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X - La proie pour l’ombre

“Le méchant remue le couteau dans la plaie ;

la brute y plante en plus la fourchette !”

Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Journal de Rufus Shinra

Ne pouvant me résoudre à me rendormir, je suis allé dans la bibliothèque chercher des réponses à mes questions. J’ai fouillé dans ces livres où mon père a fait coucher par écrit toute l’histoire de ma famille.

Comme c’est ironique ! Lorsque j’étais enfant, je faisais tout pour échapper aux radotages de ces vieillards, qui me faisaient piquer du nez, et, à présent, j’ai recours à ces mêmes chroniques pour fuir ces cauchemars.

Il y a là des centaines de pages noircies d’écriture serrée, racontant des siècles de guerres, d’alliances et de tragédies. Je suis l’héritier de cette histoire et je dois protéger mon empire des maléfices et des mauvaises influences.

Je ne faillirai pas une seconde fois.

Je commencerai par écarter Sephiroth, puis je trouverai le moyen d’apaiser les dieux et la créature maudite qui nous pourchasse.

D’après ce récit, c’est bien un Démon qui gisait dans ce temple. Ce monstre, cet esprit errant de la nuit, avait l’apparence d’une panthère noire, mais d’après les légendes, il semblerait que ces créatures peuvent prendre n’importe quelle forme.

Si c’est une telle chose que nous avons réveillée, que les Dieux aient pitié de nous. Ces démons sont avides de sang et ne cherchent qu’à assouvir leur soif.

Il est dit que celui-là, au terme d’un combat acharné, réussit à terrasser le fondateur de notre lignée.

A l’époque, le Démon-panthère avait causé des dégâts dans plusieurs temples de la région. Le fils aîné du fondateur, mon aïeul, avait donc organisé une battue avec l’aide des villageois de la région. Pendant plus d’un mois, ils ont traqué la bête en vain. Elle apparaissait à la nuit tombée, tuait puis disparaissait dans les ténèbres jusqu’à son prochain forfait.

Ils l’ont finalement débusquée, acculée dans le plus ancien de nos sanctuaires, le temple de Gongaga, et mon ancêtre l’a achevée lui-même. Il a insisté pour que sa dépouille soit aussitôt scellée dans ce temple, construit par son propre père pour remercier les dieux de sa fortune. Un prêtre a ensuite apposé des sceaux, les portes du temple furent condamnées et l’accès fut bouché par des blocs de pierre.

Je me demande si ce n’est pas à dessein qu’ils ont minimisé les commémorations de ces événements. Peut-être mon aïeul se sentait-il coupable d’avoir mis tant de temps à arrêter le Démon.

Il y a plusieurs autres détails insolites, aussi. Je peux comprendre que mon ancêtre ait voulu mettre autant de protections que possible entre lui et le Démon, même mort, mais pourquoi ne pas plutôt incinérer le cadavre de la bête ?

L’emplacement choisi pour le temple est le plus curieux, cependant. Je pensais qu’il avait été creusé dans la roche spécialement pour y emprisonner les pouvoirs maléfiques d’un démon, mais d’après les textes c’est la première victime du monstre qui en a décidé la construction, et ce bien avant l’apparition de l’esprit.

Dans ces conditions je ne m’explique pas son étrange situation. Mes ancêtres n’avaient pas pour coutume de creuser des habitats troglodytes.

Il faut que j’en sache plus sur ce qui s’est passé, mais si même les chroniques de ma propre bibliothèque ne peuvent me répondre… j’ignore qui le pourra.

Peut-être en existe-t-il une copie plus complète ailleurs. Au musée cetra de Midgar, peut-être ?

J’ai tellement à faire et si peu de temps…

*

La première chose qui me frappa fut la foule.

De l’orée de la forêt qui longeait la rivière jusqu’au bord de cette dernière, les berges étaient noires de monde. Des centaines de personnes lavaient leur linge, faisaient boire les bêtes, pêchaient ou se baignaient.

Je n’osais même pas imaginer le nombre de saloperies que devait charrier le cours d’eau !

- Attendez ici, Monsieur, je vais chercher le saint homme, proposa aimablement Zack.

Je m’assis donc sur l’une des marches de pierre grossièrement taillées qui descendaient jusque dans l’eau et attendis patiemment tandis que le poulain d’Angeal se faufilait au milieu de la foule.

Mes longs - trop longs ? - cheveux argentés et ma haute taille attirèrent immédiatement l’attention et j’entendis des murmures et des rires s’élever dans les groupes de femmes vêtues de robes humides.

A mon grand étonnement, je me sentis rougir. Je baissai la tête et, chose qui ne m’était jamais arrivée jusque là, fis même des vœux pour qu’aucune d’entre elles ne m’approche ou ne m’adresse la parole.

Le moment passé avec Angeal dans le 4×4 m’avait-il vacciné à vie contre la gent féminine ?

Par contre, je laissai mon regard courir avec plaisir sur les corps masculins dégoulinants d’eau. La plupart des Gongagiens étaient minces et avaient des muscles secs et bien dessinés. Je me pris à imaginer à quel point leur peau devait être douce et parfumée lorsque Zack me toucha l’épaule, me faisant tressaillir.

- Le saint homme vous invite à le rejoindre dans la forêt sacrée, Monsieur.

Le cœur battant, je me levai et le suivis à travers la foule, ne pouvant faire autrement que de frôler les corps à demis nus.

Il m’entraîna à quelques cinquante mètres à l’intérieur des bois, où s’élevait un petit temple peint de couleurs vives. Là, à l’ombre d’un grand arbre aux branches ressemblant à des lianes et aux larges feuilles d’un vert tendre, se tenait l’ermite, assis en tailleur à même le sol. Il était entouré de plusieurs hommes et de deux femmes d’un certain âge qui l’écoutaient avec respect.

Dans ce curieux décor, il me parut soudain palpiter d’une étrange aura de sainteté, comme si une lumière invisible irradiait de sa personne.

Je mis cela sur le compte de mon appréhension et de l’angoisse que j’avais connue les nuits précédentes. Sans doute désirais-je voir en lui un être possédant quelque pouvoir susceptible de me délivrer du cauchemar éveillé qu’était devenue ma vie.

Zack s’inclina devant lui et lui tendit de la nourriture enveloppée dans un linge. Le saint homme hocha la tête en signe de remerciement et posa le paquet à ses pieds tout en me faisant signe d’approcher et de m’asseoir.

Les gens qui l’entouraient s’inclinèrent et s’esquivèrent discrètement.

Lorsque je le vis Zack se préparer à tourner les talons, je paniquai un peu.

- Tu ne restes pas ? demandai-je. Comment vais-je comprendre ce qu’il va me dire ?

- Il a demandé à rester seul avec vous, Monsieur, répondit le garçon. Vous comprendrez ce qu’il a à vous dire, ne vous en faites pas.

Malgré mon regard suppliant, il s’éloigna.

Comment allais-je parler à ce singe crayeux ? Je ne connaissais pas un seul mot de son étrange dialecte gongagien !

Je me tournai vers son visage impassible et mon estomac se contracta. Dans quoi m’étais-je donc encore embarqué ?

- Euh… Vous… Je ne… Euh… Zack did you explain my problem ? demandai-je en articulant exagérément.

Son expression ne se modifia pas.

- Do you understand what i say ? No ? Wutaïgo o hanashimasu ka ? Sprechen zi Nibelian ? Habla Coreliano ?

Il me fixa sans rien dire et je secouai la tête.

- Vous ne comprenez pas un mot de ce que je vous dis, hein ? Mais qu’est-ce que je suis venu faire ici, moi… maugréai-je en me passant la main sur le visage.

Je le regardai entre mes doigts. Il ne clignait même pas des paupières.

Je perdais mon temps et me maudis d’avoir nourri l’idée saugrenue que ce type pouvait m’aider en quoi que ce soit.

- Ecoutez, je suis désolé de vous avoir dérangé dans votre méditation ou je ne sais pas quoi, O.K. ? m’excusai-je en me levant. Continuez votre karma ou ce que vous voudrez, je vais me dépatouiller tout seul comme un grand. Restez tranquillement assis pendant qu’un fauve me colle aux basques et croque la moitié de la population de la région, surtout, ajoutai-je amèrement.

J’essuyai la poussière de mon pantalon et ajustai ma casquette.

- Vous êtes un ignorant. Oui. Nerveux et ignorant. Une bonne victime pour le Démon.

Je me figeai et baissai les yeux vers l’ermite pour m’assurer que c’était bien lui qui avait prononcé ces mots et que mes oreilles ne me jouaient pas de vilains tours.

Il affichait à présent une expression amusée.

- Vous me comprenez ? Vous… Vous avez toujours compris ce que je disais ? réalisai-je.

Il esquissa un sourire et je me sentis blêmir.

Combien de fois l’avais-je traité de “ macaque ” ou de ” primate crasseux ” sur le chantier ? Je devais avoir bonne mine tiens !

- Je comprends surtout que vous avez peur, répondit-il. Et vous avez raison, d’avoir peur.

Je me rassis lourdement en face de lui, la gorge soudain sèche.

- Que m’arrive-t-il, vieil homme ? Pourquoi moi ? Y avait-il réellement un démon, dans ce temple ?

Il secoua la tête.

- Si vous aviez creusé encore un peu, vous auriez vu le squelette du Démon. Du démon mort il y a longtemps, je veux dire.

J’essayai de comprendre ce qu’il voulait dire.

- Le démon mort ? S’il est mort, qu’est-ce qui me poursuit dans ce cas ?

- Un Démon.

Je secouai la tête.

- Mais vous venez de me dire qu’il était mort depuis longtemps !

- Oui. Celui du temple est mort longtemps.

- Vous voulez dire qu’il y en avait deux enfermés là-dedans ?

- Non.

Je soupirai. Je n’étais vraiment pas d’humeur pour jouer aux devinettes ésotériques.

- Pourquoi ce démon m’en veut-il à ce point ?

- Vengeance ? Jalousie ? Qui peut savoir ? Peut-être avez-vous éveillé quelque chose en lui. Sa part la plus sombre. Un vieux souvenir.

- Moi ? Mais ça n’a aucun sens. Je n’ai pas pour habitude de fréquenter les démons !

- Dans cette existence, non. Mais combien en avez-vous vécu ? Qui saurait dire ?

- Une vie avant la vie ?

Ca y est ! J’y étais. Cette fameuse croyance en la réincarnation avec un passage dans la rivière de la vie.

- Vous voulez dire que cette chose se vengerait de moi pour quelque chose que je lui aurais fait dans une vie antérieure ? essayai-je de demander sans éclater de rire.

- Oui.

- Et que suis-je supposé faire ? Une offrande ou un machin comme ça ?

Ses yeux devinrent deux fentes brillantes et son expression grave m’enleva soudain toute envie de rire.

- Savez-vous ce qu’est un métamorphe ?

- Une sorte de démon capable de se changer de forme ?

Il croisa les bras et inspira profondément.

- C’est une créature maudite. A la fois homme et fauve. Un être magique et puissant.

- Homme et fauve ?

- Oui.

Je levai un sourcil. Mais qu’est-ce que c’était encore que ces salades ?

D’abord des démons et maintenant des ” matous-garous “. J’étais dans de beaux draps tiens. Garou ou non, il fallait que je me débarrasse de cette chose.

- Comment peut-on le détruire ? demandai-je. Il doit bien y avoir un moyen ?

Il se pencha en avant.

- Oui. Mais c’est très difficile. Vous dev…

Il s’arrêta soudain de parler et renifla l’air.

- Quoi ? m’enquis-je avec inquiétude. Qu’y a-t-il ?

Il leva la main pour m’imposer le silence et sembla écouter. Mon cœur battit à une vitesse affolante. Le fauve m’avait-il retrouvé ?

J’entendis des brindilles craquer derrière moi et me redressai d’un bond, prêt au combat.

- Que faites-vous ici ? gronda Rufus Shinra.

S’il y avait quelqu’un que je ne m’attendais pas à voir en ce lieu, c’était bien lui !

Il ne portait qu’un pantalon de toile blanche dont la ceinture lâche lui retombait un peu trop bas sur les hanches et était pieds nus dans la poussière, en signe de modestie et de respect.

Si je l’avais trouvé beau dans son kimono hors de prix, ainsi débraillé et torse-nu, il me laissa sans voix. Ce type était une véritable gravure de mode.

- Comment osez-vous souiller ces lieux de votre présence ? persifla-t-il.

Son visage était tellement crispé et sa veine battait si fort contre sa tempe que je le crus au bord de la crise d’apoplexie.

- Je… Commençai-je la gorge nouée, incapable de détacher mes yeux de son corps de rêve. J’étais venu consulter le saint homme sur les événements qui…

- Partez ! s’écria-t-il. Des êtres tels que vous n’ont rien à faire ici !

J’allais répliquer vertement lorsque l’ermite gesticula en braillant dans notre direction.

- Voilà ! Vous êtes fier de vous j’espère ? hurla encore son altesse sérénissime à mes oreilles.

Il me poussa brutalement et je le regardai, ébahi, s’agenouiller devant le saint homme, s’aplatir dans la poussière et lui parler d’une voix suppliante.

Jamais je ne l’aurais cru capable d’un tel geste de soumission.

A ma grande surprise, l’ermite entra dans une colère folle et lui cracha à la face.

Un tel comportement de la part du saint homme me stupéfia. Jamais, même lorsque je l’avais traité de primate crayeux sur le chantier, il n’avait montré le moindre signe d’agressivité.

Rufus se redressa d’un bond et lui parla en lui jetant des regards suppliants tout en s’essuyant le visage.

Je ne savais plus comment réagir. Tout ce que je saisissais des paroles de sa majesté des réacteurs étaient des expressions comme “aidez-moi” et “ayez pitié“, qui revenaient sans cesse.

Mais que se passait-il donc ?

Rufus essaya à nouveau de ramper vers le saint homme mais ce dernier se saisit d’une poignée de poussière qu’il lui jeta à la figure, le faisant se redresser en gémissant de douleur.

L’ermite, lui, gesticulait et criait, attirant les curieux.

Je crus saisir le mot “impur” au milieu d’un flot d’injures et me décidai enfin à intervenir.

- Mais qu’est-ce qui vous prend ? m’écriai-je en me penchant sur Rufus. Vous voulez le rendre aveugle ou quoi ?

Ce dernier me repoussa, presque aussi hystérique que le saint homme et, les yeux larmoyants à cause de la poussière, voulut encore lui embrasser les pieds en signe de respect.

La réaction ne se fit pas attendre.

Le vieil homme s’écarta, ramassa une pierre et, avant que je puisse faire quoi que ce soit, la jeta en direction de Rufus, qui la reçut en pleine poitrine.

Il retomba en arrière avec un cri et l’ermite en saisit une seconde.

Sans plus réfléchir, je me jetai sur son altesse sérénissime pour le relever en dépit de ses efforts pour me repousser.

La seconde pierre le toucha au front, lui faisant une profonde entaille et flaf ! Il me tomba dans les bras, complètement sonné.

Si je ne le sortais pas de là, ce dingue allait le tuer - sans compter que la foule se resserrait dangereusement autour de nous.

Rufus Shinra était un homme imbuvable et son comportement avait certes dû lui valoir nombre d’anicroches et de ressentiment mais de là à le lapider en place publique, il y avait quand même un monde !

Je le hissai donc sur mon épaule et m’enfonçai dans forêt en bousculant quelques badauds curieux attirés par le scandale, poursuivi par les imprécations du vieux sage.

Je marchai pendant ce qui me sembla être une bonne dizaine de minutes et m’arrêtai, à bout de souffle. J’ai beau être costaud, Rufus n’était pas un poids plume et je suais comme un chocobo après une course.

Je me trouvais dans une minuscule clairière bordée d’arbres immenses et je ne savais absolument pas où j’étais.

La gorge sèche et brûlante à force de courir, je posai délicatement Rufus sur le sol couvert de mousse et appuyai sa tête sur mes genoux. Son visage était barbouillé de sang. Mais qu’est-ce qui avait pu passer par la tête de ce vieux fou ?

Je me forçai à respirer calmement pour ralentir mon rythme cardiaque et retirai mon t-shirt pour lui éponger le visage.

Je m’aperçus alors que mes mains tremblaient et que j’avais le plus grand mal à les empêcher de s’égarer sur le torse glabre.

J’étais seul, paumé en pleine forêt et presque à poil avec, sur les genoux, l’un des hommes les plus séduisants qu’il m’avait été donné de rencontrer.

En dépit de la situation plus qu’incertaine, je ne pouvais que remercier tous les dieux bizarres de Gongaga d’une telle aubaine.

La coupure de son front saignait beaucoup et ses cheveux étaient encore mouillés. Ses paupières frémissaient à peine et ses lèvres entrouvertes semblaient me narguer.

- Autant en profiter avant qu’il ne se réveille… me dis-je avec un sourire en coin à l’idée de ce que j’allais faire.

Je me penchai par dessus son visage et posai délicatement mes lèvres sur les siennes.

Elles étaient fraîches et douces…

Je glissai le bout le ma langue entre elles, cherchai la sienne mais il poussa une petite plainte et je me redressai vivement.

Mais qu’est-ce que j’étais en train de faire ? Profiter qu’un mec tombe dans les pommes pour lui rouler une pelle ! J’étais tombé bien bas.

Je lui tapotai les joues et il finit par ouvrir les yeux.

En me voyant, il cligna des paupières à plusieurs reprises et s’écarta comme s’il avait été mordu par un serpent.

- Qu’est-ce que vous faites là ? s’écria-t-il en m’assassinant du regard.

- Vous pourriez au moins dire “merci”, notai-je en grimaçant.

Il porta la main à son front et la retira poisseuse de sang. Je lui tendis mon t-shirt, qui en était imprégné.

- Navré, je n’ai pas de mouchoir en dentelle sous la main, m’excusai-je, sarcastique.

Il hésita et le sang lui coula sur l’œil gauche.

- Si vous préférez, je peux vous donner le bas mais, je vous préviens, je ne porte rien dessous.

Il blêmit et se détourna à façon d’une jeune fille que l’on aurait abordé de façon trop grivoise.

- Allez, ne soyez pas idiot ! Prenez ça et pressez-le sur votre front.

Avec un grognement, il m’arracha mon t-shirt des mains et essuya le sang de son visage.

- Pourquoi le saint homme a-t-il eu une telle réaction en vous voyant ? demandai-je.

Sa majesté des réacteurs me jeta un regard noir et je vis ses lèvres se mettre à trembler.

- Cela ne vous regarde pas, cracha-t-il.

Je soupirai.

- Il était pourtant parfaitement calme avec moi, fis-je. Il vous a appelé “impur”,non ? Je pensais pourtant que vous…

- J’ai dit que cela ne vous regardait pas ! s’écria-t-il.

Si ses yeux avaient été des gunblades, je crois que je serai mort vingt fois. Ce type était quand même gonflé !

- Eh ! Je vous ai sauvé la vie, je vous signale ! J’estime que j’ai droit à quelques explications !

- Ici, vous n’avez droit à rien, persifla-t-il en se levant.

Cette fois c’en était trop. Je me levai et le saisis par le bras pour l’obliger à se retourner.

- Minute, papillon ! Je commence à en avoir ras le bol de toutes vos salades mystiques !

Je sentais que j’étais prêt à le frapper s’il ne me donnait pas d’explication cohérente.

- Lâchez-moi ! Je vous interdit de me toucher !

Je resserai mon étreinte et il grimaça.

- Ecoutez bien, votre gracieuse Majesté de mes fesses ! Je sais que vous aviez dans l’idée de supplier papa pour me faire virer et je vous ai pourtant sauvé la peau. Alors, maintenant, de deux choses l’une : ou vous m’expliquez ce qui se passe, ou je vous arrache le bras. Choisissez ! Pourquoi l’ermite a-t-il eu cette réaction ? Qu’est-ce que vous lui avez fait ?

Rufus serra les dents et me jeta un regard glacial.

- Ne posez pas vos sales pattes sur moi ! fit-il entre ses dents. Qui sait quelle partie du corps de vos semblables elles ont touché !

Je blêmis.

C’était donc bien ça qui le gênait tellement chez moi… Ce sombre abruti était homophobe !

J’avais eu bien souvent affaire à ce type de dingues et j’étais blindé depuis belle lurette mais, dans le cas présent, cela me fit particulièrement mal. Je sentis mon estomac se tordre et ma gorge se nouer.

- Très bien… Comme vous voudrez. Retournez donc voir ce singe crayeux et faites en sorte que leurs cailloux ne vous ratent pas cette fois. Ca rendra service à tout le monde !

Je le repoussai brutalement et il tomba sur le sol comme un sac de ciment avec un gémissement rauque…

…à suivre

Vous avez aimé ce texte ? Laissez-moi un commentaire !

Et le SOLDAT ? T’y as pensé ?

Ah ! Bah ouais ! Ils ont pas apprécié, les tutus, qu’une pointure du SOLDAT comme Angeal se paye leur tête dans leur journal interne…

Alors du coup, paf ! Retour de bâton.

Ah, ça va faire très très mal, si, si…

Pardon aux fans, amis, famille, tout ça… (j’aime beaucoup Sylvestre et la “World Company”, oui…)

Article paru dans le blog officiel des turks

*

TU VEUX PROUVER QUE T’ES UN HOMME, UN VRAI ?

ET LE SOLDAT, T’Y AS PENSÉ ?

Par Reno

(la réponse du berger à la bergère)

Le costume haute couture fait pas assez rebelle ? La cravate noire fait pas assez racaille ? Tu veux te frotter au gratin, à ceux qui mangent deux dragons coupées en rondelles au petit déj’ avant d’aller zigouiller leurs trois douzaines de monstres quotidiens ? Des noms comme Sephiroth ou Angeal te font fantasmer ? Toi aussi, tu rêves du grand frisson ?

O.K., tonton Reno va te guider dans les ruelles sordides de Testostérone-city.

Prépare ton déo stick large senteur marine, une maxi-dose de gel coiffant et bienvenu dans le monde merveilleux du SOLDAT !

Certains trous du cul de la baston sont orientés « lame de moissonneuse-batteuse », d’autres sont plutôt « pan-pan-j’t'ai-eu ». Mais le point commun entre eux est cet amour sans limite pour le SOLDAT. Et c’est vrai, le SOLDAT est une institution attachante. Un peu comme on s’attache à un enfant autiste ou à une voiture qui ne veut plus avancer…

Nous allons faire de toi un vrai postulant SOLDAT, un de ceux qui se la pètent dans les salles de muscu entre une gorgée de boisson vitaminée et une giclée de gel capillaire extra-fort.

LE SOLDAT, C’EST PAS UNE ARMEE DE PEDALES !

Ouais, je sais, je sais, tu confonds encore ta gauche et ta droite mais ce n’est pas grave : le SOLDAT est un vivier de guerriers d’élite, ça veut pas dire que c’est un endroit pour gens sérieux. S’il y a bien une question à ne pas se poser avant de flinguer cinq ans de ta vie pour faire tes classes au SOLDAT c’est : “Pourquoi ?”.

Et il existe une méthode infaillible pour vouloir faire ta ch’tite croix au bas de la feuille d’engagement. Lis le message suivant 500 fois et, tu verras, tu seras convaincu par ces arguments percutants, mais subtils, que tout ce qui n’est pas SOLDAT, c’est de la caille :

« Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! »

Si jamais, au cours de ce qui précède, tu as le moindre doute sur la supériorité du SOLDAT, demande un shoot de mako et reviens lire deux ou trois cent fois ce message. Cela devrait t’aider à te faire une opinion stable.

Maintenant que je t’ai expliqué toute la supériorité du SOLDAT grâce à cet argumentaire objectif et consistant, je te propose de télécharger et d’imprimer, via le super-site-Internet-maxi-testosténonné du SOLDAT, les 100 pages du manuel gratuit d’entraînement du SOLDAT en PDF à lire obligatoirement avant de postuler.

Et devine quoi ? C’est du bilingue, eh ouais ! Moitié langue courante, moitié langue de pute ! Des articles écrits par des vrais hommes pour de vrais hommes !

MAIS OU EST LA SUITE DE LA PAGE 2 ?

Ah ! Le fabuleux moment de la lecture du manuel d’entraînement ! Il reste gravé à tout jamais dans la mémoire de chaque postulant.

Comme ça vient du SOLDAT, c’est de la balle ! On sent que c’est vraiment du bon boulot.

1/ C’est du noir et blanc mais tu t’en fous, t’es un homme, un vrai. L’important, c’est le contenu !

3/ Les pages sont mal calibrées, ça donne un aspect bourru et tordu. C’est normal ! C’est pour faire plus viril.

3/ Les textes sont entrecoupés d’offres de vente de matériel et d’équipement militaire et il faut lire les « articles » comme un jeu de l’oie. C’est normal ! C’est bilingue mais aussi bicéphale : ça fait manuel d’infanterie et catalogue publicitaire de la SHINRA en même temps.

Au bout de 48 heures de reconstitution et des doigts de coron parce que l’encre n’a pas eu le temps se sécher, tu pourras enfin découvrir ce pour quoi tu viens de péter une cartouche d’encre et 2 jours de ta jeunesse…

Wahouuuu !! 4 lignes de texte incompréhensible plein de mots scientifiques pour 38 lignes de pub. Le top moumoute ! Un vrai manuel de pro rien que pour toi.

Encore une fois, faisons appel à la méthode préférée des SOLDATS pour se convaincre de quelque chose :

« Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! Les autres corps d’élite, c’est pour les bleus, Le SOLDAT, c’est pour les vrais hommes ! »

Bien. Tu es sur le bon chemin.

BIENVENU PARMI LES TIENS !

Maintenant que tu as lu le manuel de l’apprenti SOLDAT, tu es un vrai guerrier, c’est clair ! Un dur de dur. Une racaille de la baston, un warrior qui laissera son nom dans l’Histoire avec un grand « i », tu fais peur à tous les mercenaires professionnels et la Shinra veut t’embaucher pour réorganiser toute la sécurité interne parce que ces pédales de turks ont salopé le boulot.

Il va désormais falloir, au quotidien, te comporter comme un guerrier, un vrai, c’est à dire avec un esprit de guerrier dans un corps de guerrier et avec un langage de guerrier.

Une fois que tes amis, tes confrères et ta famille auront bien vu que tu as changé, que tu n’es plus le même homme, il va falloir répandre aussi la nouvelle sur la planète et te faire de nouveaux amis qui seront, comme toi, des guerriers. Tu devras aller dans les bas-fonds des salles de fitness branchées, dans les profondeurs des salons de coiffure à la mode, dans les fosses des bars à 300 gils la boisson vitaminée, là où se planquent les pros de la lame, les Super-Guerriers, là où seuls les vrais cogneurs réussissent à se faire une place dans cet univers de violence.

MAIS NE PERDS JAMAIS DE VUE TES OBJECTIFS !

Car, au SOLDAT, le combat n’est jamais fini.

Garde les pieds sur terre et n’oublie jamais l’essentiel : tu es un postulant SOLDAT, donc tu es là avant tout pour te la péter comme un Dieu !

Fais bien attention à tout faire dans l’ombre, n’avoue jamais que tu dézingues n’importe qui pour le simple plaisir de te sentir enfin quelqu’un de puissant, que tu utilises deux bouteilles d’après-shampoing et une demi-livre de crème hydratante à chaque douche ou que tu as choisi l’épée la plus longue pour compenser ce qui te manque. Toi, tu es un trou du cul de guerrier du SOLDAT, tu es au-dessus de tout ça et ton seul objectif est la sécurité de la planète ! Jamais tu n’oserais abuser de ton pouvoir ! Tu es là pour protéger l’innocence et la justice, ouaiiiiiis ! ! !

Wahouuuu… Y’a pas à dire, depuis que tu es devenu pré-postulant SOLDAT, je te regarde d’un autre oeil. Maintenant, j’ai l’impression que tu n’as plus mauvaise haleine et je te trouve même un certain charme ténébreux. Pour un peu… j’en oublierais presque que tu es une tanche !

Reno


Alors ? On a bien rigolé ? Tant mieux. Je me suis inspirée d’un vieux truc sur les “lamers” pour ce chapitre.

Je peux faire un peu de pub pour moi ?

Hein ? Si, j’ai le droit !

Ah ! c’est ça ou je vous parle des fesses de Loz ! Choisissez !

Ca y est ? Vous avez choisi ? Bien !

Alors :

Pour ceux qui veulent la pub :

Nan, je voulais juste vous dire qu’il ne reste plus que 20 exemplaires du fascicule “FF7 FANFICTIONS tome 1“, alors, si vous ne l’avez pas encore acheté, rendez-vous à la boutique parce que, comme les derniers seront liquidés à Japan Expo, les retardataires vont se retrouver le bec dans l’eau, comme on dit.

Et pour ceux qui préfèrent les fesses de Loz :

C’est là que ça se passe –» ( ).( )

Le tromblon libéré - Coup de gueule d’Angeal !

LE TROMBLON LIBERE (1)

Zeu fanzine officiel du SOLDAT

(Trimestriel à diffusion aléatoire)

(1) Pour ceux qui ne savent pas ce qu’est un tromblon :

a/ Au sens figuré : Un tromblon, c’est un thon. Autrement dit, on peut dire d’une fille très très très moche (comme moi) « Pouah ! T’as vu le tromblon ? »

b/ Au sens propre : le tromblon est l’ancêtre de notre fusil et c’est idéal pour tirer du gros sel sur les fesses des voleurs de pommes (à ce propos, si Loz lit ceci et qu’une envie de pommes lui tiraillait le bidon, mon verger, c’est le troisième à gauche après le figuier). Le canon ressemble à une trompette - autrement dit, le tir de précision n’est pas envisageable. Nan, nan ! Un tromblon, ça canarde large ! C’est un tir « grand angle » ! ^____^ Alors si vous envisagiez un travail de tromblonneur d’élite… Euh, oubliez tout de suite, ce métier n’a aucun avenir !

Après cet interlude culturel et cultivé ! (Dans tous les sens du terme puisqu’il était question de vergers et de pommes - suivez, prenez des notes, je ne vais pas répéter!)

PASSONS A L’ARTICLE D’ANGEAL TIRE DE LA UNE DU TROMBLON LIBERE

…la vengeance des turks sera sanglante !

MAIS QUE FONT LES TUTUS ?

le coup de gueule d’Angeal

Alerte, mes frères soldats ! Les neuneus vont débarquer ! Ca y est, les turks ont enfin lancé leur campagne annuelle de recrutement à travers les trois principaux continents et, comme chaque année, les tests d’aptitude physique auront lieu dans nos locaux !

Alors ? Ready pour voir les nouveautés prévues par nos bons gros bœufs de trous du cul de tutus ??

OUUUAAAAIIISSSS !!

Bon O.K., alors c’est par là, suivez-moua !

SCOOP : Les turks font de la promo on the weurd !

Tout le monde s’étonnait que les Tutus n’aient pas une tite’ brochure pour rameuter les foules déchaînées ; c’est fait depuis cette année ! Et ça vaut le coup d’œil, si, si…

Tout d’abord, sachez que les Tutus ont de trèèèès très beaux prospectus. C’est pas des fascicules bleu et du noir de lopette, comme nous, nan, nan. C’est tout rempli de pages en papier glacé et du bon gros vrai design avec tout plein de lignes qui se croisent et des machins qui se déplient dans tous les sens ou qui se découpent en suivant les pointillés. La classe !

Et puis ce qu’ils disent dedans, c’est vachement impressionnant.

Jeune étalon téméraire, tu veux aller de l’avant, pulvériser tes propres limites et écrire ton nom au fronton de l’histoire ? Alors, il va falloir quitter le SOLDAT et devenir Tutu. Là tu « cotoyeras » le gratin, de vrais hommes avec des couilles monstrueuses qui passent leur temps à décortiquer des messages secrets et à déjouer des complots. Et comme ça, après, quand on te verra arriver au réfectoire, on fera tous “Waaaaaaaaaahhhh t’as vu c’est le nouveau tutu ! Mon Dieu, qu’il est beau !”.

Ils ont même l’intégralité de leur organigramme sur un dépliant séparé ! Si !

Ah ! Cette organisation bien hiérarchisée, avec ceux qui donnent les ordres et ceux qui les exécutent…

Hhmmmm quel plaisir ça doit être de se faire insulter par un tutu de rang supérieur… Oh ! Oui, fouette-moi, vas-y, écrase-moi les testicules avec tes pieds…

VIE PRATIQUE : Devenir Tutu

Allez, assez ri, passons aux choses sérieuses.

Si vous voulez devenir Tutu, voici les conseils que je peux vous donner, après avoir décortiqué leur littérature « ultra design », pour mettre toutes les chances de votre côté.

Pour devenir Tutu, il faudra bien sûr faire l’acquisition de quelques ouvrages essentiels (en plus du dico sobre/pinté - pinté/sobre de 250 mots + son livret bonus “Le mot “Yo” sans effort”) :

- « La mort, ça peut tuer »

- « Oui-oui et les espions » (Éditions Shinra jeunesse)

- « Apprendre à vivre avec la trisomie 21 »

Voici aussi la liste du matériel nécessaire au Tutu débutant :

- Un crayon à papier HB avec une gomme au bout.

- Un grand cahier bleu (marge et grands carreaux) pour noter tes ordres de ton chef tutu.

- Un petit cahier rouge (marge et grands carreaux) pour noter les conseils de ton chef Tutu adoré.

- Des fiches bristol cartonnées pour noter des résumés de tes recherches pour les transmettre à ton supérieur Tutu.

Le tutu training camp

Un bon tutu, ça s’entretient.

Et pour ça, vous pourrez, une fois intronisés au club des joyeux tutus, vous rendre dans leur camp d’entraînement spécial. Mais attention, c’est dur ! (SIC !).

Ce petit test va vous permettre de savoir si vous pourrez résister à l’entraînement paramilitaire des tutus :

Tu es un tutu chargé de la sécurité du président de la Shinra, qui vas-tu soupçonner en premier de pouvoir attenter à la vie de ton boss adoré ?

1/ Le cuisinier avec le passe-partout dans le frigo

2/ La soubrette avec la brosse à dents dans la baignoire

3/ Le général ketchup avec la pince à escargots dans le placard

3/ Ton partenaire parkinsonien et sa manie de jouer nerveusement avec son 11-43 chargé quand il essaye de réfléchir

On te prévient qu’une « organisation militante écologiste s’apprête à plastiquer un labo de clonage de la Shinra ». Que fais-tu ?

1/ Tu trouves que c’est une bonne idée, mettre un truc sous cellophane, ça le conserve, c’est bien connu.

2/ Du plastique pour des écolos ? C’est forcément une blague, inutile de s’inquiéter.

3/ Je refile le bébé à ces cons du Soldat.

4/ « J’espère qu’ils ont des dents solides pour mastiquer un cabot ! »

6×3 ?

1/ Euh… 63 ?

2/ 18

3/ Le guépard

Pas très concluant, tout ça !

Et malheureusement pour nous, la cuvée des recrues de cette année semble très en dessous de celle des apprentis tutus de l’an dernier.

Je ne peux qu’encourager Grand Gourou Tseng à perfectionner encore la formation de ses petits gars pour devenir enfin la référence ultime des trous du cul de la Shinra.

Je sais qu’ils en sont capables…

Angeal


Cette adaptation trèèèèèèèèèèèèès libre et la précédente intervention d’Angeal sont un gros gros gros clin d’oeil à Ackboo et à tous ceux qui, depuis plus de 10 ans, réussissent à garder leur humour et leur sens de l’autodérision malgré ce qu’est devenu ce p… de milieu !

Les rapports tordus de Rudo…

Les rapports de Rude sont parfois… rudes (à encaisser, s’entend)

Mais bon… ce brave garçon n’est pas une flèche, tout le monde le sait, hein. (Hein ? Quoi ? Je vais me faire des ennemis ? Où ça ? Ah… Bonjour Monsieur.)

Je disais donc que les rapports de mission de notre Rude adoré ont ceci de particulier qu’ils sont toujours attendus avec une grande impatience par les archivistes et les supérieurs hiérarchiques, qui se les refilent en se gondolant comme d’autres des photos gag…

Pourquoi ?

Eh bien, lisez ces quelques extraits choisis, vous comprendrez…

***

Extraits du dossier 587RO-B58 des rapports des agents spéciaux “TURKS”

Agent 008 : MANFRED EVINRUDE (dit RUDE)

« Après avoir exploré le réacteur Zéro sous toutes les coutures, nous avons pu voir qu’il n’y avait plus rien à voir. »

« Suite à l’attaque subite de l’homme, Reno a dû se défendre avec le gunblade de ce dernier. Après le coup violent porté à la gorge, la tête ne lui tenait plus que par la peau du derrière. »

« Comme le Capitaine Rhapsodos nous semblait devoir être pris en charge au plus vite dans un asile psychiatrique , nous avons estimé urgent de l’appréhender pour le conduire au siège de la Shinra. »

« Des témoins nous ont assuré que le dit Cloud Strife était cloué sur son lit par deux coups d’épée au bras. »

« Mort sur le coup, l’homme avait déjà été victime d’un accident identique l’an dernier. »

« Je jure sur mon honneur que j’ai effectivement frappé le dit Cid Highwind à la tête avec le marteau mais en faisant bien attention à ne pas lui faire mal. »

« Les neufs coups d’épée sur le cou, le torse et le visage de Zack Fair, dont le corps a été retrouvé au nord du désert, laissent croire que la mort n’est pas naturelle. »

« Malgré toutes les menaces que vous avez brandies, je vous rappelle que mon partenaire n’a avoué qu’un petit vol de rien du tout ainsi que quelques autres meurtres. Je ne vois donc pas de raison de le suspendre plus longtemps. »

« Nous nous sommes bien rendus à la maison de la mère du nommé Genesis. Toutes les entrées de la femme étant verrouillées, nous avons jugé préférable de pénétrer par le devant. »

« Plus l’homme cherchait à nous donner des explications sur son geste, plus nous avons compris qu’il ne parlait pas la même langue que nous. »

« Le trou de balle était si gros que nous avons pu y mettre deux doigts. »

« Il est faux de dire que mon partenaire aurait froidement assassiné le suspect. Il n’a fait que se défendre face à un fou dangereux. J’ai pu constater par moi-même que le cadavre ne semblait pas en possession de toutes ses facultés. »

« D’après le rapport d’autopsie du professeur Hojo, il semble évident que le pendu soit mort noyé.”


Bon bah j’espère que ce p’tit délire inspiré de quelques perles (hélas bien réelles !) vous aura fait au moins sourire (Un peu d’humour dans ce monde pourri…)

Ah, oui, pour ceux qui ne le sauraient pas, Evinrude est une marque de moteurs de bateaux très connue (ils sont particulièrement bruyants puisque généralement gros et très puissants…). Je trouvais ça rigolo, ne me demandez pas pourquoi.

Je précise aussi que Rude ne s’appelle pas plus “Manfred” (j’ai adoré “Ice Age”, oui) que Reno ne s’appelle “Renato”, enfin, je ne pense pas… Je l’espère pour eux, en tous les cas ! :oD

IX - La chasse est ouverte

“Certaines chasses se résument à de l’inqualifiable poursuivant l’immangeable.”

Anonyme insp. de M. Genevoix

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Je crus avoir mal entendu.

- Par une fenêtre du premier ? Il avait donc des ail…

Mon cœur manqua un battement.

Angeal…

- Angeal ! criai-je en me précipitant dans l’escalier, talonné par Zack. Angeal !

Je dérapai sur le tapis du haut de l’escalier et me raccrochai à la rambarde avant de foncer dans le couloir.

- Angeal ! Angeal !

Pourquoi ne répondait-il pas ?

Je priai de toutes mes forces les dieux dont j’avais entendu parler depuis que j’étais arrivé pour le retrouver indemne.

- Angeal !

Je le vis enfin, debout devant la porte de ma chambre, blême comme un linge.

J’en aurais crié de soulagement.

- Angeal… Ca va ?

Il ne réagit pas, continuant à fixer ma chambre par la porte ouverte.

- Angeal ? Qu’y a-t-il ?

Je suivis son regard.

En réalité, il n’y avait plus de porte. Ou, du moins, ce qu’il en restait gisait sur le sol, en charpie.

Mais le pire se trouvait à l’intérieur…

J’entrais, sidéré, laissant Angeal et Zack dans le corridor.

La fenêtre semblait avoir littéralement explosé, comme dans les films d’espionnage, quand le type habillé de noir passe à travers le carreau, suspendu à une corde d’escalade.

Tout le mobilier avait été réduit en pièces et le lit où j’avais dormi avait été sauvagement lacéré. La bourre du matelas était répandue à travers la pièce et la serviette de bain que j’avais utilisée me rappela l’état de mon sweet-shirt dans le 4×4.

Dans ce désordre, je ne remarquai pas tout de suite le sang. Pas avant de poser le pied dessus avec un bruit gluant…

La flaque s’écoulait lentement entre les lattes de bois du sol et la descente de lit s’en imbibait comme une éponge.

J’eus un mouvement de recul et marchai sur quelque chose de mou qui émit un étrange craquement sous ma semelle.

Je baissai les yeux et la première chose que je reconnus fut une alliance d’argent… avant de comprendre qu’elle était passée à l’annulaire d’une main sans bras, qui tenait encore un chiffon à poussière et sur laquelle j’avais posé le pied en brisant les phalanges sous mon talon.

- C’est moi qu’il cherchait… murmurai-je, la gorge sèche, en regardant la main qui avait, selon toute vraisemblance, soit appartenu à la femme de ménage, soit à l’épouse de l’aubergiste.

Angeal sembla sortir de son étrange léthargie et s’approcha pour poser la main sur mon épaule.

- C’est peut-être juste un hasard, Seph, chuchota-t-il. Un horrible hasard.

Je me dégageai brusquement, mes boyaux faisant le grand huit.

- Hasard, mon cul ! me récriai-je. Pas deux fois de suite, Angeal ! C’est moi que cette saleté de bestiole cherchait et tu le sais très bien ! Je ne suis plus un enfant que l’on a besoin de rassurer lorsque la nuit tombe !

- Général, c’est… C’est…

Zack contemplait la scène de carnage, horrifié.

Je le saisis par les épaules.

- Zack, où est le vieil ermite ? Il faut que je le voie ! Où peut-on le trouver ?

- Seph ! intervint Angeal. Qu’est-ce qui te prend ? Tu perds les pédales, ou quoi ?

Notre jeune compagnon détourna le regard de la chambre et bredouilla, presque malade de dégoût :

- Sans doute près de la rivière, non loin de la forêt sacrée. Je ne pense pas qu’il se terre dans une grotte. C’est un saint homme, Général. Il ne craint ni les fauves, ni les démons.

Il avait bien de la veine parce que moi, je n’étais pas du tout rassuré à l’idée d’être traqué par ce qui avait fait irruption au premier étage pour réduire en compost bois, tissus et chair sans distinction !

- Tu vas nous aider à le trouver, Zack !

- Seph ! se récria Angeal. On doit rester ici !

- Le temps presse, Angie ! Il faut mettre un terme à cette tuerie.

- La police va débarquer et voudra savoir ce qui s’est passé.

Il avait raison. Ce n’était pas le moment de rendre la police soupçonneuse, même si, comme je lui fis remarquer…

- Ca m’étonnerait qu’ils se bougent. Ils ne voudront pas troubler le repos de ” Monsieur le Prince ” avec une triviale histoire à dormir debout de fauve tueur de femmes de chambre ! Ils sont bien trop pétochards pour tenter quoi que ce soit sans son accord.

Angeal me saisit par les épaules.

- Tu comptes te taper la route jusqu’à la rivière, avec un fauve qui rôde en te cherchant partout, pour aller demander conseil à vieux singe ?

J’allais répliquer lorsque, pour échapper à l’aubergiste et à un groupe d’hommes qui commençaient à monter l’escalier armés de fourches et de fusils, je poussai notre petit trio dans la chambre d’Angeal et refermai la porte sur nous.

- Il faut que tu saches quelque chose, Angie. Nous avons une piste concernant le meurtre, au chantier.

Je fis signe à Zack, qui sortit le poignard dissimulé à la hâte lorsque les cris de la femme avaient interrompu notre conversation.

- Ce poignard porte des traces de sang frais et les armes de la famille Shinra…

Angeal, la première surprise passée, joua pensivement avec sa barbichette et finit par demander calmement :

- Tu penses donc que Rufus Shinra est notre tueur ?

J’acquiesçai.

- Cela semble probable. S’il est vraiment aussi superstitieux qu’il nous l’a laissé deviner, il a pu craindre la malédiction et vouloir laver l’offense dans le sang en signe de sacrifice.

- Je ne l’accuserai pas si vite, Seph. Il ne se salirait pas les mains lui-même…

- Il a pu donner les ordres, cela ne change pas grand chose. L’ermite m’en dira peut-être plus. Toi, reste ici pour attendre les autorités et essayer d’arranger les choses le cas échéant, tu es bien plus diplomate que moi.

Angeal hocha la tête sans enthousiasme.

- Hors de question de te laisser aller là-bas seul, Seph.

- Je ne serai pas seul, Zack va venir avec moi. Et, si on trouve le vieux singe, il nous protégera du vilain matou avec sa magie ! ajoutai-je avec un clin d’œil railleur.

Angeal me serra la main comme s’il ne devait jamais me revoir et soupira.

- Tu perds la boule, Seph, mais bonne chance.

Zack sur mes talons, je quittai donc l’auberge, où la panique était totale, en direction du seul “concessionnaire” de voitures existant (en réalité, le petit garage du patelin) à la recherche d’un nouveau véhicule.

Je n’étais pas loin de penser, comme Angeal, que je devenais fou. J’avais toujours fui comme la peste tout ce qui se rapprochait de près ou de loin de la superstition ou de la religion. J’avais vu trop de gens céder aux sirènes de la facilité et remettre leurs décisions entre les mains de charlatans qui les absolvaient de leurs responsabilités.

Mais là, en terre inconnue, où tout le monde autour de moi semblait consulter une divinité avant de bouger le petit orteil, je me retrouvais avec un gros, très gros problème qui échappait à toute logique et peu de recours possibles. J’ignorais contre quoi je devais me battre ni pourquoi j’étais la victime désignée mais, sans des appuis puissants, personne ne ferait rien susceptible de froisser si peu que ce soit Rufus Shinra en m’aidant à y voir plus clair. Et le seul appui assez fort pour contrer Shinra, c’était les croyances de ces gens.

Il me fallait des renseignements, m’attirer les bonnes grâces des autochtones à défaut de celles de leurs dieux et, pour ça, je devais retrouver le saint homme, en espérant qu’il ne m’enverrait pas sur les roses après la façon dont je l’avais traité.

Mon impulsivité m’avait toujours coûté cher et là, j’étais à deux doigts de me jeter à nouveau dans la gueule du loup…

*

Au garage, j’avais arrêté mon choix sur un antique 4×4 imposant qui, à Midgar, n’aurait jamais passé un contrôle technique, mais qui semblait la plus solide des trois bagnoles en stock.

Les vitres latérales et celles de l’arrière avaient été remplacées par des grilles d’acier soudées, ce qui me parut idéal pour notre périple.

J’avais vu dans ma chambre ce que notre fauve ” volant ” pouvait faire d’une vitre et, bien qu’il ait prouvé la veille pouvoir tordre le métal comme une feuille d’aluminium de cuisine, ces grilles nous donneraient au moins un peu de temps pour fuir en cas d’attaque surprise.

J’avais laissé le marchandage à Zack, qui se débrouilla - j’ignore comment - pour arracher un prix dérisoire au garagiste.

Après un démarrage un peu poussif, j’avais sorti le 4×4 du terrain vague qui servait de lieu de stockage au garage, tournant le volant comme un marin au long cours son gouvernail pour faire braquer ce paquebot dans la rue sans arracher le mortier du mur d’en face.

C’est sûr, j’aurais donné très cher pour une voiture plus moderne, plus petite et, surtout, plus rapide, qui m’aurait arraché de ce bourbier au plus vite, mais j’étais bien obligé de faire avec ce tank !

D’un autre côté, la construction “à l’ancienne” de la bagnole résisterait peut-être une seconde de plus au fauve s’il nous tombait dessus.

Avant de sortir de sortir de Gongaga, Zack m’avait indiqué le chemin d’un marché où on pouvait acheter et vendre quasiment n’importe quoi.

Nous y avions acheté deux couvertures, deux fusils de chasse et une ample provision de munitions. Sur le conseil de Zack, nous avions également fait l’acquisition de nourriture, pas seulement pour nous mais aussi pour offrir au saint homme, ainsi que d’encens et d’une machette pour mon compagnon, au cas où les fusils nous feraient défaut.

Maudite bestiole !

Je crispai les mains sur le volant du 4×4.

Bon sang, mais d’où venait-il, ce satané animal ?

J’essayai de rester logique.

Un fauve dressé à tuer à qui l’on aurait fait sentir mon odeur ?

Qui ? Rufus Shinra, roi des animaux ?

J’imaginais bien la scène, tiens…

“Toi sentir odeur de ce con de Sephiroth et puis toi sauter par fenêtre pour boulotter lui. Moi avoir mis trampoline dessous pour petites pattes à toi. Toi comprendre ?”

Non, cette bête n’était pas une bête ordinaire. Mais qu’est-ce que c’était, alors ?

Un démon ? Ca existait, ces trucs-là ?

- Vous devez prendre à droite, général.

Je tressaillis.

- Pardon ?

- A droite, répéta Zack. La forêt sacrée se trouve se trouve en amont de la rivière.

Je ralentis et regardai autour de moi. Nous étions que les berges de la petite rivière qui alimentait toute la région en eau et je me surpris à chercher des yeux luisants dans l’obscurité, la gorge serrée, mais rien n’attira mon attention.

Le fauve était-il toujours à mes trousses ?

Je secouai la tête, essayant de ne pas y penser, et suivis les instructions de Zack.

Nous empruntâmes un chemin de terre battue et la voiture fit des bonds de cabri.

*

Journal de Rufus SHinra

J’ai peur…

Je viens de me réveiller en sursaut et de vomir tout le contenu de mon estomac.

Il y avait une grande quantité de sang. C’est la seconde fois que cela m’arrive.

Le médecin m’a conseillé d’aller faire des examens à l’hôpital. Il pense que j’ai un ulcère.

Cela ne m’étonnerait guère étant donné l’angoisse qui m’étreint depuis la profanation du temple. Mais je ne pense pas que cela soit aussi simple et je ne puis voir dans ces horribles malaises, qui me laissent aussi épuisé que si j’avais couru toute la nuit, que la main des dieux.

C’est sans doute eux aussi qui m’envoient tous ces cauchemars.

Hier, j’ai appris que le Général Sephiroth était… je n’ose même pas coucher ce mot sur le papier tant il est immonde et inhumain !

Disons que ses préférences vont souvent aux personnes de son propre sexe, contre toute morale ou loi naturelle. Cette nouvelle m’a empli d’horreur lorsque je l’ai apprise de la bouche de Palmer, à qui j’avais demandé de se renseigner sur lui.

Quand je pense que j’ai serré sa main et que jai touché des documents sur lesquels ses doigts ont couru ! Qui peut savoir ce que des mains pareille ont fait avant de se poser sur le papier…

Ce sont ces mêmes mains qui ont touché cette terre sous laquelle reposait le temple sacré et qui ont sali ma maison.

Ma faute.

Tout est de ma faute.

J’ai été inconscient. J’ai voulu amener à cette région arriérée un peu de modernité, lui redonner un peu de vie en remettant le réacteur mako en marche et voilà ce qu’il m’en avait coûté !

J’ai péché par orgueil et par ignorance et les Dieux m’ont puni pour mon arrogance.

Et ces cauchemars atroces qui me bouleversent au point de me retourner l’estomac, comment les interpréter ?

Cet après-midi, je me rendrai à la forêt sacrée pour demander conseil à un Saint Homme.

Puissent les dieux me donner la force de lui conter mes rêves, que je n’ose pas même rapporter ici.

Dieux tout puissants de mes ancêtres, protégez votre serviteur.

J’ai peur.

Si peur…

…à suivre

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LXIX - Je t’ai tout donné

“Le dévouement d’un homme va souvent plus loin que lui.”

J.-L. Richard

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Weiss s’assit sur le bord du lit et chassa une longue mèche brune du front de son frère.

Du dos de son index, il caressa le haut d’une pommettes et le petit menton pointu - les rares parties du visage de Nero que le masque de contention laissait à découvert.

Au moins, on ne lui avait pas assujetti les bras ou lié les mains…

Comme Shelke l’avait dit, son cadet remuait beaucoup. Il ne cessait de changer de position avec des petits soupirs comblés, s’étalant de tout son long en travers du grand lit, comme s’il essayait toutes les positions possibles les unes après les autres avec une délectation qui frôlait l’extase.

Weiss comprit parfaitement les raisons de ce curieux comportement et un gros pincement attendri lui serra le cœur.

Son frère n’avait pas pu dormir sur le dos depuis des années… Ni dans un vrai lit.

Impossible en effet pour lui de s’étendre sur l’une des couchettes qui servaient de lit aux soldats du Deepground car, lorsqu’il laissait pendre ses ailes à l’extérieur, leur poids l’entraînait fatalement vers le sol. Et s’il se mettait dos au mur, il n’avait plus de place pour s’allonger.

Nero en était donc réduit à reposer à même le sol. Sur le ventre, bien entendu, ses implants dorsaux déployés autour de lui pour répartir le poids au maximum, ce qui n’empêchait cependant pas les impitoyables tiraillements qui malmenaient ses muscles et sa frêle ossature pour ainsi dire en permanence.

Au début, il avait bien essayé de dormir sur le côté mais, devant rester en appui sur la hanche, des contusions s’étaient très vite formées autour de l’os iliaque, provoquant des douleurs articulaires cuisantes qui l’empêchaient presque de marcher normalement le lendemain.

Et s’il n’y avait eu que les ailes !

Ses bras étaient immobilisés pour ainsi dire vingt-quatre heures sur vingt-quatre, croisés sur sa poitrine, ce qui, pour dormir sur le ventre était aussi confortable que de reposer sur un tapis de galets !

Quant aux vêtements de contention qu’il devait porter, y compris la nuit, ils étaient si serrés que Nero ne pouvait jamais gonfler totalement ses poumons ni même s’asseoir ou ramener un peu les genoux vers lui sans s’écraser l’entrejambe.

Quiconque avait pu voir le jeune homme vêtu de sa combinaison aurait pourtant douté qu’il y eut quoi que ce soit de sensible à cet endroit tant son bas-ventre était comprimé et paraissait plat !

Hélas - et combien Nero le regretta ! - la zone sus-dite correspondait bien à son état civil. Avant de se réveiller en sursaut plusieurs fois par nuit en jurant comme un corps de garde, il n’avait cependant jamais vraiment réalisé que cette partie de son anatomie - comme celle de tous les hommes bien portants de la planète - se mettait en marche cinq ou six fois par nuit pour d’obscures nécessités vasculaires et neurologiques…

En fait, depuis qu’on lui avait implanté ces satanées ailes de métal et qu’on l’avait engoncé dans son horrible combinaison, Nero n’avait jamais pu fermer l’oeil plus de deux heures d’affiliée sans être réveillé par toutes sortes de tiraillements, spasmes, courbatures, crampes et douleurs diverses.

Sans compter les mois passés enchaîné à deux mètres du sol dans les sous-sols du Deepground…

Weiss posa prudemment la main à plat sur la poitrine de son frère pour sentir les côtés s’ouvrir et se refermer au rythme de sa respiration et sourit. Voilà longtemps qu’il ne l’avait pas senti aussi détendu.

Cela étant, s’il gigotait ainsi depuis un moment déjà, il y avait fort à parier que les pansements n’avaient pas dû résister au frottement des draps et l’ancien chef des Tviets commença à s’inquiéter pour ses points de suture.

Non sans émotion, Weiss rabattit l’édredon sur le mince corps nu, et dût prendre sur lui pour ne pas le soulever du lit et le serrer à l’écraser.

Cela ne faisait-il pas presque quatre ans qu’il n’avait pas pu étreindre son petit frère et le garder contre lui plus de quelques minutes ?

La dernière fois, c’était lorsque Vincent avait combattu Hojo, dans les entrailles du réacteur Zéro. Et encore cela n’avait-il duré que quelques secondes. Quelques précieux instants durant lesquels il avait pu sentir le petit visage fantomatique contre sa poitrine nue. Ensuite, ce fut le corps de Genesis qui servit d’enveloppe à Nero durant plusieurs mois.

Oui, si l’on additionnait les trois années qui avaient suivi sa révolte contre les Restrictors et celle écoulée, cela faisait bel et bien quatre ans qu’il n’avait pu prendre son frère dans ses bras, réalisa Weiss avec effroi.

Il se pencha pour enfouir son visage dans la noire chevelure de Nero et la nostalgie lui serra la gorge.

Malgré les années, son frère avait toujours cette odeur de petit garçon, la même que celle qu’il avait lorsqu’il venait se pelotonner la nuit dans son lit, à l’Académie.

A regret, il se redressa.

Le sparadrap de l’un des pansements commençait à se détacher et il voulut le décoller complètement pour le remettre en place.

- Weiss… gémit Nero d’une voix ensommeillée. Mon frère bien aimé…

Weiss referma doucement les mains sur l’épaule et la hanche frêles pour le faire pivoter sur le ventre aussi doucement que possible - et ne pas le sortir trop brutalement de sa torpeur.

- Désolé, petit frère, tu dois te mettre sur le ventre un instant. Je me dépêche, promis.

Bien qu’il soit toujours dans état semi-comateux, Nero réagit aussitôt à ces mots et son aîné sentit muscles et tendons se tendre sous ses paumes.

Le jeune homme tira fébrilement les draps pour couvrir ses fesses et le bas de son ventre en un geste inconscient de protection et repoussa la main de Weiss qui s’était refermée sur sa hanche.

- Weiss, non… supplia-t-il dans un état second. Deux frères ne doivent pas… faire ça…

Le sang de Weiss se congela dans ses veines et il resta un moment pétrifié à la tête du lit.

- Qu’est-ce que tu… Non mais ça va pas !

Il saisit Nero par les épaules pour le réveiller et ce dernier poussa un petit cri en se recroquevillant dans le lit.

- Ne m’oblige pas encore à faire ça… Weiss… sanglota-t-il, figeant son aîné. S’il te plait… S’il te plait…

Le coeur au bord des lèvres, Weiss recula, en état de choc et incapable de quitter son frère semi-comateux du regard. Ce ne fut que lorsque le dos de ses cuisses butèrent sur la commode qu’il se rendit compte qu’il avait traversé toute la pièce à reculons.

Il s’agrippa au bord du meuble avec une telle force que le bois craqua.

Pourquoi son frère réagissait-il de la sorte ? Quand lui avait-il jamais laissé croire que l’amour qu’il avait pour lui pouvait être autre que fraternel ?

L’évidence le frappa alors comme un coup de poing.

Ses jambes le trahirent et il tomba à genoux.

- Hojo… bredouilla-t-il d’une voix à peine audible.

“Qu’est-ce que tu as fait à mon frère lorsque tu m’as volé mon corps, salopard ? Gaia toute puissante ! Qu’est-ce que tu l’as obligé à faire, sale pervers…”

***

“Personne n’a été blessé au moins ?” s’enquit la voix de Rufus, dans l’oreillette du portable de celui qui n’était plus Tseng.

- Non, monsieur. Mais j’ai préféré confier l’appareil aux ingénieurs de l’aérodrome par sécurité. Vous me voyez désolé pour ce retard.

“Non, tu as bien fait, Tseng. S’il vous arrivait quelque chose à cause d’un banal incident mécanique durant le vol, je ne me le pardonnerait pas.”

Elena, allongée sur le sol aux côtés du pilote mort, commença à reprendre conscience et “Tseng” l’assomma à nouveau d’un violent coup de pied à la tête.

- Si tout se passe bien et que le temps le permet, nous devrions pouvoir être à Nibelheim demain soir, monsieur.

“Bien. A demain, dans ce cas. N’hésite pas à me rappeler si vous rencontrez le moindre souci.”

- Je n’y manquerai pas, Monsieur.

Il raccrocha et fouilla dans le fourbi à disposition dans le jet. Il ne tarda pas à trouver une combinaison de ski et du matériel de montagne.

S’il y avait une chose qu’il fallait reconnaître aux turks, c’était leur sens de l’organisation et leur aptitude à anticiper les problèmes qui pouvaient se présenter au cours d’une mission.

Il enfila la combinaison de ski par-dessus son costume, compléta sa tenue de chaussures adéquates et choisit l’un des deux surfs des neiges à poussée électrostatique fixés par des sangles au mur de la soute.

Une fois équipé, il ouvrit la porte de l’appareil et jeta un oeil à l’extérieur. La neige ne tombait plus sur les hauteurs de la chaîne du mont Nibel et le ciel était clair. Il serait à Corel avant la tombée de la nuit et pourrait se servir de l’identité de Tseng pour récupérer un jet ou un hélicoptère.

Mais avant cela, il lui restait quelque chose à faire…

Après avoir jeté un regard autour de lui, il se saisit de la première chose un peu lourde qui lui tomba sous la main (une bouteille de brandy) et l’abattit de toutes ses forces sur la tête d’Elena, toujours inconsciente, lui fracturant le crâne. Cela fait, il jeta la bouteille rougie dehors, loin de la carcasse du jet.

Ensuite, il s’entailla la main, prit soin de laisser des traces ensanglantées un peu partout dans l’appareil et sortit en prenant bien garde de laisser la porte grande ouverte.

Si, par malchance, on retrouvait le cadavre de la jeune femme et celui du pilote avant qu’il n’ait atteint Edge, on penserait de prime abord qu’ils étaient morts dans l’accident, lors de l’impact, et que lui, bien que blessé, avait miraculeusement survécu et quitté les lieux.

Le temps que les deux cadavres décongèlent pour qu’on puisse les autopsier et celui que perdraient les turks à chercher leur chef blessé lui en laisserait suffisamment à lui pour se mettre à l’abri et poursuivre son oeuvre macabre - diabolique, diraient certains…

***

- Tu as été odieux !

Reno ricana.

- Oh ! Arrête… Ne me dis pas que tu apprécies ses ronds de jambe !

- La question n’est pas là, Reno !

Le turk croisa les bras sur sa poitrine et le dévisagea un petit moment.

L’argenté, gêné par l’examen silencieux, détourna le regard, les joues en feu.

- C’est pas vrai… persifla Reno avec dédain.

- Quoi ?

- Rien ! Rien du tout.

Il retira sa veste avec des gestes brusques et la jeta sur le lit.

Yazoo fronça les sourcils.

- Je vois bien que si. Qu’est-ce qui se passe ?

Son compagnon planta son regard aigue-marine dans les yeux mako et grinça des dents avec un sourire acerbe.

- Ce type t’a fait du rentre-dedans pendant près d’une demi-heure, merde ! Et devant moi, en plus ! (L’argenté hoqueta, comprit où se situait le problème et se mordit les lèvres.) Et, toi, ça te fait rire…

Il tourna les talons en direction de la salle de bains, rageur.

Yazoo lui emboîta le pas.

- Non… Reno, attends ! (Il le rattrapa et l’enlaça par derrière.) Tu es… jaloux ? demanda-t-il en se retenant à grand peine de rire.

- C’est ça ! Fous-toi de ma gueule, ça va arranger les choses !

Le turk se dégagea avec une certaine brusquerie et fit couler l’eau de la douche.

- Tu es ridicule, Reno… murmura l’argenté avec un sourire doux en tendant la main pour enrouler autour de ses doigts sa queue de cheval rousse.

Il tira un peu pour l’obliger à revenir vers lui et l’enlaça à nouveau en déposant de petits baisers au creux du cou.

- Genesis est quelqu’un d’impulsif, Yazoo, murmura Reno, un peu apaisé. C’est un homme irréfléchi, prétentieux et excessif.

Le sourire de Yazoo se fit rassurant mais aussi ému.

- Tu es adorable quand tu es jaloux…

Le turk voulut rétorquer mais il le fit taire d’un baiser.

- Je t’aime Reno… murmura-t-il tout contre sa bouche. Tu n’as absolument rien à craindre de cet homme.

- Ce n’est pas pour moi, que je m’inquiète, Yazoo baby. Je n’ai pas aimé ce que j’ai vu dans ses yeux lorsqu’il te regardait.

L’argenté déboutonna un à un les boutons de la chemise de Reno avec une moue coquine et la fit sensuellement glisser sur ses épaules.

- Alors regarde plutôt dans les miens…

***

- Des problèmes avec l’ordinateur de l’avion ? s’étonna Vincent, qui sirotait un vieux cognac en compagnie de Rufus.

- Oui, l’informatique embarquée a fait des siennes mais Tseng m’a assuré qu’ils seraient probablement là demain soir.

L’ex-turk hocha la tête, pensif, et posa son verre vide sur le bureau massif avant de se lever, en feignant de pas remarquer que, comme à chaque fois qu’il en avait l’occasion, le jeune président le détaillait de pied en cape avec un regard qui en disait long.

- Vous devriez vous offrir le luxe d’une sieste vous-aussi, Rufus. Quelque chose me dit que les jours qui viennent ne…

Il n’eut pas l’occasion de finir sa phrase.

Avant qu’il ne réalise se qui se passait, Rufus avant franchi la distance qui les séparait et l’avait brusquement saisi à bras le corps pour presser ses lèvres sur les siennes.

Vincent se raidit mais ne fit pas un geste pour le repousser, se contentant de garder la bouche furieusement close en attendant simplement qu’il reprenne ses esprits.

Le jeune président, sentant l’ex-turk de glace entre ses mains, le lâcha et recula d’un pas, penaud.

Vincent le regardait droit dans les yeux avec un visage de marbre et ce regard purpurin sans expression aucune - qu’il s’agisse de surprise ou de dégoût - était plus acerbe que la pire des imprécations.

- Je… Je suis désolé, s’excusa Rufus en se détournant, le rouge au front.

- Je me doutais que vous alliez finir par commettre ce genre d’impair, fit Vincent d’une voix blanche.

- Pardonnez-moi, Vincent, je ne…

- N’en parlons plus, le coupa ce dernier. Mais maîtrisez-vous, à l’avenir. Croyez bien que suis flatté mais ce genre de… “d’expérience” ne me tente pas et ne m’a jamais tenté.

Rufus se passa la main dans les cheveux, atrocement mal à l’aise.

- Je me sens ridicule, je ne sais pas quoi dire. La pression de ces derniers jour à dû…

- La pression n’y est pour rien et vous le savez parfaitement.

- Vincent, je…

- Je sais très bien ce que vous ressentez, Rufus. Je serais même tenté de vous dire que personne ne sait mieux que moi ce qu’aimer en secret signifie. Mais vous n’arriverez à rien avec moi. Ni maintenant, ni jamais.

Le jeune président sentit sa gorge se serrer.

- Je ne vous savais pas aussi cynique, monsieur Valentine…

- Ce n’est pas du cynisme. Mais, à mon âge, on sait qu’il est préférable mettre les choses au clair plutôt que de risquer de les laisser encore s’envenimer.

- Je… Je comprends.

Vincent se dirigea vers la porte et marqua un arrêt.

- Je n’aurais pas dû fermer les yeux en me disant que vos sentiments s’étioleraient d’eux-mêmes. Je suis désolé, Rufus.

Il quitta le bureau et le jeune président se laissa tomber lourdement dans son fauteuil.

- Tu n’es qu’un idiot, Rufus… s’admonesta-t-il en se resservant un verre de cognac, qu’il vida d’un trait malgré sa gorge serrée. Un pauvre idiot.

…à suivre

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VIII - Sur le fil

C’est peu que de vouloir, sous un couteau mortel,
Me montrer votre coeur fumant sur un autel. “

J. Racine

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Je dormis durant une bonne douzaine d’heures et me réveillai un peu groggy.

J’eus un sommeil agité, empli de rêves aussi désagréables que saugrenus.

Toutes ces histoires de temples, de fauves et de légendes s’étaient mélangées en un joyeux cocktail à la sauce gongaguienne pour donner une mixture pour le moins cocasse.

A mon réveil, je ne m’en rappelai que très vaguement mais une image persistait cependant : celle de Rufus Shinra, vêtu de soie orange et brandissant une épée dans ma direction avec une expression digne d’un psychopathe.

On peut dire que notre entretien ne m’avait pas laissé un bon souvenir.

Je rabattis les draps mais restai allongé.

J’avais trop dormi et j’étais épuisé.

On frappa à ma porte sur les coups de dix-sept heures.

Je me nouai une serviette autour des reins et allai ouvrir.

Angeal entra et me tendit un sac en plastique contenant deux t-shirt noirs, des chaussettes, un short et une casquette noires.

- Je me suis dit que tu aimerais te promener autrement qu’à demi-nu, fit-il d’un ton las en s’asseyant sur le lit.

Je refermai la porte et m’appuyai dessus, bras croisés.

Il avait dû faire quelques emplettes pendant que je me débattais avec mes cauchemars. Peut-être même n’avait-il pas dormi car il avait la mine défaite mais, après ce que nous avions vécu, je ne pouvais pas lui en faire le reproche.

Dans l’ambiance douillette de l’auberge, cependant, j’avais presque l’impression que tout cela n’avait jamais eu lieu. Comme s’il s’était agi de la simple résurgence d’un mauvais rêve, de ceux qui vous laissent un mauvais goût dans la gorge au réveil et un nœud dans le ventre.

- Tout va comme tu veux ? demandai-je en faisant ostensiblement tomber ma serviette pour enfiler le short.

Angeal soupira et secoua la tête, ne m’accordant pas même un regard.

J’aurais aussi bien pu danser la gigue en tutu.

- J’ai appelé Heidegger pour lui expliquer la situation et savoir comment nous devions agir vis-à-vis de Rufus Shinra.

Le ton de sa voix ne présageait rien de bon.

Je pris place à ses côtés et entrepris de démêler mes cheveux en grimaçant.

- Et ? demandai-je.

Il soupira.

- J’ai essayé de lui dire que tu n’y étais pour rien Seph, lâcha-t-il en baissant la tête. Je te jure que j’ai essayé.

Un frisson glacial me descendit le long du dos et j’arrêtai net ma séance de démêlage.

- Angeal… demandai-je la gorge soudain serrée. Qu’est-ce que tu veux dire ?

Il se leva pour tourner en rond devant moi.

- Les big boss estiment que tu as commis une faute grave en omettant de tester le sol.

- Quoi ? m’écriai-je en me levant. Tu as entendu les géologues comme moi ! C’était de la pierre Angie ! De la putain de caillasse bien solide ! Personne ne pouvait deviner qu’il y avait un temple à cinq ou six mètres en dessous des caves ! Qu’est-ce que tu voulais que je fasse ? Tu as vu les cartes du sol ! Il n’y avait aucun problème ! Personne ne pouvait prévoir un truc pareil ! Et quand bien même, bordel ! Je suis soldat, pas ingénieur !

Angeal me tourna le dos et leva les yeux au plafond.

Il semblait partagé entre la colère et l’inquiétude.

- Angeal… Tu… tu ne crois quand même pas que c’est de ma faute pas vrai ? Tu témoigneras en ma faveur, n’est ce pas ? Tu ne vas pas les laisser me dégrader à cause d’un abruti superstitieux !

Il pinça les lèvres mais ne répondit pas et un énorme nœud me serra l’estomac. J’avais soudain l’impression de danser sur le fil d’un rasoir.

Si je perdais mon grade à cause d’une erreur de ce genre, j’étais foutu. Ca ferait le tour des casernes en moins de temps qu’il faudrait pour le dire et je serais la risée de chaque sous-officier du soldat.

Bon sang, qu’est-ce que j’allais devenir ? Ma carrière était tout ce que j’avais !

- Angeal… murmurai-je en lui posant une main tremblante sur l’épaule.

Il tressaillit et secoua la tête, comme si je venais de le sortir de ses pensées.

- Hein ? Non ! Bien sûr que non, ne sois pas idiot ! Tu n’y es pour rien. Et évidemment que je suis de ton côté ! Comment peux-tu en douter une seule seconde ?

Mon soulagement fut tel que je dus m’asseoir à nouveau sur le lit, les jambes en coton.

- Si tu savais comme je m’en veux de t’avoir entraîné dans cette mission, Angie…

Il fit vibrer ses lèvres.

- Ne dis pas de conneries ! (Il se prit la tête dans les mains) Si seulement cet abruti d’architecte avec sondé le terrain plus en profondeur !

J’éclatai d’un rire amer qui résonna désagréablement à mes propres oreilles.

- Sonder le terrain ! On est à Gongaga, Angie ! En pleine cambrousse ! Dans un coin perdu où on a déjà de la chance d’arriver à trouver une pile électrique !

Il hocha la tête et me tapota le dos en faisant son possible pour sourire.

- Rien n’est joué, Seph. Ils attendent la décision de Shinra.

S’il m’était resté un soupçon d’espoir… il venait de s’envoler !

- Tu paries combien que ” monsieur le Prince ” a déjà bavé sur mon compte dans l’oreille de ce salaud d’Heidegger ? (Angeal parut soudain gêné.) Oh ! Non… C’est pas vrai ! Qu’est-ce qu’il est allé raconter ?

- Pas lui. Palmer.

- Le gros lard ?

- Il s’est plaint du peu de respect dont tu faisais preuve vis à vis des croyances de ce pays. Il a même parlé à Heidegger de la façon dont tu as traité le vieux sage.

S’il m’avait administré l’une de ses gifles “maison” dont il avait le secret, cela n’aurait pas été pire.

- Quoi ? !

- Il lui a même soutenu que c’était à cause de toi que les ouvriers avaient déserté le chantier parce que, d’après eus, tu avais mis leurs dieux en colère. Et que c’était - toujours d’après eux - pour cela que le fauve a attaqué les hommes qui restaient.

J’écarquillai les yeux, sidéré. Comment un homme normalement constitué et possédant un cerveau fonctionnant à peu près normalement pouvait-il arguer ce genre d’inepties superstitieuses sans risquer de se faire immédiatement enfermer dans un asile ?

Je me débattais en plein cauchemar et j’allais me réveiller, ce n’était pas possible !

- Mais c’est ridicule ! Heidegger ne peut pas croire à de telles sornettes !

- Oh ! Il n’y croit pas, rassure-toi, assura Angeal. Mais, en bon chien-chien obéissant, il préfère attendre de voir si Rufus Shinra ne va pas profiter et se servir de ces accusations tordues pour te lyncher…

Je levai les bras au ciel, impuissant.

- Par tous les démons de la planète, mais qu’est-ce que je lui ai fait, à ce type ? m’écriai-je.

- Je n’en sais rien, Seph, mais il a suffisamment de pouvoir et d’argent pour dicter sa loi à qui il le souhaite.

- Ca c’est ce qu’on va voir ! hurlai-je en enfilant l’un des t-shirts que mon ami m’avait achetés.

Il me posa la main sur le bras mais je me dégageai.

- Eh ! Où comptes-tu aller comme ça ?

- Devine ! répliquai-je en ajustant la casquette.

- Seph, tu vas faire une connerie ! (Il me saisit par les épaules.) Tu ne bougeras pas d’ici !

Je le poussai brutalement, hors de moi.

Je comptais bien aller trouver Shinra pour m’expliquer avec lui d’homme à homme. Et si nous devions en venir aux mains…

Tant pis pour lui !

- Fous-moi la paix, Angeal. Cette affaire ne regarde que sa majesté de mes deux et moi.

- Sephiroth ! Attends, je…

Je sortis en claquant la porte et descendis les marches en courant.

Le réceptionniste m’interpella au moment où je m’apprêtais à sortir de l’auberge.

- Général ! Général ! Un jeune soldat vous demande ! Il dit que c’est très important.

Je le fixai.

Il nageait dans ses vêtements et m’arrivait à peine à la poitrine.

- Un jeune soldat ? Quel jeune soldat ? Vous a-t-il donné son nom ?

- Zack Fair, Général. Il vous attend dans le salon.

Je le suivis jusqu’au coquet salon où les rares clients de la petite auberge prenaient leurs repas.

Après tout, Rufus Shinra ne perdait rien pour attendre une petite heure.

A son goût, j’arriverai de toute façon toujours trop tôt !

- Zack ? Qu’y a-t-il de si important ? Ta famille va bien ?

En entendant son nom, il se précipita vers moi et patron de l’auberge nous laissa seuls.

Le salon était désert et le resterait jusqu’à l’heure du thé.

- Oui, Général, je vous remercie de vous en inquiéter, mais c’est une affaire autrement plus urgente qui m’amène, dit-il précipitamment à mi-voix, comme s’il avait peur d’être entendu.

Nous primes place dans deux confortables fauteuils un peu ternis.

- Je t’écoute.

- Tôt, ce matin… Je suis retourné sur le chantier, Général.

- Tu as quoi ? m’écriai-je. (Il me fit signe de baisser d’un ton.) Es-tu idiot ou totalement inconscient, Zack ? !

Il sortit discrètement de sous son pull un objet oblong enveloppé dans un linge, qu’il avait glissé dans son dos, sous sa ceinture.

- Qu’est-ce que c’est ? demandai-je.

Il jeta à nouveau un regard autour de lui, pour s’assurer que personne ne se trouvait à “portée d’oreille”.

- J’ai vu une camionnette qui emportait les corps des ouvriers.

Je soupirai.

- Au moins Shinra a-t-il fait le nécessaire pour récupérer les dépouilles…

- Oui. Une fois désert, j’ai fait le tour du chantier, pour vérifier si quelque chose avait été volé ou détérioré.

- Et ?

- Rien n’a été touché, Général. Mais j’ai trouvé ça au pied Nord de la colline. Quelqu’un l’avait visiblement jeté d’en haut, précisément là où l’on a découvert le temple enseveli.

Il me tendit sa découverte et je soulevai les pans de tissu. Un poignard à la garde en ivoire superbement ciselée, apparut.

La lame était sale et recouverte d’une substance brunâtre.

Du sang ?

- Le couteau qui a servi à tuer le contremaître… murmurai-je.

Zack hocha la tête.

- Oui, Général. C’est aussi ce que je pense. Le sang n’est pas encore oxydé dans les rainures. Et l’arme elle-même n’était pas du tout couverte de poussière, lorsque je l’ai ramassée. Elle était là depuis peu.

J’observai le poignard plus attentivement et, par réflexe, pris garde à ne pas y déposer mes empreintes.

Précaution ridicule puisque Zack y avait déposé les siennes et avait probablement effacé une bonne partie de celles qui s’y trouvaient déjà. De toute façon, qui chercherait à savoir à qui elles appartenaient dans ce trou perdu ?

La garde était sculptée de façon à ressembler à une danseuse et un sceau d’or était incrusté dans l’ivoire : une tête de panthère tenant un serpent entre ses crocs.

Je connaissais cet emblème. Je l’avais déjà vu, j’en étais certain, mais où ?

- Je connais ce sceau, Zack, assurai-je.

- C’est le contraire, qui serait étonnant, Général. C’est le sceau héréditaire des Shinra.

- Leurs armes… dis-je la gorge sèche. Leur emblème… Quel salopard… murmurai-je en m’appuyant sur mon siège. Ce petit prince de mes deux a buté un pauvre type à cause d’une connerie de superstition ?

Zack haussa les épaules.

- Ca me paraît quand même… ” énorme “, Général. Non ?

Je levai les yeux au plafond.

- Qui d’autre que lui pourrait posséder une telle arme ? demandai-je, pas convaincu pour deux sous de l’intégrité de sa majesté des réacteurs.

Il allait me répondre lorsqu’il fut interrompu par un cri de femme hystérique semblant provenir de l’étage de l’auberge.

Je vis le patron se précipiter, ce que Zack et moi-même fîmes également.

La jeune fille qui s’occupait du service des chambres dévala l’escalier en courant et se jeta dans les bras du patron pour y sangloter je ne sais quoi dans sa langue avant de répandre le contenu de son estomac sur le plancher de bois.

- Que se passe-t-il ? m’enquis-je.

L’homme ouvrit la bouche à plusieurs reprises avant de pouvoir prononcer un seul mot, terrifié.

- Une… une panthère noire, bredouilla-t-il. Elle est entrée dans une chambre au premier. Par la fenêtre…

Zack et moi échangeâmes un regard interloqué, sûrs d’avoir mal entendu.

- Entrée par… la quoi ?

…à suivre

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VII - Enfant gâté… adulte pourri !

“L’âge adulte, c’est de l’enfance pourrie.”
J. Cau

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Je ne sais pas si, comme l’affirme le dicton, l’exactitude est vraiment la politesse des puissants, mais Rufus Shinra, lui, ne s’embarrassait pas de bonnes manières.

Je me demandais s’il nous avait joué la comédie du malade imaginaire pour s’éclipser et nous laisser en plan avec nos problèmes ou s’il avait vraiment eu un malaise.

Ce n’étaient pourtant pas les nouvelles qui l’avaient bouleversé.

Il était évident qu’il se fichait complètement que l’on massacre allègrement ses soldats et ses larbins alors qu’ils travaillaient pour lui.

Je veux bien qu’on ne prenne pas sur son dos toute la misère du monde, mais tout de même ! Il y a des limites à l’indifférence.

Quoi qu’il en soit, on avait besoin de lui pour que le policier que nous avions vu plus tôt consente à lever son gros postérieur de son siège miteux, même si j’ignorais pourquoi.

Apparemment, le pouvoir de Shinra sur les autorités locales dépassait de loin ce que à quoi je m’attendais.

Un reste de pouvoir féodal, ou de respect des traditions ? A moins que ce ne soit tout bonnement de la peur.

Oui, à y réfléchir, le policier de pacotille avait semblé plus effrayé que respectueux. A croire que ” sa majesté des réacteurs ” lui collait plus les jetons que les monstres bardés de crocs en liberté autour de son village - ou qu’un éventreur à deux pattes.

Génial : ça nous faisait deux malades de trouille sur les bras ! Parce que, plus j’y repensais, plus je croyais à la scène de soudain malaise de ” son altesse ” chochotte.

A moins, bien sûr, qu’il n’ait décidé de s’entraîner pour entamer une carrière dans les sommets absolus du kitsch afin de jouer dans l’une de ces pièces à la mode du genre de cette saleté de Loveless - dont on ne cessait de nous rebattre les oreilles - mais c’était peu probable.

Et comme je doutais que cette indisposition passagère soit un effet de mon charme ravageur - hélas ! - cela ne pouvait donc être que de la frousse…

Peur de la vengeance de ses innombrables divinités ? Ce serait de la susceptibilité mal placée de leur part…

Mais, après tout, les dieux n’ont pas la réputation d’être raisonnables. Ce qui est d’ailleurs la principale raison pour laquelle je refuse l’idée de confier mon destin - ou même ma moralité - à quelqu’un d’autre que moi-même. Et surtout pas à une hypothétique puissance un tantinet mégalo et psychopathe, en théorie surpuissante, mais qui n’intervient jamais quand on en a besoin. Le Deep Ground fait aussi bien l’affaire de ce côté-là, si ce n’est mieux !

Au bout d’un long moment, sa seigneurie daigna tout de même nous illuminer à nouveau de sa céleste présence.

Il n’avait pas l’air plus en forme qu’avant - il était même plutôt verdâtre, sous sa jolie peau nacrée.

Pour un peu, sa faiblesse le rendait presque sympathique.

Qu’est-ce qu’il avait pu voir pour s’enfuir ainsi ? Sa propre mort sous les griffes d’un fauve ?

Il nous fixa alternativement du regard, Angeal et moi, et son expression redevint de marbre. Le masque de l’antipathie glissa sur son visage, me faisant oublier sur l’instant mon élan de mère poule prête à poupouner un poussin malade.

Ce qui me préoccupait, c’était la sécurité des hommes sur le chantier - à commencer par la mienne et celle d’Angeal et de Zack ! - et savoir si, oui ou non, j’allais pouvoir mener à terme ce projet.

- Ne vous inquiétez pas, fit Rufus.

La sécheresse de sa voix me fit grimacer.

Ce n’était plus de l’indifférence ou du mépris, mais de l’hostilité qui contredisait ses paroles.

- Le chantier… ne reprendra pas dans l’immédiat. Néanmoins, je ferai le nécessaire pour qu’une enquête fasse la lumière sur ces événements. Et nous prendrons les mesures qui s’imposent pour protéger le chantier des bêtes sauvages et des éventuels pilleurs. Je ne veux pas que de nouveaux dégâts soient commis. Comandant Hewley, j’aimerais que vous réfléchissiez à la possibilité de faire aménager un nouveau temple près du réacteur. Il nous faudra purifier ces terres avant d’y entreprendre quoi que ce soit d’autre et je crois savoir que votre protégé, le jeune Fair, connaît bien les ouvriers du chantier. Je vous laisse discuter avec Palmer des formalités.

Je haussai les sourcils en entendant la dernière phrase. Qu’est-ce qu’il sous-entendait pas là ? Que les ouvriers ne pouvaient pas me voir en peinture ? Où avait-il été pêcher une idée pareille ? Il s’imaginait peut-être que tout le monde traitait avec autant de mépris que lui-même les gens qui suaient pour lui !

- Je croyais que nous devions quitter les lieux au plus vite ? ne pus-je m’empêcher d’intervenir.

Shinra se tourna vers moi avec un regard agressif.

- J’ai changé d’avis, Général. Ca vous pose un problème ?

Je me mordis la langue pour ne pas répliquer vertement et l’altesse en kimono se déplaça jusqu’à un mur recouvert de motifs géométriques finement peints, où il appuya sur une plaquette de marbre à hauteur d’homme.

Je retins une moue dégoûtée en réalisant que ce sinistre crétin avait dû faire installer un système d’Interphone, ou de sonnette électrique, dans l’œuvre d’art qui abritait ses fesses d’aristocrate trop gâté.

L’arrivée immédiate de Palmer à l’appel de son maître me détourna de mes pulsions homicides. Enfin… me détourna de l’antipathique petit prince vers “la voix de son maître” en question.

- Je dois vous laisser à présent, annonça froidement Rufus. Je vous serai gré de retourner surveiller le chantier dès que la sécurité y aura été rétablie. En attendant vous pouvez loger à Gongaga. Palmer s’occupera de vos frais d’hébergement. J’espère ne pas vous revoir avant que la situation n’ait évolué.

Je restai ébahi devant tant de grossièreté.

Seule la certitude que son agressivité dissimulait une étrange nervosité m’empêcha de franchir les trois mètres de tapis moelleux qui nous séparaient pour lui faire ravaler son air hautain.

Si ce type n’était pas réellement terrifié, je voulais bien devenir turk !

Il se retira cependant avec toute la dignité voulue, et mon début de pitié s’en alla tout aussi soudainement qu’elle était apparue. Son larbin et ses manières doucereuses n’y étaient sûrement pas étrangères…

Angeal lança à Palmer un regard plus dégoulinant de colère contenue que les cheveux de Zack de gel capillaire et je pris mentalement note de ne jamais me retrouver du côté de ceux qui le contrariaient.

*

Lorsque nous sortîmes enfin de la propriété des Shinra, ce fut avec un intense soulagement et une folle envie de tout casser.

Angeal bouillait littéralement de rage et marchait à grands pas dans l’allée de graviers en direction de notre 4×4 (ou du moins de ce qui en restait).

- Ce type égocentrique et son valet de pied ! Je suis prêt à parier mon épée qu’ils ne vont rien faire pour élucider ce qui s’est passé !

J’étais aussi en colère que lui, mais bien plus déterminé.

- Nous pourrons facilement vérifier s’il nous ment. Le chantier et les alentours devraient être le théâtre de battues pour chasser les fauves, aujourd’hui.

Angeal leva les yeux au ciel et maugréa encore un bon coup.

- S’il n’y avait que les fauves, je ne m’en ferai pas trop ! On peut dormir dans des camions, avec le fusil à portée de main.

Je n’étais pas aussi rassuré que lui.

- Tu as oublié ce que notre ami velu a fait aux portières de notre 4×4 ? Je ne crois pas qu’un camion suffise à nous mettre à l’abri. Et on ne peut pas loger tous les ouvriers.

- Pour l’instant nous n’avons plus personne à loger, à part Zack. Et nous n’aurons que nous-mêmes à protéger tant que je n’aurais pas déniché un architecte capable de présenter un plan de temple à Rufus Shinra. Il va falloir serrer les dents et faire pénitence, mon cher !

Je grimaçai à cette pensée.

Un temple ? J’en avais vu plusieurs, depuis mon arrivée, mais Rufus voulait-il juste une chapelle de remplacement histoire de se dédouaner vis-à-vis de ses irritables dieux, ou souhaitait-il un “temple qui se voit de loin” comme son réacteur en forme de chou-fleur ?

Nous n’étions pas rendus - et encore moins partis de cette fichue région !

Angeal ne décolérait pas.

- Salopard ! Il se fiche comme d’une guigne du meurtre. Pour lui, ce n’est qu’un désagrément mineur. Je suis sûr qu’il serait plus contrarié s’il avait perdu l’un de ses canaris ! Inutile d’espérer grand-chose de la police dans ces conditions.

- On n’a qu’à le chercher nous-mêmes, ce meurtrier, dis-je avant de m’en rendre compte.

Mon ami me lança un regard étonné et finit par esquisser un sourire narquois.

- Bah, alors ? On a envie de jouer les turks ?

Soulagé de le voir plaisanter, j’enchaînai.

- S’il s’agit de rabattre le caquet de sa majesté des réacteurs, je suis prêt à jouer tout ce que tu voudras.

Angeal éclata de rire.

- Fais-moi penser à commander au plus vite un lot de serviettes éponges, dans le cas.

Il m’adressa un clin d’œil, se remit à en marche et je lui emboîtai le pas en serrant les poings, serrant les dents pour ne pas relever la pique.

Angeal me connaissait sur le bout des doigts et savait que, malheureusement, je possédais un trait de caractère qui m’avait toujours valu les pires ennuis : j’adorais pousser les gens à bout. Dans tous les domaines.

Cela m’avait valu des retours de flamme mémorables, à la sortie desquels Angeal me récupérait chez lui à trois ou quatre heures du matin, fin soûl - en sang ou en larmes selon la nature du ” pépin “. Je mettais des jours à m’en remettre en jurant ” qu’on ne m’y reprendrait plus ” mais, six mois plus tard, super Sephiroth était encore chez Angeal - épongeant l’hémoglobine de sa dernière victime ou son propre surplus de sécrétions lacrymales dans un mouchoir en papier - à maudire les adversaires trop faibles ou les amants trop susceptibles.

Ma vie sociale et amoureuse résumée en quelques lignes !

Le proverbe du chat échaudé qui craint l’eau froide n’était vraiment pas pour moi et, en repensant à l’attitude de Rufus, je sentais bien que j’étais sur le point de pencher du côté où je n’allais pas, une fois de plus, tarder à tomber…

*

Journal de Rufus Shinra

J’ai envoyé Palmer parler à la police.

Je sais qu’il réglera l’affaire au mieux de mes intérêts. La recherche des fauves occupera ces fonctionnaires si jamais il leur prenait l’envie de faire du zèle.

Je leur ai fait passer la consigne de laisser croire à Sephiroth et à Hewley qu’ils menaient également une enquête sur le meurtre du profanateur mais Palmer saura leur expliquer qu’à mes yeux cette enquête n’a pas à être rapide.

Ni à aboutir…

Il saura leur faire comprendre qu’une absence de résultat de ce côté ne leur serait pas dommageable, bien au contraire.

Les autorités locales sont loin d’être brillantes, mais largement assez cupides pour savoir où est leur intérêt.

Je vais allez dormir un peu car je suis épuisé et le malaise ressenti durant la visite de ces deux Soldats n’est pas encore tout à fait passé.

C’est une sensation vraiment très désagréable…

…à suivre

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LXIV - Plus mort que vif

Mieux vaut la mort dans le combat que la vie d’un vaincu.
Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

L’oreillette de Vincent grésilla et il leva la main pour signifier aux soldats de la WRO qui le suivaient de s’arrêter.

Ces derniers obéirent comme un seul homme et se placèrent dos au mur de l’étroit conduit souterrain qu’ils arpentaient prudemment depuis près d’une heure et qui menait aux entrailles du mont Nibel.

Ici l’Unité alpha. Tout est propre. Rien à signaler dans les grottes du secteur C01. “ fit la voix de Rude dans l’oreillette de l’ex-turk.

Ici unité beta. Tout est propre aussi dans la zone C02, Monsieur. Quelles sont vos instructions ?” demanda la voix d’une jeune femme à son tour.

Vincent se tourna vers Shelke, qui lui fit signe de la tête en tapotant sur son PDA.

- Unités alpha et beta, continuez la progression comme convenu dans les secteurs C03 et C04, ordonna l’ex-turk. Nous vous envoyons une topographie détaillée des lieux.

A vos ordres, Monsieur. “

O.K., on continue, Vince “

Vincent donna ordre de poursuivre et la petite colonne armée se remit en marche.

*

Denzel finit par s’endormir, pelotonné dans le lit entre Tifa et Loz.

- Décidément, il sera dit que nous ne passerons pas une seule nuit tranquilles… soupira la jeune femme.

L’argenté eut un sourire las et tendit la main pour lui caresser la joue.

- Avec le bébé, ça ne va pas s’arranger, tu sais. Je vais m’installer avec lui à côté, dans la chambre que Yazoo et moi nous…

- Ne dis pas de bêtises, le coupa Tifa. Le bébé viendra ici, avec son papa.

Le papa en question se permit un petit rire ironique.

- As-tu déjà passé des mois avec un nourrisson qui se réveille plusieurs fois par nuit avec des cris aigus ? demanda-t-il, non sans humour.

- Non mais ça ne doit pas être si terrible que ça.

- Crois-moi sur parole, Yazoo et moi avons eu envie de jeter ” bébé Kadaj ” dans les toilettes plus d’une fois.

La jeune femme pouffa en se mordant la langue pour ne pas réveiller Denzel.

- Dans les toilettes ?

- Nous n’avions pas de fenêtres, au cratère Nord, plaisanta l’argenté avec une moue taquine.

Tifa grimaça désespérément pour ne pas piquer un fou-rire.

- Idiot…

Loz lui pinça tendrement la joue.

- Je vais redescendre un peu auprès de ce garçon, dans le caisson.

- Nero ? Il est inconscient.

- Peu importe. Il m’a ramené mon fils. Rester un peu à ses côtés est le moins que je puisse faire en l’absence de son frère. Ca va aller ?

Tifa, tombant de fatigue, acquiesça, les yeux mi-clos, et embrassa sa paume.

- Oui, ne t’en fais pas. Essaye de revenir dormir un peu quand même.

Il se pencha prudemment par-dessus le garçonnet et déposa un baiser sur les lèvres offertes.

- Ne t’inquiète pas pour moi. Dors.

Il les borda, elle et Denzel, et s’habilla en silence, sachant très bien qu’il n’était pas prêt de se recoucher.

Veiller Nero n’était qu’un prétexte.

Bien qu’il ait fait mine de ne s’apercevoir de rien pour ne pas effrayer Tifa, il s’était évidemment rendu compte que Yazoo lui cachait quelque chose. Et il était bien décidé à le ” cuisiner ” le temps qu’il faudrait pour savoir de quoi il s’agissait !

*

Rude et son unité firent irruption dans une large grotte.

- Go ! Go ! cria le turk. En position !

La dizaine de soldats du WRO se déploya aussitôt le long des parois en balayant les lieux du faisceau des torches qu’ils avaient fixées à l’extrémité de leurs armes.

Tout semblait désert et Rude s’apprêtait à en informer Vincent lorsqu’un jeune soldat roux l’interpella depuis l’extrémité opposée de la grotte.

- Monsieur ! cria-t-il. Par ici ! Dans les rochers !

Le turk se tourna vers lui.

Comme une poupée désarticulée que l’on aurait jetée au sol, l’ancien chef des Tsviets gisait sur le dos, les bras en croix et la tête renversée sur les arêtes aiguës des pierres qui lui servaient de couche.

- Oh, merde… gémit Rude en se précipitant vers lui. Vince ! cria-t-il dans le petit micro fixé au col de sa tenue de commando. On l’a trouvé ! Dis à Reno de poser l’hélico sur le terre-plain, à l’entrée de la grotte !

*

- Comment va-t-il ? demanda Loz à son jumeau, le faisant sursauter.

Ce dernier se tenait debout à côté du caisson de Nero et le regardait avec inquiétude.

- Il s’agite, hyperventile et n’arrête pas d’appeler son frère. Il ne te rappelle pas quelqu’un ? demanda-t-il avec un sourire triste en posant la main à plat sur la paroi de verre, juste au-dessus du visage comprimé dans son masque de contention, comme pour lui caresser la joue à distance.

Loz s’approcha à son tour et sentit son cœur se pincer devant le corps tremblant, si mince que l’on voyait le dessin des côtes sur ses flancs. Par rapport au reste, si menu, ses bras, ses épaules et sa musculature pectorale et abdominale paraissaient étonnamment vigoureux mais pouvait-il en être autrement lorsqu’on vous contraint à manier d’énormes pistolets de près de trois livres chacun et qu’on vous visse une immense paire d’ailes métalliques aux os de l’épine dorsale et des omoplates ?

Les longs doigts graciles étaient recroquevillés sous le petit menton pointu, autant du moins que le permettaient les fins poignets entravés par plusieurs épaisseurs de gaze.

Les globes oculaires roulèrent sous les paupières diaphanes à demi-closes.

- Weiss… eiss… eiss…

A peine un murmure.

La poitrine ornée d’arabesques haleta, fut prise de soubresauts, et des larmes perlèrent au bout des longs cils frémissants.

La gorge de Yazoo se serra tandis qu’il avait l’impression de revenir des années en arrière, là-bas, au cratère Nord, lorsque les scientifiques ramenaient Kadaj dans leur chambre, après lui avoir fait subir les Dieux seuls savaient quoi.

L’adolescent semblait si fragile, alors, étendu sur son lit, à peine conscient, tremblant et utilisant le peu de forces qui lui restait pour gémir le nom de Loz sans discontinuer, jusqu’à ce que celui-ci revienne enfin de son entraînement forcé le soir venu et serre le garçon contre lui pour le bercer comme un tout petit. Comme lorsqu’il était enfant et qu’un cauchemar l’effrayait.

Les jumeaux s’étaient toujours occupés de Kadaj avec autant de dévouement l’un que l’autre mais, dans ses moments là, lorsqu’il était vraiment terrifié, c’était toujours l’aîné que le cadet réclamait. La force peu commune de Loz, sa carrure, sa voix profonde et son indéfectible patience rassuraient Kadaj et le calmaient plus sûrement que n’importe quelle caresse ou mot tendre de Yazoo.

Une figure paternelle, protectrice et rassurante ? Sans doute.

Et c’est aussi ce que devait être Weiss pour Nero, si l’on en croyait ses réactions et ce qu’avait raconté Shelke.

Alerté par les ” bips ” de l’ordinateur relié au caisson, Merill s’approcha pour vérifier les données.

- Zut… soupira-t-il en constatant que l’agitation de son patient montait en flèche, risquant de provoquer un incident cardiaque - ou pire. Shalua, ça ne va pas, appela-t-il.

La jeune scientifique s’approcha à son tour et lut par-dessus l’épaule de son assistant.

- Il va falloir injecter une nouvelle dose de sédatifs.

- Encore ? J’ai peur que cela lui fasse plus de mal que de bien.

Yazoo lança à Loz un regard suppliant. Celui-ci sourit et hocha la tête.

- Shalua, peut-on le sortir du caisson, un instant ? demanda le grand argenté.

Les deux médecins ouvrirent de grands yeux surpris.

- Loz, il a besoin du mako qui…

- Juste une minute. Il est juste effrayé. C’est d’un contact, dont il a besoin, pas de médicaments.

Shalua parut hésiter mais Yazoo insista.

- Kadaj faisait exactement les mêmes mimiques et réagissait de la même façon après avoir été malmené par les chercheurs, dit-il. Loz arrivait toujours à calmer. Laisse-le essayer, ça n’engage à rien.

Avec un soupir sceptique, la jeune femme et Merill s’exécutèrent, sans grand enthousiasme, et, après l’avoir enroulé le corps nu avec mille précautions dans une couverture très douce, Loz souleva le fragile ténébreux dans ses bras et alla s’asseoir sur l’un des lits, dont Yazoo redressa le dossier pour qu’il puisse s’y appuyer, son précieux fardeau roulé en position fœtale contre sa poitrine.

- Attention à son dos, les points de suture sont encore très frais, prévint Merill en collant quelques électrodes sur la poitrine et le dos de Nero.

Shalua s’avança avec un masque à oxygène relié à la cuve par un long tuyau où circulait un gaz verdâtre et le posa sur le visage de son patient après avoir déclipsé la partie du système de contention qui lui cachait la bouche.

- C’est de mélange d’oxygène et de mako, expliqua-t-elle. Ca ne vaut pas le caisson mais c’est mieux que rien.

Nero inspira le mélange avec avidité, au début, puis de plus en plus lentement tandis qu’il se laissait aller contre la large poitrine, dont il entendait battre le cœur contre son oreille.

” Papam… Papam… Papam… ”

Une grande main lissa les longs cheveux noirs tandis qu’il se sentit bercé tout doucement d’arrière en avant, en un mouvement lent et hypnotique accompagné par le rassurant battement.

” Papam… En arrière… Papam… En avant… Papam… Papam…”

La peau contre le haut de sa joue, l’une des rares parties de son visage que laissait à découvert son masque de contention, était tiède et douce. Le muscle qu’elle recouvrait, puissant et volumineux.

Comme ceux de Weiss…

Mais ce n’était pas lui.

Et ce n’était pas non plus Angeal.

Qui était cet homme, qui le tenait dans le berceau protecteur de ses bras avec la même tendresse que son frère ou que leur capitaine, sans la moindre crainte ou dégoût ?

” Weiss… Grand frère… Bientôt là… Dormir… Weiss… Mont Nibel… Va revenir…”

Une voix qui n’appartenait pas à l’homme contre qui il se blottissait, lui parvenait par intermittences, elle aussi rassurante et douce, presque féminine. A demi inconscient, il ne parvenait pas à tout saisir mais l’essentiel était clair : Weiss viendrait bientôt. Weiss serait bientôt là, près de lui, et le protégerait comme il l’avait toujours fait.

En attendant, l’homme aux grandes mains douces veillerait sur lui. Oui, il en était persuadé. Il le sentait dans la façon dont ses doigts lissaient ses cheveux et dont ses lèvres effleuraient parfois sa pommette ronde. Comme seuls son frère et Angeal avaient osé le faire jusqu’à présent.

Et Genesis.

Genesis…

Genesis… Je croyais que tu nous aimais bien… C’est ce que tu disais toujours… Pourquoi nous as-tu fait autant de mal ? Parce que j’ai pris ton corps ? J’en avais juste besoin pour sauver mon frère bien aimé… Je te l’aurais rendu intact… Jamais je n’aurais fait quelque chose pour te nuire ou te blesser, Genesis… Même lorsque tu as refusé de nous aider à nous libérer des restrictors, nous t’avons protégé de la Shinra… J’ai mis moi-même ton corps à l’abri dans la grotte…Tu savais que je te l’aurais rendu très vite… Tu le savais… Tu le savais… Tu le savais ! Alors pourquoi nous as-tu fait ça ? Pourquoi, Genesis ? Pourquoi ? “

Une larme perla entre ses longs cils et Yazoo essuya les grands yeux en amande à l’aide d’une compresse stérile.

- Comment es-tu aussi sûr que Weiss ne va pas tarder, Yazoo ? murumura Loz avec un regard perçant. (Son jumeau se figea) Qu’est-ce que tu ne veux pas me dire, petit frère ?

*

Dans l’hélicoptère, Vincent aida Rude à fixer Weiss à la civière de secours.

Reno, qui s’était tourné pour voir à quoi ressemblait l’homme qu’il était venu sauver, jura.

- Faut avoir fait ” bombe sup’ ” pour être officier supérieur dans le SOLDAT ou quoi ? Ils les recrutent sur photo ?

- Reno… le tança Vincent.

- Oh, ça va, je détendais un peu l’ambiance, c’est tout…

- Il est dans un sale était, soupira Rude.

- Hojo… ne cessait de répéter l’ancien chef des Tsviets dans une sorte de délire à demi conscient. Vincent… Vincent Valentine…

- Je suis là, le rassura ce dernier.

Il épongea le sang qui coulait de la lèvre du jeune homme avec une moue révoltée. Ce garçon et son frère étaient-ils donc destinés à servir toute leur vie de marionnettes et de défouloir à des bourreaux tous plus déséquilibrés les uns que les autres ?

Weiss était jeune, beau, rayonnant et si plein de vie… Quel gâchis !

Vincent le couvrit d’une couverture de survie et le blessé s’agita.

- Du calme. On va te sortir de là. Le cauchemar est fini, Weiss.

- Hojo… répéta celui-ci en agrippant le bras de l’ex-turk.

- Hojo est mort.

- Non… Il est… Vivant…

- J’ai tué Hojo lorsqu’il…

- Vincent… l’interrompit Shelke, les yeux brillants soudain d’une étrange lueur dorée en sautant dans l’hélicoptère. Il y a des perturbations importantes en bas, près de la rivière.

- Genesis… insista Weiss avant de sombrer dans l’inconscience. Genesis… C’est… C’est Hojo…

- Quoi ?

*

Des dizaines de mètres plus bras, celui qui n’était pas Genesis courait en direction du flux vital de la planète, qui passait sous la montagne.

Si seulement il avait encore eu Nero sous sa coupe, il aurait envoyé tous ces gêneurs et ces satanés soldats dans un endroit d’où il ne risquaient plus de revenir autrement que fous !

Mais Nero s’était enfui…

Et il avait dû abandonner Weiss…

Il secoua la tête avec rage.

- Arrête de ressasser, ce n’est qu’un léger retard ! s’admonesta-t-il sans cesser de courir.

Un dernier coude…

Une dernière dénivellation…

Et elle était là : sa libération. La rivière de la vie où il s’apprêtait à plonger..

Mais quelque chose se dressait entre lui et elle.

Quelque chose qu’il n’avait pas prévu…

Pas prévu du tout !

Genesis-Hojo se figea dans son élan, à quelques mètres à peine du gouffre où coulait la rivière, et son visage se tordit en un masque de rage.

Devant lui, flanqué des apparitions fantomatiques de son ex-femme et du soldat Angeal Hewley, une légende vivante bien plus consistante que les deux défunts lui adressait un sourire vibrant de mépris.

- On est venu m’informer que tu avais pris quelque chose qui m’appartenait, dit l’apparition en campant fermement ses jambes désincarnées sur le sol de pierre, bien décidé à empêcher le scientifique de passer pour se jeter dans le rivière.

Hojo sentit son estomac d’emprunt se contracter et sa crainte n’avait rien à voir avec Lucrecia ou Angeal, pour haineux qu’ils fussent. Les morts ne sont que des fantômes inoffensifs.

Mais les âmes désincarnées, c’était une autre paire de manches… surtout lorsque l’âme en question risquait à tout moment de reprendre de son corps et de vous emprisonner avec elle à l’intérieur comme un vulgaire moustique dans un bocal…

Hojo recula d’un pas.

- Genesis… bredouilla-t-il.

à suivre

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VI - Balaye devant ta porte !

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Tirée du doujinshi BUBBLES du Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Nous arrivâmes chez Rufus Shinra vers cinq heures du matin.

Sa famille possédait une propriété, à l’ouest de Gongaga, un ancien palais qui faisait ressembler le manoir de Nibelheim où j’avais passé ma petite enfance à une vulgaire maison de poupée.

C’était une demeure très anciene, aux dômes élégants, à la façade sculptée de statues et aux hautes fenêtres. Je n’osai compter le nombre de balcons mais, pour ce que j’en voyais de la grille d’entrée, il devait bien y en avoir sept par étage sur deux niveaux - rien que sur la façade Nord.

Par endroits, la pierre ressemblait à de la dentelle.

Un vieil homme vêtu d’un pantalon de lin blanc et d’une longue tunique fendue serrée par une longue ceinture de soie ouvrit la porte après que nous lui ayions expliqué qui nous étions.

Il nous laissa passer d’un air soupçonneux et lorgna avec écœurement la poussière qui nous recouvrait et mon torse nu.

Il estimait probablement que notre mise ne seyait guère pour une visite à sa ” majesté sérénissime “.

Le domestique nous fit signe de le précéder d’un geste, en restant à distance, comme si notre proximité le souillait. Nous nous engageâmes dans les allées de l’immense jardin. Même à la lumière capricieuse de la lune et en dépit de ce que je venais de vivre, je dois avouer qu’il était magnifique et je ne pus m’empêcher de l’admirer.

Il nous fit entrer dans l’immense hall.

Angeal et moi échangeâmes un regard ébahi.

La seule fois que j’avais pu voir autant d’antiquités, c’était au musée de Midgar.

Pas un mètre carré du sol qui ne soit pas recouvert de tapis précieux, pas un pan de mur qui ne soit pas peint de fresques anciennes et chaque statue ou objet décoratif devait valoir une fortune.

Malgré l’heure plus que matinale, nous croisâmes plusieurs serviteurs époussetant les meubles impeccables ou vaquant à quelque occupation nécessaire à l’apparat de la demeure de l’héritier Shinra.

Nous suivîmes le domestique à travers une grande galerie à colonnes et entrâmes dans ce qui semblait être un petit salon de réception.

Je dis ” petit ” en comparaison du reste de la demeure car il devait faire à lui seul la totalité de la surface de mes appartements à la caserne du SOLDAT.

Comme dans toutes les demeures traditionnelles, les appartements privés se trouvaient au fond de la maison, à l’abri des regards indiscrets.

- Je vais m’enquérir auprès de monsieur Shinra pour savoir s’il accepte de vous recevoir, dit-il avec hauteur.

Il s’inclina avec cérémonie et jamais salut ne me parut aussi insultant.

Il y avait plus de mépris dans ce simple geste, pourtant révérencieux, qu’en n’importe quelle insulte proférée par un pilier de bar après une nuit de beuverie.

Je serrai les poings mais le domestique feignit ne s’apercevoir de rien.

- Pour qui se prend-il ? demandai-je à Angeal, irrité, une fois le larbin obséquieux sorti.

- La question est mal formulée, répondit mon ami en riant. Je dirais plutôt : pour qui nous prend-il ? Je crois que la réponse est : pour de la piétaille indigne de ce palais et de son propriétaire.

Je secouai la tête.

- Décidément, j’ai beau faire des efforts, je ne comprendrai jamais ce pays.

La porte s’ouvrit à nouveau, faisant place au lèche-bottes de service.

Palmer s’approcha et s’inclina devant nous - avec moins de mépris que le domestique, dois-je préciser.

Il était emmitouflé dans un énorme peignoir de soie ou quelque chose dans ce goût là. Ca me faisait penser à la tenue des nomades de Canyon Cosmo, en plus chic.

- Général… Capitaine… murmura-t-il, mielleux. Monsieur Shinra va venir dans un instant. Je ne vous cache pas qu’il a été très irrité de cette inopportune visite. On ne dérange pas le fils du président ainsi. J’espère que vous avez une raison valable pour faire irruption ici en pleine nuit !

- Valable ? s’écria Angeal. Nous avons plusieurs cadavres sur les bras dont un victime de meurtre ! s’écria-t-il. Est-ce, selon vous, une raison suffisamment “valable” pour que sa ” gracieuse majesté ” daigne quitter ses draps de satin ?

- Cela, c’est à moi d’en juger, Hewley, gronda la voix de Rufus Shinra, que nous n’avions pas entendu entrer.

Il avait enfilé un kimono de coton bleu marine, si impeccablement coupé qu’il ne pouvait avoir été fait que sur mesure, et se tenait nu-pieds sur le somptueux carrelage émaillé de bleu, blanc et or. La large échancrure dévoilait deux pectoraux au dessin si ferme et parfait que j ‘en oubliai presque à quel point il me tapait sur le système.

Mais cela ne dura pas…

- On m’a parlé d’un petit incident, sur le chantier, poursuivit-il d’un air las en s’asseyant sur l’un des divans brodés. Tu peux nous laisser,dit-il à Palmer, qui sortit en reculant, la tête respectueusement inclinée.

Ca y est ! Il recommençait à me donner envie de lui arracher les yeux avec une petite cuiller…

- Un “petit” incident ? relevai-je sarcastique.

Il me lança un regard méprisant.

- Rien, en tous les cas, qui mérite de me déranger à cette heure.

- Un fauve s’est introduit dans le camp ! criai-je en me retenant pour ne pas le saisir par le col de son kimono de luxe. Des hommes sont morts ! Des hommes qui travaillaient pour que vous puissiez poser votre fessier princier sur la cuvette des chiottes de votre putain de réacteur “que tout monde pourra voir de loin” !

Rufus Shinra ferma à demi les yeux, menaçant.

- Je vous conseille d’employer un autre ton avec moi, Général Sephiroth. Je ne suis en rien responsable de vos délires. Un fauve mangeur d’hommes… Nous ne sommes plus au temps des Cetras. Moins encore dans un zoo !

J’allais répliquer vertement mais Angeal me devança.

- Nous l’avons vu, insista-t-il. Nous en avons même croisé deux, pour être exact. Un au camp et un Gongaga. Plusieurs ouvriers sont morts, déchiquetés, et l’un d’entre eux a été assassiné.

Rufus leva un sourcil et esquissa un sourire, comme s’il avait affaire à des déficients mentaux.

- Il n’y a plus de grands fauves dans la région, Capitaine Hewley. Depuis des dizaines et des dizaines d’années. Et certainement pas des fauves assassins, ajouta-t-il avec une moue sarcastique.

- Quand je parlais d’assassinat, je voulais dire par la main d’un homme, monsieur. Un ouvrier a eu la gorge proprement tranchée d’une oreille à l’autre.

Le rejeton Shinra leva les yeux au ciel et soupira.

- Il faudrait savoir ! C’était un fauve ou un homme ?

J’eus beau avoir envie de l’étrangler, je me fis la réflexion que sa question n’était pas, tout compte fait, ouvertement idiote. Il était tout de même étrange que, la même nuit, se déroule un assassinat et un tel carnage.

L’assassin possédait-il un fauve ?

Non, cela ne tenait pas debout.

Et celui de Gongaga, dans ce cas ?

- Les deux, tranchai-je. Mais une chose est claire, la région est bel et bien infestée de bestioles, quoi que vous en pensiez.

Il sembla réfléchir un instant.

- Et je peux savoir ce que vous attendez de moi ? demanda-t-il. J’ai ordonné l’arrêt de ce chantier, ce qui s’y déroule ne m’intéresse plus.

J’ouvris la bouche mais il leva la main.

- Soyez tranquilles, reprit-il, vous recevrez la prime convenue au départ et nulle sanction ne figurera dans votre dossier militaire. Malgré la catastrophe que vous avez causée… ajouta-t-il en me jetant un regard meurtrier.

- Quelle catastrophe ? s’écria Angeal, outré. Nous ne sommes pas responsables si…

- Ca suffit ! coupai-je, à bout, en me penchant sur Rufus, menaçant. J’en ai assez de tout ce cinéma, alors écoutez-moi bien, vice-président de ce que vous voudrez ! Des hommes sont morts, leurs cadavres gisent sous une tente du chantier, de votre chantier, et un homme a été égorgé. La police refuse de prendre une déposition ou d’envoyer quelqu’un sans votre autorisation. Alors vous allez bouger votre putain de cul, prendre ce putain de téléphone et ordonner à tous ces bras cassés de prendre les mesures nécessaires ! Me suis-je bien fait comprendre ?

Rufus en resta bouche bée.

Je crois que jamais il me m’aurait cru capable de m’adresser ainsi à un supérieur et qu’il comprit, à ce moment-là, en voyant mes yeux verts glaciaux, ma mâchoire crispée et mes muscles bandés, à quel point je pouvais être dangereux.

“Sa majesté des réacteurs” perdit donc une bonne partie de son assurance.

- Et la moindre des choses serait d’indemniser les familles des victimes, ajouta mon ami, profitant de l’effet “Sephiroth risque d’exploser alors ne le contrariez pas”.

Rufus ouvrit la bouche puis parut penser à quelque chose et se figea, comme si une pensée soudaine l’avait frappé.

Il ferma les yeux un instant, les rouvrit, se leva et… chancela.

- Ah là ! Doucement ! Vous allez bien ? demanda Angeal, un peu coupable.

C’était la première fois que Rufus se tenait immobile aussi près de moi.

Son front m’arrivait au menton ce qui, avec mon mètre quatre vingt douze et mes quatre vingt sept kilos, était déjà en soi un bel exploit pour un homme normalement constitué.

Un parfum musqué me chatouilla les narines et mon regard glissa à nouveau vers l’échancrure de son peignoir.

Merde… Ce type était sculptural.

Si seulement il n’était pas aussi imbuvable !

- J’ai une impression de “déjà vu”, murmura-t-il, la gorge serrée. C’est très désagréable. Excusez-moi, je reviens dans un instant.

Il sortit, nous laissant, Angeal et moi, totalement interloqués.

***

Journal de Rufus Shinra

Palmer m’a réveillé ce matin à l’aube, avant l’heure que je lui avais donnée. C’est la première fois qu’il ose désobéir à mes ordres, c’est dire si grande était son inquiétude. Et bien que je ne puisse le montrer, j’avoue la partager.

Mes plus grandes craintes se réalisent…

Ce Général mal dégrossi a attiré sur nous la colère des dieux. Des soldats restés au camp ont été massacrés par un fauve qui s’est enfui.

Je n’en ai pas parlé à ce rustre mais le grand léopard noir a toujours été l’animal tutélaire des Shinra, depuis la naissance de notre lignée. Je ne peux voir une coïncidence dans le fait que la vengeance des dieux s’accomplisse par la patte de cet animal.

Toujours tournée vers le passé, comme tous les anciens, ma vieille nourrice m’a assez seriné la longue histoire de mes ancêtres pour que je puisse la réciter mot pour mot.

Sa loyauté à ma famille m’est précieuse, mais son archaïsme me porte sur les nerfs, parfois.

Déjà que J’ai le plus grand mal à convaincre mon propre père d’accepter les changements qu’impose le passage de notre société dans l’ère de la modernité…

Ce Sephiroth ajoute aussi à la liste de nos ennuis la mort de celui qui a déclenché cette tragédie par sa maladresse.

Il n’arrive pas à comprendre que cela n’est que la juste conséquence de son erreur. Mais je crains qu’il ne prenne ce décès un peu trop au sérieux, et qu’il n’en réfère aux autorités, qui ne manqueraient pas de m’importuner.

Je ne m’inquiète pas vraiment pour la police, ils comprendront aisément mon point de vue, mais j’enrage à l’idée de payer des pots-de-vin supplémentaires pour m’assurer leur silence à cause des scrupules de celui qui n’est, bien qu’il l’ignore encore, que le fruit d’une expérience de laboratoire - comme son compagnon.

Ils feraient mieux de balayer devant leur porte et de s’interroger sur leur propre famille avant de me donner des leçons de morale !

La seule pensée de leur présence troublant la paix de cette demeure me contrarie !

Hewley a même oser mentionner la possibilité de verser une somme aux familles des victimes.

“En compensation “, a-t-il dit.

En compensation du travail non fourni, sans doute ? Du temple de mes ancêtres saccagé ?

Décidément, ces deux rebuts d’éprouvette m’exaspèrent !

Ils n’ont aucun sens des priorités.

Les mânes de mes aïeux doivent hurler à l’agonie devant la profanation de ce lieu, et les dieux ne pardonnent ni n’oublient ce genre d’offenses aussi facilement que les hommes.

Je sais que les ouvriers, eux, auront compris.

Je doute qu’un seul d’entre eux ait accepté de retourner travailler sur le chantier sans qu’il n’y ait eu expiation, de toute façon. En tout cas, pas avec le responsable de ce crime sur les lieux.

Mais ce rejeton mal dégrossi d’extraterrestre ne semble pas conscient de cet aspect de la situation. Pas plus que son compagnon.

Quels piètres meneurs d’hommes ils font !

J’ai même du mal à imaginer qu’ils aient pu se faire tolérer si longtemps par les ouvriers. Je me demande bien comment ils s’y sont pris !

Enfin…

Ah, j’allais oublier ! Je ne sais si je dois confesser dans ces pages mais…

J’ai accueilli le réveil inopiné de Palmer avec soulagement, en fait, car il m’a tiré d’un rêve extrêmement dérangeant. Tel que je n’en avais jamais fait auparavant.

Je parlais à un homme. Et cet homme…

Non, c’est idiot, c’est sans importance.

Il vaut mieux que je finisse de régler mes problèmes avec mes deux expériences de laboratoire qui s’ignorent au plus vite !

… à suivre

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LXIII - Mon père, cet assassin

” Mon père aima ma mère comme on aime un complice ;
comme le crime aime le vice !”

C. Rodriguez

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Tifa bâilla et Loz la serra contre lui.

Vêtue d’une simple nuisette par-dessus laquelle elle avait rapidement enfilé un déshabillé pour descendre à l’infirmerie, elle frissonnait dans l’air climatisé du sous-sol.

- Nous devrions remonter dormir un peu, chuchota-t-il à son oreille. Il est presque quatre heures du matin.

La jeune femme acquiesça avec un sourire épuisé et se laissa aller contre son torse nu.

- Tu vas finir par attraper la mort, à te promener comme ça, murmura-t-elle en frictionnant la peau satinée.

Il haussa les épaules.

- Le froid ne me fait pas plus d’effet que ça, tu devrais commencer à le savoir, répondit-il avec un clin d’oeil. Où est passé Denzel ?

La jeune femme jeta un regard alentour.

Elle et Loz se tenaient debout près du caisson mako où Nero était toujours inconscient. Sephiroth, Cid et Cloud discutaient non loin de là avec des mines sombres. Shalua et Merill nettoyaient et désinfectaient le box de chirurgie et Shelke était penchée sur le berceau de Kay, qui gazouillait joyeusement sous les chatouilles de la jeune fille.

- Il était avec le bébé et Shelke à l’instant…

- Là, fit Loz en désignant la porte entrouverte du bureau de Shalua.

Tifa fronça les sourcils.

- Sale petit farfouilleur trop curieux ! gronda-t-elle faisant rire l’argenté.

- Je vais le chercher.

- Et fais-lui la leçon, surtout ! Toi, il t’écoutera peut-être.

Loz traversa le laboratoire en direction du bureau et Kadaj entra à ce moment précis, accompagné de Cait et d’une Yuffie aux yeux bouffis de sommeil.

- Ca y est, ils ont terminé ? s’enquit cette dernière en s’approchant du caisson pour observer Nero. Tiens, je ne me souvenais plus qu’il avait tous ces tatouages.

- Ce ne sont pas des tatouages, l’informa Tifa. D’après ce que j’ai compris, ces marques sont apparues sur sa peau à la puberté.

Cait écarquilla les yeux et colla presque la truffe contre le couvercle de verre pour mieux voir.

- Tu parles d’un truc bizarre, nota l’Utaïenne.

Kadaj tendit l’oreille.

- C’est quoi, ce bruit et cette fumée noire ? On dirait des centaines gémissements mêlés, dit-il en frissonnant malgré lui. Un mélange spécial de mako ?

Sa compagne sourit.

- Non, c’est Nero qui fait ça. C’est son ” don “. Il invoque des sortes de ténèbres peuplées de… de… Je ne sais pas vraiment quoi, en fait. Mais je peux te dire que quand tu te retrouves coincée dedans, ça n’a rien de drôle !

- Ca y est ? demanda une voix douce derrière eux. Alors ? Il a dit quelque chose ?

Ils se tournèrent pour voir Yazoo, qui venait d’arriver à son tour.

- Non, lui apprit Tifa. Il ne s’est pas encoré réveillé. Reno n’est pas avec toi ?

- Il est dans le bureau de Rufus, avec Rude, Vincent et Reeve.

Kadaj tiqua.

- Un problème ?

- Non ! le rassura son frère avec un sourire. Pas du tout. Maintenant que grand frère est réveillé, ils doivent préparer son ” grand retour ” pour la presse.

- Oh. Je n’avais pas pensé à ça.

- Je dois aller dire à Shelke qu’ils ont besoin d’elle.

- Elle est là-bas, avec Kay, fit Tifa en pointant la jeune fille du menton.

Yazoo s’éloigna avec un soupir silencieux. A l’instar de Loz, et contrairement à ce que pensaient beaucoup de personnes, il n’avait jamais été très doué pour mentir, surtout pas à ses frères. Mais, qu’il le veuille ou non, c’était visiblement le prix à payer pour être l’amant d’un turk…

Aussi naturellement que possible, il s’approcha de Shelke et se pencha vers elle comme si de rien n’était, pour caresser les joues du bébé que la jeune fille berçait.

- Vincent a besoin de toi, murmura-t-il sans se départir de son sourire, pour donner le change à ceux qui pouvaient les observer. Lui, Reno, Rude et Barret vont aller chercher le frère de Nero au mont Nibel. Un escadron de la WRO appelé par le commandeur Tuesti sera sur place dans moins d’une demi-heure et vous attendra.

Shelke sourit en retour et hocha la tête, entrant dans son jeu. Le bébé s’était presque rendormi et elle le donna à l’argenté.

- Une attaque terrestre ? Pas d’appui aérien ?

- Uniquement l’hélico piloté par Reno pour évacuer Weiss le plus vite possible.

- Pourquoi pas une unité de Cid ?

- Il porte les cellules de Jenova lui-aussi, à présent. Vincent pense qu’il est donc lui aussi devenu une cible, au même titre que moi et mes frères.

- Je comprends. J’y vais tout de suite.

Elle quitta l’infirmerie calmement et Yazoo embrassa doucement le bébé endormi avant de le coucher dans son berceau.

Ensuite, comme Reno le lui avait demandé, il se dirigea vers le box de chirurgie pour parler discrètement à Merill et Shalua.

Cette dernière, le voyant approcher avec les traits tendus, retira son masque et posa la lingette désinfectante qu’elle passait sur toute la surface de la table d’opération.

- Yazoo baby ? Tu en fais une tête. Tu es souffrant ?

Il s’approcha tout près, en prenant garde de rester dos au mur vitré du box afin que personne ne puisse voir son expression ni les mouvements de ses lèvres.

- Shalua, j’ai des consignes de Vincent pour toi. Souris, comme si tout était normal.

La jeune femme obéit.

- Tu me fais peur, qu’est-ce qui se passe ?

- Vincent, ta sœur et les turks partent chercher le frère de Nero au mont Nibel.

- Quoi ? Seuls ? intervint Merill en souriant à son tour comme s’ils parlaient de la pluie et du beau temps.

- Non. Un escadron de la WRO les attend là-bas. Lucrecia a parlé à Vincent. Weiss est sans doute très très mal en point. Elle craint même que Genesis ne soit sur le point de le tuer, si ce n’est pas déjà fait. Il faut vous préparer à son arrivée. Reno l’évacuera par hélicoptère au plus vite et il faut que vous soyez prêts à une éventuelle intervention d’urgence.

- J’ai compris. Qui est au courant ?

- Ici ? Personne. A part vous et moi, s’entend. Et il ne faut surtout pas en parler aux autres. Vincent ne veut pas qu’ils aillent se jeter dans la gueule du loup.

La jeune femme acquiesça.

- Il pense toujours que Genesis veut mettre la main sur des porteurs des cellules de Jenova ?

- Disons qu’il préfère ne prendre aucun risque. (Yazoo grimaça et serra les poings) Je serais pourtant volontiers allé dire ma façon de penser à cet enfant de salaud.

Shalua lui prit les mains et les serra.

- Si c’est bien lui qui a fait ces maudites manipulations au labo du Deepground et qui a tué Kaly, il paiera, Yazoo baby. Je te promets que nous lui ferons payer d’une façon ou d’une autre.

- Grand frère dit que, du temps où ils étaient amis, Genesis aurait été incapable de faire la différence entre une éprouvette et une seringue.

- Il n’a pas tort. J’avoue que je serais curieuse moi-aussi de savoir où Genesis a appris à faire des manipulations génétiques aussi complexes.

Yazoo allait répondre mais fut interrompu par les sanglots et les supplications étouffées de Denzel, qui s’échappèrent soudain du bureau de Shalua, les figeant tous et faisant réveillant le bébé.

Tifa se précipita mais Cid, Cloud et Sephiroth, qui étaient plus près, la devancèrent.

*

Au plus profond du mont Nibel, Genesis sentit presque immédiatement que quelque chose ” clochait “. Comme si une alarme silencieuse s’était mise à carillonner dans les tréfonds de son cerveau, il pressentit un danger. Un danger imminent.

Il se raidit et tendit l’oreille, les sens au aguets.

Weiss, étendu à ses pieds, brisé et ensanglanté, puisa dans ses dernières forces pour sourire et le railler.

- Je crois que… tu vas avoir… de la visite… sous peu.

- La ferme !

- Tu comptes faire… quoi ? Me traîner par les… cheveux en… espérant qu’après quelques coups… supplémentaires je… joue les… chiots… obéissants ? Je croyais que… tu me connaissais… un peu… mieux que ça…

Il ricana et Genesis le fit taire d’un coup de pied dans le foie.

- Je t’ai dit de la fermer !

Mais il savait que Weiss avait raison.

En perdant Nero, il avait perdu sa meilleure arme et son seul moyen de pression sur l’ancien chef des Tsviets. Mais, bon sang ! Comment aurait-il pu deviner que cette saloperie de tas de ténèbres impures allait abandonner son frère adoré cette façon ? !

C’ était même la dernière chose à laquelle il se serait attendu !

Et en emportant la seule source de cellules de Jenova qui lui restait, qui plus est !

De pure frustration, il frappa Weiss à coups redoublés.

Nero. Il devait récupérer Nero s’il voulait faire obéir son frère. Et il devait récupérer aussi une source de cellules de Jenova de toute urgence ! Il allait avoir besoin d’aide.

Avec un peu de chance, les géostigmates avaient déjà dû se répandre dans Nibelheim et ce serait bien le diable si, avec l’appui de Jenova, il ne parvenait pas à prendre le contrôle de quelques imbéciles plus gravement atteints que les autres pour ” l’assister ” dans cette tâche.

Nero, Weiss et une source de cellules. C’était tout ce qu’il lui fallait pour mener ses plans à bien.

Des plans bien plus modestes que ce qu’il avait imaginé au début - avant que cette chienne qui lui avait servi d’épouse ne lui vole son fils et les trois rejetons de celui-ci pour les mettre à l’abri, loin de la rivière de la vie - mais, pour un homme de son génie, il y avait toujours ” moyen de moyenner “, comme il disait.

S’il ne pouvait commencer tout de suite par un feu d’artifice, il commencerait par une étincelle. La réaction en chaîne suivrait…

Pour l’instant, il devait renoncer à Weiss. Encore une fois. Comme il avait déjà dû y renoncer un an plus tôt, là-bas, au réacteur zéro. Pas pour longtemps, c’est vrai.

Oui, il serait toujours temps de les récupérer lui et son frère par la suite.

Chaque chose en son temps…

Ce qu’il avait raté dans les ruines de Midgar, un an plus tôt, puis à Nibelheim plus récemment, il le réussirait à Edge ! Jamais deux sans trois et, cette fois, il réussirait à réveiller l’Omega pour de bon ! Il avait juste besoin pour cela de quelques cellules de Jenova.

Des cellules de Jenova…

Mais où en trouver ?

Il se tapa rageusement le front de son poing fermé.

Réfléchir ! Réfléchir ! Réfléchir !

Reeve avait mis toutes les cellules restantes à l’abri…

Le bébé s’était envolé avec Nero…

Les argentés étaient protégés de bien trop près pour être atteintes directement…

Réfléchir ! Réfléchir ! Réfléchir encore ! Il devait y avoir un moyen. Il y avait forcément un moyen. Il y avait toujours un moy…

Son visage s’éclaira soudain et un sourire hideux déforma ses traits.

- Bien sûr… Comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ? ! Je suis un génie… murmura-t-il. Un génie ! Un pur génie !

Un rire hystérique incontrôlable résonna dans la grotte et Weiss, qui reconnut immédiatement ces mots et cet affreux rire rocailleux pour les avoir entendus à maintes reprises, se redressa péniblement sur un coude, les yeux écarquillés d’horreur.

- Ce n’est pas… possible… bredouilla-t-il. Toi…

- Quoi ? railla Genesis. Tu réalises l’évidence seulement maintenant ? Ah ! Ah ! Ah ! Tout dans les muscles et rien dans la tête ! Pauvre Weiss !

- Tu es… mort…

Le rire grinçant redoubla et l’ancien chef des Tsviets sentit le désespoir le terrasser.

- Vincent… t’a tué… gémit-il encore. Il t’a tué… il y a un an… au réacteur… zéro… Vincent… t’a tué !

Sans cesser de rire, celui qui n’avait jamais été Genesis lui asséna un coup si violent à la tête qu’il perdit connaissance.

- Profite des petites vacances que je t’accorde, amphitryon d’Omega. Je veux que tu sois en pleine forme, lorsque je reviendrais vous chercher, toi et ton frère chéri. Ah ! Ah ! Ah !

*

Dans le bureau de Shalua, Denzel s’accrochait désespérément en pleurant aux hanches Loz, qui regardait Cloud et Tifa à tout de rôle, ne sachant plus quoi faire pour le calmer.

- Je savais pas ! sanglotait le petit garçon. J’te jure que j’savais pas ! Ils me disaient qu’ils travaillaient pour que le monde soit meilleur ! J’te jure que je savais pas, Loz ! J’te jure !

Cid s’approcha et s’accroupit aux pieds du garçonnet.

- Mais enfin, de quoi tu parles, mon grand ?

- Je savais pas qu’il faisaient ça ! geignit encore Denzel en pointant le doigt vers l’ordinateur portable de Shalua, où Sephiroth avait consulté les vidéos de surveillance un peu plus tôt.

Sur l’écran, Loz, sous anesthésie générale, était allongé nu et sanglé sur la table d’opération tandis qu’Hojo, aidé de ses assistants, un homme et une jeune femme, faisaient les prélèvements de sperme qui donneraient naissance à Kay cinq ans plus tard.

- Les vidéos retrouvées au labo du Deepground… soupira Shalua. Denzel ! Qu’est-ce qui t’a pris de regarder ces horreurs ?

Cloud s’approcha à son tour et Denzel lui sauta dans les bras.

- Dis-lui, Cloud ! supplia-t-il. Dis-lui que je savais pas !

- Mais enfin, tu ne pouvais pas deviner qu’il avait subi tout ça, voyons… Pourquoi ça te met dans un tel état ? Tu as de la peine pour lui, c’est ça ?

- Il voudra plus être mon papa, maintenant !

Tous les adultes présents échangèrent un sourire attendri.

- Mais enfin, Denzel, qu’est-ce que ça a à voir avec toutes les vilaines choses que les méchants savants lui ont fait ? demanda à son tour Tifa en retenant un rire.

- Je suis pas comme eux ! cria presque Denzel en s’accrochant à nouveau à Loz, qui se baissa pour l’asseoir sur sa cuisse et le serrer contre son torse nu. Quand je t’ai dit que je voulais que tu crèves, c’était pas vrai ! Je le pensais pas ! Je te jure que je suis pas comme eux ! Je savais pas ce qu’ils faisaient ! Je savais pas ! Je te promets ! Je te promets !

Loz tiqua.

- Denzel, mais de qui tu parles ? Tu n’es pas comme qui ?

En sanglotant et sans oser relever la tête, le garçonnet pointa le doigt vers l’écran de l’ordinateur.

Tous tournèrent la tête vers l’image figée de la caméra de surveillance.

- Tu n’est pas comme Hojo ? demanda doucement Cloud. C’est ça, que tu veux dire ?

Denzel secoua la tête, fixant toujours le sol.

- Non… murmura-t-il d’une voix à peine audible. Les autres…

- Le monsieur et la dame en blouse blanche ? demanda Sephiroth à son tour.

Le garçonnet acquiesça et inclina le front en pleurant de plus belle.

Yazoo lui ébouriffa les cheveux.

- S’il a vu ne serait-ce qu’un millième de ce que ces deux ordures nous ont fait subir là-bas, je comprends qu’ils puissent lui faire peur, soupira-t-il.

Cid grimaça.

- A ce point là ?

Loz acquiesça en berçant Denzel dans l’espoir de le calmer un peu.

- Plus le mari se montrait sadique durant la journée, cracha-t-il avec une haine dans le regard que le pilote ne lui avait jamais vu, plus sa femme devenait perverse durant la nuit lorsqu’elle me forçait à la…

- Loz ! l’interrompit Yazoo en désignant le garçonnet.

Son aîné rougit.

- Désolé.

- Tu n’es pas comme eux, Denzel, reprit son jumeau. C’était sans doute les scientifiques les plus méchants du cratère nord après Hojo ! Même un bahamut enragé n’est pas aussi méchant.

Loz acquiesça.

- C’est vrai. Même si tu m’avais dit des choses encore plus horribles, tu ne leur arriverais même pas tout en bas de la cheville !

- Je ne savais pas, qu’ils étaient comme ça ! sanglota de nouveau le petit garçon. Pardon ! Pardon !

- Denzel ! essaya de plaisanter Cloud. Ils disent ça pour te rassurer, voyons !

Personne, hormis Shalua, ne remarqua que Tifa s’était levée depuis un petit moment, déjà, et que, penchée sur l’écran, elle était devenue blême comme un linge.

Elle venait de reconnaître les deux visages pour les avoir époussetés des dizaines de fois dans leur cadre, sur la table de chevet de Denzel.

- Tifa ? Tu en fais une tête. Tu les connais ? demanda la jeune scientifique.

Le pleurs de Denzel redoublèrent et Tifa inspira un grand coup avant de laisser tomber d’une voix blanche :

- Je crois que ce sont ses parents…

… à suivre

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Parlez-vous Genesien ?

Avez-vous remarqué que Genesis est pour ainsi dire le seul à ne jamais employer les termes populaciers, voire parfois grossiers, chers aux autres personnages ?

Normal, c’est un lettré (en sus d’une grosses andouille, certes, mais lettré quand même).

Alors en exclusivité planétaire, voici pour vous quelques traductions des expressions courantes de notre Genesis national et qu’il est parfois difficile d’appréhender lorsque l’on ne fait pas partie du club très fermé des pros en “littérature-pour-lovelessfans-siphonnés-de-la-calotte” .


Extraits choisis

« Cesse tes simagrées, Angeal, car je sens une ascension rhino-moutardiere imminente ! »

Traduction : Arrête de faire le con, Angy, j’ai la moutarde qui me monte au nez

« Jeune home charmant mais qui souffre hélas d’un capilarisme epiglottal très marqué »

Traduction : Ce grand dadais a un cheveu sur la langue de la taille d’une balayette

« On ne va pas caquegluer à ce stade de la bataille ! »

Traduction : C’est pas le moment de chier dans la colle, les gars !

« Un cariolisme ante-bovin est la dernière chose à envisager »

Traduction : N’allez pas nous mettre la charrue avant les bœufs.

« Je crains que nous ne nous trouvions en situation de catacervicomerdose »

Traduction : Je crois qu’on est dans la merde jusqu’au cou

« Permettez que j’effectue une cession felino-linguale »

Traduction : Je donne ma langue au chat

« Ce garçon va finir cretinothanasié »

Traduction : Il va mourir idiot, ce con là

« Mes amis, que diriez-vous d’une brève crustafraction ? »

Traduction : Et si on cassait la croûte, les mecs ?

« Optons pour le cubitoludisme ou nous n’arriverons jamais au bar »

Traduction : Va falloir jouer des coudes pour aller s’en jeter un derrière la cravate, les gars.

« Je déplore une endororectocephalie depuis ce matin 8h00»

Traduction : Je me suis levé avec la tête dans le cul

« Faisons une geopalpation auprès du patron avant de lui exposer notre stratégie »

Traduction : Tâtons le terrain pour voir s’il ne risque pas nous lyncher

« J’endure une laryngofelinie tous les diables ! »

Traduction : J’ai une saleté de chat dans la gorge

« Sephiroth souffre de latrinogueusie, c’est évident ! »

Traduction : Sephy a vraiment des goûts de chiotte !

« Pardonne ma franchise, Angeal, mais il n’est plus temps de se laisser aller à la muscapedication »

Traduction : Quand t’auras fini ton enculage de mouches, Angy, on pourra peut-être passer aux choses sérieuses et avancer.


Vous, je ne sais pas mais j’ai soudain un de ces mal de tête, moi…

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Le SOLDAT recrute !

Pas facile de devenir soldat de la Shinra…

Pourtant, avec les jeux vidéos toujours plus nombreux, les films et les reportages réguliers sur «super Sephiroth», de plus en plus impérieuse est l’envie, pour nombre de jeunes gens, de quitter les jupes de môman pour tenter l’aventure.

Seulement voilà : lorsqu’on a passé 18 ans à se faire chouchouter par « la-môman-chérie-à-son-fiston », pas facile de s’habituer à la vie militaire…

Mais, une fois de plus, la Shinra a tout prévu et, en exclusivité planétaire (et uniquement pour « ff7 yaoi fanfics »), voici pour la première fois dévoilés les secrets de la formation suprême, celle que les plus grandes écoles militaires de la galaxie envient à la firme, j’ai nommé : LE PROGRAMME DES COURS PREPARATOIRES AU CONCOURS DU SOLDAT ou « comment éveiller cet organe appelé cerveau, dont les jeunes recrues ignoraient l’existence jusque là ».

C’est pas gagné, hein…


PROGRAMME DES COURS PREPARATOIRES DES NOUVELLES RECRUES

Note : En raison de la complexité et de la difficulté des cours, seulement 10 participants seront acceptés pour chaque cours.

Ce stage préparatoire au concours du Soldat s’étend sur 5 jours, et comprend les modules suivants :


PREMIER JOUR

Thème : Mon arrivée à la caserne

Instructeur : Heidegger

8h30 : COMMENT RANGER LE CONTENU DE MA VALISE DANS MON PLACARD
Présentation tâche par tâche sur diapositives

10h30 : COMMENT TROUVER LES CHOSES SANS RETOURNER LA CASERNE EN POUSSANT DES CRIS DE HYENE
Forum

13h30 : S’HABILLER DECEMMENT TOUT SEUL ET NE PAS FAIRE SEMBLANT D’IGNORER OU SE TROUVE MON CASIER
Exercices pratiques

15h00 : COMMENT ETRE LE COMPAGNON DE DORTOIR IDEAL
Exercices de relaxation, méditation et techniques de respiration

16h00 : VIVRE A LA CASERNE : MON SUPERIEUR HIERARCHIQUE N’EST PAS MA MERE
Jeux de rôle


DEUXIEME JOUR

Thème : vos collègues femmes sont des soldats comme les autres

Instructeur : Sacarlet

8h30 : EST-IL GENETIQUEMENT IMPOSSIBLE DE RESTER TRANQUILLE PENDANT QUE VOTRE COÉQUIPIERE POSE L’HELICO OU GARE LE CAMION ?
Simulation de conduite

10h00 : MA COLLEGUE N’EST PAS MON INFIRMIERE
Présentation diapositives + jeux de rôle

11h00 : MA COLLEGUE N’EST PAS MA BONNE
Projection de documentaire + intervention de témoins

14h00 : MA COLLEGUE N’EST PAS MA MERE
Présentation PowerPoint

16h00 : NOTIONS ESSENTIELLES DE GRAMMAIRE : LE FEMININ DE “ASSIS AUX COMMANDES D’UN REMORQUEUR” N’EST PAS “DEBOUT DERRIERE L’ASPIRATEUR”
Jeux de rôle


TROISIEME JOUR

Thème : vivre à la caserne – la vie en communauté

Instructeur : Angeal

8h00 : PAPIER TOILETTE : POUSSE-T-IL TOUT SEUL SUR LES DISTRIBUTEURS ?
Table ronde

10h00 : JE NE FAIS PAS PIPI A COTE : JE M’AVANCE UN PEU ET OUBLIE MA PRETENTION
Exercice pratique avec vidéo

13h00 : ASSIETTES ET VERRES : PASSENT-ILS DU REFECTOIRE AU LAVE-VAISSELLE GRACE A LA LEVITATION ?
Débats - Intervention d’experts

15h00 : BOUTEILLES DE BIERE VIDES : DOIVENT-ELLES ALLER DANS LE FRIGO OU DANS LA POUBELLE ?
Groupes de discussion et jeux de rôle


QUATRIEME JOUR

Thème : se débrouiller tout seul sans maman

Instructeur : Genesis

8h00 : REPASSAGE EN 2 ETAPES : A) 1 CHEMISE EN MOINS DE 2 HEURES B) LA VAPEUR CA BRULE
Exercice pratiques avec des professionnels

10h00 : LE MENAGE DU DORTOIR, UNE ACTIVITE VIRILE ET VALORISANTE
Table ronde et exercices pratiques

12h00 : DIFFERENCES ENTRE LE PANIER A LINGE ET LE SOL ET COMMENT SE RENDRE A LA LAVERIE SANS SE PERDRE
Exercices pratiques avec paniers en osier

De 14h00 à 19h00 : COURS DE CUISINE PRATIQUE EN 3 ETAPES

Niveau 1 (débutant) : Les appareils ménagers « ON mettre en marche » « OFF arrêter l’appareil ».

Niveau 2 avancé : Mon premier « Shinra rapid’soup » sans brûler l’eau

Niveau 3 Expert : Faire un café sans oublier l’eau ou le café et ne pas utiliser le soluble qui est incompatible avec la cafetière


CINQUIEME JOUR

Thème : être un SOLDAT dans son corps et dans sa tête

Instructeur : Sephiroth

8h00 : Santé module 1 : SE LAVER TOUS LES JOURS EST SANS RISQUE POUR VOTRE SANTE
Présentation Power Point avec intervention du Pr. Hojo

9h00 : Santé module 2 : NON, LE GEL COIFFANT N’EST PAS UNE FATALITE, ON PEUT S’EN PASSER
Table ronde avec intervention de médecins addictologues

11h00 : Santé module 3 : COMMENT SURVIVRE A UN RHUME SANS PENSER ETRE A L’ARTICLE DE LA MORT
Table ronde avec intervention de médecins

14h00 : Vie pratique module 1 : DES HOMMES PERDUS PEUVENT DEMANDER LEUR CHEMIN
Témoignages du seul soldat mâle l’ayant jamais fait

16h00 : Vie pratique module 2 : SE RAPPELER DES DATES DE MISSION ET PREVENIR QUAND VOUS AVEZ DU RETARD
Apporter son agenda au cours

17h00 : Vie pratique module 3 : MON ARME N’EST PAS L’EXPRESSION DE MA VIRILITE, LA PREUVE PAR LES CHIFFRES
Apporter son double décimètre personnel

18h00 : COMPTE-RENDU DU STAGE AVEC L’EQUIPE PEDAGOGIQUE


En raison du nombre croissant des demandes, nous invitons les supérieurs hiérarchiques directs et les instructeurs à nous faire parvenir les demandes d’inscription dans les plus brefs délais.

Merci d’avance

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Rends-moi ma vie !

***

Auteur : Shiva Rajah

Relecture et Réécriture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Illustration tirée des maquettes du doujinshi “BUBBLES” du Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Note : Yuusuke Naora est le directeur artistique du film “FF VII - Advent Children”

- Yuusuke ? Yuusuke ? Yuusuke…

Qui m’appelait ? Je croyais que tout le monde avait déjà quitté le studio.

- Yuusuke… Réveille-toi…

J’ouvris un œil. Mon rêve m’avait laissé un goût amer dans la bouche, comme si j’avais sucé des pièces de monnaie.

Quelle heure pouvait-il bien être ?

Mon bureau était plongé dans la pénombre et les objets se détachaient des panneaux blancs des murs comme est ombres fantomatiques.

- Yuusuke…

Je me redressai sur mon fauteuil, le cœur battant.

Je n’avais pas rêvé. On m’appelait vraiment…

- Yuusuke…

C’est pas vrai ! Voilà que j’entendais des voix, maintenant…

Les somnifères que j’avais pris la veille ? Saleté ! Je n’étais pas prêt d’avaler à nouveau l’un de ces trucs.

“C’est léger” m’avait-on assuré à la pharmacie.

Tu parles !

Bon sang, mais pourquoi avais-je autant de mal à trouver le sommeil ? Je supportais pourtant bien la pression, d’habitude. Et Avent Children Complete allait faire un carton, c’était quasi-certain. Alors pourquoi angoissais-je ainsi ?

- Yuusuke…

Je me figeai.

C’était une plaisanterie de mes collaborateurs ou quoi ?

La gorge sèche, je tendis la main vers l’interrupteur de ma lampe de bureau et dus tâtonner un bon moment avant de le trouver.

- Yuusuke!

Je tressaillis si fort que je faillis reverser la lampe.

J’actionnai brutalement l’interrupteur et me pressai contre le dossier de mon fauteuil, inspectant du regard chaque recoin du bureau, le cœur battant.

Rien.

Normal, qu’est-ce que j’espérais ? Un ange voletant au-dessus de mon secrétaire en m’appelant par mon nom ?

J’attendis un instant, l’oreille aux aguets.

Silence.

Avec un soupir, je laissai tomber ma tête entre mes bras croisés et ricanai. Bon sang ! Quelle histoire. Ça m’apprendrait à lire le paragraphe des effets non désirables sur les notices des médic…

- Eh ! Yuusuke !

Je bondis de mon fauteuil et m’aplatis contre le mur, derrière moi, en brandissant une figurine en résine à l’effigie de Cloud, l’un de mes personnages les plus réussis. Guère convainquant, comme arme, mais c’était toujours ça.

- Qui… qui est là ? bredouillai-je. C’est une blague, les gars ? Il y a une Webcam de planquée, c’est ça ?

Silence…

- Mais qu’est-ce qui me prend ? maugréai-je en reposant la figurine sur mon bureau. Je perds la boule ! Voilà que je parle tout seul.

- Yuusuke ! Par ici !

Avec un cri, je reculai et me recroquevillai à nouveau dos au mur en tournant frénétiquement la tête en tout sens.

Il n’y avait pourtant personne, je n’étais pas fou !

Le vidéo-projecteur, l’armoire, mon bureau, la table de dessin sur laquelle s’étalaient les dernières planches du story-board des scènes rajoutées d’avent children et…

Quelque chose ne bougeait-il pas, sur le story-board ?

- Yuusuke ! Approche. N’aie pas peur. Viens.

Ça venait bien de là.

Mon Dieu… ça y est, j’étais bon pour l’asile. Ça m’apprendrait à concevoir des mondes de jeux vidéo et des personnages torturés !

- Approche, Yuusuke.

Je déglutis avec difficulté. Cette voix m’était familière et, pourtant, j’étais certain de ne l’avoir jamais entendue.

- Yuusuke …

Le ton se fit suppliant et j’aurais juré voir le dessin frémir. Impossible.

- Qui… qui êtes-vous ?

Pauvre de moi ! Voilà que je parlais à une feuille de papier…

“Reprends-toi, mon garçon, ce n’est qu’un effet secondaire du somnifère.”

- Ton ami, Yuusuke … ton seul véritable ami. Celui que tu as rêvé si fort que tu lui as redonné vie à travers un logiciel d’images de synthèse. Viens, Yuusuke …

- Que… de quoi parlez-vous ? Je… je ne vous connais pas.

- Oh ! mais si, tu me connais, Yuusuke, puisque c’est toi qui m’as créé. Combien de fois n’as-tu pas rêvé de moi ? Combien de fois n’as-tu pas essayé d’être moi ? Viens, Yuusuke, viens… c’est la seule occasion que tu n’auras jamais.

Oh là là… je perdais complètement les pédales.

C’était quoi, ça ? Une matérialisation de mes fantasmes ?

Ma pauvre tête…

Il fallait que je voie un psy… que j’en voie un au plus vite.

- Approche et tu verras que je dis la vérité. Approche…

- Et en plus, j’essaye de me trouver toutes les excuses pour y croire… murmurai-je. Pauvre de moi.

- Approche, que risques-tu ? Viens, Yuusuke. N’en as-tu pas assez de te branler après m’avoir dessiné ? N’as-tu pas envie de vivre les aventures que tu imagines pour de vrai ? Tu en rêves, Yuusuke, je le sais. Viens…

- Taisez-vous ! Si on vous entendait, je…

Mais qu’est-ce que je racontais ? Entendre quoi ? Cette voix était le fruit de mon imagination. Je culpabilisais, voilà l’explication. Tout ceci n’était qu’un moyen pour mon cerveau de m’avertir que j’allais trop loin et que j’allais perdre les pédales.

Il fallait que j’arrête toutes ces conneries de jeux vidéo ! Que je devienne raisonnable. Oui, c’est ça. Raisonnable.

Raisonnable…

Mais je ne voulais pas être un type raisonnable ! J’avais besoin d’autre chose… une chose que, pour l’instant, seuls mon imagination et mes personnages pouvaient me donner.

- Approche, Yuusuke.

Qu’est-ce que je risquais, après tout ? Les rêve, ça peut pas vous faire de mal, non ?

Mes pieds, comme mus par une volonté propre, se posèrent l’un devant l’autre, me portant jusqu’à la table de dessin.

- Oui, Yuusuke, gémit la voix langoureuse. Viens à moi…

Plus qu’un pas… plus qu’un pas… baisser les yeux sur le story-board et…

- Mon Dieu… Oh ! Mon Dieu ! Ce n’est pas possible ! Ce n’est pas possible…

Il était là.

Sarcastique, séduisant et dangereux à mourir dans la case du story-board.

Il était là et me souriait.

La gorge serrée, je vis sa main aux longs doigts gantés caresser son long sabre. Masamune…

- Veux-tu le toucher, Yuusuke ?

- Impossible… C’est impossible… Je deviens fou.

- Tu en meures d’envie… Donne-moi ta main, Yuusuke… Donne-moi ta main…

Sans même me rendre compte de ce que j’étais en train de faire, je tendis la main vers la feuille du story-board et… la traversai.

- Oh ! Mon Dieu !

Je voulus la retirer mais Sephiroth la saisit pour la poser sur sa poitrine, si bien que je dus me pencher en avant. La moitié de mon bras était à présent dans le dessin.

Je le voyais sans pouvoir y croire. Quelques lignes claires sur le papier blanc…

Mais un cœur battait contre ma paume et je sentais une peau lisse et tiède sous les lanières de cuir qui sanglaient le torse de mon ange déchu.

- Viens à Moi, Yuusuke… Viens…

Il me tira par le bras et je ne résistai pas. Je sentis mon corps se dissoudre, sans douleur aucune, et ne faire plus qu’un avec le papier.

Je sentais son odeur, à présent. Un mélange entêtant d’acier, de cuir et d’un parfum boisé.

- Ouvre les yeux, Yuusuke … Ouvre les yeux et goûte ce que l’on ressent à être ce que tu as fait de moi.

De quoi parlait-il ? Son ton s’était fait cassant, soudain.

J’ouvris les yeux et levai les yeux vers lui. Il se tenait au-dessus de moi et souriait méchamment, ma main toujours prisonnière de la sienne. Loin… loin au-dessus de moi. Et derrière lui… derrière lui, je voyais mon bureau.

Je regardai autour de moi. Tout était blanc. Tout était vide. Vide et plat. Sans consistance. Un monde en deux dimensions. Un monde de papier…

- Il ne faut pas s’offrir des rêves au-dessus de ses moyens, railla-t-il en lâchant ma main. Ils pourraient te contrôler. Prendre possession de toi, de ta vie, de ta place… Qui est le fou, à présent ?

- Non… bredouillai-je en essayant désespérément de m’accrocher la manche de son manteau de cuir noir. C’est un cauchemar…

- Le cauchemar commence maintenant, Yuusuke, promit-il en se dégageant d’une sèche torsion de poignet, ce qui eut pour effet de déboîter le mien.

- Ah ! Non ! Reviens ! Sephiroth ! Ne me laisse pas ici ! Oh ! mon Dieu, je vous en supplie ! Non ! Rends-moi ma vie, Sephiroth ! Tu n’as pas le droit ! Rends-moi ma vie !

***

L’ambulancier rabattit le drap sur le corps étendu sur la moquette saumon du bureau.

- Un bon directeur artistique… soupira-t-il en mettant le tube de somnifères vide dans un sac en plastique avant de le sceller. Si c’est pas malheureux de voir ça… T’as vu comme il s’est déguisé, avant de se suicider ?

Il désigna le long manteau de cuir noir, qui dépassait du drap. Un manteau aux épaules bien trop larges pour le défunt maigrelet.

- Ouais… Bon artiste, peut-être, mais pas très net, je confirme, remarqua son confrère.

Le jeune urgentiste tendit à son supérieur une planche de story-board en grimaçant.

- Oh ! bon sang ! Il s’est dessiné lui-même, non ?

- On dirait bien, oui.

L’ambulancier observa le visage torturé et les mains crispées sur la case du story-board de l’autoportrait du défunt.

La case était blanche à l’exception de lui-même et d’une bulle écrite en lettres grasses : ” Sephiroth ! Rends-moi ma vie ! Laisse-moi m’en aller !”

- Ça ressemble à un dernier adieu.

- Banal, quelque part, pour un suicide.

- La pression médiatique, sans doute. La presse attendait le film remanié le pied ferme. Il ne devait plus le supporter. Il s’est dessiné comme s’il se sentait prisonnier.

- Épargne-moi tes analyses psychiatriques bon marché, veux-tu.

- Pardon, chef. Quoi qu’il en soit, les fans vont le regretter.

- Sans doute. Euh… monsieur, fit l’ambulancier en se tournant vers le jeune homme de haute taille, aux yeux verts lumineux et aux longs cheveux étrangement gris, qui attendait près de la porte. Je sais à quel point il a dû être choquant de trouver la vic… le défunt ainsi mais… la police vous appellera sans doute demain et vous demandera peut-être de passer au commissariat pour faire une déposition.

L’inconnu ajusta la ceinture de son pantalon de cuir et tira sur son t-shirt, comme si le vêtement était trop étroit de plusieurs tailles et le gênait.

- Bien sûr, sans problème, assura-t-il en hochant aimablement la tête. Mais, je vous l’ai dit, je le connaissais à peine. Il m’a accosté dans ce salon professionnel et…

- Et vous a donné rendez-vous ici pour passer un entretien d’embauche, oui, vous nous l’avez dit. Concepteur, c’est ça ?

- Non, scénariste. Je suis scénariste. Je crée des histoires ou… je les remanie à ma sauce, précisa-t-il avec un petit sourire ironique que l’ambulancier eut du mal à interpréter.

- Bon eh bien… Je pense que ce sera tout. Nous avons votre nom et votre numéro de portable aussi, on ne va pas vous retenir plus longtemps. Voulez-vous qu’on vous appelle un taxi ?

Le jeune homme sourit de toutes ses dents.

- Ce ne sera pas nécessaire, de la famille va passer me chercher en moto sous peu. J’ai fait le nécessaire.

- Dans ce cas… Au revoir, monsieur. Et merci encore d’avoir appelé.

- Ce fut un plaisir. (L’ambulancier tiqua.) De vous aider, s’entend…

L’infirmier le regarda se diriger vers la porte et fronça les sourcils.

- Putain, il fout les jetons, ce type…

Son confrère frissonna et acquiesça sans un mot.

FIN

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V - Seuls les morts sont froids

Le désir est l’appétit de l’agréable. “

Aristote

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Zack nous apprit que le seul poste de police de Gongaga se trouvait à deux pas de la maison de ses parents, sur la place du village.

Nous avions contacté Lazard par téléphone pour l’informer de ce qui s’était passé mais il s’était contenté d’un : ” cela regarde les autorités locales, désormais. Le président a interrompu la mission, vous n’avez plus rien à faire là-bas. Passez le dossier aux autorités compétentes, rassemblez le matériel sensible et rentrez à la base. Vous avez trois jours pour plier bagage. “

Ca avait au moins le mérite d’être clair…

En raison de la mauvaise visibilité et de l’état des routes, nous mîmes deux bonnes heures à parcourir les quelques quarante kilomètres à vol d’oiseau (le double par la route) qui nous séparaient de Gongaga, qui était, en fait, un village plus qu’un bourg.

Pas de lumière dans les ruelles, bien entendu, et des trous où je faillis plusieurs fois me briser les jambes.

Je ne sus que nous étions arrivés à l’antenne de police que parce que Zack me traduisit l’inscription à demi effacée peinte sur le mur de torchis. Jamais il ne me serait venu à l’idée que cette porcherie pouvait tenir lieu de commissariat local.

A peine passée la porte, dont seules quelques écailles témoignaient d’un ancien vernissage, l’odeur de sueur et d’huile rance me prit à la gorge.

Le policier de garde, un Gongagien bedonnant à la chemise blanche maculée de tâches, était affalé sur une chaise de bois qui avait vu des jours meilleurs. Il est hasardeux d’essayer de donner un âge aux gens de ce pays mais j’aurais dit qu’il devait avoir dans les quarante ans.

En nous entendant arriver, il leva vers nous un œil endormi et retira ses pieds de la table.

Visiblement, nous avions interrompu son petit somme.

Je vis Zack se lancer dans un discours, auquel je ne compris pas un traître mot, à grand renfort de gestes et d’exclamations mais le policier, ou ce qui en tenait lieu, se contenta de gratter sa barbe de trois jours et de chasser de la table un cafard gros comme mon poignet d’un revers de la main.

J’esquivai le projectile ragoûtant avec une grimace et me tournai vers Angeal.

- Qu’est-ce qu’il raconte ? demandai-je.

Angeal, concentré sur la conversation, me fit signe de me taire d’un geste et je soupirai.

Lorsqu’il entendit le nom de “Rufus Shinra”, seule chose que je saisis de la discussion, le policier tressaillit et se leva d’un mouvement brusque pour se lancer, à son tour, dans une diatribe sans fin en agitant les bras en tout sens.

Je ne sais pas ce que lui avait dit Zack mais cela avait eu l’air de faire son effet à en juger par la mine soudain inquiète du policier et par la façon dont il se tenait la tête, gémissant entre deux phrases.

- Mais qu’est-ce qu’il dit ? insistai-je.

- Chut ! rétorqua Angeal avec un geste irrité.

Je levai les yeux au ciel et fit claquer mes mains sur les cuisses en m’accroupissant sur le sol. Le cafard, de nouveau sur ses pattes, était juste entre les miennes et je me redressai aussi sec en jurant comme un charretier pour l’écraser brutalement sous ma semelle avec un bruit de craquement de céréales.

Je ne sais pas si ce fut à cause du bruit du cafard ou de celui du claquement de ma semelle sur le sol de bois fêlé - je chausse quand même du quarante-cinq - mais Zack et le policier cessèrent immédiatement leur conversation animée et se tournèrent vers moi.

J’en profitai.

- Alors ? demandai-je.

- Il ne veut pas s’occuper de l’affaire avant d’en référer à monsieur Shinra, soupira Zack.

Je faillis m’étrangler.

- Quoi ? m’écriai-je. Un homme a été assassiné et nous avons plusieurs cadavres sur les bras ! Il faut un légiste et au moins deux ambulances !

Zack commença à lui traduire ce que je venais de dire et s’arrêta en cours de route pour se tourner vers moi.

- Euh… Je crains que le mot ” légiste ” n’existe pas en gongagien, Général.

J’allais lui répondre lorsqu’Angeal me devança et adressa au policier quelques mots en un Gongagien laborieux.

Le visage de l’homme s’éclaira et il répondit quelque chose que je ne compris pas.

- Il dit qu’il en a vu un dans un film policier, le mois dernier… soupira mon ami d’un ton morne.

Je tapai à nouveau du pied, faisant sauter un éclat de plancher. Cette fois je commençais vraiment à m’énerver.

- J’exige qu’il prenne notre déposition et qu’il appelle un hôpital ! hurlai-je.

Zack traduisit mais l’homme secoua la tête, obstiné. Avec un grognement, je le saisis par son col de chemise et Angeal s’interposa, me tirant en arrière.

- Laisse tomber, Seph, c’est inutile. Ici, rien ne fonctionne comme chez nous. Allons plutôt voir son “altesse”. Ce type ne bougera pas le petit doigt sans son accord express.

Nous quittâmes le bâtiment et l’homme me jeta un regard terrifié avant de fermer doucement la porte derrière nous.

Notre véhicule n’avait pas bougé des abords du village, les ruelles étroites et les trous dans la chaussée ne permettant pas son passage à travers le village sans risquer de perdre une roue, 4×4 ou non.

Enfin… disons que le 4×4 break lui-même n’avait pas bougé… parce que les portières, elles, gisaient de part et d’autre sur le sol.

Avec un juron, Angeal se précipita, brandissant la torche électrique qui nous avait permis de trouver le commissariat sans tomber dans un trou.

En m’approchant à mon tour, je ne pus retenir une exclamation étouffée et Zack se mit à marmonner ce qui semblait être une prière pour chasser le mauvais oeil.

Visiblement, celui qui avait fait ça avait agi par pur plaisir de nuire car nous n’avions pas fermé les portières à clé. Il n’y avait donc nulle raison de les arracher.

De plus, rien n’avait été volé. Le sac à dos d’Angeal n’avait même pas été fouillé. Tout était intact sur le siège du conducteur et rien ne manquait du matériel.

- Bon sang ! Le type qui a fait ça devait être une force de la nature, remarquai-je en observant le métal tordu.

- C’est de la tôle ! répliqua Angeal en soulevant une portière. Personne n’aurait pu faire une chose pareille. Regarde-moi ça, on dirait qu’elle a été pliée comme une vulgaire feuille de papier.

La portière en question me faisait penser à une énorme papillote, comme celles que les femmes se mettent dans les cheveux pour les friser.

Angeal braqua la torche sur la seconde et la retourna du pied.

- Merde ! Merde ! Merde ! grogna-t-il. Il ne nous manquait plus que ça !

La seconde portière était éventrée comme si elle avait eu maille à partir avec une pelleteuse mécanique.

Des petits lézards glacés me descendaient le long du dos, mais, sachant que Zack nous observait pour savoir quelle attitude adopter, j’essayai tant bien que mal d’afficher une expression décontractée, comme celle des héros de films ou de jeux vidéo qui plaisantent devant la voiture qui vient de leur exploser sous le nez, manquant de peu de les faire rôtir.

- Qu’est-ce qu’on fait ? demandai-je, faussement sarcastique. On aura l’air fin à rouler comme ça. Remarque, ça économisera la clim. Je savais qu’ils n’aimaient pas beaucoup les étrangers, ici, mais à ce point là…

Angeal jura une fois de plus et nous fit signe de monter à bord.

- Oh putain ! s’écria Zack en ressortant vivement.

- Quoi ? demandai-je en m’approchant pour regarder prudemment à l’intérieur.

Pour toute réponse, Zack me désigna le siège passager et Angeal balaya la cabine de la torche.

Au début, je ne vis rien de particulier. Le siège du conducteur était intact, ainsi que le tableau de bord.

Là où ça se gâtait, c’était du côté passager - à savoir le mien.

Je crois que le terme “place du mort” se justifiait parfaitement dans ce cas : le fauteuil, mon fauteuil, avait été éventré avec une rage impressionnante. Des morceaux de mousse étaient éparpillés partout et le skaï avait été lacéré. Quatre belles coupures bien régulières, comme celles qu’aurait pu faire la patte d’un chat.

D’un très gros chat…

- Tous les fauves de la région se sont donnés le mot pour nous pourrir la vie ou quoi ? lançai-je dans une lamentable tentative pour faire de l’humour malgré l’angoisse qui commençait à me nouer le ventre. Ils sont de sortie ? C’est leur fête annuelle ?

Angeal tendit la main, prit un amas de coton déchiqueté sur le plancher et le déplia.

Mon sweat-shirt. Celui que je laissais en permanence dans la voiture au cas où.

Il ne restait même plus dix centimètres carrés de tissu intact.

- Je ne sais pas s’ils sont de sortie mais celui-là, c’est visiblement toi qu’il voulait. Tu dois avoir une odeur particulièrement appétissante.

Je lui arrachai feu sweat-shirt des mains avec un regard meurtrier, et m’en fis une sorte de ” coussin-serpillière ” pour empêcher les ressorts du siège de m’arracher la peau des fesses.

- Très drôle, dis-je en retenant un frisson. Allez, grimpe et démarre ! Je ne tiens pas vraiment à rester dans le coin avec une bestiole comme ça dans les parages.

Zack marqua un temps d’arrêt, avant de monter dans le véhicule, et nous le vîmes tourner la tête en direction du village en se mordillant la lèvre.

- Zack, ça va ? s’enquit Angeal, le faisant sursauter.

Le garçon rougit et acquiesça.

- Oui, monsieur. Bien sûr.

Mon ami sourit.

- Tu t’inquiète pour tes parents ?

Son protégé baissa les yeux, horriblement embarrassé.

- C’est que… je n’avais jamais vu un fauve s’approcher aussi près des habitations, monsieur.

Angeal hocha gravement la tête, d’apparence calme, mais je remarquai que le tendon de sa mâchoire jouait sous sa peau tandis qu’il serrait les dents.

Ah ! On peut dire qu’on avait du mal à le jouer, notre rôle de gros durs blasés !

Mon ami et moi avions beau faire les fiers à bras, nous étions tout aussi angoissés que le gamin par les événements de la nuit.

Et l’atmosphère lugubre n’arrangeait rien à l’affaire.

La lune était cachée par intermittences, les nuages noirs se déplaçant lentement avec la brise, et j’avais l’impression que chaque coin d’ombre cachait un monstre prêt à bondir. Je m’imaginai l’un de ces animaux me saisissant la jambe par le trou béant qu’avait laissé la portière et je me m’en écartait d’instinct le plus possible en essayant de me faire tout petit sur mon siège.

Zack avait raison de s’inquiéter.

Un fauve sur le chantier, on pouvait encore l’admettre, la dense forêt de Gongaga n’était pas loin. Mais ici, au beau milieu du village…

- Monsieur… murmura timidement le garçon.

Angeal lui adressa un sourire un peu forcé.

- Mhh ?

- Vous… Vous ne croyez pas qu’il pourrait s’agir de la même bête que sur le chantier, n’est-ce pas ?

Je sortis la tête de la voiture pour me tourner vers lui et éclatai de rire.

- Bien sûr que si ! raillai-je. Il nous a suivi en courant uniquement pour avoir le plaisir de te croquer les orteils ! T’as une touche, petit, y’a pas de doute !

Il rougit furieusement et Angeal secoua la tête.

- Tu sais mieux que personne combien il y a de fauves dans ce putain de pays, Zack. A mon avis, ils doivent crever de faim par manque de gibier ou un truc comme ça et ils sont sortis de la forêt pour trouver de la nourriture, point. A en croire les écologistes, il paraît qu’avec l’extension des cultures, les animaux ont de moins en moins d’espace vital. Qu’est-ce que tu ferais à leur place, mhh ?

Il hocha la tête.

- Vous avez sûrement raison, monsieur.

- Il a raison, fis-je avec un sourire qui se voulait rassurant. C’était un accident Zack, rien de plus.

Angeal lui désigna le village d’un mouvement du menton.

- File chez tes parents pour cette nuit et assure-toi qu’ils vont bien. Je passerai te chercher demain, lorsque nous aurons mis un peu d’ordre dans le camp.

- Non, je ne peux pas vous laiss…

- C’est un ordre !

Le garçon s’inclina.

- Bien, monsieur. Merci…

Il nous adressa un sourire reconnaissant et fila sans demander son reste avant que l’on ne change d’avis.

Nous nous mîmes en route et je frottai mes bras nus.

Je n’avais même pas pris le temps de mettre au moins un maillot de corps avant de partir et je commençais à le regretter.

Comment aurais-je pu deviner qu’une saloperie de bestiole allait réduite mon sweat en pièces, aussi ?

Saloperie de pays !

Tandis que nous reprenions le chemin du chantier, cette histoire de malédiction et de démon me trottait dans la tête. On a beau ne pas y croire, dans ce genre de cas, on ne peut pas s’empêcher de douter de tout, à plus forte raison de ses propres convictions.

Je repensai au chamane.

Il traînait sa puanteur dans toute la région et devait forcément être au courant que les fauves quittaient la forêt en quête d’un bon repas. N’importe quel imbécile sachant cela aurait pu faire une telle prédiction et j’étais persuadé qu’il connaissait l’existence du temple sous le réacteur, le salaud !

Il nous avait laissé creuser en se marrant dans son coin, attendant de faire sa petite entrée et de nous coller une frousse de tous les diables avec sa belle prophétie préparée de longue date.

Quel chien ! Il ne perdait rien pour attendre.

Je me massai la nuque en baillant. J’étais physiquement et nerveusement épuisé.

Angeal me donna une petite tape sur le genou et je tressaillis.

J’étais vraiment à cran.

- Essaye de dormir un peu, Seph. Nous n’arriverons pas avant deux bonnes heures, vu l’était de la route.

- Tu auras assez d’essence ?

Si on tombait en panne, là, au milieu de nulle part, je ne donnais pas cher de notre peau avec toutes ces bestioles en vadrouille. Cela devait être affreux de mourir de la sorte. Sentir sa chair se déchirer, lambeau par lambeau, être dévoré vif…

Je repensai aux cadavres des soldats et du cuisinier et me frottai les bras encore plus vigoureusement.

- Il y a trois jerrycans derrière, t’en fais pas. Tu as froid ? C’est la fatigue. Tiens, mets ça.

Tout en conduisant, il retira le pull de son uniforme et me le tendit, pour ne garder que son maillot.

Je l’enfilai avec reconnaissance.

Il était doux et la chaleur de son corps s’était communiquée au tissu. Je cessai instantanément de frissonner et frottai ma joue contre le col.

Il portait son odeur, un parfum fortement boisé. Pour un peu, si je prenais la peine de tomber dans un ridicule un tantinet romantique, je dirais que je me serai cru dans ses bras.

Je le regardai dans la pénombre que diffusait la lumière de phares : un visage anguleux et carré, des traits élégants et fermes et une carrure de lutteur. Angeal avait un corps à damner un saint.

Et si… “ me surpris-je à penser avec un sourire rêveur.

Bah, quoi ?

Pourquoi pas, après tout ? Il était de compagnie agréable et je savais qu’il avait eu une petite aventure platonique avec Genesis, dans son adolescence. Il suffisait peut être de peu de choses pour…

- Ca va ? me demanda-t-il, interrompant ma rêverie. Tu fais une drôle de tête.

Le charme était rompu et je redescendis brusquement sur terre.

Angeal était comme mon frère. Comment pouvais-je penser à des choses pareilles ?

Je secouai la tête.

- Si je te disais à quoi j’étais en train de penser, tu me jetterais en pâture aux fauves, répondis-je amèrement.

Il leva un sourcil et me coula un regard en coin avant de me faire un clin d’œil.

- Quand on voit la mort de trop près, on a envie de ça, c’est normal. Ca t’a pas fait ça, à Wutaï ? Moi, j’avais envie de baiser sans arrêt. Les psy disent que c’est une réaction… comment on dit déjà ? Tu sais pour exorciser le truc. L’opposition entre la vie et la mort, tout ça.

Je tordis le nez.

- Oui, je sais.

- Bah j’espère qu’à Wutaï, tu as eu plus de chance que moi.

Je fis la moue.

- Je n’ai pas tâté de la ” chair locale “, avouai-je.

- Tu n’as rien perdu.

- Les dames utaïennes ne sont donc pas des ” affaires ” ?

- Ni les hommes, d’après ce que j’ai entendu dire. A croire qu’un Dieu blagueur les a privés de libido !

- A ce point là ?

Il se tourna avec un sourire moqueur.

- T’as vu Tseng ?

Je ris de bon cœur.

- Oui, c’est sûr que, vu comme ça…

- Blague à part, tu n’as quand même pas passé tout ce temps à Wutaï à te serrer la ceinture !

- Non, j’avais une aventure avec un autre soldat, à l’époque.

Angeal leva le sourcil.

- Ah ? Qui ?

- Weiss. Enfin, quand son frère Nero voulait bien lui lâcher la jambe !

Il pouffa.

- Ah ! Ces deux-là…

- Ouais.

- C’est vrai que question jolis garçons, t’es pas gâté, par ici, dit-il en secouant la tête. Sérieux, ça fait combien de temps que tu n’as pas… Ah, merde !

La voiture fit un écart et je dus m’agripper à lui pour ne pas être projeté à l’extérieur du Break.

Il me sembla voir une masse noire passer dans mon champ de vision et un cri se coinça dans ma gorge.

C’était inconcevable.

Nous roulions à plus de soixante ! Cet animal ne pouvait pas nous suivre et certainement pas nous percuter ainsi sans y laisser un os.

Angeal parvint à rétablir le véhicule et coupa le moteur.

- Mais qu’est-ce que tu fais ? criai-je, paniqué. Tu veux te faire déchiqueter ? Redémarre ! Tu as vu la force de cette bestiole ?

Il me fixa un instant, interdit, et me posa la main sur l’épaule.

- Seph… On a crevé, dit-il comme s’il parlait à un simple d’esprit.

- Je l’ai vu ! Il nous a percuté ! Il était là, dehors, il est passé devant nous !

Je regardai partout, m’attendant à le voir surgir à tout instant pour enfoncer ses crocs dans ma cuisse.

- On a crevé, Seph… répéta Angeal. Il n’y a rien dehors.

- Bon sang ! Je te dis qu’il est là ! hurlai-je en me tournant en tout sens.

Avec un soupir, il tendit la main pour prendre le fusil et la torche derrière lui et sortit du break.

- Reviens ici tout de suite et redémarre !

L’angoisse au ventre, je le vis faire le tour de la voiture et balayer le paysage de sa torche.

Puis il se baissa pour ramasser quelque chose et se pencha vers moi.

- On a crevé, répéta-t-il en me tendant une pierre aiguë. Et il n’y a rien dehors, Seph, à part ces fichus cailloux coupants.

Je sortis du véhicule et regardai la roue.

Aucun fauve ne nous avait percuté, la roue était juste affaissée et dégonflée. On voyait parfaitement le silex qui y était fiché.

- Désolé… murmurai-je, honteux, en m’appuyant sur le 4×4.

Angeal commença à sortir un pneu de secours et un cric de l’arrière du véhicule et je l’aidai à changer la roue - sans pouvoir cependant m’empêcher de regarder par-dessus mon épaule, à la recherche d’une paire d’yeux luisant dans l’obscurité.

Les vis grippaient à cause de la poussière mais nous pûmes nous remettre en route assez rapidement, ce qui, je l’avoue, me soulagea.

Mon compagnon me jetait de fréquents coups d’œil, auxquels j’essayai de répondre par un sourire - hélas peu convainquant.

- T’es sur les nerfs, hein ? me demanda-t-il soudain.

Je regardai l’obscurité qui nous entourait et me laissai aller sur mon siège en soupirant, me couvrant le bas du visage des mains.

- C’est peu de le dire.

Il hocha la tête et m’adressa un sourire rassurant.

- C’est bientôt terminé, Seph. On va aller voir “sa majesté”, régler tout ça, et, dans trois jours, ce ne sera plus qu’un lointain souvenir.

Je laissai échapper un rire amer.

- Un lointain souvenir… Tu parles ! Ce connard blondinet m’a littéralement lynché ! J’aurais de la chance si, après ça, on ne me relègue pas à la surveillance des réacteurs… Et pour améliorer encore l’excellente impression que je lui ai faite, je viens de perdre quatre hommes par la faute d’un foutu chat de merde et d’un tueur mystérieux ! Chier !

Je frappai le tableau de bord du plat de la main.

- Seph…

- Chier ! Chier ! Chier !

Je me sentais au bord de la crise de nerfs, les cadavres déchiquetés dansant devant mes yeux, et fermai les paupières pour essayer de me calmer.

- Viens là.

J’ouvris les yeux et remarquai qu’Angeal s’était arrêté au milieu de la petite route déserte. Je ne m’étais même pas aperçu du silence soudain, provoqué par l’arrêt du moteur.

On n’entendait plus que le chant des insectes et le chuchotement de la brise, uniquement entrecoupés par le cri lointain d’un oiseau de nuit.

- Allez, viens là, répéta-t-il.

Il s’était à demi tourné vers moi et me tendait les bras.

Je m’y blottis sans réfléchir.

Il était plus petit que moi mais dégageait une force presque palpable. Je me sentais comme un petit garçon entre ses bras.

En sécurité.

Au chaud.

Je cessai immédiatement de frissonner, ses larges mains pétrissant mon dos, me communiquant leur chaleur à travers l’étoffe de son pull.

- Ce connard va me rétrograder, Angie.

- Bien sûr que non…

Il resserra son étreinte et le soupirai.

Le levier de vitesse me meurtrissait la cuisse mais je m’en moquais. J’étais bien entre ses bras.

Je sentais sa joue contre mon cou, les poils de sa barbichette qui me piquaient la joue et son odeur chaude, presque animale. J’avais besoin de cette chaleur et de ce soutien.

J’en vais besoin tout de suite !

Sans même m’en rendre compte, ma joue glissa sur la sienne et il eut un petit mouvement de recul lorsque mes lèvres frôlèrent les siennes.

- S’il te plaît, murmurai-je en le sentant se pétrifier. S’il te plaît, Angie…

Il recula et me fixa un instant sans comprendre. Je lui lançai un regard suppliant et sa bouche s’étira en un sourire indulgent.

- Allons Seph, ça va aller, reprends-toi, mon grand.

Je pressai alors mes lèvres sur les siennes et il fit une chose dont je ne l’aurais jamais cru capable : Angeal me frappa avec une telle brutalité que je dus m’agripper au tableau de bord pour ne pas être expulsé de la voiture sous la force du choc.

Je savais qu’il était une force de la nature, mais j’avoue que je ne m’étais pas non plus attendu à cela.

Il n’avait jamais été brutal avec moi, pas même durant nos entraînements et il n’avait que rarement haussé le ton.

La violence de son rejet me fit plus mal que le coup lui-même.

Il avait mis tant de rage dans son geste, tant de mépris, que j’eus l’impression de me retrouver devant un étranger.

- Angeal… chuchotai-je, sous le choc.

Ses lèvres se mirent à trembler et il secoua la tête.

- Je… je suis désolé, Seph, bredouilla-t-il. Je… je ne voulais pas cogner aussi fort. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Je crois que moi aussi, je suis à bout.

- Tu n’avais pas besoin de faire ça, fis-je d’une voix blanche.

Je commençais à sentir la colère me gagner.

Jamais je n’avais forcé qui que ce soit et Angeal le savait parfaitement. Il aurait suffit d’un simple ” stop ! ” pour que je le laisse tranquille.

Il tendit une main vers ma joue mais je la repoussai.

- Qu’est-ce qui nous arrive, bon sang ? soupira-t-il en s’adossant à son fauteuil, se prenant la tête dans les mains. Qu’est-ce qui nous arrive ?

Il semblait brisé.

- Oublie ça, Angie. Je suis allé trop loin, c’est de ma faute.

Il tourna la tête vers moi et tendit une main pour allumer le plafonnier.

La lumière vive m’éblouit.

Je fermai les yeux mais sentis ses doigts sur ma joue, qui commençait à me lancer.

- Je ne t’ai pas raté, mon pauvre Seph, remarqua-t-il en éteignant la petite lampe. Désolé.

Je souris mais n’osai pas le regarder en face ou faire un geste, de peur qu’il soit mal interprété. Un mur venait de s’élever entre nous et je sus que jamais plus je ne me permettrai un geste tendre ou amical à son endroit. Du moins, pas avant de longs mois.

Il dut s’en rendre compte car je le sentis se raidir.

- Il ne vaut mieux pas rester dans le coin, dis-je en détournant le visage pour regarder à l’extérieur.

Je le sentis s’écarter, remuer sur son siège et j’attendis sagement que le moteur se remette en marche, les yeux toujours fixés dans le décor, à travers le trou béant de la portière manquante.

- Seph ?

En soupirant, je me tournai vers lui et blêmis.

Il avait retiré son maillot et le haut de son pantalon était déboutonné, laissant apparaître quelques poils bruns sur le bas de son ventre.

Ma gorge s’assécha.

Angeal était bâti comme un dieu, une musculature ferme et bien dessinée roulait sous sa peau hâlée.

- Qu’y a-t-il, Seph ? murmura-t-il en souriant. On devient timide ?

- Angie…

Je n’osai pas faire un geste.

D’un mouvement qui fit gonfler son biceps, il actionna le levier de rotation de son siège, dont le dossier s’abaissa jusqu’à être totalement à plat sur la banquette arrière.

Confortablement allongé, il tendit une main autoritaire, qui se referma autour de ma nuque pour m’attirer à lui.

Sans savoir comment, je me retrouvai sous lui, ses mains se glissant sous mes vêtements, faisant passer le pull par-dessus ma tête, déboutonnant mon pantalon, courant sur ma peau et se faufilant entre mes cuisses…

J’étais un jouet entre ses mains et j’avoue que cela ne déplaisait pas le moins du monde, en cet instant.

J’avais envie de lâcher prise et c’est ce que je fis.

Pour quelques instants, j’oubliai les fauves, les morts et la peur de perdre bientôt un statut que j’avais mis des années à acquérir à la force des poings, tout au plaisir que m’offrait Angeal.

Il me fit l’amour avec ardeur, presque avec brutalité, mais j’avais au moins la certitude de ressentir les choses et d’être vivant. Pas comme ceux dont les restes gisaient dans la tente, là-bas, sur la colline…

… à suivre

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IV - Chasse nocturne

« La guerre, c’est comme la chasse,
sauf qu’à la guerre, les lapins tirent. »

C. de Gaulle

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Du calme, Angie… chuchotai-je en regardant le pouce d’Angeal contracté sur le chien du fusil.

Il épaula et posa l’index sur la détente, tenant le canon et la torche de la main gauche.

Avec un tel dispositif, ce qui se trouverait face à la torche serait inévitablement dans la ligne de mire.

- Je me calmerai quand je saurai ce qui se passe là-dedans.

Avant d’entrer dans la tente, il balaya une dernière fois les alentours du faisceau de lumière, dans le sens des aiguilles d’une montre, et refit l’opération dans l’autre sens, plus lentement.

Rien ne semblait bouger.

Il s’apprêtait à tendre le bras pour saisir le rabat quand deux billes vertes accrochèrent un instant la lumière, sur notre gauche, à quelques mètres de la tente.

- Merde ! cria-t-il.

Je reculai d’instinct et il braqua la torche et le canon sur une tête monstrueuse où luisaient des crocs rougeâtres et grands comme des dagues.

- Tire ! hurlai-je au moment où j’entendais la détonation.

Je clignai des yeux, surpris par le bruit qui retentit et se répercuta dans les vallons sur une distance inimaginable.

Angeal tira deux cartouches et une masse de fourrure noire traversa le faisceau de lumière.

- Putain de bestiole ! jura mon ami en braquant la torche vers l’endroit où l’énorme panthère était partie.

- Je croyais que ces animaux étaient en voie de disparition ! fis-je remarquer, hébété.

Mon compagnon avança de quelques pas, dans la direction qu’avait prise le félin, et je le suivis pour scruter la colline en contrebas : un à-pic à donner le vertige.

- Une panthère volante, tu crois ? essaya-t-il de plaisanter.

- Cette saleté a dû faire le tour de la tente, elle n’a pas pu sauter.

- Merde !

Je regardais autour de moi en essayant de percer l’obscurité à la recherche de deux billes vertes et luisantes.

- Elle est partie, assurai-je.

- Tu crois ?

- Je l’espère, du moins…

Ca, c’est le genre de choses que je n’ai jamais pu expliquer.

Autant je peux affronter cinq hommes armés jusqu’aux dents sans broncher, autant les sales bestioles font monter mon stress à un niveau de tous les diables ! A plus forte raison quand la bestiole en question fait dans les quatre vingt kilos et a des dents comme des poignards…

- Oui, il a dû partir, soupira Angeal en retournant à la tente. Il a du venir de la forêt, ce fils de pute ! Il y a quelqu’un ? demanda-t-il en soulevant le rabat. Zack ? T’es là ? Ou vous vous êtes tous enfuis comme des lâches qui se… (Je lui montrai le rabat lacéré et sa voix fut remplacée par une respiration sifflante). Oh mon Dieu ! Zack !

Je le suivis à l’intérieur et mon cœur manqua un battement.

Ce n’était pourtant pas les premiers cadavres que je voyais, loin s’en fallait ! Lorsqu’on a fait cette putain de guerre de Wutaï, on est vacciné à vie pour faire face à ce genre de spectacle sans rendre le contenu de son estomac…

D’ailleurs, je n’oublierai jamais ma première rencontre avec un cadavre, là-bas. Je venais d’arriver, les lieux avaient été sécurisés et, curieux, je me promenais dans l’exotique capitale le nez en l’air, sans faire attention où je marchais. Et, fatalement, j’avais trébuché… pour me retrouver allongé et nez à nez avec un machin à demi putréfié, abandonné en pleine rue sur une civière débordante de fleurs fanées.

Ca m’avait fichu un sacré coup, je peux bien l’avouer !

J’appris plus tard qu’il y avait des coutumes mortuaires bizarres, à Wutaï. Ce qui expliquait que l’on baladait les macchabées à l’air libre pendant plusieurs jours, avant de le mener vers son bûcher funéraire au bord de l’eau au vu et au su de tout le monde, tel un paquet de linge à laver.

Ce n’est pas que je sois particulièrement impressionnable mais, franchement, je n’avais que seize ans et n’y étais pas préparé.

Au SOLDAT, tout ce qui concerne la mort est tellement tabou, pour ne pas décourager les nouvelles recrues, que voir des dépouilles participer pour ainsi dire au train train de la vie quotidienne à Wutaï semblait ” indécent “.

Je me doute que j’ai l’air d’un imbécile en disant ça. Je sais bien que ce n’est qu’une question d’éducation et de coutumes mais avouez que vous n’en mèneriez pas large non plus si vous aviez à l’improviste failli faire un ” love kiss ” à un cadavre recouvert de fleurs fanées - et je vous fais grâce de l’odeur !

Dans la tente où Angeal et moi nous étions figés de dégoût, il n’y avait pas de fleurs ou de cortège pour les malheureux qui gisaient sur le sol. Seulement du sang, des tripes répandues par des blessures béantes et la puanteur âcre de la peur et des corps à qui l’imminence de la mort ôte tout contrôle.

Pas de quoi faire des effets de style…

Ces deux jeunes soldats et le cuisinier, j’avais appris à les connaître et à les apprécier et voir leurs cadavres ainsi déchiquetés me serra les tripes.

- Zack n’est pas là, fit Angeal en parcourant les lieux du regard.

Il balaya l’intérieur de la tente de sa lampe .

- Il doit encore courir, à moins qu’il ne soit blessé et se terre quelque part près d’ici, fis-je avec une ironie morbide que mon compagnon n’apprécia pas.

Il s’était beaucoup attaché à ce garçon, semblait-il. Beaucoup plus que je ne l’aurais cru.

- Il faut le retrouver avant que ce fauve ne revienne, dit-il en sortant de la tente.

J’acquiesçai d’un signe de tête et lui m’emboîtai le pas.

- Zack est allé à bonne école, avec toi. C’est un garçon malin et adroit, il ne se serait pas laissé avoir aussi facilement, essayai-je maladroitement de me rattraper.

Angeal eut un petit rire nerveux.

- Si j’étais superstitieux, Seph, je me dirais qu’on aurait peut-être dû écouter le vieux fou qui nous a mis en garde cet après-midi…

Je me raidis.

- Ne sois pas ridicule ! Rien n’aurait empêché ce fauve de sortir de la forêt voisine pour venir se faire les crocs ici ! A tous les coups, il a été attiré par les bruits. Ou les odeurs de nourriture.

J’avais vu, dans un reportage, que les fauves n’attaquaient l’homme que lorsqu’ils ne pouvaient plus chasser de proies plus dangereuses - ou plus rapides.

Celui-là m’avait paru en pleine possession de ses moyens, pourtant !

Quoi que… en y repensant, pas aussi énorme qu’il m’avait semblé lorsqu’il avait émergé des ténèbres. Même pas aussi massif que les félins gras du bide que l’on voit se traîner mollement dans le zoo de Midgar.

Bien assez grand, cela dit, pour être dangereux.

S’il avait décidé de s’offrir un steak d’humain, peut-être avait-il prévu d’aller jusqu’aux abords de Gongaga. Mais comme nous avions installé le campement ici… Il en avait profité.

- Cette attaque n’est pas une malédiction, Angie, assurai-je, mais une épouvantable malchance ! S’accabler de reproches tardifs ne ramènera pas ces malheureux à leurs familles. Mais on peut peut-être encore sauver ton Zack.

Angeal enfila rapidement ses vêtements et moi mon pantalon et mes bottes sans même prendre le temps de mettre des chaussettes ou de me couvrir le torse - j’ai toujours détesté avoir quelque chose sur la gorge ou la poitrine, je ne sais pas pourquoi. J’avais toujours un pull d’uniforme de secours dans la voiture, de toute façon, au cas où.

Nous fîmes le tour du campement, maîtrisant nos craintes de ne retrouver que des morceaux épars de Zack.

Notre 4×4 nous attendait silencieusement dans le noir, sa silhouette trapue bien visible marquant le début de la sente qui menait à la civilisation, ou du moins, à la sécurité relative de la communauté humaine de Gongaga.

J’aurais donné n’importe quoi en ce moment pour me retrouver au milieu de la foule que j’évitais d’ordinaire. Je crois même que j’aurais pu serrer dans mes bras le vieux chamane poussiéreux s’il avait surgi des ténèbres !

Sans nous concerter, nous nous dirigeâmes droit vers le véhicule et un grincement métallique à peine audible nous fit nous raidir.

Angeal me fit signe de me tenir prêt à ouvrir la portière arrière du break, pendant qu’il pointait à la fois le fusil et la torche vers l’intérieur.

Tendu à craquer, je tirai si brusquement sur la portière qu’elle faillit sortir de ses gonds dans un odieux crissement qui résonna comme un gong en fin de course.

Dans le silence de la nuit, j’avais l’impression d’avoir commis un sacrilège par ce vacarme.

J’ignore encore comment, en dépit de cette tension accumulée, Angeal put se retenir d’appuyer sur la détente lorsqu’un mouvement se fit dans le véhicule.

Si j’avais été à sa place, j’aurais probablement causé un drame car c’était notre pauvre Zack, légèrement blessé à la jambe, qui y avait trouvé refuge.

- C’est vous ! soupira-t-il en nous voyant. Dieux merci !

*

Pendant qu’Angeal bandait la jambe de son protégé, celui-ci nous raconta qu’il avait aussi entendu les hurlements de ses camarades alors qu’il était sorti soulager sa vessie. Mais, au contraire de nous, en entrant dans la tente plongée dans le noir pour leur porter secours, il avait également reconnu le feulement sourd qu’il entendit. Et devinant la nature de la menace, il avait battu en retraite mais pas assez rapidement pour éviter un coup de griffe.

Il avait alors rampé jusqu’à l’abri des parois de tôle de la voiture, sûr que l’animal allait se précipiter à ses trousses.

Le garçon s’excusait à n’en plus finir de qu’il considérait comme de la lâcheté.

- Zack…

- J’aurais dû aller vous avertir, récupérer une arme, défendre mes compagnons !

- Il était trop tard.

- Le contremaître ? demanda soudain Zack. Damon ! Avez-vous trouvé Damon ?

Je secouai la tête.

- Pourtant, il a réussi à s’enfuir de la tente. Je le sais, je l’ai vu ! insista-t-il.

Nous refîmes donc tous trois le tour du camp.

En vain.

Nous trouvâmes pas le cadavre de Damon et personne ne répondit à nos appels.

Je ne sais lequel de nous trois eu enfin l’idée d’aller jeter un œil dans les fondations.

Sans doute pas Zack car, depuis le début de l’après-midi, tous les Gongagiens manifestaient une réticence maladive à s’approcher du temple.

Rufus Shinra leur avait bien sûr interdit de le faire, certes, mais au vu de leurs visages décomposés par la peur, cette interdiction était totalement superflue.

Angeal et moi descendîmes la pente abrupte menant au fond du trou et je l’entendis jurer dans la pénombre en se frappant trois fois le front.

Ce geste me surprit par je ne l’avais jamais vu manifester une ombre de superstition.

Cela dit, en de telles circonstances, j’arrivais presque à le comprendre.

Angeal avait déjà travaillé ici, avant, ainsi qu’à Canyon Cosmo, où les mythes étaient au moins aussi vivaces qu’à Gongaga. Qui savait ce qu’il avait pu voir au cours de ses missions ? Il faudrait que je le questionne là-dessus, un jour. Mais pas en pleine nuit, après trois cadavres mis en pièces et près d’un temple profané…

Angeal se glissa sous le ruban de plastique censé interdire l’entrée par la crevasse ouverte dans le mur du temple, la torche en avant.

Après un pesant silence, il laissa tomber :

- Je l’ai trouvé.

A son ton neutre et à son dos raidi, je devinai une autre mauvaise nouvelle.

Je le rejoignis et vis le corps du contremaître étendu sur l’autel de pierre et couvert de sang comme les autres.

Je notai que les blessures n’étaient pas dues à un fauve ou à quelconque animal : cet homme avait été égorgé par une lame, non par des crocs ou des griffes !

J’échangeai un regard avec Angeal, hésitant à formuler des conclusions qui pourraient s’apparenter à des accusations.

Avions-nous un meurtrier sur les bras en sus d’une bête fauve ?

Nous ne pouvions fournir aucune réponse à cette question pour l’instant.

… à suivre

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III - Nuit d’angoisse

« Où serait le mérite,

si les héros n’avaient jamais peur ? »

Alphonse Daudet

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Rufus annonça la suspension des travaux, la plupart des ouvriers rentrèrent chez eux à pied sans même réclamer leur rétribution et le chantier me parut horriblement désert. D’habitude ils restaient dormir sous leur tente et ne repartaient au village qu’une fois par semaine, le jour de la paye.

Ce soir-là, seuls le contremaître, le cuisinier et trois hommes étaient au camp en sus d’Angeal et de moi-même. Mon ami était parti ruminer dans sa tente sans même se donner la peine de manger la nourriture gongaïenne, délicieuse mais trop épicé qui m’avait donné des brûlures d’estomac et des coliques durant les trois premières semaines, ce qui avait beaucoup amusé Zack fair, le petit protégé d’Angeal.

Ce dernier semblait horriblement déçu par la décision de Rudus mais, surtout, très en colère. Je crois qu’il devait m’en vouloir de ne pas avoir suffisamment étudié le terrain avant de commencer les fondations.

Comment pouvais-je deviner qu’une bande de sagouins s’était amusée à creuser un temple dans la roche de la colline pour le condamner ensuite sans la moindre indication de son emplacement ?

Je ne suis pas une devineresse cétra !

Las, je m’assis en tailleur sur le sol, devant ma tente, et allumai une de ces infectes cigarettes à… A quoi, d’ailleurs ? Mieux valait ne pas le savoir mais c’était les seules que l’on pouvait trouver dans le village le plus proche, distant d’une bonne dizaine de kilomètres à vol d’oiseau.

Il n’y avait pas un souffle d’air et la seule chose que l’on entendait était le bourdonnement des moustiques et le murmure des prières du cuisinier et du contremaître.

Depuis que Rufus était parti, ils n’avaient cessé de prier et leurs mélopées me donnaient le bourdon.

Je regardai ma montre bracelet et dus essuyer le cadran couvert d’une poussière rougeâtre pour lire l’heure.

20h00.

Le soleil se couchait et le ciel était d’un rouge agressif, recouvrant le paysage d’un voile sanguinolent. On avait une belle vue depuis le haut de la grande colline.

D’après ce que m’avait expliqué Angeal, le nom de cette colline avait été emprunté à des entités célestes qui commandent aux vents : les mâruts. Il m’a montré une représentation de ceux-ci sur Internet. Il s’agissait de Dieux terrifiants, aux bras multiples et au visage agressif. Il avait ri de ma réaction en m’expliquant que les Mâruts n’était en rien des Dieux maléfiques, tout au contraire.

Au nord, la colline Mârut formait un à-pic de vingt mètres qui donnait sur la route ; l’emplacement que j’avais choisi pour construire la véranda du laboratoire attenant au réacteur.

A cet endroit du sommet, le terrain était droit et plat sur à peu près 1200 mètres carrés ; puis le sol s’abaissait en pente douce vers le sud. Vue du ciel, la colline devait avoir la forme d’une énorme virgule. A perte de vue c’était un terrain vallonné, aride, parsemé de petits bosquets d’épineux, à travers lequel serpentait le large ruban de terre battue qui menait à la rivière.

A une dizaine de kilomètres de la pointe de la virgule, cependant, une masse verdâtre inextricable attirait le regard. C’était la forêt sacrée de Gongaga.

Zack m’expliqua que des milliers de gens y venaient en pèlerinage car c’était dans cette région qu’un Dieu local supposé faire des miracles avait passé son enfance. J’avais insisté pour m’y rendre.

C’était l’une de ces forêts du cru où il valait mieux éviter de mettre les pieds si l’on ne voulait pas se retrouver face une bestiole aussi attachante qu’un serpent vert ou à un troupeau de singes amoureux qui vous collaient aux basques et vous mettaient leur derrière pelé sous le nez, sûrs de leur sex-appeal. Les serpents, c’est vrai, étaient monnaie courante et, une fois, une énorme vipère s’était introduit dans ma tente. J’avais poussé un tel hurlement que je ne sais pas lequel, du serpent ou de moi, avait été le plus effrayé par l’autre. Il avait filé sans demander son reste et j’avais passé une semaine à sursauter à chaque fois que je voyais un câble ou une corde traîner sur le sol.

Pour l’instant, ce n’était pas tant les serpents qui m’effrayaient que le silence entrecoupé par le bourdonnement des moustiques et des prières.

Je fixai le trou des fondations et un frisson glacé me remonta le long du dos. Je ne croyais pas une seconde, bien entendu, qu’une quelconque bêbête digne d’un roman d’horreur allait sortir de là, comme semblait le craindre son altesse Shinra de mes genoux, mais il fallait bien reconnaître que l’ambiance était tout ce qu’il a de lugubre sous ce ciel sanglant. La terre elle-même semblait gorgée d’hémoglobine.

Et si ce terrain appartenait à la famille de Rufus depuis des dizaines d’années, il était fort probable que ce fut bien le cas…

D’après ce que j’avais lu, l’étripage entre familles, clans, castes - ou comme on voulait bien les appeler-, semblait faire partie depuis belle lurette du sport régional, au même titre que les combats de cailles ou de coqs.

J’essayai de m’imaginer Rufus, installé sur son chocobo, en train de mener ses troupes au combat, aboyant des ordres et sautant sur le cul de sa volaille au rythme de sa marche lourdaude.

J’ajoutai au tableau un Palmer gras double courant à ses côtés, parasol ou éventail en étendard, tout en sautillant de temps en temps pour lui tendre un bol de cacahouètes et l’allégorie était presque assez cocasse pour être digne de son altesse ridiculissime.

Bon sang ! Quel gâchis d’avoir mis un tel abruti dans un corps pareil.

Je sortis de ma rêverie pour m’apercevoir que le soleil s’était couché.

Plus aucune lumière ne brillait dans le camp et ma cigarette s’était consumé et éteinte. J’en allumai une seconde et fixai la pleine lune.

Elle me parut énorme.

Après la vision d’un paysage baigné de sang, tout me paraissait à présent couleur de cendre grise.

“Eh allez ! D’abord tu vois le sang, les batailles et la mort et, maintenant, de la cendre. Remarque, t’as de la logique dans tes délires mon pauvre Sephiroth : après la boucherie, le bûcher. Normal. Faut bien se débarrasser des restes”.

Un Rufus échevelé, en larmes et hurlant de désespoir, se dessina devant moi. Je secouai la tête pour chasser cette image et regardai ma cigarette, suspicieux.

“Mais qu’est-ce qu’ils mettent dans leurs putain de clops ?”

Je l’écrasai sous ma semelle et me relevai avec un soupir pour entrer dans ma tente.

J’allumai la lampe posée sur une caisse de matériel en fer blanc, juste à côté de mon lit de camp, et elle vacilla durant un instant. Il était grand temps que je change la batterie.

“Demain”, me promis-je avant de me déshabiller et de jeter mes vêtements à la ronde.

“Quel désordre”, pensais-je en m’allongeant sous la moustiquaire.

Des plans étaient épars sur la planche de contre-plaqué montée sur tréteaux qui me servait de table. Une chaise, une malle, quelques caisses de matériel, une bassine et un nécessaire de toilette complétaient le reste du mobilier, le tout dans une disposition plus qu’approximative et branlante. Quelle misère…

Je me grattai le menton. Après deux jours sans rasage, ma barbe naissante me démangerait.

“Demain”, me dis-je encore en tendant la main pour éteindre la lampe.

Elle était trop loin.

“De toute façon, il n’y a plus de jus…”

Fainéant pour fainéant…

Je fermai les yeux, bras derrière la nuque et essayai de dormir.

En fait, j’étais épuisé. Le drap de coton était agréablement frais mais quelque chose me chatouillait les pieds. Les miettes des biscuits de la veille sans doute. Ou de l’avant veille.

Je secouai les jambes.

Les miettes irritantes tombèrent au fond du lit.

Les voilà qui m’égratignaient le mollet à présent. Elles avaient décidé me m’empoisonner la vie ou quoi ?

Je secouai rageusement les pieds pour les faire tomber.

Elles revinrent à l’assaut de mes cuisses, grimpèrent sur mon ventre, remontèrent vers la poitrine et j’ouvris brutalement les yeux.

Les miettes, ça ne cavale pas… mais les araignées, oui !

Avec un cri de dément, je bondis hors de mon lit, emportant la moustiquaire, dans laquelle je m’empêtrai, et sautai sur place en agitant la tête tout en me donnant des claques sur le corps.

En y repensant, je devais avoir l’air d’un bel épouvantail à moineaux ou d’un fantôme pris d’hystérie.

La mygale détala sous la malle et j’essayai de reprendre mon souffre en luttant pour me débarrasser de la monstrueuse toile d’araignée en mousseline couverte de dépouilles de moustiques. J’entendais encore l’écho de mon cri se répercuter dans la tente.

Tiens… Depuis quand ça avait de l’écho une tente ?

Je me figeai et tendis l’oreille.

Ce n’était pas un cri mais plusieurs hurlements qui se mêlaient jusqu’à ne plus former qu’une lamentation aiguë et hideuse qui me donna la chair de poule et me noua les entrailles.

De ma vie, je n’avais jamais rien entendu de semblable.

Sauf peut-être une fois, lorsque j’étais enfant.

Genesis m’avait invité chez lui, à la campagne, et nous étions tombés le jour le l’abattage des porcs. Les pauvres bêtes poussaient ce genre de cris quand le boucher du village les traînait à travers la cour de la ferme. Ils sentaient qu’ils allaient mourir et qu’ils ne pouvaient rien faire pour se soustraire à ce qui les attendait. Leurs cris devenaient tellement aigus et hystériques qu’ils ressemblaient à ceux d’un enfant. Ils persistaient un long moment lorsque le boucher leur maintenait la tête au-dessus d’une bassine en plastique, où le sang était récupéré pour confectionner les boudins, et leur tranchait la gorge comme on découpe un steak, à grands va et vient de lame, la peau étant trop dure pour la couper proprement.

Oui, ce que je venais d’entendre ressemblait exactement à cela.

Le hululement se mua en un gémissement atroce et se tut.

Je posai la main sur le rabat de la tente et hésitai.

Les croyances des ouvriers me semblaient d’un coup beaucoup moins ridicules…

Et si l’étrange créature qu’avait vomie les fondations où nous avions creusé m’attendait, là-dehors, dans le silence ?

La lampe vacilla, faisait scintiller la lame de Masamune, posée sur la table, et s’éteignit, ajoutant encore à mon angoisse.

Je ne pouvais pas rester indéfiniment planté dans le noir, accroché à un bout de toile.

Je secouai la tête et, d’un geste rageur davantage destiné à me persuader de mon courage qu’à l’exprimer, ouvris le rabat et sortis.

La silhouette massive qui me faisait face me fit tressaillir et un éclair de lumière vive m’aveugla.

- Tu as entendu ?

Je soupirai de soulagement en reconnaissant la voix d’Angeal.

- Oui, dis-je, la gorge sèche.

Il se dirigea vers la tente qui servait d’abri aux ouvriers et à nos hommes.

Je lui emboîtai le pas, mon rythme cardiaque dansant la gigue.

En dépit de la chaleur, j’étais glacé jusqu’aux os.

Je remarquai alors qu’il tenait un fusil à la main et lui étais reconnaissant d’avoir pris une telle initiative.

A quelques mètres, dans la tente du contremaître, tout semblait silencieux et calme.

Trop calme.

Comme si une chose tapie dans l’ombre attendait que nous soyons suffisamment près pour nous sauter dessus.

C’était là.

Je le sentais comme quand un chatouillement sur la nuque vous avertit que quelqu’un vous regarde.

Je voulus prévenir Angeal mais, au moment ou j’ouvris la bouche, cela me parut si ridicule, si fantaisiste, que je la refermai aussitôt.

C’est étrange comme le surnaturel prend immédiatement le dessus dès que l’on ne peut pas donner d’explication à son angoisse.

Sans doute quelque pan de mur s’était-il effondré dans le trou. Les ouvriers avaient pris peur et avaient dû fuir à toutes jambes, voilà pourquoi tout était silencieux.

Angeal avançait lentement, méfiant. Il scrutait l’obscurité en balayant le camp du faisceau de sa torche.

N’eut été la situation difficile, j’aurais presque ri de l’image qu’il offrait : muscles tendus à craquer, le fusil dans une main et une torche dans l’autre, avec, pour tout vêtement, un short ridicule offert par Zack et imprimé de petits lapins “touche pas à ma carotte”.

Curieusement, un air frais s’était levé et la poussière était froide sous mes pieds.

J’avais la chair de poule.

La lune, qui m’avait paru si lumineuse quelques instants auparavant, disparaissait par intermittence sous le voile des nuages.

Angeal s’arrêta devant la grande tente silencieuse, bien campé sur ses jambes, et je le serrais de tellement près que je faillis le heurter.

- Tout va bien là-dedans ? demanda-t-il d’un voix enrouée.

Pas de réponse.

Il me lança un regard anxieux et haussa le ton pour demander :

- Vous êtes là ? Zack ? Est-ce que tout va bien ?

Toujours rien.

Je le vis déglutir avec difficulté et armer le fusil.

La culasse émit un bruit sec et métallique…

…à suivre

II - Patron à céder. Beau. Imbuvable. Très peu servi.

« Un patron, c’est ce genre d’individu qui vous pose une question,

répond à votre place et vous accuse ensuite de parler à tort et à travers. »

Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Illustration tirée du doujinshi “BUBBLES” du Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Bien qu’irrémédiablement agnostique et sceptique, je laissai momentanément de côté mes convictions pour adresser une rapide prière à mon ange gardien, ou n’importe quoi d’autre qui pouvait m’en tenir lieu.

J’étais tout prêt à aller faire une offrande à n’importe quel Dieu qui mettrait sur ma route un spécimen pareil !

A vue de nez, un mètre quatre-vingt de classe et de grâce moulé dans un costume blanc fait sur mesure. Pour un peu je regrettais de ne pas être couturier pour prendre les mesures en question.

Le nouveau venu, à qui je donnais dans les vingt-deux, vingt-cinq ans maxi, ôta ses lunettes de soleil, révélant des yeux en amande aux prunelles bleu-gris comme un ciel d’hiver, hypnotiques. Avec ça, un visage digne d’une statue, bien dessiné sans être trop fin, et les cheveux blonds. Détail curieux, il tenait un mouchoir devant sa bouche pour ne pas respirer la poussière du chantier. Drôle de dandy…

A voir les manières de l’obséquieux en chef, cet Apollon au teint de porcelaine n’était autre que le Rufus Shinra en personne.

Ma journée s’éclaircissait-elle par miracle ?

Cela ne pouvait pas durer…

Et en effet, la faute de goût impardonnable était la poule qui faisait signe à Palmer ” gras-double ” pour lui ouvrir la portière de la voiture de luxe. A peine extirpée de l’habitacle, elle alla se pendre au bras de Rufus, autant pour lui coller ses seins sous le nez que pour ne pas trébucher avec ses talons aiguille sur les pierres du chantier.

Je me demandai où il l’avait trouvée - et surtout combien il l’avait payée - tout en estimant que quel que soit le prix, c’était trop cher.

Attention, que les choses soient claires : je ne déteste pas les femmes par principe. Tout au long de ma courte vie, j’avais déjà croisé de superbes créatures comme on peut en admirer sur les couverture des magazines et même couché avec beaucoup d’entre elles. Difficile, même pour moi (car, à en croire Angeal et Genesis, je suis ce qui se rapproche le plus d’un morceau de glace en matière d’affectivité et de romantisme), de ne pas apprécier leur beauté.

Mais Rufus, lui, descendant de plusieurs générations d’élégance raffinée, se promenait aux bras d’une abomination aux cheveux décolorés coiffés en palmier, moulée dans une mini-robe en skaï noir au ras des fesses et affublée d’un collier de chien clouté !

Il dégringola d’une belle volée de marches dans mon échelle d’intérêt et je commençai à comprendre l’origine des directives aberrantes de Palmer pour la sécurité et la discrétion des lieux. Moi qui espérais à moitié que ” gras-double ” était en partie responsable de l’excès de ” sécurite aiguë ” et que je pourrais discuter avec son patron, j’en étais pour mes frais… Pourvu qu’il ne me demande pas d’aménager un donjon sado-maso dans la cave avec des caméras cachées tournant en permanence !

Laissant de côté mes goûts personnels pour redevenir un soldat 1ère classe responsable de la sécurité, professionnel et neutre, je me portai à la rencontre de Rufus Shinra et de sa suite.

Il jeta un regard méprisant à ma main tendue, déjà noire de poussière collée par la sueur, et dédaigna de la serrer. Je ne pouvais guère lui en tenir rigueur…

Son sous-fifre intervint avec une courbette et récita comme s’il avait passé la nuit à répéter devant son miroir :

- J’ai le grand honneur de vous présenter le président directeur général adjoint, membre éminent du conseil d’administration de la ville de Midgar, chargé de mission pour le cabinet de gestion de l’énergie et en charge du dossier de restructuration du budget, monsieur Rufus Shinra.

A le voir reprendre son souffle, on comprenait aisément qu’il ait dû s’entraîner. Chaque titre et syllabe semblait élever d’un degré supplémentaire le piédestal où était juché son patron, qui me toisait du haut de son curriculum vitae.

Mais à ce jeu-là, nous pouvions être deux.

- Enchanté. Sephiroth Hojo, fis-je avec une ombre de sourire.

Je marquai une pause, puis ajoutai en élargissant mon rictus :

- Mais vous pouvez m’appelez ” Général “, en toute simplicité.

Pour une fois, j’eus une pensée reconnaissante au père du dandy pour ce grade, gagné de haute lutte durant la guerre de Wutai.

En réalité, tous les gens que je connaissais m’appelaient simplement par mon prénom - voir Seph ou Sephy pour certains - mais je n’avais pas l’intention de faire une fleur à ce fils à papa pète-sec.

La moue pincée de son altesse sérénissime, qui en oublia de se couvrir la bouche de son mouchoir, me dit que j’avais atteint mon but.

Je contins un sourire et me promis de faire un effort pour ne pas me montrer trop désagréable. D’ailleurs, me souvenir que je devais rendre des comptes à ce type dissipa aussitôt toute envie de rire comme une douche glacée. Aussi glacée que la voix de Rufus quand il me demanda où en étaient les travaux.

Son langage châtié était aussi impeccable que son costume mais je n’allais pas m’en laisser conter par un nobliau.

- Eh bien, comme vous le voyez, le vieux temple a été rasé. Nous creusons actuellement les fondations dans les ruines pour installer le réseau de thermo-détection. Voulez-vous voir cela de plus près ?

Sa poule lui lança un regard peu enthousiaste et lui-même fronça le nez en regardant les ouvriers charrier les pierres concassées hors des tranchées béantes.

Inutile de me faire un dessin… Il n’avait pas envie de salir ses chaussures à vingt mille gils pour aller voir suer les hommes qui rénovaient son fichu réacteur.

Je craignis de ne pas pouvoir rester civil bien longtemps avec ces trois snobs quand des cris et un grondement sourd retentirent.

Un nuage de poussière s’éleva soudain des fondations, et Angeal courut vers la source du vacarme. Je m’élançai moi aussi, laissant son altesse planté près de sa voiture de luxe.

Les ouvriers s’étaient regroupés autour d’un des leurs, qui avait lâché son marteau piqueur et se tenait la tête entre les mains. Devant lui, le sol s’était effondré et béait sur ce qui semblait être une cave plongée dans l’obscurité.

Je repoussai ses collègues pour l’atteindre, devancé par Zack et Angeal.

L’ouvrier s’était figé, comme s’il s’attendait à être foudroyé sur place. Je le secouai doucement.

- Eh ! Ca va aller ?

- Il est juste choqué, intervint Zack.

L’homme secoua la tête et vomit un flot de plaintes incompréhensibles.

- Du calme, fis-je en le prenant par les épaules. Ce n’est rien, personne n’est blessé. Qu’est-ce qu’il dit ? demandai-je à Zack.

- Il n’arrête pas de répéter qu’il a commis ” un péché “.

- Un péché ? Il y a eu un accident, ça arrive. Dis-lui bien qu’il ne sera pas renvoyé pour ça.

Zack traduisit et l’homme se calma un peu.

- C’est quoi le trou, en dessous ? demanda Angeal.

- Il faudrait commencer par faire le plan de ces caves du vieux temple - ou quoi que ce ça puisse être - et voir comment en tirer parti ou les éviter. On ne peut pas faire passer des tonnes de câblage destiné à transmettre des données sécurisées comme ça, à l’aveuglette, au-dessus d’un espace vide dont on ignore s’il est accessible ou non de l’extérieur.

L’ouvrier désigna du doigt des pierres sculptées mises en pièces, à ses pieds. Il blêmit, pour autant que je puisse en juger sous la terre qui le couvrait, et leva vers moi des yeux pleins de terreur en débitant je ne sais quelles explications d’une voix tremblante et surexcitée.

- Qu’est-ce qu’il dit ?

- Le temple, traduisit Zack. Il dit qu’un démon était enfermé sous le temple.

Allons bon… Il ne manquait plus que ça à ma journée ! J’allais finir par croire à leurs sornettes et penser que j’avais écopé d’un mauvais karma en débarquant ici.

- Que se passe-t-il ? demanda une voix sèche au-dessus de moi. De quel temple parlez-vous ?

Rufus m’avait suivi, au péril de ses mocassins en… en je ne sais quoi d’ailleurs - pas du cuir en tous les cas -, et semblait hypnotisé par l’ouverture béante dans les fondations des futures enceintes de son réacteur mako.

La pointe d’appréhension que je devinai dans son expression m’intrigua.

Le chef des ouvriers se répandit en courbettes se lança dans explications où il était question d’une légende concernant un démon, enfermé dans un temple.

A ma grande surprise, monsieur le prince, champion de la modernité, la connaissait déjà et semblait y attacher beaucoup plus d’importance que moi.

Arrachant son bras à l’emprise de sa petite amie - ou devrais-je dire son “esclave” ? - d’un mouvement brusque, il bondit dans le trou et, pendant une fraction de seconde, la grâce féline de son saut me détourna de mon antipathie à son égard. Un gâchis pareil, c’était bien la preuve qu’il n’y avait pas de dieux ou de démons en ce bas monde !

Rufus se pencha sur les pierres sculptées, les replaçant dans leur position initiale, et entreprit d’enlever la terre recouvrant le mur de part et d’autre du trou. Il semblait vouloir déchiffrer les fresques.

Je pris mon mal en patience et attendis sous le soleil de plomb qu’il daigne nous faire part de ses conclusions. J’aurais bien sauté dans le trou pour y patienter à l’ombre de la cave mais j’avais l’impression que cela ne serait pas très bien accueilli…

Enfin Rufus se redressa et m’adressa un regard en biais.

- Ce temple a été bâti par les cetras. Il est écrit ici qu’un certain Idfern ou Ilfern y a fait emprisonner une créature malfaisante…

- Ah. Et… c’est grave ? demandai-je, sarcastique.

Il me jeta un regard meurtrier.

J’espérai de tout mon cœur qu’il n’allait pas renoncer au projet pour ces balivernes - la permission de deux mois entiers que je pensais m’accorder à la Costa del Sol dans un hôtel de luxe entouré de petits minets alléchants en dépendait !

Je ne tenais cartes pas à démolir un patrimoine archéologique mais, au point où on en était, il ne devait plus rester grand-chose à sauver. L’antique temple avait été rasée et le mur de la cave éventré.

Rufus pointa du doigt un motif entrelacé qui semblait courir le long du mur.

- Ceci était le sceau qui condamnait le temple. Il a été détruit par cet ouvrier.

Le malheureux terrassier priait toujours et ses camarades, pleins de pitié, le regardaient comme s’ils s’attendaient à ce que ce démon sorte du sol pour le croquer.

- Cet homme creusait là où on lui avait dit de creuser. Nous n’avions aucun moyen de savoir que c’était un… ” lieu sacré ” ou comme vous voudrez bien l’appeler.

- Cela n’en est plus un maintenant, répliqua le petit prince blondinet avec animosité.

Visiblement, il m’en tenait pour responsable.

Heureusement, Angeal intervint pour m’empêcher de répondre vertement.

- Pouvons-nous faire quelque chose à ce sujet, monsieur Shinra ?

Angeal avait toujours été plus diplomate que moi.

Rufus réfléchit un instant puis demanda des torches.

Palmer s’empressa d’aller chercher un projecteur forte puissance dans le coffre de la voitre et je me demandai vaguement pourquoi il avait un truc pareil sous la main. Avant de me souvenir de la fiabilité toute relative des routes et de l’alimentation électrique locale…

Rufus désigna Palmer d’office pour descendre le premier avec la torche. Il le suivit, m’interdit d’un geste sec d’en faire autant, et Angeal posa une main sur mon bras pour m’empêcher de lui sauter à la gorge.

J’attendis en battant de la semelle dans l’air suffocant que ” sa majesté ” se soit avancée dans l’obscurité pour me glisser dans le trou avant qu’il ne puisse protester.

Il me fusilla du regard mais je n’en avais cure.

La vue du temple me rassura un peu. Nous n’avions pas fait trop de dégâts. Les bas-reliefs étaient intacts pour la plupart. Et, par chance, ceux que le mur éventré portait à l’intérieur semblaient incomplets, comme si le temple avait été achevé à la hâte.

En réalité, ce n’était qu’un des milliers de petits temples cetras mineurs qui parsemaient le continent comme des grains de sable sur un sandwich de plage. J’aurais été désolé d’avoir contribué à la destruction d’un site archéologique ou d’un trésor d’art antique.

- Apparemment, plus de peur que de mal, soupirai-je.

Rufus me fustigea d’une œillade peu amicale et Palmer rentra la tête dans les épaules.

xox

Gongaga, 12 mai, 19h17.

Journal de Rufus Shinra

Cette journée a tourné au cauchemar. Palmer m’avait bien mis en garde contre l’impudence de Sephiroth, et il n’avait pas tort. Je me demande comment ce rustre a pu s’élever au grade de Général. Non seulement il a été très malpoli avec moi mais il méprise la culture et le passé de notre planète. Le contremaître m’a même rapporté la prédiction d’un saint homme que ce Sephiroth a presque chassé du chantier le matin même. Le châtiment n’a pas tardé : les ouvriers ont mis à jour le temple dont parlait la légende du prince cetra Hendraa ; les scellés des murs ont été brisés par les marteaux piqueurs. Je n’ose imaginer quels autres désastres il va causer. Déjà, un pressentiment étrange et désagréable de mort imminente m’envahit et je sens déjà les flots de la rivière de la vie lécher mes jambes.

S’obstiner à remettre en état ce réacteur est folie mais folie plus grande encore serait de ne pas essayer de réparer les dégâts causés par cet imbécile de soldat !

Jamais homme ne n’avait inspiré une telle antipathie. Il semble traîner derrière lui une aura infestée et malpropre bien digne de son père, ce fou d’Hojo.

Bien sûr, aux yeux de n’importe qui d’autre, il apparaîtrait comme un bel homme. J’ai bien remarqué que le regard de Babeth s’attardait sur lui plus que la décence et sa condition de soumise ne le lui permettaient.

Je pense d’ailleurs prendre les mesures nécessaires pour renvoyer dès demain cette putain incapable de comprendre que son maître est le seul qu’elle doive regarder de la sorte. Palmer n’aura nul mal à me trouver une remplaçante. Je pense jeter mon dévolu sur cette comédienne que l’on voit partout sur les jaquettes de films SM depuis quelques mois. Comment s’appelle-t-elle déjà ? Peu importe d’ailleurs. Je ne lui demande pas d’avoir un nom mais qu’elle joue son rôle d’esclave, m’obéisse et sache me faire jouir quand je le lui ordonne.

J’ai expliqué à ma vielle nourrice ce qui s’était passé au réacteur en espérant qu’elle sache peut-être quoi faire. Elle s’est contentée de pousser un cri strident en se couvrant le visage des mains. J’ai eu beau tenter de la calmer, rien n’y a fait.

J’avoue que, ma colère passée, sa réaction m’a effrayé et je sens des serpents me ronger les entrailles.

J’essayerai encore demain d’obtenir les renseignements qu’elle pourrait me fournir et, si ce n’est pas le cas, je serai contraint de chercher dans la bibliothèque de Nibelheim. Dieux que je déteste cette pièce et ce manoir ! Ils semblent pleins de murmures.

J’ai ordonné que l’on suspende les travaux jusqu’à nouvel ordre. A l’annonce de cette décision, le petit rire sarcastique de Sephiroth m’a donné enviede le jeter de la colline en contrebas pour l’entendre se briser les os. Comment son esprit obtus de militaire mal dégrossi pourrait-il saisir toute la gravité de sa faute ?

C’est étrange… Jamais je n’ai senti gronder une telle haine en moi pour un homme.

Jamais…

…à suivre

I - Bienvenue à Gongaga !

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Illustration tirée du doujinshi “BUBBLES” du Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Jamais le soleil n’avait tapé comme ce matin là. L’air sec était chargé de poussière et j’avais la gorge comme de la litière pour chats. Nous étions en août, au plus fort de la saison sèche, et je me souviens du grincement des minuscules grains de sable emportés par le vent entre mes dents.

Ma casquette me donnait l’impression d’avoir le crâne sous une cocotte minute mais c’était ça où tomber raide, assommé par le soleil. La sueur coulait sur mon front et ma queue de cheval me collait déjà à la nuque. Combien de fois en quinze jours m’étais-je promis de me couper les cheveux ? J’en avais perdu le compte mais je n’avais jamais pu me résoudre à renoncer à cette dernière coquetterie.

Avec un soupir, je me resservis du café. Il avait un goût aigre amer, comme s’il avait bouilli. Connaissant le cuisinier, je ne doutais pas que ce fut bien le cas et je le bus d’un trait en grimaçant, comme tous les matins.

Je dus déployer des efforts surhumains pour mettre un pied devant l’autre et sortir de la tente qui nous servait de cantine. Le soleil m’aveugla et cette impression de respirer à travers un mouchoir brûlant que l’on aurait pressé sur ma bouche était insupportable. Je dus fermer les yeux, incapable de supporter la lumière en dépit de l’heure matinale, sortis mes lunettes de soleil de la poche de mon pantalon de toile et les chaussai. A travers les verres fumés qui assombrissaient le décor, le camp semblait bénéficier d’une ombre illusoire, et bizarrement, il me sembla que la température avait baissé en même temps que la lumière.

Les brahmanes de Canyon Cosmo disent que l’esprit d’un homme est capable de faire plier les éléments. Eh, bien moi j’avais des lunettes magiques qui jetaient de l’ombre sur le décor ! C’était ridicule mais pour un peu de fraîcheur ou une illusion de fraîcheur, j’étais prêt à tout…

Le cahier des charges sous le bras, j’avançai sur le terrain aride, mes bottes se couvrant d’une pellicule de poussière orangeâtre.

Je crois que c’est l’une des rares choses que je déteste, dans cette région désertique qui entoure la forêt de Congaga : cette poussière grasse qui se mélange à la sueur et colle à la peau dès que l’on met le nez dehors.

Et encore, devais-je être heureux de ne pas me trouver en poste à Midgar, comme Genesis ! La première fois que j’avais été en mission là-bas, j’avais été horrifié en constatant qu’après avoir retiré le manteau porté toute la journée, mes bras et mes jambes étaient enduits d’une suie huileuse. On voyait parfaitement la marque des vêtements que j’avais ôtés, comme si j’avais pris un monstrueux coup de soleil noir. L’eau de la douche ressemblait à de l’huile de moteur et j’avais passé de longues minutes à me décrasser les cheveux. Mes poumons devaient ressembler à un pot d’échappement mal entretenu ou à ceux des lapins que ce salopard d’Hojo oblige à fumer pour tester le taux de nicotine des cigarettes. Le second jour, l’idée de porter un masque anti-pollution m’avait effleuré et le troisième, je me promenais dans les rues aussi crasseux et grisâtre que n’importe qui.

Lorsque j’avais accepté de sécuriser la zone du réacteur de Gongaga, en pleine rénovation, je m’étais imaginé la région comme me l’avaient racontée Angeal et Genesis, à l’école d’officiers : verte, fraîche et luxuriante. Avec un adorable petit village perché à flanc de montagne….

Tu parles ! Ils avaient juste oublié de préciser que l’oasis de verdure ne restait verte que trois ou quatre mois par an, au printemps, et qu’elle était entourée d’une région caillouteuse où l’on crevait de chaud en été et où l’on mourait de froid en hiver !

Au lieu de la douce fraîcheur parfumée d’herbe verte que je m’étais imaginée, je me promenais dans la poussière du chantier en pantalon d’épaisse toile noire, t-shirt poisseux de sueur et je dormais sous l’une des tentes où il ne se passait pas une nuit sans que je ne me réveille empêtré dans la moustiquaire. Si les membres de mes fan-clubs me voyaient…

Angeal, m’avait précédé sur les lieux et avait déjà établi un périmètre de sécurité. Contrairement à moi, il connaissait la région et les coutumes du coin pour y avoir passé son enfance. D’un kilomètre à l’autre, la terre était tour à tour végétation desséchée inextricable ou désert caillouteux. Les routes n’étaient que des chemins de terre et bien souvent nos 4×4 s’ensablaient.

Je jetai un regard aux échafaudages, sur lesquels s’affairaient avec les ouvriers, tous originaires de la région. Combien étaient-ils ? Une trentaine ? Il y avait bien longtemps que j’avais renoncé à faire l’appel. Si le frère était malade, le neveu le remplaçait et cela quand le père n’amenait pas le fils pour lui prêter main forte afin de finir dans les temps. Les questions d’assurance et de contrat de travail n’avaient pas cours ici. Tout ce qui comptait pour ces hommes, c’était de terminer honorablement leur tâche, comme ils s’y étaient engagés. On ne badine pas avec l’honneur et la parole donnée, dans la région. J’avais rarement connu des gens aussi travailleurs et je n’hésitais pas à tanner Reeve pour qu’il leur verse un supplément d’argent lorsque j’estimais qu’ils le méritaient, c’est à dire bien souvent. Cela m’avait valu des amoncellements de friandises et plats traditionnels confectionnés par leurs épouses et leurs sœurs, que nous partagions lors des pauses.

J’essuyai la sueur qui coulait de mon front. Comment pouvaient-ils supporter de travailler par cette chaleur ? Torse nu, la peau tannée par le soleil et vêtus de pantalons de coton ou de chemises ouvertes sur des shorts bariolés, ils manipulaient les sacs de ciment avec une facilité déconcertante. Ils transpiraient à peine et la lumière les faisait à tout juste plisser les yeux.

Mon regard s’attarda un instant sur les dos musclés et les poitrines noueuses. Les hommes… Depuis combien de mois n’avais-je pas touché un homme ? Deux ? Trois ? Le dernier était un jeune postulant soldat dégingandé qui m’avait fait regretter de ne pas avoir passé mon chemin.

Je secouai la tête et consultai les plans de déploiement des forces de sécurité pour la énième fois. N’avais-je rien oublié ? A Midgar, j’en avais été particulièrement fier de mais, une fois arrivé dans la région de Gongaga, je m’aperçus de ce que les tours de surveillance pouvaient avoir de ridicule dans une région aussi escarpée.

De président adjoint Rufus Shinra voulait du beau, du grand, du riche et, par dessus tout, de l’impressionnant. Quand je voyais les ravissantes constructions traditionnelles qui parsemaient la région, je n’arrivais vraiment pas à comprendre comment cet imbécile pouvait leur préférer ce monceau de ciment et de verre en forme de chou-fleur que j’avais mis des semaines à sécuriser sur les conseils de son éminence grise, un petit homme gras et dégoûtant qui répondait au nom de Palmer.

“Non, il faut plus de caméras !” “Non, il y a trop de surface exposée !” “Allons, mon garçon ! Le président adjoint ne sera jamais en sécurité si les vitres ne sont pas blindées !”

Plus d’une fois l’envie m’avait démangée de le passer par la fenêtre sans prendre la peine de l’ouvrir mais c’était lui qui signait les chèques… J’avais eu ce gnome mangeur de gras sur le dos pendant trois semaines et il devait passer sur le chantier aujourd’hui en compagnie de son “altesse sérénissime”. Si le maître était aussi exaspérant que son toutou, cela promettait un bel après-midi de fichu !

Je n’avais jamais eu l’occasion de rencontrer Rufus Shinra mais je le détestais déjà cordialement !

“Son Altesse” avait souhaité que son ” chou-fleur ” domine la route qui conduisait à la petite rivière qui menait au village. Devoir raser le petit temple de pierre qui se trouvait non loin pour pouvoir sécuriser les travaux de construction m’avait fendu le cœur mais il allait l’avoir son “réacteur que tout le monde pourrait voir de loin”. C’était là les instructions les plus sottes que l’on m’avait jamais données mais Rufus payait bien. Très bien même. J’allais gagner ici plus d’argent en un an que je n’aurais pu en économiser en 50 ans de missions ordinaires.

Le groupe électrogène se mit en route avec un grondement de tonnerre et l’odeur du gasoil se mêla aux parfums d’épices. Je n’ai jamais su décrire l’odeur qu’il y avait dans la région par un autre terme. L’air sentait la terre, le parfum et les épices. Une odeur étourdissante que je n’ai jamais retrouvée ailleurs.

- Sephiroth ! Déjà levé ? Tu fais des efforts, mon grand ! Tu viens nous donner un coup de main ?

Je baissai les yeux vers Angeal, qui surveillait l’avancement des travaux dans l’immense trou des fondations et lui fis un petit signe de la main.

- Ne rêve pas ! criai-je pour couvrir le bruit des marteaux piqueurs qui s’étaient mis en route pour briser la pierre. Je n’ai pas sué durant les cours assommants de Lazard dans le but de nager dans la crasse !

Il éclata de rire et retira son casque de protection pour essuyer la sueur qui coulait sur son visage. Je connaissais Angeal depuis mon enfance, tout comme Genesis, et je peux dire que j’en étais venu à considérer au fil des années comme le frère que je n’avais jamais eu. La petite trentaine, des cheveux noirs mi-longs coiffés en arrière et une charpente à faire blêmir un culturiste, Angeal était de sept ans mon aîné et m’adorait. Je n’avais jamais cherché à cacher ma liberté de moeurs et la relation particulière que j’entretenais avec Angeal avait bien souvent alimenté les ragots.

- Dis-moi mon grand, poursuivit-il, tu ne crois pas que… oh, oh ! On a de la visite.

Il grimaça et je suivis son regard. J’avais beau le voir en contre-jour, je reconnus immédiatement le personnage qui s’avançait vers moi. Sa masse impressionnante de cheveux emmêlés et ses jambes maigres et arquées lui donnaient l’apparence d’un primate.

L’ermite de la forêt de Gongaga nous rendait visite de plus en plus souvent, ces derniers jours.

- Merde, soupirai-je en levant les yeux au ciel. Mais qu’est-ce que cet illuminé vient faire ici, encore ? Si les ouvriers le voient, nous sommes cuits…

Le saint homme arriva à ma hauteur et leva les yeux vers moi sans un mot. Il avait peint trois cercles rouges sur son front, par dessus la crasse, et son visage était vierge de toute expression. J’avais l’impression d’observer un mannequin d’argile. Vêtu d’un pagne douteux et maigre à faire peur, il dégageait une aura inquiétante et une puanteur insoutenable. Je pinçai les narines et détournai le regard.

Un cri s’éleva dans les fondations et plusieurs têtes dépassèrent du trou où travaillaient les maçons. En voyant notre visiteur, tous lâchèrent leurs outils, éteignirent les marteaux piqueurs et grimpèrent en une nuée bourdonnante pour venir s’agenouiller devant le saint homme en le priant de les bénir. Les ouvriers, pour la plupart originaires de la région, se balançaient d’arrière en avant en psalmodiant des prières devant l’homme minuscule, mains jointes devant leur front.

Je m’écartai et lançai un regard excédé à Angeal, qui me répondit par un haussement d’épaules.

- Laisse tomber, Seph.

Le saint homme avait pris l’habitude de venir une ou deux fois par semaine sur le site. Lorsque j’en avais demandé la raison à l’un des contremaîtres, il m’avait simplement répondu que les gens comme lui étaient guidés par les Dieux eux-mêmes et qu’il ne fallait pas chercher à comprendre le pourquoi de leurs actes et de leurs paroles.

J’étais bien avancé !

La première fois que ce zombie avait fait son apparition, il était arrivé derrière moi comme un fantôme et m’avait soufflé dans le cou. En voyant le visage couvert d’une croûte blanchâtre digne d’un film d’horreur, j’avais poussé un cri à paralyser un troupeau de Bahamuts et manqué de peu la crise d’apoplexie. Par la suite, je vis plusieurs de ces individus à Gongaga. Ils restaient immobiles durant des heures, assis en tailleur au beau milieu de la route, et chacun leur témoignait un respect craintif. D’après ce que j’avais compris, ils avaient fait vœu d’abandonner tout plaisir terrestre ou quelque chose dans ce goût là. Des sortes de renonçants.

Bien entendu, j’avais consulté des dizaines de guides et de livres sur la région avant de partir mais, je suis désolé de le dire, une fois sur place, on se demande si les auteurs de ces ouvrages ont bien posé le pied dans le pays dont ils parlent.

Ici, rien n’est simple et aucun texte, aussi complet soit-il, ne peut donner une idée de ce que sont réellement ces gens et leur terre.

Je regardai ma montre. Si le saint homme ne fichait pas le camp pour que nous puissions reprendre le travail, je risquais de me faire salement remonter les bretelles par le ” petit prince Shinra “, qui devait arriver d’un instant à l’autre.

- Allez, allez ! La récréation est finie.

Je tapai dans mes mains et Angeal sortit de son trou pour me poser la main sur le bras.

- Arrête, Seph. Respecte leurs croyances.

Je me tournai vers lui en ouvrant des yeux ronds comme des soucoupes.

- Mais je respecte leurs croyances ! Le problème, c’est que son altesse de mes fesses va arriver et que…

- Chut ! me rabroua Angeal. Ne parle pas de lui comme ça devant eux.

Plusieurs hommes se couvrirent le visage des mains et posèrent le front sur les pieds du gnome, comme s’ils cherchaient à se faire pardonner pour mon comportement cavalier.

- Désolé ! grimaçai-je en agitant la main dans leur direction.

Pour la première fois, j’entendis l’homme blafard parler. Sa voix était rocailleuse et aiguë. Elle vrillait les tympans et son curieux dialecte accentuait encore cette désagréable impression.

- Que dit-il ? demandai-je à Angeal.

Il haussa les épaules. Visiblement, il était parti de chez lui depuis trop longtemps et avait oublié son patois natal.

Zack, un postulant soldat lui aussi originaire de la région, s’approcha. Comme à chaque fois qu’il s’adressait à moi, ses grands yeux bleus semblaient incapables de me fixer et ses mains tremblaient. Lorsqu’il aurait pris un peu d’assurance, il ne faisait pas de doute qu’il deviendrait une excellente recrue.

Le silence était soudain tel que l’on n’entendit plus que le bruissement des pieds des ouvriers fouillant la terre poussiéreuse avec embarras et le vent léger et étouffant qui charriait l’odeur de vase de la rivière.

- Il dit que quelque chose va vous faire du mal, Général, et que vous devez faire attention.

Je plissai les lèvres. Après les prières… les superstitions ! Il ne manquait plus que ça.

- Quelque chose va me faire du mal ?

- Oui, Général.

- Cette chose doit s’appeler Rufus Shinra, dans ce cas. Parce que sois certain qu’il va m’arracher la tête s’il ne vous trouve pas tous au travail en arrivant.

Les hommes échangèrent des regards entendus et baissèrent la tête.

- Sauf votre respect, vous ne devriez pas plaisanter avec ça, Général. Le danger est réel.

- Qui ? Rufus Shinra ?

Zack sourit malgré lui.

- Non, Général. La chose.

- Quel genre de chose ? demanda Angeal.

Je levai les yeux au ciel et me donnai une claque sur le front.

- Angeal ! Tu ne vas pas t’y mettre toi aussi !

Il ne répondit pas et montra le sage du menton en continuant à s’adresser Zack.

- Demande-lui.

Zack s’inclina devant la vieille chouette cendreuse et lui parla dans sa langue discordante. Le sage ne répondit pas, ne changea pas d’expression et fit demi tour.

Chacun le regarda s’éloigner et, quand il s’engagea sur la pente, disparaissant de leur champ de vision, les maçons se tournèrent vers moi de concert et me lancèrent des regards désolés.

J’avais beau être imperméable à toute sorte de religion et de superstition, l’expression de leur visage, leurs épaules basses et leur immobilité me nouèrent le ventre.

Je tournai sur moi-même.

Ils formaient une ronde lugubre et mélancolique. Ils me fixaient comme si je n’étais déjà plus qu’un cadavre autour duquel les vieux copains se recueillent en se disant “c’était un brave type”.

Je pris une profonde inspiration.

- On peut retourner travailler ou vous voulez vraiment que Shinra Junior me fasse rôtir ?

Angeal adressa quelques mots aux ouvriers, qui inclinèrent la tête et retournèrent à leurs occupations en murmurant entre eux, comme s’ils craignaient que le bruit de leurs voix n’attire le malheur dont avait parlé le vieux sage. L’un d’entre eux posa la main sur ma poitrine en murmurant une prière que je ne compris pas.

- Il demande aux Dieux de te protéger, murmura Angeal.

- Oh, je… Merci, fis-je à l’homme avec un légère inclinaison de tête.

L’ouvrier s’inclina à son tour, me sourit, et descendit dans les fondations.

Chaque coin de ce pays semblait regorger de malédictions en tout genre et j’avais déjà eu des difficultés à trouver des ouvriers à cause des multiples fariboles locales qui faisaient de la région un véritable berceau du mysticisme.

Si un jour je décidais d’abandonner l’armée, je pourrais toujours gagner ma vie en écrivant des histoires sur les mystères de la région pour gogos en mal de magie, étouffant dans leurs murs de béton…

Un bruit de moteur me tira de mes plans de carrière à long terme et, un instant, je crus bien que le saint homme avait raison au sujet de sa créature dangereuse qui allait venir me chercher.

Ce qui m’arrivait dessus était au moins aussi redoutable que l’odeur du saint homme, et je sentais mes nerfs sur le point de lâcher face à cette vision d’horreur : monsieur lèche-bottes en personne, Palmer le gras double, arrivait sur le chantier pour la visite prévue. La journée commençait vraiment mal. J’avais de plus en plus hâte qu’elle se termine pour me retrouver sous ma tente.

Et, si possible, avec le joli blondinet qui venait de sortir de la voiture…

…à suivre

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Elevage de chocobos : attention danger !

ATTENTION !

L’utilisation des chocobos sera prochainement réglementée.

Les joueurs et les éleveurs grognent mais les groupes écologistes, AVALANCHE en tête, restent inflexibles, alertent l’opinion et font pression sur les pouvoirs publics.

L’ELEVAGE INTENSIF DES CHOCOBOS MET LA PLANETE EN PERIL

par Shiva Rajah (envoyé spécial à Edge - En direct du siège de la Shinra Corp)

Est-il exact que les pets des animaux d’élevage, et en particulier des chocobos, peuvent détruire la couche d’ozone et mettre en péril la planète ?

La célèbre organisation écologique A.V.A.L.A.N.C.H.E. (Association Vindicative des Ames Libérées en faveur des Animaux, de la Nature, du Ciel, des Humains et des Etoiles), inquiète de l’influence éventuellement néfaste de l’augmentation des troupeaux de chocobos sur le devenir de la planète, s’est posé cette intéressante question.

En effet, nos écologistes militants s’émeuvent de plus en plus des dégâts causés depuis des années à la couche d’ozone, cette fameuse couche qui protège la plupart des planètes des rayonnements nocifs des astres solaires des différentes galaxies.

Nous sommes tous concernés !

C’est vrai : pourquoi combattre des démons, éviscérer des généraux anabolisés au mako, annihiler des savants fous et stopper des météores si c’est pour laisser la planète à la merci de gaz nocifs ?

Une étude savante commandée en toute discrétion il y a 8 mois par la Shinra a été communiquée à AVALANCHE par des sources sympathisantes officieuses et les analyses démontrent sans aucune ambiguïté que 25% des destructions infligées à la couche d’ozone étaient dues aux gaz d’échappement des animaux d’élevage et plus particulièrement à ceux des chocobos puisqu’ils représentent à eux seuls près de 75 % des émissions gazeuses…

Plus les joueurs sont nombreux, plus les chocobos grignotent de légumes, plus ils pètent et plus le Ciel menace de nous tomber sur la tête…

Que faire pour que le massacre cesse ?

Puisqu’il est impossible de réduire le nombre de joueurs ayant besoin de l’assistance des chocobos, il faut, nous disent les dirigeants d’AVALANCHE, changer l’alimentation des bêtes.

Piou-Piou pète moins - et produit plus de viande - s’il picore de l’herbe verte, plutôt que de brouter des légumes pétogènes. Bah oui, c’est comme ça.

Si une réglementation voyait le jour (ce qui est bien en passe d’être le cas suite à la pression monstrueuse de l’organisation écologique sur les pouvoirs publics) elle s’appliquerait à l’ensemble des animaux d’élevage qui encombrent nos parcs, nos champs et nos prairies… mais plus particulièrement aux chocobos, bien sûr.

Des mesures drastiques

1/ Tout d’abord va être créé un corps d’agents spéciaux formés à la surveillance des bêtes d’élevage. Armés de pétomètres, ils vont mesurer pour chaque animal, puis pour l’ensemble du troupeau, l’importance des gaz émis. A noter qu’il existe deux sortes de pétomètres :
a) Le pétomètre à prise directe (quand on arrive à rentrer le tuyau dans le troufignon du chocobo, ce qui est en soi tout un sport…)
b) Le pétomètre à spectromètre gazeux, qui peut, même d’un satellite, sortir en fin de saison la pétométrie totale d’un animal : le volume gazeux dégagé, le nombre moyen de pets par jour, la longueur de chaque pet, le niveau sonore, la toxicité du gaz, etc.

2/ Ensuite va être mise en place une réglementation très rigoureuse pour limiter les flatulences :
a) Un quota de pets sera attribué pour l’ensemble du troupeau, et tout dépassement de ce quota entraînera des sanctions financières pour l’éleveur, qui les répercutera bien entendu sur l’utilisateur, à savoir le joueur, sous forme de perte de points et de materias.
b) Toutefois, en cas de maladie intestinale d’un animal, et sur présentation d’un certificat médical signé par un vétérinaire agréé, il pourra être exceptionnellement alloué un quota spécial d’émissions gazeuses.
c) Bien évidemment, il sera organisé un contrôle technique des animaux, visant à optimiser les rejets gazeux. Les animaux dont la pétomanie sera devenue incontrôlable seront abattus. Les autres devront porter à l’aile une bague verte avec la date de validité du contrôle.
d) Les jours où menace la pollution, par exemple lorsque la situation météorologique prévoit un anticyclone stable ou à l’occasion d’un long week-end, lorsque les joueurs sont très nombreux, les bêtes devront rester à l’étable, être mises à la diète et ne pourront EN AUCUN CAS être montées.

Pour compenser les pertes de location pour les éleveurs et de points gagnants pour les joueurs ces jours-là, un fonds spécial d’intervention sera créé, alimenté par une cotisation payée par les éleveurs et les joueurs les moins respectueux de leur quota de pets.

Amis des chocobos, éleveurs et joueurs invétérés, prenez donc vos précautions : ni légumes, ni granulés, mais seulement du chardon et de la ronce. C’est ainsi que Piou-Piou pète le moins… même s’il vous faudra plus de temps pour arriver à destination !

Une question reste cependant sans réponse : qui sera nommé à la tête de la commission et de l’unité d’élite pour le contrôle de la pétométrie de la planète ? Aucun nom n’a filtré pour l’instant mais, de source officieuse, il semblerait qu’un homme aux cheveux blonds hirsutes et la mine débraillée, se soit entretenu en toute discrétion à l’aube avec les plus hautes autorités.


Demain, j’arrête la moquette… Si, si, promis, j’arrête.

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