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LXIX - Je t’ai tout donné

“Le dévouement d’un homme va souvent plus loin que lui.”

J.-L. Richard

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Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Weiss s’assit sur le bord du lit et chassa une longue mèche brune du front de son frère.

Du dos de son index, il caressa le haut d’une pommettes et le petit menton pointu - les rares parties du visage de Nero que le masque de contention laissait à découvert.

Au moins, on ne lui avait pas assujetti les bras ou lié les mains…

Comme Shelke l’avait dit, son cadet remuait beaucoup. Il ne cessait de changer de position avec des petits soupirs comblés, s’étalant de tout son long en travers du grand lit, comme s’il essayait toutes les positions possibles les unes après les autres avec une délectation qui frôlait l’extase.

Weiss comprit parfaitement les raisons de ce curieux comportement et un gros pincement attendri lui serra le cœur.

Son frère n’avait pas pu dormir sur le dos depuis des années… Ni dans un vrai lit.

Impossible en effet pour lui de s’étendre sur l’une des couchettes qui servaient de lit aux soldats du Deepground car, lorsqu’il laissait pendre ses ailes à l’extérieur, leur poids l’entraînait fatalement vers le sol. Et s’il se mettait dos au mur, il n’avait plus de place pour s’allonger.

Nero en était donc réduit à reposer à même le sol. Sur le ventre, bien entendu, ses implants dorsaux déployés autour de lui pour répartir le poids au maximum, ce qui n’empêchait cependant pas les impitoyables tiraillements qui malmenaient ses muscles et sa frêle ossature pour ainsi dire en permanence.

Au début, il avait bien essayé de dormir sur le côté mais, devant rester en appui sur la hanche, des contusions s’étaient très vite formées autour de l’os iliaque, provoquant des douleurs articulaires cuisantes qui l’empêchaient presque de marcher normalement le lendemain.

Et s’il n’y avait eu que les ailes !

Ses bras étaient immobilisés pour ainsi dire vingt-quatre heures sur vingt-quatre, croisés sur sa poitrine, ce qui, pour dormir sur le ventre était aussi confortable que de reposer sur un tapis de galets !

Quant aux vêtements de contention qu’il devait porter, y compris la nuit, ils étaient si serrés que Nero ne pouvait jamais gonfler totalement ses poumons ni même s’asseoir ou ramener un peu les genoux vers lui sans s’écraser l’entrejambe.

Quiconque avait pu voir le jeune homme vêtu de sa combinaison aurait pourtant douté qu’il y eut quoi que ce soit de sensible à cet endroit tant son bas-ventre était comprimé et paraissait plat !

Hélas - et combien Nero le regretta ! - la zone sus-dite correspondait bien à son état civil. Avant de se réveiller en sursaut plusieurs fois par nuit en jurant comme un corps de garde, il n’avait cependant jamais vraiment réalisé que cette partie de son anatomie - comme celle de tous les hommes bien portants de la planète - se mettait en marche cinq ou six fois par nuit pour d’obscures nécessités vasculaires et neurologiques…

En fait, depuis qu’on lui avait implanté ces satanées ailes de métal et qu’on l’avait engoncé dans son horrible combinaison, Nero n’avait jamais pu fermer l’oeil plus de deux heures d’affiliée sans être réveillé par toutes sortes de tiraillements, spasmes, courbatures, crampes et douleurs diverses.

Sans compter les mois passés enchaîné à deux mètres du sol dans les sous-sols du Deepground…

Weiss posa prudemment la main à plat sur la poitrine de son frère pour sentir les côtés s’ouvrir et se refermer au rythme de sa respiration et sourit. Voilà longtemps qu’il ne l’avait pas senti aussi détendu.

Cela étant, s’il gigotait ainsi depuis un moment déjà, il y avait fort à parier que les pansements n’avaient pas dû résister au frottement des draps et l’ancien chef des Tviets commença à s’inquiéter pour ses points de suture.

Non sans émotion, Weiss rabattit l’édredon sur le mince corps nu, et dût prendre sur lui pour ne pas le soulever du lit et le serrer à l’écraser.

Cela ne faisait-il pas presque quatre ans qu’il n’avait pas pu étreindre son petit frère et le garder contre lui plus de quelques minutes ?

La dernière fois, c’était lorsque Vincent avait combattu Hojo, dans les entrailles du réacteur Zéro. Et encore cela n’avait-il duré que quelques secondes. Quelques précieux instants durant lesquels il avait pu sentir le petit visage fantomatique contre sa poitrine nue. Ensuite, ce fut le corps de Genesis qui servit d’enveloppe à Nero durant plusieurs mois.

Oui, si l’on additionnait les trois années qui avaient suivi sa révolte contre les Restrictors et celle écoulée, cela faisait bel et bien quatre ans qu’il n’avait pu prendre son frère dans ses bras, réalisa Weiss avec effroi.

Il se pencha pour enfouir son visage dans la noire chevelure de Nero et la nostalgie lui serra la gorge.

Malgré les années, son frère avait toujours cette odeur de petit garçon, la même que celle qu’il avait lorsqu’il venait se pelotonner la nuit dans son lit, à l’Académie.

A regret, il se redressa.

Le sparadrap de l’un des pansements commençait à se détacher et il voulut le décoller complètement pour le remettre en place.

- Weiss… gémit Nero d’une voix ensommeillée. Mon frère bien aimé…

Weiss referma doucement les mains sur l’épaule et la hanche frêles pour le faire pivoter sur le ventre aussi doucement que possible - et ne pas le sortir trop brutalement de sa torpeur.

- Désolé, petit frère, tu dois te mettre sur le ventre un instant. Je me dépêche, promis.

Bien qu’il soit toujours dans état semi-comateux, Nero réagit aussitôt à ces mots et son aîné sentit muscles et tendons se tendre sous ses paumes.

Le jeune homme tira fébrilement les draps pour couvrir ses fesses et le bas de son ventre en un geste inconscient de protection et repoussa la main de Weiss qui s’était refermée sur sa hanche.

- Weiss, non… supplia-t-il dans un état second. Deux frères ne doivent pas… faire ça…

Le sang de Weiss se congela dans ses veines et il resta un moment pétrifié à la tête du lit.

- Qu’est-ce que tu… Non mais ça va pas !

Il saisit Nero par les épaules pour le réveiller et ce dernier poussa un petit cri en se recroquevillant dans le lit.

- Ne m’oblige pas encore à faire ça… Weiss… sanglota-t-il, figeant son aîné. S’il te plait… S’il te plait…

Le coeur au bord des lèvres, Weiss recula, en état de choc et incapable de quitter son frère semi-comateux du regard. Ce ne fut que lorsque le dos de ses cuisses butèrent sur la commode qu’il se rendit compte qu’il avait traversé toute la pièce à reculons.

Il s’agrippa au bord du meuble avec une telle force que le bois craqua.

Pourquoi son frère réagissait-il de la sorte ? Quand lui avait-il jamais laissé croire que l’amour qu’il avait pour lui pouvait être autre que fraternel ?

L’évidence le frappa alors comme un coup de poing.

Ses jambes le trahirent et il tomba à genoux.

- Hojo… bredouilla-t-il d’une voix à peine audible.

“Qu’est-ce que tu as fait à mon frère lorsque tu m’as volé mon corps, salopard ? Gaia toute puissante ! Qu’est-ce que tu l’as obligé à faire, sale pervers…”

***

“Personne n’a été blessé au moins ?” s’enquit la voix de Rufus, dans l’oreillette du portable de celui qui n’était plus Tseng.

- Non, monsieur. Mais j’ai préféré confier l’appareil aux ingénieurs de l’aérodrome par sécurité. Vous me voyez désolé pour ce retard.

“Non, tu as bien fait, Tseng. S’il vous arrivait quelque chose à cause d’un banal incident mécanique durant le vol, je ne me le pardonnerait pas.”

Elena, allongée sur le sol aux côtés du pilote mort, commença à reprendre conscience et “Tseng” l’assomma à nouveau d’un violent coup de pied à la tête.

- Si tout se passe bien et que le temps le permet, nous devrions pouvoir être à Nibelheim demain soir, monsieur.

“Bien. A demain, dans ce cas. N’hésite pas à me rappeler si vous rencontrez le moindre souci.”

- Je n’y manquerai pas, Monsieur.

Il raccrocha et fouilla dans le fourbi à disposition dans le jet. Il ne tarda pas à trouver une combinaison de ski et du matériel de montagne.

S’il y avait une chose qu’il fallait reconnaître aux turks, c’était leur sens de l’organisation et leur aptitude à anticiper les problèmes qui pouvaient se présenter au cours d’une mission.

Il enfila la combinaison de ski par-dessus son costume, compléta sa tenue de chaussures adéquates et choisit l’un des deux surfs des neiges à poussée électrostatique fixés par des sangles au mur de la soute.

Une fois équipé, il ouvrit la porte de l’appareil et jeta un oeil à l’extérieur. La neige ne tombait plus sur les hauteurs de la chaîne du mont Nibel et le ciel était clair. Il serait à Corel avant la tombée de la nuit et pourrait se servir de l’identité de Tseng pour récupérer un jet ou un hélicoptère.

Mais avant cela, il lui restait quelque chose à faire…

Après avoir jeté un regard autour de lui, il se saisit de la première chose un peu lourde qui lui tomba sous la main (une bouteille de brandy) et l’abattit de toutes ses forces sur la tête d’Elena, toujours inconsciente, lui fracturant le crâne. Cela fait, il jeta la bouteille rougie dehors, loin de la carcasse du jet.

Ensuite, il s’entailla la main, prit soin de laisser des traces ensanglantées un peu partout dans l’appareil et sortit en prenant bien garde de laisser la porte grande ouverte.

Si, par malchance, on retrouvait le cadavre de la jeune femme et celui du pilote avant qu’il n’ait atteint Edge, on penserait de prime abord qu’ils étaient morts dans l’accident, lors de l’impact, et que lui, bien que blessé, avait miraculeusement survécu et quitté les lieux.

Le temps que les deux cadavres décongèlent pour qu’on puisse les autopsier et celui que perdraient les turks à chercher leur chef blessé lui en laisserait suffisamment à lui pour se mettre à l’abri et poursuivre son oeuvre macabre - diabolique, diraient certains…

***

- Tu as été odieux !

Reno ricana.

- Oh ! Arrête… Ne me dis pas que tu apprécies ses ronds de jambe !

- La question n’est pas là, Reno !

Le turk croisa les bras sur sa poitrine et le dévisagea un petit moment.

L’argenté, gêné par l’examen silencieux, détourna le regard, les joues en feu.

- C’est pas vrai… persifla Reno avec dédain.

- Quoi ?

- Rien ! Rien du tout.

Il retira sa veste avec des gestes brusques et la jeta sur le lit.

Yazoo fronça les sourcils.

- Je vois bien que si. Qu’est-ce qui se passe ?

Son compagnon planta son regard aigue-marine dans les yeux mako et grinça des dents avec un sourire acerbe.

- Ce type t’a fait du rentre-dedans pendant près d’une demi-heure, merde ! Et devant moi, en plus ! (L’argenté hoqueta, comprit où se situait le problème et se mordit les lèvres.) Et, toi, ça te fait rire…

Il tourna les talons en direction de la salle de bains, rageur.

Yazoo lui emboîta le pas.

- Non… Reno, attends ! (Il le rattrapa et l’enlaça par derrière.) Tu es… jaloux ? demanda-t-il en se retenant à grand peine de rire.

- C’est ça ! Fous-toi de ma gueule, ça va arranger les choses !

Le turk se dégagea avec une certaine brusquerie et fit couler l’eau de la douche.

- Tu es ridicule, Reno… murmura l’argenté avec un sourire doux en tendant la main pour enrouler autour de ses doigts sa queue de cheval rousse.

Il tira un peu pour l’obliger à revenir vers lui et l’enlaça à nouveau en déposant de petits baisers au creux du cou.

- Genesis est quelqu’un d’impulsif, Yazoo, murmura Reno, un peu apaisé. C’est un homme irréfléchi, prétentieux et excessif.

Le sourire de Yazoo se fit rassurant mais aussi ému.

- Tu es adorable quand tu es jaloux…

Le turk voulut rétorquer mais il le fit taire d’un baiser.

- Je t’aime Reno… murmura-t-il tout contre sa bouche. Tu n’as absolument rien à craindre de cet homme.

- Ce n’est pas pour moi, que je m’inquiète, Yazoo baby. Je n’ai pas aimé ce que j’ai vu dans ses yeux lorsqu’il te regardait.

L’argenté déboutonna un à un les boutons de la chemise de Reno avec une moue coquine et la fit sensuellement glisser sur ses épaules.

- Alors regarde plutôt dans les miens…

***

- Des problèmes avec l’ordinateur de l’avion ? s’étonna Vincent, qui sirotait un vieux cognac en compagnie de Rufus.

- Oui, l’informatique embarquée a fait des siennes mais Tseng m’a assuré qu’ils seraient probablement là demain soir.

L’ex-turk hocha la tête, pensif, et posa son verre vide sur le bureau massif avant de se lever, en feignant de pas remarquer que, comme à chaque fois qu’il en avait l’occasion, le jeune président le détaillait de pied en cape avec un regard qui en disait long.

- Vous devriez vous offrir le luxe d’une sieste vous-aussi, Rufus. Quelque chose me dit que les jours qui viennent ne…

Il n’eut pas l’occasion de finir sa phrase.

Avant qu’il ne réalise se qui se passait, Rufus avant franchi la distance qui les séparait et l’avait brusquement saisi à bras le corps pour presser ses lèvres sur les siennes.

Vincent se raidit mais ne fit pas un geste pour le repousser, se contentant de garder la bouche furieusement close en attendant simplement qu’il reprenne ses esprits.

Le jeune président, sentant l’ex-turk de glace entre ses mains, le lâcha et recula d’un pas, penaud.

Vincent le regardait droit dans les yeux avec un visage de marbre et ce regard purpurin sans expression aucune - qu’il s’agisse de surprise ou de dégoût - était plus acerbe que la pire des imprécations.

- Je… Je suis désolé, s’excusa Rufus en se détournant, le rouge au front.

- Je me doutais que vous alliez finir par commettre ce genre d’impair, fit Vincent d’une voix blanche.

- Pardonnez-moi, Vincent, je ne…

- N’en parlons plus, le coupa ce dernier. Mais maîtrisez-vous, à l’avenir. Croyez bien que suis flatté mais ce genre de… “d’expérience” ne me tente pas et ne m’a jamais tenté.

Rufus se passa la main dans les cheveux, atrocement mal à l’aise.

- Je me sens ridicule, je ne sais pas quoi dire. La pression de ces derniers jour à dû…

- La pression n’y est pour rien et vous le savez parfaitement.

- Vincent, je…

- Je sais très bien ce que vous ressentez, Rufus. Je serais même tenté de vous dire que personne ne sait mieux que moi ce qu’aimer en secret signifie. Mais vous n’arriverez à rien avec moi. Ni maintenant, ni jamais.

Le jeune président sentit sa gorge se serrer.

- Je ne vous savais pas aussi cynique, monsieur Valentine…

- Ce n’est pas du cynisme. Mais, à mon âge, on sait qu’il est préférable mettre les choses au clair plutôt que de risquer de les laisser encore s’envenimer.

- Je… Je comprends.

Vincent se dirigea vers la porte et marqua un arrêt.

- Je n’aurais pas dû fermer les yeux en me disant que vos sentiments s’étioleraient d’eux-mêmes. Je suis désolé, Rufus.

Il quitta le bureau et le jeune président se laissa tomber lourdement dans son fauteuil.

- Tu n’es qu’un idiot, Rufus… s’admonesta-t-il en se resservant un verre de cognac, qu’il vida d’un trait malgré sa gorge serrée. Un pauvre idiot.

…à suivre

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LXVI - Un mort bien vivant

Quand on n’a rien à se reprocher dans la journée,

on ne craint pas que les fantômes viennent

hurler à la porte au milieu de la nuit. ”

Proverbe chinois

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Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

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Derrière la vitre de la cuve, Weiss essayait désespérément de deviner ce qui se disait et se passait dans le laboratoire.

Il avait définitivement repris ses esprits deux heures plus tôt, en sentant l’horrible douleur - typique du mako purifié - embraser ses poumons et ce fut pour voir Sephiroth allonger son frère sur - ou plutôt ” dans ” - le corps de Genesis, que d’autres hommes avaient transporté jusque là dans une civière.

- Weiss ? Weiss, tu m’entends ?

Il baissa les yeux vers Shelke, qui tapotait le verre de la cuve pour attirer son attention.

- Kadaj va augmenter un peu la concentration de mako, l’informa la jeune fille. Fais-nous signe si tu sens une gêne ou une brûlure quelconque.

Indifférent à son propre sort et à la douleur de ses os brisés, l’ancien chef des Tsviets désigna ce qui se passait dans le laboratoire et secoua la tête, soucieux.

- Je te l’ai dit, insista la jeune fille. Tu n’as rien à craindre. Il s’agit bien de Genesis. Du vrai Genesis. Nero a besoin de ces cellules ou sinon, il risque de…

Weiss sentit un horrible élancement au côté droit, là où une côte avait transpercé son foie, et il posa lourdement le front sur le verre avec un ” toc ” sinistre, interrompant son ancienne subordonnée.

Celle-ci se tourna vers sa sœur, ne sachant plus comment convaincre le jeune homme de se concentrer sur sa propre guérison.

Shalua s’approcha.

- Weiss ? Weiss, regarde-moi. Regarde-moi !

Elle donna une tape sur la paroi et il daigna enfin lui accorder un peu d’attention mais son magnifique regard bleu et or décelait un monde d’angoisse et de souffrance.

- Tout va bien se passer, assura-t-elle d’une voix douce. Vincent et Genesis savent ce qu’ils font, je t’en donne ma parole.

Le Tsviet vissa ses prunelles aux siennes, comme s’il lui demandait silencieusement de jurer qu’il n’arriverait rien à son frère, et Shalua sourit.

- Ce qui aidera vraiment Nero à se remettre rapidement, c’est de voir que son grand frère va bien et qu’il est hors de danger.

Weiss ferma les yeux un instant, comme s’il se concentrait pour essayer de se reprendre et de gérer la douleur et hocha la tête.

- Bien. J’ai réduit les fractures et il faut à présent que le mako ressoude tes os et régénère tes organes. Kadaj va y aller en douceur.

Le jeune homme acquiesça de nouveau et se tourna vers Kadaj, qui lui sourit pour le rassurer.

- Le mako aussi pur est très instable, fit ce dernier. Alors j’ai vraiment besoin que tu m’alertes à la moindre gêne.

Weiss plissa le front en signe d’incompréhension et tourna la tête vers Shelke, qui laissa échapper un petit rire.

- Tu n’es plus au Deep Ground, Weiss, dit-elle. Ici, tu te rendras à peine compte du changement de concentration de mako. Kadaj est un vrai virtuose.

L’incarné haussa un sourcil, un peu perdu, et la jeune fille s’assit sur l’accoudoir de son fauteuil.

- Au Deep Ground, les scientifiques n’utilisaient pas de paliers progressifs, expliqua-t-elle.

Kadaj tordit le nez.

- Charmant… Et moi qui pensais que nous avions écopé des pires sadiques au cratère Nord !

De l’agitation se fit dans l’infirmerie.

Telle un étrange papillon s’arrachant à sa chrysalide, Nero avait commencé à s’extraire du corps de Genesis. Et à le voir haleter et lutter, cela n’avait rien d’un exercice aisé.

Le rythme cardiaque de Weiss se mit à battre la chamade, faisant hurler les appareils de contrôle, et Kadaj jura.

- Du calme, Weiss, le supplia Shelke. Concentre-toi !

Nero était parvenu en rampant à extraire la moitié supérieure de son corps de celui de son hôte… lorsqu’il s’effondra sur le côté, à bout de souffle.

- C’est pas vrai… soupira Vincent. Allez, encore un petit effort !

- Ne peut-on pas l’aider ? proposa Loz, prêt à se saisir des bras minces pour le tirer vers lui.

- Surtout pas ! intervint l’essence fantomatique de Genesis. Tu pourrais endommager irrémédiablement et son corps, et le mien.

- Voire même couper tout bonnement ce garçon en deux, ajouta Reeve.

Cid, lui aussi présent, se raidit.

- Tu es sérieux ?

- Les cellules de sa partie inférieure sont totalement imbriquées dans les miennes, confirma Genesis.

Sephiroth s’accroupit à côté de Nero, trop épuisé pour ne serait-ce que se redresser sur ses avant-bras.

- Allez, courage, c’est bientôt fini. Tu y es presque.

Le Tsviet secoua la tête.

- Je… Je n’y arrive… pas…

- Essaye quand même une dernière fois. Respire un grand coup.

Nero obéit et s’accrocha même aux jambes de Sephiroth pour essayer de se libérer. En vain. Son bassin et ses jambes restaient prisonnières de ceux de Genesis - ou plutôt ” mêlés ” à eux.

- Je… Je ne… peux pas… Je suis… Désolé…

Le Soldat lança un regard désespéré à Vincent, qui secoua la tête.

- Il est en train de s’épuiser pour rien alors qu’il a besoin de toutes ses forces pour se remettre d’aplomb et assimiler les cellules de Genesis, trancha ce dernier. Ce n’est pas bon du tout.

- Alors, je crois que nous n’avons pas le choix, fit Reeve en se tournant vers l’essence fantomatique de l’ancien soldat 1ère classe. Il va falloir l’aider.

- J’aurais préféré éviter ça, murmura ce dernier. Ca risque d’être très violent et dans son état de fragilité, il…

- Genesis… intervint Sephiroth, la tête de Nero sur ses genoux. Il est vraiment à bout.

- D’accord, d’accord, Seph, c’est bon, j’ai compris.

*

Dans le grand salon, les autres hôtes du manoir - Denzel et Marlène, qui dormaient encore, exceptés - étaient réunis devant un petit déjeuner très matinal, les yeux bouffis de sommeil.

- Bon sang ! Je pourrais dire que j’en aurais vu, des trucs bizarres, dans ma vie… fit Rude, encore vêtu de sa tenue de commando, en avalant son troisième café.

Reno lui tapa sur l’épaule et se saisit d’une carafe de jus de fruits.

- Tu l’as dit, mon pote.

Il remplit son verre et celui de Yazoo, qui ne cessait de lorgner sur le cadran de la montre de son amant.

Tifa, qui avait remarqué son manège depuis un moment, se pencha à son oreille

- Tseng et Elena seront là d’un moment à l’autre, chuchota-t-elle.

L’argenté sourit et elle lui pressa amicalement la main.

- En fait, non, pas tout de suite, annonça Rufus avec une moue. Avec les événements de la nuit, j’ai oublié de vous en faire part mais Tseng a appelé. Ils ont dû s’arrêter en route. Un petit problème d’ordinateur de bord mais rien de grave. Ils seront là dans la soirée. (Les épaules de Yazoo s’affaissèrent) Je suis désolé, j’aurais dû t’en parler tout de suite.

L’argenté se reprit et secoua la tête.

- Ca ira, ne vous en faites pas. Je… Je m’étais juste mentalement préparé à leur arrivée pour ce matin, c’est tout.

Reno lui passa le bras autour des épaules, réconfortant.

- Les machines sont toujours là pour nous pourrir la vie pile poil quand il ne faut pas, petit ! soupira Barret avec philosophie.

Yuffie s’étira et se frotta les yeux.

- Je me demande comment ça se passe, en bas.

*

Genesis eut beau essayer de réintégrer son corps aussi délicatement que possible, comme il l’avait craint, à peine ” réinstallé “, Nero en fut expulsé avec une violence inouïe.

Si Loz n’avait pas aidé Sephiroth à le retenir, le ténébreux aurait sans doute été propulsé à plusieurs mètres et il ne s’en serait pas tiré indemne.

La douleur n’en fut cependant pas moins intense et, tout comme cela avait été le cas lorsqu’Hojo l’avait chassé du corps de Genesis une première fois, Nero eut l’impression que chacune de ses cellules se scindait en deux.

Son cri résonna dans l’infirmerie.

Weiss, affolé, hurla le nom de son frère en silence dans le mako en plaquant ses deux mains contre la vitre et Shelke essaya une fois de plus de l’apaiser.

- Ca va aller ! Ma sœur et Vincent sont avec lui. Reprends-toi ! Tu dois te calmer ou tu risques d’endommager irrémédiablement les os fracturés que Shalua a remis en place ! Si le mako les ressoude de travers, tu es bon pour passer sur la table d’opération avant de retourner là-dedans !

A quelques mètres de là, Shalua auscultait Nero, qui gisait dans les bras de Sephiroth.

- Il est choqué mais ça a l’air d’aller. Tu m’entends, chaton ? Ouvre-les yeux, allez.

- Nero… gémit Genesis, qui essayait de se redresser un peu avec l’aide de Merill.

- Doucement, Capitaine Rhapsodos. Reconstituer ce que vous avez offert à votre ami va prendre un peu de temps. Restez tranquille.

Nero ouvrit lentement les yeux et Shalua lui sourit en passant la main dans ses cheveux dégoulinants de sueur.

- Ca va, chaton ? Comment te sens-tu ? As-tu mal quelque part ?

- Fa…tigué…

Sephiroth et Vincent laissèrent échapper un soupir d’intense soulagement.

- C’est normal, poursuivit la jeune scientifique en caressant le front moite. Tu vas pouvoir dormir et te reposer autant que tu le voudras, maintenant, je te le promets.

Elle se tourna vers la cuve, où Weiss s’agitait de plus en plus, et leva le pouce avec un large sourire, pour faire signe que tout allait bien.

- Ca a marché, dit Shelke en posant ses paumes contre celles de Weiss à travers la vitre de la cuve. Tu entends, Weiss ? C’est fini, Nero est hors de danger, maintenant.

L’ancien chef des Tsviets hocha la tête et se laissa aller en arrière contre la paroi en fermant les yeux, comme si le soulagement lui coupait les jambes et lui ôtait ce qui lui restait d’énergie.

- Weiss ? appela doucement Kadaj. Weiss, encore un effort, il faut trouver le bon palier de mako. Ensuite tu pourras te laisser aller jusqu’à ce que tu sortes de là.

Weiss se força à sourire malgré la douleur et acquiesça.

*

Tseng - ou du moins avait-il l’apparence de Tseng - enjamba le corps inanimé d’Elena et du pilote de l’avion pour se saisir du petit cercueil, qu’il ouvrit pour récupérer le minuscule défunt momifié.

- Ridicule… cracha-t-il en voyant les vêtements de poupée.

Il dénuda le corps du bébé sans la moindre pitié, éparpillant la layette sur le sol, et voulut le glisser dans la poche de son costume mais la position des petits bras et des jambes potelées l’en empêchèrent.

- Saleté…

Il jeta un regard alentour et prit un sac en papier destiné aux passagers souffrant du mal de l’air.

Il brisa les membres du bébé avec des “ crac ! ” sinistres, désolidarisa le corps de la tête et jeta le tout dans le sac avant de glisser ce dernier dans sa poche.

- Des cellules de Jenova parfaitement conservées ! ricana-t-il en tapotant les petits restes momifiés à travers la toile de sa veste, faisant s’entrechoquer les morceaux avec un bruit de cailloux. Un génie ! Je suis un génie…

à suivre

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LXV - Chibi Face

” Un ami, c’est quelqu’un qui vous connaît bien…
et qui vous aime quand même. ”

Hervé Lauwick

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Vincent et les soldats du WRO qui l’accompagnaient firent irruption dans la grotte surplombant le ravin où coulait la rivière de la vie, ils furent saisis par le spectacle qui s’offrit à eux.

A quelques pas à peine du bord de l’abîme, Genesis semblait défier… Genesis !

- Qu’est-ce que… bredouilla l’un des soldats, ébahi.

- Shelke, as-tu une idée de ce qui se passe ? demanda l’ex turk à la jeune fille.

Celle-ci observait la scène, aussi surprise que ses compagnons, mais analysa immédiatement la situation.

- On dirait qu’il essaye de récupérer son propre corps, Vincent. Et il n’est pas seul, regarde.

Elle désigna les deux formes opalescentes qui observaient elles aussi la scène avec inquiétude et Vincent laissa échapper un cri.

- Lucrecia !

Tous se tournèrent alors vers lui et, profitant, de la diversion, le voleur du corps de Genesis s’en débarrassa comme d’un vieux vêtement pour plonger dans l’abîme où coulait la rivière de la vie avec un rire fou.

Le corps désincarné de Genesis voulut le suivre mais Angeal, le second ” fantôme ” présent, s’interposa.

- Non ! Recupère ton corps et rejoins ces hommes ! ordonna le Soldat avant de plonger derrière Hojo.

Lucrecia voulut sauter à son tour mais Vincent l’appela encore.

- Non ! Lucrecia ! Attends !

- Nous nous verrons bientôt, Vincent, je te le promets… dit-elle avant de se lancer à son tour dans l’onde tourbillonnante. Je te confie Genesis.

- Lucrecia !

Il se précipita au bord du précipice, où l’essence désincarnée du soldat s’était agenouillée près de son propre corps.

- Il n’est pas là… bredouilla-t-il en enfonçant une main translucide dans la poitrine sanglée de cuir. Comment est-ce possible ?

- Tu es Genesis, n’est-ce pas ? demanda Shelke, qui s’était approchée à son tour. Le ” vrai ” Genesis ?

Celui-ci hocha la tête, hébété.

- Où est-il ? demanda-t-il. Où est le garçon qui avait pris ce corps ?

Vincent se tourna vers eux.

- Nero ? En sécurité. Très affaibli mais il reconstitue son enveloppe et ses organes petit à petit.

Genesis secoua la tête, sceptique.

- Il reconstitue son enveloppe ? Mais… Avec quoi ? C’est impossible ! Il… Il n’a rien pris. Pas une seule cellule. Mon corps est intact !

- Nous l’avons mis dans un caisson mako, l’informa Shelke.

- Un caisson mako ? répéta-t-il, visiblement préoccupé. Mais ça ne suffira jamais !

- Est-ce Hojo que nous avons vu plonger dans la rivière ? demanda Vincent, encore sous le choc de ce qu’il avait vu.

- Oui. Oui, c’était bien cette ordure d’Hojo. Comment… Comment Nero s’y est-il pris ? insista Genesis.

Shelke leva le sourcil, étonné de l’inquiétude de l’ancien soldat pour le second des Tsviets.

- Pas de la meilleure façon, je le crains, mais il n’avait pas vraiment le choix. Le fait de devoir reconstituer son corps avec la force de son seul moi psychique l’a fortement affaibli et, à entendre ma sœur, il est aussi fragile qu’un nouveau-né.

- Récupère ton enveloppe et partons d’ici, ordonna Vincent. Il nous faut nous dep…

- Non, le coupa Genesis. Si je réintègre mon corps, je ne pourrais plus en sortir.

L’ex turk ouvrit de grands yeux.

- Tu préfères donc rester un fantôme ?

- Bien sûr que non ! Mais j’aimerais d’abord que Nero y prenne la matière suffisante pour se régénérer et, pour cela, il faut lui amener ” vide “. D’après ce que me dit cette jeune fille, il n’aura jamais la force de s’y glisser si j’y suis déjà.

Shelke sourit.

- Alors Sephiroth avait raison, finalement. Tu sembles beaucoup aimer Nero et son frère.

- Sephiroth ? bredouilla Genesis. Alors cette femme disait vrai ? Sephiroth est… vivant ?

- ” Cette femme ” est sa mère, l’informa l’ex turk. Lucrecia Crescent. Et, oui, il est bien vivant.

Le soldat frotta son visage désincarné, visiblement très ébranlé.

- Je suis resté absent si longtemps…

Vincent et Shelke échangèrent un regard embarrassé.

Les soldats du WRO qui les accompagnaient, eux, ne savaient visiblement plus du tout à quel saint se vouer.

*

- Et tu ne m’as rien dit ? gronda Loz, fou de rage mais essayant de se contrôler pour ne pas malmener Nero, toujours blotti contre lui. Cette ordure a torturé mon fils !

- ” Cette ordure “ a tué le mien ! rétorqua Yazoo sur le même ton, faisant blêmir son frère. Qu’est-ce ce que tu crois ? Que je n’avais pas envie, moi aussi, de grimper dans ce satané hélicoptère pour aller régler son compte à cet enfant de salaud ? Tu crois que j’ai déjà oublié ce qu’il a fait à mon bébé ?

- Bien sûr que non. Je… Je suis désolé… Ce n’est pas ce que je voulais dire, murmura son jumeau, horriblement mal à l’aise. Mais ni Vincent, ni Rufus, ni toi n’aviez le droit de nous empêcher de régler son compte à cet homme !

- Peut-être avons-nous estimé que ta vie et celles de mes frères valait mieux que le plaisir fugace d’une vengeance ! railla le cadet, amer. Mille pardons d’avoir voulu vous protéger des griffes de ce Genesis et de Jenova !

- De quoi devons-nous être protégés, Yazoo baby ? On peut savoir ? demanda la voix de Cid, qui venait d’arriver dans leur dos, flanqué de Sephiroth et de Cloud.

Yazoo ferma les yeux et pinça les lèvres, anéanti.

Il avait juré à Reno de garder le secret sur la mission et, en trois heures à peine, il avait déjà réussi à mettre la puce à l’oreille à tous ses frères.

Quel piètre compagnon il faisait pour un turk aussi haut placé que Reno !

Il s’apprêtait à fournir une explication laborieuse lorsque le cri de Shalua, qui venait de sortir de son bureau le téléphone collé à l’oreille, l’interrompit.

- Merill ! Ils sont sur le toit ! Prépare la cuve et demande à Kadaj de descendre de toute urgence !

- Il est en si mauvais état que ça ? s’enquit son assistant, anxieux.

- A en croire Reno, oui. Cid ! Je vais avoir besoin de toi, là-haut !

- Mais enfin, qu’est-ce qui se passe, ici ? demanda Cloud, le regard allant de Shalua à Yazoo.

Cette dernière ne prit pas le temps de répondre et quitta l’infirmerie en tirant le pilote interloqué par le devant de son t-shirt.

L’argenté, lui, sentit ses joues s’empourprer sous le regard croisé de ses frères.

*

Weiss, sanglé à la civière se sentit ballotté en tout sens et il lui sembla entendre des voix d’hommes affolés autour de lui. Son esprit embrumé ne lui permettait de saisir que des bribes de leur conversation.

” …cassé …sérieux …urgence …Kadaj …cuve …dangereux pour lui …mako purifié ..Omega …Nero “

Nero…

Son petit frère…

Où était-il ?

- Ne…ro… gémit-il. Ne…ro…

Une voix douce de femme chuchota tout contre son oreille.

- Nero est en sécurité, je te le promets, tu le verras bientôt. Accroche-toi, mon grand, on va s’occuper de toi.

Nero…

Il ne fallait pas que Nero le voie dans cet état. Cela le terrifierait. Il aurait voulu le dire à la femme mais il se sentait incapable de former une phrase cohérente.

Son petit frère n’avait jamais supporté de le voir malade ou malmené. Ca le rendait fou de peur et de chagrin. Comme il y a quatre ans, là-bas, au réacteur zéro, lorsque Weiss et ses lieutenants avaient enfin réussi à se débarrasser de leur bourreau, ce Restrictor maudit qui les avait enfermés et dressés comme chiens de combat.

Non…

Non, c’était injuste de dire ça…

Les chiens de combats étaient bien mieux traités !

Lorsque le Restrictor s’était effondré à ses pieds, Weiss s’était figé et avait attendu quelques instants. Une douleur… Une gêne… Un malaise… Un quelconque signe annonçant que le nanovirus qu’on lui avait injecté pour prévenir toute mutinerie, et qui devait se réveiller dans les trois jours suivant la mort de son bourreau, avait commencé son œuvre de destruction.

Le nanovirus…

Cette minuscule promesse de mort…

Le seul obstacle qui l’avait empêché de se révolter jusqu’alors.

Du moins jusqu’à ce qu’on attache Nero à cette colonne maudite dans ce sous-sol crasseux et qu’il l’entende hurler et l’appeler à l’aide jour et nuit…

Une seule chose comptait aux yeux de Weiss plus que sa propre vie : son petit frère. Et son premier geste d’homme libre, après avoir éliminé le Restrictor, fut d’aller libérer Nero.

- C’est fini … avait-il murmuré à son oreille lorsqu’il avait brisé les chaînes qui retenaient impitoyablement son corps menu contre la pierre dure. C’est fini, chibi face

Chibi face “

Un sobriquet affectueux donné par Angeal Hewley et que le benjamin n’acceptait que de la part de son frère aîné.

Nero était resté un long moment blotti contre lui, dans ce sous-sol horrible, comme s’il voulait s’assurer de la réalité de son frère. Il lui fallut plusieurs minutes pour faire sortir quelques mots de sa gorge, écorchée à force de sanglots et de hurlements.

- Tu as… réussi… Tu as pu te… libérer de… lui… Je suis tellement… heureux… Mon frère… Bien aimé…

- Oui, chibi face, cette fois, c’est bien terminé.

- Comment ? Le virus… Comment as-tu…

- Nous trouverons, l’avait coupé Weiss. Ne t’en fais pas pour ça.

Nero s’était alors raidit dans ses bras et avait levé vers lui un regard épouvanté.

- Tu as tué le Restrictor sans… Sans anihiler… le virus ?

- Nous trouverons une solution, Nero, Shelke va me…

- Non ! avait hurlé son frère, en larmes en s’accrochant désespérément à lui.

- Nero, je…

- Il ne reste que trois jours, Weiss ! Comment vas-tu faire ?

- Je t’ai dit que…

- Pourquoi as-tu fait ça ? Pourquoi ? Pourquoi ? POURQUOI ? !

La dernière chose dont il se souvenait ensuite, était d’avoir pénétré grâce à Shelke dans la réalité virtuelle de la toile mondiale, à la recherche d’informations et… plus rien.

Jusqu’à ce que, trois ans plus tard, Vincent Valentine et son frère chassent (ou du moins l’avait-il cru) l’homme qui avait pris possession de son corps pour en faire l’hôte de l’Omega…

à suivre

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LXIV - Plus mort que vif

Mieux vaut la mort dans le combat que la vie d’un vaincu.
Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

L’oreillette de Vincent grésilla et il leva la main pour signifier aux soldats de la WRO qui le suivaient de s’arrêter.

Ces derniers obéirent comme un seul homme et se placèrent dos au mur de l’étroit conduit souterrain qu’ils arpentaient prudemment depuis près d’une heure et qui menait aux entrailles du mont Nibel.

Ici l’Unité alpha. Tout est propre. Rien à signaler dans les grottes du secteur C01. “ fit la voix de Rude dans l’oreillette de l’ex-turk.

Ici unité beta. Tout est propre aussi dans la zone C02, Monsieur. Quelles sont vos instructions ?” demanda la voix d’une jeune femme à son tour.

Vincent se tourna vers Shelke, qui lui fit signe de la tête en tapotant sur son PDA.

- Unités alpha et beta, continuez la progression comme convenu dans les secteurs C03 et C04, ordonna l’ex-turk. Nous vous envoyons une topographie détaillée des lieux.

A vos ordres, Monsieur. “

O.K., on continue, Vince “

Vincent donna ordre de poursuivre et la petite colonne armée se remit en marche.

*

Denzel finit par s’endormir, pelotonné dans le lit entre Tifa et Loz.

- Décidément, il sera dit que nous ne passerons pas une seule nuit tranquilles… soupira la jeune femme.

L’argenté eut un sourire las et tendit la main pour lui caresser la joue.

- Avec le bébé, ça ne va pas s’arranger, tu sais. Je vais m’installer avec lui à côté, dans la chambre que Yazoo et moi nous…

- Ne dis pas de bêtises, le coupa Tifa. Le bébé viendra ici, avec son papa.

Le papa en question se permit un petit rire ironique.

- As-tu déjà passé des mois avec un nourrisson qui se réveille plusieurs fois par nuit avec des cris aigus ? demanda-t-il, non sans humour.

- Non mais ça ne doit pas être si terrible que ça.

- Crois-moi sur parole, Yazoo et moi avons eu envie de jeter ” bébé Kadaj ” dans les toilettes plus d’une fois.

La jeune femme pouffa en se mordant la langue pour ne pas réveiller Denzel.

- Dans les toilettes ?

- Nous n’avions pas de fenêtres, au cratère Nord, plaisanta l’argenté avec une moue taquine.

Tifa grimaça désespérément pour ne pas piquer un fou-rire.

- Idiot…

Loz lui pinça tendrement la joue.

- Je vais redescendre un peu auprès de ce garçon, dans le caisson.

- Nero ? Il est inconscient.

- Peu importe. Il m’a ramené mon fils. Rester un peu à ses côtés est le moins que je puisse faire en l’absence de son frère. Ca va aller ?

Tifa, tombant de fatigue, acquiesça, les yeux mi-clos, et embrassa sa paume.

- Oui, ne t’en fais pas. Essaye de revenir dormir un peu quand même.

Il se pencha prudemment par-dessus le garçonnet et déposa un baiser sur les lèvres offertes.

- Ne t’inquiète pas pour moi. Dors.

Il les borda, elle et Denzel, et s’habilla en silence, sachant très bien qu’il n’était pas prêt de se recoucher.

Veiller Nero n’était qu’un prétexte.

Bien qu’il ait fait mine de ne s’apercevoir de rien pour ne pas effrayer Tifa, il s’était évidemment rendu compte que Yazoo lui cachait quelque chose. Et il était bien décidé à le ” cuisiner ” le temps qu’il faudrait pour savoir de quoi il s’agissait !

*

Rude et son unité firent irruption dans une large grotte.

- Go ! Go ! cria le turk. En position !

La dizaine de soldats du WRO se déploya aussitôt le long des parois en balayant les lieux du faisceau des torches qu’ils avaient fixées à l’extrémité de leurs armes.

Tout semblait désert et Rude s’apprêtait à en informer Vincent lorsqu’un jeune soldat roux l’interpella depuis l’extrémité opposée de la grotte.

- Monsieur ! cria-t-il. Par ici ! Dans les rochers !

Le turk se tourna vers lui.

Comme une poupée désarticulée que l’on aurait jetée au sol, l’ancien chef des Tsviets gisait sur le dos, les bras en croix et la tête renversée sur les arêtes aiguës des pierres qui lui servaient de couche.

- Oh, merde… gémit Rude en se précipitant vers lui. Vince ! cria-t-il dans le petit micro fixé au col de sa tenue de commando. On l’a trouvé ! Dis à Reno de poser l’hélico sur le terre-plain, à l’entrée de la grotte !

*

- Comment va-t-il ? demanda Loz à son jumeau, le faisant sursauter.

Ce dernier se tenait debout à côté du caisson de Nero et le regardait avec inquiétude.

- Il s’agite, hyperventile et n’arrête pas d’appeler son frère. Il ne te rappelle pas quelqu’un ? demanda-t-il avec un sourire triste en posant la main à plat sur la paroi de verre, juste au-dessus du visage comprimé dans son masque de contention, comme pour lui caresser la joue à distance.

Loz s’approcha à son tour et sentit son cœur se pincer devant le corps tremblant, si mince que l’on voyait le dessin des côtes sur ses flancs. Par rapport au reste, si menu, ses bras, ses épaules et sa musculature pectorale et abdominale paraissaient étonnamment vigoureux mais pouvait-il en être autrement lorsqu’on vous contraint à manier d’énormes pistolets de près de trois livres chacun et qu’on vous visse une immense paire d’ailes métalliques aux os de l’épine dorsale et des omoplates ?

Les longs doigts graciles étaient recroquevillés sous le petit menton pointu, autant du moins que le permettaient les fins poignets entravés par plusieurs épaisseurs de gaze.

Les globes oculaires roulèrent sous les paupières diaphanes à demi-closes.

- Weiss… eiss… eiss…

A peine un murmure.

La poitrine ornée d’arabesques haleta, fut prise de soubresauts, et des larmes perlèrent au bout des longs cils frémissants.

La gorge de Yazoo se serra tandis qu’il avait l’impression de revenir des années en arrière, là-bas, au cratère Nord, lorsque les scientifiques ramenaient Kadaj dans leur chambre, après lui avoir fait subir les Dieux seuls savaient quoi.

L’adolescent semblait si fragile, alors, étendu sur son lit, à peine conscient, tremblant et utilisant le peu de forces qui lui restait pour gémir le nom de Loz sans discontinuer, jusqu’à ce que celui-ci revienne enfin de son entraînement forcé le soir venu et serre le garçon contre lui pour le bercer comme un tout petit. Comme lorsqu’il était enfant et qu’un cauchemar l’effrayait.

Les jumeaux s’étaient toujours occupés de Kadaj avec autant de dévouement l’un que l’autre mais, dans ses moments là, lorsqu’il était vraiment terrifié, c’était toujours l’aîné que le cadet réclamait. La force peu commune de Loz, sa carrure, sa voix profonde et son indéfectible patience rassuraient Kadaj et le calmaient plus sûrement que n’importe quelle caresse ou mot tendre de Yazoo.

Une figure paternelle, protectrice et rassurante ? Sans doute.

Et c’est aussi ce que devait être Weiss pour Nero, si l’on en croyait ses réactions et ce qu’avait raconté Shelke.

Alerté par les ” bips ” de l’ordinateur relié au caisson, Merill s’approcha pour vérifier les données.

- Zut… soupira-t-il en constatant que l’agitation de son patient montait en flèche, risquant de provoquer un incident cardiaque - ou pire. Shalua, ça ne va pas, appela-t-il.

La jeune scientifique s’approcha à son tour et lut par-dessus l’épaule de son assistant.

- Il va falloir injecter une nouvelle dose de sédatifs.

- Encore ? J’ai peur que cela lui fasse plus de mal que de bien.

Yazoo lança à Loz un regard suppliant. Celui-ci sourit et hocha la tête.

- Shalua, peut-on le sortir du caisson, un instant ? demanda le grand argenté.

Les deux médecins ouvrirent de grands yeux surpris.

- Loz, il a besoin du mako qui…

- Juste une minute. Il est juste effrayé. C’est d’un contact, dont il a besoin, pas de médicaments.

Shalua parut hésiter mais Yazoo insista.

- Kadaj faisait exactement les mêmes mimiques et réagissait de la même façon après avoir été malmené par les chercheurs, dit-il. Loz arrivait toujours à calmer. Laisse-le essayer, ça n’engage à rien.

Avec un soupir sceptique, la jeune femme et Merill s’exécutèrent, sans grand enthousiasme, et, après l’avoir enroulé le corps nu avec mille précautions dans une couverture très douce, Loz souleva le fragile ténébreux dans ses bras et alla s’asseoir sur l’un des lits, dont Yazoo redressa le dossier pour qu’il puisse s’y appuyer, son précieux fardeau roulé en position fœtale contre sa poitrine.

- Attention à son dos, les points de suture sont encore très frais, prévint Merill en collant quelques électrodes sur la poitrine et le dos de Nero.

Shalua s’avança avec un masque à oxygène relié à la cuve par un long tuyau où circulait un gaz verdâtre et le posa sur le visage de son patient après avoir déclipsé la partie du système de contention qui lui cachait la bouche.

- C’est de mélange d’oxygène et de mako, expliqua-t-elle. Ca ne vaut pas le caisson mais c’est mieux que rien.

Nero inspira le mélange avec avidité, au début, puis de plus en plus lentement tandis qu’il se laissait aller contre la large poitrine, dont il entendait battre le cœur contre son oreille.

” Papam… Papam… Papam… ”

Une grande main lissa les longs cheveux noirs tandis qu’il se sentit bercé tout doucement d’arrière en avant, en un mouvement lent et hypnotique accompagné par le rassurant battement.

” Papam… En arrière… Papam… En avant… Papam… Papam…”

La peau contre le haut de sa joue, l’une des rares parties de son visage que laissait à découvert son masque de contention, était tiède et douce. Le muscle qu’elle recouvrait, puissant et volumineux.

Comme ceux de Weiss…

Mais ce n’était pas lui.

Et ce n’était pas non plus Angeal.

Qui était cet homme, qui le tenait dans le berceau protecteur de ses bras avec la même tendresse que son frère ou que leur capitaine, sans la moindre crainte ou dégoût ?

” Weiss… Grand frère… Bientôt là… Dormir… Weiss… Mont Nibel… Va revenir…”

Une voix qui n’appartenait pas à l’homme contre qui il se blottissait, lui parvenait par intermittences, elle aussi rassurante et douce, presque féminine. A demi inconscient, il ne parvenait pas à tout saisir mais l’essentiel était clair : Weiss viendrait bientôt. Weiss serait bientôt là, près de lui, et le protégerait comme il l’avait toujours fait.

En attendant, l’homme aux grandes mains douces veillerait sur lui. Oui, il en était persuadé. Il le sentait dans la façon dont ses doigts lissaient ses cheveux et dont ses lèvres effleuraient parfois sa pommette ronde. Comme seuls son frère et Angeal avaient osé le faire jusqu’à présent.

Et Genesis.

Genesis…

Genesis… Je croyais que tu nous aimais bien… C’est ce que tu disais toujours… Pourquoi nous as-tu fait autant de mal ? Parce que j’ai pris ton corps ? J’en avais juste besoin pour sauver mon frère bien aimé… Je te l’aurais rendu intact… Jamais je n’aurais fait quelque chose pour te nuire ou te blesser, Genesis… Même lorsque tu as refusé de nous aider à nous libérer des restrictors, nous t’avons protégé de la Shinra… J’ai mis moi-même ton corps à l’abri dans la grotte…Tu savais que je te l’aurais rendu très vite… Tu le savais… Tu le savais… Tu le savais ! Alors pourquoi nous as-tu fait ça ? Pourquoi, Genesis ? Pourquoi ? “

Une larme perla entre ses longs cils et Yazoo essuya les grands yeux en amande à l’aide d’une compresse stérile.

- Comment es-tu aussi sûr que Weiss ne va pas tarder, Yazoo ? murumura Loz avec un regard perçant. (Son jumeau se figea) Qu’est-ce que tu ne veux pas me dire, petit frère ?

*

Dans l’hélicoptère, Vincent aida Rude à fixer Weiss à la civière de secours.

Reno, qui s’était tourné pour voir à quoi ressemblait l’homme qu’il était venu sauver, jura.

- Faut avoir fait ” bombe sup’ ” pour être officier supérieur dans le SOLDAT ou quoi ? Ils les recrutent sur photo ?

- Reno… le tança Vincent.

- Oh, ça va, je détendais un peu l’ambiance, c’est tout…

- Il est dans un sale était, soupira Rude.

- Hojo… ne cessait de répéter l’ancien chef des Tsviets dans une sorte de délire à demi conscient. Vincent… Vincent Valentine…

- Je suis là, le rassura ce dernier.

Il épongea le sang qui coulait de la lèvre du jeune homme avec une moue révoltée. Ce garçon et son frère étaient-ils donc destinés à servir toute leur vie de marionnettes et de défouloir à des bourreaux tous plus déséquilibrés les uns que les autres ?

Weiss était jeune, beau, rayonnant et si plein de vie… Quel gâchis !

Vincent le couvrit d’une couverture de survie et le blessé s’agita.

- Du calme. On va te sortir de là. Le cauchemar est fini, Weiss.

- Hojo… répéta celui-ci en agrippant le bras de l’ex-turk.

- Hojo est mort.

- Non… Il est… Vivant…

- J’ai tué Hojo lorsqu’il…

- Vincent… l’interrompit Shelke, les yeux brillants soudain d’une étrange lueur dorée en sautant dans l’hélicoptère. Il y a des perturbations importantes en bas, près de la rivière.

- Genesis… insista Weiss avant de sombrer dans l’inconscience. Genesis… C’est… C’est Hojo…

- Quoi ?

*

Des dizaines de mètres plus bras, celui qui n’était pas Genesis courait en direction du flux vital de la planète, qui passait sous la montagne.

Si seulement il avait encore eu Nero sous sa coupe, il aurait envoyé tous ces gêneurs et ces satanés soldats dans un endroit d’où il ne risquaient plus de revenir autrement que fous !

Mais Nero s’était enfui…

Et il avait dû abandonner Weiss…

Il secoua la tête avec rage.

- Arrête de ressasser, ce n’est qu’un léger retard ! s’admonesta-t-il sans cesser de courir.

Un dernier coude…

Une dernière dénivellation…

Et elle était là : sa libération. La rivière de la vie où il s’apprêtait à plonger..

Mais quelque chose se dressait entre lui et elle.

Quelque chose qu’il n’avait pas prévu…

Pas prévu du tout !

Genesis-Hojo se figea dans son élan, à quelques mètres à peine du gouffre où coulait la rivière, et son visage se tordit en un masque de rage.

Devant lui, flanqué des apparitions fantomatiques de son ex-femme et du soldat Angeal Hewley, une légende vivante bien plus consistante que les deux défunts lui adressait un sourire vibrant de mépris.

- On est venu m’informer que tu avais pris quelque chose qui m’appartenait, dit l’apparition en campant fermement ses jambes désincarnées sur le sol de pierre, bien décidé à empêcher le scientifique de passer pour se jeter dans le rivière.

Hojo sentit son estomac d’emprunt se contracter et sa crainte n’avait rien à voir avec Lucrecia ou Angeal, pour haineux qu’ils fussent. Les morts ne sont que des fantômes inoffensifs.

Mais les âmes désincarnées, c’était une autre paire de manches… surtout lorsque l’âme en question risquait à tout moment de reprendre de son corps et de vous emprisonner avec elle à l’intérieur comme un vulgaire moustique dans un bocal…

Hojo recula d’un pas.

- Genesis… bredouilla-t-il.

à suivre

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VI - Balaye devant ta porte !

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Tirée du doujinshi BUBBLES du Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Nous arrivâmes chez Rufus Shinra vers cinq heures du matin.

Sa famille possédait une propriété, à l’ouest de Gongaga, un ancien palais qui faisait ressembler le manoir de Nibelheim où j’avais passé ma petite enfance à une vulgaire maison de poupée.

C’était une demeure très anciene, aux dômes élégants, à la façade sculptée de statues et aux hautes fenêtres. Je n’osai compter le nombre de balcons mais, pour ce que j’en voyais de la grille d’entrée, il devait bien y en avoir sept par étage sur deux niveaux - rien que sur la façade Nord.

Par endroits, la pierre ressemblait à de la dentelle.

Un vieil homme vêtu d’un pantalon de lin blanc et d’une longue tunique fendue serrée par une longue ceinture de soie ouvrit la porte après que nous lui ayions expliqué qui nous étions.

Il nous laissa passer d’un air soupçonneux et lorgna avec écœurement la poussière qui nous recouvrait et mon torse nu.

Il estimait probablement que notre mise ne seyait guère pour une visite à sa ” majesté sérénissime “.

Le domestique nous fit signe de le précéder d’un geste, en restant à distance, comme si notre proximité le souillait. Nous nous engageâmes dans les allées de l’immense jardin. Même à la lumière capricieuse de la lune et en dépit de ce que je venais de vivre, je dois avouer qu’il était magnifique et je ne pus m’empêcher de l’admirer.

Il nous fit entrer dans l’immense hall.

Angeal et moi échangeâmes un regard ébahi.

La seule fois que j’avais pu voir autant d’antiquités, c’était au musée de Midgar.

Pas un mètre carré du sol qui ne soit pas recouvert de tapis précieux, pas un pan de mur qui ne soit pas peint de fresques anciennes et chaque statue ou objet décoratif devait valoir une fortune.

Malgré l’heure plus que matinale, nous croisâmes plusieurs serviteurs époussetant les meubles impeccables ou vaquant à quelque occupation nécessaire à l’apparat de la demeure de l’héritier Shinra.

Nous suivîmes le domestique à travers une grande galerie à colonnes et entrâmes dans ce qui semblait être un petit salon de réception.

Je dis ” petit ” en comparaison du reste de la demeure car il devait faire à lui seul la totalité de la surface de mes appartements à la caserne du SOLDAT.

Comme dans toutes les demeures traditionnelles, les appartements privés se trouvaient au fond de la maison, à l’abri des regards indiscrets.

- Je vais m’enquérir auprès de monsieur Shinra pour savoir s’il accepte de vous recevoir, dit-il avec hauteur.

Il s’inclina avec cérémonie et jamais salut ne me parut aussi insultant.

Il y avait plus de mépris dans ce simple geste, pourtant révérencieux, qu’en n’importe quelle insulte proférée par un pilier de bar après une nuit de beuverie.

Je serrai les poings mais le domestique feignit ne s’apercevoir de rien.

- Pour qui se prend-il ? demandai-je à Angeal, irrité, une fois le larbin obséquieux sorti.

- La question est mal formulée, répondit mon ami en riant. Je dirais plutôt : pour qui nous prend-il ? Je crois que la réponse est : pour de la piétaille indigne de ce palais et de son propriétaire.

Je secouai la tête.

- Décidément, j’ai beau faire des efforts, je ne comprendrai jamais ce pays.

La porte s’ouvrit à nouveau, faisant place au lèche-bottes de service.

Palmer s’approcha et s’inclina devant nous - avec moins de mépris que le domestique, dois-je préciser.

Il était emmitouflé dans un énorme peignoir de soie ou quelque chose dans ce goût là. Ca me faisait penser à la tenue des nomades de Canyon Cosmo, en plus chic.

- Général… Capitaine… murmura-t-il, mielleux. Monsieur Shinra va venir dans un instant. Je ne vous cache pas qu’il a été très irrité de cette inopportune visite. On ne dérange pas le fils du président ainsi. J’espère que vous avez une raison valable pour faire irruption ici en pleine nuit !

- Valable ? s’écria Angeal. Nous avons plusieurs cadavres sur les bras dont un victime de meurtre ! s’écria-t-il. Est-ce, selon vous, une raison suffisamment “valable” pour que sa ” gracieuse majesté ” daigne quitter ses draps de satin ?

- Cela, c’est à moi d’en juger, Hewley, gronda la voix de Rufus Shinra, que nous n’avions pas entendu entrer.

Il avait enfilé un kimono de coton bleu marine, si impeccablement coupé qu’il ne pouvait avoir été fait que sur mesure, et se tenait nu-pieds sur le somptueux carrelage émaillé de bleu, blanc et or. La large échancrure dévoilait deux pectoraux au dessin si ferme et parfait que j ‘en oubliai presque à quel point il me tapait sur le système.

Mais cela ne dura pas…

- On m’a parlé d’un petit incident, sur le chantier, poursuivit-il d’un air las en s’asseyant sur l’un des divans brodés. Tu peux nous laisser,dit-il à Palmer, qui sortit en reculant, la tête respectueusement inclinée.

Ca y est ! Il recommençait à me donner envie de lui arracher les yeux avec une petite cuiller…

- Un “petit” incident ? relevai-je sarcastique.

Il me lança un regard méprisant.

- Rien, en tous les cas, qui mérite de me déranger à cette heure.

- Un fauve s’est introduit dans le camp ! criai-je en me retenant pour ne pas le saisir par le col de son kimono de luxe. Des hommes sont morts ! Des hommes qui travaillaient pour que vous puissiez poser votre fessier princier sur la cuvette des chiottes de votre putain de réacteur “que tout monde pourra voir de loin” !

Rufus Shinra ferma à demi les yeux, menaçant.

- Je vous conseille d’employer un autre ton avec moi, Général Sephiroth. Je ne suis en rien responsable de vos délires. Un fauve mangeur d’hommes… Nous ne sommes plus au temps des Cetras. Moins encore dans un zoo !

J’allais répliquer vertement mais Angeal me devança.

- Nous l’avons vu, insista-t-il. Nous en avons même croisé deux, pour être exact. Un au camp et un Gongaga. Plusieurs ouvriers sont morts, déchiquetés, et l’un d’entre eux a été assassiné.

Rufus leva un sourcil et esquissa un sourire, comme s’il avait affaire à des déficients mentaux.

- Il n’y a plus de grands fauves dans la région, Capitaine Hewley. Depuis des dizaines et des dizaines d’années. Et certainement pas des fauves assassins, ajouta-t-il avec une moue sarcastique.

- Quand je parlais d’assassinat, je voulais dire par la main d’un homme, monsieur. Un ouvrier a eu la gorge proprement tranchée d’une oreille à l’autre.

Le rejeton Shinra leva les yeux au ciel et soupira.

- Il faudrait savoir ! C’était un fauve ou un homme ?

J’eus beau avoir envie de l’étrangler, je me fis la réflexion que sa question n’était pas, tout compte fait, ouvertement idiote. Il était tout de même étrange que, la même nuit, se déroule un assassinat et un tel carnage.

L’assassin possédait-il un fauve ?

Non, cela ne tenait pas debout.

Et celui de Gongaga, dans ce cas ?

- Les deux, tranchai-je. Mais une chose est claire, la région est bel et bien infestée de bestioles, quoi que vous en pensiez.

Il sembla réfléchir un instant.

- Et je peux savoir ce que vous attendez de moi ? demanda-t-il. J’ai ordonné l’arrêt de ce chantier, ce qui s’y déroule ne m’intéresse plus.

J’ouvris la bouche mais il leva la main.

- Soyez tranquilles, reprit-il, vous recevrez la prime convenue au départ et nulle sanction ne figurera dans votre dossier militaire. Malgré la catastrophe que vous avez causée… ajouta-t-il en me jetant un regard meurtrier.

- Quelle catastrophe ? s’écria Angeal, outré. Nous ne sommes pas responsables si…

- Ca suffit ! coupai-je, à bout, en me penchant sur Rufus, menaçant. J’en ai assez de tout ce cinéma, alors écoutez-moi bien, vice-président de ce que vous voudrez ! Des hommes sont morts, leurs cadavres gisent sous une tente du chantier, de votre chantier, et un homme a été égorgé. La police refuse de prendre une déposition ou d’envoyer quelqu’un sans votre autorisation. Alors vous allez bouger votre putain de cul, prendre ce putain de téléphone et ordonner à tous ces bras cassés de prendre les mesures nécessaires ! Me suis-je bien fait comprendre ?

Rufus en resta bouche bée.

Je crois que jamais il me m’aurait cru capable de m’adresser ainsi à un supérieur et qu’il comprit, à ce moment-là, en voyant mes yeux verts glaciaux, ma mâchoire crispée et mes muscles bandés, à quel point je pouvais être dangereux.

“Sa majesté des réacteurs” perdit donc une bonne partie de son assurance.

- Et la moindre des choses serait d’indemniser les familles des victimes, ajouta mon ami, profitant de l’effet “Sephiroth risque d’exploser alors ne le contrariez pas”.

Rufus ouvrit la bouche puis parut penser à quelque chose et se figea, comme si une pensée soudaine l’avait frappé.

Il ferma les yeux un instant, les rouvrit, se leva et… chancela.

- Ah là ! Doucement ! Vous allez bien ? demanda Angeal, un peu coupable.

C’était la première fois que Rufus se tenait immobile aussi près de moi.

Son front m’arrivait au menton ce qui, avec mon mètre quatre vingt douze et mes quatre vingt sept kilos, était déjà en soi un bel exploit pour un homme normalement constitué.

Un parfum musqué me chatouilla les narines et mon regard glissa à nouveau vers l’échancrure de son peignoir.

Merde… Ce type était sculptural.

Si seulement il n’était pas aussi imbuvable !

- J’ai une impression de “déjà vu”, murmura-t-il, la gorge serrée. C’est très désagréable. Excusez-moi, je reviens dans un instant.

Il sortit, nous laissant, Angeal et moi, totalement interloqués.

***

Journal de Rufus Shinra

Palmer m’a réveillé ce matin à l’aube, avant l’heure que je lui avais donnée. C’est la première fois qu’il ose désobéir à mes ordres, c’est dire si grande était son inquiétude. Et bien que je ne puisse le montrer, j’avoue la partager.

Mes plus grandes craintes se réalisent…

Ce Général mal dégrossi a attiré sur nous la colère des dieux. Des soldats restés au camp ont été massacrés par un fauve qui s’est enfui.

Je n’en ai pas parlé à ce rustre mais le grand léopard noir a toujours été l’animal tutélaire des Shinra, depuis la naissance de notre lignée. Je ne peux voir une coïncidence dans le fait que la vengeance des dieux s’accomplisse par la patte de cet animal.

Toujours tournée vers le passé, comme tous les anciens, ma vieille nourrice m’a assez seriné la longue histoire de mes ancêtres pour que je puisse la réciter mot pour mot.

Sa loyauté à ma famille m’est précieuse, mais son archaïsme me porte sur les nerfs, parfois.

Déjà que J’ai le plus grand mal à convaincre mon propre père d’accepter les changements qu’impose le passage de notre société dans l’ère de la modernité…

Ce Sephiroth ajoute aussi à la liste de nos ennuis la mort de celui qui a déclenché cette tragédie par sa maladresse.

Il n’arrive pas à comprendre que cela n’est que la juste conséquence de son erreur. Mais je crains qu’il ne prenne ce décès un peu trop au sérieux, et qu’il n’en réfère aux autorités, qui ne manqueraient pas de m’importuner.

Je ne m’inquiète pas vraiment pour la police, ils comprendront aisément mon point de vue, mais j’enrage à l’idée de payer des pots-de-vin supplémentaires pour m’assurer leur silence à cause des scrupules de celui qui n’est, bien qu’il l’ignore encore, que le fruit d’une expérience de laboratoire - comme son compagnon.

Ils feraient mieux de balayer devant leur porte et de s’interroger sur leur propre famille avant de me donner des leçons de morale !

La seule pensée de leur présence troublant la paix de cette demeure me contrarie !

Hewley a même oser mentionner la possibilité de verser une somme aux familles des victimes.

“En compensation “, a-t-il dit.

En compensation du travail non fourni, sans doute ? Du temple de mes ancêtres saccagé ?

Décidément, ces deux rebuts d’éprouvette m’exaspèrent !

Ils n’ont aucun sens des priorités.

Les mânes de mes aïeux doivent hurler à l’agonie devant la profanation de ce lieu, et les dieux ne pardonnent ni n’oublient ce genre d’offenses aussi facilement que les hommes.

Je sais que les ouvriers, eux, auront compris.

Je doute qu’un seul d’entre eux ait accepté de retourner travailler sur le chantier sans qu’il n’y ait eu expiation, de toute façon. En tout cas, pas avec le responsable de ce crime sur les lieux.

Mais ce rejeton mal dégrossi d’extraterrestre ne semble pas conscient de cet aspect de la situation. Pas plus que son compagnon.

Quels piètres meneurs d’hommes ils font !

J’ai même du mal à imaginer qu’ils aient pu se faire tolérer si longtemps par les ouvriers. Je me demande bien comment ils s’y sont pris !

Enfin…

Ah, j’allais oublier ! Je ne sais si je dois confesser dans ces pages mais…

J’ai accueilli le réveil inopiné de Palmer avec soulagement, en fait, car il m’a tiré d’un rêve extrêmement dérangeant. Tel que je n’en avais jamais fait auparavant.

Je parlais à un homme. Et cet homme…

Non, c’est idiot, c’est sans importance.

Il vaut mieux que je finisse de régler mes problèmes avec mes deux expériences de laboratoire qui s’ignorent au plus vite !

… à suivre

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LXIII - Mon père, cet assassin

” Mon père aima ma mère comme on aime un complice ;
comme le crime aime le vice !”

C. Rodriguez

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Tifa bâilla et Loz la serra contre lui.

Vêtue d’une simple nuisette par-dessus laquelle elle avait rapidement enfilé un déshabillé pour descendre à l’infirmerie, elle frissonnait dans l’air climatisé du sous-sol.

- Nous devrions remonter dormir un peu, chuchota-t-il à son oreille. Il est presque quatre heures du matin.

La jeune femme acquiesça avec un sourire épuisé et se laissa aller contre son torse nu.

- Tu vas finir par attraper la mort, à te promener comme ça, murmura-t-elle en frictionnant la peau satinée.

Il haussa les épaules.

- Le froid ne me fait pas plus d’effet que ça, tu devrais commencer à le savoir, répondit-il avec un clin d’oeil. Où est passé Denzel ?

La jeune femme jeta un regard alentour.

Elle et Loz se tenaient debout près du caisson mako où Nero était toujours inconscient. Sephiroth, Cid et Cloud discutaient non loin de là avec des mines sombres. Shalua et Merill nettoyaient et désinfectaient le box de chirurgie et Shelke était penchée sur le berceau de Kay, qui gazouillait joyeusement sous les chatouilles de la jeune fille.

- Il était avec le bébé et Shelke à l’instant…

- Là, fit Loz en désignant la porte entrouverte du bureau de Shalua.

Tifa fronça les sourcils.

- Sale petit farfouilleur trop curieux ! gronda-t-elle faisant rire l’argenté.

- Je vais le chercher.

- Et fais-lui la leçon, surtout ! Toi, il t’écoutera peut-être.

Loz traversa le laboratoire en direction du bureau et Kadaj entra à ce moment précis, accompagné de Cait et d’une Yuffie aux yeux bouffis de sommeil.

- Ca y est, ils ont terminé ? s’enquit cette dernière en s’approchant du caisson pour observer Nero. Tiens, je ne me souvenais plus qu’il avait tous ces tatouages.

- Ce ne sont pas des tatouages, l’informa Tifa. D’après ce que j’ai compris, ces marques sont apparues sur sa peau à la puberté.

Cait écarquilla les yeux et colla presque la truffe contre le couvercle de verre pour mieux voir.

- Tu parles d’un truc bizarre, nota l’Utaïenne.

Kadaj tendit l’oreille.

- C’est quoi, ce bruit et cette fumée noire ? On dirait des centaines gémissements mêlés, dit-il en frissonnant malgré lui. Un mélange spécial de mako ?

Sa compagne sourit.

- Non, c’est Nero qui fait ça. C’est son ” don “. Il invoque des sortes de ténèbres peuplées de… de… Je ne sais pas vraiment quoi, en fait. Mais je peux te dire que quand tu te retrouves coincée dedans, ça n’a rien de drôle !

- Ca y est ? demanda une voix douce derrière eux. Alors ? Il a dit quelque chose ?

Ils se tournèrent pour voir Yazoo, qui venait d’arriver à son tour.

- Non, lui apprit Tifa. Il ne s’est pas encoré réveillé. Reno n’est pas avec toi ?

- Il est dans le bureau de Rufus, avec Rude, Vincent et Reeve.

Kadaj tiqua.

- Un problème ?

- Non ! le rassura son frère avec un sourire. Pas du tout. Maintenant que grand frère est réveillé, ils doivent préparer son ” grand retour ” pour la presse.

- Oh. Je n’avais pas pensé à ça.

- Je dois aller dire à Shelke qu’ils ont besoin d’elle.

- Elle est là-bas, avec Kay, fit Tifa en pointant la jeune fille du menton.

Yazoo s’éloigna avec un soupir silencieux. A l’instar de Loz, et contrairement à ce que pensaient beaucoup de personnes, il n’avait jamais été très doué pour mentir, surtout pas à ses frères. Mais, qu’il le veuille ou non, c’était visiblement le prix à payer pour être l’amant d’un turk…

Aussi naturellement que possible, il s’approcha de Shelke et se pencha vers elle comme si de rien n’était, pour caresser les joues du bébé que la jeune fille berçait.

- Vincent a besoin de toi, murmura-t-il sans se départir de son sourire, pour donner le change à ceux qui pouvaient les observer. Lui, Reno, Rude et Barret vont aller chercher le frère de Nero au mont Nibel. Un escadron de la WRO appelé par le commandeur Tuesti sera sur place dans moins d’une demi-heure et vous attendra.

Shelke sourit en retour et hocha la tête, entrant dans son jeu. Le bébé s’était presque rendormi et elle le donna à l’argenté.

- Une attaque terrestre ? Pas d’appui aérien ?

- Uniquement l’hélico piloté par Reno pour évacuer Weiss le plus vite possible.

- Pourquoi pas une unité de Cid ?

- Il porte les cellules de Jenova lui-aussi, à présent. Vincent pense qu’il est donc lui aussi devenu une cible, au même titre que moi et mes frères.

- Je comprends. J’y vais tout de suite.

Elle quitta l’infirmerie calmement et Yazoo embrassa doucement le bébé endormi avant de le coucher dans son berceau.

Ensuite, comme Reno le lui avait demandé, il se dirigea vers le box de chirurgie pour parler discrètement à Merill et Shalua.

Cette dernière, le voyant approcher avec les traits tendus, retira son masque et posa la lingette désinfectante qu’elle passait sur toute la surface de la table d’opération.

- Yazoo baby ? Tu en fais une tête. Tu es souffrant ?

Il s’approcha tout près, en prenant garde de rester dos au mur vitré du box afin que personne ne puisse voir son expression ni les mouvements de ses lèvres.

- Shalua, j’ai des consignes de Vincent pour toi. Souris, comme si tout était normal.

La jeune femme obéit.

- Tu me fais peur, qu’est-ce qui se passe ?

- Vincent, ta sœur et les turks partent chercher le frère de Nero au mont Nibel.

- Quoi ? Seuls ? intervint Merill en souriant à son tour comme s’ils parlaient de la pluie et du beau temps.

- Non. Un escadron de la WRO les attend là-bas. Lucrecia a parlé à Vincent. Weiss est sans doute très très mal en point. Elle craint même que Genesis ne soit sur le point de le tuer, si ce n’est pas déjà fait. Il faut vous préparer à son arrivée. Reno l’évacuera par hélicoptère au plus vite et il faut que vous soyez prêts à une éventuelle intervention d’urgence.

- J’ai compris. Qui est au courant ?

- Ici ? Personne. A part vous et moi, s’entend. Et il ne faut surtout pas en parler aux autres. Vincent ne veut pas qu’ils aillent se jeter dans la gueule du loup.

La jeune femme acquiesça.

- Il pense toujours que Genesis veut mettre la main sur des porteurs des cellules de Jenova ?

- Disons qu’il préfère ne prendre aucun risque. (Yazoo grimaça et serra les poings) Je serais pourtant volontiers allé dire ma façon de penser à cet enfant de salaud.

Shalua lui prit les mains et les serra.

- Si c’est bien lui qui a fait ces maudites manipulations au labo du Deepground et qui a tué Kaly, il paiera, Yazoo baby. Je te promets que nous lui ferons payer d’une façon ou d’une autre.

- Grand frère dit que, du temps où ils étaient amis, Genesis aurait été incapable de faire la différence entre une éprouvette et une seringue.

- Il n’a pas tort. J’avoue que je serais curieuse moi-aussi de savoir où Genesis a appris à faire des manipulations génétiques aussi complexes.

Yazoo allait répondre mais fut interrompu par les sanglots et les supplications étouffées de Denzel, qui s’échappèrent soudain du bureau de Shalua, les figeant tous et faisant réveillant le bébé.

Tifa se précipita mais Cid, Cloud et Sephiroth, qui étaient plus près, la devancèrent.

*

Au plus profond du mont Nibel, Genesis sentit presque immédiatement que quelque chose ” clochait “. Comme si une alarme silencieuse s’était mise à carillonner dans les tréfonds de son cerveau, il pressentit un danger. Un danger imminent.

Il se raidit et tendit l’oreille, les sens au aguets.

Weiss, étendu à ses pieds, brisé et ensanglanté, puisa dans ses dernières forces pour sourire et le railler.

- Je crois que… tu vas avoir… de la visite… sous peu.

- La ferme !

- Tu comptes faire… quoi ? Me traîner par les… cheveux en… espérant qu’après quelques coups… supplémentaires je… joue les… chiots… obéissants ? Je croyais que… tu me connaissais… un peu… mieux que ça…

Il ricana et Genesis le fit taire d’un coup de pied dans le foie.

- Je t’ai dit de la fermer !

Mais il savait que Weiss avait raison.

En perdant Nero, il avait perdu sa meilleure arme et son seul moyen de pression sur l’ancien chef des Tsviets. Mais, bon sang ! Comment aurait-il pu deviner que cette saloperie de tas de ténèbres impures allait abandonner son frère adoré cette façon ? !

C’ était même la dernière chose à laquelle il se serait attendu !

Et en emportant la seule source de cellules de Jenova qui lui restait, qui plus est !

De pure frustration, il frappa Weiss à coups redoublés.

Nero. Il devait récupérer Nero s’il voulait faire obéir son frère. Et il devait récupérer aussi une source de cellules de Jenova de toute urgence ! Il allait avoir besoin d’aide.

Avec un peu de chance, les géostigmates avaient déjà dû se répandre dans Nibelheim et ce serait bien le diable si, avec l’appui de Jenova, il ne parvenait pas à prendre le contrôle de quelques imbéciles plus gravement atteints que les autres pour ” l’assister ” dans cette tâche.

Nero, Weiss et une source de cellules. C’était tout ce qu’il lui fallait pour mener ses plans à bien.

Des plans bien plus modestes que ce qu’il avait imaginé au début - avant que cette chienne qui lui avait servi d’épouse ne lui vole son fils et les trois rejetons de celui-ci pour les mettre à l’abri, loin de la rivière de la vie - mais, pour un homme de son génie, il y avait toujours ” moyen de moyenner “, comme il disait.

S’il ne pouvait commencer tout de suite par un feu d’artifice, il commencerait par une étincelle. La réaction en chaîne suivrait…

Pour l’instant, il devait renoncer à Weiss. Encore une fois. Comme il avait déjà dû y renoncer un an plus tôt, là-bas, au réacteur zéro. Pas pour longtemps, c’est vrai.

Oui, il serait toujours temps de les récupérer lui et son frère par la suite.

Chaque chose en son temps…

Ce qu’il avait raté dans les ruines de Midgar, un an plus tôt, puis à Nibelheim plus récemment, il le réussirait à Edge ! Jamais deux sans trois et, cette fois, il réussirait à réveiller l’Omega pour de bon ! Il avait juste besoin pour cela de quelques cellules de Jenova.

Des cellules de Jenova…

Mais où en trouver ?

Il se tapa rageusement le front de son poing fermé.

Réfléchir ! Réfléchir ! Réfléchir !

Reeve avait mis toutes les cellules restantes à l’abri…

Le bébé s’était envolé avec Nero…

Les argentés étaient protégés de bien trop près pour être atteintes directement…

Réfléchir ! Réfléchir ! Réfléchir encore ! Il devait y avoir un moyen. Il y avait forcément un moyen. Il y avait toujours un moy…

Son visage s’éclaira soudain et un sourire hideux déforma ses traits.

- Bien sûr… Comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ? ! Je suis un génie… murmura-t-il. Un génie ! Un pur génie !

Un rire hystérique incontrôlable résonna dans la grotte et Weiss, qui reconnut immédiatement ces mots et cet affreux rire rocailleux pour les avoir entendus à maintes reprises, se redressa péniblement sur un coude, les yeux écarquillés d’horreur.

- Ce n’est pas… possible… bredouilla-t-il. Toi…

- Quoi ? railla Genesis. Tu réalises l’évidence seulement maintenant ? Ah ! Ah ! Ah ! Tout dans les muscles et rien dans la tête ! Pauvre Weiss !

- Tu es… mort…

Le rire grinçant redoubla et l’ancien chef des Tsviets sentit le désespoir le terrasser.

- Vincent… t’a tué… gémit-il encore. Il t’a tué… il y a un an… au réacteur… zéro… Vincent… t’a tué !

Sans cesser de rire, celui qui n’avait jamais été Genesis lui asséna un coup si violent à la tête qu’il perdit connaissance.

- Profite des petites vacances que je t’accorde, amphitryon d’Omega. Je veux que tu sois en pleine forme, lorsque je reviendrais vous chercher, toi et ton frère chéri. Ah ! Ah ! Ah !

*

Dans le bureau de Shalua, Denzel s’accrochait désespérément en pleurant aux hanches Loz, qui regardait Cloud et Tifa à tout de rôle, ne sachant plus quoi faire pour le calmer.

- Je savais pas ! sanglotait le petit garçon. J’te jure que j’savais pas ! Ils me disaient qu’ils travaillaient pour que le monde soit meilleur ! J’te jure que je savais pas, Loz ! J’te jure !

Cid s’approcha et s’accroupit aux pieds du garçonnet.

- Mais enfin, de quoi tu parles, mon grand ?

- Je savais pas qu’il faisaient ça ! geignit encore Denzel en pointant le doigt vers l’ordinateur portable de Shalua, où Sephiroth avait consulté les vidéos de surveillance un peu plus tôt.

Sur l’écran, Loz, sous anesthésie générale, était allongé nu et sanglé sur la table d’opération tandis qu’Hojo, aidé de ses assistants, un homme et une jeune femme, faisaient les prélèvements de sperme qui donneraient naissance à Kay cinq ans plus tard.

- Les vidéos retrouvées au labo du Deepground… soupira Shalua. Denzel ! Qu’est-ce qui t’a pris de regarder ces horreurs ?

Cloud s’approcha à son tour et Denzel lui sauta dans les bras.

- Dis-lui, Cloud ! supplia-t-il. Dis-lui que je savais pas !

- Mais enfin, tu ne pouvais pas deviner qu’il avait subi tout ça, voyons… Pourquoi ça te met dans un tel état ? Tu as de la peine pour lui, c’est ça ?

- Il voudra plus être mon papa, maintenant !

Tous les adultes présents échangèrent un sourire attendri.

- Mais enfin, Denzel, qu’est-ce que ça a à voir avec toutes les vilaines choses que les méchants savants lui ont fait ? demanda à son tour Tifa en retenant un rire.

- Je suis pas comme eux ! cria presque Denzel en s’accrochant à nouveau à Loz, qui se baissa pour l’asseoir sur sa cuisse et le serrer contre son torse nu. Quand je t’ai dit que je voulais que tu crèves, c’était pas vrai ! Je le pensais pas ! Je te jure que je suis pas comme eux ! Je savais pas ce qu’ils faisaient ! Je savais pas ! Je te promets ! Je te promets !

Loz tiqua.

- Denzel, mais de qui tu parles ? Tu n’es pas comme qui ?

En sanglotant et sans oser relever la tête, le garçonnet pointa le doigt vers l’écran de l’ordinateur.

Tous tournèrent la tête vers l’image figée de la caméra de surveillance.

- Tu n’est pas comme Hojo ? demanda doucement Cloud. C’est ça, que tu veux dire ?

Denzel secoua la tête, fixant toujours le sol.

- Non… murmura-t-il d’une voix à peine audible. Les autres…

- Le monsieur et la dame en blouse blanche ? demanda Sephiroth à son tour.

Le garçonnet acquiesça et inclina le front en pleurant de plus belle.

Yazoo lui ébouriffa les cheveux.

- S’il a vu ne serait-ce qu’un millième de ce que ces deux ordures nous ont fait subir là-bas, je comprends qu’ils puissent lui faire peur, soupira-t-il.

Cid grimaça.

- A ce point là ?

Loz acquiesça en berçant Denzel dans l’espoir de le calmer un peu.

- Plus le mari se montrait sadique durant la journée, cracha-t-il avec une haine dans le regard que le pilote ne lui avait jamais vu, plus sa femme devenait perverse durant la nuit lorsqu’elle me forçait à la…

- Loz ! l’interrompit Yazoo en désignant le garçonnet.

Son aîné rougit.

- Désolé.

- Tu n’es pas comme eux, Denzel, reprit son jumeau. C’était sans doute les scientifiques les plus méchants du cratère nord après Hojo ! Même un bahamut enragé n’est pas aussi méchant.

Loz acquiesça.

- C’est vrai. Même si tu m’avais dit des choses encore plus horribles, tu ne leur arriverais même pas tout en bas de la cheville !

- Je ne savais pas, qu’ils étaient comme ça ! sanglota de nouveau le petit garçon. Pardon ! Pardon !

- Denzel ! essaya de plaisanter Cloud. Ils disent ça pour te rassurer, voyons !

Personne, hormis Shalua, ne remarqua que Tifa s’était levée depuis un petit moment, déjà, et que, penchée sur l’écran, elle était devenue blême comme un linge.

Elle venait de reconnaître les deux visages pour les avoir époussetés des dizaines de fois dans leur cadre, sur la table de chevet de Denzel.

- Tifa ? Tu en fais une tête. Tu les connais ? demanda la jeune scientifique.

Le pleurs de Denzel redoublèrent et Tifa inspira un grand coup avant de laisser tomber d’une voix blanche :

- Je crois que ce sont ses parents…

… à suivre

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On ne dit pas…

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Vous connaissez tous les fameuses blagues sur les nains… On ne dit pas “un imposteur” mais : “un facteur de petite taille” !

Dans la même veine, quelques petits “on ne dit pas” à la sauce FF7, rien que pour rire un coup !

Hein ?

Si, si, Kadaj en tenue d’aérobic, ça a un rapport avec ce qui suit, vous verrez ! Promis !

***

On ne dit pas ” Le ton monte “ mais ” Shera prend l’escalier “.

On ne dit pas ” Lazard fait des courbettes “ mais “Lazard est nul comme prof “.

On ne dit pas “Barret a du cran”, on dit “Barret est frisé”.

On ne dit pas “Aerith a un potager”, on dit “Aerigh a un vieux copain”.

On ne dit pas “Immaculé Weiss” mais “Je me suis fait mettre par le boss”.

On ne dit pas “l’électronique” mais “Reeve fait l’amour”.

On ne dit pas “Yazoo avale une biroute” mais “Yazoo emprunte une route à 2 voies”.

On ne dit pas “Loz a un cerf-volant” mais “Loz est long à la détente”.

On ne dit pas “Le gestionnaire des taches” mais “Le chef des turks”.

On ne dit pas “Scarlet est paniquée”, mais “Scarlet cherche un mec”.

On ne dit pas “Cloud a vaincu”, mais “Le chocobo est pluri-anal”.

On ne dit pas “Le Général fait les vendanges”, mais “Sephiroth pète comme un Dieu”.

On ne dit pas “Cait est un chat hors pair”, mais “Le chat de Reeve est castré”.

On ne dit pas “Rufus a enclenché le processus de paix”, mais “Le patron va lâcher une caisse”.

On ne dit pas “La connerie” mais “Yuffie s’amuse”.

On ne dit pas “Décongeler” mais “Les idiots du cratère nord”

On ne dit pas “Cloud est incompétent” mais “Cet idiot de Cloud fait de l’aérophagie”

On ne dit pas “Compense” mais “Reno essaie de réfléchir”

On ne dit pas “Un instant” mais “Kadaj fait du stretching” (vous voyez, je vous disais bien qu’il y avait un rapport !)

On ne dit pas “Le Gospel” mais “Denzel a pris un coup de soleil”

On ne dit pas “ce jeune soldat s’est élevé à la force du poignet” mais “Zack est un branleur”

On ne dit pas “Ciboulette”, mais “Trois trois argentés dévêtus”

On ne dit pas “Un match interminable” mais “Un combat amical entre SOLDATS”

Vous avez aimé cette partie de rigolade ? Laissez-moi un commentaire !

Les murs murmurent toujours !

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Troisième et dernière cargaison de graffitis version FF VII ! Ah ! Bah… C’est que j’ai plus de stock au bout d’un moment, moi ^___-

Et des murs des cuisines à ceux des douches, Hojo rouspète toujours !


(Dans la cafétéria des turks)

Déjà 6h00 du matin ? Il est plus que temps de nous cuiter !
Reno


- POSTE VACANT POUR CAUSE DE DECES -

Ouais… Encore une fichue excuse pour pas bosser !
Hojo


Dans les toilettes d’un bar à la mode de la Costa del Sol

A mon époque, la Costa del Sol, c’était les 3 “S” : Sea, Sun & Sex !
Cid

Et à la notre, c’est les 3 “M” : Mazout, Mélanomes & Morbacs !
Cloud


Sur le mur flambant neuf d’un labo de la Shinra

Pas un tag, pas un graffiti, pas une tache ! Je le cherchais, c’est : LE MUR DU SILENCE !
Lucrecia


(Dans les WC du SOLDAT, dans un état lamentable)

Mais enfin, qu’est-ce que vous avez fichu, ici ? ! On dirait qu’il y a eu un congrès d’aveugles parkinsoniens !
Hojo

Non, juste de vieux scientifiques de passage.
Sephiroth


Sur la camionnette de livraison de Cloud :

- ARRETS FREQUENTS -

Vessie faiblarde !
Zack


(Dans les WC du SOLDAT)

Vous qui venez ici, dans une humble posture
De vos flancs alourdis, décharger le fardeau
Veuillez, quand vous aurez soulagé la nature
Epancher dans l’amphore, un courant d’onde pure
Et, sur l’autel fumant, placer pour chapiteau
Le couvercle arrondi, dont l’auguste jointure
Aux parfums indiscrets doit servir de tombeau…
Genesis

Oh, là, là… Faut que t’arrêtes Loveless d’urgence, toi, hein !
Angeal

C’est pas Loveless, c’est du Musset, ignare !
Genesis

Oh, le boulet…
Zack

Ils ont raison, t’en tiens une sacrée couche !
Sephiroth

Toi, le héros de supermarché, on t’a rien demandé !
Genesis

Ah bah, valà ! Y nous l’a encore énervé ! LOLLLL
Angeal


Je pardonne à ceux qui m’ont offensé… mais j’ai la liste !
Tseng


Loz, t’es tellement con que s’il existait un championat de la connerie, tu serais même trop con pour le gagner !
Cloud

Et le championnat d’orthographe, enfoiré ? Tu t’inscris quand ?
Loz


(Discrètement gravé au pied d’une cuve Mako du réacteur de Nibelheim)

Plonge qui veut, remonte qui peut !
Anonyme


(Dans les WC des turks)

Reno, sois gentil, évite de tirer la langue à tout va ! Surtout quand elle est chargée.
Elena

Pourquoi ? T’as peur que je blesse quelqu’un ?
Reno


(Dans un des WC de la tour Shinra)

Ne déroulez pas le papier en le tirant entre vos jambes et n’arrachez que la longueur dont vous avez besoin ! Et, surtout… NE LE RE-ENROULEZ PAS SUR LE ROULEAU APRES USAGE !
Hojo

Putain, y’a des caméras, ici, ou quoi ?
Reno


(Dans les toilettes pour dames du 7ème ciel)

LES FEMMES N’ONT PAS BESOIN DES HOMMES !
Elena

Faut avouer qu’ici, on peut se débrouiller plus ou moins sans eux…
Rosso


(Dans les toilettes de la salle de tir des turks)

C’est ici que repose
Une certaine dose
D’une certaine chose
Qui ne sent pas la rose.
Celui qui se propose
De faire ici sa prose
Doit avant toute chose
Tenir la porte close.
Anonyme

Oh, non, merde ! Genesis, tu vas pas t’y mettre ici aussi, hein ! Les chiottes du SOLDAT te suffisent plus ?
Reno

Comment tu sais que c’est moi ?
Genesis

Baka…
Reno


(Mot sur le frigo, dans la cuisine du bar de Tifa)

Loz, je t’ai gardé ton repas dans la boîte bento bleue. Je te préviens que si tu laisses encore les légumes, tu as intérêt à trouver une explication plus convaincante que “j’aime pas ça” ou tu auras affaire à moi ! Tu donnes un très mauvais exemple aux enfants !
Tifa

O.K. Je n’en mange pas parce que je suis un grand émotif ! Comment peux-tu rester insensible au hurlement épouvantable de l’épinard plongé vivant dans une casserole légumicide ? Je refuse d’être mêlé à ce génocide ! J’ai donc laissé les légumes dans la boîte…
Loz


(Dans les douches du SOLDAT)

Hier soir, à l’entrainement, Sephiroth a paniqué !
Anonyme

Mais moi, oui !
Zack


Bel homme, fort, courageux, bonne situation, cherche jeune femme pour partager doux moments et plus si affinités…
Rude (poste 32 21)

Rudo, c’est les WC pour hommes, ici, crétin !
Reno


Le ghetto de ma liberté s’achève au bout de mes bras.
Kadaj

La vache, c’est profond… Mais qu’est-ce-que ça veut dire ?
Loz

A mon avis, qu’il vient de fumer un truc !
Yazoo


(Gravé sur la peinture flambant neuve de la carlingue du Tiny Bronco )

Le plaisir solitaire, c’est économique : pas besoin d’inviter votre main au resto après !
Anonyme

Vince, je sais que Lucrecia de manque et qu’il faut que tu te défoules mais là, t’es lourd…
Cid


Gravé le mur fraîchement repeint du labo d’Hojo, sous l’avertissement suivant :

- INTERDICTION DE GRIBOUILLER, DE PEINDRE, DE BOMBER OU D’AFFICHER SUR CE MUR -

Franchement, ça ne me serait même pas venu à l’idée !!!
Vincent

Bon sang ! Mais quel crétin lui a collé cette saleté de gant en métal ?!
Hojo

Si vous le découvrez, je veux bien le tuyau. Moi aussi j’aurais deux mots à lui dire…
Cid


(Sur le mur des toilettes du DEEP GROUND)

C’est ici que tombent en ruines
Tous les déchets de la cuisine.
Dans un lieu aussi respectable,
Il faut se tenir ici comme à table
Et garder le bord de la lunette
Aussi propre que celui de son assiette.
Si vous venez sans papier ni paille,
Lavez-vous les doigts au lieu de salir la muraille.
Anonyme

Ah non ! Nan, nan, Genesis ! T’es gentil, tu vas versificoter dans les chiottes du SOLDAT si tu veux mais pas ici !
Weiss

Merde, c’est pas vrai ! Mais comment vous faites pour savoir que c’est moi ?
Genesis

T’es vraiment une pomme, toi, hein !
Weiss


WUTAI AUX UTAIENS !
Anonyme

Et la frisée aux lardons !
Sephiroth

Et le poulet aux morilles !
Angeal

Et le steak au poivre !
Genesis

Et le chèque au porteur !
Zack

C’est fini, oui !?
Tseng


(Sur le mur de la bibliothèque du manoir de Nibelheim)

Avec la chance que j’ai, je vais sûrement me faire choper à écrire au marqueur sur ce putain de mu_

Game over ! Hojo : 1 - Reno : 0
Rude


Hojo, Palmer et Heidegger sont dans un avion en flammes et il n’y a que 2 parachutes. Question : qui se sacrifie ?
Zack

Réponse : on s’en fout !!!
Angeal


A 8 ans, Tifa rêvait de poupées et moi de SOLDATS. Maintenant, c’est moi qui rêve de poupées et elle qui rêve de SOLDATS !!!
Cloud

Loz peut la draguer, alors ?
Yazoo

Pourquoi ?
Cloud

Bah, t’en es pas un, non ?
Yazoo

Loz non plus !
Cloud

Non, mais il en a une plus grosse que la tienne !
Yazoo

Depuis quand il a une épée, lui ?
Cloud

Oh, la vache… Tu m’étonnes que t’as pas pu devenir SOLDAT !
Yazoo


Et si on parlait du plaisir d’enseigner ?
Lazard

Et si on parlait d’enseigner le plaisir ?
Sephiroth


(Dans l’ascenseur du DEEP GROUND)

- MAXIMUM 6 PERSONNES -

Ou 1 Azul…
Shelke


(Dans les WC du 7ème ciel)

Il y a quelque chose d’héroïque à commander un plat ici, quelque chose d’inconscient à l’avaler et quelque chose de maso à le payer. Suis-je un héros inconsciemment masochiste ? Un inconscient masochistement héroïque ? Ou un maso héroïquement inconscient ?
Lazard

Juste un con d’intellectuel…
Loz


FIN (Bah vi, a pu ! Ces petits mots sont inspirés de vrais graffitis et j’en ai plus en stock !)

Vous avez aimé ce texte ? Laissez-moi un commentaire !

Le SOLDAT recrute !

Pas facile de devenir soldat de la Shinra…

Pourtant, avec les jeux vidéos toujours plus nombreux, les films et les reportages réguliers sur «super Sephiroth», de plus en plus impérieuse est l’envie, pour nombre de jeunes gens, de quitter les jupes de môman pour tenter l’aventure.

Seulement voilà : lorsqu’on a passé 18 ans à se faire chouchouter par « la-môman-chérie-à-son-fiston », pas facile de s’habituer à la vie militaire…

Mais, une fois de plus, la Shinra a tout prévu et, en exclusivité planétaire (et uniquement pour « ff7 yaoi fanfics »), voici pour la première fois dévoilés les secrets de la formation suprême, celle que les plus grandes écoles militaires de la galaxie envient à la firme, j’ai nommé : LE PROGRAMME DES COURS PREPARATOIRES AU CONCOURS DU SOLDAT ou « comment éveiller cet organe appelé cerveau, dont les jeunes recrues ignoraient l’existence jusque là ».

C’est pas gagné, hein…


PROGRAMME DES COURS PREPARATOIRES DES NOUVELLES RECRUES

Note : En raison de la complexité et de la difficulté des cours, seulement 10 participants seront acceptés pour chaque cours.

Ce stage préparatoire au concours du Soldat s’étend sur 5 jours, et comprend les modules suivants :


PREMIER JOUR

Thème : Mon arrivée à la caserne

Instructeur : Heidegger

8h30 : COMMENT RANGER LE CONTENU DE MA VALISE DANS MON PLACARD
Présentation tâche par tâche sur diapositives

10h30 : COMMENT TROUVER LES CHOSES SANS RETOURNER LA CASERNE EN POUSSANT DES CRIS DE HYENE
Forum

13h30 : S’HABILLER DECEMMENT TOUT SEUL ET NE PAS FAIRE SEMBLANT D’IGNORER OU SE TROUVE MON CASIER
Exercices pratiques

15h00 : COMMENT ETRE LE COMPAGNON DE DORTOIR IDEAL
Exercices de relaxation, méditation et techniques de respiration

16h00 : VIVRE A LA CASERNE : MON SUPERIEUR HIERARCHIQUE N’EST PAS MA MERE
Jeux de rôle


DEUXIEME JOUR

Thème : vos collègues femmes sont des soldats comme les autres

Instructeur : Sacarlet

8h30 : EST-IL GENETIQUEMENT IMPOSSIBLE DE RESTER TRANQUILLE PENDANT QUE VOTRE COÉQUIPIERE POSE L’HELICO OU GARE LE CAMION ?
Simulation de conduite

10h00 : MA COLLEGUE N’EST PAS MON INFIRMIERE
Présentation diapositives + jeux de rôle

11h00 : MA COLLEGUE N’EST PAS MA BONNE
Projection de documentaire + intervention de témoins

14h00 : MA COLLEGUE N’EST PAS MA MERE
Présentation PowerPoint

16h00 : NOTIONS ESSENTIELLES DE GRAMMAIRE : LE FEMININ DE “ASSIS AUX COMMANDES D’UN REMORQUEUR” N’EST PAS “DEBOUT DERRIERE L’ASPIRATEUR”
Jeux de rôle


TROISIEME JOUR

Thème : vivre à la caserne – la vie en communauté

Instructeur : Angeal

8h00 : PAPIER TOILETTE : POUSSE-T-IL TOUT SEUL SUR LES DISTRIBUTEURS ?
Table ronde

10h00 : JE NE FAIS PAS PIPI A COTE : JE M’AVANCE UN PEU ET OUBLIE MA PRETENTION
Exercice pratique avec vidéo

13h00 : ASSIETTES ET VERRES : PASSENT-ILS DU REFECTOIRE AU LAVE-VAISSELLE GRACE A LA LEVITATION ?
Débats - Intervention d’experts

15h00 : BOUTEILLES DE BIERE VIDES : DOIVENT-ELLES ALLER DANS LE FRIGO OU DANS LA POUBELLE ?
Groupes de discussion et jeux de rôle


QUATRIEME JOUR

Thème : se débrouiller tout seul sans maman

Instructeur : Genesis

8h00 : REPASSAGE EN 2 ETAPES : A) 1 CHEMISE EN MOINS DE 2 HEURES B) LA VAPEUR CA BRULE
Exercice pratiques avec des professionnels

10h00 : LE MENAGE DU DORTOIR, UNE ACTIVITE VIRILE ET VALORISANTE
Table ronde et exercices pratiques

12h00 : DIFFERENCES ENTRE LE PANIER A LINGE ET LE SOL ET COMMENT SE RENDRE A LA LAVERIE SANS SE PERDRE
Exercices pratiques avec paniers en osier

De 14h00 à 19h00 : COURS DE CUISINE PRATIQUE EN 3 ETAPES

Niveau 1 (débutant) : Les appareils ménagers « ON mettre en marche » « OFF arrêter l’appareil ».

Niveau 2 avancé : Mon premier « Shinra rapid’soup » sans brûler l’eau

Niveau 3 Expert : Faire un café sans oublier l’eau ou le café et ne pas utiliser le soluble qui est incompatible avec la cafetière


CINQUIEME JOUR

Thème : être un SOLDAT dans son corps et dans sa tête

Instructeur : Sephiroth

8h00 : Santé module 1 : SE LAVER TOUS LES JOURS EST SANS RISQUE POUR VOTRE SANTE
Présentation Power Point avec intervention du Pr. Hojo

9h00 : Santé module 2 : NON, LE GEL COIFFANT N’EST PAS UNE FATALITE, ON PEUT S’EN PASSER
Table ronde avec intervention de médecins addictologues

11h00 : Santé module 3 : COMMENT SURVIVRE A UN RHUME SANS PENSER ETRE A L’ARTICLE DE LA MORT
Table ronde avec intervention de médecins

14h00 : Vie pratique module 1 : DES HOMMES PERDUS PEUVENT DEMANDER LEUR CHEMIN
Témoignages du seul soldat mâle l’ayant jamais fait

16h00 : Vie pratique module 2 : SE RAPPELER DES DATES DE MISSION ET PREVENIR QUAND VOUS AVEZ DU RETARD
Apporter son agenda au cours

17h00 : Vie pratique module 3 : MON ARME N’EST PAS L’EXPRESSION DE MA VIRILITE, LA PREUVE PAR LES CHIFFRES
Apporter son double décimètre personnel

18h00 : COMPTE-RENDU DU STAGE AVEC L’EQUIPE PEDAGOGIQUE


En raison du nombre croissant des demandes, nous invitons les supérieurs hiérarchiques directs et les instructeurs à nous faire parvenir les demandes d’inscription dans les plus brefs délais.

Merci d’avance

CETTE FANFIC VOUS A PLU ? LAISSEZ-MOI UN COMMENTAIRE !

V - Seuls les morts sont froids

Le désir est l’appétit de l’agréable. “

Aristote

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Zack nous apprit que le seul poste de police de Gongaga se trouvait à deux pas de la maison de ses parents, sur la place du village.

Nous avions contacté Lazard par téléphone pour l’informer de ce qui s’était passé mais il s’était contenté d’un : ” cela regarde les autorités locales, désormais. Le président a interrompu la mission, vous n’avez plus rien à faire là-bas. Passez le dossier aux autorités compétentes, rassemblez le matériel sensible et rentrez à la base. Vous avez trois jours pour plier bagage. “

Ca avait au moins le mérite d’être clair…

En raison de la mauvaise visibilité et de l’état des routes, nous mîmes deux bonnes heures à parcourir les quelques quarante kilomètres à vol d’oiseau (le double par la route) qui nous séparaient de Gongaga, qui était, en fait, un village plus qu’un bourg.

Pas de lumière dans les ruelles, bien entendu, et des trous où je faillis plusieurs fois me briser les jambes.

Je ne sus que nous étions arrivés à l’antenne de police que parce que Zack me traduisit l’inscription à demi effacée peinte sur le mur de torchis. Jamais il ne me serait venu à l’idée que cette porcherie pouvait tenir lieu de commissariat local.

A peine passée la porte, dont seules quelques écailles témoignaient d’un ancien vernissage, l’odeur de sueur et d’huile rance me prit à la gorge.

Le policier de garde, un Gongagien bedonnant à la chemise blanche maculée de tâches, était affalé sur une chaise de bois qui avait vu des jours meilleurs. Il est hasardeux d’essayer de donner un âge aux gens de ce pays mais j’aurais dit qu’il devait avoir dans les quarante ans.

En nous entendant arriver, il leva vers nous un œil endormi et retira ses pieds de la table.

Visiblement, nous avions interrompu son petit somme.

Je vis Zack se lancer dans un discours, auquel je ne compris pas un traître mot, à grand renfort de gestes et d’exclamations mais le policier, ou ce qui en tenait lieu, se contenta de gratter sa barbe de trois jours et de chasser de la table un cafard gros comme mon poignet d’un revers de la main.

J’esquivai le projectile ragoûtant avec une grimace et me tournai vers Angeal.

- Qu’est-ce qu’il raconte ? demandai-je.

Angeal, concentré sur la conversation, me fit signe de me taire d’un geste et je soupirai.

Lorsqu’il entendit le nom de “Rufus Shinra”, seule chose que je saisis de la discussion, le policier tressaillit et se leva d’un mouvement brusque pour se lancer, à son tour, dans une diatribe sans fin en agitant les bras en tout sens.

Je ne sais pas ce que lui avait dit Zack mais cela avait eu l’air de faire son effet à en juger par la mine soudain inquiète du policier et par la façon dont il se tenait la tête, gémissant entre deux phrases.

- Mais qu’est-ce qu’il dit ? insistai-je.

- Chut ! rétorqua Angeal avec un geste irrité.

Je levai les yeux au ciel et fit claquer mes mains sur les cuisses en m’accroupissant sur le sol. Le cafard, de nouveau sur ses pattes, était juste entre les miennes et je me redressai aussi sec en jurant comme un charretier pour l’écraser brutalement sous ma semelle avec un bruit de craquement de céréales.

Je ne sais pas si ce fut à cause du bruit du cafard ou de celui du claquement de ma semelle sur le sol de bois fêlé - je chausse quand même du quarante-cinq - mais Zack et le policier cessèrent immédiatement leur conversation animée et se tournèrent vers moi.

J’en profitai.

- Alors ? demandai-je.

- Il ne veut pas s’occuper de l’affaire avant d’en référer à monsieur Shinra, soupira Zack.

Je faillis m’étrangler.

- Quoi ? m’écriai-je. Un homme a été assassiné et nous avons plusieurs cadavres sur les bras ! Il faut un légiste et au moins deux ambulances !

Zack commença à lui traduire ce que je venais de dire et s’arrêta en cours de route pour se tourner vers moi.

- Euh… Je crains que le mot ” légiste ” n’existe pas en gongagien, Général.

J’allais lui répondre lorsqu’Angeal me devança et adressa au policier quelques mots en un Gongagien laborieux.

Le visage de l’homme s’éclaira et il répondit quelque chose que je ne compris pas.

- Il dit qu’il en a vu un dans un film policier, le mois dernier… soupira mon ami d’un ton morne.

Je tapai à nouveau du pied, faisant sauter un éclat de plancher. Cette fois je commençais vraiment à m’énerver.

- J’exige qu’il prenne notre déposition et qu’il appelle un hôpital ! hurlai-je.

Zack traduisit mais l’homme secoua la tête, obstiné. Avec un grognement, je le saisis par son col de chemise et Angeal s’interposa, me tirant en arrière.

- Laisse tomber, Seph, c’est inutile. Ici, rien ne fonctionne comme chez nous. Allons plutôt voir son “altesse”. Ce type ne bougera pas le petit doigt sans son accord express.

Nous quittâmes le bâtiment et l’homme me jeta un regard terrifié avant de fermer doucement la porte derrière nous.

Notre véhicule n’avait pas bougé des abords du village, les ruelles étroites et les trous dans la chaussée ne permettant pas son passage à travers le village sans risquer de perdre une roue, 4×4 ou non.

Enfin… disons que le 4×4 break lui-même n’avait pas bougé… parce que les portières, elles, gisaient de part et d’autre sur le sol.

Avec un juron, Angeal se précipita, brandissant la torche électrique qui nous avait permis de trouver le commissariat sans tomber dans un trou.

En m’approchant à mon tour, je ne pus retenir une exclamation étouffée et Zack se mit à marmonner ce qui semblait être une prière pour chasser le mauvais oeil.

Visiblement, celui qui avait fait ça avait agi par pur plaisir de nuire car nous n’avions pas fermé les portières à clé. Il n’y avait donc nulle raison de les arracher.

De plus, rien n’avait été volé. Le sac à dos d’Angeal n’avait même pas été fouillé. Tout était intact sur le siège du conducteur et rien ne manquait du matériel.

- Bon sang ! Le type qui a fait ça devait être une force de la nature, remarquai-je en observant le métal tordu.

- C’est de la tôle ! répliqua Angeal en soulevant une portière. Personne n’aurait pu faire une chose pareille. Regarde-moi ça, on dirait qu’elle a été pliée comme une vulgaire feuille de papier.

La portière en question me faisait penser à une énorme papillote, comme celles que les femmes se mettent dans les cheveux pour les friser.

Angeal braqua la torche sur la seconde et la retourna du pied.

- Merde ! Merde ! Merde ! grogna-t-il. Il ne nous manquait plus que ça !

La seconde portière était éventrée comme si elle avait eu maille à partir avec une pelleteuse mécanique.

Des petits lézards glacés me descendaient le long du dos, mais, sachant que Zack nous observait pour savoir quelle attitude adopter, j’essayai tant bien que mal d’afficher une expression décontractée, comme celle des héros de films ou de jeux vidéo qui plaisantent devant la voiture qui vient de leur exploser sous le nez, manquant de peu de les faire rôtir.

- Qu’est-ce qu’on fait ? demandai-je, faussement sarcastique. On aura l’air fin à rouler comme ça. Remarque, ça économisera la clim. Je savais qu’ils n’aimaient pas beaucoup les étrangers, ici, mais à ce point là…

Angeal jura une fois de plus et nous fit signe de monter à bord.

- Oh putain ! s’écria Zack en ressortant vivement.

- Quoi ? demandai-je en m’approchant pour regarder prudemment à l’intérieur.

Pour toute réponse, Zack me désigna le siège passager et Angeal balaya la cabine de la torche.

Au début, je ne vis rien de particulier. Le siège du conducteur était intact, ainsi que le tableau de bord.

Là où ça se gâtait, c’était du côté passager - à savoir le mien.

Je crois que le terme “place du mort” se justifiait parfaitement dans ce cas : le fauteuil, mon fauteuil, avait été éventré avec une rage impressionnante. Des morceaux de mousse étaient éparpillés partout et le skaï avait été lacéré. Quatre belles coupures bien régulières, comme celles qu’aurait pu faire la patte d’un chat.

D’un très gros chat…

- Tous les fauves de la région se sont donnés le mot pour nous pourrir la vie ou quoi ? lançai-je dans une lamentable tentative pour faire de l’humour malgré l’angoisse qui commençait à me nouer le ventre. Ils sont de sortie ? C’est leur fête annuelle ?

Angeal tendit la main, prit un amas de coton déchiqueté sur le plancher et le déplia.

Mon sweat-shirt. Celui que je laissais en permanence dans la voiture au cas où.

Il ne restait même plus dix centimètres carrés de tissu intact.

- Je ne sais pas s’ils sont de sortie mais celui-là, c’est visiblement toi qu’il voulait. Tu dois avoir une odeur particulièrement appétissante.

Je lui arrachai feu sweat-shirt des mains avec un regard meurtrier, et m’en fis une sorte de ” coussin-serpillière ” pour empêcher les ressorts du siège de m’arracher la peau des fesses.

- Très drôle, dis-je en retenant un frisson. Allez, grimpe et démarre ! Je ne tiens pas vraiment à rester dans le coin avec une bestiole comme ça dans les parages.

Zack marqua un temps d’arrêt, avant de monter dans le véhicule, et nous le vîmes tourner la tête en direction du village en se mordillant la lèvre.

- Zack, ça va ? s’enquit Angeal, le faisant sursauter.

Le garçon rougit et acquiesça.

- Oui, monsieur. Bien sûr.

Mon ami sourit.

- Tu t’inquiète pour tes parents ?

Son protégé baissa les yeux, horriblement embarrassé.

- C’est que… je n’avais jamais vu un fauve s’approcher aussi près des habitations, monsieur.

Angeal hocha gravement la tête, d’apparence calme, mais je remarquai que le tendon de sa mâchoire jouait sous sa peau tandis qu’il serrait les dents.

Ah ! On peut dire qu’on avait du mal à le jouer, notre rôle de gros durs blasés !

Mon ami et moi avions beau faire les fiers à bras, nous étions tout aussi angoissés que le gamin par les événements de la nuit.

Et l’atmosphère lugubre n’arrangeait rien à l’affaire.

La lune était cachée par intermittences, les nuages noirs se déplaçant lentement avec la brise, et j’avais l’impression que chaque coin d’ombre cachait un monstre prêt à bondir. Je m’imaginai l’un de ces animaux me saisissant la jambe par le trou béant qu’avait laissé la portière et je me m’en écartait d’instinct le plus possible en essayant de me faire tout petit sur mon siège.

Zack avait raison de s’inquiéter.

Un fauve sur le chantier, on pouvait encore l’admettre, la dense forêt de Gongaga n’était pas loin. Mais ici, au beau milieu du village…

- Monsieur… murmura timidement le garçon.

Angeal lui adressa un sourire un peu forcé.

- Mhh ?

- Vous… Vous ne croyez pas qu’il pourrait s’agir de la même bête que sur le chantier, n’est-ce pas ?

Je sortis la tête de la voiture pour me tourner vers lui et éclatai de rire.

- Bien sûr que si ! raillai-je. Il nous a suivi en courant uniquement pour avoir le plaisir de te croquer les orteils ! T’as une touche, petit, y’a pas de doute !

Il rougit furieusement et Angeal secoua la tête.

- Tu sais mieux que personne combien il y a de fauves dans ce putain de pays, Zack. A mon avis, ils doivent crever de faim par manque de gibier ou un truc comme ça et ils sont sortis de la forêt pour trouver de la nourriture, point. A en croire les écologistes, il paraît qu’avec l’extension des cultures, les animaux ont de moins en moins d’espace vital. Qu’est-ce que tu ferais à leur place, mhh ?

Il hocha la tête.

- Vous avez sûrement raison, monsieur.

- Il a raison, fis-je avec un sourire qui se voulait rassurant. C’était un accident Zack, rien de plus.

Angeal lui désigna le village d’un mouvement du menton.

- File chez tes parents pour cette nuit et assure-toi qu’ils vont bien. Je passerai te chercher demain, lorsque nous aurons mis un peu d’ordre dans le camp.

- Non, je ne peux pas vous laiss…

- C’est un ordre !

Le garçon s’inclina.

- Bien, monsieur. Merci…

Il nous adressa un sourire reconnaissant et fila sans demander son reste avant que l’on ne change d’avis.

Nous nous mîmes en route et je frottai mes bras nus.

Je n’avais même pas pris le temps de mettre au moins un maillot de corps avant de partir et je commençais à le regretter.

Comment aurais-je pu deviner qu’une saloperie de bestiole allait réduite mon sweat en pièces, aussi ?

Saloperie de pays !

Tandis que nous reprenions le chemin du chantier, cette histoire de malédiction et de démon me trottait dans la tête. On a beau ne pas y croire, dans ce genre de cas, on ne peut pas s’empêcher de douter de tout, à plus forte raison de ses propres convictions.

Je repensai au chamane.

Il traînait sa puanteur dans toute la région et devait forcément être au courant que les fauves quittaient la forêt en quête d’un bon repas. N’importe quel imbécile sachant cela aurait pu faire une telle prédiction et j’étais persuadé qu’il connaissait l’existence du temple sous le réacteur, le salaud !

Il nous avait laissé creuser en se marrant dans son coin, attendant de faire sa petite entrée et de nous coller une frousse de tous les diables avec sa belle prophétie préparée de longue date.

Quel chien ! Il ne perdait rien pour attendre.

Je me massai la nuque en baillant. J’étais physiquement et nerveusement épuisé.

Angeal me donna une petite tape sur le genou et je tressaillis.

J’étais vraiment à cran.

- Essaye de dormir un peu, Seph. Nous n’arriverons pas avant deux bonnes heures, vu l’était de la route.

- Tu auras assez d’essence ?

Si on tombait en panne, là, au milieu de nulle part, je ne donnais pas cher de notre peau avec toutes ces bestioles en vadrouille. Cela devait être affreux de mourir de la sorte. Sentir sa chair se déchirer, lambeau par lambeau, être dévoré vif…

Je repensai aux cadavres des soldats et du cuisinier et me frottai les bras encore plus vigoureusement.

- Il y a trois jerrycans derrière, t’en fais pas. Tu as froid ? C’est la fatigue. Tiens, mets ça.

Tout en conduisant, il retira le pull de son uniforme et me le tendit, pour ne garder que son maillot.

Je l’enfilai avec reconnaissance.

Il était doux et la chaleur de son corps s’était communiquée au tissu. Je cessai instantanément de frissonner et frottai ma joue contre le col.

Il portait son odeur, un parfum fortement boisé. Pour un peu, si je prenais la peine de tomber dans un ridicule un tantinet romantique, je dirais que je me serai cru dans ses bras.

Je le regardai dans la pénombre que diffusait la lumière de phares : un visage anguleux et carré, des traits élégants et fermes et une carrure de lutteur. Angeal avait un corps à damner un saint.

Et si… “ me surpris-je à penser avec un sourire rêveur.

Bah, quoi ?

Pourquoi pas, après tout ? Il était de compagnie agréable et je savais qu’il avait eu une petite aventure platonique avec Genesis, dans son adolescence. Il suffisait peut être de peu de choses pour…

- Ca va ? me demanda-t-il, interrompant ma rêverie. Tu fais une drôle de tête.

Le charme était rompu et je redescendis brusquement sur terre.

Angeal était comme mon frère. Comment pouvais-je penser à des choses pareilles ?

Je secouai la tête.

- Si je te disais à quoi j’étais en train de penser, tu me jetterais en pâture aux fauves, répondis-je amèrement.

Il leva un sourcil et me coula un regard en coin avant de me faire un clin d’œil.

- Quand on voit la mort de trop près, on a envie de ça, c’est normal. Ca t’a pas fait ça, à Wutaï ? Moi, j’avais envie de baiser sans arrêt. Les psy disent que c’est une réaction… comment on dit déjà ? Tu sais pour exorciser le truc. L’opposition entre la vie et la mort, tout ça.

Je tordis le nez.

- Oui, je sais.

- Bah j’espère qu’à Wutaï, tu as eu plus de chance que moi.

Je fis la moue.

- Je n’ai pas tâté de la ” chair locale “, avouai-je.

- Tu n’as rien perdu.

- Les dames utaïennes ne sont donc pas des ” affaires ” ?

- Ni les hommes, d’après ce que j’ai entendu dire. A croire qu’un Dieu blagueur les a privés de libido !

- A ce point là ?

Il se tourna avec un sourire moqueur.

- T’as vu Tseng ?

Je ris de bon cœur.

- Oui, c’est sûr que, vu comme ça…

- Blague à part, tu n’as quand même pas passé tout ce temps à Wutaï à te serrer la ceinture !

- Non, j’avais une aventure avec un autre soldat, à l’époque.

Angeal leva le sourcil.

- Ah ? Qui ?

- Weiss. Enfin, quand son frère Nero voulait bien lui lâcher la jambe !

Il pouffa.

- Ah ! Ces deux-là…

- Ouais.

- C’est vrai que question jolis garçons, t’es pas gâté, par ici, dit-il en secouant la tête. Sérieux, ça fait combien de temps que tu n’as pas… Ah, merde !

La voiture fit un écart et je dus m’agripper à lui pour ne pas être projeté à l’extérieur du Break.

Il me sembla voir une masse noire passer dans mon champ de vision et un cri se coinça dans ma gorge.

C’était inconcevable.

Nous roulions à plus de soixante ! Cet animal ne pouvait pas nous suivre et certainement pas nous percuter ainsi sans y laisser un os.

Angeal parvint à rétablir le véhicule et coupa le moteur.

- Mais qu’est-ce que tu fais ? criai-je, paniqué. Tu veux te faire déchiqueter ? Redémarre ! Tu as vu la force de cette bestiole ?

Il me fixa un instant, interdit, et me posa la main sur l’épaule.

- Seph… On a crevé, dit-il comme s’il parlait à un simple d’esprit.

- Je l’ai vu ! Il nous a percuté ! Il était là, dehors, il est passé devant nous !

Je regardai partout, m’attendant à le voir surgir à tout instant pour enfoncer ses crocs dans ma cuisse.

- On a crevé, Seph… répéta Angeal. Il n’y a rien dehors.

- Bon sang ! Je te dis qu’il est là ! hurlai-je en me tournant en tout sens.

Avec un soupir, il tendit la main pour prendre le fusil et la torche derrière lui et sortit du break.

- Reviens ici tout de suite et redémarre !

L’angoisse au ventre, je le vis faire le tour de la voiture et balayer le paysage de sa torche.

Puis il se baissa pour ramasser quelque chose et se pencha vers moi.

- On a crevé, répéta-t-il en me tendant une pierre aiguë. Et il n’y a rien dehors, Seph, à part ces fichus cailloux coupants.

Je sortis du véhicule et regardai la roue.

Aucun fauve ne nous avait percuté, la roue était juste affaissée et dégonflée. On voyait parfaitement le silex qui y était fiché.

- Désolé… murmurai-je, honteux, en m’appuyant sur le 4×4.

Angeal commença à sortir un pneu de secours et un cric de l’arrière du véhicule et je l’aidai à changer la roue - sans pouvoir cependant m’empêcher de regarder par-dessus mon épaule, à la recherche d’une paire d’yeux luisant dans l’obscurité.

Les vis grippaient à cause de la poussière mais nous pûmes nous remettre en route assez rapidement, ce qui, je l’avoue, me soulagea.

Mon compagnon me jetait de fréquents coups d’œil, auxquels j’essayai de répondre par un sourire - hélas peu convainquant.

- T’es sur les nerfs, hein ? me demanda-t-il soudain.

Je regardai l’obscurité qui nous entourait et me laissai aller sur mon siège en soupirant, me couvrant le bas du visage des mains.

- C’est peu de le dire.

Il hocha la tête et m’adressa un sourire rassurant.

- C’est bientôt terminé, Seph. On va aller voir “sa majesté”, régler tout ça, et, dans trois jours, ce ne sera plus qu’un lointain souvenir.

Je laissai échapper un rire amer.

- Un lointain souvenir… Tu parles ! Ce connard blondinet m’a littéralement lynché ! J’aurais de la chance si, après ça, on ne me relègue pas à la surveillance des réacteurs… Et pour améliorer encore l’excellente impression que je lui ai faite, je viens de perdre quatre hommes par la faute d’un foutu chat de merde et d’un tueur mystérieux ! Chier !

Je frappai le tableau de bord du plat de la main.

- Seph…

- Chier ! Chier ! Chier !

Je me sentais au bord de la crise de nerfs, les cadavres déchiquetés dansant devant mes yeux, et fermai les paupières pour essayer de me calmer.

- Viens là.

J’ouvris les yeux et remarquai qu’Angeal s’était arrêté au milieu de la petite route déserte. Je ne m’étais même pas aperçu du silence soudain, provoqué par l’arrêt du moteur.

On n’entendait plus que le chant des insectes et le chuchotement de la brise, uniquement entrecoupés par le cri lointain d’un oiseau de nuit.

- Allez, viens là, répéta-t-il.

Il s’était à demi tourné vers moi et me tendait les bras.

Je m’y blottis sans réfléchir.

Il était plus petit que moi mais dégageait une force presque palpable. Je me sentais comme un petit garçon entre ses bras.

En sécurité.

Au chaud.

Je cessai immédiatement de frissonner, ses larges mains pétrissant mon dos, me communiquant leur chaleur à travers l’étoffe de son pull.

- Ce connard va me rétrograder, Angie.

- Bien sûr que non…

Il resserra son étreinte et le soupirai.

Le levier de vitesse me meurtrissait la cuisse mais je m’en moquais. J’étais bien entre ses bras.

Je sentais sa joue contre mon cou, les poils de sa barbichette qui me piquaient la joue et son odeur chaude, presque animale. J’avais besoin de cette chaleur et de ce soutien.

J’en vais besoin tout de suite !

Sans même m’en rendre compte, ma joue glissa sur la sienne et il eut un petit mouvement de recul lorsque mes lèvres frôlèrent les siennes.

- S’il te plaît, murmurai-je en le sentant se pétrifier. S’il te plaît, Angie…

Il recula et me fixa un instant sans comprendre. Je lui lançai un regard suppliant et sa bouche s’étira en un sourire indulgent.

- Allons Seph, ça va aller, reprends-toi, mon grand.

Je pressai alors mes lèvres sur les siennes et il fit une chose dont je ne l’aurais jamais cru capable : Angeal me frappa avec une telle brutalité que je dus m’agripper au tableau de bord pour ne pas être expulsé de la voiture sous la force du choc.

Je savais qu’il était une force de la nature, mais j’avoue que je ne m’étais pas non plus attendu à cela.

Il n’avait jamais été brutal avec moi, pas même durant nos entraînements et il n’avait que rarement haussé le ton.

La violence de son rejet me fit plus mal que le coup lui-même.

Il avait mis tant de rage dans son geste, tant de mépris, que j’eus l’impression de me retrouver devant un étranger.

- Angeal… chuchotai-je, sous le choc.

Ses lèvres se mirent à trembler et il secoua la tête.

- Je… je suis désolé, Seph, bredouilla-t-il. Je… je ne voulais pas cogner aussi fort. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Je crois que moi aussi, je suis à bout.

- Tu n’avais pas besoin de faire ça, fis-je d’une voix blanche.

Je commençais à sentir la colère me gagner.

Jamais je n’avais forcé qui que ce soit et Angeal le savait parfaitement. Il aurait suffit d’un simple ” stop ! ” pour que je le laisse tranquille.

Il tendit une main vers ma joue mais je la repoussai.

- Qu’est-ce qui nous arrive, bon sang ? soupira-t-il en s’adossant à son fauteuil, se prenant la tête dans les mains. Qu’est-ce qui nous arrive ?

Il semblait brisé.

- Oublie ça, Angie. Je suis allé trop loin, c’est de ma faute.

Il tourna la tête vers moi et tendit une main pour allumer le plafonnier.

La lumière vive m’éblouit.

Je fermai les yeux mais sentis ses doigts sur ma joue, qui commençait à me lancer.

- Je ne t’ai pas raté, mon pauvre Seph, remarqua-t-il en éteignant la petite lampe. Désolé.

Je souris mais n’osai pas le regarder en face ou faire un geste, de peur qu’il soit mal interprété. Un mur venait de s’élever entre nous et je sus que jamais plus je ne me permettrai un geste tendre ou amical à son endroit. Du moins, pas avant de longs mois.

Il dut s’en rendre compte car je le sentis se raidir.

- Il ne vaut mieux pas rester dans le coin, dis-je en détournant le visage pour regarder à l’extérieur.

Je le sentis s’écarter, remuer sur son siège et j’attendis sagement que le moteur se remette en marche, les yeux toujours fixés dans le décor, à travers le trou béant de la portière manquante.

- Seph ?

En soupirant, je me tournai vers lui et blêmis.

Il avait retiré son maillot et le haut de son pantalon était déboutonné, laissant apparaître quelques poils bruns sur le bas de son ventre.

Ma gorge s’assécha.

Angeal était bâti comme un dieu, une musculature ferme et bien dessinée roulait sous sa peau hâlée.

- Qu’y a-t-il, Seph ? murmura-t-il en souriant. On devient timide ?

- Angie…

Je n’osai pas faire un geste.

D’un mouvement qui fit gonfler son biceps, il actionna le levier de rotation de son siège, dont le dossier s’abaissa jusqu’à être totalement à plat sur la banquette arrière.

Confortablement allongé, il tendit une main autoritaire, qui se referma autour de ma nuque pour m’attirer à lui.

Sans savoir comment, je me retrouvai sous lui, ses mains se glissant sous mes vêtements, faisant passer le pull par-dessus ma tête, déboutonnant mon pantalon, courant sur ma peau et se faufilant entre mes cuisses…

J’étais un jouet entre ses mains et j’avoue que cela ne déplaisait pas le moins du monde, en cet instant.

J’avais envie de lâcher prise et c’est ce que je fis.

Pour quelques instants, j’oubliai les fauves, les morts et la peur de perdre bientôt un statut que j’avais mis des années à acquérir à la force des poings, tout au plaisir que m’offrait Angeal.

Il me fit l’amour avec ardeur, presque avec brutalité, mais j’avais au moins la certitude de ressentir les choses et d’être vivant. Pas comme ceux dont les restes gisaient dans la tente, là-bas, sur la colline…

… à suivre

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Les murs murmurent encore…

Vous les avez réclamés, les voilà ! Plus de graffitis version FF VII !

Qu’il s’agisse des murs des casernes ou de ceux des toilettes de la Shinra, Hojo n’a pas fini de rouspéter !

***

(Dans le vestiaire de la salle d’entraînement du DEEP GROUND)

Weiss signifiant “blanc” en germanique, pourquoi a-t-on appelé le frère de notre cher empereur immaculé “Nero” (du latin “nero”/”noir”) au lieu de “Schwarz” (du germanique “Schwarz”/”noir-sombre”) ?
Rosso

Pour que les idiotes aient quelque chose d’intelligent à dire (du ténébreux “j’t'emmerde” !)
Nero


- EN CAS D’INCENDIE NE PAS UTILISER L’ASCENSEUR -

Utilisez l’extincteur !
Vincent


Dans le dico médical d’Hojo, à côté du mot “blennoragie”, y’a marqué “Voir index”. J’ai regardé mes doigts, c’est bon, j’ai rien.
Zack

Seigneur ! Et c’est avec ça que je suis supposé faire des soldats d’élite…
Hojo


Ce qu’il y a de bien, dans la position du missionnaire, c’est qu’on peut continuer à lire sa BD !
Kadaj

En levrette, c’est mieux, t’as pas besoin de la tenir !
Loz

Que je revoie UNE BD traîner dans la chambre… UNE SEULE !
Yazoo


(Dans les WC de la salle de réunion des turks)

Vous êtes là pour éjecter votre bol fécal, pas pour le couver !
Tseng


(Sur le mur du vestiaire des Turks)

A ce qu’on m’a dit, ce mur serait réservé aux graffitis ! La, la, la…
Anonyme

Non, mon petit Reno ! Vos gribouillages immondes sont interdits, ce mur doit rester propre sous peine de sanctions !
Hojo (heureux possesseur d’une mini-caméra espion et d’un fusil de chasse à 2 coups chargé de gros sel !)

Oh, merde…


L’insupportable manie de repeindre ce mur est une atteinte à liberté d’expression !
Genesis

Continuez vos cochonneries et je vais vous atteindre autre chose, moi !
Hojo


C’est pas pour me vanter mais, aujourd’hui, il fait vachement beau !
Rufus

C’est contagieux, la mégalomanie ?
Weiss


(Dans la salle de commandement du WRO)

- NO SMOKING ! -

But salopette, yes !
Cid


Soutenez Cloud !
Yuffie

Pourquoi ? Il se sent mal ?
Angeal


- SOS SUICIDE : UN COUP DE TELEPHONE PEUT SAUVER UNE VIE -

Sur la tête, il peut aussi fracturer un crâne…
Sephiroth


Sephiroth for president !
Cloud

And Cloud for queen !
Cid


(Dans un ascenseur flambant neuf de la section des turks)

Voilà ce que j’appelle un ascenseur nickel. Pas une marque, pas un graffiti, pas une tache, rien. Bravo les gars ! Splendide !
Genesis


(Dans les WC du SOLDAT)

Plus de 5 secousses, c’est de la masturbation !
Reno


J’ai fait pipi à côté. Le faire a soulagé ma vessie. Le dire a soulagé ma conscience !
Kadaj


OAHHHH !!!! DES FILLES AVEC DES GROS NENEEEESS !!!!
Loz

Où ça, où ça ?
Rude

Rudo, il a écrit ça au mois de juillet ! T’es lent, mais t’es lent…
Helena


(Dans la salle d’attente du service d’évaluation psychologique du SOLDAT)

Je vois bien que vous m’en voulez, pour mon complexe de persécution !
Sephiroth

Depuis que j’ai mon complexe de castration, j’ai l’impression qu’il me manque un truc…
Angeal

Moi, j’aimerais bien avoir un complexe de castration, mon complexe de frustration ne me suffit plus !
Genesis

C’est ça, moquez-vous ! Attendez de vous coltiner un bon syndrome post-traumatique, vous ferez moins les malins !
Hojo


(Dans les toilettes du du bar de Tifa)

Soyez gentils d’écrire à hauteur des yeux. Trop bas, on se penche en avant et on déjante de la cuvette. Trop haut, on se penche en arrière et se fracasse le crâne sur la chasse. Merci d’avance.
Reeve


J’ai testé le mako, on dirait de l’eau de vaisselle…
Weiss

Je viens de palper l’infirmière, on dirait de la gélatine…
Azul

Je viens de d’essayer la piscine, on dirait une baignoire…
Nero

Je viens de payer les factures du Deep Ground. On dirait de l’arnaque !
Rufus


MERDE ! PUTAIN ! BORDEL ! CHIER ! (Maintenant que j’ai prouvé que je pouvais moi-aussi piloter une fusée, où faut-il s’inscrire ?)
Reno

Tu remets tes lacets, pour courir ?
Cid


(Gravé sur l’écorce d’un arbre de la cité des anciens)

Si tu es le garçon super canon qui s’est battu ici la nuit dernière avec les longs cheveux argentés, des yeux d’émeraude, un long manteau de cuir noir zipé, un pantalon moulant et une petite bouche en coeur, je ne dors plus la nuit !!!! Où t’as acheté ton flingue ? Répondre ici : ……………
Vincent


(Sur le mur du bar de Tifa)

Un repas ici : 4 heures de mastication, 40 heures d’aigreurs, 4 semaines de nausées, 4 années de plaidoiries.
Rufus


Un jour mon prince viendra !
Jenova

Depuis le temps que tu l’attends, quand il va te voir, il va avoir un choc…
Lucrecia


(Sur le mur de la salle de cours de Lazard)

Ceux qui ont le savoir, produisent. Ceux qui ne savent pas et ne produisent pas, enseignent. Ceux qui enseignent, transmettent aux nouvelles recrues ce qu’ils savent. Merde, qu’on me dise comment c’est possible !?
Sephiroth


Ce qu’il y a sur ce mur de WC est vraiment odieux !
Hojo

Jetez donc un coup d’oeil dans le miroir : c’est pire !
Weiss


(Dans les toilettes du réacteur de Nibelheim)

Pour gagner un superbe badge “tireur d’élite”, visez juste ! (Demander le badge dans bureau du fond, en sortant, là où y’a marqué “Pr Hojo”).
Anonyme


On me reproche toujours de passer mon temps dans “Loveless”
Genesis

Et moi, on me reproche toujours de commencer des trucs et de ne jamais les finir…
Sephiroth

Ouais. Les enfants, par exemple !
Kadaj


(Dans les WC des turks)

Ah, enfin !… S’asseoir, défaire son noeud de cravate et poser les pieds sur la porte, relax…
Rude


(Dans un ascenseur de la Shinra, au-dessus d’une moquette trempée)

Ce petit pissou m’a purgé de toute la haine que je nourris pour les ascenseurs à musique…
Reno

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LXI - J’ai mal, je t’aime

“On ne souffre jamais seul.

On souffre toujours avec ceux qui souffrent

à cause de votre souffrance.”

E. Wiesel

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Shalua coupa la dernière terminaison nerveuse qui reliait la moelle épinière de Nero au système de contrôle du mécanisme de ses ailes et Reeve retira précautionneusement le second tronçon d’aile. Une horrible écharde de métal au bout de laquelle pendait un imbroglio gluant de chair rougeâtre, de reste d’os, de câbles et de nerfs qui, avec les années, s’étaient formés autour de la structure que l’on avait fixée à la colonne vertébrale, aux côtes et aux omoplates du jeune homme.

- Ca devait lui faire un mal de chien… nota le chef de la WRO en posant la répugnante écharde de métal sur le sol.

Shalua acquiesça sous son masque de chirurgie tandis qu’elle s’affairait sur le dos du ténébreux.

- Les douleurs osseuses sont les pires qui soient. J’ignore comment il a pu supporter tout ça.

Shelke vérifia les fonctions vitales de son ancien compagnon d’armes sur son ordinateur.

- Plus que vingt minutes d’anesthésie, annonça-t-elle.

Reeve hocha la tête.

- Ca suffira largement. Nous avons presque fini.

Pauvre gosse… “ pensa-t-il en lissant la longue chevelure noire de ses mains gantées de latex.

Il secoua la tête, pris de pitié, mais Nero ne sentit pas la caresse réconfortante.

Nero était loin du box de chirurgie du manoir de Nibelheim.

Très loin…

Des années en arrière, en fait…

*

Ce n’était pas le cas de son frère Weiss.

Les coups de pieds furieux de Genesis et la douleur de chaque nouvel impact lui interdisaient la moindre échappatoire à la douleur, ne fût-ce qu’en se réfugiant dans ses souvenirs. Ce n’était pourtant pas faute de provoquer son tourmenter en espérant qu’un uppercut assez fort l’assommerait.

L’ancien chef des Tsviets, l’admiré, l’adoré, l’immaculé Weiss, se tordait sur le sol rocheux en gémissant sous les coups, le souffle coupé, les mains liées et le corps brisé et ensanglanté.

- Dis-lui de revenir ! hurlait Genesis à tue-tête. Appelle-le ! Appelle-le !

Il lui asséna un coup de pied particulièrement violent à la poitrine et le jeune supplicié en eut le souffle coupé mais essaya malgré tout de ricaner.

L’ironie était la dernière arme qui lui restait et il savait que cela rendait Genesis fou de rage.

- Désolé… J’ai pas… son numéro de… téléphone… sur moi…

Son bourreau le saisit par ses longs cheveux blancs et souleva sa tête pour lui parler à un pouce à peine du visage. Un visage qui, il y a encore quelques heures, avant que sa peau éburnéenne n’éclate sous l’impact des coups, aurait rendu jaloux bien des anges.

- Très drôle… Continue à faire le malin et c’est en morceaux, que ton frère te récupérera. Contacte-le ! Utilise ce lien empoisonné qui vous unit ! répéta-t-il en cognant brutalement sa tête sur le sol, lui ouvrant une nouvelle entaille - au front, cette fois. Dis-lui de revenir avec ce qu’il m’a volé !

- Va te… faire… mettre !

L’ex-soldat feula comme un fauve enragé et lui donna un coup de pied si brutal dans ses reins, provoquant une telle douleur, que Weiss s’évanouit.

Genesis jura, comprenant que c’était bien ce que le tsviet avait cherché à faire depuis le début.

- Maudit ! gronda-t-il en Tu ne perds rien pour attendre ! Je te jure que lorsque j’en aurais fini avec toi, tu hurleras tellement et tu appelleras ton frère au secours avec une telle force psychique qu’il aura de la chance si sa cervelle n’éclate pas !

*

Dans le grand open space réservé aux turks dans les plus hauts étages de la nouvelle tour Shinra, Tseng tapait impatiemment du pied.

Que fichait Elena ?

Elle aurait dû être là depuis un moment déjà et le pilote de l’hélicoptère commençait à s’impatienter !

Avec un soupir irrité, le chef des turks se rassit à son bureau, sur lequel était posée une petite boîte blanche de bois laquée ornée de minuscules poignées d’argent ciselé.

N’importe qui aurait pris cette boîte pour un grand écrin à bijoux ou un coffre à trésors quelconque jusqu’à qu’il lise la petite plaque gravée et délicieusement ornementée qui y avait été fixée deux heures plus tôt par un bijoutier réveillé en pleine nuit (et grassement payé pour le dérangement) : ” KALY - R.I.P.* “.

(*Note : pour ceux qui m’ont posé la question par mail, R.I.P. est l’inscription que l’on trouve sur les pierres tombales et les cercueils occidentaux, elle est l’abréviation du latin “Requiescat in pace” (Qu’il/elle repose en paix))

La porte s’ouvrit, laissant passer sa collègue retardataire, qui s’avança avec un grand et luxueux sac cartonné à la main.

Tseng lui adressa un regard lourd de reproches.

- Où diable étais-tu passée ? Nous aurions déjà dû part… Qu’est-ce que tu fais ? s’étrangla-t-il en la voyant ouvrir le petit cercueil.

Elena, guère intimidée, brandit le sac estampillé du logo d’un prestigieux magasin de jouets de luxe.

- J’ai dû faire intervenir quelques contacts pour me faire ouvrir la boutique en pleine nuit, mais j’ai enfin trouvé ce que j’ai cherché toute la journée ! claironna-t-elle en débarrassant le minuscule cadavre de son petit drap d’hôpital bleu.

L’Utaïen faillit en manger sa cravate.

- Elena ! Par tous les Dieux de la planète ! Repose ce fœtus dans son cercueil immédiatement !

La jeune femme se contenta de hausser les épaules et allongea la minuscule créature sur le bureau de son chef avec un petit bruit sec qui retourna l’estomac de celui-ci.

Le mako avait littéralement momifié les tissus, désormais durs comme de la pierre et parfaitement conservés, comme si la vie du petit être s’était figée dans le temps, fossilisée par le mako. En fait, le bébé paraissait dormir et n’importe qui, qui l’aurait vue ainsi, se serait attendu à voir la menotte se resserrer d’instinct autour de son doigt.

Une poupée de cire “ avait pensé Elena lorsqu’elle avait touché le fœtus momifié la première fois. Une poupée de cire comme celles qu’on voit dans les musées… “

Si ce n’est que les poupées de cire étaient à taille humaine alors que le petit cadavre, à qui on avait ôté la vie à cinq mois de gestation à peine, tenait presque tout entier dans sa main.

- Bon sang, Elena, mais qu’est-ce que tu fiches ? s’étrangla Tseng en la voyant sortir de minuscules vêtements de poupée de son sac.

Patiemment, et sans s’énerver ou lui prêter attention le moins du monde, la jeune femme habilla le bébé avec les vêtements de poupée : une adorable grenouillère bleue et blanche brodée de petits poussins chocobo, des chaussons blancs et un petit bonnet assorti.

- S’il veut le voir, il sera mieux comme ça que nu dans un morceau de tissu récupéré à la morgue, répondit-elle enfin, ravie du résultat. Qu’est-ce que tu en dis ?

Le chef des turks frissonna car le bébé avait l’air plus que jamais vivant.

- C’est… (Il soupira) Je ne sais pas si je dois trouver ça sordide ou… Ou… Remets-le là-dedans, tu veux ?

Il se détourna, horriblement mal à l’aise, et la jeune femme allongea doucement le bébé dans son cercueil après en avoir retiré l’horrible drap bleu et referma le couvercle, le cœur un peu lourd.

Cela n’aurait sans doute pas été le cas si elle n’avait pas eu cette fichue conversation, avec Reno.

Ils avaient parlé longtemps.

Sans doute même plus longtemps qu’elle ne l’avait jamais fait et elle était sûre d’une chose : Reno était fou amoureux de Yazoo. C’était une évidence. Une évidence dont le jeune turk ne s’était peut-être même pas encore rendu compte. Il lui avait parlé de l’argenté pendant presque une heure, lui racontant à quel point les découvertes dans le laboratoire secret du Deep Ground l’avaient remué.

Rends le fœtus aussi présentable que possible, d’accord ? “ avait-il demandé avec une timidité et une anxiété qu’elle ne lui connaissait pas. Je suis sûr qu’il voudra le voir avant qu’on le mette dans la crypte”.

Elle l’avait rassuré, alors, lui avait dit que cela ne poserait aucun problème, que le petit corps était parfaitement conservé et que le bébé paraissait dormir.

Reno avait soupiré de soulagement et elle avait souri.

Oui, il était vraiment amoureux…

Et elle ne savait que trop ce que l’on pouvait ressentir en voyant souffrir la personne que l’on aimait le plus au monde.

Les images de la terrible nuit qu’elle et Tseng avaient passé au cratère nord frappèrent à la porte de sa mémoire mais elle ne les laissa pas entrer.

Pas cette fois.

Plus jamais…

Depuis qu’elle avait tenu le petit corps dans ses mains et qu’elle avait vu les premières images de Kay, filmé par Reno, quelque chose s’était réveillé en elle.

Quelque chose avait changé.

Profondément.

Obtenir l’amour de Tseng, ce qui avait été pour elle durant des années la finalité rêvée, le but ultime, commença à perdre de son importance.

Oh, bien sûr, elle l’aimait toujours et ne cesserait sans doute jamais de l’aimer, mais autre chose occupait désormais le premier plan son esprit : un bébé. Elena, qui avait passé une partie de sa vie à ôter celle des autres lorsque la situation l’exigeait, rêvait désormais de la donner…

Elle ne pouvait donc que trop imaginer ce que devait ressentir Yazoo, à qui l’on avait arraché son enfant sans même lui donner une chance de le voir.

Elle trouvait cela cruel, injuste et profondément choquant. Peu importe ce qu’il avait pu faire, deux ans plus tôt, aucune mère ne méritait ça ! Car, aussi curieux que cela semble à dire, Yazoo était bien la mère de la petite créature qu’elle avait habillée avec tant de soin.

Elena avait passé la journée sur Internet et au téléphone pour trouver des vêtements de bébé à la bonne taille. En vain. Même les vêtements pour grands prématurés étaient encore trop larges.

Le vêtir ainsi aussi sonné faux, comme une parodie ou une bouffonnerie de maternité. Elle voulait, au contraire, que tout paraisse normal, naturel. Comme l’enterrement d’un bébé mort-né. Une tragédie, certes… mais une chose qui arrivait souvent. Pas comme un bébé grandissant dans un cadavre et tué par des savants fous uniquement soucieux de performance !

Elena était sûre que, plus cela paraîtrait naturel et plus Yazoo se remettrait facilement.

Pourquoi y tenait-elle tellement ? Aurait-on pu se demander.

Pour Yazoo ? Pour Reno ? Pour le bébé ? Pour elle-même ?

Sans doute les quatre à la fois.

Mais aussi, et surtout, parce qu’elle était une femme et qu’elle comprenait. Oui, elle comprenait d’instinct et savait ce qu’elle devait faire - ou ce qu’elle aurait aimé qu’une autre mère, en devenir ou non, fasse si les rôles avaient été inversés.

Elena souleva le cercueil avec un mystérieux sourire, à la fois triste et paisible, que Tseng ne réussit pas à interpréter.

- Oh, Tseng ! fit-elle sans se retourner. Peux-tu prendre le sac ? J’ai aussi acheté un cadeau pour Kay. Je le donnerai à Loz de notre part à tous.

- Euh… Ou… Oui… bredouilla l’Utaïen. Bien sûr.

Elle sortit et le chef des turks récupéra le sac avec un froncement de sourcils incrédule.

La jeune femme avait quitté la pièce sans même lui adresser un regard. Pas même l’un de ceux qui l’agaçaient tant, dégoulinants d’admiration, qu’elle lui coulait entre ses longs cils, croyant qu’il ne remarquait rien.

Il aurait dû en éprouver du soulagement, voire même de l’espoir en se disant qu’elle avait peut-être enfin fini par comprendre où était leur place à tous deux et accepter qu’il ne serait jamais rien pour elle que son supérieur hiérarchique, mais… curieusement ce ne fut pas le cas.

Si Tseng ne se connaissait pas mieux que ça et ne se savait pas à l’abri de sentiments aussi mesquins qu’improductifs, il aurait pu croire qu’un petit pincement vexé lui avait piqué l’estomac…

*

Allongé sur son lit et une coupe de vin à demi pleine posée sur la table, Vincent regardait les étoiles par la fenêtre entrouverte, goûtant la fraîcheur nocturne.

Lui, Cait et Merill avaient aidé Sephiroth à remettre de l’ordre dans le bureau de Shalua et avaient attendu un peu que cette dernière finisse de s’occuper de Nero mais Reeve leur avait fait signe que ce serait plus long que prévu.

Enlever les restes d’ailes métalliques ne suffisait pas, leur avait-il expliqué, il fallait aussi retirer très soigneusement un appareillage complexe fixé à l’os.

- Vincent…

Celui-ci tressaillit et sentit une armée de petits lézards glacés lui descendre le long du dos en entendant la voix douce qui s’éleva dans son dos, dans l’angle le plus sombre de sa chambre.

La gorge sèche, il pivota lentement et sa gorge serrée émit un son étranglé en reconnaissant la ” visiteuse ” nocturne.

- Lucrecia… finit-il par articuler après plusieurs tentatives infructueuses.

L’apparition s’approcha et tendit vers sa joue une main ectoplasmsique que, bien sûr, il ne sentit pas.

- Mon amour… chuchota la jeune femme, ses yeux fantomatiques brillants de larmes.

Il aurait tant voulu la consoler. La serrer dans ses bras. Enfouir son visage dans ses cheveux et respirer son parfum frais. Il aurait voulu… Oh ! Dieux, il aurait voulu tant de choses…

- Lucrecia… Si tu savais comme tu me manques…

La jeune femme fit des efforts inhumains pour se reprendre et ne pas se laisser aveugler par ses sentiments.

Elle n’avait pas le loisir de se laisser aller.

Le temps pressait.

Il fallait faire vite.

- Vincent… Weiss va mourir, dit-elle de but en blanc.

L’ex-turk se raidit.

- Quoi ?

- Il faut aller le chercher sans tarder ou Genesis va le tuer ! Il n’acceptera jamais de lui livrer son frère. Il préférera mourir et s’il meure… nous ne pourrons plus compter sur l’Omega pour combattre Jenova.

L’apparition trembla, parut se dissoudre, puis réapparut à nouveau mais si pâle qu’on la distinguait à peine.

- Lucrecia ! cria Vincent en bondissant de son lit.

La jeune femme paraissait à présent souffrir et avait visiblement du mal à rester visible.

- Lucrecia… Pourquoi a-t-on besoin de l’Omega ? En quoi Genesis est-il…

- Weiss… l’interrompit précipitamment Lucrecia en luttant pour ne pas disparaître complètement. Weiss vous expliquera tout… La source du mont Nibel… Weiss… Ne le laissez pas… Mourir…

- Lucrecia !

- La source… du mont… Nib…el…

Elle disparut complètement et, après un court instant d’hésitation, Vincent bondit hors de sa chambre et se précipita en direction des appartements de Rufus.

à suivre

IV - Chasse nocturne

« La guerre, c’est comme la chasse,
sauf qu’à la guerre, les lapins tirent. »

C. de Gaulle

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Du calme, Angie… chuchotai-je en regardant le pouce d’Angeal contracté sur le chien du fusil.

Il épaula et posa l’index sur la détente, tenant le canon et la torche de la main gauche.

Avec un tel dispositif, ce qui se trouverait face à la torche serait inévitablement dans la ligne de mire.

- Je me calmerai quand je saurai ce qui se passe là-dedans.

Avant d’entrer dans la tente, il balaya une dernière fois les alentours du faisceau de lumière, dans le sens des aiguilles d’une montre, et refit l’opération dans l’autre sens, plus lentement.

Rien ne semblait bouger.

Il s’apprêtait à tendre le bras pour saisir le rabat quand deux billes vertes accrochèrent un instant la lumière, sur notre gauche, à quelques mètres de la tente.

- Merde ! cria-t-il.

Je reculai d’instinct et il braqua la torche et le canon sur une tête monstrueuse où luisaient des crocs rougeâtres et grands comme des dagues.

- Tire ! hurlai-je au moment où j’entendais la détonation.

Je clignai des yeux, surpris par le bruit qui retentit et se répercuta dans les vallons sur une distance inimaginable.

Angeal tira deux cartouches et une masse de fourrure noire traversa le faisceau de lumière.

- Putain de bestiole ! jura mon ami en braquant la torche vers l’endroit où l’énorme panthère était partie.

- Je croyais que ces animaux étaient en voie de disparition ! fis-je remarquer, hébété.

Mon compagnon avança de quelques pas, dans la direction qu’avait prise le félin, et je le suivis pour scruter la colline en contrebas : un à-pic à donner le vertige.

- Une panthère volante, tu crois ? essaya-t-il de plaisanter.

- Cette saleté a dû faire le tour de la tente, elle n’a pas pu sauter.

- Merde !

Je regardais autour de moi en essayant de percer l’obscurité à la recherche de deux billes vertes et luisantes.

- Elle est partie, assurai-je.

- Tu crois ?

- Je l’espère, du moins…

Ca, c’est le genre de choses que je n’ai jamais pu expliquer.

Autant je peux affronter cinq hommes armés jusqu’aux dents sans broncher, autant les sales bestioles font monter mon stress à un niveau de tous les diables ! A plus forte raison quand la bestiole en question fait dans les quatre vingt kilos et a des dents comme des poignards…

- Oui, il a dû partir, soupira Angeal en retournant à la tente. Il a du venir de la forêt, ce fils de pute ! Il y a quelqu’un ? demanda-t-il en soulevant le rabat. Zack ? T’es là ? Ou vous vous êtes tous enfuis comme des lâches qui se… (Je lui montrai le rabat lacéré et sa voix fut remplacée par une respiration sifflante). Oh mon Dieu ! Zack !

Je le suivis à l’intérieur et mon cœur manqua un battement.

Ce n’était pourtant pas les premiers cadavres que je voyais, loin s’en fallait ! Lorsqu’on a fait cette putain de guerre de Wutaï, on est vacciné à vie pour faire face à ce genre de spectacle sans rendre le contenu de son estomac…

D’ailleurs, je n’oublierai jamais ma première rencontre avec un cadavre, là-bas. Je venais d’arriver, les lieux avaient été sécurisés et, curieux, je me promenais dans l’exotique capitale le nez en l’air, sans faire attention où je marchais. Et, fatalement, j’avais trébuché… pour me retrouver allongé et nez à nez avec un machin à demi putréfié, abandonné en pleine rue sur une civière débordante de fleurs fanées.

Ca m’avait fichu un sacré coup, je peux bien l’avouer !

J’appris plus tard qu’il y avait des coutumes mortuaires bizarres, à Wutaï. Ce qui expliquait que l’on baladait les macchabées à l’air libre pendant plusieurs jours, avant de le mener vers son bûcher funéraire au bord de l’eau au vu et au su de tout le monde, tel un paquet de linge à laver.

Ce n’est pas que je sois particulièrement impressionnable mais, franchement, je n’avais que seize ans et n’y étais pas préparé.

Au SOLDAT, tout ce qui concerne la mort est tellement tabou, pour ne pas décourager les nouvelles recrues, que voir des dépouilles participer pour ainsi dire au train train de la vie quotidienne à Wutaï semblait ” indécent “.

Je me doute que j’ai l’air d’un imbécile en disant ça. Je sais bien que ce n’est qu’une question d’éducation et de coutumes mais avouez que vous n’en mèneriez pas large non plus si vous aviez à l’improviste failli faire un ” love kiss ” à un cadavre recouvert de fleurs fanées - et je vous fais grâce de l’odeur !

Dans la tente où Angeal et moi nous étions figés de dégoût, il n’y avait pas de fleurs ou de cortège pour les malheureux qui gisaient sur le sol. Seulement du sang, des tripes répandues par des blessures béantes et la puanteur âcre de la peur et des corps à qui l’imminence de la mort ôte tout contrôle.

Pas de quoi faire des effets de style…

Ces deux jeunes soldats et le cuisinier, j’avais appris à les connaître et à les apprécier et voir leurs cadavres ainsi déchiquetés me serra les tripes.

- Zack n’est pas là, fit Angeal en parcourant les lieux du regard.

Il balaya l’intérieur de la tente de sa lampe .

- Il doit encore courir, à moins qu’il ne soit blessé et se terre quelque part près d’ici, fis-je avec une ironie morbide que mon compagnon n’apprécia pas.

Il s’était beaucoup attaché à ce garçon, semblait-il. Beaucoup plus que je ne l’aurais cru.

- Il faut le retrouver avant que ce fauve ne revienne, dit-il en sortant de la tente.

J’acquiesçai d’un signe de tête et lui m’emboîtai le pas.

- Zack est allé à bonne école, avec toi. C’est un garçon malin et adroit, il ne se serait pas laissé avoir aussi facilement, essayai-je maladroitement de me rattraper.

Angeal eut un petit rire nerveux.

- Si j’étais superstitieux, Seph, je me dirais qu’on aurait peut-être dû écouter le vieux fou qui nous a mis en garde cet après-midi…

Je me raidis.

- Ne sois pas ridicule ! Rien n’aurait empêché ce fauve de sortir de la forêt voisine pour venir se faire les crocs ici ! A tous les coups, il a été attiré par les bruits. Ou les odeurs de nourriture.

J’avais vu, dans un reportage, que les fauves n’attaquaient l’homme que lorsqu’ils ne pouvaient plus chasser de proies plus dangereuses - ou plus rapides.

Celui-là m’avait paru en pleine possession de ses moyens, pourtant !

Quoi que… en y repensant, pas aussi énorme qu’il m’avait semblé lorsqu’il avait émergé des ténèbres. Même pas aussi massif que les félins gras du bide que l’on voit se traîner mollement dans le zoo de Midgar.

Bien assez grand, cela dit, pour être dangereux.

S’il avait décidé de s’offrir un steak d’humain, peut-être avait-il prévu d’aller jusqu’aux abords de Gongaga. Mais comme nous avions installé le campement ici… Il en avait profité.

- Cette attaque n’est pas une malédiction, Angie, assurai-je, mais une épouvantable malchance ! S’accabler de reproches tardifs ne ramènera pas ces malheureux à leurs familles. Mais on peut peut-être encore sauver ton Zack.

Angeal enfila rapidement ses vêtements et moi mon pantalon et mes bottes sans même prendre le temps de mettre des chaussettes ou de me couvrir le torse - j’ai toujours détesté avoir quelque chose sur la gorge ou la poitrine, je ne sais pas pourquoi. J’avais toujours un pull d’uniforme de secours dans la voiture, de toute façon, au cas où.

Nous fîmes le tour du campement, maîtrisant nos craintes de ne retrouver que des morceaux épars de Zack.

Notre 4×4 nous attendait silencieusement dans le noir, sa silhouette trapue bien visible marquant le début de la sente qui menait à la civilisation, ou du moins, à la sécurité relative de la communauté humaine de Gongaga.

J’aurais donné n’importe quoi en ce moment pour me retrouver au milieu de la foule que j’évitais d’ordinaire. Je crois même que j’aurais pu serrer dans mes bras le vieux chamane poussiéreux s’il avait surgi des ténèbres !

Sans nous concerter, nous nous dirigeâmes droit vers le véhicule et un grincement métallique à peine audible nous fit nous raidir.

Angeal me fit signe de me tenir prêt à ouvrir la portière arrière du break, pendant qu’il pointait à la fois le fusil et la torche vers l’intérieur.

Tendu à craquer, je tirai si brusquement sur la portière qu’elle faillit sortir de ses gonds dans un odieux crissement qui résonna comme un gong en fin de course.

Dans le silence de la nuit, j’avais l’impression d’avoir commis un sacrilège par ce vacarme.

J’ignore encore comment, en dépit de cette tension accumulée, Angeal put se retenir d’appuyer sur la détente lorsqu’un mouvement se fit dans le véhicule.

Si j’avais été à sa place, j’aurais probablement causé un drame car c’était notre pauvre Zack, légèrement blessé à la jambe, qui y avait trouvé refuge.

- C’est vous ! soupira-t-il en nous voyant. Dieux merci !

*

Pendant qu’Angeal bandait la jambe de son protégé, celui-ci nous raconta qu’il avait aussi entendu les hurlements de ses camarades alors qu’il était sorti soulager sa vessie. Mais, au contraire de nous, en entrant dans la tente plongée dans le noir pour leur porter secours, il avait également reconnu le feulement sourd qu’il entendit. Et devinant la nature de la menace, il avait battu en retraite mais pas assez rapidement pour éviter un coup de griffe.

Il avait alors rampé jusqu’à l’abri des parois de tôle de la voiture, sûr que l’animal allait se précipiter à ses trousses.

Le garçon s’excusait à n’en plus finir de qu’il considérait comme de la lâcheté.

- Zack…

- J’aurais dû aller vous avertir, récupérer une arme, défendre mes compagnons !

- Il était trop tard.

- Le contremaître ? demanda soudain Zack. Damon ! Avez-vous trouvé Damon ?

Je secouai la tête.

- Pourtant, il a réussi à s’enfuir de la tente. Je le sais, je l’ai vu ! insista-t-il.

Nous refîmes donc tous trois le tour du camp.

En vain.

Nous trouvâmes pas le cadavre de Damon et personne ne répondit à nos appels.

Je ne sais lequel de nous trois eu enfin l’idée d’aller jeter un œil dans les fondations.

Sans doute pas Zack car, depuis le début de l’après-midi, tous les Gongagiens manifestaient une réticence maladive à s’approcher du temple.

Rufus Shinra leur avait bien sûr interdit de le faire, certes, mais au vu de leurs visages décomposés par la peur, cette interdiction était totalement superflue.

Angeal et moi descendîmes la pente abrupte menant au fond du trou et je l’entendis jurer dans la pénombre en se frappant trois fois le front.

Ce geste me surprit par je ne l’avais jamais vu manifester une ombre de superstition.

Cela dit, en de telles circonstances, j’arrivais presque à le comprendre.

Angeal avait déjà travaillé ici, avant, ainsi qu’à Canyon Cosmo, où les mythes étaient au moins aussi vivaces qu’à Gongaga. Qui savait ce qu’il avait pu voir au cours de ses missions ? Il faudrait que je le questionne là-dessus, un jour. Mais pas en pleine nuit, après trois cadavres mis en pièces et près d’un temple profané…

Angeal se glissa sous le ruban de plastique censé interdire l’entrée par la crevasse ouverte dans le mur du temple, la torche en avant.

Après un pesant silence, il laissa tomber :

- Je l’ai trouvé.

A son ton neutre et à son dos raidi, je devinai une autre mauvaise nouvelle.

Je le rejoignis et vis le corps du contremaître étendu sur l’autel de pierre et couvert de sang comme les autres.

Je notai que les blessures n’étaient pas dues à un fauve ou à quelconque animal : cet homme avait été égorgé par une lame, non par des crocs ou des griffes !

J’échangeai un regard avec Angeal, hésitant à formuler des conclusions qui pourraient s’apparenter à des accusations.

Avions-nous un meurtrier sur les bras en sus d’une bête fauve ?

Nous ne pouvions fournir aucune réponse à cette question pour l’instant.

… à suivre

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Part 12 Les chemins de la vertu… ne sont décidément pas sur la route du Star Tash !

Un cri résonne dans la nuit : NOOOOOOONNNNNN !!!

Dans la chambre de Weiss et de Nero

Nero (qui sort la tête des draps) : C’était quoi ça ?

Weiss (un gros point d’interrogation sur la tête) : Tu crois qu’ils ont des singes hurleurs dans le vaisseau ?

Nero (réfléchit un moment et secoue la tête) : Nan, je pense pas.

Weiss : Alors je vois pas.

Re-cri : AAAAHHHHAIEAIEAIEAIE ! ! !

Nero : C’est Lozy, non ? Faut aller voir !

Weiss (qui le retient par une aile) : Minute papillon ! Avant d’aller butiner ailleurs, tu peux m’expliquer comment ça se fait que tu l’appelles par son petit nom ?

Nero (gaufré par terre, le nez dans la descente de lit) : Non mais tu crois que c’est le moment de me piquer une crise de jalousie ?

Il se dégage, et se précipite dehors, en pyjama.

Pendant de temps, dans la chambre de Loz et Yazoo :

Yazoo (qui maintient les poignets de Loz) : C’est pas la peine de gigoter comme ça, de toute façon t’échapperas pas à… ça !

Loz (s’accrochant aux draps) : NAAAAAAAAAAANNNNNNNNNN ARRREEETEUHHHH NNAAHHHAAWWWWWOUILLE OUILLE OUILLE AIEAIEAIE !

Yazoo (suant au labeur) : Trop tard, c’est fait !

Pendant de temps, dans le cercueil de Vincent, dans les soutes :

Cid (ouvrant le couvercle du cercueil pour sortir la tête) : C’était quoi, ça ?

Vincent (en soulevant le cache à dentelle qui lui couvre le yeux pour dormir) : Vaut p’têt mieux y aller, j’crois que Loz est en train de douiller !

Ils s’habillent vite fait, se précipitent et croisent Nero, Weiss, Tifa, Cloud, Reno… enfin toute la clique dans les coursives et… Tseng, que le boucan a réveillé !

Vincent (voyant Tseng) : Merde !

Tseng : Vous disiez, agent Valentine ?

Vincent: EUH… rien ! Je me demandais ce qu’était ce bruit, hihihi…

Tseng (en remontant son pantalon de pyjama estampillé de fleurs de gingembre utaïennes et en raffermissant sa poigne sur la batte de base-ball qu’il a apportée avec lui) : Allons-y doucement, peut-être un démon s’est-il introduit chez l’officier Loz. Restez derrière moi.

Weiss (se marrant comme une baleine) : Attends de voir la gueule de ” l’introduction ” ! (Nero lui donne un coup d’aile) Aïeuh !

Cloud : Heu… Monsieur ? C’est p’têt pas la peine d’y aller, vous savez…

Tseng : Il le faut ! L’entraide est le ciment d’une équipe bien soudée !

Reno (en aparté à Tifa) : Ca se soude, le ciment ?

Tifa (effondrée) : Reno, tu es vraiment un boulet…

Cloud (insiste) : Yazoo et Loz sont des soldats 1ère classe, après tout, si y’a un monstre là dedans, personne n’est plus qualifié qu’eux.

Tseng : Quand bien même, il faut qu’ils sachent qu’ils peuvent compter sur leurs camarades pour tout !

Weiss (lève le doigt et s’apprête à faire un commentaire enthousiaste mais se reprend un autre coup d’aile de Nero sur la tête) : Mais aïeuh ! T’arrêtes un peu, oui ? !

Cloud (à court d’arguments) : Oui mais p’tet qu’on va les réveiller pour rien et Yazoo peut être très très très en colère lorsqu’on le réveille en sursaut, vous savez…

Tout le monte hoche vigoureusement la tête, sachant très bien ce qu’ils risquent de trouver de l’autre côté de la porte.

Tseng (outré) : Soldat Strife ! Je commence à en avoir plus qu’assez de votre attitude de péteux ! (En se tournant vers les autres) Aurais-je donc affaire à une bande de couards ?

Cloud (les yeux soudain plus mako que bleus) : PETEUX, MOI ?

Sephiroth (sa dignité guerrière traînée dans la boue) : Monsieur ! Avec tout le respect que je dois au chef des turks, je vous demande de retirer ses paroles ou je me verrais contraint de demander réparation sur-le-champ !

Cloud (la bouche en cœur) : Mon hérooooossss…

Tseng (un peu rassuré) : Pardonnez-moi, mais j’ai craint un moment… Enfin ça ne fait rien. On y va !

Il défonce la porte de la cabine.

Tous : NNAAANNN ! ! ! ! ! !

Tseng (qui lâche soudain la batte et fixe le lit) : Mais que…

SHKLONG (bruit de la batte qui tombe sur le sol)

Tout le monde se précipite, s’attendant au pire, et voient Yazoo, sous les draps, appuyé sur les oreillers entrain de fumer une cigarette, un grand sourire aux lèvres.

Les multiples paires yeux glissent alors sur Loz.

Il est allongé, les bras en croix, et fixe le plafond avec un large sourire en banane, aussi béat que niais.

Yazoo (faisant des ronds avec la fumée d’un air d’autosatisfaction intense) : Oui ? C’est à quel sujet ?

Tseng (qui bafouille) : Je… Euh… On a entendu crier… Alors… Bah…

Yazoo : Oh, ça ! Ce n’est rien. Loz a fait un cauchemar mais il va mieux maintenant. Hein, Lozy ?

Loz (qui hoche la tête, toujours béat et le regard toujours au plafond) : Vi, vi… Y va bien…

Tseng (inquiet quand même) : Vous êtes sur ? Il n’a pas l’air très “dans son jus”, là, quand même, hein…

Yazoo : Faites-moi confiance, je m’occupe de lui, monsieur.

Tseng : Bon, eh bien, dans ce cas… Bonne nuit.

Yazoo (tout sourire) : Bonne nuit ! Dis bonne nuit, Lozy.

Loz (qui il agite la main sans se départir de sourire idiot) : Onne huiiii !

Tseng chasse tous les curieux et referme la porte.

Yazoo (se penchant sur Loz) : Ca va mamour ?

Loz : Hein ?

Yazoo : Je te demande si ça va.

Loz (tronche de mongolien) : Kezudit ?

Yazoo (qui commence à s’inquiéter quand même) : Loz, c’est moi ! On se réveille ! C’est ton sucre d’orge adoré !

Loz (qui bondit hors du lit, reprenant ses esprits d’un coup) : Ah ! Ne m’approche pas !

Yazioo : Bah m’amour…

Loz (hystérique) : Sadique ! B’sédé ! Comment t’as pu me faire une chose pareille ? Monstre ! Sans cœur ! Bourreau !

Yazoo (la larme à l’œil) : Mais… je t’aime, mouaaa !

Loz (sur le point de péter les plombs) : Tu m’aimes ? Et tu t’imagines que je vais te croire après ce que tu viens de me faire ?

Yazoo (qui essaye de le prendre dans ses bras) : M’amour…

Loz : ME TOUCHE PAS ! VIOLEUR ! Tu mériterais que je te tranche la tête !

Yazoo (effondré sur le sol en larmes) : Ne me dis pas des choses aussi horribles !

Loz (qui le toise avant de sortir) : C’est ça ! Chiale ! Tu pisseras moins !

Il part en claquant la porte.

Nero et Tifa, qui étaient restés devant la porte à discuter (et a essayer d’entendre ce qui se passait dans la chambre, bien sur), voient sortir Loz comme une furie.

Loz (qui entraîne Tifa avec lui) : Viens là ! Faut qu’j'te cause !

Tifa : Hein ? (elle regarde Nero, qui hausse les ailes - enfin les épaules) Mais keskia ?

Loz : Je t’explique ça dans deux minutes

Il l’entraîne à travers les coursives.

Nero (qui rentre à pas de loup dans la cabine, voit Yazoo effondré) : Ca va pas ?

Yazoo (en larmes) : Laisse-moi ! J’veux mourir ! Il me déteste !

Nero (qui le prend dans ses bras et le berce *ah bah dès qu’il peut profiter d’un câlin, lui…*) : Mais non, mais non, il est sous le coup du bromure, c’est tout…

Yazoo : Il a même dit que je mériterais qu’il me coupe la tête !

Nero (avec de gros poutous) : Allons, allons, il avait plutôt l’air d’avoir apprécie lorsque nous sommes entrés…

Yazoo (en secouant la tête et mettant des grands coups de cheveux à Nero) : Nan ! Il m’a dit que j’étais un pervers !

Nero : Mais non, voyons, il était un peu en colère, c’est tout.

Yazoo : Y m’aime, plus j’te dis ! ! !Il a même dit que j’étais ridicule tout nu ! Et moi qui lui ai tout donné ! Je veux mourir !

Nero (qui ne sait plus quoi dire) : Je te répète que ce sont les effets secondaires du bromure, enfin ! C’est un mauvais moment à passer, c’est tout !

Yazoo : J’peux pas ! C’est trop dur ! Tue-moi !

Nero (qui se dégage) : Ah non, hein ! Ca va bien, maintenant, vos crises de mélo-dramatico-culpabilité-déceptionnée ! Ca va lui passer, je te dis !

Yazoo (qui renifle) : Et en attendant je fais quoi moi, hein ?

Nero : Comment ça ? (Il remarque alors le regard aguicheur de Yazoo mais se souvient - enfin c’est surtout son popotin, qui se souvient - de la façon dont Loz lui a fait regretter d’avoir touché à sa propriété privée) Euh… Nan. Nan, nan, moi j’ai rien à voir dans vos salades, cette fois, hein !

Il se glisse prestement hors de l’étreinte un peu trop collante et s’esquive vers sa cabine façon “surtout ne pas contrarier les grands dépressifs mais poussez pas le bouchon trop loin quand même”.

BONCHH ! Aieuh! Oups…

Ca c’est parce qu’en tournant le coin de la coursive, il est entré en collision avec Tseng…

Nero (toussotant): Ah, euh, tiens, vous ici, Sir ! Quelle bonne surprise, vous n’êtes donc pas encore retourné vous coucher ?

Tseng (encore un peu déconcerté et se disant que décidément quelque chose lui échappe sur ce vaisseau): J’ai eu l’impression que ce serait peut-être bien que je fasse une petite ronde… Dès fois qu’il resterait du danger… Un monstre… Chais pas… Un truc normal, quoi…

Nero (devinant que ça carbure sec sous le crâne de béton du turk): Allons, allons, il n’y a rien d’anormal ici, qu’est-ce qui vous inquiète?

Tseng (en se grattant la tête): Je n’avais jamais vu l’équipage aussi nerveux… On dirait qu’ils sont sous tension et qu’ils me cachent quelque chose…

Nero (en apparté) : Aie…

… à suivre

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LX - Charnelles vapeurs

” Tu noies tes chagrins dans l’alcool ?
Méfie-toi, ils savent nager. »
Y. Mirande

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

Les versions non censurées de ce texte et de cette illustration se trouvent fascicule “Les interdits de www.ff7-yaoi-fanfics.com” tome 2 (voir dans la boutique)

***

- Ca va aller ? demanda Reno en aidant Yazoo à s’allonger sur le lit. Ce n’était peut-être pas une si bonne idée que ça, ce verre de cognac. Je suis désolé, je n’aurais pas dû laisser Rufus te faire avaler ça.

L’argenté sourit.

- Tu n’y es pour rien et Rufus non plus. Il voulait juste que je me détende un peu. Et je dois être le seul homme au monde qui se retrouve dans cet état après trois gorgées d’alcool !

Il rit et le turk l’aida à se déshabiller en admirant le corps pâle à la douce lumière de la veilleuse avant de le recouvrir.

Bon sang ! Ce qu’il mourrait d’envie de lui faire l’amour…

Pourtant, malgré les tendres moments qu’ils avaient passés ensemble, ils n’avaient pas encore franchi le pas - si par “pas”, on entendait “relation sexuelle incluant une pénétration”.

Yazoo n’était pas encore assez à l’aise pour cela et Reno savait qu’il ne le forcerait jamais. Il attendrait qu’il soit prêt à le recevoir même si cela devait lui coûter plusieurs dizaines de nuits blanches.

- Dors, mon ange.

Il déposa un baiser léger sur ses lèvres et passa la main dans ses cheveux argentés.

- Tu… tu ne te couches pas ?

Reno cligna de l’oeil.

- Je vais aller voir comment ça se passe avec Nero, en bas. Et tu as besoin de te reposer après tout ce qui s’est passé.

Yazoo plongea ses yeux mako dans les siens et noua ses bras autour de son cou.

- Reste… S’il te plaît.

- Tu es sûr ?

- Oui. Je veux que tu sois près de moi. Pour toujours… Je t’aime Reno.

Reno goûta à la coupe de ses lèvres le cognac que Yazoo avait bu. Puis il retira sa veste de costume et s’allongea près de lui pour blottir son visage au creux de son cou.

- Reno ? murmura Yazoo au bout d’un petit moment.

Le turk releva lentement la tête.

Les joues de l’argenté avaient pris une teinte rosée et son souffle était un peu haletant.

- Ca va ? Tu n’as pas l’air bi…

Yazoo lui posa un doigt sur la bouche et lui adressa un sourire débordant d’amour.

- Chut…

Sans prévenir, il bascula Reno sur le dos et s’assit sur le matelas.

Avec une lenteur et une tendresse qui chavira le cœur du turk, il fit courir sa petite bouche en coeur sur son cou.

Reno ferma les yeux et les boutons de sa chemise semblèrent fondre entre les doigts de Yazoo. Il la sentit glisser sur ses épaules et il se redressa légèrement pour pouvoir la retirer complètement.

Les doigts délicats et les lèvres de l’argenté tracèrent un chemin caressant sur sa poitrine, son ventre, et la fermeture éclair de son pantalon céda à son tour.

Yazoo le fit glisser le long de ses jambes athlétiques jusqu’à l’envoyer rejoindre la chemise sur le sol, suivi de près par ses chaussures et ses chaussettes.

Lorsque le turk sentit ses doigts se glisser sous l’élastique de son caleçon, il hoqueta, surpris par son audace.

Bah merde ! Tu parles d’effets secondaires… “ pensa-t-il en retenant un sourire.

Des frissons lui remontèrent le long du ventre mais l’incarné de s’attarda pas. Il fit glisser le sous-vêtement jusqu’à ses chevilles et le posa avec le reste des affaires.

Reno entrouvrit les yeux et surprit le regard admiratif que je jeune homme posait sur son corps nu. Un corps mâle, mince et aux muscles bien dessinés. Un corps pour lequel bien des femmes se seraient damnées. Et, au bas du ventre plat, une hampe de chair dure et palpitante.

L’excitation rosit encore les joues de Yazoo et son propre sexe se dressa entre ses cuisses.

- Ce que t’es canon, comme ça… laissa échapper Reno, la gorge serrée.

Les longs cheveux argentés accrochaient la lumière de la lampe et tombaient sur ses épaules comme un châle coûteux. Yazoo était mince mais Reno distinguait parfaitement le dessin ferme de ses abdominaux et la courbe harmonieuse de ses pectoraux ornés de deux petits grains rose pâle.

Très doucement, les mains fines se tendirent vers le visage de Reno et celui-ci ferma de nouveau les yeux, savourant la délicate caresse des doigts fuselés sur sa peau.

L’argenté faisait courir la pulpe de ses doigts sur son corps en évitant soigneusement le bas de son ventre, faisant vibrer chaque nerf.

Le turk soupira en sentant son corps répondre à ses caresses.

Yazoo laissa une traînée de baisers chauds et humides sur sa poitrine. La respiration de Reno s’accéléra et il entrouvrit les yeux. La langue de l’argenté poussa contre l’un de ses tétons, lui arrachant un soupir comme cela envoyait un long frisson directement dans son bas-ventre.

Il apprend vite, la vache… ”

L’argenté l’excita doucement avec ses dents, faisant courir une traînée de baisers sur sa poitrine d’un téton à l’autre.

- Eh, Yazoo baby… Tu sais que tu vas avoir du mal à m’empêcher de sauter dessus, si tu continues ? grogna Reno en mordant sa lèvre inférieure, son front se plissant tandis que les sensations augmentaient.

Yazoo se contenta de sourire et la traînée de baisers descendit sur la surface lisse et dure de son estomac, chaque contact brûlant le faisant se contracter, puis elles fuirent à nouveau.

Reno sentit ses cuisses s’écarter d’elles-mêmes et une partie de lui se révolta alors même que l’autre attendait… anticipait, fascinée.

Le premier baiser sur l’intérieur de sa cuisse le fit sursauter.

Yazoo amena ses doigts à se joindre aux baisers, monta depuis l’intérieur de sa cuisse, joua avec une douceur exaspérante avec ses parties pour descendre jusqu’à l’intérieur de l’autre cuisse. Puis remonta à nouveau. Et sa bouche humide se referma enfin sur lui, sa langue poussant les testicules d’avant en arrière.

Le turk prit une autre inspiration frémissante.

Il aimait ça.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, il aimait que Yazoo prenne les devants et le touche comme ça.

Bah merde, alors ! Si je m’attendais à ça… ”

Cette certitude était invraisemblable, effrayante, dévastatrice…

- Je t’aime, murmura l’argenté en frottant de sa joue le membre soyeux et palpitant.

Il fit courir le bout de sa langue de la base à l’extrémité et entendit le soupir de Reno. Il sourit, le lécha à nouveau dans une longue et lente caresse, poussant le pénis du turk contre son aine.

Celui-ci voulait bouger, soulever ses hanches pour aller au-devant de cette langue et gémit de plaisir pendant que Yazoo continuait cette lente torture insensée.

L’incarné fit doucement courir ses lèvres sur le sexe dur, le mordillant, le frôlant avec ses dents. Sa langue flexible en lécha l’extrémité puis plongea dans la petite fente humide, se tordant comme si elle essayait de s’y forcer un passage et ses doigts caressèrent les testicules, encerclant la chair douloureusement contractée par le désir… doucement.

Reno poussa un râle et ses mains agrippèrent les draps.

- Continue… s’entendit-il mendier. Oh, oui, continue…

Mais Yazoo s’arrêta et Reno frissonna. Il en voulait plus et gémit encore. Un petit son implorant.

Pourquoi arrêtait-il ?

Il sentit Yazoo bouger à côté de lui sur le lit, puis il fut chevauché, le visage empourpré du jeune homme baissé vers lui, souriant.

- Yazoo…

Celui-ci appuya ses mains de chaque côté de sa tête, sur l’oreiller, et se pencha en avant.

- Prends… chuchota-t-il contre son oreille en pressant l’un de ses tétons contre la bouche du turk, son souffle lui envoyant des frissons dans le cou.

Reno n’en revenait pas.

C’était comme si la minuscule quantité d’alcool qu’avait avalée l’argenté avait fait tomber toutes ses inhibitions.

Ne profite pas de la situation, Reno. Contrôle-toi, merde… ” s’admonesta-t-il.

Non, il ne devait pas profiter de la situation.

Il ne le devait pas !

Il ne le devait pas !

Il ne le devait pas !

Mais… le petit grain dur sombra entre ses lèvres douces tandis que Yazoo haletait comme la langue mouillée et chaude de Reno dardait entre ses lèvres pour le goûter, le fouettant rapidement.

Le corps de l’argenté se contracta sous l’effet de l’excitation et les dents de Reno attrapèrent tout doucement le téton entre ses dents. Il tira un peu sur la peau tendre, tenant le petit grain de chair afin que sa langue puisse cingler contre son extrémité.

Yazoo soupira et un spasme lui agita le corps.

Le turk libéra le petit téton molesté et continua de le tremper avec sa langue jusqu’à ce que l’argenté se laisse glisser pour embrasser sa poitrine en allégeant sa tension avec de légers mouvements des lèvres.

Reno inspira profondément et la bouche douce remonta jusqu’à sa gorge, à son menton puis à ses lèvres.

- Je t’aime, mon ange… murmura Reno avant de presser sa bouche sur la sienne.

Leurs langues se cherchèrent et bataillèrent durant un long moment avant que Yazoo ne se redresse, s’installant confortablement sur le ventre de Reno pour frotter ses fesses contre le sexe impatient.

- Reno…

Mais Reno avait rejeté la tête en arrière, perdu dans un flot de sensations qu’il ne parvenait plus à contrôler.

Reno se noyait.

Reno qui sentait sa verge dressée contre les fesses fermes.

Reno qui, le souffle court, se demandait comment on pouvait éprouver un tel plaisir au contact d’un corps si semblable au sien.

Reno qui, bientôt, ne fut même plus capable de penser.

Et lorsque la main de Yazoo descendit sur son propre ventre et commença à caresser son sexe vibrant en rythme avec des mouvements graduels de ses hanches, Reno en oublia même comment respirer.

Il imaginait que c’était sa main, pas celle de l’argenté, qui arrachait de si délicieuses plaintes de ses lèvres entrouvertes.

Il allait tendre sa main vers le sexe dressé lorsque Yazoo lui glissa deux doigts dans la bouche.

Il les accueillit sans protester, les léchant comme s’il se fut agi de son sexe, et il poussa même un petit gémissement plaintif lorsqu’ils se retirèrent… pour se glisser entre les fesses de l’argenté, qui poussa un long soupir en rejetant la tête en arrière dans un envol de mèches argentées.

Reno imagina ces doigts qu’il ne voyait pas se faufiler dans leur caverne de chair et faillit jurer de surprise mais se mordit la langue à temps.

Non, Yazoo ne pouvait pas être en train de faire ça…

Pas son Yazoo baby, si timide et réservé. Même pas dans ses rêves érotiques les plus fous !

Reno tendit les mains pour les poser sur les fesses rondes et sentit le poignet droit de Yazoo faire des mouvements de va et vient de plus en plus rapides tandis que la main gauche s’affairait de plus en plus rapidement sur son sexe, faisant jaillir par intermittences un bourgeon de chair rose de son tendre fourreau de peau. Du bout des doigts, le turk sentit ceux de Yazoo entrer en lui et sortir, vriller et se tordre tandis que ses fesses se pressaient et se frottaient de plus en plus durement sur son propre sexe.

Le turk hoqueta, incrédule.

“Oh, la vache, il le fait…”

***

Alangui, épuisé et le souffle court, Yazoo se pelotonna contre Reno mais ce dernier semblait inanimé.

- Je t’aime…

Pas de réaction.

Pourquoi Reno ne disait-il rien ?

Yazoo parut alors réaliser ce qu’il venait de faire et son ventre se noua.

” Oh, non… Je n’aurais pas dû… Je suis le premier homme de qui il tombe amoureux et je me comporte comme un chien en rut pour quelques gorgées de cognac. Oh, Dieux, Reno, qu’est-ce que je viens de faire… “

Timidement, il lui chatouilla la nuque mais Reno ne bougea pas.

L’argenté sentit les larmes lui monter aux yeux.

” J’ai tout gâché… Gaia, viens-moi en aide, j’ai tout gâché ! “

En réalité, Reno gisait simplement sur le ventre, se complaisant dans les après-fourmillements de son orgasme.

Il aimait la façon dont le cœur de Yazoo battait contre son dos et dont son souffle et le bout de ses doigts lui chatouillaient la nuque.

Avec un pincement au cœur, il le sentit s’écarter et il se mit sur son flanc pour lui faire face.

L’argenté avait enfoui son visage dans l’oreiller, comme s’il avait honte.

Reno se redressa et lui lissa les cheveux mais Yazoo ne releva pas la tête.

- Qu’y a-t-il, Yazoo baby ? murmura Reno, soudain inquiet.

- Je suis désolé… Je me suis comporté comme un sauvage …

Sa voix se brisa et le turk écarquilla les yeux.

- Quoi ? Qu’est-ce que racontes ?

Yazoo leva enfin les yeux. Il pleurait.

Reno, attendri, prit son petit visage dans ses mains et essuya ses larmes d’un baiser.

- Tu es mon ange à moi, chuchota-t-il. Maintenant plus que jamais.

- Tu ne m’en veux pas ?

Le turk éclata de rire et le serra contre lui.

- T’es fou ! Ah ! Ah ! Ah !

… à suivre

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LIX - Mea culpa

“Un véritable égoïste accepte même que les autres soient heureux,

s’ils le sont à cause de lui.”

J. Renard

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : d’après des illustrations de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Cloud, l’oreille collée à la porte de Tifa, ne perdait pas une miette de ce que disait Loz et avait du mal à réaliser que la belle voix grave et posée était celle de l’argenté brutal et obtus - du moins était-ce ainsi qu’il l’avait toujours considéré - qu’il avait combattu à Edge deux ans plus tôt.

- C’est une vieille légende cétra. Celle d’un jeune garçon d’écurie amoureux d’une princesse.

- Un conte de fées ? s’étonna Tifa avec un rire doux.

- Pas exactement. A moins que les contes pour enfants ne commencent par un viol.

- Un viol ? se récria la jeune femme, indignée.

- Une tentative, en fait. Sur la personne de la princesse par son oncle, qui était aussi le conseiller du roi. C’est arrivé dans l’écurie, alors que la jolie jeune femme s’apprêtait à enfourcher son cheval pour partir en promenade.

- Quelle horreur !

- Mais c’est là qu’intervient notre jeune palefrenier.

- Il a sauvé la princesse ?

- Oui. En tuant le conseiller d’un coup de fourche.

- Et comment a réagi le roi ?

Cloud entendit Loz éclater de rire.

- Tu veux que je te la raconte, cette histoire ? Ou tu vas continuer à poser des questions tout du long ?

Tifa pouffa.

- Pardon.

- Bon. Le roi, donc, le père de la jeune femme, voulut récompenser le garçon d’écurie et lui proposa de réaliser son plus grand souhait - dès l’instant qu’il était en son pouvoir de le faire, bien sûr.

- Et qu’est-ce que c’ét… Pardon, pardon.

Cloud ne put s’empêcher de sourire de l’autre côté de la porte.

Tifa ne changerait décidément jamais…

- Le palefrenier, amoureux de la princesse depuis toujours, demanda l’impensable : sa main. Et le roi, outré qu’un simple palefrenier ose prétendre à la main de sa fille, essaya de le dissuader en lui proposant des richesses, des terres et même un château encore plus grand que ce manoir. Mais rien n’y fit. Le garçon voulait la princesse et le roi réalisa bien vite que celle-ci n’était pas du tout hostile à cette union, bien au contraire. En fait, elle était elle-même éprise en secret du garçon d’écurie courageux et avenant.

- Oh ! Un amour secr… Désolée. Je ne dis plus rien, promis !

- Le roi, coincé, décida donc de biaiser et expliqua au jeune homme que seul un noble chevalier pouvait épouser une princesse et que, pour devenir chevalier, il se devait au minimum de briller à la guerre ou de mener une quête importante. La paix régnant depuis de longues années, le palefrenier opta donc pour la quête et le roi, bien entendu, lui en confia une totalement irréalisable. Pars, voyage et trouve la Vérité. “ lui dit-il. Et une fois que tu l’auras trouvée, tu pourras revenir épouser ma fille. ” Le jeune homme ne se laissa pas abattre. Il partit et, durant des années, il chercha la Vérité. Il parcourut le royaume en long, en large et en travers. Il alla demander audience aux sages de chaque cour, de chaque ville et chaque école, interrogea les plus savants d’entre eux mais aucun ne pouvait assurer avoir trouvé un jour la Vérité. Alors le jeune garçon d’écurie s’en fut voir les prêtres, du temple le plus lointain à la plus minuscule chapelle mais, là non plus, personne n’avait jamais vu la Vérité. Mois après mois, il chercha en vain et cinq années passèrent.

- Cinq ans ?

- Oui. Cinq longues années. Et, une nuit, au sommet d’une montagne, alors que, désespéré et honteux, il s’était assis dans la neige pour attendre la mort, une vieille femme l’interpella : J’ai entendu dire que tu me cherchais, mon garçon ? “ Le palefrenier sursauta et vit approcher une vieille femme lépreuse repoussante, sale et couverte de plaies. Qui es-tu ? “ demanda-t-il. Quelle question ! ” rétorqua-t-elle. “La Vérité, bien sûr ! Qui veux-tu que je sois ! “ Le jeune homme, malgré le dégoût que lui inspirait la veille lépreuse, la suivit jusqu’à sa masure et parla avec elle jusqu’au petit matin, lui posant mille questions. Lorsque le soleil fut au plus haut, il dut se rendre à l’évidence : la vieille lépreuse ne mentait pas. Elle était bel et bien la Vérité qu’il avait tant et tant cherchée. Sa quête avait été un succès.

- Et il pouvait enfin repartir épouser sa princesse, conclut Tifa avec un petit rire amusé.

- Eh bien… Pas tout à fait. Il restait un petit détail à régler. Comment prouver au roi qu’il avait bien trouvé la Vérité ? Il s’en ouvrit à la vieille femme. Je suis heureux d’avoir trouvé la Vérité que tant d’hommes ont cherché leur vie durant en vain. ” dit-il. ” J’ai mené à bien la quête que m’a confiée le roi mais… Que dois-je lui dire, pour qu’il me croie ? Que lui répondre lorsqu’il voudra savoir qui est la Vérité ? “ demanda le garçon. Alors, la vieille femme lépreuse se pencha sur l’épaule du garçon d’écurie avec un sourire et murmura à son oreille : Va et dis-lui que je suis jeune et belle. “

Tifa poussa une exclamation ravie et, derrière la porte, Cloud faillit lui-même laisser échapper un hoquet surpris.

- La vérité est une vieille femme lépreuse que personne n’a envie de regarder en face, Tifa, reprit Loz de sa belle voix. C’est pour ça que tu ne peux pas en vouloir à grand frère d’avoir du mal à la regarder droit dans les yeux et de préférer l’imaginer comme ça l’arrange.

- Oh, Loz… soupira la jeune femme, émue.

Dans le couloir, Cloud sentit l’émotion lui serrer la gorge.

Il avait déjà commis des erreurs de jugement, dans sa vie. Beaucoup, même. Mais en ce qui concernait Loz… Force était de constater qu’il ne s’agissait même plus d’une erreur. Il s’était mis le doigt dans l’œil jusqu’au coude, oui !

Barret avait raison.

Cid avait raison.

Tifa avait raison.

Shalua, Yuffie, Vincent…

En fait, tous avaient raison ! Même Marlène avait été plus perspicace que lui ! L’incarné était quelqu’un de bien, un homme digne de ce nom “, comme disait le chef d’AVALANCHE, n’en déplaise aux imbéciles comme… Comme lui-même, en fait !

Toutes les horreurs qu’il avait pu dire au sujet du jeune argenté lui revinrent en mémoire et il sentit la honte lui serrer les tripes. Oh, bien sûr, il pouvait toujours se rassurer en se disant qu’il n’était plus lui-même, alors.

Ouais, tu parles ! Elle bon dos, Jenova, sur ce coup-là, tiens ! “ s’admonesta-t-il, en s’appuyant contre le mur du couloir. Tu t’es comporté comme un connard parce que tu étais jaloux, la voilà, la vérité, mon pauvre Cloud ! “

Il resta là un petit moment encore, immobile près de la porte à essayer de faire le tri dans la tempête qui se déchaînait dans sa tête et sans vraiment chercher à écouter ce que disaient Loz et Tifa.

Il lui sembla cependant qu’il était vaguement question de ” progrès “, de ” blocages qui s’effaçaient petit à petit ” et de ” mettre des mots sur des sentiments “. Apparemment, la jeune femme ne perdait pas une occasion d’obliger son compagnon à parler, à exprimer ce qu’il ressentait et le jeune soldat se souvint avec une pointe de nostalgie du nombre de fois où elle avait essayé de faire de même avec lui.

Contrairement à Loz, Cloud n’avait jamais cédé, restant obstinément enfermé dans sa coquille et, en cet instant, il le regrettait.

L’argenté et son amie d’enfance partirent d’un terrible fou-rire pour une histoire de ” petite souris ” et de ” gros rat ” qu’il ne saisit pas (sans doute un ” truc ” entre eux qu’ils étaient les seuls à pouvoir comprendre) et il s’éloigna en silence dans le couloir enténébré.

Il s’apprêtait à boire de l’eau à la bouteille qu’il avait ramenée de la cuisine dans l’espoir de se dénouer un peu la gorge lorsqu’il vit Denzel, en pyjama, venir à pas de loup en sens inverse.

Lorsqu’il le remarqua, le garçonnet sursauta si fort qu’il faillit lâcher la petite peluche qu’il tenait dans les bras.

- Denzel ? s’étonna Cloud. Pourquoi n’es-tu pas au lit ?

Le petit, pris en faute, rougit brutalement et cacha la peluche derrière son dos comme s’il s’était agi d’un paquet de bonbons qu’il serait allé voler en douce dans la cuisine.

***

Dans le village de Nibelheim, au premier étage de sa petite maison attenante à sa boutique d’informatique, le vieux Stan se coula discrètement hors du lit sans réveiller son épouse. Nauséeux, il se rendit dans la salle de bains, verrouilla silencieusement la porte et alluma la lumière.

Sans doute cette satanée pizza !

Il savait pourtant qu’il devait éviter ce genre de nourriture mais sa gourmandise avait été la plus forte.

Il fit couler le robinet d’eau froide pour s’asperger le visage et laissa échapper un cri étouffé en voyant ses avant-bras recouverts de tâches noirâtres qu’il ne reconnut que trop pour en avoir vu les victimes maintes et maintes fois à la télévision et dans les journaux deux ans plus tôt, lors de l’épidémie.

- Oh, mon Dieu, pas ça…

Il leva plus haut les manches de sa veste de pyjama et son cœur fit un tel bond dans sa poitrine qu’il dut s’appuyer contre le mur carrelé pour ne pas se trouver mal.

Ses bras noueux étaient recouverts de géostigmates jusqu’aux épaules…

***

- Où comptes-tu aller te promener, à une heure pareille ? s’enquit Cloud.

Denzel baissa la tête.

- A la cuisine, j’avais soif.

Le soldat fronça le nez, amusé par le mensonge enfantin, et désigna la peluche que le garçonnet cachait derrière son dos, un petit chocobo bleu fait dans une matière molle et particulièrement douce. Du genre de celle qui conviendrait parfaitement à un bébé…

- Et ton petit compagnon a soif aussi, je suppose ?

Le garçonnet vira au rouge cramoisi.

- Je… J’avais peur de descendre dans le noir.

Cloud pouffa.

- Tu allais voir Kay en douce, mhh ?

- Non ! (Le jeune soldat leva un sourcil, ironique) Je… Je voulais juste lui donner ça, avoua-t-il finalement d’une toute petite voix en brandissant la peluche. Il est tout seul à l’infirmerie et il a pas de jouet alors que Marlène et moi, on en a plein la chambre.

Cloud, aussi amusé qu’attendri, souleva le garçonnet dans ses bras et alla s’asseoir sur une marche d’escalier, à l’extrémité du couloir.

- Il n’est pas tout seul, Denzel, essaya-t-il de rassurer le petit, qu’il avait assis sur ses genoux. Merill et Shalua veillent sur lui. Sephiroth aussi est en bas, ainsi que Shelke et Reeve.

- Ah ? Bon, bah j’ai pas besoin d’y aller, alors. Tu sais, c’était juste comme ça, pour rendre service. Je m’en fiche, moi, de ce bébé.

L’excuse était si maladroite que le soldat faillit éclater carrément de rire.

- Tiens donc ? Tu t’en fiches ?

- Ouais ! acquiesça Denzel, les joues cuisantes, sans oser pour autant regarder son ami en face. C’est que le bébé de Loz, après tout, c’est pas comme si c’était ton bébé à toi.

Cloud tiqua.

- Comment ça ?

- Bah si c’était ton bébé à toi, je m’en ficherai pas, je veux dire.

Commençant à comprendre de quoi il retournait et à quoi rimaient tous ces mensonges malhabiles, le jeune homme sentit un pincement au cœur.

- Denzel… Regarde-moi. Allez, lève la tête. (Le garçonnet obéit en se mordillant la lèvre inférieure, prêt à éclater en sanglots) Pourquoi ne veux-tu pas avouer que tu l’aimes déjà, ce bébé, mhh ? (Denzel ne répondit pas) Pour les mêmes raisons que tu refuses d’avouer que tu aimes Loz de plus en plus ?

Une larme coula sur la joue du garçonnet et il s’agrippa au cou de Cloud.

- J’veux pas que tu nous laisses, moi et Tifa ! sanglota-t-il.

Le jeune soldat le serra fort contre lui et sourit.

C’était donc bien ça, il ne s’était pas trompé. Denzel craignait que s’il montrait trop d’affection pour Loz ou le bébé, Cloud ne se sente rejeté et prenne ses distances. Voire même qu’il disparaisse à jamais de leurs vies.

Mais n’était-il pas le premier responsable des craintes du garçonnet ?

Pas en raison de la façon odieuse dont il s’était comporté ces derniers jours avec les argentés et particulièrement avec l’aîné, non, cela Denzel savait que ce n’était dû qu’à la ” jénovite “. Mais parce qu’au fil des années, il avait donné au petit garçon l’image d’un homme qui, lorsqu’il se trouvait confronté à des difficultés ou à des doutes, préfèrait prendre la fuite plutôt que de s’en ouvrir à ses proches pour trouver la force de les affronter.

Ne me faites pas de peine et évitez de me causer des problèmes ou je m’en vais ! “

Beau modèle paternel et adulte qu’il avait donné à voir là !

Et dire qu’il s’était permis à d’innombrables reprises de juger Sephiroth, Cid ou les argentés - et tant d’autres ! - et de jouer les donneurs de leçons…

C’est toi, le minable, mon pauvre Cloud… “ pensa-t-il. Minable au point qu’un tout petit garçon doit souffrir en silence et taire ses sentiments de peur de te voir t’enfuir comme le lâche que tu es ! “

Un lâche, oui, parfaitement. Voilà ce qu’il était dès lors qu’il s’agissait d’engagement et de sentiments. Un être d’un incorrigible égoïsme et d’une lâcheté sans nom ! Il s’en rendait bien compte, à présent, alors que Denzel sanglotait, blotti contre lui et s’accrochant à son cou comme s’il craignait de le voir bondir sur ses pieds pour disparaître à jamais dans l’obscurité.

Décidément… C’était la nuit de toutes les révélations, ce soir ! Les Dieux avaient-il décidé que le moment était venu de lui asséner une volée de claques afin de lui remettre les idées en place ?

Peut-être bien car Cloud eut un ” déclic “. L’un de ces rares moments où l’on sait que quelque chose en nous vient de changer bien que l’on ne sache expliquer quoi ni comment.

Le jeune homme sentit comme une sensation d’air frais au fond de ses poumons et l’impression que le poids de son cœur trop lourd avait soudain diminué de moitié, qu’il était devenu aussi léger et agréable à porter qu’une plume. Un curieux sentiment d’assurance l’envahit. La certitude, en cet instant précis, de savoir exactement et sans le moindre toute possible non ce qu’il voulait mais ce qu’il convenait de faire et de quelle manière…

Il tapota le dos de Denzel, rassurant.

- Tu veux qu’on reste toujours amis, si je comprends bien ?

- Oui… pleura le petit en redressant timidement la tête.

Le jeune soldat se composa un faux masque déçu et simula une profonde tristesse.

- Et moi qui pensais que tu voulais que soyons beaucoup plus proches… dit-il avec un soupir déchirant. Une vraie grande famille… Je suis désolé, Denzel, je n’avais pas compris.

Le garçonnet fronça les sourcils, perdu.

- Hein ? Mais tu as dit que Tifa et toi vous ne…

- C’est de ma faute, pardonne-moi, le coupa Cloud en poursuivant sur sa lancée, comme s’il n’avait rien entendu. Je dirai à Tifa qu’il vaut mieux qu’elle attende un peu avant de s’engager avec Loz, que tu n’es pas prêt à avoir tout ce monde autour de toi. Elle comprendra, ne t’en fais pas.

- Mais de quoi tu…

- J’ai été idiot, vraiment. Après tout, je suis quoi, pour toi ? Un ami de ta mère, point. Et c’est déjà très bien que m’acceptes en tant qu’ami, je n’aurais jamais dû vouloir davantage. Quel besoin as-tu d’un oncle, en fait, si on réfléchit bien ? C’est vrai. Enfin, ” un “, non. Un bon paquet, en réalité, parce que rien que moi, Kadaj, Yazoo, Cid et Sephiroth, nous sommes déjà cinq frères et si on rajoute les conjoints, à savoir Yuffie, Shalua et Reno, bien sûr, c’est… Oui, c’est beaucoup trop, j’aurais dû m’en rendre compte, Denzel, je n’ai pas réfléchi. Passer d’orphelin à une famille aussi grande avec, en plus, un petit frère, c’est… Ouh !

- Une famille…

- Tu sais quoi ? Je parlerai à Loz et à Tifa dès demain matin et je…

- Attends ! s’écria Denzel en mettant ses petites mains sur la bouche de son ami pour le faire taire.

Cloud cligna des paupières avec une innocence désarmante et sut, en voyant pétiller les prunelles du garçonnet, qu’il était arrivé à ses fins.

- Comment ça, ” une vraie grande famille ” ? insista ce dernier, certain d’avoir mal compris.

Il libéra la bouche de son ami et celui-ci haussa les épaules comme si c’était une évidence.

- Oui, si Loz devient ton papa, je deviens forcément ton oncle, puisque c’est mon frère.

Denzel écarquilla les yeux.

- Ton frère ? Mais tu disais que…

- On s’en fiche, de ce que je disais ! J’avais la jénovite, tu l’as déjà oublié ? Tu crois que Loz, Kadaj et Yazoo m’appellent ” grand frère ” comme ça, juste pour faire joli ?

- C’est vraiment tes frères, alors ?

- Evidemment ! Demande à Loz, tu verras.

- Et Sephiroth aussi, c’est ton frère ?

- Oui. Et Cid, aussi, depuis que Loz lui a donné son sang.

Denzel en resta bouche bée.

- Ouahhhh…

- Mais bon, puisque tu préfères que nous restions juste amis, je…

- Non !

- Non ?

Denzel lui sauta à nouveau au cou mais c’en était fini des larmes et des sanglots. Le garçonnet riait de pur bonheur, cette fois.

- Je veux qu’on soit une vraie famille, avoua-t-il. Et je veux avoir un petit frère. Et je veux aussi plein d’oncles et tantes. Et un vrai papa pour que les copains, ils ne se moquent plus de moi à l’école…

Cloud pressa le garçonnet sur sa poitrine nue en se souvenant de cette terrible journée.

Lorsque l’école de Denzel avait organisé ” la journées des papas “, où les pères des écoliers devaient venir parler de leurs métiers respectifs devant la classe, Cloud avait tenu le rôle comme il l’avait pu. Le soir, cependant, le garçonnet était rentré en larmes et couvert de bleus pour s’être battu contre ses petits camarades, qui l’avaient raillé parce qu’il n’avait pas de ” vrai papa ” à présenter à la classe.

- Avec un papa comme Loz, plus personne n’osera se moquer de toi, assura le jeune homme, sachant à quel point cette journée avait été douloureuse pour le petit.

- C’est clair !

Non, plus personne n’oserait se moquer de lui !

Denzel s’imaginait déjà dans la cour de l’école, attendant avec les autres l’arrivée des parents, qui viendraient pour la plupart à pied.

Alors on entendrait un énorme ” VRAAAOUUUUMMM ! “.

Tous ses copains écarquilleraient les yeux en voyant arriver une grosse moto noire. Les garçons seraient épatés et les filles deviendraient toutes rouges en voyant Loz tout vêtu de cuir noir descendre du bolide avec des armes et tout et tout.

Les garçons diraient : Oh ! Qui c’est ? T’as vu comment il est fort ? On dirait un héros de jeux vidéo ! “. Et les filles : ” Oh, là, là… qu’est-ce qu’il est beau ! T’as vu ? On dirait un chanteur de rock ! “

Et là, lui, Denzel, lancerait sur un ton presque négligent :

- Arrêtez de dire n’importe quoi. C’est mon papa, il est officier 1ère classe dans le SOLDAT. Il est en tenue de combat parce qu’il revient d’une mission super importante avec mon oncle Sephiroth. Hein ? Bah évidemment, le Général ! T’en connais beaucoup, des ” Sephiroth ” ? Bah oui, c’est le grand frère de mon papa. Quoi, je vous l’ai jamais dit ? Ah ouais ? Je croyais.

- Denzel ? Tu rêves ?

Le garçonnet cligna les yeux et sortit de son rêve éveillé pour voir le visage amusé de Cloud, à quelques centimètres du sien.

- Tu diras à Loz que je veux bien qu’il soit mon papa ?

Le sourire du jeune homme s’agrandit.

- Et pourquoi tu n’irais pas lui dire toi-même, mhh ? Je suis sûr que ça lui ferait plaisir.

- Quoi ? Maintenant ?

- Mon petit doigt me dit que lui et Tifa sont réveillés. Et puis on ira ensuite vite fait apporter ton cadeau à Kay avant de retourner se coucher, qu’est-ce que tu en penses ?

Denzel acquiesça vigoureusement, ravi.

- D’accord !

- Laisse-moi juste aller enfiler un t-shirt pendant que tu vas voir ta mère.

Cloud accompagna le garçonnet jusqu’à la porte de la chambre de Tifa, à laquelle il frappa doucement, et poursuivit jusqu’à sa propre chambre, où il alla prendre un t-shirt noir et se passer le visage sous l’eau.

Il n’arrivait pas encore à croire qu’il venait de pousser son rival dans les bras de son ancienne petite amie et de son fils adoptif !

Curieusement, il n’en éprouvait nul regret, bien au contraire. C’était ce qu’il y avait de mieux à faire pour le bien de tous. Quant au reste de jalousie qui lui pinçait bien un peu le cœur, il ferait avec ! Le bonheur qu’il avait lu sur le visage de Denzel valait bien cette minuscule petite douleur. Il avait fait ce qu’il fallait et il le savait.

Il s’essuya le visage en se regardant dans la glace, au-dessus de l’évier, et la conversation qu’il avait eue avec Barret deux jours plus tôt lui revint en mémoire…

- Barret… Comment sait-on si on est un homme ?

- Quoi ?

- Je veux dire… un ” vrai “. ” Fort ” et ” Droit dans ses bottes “, comme tu dis. Comment sait-on si on en est devenu un ?

- J’en sais rien, p’tit. Tout ce que je peux te dire c’est qu’un beau jour, tu te regardes dans le miroir et que tu sais que tu n’as plus besoin de te poser cette question… “

Cloud s’observa un long moment, sourit à son reflet et, du plus profond des océans azurés de ses yeux, une vieille femme lépreuse lui rendit son sourire…

… à suivre

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III - Nuit d’angoisse

« Où serait le mérite,

si les héros n’avaient jamais peur ? »

Alphonse Daudet

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Rufus annonça la suspension des travaux, la plupart des ouvriers rentrèrent chez eux à pied sans même réclamer leur rétribution et le chantier me parut horriblement désert. D’habitude ils restaient dormir sous leur tente et ne repartaient au village qu’une fois par semaine, le jour de la paye.

Ce soir-là, seuls le contremaître, le cuisinier et trois hommes étaient au camp en sus d’Angeal et de moi-même. Mon ami était parti ruminer dans sa tente sans même se donner la peine de manger la nourriture gongaïenne, délicieuse mais trop épicé qui m’avait donné des brûlures d’estomac et des coliques durant les trois premières semaines, ce qui avait beaucoup amusé Zack fair, le petit protégé d’Angeal.

Ce dernier semblait horriblement déçu par la décision de Rudus mais, surtout, très en colère. Je crois qu’il devait m’en vouloir de ne pas avoir suffisamment étudié le terrain avant de commencer les fondations.

Comment pouvais-je deviner qu’une bande de sagouins s’était amusée à creuser un temple dans la roche de la colline pour le condamner ensuite sans la moindre indication de son emplacement ?

Je ne suis pas une devineresse cétra !

Las, je m’assis en tailleur sur le sol, devant ma tente, et allumai une de ces infectes cigarettes à… A quoi, d’ailleurs ? Mieux valait ne pas le savoir mais c’était les seules que l’on pouvait trouver dans le village le plus proche, distant d’une bonne dizaine de kilomètres à vol d’oiseau.

Il n’y avait pas un souffle d’air et la seule chose que l’on entendait était le bourdonnement des moustiques et le murmure des prières du cuisinier et du contremaître.

Depuis que Rufus était parti, ils n’avaient cessé de prier et leurs mélopées me donnaient le bourdon.

Je regardai ma montre bracelet et dus essuyer le cadran couvert d’une poussière rougeâtre pour lire l’heure.

20h00.

Le soleil se couchait et le ciel était d’un rouge agressif, recouvrant le paysage d’un voile sanguinolent. On avait une belle vue depuis le haut de la grande colline.

D’après ce que m’avait expliqué Angeal, le nom de cette colline avait été emprunté à des entités célestes qui commandent aux vents : les mâruts. Il m’a montré une représentation de ceux-ci sur Internet. Il s’agissait de Dieux terrifiants, aux bras multiples et au visage agressif. Il avait ri de ma réaction en m’expliquant que les Mâruts n’était en rien des Dieux maléfiques, tout au contraire.

Au nord, la colline Mârut formait un à-pic de vingt mètres qui donnait sur la route ; l’emplacement que j’avais choisi pour construire la véranda du laboratoire attenant au réacteur.

A cet endroit du sommet, le terrain était droit et plat sur à peu près 1200 mètres carrés ; puis le sol s’abaissait en pente douce vers le sud. Vue du ciel, la colline devait avoir la forme d’une énorme virgule. A perte de vue c’était un terrain vallonné, aride, parsemé de petits bosquets d’épineux, à travers lequel serpentait le large ruban de terre battue qui menait à la rivière.

A une dizaine de kilomètres de la pointe de la virgule, cependant, une masse verdâtre inextricable attirait le regard. C’était la forêt sacrée de Gongaga.

Zack m’expliqua que des milliers de gens y venaient en pèlerinage car c’était dans cette région qu’un Dieu local supposé faire des miracles avait passé son enfance. J’avais insisté pour m’y rendre.

C’était l’une de ces forêts du cru où il valait mieux éviter de mettre les pieds si l’on ne voulait pas se retrouver face une bestiole aussi attachante qu’un serpent vert ou à un troupeau de singes amoureux qui vous collaient aux basques et vous mettaient leur derrière pelé sous le nez, sûrs de leur sex-appeal. Les serpents, c’est vrai, étaient monnaie courante et, une fois, une énorme vipère s’était introduit dans ma tente. J’avais poussé un tel hurlement que je ne sais pas lequel, du serpent ou de moi, avait été le plus effrayé par l’autre. Il avait filé sans demander son reste et j’avais passé une semaine à sursauter à chaque fois que je voyais un câble ou une corde traîner sur le sol.

Pour l’instant, ce n’était pas tant les serpents qui m’effrayaient que le silence entrecoupé par le bourdonnement des moustiques et des prières.

Je fixai le trou des fondations et un frisson glacé me remonta le long du dos. Je ne croyais pas une seconde, bien entendu, qu’une quelconque bêbête digne d’un roman d’horreur allait sortir de là, comme semblait le craindre son altesse Shinra de mes genoux, mais il fallait bien reconnaître que l’ambiance était tout ce qu’il a de lugubre sous ce ciel sanglant. La terre elle-même semblait gorgée d’hémoglobine.

Et si ce terrain appartenait à la famille de Rufus depuis des dizaines d’années, il était fort probable que ce fut bien le cas…

D’après ce que j’avais lu, l’étripage entre familles, clans, castes - ou comme on voulait bien les appeler-, semblait faire partie depuis belle lurette du sport régional, au même titre que les combats de cailles ou de coqs.

J’essayai de m’imaginer Rufus, installé sur son chocobo, en train de mener ses troupes au combat, aboyant des ordres et sautant sur le cul de sa volaille au rythme de sa marche lourdaude.

J’ajoutai au tableau un Palmer gras double courant à ses côtés, parasol ou éventail en étendard, tout en sautillant de temps en temps pour lui tendre un bol de cacahouètes et l’allégorie était presque assez cocasse pour être digne de son altesse ridiculissime.

Bon sang ! Quel gâchis d’avoir mis un tel abruti dans un corps pareil.

Je sortis de ma rêverie pour m’apercevoir que le soleil s’était couché.

Plus aucune lumière ne brillait dans le camp et ma cigarette s’était consumé et éteinte. J’en allumai une seconde et fixai la pleine lune.

Elle me parut énorme.

Après la vision d’un paysage baigné de sang, tout me paraissait à présent couleur de cendre grise.

“Eh allez ! D’abord tu vois le sang, les batailles et la mort et, maintenant, de la cendre. Remarque, t’as de la logique dans tes délires mon pauvre Sephiroth : après la boucherie, le bûcher. Normal. Faut bien se débarrasser des restes”.

Un Rufus échevelé, en larmes et hurlant de désespoir, se dessina devant moi. Je secouai la tête pour chasser cette image et regardai ma cigarette, suspicieux.

“Mais qu’est-ce qu’ils mettent dans leurs putain de clops ?”

Je l’écrasai sous ma semelle et me relevai avec un soupir pour entrer dans ma tente.

J’allumai la lampe posée sur une caisse de matériel en fer blanc, juste à côté de mon lit de camp, et elle vacilla durant un instant. Il était grand temps que je change la batterie.

“Demain”, me promis-je avant de me déshabiller et de jeter mes vêtements à la ronde.

“Quel désordre”, pensais-je en m’allongeant sous la moustiquaire.

Des plans étaient épars sur la planche de contre-plaqué montée sur tréteaux qui me servait de table. Une chaise, une malle, quelques caisses de matériel, une bassine et un nécessaire de toilette complétaient le reste du mobilier, le tout dans une disposition plus qu’approximative et branlante. Quelle misère…

Je me grattai le menton. Après deux jours sans rasage, ma barbe naissante me démangerait.

“Demain”, me dis-je encore en tendant la main pour éteindre la lampe.

Elle était trop loin.

“De toute façon, il n’y a plus de jus…”

Fainéant pour fainéant…

Je fermai les yeux, bras derrière la nuque et essayai de dormir.

En fait, j’étais épuisé. Le drap de coton était agréablement frais mais quelque chose me chatouillait les pieds. Les miettes des biscuits de la veille sans doute. Ou de l’avant veille.

Je secouai les jambes.

Les miettes irritantes tombèrent au fond du lit.

Les voilà qui m’égratignaient le mollet à présent. Elles avaient décidé me m’empoisonner la vie ou quoi ?

Je secouai rageusement les pieds pour les faire tomber.

Elles revinrent à l’assaut de mes cuisses, grimpèrent sur mon ventre, remontèrent vers la poitrine et j’ouvris brutalement les yeux.

Les miettes, ça ne cavale pas… mais les araignées, oui !

Avec un cri de dément, je bondis hors de mon lit, emportant la moustiquaire, dans laquelle je m’empêtrai, et sautai sur place en agitant la tête tout en me donnant des claques sur le corps.

En y repensant, je devais avoir l’air d’un bel épouvantail à moineaux ou d’un fantôme pris d’hystérie.

La mygale détala sous la malle et j’essayai de reprendre mon souffre en luttant pour me débarrasser de la monstrueuse toile d’araignée en mousseline couverte de dépouilles de moustiques. J’entendais encore l’écho de mon cri se répercuter dans la tente.

Tiens… Depuis quand ça avait de l’écho une tente ?

Je me figeai et tendis l’oreille.

Ce n’était pas un cri mais plusieurs hurlements qui se mêlaient jusqu’à ne plus former qu’une lamentation aiguë et hideuse qui me donna la chair de poule et me noua les entrailles.

De ma vie, je n’avais jamais rien entendu de semblable.

Sauf peut-être une fois, lorsque j’étais enfant.

Genesis m’avait invité chez lui, à la campagne, et nous étions tombés le jour le l’abattage des porcs. Les pauvres bêtes poussaient ce genre de cris quand le boucher du village les traînait à travers la cour de la ferme. Ils sentaient qu’ils allaient mourir et qu’ils ne pouvaient rien faire pour se soustraire à ce qui les attendait. Leurs cris devenaient tellement aigus et hystériques qu’ils ressemblaient à ceux d’un enfant. Ils persistaient un long moment lorsque le boucher leur maintenait la tête au-dessus d’une bassine en plastique, où le sang était récupéré pour confectionner les boudins, et leur tranchait la gorge comme on découpe un steak, à grands va et vient de lame, la peau étant trop dure pour la couper proprement.

Oui, ce que je venais d’entendre ressemblait exactement à cela.

Le hululement se mua en un gémissement atroce et se tut.

Je posai la main sur le rabat de la tente et hésitai.

Les croyances des ouvriers me semblaient d’un coup beaucoup moins ridicules…

Et si l’étrange créature qu’avait vomie les fondations où nous avions creusé m’attendait, là-dehors, dans le silence ?

La lampe vacilla, faisait scintiller la lame de Masamune, posée sur la table, et s’éteignit, ajoutant encore à mon angoisse.

Je ne pouvais pas rester indéfiniment planté dans le noir, accroché à un bout de toile.

Je secouai la tête et, d’un geste rageur davantage destiné à me persuader de mon courage qu’à l’exprimer, ouvris le rabat et sortis.

La silhouette massive qui me faisait face me fit tressaillir et un éclair de lumière vive m’aveugla.

- Tu as entendu ?

Je soupirai de soulagement en reconnaissant la voix d’Angeal.

- Oui, dis-je, la gorge sèche.

Il se dirigea vers la tente qui servait d’abri aux ouvriers et à nos hommes.

Je lui emboîtai le pas, mon rythme cardiaque dansant la gigue.

En dépit de la chaleur, j’étais glacé jusqu’aux os.

Je remarquai alors qu’il tenait un fusil à la main et lui étais reconnaissant d’avoir pris une telle initiative.

A quelques mètres, dans la tente du contremaître, tout semblait silencieux et calme.

Trop calme.

Comme si une chose tapie dans l’ombre attendait que nous soyons suffisamment près pour nous sauter dessus.

C’était là.

Je le sentais comme quand un chatouillement sur la nuque vous avertit que quelqu’un vous regarde.

Je voulus prévenir Angeal mais, au moment ou j’ouvris la bouche, cela me parut si ridicule, si fantaisiste, que je la refermai aussitôt.

C’est étrange comme le surnaturel prend immédiatement le dessus dès que l’on ne peut pas donner d’explication à son angoisse.

Sans doute quelque pan de mur s’était-il effondré dans le trou. Les ouvriers avaient pris peur et avaient dû fuir à toutes jambes, voilà pourquoi tout était silencieux.

Angeal avançait lentement, méfiant. Il scrutait l’obscurité en balayant le camp du faisceau de sa torche.

N’eut été la situation difficile, j’aurais presque ri de l’image qu’il offrait : muscles tendus à craquer, le fusil dans une main et une torche dans l’autre, avec, pour tout vêtement, un short ridicule offert par Zack et imprimé de petits lapins “touche pas à ma carotte”.

Curieusement, un air frais s’était levé et la poussière était froide sous mes pieds.

J’avais la chair de poule.

La lune, qui m’avait paru si lumineuse quelques instants auparavant, disparaissait par intermittence sous le voile des nuages.

Angeal s’arrêta devant la grande tente silencieuse, bien campé sur ses jambes, et je le serrais de tellement près que je faillis le heurter.

- Tout va bien là-dedans ? demanda-t-il d’un voix enrouée.

Pas de réponse.

Il me lança un regard anxieux et haussa le ton pour demander :

- Vous êtes là ? Zack ? Est-ce que tout va bien ?

Toujours rien.

Je le vis déglutir avec difficulté et armer le fusil.

La culasse émit un bruit sec et métallique…

…à suivre

II - Patron à céder. Beau. Imbuvable. Très peu servi.

« Un patron, c’est ce genre d’individu qui vous pose une question,

répond à votre place et vous accuse ensuite de parler à tort et à travers. »

Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Illustration tirée du doujinshi “BUBBLES” du Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Bien qu’irrémédiablement agnostique et sceptique, je laissai momentanément de côté mes convictions pour adresser une rapide prière à mon ange gardien, ou n’importe quoi d’autre qui pouvait m’en tenir lieu.

J’étais tout prêt à aller faire une offrande à n’importe quel Dieu qui mettrait sur ma route un spécimen pareil !

A vue de nez, un mètre quatre-vingt de classe et de grâce moulé dans un costume blanc fait sur mesure. Pour un peu je regrettais de ne pas être couturier pour prendre les mesures en question.

Le nouveau venu, à qui je donnais dans les vingt-deux, vingt-cinq ans maxi, ôta ses lunettes de soleil, révélant des yeux en amande aux prunelles bleu-gris comme un ciel d’hiver, hypnotiques. Avec ça, un visage digne d’une statue, bien dessiné sans être trop fin, et les cheveux blonds. Détail curieux, il tenait un mouchoir devant sa bouche pour ne pas respirer la poussière du chantier. Drôle de dandy…

A voir les manières de l’obséquieux en chef, cet Apollon au teint de porcelaine n’était autre que le Rufus Shinra en personne.

Ma journée s’éclaircissait-elle par miracle ?

Cela ne pouvait pas durer…

Et en effet, la faute de goût impardonnable était la poule qui faisait signe à Palmer ” gras-double ” pour lui ouvrir la portière de la voiture de luxe. A peine extirpée de l’habitacle, elle alla se pendre au bras de Rufus, autant pour lui coller ses seins sous le nez que pour ne pas trébucher avec ses talons aiguille sur les pierres du chantier.

Je me demandai où il l’avait trouvée - et surtout combien il l’avait payée - tout en estimant que quel que soit le prix, c’était trop cher.

Attention, que les choses soient claires : je ne déteste pas les femmes par principe. Tout au long de ma courte vie, j’avais déjà croisé de superbes créatures comme on peut en admirer sur les couverture des magazines et même couché avec beaucoup d’entre elles. Difficile, même pour moi (car, à en croire Angeal et Genesis, je suis ce qui se rapproche le plus d’un morceau de glace en matière d’affectivité et de romantisme), de ne pas apprécier leur beauté.

Mais Rufus, lui, descendant de plusieurs générations d’élégance raffinée, se promenait aux bras d’une abomination aux cheveux décolorés coiffés en palmier, moulée dans une mini-robe en skaï noir au ras des fesses et affublée d’un collier de chien clouté !

Il dégringola d’une belle volée de marches dans mon échelle d’intérêt et je commençai à comprendre l’origine des directives aberrantes de Palmer pour la sécurité et la discrétion des lieux. Moi qui espérais à moitié que ” gras-double ” était en partie responsable de l’excès de ” sécurite aiguë ” et que je pourrais discuter avec son patron, j’en étais pour mes frais… Pourvu qu’il ne me demande pas d’aménager un donjon sado-maso dans la cave avec des caméras cachées tournant en permanence !

Laissant de côté mes goûts personnels pour redevenir un soldat 1ère classe responsable de la sécurité, professionnel et neutre, je me portai à la rencontre de Rufus Shinra et de sa suite.

Il jeta un regard méprisant à ma main tendue, déjà noire de poussière collée par la sueur, et dédaigna de la serrer. Je ne pouvais guère lui en tenir rigueur…

Son sous-fifre intervint avec une courbette et récita comme s’il avait passé la nuit à répéter devant son miroir :

- J’ai le grand honneur de vous présenter le président directeur général adjoint, membre éminent du conseil d’administration de la ville de Midgar, chargé de mission pour le cabinet de gestion de l’énergie et en charge du dossier de restructuration du budget, monsieur Rufus Shinra.

A le voir reprendre son souffle, on comprenait aisément qu’il ait dû s’entraîner. Chaque titre et syllabe semblait élever d’un degré supplémentaire le piédestal où était juché son patron, qui me toisait du haut de son curriculum vitae.

Mais à ce jeu-là, nous pouvions être deux.

- Enchanté. Sephiroth Hojo, fis-je avec une ombre de sourire.

Je marquai une pause, puis ajoutai en élargissant mon rictus :

- Mais vous pouvez m’appelez ” Général “, en toute simplicité.

Pour une fois, j’eus une pensée reconnaissante au père du dandy pour ce grade, gagné de haute lutte durant la guerre de Wutai.

En réalité, tous les gens que je connaissais m’appelaient simplement par mon prénom - voir Seph ou Sephy pour certains - mais je n’avais pas l’intention de faire une fleur à ce fils à papa pète-sec.

La moue pincée de son altesse sérénissime, qui en oublia de se couvrir la bouche de son mouchoir, me dit que j’avais atteint mon but.

Je contins un sourire et me promis de faire un effort pour ne pas me montrer trop désagréable. D’ailleurs, me souvenir que je devais rendre des comptes à ce type dissipa aussitôt toute envie de rire comme une douche glacée. Aussi glacée que la voix de Rufus quand il me demanda où en étaient les travaux.

Son langage châtié était aussi impeccable que son costume mais je n’allais pas m’en laisser conter par un nobliau.

- Eh bien, comme vous le voyez, le vieux temple a été rasé. Nous creusons actuellement les fondations dans les ruines pour installer le réseau de thermo-détection. Voulez-vous voir cela de plus près ?

Sa poule lui lança un regard peu enthousiaste et lui-même fronça le nez en regardant les ouvriers charrier les pierres concassées hors des tranchées béantes.

Inutile de me faire un dessin… Il n’avait pas envie de salir ses chaussures à vingt mille gils pour aller voir suer les hommes qui rénovaient son fichu réacteur.

Je craignis de ne pas pouvoir rester civil bien longtemps avec ces trois snobs quand des cris et un grondement sourd retentirent.

Un nuage de poussière s’éleva soudain des fondations, et Angeal courut vers la source du vacarme. Je m’élançai moi aussi, laissant son altesse planté près de sa voiture de luxe.

Les ouvriers s’étaient regroupés autour d’un des leurs, qui avait lâché son marteau piqueur et se tenait la tête entre les mains. Devant lui, le sol s’était effondré et béait sur ce qui semblait être une cave plongée dans l’obscurité.

Je repoussai ses collègues pour l’atteindre, devancé par Zack et Angeal.

L’ouvrier s’était figé, comme s’il s’attendait à être foudroyé sur place. Je le secouai doucement.

- Eh ! Ca va aller ?

- Il est juste choqué, intervint Zack.

L’homme secoua la tête et vomit un flot de plaintes incompréhensibles.

- Du calme, fis-je en le prenant par les épaules. Ce n’est rien, personne n’est blessé. Qu’est-ce qu’il dit ? demandai-je à Zack.

- Il n’arrête pas de répéter qu’il a commis ” un péché “.

- Un péché ? Il y a eu un accident, ça arrive. Dis-lui bien qu’il ne sera pas renvoyé pour ça.

Zack traduisit et l’homme se calma un peu.

- C’est quoi le trou, en dessous ? demanda Angeal.

- Il faudrait commencer par faire le plan de ces caves du vieux temple - ou quoi que ce ça puisse être - et voir comment en tirer parti ou les éviter. On ne peut pas faire passer des tonnes de câblage destiné à transmettre des données sécurisées comme ça, à l’aveuglette, au-dessus d’un espace vide dont on ignore s’il est accessible ou non de l’extérieur.

L’ouvrier désigna du doigt des pierres sculptées mises en pièces, à ses pieds. Il blêmit, pour autant que je puisse en juger sous la terre qui le couvrait, et leva vers moi des yeux pleins de terreur en débitant je ne sais quelles explications d’une voix tremblante et surexcitée.

- Qu’est-ce qu’il dit ?

- Le temple, traduisit Zack. Il dit qu’un démon était enfermé sous le temple.

Allons bon… Il ne manquait plus que ça à ma journée ! J’allais finir par croire à leurs sornettes et penser que j’avais écopé d’un mauvais karma en débarquant ici.

- Que se passe-t-il ? demanda une voix sèche au-dessus de moi. De quel temple parlez-vous ?

Rufus m’avait suivi, au péril de ses mocassins en… en je ne sais quoi d’ailleurs - pas du cuir en tous les cas -, et semblait hypnotisé par l’ouverture béante dans les fondations des futures enceintes de son réacteur mako.

La pointe d’appréhension que je devinai dans son expression m’intrigua.

Le chef des ouvriers se répandit en courbettes se lança dans explications où il était question d’une légende concernant un démon, enfermé dans un temple.

A ma grande surprise, monsieur le prince, champion de la modernité, la connaissait déjà et semblait y attacher beaucoup plus d’importance que moi.

Arrachant son bras à l’emprise de sa petite amie - ou devrais-je dire son “esclave” ? - d’un mouvement brusque, il bondit dans le trou et, pendant une fraction de seconde, la grâce féline de son saut me détourna de mon antipathie à son égard. Un gâchis pareil, c’était bien la preuve qu’il n’y avait pas de dieux ou de démons en ce bas monde !

Rufus se pencha sur les pierres sculptées, les replaçant dans leur position initiale, et entreprit d’enlever la terre recouvrant le mur de part et d’autre du trou. Il semblait vouloir déchiffrer les fresques.

Je pris mon mal en patience et attendis sous le soleil de plomb qu’il daigne nous faire part de ses conclusions. J’aurais bien sauté dans le trou pour y patienter à l’ombre de la cave mais j’avais l’impression que cela ne serait pas très bien accueilli…

Enfin Rufus se redressa et m’adressa un regard en biais.

- Ce temple a été bâti par les cetras. Il est écrit ici qu’un certain Idfern ou Ilfern y a fait emprisonner une créature malfaisante…

- Ah. Et… c’est grave ? demandai-je, sarcastique.

Il me jeta un regard meurtrier.

J’espérai de tout mon cœur qu’il n’allait pas renoncer au projet pour ces balivernes - la permission de deux mois entiers que je pensais m’accorder à la Costa del Sol dans un hôtel de luxe entouré de petits minets alléchants en dépendait !

Je ne tenais cartes pas à démolir un patrimoine archéologique mais, au point où on en était, il ne devait plus rester grand-chose à sauver. L’antique temple avait été rasée et le mur de la cave éventré.

Rufus pointa du doigt un motif entrelacé qui semblait courir le long du mur.

- Ceci était le sceau qui condamnait le temple. Il a été détruit par cet ouvrier.

Le malheureux terrassier priait toujours et ses camarades, pleins de pitié, le regardaient comme s’ils s’attendaient à ce que ce démon sorte du sol pour le croquer.

- Cet homme creusait là où on lui avait dit de creuser. Nous n’avions aucun moyen de savoir que c’était un… ” lieu sacré ” ou comme vous voudrez bien l’appeler.

- Cela n’en est plus un maintenant, répliqua le petit prince blondinet avec animosité.

Visiblement, il m’en tenait pour responsable.

Heureusement, Angeal intervint pour m’empêcher de répondre vertement.

- Pouvons-nous faire quelque chose à ce sujet, monsieur Shinra ?

Angeal avait toujours été plus diplomate que moi.

Rufus réfléchit un instant puis demanda des torches.

Palmer s’empressa d’aller chercher un projecteur forte puissance dans le coffre de la voitre et je me demandai vaguement pourquoi il avait un truc pareil sous la main. Avant de me souvenir de la fiabilité toute relative des routes et de l’alimentation électrique locale…

Rufus désigna Palmer d’office pour descendre le premier avec la torche. Il le suivit, m’interdit d’un geste sec d’en faire autant, et Angeal posa une main sur mon bras pour m’empêcher de lui sauter à la gorge.

J’attendis en battant de la semelle dans l’air suffocant que ” sa majesté ” se soit avancée dans l’obscurité pour me glisser dans le trou avant qu’il ne puisse protester.

Il me fusilla du regard mais je n’en avais cure.

La vue du temple me rassura un peu. Nous n’avions pas fait trop de dégâts. Les bas-reliefs étaient intacts pour la plupart. Et, par chance, ceux que le mur éventré portait à l’intérieur semblaient incomplets, comme si le temple avait été achevé à la hâte.

En réalité, ce n’était qu’un des milliers de petits temples cetras mineurs qui parsemaient le continent comme des grains de sable sur un sandwich de plage. J’aurais été désolé d’avoir contribué à la destruction d’un site archéologique ou d’un trésor d’art antique.

- Apparemment, plus de peur que de mal, soupirai-je.

Rufus me fustigea d’une œillade peu amicale et Palmer rentra la tête dans les épaules.

xox

Gongaga, 12 mai, 19h17.

Journal de Rufus Shinra

Cette journée a tourné au cauchemar. Palmer m’avait bien mis en garde contre l’impudence de Sephiroth, et il n’avait pas tort. Je me demande comment ce rustre a pu s’élever au grade de Général. Non seulement il a été très malpoli avec moi mais il méprise la culture et le passé de notre planète. Le contremaître m’a même rapporté la prédiction d’un saint homme que ce Sephiroth a presque chassé du chantier le matin même. Le châtiment n’a pas tardé : les ouvriers ont mis à jour le temple dont parlait la légende du prince cetra Hendraa ; les scellés des murs ont été brisés par les marteaux piqueurs. Je n’ose imaginer quels autres désastres il va causer. Déjà, un pressentiment étrange et désagréable de mort imminente m’envahit et je sens déjà les flots de la rivière de la vie lécher mes jambes.

S’obstiner à remettre en état ce réacteur est folie mais folie plus grande encore serait de ne pas essayer de réparer les dégâts causés par cet imbécile de soldat !

Jamais homme ne n’avait inspiré une telle antipathie. Il semble traîner derrière lui une aura infestée et malpropre bien digne de son père, ce fou d’Hojo.

Bien sûr, aux yeux de n’importe qui d’autre, il apparaîtrait comme un bel homme. J’ai bien remarqué que le regard de Babeth s’attardait sur lui plus que la décence et sa condition de soumise ne le lui permettaient.

Je pense d’ailleurs prendre les mesures nécessaires pour renvoyer dès demain cette putain incapable de comprendre que son maître est le seul qu’elle doive regarder de la sorte. Palmer n’aura nul mal à me trouver une remplaçante. Je pense jeter mon dévolu sur cette comédienne que l’on voit partout sur les jaquettes de films SM depuis quelques mois. Comment s’appelle-t-elle déjà ? Peu importe d’ailleurs. Je ne lui demande pas d’avoir un nom mais qu’elle joue son rôle d’esclave, m’obéisse et sache me faire jouir quand je le lui ordonne.

J’ai expliqué à ma vielle nourrice ce qui s’était passé au réacteur en espérant qu’elle sache peut-être quoi faire. Elle s’est contentée de pousser un cri strident en se couvrant le visage des mains. J’ai eu beau tenter de la calmer, rien n’y a fait.

J’avoue que, ma colère passée, sa réaction m’a effrayé et je sens des serpents me ronger les entrailles.

J’essayerai encore demain d’obtenir les renseignements qu’elle pourrait me fournir et, si ce n’est pas le cas, je serai contraint de chercher dans la bibliothèque de Nibelheim. Dieux que je déteste cette pièce et ce manoir ! Ils semblent pleins de murmures.

J’ai ordonné que l’on suspende les travaux jusqu’à nouvel ordre. A l’annonce de cette décision, le petit rire sarcastique de Sephiroth m’a donné enviede le jeter de la colline en contrebas pour l’entendre se briser les os. Comment son esprit obtus de militaire mal dégrossi pourrait-il saisir toute la gravité de sa faute ?

C’est étrange… Jamais je n’ai senti gronder une telle haine en moi pour un homme.

Jamais…

…à suivre

LVIII - Un cercueil contre un berceau

” Il n’y a pas de cimetière assez grand

pour engloutir le passé.”

A. Kivimaa

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Vincent fit irruption dans l’infirmerie, Merill se tenait devant la porte du bureau de Shalua, pétrifié, le bébé de Loz dans les bras.

De l’intérieur parvenaient des bruits confus de sanglots et de bris d’objets que l’on aurait jeté sur le sol ou contre les murs.

- Monsieur Valentine, vous voilà enfin, Dieux merci !

L’ancien turk posa Cait sur le sol et jeta un œil en direction du box de chirurgie vitré, inquiet que le boucan ne déconcentre Shalua et Reeve.

- Ne vous en faites pas, monsieur Valentine, le rassura Merill, la salle de chirurgie est insonorisée.

- Reste ici et n’interviens pas, quoi qu’il arrive, ordonna Vincent en entrant dans le petit bureau.

Le garçon n’eut pas le temps protester que la porte se referma sur l’ex-turk.

*

- Tu meurs d’envie de descendre voir le bébé ! railla Tifa en éclatant de rire. Allez, admets-le ! Tu ne vas pas commencer à faire comme Cloud et essayer de cacher ce que tu ressens ou ce dont tu as envie !

Cloud, qui revenait de la cuisine avec une bouteille d’eau, s’arrêta devant la porte de Tifa en entendant prononcer son nom et tendit l’oreille.

Il n’était vêtu que d’un pantalon de pyjama et il frissonna en appuyant son dos nu contre le mur du couloir plongé dans l’ombre.

- Très bien, c’est vrai, j’ai envie de descendre, acquiesça Loz en riant lui aussi. Mais je ne le ferai pas. Je veux être fixé sur son état de santé. Tu as vu ses pieds ?

- Oui. Nero nous dira peut-être ce qui s’est passé. Je suis persuadé qu’hormis cela, il va très bien.

- Pourquoi dis-tu que grand frère essaye de cacher ce qu’il ressent ?

Dans le couloir, ce dernier se raidit.

- Parce qu’il l’a toujours fait. Tu sais que ça me fait vraiment bizarre, lorsque je t’entends l’appeler comme ça ?

- C’est ce qu’il est. Comment veux-tu que je l’appelle ?

Le doux rire triste de Tifa tinta derrière la porte close et Cloud sentit un pincement au coeur.

- Je crains, hélas, qu’il ne soit pas de ton avis, Loz. Contrairement à Cid, il considérera toujours les cellules de Jenova qui sont en lui comme une souillure. Jamais il n’acceptera d’en voir le côté positif, ce lien qui vous unit tous, plus fort et indestructible que n’importe quelle attache familiale. Cloud a toujours été un solitaire.

Loz soupira.

- Les gens changent, parfois. Regarde ceux qui sont ici, dans ce manoir.

- Oh, Cloud peut changer d’attitude envers les autres, j’en suis certaine. Mais de là à se pardonner à lui-même et à accepter ce qu’il est… Ou du moins ce qu’il croit être, c’est une autre histoire.

Dans le couloir, les mains de Cloud se contractèrent si fort sur la bouteille d’eau qu’il tenait à la main qu’il faillit la faire éclater.

- La vérité est une vieille femme lépreuse que personne n’a envie de regarder en face, Tifa.

- Que c’est joli ! Où as-tu entendu çà ?

Le Soldat tiqua, étonné d’entendre ce genre de choses dans la bouche d’une grande brute comme Loz.

- C’était il y a longtemps.

- Encore de tes histoires, pas vrai ? Avoue !

Loz éclata de son beau rire grave et Tifa insista.

- Raconte-la-moi !

- Tifa…

- Allez, s’il te plaît !

- Tu sais bien que je ne suis pas à l’aise pour parl…

- Sornettes ! Tu racontes merveilleusement bien ! Ne m’oblige pas à te supplier, Loz.

Cloud, de plus en plus surpris, colla son oreille contre la porte.

Il entendit grincer un peu le lit et imagina la jeune femme se blottir contre l’argenté à la façon d’une petite fille pour écouter attentivement l’histoire qu’il s’apprêtait à raconter.

*

Le mythique général avait transformé la pièce en zone sinistrée.

Des documents étaient éparpillés partout sur le sol, les meubles, hormis le bureau où était posé l’ordinateur portable où défilaient les images vidéo, avaient été renversés et des dizaines d’objets avaient été brisés.

Sephiroth empoigna le fauteuil où il était assis quelques instants plus tôt avec l’intention évidente de le lancer contre le mur ou, pire, contre la vitre sans tain qui séparait le bureau de Shalua du laboratoire mais Vincent s’interposa.

- Ca suffit ! cria l’ex-turk en lui saisissant les avant-bras.

- Lâche-moi ou je te jure que je te…

- Tu n’es pas responsable de ce qu’Hojo leur a fait ! insista Vincent en vissant son regard purpurin au sien sans desserrer sa prise.

Les yeux de Sephiroth étaient rouges et son visage souillé des larmes qui en avaient coulé, et qui coulaient encore, ruisselant sur ses joues jusqu’à son menton, sa gorge et sa poitrine nue. Mais sa bouche, elle, se tordait en un rictus haineux qui découvrait ses dents de carnassier.

- J’aurais dû l’en empêcher !

- Tu n’étais toi-même qu’un petit garçon, lorsque les jumeaux sont nés !

L’ancien cauchemar de la planète repoussa Vincent avec une telle brutalité qu’il alla s’écraser contre la seule étagère encore debout, provoquant une avalanche de livres et de dossiers.

Il leva ensuite le fauteuil au-dessus de sa tête avec un cri de rage et allait le lancer contre la vitre sans tain lorsque l’ex-turk se redressa et l’apostropha.

- C’est ça, vas-y ! hurla celui-ci, à son tour fou de rage. Profites-en, Nibelheim a été reconstruit et sa population a triplé !

Il ramassa un briquet dans un tas d’objets épars, sur le sol, et lui lança avec colère.

- Tiens ! Amuse-toi ! Avec trois fois plus de victimes, ce sera encore plus drôle à faire flamber que la première fois !

Sephiroth blêmit à tel point que Vincent le crut sur le point de se trouver mal et reposa le fauteuil avant de s’y laisser tomber, profondément choqué.

Vincent, comprenant qu’il était allé trop loin, s’approcha et lui posa la main sur l’épaule.

- Je suis désolé, je n’aurais pas dû dire ça. Tu n’étais plus toi-même, alors.

Le regard du Soldat glissa jusqu’à l’écran de l’ordinateur portable, où les images des vidéos de surveillance du cratère nord continuaient à défiler.

- Quelle importance, que je sois moi-même ou non au moment où les malheurs surviennent… soupira-t-il. Force est de constater que j’ai toujours été incapable de les empêcher de frapper.

L’ex-turk le serra contre lui, le gosier noué.

- Tu n’as pas le droit de te reprocher ce qui est arrivé au cratère nord.

- J’aurais dû le sentir. Sentir leur présence. Leur souffrance. Leur existence !

- Ton père et Ashton Shinra sont les seuls coupables, Sephiroth.

- Pourquoi ? Pourquoi ont-ils fait ça ? Ils m’avaient moi, à cette époque ! Et Angeal ! Et Genesis ! Comment ont-ils pu vouloir créer d’autres “super-soldats” avec tous les risques que cela comportait ? Ils le savaient ! Ils connaissaient les risques !

- Ce n’était que des expériences, pour eux. Tout comme toi. Et moi. Et Nero. Et Weiss. Et Cloud. Et tant d’autres… Tant d’autres, Sephiroth…

- Ils n’étaient que des petits garçons innocents, Vincent… Ils n’étaient que des petits garçons… Mes petits garçons…

Vincent resserra son étreinte.

- Je sais…

*

Au fond du parc du manoir, Yazoo frissonna et sursauta lorsque la main de Reno se posa sur son épaule.

- Pardon. Je t’ai fait peur ?

L’argenté s’essuya les yeux et secoua la tête.

- Non, tu m’as surpris, c’est tout.

Le turk désigna du menton le mausolée des Shinra qui se découpait dans le ciel nocturne éclairé par la pleine lune.

- Je t’ai dit que ce n’était pas lugubre mais de là à venir en pleine nuit… essaya-t-il de plaisanter.

- Même la nuit, je… enfin, ce n’est pas lugubre du tout, en effet.

Reno lui lissa les cheveux et lui tendit un mouchoir.

- Ca va aller ?

Yazoo acquiesça et se força à sourire en se tamponnant les yeux.

- Oui, bien sûr, ne t’en fais pas. C’est… C’est très joli, tu avais raison. Quand… Quand vont-ils amener le… le corps ?

- Demain. Elena a appelé tout à l’heure.

- Elle a appelé ? Si tard ?

- Elle et Tseng voulaient que le filme Kay avec mon portable pour leur envoyer, expliqua le Turk. Je crois bien qu’eux aussi sont en train de tomber amoureux de ce bébé !

- Il est si mignon…

- Le tien l’était aussi, fit une voix dans leur dos.

Ils se tournèrent pour voir Rufus Shinra venir ver eux, emmitouflé dans un élégant manteau de laine gris.

- Tu veux entrer ? demanda-t-il encore à Yazoo en agitant un trousseau de clés.

- Comment saviez-vous que nous étions ici ?

- Gretta m’a dit que tu lui avais demandé où se trouvait le mausolée. Venez.

Il déverrouilla la magnifique porte de fer forgé, qui s’ouvrit sans même un grincement, et une agréable odeur de fleurs fraîche leur chatouilla les narines.

Rufus actionna un interrupteur et une douce lumière dorée éclaira la crypte, toute de marbre rose et luisante de propreté.

Durant la journée, les rayons du soleil passant à travers les vitraux représentant les magnifiques jardins de la terre promise des Cetras devaient illuminer les lieux de mille couleurs chatoyantes et, sur chaque tombeau, vide ou non, des statues d’anges souriants jouaient de la musique, lisaient ou devisaient au milieu des fleurs et des plantes d’hiver.

Le jeune président sourit devant l’expression étonnée de l’argenté et échangea un sourire entendu avec Reno.

- Tu vois ? fit celui-ci. Je t’avais dit que c’était clair et paisible.

- La section réservée aux enfants est ici, les guida Rufus. Elle est vide, pour l’instant.

Il les mena vers ce qui ressemblait à la reproduction d’un petit château de conte de fées en albâtre multicolore, sur lequel veillaient des chérubins joufflus et des créatures fantastiques, sympathiques dragons rondouillards et souriants ou fées et lutins facétieux qui se cachaient dans les tours ou derrière les colonnes.

La porte et les deux grandes fenêtres du château étaient en fait les plaques funéraires fermant les niches prêtes à accueillir trois petits cercueils.

- Mon père disait que nous n’avions pas à faire supporter notre tristesse aux morts, expliqua Rufus. Et moins encore si ces morts étaient des enfants.

Yazoo tendit la main pour caresser l’aile d’un dragon jovial qui tendait un panier destiné à recevoir des fleurs pour les petits défunts.

- Loz doit choisir un berceau et moi une boîte… ne put-il s’empêcher de remarquer, amer et incapable de ravaler ses larmes. Le destin ne manque pas d’humour…

Reno ouvrit la bouche, prêt à le consoler, mais Rufus lui posa la main sur l’épaule et secoua la tête.

L’argenté avait besoin de faire sortir sa rage et sa frustration.

Ils le laissèrent donc déverser son trop plein de peine et colère en silence, jusqu’à ce que, au bout d’un long moment, Yazoo se reprenne, s’essuie le visage et se tourne vers eux.

- Je suis désolé, s’excusa-t-il en rougissant. Je ne devrais pas dire des choses pareilles. Kay et Loz n’y sont pour rien.

Rufus et Reno lui sourirent, rassurants.

- C’est normal, que t’aies la rage, fit ce dernier.

- C’est humain, renchérit le jeune président.

L’argenté sentit un coup au cœur et les larmes lui remonter aux yeux mais sous le coup de l’émotion, cette fois.

” Humain “

Lui, Yazoo, était humain

C’était la première fois qu’on lui disait une chose pareille mais comment leur faire comprendre à quel point ce simple petit mot lancé de façon aussi naturelle le flattait plus sûrement que le plus retentissant des panégyriques ?

- Je vous remercie d’accepter d’accueillir mon… fils ici, Rufus.

” Mon fils “

Que ces mots, qu’il disait pour la première fois sonnaient bizarrement dans sa bouche…

Un instant, il craignit même qu’une trace de sarcasme n’apparaisse sur le visage de Rufus ou de Reno mais ce ne fut pas le cas, loin de là.

- As-tu réfléchi au nom qu’on doit faire graver sur la plaque ? demanda le jeune président. (Yazoo blêmit) Ca ne fait rien, ce n’est pas urgent, prends le temps de réfléchir, je…

- Kaly, dit Yazoo avant de manquer de courage.

- Kaly ? répéta Reno. Ca sonne bien. Ka-daj, L-oz, Y-azoo. Kaly.

- Oui, la technique de Loz me plaît assez, finalement, acquiesça Yazoo.

- Va pour Kaly, fit Rufus. Nous nous en occuperons dès demain matin.

- Il sera bien ici… soupira l’argenté en jetant un dernier regard à la ronde. C’est si joli et paisible. Merci encore, Rufus.

Ce dernier secoua la tête.

- Ce manoir, cette propriété, ne sont plus seulement à moi. Ils ont trop à raconter. Ils ont vu trop de grands malheurs et de bonheurs immenses ces derniers jours. Trop pour un seul homme. Cette maison est celle du clan, désormais. Notre clan. A nous tous.

Reno sourit et passa le bras autour des épaules de Yazoo.

- Le clan Shinra ? murmura celui-ci avec un sourire reconnaissant.

- Le clan Shinra… répéta le turk. Ca aussi, ça sonne plutôt bien.

- Oui… acquiesça Rufus, bien plus ému qu’il ne l’aurait souhaité. Ca sonne bien.

L’argenté acquiesça d’un sourire et se laissa aller contre l’épaule de Reno.

Oui, c’est vrai que ça sonnait bien…

…à suivre

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Part 11 Les chemins de la vertu… Ils sont de quel côté, déjà ?

Cid (semblant réfléchir un moment) : A la guerre comme à la guerre ! Soit !

Tout le monde pousse un gros soupir.

Loz (en bâillant) : Eh bien bonne nuit.

Il se dirige vers sa cabine où Yazoo dort comme un bienheureux, se déshabille *ben quoi, il va pas dormir habillé, non ?*, met un pyjama *ah vous ne vous y attendiez pas à celle-là, hein ?* avec des petits moogles rouges et essaye de pousser Yazoo qui s’est étalé en long, en large, en travers et en hauteur… En hauteur ? C’est quoi ce truc ? Glups !

Loz (en grognant) : Mais pousse-toi donc un peu, enfin !

Yazoo grommelle et s’étale encore plus.

Loz (en le poussant sans ménagement) : Mais pousse-toi j’te dis !

Yazoo se casse la gueule et continue à roupiller par terre.

Loz (qui va pour le relever et se rétracte au dernier moment) : Oh, puis merde, reste là ! Au moins j’aurai de la place ! (il se couche, croise les mimines derrière la tête et regarde le plafond) J’ai pas sommeil, moi ! J’ai pas l’habitude de m’coucher à c’t'heure là (il regarde Yazoo, qui roupille, avec envie) R’gard’le l’aut’la ! Le plafond pourrait lui tomber dessus…

Yazoo (en rêvant) : Prends-moi dans tes bras, mon étalon céleste… (Loz, d’un zouli rouze pivoine, se met l’oreiller sur la figure) Aahhh ! ! !Ouuiiiiiiiiii ! ! ! Encore…

Incapable d’en supporter plus, Loz se lève et se rend dans la chambre de Kadaj pour échapper à la ” vision lamentable des instincts primaires de Yazoo ” et faire un “mi” sur le front de son p’tit frère adoré. Mais, arrivé devant la cabine il entend des …bruits bizarres.

Loz (en poussant la porte d’un coup) : Espèces d’obsédés de l’espace ! Qu’est ce que vous faites à mon p’tit frère ? Glups ! (Reprenant un air distingué et martial) Mes hommages, Madame !

Tifa : Nan mais ça va pas nan de rentrer comme ça chez …? Tes quoi ? “Hommages” ? (la mâchoire pendante) Pincez-moi je rêve !

Cloud (avec un grand sourire, sortant la tête des draps) : Alors ? On commence à s’ennuyer ?

Loz (le regard pudiquement tourné) : Vous me voyez navré de cette intrusion inopportune, Madame, veuillez m’excuser

Il ressort en fermant doucement la porte.

Tifa (qui regarde Cloud comme si elle venait de voir passer un troupeau de vaches à bicyclette) : Est-cet que toi entendre ce que moi avoir entendu ? Lui être devenu un gentleman ?

Cloud (levant le sourcil) : De quoi ?

Tifa (un entonnoir sur la tête et les cheveux hérissés sur le caillou) : Moi y’en a dire que pas le reconnaître… Moi y’en a avoir mal entendu ? Hommages de Madame à moi ?

Cloud (qui lui tapote l’épaule) : Oh, là, là ! Respire fort, ça va aller mieux dans un moment…

Tifa (toujours avec son entonnoir sur la tête et un œil qui dit merde à l’autre) : Ah Agha…? Mieux aller ? C’est quand est-ce, prévu pour ?

Sephiroth (qui sort à son tour des draps et l’entraîne sous les couvertures) : Pour tout de suite. Viens là, j’vais t’expliquer…

Tifa (avec DEUX entonnoirs) : Agha ?

Loz, en état de choc *si, si* décide d’aller voir Reeve pour qu’il lui donne un prozac. Il pousse la porte de sa cabine et rentre, la queue à l’oreille et la fleur entre les jambes… Euh, non ! L’inverse, l’inverse !

Loz : Reeve, aide-moi. Je… (il voit deux pieds et deux mains dépassent au pied du lit) Dis donc, j’avais jamais remarqué que t’avais les bras aussi longs !

Elena (qui sort la tête de sous les draps, entre les mollets Reeve) : Non mais faut pas se gêner !

Loz (à moitié pâmé) : Que..que..que.. ? Keskissepassladsou ?

Reeve (qui sort à son tour la tête, mais de l’autre côté) : Qu’est-ce qu’il dit ? Pas grave Loz, crache, on fera le tri !

Loz (quitte l’infirmerie comme un somnambule, tout flageolant) : Sépapossib…sépapossib…vite quelqu’un… s’cour… Zeng… Zid… s’cour…édémoi…

Tseng (qui revient du p’tit coin *ah ben c’est ça, les problèmes de prostate…*) : Officier Loz ? (Il le retient avant qu’il tombe) Qu’y a-t-il, officier ?

Loz (qui ne sait plus ou il est) : Ils font…y sont…Y partouzent…Y partouzent…

Tseng (lui tapotant paternellement la tête) : Mais non, mais non, personne ne part , allons, allons, vous avez du faire un cauchemar.

Loz (qui hoche vigoureusement la tête) : Ah zi ! zi,zi,zi,zi,zi,zi ! (il montre les cabines du doigt) Y partouzent… par deux, par trois…et z’ai pas vu les autres…

Tseng (raisonnable) : Mais non, il ne partent pas, je vous dis. Où voudriez vous qu’ils aillent ? Et en groupe en plus ! Ils ne passeraient pas inaperçus, voyons. Allons, allons, je vous raccompagne à votre cabine. (Il le soutient pour marcher). Vous avez besoin de repos. Je savais bien que vous travailliez trop, tous !

Tseng entre dans la cabine avec Loz sous le bras et voit Yazoo par terre. Il dépose Loz sur le lit et se penche vers Yazoo pour le secouer.

Tseng : Réveillez vous, mon garçon. (Yazoo gémit) C’est pas vrai… Pauvre petit. Il est tellement épuisé que même quand un cauchemar le fait tomber du lit, il ne se réveille même pas ! (La larme à l’œil) Pauvre enfant… Comme sa maman doit lui manquer… snirrffflll… Ca doit être si dûr d’être né orphelin… Snirrrfllll !

Il le secoue comme un prunier et Yazoo ouvre un œil glauque

Yazoo : Kya ? C’est déjà l’heure de l’école ? Loz, j’peux avoir un lait chaud ? Avec du miel.

Tseng (le serrant dans ses bras) : Beueuahhhwww ! Mon pauvre Yazoo ! Beuahahahww ! Je vous comprends vous savez…sniffff…tant d’années de solitude et vous pensez toujours à votre mère, Dieux que c’est triste…snifff

Yazoo : Chenova ? Où cha ?

Tseng (s’essuyant les larmes d’un viril revers de pyjama à chocobos verts) : Il faut vous reposer. Mais promettez-moi de ne plus penser à Jenova.

Yazoo (shooté total) : Chans problème ! (Il voit Loz et se jette dans ses bras) Mamouuuuuurrrrr ! ! ! ! ! Kechk’y ont faiiiiiiit ? ? ?

Tseng (complètement bouleversé *il est très fleur bleue*) : Comme c’est beau. (des angelots avec des lyres papillonnent autour de lui) Pouvoir se laisser aller ainsi à son chagrin et parler librement dans les bras d’un frère.

Il sort, le cœur faisant boum boum.

Yazoo (secouant Loz, toujours en état de choc) : Niiiii-Chaaaannnn ! J’t'en suppliiiiiiiiie ! ! ! *tiens il a retrouvé sa voix* Dis-moi que tu m’aimes toujours ! S’teuplaiiiiiiiiit ! ! ! ! !

Loz (genre menhir) : Sépépossib…sépaposssibb ! Dans le vaisseau amiral… Partouzer…

CRAC, CHKRONKCH, SHKRIK (bruit du cœur de Yazoo qui se brise)

Yazoo : Partouzer ? Parce que lorsque nous faisons l’amour tu appelles ça partouzer ? BBBueueuahhhhhhwwww ! ! ! !

Loz : Cloud, Tifa, Reeve, la nympho…tous ! Y partouzent !

Yazoo (désespéré) : Beuhawww ! ! ! Tu es un monssstttreeawww ! ! !

Loz (qui poursuit son délire) : Tranquilles, peinards, comme si c’était naturel ! Et allez ! Ca partouze !

Yazoo : Bien sur que c’est naturel puisque je t’aiiimmmmeuhhh !

Loz (qui émerge un peu) : J’vois pas le rapport.

Yazoo (qui, désespéré, met la tête dans une grille, près du mur et tourne le bouton sur ” maximum “) : J’veux mouriiiir ! J’vais m’suicideeer !

Loz (roule des yeux, excédé) : Veux-tu sortir la tête de la clim ! Tu vas choper la crève.

Yazoo : La cli… (mort de honte, il referme la grille) Puisque c’est ça, je vais aller me faire écraser dans les turbines !

Il fait mine de sortir et Loz le retient.

Loz : Ah non ! On vient de les décrasser !

Yazoo : Beuawwww ! ! ! T’en a rien à cirer que je crèèèèève !

Loz (excédé) : Non mais t’as fini, oui ?

Yazoo (l’air menaçant se saisit de son gunblade et retourne le canon-lame contre lui) : Si à trois tu ne me dis pas que tu m’aimes, je me jette sur Velvet Nighmare ! Un…

Loz (lève les bras au ciel) : Ah bah, v’la autre chose !

Yazoo : deux…

Loz : Ca suffit ! Arrête de faire l’enfant !

Yazoo : Deux et demi…

Loz : Ca va, ça va, je t’aime, là ! Voilà, t’es content ?

Yazoo (s’écroule, en larmes) : T’es pas sincèèèèèèèreeuuahhhwww ! ! !

Loz : chuuutt ! Tu vas réveiller tout le monde !

Yazoo : M’en fiiiiiicchheueueaaaahhhwww ! ! ! !

Loz (le regardant de haut) : Et puis mets un pyjama, tu es ridicule, tout nu, à quatre pattes avec ton gunblade dans les bras… Tu imagines si quelqu’un rentrait ?

Yazoo (qui arrête subitement de pleurer) : Ridicule à poil, moi ? (il approche, menaçant) C’est ce que tu insinues ?

Loz (qui recule un peu) : Ben, avec ton truc qui pendouille… (il baisse les yeux vers le ” truc ” en question) Euh… Qui pendouillait…

Yazoo : Ah, j’suis ridicule à quatre pattes !

Loz (très inquiet) : Pourquoi tu me regardes comme ça ?

Yazoo (des éclairs dans les yeux) : Tu crois que tu auras l’air plus malin, toi ?

Loz (qui déglutit avec un bruit étranglé) : Je suis ton aîné et je t’ordonne de rester où tu es !

Yazoo : Alors comme ça je ne suis plus que ridicule pour “Moôôssieur” ?!

Loz (recule en tendant les mains devant lui pour dissuader Yazoo d’avancer): Ne t’énerve pas, c’est mauvais pour la discipline du vaisseau et, en plus, les officiers ne doivent pas faire preuve de rancunes personnelles durant le service…

Yazoo (rugit): ON N’EST PAS “EN SERVICE” ! ON EST DANS TA CHAMBRE! ET DANS TA CHAMBRE, ON NE PENSE PLUS “SERVICE”!

Loz (flap-flape des mains en regardant en biais vers la porte derrière lui pour vérifier que personne n’arrive, alerté par le chahut): Chuuut! Pas si fort!

Yazoo : JE FAIS CE QUE JE VEUX !

Loz : Je t’ai dit que je t’aimais, qu’est-ce que tu veux de plus ?

Yazoo : C’ETAIT PAS SINCEEEERE ! ! IL M’AIME MÊME PAAAAS!!! BOUAAHHHH!!!

Loz (confus de déclencher une telle cascade façon Niagara): Mais non ! Enfin je veux dire si !

Yazoo: NANNNNNNNNN !! AVOUE !!!!!! TU M’A FAIT L’AMOUR QUE PASKE TIFA VOULAIT PAS TOUAAAAHHH !!

Loz (qui commence à avoir un peu pitié): Mais non, mais non, je n’ai jamais dit ça….

Yazoo (renifle à gros sanglots): Je t’ai tout donnééééé ! Et maintenant, tu me fous à la porte !

Loz (s’approche avec précaution pour lui tapoter la joue): Allons, allons, c’est fini le gros chagrin ? Tu sais bien que je ferais n’importe quoi pour te faire plaisir…

Yazoo (le regarde par en dessous avec un air qui reste de mauvais augure): Prouve-le !

Loz (se fige instantanément): Hein?

Yazoo (le prend par la taille et essaye de l’attirer vers le lit): Je te donne l’occasion de me faire plaisir!

Loz (effrayé, résiste): Naaaan ! C’est pas ce que je voulais dire !! B’sédé ! Barbare ! Lâche-moi !!

Yazoo (mauvais mauvais): Pas question ! Ah tu voulais me faire plaisir ! Bah fais-moi le plaisir de payer ton ardoise illico ! Tu vas voir un peu comment je vais t’aider à régler tes dettes!

Loz (les ongles crissant sur le sol dans une tentative désespérée d’échapper à Yazoo qui l’entraîne par les pieds vers le lit): Je ne veux pas ! Je suis ton aîné ! Laisse-moi partir ou je te punirais !

Yazoo (mélodramatique): Il n’y a pas pire punition que ton indifférence et ton refus ! *Ouah celle-là je la recaserai dans une fan-fic plus sérieuse…*

Loz : NANNNNNNNNN !!!

…à suivre

Les murs murmurent

Ah ! Là là, les graffitis !

Depuis des milliers d’années, ils disent bien souvent ce que personne n’ose avouer à haute voix et Midgar ne fait pas exception à la règle. Des murs des casernes du Soldat aux toilettes des pubs du quartier populaire, chacun y va de son petit blabla.

Voyez plutôt !

***

(Dans le vestiaire de la salle d’entraînement du SOLDAT)

Ce matin, à 7h48, Sephiroth a souri.

Angeal


Dans l’armée, les hommes sont des hommes !

Heidegger

Les chocobos en savent quelque chose…

Reno


(Dans les WC du sous-sol du réfectoire)

Ici on mange de la merde !

Zack

Là-haut c’est encore pire.

Angeal


Sephiroth nous pompe !

Cloud

A quelle heure ?

Anonyme


La réponse c’est la guerre !

Anonyme

Ce qui prouve combien la question était idiote…

Reeve


Encore des graffitis sur ce mur repeint ? C’est pas bientôt fini, bande de porcs ?

Hojo


Les femmes ont leur mot à dire ! Revalorisez la condition féminine !

Tifa

C’est vrai ! Les éviers sont trop hauts, les cuisines sont trop petites et le liquide vaisselle est hors de prix !

Cid


Ce mur est rouvert après travaux.

Rufus

Si vous vous y mettez aussi, on va jamais s’en sortir !

Hojo


Pourquoi les femmes baissent-elles les yeux quand on leur avoue qu’on les aime ?

Vincent

A ton avis ? Pour voir si c’est vrai !

Cid


Ce matin je suis allé voir le toubib ; j’avais envie de tirer la langue à quelqu’un.

Reno


Quand je vois ce que les pigeons ont fait sur cette pierre tombale… Je suis content que les chocobos ne puissent pas voler trop haut !

Vincent


Halte à la phallocratie ! Notre corps nous appartient, il n’est pas à vendre !

Elena

Mais on est prêts à le louer !

Rude


(Dans les WC des quartiers du SOLDAT)

Ne cherchez pas des traits d’humour sur ce mur… La plaisanterie du jour, vous l’avez dans les mains, bande de nazes !

Reno


Faites l’amour, pas la guerre.

Aerith

Tu parles ! Faites les deux, mariez-vous…

Lucrecia

Sympa, merci !

Hojo


Mesdames, gardez toujours en tête que si ça a des pneus ou des testicules, vous aurez tôt ou tard des ennuis avec !

Cid


SEPHIROTH EST UN ENFOIRE !

Anonyme

Zack, je sais que c’est toi qui a écrit ça. Si je t’attrape, je te découpe en tranches.

Sephiroth

Merde, Sephy, fais pas le con, c’était pour rire !


Est-il donc si difficile pour une femme de trouver le plus court chemin vers le coeur d’un homme ?

Vincent

Non. Pas si on a une prise à portée de main où brancher la tronçonneuse.

Rosso


(Dans les toilettes du du bar de Tifa)

Tous ces graffitis, c’est vraiment dégueulasses.

Hojo

Attends d’avoir goûté la bière qu’on sert ici !

Barett


Nero, je sais que tu va picoler comme un trous a midi et que tu va donc forcemment venir ici cet et lire ceci. Oublit pas qu’on a réserver la salle d’entrainement ce soir. Traine pas trois plonbes dans cette putain cafette.

Weiss

T’est gonfler d’écrire sa devant tous le monde ! C’est toujours toi qui aies a la boure !

Nero

Eh ! Vous deux ! J’ai un dictionnaire en double, ça vous intéresse ?

Genesis


Le Soldat, c’est des douilles, des nouilles et des chtouilles.

Cloud

Et des testicules

Zack

Aussi mais ça rime plus.

Cloud


La femme est l’être parfait.

Scarlet

Alors pourquoi ma douce Lucrecia est toujours fourrée chez le docteur ?

Vincent

Pas « chez » le docteur ; « par » le docteur !

Scarlet


(Sur le mur d’un dortoir du soldat)

Ce qui nous venge des missions pourries, c’est d’imaginer Sephiroth se battre avec ses bretelles en cuir à chaque fois qu’il a envie d’y aller !

Anonyme


Spécialités de la maison : la serveuse et le chocobo au citron. J’ai essayé les deux, je préfère le chocobo.

Anonyme

Je n’ai jamais essayé avec un chocobo…

Reno


(Dans les toilettes du labo de la Shinra)

Et si j’avais infecté le papier toilette avec un virus mortel, hein, bande de graffiteurs dégueulasses ? Avec quoi vous vous torcheriez le derrière ?

Hojo

Comme toujours : avec l’essuie-mains.

Sephiroth


Ne dites pas « l’idole des jeunes » mais « Séphiroth casse la croûte ».

Zack


(Dans les douches des quartiers des Turks)

Quelle merveilleuse invention que ce nouveau stylo feutre de la Shinra ! On peut enfin écrire sur ce putain de carrelage.

Reno


Sephiroth est cool !

Anonyme

Non, Sephiroth est froid.

Cloud


Rien que de penser à la taille du slip de Palmer, ça me dégoûte des hommes.

Scarlet


Pardon pour les grossières allusions “Chocophiles” mais je me dis que si nos légionnaires à nous ont les chèvres, les soldats de la Shinra, eux… Enfin bref. (sifflote sifflote)

Part 10. Les chemins de la vertu sont pavés de… va savoir !

Qui a dit de capotes usagées ? J’attends !

Yazoo (qui regarde la très longue aiguille entre les doigts de Reeve) : J’te préviens ! Si tu lui fais mal t’auras à faire à moi !

Reeve (détournant le regard et enfonçant à l’aveuglette l’aiguille d’un coup sec dans la fesse de Loz) : Arrgh ! Je déteste les piqûres !

Loz pousse une plainte et Yazoo le serre contre lui.

Yazoo (en pétard) : Sadique ! Mon pauvre frère! T’as vu comme tu l’as empalé ? (Il caresse le front de son “Lozy”) Mon pauvre Lozynou, il t’a fait mal…

Reeve : C’est fini oui ! Il en a vu d’autres !

Yazoo (soudain affolé) : Alors pourquoi il devient tout mou ? Pourquoi il ne bouge plus ? Hein ? (Hystérique) POURQUOI Y BOUGE PLUS ? !

Reeve (qui mine de rien commence à flipper) : Zut, qu’est ce qu’il a ? (il regarde l’étiquette du flacon) Oups…

Yazoo : Quoi “oups” ? (Il le secoue) : Qu’est ce que tu as fait ?

Reeve (avec un sourire forcé) : j’m'ai gouré…

Yazoo (prêt à le tuer) : Comment “gouré” ? Qu’est ce que tu lui a injecté ?

Reeve : Du bbrrmmmre

Yazoo : Du brem ? C’est quoi, ça, encore ?

Reeve (déconfit): Non ! Pas du “brem” ! Du bromure…

Yazoo (bredouille) : Du… bromure ? (Hurle, prenant conscience de ce que ça signifie pour lui) TU LUI AS INJECTE DU BROMURE ? ! Combien ?

Reeve (qui recule un peu par prudence) : Euh… Normalement… ça calmerait un troupeau de chocobos pendant une bonne semaine.

Yazoo : Un… QUOI ? ? ? ?

Reeve (d’une voix geignarde) : Enfin, toutes proportions gardées, s’entend. (Yazoo gronde, menaçant) Un “petit” troupeau.

Yazoo (plus radioactif que le slip de Kadaj après 3 assiettes du chili con carne d’Aerith): PETIT COMMENT ?

Reeve (de plus en plus pitoyable) : Tout petit. Un troupinet. (Il fait mine de tenir quelque chose de minuscule entrer son pouce et son index) Un troupininou…

Yazoo (fond ne larmes, incapable d’en supporter plus) : Mon pauvre mamour de frèèèèère ! Il l’a castréééééééé !!!!!!

Reeve (qui lui tapote l’épaule) : Mais non, mais non, ça lui passera…dans un mois ou deux…

Yazoo (se raidit, les yeux exorbités) : Un mois ou deux ? ? ? ? Beuhahwwwww ! ! ! Il l’a rendu impuisssaaaaaannnnntttteuaheuaheuah ! ! ! Malade ! Sadique ! Savant fou !

Reeve (outré) : N’exagérons rien ! Je l’ai juste un peu calmé !

Pendant ce temps, sur le pont de commandement…

Tseng (qui dresse l’oreille) : Vous entendez ?

Tout le monde écoute et reconnaît les lamentations caractéristiques de Yazoo.

Tseng : Mais c’est Yazoo ! (inquiet) Serait-il arrivé malheur à son frère ?

Kadaj : je vais voir, monsieur !

Tifa (qui se lève à son tour en entraînant Nero avec elle) : Nous y allons aussi ! Vous tracassez pas ! On a besoin de vous ici !

Ils sortent tous les trois avant que Tseng n’aie le temps de bouger le petit doigt.

Tifa (qui rentre dans la cabine et voit Yazoo effondré sur la poitrine de Loz, qui roupille comme un bienheureux) : Oh oh ! C’est plus sérieux que je croyais…

Yazoo (en larmes) : Il a chatré mon Lozyamouaahahah ! ! ! !

Nero : Il a quoi ?

Reeve : Meuhhh non ! Il exagère ! Je l’ai juste un peu calmé !

Yazoo (chouinant à l’intention de Nero) : Il lui a injecté une dose de bromure à assommer un troupeau de taureaux !

Nero éclate de rire.

Tifa (à son oreille) : Ouais ben te marre pas trop, parce que… (tout bas) Si le p’tit cachou d’amour de son mamour de frère adoré n’a pas sa dose de saute moutons, il pète carrément les plombs !

Nero : A ce point là ?

Tifa et Kadaj hochent la tête.

Nero : Et…il va en avoir pour combien de temps ?

Reeve (qui hausse les épaules) : Chais pas moi…Un mois ou deux.

Kadaj : QUOI ? (Tout le monde lui fait signe de baisser d’une octave) Quoi ? Nan mais ça va pas ? Yazoo va tout saccager ! Que va penser Tseng ?

Nero : Mais, attendez un peu. Pourquoi ça le mettrait dans un état pareil d’abord ? Sa se trouve un peu de calme ça lui fera du bien aussi.

Tifa (qui lui tape sur l’épaule) : Ouais, t’as de l’espoir… C’est un fils de Jenova, je te signale. Et l’un des plus atteints. Les galipettes, ça lui permet de mettre son énergie ailleurs… Mais si y’a plus ça, il est capable de nous faire péter le vaisseau et nous avec ! A mois qu’on dégote une bonne guerre bien saignante…

Yazoo (qui n’en a que pour Loz et n’a rien entendu) : Lozynet…réveille toi…sniff snifff…mon Lozynounet…sniff ….ouvre les yeux ! Lozynouuuuuuuh……..Lozy ? Lozy ! Oh Loz, tu m’as fait si peur !

Loz (qui ouvre les yeux) : Que s’est-il passé ?

Tout le monde approche et Reeve lui prend le pouls.

Yazoo : Lozyyyy ! Tu nous a fait une de ces peurs…

Loz (qui lui tapote la joue) : Allons allons, un peu de tenue. (Tout le monde se regarde éberlué) Où est Tseng ?

Kadaj : A ton poste.

Loz : Alors, j’y vais, on ne sait jamais. Reeve, enlève moi cette perfusion.

Reeve (qui s’exécute ahuri) : Bh… bh… bien.

Loz se lève, lisse ses vêtements et se redresse fièrement, fesses cambrées et torse bombé.

Kadaj (en pinçant Tifa, qui fond comme un glaçon sur une chaudière) : Eh, oh ! Y’a quelqu’un ? On se réveille !

Tifa (des petits coeurs dans les yeux et des angelots avec des arcs qui volent autour de sa tête) : Il est impressionnant quand il est sérieux, comme ça, non ?

Loz (qui se tourne vers elle et lui tapote le joue) : C’est très gentil, merci. Bon allez, la récréation est finie, tout le monde sur le pont !

Yazoo (la larme à l’œil) : Ben… Lozynou…

Loz (en fronçant les sourcils) : Je t’ai dit : un peu de tenue s’il te plaît. Nous ne sommes pas seuls.

Il sort avec roulement d’épaules digne d’Al Pacino après trois shoots de testostérone.

Yazoo (effondré) : Il me l’a bousillé ! Il me l’a châtré ! Il me l’a complètement déglinguééhéhéhhhehhhhhhh ! ! ! !

Reeve (qui ne s’en est toujours pas remis) : Ah ben mince, alors ! Tu parles d’effets secondaires ! Un vrai iceberg ! Pire que Sephiroth.

Tifa (complètement gâteuse) : Qu’il est beau, qu’il est viril, qu’il est impressionnant…

Kadaj : Dis moi ce que t’as fait de Cloud au lieu de te répandre !

Tifa : Qui ça ? (Kadaj la regarde de travers) Oh ! Il est à l’infirmerie avec Weiss. Tu trouves pas que ton frère est vraiment … Oh, là, là !

Nero (qui décide de profiter honteusement de la situation et de consoler Yazoo) : Bon, allez rejoindre les autres ; moi, je m’occupe de lui.

Tout le monde sort.

Sur le pont de commandement

Loz entre dans la salle des commandes en faisant vibrer l’air tant sa présence est impressionnante.

Tseng : Officier Loz ! Heureux de vous revoir en bonne santé.

Loz : Merci, Monsieur. Je peux reprendre mon poste. Je suis navré de vous avoir imposé le spectacle d’une faiblesse passagère.

Teng : Allons, allons, ne soyez pas désolé, mon garçon, ces choses peuvent arriver. Je vous souhaite une bonne nuit à tous.

Loz : Merci, Monsieur, vous de même. Kadaj ! Que fais-tu là à regarder les mouches ? N’y a-t-il pas de travail à faire ?

Kadaj (sur le cul) : Euuhh… Si, Grand fr… Euh… j’y vais !

Yazoo (qui entre, soutenu par Nero, qui a eu beau tout essayer mais n’a pas pu conclure) : Lozyyyy…

Loz : Tu ne te sent pas bien, Yazoo ?

Yazoo : Mais… Mémémémémém… Beueueuaaaahhhhwhwhh ! ! !

Nero : Il a été très… choqué par ton malaise, et très inquiet de…

Loz (impérieux) : Eh bien qu’il aille s’allonger, au lieu de faire des vocalises !

Nero (dans sa barbe) : Sans cœur !

Il ressort, ramenant Yazoo dans sa cabine, le déshabille et le met sous les draps.

Yazoo : Il m’aime plus ! Il se fiche de moi comme d’une guigne ! Je vais tuer Reeve ! Qu’est ce qu’il a fait à mon Lozynouneeetttt ? J’veux qu’il soit comme avant ! ! !

Nero (en apparté) : Oui bah ça ça va pas être de la tarte !

Yazoo (s’accrochant à lui comme un naufragé et se répandant en larmes sur son épaule): J’supporte pas qu’on m’ignooooreuuhhhh!

Nero (compatissant): Allons allons, ça va lui passer, moi aussi j’ai parfois du mal a faire que Weiss soit plus attentionné mais il faut s’accrocher et…

Yazoo (le regarde entre ses larmes): Sniff… sniff… Beuh c’est pas pareiiiiil!!! Toi t’as l’habitude, t’es trop bizarre et tout le monde te fuit depuis toujours !!! Beuahhh !!!

Nero (prend la mouche): Dis donc, moi je veux bien essayer de te consoler mais si tu commences les vacheries je te laisse hein !

Yazoo (genre “les grandes eaux”): Beuaaahh!!! Tout le monde me laisse tomber!!!!

Reeve (arrive en courant de l’infirmerie avec sa trousse à pharmacie sous le bras) : Houlaaa, je le savais qu’il lui faudrait un calmant dare-dare!

Yazoo (tombe du lit en essayant d’échapper à Reeve) : Ah ! Toi me touche pas, hein ! Espèce de monstre ! Savant fou ! T’as complètement castré mon Lozyyyynouneett !!!

Nero (se bouchant les oreilles): Fais-le taire avant que votre turk en chef ne se pointe par ici et entende ses lamentations ! On a l’air de quoi là ?!

Reeve (préparant fébrilement une seringue): J’y vais, j’y vais, ferme la porte qu’on soit insonorisés au moins ! Ca nous fera gagner du temps!

Nero : Oui ben mangez-vous, parce que moi, je dois aller mettre la main sur mon frère.

Reeve (en faisant sa piqûre): La mets pas n’importe où, hein, avec Tseng qui risque de vous tomber dessus et de….

SHBLAFF!!!

Reeve se rattrape de justesse à la table de nuit, à moitié assommé par le lancer d’annuaire de Nero (NDLA : quoi y’a pas d’annuaire sur les vaisseaux spatiaux ? Pas grave ! C’est de la “génération spontanée de projectiles inattendus” - très connue dans le métier de scénariste style manga, si, si !)

Pendant ce temps, sur la passerelle de commandement…

Tifa (assise aux pieds de Loz, en adoration totale devant la liste d’ordres qu’il vient de donner pour que le vaisseau reprenne une vitesse de croisière normale - Enfin de la vitesse tout court, ça serait déjà mal vu l’état du joint du culasse du vaisseau…) : ***soupirrrrrrrrrrrrr***

Loz (termine la liste des trucs qu’il vient de vérifier) : … et enfin les lieux d’aisance ont été réparés par Cloud il y a déjà quelques heures, Capitaine.

Cid (sourire conquérant et assuré) : Fort bien! Il nous reste donc à régler la question de l’hébergement des nouvelles recrues ! Quelles sont les cabines disponibles?

Vincent (qui boude dans son coin depuis que les deux “mâles dominants” du pont de commandement - Cid et Loz - ont commencé à se la péter “militaires efficaces”) : Gnagagna…

Tifa (roucoule amoureusement) : Je pourrais dormir dans celle de Loz, si ça peut dépanner, Capitaine…

Loz (lui tapote la tête) : Je ne voudrais sûrement pas t’obliger à partager la cabine d’un homme, ce ne serait pas convenable pour ta réputation. Bien que je puisse t’assurer que je n’en aurais évidemment pas profité….

Tifa (le moral chutant un peu): Ben je vois pas l’intérêt, alors… Flûte c’est vrai que c’est pénible, attends un peu que je mette la main sur Reeve…

Kadaj (qui se pointe le calepin à la main et au garde à vous): Ahem ! Voici la liste des membres d’équipage d’origine, la plupart n’ayant pas de cabine personnelle vu que le règlement ne prévoit pas qu’on… enfin c’est prévu comme ça, quoi. Loz, Yazoo, Shera, Tifa, le Capitaine, Cloud, moi-même, Sephiroth, Reeve, Reno et Vincent répartis en sept cabines. Les nouveaux arrivants sont : Tseng, la pu… Pardon. Elena, le gars avec les ailes et son frère, ce qui fait quatre. Certains vont donc devoir se mettre à deux par cabine, Majesté. Puis-je suggérer que Tseng bénéficie d’une cabine pour lui seul ?

Loz (agite distraitement la main): C’est cela, c’est cela. A moins qu’on en manque vraiment, je pense qu’il faudrait que je garde la mienne, comme le Capitaine et Sephiroth, eu égard à notre rang…

Là, les rares présents le regardent la mâchoire pendante.

Vincent : Ben et moa ? Je vais dormir où, moa ?

Loz (se drapant dans la dignité offensée qui sied au guerrier viril et fier de l’être): Eh bien dans ta boîte, quelle question !

Donk, bink, pok (les mâchoires qui touchent terre).

Kadaj (timidement): Euh… Sauf ton respect, j’avais compté qu’on pourrait garder en partie la répartition habituelle. Non?

Loz (le fixe d’un regard mako glacé et totalement impassible): *soupir* Quelle solution cela vous donnait-il?

Kadaj (feuilletant rapidement son calepin): voilà voilà ! D’abord les deux frangins de l’espace dans la cabine de Yazoo, Yazoo avec Loz, Tifa avec Reno, Cloud avec Sephiroth -ça devrait pas les déranger beaucoup-, moi avec Reeve, le capitaine avec sa femme, Vincent dans son cercueil à la soute, Tseng tout seul et il vaudrait mieux qu’on laisse l’excitée dormir à l’infirmerie en sécurité dans sa ceinture de chasteté. Enfin quand je parle de sécurité c’est pour nous, je veux dire. (Petite voix) non ?

…à suivre

VIII - Vivants ! J + 4 Nuit

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno se réveilla en sursaut et Yazoo gémit sur son épaule.

Cloud venait d’allumer la petite lampe au dessus du miroir de l’évier qui, pour douce, ne lui en brûla pas moins cruellement les yeux.

- Reno, ça va ? Tu as piqué du nez, on dirait.

Le turk hocha la tête.

- Merde… Je ne m’en suis même pas rendu compte.

Il regarda sa montre.

Il avait fermé les yeux seulement quelques minutes.

- Tu veux que je t’aide ? demanda l’ancien soldat en désignant Yazoo, qui se blottissait contre le jeune homme.

- Non, ça ira. File-moi juste un coup de main pour le sortir.

Cloud posa les deux draps de bain qu’il avait apportés sur un tabouret et se pencha sur la baignoire pour soulever l’argenté. Ce dernier gémit quelques protestations incohérentes mais ne lutta pas ; il était de pâte, entre ses bras.

Reno s’extirpa à son tour, tira sur son boxer détrempé qui lui collait désagréablement à la peau et se sécha à la va-vite avant de s’asseoir sur le rebord de la baignoire et de se saisir du second drap de bain.

- C’est bon, passe-moi la belle au bois dormant, plaisanta-t-il en faisant signe à l’ex-soldat.

Ce dernier posa Yazoo sur ses genoux et le turk le serra contre lui de la main gauche tout en commençant à le sécher de la main droite.

- Ca va aller ?

- Ouais, t’en fais pas. Je m’occupe de lui. Va plutôt aider Tifa à coucher les gosses.

Cloud acquiesça.

- Oui, ils sont surexcités, avec nos nouveaux invités. Tu prends Yazoo avec toi pour la nuit ou tu préfères que je le prenne avec moi ?

- On ne le remet pas avec son frère ?

- Non, Loz a trop de fièvre et il n’arrête pas de s’agiter. Tifa a dû s’allonger avec lui. Je la remplacerai peut-être lorsque j’aurais dormi un peu s’il ne se calme pas.

- Oh… O.K. pas de problème.

- Tu es sûr que ça ira ?

- Ouaiiiis ! Il est tout patraque, regarde, argumenta le turk en bougeant légèrement l’épaule pour faire doucement ballotter la tête de Yazoo. Ne te fais pas de mouron et file coucher les têtards, sinon, demain, ils vont être nazes et on va les avoir dans les pattes sans arrêt.

Cloud laissa échapper un petit rire.

- Tu n’as pas tort. Tu sais où dormir ? Tifa t’a montré ta chambre ?

- Oui, c’est bon.

- Si tu as besoin de moi, la mienne est juste là.

Il quitta la salle de bains, non sans avoir posé la main sur le front de l’argenté, pour vérifier sa température.

- Bonne nuit, Reno.

- Bonne nuit, mon pote.

Le turk resta donc seul avec son protégé et, bien qu’il soit incapable d’expliquer pourquoi, il trouvait l’idée de passer la nuit en sa compagnie à la fois terriblement plaisante et profondément angoissante.

Yazoo fut agité d’un long frisson.

Reno baissa les yeux sur le petit visage en cœur appuyé au creux de son cou et vit que les beaux yeux mako étaient à moitié ouverts.

- Eh… Salut, murmura-t-il en continuant à sécher délicatement la peau translucide. Bien dormi ? Ca va un peu mieux ?

L’argenté cligna des paupières à plusieurs reprises puis, paraissant réaliser dans quelle situation il se trouvait - à savoir mouillé et entièrement nu assis sur la cuisse du turk, qui le serrait contre lui tout en le séchant - il voulut bondir sur le sol mais, à peine avait-il redressé un peu la tête que celle-ci se mit à tourner. Sa vue se couvrit d’un voile, il chancela et, n’eut été Reno, qui le retint fermement, il aurait basculé en arrière dans la baignoire.

- Oh, là ! Doucement ! Reste tranquille, je ne vais pas te faire de mal.

- Je… Loz…

- Il va bien, il est à côté, avec Tifa. Et toi ? Comment tu te sens ?

Yazoo lutta pour garder les yeux ouverts.

Il se sentait incroyablement faible et avait les idées totalement brouillées.

- Je suis… fatigué…

- Tu vas pouvoir dormir dans quelques minutes, juste le temps de te sécher.

L’argenté rougit furieusement et cacha pudiquement son bas-ventre de ses mains.

Reno eut un petit rire amusé.

- Je suis un mec aussi, tu sais ? plaisanta-t-il. T’as pas à te cacher ou à te sentir gêné.

Il n’en couvrit pas moins Yazoo du drap de bain pour ne pas l’embarrasser davantage.

- Où sommes-nous ? murmura l’argenté.

- Nous sommes chez Tifa et Cloud.

- Grand frère ?

- Ouais. Enfin, si on veut. Ca va, ta jambe ?

Yazoo le dévisagea, méfiant.

- Pourquoi prends-tu soin de moi ?

- Donne-moi une bonne raison de ne pas le faire, le taquina le turk.

- J’ai essayé de te tuer.

Reno sourit.

- Bien sûr que non. Tu aurais pu me tirer une balle dans la tête en plusieurs occasions et tu ne l’as pas fait. Viserais-tu donc si mal que ça ?

La rougeur de l’argenté s’intensifia et il s’emmitoufla dans sa serviette de bain en frissonnant.

*

- Ils vont rester vivre avec nous pour toujours ? demanda Denzel à Cloud, qui le borda après avoir refermé le gros livre de contes et légendes que Reeve avait offert aux enfants lors de sa dernière visite.

- Je ne sais pas. Il faut d’abord qu’ils se remettent et, ensuite, ils décideront de ce qu’ils souhaitent faire.

Marlène grimaça.

- Oui mais… s’ils partent ?

- Oui, et bien ?

- Ils n’ont pas de famille et aucun ami. Qu’est-ce qu’ils vont devenir ?

- Ils ont des amis Marlène : nous.

La petite sourit.

- C’est vrai.

- Allez, il faut dormir, maintenant.

- Et Kadaj ? insista Denzel. Il est mort ?

Cloud frissonna.

- Il a rejoint Aerith et Zack, dans la rivière de la vie. Il est en paix, maintenant.

- Il est avec papa et maman, tu crois ?

L’ex-soldat lui ébouriffa les cheveux.

- Qui sait ? Peut-être qu’en ce moment même, ils sont tous en train de faire un poker menteur et qu’ils s’amusent comme des fous ! Ou qu’ils nous regardent en disant ” Ah ! Tiens… Les enfants sont encore en train de faire des manières pour ne pas dormir. Pauvre Cloud ! “

Le garçonnet et la fillette éclatèrent de rire.

- Bonne nuit, Cloud ! lancèrent-ils en cœur en se pelotonnant confortablement sous leurs couvertures.

- Faites de beaux rêves.

Le jeune homme éteignit la lumière et partit enfin se coucher lui aussi.

*

Tifa retira ses chaussures et s’assit sur les couvertures, dans lesquelles Loz frissonnait comme jamais.

Elle venait de changer les draps mais, au vu des suées fiévreuses qui assaillaient régulièrement l’argenté, il y avait fort à parier qu’ils seraient de nouveau trempés dans une heure ou deux.

La jeune femme remplit le verre qui se trouvait sur la table de nuit avec l’une des bouteilles d’eau minérale qu’elle venait de remonter du bar et passa la main sous la nuque brûlante de Loz pour l’aider à relever un peu la tête.

Il fit la moue à la seule pensée de la désagréable sensation du liquide froid coulant dans sa gorge et son estomac.

- Allez, fais un effort. Tu dois boire ou tu vas te déshydrater pour de bon.

Elle l’aida à avaler la moitié du verre.

Un long frisson lui traversa le corps et fit trembler ses lèvres.

Lorsqu’elle lui présenta de nouveau le verre, il détourna le visage avec une grimace de petit garçon renfrogné.

- D’accord… murmura-t-elle avec un sourire résigné. On va dire qu’un demi-verre, c’est mieux que rien.

Les yeux vert mako se clouèrent aux siens, passionnés, et elle détourna le regard, gênée.

Pour se donner une contenance, elle entreprit de plier les draps sales et de les empiler sur le sol, près de la table de chevet.

C’était ridicule, bien entendu, mais, si on lui avait alors demandé pourquoi elle faisait ça, elle aurait sûrement répondu que c’était pour que ça prenne moins de place dans la machine à laver. Ou une sornette du genre…

De toute façon, ce serait toujours mieux que “ le simple contact de ce type m’a excitée comme une folle et, maintenant, j’ai honte de le regarder en face” !

En repensant à la façon dont son corps s’était enflammé lorsqu’elle l’avait serré contre elle, elle sentit le sang lui monter au front.

L’embrasser… Qu’est-ce qui lui avait pris d’avoir envie de faire ça ? Elle avait failli l’embrasser… Oh ! Dieux ! Elle avait failli l’embrasser !

Je n’ai pas arrêté de penser à toi depuis ce jour-là, dans l’église… “ lui avait-il avoué dans un souffle brûlant, tout contre sa joue. ” Pas une minute… “

Pourquoi cet aveu la mettait-elle dans un tel émoi ? Cela aurait dû l’effrayer au contraire. Voire la rebuter. Après tout, cet homme avait essayé de… de… De quoi, d’ailleurs ?

Lui faire mal ?

C’est elle, qui l’avait couvert de bleus.

La passer à tabac ?

Elle avait visionné leur combat dans sa tête à de multiples reprises et, les seules fois où il l’avait touchée, c’était par une décharge électrique. Pas un seul de ses coups de poing n’avait porté et Tifa aurait mis sa main à couper qu’il s’était toujours débrouillé pour qu’elle puisse les éviter ou les bloquer. Idem pour les coups de pied.

La tuer ?

Il lui aurait suffi pour cela de sortir son gunblade et de tirer. Mais il ne l’avait pas fait… Il n’avait même pas fait mine de porter la main à la crosse pour l’impressionner ou l’effrayer.

Joue avec moi ! “ avait-il lancé avec son sourire carnassier.

Et, plus elle y pensait, plus elle se disait qu’il avait en effet joué avec elle. Comme un chat avec un souris. La taquinant et lui faisant croire qu’elle pouvait fuir et prendre le dessus tout en sachant très bien qu’il lui suffisait d’un coup de patte pour l’assommer… ou la tuer.

- Pardon pour ça…

Elle sursauta.

- Hein ? Quoi donc ?

Loz désigna les draps qu’elle venait de plier.

- Ca. Je te donne du travail.

Elle secoua la tête et sourit.

- Non ! Ce n’est rien. C’est la machine qui lave, pas moi !

Une nouvelle suée lui enflamma le corps et il laissa échapper une petite plainte.

Tifa trempa un linge propre dans un bol d’eau fraîche et lui épongea le visage.

- Ca va ? s’enquit-elle.

Il soupira et planta à nouveau son regard félin dans le sien.

- Qu’allez-vous faire de nous ? demanda-t-il en frissonnant.

- Rien du tout, quelle question ! Tu devais dormir un peu, il est tard.

- Je voudrais bien… soupira-t-il.

Elle effleura le bandage de sa poitrine du bout des doigts.

- Tu as mal ? (Il acquiesça) Les antalgiques ne font plus du tout effet ?

- Si c’était le cas, je pense que je serais en train de hurler…

Tifa regarda la petite pendule, près de la porte et se mordit la lèvre.

- Tu pourras en reprendre un dans une bonne heure, pas avant. Un toutes les quatre heures au maximum. C’est ce qu’a dit le médecin. Tu pense que ça ira ?

- Je n’ai pas vraiment le choix, essaya-t-il de plaisanter.

- Essaye quand même de fermer les yeux et de te reposer.

Elle se leva pour éteindre le plafonnier, alluma la petite veilleuse bleutée sur la table de nuit et s’allongea à ses côtés sur les couvertures.

Loz avait le visage tourné vers elle, alors elle fixa obstinément le plafond, les bras croisés sur son ventre, en essayant de ne pas penser à quel point les petits frissons que provoquaient le souffle chaud du jeune homme sur son oreille étaient plaisants.

- Où est Yazoo ?

- Avec Reno. Il va bien veiller sur lui, ne t’en fais pas. C’est quelqu’un de très gentil.

- Pourquoi… vous faites tout ça ?

Tifa tourna la tête vers lui sur le traversin et frémit en réalisant que leurs bouches étaient toutes proches. La chaleur de sa chair fiévreuse irradiait et elle la sentait sur la peau de son visage.

- On dirait que la fièvre est remontée, nota-t-elle en posant la main sur son front moite.

Il sourit.

- Tu ne veux pas répondre ?

Elle tiqua.

- Hein ? Oh, si, bien sûr. Enfin, non. Je veux dire… (Elle soupira) C’est normal, que nous vous aidions. N’importe qui ferait de même.

Loz fronça les sourcils.

- Pourquoi ?

Tifa pouffa.

- Et moi qui croyait que Denzel était le roi des ” pourquoi ? ” !

L’argenté rougit.

- Pardon.

Elle lui toucha la joue.

- Ce n’était pas un reproche.

*

- Voilà, tu sais à peu près tout, fit Reno en réprimant un bâillement. La suite, tu la connais. Nous cherchions les restes de Sephiroth dans le cratère lorsque nous sommes tombés sur vous trois et cette foutue tête de Jenova.

L’argenté fronça le nez.

- Ne parle pas d’elle comme ça.

Le turk eut un geste agacé.

- T’as rien écouté de ce que je viens de te dire, ou quoi ?

- Si mais…

- Mais quoi ?

- Je ne m’y fais pas.

- Ouais, bah tu t’y feras, comme nous tous ! Je te jure que si on avait la possibilité de remonter le temps, je noierai ce salopard d’Hojo de mes propres mains ! Putain mais ça va jamais sécher, ce truc, ou quoi ? ronchonna-t-il en tirant sur son boxer humide.

Il fouilla dans le sac qu’il avait apporté, à la recherche de sous-vêtements secs.

Yazoo, qu’il venait d’allonger sur le lit, ne put s’empêcher de le détailler avec curiosité car les seuls corps qu’il connaissait, c’était ceux de ses frères, lisses, parfaits et d’une pâleur bleutée presque irréelle.

La peau du turk, elle, était laiteuse et couverte de taches de rousseur très pâles, surtout sur les épaules et les fesses, qui étaient petites et toutes rondes, un peu comme les siennes mais plus rebondies.

Il avait un corps élancé et athlétique, aux muscles fermes et bien dessinés.

Il retira son boxer mouillé pour en enfiler un sec et l’argenté remarqua un petit tatouage rouge dans le creux des reins, rappelant les motifs qui ornaient ses pommettes. Au bas de son ventre, son sexe d’un rose tendre saillait d’une courte toison châtain roux, de la même couleur que ses sourcils et du duvet qui recouvrait ses jambes et le haut de ses avant-bras.

Reno vint s’allonger sur le lit, mais sans se glisser dans les couvertures, et croisa les bras derrière sa tête avec un soupir de pur plaisir.

- Ah ! Bon sang, quelle journée !

Il tourna la tête et croisa le regard curieux des grands yeux félins de Yazoo, qui le dévisageait avec intérêt.

Seule la tête aux cheveux humides et ébouriffés dépassait des draps et le turk pouffa.

- C’est quoi, cette bouille ?

L’argenté fronça les sourcils et pinça ses lèvres boudeuses, ce qui fit redoubler l’hilarité de Reno.

- Quoi ?

- On dirait un chaton enrhumé tombé dans une bassine ! Ah ! Ah ! Ah !

Yazoo allait répliquer vertement mais réalisa vite à l’expression attendrie du turk qu’il n’était pas en train de l’insulter, loin de là.

- Désolé, s’excusa Reno en résistant à grand peine à la tentation de pincer les joues poupines. Je crois que je commence à être vraiment fatigué, moi aussi.

Il bâilla et tendit la main pour éteindre la lampe de chevet.

- Qui te dit que je ne vais pas t’étrangler dans ton sommeil pour m’enfuir ? demanda l’argenté le plus sérieusement du monde.

Le turk s’allongea sur le ventre et sourit dans le noir.

- Ouais… Je te vois bien traverser Edge à poil en pleine nuit, avec ton frère sur le dos. Surtout à cloche pied et avec cette bouille de chaton détrempé shooté à la morphine, ajouta-t-il avant d’étouffer un éclat de rire dans l’oreiller, incapable de se contenir en imaginant la scène.

Même Yazoo ne put empêcher un sourire d’étirer ses lèvres.

- Eh ? demanda-t-il lorsque Reno se fut un peu calmé.

- Mhh ?

- Comment puis-je être certain que tout ce que tu m’as dit sur le projet Jenova est vrai ?

Le turk reprit immédiatement son sérieux.

- Il a des tonnes de films, de tests, de rapports et j’en passe. Tu pourras les voir, si tu veux. (Il se redressa sur un coude) Yazoo, c’est pas des conneries, ce que je t’ai raconté. Jenova n’est qu’une putain d’entité extraterrestre qui agit comme une saloperie de virus sur ceux qu’elle infecte. Elle n’a rien d’une mère aimante et, pour l’énième fois, ce n’est pas elle qui a emmené Kadaj. C’est Aerith Gainsborough, que vous avez entendue, la sœur de lait de Sephiroth.

L’argenté poussa un soupir déchirant.

- Mais alors, pourquoi nous avoir créés ?

Reno s’assit sur le lit.

- En parlant de ça, d’où est-ce que vous sortez, toi et tes frères ? Kadaj disait que vous étiez les incarnés de Sephiroth. Ca veut dire quoi, exactement ?

Yazoo fixa le plafond et plissa un peu les yeux, fouillant dans sa mémoire.

- La première chose dont je me souvienne, c’est d’être dans la matrice, dans le cratère Nord.

Le turk écarquilla les yeux dans le noir.

- Dans la quoi ?

… à suivre

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LVII - Vos cris et mon silence

Le plaisir est un cri ;

la douleur, un hurlement ;

l’horreur, un murmure. “

Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : d’après des illustrations de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Les versions non censurées de ce texte et de cette illustration se trouvent fascicule “Les interdits de www.ff7-yaoi-fanfics.com” tome 1 (voir dans la boutique)

Merill retira la fine aiguille de la sonde du bras de Sephiroth et celui-ci se redressa sur le lit de l’infirmerie.

- Alors ? demanda-t-il.

- Tout est parfait, Général, affirma le jeune homme en imprimant les résultats des analyses pour les glisser dans un dossier.

- Tant mieux.

Le bébé de Loz, qui était resté en observation à l’infirmerie pour la nuit, babilla dans son berceau transparent et Sephiroth alla le prendre dans ses bras en faisant attention à ne pas décoller les capteurs qui envoyaient des informations sur ses fonctions vitales à un ordinateur de contrôle.

- Déjà réveillé, toi ? demanda-t-il en effleurant des lèvres le duvet argenté qui recouvrait son petit crâne.

Le bébé leva ses grands yeux mako vers lui et s’accrocha à ses longs cheveux en baragouinant une série de sons incompréhensibles.

Merill pouffa tout en rangeant son matériel d’analyses.

- Bah dis donc ! Tu veux nous en dire, des choses !

Le petit les dévisagea à tour de rôle et sourit en se blottissant contre la poitrine nue de Sephiroth, ce qui parut beaucoup amuser ce dernier.

- Qu’est-ce qu’il y a, Kay ? Tu veux faire un câlin ?

Kay…

C’est le nom que Loz lui avait officiellement donné un peu plus tôt. Un mélange des premières lettres des prénoms de ses frères : Ka-daj et Y-azoo. Kay. L’idée était un peu saugrenue mais le résultait sonnait plutôt bien, il devait le reconnaître.

- Il a eu beaucoup d’émotions, ce soir, Général. Il a du mal à dormir.

- Tu n’as pas sommeil ? Papa te manq… Eh ! Tu espères faire quoi, là ? Il n’y a rien à manger là-dedans !

Merill tourna la tête et éclata de rire devant le tableau impayable du bébé accroché au muscle pectoral de Sephiroth, la bouche collée à son téton.

- Ah ! Ah ! Ah ! Ce n’est pas la faim, Général. Je crois que ça le rassure.

L’ancien ” cauchemar de la planète ” ne put s’empêcher de partager l’amusement du jeune homme.

- Il va falloir dire à papa de faire provision de tétines au village dès demain ! dit-il au bébé. De quoi j’ai l’air, moi, comme ça, hein ?

L’hilarité de Merill redoubla.

- Je vais le prendre, si vous voulez, Général, proposa-t-il en tendant les bras.

Sephiroth secoua la tête en riant.

- Ca ira, Merill, je pense pouvoir assumer le ridicule de la situation, railla-t-il avec une moue. Mais toi, si tu en parles à quelqu’un, menaça-t-il le bébé en lui chatouillant la joue, je te coupe le bout du nez !

Pour toute réaction, le petit s’installa plus confortablement au creux de son bras et commença à se rendormir sans lâcher pour autant le succulent petit mamelon, qu’il tétait avec délectation.

- Je t’impressionne, c’est effrayant… gouailla Sephiroth en s’asseyant sur l’un des lits, le bébé serré contre lui.

Il prit une petite main entre son pouce et son index et l’observa attentivement, stupéfait par les doigts minuscules et les ongles de la taille d’une tête d’allumette.

Est-ce que ses fils avaient eu des menottes semblables ? Kay ressemblait-il à son père, à son âge ? S’il l’avait pris dans ses bras en pleine nuit, Loz se serait-il aussi endormi en tétant son sein, sa petite main entre ses doigts ? Les cheveux de bébé de Kadaj étaient-ils aussi doux ? Les joues tendres de Yazoo aussi rebondies ? Il ne le saurait jamais…

La gorge serrée, il allait remettre le bébé endormi dans son berceau transparent lorsque l’assistant de Shalua intervint.

- Toujours à plat, Général, fit-il en lui prenant le petit des mains pour le coucher sur le dos. En lui tenant bien la tête. Si vous l’allongez tête première avec un mouvement le balancier, elle risque de riper sur les draps et vous pouvez lui briser la nuque comme un rien.

Sephiroth blêmit.

- Désolé, je… Je n’ai pas l’habitude de manipuler des nourrissons.

Merill le rassura d’un sourire.

- Ce n’est rien, ça vient vite, Général, vous verrez.

Celui-ci hocha la tête avec un pincement au cœur.

Trois fils… Il avait trois fils et ne savait même pas coucher un bébé correctement ! Pour quel père lamentable passerait-il auprès de ceux qui ignoraient les circonstances de la naissance de Kadaj et des jumeaux ?

Il s’imagina dans un hôpital, appelé en pleine nuit parce que l’un d’entre eux aurait eu un léger accrochage à moto.

Y a-t-il un médicament auquel il est allergique, Général ? “

A-t-il déjà eu ce genre de fracture ? “

D’où vient cette cicatrice, sur son abdomen ? “

A-t-il subi des interventions chirurgicales ? “

Il serait incapable de répondre…

Un bruit d’objet métallique tombant sur le sol carrelé leur parvint depuis le boxe de chirurgie et ils allèrent voir ce qui se passait à travers les murs vitrés de la petite pièce aseptisée.

Reeve, Shalua et Shelke s’affairaient toujours sur Nero, allongé sur la table d’opération. Le bruit qu’ils avaient entendu était celui du premier implant d’aile qu’ils venaient de retirer de son dos.

- Bon sang, ça fait combien de temps, qu’ils sont là-dedans ? demanda Sephiroth en remarquant leurs fronts moites de sueur.

Merill regarda sa montre.

- Presque deux heures, Général. Le professeur Hojo avait apparemment relié les ailes à la moelle épinière par un réseau nerveux synthétique complexe, expliqua-t-il en lui désignant les écrans d’un microscope électronique dernier cri sur lesquels se concentrait Shalua pour couper les connexions nerveuses une à une.

- Je n’arrive toujours pas à savoir si mon père était un génie qui a perdu la raison, ou un fou dangereux doté d’une intelligence peu commune, soupira Sephiroth.

- Sans vouloir vous offenser, Général, c’est une question que nous nous sommes tous posée en visionnant les comptes-rendus de ses recherches.

Le soldat se tourna vers lui.

- Comment ça, ” visionner ” ? Il a filmé ses expériences ?

Merill acquiesça.

- Oui, Général. Scrupuleusement.

Sephiroth sentir sa gorge s’assécher et son vendre se nouer.

- Y compris… celle qui me concerne moi et ma mère ? Le projet ” Jenova ” ?

L’assistant de Shalua acquiesça et le soldat sentit son cœur s’affoler dans sa poitrine.

- Oui, Général. Les projets Jenova I, II et III.

Sephiroth tiqua.

- Comment, trois ?

- Vous, Général : Jenova I. Les jumeaux : Jenova II. Et Kadaj : Jenova III.

Le soldat le prit la les épaules, décontenançant le jeune homme.

- Je veux les voir, Merill !

- Que… Quoi ? Maintenant ?

- Bien sûr, maintenant !

- Mais… Ca représente des années de films et de rapports, Général.

Sephiroth le lâcha et recula d’un pas, estomaqué.

- Mon père a… tout filmé ?

- Absolument tout, général. La conception, la naissance, l’apprentissage, les expériences, les tests de résistance aux injections de mako, les…

- Les quoi ? le coupa le soldat, sûr d’avoir mal entendu.

Merill se mordit les lèvres et détourna le regard, gêné.

- Je… Je pense que vous devriez en parler à Shalua, lorsqu’elle…

- Que leur a-t-il fait ? insista Sephiroth en entraînant le garçon à l’écart, pour ne pas risquer de déconcentrer Shalua, sa soeur et Reeve. Qu’est-ce que ce salopard a fait ?

*

Dans la salle de bains, Loz monta encore un peu la température du jet et le laissa couler sur ses larges épaules en un délassant massage. Il n’avait qu’une envie : descendre à l’infirmerie pour prendre son bébé dans ses bras mais il se raisonna. Cette nuit d’observation était nécessaire pour être certains qu’il allait parfaitement bien.

- Comment va ton dos ? demanda Tifa en le rejoignant sous la douche.

Elle l’enlaça par derrière de déposa une traînée de baisers sur ses omoplates.

- Ca va, ça ne brûle presque plus.

La jeune femme recula un peu et observa la croûte rougeâtre qui s’était formée sur son épine dorsale, là où Shalua avait fait la douloureuse injection de mako.

- Ca cicatrise bien, on dirait.

Loz se retourna dans ses bras et l’enlaça en souriant.

- Dans quelques jours, il n’y paraîtra plus, tu verras.

Elle se pendit à son cou et ils restèrent un long moment à s’embrasser sous le jet brûlant. Jusqu’à ce que l’argenté s’accroupisse lentement devant elle, ses lèvres descendant progressivement de long de sa gorge, de sa poitrine, de son ventre, puis…

- Oh, Loz… gémit-elle en plongeant les doigts dans ses cheveux mouillés lorsque la langue du jeune homme, diaboliquement habile, fondit sur son intimité.

D’une main sur les reins de Tifa, il poussait ses hanches en avant, pour pouvoir explorer la chair brûlante aussi profondément que possible et, de l’autre, il caressait discrètement sa propre virilité dressée entre ses cuisses.

- J’adore, quand tu fais ça… haleta la jeune femme avec un clin d’oeil coquin.

Sans cesser de titiller du bout de la langue le petit bouton rose lové dans ses replis les plus secrets, Loz leva ses grands yeux mako vers elle et sourit.

- Quoi ? Ca ? demanda-t-il avec un sourire mutin en aspirant le petit clitoris entre ses lèvres.

Tifa laissa échapper un petit cri de plaisir surpris et répondit à son sourire.

- Non, là, avec ta main…

L’argenté abandonna sa proie en se léchant les lèvres avec gourmandise.

- Ca ? fit-il en redressant la tête et en poussant son bassin en avant, un peu provocateur, sa main gauche enserrant toujours sa virilité imposante.

En le voyant accroupi là, à ses pieds, les cuisses largement ouvertes, empoignant son sexe tendu et l’eau de la douche coulant sur son corps parfait, la jeune femme sentit une vague de lave lui descendre le long du ventre.

- Tu n’a pas idée à quel point la vue d’un beau garçon comme toi en train de se caresser peut être excitante, murmura-t-elle avec passion.

Loz fronça les sourcils avec un sourire mi-sceptique, mi-amusé et elle hocha la tête, les yeux brillants de désir et le souffle court.

- Parfois, nous aimerions être des petites souris pour nous cacher dans un coin de la pièce et vous regarder faire, lorsque vous ” jouez ” tout seuls, ajouta-t-elle en rougissant un peu.

Loz éclata de rire.

- Non !

- Je t’assure que c’est vrai, assura-t-elle en se mordant la lèvre. C’est vraiment… sexy en diable !

Il se redressa et se pressa contre elle jusqu’à ce qu’elle se retrouve coincée entre lui et le mur de verre de la douche.

- Tu te fiches de moi… murmura-t-il contre son oreille, la faisant, frissonner.

Il frotta son sexe tendu contre son ventre enflammé et elle gémit en l’enlaçant.

- Je te jure que non, insista-t-elle en mordillant son cou, s’enivrant de son odeur sucrée, que l’eau brûlante sur la peau douce intensifiait jusqu’au vertige. C’est incroyablement excitant.

Loz ferma brutalement le robinet et s’écarta pour la dévisager avec une expression insondable.

La jeune femme blêmit, craignant de l’avoir blessé ou humilié d’une façon ou d’une autre.

- Loz, je ne disais pas ça pour te mettre mal à l’aise, je…

- Chut ! la coupa-t-il en posant un doigt sur ses lèvres.

Il la prit par la main et la fit sortir de la douche sans changer d’expression.

Puis il enroula Tifa dans un drap de bain et la porta, de plus en plus inquiète, dans la chambre, où il la déposa sur un fauteuil, dans un coin de la pièce.

- Loz, je…

Il pressa la main sur sa bouche et secoua la tête.

- Ne dis plus rien, chuchota-t-il. Tu n’es pas là.

Il éteignit le plafonnier, plongeant la chambre dans le noir total, et alluma la petite veilleuse de la table de nuit, qui éclairait tout juste le lit d’une douce lumière ténue.

Tifa, invisible dans l’ombre épaisse, le vit s’allonger sur l’édredon, la peau et les cheveux encore mouillés, et fermer les yeux, comme s’il s’apprêtait à s’endormir.

Il resta allongé ainsi un petit moment, sur le dos, le souffle régulier, les yeux clos et les membres complètement détendus.

Incrédule et troublée, la jeune femme s’apprêtait à se lever et à demander des explications lorsqu’il ouvrit ses beaux yeux mako pour fixer le plafond, un sourire sensuel sur les lèvres, comme s’il venait de penser à quelque chose de particulièrement agréable.

Il s’étira alors comme un chat, ferma à demi les paupières et laissa échapper un soupir expressif.

Portant ses deux mains à sa bouche, il lécha la pulpe de ses doigts et Tifa faillit laisser échapper un Oh ! Mon Dieu ! “ vibrant en le voyant se caresser les tétons, qui durcirent sous le bout des doigts mouillés tandis que la peau de son torse se hérissait d’excitation…

*

Sephiroth, s’assit dans le fauteuil de Shalua et, la main tremblant légèrement, il glissa l’une des cartes mémoire que lui avaient données Merill dans l’ordinateur portable de la jeune femme. Il s’agissait, d’après ce qu’il avait compris, d’une sorte de compilation que Vincent Valentine avait réalisée pour la présenter aux hôtes du manoir quelques jours plus tôt.

Sur le petit écran, apparut une jeune femme allongée sur une table d’examen, son ventre proéminent dépassant du drap vert qui la couvrait jusqu’en haut des cuisses. Sa grossesse était visiblement bien avancée.

Lucrecia…

Un homme en blouse blanche, les cheveux noirs serrés dans une queue de cheval nouée à la va-vite, s’affairait à ses côtés. Il remplit une seringue de liquide bleuâtre et y fixa une fine aiguille stérile d’une longueur terrifiante.

Hojo…

Lorsque l’aiguille s’enfonça d’une bonne dizaine de centimètres, transperçant peau, muscles et placenta, le cri de Lucrecia résonna dans les petits haut-parleurs et Sephiroth serra les dents pour contrôler la nausée qui lui souleva le cœur.

*

Terrassé par le plaisir qu’il venait lui-même de se procurer, Loz s’affala sur le lit, la tête de côté, le souffle court et le cœur battant à tout rompre.

Tifa vint s’appuyer sur le bord du lit et l’intense parfum chaud et sucré qui montait de la peau nacrée du grand corps frissonnant finit de lui tourner les sens.

Après un orgasme, la peau de Loz était comme électrifiée et d’une sensibilité excessive durant plusieurs minutes. Tifa avait vite appris qu’elle devait éviter de le caresser durant ce court laps de temps car le moindre attouchement provoquait de violents tremblements et saccades qui lui coupaient le souffle. Après l’amour, elle le serrait donc simplement contre elle et attendait, émue, que son corps s’apaise et que sa respiration redevienne normale.

Mais, pour l’heure, elle devait se contenter de l’observer, attendrie aux larmes, en résistant à l’envie d’écarter de son front quelques mèches de ses cheveux encore mouillés.

L’argenté ouvrit les yeux et sourit en voyant son expression.

- Alors ? demanda-t-il dans un murmure sensuel et encore un peu haletant. Qu’est-ce que ça fait, d’être une petite souris ?

Il glissa la main entre les cuisses de la jeune femme, la faisant trembler et gémir.

- A ce point là ? la taquina-t-il en se léchant les doigts.

Incapable de se contenir davantage, elle écrasa sa bouche sur la sienne et la dévora en un baiser profond qui les laissa pantelants l’un et l’autre.

Elle posa sur lui un regard de prédateur.

- Je vais te… commença-t-elle avec une grimace expressive en faisant mine de déchiqueter quelque chose entre ses doigts recroquevillés comme des griffes.

Elle gronda comme un fauve en lui montrant les dents et Loz éclata de rire.

- Oh, oui… murmura-t-il tout contre sa bouche. Vas-y, mange-moi…

Tifa fondit sur sa gorge avec un rugissement comique et il l’enlaça en riant de plus belle.

*

Cait 9 trottinait en direction de l’infirmerie en traînant Vincent par la main, derrière lui.

- Doucement, Cait !

- Merill est vraiment très inquiet, pour m’ordonner de vous chercher.

- T’a-t-il au moins dit ce qui se passait ?

- Je crois que c’est le général. Le choc a l’air d’être brutal.

- Quel choc ?

- Il regarde les vidéos, sur la formation du trio.

Vincent se figea un instant dans le couloir, blême.

- Tu veux dire les vidéos d’Hojo sur la naissance de ses fils et leur vie au cratère Nord ?

Ce chat acquiesça et il le souleva dans ses bras pour dévaler l’escalier qui menait au laboratoire, l’angoisse au ventre.

La dernière fois que Sephiroth avait eu ce genre de révélation, tout Nibelheim était parti en fumée…

…à suivre

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LVI - Dur, dur, d’être un bébé

“As-tu déjà entendu un bébé babiller dans son berceau?
Il imite à sa façon la parole des adultes qu’il entend autour de lui.
Il croit peut-être qu’il parle comme eux..”

Michel Tournier

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Le bruit était si assourdissant qu’il faisait mal aux oreilles.

“Flap ! Flap ! Flap !”

Et ça bougeait. Ca bougeait dans tous les sens.

Il y avait plein d’odeurs inconnues, aussi, et plein de nouvelles voix qu’il ne comprenait pas.

“Bon sang, regarde ses pieds ! Qu’est-ce qu’on lui a fait ?”

“Je n’en sais rien. Doucement, Cid !”

“Tu préfères que je rentre dans les arbres, poil de carotte ?”

“Je te demande seulement d’y aller plus doux avec ce manche ! Le bébé a peur.”

“Comment un truc aussi petit peut faire autant de bruit ? C’est dingue !”

“Chut, bébé… Allez, allez, c’est fini. Tu vas voir papa, bientôt, tu verras. Chut… Arrête de pleurer.”

“Passe-le, moi un peu, Vince.”

“Reno ! Ce n’est pas un jouet !”

Il changea de bras et écarquilla ses grands yeux mako.

Saaaaluuut, toi ! Gouzi, gouzi, gouzi…”

Une créature horrible, avec des choses écarlates pointues qui sortaient partout de sa tête, grimaça au-dessus de lui et il hurla à plein poumons.

“Bravo Reno !”

“Mais j’ai rien fait !”

“Vince ! Et l’autre, ça donne quoi ?”

“Pas fameux…”

“Bon Dieu, Reno ! Calme-moi ce bébé !”

“Et qu’est-ce que tu crois que j’essaye de faire ?!”

“Vince, bordel, reprends-lui ce marmot avant qu’il ne le fasse crever de trouille !”

“Oh, ça va, hein !”

A nouveau le cocon rouge, doux et moelleux. Ce n’était pas encore ça, soit, mais c’était déjà mieux que le monstre hirsute !

Il couvrit ses petites oreilles de ses menottes sans cesser pour autant de pleurer et l’homme enveloppé dans la grande couverture rouge et chaude le serra un peu plus contre lui en lui parlant doucement. Il ne comprenait pas, bien sûr, mais un son revenait tout le temps : “papa“. Ce que ça signifiait, il n’en savait rien mais le ton très chaleureux sur lequel il était dit laissait présager quelque chose de particulièrement doux et agréable.

L’horrible buit “flap ! flap ! flap !” cessa enfin et le monde autour de lui cessa de bouger. Sauf, bien sur, les hommes qui, eux, s’agitaient dans tous les sens.

” Allô ? Merill ? Nous sommes sur le toit. Non, Nero n’est pas en bon état, c’est le moins qu’on puisse dire. A tout de suite. Reno, aide-moi à descendre la civière de l’hélico !”

L’homme enveloppé dans la couverture rouge sauta dans l’air glacial avec lui, si bien que son nez minuscule fut bientôt tout dur et tout froid. Mais ça sentait drôlement meilleur que là où il était avant, avec l’homme qui faisait mal aux pieds. Là-bas, l’odeur piquait le nez et brûlait les yeux.

Il éternua et l’homme qui le portait l’enveloppa plus serré dans la couverture rouge et moelleuse avant de se mettre à courir.

Au-dessus de lui dansaient plein de petits points brillants et, au milieu, une grosse chose blanche, luisante et tout ronde. Il tendit sa petite menotte pour essayer de la saisir mais, comme tous ceux qui, avant lui, avaient essayé de décrocher la lune, il dut se résoudre à la laisser où elle était…

Puis l’homme ouvrit une porte et ça descendit. Puis ça remonta. Et ça descendit encore.

Le décor au-dessus de lui changea soudain. C’était blanc et tout lisse. Et de temps en temps, il passait sous une grosse grappe de choses brillantes, comme des gouttes d’eau, qui faisaient de la lumière.

Soudain, l’homme qui le portait, desserra son étreinte, le découvrit presque entièrement, l’assis sur son avant-bras et entra dans un endroit où la lumière était tellement forte qu’il dut presser ses poings minuscules sur ses yeux. Mais le pire, ce furent les cris qui retentirent d’un coup et finirent de le terrifier. Combien y avait-il de gens, là-dedans ? Qu’allait-on lui faire ?

Aveuglé et épouvanté, il pleura à fendre l’âme en tendant désespérément ses bras potelés pour que quelqu’un le prenne et le serre contre lui, au chaud et à l’abri.

“Oh ! Mon Dieu !”

“C’est pas vrai !”

“Ce qu’il est mignon !”

“Viens là, mon bébé…”

“Oh, là, là, ce que tu es joli !”

“Papa, je peux le prendre ?”

“Attends, tiens-lui la tête !”

“Oh, là, là, mais tu es un jouet, toi !”

“Rudo, tu ne sais pas y faire!”

Il se sentit passer d’une paire de bras à une autre paire de bras, d’une odeur à l’autre et il hurla de plus belle.

“Chut, chut… En voilà, un gros chagrin.”

“C’est ton papa, que tu veux, hein, bébé ?”

Puis, soudain, il y eut l’homme avec les grandes mains douces qui sentaient bon…

*

Vincent descendit à l’infirmerie, laissant le bébé avec son père et ses amis, dans la chambre de Sephiroth.

Merill, aidé de Reeve et de Shelke, avaient allongé Nero sur le ventre, sur une table d’examen. L’assistant de Shalua et le chef de la WRO découpaient le costume de cuir avec mille précautions pour dévêtir le jeune homme inconscient dans le blesser.

- Comment ça se passe ? s’enquit l’ancien turk.

Reeve réussit à dégager le dos et une jambe, découvrant une peau de porcelaine ornée de tatouages noirs sur toute la surface.

Les deux échardes métalliques ensanglantées qui saillaient du dos souple étaient à présent visibles dans toute leur horreur.

- Il faut lui retirer ces choses, murmura Merill en badigeonnant le blessé de teinture d’iode.

- Alors ? Comment est le bébé ? s’enquit Shelke sans cesser de caresser les cheveux de son ancien compagnon d’armes, comme pour le rassurer.

Vincent sourit.

- Tout le monde en est tombé amoureux. Tu devrais aller le voir, je vais rester ici.

La jeune fille hésita mais Reeve l’encouragea d’un petit signe de tête et elle s’esquiva.

- Nero a-t-il parlé, dans l’hélico, Vince ?

- Il a essayé mais il était trop mal en point. Il va falloir attendre un peu.

Sur la table, Nero s’était mis à trembler et il ne cessait de gémir doucement d’une voix à peine audible :

- Weiss… Weiss…

- Alors monsieur Strife avait raison : cet ancien soldat, ce Genesis, se cache dans les entrailles du mont Nibel ? s’enquit Merill. Mais que cherche-t-il à faire, exactement ?

Vincent secoua la tête.

- Nero a parlé de géostigmates et de contamination mais ce n’était pas très clair.

Reeve blêmit.

- Les géostigmates ?

- Si ce n’est que ça, on sait les guérir, maintenant, nota Merill. Avec l’eau originelle.

L’ancien turk secoua la tête.

- Il n’y a qu’une source, lui rappela-t-il. A Edge. Si nous avons affaire à une contamination trop importante, ce ne sera pas suffisant.

Reeve retira ses gants de latex et prit son téléphone.

- J’envoie des hommes protéger la source immédiatement. On ne sait jamais.

Vincent acquiesça et échangea un regard inquiet avec l’assistant de Shalua.

*

Deux gros bras chauds l’enveloppèrent et le serrèrent contre une grande poitrine très dure, recouverte d’une matière noire et glissante. Sauf à l’endroit où le nourrisson pressa sa petite joue rebondie, juste sous la gorge. Là, la peau était nue, toute chaude et sentait très bon, comme ses mains.

Le bébé arrêta aussitôt de pleurer et ses petites menottes tâtèrent la chair douce avec curiosité.

- Salut, toi…

La voix profonde résonna dans l’ample torse et le petit leva la tête.

Le visage de l’homme aux grandes mains était rassurant et il avait de grands yeux brillants très doux.

Cet homme n’était pas comme les autres…

Le nourrisson le sentait au fond de lui. Quelque chose les liait tous les deux, il le voyait dans ses grands yeux, le sentait tout au fond de lui et une sérénité soudaine l’envahit. Dans les bras de cet homme, il serait toujours en sécurité…

Il sourit d’instinct et, avec une confiance totale, il se blottit contre la peau qui sentait si bon en glissant son pouce dans sa bouche.

Un concert de “oh !” émus résonna dans la pièce et les commentaires reprirent de plus belle.

“Vous avez vu ? On dirait qu’il sait qui c’est !”

“Ce qu’il est mignon !”

“Regardez ça, comme il s’accroche !”

“On ne veut plus lâcher papa, pas vrai ?”

Des mains le touchèrent à nouveau, des lèvres fleurèrent sa tête et s’accrocha aux vêtements de l’homme aux grandes mains de toute la force de ses petites menottes.

En vain.

Les bras entreprenants l’arrachèrent au grand corps chaud si rassurant et il se mit à pleurer à nouveau.

“Bah alors, bébé ?”

“On ne veut plus quitter papa ?”

Il tendit ses mains minuscules vers l’homme aux grandes mains mais il continua à passer de bras en bras, sans la moindre pitié.

“Viens me dire bonjour, petit poupon. Papa ne va pas s’envoler !”

Inexorablement, on l’éloigna de l’homme aux grands mains et aux jolis yeux. Il hurla à fendre l’âme.

“Bon sang ! Quel organe !”

“On dirait qu’il a reconnu son père et qu’il ne veut plus le lâcher ! Ah ! Ah ! Ah !”

“Bien sûr que oui, qu’est-ce que tu crois ? Allez, viens, on retourne avec papa.”

Ce son…

Papa.

Encore et encore.

Papa.

Il revenait sans cesse et, il ne saurait expliquer pourquoi, ce son semblait avoir un rapport avec l’homme aux grandes mains, entre les bras de qui on le remit à nouveau.

Immédiatement, il arrêta de pleurer.

Les mains et les lèvres, cependant, continuaient à le toucher, menaçant de l’arracher à l’homme à nouveau.

Si seulement on pouvait le laisser rester là, tout contre cette peau douce qui sentait tellement bon ! Comment pouvait-il leur faire comprendre ça ?

Deux nouvelles mains se tendirent vers lui.

“Coucou, bébé ! Je m’appelle Shelke. Tu viens dire bonjour ?”

Le petit s’agrippa aux vêtements de cuir aussi fort qu’il le put et se blottit contre la poitrine chaude, à la recherche de protection.

- Da…da… ânonna-t-il en levant une petite bouille suppliante vers l’homme aux jolis yeux, provoquant des cris surpris dans l’assistance.

“J’y crois pas ! Vous avez entendu ?”

“Il babille, Reno !”

“Mais… il a dit “papa”, non ?”

“Bien sûr que non, idiot ! C’est un bébé. Comment veux-tu qu…”

- Da… da…

“Tifa, il a dit “papa” !”

“Mais non, Denzel. Il fait des sons au hasard, comme tous les béb…”

- Dada ! cria encore le bébé.

“Oh, mon Dieu…”

“Je rêve !”

L’homme le considérait à présent avec une expression à la fois sidérée et attendrie et le bébé tendit ses petites menottes pour s’agripper à son visage.

- Dada !

- Oui, bébé… C’est papa. C’est bien moi, c’est papa.

Tout joyeux, le petit babilla et quelque chose de mouillé lui tomba sur le front.

Etonné, il vit que l’homme avait de l’eau qui sortait de ses jolis yeux. Il avait sûrement faim. Ou alors… il était trempé !

Quoi que ce soit, ce n’était pas grave et quelqu’un allait sûrement lui donner à manger bientôt ou changer sa couche.

Quoiqu’à bien y réfléchir… ce n’était pas certain car “dada” ne faisait pas grand chose pour se faire remarquer. Faire couler l’eau des yeux ne suffisait pas, il fallait faire du bruit ! Sinon, on vous laissait mourir de faim ou croupir dans votre couche mouillée. Il en savait quelque chose !

Voyant que l’homme ne se décidait pas et que personne ne paraissait décidé à lui tendre un biberon ou à l’allonger pour le changer bien que tout le monde s’agite autour d’eux, il prit les devants ! Il gonfla bien fort ses petits poumons ouvrit grand la bouche et…

“Oh ! Dieux du ciel ! Mais comment une chose aussi minuscule arrive-t-elle à faire un tel boucan ?”

“Il a peut-être faim ?”

“Possible.”

- Accompagne-moi en bas, mon grand. Il y a du lait maternisé au labo. On en profitera pour lui faire un petit sheck-up.”

- Chut, bébé… Arrête de pleurer, allez.

“Il va aussi falloir lui trouver des vêtements.”

“Attendez… On a ce qu’il faut ! Dans la chambre de Kadaj !”

“J’ai des vêtements de béb… ? Oh ! Mais oui ! La boîte aux moogles !”

“Quelle boîte ?”

“Le trousseau de Sephiroth !”

“J’avais un trousseau, moi ?”

“Oui, mère l’avait préparé pour toi. Dans la boîte bleue.”

“Oh… La fameuse boîte ! Mère ne m’a pas dit ce qu’elle contenait.”

“De quelle boîte parlez-vous ?”

…à suivre

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Veuillez détacher vos ceintures

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : les volontaires sont les bienvenus !

Les versions non censurées de ce texte et de cette illustration se trouvent dans le fascicule “Les interdits de www.ff7-yaoi-fanfics.com Tome 1″ (voir dans la boutique)

***

Cher passager, veuillez détacher toutes vos ceintures,

poser vos armes à feu et retirer tous vos vêtements.

Le capitaine Highwind fera tout pour vous être agréable

et vous souhaite un inoubliable vol en sa compagnie.

Si, durant le voyage, vous sentez l’irrépressible envie de griffer…

Retirez votre gant de métal !

Vincent sirotait son verre de vieux cognac, appuyé contre la rambarde de la salle de pilotage, et observait les invités. Reeve avait absolument tenu à inaugurer la nouvelle aéronef amirale, le fleuron de la toute nouvelle flotte de la WRO, en donnant une réception à bord.

- Jolie sauterie n’est-ce pas ? lui demanda Shera, sarcastique, en désignant la foule.

Vincent sourit.

- Le terme me paraît mal choisi.

Elle grimaça.

- Ah ouais ? Il te le paraîtrait peut-être moins si tu savais que la plupart des hommes qui sont ici trompent leur femme avec leur collègue de travail ! assura-t-elle, amère.

L’ex-turk se pencha vers elle.

- Shera, est-ce que tout va comme tu veux ? Tu n’as pas l’air dans ton assiette.

La jeune femme ricana, fin soûle.

- T’es pas au courant, on dirait.

- Au courant de quoi ?

Elle posa son verre à cocktail vide sur le plateau d’un serveur et en prit un plein, dont elle but la moitié d’un trait.

- Je vais bientôt fêter mon divorce ! lança-t-elle d’une voix éraillée. Joyeux divorce, Shera ! ajouta-t-elle en levant son verre avant de le vider.

Plusieurs têtes se tournèrent dans sa direction et, avec un sourire penaud à l’intention des invités, Vincent la prit par le bras pour l’amener un peu à l’écart.

- Shera, je crois que tu as un peu trop bu.

Elle pouffa.

- Et alors ? T’as peur que je gâche la p’tite fête de ce salopard ?

Vincent suivit son regard et pinça les lèvres en voyant Cid, à l’étage inférieur du pont du commandement, qui les considérait avec une mine embarrassée.

- Que s’est-il passé, Shera ?

Elle haussa les épaules.

- ” Monsieur ” le capitaine Highwind aime les sensations fortes ! Sensations que moi, sa femme, je ne peux apparemment pas lui procurer ! Tu sais ce qu’il a osé me demander ?

L’ex-turk agita la main, gêné.

- Non. Et je ne suis pas certain de vouloir le savoir, Shera.

- Qu’on se fasse un plan à trois ! Tu le crois, ça ? Sans doute avec… une de ces pétasses de la WRO aux gros seins refaits moulés dans un treillis !

Elle avait presque crié les derniers mots et un groupe d’invités s’était carrément tourné vers eux, à la fois choqués et amusés.

Vincent rougit et s’excusa.

- Elle a un peu bu, je suis désolé, ne faites pas attention.

Reeve, qui se trouvait non loin, décida d’intervenir et prit la jeune femme par le bras pour la conduire hors de la salle.

- Ca suffit, Shera, je pense que tu t’es assez ridiculisée pour aujourd’hui.

Elle se pendit à son bras et ricana.

- Reeve, vieux cochon ! On m’a dit que vous aviez baisé, Cid et toi, dans le temps, c’est vrai ? Allez, avoue ! Ca te plaît, les mecs bien baraqués avec des grosses queues ?

Vincent écarquilla les yeux, comme la plupart des invités, et retint un éclat de rire.

Shera fut confiée à l’un des soldats de la WRO, qui reçut ordre de la raccompagner chez elle, et Reeve s’excusa auprès des invités avant de rejoindre l’ex-turk, qui souriait, le nez dans son verre.

- On peut dire qu’elle met de l’ambiance, en ce moment, soupira-t-il.

- Reeve, que s’est-il passé ?

- Tu veux la vérité ou la version aseptisée ?

- La vérité.

- Shera est un frigo et Cid un chaud lapin, ça devait craquer tôt ou tard.

Vincent hocha la tête, plus amusé que jamais.

- Je vois…

A l’étage inférieur du pont, il remarqua plusieurs jeunes recrues qui ne quittaient pas Cid du regard depuis que Shera avait apostrophé Reeve au sujet d’une supposée liaison qu’ils auraient eue.

- Je n’ai jamais compris pourquoi il a épousé cette femme, nota ce dernier.

- Moi non plus. Sans doute pour la remercier de lui avoir sauvé la vie, lors du lancement raté de sa fusée.

- Alors c’est la pire raison de se marier que j’ai entendue jusqu’ici.

- Je n’aurais jamais cru qu’il se marierait vraiment.

Reeve sourit.

- Moi non plus. Cid n’est pas fait pour le mariage. Cette fripouille est un volcan dormant sous un iceberg, ajouta-t-il avec un sourire en coin.

- Tu as l’air d’en savoir long à ce sujet. Shera avait-elle raison, lorsqu’elle sous-entendait que vous… ?

- C’était il y a une éternité, Vince ! le coupa le chef de la WRO en riant. Et, franchement, ce n’est un secret pour personne. Nous n’étions que des gosses curieux avides de tout essayer.

Vincent leva le sourcil, ironique.

- Et… Tu en gardes un bon souvenir ?

- Ah ! Ah ! Ah ! Tu parles ! Cid devait avoir quoi ? Allez, dix-huit ou dix-neuf ans à tout casser. Et moi, pas beaucoup plus.

- Tu n’as pas répondu à ma question, le taquina Vincent.

Comme s’il avait senti de quoi les deux hommes étaient en train de parler, Cid se tourna vers eux avec son éternel sourire sardonique. Son surprenant regard bleu se vissa à celui de Vincent.

Reeve, qui avait pivoté pour faire face à l’ex-turk ne remarqua rien.

- Cid a toujours trop aimé le sexe pour accepter qu’on le bride de quelque façon que ce soit.

- Moi qui l’imaginais plutôt d’un tempérament placide, murmura Vincent sans quitter le pilote des yeux.

Ce dernier s’assit à l’autre bout du pont de commandement et l’observa en souriant.

- Le capitaine Highwind que tu connais n’a strictement rien à voir avec le Cid que moi j’ai connu à l’époque. Et quelque chose me dit que, malgré cette apparence de macho bourru qu’il veut bien se donner, il n’a pas dû changer tant que ça.

- Raconte-moi.

Reeve cligna de l’œil et rit de bon cœur.

- Eh bien quoi, mon vieil ami ? Envie de découvrir des horizons dangereux ?

- A mon âge, Reeve, on en a déjà parcouru beaucoup. Et ceux qui restent à explorer ne font plus peur.

- Avec ton éternel minois de jeune premier, j’oublie toujours que tu frôles la soixantaine !

- Ne détourne pas la conversation, Reeve.

Le commandeur se pencha vers lui, plus amusé que jamais.

- Il t’intéresse ?

- Je ne sais pas encore… Peut-être. Parle-moi du Cid que je n’ai pas connu. Celui qui se cache derrière l’éternel masque sarcastique aux joues mal rasées et qui vomit des bordées de jurons sans retenue ni discernement. Qui se trouvait derrière le capitaine Highwind lorsque vous faisiez l’amour, adolescents ? Comment était-il, dans ces moments-là ?

Reeve fronça les sourcils, moqueur, et baissa d’un ton.

- En voilà, une question indiscrète !

- Ne joue pas à ça avec moi, Reeve. Toi et moi avons passé l’âge de perdre du temps et de mâcher nos mots.

- Que veux-tu savoir ?

- Epargne-moi les détours embarrassés. Qu’est-ce Cid valait dans un lit, lorsque vous étiez amants ? demanda Vincent sans la moindre pudeur. Comment était-il ?

Estomaqué, le commandeur laissa échapper un petit rire mutin.

- Quand il était parti, il ne contrôlait plus rien. Il se tordait comme une couleuvre entre tes mains et son visage… Bon Dieu, je donnerai cher pour avoir encore vingt ans et revoir son expression dans ces moments là !

Cid s’installa plus confortablement dans le fauteuil où il avait prit place et son sourire s’élargit. Vincent se mordit la lèvre et l’observa tout à son aise.

- Un amant passionné, en somme.

- C’est peu de le dire !

Cid sembla rire, amusé par le regard appuyé Vincent.

- J’avoue qu’il m’arrive parfois de repenser aux nuits que nous avons partagées, à cette époque, et à ses reins bougeant entre mes mains, poursuivit Reeve, perdu dans ses souvenirs. Il était si…

- Si ?

- Disons que, lorsque je l’ai connu, Cid n’était pas du genre discret. Ses râles étaient… Comment dire ? Ils te transperçaient les reins. Oui, c’est ça. Ils te transperçaient littéralement les reins…

Il posa sa coupe de champagne vide sur un plateau et secoua la tête.

- Mais, encore une fois, Vince, ça fait un bail.

- Certaines choses ne changent jamais, Reeve.

Celui-ci lui tapa sur l’épaule, complice.

- Si tu as dans l’idée de faire ce que je pense, c’est tout le mal que je te souhaite, mon vieil ami ! (Il soupira et pouffa) Je dois être vraiment soûl pour te raconter des choses pareilles…

Vincent lui rendit son sourire.

- Tu devrais aller prendre un peu l’air.

- Oui, bonne idée. A moins que je ne file me coucher, ajouta-t-il en réprimant un bâillement. Tu me raconteras ?

- Bien sûr que non.

Reeve éclata de rire et partit saluer les invités avant de quitter la salle de réception qui, en raison de l’heure tardive, commençait d’ailleurs à se vider.

Cid, lui, avait croisé les jambes et attendait.

Vincent tourna le dos au pilote, s’immobilisa, se tourna à nouveau vers lui et attendit.

Cid se leva en souriant de plus belle. Il avait compris le message.

L’ex-turk avança lentement vers la sortie, sachant que le pilote le suivait.

Il s’engagea dans les coursives et se dirigea vers les soutes de l’appareil sans se retourner un seul instant.

Il poussa la porte, s’arrêta au milieu des caisses de matériel et attendit.

Il ne tarda pas à entendre la porte se refermer derrière lui mais ne se retourna pas.

- Bah, merde, alors, murmura Cid contre son cou, le faisant frissonner. Si je m’attendais à ça…

Vincent sourit mais ne répondit pas et les mains de Cid se posèrent sur lui pour dégrafer et faire tomber sa cape à leurs pieds. Il sentit une langue humide et curieuse courir sur sa nuque, des lèvres brûlantes pincer la peau de son cou et échancrer sa chemise jusqu’aux épaules. Puis la langue impatiente remonta le long de son cou, suivit le contour d’une oreille, et s’aventura sur sa joue, cherchant sa bouche. Vincent tourna à demi la tête et une main ferme, un rien brutale, se referma sur son menton.

La langue de Cid s’insinua dans sa bouche et chercha la sienne avec une impatience qui le fit trembler d’excitation. Vincent se tourna complètement et enlaça le pilote, répondant à son baiser profond par une passion identique à la sienne, la barbe naissante lui picotant agréablement les lèvres et le menton.

Un gémissement monta de la gorge de Cid et l’excitation que l’ex-turk en ressentit lui fit comprendre de Reeve avait voulu dire par “Ses râles et ses gémissements te transperçaient les reins.”…

***

Vincent sentait le cœur de son ami battre violemment contre sa poitrine et sa bouche chercha celle du pilote, conclusion de ce maelström de sensations dans lequel ils venaient de se noyer.

Cid l’enlaça et lui rendit son baiser avec passion et une douceur dont il ne l’aurait jamais cru capable.

- Je ne me serais jamais attendu à ce que ça se passe comme ça, murmura-t-il, le souffle court.

- Déçu ? demanda Vincent en souriant.

Le pilote lui rendit son sourire.

- Non… Je m’attendais plutôt à… Je ne sais même pas quoi, en fait.

- A ce que je me retrouve dans une partie à trois entre toi et Shera ?

Cid hoqueta et le rouge lui monta aux joues.

Vincent éclata de rire et blottit son visage au creux de son cou.

- Partager un homme tel que toi avec elle aurait été un beau gâchis.

Cid leva un sourcil.

- Comment diable as-tu deviné que c’était à toi que je pensais pour ça ?

Vincent passa la main sur l’intérieur de ses cuisses musculeuses, le faisant soupirer.

- Lorsque tu auras mon âge, tu verras que certaines choses qui te paraissaient jusque là obscures t’apparaîtront comme évidentes au premier regard !

Le pilote éclata de rire.

- Est-ce une leçon de vie ?

- Pourquoi ? Tu en veux une ?

- Si nous allions plutôt inaugurer la cabine du capitaine, grand-père ?

L’ex-turk lui rétorqua par un baiser fougueux et Cid se laissa faire avec un total abandon.

FIN


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I - Bienvenue à Gongaga !

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Illustration tirée du doujinshi “BUBBLES” du Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Jamais le soleil n’avait tapé comme ce matin là. L’air sec était chargé de poussière et j’avais la gorge comme de la litière pour chats. Nous étions en août, au plus fort de la saison sèche, et je me souviens du grincement des minuscules grains de sable emportés par le vent entre mes dents.

Ma casquette me donnait l’impression d’avoir le crâne sous une cocotte minute mais c’était ça où tomber raide, assommé par le soleil. La sueur coulait sur mon front et ma queue de cheval me collait déjà à la nuque. Combien de fois en quinze jours m’étais-je promis de me couper les cheveux ? J’en avais perdu le compte mais je n’avais jamais pu me résoudre à renoncer à cette dernière coquetterie.

Avec un soupir, je me resservis du café. Il avait un goût aigre amer, comme s’il avait bouilli. Connaissant le cuisinier, je ne doutais pas que ce fut bien le cas et je le bus d’un trait en grimaçant, comme tous les matins.

Je dus déployer des efforts surhumains pour mettre un pied devant l’autre et sortir de la tente qui nous servait de cantine. Le soleil m’aveugla et cette impression de respirer à travers un mouchoir brûlant que l’on aurait pressé sur ma bouche était insupportable. Je dus fermer les yeux, incapable de supporter la lumière en dépit de l’heure matinale, sortis mes lunettes de soleil de la poche de mon pantalon de toile et les chaussai. A travers les verres fumés qui assombrissaient le décor, le camp semblait bénéficier d’une ombre illusoire, et bizarrement, il me sembla que la température avait baissé en même temps que la lumière.

Les brahmanes de Canyon Cosmo disent que l’esprit d’un homme est capable de faire plier les éléments. Eh, bien moi j’avais des lunettes magiques qui jetaient de l’ombre sur le décor ! C’était ridicule mais pour un peu de fraîcheur ou une illusion de fraîcheur, j’étais prêt à tout…

Le cahier des charges sous le bras, j’avançai sur le terrain aride, mes bottes se couvrant d’une pellicule de poussière orangeâtre.

Je crois que c’est l’une des rares choses que je déteste, dans cette région désertique qui entoure la forêt de Congaga : cette poussière grasse qui se mélange à la sueur et colle à la peau dès que l’on met le nez dehors.

Et encore, devais-je être heureux de ne pas me trouver en poste à Midgar, comme Genesis ! La première fois que j’avais été en mission là-bas, j’avais été horrifié en constatant qu’après avoir retiré le manteau porté toute la journée, mes bras et mes jambes étaient enduits d’une suie huileuse. On voyait parfaitement la marque des vêtements que j’avais ôtés, comme si j’avais pris un monstrueux coup de soleil noir. L’eau de la douche ressemblait à de l’huile de moteur et j’avais passé de longues minutes à me décrasser les cheveux. Mes poumons devaient ressembler à un pot d’échappement mal entretenu ou à ceux des lapins que ce salopard d’Hojo oblige à fumer pour tester le taux de nicotine des cigarettes. Le second jour, l’idée de porter un masque anti-pollution m’avait effleuré et le troisième, je me promenais dans les rues aussi crasseux et grisâtre que n’importe qui.

Lorsque j’avais accepté de sécuriser la zone du réacteur de Gongaga, en pleine rénovation, je m’étais imaginé la région comme me l’avaient racontée Angeal et Genesis, à l’école d’officiers : verte, fraîche et luxuriante. Avec un adorable petit village perché à flanc de montagne….

Tu parles ! Ils avaient juste oublié de préciser que l’oasis de verdure ne restait verte que trois ou quatre mois par an, au printemps, et qu’elle était entourée d’une région caillouteuse où l’on crevait de chaud en été et où l’on mourait de froid en hiver !

Au lieu de la douce fraîcheur parfumée d’herbe verte que je m’étais imaginée, je me promenais dans la poussière du chantier en pantalon d’épaisse toile noire, t-shirt poisseux de sueur et je dormais sous l’une des tentes où il ne se passait pas une nuit sans que je ne me réveille empêtré dans la moustiquaire. Si les membres de mes fan-clubs me voyaient…

Angeal, m’avait précédé sur les lieux et avait déjà établi un périmètre de sécurité. Contrairement à moi, il connaissait la région et les coutumes du coin pour y avoir passé son enfance. D’un kilomètre à l’autre, la terre était tour à tour végétation desséchée inextricable ou désert caillouteux. Les routes n’étaient que des chemins de terre et bien souvent nos 4×4 s’ensablaient.

Je jetai un regard aux échafaudages, sur lesquels s’affairaient avec les ouvriers, tous originaires de la région. Combien étaient-ils ? Une trentaine ? Il y avait bien longtemps que j’avais renoncé à faire l’appel. Si le frère était malade, le neveu le remplaçait et cela quand le père n’amenait pas le fils pour lui prêter main forte afin de finir dans les temps. Les questions d’assurance et de contrat de travail n’avaient pas cours ici. Tout ce qui comptait pour ces hommes, c’était de terminer honorablement leur tâche, comme ils s’y étaient engagés. On ne badine pas avec l’honneur et la parole donnée, dans la région. J’avais rarement connu des gens aussi travailleurs et je n’hésitais pas à tanner Reeve pour qu’il leur verse un supplément d’argent lorsque j’estimais qu’ils le méritaient, c’est à dire bien souvent. Cela m’avait valu des amoncellements de friandises et plats traditionnels confectionnés par leurs épouses et leurs sœurs, que nous partagions lors des pauses.

J’essuyai la sueur qui coulait de mon front. Comment pouvaient-ils supporter de travailler par cette chaleur ? Torse nu, la peau tannée par le soleil et vêtus de pantalons de coton ou de chemises ouvertes sur des shorts bariolés, ils manipulaient les sacs de ciment avec une facilité déconcertante. Ils transpiraient à peine et la lumière les faisait à tout juste plisser les yeux.

Mon regard s’attarda un instant sur les dos musclés et les poitrines noueuses. Les hommes… Depuis combien de mois n’avais-je pas touché un homme ? Deux ? Trois ? Le dernier était un jeune postulant soldat dégingandé qui m’avait fait regretter de ne pas avoir passé mon chemin.

Je secouai la tête et consultai les plans de déploiement des forces de sécurité pour la énième fois. N’avais-je rien oublié ? A Midgar, j’en avais été particulièrement fier de mais, une fois arrivé dans la région de Gongaga, je m’aperçus de ce que les tours de surveillance pouvaient avoir de ridicule dans une région aussi escarpée.

De président adjoint Rufus Shinra voulait du beau, du grand, du riche et, par dessus tout, de l’impressionnant. Quand je voyais les ravissantes constructions traditionnelles qui parsemaient la région, je n’arrivais vraiment pas à comprendre comment cet imbécile pouvait leur préférer ce monceau de ciment et de verre en forme de chou-fleur que j’avais mis des semaines à sécuriser sur les conseils de son éminence grise, un petit homme gras et dégoûtant qui répondait au nom de Palmer.

“Non, il faut plus de caméras !” “Non, il y a trop de surface exposée !” “Allons, mon garçon ! Le président adjoint ne sera jamais en sécurité si les vitres ne sont pas blindées !”

Plus d’une fois l’envie m’avait démangée de le passer par la fenêtre sans prendre la peine de l’ouvrir mais c’était lui qui signait les chèques… J’avais eu ce gnome mangeur de gras sur le dos pendant trois semaines et il devait passer sur le chantier aujourd’hui en compagnie de son “altesse sérénissime”. Si le maître était aussi exaspérant que son toutou, cela promettait un bel après-midi de fichu !

Je n’avais jamais eu l’occasion de rencontrer Rufus Shinra mais je le détestais déjà cordialement !

“Son Altesse” avait souhaité que son ” chou-fleur ” domine la route qui conduisait à la petite rivière qui menait au village. Devoir raser le petit temple de pierre qui se trouvait non loin pour pouvoir sécuriser les travaux de construction m’avait fendu le cœur mais il allait l’avoir son “réacteur que tout le monde pourrait voir de loin”. C’était là les instructions les plus sottes que l’on m’avait jamais données mais Rufus payait bien. Très bien même. J’allais gagner ici plus d’argent en un an que je n’aurais pu en économiser en 50 ans de missions ordinaires.

Le groupe électrogène se mit en route avec un grondement de tonnerre et l’odeur du gasoil se mêla aux parfums d’épices. Je n’ai jamais su décrire l’odeur qu’il y avait dans la région par un autre terme. L’air sentait la terre, le parfum et les épices. Une odeur étourdissante que je n’ai jamais retrouvée ailleurs.

- Sephiroth ! Déjà levé ? Tu fais des efforts, mon grand ! Tu viens nous donner un coup de main ?

Je baissai les yeux vers Angeal, qui surveillait l’avancement des travaux dans l’immense trou des fondations et lui fis un petit signe de la main.

- Ne rêve pas ! criai-je pour couvrir le bruit des marteaux piqueurs qui s’étaient mis en route pour briser la pierre. Je n’ai pas sué durant les cours assommants de Lazard dans le but de nager dans la crasse !

Il éclata de rire et retira son casque de protection pour essuyer la sueur qui coulait sur son visage. Je connaissais Angeal depuis mon enfance, tout comme Genesis, et je peux dire que j’en étais venu à considérer au fil des années comme le frère que je n’avais jamais eu. La petite trentaine, des cheveux noirs mi-longs coiffés en arrière et une charpente à faire blêmir un culturiste, Angeal était de sept ans mon aîné et m’adorait. Je n’avais jamais cherché à cacher ma liberté de moeurs et la relation particulière que j’entretenais avec Angeal avait bien souvent alimenté les ragots.

- Dis-moi mon grand, poursuivit-il, tu ne crois pas que… oh, oh ! On a de la visite.

Il grimaça et je suivis son regard. J’avais beau le voir en contre-jour, je reconnus immédiatement le personnage qui s’avançait vers moi. Sa masse impressionnante de cheveux emmêlés et ses jambes maigres et arquées lui donnaient l’apparence d’un primate.

L’ermite de la forêt de Gongaga nous rendait visite de plus en plus souvent, ces derniers jours.

- Merde, soupirai-je en levant les yeux au ciel. Mais qu’est-ce que cet illuminé vient faire ici, encore ? Si les ouvriers le voient, nous sommes cuits…

Le saint homme arriva à ma hauteur et leva les yeux vers moi sans un mot. Il avait peint trois cercles rouges sur son front, par dessus la crasse, et son visage était vierge de toute expression. J’avais l’impression d’observer un mannequin d’argile. Vêtu d’un pagne douteux et maigre à faire peur, il dégageait une aura inquiétante et une puanteur insoutenable. Je pinçai les narines et détournai le regard.

Un cri s’éleva dans les fondations et plusieurs têtes dépassèrent du trou où travaillaient les maçons. En voyant notre visiteur, tous lâchèrent leurs outils, éteignirent les marteaux piqueurs et grimpèrent en une nuée bourdonnante pour venir s’agenouiller devant le saint homme en le priant de les bénir. Les ouvriers, pour la plupart originaires de la région, se balançaient d’arrière en avant en psalmodiant des prières devant l’homme minuscule, mains jointes devant leur front.

Je m’écartai et lançai un regard excédé à Angeal, qui me répondit par un haussement d’épaules.

- Laisse tomber, Seph.

Le saint homme avait pris l’habitude de venir une ou deux fois par semaine sur le site. Lorsque j’en avais demandé la raison à l’un des contremaîtres, il m’avait simplement répondu que les gens comme lui étaient guidés par les Dieux eux-mêmes et qu’il ne fallait pas chercher à comprendre le pourquoi de leurs actes et de leurs paroles.

J’étais bien avancé !

La première fois que ce zombie avait fait son apparition, il était arrivé derrière moi comme un fantôme et m’avait soufflé dans le cou. En voyant le visage couvert d’une croûte blanchâtre digne d’un film d’horreur, j’avais poussé un cri à paralyser un troupeau de Bahamuts et manqué de peu la crise d’apoplexie. Par la suite, je vis plusieurs de ces individus à Gongaga. Ils restaient immobiles durant des heures, assis en tailleur au beau milieu de la route, et chacun leur témoignait un respect craintif. D’après ce que j’avais compris, ils avaient fait vœu d’abandonner tout plaisir terrestre ou quelque chose dans ce goût là. Des sortes de renonçants.

Bien entendu, j’avais consulté des dizaines de guides et de livres sur la région avant de partir mais, je suis désolé de le dire, une fois sur place, on se demande si les auteurs de ces ouvrages ont bien posé le pied dans le pays dont ils parlent.

Ici, rien n’est simple et aucun texte, aussi complet soit-il, ne peut donner une idée de ce que sont réellement ces gens et leur terre.

Je regardai ma montre. Si le saint homme ne fichait pas le camp pour que nous puissions reprendre le travail, je risquais de me faire salement remonter les bretelles par le ” petit prince Shinra “, qui devait arriver d’un instant à l’autre.

- Allez, allez ! La récréation est finie.

Je tapai dans mes mains et Angeal sortit de son trou pour me poser la main sur le bras.

- Arrête, Seph. Respecte leurs croyances.

Je me tournai vers lui en ouvrant des yeux ronds comme des soucoupes.

- Mais je respecte leurs croyances ! Le problème, c’est que son altesse de mes fesses va arriver et que…

- Chut ! me rabroua Angeal. Ne parle pas de lui comme ça devant eux.

Plusieurs hommes se couvrirent le visage des mains et posèrent le front sur les pieds du gnome, comme s’ils cherchaient à se faire pardonner pour mon comportement cavalier.

- Désolé ! grimaçai-je en agitant la main dans leur direction.

Pour la première fois, j’entendis l’homme blafard parler. Sa voix était rocailleuse et aiguë. Elle vrillait les tympans et son curieux dialecte accentuait encore cette désagréable impression.

- Que dit-il ? demandai-je à Angeal.

Il haussa les épaules. Visiblement, il était parti de chez lui depuis trop longtemps et avait oublié son patois natal.

Zack, un postulant soldat lui aussi originaire de la région, s’approcha. Comme à chaque fois qu’il s’adressait à moi, ses grands yeux bleus semblaient incapables de me fixer et ses mains tremblaient. Lorsqu’il aurait pris un peu d’assurance, il ne faisait pas de doute qu’il deviendrait une excellente recrue.

Le silence était soudain tel que l’on n’entendit plus que le bruissement des pieds des ouvriers fouillant la terre poussiéreuse avec embarras et le vent léger et étouffant qui charriait l’odeur de vase de la rivière.

- Il dit que quelque chose va vous faire du mal, Général, et que vous devez faire attention.

Je plissai les lèvres. Après les prières… les superstitions ! Il ne manquait plus que ça.

- Quelque chose va me faire du mal ?

- Oui, Général.

- Cette chose doit s’appeler Rufus Shinra, dans ce cas. Parce que sois certain qu’il va m’arracher la tête s’il ne vous trouve pas tous au travail en arrivant.

Les hommes échangèrent des regards entendus et baissèrent la tête.

- Sauf votre respect, vous ne devriez pas plaisanter avec ça, Général. Le danger est réel.

- Qui ? Rufus Shinra ?

Zack sourit malgré lui.

- Non, Général. La chose.

- Quel genre de chose ? demanda Angeal.

Je levai les yeux au ciel et me donnai une claque sur le front.

- Angeal ! Tu ne vas pas t’y mettre toi aussi !

Il ne répondit pas et montra le sage du menton en continuant à s’adresser Zack.

- Demande-lui.

Zack s’inclina devant la vieille chouette cendreuse et lui parla dans sa langue discordante. Le sage ne répondit pas, ne changea pas d’expression et fit demi tour.

Chacun le regarda s’éloigner et, quand il s’engagea sur la pente, disparaissant de leur champ de vision, les maçons se tournèrent vers moi de concert et me lancèrent des regards désolés.

J’avais beau être imperméable à toute sorte de religion et de superstition, l’expression de leur visage, leurs épaules basses et leur immobilité me nouèrent le ventre.

Je tournai sur moi-même.

Ils formaient une ronde lugubre et mélancolique. Ils me fixaient comme si je n’étais déjà plus qu’un cadavre autour duquel les vieux copains se recueillent en se disant “c’était un brave type”.

Je pris une profonde inspiration.

- On peut retourner travailler ou vous voulez vraiment que Shinra Junior me fasse rôtir ?

Angeal adressa quelques mots aux ouvriers, qui inclinèrent la tête et retournèrent à leurs occupations en murmurant entre eux, comme s’ils craignaient que le bruit de leurs voix n’attire le malheur dont avait parlé le vieux sage. L’un d’entre eux posa la main sur ma poitrine en murmurant une prière que je ne compris pas.

- Il demande aux Dieux de te protéger, murmura Angeal.

- Oh, je… Merci, fis-je à l’homme avec un légère inclinaison de tête.

L’ouvrier s’inclina à son tour, me sourit, et descendit dans les fondations.

Chaque coin de ce pays semblait regorger de malédictions en tout genre et j’avais déjà eu des difficultés à trouver des ouvriers à cause des multiples fariboles locales qui faisaient de la région un véritable berceau du mysticisme.

Si un jour je décidais d’abandonner l’armée, je pourrais toujours gagner ma vie en écrivant des histoires sur les mystères de la région pour gogos en mal de magie, étouffant dans leurs murs de béton…

Un bruit de moteur me tira de mes plans de carrière à long terme et, un instant, je crus bien que le saint homme avait raison au sujet de sa créature dangereuse qui allait venir me chercher.

Ce qui m’arrivait dessus était au moins aussi redoutable que l’odeur du saint homme, et je sentais mes nerfs sur le point de lâcher face à cette vision d’horreur : monsieur lèche-bottes en personne, Palmer le gras double, arrivait sur le chantier pour la visite prévue. La journée commençait vraiment mal. J’avais de plus en plus hâte qu’elle se termine pour me retrouver sous ma tente.

Et, si possible, avec le joli blondinet qui venait de sortir de la voiture…

…à suivre

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LV - J’avais trois fils

On n’est pas forcément le père de quelqu’un…

mais on n’est jamais le fils de personne.»

G. Wolinski

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Non, ne fais pas ça, attends ! gémit Zack en tendant une main suppliante vers Nero, qui disparaissait petit à petit dans un maelstrom de ténèbres qui paraissaient sortir de lui. Je plaisantais ! Ne ne le prends pas comme ça !

Le ténébreux secoua la tête et recula d’un pas, le bébé de Loz pleurant de terreur dans ses bras.

- Je savais que c’était un piège… Je n’aurais jamais dû écouter Weiss. Jamais…

Le jeune soldat secoua furieusement la tête.

- Quoi ? Non ! Je dois vous guider tous les deux jusqu’à un endroit où l’on viendra vous cherch…

- C’est faux ! Toi et la Shinra vous moquez bien de ce qui peut nous arriver à moi et à mon pauvre frère ! Tout ce que vous voulez, c’est le bébé et les cellules de Jenova qu’il contient !

- Pas du tout, Angeal a…

- Angeal ne t’aurait jamais envoyé toi !

Zack se frotta le visage avec un gémissement désespéré.

Et dire qu’Angeal lui avait pourtant fait la leçon pendant une heure…

« Et, surtout, évite de faire de l’humour douteux ! Il faut récupérer ces garçons et le petit ! »

« Ca va ! C’est bon ! Je suis quand même capable de ram… »

« C’est sérieux, Zack ! Tu es sans doute la dernière personne à qui Nero ou Weiss feraient confiance mais nous n’avons pas le choix ! Lucrecia et moi devons absolument aider Aerith à contenir les géostigmates. »

« C’est bon, je te dis ! Quoi ? D’accord, je reconnais que j’ai parfois un peu titillé la boule de poix et son choupinounet de frérot mais… »

« Zack, bon sang ! »

« Désolé, ça m’a échappé ! »

- Merde… Merde… Merde… Je… NON ! Nero ! Non, allez, déconne pas ! Nero !

Celui-ci recula encore dans le brouillard ténébreux et les cris du bébé redoublèrent.

- Arrête, merde ! Tu vas le rendre malade de peur si tu l’emmènes avec toi là-dedans !

- Quand bien même ! Il sera plus en sécurité avec moi qu’entre les mains des scientifiques de la Shinra !

- NON ! Je t’en supplie, ne fais pas ça ! NERO !Oh, merde…

*

Sephiroth cracha un long jet de mako avec un dernier haut-le-coeur qui le laissa pantelant au pied de la cuve.

- Général, pouvez-vous respirer normalement ? s’enquit Merill après un petit moment en l’aidant à s’asseoir.

L’argenté hocha péniblement la tête et déglutit avec une grimace.

- Oui… fit-il d’une voix rauque. Je crois que… tout le… liquide… est sorti.

La tête lui tournait et sa vue ne serait pas nette avant plusieurs minutes, il le savait, mais le temps pressait.

Les yeux larmoyants, il essaya de distinguer - ou du moins d’identifier vaguement - les personnes qui formaient un cercle autour de lui et des deux médecins agenouillés à ses côtés.

La tête avec les grands pics, ce devait être Strife. La tête rouge, Reno. Et, près de lui…

- Cid… gémit Sephiroth en tendant la main. Cid Highwind…

Tous tressaillirent, surpris.

Le pilote n’avait jamais connu Sephiroth avant d’être confronté à lui lorsqu’il avait rejoint AVALANCHE, peu avant la chute du météore ; il ne lui avait même jamais parlé. Pourtant, quelque chose faisait à présent du général un être familier et aussi proche de Cid que Yazoo, Kadaj ou Loz - mais sans atteindre toutefois le degré d’intimité qu’il partageait désormais avec ce dernier.

- Qu’y a-t-il, mon frère ? demanda le pilote en prenant l’avant-bras tendu.

- Nero… Il faut que tu ailles chercher Nero… Le mont Nibel… Il est sur le mont Nibel… Avec Zack… Et le bébé…

A ces mots, Loz tressaillit.

- Je t’accompagne !

Sephiroth, trop affaibli pour protester, pressa le bras de Cid, suppliant, mais c’était inutile. Celui-ci savait très bien ce qu’il avait à faire.

- Non, Loz. Reno et Vincent m’accompagneront.

L’argenté allait protester mais Sephiroth s’effondra alors dans les bras du pilote.

- Faites… vite… haleta-t-il avant de perdre connaissance.

*

- Où est le bébé ? hurla Genesis aux oreilles de Weiss en essayant de reprendre son souffle.

Il avait frappé le jeune homme si fort et à de si nombreuses reprises depuis une heure qu’il en avait les bras engourdis et était essoufflé comme s’il venait de finir une course d’obstacles.

- Va… te faire… foutre… gémit le prisonnier d’une voix tout juste audible.

Son visage ensanglanté était si contusionné que l’on avait presque du mal à reconnaitre dans cette bouillie rougeâtre le ravissant minois de l’ex-commandant des Tsviets

Fou de rage, Genesis lui tomba dessus à bras racourcis.

*

Cloud faisait les cent pas dans le couloir, hésitant à entrer dans la chambre du premier où Rufus avait fait installer Sephiroth et où tous attendaient qu’il reprenne connaissance.

Lorsque le général avait demandé de l’aide à Cid, en bas, il en avait presque ressenti… Quoi en fait ? Comme un pincement au coeur et une sorte de colère, une…

“De la jalousie, Cloud ! Ni plus ni moins que de la jalousie !” persiffla une petit voix dans son cerveau. Et, cette fois, il s’agissait bien de sa propre conscience et non de cette pourriture de Jenova ! C’était peut-être ce qui l’agaçait le plus, d’ailleurs…

Jaloux…

Il en avait presque honte.

Mais, après tout, il avait reçu les cellules de Jenova, lui aussi, alors pourquoi c’était Cid que les argentés respectaient et accueillaient comme un membre de la famille ? Pourquoi le pilote et pas lui ?

Parce que tu les as toujours rejetés sans chercher à comprendre ce qui les motivait ou ce qui se passait !” lui rappela sa conscience. “Il y a deux ans, lorsque Kadaj t’appelait “grand frère”, tu lui rétorquais déjà “marionnette !”

- Ils m’ont attaqué sans me laisser de temps de comprendre quoi que ce soit !

- As-tu seulement essayé ? T’es-tu posé ne serait-ce qu’une seule question à leur sujet en dehors de “comment nous en débarrasser” ?

- J’ignorais, alors, ce qu’il en était réellement et les épreuves qu’ils avaient traversées ! répondit-il à son reflet, dans l’un des grands miroirs qui ornaient le couloir.

“Tu ne l’ignorais pas, lorsque tu as essayé de les tuer en trafiquant les freins de leurs motos…”

- Je n’étais pas moi-même ! C’était Jenova !

“Et, lorsque tu as insulté et blessé cruellement Tifa, parce que tu l’avais vue essayer d’embrasser Loz ? Lorsque tu as failli briser les vies de Cid et Shalua en te mêlant de ce qui ne te regardait pas ? C’était Jenova, aussi ?”

- La ferme ! gémit le jeune homme en se prenant la tête dans les mains.

“Ce n’est pas trop fatigant, de se chercher sans cesse des excuses, Cloud ?”

Il allait se rétorquer à lui-même lorsque la porte de la chambre de Sephiroth s’ouvrit, laissant passer la tête Tifa.

- Cloud… il se réveille.

Le garçon eut l’impression que son sang cessait de couler dans ses veines.

*

- Là ! cria Vincent pour couvrir le bruit de l’hélice en désignant un point dans la forêt dense qui recouvrait le flanc du mont Nibel.

Dans cette zone, même les puissants projecteurs de l’hélicoptère peinaient à percer l’obscurité.

Reno, assis dans le fauteuil de co-pilote de l’hélicoptère, scruta le sol à la jumelle.

- Je ne vois rien !

- Fais-moi confiance ! fit Vincent. Cid, descend !

Le pilote secoua la tête.

- Je ne peux pas me poser, Vince ! La forêt est trop dense. Tu vas devoir jouer les acrobates !

Vincent déboucla les sangles de sécurité qui le maintenaient sur le siège arrière et fixa une corde à harnais aux crochets prévus à cet effet.

- Descends autant que tu peux et ça devrait aller !

- Comment tu sais que c’est bien là ? insista Reno. Il fait noir comme dans un four, là en bas !

- Précisément, Reno ! Il fait beaucoup trop noir ! Descends encore, Cid ! Stop ! C’est bon !

Au sol, Zack vit l’hélicoptère se stabiliser avec un immense soulagement.

- Nero ! appela-t-il. Ils sont là ! Sort de ce truc, bon sang !

Mais, à l’intérieur du maelström de noirceur, le ténébreux n’entendait rien et essayait de calmer le bébé qui hurlait, rendu presque fou de terreur par les cris et les chuchotements des âmes perdues qui se pressaient auteur d’eux. Ses petits bras battaient désespérément pour chasser les mains désincarnées qui se tendaient vers lui mais ses poings minuscules n’impressionnaient guère les lambeaux de ténèbres glaciales. Ces dernières frôlaient son adorable visage, caressaient son petit corps tendre et s’enroulaient à son toupet de cheveux argentés.

- Chut, bébé, ce n’est rien, ils ne peuvent pas te faire de mal tant que je suis là, assura Nero. Du calme.

Peine perdue.

- Tu vas le faire mourir de peur, si tu le gardes ici, Nero.

Ce dernier leva brusquement la tête et recula d’un pas en serrant un peu plus le bébé contre lui.

- Vincent Valentine… murmura-t-il en s’enfonçant encore dans les ténèbres, faisant redoubler les cris du petit.

- Attends ! Arrête !

- Désolé, Vincent Valentine, mais cette danse-ci, je suis pas en état de te l’accorder. Pas tout de suite, du moins.

Vincent leva les mains pour lui montrer qu’il n’était pas armé.

- Je ne suis pas venu pour me battre, Nero, mais pour vous mettre à l’abri, toi et le bébé !

- Venant de toi, je me serais attendu à un mensonge moins naïf.

- C’est la vérité !

Le petit s’arrêta soudain de crier et le ténébreux remarqua avec épouvante qu’il avait les yeux révulsés.

- Par tous les démons de la planète, Nero, tu es en train de le faire mourir de terreur ! s’affola Vincent. Il faut le sortir d’ici !

Nero, médusé, le secoua doucement.

- Réveille-toi… Ouvre les yeux, bébé. Ouvre les yeux !

Ses jambes trop affaiblies refusant de le soutenir plus longtemps, il tomba à genoux, le nourrisson toujours serré contre sa poitrine, et jeta à Vincent un regard désespéré.

- Si tu le gardes ici, dans ces ténèbres, avec toi, il mourra !

Le ténébreux secoua furieusement la tête.

- Je voulais le protéger… gémit-il. Juste le protéger.

- Je le sais, Nero. Mais un homme normalement constitué ne peut pas rester dans un endroit comme celui-ci sans perdre totalement la raison. A plus forte raison, un enfant. Il faut le sortir d’ici.

- Pour qu’ils en fassent un monstre ? Comme moi ? Comme mon frère ?

- Je ne le permettrai pas, Nero. Jamais. Et son père non père encore moins. Oui, Nero, ce petit a un père, insista l’ex-turc en voyant le tsviet écarquiller les yeux. Un père à qui j’ai promis de ramener son bébé.

Nero déglutit avec difficulté et caressa la petite tête argentée, hésitant.

- Jure-moi que tu ne laisseras pas la Shinra le prendre ou lui faire du mal, Vincent Valentine…

Celui-ci secoua la tête et s’approcha de quelques pas.

- Personne n’a l’intention de lui faire du mal, Nero. Et surtout pas Rufus Shinra, tu as ma parole.

Le ténébreux berça un instant le bébé inconscient avec un sanglot désespéré, indécis, puis le tendis à Vincent.

- Très bien… Emmène-le, Vincent Valentine. Et fais ce que tu as à faire aussi vite que tu le pourras.

- J’en ai bien l’intention, assura-t-il en prenant le bébé.

- Lorsque tu verras mon frère, murmura Nero d’une voix étranglée, dis-lui que, jusqu’au dernier moment, je n’ai cessé de penser à lui et de l’aimer.

Il tendit son cou gracile vers l’ancien turc en fermant ses beaux yeux carmins et celui-ci tiqua.

- Que… qu’est-ce que tu fais ?

- Ton arme n’aurait aucun effet, ici. Tu vas devoir te salir les mains, Vincent Valentine.

Ce dernier hoqueta.

- Mais enfin, je n’ai nullement l’intention de te tuer ! Encore moins de te tordre le cou comme à un poulet !

Nero rouvrit les yeux et cligna des paupières, perdu.

- Mais tu… Tu as ce que tu étais venu chercher. Tu as le bébé.

- Nero… soupira Vincent. Angeal a promis à ton frère que nous ferions tout pour vous sortir de là et c’est bien ce que nous avons l’intention de faire !

- Je… J’ai peur de ne pas comprendre.

- Il n’y a rien à comprendre, s’impatiernte l’ancien turk. Peux-tu marcher ?

Le ténébreux secoua la tête, hébété.

- Je… Je ne crois pas.

- Alors, tiens le bébé.

Vincent lui posa le bébé sur le ventre avant qu’il n’ait le temps de répliquer et voulut les soulever délicatement tous deux dans ses bras mais quelque chose lui piqua douloureusement le bras.

Nero s’étant un peu rasséréné, les ténèbres s’étaient clairsemées et l’ex-turk frémit d’horreur en voyant ce qui lui avait pincé le biceps.

- Nero… Qu’est-il arrivé à ton dos ?

- Mes ailes… fit celui-ci entre ses dents serrées pour contenir un cri de douleur. Genesis… Genesis les a arrachées.

- Que les Dieux nous viennent en aide…

Mais, le bébé commençant à montrer des signes de conscience, il n’eut pas le loisir de poser plus questions.

*

Lorsque Sephiroth ouvrit les yeux, le premier visage qu’il vit fut celui de Kadaj.

Assis sur le lit, le garçon était penché sur lui et guettait attentivement le moindre signe de conscience.

- Grand frère ? chuchota-t-il, les yeux luisants et la voix tremblant d’émotion.

Le général sourit et posa une main glacée sur la joue poupine.

- Kadaj… Mon fougueux et imprévisible Kadaj… railla-t-il gentiment. Mon adorable petit fauve…

Ce dernier, bouleversé, se jeta dans ses bras en sanglotant comme l’enfant qu’il y était encore il a peu.

- Grand frère…

- Laisse-moi te regarder, fit celui-ci en prenant Kadaj par les épaules pour l’obliger à lui faire face.

Le garçon rougit un peu sous l’examen attentif mais s’essuya les yeux et sourit.

- Tu nous a tellement manqué, si tu savais…

- Vous aussi, vous m’avez manqué, assura l’ex-cauchemar de la planète en pétrissant ses épaules avec affection. Si tu savais comme j’avais envie de vous connaître enfin… Vous connaître vraiment… (Il écarta les cheveux du petit visage rond avec une douceur qui surprit Cloud) Bon sang, ce que tu peux ressembler à mère !

A la mention de ce mot, le garçon se raidit.

- A… mère ?

Sephiroth rit, sachant très bien ce qu’il pensait.

- A Lucrecia.

- Gretta me l’a dit aussi, répondit le garçon en rougissant de fierté.

- Gretta… Elle est toujours ici ?

- Et elle a hâte de te saluer. Elle m’a beaucoup parlé de toi et de mère.

- Ah oui ?

Sephiroth laissa échapper un petit rire attendri en serrant le garçon contre lui et lissa ses cheveux doux et fins comme ceux d’un bébé.

Par dessus son épaule, il vit Cloud, qui ne savait visiblement pas s’il devait lui sourire ou baisser les yeux ; la jeune Tifa, qui était devenue une superbe jeune femme depuis la dernière fois qu’il l’avait vue ; Reeve, qui était toujours le même, sobre, calme et élégant ; l’immense Barret, qui serrait contre lui une petite fille qui le regardait avec curiosité ; une jeune femme et un garçon en blouse blanche, qui ne pouvaient être que Shalua et Merill, qui avaient si bien pris soin de lui, lorsqu’il était dans la cuve ; Yuffie, dont il reconnut le rire joyeux pour l’avoir souvent entendu dans le laboratoire, lorsqu’elle venait voir Kadaj ; Rufus, bien sûr, toujours aussi joli garçon ; Rude, seul, pour une fois, et…

Loz, lui, baissa les yeux, intimidé.

- Bonjour, grand-frère, murmura Yazoo avec un petit signe de tête timoré.

Il n’osait pas s’avancer, et Sephiroth lui tendit la main en signe d’invitation.

- Tendre Yazoo… Mon autre moi-même… Approche que je te regarde. Approche, mon ange noir…

Le jeune homme ne se le fit pas dire deux fois et se jeta à son tour dans les bras de Sephiroth, ému aux larmes.

- Je croyais que tu ne souviendrais plus jamais de nous, grand frère…

Reeve échangea un regard attendri avec Shalua et Cloud secoua la tête, incrédule. Il était si surpris par le comportement affectueux de son ancien ennemi qu’il avait presque envie de se frotter les yeux pour être sûr que ces derniers ne lui jouaient pas un tour.

Barret, lui, sa fille adoptive accrochée à sa cuisse, paraissait comprendre ce que ressentait Sephiroth et Yuffie, comme à son habitude, luttait pour ne pas se laisser déborder par l’émotion.

Loz, qui observait leur effusions avec envie, lâcha la main de Tifa et recula discrètement de plusieurs pas. En cet instant, il aurait donné n’importe quoi pour prendre ses jambes à son cou ou se transformer en souris et se cacher dans un trou du plancher.

Le mythique général paraissait béat d’admiration devant ses cadets, qu’il ne finissait pas de toucher et de serrer contre lui avec effusion. Et c’était bien normal, il aurait été le premier à reconnaitre si on le lui avait demandé. Ses frères avaient tout pour eux, avaient hérité du meilleur de Sephiroth, mais lui… Lui, il n’avait ni l’intelligence et l’esprit vif de Kadaj, ni la beauté et la sagesse de Yazoo, et il le savait. Hojo et ses assistants le lui avaient assez répété. En fait, hormis ses yeux verts fendus et ses cheveux gris, il ne lui ressemblait guère, il s’en rendait bien compte, à présent qu’il les voyait tous les trois.

- Loz ? s’inquiéta Tifa dans un discret murmure en réalisant qu’il avait reculé vers la porte.

Il ouvrit la bouche pour la rassurer mais n’en eut pas le temps car Sephiroth venait de lever les yeux vers lui.

Le jeune homme hocha respectueusement la tête, les yeux fixés sur le parquet, mais resta où il était pour ne pas mettre le général mal à l’aise en l’obligeant à se montrer aussi affectueux avec lui qu’avec ses cadets par pur devoir.

- Bon retour parmi nous, grand frère. Je suis heureux de te revoir.

N’obtenant pas de réponse, il se décida enfin à relever la tête. Le pénétrant regard mako se vissa au sien.

- Loz… fit Sephiroth d’une voix étranglée par l’émotion en tendant les bras vers lui. Unique et indispensable Loz…

Celui-ci s’avança lentement et s’assit prudemment sur le bord du lit, ne sachant si Sephiroth se moquait gentiment de lui ou s’il était sincère jusqu’à ce que ce dernier referme ses mains sur ses puissantes épaules et l’attire contre lui pour le serrer avec force.

- Merci de m’avoir remplacé auprès d’eux, Loz… murmura-t-il tout contre son oreille afin que lui seul puisse entendre. Merci d’avoir toujours été un père pour Kadaj et Yazoo.

“Ce qu’on ne m’a jamais permis d’être et que je ne serais sans doute jamais pour aucun de vous, hélas…” avait-il envie de rajouter.

- Je… C’est… C’est normal, bredouilla le jeune homme sur le même ton en rougissant de confusion, pris de court par le compliment. Ce sont mes petits frères. Ils n’avaient que moi, pour les protéger.

Sephiroth sourit avec tendresse contre son cou.

- Comment tant puissance peut-elle contenir autant de générosité et de douceur après tout ce que tu as supporté, Loz, je me le demande… Où diable as-tu puisé un tel courage, toutes ces années ?

- Ce n’est rien. Tout le monde en aurait fait autant.

- Non. Tout le monde ne l’aurait pas fait… poursuivit Sephiroth en pétrissant affectueusement son large dos. Tout le monde ne l’aurait pas fait, crois-moi. Je suis fier de toi…

C’en était trop pour Loz, qui fondit en larmes dans les bras de Sephiroth.

- Père

En entendant cette épithète, qui lui était adressée pour la première fois de sa vie et qu’il n’aurait jamais espéré entendre, Sephiroth sentit son coeur se serrer jusqu’à lui en faire mal et une émotion sans nom le saisir à la gorge.

Le mot était sorti droit du coeur et de la bouche de Loz avec sa franchise habituelle, sans malice aucune, et c’était sans doute ce qui était le plus touchant.

- Dis-le encore, sanglota Sephiroth en resserrant son étreinte. Toi seul est assez fort pour assumer cette vérité, Loz, et j’ai tellement besoin de l’entendre… Dis-le encore, mon fils

- Père…

- Qu’est-ce qu’ils se racontent ? demanda discrètement Kadaj à Yazoo en essayant de saisir les murmures inaudibles de ses deux frères aînés.

Yazoo haussa les épaules et échangea un regard interloqué avec les autres, tout aussi étonnés - si ce n’est plus - de voir Sephiroth et Loz s’étreindre ainsi en pleurant et riant à la fois.

VII - Vivants ! J + 4

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Dans la chambre, Tifa essayait désespérément de calmer Loz, qui, dévoré par la fièvre, ruait et s’agitait, menaçant d’arracher son drain.

- Du calme, tu es en sécurité. Chut, Loz… Chut, Calme-toi, voyons.

Peine perdue.

- Tifa ! Qu’est-ce qu’il a ? gémissait Marlène, au bord des larmes. Pourquoi il se débat comme ça. Il a mal ?

- Je ne sais pas, ma chérie, répondit la jeune femme, contrainte de se coucher presque sur l’incarné pour l’empêcher de bouger. Bon sang, Loz, tu vas te calmer, oui !

Elle referma ses mains gantées sur les bras puissants et pesa dessus de toutes ses forces en essayant de plaquer le corps athlétique dos au matelas. Le jeune homme se cambra aussitôt, arqua l’échine en gémissant de plus belle et donna de violents coups de reins.

- Arrête ! pleurnicha la petite en s’agrippant à son gilet de cuir pour la faire lâcher prise. Arrête, tu lui fais mal !

- Je ne lui fais pas mal, Marlène ! s’impatienta Tifa en repoussant la petite d’un léger mouvement de hanches. J’essaye de l’empêcher d’arracher ce fichu tube ! Ecarte-toi !

La fillette recula d’un pas en se mordant les lèvres pour ne pas pleurer.

- Ya…zoo… haleta Loz d’une voix fiévreuse entrecoupée de sanglots. Yazoo !

Epuisé à force de se débattre, il finit néanmoins par se calmer un peu et Tifa, sans le libérer pour autant, posa sa joue contre la sienne pour lui murmurer des paroles rassurantes à l’oreille.

- Yazoo va bien, Cloud et Reno s’occupent de lui. Chut… Ca va aller. Du calme… Du calme…

- Tifa… murmura-t-il en se détendant sous elle.

- Je suis là. Je suis là, Loz, calme-toi… Calme-toi, allez, c’est fini…

Sa joue satinée caressa la sienne, brûlante et moite, et les pattes argentée de sa barbe lui piquèrent la peau mais ce n’était pas désagréable.

- Tifa…

En sentant la peau fraîche de la jeune femme contre son visage, il se laissa complètement aller. Les muscles noués de ses imposants biceps se décontractèrent sous la douce pression des mains gantées et il nicha son visage au creux du cou de Tifa avec un petit soupir expressif.

Celle-ci, à la fois surprise et un peu gênée, passa doucement l’avant-bras sous la nuque argentée, lova sa paume sur le galbe de son épaule et le serra doucement contre elle.

- Chut… C’est fini. C’est fini, Loz, ça va aller, maintenant, je suis là… Chut… Essaye de dormir.

De sa main libre, Tifa lissa les courts cheveux humides de sueur et une chaude fragrance musquée, capiteuse et typiquement masculine, lui chatouilla les narines et titilla ses sens.

Serrer ce corps moite, si viril, cette peau odorante et incandescente contre elle, éveilla au creux de son ventre des sensations qu’elle avait presque oubliées.

Depuis combien de temps n’avait-elle pas senti l’odeur d’un homme blotti contre elle ? N’avait-elle pas senti sa barbe picoter ses joues ? Son souffle haletant contre son cou ? Ses lèvres frémissantes contre sa gorge ? Son corps dur contre le sien ? Ses bras puissants autour de…

- Il dort ?

La voix de Marlène la fit sursauter et elle lutta pour émerger du cocon sensuel où le contact du trop mâle et trop séduisant incarné l’avait plongée.

- Je… bredouilla-t-elle. Oui, mentit-elle en sentant le souffle brûlant de Loz s’accélérer encore contre son cou et son oreille, provoquant d’irrépressibles et délicieux frissons. Il… Il somnole. C’est la fièvre.

Le petit visage de Marlène se contracta sous l’assaut de la pitié et elle tendit une petite main pour caresser l’épaule nue de Loz en un geste tendre et rassurant.

La peau de celui-ci se hérissa et Tifa sentit les battements de son coeur s’accélérer contre sa poitrine.

- Le pauvre… Il arrête pas de trembler, t’as vu ? Tu veux que j’aille chercher une autre couverture ?

Tifa déglutit avec difficulté. Les bras de Loz lui rendaient à présent timidement son étreinte et, de sa main libre, elle remonta le drap sur son grand corps nu.

- Non, Marlène, ça va aller.

- Mais il a froid, regarde. Il n’arrête pas de frissonner.

Tifa resserra son étreinte, le souffle de Loz s’accéléra encore contre sa gorge, sa poitrine durcit contre ses seins et elle sentit un flot de lave incandescente lui descendre le long du ventre et inonder son intimité.

- Ca va aller, Marlène, répéta la jeune femme d’une voix enrouée.

La petite hocha la tête et s’assit sur le bord du lit avec un petit soupir las, totalement inconsciente de ce qui était en train de se passer sous ses yeux, dans les arcanes des chairs des deux adultes enlacés et derrière les murailles de leurs fantasmes et de leurs désirs les plus secrets.

Loz, affaibli par les drogues, trop épuisé pour pouvoir ne serait-ce que redresser le torse et le corps enflammé par la fièvre au-delà du supportable, était à deux doigts de se mettre à hurler tant le contact de la jeune femme le mettait à la torture. Cette fille, dont il avait rêvé durant des jours, qu’il avait désirée jusqu’à la folie et lui avait ôté jusqu’au sommeil était là, tout contre lui, et serrait contre elle son grands corps nu à travers la barrière dérisoire du fin drap de coton peigné. Un drap qui, contre sa peau si ravagée de désir qu’elle en était douloureusement à vif, paraissait pourtant tissé de ronces et de chardons.

Tifa bougea un peu pour trouver une position un peu plus confortable pour tous les deux et le tissu frotta contre les petits tétons roses de l’incarné, lui arrachant un gémissement plaintif. Mais le pire était sans doute la tension insupportable au bas de son ventre. Elle était telle que Loz sentait battre et palpiter le sang dans le corps caverneux de son sexe gonflé à la façon d’un élancement douloureux, comme ceux dont on peut souffrir après un écrasement ou un coup particulièrement violent.

En fait, chaque mouvement de la jeune femme, fus-ce un simple mouvement des doigts dans ses cheveux, faisait naître un nouveau - et insoutenable - frisson qui descendait le long de son échine jusqu’à ses reins, traversait son ventre et envoyait une décharge électrique au bas de ce dernier, provoquant un douloureux afflux de sang et une nouvelle suée… qui descendait à son tour le long de son dos en une intolérable et torturante caresse.

Son coeur battait à présent si fort contre sa poitrine qu’il avait l’impression qu’il allait bientôt s’échapper de sa cage thoracique, déchirer la chair et les os qui l’emprisonnaient et sauter entre les seins de la jeune femme !

Cette image lui donna envie de rire et mal lui en prit : lorsqu’il inspira, le contact entre leurs corps se fit plus intense et il ne put contenir un sanglot plaintif contre son cou.

Tifa, à demi allongée sur lui, ne sentait que trop les battement du coeur affolé, les muscles frissonnants, les soupirs douloureux, la peau humide et brûlante, les halètements incontrôlables et l’impressionnant renflement au bas de son ventre, contre sa hanche à elle. Le parfum saturé de phéromones qui montait de sa chair incandescente lui tournait la tête et elle aurait voulu lécher la peau moite au creux de son cou et derrière son oreille, s’enivrer de cette odeur si mâle, le nez dans ses cheveux de mercure…

Jamais elle n’aurait cru voir un jour un homme aussi ravagé par le désir que Loz l’était en cet instant. Certes, la fièvre y était sans doute pour beaucoup mais le résultat n’en était pas moins délicieusement excitant…

Elle s’écarta un peu pour regarder l’expression de son visage.

La tête toujours renversée sur l’avant-bras de la jeune femme, il n’avait pas ouvert les yeux et respirait avec plus de difficulté que jamais mais sa blessure n’y était pour rien, cette fois. Ses joues s’étaient légèrement colorées de rose, ses yeux roulaient sous les paupières closes et ses lèvres entrouvertes avaient gonflé.

De sa main libre, Tifa prit le linge qui reposait sur la table de nuit, près d’un grand bol d’eau désormais tiède, et épongea doucement le visage baigné de sueur en commençant par le front et les tempes. Loz poussa un petit soupir et elle s’attarda un peu sur les grands yeux en amande, l’élégant nez droit et les pommettes hautes. Puis, se débarrassant de son gant à l’aide de ses dents, elle plongea à nouveau le linge dans le bol et pressa le trop plein de liquide.

- Va chercher de l’eau fraîche, tu veux bien ? demanda Tifa à Marlène.

- D’accord !

La petite bondit du lit, ravie de se rendre enfin utile, et se dirigea vers la salle de bains, le bol dans les mains.

Tifa, elle, se concentra à nouveau sur son “patient” et passa tendrement le linge sur les lèvres sensuelles, les mâchoires viriles et le menton volontaire avant de descendre sur la gorge et le haut de la poitrine.

Loz cambra le dos, pressant sa nuque contre l’avant-bras de la jeune femme, et sanglota une petite plainte en ouvrant à demi ses incroyables yeux félins, brillants de fièvre.

- Chut, le rassura Tifa en posant le bout de l’index sur ses lèvres. Ca va aller, du calme.

Le jeune homme secoua la tête avec un regard suppliant.

- Arrête ça…

Elle lui sourit, se méprenant sur ses craintes.

- Ce n’est qu’un linge humide. Personne ne te fera de mal, ici, je te le promets.

Elle posa la main à plat sur sa poitrine pour le rassurer, sur la partie inférieure d’un muscle pectoral que le bandage laissait à nu. Loz tressaillit, comme si le contact l’avait brûlé, se mordit la lèvre au sang et donna un involontaire coup de reins qui dévoila un instant l’impressionnante virilité qui se dressait au bas de son ventre musclé.

- Pardon… haleta-t-il d’une voix à peine audible en rougissant.

Tifa sentit ses joues devenir cuisantes mais sourit comme si elle n’avait rien remarqué et retira sa main de sa poitrine en réalisant que c’était le frottement de sa paume contre son petit téton rose douloureusement sensible qui avait provoqué ce mouvement réflexe.

- Ce n’est rien, c’est la fièvre, ça arrive, essaya-t-elle d’argumenter pour le tirer d’embarras. C’est normal… Comment te sens-tu ?

Il déglutit avec difficulté et secoua la tête.

- Mal… Je… Je…

“J’ai tellement envie de toi que je crois que je vais en mourir…” avait-il envie de dire, le cœur cognant tellement fort et le sang battant si violemment dans son bas-ventre et à ses tempes qu’il en avait la nausée et tête qui tournait.

- Marlène va apporter de l’eau fraîche, le secourut Tifa. Ça ira un peu mieux après, tu verras.

Elle caressa son front humide et peigna ses cheveux argentés de ses doigts graciles, le faisant soupirer.

Loz sourit avec tristesse, ferma les yeux et une larme roula sur sa tempe argentée. Il blottit à nouveau son visage au creux de son cou et pleura en silence.

- Loz ? chuchota la Tifa, inquiète. Qu’est-ce que tu as ?

- Rien… Rien du tout…

Avant même de se rendre compte de ce qu’elle faisait, Tifa posa ses lèvres frissonnantes sur son front fiévreux.

- Plus personne ne vous fera de mal, à toi et à Yazoo, promit-elle en resserrant son étreinte autour de ses épaules. Ni les médecins, ni Jenova, ni Sephiroth, ni personne. Le cauchemar est fini, Loz. Je te le promets…

Elle le sentit à nouveau haleter contre son cou et elle tourna légèrement la tête pour pour profiter de la sensation délicieuse de son souffle contre son oreille.

- Je n’ai pas arrêté de penser à toi depuis ce jour-là, dans l’église, avoua-t-il dans un souffle brûlant, tout contre sa joue. Pas une minute…

Tout le corps de Loz paraissait se tendre vers elle et la température de la chambre semblait avoir soudain monté de plusieurs degrés.

Tifa sentit son cœur faire une embardée et se mettre à battre la charge dans sa poitrine. Depuis quand un homme ne l’avait-elle pas désirée à ce point ? Au point que chaque pore de sa peau, chaque mot, chaque geste, chaque murmure, chaque souffle paraissait la supplier de lui accorder un instant d’attention. En fait… cela lui était-il seulement déjà arrivé ?

D’elle-même sa tête pivota encore un peu, sa joue se caressant à celle de l’incarné, les angles soignés des dessins de sa barbe lui picotant agréablement la peau. Les eux mi-clos, elle chercha ses lèvres.

- Tu vois qu’il va bien !

La voix de Denzel fit tressaillir la jeune femme, qui redressa la tête, blême comme un suaire.

- Je te l’avais dit ! insista le garçonnet. Pourquoi tu voulait pas qu’on le laisse avec Tifa ?

Dans l’encadrement de la porte, Cloud regardait ses chaussures, à demi mort de honte.

- Comment va Loz ? demanda-t-il à sa compagne en rougissant légèrement.

Tifa cligna des paupières, interloquée.

Cloud ne s’était-il dont aperçu de rien ? N’avait-il pas vu ce qu’elle s’apprêtait à faire ?

Elle baissa les yeux vers Loz qui, la nuque toujours appuyée sur son avant-bras et le visage tourné dans le sens opposé de la porte, avait eu la présence d’esprit de simuler l’inconscience dès que le fils adoptif de la jeune femme était entré dans la chambre…

*

Dans la salle de bains, Yazoo toujours assis entre ses jambes dans l’eau brûlante, Reno vit Marlène remplir un bol d’eau fraîche au lavabo et regarda sa montre. Minuit passé. Il était grand temps de coucher les enfants et d’essayer de dormir un peu.

Comme s’il avait lu dans ses pensées, l’incarné se serra un peu plus confortablement contre le turk avec un petit soupir et ce dernier réalisa que, depuis un petit moment déjà, Yazoo dormait comme un ange…

Part 9. L’équipage se mord la langue… Mais chacun la sienne !

Pont de commandement avec tout l’équipage + Tseng

Tseng: Ah ! Bah voilà ! Quand je vous disais de faire attention à vos ailes, jeune homme !

Nero : d’solé, sir.

Tseng (lui tapotant l’épaule) : Mais non, mais non, mon garçon, ça peut arriver. Bon ben c’est pas tout ça mais je meurs de faim moi. Que diriez vous de goûter la tarte aux pommes, hein ? Allez ! Reeve, tu veux bien aller chercher mes bagages dans le vaisseau ?

Reeve (blême) : Vos bagages ?

Tseng : Oui, j’ai décidé de vous accompagner un petit bout de chemin. Je me suis dit que c’était vraiment injuste de vous voir suer comme des esclaves ici, alors que moi je coule des heures paisibles dans ma maison de campagne.

Cloud (le sourire plus que forcé) : Ahhhh… quelle bonne idée…

Tseng (compatissant) : Mes pauvres enfants, quand je pense que vous êtes une poignée à trimer pour taper les rapports, mener l’exploration, faire les statistiques, analyser l’atmosphère des divers mondes, mener les batailles contre les monstres, commander le vaisseau, revoir les archives, archiver les rapports et j’en passe. Mais vous le savez sans doute mieux que moi.

Vince (à l’oreille de Cid) : Merde, on doit faire tout ça ? (tout haut) C’est que… nous avons pris un peu de retard, chef.

Kadaj (à Yazoo) : Psstt ! C’est quoi les sratistikes ?

Yazoo (qui le fusille du regard) : Voilà ce que c’est, de faire mumuse avec un sabre au lieu de faire ses devoirs !

Kadaj (vexé) : Oh, ça va, hein…

Reeve (qui revient avec cinq valises trois bouteilles de jus d’orange et deux énormes tartes aux pommes) : Pffouh ! Voilà.

Tseng : Merci. Mais dis-moi, Yazoo, je te trouve une petite mine.

Yazoo (emmitouflé dans sa combinaison) : C’est qu’on a eu pas mal de pannes.

Weiss (étouffant un rire) : Mais elles ont redémarré au quart de tour !

Yazoo lui fiche un coup dans les côtes et Loz se retient pour ne pas se remettre à pleurnicher.

Tseng : Tant mieux, tant mieux. Amiral Highwind, permettez-moi de vous demander où je dois m’installer.

Vince (sans réfléchir) : Dans ma cabine. (Il voit le regard de Cid) Glups !

Tseng : Mais où dormirez-vous donc ?

Vince (qui tape dans le dos de Cid qui commence à s’étouffer pendant que tout le monde retient son souffle) : Ben…. c’est à dire qu’on dort deux par deux… pour… le… La… la sécurité ! Et puis comme ça, ça fait de la place aux nouveaux arrivants.(il se tortille) Le vaisseau est tellement petit….

Tseng : Et avec qui partagez-vous habituellement la votre ?

Vince : La mienne est vide, moi je dors avec Cid …

Tseng (lui tapant sur l’épaule) : Ah vous deux ! Vous êtes vraiment inséparables ! Si c’est pas beau une telle amitié ! Voyez les jeunots ? Prenez-en de la graine ! Même perdus au fond de l’espace ils restent vertueux ! Les hommes avec les hommes et les dames avec les dames !

Tout le monde pique un fard.

Weiss : Bon ben, on se la mange cette tarte ?

Reeve et Yazoo posent les tartes sur la console et chacun s’installe autour de la table.

Tseng (regardant Elena, aussi dans les pommes que les tartes en question *oui,je sais,elle est nulle mais il est tard*) : Mais… et la pintade ? Il faut peut-être la réveiller ?

Tous : NAAAAANNNNNNN !!!!!!!

Reeve (la prenant dans les bras et l’emportant dans le labo) : Je m’en occupe. (à Cid) Il doit bien me rester un ou deux tubes de somnifères.

Tseng Loz) : Mais dis-moi, mon grand, quand est-ce que tu vas finir par nous annoncer le mariage ?

Yazoo manque de s’étouffer avec sa tarte et Loz devient blanc comme un linge.

Loz : Quel mariage ?

Tseng : Allons, allons, pas à un vieux briscard comme moi mon garçon ! Tu ne vas pas me dire qu’un beau et viril garçon comme toi n’a pas de petite amie ?

Loz (qui secoue la tête, le nez dans son jus d’orange) : Pas l’temps.

Tseng : Ah, le devoir, toujours le devoir ! Mais enfin, les enfants, prenez donc un peu de bon temps que diable ! Que diriez vous d’une petite partie ce soir ?

Tout le monde le regarde la mâchoire pendante

Weiss : Moi je veux bien !

Nero (lui file un coup de pied sous la table) : Une partie ?

Tseng : Bah, oui, amusez vous un peu que diable ! Vous avez le matériel j’espère, parce que je n’ai rien apporté avec moi.

Weiss (qui n’a rien capté) : Y’en a plein le placard de Yazoo ! (tout le monde retient son souffle et Loz frôle la syncope) En métal, en latex…

Tseng (qui lève une main) : Ouh là, ouh là, jeune homme, je n’en demande pas tant. Des dés en plastique nous iront très bien !

Weiss : Des… dés ?

Nero (agitant la main) : Ah ! Ah ! Ah ! Ce Weiss, quel comique ! Dès qu’on parle de matériel, il pense « outils » ! Vous savez ce que c’est… le travail, le travail, toujours le travail !

Tseng (à Yazoo, intéressé) : Tiens donc, tu bricoles, toi ? Depuis quand ?

Yazoo (qui ne sais pas comment se dépatouiller de la boulette de Nero) : Euuhhh… Si on veut. Disons que… Je tripatouille un peu… par ci, par là.

Loz se lève, au bord de l’apoplexie, et s’écroule inanimé.

Kadaj : Nii-S… Loz !

Tseng : Par les Dieux ! Tifa, faites lui donc du bouche à bouche ! Vous voyez bien qu’il s’étouffe !

Tifa : Pourquoi moi ?

Tseng : Comment pourquoi vous ? Vous voyez bien qu’il par terre est à vos pieds !

Tifa : Ah oui, tiens.

Elle va pour se pencher mais Yazoo plonge pour se mettre entre les deux.

Yazoo : Bas les pattes, femelle ! Je m’en charge !

Reno : Ouh, là, là ! Le réveil va être salé ! Sortez le jex vitres !

Tseng (qui se tourne vers lui) : Ne dites pas de bêtises ! Dans ces cas là c’est du vinaigre qu’on utilise !

Reno (intéressé) : Ah bon ? Sa décrasse mieux, chef ?

Tseng : Et comment ! Ca vous fouette les nasaux jusqu’au cerveau.

Reno (qui se tourne vers Tifa) : Pas tout capté là !

Loz, sentant les lèvres de Yazoo sur les siennes gémit et l’enlace.

Loz moitié dans les vapes) : Ma petite chauve-souris en sucre…

Yazoo regarde à la ronde avec un sourire aussi niais qu’embarrassé.

Tseng (affolé) : Dieux du ciel ! Il délire ! Il vous prend pour une femme ! Ne le contrariez surtout pas ! Ca pourrait lui provoquer un choc émotionnel !

Weiss (mort de rire) : Attendez de voir la taille du choc !

CHHTOONG !

Kadaj (qui cache le marteau derrière son dos quand Tseng se tourne vers lui) : Ah, l’affolement, hein ! Y’a qu’un coup sec pour éviter l’hystérie !

Tseng, qui décide de prendre les choses en main, soulève Loz dans ses bras.

Tseng : Où est sa cabine ?

Cid : Par ici.

Loz (qui enlace Tseng, croyant que c’est Yazoo) : Où m’emmènes-tu mon ange d’amour adoré ?

Tseng (très psychologue à deux balles) : Nous allons dormir…chéri. (tout bas au peloton qui le suit) Surtout ne pas le contrarier.

Weiss (pouffe): Ben alors ça va être un sacré bordel dans cinq minutes !

Nero (qui lui pince les fesses) : Chut !

Tseng pose Loz sur le lit et ce dernier l’agrippe, l’entraînant avec lui sur le matelas.

Kadaj (sentant venir la cata, secoue son frère incosncient comme un prunier) : Ouille, ouille… On se réveille !

Tseng (dans les bras de Loz) : Tais-toi, petit ! Il ne faut…

Tous : « Surtout pas le contrarier », on sait !

Cid : Ouais, ben faites gaffe quand même, hein ! On sait jamais.

Tseng : mais non, je contrôle la situation.

Loz (complètement shooté par le manque d’oxygène) : Embrasse-moi encore, mon chocobo interstellaire.

Weiss (qui se tape les cuisses) : Ouahhnh ! Ah ! Ah ! Ah ! Alors celle-là, j’crois que c’est la pire de toutes !

Tseng (très diplomate en prenant une petite voix efféminée) : Ce n’est pas raisonnable chéri il faut dormir.

Tout le monde pouffe.

Tseng : Oh ! Ca va, je fais c’que j’peux, moi, hein !

Loz (qui caresse les poils rêches de la barbichette Tseng) : Bah… Mon piou piou, Pourquoi t’as mis ton cul sur l’oreiller ?

Là c’est est trop, tout le monde éclate de rire et Tseng rougit au point d’exploser.

Tseng : apportez-moi du vinaigre au lieu de rire du malheur d’un homme malade !

Reno se porte volontaire et part vers la cuisine en riant tout son soul. Il revient avec une grande bouteille de vinaigre qu’Tseng lui arrache presque des mains.

Tseng (totalement largué): Il délire complètement! Il n’est même plus cohérent! Appelez Reeve, c’est lui le scientifique du bord, il nous dira comment le faire revenir à lui!

Reno (s’approche de l’interphone sur le mur et brame de toutes ses forces de sa voix la plus perçante dans l’espoir que ça va réveiller Loz avant que ça tourne mal): Reeve ! Laisse tomber la cat… (il se reprend in extremis en se souvenant de la présence d’Tseng) la cat…astrophe causée par Nero, et viens dans la cabine de Loz, il a un gros malaise ! GROUIIIIIILLE!!

Tseng (les mains plaquées sur les oreilles qui tintent encore): Dites donc, mon garçon, pas la peine de hurler comme ça, les interphones servent à éviter de crier pour communiquer!

Reno (air penaud d’autant plus que ça n’a eu aucun effet sur Loz à qui Yazoo essaie d’arracher la bouteille qu’il caresse amoureusement) : D’solé.

Tseng (bon prince): Ca ira, ça ira. Pensez-y la prochaine fois.

Il se débouche les oreilles dans un bruit de bouchon et se retourne vers la couchette. Yazoo se relève précipitamment en immobilisant la main de Loz qui est partie en balade de son propre chef sur le derrière familier. Du coup la bouteille de vinaigre tombe de ses genoux et se brise sur le sol.

Tseng (se détournant): Pouah! Quelle horrible odeur! Mais comment se fait-il que ça n’ait pas d’effet sur lui ?

Cid (saisissant l’occasion): Ne restez pas ici à suffoquer, Tseng, pas la peine de tous subir cela ! Retournez donc dans la salle de commandement, je suis sûr que vous êtes le plus qualifié pour remplacer Loz à ce poste pendant qu’il est… euh… Disons indisponible.

Tous les autres (poussant Tseng hors de la cabine): Oui, oui, bonne idée, il faut quelqu’un à la barre, vous avez tout à fait raison, Amiral !

Tseng (traînant les pieds genre “mais on a besoin de moi ici”): Mais je voudrais m’assurer de la santé de…

Reeve (arrivant en catastrophe et comprenant la situation aux roucoulements que continue à faire Loz dans un état second): Ouh là ! Si vous le permettez, monsieur, il faut de l’oxygène au blessé, aussi je pense que je travaillerais mieux seul si vous me laissez de l’espace !

Tseng (un peu ennuyé): Bon, si vous le dites, Reeve, on va vous laisser. Venez aussi, Yazoo.

Reeve (qui s’imagine déjà enfermé dans la cabine, seul avec un Loz dans les vapes et complètement allumé qui prend tout ce qui passe à portée pour son cher mamour de frère…) : NOOONNNN !

Tseng (perplexe): Pardon ? Pourquoi ce cri ?

Reeve (confus): Euh, je… J’aurais besoin de quelqu’un pour m’aider et Yazoo est le plus qualifié, monsieur…

Kadaj (très martial, se mettant au garde à vous): monsieur ! Nous ne pouvons pas laisser le Star Trash sans commandement si personnel navigant ! Il faut que remplaciez Loz et retourniez avec moi au poste de contrôle avant qu’une catastrophe n’arrive, sauf votre respect !

Cloud (les yeux au plafond en train de se retenir de rire): Ca c’est sûr que ça va tourner mal s’il reste là…

Kadaj (le fusille du regard): Aide-nous, si t’es si malin!

Tifa (ferme la porte de la cabine d’autorité pour accélérer la décision): Ils ont raison monsieur, il nous faut un homme à poigne aux commandes pour seconder l’amiral Highwind !

Weiss (hilare, à voix basse): Ca, c’est sûr que, de la poigne, Loz en a !

Cloud (lui tapant sur l’épaule an rigolant): Ouais, mais il s’en sert pas toujours sur les comm…

CRACK!!!!!

Tseng, enfin parti vers la salle, se retourne pour voir Weiss et Cloud s’effondrer côte à côte, assommés, et Nero derrière eux croise précipitamment ses ailes derrière son dos.

Nero (sourire contrit): Désolé, je… J’ai glissé. On va les soigner, sir, pas de problème…

Tseng (incrédule, tente de ne rien laisser paraître): Euh… Bon, je vous fais confiance. Quelle insécurité sur ce vaisseau ! Il va falloir que je mette de l’ordre dans tout ça…

Tifa (à côté de Nero, lui fait au revoir de la main) : Certainement, monsieur ! On compte sur vous, monsieur !

Elle a élevé la voix pour éviter qu’TsengTsengTseng n’entende les bruits qui viennent de derrière la porte de la cabine…

… à suivre

Part 8. L’équipage apprend la morale ! Ya du boulot…

La scène redémarre sur le pont de commandement avec tout l’équipage.

Reeve (avec une énorme trousse à pharmacie sous le bras et un gros coussin ) : C’est pour qui l’oreiller ?

Nero lève le doigt en regardant Loz de travers, prend le coussin et s’assoit dessus avec mille grimaces et précautions.

Cid (la voix cassée et l’œil au beurre noir, agite la main) : Là t’as été vache, mec,.

Loz (griffé de partout) : Bien fait pour lui !

Cid (en essayant de se racler la gorge) : D’accord, il a déconné avec Yazoo, mais n’empêche que c’est vache…

Reeve (en brandissant un tube de pommade) : C’est pour qui la pommade anti-piqure,

Tout le monde lève la main.

Reeve : Ppffiuu ! Eh bien ! (Yazoo la lui arrache des mains) Eh là doucement !

Yazoo (couvert de petits points rouges) : Oui ben hein ! C’est moi le plus atteint !

Reno (que Kadaj commence à couvrir de sparadraps) : T’as qu’à croire ! Ouille ! Doucement !

Reeve (qui sort une bouteille d’eau minérale) : C’est pour qui la flotte ?

Loz agite la main.

Tout le monde : NOOOONNN !

Reeve (qui range la bouteille) Désolé Lozy, tu boiras plus tard ! (Etonné, il sort un trousseau de clefs) Qui a demandé un passe partout ? (Elena lève une main timide et Reeve range le trousseau) Compte là-dessus, ma grande !

Shera (qui arrive en tendant une boite à Cid) : Tiens, j’ai enfin retrouvé les strepcils. T’as mal à la gorge ?

Vince se retourne en sifflotant d’un air absent.

Cid (presque aphone) : Si on veut…

Reeve (qui continue la distribution en regardant sa liste) : Et un tube de co… Hein ? Un tube de colle ?

Sephy (un énorme tas de plumes sur les genoux) : C’est pour moi !

Weiss ( des bleus partout ) : Nero ! Bobo !

Nero (qui essaye de trouver la place la plus confortable possible sur son gros coussin) : Je sais, je sais, ton frérot est là, t’inquiète pas !

Tout le monde se plaint, gémit, ou grogne pendant que Reeve les rafistole comme il peut. Le vaisseau fait alors une embardée et tout le monde se retrouve par terre.

Tifa : C’était quoi ça ?

Silence de mort, tout le monde attend.

Deuxième embardée suivi d’un bruit de ferraille.

Troisième embardée,

Une voix résonne dans les hauts parleurs : Zut ! Flûte ! Crotte ! Mais ils ne peuvent pas les faire plus grandes, ces plates-formes d’atterrissage ! Pas vrai ça ! De mon temps c’était pas comme ça ! Ouhouh ! Y’a quelqu’un ? Tout le monde va bien ? J’vous ai apporté une tarte aux pommes et du jus d’orange ! Eh oh !

Weiss : C’est qui, ça, encore ?

L’équipage s’affole, commence à tout ranger et à épousseter le moindre recoin.

Cid (Complètement perdu) : Oulalalalala ! Manquait plus que lui ! Alors plus un gros mot ! Plus une insulte ! Plus une seule insinuation ! Planquez les clops, le matos louche et l’alcool !

Sephy (alarmé) : Qu’est ce qu’il va dire quand il va nous voir comme ça ? (il désigne les pansements dont tout le monde est couvert) Oulalalala !

Cid (qui réfléchit à toute vitesse) : Euhh…On a été attaqués ! On s’est défendu ! Et maintenant tout va bien !

Weiss : TEMPS MORT ! Qu’est ce qui se passe ici ? C’est qui ce mec ?

Tous en cœur : C’est TSENG!

Tseng (dans les hauts parleurs) : Vous êtes là ? Ah ! vous me faites une farce, hein ? Je monte ! J’espère que vous n’êtes pas entrain de vous empiffrer de cochonneries pleines de cholestérol et de sucre en douce !

Kadaj (qui planque tant bien que mal les bouteilles, les joints, les capotes et le « matos » dans un placard qui menace d’exploser) : C’est l’emmerdeur de service ! Le chef des turks ! Le gardien des valeurs morales de la planète ! Le mot le plus grossier qu’il connaisse c’est “ salaud ”.

Weiss (qui siffle entre ses dents) : Oh bah là on est pas dans la merde ! Parce qu ’à moins qu’il soit aveugle, le tutu, je vois pas comment on va passer pour des vertueux !

Nero (hésitant entre effondrement et crise de fou rire nerveux): Ah ca… Déjà l’autre avec sa ceinture de chasteté ça donne l’ambiance…

Weiss (en désignant Reeve qui badigeonne en vitesse tout le monde de crème anti-piqure-d’ailes-de-Nero): Moi, ce qui m’étonne, c’est qu’il n’ait encore rien compris à vivre au milieu d’une bande de tarés pareils…

Cid (se lève d’un coup et essaye de gueuler): C’est qui la bande de tar… keuff keuff keuff *tousse* *tousse*… Aaaghh…

Vince (paniqué -pour une fois, ouahaah…. Bon elle nulle d’accord-): Mamour ! Je t’ai dit de pas trop parler tu te fais du mal… (fusille Weiss du regard) Et toi arrête de l’énerver, sinon je me charge de toi.

Weiss : essaye, pour voir !

Loz : C’est fini, oui ! C’est moi qui vais me charger des deux, si on se fait griller à cause de vos conneries, ça va pas tarder !

Nero (grimace): Ouh là, bah fais gaffe, frérot, il plaisante pas et j’aimerais pas passer après…

Sephy (gêné qu’on parle de son frère comme ça): Bon ben bouclez-là, Tseng ne va pas tarder à débarquer ! Taisez-vous tout le monde ! Ayez l’air naturel !

Yazoo (grommelle en enfilant des gants pour compléter la combi le qui recouvre entièrement, seul moyen de cacher les plaies, piqures et bosses récoltées dans la journée): Naturels, tu parles…

Ils adoptent tous une pose qu’ils espèrent innocente, les couples s’éloignent l’un de l’autre d’un pas réglementaire et la porte s’ouvre pour laisser entrer…

Tseng : Ah enfin je vous trouve ! (S’inquiète soudain des pansements qu’ils portent presque tous) Bah… qu’est-ce qui vous est arrivé ?

Cid veut s’éclaircir la gorge, manque de s’étrangler et est pris d’une crise de toux.

Sephy (tapotant dans le dos de Cid): Ce n’est rien. Nous avons essuyé une attaque surprise de démons inconnus, et nous les avons vaillamment repoussés. Mais la bataille a été rude et nous avons quelques plaies à panser. Voilà. En gros.

Weiss (à part): Ouais… En très très gros, alors.

Tifa (lui file un coup de coude en sifflant): Pas de commentaires!

Kadaj : Bravo Nii-San ! Euh, je voulais dire, excellent rapport de la situation, Général.

Tseng (les couvant d’un regard compatissant): Oh je suis désolé de ne pas avoir été là pour vous aider. Ils devaient être puissants pour avoir réussi à en blesser autant…

Tous (acquiesçant avec ardeur et jetant dans le désordre le plus total): C’est ça, c’est ça, ils étaient très puissants, et supérieurs en nombre, et bien armés, oh là oui ils étaient bien équipés, mais on les a eus, pas la peine de s’inquiéter, tout est réglé maintenant, voilà, c’est ça, tout est réglé, tout va bien, ça roule, on oublie tout et on passe à la suite…

Tseng (remarquant - c’est pas un turk pour rien ! - que l’équipage a quelques nouvelles recrues): Tiens ? Des nouveaux ?

Sephy (tapotant le dos de Cid toujours aphone): Euuuh… Des naufragés de l’espace récupérés au hasard de la mission, rien de bien important.

Tseng (s’approchant de Loz en louchant sur ses mains et son cou pleins de piqures): Qu’est-ce que c’est que ces petits points rouges que vous portez tous?…

Cloud (se met au garde à vous en essayant en vain de ne pas rougir): C’est une arme des démons, M’sieu! Une nouvelle arme très efficace, M’sieu! Ca a passé les défenses, M’sieu! C’est un… (regarde tout le monde en espérant qu’ils lui soufflent une explication plausible, mais ils sont aussi en panne d’inspiration que lui) …un fouet d’épines! Voilà, c’est un fouet d’épines, M’sieu! Ils en avaient tous! C’était une vraie boucherie! Mais heureusement on les a eus quand même ces vermines! M’sieu!

Les autres hochent la tête avec ferveur.

Weiss (le regarde de travers et grommelle) : Si t’aimes pas, n’en dégoûte pas les autres…

Tseng (se tourne vers lui) : Et vous jeune homme? Ah et bien vous n’êtes pas blessé au moins?

Weiss (pique un fard): Ben moi j’ai l’habit… Je veux dire, je sais esquiver le plus gros.

Nero (s’écrie, étonné): Ah bon?

Weiss (fait des gestes de la main dans son dos pour le faire taire): C’est à dire que mon frère et moi avons une certaine expérience, M’sieu.

Reno (glisse en douce): On dit “Chef”, pas “M’sieu”.

Weiss (boude en désignant Cloud) : Ben il a bien dit “M’sieu” lui !

Tseng (lève les mains entre eux pour apaiser les esprits): Bon, ça va, ça va, c’est pas grave. (Passe à Nero, visiblement très intrigué par son mors et sa camisole de force) Alors vous êtes le frère de ce jeune homme ?

Nero (absolument infichu de se mettre au garde à vous vu ses fringues et ses ailes qui cognent au plafond quand il essaie de se tenir tout droit): Oui, Sir ! On voyage ensemble, Sir !

Tseng (paternaliste): Faites attention à ne pas blesser quelqu’un avec ces ailes, le vaisseau est un peu exigu. Et notre cher Sephy lui-même a tendance à laisser quelques plumes dans les sas.

Cloud (en coin): Pas que dans les sas si je me souviens…

Kadaj (tout bas): Shhh!

Tseng (arrive à Elena): Mais… qu’est-ce que c’est que cette tenue ? C’est pas réglementaire ! Et c’est quoi, cette curieuse ceinture, une nouvelle mode venue de la Costa del Sol ?

Elena (qui le regardait avec des petits coeurs dans les yeux depuis qu’il était arrvié et passe soudain en mode « pitbull »): Il se fout de ma gueule en plus, le bridé ?

Tous : Noooon!

Reeve (qui se met devant elle) : Excusez-là, le choc de la bataille, tout ça, elle est encore très énervée, elle ne sait plus ce qu’elle dit… Ils devaient avoir un disrupteur psychique, voilà, c’est sûrement ça ! (Tout bas d’une voix pressante à Elena) Tais-toi donc, tu vois bien qu’il peut pas savoir ce que c’est, il y connaît rien!

Elena (boude): Décidément c’est plein de puceaux, ce vaisseau…

Tout le monde se regarde et lève les yeux au plafond d’un air innocent, sauf Tseng qui a un peu pris des couleurs à la remarque de sa consœur.

Tseng (incarnation de la dignité offensée): Sache, chère collègue, que tu es ici sur le Star Trash, bastion de l’armée spatiale de la Shinra, fierté de la planète, et sous le commandement du vénérable et ô combien respectable Amiral Highwind ! Pas dans une vulgaire maison de passe comme celle dont, au passage, vous m’as l’air de sortir avec cette tenue !

Là tous les autres se regardent incrédules en se demandant s’il parle bien de leur vaisseau.

Tseng (poursuivant sur sa lancée): Les hommes d’équipage de ce vaisseau ont été triés sur le volet pour leurs hautes compétences techniques, stratégiques et martiales!

Reno (ajoute tout bas): Et/ou leur coup de main assuré, leur capacité à remonter le moral des troupes et leurs ouverture d’esprit, entre autres…

Tseng (qui n’entend rien): … aussi, je t’interdis avec la plus grande énergie de jeter le blâme sur leur intégrité, leur grande moralité et leur dévotion sans faille à leur unique passion : la protection de la planète !

Cid est en train de se regarder dans le reflet d’un écran de contrôle pour tenter de savoir si, des fois, il ne se serait pas réincarné à son insu dans le corps d’un saint.

Les autres, honteux, ont la tête piteusement baissée et une jolie couleur vermeille.

Elena s’apprête à faire une remarque sur la séance de conseil de guerre des officiers qu’elle a eu l’occasion de surprendre, mais, prévoyant la cata, Nero se lève d’un seul coup pour faire semblant de se mettre au garde-à-vous et étend ses ailes, assommant Elena au passage.

Nero (lève la main à sa bouche d’un air confus) : Oups ! Désolé !

…à suivre

VI - Vivants ! J + 3

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno étendit une couverture supplémentaire sur le corps frissonnant toujours inconscient de Yazoo et Tifa secoua la tête, découragée.

- L’un est glacé et l’autre a une fièvre de cheval… c’est à en perdre sa langue.

- Très bien professeur, merci, disait Cloud au téléphone en entrant dans la chambre d’où il était sorti pour appeler l’hôpital. Oui, je vous rappelle si ça empire. Oui, merci.

Il raccrocha.

- Alors ? Qu’est-ce qu’il a dit ? s’enquit Reno.

Le jeune homme haussa les épaules.

- Bain très chaud, laissa-t-il tomber.

- Et… c’est tout ?

- C’est ce qu’il a préconisé. D’après lui, la baisse de température n’est due qu’au choc traumatique.

- Et lui, alors ? intervint Marlène en passant sa petite main sur le front moite de Loz, qui délirait dans un demi-sommeil. Pourquoi il est aussi malade ?

Tifa se pencha sur elle et lui lissa les cheveux en souriant pour la rassurer.

- Il a une très vilaine blessure, ma chérie. La fièvre, c’est parce que son corps combat l’infection. Elle tombera bientôt, tu verras.

- Il faut le mettre dans la baignoire, alors ? demanda Denzel, qui n’avait pas lâché la main de Yazoo depuis qu’il était entré dans la chambre, juste après avoir expédié son petit déjeuner au bar.

Cloud lui tapota paternellement la tête.

- Oui, comme le docteur l’a dit : un bon bain très chaud. Reno est moi allons nous en occuper, ne t’en fais pas.

- ” Très chaud ” ? Et… ça va pas le brûler ?

Reno éclata de rire.

- Pourquoi veux-tu que ça le brûle ? On va juste le réchauffer, pas l’ébouillanter !

- Bah, il a presque pas de peau, regarde, plaida le petit en lui tendant la main molle de l’argenté, qu’il serrait dans ses menottes. On voit tout à travers !

Le turk, plus amusé que jamais, s’accroupit à ses côtés et prit la main délicate de Yazoo dans la sienne.

- Ils ont la peau très claire, expliqua-t-il patiemment en suivant du doigt une fine veine bleue dans le creux du bras, c’est pour ça qu’elle te paraît transparente. Mais elle est aussi résistante que la tienne ou la mienne, rassure-toi. Voire même plus. Un bain chaud ne lui fera aucun mal, je te le promets.

Cloud tendit la main au garçonnet.

- Tu viens ? On va le faire couler.

Denzel bondit sur ses pieds et quitta la pièce en compagnie de son ami, au grand amusement de Tifa, qui s’assit sur le bord du lit, près de Marlène.

- Il va dans son corps, ce gros tuyau ? demanda la petite en désignant le tube ensanglanté qui sortait de dessous les draps qui recouvraient Loz.

- C’est un drain, ma chérie. Et il n’est pas si gros que ça. Ca sert à faire sortir le sang et le liquide de ses poumons pour qu’il ne s’étouffe pas.

La fillette grimaça.

- Et il va avoir ça tout le temps, maintenant ?

- Non ! Bien sûr que non. C’est juste le temps que sa blessure cicatrise un peu.

- Pourquoi il se réveille pas ?

- Ca va venir. Il faut que la fièvre tombe un peu et que les effets des médicaments se dissipent.

Marlène poussa un profond soupir qui fit rire Reno.

- Tu ne vas pas avoir peur de lui, quand il se réveillera ? demanda-t-il.

Elle secoua furieusement la tête.

- Bah non, t’es bête ! Il est pas méchant, avec les enfants, rétorqua-t-elle avec une docte assurance qui fit pouffer Tifa. C’est vrai ! insita-t-elle. Demande à Denzel, si tu me crois pas !

- Oh mais je te crois, ma puce.

- Et à vous non plus, il fera plus de mal, ajouta-t-elle le plus sérieusement du monde, puisque Jenova n’est plus là pour le commander…

- Ah… L’assurance des enfants ! railla le turk, plus amusé que jamais, en frottant doucement la main glacée de Yazoo.

- C’est vrai ! C’est même Cloud qui l’a dit ! Hein que c’est vrai, Tifa ?

- Oui, ma chérie, il l’a dit.

- Oh ! Regardez ! s’écria soudain la petite en se penchant sur le visage baigné de sueur de son protégé. Il pleure !

Tifa éclata de rire.

- Mais non, voyons, il transp… Ah, si, tu as raison, se reprit-elle en voyant des larmes rouler sur les tempes argentées pour se perdre dans la chevelure de mercure. Il pleure.

- Le pauvre… gémit la petite. C’est parce qu’il a mal, tu crois ?

- Je ne sais pas, Marlène.

Elle prit le linge avec lequel la fillette lui épongeait le front, le trempa dans la bassine d’eau fraîche prévue à cet effet, l’essora et le passa doucement sur le visage et les yeux de l’incarné.

Sa tête ballottait sur l’oreiller, en proie à une poussée de fièvre particulièrement violente, et des petits gémissements à peine audibles s’échappaient de ses lèvres entrouvertes.

- Chut, chut, chut… Allons, du calme… murmura la jeune femme en prenant son visage entre ses mains en coupe, ses pouces caressant doucement ses joues, dont deux pattes argentées soigneusement taillées en L soulignaient les lignes viriles.

- Ti…fa… susurra-t-il dans son état de semi-conscience, faisant un peu rougir la jeune femme, qui ne le lâcha pas pour autant.

- Je suis là, du calme…

Sa peau était douce et chaude sous ses doigts et ses lèvres pleines, gonflées par la fièvre, et brûlantes. Si Reno et Marlène n’avaient pas été là, elle se serait laissée aller à en caresser le contour du bout du pouce, comme ça, juste pour le plaisir de sentir la peau souple.

Loz avait une bouche terriblement sensuelle, aux lèvres pleines élégamment ourlées, et de grands yeux en amande magnifiques. Peu importait qui il était ni ce qu’elle pouvait lui reprocher, il n’en était pas moins un homme particulièrement agréable à contempler.

Même dans l’église, là-bas, dans les ruines de Midgar, Tifa n’avait pu s’empêcher de remarquer le corps athlétique, véritable mètre étalon de perfection masculine, que mettaient en avant plus qu’ils ne cachaient ses vêtements de cuir moulants.

Jamais elle n’avait croisé un homme avec des proportions aussi exquises : grand et élancé, le dos formant un large V sans défaut, une taille étroite et cambrée jusqu’au vertige sur des fesses d’une rondeur affolante et des cuisses puissantes, qui doublaient presque de volume lorsque les muscles se gonflaient, tendant le cuir du pantalon jusqu’à la limite de la déchirure…

Oui, un corps à retourner les sens qu’elle aurait pu contempler dans sa plus bouleversante nudité si elle avait été seule pour pouvoir soulever les couvertures. Un corps dont elle avait eu un fugace aperçu - trop fugace, hélas - à l’hôpital, lorsque le médecin avait rabattu le drap.

- ” Ahem ! ” cria presque Reno, la faisant tressaillir.

- Hein ? bredouilla-t-elle. Quoi ?

Elle cligna des yeux comme au sortir d’un rêve, vit la grimace du turk et s’aperçut qu’elle tenait toujours dans ses mains le visage de Loz, qu’elle continuait à caresser mécaniquement du bout des doigts.

Elle ne le lâcha qu’en remarquant Cloud, debout près d’elle - et apparemment là depuis un petit moment.

- Je disais : le bain est prêt, fit celui-ci d’une voix blanche et avec une expression qui en disait plus long qu’un discours sur ce qu’il avait surpris dans les yeux de la jeune femme alors qu’elle caressait les joues de l’argenté inconscient.

*

Denzel plongea une dernière fois le thermomètre dans l’eau puis sa main. Et encore une fois le thermomètre. Puis à nouveau sa main.

- Puisqu’on te dit qu’il ne risque rien, graine de têtard ! gouailla Reno en entrant dans la salle de bains avec, dans les bras, un Yazoo nu et frissonnant.

- J’suis pas un têtard ! s’écria le garçonnet en sautant sur ses pieds, les poings serrés.

Le turk éclata de rire et se pencha par-dessus le rebord de la baignoire pour y plonger l’incarné inconscient qui, aussitôt qu’il sentit l’eau commencer à le recouvrir, s’agita comme un beau diable en gémissant, envoyant des gerbes d’eau chaude en tout sens et manquant de peu de déséquilibrer Reno.

- Oh ! Là ! Du calme ! Du calme, voyons !

- Tu vois ! s’écria Denzel en essayant de tirer le turk en arrière, loin de la baignoire. Je t’avais dit que ça le brûlerait !

- Ca n’a rien à voir, Denzel. L’eau n’est pas chaude à ce point.

Incapable de maintenir Yazoo dans l’eau sans risquer qu’il ne se blesse - ou qu’il ne le blesse lui ou le garçonnet - Reno s’accroupit sur le sol, l’argenté serré contre lui en une étreinte de fer pour l’empêcher de bouger et l’obliger à se calmer.

- Chut, chut, chut… On se calme, allez, allez, c’est fini.

- Qu’est-ce qui se passe ? demanda Cloud en entrant à son tour dans la salle de bains pour voir l’incarné et le turk avachis sur le carrelage et trempés comme des soupes. C’était quoi, ces gémissements ?

- Monsieur n’aime pas l’eau ! railla le Reno.

Cloud s’approcha et posa la main sur la poitrine nue de Yazoo.

Son coeur battait comme celui d’un moineau pris au piège.

- Il est totalement paniqué. Qu’est-ce que tu lui as fait ?

- Mais rien ! A peine les fesses dans l’eau, il a commencé à geindre et à donner des coups en tout sens. Il a pourtant déjà dû se laver au moins une fois dans sa vie, quand même !

- Ca doit être à cause de la pluie… réalisa l’ancien postulant soldat. Oui, c’est sûrement ça.

- Hein ? De quoi tu parles ?

- La pluie qui a balayé les géostigmates.

- Eh bien quoi, la pluie ?

- Elle agissait sur eux comme une pluie acide.

- Quel rapport ?

- Les médecins l’ont drogué, Reno ! Il est dans les vapes. Il ne se rend pas compte que tu essayes de le plonger dans une inoffensive baignoire. La dernière chose dont il se souvient plus ou moins nettement, c’est sûrement d’être coincé sous ses tonnes de gravats avec cette pluie acide brûlante qui lui tombait dessus sans pouvoir rien faire pour lui échapper !

Reno grimaça et écarta les cheveux humides du petit visage bleui, dont les lèvres mouillées tremblaient comme jamais.

- Ah, merde… J’avais pas pensé à ça.

- Je vais t’aider à tenir immobile dans l’eau.

- Non, attends, on risquerait de faire sauter ses points de suture. J’ai une meilleure idée : tiens-le-moi une minute.

Reno se leva pour retirer chemise et pantalon avant de prendre place dans la grande baignoire.

- Ecarte-toi, Denzel, il pourrait te donner un coup. Vas-y, passe-le-moi.

Cloud assit l’argenté entre les jambes du turk et celui-ci le saisit aussitôt à bras le corps par derrière pour l’empêcher de bouger.

Peine perdue, Yazoo se débattit avec la force du désespoir.

- Du calme ! Chut… Ca va, ça va… Arrête ! Chut… C’est pas vrai ! Arrête… Du calme… Bordel, attrape-lui les jambes !

Il fallut dix bonnes minutes pour que Yazoo finisse par déclarer forfait et se laisse aller contre la poitrine de Reno avec un gémissement pitoyable, totalement épuisé.

- Chut… chuchota celui-ci contre son oreille. Tu vois, c’était pas si terrible… Du calme… Allez, calme-toi…

Le turk l’installa confortablement tout contre lui et s’immergea totalement en prenant toutefois bien garde de lui laisser la tête hors de l’eau.

- On dirait que ça va aller, nota Cloud en passant la main sur le petit visage encore trop pâle.

- Je remets un peu d’eau chaude ? demanda Denzel en plongeant le thermomètre dans l’eau à présent tiède.

- Ouais, bonhomme, vas-y, acquiesça Reno, Et toi, tu arrêtes de gigoter, ajouta-t-il en immobilisant les jambes de Yazoo entre les siennes.

Ce dernier poussa une petite plainte et le turk desserra un peu l’étau de ses cuisses.

- Fais attention à sa jambe, prévint Cloud en tâtant l’épais rectangle de peau artificielle qui devait protéger la blessure de l’argenté et remplacer son épiderme jusqu’à ce que celle-ci cicatrise et se reforme.

- Les points de suture ont morflé ?

- Non, ça a l’air d’aller. Tout est bien en place.

Denzel ferma le robinet d’eau chaude après avoir vérifié la température de l’eau une énième fois et croisa ses petits bras sur le rebord de la baignoire.

- Il va se réveiller quand ? demanda-t-il, impatient.

- Pas tout de suite, on dirait, plaisanta Reno en sentant le souffle régulier de Yazoo contre sa joue.

- Il s’est endormi ? s’étonna Cloud. (Le turk acquiesça) Alors, profites-en pour lui faire faire trempette aussi longtemps que possible. Viens Denzel, on va aller voir Tifa.

- Mais je peux rester ici, je ferais pas de bruit, promis.

- Non, laisse Yazoo avec Reno, il a besoin de calme, allez.

Le petit obéit à regret et Reno ne put s’empêcher de sourire.

« Besoin de calme, tu parles ! »

Cloud n’avait surtout aucune envie de laisser sa dulcinée seule avec Loz après le regard qu’il avait surpris en revenant dans la chambre !

Il aurait fallu être aveugle pour ne pas le remarquer, d’ailleurs.

Cela étant dit, il pouvait comprendre Tifa.

A plus forte raison maintenant que le petit visage en coeur de Yazoo reposait tout contre le sien et que son corps tendre se lovait contre lui.

Les incarnés paraissaient avoir un « truc », un je-ne-sais-quoi qui agissait comme un aimant et donnait envie de toucher leur peau diaphane, presque bleutée, et leurs étranges cheveux argentés.

S’ils étaient agressifs, une peur quasi paranormale vous tordait le ventre à la seule idée d’affronter ces étranges créatures évanescentes mais, dès l’instant qu’ils montraient le moindre signe de faiblesse ou de fragilité, on avait aussitôt envie de les protéger et de les serrer contre soi, comme on pourrait le faire avec un chiot ou un chaton particulièrement craquant.

Cela faisait-il partie de la panoplie de survie inhérente à leur étrange nature, au même titre que leur rapidité ou leur adresse ?

Pouvoir effrayer leurs adversaires jusqu’au malaise lorsqu’ils étaient en mesure de le faire et, si ce n’était plus le cas, qu’ils étaient fragilisés ou ne pouvaient plus se défendre, susciter la sympathie d’autrui, voire même un attendrissement extrême ou, carrément de l’affection ?

Reno tourna un peu la tête pour détailler la « bouille » (comment aurait-il pu appeler cela autrement ?) qui se pressait contre sa joue et passa tout doucement le bout de l’index sur la chair pâle et si tendre de la petite bouche boudeuse. Le souffle léger qui s’échappait des lèvres entrouvertes était tout juste tiède.

- Et si on remettait encore un peu d’eau chaude, mhh ? susurra-t-il en effleurant de ses lèvres le bout du petit nez glacé.

Il vida une partie de l’eau de la baignoire et fit couler le robinet chaud quelques minutes pour la remplir à nouveau.

Lorsqu’il le ferma, Yazoo bougea un peu pour se blottir tout entier contre lui et nicher son visage au creux de son cou avec un petit soupir expressif qui fit pouffer Reno.

- Je t’en prie, vas-y, mets-toi à l’aise, railla le turk dans un murmure en retenant un fou-rire.

…à suivre

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LIV - Pardon pour le retard mais j’étais mort !

« ” Si vous arrivez en retard, dites :

“C’est que je ne suis pas le premier venu !” »

Alphonse Allais

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- J’ai un fils… J’ai un fils…

Assis sur l’une des deux chaises qui flanquaient le bureau de Shalua, Loz, les bras ballants et profondément choqué, fut longtemps incapable de dire autre chose.

Yazoo s’approcha de lui pour l’enlacer par derrière et enfouit son visage contre son cou.

- Nous allons le retrouver, Loz, je te promets.

- Vincent, Rufus et Shelke mettent tout en œuvre pour localiser Genesis, renchérit Kadaj, présent lui aussi dans la pièce ainsi que la jeune scientifique et le chef de la WRO.

- Alors c’était lui… bredouilla encore Loz. Le bébé, dans mes rêves… C’était lui…

Reeve hocha la tête et rabattit l’écran de l’ordinateur portable pour leur épargner la vue des images figées du cadavre putrescent qui avait porté l’enfant.

- Probablement, oui. Nous pensons que Genesis compte sur le fait que tu te lances à sa recherche.

L’argenté se raidit.

- Et c’est bien ce que j’ai l’intention de faire ! s’écria-t-il en bondissant sur ses pieds. Même si je dois retourner la moitié de la planète pour le retrouver !

- Loz ! intervint Yazoo. C’est précisément ce que cet homme espère !

- Que ferais-tu à la place ? tempêta son jumeau.

Ce dernier se détourna, sachant très bien qu’il ne réagirait pas autrement si les rôles avaient été inversés.

- Je… Je ne sais pas.

- Je dois retrouver mon fils !

- Et moi, je te garantis que tu ne bougeras pas tes jolies fesses de ce putain de manoir ! rugit la voix de Cid, qui venait d’entrer dans le bureau.

Tous se tournèrent vers le pilote, qui n’avait pas donné signe de vie depuis qu’il avait annoncé son ” saut rapide à Canyon Cosmo ” le soir précédent.

- Cid ! s’écria Shalua en se levant de son fauteuil pour courir l’enlacer.

Elle referma ses bras autour de lui et il grimaça de douleur.

- Attention, ma belle… murmura-t-il, trop bas pour les autres puissent l’entendre.

- Désolée, répondit-elle sur le même ton en retirant les mains de son dos.

Il l’embrassa passionnément et elle ne put que remarquer ses traits tirés et le pli douloureux qui barrait ses lèvres sensuelles.

- Tu vas bien ? demanda-t-elle encore.

Il hocha la tête, rassurant, et cligna de l’œil.

- Tu ne bouges pas tes fesses d’ici, p’tit frère, désolé ! répéta-t-il à l’intention de Loz en pointant un doigt autoritaire dans sa direction.

Shalua et Reeve échangèrent un regard abasourdi, surpris par le ton impérieux que Cid osait employer avec l’argenté et s’attendant à une réaction virulente de la part de ses cadets.

Mais, curieusement, ni Loz ni ses frères ne parurent s’offusquer de sa soudaine familiarité.

- C’est mon fils !

- Justement ! Hors de question de donner à l’enfant de salaud qui le retient la moindre chance de te mettre la main dessus ! On le retrouvera, Loz. Mais ni toi, ni Kadaj ou Yazoo ne devez vous mettre à portée de ce Genesis.

Kadaj se redressa.

- Tu ne peux pas exiger de nous que nous restions les bras croisés ! gronda-t-il, menaçant. Loz passe encore, il est trop impliqué pour ça, mais Yazoo et moi… c’est hors de question ! Cet enfant fait partie de nous !

Cid s’approcha et s’inclina pour mettre son visage à hauteur du sien jusqu’à le frôler, pas le moins du monde impressionné.

- Cet enfant fait partie du clan. Et je le laisserai pas ce Genesis se servir de lui pour mettre ses sales pattes sur l’un de ses membres. C’est clair ?

- Pourquoi ne pourrions-nous p… ? s’entêta l’argenté.

- Parce que j’en ai décidé ainsi, voilà pourquoi ! le coupa Cid. Tu as quelque chose à redire à ça, têtard ? grommela-t-il en le voyant ouvrir la bouche pour protester encore. Penses-tu que Sephiroth vous laisserait aller vous jeter dans la gueule du loup, s’il était à ma place ?

La pâleur de Reeve et de Shalua vira au vert maladif, persuadés qu’ils étaient de voir Kadaj sauter à la gorge du pilote mais, pour leur plus grand étonnement, celui-ci baissa la tête avec respect.

- Non, murmura-t-il. Bien sûr que non…

Cid se calma et lui passa le bras autour des épaules.

- Je sais que vous êtes tous très inquiets mais nous ferons ce qu’il faut, je vous le promets.

Kadaj se laissa aller contre sa poitrine, Yazoo le rejoignit et Loz serra avec chaleur l’avant-bras que lui tendit le pilote

- Promets-moi que tu me le ramèneras, Cid, pria-t-il, les larmes aux yeux.

- Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir, p’tit frère. Je te le jure.

Ils restèrent tous les quatre ainsi enlacés un long moment, sous le regard interdit de Reeve et de Shalua, comme si, par une étrange alchimie, leur proximité leur permettait d’échanger leur force et de s’encourager mutuellement sans un mot.

Que les trois garçons agissent de la sorte, cela n’avait, en soi, rien de surprenant lorsqu’on les connaissait mais… Cid !

A plusieurs reprises, la jeune femme crut même surprendre des messages silencieux dans les regards qu’il échangeait avec eux.

Il est leur frère, à présent… “ réalisa-t-elle tandis que Cid lui faisait de plus en plus l’impression d’une femelle bahamut couvant ses petits. ” L’assimilation des cellules de Jenova a fait de lui leur frère aîné ! “

Ce n’était même pas un phénomène conscient, cette évidence était juste inscrite dans le code génétique des cellules transmises par Loz.

Les réflexes de protection de Cid vis-à-vis des argentés n’étaient pas prémédités, elle le savait, moins encore la soumission de ces derniers à ses décisions. Ils les acceptaient parce qu’il était ” des leurs “ et qu’il était leur aîné.

Fallait-il que les gênes de Jenova soient puissantes pour engendrer de tels comportements !

La scientifique ne pouvait s’empêcher d’être fascinée par le phénomène.

C’est prodigieux… “

Elle croyait presque voir les fils invisibles qui les liaient les uns aux autres en un inextricable réseau d’échange de sentiments et d’émotions.

Reeve, aussi stupéfait qu’elle, si ce n’est davantage, lui coula un regard en biais et sourit.

- C’est fou, non ? murmura-t-il tout bas.

Elle acquiesça et lui rendit son sourire.

En silence pour ne pas interrompre les conversations muettes et les échanges émotionnels - qui définiraient les rapports futurs entre Cid et les argentés, de même que leurs places respectives dans le clan -, ils continuèrent à observer l’étrange phénomène qui se déroulait sous leurs yeux avec une fascination à la fois curieuse et attendrie.

*

La nuit était tombée depuis longtemps et la lune palote, dissimulée par intermittence par de noirs nuages menaçants, ne permettait guère d’y voir à plus de trois pas.

Nero, les jambes flageolantes et les bras douloureux à force de tenir le minuscule bébé serré contre lui, s’appuya au mur de la grotte d’où il venait de surgir pour reprendre son souffle,

Il sentit l’une de ses côtes se briser sous la pression d’une arête de pierre qu’il n’avait pas repérée dans l’obscurité et cria.

Son mors de cuir étouffa à demi sa plainte mais, dans le silence de la forêt dense qui recouvrait le flanc sud du mont Nibel, celui-ci parut quand même résonner à des kilomètres.

Sentant que quelque chose n’allait pas, le nourrisson se réveilla et se mit à pleurer, finissant d’affoler le ténébreux.

- Chut, bébé… supplia-t-il, n’osant pas bercer ce dernier de peur de se déboîter un coude ou une épaule. Chut… Ne pleure pas, s’il te plaît… Il ne faut pas qu’on nous entende… Ne pleure pas…

Rassemblant sa dernière énergie il marcha en direction d’un bouquet d’arbrisseaux dans l’espoir de s’y cacher le temps de calmer le petit.

- Non, pas par là, jolie maman, par ici ! chuchota une voix à sa droite, le faisant tressaillir.

Il pivota et reconnut immédiatement le jeune homme nimbé d’un halo fantomatique qui semblait flotter à une dizaine de centimètres du sol.

- Toi… gémit-il en sentant s’envoler les dernières onces de courage qui lui restaient.

- Avec qui as-tu fauté pour nous faire ce joli poupon, boule de suif ? Ton grand frère chéri ?

Nero recula d’un pas et secoua la tête, désespéré, en serrant un peu plus fort le bébé contre lui.

- Je le savais… Je savais que c’était un piège… Je n’aurais pas dû écouter Weiss… Je n’aurais jamais dû…

*

Cid sentit des doigts frais courir sur son visage.

Il ouvrit les yeux, vit le doux visage de Shalua penché sur lui et sourit.

- Quelle heure est-il ? demanda-t-il.

- 21h00. L’heure de dîner. Tu as dormi deux bonnes heures.

Il se frotta les yeux et s’assit sur le lit de la jeune femme, où il s’était écroulé tout habillé après avoir passé la journée à étudier les informations rassemblées par les agents de la WRO et les services de renseignement de la Shinra.

Ils avaient tous eu beau se creuser les méninges et tapoter sur leurs claviers jusqu’à en avoir les yeux rougis, les traces de la présence de Genesis se perdaient quelque part entre le cratère Nord et le Canyon Cosmo.

- Du nouveau ? demanda-t-il.

La scientifique secoua la tête.

- Shelke n’arrive pas à entrer en contact avec Lucrecia ou Aerith. Et l’électroencéphalogramme de Sephiroth fait des sauts de cabri depuis plus d’une heure. Il se passe apparemment quelque chose mais quoi, ça…

Elle soupira et il lui caressa tendrement la joue.

- Aerith ne nous laissera pas dans doute très longtemps, j’en suis convaincu. Elle nous fera signe d’une manière ou d’une autre.

Il se pencha sur elle pour lui voler un baiser et elle se laissa aller contre sa poitrine dure pour s’enivrer de son parfum si viril, goûtant la façon dont sa barbe naissante lui picotait les lèvres tandis que sa langue s’enroulait autour de la sienne.

- Est-ce que je peux la voir ? murmura-t-elle dans sa bouche.

Il sourit contre ses lèvres et s’écarta un peu.

- Bien sûr que tu peux. Il faut changer le pansement, de toute façon.

Il retira son t-shirt avec précaution et, folle de curiosité, Shalua dénoua lentement les larges bandes de lin artisanales qui lui bardaient la poitrine, protégeant son dos.

Lorsque le dernier pan d’étoffe vaporeuse tomba, la jeune femme recula d’un pas pour contempler le large dos muslé et ne put retenir un hoquet surpris.

- Alors ? demanda Cid.

- Cid, c’est… C’est magnifique !

Le pilote sourit.

- Tu me rassures parce que j’ai cru que j’allais en avaler ma langue, tellement j’en ai bavé !

- C’est incroyable, c’est… Les mots me manquent ! J’en avais déjà vu en photo mais là… Mon Dieu, Cid, tu as dû souffrir comme un damné !

- Mais est-elle à la hauteur de ce qu’elle honore ou pas ?

- Oui, assura-t-elle. Oh, oui, elle l’est. Elle… Elle est superbe, Cid. Vraiment. Tu devrais la lui montrer.

Il secoua la tête et lui présenta de nouveau son dos pour qu’elle puisse le bander de frais.

- Je ne l’ai pas faite pour faire joli ni m’en vanter à la ronde, Shalua.

- Je le sais bien Cid, mais…

- Il la verra bien tôt ou tard, ne t’en fais pas.

Elle prit un vaporisateur d’antiseptique dans sa trousse de première urgence et en aspergea le dos du pilote.

- C’est dingue, reprit ce dernier. Tu te rends compte qu’à l’époque, quand Tifa a été laissée pour morte dans la vieille église et que Cloud s’est fait fumer sur la tour, à Midgar, j’ai dit à Barret que, jusqu’à mon dernier souffle, je fouillerai la rivière de la vie à la recherche de ce fils de pute de Loz ? Je pensais vraiment que la déesse ne m’avait permis de survivre et d’échapper aux géostigmates que dans ce but…

Shalua éclata de rire.

- Quoi ? Pourquoi lui et pas les autres ?

Le pilote fit une moue sarcastique, comme pour se moquer de lui-même.

- Parce que je ne m’en prends ni aux femmes ni aux gosses et que c’était le seul de ces trois salopards qui, à mes yeux, paraissait suffisamment viril et adulte pour que je me permette de lui mettre mon poing dans la gueule !

Shalua éclata de rire à son tour.

- Oh ! Mon Dieu, Cid… Ne dis jamais ça à Kadaj ou à Yazoo !

- Ouais… Je sais. Mais je voulais vraiment lui faire la peau, tu sais. Lui en faire baver jusqu’à ce qu’il crie grâce, autant que lui et ses frangins avaient fait souffrir toute la planète ! Et regarde ce qui s’est passé… (Il laissa échapper un rire amer) Comme quoi, il faut vraiment, vraiment faire attention à ne pas faire de vœux qui pourraient se réaliser bien au-delà de nos espérances ! C’est ce je dis toujours à Denzel et à Marlène.

- Oh, je le sais ! A cause de ça, il a pleuré toutes les larmes de son corps, persuadé que c’était à cause de lui que Loz était ” en train de mourir ” !

Le pilote pouffa.

- Tu plaisantes ?

- Non, je t’assure, demande à Tifa, martela-t-elle en commençant à bander son torse. C’est la promesse en question, là, en bas, n’est-ce pas ? demanda-t-elle en passant délicatement le doigt sur ses muscles lombaires.

Cid acquiesça.

- Oui.

- Qu’est-ce que ça dit ?

Il se retourna à demi pour lui murmurer quelque chose à l’oreille et une émotion sans nom serra la gorge de la jeune femme.

- C’est vraiment beau. Tu devrais la montrer aux autres, Cid, je t’assure ! (Il secoua de nouveau la tête en souriant) Réalises-tu que vous devez être une poignée d’hommes sur cette planète à porter une promesse de sang authentique ? C’est quelque chose qui mérite de…

- Shalua ! railla Cid en riant.

- D’accord, ça va, je me tais, je n’insiste pas…

Elle fit mine de bouder et son rire redoubla.

- Viens par là, toi ! fit-il en l’attrapant par la taille pour l’allonger sous lui.

*

- Toujours rien, annonça Vincent tirant la chaise de Shelke pour l’aider à s’asseoir à la grande table.

La jeune fille était visiblement épuisée et, n’eut été l’insistance de Rufus et de Vincent, elle serait plus volontiers allée se coucher que dîner.

- Monsieur Valentine a raison, il faut reprendre des forces, fit Gretta en remplissant généreusement son assiette.

Reeve posa sa fourchette et soupira, déçu.

- On trouvera, Reeve, assura Rufus. Ca prendra le temps qu’il faudra mais on trouvera.

- A supposer qu’on ait du temps, laissa tomber Loz, lugubre.

Tifa lui serra la main sous la table, le cœur serré, et Yazoo lui adressa un sourire d’encouragement.

- Et toi, mon pote, ça va ? lança joyeusement Reno pour détendre un peu l’atmosphère en assénant une grande claque dans le dos de Cid, faisant hoqueter Shalua.

L’effet ne se fit pas attendre et le pilote laissa échapper un cri de douleur étouffé en se bandant comme un ressort.

- Putain de merde ! Reno ! jura-t-il en arquant le dos.

La grossièreté du juron fit pouffer Denzel et Marlène, qui reçurent chacun une tape sur la tête de la part de Tifa.

- Bah… Qu’est-ce que t’as ? s’étonna le turk, confus. Je croyais que le mako t’avait remis à neuf, non ?

Il jeta des regards confondus à la ronde, désolé de sa boulette, mais chacun haussa les épaules, ne comprenant pas non plus la réaction du pilote.

- Oh ! Mais c’est le cas, Reno, répondit Shalua avec un petit sourire en coin. Sa nouvelle… ” blessure ” n’a rien à voir avec son ex-femme !

Cid lui coula une œillade sarcastique et elle lui répondit par un sourire taquin.

- Tu es blessé ? s’enquit Vincent, inquiet.

Le pilote ouvrit la bouche pour répondre par la négative et inventer une sombre histoire de chute et d’écorchure mais la jeune scientifique le devança.

- Il a fait une promesse de sang ! claironna-t-elle avec délice, provoquant la stupéfaction autour de la table.

- C’est pour ça que t’es parti à Canyon Cosmo ? demanda Cloud, dont les yeux venaient de s’écarquiller jusqu’à doubler de volume.

- Oh, putain… Bah merde, alors ! laissa échapper Barret.

- Barret ! le tança Tifa en désignant les enfants, qui riaient à nouveau comme des fous.

- Une promesse de sang mais… une vraie ? s’étonna Rude, dont la fourchette s’était arrêtée à mi-chemin de sa bouche béante.

Shalua acquiesça à la place de Cid.

- Une vraie de vraie ? insista Reno. Pas l’un de ces tatouages à la mode, comme on fait a Edge ? Wouahhh ! Et… on peut voir ?

Yazoo se pencha vers lui.

- Une promesse de quoi ?

- Une promesse de sang ! Un truc mystique fait les par les chamans de Canyon Cosmo ! T’en as jamais entendu parler ?

L’argenté se tourna vers ses frères, qui secouèrent la tête de concert.

- Non.

- Une promesse de sang est un sacrifice que l’on fait en l’honneur de quelqu’un, expliqua Vincent. Je n’ai vu qu’un homme en porter une dans ma vie. Il l’avait faite pour sa fille.

Rufus acquiesça, aussi étonné que les autres convives.

- Les souffrances que l’intervention occasionne sont terribles. Elles sont offertes via le chaman à la rivière de la vie, pour qu’en échange ce paiement elle se montre clémente et veille sur l’âme de la personne à qui l’on a dédié sa promesse. C’est un acte de piété et de générosité totale, qui n’apporte absolument rien à celui qui la fait, ni bénédiction divine ni quoi que ce soit de cette sorte. Une démarche entièrement tourné vers et au bénéfice de l’autre.

- C’est d’ailleurs pour ça qu’il n’y a jamais eu beaucoup de volontaires ! plaisanta Reeve. Les promesses de sang sont une chose rarissime et, contrairement à Vincent, je n’en ai jamais vue une seule. Une vraie s’entend. Mais j’ai vu quelques vieilles photos. C’est surprenant.

- C’est quoi ? demanda Kadaj, curieux. Un tatouage ou quelque chose comme ça ?

- Pas tout à fait, expliqua encore Rufus. Les cinq éléments de la planète doivent toujours intervenir dans une promesse de sang : l’eau, le feu, la terre, l’air et l’esprit. La chair est donc marquée par des scarifications, des tatouages aux encres très particulières, des brûlures et des implants minéraux, le tout formant un dessin illustrant la promesse elle-même, écrite en lettres cunéiformes primitives, une écriture ancestrale et mystique plus ancienne encore que le cetra.

- Vous avez l’air de maîtriser sacrément le sujet, dites-moi ! railla le pilote.

Le jeune président hocha la tête.

- J’ai étudié les traditions chamaniques et l’écriture primitive pendant longtemps. C’est fascinant et très instructif. Mais, comme Reeve, je n’ai vu de promesses de sang qu’en photo, hélas.

Tifa se pencha vers Shalua et lui pinça le bras, taquine.

- Alors ? Qu’est-ce que ça fait d’être gravée à vie dans la chair de ton pilote adoré ? demanda-t-elle, malicieuse, faisant rire toute la tablée.

La jeune scientifique ne se démonta pas.

- Et qui te dit que cette promesse me concerne, ma chère Tifa ? rétorqua Shalua, ravie de la surprise que provoqua sa révélation.

- Bon, tu nous montres ou pas ? insista Reno, impatient.

Cid soupira et - flatté malgré tout par les réactions qu’il suscitait - se leva sous les regards curieux de ses amis pour retirer son t-shirt.

Shalua, ravie, l’aida à défaire son bandage et, lorsqu’il pivota pour leur montrer son dos, des cris surpris et émerveillés retentirent jusqu’au plafond de la grande salle.

- Oh, mon Dieu ! s’exclama Tifa, qui n’en croyait pas ses yeux.

- C’est… C’est… dingue ! fit à son tour Yuffie, qui s’était approchée pour y voir de plus près.

- Incroyable… murmura Cloud. C’est… C’est des scarifications, ça, non ? demanda-t-il en détaillant l’arabesque d’une ronce stylisée qui ressortait en relief sur la peau. Tu as dû en baver comme c’est pas permis…

Reno, qui en était resté sans voix, se tourna vers Yazoo, qui pressait les deux mains sur sa bouche, sidéré.

- C’est beau, non ? murmura-t-il. Tu as vu ces couleurs ? On dirait que les entrelacs de lianes et ronces vont se mettre à bouger.

L’argenté acquiesça.

- Magnifique ! s’écria Rufus. Vincent, tu as vu ça ?

- Oui, c’est… c’est superbe.

- Les détails sont tout simplement époustouflants ! acquiesça Reeve en suivant prudemment du doigt la ligne d’une minuscule araignée argentée cachée parmi les entrelacs végétaux qui entouraient le dessin central.

Chacun s’extasia ainsi durant un long moment, essayant de voir tous les détails cachés du dessin, chacun ayant une signification bien précise pour Cid.

Puis, l’un après l’autre, les convives se tournèrent vers celui qui était concerné au premier plan par la Promesse de Sang en question car point n’était besoin d’être versé en mystique chamanique pour voir au bénéfice de qui celle-ci avait été faite.

La symbolique du dessin central était on ne peut plus évidente.

Scarifications, implants, tatouages, tout se mêlait dans une débauche de couleurs avec une élégance et une beauté que personne n’aurait pu soupçonner de prime abord au vu de méthodes d’ornementation d’apparence aussi ” barbare “.

Le coupe-papier en forme de dague que Shera avait utilisé pour poignarder le pilote avait été reproduit avec une minutie quasi magique et avec un tel réalisme que l’on croyait pouvoir le saisir en tendant la main.

Il était planté jusqu’à la garde entre deux vertèbres et le sang qui coulait de la blessure n’était pas rouge… mais vert mako.

Loz qui, la gorge trop serrée pour prononcer le moindre mot, était resté un peu à l’écart, osa enfin s’approcher.

Formant une sorte de haie d’honneur improvisée, le groupe se scinda en deux de part et d’autre du pilote pour le laisser passer et ils observèrent ses réactions avec une émotion teintée de respect.

L’argenté tendit la main pour toucher, du bout des doigts, les élégants déliés et arabesques qui entouraient le dessin central de l’incroyable œuvre d’art ornant le large dos de Cid.

Il s’arrêta sur le cartouche qui contenait des sortes de dizaines de petits triangles dans toutes les positions possibles et imaginables.

- Que… qu’est-ce que ça dit ? demanda-t-il d’une voix étranglée par l’émotion.

Cid, trop ému pour parler, tourna un regard suppliant vers Rufus, qui s’approcha et lut d’une voix vibrante :

- « A toi qui as tant souffert pour que je puisse vivre… Moi qui n’avais survécu que pour te faire souffrir. »

Un concert de cris étouffés et d’exclamations émues s’éleva dans la grande salle et beaucoup sentirent leur gorge se nouer jusqu’à leur mal.

Loz, lui, ne voyait presque plus rien tant il pleurait.

Il n’en posa pas moins la main sur l’épaule de Cid pour le faire se retourner.

- Tu n’étais pas obligé de faire ça, Cid…

- Je sais, p’tit frère, répondit celui-ci en serrant l’argenté contre lui dans une étreinte brutale en tapotant doucement le pansement au bas de son dos par-dessus le blouson de cuir. Disons que moi aussi j’avais envie de garder ce souvenir là gravé dans la peau…

Yazoo eut beau faire, il fut incapable de retenir un sanglot, et Kadaj lutta pour ne pas se laisser déborder à son tour par son émotion.

Yuffie prit la main de Tifa et essuya ses yeux.

- Je crois que je vais me mettre à pleurer comme une fontaine… geignit-elle.

Tifa, non moins touchée, allait répondre par une petite boutade amicale lorsque Merill fit irruption dans la salle, blême et totalement paniqué.

- Shalua ! Vite !

Celle-ci se reprit et tous se tournèrent vers le jeune homme, soudain inquiets.

- Qu’y a-t-il, Merill ?

- Sephiroth ! Ca y est ! Il a ouvert les yeux !

à suivre.

LII - Frères de sang

Quand le ciel veut sauver un homme,

il lui donne l’affection d’un ami pour le protéger.”

Lao-Tseu

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Loz ouvrit à demi les yeux, il faisait nuit noire dans le parc du manoir et la lampe de chevet nimbait la chambre d’une douce pénombre dorée.

- Tifa ? murmura-t-il avec difficulté dans un état semi-conscient, la gorge irritée d’avoir tant hurlé. Yazoo ?

Il grimaça, tourna la tête de part et d’autre du lit pour chercher la jeune femme ou son jumeau et deux grands yeux d’un bleu d’azur lui sourirent.

- Bon retour parmi les vivants !

- Cid…

L’argenté voulut s’asseoir sur le lit et ravala de justesse la plainte qui lui monta aux lèvres lorsque l’horrible brûlure de mako au bas de son dos frotta sur les draps malgré la barrière protectrice du pansement.

Cid bondit aussitôt de sa chaise pour l’aider à se redresser.

- Eh ! Là… Doucement !

- Merci…

Loz était pâle comme la mort, ses yeux cernés de noir et ses traits étaient marqués par les souffrances qu’il avait endurées - et qu’il endurait sans doute encore.

- C’est moi qui ai failli passer l’arme à gauche et c’est toi qui en baves, hein ? fit remarquer Cid, bien plus touché qu’il ne l’aurait voulu.

L’argenté simula une expression sereine.

- Je vais bien, maintenant.

- Ouais… Tu parles. J’ai connu des prêtres de Gaïa qui mentaient mieux que toi !

Loz rit malgré lui.

- Quand es-tu sorti de la cuve ?

- Il y a deux heures à peine. Et je suis venu remplacer ta dulcinée à ton chevet jusqu’à ce qu’ils aient fini leur ” réunion au sommet “.

- La réunion ? Quelle réunion ?

Comme Shalua lui avait conseillé de le faire jusqu’à ce que l’argenté soit parfaitement rétabli, le pilote secoua la tête et sourit comme s’il s’agissait d’une chose sans importance.

Heureusement pour le convalescent, Cid mentait bien mieux que lui.

- Les hommes de Reeve ont découvert un étage supplémentaire dans les anciens locaux du Deepground. Rien de bien folichon ! Les autres t’en parleront quand tu te seras reposé. Ne te prends pas la tête avec ça pour l’instant.

- Je suis heureux de voir que tu vas bien, Cid. Tu nous as fait une belle peur, tu sais.

Celui-ci s’assit sur le bord du lit et serra l’avant-bras de Loz, qui aurait juré voir ses yeux briller plus que de coutume.

- Alors ? On est quoi, maintenant, toi et moi ? demanda le pilote, le gosier si noué par l’émotion que les mots avaient du mal à sortir. Frères de sang ?

Un sourire incurva les lèvres sensuelles de l’argenté.

- Un truc comme ça, oui, sans doute.

Cid sentit quelque chose d’humide rouler sur sa joue hérissée d’une sempiternelle barbe naissante et, faisant fi de ses habituels discours sur la sensiblerie, serra Loz contre sa poitrine en une étreinte de fer aussi soudaine que sincère.

- Merci, mon frère… murmura-t-il, le visage enfoui au creux du cou de l’argenté. Je sais ce que je te dois…

Loz répondit à son étreinte avec sa sensibilité et sa simplicité habituelle, comme il l’aurait fait avec Kadaj ou Yazoo, et ils restèrent ainsi de longues minutes, sans rien dire, laissant simplement les larmes couler sur leurs visages, lavant les tensions et les souvenirs des moments difficiles.

Mary, la nourrice qui avait élevé Cid à la mort de son père, lui aurait flanqué une belle taloche, si elle avait pu le voir se répandre ainsi.

” Ce sont les femmes, qui pleurent, Cid. C’est dans l’ordre des choses. Tout comme ce sont les lionnes chassent, pour nourrir leur famille, et non les lions ! C’est ainsi que Dame nature en a décidé. “

Pourtant, ça faisait tellement de bien…

Mais si ce sentiment de quiétude et de tendre complicité qui l’envahissait lorsqu’il étreignait l’un de ses frères était familier pour Loz, il ne l’était pas pour le pilote, peu habitué aux marques d’affection et aux contacts physiques autres que ceux qu’il dispensait aux femmes qui partageaient son lit.

Même avec Vincent, qui était pourtant ce qui pourrait se rapprocher le plus d’un ami intime, ce genre de proximité devenait rapidement… “gênante”.

Avec Loz, c’était différent.

Cid avait l’impression de serrer dans ses bras une partie de lui-même. Son contact, son odeur sucrée, sa chaleur, tout son être paraissait trouver une résonance en lui. Une résonance qui n’était pas là avant que…

” Les cellules de Jenova… “ réalisa soudain le pilote.

Il les sentait presque courir dans ses veines et vibrer à la proximité de l’un de ses ” frères “, en écho aux siennes.

Il se raidit, s’attendant à être soudain empli de dégoût mais… non.

Au contraire.

Ce n’était pas le mauvais de côté de Jenova qu’il découvrait là, il le savait, le percevait jusqu’au plus petit recoin de son cerveau.

Les cellules qu’il avait reçues étaient pures de toute influence néfaste. C’était simplement une qualité intrinsèque de ces dernières : pouvoir ressentir la présence de ses ” semblables ” et glaner des indices sur leur état d’esprit comme s’ils étaient un échantillon de sa propre essence. Pour lui, qui avait perdu ses parents très jeune et n’avait ni frères, ni enfants, ni même de famille encore en vie, c’était un sentiment totalement nouveau.

C’était agréable d’être aussi proche d’un autre être sans qu’aucune connotation sexuelle ne vienne troubler la donne… D’éprouver une telle sensation d’apaisement et de sentir sa poitrine de gonfler d’affection à son contact…

Ressentirait-il une chose semblable avec Kadaj ou Yazoo ?

Très certainement, bien que probablement moins intensément. Et peut-être même avec Sephiroth.

Cid allait avoir du mal à expliquer cet étrange sentiment de complicité innée et d’attachement à Vincent ou à Shalua. Quoiqu’à fréquenter avec les argentés et à voir la relation fusionnelle qu’ils entretenaient, un esprit suffisamment ouvert pouvait s’en faire aisément une idée.

- Merci, Loz… murmura-t-il encore. Merci pour tout…

- Ce n’est rien. Tu ferais la même chose pour moi. (Un court silence, puis :) Tu… Tu le ferais, Cid… n’est ce pas ?

En percevant le doute qui vibrait dans sa voix, le pilote sourit contre son cou et resserra son étreinte.

- Oh ! Oui, petit frère… assura-t-il avec toute l’affection dont il était capable. Je te jure que oui…

Il sentit les larmes de l’argenté humidifier le col de son t-shirt et les siennes redoublèrent.

Cela faisait tellement de bien de se laisser aller… Tellement de bien…

Les hommes ne pleurent pas “ disait sa nourrice. ” C’est dans la nature des choses, tout comme tu ne verras jamais un lion chasser. “

Elle se trompait.

Les hommes peuvent pleurer et les lions savent chasser. C’est le courage de le faire qui leur manque. C’est tout…

*

Nero secoua obstinément la tête.

- Je ne t’abandonnerai pas, Weiss… Jamais.

- Au contraire ! T’enfuir et amener de l’aide est le meilleur moyen de nous sauver tous les deux.

- Non… gémit le ténébreux. Il se vengera encore sur toi ! Il te tuera !

- Il a trop besoin de moi pour ça, Nero.

- Mais…

- Il nous tuera tous les deux tôt au tard, ne le comprends-tu pas ? Lorsque nous lui aurons donné ce qu’il veut, il n’aura plus que faire de nous. C’est la seule solution, mon frère. La seule…

Nero se laissa tomber aux pieds de son aîné avec un gémissement douloureux et étreignit ses jambes.

- Quand bien même, je ne suis même pas certain d’avoir la force physique de sortir de cette grotte, Weiss. Dès que je m’éloigne de la rivière de la vie, mon corps me trahit…

- Tu dois essayer ! Et tu dois emporter le bébé avec toi.

Nero hocha tristement la tête.

- J’aurais déjà de la chance si mes bras ne se brisent pas comme du verre sous son poids.

- ” Sortir à la surface “ a dit Angeal. C’est tout ce que tu auras à faire, mon frère. Sortir à la surface et te cacher dans la forêt jusqu’à ce qu’ils viennent te chercher.

Son cadet enlaça ses mollets vigoureux de ses bras frêles et y appuya tendrement sa joue.

- Non… Je t’abandonnerai pas ici, Weiss.

- Nero ! supplia celui-ci.

- Je t’abandonnerai pas…

*

La chambre des jumeaux était plongée dans le noir et n’eut été l’odeur sucrée qui flottait dans la pièce, on aurait pu la croire vide tant Yazoo, assis sur le bord de l’un des lits, se tenait immobile.

Ce n’est que quand Reno fut à trois pas de lui qu’il réalisa qu’il pleurait en silence.

- Nous… Nous nous attendions à ce que tu descendes au moins pour le dîner, murmura le turk, ne sachant comment l’aborder.

L’argenté continua de fixer le parc enténébré à travers le carreau de la fenêtre.

- Je n’ai pas faim… répondit-il d’une voix à peine audible.

Reno soupira.

- Ca peut se comprendre.

Un long silence s’installa, que le turk finit par rompre en s’asseyant aux côtés de l’incarné mais sans oser aller jusqu’à le toucher, ce qui fit redoubler les larmes de ce dernier.

- Je… Je ne sais pas quoi dire, Yazoo. Je… Je… je n’ose même pas imaginer ce que tu as dû ressentir en voyant ces images.

- Ne te crois pas obligé de dire quoi que ce soit, Reno… répondit l’argenté, la gorge nouée jusqu’à l’étouffement et la poitrine serrée dans un étau.

- Je suis désolé, Yazoo. Je… (Il se frotta le visage, horriblement mal à l’aise) Rufus a… J’ai pensé que… Enfin, que nous… Oh, et merde ! jura-t-il en se levant brutalement pour faire les cent pas en se tordant les mains.

Dans un élan de rage, il laissa tomber brutalement ses poings fermés sur la commode, faisant sursauter Yazoo.

Le silence retomba entre eux, seulement interrompu par la respiration haletante du turk et les sanglots étouffés de l’argenté.

- J’aurais donné dix ans de ma vie pour ne jamais avoir à t’imposer ça, Reno… Je te le jure.

Ce dernier se tourna lentement vers lui mais, à sa grande surprise, Yazoo ne lut dans ses yeux ni dégoût ni mépris, juste une profonde commisération.

- Il y a… Il y a une très jolie crypte, près de la chapelle, murmura le turk en revenant s’asseoir à ses côtés pour lui prendre timidement la main. Oh, je sais que ça ne le ramènera pas et que ça ne changera pas ce qui s’est passé, ajouta-t-il précipitamment lorsqu’il vit la bouche de Yazoo s’ouvrir d’étonnement. Mais… mais je me suis dit que… que tu aurais peut-être envie de… de… enfin, tu comprends ce que je veux dire, fit-il, horriblement mal à l’aise.

- Une… crypte ? bredouilla l’argenté, perdu.

- Oui, près de la chapelle, au nord du parc. C’est un endroit très paisible entouré de pins parasols et de lauriers-roses, un lieu de repos pas lugubre du tout. On peut aller le voir, si tu veux. Tu… tu n’es pas obligé de prendre une décision tout de suite. Rufus a ordonné que l’on garde le… enfin le ” corps ” à la morgue de la clinique Shinra de Edge en attentant de savoir si tu voulais qu’on l’incinère ou que… enfin tu vois.

Yazoo laissa échapper un hoquet étranglé, comprenant enfin de quoi Reno parlait et pourquoi il était à la fois triste, révolté et en colère. Et ce n’était pas du tout, comme il l’aurait cru, parce que son ” presque-amant ” avait cessé d’être un homme pour devenir un monstre sans réelle identité sexuelle.

- Reno… put-il seulement chuchoter, étouffé par ses sanglots.

Comme si cela avait été le signe que celui-ci attendait depuis qu’il était entré pour pouvoir étreindre l’argenté, le turk le serra enfin contre lui et enfouit son visage dans ses cheveux argentés.

- Tseng et Elena te présentent leurs condoléances, reprit le turk. De tout cœur. Et c’est sincère, je peux te l’assurer. C’est eux qui sont allés le récupérer au labo du Deepground tout à l’heure, à la demande de Rufus. (Les larmes de Yazoo redoublèrent et il s’accrocha désespérément à la chemise de Reno.) Ca va aller, mon ange. ca va aller, il ne faut pas t’en faire, tout se passera bien, tu verras. Elena… Elena a dit que c’était comme s’il dormait. Le mako a parfaitement conservé les tissus, tu ne seras absolument pas choqué de le voir si tu en as envie, je te le promets. C’était un très beau bébé, tu sais… Oui, un très beau bébé.

Lorsque Reno lui avait avoué ses sentiments, la veille, Yazoo avait cru que plus jamais il ne se sentirait aussi humain, aussi vivant, aussi… ” normal “.

Mais il se trompait.

En offrant une sépulture à celui qui aurait pu être son fils comme si c’était la chose la plus naturelle du monde, on venait le faire passer Yazoo du stade d’objet d’expérimentation à celui d’être humain à part entière. Tout comme du statut de déchet chirurgical, son fils était passé à celui de victime d’un infanticide.

- Je ne sais pas si c’est le genre de choses à dire dans ce genre de situation, Yazoo, mais… Rien ne t’empêche d’avoir d’autres enfants. Ce ne sont pas les mères porteuses qui manquent, ni les femmes ayant projeté de donner leur corps à la science et qui seraient ravies de pouvoir donner la vie même après leur mort. Et cette fois… Cette fois, tu pourras au moins choisir le père, acheva-t-il d’une voix trop timide pour ne pas y voir une allusion personnelle à peine voilée.

Yazoo ne s’y trompa pas et redressa la tête, à la fois merveilleusement surpris et totalement décontenancé.

- Pardon… s’excusa aussitôt le turk, gêné par sa propre audace. Je n’aurais pas dû dire ça.

- Non, je… Enfin, je veux dire si, tu as bien fait, au contraire, je… (Il sourit) Tu as su trouver les bons mots, Reno, je t’assure.

Il se blottit dans ses bras et colla son oreille contre sa poitrine pour entendre les battements de son cœur.

Reno le garda simplement ainsi serré contre lui, sans rien dire, respectant à la fois sa douleur et son silence.

Au bout d’un long moment, Yazoo s’essuya les yeux et se redressa.

- Merci, Reno… murmura-t-il, profondément ému. Merci de m’accepter tel que je suis.

- Quoi ? Ca ? demanda le turk en posant la main au bas de son ventre, à l’endroit où il avait vu Hojo pratiquer l’incision dans la vidéo. (Yazoo acquiesça et Reno haussa les épaules) Si ce truc là n’était pas là, tu ne serais plus vraiment notre Yazoo baby… Sais-tu à quel point nos putains d’hormones influent sur notre cervelle et notre comportement en général ?

Yazoo lui répondit par un sourire et fondit à nouveau en larmes, mais de pur soulagement, cette fois.

*

Tifa quitta sa chambre sur la pointe des pieds avec le plateau préparé par Gretta. Loz y avait à peine touché et s’était endormi en plein milieu de son repas.

- Comment va-t-il ? chuchota une voix douce dans le couloir.

La jeune femme se tourna vers Yuffie et Kadaj qui, leur dîner terminé, étaient montés se coucher.

Cait 9 se tenait entre eux deux, une petite patte serrée dans la main de chacun des jeunes gens.

- La douleur l’a épuisé. Il s’est endormi avant même de terminer son bol de potage.

- Lui as-tu parlé de… ce que tu sais ? s’enquit l’Utaïenne.

Tifa secoua la tête.

- Bien sûr que non mais… (Elle se mordilla la lèvre et ravala ses larmes) Je me sens coupable de garder le silence. Ca me fait tellement de peine de le voir dans cet état, si tu savais…

Son amie lui pressa le bras de sa main libre et Cait lui adressa un sourire d’encouragement.

- Loz est solide et dès demain soir, il arpentera les allées du manoir !

- C’est gentil, Cait, remercia la jeune femme en lui gratouillant la tête.

- Cait a raison, assura Kadaj. Demain, il sera d’aplomb et nous lui parlerons de son fils à ce moment là. Pour l’heure, il faut juste le laisser récupérer. (Il soupira.) Je comprends ton inquiétude. Moi-même, je pensais qu’il supporterait l’injection de mako mieux que ça. Au laboratoire, il était sur pied en quelques heures à peine.

Tifa sourit avec amertume.

- Loz a été très malade, la nuit dernière, Kadaj. Et la précédente n’a pas été bien meilleure. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les conditions n’étaient pas réunies pour que l’intervention se passe au mieux.

- En parlant de ça, vous savez où est passé Cid ? s’enquit Yuffie. Il a disparu juste après le dîner.

Tifa sourit.

- Sans doute avec Shalua. Il ne…

Elle fut interrompue par un bruit sourd provenant du toit.

- L’hélicoptère ? s’étonna Kadaj en échangeant un regard interloqué avec l’Utaïenne.

- Qui peut partir en balade à cette heure ?

…à suivre

V - Vivants ! Jour J + 2

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

” … i… fa… i… fa… “

Un chuchotement ténu. A peine un murmure. Tout juste un souffle.

Les lèvres bleutées de Loz entrouvertes, presque déjà des lèvres de cadavre, ne bougeaient même pas. Contrairement à ses paupières diaphanes qui, elles, ne cessaient de cligner.

Cloud ferma la porte de la chambre pour protéger les incarnés de Sephiroth du tohu-bohu qui régnait à l’extérieur et frotta ses bras nus.

- Bon sang mais il fait un froid de canard, ici ! Ils pourraient quand même régler la clim !

Dehors, les employés de l’hôpital continuaient à s’agiter en tous sens et les mots ” piratage “, ” données “, ” sécurité ” et ” virus ” revenaient sans cesse.

Quel genre de pirate pouvait donc être assez abject et écervelé pour s’en prendre aux ordinateurs d’un hôpital, risquant peut-être ainsi la vie de centaines de personnes ?

” … i… fa… “

Tifa, le cœur de plus en plus serré, se pencha sur le visage de Loz et planta son regard dans le sien.

En vain.

Les pupilles fendues, si dilatées qu’elles en paraissaient rondes, restaient immobiles et paraissaient traverser les obstacles du champ de vision comme s’ils n’existaient pas.

- Pourquoi ne me regarde-t-il pas alors qu’il ne cesse de m’appeler ? demanda la jeune femme, perdue.

Cloud secoua la tête, aussi décontenancé qu’elle, et toucha l’épaule nue et froide de Yazoo.

- Comment font-ils pour ne pas frissonner, avec une température pareille ? demanda-t-il en remontant un peu le drap trop léger sur la poitrine glabre.

Tifa prit la main glacée de Loz dans la sienne mais celle-ci resta flasque dans sa paume. Elle ne sentit pas même un petit sursaut nerveux lorsqu’elle pressa les doigts élégants et vigoureux.

” … i… fa… “

L’insupportable et douloureux chuchotement. Encore et encore.

- Je suis là, insista-t-elle en lissant les cheveux argentés dans l’espoir qu’il tourne enfin le regard vers elle. Regarde-moi. Tourne la tête. Pourquoi ne me regardes-tu pas ?

Quelque chose parut s’agiter avec l’énergie du désespoir dans les profondeurs de l’océan vert mako des yeux de l’incarné mais c’était si ténu, si difficilement perceptible, que Tifa crut qu’elle avait rêvé.

Une fois, cependant, un petit bruit qui ressemblait à une plainte étouffée s’échappa des lèvres immobiles et les paupières se fermèrent.

Cloud, qui ne cessait d’aller et venir d’un lit à l’autre, essayant de provoquer une réaction quelconque en parlant et touchant les argentés, finit par hausser les épaules et s’asseoir au chevet de Yazoo, qui fixait le plafond de ses yeux aussi vides que ceux de son frère.

- Je crois que Reeve a raison, Tifa, soupira-t-il, découragé. Il n’y a rien à faire. Ils ne…

La porte de la chambre s’ouvrit soudain à toute volée, faisant sursauter et crier Tifa.

Deux hommes et une femme en blouse blanche, flanqués de Reno, de Vincent et de Reeve s’engouffrèrent dans la pièce comme une tornade avec un plein chariot de matériel médical.

- Que… qu’est-ce qui se passe, ici ? s’écria Cloud en voyant les médecins se précipiter au chevet des argentés et rabattre brutalement les draps sur leurs corps nus, les découvrant entièrement. Qu’est-ce que vous faites ?

- Tout va bien, les rassura Vincent. Ces docteurs sont avec nous.

La voix de Rude résonna dans le couloir entre les cris affolés des employés. Il s’adressait visiblement à la nuée de turks qui venaient de se répandre dans l’établissement comme un vol de sauterelles.

- Mettez tous les responsables de sa section recherche aux arrêts ! cria-t-il. Et toi, avance, espèce d’ordure !

Il entra à son tour dans la grande chambre en poussant devant lui un médecin efflanqué d’une cinquantaine d’années.

- Vous n’avez pas le droit ! tempêtait ce dernier en essayant de se dégager de la poigne de fer du turk. Vous entendrez bientôt parler de moi et du président de ce centre hospitalier !

- Depuis très exactement 10 minutes, cracha Reno, le président de cet hosto s’appelle Rufus Shinra, connard ! Alors tu la fermes et tu nous dis ce qu’on veut savoir !

La femme médecin qui occultait Yazoo, une ravissante brunette d’une trentaine d’années, se tourna vers Vincent, sidérée.

- Ils ne les ont même pas soignés ! Regardez ça !

- Si on ne fait rien, c’est l’empoisonnement du sang assuré ! renchérit le médecin qui s’affairait au chevet de Loz, sous le regard inquiet de Tifa.

La jeune femme et Cloud regardaient sans y croire les plaies béantes - bouillie de chair infectée, de pus et de sang - sur la poitrine de Loz et la cuisse de Yazoo.

- Oh, mon Dieu…

- Ils ont dit qu’il les avaient opérés ! fit Cloud, abasourdi. Nous avons même vu les médecins les emmener au bloc !

- Ca, c’est ce qu’ils ont voulu nous faire croire, intervint Reno. Les fichiers informatisés du centre de recherche disent tout autre chose ! Hein, ” docteur ” ? demanda-t-il au médecin toujours maintenu fermement par Rude.

- Que leur avez-vous injecté, professeur Giarh ? lui demanda à son tour le troisième médecin amené par Vincent et Reeve, un tout jeune homme qui paraissait sortir fraîchement de l’institut de médecine.

Le professeur en question lui répondit par un sourire méprisant et Rude le secoua durement.

- On t’a posé une question, ordure !

- Ce n’est pas moi qui m’occupe des détails de ce genre, consentit à rétorquer l’antipathique personnage en accentuant encore son hideux sourire.

Il n’en fallut pas plus à Reno pour sortir de ses gonds.

D’un bond, il fut à ses côtés et il le frappa si fort qu’il lui brisa le nez.

- Ah ! Mais vous êtes cinglé ! pleurnicha l’homme, le nez en sang. Vous n’avez pas le droit ! Je vous traînerai en justice pour ça ! Vous me le paier…

- Vous devrez d’abord expliquer aux juges les 17 cadavres flottant dans le mako que nous venons de trouver, professeur ! le coupa Rufus en entrant à son tour dans la chambre, le faisant blêmir. Oui, professeur, mes hommes viennent d’intercepter le camion à la sortie du parking. Rude, sois assez aimable pour mettre ce déchet dehors en attendant les autorités compétentes pour lui rendre la monnaie de ses gils !

Le turk obtempéra en refermant soigneusement la porte et le médecin qui débranchait soigneusement la perfusion de Loz se tourna vers Cloud.

- Depuis quand sont-ils dans cet espèce d’état inconscient ?

- Depuis leur arrivée ici. Et c’est de pire en pire.

Les trois médecins échangèrent un regard sinistre.

- Qu’est-ce qui se passe, Vincent ? demanda Tifa.

Rufus soupira.

- C’est ce que nous aimerions savoir.

Cloud secoua la tête.

- Alors c’était vous, le piratage ?

- J’ai tout de suite senti que quelque chose n’allait pas, expliqua Vincent. Les médecins nous cachaient quelque chose.

- Pancuronium bromure ! s’écria la jeune femme médecin, penchée sur Yazoo, une petite lampe de poche braquée sur ses pupilles. J’en suis pratiquement certaine ! Regardez leurs yeux ! Je sais que vous êtes conscient, dit-elle à l’argenté en éteignant le petit faisceau lumineux. Battez des paupières si vous m’entendez.

L’argenté battit frénétiquement des paupières et le médecin qui s’occupait de Loz poussa un juron.

- Oh, mon Dieu… gémit le plus jeune praticien, horrifié.

- Qu’est-ce qui se passe ? demanda Tifa. Que leur a-t-on fait ?

- On leur a visiblement injecté des doses régulières de pancuronium bromure.

- Quoi ? s’écria Reno, profondément choqué.

- Que… qu’est-ce que c’est ? s’enquit Cloud.

- Un puissant paralysant musculaire, expliqua Reeve, soudain blême. Ils entendent, voient et sentent tout ce qui se passe mais sont incapables de bouger ou de parler.

- Quoi ? Mais c’est horrible !

” …I…FA… “

Le médecin près de Loz tressaillit et l’observa avec attention.

- Il n’arrête pas de murmurer mon nom, expliqua la jeune femme, la gorge serrée. Comme… comme s’il m’appelait.

Le médecin hocha la tête et grimaça, maussade.

- Ce n’est pas un murmure, mademoiselle, fit-il en remplissant une seringue. C’est un hurlement… Depuis des heures, il essaye très probablement d’appeler à l’aide et d’essayer de vous faire comprendre qu’il est toujours vivant.

Tous laissèrent échapper des exclamations horrifiées.

- Est-ce que vous m’entendez, mon garçon ? demanda le médecin d’une voix douce en se penchant sur l’argenté. Battez une fois des paupières pour ” oui ” et deux fois ” non ” Avez-vous compris ce que je viens de dire ?

Loz battit une fois des paupières et Tifa sentit son ventre se nouer.

Conscients… Ils étaient conscients depuis tout ce temps et avaient dû subir tous ces horribles examens sans pouvoir ne serait-ce que pousser un gémissement de douleur.

Quelle horreur… “ pensa-t-elle.

Voilà donc pourquoi Loz ne cessait de l’appeler. Il essayait de lui faire comprendre ce qui se passait, croyant sans doute que, parce qu’ils avaient combattu durant un long moment dans l’église de Midgar, la jeune femme serait plus à même que ses compagnons d’interpréter ses réactions.

Le pauvre… Je n’ai rien compris du tout. “

- Je sais que vous souffrez horriblement, dit encore le médecin mais c’est bientôt fini. Cette seringue contient un puissant anesthésique. Je vais piquer votre bras et l’injecter tout doucement. Si vous avez l’impression de voir la pièce tourner ou si vous vous sentez mal, clignez rapidement des paupières et j’arrêterai l’injection. Avez-vous compris ?

Un clignement.

- J’ai à présent besoin de connaître l’intensité de la douleur pour savoir quelle dose injecter. Sur une échelle de 1 à 10, 10 étant la pire douleur que vous n’ayez ressentie, dites-moi à quel point vous avez mal.

Loz cligna des paupières neuf fois de suite.

- Que le ciel nous vienne en aide… gémit Tifa en détournant le regard de la plaie béante de la poitrine que le jeune médecin venait de badigeonner de teinture d’iode.

Du côté de Yazoo se déroulait une scène similaire.

La jeune femme médecin venait de terminer l’injection et l’argenté avait fermé les yeux de pur soulagement.

- Sentez-vous encore quelque chose ? demanda-t-elle. Avez-vous encore mal ?

Les paupières diaphanes s’ouvrirent.

Les pupilles avaient repris leur apparence féline et n’étaient plus que deux minces traits noirs fendant l’iris.

Yazoo cligna deux fois des yeux : ” non “.

- Avez-vous froid ?

” Oui “

- Beaucoup ?

” Oui “

Reno prit une couverture chauffante dans le placard de la chambre et l’étendit doucement sur le corps imberbe, non sans laisser son regard courir un tout petit peu plus que nécessaire sur la peau lisse et le physique athlétique en tout point parfait.

Lorsque la chair délicate commença à se réchauffer, les joues blêmes se teintèrent d’une très légère teinte rosée.

- Est-ce que ça va un peu mieux ? demanda tout doucement le turk en se penchant sur l’adorable visage.

Les deux grands yeux vert topaze se plantèrent dans les siens et les paupières diaphanes clignèrent une fois.

- Laissez-vous aller, murmura la jeune femme médecin en caressant le front haut. Lorsque l’effet du pancuronium bromure se sera estompé, nous pourrons vous soigner correctement, vous et votre frère. D’ici là, n’essayez pas de lutter et dormez. Lorsque vous vous réveillerez, tout sera rentré dans l’ordre et vous pourrez à nouveau bouger et parler.

Yazoo ne se le fit pas dire deux fois et ferma les yeux pour de bon avant de sombrer dans le sommeil.

Ne plus sentir la douleur. Ne plus avoir peur. Enfin…

*

- Une trop forte dose de paralysant musculaire finit par entraîner la paralysie du diaphragme et, par conséquent, la mort par étouffement, expliqua le médecin le plus jeune tandis que ses confrères s’occupaient des argentés en salle d’opération.

- Mais c’est horrible ! s’écria Tifa, qui patientait en compagnie de Reno et de Cloud. Pourquoi vouloir les tuer de la sorte ?

- Pour les étudier. La mort par étouffement est celle qui conserve le mieux les organes.

Reno se détourna en ravalant un juron, malade de rage et révolté comme il l’avait rarement été.

Cloud hocha la tête.

- Et nous faire croire par la même occasion qu’ils se laissaient mourir d’inanition ! Bande de vautours ! Et moi qui croyais qu’Hojo était le pire malade qu’on n’ait jamais eu !

Le jeune médecin secoua la tête.

- Vous ne croyez pas si bien dire. Lorsque monsieur Shinra a dissout la branche de recherche génétique de la Shinra, il a bien fallu que les membres de son staff trouvent du travail ailleurs…

Cloud tressaillit.

- Vous voulez dire que les médecins qui travaillent ici… ?

Il ne put finir sa phrase.

- Non, monsieur Strife ! Pas tous. La preuve, j’en fais partie et jamais je ne m’abaisserais à faire le centième des horreurs que nous avons pu découvrir dans ce laboratoire de recherche. Non, uniquement les chercheurs - ou devrais-je dire ” les bouchers ” ? - du pôle de recherche expérimentale. Une branche très particulière de l’institut de recherche du centre hospitalier de Edge, désormais propriété de monsieur Rufus Shinra.

- Ils voulaient les disséquer comme des rats de laboratoire ? grimaça Tifa.

- Plutôt les conserver en l’état et les précieuses cellules de Jenova avec !

- Et nous qui pensions les sauver en les amenant ici… Mon Dieu !

- S’ils étaient restés au centre de soins, où ils sont maintenant, ils l’auraient été, croyez-moi. Cependant, si je puis me permettre…

- Oui, docteur ?

- Y a-t-il un endroit où ils peuvent, disons, se remettre paisiblement après l’intervention ?

Reno fronça le sourcil.

- Que voulez-vous dire ?

- Ailleurs que dans des locaux de la Shinra.

- Pourquoi donc ?

- Vous ne les avez pas vus avant d’entrer en salle d’opération, une fois les effets du pancuronium bromure estompés. Ils étaient…

- Quoi, doc ?

- Affolés. Oui. Totalement paniqués. Perdus. Et la vue de vos confrères dans les couloirs a fait grimper leur angoisse à des hauteurs affolantes.

- Ca, ça peut se comprendre, nota Tifa, un rien railleuse avec un clin d’œil à Reno.

Cloud secoua la tête.

- Kadaj disparu et Jenova ne les estimant plus utiles à quoi que ce soit et les ayant abandonnés… cela peut se comprendre. La ” réunion ” était leur seule raison de vivre et d’exister.

- Alors, il va falloir qu’ils en trouvent d’autres et seuls, je crains qu’ils n’y arrivent pas, intervint Vincent en les rejoignant dans la salle d’attente. Ils sont comme des enfants soudain lâchés dans la nature, avec des souvenirs et des connaissances qui ne sont pas les leurs, qu’ils n’ont eu le temps ni d’expérimenter ni de vérifier par eux-mêmes.

Cloud sembla réfléchir profondément et adressa à Tifa un regard suppliant.

Celle-ci secoua la tête.

- Cloud ! Nous avons deux enfants, avec nous !

- Eux, ils n’ont personne, Tifa.

- Mais… Ils peuvent rester ici. Ou dans les locaux de la Shinra. Ils sont mieux à même d’intervenir rapidement en cas de problème que nous !

- Ils me considèrent comme leur grand frère, plaida encore le jeune homme. Je… je ne peux pas me résoudre à les abandonner dans un hôpital ou un laboratoire ! Ils sont des victimes de Jenova, eux aussi.

Tifa soupira.

Elle non plus n’avait pas le cœur à les abandonner mais, bon sang, ils ne pouvaient pas recueillir chaque créature égarée de Edge ! Et ces hommes étaient dangereux, elle l’avait constaté elle-même à son corps défendant.

Et s’ils devenaient agressifs et s’en prenaient à Denzel ou à Marlène ?

- Je ne sais pas, Cloud…

- Je protégerai les enfants.

La jeune femme ricana.

- Je t’en prie, Cloud ! Tu n’es jamais là.

Ce dernier battit en retraite, ne voulant pas entrer dans ce genre de discussion, qui finissait invariablement en dispute cuisante entre eux.

- Je vais voir ce que font les enfants avec Reeve et Cait, coupa-t-il en s’éclipsant.

La jeune femme leva les yeux au ciel, excédée.

- Et voilà ! L’art et la manière d’échapper à ses responsabilités…

Vincent sourit et s’assit à ses côtés.

- Rufus peut envoyer Reno ou Rude vivre avec toi et les enfants quelques jours, pour te prêter main forte en cas de besoin et voir comment les choses évoluent. Et je passerai vous voir régulièrement, moi aussi.

- Pourquoi ne pas venir passer quelques jours au bar ? proposa Tifa. Ca te ferait le plus grand bien, à toi aussi, de te faire chouchouter un peu, le taquina-t-elle.

L’ancien turk cligna de l’œil, malicieux.

- Le but est qu’ils se sentent ” en famille ” et ” rassurés “, Tifa, pas surveillés ni épiés.

Celle-ci prit une profonde inspiration et laissa échapper un soupir déchirant.

- Comme si j’avais déjà pu dire non quand il s’agit de recueillir des chatons égarés… railla-t-elle.

Vincent rit de bon cœur et lui tapota l’épaule.

- Tout se passera bien, tu verras.

*

Depuis le seuil de la chambre, Tifa et Reno observaient Denzel et Marlène au chevet de Loz et de Yazoo.

En attendant que les deux pièces inoccupées de la maison soient aménagées le lendemain, la jeune femme avait fait installer les argentés dans sa propre chambre, elle-même partageant le lit de Marlène.

- Un vraie petite infirmière, regarde, fit remarquer le turk en souriant tandis que la petite fille épongeait le front moite de l’aîné inconscient avec délicatesse.

Tifa hocha la tête.

- Les enfants ont une capacité à pardonner et une facilité à donner leur affection qui m’étonnera toujours.

Yazoo poussa un petit gémissement dans son sommeil et Denzel se tourna vers eux.

- Qu’est-ce qu’il a ? Pourquoi il n’arrête pas de gigoter ? Il a mal ?

Reno secoua la tête.

- Non, mon grand, les docteurs leur ont donné des médicaments pour ça. C’est pour cette raison qu’ils sont endormis. Yazoo fait peut-être un cauchemar, tout simplement.

Le garçonnet parut réfléchir un instant puis tapa dans ses mains, comme s’il venait d’avoir l’idée du siècle, et se précipita hors de la chambre.

- Denzel ? demanda Tifa. Où vas-tu ?

- Chercher monsieur Carot !

Tifa pressa les deux mains sur la bouche pour ne pas éclater de rire et le turk fronça le sourcil.

- Qui ?

La jeune femme n’eut pas le temps de répondre que le petit était déjà de retour avec un vieux lapin en peluche, qu’il plaça sur l’oreiller, tout contre la tête de Yazoo.

- Monsieur Carot a l’incroyable pouvoir de chasser les cauchemars, chuchota Tifa avec solennité.

Reno hocha la tête avec une gravité de circonstance.

- Je vois. Une perle rare, ce Monsieur Carot. Un doudou de haute volée…

Ils échangèrent un regard et se détournèrent chacun d’un côté de la porte pour étouffer leurs rires de leurs paumes, incapables de garder leur sérieux plus longtemps.

à suivre.

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LI - J’ai mal à mon “ moi ”

«Il ne faut pas blesser une bête ;

on la caresse ou on la tue !»

Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Ne pas dormir… Il ne fallait surtout pas qu’il sombre dans l’inconscience ou les cauchemars reviendraient…

Il devait lutter contre cette langueur qui menaçait de l’engloutir. Lutter contre les sédatifs…

Lutter…

Lutter…

Lutter…

La sensation désagréable d’une aiguille que l’on retire de la chair de son bras…

Voilà… “ disait la voix douce. ” Avec ça, il devrait dormir comme un bébé. “

Quelque chose de petit, d’humide et de chaud qui se pose sur sa joue avec un bruit de ventouse…

Un baiser ?

Attention, Marlène. Ne t’appuie pas sur lui, tu pourrais lui faire mal. ”

Cette fois, la voix est grave, rocailleuse et puissante. Reconnaissable entre toutes.

Barret ?

Quand est-il revenu ?

Pourquoi il n’a pas ouvert les yeux ? “ demande la petite, une note inquiète dans son intonation fluette.

Parce que je l’ai endormi, ma chérie. Pour qu’il n’ait plus mal du tout. ”

Shalua…

Approche, Denzel, n’aie pas peur. “ dit la belle voix de Vincent. ” Tu vois ? Ne t’avais-je pas promis qu’il ne mourrait pas ? “

Une petite main tiède et timide sur son biceps…

Il va se réveiller quand ? “

Quand il se sera assez reposé. Mais pour cela, nous devons le laisser tranquille. Allez, fais-lui un bisou toi aussi et remontons avec les autres. “

A nouveau deux mains fragiles et enfantines sur sa poitrine et une petite bouche mouillée sur sa joue.

Tifa, on pourra revenir le voir avant d’aller dormir ? “

A la mention de ce nom, son cœur fait une embardée.

Tifa… Elle était donc là, elle aussi.

Une main tendre lui lisse les cheveux et le parfum délicat de la jeune femme lui caresse les narines. Elle semble inquiète.

Tifa…

S’il en avait la force, il lui sourirait pour la rassurer.

Bien sûr, ma chérie.”

Tu restes ici ? “

Oui. Yazoo et moi allons rester près de lui, cette nuit. “

Shalua, ne serait-il pas mieux là-haut que dans ce sous-sol aseptisé ? “

Vincent… le seul homme sans doute à détester les laboratoires autant que lui. Une fois encore, il aurait aimé sourire.

Probablement, oui. Mais il faudrait que Barret ou Rude nous aident à le trans… “

La jeune scientifique n’a pas le temps de finir sa phrase que Loz sent déjà des bras énormes se glisser doucement derrière sa nuque et le creux de ses genoux.

Pas de problème. “

Il est soulevé de son lit avec une facilité déconcertante et une douceur qui surprend de la part d’un colosse comme Barret.

Puis vient l’agréable sensation de léviter à plusieurs vingtaines de centimètres du sol alors que le chef d’avalanche l’emporte loin de l’infirmerie du laboratoire et monte prudemment l’escalier qui mene au rez-de-chaussée puis dans les chambres du premier étage.

Attention à sa tête, papa… “

Yazoo, les couvertures… “

Bon Dieu… Ce gosse est glacé, c’est normal ? “

C’est un effet secondaire du mako, Barret, ne t’en fais pas. “

Quelqu’un peut monter un peu le thermostat ? “

Denzel, tourne un peu le bouton, chaton. “

Venez, laissons-le se reposer. “

Des bribes de conversation.

Des voix qui se confondent.

Des mains sur ses bras, sa poitrine et son front.

Des pas qui s’éloignent et une porte qui se referme doucement.

Ses narines frémissent et son odorat surdéveloppé détecte un parfum de femme et de sexe qui flotte dans l’air, affolant, entêtant et imperceptible pour le commun des mortels.

La chambre de Tifa…

La douceur d’un oreiller frais et moelleux sous sa nuque et l’odeur mêlée de son propre corps et de celui de la jeune femme sur les draps.

Le lit de Tifa…

Tifa…

Dont les seins tendres et lourds se pressent à présent contre son bras. Dont la main lisse ses cheveux et caresse sa joue. Dont les lèvres chaudes effleurent sa tempe moite d’une sueur glacée…

Tifa.

- Ti… fa…

- Chut… Je suis là. N’essaye pas de parler, repose-toi. Dors, mon pauvre amour. Dors…

Dormir ?

Oui… Oui, maintenant il pouvait dormir.

Tifa était là.

Elle éloignerait les cauchemars.

Elle veillerait sur lui.

Dormir…

Enfin…

*

Malgré la croûte de sang séché qui lui fermait à demi la paupière, Weiss plongea son regard bleu opalin dans les prunelles ectoplasmiques d’Angeal, qui s’était accroupi aux côtés de Nero, étendu inconscient aux pieds de son frère.

- Par tous les démons de la planète… jura le soldat horrifié. Que lui est-il arrivé ?

Incrédule, il détaillait le corps amaigri engoncé dans une épaisse combinaison de cuir noir qui paraissait meurtrir la fragile peau de porcelaine de Nero, dont les bras étaient assujettis par de robustes lanières renforcées.

Son visage délicat, si féminin, et qui lui avait valu au sein du SOLDAT - tout comme à Sephiroth - autant d’admiration que de railleries, se voyait à présent comprimé dans une sorte de masque de contention qui lui maintenait la mâchoire et lui permettait tout juste d’entrouvrir la bouche. Quant à sa luxuriante chevelure noire, elle était - à l’instar de celle de son frère - d’une longueur qu’Angeal ne lui avait jamais connue, mal entretenue, coupée à la va-vite et hirsute.

Mais le pire était sans doute la vision des deux tiges de métal ensanglantées qui saillaient de son dos souple et gracieux à la façon de deux énormes échardes et qui finissaient de lui donner l’air pathétique d’un ange déchu aux ailes arrachées jeté cruellement sur terre par un Dieu sadique… Et, sur ce point, Angeal n’imaginait pas à quel point il était proche de la vérité !

- Au Deepground… Hojo a surdéveloppé… ses pouvoirs psychiques, haleta Weiss, dont l’inconfortable position, puisqu’il était toujours suspendu par les poignets, l’empêchait de respirer convenablement. Il… Il a fallu trouver un moyen de les… brider… C’est… c’est la façon la plus… efficace que le professeur ait trouvée.

Le soldat secoua tristement la tête, pris de pitié.

- C’était surtout la plus facile… Je reconnais bien là cette ordure d’Hojo.

- Hojo a… avait implanté des sortes d’ailes, dans son dos… Des appendices métalliques articulés qui… qui lui permettaient de remplacer ses mains lorsque que ces dernières… étaient attachées mais… Genesis… Genesis les lui a arrachés pour l’empêcher de… de se libérer ou de… m’aider à me libérer moi.

Angeal lut dans ses yeux la supplication muette qu’il n’osait formuler et secoua la tête avec un pincement au cœur.

- Je suis désolé, Weiss… s’excusa-t-il. Je ne suis hélas guère plus qu’un fantôme, désormais.

Il fit mine se saisir une pierre qui se trouvait près de son pied et sa main ectoplasmique passa au travers.

- Si cela n’avait pas été le cas, reprit-il. Je vous aurais déjà libérés et sortis d’ici, tu t’en doutes bien.

Weiss acquiesça tristement.

- Je… comprends. Et je n’en mérite sans doute pas plus… de toute façon.

Le soldat se redressa et planta son regard franc dans les yeux azurés.

- Je suis au courant pour l’Omega. Mais, que tous les Dieux m’en soient témoins, Weiss, ni toi ni ton frère n’étiez préparés à affronter ce genre de situation. Pas plus que Sephiroth ne l’était pour résister à la volonté de fer de Jenova et à ses sordides manipulations.

- J’aurais dû… me méfier. J’aurais dû résister. Je mérite… ce qui m’arrive, Angeal, mais… mais pas Nero… C’est moi qui l’ai entraîné dans le Deepground… Ils disaient… Ils disaient que c’était… la nouvelle unité d’élite… Que…

- Tu as été manipulé par les savants fous de la Shinra, mon garçon. Comme beaucoup d’autres. Moi y compris. Nous avons tous joué avec le feu, à un moment ou l’autre. Mais c’est du passé. C’est devant qu’il faut regarder, en direction de l’avenir, et ne jamais oublier la leçon qui nous a été donnée. Toutes ces erreurs que nous avons commises, il est grand temps d’essayer de les réparer. Pas pour nous mais pour cette planète et pour ceux à qui nous la laisserons. Que cherche Genesis, Weiss ? Que diable s’est-il passé ? Je croyais qu’il avait fait amende honorable et s’était repenti. Nous étions tous persuadés qu’il était enfin en paix. Qu’est-il arrivé, Weiss ?

- C’était peut avant l’éveil de l’Omega. Nero… J’ai tué Nero… Enfin, Hojo l’a tué… Son enveloppe mortelle, du moins. Mais mon frère a… a eu le temps de sauver son essence et de se cacher dans son monde de ténèbres avant de… de trouver refuge en moi et de chasser Hojo. Il… il m’a aidé à survivre à la puissance dévastatrice de l’Omega. Nero a… a bien plus de volonté et de force psychique que moi. Après la bataille, j’étais vivant mais mal en point alors… alors il a brisé le cristal mako dans lequel se trouvait Genesis pour s’emparer de son corps et… et me sauver. Cela s’est fait si facilement que… que Nero était même persuadé que l’âme de Genesis avait quitté son enveloppe depuis longtemps pour rejoindre la rivière de la vie mais…

- Mais ce n’était pas le cas, termina Angeal à sa place.

- Non… Il a bien caché son jeu. Il a laissé faire Nero durant des semaines, sans montrer le moindre signe… de sa présence. Et lorsque j’ai commencé à reprendre des forces… Il s’est manifesté.

Angeal se pencha à nouveau sur Nero. Il dormait, ou plutôt avait sombré dans cette sorte de profonde inconscience à la limite du coma où il était plongé la plupart du temps depuis que Genesis l’avait chassé de son enveloppe charnelle.

La substance du jeune ténébreux, mi-psychique, mi-physique, était encore si fragile qu’elle en était presque translucide et point n’était besoin d’enfoncer l’index dans la chevelure brune pour voir que les os du crâne étaient encore mous. Les endroits où Genesis avait frappé, et où s’étalaient des hématomes à présent noirâtres, ne présentaient aucune inflammation trahissant une cassure, ce qui aurait pourtant dû être le cas au vu de l’évidente brutalité des coups portés.

A quelques mois de guérison près, Nero était dans le même état que Sephiroth lorsqu’Aerith l’avait sorti de la rivière de la vie.

Depuis quand Genesis avait-il des pouvoirs et des connaissances cetra nécessaires à condenser la matière psychique et la transformer en matière solide ?

- C’est Genesis qui a fait ça ? demanda le Soldat.

- Non, c’est… c’est la proximité de la rivière de la vie qui permet à Nero de garder une forme… solide à peu près stable. S’il s’en éloigne il… il tient à peine sur ses jambes sans les briser.

- Tu veux dire que c’est lui-même qui reconstitue son corps cellule après cellule à partir de son moi psychique ? s’étonna Angeal

Weiss hocha la tête et sourit avec tristesse.

- Genesis l’y contraint en l’empêchant de se réfugier… en moi. Il… Il est en train de…

Il toussa douloureusement et le soldat finit la phrase à sa place.

- D’épuiser ses ressources psychiques pour reconstituer son corps physique. Autrement dit, Genesis est en train de le tuer pour de bon. Bon sang, Weiss, à quoi ça rime, tout ça ? Que cherche à faire Genesis ? Et pourquoi ?

- Genesis… a passé une sorte de pacte… avec Jenova.

Angeal blêmit.

- Quoi ?

*

Reeve arrêta l’enregistrement et Yazoo se laissa tomber lourdement dans le fauteuil du bureau de Shalua, le regard perdu et la gorge serrée.

Cette dernière lui enserra les épaules de son bras valide et le serra contre son giron dans un geste d’affection tout maternel.

- Nous ne sommes pas obligés de leur montrer tout l’enregistrement, Yazoo baby. C’est à toi de choisir.

- Qu’est-ce que je suis, Shalua ? murmura l’incarné d’une voix brisée tout juste audible. Quel monstre suis-je donc ?

Reeve referma l’ordinateur portable et s’accroupit à ses pieds.

- Tu n’as rien d’un monstre. L’hermaphrodisme est un phénomène bien plus courant qu’il n’y paraît. Si tu le souhaites, une opération pourrait même se pratiqu…

- Non ! le coupa le jeune homme. Enfin, je veux dire… Je… Je dois réfléchir. Je… (Il repoussa la jeune femme et se prit la tête dans les mains) Je ne sais plus…

Celle-ci jeta un regard inquiet au chef de la WRO, qui hocha gravement la tête.

- Je me suis souvent demandé pourquoi j’étais moins résistant que Loz, poursuivit l’incarné comme s’il se parlait à lui-même. Pourquoi il y avait ce côté si… efféminé, si fragile en moi. Je… Je pensais que c’était dû à notre naissance et à la façon dont nous avions été conçus…

- Yazoo… reprit Reeve. Je sais que tu viens d’avoir un choc terrible mais les informations que contient cette vidéo et ce que mes hommes ont trouvé dans les labos du Deepground est très important. Quelque chose de très grave se prépare. Nous devons en informer les autres au plus vite et je dois savoir si tu souhaites que nous coupions le passage qui te concerne.

L’argenté plongea ses incroyables yeux fendus dans les siens et Reeve y lut un monde de doutes et de souffrance.

Le cœur et la fierté de Yazoo avaient envie de répondre ” Non ! Je ne veux pas que Reno et mes frères sachent quelle créature monstrueuse ni quelle erreur de la nature je suis ! “ mais sa raison fut la plus forte et il acquiesça lentement.

- Ne leur cachez rien, fit-il à contrecœur. Les membres d’un clan doivent se faire confiance, quoi qu’il arrive et… Ne faisons-nous pas tous partie d’un clan, désormais ? Les difficultés, les souffrances et les dangers ne nous ont-ils pas rapprochés plus que de simples liens familiaux ne sauraient le faire, des derniers jours ?

- Si, Yazoo baby, répondit Shalua, la gorge nouée par l’émotion en serrant ses mains fines dans la sienne. Nous formons tous bel et bien un clan, désormais.

Il se laissa aller contre elle, incapable de retenir ses larmes plus longtemps à la seule pensée que lui et Reno ne partageraient bientôt plus jamais le même lit et qu’il ne sentirait plus jamais ses bras autour de lui.

Lorsqu’il aurait vu la vidéo, le turk frémirait de dégoût à la seule pensée de ce qui avait failli se passer entre eux.

- Il faut retrouver le bébé, Reeve, fit-il entre deux sanglots. C’est ça, l’important. Retrouver le fils de mon frère et découvrir ce que ce Genesis a derrière la tête.

Il serra les paupières de toutes ses forces pour chasser la photo que lui avait montré Reeve. Celle d’un fœtus de quatre mois à peine dans une coupelle d’aluminium.

Son fils à lui.

Une expérience ratée.

Un simple déchet.

Comme lui…

à suivre

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L - Sang pour sang

«Le sang se lave avec des larmes
et non avec du sang.»

Victor Hugo

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : d’après un dessin de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Réunis dans la grande salle, où personne n’avait touché au déjeuner servi par les domestiques, chacun était prostré, assis sur sa chaise ou debout et les bras ballants près de la table monumentale débordante de victuailles.

On avait eu beau fermer portes, fenêtres et battants, les cris de Loz résonnaient à intervalles réguliers dans tout le manoir, figeant les habitants de l’antique demeure qui cédaient alors aux prières, aux jurons ou aux larmes.

- Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu… ne pouvait que sangloter Gretta, son mouchoir de fine dentelle pressé sur sa bouche et les oreilles encore sifflantes des cris de bête blessée qui montaient du sous-sol.

Rufus, blême, lui posa la main sur l’épaule.

- Ca va aller, Gretta. Cela fait plus de trois heures, à présent, les phases d’inconscience sont de plus en plus fréquentes. C’est bon signe, cela signifie que le mako est presque assimilé.

La brave femme secoua la tête et essuya ses yeux rougis.

Trois heures…

Trois interminables heures qu’ils étaient tous là, à prier pour que l’organisme de Loz assimile le mako au plus vite et que les hurlements cessent.

Trois heures durant lesquelles l’argenté alternait les phases de syncope, lorsque la douleur se faisait insupportable, et de conscience, lorsque cette même douleur le réveillait en hurlant.

Yazoo se leva pour faire quelques pas nerveux devant l’une des hautes fenêtres et Reno le suivit du regard, résistant à l’envie de le rejoindre pour le serrer contre lui.

Kadaj, le regard vide, était attablé devant une assiette à laquelle, à l’instar des autres convives, il n’avait pas touchée, et serrait les poings si fort que les articulations de ses phalanges avaient viré au blanc.

Yuffie lui pressa timidement les doigts en signe de soutien et le garçon recouvrit la petite main de la sienne avec un sourire triste.

- Pourquoi le mako est-il encore aussi actif ? demanda l’Utaïenne à Rufus et à Vincent d’une voix étranglée.

Rude, planté devant la fenêtre, le regard perdu dans le vide, serra les poings.

- Elle a raison, renchérit-il, si inquiet qu’il en était excédé. Shalua a assuré qu’elle pourrait endormir Loz deux heures après l’injection, lorsque le mako serait assimilé par son organisme, mais ça fait plus de trois heures qu’il souffre comme un damné ! Qu’est-ce qui se passe, merde ? !

Tifa éclata à nouveau en sanglots et il maudit aussitôt son manque de contrôle.

- Il n’était pas au mieux de sa forme pour ce genre d’intervention, expliqua calmement Reeve en passant un bras consolateur autour des épaules de la jeune femme.

- Loz était épuisé, Rudo, répondit cette dernière d’une voix tout juste audible. Il n’arrête pas de faire d’horribles cauchemars. Il en a même été malade, la nuit dernière.

Reno hocha la tête.

- Il nous en a parlé, dans l’hélico. Yazoo non plus n’a presque pas fermé l’œil de la nuit. Hein, m… ?

Il allait dire ” Hein, mon ange ? ” mais s’était mordu la langue juste à temps.

Yazoo acquiesça, absent, et Kadaj redressa la tête.

- Quel genre de cauchemars ? Mèr… Jenova ?

Son frère allait répondre lorsqu’une nouvelle série de hurlements s’éleva du sous-sol et résonna dans chaque recoin du manoir.

- Putain, c’est pas vrai… jura Reno en se prenant la tête dans les mains, l’estomac noué. Ca ne peut plus durer, ça fait des heures qu’il crie à s’en arracher les cordes vocales ! Il y a bien quelque chose à faire pour le soulager, bordel !

Vincent ouvrir la bouche pour répondre mais fut interrompu par Denzel qui, ayant échappé à la jeune domestique et à Cait 9, qui avaient reçu pour consigne d’emmener les enfants se promener dans le parc et leur épargner ainsi les cris de souffrance de Loz, se jeta dans le giron de Tifa en sanglotant.

- Pardon, Miss Lockheart, s’excusa la jeune fille à qui l’on avait confié Marlène et le garçonnet. Il s’est précipité. Même du point le plus éloigné du parc, on entend crier monsieur Hojo.

Elle rentra la tête dans les épaules, effrayée par les cris en question qui montaient du sous-sol, et Gretta lui fit signe de sortir.

- Ca va aller, ma fille, vous pouvez disposer.

La jeune femme fit une petite courbette et s’en fut sans demander son reste.

Marlène, qui tenait Cait par la main (ou plutôt par la patte), lâcha l’animal pour courir vers Yazoo, dont elle enlaça les hanches de toute la force de ses petits bras en enfouissant son visage contre son ventre.

- Yazoo, j’ai peur ! sanglota-t-elle. Pourquoi Loz a aussi mal ? Qu’est-ce qu’on lui fait ?

L’argenté se pencha pour étreindre la fillette et lui caressa les cheveux.

- Ce n’est rien, chuchota-t-il à son oreille, rassurant. C’est bientôt fini, je te le promets.

- C’est de ma faute ! s’égosilla Denzel, en larmes.

Tifa fit un effort pour ravaler les siennes et essaya d’apaiser le garçonnet.

- Qu’est-ce que tu racontes ? Oncle Cid a eu un… un accident mais… Denzel, tu n’y es pour rien, voyons.

- Pas oncle Cid ! Loz ! (Il s’accrocha au corsage de la jeune femme avec des pleurs désespérés) Pardon, Tifa, je voulais pas ! Je te jure que je voulais pas ! Oncle Cid m’avait prévenu mais j’ai pas voulu l’écouter ! Je voulais pas ! Je voulais pas ! J’étais juste en colère, je te le promets !

- Chut… Allons, du calme. De quoi est-ce que tu parles ? Loz a très malade parce qu’il a voulu aider oncle Cid mais il va guérir très vite, Denzel, tu verras.

Le garçonnet secoua furieusement la tête.

- C’est pas vrai ! Oncle Cid l’avait dit : il faut jamais faire des vœux méchants parce que si un démon les entend, ils risquent de se réaliser ! Et c’est exactement ce qui s’est passé !

Denezel paraissait terrifié et Tifa jeta à Vincent un regard affolé.

L’ancien turc s’approcha et s’accroupit devant le garçonnet.

- Pourquoi dis-tu que c’est de ta faute, Denzel ? demanda-t-il tout doucement en lui caressant la tête. Qu’est-ce qui s’est passé, d’après toi ?

Le petit renifla à plusieurs reprises et geignit :

- J’ai dit à Loz que je voulais qu’il crève et maintenant… maintenant, il est en train de mourir !

Comme pour lui donner raison, un ultime cri résonna, les figeant tous, et s’éteignit, plongeant la demeure dans un silence sinistre.

- Loz n’est pas en train de mourir, assura Kadaj, qui s’était approché à son tour. Comme ta maman te l’a dit, Cid a eu un accident et…

- C’est pas vrai ! C’était pas un accident ! Shera a voulu le tuer, Marlène et moi on l’a bien vu, il y avait du sang partout ! Arrête de mentir, je suis plus un bébé !

- D’accord. D’accord, ce n’était pas un accident, c’est vrai. Mais mon frère a dû lui donner beaucoup de sang pour le sauver. C’est pour ça qu’il est malade. Parce que, pour compenser tout ce sang perdu, on a dû lui faire une piqûre qui fait très très mal mais ça va passer.

- Menteur ! Tu dis juste ça pour me rassurer ! Loz va mourir et c’est à cause de moi !

Kadaj secoua la tête et sourit.

- Non, Denzel. Il ne va pas mourir. Je t’en donne ma parole.

Le garçonnet se tourna vers Vincent et celui-ci acquiesça.

- Kadaj a raison, Denzel. Bientôt, Loz va s’endormir et tu pourras même descendre le voir pour t’assurer qu’il va bien. Je t’emmènerai, si tu veux. D’accord ?

Le petit acquiesça, pas tout à fait rassuré encore, et Tifa lui essuya le visage avec un mouchoir en papier.

- Promets-moi que tu seras gentil avec Loz, lorsqu’il se réveillera. (Denzel se blottit contre elle dans son giron et hocha la tête en reniflant) Il nous aime beaucoup, tu sais…

- Et toi ? chuchota le garçonnet d’une voix à peine audible. Tu l’aimes ?

- Oui… répondit-elle, la gorge serrée. Oui, Denzel. Bien plus que je ne l’aurais jamais cru…

***

Genesis, le bébé aux cheveux argentés dans les bras et un sourire satisfait sur les lèvres, se tenait debout au bord de la source qui alimentaient en eau la ville de Nibelheim, au cœur du mont Nibel.

L’eau de Nibelheim était connue pour sa pureté et ses propriétés curatives. Certains faisaient des kilomètres pour la boire car les instances locales, craignant que la source ne finisse par se tarir ou, pire, par être polluée, en avaient toujours refusé la commercialisation.

Quiconque voulait profiter des bienfaits de l’eau de Nibelheim devait venir sur place ou s’en faire envoyer quelques bouteilles par des amis ou de la famille.

L’origine des bienfaits de l’eau n’était un mystère pour personne, dans la région : la rivière de la vie coulait juste sous la source et lui transmettait ainsi une part de ses propriétés - dont un infime pourcentage de mako idéal pour consolider les os des nourrissons et des personnes âgées.

Mais, ce que les habitants de Nibelheim ignoraient encore c’est que, depuis deux jours, un nouvel élément faisait désormais partie de la composition de l’eau…

Genesis ricana en dépliant la lame d’un petit canif affûté comme un rasoir et, voyant l’objet scintiller, le bébé s’agita aussitôt dans ses bras et se mit à pleurer.

Mais il eut beau faire, ruer et crier de toute la force de ses minuscules poumons, une petite créature comme lui était bien incapable de résister à l’ancien soldat, qui se saisit d’une jambe potelée portant déjà plusieurs profondes coupures à demi-cicatrisées.

Sans une hésitation ni la moindre pitié, la lame du canif entailla en plusieurs endroits la chair tendre du pied du bébé, qui hurla à s’en arracher les cordes vocales, et un filet de sang écarlate coula dans la source d’eau pure, où il se dilua totalement.

Un sourire torve déformant ses lèvres sensuelles, Genesis regarda le sang gorgé des cellules de Jenova partir à la dérive pour rejoindre la nappe phréatique souterraine où un imbroglio de tuyaux distribuerait l’eau ainsi souillée à chaque fontaine, chaque maison, chaque robinet de Nibelheim… où elle serait bue.

Quelques gouttes de sang… la quantité paraissait ridicule comparée aux milliers de litres d’eau dans lesquels il s’était dissous et pourtant !

Une seule cellule de Jenova suffisait.

Oui, une seule minuscule cellule dans un corps humain et le lien entre le porteur et la calamité tombée du ciel pouvait se faire : une voie royale pour les géostigmates…

Le sang cessa de couler du pied du nourrisson et Genesis le lécha pour le nettoyer avant de le remettre sous la couverture moelleuse.

- Chut… C’est fini, bébé, allez, allez… Ce n’est rien du tout, arrête de pleurer. (Les cris du poupon redoublèrent et l’ancien soldat ricana) Aussi pleurnichard que papa, hein ? railla-t-il gentiment.

Il s’éloigna de la source en direction de la grotte ténébreuse, un niveau plus bas, où coulait la rivière de la vie par laquelle il était arrivé deux jours plus tôt…

***

Barret gara le camion dans le parc et monta l’escalier de pierre quatre à quatre, un paquet enrubanné sous le bras.

Il n’avait pas voulu appeler pour annoncer son retour et faire ainsi la surprise à Marlène.

Comme il s’y attendait, tous étaient réunis pour le déjeuner dans la grande salle et il avança à pas de loup jusqu’à la porte monumentale, dont il poussa les deux battants d’un geste théâtral.

- Alors ? On ne m’attend même pas pour manger ? claironna-t-il avec un rire enjoué. Qu’est-ce qui se passe, ici, quelqu’un est mort ? essaya-t-il de plaisanter en voyant les regards hébétés des convives.

Il remarqua alors que les assiettes étaient pleines, la nourriture froide et bien des yeux rougis.

- Papa ! sanglota Marlène en s’arrachant à l’étreinte de Yazoo pour se précipiter dans ses bras.

- Que… qu’est-ce qui se passe ? demanda encore Barret, de plus en plus inquiet en cherchant Cloud des yeux. Où est Cloud ? Et Cid ?

- Barret… commença Vincent en venant vers lui. Viens, assieds-toi.

- M’asseoir ? Pourquoi ? s’enquit-il, l’estomac soudain noué. Qu’est-ce qui risquerait de me faire tomber à la renverse ?

- Barret…

- Bordel de merde, Vince, dis-moi ce qui se passe !

- Il s’est passé pas mal de choses durant ton absence. Cid est bas, à l’infirmerie, mais il va s’en sortir, ne t’en fais pas.

- S’en sortir ? Comment ça ? Il a été blessé ? On s’en est pris à lui ? Et Cloud ? Où est Cloud ?

Le chef d’avalanche regardait autour de lui et essayait de compter les absents, mort d’inquiétude. Son regard s’arrêta alors sur Kadaj et Yazoo.

- Où est le troisième enfoiré ? cracha-t-il en serrant les poings.

- Barret, calme-toi, ce n’est pas du tout ce que tu crois ! intervint Tifa, les larmes aux yeux.

- C’est ce fils de pute, hein ? Il s’en est pris à eux ! Je savais qu’on ne pouvait pas leur faire confiance !

Il voulut se jeter sur les argentés mais Vincent, Reno et et Rude s’interposèrent.

- Arrête papa ! hurla Marlène, en larmes, en repoussant son père. Arrête, s’il te plaît ! Arrête !

Les petits bras fragiles arrêtèrent plus facilement dans son élan le chef d’AVALANCHE que les muscles des turks et de Vincent.

Il s’accroupit aussitôt pour serrer sa fille adoptive contre lui.

- Pardon, princesse, je ne voulais pas t’effrayer. Mais votre salopard de frère, il ne perd rien pour attendre ! menaça-t-il Yazoo et Kadaj. Où est cet enfoiré, Vince ?

- Arrête ! pleura de plus belle Marlène. Tu comprends rien ! Loz n’a rien fait ! C’est Shera ! Elle a essayé de tuer Cid et Loz l’a sauvé !

Barret cligna des paupières, abasourdi.

- Que… quoi ?

- C’est la stricte vérité, Barret, intervint Reeve.

Un nouvel hurlement de douleur monta du sous-sol et le chef d’avalanche se raidit, horrifié.

- Oh, mon Dieu… sanglota Gretta en pressant d’une main son mouchoir de dentelle sur sa bouche tandis que l’autre serrait celle de Tifa. Mon Dieu, ayez pitié de lui, je vous en supplie…

- Ce… C’était quoi, ça ? bredouilla Barret.

- C’est Loz, papa, hoqueta Marlène, les yeux inondés de larmes. Ils ont dû lui lui faire une piqûre de mako, comme dans le film…

Son père blêmit au souvenir des horribles images des vidéos de surveillance.

- Vince… Par tous les démons de la planète… Mais qu’est-ce qui se passe, ici ?

à suivre

Un parfum de vieux cuir

***

Rédaction : Shiva Rajah d’après une nouvelle de Claude Neix

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : les volontaires sont les bienvenus

***

John Highwind se débarrassa de son épais blouson d’aviateur et poussa un soupir en se massant la nuque.

Son jeune ordonnance le salua d’un sobre garde-à-vous parfaitement exécuté.

- Avez-vous encore besoin de quelque chose, mon Capitaine ?

- Non, Rayn, tu peux aller te coucher, il est tard.

Le garçon en uniforme salua à nouveau et sortit d’un pas leste.

John Highwind se laissa tomber sur son lit et regarda la jeune femme qui le contemplait depuis le cadre de la commode.

Presque aussi blonde que lui, elle avait des yeux aussi verts que les siens étaient bleus. Il se leva et caressa le verre qui protégeait la photo.

- Où es-tu Sarah ? demanda-t-il. Pourquoi a-t-il fallu que tu me quittes si tôt ?

Sa jeune épouse était morte en couches, cinq ans plus tôt, lui laissant ce qu’il considérait comme son plus beau cadeau : un petit garçon qui était le portrait de son père et avait hérité du cœur de sa mère : un cœur qui offrait sans hésiter et lui avait permis de supporter le départ de celle qu’il avait tant aimé.

Avec un soupir déchirant, le jeune officier s’arracha au portrait et se dévêtit. Il dormirait seul, comme chaque nuit, incapable qu’il avait été de remplacer ne serai-ce qu’un instant celle qu’il n’avait pu oublier.

Il se pencha sur le miroir de la commode, passa la main sur sa barbe naissante et, après une courte hésitation, prit un rasoir électrique dans l’un des tiroirs. Ce serait déjà ça qu’il n’aurait pas à faire le lendemain matin !

Bon sang, ce qu’il pouvait détester se raser ! Cela ne manquait d’ailleurs jamais de faire rire Sarah…

Il sourit tristement à son reflet et ferma les yeux, imaginant les mains de sa femme lui pincer tendrement les joues.

Tu parles d’une allure martiale ! On dirait un porc-épic avec des galons d’officier ! “

Avant qu’il ne s’en rende compte, des larmes s’étaient mises à couler de ses yeux azurés et il les regarda rouler sur ses joues, la main crispée sur le rasoir électrique. Combien de fois Sarah lui avait-elle dit qu’il était l’homme le plus séduisant qu’elle n’ait jamais vu ? Il en avait perdu le compte.

C’est vrai que John Highwind était loin d’être laid : un visage viril et anguleux aux pommettes hautes, des yeux céruléens en amande, immenses et ornés de longs cils d’un blond plus sombre, et des sourcils élégamment dessinés…

- Papa !

Un petit garçon blond, vivant portrait de son père, se jeta presque sur lui et le serra comme s’il n’avait jamais cru le revoir.

Le jeune officier n’eut pas le cœur de le renvoyer dans sa chambre.

- Cid ! As-tu une idée de l’heure qu’il est ?

Le garçonnet fit la moue et toucha son visage.

- Tu as pleuré… dit-il d’une petite voix.

John Highwind le serra contre lui.

- Mais non, Cid… le rassura-t-il. J’ai les yeux gonflés parce que je suis très fatigué, c’est tout.

Le petit le fixa, comme s’il essayait de deviner si son père lui mentait.

- Tu es monté haut comment dans le ciel, aujourd’hui ?

Il saisit le blouson de pilote de son père et essaya de l’enfiler avec difficulté. Le vêtement le couvrait presque entièrement et son géniteur éclata de rire.

- Haut, Cid. Très haut ! Plus haut que les nuages ! Je te raconterai ça demain, ce n’est pas l’heure, pour un petit garçon, d’être encore debout.

Il reprit le rasoir, qu’il venait de poser, et commença à se raser.

Cid s’approcha de lui et le regarda faire avec curiosité.

- Quand je serai grand… Je serai aussi beau que toi ?

John Highwind éclata de rire et le prit sur ses genoux.

- Bien plus beau, assura-t-il. Les filles se disputeront tes faveurs.

- Moi aussi, j’aurai un petit garçon ?

- Bien sur, tu en auras même plusieurs ! Des petits garçons et des petites filles qui auront à leur tour des…

- J’aime pas les filles !

John Highwind rit de plus belle.

- Et pourquoi donc ?

- Elles sont idiotes !

- Nous en reparlerons dans quelques années. Je pense que, d’ici là, tu auras changé d’avis.

Cid joua un instant avec les doigts de son père.

- Papa… Il faut se marier pour avoir des enfants ?

L’interpellé leva un élégant sourcil.

- Tu sais bien que non. Je t’ai déjà expliqué cent fois comment on faisait les enfants. Mais c’est préférable. Pour que tes rejetons soient reconnus par tous. Pourquoi cette question ?

Le garçonnet hésita un instant.

- Genesis est venu à l’aérodrome, aujourd’hui..

John Highwind leva les yeux au ciel, excédé.

- Allons bon ! Et… je suppose qu’il était accompagné ? (Cid hocha le tête.) Et c’était qui, cette fois ? Un turk ? Un scientifique ? Un acteur ?

Le petit le dévisagea, étonné.

- Je ne sais pas. Il a appelé ça un ” compagnon “. Et il avait un petit garçon. pourtant, il a dit qu’il n’était pas marié !

John Highwind prit sur lui pour garder son sérieux.

- Disons que Genesis et ses amis sont l’exception qui confirme la règle.

Le garçonnet tapa dans ses mains.

- C’est bien ce que je disais ! On a pas besoin d’être marié !

- Cid… Tu es un petit garçon et, comme tous les petits garçons, tu détestes les filles. Mais ça changera, tu peux me faire confiance.

- Alors je veux une femme comme maman ! (Son père eut un sourire triste et le serra contre lui.) Elle était comment, maman ? J’veux dire… pas physiquement.

Cette question, John Highwind y avait répondu maintes et maintes fois mais, comme à chaque fois que son fils la posait, il le souleva dans ses bras et alla s’allonger sur son lit, le garçonnet blotti contre lui, buvant ses paroles.

- Sarah était très douce, murmura-t-il. Je ne l’ai jamais entendu prononcer un mot plus haut que l’autre.

- Les autres filles elles crient tout le temps !

- Oui, acquiesça le jeune capitaine, mais ta mère n’était pas comme les autres filles. Elle était unique. Je l’aimais plus que moi-même et elle m’aimait aussi.

- Et moi ?

John Highwind se souvint des détails de la grossesse de sa femme avec une tendresse qui lui déchira le cœur.

- Elle t’a porté dans son ventre en bénissant le ciel chaque jour. Elle s’imaginait déjà te berçant dans ses bras. Elle avait préparé un énorme trousseau. Des centaines de petits vêtements pas plus grands que ça !

Cid regarda le doigt de son père.

- J’étais aussi petit que ça ?

- Tu étais minuscule. Minuscule et tout rose. Avec un petit toupet blond sur le sommet du crâne, comme les vieux. (Cid le pinça.) Ah ! Ah ! Ah ! Tu étais le plus beau bébé du monde, pour moi. Et le seul que je n’aurai jamais…

Le garçonnet s’appuya sur la large poitrine de son père.

- Pourquoi tu ne t’es jamais remarié ?

- J’ai trop aimé ta mère pour pouvoir l’oublier.

Cid parut réfléchir intensément et cette expression de sérieux sur le visage d’un si petit garçon fit sourire son père.

- Tu sais quoi, p’pa ? Je crois que je suis amoureux, moi aussi, finit-il par avouer.

- Tiens donc ! railla John Highwind, plus amusé que jamais. Et qui a l’honneur d’avoir volé ton cœur ?

- Vincent Valentine !

Le jeune officier manqua de s’étouffer avec le verre d’eau qu’il s’apprêtait à boire.

Il toussa plusieurs fois avant d’éclater franchement de rire.

- Ca n’a rien à voir, Cid ! Ah ! Ah ! Ah ! Tu aimes bien ce turk parce qu’il prend le temps de jouer avec toi - et qu’il doit certainement adorer les enfants pour faire preuve d’autant de patience avec une peste dans ton genre - mais, crois-moi sur parole, tu n’es pas amoureux de lui !

- T’es sûr ?

John Highwind reprit son souffle et inspira profondément en essuyant ses yeux à nouveau humides de larmes - mais à force de rire, cette fois.

- Certain ! (Il sourit, le visage dans les cheveux blond pâle, si semblables aux siens.) Allez, il faut aller dormir, maintenant.

Cid allait s’exécuter lorsque la porte s’ouvrit à la volée, laissant paraître le jeune ordonnance de John Highwind, totalement affolé.

- Mon Capitaine !

- Qu’est-ce qui se passe encore ?

- Vincent Valentine et le docteur Hôjo vous réclament au manoir Shinra ! Les monstres ont attaqué le réacteur. C’est une catastrophe !

- Et que veulent-ils donc que je fasse ?

- Que vous pilotiez le prototype ” Bronco Alpha “.

- L’avion d’assaut ? Mais nous n’avons pas encore effectué les vols d’essai !

- C’est ce que je leur ai dit, mon Capitaine, mais, si le réacteur est touché, c’est tout le mont Nibel qui risque d’exploser.

John Highwind sauta sur ses pieds et revêtit son blouson à la hâte.

- Papa ? gémit Cid. Qu’est ce qu’il y a ? Où tu vas ?

Son père se pencha pour l’embrasser et le borda.

- Les monstres ont attaqué un endroit très dangereux. Il faut que j’y aille.

- Encore ? Mais tu viens de revenir !

- Mon Capitaine… Je vous en prie, insista l’ordonnance.

- Je dois y aller, Cid.

Il embrassa son fils sur le front et le serra contre lui.

- Papa… Tue-les tous. Et reviens vite.

- Tous, sans exception. (Après un instant d’hésitation, il retira son blouson et en couvrit son fils.) Je te le confie jusqu’à mon retour. Prends-en grand soin.

Cid n’aima pas du tout cela.

Son père ne quittait que rarement son sacro-saint blouson d’aviateur - un cadeau de fiançailles de Sarah. Il était pour lui une sorte de talisman.

- Papa… Tu vas revenir, hein ?

John Highwind éclata de rire et se redressa de toute sa taille, gonflant son impressionnant poitrail.

- Crois-tu que les monstres pourraient battre le Capitaine John Highwind ?

Cid se gonfla de fierté.

- Jamais, papa !

Celui-ci cligna de l’œil et, après un dernier baiser, sortit en courant.

Cid se rendormit presque instantanément, rêvant de son père pourfendant le ciel dans son avion, piquant droit sur les monstres affolés dans un tonnerre de mitrailleuses.

*

Adossé aux moelleux oreillers du lit, Cid joua avec le col usé de son blouson de cuir, qui gisait sur la descente de lit

- Pourquoi ne te débarrasses-tu pas de cette relique ? plaisanta Vincent en s’appuyant sur sa poitrine musculeuse.

Cid caressa ses épaules nues.

- Il appartenait à mon père, murmura-t-il. Il me l’a donnée avant de mourir. A peine quelques heures avant de s’écraser… Il y a aujourd’hui vingt-sept ans.

Vincent blêmit, se redressa sur un coude et joua avec un coin du drap, cherchant ses mots.

- Je… je suis désolé, Cid. Je… L’ignorais.

Le pilote déposa un baiser léger sur ses lèvres.

- Cela fait longtemps maintenant.

Vincent hésita un instant à poursuivre la conversation. Cid n’avait jamais abordé un sujet aussi intime.

- Comment… Comment s’appelait-il ?

- John. Capitaine John Highwind.

L’ancien turk fronça le sourcil.

- Ca me dit quelque chose…

Cid sentit sa gorge se serrer et s’assit sur le lit avec un sourire triste.

- Il a souvent donné un coup de main aux hommes de la Shinra…

Il n’en dit pas plus.

A quoi bon rappeler à Vincent que c’était à cause de lui et d’Hôjo que son père s’était tué dans un prototype d’avion non testé, ce jour-là ? Que le petit garçon que l’ancien turk avait serré dans ses bras le jour des funérailles du Capitaine John Highwind n’était autre que lui-même ?

Vincent se lova contre son dos et posa sa tête sur son épaule.

- Il serait fier de son fils, aujourd’hui. (Cid ne répondit pas, perdu dans ses souvenirs.) Comment était-il ? Est-ce qu’il te ressemblait ?

Le pilote se tourna vers le miroir qui trônait au-dessus de la commode de la chambre de l’auberge où eux-mêmes et AVALANCHE avaient pris leurs quartiers.

Les magnifiques yeux céruléens de John Highwind lui retournèrent son sourire.

- Oui… Beaucoup.

FIN

Part. 7 - Les patrons se la pètent comme des Dieux !

Cabine de Yazoo : Weiss, Sephy, Loz, Yazoo, kadaj, Tifa, Cid, Vincent, Cloud.

Depuis le moment où Weiss a commencé prononcé les mots “ grande gigue ”, les grandes fontaines de Versailles (enfin toutes les pleureuses qui inondaient le plancher, quoi) se sont brusquement arrêtées pour écouter dans un silence horrifié le flot ininterrompu des explications.

Nero lui-même est complètement blême depuis un bon moment et a essayé en vain de faire taire son frère en pensant à l’inévitable explosion de Sephiroth qui ne devrait pas tarder…

Weiss est le seul qui n’a rien remarqué.

Bref, quand il s’arrête *enfin* de parler, tout le monde le fixe avec la mâchoire qui pend par terre, dans le glougloutement de l’eau qui continue à s’évacuer doucement à travers les coursives.

Enfin… tout le monde sauf Sephiroth, qui le fixe, certes, mais avec les mâchoires tellement crispées qu’on a l’impression qu’il se mord les dents (exercice difficile s’il en est !).

Sephy (qui repousse doucement un Kadaj mortifié hors de son chemin et se drape dans son manteau - ce qui projette alentour une bonne douche vu qu’il traîne dans 30 cm d’eau salée) : c’est qui, la “ gigue ” ?

Trèèèèès menaçant, il avance trèèèès lentement sur Weiss, qui le regarde d’un air blasé.

Weiss (grand sourire): Ne te sous-estimes pas ! Tu devrais être content, j’ai dit “grande gigue”.

Sephy (de l’électricité qui crépite tout autour de lui et a l’air assez bouillant pour cuire des frites): Et il insiste, le délavé ! Tu comptes me donner des cours p’tet’ ? Toi qui n’est même pas fichu de contenter un mec tout seul ?

Weiss (marque une seconde d’arrêt et désigne son frère du menton) : Alors là pouce, coup bas ! Tu l’as regardé, le mec en question ?

Sephy : Ouais, justement, un môme façon “ crevette ” ! Même Kadaj - ma “lavette” de frère, t’as dit? - ne se laisserait pas traiter comme ça !

Nero hésite entre aller demander des comptes à Sephy ou adopter un silence diplomatique étant donnée l’humeur massacrante de celui-cit.

Vu que le vaisseau commence à ressembler à une usine EDF avec les éclairs qui zigzaguent partout, la prudence l’emporte…

Weiss (ricane): T’as raison, il est tellement bouché qu’il serait pas fichu de se rendre compte quand une fille lui fait du rentre-dedans…

Sephy (siffle): Tu dis encore un mot sur mon petit frère et t’es mort.

Weiss (sifflote): Me fais pas rigoler, je suis l’Omega, moi, j’te signale. Un vrai Dieu ! Ca veut dire que je suis immortel. Invulnérable et tout et tout. Pas un demi-dieu au rabais qui meurt empalé par un croupion de chocobo sur une grosse biscotte en kevlar ! Ca doit être le sport national chez vous, de s’empaler sur des grandes épées, si j’ai compris ?

Sephy (les yeux exorbités): Tu… oses…?! Tu parles de qui là?

Weiss (air sadique): Ben de ton… Comment tu l’appelais tout à l’heure déjà ? Tu sais, quand on vous a surpris dans le couloir ? Attends voir, ça va me revenir… “Mon roudoudou d’amour” ? Nan, ça c’est ce que râlait l’autre. Enfin je crois. Il parlait d’épée aussi, il me semble. Nan ? C’était p’tet’ une image, c’était assez confus. Ah ouais, je me souviens, “mon oiseau céleste” ! Cette rigolade ! Z’étiez trop chous tiens ! Tu parles de Soldats de la Shinra en train de roucouler!

Tous les autres se cachent la tête dans les mains mais regardent au cas où entre leurs doigts pour ne pas rater une miette du carnage.

Sephy (rugit): JE VAIS TE TUER !

Le ailes de Nero claquent sous le souffle du rugissement de Sephiroth et Weiss éclate de rire en se tapant sur la cuisse tellement il rigole.

Sephy (deux fois plus furieux, si c’est possible): QUOI ?! BATS-TOI SI T’ES UN HOMME AU LIEU DE TE FOUTRE DE MOI!!

Weiss (s’essuie les larmes de rire, reprend son souffle et dit avec bonne humeur): Ah t’es vraiment trop super quand tu t’énerves ! T’excites pas, va, (là son sourire devient franchement suspect) je suis là pour ça !

Sur quoi il franchit le mur d’éclairs qui le séparait de Sephy et lui roule un patin magistral. La tension électrique chute d’un seul coup, sauf aux alentours de Kadaj, qui n’en croit pas ses yeux et dont les cheveux se dressent sur la tête.

Nero (les bras lui en tombent): Ben…? Mon frère bien aimé ?

Kadaj (meurtrier): Qu’est-ce qu’il fait à mon Nii-San ?!

Arrive Vincent en train d’essorer le bas de sa cape.

Vince : Dites donc qu’est-ce que vous foutez, encore ? Quand je suis sorti de la cabine de Cid, je me suis pris une tonne de flotte dans la figure. (Avisant l’aile noire de Sephy fermée comme un cocon, et ses pieds et ceux de Weiss qui dépassent en dessous) Tiens, j’ai raté quelque chose?

Loz : Euuhh… J’préfère pas te raconter ça ici… Ca risquerait d’être dangereux…

Kadaj (accroupi par terre dans la flotte pour essayer de voir ce qui se passe sous l’aile) : Mais tu vas lâcher mon Nii-San, oui ?!

Yazoo (confus): Relève-toi ! Ca se fait pas pour un fils de Jenova, de se mettre à genoux.

Loz (vaguement surpris): Ah bon ?

Yazoo (vire au rouge et lui file une baffe): J’parle pas de ça !

Cloud (qui arrive en faisant floutch floutch précipitamment à contre-courant et n’a pas remarqué les pieds de Weiss dépassant de sous l’aile de Sephy): Dites ! Oh ! Ca va pas la tête, non ?! Pourquoi vous avez inondé les couloirs ?! Si c’était pour me faire une blague c’était une très mauvaise idée ! (à Sephy) Range ton aile, merde ! On voit bien que c’est pas toi qui dois curer les gaines d’aération tous les 15 jours à cause des plumes !

Kadaj (toujours accroupi, regardant sous l’aile de Sephy) : Ca va Nii-SDan ? Tu fais de drôles de bruits ! Tu me fais peur, on dirait que t’étouffes ! Nii-San ?

Sephy (la bouche pleine…) : Mffppppfffrs ! ! !

Loz (mort de rire) : Ah ! Ah ! Ah ! Ca, pour un patin, c’est un patin !

Tifa (qui chronomètre) : Waouh ! Ca va faire 8 mn !

Nero (qui commence à avoir de la fumée qui sort par les oreilles) : LACHE CET HOMME, WEISS ! TOUT DE SUITE !

Cloud (pivoine, qui commence à comprendre ce qui se passe) : Mais… Mémémémémémé…

Weiss lâche enfin Sephy, qui tombe sur les fesses dans l’eau.

Sephy (qui essaye de reprendre son souffle) : Vite…une…épée….un…sabre… un couteau… une compil de Lara Fabian… quelque…chose… Je …veux…tuer…ce…type…

Loz : Pas la peine ! (Il se campe fermement sur ses jambes, l’air de vouloir en découdre) J’m'en occupe !

Weiss (les larmes aux yeux tellement qu’y se marre) : Ah ! Ah ! Ah ! De mieux en mieux ! Après la gigue, le cro-magnon ! Ah ! Ah ! Ah ! Arrête ! Tu me fais peur !

Nero fait un mouvement bizarre et Loz est enveloppé d’une drôle de fumée bleue.

Nero : Tu seras plus à l’aise comme ça !

La fumée se dissipe et tout le monde regarde Loz, dont les vêtements ont …fondu !

Loz (qui baisse les yeux, devient tout pale, il se tourne vers la caméra ) : Ah non ! ALORS LA, NON ! C’est une manie de vouloir me défroquer ou me coller des blousons dépoitraillés et pantalons poutre apparente ou quoi ? JE VEUX PARLER AU SCENARISTE !

Voix off : Arrête de t’exciter ! T’es trop près de la caméra ! Tu sais combien ça coûte, une lentille ?!

Loz : Qui c’est qui veut faire des gros plans à chaque fois, hein ? C’est moi p’tet ?

Weiss (qui fixe éberlué l’énorme “ truc ” qui lui pendouille entre les jambes) : Ah ben merde ! J’devine pourquoi c’est toi qui es supposé être “ l’homme viril ” de la fratrie !

Sephy (après qu’il ait réussi a récupérer sa langue, qu’il a failli avaler) : Nan mais ça va pas nan ? T’as fini de le mater comme ça ? Où tu te crois, là ? Dans un film X ?

Le scénariste déboule devant caméra, un casque sur les oreilles et un clap à la main. On voit au second plan toute la bande qui s’étripe, s’étrille, se mord et se tape dessus joyeusement.

Le scénariste : Coupez ! Coupez ! C’est pas bon, les gars !

Les voix derrière lui :

“ Ouille, pas mon aile, pas mon aile ! ”

“ Va te faire cuire un oeuf, croupion de volaille ! ”

“ Weiss ! fais gaf…trop tard ! ”

“ Ouaahhhhouuu aïe aïe aïe ! C’est pas ma jambe, ça ! ”

“ Je suis l’amiral de ce vaisspppffffrrrggg… ”

“ Recrache, Cid ! Recrache ”

“Kef ke fu crois que f’éfaille de fairrggpppfffg ”

“ Soldat du dimanche ! ”

“ Nii-San ! m’laisse paaassss !”

“ Ouilleouilleouille, pas les cheveux, pas les cheveux ! ”

“ Mords-lui l’oreille, Loz ! ”

Le scé (qui fait de grands gestes au cameraman) : On dérape là ! On saute direct à la scène suivante ! (une main te tire en arrière) Nan ! Pas moi ! J’y suis pour rieeeeennnnn….

………………..fondu……………………..

Part. 6 - Un, on écope ; deux, on éponge !

Pont de commandement : Tifa, Weiss, Cloud, Kadaj, Shera.

Weiss entre en trombe.

Weiss : Ou est Yazoo ?

Tout le monde hausse les épaules.

Kadaj (qui rentre à son tour et s’approche à deux doigts de lui) : Dis donc… c’est quoi tous ces petits points rouges sur ta poitrine et tes bras ?

Weiss (comme s’il les voyait pour la première fois) : De quoi ? Ca ? Chais pas moi ! (Tout le monde le regarde avec un sourire en coin, se souvenant très bien par quoi sont terminées les étranges ailes de son frère) Oui bah le problème n’est pas là ! OU EST YAZOO ?

Shera : Qu’est ce que tu lui veux, à ce pauvre agneau ?

Weiss (qui s’approche d’elle et la toise) : Pauvre quoi ? Agneau ? Tu veux rire !

Shera (que la proximité de la large poitrine nue et musculeuse commence titiller) : Comment ça ?

Weiss (dramatique) : A cause de ce petit dévergondé, son frangin Loz est entrain de pleurer toutes les larmes de son corps !

Tout le monde (retenant la respiration) : Hein ?

Weiss (d’un cri indigné) : Lui et Sephiroth nous ont surpris mon frère et moi avec lui !

Tout le monde (soupirant de soulagement genre « oh, ce n’est que ça ! ») : Aaaaah !

Weiss : Non mais vous vous rendez pas compte ! Loz nous accuse d’en avoir fait un obsédé !

Tifa (en lui tapotant l’épaule) : Mais non, mais non. S’il est pas devenu obsédé avec des frères comme les siens, j’vois pas…(le regard de Kadaj se fait mauvais)…pourquoi…(très mauvais)…il…(plus que mauvais)…..Je plaisantais !

Weiss : Bah restez pas comme ça faites un appel au micro !

Kadaj (se saisissant du micro) : Eh ! l’frangin ! File dans ta cabine en quatrième vitesse ou ya Nii-San-bis qui va encore nous inonder jusqu’aux soutes !

Weiss : oui bah, en attendant, venez ! Vous pourrez peut-être faire quelque chose !

Chambre de Yazoo : Pont de commandement : Tifa, Weiss, Cloud, Kadaj, Sephy, Loz, Nero, Yazoo, un pack d’eau, de l’huile, du beurre, 3 kg de patates et… oups, pardon, je me trompe de liste !

Tifa et Kadaj suivent Weiss et se retrouvent devant la cabine de Yazoo. Loz y étendu ventre à terre dans une énorme flaque, Il pleure avec des ululements de chien battu !

Sephy (pratique) : C’est qu’il va nous inonder le couloir, si ça continue !

Kadaj lui donne un coup dans les côtes.

Yazoo (qui vient d’arriver) : Ben… Lozzy ? Qu’est ce que t’as ?

Loz (qui lève la tête et voit son frère) : BBEUUUAAAAHHHHH ! ! ! ! ! Et en plus il me demande ce que j’aiaiaihhhhhhhh !

Yazoo : Mais arrête, enfin ! Tu vois bien que t’es entrain de tout inonder !

Loz : Beueueahhhhh ! M’en fous ! J’suis le pleurnichard de l’histoire, alors si j’ai envie de faire une innondation, bah je la f’raiaiaiaihhhhhh !

Sephy (a Yazoo) : Ah non mais là, faut que tu fasses quelque chose parce que ça commence VRAIMENT à déborder dans le couloir !

Tifa (les pieds mouillés) : Mais d’où sort-il toute cette flotte ?

Kadaj (à l’oreille de Tifa sur le ton de la confidence) : Ben, c’est l’incarné de Nii-San qui a hérité de TOUT le côté sensible et comme Nii-San n’a pas chialé depuis sa naissance… il a des réserves !

Yazoo (suppliant) : Mais enfin Lozzy, arrête ! Tu vois bien que tu te fais du mal !

Loz : Beueueaaahhhhh ! Frère indigne ! Comment t’as pu me faire çaaaahhhhhhhhh !

Yazoo (en pétard) : Frère indigne moi ? C’est la meilleure du centenaire celle là ! C’est toi le frère indigne !

Loz (avec les larmes qui jaillissent genre fontaine): BBEEUUUUAAAAHHHHH ! ! ! ! Et en plus il ose élever le ton avec moiiiiiiiiiiahahahahaha !

Yazoo (qui enfile des bottes en caoutchouc pour aller le rejoindre) *ne me demandez pas où il les a trouvées* : Oui ben moi au moins je fais l’effort de parler ! Que toi, à part pleurnicher, hein !

Tous : Glups !

Loz : Beueueahhhh ! J’veux mourriiiiiiirrr ! Toute ma vie à me sacrifier pour mes petits frères et voilà le remerciemeeennnnnntttt !

Kadaj (qui se met à pleurer lui aussi dans les bras de Tifa) : Mon pauvre Nii-San-bis ! Je supporte pas de voir pleurer mon Nii-San-bis ! ! !

Tifa (de l’eau jusqu’aux genoux et Kadaj qui l’inonde) : Ah non hein ! Tu ne vas pas t’y mettre aussi !

Weiss : Quelqu’un pourrait ouvrir les panneaux d’évacuation ? (Tout le monde le regarde de travers) Bon, bon, ça va, j’ai rien dit…

Loz : Beueuaahhh ! Qu’est ce que j’ai fait pour mériter çaaaaaaa ? ? ?! ! ! Traîné plus bas que terre, humilié et trompé par mon indigne de frère !

Yazoo (fou de rage) : Indigne, moi ? Oui bah moi, au moins, je ne suis pas un gros balourd sans cervelle !

Tout le monde retient son souffle et Loz, qui s’est brusquement arrêté de pleurer, se redresse, les yeux lançant des flammes. Il gonfle la poitrine et des éclairs électriques se mettent à crépiter autour de lui.

Tout le monde recule et Yazoo déglutit péniblement.

Yazoo (d’une toute toute toute petite voix) : Zuzte “ neuneu ” alors ?

Loz (d’une voix qui retentit comme le tonnerre) : C’EST PAS GENTIL !

Tout le monde se remet les cheveux en place (parce que quand Loz a parlé, c’est comme s’ils avaient reçu une rafale d’orage électrique en pleine tronche !).

Yazoo (qui recule au fur et à mesure que son frère approche) : Arrête Lozzy, tu me fais peur là !

Loz (grondant) : Alors, petit merdeux ? On veut jouer les durs et quand on a un ennemi de taille en face de soi, on chie dans son froc ? Mhhhh ?

Yazoo (les larmes aux yeux) : Arrête Lozzy… S’te plait…

Loz : Grrrrrr…

Yazoo (qui se jette dans ses bras) : C’est pas de ma faute ! C’est eux ! Ils m’ont obligé !

Nero (qui avait gardé un silence diplomatique jusque là) : Oh l’autre ! T’as pas dis non, hein !

Tifa (lui mettant la main sur la bouche) : Chut ! Tu vois pas qu’il essaye de le calmer !

Loz (que le contact de son “ pitit frère ” émeut quand même pas mal) : C’est bien vrai, ça ?

Yazoo (gros yeux de chiot battu): J’te le juuuure ! J’ai honte ! Tu le diras pas à môman, hein ?

Loz (complètement gaga) : Mais non, mon poussin. *smac smac smac* Là là c’est fini mon ange. *smac smac smac* C’est fini, grand frère est là, mon canard…

Kadaj (toujours dans les bras de Tifa) : Beueueahahaha !

Tifa : Mais qu’est-ce que t’as, encore ?

Kadaj : Ce genre de scène ça me fait toujours pleureeeeeerrrrrrr ! ! ! !

Weiss (qui regarde au plafond pour pas voir le bouquet de fleurs bleues entrain de se répandre) : Mais qu’est ce que je fous ici ! Eh oh ! Les enfants ! Faut arrêter là ! Oh ! L’inondation va reprendre, sinon ! Et merde, tiens…

Cid (qui arrive en pataugeant) : Eh ! mais qu’est ce qui se passe, ici ? Ya de l’eau dans les soutes et les chiottes débordent encore ! ! ! (A Weiss) Mais c’est quoi ce bordel ?

Weiss (qui apparemment est très en verve entre la parade électrique et l’interlude aquatique): Oh, ça a commencé parce que la grande gigue avait des états d’âme parce que sa lavette de petit frère s’est fait dépuceler par une furie - t’as dû la croiser non ? Une blondinette incendiaire complètement excitée. Elle saute sur tout ce qui bouge - et vice-versa pour ainsi dire. T’as qu’à voir, pour avoir réussi à se taper la lavette à son Nii-San faut vraiment qu’elle soit motivée ! En plus, il est gonflé, le Sephiroth, parce que, tout à l’heure, on l’a croisé dans le couloir avec le gamin qui ressemble à un croupion de chocobo en train de faire un truc dont je connais même pas le nom - et pourtant, j’en connais un rayon c’est moi qui te le dis ! Et après, Môssieur vient faire le délicat parce que son petit frère a ENFIN couché. Alors il a débarqué ici pour se faire consoler par sa tapette de frère du milieu mais il nous surprend Nero et moi avec lui. Pire, la fontaine amirale a suivi de peu le grand frère et a eu des mots avec son… frangin-amant-clone-incarné - je sais comment appeler ça - et là ils viennent de se réconcilier en se tombant dans les bras l’un de l’autre. O se croirait dans un mauvais roman rose, berk… En plus, il est pas gonflé, le grand dadais, parce que, depuis que je suis arrivé, il a pas arrêté de dragouiller la brunette aux gros nénés, là… Faut pas déconner ! Nan, t’es pas d’accord?

Cid le fixe avec des yeux effarés sans répondre.

Silence de mort.

…à suivre

Part 5 - Qui a piqué le titre ? Que personne ne sorte !

Coursive puis cabine de Cid : Vincent et Cid

Vincent, qui n’en peut plus de se morfondre tout seul dans sa cabine après avoir piqué sa crise sur le pont de commandement, prend son courage à deux mains pour aller faire la paix avec Cid.

Une fois devant la porte de sa cabine, il respire à fond, toussote, et arrange ses vêtements. Après une petite réflexion (et après avoir bien vérifié que personne ne le regarde !), il déboutonne sa chemise.

Encore une réflexion et il fait quelques grimaces pour ramener un peu couleur sur ses joues, se brosse les cheveux avec les doigts et se frotte les dents avec un pan de sa cape pour être sur qu’aucun petit morceau de salade n’enlaidit son sourire.

Après un dernier regard de part et d’autre du couloir, il fait un rapide récurage de narines pour être sûr d’être parfaitement net.

Cid (qui, ayant entendu du bruit, vient d’ouvrir la porte et se retrouve nez à nez avec Vincent, les doigts dans le museau. Il le regarde d’un air dégoûté) : Tu veux les miens ? Ils sont plus gros !

Vincent ( qui a viré au rouge écarlate profond assorti à sa cape) : Heu… ça me grattait. Je suis venu pour faire la paix !

Il lui tend la main et Cid la regarde d’un air suspect.

Cid (qui a préféré ne pas y toucher) : Entre. Le lavabo, c’est au fond à droite.

Vincent devient blême mais s’exécute pour se donner une contenance et ondule généreusement des épaules et du popotin en passant devant lui pour mettre en avant l’échancrure toute fraîche.

Cid (qui le regarde onduler comme une couleuvre, sourcil levé) : Si t’as des démangeaisons à cet endroit aussi, j’aimerais autant que tu évites de le faire devant moi.

Vincent se retourne, toujours blême, mais de rage ce coup-ci.

Vincent (qui se plante devant lui) : Dis donc ! Je ne te permets pas de me parler comme si j’étais le dernier les malappris ! Ca t’arrive jamais le nez qui gratte ?

Cid : Le nez si !

Vincent (la fumée commence à sortir par les oreilles) : Cet endroit de mon anatomie ne souffre d’aucune démangeaison ! C’est ma façon de marcher figure-toi ! (Il rejette avec fierté une mèche brune en arrière) Je n’y suis pour rien si la nature m’a pourvu de reins cambrés, d’un fessier musclé et de cuisses souples qui m’empêchent de me déplacer sans ce déhanchement que d’ailleurs, soit dit en passant, tu es le seul à trouver sans un esthétisme certain ajoutant à mon charme.

Cid (pas très convaincu) : Mouais… Ben moi je dis qu’un mec qui ondule comme une femme, ça fait un peu… Enfin tu vois.

Vincent (fou de rage ce coup-ci) : Quoi ? Et ban vas-y ! Dis-le ! Ca fait tapette, c’est ça ?

Cid (surpris par sa colère soudaine) : T’énerve pas. J’te donne un conseil d’ami, c’est tout. Une dégaine de tante, c’est pas une fatalité, il suffit juste d’essayer de la corriger un peu. (le visage de Vincent se décompose et Cid essaye d’argumenter) Fais pas cette tête, c’est pas de ta faute si t’as vraiment un visage de fille, des jambes de pin-up, un déhancher de gonzesse et des yeux de midinette.

Vincent (Au bord des larmes) : Et tu te considères comme un ami ? Ah je vois ! Très bien ! Dès demain je fais un régime pour engraisser comme un porc, j’me laverai plus qu’une fois par semaine, j’me couturerai le visage de cicatrices et… et je me rase le crâne !

Cid (affolé) : NON !

Vincent (en papillonnant des cils, avec expression de martyr et ravi que Cid s’inquiète pour lui) : Non ? (Minaude en jouant avec ses cheveux) Pourtant tu disais que…

Cid : Non, pas les cheveux. C’est la seule chose qui cache un peu ton déhanchement.

Vincent (en larmes ce coup-ci) : Ahhhhh ! Ordure ! Pourri ! Sadique ! Tu te dis mon ami et t’es prêt à me laisser me défigurer !

Cid (gêné de le voir se répandre ainsi) : Mais, mais, mais, mais, mais, mais… Te mets pas dans un état pareil voyons ! Vous passez votre temps à vous chambrer toi et les turks !

Vincent (piteux. Non… Minable, plutôt) : C’est pô pareil. Snirrrfl. Eux, j’m'en fous comme de ma première sod… heu, ma première branlette.

Il se laisse tomber en sanglotant comme une midinette sur le lit… Euh, non le canapé… le boudoir ? P’tain, kesk’y z’ont au juste comme meubles dans un vaisseau de la Shin-ra ? ! Qui m’a piqué mon “Maisons et Jardins - numéro hors-série : en direct des ruines volantes d’Highwind” ? ! Celui avec la visite de la cuisine le jour des « Knaky Balls » ? - private joke - Bon ben tant pis, on va dire que c’est un sofa ou l’équivalent local.

Cid (le regarde inonder ses jolis coussins brodés de « cui-cuis » (second private joke !) sans comprendre l’étendue de son désespoir-euh) : Vincent ? Houhou ? La base appelle Vincent ! Y’a quelqu’un ? Tu vas pas te mettre dans des états pareils pour si peu ?

Vincent ( lui jette un regard humide - voire même complètement trempé - de sous ses longs cils d’obsidienne - renifle bruyamment et recommence à chialer ): Ne me regarde paaaas ! Je suis laiiid ! ! !

Cid ( raisonnable ): Ben forcément, à force de pleurer comme ça, ça te bouffit les yeux, et puis t’es tout rouge et ça te tire les traits, et t’as les cheveux tout emmêlés comme de la vieille étoupe qu’aurait passé dans le lave-linge, ça t’arrange pas non plus…

Vincent (s’enfonce un peu plus dans le sofa sous le poids de la description) : J’m'en fouuus ! Je ne veux plus jamais plaiiire !(hoquète entre deux sanglots et hoche la tête, mais ça se voit pas vraiment vu qu’il a la tronche enfouie dans un coussin) BWIIIIIIII ! ! ! ! Je suis un incompriiiiis !

Cid (blême d’embarras façon endive, ou plutôt poireau avec les oreilles qui font les feuilles bien tombantes…) : Ah ?

Vincent (le regarde du fin fond de son amour-propre blessé, ramassant les restes épars de sa dignité offensée pour s’y draper tel Jules César à Gergovie - NDLA : demain, je me lance dans les romans à l’eau de rose. J’ai largement le niveau et le style, et ça paye mieux que la fan-fiction. Ca sert de lire Astérix, pas vrai ? ): Tu peux te gausser de moi, Cid, mais tu ne pourras pas nier la vérité !

Cid (largué) : Quelle vérité ?

Vincent (se redresse dans toute sa majesté - quelque peu gâchée par l’échancrure béante de sa chemise qui lui donne des allures de strip-teaseuse ) : Je ne dissimulerai pas mon opproble… opplobre ? Octobre? Rolp… Plorr…

NDLR : on croit qu’il voulait dire “opprobre”, mais on a eu la flemme de vérifier dans le dico pour vous donner la définition

Cid (en aparté) : Il y en a un des deux qui ne sait plus ce qu’il dit et je ne crois pas que ce soit moi. Ou alors j’ai sauté une page du script. Où j’ai fichu mon texte, moi?

Vincent (qui le regarde faire son aparté à un innocent pot de bégonias, qui n’en demandait pas tant, puis regarder dessous d’un air préoccupé) : Euh… Cid ? Tu as perdu quelque chose ? (il fait des efforts désespérés pour ne pas ajouter pour lui-même “Oui, la raison”. NDLA: qui a dit “Sa vertu!” en rigolant ? Et puis d’abord, on ne peut perdre que ce qu’on a, CQFD...)

Cid (prend la teinte purpurine du soleil affleurant au ponant. NDLA: p’tain, c’est moi qu’ai écrit ça ? On comprend à peine que ça veut dire qu’il rougit !): Euh… Nan, nan, j’essayais juste de me souvenir d’un truc… Donc, tu me disais que tu étais venu me demander un truc, c’est ça ? Alors ? En quoi je peux t’aider ?

Vincent (ses trois synapses qui moulinent, moulinent): M”aider” ? J’appellerais pas vraiment ça comme ça, tu vois…

Cid : Bah t’es venu pour quoi, alors ?

Vincent (les mots qui godillent sur son cerveau comme une gondole dans les canaux de Venise - rame, rame, POCK - ah, on a touché le quai) : Bah… Euh… Enfin… (flappe flappe des mains rouge écarlate) Tu t’en doutes bien, non ?

***

Autre coursive… : Loz, Sephiroth, Kadaj, Tifa, Reno, Cloud

Loz (qui s’approche insidieusement de Tifa) : Tiens, tiens… Le couloir est désert… Ca t’inspire rien ?

Tifa ( qui le repousse genre… ” j’te repousse mais faut que t’insistes ”) : Arrête des bêtises, si Yazoo nous voit, il nous tue tous les deux !

Loz l’attrape par la taille et s’apprête à la faire plonger genre « tango » pour lui rouler le patin di siècle quand une tornade leur rentre dedans de plein fouet.

Reno (mort de trouille, tout rouge, les cheveux mouillés et enroulé dans un drap de bain) : AAAAHHHHH ! Aidez-moi ! Au secours !

Loz (en relevant Tifa) : Mais qu’est ce qui te prend ?

Reno (en montrant le couloir du doigt) : Y’a Elena qui me poursuit ! ! ! Elle est devenue folle !!! Ahhhh ! (il s’accroche à Loz) Aide-moi ! ! ! ! ! La laisse pas tripatouiller mon zozio ! ! ! ! Elle a déjà eu Kadaj ! Elle pété un plomb, j’te dis ! ! !

Sephiroth (qui, alerté par le raffut, vient de sortir de la chambre de Cloud) : Quoi ? Qui ça ? Qui a touché à mon poupounet gris ? (Il secoue Reno comme un prunier) Réponds espèce de larve pleureuse !

Cloud (qui récupère Reno dans les griffes de Sephy et le berce) : Mais arrête voyons ! Tu vois bien qu’il est tout effrayé, pau’v p’tit père !

Sephiroth (furax) : Qui a touché à mon petit frère ?

Reno (blotti dans les bras de Cloud mais qui commence à se demander ce que signifie son étrange sourire carnassier) : Elena !

Sephiroth (les yeux lançant des éclairs) : Quoi ? Cette aliénée a osé tripatouiller la chair de ma chair ? Le sang de mon sang ? mon trésor ? La moitié de moi même ? Le fruit de mes entrailles ? La candeur réincarnée ? Mon ange immaculé ? Mon agneau virginal ?

Loz : Euh… Ca va, faut pas déconner, non plus, T’en fais un peu trop là.

Sephiroth (des éclairs jaillissant autour de lui) : Nan j’en fais pas trop ! C’est mon poussin à moi et je permettrais pas qu’une ¤@#& me le dévergonde ! Où elle est cette ¤}@\`de*$=$£ que je lui apprenne à vivre !

Reno (tout tremblant) : Dans la cabine de Kadaj.

Sephiroth part en courant et passe en trombe dans les couloirs, talonné par Loz.

Sephiroth : Kadaj ! Tiens bon ! Phiphy arrive !

Il pile devant la porte en voyant son “ ange de vertu ” sortir de sa cabine, l’air blasé, la clope au bec, le blouson ouvert et un air de dire “ t’as plus rien à m’apprendre, j’suis un homme ”.

Sephiroth (avec un bruit de cœur brisé) : Ben…mon bébé !

Kadaj (en s’étouffant à moitié avec la fumée) : Arrête ton char, frérot ! Va pas me faire le coup des oiseaux et des abeilles ! Cette gisquette c’est de la dynamite !

Sephiroth (la larme à l’œil) : C’est pas vrai ! Kadaj ! T’as pas fait ça, hein ? Pas mon bébé !

Kadaj (en tapotant l’épaule de Sephy) : T’inquiètes frangin ! (Raisonnable) C’est pas parce que j’suis devenu un homme fort, viril, sexy et une bête au pieu que ça veut dire que tu vieillis !

Sephiroth (qui se précipite dans la chambre) : JE VAIS LA TUER ! ! ! ! 20 ans d’éducation et elle m’en fait un obsédé sexuel en moins de cinq minutes !

Kadaj : Nii-San, arrête !

Sephiroth (en le giflant) : Toi, camembert ! C’est pas parce que t’es plus puceau qu’il faut la ramener !

Kadaj (rouge écrevisse) : euh… Nii-San… Là, t’es vulgaire !

Sephiroth (fier comme Apollon) : Et alors ? tu veux que je te parle comme à un homme oui ou merde ? Tu oublies que j’ai été élevé dans le Soldat, môa, Môsieur ! Et jette-moi cette cigarette ! (Kadaj s’exécute et s’en va sans demander son reste) Alors ? (Il rentre dans la cabine) Elle est où la grognasse ?

Loz (un fouet à la main, lui montre Elena, qu’il a enchaîné et bâillonnée au pied du lit) : T’inquiète, je l’ai matée ! J’en fais quoi ?

Sephiroth : Ce que tu veux ! Mais je veux qu’elle s’en rappelle pendant les vingt prochaines années…

Loz (pense à un truc, fait un grand sourire puis… se rembrunit et secoue la tête) : ouais mais non… Ca risquerait de lui plaire,

Sephiroth s’approche et lui murmure quelque chose à l’oreille.

Loz : Noooon ? Si ? O.K. ! Alors c’est parti ! Il va me falloir du cuir, de l’acier, une serrure….

Sephiroth (se penche vers Elena et lui enlève son bâillon) : Tu vas adorer ce que Loz va te préparer !

Elena (rouge comme une tomate) : De quoi tu parles ?

Sephiroth (en pétard) : Tu connais la définition de… “ ceinture de chasteté ” ?

Elena (affolée) : Quoi ? ? ? Ca va pas la tête ? Assassin !

Mais Sephiroth s’en va, traînant dans les couloirs comme une âme en peine. Il se dirige vers la cabine de Yazoo histoire de se faire consoler et… tombe à genoux avec un cri déchirant.

Sephiroth (s’écroule en larmes): NOOONNNNN ! Vous voulez tous ma mort !

Nero (en position assez tarabiscotée avec son frère et Yazoo) : Oh, oh ! On a de la visite !

Weiss (tapant sur l’épaule de Yazoo) : Redresse-toi, mon tout beau, v’la ton frérot et il n’a pas l’air content…

…à suivre

XXXXIX - Maintenant, il faut payer !

«Ami, je n’ai rien à t’offrir ; que mon sang,

mon courage et mes larmes.»

P. A. Weiss

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Weiss leva péniblement la tête et réussit à ouvrir un oeil, l’autre étant scellé par une croute de sang.

Toujours suspendu à quelques centimètres au-dessus du sol rocheux, le bout de ses orteils frôlant à peine ce dernier, son corps était si douloureux qu’il se demandait comment il arrivait encore à amener de l’air à ses poumons.

Il pivota doucement la tête pour regarder autour de lui et faillit hurler tant il avait la nuque et les épaules ankylosées.

Personne.

Genesis et le bébé avaient encore disparu les Dieux seuls savaient où…

Weiss aurait mis sa main à couper que cela avait à voir avec ces fichus géostigmates que l’ancien Soldat s’apprêtait à répandre comme une lèpre.

- Nero… appela-t-il doucement dans un murmure à peine audible qui lui enflamma pourtant les cordes vocales.

Son frère, dans un état de faiblesse plus qu’inquiétant, gisait au sol, recroquevillé à ses pieds. Dans son dos, telles deux monstrueuses échardes souillées de sang séché, saillait ce qui restait des ailes articulées que Genesis avait arrachées pour l’empêcher de se défendre et de détacher les sangles de sa camisole, qui lui immobilisait les bras.

Pourquoi ne fuyait-il pas dans ses propres ténèbres ? Là, au moins, il serait à l’abri et ne souffrirait plus.

- Nero…

Ce dernier gémit et se redressa péniblement sur ses coudes mais ceux-ci cédèrent sous son poids et il s’écroula avec un petit cri étouffé.

- Nero !

- Pardon… Pardon, Weiss… Laisse-moi juste quelques minutes… Le temps de… récupérer un peu…

Il ferma ses beaux yeux purpurins et Weiss sentit les siens s’emplir de larmes.

- Tu dois fuir, Nero !

- Je te laisserai pas…

- Cache-toi dans tes ténèbres, il ne te trouvera jamais.

- Non…

- Au moins le temps de reprendre des forces !

- Je ne t’abandonnerai pas…

- Nero !

- N’insiste pas…

- Il le doit, pourtant, fit une belle voix grave, tout près d’eux.

Nero rouvrit les yeux, le coeur battant, et essaya à nouveau de se redresser.

- Toi… bredouilla Weiss en reconnaissant l’apparition fantomatique.

- Eh oui, moi ! Ca faisait un bail, hein, Weiss ?

Le ton enjoué et le visage souriant malgré les circonstances dramatiques le ramenèrent des années en arrière, quand lui et Nero n’avaient pas encore été enrôlés dans le Deepgroung. Une époque qu’avec le recul il considérait comme l’une des plus heureuse de leur vie.

- Es-tu bien là ? chuchota-t-il encore, la gorge serrée, comme s’il craignait que le fantôme ne s’évapore s’il parlait trop fort.

- Oui, mon garçon. Et j’ai bien l’intention de vous sortir de ce pétrin, tous les deux.

- Angeal…

***

Tifa s’assit sur le bord du lit de Loz et lui prit la main en essayant de ne pas regarder le sang qui s’écoulait de son bras par le tube qui les reliait désormais lui et Cid.

- Un coup de chance que vous soyez compatibles, essaya-t-elle de plaisanter pour le détendre un peu en passant la main dans ses courts cheveux de mercure.

- Les cellules de Jenova font de nous des donneurs universels, lui apprit Yazoo, assis du côté opposé. Ca va, Loz ?

Ce dernier hocha la tête, rassurant.

Près d’eux, Kadaj et Shelke s’affairaient fébrilement sur les simulateurs, le front moite et l’estomac noué.

- Kadaj ? demanda Shalua en ajustant la perfusion de Cid.

Celui-ci secoua la tête.

- Il en faut plus. Beaucoup plus.

- Chances de survie de Cid dans le mako si nous l’y plongeons maintenant : 17 % annonça Shelke.

- 15 cl transfusés, fit Merill, les yeux rivés sur son écran de contrôle.

- Kadaj ?

- Aucun changement,

Un interminable silence, puis :

- 20 cl.

Nouveau silence.

- 25 cl.

- Attendez ! lança Kadaj. Ca y est, on dirait qu’il commence à réagir !

- 23 % ! s’écria soudain Shelke. Et ça continue à monter.

Tifa sentit son cœur s’emballer et Shalua poussa un petit cri surpris.

- Si ça continue comme ça, 50 cl suffiront peut-être… fit Merill, gagné malgré lui par leur émoi.

Yazoo ferma les yeux en formulant une prière silencieuse et Kadaj se mordit la joue.

Chacun regardait les courbes et suivait les résultats des simulations avec appréhension.

- 35 cl transfusés, annonça Merill au bout de quelques interminables minutes.

- 47 % de chances de survie dans le mako, les informa Kadaj. 53… 57…61…

Tifa serrait convulsivement la main de Loz, qui avait commencé à transpirer et devenait de plus en plus pâle.

- Loz, ça va ?

Shalua vérifia sa tension et son rythme cardiaque.

- 82 % ! lança joyeusement Shelke. On y est presque. 87…

- 87 cl.

Yazoo lança un regard inquiet à Tifa. Son jumeau grimaçait de douleur, à présent, et sa peau avait viré au bleu.

- Shalua… supplia la jeune femme. Je crois que ça a atteint la limite du supportable.

- 91 %… 93 %…

Shalua ausculta Loz, inquiète.

- 93 % ça me suffit, je prends le risque ! fit-elle en arrêtant la transfusion. On y va ! Rude ! appela-t-elle en direction du bureau. Viens m’aider !

Elle bondit vers Cid pour le débrancher des machines qui le maintenaient en vie.

Le turk se précipita aussitôt et souleva le corps musculeux du pilote - non sans difficulté - pour le porter jusqu’à la cuve, sur le socle de laquelle il le mit en position fœtale.

- Tu peux y aller, poussin ! ordonna Shalua à Kadaj. Vas-y, mets toute la gomme !

Le tube s’abaissa, commença à se remplir et tout le monde retint son souffle.

Merill banda soigneusement le bras de Loz, qui reposait dans ceux de Tifa, et s’éclipsa discrètement.

Un par un, les hôtes du manoir quittèrent le bureau pour s’approcher de la cuve, le cœur battant et le souffle oppressé.

- Tiens le coup, Cid… supplia Yuffie, les larmes aux yeux, en plaquant les mains sur le cylindre de verre dans lequel commençait à flotter son ami. Je t’en prie, ne baisse pas les bras maintenant…

Vincent la serra affectueusement contre lui et ils attendirent, suspendus aux lèvres de Kadaj.

Au bout de ce qui leur parut être une éternité, ce dernier laissa échapper un soupir et se tourna vers eux, en sueur et des cernes noirâtres sous les yeux.

- Il est stabilisé… fit-il d’une voix à peine audible.

Les cris de joie qui lui répondirent furent aussi stridents que son murmure avait été ténu et, pendant un long moment, ce ne furent que rires, larmes de joie et remerciements.

Shalua, défaillant presque de soulagement, essuya son front moite.

- C’est fini, ma belle, fit Reno en l’embrassant bruyamment. Ton beau pilote est tiré d’affaire !

Elle fit son possible pour sourire, se tourna vers Loz, plus mort que vif, et ses larmes coulèrent sans qu’elle puisse les arrêter.

Il lui restait une tache à accomplir, et non des plus agréables, loin s’en fallait…

Vincent, le visage grave, lui posa la main sur l’épaule et elle la recouvrit de la sienne.

- Tu veux que je le fasse ? demanda-t-il.

Elle secoua la tête.

- Non, murmura-t-elle, la gorge serrée. Non, c’est à moi de le faire. Mais merci quand même, Vince.

Ce dernier se tourna vers Reeve, qui baissa les yeux et secoua la tête, désolé.

Shalua se dirigea lentement vers le lit de Loz, où chacun y allait de sa tape amicale ou de ses encouragements.

L’argenté faisait des efforts désespérés pour sourire mais elle voyait bien, tout comme ses frères, qu’il était au bord de la syncope.

Yazoo l’interrogea du regard.

Elle hocha la tête et il serra convulsivement l’épaule de son jumeau en ravalant un sanglot.

- Eh, Yazoo baby, ne pleure pas, c’est fini, fit tendrement Reno en essuyant son petit visage de la main. Cid est en vie et ton costaud de frère va s’en remettre en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, tu verras.

Loz tourna la tête vers Shalua.

- Fais-les sortir, Shalua, la pria-t-il en repoussant doucement Tifa. Je ne veux pas qu’ils voient ça.

Cette dernière se raidit.

- Que nous partions ? Pourquoi ?

- Oui, pourquoi ? s’enquit Yuffie. Et qu’est-ce qu’on ne doit pas voir, d’abord ?

- Shalua ? insista Tifa, gagnée par l’appréhension. Pourquoi tu fais cette tête ? Que… Qu’est-ce qui se passe ?

Loz lui prit la main pour l’effleurer de ses lèvres.

- Je t’expliquerai, assura-t-il avec un sourire doux et épuisé. Mais, pour l’instant, j’ai besoin de rester un peu seul avec Shalua.

Reno les considéra l’un et l’autre avec un regard soupçonneux.

- Attendez, c’est quoi, ces cachotteries ? Vous nous faites quoi, là ?

La jeune scientifique se mordit la lèvre et Reeve soupira.

Le regard de Tifa allait de son amie à Reeve et de ce dernier à Vincent. Tous les trois affichaient l’expression d’un l’homme qui vient par mégarde d’appuyer sur le bouton ordonnant la destruction totale d’une partie de la planète.

- Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-elle, de plus en plus inquiète. Qu’est-ce que vous refusez de nous dire, tous les trois ?

Mais ce fut le cri horrifié de Reno, qui lui apporta la réponse.

- OH, PUTAIN, C’EST PAS VRAI !

Le turk venait de blêmir et de reculer d’un pas, la main sur la bouche, tétanisé et le regard rivé sur Merill, qui avait refait son apparition à l’autre extrémité du laboratoire.

L’assistant de Shalua portait encore les épais gants de protection qu’il avait enfilés pour remplir de mako la seringue en verre posée sur le plateau métallique qu’il transportait.

Saisi d’horreur, Reno reconnut également l’étrange aiguille en forme de T, destinée à être plantée dans l’épine dorsale, et les solides sangles en cuir, identiques à celles qu’il avait vues dans les vidéos.

Il secoua la tête en reculant encore, les mots que Yazoo avait prononcés cette nuit-là, dans la salle de bain de sa chambre, résonnant à ses oreilles :

- Sais-tu pourquoi on utilise une seringue en verre, Reno ? Parce que le mako fait fondre le plastique comme un acide… C’est comme si on t’injectait un mélange de vitriol et d’huile de vidange ! Tu sens tes muscles fondre comme du lard dans une poêle et tu les vois s’affaisser sous ta peau, qui se met elle aussi à brûler de l’intérieur puis à fondre à son tour. Cinq heures, Reno… Il faut cinq heures pour que la douleur commence à refluer. Cinq heures durant lesquelles tu ne peux que hurler à t’en arracher la gorge et à t’en faire crever les tympans. Arrives-tu à concevoir une souffrance pareille, Reno ? Y arrives-tu ? “

Le turk revit les images horribles des vidéos de surveillance et se souvint du visage de Yazoo, tordu par la douleur.

Il crut entendre à nouveau le hurlement inhumain qui s’échappait de sa petite bouche délicate et sentit un haut-le-cœur lui contracter l’estomac.

- Tu… tu ne vas pas lui faire ça, Shalua ? bredouilla-t-il en se tournant vers la scientifique. Tu ne vas pas faire un truc aussi dégueulasse, pas toi !

Tifa s’agrippa à Loz pour lui faire un rempart de son corps.

- Il y a sûrement un autre moyen de le remettre d’aplomb ! s’écria-t-elle, en larmes. Il y en a forcément un autre !

Shalua secoua la tête.

- Il a perdu trop de sang, Tifa, je suis désolée. Beaucoup trop pour un organisme comme le sien.

- Sors, Tifa, reprit doucement Loz en la repoussant avec tendresse. Ca va aller, je t’assure. J’ai supporté ça des dizaines de fois.

- Tu as dit qu’un surplus de mako les tuerait ! essaya d’argumenter encore Reno. Regarde ce qui a failli arriver à Yazoo ! Vincent, dis-lui, toi !

L’ancien turk baissa la tête.

- Avant qu’on enlève près d’un litre de sang à Loz, son organisme en était saturé, en effet, Reno. Mais, maintenant, je doute même qu’il lui reste assez d’énergie pour avoir la force de se tenir debout.

- Mais enfin, c’est une blague ! s’emporta Rude, lui aussi saisi d’horreur. Un litre de sang pour un homme ayant un physique comme le sien ou le mien, c’est que dalle !

- Nous ne sommes pas aussi résistants que vous à la perte de sang en raison de la forte concentration de mako qu’il contient, intervint Kadaj. Le mako que nous avons assimilé depuis notre naissance est devenu aussi essentiel à notre survie que certains globules ou sels minéraux peuvent l’être pour vous. En excès, il nous empoisonne, comme tout un chacun, mais s’il vient à manquer…

Il secoua la tête, n’osant finir sa phrase, et le turk se détourna en serrant le poing, révolté par son impuissance.

- C’est dégueulasse… gronda-t-il. Ce n’est pas juste !

Il laissa tomber son poing sur une table métallique avec un bruit assourdissant et Reno essaya de l’apaiser en lui posant la main sur l’épaule.

- Arrête, Rudo… Casser le matos ne va aider personne.

- Mais ce n’est pas juste, bordel !

- Je sais, mon pote. Je sais…

Tifa fondit en larmes dans les bras de Loz.

- Tu le savais… sanglota-t-elle. Tu savais ce qui allait arriver si tu donnais ton sang à Cid…

- Sors, Tifa, répéta-t-il de sa voix douce. Plus on attend et pire ce sera.

Vincent et Reeve poussèrent tout le monde vers la porte du laboratoire mais Cloud, qui, rongé par la culpabilité, s’était fait aussi discret que possible depuis qu’ils étaient descendus au sous-sol, referma une poigne d’acier sur les bras de Merill, qui s’apprêtait à fixer les jambes et les poignets de Loz au lit avec les sangles de cuir.

- Non ! s’écria-t-il.

- Cloud, intervint Shalua. Si je ne l’immobilise pas et qu’il s’agite, l’aiguille risque de provoquer des dommages ir…

- Ce n’est pas un animal qu’il faut attacher avant de le piquer ! s’emporta le jeune Soldat.

Il arracha les sangles des mains de Merill et s’assit sur le tabouret, au pied du lit.

- C’est moi qui le tiendrais, ajouta-t-il plus calmement.

- Cloud, ne sois pas ridicule ! intervint Vincent depuis le seuil. Tu ne fais pas le poids ! Il va te briser les os !

Loz s’assit difficilement sur le lit et acquiesça.

- Vincent a raison, tu ne me dois rien, fit-il. Cid était aussi devenu mon ami.

- Cid me tuerait de ses mains si je les laissais t’attacher comme un chien, rétorqua le jeune homme.

Vincent soupira.

Cloud de sentait coupable de tout ce qui venait d’arriver et, ma foi, si se torturer devait l’aider à accepter ce qui s’était passé et aller de l’avant, alors soit.

Tous, excepté lui, les scientifiques et Kadaj, qui programmait le contrôleur de la cuve de Cid, quittèrent le laboratoire.

Loz s’assit torse-nu en face du Soldat et inspira profondément.

Allez, courage, ce n’est qu’un mauvais moment à passer, on n’en meure pas ! “ essaya-t-il de se rassurer.

- Essaye d’incliner le haut du torse en avant le plus possible, lui conseilla Shalua, la gorge serrée, en enfilant des gants et un masque de protection en plastique transparent. Cela ouvrira l’espace entre les vertèbres.

Loz déglutit difficilement et se pencha en faisant le dos rond jusqu’à poser son front sur l’épaule de Cloud. Celui-ci coinça ses genoux entre ses cuisses dans une étreinte de fer et entoura les larges épaules de ses bras en lui maintenant fermement la nuque pour l’empêcher de bouger.

L’argenté était tendu comme un arc, la gorge nouée par l’appréhension, et une sueur froide recouvrit son épiderme en sentant la jeune scientifique passer un coton imbibé l’alcool sur sa peau, pour désinfecter l’endroit où elle allait enfoncer l’aiguille.

Une bouffée de parfum sucré, auquel ni Merill ni Cloud n’étaient apparemment sensibles, monta du corps frissonnant et Shalua sentit la compassion lui serrer le ventre.

Malgré tout, elle empoigna fermement l’aiguille en T, laissant dépasser la tige creuse entre son majeur et son annulaire, et posa la pointe de l’instrument dans l’espace situé entre deux vertèbres lombaires.

Les sbires d’Hojo avaient pris l’habitude de piquer entre les omoplates et Shalua ne voulait pas endommager davantage l’épine dorsale à cet endroit.

- Tu es prêt, mon grand ? (Loz hocha la tête, la gorge trop serrée pour répondre) J’y vais, alors. Respire à fond…

D’une torsion du poignet et sans à-coup, elle commença à enfoncer l’aiguille entre les deux vertèbres et Cloud dut détourner les yeux, au bord du malaise.

***

Tifa gravit les dernières marches de l’escalier soutenue par Rude, qui n’en menait pas large non plus. Comme tous ses compagnons, il avait la tête encore pleine des cris de Yazoo qu’ils avaient entendus ce soir là, dans la salle de projection.

- Ca va bien se passer, j’en suis sûr, murmura Reeve à l’oreille de Yuffie, qui pleurait à fendre l’âme. Shalua fera son possible pour lui éviter de souffrir, tu verras.

Reno, blanc comme un linceul, marchait comme un zombie en direction de la salle commune du manoir, où les domestiques avaient dû servir le petit déjeuner.

Du café…

Il lui fallait du café…

Beaucoup de café…

- Ca va, toi ? demanda-t-il à Yazoo, dont le ravissant minois n’était plus qu’un masque de mélancolie et de douleur.

L’argenté secoua doucement la tête et une larme coula en silence sur sa joue blême.

Reno lui entoura affectueusement les épaules du bras.

- Ca va aller, Shalua ne…

Il fut interrompu par le hurlement qui monta des profondeurs du manoir et se répandit dans chaque pièce, escalier ou corridor comme un assourdissant coup de tonnerre.

Tous se figèrent sur place et Gretta, qui arrivait dans le couloir avec un plateau débordant, laissa tout échapper dans un fracas tonitruant qui ne parvint cependant pas à couvrir les hurlements de Loz.

- Oh, mon Dieu… gémit Tifa, défaillant presque dans les bras de Rude, qui jetait aux autres des regards désemparés.

Yuffie, saisie d’horreur, se blottit contre Vincent en se bouchant les oreilles de ses paumes et Rufus, épouvanté par les cris inhumains, dut s’appuyer contre le mur, le cœur battant.

- Gaia, mère de toute chose, viens-nous en aide… pria-t-il dans un murmure.

Yazoo tomba à genoux sur le parquet ciré, en larmes, et Reno le serra contre lui de toutes ses forces…

à suivre

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XXXXVIII - Tout ce qui me reste est pour toi

Un ami, c’est celui qui devine toujours

quand on a besoin de lui.”

J. Renard.

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Soutenue par Loz, le souffle haletant et les jambes tremblantes, Tifa était pétrifiée d’horreur par la vision d’épouvante qui s’offrait à elle.

Les mains souillées de sang, Shalua et Merill - qui venait d’arriver précipitamment, apportant avec lui une valise métallique contenant du matériel de réanimation - essayaient désespérément de réveiller et de faire respirer Cid, étendu sur une mare de sang au milieu de la chambre.

A quelques pas d’eux, Reeve recouvrait d’un drap le corps de Shera - et le plus gros des restes d’os et de cervelle répandus lorsqu’elle s’était tirée une balle dans la bouche.

Au bout de minutes interminables, l’un des appareils consentit enfin à biper, affichant des battements d’un cœur certes terriblement légers et irréguliers, mais battements tout de même.

- Il faut préparer la cuve, Merill ! sanglota Shalua, qui ne gardait qu’à grand peine un minimum de contrôle sur elle-même. Rude et Loz m’aideront à le descendre.

Ceux-ci hochèrent la tête depuis la porte de la chambre.

- J’y vais, Kadaj programmera le contrôleur, fit Merill en se levant et en faisant signe à l’argenté, qui acquiesça. Dès qu’il montrera des signes de conscience, nous le… Oh, merde !

Il était si inhabituel de voir le garçon se montrer grossier que la jeune femme se raidit.

- Qu’y a-t-il, Merill ?

Celui-ci se pencha pour ramasser ce sur quoi il venait de marcher et lui montra.

- Il faut le descendre au bloc, Shalua ! Tout de suite !

Shalua regarda la lame cassée du coupe-papier avec l’expression de quelqu’un à qui l’on vient d’annoncer que la fin du monde est pour demain.

- L’autre morceau doit être à l’intérieur, Shalua ! On ne peut pas le mettre dans la cuve avec ça dans le corps !

Elle secoua furieusement la tête.

- Il ne supportera pas une intervention, Merill, fit-elle, la gorge plus serrée que jamais. Pas dans l’état où il est !

- Nous n’avons pas le choix !

Il se tourna vers Rude. Celui-ci n’eut pas le temps de faire un pas en avant que Loz l’avait déjà devancé et soulevait précautionneusement le pilote dans ses bras.

Merill tint la perfusion et le tube de l’oxygène en l’air, prêt à se mettre en marche, mais l’argenté secoua la tête.

- J’irai plus vite seul, affirma-t-il.

Le jeune homme fronça les sourcils mais Shalua, comprenant très bien où il voulait en venir, arracha presque le matériel des mains de son assistant pour les poser sur le ventre de Cid.

- Vas-y, nous te suivons, dit-elle.

Tifa eut l’impression que Loz et le pilote se dématérialisaient devant elle et un éclair bleu traversa la pièce puis le couloir en direction du sous-sol, Merill, Shalua et Kadaj courant derrière.

Tifa resta prostrée devant la chambre, où Reeve, ganté de latex et un masque sur le nez, avait entrepris de rassembler les restes de Shera pour la transporter en bas, à la morgue.

Des relents de soufre brûlé au goût métallique - mélange de sang, de poudre et de cervelle - flottaient dans l’air et elle eut le plus grand mal à réprimer un violent haut-le-cœur.

- Ca va, Tifa ? s’enquit Yuffie, qui lui pressa doucement le bras.

L’interpellée sursauta et parut enfin prendre conscience de la présence de ses amis, au moins aussi choqués qu’elle.

- Oui, je… Je crois…

Gretta, qui, à l’instar des autres, s’était précipitée, lui frotta le dos, le visage décomposé.

- Il va s’en sortir, Miss Lockheart, j’en suis certaine. C’est un homme solide, l’amiral Highwind, vous verrez.

Mais quelque chose, dans sa voix et dans son regard épuisé, disait exactement le contraire et Tifa tourna la tête vers l’impressionnante mare de sang que le parquet, vampire sans âge fait d’essences rares, buvait avec avidité.

Elle regarda ses pieds nus et ses orteils se recroquevillèrent en réalisant qu’elle était cernée d’empreintes de pas sanglantes, faites par tous ceux qui étaient entrés dans la chambre et en étaient ressortis.

« Cid… Mon Dieu, Cid… »

La jeune femme prit une profonde inspiration pour ne pas fondre en larmes et céder à l’hystérie.

Ne pas regarder tout ce sang…

Surtout ne pas regarder…

Un peu à l’écart, Marlène, en larmes, s’accrochait aux hanches de Yazoo, le visage enfoui dans son long manteau de cuir.

Le jeune homme et Reno s’étaient placés entre elle et la porte de la chambre du pilote pour l’empêcher de regarder.

- Yazoo, j’ai peur ! sanglotait la petite. Qu’est-ce qu’il a, oncle Cid ? Et pourquoi ça sent tout bizarre ?

- Reno, emmène les enfants, ordonna Rufus. Ce n’est pas un spectacle pour eux.

- Je m’en charge, monsieur Shinra, intervint Gretta en prenant la petite par la main. Allez, viens, mon grand, fit-elle à Denzel, que Tifa remarqua alors, serré contre… Cloud.

Son instinct maternel faillit la faire bondir sur lui pour arracher son fils à l’étreinte de son ami d’enfance mais la vieille gouvernante la devança, serrant l’enfant contre son moelleux giron.

- Cloud… gémit le garçonnet en tendant la main vers son idole, ce qui serra le cœur de Tifa.

Mais Cloud, qui ne semblait même pas avoir remarqué que Denzel avait passé un moment agrippé à lui, ne parut l’entendre non plus.

Il avait le regard vide et les lèvres tremblantes.

- Allons, allons… murmura doucement Gretta en poussant les enfants devant elle. C’est l’heure du bain et, ensuite, nous prendrons un bon petit déjeuner.

- Je veux rester avec Cloud, sanglota encore le petit garçon.

- Tu le verras tout à l’heure, mon poussin. Pour l’instant, les grandes personnes doivent s’occuper de l’amiral Highwind, pour qu’il guérisse très vite, mhh ? Car vous voulez qu’il guérisse vite, n’est-ce pas ?

Ils disparurent au détour du couloir et la jeune femme, seulement vêtue d’une fine nuisette de coton, frissonna.

- C’est de ma faute…

Elle sursauta et se tourna vers son ami d’enfance, qui avait été rejoint par Vincent.

- C’est de ma faute, répéta Cloud, la gorge serrée et le visage tordu par une grimace douloureuse. Ma faute…

Et, pour la première fois de sa vie, Tifa fut témoin de ses sanglots…

***

Derrière la vitre du bureau de Shalua, tous assistaient à ce qui aurait dû être le réveil de Cid, après l’intervention chirurgicale durant laquelle Merill et Shalua avaient extrait la lame du coupe-papier coincée entre ses côtes.

« Aurait dû » car le pilote ne paraissait pas reprendre conscience et la tension montait de minute en minute.

La jeune femme paraissait à la limite de se mettre à hurler et Merill se frottait nerveusement le visage en se mordillant la lèvre.

Ils s’affairèrent autour du corps immobile et un « bip bip » timide finit par retentir.

Chacun retint son souffle et Shalua se tourna vers Kadaj et Shelke, pleine d’espoir, mais ceux-ci vérifièrent les réglages du contrôleur de la cuve et secouèrent la tête.

- Il faut quand même essayer ! s’écria la scientifique.

- La simulation est formelle, laissa tomber sa sœur. Si on le met là-dedans, il ne tiendra pas une minute.

Dans le bureau, Yuffie laissa échapper un sanglot et Vincent soupira, la gorge aussi serrée que celle de Tifa, que Loz serrait dans ses bras dans l’espoir vain de la réconforter.

Rude et Reno échangèrent une œillade expressive et Yazoo serra discrètement l’épaule de ce dernier.

- Je suis désolé… murmura-t-il d’une voix à peine audible.

Rufus tapa du poing sur le mur, impuissant.

- Pourquoi ne peut-on pas essayer de le mettre dans le mako, même inconscient ? ragea Yuffie. Qu’est-ce que ça change, de toute façon ? Il va mourir, si on ne fait rien !

Reeve et lui passa le bras autour des épaules, paternel.

- On ne peut pas plonger quelqu’un d’inconscient dans le mako liquide, Yuffie, cela le tuerait.

- C’est déjà un putain de choc quand tu es en possession de tes moyens, renchérit Reno, alors si tu es dans les vapes, je te raconte pas… Si cela avait été possible, crois-moi que j’aurais opté pour un bon coup de massue avant de sauter dans ce truc.

- Et le gaz ? Vincent et Shelke y ont été mis plein de fois dans les pommes !

L’ancien turk secoua la tête.

- Non, Yuffie. Une solution gazeuse ne lui ferait pas plus d’effet qu’une aspirine dans l’état où il est.

- Alors tant pis ! Essayons la cuve !

- Yuffie… essaya de la calmer Reeve.

- Quoi ? Il y est bien, lui ! s’écria-t-elle en désignant Sephiroth, à l’autre extrémité du laboratoire.

- Sephiroth a les puissantes cellules de Jenova pour le protéger et contrecarrer les effets nocifs du mako, pas Cid.

Tifa sentit Loz se raidir contre elle et elle releva la tête.

Le jeune homme paraissait soudain perdu dans ses pensées, le regard rivé au corps immobile, sur l’épaule duquel Shalua, malgré tous les efforts qu’elle faisait pour garder son sang froid, s’était mise à sangloter.

- Loz ?

- On a qu’à lui en injecter, de ces saletés de cellules ! hurla Yuffie, à demi-folle de chagrin.

Cloud tressaillit.

- Cid préférerait mourir que de tomber sous la coupe de cette saloperie.

Chacun essaya de raisonner la jeune ninja et Loz se pencha à l’oreille de Tifa.

- Cid est ton ami, n’est-ce pas ? Tu l’aimes ? Je veux dire… Tu l’aimes vraiment ?

La jeune femme sourit de la naïveté de la question.

- Bien sûr, Loz, fit-elle avec un sourire triste, incapable de retenir ses larmes. Cid est le meilleur des hommes. Et le meilleur des amis. Tu as pu le constater toi-même, non ? N’a-t-il pas été le premier à vous accorder sa confiance, à toi et à tes frères ?

Loz hocha la tête, prit une profonde inspiration et fronça les sourcils.

- Si c’était aussi facile, Yuffie… poursuivait Vincent en caressant la joue humide de larmes de la jeune fille. Outre que les gènes de Jenova sont un véritable poison pour l’immense majorité des humains, elles risquent de faire un pantin de celui qui les reçoit. N’as-tu pas vu ce qu’a traversé Cloud, il y a cinq ans ? Ce qu’ont vécu Kadaj et Yazoo, il y a seulement quelques heures ? La lutte terrible que Loz a dû mener pour annihiler cette puissance néfaste au cœur même de ses cellules ?

- Alors… on ne peut rien faire pour l’aider, Vincent ? Vraiment rien ?

- Pas en lui injectant des cellules de Jenova, en tous les cas, non.

- Sauf si les cellules en question ont été purgées de toute influence néfaste et si elles ont déjà été assimilées par un autre organisme, laissa tomber Loz d’une voix blanche, faisant sursauter Rufus, qui se tourna lentement vers lui.

- Il a raison… bredouilla ce dernier. Vincent ! Il a raison !

L’interpellé pâlit et secoua la tête.

- Hors de question.

- Pourquoi ? insista le jeune président de la Shinra. Les cellules de Jenova on été totalement assimilées par son organisme et il a réussi à les « purger de toute influence néfaste », tu l’as dit toi même ! Si Loz donne son sang à Cid, il lui donnera aussi les…

- J’ai dit « non », Rufus ! s’emporta l’ancien turk en lançant à Loz un regard suppliant.

Tifa s’avança à son tour.

- Pourquoi pas ? Loz a réussi à brider le contrôle de Jenova sur ces cellules, Vincent, Cid ne risque rien !

- Sauf de mourir si on ne fait rien ! sanglota Yuffie.

Vincent ouvrit la bouche pour protester mais Loz l’en empêcha.

- Je sais ce que je fais, dit-il. Et je sais ce que cela implique.

Yazoo, blême comme un linge fit quelques pas pour se planter devant son jumeau.

- As-tu une idée de la quantité de sang qu’il faudrait, Loz ? murmura-t-il d’une voix étranglée.

- Oui, Yazoo. Et je sais aussi que je suis prêt à la donner.

Son cadet se tourna vers Reeve en désespoir de cause et lui lança une supplique silencieuse.

- Ce n’est pas à moi de lui dicter sa conduite, Yazoo, fit ce dernier.

- Reeve ! s’écria Vincent.

- Ni à toi, Vince.

- Mais merde, c’est quoi le problème, à la fin ? s’emporta Reno, à bout de nerfs. Loz a réussi à court-circuiter Jenova dans ses cellules, oui ou merde ?

- Oui, répondit Reeve à contrecœur.

- Alors pourquoi vous vous prenez la tête ? Cid est en train de crever, bordel !

Yazoo lui jeta une œillade glaciale.

- Tais-toi, Reno ! Tu ne sais pas de quoi tu…

- Ca suffit ! cria Loz. Disputez-vous autant que vous voudrez, moi, je sais ce que j’ai à faire.

Sur ces mots, il ouvrit la porte du bureau et pénétra dans le laboratoire pour marcher droit sur Shalua, au chevet de Cid.

Ils parlaient trop bas pour que les autres puissent entendre quoi que soit mais ils virent la jeune femme secouer violemment la tête, révoltée, et Kadaj bondir de son fauteuil.

- Mais enfin, qu’est-ce qu’il y a de si terrible à la faire, cette transfusion ? demanda Rude, n’y tenant plus.

Reeve allait répondre lorsque le cri de Kadaj retentit dans le haut-parleur.

- Il lui faut au moins un litre de sang, Loz !

- Je sais ce que ça implique ! répliqua l’argenté sur le même ton.

- Non, Loz, je refuse de faire ça, répéta Shalua.

- Alors Cid va mourir !

- Je suis médecin, Loz ! cria la jeune femme. Médecin ! Pas l’un de ces bourreaux qui vous ont tourmentés durant des années ! Je sauve ces vies, je ne torture pas des gens !

- Que sont quelques heures de douleur face à la vie de l’homme que tu aimes ? De leur ami ? ajouta-t-il en pointant le doigt vers la vitre sans tain du bureau.

- Non, Loz ! Et Cid serait le premier à refuser de te laisser faire ça !

Loz la prit par les épaules et murmura quelque chose qu’ils n’entendirent pas.

Elle se raidit et Kadaj se détourna.

Au bout de quelques minutes de discussion, elle et Merill allongèrent Loz sur un lit, près de Cid.

- C’est pas vrai… gémit Vincent en les voyant commencer une seconde transfusion, de bras à bras.

Yazoo se couvrit le visage des mains, catastrophé, et Rude jura en levant les bras au ciel, excédé par leurs pleurnicheries.

- D’accord, un litre de sang, c’est pas rien mais bon, on n’en meure pas, non plus ! Il est largement assez costaud pour tenir le coup, même crevé !

Si Yazoo avait eu un pistolet à la place des prunelles, Rude serait tombé mort sur le sol.

- Pourquoi faut-il toujours que les gens parlent sans rien savoir !

Il quitta à son tour le bureau pour aller au chevet de son frère et Tifa lui emboîta le pas.

Rude prit les autres à témoin.

- Quoi ? J’ai dit une connerie ? C’est pas vrai, qu’il est largement assez costaud pour faire ça ?

Reeve lui tapota amicalement l’épaule.

- Bien sûr que si, Rude. Tout va bien se passer, j’en suis certain…
…à suivre

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XXXXVII - C’est l’espoir qu’on assassine !

«On compare parfois la cruauté

de l’homme à celle des fauves…

C’est faire injure à ces derniers !»

F. Dostoïevski

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

« Weiss… Il faut parler à Weiss, mère ! Il saura convaincre son frère de nous aider. Il est temps de sortir d’ici, à présent, je dois… »

« Non, amour, pas encore. »

« Il le faut ! »

« Quelques heures, mon fils, quelques heures encore. Ne gâche pas tout maintenant. »

« Ces heures, nous ne les avons pas, mère, tu le sais et tu le sens comme moi ! Genesis est ici, tout près, et les géostigmates ne vont pas tarder à se répandre à Nibelheim ! Je dois parler à Weiss, il m’écoutera. Je l’ai bien connu, lorsqu’il était Soldat première classe ! C’est un homme d’honneur. »

« Non. Quelqu’un de confiance ira lui parler mais pas toi. »

« Qui ? Zack ? Il passait son temps à se moquer de Nero et à faire les pires allusions sur la relation fusionnelle qui le liait à son frère ! Lui et Weiss ont failli en venir aux mains plus d’une fois ! »

« Je ne pensais pas à Zack, mon fils. »

« Qui alors ? Cloud ? Ce n’était qu’un bleu, à l’époque. Il a dû apercevoir Weiss et Nero deux ou trois fois, tout au plus ! »

« Dans les cas désespérés, amour, c’est entre les mains d’un ange qu’il faut mettre ses espoirs…»

« Un ange ? »

*

Reeve se frotta le visage.

- Et dire que nous n’avons rien remarqué malgré la batterie d’examens médicaux que nous lui avons fait subir… soupira-t-il.

- Batterie qui comprenait tout sauf un bilan hormonal, rappela Shalua. Mais quelle raison aurions-nous eu de le faire ?

- Nous sommes face à authentique hermaphrodite et les machines n’ont rien détecté d’anormal chez lui ? s’étonna Rufus. Incroyable…

- Je suis persuadée que Yazoo lui-même l’ignore, assura la jeune femme. Extérieurement, c’est un garçon on ne peut plus normal.

- Voilà qui explique du moins son étonnante androgynie, nota Vincent.

Rufus se leva pour faire quelques pas dans la pièce, sidéré.

- Homme et femme à la fois… Cela signifie-t-il qu’il… Qu’il pourrait… tomber enceinte tout seul, par exemple ? Se féconder lui-même ?

Shalua et Reeve sourirent.

- Non, Rufus, le rassura la jeune scientifique. Pour ce que j’ai pu voir, Yazoo ne possède qu’un ovaire et une trompe de Fallope atrophiée reliée à un embryon d’utérus. Tout à fait insuffisant pour enfanter mais largement assez pour semer la pagaille dans un bilan hormonal. Si je l’avais fait, martela-t-elle, coupable, je m’en serais rendue compte immédiatement.

- Et cela n’aurait rien changé, la rassura Vincent. Reeve, tu as parlé de matériel génétique, tout à l’heure. J’imagine que tes hommes ont trouvé le sperme et les ovules congelés dans le labo ?

Reeve hocha la tête et leur montra une série de photos que Shalua avait imprimées.

- Une partie, oui. Et… ceci.

Sur l’une des photos, on voyait un cadavre de femme à demi décomposé sur une table d’autopsie, le ventre ouvert.

- Oh, non… gémit Rufus. Hojo a recommencé ses saloperies ? Quand ?

- Pas Hojo, non. Au vu de l’état de la décomposition, le cadavre a été sorti de la cuve mako il y a trois semaines. Un mois, tout au plus.

- Et… ce qu’il contenait ? demanda pudiquement Vincent.

Reeve lui tendit une photo sur laquelle un fœtus d’une quinzaine de centimètres était recroquevillé.

- Oh, mon Dieu ! s’écria Rufus en se détournant.

L’ancien turk ferma les yeux un instant, profondément touché par la vue de la petite créature.

- Le fils de Yazoo et Loz, j’imagine ?

Shalua secoua la tête, les prenant au dépourvu.

- De Yazoo, seulement, si l’on en croit les tests ADN faits par le labo de la WRO. Quant au père, son code ADN ne figure sur aucun de nos fichiers. Probablement un donneur anonyme.

Rufus se raidit, surpris.

- Cette bande de malades a reculé devant une nouvelle insémination incestueuse ? Etonnant !

- C’est bizarre… nota Vincent en observant le fœtus de près. Pourquoi l’a-t-on sorti alors qu’il n’était pas encore viable ?

Shalua échangea un regard effondré avec Reeve et celui-ci prit son courage à deux mains.

- L’analyse des corps… commença-t-il, le cœur eu bord de lèvres. Elle a montré qu’il y avait en fait deux bébés…

Il se tut, incapable de poursuivre.

- Dont un a été… disons «éliminé» au bout de quatre mois de gestation, poursuivit la jeune femme à sa place. (Vincent leva la photo du fœtus et elle acquiesça) Détail typique des protocoles d’Hojo. Deux embryons implantés puis on élimine le plus faible.

- Et plus faible était visiblement le fils de Yazoo… (Shalua acquiesça à nouveau) Qui était le père du second bébé ? Loz, j’imagine ?

- Nous l’ignorons, intervint Reeve. Mais c’est probablement le cas, oui. Il manque deux tubes sur les dix congelés lors des prélèvements sur les jumeaux.

Rufus se frotta le visage.

- Où est-il passé, ce bébé ? Et qui a pu faire ces inséminations puisque Vincent nous a définitivement débarrassés d’Hojo il y a plus d’un an ? Et, surtout, pourquoi ? Dans quel but ?

- Quelque chose de colle pas, soupira Vincent. C’est bizarre…

- Bizarre ? releva le chef de la WRO. Que veux-tu dire, Vince ?

- Tout ça, insista le turk en désignant à la fois les photos et l’ordinateur. Tout ces documents, cette vidéo, le corps, le matériel génétique, le fœtus… Ca n’a aucun sens !

- Explique-toi, mon ami, parce que je ne te suis plus.

- Bon sang, mais réfléchissez une seconde ! Quel intérêt de travailler dans le plus grand secret durant des mois, dans un lieu que nul ne connaît, pour finalement laisser toutes ces preuves derrière soi ? Comment croire que quelqu’un capable de faire des manipulations génétiques, médicales et chimiques aussi complexes se laisse trahir par une vulgaire… fuite de mako ! ?

Le jeune président de la Shinra sentit son estomac se nouer, commençant à comprendre où Vincent voulait en venir.

- Tu pense que… c’est un piège ?

L’ancien turk hocha la tête, lugubre.

- Qui que soit le malade qui a fait ça, il voulait qu’on le sache. Il voulait que l’on sache qu’il y avait un second bébé. Et, surtout, qu’on le croit toujours vivant ! Voilà ce que je pense.

- Pourquoi ? insista Rufus. Dans quel but ?

Vincent se tourna franchement vers lui.

- Si tu découvrais que tu avais un fils quelque part, encore un bébé ? En danger, qui plus est, que ferais-tu, Rufus ?

- Je suppose que je mettrais tout en œuvre pour le récupérer, répondit ce dernier. Oui. Oui, si j’avais un fils, j’essaierai de le sauver coûte que coûte.

Reeve grinça des dents, indigné.

- Un moyen de pression, fit-il, fou de rage. Voilà ce que voulait la saloperie qui a fait ça ! Cet enfant n’est là que pour servir d’objet de chantage ! Merde !

Il tapa du poing sur la table et les trois autres sursautèrent, tant il était rare de voir Reeve se laisser submerger par la colère.

- Et dire que nous pensions que Jenova n’avait pour ainsi dire plus aucun contrôle sur ses fils… Que nous pensions avoir gagné une bataille… Idiots que nous sommes ! gronda l’ancien turk en se levant à son tour pour faire les cent pas. Une fois de plus, nous l’avons sous-estimée.

Shalua frissonna.

- Tu crois vraiment que c’est elle, qui est derrière tout ça ?

- Qui d’autre ?

La réponse leur parvint depuis la porte d’entrée.

- Genesis !

Tous les quatre se tournèrent vers Cloud qui, flanqué de Shelke, se tenait sur le seuil, pâle et les yeux rougis.

*

Shera sortit de la salle de bains dans un nuage d’eau de toilette et de déodorant fleuris fraîchement appliqués, vêtue d’un jean et d’un gros pull côtelé, les cheveux séchés et noués en une queue de cheval un peu lâche.

Elle chaussa ses lunettes après les avoir soigneusement essuyées et remarqua alors, à la faible lumière de la lampe de chevet, son sac de voyage - plein - et son blouson sur le lit.

- Qu’est-ce que… hoqueta-t-elle en voyant qu’il ne restait plus une seule de ses affaires dans la chambre.

Elle alluma le plafonnier et sursauta en voyant Cid, jusque là dans l’ombre, assis dans le fauteuil de son bureau.

- Es-tu fou, de me faire des peurs pareilles ? s’écria-t-elle. Eh ! Tu pourrais au moins t’excuser !

Elle fit un pas vers lui pour lui administrer une petite tape effrontée sur la tête mais s’immobilisa en voyant l’expression de son visage, sévère et si fermée qu’elle en était presque agressive.

Pour toute excuse, il tapota sèchement la liasse de documents posée sur le bureau.

- Tu as dix minutes pour signer ça et disparaître avant que je ne change d’avis et que Rufus ne t’offre un aller simple pour la prison de son choix, fit-il d’une voix glaciale.

Shera émit un curieux son qui ressemblait à un rire étranglé, ne sachant si Cid plaisantait ou non.

Méfiante, elle s’approcha du bureau et frémit en voyant le titre du premier dossier : « Rapports d’incidents du programme spatial Shinra / S-15 à S-26 ».

L’alliance de Cid était posée dessus comme un camouflet.

Elle la prit et sentit sa gorge se serrer.

- Cid, tu ne compr…

- Tu la fermes et tu signes ! s’écria le pilote en sortant une liasse de documents de sous le dossier.

« Accord amiable de divorce »

La jeune femme laissa échapper une petite plainte horrifiée et, les jambes soudain transformées en coton, elle dut s’appuyer au bureau pour ne pas tomber.

- Je… Je l’ai fait pour toi, Cid… bredouilla-t-elle.

Celui-ci se leva, fou de rage, et, les poings serrés, baissa son visage à hauteur du sien pour la regarder droit dans les yeux.

- Ne te fous pas de moi, Shera, parce que je ne suis vraiment pas d’humeur à écouter tes salades !

- Mais je t’aim…

- Signe ces putains de papiers ! hurla-t-il à son oreille en brandissant un stylo sous son nez.

Voyant que toute discussion était impossible, la jeune femme le repoussa d’un geste brusque.

- C’est cette garce, hein ? gronda-t-elle, tremblante de rage. C’est à cause de ta putain borgne !

Cid leva soudain la main et dut faire appel à toute sa volonté pour ne pas la laisser retomber sur la joue de Shera.

- Signe ces putains de papiers, répéta-t-il, les dents serrées.

Elle fondit en larmes.

- Mais je t’aime ! sanglota-t-elle en s’accrochant à son t-shirt. Tout ce que j’ai fait, c’était pour…

- Ne me touche pas ! rétorqua-t-il en la repoussant avec une grimace de profond dégoût. Ne me touche plus jamais, Shera. Ne me regarde plus, ne me parle plus, disparais de ma vie, de celle de mes amis et… signe ces putains de papelards !

Shera secoua violemment la tête, comme prise de folie, et sanglota de plus belle.

- Tu ne peux pas… Tu n’as pas le droit… Tu es à moi… Pas à elle !

Le pilote écarquilla les yeux et ricana.

- Oh, c’est pas vrai… Tu préfères que ça se passe comme ça ? Très bien. A ta guise. Tu ne veux pas signer ? Tant pis pour toi ! Reeve se fera un plaisir de te conduire à la prison la plus proche en attendant ton jugement. Pour ma part, je n’aurais de toute façon aucun mal à obtenir le divorce avec ou sans ton accord. Ca prendra un peu plus de temps, voilà tout !

Il se tourna pour prendre le téléphone.

- Ne fais pas ça, Cid… Ne fais pas ça !

Il ricana, l’oreille collée au combiné.

- Je vais me gêner !

Il pressa la touche de l’un des numéros préprogrammés.

- Tu n’en as pas le droit, Cid ! Je t’aime ! Je t’ai sacrifié ma jeunesse ! Ma vie !

- Allô ? Reeve ? C’est moi.

« Alors ?»

- Rien à faire, Shera ne… Ahhh !

Il eut l’impression qu’une flèche enflammée venait de lui transpercer le flanc, lui coupant le souffle.

Le combiné lui glissa des mains et retomba lourdement sur le bureau.

« Allô ? Cid ? Cid, tu es là ? Cid ! Cid, ça va ! Rufus, il se passe quelque chose… »

La flèche de feu ressortit… et s’enfonça encore. Dans l’estomac, cette fois.

Incrédule, Cid cracha un filet de sang et pivota pour voir la petite main ensanglantée de Shera, contractée sur le coupe-papier en forme de sabre qu’elle avait pris sur le bureau.

Elle frappa et frappa encore avec une force que seule la folie furieuse pouvait lui donner.

- She…ra…

Terrassé par la douleur et incapable de reprendre son souffle, les voies respiratoires obstruée par le sang qui jaillissait des multiples blessures de sa poitrine, Cid s’écroula sur le parquet ciré.

- Tu n’as pas le droit ! hurlait Shera. Pas le droit ! Pas le droit ! Tu es à moi et à personne d’autre ! A moi ! A moi ! A moi !

Chaque exclamation était ponctuée d’un nouveau coup de couteau rageur et il fallut un moment à la jeune femme pour comprendre que le coupe-papier s’était brisé depuis un moment, déjà. Juste avant que le pilote de s’écroule, en fait. La lame s’était brisée et était restée coincée entre deux côtés, la pointe fichée dans le poumon droit.

Cid essaya de ramper sur le sol pour atteindre la porte mais il se noyait avec son propre sang, qui coulait à flots et l’empêchait de reprendre son souffle.

Il tomba inanimé avant même d’avoir atteint le milieu de la pièce.

- Cid ! cria Shera entre ses larmes. Cid !

Pleurant et gémissant à la fois, couverte de sang jusqu’aux coudes, elle lâcha ce qui restait du coupe-papier et se mit à fouiller dans les tiroirs du bureau de son époux, répandant tout le contenu sur le sol ensanglanté jusqu’à ce qu’elle trouve ce qu’elle cherchait.

Pleurant de plus belle, elle referma ses mains sur le pistolet, vérifia qu’il était chargé et se laissa tomber un instant aux côtés du pilote.

- Cette putain borgne… geignit-elle en caressant les cheveux blonds poisseux de sang, le regard rivé sur la porte. C’est de sa faute ! Tout est de la faute de cette putain borgne !

*

Yazoo se réveilla en sursaut et tourna la tête en tout sens, le cœur battant.

- Tu as entendu ? demanda Reno, qui s’était lui aussi redressé sur le lit voisin, le souffle court.

L’argenté hocha la tête.

- On aurait dit un coup de feu.

Marlène, terrifiée et encore à demi-endormie, s’accrocha à Yazoo et éclata en sanglots.

*

- C’était quoi, ça ? haleta Yuffie, le rythme cardiaque affolé.

- Un coup de feu… répondit Kadaj en sautant du lit. Ca venait du bout du couloir !

- Et cri, tu as entendu ? On aurait dit Shalua !

L’argenté lui prit la main et ils se précipitèrent dehors.

*

- Loz, attends-moi ! supplia Tifa en enfilant une petite nuisette de coton.

- C’était Shalua ! assura Loz en bouclant précipitamment son pantalon. J’en suis certain !

- Oh, mon Dieu !

Ils bondirent hors de la chambre, manquant de percuter Rude.

- Qu’est-ce qui se passe ? les pressa celui-ci en essayant de fermer son peignoir sans cesser de courir. Qui a tiré ? Que… (Il s’arrêta si brutalement que Loz faillit le renverser) Qu’est-ce qu’ils font tous devant la chambre d’Highwind ? bredouilla-t-il.

Tifa poussa un cri étranglé et Loz, blême comme un suaire, la serra contre lui.

- Oh, non…

- Je vous en supplie, non… pria la jeune femme, les larmes aux yeux. Non, je vous en supplie, pas ça…

à suivre.

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XXXXVI - Aimer c’est aussi savoir se taire

C’est un poids bien lourd pour un seul coeur

que de souffrir pour deux.”

Euripide

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

En entrant dans sa chambre, Highwind entendit le bruit de la douche derrière la porte close de la salle de bains.

Comme toujours, Shera s’était levée aux aurores.

Prenant garde à ne pas faire trop de bruit, Cid posa sur son bureau la liasse de documents envoyés par l’avocat qu’il venait de récupérer chez Rufus et entreprit de ranger toutes les affaires de celle qui était encore sa femme dans son sac de voyage.

xOx

Ce fut un agréable parfum sucré qui réveilla Yuffie.

S’était-elle endormie par mégarde sur l’un des sachets de bonbons qu’elle avait rapportés de la cuisine ?

Elle lutta pour ouvrir les yeux mais ses paupières semblaient peser des tonnes !

Elle voulut s’étirer mais il y avait quelque chose entre ses jambes : une autre… jambe.

Tiens…

Depuis quand elle en avait trois, de ces trucs là ?

La petite Utaïenne déploya un effort surhumain pour soulever une paupière après l’autre et réalisa que le léger parfum sucré venait, non d’un sachet de bonbons éventré, comme elle l’avait cru, mais des cheveux de Kadaj.

Le visage du garçon était tout près du sien, sur le traversin, ses mèches argentées lui chatouillaient le nez et c’était aussi sa cuisse athlétique, recouverte par le fin coton de son pantalon de pyjama, qui reposait entre les siennes.

Et la main, qu’elle sentait sur sa hanche ?

Ah, non…

Ca, c’était Cait 9.

Il dormait - enfin, c’était mis en veille, plutôt - entre eux, douillettement pelotonné entre leurs deux poitrines, l’une nue et l’autre habillée.

Elle tourna prudemment la tête pour regarder autour d’elle.

La boîte bleue estampillée de moogles était rangée sous le bureau, sur lequel étaient soigneusement empilés les albums photo, apportés par Gretta, et les restes de confiseries.

La brave femme avait pris soin de mettre de l’ordre dans la chambre de Kadaj et de les couvrir lui et elle d’un édredon avant de partir, visiblement.

Ils avaient dû s’endormir en regardant les photos.

D’ailleurs, l’argenté tenait toujours dans sa main le portrait de Lucrecia. Un miracle qu’elle n’ait pas été cornée ou pliée.

Yuffie la lui prit aussi doucement que possible pour la poser sur la table de chevet, à l’abri d’un incident, mais Kadaj la serrait tellement fort qu’il se réveilla.

- Désolée, s’excusa-t-elle en souriant, je voulais juste éviter qu’on l’écrabouille.

Il lui sourit en retour et se frotta les yeux en s’étirant.

- Nous nous sommes endormis ?

- Il faut croire, oui. Mais ne me demande pas quand, je n’en sais rien.

L’argenté laissa échapper un petit rire et tourna à nouveau la tête vers elle.

Son visage était si près du sien que Yuffie pouvait sentir son souffle sur ses cils et sa frange.

- J’ai encore sommeil… gémit-il avec une moue enfantine qui fit pouffer la petite Utaïenne. Pas toi ?

- Si… soupira-t-elle. Je n’ai jamais pu tenir une nuit blanche complète, avoua-t-elle en bâillant à s’en décrocher la mâchoire.

Cait 9, les capteurs à l’affût du moindre bruit ou mouvement de ses maîtres, se redressa à ce moment là en rabattant l’édredon.

- Pour bien commencer une bonne journée : une douche énergique et un bon déjeuner ! claironna-t-il en tapant dans ses pattes.

Il se tourna, enthousiaste, mais, voyant les yeux gonflés et les mines endormies des deux jeunes gens, ses petites épaules velues tombèrent de dix centimètres.

- J’ai connu des bulots, des carpes et des merlans, qui même sortis de l’eau, me semblaient plus vivants ! railla-t-il en se frottant les moustaches.

- Très drôle, Cait… rétorqua Kadaj, le visage grimaçant et les yeux à demi clos.

Cait 9 sauta du lit et entreprit de chausser ses gros godillots.

- Qui doit terminer sa nuit a besoin… d’un déjeuner au lit ! décréta-t-il en plaçant son petit couvre-chef sur sa tête.

- Excellente idée, Cait, approuva Yuffie. Mais pas avant deux bonnes heures, d’accord ?

Le chat robotisé hocha aimablement la tête et quitta la chambre en refermant doucement la porte.

Kadaj jeta un œil au petit écran défilant du panneau de contrôle mural.

” …température de la pièce est de 19°C / Il est 7h15 / Nous sommes le…

- Ce serait indécent, de dormir jusqu’à 9h30 ou 10h00, tu crois ? demanda l’Utaïenne.

L’argenté fit mine de réfléchir un instant avant de lancer un ” Naaaaan ! “ sarcastique couplé d’une grimace comique, ce qui fit de nouveau rire la jeune fille.

Celle-ci baissa alors les yeux sur son gros pull de laine et son épais pantalon de toile froissé.

- Zut ! Je me suis endormie tout habillée… soupira-t-elle en faisant glisser son pull par-dessus sa tête et son pantalon pour ne garder qu’un petit caraco fleuri et sa culotte-short assortie. Regarde-moi ça, j’ai des marques partout, gémit-elle en tâtant les stries rouges dont elle était couverte, provoqués par les plis des vêtements.

Kadaj dut faire un effort considérable pour rester stoïque face à la soudaine quasi-nudité de la jeune fille - au demeurant ravissante !

Au vu de la pudeur dont elle avait fait preuve devant la cuve de Reno, jamais il n’aurait pu penser qu’elle se dévêtirait ainsi un jour devant lui sans autre forme de procès !

Cela étant dit, le naturel et la naïveté avec lesquels elle avait fait ça, sans la moindre crainte ou arrière-pensée, étaient on ne peut plus touchants, voire… terriblement équivoques.

Elle se coula à nouveau sous l’édredon avec un soupir de plaisir évident et l’argenté faillit éclater de rire.

Se rendait-elle compte qu’elle était seule, à demi-nue, dans le lit l’un homme ?

Si c’était le cas, elle ne comprenait visiblement pas ce que cela impliquait et Kadaj pouffa, plus amusé que jamais.

- Quoi ? demanda Yuffie. J’ai dit une bêtise ?

Il secoua la tête et se pelotonna à son tour sous l’édredon, lui faisant face.

- Non, c’est moi, je repensais aux anecdotes de Gretta, mentit-il.

La jeune fille lui adressa un sourire fatigué.

- C’est vrai que c’était drôle. (Elle frissonna) Il fait drôlement froid, non ?

- C’est parce que tu es fatiguée. (Il allait lui proposer de monter un peu le chauffage de la chambre mais…) Viens, fit-il d’une voix un peu enrouée en tendant son bras.

Kadaj pensait qu’elle refuserait, bien entendu, mais, au contraire, la jeune fille se blottit contre lui, nichant la tête au creux de son épaule.

- C’est gentil… dit-elle d’une voix tout juste audible avant de s’endormir profondément, le prenant totalement au dépourvu.

Il déglutit avec difficulté : le corps menu qui se pressait contre le sien avait allumé un incendie que la tendre proximité attisait de seconde ne seconde.

Bravo ! ” se sermonna-t-il en silence. ” Et maintenant ? Tu fais quoi, gros malin ?

Il ferma les yeux avec un soupir silencieux en essayant d’occulter les pensées peu avouables que les courbes gracieuses, et la chaleur de la peau douce, faisaient naître dans son esprit.

Une chose était certaine, cependant : il n’avait plus du tout sommeil !

xOx

Loz était sorti de la salle de bains et enfilait son pantalon lorsqu’il resta en arrêt devant le spectacle qui s’offrait à lui.

Nue, à genoux sur le lit, Tifa se séchait les cheveux avec une serviette, la peau frissonnante et les yeux mi-clos.

Elle aurait pu être l’image même du désir et de la sensualité si un pli soucieux ne barrait pas ses lèvres pleines.

- Qu’est-ce que tu as ? demanda-t-il d’une voix douce en la rejoignant sur le lit.

La jeune femme jeta la serviette sur une chaise et essaya de sourire.

- Tu le sais très bien, Loz.

- Ce ne sont que des cauchemars, Tifa, ce n’est rien. Il n’y a vraiment pas de quoi t’en faire pour ça, je t’assure. Je… J’en fais depuis toujours.

Elle secoua la tête, la gorge nouée.

- C’est faux, rétorqua-t-elle, au bord des larmes. Tu essayes seulement de me rassurer. Et le pire, c’est que je ne peux rien faire. Je me sens tellement… inutile !

Il la serra dans ses bras et elle pressa sa joue contre son torse.

La chair était dure et la peau souple, soyeuse et parfumée.

Après la douche brûlante qu’il venait de prendre, chaque pore paraissait exhaler cet affolant parfum sucré dont Tifa ne pouvait plus se passer.

- Tu es près de moi, Tifa, susurra-t-il à son oreille. Et c’est bien plus que je n’aurais jamais osé espérer.

- Ce n’est pas assez, fit-elle d’une voix étranglée en se blottissant tout contre lui. J’ai eu si peur, tout à l’heure, Loz, si tu savais. Si… Si je te perdais maintenant, je…

Il posa un doigt sur sa bouche et sourit.

- Jamais, promit-il en enfouissant sa main dans ses cheveux pour lui relever la tête. Jamais, Tifa.

- Jure-le-moi, supplia-t-elle, les yeux brillants de larmes. Jure-moi que tu ne la laisseras pas te reprendre. Ni elle ni personne !

- Je te le promets mais ne pleure pas. Je n’aime pas te voir pleurer…

Le cœur d’autant plus serré qu’il savait être la cause de sa détresse, Loz l’étreignit plus fort encore et se pencha pour l’embrasser avec toute la tendresse et l’affection dont il était capable.

Elle répondit à son baiser avec chaleur puis recula un peu pour prendre son visage entre ses mains en coupe et le dévisager.

Sa peau trop pâle, ses joues creuses et ses yeux cernés serrèrent le cœur de la jeune femme.

- Loz… Tu es épuisé. Tu n’as pour ainsi dire pas fermé l’œil depuis que…

- Je vais bien, essaya-t-il de la rassurer avec un pauvre sourire.

La jeune femme jeta un coup d’œil au panneau de contrôle mural et lui caressa la joue.

- Il est encore très tôt, tu sais. Tu devrais essayer de dormir un peu avant le petit déjeuner.

- Je ne…

- Juste une heure ou deux, pas plus, le pressa-t-elle.

Il secoua la tête.

- Tifa, je…

- Je veillerai sur ton sommeil, promit-elle dans un souffle, tout contre ses lèvres, en lissant ses courts cheveux argentés. Au moindre signe de cauchemar, je te réveillerai, je te le promets.

Loz laissa échapper une petite plainte mais elle l’enlaça et se laissa aller en arrière sur le lit, l’entraînant avec elle.

- Tifa, non…

Il voulut se redresser mais elle resserra son étreinte, rabattit la couette sur eux et nicha la tête du jeune homme contre ses seins tendres.

- Chhh… Dors, mon amour. Dors. Repose-toi.

Il poussa un profond soupir et ferma les yeux, uniquement pour lui faire plaisir.

Il devait rester éveillé coûte que coûte, il le savait.

Ne pas s’endormir.

Surtout ne pas s’endormir car, s’il lâchait prise, les cauchemars reviendraient.

Mais il était si bien, dans les bras de Tifa, et tellement fatigué…

Tellement fatigué…

Tellement…

xOx

Dans le petit salon des appartements de Shalua, Rufus et Vincent regardaient les images reçues par Reeve.

Le chef de la WRO était venu les chercher à la demande la jeune femme et ils considéraient l’écran de l’ordinateur portable avec un dégoût mêlé d’appréhension.

- C’est là, prévint Reeve avec une moue en se détournant.

Il avait déjà visionné les images seul puis une nouvelle en compagnie de Shalua et il doutait que son estomac puisse supporter une troisième séance.

- Ils… Ils vont le stériliser ? demanda Rufus avec une moue douloureuse en voyant Hojo, armé d’un scalpel, se pencher sur le bas-ventre de Loz.

Le jeune argenté, apparemment sous anesthésie générale, était allongé nu et solidement sanglé sur une table d’opération, les cuisses légèrement écartées, pour lui dénier tout mouvement accidentel.

Shalua secoua la tête.

- Une vasectomie, c’est aussi ce que j’ai cru, au début, mais non. C’est même tout le contraire, en fait. Regardez.

Rufus serra les dents et dut fournir un effort surhumain pour ne pas détourner les yeux lorsqu’il vit le scalpel mordre dans la peau fragile du scrotum sur plusieurs centimètres sous la racine de la verge.

D’une main sûre, Hojo écarta ensuite les deux bords ensanglantés pour mettre à découvert un testicule. Le long du bord supérieur de celui-ci était accolé un petit corps mou oblong, dans lequel le scientifique enfonça une fine aiguille à l’extrémité de laquelle se trouvait une canule de ponction.

- Oh, mon Dieu… gémit le jeune président de la Shinra en pressant inconsciemment ses mains sur ses parties en un geste instinctif de protection.

- Un prélèvement de spermatozoïdes directement dans l’épididyme ? s’étonna Vincent.

Shalua tordit le nez.

- Hojo voulait visiblement du “premier choix”.

On vit les scientifiques répartir les précieux spermatozoïdes soigneusement sélectionnés dans cinq petits tubes bleus qu’ils plongèrent dans l’azote liquide puis le document reprit sur un fondu, dans la même salle d’opération que précédemment.

Cette fois, c’était Yazoo qui était sanglé au lit.

- Ils ont prélevé du sperme sur les trois ? demanda Rufus, voulant couper court et ne pas subir à nouveau la vision du scalpel tranchant dans la peau tendre.

La jeune scientifique secoua la tête.

- Non. Seulement Loz.

- Et lui, alors ?

- Regardez, vous allez comprendre.

Hojo se saisit une fois encore du scalpel.

Il se pencha sur Yazoo et trancha dans le bas du ventre, à quelques centimètres de la hanche, comme s’il s’apprêtait à opérer le jeune homme de l’appendicite.

L’entaille faite, un assistant fixa un écarteur pour ouvrir largement la plaie, laissant apparaître, non l’extrémité d’un intestin mais une sorte de petite boule de la taille d’une amande d’où sortait un gros vaisseau rosâtre.

- On dirait… une tumeur, nota Rufus sans remarquer que Vincent venait de blêmir.

Hojo fit un prélèvement semblable à celui qu’il avait effectué sur Loz un peu plus tôt.

- Il récupère quoi, là ? insista le jeune président.

- Des ovules… répondit l’ancien turk, qui n’en croyait pas ses yeux.

- Des quoi ? s’écria Rufus, sceptique. Des ovules ? Sur un homme ? Et dans une tumeur ?

- Ce n’est pas une tumeur, Rufus, intervint Shalua d’une voix blanche. C’est un ovaire.

Le jeune président laissa échapper une exclamation étouffée et serait tombé à la renverse s’il n’avait pas été assis.

- Un… bredouilla-t-il. Un… Ovaire ? Yazoo ? Vous voulez dire que c’est un… un hermaphrodite ?

Il s’affala sur le canapé de Shalua, terrassé par la nouvelle, et Reeve hocha gravement la tête.

- Le prix de la consanguinité, c’est lui qui l’a payé… soupira-t-il.

à suivre
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A Vincent

Je suis debout de bon matin
Au boulot, vif et assidu.
Et si j’ai pas d’poil dans la main.
… C’est parce que t’as jamais voulu !

Cid

Oh ! Non, vince, tu n’es pas parfait…
Mais que tes défauts sont charmants !

Tifa

Si j’étais une rose et toi un oeillet
quel ravissant bouquet nous aurions composé !

Aerith

Pas trop nauséeux à force de tourner
dans ma tête ?

Lucrecia

Alors ?

C’est l’amour au premier regard

Ou je dois repasser plus tard ?

Yuffie

III - Vivants ! Jour J + 1

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Tifa essuyait les derniers verres et les rangeait soigneusement derrière le bar lorsque le téléphone sonna.

- Denzel ! Apporte-moi le téléphone !

Le garçonnet obéit mais ne put s’empêcher de décrocher, curieux.

- Allô ? C’est qui ? Tifa ! C’est Reeve !

La jeune femme lui prit l’appareil des mains et agita un index accusateur sous son nez avec une grimace faussement courroucée.

- Je t’ai dit de me l’apporter, petit démon, pas de répondre ! Reeve ? Alors ? Quelles sont les nouvelles ?

« On a placé nos deux « invités » sous surveillance à l’hôpital général. »

- Comment vont-ils ?

Denzel grimpa sur l’un des tabourets qui flanquaient le bar. Il tendit l’oreille, fureteur, mais Tifa lui intima l’ordre de s’éclipser au premier d’un geste, ce qu’il fit de mauvaise grâce.

« Ce n’est pas fameux. »

- Pourquoi ? Ils avaient l’air d’avoir bien résisté, pourtant.

« Pour ce qui est du plus costaud, deux côtes ont transpercé ses poumons et il souffre d’écrasements divers. »

- C’est déjà un miracle qu’il soit vivant.

« En fait, pour ce que j’ai compris, il n’était déjà pas en très bon état avant de se retrouver là-dessous. »

- Comment ça ?

« Les médecins disent que les lésions qui ont causé la plupart des fêlures de la cage thoracique datent d’au moins quatre ou cinq jours. »

- Ah ? bredouilla la jeune femme, un peu mal à l’aise au souvenir de la bagarre qui l’avait opposée à l’argenté quatre jours plus tôt.

« Oui. A croire que ce garçon a été foulé aux sabots par un troupeau de buffles ! »

Tifa se couvrit la bouche de la main.

- Oups…

« Tifa ? Tifa, tu es toujours là ? »

- Oui. Oui, Reeve, je suis là. Excuse-moi je… J’étais en train de fermer le bar.

« Oh, désolé, tu veux que je rappelle plus tard ? »

- Non. Non, non, pas du tout, c’est bon, j’ai fini. Et Yazoo, qu’est-ce que ça donne ?

« Cloud pense qu’il se laisse mourir. »

- Quoi ? s’écria la jeune femme. Comment ça ?

« Comme je te le dis. Littéralement, s’entend. »

- Après avoir réchappé à la chute d’un immeuble de quarante étages et s’être accroché à la vie durant presque deux jours alors qu’il était coincé, blessé, sous des tommes de béton ? Voyons, Reeve, c’est… c’est ridicule !

« Cloud est persuadé qu’ils n’ont pas cherché à survivre, justement, mais à se suicider, au contraire. »

La jeune femme dut s’asseoir sur un tabouret du bar, les jambes coupées par ce qu’elle entendait.

- Ils… je pensais qu’ils voulaient surtout tuer Cloud.

« Pas d’après lui. Il dit qu’ils espéraient rejoindre leur mère et leur frère, dans la rivière de la vie en emmenant Cloud - leur « grand frère » - avec eux. Ces gosses sont persuadés que cette saleté tombée du ciel les attend gentiment quelque part, de l’autre côté, pour vivre une tendre petite vie de famille. »

- Mon Dieu… Aerith ! réalisa Tifa.

« Pardon ? »

- C’est parce qu’ils ont vu Aerith récupérer Kadaj, Reeve ! Ils croient sans doute que c’est Jenova qui est venue le chercher. Oh, non…

« Oui, c’est ce que pense Cloud, aussi. »

- Les pauvres… Traite-moi d’incurable sentimentale si tu veux, Reeve, mais, avec le recul, ils m’inspirent plus de pitié que de rancune.

« Je comprends. Tu n’es pas la seule à ressentir ça, Tifa, rassure-toi. »

La jeune femme secoua la tête, écoeurée.

- Est-ce que je peux faire quoi que ce soit pour vous aider ?

« Justement, c’était à ce sujet, que je t’appelais. »

- Vas-y, je t’écoute.

« Eh bien, le plus costaud de nos deux gaillards… »

-Loz.

« Oui, c’est ça, Loz. Il a beau être à demi-inconscient, il n’arrête pas de prononcer ton nom. »

La jeune femme écarquilla les yeux.

- Quoi ? Pourquoi ?

« Ca, j’espérais que tu pourrais me le dire. S’est-il passé quelque chose de particulier, entre vous deux ? »

- Non ! se récria-t-elle. Bien sûr que non, que vas-tu imaginer !

Elle entendit Reeve rire.

« Je ne parlais pas de ce genre de « choses » là, Tifa. S’est-il confié à toi ? T’a-t-il dit qu… »

- Oh, non, Reeve, le coupa-t-elle, ironique. Bien au contraire.

« Comment ça ? Excuse-moi mais je ne suis pas encore au courant de tous les détails de l’affaire. »

- Lui et moi nous sommes juste battus comme des chiffonniers avant qu’il ne m’assomme pour enlever Marlène et voler les materias de Yuffie. Notre rencontre se résume à des menaces, une volée de coups de poings et quelques coups de pied, rien de plus.

« Ah… Bon, tant pis. Connaissant ton caractère bienveillant, Vincent se disait qu’il s’était peut-être pris d’une sorte de sympathie pour toi. »

Tifa laissa échapper un petit rire triste.

- Ce n’est pas cas, Reeve. Il m’a, à l’inverse, fait mordre la poussière comme ça ne m’était encore jamais arrivé. Mais pourquoi cela a-t-il l’air d’être aussi important ?

« Il plonge lui aussi petit à petit dans une sorte d’apathie et Vince espérait peut-être que tu aurais pu lui parler ou… je ne sais pas, le pousser à s’accrocher et encourager ainsi son frère également. Mais bon… Oublie ça. Tu connais Vince, c’est un irrécupérable romantique. Eh bien je te laiss… ah, attends un instant, Cloud me fait des signes. Je te le passe. A très bientôt. Embrasse Denzel pour moi, surtout. »

- Je n’y manquerai pas. A bientôt, Reeve.

« Tifa ? »

- Oui, je suis toujours là, Cloud. Reeve me dit que ça ne va pas fort, pour tes deux pseudo « petits frères » ?

« C’est peu de le dire ! Ces saloperies de scientifiques ont déjà le scalpel qui frétille à la seule idée de les dépiauter comme des rats. Si tu voyais ces vautours blancs tournoyer autour de leur chambre en guettant leur dernier souffle, c’est à te mettre l’estomac à l’envers ! »

- Pourquoi je ne suis même pas étonnée ? soupira-t-elle.

« Tifa, tu vas sans doute trouver ça idiot mais… tu pourrais faire un saut ici ? »

- Oui, bien sûr mais… pourquoi faire ?

« Reeve t’a dit, pour Loz ? Il n’arrête pas de t’appeler. »

La jeune femme sentit des centaines de fourmis cavaler dans son estomac.

- Oui. Je… bredouilla-t-elle. Je ne comprends vraiment pas pourquoi, d’ailleurs.

« Il t’a vu protéger Marlène comme une louve. Pour lui, tu es peut-être ce qui se rapproche le plus d’une mère, va savoir. Ecoute, je pense que ça vaut peut-être le coup d’essayer. On verra bien comment il réagit en voyant. »

- Très bien. Le temps de prendre une douche, de me changer et j’arrive. Je peux être là dans une heure.

« C’est bizarre, tout de même… »

- Quoi donc ?

« Cette inertie dans laquelle ils sont plongés depuis qu’on les a amenés. Vincent dit que… que ça lui rappelle Lucrecia. »

Tifa tressaillit.

- Tu ne crois pas qu’ils vont finir comme ça, tout de même ? Comme des statues vivantes ?

« Tu verras par toi même mais j’ai bien peur qu’ils n’en soient pas loin, tu sais. »

- Mon Dieu… soupira la jeune femme.

« Bon, écoute, je te retiens pas au téléphone plus longtemps. L’un de nous t’attendra dans le hall du bâtiment D de l’hôpital. C’est là qu’ils sont. »

- D ? C’est pas le bâtiment du labo de génétique, ça ? Celui devant lequel il y a des manifestations écologistes tous les quatre matins ?

Elle entendit Cloud ricaner avec mépris.

« Ouais… Le repaire des savants fous en personne. Et je peux te dire que, de près, ils ont l’air encore plus insanes qu’à la télé ! »

- Je me dépêche.

« A tout de suite, Tifa »

Cette dernière monta quatre à quatre l’escalier qui menait aux appartements privés du bar, au premier étage, et appela Marlène et Denzel.

Elle aurait préféré ne pas avoir à les emmener mais il lui était matériellement impossible de trouver une Baby Sitter en moins de vingt minutes. Temps donc elle disposait pour prendre une douche, se changer, et trouver un taxi si elle voulait être à l’hôpital général de Edge dans une heure…

*

Derrière le mur vitré de la chambre de Loz et de Yazoo, Reeve regardait les médecins effectuer une batterie d’examens et faire une énième récolte d’échantillons en tout genre : sang, peau, cheveux, et le ciel savait quoi d’autre.

- Ils s’en donnent à coeur joie, ces salopards… cracha Cloud avec mépris.

- Il devrait au moins se plaindre… murmura Reeve sans faire attention à lui. Ce n’est pas normal.

- Hein ?

Le chef de la WRO secoua la tête et se tourna vers lui.

- Pardon, Cloud, je parlais tout seul. Je disais que ce n’était pas normal.

- Quoi donc ?

- Yazoo. Regarde ! Pas un cri, pas un gémissement, même pas un haussement de sourcils, c’est… bizarre. Non ?

Un frisson désagréable agita Cloud en voyant un médecin enfoncer une aiguille grosse comme une paille à cocktail dans le foie de l’argenté, à travers la paroi abdominale, pour pratiquer une biopsie.

- Ils ont dû l’anesthésier, murmura le jeune homme, le coeur au bord des lèvres.

- Non, ses paupières battent, regarde. Lentement mais elles battent.

- Une anesthésie locale, alors.

- Il aurait mal tout de même.

Cloud regarda les prunelles mako, fixes, vides, dilatées à l’extrême, et secoua la tête.

- Je crois qu’il va falloir se faire une raison, Reeve. Vincent avait vu juste : ils se laissent tout simplement mourir. Et, comme les cellules de Jenova qu’ils portent en eux les empêchent de rejoindre la rivière de la vie, ils finiront probablement comme Lucrecia…

- Et comme Sephiroth, lui rappela Reeve.

Le jeune homme sentit un pincement au coeur en revoyant ce héros qu’il avait tant admiré prisonnier de son cristal mako, la moitié inférieure de son corps réduite à une charpie de vaisseaux verdâtres et de filaments glaireux.

- Tu sais… Plus j’y pense et moins que crois que c’est Sephiroth que j’ai combattu là-haut, sur les toits.

- Jenova ?

Cloud haussa les épaules.

- Ce ne serait pas la première fois qu’elle se sert d’un ersatz de lui pour nous faire tourner en bourriques… Oh, voilà Tifa.

La jeune femme venait vers eux, flanquée de Denzel et de Marlène.

- Désolée, s’excusa-t-elle, je ne pouvais pas les laisser seuls.

- Ne t’en fais pas, assura Reeve en faisant signe à son chat robotisé, qui attendait bien sagement assis sur l’un des sièges du couloir. Moi et Cait, on va s’occuper d’eux.

Il poussa les enfants en direction de la cafétéria et Marlène faillit bien se dévisser la tête en essayant de jeter un coup d’oeil à l’intérieur de la chambre vitrée.

- C’est vrai ce que dit Tifa ? demanda-t-elle. Que c’est Jenova qui s’est mis en eux pour qu’ils nous fassent du mal ?

Le chef de la W.R.O. la souleva dans ses bras.

- Et si on discutait de tout ça devant une bonne glace, mhhh ?

Les enfants lancèrent des exclamations enthousiastes et il quitta les lieux aussi vite que possible.

- Qu’est-ce qu’ils font ? demanda Tifa à Cloud en observant les médecins à travers le mur vitré de la chambre des argentés. Ils sont au moins cinq, là-dedans.

- Je l’ignore, je… (Une jeune femme en blouse blanche leur jeta un regard méfiant et appuya sur l’un des boutons de commande du panneau mural, obscurcissant les vitres qui devinrent rapidement totalement opaques) Et ils ne veulent visiblement pas que ça change ! ajouta-t-il, un rien agressif.

Les jeunes gens attendirent un long moment que les scientifiques en terminent avec leurs prélèvements.

Les minutes passèrent avec une lenteur désespérante, s’enfilant sur le fil de leur angoisse telles des perles et c’est ainsi que près d’une heure s’écoula.

- Bizarre que Vincent ne soit pas revenu, nota Cloud.

Tifa soupira.

- Il m’attendait dans le hall mais a filé, disant qu’il avait quelque chose à vérifier d’urgence mais il n’a pas précisé quoi.

Des exclamation surprises et des jurons leur parvinrent soudain de part et d’autre du couloir ainsi que des laboratoires d’analyses ou des bureaux du personnel.

- Qu’est-ce qui se passe ? s’étonna Cloud, surpris par le raffut et l’agitation soudains.

Le personnel courait en tout sens, affolé, et Tifa agrippa par le bras une infirmière qui allait se précipiter dans la chambre des argentés.

- Qu’est-ce que c’est que cette pagaille ? Qu’arrive-t-il ?

- Notre système informatique vient d’être piraté ! s’écria la jeune fille avant de se libérer d’une torsion de poignet.

Elle fit irruption dans la chambre vitrée et, quelques minutes plus tard, celui qui semblait être le chef du pôle recherche de l’hôpital en ressortit comme une flèche pour se précipiter dans l’ascenseur sans un mot.

Cloud et Tifa profitèrent de la confusion pour pénétrer dans la chambre, où ne restaient plus que deux assistants, qui finissaient d’étiqueter une quantité effrayante de prélèvements en tout genre soigneusement alignés sur une table roulante métallique.

- Comment vont-ils ? demanda le soldat en jetant des regards inquiets aux deux argentés immobiles et exsangues.

L’un des deux jeunes hommes vêtu d’une blouse blanche retira ses gants, abaissa son masque, et secoua la tête après avoir échangé une œillade entendue avec son collègue.

- Voyez par vous même…

Il se lança dans une longue explication mais Tifa ne l’écoutait plus, ne pouvant détacher les yeux des deux visages si pâles et des yeux mako grands ouverts aux pupilles vibrantes si dilatées qu’elles en étaient parfaitement rondes.

Il y avait quelque chose de parfaitement inhumain dans ces visage immobiles. Trop immobiles…

- Tifa ?

Elle sursauta.

- Pardon, Cloud, je… Désolée, tu disais ?

- Je te demandais si tu allais bien, tu es toute pâle.

La jeune femme hocha la tête et remarqua que les deux assistants étaient partis. Cloud et elle étaient seuls avec les deux argentés.

- Oui. Oui, merci. Tu as vu leurs visages ? demanda-t-elle en s’approchant du lit de Loz, le cœur battant. En dehors des paupières, ils ne bougent pas du tout, ils sont parfaitement inexpressifs, indifférents à tout ce qui les entoure et pourtant… Pourtant leur regard…

Elle se pencha sur Loz, dont seule la tête dépassait du drap dont il était couvert, s’attendant à ce qu’il tourne au moins les yeux vers elle un instant mais il continua à fixer le plafond, ses pupilles paraissant vibrer comme un diapason.

- Quoi, leur regard ? demanda Cloud en se penchant à son tour au dessus de l’argenté.

- Ils semblent terrifiés…

Faisant appel à tout ce qu’elle pouvait rassembler de courage, elle tendit doucement la main et la posa, frémissante, sur le front large et élégant.

La peau était glaciale et Loz ne réagit absolument pas au contact des doigts apaisants. Pas même un petit tressaillement ou un semblant d’esquisse de sourire ou de moue sur les lèvres entrouvertes.

Vraiment bizarre…

… à suivre

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I - Vivants ! Jour J

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Shiva Rajah d’après une illustration de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno regarda une dernière fois les décombres éparpillés de l’immeuble et donna un coup de pied dans un petit morceau de ciment.

Est-ce à cela qu’aurait ressemblé Edge et la planète entière si Cloud n’était pas arrivé à bout de Kadaj ?

- Reno ? cria la voix de Rude de l’autre côté des décombres. Tu as trouvé quelque chose ?

- Que dalle ! A mon avis, ils ont été réduits en compost ! Ou ils se sont carrément dissous, comme leur frangin !

- Avec le nombre de materias qu’ils avaient dans le corps, ça m’étonnerait ! répondit la voix de Yuffie depuis les sous-sols à demi-effondrés.

Voilà plus de trois heures que les turks et Avalanche fouillaient les décombres à la recherche des cadavres des frères aînés de Kadaj.

Si, comme le craignait Rufus, leurs corps ne s’étaient pas désintégrés, ils étaient de véritables réserves de cellules de Jenova qu’il urgeait de mettre en lieu sûr, à l’abri de cinglés du genre d’Hojo. Même si, pour cela, il fallait les découper en tranches pour les mettre, à l’instar de leur saloperie de mère, dans des boîtes scellées.

Reno essuya la sueur qui coulait de son front et secoua sa chemise pour rafraîchir un peu la peau moite de son torse.

Il était presque dix-huit heures.

Le ciel commençait à rougir mais la température, elle, ne semblait pas vouloir baisser.

« Saloperie de canicule… »

Il sauta par-dessus les restes d’un muret de béton, regarda autour de lui et blêmit.

Il se trouvait au centre de ce qui avait dû être autrefois une sorte de hall d’accueil mais qui tenait désormais davantage de l’ossuaire que du vestibule.

Si l’on en croyait les squelettes blanchis coincés sous les gravats des plafonds effondrés, la chute du météore avait provoqué en ce lieu une véritable boucherie.

Les dépouilles avaient dû pourrir là durant des années, à l’abri des murs lépreux du bâtiment, jusqu’à ce que les incarnés de Sephiroth fassent tout sauter, exposant la scène dans toute son horreur.

Le turk recula d’un pas et quelque chose craqua sous son talon.

Il grimaça, devinant ce qui devait être à l’origine de ce son de céréale écrasée sous une cuiller.

- Et merde…

Reno baissa lentement les yeux vers le sol et frémit en réalisant qu’il avait marché sur les phalanges blanchies d’une main d’enfant âgé de quatre ou cinq ans tout au plus.

- Oh, putain…

Il contint un frisson de dégoût et s’écarta du petit corps vêtu des restes d’une robe blanche et bleue.

Près de la fillette s’amoncelaient les ossements de cinq ou six autres personnes, pour ce que pouvait en voir le turk. Probablement toutes tuées par la chute de la poutre en béton armé sous laquelle disparaissaient diverses parties des corps.

Reno allait fuir la vision de cauchemar lorsqu’un bruit glaireux de lapement attira son attention, derrière ce qui avait été autrefois un standard d’accueil téléphonique dernier cri.

Il s’approcha sans faire de bruit pour jeter un oeil par dessus l’amoncellement de câbles, de métal distordu et de plastique fondu.

La première chose qu’il remarqua fut un reflet émeraude qui scintilla comme un éclair dans la fin d’après-midi rougissante.

A quelques mètres de l’endroit où il se trouvait, un monstre se régalait du sang qui coulait en petites rigoles entre les gravats. Ses écailles brillantes accrochaient les feux du couchant.

Le turk l’observa en silence et en prenant bien garde de ne pas faire le moindre bruit.

C’était une bête étrange, tout en angles et en nerfs.

De la taille d’un gros chien, elle n’était pas vraiment laide, au contraire, elle était élancée et racée, perchée sur de hautes pattes élégantes aux griffes acérées comme des rasoirs.

Encore sous le choc de la vue des corps, Reno se surprit à admirer la créature. Peu importait qu’il s’agisse d’un monstre. Au moins, c’était vivant et, en cet instant, ça le rendait plus beau à ses yeux que n’importe quoi d’autre.

Il s’approcha à pas de loup…

Le sang que léchait la bête, presque avec affection et les yeux dorés mi-clos, comme on goûte un vin rare, coulait en élégants méandres rubis d’un bras à la chair tendre, pale et délicate. Un bras qui avait lâché son arme, qui gisait à quelques centimètres à peine des longs doigts graciles.

La chevelure d’argent de son propriétaire s’étalait sur le sol couvert de déblais pour former un tapis luxueux sous les pattes griffues du monstre, comme le dernier hommage d’un martyr à une cruelle divinité animale….

La scène aurait pu orner le mur du temple d’un Dieu antique.

Cette bête chimérique et puissante, léchant ce corps qui semblait si fragile en comparaison…

La scène était belle, oui. Horriblement, terriblement belle.

- Reno ! Couche-toi !

Le cri de Tifa, qui retentit soudain derrière lui, le tira de sa sinistre rêverie et il se coucha d’instinct sur les gravats tandis que retentissaient deux coups de feu.

Touché en plein coeur, le monstre s’effondra aussitôt et la jeune femme rejoignit le turk en sautant par-dessus le muret, qu’il avait lui-même franchi un peu plus tôt.

- Reno, ça va ?

- Oui, bredouilla-t-il, étonnée de la voir se servir d’une arme à feu avec une telle dextérité. Oui, je… Ca va.

Bordel de merde ! Il perdait la boule ou quoi ?

S’extasier sur cette sale bestiole en train de s’abreuver de sang humain, c’était du grand n’importe quoi ! Même si le sang en question était celui d’un putain d’incarné !

- Qu’est-ce qui s’est passé ? cria la voix de Rude depuis le côté opposé des ruines. C’était quoi, ces coups de feu ?

- On en a retrouvé un ! répondit Tifa. Un Rokoal était entrain de lécher le sang qui coulait de… Oh, c’est pas vrai !

Elle se tut, soudain blême, et Reno la secoua par l’épaule.

- Tifa ? Qu’est-ce que tu as ?

- Depuis quand ça saigne, un cadavre ? demanda-t-elle avant de se précipiter vers l’argenté coincé sous les gravats.

Le turk s’élança derrière elle.

- Tifa, attends ! Et on est supposés faire quoi, s’il est vivant ? L’achever d’une balle dans la tête ?

- Arrête de dire des sottises et aide-moi à le dégager !

Il souleva à grand peine un reste de plafond pour qu’elle puisse tirer le corps de sous un amas de plâtre et de tiges métalliques, dont l’une avait transpercé la cuisse gainée de cuir.

Tifa retourna l’argenté et posa un doigt sur la veine de son cou.

- Alors ? demanda Reno en lâchant le morceau de plafond avec un bruit assourdissant.

- Il est vivant, murmura-t-elle, mais tout juste. Rude ! cria-t-elle. Cloud ! Venez vite ! Yazoo est vivant !

Reno s’agenouilla à côté d’elle et considéra le corps ensanglanté qu’elle tenait dans les bras.

Ce visage…

Il n’avait pas oublié ce visage.

Lorsqu’il avait combattu ce satané incarné, le turk avait à peine eu le temps de le détailler mais la petite « frimousse » - quel autre qualificatif conviendrait mieux à ces traits graciles presque enfantins ? - s’était gravée dans son esprit avec la force d’un fer rougi.

Comment aurait-il pu en être autrement ? Des traits aussi délicats chez un homme, c’en était presque obscène…

Mais Reno n’avait pourtant pas rêvé, la preuve. Ce visage existait bel et bien et se trouvait là, devant lui.

Yazoo.

C’était donc son nom.

- Vous êtes où ? cria la voix de Cloud, toute proche.

- Ici ! répondit Reno. Juste sous les restes de colonnes bleues ! Merde, Tifa, il saigne comme un goret.

- Une artère, tu crois ?

- Non, quand même pas à ce point là. Celle saleté de tige en métal devait boucher une veine et on l’a sans doute déplacée en le tirant de là.

Il retira sa ceinture et entreprit de la serrer autour de la cuisse de l’argenté, au-dessus de sa blessure.

- Son frère ne doit pas être loin, dit Tifa, la gorge sèche, en tournant la tête en tout sens. Bon sang, je n’ose imaginer les drames qui ont dû se dérouler ici il y a sept ans.

Elle venait de voir les ossements blanchis coincés sous plusieurs tonnes de béton.

- Ils n’ont probablement pas eu le temps de… Tifa ! Là-bas ! Regarde ! Sous la poutre !

Il lui désigna un coin d’ombre, sous une poutre de béton et la jeune femme secoua la tête.

- Je ne vois rien.

- C’est pas une main, ça ? Là ! Juste à côté du bout de taule.

Tifa finit par voir à quoi faisait allusion le turk et laissa échapper un petit cri étouffé en considérant les centaines de kilos de déblais.

- On ne pourra jamais le sortir de là sans matériel adéquat.

- Tu crois qu’il est vivant, lui aussi ?

- Ca m’étonnerait. Son corps a dû être totalement écrasé par les décomb… Il a bougé ?

- Hein ?

- La main. Elle a bougé, non ?

- Oh putain…

La jeune femme se précipita sous les décombres et dut dégager plusieurs couches de morceaux de plâtre et de déblais pour accéder à la tête et aux épaules du corps immobile.

Elle n’eut même pas besoin de vérifier son pouls car sa respiration sifflante et douloureuse n’était que trop audible.

- Reno ! Il est vivant, lui aussi !

Le turk secoua la tête, incrédule.

- Bah merde, alors…

- Loz… murmura Tifa, la gorge serrée. Loz, tu m’entends ?

Prononcer le nom de cet homme lui faisait un effet étrange.

Jamais personne ne lui avait inspiré à la fois autant de méfiance, de colère et d’indignation mais aussi de pitié, d’admiration et de trouble.

Colère pour l’avoir battue à plates coutures dans l’église, indignation pour les heures d’angoisse passées à s’inquiéter pour Marlène, qu’il avait enlevée sans le moindre état d’âme, pitié parce qu’elle savait, à présent, qu’il n’avait été que la marionnette de Jenova, admiration parce qu’il était sans doute l’homme le plus fort qu’elle n’avait jamais affronté et trouble parce que… Parce que…

Elle secoua la tête pour chasser le souvenir d’un grand corps athlétique aux muscles puissants gainés de cuir noir et tendit une main hésitante pour caresser la courbe lisse d’une pommette, le front haut, suivre l’arête du nez élégant et effleurer du bout des doigts les lèvres pleines au dessin parfait mais craquelées par la déshydratation.

Les longs cils argentés frémirent.

- Yazoo… gémit Loz d’une voix étranglée à peine audible. Yazoo…

Un filet de mousse rougeâtre lui coula au coin de la bouche et la jeune femme hoqueta.

- Reno ! Je crois que quelque chose lui a transpercé le poumon ! Il faut le sortir de là !

La jeune femme lissa les courts cheveux de mercure et deux yeux félins couleur mako embués de larmes douloureuses s’ouvrirent et la fixèrent.

- Toi… murmura-t-il avec difficulté.

- Ne bouge pas. On va te tirer de là.

Un sourire d’une douceur poignante se dessina sur les lèvres sensuelles et Tifa s’étonna de voir une expression aussi tendre sur le visage d’un tel homme.

- Je… poursuivit l’argenté malgré le sang qui encombrait les voies respiratoires. Je t’ai vue si souvent dans mes rêves… qu’à mon réveil j’ai l’impression que tu es encore là…

Il cracha un filet de liquide rougeâtre et s’évanouit à nouveau.

Tifa passa une main derrière la nuque argentée pour lui tenir la tête de côté afin de l’empêcher de s’étouffer et frémit au contact de la peau douce.

Que pouvaient signifier ces mots ?

Une chose était sûre en tous les cas : il ne l’avait pas oubliée.

Et curieusement, cette certitude l’emplit d’une exaltation aussi malvenue qu’inexplicable.

…à suivre.

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Il suffit d’un instant

« Il faut des années pour bâtir une partie de sa vie

mais un instant suffit pour la démolir entièrement. »

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Shiva Rajah d’après une illustration de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

La première chose qu’il sentit fut la douleur.

Une douleur aiguë qui le transperça de part en part au niveau de l’aine.

- Ne bouge pas, Cid. N’essaye surtout pas de te redresser.

- Vin…ce ?

Sa gorge était si sèche et douloureuse qu’il avait l’impression qu’on lui avait déversé dans la bouche un sac d’aspirateur plein de poussière.

- Ne parle pas et, surtout, reste calme.

Cid essaya d’ouvrir les yeux et la lumière vive du ciel l’aveugla.

Il toussa, cracha et toussa encore, accentuant encore la douleur qui pulsait à présent dans son bas-ventre et sa jambe.

Des exhalaisons de combustible brûlé, de ferraille chaude et de plastique fondu lui irritèrent les narines.

- Les secours arrivent, Cid, reste tranquille.

Les secours ?

Pourquoi ? Qu’est-ce qui s’était passé ?

La dernière chose dont il se souvenait, c’était d’être aux commandes de son bébé et de survoler Canyon Cosmo.

Le temps était clair, ils avaient mis une bonne rouste aux soldats du deepground, avaient définitivement annihilé Omega et… Et quoi ?

- Qu’est-ce qui… c’est… passé ? réussit-il à articuler avec difficulté en réprimant un gémissement.

- Tu t’es écrasé.

- Quoi ? s’écria le pilote avec un sursaut.

Ce qu’il regretta aussitôt lorsque la douleur monta encore d’un cran.

- Bon sang, Cid, ne bouge pas !

Il sentit qu’on lui compressait douloureusement le haut de la cuisse et ouvrit un oeil larmoyant pour voir son pantalon en lambeaux couvert de sang. Tout comme son entrejambe et la main de Vincent, qui essayait tant bien que mal de contenir l’hémorragie qui semblait résulter d’une lésion de son artère fémorale.

- Oh… merde. Quelle tronche… ça a ?

- Les secours arrivent, Cid.

- C’est pas ce que je t’ai demandé, bordel !

Son éclat entraîna une nouvelle et douloureuse quinte de toux.

- Un bout de ferraille t’a transpercé la hanche.C’est pas beau à voir mais tes bijoux de famille sont intacts. C’est ce que tu voulais entendre ?

- L’équipage ? Où est l’équipage ?

Vincent mit un peu de temps à répondre.

- J’en sais rien. J’ai juste eu le temps de sauter avec toi, Cid.

- Sauter ? De… là-haut ? Oh, je vois… Chaos, hein ? Saloperie…

- Sans lui tu ne serais plus en vie, Cid.

- Mais qu’est-ce qui s’est passé, bordel ? Pourquoi on… on s’est crashé comme des bouses ?

- Il y a eu une explosion. Le moteur, peut-être.

- Impossible. Ah ! Putain, arrête d’appuyer comme ça !

- Je n’ai pas le choix, Cid. C’est ça ou tu te vides.

- Super… railla le pilote avec humour désespéré. J’ai toujours rêvé de finir… comme ça. Les couilles à l’air dans le désert… ( Vincent ramassa le blouson du pilote de sa main libre et recouvrit son bas-ventre) Quoi ? Elles sont si moches que ça ? Je suis… vexé… Les femmes m’ont toujours dit que j’avais… la plus belle paire… qu’elles aient jamais vue.

Vincent rit malgré lui.

- Oui, Cid, tu as des couilles inoubliables mais, maintenant, tu la fermes et tu arrêtes de bouger. Plus tu t’agiteras, plus tu saigneras.

- Vince…

- Quoi, encore ?

- Ca va pas… très bien. Je crois… Je crois que je vais tourner… de l’oeil…

- Cid ? Non ! Cid ! Reste avec moi ! Cid !

*

- …d ? …id ? Cid ?

Les sons parvenaient à ce dernier comme étouffés à travers un tampon de ouate.

- Pourquoi ne pas le laisser dormir encore un peu ?

- L’anesthésie se dissipe. Il lui faut de la morphine.

- Il sent rien, il est inconscient.

- Crois-moi, pas pour longtemps.

- Bah, mets-lui-en un peu, alors, avant qu’il ait mal.

- La morphine se dose en fonction de la douleur, Yuffie, ce n’est pas un produit anodin. Cid ! Tu dois te réveiller, maintenant. Ouvre les yeux, allez !

Le pilote cligna douloureusement des yeux mais il lui fallut un moment pour que le voile noir commence à s’estomper.

- Vince ? Vince… c’est toi ? Mes yeux… Ca brûle…

- Yuffie, ferme les rideaux. Cid ? Cid, tu me vois ?

Celui-ci sentit plus qu’il ne vit une main s’agiter devant son visage.

- C’est flou…

- C’est normal, tu sors juste du bloc.

Du bloc ? Il avait dont été opéré ?

Il voulut se redresser pour s’asseoir et une douleur foudroyante remonta le long de sa cuisse jusqu’au sternum, lui arrachant un cri.

- Cid !

Il sentit la petite main fraîche de Yuffie se poser sur sa poitrine nue pour l’empêcher de bouger et entendit deux « clic ! », près de son épaule.

Presque aussitôt, quelque chose parut se répandre dans son corps et la douleur reflua.

- Du calme, Cid, murmura Vincent. Ca devrait faire effet dans quelques instants.

- Oh, la vache…

Il cligna à nouveau des yeux et, cette fois, la silhouette de l’ancien turk commença à se dessiner devant lui, sur le bord du lit.

- Tu nous a fait une belle peur, tu sais, entendit-il ronchonner l’Utaïenne. Heureusement que j’avais des materias en réserve dans le camion de Barret ! Comment tu te sens ?

- Comme si Barret… m’était passé dessus avec le camion en question.

Vincent laissa échapper un petit rire.

- Tu l’as échappée belle, avec ton morceau de ferraille. Un peu plus et l’artère fémorale aurait été sectionnée net.

- Ouais ! Et on serait arrivés trop tard, renchérit la jeune ninja.

La vue de Cid s’éclaircit enfin.

Il distinguait à présent ce qui se trouvait dans la pièce.

C’était une chambre spacieuse et luxueuse, aux hautes fenêtres voilées de rideaux somptueux et aux murs couverts de boiseries.

- Ouahouh… On est où, là ? Dans un hôpital cinq étoiles ?

- Presque, acquiesça Vincent. Tu es au manoir Shinra, à Nibelheim.

- Bah merde… Je ne m’en souvenais pas comme ça. Ils ont rafistolé, depuis qu’on les a débarrassés du squatteur de la cave ? plaisanta-t-il avec un clin d’oeil.

Yuffie prit place à côté du « squatteur » en question, sur le bord du lit.

- Il y a presque un an que Rufus l’a restauré. Reeve a fait installer un centre de recherche médiale ultramoderne dans l’ancien labo d’Hojo et du docteur Crescent.

- C’était l’endroit le plus proche où l’on pouvait trouver une équipe médicale capable de rafistoler ta hanche.

- Cassée ?

- « Broyée » serait plus approprié.

- Génial… Dites-moi au moins que vous n’avez pas prévenu ma femme.

Yuffie se raidit et jeta un regard affolé à Vincent, qui parut hésiter un moment avant de répondre :

- Non, nous ne lui avons rien dit, ne t’en fais pas.

Cid laissa échapper un soupir de soulagement.

La dernière chose dont il avait envie, c’était de voir Shera tourner autour de lui avec la mine qu’elle aurait eu en soignant un chiot malade.

- Bordel, je me souviens de rien, Vince… Qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi je me suis crashé ?

- Reeve et ses hommes ont récupéré l’épave. Ses ingénieurs supposent qu’un tir a endommagé un réacteur durant l’attaque. Une pièce aurait fini par se détacher et aurait provoqué une réaction en chaîne. L’un des réservoirs a explosé. Personne ne pouvait le prévoir, Cid. C’était un accident idiot comme il en arrive parfois.

- Et l’équipage ?

- Il y a pas mal de survivants. Ils ont été soignés ici, eux aussi, et transférés pour la plupart au centre de soins de la WRO il y a une heure.

- Combien ? Combien ont survécu ?

- Un peu plus de la moitié.

Cid se couvrit le visage des mains.

- Heureusement que les gosses ne sont pas montés avec nous… je crois que je ne me le serais jamais pardonné.

- Tu n’y es pour rien, Cid, le rassura Yuffie. C’était un accident que personne ne pouvait prévoir.

- Ouais… Tu parles. Vaut mieux se dire ça.

La jeune fille paraissait étrangement désorientée, ce qui ne lui ressemblait pas du tout, mais sourit néanmoins pour lui communiquer un peu d’entrain.

- En tous les cas, toi et Vincent, vous êtes vivants et c’est ce qui compte !

- Ouais… Dès que j’y verrais clair, que je pourrais marcher et que je serais sorti du tas de coton dans lequel mon cerveau semble s’être enfoui, je me mettrai à sauter à pieds joints sur le lit, promis.

- Arrête d’être aussi cynique, Cid. Tu ne dois penser qu’à te reposer pour être à nouveau sur pied le plus vite possible !

Vincent lui tapota l’épaule.

- Elle a raison. Tu dois te reposer. Si tu as besoin de morphine, il te suffit d’appuyer sur ce bouton. C’est directement relié à ta perfusion.

Le pilote considéra avec circonspection le tube qui allait de son bras à une machine pleine de boutons et de petits écrans complexes.

- Super… Je vais pouvoir planer à nouveau, avec ça. Et sans risque de me crasher, cette fois.

- Oui, enfin, ne te shoote pas à mort quand même.

- Rassure-toi, Vince, la seule drogue que j’accepterai volontiers, c’est une bonne bouteille d’un truc qui dépasse les quarante degrés. T’aurais pas ça sous ta cape, par hasard ?

L’ancien turk ricana.

- Je vais voir ce que je peux faire, dit-il sur le seuil.

- Eh, Vince ! Merci… Et j’parle pas de la bouteille.

Ce dernier répondit par un clin d’oeil complice et tira doucement la porte derrière lui et Yuffie.

Cid attendit que le battant se referme et se laissa enfin aller en arrière sur les oreillers avec un cri silencieux, les mains pressées sur le visage et celui-ci contracté sous l’effet d’une douleur quasi-insoutenable.

- Bordel de merde…

Il savait d’expérience que les douleurs osseuses étaient les pires que l’on puisse imaginer mais là… c’était à croire qu’un rat était en train de lui ronger la hanche de l’intérieur.

Il sentit une sueur glacée perler sur son front et sur son torse nu et frissonna, ce qui eut pour effet de faire monter la souffrance d’un cran.

- Putain de putain de putain… s’entendit-il gémir à nouveau d’une voix brisée.

La morphine… Il lui fallait plus de morphine…

« Non ! » hurla une petite voix dans sa tête. « Tu sais très bien ce qui se passera avec cette saloperie, bordel ! Au début, ça te soulagera et puis plus tu t’y habitueras, plus tu… »

Oui, Cid savait très bien ce qui se passait avec ce genre d’opiacés, il en avait fait l’amère expérience il y a dix ans, lorsque cette saleté de morceau de fuselage de fusée lui était tombée dessus, lui brisant les deux jambes et réduisant sa cheville gauche à l’état de compost. Toute l’articulation et une partie du pied avaient dû être remplacés par un système interne robotisé en carbone, ce qui devait très certainement être aussi le cas de sa hanche, désormais, s’il en croyait l’intensité de la douleur…

Il devait tenir.

S’accrocher.

Essayer, du moins.

Un peu…

Un élancement particulièrement violent lui vrilla les nerfs et, les mains toujours pressées sur son visage, il se mordit les paumes pour contenir un cri.

Il entendit trois petits « clic ! » et la douleur reflua un peu, en même temps que s’élevait la douce voix de Vincent.

- Ca va mieux ?

Cid l’observa entre ses doigts.

- Je t’ai vu sortir, Vince… haleta-t-il. Qu’est-ce que tu fous encore là ?

- Tu peux peut-être jouer les costauds impassibles devant la petite mais pas devant moi, Cid. J’ai vécu avec la douleur pendant trop longtemps pour ne pas la reconnaître quand je la vois dans les yeux de quelqu’un… La morphine te soulage-t-elle ?

- Un peu. Mais ça ne durera pas. Et ce sera encore pire. Alors arrête de m’envoyer cette merde dans les veines. Ca m’a fait plus de mal que de bien, il y a dix ans.

L’ancien turk tiqua et s’assit doucement sur le bord du lit.

- Il y a dix ans ?

Le pilote acquiesça et désigna son pied gauche, sous la couverture.

- Prothèse interne robotisée en carbone. Une petite merveille de technologie !

- Un accident ? Pourquoi ne m’en as-tu jamais parlé ?

Cid haussa les épaules.

- Sans doute parce que l’occasion de t’emmerder avec ça ne s’est jamais présentée.

Vincent fronça le sourcil et sourit, surpris.

Au cours des longues conversations - ou parfois des beuveries - qui avaient ponctué leurs trois années d’amitié, le pilote et lui avaient pourtant abordé des sujets bien plus intimes qu’une simple histoire de prothèse ou d’accident. Qu’est-ce qui pouvait donc l’embarrasser à ce point ?

- Qu’est-ce que tu ne veux pas me dire, Cid ?

Ce dernier poussa un profond soupir et tordit le nez, sachant que son ami ne le laisserait pas en paix tant qu’il n’aurait pas le fin mot de l’histoire.

- Je suis resté accro à la morphine pendant deux ans… Et si j’avais pas failli perdre mon job, je le serais peut-être encore.

- Désolé, je l’ignorais.

Le pilote sourit et secoua la tête.

- C’est rien, dit-il en arrachant le sparadrap de sa perfusion pour retirer l’aiguille de celle-ci avec une petite grimace. Tu pouvais pas deviner. Tu veux essayer ? railla-t-il en lui tendant le dispositif d’intraveineuse.

L’ancien turk le prit, enroula le long tube en riant malgré lui et le posa sur la machine programmée pour diffuser la morphine.

- Sans anti-douleurs, tu ne tiendras pas le coup, Cid.

- Pourquoi, qu’est-ce qu’ils ont tripatouillé, là-dedans ? Me dis pas que j’ai une nouvelle articulation en ferraille ? Je vais bientôt pouvoir faire concurrence à Barret !

- Non, juste des broches. En titane, cette fois.

- Super… Les matérias de Yuffie n’ont donc pas fait leur taf. C’est bien ma veine !

- Les matérias ont réparé tes muscles et ton artère mais ta hanche était brisée en plusieurs endroits, il fallait faire vite, les médecins n’avaient pas le choix.

- Ils auraient pu attendre que ces fichues boules agissent.

- Et l’os risquant de se ressouder trop vite et n’importe comment, tu aurais probablement boité toute ta vie.

Le pilote lui coula un regard en biais.

- T’as décidé de me prendre à rebrousse-poil ? On t’a jamais dit qu’il fallait laisser les victimes exprimer leur colère ?

Vincent rit malgré lui mais son sourire se figea sur ses lèvres en voyant soudain Cid pâlir à nouveau : la douleur revenait.

- Cid, tu dois prendre quelque chose.

- Ouais ! Et je t’ai déjà dit quoi.

- Je descends voir les médecins. Il existe d’autres an…

- Il n’y en a pas, Vincent ! Pas qui auraient un effet plus positif que les effets secondaires, en tout cas. Allez, fais pas cette tête, ça va aller, j’en ai vu d’autres !

- Cid, je…

- Mais tu vas aller la chercher, cette putain de bouteille, au lieu de gémir comme une vieille femme ? Ou tu comptes parler toute la nuit avec la gorge sèche ?

Vincent hocha la tête et quitta la chambre à contrecoeur.

Yuffie l’attendait un peu plus loin, dans le couloir, en compagnie de Cloud et de Tifa.

- Alors ? lui demanda cette dernière, la mine sombre. Comment l’a-t-il pris ?

L’ancien turk secoua la tête et détourna le regard.

- Tu ne lui as rien dit ? s’offusqua la jeune utaïenne.

- Non.

- Quoi ? Mais enfin, tu ne…

- Yuffie… la coupa calmement Cloud.

La jeune fille poussa un profond soupir et Tifa se mordit la lèvre.

- Il l’apprendra toujours bien assez tôt. Pauvre Cid…

Yuffie tapa du pied.

- Plus on attend et pire ce sera !

Vincent lui jeta un regard sévère.

- Si tu as une formule toute faite pour dire à ton meilleur ami qu’un psychopathe vient de découper sa femme en rondelles dans sa propre maison avant d’y mettre le feu, je t’écoute, Yuffie ! (Cette dernière baissa la tête) C’est bien ce que je pensais…

- De toute façon, il est trop tard, laissa tomber Cloud, maussade. Ni lui ni personne ne peut plus rien faire pour Shera. Pour l’instant, Cid doit surtout se concentrer sur sa guérison.

La petite ninja poussa un petit cri outragé.

- C’était sa femme ! Et il l’aimait !

- Yuffie… intervint l’ancien turk. Cloud a raison. Occupons-nous d’abord des vivants. Les morts, nous ne pouvons que les pleurer. Rien de plus.

Chacun s’enferma dans un silence lugubre et Tifa poussa un soupir déchirant.

- Pauvre Cid… répéta-t-elle.

*

Sa femme Shera, le Sierra et une partie de son équipage, la maison de Rocket Town, sa santé… En un après-midi - un claquement de doigts dans l’immensité d’une vie - Cid Highwind avait tout perdu.

C’est comme ça.

Du meilleur ou du pire, il suffit parfois d’un instant à dame Fortune pour faire ses choix…

Maugréer ou se lamenter n’y a jamais rien changé ; quels que puissent être l’âge, l’appétit de vivre ou la notoriété, au final, nous sommes tous égaux devant cette dame toute puissante.

Que chacun se le tienne pour dit.

Fin

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Part 4 - On les croyait épuisés… Eh bah nan !

INTERIEUR VAISSEAU, PONT DE COMMANDEMENT : Cid, Weiss, Nero, Loz, Yazoo, Sephy, Kadaj, Tifa, Shera, Reno, Elena.

Tout le monde regarde Weiss et Nero, attendant leur explication.

Eux se dévisagent en se demandant quoi répondre quand subitement l’écran de contrôle s’allume et un visage féminin apparaît.

Voix : SOS, SOS ! Ici, Helena ! Mon vaisseau est en rade ! SOS ! SOS ! Vous m’entendez ? SOS ! SOS !

Loz (qui se prend la tête dans les mains) : Oh non ! Pas la nymphomane ! Elle pouvait pas rester avec son Utaïen de @]¤#~ ! ! ! !

Weiss : Ouaouhhh ! C’est qui la blondinette incendiaire ?

Shera (affligée, une main sur le front, l’autre tendue vers le ciel en une supplique désespérée) : NOOOOOONNNN!!!!

Tifa (regard mauvais à Cloud) : Toi t’as intérêt à pas trop regarder ailleurs…

Sephy (soudain affolé, essayant en vain de se planquer derrière Cid) : Surtout tu ne m’as pas vu, je ne suis pas sur ce vaisseau, t’as compris ?!

Cid (atterré) : Tu as… Naaaaaaannn ! T’as pas fait ça ? pas toi ! T’es pas tombé dans le panneau ! Tu t’es pas tapé cette greluche ?! Si ?

Sephy (pleurniche, piteux) : C’est pas de la fauuuuute ! J’étais seuuuul, je rentrais de missiiiooooon, j’avais rien d’autre à me mettre sous le veeeenntre !

Helena : Cette voix ? (Soudain pleine d’entrain et sautillant devant son écran en agitant la main - et il n’y a pas que ça qui sautille parce qu’elle est court vêtue et que ça rebondit de partout) Sephynet ! Mon loup blanc à moi ! Ma terreur des nuits d’été ! Mon étalon aux yeux verts ! Le destin nous réunit alors même que je croyais t’avoir perdu à jamais !

Cid (un sourcil levé, abasourdi) : Eh ben ça, alors… J’aurais pourtant juré que j’avais décroché la plus barge…

Shera (qui, après avoir tourné la réflexion de Cid dans tous les sens, a enfin saisi et bout par les oreilles) : Eh ! C’est moi la barge ?!

Kadaj (serviable) : Qui tu veux que ce soit d’autre ?

Sephy (effondré, répète à voix basse) : Je suis foutu… Je suis foutu… Je suis foutu…

Loz (idem): Ah, la galère… Y manquait plus que ça !

Nero (qui ne saisit pas ce qui se passe) : Mais enfin qu’est-ce qu’il y a ? Qu’a-t-elle de si terrible, cette fille ?

Reno (qui revient sur le pont de commandement en mâchonnant un sandwich au roti de chocobo froid) : Bah z’êtes bouchés ou quoi ? Vous entendez pas Elena? (Il se dirige vers un tableau de commandes et, avant que quiconque n’ait le temps d’intervenir :) Allez zouh ! rayon tracteur, procédure automatique de récupération !

Tout le reste de l’équipage en cœur : NAAAANNNNN ! ! ! FAIS PAS CAAAAA! Trop tard…

Ils se prennent tous la tête entre les mains.

Reno (confus): Ben quoi ? C’est Elena!

Sephy (relève un chouia la tête) : On a combien de temps avant la fin des manœuvres d’arrimage de son vaisseau ?

Reno : Euh… Quelques minutes. Quoi ? Pourquoi vous me regardez tous comme ça ? J’ai fait une gaffe ?

Sephy (sombre): Ouiii ! (Avisant Cloud qui a l’air de compatir à son malheur) Dis donc… Tu pourrais pas m’aider à me planquer ? (À voix basse en désignant Yazoo, qui réajuste sa coiffure en se regardant dans son miroir de poche) Je préfère ne pas me fier à la rapidité d’esprit de mes frangins pour échapper à l’autre furie…

Cloud (fier d’aider son supérieur en détresse) : Bien sûr ! (Réfléchit) Voyons… Où on pourrait te cacher sur cette poub… Ce vaisseau ?

Ils partent en courant dans les couloirs pour trouver une planque. Reno se retourne, perplexe, vers les autres, toujours prostrés.

Reno : Euh… scusez… Dites ? Pourriez me filer un coup de main siouplait ?! SIOUPLAIT ?! Je suis tout seul aux commandes !

Tout le monde se reprend immédiatement devant la perspective de Reno pilotant seul le vaisseau.

Weiss (chuchote discrètement à son frère) : Sephiroth s’est barré avec le blondinet et pas avec un de ses frangins, t’as vu ? Je me demande pourquoi…

Nero (sur le même ton discret) : Prends pas cette tête de satyre, il ne veut pas que la fille le trouve, c’est tout.

Weiss : Elle est canon pourta… (regard frigorifiant de Nero) Quoi ? Je ne me demande juste ce qu’elle peut avoir de si terrible, la donzelle !

Nero : Imagine ton pot de colle de frère - à savoir moi - puissance dix et 24 heures sur 24. Tu dirais quoi ?

Weiss (médite un moment puis un grand sourire lui étire progressivement les lèvres) : Chouette…

Nero (rougit sous le compliment un peu tordu) : Euh… Ouais. Mais là, en l’occurrence, Sephiroth en a marre, je crois. Et, en ce qui nous concerne, cette fille est un danger !

Weiss : Pourquoi ?

Nero : C’est une turk de la Shinra et ils fourrent leur nez partout ! Si jamais elle découvre qui nous sommes…

Weiss : Aïe… pas bon du tout.

Nero : Comme tu dis !

Au bout d’une longue attente (mais trop brève au goût de l’équipage), Elenaentre en trombe sur le pont de commandement en gueulant : SEEPHYYYYYYY !

Elle entre en collision avec le poing de Tifa, qui s’est interposé, et tombe par terre sur les fesses en tenant son nez endolori.

Elena : Ouaïlleuh ! (écarquille les yeux): T’es pas Sephiroth, toi !

Tifa (sourire moqueur): Tiens, je savais que ça rendait sourd mais, aveugle, j’étais pas au courant…

Elena (furieuse) : Où est Sephyroth ? Qu’est-ce que vous avez fait de lui ?

Reno ouvre la bouche pour répondre et se ramasse un revers d’aile de Nero dans la figure qui l’envoie par terre, sonné.

Nero : Oups ! Pardon, j’ai pas l’habitude de cette gravité…

Yazoo lui fait un discret signe de victoire.

Weiss : Tu cherches qui t’as dit ?

Elena (les observe lui et son frère avec suspicion) : Le général Sephiroth. Grand, mince, la peau blanche, les cheveux argentés, de beaux yeux verts fendus. J’ai entendu sa voix tout à l’heure à la radio. Et je jurerais l’avoir vu se planquer derrière le jeunot, là. J’en suis sûre, y’en a pas deux comme lui !

Weiss (image vivante de son nom, à savoir : droit comme la vertu et innocent comme l’agneau qui vient de naître) : Naaaan ! T’as du confondre.

Cid (qui en rajoute une couche en désignant les triplés) : Ouaiiis, on a tout un nid de types à cheveux argentés et aux yeux de chat, par ici. Regarde !

Elena : Ah, vous croyez pouvoir faire tourner une turk en bourrique ! Ca ne se passera pas comme ça ! La Shinra a financé la construction de ce vaisseau et j’ai tous les droits, ici, amiral Highwind ! Y compris celui de tout fouiller !

Cid : Mais je…

Elle se relève et part à grande allure dans les coursives en ouvrant toutes les portes. Loz, Tifa, Yazoo et Kadaj cavalent derrière, dans l’ordre (kadaj s’étant étouffé quand Elena a relevé sa jupe pour son sprint).

Finalement elle ouvre une dernière porte et brame: AH ! AAAHHHH ! Je le savais que vous me mentiez!

Elena (tend le bras vers la cabine qu’elle vient d’ouvrir d’un air victorieux) : Qu’est-ce que je disais ! Cheveux soyeux, expert en amour, un corps de rêve…!

Yazoo (jette un œil par la porte et fronce son joli nez) : Deux.

Elena (s’arrête net et le dévisage) : Quoi, ” deux “?

Loz (passe à son tour la tête par la porte et confirme) : Ah, oui. Yazoo a raison : deux.

Elena (les yeux lui sortent de la tête) : DE QUOI VOUS PARLEZ A LA FIN ?!

Kadaj (arrive à la traîne et pile en les voyant groupés devant la porte ouverte, absolument indigné): EH ! Qu’est-ce que vous faites devant la cabine de Nii-san ?

Tifa (sur un ton docte): cheveux soyeux, expert en amour, oui, mais sur DEUX corps de rêve… Faut vraiment te faire réviser la vue, hein.

Loz (en rajoute une couche) : Bon c’est vrai qu’on s’y perd un peu mais là, ça s’améliore : Cloud est en train de devenir tout rouge, ce qui permet de savoir qui est qui.

Sephy (en position très compromettante - et surtout assez tarabiscotée avec Cloud, aussi furieux que gêné - dit sur un ton très bas mais infiniment menaçant): Ca vous ennuierait de nous laisser…?

Kadaj (pousse tout le monde dans le couloir avec empressement): Oui, Nii-san ! Scuse-nous Nii-San ! Je les vire Nii-san !

Il ferme la porte et fusille ses frères et Tifa du regard, mais il est encore tout tourneboulé par ce qu’il a vu avant de fermer la porte.

Elena, elle, semble totalement sous le choc.

Elena (éclate en sanglots) : BOUUUUHHH, Sephy est gayyyy !!!

Kadaj (lui tapote maladroitement sur l’épaule pour la consoler): Mais non, mais non…

Elena : Mais siiiiiii ! (se tourne vers ses frères et murmure ) Il est peu con, le mouflet, nan ?

Elle se répand en larmes

Kadaj (qui n’a rien entendu, dans un excès d’inspiration): Qui serait assez fou pour fuir une femme aussi belle que vous, voyons ?

Les autres pointent leur pouce vers le bas en tirant leur langue, méprisants : pppppfffffffffffffrrrrrrrr ! ! ! ! !

Elena (regarde Kadaj et essuie ses larmes) : Tu penses ce que tu dis ?

Kadaj (sourire consolateur): Bien sûr !

Elena (le dévisage en silence puis prend une expression plus du tout désolée et, au contraire, très décidée et enjôleuse): Hm, celui que tu as appelé Nii-san, c’est le grand Général ?

Kadaj (qui commence à étouffer sous la pression soudain insistante des bras d’Elena, au grand amusement des autres): Euh… Oui, c’est ça, madame.

Elena (lui souffle à l’oreille) : Appelle-moi Elena… Femmes de pouvoir et fils d’officiers sont faits pour s’entendre, tu ne crois pas ?

Les trois autres échangent un regard, éclatent de rire et haussent les épaules et les voyant s’éloigner. Elena est pendue au cou de Kadaj par un bras et l’autre main traînant dieu sait où, à en juger par les bruits et la démarche bizarre de l’argenté.

…à suivre

XXXXV - Jamais deux sans toi !

A trop se donner, on s’abandonne.”
J. Ferron

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Imbécile ! Comment as-tu pu te faire avoir aussi bêtement par ce gamin ? !

Le poing de Genesis cueillit Nero au creux de l’estomac, lui coupant le souffle.

Telle une mince gerbe de blé coupé par une faux, le buste gracieux plia vers l’avant et le ténébreux s’effondra aux pieds de son bourreau.

- NOOONNN ! NERO !

Le hurlement de Weiss résonna dans les profondeurs souterraines.

- Ferme le bec ou je te jure que je lui décorerai la peau à ma façon pour chaque mot qui sortira du clapier te servant de bouche ! menaça Genesis en saisissant Nero par ses longs cheveux noirs.

- Ca… ça va… aller… mon frère… haleta ce dernier en essayant de se relever sous le douloureux tiraillement. Je… vais bi…

Une gifle retentissante l’interrompit.

- Qui t’a permis de l’ouvrir, maudit tas de poix ?

- Enfant de salaud ! cria encore Weiss. Laisse-le tranquille !

- Je ne me suis pas bien fait comprendre, on dirait, railla le soldat. Long à la détente, hein ? Tu préfères les exemples aux paroles ? A ta guise ! (Il gifla à nouveau Nero à toute volée.) Encore quelque chose à dire ?

L’ancien chef des Tsviets se mordit la langue pour ne pas répliquer mais, en voyant le sang couler de la lèvre fendue et du nez de son frère, il se débattit comme un diable dans ses liens.

- Il va suffoquer ! cria-t-il. Enlève-lui son mors ! Détache-lui les mains !

En effet, entravé par son mors, les bras immobilisés par les sangles de sa camisole et ses ailes de métal - dont les mains artificielles auraient pu lui permettre de se libérer - arrachées, Nero bataillait pour ne pas s’étouffer avec son propre sang.

Genesis tendit une main lasse vers les attaches du mors de cuir avec un soupir résigné mais interrompit son geste en entendant les pleurs de bébé qui résonnèrent soudain dans la grotte.

Abandonnant Nero, qui luttait pour respirer, et se dirigea vers un petit tas de couvertures gigotant, qu’il souleva dans ses bras avec un sourire de carnassier.

- Il t’a réveillé, hein, bébé ? babilla-t-il au milieu des bruits gargouillants de suffocation et des cris affolés de Weiss en berçant le nourrisson, dont un toupet de cheveux argentés dépassait de la couverture. Méchant petit bout de ténèbres qui embête bébé… Méchant Nero… Méchant ! On va le punir comme il se doit. Oh, oui…

- Espèce de malade ! hurla encore Weiss en se débattant entre ses liens, faisant pleurer le petit de plus belle.

Son frère essaya de tousser et une partie du sang qui coulait de son nez gicla, éclaboussant la couverture et le visage du bébé.

Fou de rage, Genesis le poussa violemment du pied, l’envoyant s’affaler contre un rocher.

- Crache tes impuretés ailleurs que sur lui !

Il essuya le visage poupon avec un pan de la couverture et le bébé, terrifié, pressa ses poings minuscules sur ses beaux yeux mako aux pupilles fendues en pleurant à fendre l’âme.

*

Cid posa l’hélicoptère sur la pelouse du parc et Reno qui - une fois n’est pas coutume - jouait les copilotes, secoua la tête.

- Pourquoi ne te poses-tu pas sur la piste du toit ?

- Et la moto, on la descend comment, poil de carotte ? railla l’amiral de la W.R.O. en faisant sourire Vincent. On lui met un parachute et on la jette dans le vide ?

Yazoo pouffa, Marlène endormie recroquevillée dans son giron.

Une fois l’hélice immobile et les moteurs coupés, Cid et Loz descendirent la moto à la force des poignets et se dirigèrent vers le garage accompagnés de Vincent tandis que le turk et Yazoo, la fillette endormie dans les bras, prenaient le chemin du manoir.

- Yazoo… appela Loz. N’oublie pas ce qu’on a dit.

- Je sais, mon frère, j’ai compris : tu es juste tombé en panne. Un ” simple incident mécanique “.

Il lui adressa un clin d’œil avant de disparaître en compagnie du turk et Vincent soupira en tapant sur l’épaule de Cid.

- Allons vite remettre d’aplomb les motos avant que tout le monde se réveille.

- Toi, fit le pilote en posant la main sur la large poitrine de Loz pour l’arrêter, tu vas me faire le plaisir d’aller nicher ton joli museau ente les roploplos de qui tu sais et de ne pas réapparaître avant d’avoir dormi deux ou trois heures !

L’argenté sourit malgré lui.

- Je vais bien, Cid, je dormirai un peu cet après-mi…

- Maintenant ! insista Cid. Tu tiens à peine sur tes jambes, mon gaillard.

- Cid a raison, renchérit Vincent. Nous nous occupons des motos, ne t’en fais pas. (Loz se frotta le visage et esquissa un geste impuissant.) Je sais que les cauchemars risquent de revenir, ajouta l’ancien turk en lui pressant le bras en signe d’encouragement. Mais tu dois quand même essayer de te reposer un peu.

- Qu’est-ce qui se prépare, Vincent ? Qu’est-ce que moi Yazoo avons à voir avec ce Genesis ?

- Je ne sais pas. Mais nous trouverons, je te le promets. (L’argenté hocha la tête et s’en retourna.) Loz ! Merci de vouloir rester discret au sujet de… de ça, fit-il en désignant la moto aux freins trafiqués.

- C’est mieux pour Tifa et pour les enfants. Ca leur ferait trop mal. Ils ne comprendraient pas.

Il s’éloigna et Cid siffla entre ses dents, admiratif.

- Ce mec en a une putain de paire, moi je te le dis !

Vincent éclata de rire et aida son ami à pousser la moto en direction du garage.

*

Shalua sentit qu’on lui secouait doucement l’épaule et ouvrit son œil valide.

Elle s’était assoupie auprès de Denzel, qui dormait profondément.

- Reeve ? murmura-t-elle en reconnaissant le chef de la W.R.O., vêtu d’un sobre peignoir de coton bleu. Qu’est-ce qui se passe ?

- Shalua, il faut absolument que tu vois ça, fit-il sur le même ton pour ne pas réveiller le garçonnet en sortant une clé mémoire de sa poche. On m’a envoyé ces documents il y a une heure.

- A voir ta tête, ça a l’air grave. Qu’est-ce que c’est ?

Il désigna Denzel.

- Allons dans la pièce d’à côté, je t’expliquerai. Prends ton ordinateur.

La jeune femme obéit et le suivit dans le salon.

- Qu’est-ce qu’il y a ? demanda-t-elle, de plus en plus inquiète en voyant le visage décomposé de Reeve à la lumière du plafonnier.

- Le labo du Deepground.

- Quoi, ” le labo du Deepground ” ? Il a été vidé et scellé, non ?

- Pas entièrement, Shalua.

Elle pâlit.

- Qu’est-ce que tu veux dire ?

Reeve se laissa tomber sur le divan et se tordit nerveusement les mains.

- Mes hommes viennent de… de retrouver un étage.

Shalua s’affala à ses côtés.

- Je… Je ne comprends pas.

- Un étage supplémentaire intermédiaire que nous n’avions pas repéré lors de la première fouille. C’est l’effondrement d’une poutre de soutien qui l’a mis au jour. Elle a été rongée par le mako.

La jeune femme déglutit péniblement.

- J’ai peur de poser la question, Reeve, mais… qu’est-ce que tes hommes ont trouvé de si grave pour te réveiller en pleine nuit ?

- Des cuves. Douze cuves mako dont plusieurs contenaient des restes humains. (Shalua porta sa main valide à sa bouche pour réprimer un haut-le-cœur) C’est la fuite de l’une d’elles qui a rongé la colonne. Ils ont également trouvé du matériel génétique. Récemment utilisé.

Shalua se raidit.

- Quel genre de… ” matériel ” ?

Reeve brancha la clé mémoire sur l’ordinateur portable de la jeune femme.

- Juge par par toi-même…

Il lança une vidéo et Shalua reconnut aussitôt l’endroit : les laboratoires du cratère nord.

Après avoir visionné des heures et des heures d’horreurs elle pensait avoir fait le tour de l’inhumanité d’Hojo mais force était de constater qu’elle s’était trompée.

*

Loz entra à pas de loup dans la chambre et vit son téléphone clignoter sur la table de chevet, illuminant par intermittences le visage de Tifa, profondément endormie, d’une lueur verdâtre : ” Vous avez un message “.

Avec un sourire attendri, il se saisit du petit appareil et s’assit tout doucement sur le bord du lit en effleurant la douce chevelure brune étalée sur l’oreiller .

Il consulta son répondeur afin d’arrêter l’agaçant clignotement et eut la surprise d’entendre la voix de Tifa.

” …à l’endroit de ton choix. A tout de suite. Je…Je t’aime. “

- Fin de vos messages. Pour les réécouter, tapez

Loz sentit une émotion sans nom lui serrer la gorge et, le cœur battant, essaya désespérément de ravaler les larmes qui menaçaient de couler.

Immobile à quelques centimètres seulement de la femme pour qui - il en était certain à présent - il pourrait offrir sa vie sans le moindre état d’âme, il dut attendre un long moment que l’émoi provoqué par les derniers mots du message se calme un peu.

Si tu crois qu’elle va laisser Denzel faire sa loi, tu la connais pas ! “

Marlène avait peut-être raison, finalement…

Il reposa le téléphone sur la table de chevet et, une fois certain qu’il pourrait garder les yeux secs, il se déshabilla en silence et se glissa sous les couvertures.

La jeune femme s’éveilla à demi en sentant un corps d’homme se presser contre son dos et une douce odeur sucrée lui chatouiller les narines. Une bouche avide remonta le long de sa nuque, mordillant la peau en provoquant d’agréables frissons.

- Je vous préviens, monsieur, fit-elle avec un petit rire ensommeillé sans ouvrir les yeux. Si vous n’êtes pas un grand garçon au corps de rêve avec des cheveux argentés très courts et de beaux yeux verts, vous allez au devant de gros ennuis…

Elle se retourna dans les bras de Loz et lui sourit dans la pénombre.

- J’ai droit à un baiser, murmura-t-il contre ses lèvres. J’ai reçu le message gagnant, je peux le prouver.

Tifa éclata de rire et l’embrassa avec une fougue impatiente mêlée de tendresse.

*

Vincent et Cid venaient de terminer de réparer les freins de la moto de Yazoo lorsque le téléphone du pilote sonna.

- Highwnind. Déjà ? Très bien, j’arrive. Non. Non, non, mieux vaut que ce soit fait tout de suite. Et Cloud ? Très bien, je lui dis.

Il raccrocha.

- Alors ? s’enquit l’ancien turk.

Le pilote prit une profonde inspiration.

- Les documents du divorce viennent d’arriver, laissa-t-il tomber, le cœur battant.

- Bien. Et Cloud ?

- Toujours avec Shelke, en bas. Ca se passe plutôt bien, d’après Rufus.

- Tant mieux.

Cid sourit, fébrile.

Il avait attendu cet instant si impatiemment ces derniers jours que, maintenant que ça arrivait, il se sentait tout ” chose “, comme disait Marlène.

- Nerveux ? demanda Vincent en voyant son ami respirer avec irrégularité.

- Un peu, je l’avoue.

- Vas-y, je m’occupe de la moto de Kadaj.

- Tu es sûr ?

Vincent lui pressa l’épaule.

- Va mettre fin à la mascarade qu’est ton semblant de mariage et nicher ” ton joli museau dans les roploplos de qui tu sais “ !

Le pilote éclata de rire et serra l’ancien turk contre lui en une virile accolade.

- Ca ne te va du tout, de dire des choses pareilles, tu sais ? railla-t-il. Mais l’intention était bonne, ajouta-t-il plus ému qu’il ne l’aurait voulu.

- Allez file avant qu’on se mette à pleurnicher.

Cid s’éloigna en direction de la porte du garage et se retourna une dernière fois avant de disparaître.

- Eh ! Vampy ! A toute fin utile : les freins, c’est les trucs sur lesquels on appuie pour s’arrêter de rouler ! plaisanta-t-il.

Il esquiva un chiffon noir de graisse et Vincent rit de bon cœur en se saisissant d’une clé à molette.

*

Reno, las d’attendre assis sur son lit que Yazoo le rejoigne et, surtout, craignant de s’endormir qu’il restait là à rien faire une minute de plus, décida d’aller le chercher.

Lui et l’argenté avaient quelque chose à… ” terminer ” !

Il quitta sa chambre pour se diriger vers celle de Denzel et Marlène et poussa doucement la porte.

Le lit du garçonnet était vide - Cid leur avait dit dans l’hélicoptère qu’il l’avait laissé avec Shalua - mais, sur celui de Marlène, le spectacle qui s’offrait à lui faillit le faire éclater de rire.

Yazoo, épuisé successivement par une nuit de cauchemars, un Reno entreprenant soûl comme une barrique, une partie de ” tralala ” interrompue, un frère sur le point de faire le saut de l’ange dans un ravin et un voyage nocturne en hélico, n’avait apparemment pas résisté au pouvoir hypnotique du couvre-lit estampillé de chocobos multicolores - et on pouvait le comprendre.

L’argenté et la fillette, ainsi qu’une bonne dizaine de peluches et une demi-douzaine de poupées, étaient entortillés dans un inextricable amas de bras, de jambes, de pattes, d’ailes et de cheveux (ou de poils) en tout genre.

Réprimant un fou rire, le turk couvrit le ” tas ” d’une couette et s’allongea sur le lit de Denzel avec un soupir las.

Il ferma les yeux “juste une minute” mais, avant même de s’en rendre compte, il s’endormit à son tour.

*

Une fois de plus happé par les ténèbres glaciales, Loz marchait à l’aveuglette, frissonnant et essayant désespérément de percer le brouillard obscur.

Les langues de brume ténébreuse et hurlante s’accrochaient à ses cheveux, enserraient ses jambes et ses bras, s’enroulaient autour de ses hanches étroites et léchaient son visage comme autant de mains, de bras ou de langues d’outre-tombe.

Il luttait pour ne pas céder à l’affolement, n’osant ouvrir la bouche pour crier ou appeler à l’aide de peur que le brouillard noir ne se glisse dans sa gorge.

Après une marche cauchemardesque durant laquelle il batailla contre les ténèbres, se débattant contre les assauts des mains invisibles et des voix hurlantes, il distingua un point lumineux au loin.

Avec sa dernière énergie, il se dirigea vers la lumière, essayant de courir de toutes ses forces mais en ayant l’impression de faire du ” sur place ” et, soudain, la lumière l’éblouit, comme s’il avait parcouru la distance qui se séparait du point lumineux en un dixième de seconde.

Il cligna des yeux.

Les ténèbres n’avaient pas totalement disparu, elles s’étaient juste retirées un peu, rampant, chuchotantes, vers les murs de la pièce dans laquelle il se trouvait…

Une salle dallée de blanc au centre de laquelle trônait une table de dissection à défaut de tout autre mobilier. Et, sur cette table, il se vit lui-même allongé, entièrement nu.

- Ce n’est pas réel… murmura-t-il en se forçant à mette un pied devant l’autre. Tout ceci n’est pas réel…

L’autre lui-même tourna la tête vers lui en le fixant de ses yeux mako vitreux.

- Ne pleure pas, Loz, fit-il d’une voix d’automate avant de reprendre sa position initiale.

Il fit encore un pas et… le remarqua. A croire qu’il venait de se matérialiser devant lui.

Le bébé.

Assis, nu sur la table métallique, il lui tournait le dos et babillait en jouant sur le ventre de l’autre ” lui ” avec quelque chose qui faisait un étrange bruit glaireux.

Ce dos tout rond à la chair tendre, ces fesses joufflues, ces petits bras potelés et ce toupet de cheveux argentés fins comme des toiles d’araignée, Loz les connaissait bien pour les avoir embrassés, massés ou toilettés à d’innombrables reprises.

- Kadaj ? chuchota-t-il en s’approchant du petit, la gorge serrée. Kadaj ? Qu’est-ce que tu fais là, bébé ?

Le petit se tourna à demi vers lui et il eut l’impression qu’on lui assénait un coup au cœur.

Ce n’était pas Kadaj.

Son front était plus large, ses traits plus volontaire et il était bien plus grand que son frère cadet au même âge.

- Qui est-tu, bébé ? demanda-t-il, attendri, en tendant les bras vers lui. Qu’est-ce que tu fais là ?

Le bébé laissa échapper un éclat de rire joyeux qui fit sourire Loz et agita frénétiquement ce qu’il tenait dans ses petites menottes, projetant des éclaboussures de sang et de liquide blanchâtre en tout sens.

L’argenté vit alors avec quoi jouait le nourrisson et d’où provenait l’étrange bruit glaireux : le bas-ventre de son “double” semblait avoir été réduit en un amas sanglant de peau et de chair dont les lambeaux s’accrochaient encore aux canaux séminifères ensanglantés sur lesquels le bébé tirait en riant, comme pour les arracher des testicules éventrés…

Le hurlement de Loz résonna dans son crâne avec la force de mille tambours et la dernière chose qu’il vit fut le rideau de ténèbres qui se referma sur lui pour le dévorer.

” …oz ! Lo… oi ! “

Il étouffait…

eille… oi ! Loz ! “

La bille lui brûlait la gorge…

- Loz ! Loz ! Oh, mon Dieu, Loz, réveille-toi !

Il ouvrit brutalement les yeux et voulut hurler mais sa gorge était trop serrée pour pouvoir émettre le moindre son.

- Loz ! Respire ! Respire, je t’en supplie ! Loz !

Tifa était accroupie au-dessus de lui, au bord des larmes, et le secouait aussi fort qu’elle le pouvait.

- Tifa… gémit-il.

Sa gorge se desserra soudain et il eut à peine le temps d’avaler une goulée d’air qu’un violent haut-le-cœur lui contracta l’estomac.

Il écarta la jeune femme aussi délicatement qu’il le put et se précipita dans la salle de bains pour rendre le contenu de son estomac dans une succession ininterrompue de spasmes douloureux qui parurent lui déchirer les entrailles.

- Loz… gémissait sans discontinuer Tifa en lui caressant le dos, totalement démunie. Oh, mon Dieu, Loz…

Lorsque les contractions finirent par se calmer, elles le laissèrent à genoux sur le luxueux carrelage, pantelant, totalement épuisé et ruisselant d’une sueur glacée.

Tifa enveloppa son corps moite frissonnant dans un drap de bain moelleux et le serra contre elle en suppliant tous les Dieux qu’elle connaissait de lui venir en aide.

Elle se laissa aller contre le mur de la salle de bains, Loz blotti contre elle, et pleura à la fois d’impuissance et de soulagement en pétrissant les muscles de son dos et de ses épaules.

- Pardon, Tifa… réussit-il à articuler, la gorge brûlante de la bile qu’il avait vomie. Pardon…

- Mon pauvre amour… chuchota-t-elle en couvrant son visage de baisers. Mon pauvre amour…

…à suivre.

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XXXXIV - La dame en blanc

C’est de ta peur que j’ai peur ! “

William Shakespeare

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Shiva Rajah d’après une illustration de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Zack pouvait les voir à mi-chemin de la vertigineuse descente du mont Nibel. Dans quelques minutes, ils atteindraient le terre-plein, le seul endroit large et plat de la route avant une pente à donner le vertige. Une pente dont Loz et Marlène ne sortiraient jamais vivants s’ils venaient à s’y engager.

Le jeune soldat était sur le point de se matérialiser pour se mettre en travers du chemin afin de les arrêter tant qu’il était encore temps de le faire mais, en quelques instants, il sentit les ténèbres l’envelopper.

Un rideau de brume noire s’épaissit autour de lui à un point tel qu’il lui fut bientôt impossible de voir au travers ni même de distinguer vaguement quoi que ce soit.

- Nero, laisse-moi passer ! ordonna-t-il en s’adressant aux ténèbres glaciales. Ils vont se tuer !

- Je ne peux pas… lui répondit une voix profonde comme un tombeau et belle comme une harpe funèbre.

- C’est une innocente petite fille ! Tu ne peux pas vouloir la mort d’une enfant ! Tu n’es pas tombé aussi bas, Nero !

- Bien sûr que non, je ne souhaite pas sa mort. Mais je veux encore moins que l’on fasse du mal à mon frère bien aimé…

- L’homme que tu vois là a des frères qui l’aiment, lui aussi. Imagines-tu ce qu’ils vont ressentir, si tu le laisses mourir de cette façon ?

Une forme longiligne se dessina dans la brume ténébreuse, un corps mince et élégant, aux longs cheveux noirs et aux yeux purpurins brillants de désespoir.

- Je suis désolé.

- Nero, laisse-moi passer ! Laisse-moi les arrêter tant que c’est encore possible !

Zack voulut avancer mais les ténèbres s’épaissirent, le prenant dans un tel piège de noirceur qu’il avait l’impression d’évoluer dans une sorte de poix psychique glaciale et gluante.

- Je ne peux pas, s’excusa encore la voix mélodieuse de Nero malgré le mors qui lui entravait la mâchoire. Je ne peux pas les laisser faire du mal à Weiss. Il est la seule personne qui ne m’ait jamais aimé. Et la seule que je n’aimerai jamais. Je suis désolé…

- Très bien, soupira Zack, prêt au combat malgré l’ambiance oppressante de la dimension psychique où le ténébreux les avait propulsés tous les deux. Si tu préfères que nous en passions d’abord par là…

*

Loz ralentit un peu en arrivant sur le terre-plein rendu glissant par la pluie et heureusement : il ne vit la jeune femme en blanc qu’au dernier moment et crut bien ne pas pouvoir l’éviter.

Elle paraissait s’être soudain matérialisée au milieu de la route.

Marlène poussa un cri strident et, dans un crissement insupportable de mécanique torturée, l’argenté pressa les freins aussi fort qu’il le put tout en posant un pied au sol pour effectuer un dérapage acrobatique et éviter de percuter l’inconnue de plein fouet.

N’eut été sa force peu commune, qui lui permit de maintenir la lourde moto d’aplomb, lui, Marlène et l’engin surpuissant auraient valsé dans le décor - ou plutôt… dans le ravin !

Le cœur battant à ses tempes, il stabilisa la machine, planta fermement la béquille sur le sol détrempé et souleva Marlène pour la retourner et l’asseoir sur sa cuisse.

- Ca va ? s’enquit-il fébrilement en auscultant la petite sous toutes les coutures. Tu n’as rien ? Tu as mal quelque part ?

La fillette secoua la tête et regard autour d’elle.

- Non, je vais bien. Mais… la dame ? Elle est où ?

Loz tourna la tête en tout sens, à la recherche de l’inconnue mais, ne la voyant nulle part, il sauta de sa moto en jurant.

- Ne bouge pas, ordonna-t-il à Marlène en s’éloignant un peu de l’engin pour fouiller le bas-côté.

- Tu crois qu’elle aurait pu tomber dans le ravin ? demanda la fillette en se couvrant les joues des deux mains.

L’argenté secoua la tête mais jeta un coup d’œil dans le vide par acquit de conscience.

Pas même une brindille n’avait été brisée et aucune jeune femme en blouse blanche ne gisait sur la large corniche, en contrebas.

- Non. Et je suis sûr qu’on ne l’a pas touchée, de toute façon. Bon sang ! jura-t-il en se frottant le visage, déconcerté. Je ne l’ai même pas vue arriver au milieu de la route !

Marlène s’agrippa à ses hanches, encore tremblante de la peur ressentie, et Loz s’accroupit pour la serrer contre lui.

- Moi non plus, je l’ai pas vue, chuchota la fillette. Et pourtant, je regardais tout droit. (Un long silence puis :) Dis, Loz…

- Mhh ?

- Tu crois que… (Elle baissa encore d’un ton) Tu crois que c’était un fantôme ? finit-elle par oser demander, blême de peur.

L’argenté éclata de rire et se releva avec la petite dans les bras.

- Bien sûr que non, voyons ! Et tu sais quoi ? Je pense même qu’on a seulement ” cru ” voir quelque chose. Quelque chose qui ressemblait à une femme. Une nappe de brume, peut-être. Ou la réflexion des phares sur une flaque d’eau.

Marlène tordit le nez.

- Moi j’ai vu une dame habillée comme Shalua. Et toi ?

- Moi aussi. J’ai cru voir une jeune femme. Mais regarde. Il n’y a absolument rien. Ce n’était qu’une ombre ou un reflet. Tu n’as pas à avoir peur. Ce qui m’inquiète bien davantage, ajouta-t-il avec une grimace en asseyant la petite sur le siège de la moto, c’est le bruit qu’a fait cette merveille quand j’ai forcé sur les freins…

- Ah bon ? Tu crois que c’est cassé ?

- Je te dis ça dans une minute, soupira Loz en s’accroupissant sur le sol boueux pour vérifier le mécanisme de freinage. Tu me passes la lampe torche ?

*

Nero laissa échapper ce qui ressemblait à un soupir déchirant.

- Un leurre… gémit-il. Tu n’étais qu’un leurre destiné à détourner mon attention, maudit sois-tu !

Zack eut un sourire en coin.

- C’était de bonne guerre. Salue cette saloperie de Jenova de ma part et dis-lui bien que, quoi qu’elle ait derrière la tête, on ne la laissera jamais arriver à ses fins !

Nero poussa un cri de rage désespéré et bondit sur lui dans un maelström de ténèbres encore plus denses que tout ce qu’il avait pu évoquer jusqu’à maintenant.

- C’est sur mon frère qu’elle va se venger, maudit sois-tu !

Mais, lorsqu’il tendit ses bras tatoués pour refermer ses mains élégantes sur la gorge ectoplasmique du jeune soldat, celui-ci parut se volatiliser sous ses doigts.

- Tuer un mort ? railla-t-il avant de disparaître totalement. Quelle prétention, Nero ! Ah ! Ah ! Ah !

*

Loz vérifia un dernière fois ses poches et jura comme un corps de garde.

- Mais quel idiot !

- T’as vraiment oublié ton téléphone, alors ?

- Il a dû tomber quand je me suis habillé. C’est pas vrai, quel crétin !

Marlène fouilla dans sa doudoune.

- Attends, on peut utiliser le mien.

L’argenté se tourna vers elle comme si elle venait de lui proposer le secret de la vie éternelle.

- Tu as un téléphone ?

Elle haussa les épaules et sortit un petit objet rose à paillettes de la poche intérieure de son vêtement.

- Si on veut. Papa dit que je suis trop petite, encore, pour en avoir un vrai. C’est un appareil qu’a fabriqué oncle Cid pour que papa puisse me parler de son téléphone à lui.

- Et toi ? Tu ne peux appeler personne ?

- Seulement papa ou oncle Cid si j’ai une urgence ou de gros ennuis. Et comme on a des ennuis mécaniques…

Pour un peu, Loz serait tombé à genoux pour remercier une bonne moitié du panthéon de la planète !

*

Cid confia Denzel à Shalua et se précipita dans le couloir en enfilant son blouson, le téléphone collé à l’oreille.

- Comment ça ” les freins ont lâché “ ? répéta-t-il, sidéré. C’est impossible, Loz, ces motos sont flambant neuves !

Disons qu’on les a un peu… aidés. “

Le pilote se figea au milieu du couloir, n’en croyant pas ses oreilles.

- Tu plaisantes !

Non. Cid, je suis formel. “

- Comment ? Les circuits ? Les pla…

Oui, oui, Marlène est tout près de moi, elle va très bien, je t’assure. “ Le coupa Loz.

- Merde, elle écoute tout ce que tu dis, c’est ça ?

Exactement ! Juste une grosse peur, rien de grave. “

- Considère que je suis déjà parti. Où êtes-vous coincés ?

A quelques pas de la balise 54, sur le terre-plein, à mi-chemin de la descente. “

- Assez de place pour caser un hélico ?

A peine. “

Cid ricana.

- ” A peine “ pour un pilote lambda, ça se traduit par ” les doigts dans le nez “ en ce qui me concerne, p’tit frère ! Je serai là avant même que vous n’ayez le temps de dire ” ouf ! “.

Il rangea son téléphone, finit de boucler son blouson et allait s’engager dans l’escalier qui menait à la piste d’atterrissage du toit lorsqu’il faillit percuter Reno et Vincent qui arrivaient en sens inverse dans le couloir, talonnés par Yazoo.

- Oh là ! fit-il. En voilà une précipitation à une heure pareille ! Ne me dites pas que vous comptiez prendre l’hélico, si ?

- Nous devons allez chercher Loz et Marlène, Cid, argua précipitamment Vincent. Je t’expliquerai.

- Ah ? Ils vous ont appelé aussi ? Comment ? Loz vient de me dire qu’il avait oublié son téléphone.

Vincent se figea et Reno hoqueta.

- Tu viens de lui parler ? s’écria Yazoo en s’agrippant au blouson du pilote. Où sont-ils ? Ils vont bien ?

*

Shalua allongea Denzel dans son propre lit et étreignit le petit corps tremblant, encore sous le choc de ce que Cid venait de lui montrer.

Contre l’avis de la jeune femme, il lui avait fait visionner des extraits des vidéos de surveillance si horribles qu’elle-même n’avait pas jugé utile de les inclure dans son exposé de la salle de conférences.

Sur l’un d’eux, Loz adolescent se tordait de douleur et paraissait suffoquer dans les petits bras de Kadaj, bien plus jeune encore que Denzel à l’époque.

On y voyait le garçonnet pleurer et supplier durant d’interminables minutes avec des hurlements déchirants que quelqu’un vienne aider son frère mais les chercheurs, qui avaient volontairement provoqué l’incident en faisant ingérer à l’aîné une substance hautement allergène, étudiaient chacune des réactions de l’enfant à travers un miroir sans tain sans bouger le petit doigt.

La séquence était d’une tristesse à vous arracher le cœur.

- Ah ! Ah ! Bien fait pour ce salaud, hein ? avait ricané Cid. T’as vu ? Et attends, après ils leur font des piqûres d’enfer avec des aiguilles grosses comme ça ! Ils en bavent à mort, tu vas adorer !

Bien entendu, comme le pilote l’avait escompté, Denzel ” n’adora ” pas du tout la chose, bien au contraire. Avec cette facilité déconcertante qu’ont les enfants de s’identifier à quelqu’un ou de prendre en pitié ceux à qui on fait injustement du mal, qu’il s’agisse d’humains ou d’animaux, le garçonnet ne tarda à fondre en larmes, profondément ébranlé.

Une explication - bien plus longue que celle qui avait déjà été fournie aux enfants au sujet de Sephitoth, de Jenova et des argentés lors du réveil de ces derniers - avait suivi. Certes, beaucoup de choses ne pouvant être dites à un petit garçon, telles les incestueuses fécondations in-vitro effectuées sur les cadavres, avaient été passées sous silence et d’autres encore ramenées à au niveau de compréhension adapté à un enfant de son âge.

Mais, malgré cette simplification outrancière, Jenova passa, pour Denzel, d’” entité extra-terrestre malfaisante douée de pensée et de perception “ à une sorte de maladie qui ” entrait dans le cerveau les gens ” et ” volait leur corps “.

C’était à bien des égards plus terrifiant mais beaucoup moins grave car, contrairement à un extraterrestre malfaisant, une maladie, ça pouvait se soigner. Du moins dans l’esprit d’un petit garçon de six ans !

Et ce d’autant plus facilement que, à en croire Shalua, chacun - même lui ! - pouvait contribuer à guérir les gens atteints de ” Jenovite “, comme Cloud, Sephiroth ou les argentés. Les médicaments étaient gratuits et très faciles à trouver : câlins, bisous et beaucoup d’affection. Voilà ce qui soignait cette terrible maladie. Cid avait bien insisté là-dessus : Jenova étant ” la créature la plus méchante du monde entier “, le moindre signe de tendresse ou d’attachement la rendait ” MA-LA-DEUH “ !

A l’instar des cruelles sorcières des contes pour enfant que lui lisait Tifa le soir, Jenova ne supportait pas le moindre signe d’affection ou de gentillesse.

Elle déteste tellement ça que c’est même la première chose qu’elle détruit dans les gens qu’elle infecte ! “ avait encore expliqué Cid.

Voilà donc pourquoi les argentés avaient été si méchants, il y a deux ans, et pourquoi Sephiroth avait fait brûler tout Nibelheim. Oui, tout était plus clair, à présent, pour le garçonnet.

- Mais là, c’est moi qui ai été méchant, murmura-t-il, au bord des larmes en s’agrippant à Shalua. Ca veut dire que moi aussi, j’ai la “jénovite” ?

La jeune femme remonta les couvertures sous son menton et éclata de rire.

- Bien sûr que non, voyons, je c’est pas contagieux ! Tu as cru ce que Cloud a dit, poussin, c’est tout, ce n’était pas de ta faute. Tu ne pouvais pas savoir qu’il était ” malade “. Personne ne s’en était aperçu, d’ailleurs, pas même moi.

Elle essuya le nez du garçonnet avec un mouchoir en papier et l’embrassa pour le rassurer.

- Et tu crois qu’on va pouvoir le guérir, comme Loz ?

- Et comment, qu’on va le guérir ! Je te promets que le manoir va devenir l’usine de câlins et de bisous la plus productive de la planète jusqu’à ce que Cloud se soit totalement débarrassé de sa ” jénovite “. Rassuré ?

Denzel hocha la tête et se pelotonna dans le grand lit de la jeune femme, totalement épuisé après la première nuit blanche de sa courte vie.

…à suivre

XXXXI - Manipulations

«La méchanceté vient de la faiblesse ;

l’enfant n’est méchant que parce qu’il est faible ;

rendez-le fort, il sera bon.»

Jean-Jacques Rousseau

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Denzel ! cria la jeune femme. Denzel, reviens ici tout de suite !

Tifa, en nuisette de coton et nu-pieds, se lança à la poursuite de Denzel.

Celui-ci courait comme un dératé en direction de la chambre de Cloud, dans l’aile opposée.

Vincent et Gretta, alertés par les cris du garçonnet, sortirent dans le couloir juste à temps pour voir la jeune femme disparaître au détour du corridor en direction de l’escalier.

- Qu’est-ce qui se passe, ma chérie ? demanda la vieille gouvernante à Marlène, qui se tenait en pyjama non loin de la porte de son amie.

La petite haussa les épaules.

- Denzel a dit plein de gros mots à Loz et Tifa lui a donné une fessée !

Vincent fronça le nez.

- Alors ? Qu’est-ce qu’il y a ? demanda la voix de Yuffie depuis l’intérieur des appartements de Kadaj.

Gretta revint dans la pièce auprès des jeunes gens et l’ancien turk ferma soigneusement la porte derrière elle avant de tendre la main à Marlène.

- Il a surpris Tifa et Loz au lit, c’est ça ? murmura-t-il lorsqu’ils furent seuls dans le couloir. (La petite hocha tristement la tête) Allez, viens, je te ramène dans ta chambre.

Elle secoua la tête.

- Je préfère rester avec Loz, dit-elle sur le ton de la confidence en tirant sur sa main pour l’obliger à se pencher. Je crois qu’il est en train de pleurer, chuchota-t-elle à son oreille en montrant la chambre de Tifa du doigt. Denzel lui a vraiment dit des choses horribles, tu sais.

Vincent allait rétorquer que c’était une affaire de grandes personnes et qu’il s’en occuperait mais quelque chose - une intuition ? La sympathie qu’il vit briller dans les grands yeux de Marlène ? - le fit changer d’avis.

Il sourit et hocha la tête.

- Comme tu voudras, répondit-il tout bas. Si tu as besoin de moi, je suis à côté, avec Kadaj et Yuffie.

- D’accord, murmura la fillette avant de retourner dans la chambre de Tifa et de fermer la porte.

« Sacrée gamine… » pensa l’ancien turk en rejoignant Gretta auprès des « enfants » et de Cait 9.

*

Yazoo aida Reno à boire un verre d’eau fraîche et tendit l’oreille.

- Tu as entendu ? C’était Denzel, non ?

Le turk, hocha la tête et se laissa aller sur les oreillers avec un soupir en massant ses tempes douloureuses.

- Il doit piquer une colère. Ca lui arrive, parfois.

- En pleine nuit ?

- Y’a pas d’heure, pour être con… Il essaye de pousser Tifa à bout, pour voir jusqu’où il peut aller. Et dans quelques années, quand il sera ado, ce sera encore pire ! Oh, ma tête…

L’argenté fronça les sourcils.

- Il ne m’a pas donné l’impression d’être un petit garçon insupportable, pourtant.

- Parce qu’il sait que, quand « tonton » Cid est dans les parages, il vaut mieux marcher droit, rétorqua Reno avec un clin d’oeil, sarcastique.

- Ah ? Marlène m’a dit qu’il ne jurait que par Cloud.

Le turk posa un gant de toilette mouillée sur son front.

- Cloud, c’est son « pote ». Une sorte de grand frère à qui il aime s’identifier. Cid, c’est différent. Tu n’as pas remarqué la réaction du têtard, quand on a parle de Jenova ou de quelque chose qui lui fait vraiment peur ? C’est toujours dans les jambes d’Highwind qu’il file se planquer.

- Une figure paternelle en quelque sorte.

- Un truc comme ça. (Il toussota) Au fait, je…

Yazoo redressa la tête.

- Mhh ?

Le turk envoya valser le gant de toilette sur la table de chevet et se frotta le visage.

- Désolé d’avoir été aussi… « grossier ». Je… je ne savais plus trop ce que je faisais, je crois.

L’argenté sourit.

- Ca ne fait rien. Ca va mieux ?

- Bah… Je n’ai pas enlevé mon pantalon, c’est plutôt bon signe, non ? (Yazoo pouffa) Je n’en reviens pas d’avoir fait ça. (Il secoua furieusement la tête) Attends, sérieux, j’ai vraiment fait ça ? (L’argenté fut pris d’un fou rire) Quelle humiliation… Bon, O.K. dis-moi juste un truc. Mais tu déconne pas, hein, c’est sérieux. (Yazoo acquiesça) Est-ce que je… Enfin, est-ce que tu as vu si…

- Quoi, Reno ?

Ce dernier hésita un instant.

- Dis-moi que je bandais pas… supplia-t-il d’une voix étranglée avec une moue comique.

L’hilarité de l’argenté redoubla et le turk poussa un gémissement douloureux en dissimulant son visage derrière un oreiller.

- Oh, la honte !

*

Dans la suite de Rufus, ce dernier échangea un regard étonné avec Cid et Shalua.

- Vous entendez ? Qu’est-ce que c’est que ce raffut ?

Le pilote leva un sourcil et sortit dans le couloir pour recevoir de plein fouet dans le bas-ventre un Denzel incapable de s’arrêter à temps.

- Oh ! La vache ! grogna Cid, littéralement plié en deux.

Le garçonnet blêmit et pressa ses deux mains sur sa bouche.

- Pardon… Je t’ai fait mal ?

- Ca va, Cid ? s’enquit Tifa avec une grimace.

Le pilote leva le pouce, railleur, le visage grimaçant de douleur.

- Ouais… Super !

Shalua sortit à son tour et vit Cid essayer de reprendre difficilement son souffle.

- Qu’est-ce qui se passe, ici ?

- Pardon, Cid, je t’avais pas vu, s’excusa à nouveau Denzel.

- J’espère bien ! Il ne manquerait plus que ça ! Je peux savoir où tu cavales, comme ça, rameutant tout le manoir ?

- Je dois voir Cloud.

Shalua secoua la tête.

- Denzel, tu sais l’heure qu’il est ?

Comme le garçon ne répondait pas, elle interrogea Tifa du regard et cette dernière leva les bras au ciel en un geste théâtral.

- Il a besoin d’aide pour tuer Loz ! C’est urgent !

Cid écarquilla les yeux.

- De quoi ?

- Arrête, Tifa ! trépigna le garçonnet. C’est pas ce que j’ai dit !

Cette dernière agita la main.

- Pardon, c’est vrai. Rectification : ou je me marie avec Cloud, ou il tue Loz. C’est mieux, comme ça ? demanda-t-elle à son fils adoptif, ironique.

- Non, j’ai pas dit ça ! J’veux pas de lui chez nous, c’est tout !

Shalua poussa un petit cri offusqué et Cid se planta devant Denzel, le visage sévère et les poings sur les hanches, pour l’empêcher de filer.

- Minute papillon… Tu nous fais quoi, là ?

Le garçonnet rougit furieusement et se mordit la joue, hésitant à battre en retraite devant l’impressionnant pilote.

- Je veux que Loz s’en aille, avoua-t-il piteusement en baissant la tête. Et les deux autres aussi.

Cid siffla entre ses dents et hocha la tête.

- Voyez-vous ça ! Et peut-on savoir ce qu’ils t’ont fait de si terrible pour que tu veuilles les jeter dehors en pleine nuit ?

Prenant son courage à deux mains, Denzel releva la tête et planta un regard agressif dans celui du pilote.

- C’est des salauds ! Ils ont voulu tous nous tuer, il y a deux ans.

- Denzel, intervint Shalua. On vous a expliqué à toi et à Marlène pourquoi ils avaient agi comme ils l’avaient fait. C’était Jenova qui…

- Loz veut prendre la place de Cloud ! la coupa le garçonnet, fou de rage.

Le pilote retint un rire.

- Nous y voilà… (Il s’accroupit devant le garçon) Et quelle est la place de Cloud, d’après toi, dis-moi ?

Denzel ouvrit la bouche et la referma à plusieurs reprises, ne sachant quoi répondre.

- C’est… C’est mon ami, finit-il par répliquer. Et c’est l’amoureux de Tifa.

Celle-ci eut un geste agacé et Cid grimaça.

- C’est marrant, la principale concernée n’a pas l’air d’accord.

- C’est parce qu’il l’a… mani… mani… manipulsée ! Ouais, c’est ça, manipulsée. Comme Yazoo quand il a fait semblant de sauver Reno. Il nous a tous manipulsés !

Tifa hoqueta et voulut intervenir mais le pilote leva la main et secoua la tête.

Il commençait à entrevoir d’où venait le problème.

- « Manipulsée », hein ? poursuivit-il. Et… pourquoi faire, d’après toi ? Pourquoi Loz aurait-il besoin de « manipulser » Tifa ?

Le garçonnet, voyant que Cid paraissait s’intéresser à ce qu’il avait à dire, reprit un peu d’assurance.

- Pour se servir d’elle, tiens ! Comme ils l’ont fait avec les enfants, y’a deux ans. Pour nous obliger à les aider pour leur… leur… Enfin le truc qu’ils veulent faire ! termina-t-il, ne se rappelant plus du mot qu’il avait entendu.

Le pilote acquiesça avec une gravité feinte et prit les petites mains dans les siennes.

- Se servir d’elle… Oui, bien sûr. Et… Qu’est-ce que… Cloud t’a dit d’autre, Denzel ?

Tifa se raidit, blême, et lança un regard effaré à Shalua, qui répondit par une moue.

- Que quand plus personne se méfiera d’eux, ils vont faire venir Jenova et puis ce sera fini ! répondit le garçonnet en tremblant. Et même que la Shinra, elle sera de leur côté !

Rufus, qui était resté un peu à l’écart, crut bon d’intervenir.

- Qu’est-ce que c’est que ces salades ? Pourquoi Strife raconte-t-il des horreurs pareilles à cet enfant ?

Cid se redressa et laissa échapper un profond soupir.

- Cette fois il est allé trop loin ! s’emporta Tifa. Je m’en vais lui faire passer l’envie de…

Le pilote la retint.

- Attends. Réponds d’abord à une question : comment se fait-il qu’un héros du Soldat, un garçon qui a aidé à sauver la planète par trois fois, sème sa zizanie, réussisse à se mettre à dos tous ses amis et ses relations en moins de trois jours et que personne ne se demande « pourquoi ? ».

La jeune femme se pétrifia, comprenant où il voulait en venir, et Rufus fit craquer ses phalanges, nerveux.

- Il porte les cellules de Jenova, murmura-t-il.

- Ouais… acquiesça le pilote. Et ce ne serait pas la première fois qu’elles lui jouent un sale tour.

Tifa dut s’appuyer sur le mur du couloir.

- Ca a bien failli nous mener à la catastrophe, il y a cinq ans.

- Que s’est-il passé ? s’enquit Shalua.

- Jenova avait pris le contrôle et l’avait obligé à lui remettre la matéria noire qui l’aiderait à détruire la planète. Oh, mon Dieu…

- « Diviser pour mieux régner », c’est bien ce qu’a dit Vincent, leur rappela Cid. Isoler, rompre les liens, monter le frère contre le frère, l’ami contre l’ami… Et, comme des cons, on n’a rien vu venir ! Merde !

Denzel les dévisagea tous à tour de rôle, perdu et tremblant de peur.

- Que… qu’est-ce qui se passe ? C’est trop tard, Jenova va venir, c’est ça ? Ces salauds ont réussi, hein, c’est ça que vous êtes en train de dire ?

- Denzel ! s’écria Tifa.

Cid s’interposa.

- Tifa, va chercher Vincent. Il saura quoi faire. Quant à moi, fit-il en s’accroupissant à nouveau devant Denzel avec un mine austère, il faut que j’aie une conversation avec ce courageux combattant du mal. Seuls. D’homme à homme. O.K. ?

Le garçonnet se gonfla d’orgueil et acquiesça avec sérieux.

*

Loz ferma la doudoune de Marlène jusqu’à la gorge et rabattit la capuche bordée de fourrure sur son visage.

Cela fait, il zippa son blouson et tapota le siège de la moto, derrière lui.

- Allez, grimpe avant que Tifa ne m’écorche vif ou que je ne change d’avis, fit-il, taquin.

- Eh ! T’as dit que je pourrais monter devant.

Il fronça les sourcils.

- J’ai dit ça, moi ? T’es sûre ?

- T’as promis !

Elle lui asséna un petit coup de poing sur la cuisse et il sourit.

- Ca va, je te taquinais.

Il la souleva d’un seul bras pour l’asseoir devant lui, entre ses jambes, et lui plaça les mains sur le guidon.

- Tu t’accroches là et tu ne lâches pas, hein ?

Lorsque Marlène était revenue dans la chambre de Tifa et l’avait vu enfiler ses vêtements de cuir pour aller faire une virée nocturne à moto, elle l’avait supplié de l’emmener avec lui.

Son premier réflexe, lorsque la jeune femme s’était lancée à la poursuite de son fils, avait été d’éclater en sanglots et de tout casser dans la chambre mais il avait finalement opté pour une ballade dans l’air glacial, histoire de se rafraîchir un peu la tête.

Enfourcher sa moto, s’engager sur une route au hasard et pousser le moteur au maximum dans la nuit glaciale dans l’espoir que la vitesse le griserait suffisamment pour lui faire oublier la douleur qui lui serrait la poitrine, voilà ce qu’il avait espéré.

Mais c’était sans compter sur Marlène qui, en voyant ses yeux rougis lorsqu’elle était revenue dans la chambre, s’était accrochée à lui avec toute la force de ses petits bras, refusant obstinément de le laisser tout seul.

- Loz ? Tu me laisseras passer une vitesse ?

Il enfila ses gants de cuir et rit de bon coeur, amusé par l’enthousiasme de la petite.

- On verra. Prête ? (Elle acquiesça et, excitée comme une puce, se coucha presque sur le carénage pour se donner l’illusion de piloter le puissant engin) Alors on y va. Tu n’as pas peur de sortir en pleine nuit, tu es sûre ?

- Nooon !

- Tu sais qu’il peut y avoir des monstres pas très sympas, là-haut, sur la montagne ?

- Bah tu les tueras, c’est pas grave ! Oncle Cid dit que t’es aussi costaud qu’un bahamut !

Il démarra, amusé par la confiance aveugle de la petite, et se pencha par-dessus son corps menu pour attraper le guidon et la protéger du froid glacial par la même occasion.

Ils sortirent du garage pour se diriger vers les grilles du manoir et Marlène leva la tête vers lui.

- Tu sens toujours aussi bon qu’il y a deux ans ! cria-t-elle pour couvrir le bruit du moteur, le faisant sourire.

- Comment ça ?

- Tu sens comme les bonbons !

Il éclata de rire et franchit les grilles pour s’engager sur la route menant au mont Nibel.

*

Allongé tout habillé sur son lit, Cloud entendit le bruit caractéristique de l’une des motos des argentés et bondit sur ses pieds pour aller à la fenêtre.

Lequel de ces trois salopards était-il donc pris d’insomnie ?

Lorsque l’une des lampes du parc jeta une lumière pâle sur de courts cheveux argentés et dessina les contours d’un large dos en V, Cloud sentit un sourire étirer ses lèvres.

Loz.

Une chance pareille, c’était presque trop beau !

Belle intuition qu’il avait eu de ne pas attendre le lendemain pour trafiquer les freins…

« Bon voyage, fils de pute. Tes petits frères ne te laisseront pas seul très longtemps, t’en fais pas… »

Loz s’engagea dans l’allée qui menait aux grilles du manoir, ce qui déclencha l’éclairage automatique du portail, et le coeur de Cloud fit un bond dans sa poitrine.

Il venait de reconnaître Marlène, assise sur la moto, devant l’argenté.

- Oh non pas ça… Merde !

Il fallait qu’il les rattrape et les arrête. Qu’il les rattrape à tout prix !

S’il venait à arriver quelque chose à la fillette par sa faute, il savait qu’il ne se pardonnerait jamais.

Il se saisit du démarreur de propre moto et, bondit en direction de la porte mais celle-ci s’ouvrit brusquement pour laisser passer Vincent et Shelke, que l’on venait visiblement de réveiller.

- Cloud, je dois de parler, c’est très important, décréta l’ancien turk.

- Pas maintenant ! s’écria le soldat en essayant de forcer le passage.

Mais Vincent ne l’entendait pas de cette oreille et il le repoussa sans douceur.

- Si, Cloud, tout de suite.

…à suivre

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XXXV - Je t’aime… Moi, non plus !

« Si c’est là votre façon d’aimer,

je vous prie de me haïr. »

Molière

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Shalua et Shera se dévisagèrent dans un silence de mort, le bras de Cid toujours passé autour de la taille de la première.

- Tu ne me présentes pas, Cid ? demanda la seconde d’une voix glaciale.

La jeune scientifique se dégagea et, relevant la tête avec courage, s’avança d’un pas en tendant sa main valide.

- Docteur Shalua Rui, fit-elle avec aplomb.

La femme de Cid hoqueta, le regard fixé sur le moignon de son bras gauche que ne recouvrait nulle prothèse. Comme il n’était supposé se trouver aucun étranger parmi eux, la jeune femme avait voulu dîner à l’aise et s’était laissée convaincre par Merill de laisser sa lourde prothèse robotisée au laboratoire.

- Oh, mon Dieu… bredouilla Shera, les joues soudain brûlantes. Je… Pardon, j’ai cru que…

Elle leva le visage vers Shalua et remarqua alors qu’il lui manquait également un oeil, ce qui fit monter sa gêne d’un cran.

Cid s’avança à son tour, prêt à défendre la jeune scientifique de la moindre remarque désobligeante mais eut la surprise de voir sa femme serrer chaleureusement la main de sa rivale.

- Shera, se présenta-t-elle à son tour. Je suis Shera Highwind, la femme de Cid. Pardonnez-moi, je… Je me sens tellement idiote ! J’ai cru que… Oh, là, là… (Elle se tourna vers le pilote) Quelle manie, toi aussi, d’être aussi familier avec les gens ! On n’a pas idée ! Pardonnez-moi, docteur Rui, je ne sais pas quoi vous dire. Je… A le voir vous enlacer comme ça, j’ai cru que… Enfin, vous voyez. Non mais quel balourd tu fais, Cid !

Shalua encaissa le choc avec dignité mais Tifa, à l’instar de la plupart des spectateurs, sentit la révolte lui nouer les tripes.

Dans l’esprit de Shera, une femme comme Shalua - c’est à dire borgne et amputée d’un bras - ne pouvait en aucun cas être la maîtresse de son mari, les aurait-elle surpris nus dans un lit.

Cid, blême comme un suaire, serra les poings et ouvrit la bouche pour invectiver sa femme mais la jeune scientifique lui serra le bras, suppliante, la gorge serrée par la honte et ne voulant surtout pas ajouter à son malaise déjà grand.

- Tu entends ça, Cid ? fit-elle avec un effort surhumain pour ravaler ses larmes. Ta femme a cru que nous étions amants ! Toi et moi… Avoue qu’il y a de quoi rire, non ?

Le double sens de ses paroles et l’amertume qu’il sentait percer dans le ton artificiellement railleur enfoncèrent des poignards incandescents dans le coeur du pilote.

- Une fois encore, je suis désolée, docteur Rui… s’excusa à nouveau Shalua. Je ne sais pas comment me… Mon Dieu, vous devez me trouver si ridicule !

- Ce n’est rien, vraiment.

- Shera ! s’écria Cloud en lui tendant les bras. Tu ne dis plus bonjour aux amis ?

- Cloud ! Bon sang, ça faisait un bail !

Ils s’embrassèrent chaleureusement et la tension ambiante retomba un peu.

Reno se tourna vers Rude et secoua la tête, effondré.

- Rudo, ne le prends pas mal mais t’es vraiment un boulet !

- J’ai pas trop compris ce qui vient de se passer, là, avoua l’impressionnant turk à mi-voix.

- Cid envisage de divorcer, crétin de mes deux ! Shalua est sa maîtresse.

Son comparse pâlit.

- Oh, putain… J’en savais rien, moi !

- Pourquoi t’es allé la chercher ? Abruti !

- C’est Cloud qui m’a dit que ça lui ferait plaisir ! Ca devait être une surprise.

Reno faillit s’étrangler.

- Ah, parce que c’était ça, la surprise dont tu m’as parlé ? Oh, la vache…

Du coin de l’oeil, il vit Cloud plaisanter avec la nouvelle venue et jura.

Les enfants vinrent l’embrasser à leur tour et Rufus entraîna discrètement le pilote à l’écart.

- Je vous en prie, amiral Highwind, supplia le jeune président, reprenez-vous et faites semblant d’être heureux de la voir. Au moins ce soir.

- Quoi ? s’écria Cid.

- Chut ! Moins fort. Votre épouse arrive comme un cheveu dans la soupe et nous n’avons vraiment pas besoin de problèmes supplémentaires pour l’instant. Je vous rappelle que nous avons un Sephiroth inconscient au sous-sol qui est supposé se trouver à Edge, des invités avec une saleté d’entité extraterrestre qui n’attend qu’une occasion pour leur dévorer le cerveau et des phénomènes plus qu’inquiétants dans la rivière de la vie à étudier de toute urgence sans affoler la population !

- Rufus, nous n’avez pas idée de ce que vous me demandez !

- Soyez sûr du contraire. Je sais que vous préparez votre divorce et que la principale concernée n’est pas encore au courant. Je vous aiderai à accélérer les choses, je vous en donne ma parole, mais, pour l’heure, le plus important est que Shera reparte au plus vite.

- Il a raison, intervint Vincent en les rejoignant. Tu dois jouer les maris attentionnés quelques heures pour la renvoyer dès demain le plus sereinement possible et sans qu’elle pose trop de questions.

Cid serra ses mâchoires à tel point qu’ils entendirent grincer ses dents.

- Bordel de merde ! Quand je vais choper Rude, il va passer un sale quart d’heure…

- Il n’y est pour rien, Cid, assura Vincent. J’ai cru comprendre que c’était Cloud qui lui avait demandé de passer chercher Shera.

Le pilote lâcha une bordée de jurons étouffés et Rufus lui tapa sur l’épaule.

- Je vais parler à Shalua, ne vous en faites pas, fit-il avant de s’éloigner pour prendre la jeune femme à l’écart.

- Ca va aller ? s’enquit Vincent. Tu crois que tu vas pouvoir donner le change ?

Cid vit Shalua et Tifa hocher gravement la tête devant Rufus sous les regards révoltés de Loz et de Shelke.

- J’en sais rien, Vincent… J’en sais rien.

La jeune scientifique lui lança un sourire discret débordant d’affection qui lui serra le coeur.

- Tout le monde m’embrasse sauf mon propre mari, c’est un comble ! s’écria gaiement Shera en arrivant derrière lui. Bonsoir, Vincent. Ravie de te revoir.

Elle lui présenta sa joue mais il lui tendit la main.

- Désolé, je n’ai jamais été très à l’aise avec les contacts humains, s’excusa-t-il avant de les laisser seuls.

- Il n’a pas changé ! Alors ? Tu ne m’embrasses pas ?

Cid piqua sa joue d’un baiser rapide en essayant de ne pas imaginer ce que Shalua devait ressentir en le voyant agir de la sorte après la façon dont sa femme l’avait traitée.

- Tu as été odieuse avec le docteur Rui, Shera, ne put-il s’empêcher de lui faire remarquer.

Cette dernière grimaça et laissa échapper un gémissement embarrassé.

- Je sais… Je ne sais pas quoi dire pour m’excuser. Mais à vous voir tous les deux, comme ça, mon sang n’a fait qu’un tour. Oh ! Cid… Qu’aurais-tu pensé à ma place, franchement ?

« C’est pas ça qui est odieux, espèce de mégère ! C’est de croire que parce qu’elle a sacrifié son bras et son oeil pour sauver sa soeur, elle ne mérite plus l’attention d’un homme ! » avait-il envie de hurler.

- Tu as salué tout le monde ? demanda-t-il, ravalant sa rage à grand peine.

- Non, j’attendais que tu me présentes à ceux que je ne connais pas encore. Tiens, tu travailles sur un nouveau prototype ? demanda-t-elle de but en blanc.

- Hein ?

Elle lui prit la main gauche.

- Tu as enlevé ton alliance.

Cid avait pour habitude de retirer son anneau à chaque fois qu’il devait se servir d’outils ou manipuler du matériel.

- Ouais… cracha-t-il. C’est ça, je travaille sur un nouveau projet.

- Et on peut savoir lequel ? demanda-t-elle, intéressée. Je peux peut-être t’aider ?

Il soupira.

- Shera… Ne le prend pas mal mais te faire venir ici n’était pas une bonne idée. Pas en ce moment, du moins. On a… On a des « trucs » en cours. Des « trucs » dont je ne peux pas te parler.

- Un projet « top secret » ?

- Ouais. Ouais, c’est plus ou moins ça.

- Ca a à voir avec le Général Sephiroth ?

- Non. Ca, c’est réglé depuis deux jours, déjà, mentit-il. C’est autre chose.

Elle ouvrit de grands yeux, retenant à grand peine un sourire enthousiaste.

- Ne me dis pas que… Ne me dis pas qu’ils relancent un programme spatial, si ?

- Viens, fit-il pour couper court. Je vais te présenter Gretta.

Il la poussa presque de force et ils faillirent buter sur Shalua, qui venait prendre congé.

- Je… pardonnez-moi mais du travail m’attend au labo, je dois filer. Je vous laisse entre vous. Ravie de vous avoir rencontrée, madame Highwind.

- Shalua… Tu… Tu n’as même pas dîné, bredouilla le pilote.

Il ne savait pas comment faire pour la retenir afin de la réconforter, ou peut-être juste la rassurer… Un peu, au moins. Ou de… de… quelque chose ! Pas la laisser partir comme ça, bon sang !

- Gretta me descendra quelque chose, Cid, ne t’en fais pas. Bonne fin de soirée !

Elle fila discrètement et Tifa voulut la suivre mais Loz la retint.

- On a de la compagnie, chuchota-t-il à son oreille.

La jeune femme tourna la tête et vit Shera se précipiter vers elle pour l’embrasser bruyamment.

- Tifa ! Toujours aussi ravissante et en forme !

L’argenté posa une main protectrice sur l’épaule de sa compagne, déconcertant la femme de Cid.

Shera s’était toujours attendue à la voir avec Cloud, pas avec une espèce de play-boy bodybuildé aux cheveux prématurément gris et aux inquiétants yeux de chat.

Cramponnée au bras de Cid, elle se força cependant à sourire.

- Mais… qui est ce beau garçon, dis-moi ? fit-elle, un peu perdue, en voyant la jeune femme passer affectueusement le bras autour des reins étroits gainées de cuir noir.

- Loz, se présenta celui-ci avec un visage sévère sans même lui tendre la main, ses yeux félins luisant de méfiance. Loz Hojo.

- Hojo ? L’un des frères du général Sephiroth dont la télévision ne cesse de parler ? s’enquit Shera avec un sourire rayonnant qui n’émut pas l’argenté le moins du monde.

Celui-ci ne se donna d’ailleurs même pas la peine de répondre à sa question. Il la toisa de toute sa hauteur, un peu agressif, la mettant horriblement mal à l’aise… à la secrète satisfaction de Cid.

Sa femme l’ignorait encore mais la façon dont elle avait traité Shalua avait fait d’elle l’ennemi public numéro un des trois quarts de l’assistance.

- Et cette ravissante jeune fille, qui est-ce ? enchaîna Shera pour conjurer l’embarras que faisait naître en elle le belliqueux regard mako.

- Shelke Rui, madame Highwind. Je suis la soeur de Shalua.

- Encore désolée pour votre soeur, quelle idiote je fais… J’espère qu’elle ne m’en voudra pas.

- Ne vous en faites pas, madame Highwind. Ma soeur sait faire la part des choses.

- Gretta ! appela Cid, excédé de jouer les hôtes prévenants. (La gouvernante accourut.) Pouvez-vous conduire mon épouse à une chambre du second qu’elle puisse se rafraîchir et s’installer pour cette nuit ?

Traditionnellement, le premier étage du manoir, où ils logeaient tous excepté les domestiques, était réservé aux proches amis de la famille et aux maîtres de maison. Le second était lui destiné aux visiteurs de passage mais cela, Shera l’ignorait.

Et si elle se sentit froissée à la mention de « cette nuit », ce qui sous-entendait «la seule qu’elle passerait au manoir», elle n’en laissa rien paraître.

- Bien sûr, amiral Highwind, acquiesça Gretta, comprenant parfaitement ce que voulait le pilote. Madame Highwind, si vous voulez bien me suivre.

Cette dernière récupéra son sac et suivit la vieille femme hors de la salle de réception sous les regards en coin des autres hôtes de la demeure.

- Vous allez beaucoup apprécier la chambre bleue, madame Highwind, fit aimablement la gouvernante en s’engageant dans l’escalier monumental menant aux appartements du second étage. Madame Shinra, la grand-mère de Rufus, s’y enfermait durant des heures pour lire ou broder. Elle a une vue ravissante sur le parc et un petit balcon qui…

- Où est la chambre de mon mari ? l’interrompit Shera en s’immobilisant au milieu d’une marche.

- Au premier, madame, dans l’aile s…

- Alors allons-y, trancha-t-elle en désignant de la main l’escalier qu’elles venaient de monter. Je vous suis.

La vieille femme se raidit.

- Je vous demande pardon, madame ?

- La chambre de Cid. Conduisez-moi. Allons-y !

- Mais, madame… L’amiral Highwind a demandé de vous installer dans une chambre d’amis. Elles sont bien plus confortables et douillettes pour une dame que les appartements de fonction de…

- Je m’accommoderai très bien de ceux de Cid, ne vous en faites pas.

- C’est que… Le cabinet de travail de l’amiral Highwind est attenant à sa chambre, madame, plaida la pauvre femme, à court d’arguments. Et il ne serait pas convenable, déontologiquement parlant, de…

- Gretta, c’est ça ? la coupa Shera. Alors écoutez-moi bien, Gretta : Cid, enfin « L’amiral Highwind », est mon époux. Je suis sa femme. Nous sommes mariés. Il est donc normal que je m’installe dans sa chambre. Et pour ce qui est de ses papiers ou de ses dossiers, rassurez-vous : nous avons travaillé ensemble pendant des années et, aux dernières nouvelles, je fais toujours partie de l’équipe d’ingénieurs de la Shinra. Nous sommes donc sur le même bateau et ses secrets seront parfaitement gardés, n’ayez crainte. Rassurée ?

La gouvernante toussota, horriblement gênée.

- Je comprendre tout cela, madame, mais…

- Pas de « mais », Gretta. Montrez-moi sa chambre ou je me chargerai de la trouver moi-même.

La vieille femme se raidit, choquée par le comportement cavalier de Shera, mais inclina poliment la tête.

- Bien, madame.

*

Le dîner fut un cauchemar.

Prétextant du « travail » en retard et des « recherches » à faire, Tifa, Shelke, Yuffie, Reno et les trois argentés avaient préféré tenir compagnie à Shalua pour la réconforter et manger quelques sandwichs avec elle et Merill, au labo.

Cid s’était donc retrouvé coincé avec sa femme à faire des ronds de jambe simulés à Rufus, flanqué de Reeve, Rude, Vincent, Cloud et les enfants.

La table commença à se vider bien avant le dessert, chacun trouvant des excuses toutes plus farfelues les unes que les autres pour s’éclipser - du travail, un coup de fil important, un mail à envoyer… - et ne plus supporter l’ambiance horriblement pesante.

Shera, elle, plaisantait avec Marlène et Denzel qui, bien loin des problèmes et des considérations des adultes, riaient comme des fous aux plaisanteries et aux histoires de la femme de Cid.

Ce dernier n’avait pas quitté Cloud des yeux de tout le repas et, si son beau regard céruléen avait pu tuer, le jeune homme serait mort dix fois - au bas mot.

Le pilote n’attendait qu’une occasion de le coincer entre quatre yeux mais Shera s’agrippait à lui comme une moule à son rocher. Pire : Gretta l’avait informé que « madame Highwind » avait « exigé » d’être logée dans « la chambre de son mari », ce qui avait fini de le mettre hors de lui.

- Toi, j’aurais deux mots à te dire demain, cracha-t-il agressivement à l’oreille de Cloud en quittant enfin la table.

- Demain, tu me remercieras de t’avoir ramené à la raison, rétorqua le garçon sur le même ton, achevant de lui mettre les nerfs en pelote.

Il allait répliquer mais sa femme le tira par le bras.

- Cid, sois gentil, tu parleras avec tes amis demain. Je suis vraiment fatiguée, tu sais. J’ai filé en catastrophe de Rocket Town et le voyage en hélico dans le mauvais temps et les orages n’a pas été une partie de plaisir.

Il céda à contrecoeur et suivit Shera jusqu’à sa chambre, mourrant d’envie de descendre au sous-sol pour voir comment allait Shalua et lui parler.

*

Yuffie referma la porte de sa chambre et se laissa tomber sur la montagne de vêtements qui encombrait son lit avec un soupir déchirant.

- Journée de merde…

Elle repassa en mémoire les évènements de l’après-midi puis de la soirée.

Trois heures à essayer des robes et des corsages en fantasmant sur Reno, tout ça pour un quart d’heure d’humiliation, suivi d’une séance de baby-sitting avec un Denzel affolé. Et voilà la femme de Cid qui débarque et le prend pour ainsi dire la main dans le sac avec sa maîtresse, Shalua qui est traînée plus bas que terre et, pour finir, un « dîner sandwich » au labo - très sympa, d’ailleurs. Le seul moment agréable de la soirée, en fait.

Cait leur avait récité une flopée de poèmes humoristiques absolument tordants, Reno avait fait le clown comme à son habitude, Loz et Yazoo s’étaient lancés dans une bataille rangée de surnoms ridicules qui les avaient tous fait hurler de rire et Shalua et Tifa avaient bien failli les achever définitivement en racontant leurs premiers flirts adolescents - ce qui, soit dit en passant, déculpabilisa définitivement la jeune femme de son expérience catastrophique avec Reno…

Oui, ce dîner improvisé avait été vraiment sympa… Et les avait tous beaucoup rapprochés.

C’était bizarre, même, à bien y repenser, un tel rapprochement de gens si différents ; d’anciens ennemis, qui plus est.

Elle se revit s’esclaffer à s’en tordre les tripes sur l’un des lits de l’infirmerie, à demi vautrée sur Kadaj et Shalua, aussi hilares qu’elle après un poème satirique de Cait. Et elle revit les autres, aussi… Tifa, juste à côté d’elle, assise sur les genoux de Loz. Yazoo en tailleur face à eux, sur le deuxième lit, la tête de Reno sur sa cuisse et Shelke accoudée sur les genoux repliés de ce dernier.

Oui, ils avaient beaucoup ri, espiègles et amicaux, à quelques pas du mythique Sephiroth au visage si serein, comme si leur soudaine complicité l’apaisait…

Dire qu’il y a quelques mois encore, ils se seraient tous battus à mort et auraient transformé le labo en zone sinistrée…

Non mais quelle connerie, la guerre ! Un allumé plus ambitieux que les autres, une entité extraterrestre en mal de puissance ou un groupe industriel avide de toujours plus d’argent et pfuiiiiiii ! Ca y est ! C’en était fini des plaisanteries et des amis que l’on aurait pu se faire ! Terminé, les gens merveilleux que l’on aurait pu apprendre à connaître, tout ça parce qu’ils se retrouvent cachés derrière la lame d’un sabre ou le canon d’une arme pointée sur vous !

Ouais… Une belle connerie.

Yuffie s’étira sur son lit, fit tomber la robe de daim qu’elle avait retiré un peu plus tôt et repensa à Reno.

Elle avait cru que la présence du turk la mettrait terriblement mal à l’aise, au début, mais il n’en fut rien. Reno fit comme s’il ne s’était absolument rien passé entre eux, ce dont elle lui fut vraiment reconnaissante.

En fait, la seule fausse note de cette soirée de franche camaraderie avait été l’absence parmi eux de Cid, toujours prêt à plaisanter, et de Vincent.

Quant à Cloud…

Yuffie grimaça.

Elle avait toujours considéré le « croupion de chocobo », comme elle l’appelait, comme une prise de tête mais là, il atteignait quand même des sommets !

Faire venir Shera au manoir… Non mais de quoi je me mêle ! Pauvre Cid… Et pauvre Shalua, surtout ! Elle n’osait imaginer comment elle aurait elle-même réagi si on l’avait humiliée de la sorte.

Bon allez, assez cogité ! Il était tard et grand temps de prendre une bonne douche avant de se coucher.

Elle se redressa sur son lit avec un bâillement et faillit hurler en reconnaissant la jeune femme qui se tenait debout au pied de son lit.

- Bonjour, Yuffie, la salua l’apparition opalescente avec un sourire aimable. Pardonne-moi, je ne voulais pas t’effrayer.

La jeune utaïenne sentit une sueur glacée lui couler dans le dos.

- A… Aerith ? bredouilla-t-elle.

*

Lorsque Cid entendit le robinet s’arrêter de couler dans la salle de bains, il se tourna sur le flanc et ferma les yeux, simulant un sommeil profond.

Il entendit Shera soupirer et fermer la porte avant d’éteindre la lumière et se glisser dans le lit, tout contre lui.

Elle se lova contre son dos nu et, sentant sa peau fraîche, il écarquilla les yeux dans le noir.

Que diable faisait-elle toute nue ?

La réponse lui vint avec la main qui s’aventura sur sa hanche et glissa en direction de son bas-ventre.

- Shera, qu’est-ce que tu fais ? demanda-t-il en lui immobilisant le poignet.

- Comment, ce que je fais ? murmura-t-elle à son oreille, séductrice. Je suis ta femme, non ?

- Et tu t’en souviens seulement maintenant ? persifla-t-il, acide.

- Pourquoi dis-tu ça ?

- Pourquoi ? Tu te fiches de moi ou quoi ? On a dû baiser trois ou quatre fois au maximum depuis qu’on est mariés !

Elle mordilla son épaule et il se dégagea.

- Arrête.

- Voilà autre chose ! D’habitude, c’est toujours toi, qui réclames du sexe !

- Au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, Shera, ça fait très longtemps que je ne réclame plus. Depuis notre nuit de noces, en fait, lui rappela-t-il. Si on peut appeler comme ça les dix minutes de singeries et de soupe à la grimace durant lesquelles tu as daigné écarter les cuisses ce jour-là…

Shera le lâcha et tendit la main pour récupérer la chemise de nuit quelle avait posée sur la table de chevet.

- Ouh là, là… Monsieur est dans un mauvais jour, ça va, j’ai compris. Dis-le simplement, Cid. Inutile d’être aussi déplaisant.

- Déplaisant ? Shera, c’est moi qui… Oh, et puis laisse tomber.

Elle enfila la chemise et se colla à nouveau contre lui.

- Quoi, Cid ?

- Rien. Laisse-moi dormir, j’ai du travail, demain.

Mais elle ne l’entendait pas de cette oreille.

- Cid, j’ai fait le voyage jusqu’ici parce qu’on m’a dit que tu te sentais seul et déprimé.

Le pilote serra les dents et se tourna sur le dos pour croiser les bras derrière sa nuque.

- Je ne me sens pas seul, Shera, et je ne suis pas déprimé le moins du monde. En fait, je suis très contrarié parce que j’ai du boulot par-dessus la tête et que la dernière chose dont j’ai besoin, c’est d’une femme dans mes pattes ! Pardon de te le dire aussi crûment mais Cloud a eu tort de te faire venir. C’était vraiment pas le moment !

Shera se redressa sur un coude et alluma la lampe de chevet, faisant jurer Cid, qui se couvrit les yeux de l’avant-bras.

- Bon, ça suffit ! Il se passe quelque chose et je veux savoir ce que c’est !

- Et tu vois ça à quoi ? Une boule de cristal ?

- « Pardon de te le dire aussi crûment » singea-t-elle. C’est quoi ce langage ? Depuis quand tu t’excuses pour quoi que ce soit auprès de moi ?

- O.K…. Eteins cette lampe, et laisse-moi dormir, bordel de merde ! gronda-t-il, agressif. C’est mieux, comme ça ? ajouta-t-il, narquois. Ca me ressemble plus ?

Elle obtempéra.

- Cid…

- Quoi encore ?

- Cette fille, cette manchote…

Le sang du pilote ne fit qu’un tour.

- Je t’interdis de l’appeler comme ça ! explosa-t-il, le coeur battant, en s’asseyant sur le lit.

Shera ralluma la lumière et le considéra avec stupeur. Elle l’avait rarement vu aussi en colère.

- Ouh là, là… D’accord, ne mords pas ! La « doctoresse », alors.

- Le docteur Rui, Shera, si ça ne t’écorche pas les amygdales.

- En parlant de mordre… Qui t’a mordu, toi ?

Cid fronça le sourcil.

- Hein ?

Sa femme posa le doigt sur son biceps. A la lumière de la lampe, on distinguait parfaitement les marques d’une petite mâchoire.

Marlène l’avait mordu lorsqu’il l’avait taquinée au sujet de Loz.

- Et ne me dis pas que c’est l’un des enfants qui a fait ça en jouant, Cid, ou je me mets à hurler.

Il faillit bredouiller que c’était pourtant bien le cas, qu’elle n’avait qu’à demander à Marlène, mais changea d’avis et rabattit les couvertures pour s’asseoir sur le bord du lit.

- Et si je te disais que c’est moi ? rétorqua-t-il, cassant.

Elle ricana.

- Tu t’es mordu toi-même ? Bah voyons !

- Ouais ! dit-il, excédé, en enfilant son pantalon. Je me suis mordu pour étouffer un cri de plaisir pendant qu’on me taillait la meilleure pipe que j’ai jamais eue ! Ca te va, ça, comme explication ?

Elle fit vibrer ses lèvres, goguenarde.

- Je ne te crois pas un instant…

- Alors pourquoi tu m’emmerdes ? hurla-t-il, à bout.

Son cri résonna dans la chambre et il se frotta le visage en réalisant qu’il avait peut-être réveillé la moitié de la maisonnée.

- Tu devrais le redire mais un petit chouia plus fort, le brocarda Shera. Je ne suis pas certaine que tu aies réussi à réveiller toutes les marmottes qui hibernent sur le mont Nibel.

Cid allait rétorquer crûment, comme il le faisait toujours en pareil cas, mais se ravisa et se força au contraire au plus grand calme.

- Pourquoi faut-il toujours que ça se termine de la même façon, Shera ?

- Comment ça « de la même façon » ?

- Par une engueulade !

- Mais parce que tu ne sais pas t’exprimer autrement, Cid, quelle question. Il y a belle lurette que j’en ai pris mon parti !

Il faillit en rire mais seulement « failli ».

« Tu te trompes, je n’ai jamais élevé la voix ni même été un peu vif avec Shalua. Jamais… » avait-il envie de répliquer.

- Shera, ce n’est plus possible, soupira-t-il en tournant en rond dans la chambre. Ca ne peut pas continuer comme ça…

- Hein ?

Il fit jouer ses mâchoires en serrant et desserrant les poings. Bon sang, ce qu’il aurait donné pour pouvoir tirer sur une cigarette…

- Je voulais attendre d’avoir fini ce que j’avais à faire ici avant de t’en parler, Shera, mais c’est impossible. Je n’en peux plus de faire semblant, j’en ai assez !

La jeune femme leva les yeux au ciel.

- Faire semblant de quoi, Cid ? Où veux-tu en venir, à la fin ?

Il croisa les bras et la regarda droit dans les yeux, son rythme cardiaque battant le tambour dans ses veines.

- Ce mariage était une erreur, Shera. Je n’aurais jamais dû m’embarquer là-dedans.

Elle écarquilla les yeux et s’assit en tailleur.

- Ah… Voilà autre chose.

- Je suis désolé. Je ne voulais pas te dire ça comme ça, ici, mais je ne veux plus faire comme si tout allait de soi.

Elle sourit et tapota les draps, près d’elle.

- Viens là et dis-moi ce que tu as sur le coeur une fois pour toutes.

Il s’assit à ses côtés, sur le bord du lit, et prit une profonde inspiration.

- Il faut arrêter les dégâts, Shera. Toi et moi, on n’arrivera jamais à rien.

La jeune femme pouffa et ouvrit la bouche pour rétorquer par une pique mais le regard que lui lança Cid à cet instant coinça la plaisanterie dans sa gorge.

- Et… ça veut dire quoi, ça ?

- Que je veux divorcer.

Shera en resta sans voix un long moment.

- Divorcer ? Rien que ça ?

- Je sais que c’est un peu brutal comme décision mais…

- Pas du tout, pourquoi ? railla-t-elle. Tout le monde fait ça, de nos jours. Une broutille !

Cid pinça les lèvres, essayant de ne pas sortir de ses gonds.

- C’est la seule solution raisonnable, Shera. Pour tous les deux.

- Raisonnable ? Tu trouves ? On a une dispute et hop ! Tiens, chéri, j’ai une idée : si on divorçait ? Je t’en prie, Cid, un peu de sérieux ! Réagis en adulte, pour une fois ! Un problème, ça se règle en discutant et en parlant, pas en…

- Non ! la coupa-t-il. Arrête de noyer le poisson ! J’en ai marre ! Il ne s’agit pas seulement d’aujourd’hui et tu le sais très bien. Plus de faux-fuyants. Plus de mensonges, Shera. Plus de dispute. Plus de discussion stérile. Un divorce. C’est tout ce que je veux. Un divorce en bonne et due forme.

Shera sentit son estomac se contracter et elle se mordit la lèvre, déstabilisée par la fougue et la gravité de son pilote de mari. Habituellement, il abandonnait rapidement la dispute, par ennui si ce n’était par agacement. Mais là…

Et c’était bien la première fois aussi qu’elle l’entendait parler de divorce.

Oui, cette fois, c’était un peu plus sérieux et elle décida donc de changer de stratégie.

Une larme roula sur sa joue et Cid détourna le regard, horriblement mal à l’aise.

Bon sang, s’il y avait une chose qu’il détestait, c’était bien de faire pleurer une femme !

- Divorcer… murmura-t-elle. As-tu seulement conscience de la portée de ce mot ?

- Oui… Et ce n’est pas une décision que je prends à la légère, crois-moi.

- Comment peux-tu vouloir effacer toutes ces années comme ça, en un clin d’oeil ? Nous avons vécu tant de choses, Cid ! Et je t’aime toujours… ajouta-t-elle dans un sanglot étouffé. Je n’ai jamais cessé de t’aimer, tu le sais.

Il hocha la tête.

- Je le sais, Shera. Et j’en suis vraiment très touché… mais pour s’aimer il faut être deux.

- Mais nous sommes deux !

- Non, Shera, poursuivit-il d’une voix posée. Les années dont tu parles n’ont été que des collaborations. Nous étions collègues, rien de plus.

- Non ! C’est faux.

- Tu as toujours été la seule à aimer, Shera.

- C’est toi qui m’as demandée en mariage !

- Non, Shera. J’ai voulu te faire plaisir en t’épousant, c’est très différent. Et j’ai eu tort.

Shera sentit qu’elle perdait pied et que Cid lui glissait entre les doigts.

Elle devait réagir. Réagir vite !

- Tu aurais pu me quitter cent fois, Cid, mais tu es toujours revenu ! Si tu n’éprouvais vraiment rien pour moi, tu…

- Tu t’es installée chez moi, Shera, lui rappela-t-il. Où voulais-tu que j’aille ? (Elle allait protester mais il lui prit le visage dans les mains pour la regarder droit dans les yeux) Fouille dans ta mémoire, Shera, aussi loin que tu te souviennes. T’ai-je jamais dit que je t’aimais ? T’ai-je seulement jamais laissé penser que ça pouvait être le cas ? Sois honnête. L’ai-je jamais fait ? Tu vois bien…

Elle secoua la tête et éclata d’un rire nerveux.

- Voyons, Cid, évidemment que tu ne l’as jamais dit ! (Elle l’enlaça et posa la tête sur son épaule) Un homme comme toi ne dirait jamais ce genre de choses à une femme, tu le sais.

Il se dégagea doucement.

- Tu te trompes, Shera, dit-il tristement. Je peux dire ce genre de choses à une femme. Et beaucoup d’autres, encore. Mais pas à toi. Pas parce que tu ne le mérite pas, loin de là. Mais parce que je ne les ressens pas.

Elle l’observa un long moment et réalisa qu’elle ne parviendrait pas à le raisonner. Pas tout de suite, du moins…

- D’accord, admettons, admit-t-elle d’une voix profondément lasse. Tu n’es pas heureux avec moi et tu veux divorcer. Très bien, Cid, je… je suis prête à écouter tes arguments mais… si on essayait de dormir un peu, maintenant, hein ?

- Quoi ? s’étrangla-t-il.

- Ecoute-toi, Cid, tu es à bout de nerfs, ça se voit. Tu ne sais plus vraiment ce que tu dis. Faisons un bon somme et nous reparlerons de tout ça à tête reposée demain matin, d’accord ? Après ça, si tu veux toujours divorcer, nous…

- Bordel de merde, j’y crois pas ! jura-t-il en se prenant la tête dans les mains.

- Cid, les avocats ne vont pas se volatiliser d’ici demain matin !

- Voilà, ça y est, soupira-t-il. C’est reparti…

- Quoi donc ?

- Ca ! cria-t-il. Ce que tu es en train de faire ! Nier la réalité ! Distordre la vérité à ta convenance. Putain de merde ! Je ne t’aime pas, Shera ! Dans quelle langue dois-je te le dire ? Complicité zéro ! On partage que dalle. On ne se comprend pas. On ne parle pas. On ne baise même pas, bordel !

Elle croisa les bras sur sa poitrine, ironique.

- Rappelle-moi qui vient de repousser mes avances, Cid ? Qui part de la maison pendant des jours, pour aller rejoindre ses amis et se battre comme un chien des rues avec je ne sais quelles créatures bizarres ? Qui refuse de me parler de ce qu’il fait ? Qui m’a demandé de ficher le camp il y a un instant pour terminer tranquillement son travail ? Qui ? Et tu viens me dire à moi qu’on ne partage rien ? A qui la faute, Cid ? Qui doit faire des efforts, ici ?

Cid éclata de rire. Un rire triste et abattu.

- Ca y est ! Tu recommences ! Tu présentes les choses comme ça t’arrange ! Tu retournes tout à ton avantage en essayant de me faire culpabiliser… Une fois de plus.

- Ne te cherche pas d’excuse, Cid. Sois honnête, pour une fois !

Il ricana et agita l’index devant son nez.

- Stop !

- Tu sais que j’ai raison, Cid ! Mais je ne t’en veux pas. Je t’aime. Je donnerai ma vie avec joie, pour toi et pour te permettre de réaliser tes rêves ! Je te l’ai prouvé, non ? Tu as déjà oublié ?

- Ne remets pas ça sur le tapis pour essayer de m’amadouer parce que, cette fois, je ne me laisserai pas avoir, Shera !

Il enfila un t-shirt bleu par-dessus son pantalon de toile et elle se raidit.

- Où compte-tu aller ?

Cid enfila ses bottes et les laça.

- N’importe où dès l’instant où tu n’y es pas pour me pourrir la vie !

- Ce n’est pas une réponse !

- Il faudra pourtant t’en contenter !

Il sortit en claquant la porte et Shera serra les poings, folle de rage.

…à suivre

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Part 3 - On va atteindre les sommets de la honte…

INTERIEUR VAISSEAU, PONT DE COMMANDEMENT : Cid, Vincent, Weiss, Nero, Loz, Yazoo, Sephy, Reeve, Kadaj, Tifa, Shera.

Cid : Alors ? Tu peux nous dire quelque chose sur nos naufragés ?

Reeve : Bah, le tout blanc passe encore, il est à peu près normal, mais alors l’autre, là, avec sa camisole de force et son harnais… (perplexe, il lit sa console portable de diagnostic) Glasgow à 52, Babinsky positif un coup négatif la seconde d’après, chimie standard qui cadre avec aucun standard, la iono a failli faire sauter les détecteurs, gaz du sang style Perrier mélangé Schweppes… J’y comprends que dalle.

Murmure de l’assistance : Ben nous non plus…

Reeve (relevant les yeux sur leurs mines totalement larguées) : le Glasgow a une échelle de 0 à 10 normalement…

Air mi-largué mi-”tu pourrais pas dire des trucs intéressants non au lieu de nous pomper l’air ?des spectateurs.

Reeve (abandonne) : En clair, les analyses ne correspondent à rien de connu, mais c’est peut-être normal, avec la dégaine qu’il a… J’ai pas les fiches médicales de tous les démons en stock, moi, hein.

Nero (vexé) : Euu guoua ?! Goonn mai fraanfemant ! efgueu vai une dêde de vemon ? Fffrrr…

(Note de l’auteur : traduction : « De quoi ? Non mais franchement ! Est-ce que j’ai une tête de démon ? Pffff ! »)

HIIIIIIII (crissement des cous qui se tournent vers lui - non, pas vers l’auteur, vers Nero ! - pour le regarder avec circonspection)

Nero : Goua ? Eguia ? Ey pa frai ptet ?

(Note de l’auteur : traduction : « Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? C’est pas vrai, peut-être ? »)

RE-HIIIIIIII (re-crissement des cous qui se tournent vers son frère - le frère de Nero, pas celui de l’auteur, comme tout à l’heure, bah oui, suivez un peu ! - pour l’interroger du regard)

Weiss (fait signe à son frangin de tirer un peu sur son harnais) : Euh… desserre un peu parce que là, on pige que dalle…

Nero (en pétard, tirant sur les manches de sa camisole, attachées dans son dos) : Ec gomman du veu gueu veu faffe ? Agrruti !

(Note de l’auteur : traduction : « Et comment tu veux que je fasse ? Abruti ! »)

Weiss (Sur le même ton) : Bah t’as des mains sur les ailes, non ? Enfin sur tes trucs, là… J’sais pas comment t’appelles ça.

Nero (après un moment de flottement) : Avi… fe vrai. Voubli foul fent.

(NDLA : traduction : « Ah oui… c’est vrai. J’oublie tout le temps.»)

Weiss : Bah dis-donc… J’sais pas comment on peut oublier des ustensiles pareils !

Nero (desserre son harnais et ronchonne, vexé) : Oh ça va, hein ! J’m'en sers que pour tirer, je te signale ! Ca m’arrive pas tous les 4 matins, que je sache !

Loz ouvre la bouche pour faire un commentaire enthousiaste et se prend une manchette de Yazoo dans les gencives.

Yazoo (trèèès jaloux) : Tu feras ta B.A. un autre jour ! Et je ne pense pas qu’il parlait de ce genre de “tir”, de toute façon !

Reeve (en regardant sa montre) : C’est pas que m’ennuie, les enfants, mais j’ai mes bouillons de culture à préparer, moi !

Il file.

Sephy (faisant craquer les articulations de ses phalanges et se tournant vers ses frères) : Et en ce qui nous concerne, il y a du boulot !

Yazoo (qui se prend la tête dans les mains) : Aïe, aïe, aïe ! v’la que ça le reprend !

Sephy : Loz !

Loz (qui se lève d’un bond) : Oui, mon général ?

Sephy : File-moi un coup de main ! L’écran de contrôle, il va pas se changer tout seul ! Yazoo !

Yazoo (au garde à vous) : Oui, mon général ?

Sephy : Vérifie où en est Cloud pour les toil… les chi… les… enfin, ça ! Kadaj !

Kadaj : Oui grand fr… mon Général ?

Sephy : Va faire tes devoirs !

Kadaj : Mais ça y est !

Sephy (qui approche son visage à deux doigts du sien) : Ah oui ?… Alors combien de temps faut-il pour qu’un canon mako refroidisse après le premier tir ? Mmmhhh ? (Kadaj se tortille) File ! Fils de ta mère !

Kadaj (s’en va tout malheureux avec un faux air à Calimero) : C’est pô juste !

Cid (allume une cigarette et tapote dans ses mains, admiratif) : Bravo, général ! Quelle maîtrise, quelle efficacité !

Sephy (fier comme un flageolet au milieu d’un plat de nouilles) : Merci, Amiral. Un peu de discipline, il n’y a que ça pour pallier les emmer… Oh, oh… (Il vient de voir Shera arriver sur le pont de commandement) En parlant d’emmerdes…

Shera (en détaillant Weiss et Nero d’un air niais, la bouche en cul de poule) : Alors ? C’est vous, les petits nouveaux ? Bienvenus !

Elle s’approche en sautillant de Cid, mine de rien, papillotant des paupières, les yeux en forme de cœur et des petites ailes qui battent dans le dos.

Voyant très bien où elle veut en venir, Vincent se jette entre elle et lui, toutes griffes et dents dehors, pour faire un rempart de son corps.

Vincent (avec les yeux qui lancent des éclairs) : CHASSE GARDEE ! Au premier mouvement d’approche je… je… (Il se tourne vers Loz) Comment il t’a dit, Yazoo, déjà ? Ah, oui ! (Se tournant à nouveau vers Shera) J’t'arrache les yeux, je les accroche à tes oreilles et j’attache le tout avec tes boyaux pour m’en faire un collier !

Weiss et Nero échangent un regard atterré et se tournent vers Cid avec un air du genre « Ah bah bien, la discipline ! »

Cid (bien décidé à en remontrer aux étrangers) : Commandant Valentine ! Un peu de tenue ou je prendrais des sanctions !

Vincent (se fige) : Hein ?

Shera (lui tirant la langue) : Et toc !

Vincent (d’une voix suraiguë) : Bah mamour… (Cid le toise, intraitable) Ah ! Tu le prends comme ça… Parfait !

Il s’en va, furax.

Weiss (nonchalamment appuyé sur un coude au fauteuil de commandement) : Wouahhh ! Ca c’est de l’autorité !

Cid (se tourne vers lui, méfiant) : Merci.

Weiss (poursuit, sarcastique) : Mais là, mon gars, pendant huit jours, ceinture !

Shera (qui en profite pour se coller à Cid et essayer de le couvrir de baisers bien qu’il se débatte comme un forcené pour lui échapper) : Smac ! Smac ! Smac ! C’est pas grave, je suis, là moi. Smac ! Smac ! Smac ! Hein mon boulon ? Smac ! Smac ! Mon p’tit fuselage en sucre ! Smac ! Smac ! Mon canari interstellaire ! Smac ! Smac !

L’équipage essaye désespérément de contenir un fou rire.

Cid (rouge de honte en essayant de repousser Shera) : Non mais c’est fini, oui !

Nero (qui se tourne vers Tifa) : Elle a sniffé le néoprène des soupapes ou quoi ?

Tifa (avec un soupir) : Nan ! Elle est toujours comme ça.

Nero (effondré) : Ah…

Cid (tout bleu, les bras en l’air) : Mais arrête ! Tu m’étouffes !

Shera (enfonce un doigt dans ses pectoraux) : Dis donc c’est de plus en plus confortable ! C’est des anabos ?

Cid (gêné, gêné, gêné ) : hein ?

Tifa (raisonnable) : Mais lâche-le ! Tu vois bien que tu l’emmerdes !

Shera (le regard qui tue) : Kessapeut t’foutre ? Occupe-toi de tes commandes et lâche-moi le théorème !

Cid (Shera toujours pendue à son cou et qui commence à se sentir plus que mal devant les deux étrangers) : Nom de D… *Bip !* de B… *Bip !* de M…*Bip !*  Shera ! J’ai un vaisseau à commander ! Alors si tu pouvais me lâcher, ce serait pas du luxe !

Shera (sourire de requin): Mais bien sûr… *Slurrrp!*

Cid (qui essaie de se dégager en s’essuyant le cou, de la fumée lui sortant des oreilles) : Je t’ai demandé de me lAcher, avec un “A” !

Shera (petite auréole au-dessus de la tête, sourire innocent) : Oh pardon, j’aurais mal compris…

Loz (à Tifa): Tiens j’aurais bien aimé la faire celle-là…

Yazoo (qui est revenu et s’est faufilé discrètement derrière lui chuchote d’une voix glaciale) : N’y PENSE même pas…

Loz fait lentement pivoter son siège pour se tourner vers Nero et Weiss.

Loz (7e Dan en changement de conversation par des moyens foireux) : Au fait, tous les deux… Vous venez d’où, alors, finalement ?

Tifa : c’est vrai ça, vous ne nous avez toujours pas dit comment vous vous étiez retrouvés là, en fait.

Tout le monde acquiesce énergiquement et les deux concernés échangent un regard affolé…

…à suivre

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Plaidoirie pour Vincent Valentine

N’en jetez plus ! J’ai compris, j’ai capté, j’ai entravé, j’ai reçu 5 sur 5 : vous avez adoré le p’tit poème sur le popotin de Loz et vous en voulez encore. J’ai saisi le concept.

Juste pour vous faire plaisir, donc (c’est bien parce que c’est vous, hein !) une petite plaidoirie en vers dédiée à celui qui est toujours réclamé à cor et à cris (surtout à cris, d’ailleurs) par toutes les fans, au flibustier des mausolées, à la star des ossuaires, à l’égérie du cercueil capitonné, à l’hidalgo des salles d’embaumement, à l’Ivanhoé des caves humides, j’ai nommé : VINCENT VALENTINE

Allez, zou ! C’est parti !

Plaidoirie pour Vincent

Ah ! Le pauvre amoureux, doit-on le condamner ?

C’est un homme admirable, honorables jurés !

*

Oui, ces premiers élans n’étaient pas vraiment « purs »,

Et nichaient, je le sais, plutôt “sous la ceinture”.

*

Mais quel que soit l’endroit où ils se situaient,

Ils étaient fort sincères, honorables jurés !

*

Ce jour-là, dans l’allée, musardait Lucrecia.

Et Vincent, ébloui, aussitôt succomba.

*

Maudits soient les costumes et les boxers serrés

Car une telle émotion… Impossible à cacher !

*

« Mon Dieu ! » fit Lucrecia. « Que le ciel me pardonne ! »

« Le serpent que je vois vaut tous ceux de Gorgone ! »

*

Et en une heure à peine, vers les coups de midi,

Vincent avait déjà la donzelle dans son lit !

*

Mais jurés, attention, n’allez pas supposer

Que la chère Lucrecia fut contrainte ou forcée.

*

Ne suçant plus son pouce, l’enfance révolue,

Ne veut pas dire – oh ! non - qu’elle ne suçait plus !

*

Elle se vit entraînée de frasque en équipée,

Par devant, par derrière… Et parfois de côté.

*

Emportée par l’élan, oubliant son mariage,

Elle fit montre dès lord d’un beau dévergondage !

*

Et frappa la justice, honorables jurés,

Car une fois le trou fait, impossible à combler !

*

La donzelle, en dépit des assauts répétés,

Réclamait toujours « plus », n’avait jamais « assez ».

*

La leçon, chers jurés, à tirer de cela,

C’est qu’il suffit de cran… pour baiser Lucrecia !


Et vous savez quoi ? J’ai même pas honte… !

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XXXIV - La rose et l’épine

« Qui baise la rose… épouse l’épine. »

Jean Dypréau

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Montage de Shiva Rajah d’après des illustrations de M.A. Sambre

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno prit les mains de Yazoo dans les siennes et les serra.

Si cela ne parut pas surprendre l’argenté, habitué aux cajoleries de ses frères, le turk réalisa que c’était le genre de petits gestes galants qu’il réservait habituellement à la gent féminine.

Mais ce réflexe était-il si surprenant lorsqu’on considérait l’étrange physique androgyne de Yazoo, après tout ?

- Je te le dis et je te le répète : tout monde a très bien compris ce qui s’était passé et personne ne t’en veut. Quand à Cloud, je vais personnellement me charger de lui fai…

- Tu ne feras rien ! trancha l’argenté. Mon frère lui a pris celle qu’il considérait comme sa petite amie et il est hors de lui, c’est tout. Ca lui passera.

- Son comportement puéril de gosse jaloux a failli déclencher une catastrophe, Yazoo ! Ne lui cherche pas d’excuse !

- Ne dramatise pas, Reno, son fiel aurait aussi bien pu tomber sur Kadaj que sur moi, ou même sur Tifa.

- Je persiste à dire que c’est un comportement puéril et inqualifiable au vu des enjeux et des risques encourus avec une créature telle que Jenova. A plus forte raison s’il s’agit du comportement d’un Soldat de classe I ! Si Cloud est incapable de contrôler ses émotions à ce point, il n’a rien à faire dans une unité d’élite, tu m’en vois désolé !

- Reno… commença Yazoo, un peu gêné. Ce n’est pas seulement Cloud, le responsable de mon… de ma faiblesse vis à vis de Jenova.

Le turk fronça le sourcil et secoua la tête.

- Comment ça ?

Les joues de l’argenté se colorèrent un peu.

- Je… j’ai vu quelque chose, un peu avant, qui m’a… disons heurté.

- Ah, oui ? Quoi donc ?

- J’ai vu Yuffie sortir du petit salon en rajustant sa robe, avoua Yazoo dans un souffle, le cœur battant. (Reno laissa échapper un hoquet) Je sais ! ajouta-t-il précipitamment. C’était une farce ! Elle avait le béguin pour toi et il fallait couper court, Loz me l’a dit, mais… je l’ignorais et…

« Je me suis alors senti abattu et aussi jaloux de Yuffie que Cloud peut l’être de Loz… » avait-il envie de confesser en espérant secrètement que le jeune homme lirait ces mots dans son regard ou les devinerait au ton de sa voix.

Hélas pour lui, l’objet de ses pensées n’était ni devin, ni sorcier.

- Et tu as cru que j’étais un pervers qui s’était tapé une gamine, c’est ça ? termina le turk à sa place en riant.

- Oui… mentit Yazoo, le coeur serré, dans un murmure inaudible.

- Oh, Yazoo… chuchota Reno avec quelque chose dans la voix qui n’était pas loin de ressembler à de la tendresse émue. J’ai beaucoup de défauts, tu sais, mais je ne m’en prends pas encore aux adolescentes, rassure-toi. Les femmes de mon âge sont beaucoup trop vicieuses et séduisantes pour qu’un jouisseur comme moi passe à côté de ça ! ajouta-t-il, goguenard, sans se rendre compte que chaque mot enfonçait une épine supplémentaire dans le coeur de l’argenté.

- Je… Je suis désolé, Reno, réussit à articuler ce dernier aux prix d’un effort surhumain. Je ne voulais pas me montrer insultant.

- Laisse tomber ! C’est rien ! Et, à bien y réfléchir, tu me connais pas tant que ça, en fait. A ta place, j’aurais sans doute pensé la même chose. Allez, on oublie tout ça, O.K. ? Interdiction formelle de repenser à cette fin d’après-midi pourrie à l’avenir, ordre du patron ! C’est compris ?

L’argenté acquiesça avec un pauvre sourire.

- Je vais essayer… Si tu arrêtes de t’excuser pour ces maudites bombes.

Reno tordit le nez.

- C’est pas vraiment comparable, tu sais…

- Ca l’est pour moi dans le sens où c’est quelque chose que j’aimerais aussi oublier.

- Alors marché conclu. Je te promets de ne plus remettre ça sur le tapis.

- Merci, Reno. Et… merci aussi d’être venu me remonter le moral.

- Eh ! C’est normal, mec ! T’es notre Yazoo, maintenant, pas celui de Jenova. Ouais ! Notre Yazoo baby rien qu’à nous ! Et on ne laissera pas cette vieille salope t’arracher à nous si facilement, fais-moi confiance.

Yazoo rougit un peu.

- Ce surnom est vraiment ridicule…

- J’trouve pas. La preuve : tout le monde l’a adopté ! D’un autre côté, on peut toujours demander à Cid de t’en trouver un autre. Moi, il m’appelle « poil de carotte » alors, si ça se trouve, on peut essayer de négocier. « Poil de navet », ça t’irait ?

L’argenté laissa filer un rire clair, pour la plus garde satisfaction du turk.

- Ah ! Quand même ! Ce rire commençait à me manquer. On s’y habitue fichument vite, tu sais. Et si on descendait dîner, pour en faire aussi profiter les autres ? Qu’est-ce que t’en dis ?

Yazoo inspira un grand coup et hocha la tête.

- Laisse-moi juste me passer le visage sous l’eau.

- Pas de problème, princesse.

L’argenté se raidit.

- Si ça ne te fait rien, je crois que je préfère encore « poil de navet »… grimaça-t-il.

Reno lui adressa une moue taquine mais n’osa pas aller jusqu’à s’excuser, de peur d’aggraver sa gaffe.

Il attendit que Yazoo s’enferme et se laissa aller sur le dos, les mains sur la bouche pour étouffer un fou rire.

« Oups, la bourde ! »

Note pour plus tard : ne jamais rappeler à Yazoo qu’il ressemble à une fille !

Il ne manquait pas grand chose à ce dernier pour être une très jolie jeune femme, pourtant : une paire de petits seins en pomme, des hanches un tantinet plus rondes et hop ! Il aurait fait une pin-up ravissante.

Oui, ravissante.

Toute de noir vêtue…

Moulée dans un long manteau de cuir ouvert sur un décolleté plongeant bonnet B (minimum)…

De hautes bottes noires aux talons vertigineux gainant ses jambes élancées…

…et faisant tournoyer une paire de menottes autour de son index avec un sourire suggestif.

« Wahouh… » rêvassa Reno les yeux fermés, se laissant porter par son imagination débordante.

- Mes frères ont-ils aussi un surnom ou c’est un privilège qui m’est destiné en exclusivité ? plaisanta l’argenté en sortant du cabinet de toilette quelques minutes plus tard, arrachant le turk à ses fantasmes licencieux.

Les cheveux brossés et le visage débarbouillé, Yazoo paraissait frais comme une rose. Personne ne se serait jamais douté qu’il avait passé plus d’une heure à sangloter et qu’il avait frôlé un empoisonnement au mako un peu plus tôt dans la journée.

- Kadaj, c’est « le p’tit », se reprit rapidement le turk. Du moins pour Cid et Reeve. Pour Shalua, c’est « poussin » ou « chaton ».

- « Chaton »… Et Loz, dans ce cas ? Comment l’appelez-vous ? « Le fauve» ?

Reno prit un air faussement effrayé.

- Lui, on l’appelle : « Monsieur » !

L’argenté partit d’un fou rire et le turk en ressentit un bien-être inexplicable.

Bon sang, ce que ça faisait du bien, de l’entendre rire comme ça ! L’entrain de Yazoo et sa douceur étaient si communicatifs…

Ouais… Voilà quelque chose, hélas, que ne pourraient jamais lui donner ses innombrables « compagnes de jeu », comme il les appelait - fussent-elles de sulfureuses panthères brunes tout de cuir vêtues.

Pour entendre ce rire là chaque jour, Reno était prêt à donner deux ans de sa vie. Voire trois, allez… A négocier !

***

Dans la cuisine, Shalua et Tifa aidaient Gretta à orner un énorme gâteau d’arabesques de crème et de fleurs en sucre.

C’était la soirée hebdomadaire de congé des domestiques et la vieille gouvernante venait de les autoriser à abandonner le service après avoir rempli de nouveau les sceaux à champagne et garni les plateaux d’apéritif de petits fours chauds.

Se charger seule du service du dîner pour treize convives et deux enfants n’effrayait absolument pas la brave femme, loin s’en fallait.

- Bon sang, ce que j’ai faim ! gémit l’égérie d’AVALANCHE en croquant un petit coquelicot sucré.

Son amie lui tapa sur la main.

- Eh ! Ca, c’est pour le gâteau !

- Qu’est-ce qu’ils fichent, là-haut ? Il est presque 9h30 !

- Pas ce à quoi tu penses, en tous les cas. Les garçons, c’est vraiment pas le truc de Reno.

- Hélas pour Yazoo, soupira Tifa.

Shalua fixa une rangée de petites roses de sucre vert sur le nappage de chocolat du gâteau et tiqua.

- Hélas ? Pas si sûr. J’ai beau adorer mon petit sucre roux, son comportement avec ses conquêtes ne m’en donne pas moins envie de l’écorcher vif, parfois…

- A ce point là ? Gretta ! Dites-moi qu’elle exagère.

La brave gouvernante leur tendit un nouveau plateau de petites fleurs en sucre et soupira en ajustant une épingle dans son élégant chignon tressé.

- Hélas non, Miss Lockheart. Et pourtant, vous savez à quel point je le chéris, notre turbulent petit turk !

- Bon, d’accord, il aime les femmes. Un peu trop, peut-être. Mais si…

- Oh ! Ca, pour les aimer, il les aime ! la coupa Gretta, narquoise. Toutes, Miss Lockheart. Toutes ! Mais à la va-vite. Et jamais plus d’une nuit… Mon Dieu ! Si vous saviez combien j’en vois défiler, lorsqu’il vient au manoir ! Et elles se dameraient toutes volontiers pour ses beaux yeux aigue marine, les pauvres petites.

Tifa mangea une seconde fleur en sucre et croisa les bras sur sa poitrine.

- A vous entendre toutes les deux, ce pauvre Yazoo est condamné à soupirer en silence et sans espoir de retour !

Shalua et la gouvernante échangèrent un regard navré et hochèrent la tête.

- En parlant de silence, Tifa… Tu nous as dit que Loz avait essayé de te tuer mais sans nous expliquer comment tu t’étais sortie de ce mauvais pas.

La jeune femme sourit, espiègle, et goba une autre fleur.

- C’est très… intime.

- Raison de plus pour nous faire saliver. Et arrête d’engloutir la décoration ! ajouta-t-elle en lui donnant une autre tape sur la main, au grand amusement de la vieille gouvernante. Allez, allez, pas de fausse pudeur, ma fille. Raconte ! (Tifa fit mine d’hésiter et Shalua passa le bras autour des épaules de Gretta, suppliante) Fais-le pour Gretta, qui s’ennuie à mourir lorsque le manoir se vide de ses invités !

- C’est vrai, Miss Lockheart, plaida cette dernière d’une voix plaintive, entrant dans le jeu de la jeune scientifique. A mon âge, quel autre moyen de vivre de belles histoires l’amour si ne n’est à travers de jolies jeunes femmes comme vous ou de jolis garçons comme mon Reno ?

La bouche de Tifa s’arrondit en un « Oh ! » faussement scandalisé.

- Dites-moi que je rêve ! Il n’y en a pas une pour racheter l’autre ! Il ne manquerait plus que ce fouineur de Reno pour compléter de tableau !

Elle leur jeta une pincée de farine à la figure à chacune et toutes trois éclatèrent de rire.

La vieille gouvernante adorait Shalua et Reno.

La première vivait avec elle au manoir lorsqu’elle n’était pas au siège de la WRO, à Edge, et le second, orphelin depuis l’adolescence et sans famille à qui rendre visite, avait pris l’habitude de venir y passer une grande partie de ses jours de congé.

Gretta en était donc très vite venue à faire la connaissance de leur amie Tifa et à l’apprécier tout autant, bien qu’elle ne voie la jeune femme que lors de ses rares visites à Nibelheim.

Lorsqu’elle les regardait tous les trois, elle se revoyait à leur âge, audacieuse, séduisante et croquant la vie à belles dents !

Gretta n’était pas de ces vieilles gouvernantes aigries, pétries de principes d’un autre âge et de règles de morale éculée et étriquée, non. Sous des dehors à première vue un peu austères - une quasi-obligation pour la fonction qui était la sienne - c’était une femme généreuse, drôle et pleine de vie.

- Alors ? On parle de moi ? lança une voix joyeuse dans leur dos, les faisant sursauter.

Le turk s’approcha de la table et tendit une main gourmande vers l’une des fleurs de sucre que Shalua venait de disposer sur le nappage du gâteau.

- Bas les pattes ! fit celle-ci en chassant les doigts pillards d’un petit coup de cuiller en bois. Tu ne vas pas t’y mettre aussi !

- Aïe ! Eh ! Doucement, doc ! Je suis convalescent !

- Raconte, à la fin ! insista Shalua. Cesse de te faire prier, Tifa.

- Vous parlez de quoi ? s’immisça Reno. Des trucs cochons ?

- Reno ! s’écrièrent les trois femmes d’une même voix.

- Quoi ? N’essayez pas de me faire croire le contraire, vous avez vos têtes de perverses des mauvais jours ! les nargua-t-il en chipant finalement une sucrerie sur le gâteau. Raté ! railla-t-il en échappant à la cuiller en bois.

Il croqua dans la fleur caramélisée avec gourmandise.

- Nous nous demandions comment Tifa avait échappé aux envies meurtrières de sa récente moitié, fit Shalua.

Le turk avala le reste de sa sucrerie d’un coup et s’assit sur la table.

- C’est vrai, ça, au fait ! Qu’est-ce qui s’est passé avec Loz, exactement ?

Tifa secoua la tête.

- Non. C’est trop personnel, désolée.

Les trois autres laissèrent échapper une exclamation agacée.

- O.K. ! lança Reno. Je te propose un deal : ce qui s’est passé avec Loz contre… un scoop !

La jeune femme leva le sourcil.

- Et que sais-tu que je ne sache pas ou que tu ne m’aies pas déjà dit ?

Le turk se passa la langue sur les lèvres, malicieux.

- Je me suis fait Elena…

Trois cris surpris résonnèrent dans la cuisine et il fit signe de baisser d’un ton.

- Je ne te crois pas ! Quand ?

- Il y a cinq ans, lorsque vous étiez encore à la recherche de Sephiroth. On était complètement bourrés.

- Je veux des détails, Reno.

Il lui adressa un sourire espiègle.

- Toi d’abord.

Tifa jeta un oeil circulaire à la grande cuisine pour être certaine que personne ne risquait de l’entendre et parla à voix basse.

- D’accord. Nous étions en train de nous embrasser sur son lit et prêts à passer à des choses plus sérieuses lorsqu’il m’a saisie à la gorge, avoua-t-elle en mimant un geste d’étranglement, faisant se raidir son auditoire.

- Mon Dieu, quelle frayeur vous avez dû avoir… fit Gretta. S’offrir à des mains qui risquent de vous tordre le cou ? Vous parlez d’une entrée en matière ! Et qu’avez-vous fait, Miss Lockheart ?

- Rien, en fait. J’ai cru à un jeu coquin, au début, et je lui ai juste demandé de desserrer sa prise parce qu’il m’étouffait.

Reno se pencha en avant.

- Et qu’est-ce qu’il a dit ?

- Lorsqu’il a vu ce qu’il était en train de me faire, il a blêmi et s’est écarté d’un bond, totalement désarçonné.

- Et… c’est tout, Miss Lockheart ? Il s’est écarté et… pffuiii ! La chose, cette… « Jenova », l’a libéré ?

Tifa se dandina d’un pied sur l’autre.

- Pas exactement, Gretta. En fait…

- Allez, insista Shalua, ne te fais pas prier ! Qu’est-ce qui s’est passé ?

- Avant même que j’aie le temps de comprendre ce qu’il faisait, murmura lentement Tifa, ménageant son effet, il a retiré sa ceinture de cuir des passants de son pantalon et me l’a donnée.

Son amie secoua la tête, interloquée.

- Pour quoi faire ?

- Il voulait pas que tu le cognes avec, quand même, si ? s’étrangla Reno.

Tifa s’appuya sur la table de la cuisine avec un sourire mutin.

- Bien sûr que non, idiot !

- Alors quoi ?

-En fait, chuchota-t-elle, langoureuse, il s’est allongé nu les draps, a saisi les barreaux du lit au-dessus de sa tête et… il m’a supplié de lui attacher les mains pour lui faire l’amour…

Shalua, Reno et Gretta écarquillèrent les yeux et laissèrent échapper des exclamations émues ou admiratives.

- Pincez-moi !

- Woah ! La classe…

- Oh, mon Dieu, Miss Lockheart ! C’est si… si… sensuel !

Tifa hocha la tête.

- J’avoue que, sur le coup, j’avais moi-même du mal à croire ce que je voyais.

La jeune scientifique ferma à demi les yeux, rêveuse.

- Un type superbe attaché nu aux barreaux d’un lit… susurra-t-elle, l’image d’un pilote blond avec les poignets liés se dessinant dans son esprit.

- Loz un crétin, tu parles ! Un foutu allumeur, ouais… soupira Reno, admiratif. Putain, comment il assure, le salaud !

Gretta couvrit ses joues rougissantes de ses mains

- C’est vrai que monsieur Hojo est tellement bien fait de sa personne… Comment vais-je pouvoir le regarder dorénavant sans l’imaginer ainsi que vous venez de le décrire, Miss Lockheart ? demanda-t-elle avec un petit gloussement canaille, incontestablement comique pour une femme de son âge.

Tifa, Shalua et Reno éclatèrent de rire et la considérèrent avec une attitude faussement scandalisée.

- Gretta ! s’écrièrent-ils en coeur.

***

Gretta, assistée de Cait et des enfants, venait de poser les derniers plats de hors-d’oeuvre sur l’immense table de chêne, signifiant aux convives qu’il était grand temps de dîner.

Rufus leva sa coupe de champagne une dernière fois et tous se tournèrent vers lui.

- A Reno ! Notre miraculé du jour en espérant qu’il ne nous fasse plus jamais de telles frayeurs !

Le « miraculé » en question s’inclina en levant son verre de jus de fruits et ouvrit la bouche pour porter un dernier toast avant de passer à table lorsque la porte de la salle à manger s’ouvrit pour laisser passer un Rude trempé et frigorifié.

- A peine sauvé et déjà en train de picoler, mauvaise graine ? lança-t-il en retirant ses lunettes fumées couvertes de buée.

Avec un cri de hyène, Reno franchit les quelques mètres qui le séparaient de son comparse et lui sauta littéralement au cou, manquant de peu de le faire tomber à la renverse.

- Rooahhh ! Rudo ! Mon pote !

Rude dut s’appuyer à la porte pour supporter le poids du « petit garçon » de 32 ans qui s’agrippait à lui à l’étouffer, faisant rire toute l’assistance.

Shalua secoua la tête et soupira.

- Bon sang, qu’est-ce que nous serions devenus, sans ses pitreries…

Cid lui passa le bras autour de la taille et la serra contre lui, tournant le dos à la porte, résistant à l’envie de poser ses lèvres sur les siennes.

- Mais, grâce à toi et à Kadaj, il est toujours là.

- C’est surtout grâce à Yazoo.

- Tu es trop modeste.

Elle appuya sa joue contre sa poitrine si dure et but une gorgée de champagne à sa coupe, le regard perdu dans les feux azurés de son regard trop bleu.

Mon Dieu, ces bras virils et ce regard… A eux seuls, ils suffisaient à la couper de toute réalité. Lorsque Cid la prenait dans ses bras, le monde qui l’entourait cessait d’exister.

- Et toi, bien trop mâle et trop séduisant pour espérer que je garde la tête froide lorsque tu es si près de moi, ronronna-t-elle avec un sourire engageant.

- Perds la tête autant que tu voudrais, murmura-t-il, flatté. Ca ne me déra…

- Ci… Cid… l’interrompit Tifa d’une voix blanche et bredouillante en posant une main fébrile sur son épaule.

Comme réveillé en plein milieu d’un agréable songe, il leva la tête vers elle, souriant, et s’étonna du soudain teint de cire de la jeune femme.

Il allait l’interroger sur la raison de sa pâleur - se sentait-elle mal ? - lorsqu’il réalisa que tout le monde s’était brusquement tû et le considérait avec une expression indéfinissable dans le regard, mélange d’embarras et d’anxiété.

En fait, le silence était tel que l’on aurait pu entendre une fourmi trotter sur le parquet ciré.

Il allait lancer l’un de ses jurons tonitruants couplé d’un « Quoi, bande de faux-culs ? Comme si vous ne saviez pas qu’il se passait quelque chose entre moi et Shalua ! » lorsqu’une voix familière et douce s’éleva dans son dos.

- Bonjour, Cid.

Il eut l’impression que le sang se congelait dans ses veines et Shalua le sentit se pétrifier contre elle.

Très lentement, le coeur battant et la gorge serrée jusqu’à la nausée, il pivota.

A deux pas de lui à peine se tenait une femme de taille moyenne aux cheveux châtains noués en une queue de cheval un peu lâche, vêtue d’une jean et d’un chaud blouson d’aviateur.

Son petit visage délicat était serein et seuls ses immenses yeux noisette, qui s’écarquillaient derrière de grandes lunettes rondes qui lui donnaient un air mutin de petite fille, trahissaient sa surprise et sa contrariété.

- Shera… murmura Cid d’une voix éteinte.

A la mention de ce nom, Shalua contint de justesse un petit cri surpris mais ne put empêcher la coupe de champagne qu’elle tenait dans sa main valide lui glisser des doigts pour s’écraser à ses pieds avec un bruit assourdissant dans le silence pesant…

…à suivre

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XXXIII - Je ne t’abandonnerai pas

« Soutiens ton ami surtout quand il a tort ;

quand il a raison, il n’a pas besoin de toi ! »

Henri Lavedan

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Le visage niché entre les puissants pectoraux de son jumeau, Yazoo pleurait à fendre l’âme, accroché à son blouson.

Loz sentait les larmes tièdes couler le long de sa poitrine en un flot ininterrompu et il resserra son étreinte, au supplice de voir souffrir son frère de la sorte.

- Ils vont nous détester, maintenant… haleta Yazoo entre deux sanglots. A cause de moi, ils vont se méfier de nous trois. J’ai tout gâché…

Son aîné lissa sa longue chevelure soyeuse et enfouit le visage dans les mèches de mercure.

- Bien sûr que non, Yazoo. Tout le monde sait très bien ce qui s’est passé, je te l’ai dit. Ils connaissent la perfidie de Jenova mieux que personne.

- Tu lui as bien résisté, toi ! Et Kadaj aussi ! Mais pas moi… Pas moi…

- Yazoo, ne…

- C’est comme là-bas ! Je rate toujours tout ! Hojo avait raison, on aurait dû me tuer pendant qu’il était temps ! Et vous seriez tranquilles, aujourd’hui, toi et Kadaj.

Loz se raidit et le prit par les épaules pour l’obliger à le regarder dans les yeux.

- Ne dis pas ça ! s’écria-t-il, la gorge si serrée que ses yeux menaçaient de déborder à leur tour. Ne redis jamais ça, tu entends ?

Les fins cheveux argentés de Yazoo collaient à son petit visage ovale mouillé de larmes et ses grands yeux mako étaient rouges, enflés et plus tristes que jamais.

- Oh, Yazoo… soupira son frère avant de le serrer à nouveau contre lui en maudissant sa langue malhabile, sachant qu’il était incapable de trouver les mots pour le réconforter. Pardon… Pardon de t’avoir frappé. Pardon de ne pas t’avoir protégé d’elle… J’aurais dû me douter que cette ordure s’en prendrait à toi. J’aurais dû te prévenir. Te parler de ce qu’elle avait essayé de nous faire faire, à moi et à Kadaj. Je n’ai pas réfléchi, comme d’habitude… Pardonne-moi, mon frère…

Yazoo sentit son coeur se serrer.

Pauvre Loz… Une fois de plus, il prenait tout sur lui.

Comme toujours…

Comme là-bas, au cratère nord.

Combien de fois lui et Kadaj, en bons petits diablotins, n’en avaient-ils pas profité et même abusé ?

Mais pas cette fois. Non, Yazoo ne le laisserait pas prendre la responsabilité de sa propre bêtise, de sa propre faiblesse…

- Tu n’es coupable que d’avoir voulu me préserver, Loz, murmura-t-il en lui rendant son étreinte. Ta seule faute a toujours été de vouloir nous préserver…

***

- Et tu dis que c’est Sephiroth qui m’a sauvé ? bredouilla Reno, incrédule.

Kadaj acquiesça, encore honteux de ce qu’il venait d’avouer, et Cid se passa la main sur le visage, soucieux.

- Cette salope est sacrément perverse… cracha-t-il.

Rufus secoua la tête et se laissa tomber sur une chaise, profondément contrarié.

- Bon sang ! Mais comment Jenova arrive-t-elle à deviner que c’est « pile » le moment propice pour agir ?

- L’instinct, répondit Shalua. Un peu comme si une sorte d’alarme psychique la reliait à nos petits bouts et résonnait en elle lorsque l’un d’eux flanche.

Vincent acquiesça et Reeve frissonna.

- C’est vraiment pervers, fit ce dernier. Cid a raison.

- Quelque chose dans les gènes de Jenova, fit l’ancien turk comme s’il se parlait à lui-même. Oui, une sorte de conscience éparpillée en des millions de cellules agissant chacune de façon indépendante. Ca semble terrifiant et pourtant… Pourtant, Loz, comme Sephiroth, semble être parvenu à séparer le grain de l’ivraie. A réduire cette « conscience » à néant sans pour autant détruire les qualités dont les gênes de Jenova l’avaient pourvu. Par quel mécanisme chimique ou psychique, je serais curieux de le savoir.

Tifa haussa les épaules.

- D’après lui, c’est arrivé « d’un seul coup », dit-elle. Il m’a expliqué que c’était comme « une sensation de frais » de « légèreté soudaine ». Comme si on lui « avait injecté de l’oxygène dans le sang ».

- Et c’est arrivé comme ça, subitement, sans raison particulière ? insista Reeve.

- Oui. Je suppose que, voyant que Loz de céderait pas, elle a finalement abandonné la lutte après des heures passées à le torturer et à le harceler.

Elle se garda de préciser que c’était juste après avoir fait l’amour avec lui car, pour la jeune femme, il ne s’agissait là que d’une coïncidence sans rapport avec la lutte acharnée qu’avait mené Loz contre l’entité. Elle était persuadée que la capitulation de Jenova n’était due qu’à la ténacité et à l’instinct combatif de celui qui était devenu son amant.

Reno se tourna vers elle.

- Il a vraiment voulu te tuer ?

La jeune femme sourit.

- Oui. Il a essayé de m’étrangler.

Le turk blêmit.

- Et… t’as pas flippé ?

- Sur le moment ? Pas un instant, non. J’avais confiance en lui. Peut-être même plus que lui-même.

- Faire naître la peur en nous, c’est justement ce qu’elle veut, Reno, lui rappela Vincent. Que nous ayons suffisamment peur d’eux pour les chasser ou les éloigner de nous. Assez pour qu’ils se sentent rejetés et qu’elle puisse à nouveau les accueillir dans son giron ; les avoir à sa botte.

Reno se leva pour faire quelques pas dans la salle à manger, fou de rage.

- Quelle saloperie !

Kadaj se mordilla la joue et Cait, dans ses bras, frotta son museau contre son menton pour le réconforter.

- Reno… chuchota l’argenté. Je suis désolé pour ce qui a failli se passer en bas. Je ne pensais pas que je…

- Non ! Pas de justification, Kadaj. Ne t’excuse pas à la place de cette salope. C’est elle qui a voulu me noyer dans le mako pur, pas toi, alors ne lui fais surtout pas l’honneur de présenter des excuses à sa place. Si, comme le dit Vincent, elle veut que nous ayons peur de vous ou que nous vous lâchions, bah c’est raté ! Si, par le plus grand des malheurs, je devais demain me retrouver à nouveau dans une cuve mako, c’est toi que je voudrais aux commandes, et personne d’autre. Je sais ce que je te dois et je sais ce que je dois à Yazoo : ma vie. Rien que ça. Et je ne suis pas prêt de l’oublier, n’en déplaise à… cette saloperie tombée du ciel comme une grosse bouse sur un tas de foin ! termina-t-il en criant presque les derniers mots en direction du plafond, s’adressant davantage à Jenova qu’à l’argenté.

Cid leva le pouce, approbateur, et Kadaj sourit, profondément touché par les paroles du turk.

- Reno a raison, p’tit, renchérit le pilote. Te laisse pas faire par cette garce. Et si tu sens que ça chatouille, tu cries au-secours !

Shalua lui caressa maternellement la joue et gratouilla la tête de Cait.

- Si vous flanchez, on sera là, poussin. On sera tous là pour lui mettre des bâtons dans les roues, je te le promets.

Rufus lui adressa un clin d’oeil complice, Tifa, Reno et Vincent sourirent et Reeve hocha lentement la tête.

Une tendresse terrible serrait la gorge de Kadaj et il ne put que les remercier d’un bref hochement du chef, trop ému pour émettre le moindre son. Jamais il n’aurait cru que des êtres humains - hormis ses frères, bien sûr - pourraient un jour lui réchauffer le coeur à ce point.

C’est à ce moment précis que, après avoir confié Marlène et Denzel à Gretta, Yuffie revint dans la salle à manger.

Mieux valait tenir les enfants éloignés jusqu’à ce que tout le monde se reprenne.

- Denzel est persuadé que Jenova va débarquer dans un vaisseau spatial d’un instant à l’autre, laissa-t-elle tomber, tragique. J’arrive pas à le calmer. Il est complètement affolé et la pauvre Gretta est complètement dépassée.

Cid grimaça.

- Je vais voir ce que je peux faire, fit-il en se dirigeant vers la porte.

- Je vous accompagne, amiral, fit Rufus en lui emboîtant le pas. Les peurs enfantines, je connais par coeur.

- Vous ? ironisa le pilote. Le petit prince surprotégé du clan Shinra ? Et de quoi aviez-vous peur ? De manquer de toasts pour votre caviar ?

Le « petit prince » secoua la tête et grimaça un sourire, nullement vexé par les moqueries amicales de Cid, auxquelles chacun était habitué depuis belle lurette. Elles faisaient partie de sa personnalité autant que la manie de donner des surnoms affectueux était typique de celle de Shalua.

- Petit, je croyais qu’un vampire vivait dans la cave, confessa Rufus en tordant le nez. Et qu’il viendrait me sucer le sang dès qu’il en aurait occasion ici même, dans le manoir.

- Tiens donc ? railla Vincent. Un vampire, rien que ça.

- Oui. J’avais entendu des bruis bizarres un jour, au sous-sol et j’étais persuadé que… Oups… laissa-t-il échapper en réalisant que ses cauchemars de petit garçon n’étaient peut-être pas tout à fait infondées - risque de saignement à blanc excepté.

Reeve ricana et Rufus vira à l’écarlate avant de disparaître sur les talons du pilote en fuyant le regard de l’ancien turk.

- Pourquoi Yazoo et Loz ne reviennent-ils pas ? osa enfin demander Reno.

Vincent lui pressa amicalement l’épaule.

- Tu devrais aller lui parler.

Le jeune homme se mordit les lèvres.

- Ouais… à supposer que j’arrive à le regarder en face après ce que j’ai fait.

- Dis-toi que, ce jour-là, ce sont des matérialisations de Jenova, que tu as voulu faire sauter

Reno prit une profonde inspiration et son visage se tordit en un masque douloureux.

- Pourtant, quand je ferme les yeux, ce sont bien les visages de Loz et de Yazoo, que je vois dans les flammes… murmura-t-il, indigné par ses propres actes. Et ce sont bien leurs cris qui résonnent à mes oreilles…

Cait secoua vigoureusement de sa petite tête velue.

- Quand un démon se déguise en ange, nul ne doit se douter de l’échange, soupira-t-il. Et il prend l’apparence éthérée, de l’éphèbe qu’il veut imiter !

Le turk sourit malgré lui et gratouilla l’oreille du robot.

- C’est gentil, Cait.

Tifa passa son bras sous le sien.

- Allez, viens. Je vais avec toi.

***

- C’était mon idée, disait Loz à Yazoo, allongé sur le lit de ce dernier. Une idée idiote, comme d’habitude…

Son jumeau, blotti contre lui, caressa sa joue du bout de son petit nez rougi d’avoir trop pleuré.

- Ce n’était pas une idée idiote, Loz, au contraire. Tu ne pouvais pas deviner que je la surprendrais sortant de là, à demi dévêtue. Bon sang… Que vais-je bien pouvoir dire à Reno après tout ça ? Loz, je n’oserai jamais redescendre après ce que j’ai fait…

Il pinça les lèvres, prêt à fondre à nouveau en larmes, mais son frère sourit et lui releva le menton.

- Je crois que tu n’auras pas à le faire. Regarde qui est là…

Il lui désigna la porte de la chambre du menton et Yazoo hoqueta en voyant Tifa et Reno sur le seuil.

La jeune femme agita la main.

- Salut, fit-elle d’une voix douce. On peut entrer ?

Yazoo s’assit brutalement et détourna la tête pour cacher son visage poisseux de larmes séchées et ses yeux gonflés.

Reno s’approcha et prit place sur le bord du lit.

- Eh ? chuchota-t-il d’une voix douce en tendant la main pour effleurer les longs cheveux d’électrum. Ca va ? Tout le monde s’inquiète pour toi, en bas.

Tifa adressa un signe de tête discret à Loz.

Celui-ci se pencha pour déposer un baiser sur la tempe de son jumeau et rejoignit la jeune femme.

- Nous vous attendrons pour dîner, fit cette dernière en refermant doucement la porte, laissant Reno et Yazoo seuls dans la pièce.

Loz s’appuya au battant, hésitant à abandonner son frère, et Tifa leva le sourcil.

- Il n’est vraiment pas bien, plaida-t-il. Je ne sais pas si…

Elle lui posa le doigt sur les lèvres et sourit, rassurante.

- Fais-moi confiance. S’il y a quelqu’un en mesure de lui remonter le moral, c’est bien Reno.

Il parut hésiter un instant mais hocha finalement la tête.

- D’accord.

Elle lui passa le bras autour de la taille et l’entraîna dans le couloir, en direction de l’escalier.

- Vincent m’a demandé de quelle façon tu t’étais débarrassé de Jenova et je lui ai répété ce que tu m’avais dit, au sujet de ce sentiment de « légèreté soudaine » et de « piqûre d’oxygène »… J’ai eu tort ?

Il fit une moue, interloqué.

- Non. Pourquoi aurais-tu eu tort ? C’est la vérité.

Tifa s’arrêta devant la porte de sa propre chambre et se tourna vers lui, un indéfinissable sentiment de perplexité dans le regard.

- Loz… Tu m’as bien tout dit, n’est-ce pas ? demanda-t-elle en nouant ses mains derrière sa nuque.

Il écarquilla les yeux.

- Comment ça ?

- Eh bien… Reeve a soulevé un point qui ne m’avait pas effleuré jusque là.

- Lequel ?

- Il a demandé si… Si c’était arrivé comme ça, subitement, sans raison particulière.

Loz toussota et elle aurait juré que ses joues avaient pris une imperceptible teinte rosée.

- Et… tu lui as dit quoi ?

- Que non.

- Et c’est la vérité, non ? Tu étais là. Nous étions seuls dans ma chambre.

- Oui, je sais bien. Il ne s’est rien passé de particulier. Enfin pas que je sache. Ou… si c’est le cas, ajouta-t-elle avec un regard en coin, je n’ai rien vu.

Il secoua vigoureusement la tête.

- Tifa ! Qu’aurais-tu voulu voir ? Il ne s’est rien passé de particulier. Je… J’ai juste senti que… Qu’elle me laissait tranquille, c’est tout.

- C’est bizarre, tout de même. Comme ça, tout d’un coup, sans raison… Enfin, je sais que tu as lutté contre son emprise toute la journée, bien sûr, mais… Avoue que c’est étrange, qu’elle ait abandonné la partie aussi vite. Non ?

Loz fit vibrer ses lèvres en haussant les épaules.

- Je ne sais pas quoi te dire, moi ! Ce qui est sûr, ajouta-t-il en se tapotant la tempe, c’est qu’elle n’est plus là.

Tifa lui sourit avec affection et se pressa contre lui.

- Et c’est tout ce qui compte, chuchota-t-elle en déposant un baiser sur sa poitrine, laissée en partie nue par l’échancrure du blouson de cuir. Excuse-moi, je ne voulais pas me montrer désagréable ni te mettre mal à l’aise. Allez, Viens, les autres doivent se demander ce qu’on fabrique.

Elle lui prit la main et voulut le tirer derrière elle mais il résista.

Croyant qu’il la taquinait pour se venger, elle tira violemment sur son bras mais il résista encore.

- Tifa, attends… soupira-t-il, tête basse.

La jeune femme, voyant sa mine soudain sombre, sentit son sourire malicieux s’évanouir et l’angoisse lui serrer le coeur.

- Loz ? Qu’y a-t-il ?

Il mordilla sa lèvre inférieure.

- J’ai menti, confessa-t-il sans oser la regarder dans les yeux.

Elle se figea.

- Quoi ? Comment ça ? Elle… Jenova n’est toujours pas partie ? C’est ça que tu essayes de me dire ?

- Si ! se récria-t-il. Bien sûr que si ! Ce n’est pas ça, c’est…

Il rougit furieusement et elle posa la main sur sa joue, plus inquiète que jamais.

- Loz, dis-moi ce qui se passe !

Celui-ci prit appui contre le mur du couloir, un pied replié contre la paroi, à un mètre à peine de la chambre de la jeune femme.

- Je t’ai menti, Tifa, il s’est bien passé quelque chose qui a fait partir Jenova… avoua-t-il dans un souffle. Quelque chose qui… qui m’a donné la force de la chasser de moi pour toujours…

Il fit le drôle petit bruit auquel la jeune femme était à présent habituée, celui qu’il faisait avec le bout de la langue sur ses incisives, lorsqu’il était agacé ou horriblement gêné : “Tssss…”

- Est-ce que ça a un rapport avec ce que nous avons fait… avant ? le secourut-elle.

- Non ! Enfin… Pas exactement.

Tifa essayait de fixer son regard mais les yeux mako fuyaient les siens.

- Loz, que s’est-il passé ? insista-t-elle impatiemment. Sephiroth est intervenu, comme pour Reno ? Ou Lucrecia ?

- Non…

- Quoi, alors ?

Il dut s’y prendre à plusieurs reprises pour parvenir à faire sortir les mots qui se coinçaient dans sa gorge et, lorsqu’il réussit enfin à les pousser dehors, ce fut d’une voix bouleversée tout juste audible.

- Tu… Tu m’as avoué que tu tenais à moi, Tifa. C’est ça qui… qui m’a donné la volonté suffisante pour la chasser de moi.

Le choc fut tel que la jeune femme en eut le souffle coupé.

- Qu… Quoi ? bredouilla-t-elle.

Le visage de Loz vira au rouge cramoisi et il acquiesça d’un hochement de tête sans cesser de fixer les lattes du parquet.

- Ouais, je sais, c’est ridicule… C’est pour ça que je ne t’ai rien dit.

- Ridicule ? s’écria soudain Tifa, le faisant sursauter.

La jeune femme referma ses mains sur son visage pour l’obliger à lever la tête et la regarder dans les yeux.

Son coeur battait si fort et sa gorge était si serrée qu’elle se demandait comment elle arrivait à faire sortir le moindre son de sa gorge.

- Ridicule ? répéta-t-elle, plus doucement. Oh, Loz… murmura-t-elle, les prunelles brillantes d’émotion. C’est sans doute la plus belle chose que l’on ne m’ait jamais dite de toute ma vie…

Il voulut rétorquer mais elle ne lui en laissa pas le temps.

Etouffant ses protestations dans sa bouche dans un baiser passionné qui leur coupa le souffle à tous deux, elle le poussa d’un coup de reins,vers la porte de sa chambre toute proche…

…à suivre

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XXXII - Souviens-toi de nos cris

« Comme le souvenir est voisin du remords ! »

Victor Hugo

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Shiva Rajah d’après des illustrations de M.A. Sambre

***

Cloud serra amicalement Reno contre lui et lui tapota le dos.

- Ravi que ton traitement ait marché aussi bien. Comment tu te sens ? demanda-t-il en s’écartant un peu du turk pour le détailler.

- Comme neuf ! Vraiment. Mais ça n’a pas été tout seul, loin s’en faut.

- Oui, Vincent m’a raconté.

- Heureusement que Yazoo était là. Je lui dois une fière chandelle. Je me demande bien où il est, d’ailleurs. C’est un peu lui aussi le roi de la fête, ce soir.

Le jeune Soldat hocha la tête et lui pressa affectueusement l’épaule.

- Ouais… C’est apparemment un chic type. J’aimerais avoir sa capacité à pardonner.

Reno fronça le sourcil.

- Qu’est-ce que tu veux dire ?

Cloud haussa les épaules et sourit.

- Rien… Juste que j’aimerais être aussi peu rancunier que lui.

Le turk jeta un coup d’oeil à Loz, qui avait passé son bras autour des épaules de Tifa. Tous deux discutaient avec Cid et Shalua et paraissaient beaucoup s’amuser des anecdotes cocasses du pilote.

- Ne le prends pas mal mais… J’ai toujours cru que c’était d’Aerith, dont tu étais vraiment amoureux. Tifa est ton amie d’enfance et elle a l’air vraiment heureuse, avec lui. C’est une fille bien et tu devrais être content pour elle. Cela dit, je me doute que ça ne doit pas être facile pour toi. Vous avez eu une aventure, je crois ?

- Oui. Mais quand je parlais de capacité à pardonner, je ne faisais pas allusion à Loz.

- Quoi ? A qui, alors ?

Le Soldat plissa le front.

- A toi. Yazoo a réussi à te pardonner, apparemment. Moi, je crois que je n’aurais jamais pu. C’est une chose d’avoir manqué de se faire descendre mais c’en est une autre de voir la personne à laquelle tu tiens le plus être brûlée vive.

Le turk secoua la tête, totalement perdu.

- Cloud… De quoi tu parles ?

- La poursuite à moto, il y a deux ans. Tu as oublié ? La bombe, Reno. Le tunnel. Tu ne te souviens pas ? Toi et Rude avez fait sauter un tunnel sur la tête des jumeaux. J’étais à peine à cent mètres et je me souviens encore de leurs cris. T’as pas pu oublier ça, c’était une vraie boucherie. Tu… Reno ? Ca va ? Oh, merde… J’aurais pas dû parler de ça, je suis désolé, mon vieux, je…

- Ca va, le coupa le turk, soudain blême comme un suaire. Je vais bien, je t’assure.

- Pardon, Reno. Tu sors à peine de ta cuve et moi, je…

- Ca va, je te dis ! Pas de problème. C’est… c’est de l’histoire ancienne, tout ça. Il n’était pas vraiment Yazoo, à cette époque, et il comprend probablement très bien les raisons qui m’ont poussé à agir comme je l’ai fait. T’es pas d’accord ?

- Si. Si, bien sûr. Si tu le dis…

- Sympa, merci… cracha Reno, sarcastique. Rappelle-moi de ne jamais faire appel à toi pour réconforter quelqu’un !

Cloud éclata de rire.

- Désolé, je ne voulais pas te culpabiliser ou te faire cauchemarder cette nuit, je te le jure. Je ne sais même pas pourquoi je remets ça sur le tapis. On est tous tourneboulés, je crois. Tu m’en veux pas ?

- Non. Non, bien sûr que non.

Le Soldat souriait, amical, mais Reno sentait bien que son sourire sonnait faux.

Il l’avait fait exprès…

Ce salopard avait fait exprès de parler de ça maintenant, de lui rappeler l’horreur de son geste. Mais pourquoi ?

- Super. Et encore une fois : je suis vraiment content que tu t’en sois sorti si bien. Je te laisse, j’ai un coup de fil à passer.

Il quitta la pièce et Reno jura.

« Loz t’a piqué ta gonzesse et tu en veux à la terre entière, c’est ça ? Tu veux que tout le monde soit aussi malheureux que toi ? Sale enfoiré… »

***

Dans le couloir où il se tordait les mains, n’osant rejoindre les autres convives de peur que Reno se rendre compte de son trouble, Yazoo vit Cloud arriver droit sur lui.

- Eh ! Tout le monde t’attend, là-bas.

L’argenté essaya de sourire.

- Oui, je… j’y allais.

Le Soldat lui posa la main sur l’épaule.

- Ca n’a pas l’air d’aller fort. Un problème ? Les effets secondaires du mako ?

- Non ! Non, pas du tout, je vais très bien. Un peu fatigué mais ça va. Et… Reno ?

Cloud roula de grands yeux.

- Egal à lui-même ! En pire… plaisanta-t-il. Il était déjà difficile à tenir mais là… il va falloir cacher les filles et les bouteilles ! Il te doit la vie, tu sais.

Yazoo secoua la tête.

- C’est rien. Tu aurais fait la même chose, si tu avais pu, non ?

- S’il m’avait fait son plus beau sourire avant de me faire exploser des centaines de tonnes de gravats à la figure et qu’il m’avait fait flamber avec mon frère dans un feu de joie ? Je crois pas, non. Ma bonté a des limites.

L’argenté se raidit.

- Moi, je t’ai bien tiré dessus, Cloud.

Celui-ci se pencha lentement sur lui pour murmurer à son oreille avec un sourire de requin :

- Je ne l’ai pas oublié, rassure-toi. Personne n’a rien oublié, Yazoo…

Il disparut dans le couloir sans un mot de plus, laissant Yazoo prostré et totalement décontenancé.

«Qu’est-ce que tu croyais ?» chuchota sa conscience. «Qu’ils étaient réellement tes amis ? Ouvre les yeux, Yazoo. Ils ont peur de toi et de tes frères. La puissance de Jenova les terrifie car ils savent qu’ils ne pourront y faire face. C’est pour ça qu’ils jouent la comédie en vous faisant croire que vous êtes des leurs. Ils vous amadouent et vous dressent comme des chiens savants !»

- Non… Reno s’est confié à moi. Il était sincère.

«Sincère ? Il t’a séduit pauvre imbécile ! Pour mieux te contrôler !»

- Non ! Reno a de l’amitié, pour moi.

«De l’amitié ? Non, Yazoo, son affection, tu as bien vu à qui il la réservait ! Il ne suffit pas de prendre quelqu’un dans ses bras pour prouver qu’on l’aime. Reno n’a aucune considération pour toi. Il se moque de ce qui peut t’arriver.»

- Non, c’est faux.

«Faux ? Tu risques ta vie pour le sauver et la première chose qu’il fait, au lieu d’aller voir comment tu te remets, c’est d’aller culbuter la première gamine qui passe !»

- Il… Shalua a dû lui dire que j’allais bien et…

«Et quoi ? Tu te souviens de son expression, ce jour-là, à la sortie du tunnel ?»

- Non.

«Tu mens ! Il souriait, Yazoo. Ce salopard souriait ! Et pendant que Loz hurlait, dévoré par les flammes, il n’a pas cessé de sourire ! Pendant que tu suppliais, les os brisés par les morceaux de béton qui s’effondraient sur toi, il souriait toujours ! Il vous a regardé vous débattre un instant avec son horrible petit sourire et est remonté dans son hélicoptère sans même un regard en arrière. Pas une seconde depuis ce jour il n’a repensé à ce qu’il vous avait fait. Aux heures passées à mourir puis à souffrir pendant que les matérias guérissaient péniblement vos blessures. Il s’en moque, Yazoo. Il s’en est toujours moqué.»

- Non… Reno n’est pas comme ça.

«Ah non ? T’a-t-il demandé pardon, Yazoo ? T’a-t-il demandé pardon une seule fois pour ce qu’il t’avait fait ce jour-là ? Bien sûr que non… En revanche, il se souvient très bien que tu l’as jeté du haut d’un toit. Ca, il te l’a répété plusieurs fois, n’est-ce pas ?»

- Il plaisantait !

«Tu crois ça ?»

Yazoo se boucha les oreilles comme s’il pouvait faire taire la voix et se recroquevilla contre le mur.

Mais sa “conscience” n’en avait pas encore fini avec lui. Loin de là…

***

Shalua leva sa coupe de champagne.

- A Reno, trinqua-t-elle. Bon retour parmi les vivants ! Et ne… Eh ! Regardez qui a enfin décidé de se joindre à nous !

Tous les convives se tournèrent vers Yazoo, qui venait d’entrer dans la salle, et laissèrent échapper des « ah ! » accueillants.

Reno se leva et le rejoignit pour le serrer affectueusement contre lui.

- Bon sang ! J’étais prêt à monter te chercher !

- Mais tu ne l’as pas fait… rétorqua l’argenté, glacial.

Le turk se raidit, recula un peu pour le regarder dans les yeux et frémit en voyant son expression venimeuse.

- Yazoo ? Qu’est-ce que tu as ?

L’air semblait soudain électrifié et la tension presque palpable.

Loz, conscient que son jumeau n’était pas dans son état normal, fit quelques pas dans sa direction tandis que les autres dévisageaient les deux jeunes gens.

- Est-ce que… Est-ce que ça va, Yazoo ? insista Reno dans un silence à couper au couteau.

- Pourquoi ça n’irait pas ?

- Je ne sais pas tu… Tu as la tête de quelqu’un à qui on a…

- Fait tomber un tunnel sur la tête ? le coupa Yazoo d’une voix agressive, faisant tressaillir toute l’assistance. Jeté une bombe à la figure ? Ou fait brûler vif ? En fait, les trois. Mais tu n’as pas oublié, si ?

L’assistance laissa échapper des exclamations surprises et Reno pâlit.

- Yazoo… bredouilla-t-il en un murmure à peine audible, la gorge serrée.

- Oh ! allez ! Tu n’as pas pu effacer ça de tes souvenirs, Reno. Tu t’es amusé comme un petit fou, ce jour-là ! Je te revois encore ricaner derrière la fumée noire de l’essence enflammée de ma moto dont mon frère et moi étions couverts ! Quels cris d’agonie t’ont le plus fait rire, dis-moi ? Ceux de Loz ou les miens ?

Le verre de jus de fruits que Reno tenait à la main lui échappa des mains pour s’écraser à ses pieds et il recula d’un pas comme si l’argenté l’avait frappé.

- Yazoo ! s’écria Loz.

- Quoi ? rétorqua son jumeau. Toi aussi, tu as déjà oublié, Loz ? (Il désigna Tifa du menton) Tu as vidé ta mémoire en même temps que tes couilles ?

La gifle de son frère le prit par surprise et il vacilla sur ses jambes.

Vincent se précipita vers les garçons, suivi de Reeve, mais Kadaj, plus près de ses frères, les devança.

Le benjamin de la fratrie comptait s’interposer entre ses deux aînés mais c’était inutile. Yazoo dévisageait son jumeau les yeux écarquillés et la main sur la joue avec l’expression de quelqu’un qui ne sait pas ce qui vient de lui arriver.

Sous les feux mako du regard qui le torpillait, Loz se sentit soudain horriblement mal et lutta pour ne pas détourner les yeux.

Il venait de commettre l’impensable…

Ses frères et lui s’étaient souvent chamaillés et, c’est vrai, il lui était bien arrivé une ou deux fois de malmener Yazoo, lorsqu’il le poussait à bout, ou d’administrer une petite fessée à Kadaj lorsqu’il était enfant mais il existait cependant une règle tacite, entre eux. Une règle à laquelle Loz n’avait jamais dérogé : ne jamais lever la main sur ses frères, quoi qu’il arrive et quoi qu’ils puissent lui faire subir. La raison en était toute simple : sa force dépassait la leur de très loin et le risque de les blesser ou, à tout le moins, de leur faire vraiment mal était trop important pour qu’il se permette le moindre écart.

- Je… Je suis désolé, Yazoo, bredouilla-t-il alors que chacun s’agitait nerveusement et murmurait, ne sachant comment réagir.

Yazoo, apparemment aussi choqué par la gifle que par les horreurs qu’il venait de dire à Reno et à son frère, était incapable de prononcer un mot.

Comme au ralenti, sa main glissa de sa joue lisse, dévoilant une rougeur sur la pommette, et Loz sentit ses tripes faire des noeuds.

- Yazoo, je…

Il voulut prendre son frère dans ses bras mais celui-ci recula violemment en agitant les bras.

- Laisse-moi ! sanglota son cadet, tremblant de tous ses membres.

Yazoo leva les yeux vers Reno, qui s’était laissé tomber sur une chaise et paraissait soudain apathique, le regard perdu dans le vide et les mains pressées sur les oreilles, comme s’il voulait se protéger d’un bruit d’explosion qu’il était le seul à entendre…

Tifa et Shalua se tenaient près de lui, inquiètes.

- Yazoo, ça va aller, fit Vincent d’une voix douce en essayant à son tour de s’approcher de l’argenté. Calme-toi.

Mais, loin de se calmer, Yazoo paraissait au bord de la crise d’hystérie.

Il haletait, tremblait, sanglotait et regardait autour de lui avec une expression d’effroi, tel un animal pris au piège.

- Je ne voulais pas… gémit-t-il. Je ne voulais pas dire ça… Il faut me croire, je ne voulais pas…

Vincent essaya de lui mettre la main sur l’épaule mais il se dégagea.

- Je sais que tu ne voulais pas. Nous le savons tous. Reste calme.

Cid se tourna vers Rufus, perdu.

- Mais enfin, qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce qui lui prend ?

Le jeune président secoua la tête, dépassé par les événements.

- Jenova…

Le pilote jura.

- Jenova ? cracha-t-il. Elle remet ça ? C’est pour ça que Vincent voulait tous nous voir en salle de conférence après le dîner ? (Rufus acquiesça) Oh ! merde…

- Cid, j’ai peur… gémit Denzel en s’accrochant à sa taille et enfouissant son visage dans son sweet-shirt.

Cid se pencha pour le soulever dans ses bras et le serrer contre lui.

- Eh là, bonhomme… Pleure pas. C’est rien. Il ne va rien se passer.

- Menteur ! Tu viens de dire que Jenova était revenue !

Le pilote lança un regard accablé à Rufus et celui-ci haussa les épaules, impuissant.

Vincent fit un pas de plus vers Yazoo mais celui-ci pivota et quitta la pièce en courant, talonné par Loz.

Kadaj voulut les suivre mais l’ancien turk le retint.

- Non. Laisse faire ton frère, il le connaît mieux que personne.

- J’ai bien cru qu’il allait nous faire une invocation… murmura Reeve en réprimant un frisson.

- Loz ne lui en aurait jamais laissé le temps ! s’insurgea l’argenté, acide. Et moi non plus. Pour qui nous prenez-vous, commandeur Tuesti ?

Le chef du WRO inclina la tête avec un sourire navré.

- Il n’était pas dans mes intentions de me montrer indélicat. Je suis désolé.

Kadaj regretta aussitôt son éclat et agita la main.

- Non, je… C’est moi. Pardon, je ne voulais pas vous crier dessus. C’est… Tout ça me tape sur les nerfs. Cette situation devient vraiment angoissante…

Cait 9 tira sur son pantalon pour qu’il le prenne dans ses bras et, sitôt installé sur sa hanche, frotta affectueusement son petit museau contre la joue de son jeune maître.

Vincent tapota l’épaule de ce dernier et caressa la tête du chat.

- Je comprends, Kadaj, mais on va s’en sortir. Tous ensemble.

L’argenté lui adressa un regard reconnaissant et embrassa le museau de la peluche robotisée pour la rassurer avant de se tourner vers Reno, qui paraissait toujours en état de choc.

La main toujours serrée dans celle de Tifa et les yeux clos, le turk voyait et revoyait comme dans un cauchemar éveillé la scène à laquelle avait fait allusion Yazoo…

C’était il y a deux ans, par une belle fin de l’après-midi et le soleil rougissait le ciel. Une douce brise jouait dans ses cheveux roux et soulevait les pans de sa chemise…

Oui, l’histoire aurait pu commencer comme un conte romantique si ce qui se passa par la suite n’avait pas été aussi monstrueux…

Reno avait posé l’hélicoptère sur le tronçon de l’autoroute désaffectée à la sortie du tunnel qui menait à Midgar.

Lui et Rude se tenaient au milieu de la chaussée, calmes et détendus.

Ils plaisantaient… une bombe faite de bâtons de TNT à la main.

- Eh ! Mon pote, tu crois que ce machin a vraiment la patate ?

- Ce « machin » sort des laboratoires de la Shinra.

- Quoi ? avait-il raillé. C’est toi qui l’as fait ?

- Et alors ? En tout cas, ça a de la gueule !

- Mhh… On dirait qu’on va finir à l’heure, pour une fois.

- Ouais.

Cloud avait été le premier à sortir du tunnel.

Le garçon les avait dépassés à toute allure et, quelques secondes plus tard, apparurent à leur tour Yazoo et Loz, sur la même moto. L’aîné était derrière et fut le premier à les voir.

Son hoquet surpris avait fait lever la tête à son cadet, qui pilotait le bolide, littéralement couché sur le carénage, et les beaux yeux mako s’étaient écarquillés en voyant ce que les deux turks tenaient dans leurs mains.

Reno répondit à sa surprise par un rictus et se souvenait très bien du « Coucou, mes chéris ! Surprise ! » qui lui était passé par la tête à ce moment-là.

La petite bouche de Yazoo s’ouvrit pour crier mais il était trop tard. Reno et Rude avaient déjà lancé les bombes sur la moto. L’argenté fit un écart pour les éviter mais elles explosèrent presque aussitôt, enflammant l’essence du réservoir et propulsant les deux motards, transformés en torches vivantes, dans le tunnel qui s’effondrait.

Rude et lui avaient tourné les talons en ricanant et étaient remontés dans l’hélicoptère en pinçant le nez, incommodés par les vapeurs d’essence enflammée et les Dieux savaient quoi d’autre.

Enfin, les Dieux… et Reno, désormais. Car, oui, il savait à présent ce qu’était cet « autre », qu’il avait alors qualifié de «relent roussi de cochon crevé» : l’odeur du cuir et de la chair humaine grillée dans un brasier d’essence ardente.

Cette chair qui, tiède et douce, s’était si tendrement pressée contre la sienne dans le mako, celle dans la chaleur de laquelle il avait enfoui son visage pour pleurer de frustration lorsque le manque le torturait, celle qui recouvrait les doigts qui avaient parcouru son visage et ses épaules tant de fois, pour l’apaiser.

La chair si pâle de Yazoo. De leur Yazoo baby…

- Oh, mon Dieu, Tifa, qu’est-ce qu’on a fait… Qu’est-ce que j’ai fait… sanglota-t-il sur l’épaule de celle-ci, qui le serrait doucement contre elle.

Shalua s’accroupit à côté de son amie et lissa maternellement les doux cheveux roux.

- Chut… Ne craque pas, poussin. Ne craque pas. Pas maintenant qu’il a besoin de toi… Ne fais pas ce cadeau à Jenova…

…à suivre

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XXXI - Effrayant comme un homme

« Moi aussi, j’ai eu 20 ans. Et je ne laisserai personne me dire

que c’est le plus bel âge du monde ! »

Claude Neix

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : D’après un crayonné de M.A. Sambre

Corrections : Shiva Rajah

***

Dans le couloir qui menait à la grande salle à manger du manoir, où l’on entendait déjà les rires et les discussions des premiers convives impatients de prendre des nouvelles de Reno et de constater que la cure mako avait porté ses fruits, Tifa s’entretenait avec le « roi de la fête » depuis un petit moment.

- Tu es sûre ? insistait le turk, ébahi. Mais enfin, Yuffie n’est encore qu’une gosse ! Pour elle, je suis un « vieux schnock».

La jeune femme secoua la tête, à la fois amusée et préoccupée.

- Non. Rude est : « vieux ». Toi, t’es : « cool ».

Reno éclata de rire.

- Elle a vraiment dit ça ? Sérieux ? Et tu lui as rappelé que Rude et moi n’avions que 2 ans d’écart ?

- Oui. Mais j’ai bien peur que ton côté « ado dégingandé » ne pèse davantage dans la balance que tes 32 ans.

- Aïe… C’est à ce point là ?

Tifa haussa les épaules, découragée.

- Reno ! Elle m’a fait ton éloge pendant plus d’une heure !

Reno grimaça.

- Merde… J’avais bien besoin de ça, tiens.

- Yuffie est entichée comme seule peut l’être une adolescente, fais-moi confiance.

- Je me disais aussi que c’était bizarre de la voir jouer les infirmières attentionnées alors qu’on avait à peine échangé plus de quelques mots les rares fois où je l’avais croisée. (Il soupira) Qu’est-ce que tu me conseilles ? Tu la connais mieux que moi.

- Moi je me disais qu’une discussion entre vous s’imposait mais Loz pense que tu devrais plutôt « y aller direct ». Pour ce que ça veut dire exactement, j’en sais rien.

Le turk ricana.

- Moi, oui. Et je suis de son avis. Je m’en occupe, t’en fais pas. Et merci de m’avoir prévenu, je ne sais pas comment j’aurais réagi si elle me sortait le grand jeu ce soir. Mais au fait, dis-moi : tu parles de Loz comme si toi et lui vous… Non ?

Comme il l’avait escompté, la jeune femme rosit un peu.

- Oui. En effet, nous… Enfin, Loz et moi avons décidé de faire un petit bout de chemin ensemble. Pour voir ce que ça peut donner, on ne sait jamais, ajouta-t-elle avec un détachement qui ne trompa pas le turk.

Rompu à l’art de la dissimulation et du mensonge depuis des années, Reno la vit venir à dix pas. Nulle besoin d’aveux ou de pousser plus loin l’indiscrétion car l’affection qu’elle avait pour l’argenté se lisait sur son visage à chaque fois qu’elle faisait allusion à lui.

D’ailleurs en parlant d’indiscrétions…

- Mhh… Mes félicitations. C’est rare de tomber sur quelqu’un qui donne envie de poursuivre plus loin l’aventure. Tu as bien de la chance. Pour Cid et Shalua, aussi, ça a l’air de bien coller.

La jeune femme sursauta.

- Qui t’a parlé de ça ?

Leçon numéro un du parfait turk : prêcher le faux pour savoir vrai.

- Qui ? Mais enfin, tout le monde est courant ! mentit-il.

- C’est vrai qu’ils ne s’en cachent pas.

Reno retint un sourire satisfait. Cid et Shalua étaient donc bien amants, son instinct ne l’avait pas trompé. Bon sang, que tout cela devenait croustillant !

C’est en partie pour ce genre de moments qu’il adorait son boulot : les potins lui étaient aussi nécessaires que l’air qu’il respirait ! S’il n’avait pas été turk, il se serait bien vu à la tête d’un tabloïd sulfureux ou d’une émission de télévision people…

- Mais, dis-moi… Et sa femme ? Tu crois que Shalua va accepter de passer au second plan, d’être la maîtresse cachée ? C’est très romantique, cela dit, mais bon, ça peut vite dégénérer.

La jeune femme lui jeta un regard en coin et sourit.

- Reno… Pourquoi j’ai soudain l’impression que je viens de me faire avoir ? (Il ouvrit de grands yeux innocents et elle secoua la tête) Tu ne savais rien, en fait, avoue ! Si tu n’étais pas mon ami et mon meilleur fournisseur de ragots, je t’étranglerai…

- D’accord, d’accord, je suis irrécupérable, je sais, j’admets, c’est vrai. Mais si je te promets de ne pas ouvrir la bouche, de ne pas en parler à âme qui vive ? (Tifa éclata de rire) O.K., je suis pire qu’une commère de village devant sa porte, je le reconnais, mea culpa ! Mais avoue aussi que tu es ravie d’avoir sous la main un mec qui aime les commérages autant que toi. (Tifa ouvrit la bouche pour protester mais il agita son index sous on nez) Non, non, non, pas d’esquive, sinon, plus de nouvelles fraîches sur la saga «Elena/Tseng» jusqu’à nouvel ordre !

- C’est du chantage.

- Allez, raconte… supplia-t-il.

- D’accord. Ils sont très amoureux, murmura la jeune femme. Vraiment amoureux.

Le turk sourit de toutes ses dents, ravi.

- Je le savais ! Une idylle interdite au manoir Shinra ! Le pilote aventurier et la scientifique sexy. J’adore…

- Reno, tu n’as jamais pensé à écrire des romans à l’eau de ro…

- Et Shera ? la coupa-t-il, impatient. Que va-t-il faire avec Shera ? Il va jouer les bigames ? Raconte, raconte !

- Cid veut divorcer. Je crois qu’il n’a pas épousé Shera pour de bonnes raisons et il le réalise à présent.

Reno s’appuya contre le mur, bouche bée.

- Divorcer ? Carrément ? Ouahouh…

- En fait, j’ai cru comprendre que cette femme est une véritable… comment dire ?

- Toxine.

- Hein ?

Reno fronça les sourcils et croisa les bras.

- Une « personnalité toxique ». C’est comme ça qu’on appelle les gens tels que Shera, chez nous, dans les dossiers de renseignements. Ce sont des personnalités instables et obsessionnelles qui, sous des dehors charmants et serviables, peuvent te manipuler durant des mois, voire des années, pour arriver à leurs fins.

Tifa hoqueta.

- Et tu sais ça depuis quand ?

- Depuis que j’ai vu Shera, lorsque Cid m’a invité au mariage. Elle a toutes les caractéristiques de ce type de personnalité.

- Tu l’as dit à Cid ?

- Inutile. Ni lui ni personne ne m’aurait cru. Ces personnes ont la faculté de te faire croire que c’est toi le méchant de l’histoire et non pas elles. Elles trompent et trichent en permanence sans même s’en apercevoir. Au fil des années, cela leur devient si naturel qu’elles n’arrivent même plus à faire la différence entre leurs propres désirs et leur propre personnalité et ceux du personnage qu’elles ont créé. Elles vivent dans le mensonge permanent, fixées sur un seul but : la domination et la possession de l’autre.

La jeune femme frissonna.

- C’est terrifiant. J’ai même du mal à concevoir que tu parles de la douce Shera.

- Je sais. C’est pour ça que ces personnes sont si dangereuses. Et je peux même te dire un autre truc : si elle est bien telle que je viens de te la décrire, et je ne pense malheureusement pas me tromper, elle n’acceptera jamais le divorce. Non. Jamais elle ne voudra lâcher ce qu’elle considère lui appartenir. Elle préférera le détruire qu’y renoncer.

- Elle n’a aucune crainte à avoir de ce côté là, Cid se moque bien de l’argent et de la maison de Rocket Town, il n’est pas comme ça. Il lui laissera tout et elle ne manquera jamais de rien.

- Quand je disais «ce qu’elle considère lui appartenir », Tifa… je parlais de Cid.

Tifa laissa échapper une petite exclamation horrifiée et frissonna.

***

Vers 20h30, Reno s’esquiva discrètement de la fête dans un petit salon adjacent en compagnie d’une Yuffie rougissante et ravie qu’il tenait amoureusement par les hanches.

Escapade et familiarité qui parurent ennuyer Kadaj.

Il les suivit du regard avec un noeud dans le ventre jusqu’à ce qu’ils disparaissent dans le couloir.

- Amour secret, passion ardente… Voilà les rêves d’adolescente, soupira Cait, à cheval sur la hanche de maître. Mais dans le coeur de son Reno, elle ne trouvera nul écho…

- Qu’est-ce que tu racontes, touffe de poils ? intervint Shelke en caressant la tête du chat.

Elle tendit un verre de jus de fruits à l’argenté et celui ci l’accepta avec un sourire aimable bien qu’il doute que sa gorge serrée laisse passer une seule gorgée de liquide.

- Je crois que notre tas de boulons disserte sur l’amour, railla Cid, qui les rejoignit. Blague mise à part, qu’est allé faire Reno avec la petite ?

Les regards langoureux et les caresses discrètes dont le turk gratifiait l’adolescente depuis qu’elle avait rejoint la petite fête avaient inquiété le pilote au plus haut point.

- A les voir bras dessus, bras dessous, ce qu’ils comptent faire me semble évident, fit Kadaj avec une certaine rancoeur qui n’échappa à personne.

- Quoi ? s’étrangla Cid.

Il allait s’élancer pour sortir Reno du petit salon par la peau du cou et lui faire passer l’envie de tâter de la chair trop fraîche mais Shalua le retint par la ceinture de son pantalon.

- On se calme, amiral ! fit-elle avec une moue taquine. Tu ne vas nulle part, il ne s’agit que d’un jeu.

- Parce qu’un homme qui s’apprête à abuser d’une gamine, tu appelles ça un jeu ?

- Personne ne va abuser de personne, bête que tu es ! Tifa m’a dit que notre petite ninja avait une toquade pour Reno. Loz lui a donc conseillé de prendre le taureau par les cornes afin d’en finir au plus vite avec cette lubie. Notre rouquin préféré va sans doute la taquiner un peu pour lui faire passer l’envie de lui courir après, c’est tout.

Kadaj eut un sourire en coin, bien plus soulagé qu’il ne l’aurait cru, et constata, non sans surprise, que le noeud dans son ventre s’était mystérieusement dissous.

Shelke leur proposa des petits fours du petit plateau qu’elle était allée chercher sur la table.

- Et si ça lui plaît ? fit soudain Cid, faisant à nouveau se tordre les entrailles de l’argenté.

Shalua secoua la tête.

- Cid… Tu as aimé ta première cigarette ? Tu as apprécié ta première bière ? Tu as pris ton pied, lors de ton premier rapport sexuel ? (Le pilote grimaça) C’est bien ce que je pensais.

Cait 9 fit un grand geste emphatique et pérora :

- L’amour n’est pas affaire de candides adolescentes. Comment expliquer à un ange qu’il est des douleurs excitantes ? Qu’entend une enfant ingénue, à la brûlure des grands bûchers ; ou à la beauté d’un nu peint au pinceau envenimé ?!

Kadaj, Shelke et Shalua pouffèrent dans leur verre, manquant de peu de s’éclabousser les uns les autres et Cid partit d’un formidable éclat de rire qui fit se retourner les autres invités.

- Alors celle-là, je crois que c’est la pire de toutes ! Ah ! Ah ! Ah !

- Eh ! On peut rire aussi ? lança Reeve, qui s’entretenait avec Merill et Vincent.

- Tu devrais le commercialiser pour mettre de l’ambiance dans les hospices ! répondit le pilote, les larmes aux yeux, en désignant le chat robotisé du pouce.

Ce dernier se renfrogna, profondément vexé, et les rires redoublèrent.

***

Reno s’effaça poliment pour laisser entrer sa compagne et verrouilla la porte du petit salon, où trônait un divan moelleux tapissé de soie vert bouteille, de la même teinte que l’épais tapis qui recouvrait le plus clair du parquet verni.

Ces petits salons étaient destinés à permettre aux hôtes du manoir de s’isoler pour lire, regarder la télévision où se reposer un moment.

Le turk avait passé une bonne demi-heure avec Yuffie dans la grande salle et force était de constater que Tifa n’avait pas exagéré : l’adolescente était amourachée de lui au dernier degré. Il était plus qu’urgent de faire redescendre sur terre la créature rougissante et gloussante qu’était devenue la petite utaïenne et tant pis si cela devait lui faire passer un quart d’heure un peu humiliant.

Il retira sa veste, qu’il jeta négligemment sur l’accoudoir du divan, et alluma une petite lampe qui laissa la pièce douillette dans une pénombre mordorée.

- Nous serons tranquilles, ici, fit-il en prenant place tout contre Yuffie sur le canapé et en passant son bras possessif autour de ses épaules.

La jeune fille remarqua son sourire de prédateur et vira à l’écarlate.

Reno semblait soudain si… si… « homme ». Son odeur, ses mains, ses épaules… tout ! Où était passé l’adolescent affaibli aux yeux doux et aux mains frémissantes qu’elle avait appris à aimer pendant qu’elle jouait les infirmières ? Pas dans cette musculature qui tendait sa chemise, ni dans les veines saillantes de ses avant-bras vigoureux, moins encore dans ce regard assuré marqué au coins par d’imperceptibles rides d’expression ou dans ce sourire de carnassier un rien sarcastique…

- Qu’y a-t-il ? s’enquit Reno. Tu sembles anxieuse.

- Qui ? Moi ? Non, bien sur que non, quelle idée ! assura-t-elle en agitant la main.

Elle croyait que l’ambiance romantique et la présence toute proche de Reno éveillerait un désir cuisant en elle mais non. Bien au contraire. Son souffle contre sa peau la fit bien frissonner… mais de peur.

- Yuffie… Tu es très belle, haleta le turk. Je n’ai jamais osé te le dire, pendant que tu prenais soin de moi mais… tu me plais beaucoup…

Il la serra contre lui et fit courir les mains sur son dos en lui embrassant fougueusement le cou, comme fou de désir, et ça n’avait rien d’agréable.

Cambrée, la tête rejetée en arrière et en équilibre sur une fesse, la position de l’Utaïenne était inconfortable au possible. De plus, être ainsi pressée contre des muscles pectoraux durs comme du bois lui compressait douloureusement les seins et l’empêchait de respirer normalement mais, morte de peur, elle n’osait esquisser un geste entre ses bras.

Le souffle de Reno était brûlant, sa peau cherchait le contact de la sienne, ses lèvres semblaient vouloir la dévorer et ses dents lui mordillaient désagréablement la gorge.

C’était donc ça, un homme fou de désir ? C’était effrayant ! D’autant plus effrayant qu’elle ne savait absolument pas quoi faire !

Si elle avait eu ne serait-ce qu’un soupçon d’expérience, sans doute aurait-elle compris que le turk simulait et que son corps était loin de parler le même langage que ses lèvres et ses mains.

- Je te désire, Yuffie… susurra-t-il d’une voix rauque et sur un ton comme on n’en entendait que dans les feuilletons télévisés. Je te désire comme je n’ai jamais désiré une femme… ajouta-t-il, devant presque se mordre la joue pour ne pas éclater de rire.

Yuffie était bien trop troublée pour se rendre compte du ridicule de ses paroles.

« Ah… Parce qu’en plus, il faut parler ? »

Mais qu’allait-elle répondre ?

Heureusement, Reno ne parut pas se formaliser de son silence et il resserra son étreinte en posant ses lèvres sur les siennes.

Un baiser. Ca, au moins, elle connaissait ! Elle en avait vu des dizaines dans les films et avait déjà embrassé plusieurs garçons, à Utaï.

Elle soupira de soulagement mais voilà que quelque chose d’humide et de chaud se glissait entre ses lèvres pour chercher sa langue, qui s’était réfugiée d’elle-même au fin fond se sa bouche, tout contre sa glotte, la forçant à ouvrir grand les mâchoires.

Il n’avait quand même pas l’intention de lui mettre la langue jusque là, si ? C’était plus un baiser, ça, c’était de la spéléologie ! Est-ce que ce genre de trucs ne se faisait pas seulement dans les films pour adultes, normalement ?

Elle eut un mouvement de recul en s’essuyant les lèvres mouillés de salive.

Reno s’écarta d’elle et la regarda, déconcerté.

- Je ne te plais pas ? demanda-t-il avec une moue faussement dépitée.

Le sang de la jeune fille se figea dans ses veines. Refuser d’embrasser Reno ! Etait-elle devenue folle ?

- Bien sûr que tu me plais ! Quelle idée !

Pour le démontrer, elle s’agrippa à son cou et le turk reçut le baiser le plus maladroit de son existence. Les dents de la jeune fille s’entrechoquèrent violemment avec les siennes et elle manqua de peu de lui mordre la lèvre.

Ca suffit, il était plus que temps d’en finir !

- Que… bredouilla-t-elle en sentant les doigts du turk déboutonner sa robe. Qu’est-ce que tu fais ?

- Tu veux faire l’amour tout habillée ?

Elle blêmit.

- Faire… quoi ? s’étrangla-t-elle. Déjà ? Ici ?

Il haussa les épaules.

- Tu préfères qu’on aille dans bibliothèque ? J’ai toujours rêvé de m’envoyer en l’air au milieu des bouquins poussiéreux.

- Non ! J’veux dire si ! Enfin non ! Heu… Je… Ce serait pas de refus mais c’est la mauvaise période ! bredouilla-t-elle en bondissant sur ses pieds. J’ai mes… problèmes de femme.

Elle rougit furieusement en réalisant ce qu’elle venait de dire.

- Ah… fit Reno, dissimulant son amusement à grand peine. On ne me l’avait encore jamais faite celle-là…

- Je suis désolée, Reno.

- C’est pas grave, il m’en faut plus pour me décourager, assura-t-il en lui tendant la main. Approche.

La jeune fille tordit le nez en une grimace de dégoût et recula encore.

- Hein ?

- Bah oui, quand l’entrée principale est fermée, il reste la porte de service ! Allez, viens là, tu va adorer, tu verras…

Le sang de Yuffie déserta son visage si brutalement que le turk la crut sur le point de pâmer.

- Pardon ? Euh… Oui. Enfin, peut-être, fit-elle en reculant vers la porte. Mais je… J’ai horriblement mal au ventre, là, et je crois que c’est pas près de s’arranger alors, je… Je crois qu’on devrait arrêter là. Cela étant dit, si tu préfères aller voir ailleurs, je comprendrai parfaitement. Je ne t’en voudrai pas du tout, tu sais. Mais alors pas du tout.

Elle déverrouilla la porte à tâtons d’une main tremblante.

- Ah ? Tu es sû…

Mais elle s’était déjà enfuie dans le couloir et Reno se laissa aller à rire tout son soûl sur le divan. Oh bon sang ! Ce que ça faisait de bien, de rigoler… Il avait hâte de raconter ça à Tifa et à Loz !

Une fois calmé, il quitta le petit salon à son tour, sa veste sur l’épaule.

Il rejoignit les autres convives en se recoiffant et lissant sa chemise, sans remarquer les reflets des yeux mako de Yazoo, qui l’observait dans l’ombre du couloir. Ce même Yazoo qui, le coeur serré, venait de croiser la jeune ninja, haletante et les joues rosies, qui reboutonnait discrètement sa robe…

…à suivre

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XXIX - Mien et seulement mien !

«Qu’est-ce que la possession

qu’un lent désir n’a pas précédée ?»

J. Lamarche

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Shiva Rajah d’après des illustrations de M.A. Sambre

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

La version non censurée de ce texte accompagnée d’une illustration inédite trop osée pour être publiée ici se trouvent dans le fascicule “Les interdits de www.ff7-yaoi-fanfics.com Tome 2″ (voir dans la boutique)

- Loz ? insista Tifa en posant la main sur sa joue. Qu’est-ce que tu as ? Tu me fais peur…

Avec un grognement sauvage, il l’écarta de l’épaule et asséna un coup de poing si violent dans le mur qu’un morceau de maçonnerie tomba à ses pieds.

- Loz ! s’affola la jeune femme. Qu’est-ce qui te prend ? Qu’est-ce que tu as ?

Pour toute réponse, l’argenté pressa ses deux mains sur ses tempes et, dos au mur qu’il venait de frapper, se laissa glisser jusqu’au sol avec un gémissement horrible, le visage déformé par quelque chose qui n’était pas loin de ressembler à de la douleur.

- Oh, mon Dieu ! Loz !

Elle voulut le serrer contre elle et l’aider à se relever mais il la repoussa brutalement, les yeux voilés de larmes.

- Ne m’approche pas !

- Qu… Quoi ?

- Je vais te faire du mal, Tifa, ne m’approche pas !

- Qu’est-ce que tu racontes ? Loz…

- Qu’est-ce qui se passe, ici ? s’écria Shalua, qui venait de sortir du laboratoire, alertée par le bruit. Qu’est-ce qu’il a ? demanda-t-elle en voyant l’argenté sur le sol.

- Je l’ignore ! hoqueta son amie, complètement affolée. Il a… il a changé d’attitude soudainement et… Je ne sais pas, Shalua. Je ne sais pas ce qu’il a !

Kadaj sortit à son tour du laboratoire et, évaluant la situation en un instant, se précipita aussitôt vers son frère.

***

Dans la bibliothèque, Vincent referma d’un geste rageur les rapports remis par Rufus et qu’il avait demandés à Elena la veille.

Il avait lu et relu les différents passages concernant le compte-rendu de l’incident qui avait fait annuler le décollage de la fusée de Cid, il y a plusieurs années, mettant par là même une fin définitive à son rêve d’aller dans l’espace et au projet spatial de la Shinra. Il avait décortiqué le texte jusque dans les moindres détails, cherchant la faille, mais n’avait rien trouvé.

Rien du tout…

Mais qu’espérait-il y trouver, en réalité ? Ce n’était pas la première fois que son intuition le trompait, après tout.

Que les rapports matériels aient confirmé l’anomalie détectée par Shera concernant les réserves d’oxygène de fusée, ce n’était cependant pas ce qui allait le faire changer d’avis sur elle, loin de là !

Si ces fichues réserves d’oxygène avaient explosé en vol, tout l’équipage de la fusée aurait été réduit en cendres et ça, Shera s’était toujours chargé de le rappeler à Cid et de le dire à qui voulait bien l’entendre. Oh, bien sûr, jamais de façon à avoir l’air de s’en vanter, bien au contraire. Plutôt en se présentant comme celle qui « avait gâché le rêve de l’homme pour qui elle aurait volontiers donné sa vie ! » La jeune femme avait peaufiné son rôle de « Sainte Shera Martyr » jusqu’à la dernière larme !

Vincent froissa une feuille de notes et la jeta rageusement sur le sol.

Pourquoi personne ne voyait clair dans le jeu de cette folle en dehors de lui ?

« Shera ? Mais enfin, Vincent, tu es fou ! Elle est la douceur même. »

« Avec Shera, Cid ne pouvait pas mieux tomber ! Mais la patience de cette femme sera mise à rude épreuve durant ce mariage, tu peux me croire ! »

« Comment Cid peut-il traiter une femme si gentille avec autant de mépris ? Il a beau être mon ami, j’avoue que je lui dirais volontiers ses quatre vérités à ce sujet ! »

Etaient-ils donc tous aveugles ?

Il poussa un profond soupir de dépit.

Il aurait tant aimé trouver dans ces rapports une raison inexcusable de rupture à ajouter au dossier de divorce - une erreur, un mensonge, un sabotage, n’importe quoi !

Non, en fait. Pas n’importe quoi. La confirmation de ce qu’il pensait depuis toujours : que c’était Shera qui avait saboté la fusée pour l’empêcher de décoller !

Si Cid avait été le premier homme à aller dans l’espace, il serait devenu un héros, une vedette… inaccessible pour elle, qui avait pourtant accepté de jouer les esclaves soumises durant des années pour pouvoir être seulement près de lui.

De l’amour ? C’est ce qu’elle croyait mais, à ce niveau, ça tenait plus de l’obsession psychotique que de l’idylle.

Cid avait beau essayer de le cacher, il savait très bien qu’elle n’accepterait jamais de divorcer. Pas sans qu’on lui force la main, du moins.

- Mon maître vous réclame et semble tourmenté, annonça Cait 9 en entrant dans la bibliothèque. Si vous me permettez la familiarité.

- Kadaj ? Qu’a-t-il donc ?

- Je l’ignore mais il m’a demandé d’accourir et, sans perdre de temps, de venir vous quérir.

Vincent rangea les rapports dans leur pochette cartonnée et les coinça sous son bras.

- Allons-y donc, fit-il en tendant sa main gantée au chat robotisé.

Cait la saisit et ils quittèrent la bibliothèque en direction du sous-sol.

***

- Loz ! Loz, regarde-moi. Regarde-moi !

Kadaj lui prit le visage dans les mains et le força à lever la tête.

- Elle est là, Kadaj ! haleta Loz, faisant blêmir Tifa et Shalua. Elle est revenue ! Je l’entends ! Elle essaye de s’imposer dans chacune de mes pensées !

Son frère le serra contre lui.

- Je le sais, mon frère. Je le sais…

- Jenova… murmura la jeune scientifique en se détournant avec un frémissement horrifié dans la voix.

Elle eut un geste aussi rageur qu’impuissant et Tifa, au bord de la nausée, s’appuya contre le mur du couloir.

- Oh, non… Elle ne va pas les reprendre ? Shalua, dis-moi qu’elle ne peut pas les reprendre !

A ce moment précis, Vincent descendit les dernières marches qui menaient au sous-sol en tenant Cait 9 par la main.

Devant le spectacle désolant qui s’offrit à lui, il comprit immédiatement de quoi il retournait.

- Elle n’a pas perdu de temps… soupira-t-il en s’accroupissant à côté de Loz et de Kadaj. Lui aussi ? demanda-t-il à ce dernier.

Kadaj acquiesça.

- Aussi ? s’étonna Shalua. Pourquoi ? Qui est l’autre ? Yazoo ?

Le benjamin de la fratrie leva vers elle un regard coupable et elle posa une main compatissante sur son épaule.

- Oh, poussin…

Cait, sentant la détresse de son jeune maître et que quelque chose de grave se passait, se glissa entre lui et son frère pour enlacer son cou de ses petites pattes velues.

- On ne la laissera pas faire, Kadaj, assura Vincent en gratouillant la tête du chat. Je te le promets.

- Loz est le plus fort d’entre nous, Vincent. Si même lui n’arrive pas à lutter, comment le pourrons-nous ?

Son aîné redressa la tête, le regard farouche et volontaire.

- J’ai lutté, assura-t-il. Si ce n’avait pas été le cas, Tifa serait morte, à l’heure qu’il est, ajouta-t-il, faisant hoqueter la jeune femme.

Profondément choquée par ces paroles, Tifa dut s’appuyer contre Shalua et l’ancien turk se tourna vers elle.

- Reprends-toi, Tifa, ce n’est pas le moment de flancher.

- Il a raison, ma grande, chuchota la jeune scientifique en serrant affectueusement les épaules de son amie de son bras valide. C’est maintenant qu’ils vont avoir besoin de nous.

Loz adressa à Tifa un regard à la fois accablé et coupable qui la bouleversa et, prenant son courage à deux mains, elle s’agenouilla à ses côtés pour enfouir son visage contre son cou.

- Je ne te ferai jamais de mal, Tifa, assura-t-il. Pas tant qu’il me restera une once de conscience qu’elle n’aura pas dévoré.

- Elle ne dévorera rien du tout ! promit Vincent. Nous l’en empêcherons. Jenova n’est pas invincible, loin s’en faut, et cette première bataille contre elle, tu l’as bel et bien gagnée, Loz.

Kadaj serra fortement Cait 9 contre lui, comme si l’affectueuse peluche était une amulette pouvant le protéger de Jenova.

Et elle l’était, en quelque sorte, puisqu’elle était la marque de l’amitié de Reeve et qu’elle lui rappelait à chaque instant, par sa seule et attendrissante présence, que lui et ses frères n’étaient plus seuls, désormais.

Mais cela suffirait-il ? Jenova était si forte…

- Et les prochaines batailles ? murmura-t-il avec un tremblement dans la voix. Qui les gagnera, Loz ? Elle ou nous ?

- Nous ! répondit Tifa à sa place. Nous tous. Et peu importe que nous ne sachions pour l’instant comment…

Vincent se leva.

- Dès que Reno sera sorti de la cuve, après le dîner, nous réunirons tout le monde en salle de conférence. Les hostilités sont ouvertes et nous devons serrer les rangs…

Tifa se blottit contre Loz et Cait leva un regard inquiet vers Kadaj et Shalua, quémandant une grattouille réconfortante.

***

Yuffie regarda sa montre et repoussa sa deuxième part de dessert, repue.

- Je descends voir Reno ! lança-t-elle à la cantonade en quittant la table du déjeuner. Je lui ai promis !

Cid avala son rapidement son café et se leva.

- Je vais avec toi.

Ils descendirent dans le sous-sol et frappèrent doucement à la porte du laboratoire.

Ce fut Cait 9 qui leur ouvrit.

- Mademoiselle. Cher Amiral, salua-il avec une petite révérence. Votre souci est médical ?

Cid roula des yeux et les leva au plafond.

- Ah non mais c’est carrément insupportable, cette façon de parler…

- On est pas malades, Cait, chuchota l’Utaïenne sans prêter attention à la réflexion du pilote. On vient voir Reno. C’est possible ?

Le chat acquiesça et s’effaça pour les laisser passer en mettant un doigt de sa petite patte devant sa bouche.

- Passez, passez et parlez bas, recommanda-t-il. Yazoo repose juste là.

***

Nu-pieds, vêtu d’un t-shirt noir et de son pantalon de cuir après une douche brûlante, Loz essayait de se détendre, allongé sur son lit.

Sans succès.

Il avait quitté la table du déjeuner sans attendre le dessert - espérant s’accorder quelques moments d’intimité avec Tifa - mais cette dernière était restée en bas et ne paraissait pas pressée de le rejoindre dans sa chambre, comme il l’avait espéré.

Pire : depuis presque une demi-heure que durait son attente, la voix dans son cerveau ne le laissait pas en paix, menaçant de le rendre fou.

« Elle ne viendra pas, Loz. » railla-t-elle « Cette peste ne sera satisfaite que lorsqu’elle t’aura brisé le coeur et enterré sous six pieds de gravats ! »

Il ferma les yeux et essaya de l’ignorer.

« Comme ce turk pour lequel ton jumeau a risqué sa vie ! Tu te souviens de l’explosion, dans le tunnel, Loz ? Tu te souviens des flammes ? De l’odeur de ta propre chair en train de se consumer ? Du bruit des os de Yazoo écrasés sous les blocs de ciment ? De la douleur ? Te souviens-tu de vos cris, Loz ? Ceux qui ont fait ça sont les mêmes que ceux qui voudraient te faire croire aujourd’hui qu’ils sont tes amis ! »

Il posa un oreiller sur son visage pour étouffer un gémissement.

- Mais tu vas te taire, à la fin !

« Je suis ta mère et mon devoir est de veiller à ce que tu ne… »

- Tu n’es pas ma mère ! Ma mère s’appelait Lucrecia !

« Mensonge ! Qui était là, lorsque vous aviez besoin d’aide : cette garce ou moi ? Qui a fait de vous des hommes puissants et redoutés alors que vous n’étiez que des expériences ratées ? Veux-tu redevenir une expérience ratée, Loz ? C’est ça que tu veux ? Parce que, pour eux, tu n’es et ne seras jamais rien d’autre ! »

- Je ne veux plus t’entendre !

« Il le faudra bien, pourtant, parce que je ne laisserai pas mon fils bien aimé être berné par une putain et une bande de fripouilles parvenues ! Tôt ou tard, j’arriverai à te faire entendre raison ! »

On frappa et Loz sursauta.

- C’est ouvert !

La porte s’entrouvrit et Tifa passa la tête par l’entrebâillement.

- Je peux ?

Il sourit, le coeur battant.

- Bien sûr, entre.

Il s’assit sur le lit et elle referma la porte pour s’y appuyer.

- Comment te sens-tu ?

Il haussa les épaules et grimaça.

- Elle se réveille de temps à autres. C’est à devenir complètement cinglé.

- Si seulement je pouvais faire quelque chose pour te soulager.

Loz prit sur lui pour faire bonne figure.

- Un câlin ne serait pas de refus, badina-t-il avec une petite moue espiègle.

Elle éclata de rire.

- Ca devrait pourvoir s’arranger ! Tu es parti comme une flèche, après le déjeuner.

- Je… En fait, je m’attendais à ce que tu me suives, quand je suis monté, avoua-t-il en détournant le regard, la gorge soudain sèche.

Jenova avait raison sur un point : il désirait Tifa à en être malade, comme il n’avait jamais désiré une femme. La souffrance provoquée par ce désir, c’est ce qui avait nourri l’entité. C’est en profitant de cette faiblesse que sa pseudo-mère avait failli le pousser à commettre le pire, un peu plus tôt.

- J’avais envie de prendre une douche et me changer, avant, murmura Tifa en verrouillant la porte pour que, cette fois, personne ne vienne plus les déranger. Je portais encore les vêtements d’entraînement de ce matin.

Les iris couleur de mako se plantèrent dans les siens et le monde qui l’entourait cessa d’exister…

***

Cid tapota doucement sur le cylindre en verre de la cuve de mako et Reno ouvrit les yeux.

- Salut, poil de carotte ! La baille est bonne ?

Le turk sourit et leva le pouce.

- Salut ! fit à son tour Yuffie en sortant de derrière le dos de Cid pour s’approcher de la cuve. Comment t… Oups !

Elle rougit brutalement avant de reculer de plusieurs pas et Kadaj pouffa derrière son écran.

Un : elle ne s’était pas attendue à voir Reno nu dans la cuve.

Deux : celle-ci étant surélevée d’une cinquantaine de centimètres et Yuffie surbaissée de vingt par rapport à la moyenne des femmes, elle s’était, pour ainsi dire, retrouvée le nez sur…

- Ce n’est qu’un pénis, du calme ! la brocarda le pilote, la faisant rougir plus encore. Dis-donc, Reno, t’es un vrai roux ? J’aurais jamais cru !

Le turk roula des yeux et son sourire s’élargit.

- Ne le fais pas rire, Cid, intervint Shalua en lui pinçant les fesses, ce qui fit hausser le sourcil à Reno.

Tiens, tiens… Se passait-il quelque chose entre ces deux-là ? Intéressant. Il faudrait qu’il examine le sujet de plus près une fois sorti de là.

- Bon, bah, contente de voir que tu vas bien, Reno ! Je te vois tout à l’heure pour dîner, hein ! fit précipitamment Yuffie avant de s’éclipser - ou de s’enfuir ? - les joues presque aussi rouges que les cheveux du turk.

Ce dernier agita la main et haussa les épaules.

- Je ne l’aurais pas crue si pudique, notre petite ninja… nota Shalua, follement amusée par la réaction épidermique de la jeune fille.

Kadaj, lui, trouva sa réaction plutôt émouvante et un sourire énigmatique étira ses lèvres pâles tandis qu’il se concentrait sur son clavier.

***

Tifa alla s’agenouilla à côté de Loz, sur le lit, pour suivre de l’index les formes un rien agressives des pattes argentées qui accentuaient les angles élégants de ses joues.

L’odeur sucrée du jeune homme l’enveloppa et elle caressa du bout des doigts ce visage à la beauté virile, farouche, et cette peau lisse et parfumée d’une pâleur onctueuse.

Loz sourit en fermant à demi les yeux.

Les reflets bleutés du froid soleil d’hiver qui pénétrait par l’entrebâillement des lourds rideaux faisaient chatoyer ses cheveux de mercure et se reflétaient sur sa peau, le transformant en statue d’électrum.

Le sourire de Tifa se fit caresse pour se poser sur sa pommette haute et elle se sentit soudain saisie d’une confusion qui n’était due qu’à l’émotion du moment.

- Je t’ai vue moins timide, murmura-t-il à son oreille.

« Oui, lorsqu’elle a essayé de te tuer, là-bas, à Midgar, elle était tout sauf timide… » persifla la voix dans sa tête. « T’en souviens-tu, Loz ? De souviens-tu de la haine, dans ses yeux ? »

« Mais tu vas la fermer, oui ! » répliqua-t-il en silence.

Tifa hocha la tête.

- C’est à mon tour de ne pas trouver les bons mots pour te faire comprendre à quel point tu m’attires et combien j’aimerais te le dire.

- Alors montre-le-moi…

Les mains de Loz se posèrent sur sa ceinture de cuir.

Souriant, il défit la boucle ainsi que le bouton de son pantalon et Tifa sentit une vague de chaleur remonter le long de son ventre. Puis il retira son t-shirt noir, dénudant son torse.

Sans la quitter des yeux, il fit descendre ses doigts de sa poitrine à son ventre, où ils dézippèrent la fermeture éclair. Puis ils se faufilèrent dans son pantalon pour le faire glisser sur ses cuisses et s’en débarrasser d’une torsion de reins.

Il ne portait aucun sous-vêtement.

Magnifique dans sa nudité, il se pencha sur Tifa et ses mains défirent un à un les petits boutons de son corsage. Sa bouche suivit bientôt ses doigts, se posant délicatement sur chaque pouce de peau dévoilée.

Ses lèvres traçaient un chemin de sensations contradictoires sur la peau de la jeune femme, frôlements assassins et caresses meurtrières, à la fois douces et douloureusement plaisantes.

« Ne fais pas autant de manières, Loz ! Ca ne te ressemble pas ! Et ce n’est pas ce qu’elle attend de toi, pauvre idiot ! Elle se sert de toi, es-tu donc si aveugle ? »

« Je t’ai dit de la fermer ! »

Après s’être débarrassé de la jupe longue et des bottes, il dégrafa le soutien-gorge, qu’il envoya valser au pied du lit, et fit glisser la petite culotte de dentelle le long des jambes fuselées.

Lorsqu’il s’allongea sur elle et que Tifa sentit la chaleur de sa peau contre la sienne, entièrement libérée de la barrière des vêtements, ce fut une intense brûlure qu’elle ressentit jusqu’aux tréfonds.

Le visage enfoui contre son cou, il mordilla tendrement le lobe de son oreille et un long frisson traversa le corps de la jeune femme. Le poids du corps de Loz, qui la pressait contre le matelas, l’enchanta, lui rappelant les sensations enivrantes et malheureusement interrompues de la nuit précédente.

Elle soupira et sourit, simplement heureuse de le sentir sur elle, pesant, fort, à sa place.

Tifa ouvrit brutalement les yeux.

Oui… il était à sa place.

Il se redressa légèrement et la regarda.

Un feu intense luisait dans son regard de félin. Un brasier effrayant d’intensité. Ses lèvres entrouvertes étaient gonflées et ses joues se teintaient d’une douce ombre rosée, comme s’il venait de courir. La veine, sur sa tempe, battait si violemment que Tifa craignit un instant de le voir s’affaler. Impression accrue par le souffle haletant et difficile qui s’échappait de sa gorge.

- Loz… murmura-t-elle, un peu inquiète.

Mais ces yeux-là n’étaient pas ceux d’un homme souffrant ou sous l’emprise d’une entité extra-terrestre. C’étaient ceux d’un homme dévoré par le désir. Un désir qui, lorsque qu’elle le décela, tordit les entrailles de la jeune femme en une agréable et sensuelle pression, faisant se dilater chacune de ses veines.

Le voir la désirer ainsi le rendait incroyablement désirable en retour et Tifa se sentit plonger dans un tourbillon de folie, une frénésie de concupiscence attisée par une trop longue abstinence. Une passion toute de brutalité et de domination forgée au grand feu de l’impatience. Si elle relâchait ne serait-ce qu’un peu le contrôle, ce serait violent… Effrayant… Animal… Le pire d’elle-même, cette partie masculine si bestiale qu’elle détestait d’autant plus chez les hommes qu’elle faisait partie intégrante de sa personnalité de combattante.

« N’attends pas ! » hurla la petite voix dans la tête de Loz. « Possède cette chienne en chaleur et débarrasse-toi d’elle ! »

« Non… »

Il se pencha vers elle pour prendre son visage entre ses mains et déposer un baiser passionné sur ses lèvres.

Un feu dévastateur enflamma les reins de la jeune femme.

« Plus bas, Loz. » insista la petite voix. « Serre cette gorge comme elle aurait tant voulu le faire avec toi, il y a deux ans ! »

« Jamais… Je ne lui ferai jamais de mal. »

« Bien sûr que si ! Parce qu’elle le mérite et parce que c’est dans ta nature, que tu le veuilles ou non ! »

« Tais-toi donc ! »

« Prends-là, allez, qu’attends-tu ? Glisse-toi entre ses jambes, soulage-toi et serre tes mains sur sa gorge ! »

« Tais-toi ! Tais-toi ! Tais-toi ! »

Il poussa un gémissement douloureux dans la bouche de Tifa et celle-ci couvrit son visage de baisers.

La jeune femme lui prit la main droite et la fit courir sur son corps jusqu’à ses seins et sa gorge avec un soupir expressif tandis que de l’autre, elle lui pinça cruellement les tétons, le faisant brutalement tressaillir.

- Tifa… haleta-t-il en lui saisissant le poignet de sa main libre.

Elle lui adressa une petite moue désolée, ne l’ayant pas cru si sensible à cet endroit…

« Regarde comme elle te traite ! Tu n’es qu’un jouet, pour elle ! Comme pour les autres !»

Il sentait battre la jugulaire de la jeune femme sous sa paume droite et il lova les doigts sur la gorge délicate.

« Montre-lui qui est le maître !»

Il serra un peu et elle le laissa faire, préférant continer de taquiner ses tétons si sensibles plus gentiment.

« Serre ! Mais serre donc ! Tu n’auras jamais de plus belle occasion ! C’est la femme qui a essayé de te tuer, Loz ! Ne l’oublie pas ! »

- Loz… susurra Tifa, si bas qu’il faillit ne pas l’entendre. Doucement. Tu… Tu m’étrangles.

Il ouvrit brutalement les yeux et voyant sa main puissante contractée sur le cou gracile, fut pris de panique. Par tous les démons de la planète ! Qu’était-il donc en train de faire ?

Il la lâcha immédiatement et recula.

- Pardon, je…

Il parut hésiter un instant, le souffle court, puis se pencha par dessus le bord du lit pour se saisir de son pantalon, qu’il avait jeté sur le sol.

La jeune femme se raidit, soudain blême, croyant qu’il allait se rhabiller et partir.

- Loz ? bredouilla-t-elle. Attends, que…

Il retira la ceinture de cuir des passants du vêtement et la lui tendit.

- Attache-moi, chuchota-t-il.

« Que fais-tu, Loz ? Es-tu fou ?»

Tifa écarquilla les yeux.

- Quoi ?

« Arrête ! Arrête ce jeu stupide immédiatement, Loz ! Au fond de toi, tu sais que j’ai raison ! »

Il s’allongea lentement sur le dos, sans la quitter des yeux, et saisit les barreaux du lit, au-dessus de sa tête.

- Attache-moi les mains, répéta-t-il, le souffle saccadé.

« Pauvre imbécile… »

Tifa n’en croyait ni ses yeux ni ses oreilles mais la simple perspective de soumettre ainsi cette force brute, de dompter cette créature si puissante était… terriblement excitant.

Jamais elle n’aurait imaginé qu’un homme tel que Loz, si viril, si dominateur, se prêterait à ce genre de jeu…

Mais était-ce un jeu ?

Elle plongea son regard dans les yeux mako et y lut du désir, bien sûr, mais aussi ce qu’elle interpréta comme de l’appréhension.

- De quoi as-tu peur, Loz ? demanda-t-elle en se penchant pour caresser son ventre de ses lèvres, le faisant frissonner de plus belle. De moi ?

- Non… répondit-il.

- De toi, alors ?

- Peut-être…

- D’elle ?

- Surtout.

Avec un pincement au coeur, elle déposa une pluie de baisers sur son abdomen.

- Jamais je ne la laisserai te reprendre, Loz… assura-t-elle d’une voix enrouée en caressant son corps magnifiquement découplé. Dis-moi ce que je dois faire. Dis-moi ce que tu veux…

Elle le vit déglutir avec difficulté, sa pomme d’Adam montant et descendant dans sa gorge serrée par le désir.

- Attache-moi et…

- Et quoi, Loz ?

Il ferma les yeux un instant, le coeur battant, et elle l’encouragea d’un baiser sur le coin de la bouche.

- Fais-moi l’amour…

Ces quelques mots, si insolites dans la bouche d’un homme, le ton suppliant, ses caresses, son odeur et son physique affolant allumèrent un incendie de concupiscence au creux du ventre de la jeune femme.

- Oh, Loz…

Ses prunelles brillèrent avec l’intensité que celles d’un oiseau de proie et elle attacha solidement ses poignets du jeune homme aux barreaux du lit, au-dessus de sa tête.

***

Appuyé à l’encadrement de la fenêtre, le corps nu portant encore les traces de la passion dévorante qui l’avait uni à Tifa, Loz regardait le soleil se coucher, le ventre noué et les yeux menaçant de déborder.

La voix l’avait réveillé et ne cessait de le harceler.

« Tu as eu ce que tu voulais, Loz. Es-tu soulagé pour autant ? Bien sûr que non parce que j’avais raison ! Tout ce qu’elle voulait, c’était profiter du plaisir que tu pouvais lui offrir ! »

« C’est faux… Elle n’a pensé qu’à moi. »

« Non, Loz ! Elle a fait de toi son jouet ! Sa chose ! »

« Non… »

« Mais qu’est-ce que tu crois, mon pauvre fils ? Qu’est-ce que tu espérais ? Qu’elle te ferait l’amour en te murmurant des mots doux à l’oreille et te ferait des promesses d’affection éternelle ? Ah ! Ah ! Ah ! Ouvre les yeux, Loz ! »

« Tais-toi ! Par pitié, tais-toi… »

« Non. Pas tant que je ne t’aurais pas rendu la raison. Cette fille est en train de te briser ! Elle va réduire ton coeur et ton âme en charpie pour son seul plaisir ! Débarrasse-toi d’elle, Loz ! Débarrasse-t-en ! »

« Je ne peux pas… »

« Bien sûr que si ! Pense à ce qu’elle a fait. A ce qu’elle a dit ! Elle n’a que les mots « désir » et « plaisir » à la bouche, lorsqu’elle parle de toi, Loz ! Rien de plus ! Tu n’es rien de plus pour elle qu’un corps destiné à lui donner du plaisir ! »

« Je ne peux pas… »

« Je te guiderai, mon fils… »

« Non… Je t’en supplie, non… »

Il ferma les yeux et prit une inspiration douloureuse.

- Loz ?

Il tressaillit en sentant les bras de Tifa lui enserrer la taille par derrière.

- Tu pleures ?

Elle faillit ajouter « mon amour » mais se mordit la langue à temps, sachant combien les hommes détestaient ce genre de petits noms dès le premier rapport sexuel.

La seule chose qu’ils craignaient plus qu’une piqûre ou une prise de sang était une femme sentimentale qui risquerait de leur passer la corde au cou, elle ne le savait que trop et en avait fait l’amère expérience avec Cloud.

- Non, je ne pleure pas.

Elle laissa une traînée de baisers le long de son épine dorsale en insistant sur les cicatrices de ses injections de mako.

- Pourquoi as-tu l’air si crispé, Loz ?

- Tifa… Tout à l’heure…

Elle discerna quelque chose dans sa voix, comme un reproche, qui lui noua le ventre.

- Oui ? demanda-t-elle, la gorge soudain serrée par l’appréhension.

- Ce n’était pas… Ce n’était pas que physique, pour toi, n’est-ce pas ?

La jeune femme eut l’impression de recevoir une gifle en pleine figure.

Et dire qu’elle l’avait cru différent des autres… Mais, non, Loz était comme tous les autres hommes. Coucher, d’accord, mais s’encombrer d’une femme qui risquerait de l’aimer et de nouer un fil à la patte, hors de question !

Elle pressa son front contre son dos en ravalant ses larmes, se demandant si elle devait répondre par la négative, d’un enjoué : « Mais non, voyons ! Que vas-tu imaginer ! Je ne voulais que passer un moment, comme toi. Si on remettait ça un de ces quatre ? ».

Au moins, comme ça, elle aurait une chance de vivre à nouveau avec lui des minutes aussi fortes que celles qui venaient de s’écouler. Oui, si elle cachait ses sentiments, elle pourrait…

Quoi ? Souffrir en silence durant des années, comme avec Cloud ? Attendre de sa part un amour qui ne viendrait jamais ? Vivre avec son absence quasi-permanente ?

Non, elle ne mentirait pas.

Et, après tout, Loz était tout à fait en droit de refuser son affection. N’était-ce pas elle, qui l’avait cherché, dans la chapelle ? N’était-ce pas elle, qui l’avait embrassé la première ? Elle qui l’avait séduit, en fait ?

Non, Loz ne lui devait rien. Rien du tout et ne lui avait fait aucune promesse. Elle n’avait pas le droit de l’enchaîner par des sentiments qu’il n’avait pas réclamés.

- Non, Loz, avoua-t-elle, le coeur brisé. Ce n’était pas seulement physique…

Elle le sentit se pétrifier entre ses bras et resserra son étreinte une dernière fois. Juste une dernière fois pour profiter encore quelques secondes de sa chaleur, de la douceur de sa peau et de son parfum.

Elle sentait battre son coeur à tout rompre contre ses seins et son souffle s’accélérer sous l’effet du choc et de la surprise.

Bon sang, c’était encore pire que ce qu’elle aurait pu craindre…

- Si ça te pose problème autant le dire tout de suite Loz, fit-elle en ravalant ses larmes. Dis-le avant qu’il ne soit trop tard parce que… Parce que je crois que je suis en train de tomber salement amoureuse de toi, tu sais…

Il pivota entre ses bras pour lui faire face mais elle n’osa pas lever la tête pour voir son expression.

Tête basse, elle le lâcha à regret, une douleur sourde au creux de la poitrine qui mettrait sans doute des mois à cicatriser… mais deux mains puissantes se refermèrent sur son visage pour l’obliger à plonger son regard couleur de châtaigne dans les yeux mako à présent scintillants de larmes.

- Surtout ne change rien pour moi, fit-il en souriant tandis qu’un flot salé se répandait sur ses joues. Oh, Tifa…

« Je le savais… Je savais qu’elle éprouvait quelque chose pour moi ! J’avais raison ! » hurla-t-il mentalement à Jenova, narguant la voix qui avait voulu le tromper. « Tu n’as jamais su que nous mentir et te servir de nous ! Mais c’est fini ! Bel et bien fini… Je ne te laisserai plus te mettre entre elle et moi. Ni entre moi et personne, d’ailleurs ! Va pourrir avec les charognes, Jenova ! C’est là qu’est ta place… »

Il serra Tifa contre lui à l’étouffer et quelque chose, comme si on lui avait injecté une pleine seringue d’oxygène, se répandit dans chacune de ses artères, purifiant, faisant chanter le sang dans ses veines. Il se sentait soudain si libre, si léger que si la jeune femme n’était pas agrippée à lui, il aurait pu s’envoler.

- Loz… Loz… murmurait Tifa comme un mantra, la joue pressée contre sa poitrine.

- Je suis là, Tifa… Je serai toujours là, pour toi… Toujours…

Le ravissement de la jeune femme était tel qu’elle crut sa poitrine sur le point d’éclater.

Tout comme éclatèrent au même instant, à des centaines de kilomètres de là, les vitres les détecteurs de la Shinra sous le cratère nord tant fut forte l’explosion de colère de Jenova.

Tifa l’avait terrassée comme on embrasse : en douceur, passionnément et sans hésitation aucune.

Le hurlement de rage de la calamité tombée du ciel agita la rivière de la vie jusqu’aux tréfonds.

Les remous provoqués par sa formidable colère vinrent baigner avec la douceur d’une vague d’été les pieds de Lucrecia, qui lui répondit par un rire clair débordant de joie.

Jenova venait de perdre son premier « fils ».

…à suivre

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XXVIII - Une vieille connaissance

«Ecraser l’innocent qui résiste,

c’est un moyen que les tyrans emploient

pour se faire une place en mainte circonstance.»

Goethe

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Les violentes secousses qui agitèrent le liquide verdâtre apprirent à Reno que quelque chose de particulièrement volumineux venait d’être plongé dans la cuve.

Une échelle ?

Allait-on enfin le sortir de là en urgence ?

Les mains toujours crispées sur la poitrine, il ouvrit les yeux, releva la tête et eut la surprise de voir un autre corps nu tout près du sien. C’est à ses longs cheveux flottant autour de lui comme de fines algues d’argent qu’il reconnut Yazoo.

Ce dernier ne lui laissa pas le temps de montrer sa surprise et le serra aussitôt contre lui en expulsant l’air que contenaient ses poumons pour prendre une profonde inspiration.

C’était violent et particulièrement douloureux mais le temps pressait.

Le mako envahit aussitôt sa bouche et ses bronches et il convulsa douloureusement sans lâcher un seul instant sa prise sur Reno.

Ce dernier, comprenant ce que l’argenté était en train de faire, le repoussa et prit son visage entre ses mains pour le regarder droit dans les yeux. Yeux qui, pour l’heure, étaient fermés sous l’assaut de la douleur et le turk secoua la tête, ne comprenant absolument pas à quoi rimait sa présence dans la cuve.

Il était si surpris qu’il en oublia presque sa propre souffrance et sa propre panique durant quelques secondes.

Ne pouvant pas parler, il secoua doucement la tête de Yazoo, quêtant un signe à défaut d’explication.

L’argenté ouvrit enfin les yeux… et sourit.

« Yazoo ? » articula silencieusement Reno dans le liquide.

Pour toute réponse, celui-ci le serra à nouveau contre lui et lui frotta doucement la nuque et le dos, comme il l’avait fait la nuit précédente pour l’apaiser, lorsque Reno avait rendu tripes et boyaux à plusieurs reprises dans l’évier.

Hélas, toujours sous l’emprise de la panique, le turk ne pouvait rester immobile dans les bras réconfortants.

Il voulut se dégager mais l’argenté referma sa main droite sur sa bouche et son nez et resserra l’étreinte de son bras gauche, le pressant si fort contre lui qu’il était impossible à Reno de gonfler sa cage toxique.

« Ne respire pas, Reno » articula-t-il exagérément dans le liquide pour être sûr d’être compris.

Reno essaya à nouveau de se libérer mais Yazoo avait une poigne de fer et il était lui-même épuisé par les longues heures passées à vomir et à subir les assauts de la fièvre et du sevrage.

Ils bataillèrent durant un long moment et, lorsque le turk comprit qu’il ne pourrait pas sortir de cette maudite cuve et qu’il allait probablement mourir là, il abandonna la lutte, épuisé et las de se battre pour survivre depuis presque deux jours.

Reno en avait assez. Il n’en pouvait plus de la douleur, de la fièvre, de la peur, de tout…

Que le mako le noie, après tout ! Il s’en fichait. Il ne voulait plus ferrailler avec des moulins à vent. Il voulait la paix. Juste la paix. Ne plus avoir mal, ne plus penser, ne plus paniquer, ne plus trembler…

Yazoo le sentit soudain de pâte entre ses bras et il desserra l’étau de ses bras.

La tête du turk retomba doucement sur son épaule et il l’étreignit plus gentiment, presque tendrement, en lui massant doucement le dos, de la nuque aux reins, dans un mouvement lent et reposant.

Reno sentait la main légère et apaisante, sur son échine. Les courants que ses mouvements provoquaient dans le liquide verdâtre se répercutaient sur tout son corps en un délassant et caressant massage aquatique. Leurs cheveux flottaient autour d’eux, se mêlaient en un impossible entrelacs de feu et de glace, et leur chatouillaient le visage et les épaules.

Le turk nicha son visage dans le cou délicat et arrêta de respirer.

Finalement, la première douleur passée, c’était plutôt agréable de mourir…

***

Usant de son incroyable rapidité, Loz devança ses compagnons de plusieurs minutes.

Il fit irruption dans le laboratoire et se précipita vers la cuve où flottaient Yazoo et Reno pour plaquer ses mains sur la paroi du cylindre, face à son jumeau.

- YAZOO ! QU’EST-CE QUE TU FAIS ? YAZOO !

Ce dernier, qui serrait toujours Reno contre lui, lui sourit et tendit une main pour coller sa paume contre celle de Loz derrière le verre.

« Je vais bien, Loz. » articula-t-il dans le mako « Calme-toi. ».

- Sors de là ! hurla le colosse en tapant violemment contre la cuve. Sors de là, tu entends !

Shalua, craignant qu’il ne brise le grand cylindre pour libérer son jumeau, s’interposa et lui saisit doucement les poignets de sa main valide et de sa prothèse articulée.

- On va le tirer de là, mon grand, calme-toi !

- Comment as-tu pu le laisser entrer là-dedans ?! Tu savais ce qu’il risquait !

- Il m’avait promis de n’y rester que trois ou quatre minutes Loz ! Et en remontant à l’air libre pour respirer. Sinon, je ne l’aurais jamais laissé faire, tu penses bien.

- S’il ne sort pas, il va mourir ! s’écria l’argenté, les larmes aux yeux.

- Il sortira de gré ou de force, ça, je te le jure. C’est pour ça que j’ai prévenu Vincent mais, puisque tu es là, grimpe là-haut, tu feras aussi bien l’affaire que lui pour le tirer de force de là, si ce n’est mieux.

Elle lui désigna le haut escabeau en titane qui menait au sas ouvert au sommet de la cuve et dont on se servait pour accéder au patient sans avoir besoin de vider cette dernière.

Loz ne se le fit pas dire deux fois et grimpa les marches en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.

- Yazoo ! appela Merill en tapotant sur la vitre pour lui désigner l’écran de contrôle de la cuve d’un mouvement du pouce. C’est bon, il est calmé, tu peux sortir, maintenant. Ton frère va t’aider à de là.

Yazoo leva les yeux et vit la main de son jumeau plonger dans le mako au-dessus de lui mais secoua la tête.

Reno l’agrippait et il savait que s’il le lâchait maintenant, il se remettrait à paniquer.

« Encore quelques minutes… »

- Non, Yazoo baby ! intervint Shalua. Maintenant !

- Yazoo ! cria Kadaj, qui venait de pénétrer dans le laboratoire, accompagné de Tifa, Vincent, Reeve, Yuffie et Cid.

- Qu’est-ce qu’il fait là-dedans ? demanda ce dernier. Je croyais qu’il pouvait pas supporter un plongeon dans ce truc ?

- Il ne le peut pas, Cid, acquiesça la jeune scientifique. C’est bien là le problème !

Kadaj et Vincent essayèrent de convaincre Yazoo à leur tour à grand renfort de gestes et de cris mais celui-ci ferma les yeux et resserra son étreinte autour de Reno, qui releva quand même la tête, alerté par l’agitation qui régnait autour de la cuve.

Qu’est-ce qui se passait ? Pourquoi tout ce boucan alors qu’il était soudain si bien ? Soutenu par Yazoo, il se laissait porter par la poussée du liquide et sentait le mako pénétrer, réparer et envelopper chacune de ses cellules d’une chaleur bienfaisante…

- Yazoo ! criait Kadaj. Ne fais pas l’idiot !

Bon sang ! Mais pourquoi tout le monde s’agitait-il de la sorte ?

Reno se força à se concentrer sur ce qui se passait dans le laboratoire, de l’autre côté de la paroi de verre du cylindre.

Tout le monde paraissait affolé de voir l’argenté dans la cuve avec lui.

Pourtant, il était si bien… Il avait réussi à le calmer et…

Mais c’est vrai, ça, au fait ! Qu’est-ce que Yazoo fichait dans la cuve avec lui ?

Reprenant un peu ses esprits, il repoussa doucement l’argenté pour le regarder à nouveau dans les yeux, une interrogation muette dans le regard.

Une fois de plus, Yazoo se contenta de lui sourire et il réalisa… Par tous les démons de la planète ! Oui, il réalisa ce que l’argenté venait de faire pour lui. Il en comprit toute la générosité mais aussi toute l’horreur en se souvenant des vidéos et des raisons qui avaient poussé Shalua à le sortir de son sommeil artificiel plus tôt que prévu.

« Oh, putain… »

- Yazoo ! criait Vincent. Sors immédiatement ou je te jure que je laisse Loz te tirer de là par les cheveux !

De l’autre côté de la vitre, Tifa vit Reno prendre le visage de l’argenté dans ses mains en coupe et lui adresser un regard aussi suppliant que débordant de reconnaissance avant de lui faire signe de la tête de remonter.

«Sors. Ca va aller » articula-t-il. « Je vais bien, maintenant »

Yazoo, circonspect, inclina la tête de côté.

« Je t’en prie. » Il pressa son front contre le sien et ajouta en un léger mouvement des lèvres que seul l’argenté pouvait voir : « Je t’en supplie… Yazoo baby. »

- Yazoo ! cria encore Loz en plongeant à nouveau le bras dans le liquide verdâtre, prêt à se saisir de sa longue chevelure de platine.

Mais ce ne fut pas nécessaire car, cette fois, son jumeau accepta sa main.

***

Rufus imprima les documents qu’Elena venait de lui envoyer, à la demande de Vincent, et tiqua. De vieux rapports d’incidents techniques concernant le projet avorté d’exploration spatiale dirigé par Cid ? Que diable voulait faire l’ancien turk avec ça ?

L’amiral de la WRO avait-il besoin d’informations ? C’était peu probable car s’il y avait bien un sujet qu’il détestait aborder, c’était celui-là !

Et quand bien même, il aurait demandé les rapports en personne.

Non, si Vincent agissait de la sorte, c’est qu’Highwind n’était pas au courant.

Mais pourquoi ?

Piqué par la curiosité, il décrocha son téléphone et appela Tseng pour demander des précisions.

« Je l’ignore, monsieur. » répondit de dernier. « Mais je sais que Cid a pris contact avec l’un des avocats de la société, maître Jun, spécialisé en droit civil. Cela étant dit, comme c’était personnel, je n’ai pas cherché à savoir pourquoi sans avoir reçu d’instructions en ce sens. Dois-je me renseigner ?»

- Non. Non, je poserai la question à Cid moi-même.

« Demandez plutôt à Vincent, monsieur, il est au courant. C’est lui qui lui a conseillé d’appeler maître Jun, d’après ce que m’a dit Elena. Highwind ne verrait probablement pas d’un très bon oeil que vous vous mêliez de sa vie privée. »

- Si sa vie privée risque d’influer sur son travail, ça me regarde.

« Pas officiellement, monsieur. » lui rappela le chef des turks. « Légalement, son supérieur hiérarchique, c’est Reeve. Même si c’est la Shinra qui fait les chèques…»

- Oui, tu as raison… Je demanderai à Vincent. Sinon, du nouveau au cratère nord ?

« Rien pour l’instant, monsieur. Nos équipes sur place quittent les lieux à l’heure où je vous parle. Nous préparons une exploration plus poussée avec une équipe spécialisée du Soldat et deux scientifiques de la WRO. Rude devrait être de retour au manoir dans la soirée. »

- Parfait. Et la presse ?

« Elle reçoit les faux bulletins de santé de Sephiroth avec une précision d’horloger, monsieur. Rien n’a filtré, c’est parfait. En revanche, la rumeur commence à courir que le général aurait des frères et qu’ils seraient actuellement à Nibelheim. »

- Ils se sont très bien débrouillés jusqu’à maintenant. Ils ont parfaitement joué le jeu et semblent bien s’intégrer.

«Mhh… Bien.»

- Tseng… Je sais que ce que toi et Elena avez subi au cratère nord était tr…

«Je n’éprouve aucune haine envers eux, monsieur, je vous l’ai dit. J’ai parfaitement conscience de l’influence que Jenova avait sur eux. »

- Sentiment partagé par Elena ?

« Elena, c’est… Elena. »

- Je vois. Vincent avait donc raison… Une fois de plus.

« Monsieur, je… »

- Oui, Tseng ?

« Je reste à votre disposition. »

- Ce n’est pas ce que tu allais dire, Tseng.

« … »

- Qu’y a-t-il ?

«J’aimerais vous parler d’Elena, lorsque… lorsque vous le jugerez opportun. »

Rufus laissa échapper un juron.

- Réponds juste à une question, Tseng : risque-t-elle de poser problème dans l’affaire en cours ? Je veux une réponse brève et franche.

Un court silence, puis :

« Oui, monsieur. Je pense que oui. »

- A cause de ce qui s’est passé avec eux ?

«Pas seulement, non. Je fais aussi partie de l’équation, monsieur, j’en ai peur. »

Rufus soupira. Et lui qui pensait que cette histoire d’amourette était réglée depuis longtemps…

- Cette lubie de jeune fille prend des proportions grotesques et ça commence à me taper sérieusement sur les nerfs, Tseng !

«Pas autant que sur les miens, monsieur, si vous me permettez cette franchise. »

Le jeune président faillit laisser échapper un sifflement surpris.

Pour que Tseng en arrive à perdre son self-control et lui réponde de cette façon c’est qu’Elena l’avait vraiment poussé dans ses derniers retranchements !

- Passe-la-moi. Et tiens-moi au courant pour le reste.

« Bien. Merci, monsieur.».

Tseng transféra l’appel et Rufus alluma une cigarette.

Il glissa les documents imprimés dans une chemise cartonnée sur laquelle il écrivit au marqueur noir : pour Vince.

« Elena, à l’appareil. »

- Elena, c’est moi. Tu es seule dans ton bureau ?

« Non, monsieur. »

- Fais en sorte que ce soit le cas, je dois te parler seul à seule.

« Ah, je… B… Bien. » bredouilla-t-elle, une appréhension soudaine perçant dans la voix. « Je vous demande un instant, monsieur. ».

***

Dans le couloir du sous-sol, Loz était appuyé face au mur, le visage enfoui entre ses bras croisés. Il n’émettait pas un son et ne faisait pas un geste mais haletait, comme à bout de souffle. Il ne portait qu’un léger-shirt noir, qu’il avait rapidement enfilé avant de quitter la salle d’entraînement, mais la fraîcheur régnant dans le corridor n’était sans doute pas responsable de ses frissons.

Abandonnant Yazoo, qui s’était enfin endormi, aux bons soins de Shalua et de Kadaj, Tifa sortit à son tour de l’infirmerie, et le rejoignit.

Elle s’approcha de lui par derrière et passa les bras autour de sa taille pour se serrer contre lui, le front contre son dos.

Le cœur de l’argenté battait à tout rompre contre ses seins, affolé, et sa poitrine se soulevait par saccades incontrôlables.

La jeune femme réalisa alors qu’il pleurait en silence.

- Ca va aller, Loz, ne t’en fais pas, murmura-t-elle. Nous avons évité le pire.

- Je sais… fit-il d’une voix à peine audible.

- Alors pourquoi te lamenter ?

Il ne répondit pas mais elle le connaissait à présent suffisamment pour deviner la réponse à cette question : c’était sa façon à lui d’évacuer le surplus de stress, l’angoisse et le choc violent qu’il avait éprouvés en croyant perdre son jumeau.

- Laisse-toi aller un bon coup, chuchota-t-elle, plus émue qu’elle ne l’aurait cru. Personne ne te voit, ici. Ils sont tous remontés là-haut.

Il laissa échapper un sanglot étouffé, puis un autre, et elle resserra son étreinte autour de sa taille.

Petit à petit, au fur et à mesure que les larmes coulaient, Tifa sentit les muscles de son ventre et de son dos commencer à se détendre.

***

Kadaj lissa les cheveux de Yazoo, encore humides de la douche qu’ils lui avaient fait prendre en sortant de la cuve, et soupira.

- Si tu nous refais une peur pareille, mon frère, murmura-t-il en enveloppant son frère endormi d’une couverture légère, je t’arrache les boyaux.

Shalua sourit et baissa l’intensité de la lumière de l’infirmerie de plusieurs degrés.

Dans sa cuve, Reno ne les quittait pas des yeux, mortellement inquiet pour Yazoo.

La jeune scientifique vint vers lui et hocha la tête.

- Tout va bien, Reno, fit-elle. Les seules séquelles seront quelques étourdissements et une grosse fatigue. Il s’est endormi comme un bébé, ne te tourmente pas.

Elle vit la tête et les épaules du turk s’affaisser de soulagement.

- Reno ? reprit-elle, lui faisant lever le nez. Kadaj va programmer le contrôleur de ta cuve, ce qui va considérablement diminuer le temps que tu devras passer là-dedans. Tu arrives à distinguer la pendule du fond du labo à travers le mako ? (Reno plissa les yeux et acquiesça) Si tout se passe bien et que tu supportes une concentration de principes actifs suffisants, tu seras sorti de là vers 19h00. Juste à temps pour prendre une douche et t’habiller pour le dîner, plaisanta-t-elle, le faisant sourire. Kadaj va faire les tests dans un instant, tu es prêt ? Parfait. Ecoute bien ce qu’il va dire et réponds à ses questions aussi franchement que tu pourras.

Kadaj, installé devant le moniteur de surveillance de la cuve, prit la main sur le contrôleur automatique de flux, qui gérait les pourcentages de principes actifs contenus dans le mélange où baignait Reno et les courants électriques qui les traversaient.

Merill, lui, face à l’ordinateur régulant l’arrivée de mako brut dans les mélangeurs des cuves, attendait ses instructions.

- Tu entends ce que je dis, Reno, ou tu préfères que je branche le micro relié à ta cuve ? demanda Kadaj. Tu es sûr ? Bien. (Il tapa toute une série de codes complexes sur son clavier) Dis-moi si tu sens des picotements sur la peau.

Le turk se concentra et, après un instant, secoua la tête.

- Et maintenant ? demanda à nouveau Kadaj en montant progressivement les niveaux.

Reno sentit se hérisser tous les poils de son corps, comme s’il était traversé d’électricité statique et hocha la tête.

- D’accord. On va rester sur ce pallier un instant. Merill, balance-moi 20 cl de réserve.

- Je peux même monter à 30, si tu veux, j’ai de la marge dans le mélangeur.

- Alors vas-y. Reno ? reprit l’argenté. Si les picotements augmentent, lève la main, d’accord ? (Le turk acquiesça) En attendant, laisse-toi porter, ferme les yeux et détends-toi autant que tu peux.

Reno obéit et Kadaj commença à programmer le pallier suivant.

- Tu veux essayer à 2 pour 100 ? demanda Merill.

- Non, pas encore. Le taux de pénétration est trop bas. J’augmente la puissance électrique. A combien en est la dilatation de ses pores, Shalua ?

- Plus un huitième, répondit celle-ci en consultant l’écran de son portable.

- Ce n’est pas assez. J’augmente la température de la cuve de 2 degrés.

- Diminution du taux d’oxygène prévue : 22 pour 100, lut la jeune scientifique sur son écran.

- Merill, compense-moi la perte de gaz.

- Tout de suite.

- Dilatation à 1 quart, annonça Shalua quelques minutes plus tard. Le taux de pénétration a… triplé ?!

Kadaj sourit de son ébahissement.

- Parfait… On y est presque. Reno ? Tu sens toujours des picotements ? Non ? Bien. Merill on passe au palier 1,75 dans 3 minutes. A combien est la réserve ?

- 17 cl.

- Plus 35 ? C’est possible.

- Je ne peux pas aller au-delà de 28 pour l’instant, à cause de l’enrichissement en oxygène. Le mélange est instable, il faut que tu compenses avec les flux électriques.

- O.K. Disons 25 cl, alors. Je ferai avec.

Yazoo poussa un petit gémissement dans son sommeil et Shalua sourit, attendrie.

- Yazoo baby est en train de rêver, on dirait.

Kadaj se tourna vers le lit où reposait son frère, regarda le petit visage ovale si pâle, ses lèvres entrouvertes bleuies et eut un pincement au coeur.

« Il aurait pu mourir… » chuchota une petite voix dans sa tête. « Il aurait pu mourir à cause de cet homme et toi, tu essayes de le sauver !»

Il pivota vers Reno, flottant calmement dans sa cuve, confiant, le visage paisible, et une rage incontrôlable lui noua soudain les tripes.

« Que fera Yazoo pour lui, la prochaine fois, Kadaj ? » poursuivit la petite voix (Sa conscience ? Son inconscient ?) « Prendre une balle à sa place ? »

- Kadaj ? interrogea Merill.

L’argenté sursauta.

- Hein ? Oui, oui, on passe à 1,75.

Il tapota sur son clavier une série de commandes mais au moment de rentrer le pourcentage de mako, ses doigts restèrent suspendus au-dessus des touches, hésitants.

« Et si tu oubliais le 1, Kadaj ? » susurra la petite voix, tentatrice. « Un accident est si vite arrivé… Un doigt peur déraper par mégarde… et qui survivrait à une concentration de 75 pour cent de mako ? »

Qui, en effet ?

Dans un état second, Kadaj tapa « 75 » à titre d’essai, comme pour voir ce que ça faisait, et sentit une sueur froide lui couler le long du dos. Lorsque son index effleura la touche de validation, sa main se mit à trembler.

Non, il ne pouvait pas faire une chose pareille.

« Pense à Yazoo, Kadaj. Fais-le pour lui. Le débarrasser de cet homme est le plus beau cadeau que tu puisses lui faire… Il l’a séduit, Kadaj ! Il lui a tourné la tête au point de le faire sacrifier sa vie pour lui ! Tue-le, Kadaj… Tue-le… Pour Yazoo… Pour Loz… Pour toi… Fais-le… Appuie, Kadaj. Appuie sur ce bouton ! Sauve Yazoo !»

Avec une lenteur irréelle, il posa l’index sur la touche “valid” et les alarmes des contrôleurs de Sephiroth se mirent soudain à hurler dans tout le laboratoire, le faisant tressaillir si fort qu’il faillit choir de sa chaise.

- Merde ! jura Merill en se précipitant vers le contrôleur de Sephiroth.

- Qu’est-ce qui se passe ? s’enquit Shalua en faisant signe à Reno de rester calme. C’est Sephiroth, Reno, pas de panique ! Ca n’a rien à voir avec toi.

- Kadaj, il nous refait une crise de panique, comme ce matin ! s’écria l’assistant de la jeune femme.

L’argenté essuya la sueur glacée qui coulait de son front.

- Tout est normal, pourtant, poursuivit Merill. Ses fonctions vitales sont bonnes. Je ne comprends pas ! Il ne s’est rien passé de particulier.

Kadaj rejoignit le garçon devant le moniteur pour réguler quelques flux électriques.

Presque immédiatement, les courbes reprirent un aspect normal et Shalua poussa un profond soupir.

- Ca y est… confirma Kadaj. C’est passé. C’était juste… Juste une agitation passagère.

- Je ne vois pas ce qui a pu provoquer un pic d’activité cérébrale pareil… murmura la jeune scientifique en compulsant les données crachées par les machines. Nous n’avons pas fait de mouvements brusques ni élevé la voix, pourtant.

Kadaj blêmit, revint à son poste de contrôle et, la main encore tremblante, effaça les chiffres qu’il avait tapés, le coeur au bord des lèvres à la seule pensée de ce qu’il avait failli faire.

- Ca va ? s’inquiéta Merill en dévisageant. Tu es pâle comme la mort.

L’argenté se força à sourire.

- Oui. Oui, bien sûr je… Les alarmes m’ont fait sursauter, c’est tout. Reno ? demanda-t-il d’une voix étranglée. Reno, ça va ?

Le turk acquiesça.

- Que s’est-il passé ? demanda une voix douce au-dessus de lui. J’ai entendu les alertes sonner.

Il se tourna pour voir Yazoo, les yeux gonflés de fatigue et vêtu d’un ensemble médical de coton bleu semblable à celui que portait Merill - un confortable pantalon et une tunique à manches courtes.

Kadaj se leva et le serra dans ses bras à l’étouffer.

- Ce n’est rien, Sephiroth a dû faire un cauchemar. Retourne dormir, Yazoo. Nous nous occupons de Reno.

- Tu es sûr que ça va ? Tu es tout blanc.

- Je vais très bien, Yazoo. Je vais très bien, je te le promets… Cesse de t’inquiéter pour nous et prends un peu soin de toi. Va te reposer.

Il se mordit la langue en priant pour que son frère ne se rende pas compte de la terreur qui s’était soudain emparée de lui.

Les mots que Vincent avait employés la nuit de leur réveil, dans ce même laboratoire, tourbillonnaient dans son cerveau comme un vol de corbeaux :

« C’est le modus operandi de Jenova : couper ses victimes de tout ce qui risque de freiner sa domination sur elles ou de l’amoindrir. L’affection d’amis, d’enfants, de parents, d’amants ou de conjoints est pour elle le pire des dangers.

Elle ne souffre pas la concurrence et cherchera toujours à isoler pour mieux contrôler. Elle essayera d’exploiter la moindre faille pour prendre le contrôle, la moindre colère, le moindre doute, la moindre peur…

Elle se présentera comme la solution à tous les problèmes avec des promesses d’avenir qui ne sont que mensonge.

C’est son pouvoir. Concentré jusqu’au coeur même de ses cellules… »

Il regarda Shalua et Merill allonger Yazoo et poser par sécurité deux électrodes de surveillance sur sa poitrine mais ne put s’empêcher de remarquer l’oeillade que lança Reno à son frère, à la fois affectueux et plein de gratitude.

« …pour elle, l’affection d’amis est le pire des dangers… »

Oui…

Et il avait bien failli tuer celui qui, désormais, devait la vie à son frère et serait sans doute prêt à risquer volontiers la sienne à son tour en cas de besoin. Si les alarmes de Sephiroth ne s’étaient pas déclenchées par hasard à ce moment là, Kadaj aurait privé Yazoo de l’un de ses plus efficaces boucliers contre Jenova.

Mais cela avait-il vraiment été un hasard ?

Kadaj posa la main sur la cuve de Sephiroth, où celui-ci flottait, magnifique dans sa nudité, et sourit, la douce voix d’Aerith tintant encore à ses oreilles.

« Tant qu’il nous restera une cellule de conscience, Lucrecia, Sephiroth et moi serons toujours près de vous. Toujours… Ne l’oubliez jamais. Quoi qu’il arrive et quoi qu’on vous dise.»

Kadaj pivota vers la vitre sans tain du bureau de Shalua. Il fit signe à Cait 9, qui assistait sagement aux opérations de là depuis qu’ils s’étaient tous mis au travail sur Reno.

La porte du bureau s’ouvrit aussitôt et le chat vint en trottinant vers lui.

- Va dire discrètement à Vincent que je dois lui parler de toute urgence dès que j’aurais fini de programmer ce contrôleur. Surtout, que personne ne t’entende. Fais vite !

Le chat acquiesça gravement et fila aussitôt.

Dans le couloir, il vit Loz et Tifa, dans les bras l’un de l’autre, et se serait bien permis un petit alexandrin romantique si son maître ne lui avait demandé de dépêcher.

Il grimpa donc les marches quatre à quatre sans prêter attention au regard trouble de l’argenté qui scintillait d’une inquiétante lueur mako par-dessus l’épaule de la jeune femme.

« Elle se sert de toi, Loz, comme toutes les autres, là-bas, au laboratoire… » persiflait une petite voix dans sa tête. « Ce que tu éprouves pour elle n’est que du désir. Rien de plus. Colle-la contre le mur, écarte-lui les cuisses et prends-là. De force, si c’est nécessaire ! Une fois que tu l’auras possédée, elle cessera de hanter chacune de tes pensées… Tu seras à nouveau en paix, Loz. En paix… As-tu oublié qu’elle a essayé de te tuer, il y a deux ans, Loz ? Crois-tu qu’elle aurait hésité un instant à te rompre le cou, si elle l’avait pu ? Prends ce que tu veux et débarrasse-toi d’elle ! Fais-le, Loz !»

- Loz ? murmura Tifa. Loz, ça va ? Qu’est-ce que tu as, je te sens à nouveau contracté.

Elle leva le visage vers lui et frémit en voyant la grimace agressive qui étirait ses lèvres…

…à suivre

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XXVII - Compte sur moi

«Ce n’est pas tant l’aide de nos amis qui nous aide

que notre confiance dans cette aide.»

Epicure

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Shiva Rajah d’après des illustrations de M.A. Sambre

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Kadaj pénétra dans la salle d’entraînement de l’aile sud du manoir, l’ambiance était au rendez-vous : sur le tapis, dans le cercle de lutte, Loz et Cid rivalisaient de fougue sous les encouragements nourris de Tifa, Vincent, Reeve et Yuffie.

Pieds et torse nu, les deux hommes essayaient de se renverser l’un l’autre par des prises aussi énergiques que complexes.

Se dégageant avec difficulté de l’étreinte de mort de l’argenté, qui le serrait contre sa poitrine en lui faisant plier l’échine en arrière, Cid réussit à le ceinturer en lui immobilisant les bras et essaya de glisser une jambe entre ses cuisses pour le faire choir.

- Autant vouloir déraciner un chêne ! nota Reeve, admiratif. Bon sang, regarde-moi cette poigne.

Vincent acquiesça.

- Je ne prendrai pas le risque de parier sur qui que ce soit.

Les muscles bandés impressionnants de puissance, les veines saillantes et le visage grimaçant sous l’effort, les deux adversaires ressemblaient à deux titans menant un combat à mort dans une arène barbare.

Yuffie, qui encourageait tantôt l’un tantôt l’autre selon la difficulté des mouvements et les ruses employées, était particulièrement impressionnée par Cid.

Jamais elle ne l’avait vu se battre au corps à corps avec un adversaire aussi fort que lui. Si l’on ajoutait à cela la plastique parfaite des deux hommes et le fait qu’ils soient tous deux à demi nus, le spectacle avait quelque chose de presque… sensuel.

Ces musculatures herculéennes, ces peaux brillant sous l’effort, ces deux larges poitrails qui se heurtaient brutalement avec un bruit mat lorsqu’ils assuraient leur prise, ces chairs qui s’agrippaient, se frottaient, ces membres qui s’enchevêtraient avec véhémence, tout cela était, aux yeux d’une femme, délicieusement équivoque.

Le pied de l’argenté glissa par accident sur une partie du tapis humide de sueur et Cid profita immédiatement de l’aubaine : d’un vif mouvement du bassin, il poussa la hanche contre les reins de Loz tout en ceinturant sa poitrine pour le tirer en arrière. La prise fut si rapide que les pieds du jeune colosse décolèrent du tapis et qu’il retomba sur le dos, les épaules en dehors du cercle de combat.

Le pilote leva les bras au ciel avec un cri de victoire et chacun y alla de ses applaudissements et de ses commentaires enthousiastes.

- Bravo ! s’écria Reeve, impressionné. C’était prodigieux ! Je n’avais pas assisté à un tel combat de lutte depuis longtemps !

Vincent fit chorus et posa les deux pistolets qu’il tenait pour applaudir à son tour.

Lui et le chef de la WRO s’apprêtaient à faire quelques exercices de tir dans la salle prévue à cet effet, au sous-sol du gymnase, lorsque les deux combattants étaient entrés dans le cercle de lutte. Impressionnés par la puissance et la maîtrise des deux hommes, ils avaient été littéralement happés par le spectacle.

- 17 minutes ! s’écria Tifa en regardant sa montre. Incroyable !

Cid aida Loz à se relever et ils se donnèrent une accolade amicale en riant, haletant sous l’effort qu’ils venaient de fournir.

- Tu es rouillé, mon frère ! railla Kadaj, que personne n’avait entendu entrer.

Cait, à cheval sur sa hanche, applaudit.

- Il suffit d’une glissade, à l’homme plein de sang-froid, pour que d’une ruade, l’ennemi le foudroie ! plaida-t-il. Qui plus est, il est simple, pour quiconque est bien frais, de jeter sur le sol l’ennemi éreinté…

Tous éclatèrent de rire et le pilote fit claquer sa paume sur dos nu de Loz.

- Tu t’es trouvé un sacré avocat, mon ami ! Ah ! Ah ! Ah !

Kadaj tapota les fesses du chat avec un sourire amusé.

- J’avoue que mon adversaire n’était plus très « frais » après avoir subi les « assauts » de cette demoiselle, admit Cid en désignant Tifa du pouce, mais, étant de presque dix ans son aîné, je considère que les handicaps s’équilibrent !

Tifa rosit un peu en l’entendant volontairement insister le terme « assauts », qui pouvait sous-entendre aussi bien le combat amical qui l’avait opposée à Loz juste avant leur démonstration de lutte que ce qui s’était passé durant la nuit - ou du moins ce que le pilote semblait penser qu’il s’était passé.

Yuffie sautilla sur place en faisant tournoyer la lourde lance de Cid dans ses mains adroites.

- Lequel de vous osera se mesurer à moi en combat à mains nues, à présent ?

Cid secoua la tête en s’essuyant le visage avec une serviette que lui avait tendu Reeve avant de filer au sous-sol en compagnie de Vincent.

- Désolé, gamine, ce grand gaillard m’a achevé ! C’est assez pour aujourd’hui en ce qui me concerne.

Loz, assis sur le tapis, secoua la tête à son tour lorsque le regard de la jeune utaïenne se posa sur lui.

- Pas tout de suite, haleta-t-il en prenant la bouteille d’eau minérale que lui tendait Tifa. Pourquoi ne pas te mesurer à mon frère, en attendant ? Il est aussi adroit avec une lame que sans.

- Oui, tiens ! martela le pilote en se servant un verre de thé glacé du thermos amené un peu plus tôt par les domestiques. Je serai curieux de voir ça.

Kadaj haussa les épaules et posa Cait sur le sol.

- Pourquoi pas. J’étais venu me défouler un peu sur Loz mais puisque vous me l’avez essoré… plaisanta-t-il.

Il retira ses bottes, commença à dézipper son long manteau de cuir et Yuffie profita de devoir retirer ses chaussures à son tour pour se détourner et cacher sa déconvenue.

Elle voulait combattre un vrai homme, elle - surtout après le spectacle que leur avaient offert Cid et Loz et qui lui avait un peu échauffé les sens ! Pas un adolescent mal dégrossi ! Pas un poupon blanc douillet avec des cheveux soyeux de petite fille et des joues rondes et roses comme des fesses de bébé ! Loz ou Cid, c’était cool. Mais Kadaj…

Elle compara l’argenté délicat avec la force virile de Cid, la puissance de Loz ou le charme ténébreux de Vincent. Elle imagina le ventre blanc et rebondi, les bras replets, les jambes grêles et la poitrine étroite sous le cuir épais de son manteau…

« Beurk ! » pensa-t-elle en réprimant une grimace,

Elle ravala cependant sa déception en se souvenant des recommandations de l’ancien turk :

« …ils doivent se sentir acceptés parmi nous. C’est notre amitié et notre confiance qui fera échouer Jenova dans ses tentatives de séduction et manipulation. »

Elle força donc un sourire enjoué à étirer ses lèvres et prit une profonde inspiration.

Fin prête pour donner le change, elle se tourna pour faire face à son adversaire, sur le tapis de lutte, et le regarder droit dans les yeux.

- Prépare-toi à souffrir ! Je vais te…

Ses paroles moururent sur ses lèvres en réalisant que ce n’était pas des yeux félins couleur mako surplombant des pommettes joufflues, qu’elle avait devant le nez, mais deux impressionnants muscles pectoraux.

Tiens… Loz avait changé d’avis ?

Yuffie leva la tête vers l’homme qui la dépassait d’une tête et c’était bien le visage de Kadaj qui lui souriait de là-haut, planté sur un cou robuste et des épaules deux fois plus larges que les siennes.

Elle n’aurait jamais cru qu’il était aussi grand que Cloud… Ni aussi costaud.

En fait, réalisa-t-elle soudain, elle ne s’était jamais retrouvée aussi près de lui.

- Je n’attends plus que toi, jeune fille, railla-t-il gentiment.

Déconcertée, elle recula d’un pas.

Debout devant elle, pieds et torse nu, les biceps gonflés et les jambes athlétiques légèrement écartées moulées par un pantalon de cuir souple, une copie parfaite de Loz avec 10 centimètres et quelques kilos de moins était prête au combat…

***

Dans la cuve, Reno se tenait la poitrine à deux mains, terrassé par la douleur du liquide pénétrant dans son nez, sa gorge et ses poumons. La brûlure était telle qu’il crut son cerveau sur le point d’exploser.

Il voulut crier mais le seul bruit qui franchit ses lèvres fut le « flop-flop » les dernières bulles d’oxygène présentes dans ses alvéoles qui s’échappaient de sa gorge.

- Reno ! lui cria Shalua, en tapotant de la main sur le verre de la cuve. Calme-toi !

Le son de sa voix lui parvenait étouffée mais il n’en comprit pas moins le sens des paroles de la jeune femme.

Seulement voilà : les comprendre était une chose ; s’y plier était beaucoup moins facile.

- Son rythme cardiaque est trop élevé, fit Merill, le regard fixé sur l’écran de contrôle. S’il ne se calme pas, il est bien capable de nous faire une syncope !

Yazoo rejoignit Shalua et plaqua ses mains sur le verre transparent de la cuve.

- Ne panique pas, Reno, ce n’est que du mako. Essaye de te détendre. La douleur va passer.

Mais Reno s’étouffait.

- C’est pas vrai ! gémit Shalua.

- Reno, reprit Yazoo. Reno, écoute-moi : tu n’as pas besoin de respirer ! Tu m’entends ? Le mako contenu dans tes poumons et entrant par tes pores est suffisant pour t’alimenter en oxygène. Reno, tu m’écoutes ? Arrête de respirer !

Peine perdue.

Le turk entendait bien ce que lui disait l’argenté mais il ne contrôlait absolument pas son corps et bon sang ce que ça faisait mal !

Il se noyait pour de bon ! Il fallait qu’il sorte de là. Qu’il sorte de là au plus vite !

- Rien à faire, soupira Merill. Il panique complètement. Qu’est-ce que je fais, Shalua ?

- Il lui faut ce traitement, Merill ! Il est malade !

- Et il le sera plus encore s’il nous fait une attaque et qu’on ne le sort pas de là à temps.

- Ne peut-on l’endormir et recommencer ? s’enquit Yazoo.

La jeune femme secoua tristement la tête.

- Non, poussin. Les narcotiques et le mako ne font pas bon ménage, tu l’as constaté toi-même. Ils ont deux effets diamétralement opposés. Et quand bien même, il est bien trop dangereux de plonger un homme “normal” inconscient dans le mako liquide.

Yazoo, le ventre noué d’inquiétude, regardait Reno se débattre dans le liquide verdâtre, souffrant le martyre.

- Merill, fit-il soudain en dézippant son manteau, déverrouille le sas de la cuve.

Shalua le prit par les épaules.

- Eh, là ! Une minute ! Qu’est-ce que tu fais ?

L’argenté se dégagea, retira son manteau, ses bottes, et déboutonna son pantalon.

- Je vais avec lui. J’arriverai à le calmer.

- Hors de question ! se récria la jeune femme. Ton organisme est déjà saturé de mako bien au-delà de la limite acceptable !

- Je sortirai dès qu’il aura commencé à se calmer. Je ne risque rien.

- Bien sûr que si, Yazoo baby ! Un empoisonnement au mako peut se jouer à quelques minutes !

- Je sais ce que je fais, Shalua. Je sortirai à temps, je te le promets.

- Je refuse de te laisser faire ça, je regrette !

Yazoo plongea son regard de topaze verte dans le sien.

- Tu préfères le sortir de là et le regarder mourir en quelques semaines ? murmura-t-il. Tu tiens vraiment à assister à ses funérailles avec tous tes amis ?

- Inutile d’insister, je le répète : je ne te laisserai pas plonger là-dedans. Ca ne servirait à rien !

- Shalua… Vincent a dit que nous devions réapprendre à vivre. Apprendre de nouvelles choses, découvrir en vivant avec vous tous ce que peuvent signifier des mots comme « amitié », « entraide » ou « avenir ». Ne plongerais-tu pas là-dedans si tu savais que tu pouvais le calmer ?

- Mais tu ne le peux pas, Yazoo !

- Si, je le peux ! Je le sais ! J’ignore pourquoi mais il me fait confiance et se détend immédiatement en ma présence.

- Yazoo baby, je…

- Prouve-moi que je peux réellement faire partie de votre clan, Shalua : confie-moi la vie de l’un de tes amis ! Laisse-moi aider Reno !

Shalua lança un regard désespéré à Merill puis à Reno, qui hurlait en silence dans le liquide verdâtre…

***

Yuffie mordit la poussière (ou plutôt le tapis) une fois encore et s’assit en tailleur avant de déclarer forfait en agitant les bras.

- Ca suffit ! Je n’y arriverai jamais… soupira-t-elle, découragée.

Cid lui tapota le dos.

- Allons, courage ! Tu étais presque.

- Cid a raison, Yuffie, la rassura Tifa. Moi aussi j’ai des progrès à faire, avec cette fichue prise !

La jeune utaïenne secoua la tête, découragée.

- C’est gentil d’essayer de me réconforter mais je sais bien que je suis nulle, au combat à mains nues. Et tu es bien meilleure que moi pour les sauts. Je n’ai vraiment aucun sens de l’équilibre, c’est désespérant…

Kadaj s’agenouilla devant elle et lui releva le menton.

- Eh… murmura-t-il d’une voix douce. Rien n’est jamais acquis, dans ce domaine. Ni les talents, ni les défauts. Tout est une question d’entraînement.

- Facile à dire pour toi, tu es aussi bon avec une arme qu’avec tes poings ou tes pieds ! rétorqua Yuffie sans oser lui retourner son regard. Cette satanée prise a pourtant l’air si simple !

- Elle l’est bel et bien, assura l’argenté. Et nous nous entraînerons jusqu’à ce que tu y arrives. Regarde-moi.

L’Utaïenne obéit et il lui adressa un sourire engageant.

Quelle différence entre ce garçon au visage si doux et le combattant opiniâtre qui l’avait envoyée au tapis plusieurs fois de suite…

Pourtant, tous deux, l’enfant et le guerrier, cohabitaient dans ce corps d’homme athlétique au visage poupin qui paraissait, lui, vouloir s’éterniser dans l’enfance.

- Moi et Loz, on ne vous lâchera pas, ni toi ni Tifa, jusqu’à ce que vous arriviez à dompter cette prise, promit Kadaj. Ca te va ?

Yuffie tendit la main, paume vers le haut.

- Tope là !

Il obéit et Tifa rit de bon coeur.

- Promesse faite devant témoin ! fit Cid avec humour.

Un bruit de pas précipités retentit dans l’escalier qui menait à la salle de tir et Vincent, suivi de près par Reeve, surgit de là comme un diable de sa boîte, le téléphone collé à l’oreille et l’inquiétude inscrite sur ses traits aussi clairement que sur du parchemin.

- Nous avons un problème avec Reno, au labo ! leur lança-t-il en courant vers la porte.

- Un problème ? s’inquiéta le pilote.

- Yuffie nous a dit que l’heure de son traitement avait été avancée, intervint Tifa. Ca se passe mal ?

- Plutôt, oui ! répondit le chef du WRO avant de disparaître derrière l’ancien turk. Yazoo a dû plonger avec lui dans la cuve !

Kadaj blêmit d’un seul coup.

- Yazoo a fait quoi ? hurla-t-il.

…à suivre

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XXII - Mon meilleur ennemi

« Entre tous les ennemis le plus dangereux

est celui dont on est l’ami.»

Alphonse Karr

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno referma ses mains sur les avant-bras de Yazoo pour le faire lâcher prise mais il était bien trop faible pour ne serait-ce que lui faire desserrer un peu la pression sur sa poitrine et ses clavicules.

- Tu sais pourquoi on injecte le mako avec des seringues en verre ? gronda l’argenté contre son oreille. Est-ce que tu le sais !? insista-t-il en lui cognant durement le dos contre le carrelage.

Le turk voulut répondre par l’affirmative pour essayer de le calmer et de désamorcer sa colère mais le seul son qui sortit de sa gorge malmenée fut un gémissement étouffé.

- Parce que le mako fait fondre le plastique comme un acide… poursuivit Yazoo, tout contre sa joue. Tu imagines ce que ça peut faire dans des tissus mous comme tes biceps, tes cuisses ou ton ventre ? Est-ce que tu l’imagines, Reno ? C’est comme si on t’injectait un mélange de vitriol et d’huile de vidange ! Tu sens tes muscles fondre comme du lard dans une casserole et tu les vois s’affaisser sous ta peau, qui se met elle aussi à brûler de l’intérieur puis à fondre à son tour. 5 heures, Reno… Il faut 5 heures pour que la douleur commence à refluer. 5 heures durant lesquelles tu ne peux que hurler à t’en arracher la gorge et à t’en faire crever les tympans. Arrives-tu à concevoir une souffrance pareille, Reno ? Y arrives-tu ?

Reno revit les images horribles des vidéos de surveillance et se rappela ce visage, à présent à quelques millimètres du sien, tordu par la douleur. Il crut entendre à nouveau le hurlement inhumain qui s’échappait de cette bouche délicate et sentit un haut-le-coeur lui contracter l’estomac.

Il cracha un filet de sang mais Yazoo ne lâcha pas prise pour autant et le liquide écarlate coula du menton du turk sur les mains si pâles.

- Imagine à présent les mêmes injections dans la moelle épinière deux fois par jour pendant des jours ! Des journées interminables qui ne sont qu’une suite de douleurs insoutenables et de hurlements…

- J’ai… j’ai vu… les… vidéos… haleta Reno en essayant d’amener un peu d’air à ses poumons.

Yazoo lui ricana au visage.

- Tu as vu les vidéos ? singea-t-il. Combien de temps ? Deux minutes ? Trois ? Ah ! Ah ! Ah ! Cinq semaines, Reno… J’ai entendu hurler mon frère Loz pendant cinq longues semaines. Je l’ai vu se tordre par terre en me suppliant de le tuer… Je me suis brisé les os des deux mains en l’empêchant de se cogner la tête contre les murs, dans l’espoir de sombrer dans l’inconscience, et je me disais que rien de ce qu’on pourrait encore nous infliger ne pouvait être pire que ça mais tu sais quoi ? Je me trompais ! Le pire est venu après, avec la dépendance au mako, avec laquelle personne n’avait compté, qu’aucun de ces savants de mes deux n’avait été capable de prévoir ! Est-ce que tu l’as vu, ça aussi, sur tes fichues vidéos ? Hein ?! Est-ce que tu l’as vu ? Non ? Bien sûr que non ! Durant des jours j’ai vu mon frère se tordre de douleur, pleurer, hurler et vomir sur mes genoux en suppliant qu’on lui injecte une nouvelle dose de ce poison ! Parce que le manque était pire encore que le supplice qu’il avait vécu durant plus d’un mois !

Il lâcha le turk aussi brutalement qu’il l’avait saisi par le col de sa veste de pyjama.

Reno se laissa glisser le long du mur carrelé jusqu’au sol, tremblant de fièvre, profondément choqué par ce qu’il venait d’entendre et le ton poignant avec lequel Yazoo s’était exprimé.

- Alors ne viens plus jamais me dire que je ne sais pas de quoi je parle, Reno ! s’emporta l’argenté. Tu entends ? Jamais !

Yazoo haletait, à présent, les deux mains sur le visage, ne sachant s’il devait se laisser tomber au sol pour éclater en sanglots ou passer ses nerfs sur les ornementations d’albâtre de la baignoire et le miroir de la salle de bains.

Il opta pour la fuite et effectua un demi-tour rapide pour filer mais une main fermement accrochée à son long manteau de cuir l’en empêcha.

- Lâche-moi, murmura-t-il sans se retourner.

- Non…

- Lâche-moi ou je vais te faire mal, Reno, prévint-il.

- Je suis désolé… Pardon… Je… Je suis vraiment, vraiment désolé…

Yazoo soupira et serra les poings pour trouver le courage de faire face au turk avec un air neutre et détaché mais il en était incapable.

Trop de choses excessivement intimes avaient jailli de ses lèvres ces dernières vingt-quatre heures et il n’avait pas pour habitude de se laisser aller de la sorte. Se dévoiler et exposer ses sentiments était une faiblesse, on le lui avait assez répété au laboratoire mais, d’un autre côté, pouvait-il se fier à ce qu’on lui avait appris là-bas ? Toute sa vie et celle de ces frères n’avait-elle pas été qu’un mensonge, jusque là ?

- Yazoo, répéta Reno. Je suis sincère… Le coup du rat… je ne le pensais pas une minute, je suis… Je suis claqué et il fallait que je passe mes nerfs sur quelqu’un. Je… (Il ravala un sanglot et lâcha le manteau de l’argenté pour entourer ses jambes de ses bras repliées et nicher le visage entre ses genoux) Non, c’est pas vrai… reprit-il d’une voix à peine audible. Je ne suis pas que fatigué… La vérité, c’est que j’ai la trouille, Yazoo… Pour la première fois de ma vie, j’ai vraiment la trouille… Et merde… sanglota-t-il pour de bon, incapable de retenir ses larmes plus longtemps.

Yazoo, touché par un désespoir qui lui rappelait tant celui de son jumeau, quelques années plus tôt, s’accroupit à ses côtés et lui lissa les cheveux, apaisant.

- Il ne va rien se passer de particulier, Reno, assura-t-il de sa voix douce. Demain soir, ton organisme sera fin prêt pour le traitement. Shalua te plongera durant quelques heures dans une cuve et tu en ressortiras comme neuf.

- J’y arriverai pas, gémit Reno. Ca ne fait que quelques heures que j’ai arrêté de boire et regarde-moi… Je suis une loque ! Et je n’arrête pas d’y penser. Je n’ai qu’une envie : engloutir la moitié d’une bouteille de scotch même si je sais que ça va me rendre malade comme un chien !

L’argenté rit avec douceur.

- Je te l’ai dit, Reno… Loz réclamait une nouvelle piqûre à cor et à cris et, pourtant, les effets d’une telle injection sont autrement plus douloureux qu’une gueule de bois carabinée, crois-moi. C’est normal de réagir comme ça lorsque tu es dépendant à quelque chose mais ça ne dure pas. Il faut seulement s’armer de courage au début. Juste un peu, Reno. Après, ça devient plus facile, tu verras.

Le turk releva la tête et s’essuya les yeux d’un revers de manche.

- T’as été accro au mako, toi aussi ?

Yazoo secoua la tête.

- Non. Ni moi, ni Kadaj. Nos doses à nous étaient bien plus diluées que celles de Loz.

- Diluées ? bredouilla Reno sans pouvoir réprimer un frisson.

Si le spectacle atroce duquel il avait été témoin dans la salle de conférences n’était que la conséquence d’une dose « diluée » alors il n’osait imaginer ce que devait donner une dose « normale ».

- Allez, debout, c’est assez de cris et de larmes pour ce soir, ordonna Yazoo en l’aidant à se remettre sur ses pieds pour l’asseoir sur le petit tabouret qui trônait à côté de la petite baignoire ovale, qu’il entreprit de remplir d’eau brûlante.

Reno haussa le sourcil et frissonna, gagné par un nouvel accès de fièvre.

- Je pue tant que ça ?

L’argenté sourit.

- Un bain chaud te fera du bien, il n’y a pas mieux pour détendre les muscles et atténuer un peu les spasmes. Et, accessoirement, oui, tu empestes.

Le turk tordit le nez.

- Merci… (Il renifla son aisselle, se raidit avec une grimace caricaturale et fit mine de se sentir mal) Oh, la vache…

Yazoo roula des yeux, amusé malgré lui par ses clowneries.

- Allez, rentre là-dedans.

Reno se dévêtit, abandonna son pyjama tâché de sang sur le sol et obéit.

L’eau était brûlante et il dut s’y prendre à plusieurs reprises pour s’immerger mais, une fois dans le bain, il arrêta de frissonner et ses membres se détendirent.

- Oh, bon sang, ça fait du bien… soupira-t-il en fermant les yeux et calant sa nuque sur le luxueux appui-tête matelassé.

Mais il n’était pas au bout de ses surprises car il sentit bientôt sur son visage des mains douces aux doigts habiles qui lui massaient le front et les tempes avec des gestes aussi précis que délicieux.

- Oh bon sang… répéta-t-il en soupirant de plus belle.

Il ouvrit un oeil pour voir le petit visage de Yazoo au-dessus de lui et hocha la tête.

- Ah, si, c’est bien toi, pourtant, dit-il.

L’argenté fronça son petit nez retroussé.

- Quoi ?

- Non, rien, je vérifiais juste que tu étais bien le type qui avait essayé de me briser les os en me précipitant du toit d’un immeuble, il y a deux ans…

« C’est bien moi ! Celui que tu as essayé de faire sauter à la dynamite et que tu as enterré vivant avec son jumeau sous un tunnel… » pensa Yazoo avec un trait d’humour noir mais préféra se taire, doutant que Reno soit pour l’instant en état de saisir le second degré de la boutade.

- Mhh… C’est les singes en blanc qui t’ont appris à faire ça ? demanda le turk, qui se laissait à présent totalement aller sous le délassant massage.

- C’était l’une des rares choses qui calmait un peu Kadaj quand il était particulièrement excité. Ca et les histoires que je lui racontais quand il devenait vraiment pénible.

Reno sourit.

- Un vrai petit diable, si je comprends bien.

L’argenté poussa un soupir déchirant.

- Dernier couché, premier levé et intenable entre les deux. Mais plus affectueux qu’un petit chiot quand il rentrait les griffes. Rien que pour ces moments là, Loz et moi lui pardonnions volontiers le reste !

- C’est dingue…

- Quoi donc ?

- Que tu sois arrivé à te forger des souvenirs agréables dans l’enfer que vous avez vécu.

- Reno… nous ignorions que c’était un enfer. Nous n’avions rien connu d’autre. En fait, nous avons parfois beaucoup de mal à vous saisir, toi et tes amis, et à savoir comment réagir avec les uns et les autres.

- Change rien, surtout ! Surtout ton truc avec les pouces, là… Mhh… Oui, ce truc là… Si tu continues encore un peu, je suis même prêt à écouter une histoire.

Yazoo laissa échapper son doux rire clair et se fit la curieuse réflexion qu’il n’avait sans doute jamais autant ri que depuis les dernières vingt-quatre heures… Ca faisait pourtant un bien fou, de rire comme ça, pour presque rien.

- Je serais bien incapable de m’en remémorer une seule, tu sais. Ca fait longtemps, Kadaj était tout petit. Mais Loz, lui, doit se rappeler. Il s’en souvenait toujours, même des années après. Il a une mémoire prodigieuse.

- Ah oui ? s’étonna le turk.

L’argenté lui pinça douloureusement les joues, le faisant couiner.

- C’est pas gentil !

- Ah, ça par contre, c’est un truc qu’il aurait pu dire… Aïe ! Ah ! Ah ! Ah !

***

Tifa avait l’impression que les tendons de sa cheville allaient céder sous le tiraillement. Tout ce qu’elle pouvait faire, c’était se protéger le visage des bras tandis que Loz, qui la tenait par la jambe droite, la faisait tournoyer autour de lui comme si elle n’avait été guère plus qu’un poids à lancer lors d’une épreuve sportive.

Sa tête passait à quelques centimètres à peine au-dessus des bancs et, de par la puissance des rotations de l’argenté et sa vitesse, le sang affluait à sa tête avec une telle force qu’elle pensa son crâne sur le point d’exploser sous la pression sanguine.

Malédiction ! Mais comment avait-elle pu encore se laisser avoir comme la première fois ?!

Comme la première fois ? Non, pas vraiment… C’était plus violent. Bien plus violent et plus difficile que là-bas, dans l’église de Midgar. Tifa ne se souvenait pas avoir vu tournoyer les murs et le plafond avec une telle rapidité.

Si Loz la lâchait maintenant, la jeune femme savait son élan tel qu’elle ne pourrait pas se rétablir ni même se retourner pour amortir le choc de ses mains ou de ses pieds. S’il desserrait ne serait-ce qu’un peu sa prise, l’impulsion donnée par les tournoiements de plus en plus véloces l’enverrait s’aplatir contre le premier obstacle rencontré tel un moucheron sur un pare-brise !

Et malheureusement pour elle… c’est bien ce qu’il fit.

***

Vincent allait allumer l’une des lampes de la bibliothèque pour consulter le rapport relié de cuir brun qu’il venait de prendre sur l’étagère lorsqu’il remarqua la silhouette qui se découpait en contre-jour dans le soleil couchant, assise sur le rebord de l’une des hautes fenêtres.

Nul besoin de lumière pour reconnaître la carrure peu commune et le profil anguleux, au nez un peu busqué.

- Cid ? murmura l’ancien turk. Que fais-tu ici, dans l’obscurité ?

Il prit place dans le fauteuil recouvert de tissu damasquiné, près de la fenêtre, et dévisagea son ami à la lueur crépusculaire de la fin de l’après-midi.

Le pilote avait perdu son expression enjouée et continuellement facétieuse. Son surprenant regard bleu paraissait s’être voilé de gris, ses paupières étaient gonflées et ses traits plus creusés que d’habitude.

- Qu’est-ce que tu as ? s’enquit Vincent, inquiet.

- J’ai déconné, Vincent, soupira Cid en se frottant le visage. Vraiment déconné. Je ne sais plus où j’en suis. Ou plutôt si, je le sais trop bien, c’est tout le problème…

Vincent se pencha en avant et plongea son regard purpurin dans les yeux azurés, à présent voilés de brume.

- Une femme ?

Le pilote ricana.

- Bah merde ! C’est écrit sur mon front, c’est ça ? essaya-t-il de plaisanter.

L’ancien turk sourit tristement et secoua la tête.

- Non mais j’ai peine à imaginer ce qui pourrait faire pleurer un homme comme toi hormis une femme dont il serait éperdument amoureux. (Cid se frotta les yeux, comme s’il pouvait effacer les traces de son chagrin d’un simple effleurement.) C’est Shalua, n’est-ce pas ?

Le pilote acquiesça.

- Je l’aime, Vincent. Je l’aime à m’en arracher les tripes…

- C’est quelque chose que je peux comprendre.

Le pilote jura.

- Putain, pourquoi est-ce qu’il fallait que ça m’arrive maintenant ? Je n’ai plus vingt ans, bordel ! Comme ai-je pu me laisser piéger comme ça ? Pourquoi n’ai-je rien vu venir ?

Vincent sourit.

- Qu’en pense Shalua ? Partage-t-elle tes sentiments ?

- J’ai bien peur que oui…

- Alors excuse-moi mais je ne vois pas où est le problème.

- Le problème, c’est que je suis marié, Vincent !

L’ancien turk se laissa aller contre le dossier du fauteuil et se mordilla la joue.

- Je n’ai jamais compris pourquoi tu avais épousé Shera, Cid. Tu ne l’aimes pas, je le sais. Tu ne l’as jamais aimée. Alors pourquoi ? C’est juste… physique ?

Cid éclata de rire.

- Physique ? Tu rigoles ! On a dû baiser trois ou quatre fois depuis qu’on est mariés. Quand elle se glisse dans le lit, j’arrive même pas à bander !

- Alors je répète ma question : pourquoi l’avoir épousée ? (Le pilote détourna le regard) Elle t’a eu à l’usure, mhh ?

- Elle rêvait de ce mariage, bordel ! Je lui devais bien ça, non ? Je l’ai injustement accusée durant des années, Vincent. Shera a gâché sa jeunesse pour moi. Elle a toujours été là pour tenir la maison et me donner un coup de main au besoin.

- Précisément, Cid : elle a décidé. Toute seule. Toi, tu ne lui as jamais rien demandé. Tu ne lui devais et tu ne lui dois toujours rien. Rien du tout !

Cid lui lança un regard en coin.

- Tu ne l’as jamais aimée, hein ? C’est pour ça que tu as refusé d’être témoin à mon mariage ?

- J’ai toujours pensé que tu faisais une sottise et j’en ai la preuve aujourd’hui.

- Le grand Valentine a parlé ! Et qu’est-ce que je devrais faire, d’après toi ?

- Divorcer.

Le pilote secoua la tête.

- Autant lui enfoncer moi-même un couteau dans la poitrine. Je ne peux pas lui faire ça, Vincent. J’ai fais mes choix et je dois les assumer jusqu’au bout.

- Pourquoi ? Parce que tu te sens coupable ou redevable ? Par le ciel, Cid ! Tu n’as que trente-six ans. Tu parles comme si ta vie était déjà finie alors que tu n’en es même pas à la moitié ! Ne la gâche pas parce qu’une femme a fait seule le choix de jouer les esclaves attentionnées !

Cid se prit le visage dans les mains.

- Je suis paumé, Vincent…

- Parle-en à Shalua. Demande-lui ce qu’elle en pense. Réellement. Et si elle partage réellement tes sentiments, alors n’hésite pas une seule seconde ! Envoie promener ce ridicule mariage et saute dans les bras de la femme que tu aimes vraiment ! Si tu savais ce que je donnerais pour revenir quelques années en arrière et ne pas refaire les mêmes erreurs, Cid ! Si tu savais…

Sa voix se brisa et le pilote tendit le bras pour lui presser amicalement l’épaule, comme il l’avait fait tant de fois par le passé, lorsque Vincent se laissait aller au désespoir en sa présence.

- Je le sais, Vincent. Je le sais…

- Alors ne fais pas la même erreur que moi. Tu le regretteras jusqu’à la mort. Jusqu’à la mort, Cid… Je t’en donne ma parole.

Ce dernier prit une profonde inspiration et réfléchit un long moment.

- Je parlerai à Shalua, décida-t-il. Tu as raison. Nous verrons ce qui en ressortira.

Vincent acquiesça et sourit.

…à suivre

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XIX - Un pied dans la tombe

«Il paraît qu’on n’apprend pas à mourir

en tuant les autres…»

Chateaubriand

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Quel âge as-tu, Reno ? demanda Shalua en se laissant aller contre le dossier du confortable fauteuil de son bureau.

Le turk leva le sourcil, ironique, et lui montra le dossier médical ouvert devant elle.

- C’est pas écrit là ?

- Je lis 31. Mais si je m’en tiens à ça, fit-elle en poussant vers lui une photo d’échographie et une série de graphiques, je dirais dans les 60 ou 65 ans.

Reno écarquilla les yeux et pouffa.

- Quelqu’un a mélangé les dossiers ? Sérieux ?

La jeune femme se leva et alla fermer la porte de son bureau donnant sur le laboratoire, où attendait patiemment Rude en compagnie de Merill.

- Non, Reno… reprit-elle à mi-voix en s’asseyant sur le secrétaire, tout près du turk. Ce sont bien les résultats de tes examens faits par Merill : tu as le foie et l’estomac d’un homme de 60 ans.

Il encaissa le choc et haussa les épaules.

- O.K. je suis un peu… bizarre. Et après ?

- Non, Reno. Tu n’es pas bizarre, corrigea-t-elle en brandissant des résultats d’analyses sous son nez. Tu es alcoolique. Et depuis des années.

Le turk eut un mouvement de recul et agita les mains.

- Woh ! Woh ! Woh ! Minute ! On arrête les délires ! Ca ne m’amuse plus, là. Il m’arrive de faire quelques excès, d’accord, mais je ne…

- Non, le coupa-t-elle sèchement. Non, non ! Pas d’excuses vaseuses de toxico, Reno, je n’ai pas de temps à perdre.

Il blêmit et sourit en même temps, ne sachant s’il s’agissait d’une farce ou si la jeune scientifique était sérieuse.

- Qu… Quoi ? Attends, tu me fais quoi, là, Shalua ?

- Tu es fichu, Reno. Ton foie est rongé par la cirrhose et Merill a repéré trois ulcères sur ta paroi stomacale. Et ça, uniquement par imagerie médicale, précisa-t-elle. Je n’ose imaginer ce que donneraient une biopsie et des prises de vue de nano-caméra… Veux-tu aussi des détails sur ton cerveau, ton coeur et tes artères ou tu préfères crever sans connaître l’étendue des dégâts ?

- Hein ? bredouilla-t-il. Comment ça, « crever » ?

Shalua riva son oeil valide aux siens.

- Tu es en train de mourir, Reno, je suis désolée. La fête est finie, bébé.

Elle n’ajouta rien et il se leva pour faire les cent pas dans la pièce, totalement affolé.

Il haletait et se frottait le visage en essayant de digérer ce que la scientifique venait de lui dire.

Mourir…

Non… Non, non, non, non ! Impossible ! Il ne pouvait pas mourir. Personne ne mourait en faisant la fête une fois de temps en temps.

Ca ne se pouvait pas ! Elle se trompait. Elle se trompait forcément.

Pourtant… Pourtant, il n’avait jamais été aussi malade. Un cuite de temps à autres, au pire mais pas…

- C’est impossible… gémit-il, la poitrine si oppressée qu’il avait du mal à respirer. Ca se peut pas… Je mérite pas ça, merde…

Shalua laissa échapper un profond soupir.

- Désolée, Reno, mais « ça », tu te l’es infligé tout seul, chaton.

- C’est impossible, bordel ! Je ne picole pas plus que n’importe qui.

- Ah non ? Ce n’est pas ce que disent tes résultats et eux, ils ne mentent pas.

- Il doit y avoir une erreur !

- Il n’y en a pas. Tu as ingurgité des hectolitres d’alcool au cours de ta courte vie et, maintenant, il faut payer l’addition. C’est terminé, Reno. TER-MI-NE. La nature t’avait donné un corps de rêve en parfaite santé et tu as tout gâché pour quelques instants d’ivresse vite envolés. A ce jeu là, il n’y a pas de seconde chance, mon grand.

Reno passa par un éventail d’émotions, de la colère au désespoir le plus noir, et finit tomber à genoux, au milieu du bureau.

- Combien de temps ? demanda-t-il en réalisant qu’il était sur le point de fondre en larmes. Combien de temps… il me reste ?

La jeune femme haussa les épaules.

- Un mois, fit-elle, provoquant un sanglot incontrôlable. Peut-être deux. Et… Je dirais… Une bonne cinquantaine d’années si tu arrêtes tes conneries.

Reno se figea, à genoux sur le sol, et tourna lentement la tête vers elle.

- Quoi ? murmura-t-il, n’osant croire à ce qu’il venait d’entendre.

- Tu as très bien compris, Reno ! Alors ? Tu as eu peur ?

Il bondit sur ses pieds, à la fois défaillant de soulagement et fou de rage.

- Bien sûr que j’ai eu peur ! Espèce de… De… Pourquoi t’as fait ça ? Tu voulais me faire crever pour de bon d’une attaque, c’est ça ? Merde ! On a pas idée de foutre les jetons comme ça aux gens pour des conneries !

- Des conneries ? Mais je ne plaisantais pas, Reno. Et je n’ai pas dit non plus que j’acceptais de te soigner.

Il secoua la tête et fit quelques pas à reculons en se tordant les mains. Shalua soufflait le chaud et le froid et il ne savait plus à quel saint se vouer.

- Attends, temps mort ! Je pige plus rien. Je vrais crever ou pas ? s’emporta-t-il, le visage défait.

- Si nous ne faisons rien, oui, et très vite.

- Eh bien faisons ! Où est le problème ?

Elle se leva et s’approcha de lui pour lui parler bien en face.

- Le… « problème », Reno, c’est que pour te remettre à neuf, il faut que je te plonge dans une cuve de mako et que je ne vois pas pourquoi je le ferais si c’est pour que tu recommences à boire aussitôt sorti de là. De plus, je ne pense pas que l’alcoolisme fasse partie des… « maladies » prises en charge par les services de soin des employés de la Shinra. Je crois même me souvenir que c’est plutôt, au contraire, une raison de renvoi immédiat, sans solde ni pension, ajouta-t-elle, venimeuse.

Sous l’assaut de l’angoisse, Reno sentit son coeur s’emballer, ses jambes se dérober sous lui et dut se traîner jusqu’à la chaise qui flanquait le bureau de Shalua pour ne pas tomber.

- Me fait pas ça, Shalua, sanglota-t-il, le visage dans les mains, les dernières miettes de fierté enfuies. Etre turk, c’est ma raison de vivre, mon rêve de gosse. C’est tout ce que j’ai. M’enlève pas ça, Shalua, merde… M’enlève pas ça…

La jeune femme se permit un petit sourire satisfait dans son dos mais reprit vite son air tragique pour lui faire face.

- Regarde-moi, Reno. J’ai dit : regarde-moi !

Le turk essuya son visage, releva la tête et Shalua dut se faire violence pour ne pas le serrer contre elle avec des mots réconfortant tant il était touchant en cet instant.

Ses immenses yeux bleu-vert étaient le siège d’un désespoir indescriptible, son petit nez retroussé avait un peu rougi à force de pleurer, ses lèvres tendres tremblaient et son petit visage couvert de taches de rousseur, si pâles qu’elles en étaient presque invisibles, se contractait sous l’assaut des larmes, qu’il n’arrivait pas à empêcher de couler.

Reno avait toujours eu une bouille craquante mais là, c’était presque au-delà de ce que la jeune scientifique pouvait supporter sans avoir envie de croquer dans les joues poupines.

- Depuis combien de temps es-tu accro à l’alcool ? réussit-elle à demander sans se laisser déborder par la sympathie.

- J’en sais rien. Je bois depuis toujours.

- Je vais poser ma question autrement : depuis quand bois-tu régulièrement ?

- Depuis que j’ai 16 ou 17 ans, à peu près.

Elle s’accroupit devant lui et posa son bras valide sur ses genoux.

- Ecoute-moi bien, Reno : si j’accepte de te faire subir un traitement au mako, tu ne devras plus toucher à une seule goutte d’alcool. Pas une, c’est compris ?

- Mais… et pour la Shinra ? S’ils savent, ils… Enfin tu vois.

Elle hocha la tête.

- Je leur dirai que tu as une petite tumeur. Non ! Ne te réjouis pas trop vite ! Laisse-moi finir. Si je te revois avec un verre d’alcool à la main ou si j’entends parler d’un seul écart, Reno. Je transmets les vrais résultats de tes analyses à Tseng et à Rufus dans la minute et je te garantis que tu finiras dans le caniveau d’une ruelle sordide de Edge avant même de comprendre ce qui t’arrive. C’est clair, dans ta petite tête de colibri ?

Reno acquiesça avec gravité.

- Plus une goutte, Shalua. Je t’en donne ma parole.

Elle lui prit le menton et sourit.

- Ton organisme est encore trop saturé de ton poison favori pour que je te plonge dans la cuve. Alors, à compter de cet instant, Reno, plus une goutte d’alcool pendant 48 heures, pas même un sirop pour la toux. Au bout de ces deux jours, je veux te voir ici, prêt à faire un gros « plouf ! » à côté de Sephiroth. Tu as bien compris ?

Il hocha vigoureusement la tête.

- A côté du général ? essaya-t-il de plaisanter. Ouah ! La classe !

Shalua se pencha par-dessus son bureau pour ouvrir son tiroir et prit un petit flacon transparent rempli de cachets roses, qu’il lui tendit.

- Un antispasmodique. Tu vas en avoir besoin dans les heures qui viennent, crois-moi. Un toutes les 4 heures maxi. O.K. ?

- Une façon élégante de me dire que je vais encore être malade comme un chien, c’est ça ?

- Tu es accro, Reno. Et tu vas réagir au manque comme tous les accros, ne te fais pas d’illusions. Si j’étais toi, je monterai tout de suite dans ma chambre et je m’allongerai avec une grosse bassine au pied de mon lit en prévision de la nuit de cauchemar qui m’attend.

Il grimaça mais sourit.

- Ca marche, doc.

Il fit une mimique adorable et Shalua, cette fois, se laissa attendrir.

Elle le serra contre elle et il lui rendit son étreinte avec chaleur.

- Ne flanche pas pas, Reno, chuchota-t-elle, maternelle. Nous tenons tous beaucoup trop à toi pour te perdre aussi bêtement.

- Moi non plus, Shalua… Moi non plus, j’veux pas vous perdre. Vous et vos gros coeurs d’enfoirés, c’est tout ce que j’ai…

Bien plus ému qu’il ne l’aurait souhaité, il resserra encore ses bras autour d’elle et eut beau faire, il ne put retenir ses larmes.

***

Cid tourna un peu plus le robinet d’eau chaude de la douche et laissa le jet brûlant lui masser le dos.

Shalua ne devrait plus tarder, maintenant.

Shalua… toujours prête à s’enflammer sous ses caresses avides…

Par la Déesse, comme il aimait faire l’amour avec elle !

Sa chair parfumée et délicate s’ouvrait pour accueillir la sienne dans ses tendres moiteurs, sa chaleur bienfaisante l’enveloppait et l’enfermait en elle, l’aspirait jusqu’à arracher son essence même à ses entrailles impatientes.

Comme il aimait la faire languir d’attente et de plaisir, se faire désirer jusqu’au désespoir, la réduire à sa merci jusqu’à ce qu’elle n’ait plus de souffle que pour gémir son nom…

Mais, en fait de souffle haletant, il n’entendait pour l’instant que le sien et lui seul s’impatientait de la voir franchir le seuil le sa chambre ; lui seul se désespérait, victime pitoyable de ses fantasmes adultères.

Il pressa le front contre le carrelage de la douche, incapable de chasser l’image de la jeune femme, et jura comme un corps de garde.

Que tous les démons l’emportent s’il n’était pas en train de tomber amoureux…

***

Au matin, la journée de Kadaj commença par une pétarade de moteurs.

Il s’était immédiatement levé et penché à la fenêtre de la chambre luxueuse qu’on lui avait attribuée. Trois motos d’un noir laqué somptueux venaient d’être livrés dans la cour du manoir et Vincent lui faisait signe de descendre.

Lorsqu’il rejoignit l’ancien turk en compagnie de ses frères, un petit groupe d’admirateurs composé de Cid, Cloud, Reno et Barret s’était déjà rassemblé autour des puissantes machines.

Rufus, également présent, leur tendit des puces de démarrage ainsi que trois petites sacoches contenant un téléphone, un mini ordinateur, des papiers d’identité, une carte de crédit et des cartes d’accès diverses.

- Vous en aurez besoin, à présent, dit-il simplement.

Les argentés acceptèrent le tout avec méfiance et remontèrent dans leur chambre aussi sec.

Barret siffla, déçu.

- Bah dites donc ! Je me serais attendu à un peu plus d’enthousiasme, avec des beautés pareilles ! fit-il remarquer en caressant amoureusement le métal laqué des motos. Bon sang… Non mais regardez-moi ces carénages !

Vincent lui tapa sur l’épaule.

- Ils se méfient encore trop de nous, pour l’instant.

Cid hocha la tête.

- Ouais… Je crois qu’il va nous falloir un petit bout de temps pour apprivoiser nos trois petits fauves blancs !

Un peu plus tard, les occupants du manoir s’installaient à la grande table du salon pour le petit déjeuner lorsque les trois frères traversèrent la pièce en silence, sortirent dans la cour, enfourchèrent leurs motos et partirent au nez et à la barbe de tous, sans un mot ni une explication.

- Ils nous font quoi, là ? s’étonna Barret.

Rufus se raidit sur sa chaise et lança un regard inquiet à Vincent mais celui-ci se contenta de sourire et lui fit signe de ne pas s’en faire.

De leur côté, les argentés prirent la première route qui se présentait en se demandant comment leurs « hôtes » comptaient réagir à leur départ silencieux. Allaient-ils envoyer des hommes armés motorisés ou des hélicoptères pour leur donner la chasse ?

La réponse arriva mais pas comme ils le pensaient.

Au bout d’une vingtaine de kilomètres de route parcourue au hasard, le téléphone de Loz sonna et un message s’afficha.

« Joint à ce message, une carte de la région. Soyez prudents dans les montagnes et hors du périmètre bleu. Risque d’attaques de créatures de type 3 et 3.b. Déjeuner servi à 13h00. Vincent »

Les frères crurent tout d’abord à une farce mais Vincent ne paraissait pas du genre à se laisser aller à ce genre de niches.

- Eh bien, soit, nota Kadaj. Vincent n’a pas menti, nous ne sommes pas prisonniers.

- Mais qu’en est-il du reste, à votre avis ? demanda Yazoo en brandissant les cartes remises par Rufus à chacun d’entre eux. Vraies ou simples ruses destinées à nous amadouer en nous faisant croire que nous sommes des gens comme eux, avec une existence légale et le droit d’en user ?

Pour le vérifier, ils optèrent pour un tour en ville, où les gens les dévisagèrent avec une curiosité mêlée de crainte.

Yazoo s’arrêta devant le seul magasin informatique de Nibelheim, et y entra, laissant ses frères à l’extérieur.

Sa présence dans la petite boutique jeta un froid glacial, dû à son étrange apparence aussi bien qu’à son attitude un peu raide.

La présence des deux autres à l’extérieur n’était pas faite non plus pour rassurer le propriétaire des lieux, un homme affable d’une soixantaine d’années aux lunettes en demi-lune et aux épais cheveux blancs.

Le pauvre commerçant et son épouse se tenaient prêts à appuyer sur le bouton d’alarme dissimulé derrière le comptoir au moindre geste suspect de ces trois voyous.

Lorsque Yazoo demanda à voir un modèle d’ordinateur portable particulièrement onéreux - en fait le plus cher du magasin - la méfiance de l’homme monta d’un cran.

- Je le prends, fit l’argenté sans même le regarder en détail en tendant la carte de crédit et la pièce d’identité donnée par Rufus.

L’homme les prit en tremblant légèrement, cherchant déjà une excuse quelconque du type « désolé, le terminal est en panne » ou « pardon, la connexion est coupée » lorsque le fatal « ALERTE ! CARTE VOLEE ! » apparaîtrait sur son écran mais le terminal bipa joyeusement et les informations qui s’affichèrent détendirent le brave homme d’un seul coup, à la grande surprise de son épouse… et de Yazoo, qui s’attendait à tout sauf à ce que les cartes soient authentiques !

- La garantie est de 3 ans, fit gaiement le commerçant avec un sourire à présent rayonnant. Souhaitez-vous une prolongation de celle-ci ?

- Hein ? Euh… non. Non, ça ira.

- Je vous imprime ça tout de suite.

L’homme changea d’ordinateur pour remplir sa fiche et Yazoo risqua un coup d’oeil à l’écran du terminal dans lequel étaient insérées ses cartes de crédit et d’identité.

Sa photo y était affichée, ainsi que ses empreintes digitales, son groupe sanguin, un extrait de sa séquence ADN et une adresse au siège de la Shinra, à Edge.

Nom : YAZOO HOJO

Tiré : SHINRA Corp.

Affectation : SIEGE DU WRO - (Département du SOLDAT de Edge)

Grade : OFFICIER classe I

Niveau de crédit : GOLD+

- Hojo ? s’écria la femme du commerçant en lisant par-dessus l’épaule de celui-ci, faisant bondir Yazoo. Hojo, de la famille du général Sephiroth ? Celui que l’on vient de retrouver dans le laboratoire ?

Yazoo toussota et réfléchit à toute vitesse.

Vincent leur avait parlé de l’entourloupe médiatique, le jour de leur réveil à l’infirmerie.

- Oui, c’est… C’est notre frère, dit-il en désignant du menton son jumeau et Kadaj, à l’extérieur.

La femme fit claquer ses paumes l’une contre l’autre.

- Je savais que vos yeux et vos cheveux me disaient quelque chose ! Oh, mon Dieu ! Soyez assurés de notre sympathie, monsieur Hojo. Ciel, quelle histoire incroyable. Mais quel soulagement pour vous, aussi, de le retrouver vivant, j’imagine !

- Comment va-t-il ? s’enquit un autre client entre deux âges qui l’avait dévisagé avec méfiance jusque là. Ils disent à la télévision que les médecins restent prudents.

Yazoo acquiesça avec une mine de circonstance.

- Son état est stationnaire, pour l’instant. C’est… C’est pour ça que nous sommes à Nibelheim, mentit-il, subitement inspiré. Pour… Pour étudier les dossiers trouvés dans le laboratoire des scientifiques qui… Enfin vous voyez.

Le commerçant sortit de derrière son comptoir.

- L’ordinateur VForce-PL3, c’était pour ça ? Etudier des données scientifiques ?

- Euh… Oui. Enfin… entre autres, broda Yazoo, pris au dépourvu par la tournure des évènements.

Et lui qui n’avait choisi le matériel le plus cher que pour vérifier si la carte de crédit et les papiers d’identité donnés par Rufus étaient vrais…

- Oh ! Mais ce n’est pas du tout ce qu’il vous faut. Non, non, non. Attendez, je vais vous montrer un autre modèle, bien plus adapté à ce genre de travail et de calculs. Junny ! cria-t-il en direction de la réserve. Sors-moi un VDU-347, chérie ! La dernière version !

Au final, Yazoo resta près d’une heure dans le magasin, au grand étonnement de ses frères, qui le voyaient sourire et discuter avec les clients qui entraient et sortaient, la nouvelle que les frères de Sephiroth étaient à Nibelheim se répandant comme une traînée de poudre.

« Le grand général Sephiroth, rendez-vous compte ! Si, si, je vous assure, monsieur le maire, il a des frères, Soldats, comme lui. Ils sont en ce moment même chez nous, à Nibelheim, dans la boutique de ce brave Stan ! »

Kadaj et Loz, à l’extérieur de la boutique, durent eux-mêmes donner des nouvelles de leur « grand frère » à un nombre incalculable d’inconnus, habitants de la bourgade ou simples vacanciers et « Quelle tragédie, mon Dieu ! Courage, nous sommes de tout coeur avec vous, gardez espoir. Il s’en sortira, vous verrez. »

De retour au manoir, les garçons avaient la tête qui tournait comme s’ils venaient de passer des heures dans une bétonnière !

Eux qui ne parlaient pour ainsi dire jamais avaient sans doute échangé plus de banalités en une matinée qu’ils ne l’avaient fait durant toute leur vie au laboratoire du cratère nord !

Vincent et Rufus - qui riaient sous cape après l’appel du maire de Nibelheim voulant « témoigner personnellement sa sympathie aux frères du Grand Général » qu’il avait « aperçus de loin en ville » - les virent monter précipitamment dans leur chambre, un paquet sous le bras et le visage défait.

- Gretta ! appela le jeune président de la Shinra depuis le salon en riant encore.

La gouvernante du manoir, une femme avenante au sourire doux d’une soixantaine d’années et vêtue à l’ancienne mode, se présenta presque aussitôt.

- Monsieur ?

- Gretta, soyez gentille de faire monter un plateau à nos trois amis motards, quelque chose me dit qu’ils vont avoir besoin de reprendre des forces !

La brave femme sourit.

- Tout de suite, monsieur. J’avais fait garder leur déjeuner au chaud.

- Merci, Gretta. Vous êtes un ange.

La gouvernante rosit comme une jeune fille et disparut. Vincent se leva.

- Je ferais mieux de monter les voir. Il ont peut-être envie de parler de leur « escapade ». J’en profiterai pour voir Reno.

- Rude et les enfants sont avec lui, ne t’en fais pas. Shalua dit qu’elle pourra traiter sa tumeur dans deux jours, dès que les médicaments qu’elle lui a donnés pour nettoyer la « tuyauterie » auront agi. Saloperie… Je n’aurais jamais cru que quelque chose comme ça pouvait lui tomber dessus. Pauvre Reno.

- Au fait… Tseng et Elena ?

- Partis il y a une heure, comme tu me l’as demandé. Bien que je ne comprenne toujours pas pourquoi tu y tenais tant. Ils étaient prêts à affronter le regard de leurs bourreaux sans broncher et sans haine aucune, tu sais. Ils me l’ont fait clairement comprendre.

- C’est bien là, le problème, Rufus. Leur bourreau, c’est Jenova, pas les garçons. Et je ne veux surtout pas que Tseng et Elena puissent leur laisser croire le contraire, pas même par inadvertance. Nous ne devons laisser aucune prise à cette saloperie tombée du ciel. Pas le moindre petit interstice dans l’esprit de ces garçons où elle risquerait de se glisser.

Rufus hocha la tête.

- Je comprends. Mais tu ne pourras pas les protéger éternellement, Vincent.

- Telle n’est pas mon intention. Je veux juste les préserver jusqu’à ce qu’ils soient en mesure de faire face à cette ordure sans risquer de flancher. Et pour cela, ils doivent se sentir en sécurité et acceptés parmi nous.

- Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir, tu le sais.

Vincent, tel un père avec son fils aîné, lui pressa affectueusement l’épaule.

- Je le sais.

Il quitta le salon et, comme il le faisait toujours, le jeune président admira la façon dont la lumière dansait dans sa longue chevelure brune avec un soupir déchirant.

Oui, Vincent aurait pu être son père… Hélas !

Son portable sonna, annonçant un texto.

Il s’agissait de Tseng :

“Ca bouge au cratère nord. Me rappeler d’urgence.”

Rufus blêmit et monta dans sa suite pour rappeler le chefs des turks en toute discrétion.

…à suivre

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XVII - Réapprendre à vivre

«Dès l’instant où vous aurez foi en vous-mêmes,

vous saurez comment vivre.»

J.W von Goethe

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

En fin de matinée, les hordes de journalistes avaient quitté le manoir et les alentours et Rufus avait à nouveau réuni tout le monde dans la salle de conférences.

- Il est plus que temps de parler du devenir de Sephiroth et de ses frères, disait-il lorsque Vincent entra discrètement dans la pièce.

Pour tous, la nuit avait été peuplée de cauchemars. Le malaise provoqué par les vidéos et les explications de la veille ainsi que le manque de sommeil se lisait sur tous les visages.

Par les hautes fenêtres, le soleil hivernal voilé par d’épais nuages noirs avait peine à éclairer la salle et la lumière faiblarde ne faisait qu’ajouter à l’ambiance lugubre.

- Quelles sont les options ? demanda Barret.

Reeve haussa les épaules.

- Etant donné que, comme nous l’a expliqué le docteur Rui hier, un long moment dans une cuve mako les empoisonnerait, on pourrait soit les plonger dans un coma artificiel jusqu’à ce que les choses se décantent et qu’on y voit plus clair, soit les…

- C’est injuste ! se récria Yuffie, choquée par la proposition. Ils ne sont responsables ni de qu’on a fait d’eux, ni de ce qui est arrivé il y a deux ans, ni de leur récent réveil !

- La petite n’a pas tort, renchérit Cid. Plonger ces garçons dans le coma reviendrait à punir les victimes au lieu des criminels. C’est… totalement immoral. Non, je suis contre.

Les autres membres d’AVALANCHE hochèrent vigoureusement la tête, marquant ainsi leur accord avec Cid.

- Permettez-moi de me faire l’avocat du diable, amiral Highwind, intervint Tseng. Qui nous dit qu’ils ne vont pas se laisser à nouveau dominer par Jenova si nous les réveillons ?

Cloud se tourna vers lui et fronça les sourcils.

- Je crois que personne ne déteste Sephiroth ou ne se méfie de lui et de ses frères autant que moi, Tseng. Malgré moi, crois-le, car je sais aujourd’hui que cette haine est injuste. Mais, bien qu’il soit tout à fait légitime de partager tes craintes et en dépit de mon ressentiment, je pense que Cid a raison. Après ce que j’ai vu hier, nous n’avons pas le droit de leur faire une chose pareille. Ils sont les victimes de Jenova et d’Hojo et il est de notre devoir à tous et de celui de la Shinra de les aider à se reconstruire, à comprendre ce qui leur est arrivé et pourquoi. Et s’ils peuvent, après cela, comme le pensent Aerith et Lucrecia, nous aider à combattre ce qui plane au-dessus de nos têtes et dont nous ignorons la nature pour l’instant, alors nous serons tous gagnants au final.

Vincent se permit un petit sourire aussi satisfait que discret et échangea un regard complice avec Shalua et Reeve, qui se trouvaient aux côtés de Rufus.

Barret se leva, interrogea ses camarades du regard une dernière fois et s’adressa à Rufus.

- Au nom d’AVALANCHE, je vote pour le réveil. Mais c’est à vous et à la Shinra qu’appartient le dernier mot, Rufus. Ils sont sous votre responsabilité, après tout. Ce sont les spécimens d’Hojo.

Tifa et Yuffie sursautèrent, choquées par les derniers mots du chef d’AVALANCHE. Ce dernier s’en aperçut et s’excusa aussitôt.

Rufus consulta Reeve et Shalua du regard puis avança d’un pas.

- Je ne considère pas qu’ils soient sous ma responsabilité mais… plutôt sous ma protection, fit-il d’une voix claire. Ce qu’on leur a fait subir est inhumain, dans tous les sens du terme, et je suis on ne peut plus d’accord avec Cid et Cloud : nous devons les réveiller et les aider à se reconstruire puisque je ne pourrais jamais, hélas, effacer ce que la Shinra leur a fait endurer. (Il se tourna vers Shalua) Shalua, vous et Vincent avez carte blanche pour mettre en place le protocole de réanimation et de réintégration de J8, J9 et J10. Quant à J1, je m’en remets entièrement à vous pour les soins et le traitement jusqu’à son réveil.

La scientifique pivota en direction de Vincent, qui rejeta sa cape rouge derrière ses épaules.

- Ces protocoles ne seront pas nécessaires, Rufus, dit-il. Et, pour commencer, si tu considères vraiment ces garçons comme des êtres humains, appele-les par leur nom plutôt que par des numéros de série. Ils se nomment Sephiroth, Kadaj, Yazoo et Loz Hojo.

Si un autre homme s’était adressé à lui de la sorte, Rufus lui aurait fait ravaler ses paroles sur le champ mais Vincent était… Vincent.

Le jeune président reçut donc la remontrance comme une gifle mais la digéra. Il l’avait méritée.

- Simple habitude, Vincent. Désolé.

Ce dernier accepta les excuses avec un sourire amène, ouvrit la porte monumentale donnant sur le couloir et fit signe à Merill, qui attendait là.

L’assistant de Shalua invita gentiment ses trois étranges compagnons tout de cuir noir vêtus à entrer dans la salle de conférences, provoquant des exclamations tonitruantes de la part de toutes les personnes présentes et de violents mouvements de recul ou de protection instinctive.

Cid ne put retenir un juron, Rufus porta la main à son holster par réflexe, Cloud sentit son sang geler dans ses veines et Elena se blottit avec un petit cri affolé contre un Tseng qui avait soudain blêmi et refermait déjà la main sur le pistolet qu’il portait au côté.

Tifa, elle, était comme paralysée dans une gangue de glace et crut que son coeur allait s’arrêter de battre.

- Vincent ! s’écria Rufus. Qu’est-ce que ça signifie ?

Ils étaient là, tous les trois, comme sortis d’un cauchemar, identiques à ce qu’ils étaient la dernière fois que chacun avait pu les voir : avec leur peau si blanche qu’elle en paraissait bleutée, leurs cheveux comme du mercure, leurs grands yeux félins brillants de mako et leurs corps vigoureux gainés de cuir, puissants et dangereux comme des lames d’acier trempé dans leurs fourreaux.

Identiques ? Non, pas tout à fait, nota Tifa.

Leurs éternels sourires suffisants ou sarcastiques s’étaient effacés de leurs lèvres sensuelles, leurs grands yeux félins fixaient le sol avec anxiété et leurs poitrines se soulevaient comme celles d’animaux pris au piège.

« Ils sont terrifiés » réalisa-t-elle, estomaquée.

Et le plus surprenant était sans doute le violent et imprévisible Kadaj, qui n’avait plus rien du garçon qu’elle avait entrevu sur les toits en ruine, à Midgar, combattant Cloud avec acharnement.

Une fois annihilée l’emprise de Jenova sur lui, le garçon paraissait être redevenu le petit benjamin de la fratrie et se pressait, en quasi état de choc, contre Yazoo.

Il était si crispé que la jeune femme pouvait presque l’entendre haleter.

Loz, en revanche, semblait avoir repris le rôle qui avait toujours été le sien avant la fuite du laboratoire et qu’elle l’avait vu tenir dans les vidéos : celui de l’aîné chargé de protéger ses cadets.

Malgré son anxiété, il fit d’ailleurs un pas en avant et se plaça devant ceux-ci, bien droit, poings serrés, les jambes souples légèrement écartées, prêt à faire un rempart de son corps athlétique entre ses frères et les personnes présentes dans la salle de conférence.

On devinait les muscles de ses bras et de sa large poitrine - en partie découverte par l’échancrure de son blouson - tendus à craquer sous le cuir encore neuf.

Il balaya l’assistance du regard, à l’affût du moindre signe d’animosité, et finit fatalement par croiser celui de Tifa, qu’il reconnut aussitôt.

Il tiqua, fronça les sourcils et un pli vertical lui barra le front.

La jeune femme, elle, détourna les yeux, rouge de confusion et le coeur battant, incapable de le regarder en face après son comportement inavouable de la nuit précédente…

Profiter de l’inconscience d’un homme pour le toucher… Quelle humiliation !

Pourquoi, mais pourquoi s’était-elle laissée aller de la sorte, à caresser ces bras satinés et cette poitrine si dure, qu’elle venait d’apercevoir à nouveau par l’échancrure du blouson ? Mais qu’est-ce qui lui avait pris, bon sang ! Pourquoi diable fallait-il qu’elle connaisse à présent la douceur et le parfum de sa peau ? Cette fragrance sucrée exhalée par son corps tout entier…

Oh, par le ciel ! Ce parfum…

Elle en ressentait encore les effets, comme s’ils devaient persister durant des jours en l’absence de tout contact.

« Et s’il n’était pas totalement inconscient ? S’il s’était aperçu de quelque chose ? » se demanda-t-elle alors, totalement affolée. « Oh, non… Quelle honte ! »

N’avait-il pas réagi à la douleur lorsqu’elle avait touché la perfusion par mégarde, après tout ? Et la tendre peau son sein… ne s’était-elle pas hérissée, son petit téton rose n’avait-il pas durci lorsqu’elle l’avait par inadvertance caressé de son souffle et de ses cheveux ? Son ventre souple ne s’était-il pas contracté lorsqu’elle avait glissé ses doigts écartés dans les profonds sillons creusés par les carrés de ses muscles abdominaux ?

Sa rougeur monta d’un cran dans les pourpres et ce fut un discret pincement de Yuffie qui tira de ses pensées.

- Ca va ? demanda son amie.

Tifa sursauta.

- Oui. Oui, oui, bien sûr.

Elle prit son courage à deux mains pour relever la tête, priant silencieusement pour trouver le courage d’affronter le regard transperçant vert mako mais Loz et son jumeau s’entretenaient à voix basse avec Vincent, Rufus, Barret et Reeve.

Shalua avait aussi rejoint les trois frères et se tenait aux côtés de son cher Yazoo baby et de Kadaj, protectrice.

- Qu’est-ce qui se passe ? demanda Tifa à Yuffie.

Celle-ci écarquillé les yeux.

- Bah ! T’as pas entendu ?

- Je… bredouilla-t-elle, plus cramoisie que jamais. Non, je… J’étais perdue dans mes pensées.

- Vincent, Shalua et Reeve les ont réveillés cette nuit, apparemment, craignant que certains préfèrent les plonger dans le coma, voire le mako ! Oh, là… Il n’a pas l’air d’aller bien, lui…

- Hein ?

Tifa entendit Shalua et Yazoo pousser un cri et se tourna à temps pour voir Kadaj tomber dans les bras de Loz, ce qui provoqua un petit mouvement de panique.

La jeune scientifique se pencha sur lui et l’ausculta rapidement.

- Ce n’est rien, ce n’est rien… rassura-t-elle tout le monde. Il est juste évanoui. Ils sont encore éprouvés par leur réveil, l’entendit-elle dire à Rufus. Et cette nuit a été vraiment très difficile pour eux.

- Qu’ils se reposent. Nous reprendrons cette conversation plus tard.

Vincent se pencha discrètement à l’oreille du jeune président de la Shinra, pour que les argentés n’entendent pas.

- Pas en bas, chuchota-t-il. Je t’en prie. Ils ne sont plus des rats de que l’on enferme à double tour dans un laboratoire en sous-sol.

Rufus hocha la tête et sourit avant de faire signe à Reeve et à un domestique.

- Telle n’a jamais été mon intention, Vincent, rassure-toi.

Derrière eux, les membres d’AVALANCHE ainsi que Tseng et Elena, contrôlaient difficilement leur impatience en essayant de saisir quelques bribes de ce qui se disait à une dizaine de mètres d’eux.

Cid et Cloud se dévisagèrent, sceptiques.

- Tu comprends ce qui se magouille, toi ? demanda Cid. Tu me rassures…

- L’un de vous aurait vu Reno et Rude depuis hier soir ? s’enquit inopinément Tseng en venant vers eux, son téléphone portable à la main.

Le pilote secoua la tête.

- Ils ne devaient pas surveiller le labo, en bas ? s’enquit Cloud.

- Si, justement. Et leur téléphone est sur messagerie.

- Ils se carapatent ! s’écria Yuffie en voyant Shalua, Vincent, Rufus et Reeve disparaître en compagnie des trois argentés et de la gouvernante du manoir.

Barret se tourna vers eux et fit signe de baisser d’un ton.

- Je vais tout vous expliquer, du calme !

XoXoXoX

Dans l’infirmerie, fermement soutenu par Rude, Reno n’en finissait pas de rendre ses boyaux.

- Oh… Bordel de merde… gémit-il. Mais qu’est-ce qu’il y avait, dans cette fichue seringue ?

Merill, de plus en plus inquiet, lui tendit une boîte de serviettes en papier et une lingette humide.

- Rien qui puisse avoir cet effet, je vous assure. Regardez votre collègue. Je n’ai jamais entendu parler d’effets secondaires de ce genre sur qui que ce soit.

- Ah, non ? Ouah… super, railla le turk en s’essuyant la bouche. T’entends ça, Rudo ? Je suis l’exception qui confirme la règle, quel pied !

Un nouveau haut-le-coeur lui contracta l’estomac et il vomit un nouveau jet de bile.

- Reno, intervint Rude, tu avais déjà commencé à te vider hier soir. Je ne crois définitivement pas que soient les vidéos ou ce fichu sédatif qui te mettent dans cet état.

- Si vous le permettez, je vais faire quelques analyses, proposa Merill. Votre ami a raison, ce n’est vraiment pas normal.

Il préleva un peu de bile sur un coton-tige et prépara de quoi faire une analyse sanguine.

- Ah non ! se récria Reno. Je veux bien pisser dans un gobelet ou cracher sur autant de cotons-tiges que tu voudras, p’tit gars, mais les prises de sang, t’oublies tout de suite !

L’assistant de Shalua leva les yeux au plafond.

- Ne faites pas l’enfant et relevez votre manche !

- Hors de ques… Ah…

Un nouveau spasme particulièrement violent le saisit et le laissa pantelant, appuyé contre son compère.

- Un prélèvement sanguin ne sera peut-être pas nécessaire, en fin de compte… murmura Merill, soudain très pâle.

- Merde, Reno, tu nous fais quoi là ? demanda Rude, aussi blême que le jeune homme.

Reno releva péniblement la tête, un désagréable goût métallique dans la bouche, et s’aperçut que l’évier sur lequel il était penché était éclaboussé d’écarlate.

…à suivre

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XVI - Revue de presse

«L’information exposée dans les circonstances

les plus choquantes est celle dont le public se

souviendra le plus longtemps.»

Aristote

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Il était neuf heures du matin.

Une grande tente de réception avait été dressée dans le parc du manoir Shinra à l’aube et, derrière les grilles, les journalistes non accrédités regardaient leurs collègues plus chanceux prendre place sur les chaises pour attendre la conférence de presse qui ne devait plus tarder.

Le service de sécurité avait de quoi impressionner, tous les officiers étaient sur les dents et un hélicoptère survolait le site en permanence.

Un peu à l’écart, cerné d’une cohorte de gardes du corps, Rufus s’entretenait avec Reeve et Tseng en essayant de ne pas frissonner malgré le froid.

- La voilà ! annonça ce dernier en voyant venir Shalua.

Le chef de la WRO la fixa avec inquiétude, soucieux de sa mine étrangement pâle mais la jeune femme lui adressa un clin d’oeil et un sourire discrets, signe que tout s’était très bien passé.

Reeve se permit un petit soupir et se détendit un peu.

- Pardonnez-moi, monsieur le président, s’excusa la jeune femme. Je donnais les dernières consignes à mon assistant.

- Comment vont vos patients, docteur Rui ? s’enquit Rufus.

- Ils dorment tranquillement, monsieur, mentit-elle avec un talent consommé, au grand amusement du chef de la WRO. Vincent, Reno et Rude sont avec Merill.

- Parfait. Et notre « Sephiroth » mourant ?

- Nous l’avons installé à l’aube avec de faux médecins au rez-de-chaussée, monsieur, l’informa Elena. Dans une pièce réaménagée en infirmerie.

- Parfait. Nous pouvons donc y aller. Tout le monde est prêt ? Bien. C’est donc parti pour la grande représentation !

Reeve lui fit signe de passer devant avec un sourire.

- A vous l’honneur du lever de rideau !

Rufus s’avança entouré de ses gardes du corps, de Tseng et d’Elena, et le chef de la WRO resta un peu en retrait pour se pencher discrètement à l’oreille de Shalua.

- Alors ? chuchota-t-il.

- Ca marché.

- Comment ont-ils réagi ?

La jeune femme se rembrunit.

- Pire que je croyais. Ils sont totalement déboussolés.

- On le serait à moins… Se sont-ils montrés violents ?

- Au contraire. Lorsque je suis remontée, ils étaient pour ainsi dire en état de choc. Vincent fait ce qu’il peut mais je suis inquiète. Reeve, ils font vraiment pitié à voir. Il va leur falloir un moment pour encaisser ce qu’ils viennent d’apprendre.

- Ca va aller, j’en suis certain. Ce sont de solides gaillards qui ont connu bien pire.

- Oh, tu n’as pas idée… As-tu vu les vidéos ? Toutes les vidéos ?

Il hocha la tête et grimaça.

- Ce sont mes hommes qui ont trouvé l’intégralité des archives des projets Jenova II et III dans les labos du Deepground, l’an dernier. Vincent ne te l’a pas dit ?

- Non, je l’ignorais.

- Qu’avez-vous fait de Reno et de Rude, au fait ?

Shalua sourit.

- Dans les vapes. Ils vont avoir une sacrée migraine au révei…

Reeve lui pinça discrètement le bras et elle se tut.

Une équipe de télévision venait vers eux, guidés par Tseng, qui leur montrait où installer leur matériel.

- Oui, nous allons faire le nécessaire, ne vous en faites pas, docteur Rui, fit le chef de la WRO d’une voix claire. Mon Dieu, quelle tragédie ! Pourvu qu’il tienne le coup…

- Je suis très inquiète, commandeur. Il faut le transférer à Edge le plus vite possible.

- Oui, je comprends. Vos confrères le tiennent-ils prêt ?

- Bien entendu.

Sous des dehors décontractés, feignant ne s’intéresser qu’aux réglages de leurs caméras et de leurs micros, les journalistes, comme l’escomptaient Reeve et Shalua, ne perdaient pas une miette de leur conversation…

***

Dans le grand salon, où les domestiques avaient servi un copieux déjeuner, les membres d’AVALANCHE avaient les yeux fixés sur un grand écran de télévision.

La conférence de presse de Rufus et de Reeve était retransmise en direct par les plus célèbres chaînes.

Avec le plus grand sérieux, le jeune président de la Shinra expliquait que, lors d’une inspection de routine, des hommes du Soldat étaient tombés sur un petit laboratoire secret désaffecté installé dans les locaux de l’ancien réacteur.

- Mais combien ils sont, là-dehors ? s’écria Yuffie en regardant discrètement par la fenêtre. C’est dingue !

- C’est le moment des questions/réponses ! prévint Cloud.

- L’heure de vérité, commenta Barret. Espérons que les vautours mordent à l’hameçon et dégagent le plancher…

- Reeve a fait courir le bruit depuis l’aube, le rassura Tifa. Ce serait bien le diable qu’il n’y en ait pas un qui relève !

- Monsieur Shinra, demanda un journaliste, est-il vrai que l’on a retrouvé des corps humains dans ce laboratoire ? Ces hommes ayant subi des expériences de clonage ?

Cid fit claquer ses paumes l’une contre l’autre, moqueur.

- Ils ont mordu !

Rufus feignit le plus grand embarras.

- J’ignore qui vous a fourni ces informations mais… bien que nous n’ayons pas encore eu le temps d’examiner tous les détails, il semblerait que ce soit bien le cas, oui.

Des exclamations aussi surprises que ravies agitèrent les rangs des journalistes.

- Quels chacals… cracha Barret, méprisant.

- Monsieur Shinra, le héla une jeune femme brune en tailleur trop cintré. Est-il vrai que plusieurs d’entre eux étaient encore conservés dans le mako et… vivants ?

Rufus feignit l’étonnement et, comme si une information capitale avait été divulguée sans son accord, il se tourna brutalement vers Reeve et Tseng, qui haussèrent épaules avec des mines anéanties.

- Il ne… Il n’y en a qu’un, en fait, admit le jeune président comme à regret. De vivant, s’entend.

Quelques journalistes s’entreregardèrent et l’excitation flamba dans leurs prunelles. La rumeur était donc fondée !

Un quinquagénaire se leva à son tour et, avec toute l’assurance que donnent des années de métier, apostropha à son tour Rufus.

- Monsieur le président, salua-t-il aimablement d’une voix moelleuse, comme s’il se délectait par avance de chaque mot qu’il allait prononcer. Peter Bloom, de Planet News Channel. Est-il exact que ce survivant ne serait autre que… le général Sephiroth en personne ?

Des cris de surprise retentirent dans les rangs de ses confrères et il se pourlécha les babines en voyant Rufus reculer d’un pas, comme si on l’avait frappé.

- Il mériterait un prix de comédie ! commenta Tifa, en se resservant du café.

- Est-il vrai, monsieur le président, reprenait le journaliste, accusateur, qu’il était séquestré dans ce laboratoire depuis près de neuf ans ? Neuf ans, monsieur le président ! Qu’à l’insu de tous, poursuivit-il en élevant la voix au milieu des cris surpris et des exclamations, un savant de la Shinra - de votre compagnie, monsieur le président - a pratiqué sur l’un des plus grands héros de notre planète les pires atrocités dans le but de le cloner ? Est-il exact, monsieur le président, insista-t-il, dramatique, en montant encore d’un ton, que c’est l’un de ces clones ratés créés par un savant fou de votre père qui a failli réduire notre planète à l’état de poussière en en faisant la cible d’un météore il y a ce cela un peu plus de quatre ans ?

Rufus feignit l’abattement le plus total et le reporter se rengorgea au milieu d’une pagaille sans non de journalistes qui s’étaient levés et parlaient tous en même temps.

Tseng s’avança et les services de sécurité resserrèrent les rangs autour de la tente.

- Du calme, mesdames et messieurs les journalistes ! fit-il d’une voix forte. S’il vous plaît ! Rasseyez-vous ou nous serons contraint d’interrompre cette conférence de presse !

Il fallut quelques minutes pour qu’un semblant de calme règne à nouveau sous le chapiteau de toile.

- Nous avons pour devoir d’informer les habitants de cette planète, monsieur le président, pérora à nouveau le reporter quinquagénaire. Et au nom de ce droit à l’information, je vous somme de répondre à mes questions.

Rufus prit une profonde inspiration et hocha la tête en reprenant place devant le micro.

Un silence total se fit dans les rangs des journalistes, pendus à ses lèvres.

- Soit, monsieur Bloom, murmura Rufus. J’ai cru pouvoir gagner du temps mais j’avais tort. Je sais m’incliner devant un adversaire de valeur. Je ne sais d’où vous tenez ces informations mais… elles sont on ne peut plus vraies.

Un enthousiasme presque hystérique éclata parmi les journalistes et le reporter quinquagénaire se gonfla à tel point de fierté que Reeve le crut que le point d’éclater.

- Si vous me le permettez, monsieur le président, je vous dirai modestement que c’est moins le talent que l’expérience qui permet à de vieux briscards comme moi de dénicher une source fiable. Aussi sais-je également, précisa-t-il, magnanime, que vous n’êtes personnellement impliqué en rien dans cette sordide affaire de clonage.

- Non mais quel gros naze ! explosa Yuffie devant l’écran de télévision. Pour qui il se prend, ce gros crétin bouffi ?

Cid ricana.

- Crétin ou pas, il n’a pas marché, il a couru ! Et, pour l’instant, c’est tout ce qui compte. Vivement que ces requins fichent le camp !

Barret ne put s’empêcher de grimacer.

- Gonflé, quand même, cette histoire de clonage. Le grand héros réhabilité ! Quel cirque !

- Tu préfères que la foule déchaînée mette à sac le manoir et les installations publiques pour pouvoir lyncher monsieur « ex-cauchemar » , dresseur de météores ? railla le pilote. Et s’ils ont vent de l’existence des trois autres, je t’en parle même pas ! Bonjour l’émeute ! Plus tôt ils s’en iront, mieux cela vaudra, crois-moi !

Le chef d’AVALANCHE acquiesça malgré lui.

Cid avait raison et il le savait parfaitement.

- Et, à bien y réfléchir, ce n’est pas tout à fait faux, cette histoire de clonage, lui rappela Tifa.

Yuffie la dévisagea, les poings sur les hanches.

- Pour Aerith, O.K., fit-elle, mais ton père, la mère de Cloud et Zack ? C’était pas des clones. Si ? Ou alors j’ai rien compris ?

Son amie se raidit, pâle comme la mort.

- Yuffie, bon sang de bois ! la tança Cid. Dans le genre délicat, tu te poses là, toi !

Tifa lui pressa l’épaule, rassurante.

- Ca va, Cid, t’en fais pas.

- Zack, ce n’est pas Sephiroth, Yuffie, mais les miliciens de la Shinra, répondit Cloud. Quand à nos parents, à Tifa et à moi…

Il s’interrompit, la gorge serrée, bien conscient au fond de lui que Jenova était la seule à blâmer mais ne pouvant s’empêcher d’en vouloir à Sephiroth de s’être laissé dévorer par elle.

- Sephiroth n’était plus lui-même, Yuffie, le secourut son amie d’enfance. Vincent nous l’a expliqué en long, en large et en travers, tu as déjà oublié ?

- Eh, regardez, prévint Barret. L’acte deux commence ! Entrée en scène du robot trembleur…

Les yeux fixés sur l’écran, il regardait Reeve se pencher à l’oreille de Rufus et lui désigner un homme en blouse blanche qui avait accouru jusqu’à la tribune,

- Mesdames et messieurs les journalistes, annonça Rufus d’un air dramatique après avoir feint de s’entretenir avec le faux médecin et Shalua. Je sais que ce n’est pas l’endroit pour ce genre de choses mais… S’il y a parmi vous un donneur de sang O négatif, nous… nous lui serions reconnaissants de se faire connaître.

Le jeune journaliste du début se leva.

- Est-ce que… Est-ce que ce sang est pour le général Sephiroth, monsieur Shinra ?

Rufus acquiesça.

- En effet. Nous devons le transférer d’urgence en soins intensifs à Edge et…

- Moi ! fit une jeune femme blonde au fond de la tente. Je suis O négatif !

- Le ciel soit loué ! s’écria Shalua avec un talent consommé de comédienne. Venez avec moi, mademoiselle !

- Puis-je prendre ma caméra ? demanda-t-elle.

Tifa faillit s’étouffer d’indignation devant l’écran et Cid jura.

- Mais quels rats, ces gens ! J’y crois pas !

Shalua se tourna vers Tseng et celui-ci hocha la tête en signe d’accord.

- Venez, mademoiselle ! Vite !

La journaliste, n’osant croire à sa bonne fortune, se saisit de sa petite caméra portable et se précipita derrière la jeune scientifique en direction du manoir.

***

« Pourquoi ne leur as-tu pas parlé, mère ? »

« Elle m’en a empêché… »

« Je suis désolé. »

« Aerith leur a parlé en mon nom. Mes fils… J’aurais tant aimé pouvoir vous réconforter un peu… »

« Mère ? Mère ! Mère, qu’est-ce que tu as ? Je te sens faiblir. »

« Rien, amour… Je suis juste un peu… lasse. »

« Ils sont si désemparés… Sens-tu leur désarroi, mère ? »

« Jusqu’au fond de mes entrailles… Jusqu’aux tréfonds de mon âme… »

« Cette confrontation t’a épuisée, n’est-ce pas, mère ? Est-elle donc encore si puissante ?»

« Oui mais pourquoi ? Pourquoi ! Pourquoi ! Pourquoi ! D’où tire-t-elle sa puissance ? Je ne comprends pas…»

« Elle rôde autour d’eux, mère… Je la sens. Elle va se nourrir de leurs doutes et de leur désespoir pour tenter de les reprendre, n’est-ce pas ? »

« Jamais, maudite soit-elle ! Jamais je ne la laisserai faire ! Et Vincent et Aerith non plus ! Je te le jure, mon fils, je te le jure ! »

« Si seulement je n’étais pas aussi faible… Pardonne-moi, mère… Pardonne-moi… »

« Tu n’y es pour rien, amour. Pour rien du tout. »

« Et dire qu’ils sont si près… La moindre de mes cellules frémit à la proximité de leurs corps tendres… Quelques pas à peine et je pourrais les toucher. Les prendre dans mes bras… Oh, mère… Pourquoi ne l’ai-je pas fait lorsque j’en ai eu l’occasion et que je le pouvais encore… J’aurais pu les serrer dans mes bras, les rassurer, et je ne l’ai pas fait… »

« Ne te torture pas, mon fils. »

« Pardon, mes frères, mes fils, mes autres moi-même… Je ne peux pas vous protéger… Je n’en ai pas la force… Pardon… Pardon… »

***

Sur toutes les télévisions de la planète, les mêmes images étaient diffusées et des attroupements monstrueux se créaient devant les vitrines des magasins de vidéo et d’électroménager.

Devant les écrans, tous écarquillaient les yeux, n’osant croire les informations que ceux-ci leur renvoyaient. Pourtant, l’évidence était là, sur cette civière et sous ce drap blanc, une aiguille de transfusion dans le bras et une nuée de médecins s’agitant autour de lui.

- Oui, Jim, ce sont bien les premières images du général Sephiroth, que j’ai prises moi-même il y a à peine cinq minutes ! disait la jeune reporter qui, malgré le froid, gardait la manche relevée pour que chacun puisse voir le pansement qu’elle portait au bras.

- Avez-vous pu lui parler, Khali ?

- Hélas non, Jim, car, comme vous pouvez le voir sur ces images, il n’est vraiment pas en état de parler. J’ai néanmoins pu lui tenir la main durant tout le temps qu’à duré le prélèvement du sang qui aidera peut-être à lui sauver la vie, du moins je l’espère de tout coeur, ajouta-t-elle avec une intensité dramatique digne des plus sordides tabloïdes.

- Reeve devrait lancer une gamme de poupées Sephiroth grandeur nature ! proposa Cid, toujours assis devant l’écran de télévision du manoir Shinra. Je suis sûr qu’il ferait un carton !

- Cid ! grimaça Tifa. Tu es… dégoûtant !

- Je sais qu’il doit être très pénible pour vous de revivre ces instants, Khali, mais je me dois, au nom de nos téléspectateurs de vous poser la question : qu’avez-vous ressenti alors que vous étiez près de lui, Khali, et que vous serriez sa main dans la votre ?

La journaliste refoula une larme imaginaire et prit une profonde inspiration.

- De la révolte, Jim ! Une terrible révolte. Essayez d’imaginer ce que cet homme, ce grand héros du Soldat, a dû subir durant ces années de tortures horribles ! Si vous l’aviez vu comme moi je l’ai vu, Jim, si vous aviez pu tenir sa main glacée, c’était vraiment… bouleversant !

Cloud fit vibrer ses lèvres, effondré.

- Mais quelle bande de clowns !

- Chut ! le tança Yuffie. C’est trop drôle !

- Nous vous comprenons, Khali. Pensez-vous qu’il ait senti votre présence ? Est-il au moins conscient de ce qui se passe autour de lui ?

- Je pense que oui, Jim, car, pendant que je lui tenais la main, il l’a serrée à plusieurs reprises, comme pour chercher un soutient ou un réconfort pour faire face à ses horribles souffrances. J’espère avoir pu lui transmettre à travers ce simple geste amical un peu de l’affection et la reconnaissance que tous les habitants de cette planète ont pour ce Soldat extraordinaire.

Les membres d’AVALANCHE ne purent retenir un éclat de rire.

- Tu vois ? Un carton, que ça ferait, je te dis ! martela Cid avec un clin d’oeil à Tifa, qui lui rétorqua par une moue rebutée.

- Attendez ! Pardonnez-moi de vous interrompre, Jim, mais ça y est ! Comme vous pouvez le voir sur ces images, les médecins sont enfin en train de faire monter le général Sephiroth dans l’hélicoptère sanitaire !

- Il doit être transféré à Edge, c’est bien ça ?

- Oui, Jim. Comme vous avez pu le voir, il a besoin de soins intensifs urgents et le charmant village de Nibelheim n’est pas équipé de ce genre de structure. Moi et mon équipe allons d’ailleurs vous laisser pour prendre nous-mêmes immédiatement la route de Edge afin de vous tenir informés en temps réel de l’état de santé du général. C’était Khali Vasetti, en direct du manoir Shinra de Nibelheim pour Channel 7.

***

Au sous-sol du manoir, Reeve, qui s’était discrètement éclipsé, frappa à la porte du laboratoire avec, à la main, un sac de sport que l’un de ses hommes venait de lui apporter en urgence.

- Vincent ? chuchota-t-il. C’est moi, Reeve. Le colis est arrivé.

La porte s’entrouvrit pour laisser apparaître la tête de Merill. Derrière lui, on pouvait entendre des pleurs déchirants et des voix douces.

- Tout va bien ? murmura le chef de la WRO.

L’assistant de Shalua sourit et haussa les épaules.

- Autant que faire ce peut. Le plus jeune craque complètement. Vous l’entendez ?

- C’est Kadaj, ça ? J’aurais pourtant cru que c’était lui le plus solide.

- C’est aussi ce que pensait Vincent mais non. Il est complètement paumé.

Reeve lui tendit le sac de sport.

- Tiens, mon garçon. Ca vient d’arriver.

- Déjà ? Votre personnel a fait vite.

- Je ne garantis pas l’exactitude au centimètre près mais ils auront au moins l’impression de quelque chose de familier. Ca les rassurera un peu.

- Merci, Reeve.

- Je dois remonter. On ne sait jamais. Ce n’est pas le moment que quelqu’un débarque ici. Ca va aller ?

- Oui, Vincent contrôle parfaitement la situation.

- Tant mieux. A tout à l’heure, dans ce cas. Je vais réunir tout notre petit monde dans la salle de conférences et je vous fais signe dès que tout est prêt.

- Ca marche.

Reeve disparut dans l’escalier et Merill repartit dans le laboratoire en sortant vêtements et bottes de cuir noir du sac de toile.

…à suivre

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XV - Faux semblants

«Notre méfiance justifie la tromperie d’autrui.»

La Rochefoucauld

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- C’est moi qui les détiens !

Rufus laissa échapper un soupir de soulagement en reconnaissant le nouveau venu et Cid croisa les bras, interloqué.

- Reeve ? T’es bien la dernière personne que je m’attendais à voir cautionner des saloperies pareilles !

Le chef du WRO, suivi de l’une de ses sempiternelles peluches robotisées qui grimpa sur les genoux de Rufus avec sans-gêne surprenant, s’avança vers celui qui était devenu son chef de la flotte aérienne depuis plus de deux ans.

- Je ne cautionne rien du tout, Cid, mais, en tant que responsable de la sécurité civile, il est de mon devoir de tenir ces cellules à l’abri d’un accident ou des convoitises de qui que ce soit, plaida-t-il en insistant sur les derniers mots.

- Pourquoi n’ont-elles pas été détruites ?

Reeve ouvrit la bouche pour répondre mais le chat robotisé sauta sur la table, renversant un verre d’eau sur les genoux de Shelke.

- Eh ! Attention ! s’écria-t-elle en mettant son clavier à l’abri.

- Ce que vous pouvez parfois être obtus, amiral Highwind ! s’emporta l’animal sans faire attention à elle. Pourquoi garde-t-on aussi des souches de virus ou de bactéries dans des laboratoires de recherche, à votre avis ?

Cid se pencha sur le robot, aussi railleur que menaçant.

- Oh… Parce que t’as sans doute l’intention de faire un vaccin anti-Jenova, tas de circuits ?

La peluche parlante posa ses petits poings sur ses hanches et toisa le pilote.

- Bah ! Peut-être bien !

- Et mal élevé, en plus ! Reeve, tu nous l’as fini avec des pièces détachées de vieux moteur, ou quoi ?

L’interpellé rattrapa sa création de justesse, avant qu’il ne saute au visage de Cid, toutes griffes dehors.

- Suffit C9 !

- Tu sais ce qu’elle te dit, la pièce détachée, tas de viande ? piailla la petite créature.

Son maître ouvrit un petit panneau dans son dos, fit une manipulation rapide et le robot s’affala entre ses bras comme une poupée de chiffons.

- Fichus réglages… Désolé. J’ai voulu améliorer les qualités combatives, essaya-t-il de s’excuser, mais je n’arrive qu’à le rendre agressif. D’où est-ce que ça peut bien venir, bon sang…

Dans la salle, nombreux furent ceux qui retinrent un sourire blasé.

Au fil des années, le chef du WRO et sa marotte des robots étaient devenus aussi célèbres que ses prestigieuses milices civiles, dont faisaient d’ailleurs désormais partie les troupes du Soldat.

- En parlant de réglages, intervint Rufus. As-tu pu faire ce dont nous étions convenu avec Vincent, Reeve ?

- Sephiroth ? Oui, il est à côté. Plus vrai que nature. Une gageure au vu des délais !

- Tu as fait un robot de Sephiroth ? s’enquit Yuffie, curieuse. Pour quoi faire ?

- J’ai mis au point un stratagème pour faire fui…

Cid s’interposa et étendit les bras.

-Woh ! Woh ! Woh ! Stop ! On arrête les conneries. Reeve, réponds à ma question ! Pourquoi les cellules n’ont-elles pas été détruites ?

- Mais parce qu’elles sont tout simplement impossibles à détruire ! Tout ce que nous pouvons faire, c’est les mettre à l’abri ou les faire absorber par un organisme acceptant de les accueillir. Tu te portes volontaire ? (Cid grimaça de dégoût) C’est bien ce que je pensais.

- PATRON ! ELLE VA LE REVEILLER ! brailla Reno en faisant bruyamment irruption dans la salle de conférence, semant un vent de panique. Le docteur Rui va réveiller J9 !

Cloud réagit au quart de tour.

- Shalua va faire quoi ? s’écria-t-il.

Rude déboula à son tour, blême comme un suaire.

- Eh ! C’est normal que Sephiroth soit sorti de sa cuve et en train de grelotter à poil sur le tapis du couloir ?

Rufus écarquilla les yeux et se tourna vers Reeve.

- Où as-tu laissé le… ?

Un cri de femme strident retentit et Reno risqua un oeil dans le corridor.

- Patron… Je crois que la gouvernante est dans les pommes, fit-il avec une moue.

Elena pouffa et Tseng lui lança un regard courroucé.

- Pardon, c’est nerveux… s’excusa-t-elle, le rouge aux joues.

Cid, excédé, se frotta le visage et échangea un regard découragé avec Barret.

***

Loin de la confusion qui régnait dans la salle de conférences, Merill et Vincent, prêts à intervenir en cas de nécessité, assistaient au réveil de Yazoo derrière le miroir sans tain du bureau qui donnait sur le laboratoire et l’infirmerie.

Shalua avait préféré rester seule aux côtés son « patient » pour ne pas l’affoler et risquer de provoquer une réaction violente.

Peur l’heure, elle était assise sur le bord du lit et caressait le front moite avec la douceur qui lui était si familière.

- Allez, Yazoo baby, c’est fini… Ouvre les yeux… Fais un effort…

Les longs cils frémissaient mais les paupières diaphanes paraissaient bien lourdes.

- Ouvre-moi ces beaux yeux, chaton… Allez…

Les bras et les jambes furent agités de quelques soubresauts et un faible gémissement s’échappa de la gorge à demi obstruée par le tube du respirateur.

- Chut… Du calme…

Les grands yeux félins s’ouvrirent enfin et Yazoo cligna des paupières à plusieurs reprises, essayant de s’éclaircir la vue.

Il toussa et voulut porter la main à sa bouche mais Shalua l’en empêcha.

- Non, non, non, je sais que c’est très désagréable, bébé, mais c’est pour t’aider à respirer. On l’enlèvera bientôt, je te le promets. Du calme… Chut…

Mais l’argenté, la vue voilée, affolé et gêné par le respirateur n’avait nullement l’intention de se détendre.

Il poussa une plainte déchirante et voulut se redresser.

Shalua dut s’allonger sur son torse pour l’en empêcher et, heureusement pour elle, Yazoo était encore trop faible pour résister.

Merill n’en était pas moins sorti du bureau pour lui prêter main forte mais la jeune femme lui fit signe de la main de disparaître.

- Ne t’affole pas, Yazoo baby, tu es sécurité… Je te le promets… Tu reconnais ma voix, n’est-ce pas ? Reconnais-tu ma voix, chaton ?

L’argenté haletait et, sous la poitrine de Shalua, son coeur battait comme celui d’un oisillon prit dans un filet.

Elle lui caressa tendrement le visage en lui murmurant des mots rassurants à l’oreille.

Vincent, attentif au moindre signe avant-coureur de danger, constata que Yazoo se calmait petit à petit.

- Comment ça se passe ? murmura Rufus, qui entra un peu plus tard dans le bureau en compagnie de Reeve, Cid, Tseng et Barret.

- Il a peur. Il ne sait pas où il est ni comment il a atterri là mais semble faire confiance à Shalua. Tu as fait vite, Reeve, salua-t-il le commandeur des milices civiles.

- Aussi vite que j’ai pu, répondit ce dernier avec un regard dégoulinant de sous-entendus.

- Et le résultat ?

- En si peu de temps, je ne pouvais pas faire mieux mais je ne suis pas mécontent du résultat, loin de là.

- Sephiroth est plus vrai que nature, confirma Tseng, qui n’avait rien surpris de l’échange muet entre les deux amis.

Le jeune président de la Shinra appuya sur le bouton du boîtier qui commandait le haut-parleur afin de pouvoir entendre ce qui se passait dans le laboratoire.

- …oche le lit ? Oui ? disait Shalua.

Elle se leva et passa derrière le lit de Loz pour le rapprocher à quelques centimètres de celui de son jumeau.

- Qu’est-ce qu’elle fabrique ? s’étonna Barret.

- Voilà, fit-elle en sortant le bras musclé du jeune colosse de sous son drap. Tu vois, chaton ? Loz va très bien. Il reprend doucement des forces.

- « Chaton » ? grimaça Cid, faisant sourire Rufus et Vincent.

La jeune scientifique passa les doigts dans les courts cheveux argentés, fit une petite moue et pressa sa paume sur le front moite.

- Qu’est-ce tu as, mon grand ? murmura-t-elle en prenant une lingette stérile sur un chariot métallique. Encore un cauchemar ?

Elle passa doucement la lingette humide sur son visage, son cou et son torse et, dans le bureau, Cid se raidit.

D’une main hésitante agitée de tremblements, Yazoo saisit celle de son frère et la serra aussi fort qu’il le put sous le regard attendri de Shalua.

- C’est bon, là, ronchonna le pilote en la voyant rafraîchir la large poitrine de Loz. Elle va pas lui rouler une pelle, non plus !

Barret et Vincent se tournèrent vers lui, interloqués par le ton à la fois froissé et profondément irrité de leur compagnon.

- Quoi ? persifla ce dernier. Ca vous choque pas, vous, peut-être, cette façon de leur parler et de… tout ça, là ? Non ?

Ses amis levèrent un sourcil amusé, se regardèrent et se détournèrent avec un sourire entendu.

- Tu ne risques absolument rien, ici, poursuivait Shalua en s’asseyant à nouveau sur le bord du lit de Yazoo. Je t’en donne ma parole. (Elle lissa la longue chevelure de platine et sourit) Je sais que tu as des tas de questions à poser et je te promets que tu pourras le faire très bientôt. Lorsqu’on aura retiré cette horrible chose, précisa-t-elle en posant le bout du doigt sur le tube qui sortait de la petite bouche endolorie.

Yazoo émit une petite plainte à peine audible et porta une main tremblante à sa gorge.

- Ca te fait mal ? C’est ça que tu essayes de me dire ?

Il hocha tout doucement la tête et Shalua lui caressa la joue.

- Je suis désolée mais c’est très important. Dans quelques heures, ce sera fini. As-tu mal autre part ? (Nouvel hochement de tête) Montre-moi, mon ange.

Yazoo posa sa main libre à plat sur son sternum et la jeune femme rabattit le drap pour tâter doucement sa paroi abdominale, le faisant tressaillir et lui arrachant une nouvelle plainte.

- Est-ce que ça t’empêche de respirer correctement ? Oui, hein ? As-tu aussi mal dans les jambes et le dos ? Oui ?

Elle se leva pour consulter les données de l’ordinateur à laquelle Yazoo était relié et revint s’asseoir.

- Tes muscles sont saturés d’acide lactique. Je sais que ça fait très mal mais ce n’est pas grave du tout, rassure-toi. Ce ne sont que des sortes de grosses courbatures.

Reeve se tourna vers Vincent.

- Que s’est-il passé, avec lui ? demanda-t-il.

- Il est agité de spasmes musculaires depuis qu’on l’a amené et il a convulsé à plusieurs reprises.

- Mhh… Le mako et les sédatifs ne font pas bon ménage chez quelqu’un d’un peu fragile. L’un essaye de booster l’organisme tandis que les autres tentent au contraire de l’endormir. Symptômes cardiaques, aussi, j’imagine ? Classique…

- Pourquoi ressent-il de tels effets secondaires alors que ses frères n’ont rien ? s’étonna Rufus.

Le chef du WRO haussa les épaules.

- Il peut y avoir des dizaines de raisons : fatigue, angoisse, constitution délicate, organisme surmené ou déjà fragilisé par des traitements divers… Allez savoir.

- Je crois que c’est un peu de tout ça à la fois, soupira Barret en repoussant les terribles images qui les avaient tous fait frémir en salle de conférence.

Cid acquiesça avec une moue, se frotta le visage et regarda sa montre.

Deux heures du matin…

Il n’avait presque pas dormi, la nuit précédente, guère plus celle d’avant et avait rejoint ses amis à Nibelheim après des tests épuisants de nouveaux prototypes pour la flotte aérienne de la WRO le matin même.

Il s’appuya sur le rebord de la glace sans tain et cligna plusieurs fois des paupières en essayant de se concentrer ce qu’il voyait.

- Bizarre qu’il ne réagisse pas plus que ça, nota-t-il. A sa place, je flipperai comme un dingue. Me réveiller avec un tube dans la bouche pour voir mon frangin à poil flottant dans une cuve pleine de mako et les autres inconscients dans un labo flambant neuf, ça pose l’ambiance !

Merill sourit et secoua la tête.

- Il est à moitié… « sonné », amiral Highwind. En fait, je crois qu’il ne réalise pas vraiment ce qui se passe.

- Les effets du sédatif ? demanda Vincent.

- Non, monsieur Valentine, pas directement. L’épuisement, tout simplement. Comme l’a si bien dit le commandeur Tuesti, son organisme lutte depuis plus de quinze heures contre deux principes actifs ayant des effets diamétralement opposés. Si vous me permettez de donner mon avis, il ne devrait d’ailleurs pas tarder à s’endormir.

- Et il ne sera pas le seul, fit remarquer Reeve en tapotant l’épaule de Cid. Tu devrais aller t’allonger un peu, vieux frère.

Le pilote agita la main.

- Le « vieux » peut encore tenir le coup, t’en fais pas pour lui. Cela étant dit, mon « vieux » cerveau n’a toujours pas compris ce que tu comptais faire avec ton putain de Sephiroth trembleur qui fiche les jetons à toute la domesticité.

Rufus ricana.

- Un stratagème pour éloigner les journalistes qui font le pied de grue devant le manoir.

- Et comment comptes-tu t’y prendre ?

Vincent se tourna vers lui.

- Nous allons programmer une conférence de presse un peu particulière pour demain matin. Et je suis d’accord avec Reeve : tu devrais aller dormir un peu.

- Ca va, je te dis…

- Huit heures ? le coupa Vincent. Neuf ?

- Hein ?

- Le nombre d’heures que tu as dormi en tout ces trois derniers jours, Cid.

Le jeune assistant de Shalua baissa l’intensité des néons jusqu’à plonger le laboratoire dans une douce pénombre et sourit.

- Le marchand de sable est passé, messieurs.

A travers la vitre, ils virent Shalua jeter une couverture sur le corps immobile de Yazoo, dont la main serrait toujours celle de son jumeau.

- Il s’est endormi, annonça-t-elle en entrant dans le bureau. Quel comité d’accueil ! ajouta-t-elle avec humour en voyant la brochette « d’huiles » qui l’attendait.

Huiles dont son tout nouvel amant faisait d’ailleurs partie… réalisa-t-elle en répondant au sourire charmeur de Cid.

- Il faut que nous prenions des décisions concernant le devenir de ces garçons et la meilleure façon de gérer la situation, laissa tomber Tseng, pratique.

Rufus acquiesça et se tourna vers Vincent et Shalua

- Le mieux serait d’en discuter calmement demain matin une fois que nous aurons fait fuir les vautours qui tournent autour du manoir. Docteur Rui, pensez-vous pouvoir garder J8 et J10 en l’état jusqu’à, disons, demain en début d’après-midi ?

Reeve ouvrit la bouche pour protester mais la jeune femme le devança.

- Bien sûr, monsieur le président. Sans aucun problème. Je me charge aussi de garder J9 au calme.

Barret se raidit.

- Ces garçons sont sous sédatif depuis plus de quinze heures ! ne put-il s’empêcher d’intervenir. Même pour quelqu’un de leur constitution, c’est extrêmement dang…

- Le docteur Rui a certainement utilisé du HD12, le coupa Reeve. Aucun risque.

- Oui, confirma Shalua en adressant au chef de la WRO un regard reconnaissant. Rassurez-vous, Barret. Prolonger leur état n’aura aucune répercussion, je peux vous l’assurer.

Barret leva un sourcil et sourit.

- Vous connaissez tous ces trucs mieux que moi, j’imagine. Bien ! Je propose que nous allions tous prendre un peu de repos. Demain promet d’être une rude journée.

Cid agita la main, les yeux toujours fixés sur les trois argentés.

- Je vais rester, on ne sait jamais.

Reeve lui posa la main sur le bras.

- Non, amiral, ironisa-t-il. Vous allez vous reposer. Et c’est un ordre, ajouta-t-il en voyant le pilote ouvrir la bouche pour protester. Tu dois dormir un peu, Cid… insista-t-il, plus sérieux. Fais-moi plaisir. Allez…

Ce dernier obéit à regret et quitta le bureau à la suite de Tseng et de Barret mais non sans un furtif clin d’oeil à Shalua.

- Je vous laisse Reno et Rude, annonça le président de la Shinra, sur le seuil.

Vincent s’avança.

- Inutile. Je vais rester là.

- Merci, Vincent, mais on ne sait jamais, tu pourrais avoir besoin d’aide. Et tu en as déjà beaucoup fait.

La jeune scientifique lança à Reeve un regard aussi discret que suppliant.

- Rufus, plaida celui-ci avec un toussotement, moins il y aura de monde autour de ces garçons, plus il resteront calmes. Le… le produit qui les garde endormis est très léger et ils sont parfaitement conscients de leur environnement, alors moins il y aura d’agitation, mieux cela vaudra pour nous tous.

Rufus parut hésiter et se mordilla la lèvre.

- Vincent est tout à fait capable de se débrouiller en cas de souci, martela le responsable du WRO.

- Ils ne mettront pas le pied dans le labo, c’est d’accord. Mais je préfère quand même les laisser dans le couloir, on ne sait jamais. Il y a beaucoup de monde en et à l’extérieur du manoir et je ne veux prendre aucun risque. En cas de besoin, je serais dans ma suite, vous pouvez me faire appeler à n’importe quelle heure.

Il salua Shalua, Vincent et Merill et quitta le bureau.

Reeve haussa les épaules.

- Désolé, il faudra vous arranger avec ces deux-là, murmura-t-il lorsque Rufus se fut suffisamment éloigné de la porte. Je me charge d’envoyer tout le monde au dodo, là-haut.

- Reeve… Je ne sais pas comment te remercier.

- De rien. Mais j’espère sincèrement que vous savez ce que vous faites, tous les trois… ajouta le chef de la WRO en tendant une petite carte mémoire à Shalua. J’ai suivi les instructions de Shelke à la lettre. Un peu primaire mais fonctionnel. J’espère que ça ira.

- J’en suis sûre. Allez, file avant que Rufus ne se doute de quelque chose.

Reeve disparut et Merill verrouilla la porte.

- Du HD12 ! pouffa-t-il.

- Qu’est-ce que c’est ? demanda Vincent.

- Un acide très rare utilisé dans la robotique de précision. Heureusement que personne n’a tiqué !

La jeune scientifique décrocha son téléphone.

- Shelke ? Ils sont partis, ça y est. Où ça en est, là-haut ? Parfait… Combien de temps te faudra-t-il pour créer une toile virtuelle autour de nos trois amis ? Ca marche… Très bien, comme tu voudras.

Vincent lui fit signe de la main en désignant la porte du couloir.

- Oh. Shelke ? Nous avons juste un petit détail à régler avant. Enfin, deux, plus exactement… Rien de bien important. Laisse-nous juste dix minutes, d’accord ? Oui. Veux-tu que Merill fasse les injections tout de suite ou préfères-tu at… Très bien, à tout de suite. Oui, ils seront réveillés dans moins d’une demi-heure, tu as ma parole.

Elle raccrocha et inspira profondément, soudain horriblement anxieuse.

- Tout va bien se passer, la rassura Vincent. Tu verras.

La jeune femme se tourna vers les trois argentés qui dormaient paisiblement derrière la vitre et déglutit avec difficulté.

- Et s’ils ne te croient pas ?

- Ils me croiront.

- Et si les autres paniquent ? S’ils s’en prennent à eux lorsqu’ils verront qu’on les a réveillés ?

Vincent la prit par les épaules et approcha son visage à quelques centimètres du sien pour plonger sont regard purpurin dans les yeux gris de la jeune femme.

- Après ce qu’ils ont vu cette nuit ? Non, Shalua. Je pense leur avoir fait clairement comprendre qui ils étaient et pourquoi ils avaient agi comme ils l’avaient fait. Tu étais dans la salle. Tu as vu leurs réactions. Ils ne leur feront pas de mal, je t’en donne ma parole.

Merill tendit à Vincent deux petites seringues en plastique à l’aiguille courte et fine comme un cheveu.

- Une pour chacun, monsieur Valentine, murmura-t-il en désignant la porte du couloir. Idéalement ici, à la base du cou, ou sur la nuque. La poitrine ou le dos feront aussi l’affaire mais ce sera un peu plus long.

L’ancien turk se saisit des seringues, les dissimula sous un pli de sa cape et sortit dans le couloir.

Reno était adossé au mur avec une mine de profond ennui.

- Eh ! Vincent ! lança le rouquin. Je me voyais déjà condamné à passer le reste de la nuit à compter les pierres du mur.

- Rude n’est pas avec toi ?

- Il est parti nous chercher un casse-dalle. On a rien avalé depuis ce matin et j’ai vomi mes tripes toute la soirée grâce à toi !

L’interpellé sourit.

- Désolé.

- Bah ! J’ai connu pire. Alors ? Comment ça se passe là-dedans ?

- Bien. Tout est calme. Dis-moi, tu… tu aurais une cigarette pour moi ?

Le turk écarquilla les yeux.

- Tu fumes, toi ?

- Ca m’arrive, oui. Quand je suis un peu nerveux.

Reno s’approcha en tendant son paquet de cigarettes blondes et Vincent raffermit sa prise sur l’une des deux petites seringues.

…à suivre

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XIII - Les chaînes de la liberté

«Un fils ne voit pas sa mère avec les yeux de tout le monde,

il est même souvent le seul à voir sa beauté.»

Friedrich Dürrenmatt

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Les résultats de ce traitement intensif au mako furent, vous vous en doutez, impressionnants.

Sur l’écran, les garçons étaient une fois encore à l’entraînement.

Ils avaient perdu leurs courbes et leur maladresse d’adolescents. Les épaules s’étaient encore élargies, les torses s’étaient développés, les bras et les jambes avaient pris de la vigueur et les traits des visages s’étaient affirmés.

- Les jumeaux ont vingt-cinq ans, ici. Kadaj, presque dix-neuf.

- Ils sont exactement tels qu’on les a rencontrés, remarqua Cloud en voyant Loz armer l’étrange double griffe métallique fixée à son avant-bras gauche.

Cette fois, les adversaires les dépassaient très largement en nombre dans le caisson de simulation. Impossible de les compter, il paraissait en sortir de partout. Et il était presque tout aussi impossible de suivre des yeux les mouvements des garçons tant ils étaient vifs.

- Bon sang… Mais ils sont rapides comme des balles ! s’exclama Cid.

- Et tout aussi dangereux, renchérit Shalua. Regardez cette séquence.

Au centre de l’écran, ils virent Loz, jambes fléchies, frapper à toute force le sol devant lui.

Le temps d’un clignement de cils, les « ennemis » s’étaient volatilisés et les lumières rallumées, dévoilant ce qui avait été le plancher métallique du caisson et la dalle de ciment qui le soutenait réduits littéralement en compost.

- Mais c’est pas vrai ! hurla une voix enragée dans le micro. Qui m’a fichu un abruti pareil !

Loz haussa piteusement les épaules mais tout le monde remarqua l’ombre de sourire qui planait sur ses lèvres faussement boudeuses.

- Désolé ! cria-t-il en direction du miroir sans tain avec une grimace de benêt. J’ai pas fait exprès !

Yazoo se détourna pour dissimuler un rire.

- Pas exprès, je t’en ficherai ! Celle-là, tu vas la sentir passer, J8 ! Je te le garantis !

- Ce type vient de réduire en confettis une dalle de ciment armé d’un seul coup de poing ? s’étrangla Barret.

Shalua hocha la tête.

- Moi, soupira Cloud, il m’a jeté une moto à la figure en équilibre sur un bras et à la seule force des jambes.

Barret éclata de rire mais se reprit vite en remarquant que le Soldat n’avait pas l’air de plaisanter.

- Tu déconnais, là…

- Non.

- Le mako a démultiplié sa résistance osseuse, qui atteint les 50 daN par millimètre carré, expliqua Shalua, faisant se récrier bruyamment Cid.

- Impossible ! affirma celui-ci.

- Pourquoi ? Ca fait tant que ça 50… machin truc là ? s’enquit Yuffie.

Cid se tourna vers elle, sarcastique.

- 50 daN par millimètre carré, c’est la limite de résistance à la casse des meilleurs aciers, gamine !

- En effet, acquiesça Shalua.

- Oh mazette ! s’exclama l’Utaïenne. Tu imagines un poing pareil lancé à pleine vitesse dans les dents, Tifa ? On peut dire que tu as eu de la chance !

Ils poursuivirent leurs comparaisons, chacun y mettant qui son grain de sel, qui sa perplexité, mais Tifa ne suivait plus la conversation, ébranlée par ce que venait de dire sa jeune amie.

De la chance ? Elle n’en avait pas eue, justement ! Elle s’était retrouvée à la merci de Loz en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.

Oh ! Bien sûr, au début, durant quelques minutes, elle avait bien cru mener le combat et lui faire mordre la poussière mais…

« Il aurait pu me tuer… » réalisa-t-elle soudain. « Il aurait pu m’écraser comme une punaise dès de débout. »

Mais il ne l’avait pas fait.

Pourquoi ?

Elle leva le regard vers l’écran et fixa l’image figée de Loz comme s’il allait lui fournir une réponse.

« Pourquoi ne m’as-tu pas tuée ? Pourquoi m’as-tu laissé te malmener comme je l’ai fait ? Tu aurais pu m’arracher la tête d’une simple chiquenaude dès le début…»

Elle fronça les sourcils, couvrit sa bouche de sa main, en pleine réflexion, et un parfum sucré lui chatouilla les narines.

Cette odeur… Presque imperceptible et pourtant…

Son coeur manqua un battement et elle regarda ses doigts comme s’ils lui avaient brûlé les lèvres. Ils portaient encore son odeur.

Puissant, brutal, des os résistants comme de l’acier mais la peau si douce…

Une image obsédante dansa dans sa mémoire, un souvenir qu’elle avait essayé d’enterrer au plus profond d’elle-même mais qui l’avait marquée comme au fer rouge, lors du combat qui l’avait opposée à l’argenté. Celle d’un homme incroyablement séduisant, un demi sourire sur ses lèvres sensuelles et les yeux flamboyants au milieu d’une pluie de pétales de fleurs…

- Tifa ? Ca va ? Tifa !

Elle sursauta et s’aperçut que tout le monde avait tourné la tête vers elle.

- Ca va, ma grande ? insista Shalua. On dirait que quelqu’un vient de marcher sur ta tombe.

Elle rougit et acquiesça vigoureusement.

- Oui, oui, très bien ! Je… Je réfléchissais, c’est tout !

- Tu es certaine que ça va aller ? insista Cloud, inquiet.

- Bien entendu, voyons ! Je… Nous pouvons continuer. Pardon de vous avoir fait peur. Tout va très bien, je vous assure.

Shalua lui sourit et reprit place sous l’écran géant.

- Les images que vous allez voir à présent sont les dernières que nous ayons d’eux dans le laboratoire du cratère nord. Shelke, tu peux y aller.

Une date s’afficha à l’écran puis la séquence vidéo montra le laboratoire en pleine effervescence. Ou en plein déménagement, plutôt.

Au fond de la grande pièce, la chambre des trois argentés était toujours là, séparée du laboratoire par la même grande vitre blindée qui leur interdisait toute intimité.

Tous trois y étaient enfermés, encore vêtus des shorts et T-shirts noirs avec lesquels ils dormaient, et suivaient l’agitation ambiante avec appréhension, ne comprenant visiblement pas ce qui se passait. A cette heure, ils auraient dû être douchés, nourris et à l’entraînement depuis longtemps.

- Ils déménagent les installations ? s’enquit Cloud.

Etonnés par ce qu’ils voyaient, ni lui ni aucun membre d’AVALANCHE ne s’était aperçu qu’à l’apparition de la date sur l’écran, les turks présents et Rufus avaient soudain pâli.

- Le projet a été arrêté, oui, confirma la jeune scientifique.

- Pourquoi ? s’enquit Barret. Ca avait l’air de fonctionner.

- En fait, non. Il était plus qu’évident que nos trois amis étaient trop… incontrôlables. Ils n’avaient rien des machines de guerre obéissant aveuglément aux ordres que l’on avait voulu en faire. Pire : leur attachement mutuel passait avant les intérêts de la Shinra et ça, c’était inacceptable pour cette dernière. D’autant plus que les résultats des recherches sur le mako purifié et les tests in-vivo pratiqués par Hojo qui avaient suivi, eux, furent un succès total. La Shinra a donc estimé que rien ne justifiait plus les budgets alloués aux recherches entreprises dans le cratère Nord.

- Mais… que vont devenir les mômes, alors ? s’enquit Cid.

- Tu vas comprendre dans une minute, assura Shalua d’une voix blanche.

Le laboratoire était presque vide, à présent.

Ne restait plus que quelques meubles, les trois argentés enfermés dans leur cage de verre et les deux scientifiques à qui Hojo avait abandonné le projet comme on se refile une patate chaude.

L’un d’eux se saisit une grande bouteille métallique contenant un gaz liquide indéterminé et la brancha à la place de la réserve d’oxygène qui alimentait la chambre des garçons.

Ces derniers le regardaient faire sans comprendre et échangeaient des regards inquiets.

- Dépêche-toi, qu’on en finisse ! s’emporta le second scientifique.

Son confrère actionna la valve et un gaz jaunâtre particulièrement lourd commença à se répandre sur le sol de la chambre hermétiquement close.

- Par la Déesse… jura Cid. Ils vont les tuer.

Barret n’en revenait pas.

- Vingt-cinq ans… murmura-t-il, écoeuré par tant d’indignité. Ils les ont vu grandir et devenir des hommes pendant vingt-cinq ans et ils vont les exterminer comme des cafards… Oh ! mon Dieu…

Kadaj fut le premier à ressentir les effets du poison. Il agrippa sa gorge à deux mains en essayant désespérément de reprendre son souffle et Yazoo se précipita vers lui pour plaquer un coin du drap contre sa bouche et son nez.

On ne pouvait entendre ce qui se disait derrière la vitre mais Yazoo paraissait supplier Loz, qui entreprit aussitôt de frapper le verre sécurisé à coups redoublés.

Sans aucun effet.

L’un des scientifiques recula d’un pas mais son camarade le brocarda.

- Inutile de t’en faire, imbécile ! Ca peut résister à l’impact d’un canon mako !

Yazoo commençait lui aussi à suffoquer et Loz tapait de toutes ses forces sans même parvenir ne serait-ce qu’à faire trembler le blindage.

Ses os avaient peut-être la résistance de l’acier mais ce n’était le cas ni de ses muscles ni de sa peau nue. A force de frapper sans discontinuer et sans gants pour le protéger, l’épiderme de ses phalanges éclata, tant et si bien que la vitre fut bientôt éclaboussée de sang et de cartilage.

- Oh ! Putain… gémit Reno, écoeuré.

Kadaj et Yazoo s’écroulèrent et Loz frappa de plus belle, avec l’énergie du désespoir.

- Mais il est increvable, ce crétin ! ronchonna l’un des scientifiques.

- Oh… c’est pas vrai, gémit le second en reculant.

- Quoi ?

- Là… bredouilla son collègue en désignant le centre de la vitre. La fissure !

- Quelle fiss… ? Oh ! Merde !

L’homme déclencha le système d’alarme à distance et composa fébrilement un numéro sur le téléphone de secours.

- Ici poste 524F, nous avons une alerte rouge ! Vous m’entendez ? Alerte rouge ! Dépêchez-vous ! Un de ces fils de chacal a réussi à fendre la vi…

La vitre blindée éclata d’un seul coup, envoyant se ficher dans chaque recoin du laboratoire des morceaux verre coupants comme des rasoirs, et les deux scientifiques s’écroulèrent, transpercés de toute part.

A demi sonné par les effets du gaz, Loz réussit tout de même à fermer la valve de la bouteille, à actionner la ventilation d’urgence et à traîner ses deux frères à l’autre bout du laboratoire, le plus loin possible du petit nuage de gaz toxique aux particules aussi lourdes que de la farine tamisée.

Il s’écroula à genoux au milieu des débris de verre et vomit un long filet de bile avant de prendre son jumeau et leur cadet dans ses bras ensanglantés pour leur éviter de se couper avec les tessons qui jonchaient le sol.

- Yazoo… supplia-t-il. Yazoo, réveille-toi ! Yazoo ! Yazoo !

- Kadaj… gémit celui-ci. Comment va Kadaj ?

Ce dernier toussa brutalement en reprenant connaissance et rendit le contenu de son estomac à plusieurs reprises avant de s’écrouler, choqué et totalement désemparé, dans les bras de Yazoo.

- Loz, tes mains… réalisa celui-ci en voyant le sang goutter sans discontinuer.

- C’est rien, ça va cicatriser. Qu’est-ce qu’on va faire, Yazoo ? demanda-t-il, un sanglot dans la voix.

Son jumeau secoua la tête, désemparé.

- Nous devons partir d’ici. Dès que la Shinra saura que nous sommes toujours vivants, ils enverront quelqu’un pour terminer le travail.

- Partir ? Mais pour aller où ?

- Je ne sais pas, Loz, murmura son jumeau en berçant leur benjamin, qui s’était roulé en boule dans ses bras. Je ne sais pas…

- Mais nous ne sommes jamais allés dehors.

- Je sais… Mais il faut y aller quand même, Loz. On se débrouillera, tu verras.

- Tu en es sûr ?

- Non… Mais il faut essayer. Nous n’avons pas d’autre choix, de toute façon.

Kadaj éclata en sanglots et s’accrocha au léger t-shirt de son frère comme si sa vie en dépendait.

Gagné par la panique et le désespoir, Yazoo se mordit les lèvres pour ne pas se mettre à pleurer à son tour et enfouit son petit visage dans la poitrine de son jumeau.

Ils restèrent tous enlacés ainsi un long moment, sous le regard à la fois compatissant et révolté des spectateurs.

- Regardez bien Kadaj, intervint Vincent. Ne le quittez pas des yeux et vous verrez Jenova prendre le contrôle de ces garçons pour ainsi dire « en direct ».

Mais, de dos et blotti dans les bras des jumeaux, Kadaj paraissait seulement sangloter comme un petit garçon désemparé.

Jusqu’à ce que, soudain, au bout de longues minutes, ses tremblements cessent…

Il redressa la tête, comme s’il tendait l’oreille.

- Ca va ? s’enquit Yazoo en lui caressant les cheveux. Tu te sens mieux ? Nous dev…

Kadaj écarta sa main, ce qui parut fortement choquer son frère, et se redressa d’un bond.

- Kadaj ! gronda Loz. Reviens ici, tu vas te couper les pieds !

Toujours dos à la caméra, l’attitude du benjamin n’avait plus rien de résignée ou de misérable.

- Vous entendez ? demanda-t-il.

Les jumeaux froncèrent le sourcil et échangèrent un regard circonspect.

- Entendre quoi, Kadaj ?

Se saisissant de l’une des trousses de première urgence placées près des extincteurs aux quatre coins du laboratoire, Yazoo entreprit le soigner et de bander les mains de son jumeau.

- Kadaj ? insista-t-il, inquiet.

- Vous n’entendez vraiment pas sa voix ?

- Entendre la voix de qui, Kadaj ? demanda Loz en grimaçant sous l’effet de l’antiseptique que son frère faisait couler généreusement sur ses plaies.

Leur cadet éclata de rire, les figeant sur place.

- Bien sûr que vous ne pouvez pas l’entendre. C’est moi qu’elle a choisi pour être sa voix dans ce monde.

- Mais enfin, de quoi tu parles ?

Kadaj se tourna alors vers eux et chacun pu remarquer son regard fou, y compris ses frères.

Fou ? Non. « Habité », plutôt.

- Elle, chuchota-t-il. Elle me parle, elle m’appelle ! Ils ont essayé de nous éloigner d’elle mais, maintenant que nous sommes libres, elle brûle de retrouver ses enfants. Il nous faut la rejoindre. A tout prix !

- Mais… qui ? insista Loz.

- Elle, mon frère. Notre mère !

- On a une mère, nous ? demanda l’aîné à son jumeau, circonspect.

Kadaj prit son visage entre ses mains.

- Tous les enfants ont une mère, Loz ! Une mère qui les aime et qui les attend, une mère qui sera toujours là pour eux. Nous ne sommes ni seuls ni perdus ! Elle est ici ! Nous devons la retrouver et retrouver nos frères !

Il serra ses aînés contre lui et rit avec tendresse.

- Tout est si clair à présent ! Si clair ! Je nous guiderai jusqu’à elle, vous verrez. Je vous transmettrai ses paroles. Sa voix est si douce… Elle nous aime tellement… tellement… Ne la sentez-vous pas en vous ? C’est elle qui nous a fait de nous des êtres exception, si différents de ces humains si faibles ! Mère… Jenova…

Yazoo tressaillit.

- Jenova ? Ce n’est pas nom du projet qui…

- Si, mon frère, le coupa Kadaj. Du nom de notre mère, dont les cellules sont notre chair… Je-no-va. Jenova ! Venez. Venez, je vous guiderai !

- Kadaj ! cria Yazoo. Reviens ici tout de suite !

Mais son frère quitta la pièce en courant sans tenir compte des éclats de verre qui jonchaient le sol et les jumeaux durent se lancer à sa poursuite.

Ils disparurent du champ de la caméra et l’horloge au bas de l’écran défila à vitesse accélérée jusqu’à 17h18.

Elena, ne pouvant se contrôler davantage, éclata en sanglots discrets et Tifa, assise à côté d’elle, lui posa la main sur l’épaule.

- Eh… Ca ne va pas ? Tu…

- Ils sont ici ! fit la voix d’Elena à l’écran en apparaissant à l’image.

Tseng pénétra à son tour dans le champ de la caméra.

- Qu’est-ce qui s’est passé, ici ? Qui a pu faire ça ?

- On dirait des traces de sang, là. Va se dirige par là-bas.

Ils quittèrent la pièce et leurs voix se firent entendre hors champ.

« Tseng, regarde ça ! Oh… c’est répugnant ! »

Des coups de feu retendirent alors.

« Merde ! C’est qui, ces mecs ? »

Nouvelles rafales.

« Elena ! »

« Non ! Va-t-en, Reno ! Remonte dans l’hélico ! Remonte dans l’hélico ! »

Shelke arrêta la projection et les lumières se rallumèrent dans la salle de conférence.

Un silence de mort régnait dans l’assistance.

- La suite, murmura Shalua, vous la connaissez tous. Je… Pardonnez-moi.

Son téléphone vibrait dans sa poche.

Elle décrocha et blêmit.

- Shalua ? s’enquit Rufus. Tout va bien ?

- J’arrive tout de suite, Merill ! fit-elle en se précipitant vers la porte. Essaye de l’intuber !

Vincent se redressa.

- Shalua ! Qu’est-ce qui se passe ?

- Yazoo ne respire plus ! cria-t-elle en fonçant dans le couloir.

Les turks présents dans la salle de conférence tressaillirent et échangèrent un regard interdit, ne sachant plus du tout comment ils devaient réagir.

…à suivre

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XII - Comme un cheval qu’on égorge

« La nature n’abandonne personne au

point de lui ôter tout moyen d’autodéfense. »

Jacob Grimm

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

« J’ai tellement mal, mère… »

« Courage. »

« Pourquoi mon corps me torture-t-il ainsi ? »

« Parce qu’il guérit. »

« Alors je préfère être mort… »

« Ne dis pas ça. »

« Je n’en peux plus… »

« Pense à tes frères, mon fils. Ils ont besoin de toi. »

« Non, c’est d’une mère qu’ils ont besoin… »

« Ton tourment te fait dire des sottises. »

« Ramène-moi, mère… Ramène-moi à la rivière de la vie… Je veux que la douleur s’en aille…»

« Non. »

« Je t’en supplie… »

« Non, mon fils. Je ne la laisserai pas te reprendre. »

« Pitié, mère… J’ai si mal… Si tu m’aimes vraiment… Fais que cela cesse. Je t’en prie… Je t’en supplie… »

« Courage, amour… Courage… C’est bientôt fini, je le te promets. »

***

Les lumières de la salle de conférence s’éteignirent et les trois frères apparurent sur l’écran, au centre du plateau d’un simulateur de combat, armés jusqu’aux dents.

Ils avaient grandi et étaient devenus de superbes jeunes gens.

L’aîné, Loz, affichait déjà une carrure impressionnante, des épaules larges et robustes, des reins étroits, joliment cambrés, et des jambes puissantes. Yazoo, lui, était tout en finesse et en souplesse. De grands yeux tristes éclairaient son visage angélique et il ne quittait pas son jumeau de plus de trois pas. Kadaj était le plus petit du trio mais paraissait robuste et hargneux comme un jeune loup.

Leur combat était orchestré comme une danse et leur maîtrise avait de quoi surprendre.

- Quel âge ont-ils ? demanda Tseng, admiratif.

- Les jumeaux, dix-sept ans. Kadaj, douze.

- Impressionnant…

Yazoo rata une réception acrobatique sur le bras de Loz qui plia brutalement.

Les lumières se rallumèrent, les monstres disparurent et Kadaj jura comme un corps de garde en se précipitant vers ses frères, dont l’un avait durement atterri sur le dos et l’autre se roulait littéralement sur le sol en se tenant l’avant-bras, les larmes aux yeux.

- Mais ce n’est pas croyable d’être aussi empoté ! hurla une voix masculine inconnue dans le micro. Qu’est-ce que tu as dans les biceps, J8 ? Du coton ?

Kadaj réagit au quart de tour et bondit sur la vitre fumée qui les séparait des scientifiques, frappant à coups de poing et de pied, fou de rage.

- Viens ici, si tu as quelque chose à nous dire, ordure ! Allez, ose le dire en face ! Viens ! Viens ! Viens, je t’attends !

Yazoo se redressa tant bien que mal et tituba vers lui pour le ceinturer par derrière et le faire reculer.

- Arrête, Kadaj… On va avoir des ennuis. Ca suffit !

Mais son cadet ne l’entendait pas de cette oreille et se débattait comme un beau diable entre ses bras, insultant les scientifiques et leurs géniteurs dans un même élan de grossièreté.

- Kadaj, arrête ! Tu vas te…

Un violent coup de coude involontaire de son cadet l’étourdit et il tomba à genoux, relâchant son étreinte.

Kadaj, à nouveau libre de ses mouvements, en profita pour asséner un coup de pied terrible à la vitre teintée, qui vibra comme la peau d’un tambour.

- Sors de ton trou, salopard ! hurla-t-il de plus belle.

Une petite trappe pivota dans le plafond du simulateur et Yazoo lutta pour se remettre debout.

- Non, arrêtez… gémit-il.

- Viens me voir ! s’égosillait toujours son jeune frère qui, aveuglé par la colère, n’avait rien remarqué. Allez, viens me voir !

- Je vous en prie, non ! supplia Yazoo. C’est encore un petit garçon ! Il ne sait pas ce qu’il dit ! Non ! Kadaj !

Il voulut se jeter sur lui pour le protéger du rayon bleu qui jaillit de la petite trappe mais ne fut pas assez rapide.

En moins de temps qu’il n’en faut pour dire, le corps de l’adolescent fut secoué par un choc électrique intense et s’écroula, inanimé.

- Kadaj !

Yazoo serra le jeune corps inerte contre sa poitrine en un geste de protection désespéré et vit Loz se redresser péniblement à genoux, le visage grimaçant baigné de larmes.

- Loz, ça va ?

Se dernier pivota lentement vers lui en tenant son bras blessé, dont le coude formait un angle impossible.

L’articulation avait cassé net et son avant-bras pendait, uniquement tenu par les muscles et les ligaments.

- Loz !

- Merde ! Il ne manquait plus que ça ! ronchonna la voix masculine. Allez me récupérer cet abruti !

Trois hommes armés entrèrent dans le caisson de simulation.

Le plus âgé garda le canon de son arme pointé sur Kadaj inconscient tandis que les deux autres traînaient Loz à l’extérieur sans sollicitude aucune pour ses plaintes déchirantes.

- Quels enfoirés ! cracha Cid au premier rang.

Shelke arrêta la vidéo à la demande de sa soeur et cette dernière s’avança sous l’écran.

- J’ai choisi cette séquence pour mettre en évidence deux éléments d’importance. Le premier est que, à l’époque où cette vidéo a été tournée, Hojo avait revu ses priorités, cessé de s’impliquer personnellement dans le projet depuis deux ans et avait confié ses « spécimens » à deux de ses collaborateurs.

- Avait revu ses priorités ? intervint Barret. Je croyais qu’il n’y avait rien de plus important pour lui que ses expériences sur les humains et Jenova.

- C’est exact. Et c’était toujours le cas. Mais, à cette époque, nous… Moi et mon équipe travaillions parallèlement sur la structure moléculaire du mako. Nous avions mis au point une méthode de purification qui divisait par vingt la quantité de mako nécessaire au fonctionnement des structures d’exploitation. Nos travaux avaient bien sûr pour but la diminution de l’utilisation de cette source d’énergie et la protection des ressources de la planète mais Hojo, lui, était surtout intéressé par un autre aspect du mako purifié : la facilité de son assimilation par un organisme vivant avec des risques réduits d’empoisonnement.

- Encore son obsession de créer une armée de « super-soldats » dopés au mako ?

- Oui, Barret. Je me suis bien sûr opposée à l’approfondissement de l’étude de cet aspect de ma découverte mais… Vous savez tous ce qu’il en a résulté et à quoi nous avons échappé de justesse dix ans plus tard, termina-t-elle avec un regard désolé à sa soeur et tapotant la prothèse de son bras gauche.

Rufus détourna le regard.

- Pendant qu’Hojo entreprenait ses nouvelles expériences sur des « spécimens » selon lui plus « stables » que nos trois argentés, dont ma propre soeur, ses collaborateurs en charge des trois frères de Sephiroth - écartés du nouveau projet - voulurent faire du zèle. Et j’en arrive ici au second point important de l’enregistrement que vous venez de voir : subissant parfois plus de dix-huit heures d’entraînement intensif par jour, désocialisés, maltraités, épuisés, les garçons atteignirent rapidement leurs limites, tant physiques que cognitives, ce qui n’était pas fait pour servir les exigences de leurs nouveaux bourreaux.

- Pourquoi un tel acharnement ? s’enquit Elena.

- L’ambition, répondit Vincent, prenant le relais. Les anciens assistants d’Hojo voulaient prouver à la Shinra que les élèves avaient dépassé le maître, qu’ils avaient été injustement mis de côté et pouvaient faire aussi bien que leur ancien mentor si ce n’est mieux. Une course contre la montre avait débuté ; l’équipe qui fournirait la première les meilleurs « super-soldats » à la Shinra, obtiendrait des crédits de recherche et des possibilités inimaginables. Mais les anciens élèves d’Hojo avaient commis une erreur de taille en pensant que les cellules de Jenova pouvaient pallier les pires abus, sévices ou lésions. Ils avaient pris Sephiroth pour référence en oubliant qu’il avait fallu à ce dernier des années pour développer totalement ses capacités et que ses frères - ou ses fils, comme vous préférerez - n’étaient encore que des adolescents. Précoces, certes, mais adolescents tout de même. Ils n’avaient encore ni la maturité physique, ni la stabilité psychique nécessaires au rôle qu’on voulait leur imposer. Ces apprentis sorciers voulurent alors forcer la main à la nature.

Il fit signe à Shalua de poursuivre.

- Comme je vous l’ai dit, si Hojo s’intéressait tant au mako purifié, c’était en raison de ses qualités d’assimilation avec des risques réduits d’empoisonnement. Les cellules de Jenova - lorsqu’elles n’étaient pas rejetées par l’organisme dans lequel elles étaient injectées, bien sûr - avaient beau réduire ce risque d’intoxication, les quantités de mako non purifiés acceptables étaient quand même minimes et présentaient de grands risques de malformation et de dégénérescence.

- Le problème des scientifiques était donc insoluble, nota Tseng.

- En effet. Nos apprentis sorciers optèrent donc pour un calcul aussi stupide que dangereux : si « mako = puissance » et que les cellules de Jenova facilitaient l’assimilation de celui-ci alors plus le pourcentage de cellules de Jenova serait important dans un organisme donné, plus la quantité de mako tolérée par ce même organisme serait élevée. Et pour tester leur théorie, Hojo leur avait laissé le cobaye idéal…

Elle fit signe à sa soeur, qui reprit la projection.

Des exclamations choquées et des jurons retentirent dans la salle lorsqu’un Yazoo hurlant de terreur apparut sur l’écran géant.

Sanglé comme un animal à une table de dissection, il se débattait avec l’énergie du désespoir pour échapper aux injections mortelles.

- Echec total, annonça Shalua d’une voix forte pour se faire entendre entre les cris stridents et Shelke arrêta à nouveau la vidéo. Son organisme réagit presque immédiatement combattant les nouvelles cellules comme s’il s’agissait de véritables virus.

- Pourquoi ? demanda Tseng, surpris. On leur en avait pourtant déjà injecté alors qu’ils n’étaient que des foetus, non ?

Shalua hocha la tête.

- Là réside peut-être l’explication : le système immunitaire des foetus était en formation et encore trop faible pour combattre l’envahisseur. Il l’aurait donc assimilé - entendons-nous bien, je ne soumets là qu’une hypothèse. Ne restait donc qu’une solution - bien digne d’anciens disciples d’Hojo : repousser les limites et tant pis pour les risques.

- A savoir ?

- Saturer les organismes des garçons de mako concentré jusqu’à la limite critique en espérant que les cellules de Jenova transmises par leur géniteur et par les injections prénatales seraient suffisantes pour leur éviter un empoisonnement mortel. Mais un autre problème, technique celui-là, se posait : comment injecter une telle concentration de mako sans dégâts ? Jusque là - comme c’était le cas des miliciens du Soldat, par exemple - on procédait par voie cutanée. En laissant baigner le corps du sujet dans une solution gazeuse plus ou moins concentrée, le mako pénétrait dans l’organise peu à peu par les pores de la peau. Hormis les effets secondaires plus ou moins violents, l’assimilation en elle-même, de par la légère concentration de principes actifs, était pour ainsi dire indolore et sans conséquences physiques immédiatement néfastes. L’injection directe de mako concentrée, en revanche, pose de nombreux problèmes. Shelke…

La vidéo reprit et les spectateurs frémirent d’horreur dans leur chaises en voyant le corps dénudé et inconscient de Yazoo, couvert de plaies suintantes et de ce qui ressemblait à des brûlures d’acide à vif.

- Oh ! Merde… C’est quoi, ça, encore ? gémit Reno, au bord de la nausée.

- Des essais, laissa tomber Shalua d’une voix étranglée.

- Des… quoi ?!

- Les scientifiques firent des essais de type d’injection et de divers pourcentages de concentration de principes actifs. Au-delà de vingt pour cent de mako brut pur, la solution, extrêmement acide, a le temps de faire fondre la peau et les muscles avant d’être totalement assimilée.

Reno se prit la tête dans les mains, consterné, incapable de détacher les yeux de la peau bleutée, si fine, rongée par les plaies purulentes.

- Putain de bordel de merde… Dis-moi que s’il est inconscient, c’est parce qu’on l’a shooté avant de faire ça !

Shalua préféra ne pas répondre et le turk laissa échapper un grognement qui aurait pu passer pour un juron étouffé.

- Il a résulté de ces « tests » que, pour les scientifiques en charge du projet, le meilleur moyen de procéder était par injections médullaires de doses à quarante sept pour cent de mako.

Laissant la scientifique poursuivre ses explications, Reno se pencha en avant, à l’oreille d’Elena.

- Toi qui as dû apprendre par coeur « l’encyclopédie médicale pour petite filles sages », chuchota-t-il, C’est quoi, des injections modulaires ?

- Médullaires, le reprit la jeune femme avec un regard glacial. Des injections dans la cavité médullaire.

- Tu ne peux pas être un tantinet plus claire ?

- Le trou dans les vertèbres qui contient la moelle épinière, abruti.

Agacée, Elena lui fit signe de regarder l’écran.

Yazoo avait été étendu sur le ventre et attaché à un lit par de solides sangles de cuir épais. Il se débattait dans ses liens comme un animal pris au piège mais Reno n’avait d’yeux que pour la seringue remplie de liquide verdâtre que tenait un homme en blouse blanche ganté et masqué d’un écran anti-projections.

Chose étrange, la seringue ne comportait pas d’aiguille et le turk en comprit vite la raison en voyant un second homme s’approcher avec un curieux objet en forme de T qui ressemblait davantage à un outil de menuisier qu’à un instrument médical.

- La seringue est en verre et l’aiguille en titane, expliqua Shalua. Une telle concentration de mako ferait fondre le plastique et rongerait l’acier chirurgical.

Après avoir choisi un endroit précis entre les omoplates, le bourreau en blouse blanche raffermit sa prise sur son ustensile, laissant dépasser l’épaisse aiguille creuse de son poing fermé entre les troisièmes phalanges du majeur et de l’annulaire, comme s’il s’apprêtait à déboucher une bouteille de vin.

C’est d’ailleurs ce même mouvement circulaire qu’il effectua pour enfoncer l’aiguille entre deux vertèbres.

Yazoo étouffa un cri dans les draps aseptisés et la plupart des regards se détournèrent de l’écran, le coeur au bord des lèvres.

Reno, lui, était paralysé à la fois par la nausée et par une sorte de fascination morbide.

En trois puissantes rotations, l’homme enfonça l’aiguille de quatre bons centimètres dans l’épine dorsale et son confrère fixa la seringue au centre de la barre transversale du T, dont le corps était l’aiguille creuse.

Yazoo sanglotait tout doucement et se forçait à l’immobilité, chaque contraction musculaire augmentant probablement la douleur provoquée par la tige de métal glacial plantée entre ses deux vertèbres.

Barret se leva brutalement.

- Tu es vraiment obligé de nous monter ça, Vincent ? explosa-t-il, profondément ébranlé. Tu crois qu…

Il ne put finir sa phrase, coupé en plein élan par le cri inhumain qui retentit alors dans les haut-parleurs.

Tifa, le visage détourné de l’écran, dut serrer ses mains l’une contre pour s’empêcher de se boucher les oreilles, ce que n’hésitèrent pas à faire Yuffie et Elena.

Jamais la jeune femme n’avait entendu un tel hurlement.

Ce qui n’était pas le cas de Rude, qui paraissait s’être changé en statue de pierre.

Oui… il se souvenait même très bien de ce genre de cri ; jamais il ne pourrait l’oublier.

Quel âge devait-il avoir ? Huit ? Neuf ans peut-être.

Son père, anthropologue amateur passionné de traditions rurales, l’avait emmené passer des vacances dans un petit village du sud de la région des prairies et ils étaient arrivés le jour de la mise à mort d’un cheval blessé.

Rude avait cru qu’il était grand, alors, presque un homme - huit ans, déjà ! - et qu’un homme devait supporter la vue de la mise à mort d’un futur steak.

Hélas, la mise à mort en question ne fut pas comme il l’avait imaginée, ou vue dans les films, rapide et nette d’une balle entre les deux yeux et la monture ressemblait à tout sauf à un morceau de viande.

Il s’agissait d’un animal bien vivant, au regard doux frangé de longs cils, à la robe brillante et à la jolie crinière blonde.

Le garçonnet avait ressenti la douleur de l’animal avec une empathie terrifiante, comme si les muscles, tendons et veines qui se décollaient lentement de l’os sous le va-et-vient insupportable du fil aiguisé du couteau du boucher étaient ceux de sa propre gorge.

Mais le pire, c’était les cris…

Rude n’oublierait jamais les hurlements atroces de la pauvre bête, cette impression que ses cordes vocales sanguinolentes palpitantes et torturées allaient jaillir de la gorge progressivement tranchée pour venir s’écraser avec un bruit mat et gluant sur ses chaussures de randonnée neuves.

C’était un cri semblable qui s’était échappé des haut-parleurs…

Le piston de la seringue poussa les dernières gouttes de mako dans la moelle épinière de Yazoo qui haletait, à présent, la bouche grande ouverte sur un hurlement muet. La souffrance qu’il endurait était devenue trop grande pour s’exprimer par des cris mais, hélas pour lui, il ne perdit pas connaissance.

- Ca ira, Shelke, intervint Vincent d’une voix tout juste audible.

La jeune fille arrêta la projection et la tension dans sa salle de conférence retomba un peu.

- Mais quels… quels fils de pute ! laissa échapper Cloud.

Barret, lui, s’était laissé retomber sur sa chaise et secouait gravement la tête.

- Rude ? s’inquiéta Reno en voyant le visage décomposé de son acolyte. Ca va, mon pote ?

- Non, répondit ce dernier, le visage dans la main et saisi d’une rage incontrôlable qu’il ne savait contre qui tourner.

A moins, bien sûr, qu’on ne lui fasse le plaisir de le laisser quelques secondes avec les hommes en blouse blanche…

Oh, oui… Juste quelques secondes !

- Juste quelques secondes avec ces salopards… siffla-t-il entre ses dents.

Il sentit la main de Reno se poser sur son épaule et essaya de reprendre un semblant de contrôle de soi.

Shalua s’avança et toussota.

- Les tests sur J9 permirent de déterminer la posologie en mesure d’être supportées par ses deux frères en fonction de leur résistance, leur âge et leur poids respectifs.

L’auditoire, mortifié, se replia sur lui-même dans des attitudes diverses de rage impuissante ou d’épuisement consterné, attendant les conclusions avec anxiété.

- Yazoo, reprit-elle d’une voix blanche, reçut dix-huit injections pendant neuf jours, à raison d’une toutes les douze heures, avant de commencer à présenter des signes évidents d’empoisonnement.

Elle vit Cid fermer les yeux et presser sa main sur sa bouche pour ne pas jurer.

- Kadaj reçut trente-huit injections, poursuivit-elle, déclenchant des réactions effarées. Et Loz, comme les scientifiques s’y attendaient, fut celui qui résista le mieux.

Elle sentit l’auditoire retenir son souffle.

- Il en reçut soixante-douze, laissa-t-elle tomber d’une voix tout juste audible, aussitôt recouverte par des exclamations choquées.

- Soixante-douze ? répéta Tifa, incrédule. A raison d’une toute les douze heures ? Tu veux dire qu’ils… qu’ils lui ont fait subir ça pendant plus d’un mois ? insista son amie en tendant un doigt tremblant vers l’écran.

Shalua acquiesça tristement et une chape de plomb tomba sur l’assistance.

- Quelques secondes… répéta Rude entre ses dents, les mâchoires serrées à craquer. Juste quelques secondes avec ces fils de pute…

…à suivre

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Part 2 - Dans l’espace, personne ne vous entendra crier : “Oh, non ! Pas eux !”

Intérieur vaisseau. Coursive : Reno, Sephiroth, Cid, Cloud, Kadaj, Loz, Yazoo, Weiss, Nero.

Reno (en enfilant un gros scaphandre) : Au fait… Pourquoi c’est moi qui dois y aller, d’abord ?

Sephiroth : On a pas de scaphandre avec la place pour mon aile.

Reno (regard noir) : Toujours une bonne excuse…

Cid : Allez préparer le sas hermétiquo-spatial de décontamination cosmique Alpha Y12 !

Reeve : T’es payé au mot ? Qu’est-ce que tu veux décontaminer ? Ils viennent de l’espace. Y’a rien qui peut vivre dans l’espace, et surtout pas des micro-organismes !

Loz regarde les pieds de Vincent et ouvre la bouche pour faire un commentaire enthousiaste.

Vincent (trèèèès menaçant) : Si j’entends un mot sortir de ta bouche…

Il referme son gant métallique devant le nez de Loz avec un bruit sinistre, comme s’il écrasait quelque chose.

Loz (une main protectrice sur ses parties intimes et l’autre désignant les hommes à l’écran) : Rien ne vit, rien ne vit… Et eux ? Ils vivent pas dedans p’être ?!

Kadaj (tordant le nez) : Ca… on verra à l’autopsie.

Reeve : Techniquement parlant, si on fait une autopsie, c’est qu’ils sont morts. Et s’ils sont morts, c’est qu’ils ne vivent pas. Logiquement. Enfin à moins d’être des morts-vivants, bien sûr. Encore que techniquement parlant…

Cloud : Tu veux aller déboucher les gogues avec ta technique ?

Kadaj : Grand fr… Sephiroth ! Le sas est prêt !

Reno (en aparté à Cloud) : Encore un pistonné, ça.

Cloud (en aparté à Reno) : T’es mal placé pour dire ça, vu ton ignorance totale du fonctionnement du Startrash qui nous fait perdre plus de temps que si t’étais pas à bord… Je me demande bien comment t’as gagné ta place ici, d’ailleurs. Y’a marqué quoi, comme fonction, sur ta feuille de paye ?

Reno (vexé, marmonne) : mllsponsmrltrp…

Cloud : Hein ? J’ai pas entendu.

Reno (boude, s’éclaircit la gorge et récite) : « officier responsable du maintien de l’ambiance et chargé de veiller au moral vainqueur des troupes. »

Cloud (bouche bée) : C’est bien du langage administratif, ça !

Loz : Des troupes t’as dit ?

Reno (renfrogné) : C’est s’kiya d’marqué sur mon contrat !

Loz (le détaille des pieds à la tête avec un sourire inquiétant à rendre dépressif le requin des dents de la mer) : J’crois que mon moral aurait besoin d’un petit coup de main, dès que t’auras un moment…

Reno passe par une gamme de couleurs rouges-rosées et préfère s’enfuir en courant vers le sas (enfin courir… C’est un bien grand mot ! Se déplacer aussi vite que son scaphandre le lui permet, du moins).

Reno (crie depuis le sas) : Ca y est ! J’y suis ! J’suis parti ! J’suis plus là !

Loz (en aparté) : Tu perds rien pour attendre…

BOUM BOUM BOUM (Bruit de du cœur de Yazoo qui se met à battre de désespoir comme la grosse caisse de la garde républicaine.)

Loz (tendant l’oreille) : Tiens, le joint de culasse à encore lâché ?

VLAAAAAAAAAN ! (gifle de Yazoo à décoller la tapisserie)

Yazoo : Au premier mouvement d’approche du rouquin j’t'arrache les yeux, je les accroche à tes oreilles et j’attache le tout avec tes boyaux pour m’en faire un collier ! C’est clair ?

Loz (la main sur la joue et des grosses larmes dans les yeux) : M’enfin…

Vincent (ignorant la scène avec application) : Amiral, Reno vient d’opérer l’approche et l’arrimage des deux corps étrangers et amorce à présent la phase de déplacement dans la direction approximative du sas alpha tango charlie Y 12.

Cid : Tu pourrais pas dire “Ils les a attrapés et il revient par ici”, non ?

Vincent : C’est toi qu’as commencé à te la péter avec ton sas alpha machin truc !

Tout le monde attend impatiemment que le sas ait fini de se remplir d’air et les portes d’acier au tungstène s’ouvrent dans un chuintement métallique (pour autant que du métal puisse chuinter). Reno, toujours engoncé (c’est un mot qui m’amuse assez, aussi, celui-là) dans sa combinaison spatiale dernier modèle, se débat avec son casque. Les deux rescapés, eux, en voyant la fine équipe, ont les épaules qui descendent de 20 cm (au moins).

Vincent (chuchote à l’oreille de Cloud, un peu inquiet, en détaillant l’espèce de camisole de force et le mors que porte le maigrichon brun du duo) : T’as vu c’te dégaine ? Tu crois qu’il est dangereux ?

Cloud (chuchote à l’oreille de Vincent, pas très rassuré non plus) : P’tet qu’il mord… C’est pour ça qu’on lui a mis une muselière…

Cid (posture style « Héros de Manga » : pleine page, une main sur la hanche, l’autre sur l’échancrure de son blouson, l’air martial et concentré, tendu tout entier vers un seul but - qui a demandé : ” le popotin de Vinny ? ” ?) : Je suis le seul maître après Dieu - et encore - sur ce vaisseau. Amiral en chef du Startrash, actuellement en mission d’exploration de l’espace infini, vers les frontières de l’inconnu, vers lesquelles se dirige notre vaiss…

Sephiroth toussote d’un air gêné.

Cid (perd de sa superbe d’un coup et termine plus calmement) : …enfin se dirigera dès qu’on aura fini de réparer et qu’on saura où on est. Mon nom est Cid.

Nero (soupire, consterné, en consultant l’Atlas des mondes parallèles en 789 tomes qu’il a toujours sur lui) : Oui, oui, Cid Highwind, ingénieur mécanicien de génie, pilote émérite, blablabla, on sait… (Marmonne pour lui-même) C’était pourtant bien au deuxième rideau de ténèbres qu’il fallait tourner… J’comprends pas…

Cid (fier comme un chocobo le jour de la saillie) : Ma réputation m’a donc précédé sur votre planète ? C’est où ? On y parle donc de moi ?

Nero : Hein ? Si on veut. Je suppose que notre tête à nous ne dit rien à personne ? Non ? Ca m’aurait étonné… Moi, c’est Néro et mon frère, Weiss.

Weiss (tête baissée, grommelle en direction de son frère) : grmmllgrmlgrml…

Cid : Pardon?

Nero (transperçant Weiss du regard) : Oh ! Ca va, hein ! Je voudrais bien t’y voir !

Kadaj (sautille entre les deux avec le doigt en l’air) : J’ai entendu, j’ai entendu ! Il a dit: “C’est pas vrai, une infinité de mondes parallèles, on pourrait être n’importe où, n’importe quand, mais non, il a fallu que tu nous fasses atterrir au milieu de cette bande de nymphes !”

Yazoo (se réfugiant dans les bras de Loz pour pleurnicher) : Ah ! merde, j’en ai marre qu’on me prenne pour une fille !

Cloud à Reeve : Ca ressemble à Yazoo, les nymphes?

Reeve : Pas que je sache.

Weiss (rouge comme la planète du même nom - pas « Weiss », rouge. Mars ! La planète rouge. Ah ! quand même !) : Pas des nymphes. J’ai dit “cette bande de nymphOs”

Cid (outré, se congèle sur place et siffle de rage comme une bouilloire) : Des… “nymphos” ?

Grand silence.

BBZZZZZZZZZZZZZZ (mouche qui passe)

Nero : C’est pas un terme réservé aux filles, ça ?

Weiss : Sais pas. J’ai pas mon dico sous la main. Ca leur va bien en tout cas.

Vincent (profondément choqué) : Et ça veut dire quoi, ça ?

Weiss avise Yazoo, qui s’est reculé un peu à l’écart et dont le moral est en train de s’élever rapidement sous l’action du coup de main de Loz.

Weiss (pointant un doigt vers eux en prenant un teint de coquelicot.) : Ça veut dire ça, par exemple.

Tout le monde se retourne et assiste à un spectacle affligeant :

Sous une dégoulinade violonesque, anges, libellules, piafs, papillons et autres bestioles romantiques typiques des mangas envahissent la scène en faisant des bruits bizarres et en rebondissent sur la tête des uns et des autres, qui regardent le “baiser le plus amoureux depuis Roméo et Juliette”, agréé par la livre des Records sous surveillance d’huissier, en se retenant les mâchoires avec des élastiques pour ne pas qu’elles cognent sur le sol.

Sephiroth (Essaie d’avaler sa salive pour parler mais il a la gorge plus sèche que le Cosmo Canyon - de honte bien sûr, qu’allez-vous imaginer !) : C’est pas bientôt fini, non ! Quelle honte pour notre nom ! Notre réputation ! Notre famille !

Il sort sa Masamune et SCHBON -CRACK-BABOOM-FSSSSSSSIIMM-PAF !

Explosions, gerbes de lumières, papier peint des coursives réduit en compost, galeries sont soufflées de l’intérieur, débris qui volent dans tous les sens !

(NDLA : Où sont les gars d’I.L.M. quand on a besoin d’effets spéciaux ? Je veux devenir George Lucas à la place de George Lucas !)

Cid (assez effondré) : Bon, alors on a deux argentés inconscients, un décor à refaire et deux étrangers qui semblent nous connaître à garder en observation… J’ai bien résumé la situation ? D’autres dégâts ou d’autres blessés ? Non ? Alors tous à vos postes. Exécution !

Tout le monde s’éparpille pour obéir aux ordres de l’amiral Cid dans un désordre sans nom -comme d’habitude quoi…

...à suivre

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Part 1 - Perdus dans l’espace, cernés par le danger… et en panne !

Voix off : Dans l’espace intergalactique multidirectionnel,  un vaisseau spatial, le Startrash,  voguait…ou plutôt cahotait vers les étoiles, propulsant l’amiral Cid Highwind et son équipage, vers le vide infini, grâce à ses puissants  moteurs hybrides diesel/jus de betterave (sans OGM).

Le producteur : Merde, Robert… C’est quoi cette histoire de betteraves, encore ?

Voix off : C’est des écolos, faut planter le décor, créer l’ambiance, tout ça !

Le producteur : Bah voyons… Et le plein, ils le font où ? Sur Vénus ?

Voix off : Chut ! Ca enregistreuhhh… Ahem ! Je disais donc que l’équipage du Startrash, après avoir échappé de justesse aux guérilleros sanguinaires, aux mouches tse tse, à la chtouille grimpante et à la fièvre aphteuse, voguait vers les étoiles…

…rien…

Voix off : Euh… Images !

…rien…

Voix off : Images !

…toujours rien…

Voix off : J’ai dit : « IMAGES », bordel !

FONDU

INTERIEUR VAISSEAU, SALLE DES MACHINES : Cid, Vincent.

Cid : Comandant Valentine, quelle est notre position ?

Vincent (qui feuillette rapidement son petit kamasoutra de poche illustré) : Euh… Attends voir…

Une pellicule de glace façon banquise se répand à partir des pieds de Cid et recouvre tout le sol de la salle des machines en une fraction de seconde.

Vincent (Pris d’un froid soudain, commence à sautiller d’un pied sur l’autre en se frictionnant les bras.) : Tain, on gèle ici, qu’est-ce qui se passe ?

Une vague de colère à haute tension fait exploser la banquise en grêlons qui s’abattent sur lui en même temps qu’un terrible :

Cid (écarlate) : Je veux parler de la position du vaisseau !

Vincent (largué 20 bornes derrière) : Ah ! Euh… Bonne question.

Cid (effondré) : L’interphone, Vinny, l’interphone…

Vincent (hurlant dans l’interphone relié au pont de commandement) : Sergent Tifa ! Où sommes nous ?

Tifa : Impossible à dire, mon commandant.

Vincent : Gnein ?

Tifa : Le caporal Kadaj a renversé du soda sur les claviers et le sucre a pris…

Cid (braille, vert de rage) : Du soda ?! Sur MES claviers, dans MON vaisseau ? Et qu’est ce que vous attendez pour faire venir l’équipe de maintenance ?

Tifa (manquant d’avaler son stylo supersonique à infrarouges violets) : Oui, amiral. Tout de suite, amiral.

FONDU

INTERIEUR VAISSEAU, PONT DE COMMANDEMENT : Tifa, Cid, Vincent, Yazoo, Loz, Sephiroth, Kadaj.

Tifa (penchée sur le micro de sa console) : Cloud ! Ramène tes fesses sur le pont de commandement !

Cloud (dont la voix grésille dans l’oreillette de Tifa) : Oui ben les guogues, y vont pas de déboucher tous seuls !

Tifa (hystérique) : Ca urge ! (dans un murmure) Le patron est en pétard…

Cloud : Ou est Seph ?

Tifa : Il est pas avec toi ?

Cloud : S’il était avec moi j’te poserais pas question, banane !

Tifa : La dernière fois, il était dans la soute. Y’a un moteur qui tousse, le joint de culasse a pété.

Cloud : Encore ? !

Tifa : Nan, la première fois c’était pas joint de culasse, c’est qu’il s’était pris les cheveux dans les turbines !

Cloud (c’est plus de l’esprit pratique, c’est de la radinerie) : Bah, s’il perd une jambe, il aura des réducs sur les tarifs de la SNCM ! (NDLA :  Société Nationale des Chemins de fer de Midgar. « SNCM, c’est possible » - d’appeler à l’aide ?) Qu’est-ce qu’il fichait dans le moteur ?

Tifa : C’que j’en sais moi ! Avant-hier on l’a bien retrouvé dans le sas d’évacuation du vide-ordures. J’ai bien mis cinq heures à lui décrasser l’aile. Mais magne-toi j’te dis !

Cloud : C’est bon, ça va, je vais le chercher ! Mais vous plaignez pas si ça dégorge !

Cid (qui vient d’arriver sur le pont de commandement avec Vincent) : Lieutenant Yazoo, y a-t-il quand même un moyen de déterminer notre position ?

Yazoo : Ben… On vient de dépasser une planète toute noire. Avant ça, y’en avait une toute verte et toute bizarre et maintenant y’a plus rien…

Cid (qui s’assoit avec difficulté et se donne une claque sur le front - mais non c’est pas l’âge, c’est les émotions fortes) : Mais qu’est ce que je fous avec une bande de bras cassés pareils ! Qu’est ce que j’ai fait pour mériter ça ?

Vincent lui tapote l’épaule, compatissant.

Vincent : Mais, non… Mais, non… Allez, allez…. Ca va s’arranger.

Patapatapatapata (bruit de pas précipités) Chplong (tiens, il a buté sur un truc) Haïïïeee (il s’est fait mal) Drlinglingdroingoingdringdring (bruit de trucs qui dégringolent et…Sephiroth apparaît, en salopette argentée anti-rayonnements-super-design (sans rien dessous), affublé de lunettes de soleil et d’un Walkman sur les oreilles. Il les regarde en faisant une bulle avec son chewing-gum sans sucre.

Sephiroth (décontracté) : S’lut ! Cloud m’a dit qu’y avait eu une cata ? (Loz lève la main et lui montre son clavier, qu’il examine minutieusement) Pffiiuuu ! Ah, ouais…

Loz : Et à part ça ?

Sephiroth (en mettant ses lunettes sur son front) : Faut tout virer !

Cid, Loz, Tifa, Yazoo (catastrophés) : QUOI ?

Sephiroth : les circuits sont bousillés, les boutons sont collés, et l’écran… c’est quoi ce truc gluant sur l’écran ?

Vincent (tout bas à l’oreille de Cid) : Quand je te disais que ça avait giclé…

Loz (qui a tout entendu, mesurant la distance entre son tableau de bord et le fauteuil de commandement d’un regard admiratif) : Ouaouh !

Cid (en toussotant, gêné) : Ahem ! Alors ?

Sephiroth : Alors faut tout changer !

Cid : Non ! Non, non, non et non ! On a besoin de ce tableau de bord tout de suite ! C’est urgent ! Toi comprendre ? U*R*G*E*N*T ! Lis sur mes lèvres ! Read on my lips : URGENT !

Sephiroth : Oui mais… non. Y’a pas d’alternative, désolé.

Loz : Et ça va te prendre combien de temps ?

Sephiroth (en enroulant une mèche de cheveux autour de son doigt) : Un ou deux jours. Trois ou quatre si on s’y met à plusieurs.

Yazoo : Hein ? J’ai pas tout suivi là…

Sephiroth (agitant la main) : Laisse tomber, c’était une blague.

Cid (fulminant) : Eh bien j’ai pas envie de rire, moi, mÔsieur ! On est perdus au fin fond de… de j’sais même pas où, d’abord, avec un tableau de bord bousillé et un joint de culasse en miettes !

Yazoo (d’une toute petite voix) : Et les chiottes bouchées, amiral.

Cid (se tournant vers Sephiroth) : Ah ! parce que c’est pas encore réglé c’t'histoire ? Ca fait trois jours !

Sephiroth (renfrogné) : Oui ben plaignez-vous à Cloud, c’est lui qui doit s’en occuper ! Il est hors de question qu’je foute les mains là-dedans ! J’avais dit à Aerith que son chili con carne c’était pas une bonne idée !

A la pensée du chili D’Aerith tout le monde entend ses tripes émettre des bruits bizarres.

Cid (qui doit quand même s’en prendre à quelqu’un pour passer ses nerfs du moment) : En attendant, si le tableau de bord est « dead », c’est à cause de Kadaj !

Sephiroth : Hein ?

Yazoo : Ouais… Il a renversé du soda sur le clavier de Loz.

Sephiroth (genre grand frère mitigé papa poule gonflé d’arrogance paternelle et bien décidé à mettre son frérot-fiston en face de ses responsabilités) : Appelle-moi ce sagouin !

Yazoo lui désigne du pouce une armoire remplie de composants électroniques.

Voix de Kadaj (qui se planque derrière) : Quel mouchard, çuila !

Sephiroth (qui tape-tape du pied, les bras croisées et le regard mauvais) : Sors de là ! Je peux savoir comment tu t’es débrouillé pour renverser du soda sur la bécane de Loz ?

Kadaj, pivoine, regarde Tifa, qui se détourne en sifflotant.

Kadaj : Bah… J’ai perdu le contrôle. (Et rajoute précipitamment :) De la bouteille.

Sephiroth : Ah ! t’as perdu le contrôle ! Eh bien maintenant, à cause de toi, on est dans la merde ! Alors la prochaine fois, ton coca tu le tèteras à la paille et dans un gobelet fermé !

Tifa ricane et Loz la regarde de travers, suspicieux.

Reeve (qui rentre, une éprouvette à la main) : Ca y est, j’ai trouvé !

Vincent : Quoi donc, doc ?

Reeve : Le champignon à l’origine de ta mycose des pieds ! (il met l’éprouvette sous le nez de Vincent) Regarde !

Cid dévisage Vincent d’un air dégoûté et tout le monde pouffe plus ou moins discrètement.

Vincent (entre ses dents) : Merci de la discrétion, Reeve…

Reeve : C’est à cause de tes chaussures en ferraille. Ca respire pas ! Faut vraiment que tu changes pour quelque chose d’un peu plus léger et ventilé.

Cid (en assénant une tape sur la nuque de Yazoo, qui s’étrangle de rire derrière un bloc-notes qu’il fait semblant de lire) : Doc, avez-vous pu analyser un échantillon de ce qui nous entoure.

Reeve : Oui, nous sommes visiblement au bord d’une sorte de trou noir. Mais c’est bizarre…

Yazoo : Quoi donc ?

Reeve : Bah le trou noir ! Il ressemble à une sorte de vapeur qui bouge…

Cid (à Vincent, en se tapotant la tempe du doigt) : Qu’est ce qu’il nous bave, là ?

Reeve : La vérité ! Je vois pas d’où ça peut venir.

Loz (montrant l’écran de contrôle du doigt, enthousiaste) : Moi je sais ! Moi je sais !

Tous se tournent vers l’écran et voient, flottant près du vaisseau dans une sorte de nébuleuse noire mouvante, une forme blanche inanimée avec de longs cheveux argentés.

Kadaj (fixant le truc) : D’où il sort, lui ?

Tifa (compatissante) : Il a l’air inconscient.

Cid (comme s’il regardait un rat de laboratoire) : Comment il fait pour respirer là dehors ?

Tifa (rêveuse) : C’est ses abdos, qu’on voit, là ?

Sephiroth : C’est quoi ce truc noir et bleu tout moche avec des tuyaux partout ?

Cid : Yazoo ! Plus grand, l’image !

Tifa (de plus en plus rêveuse) : Il est drôlement grand, non ?

Loz : On dirait un type en pantalon de pyjama et un homme-grenouille tout maigrichon avec une tenue de plongée ridicule !

Tifa : Eh, il nous fait des signes ! Coucou ! (Elle se tait en remarquant que tout le monde la dévisage avec une grimace consternée) Oh, ça va…

Yazoo : qu’est ce qu’ils font là, au milieu de nulle part ?

Reeve (sortant une calculette) : D’après mes calculs nous serions au point de symbiose d’une déchirure biotemporelle intergalactique à atomes structurants dont les strates métamorphosantes décomposent la masse.

Tout le monde le regarde avec des yeux comme des soucoupes.

Reeve (soupirant devant tant d’ignorance) : Ils ont du être aspirés ailleurs et recrachés ici.

Tifa : M’enfin, réveillez-vous ! On peut pas les laisser là ! Il faut aller les chercher !

Cid (sourire sadique) : Ben voyons ! Et… qui se dévoue, que je rigole ?

Tout le monde regarde ses pieds, le plafond, son voisin, ses ongles, etc.

Sephiroth (subitement inspiré, appuie sur l’un des boutons de l’interphone) : Reno ! L’amiral te demande sur le pont !

Voix ensommeillée de Reno : Ah ?

Sephiroth : Tout de suite !

Voix de Reno : O.K.

Les autres : Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! (Bruit des applaudissements nourris) Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! Bravo ! Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! Hip, hip, hip ! Clap ! Clap ! Clap ! Clap !

Sephiroth (saluant à la ronde) : Merci, merci ! Non, c’était rien, franchement… Merci ! Non, vous me gênez… Merci, Merci ! Merci !

…à suivre

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VII - Et moi qui me noyais. Et toi qui l’ignorais…

«Un savant, c’est quelqu’un qui sait des choses qu’il faudrait

savoir mieux que lui pour être sûr que ce n’est pas un imbécile.»

Jean Paulhan

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

Rude rangea son téléphone dans la poche intérieure de sa veste après avoir lu le message et vérifia rapidement sa mise impeccable dans l’un des miroirs ornementés de filigranes de bronze qui surplombaient les luxueux lavabos de marbre bleu.

Il pinça sa joue pour en tester l’élasticité et fronça le nez.

- Tu réalises que Vincent doit avoir dans les… soixante ans ? C’est dingue… Il en paraît quoi ? Vingt-cinq ? Trente ? Des années dans une boîte. Tu imagines ? Oh ! Reno ! Je te parle. Reno ?

Il frappa à la porte des toilettes, d’où les bruits écoeurants de vomissements répétés avaient cessé depuis un petit moment.

- Reno, ça va ? Reno ? Reno, merde, réponds !

- Ca va, ça va, j’suis pas sourd, répondit une voix enrouée.

- T’es O.K. ?

- Ouais… Ouais, je vais bien… Enfin je crois…

- Bah, ça a pas l’air.

- Je vais bien, j’te dis ! C’est bon, arrête de brailler, tu me donnes mal au crâne !

- Il faut y retourner, mec.

- Ouais, je… Vas-y ne m’attend pas, je… Je me passe le museau sous la flotte et je te rejoins tout de suite.

- Tu es sûr que ça va aller ? s’enquit le grand turk, circonspect. T’as vraiment pas l’air en forme, tu sais ? Tu crois vraiment que c’est ces putain de vidéos ? T’aurais pas plutôt mangé un truc qui n’est pas passé ?

- Ca va, je te dis ! File ou sieur « troisième oeil » va encore piquer sa crise.

Rude soupira, hésita un instant mais finit par quitter les toilettes pour hommes.

Dès qu’il entendit la porte se refermer, Reno déverrouilla la sienne et alla s’appuyer sur le rebord de marbre de l’un des lavabos.

Le miroir lui renvoya son reflet.

Il était aussi blême que sa chemise et ses immenses yeux aigue-marine, d’habitude si doux, étaient gonflés et injectés de sang.

- Reno, t’as vraiment une sale tronche, mon vieux… gémit-il en s’aspergeant le visage d’eau froide.

Il avait besoin d’un remontant.

D’instinct, sa main se porta à la poche intérieure de sa veste mais il se souvint que sa flasque d’argent était vide.

- Merde…

Il regarda sa montre et pinça les lèvres.

S’il se dépêchait, il pouvait aller dans sa chambre pour la remplir vite fait et en revenir en moins de trois ou quatre minutes chrono. Tant pis s’il arrivait un peu en retard et que Tseng lui servait son « regard qui flingue », certaines choses étaient plus importantes que d’autres.

Sa décision prise, il fonça dans le couloir en direction de l’escalier monumental qui menait aux étages de l’aile Ouest.

***

- Voilà pour Sephiroth, annonça Vincent en faisant signe à Shelke d’arrêter la projection sur l’écran géant.

Il fit rallumer les lumières et considéra les visages de l’assistance avec gravité.

La plupart des regards étaient perdus, hagards et profondément choqués, particulièrement celui des femmes et de Barret, dont l’instinct paternel - fut-il seulement d’adoption - avait crié au supplice tout le long de la projection.

Cloud, lui, regardait ses bottes d’un air absent, essayant désespérément de faire le rapprochement entre ce qu’il venait de voir, le Sephiroth qu’il avait connu, celui qu’il avait imaginé durant des années à travers les coupures de presse et les reportages TV et celui qu’il était devenu.

Que le grand général ait été pris de folie n’était guère étonnant. Ce qui l’était davantage c’est qu’il ne soit pas devenu fou bien plus tôt…

Sous l’écran, Rufus s’agita nerveusement sur sa chaise, incapable de regarder ceux qui lui faisaient face, et Vincent le prit en pitié, sachant très bien ce qu’il devait ressentir. Après tout, c’était la Shinra qui avait financé toutes ces horreurs, les avait soutenues et même encouragées…

Du coin de l’oeil, il vit Reno avaler discrètement une goulée d’alcool fort sorti d’une flasque. Flasque qui, pour la plus grande panique du jeune homme, lui fut arrachée aussitôt des mains par Tseng.

Loin de lui tenir rigueur de cette entorse au règlement, le leader des turks avala lui aussi une longue gorgée avant de lui rendre le petit récipient en grimaçant sous l’effet de la brûlure du liquide.

Rude, Reno et Elena le dévisagèrent comme si des cornes venaient soudain de lui pousser sur le front mais ne se permirent aucun commentaire.

- D’autres questions sur ce que vous venez de voir ? demanda Vincent. Dans ce cas, passons à la suite.

- Attends ! intervint Cid, faisant lever la tête à Shalua. Moi, j’en ai une : ça nous avance à quoi, tout ça ? Je veux dire, O.K. c’est horrible, il a vécu des trucs qui auraient rendu taré n’importe qui et je suis aussi vraiment très… flatté, ouais, flatté que tu nous fasses suffisamment confiance pour avoir accepté de dévoiler ainsi ton passé devant nous mais, sans vouloir t’offenser ou salir la mémoire de Lucrecia… Ca change quoi, bordel ? A part raviver des souvenirs douloureux, ça sert à quoi, Vincent, merde ?

Tifa serra les dents pour ravaler les larmes qu’elle retenait depuis qu’elle avait vu les flammes dévorer Nibelheim sur l’écran géant.

- Cid a raison, renchérit Cloud d’une voix brisée. Ca sert à quoi, de revenir sur tout ça ?

L’ancien turk prit une profonde inspiration et avança d’un pas.

- Je veux vous faire comprendre comment et pourquoi Jenova agit et prend le contrôle de ceux qu’elle a infectés. Et tu devrais te sentir plus concerné de personne, Cloud, parce que tu es loin d’être à l’abri, mon garçon…

Cette affirmation et le ton ouvertement paternaliste, si rare chez Vincent, agitèrent l’assistance d’un frisson désagréable.

- Qu’est-ce que tu veux dire ? bredouilla le jeune homme, les mains crispées sur les bords de sa chaise. J’ai reçu les cellules de Jenova, d’accord, mais je sais qu’à mon niveau, ça ne…

- Tu ne sais rien, Cloud, le coupa Vincent d’une voix douce, je te l’ai déjà dit. Tu n’as pas idée de ce qu’elle est capable de faire et de la façon dont elle agit sur ceux qu’elle infecte. Tu te demandais pourquoi Sephiroth n’avait aucun souvenir de ce qui s’était passé dans le réacteur ? Tout simplement parce que Sephiroth est mort à l’instant précis où il a découvert les expériences d’Hojo et qu’il a réalisé ce qu’il était.

- Je ne te suis pas.

- Jenova l’a dévoré. Ses doutes, sa panique et l’horreur qu’il a éprouvés ont ouvert grand la porte de son moi le plus intime à cette maudite entité. Elle n’a eu aucun mal à s’y faufiler pour prendre le contrôle. N’as-tu pas fait cette expérience toi-même, Cloud ?

Le jeune Soldat baissa les yeux un instant, honteux de cette partie de son passé.

- C’est vrai. Mais j’ai su y faire face et reprendre le contrôle. Je ne…

- Tu as réussi ? releva le turk. Tu as réussi, Cloud ? Ou tes amis, tes proches, ta « famille » t’ont aidé à réussir ?

- Je ne le nie pas mais…

- Il avait qui, lui ? demanda Vincent en élevant légèrement la voix, le doigt pointé vers l’écran géant où l’image figée de Sephiroth considérait le fond de la salle d’un regard vide. Qui avait-il pour le mettre en garde, l’aider et le protéger ? Qui, Cloud ?

Un silence aussi pesant qu’une chape de plomb tomba sur la salle.

Tous semblaient avoir soudain trouvé quelque chose d’incroyablement intéressant à étudier sur le sol ou leurs chaussures.

- Personne ne doit se sentir coupable, reprit plus calmement Vincent. C’est le modus operandi de Jenova : couper ses victimes de tout ce qui peut les rattacher à un groupe, à une famille ou même à un conjoint pour pouvoir les contrôler plus aisément. Faire en sorte qu’ils ne voient que par elle et pour elle. Leur faire croire qu’elle est leur seul salut et leur seule possibilité d’avenir. C’est son pouvoir. Concentré jusqu’au coeur même de ses cellules.

- Mais… pourquoi ? intervint Elena. Dans quel but ?

- Pourquoi certains illuminés ont-ils besoin de disciples toujours plus nombreux dans le seul but de les adorer et d’asseoir leur exécrable pouvoir ? Et pourquoi certaines personnes d’apparence équilibrée se laissent-elles embrigader dans des sectes ou des organisations douteuses ? Parce que, malheureusement, il y aura toujours des gens désespérés ayant besoin de croire en une créature suprême, capable de leur proposer autre chose que la vie misérable ou solitaire qu’ils mènent. Et qu’il y aura toujours aussi des insensés pour vouloir devenir cet être suprême. Jenova a besoin de faire croire à un avenir, à un paradis. Pour qu’on l’adore. Pour qu’on la vénère. Pour pouvoir s’amuser de ce que ses créatures sont capables de subir en son nom. Un peu comme ces chercheurs qui ouvrent le ventre d’un rat pour savoir combien de temps il peut rester les tripes à l’air, j’imagine. Ce n’est pas Sephiroth qui voulait devenir un Dieu. C’est elle… Détruire la planète, c’est pouvoir récupérer ce qui l’alimente. Des légions d’âmes esseulées prêtes à se prosterner à ses pieds. Nous. Nos ancêtres. Nos parents. Nos amis. Nos enfants… Comprenez-vous, à présent, pourquoi Aerith a agi comme elle l’a fait ? Pourquoi la rivière de la vie a accepté de nous rendre Sephiroth et ses frères ? Pourquoi nous devons les protéger à tout prix de la convoitise de Jenova ?

Rufus s’agita sur sa chaise.

- Mais… S’il est des créatures en qui Jenova est présente en des proportions terrifiantes, c’est bien eux. Ils sont de véritables bombes à retardement !

Vincent acquiesça.

- C’est précisément pour ça qu’ils ne doivent en aucun cas retomber dans ses filets. Aerith les a en quelque sorte momentanément « purgés » de l’influence néfaste de Jenova et c’est la raison pour laquelle ils sont si affaiblis mais notre calamité tombée du ciel n’attend qu’une occasion pour reprendre le dessus sur leur volonté via les cellules qui sont en eux… et en Cloud.

Ce dernier frémit à ces mots et Tifa lui serra furieusement la main, gagnée par l’inquiétude.

- Comment empêcher une catastrophe ? s’enquit Rufus.

- En comprenant comment elle contrôle ses victimes et en sachant à qui nous avons affaire.

Il fit signe à Shelke, qui introduit la seconde carte mémoire dans le lecteur du moniteur de contrôle, et s’assit à côté de Rufus.

A la surprise de tous, Shalua prit le relais.

- Ces expériences ont été filmées dans les laboratoires du cratère Nord, il y a aujourd’hui vingt-sept ans. Je tiens à vous prévenir que ce que vous avez vu jusqu’à maintenant passerait pour un film éducatif à côté de ce qui va suivre.

- Chouette… siffla Reno entre ses dents, sarcastique. En cherchant bien au fond de mon intestin grêle, il doit encore me rester quelques bouchées du dîner d’hier.

Rude lui asséna un coup de coude discret et Shalua fit éteindre les lumières.

Hojo apparut sur l’écran géant.

Il enfila des gants étranges, incroyablement épais, et se dirigea vers une sorte de caisson blanc.

Lorsqu’il l’ouvrit, une épaisse fumée blanche s’en échappa.

- Ces cuves, expliqua Shalua, contiennent du sperme et des ovules conservés dans de l’azote liquide.

Hojo, après une courte hésitation, choisit quatre petites pipettes dans la cuve, deux blanches et deux rouges, et les posa avec mille précautions sur un petit support prévu à cet effet.

La caméra se rapprocha (probablement tenue par un assistant chargé de filmer la manipulation) et chacun put lire les inscriptions sur les pipettes. Les blanches portaient le nom : « SEPHIROTH ». Les rouges : « LUCRECIA ».

Hojo s’installa derrière un microscope électronique et prépara son matériel avec un sourire impatient en faisant signe à une jeune femme en blouse blanche, qui se saisit des pipettes.

- Fécondation in-vitro des spécimens J8 et J9 imminente, annonça froidement une voix hors champ, probablement celle du cameraman.

Des exclamations outragées s’élevèrent dans la salle de conférence.

- Attendez, s’étrangla Cid. Il… Il va pas faire ça, si ?

Shalua pinça les lèvres et l’écran du microscope électronique renvoya l’image d’un spermatozoïde introduit dans un ovule à l’aide d’une sorte d’aiguille creuse.

- Ce… ce malade a fécondé des ovules de la mère avec… avec les spermatozoïdes du fils ? bredouilla Rufus Shinra, le coeur au bord des lèvres.

L’image suivante montra une femme nue au ventre rebondi dans une cuve de régénération. Une quantité incroyable de fils et de tubes de toute sorte paraissait sortir du corps inconscient et étrangement flétri.

- Foetus J8 et J9 à cinq mois de gestation, annonça Shalua en essayant de garder son calme malgré la révolte qui lui tordait les entrailles.

- C’est les cellules de Jenova qui l’ont esquintée comme ça ? demanda Rude, grimaçant.

- Les cellules en question n’ont pas encore été injectées, répondit la jeune femme. Et celles transmises par Sephiroth commencent tout juste à agir.

- Alors pourquoi est-elle si mal en point ? s’étonna Tseng. Pourquoi tous ces tubes et ces sondes ? Je croyais que le but d’une cuve de régénération c’était justement d’éviter tout cet attirail.

Shalua adressa un regard suppliant à Vincent, qui prit une profonde inspiration avant de répondre :

- Parce qu’elle est morte.

Reno tressaillit sur sa chaise.

- Woh, woh, woh… Minute. Comment ça, morte ? Morte à cause de sa double grossesse ? Elle n’a pas supporté d’avoir deux têtards dans bide en même temps, c’est ça ?

Shalua détourna la tête et Vincent se frotta le visage, horriblement mal à l’aise.

- Je crois qu’il veut dire que les embryons ont été implantés dans un cadavre, Reno, fit Elena d’une voix blanche.

Le turk s’affala sur sa chaise, blême comme un suaire.

- Oh, putain, c’est dégueulasse… gémit-il.

- Hojo ne voulait pas risquer les mêmes… « contrariétés » que… qu’avec son épouse enceinte de Sephiroth, réussit à articuler Vincent. Une morte n’a ni sentiments, ni regrets.

Dans la salle de conférence, chacun était pétrifié d’horreur, les yeux fixés sur le ventre du cadavre flottant dans le mako. La tension était telle que lorsque qu’une bosse semblable à une étoile apparut sur le ventre distendu - la pression d’une petite main ou d’un petit pied ? - chacun sursauta sur sa chaise.

Un jeune homme en blouse blanche injecta une substance blanchâtre dans l’un des tubes reliés au placenta du cadavre et un pied minuscule imprima rageusement sa forme dans la chair molle à plusieurs reprises.

- Un sacré bagarreur, celui-là ! essaya de plaisanter Barret pour conjurer l’horreur de ce qui se déroulait sous leurs yeux.

Sans succès.

- Est-ce que… est-ce que les bébés ont survécu ? s’enquit Tifa, au comble de révolte, n’osant demander ce que contenait le liquide qui avait provoqué une réaction si violente de la part de la petite créature.

- Ils sont survécu, oui, la rassura Shalua. Vous connaissez J8 et J9 sous les noms de Yazoo et de Loz.

- Oh ! putain de putain… gémit à nouveau Reno, les paumes pressées sur les yeux, chassant l’image d’un petit visage ovale voilé de longs cheveux fluides.

La porte d’entrée claqua bruyamment et Cloud, debout, considéra le battant avec inquiétude.

A la mention du second nom, Tifa s’était précipitée dehors, les deux mains sur la bouche.

...à suivre

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V - Passé imparfait

« Le paradoxe de la science est qu’il n’y a qu’une réponse

à ses méfaits et à ses périls : encore plus de science.»

Romain Gary

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

Dans la salle de conférence nouvellement restaurée du manoir Shinra, où les domestiques avaient reçu pour consigne d’installer les chaises de façon que tous puissent voir clairement l’écran géant qui occupait le mur du fond, chacun se dévisageait avec circonspection.

Sur le côté, près des deux portes d’entrée monumentales en merisier, trois tables recouvertes de nappes blanches luxueuses avaient été dressées, débordantes de boissons chaudes ou froides et de dizaines d’en-cas divers.

Le lourd parfum du café chaud dont on avait généreusement rempli les thermos se mêlait aux légères odeurs de plastique neuf des chaises et de peinture encore fraîche.

- On est là pour un moment, on dirait… remarqua Cid en remplissant une tasse de thé à ras bord. Quelqu’un sait exactement de quoi il retourne ?

- A ton avis ? railla Reno en agrémentant discrètement son café d’une rasade d’alcool mordoré sorti de la flasque d’argent qui ne quittait jamais la poche intérieure de sa veste. Je croyais que la nouvelle du retour des rats de labo s’était répandue comme une traînée de poudre.

- Si la question c’est : « quelle est la meilleure façon de s’en débarrasser une bonne fois pour toutes ? » j’opte pour la dissolution dans l’acide, cracha le pilote.

Malgré la température plus qu’agréable de la salle de réunion, Tifa, un peu à l’écart, se frottait les bras, transie d’un froid purement nerveux.

- Tu les as vus ? demandait Yuffie à Cloud, qui avait le plus grand mal à garder son calme. Ils sont vraiment vivants ? Vrai de vrai ?

Celui-ci hocha la tête et un rictus agressif déforma sa bouche enfantine.

- Si ça ne dépendait que de moi, ils ne le seraient plus depuis plusieurs heures ! persifla-t-il suffisamment fort pour être entendu de Rufus Shinra, qui prenait place à la table de conférence, sous l’écran géant.

- Cloud… l’admonesta gentiment Tifa.

Mais le jeune président ne parut pas se formaliser et répondit au soldat par un hochement de tête un rien moqueur.

La tension dans la pièce était palpable.

Tseng jouait nerveusement avec son stylo, Rude se passait la main sur le crâne en soupirant avec une fréquence qui en disait long sur son agitation, Elena s’attaquait férocement aux envies de sa main droite - celles de sa main gauche ayant déjà été mordillées jusqu’au sang - et Tifa dansait d’un pied sur l’autre comme si le parquet vitrifié avait commencé à geler.

Barret, n’y tenant plus, apostropha Rufus Shinra.

- Non mais on attend quoi, là ? Je devrais être en train de faire dîner ma fille, à cette heure !

- Marlène et Denzel sont entre de bonnes mains, au premier, le rassura Rufus. Gretta a été ma nourrice pendant plus de…

- Nous pouvons commencer ! l’interrompit la voix de Vincent, qui venait de pénétrer dans la salle de conférence avec sa tête des mauvais jours, talonné par Shelke et sa soeur Shalua.

La présence de cette dernière inquiéta Rufus.

- Ils sont seuls en bas ? chuchota-t-il en la prenant à part.

Elle brandit un petit moniteur de poche sur l’écran duquel on distinguait parfaitement une vue d’ensemble de l’infirmerie du laboratoire. Un jeune homme en blouse blanche allait et venait entre les lits.

- Mon assistant est resté sur place. Et deux de vos turks surveillent la porte. A la moindre alerte, je serai immédiatement avertie.

Rufus fit la moue, un rien circonspect, et reprit place sous l’écran.

Vincent attendit que tous aient regagné leurs chaises pour s’asseoir à son tour, Shelke à ses côtés, devant le moniteur qui contrôlait l’écran géant.

- Alors ? l’apostropha Cid. C’est quoi, tous ces mystères ? T’as réussi à savoir pourquoi ces quatre olibrius avaient de nouveau ramené leurs fesses ou pas ?

Shalua, surprise par la liberté de langage de l’amiral de la WRO (à qui elle n’avait jamais été présentée et qu’elle n’avait qu’entrevu en de rares occasions), le détailla avec curiosité sans prêter la moindre attention à la réponse de Vincent.

Highwind paraissait avoir dans les trente-cinq ans, était bâti comme un chêne et, malgré le froid mordant de l’extérieur, s’était simplement vêtu d’un ample pantalon de toile noire et d’un sweet-shirt de coton kaki qui moulait son corps d’athlète comme une seconde peau. Un sourire sarcastique paraissait être à jamais gravé sur ses traits énergiques et était accentué par des yeux pétillants d’un bleu céruléen.

La jeune scientifique laissa son regard vagabonder sur les creux et les bosses du corps puissant, rêveuse.

« Deux ans de ma vie pour pouvoir enlever mes chaussures et marcher nu-pieds sur tous ces muscles… » se prit-elle à rêvasser avec cette étrange faculté qu’avait son cerveau de lui inspirer des pensées en inadéquation totale avec la gravité de la situation qu’elle vivait.

Cid, sentant le regard de la jeune scientifique peser sur lui, tourna la tête vers elle et sourit d’instinct en réalisant à quel point elle était jolie mais tiqua en remarquant la prothèse robotisée de son bras amputé et sa paupière gauche close, que n’arrondissait nul globe oculaire.

Shalua rougit alors et se détourna brutalement, horriblement gênée, pour se concentrer sur le monologue de Vincent.

« A quoi tu t’attendais, pauvre pomme ? » s’admonesta-t-elle en silence, la gorge serrée « Mûr. Bien fait. Séduisant. Tu ne voudrais pas qu’il soit aveugle, en prime, non ? »

Cid, lui, s’était figé sur sa chaise en comprenant que la soeur de Shelke avait interprété sa surprise comme une marque de dégoût.

Il essaya bien de la fixer avec insistance un long moment, espérant qu’elle tourne de nouveau la tête vers lui afin de lui faire comprendre d’un sourire qu’elle faisait erreur mais la jeune scientifique ne quittait pas Vincent des yeux.

Ce dernier répondait à une question de Cloud qui, comme le reste de l’assistance, écarquillait à présent les yeux comme si on venait de leur annoncer que la planète allait se dissoudre dans les minutes qui suivaient.

« Merde, j’ai rien entravé… » réalisa Cid avec une grimace en essayant de reprendre le fil des évènements.

Voilà qui lui apprendrait à se laisser distraire par une jolie paire de gambettes et un ravissant minois !

- Aerith ignore encore ce que Jenova prépare précisément, disait Vincent, mais elle est certaine d’une chose : ni l’âme de Weiss ni celle de son frère Nero n’ont rejoint la rivière de la vie après la bataille qui nous a tous opposés à Omega, il y a presque un an.

Barret laissa échapper une bordée de jurons digne d’un corps de garde.

- Attends, t’es en train de nous dire que… que cette histoire d’âmes en partance pour une autre galaxie, de planète réduite en cendres et tout le tintouin, c’est pas fini ?

- Et qu’on va devoir convaincre les rats de labo de nous aider à faire la fête à leur « môman » chérie ? s’écria Reno en bondissant de sa chaise. J’espère que tu déconnes, là !

Des murmures nerveux s’élevèrent dans la salle de conférence et Vincent leva sa main gantée pour appeler au calme.

- Si nous ne les avons pas dans notre camp avant peu, c’est Jenova qui remettra la main sur eux.

Reno haussa les épaules et leva les bras au ciel.

- O.K. ! Alors flinguons-les ! Comme ça, elle ne les aura pas et nous, ils ne nous emmerderont plus !

Vincent secoua la tête.

- Sombre idiot… soupira-t-il. Crois-tu vraiment qu’Aerith se serait donné autant de mal pour les éloigner de Jenova et de la rivière de la vie si les choses étaient aussi simples ?

- Putain de merde ! C’est quoi le problème ? T’as peur qu’ils retournent à cette satanée rivière et que l’autre chtarbée de l’espace les récupère, c’est ça ? Alors ne les tuons pas avant d’avoir fait définitivement la peau à cette vieille salope ! En attendant, que Shalua leur prépare un cocktail à prendre par injection directe « in the brain » qui les transforme en légumes et le problème est réglé ! Il sera toujours temps de leur faire exploser la cervelle plus tard. Pourquoi on se prend la tête ? (Il se tourna vers les autres à la recherche de soutien mais seuls lui répondirent une dizaine de regards choqués) Quoi ? J’ai pas raison ? J’ai dit une connerie ? Cloud, merde ! J’ai raison ou pas ?

Mais même Cloud paraissait indigné par les propos du turk.

- Reno… Tu t’entends parler ?

L’interpellé hoqueta et ricana.

- Attends, je rêve ! Cloud le chevalier blanc ! C’est pas toi qui voulait leur trouer la peau dans la grotte il y a à peine quelques heures ?

Le jeune homme se leva et lui fit face, agressif.

- J’ignorais alors que c’était Aerith qui nous les avait envoyés ! Vincent a raison : elle ne l’aurait jamais fait si ce n’était pas nécessaire.

Reno ouvrit des yeux ronds, prit Rude à témoin et éclata de rire au nez de Cloud.

- Oh ! Je vois ce que c’est ! railla-t-il. Miss bouton de rose “les oiseaux chantent, on est tous frères” t’a passé le coeur au court-bouillon, hein ? Et du coup, tout ce qu’elle dit est parole d’évangile, fut-elle d’outre-tombe !

- Connard !

- Woohhh !

Le poing du soldat s’abattit avant que quiconque ait le temps de réaliser ce qui se passait… pour s’écraser sur la paume de Tseng, qui s’était interposé entre les deux jeunes hommes et avait arrêté le coup comme s’il se fut agi d’une simple chiquenaude.

- Reno, assis, ordonna-t-il d’une voix glaciale.

- Mais je…

- J’ai dit : « assis ».

Jamais murmure n’avait résonné d’inflexions aussi menaçantes et Reno ne s’y trompa pas.

- Bien, chef.

- Toi aussi, ajouta-t-il à l’adresse de Cloud, qui reprit place aux côtés de Tifa.

Encore sous l’effet de la colère, il ne remarqua pas que la jeune femme s’était imperceptiblement éloignée de lui, mettant quelques centimètres symboliques entre leurs deux chaises.

Tseng se rassit à la gauche d’Elena - qui se mordait la lèvre au sang depuis qu’elle l’avait vu sursauter au seul nom d’Aerith - et fit signe à Vincent de poursuivre.

Celui-ci brandit plusieurs mini-cartes mémoire et les tendit à Shelke, qui les glissa aussitôt dans les lecteurs reliés à l’écran géant.

- Avant de décider quoi que ce soit, il est certaines choses que vous devez savoir. Ces cartes contiennent des extraits d’enregistrements de vidéosurveillance de différents laboratoires de la Shinra. Les premiers, que vous allez visionner dans quelques instants, sont, pour certains, plus vieux que la plupart d’entre vous et ont été tournés ici même, au manoir. Vous vouliez connaître vos ennemis, savoir ce que nous risquons vraiment et comment nous en sommes tous arrivés là ? Ce sera chose faite dans quelques heures mais je vous préviens : personne ne ressortira indemne de cette salle après avoir vu ce que je m’apprête à vous montrer. J’en suis désolé, croyez-le, mais c’est nécessaire…

Il fit signe à un domestique d’éteindre les lumières et tout le monde échangea un regard circonspect avant que la salle ne soit plongée dans le noir.

Shelke lança la lecture de la première des cartes mémoire, qu’elle avait passé presque quatre heures à compiler, et l’une des salles du laboratoire du sous-sol apparut sur l’écran géant.

Une jeune femme était allongée sur une table d’examen, son ventre proéminent dépassant du drap vert qui la couvrait jusqu’en haut des cuisses.

Sa grossesse était visiblement bien avancée.

Un homme en blouse blanche, les cheveux noirs serrés dans une queue de cheval nouée à la va-vite, s’affairait à ses côtés et Tifa ne put retenir un frisson en le voyant saisir une seringue remplie de liquide bleuâtre sur laquelle il fixa une fine aiguille stérile d’une longueur terrifiante.

- Cette seringue contient les cellules de Jenova… expliqua Vincent, la gorge si serrée que sa voix avait du mal à faire vibrer ses cordes vocales.

Sur l’écran, l’impressionnante aiguille s’approcha du ventre rebondi et des hoquets consternés ou écoeurés s’élevèrent.

Rude s’enfonça dans sa chaise.

- Merde. Et moi qui déteste les piqûres…

- Cette jeune femme est Lucrecia Hojo, poursuivit difficilement Vincent. La mère de Sephiroth…

Lorsque l’aiguille s’enfonça d’une bonne dizaine de centimètres, transperçant peau, muscles et placenta, le cri de Lucrecia résonna dans les haut-parleurs.

Toutes les femmes présentes laissèrent échapper un cri horrifié et la plupart des hommes durent détourner le regard de l’écran.

- Oh ! putain… gémit Rude. Reno, je vais gerber…

Mais Reno était bien incapable de répondre, trop occupé à essayer lui-même de garder le contenu de son estomac.

…à suivre

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IV - Promets-moi, Vincent…

« L’expression “mort naturelle” est charmante !

Elle laisse supposer qu’il existe une mort surnaturelle,

voire une mort contre-nature… »

Gabriel Matzneff

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

Lucrecia tendit la main vers la joue de Vincent qui, bien sûr, ne sentit pas son contact. A moins peut-être un léger picotement mais sans doute n’était-ce dû qu’à son imagination et à son désir fou que la matérialisation ectoplasmique de la femme qu’il avait aimée jusqu’à la démence prenne corps devant ses yeux afin qu’il puisse à nouveau la serrer contre lui et enfouir son visage dans ses doux cheveux châtains.

- Promets-moi que tu le feras, Vincent, murmura la voix désincarnée. Promets-moi que tu veilleras sur eux et que tu les aideras du mieux que tu pourras.

L’image de Lucrecia vacilla et l’ancien turk sentit un chagrin déchirant lui serrer la poitrine.

- Je te le promets… jura-t-il d’une voix brisée en tendant une main désespérée vers la forme évanescente. Mais reste encore. Reste encore un peu, je t’en prie…

La jeune femme sourit tristement.

- Je ne peux pas, Vincent. Mes forces m’abandonnent et il me faudra pourtant être forte quand le moment viendra. Toi aussi tu dois t’y préparer. Sois bien conscient que, cette fois, ce n’est pas seulement la survie de la planète qui est en jeu. Fais bien comprendre ça à tes amis et aux responsables de la Shinra.

Elle disparut un court moment avant de réapparaître, si pâle que l’on pouvait cette fois voir à travers corps élancé.

- Dis à mes fils que je les aime, Vincent. Qu’ils ne l’oublient jamais. Jamais… Il y va de votre survie à tous. Tu leur diras, n’est-ce pas ?

- Je leur dirai, Lucrecia.

« Lucrecia ? Lucrecia, tu dois le laisser, maintenant… » susurra la voix lointaine d’Aerith quelque part au-dessus de leur tête. « Jenova s’agite. Sephiroth a besoin de toi et Shelke faiblit à chaque minute qui passe. »

- Encore quelques secondes, supplia Vincent. Juste quelques secondes, je t’en supplie. Lucrecia !

« Tu auras l’occasion de lui reparler, Vincent, mais, pour l’instant nous avons beaucoup à faire et si peu de temps… Si peu de temps… N’oublie pas, Vincent : tout repose sur eux. »

- LUCRECIA ! hurla le turk alors que l’image de Lucrecia disparaissait totalement.

Terrassé par la douleur de la perte, il se laissa glisser à genoux sur le sol du bureau de Shalua, la gorge trop serrée pour laisser passer ne serait-ce qu’un sanglot.

- Vincent ? Vincent, ça va ?

L’ancien turk tourna la tête vers Shelke, qui s’était débarrassée du système électronique qu’elle avait conçu et qui reliait sa mémoire résiduelle à l’ordinateur.

La toute jeune fille suait à grosses gouttes et tremblait de tous ses membres. Le mettre en contact avec Lucrecia lui avait demandé des efforts colossaux et Vincent s’en voulut terriblement.

- Combien… Combien de temps cela a-t-il…

- Vous avez parlé près de deux heures, le coupa-t-elle. Et ce n’était pas très prudent. J’ai senti sa présence, Vincent… Je l’ai sentie !

Elle grimaça comme si elle avait mordu dans un fruit trop vert.

Vincent se remit sur ses pieds et frissonna.

- Jenova ? murmura-t-il d’une voix à peine audible. C’est elle que tu as sentie ?

Shelke acquiesça, une terreur qu’elle essayait de garder sous contrôle brillant dans son regard clair.

L’ancien turk tendit un bras vers elle et elle vint se réfugier sous sa cape, tout contre lui.

- Elle ne veut pas qu’on touche à ses « fils », Vincent, le prévint-elle. Ce sont ses émissaires, ses choses, ses instruments. J’ai peur, Vincent. Peur de ce qu’elle pourrait faire aux âmes immortelles de Lucrecia et d’Aerith. Peur de ce qu’elle pourrait leur faire à eux… et à nous, par leur intermédiaire. L’énergie qui est en train de se synthétiser autour d’elle est… sale. Noire. Redoutable. Un monde de ténèbres.

- Alors il n’y a pas de temps à perdre…

Ils rejoignirent Rufus, Reno et Rude, qui patientaient à côté en jetant des regards désorientés à Shalua, qui allait de l’un à l’autre de ses curieux patients, contrôlant les machines et les signes vitaux.

Lorsqu’ils virent entrer Vincent, ils bondirent aussitôt sur leurs pieds.

- Alors ? s’enquit le jeune président de la Shinra.

- Il est 16 heures. Je veux voir tout le monde en salle de conférence au plus tard à 21h00, annonça-t-il, faisant hoqueter Rude. Et quand je dis « tout le monde », c’est AVALANCHE inclue.

Rufus se raidit, heurté par le ton péremptoire de l’ancien turk, qui se permettait de lui jeter un ordre à la face comme s’il n’avait été qu’un subalterne.

- Suis-je supposé dire « à vos ordres » ? essaya-t-il de plaisanter, un sourire forcé sur ses lèvres sensuelles.

- Dis ce que tu voudras, Rufus, rétorqua Vincent en se dirigeant vers la porte de l’infirmerie. L’essentiel, c’est que tout le monde soit là dans une heure.

Il disparut et Rufus fit siffler l’air entre ses dents.

- Charmant !

Reno et Rude échangèrent une grimace et ce dernier fit claquer sa langue contre son palais.

- Si j’étais pas celui que suis, mec, je me mettrai à paniquer grave, là, tu vois…

Son partenaire acquiesça avec gravité.

- Ouais… Pour que Valentine commence à flipper, c’est que ça craint un max…

- A ce point là ? s’immisça Rufus, que leur ton, le comportement de Vincent et la situation saugrenue commençaient sérieusement à inquiéter.

Les deux compères échangèrent un regard entendu et hochèrent la tête de concert en direction de leur patron, qui jeta une oeillade désemparée à la cuve de mako dans laquelle flottait le légendaire et si redouté Sephiroth.

***

« Sephiroth ? Sephiroth…Tu m’entends ? »

« Qui êtes-vous ? Suis-je mort ? Je ne sens plus mon corps. Je ne sens plus rien… »

« Tu es dans une cuve de régénération, mon fils. Tu es en sécurité. »

« Qui êtes-vous ? Comment se fait-il que je vous entendre à l’intérieur de ma tête ? Et pourquoi votre voix me semble si… familière ?»

« Parce que c’est la première que tu aies entendue. Je suis ta mère… »

« Ma mère ? Elle est morte en me mettant au monde »

« C’est faux. »

« C’est ce qu’on m’a toujours dit »

« Je sais… »

« Tu serais donc Jenova ? »

« Non, Jenova n’est pas ta mère. Elle ne l’a jamais été. C’est moi qui t’ai conçu, porté et qui t’ai mis au monde. Moi, Lucrecia. Lucrecia Hojo. »

« Qui ? »

…à suivre

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II - Comme des rats dans un piège

« A semer le pain aux souris,

on attire des rats.

C. Chabot

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Colorisation : Akroma

Corrections : Arisu

***

Rude sortit de l’ascenseur en traînant des pieds et marqua une pause sur le palier.

Avec un soupir déchirant, il leva le regard vers la porte du bureau qu’il partageait avec Reno lorsqu’ils étaient cloués - comme c’était le cas depuis presque cinq jours - dans les locaux flambant neufs de la Shinra Corp.

A la seule idée de passer encore plusieurs heures enfermé entre quatre murs après avoir dû supporter une crise de “réunionite aiguë” avec Tseng et le « sieur » Shinra, son estomac fit des noeuds et émit un gargouillis inquiétant.

Nom d’un chocobo arthritique ! Ce qu’il pouvait détester rester là, à ne rien faire si ce n’est regarder des écrans de contrôle et compter les mégots de Reno qui s’amoncelaient dans le cendrier !

S’il n’avait craint d’être saisi par l’oeil des caméras de contrôle, il se serait mis à piétiner les dossiers qu’il tenait sous le bras et à jurer comme un contrebandier de mako.

« Allez, ce n’est qu’un mauvais moment à passer. » se raisonna-t-il en franchissant les quelques pas qui le séparaient du seuil de ce qu’il considérait comme son enfer personnel « Avec un peu de chance, peut-être qu’une ou deux bestioles bien enragées vont attaquer les employés du parc éolien de Nibelheim ou qu’un malade mental va s’introduire dans les labos du sous-sol et… » Il grimaça « Ouais… Et peut-être aussi qu’une fontaine de bière va jaillir au milieu du couloir ! »

- Merde, merde et remerde ! ronchonna-t-il à haute voix en poussant la porte du bureau maudit. Salut, ma poule, quoi de neuf ? lança-t-il à la cantonade en voyant son acolyte qui lui tournait le dos, assis devant un mur d’écrans de contrôle. J’ai un tas de paperasse à… Eh ! Oh ! Reno ! Je suis là. Je suis arrivé.

Pas de réaction.

- Reno ? Allô ? Ne me dis pas que t’es déjà rond comme une matéria ; il est à peine 10h00 du mat’ !

Il le rejoignit dans le but de le secouer un bon coup histoire de lui faire reprendre ses esprits mais, à peine avait-il avancé la main vers la chevelure écarlate, qu’il remarqua l’expression qu’affichait son compagnon - bien réveillé.

Reno, tendu comme la corde d’un arc et les yeux écarquillés fixés sur l’écran de contrôle qui lui faisait face, paraissait plongé dans un état quasi-catatonique, pétrifié par le choc. Sa bouche béait à un point tel qu’il tenait du miracle que la moitié des colonies de mouches de Midgar n’ait pas déjà pris leurs aises dans l’agréable et moelleux domicile.

- Reno ? Si tu voyais ta tête…

Pour toute réponse, et sans changer le moins du monde d’expression, ce dernier pointa lentement le doigt sur l’écran qu’il fixait sans sourciller.

Le regard de Rude glissa du visage de son acolyte à son l’épaule, suivit la manche noire jusqu’au poignet et, de là, l’extrémité du long doigt pâle pour se poser finalement sur l’écran de contrôle qui avait plongé son ami dans le trouble le plus extrême et dans un coin duquel on pouvait lire : « Mont Nibel / Camera 7 ».

Les yeux du turk s’écarquillèrent à son tour, signe de la plus grande perplexité.

Avec un grognement étouffé, il baissa un peu ses lunettes et s’approcha de l’écran jusqu’à le frôler presque du bout du nez.

- Tu vois ce que je vois, mec ? bredouilla Reno d’une voix à peine audible. Ou ce sont juste les effets secondaires de ma cuite d’hier ?

Très lentement, ils tournèrent la tête l’un vers l’autre.

Après un moment de flottement, ils clignèrent rapidement des yeux et, comme si un signal d’alerte silencieux venait soudain de résonner simultanément dans sous leurs deux calottes crâniennes, ils poussèrent un cri inintelligible et bondirent d’un même élan vers la console de communication interne, renversant tout sur leur passage.

L’énorme patte de Rude s’abattit sur le bouton d’alerte, menaçant d’écraser l’appareil pourtant solide sous sa paume, tandis que Reno s’égosillait dans le combiné au milieu des sirènes hurlantes.

- PATRON ! ALERTE !

« Reno ? Mais que diable se passe-t-il ? Pourquoi ce raffut ? »

- LES TARES SONT DE RETOUR !

« Quoi ? Les écologistes végétaliens qui ont voulu plastiquer le hangar de l’amiral Highwind ? »

- NON ! LE RAT DE LABO ET TOUTE SA PETITE FAMILLE !

« … Qui ? »

***

Le village de Nibelheim se préparait à fêter le solstice d’hiver à grand renfort de feux d’artifices, de musique et de spectacles théâtraux en tout genre. En quelques jours, la population du petit bourg avait pour ainsi dire été multipliée par deux et chaque auberge ou maison d’hôte affichait complet.

Il était midi passé et, dans les moindres ruelles, places et, surtout, dans le seul tout nouveau bar-restaurant du village, on se bousculait, flânait ou faisait des emplettes de produits « naturels » ou « de la ferme » - confitures, pâtisseries et conserves diverses.

Des touristes à Nibelheim ! Qui l’eût dit il y a seulement trois ans…

Mais il est vrai que depuis que Rufus Shinra avait fait du village un test grandeur nature en matière d’écologie et d’énergie renouvelable, Nibelheim était devenu une référence dans le domaine. La firme engloutissait des sommes astronomiques dans la recherche et, mois après mois, les besoins en mako diminuaient, au grand bénéfice de tous. Seul un réacteur de secours était actif - et encore ne fonctionnait-il qu’en cas d’extrême nécessité, d’urgence médicale ou pour les besoins des quelques expériences scientifiques dûment ratifiées par le congrès de déontologie, nouvellement créé.

Grâce aux efforts de Rufus et à son acharnement - sans doute aussi à son sentiment de culpabilité vis-à-vis de la planète -, bien des terrains exploités jusque là sans discernement par la Shinra avaient repris un second souffle et céréales, légumes et fruits sortaient de terre dans des proportions que personne n’aurait cru possible d’atteindre sans une aide chimique ou génétique.

- C’est vrai que tout a brûlé ? Ca paraît incroyable ! Tout semble si prospère et joli…

Shelke regardait autour d’elle et ne savait plus où donner de la tête. Des petites toitures de brique rouge aux murs chaulés et des fenêtres à croisillons aux portes sculptées et ferrées, les maisons de Nibelheim aux balcons ornés de fleurs d’hiver paraissaient sortir tout droit d’un conte pour enfant comme ceux que lui lisait sa soeur Shalua, il y a bien longtemps, avant que…

Elle secoua furieusement la tête pour chasser ses idées noires.

Repenser à la jeune femme - encore fragilisée par son récent coma - lui serrait le cœur mais elle devait être courageuse et faire bonne figure pour ses nouveaux amis. Revenir sur les lieux où ils avaient grandi et ceux où leur famille et beaucoup de leurs amis avaient trouvé la mort ne devait être facile ni pour Cloud ni pour Tifa. Loin de là…

Celle-ci hocha tristement la tête et chassa une longue mèche brune de son visage.

- Sephiroth a brûlé Nibelheim jusqu’aux fondations, oui. C’est la Shinra qui a tout reconstruit. Mais pas pour en faire ce qu’il est aujourd’hui, hélas. Enfin, pas tout de suite.

- Pourquoi, alors ?

- Pour cacher le fait que leur meilleur soldat avait perdu la raison et massacré des civils innocents.

Elle frissonna - pas seulement en raison du froid tombé en ce début d’après-midi - et resserra autour d’elle son long manteau gris, cadeau d’anniversaire de Shelke et de Shalua, qui, au fil des mois, était devenue sa meilleure amie, sa confidente et, à l’occasion, la baby sitter de Denzel et de Marlène.

Tiens, d’ailleurs, où étaient-ils passés, ces deux-là ?

- Partis avec Cloud voir le champ d’éoliennes, annonça Vincent en tendant un beignet fourré de confiture à Shelke. Quelle foule ! Tiens, goûte un peu ça. Lorsque j’étais gosse, les jours de foire, je tannais mon père pendant des heures jusqu’à ce qu’il m’en achète.

La fillette ne se fit pas prier et mordit dans le beignet chaud avec un plaisir non dissimulé.

L’ancien turk et Tifa échangèrent un regard mi-attendri, mi-amusé et cette dernière soupira en jouant avec le petit trousseau de clés qu’elle tenait à la main.

- Ca va aller ? s’enquit-il.

- Oui. Je… En fait, je ne sais pas quoi faire, Vincent. C’est une somme énorme mais…

- Mais tu as l’impression de vendre une partie de ton enfance.

Elle acquiesça et haussa les épaules.

Au vu de l’incroyable flambée du prix des maisons dans le village et des terrains environnants, Tifa s’était dit que c’était peut-être l’occasion de vendre celle de son père et de pouvoir enfin faire les travaux nécessaires dans le bar et la maison de Edge mais, maintenant qu’elle était au pied du mur et qu’un jeune couple lui avait proposé une somme astronomique pour la petite habitation et le jardin potager attenant, elle doutait de pouvoir s’y résoudre.

La jeune femme avait beau savoir que jamais elle ne pourrait plus vivre à Nibelheim et que sa maison n’était en fait qu’une copie conforme reconstruite par la Shinra après l’incendie, elle ne parvenait pas à couper totalement les liens avec cet endroit.

Vincent pressa son épaule de sa main valide.

- Tu n’es pas obligée de te décider tout suite. Prends le temps de réfléchir.

- A quoi bon ? C’est idiot ! J’habite Edge, maintenant. Nos amis, les enfants et leur avenir sont plus importants que… qu’un… « clone » de la maison qui m’a vue grandir. Sans compter que trop de mauvais souvenirs dorment ici…

- Tu prendras la bonne décision, j’en suis certain.

Tifa sourit et ouvrit la bouche pour le remercier lorsqu’un bruit de moteur et d’hélices se fit entendre au loin.

A l’instar des touristes présents, ils levèrent la tête pour voir de quoi il retournait et virent approcher trois hélicoptères de la Shinra, dont deux gros transporteurs de troupes, semant un début de panique dans le village.

Vincent s’assombrit et un mauvais pressentiment lui serra la gorge. Les souvenirs de la fête gâchée de Kalm par les troupes du deepground étaient encore bien présents à son esprit. Tout avait commencé ainsi : par une arrivée d’hélicoptères transportant des soldats armés…

- C’est Reno ! leur cria Cloud en fendant la foule apeurée, son cellulaire collé à l’oreille et poussant Marlène et Denzel devant lui. Il y a un problème au mont Nibel ! Où sont Cid et Barret ?

- Ils doivent nous attendre à la maison, comme convenu, répondit Tifa en brandissant son trousseau de clés et criant presque pour couvrir les exclamations affolées des badauds.

- Rejoins-les avec les enfants et enfermez-vous jusqu’à ce que Vincent et moi soyons de retour.

- Mais enfin, que se passe-t-il ? commença à s’inquiéter la jeune femme. Reno vous a demandé de le rejoindre ? Pourquoi ?

Cloud haussa les épaules et secoua la tête.

- Aucune idée mais, pour qu’il l’ait fait, c’est que ça doit être important.

- C’est pas juste, vous étiez en permission pendant encore cinq jours ! protesta Denzel, boudeur.

Vincent lui tapota la tête, rassurant, et Cloud piétina, impatient.

Depuis qu’il avait intégré les escadrons d’élite du Soldat, nouvellement reconstitués sous la houlette de Reeve Tuesti, le jeune homme prenait son rôle de “Première Classe” avec un sérieux excessif.

« Un sérieux maladif, oui… » ne cessait de répéter Tifa.

Cloud vivait chaque instant de sa vie de «héros» comme si c’était le dernier et que la survie de la planète entière dépendait des moindres de ses faits et gestes.

- Nous devons y aller, Vincent, ils nous attendent, insista-t-il.

L’interpellé hocha la tête et poussa le garçonnet dans les bras de Tifa.

- Prends garde à toi, Cloud, supplia la jeune femme, ne te…

- Je t’appelle dès que je peux, ne t’en fais pas ! la coupa-t-il en tirant l’ancien turk à travers la foule.

Tifa les regarda disparaître dans la cohue avec un arrière-goût dans la gorge. Et dire qu’elle avait longtemps nourri l’espoir qu’elle et Cloud…

Foutaises ! Maintenant que son ami d’enfance était devenu «le héros de Midgar», celui qui avait défait le «cauchemar de la planète», le terrible Sephiroth, et qu’il avait aidé à anéantir l’Omega, il n’avait définitivement plus que faire d’une femme, d’un foyer ou d’une famille bien à lui.

Bien qu’il refusât de le reconnaître à chaque fois qu’elle avait mis le sujet sur la table, il était clair qu’en intégrant enfin le SOLDAT, Cloud avait réalisé l’un de ses rêves d’enfant les plus chers. Elle se souvenait encore avec émotion de ce petit garçon timide qui lui avait promis de devenir un soldat fort et respecté pour pouvoir la protéger.

« A qui cette promesse bénéficiait-elle réellement, Cloud ? A toi ou à moi ? A qui faisait-elle le plus plaisir de nous deux ? »

Mais cette cruelle question, elle n’avait jamais osé la lui jeter à la figure.

Si Cloud aurait donné sa vie pour la protéger ? Elle n’en doutait pas une seule seconde. S’il l’aimait ? Bien entendu, elle en était absolument certaine. Mais comme un frère un peu incestueux ou un ami trop tendre et ce n’était pas ce qu’elle voulait. Non, ce n’était pas ce qu’elle voulait…

Plus maintenant qu’elle avait successivement passé l’âge des serments enfantins, des baisers sur le front puis celui des nuits d’amour sans lendemain. Désormais, elle avait besoin d’autre chose…

***

Dans la grotte du mont Nibel, il aurait été difficile de savoir qui, des soldats ou des hommes nus à la chevelure de mercure paraissaient le plus surpris ou les plus terrifiés.

Ces derniers - du moins les trois d’entre eux encore conscients - s’étaient recroquevillés les uns contre les autres et protégeaient le quatrième de leur corps transis de froid, faisant un dérisoire rempart de chair pâle entre eux et les hommes armés de fusils à cartouches paralysantes.

- C’est… C’est une plaisanterie ? bredouilla Cloud, figé par la surprise à l’entrée de la grotte aux côtés de Vincent.

Assailli par une foule d’émotions, de la colère la plus noire à la tristesse la plus poignante, le jeune homme se savait à ce moment précis incapable d’un geste, d’une parole ou de que quoi que ce soit de plus cohérent que la question stupide qui avait franchi ses lèvres…

…à suivre

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