba sur les jeunes gens, bientôt brisé par Kadaj, qui avait besoin de réponses et ne savait pas auprès de qui les trouver hormis son aîné, en qui il avait toute confiance.

- Loz ?

- Mhh ?

- Tu… Tu as déjà été tenté de… Enfin, je veux dire … avec un autre homme ?

Loz se tourna brutalement vers lui et planta son regard dans le sien, le faisant furieusement rougir.

- De quoi ? Non mais ça va pas ! Pour qui tu me prends? !

- Dé… Désolé… bredouilla Kadaj. Je ne voulais pas être insultant.

Son aîné fronça les sourcils et éclata de rire.

- Je te taquine, idiot ! (Son visage se radoucit) Ca fiche les jetons, hein ? Pas moi, de désirer un autre homme, je veux dire. Tu te sens largué… Tu as honte… Et tu te demandes si quelque chose ne s’est pas mis à dérailler là-dedans, fit-il en se tapotant la tempe.

Son frère se tourna franchement vers lui et le considéra avec étonnement.

- Tu as vécu ça ? chuchota-t-il, stupéfait. Toi ?

Loz eut un rire doux.

- Eh ! Ouais, ” moi “. Et si tu crois que j’avais l’air plus malin que toi, la première fois… Tu te goures !

- Comment ça, la première fois ? Tu veux dire que tu as déjà… Nooon !

- Mes mains tremblaient tellement que j’aurais été incapable de tenir un verre d’eau sans le renverser.

Son cadet éclata de rire.

- Tu dis ça pour me rassurer !

- Absolument pas.

- Et… tu as… ” conclu ” ? (Loz hocha la tête) Et ? Comment ça c’est passé ?

Loz lui répondit par un franc sourire.

- Dans mon cas, ce fut… (Il hésita, perdu dans d’agréables souvenirs) L’un des plus beaux moment de ma vie ? Ouais… Ouais, je crois qu’on peut dire ça. Durant toute la nuit, il n’y eut plus que nous deux. Rien d’autre n’existait.

Kadaj tordit le nez, ne sachant si c’était du lard ou du cochon.

- Tu es sérieux, là ? Ou tu te payes ma tête ?

Son frère lui jeta un regard en coin et soupira.

- Je ne mens pas, Kadaj. C’était quelqu’un que j’aimais énormément et ce fut vraiment formidable.

- C’était qui ? (Loz secoua la tête et son cadet le poussa affectueusement d’un coup d’épaule, presque jaloux qu’un étranger ait pu faire naître de tels sentiments chez l’un de ses frères.) Allez, ne te fais pas prier. Yazoo est au courant, je parie !

- Désolé, petit frère. Ca fait partie des choses qui n’appartiennent qu’à moi.

- Depuis quand tu as des secrets pour nous, toi ? s’offusqua Kadaj.

- Uniquement celui-là. C’est bien peu en comparaison de tout ce que je partage avec vous, non ?

Son frère lui pressa le bras et hocha la tête à contrecœur.

- D’accord. Comme tu voudras.

- Si Rufus te plaît vraiment, laisse-toi aller. Peu importe qu’il soit un homme ou une femme. Lorsque tu le sentiras s’abandonner dans tes bras, ou que tu t’abandonneras dans les siens, tu oublieras ce qu’il est. Ca n’aura plus d’importance, tu verras.

- Merci, Loz, chuchota Kadaj, la gorge serrée. Merci d’être toujours là pour me donner un coup de pied aux fesses quand j’en ai besoin.

Un silence, puis :

- Je le connais, au moins?

Loz éclata de rire et lui ébouriffa les cheveux.

- N’insiste pas. Je t’ai dit que ça ne regardait que moi ! Non ! Plus de question à ce sujet. Je vais dormir. Et toi, tu files surveiller les gosses, comme tu l’as promis, rappela-t-il.

Il s’éloigna de son frère du pas athlétique et alerte qui avait toujours été le sien et regagna la maison coquillage.

De retour dans la pièce qui leur servait de chambre à lui et à Yazoo, il retira son pantalon en silence et se glissa dans son sac de couchage en prenant bien garde à ne pas le réveiller son frère mais ce dernier ouvrit des yeux gonfles de sommeil.

- Où tu étais passé ?

Loz sourit.

- Je t’en pose, des questions ?

D’une bourrade énergique, Yazoo le renversa sur le dos et fit semblant de l’étrangler mais son frère n’eut aucun mal à le maîtriser en riant et à inverser les positions.

- Je me rends… railla Yazoo d’une vois ensommeillée, les poignets prisonniers des mains de son aîné de part et d’autre de sa tête.

Ce dernier se pencha sur son visage pour caresser sa joue du bout de son nez, joueur.

- Yazoo ?

- Mhh ?

- Tu te souviens de la première fois que nous avons fait l’amour ?

Son frère ferma à demi les yeux et parut se perdre dans de savoureux souvenirs.

- Comment pourrais-je l’oublier ?

- Qu’as-tu ressenti, cette nuit-là ? Tu te souviens ?

- C’était… magique.

- C’est bien ce que je pensais, acquiesça son frère avec un sourire malicieux.

Yazoo s’étrangla et éclata de rire.

- Prétentieux !

Il n’en noua pas moins ses bras autour de son cou vigoureux.

- Loz…

- Quoi ?

- Fais-moi l’amour, chuchota-t-il la gorge un rien serrée.

- Et si Kadaj se pointe ? murmura Loz tout contre sa bouche.

Yazoo aspira sa lèvre inférieure et la suça.

- Il est dans la lande, avec les enfants.

- Oui, mais…

Une langue humide s’insinua dans sa bouche, le contraignant au silence.

- Il ne viendra pas. Il n’y a que toi et moi… Comme ce jour là… Tu te souviens ?

Loz sentit une main fraîche descendre le long de son ventre et il ferma les yeux.

- Je me souviens… murmura-t-il en se glissant entre les cuisses consentantes. Oh, Yazoo…

- Fais-moi l’amour, Loz, supplia ce dernier dans un gémissement impatient. Fais-moi l’amour comme si c’était la première fois…

Avec toute la tendresse dont il était capable, Loz referma ses lèvres sur les siennes tandis que leurs doigts s’entrelaçaient.

***

A mi-chemin de la lande, où étaient réunis les enfants, Kadaj marqua un arrêt sur le sentier.

Que pouvait-il leur arriver, à ces mouflets, de toute façon ? Il n’y avait rien, dans cette fichue forêt, hormis les fantômes de mauvais souvenirs et d’une race éteinte. Rien du tout ! Et lui, il avait besoin d’être seul. De se blottir dans son duvet douillet et de penser.

Oui, de penser !

De penser ? Ou de rêver ?

- Rufus…

Se retrouver seul dans la pénombre avec son souvenir… Son image… L’odeur de ses cheveux blonds qui persistait sur ses doigts…

Il porta ses mains à sa bouche et sourit tandis qu’un long frisson lui remontait le long de l’épine dorsale.

- Ces satanés gamins ne risquent rien, de toute façon !

Sa décision prise, il fit demi-tour et se dirigea vers la maison coquillage, où ses frères devaient déjà dormir…

FIN

VOUS AVEZ AIME CETTE FANFIC ? LAISSEZ UN COMMENTAIRE !

I - Vivants ! Jour J

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Shiva Rajah d’après une illustration de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno regarda une dernière fois les décombres éparpillés de l’immeuble et donna un coup de pied dans un petit morceau de ciment.

Est-ce à cela qu’aurait ressemblé Edge et la planète entière si Cloud n’était pas arrivé à bout de Kadaj ?

- Reno ? cria la voix de Rude de l’autre côté des décombres. Tu as trouvé quelque chose ?

- Que dalle ! A mon avis, ils ont été réduits en compost ! Ou ils se sont carrément dissous, comme leur frangin !

- Avec le nombre de materias qu’ils avaient dans le corps, ça m’étonnerait ! répondit la voix de Yuffie depuis les sous-sols à demi-effondrés.

Voilà plus de trois heures que les turks et Avalanche fouillaient les décombres à la recherche des cadavres des frères aînés de Kadaj.

Si, comme le craignait Rufus, leurs corps ne s’étaient pas désintégrés, ils étaient de véritables réserves de cellules de Jenova qu’il urgeait de mettre en lieu sûr, à l’abri de cinglés du genre d’Hojo. Même si, pour cela, il fallait les découper en tranches pour les mettre, à l’instar de leur saloperie de mère, dans des boîtes scellées.

Reno essuya la sueur qui coulait de son front et secoua sa chemise pour rafraîchir un peu la peau moite de son torse.

Il était presque dix-huit heures.

Le ciel commençait à rougir mais la température, elle, ne semblait pas vouloir baisser.

« Saloperie de canicule… »

Il sauta par-dessus les restes d’un muret de béton, regarda autour de lui et blêmit.

Il se trouvait au centre de ce qui avait dû être autrefois une sorte de hall d’accueil mais qui tenait désormais davantage de l’ossuaire que du vestibule.

Si l’on en croyait les squelettes blanchis coincés sous les gravats des plafonds effondrés, la chute du météore avait provoqué en ce lieu une véritable boucherie.

Les dépouilles avaient dû pourrir là durant des années, à l’abri des murs lépreux du bâtiment, jusqu’à ce que les incarnés de Sephiroth fassent tout sauter, exposant la scène dans toute son horreur.

Le turk recula d’un pas et quelque chose craqua sous son talon.

Il grimaça, devinant ce qui devait être à l’origine de ce son de céréale écrasée sous une cuiller.

- Et merde…

Reno baissa lentement les yeux vers le sol et frémit en réalisant qu’il avait marché sur les phalanges blanchies d’une main d’enfant âgé de quatre ou cinq ans tout au plus.

- Oh, putain…

Il contint un frisson de dégoût et s’écarta du petit corps vêtu des restes d’une robe blanche et bleue.

Près de la fillette s’amoncelaient les ossements de cinq ou six autres personnes, pour ce que pouvait en voir le turk. Probablement toutes tuées par la chute de la poutre en béton armé sous laquelle disparaissaient diverses parties des corps.

Reno allait fuir la vision de cauchemar lorsqu’un bruit glaireux de lapement attira son attention, derrière ce qui avait été autrefois un standard d’accueil téléphonique dernier cri.

Il s’approcha sans faire de bruit pour jeter un oeil par dessus l’amoncellement de câbles, de métal distordu et de plastique fondu.

La première chose qu’il remarqua fut un reflet émeraude qui scintilla comme un éclair dans la fin d’après-midi rougissante.

A quelques mètres de l’endroit où il se trouvait, un monstre se régalait du sang qui coulait en petites rigoles entre les gravats. Ses écailles brillantes accrochaient les feux du couchant.

Le turk l’observa en silence et en prenant bien garde de ne pas faire le moindre bruit.

C’était une bête étrange, tout en angles et en nerfs.

De la taille d’un gros chien, elle n’était pas vraiment laide, au contraire, elle était élancée et racée, perchée sur de hautes pattes élégantes aux griffes acérées comme des rasoirs.

Encore sous le choc de la vue des corps, Reno se surprit à admirer la créature. Peu importait qu’il s’agisse d’un monstre. Au moins, c’était vivant et, en cet instant, ça le rendait plus beau à ses yeux que n’importe quoi d’autre.

Il s’approcha à pas de loup…

Le sang que léchait la bête, presque avec affection et les yeux dorés mi-clos, comme on goûte un vin rare, coulait en élégants méandres rubis d’un bras à la chair tendre, pale et délicate. Un bras qui avait lâché son arme, qui gisait à quelques centimètres à peine des longs doigts graciles.

La chevelure d’argent de son propriétaire s’étalait sur le sol couvert de déblais pour former un tapis luxueux sous les pattes griffues du monstre, comme le dernier hommage d’un martyr à une cruelle divinité animale….

La scène aurait pu orner le mur du temple d’un Dieu antique.

Cette bête chimérique et puissante, léchant ce corps qui semblait si fragile en comparaison…

La scène était belle, oui. Horriblement, terriblement belle.

- Reno ! Couche-toi !

Le cri de Tifa, qui retentit soudain derrière lui, le tira de sa sinistre rêverie et il se coucha d’instinct sur les gravats tandis que retentissaient deux coups de feu.

Touché en plein coeur, le monstre s’effondra aussitôt et la jeune femme rejoignit le turk en sautant par-dessus le muret, qu’il avait lui-même franchi un peu plus tôt.

- Reno, ça va ?

- Oui, bredouilla-t-il, étonnée de la voir se servir d’une arme à feu avec une telle dextérité. Oui, je… Ca va.

Bordel de merde ! Il perdait la boule ou quoi ?

S’extasier sur cette sale bestiole en train de s’abreuver de sang humain, c’était du grand n’importe quoi ! Même si le sang en question était celui d’un putain d’incarné !

- Qu’est-ce qui s’est passé ? cria la voix de Rude depuis le côté opposé des ruines. C’était quoi, ces coups de feu ?

- On en a retrouvé un ! répondit Tifa. Un Rokoal était entrain de lécher le sang qui coulait de… Oh, c’est pas vrai !

Elle se tut, soudain blême, et Reno la secoua par l’épaule.

- Tifa ? Qu’est-ce que tu as ?

- Depuis quand ça saigne, un cadavre ? demanda-t-elle avant de se précipiter vers l’argenté coincé sous les gravats.

Le turk s’élança derrière elle.

- Tifa, attends ! Et on est supposés faire quoi, s’il est vivant ? L’achever d’une balle dans la tête ?

- Arrête de dire des sottises et aide-moi à le dégager !

Il souleva à grand peine un reste de plafond pour qu’elle puisse tirer le corps de sous un amas de plâtre et de tiges métalliques, dont l’une avait transpercé la cuisse gainée de cuir.

Tifa retourna l’argenté et posa un doigt sur la veine de son cou.

- Alors ? demanda Reno en lâchant le morceau de plafond avec un bruit assourdissant.

- Il est vivant, murmura-t-elle, mais tout juste. Rude ! cria-t-elle. Cloud ! Venez vite ! Yazoo est vivant !

Reno s’agenouilla à côté d’elle et considéra le corps ensanglanté qu’elle tenait dans les bras.

Ce visage…

Il n’avait pas oublié ce visage.

Lorsqu’il avait combattu ce satané incarné, le turk avait à peine eu le temps de le détailler mais la petite « frimousse » - quel autre qualificatif conviendrait mieux à ces traits graciles presque enfantins ? - s’était gravée dans son esprit avec la force d’un fer rougi.

Comment aurait-il pu en être autrement ? Des traits aussi délicats chez un homme, c’en était presque obscène…

Mais Reno n’avait pourtant pas rêvé, la preuve. Ce visage existait bel et bien et se trouvait là, devant lui.

Yazoo.

C’était donc son nom.

- Vous êtes où ? cria la voix de Cloud, toute proche.

- Ici ! répondit Reno. Juste sous les restes de colonnes bleues ! Merde, Tifa, il saigne comme un goret.

- Une artère, tu crois ?

- Non, quand même pas à ce point là. Celle saleté de tige en métal devait boucher une veine et on l’a sans doute déplacée en le tirant de là.

Il retira sa ceinture et entreprit de la serrer autour de la cuisse de l’argenté, au-dessus de sa blessure.

- Son frère ne doit pas être loin, dit Tifa, la gorge sèche, en tournant la tête en tout sens. Bon sang, je n’ose imaginer les drames qui ont dû se dérouler ici il y a sept ans.

Elle venait de voir les ossements blanchis coincés sous plusieurs tonnes de béton.

- Ils n’ont probablement pas eu le temps de… Tifa ! Là-bas ! Regarde ! Sous la poutre !

Il lui désigna un coin d’ombre, sous une poutre de béton et la jeune femme secoua la tête.

- Je ne vois rien.

- C’est pas une main, ça ? Là ! Juste à côté du bout de taule.

Tifa finit par voir à quoi faisait allusion le turk et laissa échapper un petit cri étouffé en considérant les centaines de kilos de déblais.

- On ne pourra jamais le sortir de là sans matériel adéquat.

- Tu crois qu’il est vivant, lui aussi ?

- Ca m’étonnerait. Son corps a dû être totalement écrasé par les décomb… Il a bougé ?

- Hein ?

- La main. Elle a bougé, non ?

- Oh putain…

La jeune femme se précipita sous les décombres et dut dégager plusieurs couches de morceaux de plâtre et de déblais pour accéder à la tête et aux épaules du corps immobile.

Elle n’eut même pas besoin de vérifier son pouls car sa respiration sifflante et douloureuse n’était que trop audible.

- Reno ! Il est vivant, lui aussi !

Le turk secoua la tête, incrédule.

- Bah merde, alors…

- Loz… murmura Tifa, la gorge serrée. Loz, tu m’entends ?

Prononcer le nom de cet homme lui faisait un effet étrange.

Jamais personne ne lui avait inspiré à la fois autant de méfiance, de colère et d’indignation mais aussi de pitié, d’admiration et de trouble.

Colère pour l’avoir battue à plates coutures dans l’église, indignation pour les heures d’angoisse passées à s’inquiéter pour Marlène, qu’il avait enlevée sans le moindre état d’âme, pitié parce qu’elle savait, à présent, qu’il n’avait été que la marionnette de Jenova, admiration parce qu’il était sans doute l’homme le plus fort qu’elle n’avait jamais affronté et trouble parce que… Parce que…

Elle secoua la tête pour chasser le souvenir d’un grand corps athlétique aux muscles puissants gainés de cuir noir et tendit une main hésitante pour caresser la courbe lisse d’une pommette, le front haut, suivre l’arête du nez élégant et effleurer du bout des doigts les lèvres pleines au dessin parfait mais craquelées par la déshydratation.

Les longs cils argentés frémirent.

- Yazoo… gémit Loz d’une voix étranglée à peine audible. Yazoo…

Un filet de mousse rougeâtre lui coula au coin de la bouche et la jeune femme hoqueta.

- Reno ! Je crois que quelque chose lui a transpercé le poumon ! Il faut le sortir de là !

La jeune femme lissa les courts cheveux de mercure et deux yeux félins couleur mako embués de larmes douloureuses s’ouvrirent et la fixèrent.

- Toi… murmura-t-il avec difficulté.

- Ne bouge pas. On va te tirer de là.

Un sourire d’une douceur poignante se dessina sur les lèvres sensuelles et Tifa s’étonna de voir une expression aussi tendre sur le visage d’un tel homme.

- Je… poursuivit l’argenté malgré le sang qui encombrait les voies respiratoires. Je t’ai vue si souvent dans mes rêves… qu’à mon réveil j’ai l’impression que tu es encore là…

Il cracha un filet de liquide rougeâtre et s’évanouit à nouveau.

Tifa passa une main derrière la nuque argentée pour lui tenir la tête de côté afin de l’empêcher de s’étouffer et frémit au contact de la peau douce.

Que pouvaient signifier ces mots ?

Une chose était sûre en tous les cas : il ne l’avait pas oubliée.

Et curieusement, cette certitude l’emplit d’une exaltation aussi malvenue qu’inexplicable.

…à suivre.

Vous avez aimé ce texte ? Laissez un commentaire !

XXXXI - Manipulations

«La méchanceté vient de la faiblesse ;

l’enfant n’est méchant que parce qu’il est faible ;

rendez-le fort, il sera bon.»

Jean-Jacques Rousseau

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Denzel ! cria la jeune femme. Denzel, reviens ici tout de suite !

Tifa, en nuisette de coton et nu-pieds, se lança à la poursuite de Denzel.

Celui-ci courait comme un dératé en direction de la chambre de Cloud, dans l’aile opposée.

Vincent et Gretta, alertés par les cris du garçonnet, sortirent dans le couloir juste à temps pour voir la jeune femme disparaître au détour du corridor en direction de l’escalier.

- Qu’est-ce qui se passe, ma chérie ? demanda la vieille gouvernante à Marlène, qui se tenait en pyjama non loin de la porte de son amie.

La petite haussa les épaules.

- Denzel a dit plein de gros mots à Loz et Tifa lui a donné une fessée !

Vincent fronça le nez.

- Alors ? Qu’est-ce qu’il y a ? demanda la voix de Yuffie depuis l’intérieur des appartements de Kadaj.

Gretta revint dans la pièce auprès des jeunes gens et l’ancien turk ferma soigneusement la porte derrière elle avant de tendre la main à Marlène.

- Il a surpris Tifa et Loz au lit, c’est ça ? murmura-t-il lorsqu’ils furent seuls dans le couloir. (La petite hocha tristement la tête) Allez, viens, je te ramène dans ta chambre.

Elle secoua la tête.

- Je préfère rester avec Loz, dit-elle sur le ton de la confidence en tirant sur sa main pour l’obliger à se pencher. Je crois qu’il est en train de pleurer, chuchota-t-elle à son oreille en montrant la chambre de Tifa du doigt. Denzel lui a vraiment dit des choses horribles, tu sais.

Vincent allait rétorquer que c’était une affaire de grandes personnes et qu’il s’en occuperait mais quelque chose - une intuition ? La sympathie qu’il vit briller dans les grands yeux de Marlène ? - le fit changer d’avis.

Il sourit et hocha la tête.

- Comme tu voudras, répondit-il tout bas. Si tu as besoin de moi, je suis à côté, avec Kadaj et Yuffie.

- D’accord, murmura la fillette avant de retourner dans la chambre de Tifa et de fermer la porte.

« Sacrée gamine… » pensa l’ancien turk en rejoignant Gretta auprès des « enfants » et de Cait 9.

*

Yazoo aida Reno à boire un verre d’eau fraîche et tendit l’oreille.

- Tu as entendu ? C’était Denzel, non ?

Le turk, hocha la tête et se laissa aller sur les oreillers avec un soupir en massant ses tempes douloureuses.

- Il doit piquer une colère. Ca lui arrive, parfois.

- En pleine nuit ?

- Y’a pas d’heure, pour être con… Il essaye de pousser Tifa à bout, pour voir jusqu’où il peut aller. Et dans quelques années, quand il sera ado, ce sera encore pire ! Oh, ma tête…

L’argenté fronça les sourcils.

- Il ne m’a pas donné l’impression d’être un petit garçon insupportable, pourtant.

- Parce qu’il sait que, quand « tonton » Cid est dans les parages, il vaut mieux marcher droit, rétorqua Reno avec un clin d’oeil, sarcastique.

- Ah ? Marlène m’a dit qu’il ne jurait que par Cloud.

Le turk posa un gant de toilette mouillée sur son front.

- Cloud, c’est son « pote ». Une sorte de grand frère à qui il aime s’identifier. Cid, c’est différent. Tu n’as pas remarqué la réaction du têtard, quand on a parle de Jenova ou de quelque chose qui lui fait vraiment peur ? C’est toujours dans les jambes d’Highwind qu’il file se planquer.

- Une figure paternelle en quelque sorte.

- Un truc comme ça. (Il toussota) Au fait, je…

Yazoo redressa la tête.

- Mhh ?

Le turk envoya valser le gant de toilette sur la table de chevet et se frotta le visage.

- Désolé d’avoir été aussi… « grossier ». Je… je ne savais plus trop ce que je faisais, je crois.

L’argenté sourit.

- Ca ne fait rien. Ca va mieux ?

- Bah… Je n’ai pas enlevé mon pantalon, c’est plutôt bon signe, non ? (Yazoo pouffa) Je n’en reviens pas d’avoir fait ça. (Il secoua furieusement la tête) Attends, sérieux, j’ai vraiment fait ça ? (L’argenté fut pris d’un fou rire) Quelle humiliation… Bon, O.K. dis-moi juste un truc. Mais tu déconne pas, hein, c’est sérieux. (Yazoo acquiesça) Est-ce que je… Enfin, est-ce que tu as vu si…

- Quoi, Reno ?

Ce dernier hésita un instant.

- Dis-moi que je bandais pas… supplia-t-il d’une voix étranglée avec une moue comique.

L’hilarité de l’argenté redoubla et le turk poussa un gémissement douloureux en dissimulant son visage derrière un oreiller.

- Oh, la honte !

*

Dans la suite de Rufus, ce dernier échangea un regard étonné avec Cid et Shalua.

- Vous entendez ? Qu’est-ce que c’est que ce raffut ?

Le pilote leva un sourcil et sortit dans le couloir pour recevoir de plein fouet dans le bas-ventre un Denzel incapable de s’arrêter à temps.

- Oh ! La vache ! grogna Cid, littéralement plié en deux.

Le garçonnet blêmit et pressa ses deux mains sur sa bouche.

- Pardon… Je t’ai fait mal ?

- Ca va, Cid ? s’enquit Tifa avec une grimace.

Le pilote leva le pouce, railleur, le visage grimaçant de douleur.

- Ouais… Super !

Shalua sortit à son tour et vit Cid essayer de reprendre difficilement son souffle.

- Qu’est-ce qui se passe, ici ?

- Pardon, Cid, je t’avais pas vu, s’excusa à nouveau Denzel.

- J’espère bien ! Il ne manquerait plus que ça ! Je peux savoir où tu cavales, comme ça, rameutant tout le manoir ?

- Je dois voir Cloud.

Shalua secoua la tête.

- Denzel, tu sais l’heure qu’il est ?

Comme le garçon ne répondait pas, elle interrogea Tifa du regard et cette dernière leva les bras au ciel en un geste théâtral.

- Il a besoin d’aide pour tuer Loz ! C’est urgent !

Cid écarquilla les yeux.

- De quoi ?

- Arrête, Tifa ! trépigna le garçonnet. C’est pas ce que j’ai dit !

Cette dernière agita la main.

- Pardon, c’est vrai. Rectification : ou je me marie avec Cloud, ou il tue Loz. C’est mieux, comme ça ? demanda-t-elle à son fils adoptif, ironique.

- Non, j’ai pas dit ça ! J’veux pas de lui chez nous, c’est tout !

Shalua poussa un petit cri offusqué et Cid se planta devant Denzel, le visage sévère et les poings sur les hanches, pour l’empêcher de filer.

- Minute papillon… Tu nous fais quoi, là ?

Le garçonnet rougit furieusement et se mordit la joue, hésitant à battre en retraite devant l’impressionnant pilote.

- Je veux que Loz s’en aille, avoua-t-il piteusement en baissant la tête. Et les deux autres aussi.

Cid siffla entre ses dents et hocha la tête.

- Voyez-vous ça ! Et peut-on savoir ce qu’ils t’ont fait de si terrible pour que tu veuilles les jeter dehors en pleine nuit ?

Prenant son courage à deux mains, Denzel releva la tête et planta un regard agressif dans celui du pilote.

- C’est des salauds ! Ils ont voulu tous nous tuer, il y a deux ans.

- Denzel, intervint Shalua. On vous a expliqué à toi et à Marlène pourquoi ils avaient agi comme ils l’avaient fait. C’était Jenova qui…

- Loz veut prendre la place de Cloud ! la coupa le garçonnet, fou de rage.

Le pilote retint un rire.

- Nous y voilà… (Il s’accroupit devant le garçon) Et quelle est la place de Cloud, d’après toi, dis-moi ?

Denzel ouvrit la bouche et la referma à plusieurs reprises, ne sachant quoi répondre.

- C’est… C’est mon ami, finit-il par répliquer. Et c’est l’amoureux de Tifa.

Celle-ci eut un geste agacé et Cid grimaça.

- C’est marrant, la principale concernée n’a pas l’air d’accord.

- C’est parce qu’il l’a… mani… mani… manipulsée ! Ouais, c’est ça, manipulsée. Comme Yazoo quand il a fait semblant de sauver Reno. Il nous a tous manipulsés !

Tifa hoqueta et voulut intervenir mais le pilote leva la main et secoua la tête.

Il commençait à entrevoir d’où venait le problème.

- « Manipulsée », hein ? poursuivit-il. Et… pourquoi faire, d’après toi ? Pourquoi Loz aurait-il besoin de « manipulser » Tifa ?

Le garçonnet, voyant que Cid paraissait s’intéresser à ce qu’il avait à dire, reprit un peu d’assurance.

- Pour se servir d’elle, tiens ! Comme ils l’ont fait avec les enfants, y’a deux ans. Pour nous obliger à les aider pour leur… leur… Enfin le truc qu’ils veulent faire ! termina-t-il, ne se rappelant plus du mot qu’il avait entendu.

Le pilote acquiesça avec une gravité feinte et prit les petites mains dans les siennes.

- Se servir d’elle… Oui, bien sûr. Et… Qu’est-ce que… Cloud t’a dit d’autre, Denzel ?

Tifa se raidit, blême, et lança un regard effaré à Shalua, qui répondit par une moue.

- Que quand plus personne se méfiera d’eux, ils vont faire venir Jenova et puis ce sera fini ! répondit le garçonnet en tremblant. Et même que la Shinra, elle sera de leur côté !

Rufus, qui était resté un peu à l’écart, crut bon d’intervenir.

- Qu’est-ce que c’est que ces salades ? Pourquoi Strife raconte-t-il des horreurs pareilles à cet enfant ?

Cid se redressa et laissa échapper un profond soupir.

- Cette fois il est allé trop loin ! s’emporta Tifa. Je m’en vais lui faire passer l’envie de…

Le pilote la retint.

- Attends. Réponds d’abord à une question : comment se fait-il qu’un héros du Soldat, un garçon qui a aidé à sauver la planète par trois fois, sème sa zizanie, réussisse à se mettre à dos tous ses amis et ses relations en moins de trois jours et que personne ne se demande « pourquoi ? ».

La jeune femme se pétrifia, comprenant où il voulait en venir, et Rufus fit craquer ses phalanges, nerveux.

- Il porte les cellules de Jenova, murmura-t-il.

- Ouais… acquiesça le pilote. Et ce ne serait pas la première fois qu’elles lui jouent un sale tour.

Tifa dut s’appuyer sur le mur du couloir.

- Ca a bien failli nous mener à la catastrophe, il y a cinq ans.

- Que s’est-il passé ? s’enquit Shalua.

- Jenova avait pris le contrôle et l’avait obligé à lui remettre la matéria noire qui l’aiderait à détruire la planète. Oh, mon Dieu…

- « Diviser pour mieux régner », c’est bien ce qu’a dit Vincent, leur rappela Cid. Isoler, rompre les liens, monter le frère contre le frère, l’ami contre l’ami… Et, comme des cons, on n’a rien vu venir ! Merde !

Denzel les dévisagea tous à tour de rôle, perdu et tremblant de peur.

- Que… qu’est-ce qui se passe ? C’est trop tard, Jenova va venir, c’est ça ? Ces salauds ont réussi, hein, c’est ça que vous êtes en train de dire ?

- Denzel ! s’écria Tifa.

Cid s’interposa.

- Tifa, va chercher Vincent. Il saura quoi faire. Quant à moi, fit-il en s’accroupissant à nouveau devant Denzel avec un mine austère, il faut que j’aie une conversation avec ce courageux combattant du mal. Seuls. D’homme à homme. O.K. ?

Le garçonnet se gonfla d’orgueil et acquiesça avec sérieux.

*

Loz ferma la doudoune de Marlène jusqu’à la gorge et rabattit la capuche bordée de fourrure sur son visage.

Cela fait, il zippa son blouson et tapota le siège de la moto, derrière lui.

- Allez, grimpe avant que Tifa ne m’écorche vif ou que je ne change d’avis, fit-il, taquin.

- Eh ! T’as dit que je pourrais monter devant.

Il fronça les sourcils.

- J’ai dit ça, moi ? T’es sûre ?

- T’as promis !

Elle lui asséna un petit coup de poing sur la cuisse et il sourit.

- Ca va, je te taquinais.

Il la souleva d’un seul bras pour l’asseoir devant lui, entre ses jambes, et lui plaça les mains sur le guidon.

- Tu t’accroches là et tu ne lâches pas, hein ?

Lorsque Marlène était revenue dans la chambre de Tifa et l’avait vu enfiler ses vêtements de cuir pour aller faire une virée nocturne à moto, elle l’avait supplié de l’emmener avec lui.

Son premier réflexe, lorsque la jeune femme s’était lancée à la poursuite de son fils, avait été d’éclater en sanglots et de tout casser dans la chambre mais il avait finalement opté pour une ballade dans l’air glacial, histoire de se rafraîchir un peu la tête.

Enfourcher sa moto, s’engager sur une route au hasard et pousser le moteur au maximum dans la nuit glaciale dans l’espoir que la vitesse le griserait suffisamment pour lui faire oublier la douleur qui lui serrait la poitrine, voilà ce qu’il avait espéré.

Mais c’était sans compter sur Marlène qui, en voyant ses yeux rougis lorsqu’elle était revenue dans la chambre, s’était accrochée à lui avec toute la force de ses petits bras, refusant obstinément de le laisser tout seul.

- Loz ? Tu me laisseras passer une vitesse ?

Il enfila ses gants de cuir et rit de bon coeur, amusé par l’enthousiasme de la petite.

- On verra. Prête ? (Elle acquiesça et, excitée comme une puce, se coucha presque sur le carénage pour se donner l’illusion de piloter le puissant engin) Alors on y va. Tu n’as pas peur de sortir en pleine nuit, tu es sûre ?

- Nooon !

- Tu sais qu’il peut y avoir des monstres pas très sympas, là-haut, sur la montagne ?

- Bah tu les tueras, c’est pas grave ! Oncle Cid dit que t’es aussi costaud qu’un bahamut !

Il démarra, amusé par la confiance aveugle de la petite, et se pencha par-dessus son corps menu pour attraper le guidon et la protéger du froid glacial par la même occasion.

Ils sortirent du garage pour se diriger vers les grilles du manoir et Marlène leva la tête vers lui.

- Tu sens toujours aussi bon qu’il y a deux ans ! cria-t-elle pour couvrir le bruit du moteur, le faisant sourire.

- Comment ça ?

- Tu sens comme les bonbons !

Il éclata de rire et franchit les grilles pour s’engager sur la route menant au mont Nibel.

*

Allongé tout habillé sur son lit, Cloud entendit le bruit caractéristique de l’une des motos des argentés et bondit sur ses pieds pour aller à la fenêtre.

Lequel de ces trois salopards était-il donc pris d’insomnie ?

Lorsque l’une des lampes du parc jeta une lumière pâle sur de courts cheveux argentés et dessina les contours d’un large dos en V, Cloud sentit un sourire étirer ses lèvres.

Loz.

Une chance pareille, c’était presque trop beau !

Belle intuition qu’il avait eu de ne pas attendre le lendemain pour trafiquer les freins…

« Bon voyage, fils de pute. Tes petits frères ne te laisseront pas seul très longtemps, t’en fais pas… »

Loz s’engagea dans l’allée qui menait aux grilles du manoir, ce qui déclencha l’éclairage automatique du portail, et le coeur de Cloud fit un bond dans sa poitrine.

Il venait de reconnaître Marlène, assise sur la moto, devant l’argenté.

- Oh non pas ça… Merde !

Il fallait qu’il les rattrape et les arrête. Qu’il les rattrape à tout prix !

S’il venait à arriver quelque chose à la fillette par sa faute, il savait qu’il ne se pardonnerait jamais.

Il se saisit du démarreur de propre moto et, bondit en direction de la porte mais celle-ci s’ouvrit brusquement pour laisser passer Vincent et Shelke, que l’on venait visiblement de réveiller.

- Cloud, je dois de parler, c’est très important, décréta l’ancien turk.

- Pas maintenant ! s’écria le soldat en essayant de forcer le passage.

Mais Vincent ne l’entendait pas de cette oreille et il le repoussa sans douceur.

- Si, Cloud, tout de suite.

…à suivre

Cette fanfiction vous a plu ? Laissez un commentaire !

XXXX - Du rire au drame

« Je me presse de rire de tout,

de peur d’être obligé d’en pleurer ! »

P.-A. C. Beaumarchais

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno entra dans la chambre en prenant bien garde de ne pas renverser le contenu des tasses sur le plateau et posa ce dernier sur son lit.

- Ca va ? demanda-t-il en se tournant vers la porte de la salle de bains, d’où s’échappait le bruit de l’eau en train de couler.

- Oui, je… Ca va mieux, répondit Yazoo d’une voix lasse en fermant le robinet.

Le turk soupira et retira sa veste de pyjama pour ne garder que son pantalon.

Il est 2h57 - la température est de 25°C, indiquait le contrôleur mural de la chambre.

« Tu parles d’un four ! »

Il avait essayé de régler le thermostat à plusieurs reprises depuis son arrivée mais c’était impossible. Gretta lui avait assuré qu’il serait réparé dès que Philip, l’homme à tout faire du manoir, serait rentré de congés.

La seule solution pour rafraîchir un peu l’atmosphère était d’ouvrir la fenêtre… et d’attraper une bonne pneumonie !

Yazoo sortit du luxueux cabinet de toilette en traînant des pieds, enveloppé dans le peignoir du turk et les cheveux humides de la douche qu’il venait de prendre.

- J’ai l’impression que mes jambes sont en plomb, gémit-il.

- Tu fais souvent des cauchemars aussi violents ?

- Non. Il m’arrive d’avoir un sommeil agité mais pas comme ça. Pas avec ce sentiment de danger imminent et de… de noirceur. Pas avec ce malaise au réveil.

- Tu ne te rappelles pas de ton rêve ?

L’argenté secoua la tête.

- Non, rien. Ou… Un nom, peut-être. Vaguement. Nemesis ? Akesis ? Je ne sais plus… Je suis désolé, Reno, je t’ai gâché ta nuit.

Ce dernier chassa la réflexion d’un geste et tapota le lit à côté du plateau.

- T’en fais pas pour ça, je n’ai jamais été un gros dormeur de toute façon. Et puis tu as de la chance, dans ton malheur, car nous sommes à Nibelheim et il existe ici une recette infaillible pour soigner les vilains cauchemars : le gâteau à la crème de Gretta !

Il arracha théâtralement la serviette d’une assiette, dévoilant plusieurs parts de gâteau orné de fleurs en sucre.

Yazoo pouffa.

- Et ça, c’est du chocolat chaud ? demanda-t-il en prenant l’un des mugs fumants pour en humer le contenu onctueux.

Le turk fit une petite révérence et contracta ses doigts comme s’ils étaient perclus d’arthrite.

- Préparé dans la cuisine ténébreuse d’un vieux manoir par un spécialiste des potions magiques, à savoir ton humble serviteur ! chevrota-t-il d’une voix sinistre, faisant rire Yazoo.

- Voilà qui a de quoi rassurer !

- D’habitude, j’y ajoute un peu de crème de whisky mais Shalua me tuerait alors je l’ai remplacée par de la crème montée, ajouta Reno en se redressant.

Il lui tendit un morceau de gâteau.

L’argenté déclina l’invitation, goûta le chocolat brûlant et sourit, paraissant se perdre dans d’agréables souvenirs.

- Mhh… C’est bon.

Reno engloutit goulûment une part de gâteau et en attaqua une deuxième.

- Je te l’ai dit : je suis un spécialiste !

- Lorsque nous étions enfants, Loz et moi, l’une des assistantes d’Hojo nous en préparait, parfois.

- Ah, oui ? J’ai du mal imaginer un sbire d’Hojo se montrant aimable avec qui que ce soit.

Yazoo grimaça et but lentement son chocolat.

- En fait, je crois que c’était le seul moyen qu’elle avait trouvé pour qu’on se tienne tranquilles le temps de faire les prélèvements de peau et de cheveux.

Le turk ricana puis parut penser à quelque chose, secoua bizarrement la tête et fit une moue.

- De… peau ? C’est dévlasse ! Euh… Pardon. Dégueulasse !

L’argenté secoua la tête, rassurant.

- Ca ne fait pas mal du tout.

- Ah ouais ? Bah je me suis écorché plus d’une fois et, p’tain, ça fait pas du bien non plus !

- En fait, ils prélèvent juste une petite lamelle de peau sur le talon. Tu ne sens absolument rien.

Reno se saisit d’une troisième part de gâteau.

- Bah moi… Je les aurais pas laissé, approcher, nan ! Je les aurais refournés comme des crêpes ! Euh… renourtés. Revournés ? Enfin, mis dans l’aut’sens.

Il ouvrit la bouche pour mordre dans la pâtisserie crémeuse mais hésita, ne sachant plus trop laquelle de ses deux mains droites était la bonne.

- Reno ?

- Bah merde, alors…

- Reno !

Celui-ci tressaillit, leva vers lui un regard vitreux et tangua un peu sur son assise.

- Mhh ? Quoi ?

- Reno, ça va ? Tu as l’air bizarre, tout d’un coup.

- Non, ça va. Juste… Je croyais que j’avais pris trois p’tain d’parts et… y’en reste encore quatre alors qu’j'en ai becté deux… J’pige pô…

Yazoo écarquilla les yeux et posa lentement son mug vide sur le plateau sans cesser de le dévisager.

- Reno… Regarde-moi.

Le turk essaya de fixer l’argenté immobile sans loucher. Et ça ne paraissait pas être une mince affaire si l’on en croyait la façon qu’il avait d’avancer et de reculer la tête à tour de rôle, comme un photographe un objectif récalcitrant lorsqu’il a du mal à faire le point.

- Si t’arrêtais d’bouger, aussi…

- Reno ! Qu’as-tu mis dans ton chocolat ? gronda Yazoo, la méfiance perçant dans la voix.

Le turk se gratta la tête avec une grimace ridicule et plissa le front.

- Attends qu’je rébléchisse… Réfléviche… Réchéfl…. Qu’je m’rappelle. Du lait… De l’eau… Du chocolat, bien sûr… Du sucre et d’la crême… Ou l’contraire ?

- De l’alcool ? le coupa l’argenté, gagné par une colère sourde.

Reno secoua furieusement la tête.

- T’es fou ?

Yazoo lui arracha son mug des mains pour en renifler le contenu.

Rien. Ca ne sentait que le chocolat.

- Tu as bu quelque chose, en bas ? Dis-moi la vérité !

- Nan ! Parole ! J’ai pas l’aurodisation. L’autosiration. L’autorisation. Non plus… Ah si.

- Reno, tu me déçois beaucoup, tu sais ! Non mais regarde-toi !

L’interpellé baissa les yeux sur sa poitrine nue et la dissimula sous ses bras croisés, à la façon d’une femme, vexé.

- Quoi ? Les filles m’trouvent très sesky, figure-toi ! assura-t-il en dodelinant du chef.

- Je ne parle pas de ça ! Tu es soûl !

Le turk se raidit brusquement et faillit tomber à la renverse sur la descente de lit.

- Ca pa vas, ta tête ! T’as bu ou quoi ?

- Tu sais, pourtant, qu’après ton passage dans le mako, tu ne dois plus toucher une goutte d’alcool ! Ton corps n’y est plus habitué ! Le moindre excès peut te plonger dans le coma ! Es-tu si pressé de mourir ? C’est comme ça que tu me remercies d’avoir risqué ma peau ?

- Mais puisque j’te dis qu’j'ai fait aucun eskès ! Esksès… Enfin ton truc que tu dis.

Yazoo allait répliquer vertement lorsque son regard tomba sur le gâteau.

Il en prit une part, la porta à son nez et tiqua.

- Oh lui ! railla Reno. Fais pas ta chochotte, l’est pas pourri, hein ! Gretta l’a fait c’t'aprem !

- Reno… Combien as-tu mangé de parts ? s’enquit l’argenté.

- Deux. P’quoi ? T’m'as vu, nan ?

- Reno… menaça Yazoo.

Le turk détourna le regard comme un garçonnet pris en faute.

- En comptant celles d’la cuisine ? (L’argenté acquiesça et Reno leva 4 doigts, le faisant pouffer) Oh ! Ca va, hein ! ronchonna-t-il, vexé.

Le rire de Yazoo redoubla.

La quantité d’eau-de-vie qui se trouvait dans la crème était minime mais, pour ce qu’était désormais l’organisme du turk, elle équivalait à une demi-bouteille de whisky avalée en quelques minutes par un adolescent de cinquante ou soixante kilos et qui n’avait jamais touché à l’alcool de sa vie.

- Ca promet !

- Quoi ? Dis dout te suite que j’bouffe trop ! J’ai jamais trépendu louvoir faire rentrer mon tupain de cul dans un futal de cuir taille XS, moi, hein !

- Reno, il ne s’agit pas de gourmandise mais d’ébriété, haleta Yazoo lorsqu’il réussit à reprendre son souffle. La crème de ce gâteau est bourrée d’eau de vie, âne que tu es ! C’est pour ça que tu es complètement cuit !

Reno blêmit et porta les mains à sa tête en un geste tragique de désespoir, l’image de Shalua armée d’une hache à double tranchant se dessinant dans son esprit.

- P’tain, chuis mort…

*

- Pourquoi il est dans ton lit ? insista Denzel en dévisageant Loz avec une grimace contrariée. Il est où, Cloud ?

Tifa alluma la lampe de chevet avec un grognement exaspéré et ordonna à Marlène de refermer la porte.

- Bon ! soupira-t-elle, éludant la question. Qu’est-ce que c’est que cette histoire d’enfants enlevés ?

- Deux petits garçons ! s’écria Marlène en venant tirer sur un pan de sa nuisette pour essayer de la sortir du lit. Dans un laboratoire de la Shinra.

La jeune femme se dégagea.

- Que… Quoi ? Calme-toi un peu. Qu’est-ce que tu racontes ?

- On les a vus ! la pressa Denzel. Il y a même un bébé ! Allez, viens ! Il faut aller réveiller Cloud !

- Un bébé ? Mais où ça ?

- Dans un laboratoire de la Shinra. Je sais pas où mais il lui font des trucs horribles ! Il est tout brûlé ! Allez, dépêche-toi !

Loz fit claquer sa langue contre ses incisives - « Tsss… » - et s’affala sur les oreillers en remontant les couvertures jusqu’à son menton.

- Qu’est-ce que tu paries qu’ils ont regardé les vidéos ? soupira-t-il.

Tifa se raidit.

- C’est vrai, Denzel ? s’écria-t-elle. Vous avez vu les films de surveillance ?

Le garçonnet lança un regard désespéré à Marlène.

- Tu vois ! le tança cette dernière. Je t’avais dit qu’on aurait des ennuis, si on entrait dans la salle vidéo !

- On s’en fiche, des ennuis ! Il faut aller chercher les enfants ! Tifa ! insista-t-il en tirant sa mère adoptive par le bras.

- Du calme, Denzel ! Le bébé va très bien.

- Ouais, il voudrait juste dormir un peu… murmura Loz, amusé malgré lui par la situation.

La jeune femme lui lança un regard narquois et il grimaça un sourire.

- Venez là, tous les deux, fit-elle en tendant les bras aux enfants, qui grimpèrent sur le lit pour se blottir contre elle, marchant littéralement sur l’argenté. Les vidéos que vous avez vues ont été tournées il y a très longtemps.

Marlène poussa un petit cri horrifié et se redressa.

- Alors c’est trop tard ? Les deux petits garçons sont morts ?

- Non ! Bien sûr que non ! Ils vont très bien et ils sont grands, maintenant, ce sont des hommes.

- Tu les connais ? demanda Denzel. C’est qui ?

Tifa se tourna vers Loz et rabattit doucement le drap qui lui couvrait le torse pour exposer le haut de son bras à la vue des enfants.

En voyant le tatouage déformé « J8 », ces derniers poussèrent un cri.

- C’était toi, le bébé ? bredouilla Marlène, qui le dévisageait à présent avec une expression de profonde sympathie.

L’argenté acquiesça.

- Et l’autre petit garçon, c’est mon frère, Yazoo.

La fillette émit un petit son étranglé et pinça les lèvres, prête à éclater en sanglots.

Tifa lui lissa les cheveux, rassurante.

- Tu vois, ma chérie ? Tout va bien. Il n’y a pas de raison de s’inquiet…

Mais Marlène s’était déjà jetée dans les bras de Loz et s’agrippait à lui en sanglotant bruyamment, ne sachant plus si elle était peinée, terrifiée, soulagée ou choquée. Probablement tout à la fois.

A la grande surprise de la jeune femme, l’argenté ne parut pas déstabilisé le moins du monde par sa réaction et entreprit de consoler la fillette à grand renfort de mots doux et de câlineries - trahissant l’habitude de s’occuper d’un frère plus jeune.

Et, bien sûr, comme c’est toujours le cas lorsqu’un enfant se met à pleurer en présence d’un autre, plus petit, ce dernier ne tarde pas à paniquer et à éclater en sanglots à son tour.

- Tifa, j’ai peur ! pleurnicha Denzel. Je veux pas rester ici !

- Pourquoi, mon coeur ?

- C’est la Shinra qui a fait du mal aux petits garçons et ici, c’est une maison de la Shinra !

- C’était il y a très longtemps, Denzel. Maintenant, c’est Rufus, le patron de la Shinra et il est gentil. Non ?

- Je m’en fiche ! Je veux Cloud ! Lui, il peut nous protéger ! Pourquoi il est pas avec toi ?

Tifa et Loz échangèrent un regard découragé et Marlène leva la tête.

- C’est toi, l’amoureux de Tifa, maintenant, hein ? demanda-t-elle à l’argenté.

- Non ! se récria Denzel sans lui laisser le temps de répondre. C’est Cloud !

- Denzel ! intervint la jeune femme.

- C’est Cloud, l’amoureux de Tifa !

- Non, c’est Loz ! soutint Marlène.

- C’est Cloud ! Et même qu’ils vont se marier un jour !

- Même pas vrai !

- Ca suffit, tous les deux ! s’emporta Tifa. Cloud est mon ami, Denzel, et il n’a jamais été question de mariage ! Qu’est-ce que c’est que cette lubie ?

Le garçonnet sauta du lit et secoua furieusement la tête.

- Non ! T’as pas le droit !

- Quoi ? s’étrangla-t-elle.

- T’as toujours dit qu’un jour qu’on vivrait tous ensemble ! Avec Cloud ! Et qu’on serait une vraie famille !

La jeune femme leva les yeux au ciel.

- Denzel… soupira-t-elle. Que nous hébergions Cloud à Edge ne signifie pas qu’on va se marier lui et moi.

Denzel pointa un doigt accusateur vers Loz.

- Je veux pas de lui chez nous !

Tifa fronça le sourcil, sévère.

- Ce n’est pas à toi de décider, Denzel.

- Tu seras jamais mon père ! cria encore le garçonnet avec toute la rage dont il était capable. Tu prendras pas la place de Cloud, je t’en empêcherai ! Je… Je… Je te tuerai !

- Denzel !

Tifa jaillit du lit et, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, lui administra une fessée retentissante sous le regard éberlué de Marlène, qui s’était blottie contre Loz, terrifiée par les paroles de son ami.

- Excuse-toi tout de suite, Denzel ! ordonna la jeune femme en désignant son amant.

- Je m’excuserai pas ! Il veut prendre la place de Cloud ! C’est un salaud !

- Laisse-le… murmura l’argenté d’une voix blanche en la voyant essayer de calmer le garçon, qui ruait et donnait des coups de pied en tout sens. Les vidéos l’ont choqué et il ne sait plus ce qu’il dit.

- Denzel ! Denzel, calme-toi, mon chéri !

- Lâche-moi !

- Denzel, arrête ! Tu vas te faire mal !

Le garçonnet se dégagea et courut vers la porte, en larmes.

- Je veux que tu crèves, sale enfoiré ! cria-t-il à Loz une dernière fois avant de disparaître en direction de la chambre de Cloud.

Tifa s’adossa au battant et réprima une soudaine envie de pleurer mais Marlène était trop sensible et la connaissait trop bien pour ne pas sentir sa détresse.

La fillette sauta du lit et la rejoignit pour enserrer sa taille de toute la force de ses petits bras.

- Pleure pas, Tifa… S’il te plaît.

Loz détourna le regard pour cacher ses propres larmes, la poitrine soudain si serrée et douloureuse qu’il lui était presque impossible de respirer.

Si le fils adoptif de la jeune femme se mettait à le détester, il savait très bien ce qui se passerait.

Aerith leur avait assez répété : pour une mère digne de ce nom, seuls ses enfants comptent. Pour eux, elle est prête à tout sacrifier. Absolument tout.

En comparaison de Denzel, lui, il n’était rien… Absolument rien.

*

- Reno, reste tranquille !

- Mais puisqu’j'te dis qu’j'ai pas s’meil ! rétorqua le turk en repoussant les draps.

Yazoo, découragé, s’assit sur le bord du lit et soupira.

- Je crois que je te préfère malade plutôt que soûl !

Reno tendit les bras avec un sourire idiot.

- Tu fais un câlin ?

- Non !

- Tant pis, j’le prends quand même !

Il attrapa l’argenté à bras le corps et se laissa tomber sur les draps défaits.

- Reno ! protesta Yazoo en se débattant.

- P’tain ! Qu’est-ce qu’tu sens bon… gémit le turk en enfouissant son visage contre son cou. Ca m’eskite à mort c’t'odeur !

L’objet de ses attentions pouffa et se dégagea de l’étreinte étouffante.

- Tu es ridicule, Reno ! ricana-t-il.

- C’pas des conneries, r’garde !

Le turk exposa la partie concernée et Yazoo lui remonta aussi sec le pantalon.

- Reno !

- Quoi ? On t’a majais dit que t’étais maivrent bandant ?

Reno lui tendit une bouche en cul de poule avec une mimique qui, sous l’effet de l’ébriété, n’avait plus de « sensuelle » que le nom et l’argenté fut pris d’un terrible fou rire.

- Je devrais te filmer pour que tu puisses te voir demain et mourir de honte !

Le turk se renfrogna.

- J’te fais pas d’effet, c’est ça ? J’suis pas assez sesky ?

- Si, Reno, railla l’argenté en riant de plus belle, tu es très « sesky » mais disons que là, tout de suite, ta « seskytude » n’est pas à son top niveau. Ah ! Ah ! Ah !

Il se plia en deux, hilare, et le turk lui agrippa l’épaule.

- Yazoo ? Yazoo !

- Quoi encore ?

- Faut qu’tu t’pousses…

- Hein ?

- Pousse-toi ! cria Reno, plus vert que blanc, en bondissant sur ses pieds pour se précipiter vers la salle de bains, les deux mains sur la bouche.

*

« Accès et passes bloqués, monsieur. » annonça la voix de Tseng dans le haut-parleur du téléphone connecté à la ligne sécurisée du jeune président de la Shinra.

Celui-ci, assis à son bureau dans une sobre robe de chambre de coton, poussa un soupir de soulagement et se tourna vers Cid, qui marchait de long en large dans la pièce.

- Tseng, Shera a-t-elle essayé de se connecter à la base depuis qu’elle est arrivée ? demanda ce dernier en s’immobilisant devant le poste.

« Oui, amiral Highwind. Depuis votre ordinateur. La dernière tentative de connexion a eu lieu… il y a 46 secondes. »

Shalua, assise sur l’un des luxueux fauteuils flanquant le secrétaire massif, tressaillit.

- A quelle base de données a-t-elle voulu avoir accès ? s’enquit Rufus.

« Les fichiers de travail du professeurs Rui, monsieur. Les recherches du laboratoire de Nibelheim. »

- J’en étais sûre ! gémit la jeune scientifique en prenant Cid à témoin.

Ce dernier jura comme un corps de garde et se pencha sur le micro du haut-parleur.

- Qu’a-t-elle eu le temps de voir, Tseng ?

« Rien, amiral. Ses accès avaient déjà été bloqués. »

Tous poussèrent un soupir de soulagement et Rufus alluma une cigarette, que Cid le vit déguster avec envie.

Remarquant son regard, Shalua tendit sa main valide pour la poser sur son bras nu et il sourit en se saisissant du poignet délicat pour le porter à ses lèvres.

« La notification de rupture de contrat est sur votre messagerie, monsieur, et votre avocat vient d’arriver. »

- Passe-le moi.

« Bien, monsieur. »

- Ash ?

« Bonjour, Rufus. Quelle histoire, dis-moi ! »

- Désolé de te tirer du lit d’aussi bon matin, Ash.

« Pas de problème ! »

- Tseng t’a expliqué toute l’affaire ?

« Oui, tout est clair. »

- As-tu aussi tout ce qu’il te faut pour les papiers de divorce ?

« Oui, on vient de me remettre à l’instant le dossier de l’amiral Highwind. Ne te fais pas de souci. Accorde-moi quatre petites heures et, sauf incident, tout sera prêt et en règle pour te débarrasser de cette cinglée. Conseil d’avocat, néanmoins, tu en fais ce que tu veux : tu devrais attaquer cette femme en justice. Ce genre d’individu ne change pas et tu peux être sûr que, tôt ou tard, tu entendras à nouveau parler d’elle.»

- Faisons déjà en sorte qu’elle fiche le camp en douceur. Ce n’est vraiment pas le moment de faire des vagues, Ash, crois-moi.

« C’est toi qui vois. Je me mets au travail tout de suite. Je te recontacte dès que j’ai terminé. »

- Merci encore, Ash. A tout à l’heure.

Il coupa la communication et se tourna vers Cid et Shalua.

- Nous n’avons plus qu’à patienter et à faire comme si de rien n’était en attendant de recevoir les documents.

- Perdre son travail et son mari en même temps… Je ne sais pas comment je prendrais la chose, à sa place, murmura la jeune femme, un peu inquiète.

Cid la rassura d’un clin d’oeil.

- Je me charge de lui annoncer la nouvelle. Avec moi, elle n’osera pas monter sur ses grands chevaux.

Rufus se mordilla la lèvre et frôla du bout des doigts les rapports de l’ancien programme spatial qui encombraient son bureau.

- Quel gâchis…

…à suivre

Cette fanfiction vous a plu ? Laissez un commentaire !

XVII - Réapprendre à vivre

«Dès l’instant où vous aurez foi en vous-mêmes,

vous saurez comment vivre.»

J.W von Goethe

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

En fin de matinée, les hordes de journalistes avaient quitté le manoir et les alentours et Rufus avait à nouveau réuni tout le monde dans la salle de conférences.

- Il est plus que temps de parler du devenir de Sephiroth et de ses frères, disait-il lorsque Vincent entra discrètement dans la pièce.

Pour tous, la nuit avait été peuplée de cauchemars. Le malaise provoqué par les vidéos et les explications de la veille ainsi que le manque de sommeil se lisait sur tous les visages.

Par les hautes fenêtres, le soleil hivernal voilé par d’épais nuages noirs avait peine à éclairer la salle et la lumière faiblarde ne faisait qu’ajouter à l’ambiance lugubre.

- Quelles sont les options ? demanda Barret.

Reeve haussa les épaules.

- Etant donné que, comme nous l’a expliqué le docteur Rui hier, un long moment dans une cuve mako les empoisonnerait, on pourrait soit les plonger dans un coma artificiel jusqu’à ce que les choses se décantent et qu’on y voit plus clair, soit les…

- C’est injuste ! se récria Yuffie, choquée par la proposition. Ils ne sont responsables ni de qu’on a fait d’eux, ni de ce qui est arrivé il y a deux ans, ni de leur récent réveil !

- La petite n’a pas tort, renchérit Cid. Plonger ces garçons dans le coma reviendrait à punir les victimes au lieu des criminels. C’est… totalement immoral. Non, je suis contre.

Les autres membres d’AVALANCHE hochèrent vigoureusement la tête, marquant ainsi leur accord avec Cid.

- Permettez-moi de me faire l’avocat du diable, amiral Highwind, intervint Tseng. Qui nous dit qu’ils ne vont pas se laisser à nouveau dominer par Jenova si nous les réveillons ?

Cloud se tourna vers lui et fronça les sourcils.

- Je crois que personne ne déteste Sephiroth ou ne se méfie de lui et de ses frères autant que moi, Tseng. Malgré moi, crois-le, car je sais aujourd’hui que cette haine est injuste. Mais, bien qu’il soit tout à fait légitime de partager tes craintes et en dépit de mon ressentiment, je pense que Cid a raison. Après ce que j’ai vu hier, nous n’avons pas le droit de leur faire une chose pareille. Ils sont les victimes de Jenova et d’Hojo et il est de notre devoir à tous et de celui de la Shinra de les aider à se reconstruire, à comprendre ce qui leur est arrivé et pourquoi. Et s’ils peuvent, après cela, comme le pensent Aerith et Lucrecia, nous aider à combattre ce qui plane au-dessus de nos têtes et dont nous ignorons la nature pour l’instant, alors nous serons tous gagnants au final.

Vincent se permit un petit sourire aussi satisfait que discret et échangea un regard complice avec Shalua et Reeve, qui se trouvaient aux côtés de Rufus.

Barret se leva, interrogea ses camarades du regard une dernière fois et s’adressa à Rufus.

- Au nom d’AVALANCHE, je vote pour le réveil. Mais c’est à vous et à la Shinra qu’appartient le dernier mot, Rufus. Ils sont sous votre responsabilité, après tout. Ce sont les spécimens d’Hojo.

Tifa et Yuffie sursautèrent, choquées par les derniers mots du chef d’AVALANCHE. Ce dernier s’en aperçut et s’excusa aussitôt.

Rufus consulta Reeve et Shalua du regard puis avança d’un pas.

- Je ne considère pas qu’ils soient sous ma responsabilité mais… plutôt sous ma protection, fit-il d’une voix claire. Ce qu’on leur a fait subir est inhumain, dans tous les sens du terme, et je suis on ne peut plus d’accord avec Cid et Cloud : nous devons les réveiller et les aider à se reconstruire puisque je ne pourrais jamais, hélas, effacer ce que la Shinra leur a fait endurer. (Il se tourna vers Shalua) Shalua, vous et Vincent avez carte blanche pour mettre en place le protocole de réanimation et de réintégration de J8, J9 et J10. Quant à J1, je m’en remets entièrement à vous pour les soins et le traitement jusqu’à son réveil.

La scientifique pivota en direction de Vincent, qui rejeta sa cape rouge derrière ses épaules.

- Ces protocoles ne seront pas nécessaires, Rufus, dit-il. Et, pour commencer, si tu considères vraiment ces garçons comme des êtres humains, appele-les par leur nom plutôt que par des numéros de série. Ils se nomment Sephiroth, Kadaj, Yazoo et Loz Hojo.

Si un autre homme s’était adressé à lui de la sorte, Rufus lui aurait fait ravaler ses paroles sur le champ mais Vincent était… Vincent.

Le jeune président reçut donc la remontrance comme une gifle mais la digéra. Il l’avait méritée.

- Simple habitude, Vincent. Désolé.

Ce dernier accepta les excuses avec un sourire amène, ouvrit la porte monumentale donnant sur le couloir et fit signe à Merill, qui attendait là.

L’assistant de Shalua invita gentiment ses trois étranges compagnons tout de cuir noir vêtus à entrer dans la salle de conférences, provoquant des exclamations tonitruantes de la part de toutes les personnes présentes et de violents mouvements de recul ou de protection instinctive.

Cid ne put retenir un juron, Rufus porta la main à son holster par réflexe, Cloud sentit son sang geler dans ses veines et Elena se blottit avec un petit cri affolé contre un Tseng qui avait soudain blêmi et refermait déjà la main sur le pistolet qu’il portait au côté.

Tifa, elle, était comme paralysée dans une gangue de glace et crut que son coeur allait s’arrêter de battre.

- Vincent ! s’écria Rufus. Qu’est-ce que ça signifie ?

Ils étaient là, tous les trois, comme sortis d’un cauchemar, identiques à ce qu’ils étaient la dernière fois que chacun avait pu les voir : avec leur peau si blanche qu’elle en paraissait bleutée, leurs cheveux comme du mercure, leurs grands yeux félins brillants de mako et leurs corps vigoureux gainés de cuir, puissants et dangereux comme des lames d’acier trempé dans leurs fourreaux.

Identiques ? Non, pas tout à fait, nota Tifa.

Leurs éternels sourires suffisants ou sarcastiques s’étaient effacés de leurs lèvres sensuelles, leurs grands yeux félins fixaient le sol avec anxiété et leurs poitrines se soulevaient comme celles d’animaux pris au piège.

« Ils sont terrifiés » réalisa-t-elle, estomaquée.

Et le plus surprenant était sans doute le violent et imprévisible Kadaj, qui n’avait plus rien du garçon qu’elle avait entrevu sur les toits en ruine, à Midgar, combattant Cloud avec acharnement.

Une fois annihilée l’emprise de Jenova sur lui, le garçon paraissait être redevenu le petit benjamin de la fratrie et se pressait, en quasi état de choc, contre Yazoo.

Il était si crispé que la jeune femme pouvait presque l’entendre haleter.

Loz, en revanche, semblait avoir repris le rôle qui avait toujours été le sien avant la fuite du laboratoire et qu’elle l’avait vu tenir dans les vidéos : celui de l’aîné chargé de protéger ses cadets.

Malgré son anxiété, il fit d’ailleurs un pas en avant et se plaça devant ceux-ci, bien droit, poings serrés, les jambes souples légèrement écartées, prêt à faire un rempart de son corps athlétique entre ses frères et les personnes présentes dans la salle de conférence.

On devinait les muscles de ses bras et de sa large poitrine - en partie découverte par l’échancrure de son blouson - tendus à craquer sous le cuir encore neuf.

Il balaya l’assistance du regard, à l’affût du moindre signe d’animosité, et finit fatalement par croiser celui de Tifa, qu’il reconnut aussitôt.

Il tiqua, fronça les sourcils et un pli vertical lui barra le front.

La jeune femme, elle, détourna les yeux, rouge de confusion et le coeur battant, incapable de le regarder en face après son comportement inavouable de la nuit précédente…

Profiter de l’inconscience d’un homme pour le toucher… Quelle humiliation !

Pourquoi, mais pourquoi s’était-elle laissée aller de la sorte, à caresser ces bras satinés et cette poitrine si dure, qu’elle venait d’apercevoir à nouveau par l’échancrure du blouson ? Mais qu’est-ce qui lui avait pris, bon sang ! Pourquoi diable fallait-il qu’elle connaisse à présent la douceur et le parfum de sa peau ? Cette fragrance sucrée exhalée par son corps tout entier…

Oh, par le ciel ! Ce parfum…

Elle en ressentait encore les effets, comme s’ils devaient persister durant des jours en l’absence de tout contact.

« Et s’il n’était pas totalement inconscient ? S’il s’était aperçu de quelque chose ? » se demanda-t-elle alors, totalement affolée. « Oh, non… Quelle honte ! »

N’avait-il pas réagi à la douleur lorsqu’elle avait touché la perfusion par mégarde, après tout ? Et la tendre peau son sein… ne s’était-elle pas hérissée, son petit téton rose n’avait-il pas durci lorsqu’elle l’avait par inadvertance caressé de son souffle et de ses cheveux ? Son ventre souple ne s’était-il pas contracté lorsqu’elle avait glissé ses doigts écartés dans les profonds sillons creusés par les carrés de ses muscles abdominaux ?

Sa rougeur monta d’un cran dans les pourpres et ce fut un discret pincement de Yuffie qui tira de ses pensées.

- Ca va ? demanda son amie.

Tifa sursauta.

- Oui. Oui, oui, bien sûr.

Elle prit son courage à deux mains pour relever la tête, priant silencieusement pour trouver le courage d’affronter le regard transperçant vert mako mais Loz et son jumeau s’entretenaient à voix basse avec Vincent, Rufus, Barret et Reeve.

Shalua avait aussi rejoint les trois frères et se tenait aux côtés de son cher Yazoo baby et de Kadaj, protectrice.

- Qu’est-ce qui se passe ? demanda Tifa à Yuffie.

Celle-ci écarquillé les yeux.

- Bah ! T’as pas entendu ?

- Je… bredouilla-t-elle, plus cramoisie que jamais. Non, je… J’étais perdue dans mes pensées.

- Vincent, Shalua et Reeve les ont réveillés cette nuit, apparemment, craignant que certains préfèrent les plonger dans le coma, voire le mako ! Oh, là… Il n’a pas l’air d’aller bien, lui…

- Hein ?

Tifa entendit Shalua et Yazoo pousser un cri et se tourna à temps pour voir Kadaj tomber dans les bras de Loz, ce qui provoqua un petit mouvement de panique.

La jeune scientifique se pencha sur lui et l’ausculta rapidement.

- Ce n’est rien, ce n’est rien… rassura-t-elle tout le monde. Il est juste évanoui. Ils sont encore éprouvés par leur réveil, l’entendit-elle dire à Rufus. Et cette nuit a été vraiment très difficile pour eux.

- Qu’ils se reposent. Nous reprendrons cette conversation plus tard.

Vincent se pencha discrètement à l’oreille du jeune président de la Shinra, pour que les argentés n’entendent pas.

- Pas en bas, chuchota-t-il. Je t’en prie. Ils ne sont plus des rats de que l’on enferme à double tour dans un laboratoire en sous-sol.

Rufus hocha la tête et sourit avant de faire signe à Reeve et à un domestique.

- Telle n’a jamais été mon intention, Vincent, rassure-toi.

Derrière eux, les membres d’AVALANCHE ainsi que Tseng et Elena, contrôlaient difficilement leur impatience en essayant de saisir quelques bribes de ce qui se disait à une dizaine de mètres d’eux.

Cid et Cloud se dévisagèrent, sceptiques.

- Tu comprends ce qui se magouille, toi ? demanda Cid. Tu me rassures…

- L’un de vous aurait vu Reno et Rude depuis hier soir ? s’enquit inopinément Tseng en venant vers eux, son téléphone portable à la main.

Le pilote secoua la tête.

- Ils ne devaient pas surveiller le labo, en bas ? s’enquit Cloud.

- Si, justement. Et leur téléphone est sur messagerie.

- Ils se carapatent ! s’écria Yuffie en voyant Shalua, Vincent, Rufus et Reeve disparaître en compagnie des trois argentés et de la gouvernante du manoir.

Barret se tourna vers eux et fit signe de baisser d’un ton.

- Je vais tout vous expliquer, du calme !

XoXoXoX

Dans l’infirmerie, fermement soutenu par Rude, Reno n’en finissait pas de rendre ses boyaux.

- Oh… Bordel de merde… gémit-il. Mais qu’est-ce qu’il y avait, dans cette fichue seringue ?

Merill, de plus en plus inquiet, lui tendit une boîte de serviettes en papier et une lingette humide.

- Rien qui puisse avoir cet effet, je vous assure. Regardez votre collègue. Je n’ai jamais entendu parler d’effets secondaires de ce genre sur qui que ce soit.

- Ah, non ? Ouah… super, railla le turk en s’essuyant la bouche. T’entends ça, Rudo ? Je suis l’exception qui confirme la règle, quel pied !

Un nouveau haut-le-coeur lui contracta l’estomac et il vomit un nouveau jet de bile.

- Reno, intervint Rude, tu avais déjà commencé à te vider hier soir. Je ne crois définitivement pas que soient les vidéos ou ce fichu sédatif qui te mettent dans cet état.

- Si vous le permettez, je vais faire quelques analyses, proposa Merill. Votre ami a raison, ce n’est vraiment pas normal.

Il préleva un peu de bile sur un coton-tige et prépara de quoi faire une analyse sanguine.

- Ah non ! se récria Reno. Je veux bien pisser dans un gobelet ou cracher sur autant de cotons-tiges que tu voudras, p’tit gars, mais les prises de sang, t’oublies tout de suite !

L’assistant de Shalua leva les yeux au plafond.

- Ne faites pas l’enfant et relevez votre manche !

- Hors de ques… Ah…

Un nouveau spasme particulièrement violent le saisit et le laissa pantelant, appuyé contre son compère.

- Un prélèvement sanguin ne sera peut-être pas nécessaire, en fin de compte… murmura Merill, soudain très pâle.

- Merde, Reno, tu nous fais quoi là ? demanda Rude, aussi blême que le jeune homme.

Reno releva péniblement la tête, un désagréable goût métallique dans la bouche, et s’aperçut que l’évier sur lequel il était penché était éclaboussé d’écarlate.

…à suivre

Cette fanfiction vous a plu ? Laissez un commentaire !

XVI - Revue de presse

«L’information exposée dans les circonstances

les plus choquantes est celle dont le public se

souviendra le plus longtemps.»

Aristote

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Il était neuf heures du matin.

Une grande tente de réception avait été dressée dans le parc du manoir Shinra à l’aube et, derrière les grilles, les journalistes non accrédités regardaient leurs collègues plus chanceux prendre place sur les chaises pour attendre la conférence de presse qui ne devait plus tarder.

Le service de sécurité avait de quoi impressionner, tous les officiers étaient sur les dents et un hélicoptère survolait le site en permanence.

Un peu à l’écart, cerné d’une cohorte de gardes du corps, Rufus s’entretenait avec Reeve et Tseng en essayant de ne pas frissonner malgré le froid.

- La voilà ! annonça ce dernier en voyant venir Shalua.

Le chef de la WRO la fixa avec inquiétude, soucieux de sa mine étrangement pâle mais la jeune femme lui adressa un clin d’oeil et un sourire discrets, signe que tout s’était très bien passé.

Reeve se permit un petit soupir et se détendit un peu.

- Pardonnez-moi, monsieur le président, s’excusa la jeune femme. Je donnais les dernières consignes à mon assistant.

- Comment vont vos patients, docteur Rui ? s’enquit Rufus.

- Ils dorment tranquillement, monsieur, mentit-elle avec un talent consommé, au grand amusement du chef de la WRO. Vincent, Reno et Rude sont avec Merill.

- Parfait. Et notre « Sephiroth » mourant ?

- Nous l’avons installé à l’aube avec de faux médecins au rez-de-chaussée, monsieur, l’informa Elena. Dans une pièce réaménagée en infirmerie.

- Parfait. Nous pouvons donc y aller. Tout le monde est prêt ? Bien. C’est donc parti pour la grande représentation !

Reeve lui fit signe de passer devant avec un sourire.

- A vous l’honneur du lever de rideau !

Rufus s’avança entouré de ses gardes du corps, de Tseng et d’Elena, et le chef de la WRO resta un peu en retrait pour se pencher discrètement à l’oreille de Shalua.

- Alors ? chuchota-t-il.

- Ca marché.

- Comment ont-ils réagi ?

La jeune femme se rembrunit.

- Pire que je croyais. Ils sont totalement déboussolés.

- On le serait à moins… Se sont-ils montrés violents ?

- Au contraire. Lorsque je suis remontée, ils étaient pour ainsi dire en état de choc. Vincent fait ce qu’il peut mais je suis inquiète. Reeve, ils font vraiment pitié à voir. Il va leur falloir un moment pour encaisser ce qu’ils viennent d’apprendre.

- Ca va aller, j’en suis certain. Ce sont de solides gaillards qui ont connu bien pire.

- Oh, tu n’as pas idée… As-tu vu les vidéos ? Toutes les vidéos ?

Il hocha la tête et grimaça.

- Ce sont mes hommes qui ont trouvé l’intégralité des archives des projets Jenova II et III dans les labos du Deepground, l’an dernier. Vincent ne te l’a pas dit ?

- Non, je l’ignorais.

- Qu’avez-vous fait de Reno et de Rude, au fait ?

Shalua sourit.

- Dans les vapes. Ils vont avoir une sacrée migraine au révei…

Reeve lui pinça discrètement le bras et elle se tut.

Une équipe de télévision venait vers eux, guidés par Tseng, qui leur montrait où installer leur matériel.

- Oui, nous allons faire le nécessaire, ne vous en faites pas, docteur Rui, fit le chef de la WRO d’une voix claire. Mon Dieu, quelle tragédie ! Pourvu qu’il tienne le coup…

- Je suis très inquiète, commandeur. Il faut le transférer à Edge le plus vite possible.

- Oui, je comprends. Vos confrères le tiennent-ils prêt ?

- Bien entendu.

Sous des dehors décontractés, feignant ne s’intéresser qu’aux réglages de leurs caméras et de leurs micros, les journalistes, comme l’escomptaient Reeve et Shalua, ne perdaient pas une miette de leur conversation…

***

Dans le grand salon, où les domestiques avaient servi un copieux déjeuner, les membres d’AVALANCHE avaient les yeux fixés sur un grand écran de télévision.

La conférence de presse de Rufus et de Reeve était retransmise en direct par les plus célèbres chaînes.

Avec le plus grand sérieux, le jeune président de la Shinra expliquait que, lors d’une inspection de routine, des hommes du Soldat étaient tombés sur un petit laboratoire secret désaffecté installé dans les locaux de l’ancien réacteur.

- Mais combien ils sont, là-dehors ? s’écria Yuffie en regardant discrètement par la fenêtre. C’est dingue !

- C’est le moment des questions/réponses ! prévint Cloud.

- L’heure de vérité, commenta Barret. Espérons que les vautours mordent à l’hameçon et dégagent le plancher…

- Reeve a fait courir le bruit depuis l’aube, le rassura Tifa. Ce serait bien le diable qu’il n’y en ait pas un qui relève !

- Monsieur Shinra, demanda un journaliste, est-il vrai que l’on a retrouvé des corps humains dans ce laboratoire ? Ces hommes ayant subi des expériences de clonage ?

Cid fit claquer ses paumes l’une contre l’autre, moqueur.

- Ils ont mordu !

Rufus feignit le plus grand embarras.

- J’ignore qui vous a fourni ces informations mais… bien que nous n’ayons pas encore eu le temps d’examiner tous les détails, il semblerait que ce soit bien le cas, oui.

Des exclamations aussi surprises que ravies agitèrent les rangs des journalistes.

- Quels chacals… cracha Barret, méprisant.

- Monsieur Shinra, le héla une jeune femme brune en tailleur trop cintré. Est-il vrai que plusieurs d’entre eux étaient encore conservés dans le mako et… vivants ?

Rufus feignit l’étonnement et, comme si une information capitale avait été divulguée sans son accord, il se tourna brutalement vers Reeve et Tseng, qui haussèrent épaules avec des mines anéanties.

- Il ne… Il n’y en a qu’un, en fait, admit le jeune président comme à regret. De vivant, s’entend.

Quelques journalistes s’entreregardèrent et l’excitation flamba dans leurs prunelles. La rumeur était donc fondée !

Un quinquagénaire se leva à son tour et, avec toute l’assurance que donnent des années de métier, apostropha à son tour Rufus.

- Monsieur le président, salua-t-il aimablement d’une voix moelleuse, comme s’il se délectait par avance de chaque mot qu’il allait prononcer. Peter Bloom, de Planet News Channel. Est-il exact que ce survivant ne serait autre que… le général Sephiroth en personne ?

Des cris de surprise retentirent dans les rangs de ses confrères et il se pourlécha les babines en voyant Rufus reculer d’un pas, comme si on l’avait frappé.

- Il mériterait un prix de comédie ! commenta Tifa, en se resservant du café.

- Est-il vrai, monsieur le président, reprenait le journaliste, accusateur, qu’il était séquestré dans ce laboratoire depuis près de neuf ans ? Neuf ans, monsieur le président ! Qu’à l’insu de tous, poursuivit-il en élevant la voix au milieu des cris surpris et des exclamations, un savant de la Shinra - de votre compagnie, monsieur le président - a pratiqué sur l’un des plus grands héros de notre planète les pires atrocités dans le but de le cloner ? Est-il exact, monsieur le président, insista-t-il, dramatique, en montant encore d’un ton, que c’est l’un de ces clones ratés créés par un savant fou de votre père qui a failli réduire notre planète à l’état de poussière en en faisant la cible d’un météore il y a ce cela un peu plus de quatre ans ?

Rufus feignit l’abattement le plus total et le reporter se rengorgea au milieu d’une pagaille sans non de journalistes qui s’étaient levés et parlaient tous en même temps.

Tseng s’avança et les services de sécurité resserrèrent les rangs autour de la tente.

- Du calme, mesdames et messieurs les journalistes ! fit-il d’une voix forte. S’il vous plaît ! Rasseyez-vous ou nous serons contraint d’interrompre cette conférence de presse !

Il fallut quelques minutes pour qu’un semblant de calme règne à nouveau sous le chapiteau de toile.

- Nous avons pour devoir d’informer les habitants de cette planète, monsieur le président, pérora à nouveau le reporter quinquagénaire. Et au nom de ce droit à l’information, je vous somme de répondre à mes questions.

Rufus prit une profonde inspiration et hocha la tête en reprenant place devant le micro.

Un silence total se fit dans les rangs des journalistes, pendus à ses lèvres.

- Soit, monsieur Bloom, murmura Rufus. J’ai cru pouvoir gagner du temps mais j’avais tort. Je sais m’incliner devant un adversaire de valeur. Je ne sais d’où vous tenez ces informations mais… elles sont on ne peut plus vraies.

Un enthousiasme presque hystérique éclata parmi les journalistes et le reporter quinquagénaire se gonfla à tel point de fierté que Reeve le crut que le point d’éclater.

- Si vous me le permettez, monsieur le président, je vous dirai modestement que c’est moins le talent que l’expérience qui permet à de vieux briscards comme moi de dénicher une source fiable. Aussi sais-je également, précisa-t-il, magnanime, que vous n’êtes personnellement impliqué en rien dans cette sordide affaire de clonage.

- Non mais quel gros naze ! explosa Yuffie devant l’écran de télévision. Pour qui il se prend, ce gros crétin bouffi ?

Cid ricana.

- Crétin ou pas, il n’a pas marché, il a couru ! Et, pour l’instant, c’est tout ce qui compte. Vivement que ces requins fichent le camp !

Barret ne put s’empêcher de grimacer.

- Gonflé, quand même, cette histoire de clonage. Le grand héros réhabilité ! Quel cirque !

- Tu préfères que la foule déchaînée mette à sac le manoir et les installations publiques pour pouvoir lyncher monsieur « ex-cauchemar » , dresseur de météores ? railla le pilote. Et s’ils ont vent de l’existence des trois autres, je t’en parle même pas ! Bonjour l’émeute ! Plus tôt ils s’en iront, mieux cela vaudra, crois-moi !

Le chef d’AVALANCHE acquiesça malgré lui.

Cid avait raison et il le savait parfaitement.

- Et, à bien y réfléchir, ce n’est pas tout à fait faux, cette histoire de clonage, lui rappela Tifa.

Yuffie la dévisagea, les poings sur les hanches.

- Pour Aerith, O.K., fit-elle, mais ton père, la mère de Cloud et Zack ? C’était pas des clones. Si ? Ou alors j’ai rien compris ?

Son amie se raidit, pâle comme la mort.

- Yuffie, bon sang de bois ! la tança Cid. Dans le genre délicat, tu te poses là, toi !

Tifa lui pressa l’épaule, rassurante.

- Ca va, Cid, t’en fais pas.

- Zack, ce n’est pas Sephiroth, Yuffie, mais les miliciens de la Shinra, répondit Cloud. Quand à nos parents, à Tifa et à moi…

Il s’interrompit, la gorge serrée, bien conscient au fond de lui que Jenova était la seule à blâmer mais ne pouvant s’empêcher d’en vouloir à Sephiroth de s’être laissé dévorer par elle.

- Sephiroth n’était plus lui-même, Yuffie, le secourut son amie d’enfance. Vincent nous l’a expliqué en long, en large et en travers, tu as déjà oublié ?

- Eh, regardez, prévint Barret. L’acte deux commence ! Entrée en scène du robot trembleur…

Les yeux fixés sur l’écran, il regardait Reeve se pencher à l’oreille de Rufus et lui désigner un homme en blouse blanche qui avait accouru jusqu’à la tribune,

- Mesdames et messieurs les journalistes, annonça Rufus d’un air dramatique après avoir feint de s’entretenir avec le faux médecin et Shalua. Je sais que ce n’est pas l’endroit pour ce genre de choses mais… S’il y a parmi vous un donneur de sang O négatif, nous… nous lui serions reconnaissants de se faire connaître.

Le jeune journaliste du début se leva.

- Est-ce que… Est-ce que ce sang est pour le général Sephiroth, monsieur Shinra ?

Rufus acquiesça.

- En effet. Nous devons le transférer d’urgence en soins intensifs à Edge et…

- Moi ! fit une jeune femme blonde au fond de la tente. Je suis O négatif !

- Le ciel soit loué ! s’écria Shalua avec un talent consommé de comédienne. Venez avec moi, mademoiselle !

- Puis-je prendre ma caméra ? demanda-t-elle.

Tifa faillit s’étouffer d’indignation devant l’écran et Cid jura.

- Mais quels rats, ces gens ! J’y crois pas !

Shalua se tourna vers Tseng et celui-ci hocha la tête en signe d’accord.

- Venez, mademoiselle ! Vite !

La journaliste, n’osant croire à sa bonne fortune, se saisit de sa petite caméra portable et se précipita derrière la jeune scientifique en direction du manoir.

***

« Pourquoi ne leur as-tu pas parlé, mère ? »

« Elle m’en a empêché… »

« Je suis désolé. »

« Aerith leur a parlé en mon nom. Mes fils… J’aurais tant aimé pouvoir vous réconforter un peu… »

« Mère ? Mère ! Mère, qu’est-ce que tu as ? Je te sens faiblir. »

« Rien, amour… Je suis juste un peu… lasse. »

« Ils sont si désemparés… Sens-tu leur désarroi, mère ? »

« Jusqu’au fond de mes entrailles… Jusqu’aux tréfonds de mon âme… »

« Cette confrontation t’a épuisée, n’est-ce pas, mère ? Est-elle donc encore si puissante ?»

« Oui mais pourquoi ? Pourquoi ! Pourquoi ! Pourquoi ! D’où tire-t-elle sa puissance ? Je ne comprends pas…»

« Elle rôde autour d’eux, mère… Je la sens. Elle va se nourrir de leurs doutes et de leur désespoir pour tenter de les reprendre, n’est-ce pas ? »

« Jamais, maudite soit-elle ! Jamais je ne la laisserai faire ! Et Vincent et Aerith non plus ! Je te le jure, mon fils, je te le jure ! »

« Si seulement je n’étais pas aussi faible… Pardonne-moi, mère… Pardonne-moi… »

« Tu n’y es pour rien, amour. Pour rien du tout. »

« Et dire qu’ils sont si près… La moindre de mes cellules frémit à la proximité de leurs corps tendres… Quelques pas à peine et je pourrais les toucher. Les prendre dans mes bras… Oh, mère… Pourquoi ne l’ai-je pas fait lorsque j’en ai eu l’occasion et que je le pouvais encore… J’aurais pu les serrer dans mes bras, les rassurer, et je ne l’ai pas fait… »

« Ne te torture pas, mon fils. »

« Pardon, mes frères, mes fils, mes autres moi-même… Je ne peux pas vous protéger… Je n’en ai pas la force… Pardon… Pardon… »

***

Sur toutes les télévisions de la planète, les mêmes images étaient diffusées et des attroupements monstrueux se créaient devant les vitrines des magasins de vidéo et d’électroménager.

Devant les écrans, tous écarquillaient les yeux, n’osant croire les informations que ceux-ci leur renvoyaient. Pourtant, l’évidence était là, sur cette civière et sous ce drap blanc, une aiguille de transfusion dans le bras et une nuée de médecins s’agitant autour de lui.

- Oui, Jim, ce sont bien les premières images du général Sephiroth, que j’ai prises moi-même il y a à peine cinq minutes ! disait la jeune reporter qui, malgré le froid, gardait la manche relevée pour que chacun puisse voir le pansement qu’elle portait au bras.

- Avez-vous pu lui parler, Khali ?

- Hélas non, Jim, car, comme vous pouvez le voir sur ces images, il n’est vraiment pas en état de parler. J’ai néanmoins pu lui tenir la main durant tout le temps qu’à duré le prélèvement du sang qui aidera peut-être à lui sauver la vie, du moins je l’espère de tout coeur, ajouta-t-elle avec une intensité dramatique digne des plus sordides tabloïdes.

- Reeve devrait lancer une gamme de poupées Sephiroth grandeur nature ! proposa Cid, toujours assis devant l’écran de télévision du manoir Shinra. Je suis sûr qu’il ferait un carton !

- Cid ! grimaça Tifa. Tu es… dégoûtant !

- Je sais qu’il doit être très pénible pour vous de revivre ces instants, Khali, mais je me dois, au nom de nos téléspectateurs de vous poser la question : qu’avez-vous ressenti alors que vous étiez près de lui, Khali, et que vous serriez sa main dans la votre ?

La journaliste refoula une larme imaginaire et prit une profonde inspiration.

- De la révolte, Jim ! Une terrible révolte. Essayez d’imaginer ce que cet homme, ce grand héros du Soldat, a dû subir durant ces années de tortures horribles ! Si vous l’aviez vu comme moi je l’ai vu, Jim, si vous aviez pu tenir sa main glacée, c’était vraiment… bouleversant !

Cloud fit vibrer ses lèvres, effondré.

- Mais quelle bande de clowns !

- Chut ! le tança Yuffie. C’est trop drôle !

- Nous vous comprenons, Khali. Pensez-vous qu’il ait senti votre présence ? Est-il au moins conscient de ce qui se passe autour de lui ?

- Je pense que oui, Jim, car, pendant que je lui tenais la main, il l’a serrée à plusieurs reprises, comme pour chercher un soutient ou un réconfort pour faire face à ses horribles souffrances. J’espère avoir pu lui transmettre à travers ce simple geste amical un peu de l’affection et la reconnaissance que tous les habitants de cette planète ont pour ce Soldat extraordinaire.

Les membres d’AVALANCHE ne purent retenir un éclat de rire.

- Tu vois ? Un carton, que ça ferait, je te dis ! martela Cid avec un clin d’oeil à Tifa, qui lui rétorqua par une moue rebutée.

- Attendez ! Pardonnez-moi de vous interrompre, Jim, mais ça y est ! Comme vous pouvez le voir sur ces images, les médecins sont enfin en train de faire monter le général Sephiroth dans l’hélicoptère sanitaire !

- Il doit être transféré à Edge, c’est bien ça ?

- Oui, Jim. Comme vous avez pu le voir, il a besoin de soins intensifs urgents et le charmant village de Nibelheim n’est pas équipé de ce genre de structure. Moi et mon équipe allons d’ailleurs vous laisser pour prendre nous-mêmes immédiatement la route de Edge afin de vous tenir informés en temps réel de l’état de santé du général. C’était Khali Vasetti, en direct du manoir Shinra de Nibelheim pour Channel 7.

***

Au sous-sol du manoir, Reeve, qui s’était discrètement éclipsé, frappa à la porte du laboratoire avec, à la main, un sac de sport que l’un de ses hommes venait de lui apporter en urgence.

- Vincent ? chuchota-t-il. C’est moi, Reeve. Le colis est arrivé.

La porte s’entrouvrit pour laisser apparaître la tête de Merill. Derrière lui, on pouvait entendre des pleurs déchirants et des voix douces.

- Tout va bien ? murmura le chef de la WRO.

L’assistant de Shalua sourit et haussa les épaules.

- Autant que faire ce peut. Le plus jeune craque complètement. Vous l’entendez ?

- C’est Kadaj, ça ? J’aurais pourtant cru que c’était lui le plus solide.

- C’est aussi ce que pensait Vincent mais non. Il est complètement paumé.

Reeve lui tendit le sac de sport.

- Tiens, mon garçon. Ca vient d’arriver.

- Déjà ? Votre personnel a fait vite.

- Je ne garantis pas l’exactitude au centimètre près mais ils auront au moins l’impression de quelque chose de familier. Ca les rassurera un peu.

- Merci, Reeve.

- Je dois remonter. On ne sait jamais. Ce n’est pas le moment que quelqu’un débarque ici. Ca va aller ?

- Oui, Vincent contrôle parfaitement la situation.

- Tant mieux. A tout à l’heure, dans ce cas. Je vais réunir tout notre petit monde dans la salle de conférences et je vous fais signe dès que tout est prêt.

- Ca marche.

Reeve disparut dans l’escalier et Merill repartit dans le laboratoire en sortant vêtements et bottes de cuir noir du sac de toile.

…à suivre

Cette fanfiction vous a plu ? Laissez un commentaire !

XIV - Le jugement des innocents

« A la question : « est-il coupable ? », il faudrait

en ajouter une autre : « est-il incorrigible ? ». »

J. Joubert

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Dans la salle de conférence, que Vincent, Reno et Rude avaient quittée pour se précipiter à la suite de Shalua, au sous-sol, Rufus était resté seul face à un auditoire silencieux et profondément choqué.

Il sourit aimablement, apaisant, et chercha des yeux un soutien, un regard amical ou même un petit hochement de tête courtois mais ce furent des oeillades accusatrices ou soupçonneuses qui lui répondirent.

Et il n’avait aucun mal à en saisir la raison…

- J’ignorais ce qui se passait dans le cratère nord, assura-t-il d’une voix sans timbre. Je vous en donne ma parole.

Barret croisa les bras sur son imposant poitrail, méfiant.

- Ah oui ? Et qui finançait les recherches ? D’où étaient supposés sortir les crédits mirobolants dont a parlé Shalua ?

Rufus croisa le regard de Tseng qui, bien que dépourvu d’animosité, n’en attendait pas moins une réponse.

- Vous ne nous avez pas envoyés là-bas par hasard pour récupérer la tête de Jenova, intervint Elena. Vous saviez qu’ils s’étaient échappés !

- Non ! se récria Rufus. Je vous jure que non ! C’est vrai, je savais qu’une importante quantité de cellules de Jenova se trouvait dans le laboratoire du cratère nord et j’avoue que, dès que j’ai eu vent d’un problème, il m’a semblé urgent d’aller les récupérer. Mais, bon sang, c’était loin d’être le seul labo à posséder des souches primaires ! Plusieurs centres de recherche travaillaient alors sur les cellules de Jenova pour trouver une solution aux géostigmates ! Jamais, Ô grand jamais, je n’aurais accepté de cautionner les horreurs que nous venons de voir, encore moins de les financer !

- Qui affectait les capitaux, alors ? insista Cid. Qui signait le déblocage des fonds ?

- Personne n’avait besoin de les signer ! Les crédits de recherche avaient été alloués par mon père il y a des décennies, en même temps que des centaines d’autres, et le conseil d’administration les reconduisait année après année. Est-ce que… Est-ce que vous avez ne serait-ce qu’une idée du nombre de projets que la Shinra avait en cours, au décès de mon père, à commencer par cette saleté de Deepground ? Des dizaines de millions de gils étaient engloutis chaque année dans la recherche et la sécurité ! A Je ne…

- Attendez, attendez un instant, le coupa calmement Tseng. Comment ça : « c’était loin d’être le seul labo à posséder des souches primaires » ?

La question, et surtout ce qu’elle impliquait, fit désagréablement frissonner toutes les personnes présentes.

- Est-ce que… commença Cid. Est-ce que ça signifie que toutes les cellules de Jenova n’ont pas été détruites ?

Cloud se redressa lentement, dans une sorte d’état second, et fixa Rufus comme s’il le voyait pour la première fois.

- Au réacteur, Sephiroth n’a pris que la tête de Jenova… réalisa-t-il avec effroi. Cid, Sephiroth n’a pris que sa tête !

- C’est bien sa tête, que nous avons récupérée au cratère nord, ce jour-là, acquiesça Elena. Ou du moins ce qu’il en restait, précisa-t-elle avec dégoût.

Barret se leva à son tour et fit jouer les articulations de sa main mécanique avec un rictus haineux.

- Où est le reste du corps ? demanda Cid en s’avançant vers le jeune président de la Shinra, menaçant.

Ce dernier lança un regard suppliant à Tseng et à Elena mais ceux-ci ne firent pas mine de bouger un orteil. Ils avaient risqué leur vie pour récupérer la tête de Jenova, subi les pires tortures pour la garder à l’abri et voulaient des réponses.

- OU, BORDEL ?! hurla le pilote au visage de Rufus en le voyant détourner la tête.

***

Dans l’infirmerie, la panique était totale.

Shalua et son assistant essayaient désespérément de faire respirer Yazoo sous les regards inquiets de Reno et Rude qui, envoyés pour remplacer les hommes toujours en faction dans le couloir, n’osaient pas esquisser un geste.

Vincent, le visage défait, surveillait la machine qui contrôlait les fonctions vitales de l’argenté.

- Je n’y arrive pas ! cria Merill en essayant d’introduire une tubulure de plastique rigide dans la gorge de Yazoo. Les convulsions ont contracté le larynx. La trachée est totalement fermée !

Shalua jeta un oeil à l’écran de contrôle.

- Une minute et quarante secondes… annonça-t-elle.

- Shalua, ça ne passe pas ! Il est en train de s’étouffer !

Vincent repoussa le jeune assistant affolé et s’accroupit derrière le lit de l’argenté, dont il tira la tête en arrière jusqu’à faire ressortir la pomme d’Adam comme une grosse écharde.

- Allez, ouvre-moi ce larynx, Yazoo… siffla-t-il entre ses dents en essayant de faire passer le support du tube de force. Ce n’est pas le moment de faire l’idiot, bon sang, ouvre !

Peine perdue.

- Merill, va me chercher un kit de trachéo ! ordonna Shalua en maudissant son bras amputé.

- Mais…

- Maintenant !

- Non ! intervint Vincent. Attends encore ! Je vais y arriver… Je vais y arriver…

- Une minute cinquante-deux, Vincent ! Je ne peux pas attendre ! Merill !

Le turk repositionna la tête, ouvrit grand la mâchoire et essaya d’introduire le tube à nouveau. Sans succès.

- Malédiction !

- Deux minutes douze ! Shalua ! supplia Merill en tendant un scalpel à la jeune femme.

- Vincent, tiens-lui la tête, ordonna-t-elle.

- Non ! J’y suis presque !

- Merde, tu vas pas lui ouvrir la gorge comme ça ! se récria Reno en s’avançant. C’est pas un goret !

- Reno… intervint Rude en le repoussant.

- Putain, il en a pas déjà assez bavé comme ça, tu trouves ?

- Elle sait ce qu’elle fait, Reno !

- Vincent ! supplia la jeune femme.

- Deux minutes vingt cinq sans respirer, Shalua ! avertit son assistant. Le coeur va lâcher !

- Vincent, je dois y aller !

- Non !

Elle inspira un grand coup, affermit sa prise et posa la pointe la lame à la base de la gorge de Yazoo.

Le fil entama la peau, une goutte de sang perla et…

- Ca y est ! s’écria Vincent en plaçant la tubulure.

Shalua leva le scalpel aussitôt et son assistant de hâta d’introduire le tube du respirateur dans le support rigide jusqu’à la moitié de la trachée.

Très vite, la poitrine se souleva et s’abaissa à plusieurs reprises à un rythme régulier.

- C’est bon, on le tient… murmura Merill, le regard fixé sur l’écran de contrôle.

Vincent, Reno et Rude laissèrent échapper un profond soupir de soulagement et la jeune scientifique se pencha sur son patient pour lui caresser maternellement le front et les cheveux.

- Ne me refais plus jamais un coup comme ça, Yazoo baby… Plus jamais, tu m’entends ?

Reno ricana.

- « Yazoo baby »… railla-t-il. Je croyais qu’un scientifique devait rester détaché pour faire correctement son taf.

Shalua lui rétorqua par un sourire en coin et rabattit le drap de l’argenté pour palper sa paroi abdominale.

- Si tu doutes tellement de mes compétences, poussin, débrouille-toi pour ne jamais tomber malade entre mes mains.

- Quoi ? Ca ne te dirait pas de tâter du « bébé Reno » ? Tu sais pas ce que tu perds ! affirma-t-il en tirant à demi la langue avec une grimace gourmande.

Il se pencha sur Yazoo et remarqua que la peau blanche était couverte d’une multitude de cicatrices en tout genre. Elles étaient si pâles qu’elles se voyaient à peine sur l’épiderme tendre mais, une fois qu’on les avait remarquées, leur nombre donnait le vertige.

- Merde… j’avais pas fait gaffe, dans la grotte, quand je l’ai attaché à la civière, murmura-t-il. Bizarre que tout le mako qu’on lui a envoyé dans le corps ne les ait pas fait disparaître.

- Le mako peut faire des merveilles, Reno, mais pas de miracles, soupira Shalua en posant le stéthoscope. C’est déjà bien qu’elles se voient si peu.

Elle recouvrit le corps pâle jusqu’au cou et le turk fit la moue.

- Si peu ? Je crois pas qu’il soit de cet avis, tu vois.

- Ouais, soupira Rude. Pauvre môme…

Shalua échangea un regard entendu avec Vincent et ce dernier se permit un franc sourire.

- Et moi qui croyais que les turks devaient rester détachés pour bien faire « leur taf », ironisa-t-elle.

Le rouquin allait répliquer par une pique spirituelle mais Merill ne lui en laissa pas le temps.

- Shalua, on va avoir un problème… fit-il, les pupilles vissées aux données de l’écran de contrôle. Ca recommence.

La jeune femme sauta sur ses pieds, lut par-dessus son épaule et blêmit.

- Remonte, chaton, remonte… supplia-t-elle en posant sa main valide sur le front de Yazoo. Ne me refais pas ça, mon ange, c’est vraiment pas le moment…

- Qu’est-ce qui va recommencer ? s’enquit Rude, dont le niveau d’inquiétude venait de remonter en flèche.

- Il a le rythme cardiaque qui disjoncte par moments, pour ce que j’ai compris, lui répondit son comparse.

- S’il convulse à nouveau, il est bon lui aussi pour la cuve, prévint Merill.

- Trop risqué, son organisme est déjà saturé de mako jusqu’à la limite acceptable.

- Les courbes s’inversent, Shalua… Le coeur s’emballe.

Celle-ci lissa les cheveux de mercure et s’assit sur le bord du lit.

- Il se rend malade à force d’essayer de reprendre ses esprits, soupira-t-elle. A vouloir le garder inconscient, nous sommes en train de le tuer.

- Ca replonge… C’est pas vrai !

La jeune femme secoua la tête, résignée.

- Il faut le réveiller. Prépare une injection, Merill. 20 millilitres devraient suffire. Vincent, débranche l’électrode bleue, tu veux bien ? Là-haut, sur la machine. Inutile que l’alarme se mette à hurler.

Rude et Reno échangèrent un regard circonspect.

- Euh… Attends une minute, intervint ce dernier. Tu fais quoi, là, Shalua ?

- Dehors, tous les deux, répondit la jeune femme. Hop ! Hop !

Les deux Turks hoquetèrent.

- Comment ça « dehors » ?

- Il doit se réveiller le plus sereinement possible et je ne veux pas que vos jolies « trognes » de bagarreurs soient la première chose qu’il voit en ouvrant les yeux.

Rude afficha la même expression que si on venait de lui asséner un coup de poing au foie.

- Tu sais que ça peut vexer, ça ?!

- Un peu, ouais ! acquiesça Reno. Euh… non.

- Comment « non » ? s’offusqua son compère.

- Non ! Je veux dire, oui mais non, c’est pas le problème ! Le patron a donné ordre de les garder comme ça jusqu’à…

- Jusqu’à ce qu’il meure ? le coupa Shalua. Ce qui vient de se passer ne te suffit pas ?

Reno ouvrit la bouche, parut sur le point de dire quelque chose, la referma, la rouvrit et ainsi de suite durant de longues secondes avant de lâcher un bredouillant :

- Mieux vaut en parler au patron d’abord !

- C’est ça. Allez-y donc.

Sur ce, elle injecta dans la perfusion de l’argenté le contenu de la seringue que venait de lui tendre son assistant et les deux Turks se précipitèrent hors du laboratoire.

- S’il y a du grabuge ou que vous entendez des bruits bizarres, appelez au secours ! lança Rude aux deux hommes toujours en faction dans le couloir avant d’être tiré sur les marches par son acolyte.

- Je croyais que vous veniez nous remplacer ! protesta le plus grand des deux.

- Fort ! ajouta Rude depuis le haut de l’escalier.

***

- « En sécurité », c’est pas une réponse valable, désolé ! hurlait Cid aux oreilles de Rufus. Pour la dernière fois : où sont les restes de Jenova ?

- C’est moi qui détiens ! lança une voix grave et posée depuis la porte d’entrée.

Cid et Rufus tressaillirent l’un comme l’autre et toutes les têtes se tournèrent vers l’homme qui venait de pénétrer dans la salle de conférences.

…à suivre

Cette fanfiction vous a plu ? Laissez un commentaire !

IV - Promets-moi, Vincent…

« L’expression “mort naturelle” est charmante !

Elle laisse supposer qu’il existe une mort surnaturelle,

voire une mort contre-nature… »

Gabriel Matzneff

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

Lucrecia tendit la main vers la joue de Vincent qui, bien sûr, ne sentit pas son contact. A moins peut-être un léger picotement mais sans doute n’était-ce dû qu’à son imagination et à son désir fou que la matérialisation ectoplasmique de la femme qu’il avait aimée jusqu’à la démence prenne corps devant ses yeux afin qu’il puisse à nouveau la serrer contre lui et enfouir son visage dans ses doux cheveux châtains.

- Promets-moi que tu le feras, Vincent, murmura la voix désincarnée. Promets-moi que tu veilleras sur eux et que tu les aideras du mieux que tu pourras.

L’image de Lucrecia vacilla et l’ancien turk sentit un chagrin déchirant lui serrer la poitrine.

- Je te le promets… jura-t-il d’une voix brisée en tendant une main désespérée vers la forme évanescente. Mais reste encore. Reste encore un peu, je t’en prie…

La jeune femme sourit tristement.

- Je ne peux pas, Vincent. Mes forces m’abandonnent et il me faudra pourtant être forte quand le moment viendra. Toi aussi tu dois t’y préparer. Sois bien conscient que, cette fois, ce n’est pas seulement la survie de la planète qui est en jeu. Fais bien comprendre ça à tes amis et aux responsables de la Shinra.

Elle disparut un court moment avant de réapparaître, si pâle que l’on pouvait cette fois voir à travers corps élancé.

- Dis à mes fils que je les aime, Vincent. Qu’ils ne l’oublient jamais. Jamais… Il y va de votre survie à tous. Tu leur diras, n’est-ce pas ?

- Je leur dirai, Lucrecia.

« Lucrecia ? Lucrecia, tu dois le laisser, maintenant… » susurra la voix lointaine d’Aerith quelque part au-dessus de leur tête. « Jenova s’agite. Sephiroth a besoin de toi et Shelke faiblit à chaque minute qui passe. »

- Encore quelques secondes, supplia Vincent. Juste quelques secondes, je t’en supplie. Lucrecia !

« Tu auras l’occasion de lui reparler, Vincent, mais, pour l’instant nous avons beaucoup à faire et si peu de temps… Si peu de temps… N’oublie pas, Vincent : tout repose sur eux. »

- LUCRECIA ! hurla le turk alors que l’image de Lucrecia disparaissait totalement.

Terrassé par la douleur de la perte, il se laissa glisser à genoux sur le sol du bureau de Shalua, la gorge trop serrée pour laisser passer ne serait-ce qu’un sanglot.

- Vincent ? Vincent, ça va ?

L’ancien turk tourna la tête vers Shelke, qui s’était débarrassée du système électronique qu’elle avait conçu et qui reliait sa mémoire résiduelle à l’ordinateur.

La toute jeune fille suait à grosses gouttes et tremblait de tous ses membres. Le mettre en contact avec Lucrecia lui avait demandé des efforts colossaux et Vincent s’en voulut terriblement.

- Combien… Combien de temps cela a-t-il…

- Vous avez parlé près de deux heures, le coupa-t-elle. Et ce n’était pas très prudent. J’ai senti sa présence, Vincent… Je l’ai sentie !

Elle grimaça comme si elle avait mordu dans un fruit trop vert.

Vincent se remit sur ses pieds et frissonna.

- Jenova ? murmura-t-il d’une voix à peine audible. C’est elle que tu as sentie ?

Shelke acquiesça, une terreur qu’elle essayait de garder sous contrôle brillant dans son regard clair.

L’ancien turk tendit un bras vers elle et elle vint se réfugier sous sa cape, tout contre lui.

- Elle ne veut pas qu’on touche à ses « fils », Vincent, le prévint-elle. Ce sont ses émissaires, ses choses, ses instruments. J’ai peur, Vincent. Peur de ce qu’elle pourrait faire aux âmes immortelles de Lucrecia et d’Aerith. Peur de ce qu’elle pourrait leur faire à eux… et à nous, par leur intermédiaire. L’énergie qui est en train de se synthétiser autour d’elle est… sale. Noire. Redoutable. Un monde de ténèbres.

- Alors il n’y a pas de temps à perdre…

Ils rejoignirent Rufus, Reno et Rude, qui patientaient à côté en jetant des regards désorientés à Shalua, qui allait de l’un à l’autre de ses curieux patients, contrôlant les machines et les signes vitaux.

Lorsqu’ils virent entrer Vincent, ils bondirent aussitôt sur leurs pieds.

- Alors ? s’enquit le jeune président de la Shinra.

- Il est 16 heures. Je veux voir tout le monde en salle de conférence au plus tard à 21h00, annonça-t-il, faisant hoqueter Rude. Et quand je dis « tout le monde », c’est AVALANCHE inclue.

Rufus se raidit, heurté par le ton péremptoire de l’ancien turk, qui se permettait de lui jeter un ordre à la face comme s’il n’avait été qu’un subalterne.

- Suis-je supposé dire « à vos ordres » ? essaya-t-il de plaisanter, un sourire forcé sur ses lèvres sensuelles.

- Dis ce que tu voudras, Rufus, rétorqua Vincent en se dirigeant vers la porte de l’infirmerie. L’essentiel, c’est que tout le monde soit là dans une heure.

Il disparut et Rufus fit siffler l’air entre ses dents.

- Charmant !

Reno et Rude échangèrent une grimace et ce dernier fit claquer sa langue contre son palais.

- Si j’étais pas celui que suis, mec, je me mettrai à paniquer grave, là, tu vois…

Son partenaire acquiesça avec gravité.

- Ouais… Pour que Valentine commence à flipper, c’est que ça craint un max…

- A ce point là ? s’immisça Rufus, que leur ton, le comportement de Vincent et la situation saugrenue commençaient sérieusement à inquiéter.

Les deux compères échangèrent un regard entendu et hochèrent la tête de concert en direction de leur patron, qui jeta une oeillade désemparée à la cuve de mako dans laquelle flottait le légendaire et si redouté Sephiroth.

***

« Sephiroth ? Sephiroth…Tu m’entends ? »

« Qui êtes-vous ? Suis-je mort ? Je ne sens plus mon corps. Je ne sens plus rien… »

« Tu es dans une cuve de régénération, mon fils. Tu es en sécurité. »

« Qui êtes-vous ? Comment se fait-il que je vous entendre à l’intérieur de ma tête ? Et pourquoi votre voix me semble si… familière ?»

« Parce que c’est la première que tu aies entendue. Je suis ta mère… »

« Ma mère ? Elle est morte en me mettant au monde »

« C’est faux. »

« C’est ce qu’on m’a toujours dit »

« Je sais… »

« Tu serais donc Jenova ? »

« Non, Jenova n’est pas ta mère. Elle ne l’a jamais été. C’est moi qui t’ai conçu, porté et qui t’ai mis au monde. Moi, Lucrecia. Lucrecia Hojo. »

« Qui ? »

…à suivre

Cette fanfiction vous a plu ? Laissez un commentaire !

III - Marche ou crève

“La liberté, comme le courage, est un escalier qu’il faut gravir

marche par marche - impossible d’enjamber !”

G. Cesbron

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

Vincent enjamba les civières où reposaient les corps immobiles de Kadaj, Loz et Yazoo pour atteindre celui de Sephiroth.

D’un geste presque tendre, il déplia une couverture de survie et en couvrit la peau nue et glacée.

- Et un baiser sur le front, non ? persifla Cloud, acide, en se penchant à son tour sur l’ancien général pour retirer la fléchette paralysante plantée dans le lobe de son oreille d’un geste brusque. Merde… Reno ! Tu l’as raté, il faut remettre ça.

Celui-ci, aidé de Rude, sanglait fermement les trois jeunes hommes inertes aux civières.

- Etait-ce vraiment nécessaire ? intervint Vincent. Il était déjà inconscient lorsque nous sommes arrivés. Et les autres n’ont même pas tenté de se défendre.

- Avec lui, on n’est jamais assez prudent, et tu le sais mieux que personne ! répliqua vertement le jeune soldat.

- Ces trois-là, dans l’hélico ! ordonna Rude à ses hommes en désignant les brancards. Et passez-moi un fusil et une fléch… Oh ! Putain…

- Vincent, dégage ! hurla Reno en se saisissant du pistolet de Rude pour le pointer aux pieds de Vincent.

Ce dernier obéit par réflexe et baissa les yeux sur Sephiroth… qui luttait pour garder les paupières ouvertes.

En quelques instants, un vent de panique souffla dans la grotte et le fils de Lucrecia devint aussitôt la cible d’une dizaine de canons d’armes diverses et de l’épée de Cloud, prêt à trancher la gorge offerte.

- Magne-toi, Rude, remets-lui une dose ! ordonna Reno en armant son pistolet. Une grosse !

Son acolyte chargea aussitôt un fusil paralysant avec une fléchette hypodermique mais l’ancien turk s’interposa.

- Tu fais quoi, là ! s’écria Cloud. Dégage !

Il empoigna d’une main le devant de la cape de son ami pour le repousser avec rudesse mais Sephiroth s’adressa à lui, lui glaçant le sang dans les veines.

- Strife ? demanda-t-il d’une voix à peine audible, comme si chaque syllabe prononcée exigeait une énergie folle. C’est bien ton nom, n’est-ce pas ? Cloud Strife ? Tu… Tu étais avec moi et Zack au… au réacteur.

L’interpellé se raidit, l’épée toujours pointée sur la gorge de l’ancien général, et adressa une moue effarée à ses compagnons, aussi abasourdis que lui.

- Strife… reprit Sephiroth en tendant une main tremblante vers lui. Que… que s’est-il passé ? Qui sont ces hommes ? Il faut arrêter Genesis… Le… Le réacteur…Où est… Où est Zack ? Réponds, troisième classe Strife… Où est… Zack… ?

Il voulut redresser un peu la tête mais ses yeux roulèrent dans leurs orbites et il perdit à nouveau connaissance.

Cloud hoqueta et interrogea ses camarades d’un regard affolé mais ils affichaient tous une expression de profonde perplexité.

- Alors celle-là, c’est la meilleure de l’année… bredouilla Reno.

Vincent posa deux doigts sur la jugulaire de Sephiroth pour sentir son pouls puis posa l’oreille sur sa poitrine.

- Je crois qu’on va avoir besoin d’un kit d’assistance respiratoire, annonça-t-il.

Cloud faillit s’étrangler d’indignation.

- Qu’il crève une fois pour toutes ! Qu’est-ce qu’on en a à cir…

Il ne vit pas arriver la gifle du turk qui, pour légère, n’en était que plus vexante.

Ce geste d’humeur, en inadéquation totale avec le légendaire sang froid de l’ancien turk, les déconcerta touts.

- Qu’est-ce qui te pr… commença Cloud.

- Tu parles sans discernement et sans rien savoir, le coupa son ami.

Et, sous le regard ébahi de Reno et de Rude, il se précipita dehors, en quête de la mallette de secours d’urgence fixée sous l’un des fauteuils de l’hélicoptère.

***

Depuis l’une des fenêtres du manoir Shinra de Nibelheim, Reno observait les journalistes et les curieux qui se pressaient derrières les cordons de sécurité des soldats alignés en rangs serrés devant les grilles.

- Les vautours sont prêts pour la curée. Ils ont fait vite.

- Non, ils étaient déjà sur place pour la fête, assura Rude en soufflant sur ses lunettes fumées avant de les essuyer soigneusement avec sa cravate.

Son partenaire étouffa un juron.

Il vida d’un trait le verre de whisky qu’il tenait à la main et se dirigea vers le bar du bureau pour s’en servir un second.

- Ils sont au courant, pour nos petits amis, tu crois ?

- Je ne pense pas, non. Ils sentent juste qu’il se passe quelque chose d’important. C’est pas la réserve personnelle du patron, ça ? demanda le colosse en lisant l’étiquette gaufrée du whisky centenaire.

Reno sourit d’un air gourmand et cligna de l’oeil.

- Si ! Je t’en sers un petit ?

Rude brandit la bouteille déjà au tiers vide et secoua la tête.

- Tu vas te faire lyncher, mec !

Son ami s’assit nonchalamment sur un coin du secrétaire de chêne massif qui trônait au centre de la pièce monumentale, toute de tentures et de boiseries, et croisa les pieds sur les accoudoirs d’un fauteuil que trois mois de son salaire - pourtant confortable - n’auraient pas réussi à payer.

- Rabat-joie ! lança-t-il avant le lui tirer la langue et de vider son verre.

- Ne vous gênez pas pour moi, surtout !

La voix claire de Rufus Shinra fit tressaillir les deux turks, qui se tournèrent vers la double porte d’entrée avec une grimace douloureuse en rentrant la tête dans leurs épaules.

- Patron ! saluèrent-t-il en choeur avec des trémolos dans la voix.

***

Dans l’infirmerie du laboratoire, au sous-sol du manoir Shinra, Shalua vérifia une dernière fois les indicateurs des appareils de contrôle sur lesquels étaient branchés les quatre argentés plongés, par sécurité, dans un sommeil artificiel.

Elle secoua la tête en tendant à Vincent une série de diagrammes et de chiffres que la machine qui maintenait Sephiroth en vie venait de cracher à grand renfort de bips alarmants.

- Il ne tiendra pas, assura-t-elle en rabattant la manche gauche de sa blouse blanche sur sa prothèse robotisée. Il faut le mettre en cuve mako.

- Je doute que ça suffise, vu son état.

- Je parlais d’une solution de mako liquide, Vincent, pas gazeux.

Ce dernier fit la moue.

- Je croyais qu’il ne fallait jamais mettre quelqu’un d’inconscient dans le mako liquide.

- Normalement non mais les cellules de Jenova lui éviteront l’infarctus ou l’accident vasculaire.

L’ancien turk ajouta les données de la machine au dossier médical qu’il était en train de parcourir et secoua la tête, résigné.

- Neuf fractures ? Comment est-ce possible ?

- Les sangles de sa civière, sans doute. Et peut-être a-t-il marché ou rampé jusqu’à l’endroit où vous l’avez trouvé. Tu as dit qu’il était inconscient, il a pu s’évanouir et tomber, ce qui expliquerait l’état de son bras gauche et de sa hanche. La clavicule, c’est sans doute moi, en l’intubant, ajouta-t-elle, coupable.

- C’est à ce point là ?

- On peut à peine le toucher sans risquer une lésion ou de lui briser un os. Il est pire qu’un grand prématuré. Ses cellules ne sont pas encore… Comment dire ? Touche son crâne, tu vas comprendre, proposa la jeune femme, subitement inspirée.

Sceptique, Vincent, tendit sa main vers le visage de Sephiroth et, avec mille précautions, appuya doucement sur le haut de son front, qui s’enfonça un peu sous la pression, comme si l’os était encore mou.

- On dirait le crâne d’un nouveau né… hoqueta l’ancien turk.

Shalua acquiesça et s’affaira autour d’une cuve de régénération.

- Il semblerait que, contrairement à ses frères, la rivière de la vie n’ait pas eu le temps de…

Elle se tut, ne parvenant pas à trouver le terme adéquat.

- De… le finir ? la secourut Vincent.

- C’est un peu barbare, comme vocable, mais oui. Il n’est physiquement pas… fini. Ses os se brisent comme du sucre, ses poumons peinent à amener de l’air dans les alvéoles et le peu d’oxygène qu’il parvient à conduire dans ses veines trop fragiles, le coeur n’a pas la force de le pomper. Quant à son système immunitaire ou digestif, je préfère ne pas savoir ce que ça peut donner ! C’est prêt, annonça-t-elle au bout de quelques minutes en revenant vers le lit de Sephiroth pour débrancher une machine après l’autre.

- Combien de temps avons-nous ?

- Lorsque j’aurais débranché le respirateur ? Deux minutes, au maximum, pour le placer dans la cuve et la remplir. Au-delà, j’ai peur que le manque d’oxygène n’endommage vraiment son cerveau. J’ai testé la chose et je peux te dire qu’il vaut mieux éviter, essaya-t-elle de plaisanter en clignant de son oeil valide.

Le turk lui adressa un sourire un peu forcé, sachant très bien par quelles épreuves elle était passée pour retrouver sa soeur Shelke et les séquelles qu’elle en garderait toute sa vie.

Avec mille précautions, ils débarrassèrent le corps de l’ancien général des électrodes, perfusions et tubes qui le couvraient, ne laissant que celui du respirateur.

- Prête ?

Shalua hocha la tête.

- A trois. Un… Deux… Trois…

Elle débrancha le respirateur, sortit la longue canule de la trachée de Sephiroth et Vincent souleva ce dernier aussi doucement qu’il le put, sans à-coups ni trop serrer, pour le placer en position foetale sur le socle de métal de la cuve encore vide.

Aussitôt, Shalua fit descendre le tube de verre, le verrouilla et tapota rapidement sur son ordinateur pour remplir la cuve.

Vincent, lui, regardait le cadran de la montre de la jeune femme avec inquiétude.

- Vite… vite… murmurait-il tandis que ce qui ressemblait à une énorme éprouvette se remplissait d’une solution verdâtre, composée pour l’essentiel de mako, avec une lenteur exaspérante.

Recroquevillé sur le sol de la cuve, le liquide luminescent ne tarda pourtant pas à recouvrir entièrement Sephiroth, qui fut secoué de soubresauts douloureux tandis que le fluide pénétrait dans ses poumons et s’infiltrait par le moindre de ses pores.

Vincent détourna le regard, préférant ne pas voir ce que subissait le fils de sa regrettée Lucrecia.

Il savait parfaitement ce qu’on ressentait à ce moment là. Cette horrible impression de se noyer et la douleur. L’insupportable douleur dans la poitrine, la brûlure atroce dans les fosses nasales et la sensation que sa cage thoracique va exploser sous la pression.

- Je n’avais pas le choix, Vincent, crois-moi, plaida Shalua, se méprenant sur son attitude.

Il allait la rassurer lorsque la voix claire et sensuelle de Rufus, qui venait d’entrer, l’interrompit.

Sa silhouette élégante et féline se découpa dans la lumière bleuâtre et tamisée de l’infirmerie du laboratoire.

- J’ai fait aussi vite que j’ai pu, Vincent. Shelke est prête, elle t’attend à côté.

Il avisa les trois argentés inconscients et attachés à leur lit par des sangles solides puis Sephiroth, flottant dans la cuve de mako.

- Je n’en reviens pas que ce soit vrai… laissa-t-il tomber d’une voix blanche avant de s’asseoir lourdement sur l’une des chaises. Qu’est-on supposés faire ? Quelqu’un a une idée ?

Vincent hocha la tête et désigna la porte de la pièce attenante, où attendait Shelke.

- J’espère bien le découvrir sous peu…

…à suivre

Cette fanfiction vous a plu ? Laissez un commentaire !