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VI - Balaye devant ta porte !

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Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Tirée du doujinshi BUBBLES du Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Nous arrivâmes chez Rufus Shinra vers cinq heures du matin.

Sa famille possédait une propriété, à l’ouest de Gongaga, un ancien palais qui faisait ressembler le manoir de Nibelheim où j’avais passé ma petite enfance à une vulgaire maison de poupée.

C’était une demeure très anciene, aux dômes élégants, à la façade sculptée de statues et aux hautes fenêtres. Je n’osai compter le nombre de balcons mais, pour ce que j’en voyais de la grille d’entrée, il devait bien y en avoir sept par étage sur deux niveaux - rien que sur la façade Nord.

Par endroits, la pierre ressemblait à de la dentelle.

Un vieil homme vêtu d’un pantalon de lin blanc et d’une longue tunique fendue serrée par une longue ceinture de soie ouvrit la porte après que nous lui ayions expliqué qui nous étions.

Il nous laissa passer d’un air soupçonneux et lorgna avec écœurement la poussière qui nous recouvrait et mon torse nu.

Il estimait probablement que notre mise ne seyait guère pour une visite à sa ” majesté sérénissime “.

Le domestique nous fit signe de le précéder d’un geste, en restant à distance, comme si notre proximité le souillait. Nous nous engageâmes dans les allées de l’immense jardin. Même à la lumière capricieuse de la lune et en dépit de ce que je venais de vivre, je dois avouer qu’il était magnifique et je ne pus m’empêcher de l’admirer.

Il nous fit entrer dans l’immense hall.

Angeal et moi échangeâmes un regard ébahi.

La seule fois que j’avais pu voir autant d’antiquités, c’était au musée de Midgar.

Pas un mètre carré du sol qui ne soit pas recouvert de tapis précieux, pas un pan de mur qui ne soit pas peint de fresques anciennes et chaque statue ou objet décoratif devait valoir une fortune.

Malgré l’heure plus que matinale, nous croisâmes plusieurs serviteurs époussetant les meubles impeccables ou vaquant à quelque occupation nécessaire à l’apparat de la demeure de l’héritier Shinra.

Nous suivîmes le domestique à travers une grande galerie à colonnes et entrâmes dans ce qui semblait être un petit salon de réception.

Je dis ” petit ” en comparaison du reste de la demeure car il devait faire à lui seul la totalité de la surface de mes appartements à la caserne du SOLDAT.

Comme dans toutes les demeures traditionnelles, les appartements privés se trouvaient au fond de la maison, à l’abri des regards indiscrets.

- Je vais m’enquérir auprès de monsieur Shinra pour savoir s’il accepte de vous recevoir, dit-il avec hauteur.

Il s’inclina avec cérémonie et jamais salut ne me parut aussi insultant.

Il y avait plus de mépris dans ce simple geste, pourtant révérencieux, qu’en n’importe quelle insulte proférée par un pilier de bar après une nuit de beuverie.

Je serrai les poings mais le domestique feignit ne s’apercevoir de rien.

- Pour qui se prend-il ? demandai-je à Angeal, irrité, une fois le larbin obséquieux sorti.

- La question est mal formulée, répondit mon ami en riant. Je dirais plutôt : pour qui nous prend-il ? Je crois que la réponse est : pour de la piétaille indigne de ce palais et de son propriétaire.

Je secouai la tête.

- Décidément, j’ai beau faire des efforts, je ne comprendrai jamais ce pays.

La porte s’ouvrit à nouveau, faisant place au lèche-bottes de service.

Palmer s’approcha et s’inclina devant nous - avec moins de mépris que le domestique, dois-je préciser.

Il était emmitouflé dans un énorme peignoir de soie ou quelque chose dans ce goût là. Ca me faisait penser à la tenue des nomades de Canyon Cosmo, en plus chic.

- Général… Capitaine… murmura-t-il, mielleux. Monsieur Shinra va venir dans un instant. Je ne vous cache pas qu’il a été très irrité de cette inopportune visite. On ne dérange pas le fils du président ainsi. J’espère que vous avez une raison valable pour faire irruption ici en pleine nuit !

- Valable ? s’écria Angeal. Nous avons plusieurs cadavres sur les bras dont un victime de meurtre ! s’écria-t-il. Est-ce, selon vous, une raison suffisamment “valable” pour que sa ” gracieuse majesté ” daigne quitter ses draps de satin ?

- Cela, c’est à moi d’en juger, Hewley, gronda la voix de Rufus Shinra, que nous n’avions pas entendu entrer.

Il avait enfilé un kimono de coton bleu marine, si impeccablement coupé qu’il ne pouvait avoir été fait que sur mesure, et se tenait nu-pieds sur le somptueux carrelage émaillé de bleu, blanc et or. La large échancrure dévoilait deux pectoraux au dessin si ferme et parfait que j ‘en oubliai presque à quel point il me tapait sur le système.

Mais cela ne dura pas…

- On m’a parlé d’un petit incident, sur le chantier, poursuivit-il d’un air las en s’asseyant sur l’un des divans brodés. Tu peux nous laisser,dit-il à Palmer, qui sortit en reculant, la tête respectueusement inclinée.

Ca y est ! Il recommençait à me donner envie de lui arracher les yeux avec une petite cuiller…

- Un “petit” incident ? relevai-je sarcastique.

Il me lança un regard méprisant.

- Rien, en tous les cas, qui mérite de me déranger à cette heure.

- Un fauve s’est introduit dans le camp ! criai-je en me retenant pour ne pas le saisir par le col de son kimono de luxe. Des hommes sont morts ! Des hommes qui travaillaient pour que vous puissiez poser votre fessier princier sur la cuvette des chiottes de votre putain de réacteur “que tout monde pourra voir de loin” !

Rufus Shinra ferma à demi les yeux, menaçant.

- Je vous conseille d’employer un autre ton avec moi, Général Sephiroth. Je ne suis en rien responsable de vos délires. Un fauve mangeur d’hommes… Nous ne sommes plus au temps des Cetras. Moins encore dans un zoo !

J’allais répliquer vertement mais Angeal me devança.

- Nous l’avons vu, insista-t-il. Nous en avons même croisé deux, pour être exact. Un au camp et un Gongaga. Plusieurs ouvriers sont morts, déchiquetés, et l’un d’entre eux a été assassiné.

Rufus leva un sourcil et esquissa un sourire, comme s’il avait affaire à des déficients mentaux.

- Il n’y a plus de grands fauves dans la région, Capitaine Hewley. Depuis des dizaines et des dizaines d’années. Et certainement pas des fauves assassins, ajouta-t-il avec une moue sarcastique.

- Quand je parlais d’assassinat, je voulais dire par la main d’un homme, monsieur. Un ouvrier a eu la gorge proprement tranchée d’une oreille à l’autre.

Le rejeton Shinra leva les yeux au ciel et soupira.

- Il faudrait savoir ! C’était un fauve ou un homme ?

J’eus beau avoir envie de l’étrangler, je me fis la réflexion que sa question n’était pas, tout compte fait, ouvertement idiote. Il était tout de même étrange que, la même nuit, se déroule un assassinat et un tel carnage.

L’assassin possédait-il un fauve ?

Non, cela ne tenait pas debout.

Et celui de Gongaga, dans ce cas ?

- Les deux, tranchai-je. Mais une chose est claire, la région est bel et bien infestée de bestioles, quoi que vous en pensiez.

Il sembla réfléchir un instant.

- Et je peux savoir ce que vous attendez de moi ? demanda-t-il. J’ai ordonné l’arrêt de ce chantier, ce qui s’y déroule ne m’intéresse plus.

J’ouvris la bouche mais il leva la main.

- Soyez tranquilles, reprit-il, vous recevrez la prime convenue au départ et nulle sanction ne figurera dans votre dossier militaire. Malgré la catastrophe que vous avez causée… ajouta-t-il en me jetant un regard meurtrier.

- Quelle catastrophe ? s’écria Angeal, outré. Nous ne sommes pas responsables si…

- Ca suffit ! coupai-je, à bout, en me penchant sur Rufus, menaçant. J’en ai assez de tout ce cinéma, alors écoutez-moi bien, vice-président de ce que vous voudrez ! Des hommes sont morts, leurs cadavres gisent sous une tente du chantier, de votre chantier, et un homme a été égorgé. La police refuse de prendre une déposition ou d’envoyer quelqu’un sans votre autorisation. Alors vous allez bouger votre putain de cul, prendre ce putain de téléphone et ordonner à tous ces bras cassés de prendre les mesures nécessaires ! Me suis-je bien fait comprendre ?

Rufus en resta bouche bée.

Je crois que jamais il me m’aurait cru capable de m’adresser ainsi à un supérieur et qu’il comprit, à ce moment-là, en voyant mes yeux verts glaciaux, ma mâchoire crispée et mes muscles bandés, à quel point je pouvais être dangereux.

“Sa majesté des réacteurs” perdit donc une bonne partie de son assurance.

- Et la moindre des choses serait d’indemniser les familles des victimes, ajouta mon ami, profitant de l’effet “Sephiroth risque d’exploser alors ne le contrariez pas”.

Rufus ouvrit la bouche puis parut penser à quelque chose et se figea, comme si une pensée soudaine l’avait frappé.

Il ferma les yeux un instant, les rouvrit, se leva et… chancela.

- Ah là ! Doucement ! Vous allez bien ? demanda Angeal, un peu coupable.

C’était la première fois que Rufus se tenait immobile aussi près de moi.

Son front m’arrivait au menton ce qui, avec mon mètre quatre vingt douze et mes quatre vingt sept kilos, était déjà en soi un bel exploit pour un homme normalement constitué.

Un parfum musqué me chatouilla les narines et mon regard glissa à nouveau vers l’échancrure de son peignoir.

Merde… Ce type était sculptural.

Si seulement il n’était pas aussi imbuvable !

- J’ai une impression de “déjà vu”, murmura-t-il, la gorge serrée. C’est très désagréable. Excusez-moi, je reviens dans un instant.

Il sortit, nous laissant, Angeal et moi, totalement interloqués.

***

Journal de Rufus Shinra

Palmer m’a réveillé ce matin à l’aube, avant l’heure que je lui avais donnée. C’est la première fois qu’il ose désobéir à mes ordres, c’est dire si grande était son inquiétude. Et bien que je ne puisse le montrer, j’avoue la partager.

Mes plus grandes craintes se réalisent…

Ce Général mal dégrossi a attiré sur nous la colère des dieux. Des soldats restés au camp ont été massacrés par un fauve qui s’est enfui.

Je n’en ai pas parlé à ce rustre mais le grand léopard noir a toujours été l’animal tutélaire des Shinra, depuis la naissance de notre lignée. Je ne peux voir une coïncidence dans le fait que la vengeance des dieux s’accomplisse par la patte de cet animal.

Toujours tournée vers le passé, comme tous les anciens, ma vieille nourrice m’a assez seriné la longue histoire de mes ancêtres pour que je puisse la réciter mot pour mot.

Sa loyauté à ma famille m’est précieuse, mais son archaïsme me porte sur les nerfs, parfois.

Déjà que J’ai le plus grand mal à convaincre mon propre père d’accepter les changements qu’impose le passage de notre société dans l’ère de la modernité…

Ce Sephiroth ajoute aussi à la liste de nos ennuis la mort de celui qui a déclenché cette tragédie par sa maladresse.

Il n’arrive pas à comprendre que cela n’est que la juste conséquence de son erreur. Mais je crains qu’il ne prenne ce décès un peu trop au sérieux, et qu’il n’en réfère aux autorités, qui ne manqueraient pas de m’importuner.

Je ne m’inquiète pas vraiment pour la police, ils comprendront aisément mon point de vue, mais j’enrage à l’idée de payer des pots-de-vin supplémentaires pour m’assurer leur silence à cause des scrupules de celui qui n’est, bien qu’il l’ignore encore, que le fruit d’une expérience de laboratoire - comme son compagnon.

Ils feraient mieux de balayer devant leur porte et de s’interroger sur leur propre famille avant de me donner des leçons de morale !

La seule pensée de leur présence troublant la paix de cette demeure me contrarie !

Hewley a même oser mentionner la possibilité de verser une somme aux familles des victimes.

“En compensation “, a-t-il dit.

En compensation du travail non fourni, sans doute ? Du temple de mes ancêtres saccagé ?

Décidément, ces deux rebuts d’éprouvette m’exaspèrent !

Ils n’ont aucun sens des priorités.

Les mânes de mes aïeux doivent hurler à l’agonie devant la profanation de ce lieu, et les dieux ne pardonnent ni n’oublient ce genre d’offenses aussi facilement que les hommes.

Je sais que les ouvriers, eux, auront compris.

Je doute qu’un seul d’entre eux ait accepté de retourner travailler sur le chantier sans qu’il n’y ait eu expiation, de toute façon. En tout cas, pas avec le responsable de ce crime sur les lieux.

Mais ce rejeton mal dégrossi d’extraterrestre ne semble pas conscient de cet aspect de la situation. Pas plus que son compagnon.

Quels piètres meneurs d’hommes ils font !

J’ai même du mal à imaginer qu’ils aient pu se faire tolérer si longtemps par les ouvriers. Je me demande bien comment ils s’y sont pris !

Enfin…

Ah, j’allais oublier ! Je ne sais si je dois confesser dans ces pages mais…

J’ai accueilli le réveil inopiné de Palmer avec soulagement, en fait, car il m’a tiré d’un rêve extrêmement dérangeant. Tel que je n’en avais jamais fait auparavant.

Je parlais à un homme. Et cet homme…

Non, c’est idiot, c’est sans importance.

Il vaut mieux que je finisse de régler mes problèmes avec mes deux expériences de laboratoire qui s’ignorent au plus vite !

… à suivre

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Parlez-vous Genesien ?

Avez-vous remarqué que Genesis est pour ainsi dire le seul à ne jamais employer les termes populaciers, voire parfois grossiers, chers aux autres personnages ?

Normal, c’est un lettré (en sus d’une grosses andouille, certes, mais lettré quand même).

Alors en exclusivité planétaire, voici pour vous quelques traductions des expressions courantes de notre Genesis national et qu’il est parfois difficile d’appréhender lorsque l’on ne fait pas partie du club très fermé des pros en “littérature-pour-lovelessfans-siphonnés-de-la-calotte” .


Extraits choisis

« Cesse tes simagrées, Angeal, car je sens une ascension rhino-moutardiere imminente ! »

Traduction : Arrête de faire le con, Angy, j’ai la moutarde qui me monte au nez

« Jeune home charmant mais qui souffre hélas d’un capilarisme epiglottal très marqué »

Traduction : Ce grand dadais a un cheveu sur la langue de la taille d’une balayette

« On ne va pas caquegluer à ce stade de la bataille ! »

Traduction : C’est pas le moment de chier dans la colle, les gars !

« Un cariolisme ante-bovin est la dernière chose à envisager »

Traduction : N’allez pas nous mettre la charrue avant les bœufs.

« Je crains que nous ne nous trouvions en situation de catacervicomerdose »

Traduction : Je crois qu’on est dans la merde jusqu’au cou

« Permettez que j’effectue une cession felino-linguale »

Traduction : Je donne ma langue au chat

« Ce garçon va finir cretinothanasié »

Traduction : Il va mourir idiot, ce con là

« Mes amis, que diriez-vous d’une brève crustafraction ? »

Traduction : Et si on cassait la croûte, les mecs ?

« Optons pour le cubitoludisme ou nous n’arriverons jamais au bar »

Traduction : Va falloir jouer des coudes pour aller s’en jeter un derrière la cravate, les gars.

« Je déplore une endororectocephalie depuis ce matin 8h00»

Traduction : Je me suis levé avec la tête dans le cul

« Faisons une geopalpation auprès du patron avant de lui exposer notre stratégie »

Traduction : Tâtons le terrain pour voir s’il ne risque pas nous lyncher

« J’endure une laryngofelinie tous les diables ! »

Traduction : J’ai une saleté de chat dans la gorge

« Sephiroth souffre de latrinogueusie, c’est évident ! »

Traduction : Sephy a vraiment des goûts de chiotte !

« Pardonne ma franchise, Angeal, mais il n’est plus temps de se laisser aller à la muscapedication »

Traduction : Quand t’auras fini ton enculage de mouches, Angy, on pourra peut-être passer aux choses sérieuses et avancer.


Vous, je ne sais pas mais j’ai soudain un de ces mal de tête, moi…

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Le SOLDAT recrute !

Pas facile de devenir soldat de la Shinra…

Pourtant, avec les jeux vidéos toujours plus nombreux, les films et les reportages réguliers sur «super Sephiroth», de plus en plus impérieuse est l’envie, pour nombre de jeunes gens, de quitter les jupes de môman pour tenter l’aventure.

Seulement voilà : lorsqu’on a passé 18 ans à se faire chouchouter par « la-môman-chérie-à-son-fiston », pas facile de s’habituer à la vie militaire…

Mais, une fois de plus, la Shinra a tout prévu et, en exclusivité planétaire (et uniquement pour « ff7 yaoi fanfics »), voici pour la première fois dévoilés les secrets de la formation suprême, celle que les plus grandes écoles militaires de la galaxie envient à la firme, j’ai nommé : LE PROGRAMME DES COURS PREPARATOIRES AU CONCOURS DU SOLDAT ou « comment éveiller cet organe appelé cerveau, dont les jeunes recrues ignoraient l’existence jusque là ».

C’est pas gagné, hein…


PROGRAMME DES COURS PREPARATOIRES DES NOUVELLES RECRUES

Note : En raison de la complexité et de la difficulté des cours, seulement 10 participants seront acceptés pour chaque cours.

Ce stage préparatoire au concours du Soldat s’étend sur 5 jours, et comprend les modules suivants :


PREMIER JOUR

Thème : Mon arrivée à la caserne

Instructeur : Heidegger

8h30 : COMMENT RANGER LE CONTENU DE MA VALISE DANS MON PLACARD
Présentation tâche par tâche sur diapositives

10h30 : COMMENT TROUVER LES CHOSES SANS RETOURNER LA CASERNE EN POUSSANT DES CRIS DE HYENE
Forum

13h30 : S’HABILLER DECEMMENT TOUT SEUL ET NE PAS FAIRE SEMBLANT D’IGNORER OU SE TROUVE MON CASIER
Exercices pratiques

15h00 : COMMENT ETRE LE COMPAGNON DE DORTOIR IDEAL
Exercices de relaxation, méditation et techniques de respiration

16h00 : VIVRE A LA CASERNE : MON SUPERIEUR HIERARCHIQUE N’EST PAS MA MERE
Jeux de rôle


DEUXIEME JOUR

Thème : vos collègues femmes sont des soldats comme les autres

Instructeur : Sacarlet

8h30 : EST-IL GENETIQUEMENT IMPOSSIBLE DE RESTER TRANQUILLE PENDANT QUE VOTRE COÉQUIPIERE POSE L’HELICO OU GARE LE CAMION ?
Simulation de conduite

10h00 : MA COLLEGUE N’EST PAS MON INFIRMIERE
Présentation diapositives + jeux de rôle

11h00 : MA COLLEGUE N’EST PAS MA BONNE
Projection de documentaire + intervention de témoins

14h00 : MA COLLEGUE N’EST PAS MA MERE
Présentation PowerPoint

16h00 : NOTIONS ESSENTIELLES DE GRAMMAIRE : LE FEMININ DE “ASSIS AUX COMMANDES D’UN REMORQUEUR” N’EST PAS “DEBOUT DERRIERE L’ASPIRATEUR”
Jeux de rôle


TROISIEME JOUR

Thème : vivre à la caserne – la vie en communauté

Instructeur : Angeal

8h00 : PAPIER TOILETTE : POUSSE-T-IL TOUT SEUL SUR LES DISTRIBUTEURS ?
Table ronde

10h00 : JE NE FAIS PAS PIPI A COTE : JE M’AVANCE UN PEU ET OUBLIE MA PRETENTION
Exercice pratique avec vidéo

13h00 : ASSIETTES ET VERRES : PASSENT-ILS DU REFECTOIRE AU LAVE-VAISSELLE GRACE A LA LEVITATION ?
Débats - Intervention d’experts

15h00 : BOUTEILLES DE BIERE VIDES : DOIVENT-ELLES ALLER DANS LE FRIGO OU DANS LA POUBELLE ?
Groupes de discussion et jeux de rôle


QUATRIEME JOUR

Thème : se débrouiller tout seul sans maman

Instructeur : Genesis

8h00 : REPASSAGE EN 2 ETAPES : A) 1 CHEMISE EN MOINS DE 2 HEURES B) LA VAPEUR CA BRULE
Exercice pratiques avec des professionnels

10h00 : LE MENAGE DU DORTOIR, UNE ACTIVITE VIRILE ET VALORISANTE
Table ronde et exercices pratiques

12h00 : DIFFERENCES ENTRE LE PANIER A LINGE ET LE SOL ET COMMENT SE RENDRE A LA LAVERIE SANS SE PERDRE
Exercices pratiques avec paniers en osier

De 14h00 à 19h00 : COURS DE CUISINE PRATIQUE EN 3 ETAPES

Niveau 1 (débutant) : Les appareils ménagers « ON mettre en marche » « OFF arrêter l’appareil ».

Niveau 2 avancé : Mon premier « Shinra rapid’soup » sans brûler l’eau

Niveau 3 Expert : Faire un café sans oublier l’eau ou le café et ne pas utiliser le soluble qui est incompatible avec la cafetière


CINQUIEME JOUR

Thème : être un SOLDAT dans son corps et dans sa tête

Instructeur : Sephiroth

8h00 : Santé module 1 : SE LAVER TOUS LES JOURS EST SANS RISQUE POUR VOTRE SANTE
Présentation Power Point avec intervention du Pr. Hojo

9h00 : Santé module 2 : NON, LE GEL COIFFANT N’EST PAS UNE FATALITE, ON PEUT S’EN PASSER
Table ronde avec intervention de médecins addictologues

11h00 : Santé module 3 : COMMENT SURVIVRE A UN RHUME SANS PENSER ETRE A L’ARTICLE DE LA MORT
Table ronde avec intervention de médecins

14h00 : Vie pratique module 1 : DES HOMMES PERDUS PEUVENT DEMANDER LEUR CHEMIN
Témoignages du seul soldat mâle l’ayant jamais fait

16h00 : Vie pratique module 2 : SE RAPPELER DES DATES DE MISSION ET PREVENIR QUAND VOUS AVEZ DU RETARD
Apporter son agenda au cours

17h00 : Vie pratique module 3 : MON ARME N’EST PAS L’EXPRESSION DE MA VIRILITE, LA PREUVE PAR LES CHIFFRES
Apporter son double décimètre personnel

18h00 : COMPTE-RENDU DU STAGE AVEC L’EQUIPE PEDAGOGIQUE


En raison du nombre croissant des demandes, nous invitons les supérieurs hiérarchiques directs et les instructeurs à nous faire parvenir les demandes d’inscription dans les plus brefs délais.

Merci d’avance

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Rends-moi ma vie !

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Auteur : Shiva Rajah

Relecture et Réécriture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Illustration tirée des maquettes du doujinshi “BUBBLES” du Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

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Note : Yuusuke Naora est le directeur artistique du film “FF VII - Advent Children”

- Yuusuke ? Yuusuke ? Yuusuke…

Qui m’appelait ? Je croyais que tout le monde avait déjà quitté le studio.

- Yuusuke… Réveille-toi…

J’ouvris un œil. Mon rêve m’avait laissé un goût amer dans la bouche, comme si j’avais sucé des pièces de monnaie.

Quelle heure pouvait-il bien être ?

Mon bureau était plongé dans la pénombre et les objets se détachaient des panneaux blancs des murs comme est ombres fantomatiques.

- Yuusuke…

Je me redressai sur mon fauteuil, le cœur battant.

Je n’avais pas rêvé. On m’appelait vraiment…

- Yuusuke…

C’est pas vrai ! Voilà que j’entendais des voix, maintenant…

Les somnifères que j’avais pris la veille ? Saleté ! Je n’étais pas prêt d’avaler à nouveau l’un de ces trucs.

“C’est léger” m’avait-on assuré à la pharmacie.

Tu parles !

Bon sang, mais pourquoi avais-je autant de mal à trouver le sommeil ? Je supportais pourtant bien la pression, d’habitude. Et Avent Children Complete allait faire un carton, c’était quasi-certain. Alors pourquoi angoissais-je ainsi ?

- Yuusuke…

Je me figeai.

C’était une plaisanterie de mes collaborateurs ou quoi ?

La gorge sèche, je tendis la main vers l’interrupteur de ma lampe de bureau et dus tâtonner un bon moment avant de le trouver.

- Yuusuke!

Je tressaillis si fort que je faillis reverser la lampe.

J’actionnai brutalement l’interrupteur et me pressai contre le dossier de mon fauteuil, inspectant du regard chaque recoin du bureau, le cœur battant.

Rien.

Normal, qu’est-ce que j’espérais ? Un ange voletant au-dessus de mon secrétaire en m’appelant par mon nom ?

J’attendis un instant, l’oreille aux aguets.

Silence.

Avec un soupir, je laissai tomber ma tête entre mes bras croisés et ricanai. Bon sang ! Quelle histoire. Ça m’apprendrait à lire le paragraphe des effets non désirables sur les notices des médic…

- Eh ! Yuusuke !

Je bondis de mon fauteuil et m’aplatis contre le mur, derrière moi, en brandissant une figurine en résine à l’effigie de Cloud, l’un de mes personnages les plus réussis. Guère convainquant, comme arme, mais c’était toujours ça.

- Qui… qui est là ? bredouillai-je. C’est une blague, les gars ? Il y a une Webcam de planquée, c’est ça ?

Silence…

- Mais qu’est-ce qui me prend ? maugréai-je en reposant la figurine sur mon bureau. Je perds la boule ! Voilà que je parle tout seul.

- Yuusuke ! Par ici !

Avec un cri, je reculai et me recroquevillai à nouveau dos au mur en tournant frénétiquement la tête en tout sens.

Il n’y avait pourtant personne, je n’étais pas fou !

Le vidéo-projecteur, l’armoire, mon bureau, la table de dessin sur laquelle s’étalaient les dernières planches du story-board des scènes rajoutées d’avent children et…

Quelque chose ne bougeait-il pas, sur le story-board ?

- Yuusuke ! Approche. N’aie pas peur. Viens.

Ça venait bien de là.

Mon Dieu… ça y est, j’étais bon pour l’asile. Ça m’apprendrait à concevoir des mondes de jeux vidéo et des personnages torturés !

- Approche, Yuusuke.

Je déglutis avec difficulté. Cette voix m’était familière et, pourtant, j’étais certain de ne l’avoir jamais entendue.

- Yuusuke …

Le ton se fit suppliant et j’aurais juré voir le dessin frémir. Impossible.

- Qui… qui êtes-vous ?

Pauvre de moi ! Voilà que je parlais à une feuille de papier…

“Reprends-toi, mon garçon, ce n’est qu’un effet secondaire du somnifère.”

- Ton ami, Yuusuke … ton seul véritable ami. Celui que tu as rêvé si fort que tu lui as redonné vie à travers un logiciel d’images de synthèse. Viens, Yuusuke …

- Que… de quoi parlez-vous ? Je… je ne vous connais pas.

- Oh ! mais si, tu me connais, Yuusuke, puisque c’est toi qui m’as créé. Combien de fois n’as-tu pas rêvé de moi ? Combien de fois n’as-tu pas essayé d’être moi ? Viens, Yuusuke, viens… c’est la seule occasion que tu n’auras jamais.

Oh là là… je perdais complètement les pédales.

C’était quoi, ça ? Une matérialisation de mes fantasmes ?

Ma pauvre tête…

Il fallait que je voie un psy… que j’en voie un au plus vite.

- Approche et tu verras que je dis la vérité. Approche…

- Et en plus, j’essaye de me trouver toutes les excuses pour y croire… murmurai-je. Pauvre de moi.

- Approche, que risques-tu ? Viens, Yuusuke. N’en as-tu pas assez de te branler après m’avoir dessiné ? N’as-tu pas envie de vivre les aventures que tu imagines pour de vrai ? Tu en rêves, Yuusuke, je le sais. Viens…

- Taisez-vous ! Si on vous entendait, je…

Mais qu’est-ce que je racontais ? Entendre quoi ? Cette voix était le fruit de mon imagination. Je culpabilisais, voilà l’explication. Tout ceci n’était qu’un moyen pour mon cerveau de m’avertir que j’allais trop loin et que j’allais perdre les pédales.

Il fallait que j’arrête toutes ces conneries de jeux vidéo ! Que je devienne raisonnable. Oui, c’est ça. Raisonnable.

Raisonnable…

Mais je ne voulais pas être un type raisonnable ! J’avais besoin d’autre chose… une chose que, pour l’instant, seuls mon imagination et mes personnages pouvaient me donner.

- Approche, Yuusuke.

Qu’est-ce que je risquais, après tout ? Les rêve, ça peut pas vous faire de mal, non ?

Mes pieds, comme mus par une volonté propre, se posèrent l’un devant l’autre, me portant jusqu’à la table de dessin.

- Oui, Yuusuke, gémit la voix langoureuse. Viens à moi…

Plus qu’un pas… plus qu’un pas… baisser les yeux sur le story-board et…

- Mon Dieu… Oh ! Mon Dieu ! Ce n’est pas possible ! Ce n’est pas possible…

Il était là.

Sarcastique, séduisant et dangereux à mourir dans la case du story-board.

Il était là et me souriait.

La gorge serrée, je vis sa main aux longs doigts gantés caresser son long sabre. Masamune…

- Veux-tu le toucher, Yuusuke ?

- Impossible… C’est impossible… Je deviens fou.

- Tu en meures d’envie… Donne-moi ta main, Yuusuke… Donne-moi ta main…

Sans même me rendre compte de ce que j’étais en train de faire, je tendis la main vers la feuille du story-board et… la traversai.

- Oh ! Mon Dieu !

Je voulus la retirer mais Sephiroth la saisit pour la poser sur sa poitrine, si bien que je dus me pencher en avant. La moitié de mon bras était à présent dans le dessin.

Je le voyais sans pouvoir y croire. Quelques lignes claires sur le papier blanc…

Mais un cœur battait contre ma paume et je sentais une peau lisse et tiède sous les lanières de cuir qui sanglaient le torse de mon ange déchu.

- Viens à Moi, Yuusuke… Viens…

Il me tira par le bras et je ne résistai pas. Je sentis mon corps se dissoudre, sans douleur aucune, et ne faire plus qu’un avec le papier.

Je sentais son odeur, à présent. Un mélange entêtant d’acier, de cuir et d’un parfum boisé.

- Ouvre les yeux, Yuusuke … Ouvre les yeux et goûte ce que l’on ressent à être ce que tu as fait de moi.

De quoi parlait-il ? Son ton s’était fait cassant, soudain.

J’ouvris les yeux et levai les yeux vers lui. Il se tenait au-dessus de moi et souriait méchamment, ma main toujours prisonnière de la sienne. Loin… loin au-dessus de moi. Et derrière lui… derrière lui, je voyais mon bureau.

Je regardai autour de moi. Tout était blanc. Tout était vide. Vide et plat. Sans consistance. Un monde en deux dimensions. Un monde de papier…

- Il ne faut pas s’offrir des rêves au-dessus de ses moyens, railla-t-il en lâchant ma main. Ils pourraient te contrôler. Prendre possession de toi, de ta vie, de ta place… Qui est le fou, à présent ?

- Non… bredouillai-je en essayant désespérément de m’accrocher la manche de son manteau de cuir noir. C’est un cauchemar…

- Le cauchemar commence maintenant, Yuusuke, promit-il en se dégageant d’une sèche torsion de poignet, ce qui eut pour effet de déboîter le mien.

- Ah ! Non ! Reviens ! Sephiroth ! Ne me laisse pas ici ! Oh ! mon Dieu, je vous en supplie ! Non ! Rends-moi ma vie, Sephiroth ! Tu n’as pas le droit ! Rends-moi ma vie !

***

L’ambulancier rabattit le drap sur le corps étendu sur la moquette saumon du bureau.

- Un bon directeur artistique… soupira-t-il en mettant le tube de somnifères vide dans un sac en plastique avant de le sceller. Si c’est pas malheureux de voir ça… T’as vu comme il s’est déguisé, avant de se suicider ?

Il désigna le long manteau de cuir noir, qui dépassait du drap. Un manteau aux épaules bien trop larges pour le défunt maigrelet.

- Ouais… Bon artiste, peut-être, mais pas très net, je confirme, remarqua son confrère.

Le jeune urgentiste tendit à son supérieur une planche de story-board en grimaçant.

- Oh ! bon sang ! Il s’est dessiné lui-même, non ?

- On dirait bien, oui.

L’ambulancier observa le visage torturé et les mains crispées sur la case du story-board de l’autoportrait du défunt.

La case était blanche à l’exception de lui-même et d’une bulle écrite en lettres grasses : ” Sephiroth ! Rends-moi ma vie ! Laisse-moi m’en aller !”

- Ça ressemble à un dernier adieu.

- Banal, quelque part, pour un suicide.

- La pression médiatique, sans doute. La presse attendait le film remanié le pied ferme. Il ne devait plus le supporter. Il s’est dessiné comme s’il se sentait prisonnier.

- Épargne-moi tes analyses psychiatriques bon marché, veux-tu.

- Pardon, chef. Quoi qu’il en soit, les fans vont le regretter.

- Sans doute. Euh… monsieur, fit l’ambulancier en se tournant vers le jeune homme de haute taille, aux yeux verts lumineux et aux longs cheveux étrangement gris, qui attendait près de la porte. Je sais à quel point il a dû être choquant de trouver la vic… le défunt ainsi mais… la police vous appellera sans doute demain et vous demandera peut-être de passer au commissariat pour faire une déposition.

L’inconnu ajusta la ceinture de son pantalon de cuir et tira sur son t-shirt, comme si le vêtement était trop étroit de plusieurs tailles et le gênait.

- Bien sûr, sans problème, assura-t-il en hochant aimablement la tête. Mais, je vous l’ai dit, je le connaissais à peine. Il m’a accosté dans ce salon professionnel et…

- Et vous a donné rendez-vous ici pour passer un entretien d’embauche, oui, vous nous l’avez dit. Concepteur, c’est ça ?

- Non, scénariste. Je suis scénariste. Je crée des histoires ou… je les remanie à ma sauce, précisa-t-il avec un petit sourire ironique que l’ambulancier eut du mal à interpréter.

- Bon eh bien… Je pense que ce sera tout. Nous avons votre nom et votre numéro de portable aussi, on ne va pas vous retenir plus longtemps. Voulez-vous qu’on vous appelle un taxi ?

Le jeune homme sourit de toutes ses dents.

- Ce ne sera pas nécessaire, de la famille va passer me chercher en moto sous peu. J’ai fait le nécessaire.

- Dans ce cas… Au revoir, monsieur. Et merci encore d’avoir appelé.

- Ce fut un plaisir. (L’ambulancier tiqua.) De vous aider, s’entend…

L’infirmier le regarda se diriger vers la porte et fronça les sourcils.

- Putain, il fout les jetons, ce type…

Son confrère frissonna et acquiesça sans un mot.

FIN

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V - Seuls les morts sont froids

Le désir est l’appétit de l’agréable. “

Aristote

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Zack nous apprit que le seul poste de police de Gongaga se trouvait à deux pas de la maison de ses parents, sur la place du village.

Nous avions contacté Lazard par téléphone pour l’informer de ce qui s’était passé mais il s’était contenté d’un : ” cela regarde les autorités locales, désormais. Le président a interrompu la mission, vous n’avez plus rien à faire là-bas. Passez le dossier aux autorités compétentes, rassemblez le matériel sensible et rentrez à la base. Vous avez trois jours pour plier bagage. “

Ca avait au moins le mérite d’être clair…

En raison de la mauvaise visibilité et de l’état des routes, nous mîmes deux bonnes heures à parcourir les quelques quarante kilomètres à vol d’oiseau (le double par la route) qui nous séparaient de Gongaga, qui était, en fait, un village plus qu’un bourg.

Pas de lumière dans les ruelles, bien entendu, et des trous où je faillis plusieurs fois me briser les jambes.

Je ne sus que nous étions arrivés à l’antenne de police que parce que Zack me traduisit l’inscription à demi effacée peinte sur le mur de torchis. Jamais il ne me serait venu à l’idée que cette porcherie pouvait tenir lieu de commissariat local.

A peine passée la porte, dont seules quelques écailles témoignaient d’un ancien vernissage, l’odeur de sueur et d’huile rance me prit à la gorge.

Le policier de garde, un Gongagien bedonnant à la chemise blanche maculée de tâches, était affalé sur une chaise de bois qui avait vu des jours meilleurs. Il est hasardeux d’essayer de donner un âge aux gens de ce pays mais j’aurais dit qu’il devait avoir dans les quarante ans.

En nous entendant arriver, il leva vers nous un œil endormi et retira ses pieds de la table.

Visiblement, nous avions interrompu son petit somme.

Je vis Zack se lancer dans un discours, auquel je ne compris pas un traître mot, à grand renfort de gestes et d’exclamations mais le policier, ou ce qui en tenait lieu, se contenta de gratter sa barbe de trois jours et de chasser de la table un cafard gros comme mon poignet d’un revers de la main.

J’esquivai le projectile ragoûtant avec une grimace et me tournai vers Angeal.

- Qu’est-ce qu’il raconte ? demandai-je.

Angeal, concentré sur la conversation, me fit signe de me taire d’un geste et je soupirai.

Lorsqu’il entendit le nom de “Rufus Shinra”, seule chose que je saisis de la discussion, le policier tressaillit et se leva d’un mouvement brusque pour se lancer, à son tour, dans une diatribe sans fin en agitant les bras en tout sens.

Je ne sais pas ce que lui avait dit Zack mais cela avait eu l’air de faire son effet à en juger par la mine soudain inquiète du policier et par la façon dont il se tenait la tête, gémissant entre deux phrases.

- Mais qu’est-ce qu’il dit ? insistai-je.

- Chut ! rétorqua Angeal avec un geste irrité.

Je levai les yeux au ciel et fit claquer mes mains sur les cuisses en m’accroupissant sur le sol. Le cafard, de nouveau sur ses pattes, était juste entre les miennes et je me redressai aussi sec en jurant comme un charretier pour l’écraser brutalement sous ma semelle avec un bruit de craquement de céréales.

Je ne sais pas si ce fut à cause du bruit du cafard ou de celui du claquement de ma semelle sur le sol de bois fêlé - je chausse quand même du quarante-cinq - mais Zack et le policier cessèrent immédiatement leur conversation animée et se tournèrent vers moi.

J’en profitai.

- Alors ? demandai-je.

- Il ne veut pas s’occuper de l’affaire avant d’en référer à monsieur Shinra, soupira Zack.

Je faillis m’étrangler.

- Quoi ? m’écriai-je. Un homme a été assassiné et nous avons plusieurs cadavres sur les bras ! Il faut un légiste et au moins deux ambulances !

Zack commença à lui traduire ce que je venais de dire et s’arrêta en cours de route pour se tourner vers moi.

- Euh… Je crains que le mot ” légiste ” n’existe pas en gongagien, Général.

J’allais lui répondre lorsqu’Angeal me devança et adressa au policier quelques mots en un Gongagien laborieux.

Le visage de l’homme s’éclaira et il répondit quelque chose que je ne compris pas.

- Il dit qu’il en a vu un dans un film policier, le mois dernier… soupira mon ami d’un ton morne.

Je tapai à nouveau du pied, faisant sauter un éclat de plancher. Cette fois je commençais vraiment à m’énerver.

- J’exige qu’il prenne notre déposition et qu’il appelle un hôpital ! hurlai-je.

Zack traduisit mais l’homme secoua la tête, obstiné. Avec un grognement, je le saisis par son col de chemise et Angeal s’interposa, me tirant en arrière.

- Laisse tomber, Seph, c’est inutile. Ici, rien ne fonctionne comme chez nous. Allons plutôt voir son “altesse”. Ce type ne bougera pas le petit doigt sans son accord express.

Nous quittâmes le bâtiment et l’homme me jeta un regard terrifié avant de fermer doucement la porte derrière nous.

Notre véhicule n’avait pas bougé des abords du village, les ruelles étroites et les trous dans la chaussée ne permettant pas son passage à travers le village sans risquer de perdre une roue, 4×4 ou non.

Enfin… disons que le 4×4 break lui-même n’avait pas bougé… parce que les portières, elles, gisaient de part et d’autre sur le sol.

Avec un juron, Angeal se précipita, brandissant la torche électrique qui nous avait permis de trouver le commissariat sans tomber dans un trou.

En m’approchant à mon tour, je ne pus retenir une exclamation étouffée et Zack se mit à marmonner ce qui semblait être une prière pour chasser le mauvais oeil.

Visiblement, celui qui avait fait ça avait agi par pur plaisir de nuire car nous n’avions pas fermé les portières à clé. Il n’y avait donc nulle raison de les arracher.

De plus, rien n’avait été volé. Le sac à dos d’Angeal n’avait même pas été fouillé. Tout était intact sur le siège du conducteur et rien ne manquait du matériel.

- Bon sang ! Le type qui a fait ça devait être une force de la nature, remarquai-je en observant le métal tordu.

- C’est de la tôle ! répliqua Angeal en soulevant une portière. Personne n’aurait pu faire une chose pareille. Regarde-moi ça, on dirait qu’elle a été pliée comme une vulgaire feuille de papier.

La portière en question me faisait penser à une énorme papillote, comme celles que les femmes se mettent dans les cheveux pour les friser.

Angeal braqua la torche sur la seconde et la retourna du pied.

- Merde ! Merde ! Merde ! grogna-t-il. Il ne nous manquait plus que ça !

La seconde portière était éventrée comme si elle avait eu maille à partir avec une pelleteuse mécanique.

Des petits lézards glacés me descendaient le long du dos, mais, sachant que Zack nous observait pour savoir quelle attitude adopter, j’essayai tant bien que mal d’afficher une expression décontractée, comme celle des héros de films ou de jeux vidéo qui plaisantent devant la voiture qui vient de leur exploser sous le nez, manquant de peu de les faire rôtir.

- Qu’est-ce qu’on fait ? demandai-je, faussement sarcastique. On aura l’air fin à rouler comme ça. Remarque, ça économisera la clim. Je savais qu’ils n’aimaient pas beaucoup les étrangers, ici, mais à ce point là…

Angeal jura une fois de plus et nous fit signe de monter à bord.

- Oh putain ! s’écria Zack en ressortant vivement.

- Quoi ? demandai-je en m’approchant pour regarder prudemment à l’intérieur.

Pour toute réponse, Zack me désigna le siège passager et Angeal balaya la cabine de la torche.

Au début, je ne vis rien de particulier. Le siège du conducteur était intact, ainsi que le tableau de bord.

Là où ça se gâtait, c’était du côté passager - à savoir le mien.

Je crois que le terme “place du mort” se justifiait parfaitement dans ce cas : le fauteuil, mon fauteuil, avait été éventré avec une rage impressionnante. Des morceaux de mousse étaient éparpillés partout et le skaï avait été lacéré. Quatre belles coupures bien régulières, comme celles qu’aurait pu faire la patte d’un chat.

D’un très gros chat…

- Tous les fauves de la région se sont donnés le mot pour nous pourrir la vie ou quoi ? lançai-je dans une lamentable tentative pour faire de l’humour malgré l’angoisse qui commençait à me nouer le ventre. Ils sont de sortie ? C’est leur fête annuelle ?

Angeal tendit la main, prit un amas de coton déchiqueté sur le plancher et le déplia.

Mon sweat-shirt. Celui que je laissais en permanence dans la voiture au cas où.

Il ne restait même plus dix centimètres carrés de tissu intact.

- Je ne sais pas s’ils sont de sortie mais celui-là, c’est visiblement toi qu’il voulait. Tu dois avoir une odeur particulièrement appétissante.

Je lui arrachai feu sweat-shirt des mains avec un regard meurtrier, et m’en fis une sorte de ” coussin-serpillière ” pour empêcher les ressorts du siège de m’arracher la peau des fesses.

- Très drôle, dis-je en retenant un frisson. Allez, grimpe et démarre ! Je ne tiens pas vraiment à rester dans le coin avec une bestiole comme ça dans les parages.

Zack marqua un temps d’arrêt, avant de monter dans le véhicule, et nous le vîmes tourner la tête en direction du village en se mordillant la lèvre.

- Zack, ça va ? s’enquit Angeal, le faisant sursauter.

Le garçon rougit et acquiesça.

- Oui, monsieur. Bien sûr.

Mon ami sourit.

- Tu t’inquiète pour tes parents ?

Son protégé baissa les yeux, horriblement embarrassé.

- C’est que… je n’avais jamais vu un fauve s’approcher aussi près des habitations, monsieur.

Angeal hocha gravement la tête, d’apparence calme, mais je remarquai que le tendon de sa mâchoire jouait sous sa peau tandis qu’il serrait les dents.

Ah ! On peut dire qu’on avait du mal à le jouer, notre rôle de gros durs blasés !

Mon ami et moi avions beau faire les fiers à bras, nous étions tout aussi angoissés que le gamin par les événements de la nuit.

Et l’atmosphère lugubre n’arrangeait rien à l’affaire.

La lune était cachée par intermittences, les nuages noirs se déplaçant lentement avec la brise, et j’avais l’impression que chaque coin d’ombre cachait un monstre prêt à bondir. Je m’imaginai l’un de ces animaux me saisissant la jambe par le trou béant qu’avait laissé la portière et je me m’en écartait d’instinct le plus possible en essayant de me faire tout petit sur mon siège.

Zack avait raison de s’inquiéter.

Un fauve sur le chantier, on pouvait encore l’admettre, la dense forêt de Gongaga n’était pas loin. Mais ici, au beau milieu du village…

- Monsieur… murmura timidement le garçon.

Angeal lui adressa un sourire un peu forcé.

- Mhh ?

- Vous… Vous ne croyez pas qu’il pourrait s’agir de la même bête que sur le chantier, n’est-ce pas ?

Je sortis la tête de la voiture pour me tourner vers lui et éclatai de rire.

- Bien sûr que si ! raillai-je. Il nous a suivi en courant uniquement pour avoir le plaisir de te croquer les orteils ! T’as une touche, petit, y’a pas de doute !

Il rougit furieusement et Angeal secoua la tête.

- Tu sais mieux que personne combien il y a de fauves dans ce putain de pays, Zack. A mon avis, ils doivent crever de faim par manque de gibier ou un truc comme ça et ils sont sortis de la forêt pour trouver de la nourriture, point. A en croire les écologistes, il paraît qu’avec l’extension des cultures, les animaux ont de moins en moins d’espace vital. Qu’est-ce que tu ferais à leur place, mhh ?

Il hocha la tête.

- Vous avez sûrement raison, monsieur.

- Il a raison, fis-je avec un sourire qui se voulait rassurant. C’était un accident Zack, rien de plus.

Angeal lui désigna le village d’un mouvement du menton.

- File chez tes parents pour cette nuit et assure-toi qu’ils vont bien. Je passerai te chercher demain, lorsque nous aurons mis un peu d’ordre dans le camp.

- Non, je ne peux pas vous laiss…

- C’est un ordre !

Le garçon s’inclina.

- Bien, monsieur. Merci…

Il nous adressa un sourire reconnaissant et fila sans demander son reste avant que l’on ne change d’avis.

Nous nous mîmes en route et je frottai mes bras nus.

Je n’avais même pas pris le temps de mettre au moins un maillot de corps avant de partir et je commençais à le regretter.

Comment aurais-je pu deviner qu’une saloperie de bestiole allait réduite mon sweat en pièces, aussi ?

Saloperie de pays !

Tandis que nous reprenions le chemin du chantier, cette histoire de malédiction et de démon me trottait dans la tête. On a beau ne pas y croire, dans ce genre de cas, on ne peut pas s’empêcher de douter de tout, à plus forte raison de ses propres convictions.

Je repensai au chamane.

Il traînait sa puanteur dans toute la région et devait forcément être au courant que les fauves quittaient la forêt en quête d’un bon repas. N’importe quel imbécile sachant cela aurait pu faire une telle prédiction et j’étais persuadé qu’il connaissait l’existence du temple sous le réacteur, le salaud !

Il nous avait laissé creuser en se marrant dans son coin, attendant de faire sa petite entrée et de nous coller une frousse de tous les diables avec sa belle prophétie préparée de longue date.

Quel chien ! Il ne perdait rien pour attendre.

Je me massai la nuque en baillant. J’étais physiquement et nerveusement épuisé.

Angeal me donna une petite tape sur le genou et je tressaillis.

J’étais vraiment à cran.

- Essaye de dormir un peu, Seph. Nous n’arriverons pas avant deux bonnes heures, vu l’était de la route.

- Tu auras assez d’essence ?

Si on tombait en panne, là, au milieu de nulle part, je ne donnais pas cher de notre peau avec toutes ces bestioles en vadrouille. Cela devait être affreux de mourir de la sorte. Sentir sa chair se déchirer, lambeau par lambeau, être dévoré vif…

Je repensai aux cadavres des soldats et du cuisinier et me frottai les bras encore plus vigoureusement.

- Il y a trois jerrycans derrière, t’en fais pas. Tu as froid ? C’est la fatigue. Tiens, mets ça.

Tout en conduisant, il retira le pull de son uniforme et me le tendit, pour ne garder que son maillot.

Je l’enfilai avec reconnaissance.

Il était doux et la chaleur de son corps s’était communiquée au tissu. Je cessai instantanément de frissonner et frottai ma joue contre le col.

Il portait son odeur, un parfum fortement boisé. Pour un peu, si je prenais la peine de tomber dans un ridicule un tantinet romantique, je dirais que je me serai cru dans ses bras.

Je le regardai dans la pénombre que diffusait la lumière de phares : un visage anguleux et carré, des traits élégants et fermes et une carrure de lutteur. Angeal avait un corps à damner un saint.

Et si… “ me surpris-je à penser avec un sourire rêveur.

Bah, quoi ?

Pourquoi pas, après tout ? Il était de compagnie agréable et je savais qu’il avait eu une petite aventure platonique avec Genesis, dans son adolescence. Il suffisait peut être de peu de choses pour…

- Ca va ? me demanda-t-il, interrompant ma rêverie. Tu fais une drôle de tête.

Le charme était rompu et je redescendis brusquement sur terre.

Angeal était comme mon frère. Comment pouvais-je penser à des choses pareilles ?

Je secouai la tête.

- Si je te disais à quoi j’étais en train de penser, tu me jetterais en pâture aux fauves, répondis-je amèrement.

Il leva un sourcil et me coula un regard en coin avant de me faire un clin d’œil.

- Quand on voit la mort de trop près, on a envie de ça, c’est normal. Ca t’a pas fait ça, à Wutaï ? Moi, j’avais envie de baiser sans arrêt. Les psy disent que c’est une réaction… comment on dit déjà ? Tu sais pour exorciser le truc. L’opposition entre la vie et la mort, tout ça.

Je tordis le nez.

- Oui, je sais.

- Bah j’espère qu’à Wutaï, tu as eu plus de chance que moi.

Je fis la moue.

- Je n’ai pas tâté de la ” chair locale “, avouai-je.

- Tu n’as rien perdu.

- Les dames utaïennes ne sont donc pas des ” affaires ” ?

- Ni les hommes, d’après ce que j’ai entendu dire. A croire qu’un Dieu blagueur les a privés de libido !

- A ce point là ?

Il se tourna avec un sourire moqueur.

- T’as vu Tseng ?

Je ris de bon cœur.

- Oui, c’est sûr que, vu comme ça…

- Blague à part, tu n’as quand même pas passé tout ce temps à Wutaï à te serrer la ceinture !

- Non, j’avais une aventure avec un autre soldat, à l’époque.

Angeal leva le sourcil.

- Ah ? Qui ?

- Weiss. Enfin, quand son frère Nero voulait bien lui lâcher la jambe !

Il pouffa.

- Ah ! Ces deux-là…

- Ouais.

- C’est vrai que question jolis garçons, t’es pas gâté, par ici, dit-il en secouant la tête. Sérieux, ça fait combien de temps que tu n’as pas… Ah, merde !

La voiture fit un écart et je dus m’agripper à lui pour ne pas être projeté à l’extérieur du Break.

Il me sembla voir une masse noire passer dans mon champ de vision et un cri se coinça dans ma gorge.

C’était inconcevable.

Nous roulions à plus de soixante ! Cet animal ne pouvait pas nous suivre et certainement pas nous percuter ainsi sans y laisser un os.

Angeal parvint à rétablir le véhicule et coupa le moteur.

- Mais qu’est-ce que tu fais ? criai-je, paniqué. Tu veux te faire déchiqueter ? Redémarre ! Tu as vu la force de cette bestiole ?

Il me fixa un instant, interdit, et me posa la main sur l’épaule.

- Seph… On a crevé, dit-il comme s’il parlait à un simple d’esprit.

- Je l’ai vu ! Il nous a percuté ! Il était là, dehors, il est passé devant nous !

Je regardai partout, m’attendant à le voir surgir à tout instant pour enfoncer ses crocs dans ma cuisse.

- On a crevé, Seph… répéta Angeal. Il n’y a rien dehors.

- Bon sang ! Je te dis qu’il est là ! hurlai-je en me tournant en tout sens.

Avec un soupir, il tendit la main pour prendre le fusil et la torche derrière lui et sortit du break.

- Reviens ici tout de suite et redémarre !

L’angoisse au ventre, je le vis faire le tour de la voiture et balayer le paysage de sa torche.

Puis il se baissa pour ramasser quelque chose et se pencha vers moi.

- On a crevé, répéta-t-il en me tendant une pierre aiguë. Et il n’y a rien dehors, Seph, à part ces fichus cailloux coupants.

Je sortis du véhicule et regardai la roue.

Aucun fauve ne nous avait percuté, la roue était juste affaissée et dégonflée. On voyait parfaitement le silex qui y était fiché.

- Désolé… murmurai-je, honteux, en m’appuyant sur le 4×4.

Angeal commença à sortir un pneu de secours et un cric de l’arrière du véhicule et je l’aidai à changer la roue - sans pouvoir cependant m’empêcher de regarder par-dessus mon épaule, à la recherche d’une paire d’yeux luisant dans l’obscurité.

Les vis grippaient à cause de la poussière mais nous pûmes nous remettre en route assez rapidement, ce qui, je l’avoue, me soulagea.

Mon compagnon me jetait de fréquents coups d’œil, auxquels j’essayai de répondre par un sourire - hélas peu convainquant.

- T’es sur les nerfs, hein ? me demanda-t-il soudain.

Je regardai l’obscurité qui nous entourait et me laissai aller sur mon siège en soupirant, me couvrant le bas du visage des mains.

- C’est peu de le dire.

Il hocha la tête et m’adressa un sourire rassurant.

- C’est bientôt terminé, Seph. On va aller voir “sa majesté”, régler tout ça, et, dans trois jours, ce ne sera plus qu’un lointain souvenir.

Je laissai échapper un rire amer.

- Un lointain souvenir… Tu parles ! Ce connard blondinet m’a littéralement lynché ! J’aurais de la chance si, après ça, on ne me relègue pas à la surveillance des réacteurs… Et pour améliorer encore l’excellente impression que je lui ai faite, je viens de perdre quatre hommes par la faute d’un foutu chat de merde et d’un tueur mystérieux ! Chier !

Je frappai le tableau de bord du plat de la main.

- Seph…

- Chier ! Chier ! Chier !

Je me sentais au bord de la crise de nerfs, les cadavres déchiquetés dansant devant mes yeux, et fermai les paupières pour essayer de me calmer.

- Viens là.

J’ouvris les yeux et remarquai qu’Angeal s’était arrêté au milieu de la petite route déserte. Je ne m’étais même pas aperçu du silence soudain, provoqué par l’arrêt du moteur.

On n’entendait plus que le chant des insectes et le chuchotement de la brise, uniquement entrecoupés par le cri lointain d’un oiseau de nuit.

- Allez, viens là, répéta-t-il.

Il s’était à demi tourné vers moi et me tendait les bras.

Je m’y blottis sans réfléchir.

Il était plus petit que moi mais dégageait une force presque palpable. Je me sentais comme un petit garçon entre ses bras.

En sécurité.

Au chaud.

Je cessai immédiatement de frissonner, ses larges mains pétrissant mon dos, me communiquant leur chaleur à travers l’étoffe de son pull.

- Ce connard va me rétrograder, Angie.

- Bien sûr que non…

Il resserra son étreinte et le soupirai.

Le levier de vitesse me meurtrissait la cuisse mais je m’en moquais. J’étais bien entre ses bras.

Je sentais sa joue contre mon cou, les poils de sa barbichette qui me piquaient la joue et son odeur chaude, presque animale. J’avais besoin de cette chaleur et de ce soutien.

J’en vais besoin tout de suite !

Sans même m’en rendre compte, ma joue glissa sur la sienne et il eut un petit mouvement de recul lorsque mes lèvres frôlèrent les siennes.

- S’il te plaît, murmurai-je en le sentant se pétrifier. S’il te plaît, Angie…

Il recula et me fixa un instant sans comprendre. Je lui lançai un regard suppliant et sa bouche s’étira en un sourire indulgent.

- Allons Seph, ça va aller, reprends-toi, mon grand.

Je pressai alors mes lèvres sur les siennes et il fit une chose dont je ne l’aurais jamais cru capable : Angeal me frappa avec une telle brutalité que je dus m’agripper au tableau de bord pour ne pas être expulsé de la voiture sous la force du choc.

Je savais qu’il était une force de la nature, mais j’avoue que je ne m’étais pas non plus attendu à cela.

Il n’avait jamais été brutal avec moi, pas même durant nos entraînements et il n’avait que rarement haussé le ton.

La violence de son rejet me fit plus mal que le coup lui-même.

Il avait mis tant de rage dans son geste, tant de mépris, que j’eus l’impression de me retrouver devant un étranger.

- Angeal… chuchotai-je, sous le choc.

Ses lèvres se mirent à trembler et il secoua la tête.

- Je… je suis désolé, Seph, bredouilla-t-il. Je… je ne voulais pas cogner aussi fort. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Je crois que moi aussi, je suis à bout.

- Tu n’avais pas besoin de faire ça, fis-je d’une voix blanche.

Je commençais à sentir la colère me gagner.

Jamais je n’avais forcé qui que ce soit et Angeal le savait parfaitement. Il aurait suffit d’un simple ” stop ! ” pour que je le laisse tranquille.

Il tendit une main vers ma joue mais je la repoussai.

- Qu’est-ce qui nous arrive, bon sang ? soupira-t-il en s’adossant à son fauteuil, se prenant la tête dans les mains. Qu’est-ce qui nous arrive ?

Il semblait brisé.

- Oublie ça, Angie. Je suis allé trop loin, c’est de ma faute.

Il tourna la tête vers moi et tendit une main pour allumer le plafonnier.

La lumière vive m’éblouit.

Je fermai les yeux mais sentis ses doigts sur ma joue, qui commençait à me lancer.

- Je ne t’ai pas raté, mon pauvre Seph, remarqua-t-il en éteignant la petite lampe. Désolé.

Je souris mais n’osai pas le regarder en face ou faire un geste, de peur qu’il soit mal interprété. Un mur venait de s’élever entre nous et je sus que jamais plus je ne me permettrai un geste tendre ou amical à son endroit. Du moins, pas avant de longs mois.

Il dut s’en rendre compte car je le sentis se raidir.

- Il ne vaut mieux pas rester dans le coin, dis-je en détournant le visage pour regarder à l’extérieur.

Je le sentis s’écarter, remuer sur son siège et j’attendis sagement que le moteur se remette en marche, les yeux toujours fixés dans le décor, à travers le trou béant de la portière manquante.

- Seph ?

En soupirant, je me tournai vers lui et blêmis.

Il avait retiré son maillot et le haut de son pantalon était déboutonné, laissant apparaître quelques poils bruns sur le bas de son ventre.

Ma gorge s’assécha.

Angeal était bâti comme un dieu, une musculature ferme et bien dessinée roulait sous sa peau hâlée.

- Qu’y a-t-il, Seph ? murmura-t-il en souriant. On devient timide ?

- Angie…

Je n’osai pas faire un geste.

D’un mouvement qui fit gonfler son biceps, il actionna le levier de rotation de son siège, dont le dossier s’abaissa jusqu’à être totalement à plat sur la banquette arrière.

Confortablement allongé, il tendit une main autoritaire, qui se referma autour de ma nuque pour m’attirer à lui.

Sans savoir comment, je me retrouvai sous lui, ses mains se glissant sous mes vêtements, faisant passer le pull par-dessus ma tête, déboutonnant mon pantalon, courant sur ma peau et se faufilant entre mes cuisses…

J’étais un jouet entre ses mains et j’avoue que cela ne déplaisait pas le moins du monde, en cet instant.

J’avais envie de lâcher prise et c’est ce que je fis.

Pour quelques instants, j’oubliai les fauves, les morts et la peur de perdre bientôt un statut que j’avais mis des années à acquérir à la force des poings, tout au plaisir que m’offrait Angeal.

Il me fit l’amour avec ardeur, presque avec brutalité, mais j’avais au moins la certitude de ressentir les choses et d’être vivant. Pas comme ceux dont les restes gisaient dans la tente, là-bas, sur la colline…

… à suivre

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IV - Chasse nocturne

« La guerre, c’est comme la chasse,
sauf qu’à la guerre, les lapins tirent. »

C. de Gaulle

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Du calme, Angie… chuchotai-je en regardant le pouce d’Angeal contracté sur le chien du fusil.

Il épaula et posa l’index sur la détente, tenant le canon et la torche de la main gauche.

Avec un tel dispositif, ce qui se trouverait face à la torche serait inévitablement dans la ligne de mire.

- Je me calmerai quand je saurai ce qui se passe là-dedans.

Avant d’entrer dans la tente, il balaya une dernière fois les alentours du faisceau de lumière, dans le sens des aiguilles d’une montre, et refit l’opération dans l’autre sens, plus lentement.

Rien ne semblait bouger.

Il s’apprêtait à tendre le bras pour saisir le rabat quand deux billes vertes accrochèrent un instant la lumière, sur notre gauche, à quelques mètres de la tente.

- Merde ! cria-t-il.

Je reculai d’instinct et il braqua la torche et le canon sur une tête monstrueuse où luisaient des crocs rougeâtres et grands comme des dagues.

- Tire ! hurlai-je au moment où j’entendais la détonation.

Je clignai des yeux, surpris par le bruit qui retentit et se répercuta dans les vallons sur une distance inimaginable.

Angeal tira deux cartouches et une masse de fourrure noire traversa le faisceau de lumière.

- Putain de bestiole ! jura mon ami en braquant la torche vers l’endroit où l’énorme panthère était partie.

- Je croyais que ces animaux étaient en voie de disparition ! fis-je remarquer, hébété.

Mon compagnon avança de quelques pas, dans la direction qu’avait prise le félin, et je le suivis pour scruter la colline en contrebas : un à-pic à donner le vertige.

- Une panthère volante, tu crois ? essaya-t-il de plaisanter.

- Cette saleté a dû faire le tour de la tente, elle n’a pas pu sauter.

- Merde !

Je regardais autour de moi en essayant de percer l’obscurité à la recherche de deux billes vertes et luisantes.

- Elle est partie, assurai-je.

- Tu crois ?

- Je l’espère, du moins…

Ca, c’est le genre de choses que je n’ai jamais pu expliquer.

Autant je peux affronter cinq hommes armés jusqu’aux dents sans broncher, autant les sales bestioles font monter mon stress à un niveau de tous les diables ! A plus forte raison quand la bestiole en question fait dans les quatre vingt kilos et a des dents comme des poignards…

- Oui, il a dû partir, soupira Angeal en retournant à la tente. Il a du venir de la forêt, ce fils de pute ! Il y a quelqu’un ? demanda-t-il en soulevant le rabat. Zack ? T’es là ? Ou vous vous êtes tous enfuis comme des lâches qui se… (Je lui montrai le rabat lacéré et sa voix fut remplacée par une respiration sifflante). Oh mon Dieu ! Zack !

Je le suivis à l’intérieur et mon cœur manqua un battement.

Ce n’était pourtant pas les premiers cadavres que je voyais, loin s’en fallait ! Lorsqu’on a fait cette putain de guerre de Wutaï, on est vacciné à vie pour faire face à ce genre de spectacle sans rendre le contenu de son estomac…

D’ailleurs, je n’oublierai jamais ma première rencontre avec un cadavre, là-bas. Je venais d’arriver, les lieux avaient été sécurisés et, curieux, je me promenais dans l’exotique capitale le nez en l’air, sans faire attention où je marchais. Et, fatalement, j’avais trébuché… pour me retrouver allongé et nez à nez avec un machin à demi putréfié, abandonné en pleine rue sur une civière débordante de fleurs fanées.

Ca m’avait fichu un sacré coup, je peux bien l’avouer !

J’appris plus tard qu’il y avait des coutumes mortuaires bizarres, à Wutaï. Ce qui expliquait que l’on baladait les macchabées à l’air libre pendant plusieurs jours, avant de le mener vers son bûcher funéraire au bord de l’eau au vu et au su de tout le monde, tel un paquet de linge à laver.

Ce n’est pas que je sois particulièrement impressionnable mais, franchement, je n’avais que seize ans et n’y étais pas préparé.

Au SOLDAT, tout ce qui concerne la mort est tellement tabou, pour ne pas décourager les nouvelles recrues, que voir des dépouilles participer pour ainsi dire au train train de la vie quotidienne à Wutaï semblait ” indécent “.

Je me doute que j’ai l’air d’un imbécile en disant ça. Je sais bien que ce n’est qu’une question d’éducation et de coutumes mais avouez que vous n’en mèneriez pas large non plus si vous aviez à l’improviste failli faire un ” love kiss ” à un cadavre recouvert de fleurs fanées - et je vous fais grâce de l’odeur !

Dans la tente où Angeal et moi nous étions figés de dégoût, il n’y avait pas de fleurs ou de cortège pour les malheureux qui gisaient sur le sol. Seulement du sang, des tripes répandues par des blessures béantes et la puanteur âcre de la peur et des corps à qui l’imminence de la mort ôte tout contrôle.

Pas de quoi faire des effets de style…

Ces deux jeunes soldats et le cuisinier, j’avais appris à les connaître et à les apprécier et voir leurs cadavres ainsi déchiquetés me serra les tripes.

- Zack n’est pas là, fit Angeal en parcourant les lieux du regard.

Il balaya l’intérieur de la tente de sa lampe .

- Il doit encore courir, à moins qu’il ne soit blessé et se terre quelque part près d’ici, fis-je avec une ironie morbide que mon compagnon n’apprécia pas.

Il s’était beaucoup attaché à ce garçon, semblait-il. Beaucoup plus que je ne l’aurais cru.

- Il faut le retrouver avant que ce fauve ne revienne, dit-il en sortant de la tente.

J’acquiesçai d’un signe de tête et lui m’emboîtai le pas.

- Zack est allé à bonne école, avec toi. C’est un garçon malin et adroit, il ne se serait pas laissé avoir aussi facilement, essayai-je maladroitement de me rattraper.

Angeal eut un petit rire nerveux.

- Si j’étais superstitieux, Seph, je me dirais qu’on aurait peut-être dû écouter le vieux fou qui nous a mis en garde cet après-midi…

Je me raidis.

- Ne sois pas ridicule ! Rien n’aurait empêché ce fauve de sortir de la forêt voisine pour venir se faire les crocs ici ! A tous les coups, il a été attiré par les bruits. Ou les odeurs de nourriture.

J’avais vu, dans un reportage, que les fauves n’attaquaient l’homme que lorsqu’ils ne pouvaient plus chasser de proies plus dangereuses - ou plus rapides.

Celui-là m’avait paru en pleine possession de ses moyens, pourtant !

Quoi que… en y repensant, pas aussi énorme qu’il m’avait semblé lorsqu’il avait émergé des ténèbres. Même pas aussi massif que les félins gras du bide que l’on voit se traîner mollement dans le zoo de Midgar.

Bien assez grand, cela dit, pour être dangereux.

S’il avait décidé de s’offrir un steak d’humain, peut-être avait-il prévu d’aller jusqu’aux abords de Gongaga. Mais comme nous avions installé le campement ici… Il en avait profité.

- Cette attaque n’est pas une malédiction, Angie, assurai-je, mais une épouvantable malchance ! S’accabler de reproches tardifs ne ramènera pas ces malheureux à leurs familles. Mais on peut peut-être encore sauver ton Zack.

Angeal enfila rapidement ses vêtements et moi mon pantalon et mes bottes sans même prendre le temps de mettre des chaussettes ou de me couvrir le torse - j’ai toujours détesté avoir quelque chose sur la gorge ou la poitrine, je ne sais pas pourquoi. J’avais toujours un pull d’uniforme de secours dans la voiture, de toute façon, au cas où.

Nous fîmes le tour du campement, maîtrisant nos craintes de ne retrouver que des morceaux épars de Zack.

Notre 4×4 nous attendait silencieusement dans le noir, sa silhouette trapue bien visible marquant le début de la sente qui menait à la civilisation, ou du moins, à la sécurité relative de la communauté humaine de Gongaga.

J’aurais donné n’importe quoi en ce moment pour me retrouver au milieu de la foule que j’évitais d’ordinaire. Je crois même que j’aurais pu serrer dans mes bras le vieux chamane poussiéreux s’il avait surgi des ténèbres !

Sans nous concerter, nous nous dirigeâmes droit vers le véhicule et un grincement métallique à peine audible nous fit nous raidir.

Angeal me fit signe de me tenir prêt à ouvrir la portière arrière du break, pendant qu’il pointait à la fois le fusil et la torche vers l’intérieur.

Tendu à craquer, je tirai si brusquement sur la portière qu’elle faillit sortir de ses gonds dans un odieux crissement qui résonna comme un gong en fin de course.

Dans le silence de la nuit, j’avais l’impression d’avoir commis un sacrilège par ce vacarme.

J’ignore encore comment, en dépit de cette tension accumulée, Angeal put se retenir d’appuyer sur la détente lorsqu’un mouvement se fit dans le véhicule.

Si j’avais été à sa place, j’aurais probablement causé un drame car c’était notre pauvre Zack, légèrement blessé à la jambe, qui y avait trouvé refuge.

- C’est vous ! soupira-t-il en nous voyant. Dieux merci !

*

Pendant qu’Angeal bandait la jambe de son protégé, celui-ci nous raconta qu’il avait aussi entendu les hurlements de ses camarades alors qu’il était sorti soulager sa vessie. Mais, au contraire de nous, en entrant dans la tente plongée dans le noir pour leur porter secours, il avait également reconnu le feulement sourd qu’il entendit. Et devinant la nature de la menace, il avait battu en retraite mais pas assez rapidement pour éviter un coup de griffe.

Il avait alors rampé jusqu’à l’abri des parois de tôle de la voiture, sûr que l’animal allait se précipiter à ses trousses.

Le garçon s’excusait à n’en plus finir de qu’il considérait comme de la lâcheté.

- Zack…

- J’aurais dû aller vous avertir, récupérer une arme, défendre mes compagnons !

- Il était trop tard.

- Le contremaître ? demanda soudain Zack. Damon ! Avez-vous trouvé Damon ?

Je secouai la tête.

- Pourtant, il a réussi à s’enfuir de la tente. Je le sais, je l’ai vu ! insista-t-il.

Nous refîmes donc tous trois le tour du camp.

En vain.

Nous trouvâmes pas le cadavre de Damon et personne ne répondit à nos appels.

Je ne sais lequel de nous trois eu enfin l’idée d’aller jeter un œil dans les fondations.

Sans doute pas Zack car, depuis le début de l’après-midi, tous les Gongagiens manifestaient une réticence maladive à s’approcher du temple.

Rufus Shinra leur avait bien sûr interdit de le faire, certes, mais au vu de leurs visages décomposés par la peur, cette interdiction était totalement superflue.

Angeal et moi descendîmes la pente abrupte menant au fond du trou et je l’entendis jurer dans la pénombre en se frappant trois fois le front.

Ce geste me surprit par je ne l’avais jamais vu manifester une ombre de superstition.

Cela dit, en de telles circonstances, j’arrivais presque à le comprendre.

Angeal avait déjà travaillé ici, avant, ainsi qu’à Canyon Cosmo, où les mythes étaient au moins aussi vivaces qu’à Gongaga. Qui savait ce qu’il avait pu voir au cours de ses missions ? Il faudrait que je le questionne là-dessus, un jour. Mais pas en pleine nuit, après trois cadavres mis en pièces et près d’un temple profané…

Angeal se glissa sous le ruban de plastique censé interdire l’entrée par la crevasse ouverte dans le mur du temple, la torche en avant.

Après un pesant silence, il laissa tomber :

- Je l’ai trouvé.

A son ton neutre et à son dos raidi, je devinai une autre mauvaise nouvelle.

Je le rejoignis et vis le corps du contremaître étendu sur l’autel de pierre et couvert de sang comme les autres.

Je notai que les blessures n’étaient pas dues à un fauve ou à quelconque animal : cet homme avait été égorgé par une lame, non par des crocs ou des griffes !

J’échangeai un regard avec Angeal, hésitant à formuler des conclusions qui pourraient s’apparenter à des accusations.

Avions-nous un meurtrier sur les bras en sus d’une bête fauve ?

Nous ne pouvions fournir aucune réponse à cette question pour l’instant.

… à suivre

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III - Nuit d’angoisse

« Où serait le mérite,

si les héros n’avaient jamais peur ? »

Alphonse Daudet

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Rufus annonça la suspension des travaux, la plupart des ouvriers rentrèrent chez eux à pied sans même réclamer leur rétribution et le chantier me parut horriblement désert. D’habitude ils restaient dormir sous leur tente et ne repartaient au village qu’une fois par semaine, le jour de la paye.

Ce soir-là, seuls le contremaître, le cuisinier et trois hommes étaient au camp en sus d’Angeal et de moi-même. Mon ami était parti ruminer dans sa tente sans même se donner la peine de manger la nourriture gongaïenne, délicieuse mais trop épicé qui m’avait donné des brûlures d’estomac et des coliques durant les trois premières semaines, ce qui avait beaucoup amusé Zack fair, le petit protégé d’Angeal.

Ce dernier semblait horriblement déçu par la décision de Rudus mais, surtout, très en colère. Je crois qu’il devait m’en vouloir de ne pas avoir suffisamment étudié le terrain avant de commencer les fondations.

Comment pouvais-je deviner qu’une bande de sagouins s’était amusée à creuser un temple dans la roche de la colline pour le condamner ensuite sans la moindre indication de son emplacement ?

Je ne suis pas une devineresse cétra !

Las, je m’assis en tailleur sur le sol, devant ma tente, et allumai une de ces infectes cigarettes à… A quoi, d’ailleurs ? Mieux valait ne pas le savoir mais c’était les seules que l’on pouvait trouver dans le village le plus proche, distant d’une bonne dizaine de kilomètres à vol d’oiseau.

Il n’y avait pas un souffle d’air et la seule chose que l’on entendait était le bourdonnement des moustiques et le murmure des prières du cuisinier et du contremaître.

Depuis que Rufus était parti, ils n’avaient cessé de prier et leurs mélopées me donnaient le bourdon.

Je regardai ma montre bracelet et dus essuyer le cadran couvert d’une poussière rougeâtre pour lire l’heure.

20h00.

Le soleil se couchait et le ciel était d’un rouge agressif, recouvrant le paysage d’un voile sanguinolent. On avait une belle vue depuis le haut de la grande colline.

D’après ce que m’avait expliqué Angeal, le nom de cette colline avait été emprunté à des entités célestes qui commandent aux vents : les mâruts. Il m’a montré une représentation de ceux-ci sur Internet. Il s’agissait de Dieux terrifiants, aux bras multiples et au visage agressif. Il avait ri de ma réaction en m’expliquant que les Mâruts n’était en rien des Dieux maléfiques, tout au contraire.

Au nord, la colline Mârut formait un à-pic de vingt mètres qui donnait sur la route ; l’emplacement que j’avais choisi pour construire la véranda du laboratoire attenant au réacteur.

A cet endroit du sommet, le terrain était droit et plat sur à peu près 1200 mètres carrés ; puis le sol s’abaissait en pente douce vers le sud. Vue du ciel, la colline devait avoir la forme d’une énorme virgule. A perte de vue c’était un terrain vallonné, aride, parsemé de petits bosquets d’épineux, à travers lequel serpentait le large ruban de terre battue qui menait à la rivière.

A une dizaine de kilomètres de la pointe de la virgule, cependant, une masse verdâtre inextricable attirait le regard. C’était la forêt sacrée de Gongaga.

Zack m’expliqua que des milliers de gens y venaient en pèlerinage car c’était dans cette région qu’un Dieu local supposé faire des miracles avait passé son enfance. J’avais insisté pour m’y rendre.

C’était l’une de ces forêts du cru où il valait mieux éviter de mettre les pieds si l’on ne voulait pas se retrouver face une bestiole aussi attachante qu’un serpent vert ou à un troupeau de singes amoureux qui vous collaient aux basques et vous mettaient leur derrière pelé sous le nez, sûrs de leur sex-appeal. Les serpents, c’est vrai, étaient monnaie courante et, une fois, une énorme vipère s’était introduit dans ma tente. J’avais poussé un tel hurlement que je ne sais pas lequel, du serpent ou de moi, avait été le plus effrayé par l’autre. Il avait filé sans demander son reste et j’avais passé une semaine à sursauter à chaque fois que je voyais un câble ou une corde traîner sur le sol.

Pour l’instant, ce n’était pas tant les serpents qui m’effrayaient que le silence entrecoupé par le bourdonnement des moustiques et des prières.

Je fixai le trou des fondations et un frisson glacé me remonta le long du dos. Je ne croyais pas une seconde, bien entendu, qu’une quelconque bêbête digne d’un roman d’horreur allait sortir de là, comme semblait le craindre son altesse Shinra de mes genoux, mais il fallait bien reconnaître que l’ambiance était tout ce qu’il a de lugubre sous ce ciel sanglant. La terre elle-même semblait gorgée d’hémoglobine.

Et si ce terrain appartenait à la famille de Rufus depuis des dizaines d’années, il était fort probable que ce fut bien le cas…

D’après ce que j’avais lu, l’étripage entre familles, clans, castes - ou comme on voulait bien les appeler-, semblait faire partie depuis belle lurette du sport régional, au même titre que les combats de cailles ou de coqs.

J’essayai de m’imaginer Rufus, installé sur son chocobo, en train de mener ses troupes au combat, aboyant des ordres et sautant sur le cul de sa volaille au rythme de sa marche lourdaude.

J’ajoutai au tableau un Palmer gras double courant à ses côtés, parasol ou éventail en étendard, tout en sautillant de temps en temps pour lui tendre un bol de cacahouètes et l’allégorie était presque assez cocasse pour être digne de son altesse ridiculissime.

Bon sang ! Quel gâchis d’avoir mis un tel abruti dans un corps pareil.

Je sortis de ma rêverie pour m’apercevoir que le soleil s’était couché.

Plus aucune lumière ne brillait dans le camp et ma cigarette s’était consumé et éteinte. J’en allumai une seconde et fixai la pleine lune.

Elle me parut énorme.

Après la vision d’un paysage baigné de sang, tout me paraissait à présent couleur de cendre grise.

“Eh allez ! D’abord tu vois le sang, les batailles et la mort et, maintenant, de la cendre. Remarque, t’as de la logique dans tes délires mon pauvre Sephiroth : après la boucherie, le bûcher. Normal. Faut bien se débarrasser des restes”.

Un Rufus échevelé, en larmes et hurlant de désespoir, se dessina devant moi. Je secouai la tête pour chasser cette image et regardai ma cigarette, suspicieux.

“Mais qu’est-ce qu’ils mettent dans leurs putain de clops ?”

Je l’écrasai sous ma semelle et me relevai avec un soupir pour entrer dans ma tente.

J’allumai la lampe posée sur une caisse de matériel en fer blanc, juste à côté de mon lit de camp, et elle vacilla durant un instant. Il était grand temps que je change la batterie.

“Demain”, me promis-je avant de me déshabiller et de jeter mes vêtements à la ronde.

“Quel désordre”, pensais-je en m’allongeant sous la moustiquaire.

Des plans étaient épars sur la planche de contre-plaqué montée sur tréteaux qui me servait de table. Une chaise, une malle, quelques caisses de matériel, une bassine et un nécessaire de toilette complétaient le reste du mobilier, le tout dans une disposition plus qu’approximative et branlante. Quelle misère…

Je me grattai le menton. Après deux jours sans rasage, ma barbe naissante me démangerait.

“Demain”, me dis-je encore en tendant la main pour éteindre la lampe.

Elle était trop loin.

“De toute façon, il n’y a plus de jus…”

Fainéant pour fainéant…

Je fermai les yeux, bras derrière la nuque et essayai de dormir.

En fait, j’étais épuisé. Le drap de coton était agréablement frais mais quelque chose me chatouillait les pieds. Les miettes des biscuits de la veille sans doute. Ou de l’avant veille.

Je secouai les jambes.

Les miettes irritantes tombèrent au fond du lit.

Les voilà qui m’égratignaient le mollet à présent. Elles avaient décidé me m’empoisonner la vie ou quoi ?

Je secouai rageusement les pieds pour les faire tomber.

Elles revinrent à l’assaut de mes cuisses, grimpèrent sur mon ventre, remontèrent vers la poitrine et j’ouvris brutalement les yeux.

Les miettes, ça ne cavale pas… mais les araignées, oui !

Avec un cri de dément, je bondis hors de mon lit, emportant la moustiquaire, dans laquelle je m’empêtrai, et sautai sur place en agitant la tête tout en me donnant des claques sur le corps.

En y repensant, je devais avoir l’air d’un bel épouvantail à moineaux ou d’un fantôme pris d’hystérie.

La mygale détala sous la malle et j’essayai de reprendre mon souffre en luttant pour me débarrasser de la monstrueuse toile d’araignée en mousseline couverte de dépouilles de moustiques. J’entendais encore l’écho de mon cri se répercuter dans la tente.

Tiens… Depuis quand ça avait de l’écho une tente ?

Je me figeai et tendis l’oreille.

Ce n’était pas un cri mais plusieurs hurlements qui se mêlaient jusqu’à ne plus former qu’une lamentation aiguë et hideuse qui me donna la chair de poule et me noua les entrailles.

De ma vie, je n’avais jamais rien entendu de semblable.

Sauf peut-être une fois, lorsque j’étais enfant.

Genesis m’avait invité chez lui, à la campagne, et nous étions tombés le jour le l’abattage des porcs. Les pauvres bêtes poussaient ce genre de cris quand le boucher du village les traînait à travers la cour de la ferme. Ils sentaient qu’ils allaient mourir et qu’ils ne pouvaient rien faire pour se soustraire à ce qui les attendait. Leurs cris devenaient tellement aigus et hystériques qu’ils ressemblaient à ceux d’un enfant. Ils persistaient un long moment lorsque le boucher leur maintenait la tête au-dessus d’une bassine en plastique, où le sang était récupéré pour confectionner les boudins, et leur tranchait la gorge comme on découpe un steak, à grands va et vient de lame, la peau étant trop dure pour la couper proprement.

Oui, ce que je venais d’entendre ressemblait exactement à cela.

Le hululement se mua en un gémissement atroce et se tut.

Je posai la main sur le rabat de la tente et hésitai.

Les croyances des ouvriers me semblaient d’un coup beaucoup moins ridicules…

Et si l’étrange créature qu’avait vomie les fondations où nous avions creusé m’attendait, là-dehors, dans le silence ?

La lampe vacilla, faisait scintiller la lame de Masamune, posée sur la table, et s’éteignit, ajoutant encore à mon angoisse.

Je ne pouvais pas rester indéfiniment planté dans le noir, accroché à un bout de toile.

Je secouai la tête et, d’un geste rageur davantage destiné à me persuader de mon courage qu’à l’exprimer, ouvris le rabat et sortis.

La silhouette massive qui me faisait face me fit tressaillir et un éclair de lumière vive m’aveugla.

- Tu as entendu ?

Je soupirai de soulagement en reconnaissant la voix d’Angeal.

- Oui, dis-je, la gorge sèche.

Il se dirigea vers la tente qui servait d’abri aux ouvriers et à nos hommes.

Je lui emboîtai le pas, mon rythme cardiaque dansant la gigue.

En dépit de la chaleur, j’étais glacé jusqu’aux os.

Je remarquai alors qu’il tenait un fusil à la main et lui étais reconnaissant d’avoir pris une telle initiative.

A quelques mètres, dans la tente du contremaître, tout semblait silencieux et calme.

Trop calme.

Comme si une chose tapie dans l’ombre attendait que nous soyons suffisamment près pour nous sauter dessus.

C’était là.

Je le sentais comme quand un chatouillement sur la nuque vous avertit que quelqu’un vous regarde.

Je voulus prévenir Angeal mais, au moment ou j’ouvris la bouche, cela me parut si ridicule, si fantaisiste, que je la refermai aussitôt.

C’est étrange comme le surnaturel prend immédiatement le dessus dès que l’on ne peut pas donner d’explication à son angoisse.

Sans doute quelque pan de mur s’était-il effondré dans le trou. Les ouvriers avaient pris peur et avaient dû fuir à toutes jambes, voilà pourquoi tout était silencieux.

Angeal avançait lentement, méfiant. Il scrutait l’obscurité en balayant le camp du faisceau de sa torche.

N’eut été la situation difficile, j’aurais presque ri de l’image qu’il offrait : muscles tendus à craquer, le fusil dans une main et une torche dans l’autre, avec, pour tout vêtement, un short ridicule offert par Zack et imprimé de petits lapins “touche pas à ma carotte”.

Curieusement, un air frais s’était levé et la poussière était froide sous mes pieds.

J’avais la chair de poule.

La lune, qui m’avait paru si lumineuse quelques instants auparavant, disparaissait par intermittence sous le voile des nuages.

Angeal s’arrêta devant la grande tente silencieuse, bien campé sur ses jambes, et je le serrais de tellement près que je faillis le heurter.

- Tout va bien là-dedans ? demanda-t-il d’un voix enrouée.

Pas de réponse.

Il me lança un regard anxieux et haussa le ton pour demander :

- Vous êtes là ? Zack ? Est-ce que tout va bien ?

Toujours rien.

Je le vis déglutir avec difficulté et armer le fusil.

La culasse émit un bruit sec et métallique…

…à suivre

II - Patron à céder. Beau. Imbuvable. Très peu servi.

« Un patron, c’est ce genre d’individu qui vous pose une question,

répond à votre place et vous accuse ensuite de parler à tort et à travers. »

Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Illustration tirée du doujinshi “BUBBLES” du Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Bien qu’irrémédiablement agnostique et sceptique, je laissai momentanément de côté mes convictions pour adresser une rapide prière à mon ange gardien, ou n’importe quoi d’autre qui pouvait m’en tenir lieu.

J’étais tout prêt à aller faire une offrande à n’importe quel Dieu qui mettrait sur ma route un spécimen pareil !

A vue de nez, un mètre quatre-vingt de classe et de grâce moulé dans un costume blanc fait sur mesure. Pour un peu je regrettais de ne pas être couturier pour prendre les mesures en question.

Le nouveau venu, à qui je donnais dans les vingt-deux, vingt-cinq ans maxi, ôta ses lunettes de soleil, révélant des yeux en amande aux prunelles bleu-gris comme un ciel d’hiver, hypnotiques. Avec ça, un visage digne d’une statue, bien dessiné sans être trop fin, et les cheveux blonds. Détail curieux, il tenait un mouchoir devant sa bouche pour ne pas respirer la poussière du chantier. Drôle de dandy…

A voir les manières de l’obséquieux en chef, cet Apollon au teint de porcelaine n’était autre que le Rufus Shinra en personne.

Ma journée s’éclaircissait-elle par miracle ?

Cela ne pouvait pas durer…

Et en effet, la faute de goût impardonnable était la poule qui faisait signe à Palmer ” gras-double ” pour lui ouvrir la portière de la voiture de luxe. A peine extirpée de l’habitacle, elle alla se pendre au bras de Rufus, autant pour lui coller ses seins sous le nez que pour ne pas trébucher avec ses talons aiguille sur les pierres du chantier.

Je me demandai où il l’avait trouvée - et surtout combien il l’avait payée - tout en estimant que quel que soit le prix, c’était trop cher.

Attention, que les choses soient claires : je ne déteste pas les femmes par principe. Tout au long de ma courte vie, j’avais déjà croisé de superbes créatures comme on peut en admirer sur les couverture des magazines et même couché avec beaucoup d’entre elles. Difficile, même pour moi (car, à en croire Angeal et Genesis, je suis ce qui se rapproche le plus d’un morceau de glace en matière d’affectivité et de romantisme), de ne pas apprécier leur beauté.

Mais Rufus, lui, descendant de plusieurs générations d’élégance raffinée, se promenait aux bras d’une abomination aux cheveux décolorés coiffés en palmier, moulée dans une mini-robe en skaï noir au ras des fesses et affublée d’un collier de chien clouté !

Il dégringola d’une belle volée de marches dans mon échelle d’intérêt et je commençai à comprendre l’origine des directives aberrantes de Palmer pour la sécurité et la discrétion des lieux. Moi qui espérais à moitié que ” gras-double ” était en partie responsable de l’excès de ” sécurite aiguë ” et que je pourrais discuter avec son patron, j’en étais pour mes frais… Pourvu qu’il ne me demande pas d’aménager un donjon sado-maso dans la cave avec des caméras cachées tournant en permanence !

Laissant de côté mes goûts personnels pour redevenir un soldat 1ère classe responsable de la sécurité, professionnel et neutre, je me portai à la rencontre de Rufus Shinra et de sa suite.

Il jeta un regard méprisant à ma main tendue, déjà noire de poussière collée par la sueur, et dédaigna de la serrer. Je ne pouvais guère lui en tenir rigueur…

Son sous-fifre intervint avec une courbette et récita comme s’il avait passé la nuit à répéter devant son miroir :

- J’ai le grand honneur de vous présenter le président directeur général adjoint, membre éminent du conseil d’administration de la ville de Midgar, chargé de mission pour le cabinet de gestion de l’énergie et en charge du dossier de restructuration du budget, monsieur Rufus Shinra.

A le voir reprendre son souffle, on comprenait aisément qu’il ait dû s’entraîner. Chaque titre et syllabe semblait élever d’un degré supplémentaire le piédestal où était juché son patron, qui me toisait du haut de son curriculum vitae.

Mais à ce jeu-là, nous pouvions être deux.

- Enchanté. Sephiroth Hojo, fis-je avec une ombre de sourire.

Je marquai une pause, puis ajoutai en élargissant mon rictus :

- Mais vous pouvez m’appelez ” Général “, en toute simplicité.

Pour une fois, j’eus une pensée reconnaissante au père du dandy pour ce grade, gagné de haute lutte durant la guerre de Wutai.

En réalité, tous les gens que je connaissais m’appelaient simplement par mon prénom - voir Seph ou Sephy pour certains - mais je n’avais pas l’intention de faire une fleur à ce fils à papa pète-sec.

La moue pincée de son altesse sérénissime, qui en oublia de se couvrir la bouche de son mouchoir, me dit que j’avais atteint mon but.

Je contins un sourire et me promis de faire un effort pour ne pas me montrer trop désagréable. D’ailleurs, me souvenir que je devais rendre des comptes à ce type dissipa aussitôt toute envie de rire comme une douche glacée. Aussi glacée que la voix de Rufus quand il me demanda où en étaient les travaux.

Son langage châtié était aussi impeccable que son costume mais je n’allais pas m’en laisser conter par un nobliau.

- Eh bien, comme vous le voyez, le vieux temple a été rasé. Nous creusons actuellement les fondations dans les ruines pour installer le réseau de thermo-détection. Voulez-vous voir cela de plus près ?

Sa poule lui lança un regard peu enthousiaste et lui-même fronça le nez en regardant les ouvriers charrier les pierres concassées hors des tranchées béantes.

Inutile de me faire un dessin… Il n’avait pas envie de salir ses chaussures à vingt mille gils pour aller voir suer les hommes qui rénovaient son fichu réacteur.

Je craignis de ne pas pouvoir rester civil bien longtemps avec ces trois snobs quand des cris et un grondement sourd retentirent.

Un nuage de poussière s’éleva soudain des fondations, et Angeal courut vers la source du vacarme. Je m’élançai moi aussi, laissant son altesse planté près de sa voiture de luxe.

Les ouvriers s’étaient regroupés autour d’un des leurs, qui avait lâché son marteau piqueur et se tenait la tête entre les mains. Devant lui, le sol s’était effondré et béait sur ce qui semblait être une cave plongée dans l’obscurité.

Je repoussai ses collègues pour l’atteindre, devancé par Zack et Angeal.

L’ouvrier s’était figé, comme s’il s’attendait à être foudroyé sur place. Je le secouai doucement.

- Eh ! Ca va aller ?

- Il est juste choqué, intervint Zack.

L’homme secoua la tête et vomit un flot de plaintes incompréhensibles.

- Du calme, fis-je en le prenant par les épaules. Ce n’est rien, personne n’est blessé. Qu’est-ce qu’il dit ? demandai-je à Zack.

- Il n’arrête pas de répéter qu’il a commis ” un péché “.

- Un péché ? Il y a eu un accident, ça arrive. Dis-lui bien qu’il ne sera pas renvoyé pour ça.

Zack traduisit et l’homme se calma un peu.

- C’est quoi le trou, en dessous ? demanda Angeal.

- Il faudrait commencer par faire le plan de ces caves du vieux temple - ou quoi que ce ça puisse être - et voir comment en tirer parti ou les éviter. On ne peut pas faire passer des tonnes de câblage destiné à transmettre des données sécurisées comme ça, à l’aveuglette, au-dessus d’un espace vide dont on ignore s’il est accessible ou non de l’extérieur.

L’ouvrier désigna du doigt des pierres sculptées mises en pièces, à ses pieds. Il blêmit, pour autant que je puisse en juger sous la terre qui le couvrait, et leva vers moi des yeux pleins de terreur en débitant je ne sais quelles explications d’une voix tremblante et surexcitée.

- Qu’est-ce qu’il dit ?

- Le temple, traduisit Zack. Il dit qu’un démon était enfermé sous le temple.

Allons bon… Il ne manquait plus que ça à ma journée ! J’allais finir par croire à leurs sornettes et penser que j’avais écopé d’un mauvais karma en débarquant ici.

- Que se passe-t-il ? demanda une voix sèche au-dessus de moi. De quel temple parlez-vous ?

Rufus m’avait suivi, au péril de ses mocassins en… en je ne sais quoi d’ailleurs - pas du cuir en tous les cas -, et semblait hypnotisé par l’ouverture béante dans les fondations des futures enceintes de son réacteur mako.

La pointe d’appréhension que je devinai dans son expression m’intrigua.

Le chef des ouvriers se répandit en courbettes se lança dans explications où il était question d’une légende concernant un démon, enfermé dans un temple.

A ma grande surprise, monsieur le prince, champion de la modernité, la connaissait déjà et semblait y attacher beaucoup plus d’importance que moi.

Arrachant son bras à l’emprise de sa petite amie - ou devrais-je dire son “esclave” ? - d’un mouvement brusque, il bondit dans le trou et, pendant une fraction de seconde, la grâce féline de son saut me détourna de mon antipathie à son égard. Un gâchis pareil, c’était bien la preuve qu’il n’y avait pas de dieux ou de démons en ce bas monde !

Rufus se pencha sur les pierres sculptées, les replaçant dans leur position initiale, et entreprit d’enlever la terre recouvrant le mur de part et d’autre du trou. Il semblait vouloir déchiffrer les fresques.

Je pris mon mal en patience et attendis sous le soleil de plomb qu’il daigne nous faire part de ses conclusions. J’aurais bien sauté dans le trou pour y patienter à l’ombre de la cave mais j’avais l’impression que cela ne serait pas très bien accueilli…

Enfin Rufus se redressa et m’adressa un regard en biais.

- Ce temple a été bâti par les cetras. Il est écrit ici qu’un certain Idfern ou Ilfern y a fait emprisonner une créature malfaisante…

- Ah. Et… c’est grave ? demandai-je, sarcastique.

Il me jeta un regard meurtrier.

J’espérai de tout mon cœur qu’il n’allait pas renoncer au projet pour ces balivernes - la permission de deux mois entiers que je pensais m’accorder à la Costa del Sol dans un hôtel de luxe entouré de petits minets alléchants en dépendait !

Je ne tenais cartes pas à démolir un patrimoine archéologique mais, au point où on en était, il ne devait plus rester grand-chose à sauver. L’antique temple avait été rasée et le mur de la cave éventré.

Rufus pointa du doigt un motif entrelacé qui semblait courir le long du mur.

- Ceci était le sceau qui condamnait le temple. Il a été détruit par cet ouvrier.

Le malheureux terrassier priait toujours et ses camarades, pleins de pitié, le regardaient comme s’ils s’attendaient à ce que ce démon sorte du sol pour le croquer.

- Cet homme creusait là où on lui avait dit de creuser. Nous n’avions aucun moyen de savoir que c’était un… ” lieu sacré ” ou comme vous voudrez bien l’appeler.

- Cela n’en est plus un maintenant, répliqua le petit prince blondinet avec animosité.

Visiblement, il m’en tenait pour responsable.

Heureusement, Angeal intervint pour m’empêcher de répondre vertement.

- Pouvons-nous faire quelque chose à ce sujet, monsieur Shinra ?

Angeal avait toujours été plus diplomate que moi.

Rufus réfléchit un instant puis demanda des torches.

Palmer s’empressa d’aller chercher un projecteur forte puissance dans le coffre de la voitre et je me demandai vaguement pourquoi il avait un truc pareil sous la main. Avant de me souvenir de la fiabilité toute relative des routes et de l’alimentation électrique locale…

Rufus désigna Palmer d’office pour descendre le premier avec la torche. Il le suivit, m’interdit d’un geste sec d’en faire autant, et Angeal posa une main sur mon bras pour m’empêcher de lui sauter à la gorge.

J’attendis en battant de la semelle dans l’air suffocant que ” sa majesté ” se soit avancée dans l’obscurité pour me glisser dans le trou avant qu’il ne puisse protester.

Il me fusilla du regard mais je n’en avais cure.

La vue du temple me rassura un peu. Nous n’avions pas fait trop de dégâts. Les bas-reliefs étaient intacts pour la plupart. Et, par chance, ceux que le mur éventré portait à l’intérieur semblaient incomplets, comme si le temple avait été achevé à la hâte.

En réalité, ce n’était qu’un des milliers de petits temples cetras mineurs qui parsemaient le continent comme des grains de sable sur un sandwich de plage. J’aurais été désolé d’avoir contribué à la destruction d’un site archéologique ou d’un trésor d’art antique.

- Apparemment, plus de peur que de mal, soupirai-je.

Rufus me fustigea d’une œillade peu amicale et Palmer rentra la tête dans les épaules.

xox

Gongaga, 12 mai, 19h17.

Journal de Rufus Shinra

Cette journée a tourné au cauchemar. Palmer m’avait bien mis en garde contre l’impudence de Sephiroth, et il n’avait pas tort. Je me demande comment ce rustre a pu s’élever au grade de Général. Non seulement il a été très malpoli avec moi mais il méprise la culture et le passé de notre planète. Le contremaître m’a même rapporté la prédiction d’un saint homme que ce Sephiroth a presque chassé du chantier le matin même. Le châtiment n’a pas tardé : les ouvriers ont mis à jour le temple dont parlait la légende du prince cetra Hendraa ; les scellés des murs ont été brisés par les marteaux piqueurs. Je n’ose imaginer quels autres désastres il va causer. Déjà, un pressentiment étrange et désagréable de mort imminente m’envahit et je sens déjà les flots de la rivière de la vie lécher mes jambes.

S’obstiner à remettre en état ce réacteur est folie mais folie plus grande encore serait de ne pas essayer de réparer les dégâts causés par cet imbécile de soldat !

Jamais homme ne n’avait inspiré une telle antipathie. Il semble traîner derrière lui une aura infestée et malpropre bien digne de son père, ce fou d’Hojo.

Bien sûr, aux yeux de n’importe qui d’autre, il apparaîtrait comme un bel homme. J’ai bien remarqué que le regard de Babeth s’attardait sur lui plus que la décence et sa condition de soumise ne le lui permettaient.

Je pense d’ailleurs prendre les mesures nécessaires pour renvoyer dès demain cette putain incapable de comprendre que son maître est le seul qu’elle doive regarder de la sorte. Palmer n’aura nul mal à me trouver une remplaçante. Je pense jeter mon dévolu sur cette comédienne que l’on voit partout sur les jaquettes de films SM depuis quelques mois. Comment s’appelle-t-elle déjà ? Peu importe d’ailleurs. Je ne lui demande pas d’avoir un nom mais qu’elle joue son rôle d’esclave, m’obéisse et sache me faire jouir quand je le lui ordonne.

J’ai expliqué à ma vielle nourrice ce qui s’était passé au réacteur en espérant qu’elle sache peut-être quoi faire. Elle s’est contentée de pousser un cri strident en se couvrant le visage des mains. J’ai eu beau tenter de la calmer, rien n’y a fait.

J’avoue que, ma colère passée, sa réaction m’a effrayé et je sens des serpents me ronger les entrailles.

J’essayerai encore demain d’obtenir les renseignements qu’elle pourrait me fournir et, si ce n’est pas le cas, je serai contraint de chercher dans la bibliothèque de Nibelheim. Dieux que je déteste cette pièce et ce manoir ! Ils semblent pleins de murmures.

J’ai ordonné que l’on suspende les travaux jusqu’à nouvel ordre. A l’annonce de cette décision, le petit rire sarcastique de Sephiroth m’a donné enviede le jeter de la colline en contrebas pour l’entendre se briser les os. Comment son esprit obtus de militaire mal dégrossi pourrait-il saisir toute la gravité de sa faute ?

C’est étrange… Jamais je n’ai senti gronder une telle haine en moi pour un homme.

Jamais…

…à suivre

I - Bienvenue à Gongaga !

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Illustration tirée du doujinshi “BUBBLES” du Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Jamais le soleil n’avait tapé comme ce matin là. L’air sec était chargé de poussière et j’avais la gorge comme de la litière pour chats. Nous étions en août, au plus fort de la saison sèche, et je me souviens du grincement des minuscules grains de sable emportés par le vent entre mes dents.

Ma casquette me donnait l’impression d’avoir le crâne sous une cocotte minute mais c’était ça où tomber raide, assommé par le soleil. La sueur coulait sur mon front et ma queue de cheval me collait déjà à la nuque. Combien de fois en quinze jours m’étais-je promis de me couper les cheveux ? J’en avais perdu le compte mais je n’avais jamais pu me résoudre à renoncer à cette dernière coquetterie.

Avec un soupir, je me resservis du café. Il avait un goût aigre amer, comme s’il avait bouilli. Connaissant le cuisinier, je ne doutais pas que ce fut bien le cas et je le bus d’un trait en grimaçant, comme tous les matins.

Je dus déployer des efforts surhumains pour mettre un pied devant l’autre et sortir de la tente qui nous servait de cantine. Le soleil m’aveugla et cette impression de respirer à travers un mouchoir brûlant que l’on aurait pressé sur ma bouche était insupportable. Je dus fermer les yeux, incapable de supporter la lumière en dépit de l’heure matinale, sortis mes lunettes de soleil de la poche de mon pantalon de toile et les chaussai. A travers les verres fumés qui assombrissaient le décor, le camp semblait bénéficier d’une ombre illusoire, et bizarrement, il me sembla que la température avait baissé en même temps que la lumière.

Les brahmanes de Canyon Cosmo disent que l’esprit d’un homme est capable de faire plier les éléments. Eh, bien moi j’avais des lunettes magiques qui jetaient de l’ombre sur le décor ! C’était ridicule mais pour un peu de fraîcheur ou une illusion de fraîcheur, j’étais prêt à tout…

Le cahier des charges sous le bras, j’avançai sur le terrain aride, mes bottes se couvrant d’une pellicule de poussière orangeâtre.

Je crois que c’est l’une des rares choses que je déteste, dans cette région désertique qui entoure la forêt de Congaga : cette poussière grasse qui se mélange à la sueur et colle à la peau dès que l’on met le nez dehors.

Et encore, devais-je être heureux de ne pas me trouver en poste à Midgar, comme Genesis ! La première fois que j’avais été en mission là-bas, j’avais été horrifié en constatant qu’après avoir retiré le manteau porté toute la journée, mes bras et mes jambes étaient enduits d’une suie huileuse. On voyait parfaitement la marque des vêtements que j’avais ôtés, comme si j’avais pris un monstrueux coup de soleil noir. L’eau de la douche ressemblait à de l’huile de moteur et j’avais passé de longues minutes à me décrasser les cheveux. Mes poumons devaient ressembler à un pot d’échappement mal entretenu ou à ceux des lapins que ce salopard d’Hojo oblige à fumer pour tester le taux de nicotine des cigarettes. Le second jour, l’idée de porter un masque anti-pollution m’avait effleuré et le troisième, je me promenais dans les rues aussi crasseux et grisâtre que n’importe qui.

Lorsque j’avais accepté de sécuriser la zone du réacteur de Gongaga, en pleine rénovation, je m’étais imaginé la région comme me l’avaient racontée Angeal et Genesis, à l’école d’officiers : verte, fraîche et luxuriante. Avec un adorable petit village perché à flanc de montagne….

Tu parles ! Ils avaient juste oublié de préciser que l’oasis de verdure ne restait verte que trois ou quatre mois par an, au printemps, et qu’elle était entourée d’une région caillouteuse où l’on crevait de chaud en été et où l’on mourait de froid en hiver !

Au lieu de la douce fraîcheur parfumée d’herbe verte que je m’étais imaginée, je me promenais dans la poussière du chantier en pantalon d’épaisse toile noire, t-shirt poisseux de sueur et je dormais sous l’une des tentes où il ne se passait pas une nuit sans que je ne me réveille empêtré dans la moustiquaire. Si les membres de mes fan-clubs me voyaient…

Angeal, m’avait précédé sur les lieux et avait déjà établi un périmètre de sécurité. Contrairement à moi, il connaissait la région et les coutumes du coin pour y avoir passé son enfance. D’un kilomètre à l’autre, la terre était tour à tour végétation desséchée inextricable ou désert caillouteux. Les routes n’étaient que des chemins de terre et bien souvent nos 4×4 s’ensablaient.

Je jetai un regard aux échafaudages, sur lesquels s’affairaient avec les ouvriers, tous originaires de la région. Combien étaient-ils ? Une trentaine ? Il y avait bien longtemps que j’avais renoncé à faire l’appel. Si le frère était malade, le neveu le remplaçait et cela quand le père n’amenait pas le fils pour lui prêter main forte afin de finir dans les temps. Les questions d’assurance et de contrat de travail n’avaient pas cours ici. Tout ce qui comptait pour ces hommes, c’était de terminer honorablement leur tâche, comme ils s’y étaient engagés. On ne badine pas avec l’honneur et la parole donnée, dans la région. J’avais rarement connu des gens aussi travailleurs et je n’hésitais pas à tanner Reeve pour qu’il leur verse un supplément d’argent lorsque j’estimais qu’ils le méritaient, c’est à dire bien souvent. Cela m’avait valu des amoncellements de friandises et plats traditionnels confectionnés par leurs épouses et leurs sœurs, que nous partagions lors des pauses.

J’essuyai la sueur qui coulait de mon front. Comment pouvaient-ils supporter de travailler par cette chaleur ? Torse nu, la peau tannée par le soleil et vêtus de pantalons de coton ou de chemises ouvertes sur des shorts bariolés, ils manipulaient les sacs de ciment avec une facilité déconcertante. Ils transpiraient à peine et la lumière les faisait à tout juste plisser les yeux.

Mon regard s’attarda un instant sur les dos musclés et les poitrines noueuses. Les hommes… Depuis combien de mois n’avais-je pas touché un homme ? Deux ? Trois ? Le dernier était un jeune postulant soldat dégingandé qui m’avait fait regretter de ne pas avoir passé mon chemin.

Je secouai la tête et consultai les plans de déploiement des forces de sécurité pour la énième fois. N’avais-je rien oublié ? A Midgar, j’en avais été particulièrement fier de mais, une fois arrivé dans la région de Gongaga, je m’aperçus de ce que les tours de surveillance pouvaient avoir de ridicule dans une région aussi escarpée.

De président adjoint Rufus Shinra voulait du beau, du grand, du riche et, par dessus tout, de l’impressionnant. Quand je voyais les ravissantes constructions traditionnelles qui parsemaient la région, je n’arrivais vraiment pas à comprendre comment cet imbécile pouvait leur préférer ce monceau de ciment et de verre en forme de chou-fleur que j’avais mis des semaines à sécuriser sur les conseils de son éminence grise, un petit homme gras et dégoûtant qui répondait au nom de Palmer.

“Non, il faut plus de caméras !” “Non, il y a trop de surface exposée !” “Allons, mon garçon ! Le président adjoint ne sera jamais en sécurité si les vitres ne sont pas blindées !”

Plus d’une fois l’envie m’avait démangée de le passer par la fenêtre sans prendre la peine de l’ouvrir mais c’était lui qui signait les chèques… J’avais eu ce gnome mangeur de gras sur le dos pendant trois semaines et il devait passer sur le chantier aujourd’hui en compagnie de son “altesse sérénissime”. Si le maître était aussi exaspérant que son toutou, cela promettait un bel après-midi de fichu !

Je n’avais jamais eu l’occasion de rencontrer Rufus Shinra mais je le détestais déjà cordialement !

“Son Altesse” avait souhaité que son ” chou-fleur ” domine la route qui conduisait à la petite rivière qui menait au village. Devoir raser le petit temple de pierre qui se trouvait non loin pour pouvoir sécuriser les travaux de construction m’avait fendu le cœur mais il allait l’avoir son “réacteur que tout le monde pourrait voir de loin”. C’était là les instructions les plus sottes que l’on m’avait jamais données mais Rufus payait bien. Très bien même. J’allais gagner ici plus d’argent en un an que je n’aurais pu en économiser en 50 ans de missions ordinaires.

Le groupe électrogène se mit en route avec un grondement de tonnerre et l’odeur du gasoil se mêla aux parfums d’épices. Je n’ai jamais su décrire l’odeur qu’il y avait dans la région par un autre terme. L’air sentait la terre, le parfum et les épices. Une odeur étourdissante que je n’ai jamais retrouvée ailleurs.

- Sephiroth ! Déjà levé ? Tu fais des efforts, mon grand ! Tu viens nous donner un coup de main ?

Je baissai les yeux vers Angeal, qui surveillait l’avancement des travaux dans l’immense trou des fondations et lui fis un petit signe de la main.

- Ne rêve pas ! criai-je pour couvrir le bruit des marteaux piqueurs qui s’étaient mis en route pour briser la pierre. Je n’ai pas sué durant les cours assommants de Lazard dans le but de nager dans la crasse !

Il éclata de rire et retira son casque de protection pour essuyer la sueur qui coulait sur son visage. Je connaissais Angeal depuis mon enfance, tout comme Genesis, et je peux dire que j’en étais venu à considérer au fil des années comme le frère que je n’avais jamais eu. La petite trentaine, des cheveux noirs mi-longs coiffés en arrière et une charpente à faire blêmir un culturiste, Angeal était de sept ans mon aîné et m’adorait. Je n’avais jamais cherché à cacher ma liberté de moeurs et la relation particulière que j’entretenais avec Angeal avait bien souvent alimenté les ragots.

- Dis-moi mon grand, poursuivit-il, tu ne crois pas que… oh, oh ! On a de la visite.

Il grimaça et je suivis son regard. J’avais beau le voir en contre-jour, je reconnus immédiatement le personnage qui s’avançait vers moi. Sa masse impressionnante de cheveux emmêlés et ses jambes maigres et arquées lui donnaient l’apparence d’un primate.

L’ermite de la forêt de Gongaga nous rendait visite de plus en plus souvent, ces derniers jours.

- Merde, soupirai-je en levant les yeux au ciel. Mais qu’est-ce que cet illuminé vient faire ici, encore ? Si les ouvriers le voient, nous sommes cuits…

Le saint homme arriva à ma hauteur et leva les yeux vers moi sans un mot. Il avait peint trois cercles rouges sur son front, par dessus la crasse, et son visage était vierge de toute expression. J’avais l’impression d’observer un mannequin d’argile. Vêtu d’un pagne douteux et maigre à faire peur, il dégageait une aura inquiétante et une puanteur insoutenable. Je pinçai les narines et détournai le regard.

Un cri s’éleva dans les fondations et plusieurs têtes dépassèrent du trou où travaillaient les maçons. En voyant notre visiteur, tous lâchèrent leurs outils, éteignirent les marteaux piqueurs et grimpèrent en une nuée bourdonnante pour venir s’agenouiller devant le saint homme en le priant de les bénir. Les ouvriers, pour la plupart originaires de la région, se balançaient d’arrière en avant en psalmodiant des prières devant l’homme minuscule, mains jointes devant leur front.

Je m’écartai et lançai un regard excédé à Angeal, qui me répondit par un haussement d’épaules.

- Laisse tomber, Seph.

Le saint homme avait pris l’habitude de venir une ou deux fois par semaine sur le site. Lorsque j’en avais demandé la raison à l’un des contremaîtres, il m’avait simplement répondu que les gens comme lui étaient guidés par les Dieux eux-mêmes et qu’il ne fallait pas chercher à comprendre le pourquoi de leurs actes et de leurs paroles.

J’étais bien avancé !

La première fois que ce zombie avait fait son apparition, il était arrivé derrière moi comme un fantôme et m’avait soufflé dans le cou. En voyant le visage couvert d’une croûte blanchâtre digne d’un film d’horreur, j’avais poussé un cri à paralyser un troupeau de Bahamuts et manqué de peu la crise d’apoplexie. Par la suite, je vis plusieurs de ces individus à Gongaga. Ils restaient immobiles durant des heures, assis en tailleur au beau milieu de la route, et chacun leur témoignait un respect craintif. D’après ce que j’avais compris, ils avaient fait vœu d’abandonner tout plaisir terrestre ou quelque chose dans ce goût là. Des sortes de renonçants.

Bien entendu, j’avais consulté des dizaines de guides et de livres sur la région avant de partir mais, je suis désolé de le dire, une fois sur place, on se demande si les auteurs de ces ouvrages ont bien posé le pied dans le pays dont ils parlent.

Ici, rien n’est simple et aucun texte, aussi complet soit-il, ne peut donner une idée de ce que sont réellement ces gens et leur terre.

Je regardai ma montre. Si le saint homme ne fichait pas le camp pour que nous puissions reprendre le travail, je risquais de me faire salement remonter les bretelles par le ” petit prince Shinra “, qui devait arriver d’un instant à l’autre.

- Allez, allez ! La récréation est finie.

Je tapai dans mes mains et Angeal sortit de son trou pour me poser la main sur le bras.

- Arrête, Seph. Respecte leurs croyances.

Je me tournai vers lui en ouvrant des yeux ronds comme des soucoupes.

- Mais je respecte leurs croyances ! Le problème, c’est que son altesse de mes fesses va arriver et que…

- Chut ! me rabroua Angeal. Ne parle pas de lui comme ça devant eux.

Plusieurs hommes se couvrirent le visage des mains et posèrent le front sur les pieds du gnome, comme s’ils cherchaient à se faire pardonner pour mon comportement cavalier.

- Désolé ! grimaçai-je en agitant la main dans leur direction.

Pour la première fois, j’entendis l’homme blafard parler. Sa voix était rocailleuse et aiguë. Elle vrillait les tympans et son curieux dialecte accentuait encore cette désagréable impression.

- Que dit-il ? demandai-je à Angeal.

Il haussa les épaules. Visiblement, il était parti de chez lui depuis trop longtemps et avait oublié son patois natal.

Zack, un postulant soldat lui aussi originaire de la région, s’approcha. Comme à chaque fois qu’il s’adressait à moi, ses grands yeux bleus semblaient incapables de me fixer et ses mains tremblaient. Lorsqu’il aurait pris un peu d’assurance, il ne faisait pas de doute qu’il deviendrait une excellente recrue.

Le silence était soudain tel que l’on n’entendit plus que le bruissement des pieds des ouvriers fouillant la terre poussiéreuse avec embarras et le vent léger et étouffant qui charriait l’odeur de vase de la rivière.

- Il dit que quelque chose va vous faire du mal, Général, et que vous devez faire attention.

Je plissai les lèvres. Après les prières… les superstitions ! Il ne manquait plus que ça.

- Quelque chose va me faire du mal ?

- Oui, Général.

- Cette chose doit s’appeler Rufus Shinra, dans ce cas. Parce que sois certain qu’il va m’arracher la tête s’il ne vous trouve pas tous au travail en arrivant.

Les hommes échangèrent des regards entendus et baissèrent la tête.

- Sauf votre respect, vous ne devriez pas plaisanter avec ça, Général. Le danger est réel.

- Qui ? Rufus Shinra ?

Zack sourit malgré lui.

- Non, Général. La chose.

- Quel genre de chose ? demanda Angeal.

Je levai les yeux au ciel et me donnai une claque sur le front.

- Angeal ! Tu ne vas pas t’y mettre toi aussi !

Il ne répondit pas et montra le sage du menton en continuant à s’adresser Zack.

- Demande-lui.

Zack s’inclina devant la vieille chouette cendreuse et lui parla dans sa langue discordante. Le sage ne répondit pas, ne changea pas d’expression et fit demi tour.

Chacun le regarda s’éloigner et, quand il s’engagea sur la pente, disparaissant de leur champ de vision, les maçons se tournèrent vers moi de concert et me lancèrent des regards désolés.

J’avais beau être imperméable à toute sorte de religion et de superstition, l’expression de leur visage, leurs épaules basses et leur immobilité me nouèrent le ventre.

Je tournai sur moi-même.

Ils formaient une ronde lugubre et mélancolique. Ils me fixaient comme si je n’étais déjà plus qu’un cadavre autour duquel les vieux copains se recueillent en se disant “c’était un brave type”.

Je pris une profonde inspiration.

- On peut retourner travailler ou vous voulez vraiment que Shinra Junior me fasse rôtir ?

Angeal adressa quelques mots aux ouvriers, qui inclinèrent la tête et retournèrent à leurs occupations en murmurant entre eux, comme s’ils craignaient que le bruit de leurs voix n’attire le malheur dont avait parlé le vieux sage. L’un d’entre eux posa la main sur ma poitrine en murmurant une prière que je ne compris pas.

- Il demande aux Dieux de te protéger, murmura Angeal.

- Oh, je… Merci, fis-je à l’homme avec un légère inclinaison de tête.

L’ouvrier s’inclina à son tour, me sourit, et descendit dans les fondations.

Chaque coin de ce pays semblait regorger de malédictions en tout genre et j’avais déjà eu des difficultés à trouver des ouvriers à cause des multiples fariboles locales qui faisaient de la région un véritable berceau du mysticisme.

Si un jour je décidais d’abandonner l’armée, je pourrais toujours gagner ma vie en écrivant des histoires sur les mystères de la région pour gogos en mal de magie, étouffant dans leurs murs de béton…

Un bruit de moteur me tira de mes plans de carrière à long terme et, un instant, je crus bien que le saint homme avait raison au sujet de sa créature dangereuse qui allait venir me chercher.

Ce qui m’arrivait dessus était au moins aussi redoutable que l’odeur du saint homme, et je sentais mes nerfs sur le point de lâcher face à cette vision d’horreur : monsieur lèche-bottes en personne, Palmer le gras double, arrivait sur le chantier pour la visite prévue. La journée commençait vraiment mal. J’avais de plus en plus hâte qu’elle se termine pour me retrouver sous ma tente.

Et, si possible, avec le joli blondinet qui venait de sortir de la voiture…

…à suivre

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Je t’aime, donc je te hais

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

***

Note : cette fanfic se déroule quelques semaines après que Yazoo et Loz aient fait exploser leurs materias à la fin de « Advent Children ». Les fans de Michèle Mercier apprécieront le gros clin d’oeil à “Angélique”.

Du coin de l’œil, Reno observait le mince argenté, appuyé à la rambarde.

Sa longue chevelure d’électrum cascadait sur ses épaules et ses longues mains jouaient avec les feuilles de lierre qui courraient de part et d’autre du balcon. Son cou élégant se tendait pour surprendre la promenade des hérissons qui avaient élu domicile dans le jardin du manoir Shinra de Nibelheim, en contrebas, et, lorsqu’il vit enfin les petits animaux sortir en file indienne de leur terrier, un sourire désarmant incurva ses lèvres fines.

- Ca y est ! Ils sont sortis.

Le turk ricana assis sur le lit de la suite.

- Evidemment qu’ils sont sortis, tu as littéralement couvert le gazon de nourriture !

- Tu dois nous trouver ridicules à être ainsi fasciné par des choses qui te semblent banales, dit-il en se tournant vers Reno.

- Je trouve surtout les argentés d’une perfection saisissante, répondit celui-ci avec un regard appuyé.

Yazoo sourit, narquois.

- Ah oui ? Tu aimes les hommes aux cheveux prématurément gris et à l’organisme ravagé par le mako ?

Reno se rapprocha soudain et le pressa contre la rambarde du balcon.

- Pas tous… Mais toi, oui.

L’argenté se dégagea avec l’adresse d’un jeune chat.

- Tu aimes surtout le scotch millésimé, Reno ! A l’excès, même, je dirais. Tu as bu comme un trou, au dîner.

- Je préfère la bière, répliqua le turk. A défaut d’un tout autre nectar… ajouta-t-il avec un clin d’œil salace.

Yazoo éclata de rire.

- Tu mériterais que je te pende par les pieds au-dessus de la baignoire ! Ca refroidirait peut-être un peu tes ardeurs.

- Je ne me pendrai qu’à ton cou ! rétorqua Reno avec emphase avec un ample geste théâtral.

Le rire de l’argenté redoubla.

- Quelle jolie phrase ! Du vent, certes, mais jolie tout de même.

- Mais je suis comme le vent ! poursuivit le turk sur sa lancée lyrique. Le vent qui voudrait se perdre dans tes cheveux, se glisser sous ce manteau fendu qui invite si bien à l’amour et caresser tes…

Yazoo voulut le frapper mais il saisit son poignet en souriant.

- Tss ! Tss ! On ne frappe pas le vent, bel incarné. Même toi, tu n’as pas ce pouvoir.

- Serais-tu poète en sus d’assassin ? persifla l’argenté.

- Certaines femmes pourraient le jurer, soupira Reno.

- Je ne suis pas une femme

- Et moi, je ne suis pas un assassin.

- Ah ?

- Non. Je n’ai rien à me reprocher de ce côté là.

- Aucun remords ? Jamais ? Alors tu es un homme heureux, pourquoi soupirer ?

- Parce que l’objet de mon désir n’apaise pas les brûlures qu’il cause.

- Et… ça fait mal ? ironisa Yazoo en s’asseyant sur son lit, dévoilant ses longues cuisses galbées de cuir.

Reno inclina la tête sur le côté, admiratif, et l’argenté rabattit un pan de son long manteau sur ses jambes, au grand amusement du turk.

- Inutile de te cacher. Pendant que tu étais à l’infirmerie, le mois dernier, je t’ai regardé. Je t’ai regardé… partout.

- Partout ?

- Mhh… Mouais. Et je peux te dire que tu es beau… partout.

La main d’Yazoo se leva à nouveau. Reno l’intercepta.

- Maman Jenova ne t’a pas appris qu’il ne fallait pas torturer un homme qui souffre ? demanda-t-il en embrassant le poignet délicat.

L’argenté bondit sur ses pieds et lui coula un regard agressif.

- Tu deviens insultant ! Et tu pousses le jeu un peu loin !

- Mais je ne joue pas.

Yazoo rougit soudain et serra les poings.

- Rufus t’a désigné pour être mon garde du corps, pas mon soupirant ivre mort !

Reno fit une révérence insultante.

- Oh… pardon. Pitié ô grand spécimen d’étude, fais-moi l’aumône d’un regard, dit-il avec insolence.

L’argenté hoqueta.

- Ca suffit, Reno ! Ca ne m’amuse plus !

- Je suis marri d’avoir pu offenser « ta Majesté ».

- Et cesse d’employer ce ton narquois !

Le turk éclata de rire.

- Regarde-toi ! On t’a retrouvé à demi-mort sous un tas de gravats en compagnie d’un frère encore plus mal en point que toi… et te revoilà aussi chiant et cul pincé que dans mes souvenirs ! Le fiston à sa môman a retrouvé sa morgue et refuse de plaisanter avec un pauvre humain « génétiquement-non-modifié » ?

- Je ne vois pas le rapport !

- Non ? Vraiment ? Voyons, vous êtes si parfaits, vous, les incarnés du grand Sephiroth ! Si impitoyables ! Si… invulnérables ! Si forts ! Surtout toi… Hein, Yazoo ? Comment tu te sens, depuis qu’on a annihilé les cellules de Jenova dans ce joli petit corps, dis-moi ? La forme ?

Le sang de l’argenté se glaça dans ses veines.

- Reno, tu deviens cruel…

- Ah ! La cruauté… n’est-ce pas là l’un des raffinements favoris de ta chère maman ? La souffrance est si agréable… Hein, Yazoo ? Chez les autres, s’entend, bien sûr. A moins que… Aimes-tu souffrir aussi ? Est-ce cela qui te manque, chez nous, simples humains ? Cette capacité à faire souffrir ? Cette jouissance qu’entraîne la douleur d’autrui ?

- Tu dis n’importe quoi !

- Tu crois ? Alors à quoi joues-tu depuis tout à l’heure, si ce n’est à me faire souffrir ? Oserais-tu nier que tu t’amuses de l’effet que tu produis sur moi ? Sinon, à quoi rimeraient les minauderies et les effets de jambe que tu m’infliges depuis que Rufus a fait de moi ton chien de garde ? C’est si amusant que ça, d’attiser le désir d’un homme en sachant qu’on ne l’apaisera jamais ? C’est maman qui t’a appris à faire ça ?

- Tais-toi !

- Pourquoi ? Si c’est le jeu de la souffrance, que tu préfères, on va y jouer à deux. Quand dois-tu prendre ta prochaine dose de mako, dis-moi ? Quand est-ce que tes genoux te trahiront ? Dans une heure ? Moins, sans doute ? Tu faiblis déjà. Regarde-toi. Tes mains tremblent depuis un moment, déjà, et tu as du mal à tenir sur tes ravissantes petites jambes.

Yazoo se boucha les oreilles et ferma les yeux.

C’est vrai que l’effet du mako s’estompait et que la tête lui tournait.

Depuis que les scientifiques avaient réussi à brider les pouvoirs de Jenova au coeur même de ses cellules, seule la substance produite par la rivière de la vie ou les materias les empêchaient lui et son frère de s’écrouler, inanimés, aux pieds de leurs anciens ennemis.

Anciens ennemis pour lesquels ils étaient devenus des objets d’étude et des curiosités…

- Fiche-moi la paix, Reno…

Il avait envie de s’allonger. D’être seul. De dormir… Il se sentait si fatigué…

- Ah ! Non, désolé… Ce serait trop facile ! Nous avons une conversation à terminer.

- Reno, arrête, je ne suis pas d’hum…

Le turk le saisit par le bras et n’eut aucun mal à le déséquilibrer.

L’argenté s’effondra dans ses bras avec un gémissement plaintif.

- Te voilà à ma merci, joli Yazoo. A moins que tu n’appelles ton frère à l’aide ? Mais que lui dirais-tu ? « Aide-moi, Loz, je suis trop faible pour me défendre… » ? Quelle humiliation, n’est-ce pas ? Mais laquelle serait la plus terrible ? Celle d’admettre ta faiblesse maintenant que les cellules de Jenova ne sont plus là pour te soutenir ? Ou celle de me voir prendre de force ce que tu me promets depuis quelques jours sans vouloir me le donner ? (Il lui saisit les poignets et Yazoo se débattit) Regarde-toi… tu n’as pas plus de force qu’un garçonnet…

- Tu ne feras pas cela, murmura l’argenté, la gorge serrée.

- Non ? Et pourquoi ? demanda encore Reno en dézippant son manteau pour faire glisser le manteau sur son épaule.

- Reno, je t’en prie…

- Alors ? Qu’est ce que ça fait, de se retrouver pris à son propre jeu, Yazoo ?

- Arrête… sanglota-t-il. S’il te plaît…

En voyant une larme rouler sur la joue pâle, Reno comprit qu’il était allé trop loin et reprit immédiatement son sérieux.

- Eh… chuchota-t-il en caressant doucement les cheveux de mercure. Merde… Le prends pas comme ça, je déconnais.

L’argenté serra les deux pans de son manteau sur sa poitrine et ses lèvres furent agitées d’un tremblement irrépressible.

- Pardonne-moi, chuchota Reno en embrassant la nuque délicate. Je ne voulais pas te faire peur. Je ne te ferai jamais de mal, Yazoo, tu le sais… Tu me sais, n’est-ce pas ?

- Laisse-moi.

Le turk lui prit le menton et tourna le visage gracieux vers lui.

Les yeux mako étaient le foyer d’un indicible tourment.

- Je suis désolé, Yazoo… Je suis désolé d’avoir poussé la blague un peu loin mais il faut que tu comprennes que… que…

Il effleura sa joue d’un doigt fébrile, le souffle court, puis le lâcha brutalement pour sortir de la suite comme on s’enfuit.

Lorsque Yazoo reprit suffisamment ses esprits pour le rappeler d’une voix brisée, seul l’immense couloir désert lui répondit en écho :

« Reno ! Attends ! Ne me laisse pas…pas… pas… as… as… »

FIN

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XXIX - Mien et seulement mien !

«Qu’est-ce que la possession

qu’un lent désir n’a pas précédée ?»

J. Lamarche

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Shiva Rajah d’après des illustrations de M.A. Sambre

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

La version non censurée de ce texte accompagnée d’une illustration inédite trop osée pour être publiée ici se trouvent dans le fascicule “Les interdits de www.ff7-yaoi-fanfics.com Tome 2″ (voir dans la boutique)

- Loz ? insista Tifa en posant la main sur sa joue. Qu’est-ce que tu as ? Tu me fais peur…

Avec un grognement sauvage, il l’écarta de l’épaule et asséna un coup de poing si violent dans le mur qu’un morceau de maçonnerie tomba à ses pieds.

- Loz ! s’affola la jeune femme. Qu’est-ce qui te prend ? Qu’est-ce que tu as ?

Pour toute réponse, l’argenté pressa ses deux mains sur ses tempes et, dos au mur qu’il venait de frapper, se laissa glisser jusqu’au sol avec un gémissement horrible, le visage déformé par quelque chose qui n’était pas loin de ressembler à de la douleur.

- Oh, mon Dieu ! Loz !

Elle voulut le serrer contre elle et l’aider à se relever mais il la repoussa brutalement, les yeux voilés de larmes.

- Ne m’approche pas !

- Qu… Quoi ?

- Je vais te faire du mal, Tifa, ne m’approche pas !

- Qu’est-ce que tu racontes ? Loz…

- Qu’est-ce qui se passe, ici ? s’écria Shalua, qui venait de sortir du laboratoire, alertée par le bruit. Qu’est-ce qu’il a ? demanda-t-elle en voyant l’argenté sur le sol.

- Je l’ignore ! hoqueta son amie, complètement affolée. Il a… il a changé d’attitude soudainement et… Je ne sais pas, Shalua. Je ne sais pas ce qu’il a !

Kadaj sortit à son tour du laboratoire et, évaluant la situation en un instant, se précipita aussitôt vers son frère.

***

Dans la bibliothèque, Vincent referma d’un geste rageur les rapports remis par Rufus et qu’il avait demandés à Elena la veille.

Il avait lu et relu les différents passages concernant le compte-rendu de l’incident qui avait fait annuler le décollage de la fusée de Cid, il y a plusieurs années, mettant par là même une fin définitive à son rêve d’aller dans l’espace et au projet spatial de la Shinra. Il avait décortiqué le texte jusque dans les moindres détails, cherchant la faille, mais n’avait rien trouvé.

Rien du tout…

Mais qu’espérait-il y trouver, en réalité ? Ce n’était pas la première fois que son intuition le trompait, après tout.

Que les rapports matériels aient confirmé l’anomalie détectée par Shera concernant les réserves d’oxygène de fusée, ce n’était cependant pas ce qui allait le faire changer d’avis sur elle, loin de là !

Si ces fichues réserves d’oxygène avaient explosé en vol, tout l’équipage de la fusée aurait été réduit en cendres et ça, Shera s’était toujours chargé de le rappeler à Cid et de le dire à qui voulait bien l’entendre. Oh, bien sûr, jamais de façon à avoir l’air de s’en vanter, bien au contraire. Plutôt en se présentant comme celle qui « avait gâché le rêve de l’homme pour qui elle aurait volontiers donné sa vie ! » La jeune femme avait peaufiné son rôle de « Sainte Shera Martyr » jusqu’à la dernière larme !

Vincent froissa une feuille de notes et la jeta rageusement sur le sol.

Pourquoi personne ne voyait clair dans le jeu de cette folle en dehors de lui ?

« Shera ? Mais enfin, Vincent, tu es fou ! Elle est la douceur même. »

« Avec Shera, Cid ne pouvait pas mieux tomber ! Mais la patience de cette femme sera mise à rude épreuve durant ce mariage, tu peux me croire ! »

« Comment Cid peut-il traiter une femme si gentille avec autant de mépris ? Il a beau être mon ami, j’avoue que je lui dirais volontiers ses quatre vérités à ce sujet ! »

Etaient-ils donc tous aveugles ?

Il poussa un profond soupir de dépit.

Il aurait tant aimé trouver dans ces rapports une raison inexcusable de rupture à ajouter au dossier de divorce - une erreur, un mensonge, un sabotage, n’importe quoi !

Non, en fait. Pas n’importe quoi. La confirmation de ce qu’il pensait depuis toujours : que c’était Shera qui avait saboté la fusée pour l’empêcher de décoller !

Si Cid avait été le premier homme à aller dans l’espace, il serait devenu un héros, une vedette… inaccessible pour elle, qui avait pourtant accepté de jouer les esclaves soumises durant des années pour pouvoir être seulement près de lui.

De l’amour ? C’est ce qu’elle croyait mais, à ce niveau, ça tenait plus de l’obsession psychotique que de l’idylle.

Cid avait beau essayer de le cacher, il savait très bien qu’elle n’accepterait jamais de divorcer. Pas sans qu’on lui force la main, du moins.

- Mon maître vous réclame et semble tourmenté, annonça Cait 9 en entrant dans la bibliothèque. Si vous me permettez la familiarité.

- Kadaj ? Qu’a-t-il donc ?

- Je l’ignore mais il m’a demandé d’accourir et, sans perdre de temps, de venir vous quérir.

Vincent rangea les rapports dans leur pochette cartonnée et les coinça sous son bras.

- Allons-y donc, fit-il en tendant sa main gantée au chat robotisé.

Cait la saisit et ils quittèrent la bibliothèque en direction du sous-sol.

***

- Loz ! Loz, regarde-moi. Regarde-moi !

Kadaj lui prit le visage dans les mains et le força à lever la tête.

- Elle est là, Kadaj ! haleta Loz, faisant blêmir Tifa et Shalua. Elle est revenue ! Je l’entends ! Elle essaye de s’imposer dans chacune de mes pensées !

Son frère le serra contre lui.

- Je le sais, mon frère. Je le sais…

- Jenova… murmura la jeune scientifique en se détournant avec un frémissement horrifié dans la voix.

Elle eut un geste aussi rageur qu’impuissant et Tifa, au bord de la nausée, s’appuya contre le mur du couloir.

- Oh, non… Elle ne va pas les reprendre ? Shalua, dis-moi qu’elle ne peut pas les reprendre !

A ce moment précis, Vincent descendit les dernières marches qui menaient au sous-sol en tenant Cait 9 par la main.

Devant le spectacle désolant qui s’offrit à lui, il comprit immédiatement de quoi il retournait.

- Elle n’a pas perdu de temps… soupira-t-il en s’accroupissant à côté de Loz et de Kadaj. Lui aussi ? demanda-t-il à ce dernier.

Kadaj acquiesça.

- Aussi ? s’étonna Shalua. Pourquoi ? Qui est l’autre ? Yazoo ?

Le benjamin de la fratrie leva vers elle un regard coupable et elle posa une main compatissante sur son épaule.

- Oh, poussin…

Cait, sentant la détresse de son jeune maître et que quelque chose de grave se passait, se glissa entre lui et son frère pour enlacer son cou de ses petites pattes velues.

- On ne la laissera pas faire, Kadaj, assura Vincent en gratouillant la tête du chat. Je te le promets.

- Loz est le plus fort d’entre nous, Vincent. Si même lui n’arrive pas à lutter, comment le pourrons-nous ?

Son aîné redressa la tête, le regard farouche et volontaire.

- J’ai lutté, assura-t-il. Si ce n’avait pas été le cas, Tifa serait morte, à l’heure qu’il est, ajouta-t-il, faisant hoqueter la jeune femme.

Profondément choquée par ces paroles, Tifa dut s’appuyer contre Shalua et l’ancien turk se tourna vers elle.

- Reprends-toi, Tifa, ce n’est pas le moment de flancher.

- Il a raison, ma grande, chuchota la jeune scientifique en serrant affectueusement les épaules de son amie de son bras valide. C’est maintenant qu’ils vont avoir besoin de nous.

Loz adressa à Tifa un regard à la fois accablé et coupable qui la bouleversa et, prenant son courage à deux mains, elle s’agenouilla à ses côtés pour enfouir son visage contre son cou.

- Je ne te ferai jamais de mal, Tifa, assura-t-il. Pas tant qu’il me restera une once de conscience qu’elle n’aura pas dévoré.

- Elle ne dévorera rien du tout ! promit Vincent. Nous l’en empêcherons. Jenova n’est pas invincible, loin s’en faut, et cette première bataille contre elle, tu l’as bel et bien gagnée, Loz.

Kadaj serra fortement Cait 9 contre lui, comme si l’affectueuse peluche était une amulette pouvant le protéger de Jenova.

Et elle l’était, en quelque sorte, puisqu’elle était la marque de l’amitié de Reeve et qu’elle lui rappelait à chaque instant, par sa seule et attendrissante présence, que lui et ses frères n’étaient plus seuls, désormais.

Mais cela suffirait-il ? Jenova était si forte…

- Et les prochaines batailles ? murmura-t-il avec un tremblement dans la voix. Qui les gagnera, Loz ? Elle ou nous ?

- Nous ! répondit Tifa à sa place. Nous tous. Et peu importe que nous ne sachions pour l’instant comment…

Vincent se leva.

- Dès que Reno sera sorti de la cuve, après le dîner, nous réunirons tout le monde en salle de conférence. Les hostilités sont ouvertes et nous devons serrer les rangs…

Tifa se blottit contre Loz et Cait leva un regard inquiet vers Kadaj et Shalua, quémandant une grattouille réconfortante.

***

Yuffie regarda sa montre et repoussa sa deuxième part de dessert, repue.

- Je descends voir Reno ! lança-t-elle à la cantonade en quittant la table du déjeuner. Je lui ai promis !

Cid avala son rapidement son café et se leva.

- Je vais avec toi.

Ils descendirent dans le sous-sol et frappèrent doucement à la porte du laboratoire.

Ce fut Cait 9 qui leur ouvrit.

- Mademoiselle. Cher Amiral, salua-il avec une petite révérence. Votre souci est médical ?

Cid roula des yeux et les leva au plafond.

- Ah non mais c’est carrément insupportable, cette façon de parler…

- On est pas malades, Cait, chuchota l’Utaïenne sans prêter attention à la réflexion du pilote. On vient voir Reno. C’est possible ?

Le chat acquiesça et s’effaça pour les laisser passer en mettant un doigt de sa petite patte devant sa bouche.

- Passez, passez et parlez bas, recommanda-t-il. Yazoo repose juste là.

***

Nu-pieds, vêtu d’un t-shirt noir et de son pantalon de cuir après une douche brûlante, Loz essayait de se détendre, allongé sur son lit.

Sans succès.

Il avait quitté la table du déjeuner sans attendre le dessert - espérant s’accorder quelques moments d’intimité avec Tifa - mais cette dernière était restée en bas et ne paraissait pas pressée de le rejoindre dans sa chambre, comme il l’avait espéré.

Pire : depuis presque une demi-heure que durait son attente, la voix dans son cerveau ne le laissait pas en paix, menaçant de le rendre fou.

« Elle ne viendra pas, Loz. » railla-t-elle « Cette peste ne sera satisfaite que lorsqu’elle t’aura brisé le coeur et enterré sous six pieds de gravats ! »

Il ferma les yeux et essaya de l’ignorer.

« Comme ce turk pour lequel ton jumeau a risqué sa vie ! Tu te souviens de l’explosion, dans le tunnel, Loz ? Tu te souviens des flammes ? De l’odeur de ta propre chair en train de se consumer ? Du bruit des os de Yazoo écrasés sous les blocs de ciment ? De la douleur ? Te souviens-tu de vos cris, Loz ? Ceux qui ont fait ça sont les mêmes que ceux qui voudraient te faire croire aujourd’hui qu’ils sont tes amis ! »

Il posa un oreiller sur son visage pour étouffer un gémissement.

- Mais tu vas te taire, à la fin !

« Je suis ta mère et mon devoir est de veiller à ce que tu ne… »

- Tu n’es pas ma mère ! Ma mère s’appelait Lucrecia !

« Mensonge ! Qui était là, lorsque vous aviez besoin d’aide : cette garce ou moi ? Qui a fait de vous des hommes puissants et redoutés alors que vous n’étiez que des expériences ratées ? Veux-tu redevenir une expérience ratée, Loz ? C’est ça que tu veux ? Parce que, pour eux, tu n’es et ne seras jamais rien d’autre ! »

- Je ne veux plus t’entendre !

« Il le faudra bien, pourtant, parce que je ne laisserai pas mon fils bien aimé être berné par une putain et une bande de fripouilles parvenues ! Tôt ou tard, j’arriverai à te faire entendre raison ! »

On frappa et Loz sursauta.

- C’est ouvert !

La porte s’entrouvrit et Tifa passa la tête par l’entrebâillement.

- Je peux ?

Il sourit, le coeur battant.

- Bien sûr, entre.

Il s’assit sur le lit et elle referma la porte pour s’y appuyer.

- Comment te sens-tu ?

Il haussa les épaules et grimaça.

- Elle se réveille de temps à autres. C’est à devenir complètement cinglé.

- Si seulement je pouvais faire quelque chose pour te soulager.

Loz prit sur lui pour faire bonne figure.

- Un câlin ne serait pas de refus, badina-t-il avec une petite moue espiègle.

Elle éclata de rire.

- Ca devrait pourvoir s’arranger ! Tu es parti comme une flèche, après le déjeuner.

- Je… En fait, je m’attendais à ce que tu me suives, quand je suis monté, avoua-t-il en détournant le regard, la gorge soudain sèche.

Jenova avait raison sur un point : il désirait Tifa à en être malade, comme il n’avait jamais désiré une femme. La souffrance provoquée par ce désir, c’est ce qui avait nourri l’entité. C’est en profitant de cette faiblesse que sa pseudo-mère avait failli le pousser à commettre le pire, un peu plus tôt.

- J’avais envie de prendre une douche et me changer, avant, murmura Tifa en verrouillant la porte pour que, cette fois, personne ne vienne plus les déranger. Je portais encore les vêtements d’entraînement de ce matin.

Les iris couleur de mako se plantèrent dans les siens et le monde qui l’entourait cessa d’exister…

***

Cid tapota doucement sur le cylindre en verre de la cuve de mako et Reno ouvrit les yeux.

- Salut, poil de carotte ! La baille est bonne ?

Le turk sourit et leva le pouce.

- Salut ! fit à son tour Yuffie en sortant de derrière le dos de Cid pour s’approcher de la cuve. Comment t… Oups !

Elle rougit brutalement avant de reculer de plusieurs pas et Kadaj pouffa derrière son écran.

Un : elle ne s’était pas attendue à voir Reno nu dans la cuve.

Deux : celle-ci étant surélevée d’une cinquantaine de centimètres et Yuffie surbaissée de vingt par rapport à la moyenne des femmes, elle s’était, pour ainsi dire, retrouvée le nez sur…

- Ce n’est qu’un pénis, du calme ! la brocarda le pilote, la faisant rougir plus encore. Dis-donc, Reno, t’es un vrai roux ? J’aurais jamais cru !

Le turk roula des yeux et son sourire s’élargit.

- Ne le fais pas rire, Cid, intervint Shalua en lui pinçant les fesses, ce qui fit hausser le sourcil à Reno.

Tiens, tiens… Se passait-il quelque chose entre ces deux-là ? Intéressant. Il faudrait qu’il examine le sujet de plus près une fois sorti de là.

- Bon, bah, contente de voir que tu vas bien, Reno ! Je te vois tout à l’heure pour dîner, hein ! fit précipitamment Yuffie avant de s’éclipser - ou de s’enfuir ? - les joues presque aussi rouges que les cheveux du turk.

Ce dernier agita la main et haussa les épaules.

- Je ne l’aurais pas crue si pudique, notre petite ninja… nota Shalua, follement amusée par la réaction épidermique de la jeune fille.

Kadaj, lui, trouva sa réaction plutôt émouvante et un sourire énigmatique étira ses lèvres pâles tandis qu’il se concentrait sur son clavier.

***

Tifa alla s’agenouilla à côté de Loz, sur le lit, pour suivre de l’index les formes un rien agressives des pattes argentées qui accentuaient les angles élégants de ses joues.

L’odeur sucrée du jeune homme l’enveloppa et elle caressa du bout des doigts ce visage à la beauté virile, farouche, et cette peau lisse et parfumée d’une pâleur onctueuse.

Loz sourit en fermant à demi les yeux.

Les reflets bleutés du froid soleil d’hiver qui pénétrait par l’entrebâillement des lourds rideaux faisaient chatoyer ses cheveux de mercure et se reflétaient sur sa peau, le transformant en statue d’électrum.

Le sourire de Tifa se fit caresse pour se poser sur sa pommette haute et elle se sentit soudain saisie d’une confusion qui n’était due qu’à l’émotion du moment.

- Je t’ai vue moins timide, murmura-t-il à son oreille.

« Oui, lorsqu’elle a essayé de te tuer, là-bas, à Midgar, elle était tout sauf timide… » persifla la voix dans sa tête. « T’en souviens-tu, Loz ? De souviens-tu de la haine, dans ses yeux ? »

« Mais tu vas la fermer, oui ! » répliqua-t-il en silence.

Tifa hocha la tête.

- C’est à mon tour de ne pas trouver les bons mots pour te faire comprendre à quel point tu m’attires et combien j’aimerais te le dire.

- Alors montre-le-moi…

Les mains de Loz se posèrent sur sa ceinture de cuir.

Souriant, il défit la boucle ainsi que le bouton de son pantalon et Tifa sentit une vague de chaleur remonter le long de son ventre. Puis il retira son t-shirt noir, dénudant son torse.

Sans la quitter des yeux, il fit descendre ses doigts de sa poitrine à son ventre, où ils dézippèrent la fermeture éclair. Puis ils se faufilèrent dans son pantalon pour le faire glisser sur ses cuisses et s’en débarrasser d’une torsion de reins.

Il ne portait aucun sous-vêtement.

Magnifique dans sa nudité, il se pencha sur Tifa et ses mains défirent un à un les petits boutons de son corsage. Sa bouche suivit bientôt ses doigts, se posant délicatement sur chaque pouce de peau dévoilée.

Ses lèvres traçaient un chemin de sensations contradictoires sur la peau de la jeune femme, frôlements assassins et caresses meurtrières, à la fois douces et douloureusement plaisantes.

« Ne fais pas autant de manières, Loz ! Ca ne te ressemble pas ! Et ce n’est pas ce qu’elle attend de toi, pauvre idiot ! Elle se sert de toi, es-tu donc si aveugle ? »

« Je t’ai dit de la fermer ! »

Après s’être débarrassé de la jupe longue et des bottes, il dégrafa le soutien-gorge, qu’il envoya valser au pied du lit, et fit glisser la petite culotte de dentelle le long des jambes fuselées.

Lorsqu’il s’allongea sur elle et que Tifa sentit la chaleur de sa peau contre la sienne, entièrement libérée de la barrière des vêtements, ce fut une intense brûlure qu’elle ressentit jusqu’aux tréfonds.

Le visage enfoui contre son cou, il mordilla tendrement le lobe de son oreille et un long frisson traversa le corps de la jeune femme. Le poids du corps de Loz, qui la pressait contre le matelas, l’enchanta, lui rappelant les sensations enivrantes et malheureusement interrompues de la nuit précédente.

Elle soupira et sourit, simplement heureuse de le sentir sur elle, pesant, fort, à sa place.

Tifa ouvrit brutalement les yeux.

Oui… il était à sa place.

Il se redressa légèrement et la regarda.

Un feu intense luisait dans son regard de félin. Un brasier effrayant d’intensité. Ses lèvres entrouvertes étaient gonflées et ses joues se teintaient d’une douce ombre rosée, comme s’il venait de courir. La veine, sur sa tempe, battait si violemment que Tifa craignit un instant de le voir s’affaler. Impression accrue par le souffle haletant et difficile qui s’échappait de sa gorge.

- Loz… murmura-t-elle, un peu inquiète.

Mais ces yeux-là n’étaient pas ceux d’un homme souffrant ou sous l’emprise d’une entité extra-terrestre. C’étaient ceux d’un homme dévoré par le désir. Un désir qui, lorsque qu’elle le décela, tordit les entrailles de la jeune femme en une agréable et sensuelle pression, faisant se dilater chacune de ses veines.

Le voir la désirer ainsi le rendait incroyablement désirable en retour et Tifa se sentit plonger dans un tourbillon de folie, une frénésie de concupiscence attisée par une trop longue abstinence. Une passion toute de brutalité et de domination forgée au grand feu de l’impatience. Si elle relâchait ne serait-ce qu’un peu le contrôle, ce serait violent… Effrayant… Animal… Le pire d’elle-même, cette partie masculine si bestiale qu’elle détestait d’autant plus chez les hommes qu’elle faisait partie intégrante de sa personnalité de combattante.

« N’attends pas ! » hurla la petite voix dans la tête de Loz. « Possède cette chienne en chaleur et débarrasse-toi d’elle ! »

« Non… »

Il se pencha vers elle pour prendre son visage entre ses mains et déposer un baiser passionné sur ses lèvres.

Un feu dévastateur enflamma les reins de la jeune femme.

« Plus bas, Loz. » insista la petite voix. « Serre cette gorge comme elle aurait tant voulu le faire avec toi, il y a deux ans ! »

« Jamais… Je ne lui ferai jamais de mal. »

« Bien sûr que si ! Parce qu’elle le mérite et parce que c’est dans ta nature, que tu le veuilles ou non ! »

« Tais-toi donc ! »

« Prends-là, allez, qu’attends-tu ? Glisse-toi entre ses jambes, soulage-toi et serre tes mains sur sa gorge ! »

« Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! »

Il poussa un gémissement douloureux dans la bouche de Tifa et celle-ci couvrit son visage de baisers.

La jeune femme lui prit la main droite et la fit courir sur son corps jusqu’à ses seins et sa gorge avec un soupir expressif tandis que de l’autre, elle lui pinça cruellement les tétons, le faisant brutalement tressaillir.

- Tifa… haleta-t-il en lui saisissant le poignet de sa main libre.

Elle lui adressa une petite moue désolée, ne l’ayant pas cru si sensible à cet endroit…

« Regarde comme elle te traite ! Tu n’es qu’un jouet, pour elle ! Comme pour les autres !»

Il sentait battre la jugulaire de la jeune femme sous sa paume droite et il lova les doigts sur la gorge délicate.

« Montre-lui qui est le maître !»

Il serra un peu et elle le laissa faire, préférant continer de taquiner ses tétons si sensibles plus gentiment.

« Serre ! Mais serre donc ! Tu n’auras jamais de plus belle occasion ! C’est la femme qui a essayé de te tuer, Loz ! Ne l’oublie pas ! »

- Loz… susurra Tifa, si bas qu’il faillit ne pas l’entendre. Doucement. Tu… Tu m’étrangles.

Il ouvrit brutalement les yeux et voyant sa main puissante contractée sur le cou gracile, fut pris de panique. Par tous les démons de la planète ! Qu’était-il donc en train de faire ?

Il la lâcha immédiatement et recula.

- Pardon, je…

Il parut hésiter un instant, le souffle court, puis se pencha par dessus le bord du lit pour se saisir de son pantalon, qu’il avait jeté sur le sol.

La jeune femme se raidit, soudain blême, croyant qu’il allait se rhabiller et partir.

- Loz ? bredouilla-t-elle. Attends, que…

Il retira la ceinture de cuir des passants du vêtement et la lui tendit.

- Attache-moi, chuchota-t-il.

« Que fais-tu, Loz ? Es-tu fou ?»

Tifa écarquilla les yeux.

- Quoi ?

« Arrête ! Arrête ce jeu stupide immédiatement, Loz ! Au fond de toi, tu sais que j’ai raison ! »

Il s’allongea lentement sur le dos, sans la quitter des yeux, et saisit les barreaux du lit, au-dessus de sa tête.

- Attache-moi les mains, répéta-t-il, le souffle saccadé.

« Pauvre imbécile… »

Tifa n’en croyait ni ses yeux ni ses oreilles mais la simple perspective de soumettre ainsi cette force brute, de dompter cette créature si puissante était… terriblement excitant.

Jamais elle n’aurait imaginé qu’un homme tel que Loz, si viril, si dominateur, se prêterait à ce genre de jeu…

Mais était-ce un jeu ?

Elle plongea son regard dans les yeux mako et y lut du désir, bien sûr, mais aussi ce qu’elle interpréta comme de l’appréhension.

- De quoi as-tu peur, Loz ? demanda-t-elle en se penchant pour caresser son ventre de ses lèvres, le faisant frissonner de plus belle. De moi ?

- Non… répondit-il.

- De toi, alors ?

- Peut-être…

- D’elle ?

- Surtout.

Avec un pincement au coeur, elle déposa une pluie de baisers sur son abdomen.

- Jamais je ne la laisserai te reprendre, Loz… assura-t-elle d’une voix enrouée en caressant son corps magnifiquement découplé. Dis-moi ce que je dois faire. Dis-moi ce que tu veux…

Elle le vit déglutir avec difficulté, sa pomme d’Adam montant et descendant dans sa gorge serrée par le désir.

- Attache-moi et…

- Et quoi, Loz ?

Il ferma les yeux un instant, le coeur battant, et elle l’encouragea d’un baiser sur le coin de la bouche.

- Fais-moi l’amour…

Ces quelques mots, si insolites dans la bouche d’un homme, le ton suppliant, ses caresses, son odeur et son physique affolant allumèrent un incendie de concupiscence au creux du ventre de la jeune femme.

- Oh, Loz…

Ses prunelles brillèrent avec l’intensité que celles d’un oiseau de proie et elle attacha solidement ses poignets du jeune homme aux barreaux du lit, au-dessus de sa tête.

***

Appuyé à l’encadrement de la fenêtre, le corps nu portant encore les traces de la passion dévorante qui l’avait uni à Tifa, Loz regardait le soleil se coucher, le ventre noué et les yeux menaçant de déborder.

La voix l’avait réveillé et ne cessait de le harceler.

« Tu as eu ce que tu voulais, Loz. Es-tu soulagé pour autant ? Bien sûr que non parce que j’avais raison ! Tout ce qu’elle voulait, c’était profiter du plaisir que tu pouvais lui offrir ! »

« C’est faux… Elle n’a pensé qu’à moi. »

« Non, Loz ! Elle a fait de toi son jouet ! Sa chose ! »

« Non… »

« Mais qu’est-ce que tu crois, mon pauvre fils ? Qu’est-ce que tu espérais ? Qu’elle te ferait l’amour en te murmurant des mots doux à l’oreille et te ferait des promesses d’affection éternelle ? Ah ! Ah ! Ah ! Ouvre les yeux, Loz ! »

« Tais-toi ! Par pitié, tais-toi… »

« Non. Pas tant que je ne t’aurais pas rendu la raison. Cette fille est en train de te briser ! Elle va réduire ton coeur et ton âme en charpie pour son seul plaisir ! Débarrasse-toi d’elle, Loz ! Débarrasse-t-en ! »

« Je ne peux pas… »

« Bien sûr que si ! Pense à ce qu’elle a fait. A ce qu’elle a dit ! Elle n’a que les mots « désir » et « plaisir » à la bouche, lorsqu’elle parle de toi, Loz ! Rien de plus ! Tu n’es rien de plus pour elle qu’un corps destiné à lui donner du plaisir ! »

« Je ne peux pas… »

« Je te guiderai, mon fils… »

« Non… Je t’en supplie, non… »

Il ferma les yeux et prit une inspiration douloureuse.

- Loz ?

Il tressaillit en sentant les bras de Tifa lui enserrer la taille par derrière.

- Tu pleures ?

Elle faillit ajouter « mon amour » mais se mordit la langue à temps, sachant combien les hommes détestaient ce genre de petits noms dès le premier rapport sexuel.

La seule chose qu’ils craignaient plus qu’une piqûre ou une prise de sang était une femme sentimentale qui risquerait de leur passer la corde au cou, elle ne le savait que trop et en avait fait l’amère expérience avec Cloud.

- Non, je ne pleure pas.

Elle laissa une traînée de baisers le long de son épine dorsale en insistant sur les cicatrices de ses injections de mako.

- Pourquoi as-tu l’air si crispé, Loz ?

- Tifa… Tout à l’heure…

Elle discerna quelque chose dans sa voix, comme un reproche, qui lui noua le ventre.

- Oui ? demanda-t-elle, la gorge soudain serrée par l’appréhension.

- Ce n’était pas… Ce n’était pas que physique, pour toi, n’est-ce pas ?

La jeune femme eut l’impression de recevoir une gifle en pleine figure.

Et dire qu’elle l’avait cru différent des autres… Mais, non, Loz était comme tous les autres hommes. Coucher, d’accord, mais s’encombrer d’une femme qui risquerait de l’aimer et de nouer un fil à la patte, hors de question !

Elle pressa son front contre son dos en ravalant ses larmes, se demandant si elle devait répondre par la négative, d’un enjoué : « Mais non, voyons ! Que vas-tu imaginer ! Je ne voulais que passer un moment, comme toi. Si on remettait ça un de ces quatre ? ».

Au moins, comme ça, elle aurait une chance de vivre à nouveau avec lui des minutes aussi fortes que celles qui venaient de s’écouler. Oui, si elle cachait ses sentiments, elle pourrait…

Quoi ? Souffrir en silence durant des années, comme avec Cloud ? Attendre de sa part un amour qui ne viendrait jamais ? Vivre avec son absence quasi-permanente ?

Non, elle ne mentirait pas.

Et, après tout, Loz était tout à fait en droit de refuser son affection. N’était-ce pas elle, qui l’avait cherché, dans la chapelle ? N’était-ce pas elle, qui l’avait embrassé la première ? Elle qui l’avait séduit, en fait ?

Non, Loz ne lui devait rien. Rien du tout et ne lui avait fait aucune promesse. Elle n’avait pas le droit de l’enchaîner par des sentiments qu’il n’avait pas réclamés.

- Non, Loz, avoua-t-elle, le coeur brisé. Ce n’était pas seulement physique…

Elle le sentit se pétrifier entre ses bras et resserra son étreinte une dernière fois. Juste une dernière fois pour profiter encore quelques secondes de sa chaleur, de la douceur de sa peau et de son parfum.

Elle sentait battre son coeur à tout rompre contre ses seins et son souffle s’accélérer sous l’effet du choc et de la surprise.

Bon sang, c’était encore pire que ce qu’elle aurait pu craindre…

- Si ça te pose problème autant le dire tout de suite Loz, fit-elle en ravalant ses larmes. Dis-le avant qu’il ne soit trop tard parce que… Parce que je crois que je suis en train de tomber salement amoureuse de toi, tu sais…

Il pivota entre ses bras pour lui faire face mais elle n’osa pas lever la tête pour voir son expression.

Tête basse, elle le lâcha à regret, une douleur sourde au creux de la poitrine qui mettrait sans doute des mois à cicatriser… mais deux mains puissantes se refermèrent sur son visage pour l’obliger à plonger son regard couleur de châtaigne dans les yeux mako à présent scintillants de larmes.

- Surtout ne change rien pour moi, fit-il en souriant tandis qu’un flot salé se répandait sur ses joues. Oh, Tifa…

« Je le savais… Je savais qu’elle éprouvait quelque chose pour moi ! J’avais raison ! » hurla-t-il mentalement à Jenova, narguant la voix qui avait voulu le tromper. « Tu n’as jamais su que nous mentir et te servir de nous ! Mais c’est fini ! Bel et bien fini… Je ne te laisserai plus te mettre entre elle et moi. Ni entre moi et personne, d’ailleurs ! Va pourrir avec les charognes, Jenova ! C’est là qu’est ta place… »

Il serra Tifa contre lui à l’étouffer et quelque chose, comme si on lui avait injecté une pleine seringue d’oxygène, se répandit dans chacune de ses artères, purifiant, faisant chanter le sang dans ses veines. Il se sentait soudain si libre, si léger que si la jeune femme n’était pas agrippée à lui, il aurait pu s’envoler.

- Loz… Loz… murmurait Tifa comme un mantra, la joue pressée contre sa poitrine.

- Je suis là, Tifa… Je serai toujours là, pour toi… Toujours…

Le ravissement de la jeune femme était tel qu’elle crut sa poitrine sur le point d’éclater.

Tout comme éclatèrent au même instant, à des centaines de kilomètres de là, les vitres les détecteurs de la Shinra sous le cratère nord tant fut forte l’explosion de colère de Jenova.

Tifa l’avait terrassée comme on embrasse : en douceur, passionnément et sans hésitation aucune.

Le hurlement de rage de la calamité tombée du ciel agita la rivière de la vie jusqu’aux tréfonds.

Les remous provoqués par sa formidable colère vinrent baigner avec la douceur d’une vague d’été les pieds de Lucrecia, qui lui répondit par un rire clair débordant de joie.

Jenova venait de perdre son premier « fils ».

…à suivre

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XXV - Tes désirs sont désordre

« Un partenaire qui tient à nous

et qui nous aime devient notre miroir,

il est la mesure de notre importance

et de notre mérite. »

Milan Kundera

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Shiva Rajah d’après une illustration de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Loz sortit de la douche en se séchant énergiquement les cheveux et enfila un léger pantalon de coton noir.

Il sortit dans le couloir et se dirigeait déjà vers la chambre de Reno pour apporter le pyjama de son jumeau et sa brosse à dents à celui-ci, comme il le lui avait demandé peu avant par SMS, lorsqu’il entendit quelqu’un pleurer.

Il écouta attentivement et réalisa que ça venait de la chambre d’à côté. Celle de Tifa…

L’argenté se raidit, dos au mur, et attendit un peu, indécis et l’oreille aux aguets, mais les pleurs ne semblaient pas vouloir cesser.

Et si c’était à cause de lui et de ce qui s’était passé dans la chapelle, qu’elle pleurait ? Ou, pire, s’il l’avait à nouveau heurtée par son comportement ou quelque chose qu’il avait peut-être dit durant le dîner sans y prêter attention ?

Soucieux de savoir ce qu’il en était, il revint dans sa chambre, reposa les affaires de son frère sur le lit et ressortit.

***

La jeune femme ouvrit les yeux.

Sur elle reposait un bras puissant qui l’emprisonnait. Ses jambes un peu repliées et ses pieds nus recevaient la protection d’une cuisse longue et musculeuse.

Unis dans un même état d’épuisement, Shalua et Cid, immobiles et apaisés, partageaient le confort du traversin moelleux. Près d’elle, le pilote endormi laissait contempler son visage au repos, sans retenue ni artifice. Sa barbe naissante le rajeunissait et, comme pour prolonger la ligne de ses paupières closes, ses cils blonds semblaient exceptionnellement longs. Les lèvres entrouvertes, il perdait de sa dureté et se libérait de cette éternelle expression sarcastique qui le caractérisait.

Shalua se pelotonna un peu plus contre lui et frôla son menton de ses lèvres. De si près, elle sentait la tiédeur de son souffle et le parfum si mâle de sa peau hâlée par le grand air.

Quelle sensibilité, sur ce visage serein… Quelle douceur dans ces grands yeux azurés pour l’instant clos…

Cid… Même ses amis ignoraient à quel point il était facile de le blesser et de lui faire de la peine. A quel point aussi il pouvait être voluptueux et passionné.

Lorsqu’il se laissait aller, vaincu par le désir, sa voix profonde avait l’âpre suavité du miel noir, sa force et sa souplesse. Ses baisers enflammés portaient des promesses d’avenir, de grands espaces et de liberté et son corps si vigoureux et viril se laissait volontiers prendre dans les filets sensuels de la jeune femme, s’abandonnant sans retenue aucune à ses caresses assassines, ardentes ou impudiques.

Oui, l’homme qui l’enveloppait de son corps et de ses membres puissants constituait l’objet le plus désirable et le plus admirable qu’elle pouvait espérer. Le fascinant pilote avait en lui tout un monde de mystères, semblable à une forêt magique et obscure parfois traversée de lueurs fugitives et mouvantes, comme les rayons de lune perçant la voûte ombragée de ses frondaisons. Il brûlait aussi d’un feu intérieur prêt à tout embraser. Pas seulement cette chaleur, capiteuse et tentatrice, du corps contre lequel se pressait celui de Shalua, non, mais également une chaleur spirituelle, intime, qui se manifestait au moment où l’on s’y attendait le moins par des propos apaisants et délicats et par sa clairvoyance attentive et attentionnée.

Les paupières dorées frémirent et deux grandes prunelles d’un bleu céruléen flamboyant à la lumière de la petite lampe de chevet.

- Tu ne dors pas ? murmura-t-il avec un sourire tendre.

- Je te regardais dormir, répondit-elle avec quelque chose qui n’était pas loin de ressembler à de l’adoration.

Il darda la pointe de la langue pour caresser ses lèvres et elle l’aspira dans sa bouche en un baiser aussi violent que passionné qui les laissa tous deux haletants.

- Je pourrais passer des jours dans ce lit à te faire l’amour… susurra-t-il à son oreille, la faisant agréablement frissonner.

- Bientôt, Cid… promit-elle.

Il se redressa sur un coude et lui caressa les cheveux.

- L’avocat de Rufus m’a dit n’avoir besoin que d’un jour ou deux jours pour rédiger le compromis amiable. Je l’appellerai dès demain.

- Tu t’es déjà renseigné pour le divorce ? s’étonna la jeune femme.

Il acquiesça.

- Vincent et moi avons passé quelques coups de fil avant le dîner.

Elle rougit un peu et se retourna sur le ventre, confuse et quelque peu apitoyée par la future déconvenue de Shera, dont elle se sentait plus que jamais coupable.

Cid se pencha pour couvrir sa nuque et ses épaules de baisers.

- C’est moi qui ai fait l’erreur d’accepter de l’épouser alors que je ne l’aimais pas, Shalua. Tu n’es en rien responsable de cette séparation. Ma décision était prise et j’aurais quitté Shera même si tu avais décidé de m’envoyer sur les roses cette nuit…

La jeune femme lui sourit avec toute l’affection dont elle était capable.

- T’envoyer sur les roses ? Je crois que je préférerai perdre mon second bras, Cid.

Il la serra dans les siens à l’étouffer.

- Ne dis pas des choses pareilles.

Ils restèrent ainsi un long moment, comme pour conjurer tout risque d’être séparés, simplement heureux de sentir battre le coeur de l’autre contre leur poitrine.

- Pourvu que Shera accepte de signer ces foutus papiers sans faire d’histoires parce que je ne suis pas prêt à supporter sa sordide comédie de la ménagère amoureuse et soumise une minute de plus, soupira Cid.

- Quelle femme serait assez sotte et masochiste pour vouloir rester mariée à un homme qui avoue ne pas l’aimer ?

- Une femme comme elle, justement.

Il s’allongea sur le dos et croisa ses bras derrière sa nuque, Shalua confortablement installée sur sa large poitrine.

- Oh, Cid… Je suis persuadée que tu la décris comme plus déraisonnable qu’elle ne l’est en réalité. Divorcer au plus tôt c’est lui laisser une chance à elle aussi de trouver quelqu’un qui l’aimera vraiment.

- Je crois que tu surestimes beaucoup ses capacités de raisonnement, tu sais.

- Quand comptes-tu lui faire part de ta décision ?

- Dès que les choses se seront un peu stabilisées ici et que je pourrais m’esquiver quelques jours à Rocket Town. Je ne veux pas qu’elle se sente dupée ou aculée, au contraire. J’aimerais prendre le temps de m’expliquer clairement et calmement pour qu’elle ne puisse douter ni de mes intentions ni de ma détermination.

La jeune femme se blottit contre lui et ferma les yeux, confiante, sans voir que le sourire de Cid s’était teinté d’anxiété. Il avait un mauvais un pressentiment mais aurait été bien incapable de dire pourquoi…

***

Tifa, dos à la porte, entendit celle-ci s’ouvrir et se refermer très doucement.

Cloud revenait donc pour lui présenter des excuses ? Qu’il aille se faire pendre !

Mais, bien vite, un léger parfum sucré lui chatouilla les narines, l’informant de l’identité de celui qui venait d’entrer dans la pièce.

Le coeur battant, elle se frotta les yeux en reniflant. Mon Dieu, elle devait avoir une mine à faire peur !

- Ces larmes… c’est à cause de moi ? demanda Loz de sa voix mâle et profonde. J’ai fait quelque chose ?

Tifa se pétrifia et se tourna vers lui.

- Non ! assura-elle en lui posant la main sur le bras. Bien sûr que non, voyons !

Il la dévisagea un long moment et elle détourna le visage.

- Ne me regarde pas. Je dois avoir une tête horrible !

Loz sourit, s’assit à ses côtés sur le lit et lui prit doucement le menton pour l’obliger à lui faire face.

- Qu’est-ce que tu as ? Pourquoi tu pleures ?

Elle haussa les épaules et essaya de sourire.

- Je… Cloud et moi, nous… nous avons eu des mots. C’est mon ami d’enfance, crut-elle bon de préciser. Nous avons tous deux des caractères de cochon et il nous arrive souvent d’avoir des échanges un peu animés. Ce n’est rien, vraiment.

L’argenté ne paraissait pas tout à fait convaincu mais eut la délicatesse de ne pas insister, ce dont elle lui fut reconnaissante.

Il porta une main légère et caressante au visage de la jeune femme pour essuyer délicatement toute trace de chagrin.

- Tu veux que je reste un peu avec toi ? murmura-t-il, conscient qu’elle avait bien plus besoin de réconfort qu’elle ne voulait le laisser paraître.

Elle pressa sa joue contre la large paume et acquiesça, touchée par sa gentillesse et sa douceur.

Loz lui ouvrit les bras et elle se blottit contre sa poitrine nue, réalisant alors qu’il ne portait qu’un bas de pyjama.

Le contact de sa peau si douce et son parfum suave fit s’emballer son coeur et se hérisser sa peau.

- Tu m’as entendue pleurer depuis ta chambre ? demanda-t-elle dans le vain espoir que des considérations un plus peu terre-à-terre calmeraient ses sens soudain affolés.

- Non, la tranquillisa-t-il en lui lissant les cheveux, comme il le faisait toujours avec son jumeau lorsqu’il le consolait ou le rassurait. Je t’ai entendue dans le couloir. J’allais dire bonsoir à Yazoo et Reno.

- Il est toujours avec lui ? C’est gentil…

- Yazoo s’occupait toujours de Kadaj et de moi lorsque nous étions malades, après les traitements. Il sait s’y prendre, il a l’habitude.

Tifa revit les scènes horribles dans le laboratoire et resserra son étreinte autour du torse de Loz en signe de soutien et d’affection mais ce dernier se méprit sur son geste, croyant que c’était au contraire le dégoût qui la faisait se raidir.

- Pardon, s’excusa-t-il. Je ne parlerai plus de ça.

Tifa redressa la tête et lui sourit.

- Au contraire, je veux que tu me parles de toi. Je veux tout savoir. Tout ce que tu voudras bien me dire, du moins.

- J’ai rien à… cacher.

Il déglutit avec difficulté.

Un irrésistible attrait paraissait vouloir les jeter en permanence dans les bras l’un de l’autre et la bouche de la jeune femme était si près de la sienne…

***

Yazoo prit son pyjama et les quelques affaires de toilette abandonnés par son jumeau en tas sur son lit.

Soit Loz avait mal compris le message, ce dont il doutait, soit il avait dû filer - peut-être appelé par Kadaj ou l’un des enfants. Il ne l’avait pas vu depuis le début de l’après-midi et jamais il n’était resté séparé de son frère plus de quelques heures. Marlène lui avait raconté le dîner un peu tôt, lorsqu’elle était venue embrasser Reno avant d’aller se coucher, mais avait surtout parlé du chat que Reeve avait donné à Kadaj. Et de Cid, qui l’avait « embêtée, comme toujours ! » et qu’elle avait méchamment mordu « sans faire exprès ! » en chahutant.

L’argenté soupira et écrivit un mot rapide, qu’il laissa sur le lit. Il quitta ensuite la chambre pour retourner dans celle de Reno.

- J’aurais pu t’en prêter un, tu sais, fit ce dernier en voyant Yazoo déplier le pyjama noir pour se rendre dans la salle de bains.

L’argenté haussa les épaules avec un sourire et s’enferma à double tour dans le cabinet de toilette, au grand amusement du turk.

Ils avaient parlé de longues heures, depuis le départ de Rude, abordant des sujets de plus en plus personnels. Bien que leurs confidences aient été entrecoupées, hélas, de crises de spasmes ou de montées soudaines de fièvre de Reno, ce dernier avait trouvé ces instants particulièrement plaisants.

C’est fou comme on peut parfois se confier facilement à un inconnu alors qu’il est si difficile de le faire avec ses amis ou ses proches collaborateurs. Peut-être aussi Yazoo était-il particulièrement réceptif et complaisant ; il n’élevait pas inutilement la voix, comme la plupart des hommes, ne jugeait jamais et semblait saisir les choses avec une sensibilité rare.

Avant de voir les heures défiler, Reno n’aurait jamais cru avoir tant de choses à raconter à quelqu’un, tant de doutes à partager ni de souvenirs à évoquer.

Vers une heure du matin, l’argenté avait commencé à montrer des signes de fatigue et eut beau lutter, il ne put s’empêcher de piquer du nez sur l’épaule du turk.

Reno l’aurait volontiers laissé dormir ainsi s’il n’avait craint de le voir se réveiller au matin douloureusement courbaturé et suant comme un fruit trop mûr dans son lourd manteau de cuir zippé jusqu’au menton.

Il l’avait donc invité à retirer ses vêtements et à partager son lit sans autre forme de procès, comme il l’aurait fait avec Rude si ce dernier avait été à sa place, mais la seule idée de découvrir un centimètre carré de peau devant un étranger paraissait apparemment faire paniquer Yazoo. Ce n’était même plus de la pudeur mais de la hantise. Jamais Reno n’aurait cru que l’argenté pouvait avoir si honte des pâles cicatrices qui couvraient sa peau délicate…

Ce dernier sortit de la salle de bains rapidement, après avoir brossé ses dents et ses cheveux, si l’on en croyait leur brillance et la façon dont les mèches d’électrum ondoyaient sur les épaules graciles.

Il plia soigneusement pantalon et manteau sur une chaise avant de retourner s’allonger près de Reno - mais sans toutefois oser se glisser sous les couvertures.

Avec la chaleur qui régnait dans la chambre, cela ne prêterait cependant pas à conséquence, estima le turk. Il ne risquait pas de prendre froid.

- Tu crois pouvoir arriver à te rendormir ? demanda Reno, la main sur l’interrupteur de la lampe de chevet.

Yazoo hocha la tête et sourit.

- Je tiens à peine debout. Mais, si tu ne te sens pas bien, réveille-moi, surtout.

Reno éclata de rire.

- T’en fais pas, va ! Si je suis malade, j’ai bien peur que toi et ce lit en soyez les premiers avertis ! plaisanta le turk avec une grimace en éteignant la lampe.

- Ne pense pas à ça, sinon tu vas l’être pour de bon, le rabroua gentiment l’argenté. Bonne nuit.

- Bonne nuit…

Les yeux mako brillaient un peu dans l’obscurité. Lorsque l’argenté les ferma, Reno eut l’impression qu’il éteignait son être tout entier, comme s’il mettait son esprit en veille, et cette idée saugrenue le fit sourire.

Décidément, c’était bien agréable de l’avoir auprès de lui, même endormi.

Sa douceur et son calme étaient si communicatifs, si relaxants… Et il sentait bon !

Oui, Reno ne voyait pas comment dire ça autrement : Yazoo sentait bon. Pas comme Tseng ou Rude, qui choisissaient leur eau de toilette et leur after-shave avec un soin quasi monomaniaque, non, Yazoo, sentait vraiment bon. Sa peau, ses cheveux, son souffle, tout. Un curieux parfum sucré presque imperceptible, comme du caramel ou… non, pas du caramel. Où avait-il déjà senti cette odeur, bon sang ?

La bonbonnière !

Mais, oui ! La petite bonbonnière sur le bureau d’Elena, où tous piochaient une ou deux dragées dès qu’ils en avaient l’occasion.

Régulièrement pillée, la jeune femme devait la remplir plusieurs fois par semaine et, lorsqu’elle était vide, elle avait exactement cette odeur là. Celle des délicieuses dragées qu’elle avait contenues et qui, une fois envolées, n’avaient laissé dans l’écrin de porcelaine que le souvenir presque imperceptible de leur douceur sucrée.

Oui… Yazoo sentait exactement comme ça.

Reno bougea un peu la tête pour plonger le visage dans la chevelure de platine qui s’étalait sur le traversin en prenant bien garde de ne pas réveiller son « infirmier » et ferma les yeux pour mieux s’enivrer du parfum suave et lénifiant.

Avant même de s’en rendre compte, il s’était endormi.

***

Lorsqu’il posa délicatement ses lèvres sur celles de Tifa, Loz ne rencontra aucune résistance. Bien au contraire, un soupir s’échappa de la bouche tentatrice.

Le corps délicat s’abandonnait contre le sien avec une confiance totale et il prolongea le baiser un long moment, prenant tout son temps pour effleurer, agacer, explorer, lécher et goûter à tour de rôle avec une curiosité et une habileté qui électrisaient la jeune femme.

Ses lèvres scellées aux siennes, Tifa se lovait contre lui, parcourait ses flancs, son dos, ses bras, ses épaules et enfonçait ses doigts dans ses courts cheveux argentins, les y noyant comme si elle ne devait jamais s’en dessaisir. Son souffle n’était plus qu’une sorte de râle continu, et ce gémissement extrêmement sensuel qu’elle ne contrôlait pas était plus éloquent encore que les caresses fébriles qu’elle multipliait.

Sous cet assaut, le corps de Loz s’enflamma jusque dans ses profondeurs les plus intimes et son désir causa une tension impérieuse.

Tifa avait longuement touché sa peau, lorsqu’il était inconscient, et elle croyait donc bien le connaître mais l’évidence de son erreur lui apparaissait, à présent…

Naguère passif et soumis, le corps de Loz s’animait désormais sous ses mains, enthousiaste et passionné, riche d’une ardeur érotique débordante et, dans sa poitrine, son coeur battait la charge.

Lorsqu’il la renversa doucement sur du lit, léger malgré sa taille et sa carrure peu communes, elle s’accrocha à son cou et à ses épaules, presque épouvantée par l’insatiable concupiscence qui la dévorait.

Les grandes mains enveloppèrent ses seins puis écartèrent le tissu du peignoir pour les dénuder et en titiller les pointes turgescentes.

Loz craignit un instant que, froissée par son ardeur, la jeune femme ne le repousse mais, au contraire, elle s’agrippa à lui, l’attirant toujours plus près.

Conscient de la folle volupté qu’il suscitait en elle, il accentua ses caresses sans cesser de lui baiser la bouche avec emportement et le gémissement continu de Tifa monta en intensité.

Elle étreignit avec une ardeur renouvelée le corps sculptural. Que ne donnerait-elle pour rester à jamais entre ces bras puissants, sous la caresse de ces doigts, le baiser de cette bouche, la pénétration de cette langue…

Son corps se tordit, en proie à une agitation fiévreuse irrésistible et Loz pressa plus fort les reins de la jeune femme contre le matelas.

Celle-ci fit courir ses mains le long du dos musclé et les glissa sous la ceinture élastique du pantalon de pyjama pour y pétrir les fesses lisses, rondes et fermes, accentuant encore la pression de son ventre tendu par le désir sur le sien.

Le pantalon ne tarda pas à choir sur le sol et Tifa sentit qu’un genou remontait entre ses jambes, retroussant son peignoir.

Ses cuisses s’écartèrent et ce ne fut plus le genou mais la cuisse de Loz qui se faufila entre ses jambes et se caressa à elles, les ouvrant sans effort, irrésistiblement…

Quelle sensualité, quelle affriolante inconvenance que le contact de cette cuisse si puissante à cet endroit !

De toutes ses forces, Tifa referma les siennes sur celle du jeune colosse, la serra comme dans un étau et cambra les reins pour que son intimité puisse s’y frotter avec force.

Cela excita follement Loz et le mouvement rythmé qui l’animait déjà s’accéléra. D’instinct, le corps de la jeune femme adopta sa cadence.

Entre ses cuisses, la chair délicate et humide s’embrasait en glissant d’un mouvement long et lascif contre la peau dont elle avait naguère admiré la beauté, respiré le parfum et caressé la douceur.

Au-delà du désordre du peignoir relevé, elle se saisit à deux mains de la cuisse de Loz et la pétrit, y enfonça ses doigts effilés. Puis, emportée par sa passion, elle lui griffa gentiment les fesses, les reins et le dos, ce qui le fit violemment frissonner.

A moins que ce frisson ne vint d’elle ? Tous deux en proie à un même et effréné désir, haletant du même souffle affolé, elle aurait été bien incapable de le dire.

Jamais Tifa n’avait éprouvé une telle fièvre ou ressenti une attente aussi éperdue. Habituée à l’indolence de Cloud et à sa tiédeur teintée de réserve, elle ne s’était pas préparée à une telle aventure…

Le corps de Loz la recouvrait tout entière, la noyait par son parfum capiteux. Elle le sentait peser sur elle et en devinait les moindres détails contre sa peau : les bras puissants à la peau si lisse, la large poitrine dont les petits tétons durcis frottaient contre ses seins et la pression des cuisses musclées contre les siennes. Et que dire de la taille et de la fermeté de sa virilité, aussi étonnantes qu’une que l’autre…

La bouche qui baisait la sienne la libéra mais ce fut pour s’emparer de sa gorge. Bien qu’avides et brûlantes, ses lèvres surprenaient par leur douceur - presque contre nature chez un être aussi puissant.

Les yeux fermés, elle savourait la caresse gourmande de sa langue, les audaces de ses paumes et de ses doigts agiles qui faisaient courir sur sa peau des frissons si violents que leur effet se prolongeait partout en elle.

Le peignoir rejoignit bientôt le pantalon de pyjama sur le sol et les mains et la bouche de Loz parcoururent librement les cuisses dénudées, les fesses, le ventre, les seins et les flancs palpitants. Au creux de son intimité, la délicieuse souffrance devint intolérable.

Cette chair palpitante, c’est elle que Loz allait bientôt caresser de sa langue diaboliquement agile, c’est en elle qu’allait pénétrer sa virilité effrayante et cette seule pensée fit encore monter le désir de Tifa d’un cran.

Le tourbillon de sensations qui l’enivraient déjà se fit tornade et l’emporta tant et si bien qu’elle faillit ne pas entendre le discret tapotement à la porte de sa chambre.

- Tifa ? demanda doucement la voix de la Marlène, les arrachant tous les deux au cocon de plaisir qu’ils avaient tissé de leurs corps enlacés. Tifa ?

Ils se pétrifièrent et Loz roula sur le dos, l’avant-bras sur le visage, haletant et le coeur battant la chamade.

- Qu… Qu’y a-t-il ? demanda la jeune femme d’une voix encore enrouée de désir.

- Denzel n’arrête pas de pleurer et il me laisse pas dormir. Il dit qu’il a le nez bouché et qu’il peut pas respirer. Je peux entrer ?

Tifa bondit sur ses pieds et ramassa son peignoir, qu’elle enfila rapidement, avant d’aller entrebâiller la porte.

Marlène se tenait dans le couloir, vêtue de son pyjama bleu ciel et de ses gros chaussons jaunes et velus imitant des têtes de chocobos.

- Retourne avec lui, ma chérie, dit-elle en prenant bien garde que la petite ne voit rien de ce qui se passait dans la chambre. Fais-le asseoir dans la salle de bains, la porte bien fermée, et fais couler de l’eau très très chaude dans la baignoire.

- Et je le mets dedans ?

- Mon Dieu, non ! Tu veux l’ébouillanter ? Fais juste ce que je te dis. Je m’habille et j’arrive tout suite.

- D’accord.

La petite fila et la jeune femme referma la porte avant de s’y appuyer avec un soupir accablé.

Debout près du lit, Loz avait remis son pantalon de pyjama et la considérait avec un sourire dépité.

- D’accord, fit-elle avec un humour désespéré, je le reconnais : mes amis sont parfois de vraies plaies !

Il haussa les épaules en signe d’impuissance et lui ouvrit les bras. Elle s’y précipita pour lui voler un dernier baiser avec un gémissement déchirant aussi comique que flatteur.

…à suivre

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XXIII - Raconte-moi une histoire…

« Ce n’est pas fait pour être vrai, les histoires,

mais pour être raconté…»

Jacques Savoie

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Shiva Rajah d’après les illustrations de M.A. Sambre

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Tifa vit s’approcher le mur de pierre, elle sut qu’elle n’aurait pas même le temps de crier avant que les os de son crâne n’éclatent en dizaines de petits morceaux contre les moellons massifs.

Elle ferma les yeux par réflexe, dans l’attente du choc, et crut apercevoir un éclair bleu du coin de l’oeil.

Sentirait-elle la douleur au moment fatal ?

La collision eut finalement lieu et… c’était doux. Doux et chaud.

Bizarre…

Son cerveau avait-il déconnecté ses capteurs sensoriels pour lui épargner le calvaire de sentir sa tête éclater comme une noix contre le mur de pierre ?

Tiens, le mur sentait bon, aussi… Délicieusement bon, oui.

Elle s’attendit à glisser le long de la paroi jusqu’au sol mais non. Quelle chose paraissait la retenir fermement. Elle en sentait la pression tout autour de son buste. Comme des bras.

Des bras ?

La jeune femme ouvrit un oeil, puis l’autre, et comprit qu’elle avait le nez niché entre deux muscles pectoraux saillants laissés généreusement à découvert par l’échancrure d’un blouson de cuir noir. Du même cuir qui gainait les bras puissants qui la serraient contre le torse dur et la maintenaient à vingt bons centimètres du sol.

Elle leva lentement la tête et ses yeux coururent le long de la peau délicate de la poitrine puis de la gorge satinée, butèrent sur la pomme d’Adam tendrement arrondie, poursuivirent leur course par-delà le menton carré, les lèvres pleines et le nez droit jusqu’aux yeux vert mako aux pupilles dilatées par la pénombre du bas-côté, sur le mur duquel Tifa avait cru finir son vol plané.

Loz lui adressa un sourire satisfait et la posa doucement sur le sol.

- J’ai encore gagné !

La jeune femme était si estomaquée et avait eu si peur qu’elle faillit se mettre à hurler pour se défouler comme une démente hystérique.

Le peu de santé mentale qui lui restait lui permit cependant de se contrôler.

Enfin… presque.

- Abruti ! cria-t-elle en lui martelant la poitrine des poings. Dégénéré ! Espèce de malade !

L’argenté la laissa faire sans se défendre, interdit, jusqu’à ce qu’elle se calme enfin un peu et retourne s’asseoir devant l’autel, lui tournant le dos.

Tifa se mordit la langue pour ne pas pleurer, inspira un bon coup et se redressa pour se frotter vigoureusement les bras, frissonnante dans l’air frais de la chapelle.

Bon sang ce qu’elle avait eu peur ! Jamais elle n’aurait cru voir un jour la mort d’aussi près…

Mais quel idiot !

« Non… quelle idiote, plutôt… » s’admonesta-t-elle en enfouissant son visage dans ses mains. C’est elle qui l’avait méchamment asticoté. Insulté, même. Sans compter que…

Tifa sursauta en sentant quelque chose de chaud et de lourd peser sur ses épaules et un doux parfum sucré l’enveloppa comme une caresse.

Elle leva la tête pour voir Loz au-dessus d’elle et réalisa que c’était son blouson, qu’elle avait sur le dos.

La chaleur et le parfum de son corps s’étaient communiqués au cuir épais et la jeune femme eut l’impression d’être encore entre ses bras, pressée contre sa large poitrine.

Il s’assit à côté d’elle et détourna le regard, mal à l’aise.

- D’accord, j’ai un peu triché, s’excusa-t-il d’une voix tout juste audible en se penchant en avant pour appuyer ses avant-bras sur ses genoux. Mais c’était juste pour te taquiner. Je ne pensais pas te faire aussi peur…

L’argenté ne portait qu’un débardeur noir largement échancré mais ne paraissait pas souffrir du froid, contrairement à elle. Cela étant dit, la terreur qu’elle avait ressentie n’était sans doute pas étrangère à sa fébrilité.

- Tu vas attraper la mort, remarqua-t-elle en posant la main sur son épaule nue, toute colère enfuie.

Sa peau était douce et tiède, comme dans ses souvenirs, et elle rougit en repensant à cette nuit-là, à l’infirmerie.

- Non, ça va. Le froid ne me gêne pas plus que ça.

Tifa laissa son regard courir sur l’impressionnante musculature de son dos en V et remarqua ce qui semblait être une profonde brûlure à l’acide sur l’épine dorsale, à quelques centimètres sous la nuque, à la limite de l’échancrure du col.

La cicatrice des injections de mako ?

- Loz, est-ce que… commença-t-elle, la gorge serrée. Est-ce que c’est ce que je crois ?

- Hein ? Quoi donc ?

Elle posa le bout du doigt sur la brûlure et Loz tressaillit comme si un scorpion venait de le piquer.

- Pardon ! s’excusa Tifa, en pleine déconfiture. Je suis désolée, je ne voulais pas te faire mal, je…

- Non, ça ne fait pas vraiment mal, la rassura-t-il avec un sourire hésitant. C’est cicatrisé depuis longtemps.

- C’est les injections, n’est-ce pas ? C’est le mako qui a fait ça ? (Il acquiesça et se tourna un peu en tirant sur le dos de son débardeur pour découvrir le haut de sa colonne vertébrale jusqu’aux omoplates) Oh ! Mon Dieu…

La chair tendre et la peau si douce paraissaient avoir fondu sur une quinzaine de centimètres de haut et une dizaine de large et la jeune femme sentit une révolte irrépressible lui dévorer les entrailles.

Il se redressa et se tourna vers elle.

- Je ne t’aurais pas laissé t’éclater contre le mur, tu sais… murmura-t-il avec sa franchise coutumière. Je ne tuerai jamais une femme, tu as oublié ?

Tifa rit malgré elle et resserra le blouson sur ses épaules.

Une bouffée de la troublante odeur du jeune colosse lui remonta au visage à travers le col.

- En fait, Loz, je crois que je suis plus en colère contre moi que contre toi.

- Pourquoi ?

- Parce que je me suis fait avoir exactement comme la première fois. C’est… rageant ! Tu as peut-être raison, finalement, soupira-t-elle en s’avachissant sur le banc. Tu es bien plus fort que je ne le serais jamais…

Loz secoua la tête.

- Non, c’est juste parce que tu te retournes en reprenant appui sur ton adversaire, après avoir frappé. Yazoo avait le même problème, avant.

La jeune femme releva la tête, déroutée.

- Comment ça ?

- Il avait le même défaut que toi, répéta l’argenté. Tu ne dois jamais tourner le dos à ton ennemi. Tu n’iras jamais assez vite pour l’empêcher de tendre le bras. Pour le garder à l’oeil, tu dois reprendre ton élan sans vriller et sauter en arrière, pas en avant.

Tifa se redressa et leva un sourcil.

- Mais je n’aurais jamais assez de muscles pour ça ! Aucune femme n’a une telle force.

- Bien sûr que si, c’est juste un coup à prendre. Ce qui t’arrête, c’est pas les muscles, c’est que t’as pas d’yeux dans le dos.

- Quoi ?

- Façon de parler. Une peur instinctive de ce qui est derrière toi et que tu risques de percuter parce que tu ne peux pas le voir. C’est une réaction innée de défense, une mauvaise habitude à perdre. Je te dis que Yazoo avait le même problème.

La jeune femme réfléchit un petit moment, très intéressée par ce nouvel angle d’approche des choses.

- Et maintenant ?

- Maintenant ? Il saute aussi haut et aussi vite en arrière qu’en avant ! Il suffit d’un peu d’entraînement. C’est pas compliqué une fois que t’as pris le coup, je te montrerai. Enfin… si tu veux, ajouta-t-il plus bas en se souvenant que la jeune femme n’avait pas du tout apprécié leur récent « échange ».

Tifa s’aperçut de son embarras et acquiesça vigoureusement.

- Bien sûr que je veux ! Mais dans un endroit un peu plus approprié qu’ici… Il y a une salle d’entraînement dans l’aile Sud du manoir, où on ne risque pas de casser des bancs !

Il suivit son regard jusqu’aux deux bancs qu’ils avaient réduits en charpie et sourit.

- Ca marche…

Il se tut, ne sachant quoi ajouter, et détourna à nouveau le regard vers l’autel en faisant craquer ses phalanges. Un tic nerveux à chaque fois qu’il se sentait mal à l’aise, apparemment.

- Loz… Si tu n’as plus mal, pourquoi as-tu sursauté si violemment lorsque j’ai touché ta cicatrice?

Il grimaça.

- Ca ne me fait plus mal ici, dit-il en tapotant sa nuque, mais… Tsss ! Je ne sais pas expliquer.

Il fit un geste rageur et la jeune femme lui adressa un sourire doux.

- Ca ne fait rien, je comprends. Ca réveille de vieilles terreurs, c’est ça ? La douleur est toujours là mais plutôt… ici, dit-elle en tapotant doucement sa tempe.

Loz la dévisagea un long moment, les yeux brillants et la gorge serrée.

- Oui… finit-il par répondre d’une voix à peine audible.

- Ca doit être horrible de… De ne pas pouvoir expliquer ce qu’on ressent.

- J’en ai jamais eu l’occasion, s’excusa-t-il avec un petit mouvement d’épaules.

- Mais… les médecins qui s’occupaient de vous ?

- Ils s’en fichaient.

- Et les chercheurs qui vous étudiaient ?

- Ils m’interdisaient de parler, la plupart du temps.

- Tes frères ?

- Inutile. Ils savent ce que je sens sans avoir besoin de leur dire.

La jeune femme secoua la tête, consternée.

- Tu n’as vraiment jamais pu parler en toute liberté avec personne ?

L’argenté sourit tristement.

- Non. Je te l’ai dit : parler, c’est pas ce qu’on me demandait.

- Mais enfin… On a parfois besoin d’extérioriser ce qu’on a en soi d’une façon ou d’une autre, sinon on dépérit ! On devient cinglé !

- C’est pour ça que je pleure tout le temps, avoua-t-il en s’essuyant les yeux. Yazoo dit que c’est parce qu’il faut que ce que j’ai à l’intérieur sorte d’une façon ou d’une autre, sinon, je risquerais d’exploser…

Tifa éclata de rire.

- C’est mignon ! Mais c’est vrai que ça fait du bien de pleurer, parfois… Ca soulage.

Le regard de Loz se perdit dans le vague, rêveur, et la jeune femme ne put s’empêcher d’admirer ses traits délicats et pourtant si virils.

- Oui, ça soulage, parfois… Mais je préférerais pourvoir faire comprendre aux gens que je ne vais pas bien sans avoir besoin de le montrer comme ça. J’aimerais pouvoir choisir les bons mots, comme Kadaj, et trouver ceux qui pourront… Comment dire ? Je ne sais pas expliquer ça… (Il soupira) En fait, j’aimerais être comme le poète de l’histoire, sur le pont de Nibelheim…

Tifa leva un sourcil, intriguée.

- Quelle histoire de poète ?

L’argenté laissa échapper un petit rire gêné.

- Le poète sur le pont de Nibelheim. Une histoire que Yazoo racontait à Kadaj lorsqu’il nous cassait les pieds la nuit. Mon frère devait souvent lui raconter des histoires ou lui parler pour qu’il s’endorme, ajouta-t-il en remarquant le regard interrogateur de la jeune femme.

- Je comprends. Denzel est un peu comme ça, aussi. Mais pour en revenir à ton histoire, je suis pourtant originaire d’ici et je n’ai jamais entendu parler d’un poète sur un pont !

Loz haussa les épaules.

- Peut-être parce que Yazoo a tout inventé. Il le faisait, parfois.

- Et… elle parle de quoi, ton histoire ?

L’argenté secoua la tête et rougit, ce qui amusa beaucoup Tifa.

- Je ne suis pas plus doué pour raconter des histoires que pour parler de moi, tu sais.

- Essaye quand même, tu as piqué ma curiosité. (Elle s’emmitoufla confortablement dans le blouson de cuir et appuya sa joue contre son bras avec des grands yeux de chiot suppliant) Allez… S’il te plaît.

Il rit de sa grimace et elle lui adressa un sourire désarmant.

- Tu me dois bien ça, après la peur que tu m’as faite, non ? reprit-elle plus sérieusement. Je ne rirai pas et ne dirai pas un mot, je te le promets.

Il lui rendit son sourire et hocha la tête.

- D’accord…

Il s’assit plus confortablement sur le banc et son regard se fit lointain, comme s’il fouillait au plus profond de sa mémoire.

Le soleil se couchait, nimbant l’intérieur de l’église d’une myriade de pourpres orangés filtrant à travers les vitraux, et une brise d’hiver odorante s’insinua entre les lourds battants de la porte entrouverte pour soulever les cheveux de Tifa, qui frissonna.

La poussière tournoya un instant dans un ultime rayon de soleil rougeoyant qui ne tarda pas à disparaître, plongeant la chapelle dans une semi-obscurité feutrée, habitée de souvenirs anciens et de présences d’un autre âge.

La jeune femme ferma à demi les yeux et tendit l’oreille à la voix douce et profonde de Loz.

- Je ne sais pas à quoi ressemble le printemps, ici, à Nibelheim, commença-t-il. En fait, je ne sais pas à quoi ressemble le printemps tout court parce que j’en ai jamais vu. J’imagine que c’est comme dans les films, au labo, avec des fleurs qui poussent partout, des gens qui se promènent, des enfants qui jouent, des oiseaux dans le ciel et de l’herbe. Plein d’herbe.

Tifa sourit et hocha la tête.

- Oui, c’est à peu près ça, murmura-t-elle.

- Eh bien, cette histoire, elle se passe une veille de printemps, ici, à Nibelheim…

La jeune femme ferma les yeux et se revit adolescente, des années en arrière.

Une veille de printemps…

Elle se souvenait du parfum des pommiers en fleur, qui donneraient bientôt des fruits délicieux, et des premières corolles des lilas, sur la place du village, où voletaient les premières hirondelles.

- C’était le début des beaux jours, poursuivit Loz de sa voix mâle et profonde, et tout le monde était sorti pour profiter du soleil. Les enfants jouaient sur la place du village et les couples se promenaient ça et là, bras dessus, bras dessous.

Et, les yeux clos, Tifa vit les enfants, entendit leurs rires, et surprit le chuchotement des amoureux sous les pommiers en fleur…

- Là, sur le pont enjambant la petite rivière qui traverse le bourg, se trouvait un mendiant. Un vieil homme qui tendait sa main vide aux passants. A son cou, retenu par une ficelle, pendait un bout de carton sur lequel était écrit : « AVEUGLE ». Cet aveugle, tout le monde le connaissait, bien sûr. Il faisait partie du décor, si on peut dire, et personne ne lui prêtait plus attention depuis longtemps. A plus forte raison pendant une si belle journée. Enfin, personne… sauf un poète. Un poète qui vint à passer ce jour-là sur le pont et qui l’observa un long moment avec quelque chose d’étrange dans le regard. L’infirme, qui l’avait senti, tendit vers lui sa vieille main fripée. « S’il vous plaît… Pour un pauvre aveugle. » mendia-t-il. Mais, pour toute aumône, le poète retourna le morceau de carton, sortit un feutre du revers de sa veste, écrivit quelque chose et partit sans dire un mot. Le vieil aveugle en resta pétrifié. Il maudit sa cécité, qui l’empêchait de donner une bonne leçon à celui qu’il pensait être un méchant farceur, mais voilà que, soudain, une pièce tomba dans sa main. Puis une autre. Et encore une autre. Les unes après les autres, l’argent se mit à pleuvoir et ça ne semblait pas vouloir s’arrêter. Le vieil homme était sidéré. Sentant une nouvelle main frôler la sienne, il la saisit et reconnut un poignet de femme. « Je vous en prie Madame, aidez-moi ! » supplia-t-il « Je ne comprends pas ce qui se passe. J’étais là, comme d’habitude, sur le pont, à attendre des aumônes qui ne venaient pas et un homme est passé. Il a écrit quelque chose sur ma pancarte et alors… Oh ! C’est merveilleux, madame ! Tout le monde a commencé à me donner de l’argent. Je vous en prie… Je vous en prie, Madame, dites-moi ce qu’il a écrit ! » Alors la jeune femme lut à voix haute le vieux carton où le poète avait simplement écrit ça : « Demain, c’est le printemps… et je ne le verrai pas. »

Tifa sentit une émotion terrible la prendre à la gorge et eut toutes les peines du monde à déglutir.

- Tu vois, Tifa, j’aimerais être comme ce poète… murmura Loz, les yeux rêveurs toujours perdus dans un monde intérieur inaccessible. Je voudrais pouvoir trouver les bons mots, ceux qui nous font ressentir les choses avec une émotion particulière. Oui, j’aimerais avoir ce don là…

Il sourit tristement, tourna la tête vers la jeune femme, dont la tête reposait à présent sur son épaule, et ne put dissimuler sa stupéfaction en voyant qu’elle pleurait.

- Loz… murmura-t-elle, la gorge nouée. Tu n’imagines pas à quel point tu l’as…

Son visage si mâle était tout près du sien et ses lèvres si tendres, si tentantes…

Tifa leva doucement la main et posa le bout des doigts sur son menton. Un effleurement fut à peine nécessaire pour que le visage sculptural s’incline lentement vers le sien et que les lèvres si douces viennent caresser les siennes.

Le parfum si particulier de l’argenté l’enveloppa tout entière et elle ferma les yeux, au comble d’un ravissement presque mystique.

- Vous vous êtes battus ? cria soudain la voix suraiguë de Yuffie, les faisant tressaillir. Ici ? Regardez-moi ce gâchis ! J’ose même pas imaginer combien coûtent ces bancs sculptés ! Non mais vous n’avez pas honte ?!

Tifa se retourna, le coeur battant, et vit la jeune Utaïenne remonter l’allée en se frottant les bras en raison de la température, qui avait chuté avec la tombée de la nuit.

- Yuffie ! gronda-t-elle en la rejoignant. Tu m’as fait peur !

- On vous cherche partout depuis une bonne demi-heure ! Tout le monde vous attend pour dîner ! Hein, Cloud ? Cloud ? Bah… Où il est passé ? Il était avec moi à l’instant. Oh ! Je suis sûre qu’il est parti s’empiffrer sans nous ! Bon, bah vous venez ? J’ai faim, moi !

Elle fila en direction de la porte mais la jeune femme resta pétrifiée au milieu de l’allée, emmitouflée dans le blouson de Loz.

- Cloud…

…à suivre

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XI - Le prix du désir

«Vénus, une belle et bonne dame, était la déesse de l’amour ;

Junon, une terrible mégère, la déesse du mariage.

Toujours elles furent ennemies mortelles…»

J. Swift

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Shalua s’engagea dans l’escalier qui menait au laboratoire lorsqu’une main énergique la saisit par son bras valide, manquant de peu de la faire trébucher sur le tapis qui recouvrait les marches de pierre.

Croyant perdre l’équilibre, la jeune femme laissa échapper un petit cri surpris, aussitôt étouffé par la bouche impatiente qui se referma sur la sienne, aspirant ses lèvres avec avidité.

Elle réalisa alors qu’elle était prisonnière de deux bras vigoureux qui la pressaient contre une poitrine dure et haletante moulée dans un sweat-shirt kaki.

- Ose me dire que tu n’en as pas autant envie que moi… gémit Cid dans sa bouche.

Sa barbe naissante lui picotait agréablement la peau et son odeur si typiquement masculine, un parfum musqué et enivrant adouci par le léger effluve de son eau de toilette - une impalpable essence boisée aux délicates notes de vanille - lui tournait les sens.

Elle sentit les pointes de ses seins durcir, se tendre vers le poitrail musculeux, et son ventre s’embraser sous la chaleur dévastatrice de ce grands corps si mâle.

- Pas ici… murmura-t-elle en lui mordillant la lèvre inférieure, perdue dans les bleus céruléens de son regard pénétrant.

Elle le repoussa d’un geste caressant et la pression des bras vigoureux faiblit un peu, lui permettant de descendre une marche.

- Où, alors ? demanda-t-il d’une voix rendue rauque par le désir.

Shalua lui adressa un sourire sans équivoque et descendit lentement l’escalier, non sans jeter de fréquents regards en arrière, en signe d’invite.

Cid de s’y trompa pas et dévala les marches à sa suite.

***

Dans la lumière mordorée apaisante, assis sur le confortable divan de la bibliothèque, Tseng avait le regard fixe et paraissait scruter un monde intérieur dont lui seul avait la clé.

Il se sentait comme un homme à qui l’on vient d’arracher une partie de ses tripes : une désagréable sensation de douleur et de vide au creux de ventre.

Lorsqu’Elena lui tendit une tasse de thé fumant en souriant, il dut se mordre la langue pour ne pas la congédier vertement.

Cette fille était-elle sotte au point de ne pas voir qu’il s’était isolé là précisément pour ne pas être dérangé ?

- Non, merci, réussit-il à répondre sans trop d’animosité. Je n’ai pas soif.

- Tu devr…

- J’ai besoin de rester seul quelques minutes, Helena, la coupa-t-il d’une voix aimable - du moins en apparence.

- Oh… Je… Pardon.

Elle rougit et s’éclipsa avec sa tasse de thé en courant presque et Tseng aurait juré avoir vu ses yeux briller.

Elena était éprise de lui, il le savait, elle lui avait même avoué ses sentiments dans le cratère nord, il y a deux ans, alors qu’ils étaient tous deux persuadés de vivre leurs derniers instants, mais il ne les partageait pas. Pas du tout. Il le lui avait fait clairement comprendre et la jeune femme s’était engagée à l’accepter mais force était de constater qu’elle n’y parvenait pas.

Mois après mois, elle se faisait plus pressante, plus envahissante, et, ce qui était beaucoup plus grave, leur travail à tous deux commençait sérieusement à en pâtir.

Devait-il se montrer plus sec encore ou plus méprisant pour lui faire entendre raison ? Ou fallait-il aller jusqu’à la menacer de renvoi pour susciter une prise de conscience ?

Il poussa un profond soupir, se laissa aller contre le confortable dossier capitonné et frissonna. Bon sang, pourquoi faisait-il toujours aussi froid, dans cette bibliothèque ?

Il aurait dû accepter le thé avant de la renvoyer, finalement…

***

Cid referma la porte du petit bureau derrière lui et Shalua en fit autant avec celle qui menait au laboratoire.

Ils se dévisagèrent un petit moment, un sourire expressif sur les lèvres et le souffle court, puis, voyant la jeune femme détailler les sinuosités de ses muscles sous ses vêtements avec gourmandise, le pilote retira son sweat-shirt sans autre cérémonie et s’avança jusqu’au centre de la pièce pour qu’elle puisse le contempler à loisir. Ce qu’elle fit sans la moindre pudeur avant de s’avancer pour l’enlacer furieusement et le pousser contre le bureau.

Caresses et mots d’amour étaient superflus. Ils n’étaient plus des adolescents hésitants depuis longtemps et savaient très bien ce qu’ils voulaient en cet instant, ce dont ils avaient besoin, et ce n’était ni du romantisme, ni des serments. Ca, ça viendrait plus tard… Peut-être.

Pour l’heure, c’était un désir animal qui les dévorait, un désir exacerbé par le manque. Un désir qu’il fallait satisfaire au plus vite, sans fioriture ni mots inutiles, pour jouir d’un plaisir sauvage et primitif.

D’un revers du bras, Cid balaya une partie des dossiers qui encombraient le bureau et y assit Shalua sur le bord avant de se glisser entre ses cuisses pour l’embrasser à pleine bouche, frottant son membre douloureusement tendu contre son sexe brûlant déjà humide.

Elle répondit à son baiser profond avec une rage similaire et sa main valide déboutonna hâtivement son pantalon tandis que les siennes remontaient sous sa jupe pour la débarrasser de sa petite culotte en coton blanc.

La bouche de Cid glissa ensuite jusqu’à sa gorge, trouva le chemin jusqu’à ses seins, qu’il venait de libérer de leur écrin de tissu, arrachant presque les lanières de son bustier, et elle s’accrocha à lui en étouffant un gémissement dans ses cheveux blonds, les doigts creusant cruellement dans les muscles de son dos.

Puis il s’agenouilla entre ses cuisses et sa langue indécemment adroite fondit sur son intimité, lui enflammant le corps tout entier, titillant la chair moite en même temps que, de la main, il se caressait lui-même en prenant garde de lui offrir une vue imprenable sur ce geste aussi intime qu’excitant.

- Oh… Cid… ne put-elle s’empêcher de gémir doucement en enfonçant ses ongles dans ses épaules.

Lorsqu’il la sentit sur le point de jouir, il se redressa et elle guida son membre dur entre ses cuisses, où il s’enfonça lentement, leur arrachant à tous deux des soupirs impatients.

Shalua noua ses jambes autour de ses reins, s’accrocha à ses épaules et accompagna le mouvement, de plus en plus rapide, de plus en plus sauvage…

Il ne fallut que quelques instants à la jeune femme pour être emportée par un orgasme fulgurant, auquel s’abandonna Cid à son tour dès qu’il sentit les spasmes violents de sa partenaire autour de sa virilité palpitante.

Le plaisir violent ressenti les laissa pantelants dans les bras l’un de l’autre, appuyés sur le bord de l’inconfortable bureau.

- Par la Déesse… haleta Cid contre son cou, faisant sourire Shalua, qui mordilla la peau douce de ses larges épaules.

Les coeurs battaient dans les cages thoraciques comme s’ils voulaient franchir la barrière des côtes et les souffles brûlants embrasaient les gorges.

Cid sentit son membre flasque glisser hors de son doux nid de chair et tendit le bras pour saisir une boîte de mouchoirs en papier, dans laquelle Shalua se servit généreusement.

Epuisés et repus, ils échangèrent un sourire entendu et allaient s’accorder un dernier baiser quand l’assistant de la jeune femme toqua discrètement à la porte avant d’essayer d’enter dans le bureau, dont la porte était verrouillée.

- Shalua ? Shalua, c’est toi ?

- Oui ! Oui… Je… bredouilla-t-elle en réajustant son bustier à la va-vite. Je… Je me rafraîchissais un peu ! Tout va bien ?

Elle fit une grimace ironique au pilote, qui répondit par un clin d’oeil complice.

- J’aimerais que tu me dises ce que tu penses des dernières analyses de Yazoo. Ses spasmes musculaires sont de plus en plus réguliers et son taux d’acide lactique monte en flèche.

- J’arrive, accorde-moi une minute !

Cid reboutonna son pantalon et, le temps qu’il enfile son sweat-shirt, Shalua avait disparu dans le laboratoire en fermant la porte derrière elle.

Il se demanda l’espace d’un instant s’il devait s’asseoir et l’attendre mais secoua la tête et déverrouilla la porte qui donnait sur le couloir.

On ne savait jamais quoi se dire dans ce genre de situation et mieux valait éviter un moment de gêne inutile pour l’un comme pour l’autre.

Il grimpa donc l’escalier en sifflotant, non sans remarquer le regard ironique des deux turks postés à l’entrée du laboratoire.

Qu’ils pensent ce qu’ils veulent, il s’en fichait.

Bon sang, ça faisait longtemps qu’il n’avait pas pris son pied comme ça…

Quelle femme ! Lorsqu’elle l’avait regardé se caresser devant elle, on aurait dit qu’elle voulait le dévorer tout cru. Et la sentir le désirer à ce point la rendait incroyablement sexy…

Il fit une pause derrière la porte qui donnait sur le couloir du rez-de-chaussée et se força à respirer posément, craignant que son émoi ne devienne trop visible. Le désir lui échauffait à nouveau les sens et une nuée de petits papillons paraissaient voleter dans son ventre et chatouiller son sternum.

Par la Déesse ! Depuis combien de temps n’avait-il pas ressenti ce genre de choses ? Ne s’était-il pas senti aussi vivant ?

L’image de sa femme Shera en robe de mariée se dessina dans son esprit et les dizaines de papillons qui s’agitaient gaiement dans son ventre tombèrent raides morts…

***

Dans la salle de conférence, Tifa considérait tour à tour Cid, étrangement serein, nonchalamment assis sur sa chaise et Shalua, bizarrement souriante, qui préparait ses fiches.

Lorsque leurs regards se croisaient - un peu trop souvent pour que ce soit fortuit - une teinte coupable d’un joli rose apparaissait sur les joues de son amie et le sourire de Cid grandissait de plusieurs centimètres.

Il venait de se passer quelque chose entre ces deux-là ! Elle en mettrait sa tête à couper !

Et, comme s’il était besoin de confirmation, lorsque Shalua se pencha pour jeter un oeil à son petit écran de contrôle, faisant bâiller sa blouse blanche, elle remarqua l’état de son bustier…

« Oh ! la sale petite peste… » pensa-t-elle, mi-choquée, mi-admirative, en retenant un rire.

Aussitôt, elle saisit son téléphone et composa rapidement un message.

Shalua, sentant vibrer l’appareil dans sa poche, consulta le SMS et se mordit la langue pour ne pas pouffer en portant la main à son décolleté :

« Ton pilote aurait-il avalé le premier clip de ton corsage ? »

La jeune femme ferma discrètement sa blouse blanche pour cacher l’évidence et coula à son amie un regard entendu avant de prendre place sous l’écran géant.

Au premier rang, Cid dissimula un juron dans un toussotement.

…à suivre

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