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Chers petits frères ! (Part 4/5)

***

Auteur : Shiva Rajah

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Depuis plus d’une heure, Aerith et Tifa n’avaient que le nom de Sephiroth à la bouche et les garçons commençaient sérieusement à saturer.

“Dis, Loz, est-ce qu’il dort en pyjama ou en caleçon ? ” ;

” Il est plutôt douche ou bain ? ” ;

” Qu’est-ce qu’il aime manger ? ” ;

” Rasoir électrique ou à lame ? ” ;

” Il met quoi, comme eau de toilette ? ” ;

” Il lui arrive de faire des cauchemars ? ” ;

” Il est déjà rentré blessé ? ” ;

“Qu’est-ce que vous avez fait ? “.

Reno, à bout, finit par se lever du canapé, où ils avaient tous pris place à la lumière des bougies, et se planta devant les filles.

- Oh, ouiiii… Il était blessé à mort ! gémit-il d’une voix suraiguë de midinette. Tu te souviens, Weiss ? Du sang et de la sueur coulait sur son torse musclé, piailla-t-il en se frottant la poitrine à travers son t-shirt. Il était méga trop beau ! Alors on l’a défringué complètement et on l’a mis au lit tout nu. Après on a pris une grooosse éponge et on l’a lavé partout-partout-partout. Il avait la méga fièvre et il gémissait en se tordant dans tous les sens, ses beaux cheveux humides étalés sur les draps trempés de sueur ” Ahhh Ahhh Ahhh ” ! (Il reprit subitement son sérieux et fusilla les adolescentes d’un regard sarcastique) C’est ça, que vous voulez entendre ? Si vous voulez des sensations vraiment fortes, on peut aussi aller à la buanderie vous chercher l’un de ses slips sales !

Les filles virèrent au rouge écrevisse et garçons éclatèrent de rire.

- Vous vous croyez plus malins, quand vous regardez des photos de filles nues sur le net, peut-être ? rétorqua Tifa. Vous pensez qu’on vous entend pas ? ” Ouah ! Elle est trop bonne, celle-là ! ” ; ” Trop chaude, la meuf ! “.

- ” T’as vu ses nichons ? Je me la ferai bien ! ” renchérit Aerith d’une voix rauque, imitation grossière de ses camarades.

- En voilà un langage, pour des demoiselles ! railla la voix de Sephiroth depuis la porte du salon.

Il était nu-pieds, torse-nu, uniquement vêtu d’un léger pantalon de coton noir, et ses cheveux avaient été noués en une longue natte lâche qu’il dansait sur son épaule.

Tifa et Aerith se congelèrent sur place et les garçons rirent de plus belle.

- On vous entend rire depuis la chambre du bébé, reprit le Soldat en s’approchant pour prendre un biscuit salé sur la table basse, au risque de faire se liquéfier pour de bon les “demoiselles” présentes. Vous allez finir par le réveiller.

Nero tira sur son pantalon, que ce dernier retint de justesse - mais pas assez vite que éviter que les filles n’aient un léger aperçu particulièrement croustillant de ce qui se cachait dessous, même si ça ne dura que le temps d’un clignement de cils.

- C’est cause que Tifa et Aerith, elle arrêtent pas de poser des questions sur toi.

- Nero ! Arrête de t’accrocher aux vêtements des gens, le tança son frère.

- C’est pas qu’est-ce que j’ai fait !

Le soldat sourit en soulevant Nero. Dans ses bras, le garçonnet paraissait encore plus petit que d’habitude.

- Ce n’est pas ce que j’ai fait, reprit-il gentiment ce dernier.

- Mais c’est qu’est-ce que j’ai dit ! protesta le petit, les faisant tous rire. Bah n’empêche que c’est vrai, qu’est-ce que j’ai dit ! Aerith et Tifa, elles demandent plein de trucs bizarres et ça énerve tout le monde.

Les filles regrettèrent en cet instant de ne pas pouvoir se transformer en flaque d’eau pour de bon et se glisser entre les lattes du plancher.

- Des questions bizarres sur moi ? s’étonna Sephiroth d’un air faussement intrigué. Ah bon ?

Il était habitué depuis belle lurette à ce genre de réactions de la part des adolescentes - ou même de femmes plus âgées - et avait appris à passer outre. Mais il y avait en revanche une chose que personne, à l’Académie, ne laisserait passer : l’occasion de taquiner le petit Nero qui, par ses facéties, son langage enfantin souvent hilarant et sa bouille de chibi, était devenu au fil des mois la mascotte attitrée de tout le régiment. Il faut dire aussi que, Weiss et son frère étant orphelins, ils vivaient tous deux en permanence à la caserne de l’Académie de Midgar, ce qui avait fait de Nero un peu le petit frère - ou le fils adoptif - de presque chaque soldat.

- Oui, plein !

- Enfin, l’une d’entre elles a déjà trouvé réponse, général, intervint Reno, narquois. Nu sous le pyjama, les filles ! lança-t-il en désignant du pouce la partie de l’anatomie du soldat que Nero avait dévoilé par mégarde.

Les demoiselles piquèrent un fard carabiné, faisant redoubler l’hilarité des invités, et Sephiroth lança au rouquin une œillade critique.

- Reno…

Au premier, Kadaj donna de la voix et tous les adolescents pressèrent leurs mains sur leurs bouches en marmonnant des excuses.

- Eh voilà ! fit Yazoo à la façon d’un parent mécontent du comportement de ses enfants en faisant claquer ses petites mains sur ses cuisses avec un sérieux de pape. Vous avez réveillé le bébé ! Bravo !

L’expression qu’il affichait était si insolite pour un garçonnet de huit ans, qu’il y eut un court moment de silence avant que tout le monde ne ricane de plus belle.

- Yazoo ! railla Sephiroth, pris d’un fou-rire incontrôlable. Je crois que Nero commence à déteindre sur toi !

Ce dernier se raidit dans ses bras.

- Je déteins, moi ? Comme les t-shirts de Zack dans la machine à laver ?

Weiss faillit s’étrangler avec le soda qu’il était en train de boire.

- Quelque chose comme ça, oui. Ah ! Ah ! Ah ! s’esclaffa Sephiroth.

Nero fronça ses petits sourcils en croisant les bras sur son pyjama “Super-Mog”, l’air soudain très concentré, comme s’il venait soudain de penser à quelque chose de particulièrement important.

- D’accord… Alors c’est pour ça que je fais du noir partout !

C’en fut trop pour le soldat, qui dût le poser par terre et s’appuyer contre le mur pour rire tout son soûl.

Yazoo haussa ses petits épaules en voyant les “grands” rire comme des idiots etsauta du canapé pour prendre Nero par la main.

- Viens, on va voir le bébé.

- J’espère que je serais jamais grand, moi. Les grands sont trop bêtes.

Yazoo acquiesça d’un soupir déchirant et se dirigea vers l’escalier en traînant des pieds.

- J’en ai marre de cette famille… Ils ont vraiment aucun sens des “responsabilisations” !

A l’énoncé de cette sentence, l’hilarité des adolescents et de Sephiroth atteignit des sommets.

***

Loz, qui était monté derrière les garçonnets pour calmer le bébé jusqu’à ce qu’il rendorme, redescendit dans la salon pour constater avec déplaisir - ô combien ! - que Sephiroth était toujours là, orteils et torse à l’air, en train de grignoter du pop-corn en compagnie de ses amis et sous le regard dégoulinant d’admiration des filles.

Et le pire, c’était que la lumière dorée des bougies le drapait d’ombres particulièrement avantageuses qui accentuaient sa musculature parfaite.

Qu’à cela ne tienne, il n’allait pas se laisser faire ! Lui aussi avait un corps d’athlète !

Il s’arrêta à mi-hauteur de l’escalier, attendit quelques instants dans l’ombre pour être sûr que personne ne l’avait remarqué, et remonta discrètement dans sa chambre pour ôter ses vêtements et fouiller à la recherche d’un pantalon de pyjama uni - ce qui ne fut pas une mince affaire car ils étaient presque tous estampillés de super-héros ou de personnages de dessins animés. Au moment de l’enfiler, il renifla ses aisselles, tendit la main vers son déodorant mais hésita. Un sourire incurva soudain ses lèvres et il jeta le pantalon de pyjama sur le lit avant de se diriger vers la salle de bains…

Tifa allait voir ce qu’elle allait voir ! A bishonen, bishonen et demi !

Il croisa son reflet dans le miroir et fronça le nez.

Bon d’accord, peut-être pas “et demi” mais au moins “et quart”, allez !

***

- Qu’est-ce qu’il fabrique ? commença à s’inquiéter Sephiroth. Kadaj devrait dormir depuis longtemps.

Weiss repoussa son frère pour se lever.

- Je peux aller voir, si vous voul… Quand on parle du loup !

- Désolé ! s’excusa Loz en entrant dans le cercle de lumière des bougies. Kadaj m’a bavé dessus, j’ai dû prendre une douche. Ouh, là, là… C’est moi ou on crève de chaud, ici ?

Plusieurs paires d’yeux écarquillés le considéraient, certains admiratifs, d’autres complices ou amusés, et d’autres encore, comme ceux de Nero, ouvertement étonnés.

- Pourquoi que t’es en culotte ? demanda le garçonnet en désignant le boxer-short vert et noir qui lui moulait les fesses et les hanches.

Sephi se mordit la langue pour ne pas rire et les filles laissèrent leur regard courir sur la peau brillante, tendue par une musculature qui, malgré le jeune âge de son propriétaire, n’avait presque rien à envier à celle de son aîné.

- C’est un short de gym, Nero, pas une “culotte”, expliqua Zack, amusé.

- T’as oublié de te sécher ? s’enquit Yazoo à son tour. T’es tout mouillé.

- Je viens de dire que j’avais chaud, moustique !

- Alors pourquoi que t’as la peau comme les poulets de la cantine ? insista Nero.

Weiss, comprenant parfaitement ce qu’essayait de faire son ami, attrapa son frère par derrière et lui plaqua la main sur la bouche.

- Ca suffit, Nero, arrête de l’embêter. Alors, Reno ? Tu las finis, ton histoire ?

Reno reprit son récit - probablement une anecdote croustillante - et Loz prit place sur le canapé, entre Cloud et Tifa en défiant Sephiroth du regard.

Ce dernier lui sourit, pas le moins du monde impressionné. Il ouvrit même la bouche pour faire un commentaire malicieux afin de le taquiner devant ses amis lorsqu’il le vit serrer les poings et les mâchoires, l’affolement dansant dans ses grands yeux mako. Ce reflet si particulier, le soldat le reconnut pour l’avoir vu mille fois dans les yeux des jeunes recrues indociles, lorsque les officiers les passaient en revue et leur hurlaient des imprécations dans les oreilles pour “les mater” ou “leur forger le caractère”, comme ils disaient. Cette lueur, c’était la peur de l’humiliation. Ou plutôt, la peur d’être humilié sans pourvoir répliquer ou faire quoi que ce soit pour se défendre.

Il avait provoqué lui-même cette rage impuissante chez des aspirants soldats trop vaniteux des centaines de fois mais la voir dans les yeux de son petit frère lui tordit le ventre.

Loz n’était pas un jeune postulant arrogant et indiscipliné qu’il fallait mater. C’était son petit frère… Celui qu’il avait tenu dans ses bras, lorsqu’il était bébé, et qui venait se réfugier dans son lit lorsqu’il faisait des cauchemars, la nuit. Ce n’était ni un tir-au-flanc, ni un jeune coq prétentieux. C’était son “Lozy”, son “bébé nounours” même s’il était devenu à homme sans qu’il s’en aperçoive. Il n’était pas son ennemi. Alors pourquoi cette expression ?

Aerith, qui le dévisageait lui, Sephiroth, avec admiration dès qu’elle pensait ne pas être vue, rougit violemment lorsque Zack la poussa discrètement de l’épaule pour qu’elle cesse son manège et il comprit. Il comprit qu’en cet instant, il n’était plus le grand frère qui était là, parmi eux, mais le Héros de la planète, la “vedette” élevée sur un tel piédestal par les médias et la population qu’il en était devenu intouchable. Une seule moquerie, une seule parole désobligeante de sa part devant Tifa et Loz perdrait aussitôt toute crédibilité ou charme à ses yeux. C’est du moins ce que croyait son petit frère en cet instant. Il le lisait dans son regard…

Il profita donc d’une pause dans le monologue de Reno pour se pencher en avant par-dessus la table basse et refermer sa main sur la cuisse de Loz, tâtant le muscle avec une brusquerie toute militaire. L’adolescent se figea, attendant la réflexion cuisante qui ne saurait tarder.

- T’as encore pris des cuisses, non ? demanda Sephiroth le plus sérieusement du monde. Belle fibre. Combien soulèves-tu, maintenant ?

- Quat… quatre-vingt kilos, bredouilla Loz, ne sachant à quel sauce il allait être mangé.

Les filles laissèrent échapper un petit cri admiratif et Weiss lui asséna une claque dans le dos.

- Je te bats ! Quatre-vingt-sept, mon pote ! Désolé.

Nouveaux cris et Weiss fit gonfler son biceps, fier de lui, tandis que Sephiroth se resservait un verre de soda, un sourire énigmatique sur les lèvres.

Il attendit que l’excitation retombe un peu et laissa nonchalamment tomber :

- Lorsque Loz dit “quatre-vingt kilos”, Weiss, je crois qu’il veut dire “quatre-vingt kilos”… sur chaque jambe !

Reno faillit en laisser tomber son verre et Zack s’étrangla avec une chips.

- Tu déconnes, là ? bredouilla Weiss en se tournant vers Loz, sidéré. “quatre-vingt kilos” sur chaque jambe ? En même temps ?

Ce dernier haussa les épaules, un peu gêné.

- Pourquoi ? Tu fais comment, toi ?

- Oh, la vache ! s’écria Cloud, qui n’en croyait pas ses oreilles.

- Et vous, général ? s’enquit Aerith, rougissante. Combien soulevez-vous, si ce n’est pas indiscret.

Sephiroth sourit et secoua la tête.

- A peine quatre-vingt-dix. Répartis sur les deux jambes, s’entend. Loz est un phénomène. Sa morphologie est idéale. Une alliance parfaire entre force et souplesse. Il n’y a qu’à regarder.

Il désigna le jeune corps presque nu de son frère, que ce dernier avait pris grand soin d’huiler un tout petit peu après la douche sur la peau encore mouillée pour faire ressortir les muscles à la lumière des bougies.

- C’est vrai que tu… tu es vraiment très… très… bien fout… musclé, murmura Tifa, le coeur soudain battant en détaillant le physique parfait.

Comment diable avait-elle fait pour ne pas le remarquer plus tôt ?

Chacun y alla de son petit commentaire et Sephiroth sourit à son jeune frère, qui lui adressait à présent à regard débordant de reconnaissance.

Discrètement, il lui fit signe de monter s’habiller et lui montra Tifa avec un clin d’oeil. Loz comprit immédiatement le message : tu lui as donné un aperçu du paradis ; maintenant, referme la porte et laisse-là rêver à ce qu’elle a vu.

Et question séduction, Sephiroth en connaissait un rayon !

- Je vais enfiler quelque chose, je commence à avoir un peu froid, fit-il.

- J’y crois pas ! railla Reno. Monsieur n’aime pas qu’on mate, hein ? Monsieur est timide, en réalité !

Loz lui lança un baiser, railleur.

- T’en fais pas, ma poule, je te laisserai mater quand tu voudras, si ça peut de faire tellement plaisir !

Les autres rirent de bon coeur et, lorsqu’il revint, vêtu du pantalon de pyjama uni qu’il avait abandonné sur son lit peu avant et d’un débardeur noir moulant avantageusement un torse, qui promettait de devenir ample et vigoureux dans quelques années, il aurait juré que le regard de Tifa sur lui avait changé. Quelque chose brillait à présent dans ses beaux yeux noisette, lorsqu’elle le dévisageait, quelque chose qui lui mettait tous les sens en émoi.

Sephiroth observait discrètement les deux adolescents avec un petit pincement au coeur, se souvenant de ses premiers émois et de ses premiers chagrins d’amour.

Tous s’imaginaient - et en cela le service de communication de la Shinra avait fait un travail admirable - que le grand général, le héros de la planète, était à mille lieues de ces choses. Qu’il était un parangon de vertu et de droiture, une sorte de créature froide et insaisissable que des choses aussi vulgaires que le sexe, le désir ou les sentiments ne touchait pas. Mais tous se trompaient… Il avait été adolescent lui-aussi. Lui aussi avait pleuré pour avoir la permission de minuit. Lui-aussi avait rasé son duvet naissant plusieurs fois par jour en espérant le voir se transformer en barde et poils drus et virils. Lui aussi avait souillé ses draps en rêvant à des créatures de rêve aux seins énormes et aux jambes interminables. Lui aussi avait rêvé d’abandonner ses fichus petits frères pleurnichards et casse-pieds dans le désert afin d’en être définitivement débarrassé. Et tant d’autres choses encore…

- Qu’est-ce que t’as ? T’es triste ? Tu vas pleurer ?

Il tressaillit en entendant la petite voix de Nero, qui s’était glissé entre ses jambes pour agripper sa taille de ses petits bras.

Le soldat regarda autour de lui et vit que Loz et ses amis discutaient avec animation au sujet d’un jeu, semblait-il, s’il en croyait l’espèce plateau de bois que Yazoo brandissait.

- Non, pourquoi serais-je triste, Nero ? (Il souleva le garçonnet pour l’asseoir sur sa cuisse) Je repensais à l’époque où j’avais l’âge de Loz.

- Avant que tu sois vieux ? demanda Nero.

Sephiroth pouffa.

- Je ne suis pas “vieux”, Nero. Je suis une grande personne.

Le petit secoua la tête.

- Mhh… Mhh…

- Non ? Tu n’es pas d’accord.

- Weiss et Loz et Zack et Reno et Cloud… ils sont grands. Enfin… Cloud, je sais pas trop, ajouta-t-il après réflexion, faisant s’esclaffer le soldat. Mais toi, t’es vieux.

Sephiroth haussa les épaules, toujours aussi amusé par les réflexions du garçonnet.

- Bon, eh bien disons que je suis vieux, alors. Mais j’ai été petit, tu sais. Comme Kadaj.

Nero ouvrit de grands yeux horrifiés.

- Tu faisais pipi partout sur les gens ?

- Ah ! Ah ! Ah ! Nero… Parfois, on devrait te filmer ! Ah ! Ah ! Ah !

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XIII - L’Omega

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Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Yazoo, allongé sur le ventre, laissait Reno lui masser le dos mais n’en ressentait pas moins une certaine gêne. Il n’était pas habitué au contact des autres - hormis celui ses frères, bien entendu. A plus forte raison à celui d’un turk qui, il y a peu encore, comptait parmi ses ennemis !

- Ca va mieux ? demanda ce dernier en décrispant patiemment les muscles situés le long de la moelle épinière.

L’argenté acquiesça en silence, de plus en plus embarrassé.

D’abord un bain avec lui et maintenant ça !

Ca devenait carrément ” bizarre “…

Il avait beau savoir que Reno ne faisait tout cela que pour le soulager, c’était quand même un tantinet licencieux, il fallait bien le reconnaître.

A moins que ce ne soit uniquement parce que sa propre nature obscène lui faisait voir des choses étranges là où il n’y avait rien d’autre qu’une sincère aménité et l’envie de l’aider…

Honteux de ses pensées graveleuses, Yazoo enfouit son visage dans l’oreiller pour dissimuler au turk un embarras de plus en plus visible.

Peine perdue.

- Quelque chose ne va pas ? s’inquiéta Reno d’une voix douce. Tu as l’air mal à l’aise.

L’incarné tourna un peu la tête et le regarda du coin de l’œil pour éviter de lui dévoiler ses joues cramoisies.

Reno était penché sur lui, nu-pieds sur le sol, la chemise, à demi-ouverte sur son torse, retombant par-dessus son pantalon et les manches remontées sur ses avant-bras. Il lui souriait avec sérénité, la tête légèrement penchée sur le côté, sa longue queue de cheval d’un roux éclatant rabattue sur son épaule.

Le turk était visiblement détendu et décontracté, du moins essayait-il de le paraître pour ne pas indisposer Yazoo et cela le rendait incroyablement… sexy.

La rougeur de l’incarné s’accentua et Reno laissa échapper un petit rire.

- Oui, ça te met vraiment mal à l’aise, on dirait, hein ? demanda-t-il en se redressant.

Yazoo sentit les mains chaudes quitter son dos avec un petit pincement au cœur.

Maintenant que les doigts agiles ne courraient plus sur sa peau, il réalisait à quel point ce contact avait été agréable.

- Je… Je n’ai pas l’habitude qu’on me touche, bredouilla-t-il.

- Désolé, je voulais juste t’aider à faire passer les crampes.

- Non, je… C’était très… bien. Je veux dire… ça fait du bien. Mais c’est bizarre…

- Bizarre ? Comment ça ? s’enquit le turk, de plus en plus amusé par la maladresse de Yazoo.

- Je… Je ne suis pas habitué, répéta ce dernier. J’ai beau avoir reçu de la mémoire de Sephiroth ce genre de… de sensation, c’est… C’est très différent à vivre réellement. Les contacts physiques avec un être vivant, s’entend. Les machines, c’est différent.

Reno grimaça.

- Un robot masseur, ça doit pas être génial, si tu veux mon avis ! En tous les cas, je ne lui mettrai pas le dos entre les pinces, ça c’est clair !

Yazoo sourit, un peu plus détendu.

- Oui, je suppose.

Il se tut, ne sachant quoi ajouter.

- Tu veux que je continue encore un peu ? s’enquit le turk pour le tirer d’embarras.

- Oh… Je… Non, je… Ne te sens pas obligé, je…

- Ca ne me gêne pas ! le coupa le Reno en reprenant son massage. En fait, j’aime ça, si tu veux tout savoir. Ca me détend. J’aime le contact des gens. Les filles disent que suis une véritable pieuvre !

Les mains habiles malaxèrent agréablement les muscles de ses épaules et Yazoo soupira de plaisir.

- Elles reprochaient souvent à Sephiroth d’être distant, au contraire, dit-il.

Reno leva un sourcil, intéressé.

- Attends, ne me dis pas que tu as en mémoire ses parties de… ” jambes en l’air “, si ? (L’incarné pouffa et hocha la tête.) Sérieux ?

Yazoo acquiesça à nouveau.

- Tout comme mes frères. Enfin, je suppose.

Reno tiqua en essayant d’imaginer ce qu’on devait ressentir avec les souvenirs et des sensations aussi intimes de quelqu’un d’autre gravés dans la mémoire.

- Ca doit faire super bizarre…

L’incarné haussa les épaules.

- L’expérience tangible est très différente du souvenir, en réalité.

- Et tu peux ajouter : plus agréable… ajouta Reno avec un air faussement suffisant en agitant ses doigts devant le nez de Yazoo.

- Et bien plus agréable, oui, acquiesça celui-ci avec une moue entendue.

Ils rirent de bon cœur et, une fois encore, l’incarné se dit qu’il ne s’était encore jamais laissé aller ainsi. Il avait sans doute ri et souri plus souvent ces dernières vingt-quatre heures qu’il ne l’avait fait depuis qu’il était sorti de la matrice, quelques semaines plus tôt.

- C’est incroyable, de se dire qu’il était là, dans mon corps, et que je m’en souviens absolument pas… murmura Yazoo au bout d’un petit moment en observant la paume de sa main, où Sephiroth avait enfoncé ses ongles en refermant le poing dans un accès de rage.

- Nous allons essayer de tirer toute cette historie au clair dès demain, ne te prends pas la tête avec ça pour l’instant. Détends-toi.

Reno s’assit sur le bord du lit et repoussa les longs cheveux de mercure sur le côté pour avoir un meilleur accès à la nuque. Yazoo sentit un long et délicieux frisson lui descendre le long du dos, ce qui n’échappa pas au turk.

- C’est d’enfer, ça, hein ? demanda-t-il en glissant ses doigts dans les soyeux fils argentés avec un clin d’œil complice. Moi aussi, j’adore qu’on me tripote les cheveux. Ca me fait frissonner de la tête aux pieds.

L’incarné poussa un profond soupir de pur plaisir et frémit de plus belle.

- Kadaj mettait parfois la tête sur mes genoux et restait des heures comme ça, à se faire câliner. Ca me manque. Il me manque…

Reno massa la nuque gracile avec précaution. Comment diable un homme pouvait-il avoir un cou aussi délicat ? Yazoo, bien que mince, était large d’épaules, pourtant.

- Il n’est pas certain que Kadaj ait rejoint la rivière de la vie, tu sais… murmura le turk, presque à contrecœur.

Bon sang de bois, Reno ! Qu’est-ce qui te prend de lui lâcher des infos, comme ça ? T’es con ou quoi ? File-lui les codes d’accès aux bases de données secrètes de la Shinra, tant que t’y es ! “

C’était totalement stupide, il s’en rendait bien compte mais merde, quoi ! Ce mec avait l’air tellement triste, tout d’un coup…

L’incarné se retourna subitement sur le dos et le fixa, ses beaux yeux mako écarquillés, emplis d’un espoir auquel il n’osait pas encore s’accrocher.

- Il… Il est vivant ? bredouilla-t-il en s’asseyant pour agripper à la chemise de Reno. La Shinra pense que Kadaj est vivant ? insista-t-il dans un murmure, à quelques centimètres à peine de son visage

Son souffle court qui s’échappait, haletant, d’entre les lèvres charnues, chatouillait le menton de Reno et son rythme cardiaque battait la charge. Si l’on ajoutait à cela le regard vert mako suppliant, son visage de chaton mouillé tendu vers le sien et les cheveux en bataille, Yazoo, mec ou pas mec, aurait fait fondre le cœur d’un bahamut.

Le turk sentit un torrent de lave se déverser dans ses veines mais réussit de conserver un semblant de calme.

- Nous ne sommes sûrs de rien, chuchota-t-il à un souffle la petite bouche boudeuse. Mais c’est possible, en effet.

L’incarné laissa échapper une sorte de gémissement entre le cri de soulagement et la lamentation déchirante et colla le front contre la poitrine du turk, toujours agrippé à sa chemise.

- Faites qu’il soit vivant… gémit-il d’une voix à peine audible. Dieux de cette planète, qui que vous soyez, faites qu’il soit encore vivant…

Le souffle brûlant qui glissa sur sa peau moite, entre ses muscles pectoraux, fit frissonner Reno et, presque timidement, il entoura les épaules de Yazoo de ses bras pour le serrer contre lui.

- S’il est vivant, nous le trouverons… promit-il en se demandant vaguement pourquoi il tenait autant à le rassurer. Nous le trouverons, tu verras…

***

La forme ectoplasmique d’Hojo marcha de long en large, dans le laboratoire, visiblement très contrariée par le rapport des deux chercheurs du Deep Groung que Nero avait mis à sa disposition.

- Il semblerait que les cellules de Jenova empêchent la fusion avec l’Omega, monsieur. Je doute que, même si nous arrivions à faire aboutir la Réunion, l’entité accepte le corps de Sephiroth comme hôte.

Hojo tordit ses mains fantomatiques, fou de rage.

A travers la vitre sans tain qui formait un pan entier du mur de la pièce, il observa le cristal où reposait son fils, comme si les reflets mako, désormais ternis par les expériences ratées de fusion, pouvaient lui fournir une réponse. Point n’était besoin d’être scientifique pour voir que le mythique soldat allait de mal en pis. Sa peau ivoirine avait pris une teinte bleuâtre et était devenue si fine qu’on lisait à présent parfaitement le réseau complexe des veines. Les magnifiques cheveux de mercure avaient perdu de leur lustre, virant au gris terne, la bouche sensuelle était crevassée et de nombreuses fissures courraient sur le cristal sensé protéger le grand corps athlétique. Ou ce qu’il en restait…

- Malédiction !

Si l’organisme de Sephiroth n’acceptait pas l’Omega, l’opération n’avait aucun intérêt ! Son projet était un échec !

La porte du bureau s’ouvrit pour laisser entrer un jeune homme mince à la chevelure aussi ténébreuse que les volutes sombres qui tourbillonnaient autour de lui, menaçant de happer tout ce qui se trouvait à portée.

Ses bras étaient entravés dans une sorte de camisole de force renforcée de cuir et son visage délicat disparaissait presque entièrement sous un masque de contention venu d’un autre âge, d’une époque où la médecine et la psychiatrie tenaient encore plus de la torture et de la barbarie que de la science. Et comme pour finir de lui donner une allure aussi étrange qu’inquiétante, une grande paire d’ailes métalliques aux rémiges tranchantes et aux alules remplacées par des mains artificielles articulées, saillaient de son dos, menaçant d’écraser le corps frêle sous leur poids.

- Ma patience a des limites, professeur, fit-il de sa belle voix posée à l’indéfinissable accent aristocratique.

Ses yeux purpurins se voilèrent de colère et Hojo ravala sa hargne.

La détresse de ce garçon lui avait offert une voie royale pour avoir accès aux laboratoires du Deep Ground - sous prétexte d’aider son frère Weiss - et ce n’était pas le moment de tout ficher par terre pour un simple accès de rage.

- Mon cher enfant… commença le scientifique, mielleux. Le croyais que la vie de ton frère bien-aimé importait plus que tout.

Nero se raidit.

- C’est le cas. Mais il semblerait que vous accordiez plus de temps et d’énergie à ramener votre fils à la vie qu’à sortir mon pauvre frère de sa léthargie !

La forme opalescente d’Hojo s’approcha pour lui poser la main sur l’épaule.

- Je n’ai jamais considéré ceci, fit-il en désignant le cristal mako à travers la glace sans tain, comme mon fils. Ce n’était qu’une expérience. Et, aujourd’hui, il me permet de faire les tests nécessaires devant me permette de sauver Weiss. Regarde-le, Nero. Regarde ce qu’une mauvaise préparation peut faire. Observe sa peau, ses cheveux, ses jambes réduites à l’état de déchets mako… Tiens-tu vraiment à ce que ton frère serve de cobaye jusqu’à ce qu’on trouve la bonne méthode. Ou préfères-tu que ce soit lui ?

Le ténébreux frissonna.

- Quand aurez-vous terminé vos… ” tests ” ? Quand pensez-vous pouvoir aider mon frère ?

- Bientôt, assura Hojo avec un sourire qui ressemblait plus à une grimace qu’à un signe de consolation. Mais, pour cela, je dois me concentrer et ne pas être interrompu sans cesse.

Nero encaissa le reproche sans broncher et tourna les talons après un dernier regard menaçant qui en dit plus long que n’importe quelle diatribe. Il signifiait ” trahis-moi et je te détruirai “.

Le scientifique jura et alla s’appuyer contre le miroir sans tain, son front ectoplasmique contre la vitre.

Pourquoi cela ne marchait-il pas ? Pourquoi Jenova et Omega ne fusionnaient-ils pas ? Etait-ce pour les mêmes raisons que Sephiroth n’avait pu être accepté par la rivière de la vie ? Parce que l’Omega appartenait à cette planète et pas Jenova ?

Si c’était le cas, aucun des ” super-soldats ” qu’il avait créés ne ferait un hôte acceptable. Absolument aucun ! Tous avaient reçu les cellules de Jenova. Absolument tous !

Non…

Non, pas tous.

Tous sauf…

- Weiss… murmura Hojo.

Mais oui ! Comment n’y a-t-il pas pensé plus tôt !

Hormis Nero, nourri depuis qu’il n’était qu’un fœtus au mako stagnant, les membres du Deep Ground n’avaient reçu que du mako purifié. Certes, Hojo n’avait pu mener l’expérience à son terme mais les premiers résultats avaient été stupéfiants. C’est vrai qu’il n’avait pas assez de recul pour pouvoir étudier les effets secondaires et les mutations ou dégénérescences possibles mais il n’en était plus là, de toute façon ! Il fallait faire vite et, contrairement à ce qu’il avait espéré, Sephiroth ne ferait pas l’affaire.

Génétique oblige, il aurait bien sûr été plus facile pour lui d’intégrer le corps de son fils que celui d’un étranger mais puisque son rejeton ne pouvait supporter l’Omega…

Un sourire torve incurva ses lèvres fines et les deux scientifiques présents dans la pièce frissonnèrent.

Bien sûr, comme Nero, ils ignoraient les véritables objectifs d’Hojo et pensaient que c’était uniquement par amour de la science et par soif de connaissances que la mémoire et la conscience désincarnée du chercheur avaient survécu dans la toile mondiale. Nero était persuadé que, pour Hojo, Weiss était une énigme, un challenge scientifique à relever, et que c’était pour cela qu’il avait annihilé le nano-virus qui dormait en lui et cherchait à le sortir de l’étrange coma que cela avait entraîné.

En réalité, le chercheur n’avait rien annihilé du tout et avait juste endormi le virus et l’organisme du chef des Tsviets. Sous prétexte de chercher le meilleur moyen de le ramener à la vie, Hojo avait obtenu l’accès au laboratoire secret du Deep Ground, où il avait espéré implanter l’Omega dans le corps de son fils avant d’y installer sa propre conscience désincarnée - son âme diraient certains.

Oui, il avait projeté de voler le corps de son propre fils après en avoir fait l’arme de destruction ultime et cela sans aucun scrupule. Après tout, n’était-il pas le créateur de Sephiroth ? Et ce qu’on a créé, on est en droit de le réclamer comme sien, ou même de le détruire, si l’envie nous en prend, non ?

C’est du moins ainsi qu’Hojo voyait les choses.

Hélas pour ses ambitions destructrices, son incapable de fils ne lui servait à rien ! Et dire qu’il avait mis tant d’espoirs en lui… Il était l’expérience parfaite, l’arme ultime, ciselée, modelée durant des années pour devenir l’épée qui purifierait la planète et qu’est-ce qui avait eu raison de lui ? Une armée ? Une puissance occulte ? Une Arme surpuissante ? Même pas !

Sa propre conscience et son impardonnable sensiblerie…

Oui, sa maudite et stupide humanité ! Que ne lui avait-il nettoyé le cerveau alors qu’il en était encore temps !

- Maudit sois-tu ! Misérable déchet, expérience ratée. Tu es bien le fils de ta garce de mère… Inutile et stupidement, pitoyablement humain… Comme Lucrecia…

Mais même un déchet pouvait servir la science. Il y avait toujours quelque chose à récupérer dans une expérience ratée…

- Avez-vous découvert où se terraient les deux autres ? demanda-t-il aux deux chercheurs qui essayaient de se faire le plus petits possible.

- Non, monsieur. Le clone n’a pas réussi à faire parler le plus jeune.

Maudite Jenova ! Mais comment aurait-il pu prévoir une chose pareille, aussi ? Depuis quand des cellules de cadavre étaient-elles supposées avoir une conscience et posséder celui qu’elles infectaient ?

Le monde entier s’était-il donc ligué pour lui pourrir la vie ?

Il inspira un grand coup.

Du calme…

S’énerver était contre-productif et ne servait à rien.

Weiss… Il fallait qu’il se concentre sur Weiss…

Il tenait peut-être une nouvelle piste à explorer. Mais avant cela…

- Trouvez-les, quoi qu’il en coûte ! Trouvez Loz et Yazoo et amenez-les-moi ! Morts ou vifs, peu m’importe, désormais…

S’il abandonnait définitivement l’idée d’implanter l’Omega dans Sephiroth, il n’avait plus besoin que des cellules des trois incarnés pour guérir et compléter le corps de son fils. Il lui servirait d’enveloppe charnelle au cas où l’expérience avec Weiss échouerait.

Oui, en cas d’échec, le corps de son fils lui irait comme un gant ! C’était la seule chose à laquelle il pouvait encore servir, de toute façon.

Dans le cristal mako, un désagréable frisson traversa le corps torturé de Sephiroth. Comme un mauvais pressentiment. Un très mauvais pressentiment…

…à Suivre

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Chers petits frères ! (Part 3/5)

***

Auteur : Shiva Rajah

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- On pourra le faire, après le bain, dis, Aerith ? insista encore Yazoo.

Weiss, qui donnait le bain à Yazoo et à Nero tandis qu’Aerith s’occupait de bébé Kadaj - Loz étant de corvée de vaisselle avec Tifa au rez-de-chaussée - roula des yeux et enduisit les longs cheveux des petits garçons d’une bonne dose d’après-shampoing.

Ni l’un ni l’autre ne voulait qu’on touche à sa tignasse ” comme celle de grand frère “ mais de là un supporter un démêlage dans les règles, il ne fallait quand même pas pousser ! Imiter Weiss ou Sephiroth, oui ; supporter les tiraillements du peigne, hors de question !

Nero visa son compagnon de son pistolet à eau et celui-ci répliqua avec le sien, ce qui les fit rire aux éclats.

- Bon, ça suffit ! les sermonna Weiss, trempé jusqu’aux épaules. Tenez-vous tranquilles, un peu !

Mais la baignoire, que les garçonnets avaient remplie de jouets aquatiques, ne poussait guère à la modération ou au calme.

Nero frappa l’eau de ses petits bras pour éclabousser Yazoo et celui-ci en fit autant, envoyant des gerbes d’eau en tout sens.

- Eh ! intervint Aerith, dont la robe légère fut éclaboussée par l’eau savonneuse. Arrêtez, vous allez mouiller le bébé !

Kadaj, à qui elle venait d’enfiler un pyjama ” mog ” qui lui donnait l’air d’une peluche, ne semblait pas aussi soucieux qu’elle et tapait dans ses menottes en riant comme un petit fou.

Weiss, le t-shirt désormais détrempé, saisit les bras maigres de son cadet et lui fit les gros yeux.

- Nero, ça suffit, j’ai dit ! C’est aussi valable pour toi ! ajouta-t-il, menaçant, en défiant Yazoo du regard de faire encore la moindre vaguelette dans la baignoire.

Ce dernier, sachant très bien jusqu’où il pouvait pousser l’ami de son frère, baissa lentement les mains et détourna les yeux avec une grimace boudeuse.

- Alors ? On pourra le faire ou pas ? demanda-t-il encore.

- Invoquer les esprits n’est pas un jeu, Yazoo, on ne sait jamais ce qui peut arriver, expliqua calmement Aerith, Kadaj assis à cheval sur sa hanche.

Le garçonnet laissa Weiss lui démêler et lui rincer les cheveux - non sans couiner des chapelets entiers de ” Aïe ! Aïe ! Aïe ! ” aussi exagérés qu’inutiles - avant de répondre.

- Mais t’as dit que ça marchait sûrement pas et que c’était juste pour amuser les gens !

La jeune fille se tourna vers le postulant Soldat, qui haussa les épaules, ne sachant plus quoi dire pour dissuader le garçonnet. Durant tout le dîner, Yazoo n’avait cessé de harceler Aerith sur le ouija découvert dans la réserve.

- Pourquoi que tu veux faire venir des ” spris ” ? demanda Nero, qui se laissait sagement coiffer sans protester.

Il adorait que son frère s’occupe de lui et tant pis s’il lui tirait un peu les cheveux ou lui pinçait parfois accidentellement la peau avec une fermeture ou un clip ! ” Si on pouvait le greffer à la jambe de son frangin, Nero serait le plus heureux des gosses ! “ avait l’habitude de plaisanter Reno.

- Des ” ES-prits “, le reprit le frangin en question en l’aidant à enfiler un petit pyjama estampillé de bébés chocobos hirsutes.

- C’est quoi ?

- Des fantômes.

Nero se pétrifia et ouvrit de grands yeux effrayés.

- Tu veux faire venir des fantômes dans ta maison ? apostropha-t-il Yazoo tout en s’accrochant au t-shirt de Weiss comme si l’un d’entre eux risquait à tout moment de jaillir du bain qui se vidait en glougloutant pour l’attraper par sa petite jambe et l’entraîner dans le siphon.

Aerith éclata de rire.

- Mais non, aucun fantôme ne va venir. Il ne s’agit que d’un j…

Elle fut interrompue par le bruit caractéristique de l’ampoule de la salle de bain qui venait de griller et de plonger la pièce dans le noir complet.

Nero poussa un cri strident et Yazoo lui fit écho par réflexe.

- Nero ! gronda Weiss. Tu m’étouffes !

Kadaj se mit à donner de la voix et Aerith tâtonna pour aller ouvrir la porte, le bébé toujours dans les bras.

Il faisait aussi sombre dans le couloir que dans la salle de bains.

- J’ai l’impression que le disjoncteur a sauté, fit-elle en soupirant. Chut, chut, du calme, bébé, ce n’est rien.

- C’est bizarre… nota son compagnon en allant à la fenêtre pour jeter un œil dehors, son petit frère accroché à sa jambe comme une moule à son rocher. Il n’y a plus une seule lumière à l’extérieur non plus. Pas même sur la route.

- Une coupure générale, tu crois ?

- Ca m’en a bien l’air.

- Zut…

- Weiss, je veux pas que les fantômes ils viennent ! sanglota Nero en tirant sur son pantalon.

Une curieuse sensation de froid se fit autour de la jambe de Weiss, typique des ténèbres que pouvaient invoquer son cadet, et l’adolescent s’accroupit pour emprisonner les petites menottes dans ses grandes mains.

- Arrêt de faire ça ! Aucun fantôme ne va apparaître, c’est juste une panne électrique !

- J’ai peur !

- Nero, arrête ça tout de suite !

- Mais Aerith elle a dit que les ” sprits “, c’est dangereux !

- C’est toi qui nous mets tous en danger, pour l’instant, pas les esprits !

- Maiiiiiiisss !

- Je t’ai dit d’arrêter, Nero ! Tu veux une fessée ?

L’adolescent lui asséna une tape sur les fesses.

Les pleurs redoublèrent mais la sensation de froid disparut aussitôt… remplacée par une forte impression d’humidité.

- Nero… gémit Weiss, à bout.

- J’ai pas fait exprès ! sanglota de plus belle le garçonnet, toujours accroché à sa jambe.

*

Sephiroth, l’oreille collée à son téléphone, soupira.

- Oui, mère, j’y vais tout de suite. Je serai là-bas dans une demi-heure, tout au plus. Mais que s’est-il passé exactement ? Lâché ? Tu veux dire ” lâché “, vraiment ” lâché ” ? Irréparable ? Combien de temps ? Eh bien… Oui, mieux vaut qu’ils restent tous à la maison. Sans lumière ni signalisation, les routes sont trop dangereuses pour les laisser rentrer seuls ou pour que quelqu’un vienne les chercher. Non, Weiss et Nero devaient rester à la maison jusqu’à lundi, l’académie était prévenue. Par contre, Zack et Cloud devaient partir en patrouille d’initiation, avec les cadets, demain à l’aube. Je pense qu’au vu des circonstances, Angeal va annuler, de toute façon. Ne t’en fais pas, je m’en occupe. Tu t’occupes de faire prévenir les parents des filles ? Moi aussi, je t’embrasse. Bon courage, mère, tu vas en avoir besoin.

Il raccrocha et Angeal lui tapa sur l’épaule.

- Alors ?

Son ami secoua la tête.

- Le tube de décompression du réacteur mako a lâché.

- Comment ça, ” lâché ” ?

- Fendu sur toute la longueur. Ils doivent de changer et relancer les flux.

- Combien de temps cela va-t-il prendre, pour remettre le courant à Midgar ?

- D’après mère, au minimum 12 heures. Au pire 48.

Angeal jura.

- On avait bien besoin de ça !

- Je dois filer à la maison. Les garçons sont seuls et ils ont invité des camarades. Zack et Cloud sont avec eux. Tu veux que je te les ramène ?

- Non, garde-les avec toi, si ça ne te dérange pas. Je vais devoir reporter la patrouille d’initiation de toute faç…

” ACCIDENT SUR LA VOIE 8 ! UN TRAIN EST RESTE BLOQUE DANS SA SECTION 42. JE REPETE : ACCIDENT SUR LA VOIE 8 ! UN TRAIN EST RESTE BLOQUE DANS SA SECTION 42. MERCI AUX TROUPES D’ASTREINTE DE REGAGNER LEUR SECTION POUR RECEVOIR LES INSTRUCTIONS. “

- Ca commence… gémit Angeal.

- A mon avis, ça va être comme ça toute la nuit. Veux-tu que je reste ?

- Non, file chez toi. Les gamins doivent crever de trouille. Nous, on peut communiquer grâce au réseau interne mais les relais téléphoniques eux, ont dû tous tomber…

*

- Pas de réseau, annonça Cloud en refermant son téléphone portable.

Ils étaient tous réunis dans le salon, autour des deux torches électriques que Loz et Reno avaient trouvées dans la cuisine et le garage.

- C’est une grosse panne générale, on dirait, fit Zack. Peut-être un problème au réacteur. Quelque chose a pu sauter.

Loz se raidit et blêmit.

- Ma mère devait y travailler aujourd’hui…

Zack réalisa alors sa bourde et agita la main.

- Attends, je veux pas dire qu’il y a eu un accident ou un truc comme ça, non. Je parlais d’un problème matériel.

Tifa, comprenant les craintes du garçon, lui serra le bras.

- Je suis sûre que Jenova va bien, Loz. S’il y avait eu un accident grave, on aurait entendu une explosion ou quelque chose comme ça. Pas vrai, Zack ?

Ce dernier hocha vigoureusement la tête.

- Ouais, bien sûr. A tous les coups.

- On va mourir ? demanda Nero d’une toute petite voix en voyant leurs mines lugubres.

Il portait un ancien pyjama de Yazoo beaucoup trop grand pour lui mais Weiss n’avait pas prévu de change en cas ” d’accident “. Voilà presque deux ans que son cadet n’avait plus besoin de ce genre de précautions.

- Bien sûr que non, on ne va pas mourir, idiot ! s’emporta l’adolescent. C’est juste une panne électrique, enfin !

Nero eut un mouvement de recul devant le ton hargneux. Ses lèvres tremblèrent un moment et, malgré les efforts déployés pour les retenir, il éclata en bruyants sanglots en s’accrochant à la jambe de son frère (désormais recouverte d’un pantalon de pyjama de Loz) pour enfouir son petit visage dans le tissu de coton bariolé.

- Mais qu’est-ce qu’il a, aujourd’hui ? s’étonna Zack. Il n’arrête pas de chouiner. Ca ne lui ressemble pas.

Weiss laissa échapper un profond soupir.

- Je vous l’ai dit, il est fatigué. Cette crevette noiraude ne veut plus faire sa sieste l’après-midi et voilà le résultat !

- C’est pas vrai, j’suis pas fatigué ! sanglota Nero, suspendu au pantalon de son frère. Et j’suis pas une crevette !

Ce dernier retint le vêtement de justesse, manquant de se retrouver cul nu devant ses amis.

- T’aurais pas dû mettre ta ceinture à laver aussi dans la bassine ! railla Reno. Pas quand monsieur pot de colle est dans les parages, n’attendant qu’une occasion de jouer les ” porte-clés ” !

- J’suis pas un porte-clés ! s’écria le petit sans cesser de pleurnicher, faisant s’esclaffer tout le monde.

Le bruit des rires les empêcha d’entendre la voiture qui se garait dans l’allée. Ce furent les phares qui éveillèrent leur attention.

- C’est grand frère ! s’écria Yazoo en se précipitant vers la porte pour l’ouvrir juste au moment où Sephiroth s’apprêtait à glisser la clé dans la serrure.

Le garçonnet lui sauta dans les bras et les deux filles présentes laissèrent échapper un petit cri aigu qui exaspéra Loz.

Ca y est ! La ” star ” venait une fois de plus lui ” casser son coup ” ! Et dire que tout était si bien parti, avec Tifa… Il l’avait fait rire, elle avait adoré le dîner, ils avaient plaisanté et s’étaient effleurés à plusieurs reprises en faisant la vaisselle et, comble de la chance, la Déesse lui envoyait une panne électrique qui coinçait la jeune fille à la maison pour une durée indéterminée. Alors pourquoi fallait-il que Sephiroth arrive maintenant ? Pourquoi ! Pourquoi ! Pourquoi !

Merde, merde et re-merde ! “

- Tout le monde va bien ? demanda le Soldat en jetant un œil à la ronde. La centrale électrique a subi une grosse avarie et ne sera pas opérationnelle avant demain midi, au moins. Aerith, Tifa, un messager est allé prévenir vos parents que vous passerez la nuit ici, c’est plus prudent. Zack et Cloud, la mission d’entraînement de demain est annulée. Vous restez ici aussi.

Les garçons prirent sur eux pour ne pas sauter de joie et se contentèrent d’un sobre : ” Bien, Général. A vos ordres, mon Général. “

- Reno, reprit le Soldat. Je ne savais pas que tu étais là. Veux-tu que je fasse prévenir chez toi aussi ?

Le rouquin secoua la tête.

- Non, pas de problème, Général. Mon père est à Corel pour son boulot. Je suis seul à la maison. Je peux rester sans problème.

- Parfait, alors. Tout le monde a dîné ?

Loz acquiesça, de plus en plus contrarié.

- On a mangé, la vaisselle est faite et rangée, les gamins sont lavés et on s’apprêtait à faire un ” truc “, là. Alors, si tu as faim ou que tu veux prendre un bain, il y a ce qu’il faut dans le frigo et on a fini avec la salle de bain du premier.

Sephiroth leva un sourcil intrigué face au ton acerbe de son cadet mais en comprit vite la raison en le voyant se rapprocher de sa camarade de classe, comme pour faire un rempart entre son frère et elle.

Les yeux de son jeune frère paraissaient lui hurler : ” Dégage ! Tu vois pas que tu gênes, là ? “

Le Soldat reposa donc Yazoo sur le sol et hocha la tête.

- Bien, alors je… commença-t-il en se contrôlant pour ne pas rire. Je vais vous laisser entre vous. Je… Je vais prendre une douche et manger un petit quelque chose dans la cuisine.

- Oh mais, ne partez pas à cause de nous, Général ! s’écria Tifa en rougissant. Vous… Je veux dire… Nous serons honorés que vous acceptiez de rester… Enfin, ici… Pas dans la cuisine. Euh… Je… Nous…

Au fur et à mesure que le sourire narquois de Sephiroth s’élargissait, la rougeur et le bégaiement de la jeune fille s’accentuaient - au grand amusement de ses camarades.

Loz lança un regard réfrigérant à son aîné, le défiant de rester avec eux, et ce dernier agita la main.

- C’est gentil, Tifa, mais j’ai ramené du travail, fit-il en brandissant un dossier épais comme le poing. Amusez-vous bien et ne couchez pas Yazoo et Nero trop tard. Au vu du nombre, je crains qu’il ne faille sortir un ou deux sacs de couchage. Vous allez vous débrouiller ? Je me charge de Kadaj, ajouta-t-il en prenant le petit des bras d’Aerith.

Ravi, le bébé gazouilla et Sephiroth couvrit sa bouille de baisers bruyants tout en grimpant l’escalier quatre à quatre sous le regard attendri des filles.

- Ohahhh… C’est trop chou ! Il est trop sexy ! soupira Tifa.

- Tu l’as jamais vu le matin au réveil… maugréa Loz.

- C’est vrai, il a tout pour lui… renchérit Aerith, rêveuse, sans prêter attention à lui.

- Les joues barbues, une haleine de chacal et les cheveux comme une serpillère… poursuivit Loz, dans l’indifférence générale.

-Je veux bien me sacrifier et aller dormir sur le tapis de sa chambre !

Elles pouffèrent et les garçons échangèrent un regard effondré en secouant la tête, dédaigneux.

- Bon, vous avez fini, oui ? finit par intervenir Cloud. Vous vous êtes vues ? Vous êtes ridicules.

Ils partirent tous dans une discussion animée mais les filles ne semblaient pas prêtes à redescendre sur terre après avoir vu leur idole d’aussi près et en pensant qu’elles allaient passer la nuit sous le même toit que lui !

- Pourquoi qu’elles sont tout drôle ? demanda innocemment Nero à Yazoo en voyant les jeunes filles glousser, se tortiller et soupirer à qui mieux-mieux.

Son ami fit vibrer ses lèvres, méprisant.

- Toutes les filles font ça, quand elles voient grand frère.

- Pourquoi ?

Yazoo haussa les épaules.

- Maman dit que c’est un truc de grands.

- Ils sont bizarres, les grands, quand même…

- Ouais, c’est clair !

…à suivre

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X - La proie pour l’ombre

“Le méchant remue le couteau dans la plaie ;

la brute y plante en plus la fourchette !”

Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Journal de Rufus Shinra

Ne pouvant me résoudre à me rendormir, je suis allé dans la bibliothèque chercher des réponses à mes questions. J’ai fouillé dans ces livres où mon père a fait coucher par écrit toute l’histoire de ma famille.

Comme c’est ironique ! Lorsque j’étais enfant, je faisais tout pour échapper aux radotages de ces vieillards, qui me faisaient piquer du nez, et, à présent, j’ai recours à ces mêmes chroniques pour fuir ces cauchemars.

Il y a là des centaines de pages noircies d’écriture serrée, racontant des siècles de guerres, d’alliances et de tragédies. Je suis l’héritier de cette histoire et je dois protéger mon empire des maléfices et des mauvaises influences.

Je ne faillirai pas une seconde fois.

Je commencerai par écarter Sephiroth, puis je trouverai le moyen d’apaiser les dieux et la créature maudite qui nous pourchasse.

D’après ce récit, c’est bien un Démon qui gisait dans ce temple. Ce monstre, cet esprit errant de la nuit, avait l’apparence d’une panthère noire, mais d’après les légendes, il semblerait que ces créatures peuvent prendre n’importe quelle forme.

Si c’est une telle chose que nous avons réveillée, que les Dieux aient pitié de nous. Ces démons sont avides de sang et ne cherchent qu’à assouvir leur soif.

Il est dit que celui-là, au terme d’un combat acharné, réussit à terrasser le fondateur de notre lignée.

A l’époque, le Démon-panthère avait causé des dégâts dans plusieurs temples de la région. Le fils aîné du fondateur, mon aïeul, avait donc organisé une battue avec l’aide des villageois de la région. Pendant plus d’un mois, ils ont traqué la bête en vain. Elle apparaissait à la nuit tombée, tuait puis disparaissait dans les ténèbres jusqu’à son prochain forfait.

Ils l’ont finalement débusquée, acculée dans le plus ancien de nos sanctuaires, le temple de Gongaga, et mon ancêtre l’a achevée lui-même. Il a insisté pour que sa dépouille soit aussitôt scellée dans ce temple, construit par son propre père pour remercier les dieux de sa fortune. Un prêtre a ensuite apposé des sceaux, les portes du temple furent condamnées et l’accès fut bouché par des blocs de pierre.

Je me demande si ce n’est pas à dessein qu’ils ont minimisé les commémorations de ces événements. Peut-être mon aïeul se sentait-il coupable d’avoir mis tant de temps à arrêter le Démon.

Il y a plusieurs autres détails insolites, aussi. Je peux comprendre que mon ancêtre ait voulu mettre autant de protections que possible entre lui et le Démon, même mort, mais pourquoi ne pas plutôt incinérer le cadavre de la bête ?

L’emplacement choisi pour le temple est le plus curieux, cependant. Je pensais qu’il avait été creusé dans la roche spécialement pour y emprisonner les pouvoirs maléfiques d’un démon, mais d’après les textes c’est la première victime du monstre qui en a décidé la construction, et ce bien avant l’apparition de l’esprit.

Dans ces conditions je ne m’explique pas son étrange situation. Mes ancêtres n’avaient pas pour coutume de creuser des habitats troglodytes.

Il faut que j’en sache plus sur ce qui s’est passé, mais si même les chroniques de ma propre bibliothèque ne peuvent me répondre… j’ignore qui le pourra.

Peut-être en existe-t-il une copie plus complète ailleurs. Au musée cetra de Midgar, peut-être ?

J’ai tellement à faire et si peu de temps…

*

La première chose qui me frappa fut la foule.

De l’orée de la forêt qui longeait la rivière jusqu’au bord de cette dernière, les berges étaient noires de monde. Des centaines de personnes lavaient leur linge, faisaient boire les bêtes, pêchaient ou se baignaient.

Je n’osais même pas imaginer le nombre de saloperies que devait charrier le cours d’eau !

- Attendez ici, Monsieur, je vais chercher le saint homme, proposa aimablement Zack.

Je m’assis donc sur l’une des marches de pierre grossièrement taillées qui descendaient jusque dans l’eau et attendis patiemment tandis que le poulain d’Angeal se faufilait au milieu de la foule.

Mes longs - trop longs ? - cheveux argentés et ma haute taille attirèrent immédiatement l’attention et j’entendis des murmures et des rires s’élever dans les groupes de femmes vêtues de robes humides.

A mon grand étonnement, je me sentis rougir. Je baissai la tête et, chose qui ne m’était jamais arrivée jusque là, fis même des vœux pour qu’aucune d’entre elles ne m’approche ou ne m’adresse la parole.

Le moment passé avec Angeal dans le 4×4 m’avait-il vacciné à vie contre la gent féminine ?

Par contre, je laissai mon regard courir avec plaisir sur les corps masculins dégoulinants d’eau. La plupart des Gongagiens étaient minces et avaient des muscles secs et bien dessinés. Je me pris à imaginer à quel point leur peau devait être douce et parfumée lorsque Zack me toucha l’épaule, me faisant tressaillir.

- Le saint homme vous invite à le rejoindre dans la forêt sacrée, Monsieur.

Le cœur battant, je me levai et le suivis à travers la foule, ne pouvant faire autrement que de frôler les corps à demis nus.

Il m’entraîna à quelques cinquante mètres à l’intérieur des bois, où s’élevait un petit temple peint de couleurs vives. Là, à l’ombre d’un grand arbre aux branches ressemblant à des lianes et aux larges feuilles d’un vert tendre, se tenait l’ermite, assis en tailleur à même le sol. Il était entouré de plusieurs hommes et de deux femmes d’un certain âge qui l’écoutaient avec respect.

Dans ce curieux décor, il me parut soudain palpiter d’une étrange aura de sainteté, comme si une lumière invisible irradiait de sa personne.

Je mis cela sur le compte de mon appréhension et de l’angoisse que j’avais connue les nuits précédentes. Sans doute désirais-je voir en lui un être possédant quelque pouvoir susceptible de me délivrer du cauchemar éveillé qu’était devenue ma vie.

Zack s’inclina devant lui et lui tendit de la nourriture enveloppée dans un linge. Le saint homme hocha la tête en signe de remerciement et posa le paquet à ses pieds tout en me faisant signe d’approcher et de m’asseoir.

Les gens qui l’entouraient s’inclinèrent et s’esquivèrent discrètement.

Lorsque je le vis Zack se préparer à tourner les talons, je paniquai un peu.

- Tu ne restes pas ? demandai-je. Comment vais-je comprendre ce qu’il va me dire ?

- Il a demandé à rester seul avec vous, Monsieur, répondit le garçon. Vous comprendrez ce qu’il a à vous dire, ne vous en faites pas.

Malgré mon regard suppliant, il s’éloigna.

Comment allais-je parler à ce singe crayeux ? Je ne connaissais pas un seul mot de son étrange dialecte gongagien !

Je me tournai vers son visage impassible et mon estomac se contracta. Dans quoi m’étais-je donc encore embarqué ?

- Euh… Vous… Je ne… Euh… Zack did you explain my problem ? demandai-je en articulant exagérément.

Son expression ne se modifia pas.

- Do you understand what i say ? No ? Wutaïgo o hanashimasu ka ? Sprechen zi Nibelian ? Habla Coreliano ?

Il me fixa sans rien dire et je secouai la tête.

- Vous ne comprenez pas un mot de ce que je vous dis, hein ? Mais qu’est-ce que je suis venu faire ici, moi… maugréai-je en me passant la main sur le visage.

Je le regardai entre mes doigts. Il ne clignait même pas des paupières.

Je perdais mon temps et me maudis d’avoir nourri l’idée saugrenue que ce type pouvait m’aider en quoi que ce soit.

- Ecoutez, je suis désolé de vous avoir dérangé dans votre méditation ou je ne sais pas quoi, O.K. ? m’excusai-je en me levant. Continuez votre karma ou ce que vous voudrez, je vais me dépatouiller tout seul comme un grand. Restez tranquillement assis pendant qu’un fauve me colle aux basques et croque la moitié de la population de la région, surtout, ajoutai-je amèrement.

J’essuyai la poussière de mon pantalon et ajustai ma casquette.

- Vous êtes un ignorant. Oui. Nerveux et ignorant. Une bonne victime pour le Démon.

Je me figeai et baissai les yeux vers l’ermite pour m’assurer que c’était bien lui qui avait prononcé ces mots et que mes oreilles ne me jouaient pas de vilains tours.

Il affichait à présent une expression amusée.

- Vous me comprenez ? Vous… Vous avez toujours compris ce que je disais ? réalisai-je.

Il esquissa un sourire et je me sentis blêmir.

Combien de fois l’avais-je traité de “ macaque ” ou de ” primate crasseux ” sur le chantier ? Je devais avoir bonne mine tiens !

- Je comprends surtout que vous avez peur, répondit-il. Et vous avez raison, d’avoir peur.

Je me rassis lourdement en face de lui, la gorge soudain sèche.

- Que m’arrive-t-il, vieil homme ? Pourquoi moi ? Y avait-il réellement un démon, dans ce temple ?

Il secoua la tête.

- Si vous aviez creusé encore un peu, vous auriez vu le squelette du Démon. Du démon mort il y a longtemps, je veux dire.

J’essayai de comprendre ce qu’il voulait dire.

- Le démon mort ? S’il est mort, qu’est-ce qui me poursuit dans ce cas ?

- Un Démon.

Je secouai la tête.

- Mais vous venez de me dire qu’il était mort depuis longtemps !

- Oui. Celui du temple est mort longtemps.

- Vous voulez dire qu’il y en avait deux enfermés là-dedans ?

- Non.

Je soupirai. Je n’étais vraiment pas d’humeur pour jouer aux devinettes ésotériques.

- Pourquoi ce démon m’en veut-il à ce point ?

- Vengeance ? Jalousie ? Qui peut savoir ? Peut-être avez-vous éveillé quelque chose en lui. Sa part la plus sombre. Un vieux souvenir.

- Moi ? Mais ça n’a aucun sens. Je n’ai pas pour habitude de fréquenter les démons !

- Dans cette existence, non. Mais combien en avez-vous vécu ? Qui saurait dire ?

- Une vie avant la vie ?

Ca y est ! J’y étais. Cette fameuse croyance en la réincarnation avec un passage dans la rivière de la vie.

- Vous voulez dire que cette chose se vengerait de moi pour quelque chose que je lui aurais fait dans une vie antérieure ? essayai-je de demander sans éclater de rire.

- Oui.

- Et que suis-je supposé faire ? Une offrande ou un machin comme ça ?

Ses yeux devinrent deux fentes brillantes et son expression grave m’enleva soudain toute envie de rire.

- Savez-vous ce qu’est un métamorphe ?

- Une sorte de démon capable de se changer de forme ?

Il croisa les bras et inspira profondément.

- C’est une créature maudite. A la fois homme et fauve. Un être magique et puissant.

- Homme et fauve ?

- Oui.

Je levai un sourcil. Mais qu’est-ce que c’était encore que ces salades ?

D’abord des démons et maintenant des ” matous-garous “. J’étais dans de beaux draps tiens. Garou ou non, il fallait que je me débarrasse de cette chose.

- Comment peut-on le détruire ? demandai-je. Il doit bien y avoir un moyen ?

Il se pencha en avant.

- Oui. Mais c’est très difficile. Vous dev…

Il s’arrêta soudain de parler et renifla l’air.

- Quoi ? m’enquis-je avec inquiétude. Qu’y a-t-il ?

Il leva la main pour m’imposer le silence et sembla écouter. Mon cœur battit à une vitesse affolante. Le fauve m’avait-il retrouvé ?

J’entendis des brindilles craquer derrière moi et me redressai d’un bond, prêt au combat.

- Que faites-vous ici ? gronda Rufus Shinra.

S’il y avait quelqu’un que je ne m’attendais pas à voir en ce lieu, c’était bien lui !

Il ne portait qu’un pantalon de toile blanche dont la ceinture lâche lui retombait un peu trop bas sur les hanches et était pieds nus dans la poussière, en signe de modestie et de respect.

Si je l’avais trouvé beau dans son kimono hors de prix, ainsi débraillé et torse-nu, il me laissa sans voix. Ce type était une véritable gravure de mode.

- Comment osez-vous souiller ces lieux de votre présence ? persifla-t-il.

Son visage était tellement crispé et sa veine battait si fort contre sa tempe que je le crus au bord de la crise d’apoplexie.

- Je… Commençai-je la gorge nouée, incapable de détacher mes yeux de son corps de rêve. J’étais venu consulter le saint homme sur les événements qui…

- Partez ! s’écria-t-il. Des êtres tels que vous n’ont rien à faire ici !

J’allais répliquer vertement lorsque l’ermite gesticula en braillant dans notre direction.

- Voilà ! Vous êtes fier de vous j’espère ? hurla encore son altesse sérénissime à mes oreilles.

Il me poussa brutalement et je le regardai, ébahi, s’agenouiller devant le saint homme, s’aplatir dans la poussière et lui parler d’une voix suppliante.

Jamais je ne l’aurais cru capable d’un tel geste de soumission.

A ma grande surprise, l’ermite entra dans une colère folle et lui cracha à la face.

Un tel comportement de la part du saint homme me stupéfia. Jamais, même lorsque je l’avais traité de primate crayeux sur le chantier, il n’avait montré le moindre signe d’agressivité.

Rufus se redressa d’un bond et lui parla en lui jetant des regards suppliants tout en s’essuyant le visage.

Je ne savais plus comment réagir. Tout ce que je saisissais des paroles de sa majesté des réacteurs étaient des expressions comme “aidez-moi” et “ayez pitié“, qui revenaient sans cesse.

Mais que se passait-il donc ?

Rufus essaya à nouveau de ramper vers le saint homme mais ce dernier se saisit d’une poignée de poussière qu’il lui jeta à la figure, le faisant se redresser en gémissant de douleur.

L’ermite, lui, gesticulait et criait, attirant les curieux.

Je crus saisir le mot “impur” au milieu d’un flot d’injures et me décidai enfin à intervenir.

- Mais qu’est-ce qui vous prend ? m’écriai-je en me penchant sur Rufus. Vous voulez le rendre aveugle ou quoi ?

Ce dernier me repoussa, presque aussi hystérique que le saint homme et, les yeux larmoyants à cause de la poussière, voulut encore lui embrasser les pieds en signe de respect.

La réaction ne se fit pas attendre.

Le vieil homme s’écarta, ramassa une pierre et, avant que je puisse faire quoi que ce soit, la jeta en direction de Rufus, qui la reçut en pleine poitrine.

Il retomba en arrière avec un cri et l’ermite en saisit une seconde.

Sans plus réfléchir, je me jetai sur son altesse sérénissime pour le relever en dépit de ses efforts pour me repousser.

La seconde pierre le toucha au front, lui faisant une profonde entaille et flaf ! Il me tomba dans les bras, complètement sonné.

Si je ne le sortais pas de là, ce dingue allait le tuer - sans compter que la foule se resserrait dangereusement autour de nous.

Rufus Shinra était un homme imbuvable et son comportement avait certes dû lui valoir nombre d’anicroches et de ressentiment mais de là à le lapider en place publique, il y avait quand même un monde !

Je le hissai donc sur mon épaule et m’enfonçai dans forêt en bousculant quelques badauds curieux attirés par le scandale, poursuivi par les imprécations du vieux sage.

Je marchai pendant ce qui me sembla être une bonne dizaine de minutes et m’arrêtai, à bout de souffle. J’ai beau être costaud, Rufus n’était pas un poids plume et je suais comme un chocobo après une course.

Je me trouvais dans une minuscule clairière bordée d’arbres immenses et je ne savais absolument pas où j’étais.

La gorge sèche et brûlante à force de courir, je posai délicatement Rufus sur le sol couvert de mousse et appuyai sa tête sur mes genoux. Son visage était barbouillé de sang. Mais qu’est-ce qui avait pu passer par la tête de ce vieux fou ?

Je me forçai à respirer calmement pour ralentir mon rythme cardiaque et retirai mon t-shirt pour lui éponger le visage.

Je m’aperçus alors que mes mains tremblaient et que j’avais le plus grand mal à les empêcher de s’égarer sur le torse glabre.

J’étais seul, paumé en pleine forêt et presque à poil avec, sur les genoux, l’un des hommes les plus séduisants qu’il m’avait été donné de rencontrer.

En dépit de la situation plus qu’incertaine, je ne pouvais que remercier tous les dieux bizarres de Gongaga d’une telle aubaine.

La coupure de son front saignait beaucoup et ses cheveux étaient encore mouillés. Ses paupières frémissaient à peine et ses lèvres entrouvertes semblaient me narguer.

- Autant en profiter avant qu’il ne se réveille… me dis-je avec un sourire en coin à l’idée de ce que j’allais faire.

Je me penchai par dessus son visage et posai délicatement mes lèvres sur les siennes.

Elles étaient fraîches et douces…

Je glissai le bout le ma langue entre elles, cherchai la sienne mais il poussa une petite plainte et je me redressai vivement.

Mais qu’est-ce que j’étais en train de faire ? Profiter qu’un mec tombe dans les pommes pour lui rouler une pelle ! J’étais tombé bien bas.

Je lui tapotai les joues et il finit par ouvrir les yeux.

En me voyant, il cligna des paupières à plusieurs reprises et s’écarta comme s’il avait été mordu par un serpent.

- Qu’est-ce que vous faites là ? s’écria-t-il en m’assassinant du regard.

- Vous pourriez au moins dire “merci”, notai-je en grimaçant.

Il porta la main à son front et la retira poisseuse de sang. Je lui tendis mon t-shirt, qui en était imprégné.

- Navré, je n’ai pas de mouchoir en dentelle sous la main, m’excusai-je, sarcastique.

Il hésita et le sang lui coula sur l’œil gauche.

- Si vous préférez, je peux vous donner le bas mais, je vous préviens, je ne porte rien dessous.

Il blêmit et se détourna à façon d’une jeune fille que l’on aurait abordé de façon trop grivoise.

- Allez, ne soyez pas idiot ! Prenez ça et pressez-le sur votre front.

Avec un grognement, il m’arracha mon t-shirt des mains et essuya le sang de son visage.

- Pourquoi le saint homme a-t-il eu une telle réaction en vous voyant ? demandai-je.

Sa majesté des réacteurs me jeta un regard noir et je vis ses lèvres se mettre à trembler.

- Cela ne vous regarde pas, cracha-t-il.

Je soupirai.

- Il était pourtant parfaitement calme avec moi, fis-je. Il vous a appelé “impur”,non ? Je pensais pourtant que vous…

- J’ai dit que cela ne vous regardait pas ! s’écria-t-il.

Si ses yeux avaient été des gunblades, je crois que je serai mort vingt fois. Ce type était quand même gonflé !

- Eh ! Je vous ai sauvé la vie, je vous signale ! J’estime que j’ai droit à quelques explications !

- Ici, vous n’avez droit à rien, persifla-t-il en se levant.

Cette fois c’en était trop. Je me levai et le saisis par le bras pour l’obliger à se retourner.

- Minute, papillon ! Je commence à en avoir ras le bol de toutes vos salades mystiques !

Je sentais que j’étais prêt à le frapper s’il ne me donnait pas d’explication cohérente.

- Lâchez-moi ! Je vous interdit de me toucher !

Je resserai mon étreinte et il grimaça.

- Ecoutez bien, votre gracieuse Majesté de mes fesses ! Je sais que vous aviez dans l’idée de supplier papa pour me faire virer et je vous ai pourtant sauvé la peau. Alors, maintenant, de deux choses l’une : ou vous m’expliquez ce qui se passe, ou je vous arrache le bras. Choisissez ! Pourquoi l’ermite a-t-il eu cette réaction ? Qu’est-ce que vous lui avez fait ?

Rufus serra les dents et me jeta un regard glacial.

- Ne posez pas vos sales pattes sur moi ! fit-il entre ses dents. Qui sait quelle partie du corps de vos semblables elles ont touché !

Je blêmis.

C’était donc bien ça qui le gênait tellement chez moi… Ce sombre abruti était homophobe !

J’avais eu bien souvent affaire à ce type de dingues et j’étais blindé depuis belle lurette mais, dans le cas présent, cela me fit particulièrement mal. Je sentis mon estomac se tordre et ma gorge se nouer.

- Très bien… Comme vous voudrez. Retournez donc voir ce singe crayeux et faites en sorte que leurs cailloux ne vous ratent pas cette fois. Ca rendra service à tout le monde !

Je le repoussai brutalement et il tomba sur le sol comme un sac de ciment avec un gémissement rauque…

…à suivre

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LXXII - Bas les pattes !

Le coeur sur la main quand il le faut

et la main dans la gueule quand c’est nécessaire ! “

H. Jeanson

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Exceptionnel, n’est-ce pas ? demanda Genesis en refermant son livre après en avoir lu un long passage à Yazoo avec des trémolos dans la voix.

A grand peine, ce dernier retint un nouveau bâillement qu’il essaya de dissimuler derrière un petit éternuement.

- Pardon.

Le Banoran lui adressa un sourire charmeur.

- A tes amours !

- Oui… merci.

- Alors ? Qu’en penses-tu ?

L’argenté grimaça.

- Ce n’est pas… Enfin je ne trouve pas cela… Ma culture est trop médiocre pour apprécier ce genre de choses, je le crains, biaisa-t-il.

Genesis éclata de rire.

- Sornettes ! Nous parlons de sentiments, ici. Allez, dis-moi ce qui tu as ressenti en écoutant ce magnifique passage. Sois sincère.

Yazoo toussota, hésitant.

- Sincère, dites-vous…

- Eh bien vas-y, lance-toi. Une créature telle que toi est faite pour vibrer à ce genre de mots, je le sais.

Genesis approcha son visage à quelques centimètres du sien et l’argenté eut un mouvement de recul.

Ce type commençait très sérieusement à lui taper sur les nerfs, avec ses allusions à peines voilées et cette sale manie de saisir la moindre occasion pour lui faire du rentre-dedans.

Ami de Sephiroth ou non, Yazoo mourait d’envie de lui faire ravaler son assurance et son badinage éhonté. Non mais pour qui le prenait cet individu ? Pour une femme ?

- Ce que j’ai ressenti à la lecture de ce livre ? Comment dire… Disons que cela m’a rappelé un plat que j’ai mangé une fois, à Edge.

Genesis ouvrit des yeux grands comme des soucoupes.

- Un plat ?

- Oui, assura l’argenté avec un sourire vipérin. Lorsqu’on l’a posé sur la table, j’ai de prime abord pensé ” Tiens ! Ca ressemble à de la merde. “.

Le Banoran écarquilla les yeux.

- De la…

Yazoo acquiesça.

- Oui. De la merde. Et puis, finalement… Une fois que j’y ai goûté, tout ça… murmura-t-il, séducteur, en jouant avec le col du manteau de l’ex-soldat, qui sentit une vague de chaleur remonter le long de son estomac.

- Oui ?

Le sourire de Yazoo disparut aussi soudainement qu’il était apparu et il remonta brutalement la fermeture éclair du manteau de Genesis jusqu’à la glotte, le faisant hoqueter.

- J’ai regretté que cela n’en soit pas !

- Que t’ar…

- Non, plus un mot ! Je commence à en avoir plus qu’assez de votre cinéma ! Pour qui me prenez-vous ? Une poule que l’on essaye de séduire à un coin de comptoir avec des rimes laborieuses et des compliments pour adolescente en mal d’amour ? Je vous conseille de tempérer vos ardeurs romantiques aux plus vite, capitaine Rhapsodos, ou je me verrai contraint de vous prouver que j’en ai autant que vous, si c’est davantage, dans le pantalon.

Loin d’être impressionné par la diatribe assassine, le Banoran éclata de rire et rouvrit son manteau.

- Sais-tu que la colère te va à ravir ? Bon sang, ce que tu peux lui ressembler, quand tu fais cette tête !

Avant que Yazoo n’ait le temps de réagir, il le ceintura de ses bras et écrasa sa bouche sur la sienne.

***

Loz, blême comme un suaire après les explications de Weiss, se laissa tomber sur le sol de la salle de bains, à côté de lui.

- Je ne sais pas ce que je dois faire, Loz…

- Nero n’y a jamais fait allusion ?

Le Tsviet secoua la tête.

- Non, il n’a rien dit. Rien du tout. Pas même à mots couverts.

- Et toi ? Est-ce que tu… Tu te souviens de…. d’avoir fait ” ça ” ?

- Je ne me souviens déjà pas d’avoir essayé de le tuer… fit Weiss avec un humour aussi désespéré que grinçant.

L’argenté le sentait sur le point soit de fondre à nouveau en larmes soit de se mettre à tout casser.

Mais le tsviet opta finalement pour le désespoir et s’affala contre le mur comme une poupée de chiffon.

- C’est Hojo, le responsable, Weiss, essaya de rassurer Loz. Pas toi. Et ce n’est pas toi non plus qui…

- Lorsque je lui ai demandé, Vincent a dit qu’il m’avait vu enfoncer la main dans la poitrine de Nero d’un seul coup, le coupa le Tsviet d’une voix étranglée. Que j’ai… Que j’ai écrasé son coeur dans mon poing, comme ça, ajouta-t-il en mimant le geste.

- Weiss…

- Et puis, je l’ai jeté à travers la pièce comme un mannequin désarticulé bon pour la casse, poursuivit le Tsviet, dans un état second.

- Weiss, arrête. Reprends-toi.

- Vincent a dit que… Que le choc avait été si violent que… que plusieurs éléments de ses ailes de sont brisés comme du verre.

Loz pivota soudain pour le saisir par les épaules et le secouer.

- Ca suffit, Weiss ! Tu n’arriveras à rien comme ça !

- Je dois parler à Nero… Lui dire que je…

- Sûrement pas !

Le Tsviet se raidit.

- Comment veux-tu que je prenne de nouveau mon frère dans mes bras sans penser à ce que ce…

- Il le faudra bien, pourtant.

- A la simple pensée de ce que porc a fait à Nero, la bile me monte dans la gorge. je dois…

- Eh bien ravale-là ! Parler de ça à ton frère est la dernière chose à faire, Weiss. S’il n’y a pas fait allusion lui-même, ce n’est pas pour rien !

L’argenté le lâcha et secoua tristement la tête.

- Qu’est-ce que tu veux faire en abordant ce sujet avec lui, Weiss ? reprit-il. Ajouter le poids de la culpabilité à celui de la honte qu’il doit ressentir ?

- Comment ça, ” honte ” ? Mais de quoi ?

- De t’avoir pris pour un pervers, bien sûr ! D’avoir cru que c’était vraiment son grand frère, qui l’obligeait à faire quelque chose d’aussi abject !

Le Tsviet ferma les yeux, découragé.

- Je n’avais pas pensé à ça.

- Et s’il découvre que tu es au courant et que ça te fait souffrir, que ça te rend malade, il ne se le pardonnera jamais et n’osera même plus t’approcher.

- Oh, Grande Mère…

- C’est ton petit frère, Weiss. C’est ton rôle de lui épargner ça. De le protéger à n’importe quel prix. Et si tu dois pour cela t’étouffer avec ton propre dégoût de toi-même, tant pis. Je sais que ce n’est pas facile mais il le faut. Pour lui.

L’argenté avait murmuré les derniers mots avec une voix brisée laissant penser qu’il ne savait que trop de quoi il parlait.

Weiss ne s’y trompa pas.

- Loz ? Tu dis ça comme si…

Il laissa sa phrase en suspend et l’incarné hocha la tête en essayant de sourire.

- J’étais l’aîné. Comme toi. Je devais être solide. Je devais protéger mes petits frères, coûte que coûte. Parfois même à leur insu. C’était mon devoir. Et moi aussi, il m’est arrivé de leur cacher certaines ” choses ” pas très reluisantes…

***

Le genou de Yazoo failli le cueillir directement au foie mais Genesis fut assez rapide pour le lâcher et reculer au dernier moment pour l’éviter avec un petit clin d’œil malicieux.

- Décidément, tu lui ressembles plus encore que je ne le pens…

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase.

Si le coup de Yazoo n’avait fait que l’effleurer, l’uppercut de Sephiroth, qui était entré dans la serre juste à temps pour voir son ami embrasser son fils par surprise, le heurta de plein fouet, projetant sa tête en arrière et lui faisant perdre l’équilibre.

- Laisse-nous seuls, Yazoo, ordonna l’ex-cauchemar au jeune homme estomaqué.

Ce dernier comprit immédiatement en voyant l’étincelle meurtrière dans les yeux de Sephiroth qu’il était hors de question de protester et il quitta les lieux en crispant les mâchoires, honteux de s’être laissé ainsi surprendre en position de faiblesse.

Genesis se redressa en essuyant le sang qui coulait de sa bouche et soutint le regard agressif de l’ex-cauchemar.

- Perdrais-tu la tête, Seph ? Puis-je savoir ce qui t’a pris ? s’écria-t-il en lui montrant sa main maculée de sang.

Sephiroth le saisit par le col de son manteau.

- Ne t’approche plus jamais de mon fils, tu as compris ? cracha-t-il à quelques centimètres de son visage.

Le Banoran pouffa, éclaboussant son visage et cheveux platine de gouttelettes écarlates.

- Quoi ? railla-t-il.

- La prochaine fois, je ne me contenterai pas d’un coup de poing, prévint son ami, plus menaçant que jamais. Comment as-tu pu, Genesis ?

- Comment j’ai pu quoi ?

- Le propre fils de ton ancien compagnon d’armes ! Comme s’il n’y avait pas assez de proies à séduire sur cette planète ! Pourquoi ? Qu’est-ce qui t’a pris ? Pourquoi lui ?

Genesis se dégagea, le considéra un instant avec les yeux écarquillés et… éclata d’un rire hystérique.

- Toujours aussi aveugle, hein, Seph ?

- Réponds !

- Précisément parce que c’est ton fils !

Sephiroth se raidit.

- Que… Pourquoi ? Qu’est-ce que je t’ai fait qui mérite que tu t’en prennes à mon fils ?

- Qui te parle de vengeance ou de revanche ? Descend de ton piédestal de paternité frustrée, Seph ! Yazoo n’a plus rien d’un petit garçon et… et… Bon sang, Seph, mais regarde-le ! C’est ton portrait craché !

L’ex-cauchemar blêmit et recula d’un pas, profondément choqué.

Genesis, lui, conscient de s’être laissé emporter et d’en avoir trop dit, se laissa tomber sur l’une des chaises, la tête dans les mains.

- Et merde…

Il y eut un long moment de silence, durant lequel le Banoran regarda goutter son sang sur le sol.

Se fut Sephiroth qui le rompit.

- Alors c’était donc ça… La raison de toutes tes scènes idiotes et de tes crises de jalousie stupide durant toutes ces années ? Tu es pitoyable, Genesis.

Ce dernier le regarda entre ses doigts et ricana.

- Pitoyable ? Pourquoi ? Parce que, contrairement à Angeal, je ne t’ai pas plaqué simplement contre un mur pour t’en rouler une ? J’aurais dû, remarque, au lieu d’hésiter et de me ronger les sangs en me demandant par quel biais t’aborder. La preuve. Pour lui, ça a marché bien au-delà de ses espérances !

Il quitta la serre comme on s’enfuit, incapable de regarder Sephiroth en face après de tels aveux, et celui-ci secoua tristement la tête.

- N’as-tu pas compris que tu n’avais pas la moindre chance, Genesis ? Face à Angeal, tu n’as jamais eu la moindre chance…

…à suivre.

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IX - La chasse est ouverte

“Certaines chasses se résument à de l’inqualifiable poursuivant l’immangeable.”

Anonyme insp. de M. Genevoix

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Je crus avoir mal entendu.

- Par une fenêtre du premier ? Il avait donc des ail…

Mon cœur manqua un battement.

Angeal…

- Angeal ! criai-je en me précipitant dans l’escalier, talonné par Zack. Angeal !

Je dérapai sur le tapis du haut de l’escalier et me raccrochai à la rambarde avant de foncer dans le couloir.

- Angeal ! Angeal !

Pourquoi ne répondait-il pas ?

Je priai de toutes mes forces les dieux dont j’avais entendu parler depuis que j’étais arrivé pour le retrouver indemne.

- Angeal !

Je le vis enfin, debout devant la porte de ma chambre, blême comme un linge.

J’en aurais crié de soulagement.

- Angeal… Ca va ?

Il ne réagit pas, continuant à fixer ma chambre par la porte ouverte.

- Angeal ? Qu’y a-t-il ?

Je suivis son regard.

En réalité, il n’y avait plus de porte. Ou, du moins, ce qu’il en restait gisait sur le sol, en charpie.

Mais le pire se trouvait à l’intérieur…

J’entrais, sidéré, laissant Angeal et Zack dans le corridor.

La fenêtre semblait avoir littéralement explosé, comme dans les films d’espionnage, quand le type habillé de noir passe à travers le carreau, suspendu à une corde d’escalade.

Tout le mobilier avait été réduit en pièces et le lit où j’avais dormi avait été sauvagement lacéré. La bourre du matelas était répandue à travers la pièce et la serviette de bain que j’avais utilisée me rappela l’état de mon sweet-shirt dans le 4×4.

Dans ce désordre, je ne remarquai pas tout de suite le sang. Pas avant de poser le pied dessus avec un bruit gluant…

La flaque s’écoulait lentement entre les lattes de bois du sol et la descente de lit s’en imbibait comme une éponge.

J’eus un mouvement de recul et marchai sur quelque chose de mou qui émit un étrange craquement sous ma semelle.

Je baissai les yeux et la première chose que je reconnus fut une alliance d’argent… avant de comprendre qu’elle était passée à l’annulaire d’une main sans bras, qui tenait encore un chiffon à poussière et sur laquelle j’avais posé le pied en brisant les phalanges sous mon talon.

- C’est moi qu’il cherchait… murmurai-je, la gorge sèche, en regardant la main qui avait, selon toute vraisemblance, soit appartenu à la femme de ménage, soit à l’épouse de l’aubergiste.

Angeal sembla sortir de son étrange léthargie et s’approcha pour poser la main sur mon épaule.

- C’est peut-être juste un hasard, Seph, chuchota-t-il. Un horrible hasard.

Je me dégageai brusquement, mes boyaux faisant le grand huit.

- Hasard, mon cul ! me récriai-je. Pas deux fois de suite, Angeal ! C’est moi que cette saleté de bestiole cherchait et tu le sais très bien ! Je ne suis plus un enfant que l’on a besoin de rassurer lorsque la nuit tombe !

- Général, c’est… C’est…

Zack contemplait la scène de carnage, horrifié.

Je le saisis par les épaules.

- Zack, où est le vieil ermite ? Il faut que je le voie ! Où peut-on le trouver ?

- Seph ! intervint Angeal. Qu’est-ce qui te prend ? Tu perds les pédales, ou quoi ?

Notre jeune compagnon détourna le regard de la chambre et bredouilla, presque malade de dégoût :

- Sans doute près de la rivière, non loin de la forêt sacrée. Je ne pense pas qu’il se terre dans une grotte. C’est un saint homme, Général. Il ne craint ni les fauves, ni les démons.

Il avait bien de la veine parce que moi, je n’étais pas du tout rassuré à l’idée d’être traqué par ce qui avait fait irruption au premier étage pour réduire en compost bois, tissus et chair sans distinction !

- Tu vas nous aider à le trouver, Zack !

- Seph ! se récria Angeal. On doit rester ici !

- Le temps presse, Angie ! Il faut mettre un terme à cette tuerie.

- La police va débarquer et voudra savoir ce qui s’est passé.

Il avait raison. Ce n’était pas le moment de rendre la police soupçonneuse, même si, comme je lui fis remarquer…

- Ca m’étonnerait qu’ils se bougent. Ils ne voudront pas troubler le repos de ” Monsieur le Prince ” avec une triviale histoire à dormir debout de fauve tueur de femmes de chambre ! Ils sont bien trop pétochards pour tenter quoi que ce soit sans son accord.

Angeal me saisit par les épaules.

- Tu comptes te taper la route jusqu’à la rivière, avec un fauve qui rôde en te cherchant partout, pour aller demander conseil à vieux singe ?

J’allais répliquer lorsque, pour échapper à l’aubergiste et à un groupe d’hommes qui commençaient à monter l’escalier armés de fourches et de fusils, je poussai notre petit trio dans la chambre d’Angeal et refermai la porte sur nous.

- Il faut que tu saches quelque chose, Angie. Nous avons une piste concernant le meurtre, au chantier.

Je fis signe à Zack, qui sortit le poignard dissimulé à la hâte lorsque les cris de la femme avaient interrompu notre conversation.

- Ce poignard porte des traces de sang frais et les armes de la famille Shinra…

Angeal, la première surprise passée, joua pensivement avec sa barbichette et finit par demander calmement :

- Tu penses donc que Rufus Shinra est notre tueur ?

J’acquiesçai.

- Cela semble probable. S’il est vraiment aussi superstitieux qu’il nous l’a laissé deviner, il a pu craindre la malédiction et vouloir laver l’offense dans le sang en signe de sacrifice.

- Je ne l’accuserai pas si vite, Seph. Il ne se salirait pas les mains lui-même…

- Il a pu donner les ordres, cela ne change pas grand chose. L’ermite m’en dira peut-être plus. Toi, reste ici pour attendre les autorités et essayer d’arranger les choses le cas échéant, tu es bien plus diplomate que moi.

Angeal hocha la tête sans enthousiasme.

- Hors de question de te laisser aller là-bas seul, Seph.

- Je ne serai pas seul, Zack va venir avec moi. Et, si on trouve le vieux singe, il nous protégera du vilain matou avec sa magie ! ajoutai-je avec un clin d’œil railleur.

Angeal me serra la main comme s’il ne devait jamais me revoir et soupira.

- Tu perds la boule, Seph, mais bonne chance.

Zack sur mes talons, je quittai donc l’auberge, où la panique était totale, en direction du seul “concessionnaire” de voitures existant (en réalité, le petit garage du patelin) à la recherche d’un nouveau véhicule.

Je n’étais pas loin de penser, comme Angeal, que je devenais fou. J’avais toujours fui comme la peste tout ce qui se rapprochait de près ou de loin de la superstition ou de la religion. J’avais vu trop de gens céder aux sirènes de la facilité et remettre leurs décisions entre les mains de charlatans qui les absolvaient de leurs responsabilités.

Mais là, en terre inconnue, où tout le monde autour de moi semblait consulter une divinité avant de bouger le petit orteil, je me retrouvais avec un gros, très gros problème qui échappait à toute logique et peu de recours possibles. J’ignorais contre quoi je devais me battre ni pourquoi j’étais la victime désignée mais, sans des appuis puissants, personne ne ferait rien susceptible de froisser si peu que ce soit Rufus Shinra en m’aidant à y voir plus clair. Et le seul appui assez fort pour contrer Shinra, c’était les croyances de ces gens.

Il me fallait des renseignements, m’attirer les bonnes grâces des autochtones à défaut de celles de leurs dieux et, pour ça, je devais retrouver le saint homme, en espérant qu’il ne m’enverrait pas sur les roses après la façon dont je l’avais traité.

Mon impulsivité m’avait toujours coûté cher et là, j’étais à deux doigts de me jeter à nouveau dans la gueule du loup…

*

Au garage, j’avais arrêté mon choix sur un antique 4×4 imposant qui, à Midgar, n’aurait jamais passé un contrôle technique, mais qui semblait la plus solide des trois bagnoles en stock.

Les vitres latérales et celles de l’arrière avaient été remplacées par des grilles d’acier soudées, ce qui me parut idéal pour notre périple.

J’avais vu dans ma chambre ce que notre fauve ” volant ” pouvait faire d’une vitre et, bien qu’il ait prouvé la veille pouvoir tordre le métal comme une feuille d’aluminium de cuisine, ces grilles nous donneraient au moins un peu de temps pour fuir en cas d’attaque surprise.

J’avais laissé le marchandage à Zack, qui se débrouilla - j’ignore comment - pour arracher un prix dérisoire au garagiste.

Après un démarrage un peu poussif, j’avais sorti le 4×4 du terrain vague qui servait de lieu de stockage au garage, tournant le volant comme un marin au long cours son gouvernail pour faire braquer ce paquebot dans la rue sans arracher le mortier du mur d’en face.

C’est sûr, j’aurais donné très cher pour une voiture plus moderne, plus petite et, surtout, plus rapide, qui m’aurait arraché de ce bourbier au plus vite, mais j’étais bien obligé de faire avec ce tank !

D’un autre côté, la construction “à l’ancienne” de la bagnole résisterait peut-être une seconde de plus au fauve s’il nous tombait dessus.

Avant de sortir de sortir de Gongaga, Zack m’avait indiqué le chemin d’un marché où on pouvait acheter et vendre quasiment n’importe quoi.

Nous y avions acheté deux couvertures, deux fusils de chasse et une ample provision de munitions. Sur le conseil de Zack, nous avions également fait l’acquisition de nourriture, pas seulement pour nous mais aussi pour offrir au saint homme, ainsi que d’encens et d’une machette pour mon compagnon, au cas où les fusils nous feraient défaut.

Maudite bestiole !

Je crispai les mains sur le volant du 4×4.

Bon sang, mais d’où venait-il, ce satané animal ?

J’essayai de rester logique.

Un fauve dressé à tuer à qui l’on aurait fait sentir mon odeur ?

Qui ? Rufus Shinra, roi des animaux ?

J’imaginais bien la scène, tiens…

“Toi sentir odeur de ce con de Sephiroth et puis toi sauter par fenêtre pour boulotter lui. Moi avoir mis trampoline dessous pour petites pattes à toi. Toi comprendre ?”

Non, cette bête n’était pas une bête ordinaire. Mais qu’est-ce que c’était, alors ?

Un démon ? Ca existait, ces trucs-là ?

- Vous devez prendre à droite, général.

Je tressaillis.

- Pardon ?

- A droite, répéta Zack. La forêt sacrée se trouve se trouve en amont de la rivière.

Je ralentis et regardai autour de moi. Nous étions que les berges de la petite rivière qui alimentait toute la région en eau et je me surpris à chercher des yeux luisants dans l’obscurité, la gorge serrée, mais rien n’attira mon attention.

Le fauve était-il toujours à mes trousses ?

Je secouai la tête, essayant de ne pas y penser, et suivis les instructions de Zack.

Nous empruntâmes un chemin de terre battue et la voiture fit des bonds de cabri.

*

Journal de Rufus SHinra

J’ai peur…

Je viens de me réveiller en sursaut et de vomir tout le contenu de mon estomac.

Il y avait une grande quantité de sang. C’est la seconde fois que cela m’arrive.

Le médecin m’a conseillé d’aller faire des examens à l’hôpital. Il pense que j’ai un ulcère.

Cela ne m’étonnerait guère étant donné l’angoisse qui m’étreint depuis la profanation du temple. Mais je ne pense pas que cela soit aussi simple et je ne puis voir dans ces horribles malaises, qui me laissent aussi épuisé que si j’avais couru toute la nuit, que la main des dieux.

C’est sans doute eux aussi qui m’envoient tous ces cauchemars.

Hier, j’ai appris que le Général Sephiroth était… je n’ose même pas coucher ce mot sur le papier tant il est immonde et inhumain !

Disons que ses préférences vont souvent aux personnes de son propre sexe, contre toute morale ou loi naturelle. Cette nouvelle m’a empli d’horreur lorsque je l’ai apprise de la bouche de Palmer, à qui j’avais demandé de se renseigner sur lui.

Quand je pense que j’ai serré sa main et que jai touché des documents sur lesquels ses doigts ont couru ! Qui peut savoir ce que des mains pareille ont fait avant de se poser sur le papier…

Ce sont ces mêmes mains qui ont touché cette terre sous laquelle reposait le temple sacré et qui ont sali ma maison.

Ma faute.

Tout est de ma faute.

J’ai été inconscient. J’ai voulu amener à cette région arriérée un peu de modernité, lui redonner un peu de vie en remettant le réacteur mako en marche et voilà ce qu’il m’en avait coûté !

J’ai péché par orgueil et par ignorance et les Dieux m’ont puni pour mon arrogance.

Et ces cauchemars atroces qui me bouleversent au point de me retourner l’estomac, comment les interpréter ?

Cet après-midi, je me rendrai à la forêt sacrée pour demander conseil à un Saint Homme.

Puissent les dieux me donner la force de lui conter mes rêves, que je n’ose pas même rapporter ici.

Dieux tout puissants de mes ancêtres, protégez votre serviteur.

J’ai peur.

Si peur…

…à suivre

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XII - Trois parts de moi

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Kadaj, exaspéré à force d’explications et découragé de voir que Sephiroth ne semblait pas comprendre un mot de ce qu’il disait, se laissa tomber sur le sol dégoûtant de la geôle qu’ils partageaient.

- Fais au moins apparaître le Masamune et réduis en pièces ces chaînes ridicules !

Sephiroth leva le bras, faisant cliqueter les chaînes en question.

- Faire apparaître… qui ça ?

Le garçon poussa un gémissement déchirant et se couvrit le visage des mains.

- Bon sang, mais tu dois bien te souvenir de quelque chose ! Je ne sais pas moi, les combats, tes amis… Jenova !

Le Soldat acquiesça.

- Jenova était ma mère. Elle est morte en me mettant au monde. Tu en as entendu parler ?

Kadaj jura, totalement abattu.

- Oh, et puis merde, tiens !

***

- Le cristal contenant mon corps se trouve quelque part sous les ruines de la tour Shinra, dans un laboratoire secret. J’ignore sur ordre de qui il a été amené là mais, pour ce que j’ai pu surprendre de leurs conversations, ceux qui l’ont récupéré au cratère nord, n’étaient ni des Soldats, ni des turks.

Reno tiqua et joua nerveusement avec les pans de sa chemise ouverte.

- Quand ? Quand le cristal a-t-il été déplacé ?

- Peu après que Jenova ait utilisé mes cellules pour créer mes trois incarnés.

Le turk hocha la tête.

- Voilà qui explique pourquoi nous n’avons rien trouvé là-bas, hormis nos trois amis fraîchement sortis de leur… ” matrice “.

Cloud s’assit prudemment sur le bord du lit en essayant de ne pas regarder l’entremêlement écoeurant de filaments verdâtres qui composaient désormais le bassin et les jambes de son ancien héros.

- Et tu dis qu’ils vont essayer de se servir d’eux pour… te ” reconstituer ” ? Mais Kadaj est mort.

Sephiroth secoua la tête.

- Les cellules de Jenova ne sont pas de ce monde et Kadaj ne peut se fondre dans la rivière de la vie comme tout un chacun. Même si Aerith avait réussi à lui offrir à ce qui pouvait se rapprocher le plus de la sérénité.

De plus en plus nerveux, Reno alluma une cigarette.

- Mais qui sont ces ” ils ” ? Les laboratoires de recherche de la Shirna ne…

- Je ne sais pas, le coupa Sephiroth, exaspéré par sa propre impuissance. Mon seul contact avec l’extérieur est celui que je peux avoir via mes incarnés. Là-bas, au laboratoire, je suis enfermé dans le cristal, à l’intérieur d’une sorte de… de… caisson ou de gros tube opaque, je ne sais pas. Les sons me parviennent étouffés et je ne vois pas ce qui se passe à l’extérieur. Mais j’entends parfois leur voix et leurs conversations.

- As-tu une idée de ce qu’ils veulent ? demanda Cloud.

Sephiroth soupira.

- Pas dans le détail. J’ai cru comprendre qu’ils voulaient faire de moi l’hôte d’une entité très puissante. Pas Jenova, ajouta-t-il en devançant leurs questions. Autre chose. Beaucoup plus instable. Et pour la contenir, ils ont besoin d’un corps capable de supporter une telle énergie. Comme Jenova, ils veulent se servir de moi comme d’un pantin… conclut-il, amer.

- Pire que Jenova ? bredouilla le turk. Qu’est-ce qui peut être pire que cette saloperie ?

Il se mordit la langue, doutant que l’ancien cauchemar accepte que l’on serve ce genre de ” gentillesses “à sa ” chère maman “, mais, comme Cloud le lui avait expliqué un peu plus tôt, il n’avait rien à craindre de ce côté là. Apparemment, Sephiroth savait très bien qui était Jenova et ce qu’il lui devait.

- Je l’ignore. Je sais seulement qu’ils en ont une peur panique, à en croire toutes les précautions qu’ils prennent.

- Dans quel but ?

Le Soldat secoua encore la tête, désolé de ne pouvoir donner plus de détails.

Reno fit vibrer ses lèvres, ne sachant plus s’il devait se sentir découragé ou rester sceptique.

- Bon ! O.K. Admettons. Et qu’est-ce qu’on est supposés faire avec tout ça, hein ?

Le regard de Sephiroth parut se glacer sous l’effet de la colère.

- Il ne faut pas les laisser utiliser mes incarnés ! A aucun prix ! Il faut les empêcher de reconstruire mon corps et de l’utiliser comme une arme dans je ne sais quel but ! Je ne veux plus être une marionnette ! Ni pour le SOLDAT, ni pour Jenova, ni pour personne ! Je veux que l’on récupère mon cristal, que l’on me ramène au cratère nord et qu’on me laisse enfin reposer en paix ! La Shinra me doit bien ça !

Il avait parlé avec une telle passion en serrant les poings que ses ongles s’étaient enfoncés dans ses paumes et que du sang avaient souillé les draps.

- Euh… fit Reno en désignant sa main. Je te rappelle que c’est pas ton corps, que t’es en train d’esquinter, là…

Sephiroth suivit son regard et desserra aussitôt les poings.

- Allez-vous m’aider ? demanda-t-il.

Le turk sifla.

- Bah il faudrait déjà que j’en parle au chef et qu’il me croit ! Et après ça, je…

Il s’était interrompu sous le regard massacrant que Cloud venait de lui lancer.

- Bien sûr que nous le ferons, assura ce dernier. Dès l’aube nous mettrons les autres au courant.

Sephiroth poussa un profond soupir.

- Merci, aspirant Strife.

- Cloud. Je… Appelle-moi Cloud.

Le Soldat sourit.

- Cloud. C’est noté. Je dois partir, à présent. J’ai passé trop dans ce temps dans ce corps et ce n’est pas sans conséquence pour lui. Nous nous reverrons lorsque vous aurez parlé à vos amis.

Avant même que les jeunes gens n’aient le temps de cligner des paupières, Sephiroth avait disparu, ne laissant à sa place qu’un Yazoo nu couvert de sueur, haletant et frissonnant.

Reno bondit littéralement sur lui, l’enveloppa bien serré dans le drap et le prit dans ses bras.

La tête de l’argenté inconscient ballotta contre sa poitrine avec des petits gémissements misérables.

- Merde…

Le visage moite encadré de cheveux humides en bataille et les petites plaintes qui s’échappaient de ses lèvres boudeuses rappelèrent plus que jamais au turk un chaton mouillé abandonné sur le bord d’une route.

Il écarta les mèches de mercure qui collaient au front blanc et les fines paupières frémirent avant de s’ouvrir sur deux grands yeux fiévreux couleur mako.

- Comment va-t-il ? demanda Cloud.

Le corps de l’incarné fut parcouru d’un long frisson et le turk resserra son étreinte.

- Tu as froid ? Tu veux une autre couverture ?

Yazoo s’accrocha à la chemise de Reno et blottit sa petite frimousse entre ses muscles pectoraux à la recherche d’un peu de réconfort.

- J’ai mal. J’ai mal… partout, gémit-il.

Reno lança un regard impuissant à son ami et celui-ci haussa les épaules, navré.

***

Kadaj était sur le point de devenir fou.

- Mais à quoi tu joues, à la fin ? hurla-t-il. Tu ne vas pas me dire que le contenu de ta mémoire se résume à trois phrases !

Sephiroth secoua la tête, aussi déconcerté que le garçon.

- Je… Je ne sais pas quoi te dire. Moi non plus, je ne comprends pas.

- Tu faisais partie de l’état major du SOLDAT ! Un général ! Ce n’est quand même pas rien ! Tu…

Pris d’une inspiration subite, Kadaj le gifla - ni assez fort ni assez vite pour qu’il ne puisse pas esquiver le coup avec facilité - mais Sephiroth reçut la claque de plein fouet.

- Non mais ça va pas ! Qu’est-ce qui te prend, petit ?

Le garçon, médusé, n’en croyait pas ses yeux.

Même lorsque l’on effaçait la mémoire d’un homme, qu’on lui lavait le cerveau, les réflexes restaient. Surtout s’ils avaient été développés durant des années !

Mais Sephiroth avait été incapable d’éviter une petite gifle de rien du tout. La ” légende vivante ” du SOLDAT avait des réflexes de combat proches du zéro pointé !

Qu’est-ce que c’était que cette blague ?

Kadaj plissa les paupières, de plus en plus méfiant, et recula d’un pas.

- Qui est-tu ?

Le Soldat écarquilla les yeux.

- Que… quoi ? Comment, qui je suis ?

***

Loz fut réveillé par une agaçante petite démangeaison sur son bras. Un moustique ou une araignée ? Argh ! Il détestait les insectes !

L’incarné ouvrit les yeux et vit qu’il ne s’agissait nullement de ce à quoi il pensait…

Allongée à ses côtés, Tifa dormait paisiblement sur le flanc, un bras autour de sa taille étroite et son front tout contre son imposant quadriceps. C’est son souffle régulier contre son bras qui provoquait le petit chatouillement.

Loz sourit et voulut tourner la tête pour contempler la jeune femme tout à loisir mais il faillit crier tant sa nuque était raide.

Et pas que sa nuque, d’ailleurs, mais, cette fois, l’excitation causée par la proximité de Tifa n’y était pour rien. Tout son corps était perclus de courbatures comme s’il avait passé des jours à se contorsionner.

Non, pas tout son corps, en fait… Ses jambes paraissaient être mystérieusement épargnées.

Il essaya en vain de retenir un gémissement pour ne pas réveiller sa compagne de lit mais une crampe particulièrement douloureuse venaient de se réveiller dans les tréfonds de ses muscles lombaires et son dos s’arqua brutalement, arrachant le drain.

La jeune femme se réveilla en sursaut.

- Loz ? Loz ! Qu’est-ce que tu as ?

- Cr… crampe… réussit-il à articuler.

Tifa s’assit et le regarda se tordre, impuissante.

- Une crampe ? Où ? Dans le dos ?

Il acquiesça dans un gémissement douloureux et elle glissa la main sous son dos cambré à craquer pour masser comme elle le put la partie concernée. La peau était moite d’une sueur glacée et les muscles tendus comme des cordes de guitare.

- Ce sont peut-être les antibiotiques, essaya de le rassurer la jeune femme. Certains me provoquent des tendinites, si je les prends à forte dose. Est-ce que ça passe ?

Loz acquiesça et essuya la larme qui avait coulé sur sa tempe.

- Oui, je… Ca va mieux. Merci.

Elle retira sa main et il se rallongea, le dos bien à plat, n’osant bouger de peur de provoquer une autre crampe.

- Ca y est ? Elle est part… Oh, oh, on dirait bien que ta blessure s’est rouverte.

Loz jeta un œil sur le bandage qui lui enserrait la poitrine en faisant bien attention à ne pas bouger la tête.

- Non, c’est… C’est le tube. Je l’ai arraché à l’instant sans faire exprès.

Tifa descendit du lit et alla s’agenouiller à son côté pour évaluer les dégâts.

Le pansement ne semblait pas être plus imprégné de sang que ça et celui qui marquait les parois du tube du drain avait commencé à coaguler, signe qu’il n’y coulait depuis un moment déjà.

- Bon, ça n’a pas l’air bien méchant. De toute façon, tu n’en avais plus besoin, apparemment.

- Nous guérissons vite, assura l’incarné. Un cadeau de mère, ajouta-t-il avec un sourire tendre qui congela le cœur de la jeune femme dans sa poitrine.

Ne sachant trop comment aborder le sujet, elle s’assit sur le lit, tout près de lui, et lui lissa les cheveux avec un pauvre sourire, comme elle l’aurait fait avec un petit garçon à qui elle aurait dû annoncer la mort ou la maladie d’un de ses parents.

- Loz… Jenova n’est pas du tout ce que tu crois, tu sais…

Le jeune homme fronça les sourcils.

- C’est pas gentil… Pourquoi tu dis ça ?

Il plissa les lèvres en une moue boudeuse à laquelle la jeune femme commençait à s’habituer et qu’elle trouvait de plus en plus “craquante”.

***

La forme opalescente d’Hojo se tenait devant la glace sans tain qui lui permettait de voir sans être vu tout ce qui se passait dans le laboratoire.

Au centre ce celui-ci trônait une sorte de gros tube en verre épais à l’intérieur duquel on avait placé le cristal mako contenant le corps de Sephiroth - ou du moins ce qu’il en restait.

Les chercheurs s’affairaient tout autour et relièrent un second tube au sien par tout un imbroglio de câbles et de tuyaux.

Hojo mourait d’envie de pousser la porte du laboratoire et de diriger les opérations mais c’était trop risqué. Il ne fallait surtout pas que son fils sache que c’était lui qui tirait les ficelles de ce projet improbable car il pourrait en avertir, via ses incarnés, des personnes qu’il n’avait surtout pas envie de croiser - cet empêcheur de tourner en rond de Vincent Valentine en tête !

- Le rythme cardiaque redevient normal, annonça une femme en blouse blanche au visage masqué.

Le fantôme d’Hojo ricana.

- Alors, mon garçon ? Revenu de ta promenade ? Où se cachent tes petits protégés, dis-moi ? Si seulement je pouvais t’obliger à me le dire…

- Ca s’accélère ! Il se passe quelque chose !

Le sourire d’Hojo s’élargit.

- Tu viens de le sentir, pas vrai ? Tu sais que Kadaj est ici.

Un homme en uniforme noir et bleu entra dans la pièce où il se trouvait et tendit le bras droit en claquant des talons.

- Heil Weiss ! salua-t-il.

- C’est ça, rétorqua le scientifique avec une moue méprisante. Bonjour également.

- Nero est ici, professeur. Il souhaite vous parler.

Hojo tordit le nez.

La dernière chose dont il avait besoin en ce moment, c’était que ce résidu d’éprouvette ténébreux vienne fourrer son petit nez de fouine dans son travail !

- Professeur ! les interrompit l’un des hommes qui avaient jeté Kadaj dans la cellule de Sephiroth un peu plus tôt. Nous avons un problème avec la copie !

- Quel genre de problème ?

- L’incarné l’a attaquée !

- Quoi ? Déjà ? Ce petit morveux n’a pas perdu de temps. Allons-y !

Il fit mine de quitter la pièce avec le butor mais le Tsviet s’interposa.

- Nero veut vous voir immédiatement, professeur. Il souhaite savoir pourquoi vous n’êtes pas en train d’aider l’Empereur Immaculé, comme vous vous y étiez engagé.

- Je ne fais que ça, imbécile ! mentit effrontément Hojo. Dis-lui de m’attendre dans mon bureau, j’arrive immédiatement !

Il passa à travers le Tsviet pour courir derrière le garde en direction de la geôle.

Kadaj s’était apparemment rendu compte que le Sephiroth qui lui tenait compagnie n’était qu’un clone de mauvaise de qualité mais il devait néanmoins faire vite pour sauver ce dernier de la vindicte du garçon avant qu’il ne le tue. Peut-être l’incarné lui avait-il, comme le professeur l’escomptait, involontairement confié de précieuses informations sur l’endroit où se trouvaient les deux autres incarnés…

à suivre

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LXXI - Certaines vérités flattent… D’autres tuent

Il n’était pas menteur…

Il avouait la vérité et disait qu’il était cruel ! “

Lautréamont

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Tu me ressembles bien plus que tu ne le penses, Loz, murmura Sephiroth, le nez dans les cours cheveux argentés, dont il respirait le parfum sucré si apaisant. Mais, à la différence de moi, tu as le courage de tes émotions, ce qui n’a jamais été mon cas.

Il sourit et pétrit les larges épaules avec affection. Nom d’une materia ! S’il n’avait pas peur du ridicule, il étoufferait littéralement ses trois garçons dans ses bras. Non sans humour, il se souvint du nombre de fois où il s’était moqué d’Angeal lorsque son ami fondait sur le petit Nero avec un “Je vais te manger tout cru !” tonitruant qui faisait hurler de rire le garçonnet. Sephiroth n’avait jamais éprouvé ce genre d’élan incontrôlable qui poussait son compagnon à attraper le petit frère de Weiss pour couvrir sa bouille de chibi de baisers bruyants. Enfin… Jamais jusqu’à maintenant.

-C’est à croire que vous avez chacun hérité d’une part de ma personnalité et je dois reconnaître que c’est assez troublant, reprit-il néanmoins en contrôlant ses pulsions paternelles refoulées.

Loz leva un peu la tête, intrigué, et l’ex-cauchemar ne put s’empêcher d’effleurer le front haut de ses lèvres.

- Yazoo te ressemble bien plus, père, affirma-t-il. Il est intelligent, beau et d’une agilité peu commune.

Sephiroth hocha la tête, plus flatté qu’il ne voulait le laisser paraître.

C’était pourtant là des compliments qui lui avaient été servis à de multiples reprises et qui avaient toujours glissé sur lui comme sur du papier huilé. Mais là… Là, c’était différent.

Ce n’était pas n’importe quel admirateur, journaliste ou supérieur hiérarchique qui les lui adressait mais son fils aîné et ça… Ca c’était quelque chose de spécial, pour un homme.

Oui, de très spécial.

- Tu peux être fier de lui, père, ajouta le jeune homme. Vraiment fier.

- ” Un homme digne de ce nom à qui on peut faire confiance les yeux fermés. Généreux, courageux, franc du collier et droit dans ses bottes “, murmura le Soldat.

- Oui, confirma Loz, fier des qualités de son jumeau. Oui, c’est vrai, Yazoo est tout cela.

Sephiroth laissa échapper un petit rire et resserra encore son étreinte.

- Non, mon fils. Ca, c’est ce que les hôtes de ce manoir disent en parlant de toi…

Le jeune homme se raidit dans ses bras et laissa échapper un hoquet surpris.

- On dirait que ça te surprend, le taquina l’ex-cauchemar.

Loz redressa un peu la tête, laissant voir ses joues enflammées.

- Je… Je ne sais pas qui a pu te dire ça, je…

- Loz… soupira Sephiroth en vissant son regard mako au sien. Réalises-tu que, sous ce toit, se trouvent les hommes les plus influents de cette planète ? Dans ces quelques pièces sont réunis des gens qui ont entre leurs mains l’existence de centaines de milliers d’hommes et de femmes. Des hommes qui, d’un ordre, peuvent réunir des armées ou des forces capables de détruire ce monde en moins de temps qu’il n’en faut pour dire. Rufus Shinra… Reeve Tuesti… Cid Highwind… Barett Wallace… Vincent Valentine… Ils tiennent le monde dans leur poing et, pourtant, pas un seul d’entre eux - pas un, Loz, tu m’entends bien ? - n’hésiterait une seule seconde à te confier sa propre vie et celle de ses hommes si besoin était. Combien de pères sur cette planète peuvent-ils dire cela de leur fils aîné, Loz ? Combien, d’après toi, peuvent se vanter de cela ? Réalises-tu que tu bénéficies d’un capital de confiance que même moi, aux plus belles heures de ma gloire, alors que j’étais un héros de la guerre de Wutaï, je n’ai jamais eu ?

- Je… Je n’ai jamais envisagé les choses sous cet angle, père, murmura le jeune homme, un peu gêné. Pour moi, ce sont des amis, pas des… “hommes influents “. Et Cid est mon frère, à présent.

Sephiroth sourit.

- C’est vrai. Ce sont tes frère et amis. Mais réalises-tu qu’il y a encore quelques jours, ces hommes, qui aujourd’hui seraient prêts à te confier leur vie, étaient tes pires ennemis ?

- Je ne vois pas… ce que tu essayes de me dire, père.

- Quelques jours, Loz… Tu as su te gagner l’affection et la confiance de chaque habitant de ce manoir en seulement quelques jours. C’est… (Il secoua la tête, à la fois orgueilleux et stupéfait) Pas étonnant que toi et Weiss ayez l’air de vous entendre si bien…

- Que veux-tu dire par là ?

- Il y a trois sortes de chefs, dans une armée, Loz. Ceux qui inspirent la crainte et le respect de par leurs actes de bravoure et leur expérience - et je crois que c’était mon cas. Ceux qui utilisent la peur pour se faire obéir car ils n’ont rien pour forcer le respect. Et, enfin, bien plus rares, ceux qui inspirent naturellement à leurs hommes un attachement si profond et une telle confiance qu’ils pourraient se jeter dans le feu pour eux. Je pense que toi - comme Weiss - tu fais partie de ces derniers.

Loz rougit violemment, surpris d’entendre un tel compliment sortir de la bouche de Sephiroth, et toussota, horriblement mal à l’aise.

- Je… Je ne suis pas un soldat, père. Encore moins un ” chef “.

- Ce n’est pas ce que dit ton dossier militaire. ” Soldat 1ère Classe Loz Hojo “, récita l’ex-cauchemar. ” Officier de l’armée de terre du département du… “

- C’est Rufus, qui a fait ça, le coupa le jeune homme. Pour… Parce qu’il fallait bien mettre quelques chose sur nos papiers d’identité.

Sephiroth secoua la tête et sourit.

- Je ne pense pas, non. Tu as été entraîné pour le combat depuis que tu es un bébé, Loz. Tu as été formé pour diriger des troupes d’élite. Comme Yazoo. Comme Kadaj. Tu as été entraîné pour marcher sur mes traces. Et, si ce qui se prépare est aussi terrible que semblent le penser Aerith, mère et Angeal, alors je vais avoir besoin de toi à mes côtés pour mener ce combat.

Loz sourit avec tristesse.

Oh, comme il aurait aimé, à la façon de ces dynasties de guerriers légendaires, dont Yazoo contait les aventures à Kadaj, être le digne héritier de son père ! Comme il aurait aimé se tenir fièrement à ses côtés sur un champ de bataille, face à l’ennemi ! Mais il savait bien que c’était impossible. Il n’était qu’une expérience décevante, un mauvais clone de son père, dont il n’avait pas un dixième de l’intelligence et du talent.

- Si tu savais comme j’aimerais être pour toi ce qu’à été Angeal ou Génesis… Ce que Nero a été pour Weiss au Deep Ground… Mais je sais bien que c’est impossible. Je ne… Je ne suis pas assez malin pour ça, je… Je suis incapable de penser une stratégie ou de mettre un plan au point. Je ferais tout rater, père. C’est Kadaj, qu’il te faut, pas moi, ajouta-t-il avec un profond désarroi. C’est lui, le cerveau, avoua-t-il malgré la douleur que cette vérité lui causait. Pas moi. Pas moi…

Sephiroth le saisit par la nuque et colla son front contre le sien pour le regarder droit dans les yeux.

- Kadaj et Yazoo sont du bois dont on fait les flèches, mon fils, murmura-t-il. Rapides, précis, élégants et discrets. Absolument parfaits. Des armes idéales, au fer délicat aiguisé comme un rasoir, inflexibles et mortelles. Mais des armes tributaires de l’impulsion d’une corde, de la souplesse d’un arc, de la distance à parcourir, de la dureté de la cible et de la force du vent. Toi et Weiss, en revanche, êtes taillés dans le bois dont on emmanche les haches. Votre apparence peut sembler brutale et grossière, vos possibilités limitées, mais vous tenez la lame mortelle soudée à vous comme la montagne à la terre. Et c’est sans hésitation qu’elle frappera et pourfendra la cible jusqu’à laquelle vous aurez décidé de la guider. Alors, d’après toi, mon fils, s’il est vrai que les soldats sont le fer de la guerre, à quel bois voudraient-ils être attachés pour les conduire à leur cible et remporter la victoire ? A celui d’une flèche, élégant, léger et précis ? Ou à celui d’une hache, robuste, inflexible et toujours solidaire, chevillé à eux quelle que soit la violence des coups ?

Loz, ébahi par ces paroles et la poitrine sur le point d’éclater d’émotion, s’écarta lentement sans cesser de fixer Sephiroth mais était encore trop touché par ce qu’il venait d’entendre pour parler.

- Yazoo ferait un turk parfait, reprit ce dernier. Il est malin, adroit, audacieux et sait cacher son jeu à la perfection. Kadaj, lui, est un jeune chien fou et fougueux, comme l’était Zack. Je suis sûr qu’il deviendra un jeune officier du WRO hors pair. Mais sur le terrain, à mes côtés, c’est de toi, dont j’ai besoin, Loz. D’un lieutenant dont la force n’a d’égal que la sincérité et la droiture. Un homme dont mes Soldats pourront admirer la puissance en sachant qu’il ne les sacrifiera jamais par intérêt personnel mal placé. Un chef en qui ils pourront avoir une confiance aveugle parce qu’il saura partager leur quotidien, comprendra leur langage et défendra leurs intérêts bec et ongles. Un mur solide sur lequel ils pourront s’appuyer. Parce que c’est dans ta nature, Loz. Parce que tu es comme ça. Comme Weiss. Comme Angeal…

- Père…

Un bruit dans le couloir leur fit redresser la tête. Comme si quelqu’un haletait violemment en rasant le mur.

***

Tifa referma le capot de la petite voiture et fit signe à Yuffie, qui mit le contact en faisant une prière silencieuse à tous les Dieux qu’elle connaissait.

Après deux essais infructueux, le moteur se mit enfin tousser puis, après une angoissante attente, à ronronner sans à-coups.

Marlène et Denzel poussèrent des cris de joie et Tifa soupira de soulagement.

- J’ai cru que je n’y arriverais jamais !

- Bravo, miss Lockheart ! la félicita Gretta à son tour.

- Ouais, n’empêche que si on avait appelé tonton Cid tout de suite après être tombés en panne, on ne serait pas restés ici pendant presque trois heures ! ne put s’empêcher de ronchonner Denzel.

Marlène lui lança un regard réfrigérant.

- Genre, on peut pas se débrouiller sans les garçons !

Gretta essaya de calmer un peu le jeu.

- Miss Wallace, Monsieur Lockheart, un peu de tenue, je vous prie. Agissez comme des gens civilisés et bien éduqués. Miss Lockheart et moi-même nous avons expliqué que la nuit avait été très longue pour beaucoup de monde, au manoir, et que nous devions laisser ces jeunes gens se reposer. Preuve est maintenant faite que nous pouvions nous débrouiller seuls. (Les enfants lui adressèrent un regard ironique) Certes… ce fut un peu plus long que prévu, ajouta-t-elle en toussotant. Mais c’est réparé, non ? C’est le principal.

Yuffie regarda sa montre.

- Presque 16h30. On a juste le temps d’arriver avant que les magasins ne ferment.

Denzel leva le sourcil, railleur.

- Si on avait pas été chercher vos confitures et vos charcuteries dans cette ferme perdue dans la cambrousse, en bah on…

- Si nous n’étions pas “allés”, le reprit Tifa.

- C’est qu’est-ce que j’ai dit ! Si on avait pas été là-bas, on aurait tombé en panne au village et puis on aurait réparé le tas de ferraille en moins de deux !

Sa mère adoptive roula des yeux, découragée.

- Eh bien tu nous les laisseras, les ” nos confitures ” et ” nos charcuteries “, le taquina Yuffie. Personne ne t’oblige à les manger, tu sais.

- Eh ! J’ai pas dit ça pour ça ! se récria le garçonnet, faisant rire ses compagnes.

- Allez, ça suffit, tout le monde en voiture ! J’ai hâte d’aller boire un chocolat chaud à la nouvelle taverne !

Tifa reprit le volant en direction de Nibelheim sans se douter un instant du cauchemar que les attendait…

***

- On dirait que quelqu’un est malade, nota Loz, prêt à bondir du lit nu comme il l’était.

Sephiroth lui fit signe de rester tranquille et alla ouvrir la porte pour voir Weiss, qui avançait en titubant vers l’escalier.

- Weiss ? Tout va bien ?

Celui-ci tourna vers lui un visage décomposé et le Soldat vit qu’il verdissait à vue d’œil.

- Je… Je ne… hoqueta le Tsviet en pressant sa main sur sa bouche.

Sephiroth ouvrit grand la porte de la chambre.

- Tout de suite à droite, fit-il en se plaquant contre le chambranle pour lui laisser la place de passer.

Assit sur le lit, Loz vit Weiss se précipiter dans les toilettes, où il l’entendit rendre le contenu de son estomac.

- Tu crois que c’est le mako, père ? demanda-t-il en bondissant sur le plancher pour s’engouffrer dans la salle de bains à la suite du tsviet, agenouillé au-dessus des toilettes et agité par de violents renvois.

- Possible, acquiesça le Soldat en passant une petite serviette sous l’eau fraîche avant de la tendre au jeune homme.

- Weiss, ça va mieux ? s’enquit celui-ci en lui donnant le linge, dont il s’essuya la bouche. Allonge-toi un peu, on va appeler Shalua et…

- Non ! Non, c’est… ce n’est pas la peine, assura Weiss en se relevant. Ca n’a rien à voir avec le traitement au mako.

Loz fronça les sourcils.

- Tu en es sûr ? Alors qu’est-ce que tu as ?

Le tsviet ouvrit la bouche pour répondre mais tiqua imperceptiblement en remarquant le regard de Sephiroth posé sur eux.

- Rien, c’est juste un malaise.

- Je vais voir Yazoo, annonça le Soldat, devinant que Weiss ne voulait pas parler en sa présence. Si ça ne va pas mieux dans un moment, appelez quand même Shalua, d’accord ?

Les jeunes gens acquiescèrent et il quitta la chambre en refermant doucement la porte.

- Il est parti, Weiss, murmura Loz. Qu’est-ce que tu ne voulais pas dire devant lui ?

Le tsviet se couvrit le visage de la serviette humide et s’adossa au mur, le long duquel il se laissa glisser jusqu’au sol.

- J’ai fait une connerie, Loz, gémit-il. Une énorme, une monumentale connerie…

L’argenté se saisit à son tour d’une serviette, qu’il drapa autour de ses reins, et s’accroupit à ses côtés.

- De quoi tu parles ? Qu’est-ce que tu as pu faire qui te rende malade comme ça ? Tu as bu ?

Weiss laissa échapper un ricanement douloureux.

- Si seulement !

- Alors quoi ? Weiss, tu m’inquiètes. Dis-moi ce qui se passe !

Le tsviet laissa tomber la serviette qui lui cachait le visage et Loz sentit sa gorge se serrer en voyant qu’il pleurait.

- Je… commença-t-il d’une voix étranglée. Loz, je crois que…

Il se tut, incapable de parler, étouffé par les sanglots qu’il essayait de ravaler, et l’argenté lui pressa le bras en signe d’encouragement.

- Weiss…

Ce dernier tourna franchement la tête vers lui et lui annonça, droit dans les yeux, avant de manquer de courage :

- Je crois que j’ai violé mon petit frère…

- Tu as… QUOI ?!

…à suivre.

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LXX - Entre père et loup

Que c’est dur à élever, un père !”

Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Sephiroth poussa la porte de la chambre de Kadaj sans faire de bruit et jeta un oeil à l’intérieur. Les rideaux étaient tirés, plongeant la pièce dans la pénombre, et le jeune homme dormait à poings fermés tout habillé sur l’édredon, Cait roulé en boule contre lui.

La petite Yuffie avait dû accompagner Tifa et Gretta en ville.

L’ex-cauchemar de la planète entra à pas de loup et referma la porte doucement derrière lui avant de s’approcher prudemment du grand lit.

Il s’assit et vit s’ouvrir les yeux de Cait. Blotti contre le ventre de Kadaj, le chat robotisé était prêt à défendre son jeune maître.

Sephiroth posa son index sur sa bouche.

“Chut…”

Le félin sourit et le Soldat s’assit sur le bord du matelas avec mille précautions.

Il observa le visage poupin du jeune homme un long moment et caressa ses doux cheveux de bébé en prenant bien garde à ne pas le réveiller. Il dut se faire violence pour ne pas le soulever par les épaules et presser le corps menu contre lui.

Depuis quand n’avait-il pas ressenti ce besoin de prendre quelqu’un dans ses bras ? Avait-il seulement déjà expérimenté cette envie irrépressible avant connaître l’existence de ses fils - de ses frères ?

Une ou deux fois, peut-être. Des années plus tôt. Mais ce n’était pas pareil…

Angeal… “

Mais un ami (ou un amant) n’était en rien comparable à son propre enfant, il s’en rendait bien compte, à présent. Sous ses doigts palpitait une chair tendre qui était une partie de lui. En elle battait un coeur qui emplissait le sien d’une affection presque douloureuse.

Quelle curieuse sensation que cet amour sans bornes que l’on voue d’instinct à ses enfants ou à ses frères… Quelle étrange impression que celle de se sentir comme un loup protégeant sa meute des dangers extérieurs !

L’image de son propre père dansa un instant devant ses yeux et la bile lui monta dans la gorge.

Hojo n’avait-il donc jamais ressenti cela ? N’avait-il donc jamais rien éprouvé pour son propre fils ? Comment était-ce possible ? Comment avait-il pu échapper à ce sentiment incontrôlable ? Son père était-il de la race de ces hommes qui abandonnaient froidement leur progéniture sans un regard en arrière ? Il fallait croire.

Par tous les démons de la planète, comment ces hommes y arrivaient-ils ? Avaient-ils donc des pierres à la place du coeur et du cerveau ? Depuis qu’il avait appris l’existence de ses fils, Sephiroth ne tenait plus en place et devait se faire violence pour ne pas les toucher à chaque occasion ou faire en sorte de les avoir sous les yeux en permanence ! Là encore, l’image d’un loup léchant ses petits, bien à l’abri dans sa tanière, lui vint à l’esprit. Et pourtant, ses ” louveteaux ” à lui étaient déjà de superbes mâles dominants aux instincts aiguisés et aux crocs mortellement puissants. Alors s’ils n’avaient encore été que des enfants sans défense… Sans doute les aurait-il étouffés par trop d’attention, dans tous les sens du terme.

S’il avait cru en leur existence, Sephiroth aurait remercié tous les Dieux de la planète de lui avoir épargné toute ressemblance avec son propre père - ou du moins, de cet aspect de sa personnalité.

Kadaj soupira dans son sommeil et bougea un peu la tête pour presser inconsciemment le front contre la cuisse de l’ex-Cauchemar, qui en ressentit un violent pincement de tendresse au creux de l’estomac.

Il desserra un peu la veste de cuir du garçon pour se donner une contenance devant le chat robotisé, qui l’observait toujours avec curiosité.

- Ne le laisse pas s’endormir tout habillé, la prochaine fois, chuchota-t-il tout doucement à l’oreille de Cait.

Ce dernier hocha sa petite tête velue et lui répondit sur le même ton :

- Pardonnez-moi, Général. Je ne pensais pas à mal.

Sephiroth le rassura d’une gratouille amicale et se pencha sur son fils pour effleurer son front de ses lèvres avant de se lever et de repartir à regret. S’il restait là une minute de plus, l’émotion l’étoufferait.

Une fois dans le couloir, il s’appuya dos à la porte qu’il venait de refermer et prit une profonde inspiration malgré sa gorge affreusement serrée. Comment pouvait-on ressentir autant d’émotion à la seule vue que quelqu’un ? Etait-ce cela que l’on appelait l’amour ? C’était terrifiant. Mais tellement agréable, en même temps…

Après s’être un peu repris, il poussa la porte voisine de celle de Kadaj, qu’il savait être la chambre de Tifa Lockheart, où Loz s’était installé un peu plus tôt avec le bébé.

La pièce était elle aussi plongée dans la pénombre mais une quantité suffisante de la pâle lumière de l’après-midi passait à travers l’entrebâillement des rideaux pour laisser voir un spectacle qui, s’il ne s’était pas retenue à temps, aurait fait pousser à Sephiroth une exclamation émue.

Le sommeil et l’épuisement avaient visiblement saisi Loz au sortir de la douche et celui-ci s’était endormi dans le grand lit, les cheveux humides et une serviette encore mouillée autour de ses reins étroits.

Mais ce qui avait tant touché Sephiroth n’était ni le physique sculptural irradiant de puissance de son aîné, qui aurait fait gonfler tout homme de fierté paternelle, ni l’adorable expression de petit garçon qu’il avait lorsqu’il dormait et qui donnait envie d’ébouriffer les courts cheveux de mercure. Du moins pas seulement… Non, ce qui avait noué une boule d’émotion dans la gorge du célèbre Soldat, c’était de voir la fragile créature qui dormait si paisiblement à plat ventre sur l’ample torse.

Les petits bras en croix, comme s’il nourrissait l’espoir fou d’arriver à faire le tour de la large poitrine, la bouche collée à un petit mamelon tendre qu’il tétait - et avec une délectation considérable, si l’on en croyait les bruits gourmands de succion - Kay s’était fait un lit douillet du corps athlétique de son père.

Retenant à grand peine un fou-rire, Sephiroth s’approcha du lit et se pencha pour caresser la joue rebondie du bébé.

- Est-ce que c’est aussi bon que ça en a l’air ? plaisanta-t-il en le voyant aspirer le petit téton avec voracité.

Mais, à en croire les petits tressaillement qui agitaient les lèvres de Loz lorsque le bébé tirait un peu trop brutalement sur la peau sensible, ce n’était pas aussi agréable pour tout le monde…

- Kay, tu fais mal à papa, bébé… chuchota-t-il en commençant à soulever le petit avec autant de douceur et de délicatesse que s’il manipulait de la nitroglycérine. Allez, viens avec moi.

La main du jeune homme, pourtant toujours endormi, réagit aussitôt et avec une telle rapidité que Sephiroth ne perçut même pas le geste avant de sentir les doigts vigoureux de se refermer sur son avant-bras.

Mais, comme si la main avait reconnu la chair familière au toucher, elle retomba cependant presque aussitôt et Loz se détendit à nouveau.

Si j’avais été un étranger, il m’aurait brisé le bras avant même d’ouvrir les yeux… “ nota Sephiroth, admiratif.

Etait-ce donc cela que l’on appelait ” l’instinct paternel ” ? Le sien était-il aussi développé que celui de son fils ?

J’espère que oui… “

Il prit le bébé dans ses bras et la bouche minuscule se détacha du mamelon adoré avec un petit ” chhplop ” comique qui amusa le Soldat.

Brutalement privé de sa proie favorite ainsi que de la chaleur et de l’odeur de son père, Kay frotta ses yeux et ouvrit la bouche, prêt à donner de la voix, mais Sephiroth le devança.

- Non, non, non, ne pleure pas, bébé, murmura-t-il. Regarde, je vais te montrer un truc…

Il s’assit sur le fauteuil qui trônait non loin du lit avec le nourrisson dans les bras et se saisit d’une menotte potelée pour guider un pouce minuscule jusqu’à la petite bouche.

Surpris, Kay ouvrit de grands yeux mako ensommeillés et observa son pouce sous toutes les coutures avec une moue boudeuse qui faisait ressortir sa lèvre inférieure - le portrait craché de son père !

Qu’est-ce que c’était que ce truc ? C’était à lui, ça ? Ah, oui. Bon, d’accord, ça n’avait pas aussi bon goût que le téton de papa mais bon… ce n’était pas mal non plus.

Il le glissa donc dans sa bouche et ferma à nouveau les yeux en se blottissant contre Sephiroth.

Celui-ci attendit qu’il s’endorme profondément avant de le coucher dans ce qui avait été le berceau de Rufus avec toutes les précautions nécessaires - comme Merill lui avait appris à le faire.

Kay accepta le changement sans difficulté et ne se réveilla même pas, continuant à téter goulûment son pouce.

- Bien joué.

Sephiroth tourna la tête vers Loz, qui observait la scène avec un sourire amusé.

- Désolé, je ne voulais pas te réveiller, s’excusa le soldat en s’asseyant sur le bord de la couche. Enlève ça et mets-toi sous la couette, tu vas attraper la mort, ajouta-t-il en dénouant la serviette humide qui ceignait les reins de son fils.

Ce dernier souleva les hanches pour lui permettre de retirer le linge mouillé et se glissa sous l’édredon moelleux en réprimant un bâillement.

- Je me suis effondré après ma douche… essaya-t-il de se justifier. Je ne me souviens même pas m’être endormi.

Il se mit sur le flanc pour faire face à Sephiroth et celui-ci tendit la main pour toucher le tatouage défraîchi sur le haut de son bras : ” J8 “.

Les images des vidéos de surveillance lui revinrent en mémoire et il sentit son estomac se serrer.

- Eh ? Ca va ? demanda Loz en voyant son expression s’assombrir. Tu devrais dormir un peu aussi. Tu as l’air fatigué.

L’ex-cauchemar sourit pour le rassurer et se laissa aller sur les oreillers pour s’appuyer sur son coude.

- Je ne peux pas dormir. Pas encore. J’ai trop de choses dans la tête…

- Tu veux… en parler ? demanda timidement le jeune homme. Je sais que je ne suis pas assez intelligent pour donner des conseils, ajouta-t-il en baissant les yeux, mais je peux écouter, tu sais.

Sephiroth sentit une émotion sans nom le prendre à la gorge et il lui saisit le visage à deux mains.

- Je t’interdis, Loz, tu m’entends… Je t’interdis de dire des choses pareilles.

Celui-ci le rassura d’un sourire.

- Ne t’en fais pas, ça ne me vexe pas. J’en ai pris mon parti depuis longtemps.

L’ex-cauchemar plongea son regard dans les yeux mako si semblables aux siens.

- Tu mens… chuchota-t-il. Raconte ça à qui tu voudras mais pas à moi. Ca te fait souffrir depuis toujours et à tort parce que, crois-moi, tu n’as rien d’un imbécile.

Loz sentit un trop plein d’émotion monter en lui et, comme c’était le cas à chaque fois que ça lui arrivait, celle-ci déborda entre ses paupières.

- Pardon… s’excusa-t-il en essayant de se dégager pour dissimuler ses larmes. Je… J’aurais tant aimé te ressembler davantage, père…

Sephiroth, au contraire, le serra contre lui avec force.

***

Incapable de dormir, Yazoo finit par quitter silencieusement le lit sans réveiller Reno et descendit dans la serre du manoir pour respirer le parfum des plantes rares et réfléchir calmement, allongé sur l’une des confortables chaises longues au pied des palmiers, bercé le gazouillis des dizaines de minuscules oiseaux exotiques qui volaient librement sous l’immense dôme de verre.

Cet endroit, que lui avait fait découvrir Marlène peur après leur première promenade à moto au mont Nibel, était un îlot de sérénité propice à la réflexion et une certaine forme de mélancolie qu’appréciait parfois l’argenté. Il se pencha pour respirer le parfum d’une rare orchidée et…

- Une fleur parmi les fleurs ! fit la voix de Genesis, le faisant sursauter.

Il se retourna, le cœur battant, et vit le soldat confortablement installé sur l’une des chaises longues où il comptait justement prendre place, un livre relié de cuir à la main - probablement l’un de ceux de la riche bibliothèque du manoir.

- Capitaine Rapshodos, salua le jeune homme.

- Pardon de t’avoir fait peur, s’excusa Genesis avec un sourire séducteur.

Yazoo secoua la tête, un peu honteux de s’être laissé surprendre.

- Non, c’est moi. J’étais perdu dans mes pensées. Je ne vous avais pas vu. Je vais vous laisser à votre lecture, pardon de vous avoir interrompu.

Le soldat éclata de rire, charmé.

- Ne t’excuse pas, au contraire. C’est une vision on ne peut plus gracieuse que celle d’une créature telle que toi au milieu de tant de beauté. Tu es ici à ta place. Bien plus que moi.

Yazoo se força à sourire aimablement par égard pour Sephiroth mais commençait sérieusement à trouver les envolées lyriques de Genesis de plus en plus pesantes et embarrassantes.

- C’est… gentil.

- Viens t’asseoir. Nous pourrions discuter un peu. As-tu déjà entendu parler de ” Loveless ” ? demanda le Banoran en brandissant le livre qu’il tenait à la main sans laisser à l’argenté le temps de décliner l’invitation.

…à suivre.

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Chers petits frères ! (Part 2/5)

***

Auteur : Shiva Rajah

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Yazoo poussa la porte de la chambre de son petit frère à la volée et, comme il l’avait espéré, Loz était penché sur la table à langer, en train de passer une lingette sur les fesses rebondies de Kadaj, qui piaillait de plaisir de se sentir enfin propre.

- Tadaaaa ! claironna-t-il en désignant son aîné à Tifa d’un grand geste théâtral. Le voilà !

Loz se pétrifia, blême de honte, les petits pieds de Kadaj dans une main, la lingette souillée dans l’autre, et Yazoo eut fort à faire pour ne pas éclater de rire tant la tête de son frère valait le coup d’œil.

Tifa, elle, s’était figée, les yeux écarquillés, le carton à pâtisserie qu’elle tenait se balançant doucement au bout de son solide ruban rose.

- Je… Je… bredouilla Loz.

- OHHHH ! C’EST TROP MIGNOOOONNN !!! s’écria soudain son amie, qui n’en croyait pas ses yeux.

Yazoo - qui attendait avec impatience le moment fatidique où son idiot de grand frère allait bredouiller un chapelet d’excuses stupides et avoir l’air plus idiot encore - fronça les sourcils et se tourna vers la jeune femme avec une moue.

- Hein ?

Mais Tifa ne faisait plus du tout attention à lui.

Elle laissa même échapper - signe évident que les choses ne se déroulaient pas du tout comme Yazoo l’avait espéré - le même genre de petit cri suraigu que poussaient les filles quand elles voyaient Sephiroth tondre la pelouse torse-nu dans le jardin.

- Qui t’a appris à t’occuper d’un bébé, Loz ?

Elle se précipita vers la table à langer pour regarder Kadaj avec ce que Yazoo appelait la ” méga tête de débile “. A savoir celle que faisaient généralement les adultes en présence de son petit frère.

Loz, plus qu’agréablement surpris par le revirement de situation, se rengorgea et haussa les épaules, un rien suffisant.

- Oh ! Quoi, ça ? fanfaronna-t-il en faisant sauter le pot de talc dans sa main comme l’aurait fait le barman d’une boîte branchée avec une bouteille d’alcool. C’est rien ! Ma mère a beaucoup de travail et, avec ces deux têtards, il faut bien un homme à la maison pour lui donner un coup de main ! ajouta-t-il en insistant un peu sur le mot “homme“.

Yazoo lui jeta un regard méprisant en faisant vibrer ses lèvres avec un bruit de ballon de baudruche que l’on dégonfle en pinçant l’embouchure.

Son aîné lui répondit par une œillade menaçante mais Tifa, les cils papillonnant d’admiration et des étoiles plein les yeux, ne remarqua rien.

- Dis-donc, Yazoo ! gronda Loz pour faire bonne mesure. Je ne t’ai pas demandé de m’apporter un paquet de couches de la remise ?

Le garçon se renfrogna et croisa les bras, vexé de se faire rabaisser ainsi devant Tifa. Il tenta même de faire de la résistance.

Pas longtemps…

- Tu préfères que j’utilise ton t-shirt, crapouillard ? demanda son frère en se penchant sur lui pour faire mine de le déshabiller.

Sachant qu’il était tout à fait capable de mettre ses menaces à exécution, Yazoo s’enfuit littéralement de la chambre sous les rires amusés de son frère et de Tifa.

Quelle humiliation !

Mais ça se paierait tôt au tard, ça, parole de Yazoo ! Comment, il ne le savait pas encore mais il trouverait !

Dans la chambre de Kadaj, Tifa se pencha sur le bébé pour lui faire des papouilles et lui chatouiller le ventre mais Loz lui conseilla de reculer.

- J’éviterais de faire ça, si j’étais toi.

La jeune femme leva un sourcil.

- Ah ? Pourquoi ?

- Bah… Kadaj est du genre à t’asperger au moment où t’y attends le moins, si tu vois ce que je veux dire.

Mais force était de constater, si l’on en croyait l’expression de la jeune fille, qu’elle ne comprenait pas du tout à quoi il faisait allusion.

- Si tu t’approches de trop et qu’il se lâche… essaya d’expliquer laborieusement Loz en rougissant.

Elle plissa le nez.

- Tu as peur qu’il me vomisse dessus ?

Le garçon grimpa d’un ton dans les pourpres.

- Il veut dire que si tu restes dans sa ligne de mire tant qu’il n’a pas sa couche, il va t’arroser au museau, baby ! railla la voix de Reno depuis la porte. Yo, potes ! salua-t-il en entrant dans la pièce.

Tifa rougit à son tour, comprenant enfin de quoi il retournait.

- Oh ! Ca !

- Super élégant, Reno, merci… grommela Loz.

La jeune fille pouffa et Reno, comme à son habitude, en rajouta encore pour faire bonne mesure.

- Attends, Tifa tu sais pas à qui t’as affaire, là… fit-il en désignant le bébé comme un organisateur de match de catch le ferait avec son meilleur poulain. C’est bébé Kadaj ! En chair et en os ! Le recordbaby du jet de pisse en longueur !

- Reno ! le tança Tifa en pouffant malgré elle.

- Sérieux. Record à battre : de la table à langer à l’humidificateur en un seul jet ! claironna le rouquin avec emphase en montrant la trajectoire d’un ample mouvement du bras.

- Reno ! intervint Loz à son tour en se tenant les côtes.

- Et si les cheveux de Cloud n’avaient pas ralenti l’impulsion du lancer à mi-course… je suis sûre qu’il aurait atteint la porte ! conclut Reno d’un ton tragique, faisant redoubler l’hilarité de ses camarades. Ce jour maudit, par la faute d’une coquetterie capillaire qui voulut défier les lois de la pesanteur, nous sommes passés à côté d’un moment historique ! La dure loi du sport…

- Reno, arrête, merde ! supplia Loz, à bout de souffle à force de rire.

Kadaj, les voyant tous aussi joyeux entra dans la partie, ce qui décupla l’hilarité générale.

Ce fut le moment que choisit Weiss pour arriver à son tour, la menotte de son frère Nero fermement cramponnée - comme à son habitude - à la jambe de son pantalon. A première vue, la tenue de l’adolescent laissait supposer qu’il sortait d’une salle d’entrainement d’arts martiaux sans avoir pris la peine de sa changer mais, comme disait Reno : “quiconque a eu un Nero suspendu à son futal comprend très vite la nécessité de porter une ceinture de judo nouée à double tour sur son pantalon de survet !”

- A peine arrivé et déjà en train de faire le pitre, poil de carotte ?

- Eh ! Yo, man ! T’as pensé au jeu dont je t’ai parlé ?

Son ami brandit une clé mémoire.

- Evidemment.

- Woah ! Cool !

Weiss désigna Kadaj du menton avec fit un clin d’oeil à Loz.

- Alors ? On a fini la vidange et on astique la carrosserie ?

- Si tu veux prendre ma place… proposa l’argenté avec un sourire narquois.

Son ami secoua la tête et désigna son petite frère, accroché à son pantalon.

- Merci mais j’ai déjà donné ! Pour rien au monde je ne veux revivre ça.

Reno se tapa les cuisses.

- Ah ! Ah ! Ah ! Tu m’étonnes !

Nero adressa à son aîné un regard accablé.

- Pourquoi tu dis ça ? demanda-t-il avec une petit moue chagrine en tirant sur la jambe de son pantalon. Tu m’aimais pas, quand j’étais bébé ?

Weiss leva les yeux au ciel et lui ébouriffa les cheveux.

- Mais si.

- C’est plutôt tes couches “radioactives” que ton frère avait du mal à apprécier, morpion ! lança Reno.

Ils éclatèrent de rire et le garçonnet se renfrogna.

- J’suis pas un morpion !

- Pourtant, question adhérence… ricana Reno.

- Maiss euh ! Weiss ! Il rigole de moi !

Les rires redoublèrent.

- Ne les écoute pas, Nero, ils sont bêtes ! le rassura Tifa en lui tendant les bras. Viens me faire un câlin.

Il ne se le fit pas dire deux fois et la jeune fille le souleva de terre pour l’asseoir à cheval sur sa hanche.

Nero était si petit, pour un enfant de six ans, que l’on aurait eu peine à lui en donner plus de quatre. Tout menu, il ne pesait pas plus lourd qu’une plume et Tifa pouvait faire le tour de son petit bras avec son pouce et son index.

- Alors, il paraît tu as cassé les pieds de ton frère tout l’après-midi ?

Le garçonnet secoua frénétiquement la tête avec une moue enfantine, ce qui eut pour effet d’auréoler ses longs cheveux noirs (qu’il refusait obstinément de couper “pour avoir les mêmes que Weiss“) d’une sorte de brume ténébreuse.

- C’est pas vrai ! C’est lui casse mes miens de pieds !

Tifa pouffa.

- Tiens donc !

- Vaut mieux entendre ça que d’être sourd ! railla Weiss. Monsieur pleurniche tout l’après-midi, refuse de faire sa sieste et c’est moi qui lui brise les noix !

- Et pourquoi que quand c’est toi qu’es fatigué, c’est toujours moi que j’dois aller dormir, d’abord ? se récria Nero de sa petite voix flûtée, faisant s’esclaffer tout l’auditoire de plus belle.

- Un point pour le grumeau ! gloussa Reno.

- Il est où, Yazoo ? demanda encore le garçonnet quant les rires se furent un peu calmés.

Loz regarda sa montre.

- C’est vrai ça, il en met du temps, en bas, qu’est-ce qu’il fabrique ?

- Bouge pas, j’y vais ! proposa Reno. Je préfère éviter de rester dans la visée du sniper fou tant qu’il n’a pas sa couche ! ajouta le rouquin avec un clin d’oeil, faisant rire ses camarades de plus belle.

***

Dans la remise, Yazoo avait totalement oublié pourquoi il était là.

Bien qu’on lui ait ordonné à de multiples reprises d’utiliser l’escabeau lorsqu’il voulait attraper quelque chose sur les étagères du haut - et qu’on lui ait formellement interdit d’y grimper comme un singe - Yazoo était un vrai casse-cou et n’en faisait qu’à sa tête.

Et, bien sûr, ce qui devait fatalement arriver arriva : un rayonnage avait fini par céder.

Heureusement pour le garçonnet, les cartons qui lui étaient tombés dessus ne contenaient que des décorations d’anniversaire et des guirlandes en papier.

Il savait que cela allait lui valoir une bonne punition mais, pour l’heure, quelque chose de beaucoup plus intéressant occupait ses pensées et accaparait son attention : l’étrange coffre en bois sculpté qui était apparu derrière le mur de cartons qu’il avait fait tomber.

Hélas, il était tout au fond, contre le mur, sous un tas de boîtes scellées avec le logo de la Shinra.

- Woah… C’est quoi, ce truc ?

Il se dégagea des cartons qui lui étaient tombés dessus et essaya d’atteindre le coffre en se faufilant entre deux packs d’eau minérale.

-Qu’est-ce que tu fabriques ? Ton frère attends toujours le paquet de… C’est quoi, ce bazar ? C’est toi qui as fichu cette pagaille ?

Yazoo, à quatre pattes par terre, tourna la tête et, avec soulagement, reconnut Reno.

- L’étagère s’est cassée.

- T’as encore joué les acrobates, c’est ça ?

- C’était un accident.

Le rouquin ricana.

- Ouais, bien sûr ! Et toi, tu es la petite fée de la remise. Et moi, le roi des gnomes !

Le garçonnet haussa les épaules avec dédain et se permit même de lui faire une grimace, à laquelle Reno, nullement vexé, répondit en tirant la langue.

Si ça avait été Weiss ou Cloud, Yazoo aurait été bon pour une fessée et un aller simple par la peau du cou en direction de sa chambre avec une fastidieuse leçon de morale. A croire que ces deux-là n’avaient jamais été petits et n’avaient jamais fait de bêtises !

Ce que les ” grands ” pouvaient être barbants, des fois, franchement !

- Reno, tu m’aides à sortir la boîte, là ?

Ce dernier s’accroupit pour voir ce que lui montrait le garçon.

Il s’agissait d’un coffre sculpté aux poignées ornementées qui devait bien mesurer dans les trente centimètres de haut sur autant de large et peser son poids de bois massif.

- C’est quoi, ce truc ? On dirait que c’est drôlement vieux.

- S’il te plaît… supplia Yazoo avec une petite voix larmoyante et un regard de chiot battu sous sa frange en bataille qui faisait toujours craquer Sephiroth.

Mais Reno n’était pas Sephiroth et il éclata de rire.

- T’as l’air d’un cocker à qui on a volé ses croquettes ! Ah ! Ah ! C’est bon, arrête de faire cette tête, tu vas rester coincé ! Et après, tu seras tellement moche qu’on devra te mettre dans le jardin pour chasser les corbeaux. Pousse-toi.

Un peu vexé tout de même, Yazoo lui laissa la place et le rouquin entreprit de tirer doucement le coffre vers lui sans faire tomber ce qui se trouvait au-dessus.

- Fais attention, intervint le garçonnet. Plus à gauche. Oui, t’y est presque. Encore un peu. Attention ! Tiens la boite blanche ! Fais gaffe, ça va tomb…

- Eh ! Moi, je veux bien t’aider mais, si c’est pour me les briser, tu te débrouilles tout seul, d’accord ?

- Je me tais ! Je me tais !

Yazoo pressa ses deux mains sur sa bouche en signe de bonne volonté et recula.

Au bout d’un petit moment, Reno réussit à décoincer le coffre et à le tirer vers lui sans rien casser ou faire tomber, les boites prenant la place laissée vide à la façon d’un jeu de cubes.

- Et voilà ! T’as vu le pro ? C’est pas beau, ça ? Bah dis donc, c’est une antiquité, ce machin. T’es sûr que ta mère serait d’accord pour tu fouilles là-dedans ? C’était drôlement bien planqué, quand même.

Yazoo haussa les épaules.

- Les choses qu’on a pas le droit de toucher, c’est dans une pièce du grenier fermé à clé et dans le labo de maman. Ici, elle nous a jamais dit de pas prendre des trucs.

Reno se mordilla la lèvre.

C’est vrai que si Jenova avait voulu mettre quelque chose hors de portée de ses enfants, elle ne l’aurait pas rangé dans la remise…

- O.K. T’es chez toi, après tout. Tu dois savoir ce que tu fais. Tiens.

Yazoo repoussa les toiles d’araignée qui recouvraient le coffre et le fermoir crissa en cédant. Son jean et son T-shirt étaient couverts de poussière mais il n’y prêta pas attention. Depuis qu’il était en âge de marcher, il passait des heures à déterrer ce qu’il considérait comme de véritables trésors dans la remise, le grenier ou le garage et, à presque neuf ans, il n’avait pas perdu une once de ce plaisir.

Il plongea les mains dans le coffre et extirpa, avec mille précautions, ce qui semblait être une vieille robe bleu pâle.

- Ca devait être à maman !

Reno se pencha à son tour sur le contenu mystérieux, curieux.

- C’est quoi ce truc, avec l’écriture bizarre ? demanda-t-il en désignant ce qui ressemblait à une planche de bois recouverte de symboles et de lettres incompréhensibles.

Yazoo extirpa la planche, et le petit triangle d’ivoire qui semblait l’accompagner, du fouillis de vieilles fripes.

- C’est quoi, comme langue ?

Ils regardèrent l’objet en silence.

- Il faudrait demander à Aerith mais je suis presque sûr que c’est de l’ancien cetra. J’ai vu quelque chose dans le genre dans un film, une fois, dit Reno, je crois que permet de communiquer avec les esprits.

Yazoo écarquilla les yeux, fasciné

- Sérieux ?

- Enfin, ça permet… ” en théorie “. Va pas t’imaginer des trucs. Ce n’est qu’un jeu.

- Ca pourrait être drôle d’essayer, risqua le garçonnet.

Reno haussa les épaules.

- Il faudrait le montrer à Aerith. Si ça se trouve, c’est pas ça du tout.

Le garçonnet se redressa, l’objet dans les mains.

- Alors viens, on va lui montrer ! Elle a dû arriver !

Il voulut filer, son trésor sous le bras, mais le rouquin le retint par la ceinture de son pantalon.

- Eh, là ! Minute, grumeau ! T’oublies rien ?

Yazoo haussa les sourcils et se débattit.

- Quoi ? Lâche-moi !

- Ton frère attend quelque chose, il me semble !

Le garçonnet cessa de s’agiter et ses épaules tombèrent de dix bons centimètres.

- Rah ! J’avais oublié le nabot bouffeur de purée…

- Oui, bah le nabot bouffeur de purée, il a cul à l’air depuis un moment grâce à toi. Et s’il arrose le papier peint, devine qui Loz va attraper pour faire le ménage… le menaça Reno en riant.

Yazoo lui confia son ” trésor ” et revint sur ses pas en traînant des pieds.

- J’en ai marre de cette famille…

Le rouquin éclata de rire.

- C’est ça ! persifla-t-il. Tous des bourreaux et toi, t’es un ange. On connait la chanson. Allez, hop, hop ! Un paquet de couches et que ça saute, moussaillon !

- Je vais lui faire manger, ses fichues couches…

- Et utilise ce satané escabeau !

à suivre

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Chers petits frères ! (Part 1/5)

***

Auteur : Shiva Rajah

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Loz passa en revue les derniers t-shirts de sa garde-robe.

Pas assez moulant… Trop gamin… Trop large… Manches trop longues… Trop vieux… Celui-là, elle m’a déjà vu avec… Non… Celui-là non plus… Celui-là ! “

- Loz, je dois aller au labo ! Tu gardes le bébé !

L’ordre de Jenova résonna dans l’escalier et tomba comme une sentence sur l’adolescent, qui poussa un gémissement déchirant.

Les deux t-shirts qu’il avait mis la moitié de la matinée à choisir lui tombèrent des mains.

- Oh, nooon !

Yazoo, assis son lit en train de lire une bande dessinée de ” Super Soldat “, laissa échapper un petit rire malicieux.

- Pas de ” bisou-bisou ” avec Tifa aujourd’hui ! railla-t-il en tendant une bouche en cul de poule à son aîné.

Celui-ci fit mine de lui jeter l’un des petits haltères avec lesquels il s’entraînait dès qu’il en avait l’occasion et le garçonnet, vif comme un serpent, sauta du lit en ricanant.

- Si tu me tapes, je le dis à maman !

- Sale petit morv…

- Et tu vérifies bien que Yazoo ne jette pas son dîner à la poubelle ! Je t’ai tout laissé dans four, tu n’as plus n’as plus qu’à réchauffer !

- Mais mamaaan ! plaida encore l’adolescent. Je devais aller au cinéma avec mes amis ! T’avais dit oui !

Yazoo fouilla dans la commode, mit deux paires de chaussettes de ski sous son t-shirt pour imiter une grosse paire de seins et se pavana devant son grand frère en faisant toutes sortes de simagrées pour le faire enrager.

- Je suis désolé, mon chéri, s’excusa Jenova. On a vraiment besoin de moi !

- Et Sephiroth, alors ? Pourquoi c’est jamais lui qui se coltine les nabots ?

Un ravissant minois à la longue chevelure de platine et aux jolies prunelles carmin passa par l’entrebâillement de la porte de la chambre des garçons et lui fit un clin d’œil espiègle.

- Parce que ton grand frère s’est déjà “coltiné” un “nabot” appelé Loz il n’y a pas si longtemps ! Et qu’il ne revient pas avant demain soir, de toute façon. J’ai droit à un bisou avant de partir ?

Yazoo se précipita pour embrasser sa mère avec enthousiasme.

- Tu reviens quand ?

- Ce soir, j’espère. Mais… qu’est-ce que t’es mis là, toi ? demanda la jeune femme en tâtant les deux grosses bosses moelleuses qui gonflaient le t-shirt de son fils.

Le garçon bomba le torse pour faire ressortir sa poitrine d’emprunt et fit mine de jouer avec ses longs cheveux en roulant des hanches.

- Je m’appelle Tifaaa et je veux aller au cinéma avec mon Loooz chéri ! singea-t-il d’une voix aiguë, faisant rire sa mère.

Loz s’empourpra violemment.

- Arrête !

Mais, encouragé par l’hilarité de Jenova, Yazoo en rajouta et fit rouler ses faux seins sous ses mains.

- Eh ! le rabroua la jeune femme en lui retirant les chaussettes. Ca suffit, tu deviens vulgaire. (Elle considéra les deux grosses paires de chaussettes de ski et pouffa.) Tu n’as pas trouvé plus gros ?

Yazoo écarquilla les yeux.

- Mais ils sont énormes, ses ploplos, m’man ! J’te jure ! Comme ça, au moins ! C’est pour ça que Loz est amoureux d’elle !

Celui-ci monta d’un ton dans les pourpres.

- J’suis pas amoureux, sale morveux !

Il voulut fondre sur son cadet mais celui-ci se cacha derrière sa mère.

- Bon, ça suffit, tous les deux ! (Elle prit le visage de Loz dans ses mains et l’embrassa avec effusion) Reste calme. Tu es son grand frère, tu dois montrer l’exemple.

***

Weiss, l’oreille collée à son téléphone portable, posa le garçonnet en pleurs sur le lit, à bout de nerfs.

- Mais tu vas te taire, oui ! cria-t-il, excédé.

Le petit tressaillit et se tut brutalement en écarquillant ses grands yeux pourpres mais… se remit à pleurer de plus belle.

Euh… J’avais une oreille… “ gémit la voix de Loz dans l’écouteur.

De sa main libre, l’adolescent agrippa ses longs cheveux blancs - soigneusement hérissés sur sa tête, à la dernière mode de l’Académie du Soldat - et poussa un grognement inintelligible, prêt à commettre un fratricide.

- Je vais le tuer, Loz ! gronda-t-il. Je te jure que, cette fois, je vais vraiment le tuer !

Il est peut-être malade. Ou il a mal quelque part. “

- Malade ? Tu parles ! MÔnsieur pique une crise parce que MÔsieur a refusé de faire la sieste et que, maintenant, MÔsieur est fatigué… ET QU’IL A DECIDE DE M’EMMERDER !

Il hurla les derniers mots au visage de son petit frère, dont les pleurs redoublèrent.

Weiss… Mes tympans… “

- Excuse-moi. Je suis à bout de nerfs, mec. Je n’en peux plus de… L’ENTENDRE CHOUINER ! MAIS TU VAS LA FERMER, OUI ? !

Nouveau concert de cris et de sanglots.

Weiss-euh ! “

- Désolé.

Ecoute, pourquoi tu ne viens pas à la maison avec lui ? Je suis sûr qui si on le colle avec Yazoo et Kadaj, ils joueront et nous ficheront la paix. De toute façon, le cinéma, c’est fichu, alors on pourrait tous regarder un film ici. En plus, ma mère a fait un tas de trucs à manger, il y a de quoi nourrir tout un régiment du Soldat ! “

- Je viens d’appeler Zack pour lui dire que la soirée était grillée aussi en ce qui me concernait. Il a dû prévenir les autres et ils ont sûrement prévu un truc de rechange.

O.K. Je les appelle tout de suite et je te recontacte. “

- Ca marche. Je… Oh ! LA FERME, NERO !

***

Loz s’affairait en cuisine en prévision de l’arrivée de ses amis.

C’était la première fois que Tifa venait à la maison alors, pour l’occasion, il avait mis les petits plats dans les grands : au moins quatre variétés d’amuse-gueule sur la table basse du salon, la tarte salée et les délicieuses lasagnes de Jenova au four en train de chauffer, de la glace au congélateur… Tout y était !

Reno amenait les films (dont au moins un film d’horreur, Loz avait bien insisté là-dessus - rien de mieux pour qu’une fille se serre contre vous !), Cloud avait tenu à acheter les sodas, Aerith et Zack, les sucreries, et Weiss venait avec les derniers logiciels de simulation de combat en vogue à l’Académie du Soldat.

Tout était réuni pour passer une soirée de rêve entre amis - surtout avec Tifa ! - et pour…

- Loz ! Kadaj, il fouette !

Loz se tourna vers la porte avec un soupir déchirant.

Yazoo se tenait dans l’encadrement et se bouchait le nez d’une main tandis que, de l’autre, il tenait la menotte de Kadaj, uniquement vêtu de sa couche qui - à en croire d’odeur qu’elle dégageait - avait grand besoin d’être changée.

- Yazoo, ne le promène pas comme ça, il va prendre froid, idiot !

- Mais j’vais pas lui mettre son pyjama alors qu’il est tout puant !

Kadaj, qui commençait tout juste à marcher, levait vers eux de grands yeux curieux, comprenant sans doute qu’il était l’objet de leur discussion mais pourquoi, ça… allez savoir !

Loz s’accroupit devant le bébé, attendri malgré lui par la bouille attentive.

- Alors, boule puante ? On a encore fait des saletés ?

Le petit lui sourit et tapa dans ses mains, tout joyeux qu’on s’intéresse à lui.

Son frère le souleva dans ses bras.

- Va me chercher un paquet de couches dans la remise, Yazoo.

- Hein ? Mais maman en a remis plein hier sur la table à langer !

- Il n’y en a plus, j’ai utilisé la dernière tout à l’heure. Et dépêche-toi ! ordonna Loz en quittant la pièce.

Yazoo grimaça, donna un coup de pied rageur dans le pied d’une chaise de cuisine et se dirigea vers l’escalier qui menait au sous-sol de la maison d’un pas traînant, tout en rouspétant contre son jeune frère.

- Sale mangeur de purée… Usine à crottes !

C’est alors que, par une fenêtre qui donnait sur le petit jardinet de la propriété, il aperçut Tifa, qui approchait avec une grosse boîte rose, estampillée du logo d’une célèbre pâtisserie.

Le garçon se précipita pour ouvrir avant que la jeune fille n’ait le temps de sonner.

- Bonsoir ! lança-t-il avec son plus beau sourire. Bienvenue à la maison !

Tifa, le doigt à quelques centimètres de la sonnette, lui sourit à son tour et se pencha pour embrasser sa joue rebondie.

- Bonjour, toi ! Je suis un peu en avance. Loz est là ?

Yazoo lui prit la main et l’entraîna à l’intérieur de maison.

- Oui, viens !

- Hein ? Eh ! Attends !

Mais le garçon avait déjà fermé la porte et la tirait derrière lui avec enthousiasme.

- Il est au premier avec Daj’ !

- Mais attends, voyons ! fit Tifa en riant tandis que Yazoo l’entraînait dans l’escalier. Laisse-moi au moins poser les gâteaux quelque part !

Mais Yazoo n’avait pas l’intention de perdre une seule seconde ! Ce n’était pas tous les jours qu’on avait l’occasion de faire surprendre son idiot de grand frère par sa petite copine avec les deux mains dans le caca !

à suivre

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LXVIII - Amours envenimées

“L’amour se mesure à ce que l’on accepte de lui sacrifier.”
A. Gardner

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Après le déjeuner, lorsque Loz eut fini de changer Kay dans la salle de bains et qu’il revint dans la chambre, Vincent et Weiss se tenaient sur le seuil, dans l’encadrement de la porte ouverte.

Les deux hommes chuchotaient pour ne réveiller personne. La nuit avait été longue pour tout le monde et la plupart des hôtes du manoir avaient cédé à la tentation d’une sieste réparatrice amplement méritée après le déjeuner.

- Dans ce cas, je réunirai tout le monde dans la salle de conférences à 9h30, demain matin, conclut Vincent en pressant le bras de l’ancien commandant des Tviets. D’ici là, repose-toi et essaye de te souvenir d’autant de détails que tu le pourras. Il ne faut rien négliger, on ne sait jamais.

Weiss acquiesça avec un sourire misérable et Vincent s’éclipsa en refermant doucement la porte.

- Hojo s’est servi de moi comme d’une marionnette, soupira le Tsviet en s’appuyant dos au battant. Je me sens si… si… stupide…

Loz s’allongea avec le bébé au milieu du grand lit et lui répondit par un sourire rassurant.

- Ca m’arrive tout le temps, assura-t-il. De me sentir stupide, je veux dire.

Weiss pouffa et vint s’asseoir à ses côtés.

- Je n’ai jamais été très doué pour cerner les gens ou les situations, de toute façon, avoua-t-il. En dehors d’un contexte de combat, s’entend. Dès qu’il a été en âge de comprendre ce qui l’entourait, j’ai toujours compté sur Nero pour analyser les choses et m’aider à prendre les décisions… soupira-t-il tandis que le bébé essayait d’attraper ses mèches blanches.

- Plus à l’aise dans l’action que dans la réflexion… fit Loz avec un petit froncement de sourcils ironique. Toute l’histoire de ma vie !

- Et tu n’en as jamais éprouvé de la rage ou…

Le Tsviet n’osa pas finir sa phrase, de peur de le froisser mais l’argenté le fit pour lui.

- De la honte ? Si, bien sûr.

- Je m’en suis voulu si souvent… J’étais l’aîné. C’était à moi d’assumer ce genre de responsabilité, mais…

Il fit la moue et haussa les épaules.

- Ouais, je comprends, argua Loz en clignant de l’oeil. J’aurais souvent aimé faire plus que protéger physiquement mes frères. Mais bon… Moi non plus je n’ai jamais été très doué pour planifier des choses ou jouer les ” chefs “, avoua-t-il en rougissant légèrement. Pourtant, j’ai cru comprendre que c’était bien ton cas.

Weiss fit résonner son joli rire de baryton et s’adossa à la tête du lit, les bras derrière la nuque.

- Quand je n’étais pas à la tête d’une mission suicide, on me gardait enchaîné comme un chien de combat dans sa cage ! Tu parles d’un chef…

- Mais Shelke a dit que…

- Oublie ce qu’a pu dire Shelke, le coupa le Tsviet avec amertume. Au Deepground, c’était ” marche ou crève “, je n’ai pas eu le choix. Ou je les surpassais tous, ou Nero et moi aurions fini dans un sac à viande. Ou pire… Sur la table de dissection d’Hojo, ajouta-t-il d’une voix tout juste audible. Mais tu sais de quoi je parle, pas vrai ? Tu sais ce que c’est, que d’être confronté à ce genre d’alternative.

Il dévisagea Loz avec intensité et celui-ci, un peu gêné, détourna les yeux et pinça les lèvres en glissant son pouce dans la menotte de son fils.

- Ecraser ou être écrasé, poursuivit Weiss. Vaincre tous tes adversaires ou mourir. Réussir chaque épreuve ou vivre un enfer de douleur et de peur. Et en ayant à l’esprit à chaque minute que toute erreur peut entraîner tes frères avec toi…

Loz déglutit avec difficulté.

- Vincent… Vincent t’a parlé de moi, c’est ça ?

Weiss sourit et le poussa de l’épaule d’une bourrade amicale.

- Pas besoin. Les types comme nous ont tous ce ” truc ” dans le regard.

- Quel ” truc ” ? demanda l’argenté en relevant la tête.

Le Tsviet planta ses prunelles dans les siennes et Loz soutint son regard, cette fois. En plongeant au plus profond des abîmes d’or ténébreux qui obscurcissaient les océans bleutés, il eut la désagréable impression, pendant un instant, de regarder à l’intérieur de lui-même.

- Ouais… murmura Weiss en notant le subtil changement de son expression. Ce ” truc ” là…

L’argenté cligna des yeux, coupant l’intense contact visuel, et lui rendit timidement son sourire.

Ils restèrent silencieux un long moment et Weiss fit babiller le bébé en le chatouillant avec une longue mèche de ses cheveux ivoirins.

Le jeune homme inspirait à Loz des sentiments contradictoires.

Comme tous ceux qui le rencontraient, il était bien sûr, de prime abord, fasciné par ce que le Tsviet dégageait, cet incroyable charisme, cette énergie qui semblait irradier de lui.

Mais, tapi sous cette aura de vitalité immaculée, l’argenté sentait aussi palpiter quelque chose de douloureusement familier. A la fois lourd de secrets et étouffant d’amour. Quelque chose de magnifiquement laid et d’horriblement beau… Une âme à fleur de peau, torturée, souillée, humiliée, trompée, mille fois brisée mais toujours généreuse et prête à se donner encore pour être à nouveau piétinée.

Une âme si familière…

Une âme si semblable à la sienne…

” Ca doit être horrible, de ne pas pouvoir exprimer ce qu’on ressent ! ” lui avait dit Tifa lorsqu’ils s’étaient revus dans la grande chapelle du manoir.

Mais comment exprimer ça ? Comment expliquer à quelqu’un que l’on ne s’appartient plus ? Que l’on a renoncé à soi depuis des années pour l’amour de ces ” autres ” que les gens appellent ses ” frères ” ? Qu’ils ont toujours été sa seule raison de vivre et de se battre ? Que l’entité appelée ” Loz ” n’est plus qu’une âme déchirée et morcelée à force de s’être donnée morceau après morceau…

- Weiss, tu… Tu ne t’es jamais demandé comment… Comment…

Il hésita car il n’avait jamais abordé ce genre du sujet avec personne - et encore moins avec ses frères.

Ils n’auraient pas pu comprendre. Personne n’aurait pu comprendre. Personne à part quelqu’un comme Weiss. Peut-être…

- Comment quoi ? l’encouragea ce dernier.

- Tu ne t’es jamais demandé comment tu as fait pour tenir le coup ? demanda Loz, la gorge soudain serrée. Pour supporter tout ça ? Pour aller de l’avant en sachant chaque matin que la journée qui t’attendait serait forcément pire que la veille ?

L’ancien chef des Tsviets hocha la tête, comprenant parfaitement à quoi il faisait allusion.

- Si. Souvent. Nero n’y est sans doute pas étranger.

- Oui, bien sûr, moi aussi, je savais que c’était pour mes frères, que je me battais. Que c’était pour eux, que je devais réussir toutes les épreuves et devenir fort… Assez fort pour les protéger en toute circonstance et réussir à faire face à n’importe quoi. Mais ce que je n’ai jamais compris, c’est ” comment ? “. Comment, juste au moment où tu réalises que tu as atteint tes limites, que tu vas crever là, comme le dernier des rats de laboratoire dans sa cage, tu arrives à trouver la force d’aller encore plus loin… Encore plus vite… De frapper encore plus fort, quitte à te briser les os… De repousser ton seuil de douleur et de résistance un peu plus à chaque fois…

Weiss soupira.

- Je ne sais pas. Je ne l’ai jamais compris, moi non plus.

- La puissance d’un homme n’est pas extensible à l’infini, quelle que soit la volonté et la rage qui l’anime, non ?

- Normalement, non. Les gens croient que c’est justement cette capacité de dépassement de soi qui fait de certains hommes des êtres exceptionnels. Des ” héros “. Des ” super soldats “. (Il ricana) De la merde, ouais !

- Le mako, peut-être.

- Non, affirma le Tsviet. Tous les soldats en reçoivent et, que je sache, ça n’a pas fait d’eux tous des foudres de guerre pour autant.

- Les cellules de Jenova ?

- On ne m’en a jamais injecté. Peut-être… Peut-être qu’à force de repousser les limites, quelque chose a été détruit en nous. (Il fit claquer ses paumes l’une contre l’autre) Paf ! Comme un disjoncteur en surcharge. Tu sais, comme si on avait coupé les fils d’une alarme dans nos têtes qui aurait normalement dû nous dire ” Oh ! Oh ! Les gars ! Il faut arrêter ! Stop ! Danger ! Ligne rouge franchie ! Risque de mort imminente ! “.

Loz fit la moue.

- Tu veux dire qu’on ne serait plus que des machines de guerre ignorant leurs propres limites ? Juste des tas de muscles bons à foncer dans le tas sans réfléchir ?

Weiss grimaça à son tour, n’aimant pas du tout cette idée.

- Tu sais quoi ? En fait, je pense que ce genre de prise de tête, c’est pas pour nous. Mieux vaut laisser ça à Nero ou à ton frère Yazoo ! ajouta-t-il avec une mimique enfantine.

- Oui, tu as sans doute raison, concéda l’argenté, préférant lui aussi changer de sujet.

- Demande-moi de te liquider cinq adversaires à main nues et je te les ramène par la peau des fesses en moins de temps qu’il n’en fait pour dire ” ouf “. J’ai été entraîné à ça depuis tout gosse. Mais si tu me demandes quelle est la dernière fois où l’on m’a ordonné de faire marcher ce truc-là pendant plus de dix minutes… ajouta le Tsviet en se tapotant la tempe.

Il fit vibrer ses lèvres, penaud, et Loz éclata de rire.

- Pareil pour moi, acquiesça ce dernier. Le seul cerveau surdéveloppé que je possède, c’est celui-là ! (Il fit gonfler son biceps) Notre premier instructeur me disaient tout le temps : ” Si un mur se dresse devant toi, Loz, souviens toi qu’on t’a donné une tête et que c’est pour t’en servir… “

Un nouvel éclair de complicité passa entre les deux jeunes hommes et ils finirent d’une même voix :

” … Dix secondes et un coup de boule plus tard : adieu le mur ! “

Ils éclatèrent de rire et le bébé les imita, ce qui décupla leur hilarité.

- Heidegger ! cracha Weiss lorsqu’ils se furent une peu calmés. Quel crevard, celui-là… Je croyais qu’il ne s’occupait que des recrues de l’Académie de Midgar.

Loz secoua la tête et grimaça.

- Il nous a entraînés au moins quatre fois par semaine, mes frères et moi. Jusqu’à ce que j’aie une dizaine d’années. Il se passait toujours quelque chose. Un accident ou de gros dégâts. Alors, au bout d’un moment, Hojo en a eu assez. Mon frère les a entendus se disputer puis on ne l’a jamais revu. C’était vraiment quelqu’un de méchant…

- De méchant ? S’étrangla le Tsviet. C’est peu de le dire ! Ce type était un salopard de la pire espèce ! ” Si ça saigne, c’est qu’on peut le tuer ! “, imita-t-il d’une voix rocailleuse en faisant gonfler ses joues.

Les rires des deux hommes résonnèrent à nouveau dans la chambre avec une telle spontanéité qu’ils faillirent ne pas entendre les petits coups discrets frappés à la porte.

Ils se figèrent, comme deux garçonnets surpris à faire du boucan en pleine nuit.

- Oups… grimaça Weiss, penaud.

- C’est ouvert ! fit Loz en retenant un fou rire.

Shelke passa la tête par le battant et s’excusa.

- Pardon ne vous déranger mais Nero commence à s’agiter, je crois qu’il ne va pas tarder à se réveiller.

Son ancien commandant sauta aussitôt sur ses pieds.

- Je prends la relève. Va dormir un peu. (La jeune fille obéit et il se tourna pour saluer Loz, qui lui répondit en agitant la menotte du bébé, qui rit comme un petit fou.) Salut, petit lutin !

Il quitta la chambre à son tour en fermant doucement la porte et Loz s’allongea contre les oreillers en retenant un bâillement et assit son fils sur sa poitrine.

- Qu’est-ce que tu en dis ? C’est un chouette type, hein ?

Kay agita les mains en babillant et l’argenté sourit.

***

- Capitaine Rhapsodos, il faut absolument que je vous présente à Cait ! lança Reno avec une note venimeuse qui amusa grandement Sephiroth lorsque Genesis se laissa aller à un nouvel accès d’incontinence poétique en l’honneur de Yazoo - qui n’en finissait pas de rougir. Vous êtes vraiment faits pour vous entendre, tous les deux…

L’ex-Cauchemar dissimula un sourire caustique derrière le rideau soyeux de ses cheveux - détail qui n’échappa pas au turk, ravi de s’être trouvé un allié imprévu - et Yazoo lança à son amant un regard acerbe.

- Reno…

- Quoi ? Je n’ai pas raison ?

Genesis, loin de se douter qu’il était la cible d’une pique bien affutée, sourit aimablement pour rassurer l’objet de ses attentions lyriques.

- Je devine que Sephiroth a dû me dépeindre comme un ours taciturne et asocial, plaisanta-t-il en se méprenant sur la gêne de l’argenté. Mais je vous assure que je serais ravi de rencontrer votre ami. A plus forte raison si nous partageons quelques centres d’intérêt.

Reno fit mine de réfléchir à la question et Yazoo le fixa avec intensité, le mettant au défi d’ouvrir la bouche.

Sephiroth, lui, avait fort à faire pour garder son sérieux.

- Oh ! Vous avez, à n’en pas douter, plus de choses en commun qu’on ne pourrait le croire de prime abord, confirma le turk, faisant blêmir son compagnon. Même si Cait est plus… plus… Comment dire ?

Yazoo contracta les mâchoires, s’attendant au pire.

- Velu ? ne put s’empêcher d’intervenir Sephiroth, en ravalant l’éclat de rire qui menaçait d’exploser à tout instant au fond de sa gorge.

Yazoo le fusilla du regard et il pinça les lèvres pour ne pas pouffer.

- Velu ? s’étonna Genesis, sûr d’avoir mal compris.

- Ne les écoutez pas, capitaine Rhapsodos, ils sont un peu cabots, parfois, préféra couper l’argenté. Je suis ravi d’avoir fait votre connaissance, ajouta-t-il précipitamment en poussant le turk sans ménagement vers la porte. J’espère avoir le plaisir de vous revoir au dîner !

- Oh mais, tout le plaisir sera pour moi, croyez-moi… assura Genesis avec un sourire séducteur.

- On vous gardera la place à côté de Cait ! lança Reno depuis la porte. Vous ne… Aïe !

Ils disparurent dans le couloir et le Banoran se tourna vers son ami.

- Qui est ce Cait, dont vous faites tous si grand cas ? Un officier du WRO ?

S’en fut trop pour Sephiroth, qui éclata franchement de rire.

…à suivre

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VIII - Sur le fil

C’est peu que de vouloir, sous un couteau mortel,
Me montrer votre coeur fumant sur un autel. “

J. Racine

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Je dormis durant une bonne douzaine d’heures et me réveillai un peu groggy.

J’eus un sommeil agité, empli de rêves aussi désagréables que saugrenus.

Toutes ces histoires de temples, de fauves et de légendes s’étaient mélangées en un joyeux cocktail à la sauce gongaguienne pour donner une mixture pour le moins cocasse.

A mon réveil, je ne m’en rappelai que très vaguement mais une image persistait cependant : celle de Rufus Shinra, vêtu de soie orange et brandissant une épée dans ma direction avec une expression digne d’un psychopathe.

On peut dire que notre entretien ne m’avait pas laissé un bon souvenir.

Je rabattis les draps mais restai allongé.

J’avais trop dormi et j’étais épuisé.

On frappa à ma porte sur les coups de dix-sept heures.

Je me nouai une serviette autour des reins et allai ouvrir.

Angeal entra et me tendit un sac en plastique contenant deux t-shirt noirs, des chaussettes, un short et une casquette noires.

- Je me suis dit que tu aimerais te promener autrement qu’à demi-nu, fit-il d’un ton las en s’asseyant sur le lit.

Je refermai la porte et m’appuyai dessus, bras croisés.

Il avait dû faire quelques emplettes pendant que je me débattais avec mes cauchemars. Peut-être même n’avait-il pas dormi car il avait la mine défaite mais, après ce que nous avions vécu, je ne pouvais pas lui en faire le reproche.

Dans l’ambiance douillette de l’auberge, cependant, j’avais presque l’impression que tout cela n’avait jamais eu lieu. Comme s’il s’était agi de la simple résurgence d’un mauvais rêve, de ceux qui vous laissent un mauvais goût dans la gorge au réveil et un nœud dans le ventre.

- Tout va comme tu veux ? demandai-je en faisant ostensiblement tomber ma serviette pour enfiler le short.

Angeal soupira et secoua la tête, ne m’accordant pas même un regard.

J’aurais aussi bien pu danser la gigue en tutu.

- J’ai appelé Heidegger pour lui expliquer la situation et savoir comment nous devions agir vis-à-vis de Rufus Shinra.

Le ton de sa voix ne présageait rien de bon.

Je pris place à ses côtés et entrepris de démêler mes cheveux en grimaçant.

- Et ? demandai-je.

Il soupira.

- J’ai essayé de lui dire que tu n’y étais pour rien Seph, lâcha-t-il en baissant la tête. Je te jure que j’ai essayé.

Un frisson glacial me descendit le long du dos et j’arrêtai net ma séance de démêlage.

- Angeal… demandai-je la gorge soudain serrée. Qu’est-ce que tu veux dire ?

Il se leva pour tourner en rond devant moi.

- Les big boss estiment que tu as commis une faute grave en omettant de tester le sol.

- Quoi ? m’écriai-je en me levant. Tu as entendu les géologues comme moi ! C’était de la pierre Angie ! De la putain de caillasse bien solide ! Personne ne pouvait deviner qu’il y avait un temple à cinq ou six mètres en dessous des caves ! Qu’est-ce que tu voulais que je fasse ? Tu as vu les cartes du sol ! Il n’y avait aucun problème ! Personne ne pouvait prévoir un truc pareil ! Et quand bien même, bordel ! Je suis soldat, pas ingénieur !

Angeal me tourna le dos et leva les yeux au plafond.

Il semblait partagé entre la colère et l’inquiétude.

- Angeal… Tu… tu ne crois quand même pas que c’est de ma faute pas vrai ? Tu témoigneras en ma faveur, n’est ce pas ? Tu ne vas pas les laisser me dégrader à cause d’un abruti superstitieux !

Il pinça les lèvres mais ne répondit pas et un énorme nœud me serra l’estomac. J’avais soudain l’impression de danser sur le fil d’un rasoir.

Si je perdais mon grade à cause d’une erreur de ce genre, j’étais foutu. Ca ferait le tour des casernes en moins de temps qu’il faudrait pour le dire et je serais la risée de chaque sous-officier du soldat.

Bon sang, qu’est-ce que j’allais devenir ? Ma carrière était tout ce que j’avais !

- Angeal… murmurai-je en lui posant une main tremblante sur l’épaule.

Il tressaillit et secoua la tête, comme si je venais de le sortir de ses pensées.

- Hein ? Non ! Bien sûr que non, ne sois pas idiot ! Tu n’y es pour rien. Et évidemment que je suis de ton côté ! Comment peux-tu en douter une seule seconde ?

Mon soulagement fut tel que je dus m’asseoir à nouveau sur le lit, les jambes en coton.

- Si tu savais comme je m’en veux de t’avoir entraîné dans cette mission, Angie…

Il fit vibrer ses lèvres.

- Ne dis pas de conneries ! (Il se prit la tête dans les mains) Si seulement cet abruti d’architecte avec sondé le terrain plus en profondeur !

J’éclatai d’un rire amer qui résonna désagréablement à mes propres oreilles.

- Sonder le terrain ! On est à Gongaga, Angie ! En pleine cambrousse ! Dans un coin perdu où on a déjà de la chance d’arriver à trouver une pile électrique !

Il hocha la tête et me tapota le dos en faisant son possible pour sourire.

- Rien n’est joué, Seph. Ils attendent la décision de Shinra.

S’il m’était resté un soupçon d’espoir… il venait de s’envoler !

- Tu paries combien que ” monsieur le Prince ” a déjà bavé sur mon compte dans l’oreille de ce salaud d’Heidegger ? (Angeal parut soudain gêné.) Oh ! Non… C’est pas vrai ! Qu’est-ce qu’il est allé raconter ?

- Pas lui. Palmer.

- Le gros lard ?

- Il s’est plaint du peu de respect dont tu faisais preuve vis à vis des croyances de ce pays. Il a même parlé à Heidegger de la façon dont tu as traité le vieux sage.

S’il m’avait administré l’une de ses gifles “maison” dont il avait le secret, cela n’aurait pas été pire.

- Quoi ? !

- Il lui a même soutenu que c’était à cause de toi que les ouvriers avaient déserté le chantier parce que, d’après eus, tu avais mis leurs dieux en colère. Et que c’était - toujours d’après eux - pour cela que le fauve a attaqué les hommes qui restaient.

J’écarquillai les yeux, sidéré. Comment un homme normalement constitué et possédant un cerveau fonctionnant à peu près normalement pouvait-il arguer ce genre d’inepties superstitieuses sans risquer de se faire immédiatement enfermer dans un asile ?

Je me débattais en plein cauchemar et j’allais me réveiller, ce n’était pas possible !

- Mais c’est ridicule ! Heidegger ne peut pas croire à de telles sornettes !

- Oh ! Il n’y croit pas, rassure-toi, assura Angeal. Mais, en bon chien-chien obéissant, il préfère attendre de voir si Rufus Shinra ne va pas profiter et se servir de ces accusations tordues pour te lyncher…

Je levai les bras au ciel, impuissant.

- Par tous les démons de la planète, mais qu’est-ce que je lui ai fait, à ce type ? m’écriai-je.

- Je n’en sais rien, Seph, mais il a suffisamment de pouvoir et d’argent pour dicter sa loi à qui il le souhaite.

- Ca c’est ce qu’on va voir ! hurlai-je en enfilant l’un des t-shirts que mon ami m’avait achetés.

Il me posa la main sur le bras mais je me dégageai.

- Eh ! Où comptes-tu aller comme ça ?

- Devine ! répliquai-je en ajustant la casquette.

- Seph, tu vas faire une connerie ! (Il me saisit par les épaules.) Tu ne bougeras pas d’ici !

Je le poussai brutalement, hors de moi.

Je comptais bien aller trouver Shinra pour m’expliquer avec lui d’homme à homme. Et si nous devions en venir aux mains…

Tant pis pour lui !

- Fous-moi la paix, Angeal. Cette affaire ne regarde que sa majesté de mes deux et moi.

- Sephiroth ! Attends, je…

Je sortis en claquant la porte et descendis les marches en courant.

Le réceptionniste m’interpella au moment où je m’apprêtais à sortir de l’auberge.

- Général ! Général ! Un jeune soldat vous demande ! Il dit que c’est très important.

Je le fixai.

Il nageait dans ses vêtements et m’arrivait à peine à la poitrine.

- Un jeune soldat ? Quel jeune soldat ? Vous a-t-il donné son nom ?

- Zack Fair, Général. Il vous attend dans le salon.

Je le suivis jusqu’au coquet salon où les rares clients de la petite auberge prenaient leurs repas.

Après tout, Rufus Shinra ne perdait rien pour attendre une petite heure.

A son goût, j’arriverai de toute façon toujours trop tôt !

- Zack ? Qu’y a-t-il de si important ? Ta famille va bien ?

En entendant son nom, il se précipita vers moi et patron de l’auberge nous laissa seuls.

Le salon était désert et le resterait jusqu’à l’heure du thé.

- Oui, Général, je vous remercie de vous en inquiéter, mais c’est une affaire autrement plus urgente qui m’amène, dit-il précipitamment à mi-voix, comme s’il avait peur d’être entendu.

Nous primes place dans deux confortables fauteuils un peu ternis.

- Je t’écoute.

- Tôt, ce matin… Je suis retourné sur le chantier, Général.

- Tu as quoi ? m’écriai-je. (Il me fit signe de baisser d’un ton.) Es-tu idiot ou totalement inconscient, Zack ? !

Il sortit discrètement de sous son pull un objet oblong enveloppé dans un linge, qu’il avait glissé dans son dos, sous sa ceinture.

- Qu’est-ce que c’est ? demandai-je.

Il jeta à nouveau un regard autour de lui, pour s’assurer que personne ne se trouvait à “portée d’oreille”.

- J’ai vu une camionnette qui emportait les corps des ouvriers.

Je soupirai.

- Au moins Shinra a-t-il fait le nécessaire pour récupérer les dépouilles…

- Oui. Une fois désert, j’ai fait le tour du chantier, pour vérifier si quelque chose avait été volé ou détérioré.

- Et ?

- Rien n’a été touché, Général. Mais j’ai trouvé ça au pied Nord de la colline. Quelqu’un l’avait visiblement jeté d’en haut, précisément là où l’on a découvert le temple enseveli.

Il me tendit sa découverte et je soulevai les pans de tissu. Un poignard à la garde en ivoire superbement ciselée, apparut.

La lame était sale et recouverte d’une substance brunâtre.

Du sang ?

- Le couteau qui a servi à tuer le contremaître… murmurai-je.

Zack hocha la tête.

- Oui, Général. C’est aussi ce que je pense. Le sang n’est pas encore oxydé dans les rainures. Et l’arme elle-même n’était pas du tout couverte de poussière, lorsque je l’ai ramassée. Elle était là depuis peu.

J’observai le poignard plus attentivement et, par réflexe, pris garde à ne pas y déposer mes empreintes.

Précaution ridicule puisque Zack y avait déposé les siennes et avait probablement effacé une bonne partie de celles qui s’y trouvaient déjà. De toute façon, qui chercherait à savoir à qui elles appartenaient dans ce trou perdu ?

La garde était sculptée de façon à ressembler à une danseuse et un sceau d’or était incrusté dans l’ivoire : une tête de panthère tenant un serpent entre ses crocs.

Je connaissais cet emblème. Je l’avais déjà vu, j’en étais certain, mais où ?

- Je connais ce sceau, Zack, assurai-je.

- C’est le contraire, qui serait étonnant, Général. C’est le sceau héréditaire des Shinra.

- Leurs armes… dis-je la gorge sèche. Leur emblème… Quel salopard… murmurai-je en m’appuyant sur mon siège. Ce petit prince de mes deux a buté un pauvre type à cause d’une connerie de superstition ?

Zack haussa les épaules.

- Ca me paraît quand même… ” énorme “, Général. Non ?

Je levai les yeux au plafond.

- Qui d’autre que lui pourrait posséder une telle arme ? demandai-je, pas convaincu pour deux sous de l’intégrité de sa majesté des réacteurs.

Il allait me répondre lorsqu’il fut interrompu par un cri de femme hystérique semblant provenir de l’étage de l’auberge.

Je vis le patron se précipiter, ce que Zack et moi-même fîmes également.

La jeune fille qui s’occupait du service des chambres dévala l’escalier en courant et se jeta dans les bras du patron pour y sangloter je ne sais quoi dans sa langue avant de répandre le contenu de son estomac sur le plancher de bois.

- Que se passe-t-il ? m’enquis-je.

L’homme ouvrit la bouche à plusieurs reprises avant de pouvoir prononcer un seul mot, terrifié.

- Une… une panthère noire, bredouilla-t-il. Elle est entrée dans une chambre au premier. Par la fenêtre…

Zack et moi échangeâmes un regard interloqué, sûrs d’avoir mal entendu.

- Entrée par… la quoi ?

…à suivre

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XI - Double jeu

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Oubliant la crème glacée répandue sur le sol, Tifa se précipita au chevet de son « patient ».

Loz paraissait toujours inconscient et elle ne put que remercier le ciel qu’il ne se soit rendu compte de rien…

Profiter de l’inconscience d’un homme pour l’embrasser ! Qu’était-il donc passé par la tête de Cloud ?

Quelle honte !

Cela étant dit, ce à quoi elle venait d’assister expliquait beaucoup de choses car, enfin, ce n’était pour se montrer prétentieuse mais force était de reconnaître qu’elle était loin d’être laide, bien au contraire. Et, pourtant, malgré ses avances et les ouvertures laissées à son ami d’enfance, il n’en avait jamais profité. Ni avec une autre fille, d’ailleurs…

Mais, après ce à quoi elle venait d’assister, ce n’était guère étonnant !

Alors comme ça, Cloud préférait les hommes…

Et dire qu’elle ne s’était jamais rendue compte de rien. Durant toutes ces années. Incroyable !

Comme quoi, les gens ont raison de dire que c’est quand on a les choses sous le nez que l’on a le plus de chances de les rater.

Les paupières de Loz frémirent et elle se saisit du linge humide posé sur la table de nuit pour lui essuyer doucement les lèvres, comme si elle pouvait ainsi faire disparaître - voire même « laver » - toute trace du contact de Cloud. C’était un geste puéril qui la surprit elle-même mais la jeune femme ne put s’en empêcher.

Elle ne voulait pas du moindre atome, de la moindre particule de souffle, ni même du moindre souvenir d’une bouche étrangère sur les lèvres sensuelles !

« Gaia toute puissante, je réagis comme si cet homme m’appartenait… » réalisa-t-elle soudain en écoutant ses propres pensées. « Mais qu’est-ce qui m’arrive ? »

Elle dut se faire violence pour reposer le linge sur la table de nuit et s’arracha à la contemplation de la peau crémeuse de l’argenté pour nettoyer le gâchis qui poissait le plancher.

***

Après que Tifa l’ait poussé dans le couloir sans ménagement, Cloud s’était faufilé dans la chambre d’amis pour s’entretenir avec le Reno, à qui il avait raconté son échange avec le « Cauchemar de la planète ». Enfin… excepté un petit détail, bien sûr : celui-là même qui lui avait valu d’être jeté hors de la chambre de son amie d’enfance comme un malappris.

- Mais comment as-tu pu le voir là-bas puisque Yazoo n’a pas bougé d’ici ? demanda le turk, éberlué.

Cloud lui fit signe de baisser d’un ton pour ne pas réveiller l’argenté.

- Je le soupçonne de pouvoir utiliser n’importe lequel de ses incarnés pour apparaître.

- Quel esprit de déduction ! railla une voix dans leur dos, les figeant dans la pénombre.

Un petit applaudissement sarcastique accompagna la pique et Reno blêmit et recula jusqu’à la fenêtre.

Sur le lit où Yazoo reposait quelques instants plus tôt, Sephiroth les fixait avec une expression narquoise.

Cette fois, le drap ne le recouvrait pas et, en voyant le bas du corps du “Cauchemar de la planète” réduit à l’état de filaments glaireux, le turk ne put s’empêcher d’écarquiller les yeux en grimaçant de dégoût.

- Oh, putain, c’est dégueulasse… fit-il en plissant le nez.

- Reno… siffla Cloud entre ses dents en le fusillant du regard.

- Quoi ? C’est pas dégueu ? On dirait des spaghetti au basilic qui auraie…

- Reno !

Sephiroth pressa son pouce et son index sur ses yeux, découragé.

- Je vois que que tu n’as pas changé, Reno, soupira-t-il.

Ce dernier haussa le sourcil et tordit la bouche en un sourire caustique.

- Bah… J’aimerais pouvoir en dire autant mais…

Il désigna les filaments verdâtres d’un geste mou de la main et Cloud leva les yeux au plafond, presque aussi effondré que son ancien général.

- Tu m’as dis que tu avais besoin de mon aide, intervint-il pour couper court aux indélicatesses du turk.

- C’est exact.

- Eh, bien, je t’écoute. Parle.

Sephiroth hocha la tête mais leva un sourcil sévère.

- Puis-je espérer parvenir au bout de mes explications sans que l’un de vous deux n’essaye à nouveau de me rouler une pelle ?

Cloud et Reno virèrent au rouge cramoisi et échangèrent une œillade affectée, s’accusant mutuellement du regard.

- Eh ! Me regarde pas comme ça, c’était pas lui, que je visais, O.K. ? Se défendit piteusement le turk.

***

Dans la vieille église ruines de l’ancienne Midgar, l’eau de la source de vie se teinta de noir et, au fond de l’onde, un adolescent hurla en silence tandis qu’une épée de feu paraissait lui traverser le cerveau de part en part.

- Kadaj ! cria une voix désespérée de jeune femme que nul n’entendit.

Ce que ressentait l’adolescent n’était pas une réelle douleur physique mais mentale, comme si une partie de lui lui était soudain arrachée avec la délicatesse d’un boucher tirant sur l’articulation récalcitrante du lapin qu’il démembre.

Les muscles, tendons et veines psychiques qui formaient l’essence même de son être se déchiraient sous l’insupportable tiraillement.

Il haletait par réflexe, comme lorsqu’il respirait encore, la bouche pleine d’eau grande ouverte sur son hurlement muet. La souffrance qu’il endurait était de toute façon trop grande pour s’exprimer par des cris.

- Kadaj ! Non…

Les dernières fibres spirituelles cédèrent, incapables de résister à un tel traitement, et l’adolescent enfonça ses ongles dans ses paumes, au bord du désespoir.

- Non ! cria la jeune femme à fendre l’âme. Il s’en va ! Zack, il s’en va !

- Nous ne pouvons rien faire, Aerith…

- Kadaj ! Résiste ! Tu dois résister !

L’adolescent tendit la main vers la surface avec l’espoir improbable que quelqu’un la voie et la saisisse pour le tirer de son enfer liquide. Durant un instant, il eut même l’impression de voir Sephiroth se matérialiser au-dessus de lui et cela semblait si réel qu’il n’aurait su dire s’il s’agissait réellement de son frère ou du fruit de son imagination.

La voix qui résonnait en lui, en revanche, était bien réelle.

- Kadaj ! Kadaj, résiste ! Ne le laisse pas te prendre !

Mais il n’avait plus de forces pour ce faire. Il était physiquement et mentalement épuisé, en avait assez de lutter…

Alors il se laissa entraîner vers les ténèbres glacées des profondeurs de la source. Toujours plus profond.

- Kadaj, non !

- C’est fini, Aerith. C’est trop tard… Il a gagné.

L’étau qui compressait la poitrine de l’adolescent se desserra, laissant un vide douloureux, et il cessa même de se bouger, laissant bringuebaler sa tête au rythme des courants.

Kadaj était perdu… Il avait réussi.

Aerith resta longtemps agenouillée dans l’herbe haute et grasse et bordaient la rivière de la vie, pleurant toutes les larmes de son corps désincarné. Voilà bien longtemps qu’elle ne s’était lamentée ainsi.

Zack resta accroupi à ses cotés, en silence, maudissant les Dieux et le destin dans un même élan.

***

La première chose que Sephiroth sentit fut l’humidité, visqueuse, pénétrante, et un goût d’eau croupie dans la bouche.

Quelque chose lui chatouillait la lèvre inférieure, comme si un plaisantin le titillait avec l’extrémité d’une plume.

Il ouvrit les yeux et… ne vit rien.

Il cligna des paupières à plusieurs reprises, dans l’espoir de s’éclaircir la vue, sans résultat. Tout était noir, aucune forme de se dessinait. Etait-il soudain devenu aveugle ? Que s’était-il passé ? Où était-il ?

L’affolement le saisit et son cœur s’emballa.

Il se redressa d’un bond et ne put retenir un cri tant la douleur dans sa nuque était aiguë. Ce faisant, il faillit avaler l’insecte qui courait sur sa lèvre, sans doute un cafard ou une punaise, et il toussa comme un perdu en frissonnant de dégoût.

Il agita les bras en tout sens, essayant d’appréhender l’espace autour de lui, et les chaînes rouillées fixées à ses poignats émirent un cliquettement grinçant. Lorsqu’il les agita, sa main cogna douloureusement une surface dure et rugueuse, suintante d’eau huileuse. Un mur.

Il s’accroupit sur le sol de terre boueuse et s’adossa à la muraille en tâtonnant du bout des doigts autour de lui et en tendant l’oreille.

Un point lumineux scintilla durant quelques instant à l’extrémité de mon champ de vision mais, le temps qu’il tourne la tête, il s’éteignit, accompagné par couinement pathétique.

Un rat.

Il n’était donc pas aveugle. Il se trouvait dans le noir complet mais où ?

Prudemment, il se redressa et fit quelques pas de côté, longeant le mur.

Sa hanche buta douloureusement contre une saillie. Un anneau de métal où étaient fixées ses chaînes.

Une geôle. Il était dans une geôle et enchaîné au mur comme un animal ! Probablement très profondément dans le sous-sols, à en croire l’humidité.

Comment était-il arrivé là ? Et, surtout, comment allait-il en sortir ?

Il se laissa tomber sur le sol gâcheux et se prit la tête à deux mains, le souffre court, en essayant de se rappeler, de revivre les derniers instants dont il se souvenait. Guère évident avec cette douleur qui lui vrillait le crâne.

La douleur… L’horrible douleur. Puis le noir… Le noir complet.

Rien. Il ne se souvenait de rien !

Mais pourquoi ?

“Qu’est-ce que je fais ici ? Et comment vais-je me sortir de là ?”

Réfléchir. Réfléchir calmement et trouver un moyen de s’échapper. La porte ! Où était la porte ? Il y avait forcément une serrure et une serrure, ça se crochetait.

Il porta la main à sa taille et constata qu’il n’avait pas de ceinturon. L’aiguillon d’une boucle de ceinture lui aurait été précieuse pour forcer la serrure et ses geôliers n’en avaient été que trop conscients, maudits soient-ils !

A tâtons, il longea un mur sur quatre pas, puis l’autre, quatre autre pas. Il marcha sur ce qui semblait être un tas de foin pourri grouillant de vermine et atteignit enfin une chose râpeuse et spongieuse qui semblait être du métal rouillé recouvert de moisissure.

Il fit courir le bout de ses doigts sur l’épais battant.

Des ferrures rouillées mais pas serrure. La lourde porte se bloquait visiblement de l’extérieur à l’aide d’une barre transversale.

A bien y réfléchir, cela n’avait rien d’étonnant. L’humidité qui régnait aurait eu raison de n’importe quel mécanisme de fermeture.

Aucune ouverture, pas même une trappe ou un œil de bœuf.

Il posa ses mains à plat sur la porte et essaya de la faire jouer sur ses gonds. Le métal rouillé ne bougea pas d’un cheveu, à croire qu’il était cimenté au mur.

Et bien, soit ! Il n’avait plus que deux options. Soit attendre que l’on vienne le chercher, et c’était risquer de voir arriver des gens armés qui le conduiraient les démons seuls savaient où pour le torturer ou l’exécuter, soit faire assez de tintamarre pour alerter un gardien - ou ce qui en tenait lieu - et l’éliminer pour tenter de fuir.

C’était très certainement cette dernière hypothèse qui avait poussé ceux qui l’avaient jeté là à le priver de tout ce qui pouvait lui servir à blesser ou à tuer. La cellule était dépourvue de tout, y compris du sempiternel broc de terre cuite rempli d’eau croupie que l’on concède pourtant à la dernière des crapules.

“Les chaînes…” pensa-t-il alors.

Mais autant essayer de déloger une molaire dans la bouche d’un bahamut ! Rouillées peut-être, mais rudement solides, tout comme la porte rouillée.

Qu’à cela ne tienne, il lui restait les mains et les dents et il n’avait nullement l’intention de rester là, à attendre sagement que l’on vienne lui loger dans la tête la balle des renégats ou pire.

Des voix…

Des voix et des bruits de pas approchaient. Au moins quatre hommes.

Il recula de trois pas, le cœur battant, et se campa fermement sur les jambes, prêt à vendre chèrement sa peau.

La lueur d’une torche filtrant sous la porte… Un rire grinçant qu’il reconnut aussitôt… Le bruit d’une bâcle… Le crissement des gonds.

Il s’accroupit, prêt à bondir, mais se figea en voyant ce que traînaient les deux butors qui bouchaient à présent l’encadrement de la porte : un tout jeune adolescent aux cheveux argentés.

Les gardes le jetèrent sans ménagement sur le sol gâcheux de la geôle, pour ainsi dire à ses pieds, dans la flaque d’eau puante où il s’était lui-même réveillé.

- Tu as de la compagnie, Sephiroth ! railla l’homme en blouse blanche qui accompagnait les soldats.

- Hojo… cracha le prisonnier, en s’accroupissant près du corps menu. Quelque chose d’aussi sordide et puant ne pouvait être que ton œuvre !

Il fit mine de bondir sur le scientifique et les soldats réagirent aussitôt en pointant leurs armes sur lui, ce qui parut beaucoup amuser le professeur.

- Qu’est-ce que tu veux, Hojo ? Qu’est-ce que je fais ici ?

- Tu le sauras bien assez tôt… mon “cher fils“.

Sephiroth lui cracha à la figure et l’un des miliciens le frappa avec la crosse de son arme, manquant de peu de l’assommer.

Un troisième soldat déposa une bouteille plastique remplie d’eau et des barres énergétiques à même le sol et tous se retirèrent en refermant la porte mais en laissant - ou en oubliant ? - la torche accrochée à un support du couloir, à l’extérieur.

Pour un humain normal, cela n’aurait sans doute pas fait une grande différence mais, pour Sephiroth, la simple lueur qui coulait sous la porte lui permettait de voir comme en plein jour. La cellule était encore plus miteuse et grouillante de vermine qu’il ne l’avait cru mais cela importait peu, pour l’instant.

Il s’accroupit aux côtés de l’adolescent et le tira, à demi inconscient, hors de la flaque d’eau croupie, que les gardes semblaient décidément prendre plaisir à viser lorsqu’ils jetaient quelqu’un dans ce trou !

- Eh ! Petit ! appela-t-il en lui tapotant ses joues. Petit ! Réveille-toi !

L’adolescent marmonna quelques mots incompréhensibles, secoua la tête, comme s’il délirait et ouvrit enfin ses grands yeux mako, qui s’écarquillèrent en reconnaissant le visage au-dessus de lui.

- Grand frère…

Sephiroth sourit avec indulgence.

- Non. Je ne suis pas ton frère. Mais, si j’en crois ton visage et la couleur de tes cheveux, je veux bien croire que je dois lui ressembler.

Kadaj s’assit, hébété, et bredouilla :

- Mais tu… Tu es pourtant…

- Mon nom est Sephiroth. Sephiroth Hojo. Ton frère était donc avec toi quand tu as été fait prisonnier par cette ordure d’Hojo ?

- Tu… Tu ne me reconnais donc pas ?

- Je devrais ?

S’en fut trop pour Kadaj, qui s’évanouit dans ses bras.

- Eh ! Eh, petit !

à suivre

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VII - Enfant gâté… adulte pourri !

“L’âge adulte, c’est de l’enfance pourrie.”
J. Cau

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Je ne sais pas si, comme l’affirme le dicton, l’exactitude est vraiment la politesse des puissants, mais Rufus Shinra, lui, ne s’embarrassait pas de bonnes manières.

Je me demandais s’il nous avait joué la comédie du malade imaginaire pour s’éclipser et nous laisser en plan avec nos problèmes ou s’il avait vraiment eu un malaise.

Ce n’étaient pourtant pas les nouvelles qui l’avaient bouleversé.

Il était évident qu’il se fichait complètement que l’on massacre allègrement ses soldats et ses larbins alors qu’ils travaillaient pour lui.

Je veux bien qu’on ne prenne pas sur son dos toute la misère du monde, mais tout de même ! Il y a des limites à l’indifférence.

Quoi qu’il en soit, on avait besoin de lui pour que le policier que nous avions vu plus tôt consente à lever son gros postérieur de son siège miteux, même si j’ignorais pourquoi.

Apparemment, le pouvoir de Shinra sur les autorités locales dépassait de loin ce que à quoi je m’attendais.

Un reste de pouvoir féodal, ou de respect des traditions ? A moins que ce ne soit tout bonnement de la peur.

Oui, à y réfléchir, le policier de pacotille avait semblé plus effrayé que respectueux. A croire que ” sa majesté des réacteurs ” lui collait plus les jetons que les monstres bardés de crocs en liberté autour de son village - ou qu’un éventreur à deux pattes.

Génial : ça nous faisait deux malades de trouille sur les bras ! Parce que, plus j’y repensais, plus je croyais à la scène de soudain malaise de ” son altesse ” chochotte.

A moins, bien sûr, qu’il n’ait décidé de s’entraîner pour entamer une carrière dans les sommets absolus du kitsch afin de jouer dans l’une de ces pièces à la mode du genre de cette saleté de Loveless - dont on ne cessait de nous rebattre les oreilles - mais c’était peu probable.

Et comme je doutais que cette indisposition passagère soit un effet de mon charme ravageur - hélas ! - cela ne pouvait donc être que de la frousse…

Peur de la vengeance de ses innombrables divinités ? Ce serait de la susceptibilité mal placée de leur part…

Mais, après tout, les dieux n’ont pas la réputation d’être raisonnables. Ce qui est d’ailleurs la principale raison pour laquelle je refuse l’idée de confier mon destin - ou même ma moralité - à quelqu’un d’autre que moi-même. Et surtout pas à une hypothétique puissance un tantinet mégalo et psychopathe, en théorie surpuissante, mais qui n’intervient jamais quand on en a besoin. Le Deep Ground fait aussi bien l’affaire de ce côté-là, si ce n’est mieux !

Au bout d’un long moment, sa seigneurie daigna tout de même nous illuminer à nouveau de sa céleste présence.

Il n’avait pas l’air plus en forme qu’avant - il était même plutôt verdâtre, sous sa jolie peau nacrée.

Pour un peu, sa faiblesse le rendait presque sympathique.

Qu’est-ce qu’il avait pu voir pour s’enfuir ainsi ? Sa propre mort sous les griffes d’un fauve ?

Il nous fixa alternativement du regard, Angeal et moi, et son expression redevint de marbre. Le masque de l’antipathie glissa sur son visage, me faisant oublier sur l’instant mon élan de mère poule prête à poupouner un poussin malade.

Ce qui me préoccupait, c’était la sécurité des hommes sur le chantier - à commencer par la mienne et celle d’Angeal et de Zack ! - et savoir si, oui ou non, j’allais pouvoir mener à terme ce projet.

- Ne vous inquiétez pas, fit Rufus.

La sécheresse de sa voix me fit grimacer.

Ce n’était plus de l’indifférence ou du mépris, mais de l’hostilité qui contredisait ses paroles.

- Le chantier… ne reprendra pas dans l’immédiat. Néanmoins, je ferai le nécessaire pour qu’une enquête fasse la lumière sur ces événements. Et nous prendrons les mesures qui s’imposent pour protéger le chantier des bêtes sauvages et des éventuels pilleurs. Je ne veux pas que de nouveaux dégâts soient commis. Comandant Hewley, j’aimerais que vous réfléchissiez à la possibilité de faire aménager un nouveau temple près du réacteur. Il nous faudra purifier ces terres avant d’y entreprendre quoi que ce soit d’autre et je crois savoir que votre protégé, le jeune Fair, connaît bien les ouvriers du chantier. Je vous laisse discuter avec Palmer des formalités.

Je haussai les sourcils en entendant la dernière phrase. Qu’est-ce qu’il sous-entendait pas là ? Que les ouvriers ne pouvaient pas me voir en peinture ? Où avait-il été pêcher une idée pareille ? Il s’imaginait peut-être que tout le monde traitait avec autant de mépris que lui-même les gens qui suaient pour lui !

- Je croyais que nous devions quitter les lieux au plus vite ? ne pus-je m’empêcher d’intervenir.

Shinra se tourna vers moi avec un regard agressif.

- J’ai changé d’avis, Général. Ca vous pose un problème ?

Je me mordis la langue pour ne pas répliquer vertement et l’altesse en kimono se déplaça jusqu’à un mur recouvert de motifs géométriques finement peints, où il appuya sur une plaquette de marbre à hauteur d’homme.

Je retins une moue dégoûtée en réalisant que ce sinistre crétin avait dû faire installer un système d’Interphone, ou de sonnette électrique, dans l’œuvre d’art qui abritait ses fesses d’aristocrate trop gâté.

L’arrivée immédiate de Palmer à l’appel de son maître me détourna de mes pulsions homicides. Enfin… me détourna de l’antipathique petit prince vers “la voix de son maître” en question.

- Je dois vous laisser à présent, annonça froidement Rufus. Je vous serai gré de retourner surveiller le chantier dès que la sécurité y aura été rétablie. En attendant vous pouvez loger à Gongaga. Palmer s’occupera de vos frais d’hébergement. J’espère ne pas vous revoir avant que la situation n’ait évolué.

Je restai ébahi devant tant de grossièreté.

Seule la certitude que son agressivité dissimulait une étrange nervosité m’empêcha de franchir les trois mètres de tapis moelleux qui nous séparaient pour lui faire ravaler son air hautain.

Si ce type n’était pas réellement terrifié, je voulais bien devenir turk !

Il se retira cependant avec toute la dignité voulue, et mon début de pitié s’en alla tout aussi soudainement qu’elle était apparue. Son larbin et ses manières doucereuses n’y étaient sûrement pas étrangères…

Angeal lança à Palmer un regard plus dégoulinant de colère contenue que les cheveux de Zack de gel capillaire et je pris mentalement note de ne jamais me retrouver du côté de ceux qui le contrariaient.

*

Lorsque nous sortîmes enfin de la propriété des Shinra, ce fut avec un intense soulagement et une folle envie de tout casser.

Angeal bouillait littéralement de rage et marchait à grands pas dans l’allée de graviers en direction de notre 4×4 (ou du moins de ce qui en restait).

- Ce type égocentrique et son valet de pied ! Je suis prêt à parier mon épée qu’ils ne vont rien faire pour élucider ce qui s’est passé !

J’étais aussi en colère que lui, mais bien plus déterminé.

- Nous pourrons facilement vérifier s’il nous ment. Le chantier et les alentours devraient être le théâtre de battues pour chasser les fauves, aujourd’hui.

Angeal leva les yeux au ciel et maugréa encore un bon coup.

- S’il n’y avait que les fauves, je ne m’en ferai pas trop ! On peut dormir dans des camions, avec le fusil à portée de main.

Je n’étais pas aussi rassuré que lui.

- Tu as oublié ce que notre ami velu a fait aux portières de notre 4×4 ? Je ne crois pas qu’un camion suffise à nous mettre à l’abri. Et on ne peut pas loger tous les ouvriers.

- Pour l’instant nous n’avons plus personne à loger, à part Zack. Et nous n’aurons que nous-mêmes à protéger tant que je n’aurais pas déniché un architecte capable de présenter un plan de temple à Rufus Shinra. Il va falloir serrer les dents et faire pénitence, mon cher !

Je grimaçai à cette pensée.

Un temple ? J’en avais vu plusieurs, depuis mon arrivée, mais Rufus voulait-il juste une chapelle de remplacement histoire de se dédouaner vis-à-vis de ses irritables dieux, ou souhaitait-il un “temple qui se voit de loin” comme son réacteur en forme de chou-fleur ?

Nous n’étions pas rendus - et encore moins partis de cette fichue région !

Angeal ne décolérait pas.

- Salopard ! Il se fiche comme d’une guigne du meurtre. Pour lui, ce n’est qu’un désagrément mineur. Je suis sûr qu’il serait plus contrarié s’il avait perdu l’un de ses canaris ! Inutile d’espérer grand-chose de la police dans ces conditions.

- On n’a qu’à le chercher nous-mêmes, ce meurtrier, dis-je avant de m’en rendre compte.

Mon ami me lança un regard étonné et finit par esquisser un sourire narquois.

- Bah, alors ? On a envie de jouer les turks ?

Soulagé de le voir plaisanter, j’enchaînai.

- S’il s’agit de rabattre le caquet de sa majesté des réacteurs, je suis prêt à jouer tout ce que tu voudras.

Angeal éclata de rire.

- Fais-moi penser à commander au plus vite un lot de serviettes éponges, dans le cas.

Il m’adressa un clin d’œil, se remit à en marche et je lui emboîtai le pas en serrant les poings, serrant les dents pour ne pas relever la pique.

Angeal me connaissait sur le bout des doigts et savait que, malheureusement, je possédais un trait de caractère qui m’avait toujours valu les pires ennuis : j’adorais pousser les gens à bout. Dans tous les domaines.

Cela m’avait valu des retours de flamme mémorables, à la sortie desquels Angeal me récupérait chez lui à trois ou quatre heures du matin, fin soûl - en sang ou en larmes selon la nature du ” pépin “. Je mettais des jours à m’en remettre en jurant ” qu’on ne m’y reprendrait plus ” mais, six mois plus tard, super Sephiroth était encore chez Angeal - épongeant l’hémoglobine de sa dernière victime ou son propre surplus de sécrétions lacrymales dans un mouchoir en papier - à maudire les adversaires trop faibles ou les amants trop susceptibles.

Ma vie sociale et amoureuse résumée en quelques lignes !

Le proverbe du chat échaudé qui craint l’eau froide n’était vraiment pas pour moi et, en repensant à l’attitude de Rufus, je sentais bien que j’étais sur le point de pencher du côté où je n’allais pas, une fois de plus, tarder à tomber…

*

Journal de Rufus Shinra

J’ai envoyé Palmer parler à la police.

Je sais qu’il réglera l’affaire au mieux de mes intérêts. La recherche des fauves occupera ces fonctionnaires si jamais il leur prenait l’envie de faire du zèle.

Je leur ai fait passer la consigne de laisser croire à Sephiroth et à Hewley qu’ils menaient également une enquête sur le meurtre du profanateur mais Palmer saura leur expliquer qu’à mes yeux cette enquête n’a pas à être rapide.

Ni à aboutir…

Il saura leur faire comprendre qu’une absence de résultat de ce côté ne leur serait pas dommageable, bien au contraire.

Les autorités locales sont loin d’être brillantes, mais largement assez cupides pour savoir où est leur intérêt.

Je vais allez dormir un peu car je suis épuisé et le malaise ressenti durant la visite de ces deux Soldats n’est pas encore tout à fait passé.

C’est une sensation vraiment très désagréable…

…à suivre

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LXVII - Graines de jalousie

L’hermaphrodisme est un vice de forme…

ou une forme de vice !”

L. Campion

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Genesis se laissa aller contre le dossier relevé de son lit et ferma les yeux en soupirant, priant pour que tout ce qu’il venait d’apprendre ne soit qu’un cauchemar ou une mauvaise blague.

Depuis presque deux heures, il écoutait Sephiroth, assis sur une chaise à son chevet, et celui-ci semblait encore plus écœuré que lui - si c’était possible - par ses propres mots.

- Je mangerai la cervelle de ce salopard d’Hojo à même sa tête avec une petite cuiller, cracha le Banoran.

- C’est toi qui risquerais d’en crever, essaya de plaisanter son ami.

Genesis laissa échapper un rire amer.

- Ouais… Tu n’as peut-être pas tort.

Merill s’approcha d’eux.

- Monsieur Rhapsodos, je vais retirer votre perfusion mais vous devriez rester encore allongé une petite heure. Normalement, la solution préparée par le docteur Rui devrait arrêter définitivement la dégénérescence de vos organes mais, le cas échéant, on pourrait réitérer l’opération en modifiant un peu le mélange sans le moindre problème, rassurez-vous.

Genesis hocha aimablement la tête et se laissa faire sans broncher.

- Ca a l’air si simple, à t’entendre… soupira-t-il.

- Oh ! Ca en l’est pas, monsieur Rhapsodos. Il a fallu des années de recherche sur le mako purifié au docteur Rui pour arriver à mettre au point ce genre de sérum.

- Si seulement ce traitement avait existé il y a 10 ans… soupira le Banoran.

Merill sourit.

- Mieux vaut tard que jamais, monsieur.

- Oui, on va dire ça. Comment va Nero ?

- Il réagit bien mieux qu’on ne pouvait l’espérer, ne vous en faites pas. Son frère est avec lui, au premier. Si je puis me permettre, monsieur… ce que vous avez fait était vraiment très généreux.

Genesis eut un sourire triste.

- Généreux, mon garçon, j’aurais dû l’être des années plus tôt et tout ceci ne serait jamais arrivé.

- Genesis… le tança gentiment Sephiroth.

Merill s’éloigna, un peu embarrassé, et son patient secoua la tête.

- Weiss m’avait prévenu, Seph, avoua le Banoran, la gorge serrée.

- De quoi tu parles ?

- Lorsque lui et Nero sont venus me chercher, peu après l’incendie de Nibelheim. Avant de mettre mon corps à l’abri dans la grotte, ils m’ont supplié de les aider à éliminer les chefs de la 14ème légion.

Sephiroth frissonna.

- Les Restrictors ?

Genesis acquiesça.

Les Restrictors étaient les éminences grises du légendaire Deep Ground, la 14ème force de Soldat - ainsi nommée car elle avait vaincu en une seule nuit tous les membres du “Ragnarok”, la 13ème légion considérée jusqu’alors comme le bras armé le plus puissant de la Shinra.

- Weiss disait que quelque chose de grave se préparait. Que les Restrictors allaient les utiliser, lui et son frère, comme fers de lance d’une nouvelle unité de supers soldats du Deep Ground.

- Les Tsivets.

- J’ai cru qu’il exagérait et j’ai refusé… murmura le Banoran d’une voix brisée.

- Genesis…

- Merde, Seph, j’ai refusé ! Je lui ai dit que ce n’était plus mes affaires, que je ne voulais plus être mêlé de près ou de loin aux magouilles de la Shinra !

Il se couvrit le visage des mains.

- Genesis, tu ne pouvais pas devin…

- Je les ai laissé tomber, Seph ! Ils m’ont supplié de les aider et je les ai laissé tomber pour courir me planquer quelque part entre ma propre conscience et le royaume des morts en croyant que passer des années à méditer loin de tout m’aiderait à comprendre le sens de la vie et ferait de moi un être… supérieur ! Comme si un simple humain pouvait… (Il se tut, à demi-étouffé par le remords) Ils n’étaient que des gosses… Ils n’avaient personne. Et je les ai laissé tomber pour courir après une chimère !

- D’accord, tu les as laissé tomber. Mais ils sont là, maintenant, dans ce manoir, bien vivants. Et beaucoup d’autres aussi. Des milliers d’autres qui ont besoin de nous. Alors plutôt que de te morfondre sur tes erreurs passées, tu ferais mieux de te reprendre pour nous aider à affronter ce qui se prépare !

Genesis le dévisagea un long moment, sourit avec ce qui n’était pas loin de ressembler à de la tendresse et hocha la tête.

- Et on dit que les fortes têtes ne changent jamais…

*

Kay gazouillait sur le lit tandis que Loz détournait son attention pour permettre à Yazoo de soigner ses petits pieds meurtris.

Tifa et Gretta s’étaient rendues au village avec Marlène et Denzel, qui ne tenaient plus en place et n’avaient qu’une envie : se glisser en douce dans la chambre de Weiss et de Nero pour voir de quoi avaient l’air les mystérieux invités et anciens compagnons d’infortune de Shelke.

Loz fit mine de dévorer le petit vendre rebondi et le bébé rit comme un fou en donnant des coups de pied en tout sens, empêchant Yazoo de continuer à appliquer la pommade sur les petons tendres.

- Loz !

Son cadet se saisit fermement d’une petite jambe potelée, ce qui parut déplaire fortement au bébé, qui fronça des minuscules sourcils argentés pinça les lèvres avec une grimace boudeuse.

La mimique était si typique de Loz que Yazoo fut pris d’un fou-rire.

- Quoi ?

- On dirait toi ! Ah ! Ah ! Ah !

L e jeune colosse allait répliquer lorsqu’on frappa à la porte de la chambre.

- C’est ouvert !

Le battant s’ouvrit lentement et la silhouette de Weiss se dessina dans l’encadrement.

L’ancien Tsviet était vêtu d’un ample pantalon de toile, d’un sweat-shirt bleu pâle qui moulait son torse athlétique et de rangers militaires prêtées par Cid. Tous deux faisaient pratiquement la même taille. Tifa et Gretta devaient revenir du village avec quelques vêtements pour lui, les argentés et le bébé. Pour ce qui était de Nero, c’était une tout autre paire de manches (au sens propre comme au figuré). Reeve s’était entretenu un long moment au téléphone et par Internet avec la section de recherche du WRO au sujet d’un vêtement de contention adapté.

- Pardon de vous déranger, s’excusa Weiss de sa belle voix de baryton. Je voulais vous remercier de vous être occupés de mon frère. Shelke m’a dit que vous l’aviez fait sortir du caisson et que vous étiez resté avec lui tout ce temps.

Yazoo sourit en remettant ses petits chaussons au bébé.

- Entre, ne reste pas à la porte. Comment va ton frère ?

- Bien mieux. Grace à vous tous. Shelke est avec lui. (Il s’approcha et se pencha sur le petit) Te revoilà, toi, petit lutin. Tu me reconnais ?

Kay gazouilla en agitant ses petites menottes vers lui.

Voyant qu’il n’osait pas toucher le bébé, Loz le souleva et le lui tendit.

- Dis bonjour, Kay !

Aussitôt, le petit s’agrippa à Weiss et le dévisagea avec de grands yeux curieux.

Le rire du jeune homme résonna dans la pièce. Un joli rire comme Yazoo et Loz n’en avaient jamais entendu : clair, spontané et terriblement communicatif.

Le bébé, envoûté, se mit à rire lui aussi. La température et la luminosité de la chambre parurent montrer de plusieurs degrés.

Les jumeaux échangèrent un regard aussi étonné que charmé.

Weiss paraissait illuminer littéralement la pièce de sa présence mais, étrangement, malgré une plastique parfaite et des traits à faire pâlir d’envie tous les anges du paradis, son charme n’agissait pas sur le plan ” physique “. L’attirance qu’il provoquait n’avait rien de sexuel ni même de sensuel. Sa séduction opérait à un autre niveau…

Etrange.

En le voyant jouer et rire avec Kay, son surnom ” Weiss l’immaculé ” commençait à prendre tout son sens pour les deux argentés.

Avec un tel charisme, il n’était pas étonnant que ses soldats se soient mis à l’adorer comme un demi-dieu…

- Eh ! On s’amuse comme des fous et on ne m’a pas invité ? claironna la voix enjouée de Reno.

Yazoo, encore sous le charme, se tourna vers la porte.

- Kay a reconnu Weiss, fit-il pour se redonner une contenance.

- Ah ouais ? Et le beau Reno, tu le reconnais, p’tit grumeau ? (Il fit une grimace ridicule en direction du bébé et le rire de celui-ci redoubla) Sephiroth aimerait te présenter à son vieil ami, Yazoo baby. Tu es le seul qu’il n’ait pas encore vu. Tu veux bien descendre une minute ?

- Oh… Oui, bien sûr.

- Au fait, comment va Nero ? demanda aimablement le turk.

- Bien mieux, répondit Weiss, un rien gêné car peu habitué à tant de sollicitude. C’est toi qui m’a ramené en hélicoptère, n’est-ce pas ?

Reno s’inclina avec une révérence comique.

- A ton service !

- Ne pilotais-tu pas aussi l’un des hélicoptères qui ont donné la chasse à Genesis et à Angeal, lorsqu’ils ont déserté le Soldat ?

Le turk hoqueta et écarquilla les yeux.

- La vache… Ca, c’est de la mémoire ! Ouais, j’en pilotais un. Je n’étais qu’un simple exécutant, à l’époque. Mais toi tu… Ton frère et toi deviez être des gamins, non ? Ca fait quoi ? Huit ? Neuf ans ?

Weiss hocha la tête, amusé.

- Nero avait 16 ans. Moi, 23.

- On a plus ou moins le même âge, alors, toi et moi ? s’étonna le turk, surpris par l’apparente jeunesse de l’ancien chef des Tsviets.

- Je crois bien.

Yazoo poussa Reno dehors avant qu’il ne commence à cuisiner Weiss sur une hypothétique recette miracle de l’éternelle jeunesse et ce dernier rit de bon cœur, amusé par leurs pitreries.

*

- De l’hermaphrodisme ? répéta Genesis, qui n’en croyait pas ses oreilles. Tu es sérieux, Seph ?

Sephiroth hocha la tête avec gravité.

- Promets-moi de ne pas y faire la moindre allusion.

- Oui… Oui, bien sûr, cela va de soi mais c’est quand même incroy…

- Chut ! Les voilà.

Genesis leva la tête pour voir s’avancer Yazoo, flanqué du turk roux qui était parti le chercher, et réalisa aussitôt qu’il lui serait inutile de se mordre la langue. Le corps élancé moulé dans un long manteau cuir noir et l’adorable visage encadré par une longue chevelure de mercure pur lui avait fait perdre la voix !

Alors c’était ça, le ” jumeau ” hermaphrodite de Loz ?

L’ancien soldat s’était attendu au pire à une caricature grassouillette du jeune colosse avec des seins, des joues hirsutes et une voix aiguë et, au mieux, à une version de lui un peu efféminée mais sûrement pas à… ça !

Bouche bée, il regarda s’avancer la créature éthérée qui répondait donc au charmant surnom de ” Yazoo baby ” et lorsque celui-ci s’arrêta devant son lit en souriant, Genesis crut que des dizaines de papillons venaient de prendre leur envol dans son estomac.

- Yazoo, voici Genesis, l’un de mes amis d’enfance, le présenta Sephiroth.

L’incarné adressa au Banoran un élégant petit salut de la tête.

Ce dernier dut se faire violence pour ne pas tendre la main afin de chasser une mèche de cheveux du visage en cœur pour la glisser derrière l’une des délicates petites oreilles.

- C’est un honneur de vous rencontrer, capitaine Rhapsodos, fit l’apparition de sa voix douce en s’inclinant avec respect.

Un parfum sucré à tourner les sens caressa les narines de Genesis. Il entrouvrit les lèvres pour le respirer par la bouche afin de le goûter et faillit fermer les yeux pour le déguster comme il l’aurait d’un vieux cognac.

- Tu contiens dans ton oeil le couchant et l’aurore; récita-t-il, plongeant son regard dans celui de l’incarné.

Tu répands des parfums comme un soir orageux;

Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore

Qui font le héros lâche et l’enfant courageux.

Yazoo hoqueta, à la fois flatté et surpris, et une rougeur - que Genesis trouva au demeurant particulièrement charmante - colora ses pommettes hautes.

C’était bien la première que quelqu’un s’adressait à lui de la sorte !

Sephiroth leva les yeux au ciel.

- Oui, j’avais oublié ce détail, railla-t-il. Genesis adore les niaiseries et plus particulièrement lorsqu’elles riment !

Yazoo fit tinter son rire musical et le Banoran lui fit un clin d’œil.

Un geste de séduction que Reno, qui observait les réactions de Genesis depuis qu’ils étaient arrivés, n’apprécia pas mais alors pas du tout

à suivre

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LXVI - Un mort bien vivant

Quand on n’a rien à se reprocher dans la journée,

on ne craint pas que les fantômes viennent

hurler à la porte au milieu de la nuit. ”

Proverbe chinois

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Derrière la vitre de la cuve, Weiss essayait désespérément de deviner ce qui se disait et se passait dans le laboratoire.

Il avait définitivement repris ses esprits deux heures plus tôt, en sentant l’horrible douleur - typique du mako purifié - embraser ses poumons et ce fut pour voir Sephiroth allonger son frère sur - ou plutôt ” dans ” - le corps de Genesis, que d’autres hommes avaient transporté jusque là dans une civière.

- Weiss ? Weiss, tu m’entends ?

Il baissa les yeux vers Shelke, qui tapotait le verre de la cuve pour attirer son attention.

- Kadaj va augmenter un peu la concentration de mako, l’informa la jeune fille. Fais-nous signe si tu sens une gêne ou une brûlure quelconque.

Indifférent à son propre sort et à la douleur de ses os brisés, l’ancien chef des Tsviets désigna ce qui se passait dans le laboratoire et secoua la tête, soucieux.

- Je te l’ai dit, insista la jeune fille. Tu n’as rien à craindre. Il s’agit bien de Genesis. Du vrai Genesis. Nero a besoin de ces cellules ou sinon, il risque de…

Weiss sentit un horrible élancement au côté droit, là où une côte avait transpercé son foie, et il posa lourdement le front sur le verre avec un ” toc ” sinistre, interrompant son ancienne subordonnée.

Celle-ci se tourna vers sa sœur, ne sachant plus comment convaincre le jeune homme de se concentrer sur sa propre guérison.

Shalua s’approcha.

- Weiss ? Weiss, regarde-moi. Regarde-moi !

Elle donna une tape sur la paroi et il daigna enfin lui accorder un peu d’attention mais son magnifique regard bleu et or décelait un monde d’angoisse et de souffrance.

- Tout va bien se passer, assura-t-elle d’une voix douce. Vincent et Genesis savent ce qu’ils font, je t’en donne ma parole.

Le Tsviet vissa ses prunelles aux siennes, comme s’il lui demandait silencieusement de jurer qu’il n’arriverait rien à son frère, et Shalua sourit.

- Ce qui aidera vraiment Nero à se remettre rapidement, c’est de voir que son grand frère va bien et qu’il est hors de danger.

Weiss ferma les yeux un instant, comme s’il se concentrait pour essayer de se reprendre et de gérer la douleur et hocha la tête.

- Bien. J’ai réduit les fractures et il faut à présent que le mako ressoude tes os et régénère tes organes. Kadaj va y aller en douceur.

Le jeune homme acquiesça de nouveau et se tourna vers Kadaj, qui lui sourit pour le rassurer.

- Le mako aussi pur est très instable, fit ce dernier. Alors j’ai vraiment besoin que tu m’alertes à la moindre gêne.

Weiss plissa le front en signe d’incompréhension et tourna la tête vers Shelke, qui laissa échapper un petit rire.

- Tu n’es plus au Deep Ground, Weiss, dit-elle. Ici, tu te rendras à peine compte du changement de concentration de mako. Kadaj est un vrai virtuose.

L’incarné haussa un sourcil, un peu perdu, et la jeune fille s’assit sur l’accoudoir de son fauteuil.

- Au Deep Ground, les scientifiques n’utilisaient pas de paliers progressifs, expliqua-t-elle.

Kadaj tordit le nez.

- Charmant… Et moi qui pensais que nous avions écopé des pires sadiques au cratère Nord !

De l’agitation se fit dans l’infirmerie.

Telle un étrange papillon s’arrachant à sa chrysalide, Nero avait commencé à s’extraire du corps de Genesis. Et à le voir haleter et lutter, cela n’avait rien d’un exercice aisé.

Le rythme cardiaque de Weiss se mit à battre la chamade, faisant hurler les appareils de contrôle, et Kadaj jura.

- Du calme, Weiss, le supplia Shelke. Concentre-toi !

Nero était parvenu en rampant à extraire la moitié supérieure de son corps de celui de son hôte… lorsqu’il s’effondra sur le côté, à bout de souffle.

- C’est pas vrai… soupira Vincent. Allez, encore un petit effort !

- Ne peut-on pas l’aider ? proposa Loz, prêt à se saisir des bras minces pour le tirer vers lui.

- Surtout pas ! intervint l’essence fantomatique de Genesis. Tu pourrais endommager irrémédiablement et son corps, et le mien.

- Voire même couper tout bonnement ce garçon en deux, ajouta Reeve.

Cid, lui aussi présent, se raidit.

- Tu es sérieux ?

- Les cellules de sa partie inférieure sont totalement imbriquées dans les miennes, confirma Genesis.

Sephiroth s’accroupit à côté de Nero, trop épuisé pour ne serait-ce que se redresser sur ses avant-bras.

- Allez, courage, c’est bientôt fini. Tu y es presque.

Le Tsviet secoua la tête.

- Je… Je n’y arrive… pas…

- Essaye quand même une dernière fois. Respire un grand coup.

Nero obéit et s’accrocha même aux jambes de Sephiroth pour essayer de se libérer. En vain. Son bassin et ses jambes restaient prisonnières de ceux de Genesis - ou plutôt ” mêlés ” à eux.

- Je… Je ne… peux pas… Je suis… Désolé…

Le Soldat lança un regard désespéré à Vincent, qui secoua la tête.

- Il est en train de s’épuiser pour rien alors qu’il a besoin de toutes ses forces pour se remettre d’aplomb et assimiler les cellules de Genesis, trancha ce dernier. Ce n’est pas bon du tout.

- Alors, je crois que nous n’avons pas le choix, fit Reeve en se tournant vers l’essence fantomatique de l’ancien soldat 1ère classe. Il va falloir l’aider.

- J’aurais préféré éviter ça, murmura ce dernier. Ca risque d’être très violent et dans son état de fragilité, il…

- Genesis… intervint Sephiroth, la tête de Nero sur ses genoux. Il est vraiment à bout.

- D’accord, d’accord, Seph, c’est bon, j’ai compris.

*

Dans le grand salon, les autres hôtes du manoir - Denzel et Marlène, qui dormaient encore, exceptés - étaient réunis devant un petit déjeuner très matinal, les yeux bouffis de sommeil.

- Bon sang ! Je pourrais dire que j’en aurais vu, des trucs bizarres, dans ma vie… fit Rude, encore vêtu de sa tenue de commando, en avalant son troisième café.

Reno lui tapa sur l’épaule et se saisit d’une carafe de jus de fruits.

- Tu l’as dit, mon pote.

Il remplit son verre et celui de Yazoo, qui ne cessait de lorgner sur le cadran de la montre de son amant.

Tifa, qui avait remarqué son manège depuis un moment, se pencha à son oreille

- Tseng et Elena seront là d’un moment à l’autre, chuchota-t-elle.

L’argenté sourit et elle lui pressa amicalement la main.

- En fait, non, pas tout de suite, annonça Rufus avec une moue. Avec les événements de la nuit, j’ai oublié de vous en faire part mais Tseng a appelé. Ils ont dû s’arrêter en route. Un petit problème d’ordinateur de bord mais rien de grave. Ils seront là dans la soirée. (Les épaules de Yazoo s’affaissèrent) Je suis désolé, j’aurais dû t’en parler tout de suite.

L’argenté se reprit et secoua la tête.

- Ca ira, ne vous en faites pas. Je… Je m’étais juste mentalement préparé à leur arrivée pour ce matin, c’est tout.

Reno lui passa le bras autour des épaules, réconfortant.

- Les machines sont toujours là pour nous pourrir la vie pile poil quand il ne faut pas, petit ! soupira Barret avec philosophie.

Yuffie s’étira et se frotta les yeux.

- Je me demande comment ça se passe, en bas.

*

Genesis eut beau essayer de réintégrer son corps aussi délicatement que possible, comme il l’avait craint, à peine ” réinstallé “, Nero en fut expulsé avec une violence inouïe.

Si Loz n’avait pas aidé Sephiroth à le retenir, le ténébreux aurait sans doute été propulsé à plusieurs mètres et il ne s’en serait pas tiré indemne.

La douleur n’en fut cependant pas moins intense et, tout comme cela avait été le cas lorsqu’Hojo l’avait chassé du corps de Genesis une première fois, Nero eut l’impression que chacune de ses cellules se scindait en deux.

Son cri résonna dans l’infirmerie.

Weiss, affolé, hurla le nom de son frère en silence dans le mako en plaquant ses deux mains contre la vitre et Shelke essaya une fois de plus de l’apaiser.

- Ca va aller ! Ma sœur et Vincent sont avec lui. Reprends-toi ! Tu dois te calmer ou tu risques d’endommager irrémédiablement les os fracturés que Shalua a remis en place ! Si le mako les ressoude de travers, tu es bon pour passer sur la table d’opération avant de retourner là-dedans !

A quelques mètres de là, Shalua auscultait Nero, qui gisait dans les bras de Sephiroth.

- Il est choqué mais ça a l’air d’aller. Tu m’entends, chaton ? Ouvre-les yeux, allez.

- Nero… gémit Genesis, qui essayait de se redresser un peu avec l’aide de Merill.

- Doucement, Capitaine Rhapsodos. Reconstituer ce que vous avez offert à votre ami va prendre un peu de temps. Restez tranquille.

Nero ouvrit lentement les yeux et Shalua lui sourit en passant la main dans ses cheveux dégoulinants de sueur.

- Ca va, chaton ? Comment te sens-tu ? As-tu mal quelque part ?

- Fa…tigué…

Sephiroth et Vincent laissèrent échapper un soupir d’intense soulagement.

- C’est normal, poursuivit la jeune scientifique en caressant le front moite. Tu vas pouvoir dormir et te reposer autant que tu le voudras, maintenant, je te le promets.

Elle se tourna vers la cuve, où Weiss s’agitait de plus en plus, et leva le pouce avec un large sourire, pour faire signe que tout allait bien.

- Ca a marché, dit Shelke en posant ses paumes contre celles de Weiss à travers la vitre de la cuve. Tu entends, Weiss ? C’est fini, Nero est hors de danger, maintenant.

L’ancien chef des Tsviets hocha la tête et se laissa aller en arrière contre la paroi en fermant les yeux, comme si le soulagement lui coupait les jambes et lui ôtait ce qui lui restait d’énergie.

- Weiss ? appela doucement Kadaj. Weiss, encore un effort, il faut trouver le bon palier de mako. Ensuite tu pourras te laisser aller jusqu’à ce que tu sortes de là.

Weiss se força à sourire malgré la douleur et acquiesça.

*

Tseng - ou du moins avait-il l’apparence de Tseng - enjamba le corps inanimé d’Elena et du pilote de l’avion pour se saisir du petit cercueil, qu’il ouvrit pour récupérer le minuscule défunt momifié.

- Ridicule… cracha-t-il en voyant les vêtements de poupée.

Il dénuda le corps du bébé sans la moindre pitié, éparpillant la layette sur le sol, et voulut le glisser dans la poche de son costume mais la position des petits bras et des jambes potelées l’en empêchèrent.

- Saleté…

Il jeta un regard alentour et prit un sac en papier destiné aux passagers souffrant du mal de l’air.

Il brisa les membres du bébé avec des “ crac ! ” sinistres, désolidarisa le corps de la tête et jeta le tout dans le sac avant de glisser ce dernier dans sa poche.

- Des cellules de Jenova parfaitement conservées ! ricana-t-il en tapotant les petits restes momifiés à travers la toile de sa veste, faisant s’entrechoquer les morceaux avec un bruit de cailloux. Un génie ! Je suis un génie…

à suivre

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X - Cher vieil ennemi

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno ferma doucement la porte de la chambre sans quitter Yazoo des yeux.

L’argenté dormait paisiblement avec un léger ronflement qui, si les circonstances avaient été autres, aurait sans doute fait rire le turk.

Il fallait avouer qu’on ne s’attendait pas à ce genre ” d’agrément ” sonore de la part d’une créature aussi délicate et élégante que Yazoo…

- Personne n’est parfait…

Souriant néanmoins malgré lui, Reno prit son paquet de cigarettes et son briquet dans la poche de sa veste, enfila son pantalon et prit la chaise du petit bureau de la chambre d’amis pour s’asseoir à la fenêtre. Il ouvrit silencieusement cette dernière en gardant un œil sur l’argenté qui, lorsqu’un petit courant d’air chaud agita les mèches de son front, se tourna sur le côté et cessa de ronfler.

Reno alluma sa cigarette et en tira une longue bouffée qu’il recracha avec un soupir de pur plaisir en posant paresseusement sa joue sur ses avant-bras, croisés sur le rebord de la fenêtre.

Il tourna légèrement la tête pour pouvoir continuer à surveiller l’argenté du coin de l’œil et avala goulûment une autre bouffée nicotine, qu’il prit soin de recracher à l’extérieur de la chambre.

Petit à petit, l’effet apaisant de la cigarette aidant, il encaissa le choc qu’il avait reçu en voyant le visage de Sephiroth à quelques centimètres à peine du sien.

Avait-il rêvé ?

Avait-ce été un effet de la fatigue ou, plus probablement, une manifestation violente de son subconscient ? Une alerte mentale, comme si son cerveau voulait lui dire ” Oh ! Oh ! Reno, mon gars ! On se réveille ! T’es sur le point de bécoter un mec, là ! “.

Pourquoi il avait eu envie de faire ça, bon sang ? Encore un effet de cet étrange attirance et cette sympathie que les argentés exerçaient sur les gens ?

Si c’était le cas, c’était puissant, nom d’une materia ! Bien plus qu’il ne l’aurait imaginé.

- Saloperie…

Oh, bien sûr, Reno avait déjà joué à ” frotti-frotta ” avec des garçons mais c’était uniquement parce qu’il savait pertinemment que cela rendait les filles complètement folles ! Faire semblant d’avoir des tendances bisexuelles sur la piste de danse d’une boîte branchée, c’était une manière quasi 100% garantie d’échauffer ces demoiselles et de repartir avec l’une - ou deux, s’il avait de la chance ! - d’entre elles à son bras.

Mais de là à…

- Rouler une pelle à un mec… Berk !

Il tira une dernière bouffée de sa cigarette avec une grimace et jeta le mégot dans la rue déserte.

*

Cloud vérifia que les enfants dormaient profondément puis alla pousser la porte de la chambre de Loz, pour voir si tout allait bien, et… retint un cri de justesse.

Malgré le choc, il eut néanmoins la présence d’esprit d’entrer précipitamment dans la pièce et de tourner la clé dans la serrure. Pour empêcher quelqu’un d’autre d’entrer, certes, mais surtout pour empêcher celui qui se tenait à demi allongé sous les draps de sortir.

- Ou est Tifa ? demanda-t-il, le cœur battant, en cherchant des yeux quelque chose qui aurait pu lui tenir lieu d’arme. Qu’as-tu fait d’elle ?

Sur le lit, le bas de son corps nu pudiquement dissimulé sous les couvertures, Sephiroth sourit. Un sourire qui, s’il ne contenait plus rien de l’agressivité et de la cruauté auxquelles Cloud était habitué, n’en avait pas moins gardé une certaine ironie.

- Elle est descendue au bar se chercher quelque chose à grignoter, répondit le Cauchemar de la planète d’une voix qui ne contenait pas non plus la moindre trace de menace ou une quelconque imminence de danger.

Cloud s’en trouva un peu plus déstabilisé.

- Alors Reno n’avait pas rêvé… bredouilla-t-il. C’est bien toi qu’il a vu.

- Tu dois m’aider, Strife, fit Sephiroth avec une franchise désarmante.

Le jeune homme faillit s’étrangler d’indignation.

- Te quoi ? Comment oses-tu ? cracha-t-il avec colère. Et qu’est-ce que tu fais encore là ? Ne peux-tu donc pas disparaître une fois pour toutes et laisser ces garçons tranquilles ? Qu’est-ce que tu veux ? Qu’est-ce que tu cherches ? A te servir de Loz et de Yazoo comme tu t’es servi de Kadaj ? Tu peux prendre toutes les formes que tu voudras, je te tuerai autant de fois qu’il le faudra ! Encore et enco…

- Tu ne m’as jamais tué, Strife, le coupa l’ancien Soldat, sans cependant paraître le moins du monde blessé par les propos du jeune homme. Et tu ne m’as jamais combattu. Sauf si tu appelles ” combattre ” le fait d’enfoncer une épée dans le corps d’un homme lorsqu’il a le dos tourné.

Cloud recula d’un pas, estomaqué, comme si Sephiroth venait de le frapper.

- Qu’est-ce que… Aurais-tu définitivement perdu la raison ?

Le Cauchemar sourit de nouveau.

- Le réacteur de Nibelheim, il y a sept ans, rappela-t-il. Tu m’as attaqué dans le dos. Tu ne…

- Je sais à quoi tu fais allusion !

- C’est la seule fois où nous croisé le fer, aspirant Strife.

Ce dernier secoua la tête.

- Est-ce encore l’une de tes manigances ? Qu’espères-tu, en jouant les amnésiques ? Faire oublier que tu as causé la mort de centaines de personnes ? Tu as fait de Midgar un cimetière ! Tu…

- Ce n’était pas moi et tu le sais parfaitement.

- Et Aerith ?!

- Aerith était ma soeur de lait, je ne lui aurais jamais fait de mal.

- Et Nibelheim ? Ce n’était pas toi, peut-être ?!

- Les seules morts injustes que j’ai sur la conscience sont celles de deux enfants tombés dans l’incendie.

Le jeune homme serra les dents.

- Comment oses-tu ? Les habitants de Nibelheim ne t’avaient rien fait ! Ils t’avaient accueilli à bras ouverts et tu as tout transformé en antichambre de l’enfer ! Ma propre mère faisait partie des victimes ! Et le père de Tifa aussi !

- Et, d’après toi, ils étaient innocents ?

- Comment oses-tu les accuser de quoi que ce soit ? gronda le jeune homme.

Sephiroth secoua tristement la tête.

- Sais-tu ce que j’ai fait, lorsque Zack et moi avons découvert les cuves contenant les… les expériences ratées de mon père, les ” monstres ” qui avaient été autrefois des jeunes hommes comme toi, des recrues prêtes à donner leur vie au Soldat ? Ces choses qui, au final, n’étaient pas si différents de toi et moi ?

Cloud ne répondit pas, attendant la suite, hésitant entre une explosion de colère et un profond désespoir.

- Je suis allé voir les autorités de Nibelheim. Je suis allé leur parler de ce que j’avais trouvé dans l’ancien laboratoire du réacteur et tu sais ce qu’il m’ont répondu ? Sais-tu ce que tes ” innocents habitants “, le père de Tifa en tête, ont osé me répondre, Strife ?

- Comment le saurais-je ? murmura celui-ci, le cœur battant.

- Rien.

- Que… Je… Je ne comprends pas.

- ” Close de confidentialité “. C’était le réacteur, son laboratoire et sa source de mako qui avaient fait vivre Nibelheim durant des années. La plupart des habitants y ont travaillé, comme techniciens ou comme simples employés. La Shinra leur a fait signer cette fameuse ” Close de confidentialité “, à l’époque. Rien de ce qui s’était dit, de ce qui s’était passé ou de ce qui avait été vu au réacteur ne devait sortir de là sous peine de sanctions juridiques et financières. Est-ce plus clair, à présent ?

Cloud aurait voulu se boucher les oreilles et mettre son cerveau à l’arrêt pour ne pas avoir à comprendre ce que Sephiroth essayait de lui dire. Pour garder ses illusions et sa foi en la nature humaine encore quelques instants.

- Je… Je ne sais pas.

- Tu ne t’es jamais demandé pourquoi ta mère a toujours obstinément refusé de t’accorder l’autorisation de t’inscrire à l’Académie du soldat, Strife ? Et pourquoi elle était si désespérée, lorsque tu as eu 16 ans et que tu as pu remplir la demande sans son aval ?

- Ne mêle pas ma mère à tout ça ! Je t’interdis de faire allusion à el…

- Pourquoi ne voulait-elle pas que tu deviennes un Soldat alors que c’était ton rêve le plus cher depuis toujours ?

- Je… C’était ma mère, bredouilla le jeune homme, ému. Elle avait peur pour moi, comme toutes les mères du monde !

- Oh, oui, elle avait peur. Elle devait même être terrifiée à la simple idée de voir son fils unique s’engager dans le bras armé de la Shinra… Parce qu’elle savait très bien ce qui t’attendait, aspirant Strife. Elle savait ce que les scientifiques faisaient aux Soldats pour améliorer leurs performances ! Elle le savait parce que, comme tous les autres, elle avait été le témoin de toutes les horreurs, de toutes les monstruosités qui s’étaient déroulées à Nibelheim et que, comme tous les autres, elle n’avait rien dit et avait laissé faire en échange d’un peu de commodité et d’une poignée de gils !

- Non ! Ma mère ne… Ma mère ne…

- Ta mère savait ! Comme les autres ! Tous savaient ! Mais était-ce si grave que la Shinra fabrique les créatures dans mon genre, après tout ? Qu’importe qu’il faille torturer des centaines d’hommes et faire ” joujou ” avec des fœtus ou même des enfants si les monstres sortis des éprouvettes et des cuves de la Shinra étaient là pour de les protéger, eux et leur petite vie tranquille !

Cloud se prit la tête dans les mains, profondément ébranlé par tout ce que venait de dire Sephiroth.

- Oh, mon Dieu…

- Alors, aspirant Strife ? Toujours aussi innocents, les habitants de Nibelheim, tu crois ?

Le jeune homme se laissa tomber sur le tas de draps sales que Tifa avait soigneusement plié et empilé contre le mur, à la tête du lit.

- C’est pour ça que tu as tout fait brûler ? demanda Cloud d’une voix blanche après un long moment.

Sephiroth ferma un instant les yeux et prit une profonde inspiration.

- Peu importe pourquoi. Ce qui est fait est fait et je ne suis pas là pour ça. Ce que j’essayais de t’expliquer, c’est que ce n’est pas moi que tu as combattu en dehors de ce jour là, au réacteur.

- Jenova ? Même là-haut, sur les toits, avec Kadaj ? (Sephiroth acquiesça en silence) Même… Même il y a deux ans, quand…

- Je t’ai parlé pour la dernière fois il y a sept ans, aspirant Strife.

Le jeune homme secoua la tête.

- Comment… Comment être certain que tu n’es pas en train de me mener en bateau ? De me mentir ?

L’ancien soldat eut un sourire d’une infinie tristesse.

- Et comment aurais-je fait pour participer aux combats dont tu parles ? En rampant sur le ventre ?

Cloud ouvrit la bouche pour exprimer son étonnement, dire qu’il ne comprenait pas l’allusion mais, à ce moment là, Sephiroth rabattit les couvertures sur le bas de son corps, qu’elles dissimulaient jusqu’à maintenant.

Le jeune homme dut presser les deux mains sur sa bouche pour retenir un cri horrifié. A partir de l’os de l’aine, le bas du corps de l’ancien soldat n’était plus qu’un amas de filaments verdâtres de chair mêlée de mako.

- Je sais que tu m’as déjà vu comme ça. Même si Jenova avait pris le contrôle de mon esprit J’ai senti ta présence, ce jour-là…

- Je… Le cristal mako, bredouilla Cloud. Tu étais… dans un cristal Mako…

Sephiroth remonta les couvertures jusqu’à son ventre et hocha la tête.

- Cette fois, ” le Cauchemar ” mérite vraiment son nom, tu vois.

L’ancien postulant soldat sentit un serrement aigu dans la poitrine.

- Je ne t’ai jamais considéré comme tel, fit-il d’une voix à peine audible. Pour moi - et pour beaucoup - tu étais un héros. Un demi-dieu vivant… J’aurais fait n’importe quoi pour… Pour…

- Pour ?

Avant de comprendre ce qu’il était en train de faire, Cloud s’assit sur le lit, se saisit du visage de Sephiroth et pressa sa bouche sur la sienne.

Le cœur battant à tout rompre et le cerveau embrumé par la tornade de sentiments contraditoires qui l’assaillaient - honte et colère, regrets et espoir, dégoût et passion - il n’entendit pas la clé tourner dans la serrure. Il n’entendit pas non plus la poignée de la porte grincer un peu en tournant. Pas plus qu’il n’entendit le hoquet surpris de Tifa.

La seule chose qu’il entendit, et qui le fit sursauter violemment, furent le bruit que fit le plateau que tenait la jeune femme en tombant sur le sol et le bris des bols qui éclatèrent, répandant sur le sol une flaque de crème glacée.

- Tifa, je… Je ne… bredouilla Cloud. Bon sang ! Dis quelque chose, ne me regarde pas comme ça !

Mais Tifa était bien trop choquée pour dire quoi que ce soit et la vision qui s’était offert à elle en entrant dans la pièce la hanterait probablement durant des mois.

- Cloud, tu es… Ignoble ! Tu…

- Tifa, je…

- Sors d’ici ! Dehors !

Elle le saisit par le devant de son pull.

- Mais enfin, Tifa, laisse-moi t’expli…

- Sors de ma chambre tout de suite !

La jeune femme le jeta dans le couloir avec toute la rage dont elle était capable et referma la porte, au bord de la nausée.

Elle se serait attendue à n’importe quoi en déverrouillant la porte.

N’importe quoi !

Sauf à voir Cloud profiter de l’inconscience de Loz pour l’embrasser à pleine bouche…

à suivre

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LXV - Chibi Face

” Un ami, c’est quelqu’un qui vous connaît bien…
et qui vous aime quand même. ”

Hervé Lauwick

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Vincent et les soldats du WRO qui l’accompagnaient firent irruption dans la grotte surplombant le ravin où coulait la rivière de la vie, ils furent saisis par le spectacle qui s’offrit à eux.

A quelques pas à peine du bord de l’abîme, Genesis semblait défier… Genesis !

- Qu’est-ce que… bredouilla l’un des soldats, ébahi.

- Shelke, as-tu une idée de ce qui se passe ? demanda l’ex turk à la jeune fille.

Celle-ci observait la scène, aussi surprise que ses compagnons, mais analysa immédiatement la situation.

- On dirait qu’il essaye de récupérer son propre corps, Vincent. Et il n’est pas seul, regarde.

Elle désigna les deux formes opalescentes qui observaient elles aussi la scène avec inquiétude et Vincent laissa échapper un cri.

- Lucrecia !

Tous se tournèrent alors vers lui et, profitant, de la diversion, le voleur du corps de Genesis s’en débarrassa comme d’un vieux vêtement pour plonger dans l’abîme où coulait la rivière de la vie avec un rire fou.

Le corps désincarné de Genesis voulut le suivre mais Angeal, le second ” fantôme ” présent, s’interposa.

- Non ! Recupère ton corps et rejoins ces hommes ! ordonna le Soldat avant de plonger derrière Hojo.

Lucrecia voulut sauter à son tour mais Vincent l’appela encore.

- Non ! Lucrecia ! Attends !

- Nous nous verrons bientôt, Vincent, je te le promets… dit-elle avant de se lancer à son tour dans l’onde tourbillonnante. Je te confie Genesis.

- Lucrecia !

Il se précipita au bord du précipice, où l’essence désincarnée du soldat s’était agenouillée près de son propre corps.

- Il n’est pas là… bredouilla-t-il en enfonçant une main translucide dans la poitrine sanglée de cuir. Comment est-ce possible ?

- Tu es Genesis, n’est-ce pas ? demanda Shelke, qui s’était approchée à son tour. Le ” vrai ” Genesis ?

Celui-ci hocha la tête, hébété.

- Où est-il ? demanda-t-il. Où est le garçon qui avait pris ce corps ?

Vincent se tourna vers eux.

- Nero ? En sécurité. Très affaibli mais il reconstitue son enveloppe et ses organes petit à petit.

Genesis secoua la tête, sceptique.

- Il reconstitue son enveloppe ? Mais… Avec quoi ? C’est impossible ! Il… Il n’a rien pris. Pas une seule cellule. Mon corps est intact !

- Nous l’avons mis dans un caisson mako, l’informa Shelke.

- Un caisson mako ? répéta-t-il, visiblement préoccupé. Mais ça ne suffira jamais !

- Est-ce Hojo que nous avons vu plonger dans la rivière ? demanda Vincent, encore sous le choc de ce qu’il avait vu.

- Oui. Oui, c’était bien cette ordure d’Hojo. Comment… Comment Nero s’y est-il pris ? insista Genesis.

Shelke leva le sourcil, étonné de l’inquiétude de l’ancien soldat pour le second des Tsviets.

- Pas de la meilleure façon, je le crains, mais il n’avait pas vraiment le choix. Le fait de devoir reconstituer son corps avec la force de son seul moi psychique l’a fortement affaibli et, à entendre ma sœur, il est aussi fragile qu’un nouveau-né.

- Récupère ton enveloppe et partons d’ici, ordonna Vincent. Il nous faut nous dep…

- Non, le coupa Genesis. Si je réintègre mon corps, je ne pourrais plus en sortir.

L’ex turk ouvrit de grands yeux.

- Tu préfères donc rester un fantôme ?

- Bien sûr que non ! Mais j’aimerais d’abord que Nero y prenne la matière suffisante pour se régénérer et, pour cela, il faut lui amener ” vide “. D’après ce que me dit cette jeune fille, il n’aura jamais la force de s’y glisser si j’y suis déjà.

Shelke sourit.

- Alors Sephiroth avait raison, finalement. Tu sembles beaucoup aimer Nero et son frère.

- Sephiroth ? bredouilla Genesis. Alors cette femme disait vrai ? Sephiroth est… vivant ?

- ” Cette femme ” est sa mère, l’informa l’ex turk. Lucrecia Crescent. Et, oui, il est bien vivant.

Le soldat frotta son visage désincarné, visiblement très ébranlé.

- Je suis resté absent si longtemps…

Vincent et Shelke échangèrent un regard embarrassé.

Les soldats du WRO qui les accompagnaient, eux, ne savaient visiblement plus du tout à quel saint se vouer.

*

- Et tu ne m’as rien dit ? gronda Loz, fou de rage mais essayant de se contrôler pour ne pas malmener Nero, toujours blotti contre lui. Cette ordure a torturé mon fils !

- ” Cette ordure “ a tué le mien ! rétorqua Yazoo sur le même ton, faisant blêmir son frère. Qu’est-ce ce que tu crois ? Que je n’avais pas envie, moi aussi, de grimper dans ce satané hélicoptère pour aller régler son compte à cet enfant de salaud ? Tu crois que j’ai déjà oublié ce qu’il a fait à mon bébé ?

- Bien sûr que non. Je… Je suis désolé… Ce n’est pas ce que je voulais dire, murmura son jumeau, horriblement mal à l’aise. Mais ni Vincent, ni Rufus, ni toi n’aviez le droit de nous empêcher de régler son compte à cet homme !

- Peut-être avons-nous estimé que ta vie et celles de mes frères valait mieux que le plaisir fugace d’une vengeance ! railla le cadet, amer. Mille pardons d’avoir voulu vous protéger des griffes de ce Genesis et de Jenova !

- De quoi devons-nous être protégés, Yazoo baby ? On peut savoir ? demanda la voix de Cid, qui venait d’arriver dans leur dos, flanqué de Sephiroth et de Cloud.

Yazoo ferma les yeux et pinça les lèvres, anéanti.

Il avait juré à Reno de garder le secret sur la mission et, en trois heures à peine, il avait déjà réussi à mettre la puce à l’oreille à tous ses frères.

Quel piètre compagnon il faisait pour un turk aussi haut placé que Reno !

Il s’apprêtait à fournir une explication laborieuse lorsque le cri de Shalua, qui venait de sortir de son bureau le téléphone collé à l’oreille, l’interrompit.

- Merill ! Ils sont sur le toit ! Prépare la cuve et demande à Kadaj de descendre de toute urgence !

- Il est en si mauvais état que ça ? s’enquit son assistant, anxieux.

- A en croire Reno, oui. Cid ! Je vais avoir besoin de toi, là-haut !

- Mais enfin, qu’est-ce qui se passe, ici ? demanda Cloud, le regard allant de Shalua à Yazoo.

Cette dernière ne prit pas le temps de répondre et quitta l’infirmerie en tirant le pilote interloqué par le devant de son t-shirt.

L’argenté, lui, sentit ses joues s’empourprer sous le regard croisé de ses frères.

*

Weiss, sanglé à la civière se sentit ballotté en tout sens et il lui sembla entendre des voix d’hommes affolés autour de lui. Son esprit embrumé ne lui permettait de saisir que des bribes de leur conversation.

” …cassé …sérieux …urgence …Kadaj …cuve …dangereux pour lui …mako purifié ..Omega …Nero “

Nero…

Son petit frère…

Où était-il ?

- Ne…ro… gémit-il. Ne…ro…

Une voix douce de femme chuchota tout contre son oreille.

- Nero est en sécurité, je te le promets, tu le verras bientôt. Accroche-toi, mon grand, on va s’occuper de toi.

Nero…

Il ne fallait pas que Nero le voie dans cet état. Cela le terrifierait. Il aurait voulu le dire à la femme mais il se sentait incapable de former une phrase cohérente.

Son petit frère n’avait jamais supporté de le voir malade ou malmené. Ca le rendait fou de peur et de chagrin. Comme il y a quatre ans, là-bas, au réacteur zéro, lorsque Weiss et ses lieutenants avaient enfin réussi à se débarrasser de leur bourreau, ce Restrictor maudit qui les avait enfermés et dressés comme chiens de combat.

Non…

Non, c’était injuste de dire ça…

Les chiens de combats étaient bien mieux traités !

Lorsque le Restrictor s’était effondré à ses pieds, Weiss s’était figé et avait attendu quelques instants. Une douleur… Une gêne… Un malaise… Un quelconque signe annonçant que le nanovirus qu’on lui avait injecté pour prévenir toute mutinerie, et qui devait se réveiller dans les trois jours suivant la mort de son bourreau, avait commencé son œuvre de destruction.

Le nanovirus…

Cette minuscule promesse de mort…

Le seul obstacle qui l’avait empêché de se révolter jusqu’alors.

Du moins jusqu’à ce qu’on attache Nero à cette colonne maudite dans ce sous-sol crasseux et qu’il l’entende hurler et l’appeler à l’aide jour et nuit…

Une seule chose comptait aux yeux de Weiss plus que sa propre vie : son petit frère. Et son premier geste d’homme libre, après avoir éliminé le Restrictor, fut d’aller libérer Nero.

- C’est fini … avait-il murmuré à son oreille lorsqu’il avait brisé les chaînes qui retenaient impitoyablement son corps menu contre la pierre dure. C’est fini, chibi face

Chibi face “

Un sobriquet affectueux donné par Angeal Hewley et que le benjamin n’acceptait que de la part de son frère aîné.

Nero était resté un long moment blotti contre lui, dans ce sous-sol horrible, comme s’il voulait s’assurer de la réalité de son frère. Il lui fallut plusieurs minutes pour faire sortir quelques mots de sa gorge, écorchée à force de sanglots et de hurlements.

- Tu as… réussi… Tu as pu te… libérer de… lui… Je suis tellement… heureux… Mon frère… Bien aimé…

- Oui, chibi face, cette fois, c’est bien terminé.

- Comment ? Le virus… Comment as-tu…

- Nous trouverons, l’avait coupé Weiss. Ne t’en fais pas pour ça.

Nero s’était alors raidit dans ses bras et avait levé vers lui un regard épouvanté.

- Tu as tué le Restrictor sans… Sans anihiler… le virus ?

- Nous trouverons une solution, Nero, Shelke va me…

- Non ! avait hurlé son frère, en larmes en s’accrochant désespérément à lui.

- Nero, je…

- Il ne reste que trois jours, Weiss ! Comment vas-tu faire ?

- Je t’ai dit que…

- Pourquoi as-tu fait ça ? Pourquoi ? Pourquoi ? POURQUOI ? !

La dernière chose dont il se souvenait ensuite, était d’avoir pénétré grâce à Shelke dans la réalité virtuelle de la toile mondiale, à la recherche d’informations et… plus rien.

Jusqu’à ce que, trois ans plus tard, Vincent Valentine et son frère chassent (ou du moins l’avait-il cru) l’homme qui avait pris possession de son corps pour en faire l’hôte de l’Omega…

à suivre

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IX - Je ne serai jamais un souvenir…

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- C’est tout ce dont je me souviens, conclut Yazoo après avoir expliqué à Reno comment lui et Kadaj avaient ranimé Loz, dans le Cratère, peu avant l’arrivée des turks.

Reno fit vibrer ses lèvres dans l’obscurité, à laquelle ses yeux s’étaient suffisamment habitués pour distinguer le visage en cœur d’argenté, allongé à ses côtés, dans le lit.

- Bah merde, alors ! Moi qui me disais qu’avec tous les trucs bizarres que j’avais vus rien ne pourrait plus me surprendre… C’est digue, cette histoire de matrice… Eh, là, attends une minute ! réalisa-t-il soudain en se redressant sur un coude pour se tourner carrément vers Yazoo. T’es en train de me dire que… Que toi et ton frangin vous êtes âgés de… (Il compta rapidement sur ses doigts) De cinq semaines ? ! s’étrangla-t-il.

L’incarné acquiesça et le turk siffla, essayant de saisir tout ce que cela sous-entendait.

- Donc… Tu n’as aucune expérience personnelle, en fait ? Tout te vient de Sephiroth ? Lorsque tu pilotes une moto, que tu te sers d’une fourchette, de ton arme ou…

Ou que tu fais l’amour… “ avait-il failli ajouter.

Il s’était mordu la langue à temps.

- Ses expériences personnelles à lui sont mes seules références. Enfin, à peu de chose près. Je sais beaucoup de choses sans pour autant les avoir moi-même expérimentées.

Reno fronça les sourcils.

- Attends, tu veux dire… un truc du genre ” je n’ai jamais mangé de mangues mais je sais le goût que ça a ” ?

Yazoo parut réfléchir à cette façon de présenter les choses et acquiesça.

- Oui, plus ou moins. Je connais le goût de certains plats que je n’ai jamais eu l’occasion de manger et je peux reconnaître des parfums que je n’ai jamais sentis moi-même.

- Est-ce qu’il t’arrive de détester des trucs que lui aimait ? demanda encore le turk avec curiosité.

L’argenté haussa les épaules.

- Je l’ignore, je n’ai pas connu Sephiroth. Je ne sais pas ce qu’il aimait ou détestait.

- D’accord mais si ses…

- Les connaissances qu’il m’a transmises ne sont que des données. Des informations. Pas des sensations ou des sentiments, Reno.

Celui-ci tiqua mais ne releva pas car Yazoo venait, pour la première fois, de l’appeler par son prénom.

- Ce ne sont que des informations, poursuivit l’incarné. Comme des fichiers que l’on transfère d’un ordinateur à l’autre. Pas un morceau de la personnalité Sephiroth. Enfin, je ne pense pas… ajouta-t-il à mi-voix, trouvant cette perspective plutôt effrayante.

Il frissonna et, à nouveau, Reno eut encore cette envie soudaine de le protéger et de le serrer contre lui.

Ca doit vraiment être un putain de système d’autodéfense inné… “ se dit-il en résistant à l’envie de tendre la main pour lui lisser les cheveux.

Comment faisaient-ils ça ? Des phéromones ? Une substance chimique qui faisait tinter une alarme dans le cerveau des gens et agitait une pancarte ” Je suis une pauvre petite chose sans défense ! Un petit chaton abandonné ! Câlinez-moi ! Aimez-moi ! Protégez-moi ! “.

- Je suis fatigué, Reno… chuchota ” le chaton ” en question en frottant ses jolis yeux mako.

Le turk faillit pousser un gémissement attendri tant cette mimique le rendait - si c’était possible - encore plus craquant.

- Excuse-moi, je n’aurais pas dû te prendre la tête avec ça maintenant. Ca va, tu n’as pas froid ? Tu veux que je baisse un peu la clim ?

Yazoo secoua la tête et se pelotonna dans les draps.

- Non, ça va. Bonne nuit, Reno.

Ce dernier sourit dans le noir.

- Ouais… Bonne nuit à toi aussi…

” …petit chaton mouillé. “ ajouta-t-il mentalement.

*

Tifa se redressa sur un coude et cligna de l’œil.

- Ca te dirait, un petit truc à grignoter ?

Loz sourit malgré lui.

Il venait de prendre un anti-douleur et se sentait beaucoup mieux. Même la fièvre paraissait être tombée.

- Du genre… sandwich ?

- Plutôt du genre… ” crème glacée ” !

L’argenté pinça les lèvres, taquin.

- Est-ce bien raisonnable ?

Tifa tira le bout de sa langue, chipie, et le jeune homme détourna le regard, luttant contre l’envie de se pencher pour la pincer entre ses dents et l’aspirer dans sa bouche.

- On s’en fiche ! Tout le monde dort et les enfants sont avec Cloud.

Avant qu’il n’ait pu dire un mot, elle avait bondi du lit et était sortie de la chambre, le regard de Loz rivé sur la cambrure de ses reins.

Cette fille va vraiment me rendre dingue… “ pensa-t-il en soupirant.

*

A une bonne demi-heure du 7ème ciel, dans l’église en ruine de Midgar, d’étranges remous agitaient la source qui coulait sous ce qui fut jadis le maître autel.

Dans les ténèbres, à peine éclairées par la lune, des bulles crevèrent à la surface de l’eau et une petite main - bien trop menue pour appartenir à un homme mais trop vigoureuse pour être celle d’une femme - jaillit dans une gerbe de gouttelettes…

La peau encore fine d’adolescent, d’une pâleur bleutée, scintilla un instant sous les maigres rayons de l’astre nocturne et les doigts graciles se tendirent vers le bord de l’eau, comme pour essayer de s’agripper à quelque chose et s’extraire de l’onde glaciale. Mais quelque chose - ou quelqu’un - parut tirer inexorablement sous l’eau le propriétaire de la petite main si blanche.

Un dernier clapotis fit office de chant du cygne et, lorsque les doigts effilés disparurent sous la surface, l’église en ruine redevint aussi silencieuse qu’un tombeau…

*

Reno fixait le plafond, incapable de dormir mais néanmoins bercé par le souffle léger de Yazoo.

Ne pas le regarder…

Ne pas le regarder…

Ne pas le regarder…

Ne pas le reg… Trop tard.

Comme mus par une volonté propre, les yeux du turk coururent sur les cheveux brillants malgré la lueur pâlotte de la lune, dont les rayons entraient par la fenêtre, dévoilant le petit visage en cœur de Yazoo.

Par la Déesse ! Ce visage…

Les joues rondes donnaient envie de les pincer, les longs cils argentés mettaient au défi un index malicieux de les chatouiller et les lèvres entrouvertes…

Par tous les démons de la planète ! Ces lèvres…

Tendres, pleines et si joliment ourlées, d’un rose tendre un peu bleuté…

Avant de comprendre ce qu’il était en train de faire, Reno se pencha lentement, le regard fixé sur la petite bouche boudeuse.

Que comptait-il faire exactement ?

La caresser ? La baiser ? La frôler ? S’enivrer du parfum suave du souffle qui s’en échappait ?

Il n’en savait rien, en réalité… Il était juste attiré par la peau gourmande comme une guêpe par une goutte d’eau sucrée.

Et, au moment où sa propre bouche allait se poser sur les lèvres parfaites, ces dernières remuèrent et s’étirèrent en un rictus presque cruel.

- Qu’espères-tu faire, petit turk ? railla une voix qui n’était pas celle de Yazoo.

Reno cligna des yeux, surpris, laissa échapper un cri étouffé et recula si violemment qu’il tomba du lit.

Nonchalamment allongé sous les draps, la tête languissamment appuyée sur son avant-bras, il le dévisageait, un sourire narquois sur ses lèvres parfaites.

Le turk, pétrifié, n’osait pas esquisser un geste et ne put que gémir un pitoyable :

- Oh, putain…

*

Pestant contre son manque de contrôle et sa puérilité, Tifa remplit deux bols à ras bord de crème glacée, qu’elle posa sur un plateau, et prit une bouteille d’eau minérale sous le bar.

Ca te dirait, un petit truc à grignoter ? ” Ridicule !

Tout à fait le genre de chose à dire à un homme blessé à demi assommé par la fièvre, vraiment !

L’excuse la plus ridicule qu’elle aurait pu trouver pour s’esquiver de cette chambre !

- Idiote ! s’admonesta-t-elle à voix haute. Crétine !

Elle s’appuya au bar et se frotta le visage.

Mais pourquoi cet homme la mettait-elle sens dessus-dessous ?

Parce que ce qu’il avait enduré lui faisait pitié ? O.K. !

Parce qu’il avait un corps à rendre jaloux la moitié du panthéon Cetra ? Soit !

Parce que sa voix profonde aurait fait vibrer toute femme comme une harpe ? Il aurait été ridicule de le nier !

Parce que ses airs innocents de petit garçon malmené la faisaient totalement craquer ? Il y avait aussi sans doute un peu de ça !

Parce que le fait qu’il n’ait cessé de penser à elle comblait son besoin débridé de romantisme ? C’était une affaire entendue !

Parce quil avait les plus beaux yeux tristes et la bouche la plus sensuelle que Tifa n’ait jamais vus ? C’était vrai aussi !

Mais bon !

A part ça, qu’est-ce que ce maudit incarné avait pour plaire, hein, franchement ?

La jeune femme se frappa le front de la main et laissa échapper une bordée de jurons qui auraient même faire rougir Cid Highwind en personne…

- Idiote ! Idiote ! Et re-idiote !

*

Cloud tressaillit et ouvrit brutalement les yeux.

N’avait-on pas crié dans la chambre d’amis ?

Le cœur battant, il bondit hors de son lit et se précipita dans le couloir.

La chambre où dormait Reno paraissait silencieuse. Avait-il été victime d’un cauchemar ?

Par acquit de conscience, il gratta néanmoins au battant. Un bruit trop léger pour déranger un dormeur mais parfaitement audible si quelqu’un était éveillé.

La porte s’ouvrit brutalement et il faillit se prendre les jambes dans un Reno affolé qui essayait tant bien que mal de remettre sur ses pieds.

-Reno ? s’étonna Cloud. Qu’est-ce qui…

- Il est là ! Il est revenu ! le pressa le turk en désignant la chambre.

- Quoi ? Qui ? demanda son compagnon en regardant à l’intérieur.

- Sur le lit !

Cloud fronça les sourcils, regarda encore et se tourna vers Reno, qui se tenait en caleçon dans le couloir, les membres tremblants.

- Reno, il n’y a personne, là-dedans. A part Yazoo, s’entend.

Le turk le bouscula presque pour regarder à l’intérieur de la chambre.

Sur le grand lit, emmitouflé dans les draps, qui se soulevaient au rythme de son souffle paisible, Yazoo dormait comme un ange.

- Mais… bredouilla Reno. Il était là. Je l’ai vu… Sur le lit, à côté de moi. Il m’a parlé. Je ne suis pas dingue !

- Mais enfin qui était là, Reno ?

- Sephiroth… avoua le turk à mi-voix, faisant blêmir Cloud.

… à suivre

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LXIV - Plus mort que vif

Mieux vaut la mort dans le combat que la vie d’un vaincu.
Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

L’oreillette de Vincent grésilla et il leva la main pour signifier aux soldats de la WRO qui le suivaient de s’arrêter.

Ces derniers obéirent comme un seul homme et se placèrent dos au mur de l’étroit conduit souterrain qu’ils arpentaient prudemment depuis près d’une heure et qui menait aux entrailles du mont Nibel.

Ici l’Unité alpha. Tout est propre. Rien à signaler dans les grottes du secteur C01. “ fit la voix de Rude dans l’oreillette de l’ex-turk.

Ici unité beta. Tout est propre aussi dans la zone C02, Monsieur. Quelles sont vos instructions ?” demanda la voix d’une jeune femme à son tour.

Vincent se tourna vers Shelke, qui lui fit signe de la tête en tapotant sur son PDA.

- Unités alpha et beta, continuez la progression comme convenu dans les secteurs C03 et C04, ordonna l’ex-turk. Nous vous envoyons une topographie détaillée des lieux.

A vos ordres, Monsieur. “

O.K., on continue, Vince “

Vincent donna ordre de poursuivre et la petite colonne armée se remit en marche.

*

Denzel finit par s’endormir, pelotonné dans le lit entre Tifa et Loz.

- Décidément, il sera dit que nous ne passerons pas une seule nuit tranquilles… soupira la jeune femme.

L’argenté eut un sourire las et tendit la main pour lui caresser la joue.

- Avec le bébé, ça ne va pas s’arranger, tu sais. Je vais m’installer avec lui à côté, dans la chambre que Yazoo et moi nous…

- Ne dis pas de bêtises, le coupa Tifa. Le bébé viendra ici, avec son papa.

Le papa en question se permit un petit rire ironique.

- As-tu déjà passé des mois avec un nourrisson qui se réveille plusieurs fois par nuit avec des cris aigus ? demanda-t-il, non sans humour.

- Non mais ça ne doit pas être si terrible que ça.

- Crois-moi sur parole, Yazoo et moi avons eu envie de jeter ” bébé Kadaj ” dans les toilettes plus d’une fois.

La jeune femme pouffa en se mordant la langue pour ne pas réveiller Denzel.

- Dans les toilettes ?

- Nous n’avions pas de fenêtres, au cratère Nord, plaisanta l’argenté avec une moue taquine.

Tifa grimaça désespérément pour ne pas piquer un fou-rire.

- Idiot…

Loz lui pinça tendrement la joue.

- Je vais redescendre un peu auprès de ce garçon, dans le caisson.

- Nero ? Il est inconscient.

- Peu importe. Il m’a ramené mon fils. Rester un peu à ses côtés est le moins que je puisse faire en l’absence de son frère. Ca va aller ?

Tifa, tombant de fatigue, acquiesça, les yeux mi-clos, et embrassa sa paume.

- Oui, ne t’en fais pas. Essaye de revenir dormir un peu quand même.

Il se pencha prudemment par-dessus le garçonnet et déposa un baiser sur les lèvres offertes.

- Ne t’inquiète pas pour moi. Dors.

Il les borda, elle et Denzel, et s’habilla en silence, sachant très bien qu’il n’était pas prêt de se recoucher.

Veiller Nero n’était qu’un prétexte.

Bien qu’il ait fait mine de ne s’apercevoir de rien pour ne pas effrayer Tifa, il s’était évidemment rendu compte que Yazoo lui cachait quelque chose. Et il était bien décidé à le ” cuisiner ” le temps qu’il faudrait pour savoir de quoi il s’agissait !

*

Rude et son unité firent irruption dans une large grotte.

- Go ! Go ! cria le turk. En position !

La dizaine de soldats du WRO se déploya aussitôt le long des parois en balayant les lieux du faisceau des torches qu’ils avaient fixées à l’extrémité de leurs armes.

Tout semblait désert et Rude s’apprêtait à en informer Vincent lorsqu’un jeune soldat roux l’interpella depuis l’extrémité opposée de la grotte.

- Monsieur ! cria-t-il. Par ici ! Dans les rochers !

Le turk se tourna vers lui.

Comme une poupée désarticulée que l’on aurait jetée au sol, l’ancien chef des Tsviets gisait sur le dos, les bras en croix et la tête renversée sur les arêtes aiguës des pierres qui lui servaient de couche.

- Oh, merde… gémit Rude en se précipitant vers lui. Vince ! cria-t-il dans le petit micro fixé au col de sa tenue de commando. On l’a trouvé ! Dis à Reno de poser l’hélico sur le terre-plain, à l’entrée de la grotte !

*

- Comment va-t-il ? demanda Loz à son jumeau, le faisant sursauter.

Ce dernier se tenait debout à côté du caisson de Nero et le regardait avec inquiétude.

- Il s’agite, hyperventile et n’arrête pas d’appeler son frère. Il ne te rappelle pas quelqu’un ? demanda-t-il avec un sourire triste en posant la main à plat sur la paroi de verre, juste au-dessus du visage comprimé dans son masque de contention, comme pour lui caresser la joue à distance.

Loz s’approcha à son tour et sentit son cœur se pincer devant le corps tremblant, si mince que l’on voyait le dessin des côtes sur ses flancs. Par rapport au reste, si menu, ses bras, ses épaules et sa musculature pectorale et abdominale paraissaient étonnamment vigoureux mais pouvait-il en être autrement lorsqu’on vous contraint à manier d’énormes pistolets de près de trois livres chacun et qu’on vous visse une immense paire d’ailes métalliques aux os de l’épine dorsale et des omoplates ?

Les longs doigts graciles étaient recroquevillés sous le petit menton pointu, autant du moins que le permettaient les fins poignets entravés par plusieurs épaisseurs de gaze.

Les globes oculaires roulèrent sous les paupières diaphanes à demi-closes.

- Weiss… eiss… eiss…

A peine un murmure.

La poitrine ornée d’arabesques haleta, fut prise de soubresauts, et des larmes perlèrent au bout des longs cils frémissants.

La gorge de Yazoo se serra tandis qu’il avait l’impression de revenir des années en arrière, là-bas, au cratère Nord, lorsque les scientifiques ramenaient Kadaj dans leur chambre, après lui avoir fait subir les Dieux seuls savaient quoi.

L’adolescent semblait si fragile, alors, étendu sur son lit, à peine conscient, tremblant et utilisant le peu de forces qui lui restait pour gémir le nom de Loz sans discontinuer, jusqu’à ce que celui-ci revienne enfin de son entraînement forcé le soir venu et serre le garçon contre lui pour le bercer comme un tout petit. Comme lorsqu’il était enfant et qu’un cauchemar l’effrayait.

Les jumeaux s’étaient toujours occupés de Kadaj avec autant de dévouement l’un que l’autre mais, dans ses moments là, lorsqu’il était vraiment terrifié, c’était toujours l’aîné que le cadet réclamait. La force peu commune de Loz, sa carrure, sa voix profonde et son indéfectible patience rassuraient Kadaj et le calmaient plus sûrement que n’importe quelle caresse ou mot tendre de Yazoo.

Une figure paternelle, protectrice et rassurante ? Sans doute.

Et c’est aussi ce que devait être Weiss pour Nero, si l’on en croyait ses réactions et ce qu’avait raconté Shelke.

Alerté par les ” bips ” de l’ordinateur relié au caisson, Merill s’approcha pour vérifier les données.

- Zut… soupira-t-il en constatant que l’agitation de son patient montait en flèche, risquant de provoquer un incident cardiaque - ou pire. Shalua, ça ne va pas, appela-t-il.

La jeune scientifique s’approcha à son tour et lut par-dessus l’épaule de son assistant.

- Il va falloir injecter une nouvelle dose de sédatifs.

- Encore ? J’ai peur que cela lui fasse plus de mal que de bien.

Yazoo lança à Loz un regard suppliant. Celui-ci sourit et hocha la tête.

- Shalua, peut-on le sortir du caisson, un instant ? demanda le grand argenté.

Les deux médecins ouvrirent de grands yeux surpris.

- Loz, il a besoin du mako qui…

- Juste une minute. Il est juste effrayé. C’est d’un contact, dont il a besoin, pas de médicaments.

Shalua parut hésiter mais Yazoo insista.

- Kadaj faisait exactement les mêmes mimiques et réagissait de la même façon après avoir été malmené par les chercheurs, dit-il. Loz arrivait toujours à calmer. Laisse-le essayer, ça n’engage à rien.

Avec un soupir sceptique, la jeune femme et Merill s’exécutèrent, sans grand enthousiasme, et, après l’avoir enroulé le corps nu avec mille précautions dans une couverture très douce, Loz souleva le fragile ténébreux dans ses bras et alla s’asseoir sur l’un des lits, dont Yazoo redressa le dossier pour qu’il puisse s’y appuyer, son précieux fardeau roulé en position fœtale contre sa poitrine.

- Attention à son dos, les points de suture sont encore très frais, prévint Merill en collant quelques électrodes sur la poitrine et le dos de Nero.

Shalua s’avança avec un masque à oxygène relié à la cuve par un long tuyau où circulait un gaz verdâtre et le posa sur le visage de son patient après avoir déclipsé la partie du système de contention qui lui cachait la bouche.

- C’est de mélange d’oxygène et de mako, expliqua-t-elle. Ca ne vaut pas le caisson mais c’est mieux que rien.

Nero inspira le mélange avec avidité, au début, puis de plus en plus lentement tandis qu’il se laissait aller contre la large poitrine, dont il entendait battre le cœur contre son oreille.

” Papam… Papam… Papam… ”

Une grande main lissa les longs cheveux noirs tandis qu’il se sentit bercé tout doucement d’arrière en avant, en un mouvement lent et hypnotique accompagné par le rassurant battement.

” Papam… En arrière… Papam… En avant… Papam… Papam…”

La peau contre le haut de sa joue, l’une des rares parties de son visage que laissait à découvert son masque de contention, était tiède et douce. Le muscle qu’elle recouvrait, puissant et volumineux.

Comme ceux de Weiss…

Mais ce n’était pas lui.

Et ce n’était pas non plus Angeal.

Qui était cet homme, qui le tenait dans le berceau protecteur de ses bras avec la même tendresse que son frère ou que leur capitaine, sans la moindre crainte ou dégoût ?

” Weiss… Grand frère… Bientôt là… Dormir… Weiss… Mont Nibel… Va revenir…”

Une voix qui n’appartenait pas à l’homme contre qui il se blottissait, lui parvenait par intermittences, elle aussi rassurante et douce, presque féminine. A demi inconscient, il ne parvenait pas à tout saisir mais l’essentiel était clair : Weiss viendrait bientôt. Weiss serait bientôt là, près de lui, et le protégerait comme il l’avait toujours fait.

En attendant, l’homme aux grandes mains douces veillerait sur lui. Oui, il en était persuadé. Il le sentait dans la façon dont ses doigts lissaient ses cheveux et dont ses lèvres effleuraient parfois sa pommette ronde. Comme seuls son frère et Angeal avaient osé le faire jusqu’à présent.

Et Genesis.

Genesis…

Genesis… Je croyais que tu nous aimais bien… C’est ce que tu disais toujours… Pourquoi nous as-tu fait autant de mal ? Parce que j’ai pris ton corps ? J’en avais juste besoin pour sauver mon frère bien aimé… Je te l’aurais rendu intact… Jamais je n’aurais fait quelque chose pour te nuire ou te blesser, Genesis… Même lorsque tu as refusé de nous aider à nous libérer des restrictors, nous t’avons protégé de la Shinra… J’ai mis moi-même ton corps à l’abri dans la grotte…Tu savais que je te l’aurais rendu très vite… Tu le savais… Tu le savais… Tu le savais ! Alors pourquoi nous as-tu fait ça ? Pourquoi, Genesis ? Pourquoi ? “

Une larme perla entre ses longs cils et Yazoo essuya les grands yeux en amande à l’aide d’une compresse stérile.

- Comment es-tu aussi sûr que Weiss ne va pas tarder, Yazoo ? murumura Loz avec un regard perçant. (Son jumeau se figea) Qu’est-ce que tu ne veux pas me dire, petit frère ?

*

Dans l’hélicoptère, Vincent aida Rude à fixer Weiss à la civière de secours.

Reno, qui s’était tourné pour voir à quoi ressemblait l’homme qu’il était venu sauver, jura.

- Faut avoir fait ” bombe sup’ ” pour être officier supérieur dans le SOLDAT ou quoi ? Ils les recrutent sur photo ?

- Reno… le tança Vincent.

- Oh, ça va, je détendais un peu l’ambiance, c’est tout…

- Il est dans un sale était, soupira Rude.

- Hojo… ne cessait de répéter l’ancien chef des Tsviets dans une sorte de délire à demi conscient. Vincent… Vincent Valentine…

- Je suis là, le rassura ce dernier.

Il épongea le sang qui coulait de la lèvre du jeune homme avec une moue révoltée. Ce garçon et son frère étaient-ils donc destinés à servir toute leur vie de marionnettes et de défouloir à des bourreaux tous plus déséquilibrés les uns que les autres ?

Weiss était jeune, beau, rayonnant et si plein de vie… Quel gâchis !

Vincent le couvrit d’une couverture de survie et le blessé s’agita.

- Du calme. On va te sortir de là. Le cauchemar est fini, Weiss.

- Hojo… répéta celui-ci en agrippant le bras de l’ex-turk.

- Hojo est mort.

- Non… Il est… Vivant…

- J’ai tué Hojo lorsqu’il…

- Vincent… l’interrompit Shelke, les yeux brillants soudain d’une étrange lueur dorée en sautant dans l’hélicoptère. Il y a des perturbations importantes en bas, près de la rivière.

- Genesis… insista Weiss avant de sombrer dans l’inconscience. Genesis… C’est… C’est Hojo…

- Quoi ?

*

Des dizaines de mètres plus bras, celui qui n’était pas Genesis courait en direction du flux vital de la planète, qui passait sous la montagne.

Si seulement il avait encore eu Nero sous sa coupe, il aurait envoyé tous ces gêneurs et ces satanés soldats dans un endroit d’où il ne risquaient plus de revenir autrement que fous !

Mais Nero s’était enfui…

Et il avait dû abandonner Weiss…

Il secoua la tête avec rage.

- Arrête de ressasser, ce n’est qu’un léger retard ! s’admonesta-t-il sans cesser de courir.

Un dernier coude…

Une dernière dénivellation…

Et elle était là : sa libération. La rivière de la vie où il s’apprêtait à plonger..

Mais quelque chose se dressait entre lui et elle.

Quelque chose qu’il n’avait pas prévu…

Pas prévu du tout !

Genesis-Hojo se figea dans son élan, à quelques mètres à peine du gouffre où coulait la rivière, et son visage se tordit en un masque de rage.

Devant lui, flanqué des apparitions fantomatiques de son ex-femme et du soldat Angeal Hewley, une légende vivante bien plus consistante que les deux défunts lui adressait un sourire vibrant de mépris.

- On est venu m’informer que tu avais pris quelque chose qui m’appartenait, dit l’apparition en campant fermement ses jambes désincarnées sur le sol de pierre, bien décidé à empêcher le scientifique de passer pour se jeter dans le rivière.

Hojo sentit son estomac d’emprunt se contracter et sa crainte n’avait rien à voir avec Lucrecia ou Angeal, pour haineux qu’ils fussent. Les morts ne sont que des fantômes inoffensifs.

Mais les âmes désincarnées, c’était une autre paire de manches… surtout lorsque l’âme en question risquait à tout moment de reprendre de son corps et de vous emprisonner avec elle à l’intérieur comme un vulgaire moustique dans un bocal…

Hojo recula d’un pas.

- Genesis… bredouilla-t-il.

à suivre

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VI - Balaye devant ta porte !

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Tirée du doujinshi BUBBLES du Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Nous arrivâmes chez Rufus Shinra vers cinq heures du matin.

Sa famille possédait une propriété, à l’ouest de Gongaga, un ancien palais qui faisait ressembler le manoir de Nibelheim où j’avais passé ma petite enfance à une vulgaire maison de poupée.

C’était une demeure très anciene, aux dômes élégants, à la façade sculptée de statues et aux hautes fenêtres. Je n’osai compter le nombre de balcons mais, pour ce que j’en voyais de la grille d’entrée, il devait bien y en avoir sept par étage sur deux niveaux - rien que sur la façade Nord.

Par endroits, la pierre ressemblait à de la dentelle.

Un vieil homme vêtu d’un pantalon de lin blanc et d’une longue tunique fendue serrée par une longue ceinture de soie ouvrit la porte après que nous lui ayions expliqué qui nous étions.

Il nous laissa passer d’un air soupçonneux et lorgna avec écœurement la poussière qui nous recouvrait et mon torse nu.

Il estimait probablement que notre mise ne seyait guère pour une visite à sa ” majesté sérénissime “.

Le domestique nous fit signe de le précéder d’un geste, en restant à distance, comme si notre proximité le souillait. Nous nous engageâmes dans les allées de l’immense jardin. Même à la lumière capricieuse de la lune et en dépit de ce que je venais de vivre, je dois avouer qu’il était magnifique et je ne pus m’empêcher de l’admirer.

Il nous fit entrer dans l’immense hall.

Angeal et moi échangeâmes un regard ébahi.

La seule fois que j’avais pu voir autant d’antiquités, c’était au musée de Midgar.

Pas un mètre carré du sol qui ne soit pas recouvert de tapis précieux, pas un pan de mur qui ne soit pas peint de fresques anciennes et chaque statue ou objet décoratif devait valoir une fortune.

Malgré l’heure plus que matinale, nous croisâmes plusieurs serviteurs époussetant les meubles impeccables ou vaquant à quelque occupation nécessaire à l’apparat de la demeure de l’héritier Shinra.

Nous suivîmes le domestique à travers une grande galerie à colonnes et entrâmes dans ce qui semblait être un petit salon de réception.

Je dis ” petit ” en comparaison du reste de la demeure car il devait faire à lui seul la totalité de la surface de mes appartements à la caserne du SOLDAT.

Comme dans toutes les demeures traditionnelles, les appartements privés se trouvaient au fond de la maison, à l’abri des regards indiscrets.

- Je vais m’enquérir auprès de monsieur Shinra pour savoir s’il accepte de vous recevoir, dit-il avec hauteur.

Il s’inclina avec cérémonie et jamais salut ne me parut aussi insultant.

Il y avait plus de mépris dans ce simple geste, pourtant révérencieux, qu’en n’importe quelle insulte proférée par un pilier de bar après une nuit de beuverie.

Je serrai les poings mais le domestique feignit ne s’apercevoir de rien.

- Pour qui se prend-il ? demandai-je à Angeal, irrité, une fois le larbin obséquieux sorti.

- La question est mal formulée, répondit mon ami en riant. Je dirais plutôt : pour qui nous prend-il ? Je crois que la réponse est : pour de la piétaille indigne de ce palais et de son propriétaire.

Je secouai la tête.

- Décidément, j’ai beau faire des efforts, je ne comprendrai jamais ce pays.

La porte s’ouvrit à nouveau, faisant place au lèche-bottes de service.

Palmer s’approcha et s’inclina devant nous - avec moins de mépris que le domestique, dois-je préciser.

Il était emmitouflé dans un énorme peignoir de soie ou quelque chose dans ce goût là. Ca me faisait penser à la tenue des nomades de Canyon Cosmo, en plus chic.

- Général… Capitaine… murmura-t-il, mielleux. Monsieur Shinra va venir dans un instant. Je ne vous cache pas qu’il a été très irrité de cette inopportune visite. On ne dérange pas le fils du président ainsi. J’espère que vous avez une raison valable pour faire irruption ici en pleine nuit !

- Valable ? s’écria Angeal. Nous avons plusieurs cadavres sur les bras dont un victime de meurtre ! s’écria-t-il. Est-ce, selon vous, une raison suffisamment “valable” pour que sa ” gracieuse majesté ” daigne quitter ses draps de satin ?

- Cela, c’est à moi d’en juger, Hewley, gronda la voix de Rufus Shinra, que nous n’avions pas entendu entrer.

Il avait enfilé un kimono de coton bleu marine, si impeccablement coupé qu’il ne pouvait avoir été fait que sur mesure, et se tenait nu-pieds sur le somptueux carrelage émaillé de bleu, blanc et or. La large échancrure dévoilait deux pectoraux au dessin si ferme et parfait que j ‘en oubliai presque à quel point il me tapait sur le système.

Mais cela ne dura pas…

- On m’a parlé d’un petit incident, sur le chantier, poursuivit-il d’un air las en s’asseyant sur l’un des divans brodés. Tu peux nous laisser,dit-il à Palmer, qui sortit en reculant, la tête respectueusement inclinée.

Ca y est ! Il recommençait à me donner envie de lui arracher les yeux avec une petite cuiller…

- Un “petit” incident ? relevai-je sarcastique.

Il me lança un regard méprisant.

- Rien, en tous les cas, qui mérite de me déranger à cette heure.

- Un fauve s’est introduit dans le camp ! criai-je en me retenant pour ne pas le saisir par le col de son kimono de luxe. Des hommes sont morts ! Des hommes qui travaillaient pour que vous puissiez poser votre fessier princier sur la cuvette des chiottes de votre putain de réacteur “que tout monde pourra voir de loin” !

Rufus Shinra ferma à demi les yeux, menaçant.

- Je vous conseille d’employer un autre ton avec moi, Général Sephiroth. Je ne suis en rien responsable de vos délires. Un fauve mangeur d’hommes… Nous ne sommes plus au temps des Cetras. Moins encore dans un zoo !

J’allais répliquer vertement mais Angeal me devança.

- Nous l’avons vu, insista-t-il. Nous en avons même croisé deux, pour être exact. Un au camp et un Gongaga. Plusieurs ouvriers sont morts, déchiquetés, et l’un d’entre eux a été assassiné.

Rufus leva un sourcil et esquissa un sourire, comme s’il avait affaire à des déficients mentaux.

- Il n’y a plus de grands fauves dans la région, Capitaine Hewley. Depuis des dizaines et des dizaines d’années. Et certainement pas des fauves assassins, ajouta-t-il avec une moue sarcastique.

- Quand je parlais d’assassinat, je voulais dire par la main d’un homme, monsieur. Un ouvrier a eu la gorge proprement tranchée d’une oreille à l’autre.

Le rejeton Shinra leva les yeux au ciel et soupira.

- Il faudrait savoir ! C’était un fauve ou un homme ?

J’eus beau avoir envie de l’étrangler, je me fis la réflexion que sa question n’était pas, tout compte fait, ouvertement idiote. Il était tout de même étrange que, la même nuit, se déroule un assassinat et un tel carnage.

L’assassin possédait-il un fauve ?

Non, cela ne tenait pas debout.

Et celui de Gongaga, dans ce cas ?

- Les deux, tranchai-je. Mais une chose est claire, la région est bel et bien infestée de bestioles, quoi que vous en pensiez.

Il sembla réfléchir un instant.

- Et je peux savoir ce que vous attendez de moi ? demanda-t-il. J’ai ordonné l’arrêt de ce chantier, ce qui s’y déroule ne m’intéresse plus.

J’ouvris la bouche mais il leva la main.

- Soyez tranquilles, reprit-il, vous recevrez la prime convenue au départ et nulle sanction ne figurera dans votre dossier militaire. Malgré la catastrophe que vous avez causée… ajouta-t-il en me jetant un regard meurtrier.

- Quelle catastrophe ? s’écria Angeal, outré. Nous ne sommes pas responsables si…

- Ca suffit ! coupai-je, à bout, en me penchant sur Rufus, menaçant. J’en ai assez de tout ce cinéma, alors écoutez-moi bien, vice-président de ce que vous voudrez ! Des hommes sont morts, leurs cadavres gisent sous une tente du chantier, de votre chantier, et un homme a été égorgé. La police refuse de prendre une déposition ou d’envoyer quelqu’un sans votre autorisation. Alors vous allez bouger votre putain de cul, prendre ce putain de téléphone et ordonner à tous ces bras cassés de prendre les mesures nécessaires ! Me suis-je bien fait comprendre ?

Rufus en resta bouche bée.

Je crois que jamais il me m’aurait cru capable de m’adresser ainsi à un supérieur et qu’il comprit, à ce moment-là, en voyant mes yeux verts glaciaux, ma mâchoire crispée et mes muscles bandés, à quel point je pouvais être dangereux.

“Sa majesté des réacteurs” perdit donc une bonne partie de son assurance.

- Et la moindre des choses serait d’indemniser les familles des victimes, ajouta mon ami, profitant de l’effet “Sephiroth risque d’exploser alors ne le contrariez pas”.

Rufus ouvrit la bouche puis parut penser à quelque chose et se figea, comme si une pensée soudaine l’avait frappé.

Il ferma les yeux un instant, les rouvrit, se leva et… chancela.

- Ah là ! Doucement ! Vous allez bien ? demanda Angeal, un peu coupable.

C’était la première fois que Rufus se tenait immobile aussi près de moi.

Son front m’arrivait au menton ce qui, avec mon mètre quatre vingt douze et mes quatre vingt sept kilos, était déjà en soi un bel exploit pour un homme normalement constitué.

Un parfum musqué me chatouilla les narines et mon regard glissa à nouveau vers l’échancrure de son peignoir.

Merde… Ce type était sculptural.

Si seulement il n’était pas aussi imbuvable !

- J’ai une impression de “déjà vu”, murmura-t-il, la gorge serrée. C’est très désagréable. Excusez-moi, je reviens dans un instant.

Il sortit, nous laissant, Angeal et moi, totalement interloqués.

***

Journal de Rufus Shinra

Palmer m’a réveillé ce matin à l’aube, avant l’heure que je lui avais donnée. C’est la première fois qu’il ose désobéir à mes ordres, c’est dire si grande était son inquiétude. Et bien que je ne puisse le montrer, j’avoue la partager.

Mes plus grandes craintes se réalisent…

Ce Général mal dégrossi a attiré sur nous la colère des dieux. Des soldats restés au camp ont été massacrés par un fauve qui s’est enfui.

Je n’en ai pas parlé à ce rustre mais le grand léopard noir a toujours été l’animal tutélaire des Shinra, depuis la naissance de notre lignée. Je ne peux voir une coïncidence dans le fait que la vengeance des dieux s’accomplisse par la patte de cet animal.

Toujours tournée vers le passé, comme tous les anciens, ma vieille nourrice m’a assez seriné la longue histoire de mes ancêtres pour que je puisse la réciter mot pour mot.

Sa loyauté à ma famille m’est précieuse, mais son archaïsme me porte sur les nerfs, parfois.

Déjà que J’ai le plus grand mal à convaincre mon propre père d’accepter les changements qu’impose le passage de notre société dans l’ère de la modernité…

Ce Sephiroth ajoute aussi à la liste de nos ennuis la mort de celui qui a déclenché cette tragédie par sa maladresse.

Il n’arrive pas à comprendre que cela n’est que la juste conséquence de son erreur. Mais je crains qu’il ne prenne ce décès un peu trop au sérieux, et qu’il n’en réfère aux autorités, qui ne manqueraient pas de m’importuner.

Je ne m’inquiète pas vraiment pour la police, ils comprendront aisément mon point de vue, mais j’enrage à l’idée de payer des pots-de-vin supplémentaires pour m’assurer leur silence à cause des scrupules de celui qui n’est, bien qu’il l’ignore encore, que le fruit d’une expérience de laboratoire - comme son compagnon.

Ils feraient mieux de balayer devant leur porte et de s’interroger sur leur propre famille avant de me donner des leçons de morale !

La seule pensée de leur présence troublant la paix de cette demeure me contrarie !

Hewley a même oser mentionner la possibilité de verser une somme aux familles des victimes.

“En compensation “, a-t-il dit.

En compensation du travail non fourni, sans doute ? Du temple de mes ancêtres saccagé ?

Décidément, ces deux rebuts d’éprouvette m’exaspèrent !

Ils n’ont aucun sens des priorités.

Les mânes de mes aïeux doivent hurler à l’agonie devant la profanation de ce lieu, et les dieux ne pardonnent ni n’oublient ce genre d’offenses aussi facilement que les hommes.

Je sais que les ouvriers, eux, auront compris.

Je doute qu’un seul d’entre eux ait accepté de retourner travailler sur le chantier sans qu’il n’y ait eu expiation, de toute façon. En tout cas, pas avec le responsable de ce crime sur les lieux.

Mais ce rejeton mal dégrossi d’extraterrestre ne semble pas conscient de cet aspect de la situation. Pas plus que son compagnon.

Quels piètres meneurs d’hommes ils font !

J’ai même du mal à imaginer qu’ils aient pu se faire tolérer si longtemps par les ouvriers. Je me demande bien comment ils s’y sont pris !

Enfin…

Ah, j’allais oublier ! Je ne sais si je dois confesser dans ces pages mais…

J’ai accueilli le réveil inopiné de Palmer avec soulagement, en fait, car il m’a tiré d’un rêve extrêmement dérangeant. Tel que je n’en avais jamais fait auparavant.

Je parlais à un homme. Et cet homme…

Non, c’est idiot, c’est sans importance.

Il vaut mieux que je finisse de régler mes problèmes avec mes deux expériences de laboratoire qui s’ignorent au plus vite !

… à suivre

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LXIII - Mon père, cet assassin

” Mon père aima ma mère comme on aime un complice ;
comme le crime aime le vice !”

C. Rodriguez

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Tifa bâilla et Loz la serra contre lui.

Vêtue d’une simple nuisette par-dessus laquelle elle avait rapidement enfilé un déshabillé pour descendre à l’infirmerie, elle frissonnait dans l’air climatisé du sous-sol.

- Nous devrions remonter dormir un peu, chuchota-t-il à son oreille. Il est presque quatre heures du matin.

La jeune femme acquiesça avec un sourire épuisé et se laissa aller contre son torse nu.

- Tu vas finir par attraper la mort, à te promener comme ça, murmura-t-elle en frictionnant la peau satinée.

Il haussa les épaules.

- Le froid ne me fait pas plus d’effet que ça, tu devrais commencer à le savoir, répondit-il avec un clin d’oeil. Où est passé Denzel ?

La jeune femme jeta un regard alentour.

Elle et Loz se tenaient debout près du caisson mako où Nero était toujours inconscient. Sephiroth, Cid et Cloud discutaient non loin de là avec des mines sombres. Shalua et Merill nettoyaient et désinfectaient le box de chirurgie et Shelke était penchée sur le berceau de Kay, qui gazouillait joyeusement sous les chatouilles de la jeune fille.

- Il était avec le bébé et Shelke à l’instant…

- Là, fit Loz en désignant la porte entrouverte du bureau de Shalua.

Tifa fronça les sourcils.

- Sale petit farfouilleur trop curieux ! gronda-t-elle faisant rire l’argenté.

- Je vais le chercher.

- Et fais-lui la leçon, surtout ! Toi, il t’écoutera peut-être.

Loz traversa le laboratoire en direction du bureau et Kadaj entra à ce moment précis, accompagné de Cait et d’une Yuffie aux yeux bouffis de sommeil.

- Ca y est, ils ont terminé ? s’enquit cette dernière en s’approchant du caisson pour observer Nero. Tiens, je ne me souvenais plus qu’il avait tous ces tatouages.

- Ce ne sont pas des tatouages, l’informa Tifa. D’après ce que j’ai compris, ces marques sont apparues sur sa peau à la puberté.

Cait écarquilla les yeux et colla presque la truffe contre le couvercle de verre pour mieux voir.

- Tu parles d’un truc bizarre, nota l’Utaïenne.

Kadaj tendit l’oreille.

- C’est quoi, ce bruit et cette fumée noire ? On dirait des centaines gémissements mêlés, dit-il en frissonnant malgré lui. Un mélange spécial de mako ?

Sa compagne sourit.

- Non, c’est Nero qui fait ça. C’est son ” don “. Il invoque des sortes de ténèbres peuplées de… de… Je ne sais pas vraiment quoi, en fait. Mais je peux te dire que quand tu te retrouves coincée dedans, ça n’a rien de drôle !

- Ca y est ? demanda une voix douce derrière eux. Alors ? Il a dit quelque chose ?

Ils se tournèrent pour voir Yazoo, qui venait d’arriver à son tour.

- Non, lui apprit Tifa. Il ne s’est pas encoré réveillé. Reno n’est pas avec toi ?

- Il est dans le bureau de Rufus, avec Rude, Vincent et Reeve.

Kadaj tiqua.

- Un problème ?

- Non ! le rassura son frère avec un sourire. Pas du tout. Maintenant que grand frère est réveillé, ils doivent préparer son ” grand retour ” pour la presse.

- Oh. Je n’avais pas pensé à ça.

- Je dois aller dire à Shelke qu’ils ont besoin d’elle.

- Elle est là-bas, avec Kay, fit Tifa en pointant la jeune fille du menton.

Yazoo s’éloigna avec un soupir silencieux. A l’instar de Loz, et contrairement à ce que pensaient beaucoup de personnes, il n’avait jamais été très doué pour mentir, surtout pas à ses frères. Mais, qu’il le veuille ou non, c’était visiblement le prix à payer pour être l’amant d’un turk…

Aussi naturellement que possible, il s’approcha de Shelke et se pencha vers elle comme si de rien n’était, pour caresser les joues du bébé que la jeune fille berçait.

- Vincent a besoin de toi, murmura-t-il sans se départir de son sourire, pour donner le change à ceux qui pouvaient les observer. Lui, Reno, Rude et Barret vont aller chercher le frère de Nero au mont Nibel. Un escadron de la WRO appelé par le commandeur Tuesti sera sur place dans moins d’une demi-heure et vous attendra.

Shelke sourit en retour et hocha la tête, entrant dans son jeu. Le bébé s’était presque rendormi et elle le donna à l’argenté.

- Une attaque terrestre ? Pas d’appui aérien ?

- Uniquement l’hélico piloté par Reno pour évacuer Weiss le plus vite possible.

- Pourquoi pas une unité de Cid ?

- Il porte les cellules de Jenova lui-aussi, à présent. Vincent pense qu’il est donc lui aussi devenu une cible, au même titre que moi et mes frères.

- Je comprends. J’y vais tout de suite.

Elle quitta l’infirmerie calmement et Yazoo embrassa doucement le bébé endormi avant de le coucher dans son berceau.

Ensuite, comme Reno le lui avait demandé, il se dirigea vers le box de chirurgie pour parler discrètement à Merill et Shalua.

Cette dernière, le voyant approcher avec les traits tendus, retira son masque et posa la lingette désinfectante qu’elle passait sur toute la surface de la table d’opération.

- Yazoo baby ? Tu en fais une tête. Tu es souffrant ?

Il s’approcha tout près, en prenant garde de rester dos au mur vitré du box afin que personne ne puisse voir son expression ni les mouvements de ses lèvres.

- Shalua, j’ai des consignes de Vincent pour toi. Souris, comme si tout était normal.

La jeune femme obéit.

- Tu me fais peur, qu’est-ce qui se passe ?

- Vincent, ta sœur et les turks partent chercher le frère de Nero au mont Nibel.

- Quoi ? Seuls ? intervint Merill en souriant à son tour comme s’ils parlaient de la pluie et du beau temps.

- Non. Un escadron de la WRO les attend là-bas. Lucrecia a parlé à Vincent. Weiss est sans doute très très mal en point. Elle craint même que Genesis ne soit sur le point de le tuer, si ce n’est pas déjà fait. Il faut vous préparer à son arrivée. Reno l’évacuera par hélicoptère au plus vite et il faut que vous soyez prêts à une éventuelle intervention d’urgence.

- J’ai compris. Qui est au courant ?

- Ici ? Personne. A part vous et moi, s’entend. Et il ne faut surtout pas en parler aux autres. Vincent ne veut pas qu’ils aillent se jeter dans la gueule du loup.

La jeune femme acquiesça.

- Il pense toujours que Genesis veut mettre la main sur des porteurs des cellules de Jenova ?

- Disons qu’il préfère ne prendre aucun risque. (Yazoo grimaça et serra les poings) Je serais pourtant volontiers allé dire ma façon de penser à cet enfant de salaud.

Shalua lui prit les mains et les serra.

- Si c’est bien lui qui a fait ces maudites manipulations au labo du Deepground et qui a tué Kaly, il paiera, Yazoo baby. Je te promets que nous lui ferons payer d’une façon ou d’une autre.

- Grand frère dit que, du temps où ils étaient amis, Genesis aurait été incapable de faire la différence entre une éprouvette et une seringue.

- Il n’a pas tort. J’avoue que je serais curieuse moi-aussi de savoir où Genesis a appris à faire des manipulations génétiques aussi complexes.

Yazoo allait répondre mais fut interrompu par les sanglots et les supplications étouffées de Denzel, qui s’échappèrent soudain du bureau de Shalua, les figeant tous et faisant réveillant le bébé.

Tifa se précipita mais Cid, Cloud et Sephiroth, qui étaient plus près, la devancèrent.

*

Au plus profond du mont Nibel, Genesis sentit presque immédiatement que quelque chose ” clochait “. Comme si une alarme silencieuse s’était mise à carillonner dans les tréfonds de son cerveau, il pressentit un danger. Un danger imminent.

Il se raidit et tendit l’oreille, les sens au aguets.

Weiss, étendu à ses pieds, brisé et ensanglanté, puisa dans ses dernières forces pour sourire et le railler.

- Je crois que… tu vas avoir… de la visite… sous peu.

- La ferme !

- Tu comptes faire… quoi ? Me traîner par les… cheveux en… espérant qu’après quelques coups… supplémentaires je… joue les… chiots… obéissants ? Je croyais que… tu me connaissais… un peu… mieux que ça…

Il ricana et Genesis le fit taire d’un coup de pied dans le foie.

- Je t’ai dit de la fermer !

Mais il savait que Weiss avait raison.

En perdant Nero, il avait perdu sa meilleure arme et son seul moyen de pression sur l’ancien chef des Tsviets. Mais, bon sang ! Comment aurait-il pu deviner que cette saloperie de tas de ténèbres impures allait abandonner son frère adoré cette façon ? !

C’ était même la dernière chose à laquelle il se serait attendu !

Et en emportant la seule source de cellules de Jenova qui lui restait, qui plus est !

De pure frustration, il frappa Weiss à coups redoublés.

Nero. Il devait récupérer Nero s’il voulait faire obéir son frère. Et il devait récupérer aussi une source de cellules de Jenova de toute urgence ! Il allait avoir besoin d’aide.

Avec un peu de chance, les géostigmates avaient déjà dû se répandre dans Nibelheim et ce serait bien le diable si, avec l’appui de Jenova, il ne parvenait pas à prendre le contrôle de quelques imbéciles plus gravement atteints que les autres pour ” l’assister ” dans cette tâche.

Nero, Weiss et une source de cellules. C’était tout ce qu’il lui fallait pour mener ses plans à bien.

Des plans bien plus modestes que ce qu’il avait imaginé au début - avant que cette chienne qui lui avait servi d’épouse ne lui vole son fils et les trois rejetons de celui-ci pour les mettre à l’abri, loin de la rivière de la vie - mais, pour un homme de son génie, il y avait toujours ” moyen de moyenner “, comme il disait.

S’il ne pouvait commencer tout de suite par un feu d’artifice, il commencerait par une étincelle. La réaction en chaîne suivrait…

Pour l’instant, il devait renoncer à Weiss. Encore une fois. Comme il avait déjà dû y renoncer un an plus tôt, là-bas, au réacteur zéro. Pas pour longtemps, c’est vrai.

Oui, il serait toujours temps de les récupérer lui et son frère par la suite.

Chaque chose en son temps…

Ce qu’il avait raté dans les ruines de Midgar, un an plus tôt, puis à Nibelheim plus récemment, il le réussirait à Edge ! Jamais deux sans trois et, cette fois, il réussirait à réveiller l’Omega pour de bon ! Il avait juste besoin pour cela de quelques cellules de Jenova.

Des cellules de Jenova…

Mais où en trouver ?

Il se tapa rageusement le front de son poing fermé.

Réfléchir ! Réfléchir ! Réfléchir !

Reeve avait mis toutes les cellules restantes à l’abri…

Le bébé s’était envolé avec Nero…

Les argentés étaient protégés de bien trop près pour être atteintes directement…

Réfléchir ! Réfléchir ! Réfléchir encore ! Il devait y avoir un moyen. Il y avait forcément un moyen. Il y avait toujours un moy…

Son visage s’éclaira soudain et un sourire hideux déforma ses traits.

- Bien sûr… Comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ? ! Je suis un génie… murmura-t-il. Un génie ! Un pur génie !

Un rire hystérique incontrôlable résonna dans la grotte et Weiss, qui reconnut immédiatement ces mots et cet affreux rire rocailleux pour les avoir entendus à maintes reprises, se redressa péniblement sur un coude, les yeux écarquillés d’horreur.

- Ce n’est pas… possible… bredouilla-t-il. Toi…

- Quoi ? railla Genesis. Tu réalises l’évidence seulement maintenant ? Ah ! Ah ! Ah ! Tout dans les muscles et rien dans la tête ! Pauvre Weiss !

- Tu es… mort…

Le rire grinçant redoubla et l’ancien chef des Tsviets sentit le désespoir le terrasser.

- Vincent… t’a tué… gémit-il encore. Il t’a tué… il y a un an… au réacteur… zéro… Vincent… t’a tué !

Sans cesser de rire, celui qui n’avait jamais été Genesis lui asséna un coup si violent à la tête qu’il perdit connaissance.

- Profite des petites vacances que je t’accorde, amphitryon d’Omega. Je veux que tu sois en pleine forme, lorsque je reviendrais vous chercher, toi et ton frère chéri. Ah ! Ah ! Ah !

*

Dans le bureau de Shalua, Denzel s’accrochait désespérément en pleurant aux hanches Loz, qui regardait Cloud et Tifa à tout de rôle, ne sachant plus quoi faire pour le calmer.

- Je savais pas ! sanglotait le petit garçon. J’te jure que j’savais pas ! Ils me disaient qu’ils travaillaient pour que le monde soit meilleur ! J’te jure que je savais pas, Loz ! J’te jure !

Cid s’approcha et s’accroupit aux pieds du garçonnet.

- Mais enfin, de quoi tu parles, mon grand ?

- Je savais pas qu’il faisaient ça ! geignit encore Denzel en pointant le doigt vers l’ordinateur portable de Shalua, où Sephiroth avait consulté les vidéos de surveillance un peu plus tôt.

Sur l’écran, Loz, sous anesthésie générale, était allongé nu et sanglé sur la table d’opération tandis qu’Hojo, aidé de ses assistants, un homme et une jeune femme, faisaient les prélèvements de sperme qui donneraient naissance à Kay cinq ans plus tard.

- Les vidéos retrouvées au labo du Deepground… soupira Shalua. Denzel ! Qu’est-ce qui t’a pris de regarder ces horreurs ?

Cloud s’approcha à son tour et Denzel lui sauta dans les bras.

- Dis-lui, Cloud ! supplia-t-il. Dis-lui que je savais pas !

- Mais enfin, tu ne pouvais pas deviner qu’il avait subi tout ça, voyons… Pourquoi ça te met dans un tel état ? Tu as de la peine pour lui, c’est ça ?

- Il voudra plus être mon papa, maintenant !

Tous les adultes présents échangèrent un sourire attendri.

- Mais enfin, Denzel, qu’est-ce que ça a à voir avec toutes les vilaines choses que les méchants savants lui ont fait ? demanda à son tour Tifa en retenant un rire.

- Je suis pas comme eux ! cria presque Denzel en s’accrochant à nouveau à Loz, qui se baissa pour l’asseoir sur sa cuisse et le serrer contre son torse nu. Quand je t’ai dit que je voulais que tu crèves, c’était pas vrai ! Je le pensais pas ! Je te jure que je suis pas comme eux ! Je savais pas ce qu’ils faisaient ! Je savais pas ! Je te promets ! Je te promets !

Loz tiqua.

- Denzel, mais de qui tu parles ? Tu n’es pas comme qui ?

En sanglotant et sans oser relever la tête, le garçonnet pointa le doigt vers l’écran de l’ordinateur.

Tous tournèrent la tête vers l’image figée de la caméra de surveillance.

- Tu n’est pas comme Hojo ? demanda doucement Cloud. C’est ça, que tu veux dire ?

Denzel secoua la tête, fixant toujours le sol.

- Non… murmura-t-il d’une voix à peine audible. Les autres…

- Le monsieur et la dame en blouse blanche ? demanda Sephiroth à son tour.

Le garçonnet acquiesça et inclina le front en pleurant de plus belle.

Yazoo lui ébouriffa les cheveux.

- S’il a vu ne serait-ce qu’un millième de ce que ces deux ordures nous ont fait subir là-bas, je comprends qu’ils puissent lui faire peur, soupira-t-il.

Cid grimaça.

- A ce point là ?

Loz acquiesça en berçant Denzel dans l’espoir de le calmer un peu.

- Plus le mari se montrait sadique durant la journée, cracha-t-il avec une haine dans le regard que le pilote ne lui avait jamais vu, plus sa femme devenait perverse durant la nuit lorsqu’elle me forçait à la…

- Loz ! l’interrompit Yazoo en désignant le garçonnet.

Son aîné rougit.

- Désolé.

- Tu n’es pas comme eux, Denzel, reprit son jumeau. C’était sans doute les scientifiques les plus méchants du cratère nord après Hojo ! Même un bahamut enragé n’est pas aussi méchant.

Loz acquiesça.

- C’est vrai. Même si tu m’avais dit des choses encore plus horribles, tu ne leur arriverais même pas tout en bas de la cheville !

- Je ne savais pas, qu’ils étaient comme ça ! sanglota de nouveau le petit garçon. Pardon ! Pardon !

- Denzel ! essaya de plaisanter Cloud. Ils disent ça pour te rassurer, voyons !

Personne, hormis Shalua, ne remarqua que Tifa s’était levée depuis un petit moment, déjà, et que, penchée sur l’écran, elle était devenue blême comme un linge.

Elle venait de reconnaître les deux visages pour les avoir époussetés des dizaines de fois dans leur cadre, sur la table de chevet de Denzel.

- Tifa ? Tu en fais une tête. Tu les connais ? demanda la jeune scientifique.

Le pleurs de Denzel redoublèrent et Tifa inspira un grand coup avant de laisser tomber d’une voix blanche :

- Je crois que ce sont ses parents…

… à suivre

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On ne dit pas…

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Vous connaissez tous les fameuses blagues sur les nains… On ne dit pas “un imposteur” mais : “un facteur de petite taille” !

Dans la même veine, quelques petits “on ne dit pas” à la sauce FF7, rien que pour rire un coup !

Hein ?

Si, si, Kadaj en tenue d’aérobic, ça a un rapport avec ce qui suit, vous verrez ! Promis !

***

On ne dit pas ” Le ton monte “ mais ” Shera prend l’escalier “.

On ne dit pas ” Lazard fait des courbettes “ mais “Lazard est nul comme prof “.

On ne dit pas “Barret a du cran”, on dit “Barret est frisé”.

On ne dit pas “Aerith a un potager”, on dit “Aerigh a un vieux copain”.

On ne dit pas “Immaculé Weiss” mais “Je me suis fait mettre par le boss”.

On ne dit pas “l’électronique” mais “Reeve fait l’amour”.

On ne dit pas “Yazoo avale une biroute” mais “Yazoo emprunte une route à 2 voies”.

On ne dit pas “Loz a un cerf-volant” mais “Loz est long à la détente”.

On ne dit pas “Le gestionnaire des taches” mais “Le chef des turks”.

On ne dit pas “Scarlet est paniquée”, mais “Scarlet cherche un mec”.

On ne dit pas “Cloud a vaincu”, mais “Le chocobo est pluri-anal”.

On ne dit pas “Le Général fait les vendanges”, mais “Sephiroth pète comme un Dieu”.

On ne dit pas “Cait est un chat hors pair”, mais “Le chat de Reeve est castré”.

On ne dit pas “Rufus a enclenché le processus de paix”, mais “Le patron va lâcher une caisse”.

On ne dit pas “La connerie” mais “Yuffie s’amuse”.

On ne dit pas “Décongeler” mais “Les idiots du cratère nord”

On ne dit pas “Cloud est incompétent” mais “Cet idiot de Cloud fait de l’aérophagie”

On ne dit pas “Compense” mais “Reno essaie de réfléchir”

On ne dit pas “Un instant” mais “Kadaj fait du stretching” (vous voyez, je vous disais bien qu’il y avait un rapport !)

On ne dit pas “Le Gospel” mais “Denzel a pris un coup de soleil”

On ne dit pas “ce jeune soldat s’est élevé à la force du poignet” mais “Zack est un branleur”

On ne dit pas “Ciboulette”, mais “Trois trois argentés dévêtus”

On ne dit pas “Un match interminable” mais “Un combat amical entre SOLDATS”

Vous avez aimé cette partie de rigolade ? Laissez-moi un commentaire !

Les murs murmurent toujours !

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Troisième et dernière cargaison de graffitis version FF VII ! Ah ! Bah… C’est que j’ai plus de stock au bout d’un moment, moi ^___-

Et des murs des cuisines à ceux des douches, Hojo rouspète toujours !


(Dans la cafétéria des turks)

Déjà 6h00 du matin ? Il est plus que temps de nous cuiter !
Reno


- POSTE VACANT POUR CAUSE DE DECES -

Ouais… Encore une fichue excuse pour pas bosser !
Hojo


Dans les toilettes d’un bar à la mode de la Costa del Sol

A mon époque, la Costa del Sol, c’était les 3 “S” : Sea, Sun & Sex !
Cid

Et à la notre, c’est les 3 “M” : Mazout, Mélanomes & Morbacs !
Cloud


Sur le mur flambant neuf d’un labo de la Shinra

Pas un tag, pas un graffiti, pas une tache ! Je le cherchais, c’est : LE MUR DU SILENCE !
Lucrecia


(Dans les WC du SOLDAT, dans un état lamentable)

Mais enfin, qu’est-ce que vous avez fichu, ici ? ! On dirait qu’il y a eu un congrès d’aveugles parkinsoniens !
Hojo

Non, juste de vieux scientifiques de passage.
Sephiroth


Sur la camionnette de livraison de Cloud :

- ARRETS FREQUENTS -

Vessie faiblarde !
Zack


(Dans les WC du SOLDAT)

Vous qui venez ici, dans une humble posture
De vos flancs alourdis, décharger le fardeau
Veuillez, quand vous aurez soulagé la nature
Epancher dans l’amphore, un courant d’onde pure
Et, sur l’autel fumant, placer pour chapiteau
Le couvercle arrondi, dont l’auguste jointure
Aux parfums indiscrets doit servir de tombeau…
Genesis

Oh, là, là… Faut que t’arrêtes Loveless d’urgence, toi, hein !
Angeal

C’est pas Loveless, c’est du Musset, ignare !
Genesis

Oh, le boulet…
Zack

Ils ont raison, t’en tiens une sacrée couche !
Sephiroth

Toi, le héros de supermarché, on t’a rien demandé !
Genesis

Ah bah, valà ! Y nous l’a encore énervé ! LOLLLL
Angeal


Je pardonne à ceux qui m’ont offensé… mais j’ai la liste !
Tseng


Loz, t’es tellement con que s’il existait un championat de la connerie, tu serais même trop con pour le gagner !
Cloud

Et le championnat d’orthographe, enfoiré ? Tu t’inscris quand ?
Loz


(Discrètement gravé au pied d’une cuve Mako du réacteur de Nibelheim)

Plonge qui veut, remonte qui peut !
Anonyme


(Dans les WC des turks)

Reno, sois gentil, évite de tirer la langue à tout va ! Surtout quand elle est chargée.
Elena

Pourquoi ? T’as peur que je blesse quelqu’un ?
Reno


(Dans un des WC de la tour Shinra)

Ne déroulez pas le papier en le tirant entre vos jambes et n’arrachez que la longueur dont vous avez besoin ! Et, surtout… NE LE RE-ENROULEZ PAS SUR LE ROULEAU APRES USAGE !
Hojo

Putain, y’a des caméras, ici, ou quoi ?
Reno


(Dans les toilettes pour dames du 7ème ciel)

LES FEMMES N’ONT PAS BESOIN DES HOMMES !
Elena

Faut avouer qu’ici, on peut se débrouiller plus ou moins sans eux…
Rosso


(Dans les toilettes de la salle de tir des turks)

C’est ici que repose
Une certaine dose
D’une certaine chose
Qui ne sent pas la rose.
Celui qui se propose
De faire ici sa prose
Doit avant toute chose
Tenir la porte close.
Anonyme

Oh, non, merde ! Genesis, tu vas pas t’y mettre ici aussi, hein ! Les chiottes du SOLDAT te suffisent plus ?
Reno

Comment tu sais que c’est moi ?
Genesis

Baka…
Reno


(Mot sur le frigo, dans la cuisine du bar de Tifa)

Loz, je t’ai gardé ton repas dans la boîte bento bleue. Je te préviens que si tu laisses encore les légumes, tu as intérêt à trouver une explication plus convaincante que “j’aime pas ça” ou tu auras affaire à moi ! Tu donnes un très mauvais exemple aux enfants !
Tifa

O.K. Je n’en mange pas parce que je suis un grand émotif ! Comment peux-tu rester insensible au hurlement épouvantable de l’épinard plongé vivant dans une casserole légumicide ? Je refuse d’être mêlé à ce génocide ! J’ai donc laissé les légumes dans la boîte…
Loz


(Dans les douches du SOLDAT)

Hier soir, à l’entrainement, Sephiroth a paniqué !
Anonyme

Mais moi, oui !
Zack


Bel homme, fort, courageux, bonne situation, cherche jeune femme pour partager doux moments et plus si affinités…
Rude (poste 32 21)

Rudo, c’est les WC pour hommes, ici, crétin !
Reno


Le ghetto de ma liberté s’achève au bout de mes bras.
Kadaj

La vache, c’est profond… Mais qu’est-ce-que ça veut dire ?
Loz

A mon avis, qu’il vient de fumer un truc !
Yazoo


(Gravé sur la peinture flambant neuve de la carlingue du Tiny Bronco )

Le plaisir solitaire, c’est économique : pas besoin d’inviter votre main au resto après !
Anonyme

Vince, je sais que Lucrecia de manque et qu’il faut que tu te défoules mais là, t’es lourd…
Cid


Gravé le mur fraîchement repeint du labo d’Hojo, sous l’avertissement suivant :

- INTERDICTION DE GRIBOUILLER, DE PEINDRE, DE BOMBER OU D’AFFICHER SUR CE MUR -

Franchement, ça ne me serait même pas venu à l’idée !!!
Vincent

Bon sang ! Mais quel crétin lui a collé cette saleté de gant en métal ?!
Hojo

Si vous le découvrez, je veux bien le tuyau. Moi aussi j’aurais deux mots à lui dire…
Cid


(Sur le mur des toilettes du DEEP GROUND)

C’est ici que tombent en ruines
Tous les déchets de la cuisine.
Dans un lieu aussi respectable,
Il faut se tenir ici comme à table
Et garder le bord de la lunette
Aussi propre que celui de son assiette.
Si vous venez sans papier ni paille,
Lavez-vous les doigts au lieu de salir la muraille.
Anonyme

Ah non ! Nan, nan, Genesis ! T’es gentil, tu vas versificoter dans les chiottes du SOLDAT si tu veux mais pas ici !
Weiss

Merde, c’est pas vrai ! Mais comment vous faites pour savoir que c’est moi ?
Genesis

T’es vraiment une pomme, toi, hein !
Weiss


WUTAI AUX UTAIENS !
Anonyme

Et la frisée aux lardons !
Sephiroth

Et le poulet aux morilles !
Angeal

Et le steak au poivre !
Genesis

Et le chèque au porteur !
Zack

C’est fini, oui !?
Tseng


(Sur le mur de la bibliothèque du manoir de Nibelheim)

Avec la chance que j’ai, je vais sûrement me faire choper à écrire au marqueur sur ce putain de mu_

Game over ! Hojo : 1 - Reno : 0
Rude


Hojo, Palmer et Heidegger sont dans un avion en flammes et il n’y a que 2 parachutes. Question : qui se sacrifie ?
Zack

Réponse : on s’en fout !!!
Angeal


A 8 ans, Tifa rêvait de poupées et moi de SOLDATS. Maintenant, c’est moi qui rêve de poupées et elle qui rêve de SOLDATS !!!
Cloud

Loz peut la draguer, alors ?
Yazoo

Pourquoi ?
Cloud

Bah, t’en es pas un, non ?
Yazoo

Loz non plus !
Cloud

Non, mais il en a une plus grosse que la tienne !
Yazoo

Depuis quand il a une épée, lui ?
Cloud

Oh, la vache… Tu m’étonnes que t’as pas pu devenir SOLDAT !
Yazoo


Et si on parlait du plaisir d’enseigner ?
Lazard

Et si on parlait d’enseigner le plaisir ?
Sephiroth


(Dans l’ascenseur du DEEP GROUND)

- MAXIMUM 6 PERSONNES -

Ou 1 Azul…
Shelke


(Dans les WC du 7ème ciel)

Il y a quelque chose d’héroïque à commander un plat ici, quelque chose d’inconscient à l’avaler et quelque chose de maso à le payer. Suis-je un héros inconsciemment masochiste ? Un inconscient masochistement héroïque ? Ou un maso héroïquement inconscient ?
Lazard

Juste un con d’intellectuel…
Loz


FIN (Bah vi, a pu ! Ces petits mots sont inspirés de vrais graffitis et j’en ai plus en stock !)

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Parlez-vous Genesien ?

Avez-vous remarqué que Genesis est pour ainsi dire le seul à ne jamais employer les termes populaciers, voire parfois grossiers, chers aux autres personnages ?

Normal, c’est un lettré (en sus d’une grosses andouille, certes, mais lettré quand même).

Alors en exclusivité planétaire, voici pour vous quelques traductions des expressions courantes de notre Genesis national et qu’il est parfois difficile d’appréhender lorsque l’on ne fait pas partie du club très fermé des pros en “littérature-pour-lovelessfans-siphonnés-de-la-calotte” .


Extraits choisis

« Cesse tes simagrées, Angeal, car je sens une ascension rhino-moutardiere imminente ! »

Traduction : Arrête de faire le con, Angy, j’ai la moutarde qui me monte au nez

« Jeune home charmant mais qui souffre hélas d’un capilarisme epiglottal très marqué »

Traduction : Ce grand dadais a un cheveu sur la langue de la taille d’une balayette

« On ne va pas caquegluer à ce stade de la bataille ! »

Traduction : C’est pas le moment de chier dans la colle, les gars !

« Un cariolisme ante-bovin est la dernière chose à envisager »

Traduction : N’allez pas nous mettre la charrue avant les bœufs.

« Je crains que nous ne nous trouvions en situation de catacervicomerdose »

Traduction : Je crois qu’on est dans la merde jusqu’au cou

« Permettez que j’effectue une cession felino-linguale »

Traduction : Je donne ma langue au chat

« Ce garçon va finir cretinothanasié »

Traduction : Il va mourir idiot, ce con là

« Mes amis, que diriez-vous d’une brève crustafraction ? »

Traduction : Et si on cassait la croûte, les mecs ?

« Optons pour le cubitoludisme ou nous n’arriverons jamais au bar »

Traduction : Va falloir jouer des coudes pour aller s’en jeter un derrière la cravate, les gars.

« Je déplore une endororectocephalie depuis ce matin 8h00»

Traduction : Je me suis levé avec la tête dans le cul

« Faisons une geopalpation auprès du patron avant de lui exposer notre stratégie »

Traduction : Tâtons le terrain pour voir s’il ne risque pas nous lyncher

« J’endure une laryngofelinie tous les diables ! »

Traduction : J’ai une saleté de chat dans la gorge

« Sephiroth souffre de latrinogueusie, c’est évident ! »

Traduction : Sephy a vraiment des goûts de chiotte !

« Pardonne ma franchise, Angeal, mais il n’est plus temps de se laisser aller à la muscapedication »

Traduction : Quand t’auras fini ton enculage de mouches, Angy, on pourra peut-être passer aux choses sérieuses et avancer.


Vous, je ne sais pas mais j’ai soudain un de ces mal de tête, moi…

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Le SOLDAT recrute !

Pas facile de devenir soldat de la Shinra…

Pourtant, avec les jeux vidéos toujours plus nombreux, les films et les reportages réguliers sur «super Sephiroth», de plus en plus impérieuse est l’envie, pour nombre de jeunes gens, de quitter les jupes de môman pour tenter l’aventure.

Seulement voilà : lorsqu’on a passé 18 ans à se faire chouchouter par « la-môman-chérie-à-son-fiston », pas facile de s’habituer à la vie militaire…

Mais, une fois de plus, la Shinra a tout prévu et, en exclusivité planétaire (et uniquement pour « ff7 yaoi fanfics »), voici pour la première fois dévoilés les secrets de la formation suprême, celle que les plus grandes écoles militaires de la galaxie envient à la firme, j’ai nommé : LE PROGRAMME DES COURS PREPARATOIRES AU CONCOURS DU SOLDAT ou « comment éveiller cet organe appelé cerveau, dont les jeunes recrues ignoraient l’existence jusque là ».

C’est pas gagné, hein…


PROGRAMME DES COURS PREPARATOIRES DES NOUVELLES RECRUES

Note : En raison de la complexité et de la difficulté des cours, seulement 10 participants seront acceptés pour chaque cours.

Ce stage préparatoire au concours du Soldat s’étend sur 5 jours, et comprend les modules suivants :


PREMIER JOUR

Thème : Mon arrivée à la caserne

Instructeur : Heidegger

8h30 : COMMENT RANGER LE CONTENU DE MA VALISE DANS MON PLACARD
Présentation tâche par tâche sur diapositives

10h30 : COMMENT TROUVER LES CHOSES SANS RETOURNER LA CASERNE EN POUSSANT DES CRIS DE HYENE
Forum

13h30 : S’HABILLER DECEMMENT TOUT SEUL ET NE PAS FAIRE SEMBLANT D’IGNORER OU SE TROUVE MON CASIER
Exercices pratiques

15h00 : COMMENT ETRE LE COMPAGNON DE DORTOIR IDEAL
Exercices de relaxation, méditation et techniques de respiration

16h00 : VIVRE A LA CASERNE : MON SUPERIEUR HIERARCHIQUE N’EST PAS MA MERE
Jeux de rôle


DEUXIEME JOUR

Thème : vos collègues femmes sont des soldats comme les autres

Instructeur : Sacarlet

8h30 : EST-IL GENETIQUEMENT IMPOSSIBLE DE RESTER TRANQUILLE PENDANT QUE VOTRE COÉQUIPIERE POSE L’HELICO OU GARE LE CAMION ?
Simulation de conduite

10h00 : MA COLLEGUE N’EST PAS MON INFIRMIERE
Présentation diapositives + jeux de rôle

11h00 : MA COLLEGUE N’EST PAS MA BONNE
Projection de documentaire + intervention de témoins

14h00 : MA COLLEGUE N’EST PAS MA MERE
Présentation PowerPoint

16h00 : NOTIONS ESSENTIELLES DE GRAMMAIRE : LE FEMININ DE “ASSIS AUX COMMANDES D’UN REMORQUEUR” N’EST PAS “DEBOUT DERRIERE L’ASPIRATEUR”
Jeux de rôle


TROISIEME JOUR

Thème : vivre à la caserne – la vie en communauté

Instructeur : Angeal

8h00 : PAPIER TOILETTE : POUSSE-T-IL TOUT SEUL SUR LES DISTRIBUTEURS ?
Table ronde

10h00 : JE NE FAIS PAS PIPI A COTE : JE M’AVANCE UN PEU ET OUBLIE MA PRETENTION
Exercice pratique avec vidéo

13h00 : ASSIETTES ET VERRES : PASSENT-ILS DU REFECTOIRE AU LAVE-VAISSELLE GRACE A LA LEVITATION ?
Débats - Intervention d’experts

15h00 : BOUTEILLES DE BIERE VIDES : DOIVENT-ELLES ALLER DANS LE FRIGO OU DANS LA POUBELLE ?
Groupes de discussion et jeux de rôle


QUATRIEME JOUR

Thème : se débrouiller tout seul sans maman

Instructeur : Genesis

8h00 : REPASSAGE EN 2 ETAPES : A) 1 CHEMISE EN MOINS DE 2 HEURES B) LA VAPEUR CA BRULE
Exercice pratiques avec des professionnels

10h00 : LE MENAGE DU DORTOIR, UNE ACTIVITE VIRILE ET VALORISANTE
Table ronde et exercices pratiques

12h00 : DIFFERENCES ENTRE LE PANIER A LINGE ET LE SOL ET COMMENT SE RENDRE A LA LAVERIE SANS SE PERDRE
Exercices pratiques avec paniers en osier

De 14h00 à 19h00 : COURS DE CUISINE PRATIQUE EN 3 ETAPES

Niveau 1 (débutant) : Les appareils ménagers « ON mettre en marche » « OFF arrêter l’appareil ».

Niveau 2 avancé : Mon premier « Shinra rapid’soup » sans brûler l’eau

Niveau 3 Expert : Faire un café sans oublier l’eau ou le café et ne pas utiliser le soluble qui est incompatible avec la cafetière


CINQUIEME JOUR

Thème : être un SOLDAT dans son corps et dans sa tête

Instructeur : Sephiroth

8h00 : Santé module 1 : SE LAVER TOUS LES JOURS EST SANS RISQUE POUR VOTRE SANTE
Présentation Power Point avec intervention du Pr. Hojo

9h00 : Santé module 2 : NON, LE GEL COIFFANT N’EST PAS UNE FATALITE, ON PEUT S’EN PASSER
Table ronde avec intervention de médecins addictologues

11h00 : Santé module 3 : COMMENT SURVIVRE A UN RHUME SANS PENSER ETRE A L’ARTICLE DE LA MORT
Table ronde avec intervention de médecins

14h00 : Vie pratique module 1 : DES HOMMES PERDUS PEUVENT DEMANDER LEUR CHEMIN
Témoignages du seul soldat mâle l’ayant jamais fait

16h00 : Vie pratique module 2 : SE RAPPELER DES DATES DE MISSION ET PREVENIR QUAND VOUS AVEZ DU RETARD
Apporter son agenda au cours

17h00 : Vie pratique module 3 : MON ARME N’EST PAS L’EXPRESSION DE MA VIRILITE, LA PREUVE PAR LES CHIFFRES
Apporter son double décimètre personnel

18h00 : COMPTE-RENDU DU STAGE AVEC L’EQUIPE PEDAGOGIQUE


En raison du nombre croissant des demandes, nous invitons les supérieurs hiérarchiques directs et les instructeurs à nous faire parvenir les demandes d’inscription dans les plus brefs délais.

Merci d’avance

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Rends-moi ma vie !

***

Auteur : Shiva Rajah

Relecture et Réécriture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Illustration tirée des maquettes du doujinshi “BUBBLES” du Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Note : Yuusuke Naora est le directeur artistique du film “FF VII - Advent Children”

- Yuusuke ? Yuusuke ? Yuusuke…

Qui m’appelait ? Je croyais que tout le monde avait déjà quitté le studio.

- Yuusuke… Réveille-toi…

J’ouvris un œil. Mon rêve m’avait laissé un goût amer dans la bouche, comme si j’avais sucé des pièces de monnaie.

Quelle heure pouvait-il bien être ?

Mon bureau était plongé dans la pénombre et les objets se détachaient des panneaux blancs des murs comme est ombres fantomatiques.

- Yuusuke…

Je me redressai sur mon fauteuil, le cœur battant.

Je n’avais pas rêvé. On m’appelait vraiment…

- Yuusuke…

C’est pas vrai ! Voilà que j’entendais des voix, maintenant…

Les somnifères que j’avais pris la veille ? Saleté ! Je n’étais pas prêt d’avaler à nouveau l’un de ces trucs.

“C’est léger” m’avait-on assuré à la pharmacie.

Tu parles !

Bon sang, mais pourquoi avais-je autant de mal à trouver le sommeil ? Je supportais pourtant bien la pression, d’habitude. Et Avent Children Complete allait faire un carton, c’était quasi-certain. Alors pourquoi angoissais-je ainsi ?

- Yuusuke…

Je me figeai.

C’était une plaisanterie de mes collaborateurs ou quoi ?

La gorge sèche, je tendis la main vers l’interrupteur de ma lampe de bureau et dus tâtonner un bon moment avant de le trouver.

- Yuusuke!

Je tressaillis si fort que je faillis reverser la lampe.

J’actionnai brutalement l’interrupteur et me pressai contre le dossier de mon fauteuil, inspectant du regard chaque recoin du bureau, le cœur battant.

Rien.

Normal, qu’est-ce que j’espérais ? Un ange voletant au-dessus de mon secrétaire en m’appelant par mon nom ?

J’attendis un instant, l’oreille aux aguets.

Silence.

Avec un soupir, je laissai tomber ma tête entre mes bras croisés et ricanai. Bon sang ! Quelle histoire. Ça m’apprendrait à lire le paragraphe des effets non désirables sur les notices des médic…

- Eh ! Yuusuke !

Je bondis de mon fauteuil et m’aplatis contre le mur, derrière moi, en brandissant une figurine en résine à l’effigie de Cloud, l’un de mes personnages les plus réussis. Guère convainquant, comme arme, mais c’était toujours ça.

- Qui… qui est là ? bredouillai-je. C’est une blague, les gars ? Il y a une Webcam de planquée, c’est ça ?

Silence…

- Mais qu’est-ce qui me prend ? maugréai-je en reposant la figurine sur mon bureau. Je perds la boule ! Voilà que je parle tout seul.

- Yuusuke ! Par ici !

Avec un cri, je reculai et me recroquevillai à nouveau dos au mur en tournant frénétiquement la tête en tout sens.

Il n’y avait pourtant personne, je n’étais pas fou !

Le vidéo-projecteur, l’armoire, mon bureau, la table de dessin sur laquelle s’étalaient les dernières planches du story-board des scènes rajoutées d’avent children et…

Quelque chose ne bougeait-il pas, sur le story-board ?

- Yuusuke ! Approche. N’aie pas peur. Viens.

Ça venait bien de là.

Mon Dieu… ça y est, j’étais bon pour l’asile. Ça m’apprendrait à concevoir des mondes de jeux vidéo et des personnages torturés !

- Approche, Yuusuke.

Je déglutis avec difficulté. Cette voix m’était familière et, pourtant, j’étais certain de ne l’avoir jamais entendue.

- Yuusuke …

Le ton se fit suppliant et j’aurais juré voir le dessin frémir. Impossible.

- Qui… qui êtes-vous ?

Pauvre de moi ! Voilà que je parlais à une feuille de papier…

“Reprends-toi, mon garçon, ce n’est qu’un effet secondaire du somnifère.”

- Ton ami, Yuusuke … ton seul véritable ami. Celui que tu as rêvé si fort que tu lui as redonné vie à travers un logiciel d’images de synthèse. Viens, Yuusuke …

- Que… de quoi parlez-vous ? Je… je ne vous connais pas.

- Oh ! mais si, tu me connais, Yuusuke, puisque c’est toi qui m’as créé. Combien de fois n’as-tu pas rêvé de moi ? Combien de fois n’as-tu pas essayé d’être moi ? Viens, Yuusuke, viens… c’est la seule occasion que tu n’auras jamais.

Oh là là… je perdais complètement les pédales.

C’était quoi, ça ? Une matérialisation de mes fantasmes ?

Ma pauvre tête…

Il fallait que je voie un psy… que j’en voie un au plus vite.

- Approche et tu verras que je dis la vérité. Approche…

- Et en plus, j’essaye de me trouver toutes les excuses pour y croire… murmurai-je. Pauvre de moi.

- Approche, que risques-tu ? Viens, Yuusuke. N’en as-tu pas assez de te branler après m’avoir dessiné ? N’as-tu pas envie de vivre les aventures que tu imagines pour de vrai ? Tu en rêves, Yuusuke, je le sais. Viens…

- Taisez-vous ! Si on vous entendait, je…

Mais qu’est-ce que je racontais ? Entendre quoi ? Cette voix était le fruit de mon imagination. Je culpabilisais, voilà l’explication. Tout ceci n’était qu’un moyen pour mon cerveau de m’avertir que j’allais trop loin et que j’allais perdre les pédales.

Il fallait que j’arrête toutes ces conneries de jeux vidéo ! Que je devienne raisonnable. Oui, c’est ça. Raisonnable.

Raisonnable…

Mais je ne voulais pas être un type raisonnable ! J’avais besoin d’autre chose… une chose que, pour l’instant, seuls mon imagination et mes personnages pouvaient me donner.

- Approche, Yuusuke.

Qu’est-ce que je risquais, après tout ? Les rêve, ça peut pas vous faire de mal, non ?

Mes pieds, comme mus par une volonté propre, se posèrent l’un devant l’autre, me portant jusqu’à la table de dessin.

- Oui, Yuusuke, gémit la voix langoureuse. Viens à moi…

Plus qu’un pas… plus qu’un pas… baisser les yeux sur le story-board et…

- Mon Dieu… Oh ! Mon Dieu ! Ce n’est pas possible ! Ce n’est pas possible…

Il était là.

Sarcastique, séduisant et dangereux à mourir dans la case du story-board.

Il était là et me souriait.

La gorge serrée, je vis sa main aux longs doigts gantés caresser son long sabre. Masamune…

- Veux-tu le toucher, Yuusuke ?

- Impossible… C’est impossible… Je deviens fou.

- Tu en meures d’envie… Donne-moi ta main, Yuusuke… Donne-moi ta main…

Sans même me rendre compte de ce que j’étais en train de faire, je tendis la main vers la feuille du story-board et… la traversai.

- Oh ! Mon Dieu !

Je voulus la retirer mais Sephiroth la saisit pour la poser sur sa poitrine, si bien que je dus me pencher en avant. La moitié de mon bras était à présent dans le dessin.

Je le voyais sans pouvoir y croire. Quelques lignes claires sur le papier blanc…

Mais un cœur battait contre ma paume et je sentais une peau lisse et tiède sous les lanières de cuir qui sanglaient le torse de mon ange déchu.

- Viens à Moi, Yuusuke… Viens…

Il me tira par le bras et je ne résistai pas. Je sentis mon corps se dissoudre, sans douleur aucune, et ne faire plus qu’un avec le papier.

Je sentais son odeur, à présent. Un mélange entêtant d’acier, de cuir et d’un parfum boisé.

- Ouvre les yeux, Yuusuke … Ouvre les yeux et goûte ce que l’on ressent à être ce que tu as fait de moi.

De quoi parlait-il ? Son ton s’était fait cassant, soudain.

J’ouvris les yeux et levai les yeux vers lui. Il se tenait au-dessus de moi et souriait méchamment, ma main toujours prisonnière de la sienne. Loin… loin au-dessus de moi. Et derrière lui… derrière lui, je voyais mon bureau.

Je regardai autour de moi. Tout était blanc. Tout était vide. Vide et plat. Sans consistance. Un monde en deux dimensions. Un monde de papier…

- Il ne faut pas s’offrir des rêves au-dessus de ses moyens, railla-t-il en lâchant ma main. Ils pourraient te contrôler. Prendre possession de toi, de ta vie, de ta place… Qui est le fou, à présent ?

- Non… bredouillai-je en essayant désespérément de m’accrocher la manche de son manteau de cuir noir. C’est un cauchemar…

- Le cauchemar commence maintenant, Yuusuke, promit-il en se dégageant d’une sèche torsion de poignet, ce qui eut pour effet de déboîter le mien.

- Ah ! Non ! Reviens ! Sephiroth ! Ne me laisse pas ici ! Oh ! mon Dieu, je vous en supplie ! Non ! Rends-moi ma vie, Sephiroth ! Tu n’as pas le droit ! Rends-moi ma vie !

***

L’ambulancier rabattit le drap sur le corps étendu sur la moquette saumon du bureau.

- Un bon directeur artistique… soupira-t-il en mettant le tube de somnifères vide dans un sac en plastique avant de le sceller. Si c’est pas malheureux de voir ça… T’as vu comme il s’est déguisé, avant de se suicider ?

Il désigna le long manteau de cuir noir, qui dépassait du drap. Un manteau aux épaules bien trop larges pour le défunt maigrelet.

- Ouais… Bon artiste, peut-être, mais pas très net, je confirme, remarqua son confrère.

Le jeune urgentiste tendit à son supérieur une planche de story-board en grimaçant.

- Oh ! bon sang ! Il s’est dessiné lui-même, non ?

- On dirait bien, oui.

L’ambulancier observa le visage torturé et les mains crispées sur la case du story-board de l’autoportrait du défunt.

La case était blanche à l’exception de lui-même et d’une bulle écrite en lettres grasses : ” Sephiroth ! Rends-moi ma vie ! Laisse-moi m’en aller !”

- Ça ressemble à un dernier adieu.

- Banal, quelque part, pour un suicide.

- La pression médiatique, sans doute. La presse attendait le film remanié le pied ferme. Il ne devait plus le supporter. Il s’est dessiné comme s’il se sentait prisonnier.

- Épargne-moi tes analyses psychiatriques bon marché, veux-tu.

- Pardon, chef. Quoi qu’il en soit, les fans vont le regretter.

- Sans doute. Euh… monsieur, fit l’ambulancier en se tournant vers le jeune homme de haute taille, aux yeux verts lumineux et aux longs cheveux étrangement gris, qui attendait près de la porte. Je sais à quel point il a dû être choquant de trouver la vic… le défunt ainsi mais… la police vous appellera sans doute demain et vous demandera peut-être de passer au commissariat pour faire une déposition.

L’inconnu ajusta la ceinture de son pantalon de cuir et tira sur son t-shirt, comme si le vêtement était trop étroit de plusieurs tailles et le gênait.

- Bien sûr, sans problème, assura-t-il en hochant aimablement la tête. Mais, je vous l’ai dit, je le connaissais à peine. Il m’a accosté dans ce salon professionnel et…

- Et vous a donné rendez-vous ici pour passer un entretien d’embauche, oui, vous nous l’avez dit. Concepteur, c’est ça ?

- Non, scénariste. Je suis scénariste. Je crée des histoires ou… je les remanie à ma sauce, précisa-t-il avec un petit sourire ironique que l’ambulancier eut du mal à interpréter.

- Bon eh bien… Je pense que ce sera tout. Nous avons votre nom et votre numéro de portable aussi, on ne va pas vous retenir plus longtemps. Voulez-vous qu’on vous appelle un taxi ?

Le jeune homme sourit de toutes ses dents.

- Ce ne sera pas nécessaire, de la famille va passer me chercher en moto sous peu. J’ai fait le nécessaire.

- Dans ce cas… Au revoir, monsieur. Et merci encore d’avoir appelé.

- Ce fut un plaisir. (L’ambulancier tiqua.) De vous aider, s’entend…

L’infirmier le regarda se diriger vers la porte et fronça les sourcils.

- Putain, il fout les jetons, ce type…

Son confrère frissonna et acquiesça sans un mot.

FIN

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V - Seuls les morts sont froids

Le désir est l’appétit de l’agréable. “

Aristote

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Zack nous apprit que le seul poste de police de Gongaga se trouvait à deux pas de la maison de ses parents, sur la place du village.

Nous avions contacté Lazard par téléphone pour l’informer de ce qui s’était passé mais il s’était contenté d’un : ” cela regarde les autorités locales, désormais. Le président a interrompu la mission, vous n’avez plus rien à faire là-bas. Passez le dossier aux autorités compétentes, rassemblez le matériel sensible et rentrez à la base. Vous avez trois jours pour plier bagage. “

Ca avait au moins le mérite d’être clair…

En raison de la mauvaise visibilité et de l’état des routes, nous mîmes deux bonnes heures à parcourir les quelques quarante kilomètres à vol d’oiseau (le double par la route) qui nous séparaient de Gongaga, qui était, en fait, un village plus qu’un bourg.

Pas de lumière dans les ruelles, bien entendu, et des trous où je faillis plusieurs fois me briser les jambes.

Je ne sus que nous étions arrivés à l’antenne de police que parce que Zack me traduisit l’inscription à demi effacée peinte sur le mur de torchis. Jamais il ne me serait venu à l’idée que cette porcherie pouvait tenir lieu de commissariat local.

A peine passée la porte, dont seules quelques écailles témoignaient d’un ancien vernissage, l’odeur de sueur et d’huile rance me prit à la gorge.

Le policier de garde, un Gongagien bedonnant à la chemise blanche maculée de tâches, était affalé sur une chaise de bois qui avait vu des jours meilleurs. Il est hasardeux d’essayer de donner un âge aux gens de ce pays mais j’aurais dit qu’il devait avoir dans les quarante ans.

En nous entendant arriver, il leva vers nous un œil endormi et retira ses pieds de la table.

Visiblement, nous avions interrompu son petit somme.

Je vis Zack se lancer dans un discours, auquel je ne compris pas un traître mot, à grand renfort de gestes et d’exclamations mais le policier, ou ce qui en tenait lieu, se contenta de gratter sa barbe de trois jours et de chasser de la table un cafard gros comme mon poignet d’un revers de la main.

J’esquivai le projectile ragoûtant avec une grimace et me tournai vers Angeal.

- Qu’est-ce qu’il raconte ? demandai-je.

Angeal, concentré sur la conversation, me fit signe de me taire d’un geste et je soupirai.

Lorsqu’il entendit le nom de “Rufus Shinra”, seule chose que je saisis de la discussion, le policier tressaillit et se leva d’un mouvement brusque pour se lancer, à son tour, dans une diatribe sans fin en agitant les bras en tout sens.

Je ne sais pas ce que lui avait dit Zack mais cela avait eu l’air de faire son effet à en juger par la mine soudain inquiète du policier et par la façon dont il se tenait la tête, gémissant entre deux phrases.

- Mais qu’est-ce qu’il dit ? insistai-je.

- Chut ! rétorqua Angeal avec un geste irrité.

Je levai les yeux au ciel et fit claquer mes mains sur les cuisses en m’accroupissant sur le sol. Le cafard, de nouveau sur ses pattes, était juste entre les miennes et je me redressai aussi sec en jurant comme un charretier pour l’écraser brutalement sous ma semelle avec un bruit de craquement de céréales.

Je ne sais pas si ce fut à cause du bruit du cafard ou de celui du claquement de ma semelle sur le sol de bois fêlé - je chausse quand même du quarante-cinq - mais Zack et le policier cessèrent immédiatement leur conversation animée et se tournèrent vers moi.

J’en profitai.

- Alors ? demandai-je.

- Il ne veut pas s’occuper de l’affaire avant d’en référer à monsieur Shinra, soupira Zack.

Je faillis m’étrangler.

- Quoi ? m’écriai-je. Un homme a été assassiné et nous avons plusieurs cadavres sur les bras ! Il faut un légiste et au moins deux ambulances !

Zack commença à lui traduire ce que je venais de dire et s’arrêta en cours de route pour se tourner vers moi.

- Euh… Je crains que le mot ” légiste ” n’existe pas en gongagien, Général.

J’allais lui répondre lorsqu’Angeal me devança et adressa au policier quelques mots en un Gongagien laborieux.

Le visage de l’homme s’éclaira et il répondit quelque chose que je ne compris pas.

- Il dit qu’il en a vu un dans un film policier, le mois dernier… soupira mon ami d’un ton morne.

Je tapai à nouveau du pied, faisant sauter un éclat de plancher. Cette fois je commençais vraiment à m’énerver.

- J’exige qu’il prenne notre déposition et qu’il appelle un hôpital ! hurlai-je.

Zack traduisit mais l’homme secoua la tête, obstiné. Avec un grognement, je le saisis par son col de chemise et Angeal s’interposa, me tirant en arrière.

- Laisse tomber, Seph, c’est inutile. Ici, rien ne fonctionne comme chez nous. Allons plutôt voir son “altesse”. Ce type ne bougera pas le petit doigt sans son accord express.

Nous quittâmes le bâtiment et l’homme me jeta un regard terrifié avant de fermer doucement la porte derrière nous.

Notre véhicule n’avait pas bougé des abords du village, les ruelles étroites et les trous dans la chaussée ne permettant pas son passage à travers le village sans risquer de perdre une roue, 4×4 ou non.

Enfin… disons que le 4×4 break lui-même n’avait pas bougé… parce que les portières, elles, gisaient de part et d’autre sur le sol.

Avec un juron, Angeal se précipita, brandissant la torche électrique qui nous avait permis de trouver le commissariat sans tomber dans un trou.

En m’approchant à mon tour, je ne pus retenir une exclamation étouffée et Zack se mit à marmonner ce qui semblait être une prière pour chasser le mauvais oeil.

Visiblement, celui qui avait fait ça avait agi par pur plaisir de nuire car nous n’avions pas fermé les portières à clé. Il n’y avait donc nulle raison de les arracher.

De plus, rien n’avait été volé. Le sac à dos d’Angeal n’avait même pas été fouillé. Tout était intact sur le siège du conducteur et rien ne manquait du matériel.

- Bon sang ! Le type qui a fait ça devait être une force de la nature, remarquai-je en observant le métal tordu.

- C’est de la tôle ! répliqua Angeal en soulevant une portière. Personne n’aurait pu faire une chose pareille. Regarde-moi ça, on dirait qu’elle a été pliée comme une vulgaire feuille de papier.

La portière en question me faisait penser à une énorme papillote, comme celles que les femmes se mettent dans les cheveux pour les friser.

Angeal braqua la torche sur la seconde et la retourna du pied.

- Merde ! Merde ! Merde ! grogna-t-il. Il ne nous manquait plus que ça !

La seconde portière était éventrée comme si elle avait eu maille à partir avec une pelleteuse mécanique.

Des petits lézards glacés me descendaient le long du dos, mais, sachant que Zack nous observait pour savoir quelle attitude adopter, j’essayai tant bien que mal d’afficher une expression décontractée, comme celle des héros de films ou de jeux vidéo qui plaisantent devant la voiture qui vient de leur exploser sous le nez, manquant de peu de les faire rôtir.

- Qu’est-ce qu’on fait ? demandai-je, faussement sarcastique. On aura l’air fin à rouler comme ça. Remarque, ça économisera la clim. Je savais qu’ils n’aimaient pas beaucoup les étrangers, ici, mais à ce point là…

Angeal jura une fois de plus et nous fit signe de monter à bord.

- Oh putain ! s’écria Zack en ressortant vivement.

- Quoi ? demandai-je en m’approchant pour regarder prudemment à l’intérieur.

Pour toute réponse, Zack me désigna le siège passager et Angeal balaya la cabine de la torche.

Au début, je ne vis rien de particulier. Le siège du conducteur était intact, ainsi que le tableau de bord.

Là où ça se gâtait, c’était du côté passager - à savoir le mien.

Je crois que le terme “place du mort” se justifiait parfaitement dans ce cas : le fauteuil, mon fauteuil, avait été éventré avec une rage impressionnante. Des morceaux de mousse étaient éparpillés partout et le skaï avait été lacéré. Quatre belles coupures bien régulières, comme celles qu’aurait pu faire la patte d’un chat.

D’un très gros chat…

- Tous les fauves de la région se sont donnés le mot pour nous pourrir la vie ou quoi ? lançai-je dans une lamentable tentative pour faire de l’humour malgré l’angoisse qui commençait à me nouer le ventre. Ils sont de sortie ? C’est leur fête annuelle ?

Angeal tendit la main, prit un amas de coton déchiqueté sur le plancher et le déplia.

Mon sweat-shirt. Celui que je laissais en permanence dans la voiture au cas où.

Il ne restait même plus dix centimètres carrés de tissu intact.

- Je ne sais pas s’ils sont de sortie mais celui-là, c’est visiblement toi qu’il voulait. Tu dois avoir une odeur particulièrement appétissante.

Je lui arrachai feu sweat-shirt des mains avec un regard meurtrier, et m’en fis une sorte de ” coussin-serpillière ” pour empêcher les ressorts du siège de m’arracher la peau des fesses.

- Très drôle, dis-je en retenant un frisson. Allez, grimpe et démarre ! Je ne tiens pas vraiment à rester dans le coin avec une bestiole comme ça dans les parages.

Zack marqua un temps d’arrêt, avant de monter dans le véhicule, et nous le vîmes tourner la tête en direction du village en se mordillant la lèvre.

- Zack, ça va ? s’enquit Angeal, le faisant sursauter.

Le garçon rougit et acquiesça.

- Oui, monsieur. Bien sûr.

Mon ami sourit.

- Tu t’inquiète pour tes parents ?

Son protégé baissa les yeux, horriblement embarrassé.

- C’est que… je n’avais jamais vu un fauve s’approcher aussi près des habitations, monsieur.

Angeal hocha gravement la tête, d’apparence calme, mais je remarquai que le tendon de sa mâchoire jouait sous sa peau tandis qu’il serrait les dents.

Ah ! On peut dire qu’on avait du mal à le jouer, notre rôle de gros durs blasés !

Mon ami et moi avions beau faire les fiers à bras, nous étions tout aussi angoissés que le gamin par les événements de la nuit.

Et l’atmosphère lugubre n’arrangeait rien à l’affaire.

La lune était cachée par intermittences, les nuages noirs se déplaçant lentement avec la brise, et j’avais l’impression que chaque coin d’ombre cachait un monstre prêt à bondir. Je m’imaginai l’un de ces animaux me saisissant la jambe par le trou béant qu’avait laissé la portière et je me m’en écartait d’instinct le plus possible en essayant de me faire tout petit sur mon siège.

Zack avait raison de s’inquiéter.

Un fauve sur le chantier, on pouvait encore l’admettre, la dense forêt de Gongaga n’était pas loin. Mais ici, au beau milieu du village…

- Monsieur… murmura timidement le garçon.

Angeal lui adressa un sourire un peu forcé.

- Mhh ?

- Vous… Vous ne croyez pas qu’il pourrait s’agir de la même bête que sur le chantier, n’est-ce pas ?

Je sortis la tête de la voiture pour me tourner vers lui et éclatai de rire.

- Bien sûr que si ! raillai-je. Il nous a suivi en courant uniquement pour avoir le plaisir de te croquer les orteils ! T’as une touche, petit, y’a pas de doute !

Il rougit furieusement et Angeal secoua la tête.

- Tu sais mieux que personne combien il y a de fauves dans ce putain de pays, Zack. A mon avis, ils doivent crever de faim par manque de gibier ou un truc comme ça et ils sont sortis de la forêt pour trouver de la nourriture, point. A en croire les écologistes, il paraît qu’avec l’extension des cultures, les animaux ont de moins en moins d’espace vital. Qu’est-ce que tu ferais à leur place, mhh ?

Il hocha la tête.

- Vous avez sûrement raison, monsieur.

- Il a raison, fis-je avec un sourire qui se voulait rassurant. C’était un accident Zack, rien de plus.

Angeal lui désigna le village d’un mouvement du menton.

- File chez tes parents pour cette nuit et assure-toi qu’ils vont bien. Je passerai te chercher demain, lorsque nous aurons mis un peu d’ordre dans le camp.

- Non, je ne peux pas vous laiss…

- C’est un ordre !

Le garçon s’inclina.

- Bien, monsieur. Merci…

Il nous adressa un sourire reconnaissant et fila sans demander son reste avant que l’on ne change d’avis.

Nous nous mîmes en route et je frottai mes bras nus.

Je n’avais même pas pris le temps de mettre au moins un maillot de corps avant de partir et je commençais à le regretter.

Comment aurais-je pu deviner qu’une saloperie de bestiole allait réduite mon sweat en pièces, aussi ?

Saloperie de pays !

Tandis que nous reprenions le chemin du chantier, cette histoire de malédiction et de démon me trottait dans la tête. On a beau ne pas y croire, dans ce genre de cas, on ne peut pas s’empêcher de douter de tout, à plus forte raison de ses propres convictions.

Je repensai au chamane.

Il traînait sa puanteur dans toute la région et devait forcément être au courant que les fauves quittaient la forêt en quête d’un bon repas. N’importe quel imbécile sachant cela aurait pu faire une telle prédiction et j’étais persuadé qu’il connaissait l’existence du temple sous le réacteur, le salaud !

Il nous avait laissé creuser en se marrant dans son coin, attendant de faire sa petite entrée et de nous coller une frousse de tous les diables avec sa belle prophétie préparée de longue date.

Quel chien ! Il ne perdait rien pour attendre.

Je me massai la nuque en baillant. J’étais physiquement et nerveusement épuisé.

Angeal me donna une petite tape sur le genou et je tressaillis.

J’étais vraiment à cran.

- Essaye de dormir un peu, Seph. Nous n’arriverons pas avant deux bonnes heures, vu l’était de la route.

- Tu auras assez d’essence ?

Si on tombait en panne, là, au milieu de nulle part, je ne donnais pas cher de notre peau avec toutes ces bestioles en vadrouille. Cela devait être affreux de mourir de la sorte. Sentir sa chair se déchirer, lambeau par lambeau, être dévoré vif…

Je repensai aux cadavres des soldats et du cuisinier et me frottai les bras encore plus vigoureusement.

- Il y a trois jerrycans derrière, t’en fais pas. Tu as froid ? C’est la fatigue. Tiens, mets ça.

Tout en conduisant, il retira le pull de son uniforme et me le tendit, pour ne garder que son maillot.

Je l’enfilai avec reconnaissance.

Il était doux et la chaleur de son corps s’était communiquée au tissu. Je cessai instantanément de frissonner et frottai ma joue contre le col.

Il portait son odeur, un parfum fortement boisé. Pour un peu, si je prenais la peine de tomber dans un ridicule un tantinet romantique, je dirais que je me serai cru dans ses bras.

Je le regardai dans la pénombre que diffusait la lumière de phares : un visage anguleux et carré, des traits élégants et fermes et une carrure de lutteur. Angeal avait un corps à damner un saint.

Et si… “ me surpris-je à penser avec un sourire rêveur.

Bah, quoi ?

Pourquoi pas, après tout ? Il était de compagnie agréable et je savais qu’il avait eu une petite aventure platonique avec Genesis, dans son adolescence. Il suffisait peut être de peu de choses pour…

- Ca va ? me demanda-t-il, interrompant ma rêverie. Tu fais une drôle de tête.

Le charme était rompu et je redescendis brusquement sur terre.

Angeal était comme mon frère. Comment pouvais-je penser à des choses pareilles ?

Je secouai la tête.

- Si je te disais à quoi j’étais en train de penser, tu me jetterais en pâture aux fauves, répondis-je amèrement.

Il leva un sourcil et me coula un regard en coin avant de me faire un clin d’œil.

- Quand on voit la mort de trop près, on a envie de ça, c’est normal. Ca t’a pas fait ça, à Wutaï ? Moi, j’avais envie de baiser sans arrêt. Les psy disent que c’est une réaction… comment on dit déjà ? Tu sais pour exorciser le truc. L’opposition entre la vie et la mort, tout ça.

Je tordis le nez.

- Oui, je sais.

- Bah j’espère qu’à Wutaï, tu as eu plus de chance que moi.

Je fis la moue.

- Je n’ai pas tâté de la ” chair locale “, avouai-je.

- Tu n’as rien perdu.

- Les dames utaïennes ne sont donc pas des ” affaires ” ?

- Ni les hommes, d’après ce que j’ai entendu dire. A croire qu’un Dieu blagueur les a privés de libido !

- A ce point là ?

Il se tourna avec un sourire moqueur.

- T’as vu Tseng ?

Je ris de bon cœur.

- Oui, c’est sûr que, vu comme ça…

- Blague à part, tu n’as quand même pas passé tout ce temps à Wutaï à te serrer la ceinture !

- Non, j’avais une aventure avec un autre soldat, à l’époque.

Angeal leva le sourcil.

- Ah ? Qui ?

- Weiss. Enfin, quand son frère Nero voulait bien lui lâcher la jambe !

Il pouffa.

- Ah ! Ces deux-là…

- Ouais.

- C’est vrai que question jolis garçons, t’es pas gâté, par ici, dit-il en secouant la tête. Sérieux, ça fait combien de temps que tu n’as pas… Ah, merde !

La voiture fit un écart et je dus m’agripper à lui pour ne pas être projeté à l’extérieur du Break.

Il me sembla voir une masse noire passer dans mon champ de vision et un cri se coinça dans ma gorge.

C’était inconcevable.

Nous roulions à plus de soixante ! Cet animal ne pouvait pas nous suivre et certainement pas nous percuter ainsi sans y laisser un os.

Angeal parvint à rétablir le véhicule et coupa le moteur.

- Mais qu’est-ce que tu fais ? criai-je, paniqué. Tu veux te faire déchiqueter ? Redémarre ! Tu as vu la force de cette bestiole ?

Il me fixa un instant, interdit, et me posa la main sur l’épaule.

- Seph… On a crevé, dit-il comme s’il parlait à un simple d’esprit.

- Je l’ai vu ! Il nous a percuté ! Il était là, dehors, il est passé devant nous !

Je regardai partout, m’attendant à le voir surgir à tout instant pour enfoncer ses crocs dans ma cuisse.

- On a crevé, Seph… répéta Angeal. Il n’y a rien dehors.

- Bon sang ! Je te dis qu’il est là ! hurlai-je en me tournant en tout sens.

Avec un soupir, il tendit la main pour prendre le fusil et la torche derrière lui et sortit du break.

- Reviens ici tout de suite et redémarre !

L’angoisse au ventre, je le vis faire le tour de la voiture et balayer le paysage de sa torche.

Puis il se baissa pour ramasser quelque chose et se pencha vers moi.

- On a crevé, répéta-t-il en me tendant une pierre aiguë. Et il n’y a rien dehors, Seph, à part ces fichus cailloux coupants.

Je sortis du véhicule et regardai la roue.

Aucun fauve ne nous avait percuté, la roue était juste affaissée et dégonflée. On voyait parfaitement le silex qui y était fiché.

- Désolé… murmurai-je, honteux, en m’appuyant sur le 4×4.

Angeal commença à sortir un pneu de secours et un cric de l’arrière du véhicule et je l’aidai à changer la roue - sans pouvoir cependant m’empêcher de regarder par-dessus mon épaule, à la recherche d’une paire d’yeux luisant dans l’obscurité.

Les vis grippaient à cause de la poussière mais nous pûmes nous remettre en route assez rapidement, ce qui, je l’avoue, me soulagea.

Mon compagnon me jetait de fréquents coups d’œil, auxquels j’essayai de répondre par un sourire - hélas peu convainquant.

- T’es sur les nerfs, hein ? me demanda-t-il soudain.

Je regardai l’obscurité qui nous entourait et me laissai aller sur mon siège en soupirant, me couvrant le bas du visage des mains.

- C’est peu de le dire.

Il hocha la tête et m’adressa un sourire rassurant.

- C’est bientôt terminé, Seph. On va aller voir “sa majesté”, régler tout ça, et, dans trois jours, ce ne sera plus qu’un lointain souvenir.

Je laissai échapper un rire amer.

- Un lointain souvenir… Tu parles ! Ce connard blondinet m’a littéralement lynché ! J’aurais de la chance si, après ça, on ne me relègue pas à la surveillance des réacteurs… Et pour améliorer encore l’excellente impression que je lui ai faite, je viens de perdre quatre hommes par la faute d’un foutu chat de merde et d’un tueur mystérieux ! Chier !

Je frappai le tableau de bord du plat de la main.

- Seph…

- Chier ! Chier ! Chier !

Je me sentais au bord de la crise de nerfs, les cadavres déchiquetés dansant devant mes yeux, et fermai les paupières pour essayer de me calmer.

- Viens là.

J’ouvris les yeux et remarquai qu’Angeal s’était arrêté au milieu de la petite route déserte. Je ne m’étais même pas aperçu du silence soudain, provoqué par l’arrêt du moteur.

On n’entendait plus que le chant des insectes et le chuchotement de la brise, uniquement entrecoupés par le cri lointain d’un oiseau de nuit.

- Allez, viens là, répéta-t-il.

Il s’était à demi tourné vers moi et me tendait les bras.

Je m’y blottis sans réfléchir.

Il était plus petit que moi mais dégageait une force presque palpable. Je me sentais comme un petit garçon entre ses bras.

En sécurité.

Au chaud.

Je cessai immédiatement de frissonner, ses larges mains pétrissant mon dos, me communiquant leur chaleur à travers l’étoffe de son pull.

- Ce connard va me rétrograder, Angie.

- Bien sûr que non…

Il resserra son étreinte et le soupirai.

Le levier de vitesse me meurtrissait la cuisse mais je m’en moquais. J’étais bien entre ses bras.

Je sentais sa joue contre mon cou, les poils de sa barbichette qui me piquaient la joue et son odeur chaude, presque animale. J’avais besoin de cette chaleur et de ce soutien.

J’en vais besoin tout de suite !

Sans même m’en rendre compte, ma joue glissa sur la sienne et il eut un petit mouvement de recul lorsque mes lèvres frôlèrent les siennes.

- S’il te plaît, murmurai-je en le sentant se pétrifier. S’il te plaît, Angie…

Il recula et me fixa un instant sans comprendre. Je lui lançai un regard suppliant et sa bouche s’étira en un sourire indulgent.

- Allons Seph, ça va aller, reprends-toi, mon grand.

Je pressai alors mes lèvres sur les siennes et il fit une chose dont je ne l’aurais jamais cru capable : Angeal me frappa avec une telle brutalité que je dus m’agripper au tableau de bord pour ne pas être expulsé de la voiture sous la force du choc.

Je savais qu’il était une force de la nature, mais j’avoue que je ne m’étais pas non plus attendu à cela.

Il n’avait jamais été brutal avec moi, pas même durant nos entraînements et il n’avait que rarement haussé le ton.

La violence de son rejet me fit plus mal que le coup lui-même.

Il avait mis tant de rage dans son geste, tant de mépris, que j’eus l’impression de me retrouver devant un étranger.

- Angeal… chuchotai-je, sous le choc.

Ses lèvres se mirent à trembler et il secoua la tête.

- Je… je suis désolé, Seph, bredouilla-t-il. Je… je ne voulais pas cogner aussi fort. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Je crois que moi aussi, je suis à bout.

- Tu n’avais pas besoin de faire ça, fis-je d’une voix blanche.

Je commençais à sentir la colère me gagner.

Jamais je n’avais forcé qui que ce soit et Angeal le savait parfaitement. Il aurait suffit d’un simple ” stop ! ” pour que je le laisse tranquille.

Il tendit une main vers ma joue mais je la repoussai.

- Qu’est-ce qui nous arrive, bon sang ? soupira-t-il en s’adossant à son fauteuil, se prenant la tête dans les mains. Qu’est-ce qui nous arrive ?

Il semblait brisé.

- Oublie ça, Angie. Je suis allé trop loin, c’est de ma faute.

Il tourna la tête vers moi et tendit une main pour allumer le plafonnier.

La lumière vive m’éblouit.

Je fermai les yeux mais sentis ses doigts sur ma joue, qui commençait à me lancer.

- Je ne t’ai pas raté, mon pauvre Seph, remarqua-t-il en éteignant la petite lampe. Désolé.

Je souris mais n’osai pas le regarder en face ou faire un geste, de peur qu’il soit mal interprété. Un mur venait de s’élever entre nous et je sus que jamais plus je ne me permettrai un geste tendre ou amical à son endroit. Du moins, pas avant de longs mois.

Il dut s’en rendre compte car je le sentis se raidir.

- Il ne vaut mieux pas rester dans le coin, dis-je en détournant le visage pour regarder à l’extérieur.

Je le sentis s’écarter, remuer sur son siège et j’attendis sagement que le moteur se remette en marche, les yeux toujours fixés dans le décor, à travers le trou béant de la portière manquante.

- Seph ?

En soupirant, je me tournai vers lui et blêmis.

Il avait retiré son maillot et le haut de son pantalon était déboutonné, laissant apparaître quelques poils bruns sur le bas de son ventre.

Ma gorge s’assécha.

Angeal était bâti comme un dieu, une musculature ferme et bien dessinée roulait sous sa peau hâlée.

- Qu’y a-t-il, Seph ? murmura-t-il en souriant. On devient timide ?

- Angie…

Je n’osai pas faire un geste.

D’un mouvement qui fit gonfler son biceps, il actionna le levier de rotation de son siège, dont le dossier s’abaissa jusqu’à être totalement à plat sur la banquette arrière.

Confortablement allongé, il tendit une main autoritaire, qui se referma autour de ma nuque pour m’attirer à lui.

Sans savoir comment, je me retrouvai sous lui, ses mains se glissant sous mes vêtements, faisant passer le pull par-dessus ma tête, déboutonnant mon pantalon, courant sur ma peau et se faufilant entre mes cuisses…

J’étais un jouet entre ses mains et j’avoue que cela ne déplaisait pas le moins du monde, en cet instant.

J’avais envie de lâcher prise et c’est ce que je fis.

Pour quelques instants, j’oubliai les fauves, les morts et la peur de perdre bientôt un statut que j’avais mis des années à acquérir à la force des poings, tout au plaisir que m’offrait Angeal.

Il me fit l’amour avec ardeur, presque avec brutalité, mais j’avais au moins la certitude de ressentir les choses et d’être vivant. Pas comme ceux dont les restes gisaient dans la tente, là-bas, sur la colline…

… à suivre

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Les murs murmurent encore…

Vous les avez réclamés, les voilà ! Plus de graffitis version FF VII !

Qu’il s’agisse des murs des casernes ou de ceux des toilettes de la Shinra, Hojo n’a pas fini de rouspéter !

***

(Dans le vestiaire de la salle d’entraînement du DEEP GROUND)

Weiss signifiant “blanc” en germanique, pourquoi a-t-on appelé le frère de notre cher empereur immaculé “Nero” (du latin “nero”/”noir”) au lieu de “Schwarz” (du germanique “Schwarz”/”noir-sombre”) ?
Rosso

Pour que les idiotes aient quelque chose d’intelligent à dire (du ténébreux “j’t'emmerde” !)
Nero


- EN CAS D’INCENDIE NE PAS UTILISER L’ASCENSEUR -

Utilisez l’extincteur !
Vincent


Dans le dico médical d’Hojo, à côté du mot “blennoragie”, y’a marqué “Voir index”. J’ai regardé mes doigts, c’est bon, j’ai rien.
Zack

Seigneur ! Et c’est avec ça que je suis supposé faire des soldats d’élite…
Hojo


Ce qu’il y a de bien, dans la position du missionnaire, c’est qu’on peut continuer à lire sa BD !
Kadaj

En levrette, c’est mieux, t’as pas besoin de la tenir !
Loz

Que je revoie UNE BD traîner dans la chambre… UNE SEULE !
Yazoo


(Dans les WC de la salle de réunion des turks)

Vous êtes là pour éjecter votre bol fécal, pas pour le couver !
Tseng


(Sur le mur du vestiaire des Turks)

A ce qu’on m’a dit, ce mur serait réservé aux graffitis ! La, la, la…
Anonyme

Non, mon petit Reno ! Vos gribouillages immondes sont interdits, ce mur doit rester propre sous peine de sanctions !
Hojo (heureux possesseur d’une mini-caméra espion et d’un fusil de chasse à 2 coups chargé de gros sel !)

Oh, merde…


L’insupportable manie de repeindre ce mur est une atteinte à liberté d’expression !
Genesis

Continuez vos cochonneries et je vais vous atteindre autre chose, moi !
Hojo


C’est pas pour me vanter mais, aujourd’hui, il fait vachement beau !
Rufus

C’est contagieux, la mégalomanie ?
Weiss


(Dans la salle de commandement du WRO)

- NO SMOKING ! -

But salopette, yes !
Cid


Soutenez Cloud !
Yuffie

Pourquoi ? Il se sent mal ?
Angeal


- SOS SUICIDE : UN COUP DE TELEPHONE PEUT SAUVER UNE VIE -

Sur la tête, il peut aussi fracturer un crâne…
Sephiroth


Sephiroth for president !
Cloud

And Cloud for queen !
Cid


(Dans un ascenseur flambant neuf de la section des turks)

Voilà ce que j’appelle un ascenseur nickel. Pas une marque, pas un graffiti, pas une tache, rien. Bravo les gars ! Splendide !
Genesis


(Dans les WC du SOLDAT)

Plus de 5 secousses, c’est de la masturbation !
Reno


J’ai fait pipi à côté. Le faire a soulagé ma vessie. Le dire a soulagé ma conscience !
Kadaj


OAHHHH !!!! DES FILLES AVEC DES GROS NENEEEESS !!!!
Loz

Où ça, où ça ?
Rude

Rudo, il a écrit ça au mois de juillet ! T’es lent, mais t’es lent…
Helena


(Dans la salle d’attente du service d’évaluation psychologique du SOLDAT)

Je vois bien que vous m’en voulez, pour mon complexe de persécution !
Sephiroth

Depuis que j’ai mon complexe de castration, j’ai l’impression qu’il me manque un truc…
Angeal

Moi, j’aimerais bien avoir un complexe de castration, mon complexe de frustration ne me suffit plus !
Genesis

C’est ça, moquez-vous ! Attendez de vous coltiner un bon syndrome post-traumatique, vous ferez moins les malins !
Hojo


(Dans les toilettes du du bar de Tifa)

Soyez gentils d’écrire à hauteur des yeux. Trop bas, on se penche en avant et on déjante de la cuvette. Trop haut, on se penche en arrière et se fracasse le crâne sur la chasse. Merci d’avance.
Reeve


J’ai testé le mako, on dirait de l’eau de vaisselle…
Weiss

Je viens de palper l’infirmière, on dirait de la gélatine…
Azul

Je viens de d’essayer la piscine, on dirait une baignoire…
Nero

Je viens de payer les factures du Deep Ground. On dirait de l’arnaque !
Rufus


MERDE ! PUTAIN ! BORDEL ! CHIER ! (Maintenant que j’ai prouvé que je pouvais moi-aussi piloter une fusée, où faut-il s’inscrire ?)
Reno

Tu remets tes lacets, pour courir ?
Cid


(Gravé sur l’écorce d’un arbre de la cité des anciens)

Si tu es le garçon super canon qui s’est battu ici la nuit dernière avec les longs cheveux argentés, des yeux d’émeraude, un long manteau de cuir noir zipé, un pantalon moulant et une petite bouche en coeur, je ne dors plus la nuit !!!! Où t’as acheté ton flingue ? Répondre ici : ……………
Vincent


(Sur le mur du bar de Tifa)

Un repas ici : 4 heures de mastication, 40 heures d’aigreurs, 4 semaines de nausées, 4 années de plaidoiries.
Rufus


Un jour mon prince viendra !
Jenova

Depuis le temps que tu l’attends, quand il va te voir, il va avoir un choc…
Lucrecia


(Sur le mur de la salle de cours de Lazard)

Ceux qui ont le savoir, produisent. Ceux qui ne savent pas et ne produisent pas, enseignent. Ceux qui enseignent, transmettent aux nouvelles recrues ce qu’ils savent. Merde, qu’on me dise comment c’est possible !?
Sephiroth


Ce qu’il y a sur ce mur de WC est vraiment odieux !
Hojo

Jetez donc un coup d’oeil dans le miroir : c’est pire !
Weiss


(Dans les toilettes du réacteur de Nibelheim)

Pour gagner un superbe badge “tireur d’élite”, visez juste ! (Demander le badge dans bureau du fond, en sortant, là où y’a marqué “Pr Hojo”).
Anonyme


On me reproche toujours de passer mon temps dans “Loveless”
Genesis

Et moi, on me reproche toujours de commencer des trucs et de ne jamais les finir…
Sephiroth

Ouais. Les enfants, par exemple !
Kadaj


(Dans les WC des turks)

Ah, enfin !… S’asseoir, défaire son noeud de cravate et poser les pieds sur la porte, relax…
Rude


(Dans un ascenseur de la Shinra, au-dessus d’une moquette trempée)

Ce petit pissou m’a purgé de toute la haine que je nourris pour les ascenseurs à musique…
Reno

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LXII - Qu’on l’attache ou qu’on l’égorge !

“Qu’on me donne une échelle

pour monter au pilier

et pour briser les chaînes

de mon frère bien-aimé…”

G. Torres de Villa

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Nero savait ce qu’était la souffrance.

Aussi loin qu’il s’en souvienne, il avait toujours vécu avec elle, qu’elle soit physique ou psychologique.

Son frère bien aimé avait toujours été le seul à pouvoir la soulager un peu.

Les premiers souvenirs qu’il avait, étaient ceux d’une pièce obscure, sans meuble ni fenêtre, froide et totalement vide, au centre de laquelle il passait son temps assis, à se balancer, à dormir en boule ou à chantonner.

Nero ne contrôlait pas du tout ses pouvoirs, alors, il n’était guère plus qu’un bébé, et le moindre geste un peu vif de ses petites menottes pouvait provoquer des trous noirs où tout ce qui se trouvait à portée - objets ou gens - disparaissait corps et biens.

C’est d’ailleurs ainsi qu’il avait tué sa mère, en venant au monde, en l’engloutissant elle et les médecins dans un maelström de ténèbres hurlantes, faisant de Weiss un petit orphelin de sept ans.

Si celui-ci en voulut à son frère ?

Il n’en eut pas l’occasion car, durant plus d’un an, on lui fit croire que son frère était mort lors de l’accouchement.

C’est l’indiscrétion d’une infirmière qui poussa Weiss à fouiller le réacteur Zéro - où il vivait avec les scientifiques et d’autres enfants - de fond en comble.

Il finit par trouver le bébé dans un sous-sol glacial, enfermé dans une pièce vide aux épais murs de métal renforcé.

Immédiatement, dès l’instant où le petit avait tendu ses mains vers lui en pleurant, il avait été pris de pitié et d’affection pour la petite créature.

Weiss lui avait raconté bien plus tard qu’il lui arrivait de descendre en cachette au sous-sol et de le trouver dans un état si pitoyable - presque inconscient par manque de nourriture et croupissant dans une couche qui n’avait pas été changée depuis parfois trois jours - qu’il avait songé à plusieurs reprises à briser le petit cou tendre une fois pour toutes et abréger ses souffrances.

Bien sûr, il ne l’avait jamais ne serait-ce que tenté. Il aimait trop son petit frère pour cela. Mais il était bien le seul !

Nero se souvient d’avoir eu faim très souvent, déjà à cette époque. Les hommes en blouse lui apportaient une petite bouteille en plastique contenant du lait froid (qui se serait donné la peine de chauffer un biberon pour lui ?) lorsqu’ils ne pouvaient plus faire autrement mais, la plupart du temps, il devait se contenter d’avaler sa salive et de pleurer en écoutant son petit estomac gargouiller.

Lorsque Weiss eut treize ans, Hojo lui fit intégrer l’Académie du SOLDAT et autorisa le garçon à emmener son frère, alors âgé de six ans, avec lui.

Ce fut la première fois que Nero vit la lumière du jour.

Les scientifiques regardèrent partir l’enfant avec un soulagement à peine dissimulé, heureux de voir s’éloigner cet ” aspirateur à ténèbres “, comme ils l’appelaient.

Si Weiss avait pensé de prime abord que de quitter le réacteur Zéro pour vivre à l’Académie allait améliorer la vie de son frère, il réalisa bien vite son erreur.

Nero faisait peur et, lorsqu’il n’était pas là pour s’en occuper, personne ne le faisait.

On lui interdisait même le réfectoire, les salles de classe, la cour, bref, tous les endroits où se retrouvaient habituellement les autres enfants.

Au début, le garçonnet errait donc dans les couloirs en veillant à ne croiser personne, de peur qu’un soldat ou un aspirant ne le bouscule avec l’habituel ” dégage, de là, toi ! ” méprisant en le repoussant - du bout du pied s’il était courageux ou de celui de son arme, s’il l’était moins. Car personne, hormis Weiss, n’osait toucher Nero.

Ce dernier prit donc l’habitude de rester enfermé dans la chambre de son frère toute la journée, se cachant sous le lit dès qu’il entendait le moindre bruit de pas approcher. Hormis un lit, un lavabo qui lui permettait de ne pas mourir de soif et des toilettes qu’il était désormais assez grand pour atteindre, les choses n’étaient pas si différentes que dans le réacteur Zéro. Comme là-bas, il passait les heures à attendre son frère, à s’ennuyer, à pleurer et à avoir faim.

Un soir, c’en fut trop pour Weiss, qui ne supportait plus de voir son frère dépérir, et il planifia leur fuite.

Il n’avait que quinze ans mais était grand et fort, un corps d’adulte, déjà, et ce serait bien le diable s’il n’arrivait pas à trouver du travail en mentant un peu sur son âge ! Nero et lui s’installeraient quelque part et il s’occuperait du petit comme il se devait.

Il prépara donc un sac avec leurs maigres affaires, un peu de nourriture, de l’argent qu’il avait volé dans la poche d’un scientifique du labo sans le moindre scrupule et, vers deux heures du matin, il réveilla son frère.

- Réveille-toi, Nero.

Le garçonnet avait frotté ses yeux ensommeillés.

- Pourquoi ? Je dois aller sous le lit ?

- Non, plus personne ne t’obligera à te cacher où que ce soit, assura Weiss en l’habillant. On se tire d’ici ! Pour toujours !

- Où ça ?

- En sécurité, allez viens.

Il avait pris son petit frère par la main et s’était glissé discrètement dans le couloir.

Tout alla comme sur des roulettes jusqu’à la porte d’entrée de l’académie mais, au moment où les enfants allaient s’esquiver au nez et à la barbe de soldat de garde - trop occupé à regarder des photos de filles nues dans un magazine - leurs rêves de fuite s’évaporèrent.

La porte s’ouvrit devant eux pour laisser apparaître un grand soldat brun à la carrure impressionnante que Weiss reconnut aussitôt. Les plus grands officiers étaient de véritables stars, à Midgar, et Angeal Hewley en faisait partie.

Il fronça les sourcils, surpris de se retrouver nez à nez avec les deux garçons en rentrant d’une soirée bien arrosée en ville.

Point n’était besoin d’être devin pour comprendre qu’il était en présence de deux petits déserteurs en herbe et, lorsqu’il le comprit, un sourire amusé étira ses lèvres, à la surprise de Weiss, qui s’attendait plutôt à une bonne taloche (au mieux !).

- Et où vous comptez aller où, comme ça, tous les deux ? railla-t-il. Boire une bière dans les taudis ?

Nero se blottit contre les jambes de son frère en pleurant et ce dernier baissa la tête, penaud.

- Eh ! Oh ! insista Angeal d’une voix douce pour ne pas effrayer davantage le petit. Tu ne veux pas répondre ?

- Qu’est-ce qui se passe, ici ? avait grondé la voix bourrue de Heidegger, qui arrivait dans le couloir. Qu’est-ce que vous fichez là en pleine nuit, tous les deux ?

Weiss avait rentré la tête et Angeal lui avait pris son sac pour le mettre sur son épaule.

- Merci de me l’avoir rapporté, p’tit ! fit-il d’une voix forte. Sans toi, je l’aurais cherché toute la nuit.

Heidegger fronça ses gros sourcils, soupçonneux.

- Hewley ! Que fait ce garçon et l’aberration qui lui sert de frère ici en pleine nuit ?

Weiss avait vu Angeal se raidir, choqué par les paroles du chef des armées de la Shinra.

- Il m’attendait pour me rendre mon sac, que j’avais oublié, avait menti le soldat en passant un bras protecteur autour des épaules du garçon.

Heidegger était alors reparti, pas plus convaincu que ça mais peu importait. L’essentiel pour Nero était qu’il ne punisse pas Weiss.

Effrayé, néanmoins, il avait éclaté en sanglots et, chose impensable, Angeal l’avait alors soulevé dans ses bras… et avait marqué une pause. Non parce que Nero l’effrayait ou le dégoûtait mais parce qu’il ne s’attendait pas à ce qu’il soit aussi léger et aussi maigre.

- Il est malade ? avait-il demandé à son aîné.

- C’est une longue histoire, monsieur, avait soupiré celui-ci.

- Eh bien, tu vas me la raconter, ton histoire. Allez, en route !

Et c’est ce que Weiss avait fait, celle nuit-là, dans la chambre du soldat. Il lui avait parlé du réacteur Zéro, de la naissance de Nero et de leur vie là-bas puis à l’académie.

Nero était petit mais il se souvenait encore parfaitement de deux choses : l’expression horrifiée d’Angeal et son premier bol de chocolat chaud.

A compter de ce jour, le soldat avait pris les garçons sous son aile, et il s’agissait sans doute là des années les plus heureuses de toute leur vie. Si l’on faisait abstraction de Zack, bien sûr, l’autre protégé d’Angeal. Combien de fois Weiss et lui en étaient-ils venus aux mains ? Nero en avait perdu le compte. Lorsqu’il ne faisait pas des allusions sexuelles grossières sur la relation fusionnelle des deux frères, il leur trouvait des surnoms grotesques, surtout à Nero: boule de suif “, pelote de poix “, bout de charbon “ ou encore ” nonos ” ou ” gribouille “, en raison des arabesques noires ressemblant à des tatouages qui étaient apparues sur la quasi totalité de son corps à la puberté.

Angeal, lui, le surnommait affectueusement chibi face “ en raison de ses immenses yeux carmins et de son petit nez retroussé.

Oui, les années passées aux côtés d’Angeal avaient été les plus belles de leur existence… jusqu’à ce que les Restrictors, les membres les plus puissants du SOLDAT, un mythe parmi les jeunes miliciens, viennent les chercher pour les ramener à nouveau au réacteur Zéro.

Deep Ground

Ca sonnait plutôt bien, sur le papier. Une unité d’élite presque aussi secrète et mystérieuse que les Restrictors eux-mêmes.

Weiss et Nero avaient obtempéré et un nouveau cauchemar avait commencé.

Un entraînement inhumain agrémenté de traitements divers avaient décuplé leurs capacités jusqu’au point limite de rupture.

Les pouvoirs de Nero étaient devenus tels qu’il lui était désormais presque impossible de les contrôler et, après plusieurs incidents, Hojo et les Restrictors n’avaient trouvé d’autre solution que de lui immobiliser le haut du corps dans une sorte de camisole de force et un masque de contention qui lui meurtrissait la peau du visage et l’empêchait d’ouvrir la bouche.

Weiss avait été horrifié, lorsqu’il l’avait vu mais il ne pouvait rien faire.

Pour remplacer ses bras, on lui implanta d’énormes appendices mécaniques, lourds et douloureux au possible, qu’il dût apprendre à utiliser.

Et s’il crut alors qu’il avait atteint le fin fond de l’humiliation et de l’indignité, il déchanta vite car, camisole ou pas, mors ou non, ses pouvoirs étaient toujours immenses et il pouvait désormais disparaître dans ses propres ténèbres pour réapparaître où il le souhaitait. Murs et portes n’étaient plus un obstacle, ce qui lui permettait de rejoindre son frère lorsqu’il le voulait, fut-il au secret ou en cellule disciplinaire.

Lorsque les Restrictors s’en rendirent compte, le véritable enfer commença.

Au plus profond des sous-sols du réacteur, juste à l’endroit où l’on confinait Weiss la plupart du temps, près de la cuve de mako, on l’attacha dos à une énorme colonne de pierre, à presque deux mètres du sol. De lourdes chaînes se croisaient sur sa poitrine, entre ses bras immobilisés par la camisole, et le pressaient contre la pierre pour l’empêcher de glisser.

Cette façon de procéder faisait que ses ailes métalliques lui rentraient dans le dos et les reins. Quant aux chaînes, elle mordaient profondément dans ses bras repliés et sa poitrine, meurtrissant la chair à travers le cuir épais, l’empêchant presque de respirer - et le masque de contention n’arrangeait rien.

Au début, il crut à une simple punition et serra les dents mais, au bout d’un quart d’heure son dos lui faisait si mal que ses larmes se mirent à couler. Une demi-heure plus tard, il crut que les chaînes s’incrustaient dans ses côtes et une heure après, il suppliait et criait pour qu’on vienne le libérer, jurant qu’il n’utiliserait plus jamais ses pouvoirs pour se déplacer d’un endroit à l’autre.

Personne ne l’entendit et, le lendemain, on vint lui apporter un peu d’eau et lui injecter une solution opaque dans la veine du cou.

- Bon appétit ! railla le médecin en faisant l’injection.

Nero sentit un froid glacial l’envahir en devinant ce que cela signifiait.

Si on le nourrissait par intraveineuse, c’est qu’on avait l’intention de le laissa pendu là encore un moment mais comment allait-il supporter une douleur pareille durant encore plusieurs heures sans devenir fou ?

Plusieurs heures…

Il y resta des mois.

Des mois durant lesquels il ne pouvait que hurler et appeler son frère à l’aide à s’en arracher les cordes vocales.

Mais Weiss, à quelques mètres à peine au-dessus de lui, ne pouvait que l’entendre et souffrir à s’en liquéfier le cœur de ne rien pouvoir faire pour l’aider.

Bien conscients qu’il délivrerait son frère dès qu’il en aurait l’occasion, les Restrictors avaient enchaîné Weiss à ce qui deviendrait son trône.

Voilà.

Voilà à quoi rêvait Nero tandis que Reeve Tuesti, avec mille précautions, l’allongeait dans un caisson médical transparent dans lequel on pourrait non seulement contrôler température et pression à la perfection mais aussi injecter une fine brume de mako qui lui permettrait d’accélérer sa remise sur pied sans traumatiser son organisme déjà fragilisé à l’extrême.

Pourquoi repensait-il à tout cela ?

Peut-être parce que, malgré le fait qu’il soit endormi, il entendait de façon inconsciente parler Shelke, qui racontait précisément tout cela au petit groupe composé de Cid, Tifa, Loz, Sephiroth et Cloud, descendus prendre des nouvelles du blessé et du bébé.

- C’est horrible… frissonna Cloud.

- Tu le savais ? demanda Cid à Sephiroth.

Ce dernier secoua la tête, lui aussi révolté mais pas le moins du monde surpris. Il connaissait la façon de procéder de son père.

- Pas pour le Deep Ground. La dernière fois que j’ai vu Weiss et Nero, ils faisaient partie des poulains d’Angeal. Et des meilleurs, qui plus est.

- Pauvre gamin… soupira le pilote en voyant Shelke attacher les mains de Nero à l’aide d’un morceau de gaze très douce et sans serrer.

Le but était seulement de l’empêcher d’agiter brutalement les mains et de provoquer un trou noir par accident, pas de lui faire mal ou de l’empêcher de bouger.

- Il a l’air si fragile, comme ça, sans son costume et tout son attirail… acquiesça Tifa en désignant le corps nu si mince.

La peau si pâle - et couverte de ce qui n’était donc pas des tatouages, à en croire Shelke - paraissait si fine qu’elle semblait sur le point de se rompre à chaque petit tressautement du jeune homme.

- C’est vraiment nécessaire, ça, Shalua ? demanda Cid en la voyant placer précautionneusement le masque de contention sur l’adorable visage de poupée de porcelaine de Nero.

Elle frôla affectueusement les lèvres joliment ourlées de son jeune patient du bout des doigts en s’étonnant une fois encore de leur insolite couleur bleutée.

- Oui, Cid, c’est vraiment nécessaire. Pour lui, si ce n’est pour nous.

Elle fixa le masque, dissimulant la bouche sensuelle.

A l’autre bout de l’infirmerie, le bébé de Loz gazouilla, tout joyeux, et Tifa leva les yeux au ciel.

Denzel était penché sur le berceau et lui chatouillait le ventre en lui faisant des grimaces.

- Je lui avais pourtant dit, de ne pas le réveiller, soupira la jeune femme en se dirigeant vers le garçonnet.

- Quand pourra-t-on lui parler, commandeur Tuesti ? demanda Sephiroth en désignant Nero.

Reeve lissa doucement les cheveux d’ébène et secoua la tête.

- Il est dans un état plus ou moins similaire au vôtre lorsque nous vous avons récupéré dans le mont Nibel, Général. Genesis ne lui a rien épargné.

L’ex-cauchemar de la planète se frotta le visage, sceptique.

- Ca ne lui ressemble pas, assura-t-il. Pas du tout.

- Quoi donc, père ? intervint Loz.

En l’entendant apostropher Sephiroth de la sorte, les autres se raidirent, s’attendant à une vive réaction, mais le principal concerné ne s’offusqua nullement de ce titre, bien au contraire.

- Lorsqu’Angeal a mis Weiss et son frère sous sa protection, Genesis s’est tout de suite pris d’affection pour le petit, expliqua-t-il. Il passait des heures avec Nero sur les genoux, à le faire lire. Il ne lui aurait jamais de mal, assura-t-il. Ni à lui, ni à Weiss. C’est impossible !

Reeve ferma le caisson avant de commencer à y répandre le mako gazeux.

- C’est pourtant ce que semblent affirmer Lucrecia et Aerith.

Cloud acquiesça.

- Aerith est formelle. C’est bien lui qui est derrière tout ça.

- Ca n’a pas de sens… soupira Sephiroth. Et qu’en est-il de cette histoire de… comment Kadaj a-t-il appelé cela, déjà ?

- Les géostigmates, répondit Loz.

- C’est ça, les ” géostigmates “. A-t-on des nouvelles, à ce sujet ?

Reeve secoua la tête.

- Non, Général, pas pour l’instant. Mais j’ai placé un détachement de protection autour de la source d’eau originelle, dans les ruines de Midgar. C’est le seul antidote que nous connaissions pour l’instant.

- Vous avez bien fait, commandeur. Jusqu’à quel degré d’épidémie pouvons-nous répondre avec cette source ?

- Je dirais… 100 000 personnes au maximum, intervint Cid Au-delà, nous risquons de contaminer la source ou de l’assécher.

- Pas de quoi faire face à une pandémie, si je comprends bien.

- Non, Général.

- Aucune chance, mon frère, confirma l’amiral de la W.R.O.

- Quelles sont les autres options ?

Ils partirent dans une discussion de stratégie organisationnelle et Cloud les écouta, un peu à l’écart, fasciné.

D’instinct, Sephiroth reprenait ses réflexes de chef des armées et c’était bien une réunion d’état major, voire de crise, qui s’était improvisée là, devant ses yeux et dans cette infirmerie, entre trois des plus hauts gradés de l’armée de la planète.

Même vêtu de sa tenue d’hôpital - nu-pieds, un pantalon de coton bleu clair et une tunique à manches courtes au confortable col en V -, l’avant-bras amicalement posé en signe de confiance sur l’épaule de Cid, le mythique Sephiroth faisait vibrer l’air de sa présence et de son charisme.

Cloud était incapable de le quitter des yeux, fasciné, happé par la vision ensorcelante de cette légende vivante comme une phalène par la flamme d’une bougie…

… à suivre

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LXI - J’ai mal, je t’aime

“On ne souffre jamais seul.

On souffre toujours avec ceux qui souffrent

à cause de votre souffrance.”

E. Wiesel

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Shalua coupa la dernière terminaison nerveuse qui reliait la moelle épinière de Nero au système de contrôle du mécanisme de ses ailes et Reeve retira précautionneusement le second tronçon d’aile. Une horrible écharde de métal au bout de laquelle pendait un imbroglio gluant de chair rougeâtre, de reste d’os, de câbles et de nerfs qui, avec les années, s’étaient formés autour de la structure que l’on avait fixée à la colonne vertébrale, aux côtes et aux omoplates du jeune homme.

- Ca devait lui faire un mal de chien… nota le chef de la WRO en posant la répugnante écharde de métal sur le sol.

Shalua acquiesça sous son masque de chirurgie tandis qu’elle s’affairait sur le dos du ténébreux.

- Les douleurs osseuses sont les pires qui soient. J’ignore comment il a pu supporter tout ça.

Shelke vérifia les fonctions vitales de son ancien compagnon d’armes sur son ordinateur.

- Plus que vingt minutes d’anesthésie, annonça-t-elle.

Reeve hocha la tête.

- Ca suffira largement. Nous avons presque fini.

Pauvre gosse… “ pensa-t-il en lissant la longue chevelure noire de ses mains gantées de latex.

Il secoua la tête, pris de pitié, mais Nero ne sentit pas la caresse réconfortante.

Nero était loin du box de chirurgie du manoir de Nibelheim.

Très loin…

Des années en arrière, en fait…

*

Ce n’était pas le cas de son frère Weiss.

Les coups de pieds furieux de Genesis et la douleur de chaque nouvel impact lui interdisaient la moindre échappatoire à la douleur, ne fût-ce qu’en se réfugiant dans ses souvenirs. Ce n’était pourtant pas faute de provoquer son tourmenter en espérant qu’un uppercut assez fort l’assommerait.

L’ancien chef des Tsviets, l’admiré, l’adoré, l’immaculé Weiss, se tordait sur le sol rocheux en gémissant sous les coups, le souffle coupé, les mains liées et le corps brisé et ensanglanté.

- Dis-lui de revenir ! hurlait Genesis à tue-tête. Appelle-le ! Appelle-le !

Il lui asséna un coup de pied particulièrement violent à la poitrine et le jeune supplicié en eut le souffle coupé mais essaya malgré tout de ricaner.

L’ironie était la dernière arme qui lui restait et il savait que cela rendait Genesis fou de rage.

- Désolé… J’ai pas… son numéro de… téléphone… sur moi…

Son bourreau le saisit par ses longs cheveux blancs et souleva sa tête pour lui parler à un pouce à peine du visage. Un visage qui, il y a encore quelques heures, avant que sa peau éburnéenne n’éclate sous l’impact des coups, aurait rendu jaloux bien des anges.

- Très drôle… Continue à faire le malin et c’est en morceaux, que ton frère te récupérera. Contacte-le ! Utilise ce lien empoisonné qui vous unit ! répéta-t-il en cognant brutalement sa tête sur le sol, lui ouvrant une nouvelle entaille - au front, cette fois. Dis-lui de revenir avec ce qu’il m’a volé !

- Va te… faire… mettre !

L’ex-soldat feula comme un fauve enragé et lui donna un coup de pied si brutal dans ses reins, provoquant une telle douleur, que Weiss s’évanouit.

Genesis jura, comprenant que c’était bien ce que le tsviet avait cherché à faire depuis le début.

- Maudit ! gronda-t-il en Tu ne perds rien pour attendre ! Je te jure que lorsque j’en aurais fini avec toi, tu hurleras tellement et tu appelleras ton frère au secours avec une telle force psychique qu’il aura de la chance si sa cervelle n’éclate pas !

*

Dans le grand open space réservé aux turks dans les plus hauts étages de la nouvelle tour Shinra, Tseng tapait impatiemment du pied.

Que fichait Elena ?

Elle aurait dû être là depuis un moment déjà et le pilote de l’hélicoptère commençait à s’impatienter !

Avec un soupir irrité, le chef des turks se rassit à son bureau, sur lequel était posée une petite boîte blanche de bois laquée ornée de minuscules poignées d’argent ciselé.

N’importe qui aurait pris cette boîte pour un grand écrin à bijoux ou un coffre à trésors quelconque jusqu’à qu’il lise la petite plaque gravée et délicieusement ornementée qui y avait été fixée deux heures plus tôt par un bijoutier réveillé en pleine nuit (et grassement payé pour le dérangement) : ” KALY - R.I.P.* “.

(*Note : pour ceux qui m’ont posé la question par mail, R.I.P. est l’inscription que l’on trouve sur les pierres tombales et les cercueils occidentaux, elle est l’abréviation du latin “Requiescat in pace” (Qu’il/elle repose en paix))

La porte s’ouvrit, laissant passer sa collègue retardataire, qui s’avança avec un grand et luxueux sac cartonné à la main.

Tseng lui adressa un regard lourd de reproches.

- Où diable étais-tu passée ? Nous aurions déjà dû part… Qu’est-ce que tu fais ? s’étrangla-t-il en la voyant ouvrir le petit cercueil.

Elena, guère intimidée, brandit le sac estampillé du logo d’un prestigieux magasin de jouets de luxe.

- J’ai dû faire intervenir quelques contacts pour me faire ouvrir la boutique en pleine nuit, mais j’ai enfin trouvé ce que j’ai cherché toute la journée ! claironna-t-elle en débarrassant le minuscule cadavre de son petit drap d’hôpital bleu.

L’Utaïen faillit en manger sa cravate.

- Elena ! Par tous les Dieux de la planète ! Repose ce fœtus dans son cercueil immédiatement !

La jeune femme se contenta de hausser les épaules et allongea la minuscule créature sur le bureau de son chef avec un petit bruit sec qui retourna l’estomac de celui-ci.

Le mako avait littéralement momifié les tissus, désormais durs comme de la pierre et parfaitement conservés, comme si la vie du petit être s’était figée dans le temps, fossilisée par le mako. En fait, le bébé paraissait dormir et n’importe qui, qui l’aurait vue ainsi, se serait attendu à voir la menotte se resserrer d’instinct autour de son doigt.

Une poupée de cire “ avait pensé Elena lorsqu’elle avait touché le fœtus momifié la première fois. Une poupée de cire comme celles qu’on voit dans les musées… “

Si ce n’est que les poupées de cire étaient à taille humaine alors que le petit cadavre, à qui on avait ôté la vie à cinq mois de gestation à peine, tenait presque tout entier dans sa main.

- Bon sang, Elena, mais qu’est-ce que tu fiches ? s’étrangla Tseng en la voyant sortir de minuscules vêtements de poupée de son sac.

Patiemment, et sans s’énerver ou lui prêter attention le moins du monde, la jeune femme habilla le bébé avec les vêtements de poupée : une adorable grenouillère bleue et blanche brodée de petits poussins chocobo, des chaussons blancs et un petit bonnet assorti.

- S’il veut le voir, il sera mieux comme ça que nu dans un morceau de tissu récupéré à la morgue, répondit-elle enfin, ravie du résultat. Qu’est-ce que tu en dis ?

Le chef des turks frissonna car le bébé avait l’air plus que jamais vivant.

- C’est… (Il soupira) Je ne sais pas si je dois trouver ça sordide ou… Ou… Remets-le là-dedans, tu veux ?

Il se détourna, horriblement mal à l’aise, et la jeune femme allongea doucement le bébé dans son cercueil après en avoir retiré l’horrible drap bleu et referma le couvercle, le cœur un peu lourd.

Cela n’aurait sans doute pas été le cas si elle n’avait pas eu cette fichue conversation, avec Reno.

Ils avaient parlé longtemps.

Sans doute même plus longtemps qu’elle ne l’avait jamais fait et elle était sûre d’une chose : Reno était fou amoureux de Yazoo. C’était une évidence. Une évidence dont le jeune turk ne s’était peut-être même pas encore rendu compte. Il lui avait parlé de l’argenté pendant presque une heure, lui racontant à quel point les découvertes dans le laboratoire secret du Deep Ground l’avaient remué.

Rends le fœtus aussi présentable que possible, d’accord ? “ avait-il demandé avec une timidité et une anxiété qu’elle ne lui connaissait pas. Je suis sûr qu’il voudra le voir avant qu’on le mette dans la crypte”.

Elle l’avait rassuré, alors, lui avait dit que cela ne poserait aucun problème, que le petit corps était parfaitement conservé et que le bébé paraissait dormir.

Reno avait soupiré de soulagement et elle avait souri.

Oui, il était vraiment amoureux…

Et elle ne savait que trop ce que l’on pouvait ressentir en voyant souffrir la personne que l’on aimait le plus au monde.

Les images de la terrible nuit qu’elle et Tseng avaient passé au cratère nord frappèrent à la porte de sa mémoire mais elle ne les laissa pas entrer.

Pas cette fois.

Plus jamais…

Depuis qu’elle avait tenu le petit corps dans ses mains et qu’elle avait vu les premières images de Kay, filmé par Reno, quelque chose s’était réveillé en elle.

Quelque chose avait changé.

Profondément.

Obtenir l’amour de Tseng, ce qui avait été pour elle durant des années la finalité rêvée, le but ultime, commença à perdre de son importance.

Oh, bien sûr, elle l’aimait toujours et ne cesserait sans doute jamais de l’aimer, mais autre chose occupait désormais le premier plan son esprit : un bébé. Elena, qui avait passé une partie de sa vie à ôter celle des autres lorsque la situation l’exigeait, rêvait désormais de la donner…

Elle ne pouvait donc que trop imaginer ce que devait ressentir Yazoo, à qui l’on avait arraché son enfant sans même lui donner une chance de le voir.

Elle trouvait cela cruel, injuste et profondément choquant. Peu importe ce qu’il avait pu faire, deux ans plus tôt, aucune mère ne méritait ça ! Car, aussi curieux que cela semble à dire, Yazoo était bien la mère de la petite créature qu’elle avait habillée avec tant de soin.

Elena avait passé la journée sur Internet et au téléphone pour trouver des vêtements de bébé à la bonne taille. En vain. Même les vêtements pour grands prématurés étaient encore trop larges.

Le vêtir ainsi aussi sonné faux, comme une parodie ou une bouffonnerie de maternité. Elle voulait, au contraire, que tout paraisse normal, naturel. Comme l’enterrement d’un bébé mort-né. Une tragédie, certes… mais une chose qui arrivait souvent. Pas comme un bébé grandissant dans un cadavre et tué par des savants fous uniquement soucieux de performance !

Elena était sûre que, plus cela paraîtrait naturel et plus Yazoo se remettrait facilement.

Pourquoi y tenait-elle tellement ? Aurait-on pu se demander.

Pour Yazoo ? Pour Reno ? Pour le bébé ? Pour elle-même ?

Sans doute les quatre à la fois.

Mais aussi, et surtout, parce qu’elle était une femme et qu’elle comprenait. Oui, elle comprenait d’instinct et savait ce qu’elle devait faire - ou ce qu’elle aurait aimé qu’une autre mère, en devenir ou non, fasse si les rôles avaient été inversés.

Elena souleva le cercueil avec un mystérieux sourire, à la fois triste et paisible, que Tseng ne réussit pas à interpréter.

- Oh, Tseng ! fit-elle sans se retourner. Peux-tu prendre le sac ? J’ai aussi acheté un cadeau pour Kay. Je le donnerai à Loz de notre part à tous.

- Euh… Ou… Oui… bredouilla l’Utaïen. Bien sûr.

Elle sortit et le chef des turks récupéra le sac avec un froncement de sourcils incrédule.

La jeune femme avait quitté la pièce sans même lui adresser un regard. Pas même l’un de ceux qui l’agaçaient tant, dégoulinants d’admiration, qu’elle lui coulait entre ses longs cils, croyant qu’il ne remarquait rien.

Il aurait dû en éprouver du soulagement, voire même de l’espoir en se disant qu’elle avait peut-être enfin fini par comprendre où était leur place à tous deux et accepter qu’il ne serait jamais rien pour elle que son supérieur hiérarchique, mais… curieusement ce ne fut pas le cas.

Si Tseng ne se connaissait pas mieux que ça et ne se savait pas à l’abri de sentiments aussi mesquins qu’improductifs, il aurait pu croire qu’un petit pincement vexé lui avait piqué l’estomac…

*

Allongé sur son lit et une coupe de vin à demi pleine posée sur la table, Vincent regardait les étoiles par la fenêtre entrouverte, goûtant la fraîcheur nocturne.

Lui, Cait et Merill avaient aidé Sephiroth à remettre de l’ordre dans le bureau de Shalua et avaient attendu un peu que cette dernière finisse de s’occuper de Nero mais Reeve leur avait fait signe que ce serait plus long que prévu.

Enlever les restes d’ailes métalliques ne suffisait pas, leur avait-il expliqué, il fallait aussi retirer très soigneusement un appareillage complexe fixé à l’os.

- Vincent…

Celui-ci tressaillit et sentit une armée de petits lézards glacés lui descendre le long du dos en entendant la voix douce qui s’éleva dans son dos, dans l’angle le plus sombre de sa chambre.

La gorge sèche, il pivota lentement et sa gorge serrée émit un son étranglé en reconnaissant la ” visiteuse ” nocturne.

- Lucrecia… finit-il par articuler après plusieurs tentatives infructueuses.

L’apparition s’approcha et tendit vers sa joue une main ectoplasmsique que, bien sûr, il ne sentit pas.

- Mon amour… chuchota la jeune femme, ses yeux fantomatiques brillants de larmes.

Il aurait tant voulu la consoler. La serrer dans ses bras. Enfouir son visage dans ses cheveux et respirer son parfum frais. Il aurait voulu… Oh ! Dieux, il aurait voulu tant de choses…

- Lucrecia… Si tu savais comme tu me manques…

La jeune femme fit des efforts inhumains pour se reprendre et ne pas se laisser aveugler par ses sentiments.

Elle n’avait pas le loisir de se laisser aller.

Le temps pressait.

Il fallait faire vite.

- Vincent… Weiss va mourir, dit-elle de but en blanc.

L’ex-turk se raidit.

- Quoi ?

- Il faut aller le chercher sans tarder ou Genesis va le tuer ! Il n’acceptera jamais de lui livrer son frère. Il préférera mourir et s’il meure… nous ne pourrons plus compter sur l’Omega pour combattre Jenova.

L’apparition trembla, parut se dissoudre, puis réapparut à nouveau mais si pâle qu’on la distinguait à peine.

- Lucrecia ! cria Vincent en bondissant de son lit.

La jeune femme paraissait à présent souffrir et avait visiblement du mal à rester visible.

- Lucrecia… Pourquoi a-t-on besoin de l’Omega ? En quoi Genesis est-il…

- Weiss… l’interrompit précipitamment Lucrecia en luttant pour ne pas disparaître complètement. Weiss vous expliquera tout… La source du mont Nibel… Weiss… Ne le laissez pas… Mourir…

- Lucrecia !

- La source… du mont… Nib…el…

Elle disparut complètement et, après un court instant d’hésitation, Vincent bondit hors de sa chambre et se précipita en direction des appartements de Rufus.

à suivre

IV - Chasse nocturne

« La guerre, c’est comme la chasse,
sauf qu’à la guerre, les lapins tirent. »

C. de Gaulle

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Du calme, Angie… chuchotai-je en regardant le pouce d’Angeal contracté sur le chien du fusil.

Il épaula et posa l’index sur la détente, tenant le canon et la torche de la main gauche.

Avec un tel dispositif, ce qui se trouverait face à la torche serait inévitablement dans la ligne de mire.

- Je me calmerai quand je saurai ce qui se passe là-dedans.

Avant d’entrer dans la tente, il balaya une dernière fois les alentours du faisceau de lumière, dans le sens des aiguilles d’une montre, et refit l’opération dans l’autre sens, plus lentement.

Rien ne semblait bouger.

Il s’apprêtait à tendre le bras pour saisir le rabat quand deux billes vertes accrochèrent un instant la lumière, sur notre gauche, à quelques mètres de la tente.

- Merde ! cria-t-il.

Je reculai d’instinct et il braqua la torche et le canon sur une tête monstrueuse où luisaient des crocs rougeâtres et grands comme des dagues.

- Tire ! hurlai-je au moment où j’entendais la détonation.

Je clignai des yeux, surpris par le bruit qui retentit et se répercuta dans les vallons sur une distance inimaginable.

Angeal tira deux cartouches et une masse de fourrure noire traversa le faisceau de lumière.

- Putain de bestiole ! jura mon ami en braquant la torche vers l’endroit où l’énorme panthère était partie.

- Je croyais que ces animaux étaient en voie de disparition ! fis-je remarquer, hébété.

Mon compagnon avança de quelques pas, dans la direction qu’avait prise le félin, et je le suivis pour scruter la colline en contrebas : un à-pic à donner le vertige.

- Une panthère volante, tu crois ? essaya-t-il de plaisanter.

- Cette saleté a dû faire le tour de la tente, elle n’a pas pu sauter.

- Merde !

Je regardais autour de moi en essayant de percer l’obscurité à la recherche de deux billes vertes et luisantes.

- Elle est partie, assurai-je.

- Tu crois ?

- Je l’espère, du moins…

Ca, c’est le genre de choses que je n’ai jamais pu expliquer.

Autant je peux affronter cinq hommes armés jusqu’aux dents sans broncher, autant les sales bestioles font monter mon stress à un niveau de tous les diables ! A plus forte raison quand la bestiole en question fait dans les quatre vingt kilos et a des dents comme des poignards…

- Oui, il a dû partir, soupira Angeal en retournant à la tente. Il a du venir de la forêt, ce fils de pute ! Il y a quelqu’un ? demanda-t-il en soulevant le rabat. Zack ? T’es là ? Ou vous vous êtes tous enfuis comme des lâches qui se… (Je lui montrai le rabat lacéré et sa voix fut remplacée par une respiration sifflante). Oh mon Dieu ! Zack !

Je le suivis à l’intérieur et mon cœur manqua un battement.

Ce n’était pourtant pas les premiers cadavres que je voyais, loin s’en fallait ! Lorsqu’on a fait cette putain de guerre de Wutaï, on est vacciné à vie pour faire face à ce genre de spectacle sans rendre le contenu de son estomac…

D’ailleurs, je n’oublierai jamais ma première rencontre avec un cadavre, là-bas. Je venais d’arriver, les lieux avaient été sécurisés et, curieux, je me promenais dans l’exotique capitale le nez en l’air, sans faire attention où je marchais. Et, fatalement, j’avais trébuché… pour me retrouver allongé et nez à nez avec un machin à demi putréfié, abandonné en pleine rue sur une civière débordante de fleurs fanées.

Ca m’avait fichu un sacré coup, je peux bien l’avouer !

J’appris plus tard qu’il y avait des coutumes mortuaires bizarres, à Wutaï. Ce qui expliquait que l’on baladait les macchabées à l’air libre pendant plusieurs jours, avant de le mener vers son bûcher funéraire au bord de l’eau au vu et au su de tout le monde, tel un paquet de linge à laver.

Ce n’est pas que je sois particulièrement impressionnable mais, franchement, je n’avais que seize ans et n’y étais pas préparé.

Au SOLDAT, tout ce qui concerne la mort est tellement tabou, pour ne pas décourager les nouvelles recrues, que voir des dépouilles participer pour ainsi dire au train train de la vie quotidienne à Wutaï semblait ” indécent “.

Je me doute que j’ai l’air d’un imbécile en disant ça. Je sais bien que ce n’est qu’une question d’éducation et de coutumes mais avouez que vous n’en mèneriez pas large non plus si vous aviez à l’improviste failli faire un ” love kiss ” à un cadavre recouvert de fleurs fanées - et je vous fais grâce de l’odeur !

Dans la tente où Angeal et moi nous étions figés de dégoût, il n’y avait pas de fleurs ou de cortège pour les malheureux qui gisaient sur le sol. Seulement du sang, des tripes répandues par des blessures béantes et la puanteur âcre de la peur et des corps à qui l’imminence de la mort ôte tout contrôle.

Pas de quoi faire des effets de style…

Ces deux jeunes soldats et le cuisinier, j’avais appris à les connaître et à les apprécier et voir leurs cadavres ainsi déchiquetés me serra les tripes.

- Zack n’est pas là, fit Angeal en parcourant les lieux du regard.

Il balaya l’intérieur de la tente de sa lampe .

- Il doit encore courir, à moins qu’il ne soit blessé et se terre quelque part près d’ici, fis-je avec une ironie morbide que mon compagnon n’apprécia pas.

Il s’était beaucoup attaché à ce garçon, semblait-il. Beaucoup plus que je ne l’aurais cru.

- Il faut le retrouver avant que ce fauve ne revienne, dit-il en sortant de la tente.

J’acquiesçai d’un signe de tête et lui m’emboîtai le pas.

- Zack est allé à bonne école, avec toi. C’est un garçon malin et adroit, il ne se serait pas laissé avoir aussi facilement, essayai-je maladroitement de me rattraper.

Angeal eut un petit rire nerveux.

- Si j’étais superstitieux, Seph, je me dirais qu’on aurait peut-être dû écouter le vieux fou qui nous a mis en garde cet après-midi…

Je me raidis.

- Ne sois pas ridicule ! Rien n’aurait empêché ce fauve de sortir de la forêt voisine pour venir se faire les crocs ici ! A tous les coups, il a été attiré par les bruits. Ou les odeurs de nourriture.

J’avais vu, dans un reportage, que les fauves n’attaquaient l’homme que lorsqu’ils ne pouvaient plus chasser de proies plus dangereuses - ou plus rapides.

Celui-là m’avait paru en pleine possession de ses moyens, pourtant !

Quoi que… en y repensant, pas aussi énorme qu’il m’avait semblé lorsqu’il avait émergé des ténèbres. Même pas aussi massif que les félins gras du bide que l’on voit se traîner mollement dans le zoo de Midgar.

Bien assez grand, cela dit, pour être dangereux.

S’il avait décidé de s’offrir un steak d’humain, peut-être avait-il prévu d’aller jusqu’aux abords de Gongaga. Mais comme nous avions installé le campement ici… Il en avait profité.

- Cette attaque n’est pas une malédiction, Angie, assurai-je, mais une épouvantable malchance ! S’accabler de reproches tardifs ne ramènera pas ces malheureux à leurs familles. Mais on peut peut-être encore sauver ton Zack.

Angeal enfila rapidement ses vêtements et moi mon pantalon et mes bottes sans même prendre le temps de mettre des chaussettes ou de me couvrir le torse - j’ai toujours détesté avoir quelque chose sur la gorge ou la poitrine, je ne sais pas pourquoi. J’avais toujours un pull d’uniforme de secours dans la voiture, de toute façon, au cas où.

Nous fîmes le tour du campement, maîtrisant nos craintes de ne retrouver que des morceaux épars de Zack.

Notre 4×4 nous attendait silencieusement dans le noir, sa silhouette trapue bien visible marquant le début de la sente qui menait à la civilisation, ou du moins, à la sécurité relative de la communauté humaine de Gongaga.

J’aurais donné n’importe quoi en ce moment pour me retrouver au milieu de la foule que j’évitais d’ordinaire. Je crois même que j’aurais pu serrer dans mes bras le vieux chamane poussiéreux s’il avait surgi des ténèbres !

Sans nous concerter, nous nous dirigeâmes droit vers le véhicule et un grincement métallique à peine audible nous fit nous raidir.

Angeal me fit signe de me tenir prêt à ouvrir la portière arrière du break, pendant qu’il pointait à la fois le fusil et la torche vers l’intérieur.

Tendu à craquer, je tirai si brusquement sur la portière qu’elle faillit sortir de ses gonds dans un odieux crissement qui résonna comme un gong en fin de course.

Dans le silence de la nuit, j’avais l’impression d’avoir commis un sacrilège par ce vacarme.

J’ignore encore comment, en dépit de cette tension accumulée, Angeal put se retenir d’appuyer sur la détente lorsqu’un mouvement se fit dans le véhicule.

Si j’avais été à sa place, j’aurais probablement causé un drame car c’était notre pauvre Zack, légèrement blessé à la jambe, qui y avait trouvé refuge.

- C’est vous ! soupira-t-il en nous voyant. Dieux merci !

*

Pendant qu’Angeal bandait la jambe de son protégé, celui-ci nous raconta qu’il avait aussi entendu les hurlements de ses camarades alors qu’il était sorti soulager sa vessie. Mais, au contraire de nous, en entrant dans la tente plongée dans le noir pour leur porter secours, il avait également reconnu le feulement sourd qu’il entendit. Et devinant la nature de la menace, il avait battu en retraite mais pas assez rapidement pour éviter un coup de griffe.

Il avait alors rampé jusqu’à l’abri des parois de tôle de la voiture, sûr que l’animal allait se précipiter à ses trousses.

Le garçon s’excusait à n’en plus finir de qu’il considérait comme de la lâcheté.

- Zack…

- J’aurais dû aller vous avertir, récupérer une arme, défendre mes compagnons !

- Il était trop tard.

- Le contremaître ? demanda soudain Zack. Damon ! Avez-vous trouvé Damon ?

Je secouai la tête.

- Pourtant, il a réussi à s’enfuir de la tente. Je le sais, je l’ai vu ! insista-t-il.

Nous refîmes donc tous trois le tour du camp.

En vain.

Nous trouvâmes pas le cadavre de Damon et personne ne répondit à nos appels.

Je ne sais lequel de nous trois eu enfin l’idée d’aller jeter un œil dans les fondations.

Sans doute pas Zack car, depuis le début de l’après-midi, tous les Gongagiens manifestaient une réticence maladive à s’approcher du temple.

Rufus Shinra leur avait bien sûr interdit de le faire, certes, mais au vu de leurs visages décomposés par la peur, cette interdiction était totalement superflue.

Angeal et moi descendîmes la pente abrupte menant au fond du trou et je l’entendis jurer dans la pénombre en se frappant trois fois le front.

Ce geste me surprit par je ne l’avais jamais vu manifester une ombre de superstition.

Cela dit, en de telles circonstances, j’arrivais presque à le comprendre.

Angeal avait déjà travaillé ici, avant, ainsi qu’à Canyon Cosmo, où les mythes étaient au moins aussi vivaces qu’à Gongaga. Qui savait ce qu’il avait pu voir au cours de ses missions ? Il faudrait que je le questionne là-dessus, un jour. Mais pas en pleine nuit, après trois cadavres mis en pièces et près d’un temple profané…

Angeal se glissa sous le ruban de plastique censé interdire l’entrée par la crevasse ouverte dans le mur du temple, la torche en avant.

Après un pesant silence, il laissa tomber :

- Je l’ai trouvé.

A son ton neutre et à son dos raidi, je devinai une autre mauvaise nouvelle.

Je le rejoignis et vis le corps du contremaître étendu sur l’autel de pierre et couvert de sang comme les autres.

Je notai que les blessures n’étaient pas dues à un fauve ou à quelconque animal : cet homme avait été égorgé par une lame, non par des crocs ou des griffes !

J’échangeai un regard avec Angeal, hésitant à formuler des conclusions qui pourraient s’apparenter à des accusations.

Avions-nous un meurtrier sur les bras en sus d’une bête fauve ?

Nous ne pouvions fournir aucune réponse à cette question pour l’instant.

… à suivre

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Part 12 Les chemins de la vertu… ne sont décidément pas sur la route du Star Tash !

Un cri résonne dans la nuit : NOOOOOOONNNNNN !!!

Dans la chambre de Weiss et de Nero

Nero (qui sort la tête des draps) : C’était quoi ça ?

Weiss (un gros point d’interrogation sur la tête) : Tu crois qu’ils ont des singes hurleurs dans le vaisseau ?

Nero (réfléchit un moment et secoue la tête) : Nan, je pense pas.

Weiss : Alors je vois pas.

Re-cri : AAAAHHHHAIEAIEAIEAIE ! ! !

Nero : C’est Lozy, non ? Faut aller voir !

Weiss (qui le retient par une aile) : Minute papillon ! Avant d’aller butiner ailleurs, tu peux m’expliquer comment ça se fait que tu l’appelles par son petit nom ?

Nero (gaufré par terre, le nez dans la descente de lit) : Non mais tu crois que c’est le moment de me piquer une crise de jalousie ?

Il se dégage, et se précipite dehors, en pyjama.

Pendant de temps, dans la chambre de Loz et Yazoo :

Yazoo (qui maintient les poignets de Loz) : C’est pas la peine de gigoter comme ça, de toute façon t’échapperas pas à… ça !

Loz (s’accrochant aux draps) : NAAAAAAAAAAANNNNNNNNNN ARRREEETEUHHHH NNAAHHHAAWWWWWOUILLE OUILLE OUILLE AIEAIEAIE !

Yazoo (suant au labeur) : Trop tard, c’est fait !

Pendant de temps, dans le cercueil de Vincent, dans les soutes :

Cid (ouvrant le couvercle du cercueil pour sortir la tête) : C’était quoi, ça ?

Vincent (en soulevant le cache à dentelle qui lui couvre le yeux pour dormir) : Vaut p’têt mieux y aller, j’crois que Loz est en train de douiller !

Ils s’habillent vite fait, se précipitent et croisent Nero, Weiss, Tifa, Cloud, Reno… enfin toute la clique dans les coursives et… Tseng, que le boucan a réveillé !

Vincent (voyant Tseng) : Merde !

Tseng : Vous disiez, agent Valentine ?

Vincent: EUH… rien ! Je me demandais ce qu’était ce bruit, hihihi…

Tseng (en remontant son pantalon de pyjama estampillé de fleurs de gingembre utaïennes et en raffermissant sa poigne sur la batte de base-ball qu’il a apportée avec lui) : Allons-y doucement, peut-être un démon s’est-il introduit chez l’officier Loz. Restez derrière moi.

Weiss (se marrant comme une baleine) : Attends de voir la gueule de ” l’introduction ” ! (Nero lui donne un coup d’aile) Aïeuh !

Cloud : Heu… Monsieur ? C’est p’têt pas la peine d’y aller, vous savez…

Tseng : Il le faut ! L’entraide est le ciment d’une équipe bien soudée !

Reno (en aparté à Tifa) : Ca se soude, le ciment ?

Tifa (effondrée) : Reno, tu es vraiment un boulet…

Cloud (insiste) : Yazoo et Loz sont des soldats 1ère classe, après tout, si y’a un monstre là dedans, personne n’est plus qualifié qu’eux.

Tseng : Quand bien même, il faut qu’ils sachent qu’ils peuvent compter sur leurs camarades pour tout !

Weiss (lève le doigt et s’apprête à faire un commentaire enthousiaste mais se reprend un autre coup d’aile de Nero sur la tête) : Mais aïeuh ! T’arrêtes un peu, oui ? !

Cloud (à court d’arguments) : Oui mais p’tet qu’on va les réveiller pour rien et Yazoo peut être très très très en colère lorsqu’on le réveille en sursaut, vous savez…

Tout le monte hoche vigoureusement la tête, sachant très bien ce qu’ils risquent de trouver de l’autre côté de la porte.

Tseng (outré) : Soldat Strife ! Je commence à en avoir plus qu’assez de votre attitude de péteux ! (En se tournant vers les autres) Aurais-je donc affaire à une bande de couards ?

Cloud (les yeux soudain plus mako que bleus) : PETEUX, MOI ?

Sephiroth (sa dignité guerrière traînée dans la boue) : Monsieur ! Avec tout le respect que je dois au chef des turks, je vous demande de retirer ses paroles ou je me verrais contraint de demander réparation sur-le-champ !

Cloud (la bouche en cœur) : Mon hérooooossss…

Tseng (un peu rassuré) : Pardonnez-moi, mais j’ai craint un moment… Enfin ça ne fait rien. On y va !

Il défonce la porte de la cabine.

Tous : NNAAANNN ! ! ! ! ! !

Tseng (qui lâche soudain la batte et fixe le lit) : Mais que…

SHKLONG (bruit de la batte qui tombe sur le sol)

Tout le monde se précipite, s’attendant au pire, et voient Yazoo, sous les draps, appuyé sur les oreillers entrain de fumer une cigarette, un grand sourire aux lèvres.

Les multiples paires yeux glissent alors sur Loz.

Il est allongé, les bras en croix, et fixe le plafond avec un large sourire en banane, aussi béat que niais.

Yazoo (faisant des ronds avec la fumée d’un air d’autosatisfaction intense) : Oui ? C’est à quel sujet ?

Tseng (qui bafouille) : Je… Euh… On a entendu crier… Alors… Bah…

Yazoo : Oh, ça ! Ce n’est rien. Loz a fait un cauchemar mais il va mieux maintenant. Hein, Lozy ?

Loz (qui hoche la tête, toujours béat et le regard toujours au plafond) : Vi, vi… Y va bien…

Tseng (inquiet quand même) : Vous êtes sur ? Il n’a pas l’air très “dans son jus”, là, quand même, hein…

Yazoo : Faites-moi confiance, je m’occupe de lui, monsieur.

Tseng : Bon, eh bien, dans ce cas… Bonne nuit.

Yazoo (tout sourire) : Bonne nuit ! Dis bonne nuit, Lozy.

Loz (qui il agite la main sans se départir de sourire idiot) : Onne huiiii !

Tseng chasse tous les curieux et referme la porte.

Yazoo (se penchant sur Loz) : Ca va mamour ?

Loz : Hein ?

Yazoo : Je te demande si ça va.

Loz (tronche de mongolien) : Kezudit ?

Yazoo (qui commence à s’inquiéter quand même) : Loz, c’est moi ! On se réveille ! C’est ton sucre d’orge adoré !

Loz (qui bondit hors du lit, reprenant ses esprits d’un coup) : Ah ! Ne m’approche pas !

Yazioo : Bah m’amour…

Loz (hystérique) : Sadique ! B’sédé ! Comment t’as pu me faire une chose pareille ? Monstre ! Sans cœur ! Bourreau !

Yazoo (la larme à l’œil) : Mais… je t’aime, mouaaa !

Loz (sur le point de péter les plombs) : Tu m’aimes ? Et tu t’imagines que je vais te croire après ce que tu viens de me faire ?

Yazoo (qui essaye de le prendre dans ses bras) : M’amour…

Loz : ME TOUCHE PAS ! VIOLEUR ! Tu mériterais que je te tranche la tête !

Yazoo (effondré sur le sol en larmes) : Ne me dis pas des choses aussi horribles !

Loz (qui le toise avant de sortir) : C’est ça ! Chiale ! Tu pisseras moins !

Il part en claquant la porte.

Nero et Tifa, qui étaient restés devant la porte à discuter (et a essayer d’entendre ce qui se passait dans la chambre, bien sur), voient sortir Loz comme une furie.

Loz (qui entraîne Tifa avec lui) : Viens là ! Faut qu’j'te cause !

Tifa : Hein ? (elle regarde Nero, qui hausse les ailes - enfin les épaules) Mais keskia ?

Loz : Je t’explique ça dans deux minutes

Il l’entraîne à travers les coursives.

Nero (qui rentre à pas de loup dans la cabine, voit Yazoo effondré) : Ca va pas ?

Yazoo (en larmes) : Laisse-moi ! J’veux mourir ! Il me déteste !

Nero (qui le prend dans ses bras et le berce *ah bah dès qu’il peut profiter d’un câlin, lui…*) : Mais non, mais non, il est sous le coup du bromure, c’est tout…

Yazoo : Il a même dit que je mériterais qu’il me coupe la tête !

Nero (avec de gros poutous) : Allons, allons, il avait plutôt l’air d’avoir apprécie lorsque nous sommes entrés…

Yazoo (en secouant la tête et mettant des grands coups de cheveux à Nero) : Nan ! Il m’a dit que j’étais un pervers !

Nero : Mais non, voyons, il était un peu en colère, c’est tout.

Yazoo : Y m’aime, plus j’te dis ! ! !Il a même dit que j’étais ridicule tout nu ! Et moi qui lui ai tout donné ! Je veux mourir !

Nero (qui ne sait plus quoi dire) : Je te répète que ce sont les effets secondaires du bromure, enfin ! C’est un mauvais moment à passer, c’est tout !

Yazoo : J’peux pas ! C’est trop dur ! Tue-moi !

Nero (qui se dégage) : Ah non, hein ! Ca va bien, maintenant, vos crises de mélo-dramatico-culpabilité-déceptionnée ! Ca va lui passer, je te dis !

Yazoo (qui renifle) : Et en attendant je fais quoi moi, hein ?

Nero : Comment ça ? (Il remarque alors le regard aguicheur de Yazoo mais se souvient - enfin c’est surtout son popotin, qui se souvient - de la façon dont Loz lui a fait regretter d’avoir touché à sa propriété privée) Euh… Nan. Nan, nan, moi j’ai rien à voir dans vos salades, cette fois, hein !

Il se glisse prestement hors de l’étreinte un peu trop collante et s’esquive vers sa cabine façon “surtout ne pas contrarier les grands dépressifs mais poussez pas le bouchon trop loin quand même”.

BONCHH ! Aieuh! Oups…

Ca c’est parce qu’en tournant le coin de la coursive, il est entré en collision avec Tseng…

Nero (toussotant): Ah, euh, tiens, vous ici, Sir ! Quelle bonne surprise, vous n’êtes donc pas encore retourné vous coucher ?

Tseng (encore un peu déconcerté et se disant que décidément quelque chose lui échappe sur ce vaisseau): J’ai eu l’impression que ce serait peut-être bien que je fasse une petite ronde… Dès fois qu’il resterait du danger… Un monstre… Chais pas… Un truc normal, quoi…

Nero (devinant que ça carbure sec sous le crâne de béton du turk): Allons, allons, il n’y a rien d’anormal ici, qu’est-ce qui vous inquiète?

Tseng (en se grattant la tête): Je n’avais jamais vu l’équipage aussi nerveux… On dirait qu’ils sont sous tension et qu’ils me cachent quelque chose…

Nero (en apparté) : Aie…

… à suivre

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LX - Charnelles vapeurs

” Tu noies tes chagrins dans l’alcool ?
Méfie-toi, ils savent nager. »
Y. Mirande

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

Les versions non censurées de ce texte et de cette illustration se trouvent fascicule “Les interdits de www.ff7-yaoi-fanfics.com” tome 2 (voir dans la boutique)

***

- Ca va aller ? demanda Reno en aidant Yazoo à s’allonger sur le lit. Ce n’était peut-être pas une si bonne idée que ça, ce verre de cognac. Je suis désolé, je n’aurais pas dû laisser Rufus te faire avaler ça.

L’argenté sourit.

- Tu n’y es pour rien et Rufus non plus. Il voulait juste que je me détende un peu. Et je dois être le seul homme au monde qui se retrouve dans cet état après trois gorgées d’alcool !

Il rit et le turk l’aida à se déshabiller en admirant le corps pâle à la douce lumière de la veilleuse avant de le recouvrir.

Bon sang ! Ce qu’il mourrait d’envie de lui faire l’amour…

Pourtant, malgré les tendres moments qu’ils avaient passés ensemble, ils n’avaient pas encore franchi le pas - si par “pas”, on entendait “relation sexuelle incluant une pénétration”.

Yazoo n’était pas encore assez à l’aise pour cela et Reno savait qu’il ne le forcerait jamais. Il attendrait qu’il soit prêt à le recevoir même si cela devait lui coûter plusieurs dizaines de nuits blanches.

- Dors, mon ange.

Il déposa un baiser léger sur ses lèvres et passa la main dans ses cheveux argentés.

- Tu… tu ne te couches pas ?

Reno cligna de l’oeil.

- Je vais aller voir comment ça se passe avec Nero, en bas. Et tu as besoin de te reposer après tout ce qui s’est passé.

Yazoo plongea ses yeux mako dans les siens et noua ses bras autour de son cou.

- Reste… S’il te plaît.

- Tu es sûr ?

- Oui. Je veux que tu sois près de moi. Pour toujours… Je t’aime Reno.

Reno goûta à la coupe de ses lèvres le cognac que Yazoo avait bu. Puis il retira sa veste de costume et s’allongea près de lui pour blottir son visage au creux de son cou.

- Reno ? murmura Yazoo au bout d’un petit moment.

Le turk releva lentement la tête.

Les joues de l’argenté avaient pris une teinte rosée et son souffle était un peu haletant.

- Ca va ? Tu n’as pas l’air bi…

Yazoo lui posa un doigt sur la bouche et lui adressa un sourire débordant d’amour.

- Chut…

Sans prévenir, il bascula Reno sur le dos et s’assit sur le matelas.

Avec une lenteur et une tendresse qui chavira le cœur du turk, il fit courir sa petite bouche en coeur sur son cou.

Reno ferma les yeux et les boutons de sa chemise semblèrent fondre entre les doigts de Yazoo. Il la sentit glisser sur ses épaules et il se redressa légèrement pour pouvoir la retirer complètement.

Les doigts délicats et les lèvres de l’argenté tracèrent un chemin caressant sur sa poitrine, son ventre, et la fermeture éclair de son pantalon céda à son tour.

Yazoo le fit glisser le long de ses jambes athlétiques jusqu’à l’envoyer rejoindre la chemise sur le sol, suivi de près par ses chaussures et ses chaussettes.

Lorsque le turk sentit ses doigts se glisser sous l’élastique de son caleçon, il hoqueta, surpris par son audace.

Bah merde ! Tu parles d’effets secondaires… “ pensa-t-il en retenant un sourire.

Des frissons lui remontèrent le long du ventre mais l’incarné de s’attarda pas. Il fit glisser le sous-vêtement jusqu’à ses chevilles et le posa avec le reste des affaires.

Reno entrouvrit les yeux et surprit le regard admiratif que je jeune homme posait sur son corps nu. Un corps mâle, mince et aux muscles bien dessinés. Un corps pour lequel bien des femmes se seraient damnées. Et, au bas du ventre plat, une hampe de chair dure et palpitante.

L’excitation rosit encore les joues de Yazoo et son propre sexe se dressa entre ses cuisses.

- Ce que t’es canon, comme ça… laissa échapper Reno, la gorge serrée.

Les longs cheveux argentés accrochaient la lumière de la lampe et tombaient sur ses épaules comme un châle coûteux. Yazoo était mince mais Reno distinguait parfaitement le dessin ferme de ses abdominaux et la courbe harmonieuse de ses pectoraux ornés de deux petits grains rose pâle.

Très doucement, les mains fines se tendirent vers le visage de Reno et celui-ci ferma de nouveau les yeux, savourant la délicate caresse des doigts fuselés sur sa peau.

L’argenté faisait courir la pulpe de ses doigts sur son corps en évitant soigneusement le bas de son ventre, faisant vibrer chaque nerf.

Le turk soupira en sentant son corps répondre à ses caresses.

Yazoo laissa une traînée de baisers chauds et humides sur sa poitrine. La respiration de Reno s’accéléra et il entrouvrit les yeux. La langue de l’argenté poussa contre l’un de ses tétons, lui arrachant un soupir comme cela envoyait un long frisson directement dans son bas-ventre.

Il apprend vite, la vache… ”

L’argenté l’excita doucement avec ses dents, faisant courir une traînée de baisers sur sa poitrine d’un téton à l’autre.

- Eh, Yazoo baby… Tu sais que tu vas avoir du mal à m’empêcher de sauter dessus, si tu continues ? grogna Reno en mordant sa lèvre inférieure, son front se plissant tandis que les sensations augmentaient.

Yazoo se contenta de sourire et la traînée de baisers descendit sur la surface lisse et dure de son estomac, chaque contact brûlant le faisant se contracter, puis elles fuirent à nouveau.

Reno sentit ses cuisses s’écarter d’elles-mêmes et une partie de lui se révolta alors même que l’autre attendait… anticipait, fascinée.

Le premier baiser sur l’intérieur de sa cuisse le fit sursauter.

Yazoo amena ses doigts à se joindre aux baisers, monta depuis l’intérieur de sa cuisse, joua avec une douceur exaspérante avec ses parties pour descendre jusqu’à l’intérieur de l’autre cuisse. Puis remonta à nouveau. Et sa bouche humide se referma enfin sur lui, sa langue poussant les testicules d’avant en arrière.

Le turk prit une autre inspiration frémissante.

Il aimait ça.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, il aimait que Yazoo prenne les devants et le touche comme ça.

Bah merde, alors ! Si je m’attendais à ça… ”

Cette certitude était invraisemblable, effrayante, dévastatrice…

- Je t’aime, murmura l’argenté en frottant de sa joue le membre soyeux et palpitant.

Il fit courir le bout de sa langue de la base à l’extrémité et entendit le soupir de Reno. Il sourit, le lécha à nouveau dans une longue et lente caresse, poussant le pénis du turk contre son aine.

Celui-ci voulait bouger, soulever ses hanches pour aller au-devant de cette langue et gémit de plaisir pendant que Yazoo continuait cette lente torture insensée.

L’incarné fit doucement courir ses lèvres sur le sexe dur, le mordillant, le frôlant avec ses dents. Sa langue flexible en lécha l’extrémité puis plongea dans la petite fente humide, se tordant comme si elle essayait de s’y forcer un passage et ses doigts caressèrent les testicules, encerclant la chair douloureusement contractée par le désir… doucement.

Reno poussa un râle et ses mains agrippèrent les draps.

- Continue… s’entendit-il mendier. Oh, oui, continue…

Mais Yazoo s’arrêta et Reno frissonna. Il en voulait plus et gémit encore. Un petit son implorant.

Pourquoi arrêtait-il ?

Il sentit Yazoo bouger à côté de lui sur le lit, puis il fut chevauché, le visage empourpré du jeune homme baissé vers lui, souriant.

- Yazoo…

Celui-ci appuya ses mains de chaque côté de sa tête, sur l’oreiller, et se pencha en avant.

- Prends… chuchota-t-il contre son oreille en pressant l’un de ses tétons contre la bouche du turk, son souffle lui envoyant des frissons dans le cou.

Reno n’en revenait pas.

C’était comme si la minuscule quantité d’alcool qu’avait avalée l’argenté avait fait tomber toutes ses inhibitions.

Ne profite pas de la situation, Reno. Contrôle-toi, merde… ” s’admonesta-t-il.

Non, il ne devait pas profiter de la situation.

Il ne le devait pas !

Il ne le devait pas !

Il ne le devait pas !

Mais… le petit grain dur sombra entre ses lèvres douces tandis que Yazoo haletait comme la langue mouillée et chaude de Reno dardait entre ses lèvres pour le goûter, le fouettant rapidement.

Le corps de l’argenté se contracta sous l’effet de l’excitation et les dents de Reno attrapèrent tout doucement le téton entre ses dents. Il tira un peu sur la peau tendre, tenant le petit grain de chair afin que sa langue puisse cingler contre son extrémité.

Yazoo soupira et un spasme lui agita le corps.

Le turk libéra le petit téton molesté et continua de le tremper avec sa langue jusqu’à ce que l’argenté se laisse glisser pour embrasser sa poitrine en allégeant sa tension avec de légers mouvements des lèvres.

Reno inspira profondément et la bouche douce remonta jusqu’à sa gorge, à son menton puis à ses lèvres.

- Je t’aime, mon ange… murmura Reno avant de presser sa bouche sur la sienne.

Leurs langues se cherchèrent et bataillèrent durant un long moment avant que Yazoo ne se redresse, s’installant confortablement sur le ventre de Reno pour frotter ses fesses contre le sexe impatient.

- Reno…

Mais Reno avait rejeté la tête en arrière, perdu dans un flot de sensations qu’il ne parvenait plus à contrôler.

Reno se noyait.

Reno qui sentait sa verge dressée contre les fesses fermes.

Reno qui, le souffle court, se demandait comment on pouvait éprouver un tel plaisir au contact d’un corps si semblable au sien.

Reno qui, bientôt, ne fut même plus capable de penser.

Et lorsque la main de Yazoo descendit sur son propre ventre et commença à caresser son sexe vibrant en rythme avec des mouvements graduels de ses hanches, Reno en oublia même comment respirer.

Il imaginait que c’était sa main, pas celle de l’argenté, qui arrachait de si délicieuses plaintes de ses lèvres entrouvertes.

Il allait tendre sa main vers le sexe dressé lorsque Yazoo lui glissa deux doigts dans la bouche.

Il les accueillit sans protester, les léchant comme s’il se fut agi de son sexe, et il poussa même un petit gémissement plaintif lorsqu’ils se retirèrent… pour se glisser entre les fesses de l’argenté, qui poussa un long soupir en rejetant la tête en arrière dans un envol de mèches argentées.

Reno imagina ces doigts qu’il ne voyait pas se faufiler dans leur caverne de chair et faillit jurer de surprise mais se mordit la langue à temps.

Non, Yazoo ne pouvait pas être en train de faire ça…

Pas son Yazoo baby, si timide et réservé. Même pas dans ses rêves érotiques les plus fous !

Reno tendit les mains pour les poser sur les fesses rondes et sentit le poignet droit de Yazoo faire des mouvements de va et vient de plus en plus rapides tandis que la main gauche s’affairait de plus en plus rapidement sur son sexe, faisant jaillir par intermittences un bourgeon de chair rose de son tendre fourreau de peau. Du bout des doigts, le turk sentit ceux de Yazoo entrer en lui et sortir, vriller et se tordre tandis que ses fesses se pressaient et se frottaient de plus en plus durement sur son propre sexe.

Le turk hoqueta, incrédule.

“Oh, la vache, il le fait…”

***

Alangui, épuisé et le souffle court, Yazoo se pelotonna contre Reno mais ce dernier semblait inanimé.

- Je t’aime…

Pas de réaction.

Pourquoi Reno ne disait-il rien ?

Yazoo parut alors réaliser ce qu’il venait de faire et son ventre se noua.

” Oh, non… Je n’aurais pas dû… Je suis le premier homme de qui il tombe amoureux et je me comporte comme un chien en rut pour quelques gorgées de cognac. Oh, Dieux, Reno, qu’est-ce que je viens de faire… “

Timidement, il lui chatouilla la nuque mais Reno ne bougea pas.

L’argenté sentit les larmes lui monter aux yeux.

” J’ai tout gâché… Gaia, viens-moi en aide, j’ai tout gâché ! “

En réalité, Reno gisait simplement sur le ventre, se complaisant dans les après-fourmillements de son orgasme.

Il aimait la façon dont le cœur de Yazoo battait contre son dos et dont son souffle et le bout de ses doigts lui chatouillaient la nuque.

Avec un pincement au cœur, il le sentit s’écarter et il se mit sur son flanc pour lui faire face.

L’argenté avait enfoui son visage dans l’oreiller, comme s’il avait honte.

Reno se redressa et lui lissa les cheveux mais Yazoo ne releva pas la tête.

- Qu’y a-t-il, Yazoo baby ? murmura Reno, soudain inquiet.

- Je suis désolé… Je me suis comporté comme un sauvage …

Sa voix se brisa et le turk écarquilla les yeux.

- Quoi ? Qu’est-ce que racontes ?

Yazoo leva enfin les yeux. Il pleurait.

Reno, attendri, prit son petit visage dans ses mains et essuya ses larmes d’un baiser.

- Tu es mon ange à moi, chuchota-t-il. Maintenant plus que jamais.

- Tu ne m’en veux pas ?

Le turk éclata de rire et le serra contre lui.

- T’es fou ! Ah ! Ah ! Ah !

… à suivre

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LIX - Mea culpa

“Un véritable égoïste accepte même que les autres soient heureux,

s’ils le sont à cause de lui.”

J. Renard

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : d’après des illustrations de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Cloud, l’oreille collée à la porte de Tifa, ne perdait pas une miette de ce que disait Loz et avait du mal à réaliser que la belle voix grave et posée était celle de l’argenté brutal et obtus - du moins était-ce ainsi qu’il l’avait toujours considéré - qu’il avait combattu à Edge deux ans plus tôt.

- C’est une vieille légende cétra. Celle d’un jeune garçon d’écurie amoureux d’une princesse.

- Un conte de fées ? s’étonna Tifa avec un rire doux.

- Pas exactement. A moins que les contes pour enfants ne commencent par un viol.

- Un viol ? se récria la jeune femme, indignée.

- Une tentative, en fait. Sur la personne de la princesse par son oncle, qui était aussi le conseiller du roi. C’est arrivé dans l’écurie, alors que la jolie jeune femme s’apprêtait à enfourcher son cheval pour partir en promenade.

- Quelle horreur !

- Mais c’est là qu’intervient notre jeune palefrenier.

- Il a sauvé la princesse ?

- Oui. En tuant le conseiller d’un coup de fourche.

- Et comment a réagi le roi ?

Cloud entendit Loz éclater de rire.

- Tu veux que je te la raconte, cette histoire ? Ou tu vas continuer à poser des questions tout du long ?

Tifa pouffa.

- Pardon.

- Bon. Le roi, donc, le père de la jeune femme, voulut récompenser le garçon d’écurie et lui proposa de réaliser son plus grand souhait - dès l’instant qu’il était en son pouvoir de le faire, bien sûr.

- Et qu’est-ce que c’ét… Pardon, pardon.

Cloud ne put s’empêcher de sourire de l’autre côté de la porte.

Tifa ne changerait décidément jamais…

- Le palefrenier, amoureux de la princesse depuis toujours, demanda l’impensable : sa main. Et le roi, outré qu’un simple palefrenier ose prétendre à la main de sa fille, essaya de le dissuader en lui proposant des richesses, des terres et même un château encore plus grand que ce manoir. Mais rien n’y fit. Le garçon voulait la princesse et le roi réalisa bien vite que celle-ci n’était pas du tout hostile à cette union, bien au contraire. En fait, elle était elle-même éprise en secret du garçon d’écurie courageux et avenant.

- Oh ! Un amour secr… Désolée. Je ne dis plus rien, promis !

- Le roi, coincé, décida donc de biaiser et expliqua au jeune homme que seul un noble chevalier pouvait épouser une princesse et que, pour devenir chevalier, il se devait au minimum de briller à la guerre ou de mener une quête importante. La paix régnant depuis de longues années, le palefrenier opta donc pour la quête et le roi, bien entendu, lui en confia une totalement irréalisable. Pars, voyage et trouve la Vérité. “ lui dit-il. Et une fois que tu l’auras trouvée, tu pourras revenir épouser ma fille. ” Le jeune homme ne se laissa pas abattre. Il partit et, durant des années, il chercha la Vérité. Il parcourut le royaume en long, en large et en travers. Il alla demander audience aux sages de chaque cour, de chaque ville et chaque école, interrogea les plus savants d’entre eux mais aucun ne pouvait assurer avoir trouvé un jour la Vérité. Alors le jeune garçon d’écurie s’en fut voir les prêtres, du temple le plus lointain à la plus minuscule chapelle mais, là non plus, personne n’avait jamais vu la Vérité. Mois après mois, il chercha en vain et cinq années passèrent.

- Cinq ans ?

- Oui. Cinq longues années. Et, une nuit, au sommet d’une montagne, alors que, désespéré et honteux, il s’était assis dans la neige pour attendre la mort, une vieille femme l’interpella : J’ai entendu dire que tu me cherchais, mon garçon ? “ Le palefrenier sursauta et vit approcher une vieille femme lépreuse repoussante, sale et couverte de plaies. Qui es-tu ? “ demanda-t-il. Quelle question ! ” rétorqua-t-elle. “La Vérité, bien sûr ! Qui veux-tu que je sois ! “ Le jeune homme, malgré le dégoût que lui inspirait la veille lépreuse, la suivit jusqu’à sa masure et parla avec elle jusqu’au petit matin, lui posant mille questions. Lorsque le soleil fut au plus haut, il dut se rendre à l’évidence : la vieille lépreuse ne mentait pas. Elle était bel et bien la Vérité qu’il avait tant et tant cherchée. Sa quête avait été un succès.

- Et il pouvait enfin repartir épouser sa princesse, conclut Tifa avec un petit rire amusé.

- Eh bien… Pas tout à fait. Il restait un petit détail à régler. Comment prouver au roi qu’il avait bien trouvé la Vérité ? Il s’en ouvrit à la vieille femme. Je suis heureux d’avoir trouvé la Vérité que tant d’hommes ont cherché leur vie durant en vain. ” dit-il. ” J’ai mené à bien la quête que m’a confiée le roi mais… Que dois-je lui dire, pour qu’il me croie ? Que lui répondre lorsqu’il voudra savoir qui est la Vérité ? “ demanda le garçon. Alors, la vieille femme lépreuse se pencha sur l’épaule du garçon d’écurie avec un sourire et murmura à son oreille : Va et dis-lui que je suis jeune et belle. “

Tifa poussa une exclamation ravie et, derrière la porte, Cloud faillit lui-même laisser échapper un hoquet surpris.

- La vérité est une vieille femme lépreuse que personne n’a envie de regarder en face, Tifa, reprit Loz de sa belle voix. C’est pour ça que tu ne peux pas en vouloir à grand frère d’avoir du mal à la regarder droit dans les yeux et de préférer l’imaginer comme ça l’arrange.

- Oh, Loz… soupira la jeune femme, émue.

Dans le couloir, Cloud sentit l’émotion lui serrer la gorge.

Il avait déjà commis des erreurs de jugement, dans sa vie. Beaucoup, même. Mais en ce qui concernait Loz… Force était de constater qu’il ne s’agissait même plus d’une erreur. Il s’était mis le doigt dans l’œil jusqu’au coude, oui !

Barret avait raison.

Cid avait raison.

Tifa avait raison.

Shalua, Yuffie, Vincent…

En fait, tous avaient raison ! Même Marlène avait été plus perspicace que lui ! L’incarné était quelqu’un de bien, un homme digne de ce nom “, comme disait le chef d’AVALANCHE, n’en déplaise aux imbéciles comme… Comme lui-même, en fait !

Toutes les horreurs qu’il avait pu dire au sujet du jeune argenté lui revinrent en mémoire et il sentit la honte lui serrer les tripes. Oh, bien sûr, il pouvait toujours se rassurer en se disant qu’il n’était plus lui-même, alors.

Ouais, tu parles ! Elle bon dos, Jenova, sur ce coup-là, tiens ! “ s’admonesta-t-il, en s’appuyant contre le mur du couloir. Tu t’es comporté comme un connard parce que tu étais jaloux, la voilà, la vérité, mon pauvre Cloud ! “

Il resta là un petit moment encore, immobile près de la porte à essayer de faire le tri dans la tempête qui se déchaînait dans sa tête et sans vraiment chercher à écouter ce que disaient Loz et Tifa.

Il lui sembla cependant qu’il était vaguement question de ” progrès “, de ” blocages qui s’effaçaient petit à petit ” et de ” mettre des mots sur des sentiments “. Apparemment, la jeune femme ne perdait pas une occasion d’obliger son compagnon à parler, à exprimer ce qu’il ressentait et le jeune soldat se souvint avec une pointe de nostalgie du nombre de fois où elle avait essayé de faire de même avec lui.

Contrairement à Loz, Cloud n’avait jamais cédé, restant obstinément enfermé dans sa coquille et, en cet instant, il le regrettait.

L’argenté et son amie d’enfance partirent d’un terrible fou-rire pour une histoire de ” petite souris ” et de ” gros rat ” qu’il ne saisit pas (sans doute un ” truc ” entre eux qu’ils étaient les seuls à pouvoir comprendre) et il s’éloigna en silence dans le couloir enténébré.

Il s’apprêtait à boire de l’eau à la bouteille qu’il avait ramenée de la cuisine dans l’espoir de se dénouer un peu la gorge lorsqu’il vit Denzel, en pyjama, venir à pas de loup en sens inverse.

Lorsqu’il le remarqua, le garçonnet sursauta si fort qu’il faillit lâcher la petite peluche qu’il tenait dans les bras.

- Denzel ? s’étonna Cloud. Pourquoi n’es-tu pas au lit ?

Le petit, pris en faute, rougit brutalement et cacha la peluche derrière son dos comme s’il s’était agi d’un paquet de bonbons qu’il serait allé voler en douce dans la cuisine.

***

Dans le village de Nibelheim, au premier étage de sa petite maison attenante à sa boutique d’informatique, le vieux Stan se coula discrètement hors du lit sans réveiller son épouse. Nauséeux, il se rendit dans la salle de bains, verrouilla silencieusement la porte et alluma la lumière.

Sans doute cette satanée pizza !

Il savait pourtant qu’il devait éviter ce genre de nourriture mais sa gourmandise avait été la plus forte.

Il fit couler le robinet d’eau froide pour s’asperger le visage et laissa échapper un cri étouffé en voyant ses avant-bras recouverts de tâches noirâtres qu’il ne reconnut que trop pour en avoir vu les victimes maintes et maintes fois à la télévision et dans les journaux deux ans plus tôt, lors de l’épidémie.

- Oh, mon Dieu, pas ça…

Il leva plus haut les manches de sa veste de pyjama et son cœur fit un tel bond dans sa poitrine qu’il dut s’appuyer contre le mur carrelé pour ne pas se trouver mal.

Ses bras noueux étaient recouverts de géostigmates jusqu’aux épaules…

***

- Où comptes-tu aller te promener, à une heure pareille ? s’enquit Cloud.

Denzel baissa la tête.

- A la cuisine, j’avais soif.

Le soldat fronça le nez, amusé par le mensonge enfantin, et désigna la peluche que le garçonnet cachait derrière son dos, un petit chocobo bleu fait dans une matière molle et particulièrement douce. Du genre de celle qui conviendrait parfaitement à un bébé…

- Et ton petit compagnon a soif aussi, je suppose ?

Le garçonnet vira au rouge cramoisi.

- Je… J’avais peur de descendre dans le noir.

Cloud pouffa.

- Tu allais voir Kay en douce, mhh ?

- Non ! (Le jeune soldat leva un sourcil, ironique) Je… Je voulais juste lui donner ça, avoua-t-il finalement d’une toute petite voix en brandissant la peluche. Il est tout seul à l’infirmerie et il a pas de jouet alors que Marlène et moi, on en a plein la chambre.

Cloud, aussi amusé qu’attendri, souleva le garçonnet dans ses bras et alla s’asseoir sur une marche d’escalier, à l’extrémité du couloir.

- Il n’est pas tout seul, Denzel, essaya-t-il de rassurer le petit, qu’il avait assis sur ses genoux. Merill et Shalua veillent sur lui. Sephiroth aussi est en bas, ainsi que Shelke et Reeve.

- Ah ? Bon, bah j’ai pas besoin d’y aller, alors. Tu sais, c’était juste comme ça, pour rendre service. Je m’en fiche, moi, de ce bébé.

L’excuse était si maladroite que le soldat faillit éclater carrément de rire.

- Tiens donc ? Tu t’en fiches ?

- Ouais ! acquiesça Denzel, les joues cuisantes, sans oser pour autant regarder son ami en face. C’est que le bébé de Loz, après tout, c’est pas comme si c’était ton bébé à toi.

Cloud tiqua.

- Comment ça ?

- Bah si c’était ton bébé à toi, je m’en ficherai pas, je veux dire.

Commençant à comprendre de quoi il retournait et à quoi rimaient tous ces mensonges malhabiles, le jeune homme sentit un pincement au cœur.

- Denzel… Regarde-moi. Allez, lève la tête. (Le garçonnet obéit en se mordillant la lèvre inférieure, prêt à éclater en sanglots) Pourquoi ne veux-tu pas avouer que tu l’aimes déjà, ce bébé, mhh ? (Denzel ne répondit pas) Pour les mêmes raisons que tu refuses d’avouer que tu aimes Loz de plus en plus ?

Une larme coula sur la joue du garçonnet et il s’agrippa au cou de Cloud.

- J’veux pas que tu nous laisses, moi et Tifa ! sanglota-t-il.

Le jeune soldat le serra fort contre lui et sourit.

C’était donc bien ça, il ne s’était pas trompé. Denzel craignait que s’il montrait trop d’affection pour Loz ou le bébé, Cloud ne se sente rejeté et prenne ses distances. Voire même qu’il disparaisse à jamais de leurs vies.

Mais n’était-il pas le premier responsable des craintes du garçonnet ?

Pas en raison de la façon odieuse dont il s’était comporté ces derniers jours avec les argentés et particulièrement avec l’aîné, non, cela Denzel savait que ce n’était dû qu’à la ” jénovite “. Mais parce qu’au fil des années, il avait donné au petit garçon l’image d’un homme qui, lorsqu’il se trouvait confronté à des difficultés ou à des doutes, préfèrait prendre la fuite plutôt que de s’en ouvrir à ses proches pour trouver la force de les affronter.

Ne me faites pas de peine et évitez de me causer des problèmes ou je m’en vais ! “

Beau modèle paternel et adulte qu’il avait donné à voir là !

Et dire qu’il s’était permis à d’innombrables reprises de juger Sephiroth, Cid ou les argentés - et tant d’autres ! - et de jouer les donneurs de leçons…

C’est toi, le minable, mon pauvre Cloud… “ pensa-t-il. Minable au point qu’un tout petit garçon doit souffrir en silence et taire ses sentiments de peur de te voir t’enfuir comme le lâche que tu es ! “

Un lâche, oui, parfaitement. Voilà ce qu’il était dès lors qu’il s’agissait d’engagement et de sentiments. Un être d’un incorrigible égoïsme et d’une lâcheté sans nom ! Il s’en rendait bien compte, à présent, alors que Denzel sanglotait, blotti contre lui et s’accrochant à son cou comme s’il craignait de le voir bondir sur ses pieds pour disparaître à jamais dans l’obscurité.

Décidément… C’était la nuit de toutes les révélations, ce soir ! Les Dieux avaient-il décidé que le moment était venu de lui asséner une volée de claques afin de lui remettre les idées en place ?

Peut-être bien car Cloud eut un ” déclic “. L’un de ces rares moments où l’on sait que quelque chose en nous vient de changer bien que l’on ne sache expliquer quoi ni comment.

Le jeune homme sentit comme une sensation d’air frais au fond de ses poumons et l’impression que le poids de son cœur trop lourd avait soudain diminué de moitié, qu’il était devenu aussi léger et agréable à porter qu’une plume. Un curieux sentiment d’assurance l’envahit. La certitude, en cet instant précis, de savoir exactement et sans le moindre toute possible non ce qu’il voulait mais ce qu’il convenait de faire et de quelle manière…

Il tapota le dos de Denzel, rassurant.

- Tu veux qu’on reste toujours amis, si je comprends bien ?

- Oui… pleura le petit en redressant timidement la tête.

Le jeune soldat se composa un faux masque déçu et simula une profonde tristesse.

- Et moi qui pensais que tu voulais que soyons beaucoup plus proches… dit-il avec un soupir déchirant. Une vraie grande famille… Je suis désolé, Denzel, je n’avais pas compris.

Le garçonnet fronça les sourcils, perdu.

- Hein ? Mais tu as dit que Tifa et toi vous ne…

- C’est de ma faute, pardonne-moi, le coupa Cloud en poursuivant sur sa lancée, comme s’il n’avait rien entendu. Je dirai à Tifa qu’il vaut mieux qu’elle attende un peu avant de s’engager avec Loz, que tu n’es pas prêt à avoir tout ce monde autour de toi. Elle comprendra, ne t’en fais pas.

- Mais de quoi tu…

- J’ai été idiot, vraiment. Après tout, je suis quoi, pour toi ? Un ami de ta mère, point. Et c’est déjà très bien que m’acceptes en tant qu’ami, je n’aurais jamais dû vouloir davantage. Quel besoin as-tu d’un oncle, en fait, si on réfléchit bien ? C’est vrai. Enfin, ” un “, non. Un bon paquet, en réalité, parce que rien que moi, Kadaj, Yazoo, Cid et Sephiroth, nous sommes déjà cinq frères et si on rajoute les conjoints, à savoir Yuffie, Shalua et Reno, bien sûr, c’est… Oui, c’est beaucoup trop, j’aurais dû m’en rendre compte, Denzel, je n’ai pas réfléchi. Passer d’orphelin à une famille aussi grande avec, en plus, un petit frère, c’est… Ouh !

- Une famille…

- Tu sais quoi ? Je parlerai à Loz et à Tifa dès demain matin et je…

- Attends ! s’écria Denzel en mettant ses petites mains sur la bouche de son ami pour le faire taire.

Cloud cligna des paupières avec une innocence désarmante et sut, en voyant pétiller les prunelles du garçonnet, qu’il était arrivé à ses fins.

- Comment ça, ” une vraie grande famille ” ? insista ce dernier, certain d’avoir mal compris.

Il libéra la bouche de son ami et celui-ci haussa les épaules comme si c’était une évidence.

- Oui, si Loz devient ton papa, je deviens forcément ton oncle, puisque c’est mon frère.

Denzel écarquilla les yeux.

- Ton frère ? Mais tu disais que…

- On s’en fiche, de ce que je disais ! J’avais la jénovite, tu l’as déjà oublié ? Tu crois que Loz, Kadaj et Yazoo m’appellent ” grand frère ” comme ça, juste pour faire joli ?

- C’est vraiment tes frères, alors ?

- Evidemment ! Demande à Loz, tu verras.

- Et Sephiroth aussi, c’est ton frère ?

- Oui. Et Cid, aussi, depuis que Loz lui a donné son sang.

Denzel en resta bouche bée.

- Ouahhhh…

- Mais bon, puisque tu préfères que nous restions juste amis, je…

- Non !

- Non ?

Denzel lui sauta à nouveau au cou mais c’en était fini des larmes et des sanglots. Le garçonnet riait de pur bonheur, cette fois.

- Je veux qu’on soit une vraie famille, avoua-t-il. Et je veux avoir un petit frère. Et je veux aussi plein d’oncles et tantes. Et un vrai papa pour que les copains, ils ne se moquent plus de moi à l’école…

Cloud pressa le garçonnet sur sa poitrine nue en se souvenant de cette terrible journée.

Lorsque l’école de Denzel avait organisé ” la journées des papas “, où les pères des écoliers devaient venir parler de leurs métiers respectifs devant la classe, Cloud avait tenu le rôle comme il l’avait pu. Le soir, cependant, le garçonnet était rentré en larmes et couvert de bleus pour s’être battu contre ses petits camarades, qui l’avaient raillé parce qu’il n’avait pas de ” vrai papa ” à présenter à la classe.

- Avec un papa comme Loz, plus personne n’osera se moquer de toi, assura le jeune homme, sachant à quel point cette journée avait été douloureuse pour le petit.

- C’est clair !

Non, plus personne n’oserait se moquer de lui !

Denzel s’imaginait déjà dans la cour de l’école, attendant avec les autres l’arrivée des parents, qui viendraient pour la plupart à pied.

Alors on entendrait un énorme ” VRAAAOUUUUMMM ! “.

Tous ses copains écarquilleraient les yeux en voyant arriver une grosse moto noire. Les garçons seraient épatés et les filles deviendraient toutes rouges en voyant Loz tout vêtu de cuir noir descendre du bolide avec des armes et tout et tout.

Les garçons diraient : Oh ! Qui c’est ? T’as vu comment il est fort ? On dirait un héros de jeux vidéo ! “. Et les filles : ” Oh, là, là… qu’est-ce qu’il est beau ! T’as vu ? On dirait un chanteur de rock ! “

Et là, lui, Denzel, lancerait sur un ton presque négligent :

- Arrêtez de dire n’importe quoi. C’est mon papa, il est officier 1ère classe dans le SOLDAT. Il est en tenue de combat parce qu’il revient d’une mission super importante avec mon oncle Sephiroth. Hein ? Bah évidemment, le Général ! T’en connais beaucoup, des ” Sephiroth ” ? Bah oui, c’est le grand frère de mon papa. Quoi, je vous l’ai jamais dit ? Ah ouais ? Je croyais.

- Denzel ? Tu rêves ?

Le garçonnet cligna les yeux et sortit de son rêve éveillé pour voir le visage amusé de Cloud, à quelques centimètres du sien.

- Tu diras à Loz que je veux bien qu’il soit mon papa ?

Le sourire du jeune homme s’agrandit.

- Et pourquoi tu n’irais pas lui dire toi-même, mhh ? Je suis sûr que ça lui ferait plaisir.

- Quoi ? Maintenant ?

- Mon petit doigt me dit que lui et Tifa sont réveillés. Et puis on ira ensuite vite fait apporter ton cadeau à Kay avant de retourner se coucher, qu’est-ce que tu en penses ?

Denzel acquiesça vigoureusement, ravi.

- D’accord !

- Laisse-moi juste aller enfiler un t-shirt pendant que tu vas voir ta mère.

Cloud accompagna le garçonnet jusqu’à la porte de la chambre de Tifa, à laquelle il frappa doucement, et poursuivit jusqu’à sa propre chambre, où il alla prendre un t-shirt noir et se passer le visage sous l’eau.

Il n’arrivait pas encore à croire qu’il venait de pousser son rival dans les bras de son ancienne petite amie et de son fils adoptif !

Curieusement, il n’en éprouvait nul regret, bien au contraire. C’était ce qu’il y avait de mieux à faire pour le bien de tous. Quant au reste de jalousie qui lui pinçait bien un peu le cœur, il ferait avec ! Le bonheur qu’il avait lu sur le visage de Denzel valait bien cette minuscule petite douleur. Il avait fait ce qu’il fallait et il le savait.

Il s’essuya le visage en se regardant dans la glace, au-dessus de l’évier, et la conversation qu’il avait eue avec Barret deux jours plus tôt lui revint en mémoire…

- Barret… Comment sait-on si on est un homme ?

- Quoi ?

- Je veux dire… un ” vrai “. ” Fort ” et ” Droit dans ses bottes “, comme tu dis. Comment sait-on si on en est devenu un ?

- J’en sais rien, p’tit. Tout ce que je peux te dire c’est qu’un beau jour, tu te regardes dans le miroir et que tu sais que tu n’as plus besoin de te poser cette question… “

Cloud s’observa un long moment, sourit à son reflet et, du plus profond des océans azurés de ses yeux, une vieille femme lépreuse lui rendit son sourire…

… à suivre

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III - Nuit d’angoisse

« Où serait le mérite,

si les héros n’avaient jamais peur ? »

Alphonse Daudet

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Rufus annonça la suspension des travaux, la plupart des ouvriers rentrèrent chez eux à pied sans même réclamer leur rétribution et le chantier me parut horriblement désert. D’habitude ils restaient dormir sous leur tente et ne repartaient au village qu’une fois par semaine, le jour de la paye.

Ce soir-là, seuls le contremaître, le cuisinier et trois hommes étaient au camp en sus d’Angeal et de moi-même. Mon ami était parti ruminer dans sa tente sans même se donner la peine de manger la nourriture gongaïenne, délicieuse mais trop épicé qui m’avait donné des brûlures d’estomac et des coliques durant les trois premières semaines, ce qui avait beaucoup amusé Zack fair, le petit protégé d’Angeal.

Ce dernier semblait horriblement déçu par la décision de Rudus mais, surtout, très en colère. Je crois qu’il devait m’en vouloir de ne pas avoir suffisamment étudié le terrain avant de commencer les fondations.

Comment pouvais-je deviner qu’une bande de sagouins s’était amusée à creuser un temple dans la roche de la colline pour le condamner ensuite sans la moindre indication de son emplacement ?

Je ne suis pas une devineresse cétra !

Las, je m’assis en tailleur sur le sol, devant ma tente, et allumai une de ces infectes cigarettes à… A quoi, d’ailleurs ? Mieux valait ne pas le savoir mais c’était les seules que l’on pouvait trouver dans le village le plus proche, distant d’une bonne dizaine de kilomètres à vol d’oiseau.

Il n’y avait pas un souffle d’air et la seule chose que l’on entendait était le bourdonnement des moustiques et le murmure des prières du cuisinier et du contremaître.

Depuis que Rufus était parti, ils n’avaient cessé de prier et leurs mélopées me donnaient le bourdon.

Je regardai ma montre bracelet et dus essuyer le cadran couvert d’une poussière rougeâtre pour lire l’heure.

20h00.

Le soleil se couchait et le ciel était d’un rouge agressif, recouvrant le paysage d’un voile sanguinolent. On avait une belle vue depuis le haut de la grande colline.

D’après ce que m’avait expliqué Angeal, le nom de cette colline avait été emprunté à des entités célestes qui commandent aux vents : les mâruts. Il m’a montré une représentation de ceux-ci sur Internet. Il s’agissait de Dieux terrifiants, aux bras multiples et au visage agressif. Il avait ri de ma réaction en m’expliquant que les Mâruts n’était en rien des Dieux maléfiques, tout au contraire.

Au nord, la colline Mârut formait un à-pic de vingt mètres qui donnait sur la route ; l’emplacement que j’avais choisi pour construire la véranda du laboratoire attenant au réacteur.

A cet endroit du sommet, le terrain était droit et plat sur à peu près 1200 mètres carrés ; puis le sol s’abaissait en pente douce vers le sud. Vue du ciel, la colline devait avoir la forme d’une énorme virgule. A perte de vue c’était un terrain vallonné, aride, parsemé de petits bosquets d’épineux, à travers lequel serpentait le large ruban de terre battue qui menait à la rivière.

A une dizaine de kilomètres de la pointe de la virgule, cependant, une masse verdâtre inextricable attirait le regard. C’était la forêt sacrée de Gongaga.

Zack m’expliqua que des milliers de gens y venaient en pèlerinage car c’était dans cette région qu’un Dieu local supposé faire des miracles avait passé son enfance. J’avais insisté pour m’y rendre.

C’était l’une de ces forêts du cru où il valait mieux éviter de mettre les pieds si l’on ne voulait pas se retrouver face une bestiole aussi attachante qu’un serpent vert ou à un troupeau de singes amoureux qui vous collaient aux basques et vous mettaient leur derrière pelé sous le nez, sûrs de leur sex-appeal. Les serpents, c’est vrai, étaient monnaie courante et, une fois, une énorme vipère s’était introduit dans ma tente. J’avais poussé un tel hurlement que je ne sais pas lequel, du serpent ou de moi, avait été le plus effrayé par l’autre. Il avait filé sans demander son reste et j’avais passé une semaine à sursauter à chaque fois que je voyais un câble ou une corde traîner sur le sol.

Pour l’instant, ce n’était pas tant les serpents qui m’effrayaient que le silence entrecoupé par le bourdonnement des moustiques et des prières.

Je fixai le trou des fondations et un frisson glacé me remonta le long du dos. Je ne croyais pas une seconde, bien entendu, qu’une quelconque bêbête digne d’un roman d’horreur allait sortir de là, comme semblait le craindre son altesse Shinra de mes genoux, mais il fallait bien reconnaître que l’ambiance était tout ce qu’il a de lugubre sous ce ciel sanglant. La terre elle-même semblait gorgée d’hémoglobine.

Et si ce terrain appartenait à la famille de Rufus depuis des dizaines d’années, il était fort probable que ce fut bien le cas…

D’après ce que j’avais lu, l’étripage entre familles, clans, castes - ou comme on voulait bien les appeler-, semblait faire partie depuis belle lurette du sport régional, au même titre que les combats de cailles ou de coqs.

J’essayai de m’imaginer Rufus, installé sur son chocobo, en train de mener ses troupes au combat, aboyant des ordres et sautant sur le cul de sa volaille au rythme de sa marche lourdaude.

J’ajoutai au tableau un Palmer gras double courant à ses côtés, parasol ou éventail en étendard, tout en sautillant de temps en temps pour lui tendre un bol de cacahouètes et l’allégorie était presque assez cocasse pour être digne de son altesse ridiculissime.

Bon sang ! Quel gâchis d’avoir mis un tel abruti dans un corps pareil.

Je sortis de ma rêverie pour m’apercevoir que le soleil s’était couché.

Plus aucune lumière ne brillait dans le camp et ma cigarette s’était consumé et éteinte. J’en allumai une seconde et fixai la pleine lune.

Elle me parut énorme.

Après la vision d’un paysage baigné de sang, tout me paraissait à présent couleur de cendre grise.

“Eh allez ! D’abord tu vois le sang, les batailles et la mort et, maintenant, de la cendre. Remarque, t’as de la logique dans tes délires mon pauvre Sephiroth : après la boucherie, le bûcher. Normal. Faut bien se débarrasser des restes”.

Un Rufus échevelé, en larmes et hurlant de désespoir, se dessina devant moi. Je secouai la tête pour chasser cette image et regardai ma cigarette, suspicieux.

“Mais qu’est-ce qu’ils mettent dans leurs putain de clops ?”

Je l’écrasai sous ma semelle et me relevai avec un soupir pour entrer dans ma tente.

J’allumai la lampe posée sur une caisse de matériel en fer blanc, juste à côté de mon lit de camp, et elle vacilla durant un instant. Il était grand temps que je change la batterie.

“Demain”, me promis-je avant de me déshabiller et de jeter mes vêtements à la ronde.

“Quel désordre”, pensais-je en m’allongeant sous la moustiquaire.

Des plans étaient épars sur la planche de contre-plaqué montée sur tréteaux qui me servait de table. Une chaise, une malle, quelques caisses de matériel, une bassine et un nécessaire de toilette complétaient le reste du mobilier, le tout dans une disposition plus qu’approximative et branlante. Quelle misère…

Je me grattai le menton. Après deux jours sans rasage, ma barbe naissante me démangerait.

“Demain”, me dis-je encore en tendant la main pour éteindre la lampe.

Elle était trop loin.

“De toute façon, il n’y a plus de jus…”

Fainéant pour fainéant…

Je fermai les yeux, bras derrière la nuque et essayai de dormir.

En fait, j’étais épuisé. Le drap de coton était agréablement frais mais quelque chose me chatouillait les pieds. Les miettes des biscuits de la veille sans doute. Ou de l’avant veille.

Je secouai les jambes.

Les miettes irritantes tombèrent au fond du lit.

Les voilà qui m’égratignaient le mollet à présent. Elles avaient décidé me m’empoisonner la vie ou quoi ?

Je secouai rageusement les pieds pour les faire tomber.

Elles revinrent à l’assaut de mes cuisses, grimpèrent sur mon ventre, remontèrent vers la poitrine et j’ouvris brutalement les yeux.

Les miettes, ça ne cavale pas… mais les araignées, oui !

Avec un cri de dément, je bondis hors de mon lit, emportant la moustiquaire, dans laquelle je m’empêtrai, et sautai sur place en agitant la tête tout en me donnant des claques sur le corps.

En y repensant, je devais avoir l’air d’un bel épouvantail à moineaux ou d’un fantôme pris d’hystérie.

La mygale détala sous la malle et j’essayai de reprendre mon souffre en luttant pour me débarrasser de la monstrueuse toile d’araignée en mousseline couverte de dépouilles de moustiques. J’entendais encore l’écho de mon cri se répercuter dans la tente.

Tiens… Depuis quand ça avait de l’écho une tente ?

Je me figeai et tendis l’oreille.

Ce n’était pas un cri mais plusieurs hurlements qui se mêlaient jusqu’à ne plus former qu’une lamentation aiguë et hideuse qui me donna la chair de poule et me noua les entrailles.

De ma vie, je n’avais jamais rien entendu de semblable.

Sauf peut-être une fois, lorsque j’étais enfant.

Genesis m’avait invité chez lui, à la campagne, et nous étions tombés le jour le l’abattage des porcs. Les pauvres bêtes poussaient ce genre de cris quand le boucher du village les traînait à travers la cour de la ferme. Ils sentaient qu’ils allaient mourir et qu’ils ne pouvaient rien faire pour se soustraire à ce qui les attendait. Leurs cris devenaient tellement aigus et hystériques qu’ils ressemblaient à ceux d’un enfant. Ils persistaient un long moment lorsque le boucher leur maintenait la tête au-dessus d’une bassine en plastique, où le sang était récupéré pour confectionner les boudins, et leur tranchait la gorge comme on découpe un steak, à grands va et vient de lame, la peau étant trop dure pour la couper proprement.

Oui, ce que je venais d’entendre ressemblait exactement à cela.

Le hululement se mua en un gémissement atroce et se tut.

Je posai la main sur le rabat de la tente et hésitai.

Les croyances des ouvriers me semblaient d’un coup beaucoup moins ridicules…

Et si l’étrange créature qu’avait vomie les fondations où nous avions creusé m’attendait, là-dehors, dans le silence ?

La lampe vacilla, faisait scintiller la lame de Masamune, posée sur la table, et s’éteignit, ajoutant encore à mon angoisse.

Je ne pouvais pas rester indéfiniment planté dans le noir, accroché à un bout de toile.

Je secouai la tête et, d’un geste rageur davantage destiné à me persuader de mon courage qu’à l’exprimer, ouvris le rabat et sortis.

La silhouette massive qui me faisait face me fit tressaillir et un éclair de lumière vive m’aveugla.

- Tu as entendu ?

Je soupirai de soulagement en reconnaissant la voix d’Angeal.

- Oui, dis-je, la gorge sèche.

Il se dirigea vers la tente qui servait d’abri aux ouvriers et à nos hommes.

Je lui emboîtai le pas, mon rythme cardiaque dansant la gigue.

En dépit de la chaleur, j’étais glacé jusqu’aux os.

Je remarquai alors qu’il tenait un fusil à la main et lui étais reconnaissant d’avoir pris une telle initiative.

A quelques mètres, dans la tente du contremaître, tout semblait silencieux et calme.

Trop calme.

Comme si une chose tapie dans l’ombre attendait que nous soyons suffisamment près pour nous sauter dessus.

C’était là.

Je le sentais comme quand un chatouillement sur la nuque vous avertit que quelqu’un vous regarde.

Je voulus prévenir Angeal mais, au moment ou j’ouvris la bouche, cela me parut si ridicule, si fantaisiste, que je la refermai aussitôt.

C’est étrange comme le surnaturel prend immédiatement le dessus dès que l’on ne peut pas donner d’explication à son angoisse.

Sans doute quelque pan de mur s’était-il effondré dans le trou. Les ouvriers avaient pris peur et avaient dû fuir à toutes jambes, voilà pourquoi tout était silencieux.

Angeal avançait lentement, méfiant. Il scrutait l’obscurité en balayant le camp du faisceau de sa torche.

N’eut été la situation difficile, j’aurais presque ri de l’image qu’il offrait : muscles tendus à craquer, le fusil dans une main et une torche dans l’autre, avec, pour tout vêtement, un short ridicule offert par Zack et imprimé de petits lapins “touche pas à ma carotte”.

Curieusement, un air frais s’était levé et la poussière était froide sous mes pieds.

J’avais la chair de poule.

La lune, qui m’avait paru si lumineuse quelques instants auparavant, disparaissait par intermittence sous le voile des nuages.

Angeal s’arrêta devant la grande tente silencieuse, bien campé sur ses jambes, et je le serrais de tellement près que je faillis le heurter.

- Tout va bien là-dedans ? demanda-t-il d’un voix enrouée.

Pas de réponse.

Il me lança un regard anxieux et haussa le ton pour demander :

- Vous êtes là ? Zack ? Est-ce que tout va bien ?

Toujours rien.

Je le vis déglutir avec difficulté et armer le fusil.

La culasse émit un bruit sec et métallique…

…à suivre

II - Patron à céder. Beau. Imbuvable. Très peu servi.

« Un patron, c’est ce genre d’individu qui vous pose une question,

répond à votre place et vous accuse ensuite de parler à tort et à travers. »

Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Illustration tirée du doujinshi “BUBBLES” du Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Bien qu’irrémédiablement agnostique et sceptique, je laissai momentanément de côté mes convictions pour adresser une rapide prière à mon ange gardien, ou n’importe quoi d’autre qui pouvait m’en tenir lieu.

J’étais tout prêt à aller faire une offrande à n’importe quel Dieu qui mettrait sur ma route un spécimen pareil !

A vue de nez, un mètre quatre-vingt de classe et de grâce moulé dans un costume blanc fait sur mesure. Pour un peu je regrettais de ne pas être couturier pour prendre les mesures en question.

Le nouveau venu, à qui je donnais dans les vingt-deux, vingt-cinq ans maxi, ôta ses lunettes de soleil, révélant des yeux en amande aux prunelles bleu-gris comme un ciel d’hiver, hypnotiques. Avec ça, un visage digne d’une statue, bien dessiné sans être trop fin, et les cheveux blonds. Détail curieux, il tenait un mouchoir devant sa bouche pour ne pas respirer la poussière du chantier. Drôle de dandy…

A voir les manières de l’obséquieux en chef, cet Apollon au teint de porcelaine n’était autre que le Rufus Shinra en personne.

Ma journée s’éclaircissait-elle par miracle ?

Cela ne pouvait pas durer…

Et en effet, la faute de goût impardonnable était la poule qui faisait signe à Palmer ” gras-double ” pour lui ouvrir la portière de la voiture de luxe. A peine extirpée de l’habitacle, elle alla se pendre au bras de Rufus, autant pour lui coller ses seins sous le nez que pour ne pas trébucher avec ses talons aiguille sur les pierres du chantier.

Je me demandai où il l’avait trouvée - et surtout combien il l’avait payée - tout en estimant que quel que soit le prix, c’était trop cher.

Attention, que les choses soient claires : je ne déteste pas les femmes par principe. Tout au long de ma courte vie, j’avais déjà croisé de superbes créatures comme on peut en admirer sur les couverture des magazines et même couché avec beaucoup d’entre elles. Difficile, même pour moi (car, à en croire Angeal et Genesis, je suis ce qui se rapproche le plus d’un morceau de glace en matière d’affectivité et de romantisme), de ne pas apprécier leur beauté.

Mais Rufus, lui, descendant de plusieurs générations d’élégance raffinée, se promenait aux bras d’une abomination aux cheveux décolorés coiffés en palmier, moulée dans une mini-robe en skaï noir au ras des fesses et affublée d’un collier de chien clouté !

Il dégringola d’une belle volée de marches dans mon échelle d’intérêt et je commençai à comprendre l’origine des directives aberrantes de Palmer pour la sécurité et la discrétion des lieux. Moi qui espérais à moitié que ” gras-double ” était en partie responsable de l’excès de ” sécurite aiguë ” et que je pourrais discuter avec son patron, j’en étais pour mes frais… Pourvu qu’il ne me demande pas d’aménager un donjon sado-maso dans la cave avec des caméras cachées tournant en permanence !

Laissant de côté mes goûts personnels pour redevenir un soldat 1ère classe responsable de la sécurité, professionnel et neutre, je me portai à la rencontre de Rufus Shinra et de sa suite.

Il jeta un regard méprisant à ma main tendue, déjà noire de poussière collée par la sueur, et dédaigna de la serrer. Je ne pouvais guère lui en tenir rigueur…

Son sous-fifre intervint avec une courbette et récita comme s’il avait passé la nuit à répéter devant son miroir :

- J’ai le grand honneur de vous présenter le président directeur général adjoint, membre éminent du conseil d’administration de la ville de Midgar, chargé de mission pour le cabinet de gestion de l’énergie et en charge du dossier de restructuration du budget, monsieur Rufus Shinra.

A le voir reprendre son souffle, on comprenait aisément qu’il ait dû s’entraîner. Chaque titre et syllabe semblait élever d’un degré supplémentaire le piédestal où était juché son patron, qui me toisait du haut de son curriculum vitae.

Mais à ce jeu-là, nous pouvions être deux.

- Enchanté. Sephiroth Hojo, fis-je avec une ombre de sourire.

Je marquai une pause, puis ajoutai en élargissant mon rictus :

- Mais vous pouvez m’appelez ” Général “, en toute simplicité.

Pour une fois, j’eus une pensée reconnaissante au père du dandy pour ce grade, gagné de haute lutte durant la guerre de Wutai.

En réalité, tous les gens que je connaissais m’appelaient simplement par mon prénom - voir Seph ou Sephy pour certains - mais je n’avais pas l’intention de faire une fleur à ce fils à papa pète-sec.

La moue pincée de son altesse sérénissime, qui en oublia de se couvrir la bouche de son mouchoir, me dit que j’avais atteint mon but.

Je contins un sourire et me promis de faire un effort pour ne pas me montrer trop désagréable. D’ailleurs, me souvenir que je devais rendre des comptes à ce type dissipa aussitôt toute envie de rire comme une douche glacée. Aussi glacée que la voix de Rufus quand il me demanda où en étaient les travaux.

Son langage châtié était aussi impeccable que son costume mais je n’allais pas m’en laisser conter par un nobliau.

- Eh bien, comme vous le voyez, le vieux temple a été rasé. Nous creusons actuellement les fondations dans les ruines pour installer le réseau de thermo-détection. Voulez-vous voir cela de plus près ?

Sa poule lui lança un regard peu enthousiaste et lui-même fronça le nez en regardant les ouvriers charrier les pierres concassées hors des tranchées béantes.

Inutile de me faire un dessin… Il n’avait pas envie de salir ses chaussures à vingt mille gils pour aller voir suer les hommes qui rénovaient son fichu réacteur.

Je craignis de ne pas pouvoir rester civil bien longtemps avec ces trois snobs quand des cris et un grondement sourd retentirent.

Un nuage de poussière s’éleva soudain des fondations, et Angeal courut vers la source du vacarme. Je m’élançai moi aussi, laissant son altesse planté près de sa voiture de luxe.

Les ouvriers s’étaient regroupés autour d’un des leurs, qui avait lâché son marteau piqueur et se tenait la tête entre les mains. Devant lui, le sol s’était effondré et béait sur ce qui semblait être une cave plongée dans l’obscurité.

Je repoussai ses collègues pour l’atteindre, devancé par Zack et Angeal.

L’ouvrier s’était figé, comme s’il s’attendait à être foudroyé sur place. Je le secouai doucement.

- Eh ! Ca va aller ?

- Il est juste choqué, intervint Zack.

L’homme secoua la tête et vomit un flot de plaintes incompréhensibles.

- Du calme, fis-je en le prenant par les épaules. Ce n’est rien, personne n’est blessé. Qu’est-ce qu’il dit ? demandai-je à Zack.

- Il n’arrête pas de répéter qu’il a commis ” un péché “.

- Un péché ? Il y a eu un accident, ça arrive. Dis-lui bien qu’il ne sera pas renvoyé pour ça.

Zack traduisit et l’homme se calma un peu.

- C’est quoi le trou, en dessous ? demanda Angeal.

- Il faudrait commencer par faire le plan de ces caves du vieux temple - ou quoi que ce ça puisse être - et voir comment en tirer parti ou les éviter. On ne peut pas faire passer des tonnes de câblage destiné à transmettre des données sécurisées comme ça, à l’aveuglette, au-dessus d’un espace vide dont on ignore s’il est accessible ou non de l’extérieur.

L’ouvrier désigna du doigt des pierres sculptées mises en pièces, à ses pieds. Il blêmit, pour autant que je puisse en juger sous la terre qui le couvrait, et leva vers moi des yeux pleins de terreur en débitant je ne sais quelles explications d’une voix tremblante et surexcitée.

- Qu’est-ce qu’il dit ?

- Le temple, traduisit Zack. Il dit qu’un démon était enfermé sous le temple.

Allons bon… Il ne manquait plus que ça à ma journée ! J’allais finir par croire à leurs sornettes et penser que j’avais écopé d’un mauvais karma en débarquant ici.

- Que se passe-t-il ? demanda une voix sèche au-dessus de moi. De quel temple parlez-vous ?

Rufus m’avait suivi, au péril de ses mocassins en… en je ne sais quoi d’ailleurs - pas du cuir en tous les cas -, et semblait hypnotisé par l’ouverture béante dans les fondations des futures enceintes de son réacteur mako.

La pointe d’appréhension que je devinai dans son expression m’intrigua.

Le chef des ouvriers se répandit en courbettes se lança dans explications où il était question d’une légende concernant un démon, enfermé dans un temple.

A ma grande surprise, monsieur le prince, champion de la modernité, la connaissait déjà et semblait y attacher beaucoup plus d’importance que moi.

Arrachant son bras à l’emprise de sa petite amie - ou devrais-je dire son “esclave” ? - d’un mouvement brusque, il bondit dans le trou et, pendant une fraction de seconde, la grâce féline de son saut me détourna de mon antipathie à son égard. Un gâchis pareil, c’était bien la preuve qu’il n’y avait pas de dieux ou de démons en ce bas monde !

Rufus se pencha sur les pierres sculptées, les replaçant dans leur position initiale, et entreprit d’enlever la terre recouvrant le mur de part et d’autre du trou. Il semblait vouloir déchiffrer les fresques.

Je pris mon mal en patience et attendis sous le soleil de plomb qu’il daigne nous faire part de ses conclusions. J’aurais bien sauté dans le trou pour y patienter à l’ombre de la cave mais j’avais l’impression que cela ne serait pas très bien accueilli…

Enfin Rufus se redressa et m’adressa un regard en biais.

- Ce temple a été bâti par les cetras. Il est écrit ici qu’un certain Idfern ou Ilfern y a fait emprisonner une créature malfaisante…

- Ah. Et… c’est grave ? demandai-je, sarcastique.

Il me jeta un regard meurtrier.

J’espérai de tout mon cœur qu’il n’allait pas renoncer au projet pour ces balivernes - la permission de deux mois entiers que je pensais m’accorder à la Costa del Sol dans un hôtel de luxe entouré de petits minets alléchants en dépendait !

Je ne tenais cartes pas à démolir un patrimoine archéologique mais, au point où on en était, il ne devait plus rester grand-chose à sauver. L’antique temple avait été rasée et le mur de la cave éventré.

Rufus pointa du doigt un motif entrelacé qui semblait courir le long du mur.

- Ceci était le sceau qui condamnait le temple. Il a été détruit par cet ouvrier.

Le malheureux terrassier priait toujours et ses camarades, pleins de pitié, le regardaient comme s’ils s’attendaient à ce que ce démon sorte du sol pour le croquer.

- Cet homme creusait là où on lui avait dit de creuser. Nous n’avions aucun moyen de savoir que c’était un… ” lieu sacré ” ou comme vous voudrez bien l’appeler.

- Cela n’en est plus un maintenant, répliqua le petit prince blondinet avec animosité.

Visiblement, il m’en tenait pour responsable.

Heureusement, Angeal intervint pour m’empêcher de répondre vertement.

- Pouvons-nous faire quelque chose à ce sujet, monsieur Shinra ?

Angeal avait toujours été plus diplomate que moi.

Rufus réfléchit un instant puis demanda des torches.

Palmer s’empressa d’aller chercher un projecteur forte puissance dans le coffre de la voitre et je me demandai vaguement pourquoi il avait un truc pareil sous la main. Avant de me souvenir de la fiabilité toute relative des routes et de l’alimentation électrique locale…

Rufus désigna Palmer d’office pour descendre le premier avec la torche. Il le suivit, m’interdit d’un geste sec d’en faire autant, et Angeal posa une main sur mon bras pour m’empêcher de lui sauter à la gorge.

J’attendis en battant de la semelle dans l’air suffocant que ” sa majesté ” se soit avancée dans l’obscurité pour me glisser dans le trou avant qu’il ne puisse protester.

Il me fusilla du regard mais je n’en avais cure.

La vue du temple me rassura un peu. Nous n’avions pas fait trop de dégâts. Les bas-reliefs étaient intacts pour la plupart. Et, par chance, ceux que le mur éventré portait à l’intérieur semblaient incomplets, comme si le temple avait été achevé à la hâte.

En réalité, ce n’était qu’un des milliers de petits temples cetras mineurs qui parsemaient le continent comme des grains de sable sur un sandwich de plage. J’aurais été désolé d’avoir contribué à la destruction d’un site archéologique ou d’un trésor d’art antique.

- Apparemment, plus de peur que de mal, soupirai-je.

Rufus me fustigea d’une œillade peu amicale et Palmer rentra la tête dans les épaules.

xox

Gongaga, 12 mai, 19h17.

Journal de Rufus Shinra

Cette journée a tourné au cauchemar. Palmer m’avait bien mis en garde contre l’impudence de Sephiroth, et il n’avait pas tort. Je me demande comment ce rustre a pu s’élever au grade de Général. Non seulement il a été très malpoli avec moi mais il méprise la culture et le passé de notre planète. Le contremaître m’a même rapporté la prédiction d’un saint homme que ce Sephiroth a presque chassé du chantier le matin même. Le châtiment n’a pas tardé : les ouvriers ont mis à jour le temple dont parlait la légende du prince cetra Hendraa ; les scellés des murs ont été brisés par les marteaux piqueurs. Je n’ose imaginer quels autres désastres il va causer. Déjà, un pressentiment étrange et désagréable de mort imminente m’envahit et je sens déjà les flots de la rivière de la vie lécher mes jambes.

S’obstiner à remettre en état ce réacteur est folie mais folie plus grande encore serait de ne pas essayer de réparer les dégâts causés par cet imbécile de soldat !

Jamais homme ne n’avait inspiré une telle antipathie. Il semble traîner derrière lui une aura infestée et malpropre bien digne de son père, ce fou d’Hojo.

Bien sûr, aux yeux de n’importe qui d’autre, il apparaîtrait comme un bel homme. J’ai bien remarqué que le regard de Babeth s’attardait sur lui plus que la décence et sa condition de soumise ne le lui permettaient.

Je pense d’ailleurs prendre les mesures nécessaires pour renvoyer dès demain cette putain incapable de comprendre que son maître est le seul qu’elle doive regarder de la sorte. Palmer n’aura nul mal à me trouver une remplaçante. Je pense jeter mon dévolu sur cette comédienne que l’on voit partout sur les jaquettes de films SM depuis quelques mois. Comment s’appelle-t-elle déjà ? Peu importe d’ailleurs. Je ne lui demande pas d’avoir un nom mais qu’elle joue son rôle d’esclave, m’obéisse et sache me faire jouir quand je le lui ordonne.

J’ai expliqué à ma vielle nourrice ce qui s’était passé au réacteur en espérant qu’elle sache peut-être quoi faire. Elle s’est contentée de pousser un cri strident en se couvrant le visage des mains. J’ai eu beau tenter de la calmer, rien n’y a fait.

J’avoue que, ma colère passée, sa réaction m’a effrayé et je sens des serpents me ronger les entrailles.

J’essayerai encore demain d’obtenir les renseignements qu’elle pourrait me fournir et, si ce n’est pas le cas, je serai contraint de chercher dans la bibliothèque de Nibelheim. Dieux que je déteste cette pièce et ce manoir ! Ils semblent pleins de murmures.

J’ai ordonné que l’on suspende les travaux jusqu’à nouvel ordre. A l’annonce de cette décision, le petit rire sarcastique de Sephiroth m’a donné enviede le jeter de la colline en contrebas pour l’entendre se briser les os. Comment son esprit obtus de militaire mal dégrossi pourrait-il saisir toute la gravité de sa faute ?

C’est étrange… Jamais je n’ai senti gronder une telle haine en moi pour un homme.

Jamais…

…à suivre

LVIII - Un cercueil contre un berceau

” Il n’y a pas de cimetière assez grand

pour engloutir le passé.”

A. Kivimaa

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Vincent fit irruption dans l’infirmerie, Merill se tenait devant la porte du bureau de Shalua, pétrifié, le bébé de Loz dans les bras.

De l’intérieur parvenaient des bruits confus de sanglots et de bris d’objets que l’on aurait jeté sur le sol ou contre les murs.

- Monsieur Valentine, vous voilà enfin, Dieux merci !

L’ancien turk posa Cait sur le sol et jeta un œil en direction du box de chirurgie vitré, inquiet que le boucan ne déconcentre Shalua et Reeve.

- Ne vous en faites pas, monsieur Valentine, le rassura Merill, la salle de chirurgie est insonorisée.

- Reste ici et n’interviens pas, quoi qu’il arrive, ordonna Vincent en entrant dans le petit bureau.

Le garçon n’eut pas le temps protester que la porte se referma sur l’ex-turk.

*

- Tu meurs d’envie de descendre voir le bébé ! railla Tifa en éclatant de rire. Allez, admets-le ! Tu ne vas pas commencer à faire comme Cloud et essayer de cacher ce que tu ressens ou ce dont tu as envie !

Cloud, qui revenait de la cuisine avec une bouteille d’eau, s’arrêta devant la porte de Tifa en entendant prononcer son nom et tendit l’oreille.

Il n’était vêtu que d’un pantalon de pyjama et il frissonna en appuyant son dos nu contre le mur du couloir plongé dans l’ombre.

- Très bien, c’est vrai, j’ai envie de descendre, acquiesça Loz en riant lui aussi. Mais je ne le ferai pas. Je veux être fixé sur son état de santé. Tu as vu ses pieds ?

- Oui. Nero nous dira peut-être ce qui s’est passé. Je suis persuadé qu’hormis cela, il va très bien.

- Pourquoi dis-tu que grand frère essaye de cacher ce qu’il ressent ?

Dans le couloir, ce dernier se raidit.

- Parce qu’il l’a toujours fait. Tu sais que ça me fait vraiment bizarre, lorsque je t’entends l’appeler comme ça ?

- C’est ce qu’il est. Comment veux-tu que je l’appelle ?

Le doux rire triste de Tifa tinta derrière la porte close et Cloud sentit un pincement au coeur.

- Je crains, hélas, qu’il ne soit pas de ton avis, Loz. Contrairement à Cid, il considérera toujours les cellules de Jenova qui sont en lui comme une souillure. Jamais il n’acceptera d’en voir le côté positif, ce lien qui vous unit tous, plus fort et indestructible que n’importe quelle attache familiale. Cloud a toujours été un solitaire.

Loz soupira.

- Les gens changent, parfois. Regarde ceux qui sont ici, dans ce manoir.

- Oh, Cloud peut changer d’attitude envers les autres, j’en suis certaine. Mais de là à se pardonner à lui-même et à accepter ce qu’il est… Ou du moins ce qu’il croit être, c’est une autre histoire.

Dans le couloir, les mains de Cloud se contractèrent si fort sur la bouteille d’eau qu’il tenait à la main qu’il faillit la faire éclater.

- La vérité est une vieille femme lépreuse que personne n’a envie de regarder en face, Tifa.

- Que c’est joli ! Où as-tu entendu çà ?

Le Soldat tiqua, étonné d’entendre ce genre de choses dans la bouche d’une grande brute comme Loz.

- C’était il y a longtemps.

- Encore de tes histoires, pas vrai ? Avoue !

Loz éclata de son beau rire grave et Tifa insista.

- Raconte-la-moi !

- Tifa…

- Allez, s’il te plaît !

- Tu sais bien que je ne suis pas à l’aise pour parl…

- Sornettes ! Tu racontes merveilleusement bien ! Ne m’oblige pas à te supplier, Loz.

Cloud, de plus en plus surpris, colla son oreille contre la porte.

Il entendit grincer un peu le lit et imagina la jeune femme se blottir contre l’argenté à la façon d’une petite fille pour écouter attentivement l’histoire qu’il s’apprêtait à raconter.

*

Le mythique général avait transformé la pièce en zone sinistrée.

Des documents étaient éparpillés partout sur le sol, les meubles, hormis le bureau où était posé l’ordinateur portable où défilaient les images vidéo, avaient été renversés et des dizaines d’objets avaient été brisés.

Sephiroth empoigna le fauteuil où il était assis quelques instants plus tôt avec l’intention évidente de le lancer contre le mur ou, pire, contre la vitre sans tain qui séparait le bureau de Shalua du laboratoire mais Vincent s’interposa.

- Ca suffit ! cria l’ex-turk en lui saisissant les avant-bras.

- Lâche-moi ou je te jure que je te…

- Tu n’es pas responsable de ce qu’Hojo leur a fait ! insista Vincent en vissant son regard purpurin au sien sans desserrer sa prise.

Les yeux de Sephiroth étaient rouges et son visage souillé des larmes qui en avaient coulé, et qui coulaient encore, ruisselant sur ses joues jusqu’à son menton, sa gorge et sa poitrine nue. Mais sa bouche, elle, se tordait en un rictus haineux qui découvrait ses dents de carnassier.

- J’aurais dû l’en empêcher !

- Tu n’étais toi-même qu’un petit garçon, lorsque les jumeaux sont nés !

L’ancien cauchemar de la planète repoussa Vincent avec une telle brutalité qu’il alla s’écraser contre la seule étagère encore debout, provoquant une avalanche de livres et de dossiers.

Il leva ensuite le fauteuil au-dessus de sa tête avec un cri de rage et allait le lancer contre la vitre sans tain lorsque l’ex-turk se redressa et l’apostropha.

- C’est ça, vas-y ! hurla celui-ci, à son tour fou de rage. Profites-en, Nibelheim a été reconstruit et sa population a triplé !

Il ramassa un briquet dans un tas d’objets épars, sur le sol, et lui lança avec colère.

- Tiens ! Amuse-toi ! Avec trois fois plus de victimes, ce sera encore plus drôle à faire flamber que la première fois !

Sephiroth blêmit à tel point que Vincent le crut sur le point de se trouver mal et reposa le fauteuil avant de s’y laisser tomber, profondément choqué.

Vincent, comprenant qu’il était allé trop loin, s’approcha et lui posa la main sur l’épaule.

- Je suis désolé, je n’aurais pas dû dire ça. Tu n’étais plus toi-même, alors.

Le regard du Soldat glissa jusqu’à l’écran de l’ordinateur portable, où les images des vidéos de surveillance du cratère nord continuaient à défiler.

- Quelle importance, que je sois moi-même ou non au moment où les malheurs surviennent… soupira-t-il. Force est de constater que j’ai toujours été incapable de les empêcher de frapper.

L’ex-turk le serra contre lui, le gosier noué.

- Tu n’as pas le droit de te reprocher ce qui est arrivé au cratère nord.

- J’aurais dû le sentir. Sentir leur présence. Leur souffrance. Leur existence !

- Ton père et Ashton Shinra sont les seuls coupables, Sephiroth.

- Pourquoi ? Pourquoi ont-ils fait ça ? Ils m’avaient moi, à cette époque ! Et Angeal ! Et Genesis ! Comment ont-ils pu vouloir créer d’autres “super-soldats” avec tous les risques que cela comportait ? Ils le savaient ! Ils connaissaient les risques !

- Ce n’était que des expériences, pour eux. Tout comme toi. Et moi. Et Nero. Et Weiss. Et Cloud. Et tant d’autres… Tant d’autres, Sephiroth…

- Ils n’étaient que des petits garçons innocents, Vincent… Ils n’étaient que des petits garçons… Mes petits garçons…

Vincent resserra son étreinte.

- Je sais…

*

Au fond du parc du manoir, Yazoo frissonna et sursauta lorsque la main de Reno se posa sur son épaule.

- Pardon. Je t’ai fait peur ?

L’argenté s’essuya les yeux et secoua la tête.

- Non, tu m’as surpris, c’est tout.

Le turk désigna du menton le mausolée des Shinra qui se découpait dans le ciel nocturne éclairé par la pleine lune.

- Je t’ai dit que ce n’était pas lugubre mais de là à venir en pleine nuit… essaya-t-il de plaisanter.

- Même la nuit, je… enfin, ce n’est pas lugubre du tout, en effet.

Reno lui lissa les cheveux et lui tendit un mouchoir.

- Ca va aller ?

Yazoo acquiesça et se força à sourire en se tamponnant les yeux.

- Oui, bien sûr, ne t’en fais pas. C’est… C’est très joli, tu avais raison. Quand… Quand vont-ils amener le… le corps ?

- Demain. Elena a appelé tout à l’heure.

- Elle a appelé ? Si tard ?

- Elle et Tseng voulaient que le filme Kay avec mon portable pour leur envoyer, expliqua le Turk. Je crois bien qu’eux aussi sont en train de tomber amoureux de ce bébé !

- Il est si mignon…

- Le tien l’était aussi, fit une voix dans leur dos.

Ils se tournèrent pour voir Rufus Shinra venir ver eux, emmitouflé dans un élégant manteau de laine gris.

- Tu veux entrer ? demanda-t-il encore à Yazoo en agitant un trousseau de clés.

- Comment saviez-vous que nous étions ici ?

- Gretta m’a dit que tu lui avais demandé où se trouvait le mausolée. Venez.

Il déverrouilla la magnifique porte de fer forgé, qui s’ouvrit sans même un grincement, et une agréable odeur de fleurs fraîche leur chatouilla les narines.

Rufus actionna un interrupteur et une douce lumière dorée éclaira la crypte, toute de marbre rose et luisante de propreté.

Durant la journée, les rayons du soleil passant à travers les vitraux représentant les magnifiques jardins de la terre promise des Cetras devaient illuminer les lieux de mille couleurs chatoyantes et, sur chaque tombeau, vide ou non, des statues d’anges souriants jouaient de la musique, lisaient ou devisaient au milieu des fleurs et des plantes d’hiver.

Le jeune président sourit devant l’expression étonnée de l’argenté et échangea un sourire entendu avec Reno.

- Tu vois ? fit celui-ci. Je t’avais dit que c’était clair et paisible.

- La section réservée aux enfants est ici, les guida Rufus. Elle est vide, pour l’instant.

Il les mena vers ce qui ressemblait à la reproduction d’un petit château de conte de fées en albâtre multicolore, sur lequel veillaient des chérubins joufflus et des créatures fantastiques, sympathiques dragons rondouillards et souriants ou fées et lutins facétieux qui se cachaient dans les tours ou derrière les colonnes.

La porte et les deux grandes fenêtres du château étaient en fait les plaques funéraires fermant les niches prêtes à accueillir trois petits cercueils.

- Mon père disait que nous n’avions pas à faire supporter notre tristesse aux morts, expliqua Rufus. Et moins encore si ces morts étaient des enfants.

Yazoo tendit la main pour caresser l’aile d’un dragon jovial qui tendait un panier destiné à recevoir des fleurs pour les petits défunts.

- Loz doit choisir un berceau et moi une boîte… ne put-il s’empêcher de remarquer, amer et incapable de ravaler ses larmes. Le destin ne manque pas d’humour…

Reno ouvrit la bouche, prêt à le consoler, mais Rufus lui posa la main sur l’épaule et secoua la tête.

L’argenté avait besoin de faire sortir sa rage et sa frustration.

Ils le laissèrent donc déverser son trop plein de peine et colère en silence, jusqu’à ce que, au bout d’un long moment, Yazoo se reprenne, s’essuie le visage et se tourne vers eux.

- Je suis désolé, s’excusa-t-il en rougissant. Je ne devrais pas dire des choses pareilles. Kay et Loz n’y sont pour rien.

Rufus et Reno lui sourirent, rassurants.

- C’est normal, que t’aies la rage, fit ce dernier.

- C’est humain, renchérit le jeune président.

L’argenté sentit un coup au cœur et les larmes lui remonter aux yeux mais sous le coup de l’émotion, cette fois.

” Humain “

Lui, Yazoo, était humain

C’était la première fois qu’on lui disait une chose pareille mais comment leur faire comprendre à quel point ce simple petit mot lancé de façon aussi naturelle le flattait plus sûrement que le plus retentissant des panégyriques ?

- Je vous remercie d’accepter d’accueillir mon… fils ici, Rufus.

” Mon fils “

Que ces mots, qu’il disait pour la première fois sonnaient bizarrement dans sa bouche…

Un instant, il craignit même qu’une trace de sarcasme n’apparaisse sur le visage de Rufus ou de Reno mais ce ne fut pas le cas, loin de là.

- As-tu réfléchi au nom qu’on doit faire graver sur la plaque ? demanda le jeune président. (Yazoo blêmit) Ca ne fait rien, ce n’est pas urgent, prends le temps de réfléchir, je…

- Kaly, dit Yazoo avant de manquer de courage.

- Kaly ? répéta Reno. Ca sonne bien. Ka-daj, L-oz, Y-azoo. Kaly.

- Oui, la technique de Loz me plaît assez, finalement, acquiesça Yazoo.

- Va pour Kaly, fit Rufus. Nous nous en occuperons dès demain matin.

- Il sera bien ici… soupira l’argenté en jetant un dernier regard à la ronde. C’est si joli et paisible. Merci encore, Rufus.

Ce dernier secoua la tête.

- Ce manoir, cette propriété, ne sont plus seulement à moi. Ils ont trop à raconter. Ils ont vu trop de grands malheurs et de bonheurs immenses ces derniers jours. Trop pour un seul homme. Cette maison est celle du clan, désormais. Notre clan. A nous tous.

Reno sourit et passa le bras autour des épaules de Yazoo.

- Le clan Shinra ? murmura celui-ci avec un sourire reconnaissant.

- Le clan Shinra… répéta le turk. Ca aussi, ça sonne plutôt bien.

- Oui… acquiesça Rufus, bien plus ému qu’il ne l’aurait souhaité. Ca sonne bien.

L’argenté acquiesça d’un sourire et se laissa aller contre l’épaule de Reno.

Oui, c’est vrai que ça sonnait bien…

…à suivre

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Part 11 Les chemins de la vertu… Ils sont de quel côté, déjà ?

Cid (semblant réfléchir un moment) : A la guerre comme à la guerre ! Soit !

Tout le monde pousse un gros soupir.

Loz (en bâillant) : Eh bien bonne nuit.

Il se dirige vers sa cabine où Yazoo dort comme un bienheureux, se déshabille *ben quoi, il va pas dormir habillé, non ?*, met un pyjama *ah vous ne vous y attendiez pas à celle-là, hein ?* avec des petits moogles rouges et essaye de pousser Yazoo qui s’est étalé en long, en large, en travers et en hauteur… En hauteur ? C’est quoi ce truc ? Glups !

Loz (en grognant) : Mais pousse-toi donc un peu, enfin !

Yazoo grommelle et s’étale encore plus.

Loz (en le poussant sans ménagement) : Mais pousse-toi j’te dis !

Yazoo se casse la gueule et continue à roupiller par terre.

Loz (qui va pour le relever et se rétracte au dernier moment) : Oh, puis merde, reste là ! Au moins j’aurai de la place ! (il se couche, croise les mimines derrière la tête et regarde le plafond) J’ai pas sommeil, moi ! J’ai pas l’habitude de m’coucher à c’t'heure là (il regarde Yazoo, qui roupille, avec envie) R’gard’le l’aut’la ! Le plafond pourrait lui tomber dessus…

Yazoo (en rêvant) : Prends-moi dans tes bras, mon étalon céleste… (Loz, d’un zouli rouze pivoine, se met l’oreiller sur la figure) Aahhh ! ! !Ouuiiiiiiiiii ! ! ! Encore…

Incapable d’en supporter plus, Loz se lève et se rend dans la chambre de Kadaj pour échapper à la ” vision lamentable des instincts primaires de Yazoo ” et faire un “mi” sur le front de son p’tit frère adoré. Mais, arrivé devant la cabine il entend des …bruits bizarres.

Loz (en poussant la porte d’un coup) : Espèces d’obsédés de l’espace ! Qu’est ce que vous faites à mon p’tit frère ? Glups ! (Reprenant un air distingué et martial) Mes hommages, Madame !

Tifa : Nan mais ça va pas nan de rentrer comme ça chez …? Tes quoi ? “Hommages” ? (la mâchoire pendante) Pincez-moi je rêve !

Cloud (avec un grand sourire, sortant la tête des draps) : Alors ? On commence à s’ennuyer ?

Loz (le regard pudiquement tourné) : Vous me voyez navré de cette intrusion inopportune, Madame, veuillez m’excuser

Il ressort en fermant doucement la porte.

Tifa (qui regarde Cloud comme si elle venait de voir passer un troupeau de vaches à bicyclette) : Est-cet que toi entendre ce que moi avoir entendu ? Lui être devenu un gentleman ?

Cloud (levant le sourcil) : De quoi ?

Tifa (un entonnoir sur la tête et les cheveux hérissés sur le caillou) : Moi y’en a dire que pas le reconnaître… Moi y’en a avoir mal entendu ? Hommages de Madame à moi ?

Cloud (qui lui tapote l’épaule) : Oh, là, là ! Respire fort, ça va aller mieux dans un moment…

Tifa (toujours avec son entonnoir sur la tête et un œil qui dit merde à l’autre) : Ah Agha…? Mieux aller ? C’est quand est-ce, prévu pour ?

Sephiroth (qui sort à son tour des draps et l’entraîne sous les couvertures) : Pour tout de suite. Viens là, j’vais t’expliquer…

Tifa (avec DEUX entonnoirs) : Agha ?

Loz, en état de choc *si, si* décide d’aller voir Reeve pour qu’il lui donne un prozac. Il pousse la porte de sa cabine et rentre, la queue à l’oreille et la fleur entre les jambes… Euh, non ! L’inverse, l’inverse !

Loz : Reeve, aide-moi. Je… (il voit deux pieds et deux mains dépassent au pied du lit) Dis donc, j’avais jamais remarqué que t’avais les bras aussi longs !

Elena (qui sort la tête de sous les draps, entre les mollets Reeve) : Non mais faut pas se gêner !

Loz (à moitié pâmé) : Que..que..que.. ? Keskissepassladsou ?

Reeve (qui sort à son tour la tête, mais de l’autre côté) : Qu’est-ce qu’il dit ? Pas grave Loz, crache, on fera le tri !

Loz (quitte l’infirmerie comme un somnambule, tout flageolant) : Sépapossib…sépapossib…vite quelqu’un… s’cour… Zeng… Zid… s’cour…édémoi…

Tseng (qui revient du p’tit coin *ah ben c’est ça, les problèmes de prostate…*) : Officier Loz ? (Il le retient avant qu’il tombe) Qu’y a-t-il, officier ?

Loz (qui ne sait plus ou il est) : Ils font…y sont…Y partouzent…Y partouzent…

Tseng (lui tapotant paternellement la tête) : Mais non, mais non, personne ne part , allons, allons, vous avez du faire un cauchemar.

Loz (qui hoche vigoureusement la tête) : Ah zi ! zi,zi,zi,zi,zi,zi ! (il montre les cabines du doigt) Y partouzent… par deux, par trois…et z’ai pas vu les autres…

Tseng (raisonnable) : Mais non, il ne partent pas, je vous dis. Où voudriez vous qu’ils aillent ? Et en groupe en plus ! Ils ne passeraient pas inaperçus, voyons. Allons, allons, je vous raccompagne à votre cabine. (Il le soutient pour marcher). Vous avez besoin de repos. Je savais bien que vous travailliez trop, tous !

Tseng entre dans la cabine avec Loz sous le bras et voit Yazoo par terre. Il dépose Loz sur le lit et se penche vers Yazoo pour le secouer.

Tseng : Réveillez vous, mon garçon. (Yazoo gémit) C’est pas vrai… Pauvre petit. Il est tellement épuisé que même quand un cauchemar le fait tomber du lit, il ne se réveille même pas ! (La larme à l’œil) Pauvre enfant… Comme sa maman doit lui manquer… snirrffflll… Ca doit être si dûr d’être né orphelin… Snirrrfllll !

Il le secoue comme un prunier et Yazoo ouvre un œil glauque

Yazoo : Kya ? C’est déjà l’heure de l’école ? Loz, j’peux avoir un lait chaud ? Avec du miel.

Tseng (le serrant dans ses bras) : Beueuahhhwww ! Mon pauvre Yazoo ! Beuahahahww ! Je vous comprends vous savez…sniffff…tant d’années de solitude et vous pensez toujours à votre mère, Dieux que c’est triste…snifff

Yazoo : Chenova ? Où cha ?

Tseng (s’essuyant les larmes d’un viril revers de pyjama à chocobos verts) : Il faut vous reposer. Mais promettez-moi de ne plus penser à Jenova.

Yazoo (shooté total) : Chans problème ! (Il voit Loz et se jette dans ses bras) Mamouuuuuurrrrr ! ! ! ! ! Kechk’y ont faiiiiiiit ? ? ?

Tseng (complètement bouleversé *il est très fleur bleue*) : Comme c’est beau. (des angelots avec des lyres papillonnent autour de lui) Pouvoir se laisser aller ainsi à son chagrin et parler librement dans les bras d’un frère.

Il sort, le cœur faisant boum boum.

Yazoo (secouant Loz, toujours en état de choc) : Niiiii-Chaaaannnn ! J’t'en suppliiiiiiiiie ! ! ! *tiens il a retrouvé sa voix* Dis-moi que tu m’aimes toujours ! S’teuplaiiiiiiiiit ! ! ! ! !

Loz (genre menhir) : Sépépossib…sépaposssibb ! Dans le vaisseau amiral… Partouzer…

CRAC, CHKRONKCH, SHKRIK (bruit du cœur de Yazoo qui se brise)

Yazoo : Partouzer ? Parce que lorsque nous faisons l’amour tu appelles ça partouzer ? BBBueueuahhhhhhwwww ! ! ! !

Loz : Cloud, Tifa, Reeve, la nympho…tous ! Y partouzent !

Yazoo (désespéré) : Beuhawww ! ! ! Tu es un monssstttreeawww ! ! !

Loz (qui poursuit son délire) : Tranquilles, peinards, comme si c’était naturel ! Et allez ! Ca partouze !

Yazoo : Bien sur que c’est naturel puisque je t’aiiimmmmeuhhh !

Loz (qui émerge un peu) : J’vois pas le rapport.

Yazoo (qui, désespéré, met la tête dans une grille, près du mur et tourne le bouton sur ” maximum “) : J’veux mouriiiir ! J’vais m’suicideeer !

Loz (roule des yeux, excédé) : Veux-tu sortir la tête de la clim ! Tu vas choper la crève.

Yazoo : La cli… (mort de honte, il referme la grille) Puisque c’est ça, je vais aller me faire écraser dans les turbines !

Il fait mine de sortir et Loz le retient.

Loz : Ah non ! On vient de les décrasser !

Yazoo : Beuawwww ! ! ! T’en a rien à cirer que je crèèèèève !

Loz (excédé) : Non mais t’as fini, oui ?

Yazoo (l’air menaçant se saisit de son gunblade et retourne le canon-lame contre lui) : Si à trois tu ne me dis pas que tu m’aimes, je me jette sur Velvet Nighmare ! Un…

Loz (lève les bras au ciel) : Ah bah, v’la autre chose !

Yazoo : deux…

Loz : Ca suffit ! Arrête de faire l’enfant !

Yazoo : Deux et demi…

Loz : Ca va, ça va, je t’aime, là ! Voilà, t’es content ?

Yazoo (s’écroule, en larmes) : T’es pas sincèèèèèèèreeuuahhhwww ! ! !

Loz : chuuutt ! Tu vas réveiller tout le monde !

Yazoo : M’en fiiiiiicchheueueaaaahhhwww ! ! ! !

Loz (le regardant de haut) : Et puis mets un pyjama, tu es ridicule, tout nu, à quatre pattes avec ton gunblade dans les bras… Tu imagines si quelqu’un rentrait ?

Yazoo (qui arrête subitement de pleurer) : Ridicule à poil, moi ? (il approche, menaçant) C’est ce que tu insinues ?

Loz (qui recule un peu) : Ben, avec ton truc qui pendouille… (il baisse les yeux vers le ” truc ” en question) Euh… Qui pendouillait…

Yazoo : Ah, j’suis ridicule à quatre pattes !

Loz (très inquiet) : Pourquoi tu me regardes comme ça ?

Yazoo (des éclairs dans les yeux) : Tu crois que tu auras l’air plus malin, toi ?

Loz (qui déglutit avec un bruit étranglé) : Je suis ton aîné et je t’ordonne de rester où tu es !

Yazoo : Alors comme ça je ne suis plus que ridicule pour “Moôôssieur” ?!

Loz (recule en tendant les mains devant lui pour dissuader Yazoo d’avancer): Ne t’énerve pas, c’est mauvais pour la discipline du vaisseau et, en plus, les officiers ne doivent pas faire preuve de rancunes personnelles durant le service…

Yazoo (rugit): ON N’EST PAS “EN SERVICE” ! ON EST DANS TA CHAMBRE! ET DANS TA CHAMBRE, ON NE PENSE PLUS “SERVICE”!

Loz (flap-flape des mains en regardant en biais vers la porte derrière lui pour vérifier que personne n’arrive, alerté par le chahut): Chuuut! Pas si fort!

Yazoo : JE FAIS CE QUE JE VEUX !

Loz : Je t’ai dit que je t’aimais, qu’est-ce que tu veux de plus ?

Yazoo : C’ETAIT PAS SINCEEEERE ! ! IL M’AIME MÊME PAAAAS!!! BOUAAHHHH!!!

Loz (confus de déclencher une telle cascade façon Niagara): Mais non ! Enfin je veux dire si !

Yazoo: NANNNNNNNNN !! AVOUE !!!!!! TU M’A FAIT L’AMOUR QUE PASKE TIFA VOULAIT PAS TOUAAAAHHH !!

Loz (qui commence à avoir un peu pitié): Mais non, mais non, je n’ai jamais dit ça….

Yazoo (renifle à gros sanglots): Je t’ai tout donnééééé ! Et maintenant, tu me fous à la porte !

Loz (s’approche avec précaution pour lui tapoter la joue): Allons, allons, c’est fini le gros chagrin ? Tu sais bien que je ferais n’importe quoi pour te faire plaisir…

Yazoo (le regarde par en dessous avec un air qui reste de mauvais augure): Prouve-le !

Loz (se fige instantanément): Hein?

Yazoo (le prend par la taille et essaye de l’attirer vers le lit): Je te donne l’occasion de me faire plaisir!

Loz (effrayé, résiste): Naaaan ! C’est pas ce que je voulais dire !! B’sédé ! Barbare ! Lâche-moi !!

Yazoo (mauvais mauvais): Pas question ! Ah tu voulais me faire plaisir ! Bah fais-moi le plaisir de payer ton ardoise illico ! Tu vas voir un peu comment je vais t’aider à régler tes dettes!

Loz (les ongles crissant sur le sol dans une tentative désespérée d’échapper à Yazoo qui l’entraîne par les pieds vers le lit): Je ne veux pas ! Je suis ton aîné ! Laisse-moi partir ou je te punirais !

Yazoo (mélodramatique): Il n’y a pas pire punition que ton indifférence et ton refus ! *Ouah celle-là je la recaserai dans une fan-fic plus sérieuse…*

Loz : NANNNNNNNNN !!!

…à suivre

Les murs murmurent

Ah ! Là là, les graffitis !

Depuis des milliers d’années, ils disent bien souvent ce que personne n’ose avouer à haute voix et Midgar ne fait pas exception à la règle. Des murs des casernes du Soldat aux toilettes des pubs du quartier populaire, chacun y va de son petit blabla.

Voyez plutôt !

***

(Dans le vestiaire de la salle d’entraînement du SOLDAT)

Ce matin, à 7h48, Sephiroth a souri.

Angeal


Dans l’armée, les hommes sont des hommes !

Heidegger

Les chocobos en savent quelque chose…

Reno


(Dans les WC du sous-sol du réfectoire)

Ici on mange de la merde !

Zack

Là-haut c’est encore pire.

Angeal


Sephiroth nous pompe !

Cloud

A quelle heure ?

Anonyme


La réponse c’est la guerre !

Anonyme

Ce qui prouve combien la question était idiote…

Reeve


Encore des graffitis sur ce mur repeint ? C’est pas bientôt fini, bande de porcs ?

Hojo


Les femmes ont leur mot à dire ! Revalorisez la condition féminine !

Tifa

C’est vrai ! Les éviers sont trop hauts, les cuisines sont trop petites et le liquide vaisselle est hors de prix !

Cid


Ce mur est rouvert après travaux.

Rufus

Si vous vous y mettez aussi, on va jamais s’en sortir !

Hojo


Pourquoi les femmes baissent-elles les yeux quand on leur avoue qu’on les aime ?

Vincent

A ton avis ? Pour voir si c’est vrai !

Cid


Ce matin je suis allé voir le toubib ; j’avais envie de tirer la langue à quelqu’un.

Reno


Quand je vois ce que les pigeons ont fait sur cette pierre tombale… Je suis content que les chocobos ne puissent pas voler trop haut !

Vincent


Halte à la phallocratie ! Notre corps nous appartient, il n’est pas à vendre !

Elena

Mais on est prêts à le louer !

Rude


(Dans les WC des quartiers du SOLDAT)

Ne cherchez pas des traits d’humour sur ce mur… La plaisanterie du jour, vous l’avez dans les mains, bande de nazes !

Reno


Faites l’amour, pas la guerre.

Aerith

Tu parles ! Faites les deux, mariez-vous…

Lucrecia

Sympa, merci !

Hojo


Mesdames, gardez toujours en tête que si ça a des pneus ou des testicules, vous aurez tôt ou tard des ennuis avec !

Cid


SEPHIROTH EST UN ENFOIRE !

Anonyme

Zack, je sais que c’est toi qui a écrit ça. Si je t’attrape, je te découpe en tranches.

Sephiroth

Merde, Sephy, fais pas le con, c’était pour rire !


Est-il donc si difficile pour une femme de trouver le plus court chemin vers le coeur d’un homme ?

Vincent

Non. Pas si on a une prise à portée de main où brancher la tronçonneuse.

Rosso


(Dans les toilettes du du bar de Tifa)

Tous ces graffitis, c’est vraiment dégueulasses.

Hojo

Attends d’avoir goûté la bière qu’on sert ici !

Barett


Nero, je sais que tu va picoler comme un trous a midi et que tu va donc forcemment venir ici cet et lire ceci. Oublit pas qu’on a réserver la salle d’entrainement ce soir. Traine pas trois plonbes dans cette putain cafette.

Weiss

T’est gonfler d’écrire sa devant tous le monde ! C’est toujours toi qui aies a la boure !

Nero

Eh ! Vous deux ! J’ai un dictionnaire en double, ça vous intéresse ?

Genesis


Le Soldat, c’est des douilles, des nouilles et des chtouilles.

Cloud

Et des testicules

Zack

Aussi mais ça rime plus.

Cloud


La femme est l’être parfait.

Scarlet

Alors pourquoi ma douce Lucrecia est toujours fourrée chez le docteur ?

Vincent

Pas « chez » le docteur ; « par » le docteur !

Scarlet


(Sur le mur d’un dortoir du soldat)

Ce qui nous venge des missions pourries, c’est d’imaginer Sephiroth se battre avec ses bretelles en cuir à chaque fois qu’il a envie d’y aller !

Anonyme


Spécialités de la maison : la serveuse et le chocobo au citron. J’ai essayé les deux, je préfère le chocobo.

Anonyme

Je n’ai jamais essayé avec un chocobo…

Reno


(Dans les toilettes du labo de la Shinra)

Et si j’avais infecté le papier toilette avec un virus mortel, hein, bande de graffiteurs dégueulasses ? Avec quoi vous vous torcheriez le derrière ?

Hojo

Comme toujours : avec l’essuie-mains.

Sephiroth


Ne dites pas « l’idole des jeunes » mais « Séphiroth casse la croûte ».

Zack


(Dans les douches des quartiers des Turks)

Quelle merveilleuse invention que ce nouveau stylo feutre de la Shinra ! On peut enfin écrire sur ce putain de carrelage.

Reno


Sephiroth est cool !

Anonyme

Non, Sephiroth est froid.

Cloud


Rien que de penser à la taille du slip de Palmer, ça me dégoûte des hommes.

Scarlet


Pardon pour les grossières allusions “Chocophiles” mais je me dis que si nos légionnaires à nous ont les chèvres, les soldats de la Shinra, eux… Enfin bref. (sifflote sifflote)

Un nouvel élément chimique a été découvert !

AVIS A LA POPULATION

Élément 127

Nom : Sephiroth

SYMBOLE : Sth

DÉCOUVREUR : Hojo

MASSE ATOMIQUE : Acceptable à 84 kg mais des isotopes connus de 60 à 108 kg (surtout dans les fan arts)

OCCURRENCE : Plusieurs exemplaires (partiels ou entiers) répertoriées

PROPRIÉTÉS PHYSIQUES :

Solide à 298°K et 1 bar

Entre en ébullition pour un rien et gèle sans raison.

Conductivité thermique : faible et peut descendre 0°C dès que l’on atteint le muscle cardiaque.

Coefficient de dilatation : très important autour de la zone péri-ombilicale.

Cède aux pressions appliquées aux points sensibles (généralement les même que ceux soumis à de fortes variations dans le calcul du coefficient précédent).

PROPRIÉTÉS CHIMIQUES :

Très grande affinité pour les métaux durs tels que l’acier, le fer et le titane.

Absorbe de grandes quantités de substances onéreuses, généralement whisky ou vin millésimé (surtout dans les fanfics).

Peut exploser spontanément sans avertissement.

Insoluble dans les liquides mais une activité grandement augmentée par saturation dans le mako.

Réactivité très variable selon les périodes de la journée.

Grande aptitude aux changements d’humeur et à la fureur.

UTILISATIONS COURANTES :

Hautement décoratif dans une revue militaire, un communiqué de presse ou une présentation officielle.

Puissant agent nettoyant.

Excellent désherbant, bactéricide et fongicide par intervention rotissante.

PRÉCAUTIONS D’EMPLOI :

Hautement dangereux si placé entre des mains non expertes.

Il est conseillé de n’en posséder qu’un seul spécimen, mais il est néanmoins possible d’en cultiver plusieurs en milieu nutritif adéquat à partir du spécimen souche. Attention, cependant que les différents spécimens n’entrent pas en contact (risque de mélange entraînant une explosion).


Pauvre Sephy… Qu’est-ce qu’on fait pas avec lui ! Ah si, remarquez qu’on l’a encore jamais mis dans une fic lemon avec un chocobo…

Si ?

NAAAAANNNN ?? !!

Une journée d’enfer !

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Un jour parfait pour Kadaj

08h15 Être réveillé par môman avec un bisou et l’entendre dire qu’on est son fils préféré

08h30 Petit déj. fait par môman avec du vrai jus d’orange et des gaufres au sucre maison (les fans de ” Banal fantasy ” comprendront…)

09h15 Prendre un bain moussant que môman a fait couler pendant le petit déj.

09h55 Lavage de dents

10h00 Cours de poterie

11h00 Piscine

12h00 Déjeuner à midi cuisiné amoureusement par môman.

12h55 Lavage de dents

13h00 Club de Théâtre.

15h00 Lecture d’une histoire + sieste, comme tous les gentils petits garçons à leur môman.

16h00 Goûter préparé par… (allez, tous en coeur !) Môooomaaannn !

16h30 Dessins animés à la TV (sans môman).

17h30 Cuisine avec Môman.

19h00 Dîner avec môman.

20h25 Popo

20h30 Bain.

20h55 Lavage de dents

21h00 Dodo après une histoire lue par… (je vous le donne en mille ? Raté !) grand frère.


Un jour parfait pour Yazoo

08h15 Être réveillé avec des câlins et des bisous de Reno.

08h30 Peser 2 Kilos de moins que la veille

08h45 Petit déj. au lit avec jus d’oranges sans phosphates pressées et croissants servis affectueusement par Reno.

09h15 Prendre un bain très chaud avec des huiles aux senteurs exotiques offertes par Kadaj et Loz à l’occasion de la fête du ” frère le plus sexy du monde entier “.

10h30 Soin du visage, manucure, pédicure, gommage, shampooing, après-shampoing, laisser agir 20 mn, rinçage, lotion ” glossy “, mousse coiffante anti-casse, sèche-cheveux.

12h00 Déjeuner orgiaque à midi dans un resto branché : quatre feuilles de salade, trois rondelles de tomate, un dé de gruyère et deux biscottes.

12h45 Croiser Elena et Tifa et découvrir qu’elles ont pris 10 kg.

13h00 Shopping (crédit illimité).

15h00 Livraison de trois douzaines de roses accompagnées d’une carte signée par un admirateur secret (Qui a dit ” Reno ” ? Bien joué, vous gagnez une tringle à rideaux !).

15h15 Entrainement au combat avec Sephiroth qui, entre deux baisemain et trois génuflexions, déclare forfait et le supplie de lui donner des cours.

17h00 Massage fait par un kiné super sexy, super musclé et super sympa qui lui assure qu’il a rarement massé un corps si parfait.

17h30 Essayage de la nouvelle collection d’un créateur de haute couture A SA DEMANDE A LUI et faire une démo devant tout le staff sur le podium pour éviter que les mannequins ne salopent le boulot le jour du défilé.

19h30 Dîner aux chandelles avec Reno, musique douce et pluie de compliments.

22h00 Douche (seul ou à deux selon l’envie).

22h50 Être porté jusqu’au lit par Reno (draps frais et repassés).

23h00 Câlins (toujours avec Reno, oui, forcément…).

23h15 S’endormir dans ses bras musclés.


Un jour parfait pour Loz

06h00 Le réveil sonne.

06h15 Se faire tailler une pipe.

06h30 Grosse commission matinale en lisant les rubriques “sport ” et “BD” piquées dans le journal du matin.

07h00 Petit déj : rumsteck et oeufs, bière et toasts préparés par la femme de ménage à poil.

09h15 Douche.

09h30 Limousine avec chauffeur (une blonde aux gros nénés en uniforme mini-jupe) pour se rendre au gymnase.

09h45 Mettre la pâtée à Rude.

11h45 Déjeuner : burger de chocobo, frites, 2 Bières et une méga glace au chocolat.

12h15 Se faire tailler une pipe.

12h30 Retour au gymnase et mettre une ratatouille carabinée à Reno.

17h00 Retour en hélico - gracieusement prêté par la Shinra - pilotée par une rousse avec de gros nénés.

17h30 Massage thaïlandais de tout le corps + pipe par une brune aux gros nénés (Tifa ? Mouais. C’est une idée…).

18h45 Penser à prendre un douche mais seulement y penser.

19h00 Regarder les informations (que des bonnes nouvelles !) : Rufus Shinra est mort, le projet Jenova est relancé et la marijuana, les combats à mort et les pornos hardcore sont légalisés.

19h30 Dîner : bière brune, gros steak juteux et en dessert : glace au chocolat servie sur 2 gros seins rebondis (nan, j’ai pas dit ” ceux de Tifa ” !).

20h30 Finir le dernier jeu de shooting 3D en un temps record en explosant toutes les limites.

21h30 Relations sexuelles avec 2 femmes à la fois (les 2 ayant des tendances lesbiennes, bien sûr).

23h00 Massage et bain avec une jolie brune et une bière blonde

23h45 Se mettre au lit.

23h50 Faire un pet de 12 secondes qui change 4 fois de ton et qui vire les frangins de la chambre à coucher à moitié asphyxiés.

00h00 S’endormir (seul) et ronfler comme un sourd.


…Arrgghh, misère… Y’a plus de romantisme…

Je vous ai dit que le premier chapitre du nouveau feuilleton “Quand viennent les fauves” est en ligne ? Oui ? Ah bon… Non, j’suis pas sénile, j’insiste LOURDEMENT, c’est tout !

Part 10. Les chemins de la vertu sont pavés de… va savoir !

Qui a dit de capotes usagées ? J’attends !

Yazoo (qui regarde la très longue aiguille entre les doigts de Reeve) : J’te préviens ! Si tu lui fais mal t’auras à faire à moi !

Reeve (détournant le regard et enfonçant à l’aveuglette l’aiguille d’un coup sec dans la fesse de Loz) : Arrgh ! Je déteste les piqûres !

Loz pousse une plainte et Yazoo le serre contre lui.

Yazoo (en pétard) : Sadique ! Mon pauvre frère! T’as vu comme tu l’as empalé ? (Il caresse le front de son “Lozy”) Mon pauvre Lozynou, il t’a fait mal…

Reeve : C’est fini oui ! Il en a vu d’autres !

Yazoo (soudain affolé) : Alors pourquoi il devient tout mou ? Pourquoi il ne bouge plus ? Hein ? (Hystérique) POURQUOI Y BOUGE PLUS ? !

Reeve (qui mine de rien commence à flipper) : Zut, qu’est ce qu’il a ? (il regarde l’étiquette du flacon) Oups…

Yazoo : Quoi “oups” ? (Il le secoue) : Qu’est ce que tu as fait ?

Reeve (avec un sourire forcé) : j’m'ai gouré…

Yazoo (prêt à le tuer) : Comment “gouré” ? Qu’est ce que tu lui a injecté ?

Reeve : Du bbrrmmmre

Yazoo : Du brem ? C’est quoi, ça, encore ?

Reeve (déconfit): Non ! Pas du “brem” ! Du bromure…

Yazoo (bredouille) : Du… bromure ? (Hurle, prenant conscience de ce que ça signifie pour lui) TU LUI AS INJECTE DU BROMURE ? ! Combien ?

Reeve (qui recule un peu par prudence) : Euh… Normalement… ça calmerait un troupeau de chocobos pendant une bonne semaine.

Yazoo : Un… QUOI ? ? ? ?

Reeve (d’une voix geignarde) : Enfin, toutes proportions gardées, s’entend. (Yazoo gronde, menaçant) Un “petit” troupeau.

Yazoo (plus radioactif que le slip de Kadaj après 3 assiettes du chili con carne d’Aerith): PETIT COMMENT ?

Reeve (de plus en plus pitoyable) : Tout petit. Un troupinet. (Il fait mine de tenir quelque chose de minuscule entrer son pouce et son index) Un troupininou…

Yazoo (fond ne larmes, incapable d’en supporter plus) : Mon pauvre mamour de frèèèèère ! Il l’a castréééééééé !!!!!!

Reeve (qui lui tapote l’épaule) : Mais non, mais non, ça lui passera…dans un mois ou deux…

Yazoo (se raidit, les yeux exorbités) : Un mois ou deux ? ? ? ? Beuhahwwwww ! ! ! Il l’a rendu impuisssaaaaaannnnntttteuaheuaheuah ! ! ! Malade ! Sadique ! Savant fou !

Reeve (outré) : N’exagérons rien ! Je l’ai juste un peu calmé !

Pendant ce temps, sur le pont de commandement…

Tseng (qui dresse l’oreille) : Vous entendez ?

Tout le monde écoute et reconnaît les lamentations caractéristiques de Yazoo.

Tseng : Mais c’est Yazoo ! (inquiet) Serait-il arrivé malheur à son frère ?

Kadaj : je vais voir, monsieur !

Tifa (qui se lève à son tour en entraînant Nero avec elle) : Nous y allons aussi ! Vous tracassez pas ! On a besoin de vous ici !

Ils sortent tous les trois avant que Tseng n’aie le temps de bouger le petit doigt.

Tifa (qui rentre dans la cabine et voit Yazoo effondré sur la poitrine de Loz, qui roupille comme un bienheureux) : Oh oh ! C’est plus sérieux que je croyais…

Yazoo (en larmes) : Il a chatré mon Lozyamouaahahah ! ! ! !

Nero : Il a quoi ?

Reeve : Meuhhh non ! Il exagère ! Je l’ai juste un peu calmé !

Yazoo (chouinant à l’intention de Nero) : Il lui a injecté une dose de bromure à assommer un troupeau de taureaux !

Nero éclate de rire.

Tifa (à son oreille) : Ouais ben te marre pas trop, parce que… (tout bas) Si le p’tit cachou d’amour de son mamour de frère adoré n’a pas sa dose de saute moutons, il pète carrément les plombs !

Nero : A ce point là ?

Tifa et Kadaj hochent la tête.

Nero : Et…il va en avoir pour combien de temps ?

Reeve (qui hausse les épaules) : Chais pas moi…Un mois ou deux.

Kadaj : QUOI ? (Tout le monde lui fait signe de baisser d’une octave) Quoi ? Nan mais ça va pas ? Yazoo va tout saccager ! Que va penser Tseng ?

Nero : Mais, attendez un peu. Pourquoi ça le mettrait dans un état pareil d’abord ? Sa se trouve un peu de calme ça lui fera du bien aussi.

Tifa (qui lui tape sur l’épaule) : Ouais, t’as de l’espoir… C’est un fils de Jenova, je te signale. Et l’un des plus atteints. Les galipettes, ça lui permet de mettre son énergie ailleurs… Mais si y’a plus ça, il est capable de nous faire péter le vaisseau et nous avec ! A mois qu’on dégote une bonne guerre bien saignante…

Yazoo (qui n’en a que pour Loz et n’a rien entendu) : Lozynet…réveille toi…sniff snifff…mon Lozynounet…sniff ….ouvre les yeux ! Lozynouuuuuuuh……..Lozy ? Lozy ! Oh Loz, tu m’as fait si peur !

Loz (qui ouvre les yeux) : Que s’est-il passé ?

Tout le monde approche et Reeve lui prend le pouls.

Yazoo : Lozyyyy ! Tu nous a fait une de ces peurs…

Loz (qui lui tapote la joue) : Allons allons, un peu de tenue. (Tout le monde se regarde éberlué) Où est Tseng ?

Kadaj : A ton poste.

Loz : Alors, j’y vais, on ne sait jamais. Reeve, enlève moi cette perfusion.

Reeve (qui s’exécute ahuri) : Bh… bh… bien.

Loz se lève, lisse ses vêtements et se redresse fièrement, fesses cambrées et torse bombé.

Kadaj (en pinçant Tifa, qui fond comme un glaçon sur une chaudière) : Eh, oh ! Y’a quelqu’un ? On se réveille !

Tifa (des petits coeurs dans les yeux et des angelots avec des arcs qui volent autour de sa tête) : Il est impressionnant quand il est sérieux, comme ça, non ?

Loz (qui se tourne vers elle et lui tapote le joue) : C’est très gentil, merci. Bon allez, la récréation est finie, tout le monde sur le pont !

Yazoo (la larme à l’œil) : Ben… Lozynou…

Loz (en fronçant les sourcils) : Je t’ai dit : un peu de tenue s’il te plaît. Nous ne sommes pas seuls.

Il sort avec roulement d’épaules digne d’Al Pacino après trois shoots de testostérone.

Yazoo (effondré) : Il me l’a bousillé ! Il me l’a châtré ! Il me l’a complètement déglinguééhéhéhhhehhhhhhh ! ! ! !

Reeve (qui ne s’en est toujours pas remis) : Ah ben mince, alors ! Tu parles d’effets secondaires ! Un vrai iceberg ! Pire que Sephiroth.

Tifa (complètement gâteuse) : Qu’il est beau, qu’il est viril, qu’il est impressionnant…

Kadaj : Dis moi ce que t’as fait de Cloud au lieu de te répandre !

Tifa : Qui ça ? (Kadaj la regarde de travers) Oh ! Il est à l’infirmerie avec Weiss. Tu trouves pas que ton frère est vraiment … Oh, là, là !

Nero (qui décide de profiter honteusement de la situation et de consoler Yazoo) : Bon, allez rejoindre les autres ; moi, je m’occupe de lui.

Tout le monde sort.

Sur le pont de commandement

Loz entre dans la salle des commandes en faisant vibrer l’air tant sa présence est impressionnante.

Tseng : Officier Loz ! Heureux de vous revoir en bonne santé.

Loz : Merci, Monsieur. Je peux reprendre mon poste. Je suis navré de vous avoir imposé le spectacle d’une faiblesse passagère.

Teng : Allons, allons, ne soyez pas désolé, mon garçon, ces choses peuvent arriver. Je vous souhaite une bonne nuit à tous.

Loz : Merci, Monsieur, vous de même. Kadaj ! Que fais-tu là à regarder les mouches ? N’y a-t-il pas de travail à faire ?

Kadaj (sur le cul) : Euuhh… Si, Grand fr… Euh… j’y vais !

Yazoo (qui entre, soutenu par Nero, qui a eu beau tout essayer mais n’a pas pu conclure) : Lozyyyy…

Loz : Tu ne te sent pas bien, Yazoo ?

Yazoo : Mais… Mémémémémém… Beueueuaaaahhhhwhwhh ! ! !

Nero : Il a été très… choqué par ton malaise, et très inquiet de…

Loz (impérieux) : Eh bien qu’il aille s’allonger, au lieu de faire des vocalises !

Nero (dans sa barbe) : Sans cœur !

Il ressort, ramenant Yazoo dans sa cabine, le déshabille et le met sous les draps.

Yazoo : Il m’aime plus ! Il se fiche de moi comme d’une guigne ! Je vais tuer Reeve ! Qu’est ce qu’il a fait à mon Lozynouneeetttt ? J’veux qu’il soit comme avant ! ! !

Nero (en apparté) : Oui bah ça ça va pas être de la tarte !

Yazoo (s’accrochant à lui comme un naufragé et se répandant en larmes sur son épaule): J’supporte pas qu’on m’ignooooreuuhhhh!

Nero (compatissant): Allons allons, ça va lui passer, moi aussi j’ai parfois du mal a faire que Weiss soit plus attentionné mais il faut s’accrocher et…

Yazoo (le regarde entre ses larmes): Sniff… sniff… Beuh c’est pas pareiiiiil!!! Toi t’as l’habitude, t’es trop bizarre et tout le monde te fuit depuis toujours !!! Beuahhh !!!

Nero (prend la mouche): Dis donc, moi je veux bien essayer de te consoler mais si tu commences les vacheries je te laisse hein !

Yazoo (genre “les grandes eaux”): Beuaaahh!!! Tout le monde me laisse tomber!!!!

Reeve (arrive en courant de l’infirmerie avec sa trousse à pharmacie sous le bras) : Houlaaa, je le savais qu’il lui faudrait un calmant dare-dare!

Yazoo (tombe du lit en essayant d’échapper à Reeve) : Ah ! Toi me touche pas, hein ! Espèce de monstre ! Savant fou ! T’as complètement castré mon Lozyyyynouneett !!!

Nero (se bouchant les oreilles): Fais-le taire avant que votre turk en chef ne se pointe par ici et entende ses lamentations ! On a l’air de quoi là ?!

Reeve (préparant fébrilement une seringue): J’y vais, j’y vais, ferme la porte qu’on soit insonorisés au moins ! Ca nous fera gagner du temps!

Nero : Oui ben mangez-vous, parce que moi, je dois aller mettre la main sur mon frère.

Reeve (en faisant sa piqûre): La mets pas n’importe où, hein, avec Tseng qui risque de vous tomber dessus et de….

SHBLAFF!!!

Reeve se rattrape de justesse à la table de nuit, à moitié assommé par le lancer d’annuaire de Nero (NDLA : quoi y’a pas d’annuaire sur les vaisseaux spatiaux ? Pas grave ! C’est de la “génération spontanée de projectiles inattendus” - très connue dans le métier de scénariste style manga, si, si !)

Pendant ce temps, sur la passerelle de commandement…

Tifa (assise aux pieds de Loz, en adoration totale devant la liste d’ordres qu’il vient de donner pour que le vaisseau reprenne une vitesse de croisière normale - Enfin de la vitesse tout court, ça serait déjà mal vu l’état du joint du culasse du vaisseau…) : ***soupirrrrrrrrrrrrr***

Loz (termine la liste des trucs qu’il vient de vérifier) : … et enfin les lieux d’aisance ont été réparés par Cloud il y a déjà quelques heures, Capitaine.

Cid (sourire conquérant et assuré) : Fort bien! Il nous reste donc à régler la question de l’hébergement des nouvelles recrues ! Quelles sont les cabines disponibles?

Vincent (qui boude dans son coin depuis que les deux “mâles dominants” du pont de commandement - Cid et Loz - ont commencé à se la péter “militaires efficaces”) : Gnagagna…

Tifa (roucoule amoureusement) : Je pourrais dormir dans celle de Loz, si ça peut dépanner, Capitaine…

Loz (lui tapote la tête) : Je ne voudrais sûrement pas t’obliger à partager la cabine d’un homme, ce ne serait pas convenable pour ta réputation. Bien que je puisse t’assurer que je n’en aurais évidemment pas profité….

Tifa (le moral chutant un peu): Ben je vois pas l’intérêt, alors… Flûte c’est vrai que c’est pénible, attends un peu que je mette la main sur Reeve…

Kadaj (qui se pointe le calepin à la main et au garde à vous): Ahem ! Voici la liste des membres d’équipage d’origine, la plupart n’ayant pas de cabine personnelle vu que le règlement ne prévoit pas qu’on… enfin c’est prévu comme ça, quoi. Loz, Yazoo, Shera, Tifa, le Capitaine, Cloud, moi-même, Sephiroth, Reeve, Reno et Vincent répartis en sept cabines. Les nouveaux arrivants sont : Tseng, la pu… Pardon. Elena, le gars avec les ailes et son frère, ce qui fait quatre. Certains vont donc devoir se mettre à deux par cabine, Majesté. Puis-je suggérer que Tseng bénéficie d’une cabine pour lui seul ?

Loz (agite distraitement la main): C’est cela, c’est cela. A moins qu’on en manque vraiment, je pense qu’il faudrait que je garde la mienne, comme le Capitaine et Sephiroth, eu égard à notre rang…

Là, les rares présents le regardent la mâchoire pendante.

Vincent : Ben et moa ? Je vais dormir où, moa ?

Loz (se drapant dans la dignité offensée qui sied au guerrier viril et fier de l’être): Eh bien dans ta boîte, quelle question !

Donk, bink, pok (les mâchoires qui touchent terre).

Kadaj (timidement): Euh… Sauf ton respect, j’avais compté qu’on pourrait garder en partie la répartition habituelle. Non?

Loz (le fixe d’un regard mako glacé et totalement impassible): *soupir* Quelle solution cela vous donnait-il?

Kadaj (feuilletant rapidement son calepin): voilà voilà ! D’abord les deux frangins de l’espace dans la cabine de Yazoo, Yazoo avec Loz, Tifa avec Reno, Cloud avec Sephiroth -ça devrait pas les déranger beaucoup-, moi avec Reeve, le capitaine avec sa femme, Vincent dans son cercueil à la soute, Tseng tout seul et il vaudrait mieux qu’on laisse l’excitée dormir à l’infirmerie en sécurité dans sa ceinture de chasteté. Enfin quand je parle de sécurité c’est pour nous, je veux dire. (Petite voix) non ?

…à suivre

I - Bienvenue à Gongaga !

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Illustration tirée du doujinshi “BUBBLES” du Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Jamais le soleil n’avait tapé comme ce matin là. L’air sec était chargé de poussière et j’avais la gorge comme de la litière pour chats. Nous étions en août, au plus fort de la saison sèche, et je me souviens du grincement des minuscules grains de sable emportés par le vent entre mes dents.

Ma casquette me donnait l’impression d’avoir le crâne sous une cocotte minute mais c’était ça où tomber raide, assommé par le soleil. La sueur coulait sur mon front et ma queue de cheval me collait déjà à la nuque. Combien de fois en quinze jours m’étais-je promis de me couper les cheveux ? J’en avais perdu le compte mais je n’avais jamais pu me résoudre à renoncer à cette dernière coquetterie.

Avec un soupir, je me resservis du café. Il avait un goût aigre amer, comme s’il avait bouilli. Connaissant le cuisinier, je ne doutais pas que ce fut bien le cas et je le bus d’un trait en grimaçant, comme tous les matins.

Je dus déployer des efforts surhumains pour mettre un pied devant l’autre et sortir de la tente qui nous servait de cantine. Le soleil m’aveugla et cette impression de respirer à travers un mouchoir brûlant que l’on aurait pressé sur ma bouche était insupportable. Je dus fermer les yeux, incapable de supporter la lumière en dépit de l’heure matinale, sortis mes lunettes de soleil de la poche de mon pantalon de toile et les chaussai. A travers les verres fumés qui assombrissaient le décor, le camp semblait bénéficier d’une ombre illusoire, et bizarrement, il me sembla que la température avait baissé en même temps que la lumière.

Les brahmanes de Canyon Cosmo disent que l’esprit d’un homme est capable de faire plier les éléments. Eh, bien moi j’avais des lunettes magiques qui jetaient de l’ombre sur le décor ! C’était ridicule mais pour un peu de fraîcheur ou une illusion de fraîcheur, j’étais prêt à tout…

Le cahier des charges sous le bras, j’avançai sur le terrain aride, mes bottes se couvrant d’une pellicule de poussière orangeâtre.

Je crois que c’est l’une des rares choses que je déteste, dans cette région désertique qui entoure la forêt de Congaga : cette poussière grasse qui se mélange à la sueur et colle à la peau dès que l’on met le nez dehors.

Et encore, devais-je être heureux de ne pas me trouver en poste à Midgar, comme Genesis ! La première fois que j’avais été en mission là-bas, j’avais été horrifié en constatant qu’après avoir retiré le manteau porté toute la journée, mes bras et mes jambes étaient enduits d’une suie huileuse. On voyait parfaitement la marque des vêtements que j’avais ôtés, comme si j’avais pris un monstrueux coup de soleil noir. L’eau de la douche ressemblait à de l’huile de moteur et j’avais passé de longues minutes à me décrasser les cheveux. Mes poumons devaient ressembler à un pot d’échappement mal entretenu ou à ceux des lapins que ce salopard d’Hojo oblige à fumer pour tester le taux de nicotine des cigarettes. Le second jour, l’idée de porter un masque anti-pollution m’avait effleuré et le troisième, je me promenais dans les rues aussi crasseux et grisâtre que n’importe qui.

Lorsque j’avais accepté de sécuriser la zone du réacteur de Gongaga, en pleine rénovation, je m’étais imaginé la région comme me l’avaient racontée Angeal et Genesis, à l’école d’officiers : verte, fraîche et luxuriante. Avec un adorable petit village perché à flanc de montagne….

Tu parles ! Ils avaient juste oublié de préciser que l’oasis de verdure ne restait verte que trois ou quatre mois par an, au printemps, et qu’elle était entourée d’une région caillouteuse où l’on crevait de chaud en été et où l’on mourait de froid en hiver !

Au lieu de la douce fraîcheur parfumée d’herbe verte que je m’étais imaginée, je me promenais dans la poussière du chantier en pantalon d’épaisse toile noire, t-shirt poisseux de sueur et je dormais sous l’une des tentes où il ne se passait pas une nuit sans que je ne me réveille empêtré dans la moustiquaire. Si les membres de mes fan-clubs me voyaient…

Angeal, m’avait précédé sur les lieux et avait déjà établi un périmètre de sécurité. Contrairement à moi, il connaissait la région et les coutumes du coin pour y avoir passé son enfance. D’un kilomètre à l’autre, la terre était tour à tour végétation desséchée inextricable ou désert caillouteux. Les routes n’étaient que des chemins de terre et bien souvent nos 4×4 s’ensablaient.

Je jetai un regard aux échafaudages, sur lesquels s’affairaient avec les ouvriers, tous originaires de la région. Combien étaient-ils ? Une trentaine ? Il y avait bien longtemps que j’avais renoncé à faire l’appel. Si le frère était malade, le neveu le remplaçait et cela quand le père n’amenait pas le fils pour lui prêter main forte afin de finir dans les temps. Les questions d’assurance et de contrat de travail n’avaient pas cours ici. Tout ce qui comptait pour ces hommes, c’était de terminer honorablement leur tâche, comme ils s’y étaient engagés. On ne badine pas avec l’honneur et la parole donnée, dans la région. J’avais rarement connu des gens aussi travailleurs et je n’hésitais pas à tanner Reeve pour qu’il leur verse un supplément d’argent lorsque j’estimais qu’ils le méritaient, c’est à dire bien souvent. Cela m’avait valu des amoncellements de friandises et plats traditionnels confectionnés par leurs épouses et leurs sœurs, que nous partagions lors des pauses.

J’essuyai la sueur qui coulait de mon front. Comment pouvaient-ils supporter de travailler par cette chaleur ? Torse nu, la peau tannée par le soleil et vêtus de pantalons de coton ou de chemises ouvertes sur des shorts bariolés, ils manipulaient les sacs de ciment avec une facilité déconcertante. Ils transpiraient à peine et la lumière les faisait à tout juste plisser les yeux.

Mon regard s’attarda un instant sur les dos musclés et les poitrines noueuses. Les hommes… Depuis combien de mois n’avais-je pas touché un homme ? Deux ? Trois ? Le dernier était un jeune postulant soldat dégingandé qui m’avait fait regretter de ne pas avoir passé mon chemin.

Je secouai la tête et consultai les plans de déploiement des forces de sécurité pour la énième fois. N’avais-je rien oublié ? A Midgar, j’en avais été particulièrement fier de mais, une fois arrivé dans la région de Gongaga, je m’aperçus de ce que les tours de surveillance pouvaient avoir de ridicule dans une région aussi escarpée.

De président adjoint Rufus Shinra voulait du beau, du grand, du riche et, par dessus tout, de l’impressionnant. Quand je voyais les ravissantes constructions traditionnelles qui parsemaient la région, je n’arrivais vraiment pas à comprendre comment cet imbécile pouvait leur préférer ce monceau de ciment et de verre en forme de chou-fleur que j’avais mis des semaines à sécuriser sur les conseils de son éminence grise, un petit homme gras et dégoûtant qui répondait au nom de Palmer.

“Non, il faut plus de caméras !” “Non, il y a trop de surface exposée !” “Allons, mon garçon ! Le président adjoint ne sera jamais en sécurité si les vitres ne sont pas blindées !”

Plus d’une fois l’envie m’avait démangée de le passer par la fenêtre sans prendre la peine de l’ouvrir mais c’était lui qui signait les chèques… J’avais eu ce gnome mangeur de gras sur le dos pendant trois semaines et il devait passer sur le chantier aujourd’hui en compagnie de son “altesse sérénissime”. Si le maître était aussi exaspérant que son toutou, cela promettait un bel après-midi de fichu !

Je n’avais jamais eu l’occasion de rencontrer Rufus Shinra mais je le détestais déjà cordialement !

“Son Altesse” avait souhaité que son ” chou-fleur ” domine la route qui conduisait à la petite rivière qui menait au village. Devoir raser le petit temple de pierre qui se trouvait non loin pour pouvoir sécuriser les travaux de construction m’avait fendu le cœur mais il allait l’avoir son “réacteur que tout le monde pourrait voir de loin”. C’était là les instructions les plus sottes que l’on m’avait jamais données mais Rufus payait bien. Très bien même. J’allais gagner ici plus d’argent en un an que je n’aurais pu en économiser en 50 ans de missions ordinaires.

Le groupe électrogène se mit en route avec un grondement de tonnerre et l’odeur du gasoil se mêla aux parfums d’épices. Je n’ai jamais su décrire l’odeur qu’il y avait dans la région par un autre terme. L’air sentait la terre, le parfum et les épices. Une odeur étourdissante que je n’ai jamais retrouvée ailleurs.

- Sephiroth ! Déjà levé ? Tu fais des efforts, mon grand ! Tu viens nous donner un coup de main ?

Je baissai les yeux vers Angeal, qui surveillait l’avancement des travaux dans l’immense trou des fondations et lui fis un petit signe de la main.

- Ne rêve pas ! criai-je pour couvrir le bruit des marteaux piqueurs qui s’étaient mis en route pour briser la pierre. Je n’ai pas sué durant les cours assommants de Lazard dans le but de nager dans la crasse !

Il éclata de rire et retira son casque de protection pour essuyer la sueur qui coulait sur son visage. Je connaissais Angeal depuis mon enfance, tout comme Genesis, et je peux dire que j’en étais venu à considérer au fil des années comme le frère que je n’avais jamais eu. La petite trentaine, des cheveux noirs mi-longs coiffés en arrière et une charpente à faire blêmir un culturiste, Angeal était de sept ans mon aîné et m’adorait. Je n’avais jamais cherché à cacher ma liberté de moeurs et la relation particulière que j’entretenais avec Angeal avait bien souvent alimenté les ragots.

- Dis-moi mon grand, poursuivit-il, tu ne crois pas que… oh, oh ! On a de la visite.

Il grimaça et je suivis son regard. J’avais beau le voir en contre-jour, je reconnus immédiatement le personnage qui s’avançait vers moi. Sa masse impressionnante de cheveux emmêlés et ses jambes maigres et arquées lui donnaient l’apparence d’un primate.

L’ermite de la forêt de Gongaga nous rendait visite de plus en plus souvent, ces derniers jours.

- Merde, soupirai-je en levant les yeux au ciel. Mais qu’est-ce que cet illuminé vient faire ici, encore ? Si les ouvriers le voient, nous sommes cuits…

Le saint homme arriva à ma hauteur et leva les yeux vers moi sans un mot. Il avait peint trois cercles rouges sur son front, par dessus la crasse, et son visage était vierge de toute expression. J’avais l’impression d’observer un mannequin d’argile. Vêtu d’un pagne douteux et maigre à faire peur, il dégageait une aura inquiétante et une puanteur insoutenable. Je pinçai les narines et détournai le regard.

Un cri s’éleva dans les fondations et plusieurs têtes dépassèrent du trou où travaillaient les maçons. En voyant notre visiteur, tous lâchèrent leurs outils, éteignirent les marteaux piqueurs et grimpèrent en une nuée bourdonnante pour venir s’agenouiller devant le saint homme en le priant de les bénir. Les ouvriers, pour la plupart originaires de la région, se balançaient d’arrière en avant en psalmodiant des prières devant l’homme minuscule, mains jointes devant leur front.

Je m’écartai et lançai un regard excédé à Angeal, qui me répondit par un haussement d’épaules.

- Laisse tomber, Seph.

Le saint homme avait pris l’habitude de venir une ou deux fois par semaine sur le site. Lorsque j’en avais demandé la raison à l’un des contremaîtres, il m’avait simplement répondu que les gens comme lui étaient guidés par les Dieux eux-mêmes et qu’il ne fallait pas chercher à comprendre le pourquoi de leurs actes et de leurs paroles.

J’étais bien avancé !

La première fois que ce zombie avait fait son apparition, il était arrivé derrière moi comme un fantôme et m’avait soufflé dans le cou. En voyant le visage couvert d’une croûte blanchâtre digne d’un film d’horreur, j’avais poussé un cri à paralyser un troupeau de Bahamuts et manqué de peu la crise d’apoplexie. Par la suite, je vis plusieurs de ces individus à Gongaga. Ils restaient immobiles durant des heures, assis en tailleur au beau milieu de la route, et chacun leur témoignait un respect craintif. D’après ce que j’avais compris, ils avaient fait vœu d’abandonner tout plaisir terrestre ou quelque chose dans ce goût là. Des sortes de renonçants.

Bien entendu, j’avais consulté des dizaines de guides et de livres sur la région avant de partir mais, je suis désolé de le dire, une fois sur place, on se demande si les auteurs de ces ouvrages ont bien posé le pied dans le pays dont ils parlent.

Ici, rien n’est simple et aucun texte, aussi complet soit-il, ne peut donner une idée de ce que sont réellement ces gens et leur terre.

Je regardai ma montre. Si le saint homme ne fichait pas le camp pour que nous puissions reprendre le travail, je risquais de me faire salement remonter les bretelles par le ” petit prince Shinra “, qui devait arriver d’un instant à l’autre.

- Allez, allez ! La récréation est finie.

Je tapai dans mes mains et Angeal sortit de son trou pour me poser la main sur le bras.

- Arrête, Seph. Respecte leurs croyances.

Je me tournai vers lui en ouvrant des yeux ronds comme des soucoupes.

- Mais je respecte leurs croyances ! Le problème, c’est que son altesse de mes fesses va arriver et que…

- Chut ! me rabroua Angeal. Ne parle pas de lui comme ça devant eux.

Plusieurs hommes se couvrirent le visage des mains et posèrent le front sur les pieds du gnome, comme s’ils cherchaient à se faire pardonner pour mon comportement cavalier.

- Désolé ! grimaçai-je en agitant la main dans leur direction.

Pour la première fois, j’entendis l’homme blafard parler. Sa voix était rocailleuse et aiguë. Elle vrillait les tympans et son curieux dialecte accentuait encore cette désagréable impression.

- Que dit-il ? demandai-je à Angeal.

Il haussa les épaules. Visiblement, il était parti de chez lui depuis trop longtemps et avait oublié son patois natal.

Zack, un postulant soldat lui aussi originaire de la région, s’approcha. Comme à chaque fois qu’il s’adressait à moi, ses grands yeux bleus semblaient incapables de me fixer et ses mains tremblaient. Lorsqu’il aurait pris un peu d’assurance, il ne faisait pas de doute qu’il deviendrait une excellente recrue.

Le silence était soudain tel que l’on n’entendit plus que le bruissement des pieds des ouvriers fouillant la terre poussiéreuse avec embarras et le vent léger et étouffant qui charriait l’odeur de vase de la rivière.

- Il dit que quelque chose va vous faire du mal, Général, et que vous devez faire attention.

Je plissai les lèvres. Après les prières… les superstitions ! Il ne manquait plus que ça.

- Quelque chose va me faire du mal ?

- Oui, Général.

- Cette chose doit s’appeler Rufus Shinra, dans ce cas. Parce que sois certain qu’il va m’arracher la tête s’il ne vous trouve pas tous au travail en arrivant.

Les hommes échangèrent des regards entendus et baissèrent la tête.

- Sauf votre respect, vous ne devriez pas plaisanter avec ça, Général. Le danger est réel.

- Qui ? Rufus Shinra ?

Zack sourit malgré lui.

- Non, Général. La chose.

- Quel genre de chose ? demanda Angeal.

Je levai les yeux au ciel et me donnai une claque sur le front.

- Angeal ! Tu ne vas pas t’y mettre toi aussi !

Il ne répondit pas et montra le sage du menton en continuant à s’adresser Zack.

- Demande-lui.

Zack s’inclina devant la vieille chouette cendreuse et lui parla dans sa langue discordante. Le sage ne répondit pas, ne changea pas d’expression et fit demi tour.

Chacun le regarda s’éloigner et, quand il s’engagea sur la pente, disparaissant de leur champ de vision, les maçons se tournèrent vers moi de concert et me lancèrent des regards désolés.

J’avais beau être imperméable à toute sorte de religion et de superstition, l’expression de leur visage, leurs épaules basses et leur immobilité me nouèrent le ventre.

Je tournai sur moi-même.

Ils formaient une ronde lugubre et mélancolique. Ils me fixaient comme si je n’étais déjà plus qu’un cadavre autour duquel les vieux copains se recueillent en se disant “c’était un brave type”.

Je pris une profonde inspiration.

- On peut retourner travailler ou vous voulez vraiment que Shinra Junior me fasse rôtir ?

Angeal adressa quelques mots aux ouvriers, qui inclinèrent la tête et retournèrent à leurs occupations en murmurant entre eux, comme s’ils craignaient que le bruit de leurs voix n’attire le malheur dont avait parlé le vieux sage. L’un d’entre eux posa la main sur ma poitrine en murmurant une prière que je ne compris pas.

- Il demande aux Dieux de te protéger, murmura Angeal.

- Oh, je… Merci, fis-je à l’homme avec un légère inclinaison de tête.

L’ouvrier s’inclina à son tour, me sourit, et descendit dans les fondations.

Chaque coin de ce pays semblait regorger de malédictions en tout genre et j’avais déjà eu des difficultés à trouver des ouvriers à cause des multiples fariboles locales qui faisaient de la région un véritable berceau du mysticisme.

Si un jour je décidais d’abandonner l’armée, je pourrais toujours gagner ma vie en écrivant des histoires sur les mystères de la région pour gogos en mal de magie, étouffant dans leurs murs de béton…

Un bruit de moteur me tira de mes plans de carrière à long terme et, un instant, je crus bien que le saint homme avait raison au sujet de sa créature dangereuse qui allait venir me chercher.

Ce qui m’arrivait dessus était au moins aussi redoutable que l’odeur du saint homme, et je sentais mes nerfs sur le point de lâcher face à cette vision d’horreur : monsieur lèche-bottes en personne, Palmer le gras double, arrivait sur le chantier pour la visite prévue. La journée commençait vraiment mal. J’avais de plus en plus hâte qu’elle se termine pour me retrouver sous ma tente.

Et, si possible, avec le joli blondinet qui venait de sortir de la voiture…

…à suivre

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LV - J’avais trois fils

On n’est pas forcément le père de quelqu’un…

mais on n’est jamais le fils de personne.»

G. Wolinski

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Non, ne fais pas ça, attends ! gémit Zack en tendant une main suppliante vers Nero, qui disparaissait petit à petit dans un maelstrom de ténèbres qui paraissaient sortir de lui. Je plaisantais ! Ne ne le prends pas comme ça !

Le ténébreux secoua la tête et recula d’un pas, le bébé de Loz pleurant de terreur dans ses bras.

- Je savais que c’était un piège… Je n’aurais jamais dû écouter Weiss. Jamais…

Le jeune soldat secoua furieusement la tête.

- Quoi ? Non ! Je dois vous guider tous les deux jusqu’à un endroit où l’on viendra vous cherch…

- C’est faux ! Toi et la Shinra vous moquez bien de ce qui peut nous arriver à moi et à mon pauvre frère ! Tout ce que vous voulez, c’est le bébé et les cellules de Jenova qu’il contient !

- Pas du tout, Angeal a…

- Angeal ne t’aurait jamais envoyé toi !

Zack se frotta le visage avec un gémissement désespéré.

Et dire qu’Angeal lui avait pourtant fait la leçon pendant une heure…

« Et, surtout, évite de faire de l’humour douteux ! Il faut récupérer ces garçons et le petit ! »

« Ca va ! C’est bon ! Je suis quand même capable de ram… »

« C’est sérieux, Zack ! Tu es sans doute la dernière personne à qui Nero ou Weiss feraient confiance mais nous n’avons pas le choix ! Lucrecia et moi devons absolument aider Aerith à contenir les géostigmates. »

« C’est bon, je te dis ! Quoi ? D’accord, je reconnais que j’ai parfois un peu titillé la boule de poix et son choupinounet de frérot mais… »

« Zack, bon sang ! »

« Désolé, ça m’a échappé ! »

- Merde… Merde… Merde… Je… NON ! Nero ! Non, allez, déconne pas ! Nero !

Celui-ci recula encore dans le brouillard ténébreux et les cris du bébé redoublèrent.

- Arrête, merde ! Tu vas le rendre malade de peur si tu l’emmènes avec toi là-dedans !

- Quand bien même ! Il sera plus en sécurité avec moi qu’entre les mains des scientifiques de la Shinra !

- NON ! Je t’en supplie, ne fais pas ça ! NERO !Oh, merde…

*

Sephiroth cracha un long jet de mako avec un dernier haut-le-coeur qui le laissa pantelant au pied de la cuve.

- Général, pouvez-vous respirer normalement ? s’enquit Merill après un petit moment en l’aidant à s’asseoir.

L’argenté hocha péniblement la tête et déglutit avec une grimace.

- Oui… fit-il d’une voix rauque. Je crois que… tout le… liquide… est sorti.

La tête lui tournait et sa vue ne serait pas nette avant plusieurs minutes, il le savait, mais le temps pressait.

Les yeux larmoyants, il essaya de distinguer - ou du moins d’identifier vaguement - les personnes qui formaient un cercle autour de lui et des deux médecins agenouillés à ses côtés.

La tête avec les grands pics, ce devait être Strife. La tête rouge, Reno. Et, près de lui…

- Cid… gémit Sephiroth en tendant la main. Cid Highwind…

Tous tressaillirent, surpris.

Le pilote n’avait jamais connu Sephiroth avant d’être confronté à lui lorsqu’il avait rejoint AVALANCHE, peu avant la chute du météore ; il ne lui avait même jamais parlé. Pourtant, quelque chose faisait à présent du général un être familier et aussi proche de Cid que Yazoo, Kadaj ou Loz - mais sans atteindre toutefois le degré d’intimité qu’il partageait désormais avec ce dernier.

- Qu’y a-t-il, mon frère ? demanda le pilote en prenant l’avant-bras tendu.

- Nero… Il faut que tu ailles chercher Nero… Le mont Nibel… Il est sur le mont Nibel… Avec Zack… Et le bébé…

A ces mots, Loz tressaillit.

- Je t’accompagne !

Sephiroth, trop affaibli pour protester, pressa le bras de Cid, suppliant, mais c’était inutile. Celui-ci savait très bien ce qu’il avait à faire.

- Non, Loz. Reno et Vincent m’accompagneront.

L’argenté allait protester mais Sephiroth s’effondra alors dans les bras du pilote.

- Faites… vite… haleta-t-il avant de perdre connaissance.

*

- Où est le bébé ? hurla Genesis aux oreilles de Weiss en essayant de reprendre son souffle.

Il avait frappé le jeune homme si fort et à de si nombreuses reprises depuis une heure qu’il en avait les bras engourdis et était essoufflé comme s’il venait de finir une course d’obstacles.

- Va… te faire… foutre… gémit le prisonnier d’une voix tout juste audible.

Son visage ensanglanté était si contusionné que l’on avait presque du mal à reconnaitre dans cette bouillie rougeâtre le ravissant minois de l’ex-commandant des Tsviets

Fou de rage, Genesis lui tomba dessus à bras racourcis.

*

Cloud faisait les cent pas dans le couloir, hésitant à entrer dans la chambre du premier où Rufus avait fait installer Sephiroth et où tous attendaient qu’il reprenne connaissance.

Lorsque le général avait demandé de l’aide à Cid, en bas, il en avait presque ressenti… Quoi en fait ? Comme un pincement au coeur et une sorte de colère, une…

“De la jalousie, Cloud ! Ni plus ni moins que de la jalousie !” persiffla une petit voix dans son cerveau. Et, cette fois, il s’agissait bien de sa propre conscience et non de cette pourriture de Jenova ! C’était peut-être ce qui l’agaçait le plus, d’ailleurs…

Jaloux…

Il en avait presque honte.

Mais, après tout, il avait reçu les cellules de Jenova, lui aussi, alors pourquoi c’était Cid que les argentés respectaient et accueillaient comme un membre de la famille ? Pourquoi le pilote et pas lui ?

Parce que tu les as toujours rejetés sans chercher à comprendre ce qui les motivait ou ce qui se passait !” lui rappela sa conscience. “Il y a deux ans, lorsque Kadaj t’appelait “grand frère”, tu lui rétorquais déjà “marionnette !”

- Ils m’ont attaqué sans me laisser de temps de comprendre quoi que ce soit !

- As-tu seulement essayé ? T’es-tu posé ne serait-ce qu’une seule question à leur sujet en dehors de “comment nous en débarrasser” ?

- J’ignorais, alors, ce qu’il en était réellement et les épreuves qu’ils avaient traversées ! répondit-il à son reflet, dans l’un des grands miroirs qui ornaient le couloir.

“Tu ne l’ignorais pas, lorsque tu as essayé de les tuer en trafiquant les freins de leurs motos…”

- Je n’étais pas moi-même ! C’était Jenova !

“Et, lorsque tu as insulté et blessé cruellement Tifa, parce que tu l’avais vue essayer d’embrasser Loz ? Lorsque tu as failli briser les vies de Cid et Shalua en te mêlant de ce qui ne te regardait pas ? C’était Jenova, aussi ?”

- La ferme ! gémit le jeune homme en se prenant la tête dans les mains.

“Ce n’est pas trop fatigant, de se chercher sans cesse des excuses, Cloud ?”

Il allait se rétorquer à lui-même lorsque la porte de la chambre de Sephiroth s’ouvrit, laissant passer la tête Tifa.

- Cloud… il se réveille.

Le garçon eut l’impression que son sang cessait de couler dans ses veines.

*

- Là ! cria Vincent pour couvrir le bruit de l’hélice en désignant un point dans la forêt dense qui recouvrait le flanc du mont Nibel.

Dans cette zone, même les puissants projecteurs de l’hélicoptère peinaient à percer l’obscurité.

Reno, assis dans le fauteuil de co-pilote de l’hélicoptère, scruta le sol à la jumelle.

- Je ne vois rien !

- Fais-moi confiance ! fit Vincent. Cid, descend !

Le pilote secoua la tête.

- Je ne peux pas me poser, Vince ! La forêt est trop dense. Tu vas devoir jouer les acrobates !

Vincent déboucla les sangles de sécurité qui le maintenaient sur le siège arrière et fixa une corde à harnais aux crochets prévus à cet effet.

- Descends autant que tu peux et ça devrait aller !

- Comment tu sais que c’est bien là ? insista Reno. Il fait noir comme dans un four, là en bas !

- Précisément, Reno ! Il fait beaucoup trop noir ! Descends encore, Cid ! Stop ! C’est bon !

Au sol, Zack vit l’hélicoptère se stabiliser avec un immense soulagement.

- Nero ! appela-t-il. Ils sont là ! Sort de ce truc, bon sang !

Mais, à l’intérieur du maelström de noirceur, le ténébreux n’entendait rien et essayait de calmer le bébé qui hurlait, rendu presque fou de terreur par les cris et les chuchotements des âmes perdues qui se pressaient auteur d’eux. Ses petits bras battaient désespérément pour chasser les mains désincarnées qui se tendaient vers lui mais ses poings minuscules n’impressionnaient guère les lambeaux de ténèbres glaciales. Ces dernières frôlaient son adorable visage, caressaient son petit corps tendre et s’enroulaient à son toupet de cheveux argentés.

- Chut, bébé, ce n’est rien, ils ne peuvent pas te faire de mal tant que je suis là, assura Nero. Du calme.

Peine perdue.

- Tu vas le faire mourir de peur, si tu le gardes ici, Nero.

Ce dernier leva brusquement la tête et recula d’un pas en serrant un peu plus le bébé contre lui.

- Vincent Valentine… murmura-t-il en s’enfonçant encore dans les ténèbres, faisant redoubler les cris du petit.

- Attends ! Arrête !

- Désolé, Vincent Valentine, mais cette danse-ci, je suis pas en état de te l’accorder. Pas tout de suite, du moins.

Vincent leva les mains pour lui montrer qu’il n’était pas armé.

- Je ne suis pas venu pour me battre, Nero, mais pour vous mettre à l’abri, toi et le bébé !

- Venant de toi, je me serais attendu à un mensonge moins naïf.

- C’est la vérité !

Le petit s’arrêta soudain de crier et le ténébreux remarqua avec épouvante qu’il avait les yeux révulsés.

- Par tous les démons de la planète, Nero, tu es en train de le faire mourir de terreur ! s’affola Vincent. Il faut le sortir d’ici !

Nero, médusé, le secoua doucement.

- Réveille-toi… Ouvre les yeux, bébé. Ouvre les yeux !

Ses jambes trop affaiblies refusant de le soutenir plus longtemps, il tomba à genoux, le nourrisson toujours serré contre sa poitrine, et jeta à Vincent un regard désespéré.

- Si tu le gardes ici, dans ces ténèbres, avec toi, il mourra !

Le ténébreux secoua furieusement la tête.

- Je voulais le protéger… gémit-il. Juste le protéger.

- Je le sais, Nero. Mais un homme normalement constitué ne peut pas rester dans un endroit comme celui-ci sans perdre totalement la raison. A plus forte raison, un enfant. Il faut le sortir d’ici.

- Pour qu’ils en fassent un monstre ? Comme moi ? Comme mon frère ?

- Je ne le permettrai pas, Nero. Jamais. Et son père non père encore moins. Oui, Nero, ce petit a un père, insista l’ex-turc en voyant le tsviet écarquiller les yeux. Un père à qui j’ai promis de ramener son bébé.

Nero déglutit avec difficulté et caressa la petite tête argentée, hésitant.

- Jure-moi que tu ne laisseras pas la Shinra le prendre ou lui faire du mal, Vincent Valentine…

Celui-ci secoua la tête et s’approcha de quelques pas.

- Personne n’a l’intention de lui faire du mal, Nero. Et surtout pas Rufus Shinra, tu as ma parole.

Le ténébreux berça un instant le bébé inconscient avec un sanglot désespéré, indécis, puis le tendis à Vincent.

- Très bien… Emmène-le, Vincent Valentine. Et fais ce que tu as à faire aussi vite que tu le pourras.

- J’en ai bien l’intention, assura-t-il en prenant le bébé.

- Lorsque tu verras mon frère, murmura Nero d’une voix étranglée, dis-lui que, jusqu’au dernier moment, je n’ai cessé de penser à lui et de l’aimer.

Il tendit son cou gracile vers l’ancien turc en fermant ses beaux yeux carmins et celui-ci tiqua.

- Que… qu’est-ce que tu fais ?

- Ton arme n’aurait aucun effet, ici. Tu vas devoir te salir les mains, Vincent Valentine.

Ce dernier hoqueta.

- Mais enfin, je n’ai nullement l’intention de te tuer ! Encore moins de te tordre le cou comme à un poulet !

Nero rouvrit les yeux et cligna des paupières, perdu.

- Mais tu… Tu as ce que tu étais venu chercher. Tu as le bébé.

- Nero… soupira Vincent. Angeal a promis à ton frère que nous ferions tout pour vous sortir de là et c’est bien ce que nous avons l’intention de faire !

- Je… J’ai peur de ne pas comprendre.

- Il n’y a rien à comprendre, s’impatiernte l’ancien turk. Peux-tu marcher ?

Le ténébreux secoua la tête, hébété.

- Je… Je ne crois pas.

- Alors, tiens le bébé.

Vincent lui posa le bébé sur le ventre avant qu’il n’ait le temps de répliquer et voulut les soulever délicatement tous deux dans ses bras mais quelque chose lui piqua douloureusement le bras.

Nero s’étant un peu rasséréné, les ténèbres s’étaient clairsemées et l’ex-turk frémit d’horreur en voyant ce qui lui avait pincé le biceps.

- Nero… Qu’est-il arrivé à ton dos ?

- Mes ailes… fit celui-ci entre ses dents serrées pour contenir un cri de douleur. Genesis… Genesis les a arrachées.

- Que les Dieux nous viennent en aide…

Mais, le bébé commençant à montrer des signes de conscience, il n’eut pas le loisir de poser plus questions.

*

Lorsque Sephiroth ouvrit les yeux, le premier visage qu’il vit fut celui de Kadaj.

Assis sur le lit, le garçon était penché sur lui et guettait attentivement le moindre signe de conscience.

- Grand frère ? chuchota-t-il, les yeux luisants et la voix tremblant d’émotion.

Le général sourit et posa une main glacée sur la joue poupine.

- Kadaj… Mon fougueux et imprévisible Kadaj… railla-t-il gentiment. Mon adorable petit fauve…

Ce dernier, bouleversé, se jeta dans ses bras en sanglotant comme l’enfant qu’il y était encore il a peu.

- Grand frère…

- Laisse-moi te regarder, fit celui-ci en prenant Kadaj par les épaules pour l’obliger à lui faire face.

Le garçon rougit un peu sous l’examen attentif mais s’essuya les yeux et sourit.

- Tu nous a tellement manqué, si tu savais…

- Vous aussi, vous m’avez manqué, assura l’ex-cauchemar de la planète en pétrissant ses épaules avec affection. Si tu savais comme j’avais envie de vous connaître enfin… Vous connaître vraiment… (Il écarta les cheveux du petit visage rond avec une douceur qui surprit Cloud) Bon sang, ce que tu peux ressembler à mère !

A la mention de ce mot, le garçon se raidit.

- A… mère ?

Sephiroth rit, sachant très bien ce qu’il pensait.

- A Lucrecia.

- Gretta me l’a dit aussi, répondit le garçon en rougissant de fierté.

- Gretta… Elle est toujours ici ?

- Et elle a hâte de te saluer. Elle m’a beaucoup parlé de toi et de mère.

- Ah oui ?

Sephiroth laissa échapper un petit rire attendri en serrant le garçon contre lui et lissa ses cheveux doux et fins comme ceux d’un bébé.

Par dessus son épaule, il vit Cloud, qui ne savait visiblement pas s’il devait lui sourire ou baisser les yeux ; la jeune Tifa, qui était devenue une superbe jeune femme depuis la dernière fois qu’il l’avait vue ; Reeve, qui était toujours le même, sobre, calme et élégant ; l’immense Barret, qui serrait contre lui une petite fille qui le regardait avec curiosité ; une jeune femme et un garçon en blouse blanche, qui ne pouvaient être que Shalua et Merill, qui avaient si bien pris soin de lui, lorsqu’il était dans la cuve ; Yuffie, dont il reconnut le rire joyeux pour l’avoir souvent entendu dans le laboratoire, lorsqu’elle venait voir Kadaj ; Rufus, bien sûr, toujours aussi joli garçon ; Rude, seul, pour une fois, et…

Loz, lui, baissa les yeux, intimidé.

- Bonjour, grand-frère, murmura Yazoo avec un petit signe de tête timoré.

Il n’osait pas s’avancer, et Sephiroth lui tendit la main en signe d’invitation.

- Tendre Yazoo… Mon autre moi-même… Approche que je te regarde. Approche, mon ange noir…

Le jeune homme ne se le fit pas dire deux fois et se jeta à son tour dans les bras de Sephiroth, ému aux larmes.

- Je croyais que tu ne souviendrais plus jamais de nous, grand frère…

Reeve échangea un regard attendri avec Shalua et Cloud secoua la tête, incrédule. Il était si surpris par le comportement affectueux de son ancien ennemi qu’il avait presque envie de se frotter les yeux pour être sûr que ces derniers ne lui jouaient pas un tour.

Barret, lui, sa fille adoptive accrochée à sa cuisse, paraissait comprendre ce que ressentait Sephiroth et Yuffie, comme à son habitude, luttait pour ne pas se laisser déborder par l’émotion.

Loz, qui observait leur effusions avec envie, lâcha la main de Tifa et recula discrètement de plusieurs pas. En cet instant, il aurait donné n’importe quoi pour prendre ses jambes à son cou ou se transformer en souris et se cacher dans un trou du plancher.

Le mythique général paraissait béat d’admiration devant ses cadets, qu’il ne finissait pas de toucher et de serrer contre lui avec effusion. Et c’était bien normal, il aurait été le premier à reconnaitre si on le lui avait demandé. Ses frères avaient tout pour eux, avaient hérité du meilleur de Sephiroth, mais lui… Lui, il n’avait ni l’intelligence et l’esprit vif de Kadaj, ni la beauté et la sagesse de Yazoo, et il le savait. Hojo et ses assistants le lui avaient assez répété. En fait, hormis ses yeux verts fendus et ses cheveux gris, il ne lui ressemblait guère, il s’en rendait bien compte, à présent qu’il les voyait tous les trois.

- Loz ? s’inquiéta Tifa dans un discret murmure en réalisant qu’il avait reculé vers la porte.

Il ouvrit la bouche pour la rassurer mais n’en eut pas le temps car Sephiroth venait de lever les yeux vers lui.

Le jeune homme hocha respectueusement la tête, les yeux fixés sur le parquet, mais resta où il était pour ne pas mettre le général mal à l’aise en l’obligeant à se montrer aussi affectueux avec lui qu’avec ses cadets par pur devoir.

- Bon retour parmi nous, grand frère. Je suis heureux de te revoir.

N’obtenant pas de réponse, il se décida enfin à relever la tête. Le pénétrant regard mako se vissa au sien.

- Loz… fit Sephiroth d’une voix étranglée par l’émotion en tendant les bras vers lui. Unique et indispensable Loz…

Celui-ci s’avança lentement et s’assit prudemment sur le bord du lit, ne sachant si Sephiroth se moquait gentiment de lui ou s’il était sincère jusqu’à ce que ce dernier referme ses mains sur ses puissantes épaules et l’attire contre lui pour le serrer avec force.

- Merci de m’avoir remplacé auprès d’eux, Loz… murmura-t-il tout contre son oreille afin que lui seul puisse entendre. Merci d’avoir toujours été un père pour Kadaj et Yazoo.

“Ce qu’on ne m’a jamais permis d’être et que je ne serais sans doute jamais pour aucun de vous, hélas…” avait-il envie de rajouter.

- Je… C’est… C’est normal, bredouilla le jeune homme sur le même ton en rougissant de confusion, pris de court par le compliment. Ce sont mes petits frères. Ils n’avaient que moi, pour les protéger.

Sephiroth sourit avec tendresse contre son cou.

- Comment tant puissance peut-elle contenir autant de générosité et de douceur après tout ce que tu as supporté, Loz, je me le demande… Où diable as-tu puisé un tel courage, toutes ces années ?

- Ce n’est rien. Tout le monde en aurait fait autant.

- Non. Tout le monde ne l’aurait pas fait… poursuivit Sephiroth en pétrissant affectueusement son large dos. Tout le monde ne l’aurait pas fait, crois-moi. Je suis fier de toi…

C’en était trop pour Loz, qui fondit en larmes dans les bras de Sephiroth.

- Père

En entendant cette épithète, qui lui était adressée pour la première fois de sa vie et qu’il n’aurait jamais espéré entendre, Sephiroth sentit son coeur se serrer jusqu’à lui en faire mal et une émotion sans nom le saisir à la gorge.

Le mot était sorti droit du coeur et de la bouche de Loz avec sa franchise habituelle, sans malice aucune, et c’était sans doute ce qui était le plus touchant.

- Dis-le encore, sanglota Sephiroth en resserrant son étreinte. Toi seul est assez fort pour assumer cette vérité, Loz, et j’ai tellement besoin de l’entendre… Dis-le encore, mon fils

- Père…

- Qu’est-ce qu’ils se racontent ? demanda discrètement Kadaj à Yazoo en essayant de saisir les murmures inaudibles de ses deux frères aînés.

Yazoo haussa les épaules et échangea un regard interloqué avec les autres, tout aussi étonnés - si ce n’est plus - de voir Sephiroth et Loz s’étreindre ainsi en pleurant et riant à la fois.

Les sept péchés capitaux : LA COLERE

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : les volontaires sont les bienvenus !

***

Une morsure à la base de sa nuque le réveilla en sursaut et il rua sous le grand corps qui l’écrasait contre le matelas.

- Aïe ! Quand cesseras-tu d’être aussi brutal !

Il se retourna avec peine sous la masse de muscles et son frère lui adressa un sourire espiègle, amusé de l’avoir fait enrager.

Yazoo le dévisagea un instant avec une expression lasse et voyant qu’il ne bougeait pas d’un centimètre, martela ses larges épaules de ses poings.

- Tu m’écrases !

Avec un grognement, Loz consentit enfin à rouler sur le côté et son cadet s’assit sur son lit en se frottant la nuque couverte de salive avec une grimace de dégoût.

- Kadaj veut te parler, annonça le jeune colosse avec une moue boudeuse qui n’aurait pas dépareillé sur le visage d’un petit garçon.

Yazoo lui adressa un regard en biais et soupira.

- Et c’était sans doute une raison pour me réveiller en me mordant le cou ? (Loz pouffa) Ce que tu peux être puéril, parfois !

Il essuya sa paume humide de salive sur la manche du blouson de son frère et celui-ci bondit du lit en frottant le cuir d’un air écœuré.

- Eh ! C’est dégoûtant !

Yazoo éclata de rire.

- C’est ta propre bave, idiot ! railla-t-il de sa voix suave.

Il fila dans la salle de bains de sa chambre - au demeurant la seule salle de bains attenante à une chambre dans le petit appartement qu’ils avaient loué à Edge (Kadaj et Loz se contenant de celle qui se trouvait au bout du couloir).

- Je ne suis pas idiot ! rétorqua ce dernier en direction de la porte entrouverte, faisant redoubler le rire de son frère.

- Bien sûr que non ! Tu préfères juste cogner au lieu de penser !

Vexé, Loz quitta la chambre d’un pas rageur pour rejoindre Kadaj et finir le frugal petit déjeuner préparé à la va-vite par ce dernier.

***

- Et surtout, ne laissez rien au hasard ! lança Kadaj avant de démarrer en trombe. La moindre piste donnée par les deux imbéciles de la Shinra doit être exploitée dans les moindres détails !

- …doit être exploitée dans les moindres détails… Gnagnagna ! singea Loz sur le pas de la porte, faisant sourire Yazoo. Pourquoi c’est toujours nous qui écopons du sale boulot ?

Son cadet haussa les épaules.

- Il sait ce qu’il fait, Loz.

Celui-ci tordit le nez.

- Mhh…

- Je me charge retrouver les traces de grand frère dans les archives de la ville. Toi, va explorer le labo désaffecté et essaye de trouv…

- Pourquoi c’est moi qui doit aller au labo ? le coupa Loz, plus renfrogné que jamais.

Yazoo laissa échapper un profond soupir excédé et roula des yeux.

- Loz, ne commence pas, s’il te plaît.

- C’est plein de choses dégoûtantes, ces endroits, et… et… on ne sait jamais s’il ne reste pas des… des « trucs » qui peuvent te rendre malade ou… ou…

- Ou te rentrer par les narines pour te ronger le cerveau ? persifla son frère. Aucun risque de côté là en ce qui te concerne, Loz, rassure-toi.

Ce dernier se raidit avec un pincement au cœur et émit un curieux petit hoquet affecté.

- Ca, c’était vraiment pas gentil… fit-il d’une voix étranglée avant de se détourner et de se diriger, les épaules basses, vers sa moto garée non loin.

Son cadet jura et le rattrapa.

- Loz, attends, je suis désolé, je ne voulais pas dire ça.

Il le prit par le bras mais son frère se dégagea et enfourcha son bolide.

- Si, tu le voulais, Yazoo. Pire, même : tu le pensais !

Il fit ronfler le moteur et démarra.

- Non… Loz, attends, ne… Et zut !

***

Lorsque Loz quitta le laboratoire, la nuit était sur le point de tomber. Il avait eu beau fouiller les anciens locaux désaffectés de la cave au grenier, il n’avait trouvé qu’un amas de paperasses inutiles, réduites en charpie par l’humidité et les intempéries, et du matériel cassé sans le moindre intérêt, dont il valait mieux ignorer à quoi il avait pu servir.

Il s’assit sur la moto avec un soupir déchirant en s’essuyant nerveusement les mains sur son pantalon et sortit son téléphone portable de sa poche.

Yazoo ne l’avait pas appelé. Etrange. Il était rare que son cadet le laisse sans nouvelles durant plus de deux ou trois heures.

“Et s’il n’osait pas me téléphoner après la façon dont je l’ai envoyé promener ?”

Bien qu’il n’ait strictement rien à se reprocher et que ce soit lui, au contraire, qui ait subi les sarcasmes venimeux de son cadet, il se sentit coupable. Coupable et seul. Terriblement seul…

Il tint le petit téléphone un long moment dans sa paume, comme si le simple fait de le fixer intensément pouvait le faire sonner, et, lorsqu’un bit strident retentit, annonçant un message, il sursauta.

Mais ce n’était pas Yazoo.

Oh, que non…

Le coeur battant et la gorge serrée jusqu’à la nausée, Loz relut le message encore et encore, refusant d’admettre l’horrible évidence.

- Non… gémit-il, tremblant de tous ses membres. Tu es mort… Tu es mort !

***

Pour les habitants de Edge, désormais endormis, cette nuit-là ressemblait à toutes les autres nuits mais, pour l’ombre qui se glissait dans les ruelles, c’était le début d’un cauchemar. Un long cauchemar.

Loz ne portait aucune arme, comme il lui avait été ordonné dans le message. A l’insu de Kadaj, il avait caché son pistolame et sa griffe de combat dans la petite remise de la maison coquillage.

- Où vas-tu ? avait demandé son jeune frère, agacé de le voir arriver bredouille du laboratoire désaffecté pour repartir aussitôt.

- J’ai besoin de me changer les idées.

- Ne va pas provoquer de bagarre inutile !

- Ne t’en fais pas, je veux juste rouler un peu.

- Que t’a dit Yazoo, exactement ? avait insisté Kadaj. Pourquoi tarde-t-il autant à nous rejoindre ici, comme prévu ? Et pourquoi ne répond-t-il pas au téléphone ?

- Je te l’ai dit : il a un problème avec le réservoir de sa moto. Le garage où il a dû se rendre est en sous-sol, le réseau ne passe pas.

Son cadet tapa rageusement du pied.

- Il n’y en a pas un pour racheter l’autre, décidément ! ronchonna-t-il en tournant les talons. Et ne passe pas toute la nuit dehors ! ajouta-t-il depuis le seuil de la maison.

Loz n’avait pas rétorqué. Il avait attendu qu’il disparaisse derrière la porte pour aller cacher discrètement ses armes, l’angoisse au ventre, puis avait pris la route de Edge.
Le corps secoué par des tremblements incontrôlables, il traversa la ville endormie et franchit le tronçon d’autoroute délabré qui menait à de ce qui avait été la ville de Midgar.

Lorsqu’il arriva enfin devant les ruines du siège de la Shinra, il abandonna son bolide, comme il lui avait été ordonné dans le message, et se précipita à l’intérieur.

Pantelant, sans même prendre le temps de s’arrêter pour respirer, il dévala les escaliers dévastés qui menaient au sous-sol au pas de course, étage après étage… et fut presque immédiatement stoppé par une douleur soudaine qui lui coupa le peu de souffle qui lui restait.
Dans l’obscurité, il n’avait pas vu venir le pied qui le cueillit au creux de l’estomac et s’était effondré sur le sol.

Un rire tonitruant éclata dans ce qui était une espèce de salle de réunion souterraine, réduite à l’état de décombres et tout juste éclairée par une torche électrique d’appoint, qui dissipait à peine les ténèbres dans le coin de la pièce où il se trouvait.

L’incarné essaya de se redresser mais le poids d’une botte sur son épaule le maintint à terre. Une botte boueuse portée par un lascar digne des plus terrifiants contes pour enfants.

- Où est mon frère ? haleta Loz, l’estomac révulsé par l’odeur d’humidité et de moisissure qui flottait dans le sous-sol.

L’homme retira son pied et Loz put redresser la tête mais il frémit devant l’horrible visage, ou du moins ce qu’il en restait… L’œil gauche avait été arraché et la bouche formait un angle impossible du fait des cicatrices qui barraient les joues.

- J’ai changé, n’est ce pas ? Laisse-moi donc te remercier pour ce ravissant minois !

Tremblant de rage, il s’approcha et gifla l’argenté à toute volée du dos de la main, lui fendant la lèvre, mais Loz sentit à peine le coup, abasourdi par la surprise et trop inquiet pour Yazoo.

C’était donc réel… Le SMS venait réellement de lui, de ce salopard.

Kraig…

Ce nom avant hanté ses pires cauchemar durant des années.

“Soldat Première Classe Capitaine Kraig Copland”.

Il aurait dû mourir, pourtant. Oui, il aurait dû mourir, ce jour-là…

Cela faisait si longtemps que Loz avait presque oublié. Les luttes. Le sang. Les cris d’agonie. Le soleil… Ce maudit soleil les faisait cuire sur place. Et les monstres. Si nombreux… Il s’en souvenait, maintenant. Si nombreux qu’ils avaient tous cru mourir sous leurs griffes, y compris le téméraire Capitaine Copland. Son maître d’armes, son professeur et son pire bourreau.

Kraig Copland était tombé sous les coups des démons, ce jour-là. L’argenté revoyait les gueules béantes se jeter sur lui et aurait pu le prévenir. Il aurait pu l’aider - oui, il aurait pu. Mais il ne l’avait pas fait…

Il ne l’avait pas fait car, le matin même, Copland avait passé la main dans les cheveux de Yazoo, qui n’était alors qu’un tout jeune adolescent. Une caresse à priori innocente mais ponctuée d’un sourire que Loz ne connaissait que trop bien…

Alors, lorsque l’une des créatures avait refermé ses mâchoires sur le si respecté capitaine et l’avait emporté dans sa gueule pour festoyer avec ses congénères, Loz en aurait presque applaudi de joie !

Oui, ce jour-là, l’incarné s’était débarrassé de son bourreau ! Et il s’était juré de devenir fort. Plus fort que n’importe qui, afin que, plus jamais, un autre Copland ne risque de s’approcher trop près de lui ou de ses frères. Il ne le permettrait plus, pour ça non !

Et Loz avait tenu parole.

Mais voilà que Kraig Copland se tenait devant lui. Défiguré et boiteux, certes, mais bien vivant.

- Alors c’est donc ça qu’est devenu l’incarné le plus réussi du grand Sephiroth ! Ah ! Ah ! Ah ! Non mais regarde-toi, Loz ! Quel gâchis…

- Où est mon frère ? répéta ce dernier sans relever l’insulte, la gorge serrée par le dégoût.

L’homme le gifla à nouveau, le saisit par les cheveux et lui tira la tête en arrière.

- Je t’interdis de prononcer mon nom, sale petite pute ! Comment as-tu pu me faire une chose pareille ? Moi, qui t’avais tout appris ! Qui t’avais tout donné !
Le butor lui asséna un coup de pied dans les côtes et l’argenté s’effondra en gémissant sur le sol.

- Où est… mon frère ? haleta à nouveau Loz. Qu’as-tu… fait… de lui ?

- Ah ! Ah ! Ah ! Non mais regarde-toi ! railla son bourreau.

Il se pencha et saisit douloureusement le menton de l’incarné pour lui redresser la tête.

- Ne me… touche pas !

Le géant balafré éclata d’un rire méprisant et lui administra un autre coup de pied avec une violence incroyable.

Le jeune homme se plia en deux et roula sur le sol en gémissant.

- Rassure-toi, te toucher est la dernière dont on a envie lorsqu’on voit ce que tu es devenu, mon pauvre Loz ! Tes cheveux… Tes magnifiques cheveux… Par toute la pourriture de la planète, comment as-tu pu sacrifier de tels cheveux ? Et ce corps… Regarde ce que tu as fait ! Tous ces muscles et… cette barbe ! Par l’enfer ! Quand je pense à quel point tu étais beau… Tu resplendissais comme le soleil, et maintenant, tu as l’air d’un… d’un animal.

Loz émit un bruit de gorge et son visage se tordit.

- Le seul animal… c’était toi ! Toi… et tes jeux pervers !

Il se mit à genoux avec difficulté, et se redressa, chancelant.

Fou de rage, Copland le saisit à la gorge.

- C’est pour ça que tu as sacrifié ton ensorcelante beauté ? Pour échapper aux “pervers” dans mon genre ? C’est pour ça que tu as voulu me laisser crever, espèce de petite putain capricieuse ?

Loz essaya de se jeter sur lui mais le géant resserra sa prise sur son cou.

- Où est… mon frère ? réussi à articuler l’argenté, à demi-étouffé par les énormes doigts.

- Sais-tu que je l’ai pris pour toi, quand je l’ai vu, à Edge ? Un très joli garçon, lui aussi, mais une bien pâle copie de ce que tu étais. Lui as-tu parlé de moi ? Lui as-tu avoué que c’est dans mon lit, que tu venais, lorsque tu quittais votre chambre, au laboratoire du cratère Nord ? Lui as-tu raconté comment tu pleurais, quand je te…

- Tais-toi ! hurla Loz.

- Tu avais des lèvres adorables. J’ai toujours aimé tes lèvres. Ton frère a les mêmes lèv…

- Qu’est ce que tu lui as fait ? tempêta l’argenté. Si jamais tu as posé la main sur lui je te jure que je te tuerais !

Il se débattit comme un diable mais la pression sur sa gorge se resserra et sa vue s’obscurcit.

- Tu m’a laissé mourir, petite putain… murmura le butor en caressant la pommette satinée. Tu as une dette envers moi. Et, cette dette, qui va la payer ?

Loz blêmit.

- Relâche Yazoo… Relâche-le et… tu pourras faire de moi ce que tu… voudras, je le jure !

Le géant sourit.

- Comme au bon vieux temps, là-bas, au cratère Nord, mhhh ? Tu croyais franchement que je ne voyais pas ton petit manège ? Tes frères savent-il le nombre de fois que tu as sauvé leurs jolies petites fesses en t’agenouillant entre mes cuisses ?

- Tu auras ce que tu veux de moi mais ne lui parle pas de ça et laisse-le partir, supplia Loz.

Copland sembla réfléchir.

- Et qui te dit que la brute que tu es devenue m’intéresse ? Où est le Loz gracile et tendre qui réchauffait mon lit ?

- Ce que tu voudras, répéta Loz, les larmes aux yeux. Absolument… tout.

- Tu imagines ? reprit le colosse comme s’il n’avait rien entendu. Tu imagines si Kadaj et Yazoo savaient que leur frère, leur dur, leur viril, leur indestructible frère écartait régulièrement les cuisses pour leur épargner de douloureuses expérimentations ou des entraînements impitoyables ? S’ils savaient que, pour les protéger, tu as dû sacrifier ta beauté, ta jeunesse et devenir une brute sans éducation ni cervelle tout juste bonne à donner des coups de poings dans un sac et à soulever de la fonte ? Imagines-tu à quel point Yazoo serait désespéré s’il connaissait ne serait-ce qu’un dixième des souffrances que tu as endurées pour eux, Loz ?

- Yazoo ne t’a jamais fait de mal, pas plus que Kadaj ! Ils t’ont toujours respecté et admiré, Kraig ! Torture-moi ! Bats-moi mais fiche-leur la paix !

Le colosse sourit tristement.

- Toi contre Yazoo, alors ? Une fois de plus. As-tu seulement une idée de ce que je pourrais te faire subir ? De la rage que j’éprouve ? De la haine qui n’a cessé de grandir depuis ce jour ?

Loz sentit une bile amère lui monter dans la gorge.

- Laisse partir Yazoo et je te donne ma parole que tu pourras faire de moi ce que tu voudras.

Le géant se planta devant l’argenté, qui dut faire un effort pour ne pas détourner les yeux de l’horrible visage.

- Approche. Nous allons faire ça à ma manière… A genoux !

Loz obéit comme un pantin sur les fils duquel on aurait tiré et son ancien maître d’armes lui attacha les bras dans le dos avec une corde solide.

- Je t’ai donné ma parole ! Pourquoi m’attacher ?

- Il est certaines occasions où un homme est prêt à se parjurer. (Il augmenta l’intensité de la torche électrique et Loz plissa les yeux) Dans le cas, par exemple, ou…

Le cercle de lumière s’élargit, les coins d’ombres diminuèrent et le hurlement de Loz retentit alors dans tout le sous-sol : Yazoo, bâillonné et attaché à une poutre de métal dans une partie qui était jusqu’alors dans l’ombre, avait assisté à la scène et avait tout entendu.

- Yazoo…

- Dans le cas, disais-je, où un frère cadet voit son aîné se soumettre aux pires avilissements à cause lui… acheva Kraig Copland avec un sourire d’intense satisfaction.

Loz voulut se redresser mais le géant sortit une minuscule télécommande de sa poche et une lumière rouge se mit à clignoter sur la gorge de Yazoo.

En reconnaissant l’un des colliers piégés que l’on mettait aux prisonniers particulièrement dangereux lors de transferts ou de déplacements à haut risque, l’incarné poussa un sanglot déchirant.

- Si j’étais toi, je resterai tranquille, prévint le géant en desserrant son ceinturon. Regarde bien ce que ton grand frère va encore faire pour toi, Yazoo ! Regarde bien !

Le bâillon de Yazoo était trempé de larmes et il secouait désespérément la tête, suppliant silencieusement Loz de ne pas se laisser faire. Mais le colosse défiguré se jeta sur son aîné, le plaqua au sol en déchirant les lanières de son blouson et lui écarta brutalement les cuisses d’un coup de genou.

- Maintenant, on est quittes !

- Ne regarde pas, Yazoo ! hurla Loz entre deux sanglots. Je t’en prie ! Ne regarde pas ! Ne crois pas ce qu’il te dit ! Ca n’a jamais été de ta faute ni de celle de Kadaj ! Jamais !

***

Lorsque Loz ouvrit les yeux, sa tête reposait sur les genoux de son frère. Yazoo caressait ses courts cheveux de platine avec une douceur infinie.

- Où est-il ?

- Je ne sais pas. Il m’a détaché, m’a assommé et il est parti.

Des larmes roulaient sur ses joues et retombaient sur le front de frère aîné.

- Ne pleure pas, Yazoo.

- Je le tuerai, Loz… Je retournerai toute la planète s’il le faut et je te ramènerai sa tête dans un sac !

Loz eut un sourire amer et secoua la tête.

- Tu ne devras jamais parler de ce qui s’est passé ici ou de ce que tu as entendu. Et surtout pas à Kadaj. Jamais…

Les larmes de Yazoo redoublèrent et son frère se leva avec difficulté.

- Je lui ai dit que ta moto était tombée en panne. Pars seul vers la forêt des anciens. Dans une heure ou deux, je vous rejoindrai comme si je revenais d’une balade quelconque.

Il se rhabilla avec des gestes lents et douloureux.

- Tu es blessé, Loz. Il va bien le voir.

Celui-ci toucha son visage contusionné.

- Je lui dirais que je me suis battu dans un bar.

- Il ne te croira pas.

Loz eut un sourire triste

- Bien sûr que si. Je n’ai rien dans la tête et je ne sais que cogner, vous n’arrêtez pas de le répéter, dit-il avec un clin d’oeil avant de quitter le sous-sol.

Yazoo sentit une douleur intense lui déchirer les entrailles et il éclata sanglots, pleurant comme il n’avait encore jamais pleuré.

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Les sept péchés capitaux : L’ENVIE

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : MA Sambre ( Studio Gothika)

Corrections : les volontaires sont les bienvenus !

Les versions non censurées de ce texte et de cette illustration se trouvent dans le fascicule “Les interdits de www.ff7-yaoi-fanfics.com Tome 1″ (voir dans la boutique)

***

Lorsque Kadaj revint dans la maison coquillage, les chamailleries qui lui parvenaient depuis la chambre de ses frères lui firent lever les yeux au plafond avec un soupir déchirant. Ce qu’ils pouvaient parfois être puérils ! Se bagarrer comme des chenapans à une heure pareille et dans de telles circonstances ; comme s’ils n’avaient pas plus grave à penser ! Le jeune homme avait parfois du mal à admettre qu’il était le plus jeune de la fratrie…

Yazoo poussa un petit gémissement plaintif et Kadaj se dirigea vers la porte de la chambre de ses frères en grommelant, bien décidé à leur faire la leçon une fois de plus, mais, lorsqu’il poussa le battant et réalisa ce qui se passait dans la chambre - ou plutôt sur le lit -, son sang se congela dans ses veines.

Au début, il eut du mal à comprendre ce qui se déroulait sous ses yeux, tant sa raison refusait d’admettre l’impensable.

L’air de la chambre était étouffant. Il sentait la sueur, le cuir et le sexe.

Kadaj recula en pinçant les narines de dégoût.

- C’est pas vrai…

Loz tourna brusquement la tête et blêmit.

- Oh, merde !

Yazoo le remarqua à son tour.

Il s’assit brusquement en se couvrant précipitamment le bas du corps de son manteau et essaya de reprendre son souffle.

- Kadaj, je vais t’expli…

- La ferme ! cria celui-ci, le cœur au bord des lèvres.

Le benjamin secoua la tête, les yeux écarquillés, et recula encore d’un pas dans le couloir, hésitant entre une soudaine envie de vomir et un irrépressible besoin de pleurer.

- Kadaj ! supplia Loz.

Il bondit du lit et avança vers son jeune frère pour lui poser une main apaisante sur l’épaule mais celui-ci le repoussa violemment en le détaillant de bas en haut avec agressivité.

Loz rougit jusqu’à la racine de ses cheveux de mercure et se couvrit le bas-ventre des mains.

- Kadaj, je…

- Tu me dégoûtes ! lui hurla son frère à la face. Et toi… ajouta-t-il en lançant à Yazoo un regard débordant d’aversion. Toi… tu es encore pire que lui ! Vous êtes des animaux ! Non, pire que ça ! Vous êtes des pervers incapables de vous contrôler !

Yazoo pressa ses yeux mains sur sa bouche, profondément meurtri par les paroles de son cadet, qui quitta la pièce comme on s’enfuit, malade de répulsion et fou de colère.

Loz voulut le rattraper.

- Loz, non ! Laisse-le ! Ce n’est encore qu’un petit garçon, il ne peut pas comprendre ce genre de choses.

- Mais…

- Laisse. Il a besoin de… de se calmer un peu.

L’argenté frissonna et passa sa main fine sur son visage, désorienté et honteux. Loz le rejoignit sur le lit et le serra contre sa large poitrine.

- Ne pleure pas, Yazoo. Ne pleure pas…

*

Dans sa chambre, Kadaj ne tenait pas en place. Sa rage était telle qu’il aurait avec plaisir réduit la maison coquillage en charpie et ses frères avec elle ! Il tournait en rond, laissant retomber son poing au petit bonheur la chance sur le mur ou un meuble vermoulu.

- Comment as-tu pu les laisser me faire ça, mère ? Comment as-tu pu ?

Incapable de se contenir, il dégaina son sabre et réduisit son sac de couchage en charpie en imaginant que c’était la tête de ses aînés.

Il se laissa retomber sur la bourre éventrée en sanglotant et gémissant de rage à la fois.

Les poings pressés sur les tempes, il essayait de chasser l’image des ébats de ses frères…

- Ignobles dépravés !

Kadaj s’essuya furieusement les yeux et y appuya ses paumes en sanglotant jusqu’à ce qu’il voit des centaines de petits points lumineux derrière ses paupières closes.

Mais cela ne suffit pas pour effacer la vision obsédante des grandes mains de Loz agrippées aux hanches de Yazoo, qui se tordait sous ses assauts en geignant comme une pouliche montée par un étalon trop fougueux.

- Porcs immondes ! Ordures…

Et l’adorable visage de Yazoo, les joues rosies et sa petite bouche boudeuse rouge et gonflée… Ses cheveux humides, si doux…

Oh, oui, Kadaj savait à quel point ils étaient doux. Tout comme l’était la peau satinée de Loz.

Mais, cette fois, toute cette douceur n’était que pour ses frères et pour eux seuls.

C’était ce qui lui faisait sans doute le plus mal : pour la première fois de son existence, ses aînés l’écartaient sans une hésitation et sans le moindre état d’âme. C’est le nom de Loz, que Yazoo murmurait en pleurant presque de plaisir. Celui de Yazoo que Loz susurrait, les yeux mi-clos, emporté par des sensations qui lui faisaient oublier tout le reste.

Kadaj se roula en boule et pleura comme un petit garçon, à longs sanglots bruyants, hoquetant et reniflant, la cage thoracique saisie de spasmes incontrôlables.

- Je vous déteste ! Je vous déteste…

Ils avaient toujours tout fait ensemble, n’avaient jamais eu de secret les uns pour les autres. Jamais jusqu’à présent…

- Pouquoi ? Pouquoi ! Pouquoi ! Pouquoi ! Pouquoi ! Pouquoi ! ragea-t-il en battant des pieds et des mains sans cesser de pleurer.

“Pourquoi seulement vous deux ?

Pourquoi vous… et pas moi ?

Pourquoi pas moi ?”

Et pour la première fois, Kadaj prit conscience du fossé qui le séparait de ses aînés. Un fossé de dix années qu’il avait toujours refusé de voir. Ou que ses frères avaient toujours fait semblant de ne pas considérer comme essentiel - ce qui, en réalité, était loin d’être le cas.

Loz et Yazoo étaient des hommes.

Lui, il n’était encore qu’un enfant.

Et il y avait des jeux auxquels un enfant ne jouait pas…

Part 9. L’équipage se mord la langue… Mais chacun la sienne !

Pont de commandement avec tout l’équipage + Tseng

Tseng: Ah ! Bah voilà ! Quand je vous disais de faire attention à vos ailes, jeune homme !

Nero : d’solé, sir.

Tseng (lui tapotant l’épaule) : Mais non, mais non, mon garçon, ça peut arriver. Bon ben c’est pas tout ça mais je meurs de faim moi. Que diriez vous de goûter la tarte aux pommes, hein ? Allez ! Reeve, tu veux bien aller chercher mes bagages dans le vaisseau ?

Reeve (blême) : Vos bagages ?

Tseng : Oui, j’ai décidé de vous accompagner un petit bout de chemin. Je me suis dit que c’était vraiment injuste de vous voir suer comme des esclaves ici, alors que moi je coule des heures paisibles dans ma maison de campagne.

Cloud (le sourire plus que forcé) : Ahhhh… quelle bonne idée…

Tseng (compatissant) : Mes pauvres enfants, quand je pense que vous êtes une poignée à trimer pour taper les rapports, mener l’exploration, faire les statistiques, analyser l’atmosphère des divers mondes, mener les batailles contre les monstres, commander le vaisseau, revoir les archives, archiver les rapports et j’en passe. Mais vous le savez sans doute mieux que moi.

Vince (à l’oreille de Cid) : Merde, on doit faire tout ça ? (tout haut) C’est que… nous avons pris un peu de retard, chef.

Kadaj (à Yazoo) : Psstt ! C’est quoi les sratistikes ?

Yazoo (qui le fusille du regard) : Voilà ce que c’est, de faire mumuse avec un sabre au lieu de faire ses devoirs !

Kadaj (vexé) : Oh, ça va, hein…

Reeve (qui revient avec cinq valises trois bouteilles de jus d’orange et deux énormes tartes aux pommes) : Pffouh ! Voilà.

Tseng : Merci. Mais dis-moi, Yazoo, je te trouve une petite mine.

Yazoo (emmitouflé dans sa combinaison) : C’est qu’on a eu pas mal de pannes.

Weiss (étouffant un rire) : Mais elles ont redémarré au quart de tour !

Yazoo lui fiche un coup dans les côtes et Loz se retient pour ne pas se remettre à pleurnicher.

Tseng : Tant mieux, tant mieux. Amiral Highwind, permettez-moi de vous demander où je dois m’installer.

Vince (sans réfléchir) : Dans ma cabine. (Il voit le regard de Cid) Glups !

Tseng : Mais où dormirez-vous donc ?

Vince (qui tape dans le dos de Cid qui commence à s’étouffer pendant que tout le monde retient son souffle) : Ben…. c’est à dire qu’on dort deux par deux… pour… le… La… la sécurité ! Et puis comme ça, ça fait de la place aux nouveaux arrivants.(il se tortille) Le vaisseau est tellement petit….

Tseng : Et avec qui partagez-vous habituellement la votre ?

Vince : La mienne est vide, moi je dors avec Cid …

Tseng (lui tapant sur l’épaule) : Ah vous deux ! Vous êtes vraiment inséparables ! Si c’est pas beau une telle amitié ! Voyez les jeunots ? Prenez-en de la graine ! Même perdus au fond de l’espace ils restent vertueux ! Les hommes avec les hommes et les dames avec les dames !

Tout le monde pique un fard.

Weiss : Bon ben, on se la mange cette tarte ?

Reeve et Yazoo posent les tartes sur la console et chacun s’installe autour de la table.

Tseng (regardant Elena, aussi dans les pommes que les tartes en question *oui,je sais,elle est nulle mais il est tard*) : Mais… et la pintade ? Il faut peut-être la réveiller ?

Tous : NAAAAANNNNNNN !!!!!!!

Reeve (la prenant dans les bras et l’emportant dans le labo) : Je m’en occupe. (à Cid) Il doit bien me rester un ou deux tubes de somnifères.

Tseng Loz) : Mais dis-moi, mon grand, quand est-ce que tu vas finir par nous annoncer le mariage ?

Yazoo manque de s’étouffer avec sa tarte et Loz devient blanc comme un linge.

Loz : Quel mariage ?

Tseng : Allons, allons, pas à un vieux briscard comme moi mon garçon ! Tu ne vas pas me dire qu’un beau et viril garçon comme toi n’a pas de petite amie ?

Loz (qui secoue la tête, le nez dans son jus d’orange) : Pas l’temps.

Tseng : Ah, le devoir, toujours le devoir ! Mais enfin, les enfants, prenez donc un peu de bon temps que diable ! Que diriez vous d’une petite partie ce soir ?

Tout le monde le regarde la mâchoire pendante

Weiss : Moi je veux bien !

Nero (lui file un coup de pied sous la table) : Une partie ?

Tseng : Bah, oui, amusez vous un peu que diable ! Vous avez le matériel j’espère, parce que je n’ai rien apporté avec moi.

Weiss (qui n’a rien capté) : Y’en a plein le placard de Yazoo ! (tout le monde retient son souffle et Loz frôle la syncope) En métal, en latex…

Tseng (qui lève une main) : Ouh là, ouh là, jeune homme, je n’en demande pas tant. Des dés en plastique nous iront très bien !

Weiss : Des… dés ?

Nero (agitant la main) : Ah ! Ah ! Ah ! Ce Weiss, quel comique ! Dès qu’on parle de matériel, il pense « outils » ! Vous savez ce que c’est… le travail, le travail, toujours le travail !

Tseng (à Yazoo, intéressé) : Tiens donc, tu bricoles, toi ? Depuis quand ?

Yazoo (qui ne sais pas comment se dépatouiller de la boulette de Nero) : Euuhhh… Si on veut. Disons que… Je tripatouille un peu… par ci, par là.

Loz se lève, au bord de l’apoplexie, et s’écroule inanimé.

Kadaj : Nii-S… Loz !

Tseng : Par les Dieux ! Tifa, faites lui donc du bouche à bouche ! Vous voyez bien qu’il s’étouffe !

Tifa : Pourquoi moi ?

Tseng : Comment pourquoi vous ? Vous voyez bien qu’il par terre est à vos pieds !

Tifa : Ah oui, tiens.

Elle va pour se pencher mais Yazoo plonge pour se mettre entre les deux.

Yazoo : Bas les pattes, femelle ! Je m’en charge !

Reno : Ouh, là, là ! Le réveil va être salé ! Sortez le jex vitres !

Tseng (qui se tourne vers lui) : Ne dites pas de bêtises ! Dans ces cas là c’est du vinaigre qu’on utilise !

Reno (intéressé) : Ah bon ? Sa décrasse mieux, chef ?

Tseng : Et comment ! Ca vous fouette les nasaux jusqu’au cerveau.

Reno (qui se tourne vers Tifa) : Pas tout capté là !

Loz, sentant les lèvres de Yazoo sur les siennes gémit et l’enlace.

Loz moitié dans les vapes) : Ma petite chauve-souris en sucre…

Yazoo regarde à la ronde avec un sourire aussi niais qu’embarrassé.

Tseng (affolé) : Dieux du ciel ! Il délire ! Il vous prend pour une femme ! Ne le contrariez surtout pas ! Ca pourrait lui provoquer un choc émotionnel !

Weiss (mort de rire) : Attendez de voir la taille du choc !

CHHTOONG !

Kadaj (qui cache le marteau derrière son dos quand Tseng se tourne vers lui) : Ah, l’affolement, hein ! Y’a qu’un coup sec pour éviter l’hystérie !

Tseng, qui décide de prendre les choses en main, soulève Loz dans ses bras.

Tseng : Où est sa cabine ?

Cid : Par ici.

Loz (qui enlace Tseng, croyant que c’est Yazoo) : Où m’emmènes-tu mon ange d’amour adoré ?

Tseng (très psychologue à deux balles) : Nous allons dormir…chéri. (tout bas au peloton qui le suit) Surtout ne pas le contrarier.

Weiss (pouffe): Ben alors ça va être un sacré bordel dans cinq minutes !

Nero (qui lui pince les fesses) : Chut !

Tseng pose Loz sur le lit et ce dernier l’agrippe, l’entraînant avec lui sur le matelas.

Kadaj (sentant venir la cata, secoue son frère incosncient comme un prunier) : Ouille, ouille… On se réveille !

Tseng (dans les bras de Loz) : Tais-toi, petit ! Il ne faut…

Tous : « Surtout pas le contrarier », on sait !

Cid : Ouais, ben faites gaffe quand même, hein ! On sait jamais.

Tseng : mais non, je contrôle la situation.

Loz (complètement shooté par le manque d’oxygène) : Embrasse-moi encore, mon chocobo interstellaire.

Weiss (qui se tape les cuisses) : Ouahhnh ! Ah ! Ah ! Ah ! Alors celle-là, j’crois que c’est la pire de toutes !

Tseng (très diplomate en prenant une petite voix efféminée) : Ce n’est pas raisonnable chéri il faut dormir.

Tout le monde pouffe.

Tseng : Oh ! Ca va, je fais c’que j’peux, moi, hein !

Loz (qui caresse les poils rêches de la barbichette Tseng) : Bah… Mon piou piou, Pourquoi t’as mis ton cul sur l’oreiller ?

Là c’est est trop, tout le monde éclate de rire et Tseng rougit au point d’exploser.

Tseng : apportez-moi du vinaigre au lieu de rire du malheur d’un homme malade !

Reno se porte volontaire et part vers la cuisine en riant tout son soul. Il revient avec une grande bouteille de vinaigre qu’Tseng lui arrache presque des mains.

Tseng (totalement largué): Il délire complètement! Il n’est même plus cohérent! Appelez Reeve, c’est lui le scientifique du bord, il nous dira comment le faire revenir à lui!

Reno (s’approche de l’interphone sur le mur et brame de toutes ses forces de sa voix la plus perçante dans l’espoir que ça va réveiller Loz avant que ça tourne mal): Reeve ! Laisse tomber la cat… (il se reprend in extremis en se souvenant de la présence d’Tseng) la cat…astrophe causée par Nero, et viens dans la cabine de Loz, il a un gros malaise ! GROUIIIIIILLE!!

Tseng (les mains plaquées sur les oreilles qui tintent encore): Dites donc, mon garçon, pas la peine de hurler comme ça, les interphones servent à éviter de crier pour communiquer!

Reno (air penaud d’autant plus que ça n’a eu aucun effet sur Loz à qui Yazoo essaie d’arracher la bouteille qu’il caresse amoureusement) : D’solé.

Tseng (bon prince): Ca ira, ça ira. Pensez-y la prochaine fois.

Il se débouche les oreilles dans un bruit de bouchon et se retourne vers la couchette. Yazoo se relève précipitamment en immobilisant la main de Loz qui est partie en balade de son propre chef sur le derrière familier. Du coup la bouteille de vinaigre tombe de ses genoux et se brise sur le sol.

Tseng (se détournant): Pouah! Quelle horrible odeur! Mais comment se fait-il que ça n’ait pas d’effet sur lui ?

Cid (saisissant l’occasion): Ne restez pas ici à suffoquer, Tseng, pas la peine de tous subir cela ! Retournez donc dans la salle de commandement, je suis sûr que vous êtes le plus qualifié pour remplacer Loz à ce poste pendant qu’il est… euh… Disons indisponible.

Tous les autres (poussant Tseng hors de la cabine): Oui, oui, bonne idée, il faut quelqu’un à la barre, vous avez tout à fait raison, Amiral !

Tseng (traînant les pieds genre “mais on a besoin de moi ici”): Mais je voudrais m’assurer de la santé de…

Reeve (arrivant en catastrophe et comprenant la situation aux roucoulements que continue à faire Loz dans un état second): Ouh là ! Si vous le permettez, monsieur, il faut de l’oxygène au blessé, aussi je pense que je travaillerais mieux seul si vous me laissez de l’espace !

Tseng (un peu ennuyé): Bon, si vous le dites, Reeve, on va vous laisser. Venez aussi, Yazoo.

Reeve (qui s’imagine déjà enfermé dans la cabine, seul avec un Loz dans les vapes et complètement allumé qui prend tout ce qui passe à portée pour son cher mamour de frère…) : NOOONNNN !

Tseng (perplexe): Pardon ? Pourquoi ce cri ?

Reeve (confus): Euh, je… J’aurais besoin de quelqu’un pour m’aider et Yazoo est le plus qualifié, monsieur…

Kadaj (très martial, se mettant au garde à vous): monsieur ! Nous ne pouvons pas laisser le Star Trash sans commandement si personnel navigant ! Il faut que remplaciez Loz et retourniez avec moi au poste de contrôle avant qu’une catastrophe n’arrive, sauf votre respect !

Cloud (les yeux au plafond en train de se retenir de rire): Ca c’est sûr que ça va tourner mal s’il reste là…

Kadaj (le fusille du regard): Aide-nous, si t’es si malin!

Tifa (ferme la porte de la cabine d’autorité pour accélérer la décision): Ils ont raison monsieur, il nous faut un homme à poigne aux commandes pour seconder l’amiral Highwind !

Weiss (hilare, à voix basse): Ca, c’est sûr que, de la poigne, Loz en a !

Cloud (lui tapant sur l’épaule an rigolant): Ouais, mais il s’en sert pas toujours sur les comm…

CRACK!!!!!

Tseng, enfin parti vers la salle, se retourne pour voir Weiss et Cloud s’effondrer côte à côte, assommés, et Nero derrière eux croise précipitamment ses ailes derrière son dos.

Nero (sourire contrit): Désolé, je… J’ai glissé. On va les soigner, sir, pas de problème…

Tseng (incrédule, tente de ne rien laisser paraître): Euh… Bon, je vous fais confiance. Quelle insécurité sur ce vaisseau ! Il va falloir que je mette de l’ordre dans tout ça…

Tifa (à côté de Nero, lui fait au revoir de la main) : Certainement, monsieur ! On compte sur vous, monsieur !

Elle a élevé la voix pour éviter qu’TsengTsengTseng n’entende les bruits qui viennent de derrière la porte de la cabine…

… à suivre

A Sephiroth

Si je ne te plais pas, tue-moi.
Mais d’abord, essaye-moi !

Zack

Le soleil s’est levé ?
Ou c’est toi qui viens de sourire ?

Genesis

Avec un steak pareil,
je ne commande même pas de frites !

Red XIII

Tu ne le croiras jamais :
Il y a 30 secondes, j’étais lesbienne !

Tifa

J’ignore où on va avec tout ça,
mais j’irai bien avec toi…

Cloud

Part 8. L’équipage apprend la morale ! Ya du boulot…

La scène redémarre sur le pont de commandement avec tout l’équipage.

Reeve (avec une énorme trousse à pharmacie sous le bras et un gros coussin ) : C’est pour qui l’oreiller ?

Nero lève le doigt en regardant Loz de travers, prend le coussin et s’assoit dessus avec mille grimaces et précautions.

Cid (la voix cassée et l’œil au beurre noir, agite la main) : Là t’as été vache, mec,.

Loz (griffé de partout) : Bien fait pour lui !

Cid (en essayant de se racler la gorge) : D’accord, il a déconné avec Yazoo, mais n’empêche que c’est vache…

Reeve (en brandissant un tube de pommade) : C’est pour qui la pommade anti-piqure,

Tout le monde lève la main.

Reeve : Ppffiuu ! Eh bien ! (Yazoo la lui arrache des mains) Eh là doucement !

Yazoo (couvert de petits points rouges) : Oui ben hein ! C’est moi le plus atteint !

Reno (que Kadaj commence à couvrir de sparadraps) : T’as qu’à croire ! Ouille ! Doucement !

Reeve (qui sort une bouteille d’eau minérale) : C’est pour qui la flotte ?

Loz agite la main.

Tout le monde : NOOOONNN !

Reeve (qui range la bouteille) Désolé Lozy, tu boiras plus tard ! (Etonné, il sort un trousseau de clefs) Qui a demandé un passe partout ? (Elena lève une main timide et Reeve range le trousseau) Compte là-dessus, ma grande !

Shera (qui arrive en tendant une boite à Cid) : Tiens, j’ai enfin retrouvé les strepcils. T’as mal à la gorge ?

Vince se retourne en sifflotant d’un air absent.

Cid (presque aphone) : Si on veut…

Reeve (qui continue la distribution en regardant sa liste) : Et un tube de co… Hein ? Un tube de colle ?

Sephy (un énorme tas de plumes sur les genoux) : C’est pour moi !

Weiss ( des bleus partout ) : Nero ! Bobo !

Nero (qui essaye de trouver la place la plus confortable possible sur son gros coussin) : Je sais, je sais, ton frérot est là, t’inquiète pas !

Tout le monde se plaint, gémit, ou grogne pendant que Reeve les rafistole comme il peut. Le vaisseau fait alors une embardée et tout le monde se retrouve par terre.

Tifa : C’était quoi ça ?

Silence de mort, tout le monde attend.

Deuxième embardée suivi d’un bruit de ferraille.

Troisième embardée,

Une voix résonne dans les hauts parleurs : Zut ! Flûte ! Crotte ! Mais ils ne peuvent pas les faire plus grandes, ces plates-formes d’atterrissage ! Pas vrai ça ! De mon temps c’était pas comme ça ! Ouhouh ! Y’a quelqu’un ? Tout le monde va bien ? J’vous ai apporté une tarte aux pommes et du jus d’orange ! Eh oh !

Weiss : C’est qui, ça, encore ?

L’équipage s’affole, commence à tout ranger et à épousseter le moindre recoin.

Cid (Complètement perdu) : Oulalalalala ! Manquait plus que lui ! Alors plus un gros mot ! Plus une insulte ! Plus une seule insinuation ! Planquez les clops, le matos louche et l’alcool !

Sephy (alarmé) : Qu’est ce qu’il va dire quand il va nous voir comme ça ? (il désigne les pansements dont tout le monde est couvert) Oulalalala !

Cid (qui réfléchit à toute vitesse) : Euhh…On a été attaqués ! On s’est défendu ! Et maintenant tout va bien !

Weiss : TEMPS MORT ! Qu’est ce qui se passe ici ? C’est qui ce mec ?

Tous en cœur : C’est TSENG!

Tseng (dans les hauts parleurs) : Vous êtes là ? Ah ! vous me faites une farce, hein ? Je monte ! J’espère que vous n’êtes pas entrain de vous empiffrer de cochonneries pleines de cholestérol et de sucre en douce !

Kadaj (qui planque tant bien que mal les bouteilles, les joints, les capotes et le « matos » dans un placard qui menace d’exploser) : C’est l’emmerdeur de service ! Le chef des turks ! Le gardien des valeurs morales de la planète ! Le mot le plus grossier qu’il connaisse c’est “ salaud ”.

Weiss (qui siffle entre ses dents) : Oh bah là on est pas dans la merde ! Parce qu ’à moins qu’il soit aveugle, le tutu, je vois pas comment on va passer pour des vertueux !

Nero (hésitant entre effondrement et crise de fou rire nerveux): Ah ca… Déjà l’autre avec sa ceinture de chasteté ça donne l’ambiance…

Weiss (en désignant Reeve qui badigeonne en vitesse tout le monde de crème anti-piqure-d’ailes-de-Nero): Moi, ce qui m’étonne, c’est qu’il n’ait encore rien compris à vivre au milieu d’une bande de tarés pareils…

Cid (se lève d’un coup et essaye de gueuler): C’est qui la bande de tar… keuff keuff keuff *tousse* *tousse*… Aaaghh…

Vince (paniqué -pour une fois, ouahaah…. Bon elle nulle d’accord-): Mamour ! Je t’ai dit de pas trop parler tu te fais du mal… (fusille Weiss du regard) Et toi arrête de l’énerver, sinon je me charge de toi.

Weiss : essaye, pour voir !

Loz : C’est fini, oui ! C’est moi qui vais me charger des deux, si on se fait griller à cause de vos conneries, ça va pas tarder !

Nero (grimace): Ouh là, bah fais gaffe, frérot, il plaisante pas et j’aimerais pas passer après…

Sephy (gêné qu’on parle de son frère comme ça): Bon ben bouclez-là, Tseng ne va pas tarder à débarquer ! Taisez-vous tout le monde ! Ayez l’air naturel !

Yazoo (grommelle en enfilant des gants pour compléter la combi le qui recouvre entièrement, seul moyen de cacher les plaies, piqures et bosses récoltées dans la journée): Naturels, tu parles…

Ils adoptent tous une pose qu’ils espèrent innocente, les couples s’éloignent l’un de l’autre d’un pas réglementaire et la porte s’ouvre pour laisser entrer…

Tseng : Ah enfin je vous trouve ! (S’inquiète soudain des pansements qu’ils portent presque tous) Bah… qu’est-ce qui vous est arrivé ?

Cid veut s’éclaircir la gorge, manque de s’étrangler et est pris d’une crise de toux.

Sephy (tapotant dans le dos de Cid): Ce n’est rien. Nous avons essuyé une attaque surprise de démons inconnus, et nous les avons vaillamment repoussés. Mais la bataille a été rude et nous avons quelques plaies à panser. Voilà. En gros.

Weiss (à part): Ouais… En très très gros, alors.

Tifa (lui file un coup de coude en sifflant): Pas de commentaires!

Kadaj : Bravo Nii-San ! Euh, je voulais dire, excellent rapport de la situation, Général.

Tseng (les couvant d’un regard compatissant): Oh je suis désolé de ne pas avoir été là pour vous aider. Ils devaient être puissants pour avoir réussi à en blesser autant…

Tous (acquiesçant avec ardeur et jetant dans le désordre le plus total): C’est ça, c’est ça, ils étaient très puissants, et supérieurs en nombre, et bien armés, oh là oui ils étaient bien équipés, mais on les a eus, pas la peine de s’inquiéter, tout est réglé maintenant, voilà, c’est ça, tout est réglé, tout va bien, ça roule, on oublie tout et on passe à la suite…

Tseng (remarquant - c’est pas un turk pour rien ! - que l’équipage a quelques nouvelles recrues): Tiens ? Des nouveaux ?

Sephy (tapotant le dos de Cid toujours aphone): Euuuh… Des naufragés de l’espace récupérés au hasard de la mission, rien de bien important.

Tseng (s’approchant de Loz en louchant sur ses mains et son cou pleins de piqures): Qu’est-ce que c’est que ces petits points rouges que vous portez tous?…

Cloud (se met au garde à vous en essayant en vain de ne pas rougir): C’est une arme des démons, M’sieu! Une nouvelle arme très efficace, M’sieu! Ca a passé les défenses, M’sieu! C’est un… (regarde tout le monde en espérant qu’ils lui soufflent une explication plausible, mais ils sont aussi en panne d’inspiration que lui) …un fouet d’épines! Voilà, c’est un fouet d’épines, M’sieu! Ils en avaient tous! C’était une vraie boucherie! Mais heureusement on les a eus quand même ces vermines! M’sieu!

Les autres hochent la tête avec ferveur.

Weiss (le regarde de travers et grommelle) : Si t’aimes pas, n’en dégoûte pas les autres…

Tseng (se tourne vers lui) : Et vous jeune homme? Ah et bien vous n’êtes pas blessé au moins?

Weiss (pique un fard): Ben moi j’ai l’habit… Je veux dire, je sais esquiver le plus gros.

Nero (s’écrie, étonné): Ah bon?

Weiss (fait des gestes de la main dans son dos pour le faire taire): C’est à dire que mon frère et moi avons une certaine expérience, M’sieu.

Reno (glisse en douce): On dit “Chef”, pas “M’sieu”.

Weiss (boude en désignant Cloud) : Ben il a bien dit “M’sieu” lui !

Tseng (lève les mains entre eux pour apaiser les esprits): Bon, ça va, ça va, c’est pas grave. (Passe à Nero, visiblement très intrigué par son mors et sa camisole de force) Alors vous êtes le frère de ce jeune homme ?

Nero (absolument infichu de se mettre au garde à vous vu ses fringues et ses ailes qui cognent au plafond quand il essaie de se tenir tout droit): Oui, Sir ! On voyage ensemble, Sir !

Tseng (paternaliste): Faites attention à ne pas blesser quelqu’un avec ces ailes, le vaisseau est un peu exigu. Et notre cher Sephy lui-même a tendance à laisser quelques plumes dans les sas.

Cloud (en coin): Pas que dans les sas si je me souviens…

Kadaj (tout bas): Shhh!

Tseng (arrive à Elena): Mais… qu’est-ce que c’est que cette tenue ? C’est pas réglementaire ! Et c’est quoi, cette curieuse ceinture, une nouvelle mode venue de la Costa del Sol ?

Elena (qui le regardait avec des petits coeurs dans les yeux depuis qu’il était arrvié et passe soudain en mode « pitbull »): Il se fout de ma gueule en plus, le bridé ?

Tous : Noooon!

Reeve (qui se met devant elle) : Excusez-là, le choc de la bataille, tout ça, elle est encore très énervée, elle ne sait plus ce qu’elle dit… Ils devaient avoir un disrupteur psychique, voilà, c’est sûrement ça ! (Tout bas d’une voix pressante à Elena) Tais-toi donc, tu vois bien qu’il peut pas savoir ce que c’est, il y connaît rien!

Elena (boude): Décidément c’est plein de puceaux, ce vaisseau…

Tout le monde se regarde et lève les yeux au plafond d’un air innocent, sauf Tseng qui a un peu pris des couleurs à la remarque de sa consœur.

Tseng (incarnation de la dignité offensée): Sache, chère collègue, que tu es ici sur le Star Trash, bastion de l’armée spatiale de la Shinra, fierté de la planète, et sous le commandement du vénérable et ô combien respectable Amiral Highwind ! Pas dans une vulgaire maison de passe comme celle dont, au passage, vous m’as l’air de sortir avec cette tenue !

Là tous les autres se regardent incrédules en se demandant s’il parle bien de leur vaisseau.

Tseng (poursuivant sur sa lancée): Les hommes d’équipage de ce vaisseau ont été triés sur le volet pour leurs hautes compétences techniques, stratégiques et martiales!

Reno (ajoute tout bas): Et/ou leur coup de main assuré, leur capacité à remonter le moral des troupes et leurs ouverture d’esprit, entre autres…

Tseng (qui n’entend rien): … aussi, je t’interdis avec la plus grande énergie de jeter le blâme sur leur intégrité, leur grande moralité et leur dévotion sans faille à leur unique passion : la protection de la planète !

Cid est en train de se regarder dans le reflet d’un écran de contrôle pour tenter de savoir si, des fois, il ne se serait pas réincarné à son insu dans le corps d’un saint.

Les autres, honteux, ont la tête piteusement baissée et une jolie couleur vermeille.

Elena s’apprête à faire une remarque sur la séance de conseil de guerre des officiers qu’elle a eu l’occasion de surprendre, mais, prévoyant la cata, Nero se lève d’un seul coup pour faire semblant de se mettre au garde-à-vous et étend ses ailes, assommant Elena au passage.

Nero (lève la main à sa bouche d’un air confus) : Oups ! Désolé !

…à suivre

Part. 7 - Les patrons se la pètent comme des Dieux !

Cabine de Yazoo : Weiss, Sephy, Loz, Yazoo, kadaj, Tifa, Cid, Vincent, Cloud.

Depuis le moment où Weiss a commencé prononcé les mots “ grande gigue ”, les grandes fontaines de Versailles (enfin toutes les pleureuses qui inondaient le plancher, quoi) se sont brusquement arrêtées pour écouter dans un silence horrifié le flot ininterrompu des explications.

Nero lui-même est complètement blême depuis un bon moment et a essayé en vain de faire taire son frère en pensant à l’inévitable explosion de Sephiroth qui ne devrait pas tarder…

Weiss est le seul qui n’a rien remarqué.

Bref, quand il s’arrête *enfin* de parler, tout le monde le fixe avec la mâchoire qui pend par terre, dans le glougloutement de l’eau qui continue à s’évacuer doucement à travers les coursives.

Enfin… tout le monde sauf Sephiroth, qui le fixe, certes, mais avec les mâchoires tellement crispées qu’on a l’impression qu’il se mord les dents (exercice difficile s’il en est !).

Sephy (qui repousse doucement un Kadaj mortifié hors de son chemin et se drape dans son manteau - ce qui projette alentour une bonne douche vu qu’il traîne dans 30 cm d’eau salée) : c’est qui, la “ gigue ” ?

Trèèèèès menaçant, il avance trèèèès lentement sur Weiss, qui le regarde d’un air blasé.

Weiss (grand sourire): Ne te sous-estimes pas ! Tu devrais être content, j’ai dit “grande gigue”.

Sephy (de l’électricité qui crépite tout autour de lui et a l’air assez bouillant pour cuire des frites): Et il insiste, le délavé ! Tu comptes me donner des cours p’tet’ ? Toi qui n’est même pas fichu de contenter un mec tout seul ?

Weiss (marque une seconde d’arrêt et désigne son frère du menton) : Alors là pouce, coup bas ! Tu l’as regardé, le mec en question ?

Sephy : Ouais, justement, un môme façon “ crevette ” ! Même Kadaj - ma “lavette” de frère, t’as dit? - ne se laisserait pas traiter comme ça !

Nero hésite entre aller demander des comptes à Sephy ou adopter un silence diplomatique étant donnée l’humeur massacrante de celui-cit.

Vu que le vaisseau commence à ressembler à une usine EDF avec les éclairs qui zigzaguent partout, la prudence l’emporte…

Weiss (ricane): T’as raison, il est tellement bouché qu’il serait pas fichu de se rendre compte quand une fille lui fait du rentre-dedans…

Sephy (siffle): Tu dis encore un mot sur mon petit frère et t’es mort.

Weiss (sifflote): Me fais pas rigoler, je suis l’Omega, moi, j’te signale. Un vrai Dieu ! Ca veut dire que je suis immortel. Invulnérable et tout et tout. Pas un demi-dieu au rabais qui meurt empalé par un croupion de chocobo sur une grosse biscotte en kevlar ! Ca doit être le sport national chez vous, de s’empaler sur des grandes épées, si j’ai compris ?

Sephy (les yeux exorbités): Tu… oses…?! Tu parles de qui là?

Weiss (air sadique): Ben de ton… Comment tu l’appelais tout à l’heure déjà ? Tu sais, quand on vous a surpris dans le couloir ? Attends voir, ça va me revenir… “Mon roudoudou d’amour” ? Nan, ça c’est ce que râlait l’autre. Enfin je crois. Il parlait d’épée aussi, il me semble. Nan ? C’était p’tet’ une image, c’était assez confus. Ah ouais, je me souviens, “mon oiseau céleste” ! Cette rigolade ! Z’étiez trop chous tiens ! Tu parles de Soldats de la Shinra en train de roucouler!

Tous les autres se cachent la tête dans les mains mais regardent au cas où entre leurs doigts pour ne pas rater une miette du carnage.

Sephy (rugit): JE VAIS TE TUER !

Le ailes de Nero claquent sous le souffle du rugissement de Sephiroth et Weiss éclate de rire en se tapant sur la cuisse tellement il rigole.

Sephy (deux fois plus furieux, si c’est possible): QUOI ?! BATS-TOI SI T’ES UN HOMME AU LIEU DE TE FOUTRE DE MOI!!

Weiss (s’essuie les larmes de rire, reprend son souffle et dit avec bonne humeur): Ah t’es vraiment trop super quand tu t’énerves ! T’excites pas, va, (là son sourire devient franchement suspect) je suis là pour ça !

Sur quoi il franchit le mur d’éclairs qui le séparait de Sephy et lui roule un patin magistral. La tension électrique chute d’un seul coup, sauf aux alentours de Kadaj, qui n’en croit pas ses yeux et dont les cheveux se dressent sur la tête.

Nero (les bras lui en tombent): Ben…? Mon frère bien aimé ?

Kadaj (meurtrier): Qu’est-ce qu’il fait à mon Nii-San ?!

Arrive Vincent en train d’essorer le bas de sa cape.

Vince : Dites donc qu’est-ce que vous foutez, encore ? Quand je suis sorti de la cabine de Cid, je me suis pris une tonne de flotte dans la figure. (Avisant l’aile noire de Sephy fermée comme un cocon, et ses pieds et ceux de Weiss qui dépassent en dessous) Tiens, j’ai raté quelque chose?

Loz : Euuhh… J’préfère pas te raconter ça ici… Ca risquerait d’être dangereux…

Kadaj (accroupi par terre dans la flotte pour essayer de voir ce qui se passe sous l’aile) : Mais tu vas lâcher mon Nii-San, oui ?!

Yazoo (confus): Relève-toi ! Ca se fait pas pour un fils de Jenova, de se mettre à genoux.

Loz (vaguement surpris): Ah bon ?

Yazoo (vire au rouge et lui file une baffe): J’parle pas de ça !

Cloud (qui arrive en faisant floutch floutch précipitamment à contre-courant et n’a pas remarqué les pieds de Weiss dépassant de sous l’aile de Sephy): Dites ! Oh ! Ca va pas la tête, non ?! Pourquoi vous avez inondé les couloirs ?! Si c’était pour me faire une blague c’était une très mauvaise idée ! (à Sephy) Range ton aile, merde ! On voit bien que c’est pas toi qui dois curer les gaines d’aération tous les 15 jours à cause des plumes !

Kadaj (toujours accroupi, regardant sous l’aile de Sephy) : Ca va Nii-SDan ? Tu fais de drôles de bruits ! Tu me fais peur, on dirait que t’étouffes ! Nii-San ?

Sephy (la bouche pleine…) : Mffppppfffrs ! ! !

Loz (mort de rire) : Ah ! Ah ! Ah ! Ca, pour un patin, c’est un patin !

Tifa (qui chronomètre) : Waouh ! Ca va faire 8 mn !

Nero (qui commence à avoir de la fumée qui sort par les oreilles) : LACHE CET HOMME, WEISS ! TOUT DE SUITE !

Cloud (pivoine, qui commence à comprendre ce qui se passe) : Mais… Mémémémémémé…

Weiss lâche enfin Sephy, qui tombe sur les fesses dans l’eau.

Sephy (qui essaye de reprendre son souffle) : Vite…une…épée….un…sabre… un couteau… une compil de Lara Fabian… quelque…chose… Je …veux…tuer…ce…type…

Loz : Pas la peine ! (Il se campe fermement sur ses jambes, l’air de vouloir en découdre) J’m'en occupe !

Weiss (les larmes aux yeux tellement qu’y se marre) : Ah ! Ah ! Ah ! De mieux en mieux ! Après la gigue, le cro-magnon ! Ah ! Ah ! Ah ! Arrête ! Tu me fais peur !

Nero fait un mouvement bizarre et Loz est enveloppé d’une drôle de fumée bleue.

Nero : Tu seras plus à l’aise comme ça !

La fumée se dissipe et tout le monde regarde Loz, dont les vêtements ont …fondu !

Loz (qui baisse les yeux, devient tout pale, il se tourne vers la caméra ) : Ah non ! ALORS LA, NON ! C’est une manie de vouloir me défroquer ou me coller des blousons dépoitraillés et pantalons poutre apparente ou quoi ? JE VEUX PARLER AU SCENARISTE !

Voix off : Arrête de t’exciter ! T’es trop près de la caméra ! Tu sais combien ça coûte, une lentille ?!

Loz : Qui c’est qui veut faire des gros plans à chaque fois, hein ? C’est moi p’tet ?

Weiss (qui fixe éberlué l’énorme “ truc ” qui lui pendouille entre les jambes) : Ah ben merde ! J’devine pourquoi c’est toi qui es supposé être “ l’homme viril ” de la fratrie !

Sephy (après qu’il ait réussi a récupérer sa langue, qu’il a failli avaler) : Nan mais ça va pas nan ? T’as fini de le mater comme ça ? Où tu te crois, là ? Dans un film X ?

Le scénariste déboule devant caméra, un casque sur les oreilles et un clap à la main. On voit au second plan toute la bande qui s’étripe, s’étrille, se mord et se tape dessus joyeusement.

Le scénariste : Coupez ! Coupez ! C’est pas bon, les gars !

Les voix derrière lui :

“ Ouille, pas mon aile, pas mon aile ! ”

“ Va te faire cuire un oeuf, croupion de volaille ! ”

“ Weiss ! fais gaf…trop tard ! ”

“ Ouaahhhhouuu aïe aïe aïe ! C’est pas ma jambe, ça ! ”

“ Je suis l’amiral de ce vaisspppffffrrrggg… ”

“ Recrache, Cid ! Recrache ”

“Kef ke fu crois que f’éfaille de fairrggpppfffg ”

“ Soldat du dimanche ! ”

“ Nii-San ! m’laisse paaassss !”

“ Ouilleouilleouille, pas les cheveux, pas les cheveux ! ”

“ Mords-lui l’oreille, Loz ! ”

Le scé (qui fait de grands gestes au cameraman) : On dérape là ! On saute direct à la scène suivante ! (une main te tire en arrière) Nan ! Pas moi ! J’y suis pour rieeeeennnnn….

………………..fondu……………………..

Part. 6 - Un, on écope ; deux, on éponge !

Pont de commandement : Tifa, Weiss, Cloud, Kadaj, Shera.

Weiss entre en trombe.

Weiss : Ou est Yazoo ?

Tout le monde hausse les épaules.

Kadaj (qui rentre à son tour et s’approche à deux doigts de lui) : Dis donc… c’est quoi tous ces petits points rouges sur ta poitrine et tes bras ?

Weiss (comme s’il les voyait pour la première fois) : De quoi ? Ca ? Chais pas moi ! (Tout le monde le regarde avec un sourire en coin, se souvenant très bien par quoi sont terminées les étranges ailes de son frère) Oui bah le problème n’est pas là ! OU EST YAZOO ?

Shera : Qu’est ce que tu lui veux, à ce pauvre agneau ?

Weiss (qui s’approche d’elle et la toise) : Pauvre quoi ? Agneau ? Tu veux rire !

Shera (que la proximité de la large poitrine nue et musculeuse commence titiller) : Comment ça ?

Weiss (dramatique) : A cause de ce petit dévergondé, son frangin Loz est entrain de pleurer toutes les larmes de son corps !

Tout le monde (retenant la respiration) : Hein ?

Weiss (d’un cri indigné) : Lui et Sephiroth nous ont surpris mon frère et moi avec lui !

Tout le monde (soupirant de soulagement genre « oh, ce n’est que ça ! ») : Aaaaah !

Weiss : Non mais vous vous rendez pas compte ! Loz nous accuse d’en avoir fait un obsédé !

Tifa (en lui tapotant l’épaule) : Mais non, mais non. S’il est pas devenu obsédé avec des frères comme les siens, j’vois pas…(le regard de Kadaj se fait mauvais)…pourquoi…(très mauvais)…il…(plus que mauvais)…..Je plaisantais !

Weiss : Bah restez pas comme ça faites un appel au micro !

Kadaj (se saisissant du micro) : Eh ! l’frangin ! File dans ta cabine en quatrième vitesse ou ya Nii-San-bis qui va encore nous inonder jusqu’aux soutes !

Weiss : oui bah, en attendant, venez ! Vous pourrez peut-être faire quelque chose !

Chambre de Yazoo : Pont de commandement : Tifa, Weiss, Cloud, Kadaj, Sephy, Loz, Nero, Yazoo, un pack d’eau, de l’huile, du beurre, 3 kg de patates et… oups, pardon, je me trompe de liste !

Tifa et Kadaj suivent Weiss et se retrouvent devant la cabine de Yazoo. Loz y étendu ventre à terre dans une énorme flaque, Il pleure avec des ululements de chien battu !

Sephy (pratique) : C’est qu’il va nous inonder le couloir, si ça continue !

Kadaj lui donne un coup dans les côtes.

Yazoo (qui vient d’arriver) : Ben… Lozzy ? Qu’est ce que t’as ?

Loz (qui lève la tête et voit son frère) : BBEUUUAAAAHHHHH ! ! ! ! ! Et en plus il me demande ce que j’aiaiaihhhhhhhh !

Yazoo : Mais arrête, enfin ! Tu vois bien que t’es entrain de tout inonder !

Loz : Beueueahhhhh ! M’en fous ! J’suis le pleurnichard de l’histoire, alors si j’ai envie de faire une innondation, bah je la f’raiaiaiaihhhhhh !

Sephy (a Yazoo) : Ah non mais là, faut que tu fasses quelque chose parce que ça commence VRAIMENT à déborder dans le couloir !

Tifa (les pieds mouillés) : Mais d’où sort-il toute cette flotte ?

Kadaj (à l’oreille de Tifa sur le ton de la confidence) : Ben, c’est l’incarné de Nii-San qui a hérité de TOUT le côté sensible et comme Nii-San n’a pas chialé depuis sa naissance… il a des réserves !

Yazoo (suppliant) : Mais enfin Lozzy, arrête ! Tu vois bien que tu te fais du mal !

Loz : Beueueaaahhhhh ! Frère indigne ! Comment t’as pu me faire çaaaahhhhhhhhh !

Yazoo (en pétard) : Frère indigne moi ? C’est la meilleure du centenaire celle là ! C’est toi le frère indigne !

Loz (avec les larmes qui jaillissent genre fontaine): BBEEUUUUAAAAHHHHH ! ! ! ! Et en plus il ose élever le ton avec moiiiiiiiiiiahahahahaha !

Yazoo (qui enfile des bottes en caoutchouc pour aller le rejoindre) *ne me demandez pas où il les a trouvées* : Oui ben moi au moins je fais l’effort de parler ! Que toi, à part pleurnicher, hein !

Tous : Glups !

Loz : Beueueahhhh ! J’veux mourriiiiiiirrr ! Toute ma vie à me sacrifier pour mes petits frères et voilà le remerciemeeennnnnntttt !

Kadaj (qui se met à pleurer lui aussi dans les bras de Tifa) : Mon pauvre Nii-San-bis ! Je supporte pas de voir pleurer mon Nii-San-bis ! ! !

Tifa (de l’eau jusqu’aux genoux et Kadaj qui l’inonde) : Ah non hein ! Tu ne vas pas t’y mettre aussi !

Weiss : Quelqu’un pourrait ouvrir les panneaux d’évacuation ? (Tout le monde le regarde de travers) Bon, bon, ça va, j’ai rien dit…

Loz : Beueuaahhh ! Qu’est ce que j’ai fait pour mériter çaaaaaaa ? ? ?! ! ! Traîné plus bas que terre, humilié et trompé par mon indigne de frère !

Yazoo (fou de rage) : Indigne, moi ? Oui bah moi, au moins, je ne suis pas un gros balourd sans cervelle !

Tout le monde retient son souffle et Loz, qui s’est brusquement arrêté de pleurer, se redresse, les yeux lançant des flammes. Il gonfle la poitrine et des éclairs électriques se mettent à crépiter autour de lui.

Tout le monde recule et Yazoo déglutit péniblement.

Yazoo (d’une toute toute toute petite voix) : Zuzte “ neuneu ” alors ?

Loz (d’une voix qui retentit comme le tonnerre) : C’EST PAS GENTIL !

Tout le monde se remet les cheveux en place (parce que quand Loz a parlé, c’est comme s’ils avaient reçu une rafale d’orage électrique en pleine tronche !).

Yazoo (qui recule au fur et à mesure que son frère approche) : Arrête Lozzy, tu me fais peur là !

Loz (grondant) : Alors, petit merdeux ? On veut jouer les durs et quand on a un ennemi de taille en face de soi, on chie dans son froc ? Mhhhh ?

Yazoo (les larmes aux yeux) : Arrête Lozzy… S’te plait…

Loz : Grrrrrr…

Yazoo (qui se jette dans ses bras) : C’est pas de ma faute ! C’est eux ! Ils m’ont obligé !

Nero (qui avait gardé un silence diplomatique jusque là) : Oh l’autre ! T’as pas dis non, hein !

Tifa (lui mettant la main sur la bouche) : Chut ! Tu vois pas qu’il essaye de le calmer !

Loz (que le contact de son “ pitit frère ” émeut quand même pas mal) : C’est bien vrai, ça ?

Yazoo (gros yeux de chiot battu): J’te le juuuure ! J’ai honte ! Tu le diras pas à môman, hein ?

Loz (complètement gaga) : Mais non, mon poussin. *smac smac smac* Là là c’est fini mon ange. *smac smac smac* C’est fini, grand frère est là, mon canard…

Kadaj (toujours dans les bras de Tifa) : Beueueahahaha !

Tifa : Mais qu’est-ce que t’as, encore ?

Kadaj : Ce genre de scène ça me fait toujours pleureeeeeerrrrrrr ! ! ! !

Weiss (qui regarde au plafond pour pas voir le bouquet de fleurs bleues entrain de se répandre) : Mais qu’est ce que je fous ici ! Eh oh ! Les enfants ! Faut arrêter là ! Oh ! L’inondation va reprendre, sinon ! Et merde, tiens…

Cid (qui arrive en pataugeant) : Eh ! mais qu’est ce qui se passe, ici ? Ya de l’eau dans les soutes et les chiottes débordent encore ! ! ! (A Weiss) Mais c’est quoi ce bordel ?

Weiss (qui apparemment est très en verve entre la parade électrique et l’interlude aquatique): Oh, ça a commencé parce que la grande gigue avait des états d’âme parce que sa lavette de petit frère s’est fait dépuceler par une furie - t’as dû la croiser non ? Une blondinette incendiaire complètement excitée. Elle saute sur tout ce qui bouge - et vice-versa pour ainsi dire. T’as qu’à voir, pour avoir réussi à se taper la lavette à son Nii-San faut vraiment qu’elle soit motivée ! En plus, il est gonflé, le Sephiroth, parce que, tout à l’heure, on l’a croisé dans le couloir avec le gamin qui ressemble à un croupion de chocobo en train de faire un truc dont je connais même pas le nom - et pourtant, j’en connais un rayon c’est moi qui te le dis ! Et après, Môssieur vient faire le délicat parce que son petit frère a ENFIN couché. Alors il a débarqué ici pour se faire consoler par sa tapette de frère du milieu mais il nous surprend Nero et moi avec lui. Pire, la fontaine amirale a suivi de peu le grand frère et a eu des mots avec son… frangin-amant-clone-incarné - je sais comment appeler ça - et là ils viennent de se réconcilier en se tombant dans les bras l’un de l’autre. O se croirait dans un mauvais roman rose, berk… En plus, il est pas gonflé, le grand dadais, parce que, depuis que je suis arrivé, il a pas arrêté de dragouiller la brunette aux gros nénés, là… Faut pas déconner ! Nan, t’es pas d’accord?

Cid le fixe avec des yeux effarés sans répondre.

Silence de mort.

…à suivre

Comme la première fois

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : les volontaires sont les bienvenus !

***

Incapable de dormir, Loz était accoudé à l’étrange fenêtre de la chambre improvisée qu’il partageait avec Yazoo dans la maison coquillage de la cité des anciens, le regard perdu dans les ombres de la forêt spectrale.

La pleine lune brillait et une créature telle que lui, aux curieux yeux félins bien plus perçants que ceux de n’importe quel humain, y voyait comme en plein jour.

Non loin du petit lac qui miroitait au centre de la clairière, dans le recoin le plus sombre d’un lugubre sentier bordé de ronces mortes, un éclair métallique attira son attention.

Kadaj ?

Que faisait-il donc seul à l’orée de la forêt à une heure pareille ?

N’était-il pas supposé surveiller les enfants toute la nuit, dans la lande ? Non qu’ils risquent de s’enfuir - leur libre arbitre avait été totalement sapé par l’implacable volonté de Jenova ­- mais parce qu’une sorte d’instinct, peut-être un reste d’humanité avec lequel personne sans doute n’aurait jamais compté, les empêchait de laisser des enfants en bas âge livrés à eux-mêmes sans protection. A plus forte raison dans une forêt qui tenait plus du bois de cauchemar hanté par des monstres que du bosquet de conte pour tout-petits peuplé d’elfes et de lutins.

Curieux de savoir ce qu’il en était, Loz quitta sa pseudo-chambre avec la ferme intention de rejoindre son frère sous le couvert des arbres fantomatiques et de lui tirer les vers du nez.

Sans arme et torse-nu comme il l’était, il traversa la maison coquillage silencieuse, longea le bord de l’étang et s’engagea sur l’étroit sentier qui bordait la forêt.

Il ne lui fallut pas longtemps pour trouver Kadaj, affalé sur un vieux tronc mort abattu, le front sur les genoux.

Ses épaules tressautaient et Loz reconnut distinctement les petits reniflements discrets qu’il laissait échapper lorsqu’il sanglotait.

- Kadaj ? murmura-t-il. Est-ce que ça va ?

Le jeune homme tressaillit et leva brusquement la tête, plein d’espoir, mais, reconnaissant son aîné, s’assombrit de nouveau.

- Oh… c’est toi.

Loz s’assit à ses côtés et sourit, non sans ironie.

- Ta déception fait peine à voir !

- Ca n’a rien à voir avec toi, Loz. Excuse-moi…

- Qu’est-ce que tu as ?

- Rien.

- Rien ? On ne dirait pas.

- Je n’ai pas envie d’en parler, finit par avouer Kadaj dans un murmure à peine audible en s’essuyant le visage.

Loz s’accroupit face à lui, lui fit redresser la tête et le contraignit à reposer les pieds sur le sol, le dos bien droit.

- De la tenue ! railla-t-il gentiment en croisant les mains sur les genoux graciles pour y appuyer le menton. C’est ce que te dirait Yazoo : ” quelles que soient les circonstances, de la tenue ! C’est ce qui nous différencie des bêtes ! ” (Son frère détourna le regard) D’habitude, ça te fait rire…

- Pas cette fois, Loz. Désolé.

Ce dernier fronça le nez.

- Il va bien falloir, pourtant, poursuivit-il, les yeux mako pétillants de malice. Si tu restes là avec cette tête, tu risques de tuer un gosse de trouille. (Il simula une attaque et Kadaj rit malgré lui) Un coup à finir tous les trois en bouillie dans une petite boîte scellée avec une bande jaune, ça.

- Loz ! Il n’y a que toi pour oser plaisanter avec des choses pareilles !

- Qu’est-ce que tu fais tout seul ici ? Il s’est passé quelque chose, dans la lande ?

A la lumière de la pleine lune, il vit son cadet rougir.

- Je… Je n’étais pas dans la lande.

- Hein ? Tu as laissé les enfants seuls dans la forêt ? Mais tu nous avais dit que tu les surveillerais jusqu…

- Eh bien, j’ai menti, voilà tout !

Loz hocha la tête et pinça les lèvres.

- Ah… Et… pourquoi ça ?

- Tu vas courir le répéter à Yazoo ?

- Pourqu…

- Loz !

- Non ! Tu veux que je jure et que je crache par terre ? railla l’interpellé.

Kadaj roula des yeux.

- N’en rajoute pas, tu veux. C’est déjà assez humiliant comme ça…

- Humiliant ? Bon, ça suffit ! Qu’est-ce qui se passe, à la fin ? gronda-t-il.

Son cadet ouvrit et referma la bouche à plusieurs reprises, ne sachant visiblement pas par quel bout aborder le sujet.

- Rufus a… Nous avons… Il m’a… Enfin, nous…

Son frère écarquilla les yeux.

- Rufus ? Tu es retourné là-bas ?

- Entre lui et moi… il s’est passé… disons des choses que je n’avais pas prévues. Pas prévues du tout. (Il resserra sur lui les pans de son manteau en un geste inconscient de pudeur et Loz blêmit.) Non ! Non, non, non, ce n’est pas ce que tu crois, se récria Kadaj en comprenant les inquiétudes de son aîné. Il ne m’a pas forcé à quoi que ce soit. En fait… c’est même plutôt l’inverse. (Loz hoqueta) Enfin, non ! Pas exactement ! Ce n’est pas ce que je voulais dire, je… Oh ! Eh puis zut !

- Kadaj… menaça son aîné, les nerfs en pelote. Ou tu me dis immédiatement ce qui se passe, où je compte jusqu’à trois et j’enfourche ma moto pour aller chercher Rufus par la peau du cou et savoir de quoi il retourne exactement. Et tu sais que j’en suis capable… ajouta-t-il avec un rictus agressif.

Kadaj laissa échapper un gémissement plaintif.

- Je n’ai pas pu… hoqueta-t-il. J’ai tout gâché, Loz ! Tout gâché.

Ce dernier se redressa et s’assit sur le tronc mort, à ses côtés, pour lui relever le menton et planter ses beaux yeux couleur de topaze verte dans les siennes.

- Il t’a demandé de t’envoyer en l’air avec lui en échange de mère ? s’écria-t-il, estomaqué.

- Non ! Non, Loz, ça n’a rien à voir avec mère, c’est… c’est juste un… ” truc ” qui s’est passé entre lui et moi. Une attirance, je n’en sais rien, appelle ça comme tu veux !

- Je vois… murmura Loz, troublé par l’aveu et essayant de le digérer autant que possible.

Kadaj baissa la tête et garda le silence un long moment.

- Bah dis donc… A voir ta tête, je viens de dégringoler une bonne volée d’échelons dans ton estime.

- Non, le rassura son frère avec un sourire. Non pas du tout. Je… Je suis juste surpris. Je t’aurais vu plus volontiers découper Rufus en rondelles que lui sauter au cou !

- Je ne lui ai pas sauté au cou, justement. J’ai été… minable.

Loz lui ébouriffa les cheveux, amical.

- Tu n’avais pas envie de galipettes, et après ? Ca t’étonne ? Franchement… je crois que nous avons des choses plus importantes à penser, non ?

- Tu es vraiment idiot, Loz, ou tu le fais exprès ? ! Bien sûr que j’en avais envie mais… je n’ai pas pu.

- Pas ” pu ” ? ( Kadaj baissa les yeux, plus gêné que jamais, et son frère fit claquer sa langue contre son palais.) Aïe…

- Comme tu dis : ” aïe “. Pourtant, oublie ce à quoi tu es en train de penser en ce moment parce que je peux t’assurer que je n’ai aucun problème de ce côté là.

Loz tordit le nez, pas très convaincu.

- Ouais…

- Pas avec des femmes, en tous les cas… précisa Kadaj en soupirant.

Son aîné ricana.

- Je vois…

Un silence un peu embarrassé tomba sur les jeunes gens, bientôt brisé par Kadaj, qui avait besoin de réponses et ne savait pas auprès de qui les trouver hormis son aîné, en qui il avait toute confiance.

- Loz ?

- Mhh ?

- Tu… Tu as déjà été tenté de… Enfin, je veux dire … avec un autre homme ?

Loz se tourna brutalement vers lui et planta son regard dans le sien, le faisant furieusement rougir.

- De quoi ? Non mais ça va pas ! Pour qui tu me prends? !

- Dé… Désolé… bredouilla Kadaj. Je ne voulais pas être insultant.

Son aîné fronça les sourcils et éclata de rire.

- Je te taquine, idiot ! (Son visage se radoucit) Ca fiche les jetons, hein ? Pas moi, de désirer un autre homme, je veux dire. Tu te sens largué… Tu as honte… Et tu te demandes si quelque chose ne s’est pas mis à dérailler là-dedans, fit-il en se tapotant la tempe.

Son frère se tourna franchement vers lui et le considéra avec étonnement.

- Tu as vécu ça ? chuchota-t-il, stupéfait. Toi ?

Loz eut un rire doux.

- Eh ! Ouais, ” moi “. Et si tu crois que j’avais l’air plus malin que toi, la première fois… Tu te goures !

- Comment ça, la première fois ? Tu veux dire que tu as déjà… Nooon !

- Mes mains tremblaient tellement que j’aurais été incapable de tenir un verre d’eau sans le renverser.

Son cadet éclata de rire.

- Tu dis ça pour me rassurer !

- Absolument pas.

- Et… tu as… ” conclu ” ? (Loz hocha la tête) Et ? Comment ça c’est passé ?

Loz lui répondit par un franc sourire.

- Dans mon cas, ce fut… (Il hésita, perdu dans d’agréables souvenirs) L’un des plus beaux moment de ma vie ? Ouais… Ouais, je crois qu’on peut dire ça. Durant toute la nuit, il n’y eut plus que nous deux. Rien d’autre n’existait.

Kadaj tordit le nez, ne sachant si c’était du lard ou du cochon.

- Tu es sérieux, là ? Ou tu te payes ma tête ?

Son frère lui jeta un regard en coin et soupira.

- Je ne mens pas, Kadaj. C’était quelqu’un que j’aimais énormément et ce fut vraiment formidable.

- C’était qui ? (Loz secoua la tête et son cadet le poussa affectueusement d’un coup d’épaule, presque jaloux qu’un étranger ait pu faire naître de tels sentiments chez l’un de ses frères.) Allez, ne te fais pas prier. Yazoo est au courant, je parie !

- Désolé, petit frère. Ca fait partie des choses qui n’appartiennent qu’à moi.

- Depuis quand tu as des secrets pour nous, toi ? s’offusqua Kadaj.

- Uniquement celui-là. C’est bien peu en comparaison de tout ce que je partage avec vous, non ?

Son frère lui pressa le bras et hocha la tête à contrecœur.

- D’accord. Comme tu voudras.

- Si Rufus te plaît vraiment, laisse-toi aller. Peu importe qu’il soit un homme ou une femme. Lorsque tu le sentiras s’abandonner dans tes bras, ou que tu t’abandonneras dans les siens, tu oublieras ce qu’il est. Ca n’aura plus d’importance, tu verras.

- Merci, Loz, chuchota Kadaj, la gorge serrée. Merci d’être toujours là pour me donner un coup de pied aux fesses quand j’en ai besoin.

Un silence, puis :

- Je le connais, au moins?

Loz éclata de rire et lui ébouriffa les cheveux.

- N’insiste pas. Je t’ai dit que ça ne regardait que moi ! Non ! Plus de question à ce sujet. Je vais dormir. Et toi, tu files surveiller les gosses, comme tu l’as promis, rappela-t-il.

Il s’éloigna de son frère du pas athlétique et alerte qui avait toujours été le sien et regagna la maison coquillage.

De retour dans la pièce qui leur servait de chambre à lui et à Yazoo, il retira son pantalon en silence et se glissa dans son sac de couchage en prenant bien garde à ne pas le réveiller son frère mais ce dernier ouvrit des yeux gonfles de sommeil.

- Où tu étais passé ?

Loz sourit.

- Je t’en pose, des questions ?

D’une bourrade énergique, Yazoo le renversa sur le dos et fit semblant de l’étrangler mais son frère n’eut aucun mal à le maîtriser en riant et à inverser les positions.

- Je me rends… railla Yazoo d’une vois ensommeillée, les poignets prisonniers des mains de son aîné de part et d’autre de sa tête.

Ce dernier se pencha sur son visage pour caresser sa joue du bout de son nez, joueur.

- Yazoo ?

- Mhh ?

- Tu te souviens de la première fois que nous avons fait l’amour ?

Son frère ferma à demi les yeux et parut se perdre dans de savoureux souvenirs.

- Comment pourrais-je l’oublier ?

- Qu’as-tu ressenti, cette nuit-là ? Tu te souviens ?

- C’était… magique.

- C’est bien ce que je pensais, acquiesça son frère avec un sourire malicieux.

Yazoo s’étrangla et éclata de rire.

- Prétentieux !

Il n’en noua pas moins ses bras autour de son cou vigoureux.

- Loz…

- Quoi ?

- Fais-moi l’amour, chuchota-t-il la gorge un rien serrée.

- Et si Kadaj se pointe ? murmura Loz tout contre sa bouche.

Yazoo aspira sa lèvre inférieure et la suça.

- Il est dans la lande, avec les enfants.

- Oui, mais…

Une langue humide s’insinua dans sa bouche, le contraignant au silence.

- Il ne viendra pas. Il n’y a que toi et moi… Comme ce jour là… Tu te souviens ?

Loz sentit une main fraîche descendre le long de son ventre et il ferma les yeux.

- Je me souviens… murmura-t-il en se glissant entre les cuisses consentantes. Oh, Yazoo…

- Fais-moi l’amour, Loz, supplia ce dernier dans un gémissement impatient. Fais-moi l’amour comme si c’était la première fois…

Avec toute la tendresse dont il était capable, Loz referma ses lèvres sur les siennes tandis que leurs doigts s’entrelaçaient.

***

A mi-chemin de la lande, où étaient réunis les enfants, Kadaj marqua un arrêt sur le sentier.

Que pouvait-il leur arriver, à ces mouflets, de toute façon ? Il n’y avait rien, dans cette fichue forêt, hormis les fantômes de mauvais souvenirs et d’une race éteinte. Rien du tout ! Et lui, il avait besoin d’être seul. De se blottir dans son duvet douillet et de penser.

Oui, de penser !

De penser ? Ou de rêver ?

- Rufus…

Se retrouver seul dans la pénombre avec son souvenir… Son image… L’odeur de ses cheveux blonds qui persistait sur ses doigts…

Il porta ses mains à sa bouche et sourit tandis qu’un long frisson lui remontait le long de l’épine dorsale.

- Ces satanés gamins ne risquent rien, de toute façon !

Sa décision prise, il fit demi-tour et se dirigea vers la maison coquillage, où ses frères devaient déjà dormir…

FIN

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Part 5 - Qui a piqué le titre ? Que personne ne sorte !

Coursive puis cabine de Cid : Vincent et Cid

Vincent, qui n’en peut plus de se morfondre tout seul dans sa cabine après avoir piqué sa crise sur le pont de commandement, prend son courage à deux mains pour aller faire la paix avec Cid.

Une fois devant la porte de sa cabine, il respire à fond, toussote, et arrange ses vêtements. Après une petite réflexion (et après avoir bien vérifié que personne ne le regarde !), il déboutonne sa chemise.

Encore une réflexion et il fait quelques grimaces pour ramener un peu couleur sur ses joues, se brosse les cheveux avec les doigts et se frotte les dents avec un pan de sa cape pour être sur qu’aucun petit morceau de salade n’enlaidit son sourire.

Après un dernier regard de part et d’autre du couloir, il fait un rapide récurage de narines pour être sûr d’être parfaitement net.

Cid (qui, ayant entendu du bruit, vient d’ouvrir la porte et se retrouve nez à nez avec Vincent, les doigts dans le museau. Il le regarde d’un air dégoûté) : Tu veux les miens ? Ils sont plus gros !

Vincent ( qui a viré au rouge écarlate profond assorti à sa cape) : Heu… ça me grattait. Je suis venu pour faire la paix !

Il lui tend la main et Cid la regarde d’un air suspect.

Cid (qui a préféré ne pas y toucher) : Entre. Le lavabo, c’est au fond à droite.

Vincent devient blême mais s’exécute pour se donner une contenance et ondule généreusement des épaules et du popotin en passant devant lui pour mettre en avant l’échancrure toute fraîche.

Cid (qui le regarde onduler comme une couleuvre, sourcil levé) : Si t’as des démangeaisons à cet endroit aussi, j’aimerais autant que tu évites de le faire devant moi.

Vincent se retourne, toujours blême, mais de rage ce coup-ci.

Vincent (qui se plante devant lui) : Dis donc ! Je ne te permets pas de me parler comme si j’étais le dernier les malappris ! Ca t’arrive jamais le nez qui gratte ?

Cid : Le nez si !

Vincent (la fumée commence à sortir par les oreilles) : Cet endroit de mon anatomie ne souffre d’aucune démangeaison ! C’est ma façon de marcher figure-toi ! (Il rejette avec fierté une mèche brune en arrière) Je n’y suis pour rien si la nature m’a pourvu de reins cambrés, d’un fessier musclé et de cuisses souples qui m’empêchent de me déplacer sans ce déhanchement que d’ailleurs, soit dit en passant, tu es le seul à trouver sans un esthétisme certain ajoutant à mon charme.

Cid (pas très convaincu) : Mouais… Ben moi je dis qu’un mec qui ondule comme une femme, ça fait un peu… Enfin tu vois.

Vincent (fou de rage ce coup-ci) : Quoi ? Et ban vas-y ! Dis-le ! Ca fait tapette, c’est ça ?

Cid (surpris par sa colère soudaine) : T’énerve pas. J’te donne un conseil d’ami, c’est tout. Une dégaine de tante, c’est pas une fatalité, il suffit juste d’essayer de la corriger un peu. (le visage de Vincent se décompose et Cid essaye d’argumenter) Fais pas cette tête, c’est pas de ta faute si t’as vraiment un visage de fille, des jambes de pin-up, un déhancher de gonzesse et des yeux de midinette.

Vincent (Au bord des larmes) : Et tu te considères comme un ami ? Ah je vois ! Très bien ! Dès demain je fais un régime pour engraisser comme un porc, j’me laverai plus qu’une fois par semaine, j’me couturerai le visage de cicatrices et… et je me rase le crâne !

Cid (affolé) : NON !

Vincent (en papillonnant des cils, avec expression de martyr et ravi que Cid s’inquiète pour lui) : Non ? (Minaude en jouant avec ses cheveux) Pourtant tu disais que…

Cid : Non, pas les cheveux. C’est la seule chose qui cache un peu ton déhanchement.

Vincent (en larmes ce coup-ci) : Ahhhhh ! Ordure ! Pourri ! Sadique ! Tu te dis mon ami et t’es prêt à me laisser me défigurer !

Cid (gêné de le voir se répandre ainsi) : Mais, mais, mais, mais, mais, mais… Te mets pas dans un état pareil voyons ! Vous passez votre temps à vous chambrer toi et les turks !

Vincent (piteux. Non… Minable, plutôt) : C’est pô pareil. Snirrrfl. Eux, j’m'en fous comme de ma première sod… heu, ma première branlette.

Il se laisse tomber en sanglotant comme une midinette sur le lit… Euh, non le canapé… le boudoir ? P’tain, kesk’y z’ont au juste comme meubles dans un vaisseau de la Shin-ra ? ! Qui m’a piqué mon “Maisons et Jardins - numéro hors-série : en direct des ruines volantes d’Highwind” ? ! Celui avec la visite de la cuisine le jour des « Knaky Balls » ? - private joke - Bon ben tant pis, on va dire que c’est un sofa ou l’équivalent local.

Cid (le regarde inonder ses jolis coussins brodés de « cui-cuis » (second private joke !) sans comprendre l’étendue de son désespoir-euh) : Vincent ? Houhou ? La base appelle Vincent ! Y’a quelqu’un ? Tu vas pas te mettre dans des états pareils pour si peu ?

Vincent ( lui jette un regard humide - voire même complètement trempé - de sous ses longs cils d’obsidienne - renifle bruyamment et recommence à chialer ): Ne me regarde paaaas ! Je suis laiiid ! ! !

Cid ( raisonnable ): Ben forcément, à force de pleurer comme ça, ça te bouffit les yeux, et puis t’es tout rouge et ça te tire les traits, et t’as les cheveux tout emmêlés comme de la vieille étoupe qu’aurait passé dans le lave-linge, ça t’arrange pas non plus…

Vincent (s’enfonce un peu plus dans le sofa sous le poids de la description) : J’m'en fouuus ! Je ne veux plus jamais plaiiire !(hoquète entre deux sanglots et hoche la tête, mais ça se voit pas vraiment vu qu’il a la tronche enfouie dans un coussin) BWIIIIIIII ! ! ! ! Je suis un incompriiiiis !

Cid (blême d’embarras façon endive, ou plutôt poireau avec les oreilles qui font les feuilles bien tombantes…) : Ah ?

Vincent (le regarde du fin fond de son amour-propre blessé, ramassant les restes épars de sa dignité offensée pour s’y draper tel Jules César à Gergovie - NDLA : demain, je me lance dans les romans à l’eau de rose. J’ai largement le niveau et le style, et ça paye mieux que la fan-fiction. Ca sert de lire Astérix, pas vrai ? ): Tu peux te gausser de moi, Cid, mais tu ne pourras pas nier la vérité !

Cid (largué) : Quelle vérité ?

Vincent (se redresse dans toute sa majesté - quelque peu gâchée par l’échancrure béante de sa chemise qui lui donne des allures de strip-teaseuse ) : Je ne dissimulerai pas mon opproble… opplobre ? Octobre? Rolp… Plorr…

NDLR : on croit qu’il voulait dire “opprobre”, mais on a eu la flemme de vérifier dans le dico pour vous donner la définition

Cid (en aparté) : Il y en a un des deux qui ne sait plus ce qu’il dit et je ne crois pas que ce soit moi. Ou alors j’ai sauté une page du script. Où j’ai fichu mon texte, moi?

Vincent (qui le regarde faire son aparté à un innocent pot de bégonias, qui n’en demandait pas tant, puis regarder dessous d’un air préoccupé) : Euh… Cid ? Tu as perdu quelque chose ? (il fait des efforts désespérés pour ne pas ajouter pour lui-même “Oui, la raison”. NDLA: qui a dit “Sa vertu!” en rigolant ? Et puis d’abord, on ne peut perdre que ce qu’on a, CQFD...)

Cid (prend la teinte purpurine du soleil affleurant au ponant. NDLA: p’tain, c’est moi qu’ai écrit ça ? On comprend à peine que ça veut dire qu’il rougit !): Euh… Nan, nan, j’essayais juste de me souvenir d’un truc… Donc, tu me disais que tu étais venu me demander un truc, c’est ça ? Alors ? En quoi je peux t’aider ?

Vincent (ses trois synapses qui moulinent, moulinent): M”aider” ? J’appellerais pas vraiment ça comme ça, tu vois…

Cid : Bah t’es venu pour quoi, alors ?

Vincent (les mots qui godillent sur son cerveau comme une gondole dans les canaux de Venise - rame, rame, POCK - ah, on a touché le quai) : Bah… Euh… Enfin… (flappe flappe des mains rouge écarlate) Tu t’en doutes bien, non ?

***

Autre coursive… : Loz, Sephiroth, Kadaj, Tifa, Reno, Cloud

Loz (qui s’approche insidieusement de Tifa) : Tiens, tiens… Le couloir est désert… Ca t’inspire rien ?

Tifa ( qui le repousse genre… ” j’te repousse mais faut que t’insistes ”) : Arrête des bêtises, si Yazoo nous voit, il nous tue tous les deux !

Loz l’attrape par la taille et s’apprête à la faire plonger genre « tango » pour lui rouler le patin di siècle quand une tornade leur rentre dedans de plein fouet.

Reno (mort de trouille, tout rouge, les cheveux mouillés et enroulé dans un drap de bain) : AAAAHHHHH ! Aidez-moi ! Au secours !

Loz (en relevant Tifa) : Mais qu’est ce qui te prend ?

Reno (en montrant le couloir du doigt) : Y’a Elena qui me poursuit ! ! ! Elle est devenue folle !!! Ahhhh ! (il s’accroche à Loz) Aide-moi ! ! ! ! ! La laisse pas tripatouiller mon zozio ! ! ! ! Elle a déjà eu Kadaj ! Elle pété un plomb, j’te dis ! ! !

Sephiroth (qui, alerté par le raffut, vient de sortir de la chambre de Cloud) : Quoi ? Qui ça ? Qui a touché à mon poupounet gris ? (Il secoue Reno comme un prunier) Réponds espèce de larve pleureuse !

Cloud (qui récupère Reno dans les griffes de Sephy et le berce) : Mais arrête voyons ! Tu vois bien qu’il est tout effrayé, pau’v p’tit père !

Sephiroth (furax) : Qui a touché à mon petit frère ?

Reno (blotti dans les bras de Cloud mais qui commence à se demander ce que signifie son étrange sourire carnassier) : Elena !

Sephiroth (les yeux lançant des éclairs) : Quoi ? Cette aliénée a osé tripatouiller la chair de ma chair ? Le sang de mon sang ? mon trésor ? La moitié de moi même ? Le fruit de mes entrailles ? La candeur réincarnée ? Mon ange immaculé ? Mon agneau virginal ?

Loz : Euh… Ca va, faut pas déconner, non plus, T’en fais un peu trop là.

Sephiroth (des éclairs jaillissant autour de lui) : Nan j’en fais pas trop ! C’est mon poussin à moi et je permettrais pas qu’une ¤@#& me le dévergonde ! Où elle est cette ¤}@\`de*$=$£ que je lui apprenne à vivre !

Reno (tout tremblant) : Dans la cabine de Kadaj.

Sephiroth part en courant et passe en trombe dans les couloirs, talonné par Loz.

Sephiroth : Kadaj ! Tiens bon ! Phiphy arrive !

Il pile devant la porte en voyant son “ ange de vertu ” sortir de sa cabine, l’air blasé, la clope au bec, le blouson ouvert et un air de dire “ t’as plus rien à m’apprendre, j’suis un homme ”.

Sephiroth (avec un bruit de cœur brisé) : Ben…mon bébé !

Kadaj (en s’étouffant à moitié avec la fumée) : Arrête ton char, frérot ! Va pas me faire le coup des oiseaux et des abeilles ! Cette gisquette c’est de la dynamite !

Sephiroth (la larme à l’œil) : C’est pas vrai ! Kadaj ! T’as pas fait ça, hein ? Pas mon bébé !

Kadaj (en tapotant l’épaule de Sephy) : T’inquiètes frangin ! (Raisonnable) C’est pas parce que j’suis devenu un homme fort, viril, sexy et une bête au pieu que ça veut dire que tu vieillis !

Sephiroth (qui se précipite dans la chambre) : JE VAIS LA TUER ! ! ! ! 20 ans d’éducation et elle m’en fait un obsédé sexuel en moins de cinq minutes !

Kadaj : Nii-San, arrête !

Sephiroth (en le giflant) : Toi, camembert ! C’est pas parce que t’es plus puceau qu’il faut la ramener !

Kadaj (rouge écrevisse) : euh… Nii-San… Là, t’es vulgaire !

Sephiroth (fier comme Apollon) : Et alors ? tu veux que je te parle comme à un homme oui ou merde ? Tu oublies que j’ai été élevé dans le Soldat, môa, Môsieur ! Et jette-moi cette cigarette ! (Kadaj s’exécute et s’en va sans demander son reste) Alors ? (Il rentre dans la cabine) Elle est où la grognasse ?

Loz (un fouet à la main, lui montre Elena, qu’il a enchaîné et bâillonnée au pied du lit) : T’inquiète, je l’ai matée ! J’en fais quoi ?

Sephiroth : Ce que tu veux ! Mais je veux qu’elle s’en rappelle pendant les vingt prochaines années…

Loz (pense à un truc, fait un grand sourire puis… se rembrunit et secoue la tête) : ouais mais non… Ca risquerait de lui plaire,

Sephiroth s’approche et lui murmure quelque chose à l’oreille.

Loz : Noooon ? Si ? O.K. ! Alors c’est parti ! Il va me falloir du cuir, de l’acier, une serrure….

Sephiroth (se penche vers Elena et lui enlève son bâillon) : Tu vas adorer ce que Loz va te préparer !

Elena (rouge comme une tomate) : De quoi tu parles ?

Sephiroth (en pétard) : Tu connais la définition de… “ ceinture de chasteté ” ?

Elena (affolée) : Quoi ? ? ? Ca va pas la tête ? Assassin !

Mais Sephiroth s’en va, traînant dans les couloirs comme une âme en peine. Il se dirige vers la cabine de Yazoo histoire de se faire consoler et… tombe à genoux avec un cri déchirant.

Sephiroth (s’écroule en larmes): NOOONNNNN ! Vous voulez tous ma mort !

Nero (en position assez tarabiscotée avec son frère et Yazoo) : Oh, oh ! On a de la visite !

Weiss (tapant sur l’épaule de Yazoo) : Redresse-toi, mon tout beau, v’la ton frérot et il n’a pas l’air content…

…à suivre

XXXXVII - C’est l’espoir qu’on assassine !

«On compare parfois la cruauté

de l’homme à celle des fauves…

C’est faire injure à ces derniers !»

F. Dostoïevski

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

« Weiss… Il faut parler à Weiss, mère ! Il saura convaincre son frère de nous aider. Il est temps de sortir d’ici, à présent, je dois… »

« Non, amour, pas encore. »

« Il le faut ! »

« Quelques heures, mon fils, quelques heures encore. Ne gâche pas tout maintenant. »

« Ces heures, nous ne les avons pas, mère, tu le sais et tu le sens comme moi ! Genesis est ici, tout près, et les géostigmates ne vont pas tarder à se répandre à Nibelheim ! Je dois parler à Weiss, il m’écoutera. Je l’ai bien connu, lorsqu’il était Soldat première classe ! C’est un homme d’honneur. »

« Non. Quelqu’un de confiance ira lui parler mais pas toi. »

« Qui ? Zack ? Il passait son temps à se moquer de Nero et à faire les pires allusions sur la relation fusionnelle qui le liait à son frère ! Lui et Weiss ont failli en venir aux mains plus d’une fois ! »

« Je ne pensais pas à Zack, mon fils. »

« Qui alors ? Cloud ? Ce n’était qu’un bleu, à l’époque. Il a dû apercevoir Weiss et Nero deux ou trois fois, tout au plus ! »

« Dans les cas désespérés, amour, c’est entre les mains d’un ange qu’il faut mettre ses espoirs…»

« Un ange ? »

*

Reeve se frotta le visage.

- Et dire que nous n’avons rien remarqué malgré la batterie d’examens médicaux que nous lui avons fait subir… soupira-t-il.

- Batterie qui comprenait tout sauf un bilan hormonal, rappela Shalua. Mais quelle raison aurions-nous eu de le faire ?

- Nous sommes face à authentique hermaphrodite et les machines n’ont rien détecté d’anormal chez lui ? s’étonna Rufus. Incroyable…

- Je suis persuadée que Yazoo lui-même l’ignore, assura la jeune femme. Extérieurement, c’est un garçon on ne peut plus normal.

- Voilà qui explique du moins son étonnante androgynie, nota Vincent.

Rufus se leva pour faire quelques pas dans la pièce, sidéré.

- Homme et femme à la fois… Cela signifie-t-il qu’il… Qu’il pourrait… tomber enceinte tout seul, par exemple ? Se féconder lui-même ?

Shalua et Reeve sourirent.

- Non, Rufus, le rassura la jeune scientifique. Pour ce que j’ai pu voir, Yazoo ne possède qu’un ovaire et une trompe de Fallope atrophiée reliée à un embryon d’utérus. Tout à fait insuffisant pour enfanter mais largement assez pour semer la pagaille dans un bilan hormonal. Si je l’avais fait, martela-t-elle, coupable, je m’en serais rendue compte immédiatement.

- Et cela n’aurait rien changé, la rassura Vincent. Reeve, tu as parlé de matériel génétique, tout à l’heure. J’imagine que tes hommes ont trouvé le sperme et les ovules congelés dans le labo ?

Reeve hocha la tête et leur montra une série de photos que Shalua avait imprimées.

- Une partie, oui. Et… ceci.

Sur l’une des photos, on voyait un cadavre de femme à demi décomposé sur une table d’autopsie, le ventre ouvert.

- Oh, non… gémit Rufus. Hojo a recommencé ses saloperies ? Quand ?

- Pas Hojo, non. Au vu de l’état de la décomposition, le cadavre a été sorti de la cuve mako il y a trois semaines. Un mois, tout au plus.

- Et… ce qu’il contenait ? demanda pudiquement Vincent.

Reeve lui tendit une photo sur laquelle un fœtus d’une quinzaine de centimètres était recroquevillé.

- Oh, mon Dieu ! s’écria Rufus en se détournant.

L’ancien turk ferma les yeux un instant, profondément touché par la vue de la petite créature.

- Le fils de Yazoo et Loz, j’imagine ?

Shalua secoua la tête, les prenant au dépourvu.

- De Yazoo, seulement, si l’on en croit les tests ADN faits par le labo de la WRO. Quant au père, son code ADN ne figure sur aucun de nos fichiers. Probablement un donneur anonyme.

Rufus se raidit, surpris.

- Cette bande de malades a reculé devant une nouvelle insémination incestueuse ? Etonnant !

- C’est bizarre… nota Vincent en observant le fœtus de près. Pourquoi l’a-t-on sorti alors qu’il n’était pas encore viable ?

Shalua échangea un regard effondré avec Reeve et celui-ci prit son courage à deux mains.

- L’analyse des corps… commença-t-il, le cœur eu bord de lèvres. Elle a montré qu’il y avait en fait deux bébés…

Il se tut, incapable de poursuivre.

- Dont un a été… disons «éliminé» au bout de quatre mois de gestation, poursuivit la jeune femme à sa place. (Vincent leva la photo du fœtus et elle acquiesça) Détail typique des protocoles d’Hojo. Deux embryons implantés puis on élimine le plus faible.

- Et plus faible était visiblement le fils de Yazoo… (Shalua acquiesça à nouveau) Qui était le père du second bébé ? Loz, j’imagine ?

- Nous l’ignorons, intervint Reeve. Mais c’est probablement le cas, oui. Il manque deux tubes sur les dix congelés lors des prélèvements sur les jumeaux.

Rufus se frotta le visage.

- Où est-il passé, ce bébé ? Et qui a pu faire ces inséminations puisque Vincent nous a définitivement débarrassés d’Hojo il y a plus d’un an ? Et, surtout, pourquoi ? Dans quel but ?

- Quelque chose de colle pas, soupira Vincent. C’est bizarre…

- Bizarre ? releva le chef de la WRO. Que veux-tu dire, Vince ?

- Tout ça, insista le turk en désignant à la fois les photos et l’ordinateur. Tout ces documents, cette vidéo, le corps, le matériel génétique, le fœtus… Ca n’a aucun sens !

- Explique-toi, mon ami, parce que je ne te suis plus.

- Bon sang, mais réfléchissez une seconde ! Quel intérêt de travailler dans le plus grand secret durant des mois, dans un lieu que nul ne connaît, pour finalement laisser toutes ces preuves derrière soi ? Comment croire que quelqu’un capable de faire des manipulations génétiques, médicales et chimiques aussi complexes se laisse trahir par une vulgaire… fuite de mako ! ?

Le jeune président de la Shinra sentit son estomac se nouer, commençant à comprendre où Vincent voulait en venir.

- Tu pense que… c’est un piège ?

L’ancien turk hocha la tête, lugubre.

- Qui que soit le malade qui a fait ça, il voulait qu’on le sache. Il voulait que l’on sache qu’il y avait un second bébé. Et, surtout, qu’on le croit toujours vivant ! Voilà ce que je pense.

- Pourquoi ? insista Rufus. Dans quel but ?

Vincent se tourna franchement vers lui.

- Si tu découvrais que tu avais un fils quelque part, encore un bébé ? En danger, qui plus est, que ferais-tu, Rufus ?

- Je suppose que je mettrais tout en œuvre pour le récupérer, répondit ce dernier. Oui. Oui, si j’avais un fils, j’essaierai de le sauver coûte que coûte.

Reeve grinça des dents, indigné.

- Un moyen de pression, fit-il, fou de rage. Voilà ce que voulait la saloperie qui a fait ça ! Cet enfant n’est là que pour servir d’objet de chantage ! Merde !

Il tapa du poing sur la table et les trois autres sursautèrent, tant il était rare de voir Reeve se laisser submerger par la colère.

- Et dire que nous pensions que Jenova n’avait pour ainsi dire plus aucun contrôle sur ses fils… Que nous pensions avoir gagné une bataille… Idiots que nous sommes ! gronda l’ancien turk en se levant à son tour pour faire les cent pas. Une fois de plus, nous l’avons sous-estimée.

Shalua frissonna.

- Tu crois vraiment que c’est elle, qui est derrière tout ça ?

- Qui d’autre ?

La réponse leur parvint depuis la porte d’entrée.

- Genesis !

Tous les quatre se tournèrent vers Cloud qui, flanqué de Shelke, se tenait sur le seuil, pâle et les yeux rougis.

*

Shera sortit de la salle de bains dans un nuage d’eau de toilette et de déodorant fleuris fraîchement appliqués, vêtue d’un jean et d’un gros pull côtelé, les cheveux séchés et noués en une queue de cheval un peu lâche.

Elle chaussa ses lunettes après les avoir soigneusement essuyées et remarqua alors, à la faible lumière de la lampe de chevet, son sac de voyage - plein - et son blouson sur le lit.

- Qu’est-ce que… hoqueta-t-elle en voyant qu’il ne restait plus une seule de ses affaires dans la chambre.

Elle alluma le plafonnier et sursauta en voyant Cid, jusque là dans l’ombre, assis dans le fauteuil de son bureau.

- Es-tu fou, de me faire des peurs pareilles ? s’écria-t-elle. Eh ! Tu pourrais au moins t’excuser !

Elle fit un pas vers lui pour lui administrer une petite tape effrontée sur la tête mais s’immobilisa en voyant l’expression de son visage, sévère et si fermée qu’elle en était presque agressive.

Pour toute excuse, il tapota sèchement la liasse de documents posée sur le bureau.

- Tu as dix minutes pour signer ça et disparaître avant que je ne change d’avis et que Rufus ne t’offre un aller simple pour la prison de son choix, fit-il d’une voix glaciale.

Shera émit un curieux son qui ressemblait à un rire étranglé, ne sachant si Cid plaisantait ou non.

Méfiante, elle s’approcha du bureau et frémit en voyant le titre du premier dossier : « Rapports d’incidents du programme spatial Shinra / S-15 à S-26 ».

L’alliance de Cid était posée dessus comme un camouflet.

Elle la prit et sentit sa gorge se serrer.

- Cid, tu ne compr…

- Tu la fermes et tu signes ! s’écria le pilote en sortant une liasse de documents de sous le dossier.

« Accord amiable de divorce »

La jeune femme laissa échapper une petite plainte horrifiée et, les jambes soudain transformées en coton, elle dut s’appuyer au bureau pour ne pas tomber.

- Je… Je l’ai fait pour toi, Cid… bredouilla-t-elle.

Celui-ci se leva, fou de rage, et, les poings serrés, baissa son visage à hauteur du sien pour la regarder droit dans les yeux.

- Ne te fous pas de moi, Shera, parce que je ne suis vraiment pas d’humeur à écouter tes salades !

- Mais je t’aim…

- Signe ces putains de papiers ! hurla-t-il à son oreille en brandissant un stylo sous son nez.

Voyant que toute discussion était impossible, la jeune femme le repoussa d’un geste brusque.

- C’est cette garce, hein ? gronda-t-elle, tremblante de rage. C’est à cause de ta putain borgne !

Cid leva soudain la main et dut faire appel à toute sa volonté pour ne pas la laisser retomber sur la joue de Shera.

- Signe ces putains de papiers, répéta-t-il, les dents serrées.

Elle fondit en larmes.

- Mais je t’aime ! sanglota-t-elle en s’accrochant à son t-shirt. Tout ce que j’ai fait, c’était pour…

- Ne me touche pas ! rétorqua-t-il en la repoussant avec une grimace de profond dégoût. Ne me touche plus jamais, Shera. Ne me regarde plus, ne me parle plus, disparais de ma vie, de celle de mes amis et… signe ces putains de papelards !

Shera secoua violemment la tête, comme prise de folie, et sanglota de plus belle.

- Tu ne peux pas… Tu n’as pas le droit… Tu es à moi… Pas à elle !

Le pilote écarquilla les yeux et ricana.

- Oh, c’est pas vrai… Tu préfères que ça se passe comme ça ? Très bien. A ta guise. Tu ne veux pas signer ? Tant pis pour toi ! Reeve se fera un plaisir de te conduire à la prison la plus proche en attendant ton jugement. Pour ma part, je n’aurais de toute façon aucun mal à obtenir le divorce avec ou sans ton accord. Ca prendra un peu plus de temps, voilà tout !

Il se tourna pour prendre le téléphone.

- Ne fais pas ça, Cid… Ne fais pas ça !

Il ricana, l’oreille collée au combiné.

- Je vais me gêner !

Il pressa la touche de l’un des numéros préprogrammés.

- Tu n’en as pas le droit, Cid ! Je t’aime ! Je t’ai sacrifié ma jeunesse ! Ma vie !

- Allô ? Reeve ? C’est moi.

« Alors ?»

- Rien à faire, Shera ne… Ahhh !

Il eut l’impression qu’une flèche enflammée venait de lui transpercer le flanc, lui coupant le souffle.

Le combiné lui glissa des mains et retomba lourdement sur le bureau.

« Allô ? Cid ? Cid, tu es là ? Cid ! Cid, ça va ! Rufus, il se passe quelque chose… »

La flèche de feu ressortit… et s’enfonça encore. Dans l’estomac, cette fois.

Incrédule, Cid cracha un filet de sang et pivota pour voir la petite main ensanglantée de Shera, contractée sur le coupe-papier en forme de sabre qu’elle avait pris sur le bureau.

Elle frappa et frappa encore avec une force que seule la folie furieuse pouvait lui donner.

- She…ra…

Terrassé par la douleur et incapable de reprendre son souffle, les voies respiratoires obstruée par le sang qui jaillissait des multiples blessures de sa poitrine, Cid s’écroula sur le parquet ciré.

- Tu n’as pas le droit ! hurlait Shera. Pas le droit ! Pas le droit ! Tu es à moi et à personne d’autre ! A moi ! A moi ! A moi !

Chaque exclamation était ponctuée d’un nouveau coup de couteau rageur et il fallut un moment à la jeune femme pour comprendre que le coupe-papier s’était brisé depuis un moment, déjà. Juste avant que le pilote de s’écroule, en fait. La lame s’était brisée et était restée coincée entre deux côtés, la pointe fichée dans le poumon droit.

Cid essaya de ramper sur le sol pour atteindre la porte mais il se noyait avec son propre sang, qui coulait à flots et l’empêchait de reprendre son souffle.

Il tomba inanimé avant même d’avoir atteint le milieu de la pièce.

- Cid ! cria Shera entre ses larmes. Cid !

Pleurant et gémissant à la fois, couverte de sang jusqu’aux coudes, elle lâcha ce qui restait du coupe-papier et se mit à fouiller dans les tiroirs du bureau de son époux, répandant tout le contenu sur le sol ensanglanté jusqu’à ce qu’elle trouve ce qu’elle cherchait.

Pleurant de plus belle, elle referma ses mains sur le pistolet, vérifia qu’il était chargé et se laissa tomber un instant aux côtés du pilote.

- Cette putain borgne… geignit-elle en caressant les cheveux blonds poisseux de sang, le regard rivé sur la porte. C’est de sa faute ! Tout est de la faute de cette putain borgne !

*

Yazoo se réveilla en sursaut et tourna la tête en tout sens, le cœur battant.

- Tu as entendu ? demanda Reno, qui s’était lui aussi redressé sur le lit voisin, le souffle court.

L’argenté hocha la tête.

- On aurait dit un coup de feu.

Marlène, terrifiée et encore à demi-endormie, s’accrocha à Yazoo et éclata en sanglots.

*

- C’était quoi, ça ? haleta Yuffie, le rythme cardiaque affolé.

- Un coup de feu… répondit Kadaj en sautant du lit. Ca venait du bout du couloir !

- Et cri, tu as entendu ? On aurait dit Shalua !

L’argenté lui prit la main et ils se précipitèrent dehors.

*

- Loz, attends-moi ! supplia Tifa en enfilant une petite nuisette de coton.

- C’était Shalua ! assura Loz en bouclant précipitamment son pantalon. J’en suis certain !

- Oh, mon Dieu !

Ils bondirent hors de la chambre, manquant de percuter Rude.

- Qu’est-ce qui se passe ? les pressa celui-ci en essayant de fermer son peignoir sans cesser de courir. Qui a tiré ? Que… (Il s’arrêta si brutalement que Loz faillit le renverser) Qu’est-ce qu’ils font tous devant la chambre d’Highwind ? bredouilla-t-il.

Tifa poussa un cri étranglé et Loz, blême comme un suaire, la serra contre lui.

- Oh, non…

- Je vous en supplie, non… pria la jeune femme, les larmes aux yeux. Non, je vous en supplie, pas ça…

à suivre.

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Part 4 - On les croyait épuisés… Eh bah nan !

INTERIEUR VAISSEAU, PONT DE COMMANDEMENT : Cid, Weiss, Nero, Loz, Yazoo, Sephy, Kadaj, Tifa, Shera, Reno, Elena.

Tout le monde regarde Weiss et Nero, attendant leur explication.

Eux se dévisagent en se demandant quoi répondre quand subitement l’écran de contrôle s’allume et un visage féminin apparaît.

Voix : SOS, SOS ! Ici, Helena ! Mon vaisseau est en rade ! SOS ! SOS ! Vous m’entendez ? SOS ! SOS !

Loz (qui se prend la tête dans les mains) : Oh non ! Pas la nymphomane ! Elle pouvait pas rester avec son Utaïen de @]¤#~ ! ! ! !

Weiss : Ouaouhhh ! C’est qui la blondinette incendiaire ?

Shera (affligée, une main sur le front, l’autre tendue vers le ciel en une supplique désespérée) : NOOOOOONNNN!!!!

Tifa (regard mauvais à Cloud) : Toi t’as intérêt à pas trop regarder ailleurs…

Sephy (soudain affolé, essayant en vain de se planquer derrière Cid) : Surtout tu ne m’as pas vu, je ne suis pas sur ce vaisseau, t’as compris ?!

Cid (atterré) : Tu as… Naaaaaaannn ! T’as pas fait ça ? pas toi ! T’es pas tombé dans le panneau ! Tu t’es pas tapé cette greluche ?! Si ?

Sephy (pleurniche, piteux) : C’est pas de la fauuuuute ! J’étais seuuuul, je rentrais de missiiiooooon, j’avais rien d’autre à me mettre sous le veeeenntre !

Helena : Cette voix ? (Soudain pleine d’entrain et sautillant devant son écran en agitant la main - et il n’y a pas que ça qui sautille parce qu’elle est court vêtue et que ça rebondit de partout) Sephynet ! Mon loup blanc à moi ! Ma terreur des nuits d’été ! Mon étalon aux yeux verts ! Le destin nous réunit alors même que je croyais t’avoir perdu à jamais !

Cid (un sourcil levé, abasourdi) : Eh ben ça, alors… J’aurais pourtant juré que j’avais décroché la plus barge…

Shera (qui, après avoir tourné la réflexion de Cid dans tous les sens, a enfin saisi et bout par les oreilles) : Eh ! C’est moi la barge ?!

Kadaj (serviable) : Qui tu veux que ce soit d’autre ?

Sephy (effondré, répète à voix basse) : Je suis foutu… Je suis foutu… Je suis foutu…

Loz (idem): Ah, la galère… Y manquait plus que ça !

Nero (qui ne saisit pas ce qui se passe) : Mais enfin qu’est-ce qu’il y a ? Qu’a-t-elle de si terrible, cette fille ?

Reno (qui revient sur le pont de commandement en mâchonnant un sandwich au roti de chocobo froid) : Bah z’êtes bouchés ou quoi ? Vous entendez pas Elena? (Il se dirige vers un tableau de commandes et, avant que quiconque n’ait le temps d’intervenir :) Allez zouh ! rayon tracteur, procédure automatique de récupération !

Tout le reste de l’équipage en cœur : NAAAANNNNN ! ! ! FAIS PAS CAAAAA! Trop tard…

Ils se prennent tous la tête entre les mains.

Reno (confus): Ben quoi ? C’est Elena!

Sephy (relève un chouia la tête) : On a combien de temps avant la fin des manœuvres d’arrimage de son vaisseau ?

Reno : Euh… Quelques minutes. Quoi ? Pourquoi vous me regardez tous comme ça ? J’ai fait une gaffe ?

Sephy (sombre): Ouiii ! (Avisant Cloud qui a l’air de compatir à son malheur) Dis donc… Tu pourrais pas m’aider à me planquer ? (À voix basse en désignant Yazoo, qui réajuste sa coiffure en se regardant dans son miroir de poche) Je préfère ne pas me fier à la rapidité d’esprit de mes frangins pour échapper à l’autre furie…

Cloud (fier d’aider son supérieur en détresse) : Bien sûr ! (Réfléchit) Voyons… Où on pourrait te cacher sur cette poub… Ce vaisseau ?

Ils partent en courant dans les couloirs pour trouver une planque. Reno se retourne, perplexe, vers les autres, toujours prostrés.

Reno : Euh… scusez… Dites ? Pourriez me filer un coup de main siouplait ?! SIOUPLAIT ?! Je suis tout seul aux commandes !

Tout le monde se reprend immédiatement devant la perspective de Reno pilotant seul le vaisseau.

Weiss (chuchote discrètement à son frère) : Sephiroth s’est barré avec le blondinet et pas avec un de ses frangins, t’as vu ? Je me demande pourquoi…

Nero (sur le même ton discret) : Prends pas cette tête de satyre, il ne veut pas que la fille le trouve, c’est tout.

Weiss : Elle est canon pourta… (regard frigorifiant de Nero) Quoi ? Je ne me demande juste ce qu’elle peut avoir de si terrible, la donzelle !

Nero : Imagine ton pot de colle de frère - à savoir moi - puissance dix et 24 heures sur 24. Tu dirais quoi ?

Weiss (médite un moment puis un grand sourire lui étire progressivement les lèvres) : Chouette…

Nero (rougit sous le compliment un peu tordu) : Euh… Ouais. Mais là, en l’occurrence, Sephiroth en a marre, je crois. Et, en ce qui nous concerne, cette fille est un danger !

Weiss : Pourquoi ?

Nero : C’est une turk de la Shinra et ils fourrent leur nez partout ! Si jamais elle découvre qui nous sommes…

Weiss : Aïe… pas bon du tout.

Nero : Comme tu dis !

Au bout d’une longue attente (mais trop brève au goût de l’équipage), Elenaentre en trombe sur le pont de commandement en gueulant : SEEPHYYYYYYY !

Elle entre en collision avec le poing de Tifa, qui s’est interposé, et tombe par terre sur les fesses en tenant son nez endolori.

Elena : Ouaïlleuh ! (écarquille les yeux): T’es pas Sephiroth, toi !

Tifa (sourire moqueur): Tiens, je savais que ça rendait sourd mais, aveugle, j’étais pas au courant…

Elena (furieuse) : Où est Sephyroth ? Qu’est-ce que vous avez fait de lui ?

Reno ouvre la bouche pour répondre et se ramasse un revers d’aile de Nero dans la figure qui l’envoie par terre, sonné.

Nero : Oups ! Pardon, j’ai pas l’habitude de cette gravité…

Yazoo lui fait un discret signe de victoire.

Weiss : Tu cherches qui t’as dit ?

Elena (les observe lui et son frère avec suspicion) : Le général Sephiroth. Grand, mince, la peau blanche, les cheveux argentés, de beaux yeux verts fendus. J’ai entendu sa voix tout à l’heure à la radio. Et je jurerais l’avoir vu se planquer derrière le jeunot, là. J’en suis sûre, y’en a pas deux comme lui !

Weiss (image vivante de son nom, à savoir : droit comme la vertu et innocent comme l’agneau qui vient de naître) : Naaaan ! T’as du confondre.

Cid (qui en rajoute une couche en désignant les triplés) : Ouaiiis, on a tout un nid de types à cheveux argentés et aux yeux de chat, par ici. Regarde !

Elena : Ah, vous croyez pouvoir faire tourner une turk en bourrique ! Ca ne se passera pas comme ça ! La Shinra a financé la construction de ce vaisseau et j’ai tous les droits, ici, amiral Highwind ! Y compris celui de tout fouiller !

Cid : Mais je…

Elle se relève et part à grande allure dans les coursives en ouvrant toutes les portes. Loz, Tifa, Yazoo et Kadaj cavalent derrière, dans l’ordre (kadaj s’étant étouffé quand Elena a relevé sa jupe pour son sprint).

Finalement elle ouvre une dernière porte et brame: AH ! AAAHHHH ! Je le savais que vous me mentiez!

Elena (tend le bras vers la cabine qu’elle vient d’ouvrir d’un air victorieux) : Qu’est-ce que je disais ! Cheveux soyeux, expert en amour, un corps de rêve…!

Yazoo (jette un œil par la porte et fronce son joli nez) : Deux.

Elena (s’arrête net et le dévisage) : Quoi, ” deux “?

Loz (passe à son tour la tête par la porte et confirme) : Ah, oui. Yazoo a raison : deux.

Elena (les yeux lui sortent de la tête) : DE QUOI VOUS PARLEZ A LA FIN ?!

Kadaj (arrive à la traîne et pile en les voyant groupés devant la porte ouverte, absolument indigné): EH ! Qu’est-ce que vous faites devant la cabine de Nii-san ?

Tifa (sur un ton docte): cheveux soyeux, expert en amour, oui, mais sur DEUX corps de rêve… Faut vraiment te faire réviser la vue, hein.

Loz (en rajoute une couche) : Bon c’est vrai qu’on s’y perd un peu mais là, ça s’améliore : Cloud est en train de devenir tout rouge, ce qui permet de savoir qui est qui.

Sephy (en position très compromettante - et surtout assez tarabiscotée avec Cloud, aussi furieux que gêné - dit sur un ton très bas mais infiniment menaçant): Ca vous ennuierait de nous laisser…?

Kadaj (pousse tout le monde dans le couloir avec empressement): Oui, Nii-san ! Scuse-nous Nii-San ! Je les vire Nii-san !

Il ferme la porte et fusille ses frères et Tifa du regard, mais il est encore tout tourneboulé par ce qu’il a vu avant de fermer la porte.

Elena, elle, semble totalement sous le choc.

Elena (éclate en sanglots) : BOUUUUHHH, Sephy est gayyyy !!!

Kadaj (lui tapote maladroitement sur l’épaule pour la consoler): Mais non, mais non…

Elena : Mais siiiiiii ! (se tourne vers ses frères et murmure ) Il est peu con, le mouflet, nan ?

Elle se répand en larmes

Kadaj (qui n’a rien entendu, dans un excès d’inspiration): Qui serait assez fou pour fuir une femme aussi belle que vous, voyons ?

Les autres pointent leur pouce vers le bas en tirant leur langue, méprisants : pppppfffffffffffffrrrrrrrr ! ! ! ! !

Elena (regarde Kadaj et essuie ses larmes) : Tu penses ce que tu dis ?

Kadaj (sourire consolateur): Bien sûr !

Elena (le dévisage en silence puis prend une expression plus du tout désolée et, au contraire, très décidée et enjôleuse): Hm, celui que tu as appelé Nii-san, c’est le grand Général ?

Kadaj (qui commence à étouffer sous la pression soudain insistante des bras d’Elena, au grand amusement des autres): Euh… Oui, c’est ça, madame.

Elena (lui souffle à l’oreille) : Appelle-moi Elena… Femmes de pouvoir et fils d’officiers sont faits pour s’entendre, tu ne crois pas ?

Les trois autres échangent un regard, éclatent de rire et haussent les épaules et les voyant s’éloigner. Elena est pendue au cou de Kadaj par un bras et l’autre main traînant dieu sait où, à en juger par les bruits et la démarche bizarre de l’argenté.

…à suivre

XXXVII - Le mal de “mère”

«La plus violente douleur qu’on puisse éprouver,

certes, est la perte d’un enfant pour une mère,

et la perte de la mère pour un homme.»

Guy de Maupassant

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

« Que contient ce carton, mère ? »

« … »

« Tu ne veux pas me le dire ? »

« Tu le verras bientôt, amour… Lorsque tu sortiras d’ici. »

« Et tu es certaine que cela peut aider Kadaj ? »

« Qui peut être sûr de quoi que ce soit ? »

« Tu as l’air bien sombre, tout d’un coup… »

« Ce sont les souvenirs… Cette maison est pleine de tant de souvenirs… »

« Je sais… »

« Ne sois pas peiné, mon fils. Ils ne sont pas tous douloureux, loin de là. »

« C’est curieux… »

« Quoi donc, amour ? »

« Loz… Tu sens ? Quelque chose a changé. Il ne dégage plus la même énergie psychique que ses frères. C’est beaucoup plus intense. Il semble… euphorique ? »

« Pas euphorique, mon fils. Amoureux. »

« Amoureux… »

« C’est un sentiment si agréable… »

« Vraiment ? Qu’est-ce que ça fait, mère ? »

« C’est… difficile à expliquer. »

« Tu as souvent été amoureuse ? »

« Non, amour. Une seule fois, en réalité. »

« C’était Vincent, n’est-ce pas ? »

« Oui… Oui, c’était Vincent. »

« Mère… »

« Oui ? »

« Pourquoi as-tu épousé père si tu aimais Vincent ? »

« Je… Je ne m’estimais pas en droit de l’aimer. »

« Pourquoi ? »

« Son père, Grimoire, un homme que je respectais et qui était devenu mon maître à penser, est mort par ma faute. »

« La mort de Grimoire Valentine était un accident, mère. Personne n’aurait pu prévoir la réaction de cette entité que l’on appelle Chaos. Pas même toi.»

« Je sais… Mais peut-être que si je m’étais montrée plus prudente, moins impatiente, je… »

« Ca n’aurait rien changé. »

« Sans doute… Quoi qu’il en soit, c’est ce qui m’a fait repousser les avances de Vincent. »

« La culpabilité. Encore… Toujours… »

« Oui, mon fils. La culpabilité. Un fléau, disent certains philosophes. Mais, sans elle, nous serions des êtres dépourvus de morale et peut-être même de sentiments. Alors, à tout prendre, mieux vaut vivre avec elle que sans. »

« Et supporter sa morsure en serrant les dents… »

« Pas forcément, non. Tout maux a son remède.»

« Qu’est-ce qui peut guérir la culpabilité, mère ? »

« Le pardon, Sephiroth. Le pardon… »

*

Discret comme un fantôme, Vincent suivit Yuffie du grenier à la cuisine et la vit faire une razzia de biscuits, bonbons, sodas et autres cochonneries dans les placards avant de repartir, sa mystérieuse boîte bleue dans les bras.

- Une soirée pyjama se prépare, dirait-on, fit-il à l’intention de Gretta, qu’il avait vue se cacher derrière la porte à l’arrivée de la jeune fille.

La vieille femme, qui elle ne l’avait bien sûr pas remarqué, sursauta si fort qu’elle failli laisser tomber la part de gâteau - son péché mignon - et le thé qu’elle était venue engloutir discrètement.

- Monsieur Valentine ! s’écria-t-elle. Vous m’avez fait une de ces peurs !

- Désolé, Gretta.

Elle alluma une petite lampe et remit sa tasse de thé dans le micro-ondes.

- Un morceau de gâteau ? demanda-t-elle en lissant coquettement son élégante robe de chambre vert pâle et ses longs cheveux blancs noués en une natte lâche.

Vincent sourit et secoua la tête.

- Non, merci. Pourquoi vous êtes-vous cachée, en entendant Yuffie ?

Elle lui adressa un clin d’oeil complice.

- Le péché a meilleur goût lorsqu’il est commis en douce ! laissa-t-elle tomber, faisant rire l’ancien turk. Vous avez vu ce qu’elle transportait ? On aurait dit la boîte dans laquelle le docteur Crescent avai…

- C’est bien elle, la coupa Vincent, la gorge serrée. C’est moi qui la lui avait achetée, à l’époque, lorsqu’elle a su qu’elle était enceinte. Elle en avait besoin pour… enfin peu importe.

Le micro-ondes sonna et Gretta en retira la tasse de thé brûlant.

- C’est pour les garçons, vous croyez ?

- Pour le plus jeune, je pense.

- Oh, monsieur Hojo junior. C’est un gentil petit. Comme ses frères, d’ailleurs. Si seulement le docteur Crescent avait pu les connaître, elle qui rêvait d’avoir des tas d’enfants… Mon Dieu, quelle tragédie.

- « Tragédie » me paraît un mot bien faible, ma pauvre Gretta.

- C’est vrai. Mais j’y pense… les vieux albums, dans la bibliothèque. Ceux qui avaient été faits par leur maman. Vous croyez que ça leur ferait plaisir de les voir ? Enfin, si tant est que j’arrive à remettre la main dessus. Cette vieille maison prend des airs de chantier de fouilles archéologiques dès lors que l’on commence à y chercher quelque chose.

L’ancien turk leva un sourcil.

- Lucrecia a fait des albums ? Et… vous croyez qu’il serait possible d’entreprendre cette « fouille archéologique » maintenant ? demanda-t-il avec une grimace amusée.

- Là ? Tout de suite ? En pleine nuit ? (Vincent acquiesça et le visage de la vieille gouvernante se fendit d’un sourire malicieux) Passer une partie de la nuit avec un bel homme comme vous dans un endroit sombre et poussiéreux… C’est tentant. Quand je leur raconterai ça, les vieilles peaux de Nibelheim vont en être malades de jalousie ! plaisanta-t-elle en acceptant coquettement le bras qu’il lui tendait.

L’ancien turk rit de bon coeur et cligna de l’oeil, séducteur.

- Vous pourrez même leur dire que j’ai fait ça…

Il se pencha pour déposer un baiser bruyant sur sa joue et Gretta rougit comme une adolescente en gloussant de plaisir.

- Oh ! Monsieur Valentine ! le gronda-t-elle en lui donnant une petite tape sur l’épaule.

*

Quelqu’un le secouait doucement dans son sommeil. C’était déjà le matin ? Il lui semblait pourtant que cela faisait à peine quelques minutes qu’il s’était endormi.

Reno ouvrit un oeil.

- Mhh ?

- Reno ? murmura la voix douce de Yazoo dans la pénombre.

Le turk se frotta les yeux et s’assit sur son lit.

- Il y a un problème ?

- Non, je… Désolé, je ne pensais pas que tu dormais déjà.

- J’suis claqué. Je me suis effondré comme une merde… Qu’est-ce qu’il y a ? Tu ne te sens pas bien ? C’est à nouveau cette pourriture de Jenova ?

- Non, je suis… seul. Dans la chambre, je veux dire.

Reno écarquilla les yeux, certain d’avoir mal compris.

- Hein ?

Il ne pouvait pas voir le visage de l’argenté dans la pénombre mais était presque certain, au ton de la voix, qu’il avait viré à l’écarlate.

- Loz est avec Tifa et il va probablement passer la nuit avec elle, alors…

Il laissa sa phrase en suspend et le turk sentit son estomac se nouer.

Il rêvait ou Yazoo était en train de lui faire ouvertement des avances ?

- Euh… Ouais, bredouilla-t-il, horriblement gêné. Et… alors ?

- Tu vas me trouver ridicule mais… Rester dans cette chambre immense, seul, toute la nuit, à me dire qu’elle peut revenir à tout moment… Je… Enfin, je… J’ai peur, Reno. J’ai peur qu’elle profite de mon inconscience pour reprendre le contrôle si mon frère n’est pas là.

Le turk était si soulagé qu’il faillit se mettre à sauter sur son lit en criant « youppii ! ».

- Tu veux dormir avec moi ?

- Si ça ne t’ennuie pas, bien sûr.

- T’es con ou quoi ? Quelle idée, bien sûr que non. Allez, hop ! Viens là, fit-il en rabattant les couvertures.

Yazoo parut hésiter.

- Oh, je… Ce n’est pas nécessaire. Je peux juste m’allonger sur…

- Fais pas le con ! Allez, saute là-dedans.

L’argenté obéit et s’emmitoufla dans les draps de coton fraîchement changés.

- Merci. Je… Je n’ai pas osé aller voir Kadaj. Je ne voulais pas l’effrayer.

- Pas de problème, fit Reno en réprimant un bâillement. La vache, tu sens toujours aussi bon, ajouta-t-il d’une voix ensommeillée en se collant contre son dos, enfouissant son visage dans ses cheveux à l’étrange odeur sucrée.

Yazoo se raidit en sentant le bras du turk se refermer autour de sa taille et attendit d’interminables minutes que ce dernier se retourne et le lâche.

En vain…

- R… Reno ? finit-il par bredouiller d’une voix si ténue qu’elle était tout bonnement inaudible.

Mais le turk, grisé par le parfum sucré de la chevelure de mercure, était déjà reparti pour le royaume des rêves, laissant leurs deux corps emboîtés comme deux cuillers dans un tiroir.

Et si Yazoo portait un pyjama, ce n’était pas le cas de Reno, qui, certain que personne ne viendrait le voir, comme lorsqu’il était malade, s’était couché entièrement nu…

L’argenté sentait parfaitement les moindres détails de son anatomie à travers le coton léger et plus particulièrement la zone du bas-ventre, plus fraîche que le reste de son corps.

Il n’osait pas esquisser le moindre mouvement de fuite, de peur que le turk, stimulé par le frottement, ne se mette à « réagir ». C’est ce que faisait parfois inconsciemment son jumeau dans son sommeil, lorsque Yazoo se collait trop à lui. Mais l’argenté doutait fort que, comme Loz, Reno se contente d’un « Arrête de me serrer comme ça, ça me fait bander ! » ronchon avant de lui tourner le dos… Non, leur gêne à tous deux serait terrible et… et… et mieux valait éviter d’y penser !

Il ferma les yeux et essaya de se détendre mais c’était impossible.

Le souffle qui s’échappait des lèvres entrouvertes lui chatouillait la nuque, le bras qui l’enserrait lui brûlait la peau à travers son t-shirt, il sentait les battements de coeur du turk contre son dos et…

« Oh, merde… »

Ce qu’il craignait arriva : stimulé par le contact du corps tiède et le parfum affolant des phéromones saturées de mako, le corps de Reno répondit d’instinct et son sexe se tendit contre les fesses de Yazoo.

Ce dernier se força à une telle immobilité que c’était à peine s’il osait respirer.

C’était une chose de rêver romantiquement des bras de Reno autour de lui et c’en était une autre de sentir un corps d’homme plaqué contre soi, sexe tendu contre la partie la plus intime de son anatomie…

« Et le pire c’est que ce n’est pas désagréable du tout… » réalisa-t-il avec embarras.

Loz avait dit un peu plus tôt qu’il ne s’était jamais soucié de ce qui trouvait entre son nombril et ses genoux mais force était de constater que la partie incriminée se rappelait soudain à ses bons souvenirs.

Une chaleur traîtresse lui enflammait progressivement le bas du ventre, ses joues devenaient cuisantes et des fourmis lui remontaient le long des reins.

« Malédiction… »

Reno chuchota des mots inintelligibles dans son sommeil en resserrant son étreinte autour de lui et Yazoo mordit l’oreiller pour étouffer un petit gémissement frustré.

*

Kadaj avait fini se brosser les dents et s’apprêtait à se glisser dans son lit en compagnie de Cait 9 lorsqu’un léger grattement se fit entendre à la porte.

- Kadaj ? fit la voix étouffée de Yuffie derrière le battant. Tu dors ?

- Non, pas encore. Entre !

Cait alla aimablement ouvrir et la jeune ninja pénétra dans la pièce, un énorme carton bleu estampillé de petits moogles dans les bras.

- Pardon d’arriver comme ça, mais il fallait que tu vois ça, fit-elle en posant son fardeau sur le lit avec grognement. Bon sang, ce que c’est lourd ! Qui pourrait croire que des trucs aussi petits peuvent peser trois tonnes !

L’argenté considéra le curieux colis jauni et cloqué par le temps et l’humidité.

- Que… qu’est-ce que c’est ?

- C’était à ta mère.

Yuffie ouvrit le couvercle et en sortit les boissons, gâteaux et bonbons pris dans la cuisine sous le regard à la fois abasourdi et perplexe de Kadaj.

- A ma mère ?

- Mais non, pas ça, idiot ! Ah ! Ah ! Ah ! Ca, je l’ai piqué à la cuisine. La nuit risque d’être longue alors j’ai fait des réserves !

L’argenté la regarda retirer ses bottes et se mettre à l’aise sur le couvre-lit en étalant les sucreries autour d’elle, pour la plus grande joie de Cait, qui paraissait soudain surexcité.

- Tu… Tu fais quoi, là ?

Yuffie écarquilla les yeux.

- Quoi ? T’as jamais passé une nuit à te goinfrer de sucreries en regardant de vieilles photos ou en lisant de vieilles lettres ? Tu sais, dans la série « on ressort les vieux jouets et les vêtements de quand on était bébés » ?

- Hein ?

- Rigolade, blagues débiles, vieilles fringues ringardes, coupes démodées, tes vieux qui font des trucs que t’aurais jamais cru… Non ? Une soirée pyjama, quoi ! T’as jamais fait ça, avec tes frangins ?

Kadaj secoua la tête, ne comprenant absolument pas où elle voulait en venir, et elle échangea un regard effaré avec Cait, qui haussa ses petites épaules velues.

- On se souvient des jours de son enfance, expliqua le chat. On ressort les photos, on conjure l’absence. A ceux qui sont partis, on rend un tendre hommage. De ceux qui sont restés, on revoit le visage…

- Au labo, nous n’avions pas de souvenirs ou de jouets. Encore moins des photos. Nous étions des expériences, Cait, pas des enfants.

L’Utaïenne plissa le nez avec un pincement au coeur et tapota la boîte aux moogles.

- Je vois… Eh bien Lucrecia, ta maman, avait préparé cette boîte pour Sephiroth avant sa naissance. (L’argenté se raidit) Tu ne veux pas savoir ce qu’il y a dedans ?

- Je… Je ne suis pas Sephiroth, dit-il, la gorge soudain si serrée qu’il se demanda comment un seul son pouvait sortir de sa bouche.

Yuffie ne se laissa pas démonter pour autant.

- Je sais. Mais Lucrecia veut que tu voies ce qu’il y a dedans. C’est donc que ça doit être important pour toi aussi.

- Lucrecia ? Ma… mère ?

- Oui. C’est Aerith qui me l’a dit.

- Aerith ?

- Elle est venue me voir, tout à l’heure. Et elle m’a fait une belle peur, tu peux me croire ! C’est elle qui m’a dit où trouver la boîte. (Elle ouvrit un paquet de bonbons et le lui tendit) Allez, viens t’asseoir. Tu vas voir, il y a plein de choses qui vont te faire rire, dedans ! (Le chat robotisé plongea la patte dans le carton et en ressortit une minuscule paire de chaussettes blanches brodées de souris bleues) Regarde ! C’était pour le grand Général Sephiroth !

Cait éclata de rire et Kadaj s’assit sur le lit avec circonspection mais n’osa pas se pencher sur le contenu de la boîte.

Des sentiments contradictoires l’agitaient. Il mourait de curiosité de voir le contenu mystérieux mais se sentait aussi terriblement jaloux de Sephiroth. Lui aussi aurait aimé avoir une boîte semblable avec son nom écrit au feutre noir sur le couvercle.

Voyant qu’il ne bougeait pas, Yuffie et Cait replongèrent simultanément main et patte dans la grosse boîte.

L’une en retira un gros album orné d’un bébé moogle bleu vêtu d’une barboteuse et suçotant une tétine et l’autre, deux lettres encore cachetées.

Ces dernières attirèrent aussitôt l’attention de la petite ninja car si l’une portait l’inscription « Pour l’équipe médicale », la seconde était libellée : « Pour Vincent Valentine ». Et on pouvait lire sur les deux, écrit au feutre rouge : « A OUVRIR LE JOUR DE L’ACCOUCHEMENT SI LE PRONOSTIC VITAL EST ENGAGE».

- Vous avez remarqué ? demanda Cait. Elles sont toujours fermées.

- C’est donc que l’accouchement s’est passé sans problème. Qu’est-ce qu’on fait ? s’enquit Yuffie. L’une d’elles est pour Vincent.

Kadaj lui arracha impatiemment les lettres de mains et les ouvrit sans autre cérémonie.

- Il y a prescription, je pense. Tiens… Les deux sont identiques. Je ne comprends pas, c’est quoi ?

La jeune Ninja lui en reprit une et la parcourut, Cait lisant par-dessus son bras.

- C’est une lettre d’intention, expliqua-t-elle. Les jeunes mères en écrivent au cas où l’accouchement se passerait mal.

- Comment ça ?

- Généralement, lorsque le pronostic vital est engagé, les médecins essayent de sauver la mère, en se disant, j’imagine, qu’elle pourra avoir d’autres enfants plus tard.

Kadaj haussa les épaules.

- Logique.

- Mais Lucrecia, comme beaucoup de mamans, avait donné pour instruction de sauver son enfant et non pas elle.

L’argenté grimaça.

- C’est idiot !

Yuffie ouvrit de grands yeux surpris.

- Idiot ? Pourquoi ? N’importe quelle mère digne de se nom se sacrifierait pour son enfant. C’est une réaction normale.

Cait 9 acquiesça énergiquement et Kadaj parut déstabilisé.

- C’est… c’est aux enfants de se sacrifier pour leur mère, essaya-t-il de plaider. Ils lui doivent leur existence et…

- Non, Kadaj, le coupa la jeune fille d’une voix douce. Aucune maman digne de ce nom n’accepterait que son enfant souffre à cause d’elle. Jamais, Kadaj. Jamais…

Ces quelques mots et l’assurance avec laquelle ils avaient été prononcés firent à Kadaj l’effet d’une volée de gifles.

Si c’était si évident pour tout le monde, pourquoi lui et ses frères s’étaient-ils fait avoir aussi facilement par Jenova ? Etaient-ils idiots ? Cet « instinct » qui semblait caractériser les gens « normaux » leur faisait-il défaut ?

Comme si une main géante venait de se refermer sur sa poitrine, il se sentit son coeur se serrer et se souffle se réduire à un filet d’air sifflant.

- Excuse-moi un instant, réussit-il à articuler d’une voix tout juste audible malgré la boule qui grossissait dans sa gorge.

Il se dirigea lentement vers la salle de bains, ferma doucement la porte et, une fois seul, s’appuya sur le bord du lavabo et essaya de pleurer aussi silencieusement que possible malgré les sanglots violents qui lui agitèrent le corps…

Sur le lit, Yuffie se mordilla l’ongle du pouce.

- Qu’est-ce qu’il a ? demanda-t-elle au robot. J’ai dit une bêtise ?

Cait secoua sa petite tête velue et se cacha le museau des mains, catastrophé.

- Sa seule mère, jusque là, s’appelait Jenova…

- Ah, zut… Moi et ma maudite langue !

…à suivre

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Part 3 - On va atteindre les sommets de la honte…

INTERIEUR VAISSEAU, PONT DE COMMANDEMENT : Cid, Vincent, Weiss, Nero, Loz, Yazoo, Sephy, Reeve, Kadaj, Tifa, Shera.

Cid : Alors ? Tu peux nous dire quelque chose sur nos naufragés ?

Reeve : Bah, le tout blanc passe encore, il est à peu près normal, mais alors l’autre, là, avec sa camisole de force et son harnais… (perplexe, il lit sa console portable de diagnostic) Glasgow à 52, Babinsky positif un coup négatif la seconde d’après, chimie standard qui cadre avec aucun standard, la iono a failli faire sauter les détecteurs, gaz du sang style Perrier mélangé Schweppes… J’y comprends que dalle.

Murmure de l’assistance : Ben nous non plus…

Reeve (relevant les yeux sur leurs mines totalement larguées) : le Glasgow a une échelle de 0 à 10 normalement…

Air mi-largué mi-”tu pourrais pas dire des trucs intéressants non au lieu de nous pomper l’air ?des spectateurs.

Reeve (abandonne) : En clair, les analyses ne correspondent à rien de connu, mais c’est peut-être normal, avec la dégaine qu’il a… J’ai pas les fiches médicales de tous les démons en stock, moi, hein.

Nero (vexé) : Euu guoua ?! Goonn mai fraanfemant ! efgueu vai une dêde de vemon ? Fffrrr…

(Note de l’auteur : traduction : « De quoi ? Non mais franchement ! Est-ce que j’ai une tête de démon ? Pffff ! »)

HIIIIIIII (crissement des cous qui se tournent vers lui - non, pas vers l’auteur, vers Nero ! - pour le regarder avec circonspection)

Nero : Goua ? Eguia ? Ey pa frai ptet ?

(Note de l’auteur : traduction : « Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? C’est pas vrai, peut-être ? »)

RE-HIIIIIIII (re-crissement des cous qui se tournent vers son frère - le frère de Nero, pas celui de l’auteur, comme tout à l’heure, bah oui, suivez un peu ! - pour l’interroger du regard)

Weiss (fait signe à son frangin de tirer un peu sur son harnais) : Euh… desserre un peu parce que là, on pige que dalle…

Nero (en pétard, tirant sur les manches de sa camisole, attachées dans son dos) : Ec gomman du veu gueu veu faffe ? Agrruti !

(Note de l’auteur : traduction : « Et comment tu veux que je fasse ? Abruti ! »)

Weiss (Sur le même ton) : Bah t’as des mains sur les ailes, non ? Enfin sur tes trucs, là… J’sais pas comment t’appelles ça.

Nero (après un moment de flottement) : Avi… fe vrai. Voubli foul fent.

(NDLA : traduction : « Ah oui… c’est vrai. J’oublie tout le temps.»)

Weiss : Bah dis-donc… J’sais pas comment on peut oublier des ustensiles pareils !

Nero (desserre son harnais et ronchonne, vexé) : Oh ça va, hein ! J’m'en sers que pour tirer, je te signale ! Ca m’arrive pas tous les 4 matins, que je sache !

Loz ouvre la bouche pour faire un commentaire enthousiaste et se prend une manchette de Yazoo dans les gencives.

Yazoo (trèèès jaloux) : Tu feras ta B.A. un autre jour ! Et je ne pense pas qu’il parlait de ce genre de “tir”, de toute façon !

Reeve (en regardant sa montre) : C’est pas que m’ennuie, les enfants, mais j’ai mes bouillons de culture à préparer, moi !

Il file.

Sephy (faisant craquer les articulations de ses phalanges et se tournant vers ses frères) : Et en ce qui nous concerne, il y a du boulot !

Yazoo (qui se prend la tête dans les mains) : Aïe, aïe, aïe ! v’la que ça le reprend !

Sephy : Loz !

Loz (qui se lève d’un bond) : Oui, mon général ?

Sephy : File-moi un coup de main ! L’écran de contrôle, il va pas se changer tout seul ! Yazoo !

Yazoo (au garde à vous) : Oui, mon général ?

Sephy : Vérifie où en est Cloud pour les toil… les chi… les… enfin, ça ! Kadaj !

Kadaj : Oui grand fr… mon Général ?

Sephy : Va faire tes devoirs !

Kadaj : Mais ça y est !

Sephy (qui approche son visage à deux doigts du sien) : Ah oui ?… Alors combien de temps faut-il pour qu’un canon mako refroidisse après le premier tir ? Mmmhhh ? (Kadaj se tortille) File ! Fils de ta mère !

Kadaj (s’en va tout malheureux avec un faux air à Calimero) : C’est pô juste !

Cid (allume une cigarette et tapote dans ses mains, admiratif) : Bravo, général ! Quelle maîtrise, quelle efficacité !

Sephy (fier comme un flageolet au milieu d’un plat de nouilles) : Merci, Amiral. Un peu de discipline, il n’y a que ça pour pallier les emmer… Oh, oh… (Il vient de voir Shera arriver sur le pont de commandement) En parlant d’emmerdes…

Shera (en détaillant Weiss et Nero d’un air niais, la bouche en cul de poule) : Alors ? C’est vous, les petits nouveaux ? Bienvenus !

Elle s’approche en sautillant de Cid, mine de rien, papillotant des paupières, les yeux en forme de cœur et des petites ailes qui battent dans le dos.

Voyant très bien où elle veut en venir, Vincent se jette entre elle et lui, toutes griffes et dents dehors, pour faire un rempart de son corps.

Vincent (avec les yeux qui lancent des éclairs) : CHASSE GARDEE ! Au premier mouvement d’approche je… je… (Il se tourne vers Loz) Comment il t’a dit, Yazoo, déjà ? Ah, oui ! (Se tournant à nouveau vers Shera) J’t'arrache les yeux, je les accroche à tes oreilles et j’attache le tout avec tes boyaux pour m’en faire un collier !

Weiss et Nero échangent un regard atterré et se tournent vers Cid avec un air du genre « Ah bah bien, la discipline ! »

Cid (bien décidé à en remontrer aux étrangers) : Commandant Valentine ! Un peu de tenue ou je prendrais des sanctions !

Vincent (se fige) : Hein ?

Shera (lui tirant la langue) : Et toc !

Vincent (d’une voix suraiguë) : Bah mamour… (Cid le toise, intraitable) Ah ! Tu le prends comme ça… Parfait !

Il s’en va, furax.

Weiss (nonchalamment appuyé sur un coude au fauteuil de commandement) : Wouahhh ! Ca c’est de l’autorité !

Cid (se tourne vers lui, méfiant) : Merci.

Weiss (poursuit, sarcastique) : Mais là, mon gars, pendant huit jours, ceinture !

Shera (qui en profite pour se coller à Cid et essayer de le couvrir de baisers bien qu’il se débatte comme un forcené pour lui échapper) : Smac ! Smac ! Smac ! C’est pas grave, je suis, là moi. Smac ! Smac ! Smac ! Hein mon boulon ? Smac ! Smac ! Mon p’tit fuselage en sucre ! Smac ! Smac ! Mon canari interstellaire ! Smac ! Smac !

L’équipage essaye désespérément de contenir un fou rire.

Cid (rouge de honte en essayant de repousser Shera) : Non mais c’est fini, oui !

Nero (qui se tourne vers Tifa) : Elle a sniffé le néoprène des soupapes ou quoi ?

Tifa (avec un soupir) : Nan ! Elle est toujours comme ça.

Nero (effondré) : Ah…

Cid (tout bleu, les bras en l’air) : Mais arrête ! Tu m’étouffes !

Shera (enfonce un doigt dans ses pectoraux) : Dis donc c’est de plus en plus confortable ! C’est des anabos ?

Cid (gêné, gêné, gêné ) : hein ?

Tifa (raisonnable) : Mais lâche-le ! Tu vois bien que tu l’emmerdes !

Shera (le regard qui tue) : Kessapeut t’foutre ? Occupe-toi de tes commandes et lâche-moi le théorème !

Cid (Shera toujours pendue à son cou et qui commence à se sentir plus que mal devant les deux étrangers) : Nom de D… *Bip !* de B… *Bip !* de M…*Bip !*  Shera ! J’ai un vaisseau à commander ! Alors si tu pouvais me lâcher, ce serait pas du luxe !

Shera (sourire de requin): Mais bien sûr… *Slurrrp!*

Cid (qui essaie de se dégager en s’essuyant le cou, de la fumée lui sortant des oreilles) : Je t’ai demandé de me lAcher, avec un “A” !

Shera (petite auréole au-dessus de la tête, sourire innocent) : Oh pardon, j’aurais mal compris…

Loz (à Tifa): Tiens j’aurais bien aimé la faire celle-là…

Yazoo (qui est revenu et s’est faufilé discrètement derrière lui chuchote d’une voix glaciale) : N’y PENSE même pas…

Loz fait lentement pivoter son siège pour se tourner vers Nero et Weiss.

Loz (7e Dan en changement de conversation par des moyens foireux) : Au fait, tous les deux… Vous venez d’où, alors, finalement ?

Tifa : c’est vrai ça, vous ne nous avez toujours pas dit comment vous vous étiez retrouvés là, en fait.

Tout le monde acquiesce énergiquement et les deux concernés échangent un regard affolé…

…à suivre

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Habille-moi !

Rédaction : Shiva Rajah

Corrections : Noriplume

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

*

Après avoir lu ceci, vous ne déshabillerez plus Sephiroth du regard comme avant…

…et ne lirez plus jamais une fic lemon sans éclater de rire !!


Les yeux de Cloud, morceaux de ciel d’azur prisonniers de deux franges de cils mordorées, brillaient d’excitation.

Languissamment allongé sur le lit, il se passait le bout de la langue sur les lèvres en regardant Sephiroth glisser ses cuisses puissantes et marbrées dans l’échancrure du slip kangourou réglementaire en épais coton blanc, fourni deux fois l’an par l’intendance SOLDAT.

Les élastiques, distendus par l’usage, bâillaient, dévoilant le galbe d’une fesse ferme et cambrée. Par la poche, elle aussi agrandie et malmenée par de nombreuses urgences urogénitales, on entrevoyait la chair tendre et rosée d’un testicule duveteux – kiwi de platine lové dans un nid de coton devenu trop vaste pour lui.

- Que regardes-tu ? demanda le grand général, assis sur le tapis en train d’enfiler un chaussette de laine aussi réglementaire que le slip.

- Le grain de ta peau, ronronna Cloud, soudain joueur, en lui tendant la deuxième chaussette.

Sephiroth la fit sensuellement glisser le long de sa cuisse tendrement galbée avant d’en couvrir son pied élégant, dont un orteil souple dépassa par l’entrebâillement non voulu d’un trou dû à l’usure.

Il se leva en tenant son slip de sa main pour l’empêcher de tomber et se pencha pour déposer un baiser sur la nuque blonde.

- Où as-tu caché mon maillot de corps, petit coquin ? susurra-t-il à l’oreille du garçon.

Cloud se retourna, lui saisit les bras et l’attira à lui.

Ce faisant, le slip réglementaire de son supérieur glissa sur ses chevilles mais le garçon le remonta d’une main experte avec cette facilité que donne l’habitude.

- Attends, je vais t’arranger ça, promit-il d’une voix enrouée par le désir, en se penchant vers le sous-vêtement récalcitrant.

Sans quitter le général des yeux, il repéra un petit trou dans la couture, par lequel dépassait l’élastique fatigué. Il le sectionna d’un coup de dents et Sephiroth poussa un gémissement expressif en renversant la tête en arrière, frissonnant de désir.

Le jeune homme tira ensuite sur les deux bouts de l’élastique, resserrant l’échancrure du slip kangourou, et fit un gros double noeud marin pour l’empêcher de glisser à nouveau sur les jambes ivoirines.

- Ah… soupira Sephiroth. Tu me rends fou… Tes noeuds sont si beaux… Tous tes noeuds, ajouta-t-il en caressant ses mèches blondes.

Avec un sourire pervers, Cloud sortit un maillot de corps assorti au slip de dessous les draps.

Après un instant d’hésitation, uniquement destiné à faire monter le désir d’un cran, il le lui tendit en se passant la langue sur les lèvres, tel un fauve sur le point de sauter sur sa proie, et rugit sensuellement.

- Grrrrrrr…

Bien conscient de l’émoi qu’il provoquait, le grand général enfila le maillot de corps très lentement et joua un instant avec les bouloches du coton fatigué qui lui moulait le haut du torse jusqu’au dessus du nombril.

Cloud passa un doigt sur le ventre musclé que le maillot, rétréci par lavages répétés, laissait à découvert et se laissa retomber lourdement sur le lit en soupirant.

- Qu’y a-t-il, mon amour ? demanda Sephiroth en remontant ses chaussettes de laine jusqu’aux genoux, ce qui agrandit le trou d’où dépassaient maintenant deux délicieux orteils d’albâtre.

- Pourquoi faut-il que tu me quittes ? soupira l’amour en question.

Le général revêtit son pantalon de cuir souple et ses bottes.

- Une mission m’attend, tu le sais bien.

- Oui, je le sais…

Le garçon se mit en boule dans les draps pendant que Sephiroth finissait de boucler les attaches de son élégant manteau de cuir noir.

Lorsque ce fut fait, il embrassa furieusement Cloud avec un déchirant :

- Adieu, mon amour… A jamais !

Le garçon, des larmes diamantines perlant au bout de ses longs cils dorés, le regarda sortir dans une envolée de cuir noir impeccablement ciré et de magnifiques cheveux argentés.

MORALITE :

Avant de baver et de fantasmer sur des personnages sexy aux atours somptueux, demandez vous ce qui se cache en dessous…Vous baverez beaucoup moins et votre clavier s’en portera beaucoup mieux !

Et vous savez quoi ? J’ai toujours pas honte !! :-D

***

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Part 2 - Dans l’espace, personne ne vous entendra crier : “Oh, non ! Pas eux !”

Intérieur vaisseau. Coursive : Reno, Sephiroth, Cid, Cloud, Kadaj, Loz, Yazoo, Weiss, Nero.

Reno (en enfilant un gros scaphandre) : Au fait… Pourquoi c’est moi qui dois y aller, d’abord ?

Sephiroth : On a pas de scaphandre avec la place pour mon aile.

Reno (regard noir) : Toujours une bonne excuse…

Cid : Allez préparer le sas hermétiquo-spatial de décontamination cosmique Alpha Y12 !

Reeve : T’es payé au mot ? Qu’est-ce que tu veux décontaminer ? Ils viennent de l’espace. Y’a rien qui peut vivre dans l’espace, et surtout pas des micro-organismes !

Loz regarde les pieds de Vincent et ouvre la bouche pour faire un commentaire enthousiaste.

Vincent (trèèèès menaçant) : Si j’entends un mot sortir de ta bouche…

Il referme son gant métallique devant le nez de Loz avec un bruit sinistre, comme s’il écrasait quelque chose.

Loz (une main protectrice sur ses parties intimes et l’autre désignant les hommes à l’écran) : Rien ne vit, rien ne vit… Et eux ? Ils vivent pas dedans p’être ?!

Kadaj (tordant le nez) : Ca… on verra à l’autopsie.

Reeve : Techniquement parlant, si on fait une autopsie, c’est qu’ils sont morts. Et s’ils sont morts, c’est qu’ils ne vivent pas. Logiquement. Enfin à moins d’être des morts-vivants, bien sûr. Encore que techniquement parlant…

Cloud : Tu veux aller déboucher les gogues avec ta technique ?

Kadaj : Grand fr… Sephiroth ! Le sas est prêt !

Reno (en aparté à Cloud) : Encore un pistonné, ça.

Cloud (en aparté à Reno) : T’es mal placé pour dire ça, vu ton ignorance totale du fonctionnement du Startrash qui nous fait perdre plus de temps que si t’étais pas à bord… Je me demande bien comment t’as gagné ta place ici, d’ailleurs. Y’a marqué quoi, comme fonction, sur ta feuille de paye ?

Reno (vexé, marmonne) : mllsponsmrltrp…

Cloud : Hein ? J’ai pas entendu.

Reno (boude, s’éclaircit la gorge et récite) : « officier responsable du maintien de l’ambiance et chargé de veiller au moral vainqueur des troupes. »

Cloud (bouche bée) : C’est bien du langage administratif, ça !

Loz : Des troupes t’as dit ?

Reno (renfrogné) : C’est s’kiya d’marqué sur mon contrat !

Loz (le détaille des pieds à la tête avec un sourire inquiétant à rendre dépressif le requin des dents de la mer) : J’crois que mon moral aurait besoin d’un petit coup de main, dès que t’auras un moment…

Reno passe par une gamme de couleurs rouges-rosées et préfère s’enfuir en courant vers le sas (enfin courir… C’est un bien grand mot ! Se déplacer aussi vite que son scaphandre le lui permet, du moins).

Reno (crie depuis le sas) : Ca y est ! J’y suis ! J’suis parti ! J’suis plus là !

Loz (en aparté) : Tu perds rien pour attendre…

BOUM BOUM BOUM (Bruit de du cœur de Yazoo qui se met à battre de désespoir comme la grosse caisse de la garde républicaine.)

Loz (tendant l’oreille) : Tiens, le joint de culasse à encore lâché ?

VLAAAAAAAAAN ! (gifle de Yazoo à décoller la tapisserie)

Yazoo : Au premier mouvement d’approche du rouquin j’t'arrache les yeux, je les accroche à tes oreilles et j’attache le tout avec tes boyaux pour m’en faire un collier ! C’est clair ?

Loz (la main sur la joue et des grosses larmes dans les yeux) : M’enfin…

Vincent (ignorant la scène avec application) : Amiral, Reno vient d’opérer l’approche et l’arrimage des deux corps étrangers et amorce à présent la phase de déplacement dans la direction approximative du sas alpha tango charlie Y 12.

Cid : Tu pourrais pas dire “Ils les a attrapés et il revient par ici”, non ?

Vincent : C’est toi qu’as commencé à te la péter avec ton sas alpha machin truc !

Tout le monde attend impatiemment que le sas ait fini de se remplir d’air et les portes d’acier au tungstène s’ouvrent dans un chuintement métallique (pour autant que du métal puisse chuinter). Reno, toujours engoncé (c’est un mot qui m’amuse assez, aussi, celui-là) dans sa combinaison spatiale dernier modèle, se débat avec son casque. Les deux rescapés, eux, en voyant la fine équipe, ont les épaules qui descendent de 20 cm (au moins).

Vincent (chuchote à l’oreille de Cloud, un peu inquiet, en détaillant l’espèce de camisole de force et le mors que porte le maigrichon brun du duo) : T’as vu c’te dégaine ? Tu crois qu’il est dangereux ?

Cloud (chuchote à l’oreille de Vincent, pas très rassuré non plus) : P’tet qu’il mord… C’est pour ça qu’on lui a mis une muselière…

Cid (posture style « Héros de Manga » : pleine page, une main sur la hanche, l’autre sur l’échancrure de son blouson, l’air martial et concentré, tendu tout entier vers un seul but - qui a demandé : ” le popotin de Vinny ? ” ?) : Je suis le seul maître après Dieu - et encore - sur ce vaisseau. Amiral en chef du Startrash, actuellement en mission d’exploration de l’espace infini, vers les frontières de l’inconnu, vers lesquelles se dirige notre vaiss…

Sephiroth toussote d’un air gêné.

Cid (perd de sa superbe d’un coup et termine plus calmement) : …enfin se dirigera dès qu’on aura fini de réparer et qu’on saura où on est. Mon nom est Cid.

Nero (soupire, consterné, en consultant l’Atlas des mondes parallèles en 789 tomes qu’il a toujours sur lui) : Oui, oui, Cid Highwind, ingénieur mécanicien de génie, pilote émérite, blablabla, on sait… (Marmonne pour lui-même) C’était pourtant bien au deuxième rideau de ténèbres qu’il fallait tourner… J’comprends pas…

Cid (fier comme un chocobo le jour de la saillie) : Ma réputation m’a donc précédé sur votre planète ? C’est où ? On y parle donc de moi ?

Nero : Hein ? Si on veut. Je suppose que notre tête à nous ne dit rien à personne ? Non ? Ca m’aurait étonné… Moi, c’est Néro et mon frère, Weiss.

Weiss (tête baissée, grommelle en direction de son frère) : grmmllgrmlgrml…

Cid : Pardon?

Nero (transperçant Weiss du regard) : Oh ! Ca va, hein ! Je voudrais bien t’y voir !

Kadaj (sautille entre les deux avec le doigt en l’air) : J’ai entendu, j’ai entendu ! Il a dit: “C’est pas vrai, une infinité de mondes parallèles, on pourrait être n’importe où, n’importe quand, mais non, il a fallu que tu nous fasses atterrir au milieu de cette bande de nymphes !”

Yazoo (se réfugiant dans les bras de Loz pour pleurnicher) : Ah ! merde, j’en ai marre qu’on me prenne pour une fille !

Cloud à Reeve : Ca ressemble à Yazoo, les nymphes?

Reeve : Pas que je sache.

Weiss (rouge comme la planète du même nom - pas « Weiss », rouge. Mars ! La planète rouge. Ah ! quand même !) : Pas des nymphes. J’ai dit “cette bande de nymphOs”

Cid (outré, se congèle sur place et siffle de rage comme une bouilloire) : Des… “nymphos” ?

Grand silence.

BBZZZZZZZZZZZZZZ (mouche qui passe)

Nero : C’est pas un terme réservé aux filles, ça ?

Weiss : Sais pas. J’ai pas mon dico sous la main. Ca leur va bien en tout cas.

Vincent (profondément choqué) : Et ça veut dire quoi, ça ?

Weiss avise Yazoo, qui s’est reculé un peu à l’écart et dont le moral est en train de s’élever rapidement sous l’action du coup de main de Loz.

Weiss (pointant un doigt vers eux en prenant un teint de coquelicot.) : Ça veut dire ça, par exemple.

Tout le monde se retourne et assiste à un spectacle affligeant :

Sous une dégoulinade violonesque, anges, libellules, piafs, papillons et autres bestioles romantiques typiques des mangas envahissent la scène en faisant des bruits bizarres et en rebondissent sur la tête des uns et des autres, qui regardent le “baiser le plus amoureux depuis Roméo et Juliette”, agréé par la livre des Records sous surveillance d’huissier, en se retenant les mâchoires avec des élastiques pour ne pas qu’elles cognent sur le sol.

Sephiroth (Essaie d’avaler sa salive pour parler mais il a la gorge plus sèche que le Cosmo Canyon - de honte bien sûr, qu’allez-vous imaginer !) : C’est pas bientôt fini, non ! Quelle honte pour notre nom ! Notre réputation ! Notre famille !

Il sort sa Masamune et SCHBON -CRACK-BABOOM-FSSSSSSSIIMM-PAF !

Explosions, gerbes de lumières, papier peint des coursives réduit en compost, galeries sont soufflées de l’intérieur, débris qui volent dans tous les sens !

(NDLA : Où sont les gars d’I.L.M. quand on a besoin d’effets spéciaux ? Je veux devenir George Lucas à la place de George Lucas !)

Cid (assez effondré) : Bon, alors on a deux argentés inconscients, un décor à refaire et deux étrangers qui semblent nous connaître à garder en observation… J’ai bien résumé la situation ? D’autres dégâts ou d’autres blessés ? Non ? Alors tous à vos postes. Exécution !

Tout le monde s’éparpille pour obéir aux ordres de l’amiral Cid dans un désordre sans nom -comme d’habitude quoi…

...à suivre

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Part 1 - Perdus dans l’espace, cernés par le danger… et en panne !

Voix off : Dans l’espace intergalactique multidirectionnel,  un vaisseau spatial, le Startrash,  voguait…ou plutôt cahotait vers les étoiles, propulsant l’amiral Cid Highwind et son équipage, vers le vide infini, grâce à ses puissants  moteurs hybrides diesel/jus de betterave (sans OGM).

Le producteur : Merde, Robert… C’est quoi cette histoire de betteraves, encore ?

Voix off : C’est des écolos, faut planter le décor, créer l’ambiance, tout ça !

Le producteur : Bah voyons… Et le plein, ils le font où ? Sur Vénus ?

Voix off : Chut ! Ca enregistreuhhh… Ahem ! Je disais donc que l’équipage du Startrash, après avoir échappé de justesse aux guérilleros sanguinaires, aux mouches tse tse, à la chtouille grimpante et à la fièvre aphteuse, voguait vers les étoiles…

…rien…

Voix off : Euh… Images !

…rien…

Voix off : Images !

…toujours rien…

Voix off : J’ai dit : « IMAGES », bordel !

FONDU

INTERIEUR VAISSEAU, SALLE DES MACHINES : Cid, Vincent.

Cid : Comandant Valentine, quelle est notre position ?

Vincent (qui feuillette rapidement son petit kamasoutra de poche illustré) : Euh… Attends voir…

Une pellicule de glace façon banquise se répand à partir des pieds de Cid et recouvre tout le sol de la salle des machines en une fraction de seconde.

Vincent (Pris d’un froid soudain, commence à sautiller d’un pied sur l’autre en se frictionnant les bras.) : Tain, on gèle ici, qu’est-ce qui se passe ?

Une vague de colère à haute tension fait exploser la banquise en grêlons qui s’abattent sur lui en même temps qu’un terrible :

Cid (écarlate) : Je veux parler de la position du vaisseau !

Vincent (largué 20 bornes derrière) : Ah ! Euh… Bonne question.

Cid (effondré) : L’interphone, Vinny, l’interphone…

Vincent (hurlant dans l’interphone relié au pont de commandement) : Sergent Tifa ! Où sommes nous ?

Tifa : Impossible à dire, mon commandant.

Vincent : Gnein ?

Tifa : Le caporal Kadaj a renversé du soda sur les claviers et le sucre a pris…

Cid (braille, vert de rage) : Du soda ?! Sur MES claviers, dans MON vaisseau ? Et qu’est ce que vous attendez pour faire venir l’équipe de maintenance ?

Tifa (manquant d’avaler son stylo supersonique à infrarouges violets) : Oui, amiral. Tout de suite, amiral.

FONDU

INTERIEUR VAISSEAU, PONT DE COMMANDEMENT : Tifa, Cid, Vincent, Yazoo, Loz, Sephiroth, Kadaj.

Tifa (penchée sur le micro de sa console) : Cloud ! Ramène tes fesses sur le pont de commandement !

Cloud (dont la voix grésille dans l’oreillette de Tifa) : Oui ben les guogues, y vont pas de déboucher tous seuls !

Tifa (hystérique) : Ca urge ! (dans un murmure) Le patron est en pétard…

Cloud : Ou est Seph ?

Tifa : Il est pas avec toi ?

Cloud : S’il était avec moi j’te poserais pas question, banane !

Tifa : La dernière fois, il était dans la soute. Y’a un moteur qui tousse, le joint de culasse a pété.

Cloud : Encore ? !

Tifa : Nan, la première fois c’était pas joint de culasse, c’est qu’il s’était pris les cheveux dans les turbines !

Cloud (c’est plus de l’esprit pratique, c’est de la radinerie) : Bah, s’il perd une jambe, il aura des réducs sur les tarifs de la SNCM ! (NDLA :  Société Nationale des Chemins de fer de Midgar. « SNCM, c’est possible » - d’appeler à l’aide ?) Qu’est-ce qu’il fichait dans le moteur ?

Tifa : C’que j’en sais moi ! Avant-hier on l’a bien retrouvé dans le sas d’évacuation du vide-ordures. J’ai bien mis cinq heures à lui décrasser l’aile. Mais magne-toi j’te dis !

Cloud : C’est bon, ça va, je vais le chercher ! Mais vous plaignez pas si ça dégorge !

Cid (qui vient d’arriver sur le pont de commandement avec Vincent) : Lieutenant Yazoo, y a-t-il quand même un moyen de déterminer notre position ?

Yazoo : Ben… On vient de dépasser une planète toute noire. Avant ça, y’en avait une toute verte et toute bizarre et maintenant y’a plus rien…

Cid (qui s’assoit avec difficulté et se donne une claque sur le front - mais non c’est pas l’âge, c’est les émotions fortes) : Mais qu’est ce que je fous avec une bande de bras cassés pareils ! Qu’est ce que j’ai fait pour mériter ça ?

Vincent lui tapote l’épaule, compatissant.

Vincent : Mais, non… Mais, non… Allez, allez…. Ca va s’arranger.

Patapatapatapata (bruit de pas précipités) Chplong (tiens, il a buté sur un truc) Haïïïeee (il s’est fait mal) Drlinglingdroingoingdringdring (bruit de trucs qui dégringolent et…Sephiroth apparaît, en salopette argentée anti-rayonnements-super-design (sans rien dessous), affublé de lunettes de soleil et d’un Walkman sur les oreilles. Il les regarde en faisant une bulle avec son chewing-gum sans sucre.

Sephiroth (décontracté) : S’lut ! Cloud m’a dit qu’y avait eu une cata ? (Loz lève la main et lui montre son clavier, qu’il examine minutieusement) Pffiiuuu ! Ah, ouais…

Loz : Et à part ça ?

Sephiroth (en mettant ses lunettes sur son front) : Faut tout virer !

Cid, Loz, Tifa, Yazoo (catastrophés) : QUOI ?

Sephiroth : les circuits sont bousillés, les boutons sont collés, et l’écran… c’est quoi ce truc gluant sur l’écran ?

Vincent (tout bas à l’oreille de Cid) : Quand je te disais que ça avait giclé…

Loz (qui a tout entendu, mesurant la distance entre son tableau de bord et le fauteuil de commandement d’un regard admiratif) : Ouaouh !

Cid (en toussotant, gêné) : Ahem ! Alors ?

Sephiroth : Alors faut tout changer !

Cid : Non ! Non, non, non et non ! On a besoin de ce tableau de bord tout de suite ! C’est urgent ! Toi comprendre ? U*R*G*E*N*T ! Lis sur mes lèvres ! Read on my lips : URGENT !

Sephiroth : Oui mais… non. Y’a pas d’alternative, désolé.

Loz : Et ça va te prendre combien de temps ?

Sephiroth (en enroulant une mèche de cheveux autour de son doigt) : Un ou deux jours. Trois ou quatre si on s’y met à plusieurs.

Yazoo : Hein ? J’ai pas tout suivi là…

Sephiroth (agitant la main) : Laisse tomber, c’était une blague.

Cid (fulminant) : Eh bien j’ai pas envie de rire, moi, mÔsieur ! On est perdus au fin fond de… de j’sais même pas où, d’abord, avec un tableau de bord bousillé et un joint de culasse en miettes !

Yazoo (d’une toute petite voix) : Et les chiottes bouchées, amiral.

Cid (se tournant vers Sephiroth) : Ah ! parce que c’est pas encore réglé c’t'histoire ? Ca fait trois jours !

Sephiroth (renfrogné) : Oui ben plaignez-vous à Cloud, c’est lui qui doit s’en occuper ! Il est hors de question qu’je foute les mains là-dedans ! J’avais dit à Aerith que son chili con carne c’était pas une bonne idée !

A la pensée du chili D’Aerith tout le monde entend ses tripes émettre des bruits bizarres.

Cid (qui doit quand même s’en prendre à quelqu’un pour passer ses nerfs du moment) : En attendant, si le tableau de bord est « dead », c’est à cause de Kadaj !

Sephiroth : Hein ?

Yazoo : Ouais… Il a renversé du soda sur le clavier de Loz.

Sephiroth (genre grand frère mitigé papa poule gonflé d’arrogance paternelle et bien décidé à mettre son frérot-fiston en face de ses responsabilités) : Appelle-moi ce sagouin !

Yazoo lui désigne du pouce une armoire remplie de composants électroniques.

Voix de Kadaj (qui se planque derrière) : Quel mouchard, çuila !

Sephiroth (qui tape-tape du pied, les bras croisées et le regard mauvais) : Sors de là ! Je peux savoir comment tu t’es débrouillé pour renverser du soda sur la bécane de Loz ?

Kadaj, pivoine, regarde Tifa, qui se détourne en sifflotant.

Kadaj : Bah… J’ai perdu le contrôle. (Et rajoute précipitamment :) De la bouteille.

Sephiroth : Ah ! t’as perdu le contrôle ! Eh bien maintenant, à cause de toi, on est dans la merde ! Alors la prochaine fois, ton coca tu le tèteras à la paille et dans un gobelet fermé !

Tifa ricane et Loz la regarde de travers, suspicieux.

Reeve (qui rentre, une éprouvette à la main) : Ca y est, j’ai trouvé !

Vincent : Quoi donc, doc ?

Reeve : Le champignon à l’origine de ta mycose des pieds ! (il met l’éprouvette sous le nez de Vincent) Regarde !

Cid dévisage Vincent d’un air dégoûté et tout le monde pouffe plus ou moins discrètement.

Vincent (entre ses dents) : Merci de la discrétion, Reeve…

Reeve : C’est à cause de tes chaussures en ferraille. Ca respire pas ! Faut vraiment que tu changes pour quelque chose d’un peu plus léger et ventilé.

Cid (en assénant une tape sur la nuque de Yazoo, qui s’étrangle de rire derrière un bloc-notes qu’il fait semblant de lire) : Doc, avez-vous pu analyser un échantillon de ce qui nous entoure.

Reeve : Oui, nous sommes visiblement au bord d’une sorte de trou noir. Mais c’est bizarre…

Yazoo : Quoi donc ?

Reeve : Bah le trou noir ! Il ressemble à une sorte de vapeur qui bouge…

Cid (à Vincent, en se tapotant la tempe du doigt) : Qu’est ce qu’il nous bave, là ?

Reeve : La vérité ! Je vois pas d’où ça peut venir.

Loz (montrant l’écran de contrôle du doigt, enthousiaste) : Moi je sais ! Moi je sais !

Tous se tournent vers l’écran et voient, flottant près du vaisseau dans une sorte de nébuleuse noire mouvante, une forme blanche inanimée avec de longs cheveux argentés.

Kadaj (fixant le truc) : D’où il sort, lui ?

Tifa (compatissante) : Il a l’air inconscient.

Cid (comme s’il regardait un rat de laboratoire) : Comment il fait pour respirer là dehors ?

Tifa (rêveuse) : C’est ses abdos, qu’on voit, là ?

Sephiroth : C’est quoi ce truc noir et bleu tout moche avec des tuyaux partout ?

Cid : Yazoo ! Plus grand, l’image !

Tifa (de plus en plus rêveuse) : Il est drôlement grand, non ?

Loz : On dirait un type en pantalon de pyjama et un homme-grenouille tout maigrichon avec une tenue de plongée ridicule !

Tifa : Eh, il nous fait des signes ! Coucou ! (Elle se tait en remarquant que tout le monde la dévisage avec une grimace consternée) Oh, ça va…

Yazoo : qu’est ce qu’ils font là, au milieu de nulle part ?

Reeve (sortant une calculette) : D’après mes calculs nous serions au point de symbiose d’une déchirure biotemporelle intergalactique à atomes structurants dont les strates métamorphosantes décomposent la masse.

Tout le monde le regarde avec des yeux comme des soucoupes.

Reeve (soupirant devant tant d’ignorance) : Ils ont du être aspirés ailleurs et recrachés ici.

Tifa : M’enfin, réveillez-vous ! On peut pas les laisser là ! Il faut aller les chercher !

Cid (sourire sadique) : Ben voyons ! Et… qui se dévoue, que je rigole ?

Tout le monde regarde ses pieds, le plafond, son voisin, ses ongles, etc.

Sephiroth (subitement inspiré, appuie sur l’un des boutons de l’interphone) : Reno ! L’amiral te demande sur le pont !

Voix ensommeillée de Reno : Ah ?

Sephiroth : Tout de suite !

Voix de Reno : O.K.

Les autres : Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! (Bruit des applaudissements nourris) Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! Bravo ! Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! Hip, hip, hip ! Clap ! Clap ! Clap ! Clap !

Sephiroth (saluant à la ronde) : Merci, merci ! Non, c’était rien, franchement… Merci ! Non, vous me gênez… Merci, Merci ! Merci !

…à suivre

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VII - Et moi qui me noyais. Et toi qui l’ignorais…

«Un savant, c’est quelqu’un qui sait des choses qu’il faudrait

savoir mieux que lui pour être sûr que ce n’est pas un imbécile.»

Jean Paulhan

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

Rude rangea son téléphone dans la poche intérieure de sa veste après avoir lu le message et vérifia rapidement sa mise impeccable dans l’un des miroirs ornementés de filigranes de bronze qui surplombaient les luxueux lavabos de marbre bleu.

Il pinça sa joue pour en tester l’élasticité et fronça le nez.

- Tu réalises que Vincent doit avoir dans les… soixante ans ? C’est dingue… Il en paraît quoi ? Vingt-cinq ? Trente ? Des années dans une boîte. Tu imagines ? Oh ! Reno ! Je te parle. Reno ?

Il frappa à la porte des toilettes, d’où les bruits écoeurants de vomissements répétés avaient cessé depuis un petit moment.

- Reno, ça va ? Reno ? Reno, merde, réponds !

- Ca va, ça va, j’suis pas sourd, répondit une voix enrouée.

- T’es O.K. ?

- Ouais… Ouais, je vais bien… Enfin je crois…

- Bah, ça a pas l’air.

- Je vais bien, j’te dis ! C’est bon, arrête de brailler, tu me donnes mal au crâne !

- Il faut y retourner, mec.

- Ouais, je… Vas-y ne m’attend pas, je… Je me passe le museau sous la flotte et je te rejoins tout de suite.

- Tu es sûr que ça va aller ? s’enquit le grand turk, circonspect. T’as vraiment pas l’air en forme, tu sais ? Tu crois vraiment que c’est ces putain de vidéos ? T’aurais pas plutôt mangé un truc qui n’est pas passé ?

- Ca va, je te dis ! File ou sieur « troisième oeil » va encore piquer sa crise.

Rude soupira, hésita un instant mais finit par quitter les toilettes pour hommes.

Dès qu’il entendit la porte se refermer, Reno déverrouilla la sienne et alla s’appuyer sur le rebord de marbre de l’un des lavabos.

Le miroir lui renvoya son reflet.

Il était aussi blême que sa chemise et ses immenses yeux aigue-marine, d’habitude si doux, étaient gonflés et injectés de sang.

- Reno, t’as vraiment une sale tronche, mon vieux… gémit-il en s’aspergeant le visage d’eau froide.

Il avait besoin d’un remontant.

D’instinct, sa main se porta à la poche intérieure de sa veste mais il se souvint que sa flasque d’argent était vide.

- Merde…

Il regarda sa montre et pinça les lèvres.

S’il se dépêchait, il pouvait aller dans sa chambre pour la remplir vite fait et en revenir en moins de trois ou quatre minutes chrono. Tant pis s’il arrivait un peu en retard et que Tseng lui servait son « regard qui flingue », certaines choses étaient plus importantes que d’autres.

Sa décision prise, il fonça dans le couloir en direction de l’escalier monumental qui menait aux étages de l’aile Ouest.

***

- Voilà pour Sephiroth, annonça Vincent en faisant signe à Shelke d’arrêter la projection sur l’écran géant.

Il fit rallumer les lumières et considéra les visages de l’assistance avec gravité.

La plupart des regards étaient perdus, hagards et profondément choqués, particulièrement celui des femmes et de Barret, dont l’instinct paternel - fut-il seulement d’adoption - avait crié au supplice tout le long de la projection.

Cloud, lui, regardait ses bottes d’un air absent, essayant désespérément de faire le rapprochement entre ce qu’il venait de voir, le Sephiroth qu’il avait connu, celui qu’il avait imaginé durant des années à travers les coupures de presse et les reportages TV et celui qu’il était devenu.

Que le grand général ait été pris de folie n’était guère étonnant. Ce qui l’était davantage c’est qu’il ne soit pas devenu fou bien plus tôt…

Sous l’écran, Rufus s’agita nerveusement sur sa chaise, incapable de regarder ceux qui lui faisaient face, et Vincent le prit en pitié, sachant très bien ce qu’il devait ressentir. Après tout, c’était la Shinra qui avait financé toutes ces horreurs, les avait soutenues et même encouragées…

Du coin de l’oeil, il vit Reno avaler discrètement une goulée d’alcool fort sorti d’une flasque. Flasque qui, pour la plus grande panique du jeune homme, lui fut arrachée aussitôt des mains par Tseng.

Loin de lui tenir rigueur de cette entorse au règlement, le leader des turks avala lui aussi une longue gorgée avant de lui rendre le petit récipient en grimaçant sous l’effet de la brûlure du liquide.

Rude, Reno et Elena le dévisagèrent comme si des cornes venaient soudain de lui pousser sur le front mais ne se permirent aucun commentaire.

- D’autres questions sur ce que vous venez de voir ? demanda Vincent. Dans ce cas, passons à la suite.

- Attends ! intervint Cid, faisant lever la tête à Shalua. Moi, j’en ai une : ça nous avance à quoi, tout ça ? Je veux dire, O.K. c’est horrible, il a vécu des trucs qui auraient rendu taré n’importe qui et je suis aussi vraiment très… flatté, ouais, flatté que tu nous fasses suffisamment confiance pour avoir accepté de dévoiler ainsi ton passé devant nous mais, sans vouloir t’offenser ou salir la mémoire de Lucrecia… Ca change quoi, bordel ? A part raviver des souvenirs douloureux, ça sert à quoi, Vincent, merde ?

Tifa serra les dents pour ravaler les larmes qu’elle retenait depuis qu’elle avait vu les flammes dévorer Nibelheim sur l’écran géant.

- Cid a raison, renchérit Cloud d’une voix brisée. Ca sert à quoi, de revenir sur tout ça ?

L’ancien turk prit une profonde inspiration et avança d’un pas.

- Je veux vous faire comprendre comment et pourquoi Jenova agit et prend le contrôle de ceux qu’elle a infectés. Et tu devrais te sentir plus concerné de personne, Cloud, parce que tu es loin d’être à l’abri, mon garçon…

Cette affirmation et le ton ouvertement paternaliste, si rare chez Vincent, agitèrent l’assistance d’un frisson désagréable.

- Qu’est-ce que tu veux dire ? bredouilla le jeune homme, les mains crispées sur les bords de sa chaise. J’ai reçu les cellules de Jenova, d’accord, mais je sais qu’à mon niveau, ça ne…

- Tu ne sais rien, Cloud, le coupa Vincent d’une voix douce, je te l’ai déjà dit. Tu n’as pas idée de ce qu’elle est capable de faire et de la façon dont elle agit sur ceux qu’elle infecte. Tu te demandais pourquoi Sephiroth n’avait aucun souvenir de ce qui s’était passé dans le réacteur ? Tout simplement parce que Sephiroth est mort à l’instant précis où il a découvert les expériences d’Hojo et qu’il a réalisé ce qu’il était.

- Je ne te suis pas.

- Jenova l’a dévoré. Ses doutes, sa panique et l’horreur qu’il a éprouvés ont ouvert grand la porte de son moi le plus intime à cette maudite entité. Elle n’a eu aucun mal à s’y faufiler pour prendre le contrôle. N’as-tu pas fait cette expérience toi-même, Cloud ?

Le jeune Soldat baissa les yeux un instant, honteux de cette partie de son passé.

- C’est vrai. Mais j’ai su y faire face et reprendre le contrôle. Je ne…

- Tu as réussi ? releva le turk. Tu as réussi, Cloud ? Ou tes amis, tes proches, ta « famille » t’ont aidé à réussir ?

- Je ne le nie pas mais…

- Il avait qui, lui ? demanda Vincent en élevant légèrement la voix, le doigt pointé vers l’écran géant où l’image figée de Sephiroth considérait le fond de la salle d’un regard vide. Qui avait-il pour le mettre en garde, l’aider et le protéger ? Qui, Cloud ?

Un silence aussi pesant qu’une chape de plomb tomba sur la salle.

Tous semblaient avoir soudain trouvé quelque chose d’incroyablement intéressant à étudier sur le sol ou leurs chaussures.

- Personne ne doit se sentir coupable, reprit plus calmement Vincent. C’est le modus operandi de Jenova : couper ses victimes de tout ce qui peut les rattacher à un groupe, à une famille ou même à un conjoint pour pouvoir les contrôler plus aisément. Faire en sorte qu’ils ne voient que par elle et pour elle. Leur faire croire qu’elle est leur seul salut et leur seule possibilité d’avenir. C’est son pouvoir. Concentré jusqu’au coeur même de ses cellules.

- Mais… pourquoi ? intervint Elena. Dans quel but ?

- Pourquoi certains illuminés ont-ils besoin de disciples toujours plus nombreux dans le seul but de les adorer et d’asseoir leur exécrable pouvoir ? Et pourquoi certaines personnes d’apparence équilibrée se laissent-elles embrigader dans des sectes ou des organisations douteuses ? Parce que, malheureusement, il y aura toujours des gens désespérés ayant besoin de croire en une créature suprême, capable de leur proposer autre chose que la vie misérable ou solitaire qu’ils mènent. Et qu’il y aura toujours aussi des insensés pour vouloir devenir cet être suprême. Jenova a besoin de faire croire à un avenir, à un paradis. Pour qu’on l’adore. Pour qu’on la vénère. Pour pouvoir s’amuser de ce que ses créatures sont capables de subir en son nom. Un peu comme ces chercheurs qui ouvrent le ventre d’un rat pour savoir combien de temps il peut rester les tripes à l’air, j’imagine. Ce n’est pas Sephiroth qui voulait devenir un Dieu. C’est elle… Détruire la planète, c’est pouvoir récupérer ce qui l’alimente. Des légions d’âmes esseulées prêtes à se prosterner à ses pieds. Nous. Nos ancêtres. Nos parents. Nos amis. Nos enfants… Comprenez-vous, à présent, pourquoi Aerith a agi comme elle l’a fait ? Pourquoi la rivière de la vie a accepté de nous rendre Sephiroth et ses frères ? Pourquoi nous devons les protéger à tout prix de la convoitise de Jenova ?

Rufus s’agita sur sa chaise.

- Mais… S’il est des créatures en qui Jenova est présente en des proportions terrifiantes, c’est bien eux. Ils sont de véritables bombes à retardement !

Vincent acquiesça.

- C’est précisément pour ça qu’ils ne doivent en aucun cas retomber dans ses filets. Aerith les a en quelque sorte momentanément « purgés » de l’influence néfaste de Jenova et c’est la raison pour laquelle ils sont si affaiblis mais notre calamité tombée du ciel n’attend qu’une occasion pour reprendre le dessus sur leur volonté via les cellules qui sont en eux… et en Cloud.

Ce dernier frémit à ces mots et Tifa lui serra furieusement la main, gagnée par l’inquiétude.

- Comment empêcher une catastrophe ? s’enquit Rufus.

- En comprenant comment elle contrôle ses victimes et en sachant à qui nous avons affaire.

Il fit signe à Shelke, qui introduit la seconde carte mémoire dans le lecteur du moniteur de contrôle, et s’assit à côté de Rufus.

A la surprise de tous, Shalua prit le relais.

- Ces expériences ont été filmées dans les laboratoires du cratère Nord, il y a aujourd’hui vingt-sept ans. Je tiens à vous prévenir que ce que vous avez vu jusqu’à maintenant passerait pour un film éducatif à côté de ce qui va suivre.

- Chouette… siffla Reno entre ses dents, sarcastique. En cherchant bien au fond de mon intestin grêle, il doit encore me rester quelques bouchées du dîner d’hier.

Rude lui asséna un coup de coude discret et Shalua fit éteindre les lumières.

Hojo apparut sur l’écran géant.

Il enfila des gants étranges, incroyablement épais, et se dirigea vers une sorte de caisson blanc.

Lorsqu’il l’ouvrit, une épaisse fumée blanche s’en échappa.

- Ces cuves, expliqua Shalua, contiennent du sperme et des ovules conservés dans de l’azote liquide.

Hojo, après une courte hésitation, choisit quatre petites pipettes dans la cuve, deux blanches et deux rouges, et les posa avec mille précautions sur un petit support prévu à cet effet.

La caméra se rapprocha (probablement tenue par un assistant chargé de filmer la manipulation) et chacun put lire les inscriptions sur les pipettes. Les blanches portaient le nom : « SEPHIROTH ». Les rouges : « LUCRECIA ».

Hojo s’installa derrière un microscope électronique et prépara son matériel avec un sourire impatient en faisant signe à une jeune femme en blouse blanche, qui se saisit des pipettes.

- Fécondation in-vitro des spécimens J8 et J9 imminente, annonça froidement une voix hors champ, probablement celle du cameraman.

Des exclamations outragées s’élevèrent dans la salle de conférence.

- Attendez, s’étrangla Cid. Il… Il va pas faire ça, si ?

Shalua pinça les lèvres et l’écran du microscope électronique renvoya l’image d’un spermatozoïde introduit dans un ovule à l’aide d’une sorte d’aiguille creuse.

- Ce… ce malade a fécondé des ovules de la mère avec… avec les spermatozoïdes du fils ? bredouilla Rufus Shinra, le coeur au bord des lèvres.

L’image suivante montra une femme nue au ventre rebondi dans une cuve de régénération. Une quantité incroyable de fils et de tubes de toute sorte paraissait sortir du corps inconscient et étrangement flétri.

- Foetus J8 et J9 à cinq mois de gestation, annonça Shalua en essayant de garder son calme malgré la révolte qui lui tordait les entrailles.

- C’est les cellules de Jenova qui l’ont esquintée comme ça ? demanda Rude, grimaçant.

- Les cellules en question n’ont pas encore été injectées, répondit la jeune femme. Et celles transmises par Sephiroth commencent tout juste à agir.

- Alors pourquoi est-elle si mal en point ? s’étonna Tseng. Pourquoi tous ces tubes et ces sondes ? Je croyais que le but d’une cuve de régénération c’était justement d’éviter tout cet attirail.

Shalua adressa un regard suppliant à Vincent, qui prit une profonde inspiration avant de répondre :

- Parce qu’elle est morte.

Reno tressaillit sur sa chaise.

- Woh, woh, woh… Minute. Comment ça, morte ? Morte à cause de sa double grossesse ? Elle n’a pas supporté d’avoir deux têtards dans bide en même temps, c’est ça ?

Shalua détourna la tête et Vincent se frotta le visage, horriblement mal à l’aise.

- Je crois qu’il veut dire que les embryons ont été implantés dans un cadavre, Reno, fit Elena d’une voix blanche.

Le turk s’affala sur sa chaise, blême comme un suaire.

- Oh, putain, c’est dégueulasse… gémit-il.

- Hojo ne voulait pas risquer les mêmes… « contrariétés » que… qu’avec son épouse enceinte de Sephiroth, réussit à articuler Vincent. Une morte n’a ni sentiments, ni regrets.

Dans la salle de conférence, chacun était pétrifié d’horreur, les yeux fixés sur le ventre du cadavre flottant dans le mako. La tension était telle que lorsque qu’une bosse semblable à une étoile apparut sur le ventre distendu - la pression d’une petite main ou d’un petit pied ? - chacun sursauta sur sa chaise.

Un jeune homme en blouse blanche injecta une substance blanchâtre dans l’un des tubes reliés au placenta du cadavre et un pied minuscule imprima rageusement sa forme dans la chair molle à plusieurs reprises.

- Un sacré bagarreur, celui-là ! essaya de plaisanter Barret pour conjurer l’horreur de ce qui se déroulait sous leurs yeux.

Sans succès.

- Est-ce que… est-ce que les bébés ont survécu ? s’enquit Tifa, au comble de révolte, n’osant demander ce que contenait le liquide qui avait provoqué une réaction si violente de la part de la petite créature.

- Ils sont survécu, oui, la rassura Shalua. Vous connaissez J8 et J9 sous les noms de Yazoo et de Loz.

- Oh ! putain de putain… gémit à nouveau Reno, les paumes pressées sur les yeux, chassant l’image d’un petit visage ovale voilé de longs cheveux fluides.

La porte d’entrée claqua bruyamment et Cloud, debout, considéra le battant avec inquiétude.

A la mention du second nom, Tifa s’était précipitée dehors, les deux mains sur la bouche.

...à suivre

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VI - Désirable comme le mari d’une autre

«On n’appartient qu’à soi-même et c’est à soi-même

qu’on doit la fidélité la plus importante.»

Robert Blondin

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

« Mère… Je les sens à quelques pas de moi. Je sens leur terreur. Je dois les rejoindre. »

« Pas encore. Patience. »

« Ils sont si affaiblis, mère… Si vulnérables… Surtout Kadaj… Il est si jeune…»

« Vincent veille sur eux, ne t’en fais pas. »

« Ils luttent pour se réveiller mais quelque chose les en empêche. Que leur a-t-on fait, mère ? »

« Rien de grave, ils dorment paisiblement. »

« Non, leur sommeil n’a rien de paisible. Je sens leur détresse. Et je la sens, elle. »

« Elle ? »

« Elle rampe vers eux, mère, vers les recoins les plus marécageux et les plus sournois de leur esprit, comme un ver nécrophage attiré par la pourriture… »

« Jenova ? Déjà…»

« Elle guette le moment opportun… Mère, ils sont si fragiles ! »

« Elle ne les aura pas. Vincent l’en empêchera. »

« Vincent ne sent pas leur douleur. Moi, oui. Ils sont une partie de moi. Je dois les aider. Je dois les rejoindre ! »

« Non, mon fils, non, c’est trop tôt. Tu es trop faible. Tu ne pourras pas lui résister. »

« Alors aide-les, mère. Laisse-moi et va auprès d’eux. »

« Je ne peux pas te laisser seul à sa merci, mon fils. C’est précisément ce qu’elle veut. »

« Mais ils ont tellement peur, mère… Ils sont si seuls…»

« Je sais, mon fils. Je sais… Mais nous n’avons pas le choix pour l’instant, hélas. Hélas…»

***

Cid dévala l’escalier menant au laboratoire comme si sa vie en dépendait, les oreilles encore sifflantes des cris et des pleurs du petit garçon qu’avait été Sephiroth, l’estomac retourné par des visions atroces de scalpels, de seringues et d’instruments en tout genre mordant dans la chair et les os.

Au bas des marches, il fut stoppé par deux hommes en costume noir dont il pouvait clairement distinguer le renflement du holster sous la veste à la coupe cintrée.

- Je dois voir Shalua, les gars, fit-il d’une voix rauque.

Le plus grand des deux turks, un butor aux cheveux noirs avec une curieuse cicatrice sur le front, fronça les sourcils en remarquant le fine pellicule de sueur sur le front du pilote et le tremblement de ses mains.

- Vous ne vous sentez pas bien ? demanda-t-il aimablement.

- Si je me sentais bien, je ne me serais pas donné la peine de descendre à cette putain d’infirmerie ! rétorqua Cid, impatient.

Le turk se raidit un peu mais ne releva pas le sarcasme et lui demanda avec un calme olympien :

- Vous êtes ?

- Cid Highwind. Vous voulez une empreinte ADN et une analyse d’urine où ça va aller ?

A la mention du nom, l’homme se raidit et se hâta de décrocher son téléphone portable de sa ceinture pour prévenir Shalua.

Le pilote remarqua le paquet de cigarettes qui dépassait de sa poche et se détourna avec un gémissement douloureux.

- Vous pouvez y aller, amiral Highwind, annonça cérémonieusement le turk en lui ouvrant l’une des portes du couloir souterrain.

- Trop aimable !

Cid pénétra dans un petit bureau impeccablement rangé dans lequel flottait une odeur entêtante d’éther mêlée à… A quoi d’ailleurs ?

Il renifla.

Ce n’était pas désagréable, en fait. On aurait dit un parfum floral indéterminé, très sucré ou… Du caramel ?

Shalua pénétra dans la pièce par la porte opposée et sourit avec une certaine gêne.

Le pilote eut un frisson désagréable en pensant que Sephiroth et ses comparses étaient peut-être juste à côté, uniquement séparés de lui par le mur du bureau à demi-recouvert d’un épais rideau noir - un miroir sans tain ?

- Vous n’avez pas l’air bien, amiral Highwind, nota la jeune scientifique.

- Appelez-moi Cid.

Elle sourit.

- Eh bien, vous n’avez pas l’air bien, Cid.

Celui-ci hocha la tête, essuya la sueur de son front d’un revers de main et tira sur le col de son sweet-shirt pour dévoiler le haut de l’un de ses muscles pectoraux, sur lequel était collé un petit patch rectangulaire.

- Après ce que Vincent vient de nous montrer, je tuerai pour une cigarette et cette saloperie ne me fait plus aucun effet. Si je n’ai pas ma dose, je crois que je vais assassiner quelqu’un !

Shalua laissa échapper un petit rire clair et tendit sa main valide vers le patch pour l’arracher d’un coup sec afin d’éviter tout contact prolongé avec la peau tendue par l’impressionnante musculature.

- Quand l’avez-vous mis ?

- Ce matin.

Elle lut l’inscription sur le patch et secoua la tête.

- Trop légèrement dosé pour vous, je le crains. Quand avez-vous arrêté ?

- La dernière fois ? demanda-t-il, sarcastique. Il y a deux mois.

- Attendez-moi un instant.

Elle disparut à nouveau dans la pièce attenante mais non sans que le pilote ait remarqué la jolie cambrure de reins moulée dans la jupe - délicieusement mini ! - bordeaux et bleue ni les longues jambes fuselées au galbe accentué par des escarpins à talon haut.

Bon sang, cette fille était vraiment à croquer…

Se souvenant alors de la façon dont il avait réagi au début de la conférence, il plissa le front et réfléchit à la façon dont il pourrait rattraper sa maladresse.

Il n’eut hélas pas le temps d’aller au bout de ses réflexions.

- Ceci devrait mieux convenir à un grand garçon comme vous ! plaisanta-t-elle en brandissant l’emballage plastique argenté d’un patch de nicotine. Mais en attendant que ça agisse, mettez ça sous votre langue et laissez-le fondre. Ca va vous calmer un peu.

- C’est quoi ? demanda Cid, méfiant, en observant ce qu’elle tenait au creux de sa paume. Non, parce que les calmants ou les trucs comme ça, c’est pas mon…

- C’est moi le médecin, le coupa-t-elle avec un sourire carnassier. Alors on se tait et on obéit, mhh ?

Elle lui tendit le petit cachet blanc et il suivit ses instructions à contrecoeur, uniquement pour ne pas la froisser.

Après avoir déchiré l’emballage du patch avec ses dents, elle essaya de décoller le papier de protection mais, avec sa prothèse, cela n’avait rien d’évident.

- Laissez, je vais le faire, la secourut le pilote.

Plus gênée que jamais, Shalua lui tendit le patch en détournant le regard, le rouge aux joues.

- On vous a déjà dit que rougir vous allait diablement bien ?

Elle hoqueta, surprise par le compliment inattendu et Cid lui adressa un clin d’oeil mutin en collant le patch sur sa poitrine.

- Non ! l’arrêta la jeune femme en récupérant le carré de latex. Jamais à cet endroit. Ni dans le dos, ni sur le ventre, ni sur le cou. Le bras ou la cuisse et en alternant à chaque pose. Souvenez-vous-en.

Rougissant de plus belle, elle glissa la main sous son sweet-shirt jusqu’à son triceps et maintint le patch sur la peau le temps de compter jusqu’à dix - le coeur battant et les doigts frémissants au contact de la peau brûlante et des muscles fermes.

- Merci, murmura le pilote d’une voix rauque lorsque la main délicate abandonna le chaud refuge de son vêtement en frôlant sa poitrine d’une caresse involontaire.

Un long frisson le parcourut et sa peau se hérissa aussitôt, faisant se dresser ses tétons sous le coton.

« Merde… Ca fait tellement longtemps que j’ai pas baisé que je réagis au quart de tour. »

Il toussota pour se donner une contenance et ouvrit la bouche pour éructer une banalité destinée à masquer son trouble lorsque le téléphone de Shalua bipa à sa ceinture, annonçant un SMS.

- Nous devons remonter, annonça-t-elle après l’avoir lu.

Cid acquiesça, tout désir enfui à l’idée de visionner de nouvelles horreurs, et ne put empêcher une grimace écoeurée de déformer ses lèvres.

- Moi aussi, je m’en serais bien passé, ajouta-t-elle en remarquant la réaction du pilote.

Elle le précéda dans le couloir après un dernier coup d’oeil par la porte donnant sur ce qui devait définitivement être le laboratoire.

- Pourtant, ne put s’empêcher de remarquer Cid alors qu’ils gravissaient l’escalier, vous devez avoir l’habitude des trucs un peu gore, dans votre job.

- Oui. Je torture des petits garçons deux à trois fois par semaine. Quand j’ai de la chance, ajouta-t-elle, ironique. Mais habituellement je dois me contenter d’animaux ou de vieillards.

Le pilote se figea dans l’escalier et pinça les lèvres pour étouffer un juron.

Non mais il avait inconsciemment décidé de passer pour un mufle auprès d’elle ou quoi ?

- D’accord… soupira-t-il. A ma prochaine indélicatesse à votre endroit, vous aurez le droit me le gifler. Ca vous va ? Dites « oui », insista-t-il avec une moue suppliante de chien battu en lui tendant la main.

Shalua ne put s’empêcher de pouffer et se retint pour ne pas lui caresser le visage, sur les joues duquel elle voyait pointer une barbe blonde d’un ou deux jours.

Depuis quand n’avait-elle pas éprouvé cette sensation de picotement, à la fois exquise et cuisante, que l’on a en embrassant à pleine bouche un homme sur les joues duquel perce une barbe naissante ? Elle ne s’en souvenait même plus…

- Marché conclu, murmura-t-elle en serrant sa main tendue mais sans pouvoir quitter sa bouche si expressive des yeux.

- Ca marche, alors…

Elle franchit la dernière volée de marches de quelques petits sauts énergiques, ses talons hauts claquant sur les lattes de bois et le regard bleu perçant de Cid vissé à ses longues cuisses satinées.

Si elle n’avait pas été à un doigt de se jeter à son cou pour lui croquer les lèvres, il voulait bien se faire pendre !

Avant même de réaliser ce qu’il était en train de faire, il ôta son alliance et la glissa dans sa poche…

…à suivre

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III - Marche ou crève

“La liberté, comme le courage, est un escalier qu’il faut gravir

marche par marche - impossible d’enjamber !”

G. Cesbron

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

Vincent enjamba les civières où reposaient les corps immobiles de Kadaj, Loz et Yazoo pour atteindre celui de Sephiroth.

D’un geste presque tendre, il déplia une couverture de survie et en couvrit la peau nue et glacée.

- Et un baiser sur le front, non ? persifla Cloud, acide, en se penchant à son tour sur l’ancien général pour retirer la fléchette paralysante plantée dans le lobe de son oreille d’un geste brusque. Merde… Reno ! Tu l’as raté, il faut remettre ça.

Celui-ci, aidé de Rude, sanglait fermement les trois jeunes hommes inertes aux civières.

- Etait-ce vraiment nécessaire ? intervint Vincent. Il était déjà inconscient lorsque nous sommes arrivés. Et les autres n’ont même pas tenté de se défendre.

- Avec lui, on n’est jamais assez prudent, et tu le sais mieux que personne ! répliqua vertement le jeune soldat.

- Ces trois-là, dans l’hélico ! ordonna Rude à ses hommes en désignant les brancards. Et passez-moi un fusil et une fléch… Oh ! Putain…

- Vincent, dégage ! hurla Reno en se saisissant du pistolet de Rude pour le pointer aux pieds de Vincent.

Ce dernier obéit par réflexe et baissa les yeux sur Sephiroth… qui luttait pour garder les paupières ouvertes.

En quelques instants, un vent de panique souffla dans la grotte et le fils de Lucrecia devint aussitôt la cible d’une dizaine de canons d’armes diverses et de l’épée de Cloud, prêt à trancher la gorge offerte.

- Magne-toi, Rude, remets-lui une dose ! ordonna Reno en armant son pistolet. Une grosse !

Son acolyte chargea aussitôt un fusil paralysant avec une fléchette hypodermique mais l’ancien turk s’interposa.

- Tu fais quoi, là ! s’écria Cloud. Dégage !

Il empoigna d’une main le devant de la cape de son ami pour le repousser avec rudesse mais Sephiroth s’adressa à lui, lui glaçant le sang dans les veines.

- Strife ? demanda-t-il d’une voix à peine audible, comme si chaque syllabe prononcée exigeait une énergie folle. C’est bien ton nom, n’est-ce pas ? Cloud Strife ? Tu… Tu étais avec moi et Zack au… au réacteur.

L’interpellé se raidit, l’épée toujours pointée sur la gorge de l’ancien général, et adressa une moue effarée à ses compagnons, aussi abasourdis que lui.

- Strife… reprit Sephiroth en tendant une main tremblante vers lui. Que… que s’est-il passé ? Qui sont ces hommes ? Il faut arrêter Genesis… Le… Le réacteur…Où est… Où est Zack ? Réponds, troisième classe Strife… Où est… Zack… ?

Il voulut redresser un peu la tête mais ses yeux roulèrent dans leurs orbites et il perdit à nouveau connaissance.

Cloud hoqueta et interrogea ses camarades d’un regard affolé mais ils affichaient tous une expression de profonde perplexité.

- Alors celle-là, c’est la meilleure de l’année… bredouilla Reno.

Vincent posa deux doigts sur la jugulaire de Sephiroth pour sentir son pouls puis posa l’oreille sur sa poitrine.

- Je crois qu’on va avoir besoin d’un kit d’assistance respiratoire, annonça-t-il.

Cloud faillit s’étrangler d’indignation.

- Qu’il crève une fois pour toutes ! Qu’est-ce qu’on en a à cir…

Il ne vit pas arriver la gifle du turk qui, pour légère, n’en était que plus vexante.

Ce geste d’humeur, en inadéquation totale avec le légendaire sang froid de l’ancien turk, les déconcerta touts.

- Qu’est-ce qui te pr… commença Cloud.

- Tu parles sans discernement et sans rien savoir, le coupa son ami.

Et, sous le regard ébahi de Reno et de Rude, il se précipita dehors, en quête de la mallette de secours d’urgence fixée sous l’un des fauteuils de l’hélicoptère.

***

Depuis l’une des fenêtres du manoir Shinra de Nibelheim, Reno observait les journalistes et les curieux qui se pressaient derrières les cordons de sécurité des soldats alignés en rangs serrés devant les grilles.

- Les vautours sont prêts pour la curée. Ils ont fait vite.

- Non, ils étaient déjà sur place pour la fête, assura Rude en soufflant sur ses lunettes fumées avant de les essuyer soigneusement avec sa cravate.

Son partenaire étouffa un juron.

Il vida d’un trait le verre de whisky qu’il tenait à la main et se dirigea vers le bar du bureau pour s’en servir un second.

- Ils sont au courant, pour nos petits amis, tu crois ?

- Je ne pense pas, non. Ils sentent juste qu’il se passe quelque chose d’important. C’est pas la réserve personnelle du patron, ça ? demanda le colosse en lisant l’étiquette gaufrée du whisky centenaire.

Reno sourit d’un air gourmand et cligna de l’oeil.

- Si ! Je t’en sers un petit ?

Rude brandit la bouteille déjà au tiers vide et secoua la tête.

- Tu vas te faire lyncher, mec !

Son ami s’assit nonchalamment sur un coin du secrétaire de chêne massif qui trônait au centre de la pièce monumentale, toute de tentures et de boiseries, et croisa les pieds sur les accoudoirs d’un fauteuil que trois mois de son salaire - pourtant confortable - n’auraient pas réussi à payer.

- Rabat-joie ! lança-t-il avant le lui tirer la langue et de vider son verre.

- Ne vous gênez pas pour moi, surtout !

La voix claire de Rufus Shinra fit tressaillir les deux turks, qui se tournèrent vers la double porte d’entrée avec une grimace douloureuse en rentrant la tête dans leurs épaules.

- Patron ! saluèrent-t-il en choeur avec des trémolos dans la voix.

***

Dans l’infirmerie du laboratoire, au sous-sol du manoir Shinra, Shalua vérifia une dernière fois les indicateurs des appareils de contrôle sur lesquels étaient branchés les quatre argentés plongés, par sécurité, dans un sommeil artificiel.

Elle secoua la tête en tendant à Vincent une série de diagrammes et de chiffres que la machine qui maintenait Sephiroth en vie venait de cracher à grand renfort de bips alarmants.

- Il ne tiendra pas, assura-t-elle en rabattant la manche gauche de sa blouse blanche sur sa prothèse robotisée. Il faut le mettre en cuve mako.

- Je doute que ça suffise, vu son état.

- Je parlais d’une solution de mako liquide, Vincent, pas gazeux.

Ce dernier fit la moue.

- Je croyais qu’il ne fallait jamais mettre quelqu’un d’inconscient dans le mako liquide.

- Normalement non mais les cellules de Jenova lui éviteront l’infarctus ou l’accident vasculaire.

L’ancien turk ajouta les données de la machine au dossier médical qu’il était en train de parcourir et secoua la tête, résigné.

- Neuf fractures ? Comment est-ce possible ?

- Les sangles de sa civière, sans doute. Et peut-être a-t-il marché ou rampé jusqu’à l’endroit où vous l’avez trouvé. Tu as dit qu’il était inconscient, il a pu s’évanouir et tomber, ce qui expliquerait l’état de son bras gauche et de sa hanche. La clavicule, c’est sans doute moi, en l’intubant, ajouta-t-elle, coupable.

- C’est à ce point là ?

- On peut à peine le toucher sans risquer une lésion ou de lui briser un os. Il est pire qu’un grand prématuré. Ses cellules ne sont pas encore… Comment dire ? Touche son crâne, tu vas comprendre, proposa la jeune femme, subitement inspirée.

Sceptique, Vincent, tendit sa main vers le visage de Sephiroth et, avec mille précautions, appuya doucement sur le haut de son front, qui s’enfonça un peu sous la pression, comme si l’os était encore mou.

- On dirait le crâne d’un nouveau né… hoqueta l’ancien turk.

Shalua acquiesça et s’affaira autour d’une cuve de régénération.

- Il semblerait que, contrairement à ses frères, la rivière de la vie n’ait pas eu le temps de…

Elle se tut, ne parvenant pas à trouver le terme adéquat.

- De… le finir ? la secourut Vincent.

- C’est un peu barbare, comme vocable, mais oui. Il n’est physiquement pas… fini. Ses os se brisent comme du sucre, ses poumons peinent à amener de l’air dans les alvéoles et le peu d’oxygène qu’il parvient à conduire dans ses veines trop fragiles, le coeur n’a pas la force de le pomper. Quant à son système immunitaire ou digestif, je préfère ne pas savoir ce que ça peut donner ! C’est prêt, annonça-t-elle au bout de quelques minutes en revenant vers le lit de Sephiroth pour débrancher une machine après l’autre.

- Combien de temps avons-nous ?

- Lorsque j’aurais débranché le respirateur ? Deux minutes, au maximum, pour le placer dans la cuve et la remplir. Au-delà, j’ai peur que le manque d’oxygène n’endommage vraiment son cerveau. J’ai testé la chose et je peux te dire qu’il vaut mieux éviter, essaya-t-elle de plaisanter en clignant de son oeil valide.

Le turk lui adressa un sourire un peu forcé, sachant très bien par quelles épreuves elle était passée pour retrouver sa soeur Shelke et les séquelles qu’elle en garderait toute sa vie.

Avec mille précautions, ils débarrassèrent le corps de l’ancien général des électrodes, perfusions et tubes qui le couvraient, ne laissant que celui du respirateur.

- Prête ?

Shalua hocha la tête.

- A trois. Un… Deux… Trois…

Elle débrancha le respirateur, sortit la longue canule de la trachée de Sephiroth et Vincent souleva ce dernier aussi doucement qu’il le put, sans à-coups ni trop serrer, pour le placer en position foetale sur le socle de métal de la cuve encore vide.

Aussitôt, Shalua fit descendre le tube de verre, le verrouilla et tapota rapidement sur son ordinateur pour remplir la cuve.

Vincent, lui, regardait le cadran de la montre de la jeune femme avec inquiétude.

- Vite… vite… murmurait-il tandis que ce qui ressemblait à une énorme éprouvette se remplissait d’une solution verdâtre, composée pour l’essentiel de mako, avec une lenteur exaspérante.

Recroquevillé sur le sol de la cuve, le liquide luminescent ne tarda pourtant pas à recouvrir entièrement Sephiroth, qui fut secoué de soubresauts douloureux tandis que le fluide pénétrait dans ses poumons et s’infiltrait par le moindre de ses pores.

Vincent détourna le regard, préférant ne pas voir ce que subissait le fils de sa regrettée Lucrecia.

Il savait parfaitement ce qu’on ressentait à ce moment là. Cette horrible impression de se noyer et la douleur. L’insupportable douleur dans la poitrine, la brûlure atroce dans les fosses nasales et la sensation que sa cage thoracique va exploser sous la pression.

- Je n’avais pas le choix, Vincent, crois-moi, plaida Shalua, se méprenant sur son attitude.

Il allait la rassurer lorsque la voix claire et sensuelle de Rufus, qui venait d’entrer, l’interrompit.

Sa silhouette élégante et féline se découpa dans la lumière bleuâtre et tamisée de l’infirmerie du laboratoire.

- J’ai fait aussi vite que j’ai pu, Vincent. Shelke est prête, elle t’attend à côté.

Il avisa les trois argentés inconscients et attachés à leur lit par des sangles solides puis Sephiroth, flottant dans la cuve de mako.

- Je n’en reviens pas que ce soit vrai… laissa-t-il tomber d’une voix blanche avant de s’asseoir lourdement sur l’une des chaises. Qu’est-on supposés faire ? Quelqu’un a une idée ?

Vincent hocha la tête et désigna la porte de la pièce attenante, où attendait Shelke.

- J’espère bien le découvrir sous peu…

…à suivre

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I - Revenus du néant

“Supplier à tes pieds en pleurant mes angoisses ?
Plutôt rire et danser sur ma propre carcasse,
Renier ma famille et ma race et ma foi
Que de plier ainsi le genou devant toi.
Je déboute les dieux de leurs droits sur mon sort.
Pour être libéré, je réclame ta mort !
A toi, mon compagnon, je jure que demain
Il faudra rendre l’âme… à qui elle appartient ! “

Claude Neix ” Les chroniques d’Ishmaar”

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

Une terre humide s’insinuait dans sa bouche et ses narines, collait à sa peau nue. Il eut un haut-le-coeur et cracha, essaya de se redresser sur un coude mais ses bras ankylosés refusèrent de le soutenir.

Où était-il ?

Il ouvrit les yeux. Rien. L’obscurité, le bourdonnement des insectes et le clapotis de l’eau glacée, où ses jambes à demi paralysées par le froid baignaient encore.

Il voulut prendre une goulée d’air mais une brûlure indescriptible irradia dans sa poitrine et il s’étouffa avec le liquide qui lui congestionnait les poumons.

Il toussa, crachat un filet d’eau verte phosphorescente et cria de douleur.

Son hurlement se répercuta sur des murs invisibles dans les ténèbres.

Une grotte ?

Grelottant, respirant avec difficulté, il rampa tant bien que mal loin du cours d’eau pour s’asseoir péniblement sur le sol meuble et tourna la tête en tout sens. Nulle lumière hormis la faible lueur verte - des restes de mako très dilué ? - qui nimbait l’eau comme de la vapeur phosphorescente, bien insuffisante pour distinguer quoi que ce soit.

Quel était ce lieu où circulait une rivière souterraine souillée de mako ? Et pourquoi son corps, rompu à mille exercices et entraîné à supporter les températures les plus extrêmes, lui semblait-il soudain si fragile, si douloureux et la morsure du froid si intense ?

A présent que ses poumons s’étaient totalement vidés du liquide qu’ils contenaient, il récupérait petit à petit son sens de l’odorat.

La pestilence du lieu le prit à la gorge : un mélange de relents de boue glaireuse, de mako et de mousse décomposée.

Un long frisson agita sa peau bleuie où le froid avait hérissé jusqu’au plus fin duvet argenté, si pâle par endroits qu’il en était transparent.

Comment sortir de là ? Y avait-il seulement une sortie ? Et comment était-il arrivé en un tel endroit ?

« Ne panique pas, Sephiroth… » se tança-t-il « Surtout ne panique pas… Réfléchis. Réfléchis, bon sang ! »

Mais réfléchir, il en était bien incapable. Tout s’embrouillait dans sa tête et le froid l’engourdissait le plus en plus.

Il était tellement, tellement fatigué…

Quelle était la dernière chose dont il se rappelait ? Voyons… Un voyage. Un voyage pour…

Le réacteur !

Oui, il devait aller vérifier quelque chose dans le réacteur mako de Nibelheim… mais quoi ?

Avec un gémissement plaintif, il se roula en boule, ramena ses genoux tout contre sa poitrine, y nicha le menton et ferma les yeux.

Gourd, affaibli et transi de froid, il s’endormit sans même s’en rendre compte.

***

On lui tapota l’épaule.

La caresse douce et timide d’une femme ? Ou peut-être d’un adolescent…

Une jeune recrue chargée de venir le réveiller en pleine nuit ? S’était-il passé quelque chose ? Encore un problème avec un réacteur ?

Dans un demi-sommeil, ses doigts se refermèrent sur la main fine pour l’immobiliser et la chasser de son épaule.

Elle était petite, fragile et glacée.

- Grand frère ? Grand frère, réveille-toi, nous avons besoin de toi.

« Grand frère ! » Et pourquoi pas « vieille branche » ou « frangin » tant qu’on y était ? Quelle familiarité ! Le respect ne semblait décidément plus partie des bases élémentaires enseignées aux jeunes recrues !

Il voulut s’étirer et faillit crier tant ses muscles étaient raidis et le faisaient souffrir.

Nul soleil ne réchauffait son visage travers la vitre de la fenêtre de ses quartiers. Nul drap tiédi par la chaleur de son propre corps ne lui chatouillait la joue. Et la voix de la jeune recrue ne lui disait absolument rien.

Il ouvrit les yeux.

L’obscurité seule fut témoin de son désappointement et de la panique qui s’ensuivit.

- Par tous les démons de la planètejura-t-il.

Alors ce n’était pas un simple cauchemar ?

Il n’était pas dans ses quartiers, il était vraiment dans la grotte glaciale !

Il s’agrippa à la main qu’il tenait toujours dans la sienne et trouva une épaule.

- Grand frère… sanglota à nouveau la voix. Grand frère, nous sommes perdus. Mère nous a abandonnés !

Il aurait juré pouvoir reconnaître cette voix si elle n’avait été brisée par la terreur. Mais, par tous les démons du cosmos, pourquoi ce garçon l’appelait-il « grand frère » ?

Sephiroth lutta pour se rappeler.

En vain.

- Où sommes-nous ? finit-il par demander en massant son épaule ankylosée. Qui es-tu ?

- Grand frère ne nous reconnaît plus ? geignit une seconde voix, un peu plus rauque que la première et probablement plus âgée, faisant sursauter le soldat.

- Pleure pas, Loz. Il est choqué, c’est tout. Ca va lui revenir.

Sephiroth tressaillit et aurait bondi sur ses pieds si le garçon dont il tenait toujours la main ne s’était agrippé à son bras - ce qui, soit dit en passant, était anormalement douloureux.

- Que… qui êtes-vous ? s’écria-t-il en essayant de se dégager, faisant craquer la jointure de son coude. Combien êtes-vous, ici ?

- Qui nous sommes ? Tu as donc vraiment tout oublié ?

Un bref sanglot déchirant résonna dans les ténèbres.

- Pleure pas, Yazoo !

Le soldat lutta contre la démence qui menaçait de le gagner.

Qui étaient ces gens ? Comment avait-il atterri là ?

Se rappeler… Se rappeler !

Le noir.

La douleur et le froid.

La peur et la chute dans le vide… Un abîme de mako, glacé et sans fond

L’eau dans sa bouche, le froid et la terreur.

Des sensations floues, vagues et inutiles.

Il secoua la tête et déglutit péniblement pour chasser un début de nausée.

- Où sommes-nous ? demanda-t-il. Où est la sortie ?

Il sentit les mains fragiles qui enserraient à son bras accentuer leur pression, le faisant grimacer, et se mettre à trembler.

- Dehors, tout est si étrange, grand frère…

Le soldat se leva avec difficulté, le garçon toujours agrippé à lui.

- Dehors ? Où ça, dehors ? Montre-moi !

Les mains frémissantes le guidèrent vers une sorte d’escalier naturel qu’ils grimpèrent à tâtons et qui débouchait sur ce qui s’avéra être un tunnel enténébré menant à une petite grotte, au sommet d’une montagne. Un vent glacé dans lequel voltigeaient quelques flocons de neige s’engouffrait par rafales dans la cavité. La température y était encore plus glaciale que près de la rivière souterraine.

Après autant de temps passé dans l’obscurité totale, la lumière pourtant pâle et grisâtre du début de matinée éblouit le soldat… qui eut un haut le cœur en voyant distinctement pour la première fois le tout jeune homme accroché à son avant-bras - ainsi que ses deux compagnons, qui lui avaient emboîté le pas.

Ils étaient nus, comme lui et souillés de boue verdâtre. Leurs magnifiques visages étaient tordus par la peur et leurs corps parfaits marqués d’ecchymoses. Leurs splendides chevelures argentines, identiques à la sienne, étaient encore humides et leurs yeux…

« Par la foudre du ciel, ces yeux… »

Le juron s’étrangla dans la gorge de Sephiroth, qui se dégagea brutalement de l’étreinte du garçon, provoquant un nouveau craquement - à la jointure de son épaule, cette fois.

- Mais que… Qu’est-ce que vous êtes ? bredouilla-t-il avec un violent mouvement de recul, comme si on l’avait frappé. D’où est-ce que vous sortez ?

Celui qu’il venait de repousser, et qui paraissait être le plus jeune des trois, s’approcha avec prudence et ses étranges yeux fendus d’un vert topaze, copie conforme de ceux du soldat, s’attristèrent.

- Tu ne te souviens vraiment pas de nous ?

Le coeur au bord des lèvres, rattrapé par le souvenir vague de créatures monstrueuses dans des cuves de mako, près du réacteur, Sephiroth recula encore jusqu’à s’aplatir contre le mur rugueux.

- N’insiste pas, ça ne sert à rien. Il nous a vraiment oubliés…

Celui qui venait de parler, grand, droit et magnifique dans sa nudité à peine voilée par une longue chevelure brillante et fluide comme le mercure, s’était avancé au milieu de la grotte.

A dix ans près et quelques kilos, il aurait pu être le jumeau de Sephiroth et considérait ce dernier avec un mélange de colère et d’accablement.

- Il nous abandonne, lui aussi, reprit-il. Tout comme mère ! Nous avons échoué. Nous ne leur servons plus à rien ! (un sanglot enfantin l’interrompit) Pleure pas, Kadaj. On se débrouillera seuls. Nous n’avons pas besoin de lui ! Ni de mère !

Il fit mine de quitter la grotte mais le plus âgé des trois garçons, un grand gaillard aux cheveux courts, le retint par le bras.

- Attends ! C’est grand frère, on ne peut pas le laisser là !

- Tais-toi, Loz ! Tu ne vois pas qu’il n’en a rien à fiche de nous ? Personne ne veut de nous, de toute façon !

L’interpellé grimaça.

- Pourquoi ne veux-tu plus de nous ? demanda-t-il au soldat avec la franchise et la candeur désarmante d’un petit garçon. Tu ne nous aimes plus ?

Sephiroth hoqueta et cligna des yeux, totalement pris au dépourvu par la naïveté de la question.

D’où diable sortaient ces phénomènes de foire ? D’un labo clandestin ?

Un Dieu espiègle avait-il trouvé amusant de le jeter en enfer avec des expériences ratées de lui-même affublées de cerveaux d’enfants de cinq ans ?

Le sien opta pour la seule échappatoire possible lorsqu’on se retrouve perdu, nu et sans armes dans une situation aussi ubuesque qu’inextricable.

Il perdit connaissance.

…à suivre.

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