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LXIX - Je t’ai tout donné

“Le dévouement d’un homme va souvent plus loin que lui.”

J.-L. Richard

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Weiss s’assit sur le bord du lit et chassa une longue mèche brune du front de son frère.

Du dos de son index, il caressa le haut d’une pommettes et le petit menton pointu - les rares parties du visage de Nero que le masque de contention laissait à découvert.

Au moins, on ne lui avait pas assujetti les bras ou lié les mains…

Comme Shelke l’avait dit, son cadet remuait beaucoup. Il ne cessait de changer de position avec des petits soupirs comblés, s’étalant de tout son long en travers du grand lit, comme s’il essayait toutes les positions possibles les unes après les autres avec une délectation qui frôlait l’extase.

Weiss comprit parfaitement les raisons de ce curieux comportement et un gros pincement attendri lui serra le cœur.

Son frère n’avait pas pu dormir sur le dos depuis des années… Ni dans un vrai lit.

Impossible en effet pour lui de s’étendre sur l’une des couchettes qui servaient de lit aux soldats du Deepground car, lorsqu’il laissait pendre ses ailes à l’extérieur, leur poids l’entraînait fatalement vers le sol. Et s’il se mettait dos au mur, il n’avait plus de place pour s’allonger.

Nero en était donc réduit à reposer à même le sol. Sur le ventre, bien entendu, ses implants dorsaux déployés autour de lui pour répartir le poids au maximum, ce qui n’empêchait cependant pas les impitoyables tiraillements qui malmenaient ses muscles et sa frêle ossature pour ainsi dire en permanence.

Au début, il avait bien essayé de dormir sur le côté mais, devant rester en appui sur la hanche, des contusions s’étaient très vite formées autour de l’os iliaque, provoquant des douleurs articulaires cuisantes qui l’empêchaient presque de marcher normalement le lendemain.

Et s’il n’y avait eu que les ailes !

Ses bras étaient immobilisés pour ainsi dire vingt-quatre heures sur vingt-quatre, croisés sur sa poitrine, ce qui, pour dormir sur le ventre était aussi confortable que de reposer sur un tapis de galets !

Quant aux vêtements de contention qu’il devait porter, y compris la nuit, ils étaient si serrés que Nero ne pouvait jamais gonfler totalement ses poumons ni même s’asseoir ou ramener un peu les genoux vers lui sans s’écraser l’entrejambe.

Quiconque avait pu voir le jeune homme vêtu de sa combinaison aurait pourtant douté qu’il y eut quoi que ce soit de sensible à cet endroit tant son bas-ventre était comprimé et paraissait plat !

Hélas - et combien Nero le regretta ! - la zone sus-dite correspondait bien à son état civil. Avant de se réveiller en sursaut plusieurs fois par nuit en jurant comme un corps de garde, il n’avait cependant jamais vraiment réalisé que cette partie de son anatomie - comme celle de tous les hommes bien portants de la planète - se mettait en marche cinq ou six fois par nuit pour d’obscures nécessités vasculaires et neurologiques…

En fait, depuis qu’on lui avait implanté ces satanées ailes de métal et qu’on l’avait engoncé dans son horrible combinaison, Nero n’avait jamais pu fermer l’oeil plus de deux heures d’affiliée sans être réveillé par toutes sortes de tiraillements, spasmes, courbatures, crampes et douleurs diverses.

Sans compter les mois passés enchaîné à deux mètres du sol dans les sous-sols du Deepground…

Weiss posa prudemment la main à plat sur la poitrine de son frère pour sentir les côtés s’ouvrir et se refermer au rythme de sa respiration et sourit. Voilà longtemps qu’il ne l’avait pas senti aussi détendu.

Cela étant, s’il gigotait ainsi depuis un moment déjà, il y avait fort à parier que les pansements n’avaient pas dû résister au frottement des draps et l’ancien chef des Tviets commença à s’inquiéter pour ses points de suture.

Non sans émotion, Weiss rabattit l’édredon sur le mince corps nu, et dût prendre sur lui pour ne pas le soulever du lit et le serrer à l’écraser.

Cela ne faisait-il pas presque quatre ans qu’il n’avait pas pu étreindre son petit frère et le garder contre lui plus de quelques minutes ?

La dernière fois, c’était lorsque Vincent avait combattu Hojo, dans les entrailles du réacteur Zéro. Et encore cela n’avait-il duré que quelques secondes. Quelques précieux instants durant lesquels il avait pu sentir le petit visage fantomatique contre sa poitrine nue. Ensuite, ce fut le corps de Genesis qui servit d’enveloppe à Nero durant plusieurs mois.

Oui, si l’on additionnait les trois années qui avaient suivi sa révolte contre les Restrictors et celle écoulée, cela faisait bel et bien quatre ans qu’il n’avait pu prendre son frère dans ses bras, réalisa Weiss avec effroi.

Il se pencha pour enfouir son visage dans la noire chevelure de Nero et la nostalgie lui serra la gorge.

Malgré les années, son frère avait toujours cette odeur de petit garçon, la même que celle qu’il avait lorsqu’il venait se pelotonner la nuit dans son lit, à l’Académie.

A regret, il se redressa.

Le sparadrap de l’un des pansements commençait à se détacher et il voulut le décoller complètement pour le remettre en place.

- Weiss… gémit Nero d’une voix ensommeillée. Mon frère bien aimé…

Weiss referma doucement les mains sur l’épaule et la hanche frêles pour le faire pivoter sur le ventre aussi doucement que possible - et ne pas le sortir trop brutalement de sa torpeur.

- Désolé, petit frère, tu dois te mettre sur le ventre un instant. Je me dépêche, promis.

Bien qu’il soit toujours dans état semi-comateux, Nero réagit aussitôt à ces mots et son aîné sentit muscles et tendons se tendre sous ses paumes.

Le jeune homme tira fébrilement les draps pour couvrir ses fesses et le bas de son ventre en un geste inconscient de protection et repoussa la main de Weiss qui s’était refermée sur sa hanche.

- Weiss, non… supplia-t-il dans un état second. Deux frères ne doivent pas… faire ça…

Le sang de Weiss se congela dans ses veines et il resta un moment pétrifié à la tête du lit.

- Qu’est-ce que tu… Non mais ça va pas !

Il saisit Nero par les épaules pour le réveiller et ce dernier poussa un petit cri en se recroquevillant dans le lit.

- Ne m’oblige pas encore à faire ça… Weiss… sanglota-t-il, figeant son aîné. S’il te plait… S’il te plait…

Le coeur au bord des lèvres, Weiss recula, en état de choc et incapable de quitter son frère semi-comateux du regard. Ce ne fut que lorsque le dos de ses cuisses butèrent sur la commode qu’il se rendit compte qu’il avait traversé toute la pièce à reculons.

Il s’agrippa au bord du meuble avec une telle force que le bois craqua.

Pourquoi son frère réagissait-il de la sorte ? Quand lui avait-il jamais laissé croire que l’amour qu’il avait pour lui pouvait être autre que fraternel ?

L’évidence le frappa alors comme un coup de poing.

Ses jambes le trahirent et il tomba à genoux.

- Hojo… bredouilla-t-il d’une voix à peine audible.

“Qu’est-ce que tu as fait à mon frère lorsque tu m’as volé mon corps, salopard ? Gaia toute puissante ! Qu’est-ce que tu l’as obligé à faire, sale pervers…”

***

“Personne n’a été blessé au moins ?” s’enquit la voix de Rufus, dans l’oreillette du portable de celui qui n’était plus Tseng.

- Non, monsieur. Mais j’ai préféré confier l’appareil aux ingénieurs de l’aérodrome par sécurité. Vous me voyez désolé pour ce retard.

“Non, tu as bien fait, Tseng. S’il vous arrivait quelque chose à cause d’un banal incident mécanique durant le vol, je ne me le pardonnerait pas.”

Elena, allongée sur le sol aux côtés du pilote mort, commença à reprendre conscience et “Tseng” l’assomma à nouveau d’un violent coup de pied à la tête.

- Si tout se passe bien et que le temps le permet, nous devrions pouvoir être à Nibelheim demain soir, monsieur.

“Bien. A demain, dans ce cas. N’hésite pas à me rappeler si vous rencontrez le moindre souci.”

- Je n’y manquerai pas, Monsieur.

Il raccrocha et fouilla dans le fourbi à disposition dans le jet. Il ne tarda pas à trouver une combinaison de ski et du matériel de montagne.

S’il y avait une chose qu’il fallait reconnaître aux turks, c’était leur sens de l’organisation et leur aptitude à anticiper les problèmes qui pouvaient se présenter au cours d’une mission.

Il enfila la combinaison de ski par-dessus son costume, compléta sa tenue de chaussures adéquates et choisit l’un des deux surfs des neiges à poussée électrostatique fixés par des sangles au mur de la soute.

Une fois équipé, il ouvrit la porte de l’appareil et jeta un oeil à l’extérieur. La neige ne tombait plus sur les hauteurs de la chaîne du mont Nibel et le ciel était clair. Il serait à Corel avant la tombée de la nuit et pourrait se servir de l’identité de Tseng pour récupérer un jet ou un hélicoptère.

Mais avant cela, il lui restait quelque chose à faire…

Après avoir jeté un regard autour de lui, il se saisit de la première chose un peu lourde qui lui tomba sous la main (une bouteille de brandy) et l’abattit de toutes ses forces sur la tête d’Elena, toujours inconsciente, lui fracturant le crâne. Cela fait, il jeta la bouteille rougie dehors, loin de la carcasse du jet.

Ensuite, il s’entailla la main, prit soin de laisser des traces ensanglantées un peu partout dans l’appareil et sortit en prenant bien garde de laisser la porte grande ouverte.

Si, par malchance, on retrouvait le cadavre de la jeune femme et celui du pilote avant qu’il n’ait atteint Edge, on penserait de prime abord qu’ils étaient morts dans l’accident, lors de l’impact, et que lui, bien que blessé, avait miraculeusement survécu et quitté les lieux.

Le temps que les deux cadavres décongèlent pour qu’on puisse les autopsier et celui que perdraient les turks à chercher leur chef blessé lui en laisserait suffisamment à lui pour se mettre à l’abri et poursuivre son oeuvre macabre - diabolique, diraient certains…

***

- Tu as été odieux !

Reno ricana.

- Oh ! Arrête… Ne me dis pas que tu apprécies ses ronds de jambe !

- La question n’est pas là, Reno !

Le turk croisa les bras sur sa poitrine et le dévisagea un petit moment.

L’argenté, gêné par l’examen silencieux, détourna le regard, les joues en feu.

- C’est pas vrai… persifla Reno avec dédain.

- Quoi ?

- Rien ! Rien du tout.

Il retira sa veste avec des gestes brusques et la jeta sur le lit.

Yazoo fronça les sourcils.

- Je vois bien que si. Qu’est-ce qui se passe ?

Son compagnon planta son regard aigue-marine dans les yeux mako et grinça des dents avec un sourire acerbe.

- Ce type t’a fait du rentre-dedans pendant près d’une demi-heure, merde ! Et devant moi, en plus ! (L’argenté hoqueta, comprit où se situait le problème et se mordit les lèvres.) Et, toi, ça te fait rire…

Il tourna les talons en direction de la salle de bains, rageur.

Yazoo lui emboîta le pas.

- Non… Reno, attends ! (Il le rattrapa et l’enlaça par derrière.) Tu es… jaloux ? demanda-t-il en se retenant à grand peine de rire.

- C’est ça ! Fous-toi de ma gueule, ça va arranger les choses !

Le turk se dégagea avec une certaine brusquerie et fit couler l’eau de la douche.

- Tu es ridicule, Reno… murmura l’argenté avec un sourire doux en tendant la main pour enrouler autour de ses doigts sa queue de cheval rousse.

Il tira un peu pour l’obliger à revenir vers lui et l’enlaça à nouveau en déposant de petits baisers au creux du cou.

- Genesis est quelqu’un d’impulsif, Yazoo, murmura Reno, un peu apaisé. C’est un homme irréfléchi, prétentieux et excessif.

Le sourire de Yazoo se fit rassurant mais aussi ému.

- Tu es adorable quand tu es jaloux…

Le turk voulut rétorquer mais il le fit taire d’un baiser.

- Je t’aime Reno… murmura-t-il tout contre sa bouche. Tu n’as absolument rien à craindre de cet homme.

- Ce n’est pas pour moi, que je m’inquiète, Yazoo baby. Je n’ai pas aimé ce que j’ai vu dans ses yeux lorsqu’il te regardait.

L’argenté déboutonna un à un les boutons de la chemise de Reno avec une moue coquine et la fit sensuellement glisser sur ses épaules.

- Alors regarde plutôt dans les miens…

***

- Des problèmes avec l’ordinateur de l’avion ? s’étonna Vincent, qui sirotait un vieux cognac en compagnie de Rufus.

- Oui, l’informatique embarquée a fait des siennes mais Tseng m’a assuré qu’ils seraient probablement là demain soir.

L’ex-turk hocha la tête, pensif, et posa son verre vide sur le bureau massif avant de se lever, en feignant de pas remarquer que, comme à chaque fois qu’il en avait l’occasion, le jeune président le détaillait de pied en cape avec un regard qui en disait long.

- Vous devriez vous offrir le luxe d’une sieste vous-aussi, Rufus. Quelque chose me dit que les jours qui viennent ne…

Il n’eut pas l’occasion de finir sa phrase.

Avant qu’il ne réalise se qui se passait, Rufus avant franchi la distance qui les séparait et l’avait brusquement saisi à bras le corps pour presser ses lèvres sur les siennes.

Vincent se raidit mais ne fit pas un geste pour le repousser, se contentant de garder la bouche furieusement close en attendant simplement qu’il reprenne ses esprits.

Le jeune président, sentant l’ex-turk de glace entre ses mains, le lâcha et recula d’un pas, penaud.

Vincent le regardait droit dans les yeux avec un visage de marbre et ce regard purpurin sans expression aucune - qu’il s’agisse de surprise ou de dégoût - était plus acerbe que la pire des imprécations.

- Je… Je suis désolé, s’excusa Rufus en se détournant, le rouge au front.

- Je me doutais que vous alliez finir par commettre ce genre d’impair, fit Vincent d’une voix blanche.

- Pardonnez-moi, Vincent, je ne…

- N’en parlons plus, le coupa ce dernier. Mais maîtrisez-vous, à l’avenir. Croyez bien que suis flatté mais ce genre de… “d’expérience” ne me tente pas et ne m’a jamais tenté.

Rufus se passa la main dans les cheveux, atrocement mal à l’aise.

- Je me sens ridicule, je ne sais pas quoi dire. La pression de ces derniers jour à dû…

- La pression n’y est pour rien et vous le savez parfaitement.

- Vincent, je…

- Je sais très bien ce que vous ressentez, Rufus. Je serais même tenté de vous dire que personne ne sait mieux que moi ce qu’aimer en secret signifie. Mais vous n’arriverez à rien avec moi. Ni maintenant, ni jamais.

Le jeune président sentit sa gorge se serrer.

- Je ne vous savais pas aussi cynique, monsieur Valentine…

- Ce n’est pas du cynisme. Mais, à mon âge, on sait qu’il est préférable mettre les choses au clair plutôt que de risquer de les laisser encore s’envenimer.

- Je… Je comprends.

Vincent se dirigea vers la porte et marqua un arrêt.

- Je n’aurais pas dû fermer les yeux en me disant que vos sentiments s’étioleraient d’eux-mêmes. Je suis désolé, Rufus.

Il quitta le bureau et le jeune président se laissa tomber lourdement dans son fauteuil.

- Tu n’es qu’un idiot, Rufus… s’admonesta-t-il en se resservant un verre de cognac, qu’il vida d’un trait malgré sa gorge serrée. Un pauvre idiot.

…à suivre

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Veuillez détacher vos ceintures

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : les volontaires sont les bienvenus !

Les versions non censurées de ce texte et de cette illustration se trouvent dans le fascicule “Les interdits de www.ff7-yaoi-fanfics.com Tome 1″ (voir dans la boutique)

***

Cher passager, veuillez détacher toutes vos ceintures,

poser vos armes à feu et retirer tous vos vêtements.

Le capitaine Highwind fera tout pour vous être agréable

et vous souhaite un inoubliable vol en sa compagnie.

Si, durant le voyage, vous sentez l’irrépressible envie de griffer…

Retirez votre gant de métal !

Vincent sirotait son verre de vieux cognac, appuyé contre la rambarde de la salle de pilotage, et observait les invités. Reeve avait absolument tenu à inaugurer la nouvelle aéronef amirale, le fleuron de la toute nouvelle flotte de la WRO, en donnant une réception à bord.

- Jolie sauterie n’est-ce pas ? lui demanda Shera, sarcastique, en désignant la foule.

Vincent sourit.

- Le terme me paraît mal choisi.

Elle grimaça.

- Ah ouais ? Il te le paraîtrait peut-être moins si tu savais que la plupart des hommes qui sont ici trompent leur femme avec leur collègue de travail ! assura-t-elle, amère.

L’ex-turk se pencha vers elle.

- Shera, est-ce que tout va comme tu veux ? Tu n’as pas l’air dans ton assiette.

La jeune femme ricana, fin soûle.

- T’es pas au courant, on dirait.

- Au courant de quoi ?

Elle posa son verre à cocktail vide sur le plateau d’un serveur et en prit un plein, dont elle but la moitié d’un trait.

- Je vais bientôt fêter mon divorce ! lança-t-elle d’une voix éraillée. Joyeux divorce, Shera ! ajouta-t-elle en levant son verre avant de le vider.

Plusieurs têtes se tournèrent dans sa direction et, avec un sourire penaud à l’intention des invités, Vincent la prit par le bras pour l’amener un peu à l’écart.

- Shera, je crois que tu as un peu trop bu.

Elle pouffa.

- Et alors ? T’as peur que je gâche la p’tite fête de ce salopard ?

Vincent suivit son regard et pinça les lèvres en voyant Cid, à l’étage inférieur du pont du commandement, qui les considérait avec une mine embarrassée.

- Que s’est-il passé, Shera ?

Elle haussa les épaules.

- ” Monsieur ” le capitaine Highwind aime les sensations fortes ! Sensations que moi, sa femme, je ne peux apparemment pas lui procurer ! Tu sais ce qu’il a osé me demander ?

L’ex-turk agita la main, gêné.

- Non. Et je ne suis pas certain de vouloir le savoir, Shera.

- Qu’on se fasse un plan à trois ! Tu le crois, ça ? Sans doute avec… une de ces pétasses de la WRO aux gros seins refaits moulés dans un treillis !

Elle avait presque crié les derniers mots et un groupe d’invités s’était carrément tourné vers eux, à la fois choqués et amusés.

Vincent rougit et s’excusa.

- Elle a un peu bu, je suis désolé, ne faites pas attention.

Reeve, qui se trouvait non loin, décida d’intervenir et prit la jeune femme par le bras pour la conduire hors de la salle.

- Ca suffit, Shera, je pense que tu t’es assez ridiculisée pour aujourd’hui.

Elle se pendit à son bras et ricana.

- Reeve, vieux cochon ! On m’a dit que vous aviez baisé, Cid et toi, dans le temps, c’est vrai ? Allez, avoue ! Ca te plaît, les mecs bien baraqués avec des grosses queues ?

Vincent écarquilla les yeux, comme la plupart des invités, et retint un éclat de rire.

Shera fut confiée à l’un des soldats de la WRO, qui reçut ordre de la raccompagner chez elle, et Reeve s’excusa auprès des invités avant de rejoindre l’ex-turk, qui souriait, le nez dans son verre.

- On peut dire qu’elle met de l’ambiance, en ce moment, soupira-t-il.

- Reeve, que s’est-il passé ?

- Tu veux la vérité ou la version aseptisée ?

- La vérité.

- Shera est un frigo et Cid un chaud lapin, ça devait craquer tôt ou tard.

Vincent hocha la tête, plus amusé que jamais.

- Je vois…

A l’étage inférieur du pont, il remarqua plusieurs jeunes recrues qui ne quittaient pas Cid du regard depuis que Shera avait apostrophé Reeve au sujet d’une supposée liaison qu’ils auraient eue.

- Je n’ai jamais compris pourquoi il a épousé cette femme, nota ce dernier.

- Moi non plus. Sans doute pour la remercier de lui avoir sauvé la vie, lors du lancement raté de sa fusée.

- Alors c’est la pire raison de se marier que j’ai entendue jusqu’ici.

- Je n’aurais jamais cru qu’il se marierait vraiment.

Reeve sourit.

- Moi non plus. Cid n’est pas fait pour le mariage. Cette fripouille est un volcan dormant sous un iceberg, ajouta-t-il avec un sourire en coin.

- Tu as l’air d’en savoir long à ce sujet. Shera avait-elle raison, lorsqu’elle sous-entendait que vous… ?

- C’était il y a une éternité, Vince ! le coupa le chef de la WRO en riant. Et, franchement, ce n’est un secret pour personne. Nous n’étions que des gosses curieux avides de tout essayer.

Vincent leva le sourcil, ironique.

- Et… Tu en gardes un bon souvenir ?

- Ah ! Ah ! Ah ! Tu parles ! Cid devait avoir quoi ? Allez, dix-huit ou dix-neuf ans à tout casser. Et moi, pas beaucoup plus.

- Tu n’as pas répondu à ma question, le taquina Vincent.

Comme s’il avait senti de quoi les deux hommes étaient en train de parler, Cid se tourna vers eux avec son éternel sourire sardonique. Son surprenant regard bleu se vissa à celui de Vincent.

Reeve, qui avait pivoté pour faire face à l’ex-turk ne remarqua rien.

- Cid a toujours trop aimé le sexe pour accepter qu’on le bride de quelque façon que ce soit.

- Moi qui l’imaginais plutôt d’un tempérament placide, murmura Vincent sans quitter le pilote des yeux.

Ce dernier s’assit à l’autre bout du pont de commandement et l’observa en souriant.

- Le capitaine Highwind que tu connais n’a strictement rien à voir avec le Cid que moi j’ai connu à l’époque. Et quelque chose me dit que, malgré cette apparence de macho bourru qu’il veut bien se donner, il n’a pas dû changer tant que ça.

- Raconte-moi.

Reeve cligna de l’œil et rit de bon cœur.

- Eh bien quoi, mon vieil ami ? Envie de découvrir des horizons dangereux ?

- A mon âge, Reeve, on en a déjà parcouru beaucoup. Et ceux qui restent à explorer ne font plus peur.

- Avec ton éternel minois de jeune premier, j’oublie toujours que tu frôles la soixantaine !

- Ne détourne pas la conversation, Reeve.

Le commandeur se pencha vers lui, plus amusé que jamais.

- Il t’intéresse ?

- Je ne sais pas encore… Peut-être. Parle-moi du Cid que je n’ai pas connu. Celui qui se cache derrière l’éternel masque sarcastique aux joues mal rasées et qui vomit des bordées de jurons sans retenue ni discernement. Qui se trouvait derrière le capitaine Highwind lorsque vous faisiez l’amour, adolescents ? Comment était-il, dans ces moments-là ?

Reeve fronça les sourcils, moqueur, et baissa d’un ton.

- En voilà, une question indiscrète !

- Ne joue pas à ça avec moi, Reeve. Toi et moi avons passé l’âge de perdre du temps et de mâcher nos mots.

- Que veux-tu savoir ?

- Epargne-moi les détours embarrassés. Qu’est-ce Cid valait dans un lit, lorsque vous étiez amants ? demanda Vincent sans la moindre pudeur. Comment était-il ?

Estomaqué, le commandeur laissa échapper un petit rire mutin.

- Quand il était parti, il ne contrôlait plus rien. Il se tordait comme une couleuvre entre tes mains et son visage… Bon Dieu, je donnerai cher pour avoir encore vingt ans et revoir son expression dans ces moments là !

Cid s’installa plus confortablement dans le fauteuil où il avait prit place et son sourire s’élargit. Vincent se mordit la lèvre et l’observa tout à son aise.

- Un amant passionné, en somme.

- C’est peu de le dire !

Cid sembla rire, amusé par le regard appuyé Vincent.

- J’avoue qu’il m’arrive parfois de repenser aux nuits que nous avons partagées, à cette époque, et à ses reins bougeant entre mes mains, poursuivit Reeve, perdu dans ses souvenirs. Il était si…

- Si ?

- Disons que, lorsque je l’ai connu, Cid n’était pas du genre discret. Ses râles étaient… Comment dire ? Ils te transperçaient les reins. Oui, c’est ça. Ils te transperçaient littéralement les reins…

Il posa sa coupe de champagne vide sur un plateau et secoua la tête.

- Mais, encore une fois, Vince, ça fait un bail.

- Certaines choses ne changent jamais, Reeve.

Celui-ci lui tapa sur l’épaule, complice.

- Si tu as dans l’idée de faire ce que je pense, c’est tout le mal que je te souhaite, mon vieil ami ! (Il soupira et pouffa) Je dois être vraiment soûl pour te raconter des choses pareilles…

Vincent lui rendit son sourire.

- Tu devrais aller prendre un peu l’air.

- Oui, bonne idée. A moins que je ne file me coucher, ajouta-t-il en réprimant un bâillement. Tu me raconteras ?

- Bien sûr que non.

Reeve éclata de rire et partit saluer les invités avant de quitter la salle de réception qui, en raison de l’heure tardive, commençait d’ailleurs à se vider.

Cid, lui, avait croisé les jambes et attendait.

Vincent tourna le dos au pilote, s’immobilisa, se tourna à nouveau vers lui et attendit.

Cid se leva en souriant de plus belle. Il avait compris le message.

L’ex-turk avança lentement vers la sortie, sachant que le pilote le suivait.

Il s’engagea dans les coursives et se dirigea vers les soutes de l’appareil sans se retourner un seul instant.

Il poussa la porte, s’arrêta au milieu des caisses de matériel et attendit.

Il ne tarda pas à entendre la porte se refermer derrière lui mais ne se retourna pas.

- Bah, merde, alors, murmura Cid contre son cou, le faisant frissonner. Si je m’attendais à ça…

Vincent sourit mais ne répondit pas et les mains de Cid se posèrent sur lui pour dégrafer et faire tomber sa cape à leurs pieds. Il sentit une langue humide et curieuse courir sur sa nuque, des lèvres brûlantes pincer la peau de son cou et échancrer sa chemise jusqu’aux épaules. Puis la langue impatiente remonta le long de son cou, suivit le contour d’une oreille, et s’aventura sur sa joue, cherchant sa bouche. Vincent tourna à demi la tête et une main ferme, un rien brutale, se referma sur son menton.

La langue de Cid s’insinua dans sa bouche et chercha la sienne avec une impatience qui le fit trembler d’excitation. Vincent se tourna complètement et enlaça le pilote, répondant à son baiser profond par une passion identique à la sienne, la barbe naissante lui picotant agréablement les lèvres et le menton.

Un gémissement monta de la gorge de Cid et l’excitation que l’ex-turk en ressentit lui fit comprendre de Reeve avait voulu dire par “Ses râles et ses gémissements te transperçaient les reins.”…

***

Vincent sentait le cœur de son ami battre violemment contre sa poitrine et sa bouche chercha celle du pilote, conclusion de ce maelström de sensations dans lequel ils venaient de se noyer.

Cid l’enlaça et lui rendit son baiser avec passion et une douceur dont il ne l’aurait jamais cru capable.

- Je ne me serais jamais attendu à ce que ça se passe comme ça, murmura-t-il, le souffle court.

- Déçu ? demanda Vincent en souriant.

Le pilote lui rendit son sourire.

- Non… Je m’attendais plutôt à… Je ne sais même pas quoi, en fait.

- A ce que je me retrouve dans une partie à trois entre toi et Shera ?

Cid hoqueta et le rouge lui monta aux joues.

Vincent éclata de rire et blottit son visage au creux de son cou.

- Partager un homme tel que toi avec elle aurait été un beau gâchis.

Cid leva un sourcil.

- Comment diable as-tu deviné que c’était à toi que je pensais pour ça ?

Vincent passa la main sur l’intérieur de ses cuisses musculeuses, le faisant soupirer.

- Lorsque tu auras mon âge, tu verras que certaines choses qui te paraissaient jusque là obscures t’apparaîtront comme évidentes au premier regard !

Le pilote éclata de rire.

- Est-ce une leçon de vie ?

- Pourquoi ? Tu en veux une ?

- Si nous allions plutôt inaugurer la cabine du capitaine, grand-père ?

L’ex-turk lui rétorqua par un baiser fougueux et Cid se laissa faire avec un total abandon.

FIN


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Un parfum de vieux cuir

***

Rédaction : Shiva Rajah d’après une nouvelle de Claude Neix

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : les volontaires sont les bienvenus

***

John Highwind se débarrassa de son épais blouson d’aviateur et poussa un soupir en se massant la nuque.

Son jeune ordonnance le salua d’un sobre garde-à-vous parfaitement exécuté.

- Avez-vous encore besoin de quelque chose, mon Capitaine ?

- Non, Rayn, tu peux aller te coucher, il est tard.

Le garçon en uniforme salua à nouveau et sortit d’un pas leste.

John Highwind se laissa tomber sur son lit et regarda la jeune femme qui le contemplait depuis le cadre de la commode.

Presque aussi blonde que lui, elle avait des yeux aussi verts que les siens étaient bleus. Il se leva et caressa le verre qui protégeait la photo.

- Où es-tu Sarah ? demanda-t-il. Pourquoi a-t-il fallu que tu me quittes si tôt ?

Sa jeune épouse était morte en couches, cinq ans plus tôt, lui laissant ce qu’il considérait comme son plus beau cadeau : un petit garçon qui était le portrait de son père et avait hérité du cœur de sa mère : un cœur qui offrait sans hésiter et lui avait permis de supporter le départ de celle qu’il avait tant aimé.

Avec un soupir déchirant, le jeune officier s’arracha au portrait et se dévêtit. Il dormirait seul, comme chaque nuit, incapable qu’il avait été de remplacer ne serai-ce qu’un instant celle qu’il n’avait pu oublier.

Il se pencha sur le miroir de la commode, passa la main sur sa barbe naissante et, après une courte hésitation, prit un rasoir électrique dans l’un des tiroirs. Ce serait déjà ça qu’il n’aurait pas à faire le lendemain matin !

Bon sang, ce qu’il pouvait détester se raser ! Cela ne manquait d’ailleurs jamais de faire rire Sarah…

Il sourit tristement à son reflet et ferma les yeux, imaginant les mains de sa femme lui pincer tendrement les joues.

Tu parles d’une allure martiale ! On dirait un porc-épic avec des galons d’officier ! “

Avant qu’il ne s’en rende compte, des larmes s’étaient mises à couler de ses yeux azurés et il les regarda rouler sur ses joues, la main crispée sur le rasoir électrique. Combien de fois Sarah lui avait-elle dit qu’il était l’homme le plus séduisant qu’elle n’ait jamais vu ? Il en avait perdu le compte.

C’est vrai que John Highwind était loin d’être laid : un visage viril et anguleux aux pommettes hautes, des yeux céruléens en amande, immenses et ornés de longs cils d’un blond plus sombre, et des sourcils élégamment dessinés…

- Papa !

Un petit garçon blond, vivant portrait de son père, se jeta presque sur lui et le serra comme s’il n’avait jamais cru le revoir.

Le jeune officier n’eut pas le cœur de le renvoyer dans sa chambre.

- Cid ! As-tu une idée de l’heure qu’il est ?

Le garçonnet fit la moue et toucha son visage.

- Tu as pleuré… dit-il d’une petite voix.

John Highwind le serra contre lui.

- Mais non, Cid… le rassura-t-il. J’ai les yeux gonflés parce que je suis très fatigué, c’est tout.

Le petit le fixa, comme s’il essayait de deviner si son père lui mentait.

- Tu es monté haut comment dans le ciel, aujourd’hui ?

Il saisit le blouson de pilote de son père et essaya de l’enfiler avec difficulté. Le vêtement le couvrait presque entièrement et son géniteur éclata de rire.

- Haut, Cid. Très haut ! Plus haut que les nuages ! Je te raconterai ça demain, ce n’est pas l’heure, pour un petit garçon, d’être encore debout.

Il reprit le rasoir, qu’il venait de poser, et commença à se raser.

Cid s’approcha de lui et le regarda faire avec curiosité.

- Quand je serai grand… Je serai aussi beau que toi ?

John Highwind éclata de rire et le prit sur ses genoux.

- Bien plus beau, assura-t-il. Les filles se disputeront tes faveurs.

- Moi aussi, j’aurai un petit garçon ?

- Bien sur, tu en auras même plusieurs ! Des petits garçons et des petites filles qui auront à leur tour des…

- J’aime pas les filles !

John Highwind rit de plus belle.

- Et pourquoi donc ?

- Elles sont idiotes !

- Nous en reparlerons dans quelques années. Je pense que, d’ici là, tu auras changé d’avis.

Cid joua un instant avec les doigts de son père.

- Papa… Il faut se marier pour avoir des enfants ?

L’interpellé leva un élégant sourcil.

- Tu sais bien que non. Je t’ai déjà expliqué cent fois comment on faisait les enfants. Mais c’est préférable. Pour que tes rejetons soient reconnus par tous. Pourquoi cette question ?

Le garçonnet hésita un instant.

- Genesis est venu à l’aérodrome, aujourd’hui..

John Highwind leva les yeux au ciel, excédé.

- Allons bon ! Et… je suppose qu’il était accompagné ? (Cid hocha le tête.) Et c’était qui, cette fois ? Un turk ? Un scientifique ? Un acteur ?

Le petit le dévisagea, étonné.

- Je ne sais pas. Il a appelé ça un ” compagnon “. Et il avait un petit garçon. pourtant, il a dit qu’il n’était pas marié !

John Highwind prit sur lui pour garder son sérieux.

- Disons que Genesis et ses amis sont l’exception qui confirme la règle.

Le garçonnet tapa dans ses mains.

- C’est bien ce que je disais ! On a pas besoin d’être marié !

- Cid… Tu es un petit garçon et, comme tous les petits garçons, tu détestes les filles. Mais ça changera, tu peux me faire confiance.

- Alors je veux une femme comme maman ! (Son père eut un sourire triste et le serra contre lui.) Elle était comment, maman ? J’veux dire… pas physiquement.

Cette question, John Highwind y avait répondu maintes et maintes fois mais, comme à chaque fois que son fils la posait, il le souleva dans ses bras et alla s’allonger sur son lit, le garçonnet blotti contre lui, buvant ses paroles.

- Sarah était très douce, murmura-t-il. Je ne l’ai jamais entendu prononcer un mot plus haut que l’autre.

- Les autres filles elles crient tout le temps !

- Oui, acquiesça le jeune capitaine, mais ta mère n’était pas comme les autres filles. Elle était unique. Je l’aimais plus que moi-même et elle m’aimait aussi.

- Et moi ?

John Highwind se souvint des détails de la grossesse de sa femme avec une tendresse qui lui déchira le cœur.

- Elle t’a porté dans son ventre en bénissant le ciel chaque jour. Elle s’imaginait déjà te berçant dans ses bras. Elle avait préparé un énorme trousseau. Des centaines de petits vêtements pas plus grands que ça !

Cid regarda le doigt de son père.

- J’étais aussi petit que ça ?

- Tu étais minuscule. Minuscule et tout rose. Avec un petit toupet blond sur le sommet du crâne, comme les vieux. (Cid le pinça.) Ah ! Ah ! Ah ! Tu étais le plus beau bébé du monde, pour moi. Et le seul que je n’aurai jamais…

Le garçonnet s’appuya sur la large poitrine de son père.

- Pourquoi tu ne t’es jamais remarié ?

- J’ai trop aimé ta mère pour pouvoir l’oublier.

Cid parut réfléchir intensément et cette expression de sérieux sur le visage d’un si petit garçon fit sourire son père.

- Tu sais quoi, p’pa ? Je crois que je suis amoureux, moi aussi, finit-il par avouer.

- Tiens donc ! railla John Highwind, plus amusé que jamais. Et qui a l’honneur d’avoir volé ton cœur ?

- Vincent Valentine !

Le jeune officier manqua de s’étouffer avec le verre d’eau qu’il s’apprêtait à boire.

Il toussa plusieurs fois avant d’éclater franchement de rire.

- Ca n’a rien à voir, Cid ! Ah ! Ah ! Ah ! Tu aimes bien ce turk parce qu’il prend le temps de jouer avec toi - et qu’il doit certainement adorer les enfants pour faire preuve d’autant de patience avec une peste dans ton genre - mais, crois-moi sur parole, tu n’es pas amoureux de lui !

- T’es sûr ?

John Highwind reprit son souffle et inspira profondément en essuyant ses yeux à nouveau humides de larmes - mais à force de rire, cette fois.

- Certain ! (Il sourit, le visage dans les cheveux blond pâle, si semblables aux siens.) Allez, il faut aller dormir, maintenant.

Cid allait s’exécuter lorsque la porte s’ouvrit à la volée, laissant paraître le jeune ordonnance de John Highwind, totalement affolé.

- Mon Capitaine !

- Qu’est-ce qui se passe encore ?

- Vincent Valentine et le docteur Hôjo vous réclament au manoir Shinra ! Les monstres ont attaqué le réacteur. C’est une catastrophe !

- Et que veulent-ils donc que je fasse ?

- Que vous pilotiez le prototype ” Bronco Alpha “.

- L’avion d’assaut ? Mais nous n’avons pas encore effectué les vols d’essai !

- C’est ce que je leur ai dit, mon Capitaine, mais, si le réacteur est touché, c’est tout le mont Nibel qui risque d’exploser.

John Highwind sauta sur ses pieds et revêtit son blouson à la hâte.

- Papa ? gémit Cid. Qu’est ce qu’il y a ? Où tu vas ?

Son père se pencha pour l’embrasser et le borda.

- Les monstres ont attaqué un endroit très dangereux. Il faut que j’y aille.

- Encore ? Mais tu viens de revenir !

- Mon Capitaine… Je vous en prie, insista l’ordonnance.

- Je dois y aller, Cid.

Il embrassa son fils sur le front et le serra contre lui.

- Papa… Tue-les tous. Et reviens vite.

- Tous, sans exception. (Après un instant d’hésitation, il retira son blouson et en couvrit son fils.) Je te le confie jusqu’à mon retour. Prends-en grand soin.

Cid n’aima pas du tout cela.

Son père ne quittait que rarement son sacro-saint blouson d’aviateur - un cadeau de fiançailles de Sarah. Il était pour lui une sorte de talisman.

- Papa… Tu vas revenir, hein ?

John Highwind éclata de rire et se redressa de toute sa taille, gonflant son impressionnant poitrail.

- Crois-tu que les monstres pourraient battre le Capitaine John Highwind ?

Cid se gonfla de fierté.

- Jamais, papa !

Celui-ci cligna de l’œil et, après un dernier baiser, sortit en courant.

Cid se rendormit presque instantanément, rêvant de son père pourfendant le ciel dans son avion, piquant droit sur les monstres affolés dans un tonnerre de mitrailleuses.

*

Adossé aux moelleux oreillers du lit, Cid joua avec le col usé de son blouson de cuir, qui gisait sur la descente de lit

- Pourquoi ne te débarrasses-tu pas de cette relique ? plaisanta Vincent en s’appuyant sur sa poitrine musculeuse.

Cid caressa ses épaules nues.

- Il appartenait à mon père, murmura-t-il. Il me l’a donnée avant de mourir. A peine quelques heures avant de s’écraser… Il y a aujourd’hui vingt-sept ans.

Vincent blêmit, se redressa sur un coude et joua avec un coin du drap, cherchant ses mots.

- Je… je suis désolé, Cid. Je… L’ignorais.

Le pilote déposa un baiser léger sur ses lèvres.

- Cela fait longtemps maintenant.

Vincent hésita un instant à poursuivre la conversation. Cid n’avait jamais abordé un sujet aussi intime.

- Comment… Comment s’appelait-il ?

- John. Capitaine John Highwind.

L’ancien turk fronça le sourcil.

- Ca me dit quelque chose…

Cid sentit sa gorge se serrer et s’assit sur le lit avec un sourire triste.

- Il a souvent donné un coup de main aux hommes de la Shinra…

Il n’en dit pas plus.

A quoi bon rappeler à Vincent que c’était à cause de lui et d’Hôjo que son père s’était tué dans un prototype d’avion non testé, ce jour-là ? Que le petit garçon que l’ancien turk avait serré dans ses bras le jour des funérailles du Capitaine John Highwind n’était autre que lui-même ?

Vincent se lova contre son dos et posa sa tête sur son épaule.

- Il serait fier de son fils, aujourd’hui. (Cid ne répondit pas, perdu dans ses souvenirs.) Comment était-il ? Est-ce qu’il te ressemblait ?

Le pilote se tourna vers le miroir qui trônait au-dessus de la commode de la chambre de l’auberge où eux-mêmes et AVALANCHE avaient pris leurs quartiers.

Les magnifiques yeux céruléens de John Highwind lui retournèrent son sourire.

- Oui… Beaucoup.

FIN

A Vincent

Je suis debout de bon matin
Au boulot, vif et assidu.
Et si j’ai pas d’poil dans la main.
… C’est parce que t’as jamais voulu !

Cid

Oh ! Non, vince, tu n’es pas parfait…
Mais que tes défauts sont charmants !

Tifa

Si j’étais une rose et toi un oeillet
quel ravissant bouquet nous aurions composé !

Aerith

Pas trop nauséeux à force de tourner
dans ma tête ?

Lucrecia

Alors ?

C’est l’amour au premier regard

Ou je dois repasser plus tard ?

Yuffie

Il suffit d’un instant

« Il faut des années pour bâtir une partie de sa vie

mais un instant suffit pour la démolir entièrement. »

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Shiva Rajah d’après une illustration de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

La première chose qu’il sentit fut la douleur.

Une douleur aiguë qui le transperça de part en part au niveau de l’aine.

- Ne bouge pas, Cid. N’essaye surtout pas de te redresser.

- Vin…ce ?

Sa gorge était si sèche et douloureuse qu’il avait l’impression qu’on lui avait déversé dans la bouche un sac d’aspirateur plein de poussière.

- Ne parle pas et, surtout, reste calme.

Cid essaya d’ouvrir les yeux et la lumière vive du ciel l’aveugla.

Il toussa, cracha et toussa encore, accentuant encore la douleur qui pulsait à présent dans son bas-ventre et sa jambe.

Des exhalaisons de combustible brûlé, de ferraille chaude et de plastique fondu lui irritèrent les narines.

- Les secours arrivent, Cid, reste tranquille.

Les secours ?

Pourquoi ? Qu’est-ce qui s’était passé ?

La dernière chose dont il se souvenait, c’était d’être aux commandes de son bébé et de survoler Canyon Cosmo.

Le temps était clair, ils avaient mis une bonne rouste aux soldats du deepground, avaient définitivement annihilé Omega et… Et quoi ?

- Qu’est-ce qui… c’est… passé ? réussit-il à articuler avec difficulté en réprimant un gémissement.

- Tu t’es écrasé.

- Quoi ? s’écria le pilote avec un sursaut.

Ce qu’il regretta aussitôt lorsque la douleur monta encore d’un cran.

- Bon sang, Cid, ne bouge pas !

Il sentit qu’on lui compressait douloureusement le haut de la cuisse et ouvrit un oeil larmoyant pour voir son pantalon en lambeaux couvert de sang. Tout comme son entrejambe et la main de Vincent, qui essayait tant bien que mal de contenir l’hémorragie qui semblait résulter d’une lésion de son artère fémorale.

- Oh… merde. Quelle tronche… ça a ?

- Les secours arrivent, Cid.

- C’est pas ce que je t’ai demandé, bordel !

Son éclat entraîna une nouvelle et douloureuse quinte de toux.

- Un bout de ferraille t’a transpercé la hanche.C’est pas beau à voir mais tes bijoux de famille sont intacts. C’est ce que tu voulais entendre ?

- L’équipage ? Où est l’équipage ?

Vincent mit un peu de temps à répondre.

- J’en sais rien. J’ai juste eu le temps de sauter avec toi, Cid.

- Sauter ? De… là-haut ? Oh, je vois… Chaos, hein ? Saloperie…

- Sans lui tu ne serais plus en vie, Cid.

- Mais qu’est-ce qui s’est passé, bordel ? Pourquoi on… on s’est crashé comme des bouses ?

- Il y a eu une explosion. Le moteur, peut-être.

- Impossible. Ah ! Putain, arrête d’appuyer comme ça !

- Je n’ai pas le choix, Cid. C’est ça ou tu te vides.

- Super… railla le pilote avec humour désespéré. J’ai toujours rêvé de finir… comme ça. Les couilles à l’air dans le désert… ( Vincent ramassa le blouson du pilote de sa main libre et recouvrit son bas-ventre) Quoi ? Elles sont si moches que ça ? Je suis… vexé… Les femmes m’ont toujours dit que j’avais… la plus belle paire… qu’elles aient jamais vue.

Vincent rit malgré lui.

- Oui, Cid, tu as des couilles inoubliables mais, maintenant, tu la fermes et tu arrêtes de bouger. Plus tu t’agiteras, plus tu saigneras.

- Vince…

- Quoi, encore ?

- Ca va pas… très bien. Je crois… Je crois que je vais tourner… de l’oeil…

- Cid ? Non ! Cid ! Reste avec moi ! Cid !

*

- …d ? …id ? Cid ?

Les sons parvenaient à ce dernier comme étouffés à travers un tampon de ouate.

- Pourquoi ne pas le laisser dormir encore un peu ?

- L’anesthésie se dissipe. Il lui faut de la morphine.

- Il sent rien, il est inconscient.

- Crois-moi, pas pour longtemps.

- Bah, mets-lui-en un peu, alors, avant qu’il ait mal.

- La morphine se dose en fonction de la douleur, Yuffie, ce n’est pas un produit anodin. Cid ! Tu dois te réveiller, maintenant. Ouvre les yeux, allez !

Le pilote cligna douloureusement des yeux mais il lui fallut un moment pour que le voile noir commence à s’estomper.

- Vince ? Vince… c’est toi ? Mes yeux… Ca brûle…

- Yuffie, ferme les rideaux. Cid ? Cid, tu me vois ?

Celui-ci sentit plus qu’il ne vit une main s’agiter devant son visage.

- C’est flou…

- C’est normal, tu sors juste du bloc.

Du bloc ? Il avait dont été opéré ?

Il voulut se redresser pour s’asseoir et une douleur foudroyante remonta le long de sa cuisse jusqu’au sternum, lui arrachant un cri.

- Cid !

Il sentit la petite main fraîche de Yuffie se poser sur sa poitrine nue pour l’empêcher de bouger et entendit deux « clic ! », près de son épaule.

Presque aussitôt, quelque chose parut se répandre dans son corps et la douleur reflua.

- Du calme, Cid, murmura Vincent. Ca devrait faire effet dans quelques instants.

- Oh, la vache…

Il cligna à nouveau des yeux et, cette fois, la silhouette de l’ancien turk commença à se dessiner devant lui, sur le bord du lit.

- Tu nous a fait une belle peur, tu sais, entendit-il ronchonner l’Utaïenne. Heureusement que j’avais des materias en réserve dans le camion de Barret ! Comment tu te sens ?

- Comme si Barret… m’était passé dessus avec le camion en question.

Vincent laissa échapper un petit rire.

- Tu l’as échappée belle, avec ton morceau de ferraille. Un peu plus et l’artère fémorale aurait été sectionnée net.

- Ouais ! Et on serait arrivés trop tard, renchérit la jeune ninja.

La vue de Cid s’éclaircit enfin.

Il distinguait à présent ce qui se trouvait dans la pièce.

C’était une chambre spacieuse et luxueuse, aux hautes fenêtres voilées de rideaux somptueux et aux murs couverts de boiseries.

- Ouahouh… On est où, là ? Dans un hôpital cinq étoiles ?

- Presque, acquiesça Vincent. Tu es au manoir Shinra, à Nibelheim.

- Bah merde… Je ne m’en souvenais pas comme ça. Ils ont rafistolé, depuis qu’on les a débarrassés du squatteur de la cave ? plaisanta-t-il avec un clin d’oeil.

Yuffie prit place à côté du « squatteur » en question, sur le bord du lit.

- Il y a presque un an que Rufus l’a restauré. Reeve a fait installer un centre de recherche médiale ultramoderne dans l’ancien labo d’Hojo et du docteur Crescent.

- C’était l’endroit le plus proche où l’on pouvait trouver une équipe médicale capable de rafistoler ta hanche.

- Cassée ?

- « Broyée » serait plus approprié.

- Génial… Dites-moi au moins que vous n’avez pas prévenu ma femme.

Yuffie se raidit et jeta un regard affolé à Vincent, qui parut hésiter un moment avant de répondre :

- Non, nous ne lui avons rien dit, ne t’en fais pas.

Cid laissa échapper un soupir de soulagement.

La dernière chose dont il avait envie, c’était de voir Shera tourner autour de lui avec la mine qu’elle aurait eu en soignant un chiot malade.

- Bordel, je me souviens de rien, Vince… Qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi je me suis crashé ?

- Reeve et ses hommes ont récupéré l’épave. Ses ingénieurs supposent qu’un tir a endommagé un réacteur durant l’attaque. Une pièce aurait fini par se détacher et aurait provoqué une réaction en chaîne. L’un des réservoirs a explosé. Personne ne pouvait le prévoir, Cid. C’était un accident idiot comme il en arrive parfois.

- Et l’équipage ?

- Il y a pas mal de survivants. Ils ont été soignés ici, eux aussi, et transférés pour la plupart au centre de soins de la WRO il y a une heure.

- Combien ? Combien ont survécu ?

- Un peu plus de la moitié.

Cid se couvrit le visage des mains.

- Heureusement que les gosses ne sont pas montés avec nous… je crois que je ne me le serais jamais pardonné.

- Tu n’y es pour rien, Cid, le rassura Yuffie. C’était un accident que personne ne pouvait prévoir.

- Ouais… Tu parles. Vaut mieux se dire ça.

La jeune fille paraissait étrangement désorientée, ce qui ne lui ressemblait pas du tout, mais sourit néanmoins pour lui communiquer un peu d’entrain.

- En tous les cas, toi et Vincent, vous êtes vivants et c’est ce qui compte !

- Ouais… Dès que j’y verrais clair, que je pourrais marcher et que je serais sorti du tas de coton dans lequel mon cerveau semble s’être enfoui, je me mettrai à sauter à pieds joints sur le lit, promis.

- Arrête d’être aussi cynique, Cid. Tu ne dois penser qu’à te reposer pour être à nouveau sur pied le plus vite possible !

Vincent lui tapota l’épaule.

- Elle a raison. Tu dois te reposer. Si tu as besoin de morphine, il te suffit d’appuyer sur ce bouton. C’est directement relié à ta perfusion.

Le pilote considéra avec circonspection le tube qui allait de son bras à une machine pleine de boutons et de petits écrans complexes.

- Super… Je vais pouvoir planer à nouveau, avec ça. Et sans risque de me crasher, cette fois.

- Oui, enfin, ne te shoote pas à mort quand même.

- Rassure-toi, Vince, la seule drogue que j’accepterai volontiers, c’est une bonne bouteille d’un truc qui dépasse les quarante degrés. T’aurais pas ça sous ta cape, par hasard ?

L’ancien turk ricana.

- Je vais voir ce que je peux faire, dit-il sur le seuil.

- Eh, Vince ! Merci… Et j’parle pas de la bouteille.

Ce dernier répondit par un clin d’oeil complice et tira doucement la porte derrière lui et Yuffie.

Cid attendit que le battant se referme et se laissa enfin aller en arrière sur les oreillers avec un cri silencieux, les mains pressées sur le visage et celui-ci contracté sous l’effet d’une douleur quasi-insoutenable.

- Bordel de merde…

Il savait d’expérience que les douleurs osseuses étaient les pires que l’on puisse imaginer mais là… c’était à croire qu’un rat était en train de lui ronger la hanche de l’intérieur.

Il sentit une sueur glacée perler sur son front et sur son torse nu et frissonna, ce qui eut pour effet de faire monter la souffrance d’un cran.

- Putain de putain de putain… s’entendit-il gémir à nouveau d’une voix brisée.

La morphine… Il lui fallait plus de morphine…

« Non ! » hurla une petite voix dans sa tête. « Tu sais très bien ce qui se passera avec cette saloperie, bordel ! Au début, ça te soulagera et puis plus tu t’y habitueras, plus tu… »

Oui, Cid savait très bien ce qui se passait avec ce genre d’opiacés, il en avait fait l’amère expérience il y a dix ans, lorsque cette saleté de morceau de fuselage de fusée lui était tombée dessus, lui brisant les deux jambes et réduisant sa cheville gauche à l’état de compost. Toute l’articulation et une partie du pied avaient dû être remplacés par un système interne robotisé en carbone, ce qui devait très certainement être aussi le cas de sa hanche, désormais, s’il en croyait l’intensité de la douleur…

Il devait tenir.

S’accrocher.

Essayer, du moins.

Un peu…

Un élancement particulièrement violent lui vrilla les nerfs et, les mains toujours pressées sur son visage, il se mordit les paumes pour contenir un cri.

Il entendit trois petits « clic ! » et la douleur reflua un peu, en même temps que s’élevait la douce voix de Vincent.

- Ca va mieux ?

Cid l’observa entre ses doigts.

- Je t’ai vu sortir, Vince… haleta-t-il. Qu’est-ce que tu fous encore là ?

- Tu peux peut-être jouer les costauds impassibles devant la petite mais pas devant moi, Cid. J’ai vécu avec la douleur pendant trop longtemps pour ne pas la reconnaître quand je la vois dans les yeux de quelqu’un… La morphine te soulage-t-elle ?

- Un peu. Mais ça ne durera pas. Et ce sera encore pire. Alors arrête de m’envoyer cette merde dans les veines. Ca m’a fait plus de mal que de bien, il y a dix ans.

L’ancien turk tiqua et s’assit doucement sur le bord du lit.

- Il y a dix ans ?

Le pilote acquiesça et désigna son pied gauche, sous la couverture.

- Prothèse interne robotisée en carbone. Une petite merveille de technologie !

- Un accident ? Pourquoi ne m’en as-tu jamais parlé ?

Cid haussa les épaules.

- Sans doute parce que l’occasion de t’emmerder avec ça ne s’est jamais présentée.

Vincent fronça le sourcil et sourit, surpris.

Au cours des longues conversations - ou parfois des beuveries - qui avaient ponctué leurs trois années d’amitié, le pilote et lui avaient pourtant abordé des sujets bien plus intimes qu’une simple histoire de prothèse ou d’accident. Qu’est-ce qui pouvait donc l’embarrasser à ce point ?

- Qu’est-ce que tu ne veux pas me dire, Cid ?

Ce dernier poussa un profond soupir et tordit le nez, sachant que son ami ne le laisserait pas en paix tant qu’il n’aurait pas le fin mot de l’histoire.

- Je suis resté accro à la morphine pendant deux ans… Et si j’avais pas failli perdre mon job, je le serais peut-être encore.

- Désolé, je l’ignorais.

Le pilote sourit et secoua la tête.

- C’est rien, dit-il en arrachant le sparadrap de sa perfusion pour retirer l’aiguille de celle-ci avec une petite grimace. Tu pouvais pas deviner. Tu veux essayer ? railla-t-il en lui tendant le dispositif d’intraveineuse.

L’ancien turk le prit, enroula le long tube en riant malgré lui et le posa sur la machine programmée pour diffuser la morphine.

- Sans anti-douleurs, tu ne tiendras pas le coup, Cid.

- Pourquoi, qu’est-ce qu’ils ont tripatouillé, là-dedans ? Me dis pas que j’ai une nouvelle articulation en ferraille ? Je vais bientôt pouvoir faire concurrence à Barret !

- Non, juste des broches. En titane, cette fois.

- Super… Les matérias de Yuffie n’ont donc pas fait leur taf. C’est bien ma veine !

- Les matérias ont réparé tes muscles et ton artère mais ta hanche était brisée en plusieurs endroits, il fallait faire vite, les médecins n’avaient pas le choix.

- Ils auraient pu attendre que ces fichues boules agissent.

- Et l’os risquant de se ressouder trop vite et n’importe comment, tu aurais probablement boité toute ta vie.

Le pilote lui coula un regard en biais.

- T’as décidé de me prendre à rebrousse-poil ? On t’a jamais dit qu’il fallait laisser les victimes exprimer leur colère ?

Vincent rit malgré lui mais son sourire se figea sur ses lèvres en voyant soudain Cid pâlir à nouveau : la douleur revenait.

- Cid, tu dois prendre quelque chose.

- Ouais ! Et je t’ai déjà dit quoi.

- Je descends voir les médecins. Il existe d’autres an…

- Il n’y en a pas, Vincent ! Pas qui auraient un effet plus positif que les effets secondaires, en tout cas. Allez, fais pas cette tête, ça va aller, j’en ai vu d’autres !

- Cid, je…

- Mais tu vas aller la chercher, cette putain de bouteille, au lieu de gémir comme une vieille femme ? Ou tu comptes parler toute la nuit avec la gorge sèche ?

Vincent hocha la tête et quitta la chambre à contrecoeur.

Yuffie l’attendait un peu plus loin, dans le couloir, en compagnie de Cloud et de Tifa.

- Alors ? lui demanda cette dernière, la mine sombre. Comment l’a-t-il pris ?

L’ancien turk secoua la tête et détourna le regard.

- Tu ne lui as rien dit ? s’offusqua la jeune utaïenne.

- Non.

- Quoi ? Mais enfin, tu ne…

- Yuffie… la coupa calmement Cloud.

La jeune fille poussa un profond soupir et Tifa se mordit la lèvre.

- Il l’apprendra toujours bien assez tôt. Pauvre Cid…

Yuffie tapa du pied.

- Plus on attend et pire ce sera !

Vincent lui jeta un regard sévère.

- Si tu as une formule toute faite pour dire à ton meilleur ami qu’un psychopathe vient de découper sa femme en rondelles dans sa propre maison avant d’y mettre le feu, je t’écoute, Yuffie ! (Cette dernière baissa la tête) C’est bien ce que je pensais…

- De toute façon, il est trop tard, laissa tomber Cloud, maussade. Ni lui ni personne ne peut plus rien faire pour Shera. Pour l’instant, Cid doit surtout se concentrer sur sa guérison.

La petite ninja poussa un petit cri outragé.

- C’était sa femme ! Et il l’aimait !

- Yuffie… intervint l’ancien turk. Cloud a raison. Occupons-nous d’abord des vivants. Les morts, nous ne pouvons que les pleurer. Rien de plus.

Chacun s’enferma dans un silence lugubre et Tifa poussa un soupir déchirant.

- Pauvre Cid… répéta-t-elle.

*

Sa femme Shera, le Sierra et une partie de son équipage, la maison de Rocket Town, sa santé… En un après-midi - un claquement de doigts dans l’immensité d’une vie - Cid Highwind avait tout perdu.

C’est comme ça.

Du meilleur ou du pire, il suffit parfois d’un instant à dame Fortune pour faire ses choix…

Maugréer ou se lamenter n’y a jamais rien changé ; quels que puissent être l’âge, l’appétit de vivre ou la notoriété, au final, nous sommes tous égaux devant cette dame toute puissante.

Que chacun se le tienne pour dit.

Fin

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Plaidoirie pour Vincent Valentine

N’en jetez plus ! J’ai compris, j’ai capté, j’ai entravé, j’ai reçu 5 sur 5 : vous avez adoré le p’tit poème sur le popotin de Loz et vous en voulez encore. J’ai saisi le concept.

Juste pour vous faire plaisir, donc (c’est bien parce que c’est vous, hein !) une petite plaidoirie en vers dédiée à celui qui est toujours réclamé à cor et à cris (surtout à cris, d’ailleurs) par toutes les fans, au flibustier des mausolées, à la star des ossuaires, à l’égérie du cercueil capitonné, à l’hidalgo des salles d’embaumement, à l’Ivanhoé des caves humides, j’ai nommé : VINCENT VALENTINE

Allez, zou ! C’est parti !

Plaidoirie pour Vincent

Ah ! Le pauvre amoureux, doit-on le condamner ?

C’est un homme admirable, honorables jurés !

*

Oui, ces premiers élans n’étaient pas vraiment « purs »,

Et nichaient, je le sais, plutôt “sous la ceinture”.

*

Mais quel que soit l’endroit où ils se situaient,

Ils étaient fort sincères, honorables jurés !

*

Ce jour-là, dans l’allée, musardait Lucrecia.

Et Vincent, ébloui, aussitôt succomba.

*

Maudits soient les costumes et les boxers serrés

Car une telle émotion… Impossible à cacher !

*

« Mon Dieu ! » fit Lucrecia. « Que le ciel me pardonne ! »

« Le serpent que je vois vaut tous ceux de Gorgone ! »

*

Et en une heure à peine, vers les coups de midi,

Vincent avait déjà la donzelle dans son lit !

*

Mais jurés, attention, n’allez pas supposer

Que la chère Lucrecia fut contrainte ou forcée.

*

Ne suçant plus son pouce, l’enfance révolue,

Ne veut pas dire – oh ! non - qu’elle ne suçait plus !

*

Elle se vit entraînée de frasque en équipée,

Par devant, par derrière… Et parfois de côté.

*

Emportée par l’élan, oubliant son mariage,

Elle fit montre dès lord d’un beau dévergondage !

*

Et frappa la justice, honorables jurés,

Car une fois le trou fait, impossible à combler !

*

La donzelle, en dépit des assauts répétés,

Réclamait toujours « plus », n’avait jamais « assez ».

*

La leçon, chers jurés, à tirer de cela,

C’est qu’il suffit de cran… pour baiser Lucrecia !


Et vous savez quoi ? J’ai même pas honte… !

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IV - Promets-moi, Vincent…

« L’expression “mort naturelle” est charmante !

Elle laisse supposer qu’il existe une mort surnaturelle,

voire une mort contre-nature… »

Gabriel Matzneff

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

Lucrecia tendit la main vers la joue de Vincent qui, bien sûr, ne sentit pas son contact. A moins peut-être un léger picotement mais sans doute n’était-ce dû qu’à son imagination et à son désir fou que la matérialisation ectoplasmique de la femme qu’il avait aimée jusqu’à la démence prenne corps devant ses yeux afin qu’il puisse à nouveau la serrer contre lui et enfouir son visage dans ses doux cheveux châtains.

- Promets-moi que tu le feras, Vincent, murmura la voix désincarnée. Promets-moi que tu veilleras sur eux et que tu les aideras du mieux que tu pourras.

L’image de Lucrecia vacilla et l’ancien turk sentit un chagrin déchirant lui serrer la poitrine.

- Je te le promets… jura-t-il d’une voix brisée en tendant une main désespérée vers la forme évanescente. Mais reste encore. Reste encore un peu, je t’en prie…

La jeune femme sourit tristement.

- Je ne peux pas, Vincent. Mes forces m’abandonnent et il me faudra pourtant être forte quand le moment viendra. Toi aussi tu dois t’y préparer. Sois bien conscient que, cette fois, ce n’est pas seulement la survie de la planète qui est en jeu. Fais bien comprendre ça à tes amis et aux responsables de la Shinra.

Elle disparut un court moment avant de réapparaître, si pâle que l’on pouvait cette fois voir à travers corps élancé.

- Dis à mes fils que je les aime, Vincent. Qu’ils ne l’oublient jamais. Jamais… Il y va de votre survie à tous. Tu leur diras, n’est-ce pas ?

- Je leur dirai, Lucrecia.

« Lucrecia ? Lucrecia, tu dois le laisser, maintenant… » susurra la voix lointaine d’Aerith quelque part au-dessus de leur tête. « Jenova s’agite. Sephiroth a besoin de toi et Shelke faiblit à chaque minute qui passe. »

- Encore quelques secondes, supplia Vincent. Juste quelques secondes, je t’en supplie. Lucrecia !

« Tu auras l’occasion de lui reparler, Vincent, mais, pour l’instant nous avons beaucoup à faire et si peu de temps… Si peu de temps… N’oublie pas, Vincent : tout repose sur eux. »

- LUCRECIA ! hurla le turk alors que l’image de Lucrecia disparaissait totalement.

Terrassé par la douleur de la perte, il se laissa glisser à genoux sur le sol du bureau de Shalua, la gorge trop serrée pour laisser passer ne serait-ce qu’un sanglot.

- Vincent ? Vincent, ça va ?

L’ancien turk tourna la tête vers Shelke, qui s’était débarrassée du système électronique qu’elle avait conçu et qui reliait sa mémoire résiduelle à l’ordinateur.

La toute jeune fille suait à grosses gouttes et tremblait de tous ses membres. Le mettre en contact avec Lucrecia lui avait demandé des efforts colossaux et Vincent s’en voulut terriblement.

- Combien… Combien de temps cela a-t-il…

- Vous avez parlé près de deux heures, le coupa-t-elle. Et ce n’était pas très prudent. J’ai senti sa présence, Vincent… Je l’ai sentie !

Elle grimaça comme si elle avait mordu dans un fruit trop vert.

Vincent se remit sur ses pieds et frissonna.

- Jenova ? murmura-t-il d’une voix à peine audible. C’est elle que tu as sentie ?

Shelke acquiesça, une terreur qu’elle essayait de garder sous contrôle brillant dans son regard clair.

L’ancien turk tendit un bras vers elle et elle vint se réfugier sous sa cape, tout contre lui.

- Elle ne veut pas qu’on touche à ses « fils », Vincent, le prévint-elle. Ce sont ses émissaires, ses choses, ses instruments. J’ai peur, Vincent. Peur de ce qu’elle pourrait faire aux âmes immortelles de Lucrecia et d’Aerith. Peur de ce qu’elle pourrait leur faire à eux… et à nous, par leur intermédiaire. L’énergie qui est en train de se synthétiser autour d’elle est… sale. Noire. Redoutable. Un monde de ténèbres.

- Alors il n’y a pas de temps à perdre…

Ils rejoignirent Rufus, Reno et Rude, qui patientaient à côté en jetant des regards désorientés à Shalua, qui allait de l’un à l’autre de ses curieux patients, contrôlant les machines et les signes vitaux.

Lorsqu’ils virent entrer Vincent, ils bondirent aussitôt sur leurs pieds.

- Alors ? s’enquit le jeune président de la Shinra.

- Il est 16 heures. Je veux voir tout le monde en salle de conférence au plus tard à 21h00, annonça-t-il, faisant hoqueter Rude. Et quand je dis « tout le monde », c’est AVALANCHE inclue.

Rufus se raidit, heurté par le ton péremptoire de l’ancien turk, qui se permettait de lui jeter un ordre à la face comme s’il n’avait été qu’un subalterne.

- Suis-je supposé dire « à vos ordres » ? essaya-t-il de plaisanter, un sourire forcé sur ses lèvres sensuelles.

- Dis ce que tu voudras, Rufus, rétorqua Vincent en se dirigeant vers la porte de l’infirmerie. L’essentiel, c’est que tout le monde soit là dans une heure.

Il disparut et Rufus fit siffler l’air entre ses dents.

- Charmant !

Reno et Rude échangèrent une grimace et ce dernier fit claquer sa langue contre son palais.

- Si j’étais pas celui que suis, mec, je me mettrai à paniquer grave, là, tu vois…

Son partenaire acquiesça avec gravité.

- Ouais… Pour que Valentine commence à flipper, c’est que ça craint un max…

- A ce point là ? s’immisça Rufus, que leur ton, le comportement de Vincent et la situation saugrenue commençaient sérieusement à inquiéter.

Les deux compères échangèrent un regard entendu et hochèrent la tête de concert en direction de leur patron, qui jeta une oeillade désemparée à la cuve de mako dans laquelle flottait le légendaire et si redouté Sephiroth.

***

« Sephiroth ? Sephiroth…Tu m’entends ? »

« Qui êtes-vous ? Suis-je mort ? Je ne sens plus mon corps. Je ne sens plus rien… »

« Tu es dans une cuve de régénération, mon fils. Tu es en sécurité. »

« Qui êtes-vous ? Comment se fait-il que je vous entendre à l’intérieur de ma tête ? Et pourquoi votre voix me semble si… familière ?»

« Parce que c’est la première que tu aies entendue. Je suis ta mère… »

« Ma mère ? Elle est morte en me mettant au monde »

« C’est faux. »

« C’est ce qu’on m’a toujours dit »

« Je sais… »

« Tu serais donc Jenova ? »

« Non, Jenova n’est pas ta mère. Elle ne l’a jamais été. C’est moi qui t’ai conçu, porté et qui t’ai mis au monde. Moi, Lucrecia. Lucrecia Hojo. »

« Qui ? »

…à suivre

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