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LXVIII - Amours envenimées

“L’amour se mesure à ce que l’on accepte de lui sacrifier.”
A. Gardner

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Après le déjeuner, lorsque Loz eut fini de changer Kay dans la salle de bains et qu’il revint dans la chambre, Vincent et Weiss se tenaient sur le seuil, dans l’encadrement de la porte ouverte.

Les deux hommes chuchotaient pour ne réveiller personne. La nuit avait été longue pour tout le monde et la plupart des hôtes du manoir avaient cédé à la tentation d’une sieste réparatrice amplement méritée après le déjeuner.

- Dans ce cas, je réunirai tout le monde dans la salle de conférences à 9h30, demain matin, conclut Vincent en pressant le bras de l’ancien commandant des Tviets. D’ici là, repose-toi et essaye de te souvenir d’autant de détails que tu le pourras. Il ne faut rien négliger, on ne sait jamais.

Weiss acquiesça avec un sourire misérable et Vincent s’éclipsa en refermant doucement la porte.

- Hojo s’est servi de moi comme d’une marionnette, soupira le Tsviet en s’appuyant dos au battant. Je me sens si… si… stupide…

Loz s’allongea avec le bébé au milieu du grand lit et lui répondit par un sourire rassurant.

- Ca m’arrive tout le temps, assura-t-il. De me sentir stupide, je veux dire.

Weiss pouffa et vint s’asseoir à ses côtés.

- Je n’ai jamais été très doué pour cerner les gens ou les situations, de toute façon, avoua-t-il. En dehors d’un contexte de combat, s’entend. Dès qu’il a été en âge de comprendre ce qui l’entourait, j’ai toujours compté sur Nero pour analyser les choses et m’aider à prendre les décisions… soupira-t-il tandis que le bébé essayait d’attraper ses mèches blanches.

- Plus à l’aise dans l’action que dans la réflexion… fit Loz avec un petit froncement de sourcils ironique. Toute l’histoire de ma vie !

- Et tu n’en as jamais éprouvé de la rage ou…

Le Tsviet n’osa pas finir sa phrase, de peur de le froisser mais l’argenté le fit pour lui.

- De la honte ? Si, bien sûr.

- Je m’en suis voulu si souvent… J’étais l’aîné. C’était à moi d’assumer ce genre de responsabilité, mais…

Il fit la moue et haussa les épaules.

- Ouais, je comprends, argua Loz en clignant de l’oeil. J’aurais souvent aimé faire plus que protéger physiquement mes frères. Mais bon… Moi non plus je n’ai jamais été très doué pour planifier des choses ou jouer les ” chefs “, avoua-t-il en rougissant légèrement. Pourtant, j’ai cru comprendre que c’était bien ton cas.

Weiss fit résonner son joli rire de baryton et s’adossa à la tête du lit, les bras derrière la nuque.

- Quand je n’étais pas à la tête d’une mission suicide, on me gardait enchaîné comme un chien de combat dans sa cage ! Tu parles d’un chef…

- Mais Shelke a dit que…

- Oublie ce qu’a pu dire Shelke, le coupa le Tsviet avec amertume. Au Deepground, c’était ” marche ou crève “, je n’ai pas eu le choix. Ou je les surpassais tous, ou Nero et moi aurions fini dans un sac à viande. Ou pire… Sur la table de dissection d’Hojo, ajouta-t-il d’une voix tout juste audible. Mais tu sais de quoi je parle, pas vrai ? Tu sais ce que c’est, que d’être confronté à ce genre d’alternative.

Il dévisagea Loz avec intensité et celui-ci, un peu gêné, détourna les yeux et pinça les lèvres en glissant son pouce dans la menotte de son fils.

- Ecraser ou être écrasé, poursuivit Weiss. Vaincre tous tes adversaires ou mourir. Réussir chaque épreuve ou vivre un enfer de douleur et de peur. Et en ayant à l’esprit à chaque minute que toute erreur peut entraîner tes frères avec toi…

Loz déglutit avec difficulté.

- Vincent… Vincent t’a parlé de moi, c’est ça ?

Weiss sourit et le poussa de l’épaule d’une bourrade amicale.

- Pas besoin. Les types comme nous ont tous ce ” truc ” dans le regard.

- Quel ” truc ” ? demanda l’argenté en relevant la tête.

Le Tsviet planta ses prunelles dans les siennes et Loz soutint son regard, cette fois. En plongeant au plus profond des abîmes d’or ténébreux qui obscurcissaient les océans bleutés, il eut la désagréable impression, pendant un instant, de regarder à l’intérieur de lui-même.

- Ouais… murmura Weiss en notant le subtil changement de son expression. Ce ” truc ” là…

L’argenté cligna des yeux, coupant l’intense contact visuel, et lui rendit timidement son sourire.

Ils restèrent silencieux un long moment et Weiss fit babiller le bébé en le chatouillant avec une longue mèche de ses cheveux ivoirins.

Le jeune homme inspirait à Loz des sentiments contradictoires.

Comme tous ceux qui le rencontraient, il était bien sûr, de prime abord, fasciné par ce que le Tsviet dégageait, cet incroyable charisme, cette énergie qui semblait irradier de lui.

Mais, tapi sous cette aura de vitalité immaculée, l’argenté sentait aussi palpiter quelque chose de douloureusement familier. A la fois lourd de secrets et étouffant d’amour. Quelque chose de magnifiquement laid et d’horriblement beau… Une âme à fleur de peau, torturée, souillée, humiliée, trompée, mille fois brisée mais toujours généreuse et prête à se donner encore pour être à nouveau piétinée.

Une âme si familière…

Une âme si semblable à la sienne…

” Ca doit être horrible, de ne pas pouvoir exprimer ce qu’on ressent ! ” lui avait dit Tifa lorsqu’ils s’étaient revus dans la grande chapelle du manoir.

Mais comment exprimer ça ? Comment expliquer à quelqu’un que l’on ne s’appartient plus ? Que l’on a renoncé à soi depuis des années pour l’amour de ces ” autres ” que les gens appellent ses ” frères ” ? Qu’ils ont toujours été sa seule raison de vivre et de se battre ? Que l’entité appelée ” Loz ” n’est plus qu’une âme déchirée et morcelée à force de s’être donnée morceau après morceau…

- Weiss, tu… Tu ne t’es jamais demandé comment… Comment…

Il hésita car il n’avait jamais abordé ce genre du sujet avec personne - et encore moins avec ses frères.

Ils n’auraient pas pu comprendre. Personne n’aurait pu comprendre. Personne à part quelqu’un comme Weiss. Peut-être…

- Comment quoi ? l’encouragea ce dernier.

- Tu ne t’es jamais demandé comment tu as fait pour tenir le coup ? demanda Loz, la gorge soudain serrée. Pour supporter tout ça ? Pour aller de l’avant en sachant chaque matin que la journée qui t’attendait serait forcément pire que la veille ?

L’ancien chef des Tsviets hocha la tête, comprenant parfaitement à quoi il faisait allusion.

- Si. Souvent. Nero n’y est sans doute pas étranger.

- Oui, bien sûr, moi aussi, je savais que c’était pour mes frères, que je me battais. Que c’était pour eux, que je devais réussir toutes les épreuves et devenir fort… Assez fort pour les protéger en toute circonstance et réussir à faire face à n’importe quoi. Mais ce que je n’ai jamais compris, c’est ” comment ? “. Comment, juste au moment où tu réalises que tu as atteint tes limites, que tu vas crever là, comme le dernier des rats de laboratoire dans sa cage, tu arrives à trouver la force d’aller encore plus loin… Encore plus vite… De frapper encore plus fort, quitte à te briser les os… De repousser ton seuil de douleur et de résistance un peu plus à chaque fois…

Weiss soupira.

- Je ne sais pas. Je ne l’ai jamais compris, moi non plus.

- La puissance d’un homme n’est pas extensible à l’infini, quelle que soit la volonté et la rage qui l’anime, non ?

- Normalement, non. Les gens croient que c’est justement cette capacité de dépassement de soi qui fait de certains hommes des êtres exceptionnels. Des ” héros “. Des ” super soldats “. (Il ricana) De la merde, ouais !

- Le mako, peut-être.

- Non, affirma le Tsviet. Tous les soldats en reçoivent et, que je sache, ça n’a pas fait d’eux tous des foudres de guerre pour autant.

- Les cellules de Jenova ?

- On ne m’en a jamais injecté. Peut-être… Peut-être qu’à force de repousser les limites, quelque chose a été détruit en nous. (Il fit claquer ses paumes l’une contre l’autre) Paf ! Comme un disjoncteur en surcharge. Tu sais, comme si on avait coupé les fils d’une alarme dans nos têtes qui aurait normalement dû nous dire ” Oh ! Oh ! Les gars ! Il faut arrêter ! Stop ! Danger ! Ligne rouge franchie ! Risque de mort imminente ! “.

Loz fit la moue.

- Tu veux dire qu’on ne serait plus que des machines de guerre ignorant leurs propres limites ? Juste des tas de muscles bons à foncer dans le tas sans réfléchir ?

Weiss grimaça à son tour, n’aimant pas du tout cette idée.

- Tu sais quoi ? En fait, je pense que ce genre de prise de tête, c’est pas pour nous. Mieux vaut laisser ça à Nero ou à ton frère Yazoo ! ajouta-t-il avec une mimique enfantine.

- Oui, tu as sans doute raison, concéda l’argenté, préférant lui aussi changer de sujet.

- Demande-moi de te liquider cinq adversaires à main nues et je te les ramène par la peau des fesses en moins de temps qu’il n’en fait pour dire ” ouf “. J’ai été entraîné à ça depuis tout gosse. Mais si tu me demandes quelle est la dernière fois où l’on m’a ordonné de faire marcher ce truc-là pendant plus de dix minutes… ajouta le Tsviet en se tapotant la tempe.

Il fit vibrer ses lèvres, penaud, et Loz éclata de rire.

- Pareil pour moi, acquiesça ce dernier. Le seul cerveau surdéveloppé que je possède, c’est celui-là ! (Il fit gonfler son biceps) Notre premier instructeur me disaient tout le temps : ” Si un mur se dresse devant toi, Loz, souviens toi qu’on t’a donné une tête et que c’est pour t’en servir… “

Un nouvel éclair de complicité passa entre les deux jeunes hommes et ils finirent d’une même voix :

” … Dix secondes et un coup de boule plus tard : adieu le mur ! “

Ils éclatèrent de rire et le bébé les imita, ce qui décupla leur hilarité.

- Heidegger ! cracha Weiss lorsqu’ils se furent une peu calmés. Quel crevard, celui-là… Je croyais qu’il ne s’occupait que des recrues de l’Académie de Midgar.

Loz secoua la tête et grimaça.

- Il nous a entraînés au moins quatre fois par semaine, mes frères et moi. Jusqu’à ce que j’aie une dizaine d’années. Il se passait toujours quelque chose. Un accident ou de gros dégâts. Alors, au bout d’un moment, Hojo en a eu assez. Mon frère les a entendus se disputer puis on ne l’a jamais revu. C’était vraiment quelqu’un de méchant…

- De méchant ? S’étrangla le Tsviet. C’est peu de le dire ! Ce type était un salopard de la pire espèce ! ” Si ça saigne, c’est qu’on peut le tuer ! “, imita-t-il d’une voix rocailleuse en faisant gonfler ses joues.

Les rires des deux hommes résonnèrent à nouveau dans la chambre avec une telle spontanéité qu’ils faillirent ne pas entendre les petits coups discrets frappés à la porte.

Ils se figèrent, comme deux garçonnets surpris à faire du boucan en pleine nuit.

- Oups… grimaça Weiss, penaud.

- C’est ouvert ! fit Loz en retenant un fou rire.

Shelke passa la tête par le battant et s’excusa.

- Pardon ne vous déranger mais Nero commence à s’agiter, je crois qu’il ne va pas tarder à se réveiller.

Son ancien commandant sauta aussitôt sur ses pieds.

- Je prends la relève. Va dormir un peu. (La jeune fille obéit et il se tourna pour saluer Loz, qui lui répondit en agitant la menotte du bébé, qui rit comme un petit fou.) Salut, petit lutin !

Il quitta la chambre à son tour en fermant doucement la porte et Loz s’allongea contre les oreillers en retenant un bâillement et assit son fils sur sa poitrine.

- Qu’est-ce que tu en dis ? C’est un chouette type, hein ?

Kay agita les mains en babillant et l’argenté sourit.

***

- Capitaine Rhapsodos, il faut absolument que je vous présente à Cait ! lança Reno avec une note venimeuse qui amusa grandement Sephiroth lorsque Genesis se laissa aller à un nouvel accès d’incontinence poétique en l’honneur de Yazoo - qui n’en finissait pas de rougir. Vous êtes vraiment faits pour vous entendre, tous les deux…

L’ex-Cauchemar dissimula un sourire caustique derrière le rideau soyeux de ses cheveux - détail qui n’échappa pas au turk, ravi de s’être trouvé un allié imprévu - et Yazoo lança à son amant un regard acerbe.

- Reno…

- Quoi ? Je n’ai pas raison ?

Genesis, loin de se douter qu’il était la cible d’une pique bien affutée, sourit aimablement pour rassurer l’objet de ses attentions lyriques.

- Je devine que Sephiroth a dû me dépeindre comme un ours taciturne et asocial, plaisanta-t-il en se méprenant sur la gêne de l’argenté. Mais je vous assure que je serais ravi de rencontrer votre ami. A plus forte raison si nous partageons quelques centres d’intérêt.

Reno fit mine de réfléchir à la question et Yazoo le fixa avec intensité, le mettant au défi d’ouvrir la bouche.

Sephiroth, lui, avait fort à faire pour garder son sérieux.

- Oh ! Vous avez, à n’en pas douter, plus de choses en commun qu’on ne pourrait le croire de prime abord, confirma le turk, faisant blêmir son compagnon. Même si Cait est plus… plus… Comment dire ?

Yazoo contracta les mâchoires, s’attendant au pire.

- Velu ? ne put s’empêcher d’intervenir Sephiroth, en ravalant l’éclat de rire qui menaçait d’exploser à tout instant au fond de sa gorge.

Yazoo le fusilla du regard et il pinça les lèvres pour ne pas pouffer.

- Velu ? s’étonna Genesis, sûr d’avoir mal compris.

- Ne les écoutez pas, capitaine Rhapsodos, ils sont un peu cabots, parfois, préféra couper l’argenté. Je suis ravi d’avoir fait votre connaissance, ajouta-t-il précipitamment en poussant le turk sans ménagement vers la porte. J’espère avoir le plaisir de vous revoir au dîner !

- Oh mais, tout le plaisir sera pour moi, croyez-moi… assura Genesis avec un sourire séducteur.

- On vous gardera la place à côté de Cait ! lança Reno depuis la porte. Vous ne… Aïe !

Ils disparurent dans le couloir et le Banoran se tourna vers son ami.

- Qui est ce Cait, dont vous faites tous si grand cas ? Un officier du WRO ?

S’en fut trop pour Sephiroth, qui éclata franchement de rire.

…à suivre

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LXVII - Graines de jalousie

L’hermaphrodisme est un vice de forme…

ou une forme de vice !”

L. Campion

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Genesis se laissa aller contre le dossier relevé de son lit et ferma les yeux en soupirant, priant pour que tout ce qu’il venait d’apprendre ne soit qu’un cauchemar ou une mauvaise blague.

Depuis presque deux heures, il écoutait Sephiroth, assis sur une chaise à son chevet, et celui-ci semblait encore plus écœuré que lui - si c’était possible - par ses propres mots.

- Je mangerai la cervelle de ce salopard d’Hojo à même sa tête avec une petite cuiller, cracha le Banoran.

- C’est toi qui risquerais d’en crever, essaya de plaisanter son ami.

Genesis laissa échapper un rire amer.

- Ouais… Tu n’as peut-être pas tort.

Merill s’approcha d’eux.

- Monsieur Rhapsodos, je vais retirer votre perfusion mais vous devriez rester encore allongé une petite heure. Normalement, la solution préparée par le docteur Rui devrait arrêter définitivement la dégénérescence de vos organes mais, le cas échéant, on pourrait réitérer l’opération en modifiant un peu le mélange sans le moindre problème, rassurez-vous.

Genesis hocha aimablement la tête et se laissa faire sans broncher.

- Ca a l’air si simple, à t’entendre… soupira-t-il.

- Oh ! Ca en l’est pas, monsieur Rhapsodos. Il a fallu des années de recherche sur le mako purifié au docteur Rui pour arriver à mettre au point ce genre de sérum.

- Si seulement ce traitement avait existé il y a 10 ans… soupira le Banoran.

Merill sourit.

- Mieux vaut tard que jamais, monsieur.

- Oui, on va dire ça. Comment va Nero ?

- Il réagit bien mieux qu’on ne pouvait l’espérer, ne vous en faites pas. Son frère est avec lui, au premier. Si je puis me permettre, monsieur… ce que vous avez fait était vraiment très généreux.

Genesis eut un sourire triste.

- Généreux, mon garçon, j’aurais dû l’être des années plus tôt et tout ceci ne serait jamais arrivé.

- Genesis… le tança gentiment Sephiroth.

Merill s’éloigna, un peu embarrassé, et son patient secoua la tête.

- Weiss m’avait prévenu, Seph, avoua le Banoran, la gorge serrée.

- De quoi tu parles ?

- Lorsque lui et Nero sont venus me chercher, peu après l’incendie de Nibelheim. Avant de mettre mon corps à l’abri dans la grotte, ils m’ont supplié de les aider à éliminer les chefs de la 14ème légion.

Sephiroth frissonna.

- Les Restrictors ?

Genesis acquiesça.

Les Restrictors étaient les éminences grises du légendaire Deep Ground, la 14ème force de Soldat - ainsi nommée car elle avait vaincu en une seule nuit tous les membres du “Ragnarok”, la 13ème légion considérée jusqu’alors comme le bras armé le plus puissant de la Shinra.

- Weiss disait que quelque chose de grave se préparait. Que les Restrictors allaient les utiliser, lui et son frère, comme fers de lance d’une nouvelle unité de supers soldats du Deep Ground.

- Les Tsivets.

- J’ai cru qu’il exagérait et j’ai refusé… murmura le Banoran d’une voix brisée.

- Genesis…

- Merde, Seph, j’ai refusé ! Je lui ai dit que ce n’était plus mes affaires, que je ne voulais plus être mêlé de près ou de loin aux magouilles de la Shinra !

Il se couvrit le visage des mains.

- Genesis, tu ne pouvais pas devin…

- Je les ai laissé tomber, Seph ! Ils m’ont supplié de les aider et je les ai laissé tomber pour courir me planquer quelque part entre ma propre conscience et le royaume des morts en croyant que passer des années à méditer loin de tout m’aiderait à comprendre le sens de la vie et ferait de moi un être… supérieur ! Comme si un simple humain pouvait… (Il se tut, à demi-étouffé par le remords) Ils n’étaient que des gosses… Ils n’avaient personne. Et je les ai laissé tomber pour courir après une chimère !

- D’accord, tu les as laissé tomber. Mais ils sont là, maintenant, dans ce manoir, bien vivants. Et beaucoup d’autres aussi. Des milliers d’autres qui ont besoin de nous. Alors plutôt que de te morfondre sur tes erreurs passées, tu ferais mieux de te reprendre pour nous aider à affronter ce qui se prépare !

Genesis le dévisagea un long moment, sourit avec ce qui n’était pas loin de ressembler à de la tendresse et hocha la tête.

- Et on dit que les fortes têtes ne changent jamais…

*

Kay gazouillait sur le lit tandis que Loz détournait son attention pour permettre à Yazoo de soigner ses petits pieds meurtris.

Tifa et Gretta s’étaient rendues au village avec Marlène et Denzel, qui ne tenaient plus en place et n’avaient qu’une envie : se glisser en douce dans la chambre de Weiss et de Nero pour voir de quoi avaient l’air les mystérieux invités et anciens compagnons d’infortune de Shelke.

Loz fit mine de dévorer le petit vendre rebondi et le bébé rit comme un fou en donnant des coups de pied en tout sens, empêchant Yazoo de continuer à appliquer la pommade sur les petons tendres.

- Loz !

Son cadet se saisit fermement d’une petite jambe potelée, ce qui parut déplaire fortement au bébé, qui fronça des minuscules sourcils argentés pinça les lèvres avec une grimace boudeuse.

La mimique était si typique de Loz que Yazoo fut pris d’un fou-rire.

- Quoi ?

- On dirait toi ! Ah ! Ah ! Ah !

L e jeune colosse allait répliquer lorsqu’on frappa à la porte de la chambre.

- C’est ouvert !

Le battant s’ouvrit lentement et la silhouette de Weiss se dessina dans l’encadrement.

L’ancien Tsviet était vêtu d’un ample pantalon de toile, d’un sweat-shirt bleu pâle qui moulait son torse athlétique et de rangers militaires prêtées par Cid. Tous deux faisaient pratiquement la même taille. Tifa et Gretta devaient revenir du village avec quelques vêtements pour lui, les argentés et le bébé. Pour ce qui était de Nero, c’était une tout autre paire de manches (au sens propre comme au figuré). Reeve s’était entretenu un long moment au téléphone et par Internet avec la section de recherche du WRO au sujet d’un vêtement de contention adapté.

- Pardon de vous déranger, s’excusa Weiss de sa belle voix de baryton. Je voulais vous remercier de vous être occupés de mon frère. Shelke m’a dit que vous l’aviez fait sortir du caisson et que vous étiez resté avec lui tout ce temps.

Yazoo sourit en remettant ses petits chaussons au bébé.

- Entre, ne reste pas à la porte. Comment va ton frère ?

- Bien mieux. Grace à vous tous. Shelke est avec lui. (Il s’approcha et se pencha sur le petit) Te revoilà, toi, petit lutin. Tu me reconnais ?

Kay gazouilla en agitant ses petites menottes vers lui.

Voyant qu’il n’osait pas toucher le bébé, Loz le souleva et le lui tendit.

- Dis bonjour, Kay !

Aussitôt, le petit s’agrippa à Weiss et le dévisagea avec de grands yeux curieux.

Le rire du jeune homme résonna dans la pièce. Un joli rire comme Yazoo et Loz n’en avaient jamais entendu : clair, spontané et terriblement communicatif.

Le bébé, envoûté, se mit à rire lui aussi. La température et la luminosité de la chambre parurent montrer de plusieurs degrés.

Les jumeaux échangèrent un regard aussi étonné que charmé.

Weiss paraissait illuminer littéralement la pièce de sa présence mais, étrangement, malgré une plastique parfaite et des traits à faire pâlir d’envie tous les anges du paradis, son charme n’agissait pas sur le plan ” physique “. L’attirance qu’il provoquait n’avait rien de sexuel ni même de sensuel. Sa séduction opérait à un autre niveau…

Etrange.

En le voyant jouer et rire avec Kay, son surnom ” Weiss l’immaculé ” commençait à prendre tout son sens pour les deux argentés.

Avec un tel charisme, il n’était pas étonnant que ses soldats se soient mis à l’adorer comme un demi-dieu…

- Eh ! On s’amuse comme des fous et on ne m’a pas invité ? claironna la voix enjouée de Reno.

Yazoo, encore sous le charme, se tourna vers la porte.

- Kay a reconnu Weiss, fit-il pour se redonner une contenance.

- Ah ouais ? Et le beau Reno, tu le reconnais, p’tit grumeau ? (Il fit une grimace ridicule en direction du bébé et le rire de celui-ci redoubla) Sephiroth aimerait te présenter à son vieil ami, Yazoo baby. Tu es le seul qu’il n’ait pas encore vu. Tu veux bien descendre une minute ?

- Oh… Oui, bien sûr.

- Au fait, comment va Nero ? demanda aimablement le turk.

- Bien mieux, répondit Weiss, un rien gêné car peu habitué à tant de sollicitude. C’est toi qui m’a ramené en hélicoptère, n’est-ce pas ?

Reno s’inclina avec une révérence comique.

- A ton service !

- Ne pilotais-tu pas aussi l’un des hélicoptères qui ont donné la chasse à Genesis et à Angeal, lorsqu’ils ont déserté le Soldat ?

Le turk hoqueta et écarquilla les yeux.

- La vache… Ca, c’est de la mémoire ! Ouais, j’en pilotais un. Je n’étais qu’un simple exécutant, à l’époque. Mais toi tu… Ton frère et toi deviez être des gamins, non ? Ca fait quoi ? Huit ? Neuf ans ?

Weiss hocha la tête, amusé.

- Nero avait 16 ans. Moi, 23.

- On a plus ou moins le même âge, alors, toi et moi ? s’étonna le turk, surpris par l’apparente jeunesse de l’ancien chef des Tsviets.

- Je crois bien.

Yazoo poussa Reno dehors avant qu’il ne commence à cuisiner Weiss sur une hypothétique recette miracle de l’éternelle jeunesse et ce dernier rit de bon cœur, amusé par leurs pitreries.

*

- De l’hermaphrodisme ? répéta Genesis, qui n’en croyait pas ses oreilles. Tu es sérieux, Seph ?

Sephiroth hocha la tête avec gravité.

- Promets-moi de ne pas y faire la moindre allusion.

- Oui… Oui, bien sûr, cela va de soi mais c’est quand même incroy…

- Chut ! Les voilà.

Genesis leva la tête pour voir s’avancer Yazoo, flanqué du turk roux qui était parti le chercher, et réalisa aussitôt qu’il lui serait inutile de se mordre la langue. Le corps élancé moulé dans un long manteau cuir noir et l’adorable visage encadré par une longue chevelure de mercure pur lui avait fait perdre la voix !

Alors c’était ça, le ” jumeau ” hermaphrodite de Loz ?

L’ancien soldat s’était attendu au pire à une caricature grassouillette du jeune colosse avec des seins, des joues hirsutes et une voix aiguë et, au mieux, à une version de lui un peu efféminée mais sûrement pas à… ça !

Bouche bée, il regarda s’avancer la créature éthérée qui répondait donc au charmant surnom de ” Yazoo baby ” et lorsque celui-ci s’arrêta devant son lit en souriant, Genesis crut que des dizaines de papillons venaient de prendre leur envol dans son estomac.

- Yazoo, voici Genesis, l’un de mes amis d’enfance, le présenta Sephiroth.

L’incarné adressa au Banoran un élégant petit salut de la tête.

Ce dernier dut se faire violence pour ne pas tendre la main afin de chasser une mèche de cheveux du visage en cœur pour la glisser derrière l’une des délicates petites oreilles.

- C’est un honneur de vous rencontrer, capitaine Rhapsodos, fit l’apparition de sa voix douce en s’inclinant avec respect.

Un parfum sucré à tourner les sens caressa les narines de Genesis. Il entrouvrit les lèvres pour le respirer par la bouche afin de le goûter et faillit fermer les yeux pour le déguster comme il l’aurait d’un vieux cognac.

- Tu contiens dans ton oeil le couchant et l’aurore; récita-t-il, plongeant son regard dans celui de l’incarné.

Tu répands des parfums comme un soir orageux;

Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore

Qui font le héros lâche et l’enfant courageux.

Yazoo hoqueta, à la fois flatté et surpris, et une rougeur - que Genesis trouva au demeurant particulièrement charmante - colora ses pommettes hautes.

C’était bien la première que quelqu’un s’adressait à lui de la sorte !

Sephiroth leva les yeux au ciel.

- Oui, j’avais oublié ce détail, railla-t-il. Genesis adore les niaiseries et plus particulièrement lorsqu’elles riment !

Yazoo fit tinter son rire musical et le Banoran lui fit un clin d’œil.

Un geste de séduction que Reno, qui observait les réactions de Genesis depuis qu’ils étaient arrivés, n’apprécia pas mais alors pas du tout

à suivre

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LXVI - Un mort bien vivant

Quand on n’a rien à se reprocher dans la journée,

on ne craint pas que les fantômes viennent

hurler à la porte au milieu de la nuit. ”

Proverbe chinois

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Derrière la vitre de la cuve, Weiss essayait désespérément de deviner ce qui se disait et se passait dans le laboratoire.

Il avait définitivement repris ses esprits deux heures plus tôt, en sentant l’horrible douleur - typique du mako purifié - embraser ses poumons et ce fut pour voir Sephiroth allonger son frère sur - ou plutôt ” dans ” - le corps de Genesis, que d’autres hommes avaient transporté jusque là dans une civière.

- Weiss ? Weiss, tu m’entends ?

Il baissa les yeux vers Shelke, qui tapotait le verre de la cuve pour attirer son attention.

- Kadaj va augmenter un peu la concentration de mako, l’informa la jeune fille. Fais-nous signe si tu sens une gêne ou une brûlure quelconque.

Indifférent à son propre sort et à la douleur de ses os brisés, l’ancien chef des Tsviets désigna ce qui se passait dans le laboratoire et secoua la tête, soucieux.

- Je te l’ai dit, insista la jeune fille. Tu n’as rien à craindre. Il s’agit bien de Genesis. Du vrai Genesis. Nero a besoin de ces cellules ou sinon, il risque de…

Weiss sentit un horrible élancement au côté droit, là où une côte avait transpercé son foie, et il posa lourdement le front sur le verre avec un ” toc ” sinistre, interrompant son ancienne subordonnée.

Celle-ci se tourna vers sa sœur, ne sachant plus comment convaincre le jeune homme de se concentrer sur sa propre guérison.

Shalua s’approcha.

- Weiss ? Weiss, regarde-moi. Regarde-moi !

Elle donna une tape sur la paroi et il daigna enfin lui accorder un peu d’attention mais son magnifique regard bleu et or décelait un monde d’angoisse et de souffrance.

- Tout va bien se passer, assura-t-elle d’une voix douce. Vincent et Genesis savent ce qu’ils font, je t’en donne ma parole.

Le Tsviet vissa ses prunelles aux siennes, comme s’il lui demandait silencieusement de jurer qu’il n’arriverait rien à son frère, et Shalua sourit.

- Ce qui aidera vraiment Nero à se remettre rapidement, c’est de voir que son grand frère va bien et qu’il est hors de danger.

Weiss ferma les yeux un instant, comme s’il se concentrait pour essayer de se reprendre et de gérer la douleur et hocha la tête.

- Bien. J’ai réduit les fractures et il faut à présent que le mako ressoude tes os et régénère tes organes. Kadaj va y aller en douceur.

Le jeune homme acquiesça de nouveau et se tourna vers Kadaj, qui lui sourit pour le rassurer.

- Le mako aussi pur est très instable, fit ce dernier. Alors j’ai vraiment besoin que tu m’alertes à la moindre gêne.

Weiss plissa le front en signe d’incompréhension et tourna la tête vers Shelke, qui laissa échapper un petit rire.

- Tu n’es plus au Deep Ground, Weiss, dit-elle. Ici, tu te rendras à peine compte du changement de concentration de mako. Kadaj est un vrai virtuose.

L’incarné haussa un sourcil, un peu perdu, et la jeune fille s’assit sur l’accoudoir de son fauteuil.

- Au Deep Ground, les scientifiques n’utilisaient pas de paliers progressifs, expliqua-t-elle.

Kadaj tordit le nez.

- Charmant… Et moi qui pensais que nous avions écopé des pires sadiques au cratère Nord !

De l’agitation se fit dans l’infirmerie.

Telle un étrange papillon s’arrachant à sa chrysalide, Nero avait commencé à s’extraire du corps de Genesis. Et à le voir haleter et lutter, cela n’avait rien d’un exercice aisé.

Le rythme cardiaque de Weiss se mit à battre la chamade, faisant hurler les appareils de contrôle, et Kadaj jura.

- Du calme, Weiss, le supplia Shelke. Concentre-toi !

Nero était parvenu en rampant à extraire la moitié supérieure de son corps de celui de son hôte… lorsqu’il s’effondra sur le côté, à bout de souffle.

- C’est pas vrai… soupira Vincent. Allez, encore un petit effort !

- Ne peut-on pas l’aider ? proposa Loz, prêt à se saisir des bras minces pour le tirer vers lui.

- Surtout pas ! intervint l’essence fantomatique de Genesis. Tu pourrais endommager irrémédiablement et son corps, et le mien.

- Voire même couper tout bonnement ce garçon en deux, ajouta Reeve.

Cid, lui aussi présent, se raidit.

- Tu es sérieux ?

- Les cellules de sa partie inférieure sont totalement imbriquées dans les miennes, confirma Genesis.

Sephiroth s’accroupit à côté de Nero, trop épuisé pour ne serait-ce que se redresser sur ses avant-bras.

- Allez, courage, c’est bientôt fini. Tu y es presque.

Le Tsviet secoua la tête.

- Je… Je n’y arrive… pas…

- Essaye quand même une dernière fois. Respire un grand coup.

Nero obéit et s’accrocha même aux jambes de Sephiroth pour essayer de se libérer. En vain. Son bassin et ses jambes restaient prisonnières de ceux de Genesis - ou plutôt ” mêlés ” à eux.

- Je… Je ne… peux pas… Je suis… Désolé…

Le Soldat lança un regard désespéré à Vincent, qui secoua la tête.

- Il est en train de s’épuiser pour rien alors qu’il a besoin de toutes ses forces pour se remettre d’aplomb et assimiler les cellules de Genesis, trancha ce dernier. Ce n’est pas bon du tout.

- Alors, je crois que nous n’avons pas le choix, fit Reeve en se tournant vers l’essence fantomatique de l’ancien soldat 1ère classe. Il va falloir l’aider.

- J’aurais préféré éviter ça, murmura ce dernier. Ca risque d’être très violent et dans son état de fragilité, il…

- Genesis… intervint Sephiroth, la tête de Nero sur ses genoux. Il est vraiment à bout.

- D’accord, d’accord, Seph, c’est bon, j’ai compris.

*

Dans le grand salon, les autres hôtes du manoir - Denzel et Marlène, qui dormaient encore, exceptés - étaient réunis devant un petit déjeuner très matinal, les yeux bouffis de sommeil.

- Bon sang ! Je pourrais dire que j’en aurais vu, des trucs bizarres, dans ma vie… fit Rude, encore vêtu de sa tenue de commando, en avalant son troisième café.

Reno lui tapa sur l’épaule et se saisit d’une carafe de jus de fruits.

- Tu l’as dit, mon pote.

Il remplit son verre et celui de Yazoo, qui ne cessait de lorgner sur le cadran de la montre de son amant.

Tifa, qui avait remarqué son manège depuis un moment, se pencha à son oreille

- Tseng et Elena seront là d’un moment à l’autre, chuchota-t-elle.

L’argenté sourit et elle lui pressa amicalement la main.

- En fait, non, pas tout de suite, annonça Rufus avec une moue. Avec les événements de la nuit, j’ai oublié de vous en faire part mais Tseng a appelé. Ils ont dû s’arrêter en route. Un petit problème d’ordinateur de bord mais rien de grave. Ils seront là dans la soirée. (Les épaules de Yazoo s’affaissèrent) Je suis désolé, j’aurais dû t’en parler tout de suite.

L’argenté se reprit et secoua la tête.

- Ca ira, ne vous en faites pas. Je… Je m’étais juste mentalement préparé à leur arrivée pour ce matin, c’est tout.

Reno lui passa le bras autour des épaules, réconfortant.

- Les machines sont toujours là pour nous pourrir la vie pile poil quand il ne faut pas, petit ! soupira Barret avec philosophie.

Yuffie s’étira et se frotta les yeux.

- Je me demande comment ça se passe, en bas.

*

Genesis eut beau essayer de réintégrer son corps aussi délicatement que possible, comme il l’avait craint, à peine ” réinstallé “, Nero en fut expulsé avec une violence inouïe.

Si Loz n’avait pas aidé Sephiroth à le retenir, le ténébreux aurait sans doute été propulsé à plusieurs mètres et il ne s’en serait pas tiré indemne.

La douleur n’en fut cependant pas moins intense et, tout comme cela avait été le cas lorsqu’Hojo l’avait chassé du corps de Genesis une première fois, Nero eut l’impression que chacune de ses cellules se scindait en deux.

Son cri résonna dans l’infirmerie.

Weiss, affolé, hurla le nom de son frère en silence dans le mako en plaquant ses deux mains contre la vitre et Shelke essaya une fois de plus de l’apaiser.

- Ca va aller ! Ma sœur et Vincent sont avec lui. Reprends-toi ! Tu dois te calmer ou tu risques d’endommager irrémédiablement les os fracturés que Shalua a remis en place ! Si le mako les ressoude de travers, tu es bon pour passer sur la table d’opération avant de retourner là-dedans !

A quelques mètres de là, Shalua auscultait Nero, qui gisait dans les bras de Sephiroth.

- Il est choqué mais ça a l’air d’aller. Tu m’entends, chaton ? Ouvre-les yeux, allez.

- Nero… gémit Genesis, qui essayait de se redresser un peu avec l’aide de Merill.

- Doucement, Capitaine Rhapsodos. Reconstituer ce que vous avez offert à votre ami va prendre un peu de temps. Restez tranquille.

Nero ouvrit lentement les yeux et Shalua lui sourit en passant la main dans ses cheveux dégoulinants de sueur.

- Ca va, chaton ? Comment te sens-tu ? As-tu mal quelque part ?

- Fa…tigué…

Sephiroth et Vincent laissèrent échapper un soupir d’intense soulagement.

- C’est normal, poursuivit la jeune scientifique en caressant le front moite. Tu vas pouvoir dormir et te reposer autant que tu le voudras, maintenant, je te le promets.

Elle se tourna vers la cuve, où Weiss s’agitait de plus en plus, et leva le pouce avec un large sourire, pour faire signe que tout allait bien.

- Ca a marché, dit Shelke en posant ses paumes contre celles de Weiss à travers la vitre de la cuve. Tu entends, Weiss ? C’est fini, Nero est hors de danger, maintenant.

L’ancien chef des Tsviets hocha la tête et se laissa aller en arrière contre la paroi en fermant les yeux, comme si le soulagement lui coupait les jambes et lui ôtait ce qui lui restait d’énergie.

- Weiss ? appela doucement Kadaj. Weiss, encore un effort, il faut trouver le bon palier de mako. Ensuite tu pourras te laisser aller jusqu’à ce que tu sortes de là.

Weiss se força à sourire malgré la douleur et acquiesça.

*

Tseng - ou du moins avait-il l’apparence de Tseng - enjamba le corps inanimé d’Elena et du pilote de l’avion pour se saisir du petit cercueil, qu’il ouvrit pour récupérer le minuscule défunt momifié.

- Ridicule… cracha-t-il en voyant les vêtements de poupée.

Il dénuda le corps du bébé sans la moindre pitié, éparpillant la layette sur le sol, et voulut le glisser dans la poche de son costume mais la position des petits bras et des jambes potelées l’en empêchèrent.

- Saleté…

Il jeta un regard alentour et prit un sac en papier destiné aux passagers souffrant du mal de l’air.

Il brisa les membres du bébé avec des “ crac ! ” sinistres, désolidarisa le corps de la tête et jeta le tout dans le sac avant de glisser ce dernier dans sa poche.

- Des cellules de Jenova parfaitement conservées ! ricana-t-il en tapotant les petits restes momifiés à travers la toile de sa veste, faisant s’entrechoquer les morceaux avec un bruit de cailloux. Un génie ! Je suis un génie…

à suivre

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LXIV - Plus mort que vif

Mieux vaut la mort dans le combat que la vie d’un vaincu.
Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

L’oreillette de Vincent grésilla et il leva la main pour signifier aux soldats de la WRO qui le suivaient de s’arrêter.

Ces derniers obéirent comme un seul homme et se placèrent dos au mur de l’étroit conduit souterrain qu’ils arpentaient prudemment depuis près d’une heure et qui menait aux entrailles du mont Nibel.

Ici l’Unité alpha. Tout est propre. Rien à signaler dans les grottes du secteur C01. “ fit la voix de Rude dans l’oreillette de l’ex-turk.

Ici unité beta. Tout est propre aussi dans la zone C02, Monsieur. Quelles sont vos instructions ?” demanda la voix d’une jeune femme à son tour.

Vincent se tourna vers Shelke, qui lui fit signe de la tête en tapotant sur son PDA.

- Unités alpha et beta, continuez la progression comme convenu dans les secteurs C03 et C04, ordonna l’ex-turk. Nous vous envoyons une topographie détaillée des lieux.

A vos ordres, Monsieur. “

O.K., on continue, Vince “

Vincent donna ordre de poursuivre et la petite colonne armée se remit en marche.

*

Denzel finit par s’endormir, pelotonné dans le lit entre Tifa et Loz.

- Décidément, il sera dit que nous ne passerons pas une seule nuit tranquilles… soupira la jeune femme.

L’argenté eut un sourire las et tendit la main pour lui caresser la joue.

- Avec le bébé, ça ne va pas s’arranger, tu sais. Je vais m’installer avec lui à côté, dans la chambre que Yazoo et moi nous…

- Ne dis pas de bêtises, le coupa Tifa. Le bébé viendra ici, avec son papa.

Le papa en question se permit un petit rire ironique.

- As-tu déjà passé des mois avec un nourrisson qui se réveille plusieurs fois par nuit avec des cris aigus ? demanda-t-il, non sans humour.

- Non mais ça ne doit pas être si terrible que ça.

- Crois-moi sur parole, Yazoo et moi avons eu envie de jeter ” bébé Kadaj ” dans les toilettes plus d’une fois.

La jeune femme pouffa en se mordant la langue pour ne pas réveiller Denzel.

- Dans les toilettes ?

- Nous n’avions pas de fenêtres, au cratère Nord, plaisanta l’argenté avec une moue taquine.

Tifa grimaça désespérément pour ne pas piquer un fou-rire.

- Idiot…

Loz lui pinça tendrement la joue.

- Je vais redescendre un peu auprès de ce garçon, dans le caisson.

- Nero ? Il est inconscient.

- Peu importe. Il m’a ramené mon fils. Rester un peu à ses côtés est le moins que je puisse faire en l’absence de son frère. Ca va aller ?

Tifa, tombant de fatigue, acquiesça, les yeux mi-clos, et embrassa sa paume.

- Oui, ne t’en fais pas. Essaye de revenir dormir un peu quand même.

Il se pencha prudemment par-dessus le garçonnet et déposa un baiser sur les lèvres offertes.

- Ne t’inquiète pas pour moi. Dors.

Il les borda, elle et Denzel, et s’habilla en silence, sachant très bien qu’il n’était pas prêt de se recoucher.

Veiller Nero n’était qu’un prétexte.

Bien qu’il ait fait mine de ne s’apercevoir de rien pour ne pas effrayer Tifa, il s’était évidemment rendu compte que Yazoo lui cachait quelque chose. Et il était bien décidé à le ” cuisiner ” le temps qu’il faudrait pour savoir de quoi il s’agissait !

*

Rude et son unité firent irruption dans une large grotte.

- Go ! Go ! cria le turk. En position !

La dizaine de soldats du WRO se déploya aussitôt le long des parois en balayant les lieux du faisceau des torches qu’ils avaient fixées à l’extrémité de leurs armes.

Tout semblait désert et Rude s’apprêtait à en informer Vincent lorsqu’un jeune soldat roux l’interpella depuis l’extrémité opposée de la grotte.

- Monsieur ! cria-t-il. Par ici ! Dans les rochers !

Le turk se tourna vers lui.

Comme une poupée désarticulée que l’on aurait jetée au sol, l’ancien chef des Tsviets gisait sur le dos, les bras en croix et la tête renversée sur les arêtes aiguës des pierres qui lui servaient de couche.

- Oh, merde… gémit Rude en se précipitant vers lui. Vince ! cria-t-il dans le petit micro fixé au col de sa tenue de commando. On l’a trouvé ! Dis à Reno de poser l’hélico sur le terre-plain, à l’entrée de la grotte !

*

- Comment va-t-il ? demanda Loz à son jumeau, le faisant sursauter.

Ce dernier se tenait debout à côté du caisson de Nero et le regardait avec inquiétude.

- Il s’agite, hyperventile et n’arrête pas d’appeler son frère. Il ne te rappelle pas quelqu’un ? demanda-t-il avec un sourire triste en posant la main à plat sur la paroi de verre, juste au-dessus du visage comprimé dans son masque de contention, comme pour lui caresser la joue à distance.

Loz s’approcha à son tour et sentit son cœur se pincer devant le corps tremblant, si mince que l’on voyait le dessin des côtes sur ses flancs. Par rapport au reste, si menu, ses bras, ses épaules et sa musculature pectorale et abdominale paraissaient étonnamment vigoureux mais pouvait-il en être autrement lorsqu’on vous contraint à manier d’énormes pistolets de près de trois livres chacun et qu’on vous visse une immense paire d’ailes métalliques aux os de l’épine dorsale et des omoplates ?

Les longs doigts graciles étaient recroquevillés sous le petit menton pointu, autant du moins que le permettaient les fins poignets entravés par plusieurs épaisseurs de gaze.

Les globes oculaires roulèrent sous les paupières diaphanes à demi-closes.

- Weiss… eiss… eiss…

A peine un murmure.

La poitrine ornée d’arabesques haleta, fut prise de soubresauts, et des larmes perlèrent au bout des longs cils frémissants.

La gorge de Yazoo se serra tandis qu’il avait l’impression de revenir des années en arrière, là-bas, au cratère Nord, lorsque les scientifiques ramenaient Kadaj dans leur chambre, après lui avoir fait subir les Dieux seuls savaient quoi.

L’adolescent semblait si fragile, alors, étendu sur son lit, à peine conscient, tremblant et utilisant le peu de forces qui lui restait pour gémir le nom de Loz sans discontinuer, jusqu’à ce que celui-ci revienne enfin de son entraînement forcé le soir venu et serre le garçon contre lui pour le bercer comme un tout petit. Comme lorsqu’il était enfant et qu’un cauchemar l’effrayait.

Les jumeaux s’étaient toujours occupés de Kadaj avec autant de dévouement l’un que l’autre mais, dans ses moments là, lorsqu’il était vraiment terrifié, c’était toujours l’aîné que le cadet réclamait. La force peu commune de Loz, sa carrure, sa voix profonde et son indéfectible patience rassuraient Kadaj et le calmaient plus sûrement que n’importe quelle caresse ou mot tendre de Yazoo.

Une figure paternelle, protectrice et rassurante ? Sans doute.

Et c’est aussi ce que devait être Weiss pour Nero, si l’on en croyait ses réactions et ce qu’avait raconté Shelke.

Alerté par les ” bips ” de l’ordinateur relié au caisson, Merill s’approcha pour vérifier les données.

- Zut… soupira-t-il en constatant que l’agitation de son patient montait en flèche, risquant de provoquer un incident cardiaque - ou pire. Shalua, ça ne va pas, appela-t-il.

La jeune scientifique s’approcha à son tour et lut par-dessus l’épaule de son assistant.

- Il va falloir injecter une nouvelle dose de sédatifs.

- Encore ? J’ai peur que cela lui fasse plus de mal que de bien.

Yazoo lança à Loz un regard suppliant. Celui-ci sourit et hocha la tête.

- Shalua, peut-on le sortir du caisson, un instant ? demanda le grand argenté.

Les deux médecins ouvrirent de grands yeux surpris.

- Loz, il a besoin du mako qui…

- Juste une minute. Il est juste effrayé. C’est d’un contact, dont il a besoin, pas de médicaments.

Shalua parut hésiter mais Yazoo insista.

- Kadaj faisait exactement les mêmes mimiques et réagissait de la même façon après avoir été malmené par les chercheurs, dit-il. Loz arrivait toujours à calmer. Laisse-le essayer, ça n’engage à rien.

Avec un soupir sceptique, la jeune femme et Merill s’exécutèrent, sans grand enthousiasme, et, après l’avoir enroulé le corps nu avec mille précautions dans une couverture très douce, Loz souleva le fragile ténébreux dans ses bras et alla s’asseoir sur l’un des lits, dont Yazoo redressa le dossier pour qu’il puisse s’y appuyer, son précieux fardeau roulé en position fœtale contre sa poitrine.

- Attention à son dos, les points de suture sont encore très frais, prévint Merill en collant quelques électrodes sur la poitrine et le dos de Nero.

Shalua s’avança avec un masque à oxygène relié à la cuve par un long tuyau où circulait un gaz verdâtre et le posa sur le visage de son patient après avoir déclipsé la partie du système de contention qui lui cachait la bouche.

- C’est de mélange d’oxygène et de mako, expliqua-t-elle. Ca ne vaut pas le caisson mais c’est mieux que rien.

Nero inspira le mélange avec avidité, au début, puis de plus en plus lentement tandis qu’il se laissait aller contre la large poitrine, dont il entendait battre le cœur contre son oreille.

” Papam… Papam… Papam… ”

Une grande main lissa les longs cheveux noirs tandis qu’il se sentit bercé tout doucement d’arrière en avant, en un mouvement lent et hypnotique accompagné par le rassurant battement.

” Papam… En arrière… Papam… En avant… Papam… Papam…”

La peau contre le haut de sa joue, l’une des rares parties de son visage que laissait à découvert son masque de contention, était tiède et douce. Le muscle qu’elle recouvrait, puissant et volumineux.

Comme ceux de Weiss…

Mais ce n’était pas lui.

Et ce n’était pas non plus Angeal.

Qui était cet homme, qui le tenait dans le berceau protecteur de ses bras avec la même tendresse que son frère ou que leur capitaine, sans la moindre crainte ou dégoût ?

” Weiss… Grand frère… Bientôt là… Dormir… Weiss… Mont Nibel… Va revenir…”

Une voix qui n’appartenait pas à l’homme contre qui il se blottissait, lui parvenait par intermittences, elle aussi rassurante et douce, presque féminine. A demi inconscient, il ne parvenait pas à tout saisir mais l’essentiel était clair : Weiss viendrait bientôt. Weiss serait bientôt là, près de lui, et le protégerait comme il l’avait toujours fait.

En attendant, l’homme aux grandes mains douces veillerait sur lui. Oui, il en était persuadé. Il le sentait dans la façon dont ses doigts lissaient ses cheveux et dont ses lèvres effleuraient parfois sa pommette ronde. Comme seuls son frère et Angeal avaient osé le faire jusqu’à présent.

Et Genesis.

Genesis…

Genesis… Je croyais que tu nous aimais bien… C’est ce que tu disais toujours… Pourquoi nous as-tu fait autant de mal ? Parce que j’ai pris ton corps ? J’en avais juste besoin pour sauver mon frère bien aimé… Je te l’aurais rendu intact… Jamais je n’aurais fait quelque chose pour te nuire ou te blesser, Genesis… Même lorsque tu as refusé de nous aider à nous libérer des restrictors, nous t’avons protégé de la Shinra… J’ai mis moi-même ton corps à l’abri dans la grotte…Tu savais que je te l’aurais rendu très vite… Tu le savais… Tu le savais… Tu le savais ! Alors pourquoi nous as-tu fait ça ? Pourquoi, Genesis ? Pourquoi ? “

Une larme perla entre ses longs cils et Yazoo essuya les grands yeux en amande à l’aide d’une compresse stérile.

- Comment es-tu aussi sûr que Weiss ne va pas tarder, Yazoo ? murumura Loz avec un regard perçant. (Son jumeau se figea) Qu’est-ce que tu ne veux pas me dire, petit frère ?

*

Dans l’hélicoptère, Vincent aida Rude à fixer Weiss à la civière de secours.

Reno, qui s’était tourné pour voir à quoi ressemblait l’homme qu’il était venu sauver, jura.

- Faut avoir fait ” bombe sup’ ” pour être officier supérieur dans le SOLDAT ou quoi ? Ils les recrutent sur photo ?

- Reno… le tança Vincent.

- Oh, ça va, je détendais un peu l’ambiance, c’est tout…

- Il est dans un sale était, soupira Rude.

- Hojo… ne cessait de répéter l’ancien chef des Tsviets dans une sorte de délire à demi conscient. Vincent… Vincent Valentine…

- Je suis là, le rassura ce dernier.

Il épongea le sang qui coulait de la lèvre du jeune homme avec une moue révoltée. Ce garçon et son frère étaient-ils donc destinés à servir toute leur vie de marionnettes et de défouloir à des bourreaux tous plus déséquilibrés les uns que les autres ?

Weiss était jeune, beau, rayonnant et si plein de vie… Quel gâchis !

Vincent le couvrit d’une couverture de survie et le blessé s’agita.

- Du calme. On va te sortir de là. Le cauchemar est fini, Weiss.

- Hojo… répéta celui-ci en agrippant le bras de l’ex-turk.

- Hojo est mort.

- Non… Il est… Vivant…

- J’ai tué Hojo lorsqu’il…

- Vincent… l’interrompit Shelke, les yeux brillants soudain d’une étrange lueur dorée en sautant dans l’hélicoptère. Il y a des perturbations importantes en bas, près de la rivière.

- Genesis… insista Weiss avant de sombrer dans l’inconscience. Genesis… C’est… C’est Hojo…

- Quoi ?

*

Des dizaines de mètres plus bras, celui qui n’était pas Genesis courait en direction du flux vital de la planète, qui passait sous la montagne.

Si seulement il avait encore eu Nero sous sa coupe, il aurait envoyé tous ces gêneurs et ces satanés soldats dans un endroit d’où il ne risquaient plus de revenir autrement que fous !

Mais Nero s’était enfui…

Et il avait dû abandonner Weiss…

Il secoua la tête avec rage.

- Arrête de ressasser, ce n’est qu’un léger retard ! s’admonesta-t-il sans cesser de courir.

Un dernier coude…

Une dernière dénivellation…

Et elle était là : sa libération. La rivière de la vie où il s’apprêtait à plonger..

Mais quelque chose se dressait entre lui et elle.

Quelque chose qu’il n’avait pas prévu…

Pas prévu du tout !

Genesis-Hojo se figea dans son élan, à quelques mètres à peine du gouffre où coulait la rivière, et son visage se tordit en un masque de rage.

Devant lui, flanqué des apparitions fantomatiques de son ex-femme et du soldat Angeal Hewley, une légende vivante bien plus consistante que les deux défunts lui adressait un sourire vibrant de mépris.

- On est venu m’informer que tu avais pris quelque chose qui m’appartenait, dit l’apparition en campant fermement ses jambes désincarnées sur le sol de pierre, bien décidé à empêcher le scientifique de passer pour se jeter dans le rivière.

Hojo sentit son estomac d’emprunt se contracter et sa crainte n’avait rien à voir avec Lucrecia ou Angeal, pour haineux qu’ils fussent. Les morts ne sont que des fantômes inoffensifs.

Mais les âmes désincarnées, c’était une autre paire de manches… surtout lorsque l’âme en question risquait à tout moment de reprendre de son corps et de vous emprisonner avec elle à l’intérieur comme un vulgaire moustique dans un bocal…

Hojo recula d’un pas.

- Genesis… bredouilla-t-il.

à suivre

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LXIII - Mon père, cet assassin

” Mon père aima ma mère comme on aime un complice ;
comme le crime aime le vice !”

C. Rodriguez

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Tifa bâilla et Loz la serra contre lui.

Vêtue d’une simple nuisette par-dessus laquelle elle avait rapidement enfilé un déshabillé pour descendre à l’infirmerie, elle frissonnait dans l’air climatisé du sous-sol.

- Nous devrions remonter dormir un peu, chuchota-t-il à son oreille. Il est presque quatre heures du matin.

La jeune femme acquiesça avec un sourire épuisé et se laissa aller contre son torse nu.

- Tu vas finir par attraper la mort, à te promener comme ça, murmura-t-elle en frictionnant la peau satinée.

Il haussa les épaules.

- Le froid ne me fait pas plus d’effet que ça, tu devrais commencer à le savoir, répondit-il avec un clin d’oeil. Où est passé Denzel ?

La jeune femme jeta un regard alentour.

Elle et Loz se tenaient debout près du caisson mako où Nero était toujours inconscient. Sephiroth, Cid et Cloud discutaient non loin de là avec des mines sombres. Shalua et Merill nettoyaient et désinfectaient le box de chirurgie et Shelke était penchée sur le berceau de Kay, qui gazouillait joyeusement sous les chatouilles de la jeune fille.

- Il était avec le bébé et Shelke à l’instant…

- Là, fit Loz en désignant la porte entrouverte du bureau de Shalua.

Tifa fronça les sourcils.

- Sale petit farfouilleur trop curieux ! gronda-t-elle faisant rire l’argenté.

- Je vais le chercher.

- Et fais-lui la leçon, surtout ! Toi, il t’écoutera peut-être.

Loz traversa le laboratoire en direction du bureau et Kadaj entra à ce moment précis, accompagné de Cait et d’une Yuffie aux yeux bouffis de sommeil.

- Ca y est, ils ont terminé ? s’enquit cette dernière en s’approchant du caisson pour observer Nero. Tiens, je ne me souvenais plus qu’il avait tous ces tatouages.

- Ce ne sont pas des tatouages, l’informa Tifa. D’après ce que j’ai compris, ces marques sont apparues sur sa peau à la puberté.

Cait écarquilla les yeux et colla presque la truffe contre le couvercle de verre pour mieux voir.

- Tu parles d’un truc bizarre, nota l’Utaïenne.

Kadaj tendit l’oreille.

- C’est quoi, ce bruit et cette fumée noire ? On dirait des centaines gémissements mêlés, dit-il en frissonnant malgré lui. Un mélange spécial de mako ?

Sa compagne sourit.

- Non, c’est Nero qui fait ça. C’est son ” don “. Il invoque des sortes de ténèbres peuplées de… de… Je ne sais pas vraiment quoi, en fait. Mais je peux te dire que quand tu te retrouves coincée dedans, ça n’a rien de drôle !

- Ca y est ? demanda une voix douce derrière eux. Alors ? Il a dit quelque chose ?

Ils se tournèrent pour voir Yazoo, qui venait d’arriver à son tour.

- Non, lui apprit Tifa. Il ne s’est pas encoré réveillé. Reno n’est pas avec toi ?

- Il est dans le bureau de Rufus, avec Rude, Vincent et Reeve.

Kadaj tiqua.

- Un problème ?

- Non ! le rassura son frère avec un sourire. Pas du tout. Maintenant que grand frère est réveillé, ils doivent préparer son ” grand retour ” pour la presse.

- Oh. Je n’avais pas pensé à ça.

- Je dois aller dire à Shelke qu’ils ont besoin d’elle.

- Elle est là-bas, avec Kay, fit Tifa en pointant la jeune fille du menton.

Yazoo s’éloigna avec un soupir silencieux. A l’instar de Loz, et contrairement à ce que pensaient beaucoup de personnes, il n’avait jamais été très doué pour mentir, surtout pas à ses frères. Mais, qu’il le veuille ou non, c’était visiblement le prix à payer pour être l’amant d’un turk…

Aussi naturellement que possible, il s’approcha de Shelke et se pencha vers elle comme si de rien n’était, pour caresser les joues du bébé que la jeune fille berçait.

- Vincent a besoin de toi, murmura-t-il sans se départir de son sourire, pour donner le change à ceux qui pouvaient les observer. Lui, Reno, Rude et Barret vont aller chercher le frère de Nero au mont Nibel. Un escadron de la WRO appelé par le commandeur Tuesti sera sur place dans moins d’une demi-heure et vous attendra.

Shelke sourit en retour et hocha la tête, entrant dans son jeu. Le bébé s’était presque rendormi et elle le donna à l’argenté.

- Une attaque terrestre ? Pas d’appui aérien ?

- Uniquement l’hélico piloté par Reno pour évacuer Weiss le plus vite possible.

- Pourquoi pas une unité de Cid ?

- Il porte les cellules de Jenova lui-aussi, à présent. Vincent pense qu’il est donc lui aussi devenu une cible, au même titre que moi et mes frères.

- Je comprends. J’y vais tout de suite.

Elle quitta l’infirmerie calmement et Yazoo embrassa doucement le bébé endormi avant de le coucher dans son berceau.

Ensuite, comme Reno le lui avait demandé, il se dirigea vers le box de chirurgie pour parler discrètement à Merill et Shalua.

Cette dernière, le voyant approcher avec les traits tendus, retira son masque et posa la lingette désinfectante qu’elle passait sur toute la surface de la table d’opération.

- Yazoo baby ? Tu en fais une tête. Tu es souffrant ?

Il s’approcha tout près, en prenant garde de rester dos au mur vitré du box afin que personne ne puisse voir son expression ni les mouvements de ses lèvres.

- Shalua, j’ai des consignes de Vincent pour toi. Souris, comme si tout était normal.

La jeune femme obéit.

- Tu me fais peur, qu’est-ce qui se passe ?

- Vincent, ta sœur et les turks partent chercher le frère de Nero au mont Nibel.

- Quoi ? Seuls ? intervint Merill en souriant à son tour comme s’ils parlaient de la pluie et du beau temps.

- Non. Un escadron de la WRO les attend là-bas. Lucrecia a parlé à Vincent. Weiss est sans doute très très mal en point. Elle craint même que Genesis ne soit sur le point de le tuer, si ce n’est pas déjà fait. Il faut vous préparer à son arrivée. Reno l’évacuera par hélicoptère au plus vite et il faut que vous soyez prêts à une éventuelle intervention d’urgence.

- J’ai compris. Qui est au courant ?

- Ici ? Personne. A part vous et moi, s’entend. Et il ne faut surtout pas en parler aux autres. Vincent ne veut pas qu’ils aillent se jeter dans la gueule du loup.

La jeune femme acquiesça.

- Il pense toujours que Genesis veut mettre la main sur des porteurs des cellules de Jenova ?

- Disons qu’il préfère ne prendre aucun risque. (Yazoo grimaça et serra les poings) Je serais pourtant volontiers allé dire ma façon de penser à cet enfant de salaud.

Shalua lui prit les mains et les serra.

- Si c’est bien lui qui a fait ces maudites manipulations au labo du Deepground et qui a tué Kaly, il paiera, Yazoo baby. Je te promets que nous lui ferons payer d’une façon ou d’une autre.

- Grand frère dit que, du temps où ils étaient amis, Genesis aurait été incapable de faire la différence entre une éprouvette et une seringue.

- Il n’a pas tort. J’avoue que je serais curieuse moi-aussi de savoir où Genesis a appris à faire des manipulations génétiques aussi complexes.

Yazoo allait répondre mais fut interrompu par les sanglots et les supplications étouffées de Denzel, qui s’échappèrent soudain du bureau de Shalua, les figeant tous et faisant réveillant le bébé.

Tifa se précipita mais Cid, Cloud et Sephiroth, qui étaient plus près, la devancèrent.

*

Au plus profond du mont Nibel, Genesis sentit presque immédiatement que quelque chose ” clochait “. Comme si une alarme silencieuse s’était mise à carillonner dans les tréfonds de son cerveau, il pressentit un danger. Un danger imminent.

Il se raidit et tendit l’oreille, les sens au aguets.

Weiss, étendu à ses pieds, brisé et ensanglanté, puisa dans ses dernières forces pour sourire et le railler.

- Je crois que… tu vas avoir… de la visite… sous peu.

- La ferme !

- Tu comptes faire… quoi ? Me traîner par les… cheveux en… espérant qu’après quelques coups… supplémentaires je… joue les… chiots… obéissants ? Je croyais que… tu me connaissais… un peu… mieux que ça…

Il ricana et Genesis le fit taire d’un coup de pied dans le foie.

- Je t’ai dit de la fermer !

Mais il savait que Weiss avait raison.

En perdant Nero, il avait perdu sa meilleure arme et son seul moyen de pression sur l’ancien chef des Tsviets. Mais, bon sang ! Comment aurait-il pu deviner que cette saloperie de tas de ténèbres impures allait abandonner son frère adoré cette façon ? !

C’ était même la dernière chose à laquelle il se serait attendu !

Et en emportant la seule source de cellules de Jenova qui lui restait, qui plus est !

De pure frustration, il frappa Weiss à coups redoublés.

Nero. Il devait récupérer Nero s’il voulait faire obéir son frère. Et il devait récupérer aussi une source de cellules de Jenova de toute urgence ! Il allait avoir besoin d’aide.

Avec un peu de chance, les géostigmates avaient déjà dû se répandre dans Nibelheim et ce serait bien le diable si, avec l’appui de Jenova, il ne parvenait pas à prendre le contrôle de quelques imbéciles plus gravement atteints que les autres pour ” l’assister ” dans cette tâche.

Nero, Weiss et une source de cellules. C’était tout ce qu’il lui fallait pour mener ses plans à bien.

Des plans bien plus modestes que ce qu’il avait imaginé au début - avant que cette chienne qui lui avait servi d’épouse ne lui vole son fils et les trois rejetons de celui-ci pour les mettre à l’abri, loin de la rivière de la vie - mais, pour un homme de son génie, il y avait toujours ” moyen de moyenner “, comme il disait.

S’il ne pouvait commencer tout de suite par un feu d’artifice, il commencerait par une étincelle. La réaction en chaîne suivrait…

Pour l’instant, il devait renoncer à Weiss. Encore une fois. Comme il avait déjà dû y renoncer un an plus tôt, là-bas, au réacteur zéro. Pas pour longtemps, c’est vrai.

Oui, il serait toujours temps de les récupérer lui et son frère par la suite.

Chaque chose en son temps…

Ce qu’il avait raté dans les ruines de Midgar, un an plus tôt, puis à Nibelheim plus récemment, il le réussirait à Edge ! Jamais deux sans trois et, cette fois, il réussirait à réveiller l’Omega pour de bon ! Il avait juste besoin pour cela de quelques cellules de Jenova.

Des cellules de Jenova…

Mais où en trouver ?

Il se tapa rageusement le front de son poing fermé.

Réfléchir ! Réfléchir ! Réfléchir !

Reeve avait mis toutes les cellules restantes à l’abri…

Le bébé s’était envolé avec Nero…

Les argentés étaient protégés de bien trop près pour être atteintes directement…

Réfléchir ! Réfléchir ! Réfléchir encore ! Il devait y avoir un moyen. Il y avait forcément un moyen. Il y avait toujours un moy…

Son visage s’éclaira soudain et un sourire hideux déforma ses traits.

- Bien sûr… Comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ? ! Je suis un génie… murmura-t-il. Un génie ! Un pur génie !

Un rire hystérique incontrôlable résonna dans la grotte et Weiss, qui reconnut immédiatement ces mots et cet affreux rire rocailleux pour les avoir entendus à maintes reprises, se redressa péniblement sur un coude, les yeux écarquillés d’horreur.

- Ce n’est pas… possible… bredouilla-t-il. Toi…

- Quoi ? railla Genesis. Tu réalises l’évidence seulement maintenant ? Ah ! Ah ! Ah ! Tout dans les muscles et rien dans la tête ! Pauvre Weiss !

- Tu es… mort…

Le rire grinçant redoubla et l’ancien chef des Tsviets sentit le désespoir le terrasser.

- Vincent… t’a tué… gémit-il encore. Il t’a tué… il y a un an… au réacteur… zéro… Vincent… t’a tué !

Sans cesser de rire, celui qui n’avait jamais été Genesis lui asséna un coup si violent à la tête qu’il perdit connaissance.

- Profite des petites vacances que je t’accorde, amphitryon d’Omega. Je veux que tu sois en pleine forme, lorsque je reviendrais vous chercher, toi et ton frère chéri. Ah ! Ah ! Ah !

*

Dans le bureau de Shalua, Denzel s’accrochait désespérément en pleurant aux hanches Loz, qui regardait Cloud et Tifa à tout de rôle, ne sachant plus quoi faire pour le calmer.

- Je savais pas ! sanglotait le petit garçon. J’te jure que j’savais pas ! Ils me disaient qu’ils travaillaient pour que le monde soit meilleur ! J’te jure que je savais pas, Loz ! J’te jure !

Cid s’approcha et s’accroupit aux pieds du garçonnet.

- Mais enfin, de quoi tu parles, mon grand ?

- Je savais pas qu’il faisaient ça ! geignit encore Denzel en pointant le doigt vers l’ordinateur portable de Shalua, où Sephiroth avait consulté les vidéos de surveillance un peu plus tôt.

Sur l’écran, Loz, sous anesthésie générale, était allongé nu et sanglé sur la table d’opération tandis qu’Hojo, aidé de ses assistants, un homme et une jeune femme, faisaient les prélèvements de sperme qui donneraient naissance à Kay cinq ans plus tard.

- Les vidéos retrouvées au labo du Deepground… soupira Shalua. Denzel ! Qu’est-ce qui t’a pris de regarder ces horreurs ?

Cloud s’approcha à son tour et Denzel lui sauta dans les bras.

- Dis-lui, Cloud ! supplia-t-il. Dis-lui que je savais pas !

- Mais enfin, tu ne pouvais pas deviner qu’il avait subi tout ça, voyons… Pourquoi ça te met dans un tel état ? Tu as de la peine pour lui, c’est ça ?

- Il voudra plus être mon papa, maintenant !

Tous les adultes présents échangèrent un sourire attendri.

- Mais enfin, Denzel, qu’est-ce que ça a à voir avec toutes les vilaines choses que les méchants savants lui ont fait ? demanda à son tour Tifa en retenant un rire.

- Je suis pas comme eux ! cria presque Denzel en s’accrochant à nouveau à Loz, qui se baissa pour l’asseoir sur sa cuisse et le serrer contre son torse nu. Quand je t’ai dit que je voulais que tu crèves, c’était pas vrai ! Je le pensais pas ! Je te jure que je suis pas comme eux ! Je savais pas ce qu’ils faisaient ! Je savais pas ! Je te promets ! Je te promets !

Loz tiqua.

- Denzel, mais de qui tu parles ? Tu n’es pas comme qui ?

En sanglotant et sans oser relever la tête, le garçonnet pointa le doigt vers l’écran de l’ordinateur.

Tous tournèrent la tête vers l’image figée de la caméra de surveillance.

- Tu n’est pas comme Hojo ? demanda doucement Cloud. C’est ça, que tu veux dire ?

Denzel secoua la tête, fixant toujours le sol.

- Non… murmura-t-il d’une voix à peine audible. Les autres…

- Le monsieur et la dame en blouse blanche ? demanda Sephiroth à son tour.

Le garçonnet acquiesça et inclina le front en pleurant de plus belle.

Yazoo lui ébouriffa les cheveux.

- S’il a vu ne serait-ce qu’un millième de ce que ces deux ordures nous ont fait subir là-bas, je comprends qu’ils puissent lui faire peur, soupira-t-il.

Cid grimaça.

- A ce point là ?

Loz acquiesça en berçant Denzel dans l’espoir de le calmer un peu.

- Plus le mari se montrait sadique durant la journée, cracha-t-il avec une haine dans le regard que le pilote ne lui avait jamais vu, plus sa femme devenait perverse durant la nuit lorsqu’elle me forçait à la…

- Loz ! l’interrompit Yazoo en désignant le garçonnet.

Son aîné rougit.

- Désolé.

- Tu n’es pas comme eux, Denzel, reprit son jumeau. C’était sans doute les scientifiques les plus méchants du cratère nord après Hojo ! Même un bahamut enragé n’est pas aussi méchant.

Loz acquiesça.

- C’est vrai. Même si tu m’avais dit des choses encore plus horribles, tu ne leur arriverais même pas tout en bas de la cheville !

- Je ne savais pas, qu’ils étaient comme ça ! sanglota de nouveau le petit garçon. Pardon ! Pardon !

- Denzel ! essaya de plaisanter Cloud. Ils disent ça pour te rassurer, voyons !

Personne, hormis Shalua, ne remarqua que Tifa s’était levée depuis un petit moment, déjà, et que, penchée sur l’écran, elle était devenue blême comme un linge.

Elle venait de reconnaître les deux visages pour les avoir époussetés des dizaines de fois dans leur cadre, sur la table de chevet de Denzel.

- Tifa ? Tu en fais une tête. Tu les connais ? demanda la jeune scientifique.

Le pleurs de Denzel redoublèrent et Tifa inspira un grand coup avant de laisser tomber d’une voix blanche :

- Je crois que ce sont ses parents…

… à suivre

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LXII - Qu’on l’attache ou qu’on l’égorge !

“Qu’on me donne une échelle

pour monter au pilier

et pour briser les chaînes

de mon frère bien-aimé…”

G. Torres de Villa

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Nero savait ce qu’était la souffrance.

Aussi loin qu’il s’en souvienne, il avait toujours vécu avec elle, qu’elle soit physique ou psychologique.

Son frère bien aimé avait toujours été le seul à pouvoir la soulager un peu.

Les premiers souvenirs qu’il avait, étaient ceux d’une pièce obscure, sans meuble ni fenêtre, froide et totalement vide, au centre de laquelle il passait son temps assis, à se balancer, à dormir en boule ou à chantonner.

Nero ne contrôlait pas du tout ses pouvoirs, alors, il n’était guère plus qu’un bébé, et le moindre geste un peu vif de ses petites menottes pouvait provoquer des trous noirs où tout ce qui se trouvait à portée - objets ou gens - disparaissait corps et biens.

C’est d’ailleurs ainsi qu’il avait tué sa mère, en venant au monde, en l’engloutissant elle et les médecins dans un maelström de ténèbres hurlantes, faisant de Weiss un petit orphelin de sept ans.

Si celui-ci en voulut à son frère ?

Il n’en eut pas l’occasion car, durant plus d’un an, on lui fit croire que son frère était mort lors de l’accouchement.

C’est l’indiscrétion d’une infirmière qui poussa Weiss à fouiller le réacteur Zéro - où il vivait avec les scientifiques et d’autres enfants - de fond en comble.

Il finit par trouver le bébé dans un sous-sol glacial, enfermé dans une pièce vide aux épais murs de métal renforcé.

Immédiatement, dès l’instant où le petit avait tendu ses mains vers lui en pleurant, il avait été pris de pitié et d’affection pour la petite créature.

Weiss lui avait raconté bien plus tard qu’il lui arrivait de descendre en cachette au sous-sol et de le trouver dans un état si pitoyable - presque inconscient par manque de nourriture et croupissant dans une couche qui n’avait pas été changée depuis parfois trois jours - qu’il avait songé à plusieurs reprises à briser le petit cou tendre une fois pour toutes et abréger ses souffrances.

Bien sûr, il ne l’avait jamais ne serait-ce que tenté. Il aimait trop son petit frère pour cela. Mais il était bien le seul !

Nero se souvient d’avoir eu faim très souvent, déjà à cette époque. Les hommes en blouse lui apportaient une petite bouteille en plastique contenant du lait froid (qui se serait donné la peine de chauffer un biberon pour lui ?) lorsqu’ils ne pouvaient plus faire autrement mais, la plupart du temps, il devait se contenter d’avaler sa salive et de pleurer en écoutant son petit estomac gargouiller.

Lorsque Weiss eut treize ans, Hojo lui fit intégrer l’Académie du SOLDAT et autorisa le garçon à emmener son frère, alors âgé de six ans, avec lui.

Ce fut la première fois que Nero vit la lumière du jour.

Les scientifiques regardèrent partir l’enfant avec un soulagement à peine dissimulé, heureux de voir s’éloigner cet ” aspirateur à ténèbres “, comme ils l’appelaient.

Si Weiss avait pensé de prime abord que de quitter le réacteur Zéro pour vivre à l’Académie allait améliorer la vie de son frère, il réalisa bien vite son erreur.

Nero faisait peur et, lorsqu’il n’était pas là pour s’en occuper, personne ne le faisait.

On lui interdisait même le réfectoire, les salles de classe, la cour, bref, tous les endroits où se retrouvaient habituellement les autres enfants.

Au début, le garçonnet errait donc dans les couloirs en veillant à ne croiser personne, de peur qu’un soldat ou un aspirant ne le bouscule avec l’habituel ” dégage, de là, toi ! ” méprisant en le repoussant - du bout du pied s’il était courageux ou de celui de son arme, s’il l’était moins. Car personne, hormis Weiss, n’osait toucher Nero.

Ce dernier prit donc l’habitude de rester enfermé dans la chambre de son frère toute la journée, se cachant sous le lit dès qu’il entendait le moindre bruit de pas approcher. Hormis un lit, un lavabo qui lui permettait de ne pas mourir de soif et des toilettes qu’il était désormais assez grand pour atteindre, les choses n’étaient pas si différentes que dans le réacteur Zéro. Comme là-bas, il passait les heures à attendre son frère, à s’ennuyer, à pleurer et à avoir faim.

Un soir, c’en fut trop pour Weiss, qui ne supportait plus de voir son frère dépérir, et il planifia leur fuite.

Il n’avait que quinze ans mais était grand et fort, un corps d’adulte, déjà, et ce serait bien le diable s’il n’arrivait pas à trouver du travail en mentant un peu sur son âge ! Nero et lui s’installeraient quelque part et il s’occuperait du petit comme il se devait.

Il prépara donc un sac avec leurs maigres affaires, un peu de nourriture, de l’argent qu’il avait volé dans la poche d’un scientifique du labo sans le moindre scrupule et, vers deux heures du matin, il réveilla son frère.

- Réveille-toi, Nero.

Le garçonnet avait frotté ses yeux ensommeillés.

- Pourquoi ? Je dois aller sous le lit ?

- Non, plus personne ne t’obligera à te cacher où que ce soit, assura Weiss en l’habillant. On se tire d’ici ! Pour toujours !

- Où ça ?

- En sécurité, allez viens.

Il avait pris son petit frère par la main et s’était glissé discrètement dans le couloir.

Tout alla comme sur des roulettes jusqu’à la porte d’entrée de l’académie mais, au moment où les enfants allaient s’esquiver au nez et à la barbe de soldat de garde - trop occupé à regarder des photos de filles nues dans un magazine - leurs rêves de fuite s’évaporèrent.

La porte s’ouvrit devant eux pour laisser apparaître un grand soldat brun à la carrure impressionnante que Weiss reconnut aussitôt. Les plus grands officiers étaient de véritables stars, à Midgar, et Angeal Hewley en faisait partie.

Il fronça les sourcils, surpris de se retrouver nez à nez avec les deux garçons en rentrant d’une soirée bien arrosée en ville.

Point n’était besoin d’être devin pour comprendre qu’il était en présence de deux petits déserteurs en herbe et, lorsqu’il le comprit, un sourire amusé étira ses lèvres, à la surprise de Weiss, qui s’attendait plutôt à une bonne taloche (au mieux !).

- Et où vous comptez aller où, comme ça, tous les deux ? railla-t-il. Boire une bière dans les taudis ?

Nero se blottit contre les jambes de son frère en pleurant et ce dernier baissa la tête, penaud.

- Eh ! Oh ! insista Angeal d’une voix douce pour ne pas effrayer davantage le petit. Tu ne veux pas répondre ?

- Qu’est-ce qui se passe, ici ? avait grondé la voix bourrue de Heidegger, qui arrivait dans le couloir. Qu’est-ce que vous fichez là en pleine nuit, tous les deux ?

Weiss avait rentré la tête et Angeal lui avait pris son sac pour le mettre sur son épaule.

- Merci de me l’avoir rapporté, p’tit ! fit-il d’une voix forte. Sans toi, je l’aurais cherché toute la nuit.

Heidegger fronça ses gros sourcils, soupçonneux.

- Hewley ! Que fait ce garçon et l’aberration qui lui sert de frère ici en pleine nuit ?

Weiss avait vu Angeal se raidir, choqué par les paroles du chef des armées de la Shinra.

- Il m’attendait pour me rendre mon sac, que j’avais oublié, avait menti le soldat en passant un bras protecteur autour des épaules du garçon.

Heidegger était alors reparti, pas plus convaincu que ça mais peu importait. L’essentiel pour Nero était qu’il ne punisse pas Weiss.

Effrayé, néanmoins, il avait éclaté en sanglots et, chose impensable, Angeal l’avait alors soulevé dans ses bras… et avait marqué une pause. Non parce que Nero l’effrayait ou le dégoûtait mais parce qu’il ne s’attendait pas à ce qu’il soit aussi léger et aussi maigre.

- Il est malade ? avait-il demandé à son aîné.

- C’est une longue histoire, monsieur, avait soupiré celui-ci.

- Eh bien, tu vas me la raconter, ton histoire. Allez, en route !

Et c’est ce que Weiss avait fait, celle nuit-là, dans la chambre du soldat. Il lui avait parlé du réacteur Zéro, de la naissance de Nero et de leur vie là-bas puis à l’académie.

Nero était petit mais il se souvenait encore parfaitement de deux choses : l’expression horrifiée d’Angeal et son premier bol de chocolat chaud.

A compter de ce jour, le soldat avait pris les garçons sous son aile, et il s’agissait sans doute là des années les plus heureuses de toute leur vie. Si l’on faisait abstraction de Zack, bien sûr, l’autre protégé d’Angeal. Combien de fois Weiss et lui en étaient-ils venus aux mains ? Nero en avait perdu le compte. Lorsqu’il ne faisait pas des allusions sexuelles grossières sur la relation fusionnelle des deux frères, il leur trouvait des surnoms grotesques, surtout à Nero: boule de suif “, pelote de poix “, bout de charbon “ ou encore ” nonos ” ou ” gribouille “, en raison des arabesques noires ressemblant à des tatouages qui étaient apparues sur la quasi totalité de son corps à la puberté.

Angeal, lui, le surnommait affectueusement chibi face “ en raison de ses immenses yeux carmins et de son petit nez retroussé.

Oui, les années passées aux côtés d’Angeal avaient été les plus belles de leur existence… jusqu’à ce que les Restrictors, les membres les plus puissants du SOLDAT, un mythe parmi les jeunes miliciens, viennent les chercher pour les ramener à nouveau au réacteur Zéro.

Deep Ground

Ca sonnait plutôt bien, sur le papier. Une unité d’élite presque aussi secrète et mystérieuse que les Restrictors eux-mêmes.

Weiss et Nero avaient obtempéré et un nouveau cauchemar avait commencé.

Un entraînement inhumain agrémenté de traitements divers avaient décuplé leurs capacités jusqu’au point limite de rupture.

Les pouvoirs de Nero étaient devenus tels qu’il lui était désormais presque impossible de les contrôler et, après plusieurs incidents, Hojo et les Restrictors n’avaient trouvé d’autre solution que de lui immobiliser le haut du corps dans une sorte de camisole de force et un masque de contention qui lui meurtrissait la peau du visage et l’empêchait d’ouvrir la bouche.

Weiss avait été horrifié, lorsqu’il l’avait vu mais il ne pouvait rien faire.

Pour remplacer ses bras, on lui implanta d’énormes appendices mécaniques, lourds et douloureux au possible, qu’il dût apprendre à utiliser.

Et s’il crut alors qu’il avait atteint le fin fond de l’humiliation et de l’indignité, il déchanta vite car, camisole ou pas, mors ou non, ses pouvoirs étaient toujours immenses et il pouvait désormais disparaître dans ses propres ténèbres pour réapparaître où il le souhaitait. Murs et portes n’étaient plus un obstacle, ce qui lui permettait de rejoindre son frère lorsqu’il le voulait, fut-il au secret ou en cellule disciplinaire.

Lorsque les Restrictors s’en rendirent compte, le véritable enfer commença.

Au plus profond des sous-sols du réacteur, juste à l’endroit où l’on confinait Weiss la plupart du temps, près de la cuve de mako, on l’attacha dos à une énorme colonne de pierre, à presque deux mètres du sol. De lourdes chaînes se croisaient sur sa poitrine, entre ses bras immobilisés par la camisole, et le pressaient contre la pierre pour l’empêcher de glisser.

Cette façon de procéder faisait que ses ailes métalliques lui rentraient dans le dos et les reins. Quant aux chaînes, elle mordaient profondément dans ses bras repliés et sa poitrine, meurtrissant la chair à travers le cuir épais, l’empêchant presque de respirer - et le masque de contention n’arrangeait rien.

Au début, il crut à une simple punition et serra les dents mais, au bout d’un quart d’heure son dos lui faisait si mal que ses larmes se mirent à couler. Une demi-heure plus tard, il crut que les chaînes s’incrustaient dans ses côtes et une heure après, il suppliait et criait pour qu’on vienne le libérer, jurant qu’il n’utiliserait plus jamais ses pouvoirs pour se déplacer d’un endroit à l’autre.

Personne ne l’entendit et, le lendemain, on vint lui apporter un peu d’eau et lui injecter une solution opaque dans la veine du cou.

- Bon appétit ! railla le médecin en faisant l’injection.

Nero sentit un froid glacial l’envahir en devinant ce que cela signifiait.

Si on le nourrissait par intraveineuse, c’est qu’on avait l’intention de le laissa pendu là encore un moment mais comment allait-il supporter une douleur pareille durant encore plusieurs heures sans devenir fou ?

Plusieurs heures…

Il y resta des mois.

Des mois durant lesquels il ne pouvait que hurler et appeler son frère à l’aide à s’en arracher les cordes vocales.

Mais Weiss, à quelques mètres à peine au-dessus de lui, ne pouvait que l’entendre et souffrir à s’en liquéfier le cœur de ne rien pouvoir faire pour l’aider.

Bien conscients qu’il délivrerait son frère dès qu’il en aurait l’occasion, les Restrictors avaient enchaîné Weiss à ce qui deviendrait son trône.

Voilà.

Voilà à quoi rêvait Nero tandis que Reeve Tuesti, avec mille précautions, l’allongeait dans un caisson médical transparent dans lequel on pourrait non seulement contrôler température et pression à la perfection mais aussi injecter une fine brume de mako qui lui permettrait d’accélérer sa remise sur pied sans traumatiser son organisme déjà fragilisé à l’extrême.

Pourquoi repensait-il à tout cela ?

Peut-être parce que, malgré le fait qu’il soit endormi, il entendait de façon inconsciente parler Shelke, qui racontait précisément tout cela au petit groupe composé de Cid, Tifa, Loz, Sephiroth et Cloud, descendus prendre des nouvelles du blessé et du bébé.

- C’est horrible… frissonna Cloud.

- Tu le savais ? demanda Cid à Sephiroth.

Ce dernier secoua la tête, lui aussi révolté mais pas le moins du monde surpris. Il connaissait la façon de procéder de son père.

- Pas pour le Deep Ground. La dernière fois que j’ai vu Weiss et Nero, ils faisaient partie des poulains d’Angeal. Et des meilleurs, qui plus est.

- Pauvre gamin… soupira le pilote en voyant Shelke attacher les mains de Nero à l’aide d’un morceau de gaze très douce et sans serrer.

Le but était seulement de l’empêcher d’agiter brutalement les mains et de provoquer un trou noir par accident, pas de lui faire mal ou de l’empêcher de bouger.

- Il a l’air si fragile, comme ça, sans son costume et tout son attirail… acquiesça Tifa en désignant le corps nu si mince.

La peau si pâle - et couverte de ce qui n’était donc pas des tatouages, à en croire Shelke - paraissait si fine qu’elle semblait sur le point de se rompre à chaque petit tressautement du jeune homme.

- C’est vraiment nécessaire, ça, Shalua ? demanda Cid en la voyant placer précautionneusement le masque de contention sur l’adorable visage de poupée de porcelaine de Nero.

Elle frôla affectueusement les lèvres joliment ourlées de son jeune patient du bout des doigts en s’étonnant une fois encore de leur insolite couleur bleutée.

- Oui, Cid, c’est vraiment nécessaire. Pour lui, si ce n’est pour nous.

Elle fixa le masque, dissimulant la bouche sensuelle.

A l’autre bout de l’infirmerie, le bébé de Loz gazouilla, tout joyeux, et Tifa leva les yeux au ciel.

Denzel était penché sur le berceau et lui chatouillait le ventre en lui faisant des grimaces.

- Je lui avais pourtant dit, de ne pas le réveiller, soupira la jeune femme en se dirigeant vers le garçonnet.

- Quand pourra-t-on lui parler, commandeur Tuesti ? demanda Sephiroth en désignant Nero.

Reeve lissa doucement les cheveux d’ébène et secoua la tête.

- Il est dans un état plus ou moins similaire au vôtre lorsque nous vous avons récupéré dans le mont Nibel, Général. Genesis ne lui a rien épargné.

L’ex-cauchemar de la planète se frotta le visage, sceptique.

- Ca ne lui ressemble pas, assura-t-il. Pas du tout.

- Quoi donc, père ? intervint Loz.

En l’entendant apostropher Sephiroth de la sorte, les autres se raidirent, s’attendant à une vive réaction, mais le principal concerné ne s’offusqua nullement de ce titre, bien au contraire.

- Lorsqu’Angeal a mis Weiss et son frère sous sa protection, Genesis s’est tout de suite pris d’affection pour le petit, expliqua-t-il. Il passait des heures avec Nero sur les genoux, à le faire lire. Il ne lui aurait jamais de mal, assura-t-il. Ni à lui, ni à Weiss. C’est impossible !

Reeve ferma le caisson avant de commencer à y répandre le mako gazeux.

- C’est pourtant ce que semblent affirmer Lucrecia et Aerith.

Cloud acquiesça.

- Aerith est formelle. C’est bien lui qui est derrière tout ça.

- Ca n’a pas de sens… soupira Sephiroth. Et qu’en est-il de cette histoire de… comment Kadaj a-t-il appelé cela, déjà ?

- Les géostigmates, répondit Loz.

- C’est ça, les ” géostigmates “. A-t-on des nouvelles, à ce sujet ?

Reeve secoua la tête.

- Non, Général, pas pour l’instant. Mais j’ai placé un détachement de protection autour de la source d’eau originelle, dans les ruines de Midgar. C’est le seul antidote que nous connaissions pour l’instant.

- Vous avez bien fait, commandeur. Jusqu’à quel degré d’épidémie pouvons-nous répondre avec cette source ?

- Je dirais… 100 000 personnes au maximum, intervint Cid Au-delà, nous risquons de contaminer la source ou de l’assécher.

- Pas de quoi faire face à une pandémie, si je comprends bien.

- Non, Général.

- Aucune chance, mon frère, confirma l’amiral de la W.R.O.

- Quelles sont les autres options ?

Ils partirent dans une discussion de stratégie organisationnelle et Cloud les écouta, un peu à l’écart, fasciné.

D’instinct, Sephiroth reprenait ses réflexes de chef des armées et c’était bien une réunion d’état major, voire de crise, qui s’était improvisée là, devant ses yeux et dans cette infirmerie, entre trois des plus hauts gradés de l’armée de la planète.

Même vêtu de sa tenue d’hôpital - nu-pieds, un pantalon de coton bleu clair et une tunique à manches courtes au confortable col en V -, l’avant-bras amicalement posé en signe de confiance sur l’épaule de Cid, le mythique Sephiroth faisait vibrer l’air de sa présence et de son charisme.

Cloud était incapable de le quitter des yeux, fasciné, happé par la vision ensorcelante de cette légende vivante comme une phalène par la flamme d’une bougie…

… à suivre

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LXI - J’ai mal, je t’aime

“On ne souffre jamais seul.

On souffre toujours avec ceux qui souffrent

à cause de votre souffrance.”

E. Wiesel

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Shalua coupa la dernière terminaison nerveuse qui reliait la moelle épinière de Nero au système de contrôle du mécanisme de ses ailes et Reeve retira précautionneusement le second tronçon d’aile. Une horrible écharde de métal au bout de laquelle pendait un imbroglio gluant de chair rougeâtre, de reste d’os, de câbles et de nerfs qui, avec les années, s’étaient formés autour de la structure que l’on avait fixée à la colonne vertébrale, aux côtes et aux omoplates du jeune homme.

- Ca devait lui faire un mal de chien… nota le chef de la WRO en posant la répugnante écharde de métal sur le sol.

Shalua acquiesça sous son masque de chirurgie tandis qu’elle s’affairait sur le dos du ténébreux.

- Les douleurs osseuses sont les pires qui soient. J’ignore comment il a pu supporter tout ça.

Shelke vérifia les fonctions vitales de son ancien compagnon d’armes sur son ordinateur.

- Plus que vingt minutes d’anesthésie, annonça-t-elle.

Reeve hocha la tête.

- Ca suffira largement. Nous avons presque fini.

Pauvre gosse… “ pensa-t-il en lissant la longue chevelure noire de ses mains gantées de latex.

Il secoua la tête, pris de pitié, mais Nero ne sentit pas la caresse réconfortante.

Nero était loin du box de chirurgie du manoir de Nibelheim.

Très loin…

Des années en arrière, en fait…

*

Ce n’était pas le cas de son frère Weiss.

Les coups de pieds furieux de Genesis et la douleur de chaque nouvel impact lui interdisaient la moindre échappatoire à la douleur, ne fût-ce qu’en se réfugiant dans ses souvenirs. Ce n’était pourtant pas faute de provoquer son tourmenter en espérant qu’un uppercut assez fort l’assommerait.

L’ancien chef des Tsviets, l’admiré, l’adoré, l’immaculé Weiss, se tordait sur le sol rocheux en gémissant sous les coups, le souffle coupé, les mains liées et le corps brisé et ensanglanté.

- Dis-lui de revenir ! hurlait Genesis à tue-tête. Appelle-le ! Appelle-le !

Il lui asséna un coup de pied particulièrement violent à la poitrine et le jeune supplicié en eut le souffle coupé mais essaya malgré tout de ricaner.

L’ironie était la dernière arme qui lui restait et il savait que cela rendait Genesis fou de rage.

- Désolé… J’ai pas… son numéro de… téléphone… sur moi…

Son bourreau le saisit par ses longs cheveux blancs et souleva sa tête pour lui parler à un pouce à peine du visage. Un visage qui, il y a encore quelques heures, avant que sa peau éburnéenne n’éclate sous l’impact des coups, aurait rendu jaloux bien des anges.

- Très drôle… Continue à faire le malin et c’est en morceaux, que ton frère te récupérera. Contacte-le ! Utilise ce lien empoisonné qui vous unit ! répéta-t-il en cognant brutalement sa tête sur le sol, lui ouvrant une nouvelle entaille - au front, cette fois. Dis-lui de revenir avec ce qu’il m’a volé !

- Va te… faire… mettre !

L’ex-soldat feula comme un fauve enragé et lui donna un coup de pied si brutal dans ses reins, provoquant une telle douleur, que Weiss s’évanouit.

Genesis jura, comprenant que c’était bien ce que le tsviet avait cherché à faire depuis le début.

- Maudit ! gronda-t-il en Tu ne perds rien pour attendre ! Je te jure que lorsque j’en aurais fini avec toi, tu hurleras tellement et tu appelleras ton frère au secours avec une telle force psychique qu’il aura de la chance si sa cervelle n’éclate pas !

*

Dans le grand open space réservé aux turks dans les plus hauts étages de la nouvelle tour Shinra, Tseng tapait impatiemment du pied.

Que fichait Elena ?

Elle aurait dû être là depuis un moment déjà et le pilote de l’hélicoptère commençait à s’impatienter !

Avec un soupir irrité, le chef des turks se rassit à son bureau, sur lequel était posée une petite boîte blanche de bois laquée ornée de minuscules poignées d’argent ciselé.

N’importe qui aurait pris cette boîte pour un grand écrin à bijoux ou un coffre à trésors quelconque jusqu’à qu’il lise la petite plaque gravée et délicieusement ornementée qui y avait été fixée deux heures plus tôt par un bijoutier réveillé en pleine nuit (et grassement payé pour le dérangement) : ” KALY - R.I.P.* “.

(*Note : pour ceux qui m’ont posé la question par mail, R.I.P. est l’inscription que l’on trouve sur les pierres tombales et les cercueils occidentaux, elle est l’abréviation du latin “Requiescat in pace” (Qu’il/elle repose en paix))

La porte s’ouvrit, laissant passer sa collègue retardataire, qui s’avança avec un grand et luxueux sac cartonné à la main.

Tseng lui adressa un regard lourd de reproches.

- Où diable étais-tu passée ? Nous aurions déjà dû part… Qu’est-ce que tu fais ? s’étrangla-t-il en la voyant ouvrir le petit cercueil.

Elena, guère intimidée, brandit le sac estampillé du logo d’un prestigieux magasin de jouets de luxe.

- J’ai dû faire intervenir quelques contacts pour me faire ouvrir la boutique en pleine nuit, mais j’ai enfin trouvé ce que j’ai cherché toute la journée ! claironna-t-elle en débarrassant le minuscule cadavre de son petit drap d’hôpital bleu.

L’Utaïen faillit en manger sa cravate.

- Elena ! Par tous les Dieux de la planète ! Repose ce fœtus dans son cercueil immédiatement !

La jeune femme se contenta de hausser les épaules et allongea la minuscule créature sur le bureau de son chef avec un petit bruit sec qui retourna l’estomac de celui-ci.

Le mako avait littéralement momifié les tissus, désormais durs comme de la pierre et parfaitement conservés, comme si la vie du petit être s’était figée dans le temps, fossilisée par le mako. En fait, le bébé paraissait dormir et n’importe qui, qui l’aurait vue ainsi, se serait attendu à voir la menotte se resserrer d’instinct autour de son doigt.

Une poupée de cire “ avait pensé Elena lorsqu’elle avait touché le fœtus momifié la première fois. Une poupée de cire comme celles qu’on voit dans les musées… “

Si ce n’est que les poupées de cire étaient à taille humaine alors que le petit cadavre, à qui on avait ôté la vie à cinq mois de gestation à peine, tenait presque tout entier dans sa main.

- Bon sang, Elena, mais qu’est-ce que tu fiches ? s’étrangla Tseng en la voyant sortir de minuscules vêtements de poupée de son sac.

Patiemment, et sans s’énerver ou lui prêter attention le moins du monde, la jeune femme habilla le bébé avec les vêtements de poupée : une adorable grenouillère bleue et blanche brodée de petits poussins chocobo, des chaussons blancs et un petit bonnet assorti.

- S’il veut le voir, il sera mieux comme ça que nu dans un morceau de tissu récupéré à la morgue, répondit-elle enfin, ravie du résultat. Qu’est-ce que tu en dis ?

Le chef des turks frissonna car le bébé avait l’air plus que jamais vivant.

- C’est… (Il soupira) Je ne sais pas si je dois trouver ça sordide ou… Ou… Remets-le là-dedans, tu veux ?

Il se détourna, horriblement mal à l’aise, et la jeune femme allongea doucement le bébé dans son cercueil après en avoir retiré l’horrible drap bleu et referma le couvercle, le cœur un peu lourd.

Cela n’aurait sans doute pas été le cas si elle n’avait pas eu cette fichue conversation, avec Reno.

Ils avaient parlé longtemps.

Sans doute même plus longtemps qu’elle ne l’avait jamais fait et elle était sûre d’une chose : Reno était fou amoureux de Yazoo. C’était une évidence. Une évidence dont le jeune turk ne s’était peut-être même pas encore rendu compte. Il lui avait parlé de l’argenté pendant presque une heure, lui racontant à quel point les découvertes dans le laboratoire secret du Deep Ground l’avaient remué.

Rends le fœtus aussi présentable que possible, d’accord ? “ avait-il demandé avec une timidité et une anxiété qu’elle ne lui connaissait pas. Je suis sûr qu’il voudra le voir avant qu’on le mette dans la crypte”.

Elle l’avait rassuré, alors, lui avait dit que cela ne poserait aucun problème, que le petit corps était parfaitement conservé et que le bébé paraissait dormir.

Reno avait soupiré de soulagement et elle avait souri.

Oui, il était vraiment amoureux…

Et elle ne savait que trop ce que l’on pouvait ressentir en voyant souffrir la personne que l’on aimait le plus au monde.

Les images de la terrible nuit qu’elle et Tseng avaient passé au cratère nord frappèrent à la porte de sa mémoire mais elle ne les laissa pas entrer.

Pas cette fois.

Plus jamais…

Depuis qu’elle avait tenu le petit corps dans ses mains et qu’elle avait vu les premières images de Kay, filmé par Reno, quelque chose s’était réveillé en elle.

Quelque chose avait changé.

Profondément.

Obtenir l’amour de Tseng, ce qui avait été pour elle durant des années la finalité rêvée, le but ultime, commença à perdre de son importance.

Oh, bien sûr, elle l’aimait toujours et ne cesserait sans doute jamais de l’aimer, mais autre chose occupait désormais le premier plan son esprit : un bébé. Elena, qui avait passé une partie de sa vie à ôter celle des autres lorsque la situation l’exigeait, rêvait désormais de la donner…

Elle ne pouvait donc que trop imaginer ce que devait ressentir Yazoo, à qui l’on avait arraché son enfant sans même lui donner une chance de le voir.

Elle trouvait cela cruel, injuste et profondément choquant. Peu importe ce qu’il avait pu faire, deux ans plus tôt, aucune mère ne méritait ça ! Car, aussi curieux que cela semble à dire, Yazoo était bien la mère de la petite créature qu’elle avait habillée avec tant de soin.

Elena avait passé la journée sur Internet et au téléphone pour trouver des vêtements de bébé à la bonne taille. En vain. Même les vêtements pour grands prématurés étaient encore trop larges.

Le vêtir ainsi aussi sonné faux, comme une parodie ou une bouffonnerie de maternité. Elle voulait, au contraire, que tout paraisse normal, naturel. Comme l’enterrement d’un bébé mort-né. Une tragédie, certes… mais une chose qui arrivait souvent. Pas comme un bébé grandissant dans un cadavre et tué par des savants fous uniquement soucieux de performance !

Elena était sûre que, plus cela paraîtrait naturel et plus Yazoo se remettrait facilement.

Pourquoi y tenait-elle tellement ? Aurait-on pu se demander.

Pour Yazoo ? Pour Reno ? Pour le bébé ? Pour elle-même ?

Sans doute les quatre à la fois.

Mais aussi, et surtout, parce qu’elle était une femme et qu’elle comprenait. Oui, elle comprenait d’instinct et savait ce qu’elle devait faire - ou ce qu’elle aurait aimé qu’une autre mère, en devenir ou non, fasse si les rôles avaient été inversés.

Elena souleva le cercueil avec un mystérieux sourire, à la fois triste et paisible, que Tseng ne réussit pas à interpréter.

- Oh, Tseng ! fit-elle sans se retourner. Peux-tu prendre le sac ? J’ai aussi acheté un cadeau pour Kay. Je le donnerai à Loz de notre part à tous.

- Euh… Ou… Oui… bredouilla l’Utaïen. Bien sûr.

Elle sortit et le chef des turks récupéra le sac avec un froncement de sourcils incrédule.

La jeune femme avait quitté la pièce sans même lui adresser un regard. Pas même l’un de ceux qui l’agaçaient tant, dégoulinants d’admiration, qu’elle lui coulait entre ses longs cils, croyant qu’il ne remarquait rien.

Il aurait dû en éprouver du soulagement, voire même de l’espoir en se disant qu’elle avait peut-être enfin fini par comprendre où était leur place à tous deux et accepter qu’il ne serait jamais rien pour elle que son supérieur hiérarchique, mais… curieusement ce ne fut pas le cas.

Si Tseng ne se connaissait pas mieux que ça et ne se savait pas à l’abri de sentiments aussi mesquins qu’improductifs, il aurait pu croire qu’un petit pincement vexé lui avait piqué l’estomac…

*

Allongé sur son lit et une coupe de vin à demi pleine posée sur la table, Vincent regardait les étoiles par la fenêtre entrouverte, goûtant la fraîcheur nocturne.

Lui, Cait et Merill avaient aidé Sephiroth à remettre de l’ordre dans le bureau de Shalua et avaient attendu un peu que cette dernière finisse de s’occuper de Nero mais Reeve leur avait fait signe que ce serait plus long que prévu.

Enlever les restes d’ailes métalliques ne suffisait pas, leur avait-il expliqué, il fallait aussi retirer très soigneusement un appareillage complexe fixé à l’os.

- Vincent…

Celui-ci tressaillit et sentit une armée de petits lézards glacés lui descendre le long du dos en entendant la voix douce qui s’éleva dans son dos, dans l’angle le plus sombre de sa chambre.

La gorge sèche, il pivota lentement et sa gorge serrée émit un son étranglé en reconnaissant la ” visiteuse ” nocturne.

- Lucrecia… finit-il par articuler après plusieurs tentatives infructueuses.

L’apparition s’approcha et tendit vers sa joue une main ectoplasmsique que, bien sûr, il ne sentit pas.

- Mon amour… chuchota la jeune femme, ses yeux fantomatiques brillants de larmes.

Il aurait tant voulu la consoler. La serrer dans ses bras. Enfouir son visage dans ses cheveux et respirer son parfum frais. Il aurait voulu… Oh ! Dieux, il aurait voulu tant de choses…

- Lucrecia… Si tu savais comme tu me manques…

La jeune femme fit des efforts inhumains pour se reprendre et ne pas se laisser aveugler par ses sentiments.

Elle n’avait pas le loisir de se laisser aller.

Le temps pressait.

Il fallait faire vite.

- Vincent… Weiss va mourir, dit-elle de but en blanc.

L’ex-turk se raidit.

- Quoi ?

- Il faut aller le chercher sans tarder ou Genesis va le tuer ! Il n’acceptera jamais de lui livrer son frère. Il préférera mourir et s’il meure… nous ne pourrons plus compter sur l’Omega pour combattre Jenova.

L’apparition trembla, parut se dissoudre, puis réapparut à nouveau mais si pâle qu’on la distinguait à peine.

- Lucrecia ! cria Vincent en bondissant de son lit.

La jeune femme paraissait à présent souffrir et avait visiblement du mal à rester visible.

- Lucrecia… Pourquoi a-t-on besoin de l’Omega ? En quoi Genesis est-il…

- Weiss… l’interrompit précipitamment Lucrecia en luttant pour ne pas disparaître complètement. Weiss vous expliquera tout… La source du mont Nibel… Weiss… Ne le laissez pas… Mourir…

- Lucrecia !

- La source… du mont… Nib…el…

Elle disparut complètement et, après un court instant d’hésitation, Vincent bondit hors de sa chambre et se précipita en direction des appartements de Rufus.

à suivre

XXXXII - Dis-moi, Loz…

«L’amour fit en lui ce qu’il fait en tous les autres :

il lui donna l’envie de parler..»

Madame de La Fayette

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Shiva Rajah d’après une illustration de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Marlène faisait lentement le tour de la grotte majestueuse, le nez levé et le faisceau de sa lampe torche dansant sur les cristaux multicolores qui affleuraient à surface de roche.

Ce ballet de lumière vive improvisé créait d’improbables arcs-en-ciel dans l’eau cristalline du petit lac souterrain peu profond qui miroitait au centre.

- Ouah ! Gretta m’avait dit que c’était un endroit bizarre mais j’pensais pas que ce serait comme ça. Qu’est-ce que c’est joli !

Loz regardait autour de lui avec une curiosité non dissimulée, aussi surpris que la petite.

Il avait laissé sa moto dans le passage naturel qui menait à la grotte, à l’abri de la petite pluie fine qui commençait à tomber lorsqu’ils étaient arrivés, et s’était engagé avec la fillette dans ce que les habitants de Nibelheim appelaient « les grottes à materias ».

En réalité, il ne s’agissait pas tant de materias que de milliers de petits cristaux de roche multicolores mais le spectacle n’en était pas moins à couper le souffle.

- Tu n’étais pas déjà venue avec Yazoo, Marlène ?

- Non, pas jusqu’ici. On devait mais on n’a pas pu. La route était coupée à cause d’un accident avec un camion, on pouvait pas passer. Tu entends ? C’est quoi ?

Loz tendit l’oreille.

- La pluie. Ca commence à tomber sec, dehors, on dirait.

La petite haussa les épaules, déboutonna sa doudoune et s’assit sur une grosse pierre, au bord du lac.

- Bah dis donc ! On s’est mis à l’abri à temps ! On a eu de la chance. Oh, regarde ! fit-elle en braquant sa torche au milieu du bassin. Il y a plein de petits poissons !

De minuscules créatures roses nageaient dans l’eau limpide. Ils fouillaient le sable blanc scintillant qui tapissait le fond du petit plan d’eau pour happer les nutriments microscopiques qu’ils trouvaient à foison.

L’argenté s’accroupit à côté de la petite et sourit.

- Ce sont des crônes, Marlène, lui apprit-il. Pas des poissons.

- Des quoi ?

- Des crônes. Des petits insectes aquatiques. Il y en avait plein au cratère nord. Ils se faufilent partout sous terre où il y a de l’eau. (Il retira l’un de ses gants et se pencha sur l’eau pour en attraper un d’un geste si rapide que la fillette n’eut pas même le temps de réaliser ce qu’il faisait.) Tiens, regarde.

- Oh… On dirait une petite crevette, t’as vu ? Une petite crevette rose avec des ailes et de gros yeux.

Il lui fit un clin d’oeil.

- On la met à la broche ? plaisanta-t-il. Ou on l’apporte à Gretta, pour ton petit déjeuner ?

Malène éclata de rire.

- Beurk !

- Non ? T’es sûre ? Tant pis.

Loz jeta le crône dans l’eau et remit son gant.

- Dis…

- Mhh ?

- Je peux te demander un truc ?

- Vas-y.

- Tu vas pas de fâcher, hein ?

- Non. Pourquoi je me fâcherais ?

- C’est vrai ce que Denzel dit, que ta maman, c’était une morte ?

Loz blêmit.

- Comment ça ?

La fillette se tortilla, mal à l’aise.

- Bah, moi j’ai pas pu regarder, quand ils ont ouvert le ventre de la dame, dans le film, je me suis caché les yeux. Mais Denzel, lui, il a tout vu et il dit que la maman des bébés, enfin de toi et Yazoo, c’était une morte.

L’argenté réfléchit un petit moment et secoua la tête en souriant pour la rassurer.

- Non. Ma vraie maman, ce n’est pas la « dame » que tu as vu. Elle s’appelait Lucrecia. Lucrecia Crescent.

- Alors pourquoi t’étais pas dans son ventre à elle ?

Il poussa un gros soupir, ne sachant trop comment se sortir de là mais, heureusement pour lui, Marlène avait tendance à parler pour deux et à faire les questions et les réponses.

- Ah, je sais ! reprit-elle. Elle a donné ses oeufs à la dame morte, c’est ça ? Comme font les femmes qui peuvent pas avoir de bébés ?

- C’est ça ! acquiesça Loz, soulagé par l’explication qu’elle venait de trouver. C’est… exactement ça. Ma mère ne pouvait pas nous porter moi et Yazoo.

- C’est à cause de Sephiroth, qu’elle pouvait plus avoir d’enfants ? Ca s’est pas bien passé, je parie. Tifa a eu une serveuse, comme ça. Après son bébé, on a dû l’opérer et les médecins ont dit qu’elle pouvait plus en avoir d’autres.

L’argenté fit vibrer ses lèvres, aussi mal à l’aise avec le mensonge qu’avec les grands discours.

- C’est ça. Enfin… plus ou moins.

Ce n’était pas tout à fait faux, après tout, essaya-t-il de se rassurer. C’était bien à cause de Sephiroth que Lucrecia n’aurait jamais pu les porter, lui et ses frères, de toute façon, non ?

Quelle mère voudrait du fruit incestueux de son fils de huit ans ?

- Et pour la dame ? Elle est vraiment morte ? Denzel avait raison ?

Loz souleva Marlène et l’installa confortablement sur ses genoux pour se donner le temps de réfléchir un peu à l’explication qu’il pouvait donner.

La petite se blottit contre sa poitrine et attendit sagement, compatissante, avec une expression attristée sur le visage.

- Oui, finit par répondre Loz, la mine grave. Elle est vraiment morte, Marlène. Enfin, elle est morte durant l’accouchement, bien sûr ! mentit-il en voyant soudain blêmir la petite.

- Ahhh… D’accord. C’est pour ça qu’on vous a sorti de son ventre comme ça ?

- Oui. Il… Il fallait faire très vite.

- Je comprends mieux, maintenant. Mais… et votre maman ? Pourquoi elle est pas venue vous chercher, quand vous êtes nés, toi et Yazoo ? Pourquoi elle vous a abandonnés dans cet horrible endroit ?

- Parce que… parce qu’elle était très malade, elle aussi, dit-il, subitement inspiré. Et qu’elle est morte avant que nous puissions la connaître.

- Et ton papa ? Il pouvait pas vous prendre ?

- Je… Non. Il… il ne… Enfin, il ne…

Marlène grimaça.

- Il savait pas, hein ? C’est ça ? Il avait quitté ta maman ?

- C’est… Euh… Mais… tu es très perspicace, dis-moi !

Elle secoua la tête.

- C’est arrivé à plein d’enfants que je connais, en fait.

- Ah ?

- Oui. Ils savent même pas qui était leur papa. Tu le sais, toi ?

- Bien sûr. Il s’appelait… Hojo, biaisa Loz.

- Bien sûr, je suis bête ! C’est ton nom. Dis ?

- Mhh ?

- Pourquoi on vous a fait toutes ces choses horribles, quand vous étiez petits ?

- C’était des expériences scientifiques. Nous avons servi de cobayes.

- Parce que vous n’aviez plus de parents pour vous protéger, hein ? C’est ça ? C’est dégoûtant ! C’est là qu’on vous a mis du Jenova ?

L’argenté éclata de rire.

- Tu as une façon de dire ça ! Oui. Oui, c’est là-bas.

- Mais ça y est, t’es guéri, maintenant, a dit Vincent. Non ?

- Oui. Enfin, normalement.

La petite bâilla et se roula en boule dans les bras de Loz.

- Tu sais quoi ?

- Non, mais tu va me le dire.

- Il y a deux ans, quand tu t’es battu avec Tifa, là-bas, à Midgar, tu te souviens ?

- Très bien, oui.

- Pendant un moment, j’ai… j’ai cru que tu allais lui faire vraiment du mal, tu sais. Denzel, il dit que tu l’aurais tué, si je t’en avais pas empêché. C’est vrai ?

Il secoua la tête et lui souleva le menton pour la regarder droit dans les yeux.

- Je ne ferais jamais une chose pareille, Marlène, assura-t-il. Emprise de Jenova ou non. Et, franchement, si j’avais voulu la tuer, tu crois vraiment qu’une petite crevette comme toi aurait pu m’en empêcher, mhh ?

La fillette sourit et enserra la large poitrine de ses bras maigres aussi fort qu’elle le put.

- J’en étais sûre ! Dis… J’avais raison tout à l’heure aussi, pour Tifa, pas vrai ?

- Comment ça ?

- Bah… que tu es son amoureux.

Loz tordit le nez et grimaça un sourire triste.

- Disons que je le suis jusqu’à ce que Denzel la persuade de me jeter comme une vieille chaussette !

Marlène laissa échapper un petit bruit méprisant.

- Pfffff ! Si tu crois que Tifa va le laisser faire sa loi, tu la connais pas ! Et puis…

Elle se tut, paraissant hésiter à poursuivre, et se mit soudain à genoux sur les cuisses de l’argenté pour placer ses yeux à hauteur des siens.

- Si je te dis un secret sur Tifa, Loz, tu le garderas pour toi ?

- Promis ! jura-t-il la main sur le coeur, amusé par la tournure de la conversation et le sérieux de la petite.

Marlène noua ses petits bras autour de son cou pour coller la bouche à son oreille et chuchoter :

- Tu lui plais plus que Cloud.

- Ah, oui ? murmura le jeune homme, plus amusé que jamais. Et comment tu sais ça, dis-moi ?

- Je l’ai entendue parler avec Shalua, en bas, dans la cuisine, avoua la fillette en baissant encore d’un ton. Elle disait que tu la faisais complètement « craquer » et que…

Elle pouffa, rougissante.

- Quoi ? insista Loz, à présent piqué par la curiosité. Qu’a-t-elle dit d’autre ?

- Qu’elle avait parfois envie de croquer dans tes fesses et de te manger tout cru ! s’esclaffa la petite en piquant un fou rire.

- Marlène ! s’écria l’argenté en éclatant de rire à son tour. Dis donc, tu sais que ce n’est pas bien, d’espionner les adultes ? la rabroua-t-il gentiment une fois qu’elle se calma.

Elle acquiesça et haussa les épaules.

- J’ai pas fait exprès, je te promets. J’étais allé chercher des gâteaux en cachette et elles sont arrivées pour boire un thé. J’ai dû me cacher pour pas me faire gronder. Tu le diras pas, hein ?

Il fit mine de réfléchir.

- D’accord. Mais tu me racontes ce qu’elle a dit d’autre à mon sujet, alors ! ajouta-t-il avec un sourire espiègle qui ravit Marlène.

Aux anges, elle frappa dans ses mains et se pencha à nouveau à son oreille avec des airs de conspiratrice.

Dehors, la pluie ne semblait pas vouloir cesser.

*

Reno se passa le visage sous l’eau froide et se regarda dans le miroir qui surplombait le luxueux lavabo de son cabinet de toilette.

« Mais qu’est-ce qui t’arrive, bon sang ? » demanda-t-il silencieusement à son reflet.

Tout turk digne de ce nom savait que faire boire un homme était le meilleur moyen de lui soutirer des informations, ou lui faire admettre des choses qu’il n’aurait jamais avouées autrement.

« Tu veux connaître la vraie nature d’un homme ? Regarde-le bourré ! » avait l’habitude de dire Elena.

Et il était bien placé pour savoir qu’elle avait raison.

Seulement, problème : voilà que lui, une fois soûl, il essayait de sauter sur Yazoo !

Non.

Non, non.

Pas « sur », en fait.

« Sauter Yazoo », tout court !

Il se prit la tête dans les mains avec un gémissement et pas à cause de sa migraine, dont il ne restait plus trace, au demeurant.

« Pourquoi ce type t’excite-t-il comme un fou, hein, Reno ? Depuis quand tu t’intéresses aux mecs ? »

Les phéromones qu’il dégageait ? Possible, cette odeur sucrée le rendait complètement dingue.

Non.

Non, ça ne collait pas.

Loz dégageait une odeur semblable - plus sucrée encore, même - et, s’il trouvait ça agréable et ne se privait pas pour la sentir à plein nez lorsque le jeune homme passait près lui, ça ne l’émoustillait pas le moins du monde.

Non, c’était autre chose mais quoi ?

Son côté androgyne si perturbant ?

- Reno ? Tout va bien ? appela Yazoo depuis la chambre, le faisant sursauter.

- Oui, je… Oui, je vais bien, ne t’en fais pas.

Le turk poussa un profond soupir et secoua la tête. Il ne trouverait pas la réponse maintenant, de toute façon.

Et puis pourquoi essayer d’en trouver une, d’ailleurs ?

Est-ce qu’il se posait des questions existentielles quand il avait envie de chocobo mariné ou d’un flan au chocolat ?

Non.

Se torturait-il les méninges quand une blonde incendiaire ou une brune dominatrice lui faisait de l’oeil ?

Non plus.

Bon, c’était un homme, O.K. et après ?

Franchement, il avait déjà fantasmé sur des choses plus bizarres !

Et puis « homme »… c’était vite dit.

« Ouais… t’as pas choisi le plus viril, mon vieux Reno, c’est le moins qu’on puisse dire ! »

Non, ce n’était pas demain la veille qu’il virerait sa cuti, décidément.

En fait, Yazoo ne l’attirait pas parce que c’était un homme ou parce qu’il ressemblait à une femme, non. Yazoo l’attirait parce que c’était Yazoo, point barre !

Et ça… Ca, c’était vraiment nouveau pour lui… vraiment troublant.

Désirer quelqu’un pour ce qu’il était, et non plus pour le plaisir qu’il pouvait lui procurer, le perturbait terriblement parce que ça ne lui ressemblait pas, mais alors pas du tout !

Il tira la langue à son reflet, sarcastique.

« Et bah, t’as plus qu’à t’arranger avec ça, tête de nœud ! »

Sur ce, il éteignit la lumière et retourna dormir auprès de Yazoo.

*

Vincent repoussa brutalement Cloud et lui désigna Shelke.

- Tu n’iras nulle part, tu dois la suivre au labo. Il semblerait que Jenova ait…

- Non ! Nous en parlerons plus tard, Vincent. Là, il faut vraiment que je…

Le jeune soldat voulut passer en force et le poing de l’ancien Turk le cueillit au coin de la mâchoire, l’assommant proprement.

- C’était vraiment nécessaire, Vincent ? demanda la soeur de Shalua avec une moue.

- Tu voyais une autre solution pour l’empêcher de filer et le traîner jusqu’au labo ? rétorqua ce dernier en soulevant Cloud dans ses bras. Va savoir ce qu’il avait l’intention de faire et ce que Jenova lui avait encore mis dans la tête !

La jeune fille acquiesça avec un soupir et lui ouvrit grand la porte.

*

Tifa quitta la suite de Shalua, laissant son fils adoptif en compagnie de Cid et de son amie en espérant qu’ils arriveraient à lui remettre les idées en place.

Lorsqu’elle revint dans sa propre chambre, elle eut un coup au coeur en trouvant le lit vide.

- Loz…

Un mot avait été laissé sur l’oreiller et elle s’avança pour le prendre avec la gorge serrée et un noeud dans le ventre.

Qu’avait-il dû penser en la voyant l’abandonner sans un mot avec Marlène pour se précipiter derrière Denzel ?

Elle s’assit sur le lit et déplia la petite feuille de papier quadrillé d’une main tremblante, s’attendant au pire.

Non sans surprise, elle reconnut l’écriture enfantine de Marlène.

« Tifa,

Loz et moi on va fairt faire un tour à moto le temps que tu calmes Denzel. Il m’a même promit promis que je pourais pourrais monter devant.

Je mais mets ma grosse doudoune et mon écharpe en laine, t’en fais pas.

On sera de retour pour le petit déjeuner. Dis a à Gretta de pas faire des crêpes parsequ’on parce qu’on amènera pour tout le monde des petits painsaux pommes tout frais de la boutique de monsieur Philéas.

On te fait plein de gros bisous tous les deux !

Marlène »

Tifa sourit, attendrie, et remarqua que les fautes d’orthographe avaient été corrigées d’une main ferme. Marlène avait dû demander à Loz de relire sa missive.

Soulagée, elle poussa un profond soupir et se laissa aller sur son lit en attrapant son téléphone, sur la table de nuit.

Elle composa le numéro de Loz et s’apprêtait à lui lancer un joyeux « Alors ? Je tourne le dos une minute et tu files déjà avec une jolie jeune fille en pleine nuit ? » lorsque la sonnerie du mobile de l’argenté la fit sursauter.

Ca paraissait venir de sous le lit.

- Zut ! maugréa-t-elle en se penchant pour attraper le petit téléphone.

Il avait dû tomber lorsque le jeune homme s’était habillé.

« …pas vous répondre pour l’instant. Laissez un message. »

- Bonjour, Loz, fit Tifa d’une voix caressante. Je me doute que tu ne peux pas répondre puisque ton téléphone est dans ma main. Sache que ce message te donne droit à un baiser gratuit à l’endroit de ton choix sur simple présentation de cet enregistrement. A tout de suite. Je… (Elle hésita) Je t’aime… finit-elle par avouer dans un murmure à peine audible avant de raccrocher.

…à suivre

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IV - Promets-moi, Vincent…

« L’expression “mort naturelle” est charmante !

Elle laisse supposer qu’il existe une mort surnaturelle,

voire une mort contre-nature… »

Gabriel Matzneff

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

Lucrecia tendit la main vers la joue de Vincent qui, bien sûr, ne sentit pas son contact. A moins peut-être un léger picotement mais sans doute n’était-ce dû qu’à son imagination et à son désir fou que la matérialisation ectoplasmique de la femme qu’il avait aimée jusqu’à la démence prenne corps devant ses yeux afin qu’il puisse à nouveau la serrer contre lui et enfouir son visage dans ses doux cheveux châtains.

- Promets-moi que tu le feras, Vincent, murmura la voix désincarnée. Promets-moi que tu veilleras sur eux et que tu les aideras du mieux que tu pourras.

L’image de Lucrecia vacilla et l’ancien turk sentit un chagrin déchirant lui serrer la poitrine.

- Je te le promets… jura-t-il d’une voix brisée en tendant une main désespérée vers la forme évanescente. Mais reste encore. Reste encore un peu, je t’en prie…

La jeune femme sourit tristement.

- Je ne peux pas, Vincent. Mes forces m’abandonnent et il me faudra pourtant être forte quand le moment viendra. Toi aussi tu dois t’y préparer. Sois bien conscient que, cette fois, ce n’est pas seulement la survie de la planète qui est en jeu. Fais bien comprendre ça à tes amis et aux responsables de la Shinra.

Elle disparut un court moment avant de réapparaître, si pâle que l’on pouvait cette fois voir à travers corps élancé.

- Dis à mes fils que je les aime, Vincent. Qu’ils ne l’oublient jamais. Jamais… Il y va de votre survie à tous. Tu leur diras, n’est-ce pas ?

- Je leur dirai, Lucrecia.

« Lucrecia ? Lucrecia, tu dois le laisser, maintenant… » susurra la voix lointaine d’Aerith quelque part au-dessus de leur tête. « Jenova s’agite. Sephiroth a besoin de toi et Shelke faiblit à chaque minute qui passe. »

- Encore quelques secondes, supplia Vincent. Juste quelques secondes, je t’en supplie. Lucrecia !

« Tu auras l’occasion de lui reparler, Vincent, mais, pour l’instant nous avons beaucoup à faire et si peu de temps… Si peu de temps… N’oublie pas, Vincent : tout repose sur eux. »

- LUCRECIA ! hurla le turk alors que l’image de Lucrecia disparaissait totalement.

Terrassé par la douleur de la perte, il se laissa glisser à genoux sur le sol du bureau de Shalua, la gorge trop serrée pour laisser passer ne serait-ce qu’un sanglot.

- Vincent ? Vincent, ça va ?

L’ancien turk tourna la tête vers Shelke, qui s’était débarrassée du système électronique qu’elle avait conçu et qui reliait sa mémoire résiduelle à l’ordinateur.

La toute jeune fille suait à grosses gouttes et tremblait de tous ses membres. Le mettre en contact avec Lucrecia lui avait demandé des efforts colossaux et Vincent s’en voulut terriblement.

- Combien… Combien de temps cela a-t-il…

- Vous avez parlé près de deux heures, le coupa-t-elle. Et ce n’était pas très prudent. J’ai senti sa présence, Vincent… Je l’ai sentie !

Elle grimaça comme si elle avait mordu dans un fruit trop vert.

Vincent se remit sur ses pieds et frissonna.

- Jenova ? murmura-t-il d’une voix à peine audible. C’est elle que tu as sentie ?

Shelke acquiesça, une terreur qu’elle essayait de garder sous contrôle brillant dans son regard clair.

L’ancien turk tendit un bras vers elle et elle vint se réfugier sous sa cape, tout contre lui.

- Elle ne veut pas qu’on touche à ses « fils », Vincent, le prévint-elle. Ce sont ses émissaires, ses choses, ses instruments. J’ai peur, Vincent. Peur de ce qu’elle pourrait faire aux âmes immortelles de Lucrecia et d’Aerith. Peur de ce qu’elle pourrait leur faire à eux… et à nous, par leur intermédiaire. L’énergie qui est en train de se synthétiser autour d’elle est… sale. Noire. Redoutable. Un monde de ténèbres.

- Alors il n’y a pas de temps à perdre…

Ils rejoignirent Rufus, Reno et Rude, qui patientaient à côté en jetant des regards désorientés à Shalua, qui allait de l’un à l’autre de ses curieux patients, contrôlant les machines et les signes vitaux.

Lorsqu’ils virent entrer Vincent, ils bondirent aussitôt sur leurs pieds.

- Alors ? s’enquit le jeune président de la Shinra.

- Il est 16 heures. Je veux voir tout le monde en salle de conférence au plus tard à 21h00, annonça-t-il, faisant hoqueter Rude. Et quand je dis « tout le monde », c’est AVALANCHE inclue.

Rufus se raidit, heurté par le ton péremptoire de l’ancien turk, qui se permettait de lui jeter un ordre à la face comme s’il n’avait été qu’un subalterne.

- Suis-je supposé dire « à vos ordres » ? essaya-t-il de plaisanter, un sourire forcé sur ses lèvres sensuelles.

- Dis ce que tu voudras, Rufus, rétorqua Vincent en se dirigeant vers la porte de l’infirmerie. L’essentiel, c’est que tout le monde soit là dans une heure.

Il disparut et Rufus fit siffler l’air entre ses dents.

- Charmant !

Reno et Rude échangèrent une grimace et ce dernier fit claquer sa langue contre son palais.

- Si j’étais pas celui que suis, mec, je me mettrai à paniquer grave, là, tu vois…

Son partenaire acquiesça avec gravité.

- Ouais… Pour que Valentine commence à flipper, c’est que ça craint un max…

- A ce point là ? s’immisça Rufus, que leur ton, le comportement de Vincent et la situation saugrenue commençaient sérieusement à inquiéter.

Les deux compères échangèrent un regard entendu et hochèrent la tête de concert en direction de leur patron, qui jeta une oeillade désemparée à la cuve de mako dans laquelle flottait le légendaire et si redouté Sephiroth.

***

« Sephiroth ? Sephiroth…Tu m’entends ? »

« Qui êtes-vous ? Suis-je mort ? Je ne sens plus mon corps. Je ne sens plus rien… »

« Tu es dans une cuve de régénération, mon fils. Tu es en sécurité. »

« Qui êtes-vous ? Comment se fait-il que je vous entendre à l’intérieur de ma tête ? Et pourquoi votre voix me semble si… familière ?»

« Parce que c’est la première que tu aies entendue. Je suis ta mère… »

« Ma mère ? Elle est morte en me mettant au monde »

« C’est faux. »

« C’est ce qu’on m’a toujours dit »

« Je sais… »

« Tu serais donc Jenova ? »

« Non, Jenova n’est pas ta mère. Elle ne l’a jamais été. C’est moi qui t’ai conçu, porté et qui t’ai mis au monde. Moi, Lucrecia. Lucrecia Hojo. »

« Qui ? »

…à suivre

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II - Comme des rats dans un piège

« A semer le pain aux souris,

on attire des rats.

C. Chabot

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Colorisation : Akroma

Corrections : Arisu

***

Rude sortit de l’ascenseur en traînant des pieds et marqua une pause sur le palier.

Avec un soupir déchirant, il leva le regard vers la porte du bureau qu’il partageait avec Reno lorsqu’ils étaient cloués - comme c’était le cas depuis presque cinq jours - dans les locaux flambant neufs de la Shinra Corp.

A la seule idée de passer encore plusieurs heures enfermé entre quatre murs après avoir dû supporter une crise de “réunionite aiguë” avec Tseng et le « sieur » Shinra, son estomac fit des noeuds et émit un gargouillis inquiétant.

Nom d’un chocobo arthritique ! Ce qu’il pouvait détester rester là, à ne rien faire si ce n’est regarder des écrans de contrôle et compter les mégots de Reno qui s’amoncelaient dans le cendrier !

S’il n’avait craint d’être saisi par l’oeil des caméras de contrôle, il se serait mis à piétiner les dossiers qu’il tenait sous le bras et à jurer comme un contrebandier de mako.

« Allez, ce n’est qu’un mauvais moment à passer. » se raisonna-t-il en franchissant les quelques pas qui le séparaient du seuil de ce qu’il considérait comme son enfer personnel « Avec un peu de chance, peut-être qu’une ou deux bestioles bien enragées vont attaquer les employés du parc éolien de Nibelheim ou qu’un malade mental va s’introduire dans les labos du sous-sol et… » Il grimaça « Ouais… Et peut-être aussi qu’une fontaine de bière va jaillir au milieu du couloir ! »

- Merde, merde et remerde ! ronchonna-t-il à haute voix en poussant la porte du bureau maudit. Salut, ma poule, quoi de neuf ? lança-t-il à la cantonade en voyant son acolyte qui lui tournait le dos, assis devant un mur d’écrans de contrôle. J’ai un tas de paperasse à… Eh ! Oh ! Reno ! Je suis là. Je suis arrivé.

Pas de réaction.

- Reno ? Allô ? Ne me dis pas que t’es déjà rond comme une matéria ; il est à peine 10h00 du mat’ !

Il le rejoignit dans le but de le secouer un bon coup histoire de lui faire reprendre ses esprits mais, à peine avait-il avancé la main vers la chevelure écarlate, qu’il remarqua l’expression qu’affichait son compagnon - bien réveillé.

Reno, tendu comme la corde d’un arc et les yeux écarquillés fixés sur l’écran de contrôle qui lui faisait face, paraissait plongé dans un état quasi-catatonique, pétrifié par le choc. Sa bouche béait à un point tel qu’il tenait du miracle que la moitié des colonies de mouches de Midgar n’ait pas déjà pris leurs aises dans l’agréable et moelleux domicile.

- Reno ? Si tu voyais ta tête…

Pour toute réponse, et sans changer le moins du monde d’expression, ce dernier pointa lentement le doigt sur l’écran qu’il fixait sans sourciller.

Le regard de Rude glissa du visage de son acolyte à son l’épaule, suivit la manche noire jusqu’au poignet et, de là, l’extrémité du long doigt pâle pour se poser finalement sur l’écran de contrôle qui avait plongé son ami dans le trouble le plus extrême et dans un coin duquel on pouvait lire : « Mont Nibel / Camera 7 ».

Les yeux du turk s’écarquillèrent à son tour, signe de la plus grande perplexité.

Avec un grognement étouffé, il baissa un peu ses lunettes et s’approcha de l’écran jusqu’à le frôler presque du bout du nez.

- Tu vois ce que je vois, mec ? bredouilla Reno d’une voix à peine audible. Ou ce sont juste les effets secondaires de ma cuite d’hier ?

Très lentement, ils tournèrent la tête l’un vers l’autre.

Après un moment de flottement, ils clignèrent rapidement des yeux et, comme si un signal d’alerte silencieux venait soudain de résonner simultanément dans sous leurs deux calottes crâniennes, ils poussèrent un cri inintelligible et bondirent d’un même élan vers la console de communication interne, renversant tout sur leur passage.

L’énorme patte de Rude s’abattit sur le bouton d’alerte, menaçant d’écraser l’appareil pourtant solide sous sa paume, tandis que Reno s’égosillait dans le combiné au milieu des sirènes hurlantes.

- PATRON ! ALERTE !

« Reno ? Mais que diable se passe-t-il ? Pourquoi ce raffut ? »

- LES TARES SONT DE RETOUR !

« Quoi ? Les écologistes végétaliens qui ont voulu plastiquer le hangar de l’amiral Highwind ? »

- NON ! LE RAT DE LABO ET TOUTE SA PETITE FAMILLE !

« … Qui ? »

***

Le village de Nibelheim se préparait à fêter le solstice d’hiver à grand renfort de feux d’artifices, de musique et de spectacles théâtraux en tout genre. En quelques jours, la population du petit bourg avait pour ainsi dire été multipliée par deux et chaque auberge ou maison d’hôte affichait complet.

Il était midi passé et, dans les moindres ruelles, places et, surtout, dans le seul tout nouveau bar-restaurant du village, on se bousculait, flânait ou faisait des emplettes de produits « naturels » ou « de la ferme » - confitures, pâtisseries et conserves diverses.

Des touristes à Nibelheim ! Qui l’eût dit il y a seulement trois ans…

Mais il est vrai que depuis que Rufus Shinra avait fait du village un test grandeur nature en matière d’écologie et d’énergie renouvelable, Nibelheim était devenu une référence dans le domaine. La firme engloutissait des sommes astronomiques dans la recherche et, mois après mois, les besoins en mako diminuaient, au grand bénéfice de tous. Seul un réacteur de secours était actif - et encore ne fonctionnait-il qu’en cas d’extrême nécessité, d’urgence médicale ou pour les besoins des quelques expériences scientifiques dûment ratifiées par le congrès de déontologie, nouvellement créé.

Grâce aux efforts de Rufus et à son acharnement - sans doute aussi à son sentiment de culpabilité vis-à-vis de la planète -, bien des terrains exploités jusque là sans discernement par la Shinra avaient repris un second souffle et céréales, légumes et fruits sortaient de terre dans des proportions que personne n’aurait cru possible d’atteindre sans une aide chimique ou génétique.

- C’est vrai que tout a brûlé ? Ca paraît incroyable ! Tout semble si prospère et joli…

Shelke regardait autour d’elle et ne savait plus où donner de la tête. Des petites toitures de brique rouge aux murs chaulés et des fenêtres à croisillons aux portes sculptées et ferrées, les maisons de Nibelheim aux balcons ornés de fleurs d’hiver paraissaient sortir tout droit d’un conte pour enfant comme ceux que lui lisait sa soeur Shalua, il y a bien longtemps, avant que…

Elle secoua furieusement la tête pour chasser ses idées noires.

Repenser à la jeune femme - encore fragilisée par son récent coma - lui serrait le cœur mais elle devait être courageuse et faire bonne figure pour ses nouveaux amis. Revenir sur les lieux où ils avaient grandi et ceux où leur famille et beaucoup de leurs amis avaient trouvé la mort ne devait être facile ni pour Cloud ni pour Tifa. Loin de là…

Celle-ci hocha tristement la tête et chassa une longue mèche brune de son visage.

- Sephiroth a brûlé Nibelheim jusqu’aux fondations, oui. C’est la Shinra qui a tout reconstruit. Mais pas pour en faire ce qu’il est aujourd’hui, hélas. Enfin, pas tout de suite.

- Pourquoi, alors ?

- Pour cacher le fait que leur meilleur soldat avait perdu la raison et massacré des civils innocents.

Elle frissonna - pas seulement en raison du froid tombé en ce début d’après-midi - et resserra autour d’elle son long manteau gris, cadeau d’anniversaire de Shelke et de Shalua, qui, au fil des mois, était devenue sa meilleure amie, sa confidente et, à l’occasion, la baby sitter de Denzel et de Marlène.

Tiens, d’ailleurs, où étaient-ils passés, ces deux-là ?

- Partis avec Cloud voir le champ d’éoliennes, annonça Vincent en tendant un beignet fourré de confiture à Shelke. Quelle foule ! Tiens, goûte un peu ça. Lorsque j’étais gosse, les jours de foire, je tannais mon père pendant des heures jusqu’à ce qu’il m’en achète.

La fillette ne se fit pas prier et mordit dans le beignet chaud avec un plaisir non dissimulé.

L’ancien turk et Tifa échangèrent un regard mi-attendri, mi-amusé et cette dernière soupira en jouant avec le petit trousseau de clés qu’elle tenait à la main.

- Ca va aller ? s’enquit-il.

- Oui. Je… En fait, je ne sais pas quoi faire, Vincent. C’est une somme énorme mais…

- Mais tu as l’impression de vendre une partie de ton enfance.

Elle acquiesça et haussa les épaules.

Au vu de l’incroyable flambée du prix des maisons dans le village et des terrains environnants, Tifa s’était dit que c’était peut-être l’occasion de vendre celle de son père et de pouvoir enfin faire les travaux nécessaires dans le bar et la maison de Edge mais, maintenant qu’elle était au pied du mur et qu’un jeune couple lui avait proposé une somme astronomique pour la petite habitation et le jardin potager attenant, elle doutait de pouvoir s’y résoudre.

La jeune femme avait beau savoir que jamais elle ne pourrait plus vivre à Nibelheim et que sa maison n’était en fait qu’une copie conforme reconstruite par la Shinra après l’incendie, elle ne parvenait pas à couper totalement les liens avec cet endroit.

Vincent pressa son épaule de sa main valide.

- Tu n’es pas obligée de te décider tout suite. Prends le temps de réfléchir.

- A quoi bon ? C’est idiot ! J’habite Edge, maintenant. Nos amis, les enfants et leur avenir sont plus importants que… qu’un… « clone » de la maison qui m’a vue grandir. Sans compter que trop de mauvais souvenirs dorment ici…

- Tu prendras la bonne décision, j’en suis certain.

Tifa sourit et ouvrit la bouche pour le remercier lorsqu’un bruit de moteur et d’hélices se fit entendre au loin.

A l’instar des touristes présents, ils levèrent la tête pour voir de quoi il retournait et virent approcher trois hélicoptères de la Shinra, dont deux gros transporteurs de troupes, semant un début de panique dans le village.

Vincent s’assombrit et un mauvais pressentiment lui serra la gorge. Les souvenirs de la fête gâchée de Kalm par les troupes du deepground étaient encore bien présents à son esprit. Tout avait commencé ainsi : par une arrivée d’hélicoptères transportant des soldats armés…

- C’est Reno ! leur cria Cloud en fendant la foule apeurée, son cellulaire collé à l’oreille et poussant Marlène et Denzel devant lui. Il y a un problème au mont Nibel ! Où sont Cid et Barret ?

- Ils doivent nous attendre à la maison, comme convenu, répondit Tifa en brandissant son trousseau de clés et criant presque pour couvrir les exclamations affolées des badauds.

- Rejoins-les avec les enfants et enfermez-vous jusqu’à ce que Vincent et moi soyons de retour.

- Mais enfin, que se passe-t-il ? commença à s’inquiéter la jeune femme. Reno vous a demandé de le rejoindre ? Pourquoi ?

Cloud haussa les épaules et secoua la tête.

- Aucune idée mais, pour qu’il l’ait fait, c’est que ça doit être important.

- C’est pas juste, vous étiez en permission pendant encore cinq jours ! protesta Denzel, boudeur.

Vincent lui tapota la tête, rassurant, et Cloud piétina, impatient.

Depuis qu’il avait intégré les escadrons d’élite du Soldat, nouvellement reconstitués sous la houlette de Reeve Tuesti, le jeune homme prenait son rôle de “Première Classe” avec un sérieux excessif.

« Un sérieux maladif, oui… » ne cessait de répéter Tifa.

Cloud vivait chaque instant de sa vie de «héros» comme si c’était le dernier et que la survie de la planète entière dépendait des moindres de ses faits et gestes.

- Nous devons y aller, Vincent, ils nous attendent, insista-t-il.

L’interpellé hocha la tête et poussa le garçonnet dans les bras de Tifa.

- Prends garde à toi, Cloud, supplia la jeune femme, ne te…

- Je t’appelle dès que je peux, ne t’en fais pas ! la coupa-t-il en tirant l’ancien turk à travers la foule.

Tifa les regarda disparaître dans la cohue avec un arrière-goût dans la gorge. Et dire qu’elle avait longtemps nourri l’espoir qu’elle et Cloud…

Foutaises ! Maintenant que son ami d’enfance était devenu «le héros de Midgar», celui qui avait défait le «cauchemar de la planète», le terrible Sephiroth, et qu’il avait aidé à anéantir l’Omega, il n’avait définitivement plus que faire d’une femme, d’un foyer ou d’une famille bien à lui.

Bien qu’il refusât de le reconnaître à chaque fois qu’elle avait mis le sujet sur la table, il était clair qu’en intégrant enfin le SOLDAT, Cloud avait réalisé l’un de ses rêves d’enfant les plus chers. Elle se souvenait encore avec émotion de ce petit garçon timide qui lui avait promis de devenir un soldat fort et respecté pour pouvoir la protéger.

« A qui cette promesse bénéficiait-elle réellement, Cloud ? A toi ou à moi ? A qui faisait-elle le plus plaisir de nous deux ? »

Mais cette cruelle question, elle n’avait jamais osé la lui jeter à la figure.

Si Cloud aurait donné sa vie pour la protéger ? Elle n’en doutait pas une seule seconde. S’il l’aimait ? Bien entendu, elle en était absolument certaine. Mais comme un frère un peu incestueux ou un ami trop tendre et ce n’était pas ce qu’elle voulait. Non, ce n’était pas ce qu’elle voulait…

Plus maintenant qu’elle avait successivement passé l’âge des serments enfantins, des baisers sur le front puis celui des nuits d’amour sans lendemain. Désormais, elle avait besoin d’autre chose…

***

Dans la grotte du mont Nibel, il aurait été difficile de savoir qui, des soldats ou des hommes nus à la chevelure de mercure paraissaient le plus surpris ou les plus terrifiés.

Ces derniers - du moins les trois d’entre eux encore conscients - s’étaient recroquevillés les uns contre les autres et protégeaient le quatrième de leur corps transis de froid, faisant un dérisoire rempart de chair pâle entre eux et les hommes armés de fusils à cartouches paralysantes.

- C’est… C’est une plaisanterie ? bredouilla Cloud, figé par la surprise à l’entrée de la grotte aux côtés de Vincent.

Assailli par une foule d’émotions, de la colère la plus noire à la tristesse la plus poignante, le jeune homme se savait à ce moment précis incapable d’un geste, d’une parole ou de que quoi que ce soit de plus cohérent que la question stupide qui avait franchi ses lèvres…

…à suivre

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