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X - La proie pour l’ombre

“Le méchant remue le couteau dans la plaie ;

la brute y plante en plus la fourchette !”

Anonyme

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Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

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Journal de Rufus Shinra

Ne pouvant me résoudre à me rendormir, je suis allé dans la bibliothèque chercher des réponses à mes questions. J’ai fouillé dans ces livres où mon père a fait coucher par écrit toute l’histoire de ma famille.

Comme c’est ironique ! Lorsque j’étais enfant, je faisais tout pour échapper aux radotages de ces vieillards, qui me faisaient piquer du nez, et, à présent, j’ai recours à ces mêmes chroniques pour fuir ces cauchemars.

Il y a là des centaines de pages noircies d’écriture serrée, racontant des siècles de guerres, d’alliances et de tragédies. Je suis l’héritier de cette histoire et je dois protéger mon empire des maléfices et des mauvaises influences.

Je ne faillirai pas une seconde fois.

Je commencerai par écarter Sephiroth, puis je trouverai le moyen d’apaiser les dieux et la créature maudite qui nous pourchasse.

D’après ce récit, c’est bien un Démon qui gisait dans ce temple. Ce monstre, cet esprit errant de la nuit, avait l’apparence d’une panthère noire, mais d’après les légendes, il semblerait que ces créatures peuvent prendre n’importe quelle forme.

Si c’est une telle chose que nous avons réveillée, que les Dieux aient pitié de nous. Ces démons sont avides de sang et ne cherchent qu’à assouvir leur soif.

Il est dit que celui-là, au terme d’un combat acharné, réussit à terrasser le fondateur de notre lignée.

A l’époque, le Démon-panthère avait causé des dégâts dans plusieurs temples de la région. Le fils aîné du fondateur, mon aïeul, avait donc organisé une battue avec l’aide des villageois de la région. Pendant plus d’un mois, ils ont traqué la bête en vain. Elle apparaissait à la nuit tombée, tuait puis disparaissait dans les ténèbres jusqu’à son prochain forfait.

Ils l’ont finalement débusquée, acculée dans le plus ancien de nos sanctuaires, le temple de Gongaga, et mon ancêtre l’a achevée lui-même. Il a insisté pour que sa dépouille soit aussitôt scellée dans ce temple, construit par son propre père pour remercier les dieux de sa fortune. Un prêtre a ensuite apposé des sceaux, les portes du temple furent condamnées et l’accès fut bouché par des blocs de pierre.

Je me demande si ce n’est pas à dessein qu’ils ont minimisé les commémorations de ces événements. Peut-être mon aïeul se sentait-il coupable d’avoir mis tant de temps à arrêter le Démon.

Il y a plusieurs autres détails insolites, aussi. Je peux comprendre que mon ancêtre ait voulu mettre autant de protections que possible entre lui et le Démon, même mort, mais pourquoi ne pas plutôt incinérer le cadavre de la bête ?

L’emplacement choisi pour le temple est le plus curieux, cependant. Je pensais qu’il avait été creusé dans la roche spécialement pour y emprisonner les pouvoirs maléfiques d’un démon, mais d’après les textes c’est la première victime du monstre qui en a décidé la construction, et ce bien avant l’apparition de l’esprit.

Dans ces conditions je ne m’explique pas son étrange situation. Mes ancêtres n’avaient pas pour coutume de creuser des habitats troglodytes.

Il faut que j’en sache plus sur ce qui s’est passé, mais si même les chroniques de ma propre bibliothèque ne peuvent me répondre… j’ignore qui le pourra.

Peut-être en existe-t-il une copie plus complète ailleurs. Au musée cetra de Midgar, peut-être ?

J’ai tellement à faire et si peu de temps…

*

La première chose qui me frappa fut la foule.

De l’orée de la forêt qui longeait la rivière jusqu’au bord de cette dernière, les berges étaient noires de monde. Des centaines de personnes lavaient leur linge, faisaient boire les bêtes, pêchaient ou se baignaient.

Je n’osais même pas imaginer le nombre de saloperies que devait charrier le cours d’eau !

- Attendez ici, Monsieur, je vais chercher le saint homme, proposa aimablement Zack.

Je m’assis donc sur l’une des marches de pierre grossièrement taillées qui descendaient jusque dans l’eau et attendis patiemment tandis que le poulain d’Angeal se faufilait au milieu de la foule.

Mes longs - trop longs ? - cheveux argentés et ma haute taille attirèrent immédiatement l’attention et j’entendis des murmures et des rires s’élever dans les groupes de femmes vêtues de robes humides.

A mon grand étonnement, je me sentis rougir. Je baissai la tête et, chose qui ne m’était jamais arrivée jusque là, fis même des vœux pour qu’aucune d’entre elles ne m’approche ou ne m’adresse la parole.

Le moment passé avec Angeal dans le 4×4 m’avait-il vacciné à vie contre la gent féminine ?

Par contre, je laissai mon regard courir avec plaisir sur les corps masculins dégoulinants d’eau. La plupart des Gongagiens étaient minces et avaient des muscles secs et bien dessinés. Je me pris à imaginer à quel point leur peau devait être douce et parfumée lorsque Zack me toucha l’épaule, me faisant tressaillir.

- Le saint homme vous invite à le rejoindre dans la forêt sacrée, Monsieur.

Le cœur battant, je me levai et le suivis à travers la foule, ne pouvant faire autrement que de frôler les corps à demis nus.

Il m’entraîna à quelques cinquante mètres à l’intérieur des bois, où s’élevait un petit temple peint de couleurs vives. Là, à l’ombre d’un grand arbre aux branches ressemblant à des lianes et aux larges feuilles d’un vert tendre, se tenait l’ermite, assis en tailleur à même le sol. Il était entouré de plusieurs hommes et de deux femmes d’un certain âge qui l’écoutaient avec respect.

Dans ce curieux décor, il me parut soudain palpiter d’une étrange aura de sainteté, comme si une lumière invisible irradiait de sa personne.

Je mis cela sur le compte de mon appréhension et de l’angoisse que j’avais connue les nuits précédentes. Sans doute désirais-je voir en lui un être possédant quelque pouvoir susceptible de me délivrer du cauchemar éveillé qu’était devenue ma vie.

Zack s’inclina devant lui et lui tendit de la nourriture enveloppée dans un linge. Le saint homme hocha la tête en signe de remerciement et posa le paquet à ses pieds tout en me faisant signe d’approcher et de m’asseoir.

Les gens qui l’entouraient s’inclinèrent et s’esquivèrent discrètement.

Lorsque je le vis Zack se préparer à tourner les talons, je paniquai un peu.

- Tu ne restes pas ? demandai-je. Comment vais-je comprendre ce qu’il va me dire ?

- Il a demandé à rester seul avec vous, Monsieur, répondit le garçon. Vous comprendrez ce qu’il a à vous dire, ne vous en faites pas.

Malgré mon regard suppliant, il s’éloigna.

Comment allais-je parler à ce singe crayeux ? Je ne connaissais pas un seul mot de son étrange dialecte gongagien !

Je me tournai vers son visage impassible et mon estomac se contracta. Dans quoi m’étais-je donc encore embarqué ?

- Euh… Vous… Je ne… Euh… Zack did you explain my problem ? demandai-je en articulant exagérément.

Son expression ne se modifia pas.

- Do you understand what i say ? No ? Wutaïgo o hanashimasu ka ? Sprechen zi Nibelian ? Habla Coreliano ?

Il me fixa sans rien dire et je secouai la tête.

- Vous ne comprenez pas un mot de ce que je vous dis, hein ? Mais qu’est-ce que je suis venu faire ici, moi… maugréai-je en me passant la main sur le visage.

Je le regardai entre mes doigts. Il ne clignait même pas des paupières.

Je perdais mon temps et me maudis d’avoir nourri l’idée saugrenue que ce type pouvait m’aider en quoi que ce soit.

- Ecoutez, je suis désolé de vous avoir dérangé dans votre méditation ou je ne sais pas quoi, O.K. ? m’excusai-je en me levant. Continuez votre karma ou ce que vous voudrez, je vais me dépatouiller tout seul comme un grand. Restez tranquillement assis pendant qu’un fauve me colle aux basques et croque la moitié de la population de la région, surtout, ajoutai-je amèrement.

J’essuyai la poussière de mon pantalon et ajustai ma casquette.

- Vous êtes un ignorant. Oui. Nerveux et ignorant. Une bonne victime pour le Démon.

Je me figeai et baissai les yeux vers l’ermite pour m’assurer que c’était bien lui qui avait prononcé ces mots et que mes oreilles ne me jouaient pas de vilains tours.

Il affichait à présent une expression amusée.

- Vous me comprenez ? Vous… Vous avez toujours compris ce que je disais ? réalisai-je.

Il esquissa un sourire et je me sentis blêmir.

Combien de fois l’avais-je traité de “ macaque ” ou de ” primate crasseux ” sur le chantier ? Je devais avoir bonne mine tiens !

- Je comprends surtout que vous avez peur, répondit-il. Et vous avez raison, d’avoir peur.

Je me rassis lourdement en face de lui, la gorge soudain sèche.

- Que m’arrive-t-il, vieil homme ? Pourquoi moi ? Y avait-il réellement un démon, dans ce temple ?

Il secoua la tête.

- Si vous aviez creusé encore un peu, vous auriez vu le squelette du Démon. Du démon mort il y a longtemps, je veux dire.

J’essayai de comprendre ce qu’il voulait dire.

- Le démon mort ? S’il est mort, qu’est-ce qui me poursuit dans ce cas ?

- Un Démon.

Je secouai la tête.

- Mais vous venez de me dire qu’il était mort depuis longtemps !

- Oui. Celui du temple est mort longtemps.

- Vous voulez dire qu’il y en avait deux enfermés là-dedans ?

- Non.

Je soupirai. Je n’étais vraiment pas d’humeur pour jouer aux devinettes ésotériques.

- Pourquoi ce démon m’en veut-il à ce point ?

- Vengeance ? Jalousie ? Qui peut savoir ? Peut-être avez-vous éveillé quelque chose en lui. Sa part la plus sombre. Un vieux souvenir.

- Moi ? Mais ça n’a aucun sens. Je n’ai pas pour habitude de fréquenter les démons !

- Dans cette existence, non. Mais combien en avez-vous vécu ? Qui saurait dire ?

- Une vie avant la vie ?

Ca y est ! J’y étais. Cette fameuse croyance en la réincarnation avec un passage dans la rivière de la vie.

- Vous voulez dire que cette chose se vengerait de moi pour quelque chose que je lui aurais fait dans une vie antérieure ? essayai-je de demander sans éclater de rire.

- Oui.

- Et que suis-je supposé faire ? Une offrande ou un machin comme ça ?

Ses yeux devinrent deux fentes brillantes et son expression grave m’enleva soudain toute envie de rire.

- Savez-vous ce qu’est un métamorphe ?

- Une sorte de démon capable de se changer de forme ?

Il croisa les bras et inspira profondément.

- C’est une créature maudite. A la fois homme et fauve. Un être magique et puissant.

- Homme et fauve ?

- Oui.

Je levai un sourcil. Mais qu’est-ce que c’était encore que ces salades ?

D’abord des démons et maintenant des ” matous-garous “. J’étais dans de beaux draps tiens. Garou ou non, il fallait que je me débarrasse de cette chose.

- Comment peut-on le détruire ? demandai-je. Il doit bien y avoir un moyen ?

Il se pencha en avant.

- Oui. Mais c’est très difficile. Vous dev…

Il s’arrêta soudain de parler et renifla l’air.

- Quoi ? m’enquis-je avec inquiétude. Qu’y a-t-il ?

Il leva la main pour m’imposer le silence et sembla écouter. Mon cœur battit à une vitesse affolante. Le fauve m’avait-il retrouvé ?

J’entendis des brindilles craquer derrière moi et me redressai d’un bond, prêt au combat.

- Que faites-vous ici ? gronda Rufus Shinra.

S’il y avait quelqu’un que je ne m’attendais pas à voir en ce lieu, c’était bien lui !

Il ne portait qu’un pantalon de toile blanche dont la ceinture lâche lui retombait un peu trop bas sur les hanches et était pieds nus dans la poussière, en signe de modestie et de respect.

Si je l’avais trouvé beau dans son kimono hors de prix, ainsi débraillé et torse-nu, il me laissa sans voix. Ce type était une véritable gravure de mode.

- Comment osez-vous souiller ces lieux de votre présence ? persifla-t-il.

Son visage était tellement crispé et sa veine battait si fort contre sa tempe que je le crus au bord de la crise d’apoplexie.

- Je… Commençai-je la gorge nouée, incapable de détacher mes yeux de son corps de rêve. J’étais venu consulter le saint homme sur les événements qui…

- Partez ! s’écria-t-il. Des êtres tels que vous n’ont rien à faire ici !

J’allais répliquer vertement lorsque l’ermite gesticula en braillant dans notre direction.

- Voilà ! Vous êtes fier de vous j’espère ? hurla encore son altesse sérénissime à mes oreilles.

Il me poussa brutalement et je le regardai, ébahi, s’agenouiller devant le saint homme, s’aplatir dans la poussière et lui parler d’une voix suppliante.

Jamais je ne l’aurais cru capable d’un tel geste de soumission.

A ma grande surprise, l’ermite entra dans une colère folle et lui cracha à la face.

Un tel comportement de la part du saint homme me stupéfia. Jamais, même lorsque je l’avais traité de primate crayeux sur le chantier, il n’avait montré le moindre signe d’agressivité.

Rufus se redressa d’un bond et lui parla en lui jetant des regards suppliants tout en s’essuyant le visage.

Je ne savais plus comment réagir. Tout ce que je saisissais des paroles de sa majesté des réacteurs étaient des expressions comme “aidez-moi” et “ayez pitié“, qui revenaient sans cesse.

Mais que se passait-il donc ?

Rufus essaya à nouveau de ramper vers le saint homme mais ce dernier se saisit d’une poignée de poussière qu’il lui jeta à la figure, le faisant se redresser en gémissant de douleur.

L’ermite, lui, gesticulait et criait, attirant les curieux.

Je crus saisir le mot “impur” au milieu d’un flot d’injures et me décidai enfin à intervenir.

- Mais qu’est-ce qui vous prend ? m’écriai-je en me penchant sur Rufus. Vous voulez le rendre aveugle ou quoi ?

Ce dernier me repoussa, presque aussi hystérique que le saint homme et, les yeux larmoyants à cause de la poussière, voulut encore lui embrasser les pieds en signe de respect.

La réaction ne se fit pas attendre.

Le vieil homme s’écarta, ramassa une pierre et, avant que je puisse faire quoi que ce soit, la jeta en direction de Rufus, qui la reçut en pleine poitrine.

Il retomba en arrière avec un cri et l’ermite en saisit une seconde.

Sans plus réfléchir, je me jetai sur son altesse sérénissime pour le relever en dépit de ses efforts pour me repousser.

La seconde pierre le toucha au front, lui faisant une profonde entaille et flaf ! Il me tomba dans les bras, complètement sonné.

Si je ne le sortais pas de là, ce dingue allait le tuer - sans compter que la foule se resserrait dangereusement autour de nous.

Rufus Shinra était un homme imbuvable et son comportement avait certes dû lui valoir nombre d’anicroches et de ressentiment mais de là à le lapider en place publique, il y avait quand même un monde !

Je le hissai donc sur mon épaule et m’enfonçai dans forêt en bousculant quelques badauds curieux attirés par le scandale, poursuivi par les imprécations du vieux sage.

Je marchai pendant ce qui me sembla être une bonne dizaine de minutes et m’arrêtai, à bout de souffle. J’ai beau être costaud, Rufus n’était pas un poids plume et je suais comme un chocobo après une course.

Je me trouvais dans une minuscule clairière bordée d’arbres immenses et je ne savais absolument pas où j’étais.

La gorge sèche et brûlante à force de courir, je posai délicatement Rufus sur le sol couvert de mousse et appuyai sa tête sur mes genoux. Son visage était barbouillé de sang. Mais qu’est-ce qui avait pu passer par la tête de ce vieux fou ?

Je me forçai à respirer calmement pour ralentir mon rythme cardiaque et retirai mon t-shirt pour lui éponger le visage.

Je m’aperçus alors que mes mains tremblaient et que j’avais le plus grand mal à les empêcher de s’égarer sur le torse glabre.

J’étais seul, paumé en pleine forêt et presque à poil avec, sur les genoux, l’un des hommes les plus séduisants qu’il m’avait été donné de rencontrer.

En dépit de la situation plus qu’incertaine, je ne pouvais que remercier tous les dieux bizarres de Gongaga d’une telle aubaine.

La coupure de son front saignait beaucoup et ses cheveux étaient encore mouillés. Ses paupières frémissaient à peine et ses lèvres entrouvertes semblaient me narguer.

- Autant en profiter avant qu’il ne se réveille… me dis-je avec un sourire en coin à l’idée de ce que j’allais faire.

Je me penchai par dessus son visage et posai délicatement mes lèvres sur les siennes.

Elles étaient fraîches et douces…

Je glissai le bout le ma langue entre elles, cherchai la sienne mais il poussa une petite plainte et je me redressai vivement.

Mais qu’est-ce que j’étais en train de faire ? Profiter qu’un mec tombe dans les pommes pour lui rouler une pelle ! J’étais tombé bien bas.

Je lui tapotai les joues et il finit par ouvrir les yeux.

En me voyant, il cligna des paupières à plusieurs reprises et s’écarta comme s’il avait été mordu par un serpent.

- Qu’est-ce que vous faites là ? s’écria-t-il en m’assassinant du regard.

- Vous pourriez au moins dire “merci”, notai-je en grimaçant.

Il porta la main à son front et la retira poisseuse de sang. Je lui tendis mon t-shirt, qui en était imprégné.

- Navré, je n’ai pas de mouchoir en dentelle sous la main, m’excusai-je, sarcastique.

Il hésita et le sang lui coula sur l’œil gauche.

- Si vous préférez, je peux vous donner le bas mais, je vous préviens, je ne porte rien dessous.

Il blêmit et se détourna à façon d’une jeune fille que l’on aurait abordé de façon trop grivoise.

- Allez, ne soyez pas idiot ! Prenez ça et pressez-le sur votre front.

Avec un grognement, il m’arracha mon t-shirt des mains et essuya le sang de son visage.

- Pourquoi le saint homme a-t-il eu une telle réaction en vous voyant ? demandai-je.

Sa majesté des réacteurs me jeta un regard noir et je vis ses lèvres se mettre à trembler.

- Cela ne vous regarde pas, cracha-t-il.

Je soupirai.

- Il était pourtant parfaitement calme avec moi, fis-je. Il vous a appelé “impur”,non ? Je pensais pourtant que vous…

- J’ai dit que cela ne vous regardait pas ! s’écria-t-il.

Si ses yeux avaient été des gunblades, je crois que je serai mort vingt fois. Ce type était quand même gonflé !

- Eh ! Je vous ai sauvé la vie, je vous signale ! J’estime que j’ai droit à quelques explications !

- Ici, vous n’avez droit à rien, persifla-t-il en se levant.

Cette fois c’en était trop. Je me levai et le saisis par le bras pour l’obliger à se retourner.

- Minute, papillon ! Je commence à en avoir ras le bol de toutes vos salades mystiques !

Je sentais que j’étais prêt à le frapper s’il ne me donnait pas d’explication cohérente.

- Lâchez-moi ! Je vous interdit de me toucher !

Je resserai mon étreinte et il grimaça.

- Ecoutez bien, votre gracieuse Majesté de mes fesses ! Je sais que vous aviez dans l’idée de supplier papa pour me faire virer et je vous ai pourtant sauvé la peau. Alors, maintenant, de deux choses l’une : ou vous m’expliquez ce qui se passe, ou je vous arrache le bras. Choisissez ! Pourquoi l’ermite a-t-il eu cette réaction ? Qu’est-ce que vous lui avez fait ?

Rufus serra les dents et me jeta un regard glacial.

- Ne posez pas vos sales pattes sur moi ! fit-il entre ses dents. Qui sait quelle partie du corps de vos semblables elles ont touché !

Je blêmis.

C’était donc bien ça qui le gênait tellement chez moi… Ce sombre abruti était homophobe !

J’avais eu bien souvent affaire à ce type de dingues et j’étais blindé depuis belle lurette mais, dans le cas présent, cela me fit particulièrement mal. Je sentis mon estomac se tordre et ma gorge se nouer.

- Très bien… Comme vous voudrez. Retournez donc voir ce singe crayeux et faites en sorte que leurs cailloux ne vous ratent pas cette fois. Ca rendra service à tout le monde !

Je le repoussai brutalement et il tomba sur le sol comme un sac de ciment avec un gémissement rauque…

…à suivre

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I - Ennui mortel

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Auteur : BMIK & Rina

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

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Assis sur une proéminence rocheuse de la ville oubliée, le regard de Yazoo errait paresseusement sur les arbres lumineux et sur la surface du lac tout proche.

Kadaj s’était encore isolé pour communiquer mentalement avec leur mère, le laissant esseulé, sans rien de plus excitant à faire que de compter les poussières brillantes voletant dans l’air.

Adossé à la paroi, il lissait ses longs cheveux en laissant vagabonder son regard, lorsque des petits bruits attirèrent son attention.

” Plop ! Plop ! Plop ! “

Choisissant un caillou parmi ceux se trouvaient au creux de sa main, Loz le lança dans le lac d’un mouvement rasant et le regarda ricocher à la surface, troublant l’immobilité de l’eau.

- Tu t’ennuies aussi, hein ? murmura-t-il à l’adresse de son frère silencieux perché sur son rocher.

C’était davantage une affirmation qu’une question.

Avec un soudain mouvement de frustration, Loz lança le reste des cailloux dans le lac, le son des petites pierres rappelant celui d’une pluie battante.

Avec un profond soupir, il pivota vers son frère cadet.

- Yazoo…Pourquoi Mère ne s’adresse-t-elle jamais à nous ?

Ce dernier contempla d’un oeil vague les petites ondes, qui ridaient la surface de l’eau et troublaint la tranquillité du lac, puis, s’arrachant à l’état contemplatif qui lui était habituel tourna lentement la tête pour fixer son aîné.

L’agitation contenue de Loz était une distraction bienvenue dans son univers de mélancolie. Aussi, au lieu de l’habituel ” Ne pleure pas, Loz “, il répondit calmement :

- Qui sait…Elle ne nous aime probablement pas autant qu’elle aime Kadaj.

Le coin de ses lèvres remonta un peu en un imperceptible sourire. Taquiner de Loz était de loin sa distraction favorite.

Non qu’il n’appréciait pas son frère - loin s’en fallait ! - mais, pour l’heure, il s’ennuyait à mourir et c’était là la seule activité disponible…

Loz laissa échapper un grognement.

- Putain, tu parles d’un scoop ! railla-t-il. Tout le monde aime Kadaj plus que nous. Même toi, tu l’aimes plus que moi.

Il passa la main dans ses courts cheveux argentés et soupira encore, résigné depuis longtemps à accepter l’évidence et ne s’attendant même pas à ce que Yazoo le contredise.

Il contempla fixement la forêt, le sourcil froncé.

C’était si monotone, cet endroit ! Rien ne vivait parmi les arbres morts. Aucun oiseau, aucun animal, vraiment rien. Et rien ne se passait jamais non plus. Rien ne bougeait hormis les petites poussières luminescentes qui voletaient dans l’air un instant puis s’éteignaient.

En de rares occasions, lorsqu’il n’en pouvait vraiment plus et qu’il lui avait fallu trouver de quoi se distraire ou passer le temps pour ne pas devenir cinglé, il était venu ici et avait essayé de les viser avec son arme. Mais il s’était lassé rapidement de ce jeu insipide. Loz avait toujours eu du mal à concentrer longtemps son attention sur quoi que ce soit.

En repensant à Kadaj, l’exaspération le saisit.

- Pourquoi c’est Kadaj qui joue les chefs, d’abord ? C’est à moi, que ce rôle revient ! Je suis plus âgé, plus grand et plus fort que lui !

Il laissa échapper un juron et reprit :

- C’est lui qui décide toujours de tout ! C’est pour ça que nous sommes coincés ici à ne rien faire, à attendre comme des larbins que monsieur nous donne ses ordres. Comme si on ne pouvait rien faire sans lui. Putain, ça m’énerve !

Pourtant, Loz adorait son petit frère. Mais, parfois, Kadaj le… Comment dire ? L’ennuyait ? L’énervait ? L’exaspérait ? Oui, c’est ça. Parfois, Kadaj l’exaspérait vraiment et, quand ça arrivait, il avait envie de tout envoyer valser !

Mais, cette fois, il se contenta de donner un coup de pied dans une pierre, qui tomba dans le lac à nouveau immobile avec un gros ” splatch ! “.

Loz n’en détesta que davantage la froideur et la quiétude habituelle du plan d’eau. Une froideur et une quiétude qui n’étaient pas sans rappeler celles de Yazoo.

Silencieux et immobile comme une statue, à l’exception de quelques mèches cheveux soulevés par une brise douce, son cadet paraissait fait de glace, comme si aucun émotion n’avait prise sur lui.

- Je ne sais même pas pourquoi je m’emmerde à te dite tout ça. Tu t’en fiches, de toute façon. Tu te fiches de tout…

Démoralisé, Loz tourna les talons et finit dans un murmure amer, comme s’il se parlait à lui-même :

- …surtout de moi.

Yazoo cligna des yeux à cette sentence et tourna la tête vers son frère en se demandant ce qui avait pu amener ces allégations.

Habituellement, le jeune argenté était très adroit, pour manipuler les gens et tout ce qu’il voulait, il l’obtenait - bien que, ironie de la chose, il n’ait jamais voulu grand-chose, en réalité. Mais voilà que, au lieu de suivre le scénario habituel et d’éclater en sanglots - que Yazoo aurait pu aussitôt endiguer avec quelques paroles réconfortantes et une étreinte sur les larges épaules - Loz semblait avoir opté pour une crise de jalousie.

- Reste là, ordonna-t-il, le regard toujours vague mais sachant au bruit de ses pas que son aîné était toujours à portée de voix. Ca ne se fait pas, de poser des questions à quelqu’un et de partir sans attendre sa réponse. (Les pas s’arrêtèrent) Contrairement à ce que tu penses, je ne m’en fiche pas, assura-t-il d’une voix traînante qui paraissait manquer cruellement de conviction.

Il crut sentir la présence imposante et menaçante de son frère près de lui mais ne se donna pas la peine de tourner la tête pour vérifier si c’était le cas. Son instinct ne le trahissait jamais, de toute façon, et le lien mental qu’il partageait avec Loz était particulièrement fort. Bien plus fort que celui - quasi inexistant - qui le liait à Kadaj.

C’était probablement la raison pour laquelle il devait davantage poser de questions et parler avec leur cadet - ce dont il n’avait jamais été particulièrement friand.

Avec Loz, tout était plus simple et plus intense. Ils n’avaient besoin que de peu de paroles parce que les choses importantes, ils se les transmettraient grâce à cette connexion mentale privilégiée. Un rapide coup d’œil de l’un et un simple hochement de tête de l’autre, voilà tout ce dont ils avaient besoin pour dialoguer. Et cela suffisait amplement à Yazoo.

Mais pas à Loz, apparemment.

- Alors, grand frère, dis-moi… reprit Yazoo avec une ombre de sourire sur ses traits impassibles en insistant sur le deuxième mot. Que ferais-tu, si tu étais le ” chef ” ?

Il daigna enfin regarder Loz, qui s’était accroupi au pied du rocher où son frère était perché.

Celui-ci leva les yeux en direction du ciel crépusculaire et réfléchit un moment, surpris par la question directe de Yazoo. Il avait été si occupé à se demander pourquoi il n’était pas le chef qu’il n’avait jamais pris le temps de penser à ce qu’il ferait si c’était le cas.

Pour ce qui était de retrouver leur mère, il doutait pouvoir faire plus que ce que Kadaj faisait lui-même en ce moment. Son petit frère n’avait de cesse de la localiser et chaque jour qui passait les rapprochait un peu plus d’elle. Et comme il n’avait pas ce lien particulier qui unissait Jenova et Kadaj, Loz ne pourrait pas faire mieux de toute façon. Non, cette mission là était la prérogative de son seul benjamin.

Alors que pourrait-il améliorer s’il était le chef ?

Loz arracha un brin d’herbe, huma son parfum frais et vert, puis le fit tourner entre ses doigts

- Tu sais ce que je ferais ? finit-il par demander sur un ton inhabituellement calme et sérieux. Je me débarrasserai de Kadaj. Pas pour toujours, non. Juste quelques jours. Je lui dirais de rester ici et d’attendre mes ordres, juste pour qu’il comprenne ce qu’il nous fait subir, puis je t’attraperais et je ficherais le camp de cette saleté de forêt ! On éteindrait nos téléphones pour qu’il ne puisse pas nous contacter et qu’il doive se débrouiller tout seul, comme un grand. J’en ai marre des ordres, des caprices, de toutes ces recherches et de ces bagarres. Oh ! Parfois c’est amusant, bien sûr. Surtout quand on se bat. Mais la plus part du temps, c’est juste pénible.

Il poussa un long soupir épuisé.

- J’en ai marre, de tout ça. J’ai besoin d’une putain de pause.

Il se leva et lança un regard oblique à Yazoo.

Celui-ci le considérait avec la tête penchée d’une manière qui lui était familière, sans rien dire, mais ses yeux luisaient d’une légère et inhabituelle curiosité.

Encouragé par l’intérêt manifesté, aussi infime soit-il, Loz poursuivit, son enthousiasme grandissant à chaque mot.

- Nous pourrions simplement partir d’ici, Yaz. Juste toi et moi sur nos motos, et conduire le plus vite possible jusqu’à ce que le soleil se couche. Nous trouverions un hôtel confortable, quelque part, et profiterions du service d’étage. On mangerait au lit, on regarderait des films et on pillerait le mini-bar ! Je ne me souviens même plus de la dernière fois que nous avons pris le temps de nous détendre. Pas grand chose, tu sais, s’éclater juste un peu. Faire comme les gens normaux.

Il se rapprocha un peu de Yazoo, recherchant du contact de son frère. La saillie rocheuse où le mince incarné était assis était assez basse pour que Loz puisse se pencher et poser sa tête sur les genoux de son cadet. Peu importait que Yazoo ne réponde pas à ses suggestions ; au moins, il l’écoutait. Mieux : il ne se moquait pas de lui et le repoussait pas, ce qui était encore plus encourageant.

Loz posa donc sa joue sur les cuisses recouvertes de cuir de Yazoo en espérant secrètement qu’il lui passe la main dans les cheveux. Il adorait ça.

- Bien sûr, je sais bien qu’on n’a rien de personnes normales, mais ce serait quand même bien d’agir comme telles, pour une fois, et de ne plus devoir penser à retrouver les cellules de mère, à la réunion et à toutes ces conneries que Kadaj continue n’arrête pas de nous rabâcher. Et puis tu veux que je dise ? Je suis sûr que si on partait en le laissant là, il ne remarquerait même pas notre absence ! Mère est toujours avec lui pour lui tenir compagnie et ça lui suffit.

Le regard toujours fixé sur le profond lac sombre, Loz posa la main sur le genou de Yazoo, que dévoilait la fente de son long manteau, et le caressa à travers le cuir du pantalon et de son propre gant.

Son frère ne le repoussa pas et il restèrent ainsi durant un petit moment, silencieux, essayant d’imaginer ce que pourrait être leur fuite - même si elle ne durait qu’un ou deux jours.

Quand il parla à nouveau, le ton de Loz était doux et mélancolique.

- Je sais que tu as besoin d’une pause autant que moi. Je peux le sentir. Si j’étais le chef, je t’emmènerai loin de tout ca, Yazoo. Oui, voilà ce que ferai.

Il soupira et fit la moue.

- Je sais que ça peut sembler idiot, reprit-il. Tu penses sûrement que c’est l’idée la plus débile de la planète, hein, avoue ?

- Oui, acquiesça Yazoo, amusé par l’expression penaude qu’il lut sur le visage de Loz, qu’il venait de vexer cruellement.

Mais, avant que son aîné ne puisse réagir ou partir à nouveau, Yazoo glissa paresseusement ses doigts gantés dans les courts cheveux de son frère, le bout de ses doigts massant agréablement son cuir chevelu. Son expression était toujours insondable mais, lorsque son regard courut le visage de Loz, il sembla songeur.

Il comprenait très bien le ras-le-bol de Loz, en partie parce que son exaspération irradiait littéralement. Une part de lui l’avait non seulement remarqué, mais partageait ce sentiment d’agacement et ce besoin de rébellion.

Habituellement Yazoo était ne voyait pas d’inconvénient à ce Kadaj décide de tout. Il préférait de loin rester en retrait et faire ce qu’on lui demandait le moment venu. Mais l’attente commençait sérieusement à lui taper sur les nerfs. Peut-être pas tant l’attente en elle-même, d’ailleurs, que le fait qu’on lui ait ordonné d’attendre. Yazoo n’était pas une marionnette dont on pouvait tirer impunément les fils, c’était par choix, qu’il avait cédé sa part d’autorité à Kadaj et celui-ci semblait parfois l’oublier un peu trop facilement…

Peut-être était-il temps de lui rappeler certaines choses. Que Loz et lui n’étaient pas ses laquais, par exemple, mais deux des parties d’une seule et même trinité qui dépendait des talents de chacun pour être parfaite.

Kadaj était peut-être le cerveau de cette trinité, mais il dépendait de la force de Loz, dont le corps puissant était leur meilleur rempart face aux menaces. Et ses poings s’étaient révélés être des dispositifs plus que convaincants lorsque toute discussion devenait inutile.

Yazoo, lui, intervenait lorsque la force et la cruauté restaient sans effet. Lorsqu’une approche plus délicate s’imposait. Contrairement à Kadaj, totalement asocial, il avait le don de manipuler les gens à son avantage sans que ces derniers en soient même conscients. Il pouvait par son seul charme faire plier chacun à ses desiderata, manipuler ou tromper. Voire tuer en un éclair et sans le moindre état d’âme.

Oui, ils se complétaient parfaitement, tous les trois. Mais Kadaj avait visiblement besoin d’une petite piqûre de rappel…

- Tu sais quoi ? fit subitement Yazoo, les yeux toujours fixés sur le visage de Loz, mais cette fois parfaitement alerte. Nous devrions le faire.

Les doigts qui caressaient le cuir chevelu de Loz s’immobilisèrent, et il redressa le buste, indiquant à Loz qu’il était sur le point de se lever.

- Prends ta moto. Nous partons tout de suite.

…à suivre

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IX - La chasse est ouverte

“Certaines chasses se résument à de l’inqualifiable poursuivant l’immangeable.”

Anonyme insp. de M. Genevoix

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Je crus avoir mal entendu.

- Par une fenêtre du premier ? Il avait donc des ail…

Mon cœur manqua un battement.

Angeal…

- Angeal ! criai-je en me précipitant dans l’escalier, talonné par Zack. Angeal !

Je dérapai sur le tapis du haut de l’escalier et me raccrochai à la rambarde avant de foncer dans le couloir.

- Angeal ! Angeal !

Pourquoi ne répondait-il pas ?

Je priai de toutes mes forces les dieux dont j’avais entendu parler depuis que j’étais arrivé pour le retrouver indemne.

- Angeal !

Je le vis enfin, debout devant la porte de ma chambre, blême comme un linge.

J’en aurais crié de soulagement.

- Angeal… Ca va ?

Il ne réagit pas, continuant à fixer ma chambre par la porte ouverte.

- Angeal ? Qu’y a-t-il ?

Je suivis son regard.

En réalité, il n’y avait plus de porte. Ou, du moins, ce qu’il en restait gisait sur le sol, en charpie.

Mais le pire se trouvait à l’intérieur…

J’entrais, sidéré, laissant Angeal et Zack dans le corridor.

La fenêtre semblait avoir littéralement explosé, comme dans les films d’espionnage, quand le type habillé de noir passe à travers le carreau, suspendu à une corde d’escalade.

Tout le mobilier avait été réduit en pièces et le lit où j’avais dormi avait été sauvagement lacéré. La bourre du matelas était répandue à travers la pièce et la serviette de bain que j’avais utilisée me rappela l’état de mon sweet-shirt dans le 4×4.

Dans ce désordre, je ne remarquai pas tout de suite le sang. Pas avant de poser le pied dessus avec un bruit gluant…

La flaque s’écoulait lentement entre les lattes de bois du sol et la descente de lit s’en imbibait comme une éponge.

J’eus un mouvement de recul et marchai sur quelque chose de mou qui émit un étrange craquement sous ma semelle.

Je baissai les yeux et la première chose que je reconnus fut une alliance d’argent… avant de comprendre qu’elle était passée à l’annulaire d’une main sans bras, qui tenait encore un chiffon à poussière et sur laquelle j’avais posé le pied en brisant les phalanges sous mon talon.

- C’est moi qu’il cherchait… murmurai-je, la gorge sèche, en regardant la main qui avait, selon toute vraisemblance, soit appartenu à la femme de ménage, soit à l’épouse de l’aubergiste.

Angeal sembla sortir de son étrange léthargie et s’approcha pour poser la main sur mon épaule.

- C’est peut-être juste un hasard, Seph, chuchota-t-il. Un horrible hasard.

Je me dégageai brusquement, mes boyaux faisant le grand huit.

- Hasard, mon cul ! me récriai-je. Pas deux fois de suite, Angeal ! C’est moi que cette saleté de bestiole cherchait et tu le sais très bien ! Je ne suis plus un enfant que l’on a besoin de rassurer lorsque la nuit tombe !

- Général, c’est… C’est…

Zack contemplait la scène de carnage, horrifié.

Je le saisis par les épaules.

- Zack, où est le vieil ermite ? Il faut que je le voie ! Où peut-on le trouver ?

- Seph ! intervint Angeal. Qu’est-ce qui te prend ? Tu perds les pédales, ou quoi ?

Notre jeune compagnon détourna le regard de la chambre et bredouilla, presque malade de dégoût :

- Sans doute près de la rivière, non loin de la forêt sacrée. Je ne pense pas qu’il se terre dans une grotte. C’est un saint homme, Général. Il ne craint ni les fauves, ni les démons.

Il avait bien de la veine parce que moi, je n’étais pas du tout rassuré à l’idée d’être traqué par ce qui avait fait irruption au premier étage pour réduire en compost bois, tissus et chair sans distinction !

- Tu vas nous aider à le trouver, Zack !

- Seph ! se récria Angeal. On doit rester ici !

- Le temps presse, Angie ! Il faut mettre un terme à cette tuerie.

- La police va débarquer et voudra savoir ce qui s’est passé.

Il avait raison. Ce n’était pas le moment de rendre la police soupçonneuse, même si, comme je lui fis remarquer…

- Ca m’étonnerait qu’ils se bougent. Ils ne voudront pas troubler le repos de ” Monsieur le Prince ” avec une triviale histoire à dormir debout de fauve tueur de femmes de chambre ! Ils sont bien trop pétochards pour tenter quoi que ce soit sans son accord.

Angeal me saisit par les épaules.

- Tu comptes te taper la route jusqu’à la rivière, avec un fauve qui rôde en te cherchant partout, pour aller demander conseil à vieux singe ?

J’allais répliquer lorsque, pour échapper à l’aubergiste et à un groupe d’hommes qui commençaient à monter l’escalier armés de fourches et de fusils, je poussai notre petit trio dans la chambre d’Angeal et refermai la porte sur nous.

- Il faut que tu saches quelque chose, Angie. Nous avons une piste concernant le meurtre, au chantier.

Je fis signe à Zack, qui sortit le poignard dissimulé à la hâte lorsque les cris de la femme avaient interrompu notre conversation.

- Ce poignard porte des traces de sang frais et les armes de la famille Shinra…

Angeal, la première surprise passée, joua pensivement avec sa barbichette et finit par demander calmement :

- Tu penses donc que Rufus Shinra est notre tueur ?

J’acquiesçai.

- Cela semble probable. S’il est vraiment aussi superstitieux qu’il nous l’a laissé deviner, il a pu craindre la malédiction et vouloir laver l’offense dans le sang en signe de sacrifice.

- Je ne l’accuserai pas si vite, Seph. Il ne se salirait pas les mains lui-même…

- Il a pu donner les ordres, cela ne change pas grand chose. L’ermite m’en dira peut-être plus. Toi, reste ici pour attendre les autorités et essayer d’arranger les choses le cas échéant, tu es bien plus diplomate que moi.

Angeal hocha la tête sans enthousiasme.

- Hors de question de te laisser aller là-bas seul, Seph.

- Je ne serai pas seul, Zack va venir avec moi. Et, si on trouve le vieux singe, il nous protégera du vilain matou avec sa magie ! ajoutai-je avec un clin d’œil railleur.

Angeal me serra la main comme s’il ne devait jamais me revoir et soupira.

- Tu perds la boule, Seph, mais bonne chance.

Zack sur mes talons, je quittai donc l’auberge, où la panique était totale, en direction du seul “concessionnaire” de voitures existant (en réalité, le petit garage du patelin) à la recherche d’un nouveau véhicule.

Je n’étais pas loin de penser, comme Angeal, que je devenais fou. J’avais toujours fui comme la peste tout ce qui se rapprochait de près ou de loin de la superstition ou de la religion. J’avais vu trop de gens céder aux sirènes de la facilité et remettre leurs décisions entre les mains de charlatans qui les absolvaient de leurs responsabilités.

Mais là, en terre inconnue, où tout le monde autour de moi semblait consulter une divinité avant de bouger le petit orteil, je me retrouvais avec un gros, très gros problème qui échappait à toute logique et peu de recours possibles. J’ignorais contre quoi je devais me battre ni pourquoi j’étais la victime désignée mais, sans des appuis puissants, personne ne ferait rien susceptible de froisser si peu que ce soit Rufus Shinra en m’aidant à y voir plus clair. Et le seul appui assez fort pour contrer Shinra, c’était les croyances de ces gens.

Il me fallait des renseignements, m’attirer les bonnes grâces des autochtones à défaut de celles de leurs dieux et, pour ça, je devais retrouver le saint homme, en espérant qu’il ne m’enverrait pas sur les roses après la façon dont je l’avais traité.

Mon impulsivité m’avait toujours coûté cher et là, j’étais à deux doigts de me jeter à nouveau dans la gueule du loup…

*

Au garage, j’avais arrêté mon choix sur un antique 4×4 imposant qui, à Midgar, n’aurait jamais passé un contrôle technique, mais qui semblait la plus solide des trois bagnoles en stock.

Les vitres latérales et celles de l’arrière avaient été remplacées par des grilles d’acier soudées, ce qui me parut idéal pour notre périple.

J’avais vu dans ma chambre ce que notre fauve ” volant ” pouvait faire d’une vitre et, bien qu’il ait prouvé la veille pouvoir tordre le métal comme une feuille d’aluminium de cuisine, ces grilles nous donneraient au moins un peu de temps pour fuir en cas d’attaque surprise.

J’avais laissé le marchandage à Zack, qui se débrouilla - j’ignore comment - pour arracher un prix dérisoire au garagiste.

Après un démarrage un peu poussif, j’avais sorti le 4×4 du terrain vague qui servait de lieu de stockage au garage, tournant le volant comme un marin au long cours son gouvernail pour faire braquer ce paquebot dans la rue sans arracher le mortier du mur d’en face.

C’est sûr, j’aurais donné très cher pour une voiture plus moderne, plus petite et, surtout, plus rapide, qui m’aurait arraché de ce bourbier au plus vite, mais j’étais bien obligé de faire avec ce tank !

D’un autre côté, la construction “à l’ancienne” de la bagnole résisterait peut-être une seconde de plus au fauve s’il nous tombait dessus.

Avant de sortir de sortir de Gongaga, Zack m’avait indiqué le chemin d’un marché où on pouvait acheter et vendre quasiment n’importe quoi.

Nous y avions acheté deux couvertures, deux fusils de chasse et une ample provision de munitions. Sur le conseil de Zack, nous avions également fait l’acquisition de nourriture, pas seulement pour nous mais aussi pour offrir au saint homme, ainsi que d’encens et d’une machette pour mon compagnon, au cas où les fusils nous feraient défaut.

Maudite bestiole !

Je crispai les mains sur le volant du 4×4.

Bon sang, mais d’où venait-il, ce satané animal ?

J’essayai de rester logique.

Un fauve dressé à tuer à qui l’on aurait fait sentir mon odeur ?

Qui ? Rufus Shinra, roi des animaux ?

J’imaginais bien la scène, tiens…

“Toi sentir odeur de ce con de Sephiroth et puis toi sauter par fenêtre pour boulotter lui. Moi avoir mis trampoline dessous pour petites pattes à toi. Toi comprendre ?”

Non, cette bête n’était pas une bête ordinaire. Mais qu’est-ce que c’était, alors ?

Un démon ? Ca existait, ces trucs-là ?

- Vous devez prendre à droite, général.

Je tressaillis.

- Pardon ?

- A droite, répéta Zack. La forêt sacrée se trouve se trouve en amont de la rivière.

Je ralentis et regardai autour de moi. Nous étions que les berges de la petite rivière qui alimentait toute la région en eau et je me surpris à chercher des yeux luisants dans l’obscurité, la gorge serrée, mais rien n’attira mon attention.

Le fauve était-il toujours à mes trousses ?

Je secouai la tête, essayant de ne pas y penser, et suivis les instructions de Zack.

Nous empruntâmes un chemin de terre battue et la voiture fit des bonds de cabri.

*

Journal de Rufus SHinra

J’ai peur…

Je viens de me réveiller en sursaut et de vomir tout le contenu de mon estomac.

Il y avait une grande quantité de sang. C’est la seconde fois que cela m’arrive.

Le médecin m’a conseillé d’aller faire des examens à l’hôpital. Il pense que j’ai un ulcère.

Cela ne m’étonnerait guère étant donné l’angoisse qui m’étreint depuis la profanation du temple. Mais je ne pense pas que cela soit aussi simple et je ne puis voir dans ces horribles malaises, qui me laissent aussi épuisé que si j’avais couru toute la nuit, que la main des dieux.

C’est sans doute eux aussi qui m’envoient tous ces cauchemars.

Hier, j’ai appris que le Général Sephiroth était… je n’ose même pas coucher ce mot sur le papier tant il est immonde et inhumain !

Disons que ses préférences vont souvent aux personnes de son propre sexe, contre toute morale ou loi naturelle. Cette nouvelle m’a empli d’horreur lorsque je l’ai apprise de la bouche de Palmer, à qui j’avais demandé de se renseigner sur lui.

Quand je pense que j’ai serré sa main et que jai touché des documents sur lesquels ses doigts ont couru ! Qui peut savoir ce que des mains pareille ont fait avant de se poser sur le papier…

Ce sont ces mêmes mains qui ont touché cette terre sous laquelle reposait le temple sacré et qui ont sali ma maison.

Ma faute.

Tout est de ma faute.

J’ai été inconscient. J’ai voulu amener à cette région arriérée un peu de modernité, lui redonner un peu de vie en remettant le réacteur mako en marche et voilà ce qu’il m’en avait coûté !

J’ai péché par orgueil et par ignorance et les Dieux m’ont puni pour mon arrogance.

Et ces cauchemars atroces qui me bouleversent au point de me retourner l’estomac, comment les interpréter ?

Cet après-midi, je me rendrai à la forêt sacrée pour demander conseil à un Saint Homme.

Puissent les dieux me donner la force de lui conter mes rêves, que je n’ose pas même rapporter ici.

Dieux tout puissants de mes ancêtres, protégez votre serviteur.

J’ai peur.

Si peur…

…à suivre

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Cet aveu que personne n’entendit

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

La place de Midgar grouillait de journalistes et de curieux. Le Général Sephiroth, entouré des ses lieutenants, pourfendait la foule en direction de la haute tour abritant le siège de la Shinra.
Le jeune Cloud se pencha discrètement vers lui.

- Etes-vous sûr que ça va aller, monsieur ? s’enquit-il en voyant les yeux de son supérieur briller anormalement.

- Bien sur que ça va aller !

Le garçon baissa le regard, honteux de s’être fait remettre si brutalement à sa place, mais son expression trahissait son inquiétude et la crainte de voir à chaque instant le Soldat s’effondrer, terrassé par la fièvre paludique - cadeau d’adieu de la région de Wutaï, où il venait de mener une guerre de plusieurs années.

Sephiroth avait trop d’ennemis qui n’attendaient qu’un moment de faiblesse pour en profiter et l’honneur que lui faisait Ashton Shinra en offrant une réception en son honneur n’arrangeait pas les choses. Seuls les laids et les sots ne faisaient pas de jaloux et le jeune général n’était ni l’un ni l’autre.

Ils arrivèrent enfin au pied des marches de la tour, où ils saluèrent le président et son jeune fils sous les flashs des photographes.

Ashton Shinra se leva.

- Général Sephiroth, une fois de plus vous méritez votre réputation. Cette dernière bataille à Wutaï a été menée de main de maître.

- Merci, monsieur.

Cloud vit les mains de son supérieur trembler imperceptiblement.

- Mais trêve de discours, vous devez avoir hâte de vous détendre ! Vous nous raconterez vos exploits devant une coupe de champagne.

Les turks firent barrage aux journalistes et aux curieux qui tentèrent de s’engouffrer dans la le hall, ne laissant passer que les invités.

- Permets-moi d’ajouter mes félicitations à celles du président !

Sephiroth pivota et se trouva face à Angeal Hewley. Les grands yeux bleu nuit le fixaient avec sympathie et il sentit un pincement dans la poitrine.

Bon sang ! Dire Angeal et Genesis étaient rentrés de Wutaï il y avait presque six mois. Déjà…

- Angeal… Je suis heureux de te revoir, salua-t-il en serrant sa main tendue.

- Nous aurons très certainement l’occasion de combattre à nouveau côte à côte, comme à Wutaï. Les monstres deviennent téméraires, ces derniers temps. Comme ils ne l’ont plus été depuis des années.

- Ce sera avec plaisir, assura Sephiroth, la gorge desséchée et une sueur glacée due à la fièvre lui coulant le long du dos.

- Est-ce que tout va bien ? Je te trouve bien pâlot.

- Juste un peu fatigué, rien de bien méchant. Allons-y, ordonna-t-il à ses capitaines, Ashton Shinra nous attend. Angeal… Je te dis à tout à l’heure, après ce barbant dîner ?

- Bien sûr. Genesis doit être par là, aussi, mais tu le connais !

- Ne t’en fais pas pour ça. Nous aurons tout le temps de parler lorsque ce ramdam se sera un peu tassé.

- Oui. A tout à l’heure, dans ce cas.

Le Banoran regarda Sephiroth s’éloigner, entouré de ses lieutenants, ne pouvant détacher ses yeux de la masse des cheveux vif-argent qui battaient ses cuisses.

Sont-ils toujours aussi doux ? “ pensa-t-il.

- Woah !

Il sursauta, embarrassé à la seule idée que quelqu’un ait pu surprendre ses pensées, et se tourna vers Zack Fair, son petit protégé depuis qu’il était rentré de Wutaï.

- Qu’y a-t-il ?

- Alors c’est lui, le grand Sephiroth ? demanda le garçon, curieux. Les Utaiens disent qu’il est dangereux, cruel et sauvage comme un fauve ! Il paraît que, quand il rentre dans la tas, même une centaine de balles ne pourraient pas l’arrêter dans son élan.

- Et depuis quand tu écoutes les bruits de couloir, petit chiot ? railla Angeal en ébouriffant ses cheveux hérissés.

- Arrêtez de m’appeler comme ça, bredouilla l’interpellé en rougissant. Il y a du monde !

Son instructeur éclata de rire.

- Allons-y, ne faisons pas attendre les mondanités !

***

La salle de réception était bondée.

Sephiroth subissait les assauts des flatteurs et des mondains avec un stoïcisme quelque peu forcé et Angeal lui trouva plus que jamais une mine de déterré.

Au même instant, un autre observait le jeune général avec attention : Genesis, qui rejoignit Angeal, une coupe à la main.

- Il n’a pas l’air dans son assiette… murmura-t-il.

Son ami acquiesça.

- Il est arrivé il y a quelques heures à peine, laisse-lui le temps de se poser.

- Mhh…

En réalité, Sephiroth ne tenait même plus sur ses jambes.

La tête lui tournait et, par moments, sa vue se voilait. Il acquiesçait aux compliments sans même arriver à déchiffrer les mots qui sortaient des bouches des gens.

- Pardonnez-moi, madame, s’excusa-t-il auprès de Scarlett, sentant qu’il ne tiendrait pas un instant de plus dans l’atmosphère opressante. Si vous me le permettez, je vais prendre un peu le frais. Après tant de grand air, essaya-t-il de plaisanter, les murs me paraissent bien étroits.

- Je vous comprends, général. Faites donc, je vous en prie.

Il la salua poliment et sortit en essayant, au mieux, de marcher droit, ce qui lui demanda un effort considérable. Le grand couloir paraissait danser sous ses pieds.

Il s’éloigna le plus possible de la salle de réception et, une fois qu’il se sut seul, dans un corridor désert, il s’appuya au mur pour ne pas tomber.

Il tremblait de tous ses membres et une sueur glaciale collait ses vêtements à sa peau. Pourquoi avait-il soudain si froid alors qu’il faisait si chaud ?

***

Angeal vit Sephiroth quitter précipitamment la salle en titubant à demi et, après une hésitation, lui emboîta discrètement le pas, non sans une certaine culpabilité. Sans doute parce qu’il savait que son empressement n’était pas seulement… “amical”.

Il ignorait pourquoi mais lui et Genesis s’étaient toujours sentis irrésistiblement attirés par le charisme de Sephiroth. Même s’ils ne s’en étaient jamais ouverts franchement l’un à l’autre - aucun d’entre eux n’oserait jamais aborder le sujet de toute façon ! - , ils savaient qu’ils menaient une guerre implicite dont le fils du professeur Hojo était le trophée.

Que lui dirait-il lorsqu’il le rejoindrait ?

Au détour d’un couloir il découvrit enfin son ami, haletant, le front appuyé au mur.

- Sephiroth ? Est-ce que ça va ?

Au ralenti, comme dans un cauchemar, il vit les yeux du jeune général se révulser, ses bras retomber et une cascade de cheveux d’argent se soulever alors qu’il basculait en arrière.

- Seph !

Angeal se précipita et le cueillit dans ses bras avant qu’il ne touche terre.

La tête argentée roula contre sa poitrine et il posa la main sur le front haut, brûlant sous ses doigts.

- Mais tu as une fièvre de chocobo !

- Sephiroth !

Genesis, qui apparut à son tour au détour du couloir, se précipita et lui prit d’autorité Sephiroth des bras.

- Eh ! Attends ! Où comptes-tu aller comme ça ? s’étonna Angeal ne le voyant se relever avec leur ami. Ne vois-tu pas qu’il est malade ?

- Tu préfères que les journalistes et ces abrutis de scientifiques le voient comme ça, peut-être ?

- Il a besoin d’un médecin, Genesis.

- Foutaises !

- Ah oui ? Parce que tu sais ce qu’il a, toi, gros malin ? C’est peut-être grave.

- Ne te fais pas plus idiot que tu ne l’es, Angie ! Il revient de Wutaï.

- Le palu ?

- Evidemment, le palu ! Nous y avons tous eu droit, dans ces saloperies de marais infestés de moustiques !

- Pas moi, désolé.

- Les moustiques ont dû avoir peur de crever.

- Très drôle, Genesis…

- Bon, tu vas m’aider à le monter là-haut ou tu préfères rester ici à bavasser ?

Angeal passa devant pour éloigner les gens qui pouvaient se trouver sur le chemin de l’ascenseur mais la voie était parfaitement dégagée. Tout le monte était à la réception d’Ashton Shinra.

Ils montèrent jusqu’à l’étage des appartements des officiers et Angeal précéda Genesis dans une chambre sobrement décorée.

- Pourquoi ici ? s’insurgea ce dernier.

- Tu veux le mettre dans sa chambre pour que la première personne qui vienne le chercher mette tout le monde au courant ?

Genesis n’osa protester davantage, de peur que son comportement ne paraisse suspect, et il déposa son précieux fardeau sur un grand lit recouvert de draps noirs. Le lit… d’Angeal.

Ravalant sa contrariété, il entreprit de défaire les sangles et attaches des vêtements de Sephiroth et son ami d’enfance le regarda faire, hypnotisé par la peau qui se dénudait lentement, tout en tapant un SMS à Zack pour se donner une contenance.

Lorsque Genesis retira bottes et pantalon, Sephiroth apparut uniquement vêtu de sa somptueuse chevelure, qui l’enveloppait tel un voile soyeux, et ses amis cessèrent de respirer - bien qu’ils eussent préféré crever là plutôt que de l’admettre.

Angeal rabattit sur le grand corps les fins draps de coton noir et écarta les mèches d’argent du visage baigné de sueur.

- Je vais chercher des médicaments, bredouilla son compagnon. Je crois qu’il doit m’en rester une ou deux boîtes.

Il s’éclipsa et Angeal prit le pouls de Sephiroth.

La tête argentée ballottait d’un côté à l’autre et des mots incompréhensibles s’échappaient des lèvres frissonnantes.

On frappa doucement à la porte et Zack Fair passa la tête par l’entrebâillement.

- Entre et ferme la porte, Zack. Comment ça se passe, en bas ?

- Tout le monde le cherche. Ca commence à jaser sec ! Ouh, là… Il n’a pas l’air d’aller bien du tout.

- C’est une crise de paludisme.

Genesis revint à ce moment précis avec un flacon de comprimés et une bouteille d’eau. Aidé d’Angeal, il entreprit de faire avaler deux cachets à Sephiroth, non sans mal.

- Il n’y a plus qu’à le laisser dormir.

- Tous les deux, retournez en bas, fit Angeal. Je reste avec lui. Dites à Ashton Shinra que j’étais soûl et que Sephiroth a dû me ramener dans ma chambre.

Zack pouffa.

- Heidegger va péter un câble, si on lui dit ça !

- Et les conséquences pour toi risquent d’être salées, renchérit Genesis, qui n’avait nulle envie de laisser Angeal seul avec Sephiroth.

- Précisément. Personne ne croira qu’il s’agit d’une dérobade.

Genesis réalisa qu’il avait perdu la partie. Son ami avait dégainé plus vite que lui, cette fois, et il ne pouvait pas protester avec trop d’insistance sans risquer d’éveiller les soupçons de Zack.

- Très bien, comme tu voudras. Appelle si tu as besoin de quoi que ce soit.

Avec un dernier regard pour le jeune général, il quitta la pièce en compagnie de Zack.

Angeal, lui, s’assit sur le bord du lit et prit une main de son ami dans les siennes.

Ce dernier s’était remis à trembler et il l’enveloppa plus étroitement dans les couvertures.

- Pourquoi fait-il si froid ? murmura le jeune général en ouvrant à demi les yeux.

Angeal se pencha vers lui.

- Tu as une poussée de fièvre, il faut te reposer.

Les yeux de Sephiroth s’agrandirent et il voulut se redresser.

- Où suis-je ? Ashton Shinra… Je dois…

- Du calme, tu es dans mes appartements, en sécurité. Personne ne s’est rendu compte de rien.

Epuisé, Sephiroth se laissa retomber en arrière. Après un petit moment, il fut pris de tremblements violents. Un filet de sang coula sur son menton et il parut perdre connaissance.

- Seph !

Angeal lui ouvrit la bouche et poussa un soupir de soulagement. Il s’était juste mordu la joue. Il essuya les lèvres livides et détailla leur chair tendre, soyeuse, et leur tracé délicat. Il redessina leur contour du bout du doigt, puis, se rendant compte de ce qu’il était entrain de faire, s’écarta violemment.

Il sentait sa gorge se nouer davantage à chaque seconde qui passait et ne pouvait détacher ses yeux du spectacle des muscles qui ondulaient sous la peau de porcelaine.

Des petits filets de sueur ruisselaient le long du cou élégant… se faufilaient entre les larges pectoraux, descendaient sur les muscles abdominaux… poursuivaient leur course éperdue vers la toison argentée, d’où elles ressortaient après avoir traversé des trésors de chair tendre, et mouraient dans un dernier zigzag sur l’intérieur des cuisses moites.

Le souffle court, Angeal remonta le drap jusqu’au menton du jeune général.

Les lèvres de celui-ci remuaient doucement et il se sentit attiré par elles comme par un aimant. Il pencha son visage sur celui de Sephiroth et ses lèvres effleurèrent son front, l’arête du nez fin et enfin les lèvres…

Il les sentait bouger contre les siennes, alors que des mots incompréhensibles s’en échappaient. Il respira le souffle chaud, rendu un peu acide par la fièvre, et sa main, comme d’elle même, descendit le long de la longue colonne du cou, caressante.

- Angeal…

Celui-ci bondit en arrière, le cœur battant, attendit, le ventre noué. Mais les yeux de Sephiroth étaient toujours clos. La fièvre le faisait juste parler dans son sommeil.

Angeal sentit alors la honte le submerger.

Exerçant sur lui-même un contrôle implacable, il chassa de son esprit les pensées peu avouables qui l’avaient assailli et attendit plusieurs heures, assis à la tête du lit, que Sephiroth trouve enfin le repos.

Les traits délicats finirent par se détendre peu avant l’aube et la tête argentée roula sur l’épaule.

Il ne transpirait presque plus et la fièvre tombait.

Epuisé par le contrôle qu’il avait dû imposer à ses sens surchauffés, Angeal s’accorda quelques instant de repos et s’allongea son le lit, aux côtés de son ami.

***

Sephiroth sentit une odeur familière et agréable lui chatouiller les narines. Un odeur de lait d’amande et de pomme verte.

Il en découvrit la provenance en ouvrant les yeux : les cheveux bruns d’Angeal contre sa joue.

Les longs cils du Banoran lui chatouillaient les pommettes, ses lèvres remuaient dans son sommeil, tout près des siennes, et le galbe viril de son épaule, que son pull sans manches laissait apparaître, se lovait contre son bras.

Il tenta de se souvenir ce qui s’était passé.

Le malaise. La fièvre. Genesis. La voix d’Angeal. Le lit d’Angeal…

Le lit d’Angeal ?

Que diable faisait-il dans le lit d’Angeal ?

Son cœur fit une embardée.

Il baissa les yeux et vit que, si lui était nu, son ami était habillé comme la veille. Il n’avait donc pas retiré ses vêtements.

Ouf !

Quoi que… ” pensa-t-il, avec un brin d’humour inattendu.

Amusé par une réflexion aussi idiote, il tendit la main vers le visage d’Angeal et caressa du bout du doigt les méandres de son oreille. Le même pincement que la veille lui tirailla la poitrine.

Mais qu’est-ce qui m’arrive, avec ce type ? ”

Il arrêta de le toucher par crainte de le réveiller et tenta de sonder le chaos de son esprit.

Sephiroth connaissait ses qualités et ses faiblesses. S’il avait réussi à gravir les échelons de la gloire c’était parce qu’il avait su analyser le comportement des autres, certes, mais surtout le sien, et avec une objectivité dont peu d’êtres étaient capables.

Ce qu’il découvrit donc au fond de lui, il l’accepta - peut-être pas avec une joie immense mais au moins avec résignation et sérénité.

Au bout de quelques instants, il se pencha vers l’oreille d’Angeal et lui murmura quelque chose que seul le subconscient du Banoran endormi pouvait entendre. Puis, sans un bruit, il se leva, s’habilla et sortit.

Lorsque Angeal se réveilla, deux bonnes heures plus tard, il tenait dans ses bras un oreiller noir, sur lequel un très long fil de soie argentée captait la douce lumière du l’aube. Il l’enroula rêveusement autour de son doigt avec la désagréable sensation qu’il avait oublié quelque chose d’important qu’on lui aurait dit mais quoi ?

FIN
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LXIX - Je t’ai tout donné

“Le dévouement d’un homme va souvent plus loin que lui.”

J.-L. Richard

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Weiss s’assit sur le bord du lit et chassa une longue mèche brune du front de son frère.

Du dos de son index, il caressa le haut d’une pommettes et le petit menton pointu - les rares parties du visage de Nero que le masque de contention laissait à découvert.

Au moins, on ne lui avait pas assujetti les bras ou lié les mains…

Comme Shelke l’avait dit, son cadet remuait beaucoup. Il ne cessait de changer de position avec des petits soupirs comblés, s’étalant de tout son long en travers du grand lit, comme s’il essayait toutes les positions possibles les unes après les autres avec une délectation qui frôlait l’extase.

Weiss comprit parfaitement les raisons de ce curieux comportement et un gros pincement attendri lui serra le cœur.

Son frère n’avait pas pu dormir sur le dos depuis des années… Ni dans un vrai lit.

Impossible en effet pour lui de s’étendre sur l’une des couchettes qui servaient de lit aux soldats du Deepground car, lorsqu’il laissait pendre ses ailes à l’extérieur, leur poids l’entraînait fatalement vers le sol. Et s’il se mettait dos au mur, il n’avait plus de place pour s’allonger.

Nero en était donc réduit à reposer à même le sol. Sur le ventre, bien entendu, ses implants dorsaux déployés autour de lui pour répartir le poids au maximum, ce qui n’empêchait cependant pas les impitoyables tiraillements qui malmenaient ses muscles et sa frêle ossature pour ainsi dire en permanence.

Au début, il avait bien essayé de dormir sur le côté mais, devant rester en appui sur la hanche, des contusions s’étaient très vite formées autour de l’os iliaque, provoquant des douleurs articulaires cuisantes qui l’empêchaient presque de marcher normalement le lendemain.

Et s’il n’y avait eu que les ailes !

Ses bras étaient immobilisés pour ainsi dire vingt-quatre heures sur vingt-quatre, croisés sur sa poitrine, ce qui, pour dormir sur le ventre était aussi confortable que de reposer sur un tapis de galets !

Quant aux vêtements de contention qu’il devait porter, y compris la nuit, ils étaient si serrés que Nero ne pouvait jamais gonfler totalement ses poumons ni même s’asseoir ou ramener un peu les genoux vers lui sans s’écraser l’entrejambe.

Quiconque avait pu voir le jeune homme vêtu de sa combinaison aurait pourtant douté qu’il y eut quoi que ce soit de sensible à cet endroit tant son bas-ventre était comprimé et paraissait plat !

Hélas - et combien Nero le regretta ! - la zone sus-dite correspondait bien à son état civil. Avant de se réveiller en sursaut plusieurs fois par nuit en jurant comme un corps de garde, il n’avait cependant jamais vraiment réalisé que cette partie de son anatomie - comme celle de tous les hommes bien portants de la planète - se mettait en marche cinq ou six fois par nuit pour d’obscures nécessités vasculaires et neurologiques…

En fait, depuis qu’on lui avait implanté ces satanées ailes de métal et qu’on l’avait engoncé dans son horrible combinaison, Nero n’avait jamais pu fermer l’oeil plus de deux heures d’affiliée sans être réveillé par toutes sortes de tiraillements, spasmes, courbatures, crampes et douleurs diverses.

Sans compter les mois passés enchaîné à deux mètres du sol dans les sous-sols du Deepground…

Weiss posa prudemment la main à plat sur la poitrine de son frère pour sentir les côtés s’ouvrir et se refermer au rythme de sa respiration et sourit. Voilà longtemps qu’il ne l’avait pas senti aussi détendu.

Cela étant, s’il gigotait ainsi depuis un moment déjà, il y avait fort à parier que les pansements n’avaient pas dû résister au frottement des draps et l’ancien chef des Tviets commença à s’inquiéter pour ses points de suture.

Non sans émotion, Weiss rabattit l’édredon sur le mince corps nu, et dût prendre sur lui pour ne pas le soulever du lit et le serrer à l’écraser.

Cela ne faisait-il pas presque quatre ans qu’il n’avait pas pu étreindre son petit frère et le garder contre lui plus de quelques minutes ?

La dernière fois, c’était lorsque Vincent avait combattu Hojo, dans les entrailles du réacteur Zéro. Et encore cela n’avait-il duré que quelques secondes. Quelques précieux instants durant lesquels il avait pu sentir le petit visage fantomatique contre sa poitrine nue. Ensuite, ce fut le corps de Genesis qui servit d’enveloppe à Nero durant plusieurs mois.

Oui, si l’on additionnait les trois années qui avaient suivi sa révolte contre les Restrictors et celle écoulée, cela faisait bel et bien quatre ans qu’il n’avait pu prendre son frère dans ses bras, réalisa Weiss avec effroi.

Il se pencha pour enfouir son visage dans la noire chevelure de Nero et la nostalgie lui serra la gorge.

Malgré les années, son frère avait toujours cette odeur de petit garçon, la même que celle qu’il avait lorsqu’il venait se pelotonner la nuit dans son lit, à l’Académie.

A regret, il se redressa.

Le sparadrap de l’un des pansements commençait à se détacher et il voulut le décoller complètement pour le remettre en place.

- Weiss… gémit Nero d’une voix ensommeillée. Mon frère bien aimé…

Weiss referma doucement les mains sur l’épaule et la hanche frêles pour le faire pivoter sur le ventre aussi doucement que possible - et ne pas le sortir trop brutalement de sa torpeur.

- Désolé, petit frère, tu dois te mettre sur le ventre un instant. Je me dépêche, promis.

Bien qu’il soit toujours dans état semi-comateux, Nero réagit aussitôt à ces mots et son aîné sentit muscles et tendons se tendre sous ses paumes.

Le jeune homme tira fébrilement les draps pour couvrir ses fesses et le bas de son ventre en un geste inconscient de protection et repoussa la main de Weiss qui s’était refermée sur sa hanche.

- Weiss, non… supplia-t-il dans un état second. Deux frères ne doivent pas… faire ça…

Le sang de Weiss se congela dans ses veines et il resta un moment pétrifié à la tête du lit.

- Qu’est-ce que tu… Non mais ça va pas !

Il saisit Nero par les épaules pour le réveiller et ce dernier poussa un petit cri en se recroquevillant dans le lit.

- Ne m’oblige pas encore à faire ça… Weiss… sanglota-t-il, figeant son aîné. S’il te plait… S’il te plait…

Le coeur au bord des lèvres, Weiss recula, en état de choc et incapable de quitter son frère semi-comateux du regard. Ce ne fut que lorsque le dos de ses cuisses butèrent sur la commode qu’il se rendit compte qu’il avait traversé toute la pièce à reculons.

Il s’agrippa au bord du meuble avec une telle force que le bois craqua.

Pourquoi son frère réagissait-il de la sorte ? Quand lui avait-il jamais laissé croire que l’amour qu’il avait pour lui pouvait être autre que fraternel ?

L’évidence le frappa alors comme un coup de poing.

Ses jambes le trahirent et il tomba à genoux.

- Hojo… bredouilla-t-il d’une voix à peine audible.

“Qu’est-ce que tu as fait à mon frère lorsque tu m’as volé mon corps, salopard ? Gaia toute puissante ! Qu’est-ce que tu l’as obligé à faire, sale pervers…”

***

“Personne n’a été blessé au moins ?” s’enquit la voix de Rufus, dans l’oreillette du portable de celui qui n’était plus Tseng.

- Non, monsieur. Mais j’ai préféré confier l’appareil aux ingénieurs de l’aérodrome par sécurité. Vous me voyez désolé pour ce retard.

“Non, tu as bien fait, Tseng. S’il vous arrivait quelque chose à cause d’un banal incident mécanique durant le vol, je ne me le pardonnerait pas.”

Elena, allongée sur le sol aux côtés du pilote mort, commença à reprendre conscience et “Tseng” l’assomma à nouveau d’un violent coup de pied à la tête.

- Si tout se passe bien et que le temps le permet, nous devrions pouvoir être à Nibelheim demain soir, monsieur.

“Bien. A demain, dans ce cas. N’hésite pas à me rappeler si vous rencontrez le moindre souci.”

- Je n’y manquerai pas, Monsieur.

Il raccrocha et fouilla dans le fourbi à disposition dans le jet. Il ne tarda pas à trouver une combinaison de ski et du matériel de montagne.

S’il y avait une chose qu’il fallait reconnaître aux turks, c’était leur sens de l’organisation et leur aptitude à anticiper les problèmes qui pouvaient se présenter au cours d’une mission.

Il enfila la combinaison de ski par-dessus son costume, compléta sa tenue de chaussures adéquates et choisit l’un des deux surfs des neiges à poussée électrostatique fixés par des sangles au mur de la soute.

Une fois équipé, il ouvrit la porte de l’appareil et jeta un oeil à l’extérieur. La neige ne tombait plus sur les hauteurs de la chaîne du mont Nibel et le ciel était clair. Il serait à Corel avant la tombée de la nuit et pourrait se servir de l’identité de Tseng pour récupérer un jet ou un hélicoptère.

Mais avant cela, il lui restait quelque chose à faire…

Après avoir jeté un regard autour de lui, il se saisit de la première chose un peu lourde qui lui tomba sous la main (une bouteille de brandy) et l’abattit de toutes ses forces sur la tête d’Elena, toujours inconsciente, lui fracturant le crâne. Cela fait, il jeta la bouteille rougie dehors, loin de la carcasse du jet.

Ensuite, il s’entailla la main, prit soin de laisser des traces ensanglantées un peu partout dans l’appareil et sortit en prenant bien garde de laisser la porte grande ouverte.

Si, par malchance, on retrouvait le cadavre de la jeune femme et celui du pilote avant qu’il n’ait atteint Edge, on penserait de prime abord qu’ils étaient morts dans l’accident, lors de l’impact, et que lui, bien que blessé, avait miraculeusement survécu et quitté les lieux.

Le temps que les deux cadavres décongèlent pour qu’on puisse les autopsier et celui que perdraient les turks à chercher leur chef blessé lui en laisserait suffisamment à lui pour se mettre à l’abri et poursuivre son oeuvre macabre - diabolique, diraient certains…

***

- Tu as été odieux !

Reno ricana.

- Oh ! Arrête… Ne me dis pas que tu apprécies ses ronds de jambe !

- La question n’est pas là, Reno !

Le turk croisa les bras sur sa poitrine et le dévisagea un petit moment.

L’argenté, gêné par l’examen silencieux, détourna le regard, les joues en feu.

- C’est pas vrai… persifla Reno avec dédain.

- Quoi ?

- Rien ! Rien du tout.

Il retira sa veste avec des gestes brusques et la jeta sur le lit.

Yazoo fronça les sourcils.

- Je vois bien que si. Qu’est-ce qui se passe ?

Son compagnon planta son regard aigue-marine dans les yeux mako et grinça des dents avec un sourire acerbe.

- Ce type t’a fait du rentre-dedans pendant près d’une demi-heure, merde ! Et devant moi, en plus ! (L’argenté hoqueta, comprit où se situait le problème et se mordit les lèvres.) Et, toi, ça te fait rire…

Il tourna les talons en direction de la salle de bains, rageur.

Yazoo lui emboîta le pas.

- Non… Reno, attends ! (Il le rattrapa et l’enlaça par derrière.) Tu es… jaloux ? demanda-t-il en se retenant à grand peine de rire.

- C’est ça ! Fous-toi de ma gueule, ça va arranger les choses !

Le turk se dégagea avec une certaine brusquerie et fit couler l’eau de la douche.

- Tu es ridicule, Reno… murmura l’argenté avec un sourire doux en tendant la main pour enrouler autour de ses doigts sa queue de cheval rousse.

Il tira un peu pour l’obliger à revenir vers lui et l’enlaça à nouveau en déposant de petits baisers au creux du cou.

- Genesis est quelqu’un d’impulsif, Yazoo, murmura Reno, un peu apaisé. C’est un homme irréfléchi, prétentieux et excessif.

Le sourire de Yazoo se fit rassurant mais aussi ému.

- Tu es adorable quand tu es jaloux…

Le turk voulut rétorquer mais il le fit taire d’un baiser.

- Je t’aime Reno… murmura-t-il tout contre sa bouche. Tu n’as absolument rien à craindre de cet homme.

- Ce n’est pas pour moi, que je m’inquiète, Yazoo baby. Je n’ai pas aimé ce que j’ai vu dans ses yeux lorsqu’il te regardait.

L’argenté déboutonna un à un les boutons de la chemise de Reno avec une moue coquine et la fit sensuellement glisser sur ses épaules.

- Alors regarde plutôt dans les miens…

***

- Des problèmes avec l’ordinateur de l’avion ? s’étonna Vincent, qui sirotait un vieux cognac en compagnie de Rufus.

- Oui, l’informatique embarquée a fait des siennes mais Tseng m’a assuré qu’ils seraient probablement là demain soir.

L’ex-turk hocha la tête, pensif, et posa son verre vide sur le bureau massif avant de se lever, en feignant de pas remarquer que, comme à chaque fois qu’il en avait l’occasion, le jeune président le détaillait de pied en cape avec un regard qui en disait long.

- Vous devriez vous offrir le luxe d’une sieste vous-aussi, Rufus. Quelque chose me dit que les jours qui viennent ne…

Il n’eut pas l’occasion de finir sa phrase.

Avant qu’il ne réalise se qui se passait, Rufus avant franchi la distance qui les séparait et l’avait brusquement saisi à bras le corps pour presser ses lèvres sur les siennes.

Vincent se raidit mais ne fit pas un geste pour le repousser, se contentant de garder la bouche furieusement close en attendant simplement qu’il reprenne ses esprits.

Le jeune président, sentant l’ex-turk de glace entre ses mains, le lâcha et recula d’un pas, penaud.

Vincent le regardait droit dans les yeux avec un visage de marbre et ce regard purpurin sans expression aucune - qu’il s’agisse de surprise ou de dégoût - était plus acerbe que la pire des imprécations.

- Je… Je suis désolé, s’excusa Rufus en se détournant, le rouge au front.

- Je me doutais que vous alliez finir par commettre ce genre d’impair, fit Vincent d’une voix blanche.

- Pardonnez-moi, Vincent, je ne…

- N’en parlons plus, le coupa ce dernier. Mais maîtrisez-vous, à l’avenir. Croyez bien que suis flatté mais ce genre de… “d’expérience” ne me tente pas et ne m’a jamais tenté.

Rufus se passa la main dans les cheveux, atrocement mal à l’aise.

- Je me sens ridicule, je ne sais pas quoi dire. La pression de ces derniers jour à dû…

- La pression n’y est pour rien et vous le savez parfaitement.

- Vincent, je…

- Je sais très bien ce que vous ressentez, Rufus. Je serais même tenté de vous dire que personne ne sait mieux que moi ce qu’aimer en secret signifie. Mais vous n’arriverez à rien avec moi. Ni maintenant, ni jamais.

Le jeune président sentit sa gorge se serrer.

- Je ne vous savais pas aussi cynique, monsieur Valentine…

- Ce n’est pas du cynisme. Mais, à mon âge, on sait qu’il est préférable mettre les choses au clair plutôt que de risquer de les laisser encore s’envenimer.

- Je… Je comprends.

Vincent se dirigea vers la porte et marqua un arrêt.

- Je n’aurais pas dû fermer les yeux en me disant que vos sentiments s’étioleraient d’eux-mêmes. Je suis désolé, Rufus.

Il quitta le bureau et le jeune président se laissa tomber lourdement dans son fauteuil.

- Tu n’es qu’un idiot, Rufus… s’admonesta-t-il en se resservant un verre de cognac, qu’il vida d’un trait malgré sa gorge serrée. Un pauvre idiot.

…à suivre

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LXVIII - Amours envenimées

“L’amour se mesure à ce que l’on accepte de lui sacrifier.”
A. Gardner

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Après le déjeuner, lorsque Loz eut fini de changer Kay dans la salle de bains et qu’il revint dans la chambre, Vincent et Weiss se tenaient sur le seuil, dans l’encadrement de la porte ouverte.

Les deux hommes chuchotaient pour ne réveiller personne. La nuit avait été longue pour tout le monde et la plupart des hôtes du manoir avaient cédé à la tentation d’une sieste réparatrice amplement méritée après le déjeuner.

- Dans ce cas, je réunirai tout le monde dans la salle de conférences à 9h30, demain matin, conclut Vincent en pressant le bras de l’ancien commandant des Tviets. D’ici là, repose-toi et essaye de te souvenir d’autant de détails que tu le pourras. Il ne faut rien négliger, on ne sait jamais.

Weiss acquiesça avec un sourire misérable et Vincent s’éclipsa en refermant doucement la porte.

- Hojo s’est servi de moi comme d’une marionnette, soupira le Tsviet en s’appuyant dos au battant. Je me sens si… si… stupide…

Loz s’allongea avec le bébé au milieu du grand lit et lui répondit par un sourire rassurant.

- Ca m’arrive tout le temps, assura-t-il. De me sentir stupide, je veux dire.

Weiss pouffa et vint s’asseoir à ses côtés.

- Je n’ai jamais été très doué pour cerner les gens ou les situations, de toute façon, avoua-t-il. En dehors d’un contexte de combat, s’entend. Dès qu’il a été en âge de comprendre ce qui l’entourait, j’ai toujours compté sur Nero pour analyser les choses et m’aider à prendre les décisions… soupira-t-il tandis que le bébé essayait d’attraper ses mèches blanches.

- Plus à l’aise dans l’action que dans la réflexion… fit Loz avec un petit froncement de sourcils ironique. Toute l’histoire de ma vie !

- Et tu n’en as jamais éprouvé de la rage ou…

Le Tsviet n’osa pas finir sa phrase, de peur de le froisser mais l’argenté le fit pour lui.

- De la honte ? Si, bien sûr.

- Je m’en suis voulu si souvent… J’étais l’aîné. C’était à moi d’assumer ce genre de responsabilité, mais…

Il fit la moue et haussa les épaules.

- Ouais, je comprends, argua Loz en clignant de l’oeil. J’aurais souvent aimé faire plus que protéger physiquement mes frères. Mais bon… Moi non plus je n’ai jamais été très doué pour planifier des choses ou jouer les ” chefs “, avoua-t-il en rougissant légèrement. Pourtant, j’ai cru comprendre que c’était bien ton cas.

Weiss fit résonner son joli rire de baryton et s’adossa à la tête du lit, les bras derrière la nuque.

- Quand je n’étais pas à la tête d’une mission suicide, on me gardait enchaîné comme un chien de combat dans sa cage ! Tu parles d’un chef…

- Mais Shelke a dit que…

- Oublie ce qu’a pu dire Shelke, le coupa le Tsviet avec amertume. Au Deepground, c’était ” marche ou crève “, je n’ai pas eu le choix. Ou je les surpassais tous, ou Nero et moi aurions fini dans un sac à viande. Ou pire… Sur la table de dissection d’Hojo, ajouta-t-il d’une voix tout juste audible. Mais tu sais de quoi je parle, pas vrai ? Tu sais ce que c’est, que d’être confronté à ce genre d’alternative.

Il dévisagea Loz avec intensité et celui-ci, un peu gêné, détourna les yeux et pinça les lèvres en glissant son pouce dans la menotte de son fils.

- Ecraser ou être écrasé, poursuivit Weiss. Vaincre tous tes adversaires ou mourir. Réussir chaque épreuve ou vivre un enfer de douleur et de peur. Et en ayant à l’esprit à chaque minute que toute erreur peut entraîner tes frères avec toi…

Loz déglutit avec difficulté.

- Vincent… Vincent t’a parlé de moi, c’est ça ?

Weiss sourit et le poussa de l’épaule d’une bourrade amicale.

- Pas besoin. Les types comme nous ont tous ce ” truc ” dans le regard.

- Quel ” truc ” ? demanda l’argenté en relevant la tête.

Le Tsviet planta ses prunelles dans les siennes et Loz soutint son regard, cette fois. En plongeant au plus profond des abîmes d’or ténébreux qui obscurcissaient les océans bleutés, il eut la désagréable impression, pendant un instant, de regarder à l’intérieur de lui-même.

- Ouais… murmura Weiss en notant le subtil changement de son expression. Ce ” truc ” là…

L’argenté cligna des yeux, coupant l’intense contact visuel, et lui rendit timidement son sourire.

Ils restèrent silencieux un long moment et Weiss fit babiller le bébé en le chatouillant avec une longue mèche de ses cheveux ivoirins.

Le jeune homme inspirait à Loz des sentiments contradictoires.

Comme tous ceux qui le rencontraient, il était bien sûr, de prime abord, fasciné par ce que le Tsviet dégageait, cet incroyable charisme, cette énergie qui semblait irradier de lui.

Mais, tapi sous cette aura de vitalité immaculée, l’argenté sentait aussi palpiter quelque chose de douloureusement familier. A la fois lourd de secrets et étouffant d’amour. Quelque chose de magnifiquement laid et d’horriblement beau… Une âme à fleur de peau, torturée, souillée, humiliée, trompée, mille fois brisée mais toujours généreuse et prête à se donner encore pour être à nouveau piétinée.

Une âme si familière…

Une âme si semblable à la sienne…

” Ca doit être horrible, de ne pas pouvoir exprimer ce qu’on ressent ! ” lui avait dit Tifa lorsqu’ils s’étaient revus dans la grande chapelle du manoir.

Mais comment exprimer ça ? Comment expliquer à quelqu’un que l’on ne s’appartient plus ? Que l’on a renoncé à soi depuis des années pour l’amour de ces ” autres ” que les gens appellent ses ” frères ” ? Qu’ils ont toujours été sa seule raison de vivre et de se battre ? Que l’entité appelée ” Loz ” n’est plus qu’une âme déchirée et morcelée à force de s’être donnée morceau après morceau…

- Weiss, tu… Tu ne t’es jamais demandé comment… Comment…

Il hésita car il n’avait jamais abordé ce genre du sujet avec personne - et encore moins avec ses frères.

Ils n’auraient pas pu comprendre. Personne n’aurait pu comprendre. Personne à part quelqu’un comme Weiss. Peut-être…

- Comment quoi ? l’encouragea ce dernier.

- Tu ne t’es jamais demandé comment tu as fait pour tenir le coup ? demanda Loz, la gorge soudain serrée. Pour supporter tout ça ? Pour aller de l’avant en sachant chaque matin que la journée qui t’attendait serait forcément pire que la veille ?

L’ancien chef des Tsviets hocha la tête, comprenant parfaitement à quoi il faisait allusion.

- Si. Souvent. Nero n’y est sans doute pas étranger.

- Oui, bien sûr, moi aussi, je savais que c’était pour mes frères, que je me battais. Que c’était pour eux, que je devais réussir toutes les épreuves et devenir fort… Assez fort pour les protéger en toute circonstance et réussir à faire face à n’importe quoi. Mais ce que je n’ai jamais compris, c’est ” comment ? “. Comment, juste au moment où tu réalises que tu as atteint tes limites, que tu vas crever là, comme le dernier des rats de laboratoire dans sa cage, tu arrives à trouver la force d’aller encore plus loin… Encore plus vite… De frapper encore plus fort, quitte à te briser les os… De repousser ton seuil de douleur et de résistance un peu plus à chaque fois…

Weiss soupira.

- Je ne sais pas. Je ne l’ai jamais compris, moi non plus.

- La puissance d’un homme n’est pas extensible à l’infini, quelle que soit la volonté et la rage qui l’anime, non ?

- Normalement, non. Les gens croient que c’est justement cette capacité de dépassement de soi qui fait de certains hommes des êtres exceptionnels. Des ” héros “. Des ” super soldats “. (Il ricana) De la merde, ouais !

- Le mako, peut-être.

- Non, affirma le Tsviet. Tous les soldats en reçoivent et, que je sache, ça n’a pas fait d’eux tous des foudres de guerre pour autant.

- Les cellules de Jenova ?

- On ne m’en a jamais injecté. Peut-être… Peut-être qu’à force de repousser les limites, quelque chose a été détruit en nous. (Il fit claquer ses paumes l’une contre l’autre) Paf ! Comme un disjoncteur en surcharge. Tu sais, comme si on avait coupé les fils d’une alarme dans nos têtes qui aurait normalement dû nous dire ” Oh ! Oh ! Les gars ! Il faut arrêter ! Stop ! Danger ! Ligne rouge franchie ! Risque de mort imminente ! “.

Loz fit la moue.

- Tu veux dire qu’on ne serait plus que des machines de guerre ignorant leurs propres limites ? Juste des tas de muscles bons à foncer dans le tas sans réfléchir ?

Weiss grimaça à son tour, n’aimant pas du tout cette idée.

- Tu sais quoi ? En fait, je pense que ce genre de prise de tête, c’est pas pour nous. Mieux vaut laisser ça à Nero ou à ton frère Yazoo ! ajouta-t-il avec une mimique enfantine.

- Oui, tu as sans doute raison, concéda l’argenté, préférant lui aussi changer de sujet.

- Demande-moi de te liquider cinq adversaires à main nues et je te les ramène par la peau des fesses en moins de temps qu’il n’en fait pour dire ” ouf “. J’ai été entraîné à ça depuis tout gosse. Mais si tu me demandes quelle est la dernière fois où l’on m’a ordonné de faire marcher ce truc-là pendant plus de dix minutes… ajouta le Tsviet en se tapotant la tempe.

Il fit vibrer ses lèvres, penaud, et Loz éclata de rire.

- Pareil pour moi, acquiesça ce dernier. Le seul cerveau surdéveloppé que je possède, c’est celui-là ! (Il fit gonfler son biceps) Notre premier instructeur me disaient tout le temps : ” Si un mur se dresse devant toi, Loz, souviens toi qu’on t’a donné une tête et que c’est pour t’en servir… “

Un nouvel éclair de complicité passa entre les deux jeunes hommes et ils finirent d’une même voix :

” … Dix secondes et un coup de boule plus tard : adieu le mur ! “

Ils éclatèrent de rire et le bébé les imita, ce qui décupla leur hilarité.

- Heidegger ! cracha Weiss lorsqu’ils se furent une peu calmés. Quel crevard, celui-là… Je croyais qu’il ne s’occupait que des recrues de l’Académie de Midgar.

Loz secoua la tête et grimaça.

- Il nous a entraînés au moins quatre fois par semaine, mes frères et moi. Jusqu’à ce que j’aie une dizaine d’années. Il se passait toujours quelque chose. Un accident ou de gros dégâts. Alors, au bout d’un moment, Hojo en a eu assez. Mon frère les a entendus se disputer puis on ne l’a jamais revu. C’était vraiment quelqu’un de méchant…

- De méchant ? S’étrangla le Tsviet. C’est peu de le dire ! Ce type était un salopard de la pire espèce ! ” Si ça saigne, c’est qu’on peut le tuer ! “, imita-t-il d’une voix rocailleuse en faisant gonfler ses joues.

Les rires des deux hommes résonnèrent à nouveau dans la chambre avec une telle spontanéité qu’ils faillirent ne pas entendre les petits coups discrets frappés à la porte.

Ils se figèrent, comme deux garçonnets surpris à faire du boucan en pleine nuit.

- Oups… grimaça Weiss, penaud.

- C’est ouvert ! fit Loz en retenant un fou rire.

Shelke passa la tête par le battant et s’excusa.

- Pardon ne vous déranger mais Nero commence à s’agiter, je crois qu’il ne va pas tarder à se réveiller.

Son ancien commandant sauta aussitôt sur ses pieds.

- Je prends la relève. Va dormir un peu. (La jeune fille obéit et il se tourna pour saluer Loz, qui lui répondit en agitant la menotte du bébé, qui rit comme un petit fou.) Salut, petit lutin !

Il quitta la chambre à son tour en fermant doucement la porte et Loz s’allongea contre les oreillers en retenant un bâillement et assit son fils sur sa poitrine.

- Qu’est-ce que tu en dis ? C’est un chouette type, hein ?

Kay agita les mains en babillant et l’argenté sourit.

***

- Capitaine Rhapsodos, il faut absolument que je vous présente à Cait ! lança Reno avec une note venimeuse qui amusa grandement Sephiroth lorsque Genesis se laissa aller à un nouvel accès d’incontinence poétique en l’honneur de Yazoo - qui n’en finissait pas de rougir. Vous êtes vraiment faits pour vous entendre, tous les deux…

L’ex-Cauchemar dissimula un sourire caustique derrière le rideau soyeux de ses cheveux - détail qui n’échappa pas au turk, ravi de s’être trouvé un allié imprévu - et Yazoo lança à son amant un regard acerbe.

- Reno…

- Quoi ? Je n’ai pas raison ?

Genesis, loin de se douter qu’il était la cible d’une pique bien affutée, sourit aimablement pour rassurer l’objet de ses attentions lyriques.

- Je devine que Sephiroth a dû me dépeindre comme un ours taciturne et asocial, plaisanta-t-il en se méprenant sur la gêne de l’argenté. Mais je vous assure que je serais ravi de rencontrer votre ami. A plus forte raison si nous partageons quelques centres d’intérêt.

Reno fit mine de réfléchir à la question et Yazoo le fixa avec intensité, le mettant au défi d’ouvrir la bouche.

Sephiroth, lui, avait fort à faire pour garder son sérieux.

- Oh ! Vous avez, à n’en pas douter, plus de choses en commun qu’on ne pourrait le croire de prime abord, confirma le turk, faisant blêmir son compagnon. Même si Cait est plus… plus… Comment dire ?

Yazoo contracta les mâchoires, s’attendant au pire.

- Velu ? ne put s’empêcher d’intervenir Sephiroth, en ravalant l’éclat de rire qui menaçait d’exploser à tout instant au fond de sa gorge.

Yazoo le fusilla du regard et il pinça les lèvres pour ne pas pouffer.

- Velu ? s’étonna Genesis, sûr d’avoir mal compris.

- Ne les écoutez pas, capitaine Rhapsodos, ils sont un peu cabots, parfois, préféra couper l’argenté. Je suis ravi d’avoir fait votre connaissance, ajouta-t-il précipitamment en poussant le turk sans ménagement vers la porte. J’espère avoir le plaisir de vous revoir au dîner !

- Oh mais, tout le plaisir sera pour moi, croyez-moi… assura Genesis avec un sourire séducteur.

- On vous gardera la place à côté de Cait ! lança Reno depuis la porte. Vous ne… Aïe !

Ils disparurent dans le couloir et le Banoran se tourna vers son ami.

- Qui est ce Cait, dont vous faites tous si grand cas ? Un officier du WRO ?

S’en fut trop pour Sephiroth, qui éclata franchement de rire.

…à suivre

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VIII - Sur le fil

C’est peu que de vouloir, sous un couteau mortel,
Me montrer votre coeur fumant sur un autel. “

J. Racine

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Je dormis durant une bonne douzaine d’heures et me réveillai un peu groggy.

J’eus un sommeil agité, empli de rêves aussi désagréables que saugrenus.

Toutes ces histoires de temples, de fauves et de légendes s’étaient mélangées en un joyeux cocktail à la sauce gongaguienne pour donner une mixture pour le moins cocasse.

A mon réveil, je ne m’en rappelai que très vaguement mais une image persistait cependant : celle de Rufus Shinra, vêtu de soie orange et brandissant une épée dans ma direction avec une expression digne d’un psychopathe.

On peut dire que notre entretien ne m’avait pas laissé un bon souvenir.

Je rabattis les draps mais restai allongé.

J’avais trop dormi et j’étais épuisé.

On frappa à ma porte sur les coups de dix-sept heures.

Je me nouai une serviette autour des reins et allai ouvrir.

Angeal entra et me tendit un sac en plastique contenant deux t-shirt noirs, des chaussettes, un short et une casquette noires.

- Je me suis dit que tu aimerais te promener autrement qu’à demi-nu, fit-il d’un ton las en s’asseyant sur le lit.

Je refermai la porte et m’appuyai dessus, bras croisés.

Il avait dû faire quelques emplettes pendant que je me débattais avec mes cauchemars. Peut-être même n’avait-il pas dormi car il avait la mine défaite mais, après ce que nous avions vécu, je ne pouvais pas lui en faire le reproche.

Dans l’ambiance douillette de l’auberge, cependant, j’avais presque l’impression que tout cela n’avait jamais eu lieu. Comme s’il s’était agi de la simple résurgence d’un mauvais rêve, de ceux qui vous laissent un mauvais goût dans la gorge au réveil et un nœud dans le ventre.

- Tout va comme tu veux ? demandai-je en faisant ostensiblement tomber ma serviette pour enfiler le short.

Angeal soupira et secoua la tête, ne m’accordant pas même un regard.

J’aurais aussi bien pu danser la gigue en tutu.

- J’ai appelé Heidegger pour lui expliquer la situation et savoir comment nous devions agir vis-à-vis de Rufus Shinra.

Le ton de sa voix ne présageait rien de bon.

Je pris place à ses côtés et entrepris de démêler mes cheveux en grimaçant.

- Et ? demandai-je.

Il soupira.

- J’ai essayé de lui dire que tu n’y étais pour rien Seph, lâcha-t-il en baissant la tête. Je te jure que j’ai essayé.

Un frisson glacial me descendit le long du dos et j’arrêtai net ma séance de démêlage.

- Angeal… demandai-je la gorge soudain serrée. Qu’est-ce que tu veux dire ?

Il se leva pour tourner en rond devant moi.

- Les big boss estiment que tu as commis une faute grave en omettant de tester le sol.

- Quoi ? m’écriai-je en me levant. Tu as entendu les géologues comme moi ! C’était de la pierre Angie ! De la putain de caillasse bien solide ! Personne ne pouvait deviner qu’il y avait un temple à cinq ou six mètres en dessous des caves ! Qu’est-ce que tu voulais que je fasse ? Tu as vu les cartes du sol ! Il n’y avait aucun problème ! Personne ne pouvait prévoir un truc pareil ! Et quand bien même, bordel ! Je suis soldat, pas ingénieur !

Angeal me tourna le dos et leva les yeux au plafond.

Il semblait partagé entre la colère et l’inquiétude.

- Angeal… Tu… tu ne crois quand même pas que c’est de ma faute pas vrai ? Tu témoigneras en ma faveur, n’est ce pas ? Tu ne vas pas les laisser me dégrader à cause d’un abruti superstitieux !

Il pinça les lèvres mais ne répondit pas et un énorme nœud me serra l’estomac. J’avais soudain l’impression de danser sur le fil d’un rasoir.

Si je perdais mon grade à cause d’une erreur de ce genre, j’étais foutu. Ca ferait le tour des casernes en moins de temps qu’il faudrait pour le dire et je serais la risée de chaque sous-officier du soldat.

Bon sang, qu’est-ce que j’allais devenir ? Ma carrière était tout ce que j’avais !

- Angeal… murmurai-je en lui posant une main tremblante sur l’épaule.

Il tressaillit et secoua la tête, comme si je venais de le sortir de ses pensées.

- Hein ? Non ! Bien sûr que non, ne sois pas idiot ! Tu n’y es pour rien. Et évidemment que je suis de ton côté ! Comment peux-tu en douter une seule seconde ?

Mon soulagement fut tel que je dus m’asseoir à nouveau sur le lit, les jambes en coton.

- Si tu savais comme je m’en veux de t’avoir entraîné dans cette mission, Angie…

Il fit vibrer ses lèvres.

- Ne dis pas de conneries ! (Il se prit la tête dans les mains) Si seulement cet abruti d’architecte avec sondé le terrain plus en profondeur !

J’éclatai d’un rire amer qui résonna désagréablement à mes propres oreilles.

- Sonder le terrain ! On est à Gongaga, Angie ! En pleine cambrousse ! Dans un coin perdu où on a déjà de la chance d’arriver à trouver une pile électrique !

Il hocha la tête et me tapota le dos en faisant son possible pour sourire.

- Rien n’est joué, Seph. Ils attendent la décision de Shinra.

S’il m’était resté un soupçon d’espoir… il venait de s’envoler !

- Tu paries combien que ” monsieur le Prince ” a déjà bavé sur mon compte dans l’oreille de ce salaud d’Heidegger ? (Angeal parut soudain gêné.) Oh ! Non… C’est pas vrai ! Qu’est-ce qu’il est allé raconter ?

- Pas lui. Palmer.

- Le gros lard ?

- Il s’est plaint du peu de respect dont tu faisais preuve vis à vis des croyances de ce pays. Il a même parlé à Heidegger de la façon dont tu as traité le vieux sage.

S’il m’avait administré l’une de ses gifles “maison” dont il avait le secret, cela n’aurait pas été pire.

- Quoi ? !

- Il lui a même soutenu que c’était à cause de toi que les ouvriers avaient déserté le chantier parce que, d’après eus, tu avais mis leurs dieux en colère. Et que c’était - toujours d’après eux - pour cela que le fauve a attaqué les hommes qui restaient.

J’écarquillai les yeux, sidéré. Comment un homme normalement constitué et possédant un cerveau fonctionnant à peu près normalement pouvait-il arguer ce genre d’inepties superstitieuses sans risquer de se faire immédiatement enfermer dans un asile ?

Je me débattais en plein cauchemar et j’allais me réveiller, ce n’était pas possible !

- Mais c’est ridicule ! Heidegger ne peut pas croire à de telles sornettes !

- Oh ! Il n’y croit pas, rassure-toi, assura Angeal. Mais, en bon chien-chien obéissant, il préfère attendre de voir si Rufus Shinra ne va pas profiter et se servir de ces accusations tordues pour te lyncher…

Je levai les bras au ciel, impuissant.

- Par tous les démons de la planète, mais qu’est-ce que je lui ai fait, à ce type ? m’écriai-je.

- Je n’en sais rien, Seph, mais il a suffisamment de pouvoir et d’argent pour dicter sa loi à qui il le souhaite.

- Ca c’est ce qu’on va voir ! hurlai-je en enfilant l’un des t-shirts que mon ami m’avait achetés.

Il me posa la main sur le bras mais je me dégageai.

- Eh ! Où comptes-tu aller comme ça ?

- Devine ! répliquai-je en ajustant la casquette.

- Seph, tu vas faire une connerie ! (Il me saisit par les épaules.) Tu ne bougeras pas d’ici !

Je le poussai brutalement, hors de moi.

Je comptais bien aller trouver Shinra pour m’expliquer avec lui d’homme à homme. Et si nous devions en venir aux mains…

Tant pis pour lui !

- Fous-moi la paix, Angeal. Cette affaire ne regarde que sa majesté de mes deux et moi.

- Sephiroth ! Attends, je…

Je sortis en claquant la porte et descendis les marches en courant.

Le réceptionniste m’interpella au moment où je m’apprêtais à sortir de l’auberge.

- Général ! Général ! Un jeune soldat vous demande ! Il dit que c’est très important.

Je le fixai.

Il nageait dans ses vêtements et m’arrivait à peine à la poitrine.

- Un jeune soldat ? Quel jeune soldat ? Vous a-t-il donné son nom ?

- Zack Fair, Général. Il vous attend dans le salon.

Je le suivis jusqu’au coquet salon où les rares clients de la petite auberge prenaient leurs repas.

Après tout, Rufus Shinra ne perdait rien pour attendre une petite heure.

A son goût, j’arriverai de toute façon toujours trop tôt !

- Zack ? Qu’y a-t-il de si important ? Ta famille va bien ?

En entendant son nom, il se précipita vers moi et patron de l’auberge nous laissa seuls.

Le salon était désert et le resterait jusqu’à l’heure du thé.

- Oui, Général, je vous remercie de vous en inquiéter, mais c’est une affaire autrement plus urgente qui m’amène, dit-il précipitamment à mi-voix, comme s’il avait peur d’être entendu.

Nous primes place dans deux confortables fauteuils un peu ternis.

- Je t’écoute.

- Tôt, ce matin… Je suis retourné sur le chantier, Général.

- Tu as quoi ? m’écriai-je. (Il me fit signe de baisser d’un ton.) Es-tu idiot ou totalement inconscient, Zack ? !

Il sortit discrètement de sous son pull un objet oblong enveloppé dans un linge, qu’il avait glissé dans son dos, sous sa ceinture.

- Qu’est-ce que c’est ? demandai-je.

Il jeta à nouveau un regard autour de lui, pour s’assurer que personne ne se trouvait à “portée d’oreille”.

- J’ai vu une camionnette qui emportait les corps des ouvriers.

Je soupirai.

- Au moins Shinra a-t-il fait le nécessaire pour récupérer les dépouilles…

- Oui. Une fois désert, j’ai fait le tour du chantier, pour vérifier si quelque chose avait été volé ou détérioré.

- Et ?

- Rien n’a été touché, Général. Mais j’ai trouvé ça au pied Nord de la colline. Quelqu’un l’avait visiblement jeté d’en haut, précisément là où l’on a découvert le temple enseveli.

Il me tendit sa découverte et je soulevai les pans de tissu. Un poignard à la garde en ivoire superbement ciselée, apparut.

La lame était sale et recouverte d’une substance brunâtre.

Du sang ?

- Le couteau qui a servi à tuer le contremaître… murmurai-je.

Zack hocha la tête.

- Oui, Général. C’est aussi ce que je pense. Le sang n’est pas encore oxydé dans les rainures. Et l’arme elle-même n’était pas du tout couverte de poussière, lorsque je l’ai ramassée. Elle était là depuis peu.

J’observai le poignard plus attentivement et, par réflexe, pris garde à ne pas y déposer mes empreintes.

Précaution ridicule puisque Zack y avait déposé les siennes et avait probablement effacé une bonne partie de celles qui s’y trouvaient déjà. De toute façon, qui chercherait à savoir à qui elles appartenaient dans ce trou perdu ?

La garde était sculptée de façon à ressembler à une danseuse et un sceau d’or était incrusté dans l’ivoire : une tête de panthère tenant un serpent entre ses crocs.

Je connaissais cet emblème. Je l’avais déjà vu, j’en étais certain, mais où ?

- Je connais ce sceau, Zack, assurai-je.

- C’est le contraire, qui serait étonnant, Général. C’est le sceau héréditaire des Shinra.

- Leurs armes… dis-je la gorge sèche. Leur emblème… Quel salopard… murmurai-je en m’appuyant sur mon siège. Ce petit prince de mes deux a buté un pauvre type à cause d’une connerie de superstition ?

Zack haussa les épaules.

- Ca me paraît quand même… ” énorme “, Général. Non ?

Je levai les yeux au plafond.

- Qui d’autre que lui pourrait posséder une telle arme ? demandai-je, pas convaincu pour deux sous de l’intégrité de sa majesté des réacteurs.

Il allait me répondre lorsqu’il fut interrompu par un cri de femme hystérique semblant provenir de l’étage de l’auberge.

Je vis le patron se précipiter, ce que Zack et moi-même fîmes également.

La jeune fille qui s’occupait du service des chambres dévala l’escalier en courant et se jeta dans les bras du patron pour y sangloter je ne sais quoi dans sa langue avant de répandre le contenu de son estomac sur le plancher de bois.

- Que se passe-t-il ? m’enquis-je.

L’homme ouvrit la bouche à plusieurs reprises avant de pouvoir prononcer un seul mot, terrifié.

- Une… une panthère noire, bredouilla-t-il. Elle est entrée dans une chambre au premier. Par la fenêtre…

Zack et moi échangeâmes un regard interloqué, sûrs d’avoir mal entendu.

- Entrée par… la quoi ?

…à suivre

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Quelque chose à quoi s’accrocher

***

Rédaction (texte traduit de l’anglais) : Enide Dear

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Loz dormait sur le ventre, les mains sous l’oreiller, serein et aussi confiant qu’un enfant.

Yazoo pouvait rester des heures éveillé à le regarder. L’obscurité n’étant pas un obstacle pour les yeux mako, l’incarné se régalait du sommeil paisible de son frère, dont le spectacle apaisant détendait aussi bien son esprit que son corps, régulièrement mis à rude épreuve par toute sorte de cauchemars, qui n’en finissaient pas de le hanter.

Pas autant que Kadaj, évidemment, car il arrivait fréquemment à son frère cadet de rire, crier ou jurer dans son sommeil en battant des poings et des talons. D’autres fois, il se pelotonnait en chien de fusil au fond du lit et pleurait.

De telles crises réveillaient toujours Loz, qui se tournait alors vers son frère pour le prendre dans ses bras comme s’il pouvait faire un rempart de son corps entre les cauchemars et le jeune argenté. Quelquefois, ça fonctionnait et Kadaj se détendait pour sombrer dans un profond sommeil sans rêves. Mais, le plus souvent, tout ce que Loz obtenait était un coup de coude dans les côtes, le dos de la tête de Kadaj dans le nez, ou un coup de pied dans ses tibias. Cela n’avait pourtant jamais semblé le décourager.

Yazoo n’était jamais arrivé à de telles extrémités. Généralement, il se réveillait en sueur et haletant, avec un vague souvenir des cauchemars qui avaient agité son sommeil, mais il n’avait jamais crié ou lutté. Cela étant dit, lorsqu’il ouvrait les yeux, il se trouvait généralement déjà dans les bras de Loz et ceci expliquait sans doute cela.

Quelquefois, aux heures les plus sombres, il s’était demandé si Kadaj ne faisait pas tout ce cinéma exprès pour attirer l’attention…

“Du matin au soir, nous faisons tout ce que tu nous demandes, petit frère. Nous te suivons partout, toujours, et t’obéissons sans discuter. Ne peux-tu donc nous laisser ces quelques heures nocturnes rien que pour nous ?”

Cette nuit, cependant, Kadaj dormait paisiblement à l’extrémité du lit. Yazoo s’était mis délibérément entre ses frères quand ils s’étaient couchés et, maintenant, il s’était rapproché de Loz pour mettre ses bras autour des larges épaules et avait appuyé son visage contre le biceps vigoureux.

La puissance pure qui émanait du corps du jeune homme avait toujours réussi à l’apaiser.

Il passa doucement les ongles sur l’épine dorsale son aîné et celui-ci fit le dos rond pour accentuer la pression de l’agréable grattement, ce qui fit sourire Yazoo. Son frère était si spontané dans ses goûts, si honnête avec ses émotions… Pas comme Kadaj qui, tel un oignon, se couvrait le coeur de couches superposées de réflexions plus ou moins avouables, de plans et de complots en tout genre. Et même, pour être honnête, de personnalités aussi diverses que ses humeurs.

Yazoo, lui, gardait ses sentiments scellés dans la cage de son coeur, n’en révélant de temps en temps qu’une petite part. Une habileté nécessaire pour survivre dans un monde qui pouvait vous faire tant de mal - mais dont Loz ne semblait pas avoir besoin.

Il caressa la peau lisse de de paume de sa main… Une peau et un corps qui auraient pu être sculptés dans le marbre tant ils étaient parfaits. Comme toute cette puissance l’attirait ! Tout autant que sa force morale ou cette capacité que Loz avait d’aimer sans compter et de pleurer sans retenue. Oui, tout cela faisait fondre les défenses de Yazoo depuis toujours.

Il ébouriffa affectueusement les courts cheveux de mercure, provoquant un soupir assoupi et grognon.

Le sourire de Yazoo s’élargit.

Avec ses cheveux et ses pattes soigneusement taillées, Loz était de loin le plus frivole d’entre eux. Et les seuls ciseaux auxquels il acceptait de les confier était ceux de Yazoo - et encore ne le faisait-il jamais sans un interminable chapelet d’instructions et de conseils ! C’était d’ailleurs le seul moment où son frère avait quelque exigence, lui qui de réclamait jamais quoi que ce soit.

Yazoo faisait toujours très attention à ne pas briser cette confiance en sachant que que Kadaj, lui, ne se serait sans doute jamais encombré de ce genre de précautions.

Loz s’agita dans son sommeil et se retourna sur le flanc, ce qui permit à Yazoo d’enrouler plus aisément son bras autour de son cou tout en caressant les pattes argentées du bout des doigts.

Les traits anguleux et fortement charpentés - si différent des siens et de ceux de Kadaj, qui avait encore gardé ses joue potelées de bébé - étaient adoucis par le sommeil.

Yazoo posa ses lèvres sur la nuque exposé, juste à l’endroit où les cheveux rebiquaient vers le haut, à la tendre jonction où le centre nerveux cérébral communiquait avec le réseau spinal pour transformer les pensées en actes : violence, sexe, caresses…

La vie, tout simplement.

Loz soupira de plaisir. Leurs corps se pressèrent un peu plus l’un contre l’autre et leurs jambes s’entremêlèrent.

“A moi…” ne pouvait s’empêcher de penser Yazoo. “Il est à moi. Toi, Kadaj, tu as déjà mère et Sephiroth en sus d’un grand destin. C’est mère qui l’a voulu ainsi. Alors, ne peux-tu me laisser au moins ça ?”

Mais il n’était pas dans la nature de Kadaj de partager quoi que ce soit, Yazoo le savait. Et Loz ne s’opposerait jamais à lui ; il aimait ses frères tout autant et de la même façon, Yazoo ne cessait de se le répéter.

Il s’était souvent demandé si Loz avait idée des sentiments qu’il nourrissait à son égard… et si Kadaj le savait.

Son frère cadet n’en aurait que faire, de toute façon ; il prendrait ce dont il avait envie envie parce que c’était dans sa nature. Et Yazoo ne l’en empêcherait pas, évidemment, parce que ce n’était dans la sienne d’agir ainsi.

Il ne réalisa qu’il était agité par des sanglots que lorsque Loz se retourna pour refermer ses mains puissantes sur ses épaules et l’attirer à lui.

Il pressa le dos de Yazoo contre sa poitrine.

“Ne pleure pas …” murmura-t-il, à peine éveillé, en emboîtant leurs deux corps comme deux cuillers. “Ne pleure pas.”

La tension de Yazoo s’estompa et il se laissa aller dans l’étreinte de son frère, le sommeil le gagnant à nouveau.

Avec Loz pressé contre son dos il se sentait en sécurité. Avec Loz derrière lui, il pourrait dévorer le monde !

Il souleva la grande main de son frère pour embrasser la large paume et sentit Loz refermer ses doigts comme pour saisir le baiser et l’empêcher de s’envoler.

“A moi…” sentit-il plus qu’il n’entendit la voix rêveuse dans son oreille. “Mon Yazoo à moi.”

Et enfin, il put se rendormir.

FIN

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VII - Enfant gâté… adulte pourri !

“L’âge adulte, c’est de l’enfance pourrie.”
J. Cau

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Je ne sais pas si, comme l’affirme le dicton, l’exactitude est vraiment la politesse des puissants, mais Rufus Shinra, lui, ne s’embarrassait pas de bonnes manières.

Je me demandais s’il nous avait joué la comédie du malade imaginaire pour s’éclipser et nous laisser en plan avec nos problèmes ou s’il avait vraiment eu un malaise.

Ce n’étaient pourtant pas les nouvelles qui l’avaient bouleversé.

Il était évident qu’il se fichait complètement que l’on massacre allègrement ses soldats et ses larbins alors qu’ils travaillaient pour lui.

Je veux bien qu’on ne prenne pas sur son dos toute la misère du monde, mais tout de même ! Il y a des limites à l’indifférence.

Quoi qu’il en soit, on avait besoin de lui pour que le policier que nous avions vu plus tôt consente à lever son gros postérieur de son siège miteux, même si j’ignorais pourquoi.

Apparemment, le pouvoir de Shinra sur les autorités locales dépassait de loin ce que à quoi je m’attendais.

Un reste de pouvoir féodal, ou de respect des traditions ? A moins que ce ne soit tout bonnement de la peur.

Oui, à y réfléchir, le policier de pacotille avait semblé plus effrayé que respectueux. A croire que ” sa majesté des réacteurs ” lui collait plus les jetons que les monstres bardés de crocs en liberté autour de son village - ou qu’un éventreur à deux pattes.

Génial : ça nous faisait deux malades de trouille sur les bras ! Parce que, plus j’y repensais, plus je croyais à la scène de soudain malaise de ” son altesse ” chochotte.

A moins, bien sûr, qu’il n’ait décidé de s’entraîner pour entamer une carrière dans les sommets absolus du kitsch afin de jouer dans l’une de ces pièces à la mode du genre de cette saleté de Loveless - dont on ne cessait de nous rebattre les oreilles - mais c’était peu probable.

Et comme je doutais que cette indisposition passagère soit un effet de mon charme ravageur - hélas ! - cela ne pouvait donc être que de la frousse…

Peur de la vengeance de ses innombrables divinités ? Ce serait de la susceptibilité mal placée de leur part…

Mais, après tout, les dieux n’ont pas la réputation d’être raisonnables. Ce qui est d’ailleurs la principale raison pour laquelle je refuse l’idée de confier mon destin - ou même ma moralité - à quelqu’un d’autre que moi-même. Et surtout pas à une hypothétique puissance un tantinet mégalo et psychopathe, en théorie surpuissante, mais qui n’intervient jamais quand on en a besoin. Le Deep Ground fait aussi bien l’affaire de ce côté-là, si ce n’est mieux !

Au bout d’un long moment, sa seigneurie daigna tout de même nous illuminer à nouveau de sa céleste présence.

Il n’avait pas l’air plus en forme qu’avant - il était même plutôt verdâtre, sous sa jolie peau nacrée.

Pour un peu, sa faiblesse le rendait presque sympathique.

Qu’est-ce qu’il avait pu voir pour s’enfuir ainsi ? Sa propre mort sous les griffes d’un fauve ?

Il nous fixa alternativement du regard, Angeal et moi, et son expression redevint de marbre. Le masque de l’antipathie glissa sur son visage, me faisant oublier sur l’instant mon élan de mère poule prête à poupouner un poussin malade.

Ce qui me préoccupait, c’était la sécurité des hommes sur le chantier - à commencer par la mienne et celle d’Angeal et de Zack ! - et savoir si, oui ou non, j’allais pouvoir mener à terme ce projet.

- Ne vous inquiétez pas, fit Rufus.

La sécheresse de sa voix me fit grimacer.

Ce n’était plus de l’indifférence ou du mépris, mais de l’hostilité qui contredisait ses paroles.

- Le chantier… ne reprendra pas dans l’immédiat. Néanmoins, je ferai le nécessaire pour qu’une enquête fasse la lumière sur ces événements. Et nous prendrons les mesures qui s’imposent pour protéger le chantier des bêtes sauvages et des éventuels pilleurs. Je ne veux pas que de nouveaux dégâts soient commis. Comandant Hewley, j’aimerais que vous réfléchissiez à la possibilité de faire aménager un nouveau temple près du réacteur. Il nous faudra purifier ces terres avant d’y entreprendre quoi que ce soit d’autre et je crois savoir que votre protégé, le jeune Fair, connaît bien les ouvriers du chantier. Je vous laisse discuter avec Palmer des formalités.

Je haussai les sourcils en entendant la dernière phrase. Qu’est-ce qu’il sous-entendait pas là ? Que les ouvriers ne pouvaient pas me voir en peinture ? Où avait-il été pêcher une idée pareille ? Il s’imaginait peut-être que tout le monde traitait avec autant de mépris que lui-même les gens qui suaient pour lui !

- Je croyais que nous devions quitter les lieux au plus vite ? ne pus-je m’empêcher d’intervenir.

Shinra se tourna vers moi avec un regard agressif.

- J’ai changé d’avis, Général. Ca vous pose un problème ?

Je me mordis la langue pour ne pas répliquer vertement et l’altesse en kimono se déplaça jusqu’à un mur recouvert de motifs géométriques finement peints, où il appuya sur une plaquette de marbre à hauteur d’homme.

Je retins une moue dégoûtée en réalisant que ce sinistre crétin avait dû faire installer un système d’Interphone, ou de sonnette électrique, dans l’œuvre d’art qui abritait ses fesses d’aristocrate trop gâté.

L’arrivée immédiate de Palmer à l’appel de son maître me détourna de mes pulsions homicides. Enfin… me détourna de l’antipathique petit prince vers “la voix de son maître” en question.

- Je dois vous laisser à présent, annonça froidement Rufus. Je vous serai gré de retourner surveiller le chantier dès que la sécurité y aura été rétablie. En attendant vous pouvez loger à Gongaga. Palmer s’occupera de vos frais d’hébergement. J’espère ne pas vous revoir avant que la situation n’ait évolué.

Je restai ébahi devant tant de grossièreté.

Seule la certitude que son agressivité dissimulait une étrange nervosité m’empêcha de franchir les trois mètres de tapis moelleux qui nous séparaient pour lui faire ravaler son air hautain.

Si ce type n’était pas réellement terrifié, je voulais bien devenir turk !

Il se retira cependant avec toute la dignité voulue, et mon début de pitié s’en alla tout aussi soudainement qu’elle était apparue. Son larbin et ses manières doucereuses n’y étaient sûrement pas étrangères…

Angeal lança à Palmer un regard plus dégoulinant de colère contenue que les cheveux de Zack de gel capillaire et je pris mentalement note de ne jamais me retrouver du côté de ceux qui le contrariaient.

*

Lorsque nous sortîmes enfin de la propriété des Shinra, ce fut avec un intense soulagement et une folle envie de tout casser.

Angeal bouillait littéralement de rage et marchait à grands pas dans l’allée de graviers en direction de notre 4×4 (ou du moins de ce qui en restait).

- Ce type égocentrique et son valet de pied ! Je suis prêt à parier mon épée qu’ils ne vont rien faire pour élucider ce qui s’est passé !

J’étais aussi en colère que lui, mais bien plus déterminé.

- Nous pourrons facilement vérifier s’il nous ment. Le chantier et les alentours devraient être le théâtre de battues pour chasser les fauves, aujourd’hui.

Angeal leva les yeux au ciel et maugréa encore un bon coup.

- S’il n’y avait que les fauves, je ne m’en ferai pas trop ! On peut dormir dans des camions, avec le fusil à portée de main.

Je n’étais pas aussi rassuré que lui.

- Tu as oublié ce que notre ami velu a fait aux portières de notre 4×4 ? Je ne crois pas qu’un camion suffise à nous mettre à l’abri. Et on ne peut pas loger tous les ouvriers.

- Pour l’instant nous n’avons plus personne à loger, à part Zack. Et nous n’aurons que nous-mêmes à protéger tant que je n’aurais pas déniché un architecte capable de présenter un plan de temple à Rufus Shinra. Il va falloir serrer les dents et faire pénitence, mon cher !

Je grimaçai à cette pensée.

Un temple ? J’en avais vu plusieurs, depuis mon arrivée, mais Rufus voulait-il juste une chapelle de remplacement histoire de se dédouaner vis-à-vis de ses irritables dieux, ou souhaitait-il un “temple qui se voit de loin” comme son réacteur en forme de chou-fleur ?

Nous n’étions pas rendus - et encore moins partis de cette fichue région !

Angeal ne décolérait pas.

- Salopard ! Il se fiche comme d’une guigne du meurtre. Pour lui, ce n’est qu’un désagrément mineur. Je suis sûr qu’il serait plus contrarié s’il avait perdu l’un de ses canaris ! Inutile d’espérer grand-chose de la police dans ces conditions.

- On n’a qu’à le chercher nous-mêmes, ce meurtrier, dis-je avant de m’en rendre compte.

Mon ami me lança un regard étonné et finit par esquisser un sourire narquois.

- Bah, alors ? On a envie de jouer les turks ?

Soulagé de le voir plaisanter, j’enchaînai.

- S’il s’agit de rabattre le caquet de sa majesté des réacteurs, je suis prêt à jouer tout ce que tu voudras.

Angeal éclata de rire.

- Fais-moi penser à commander au plus vite un lot de serviettes éponges, dans le cas.

Il m’adressa un clin d’œil, se remit à en marche et je lui emboîtai le pas en serrant les poings, serrant les dents pour ne pas relever la pique.

Angeal me connaissait sur le bout des doigts et savait que, malheureusement, je possédais un trait de caractère qui m’avait toujours valu les pires ennuis : j’adorais pousser les gens à bout. Dans tous les domaines.

Cela m’avait valu des retours de flamme mémorables, à la sortie desquels Angeal me récupérait chez lui à trois ou quatre heures du matin, fin soûl - en sang ou en larmes selon la nature du ” pépin “. Je mettais des jours à m’en remettre en jurant ” qu’on ne m’y reprendrait plus ” mais, six mois plus tard, super Sephiroth était encore chez Angeal - épongeant l’hémoglobine de sa dernière victime ou son propre surplus de sécrétions lacrymales dans un mouchoir en papier - à maudire les adversaires trop faibles ou les amants trop susceptibles.

Ma vie sociale et amoureuse résumée en quelques lignes !

Le proverbe du chat échaudé qui craint l’eau froide n’était vraiment pas pour moi et, en repensant à l’attitude de Rufus, je sentais bien que j’étais sur le point de pencher du côté où je n’allais pas, une fois de plus, tarder à tomber…

*

Journal de Rufus Shinra

J’ai envoyé Palmer parler à la police.

Je sais qu’il réglera l’affaire au mieux de mes intérêts. La recherche des fauves occupera ces fonctionnaires si jamais il leur prenait l’envie de faire du zèle.

Je leur ai fait passer la consigne de laisser croire à Sephiroth et à Hewley qu’ils menaient également une enquête sur le meurtre du profanateur mais Palmer saura leur expliquer qu’à mes yeux cette enquête n’a pas à être rapide.

Ni à aboutir…

Il saura leur faire comprendre qu’une absence de résultat de ce côté ne leur serait pas dommageable, bien au contraire.

Les autorités locales sont loin d’être brillantes, mais largement assez cupides pour savoir où est leur intérêt.

Je vais allez dormir un peu car je suis épuisé et le malaise ressenti durant la visite de ces deux Soldats n’est pas encore tout à fait passé.

C’est une sensation vraiment très désagréable…

…à suivre

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LXVI - Un mort bien vivant

Quand on n’a rien à se reprocher dans la journée,

on ne craint pas que les fantômes viennent

hurler à la porte au milieu de la nuit. ”

Proverbe chinois

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Derrière la vitre de la cuve, Weiss essayait désespérément de deviner ce qui se disait et se passait dans le laboratoire.

Il avait définitivement repris ses esprits deux heures plus tôt, en sentant l’horrible douleur - typique du mako purifié - embraser ses poumons et ce fut pour voir Sephiroth allonger son frère sur - ou plutôt ” dans ” - le corps de Genesis, que d’autres hommes avaient transporté jusque là dans une civière.

- Weiss ? Weiss, tu m’entends ?

Il baissa les yeux vers Shelke, qui tapotait le verre de la cuve pour attirer son attention.

- Kadaj va augmenter un peu la concentration de mako, l’informa la jeune fille. Fais-nous signe si tu sens une gêne ou une brûlure quelconque.

Indifférent à son propre sort et à la douleur de ses os brisés, l’ancien chef des Tsviets désigna ce qui se passait dans le laboratoire et secoua la tête, soucieux.

- Je te l’ai dit, insista la jeune fille. Tu n’as rien à craindre. Il s’agit bien de Genesis. Du vrai Genesis. Nero a besoin de ces cellules ou sinon, il risque de…

Weiss sentit un horrible élancement au côté droit, là où une côte avait transpercé son foie, et il posa lourdement le front sur le verre avec un ” toc ” sinistre, interrompant son ancienne subordonnée.

Celle-ci se tourna vers sa sœur, ne sachant plus comment convaincre le jeune homme de se concentrer sur sa propre guérison.

Shalua s’approcha.

- Weiss ? Weiss, regarde-moi. Regarde-moi !

Elle donna une tape sur la paroi et il daigna enfin lui accorder un peu d’attention mais son magnifique regard bleu et or décelait un monde d’angoisse et de souffrance.

- Tout va bien se passer, assura-t-elle d’une voix douce. Vincent et Genesis savent ce qu’ils font, je t’en donne ma parole.

Le Tsviet vissa ses prunelles aux siennes, comme s’il lui demandait silencieusement de jurer qu’il n’arriverait rien à son frère, et Shalua sourit.

- Ce qui aidera vraiment Nero à se remettre rapidement, c’est de voir que son grand frère va bien et qu’il est hors de danger.

Weiss ferma les yeux un instant, comme s’il se concentrait pour essayer de se reprendre et de gérer la douleur et hocha la tête.

- Bien. J’ai réduit les fractures et il faut à présent que le mako ressoude tes os et régénère tes organes. Kadaj va y aller en douceur.

Le jeune homme acquiesça de nouveau et se tourna vers Kadaj, qui lui sourit pour le rassurer.

- Le mako aussi pur est très instable, fit ce dernier. Alors j’ai vraiment besoin que tu m’alertes à la moindre gêne.

Weiss plissa le front en signe d’incompréhension et tourna la tête vers Shelke, qui laissa échapper un petit rire.

- Tu n’es plus au Deep Ground, Weiss, dit-elle. Ici, tu te rendras à peine compte du changement de concentration de mako. Kadaj est un vrai virtuose.

L’incarné haussa un sourcil, un peu perdu, et la jeune fille s’assit sur l’accoudoir de son fauteuil.

- Au Deep Ground, les scientifiques n’utilisaient pas de paliers progressifs, expliqua-t-elle.

Kadaj tordit le nez.

- Charmant… Et moi qui pensais que nous avions écopé des pires sadiques au cratère Nord !

De l’agitation se fit dans l’infirmerie.

Telle un étrange papillon s’arrachant à sa chrysalide, Nero avait commencé à s’extraire du corps de Genesis. Et à le voir haleter et lutter, cela n’avait rien d’un exercice aisé.

Le rythme cardiaque de Weiss se mit à battre la chamade, faisant hurler les appareils de contrôle, et Kadaj jura.

- Du calme, Weiss, le supplia Shelke. Concentre-toi !

Nero était parvenu en rampant à extraire la moitié supérieure de son corps de celui de son hôte… lorsqu’il s’effondra sur le côté, à bout de souffle.

- C’est pas vrai… soupira Vincent. Allez, encore un petit effort !

- Ne peut-on pas l’aider ? proposa Loz, prêt à se saisir des bras minces pour le tirer vers lui.

- Surtout pas ! intervint l’essence fantomatique de Genesis. Tu pourrais endommager irrémédiablement et son corps, et le mien.

- Voire même couper tout bonnement ce garçon en deux, ajouta Reeve.

Cid, lui aussi présent, se raidit.

- Tu es sérieux ?

- Les cellules de sa partie inférieure sont totalement imbriquées dans les miennes, confirma Genesis.

Sephiroth s’accroupit à côté de Nero, trop épuisé pour ne serait-ce que se redresser sur ses avant-bras.

- Allez, courage, c’est bientôt fini. Tu y es presque.

Le Tsviet secoua la tête.

- Je… Je n’y arrive… pas…

- Essaye quand même une dernière fois. Respire un grand coup.

Nero obéit et s’accrocha même aux jambes de Sephiroth pour essayer de se libérer. En vain. Son bassin et ses jambes restaient prisonnières de ceux de Genesis - ou plutôt ” mêlés ” à eux.

- Je… Je ne… peux pas… Je suis… Désolé…

Le Soldat lança un regard désespéré à Vincent, qui secoua la tête.

- Il est en train de s’épuiser pour rien alors qu’il a besoin de toutes ses forces pour se remettre d’aplomb et assimiler les cellules de Genesis, trancha ce dernier. Ce n’est pas bon du tout.

- Alors, je crois que nous n’avons pas le choix, fit Reeve en se tournant vers l’essence fantomatique de l’ancien soldat 1ère classe. Il va falloir l’aider.

- J’aurais préféré éviter ça, murmura ce dernier. Ca risque d’être très violent et dans son état de fragilité, il…

- Genesis… intervint Sephiroth, la tête de Nero sur ses genoux. Il est vraiment à bout.

- D’accord, d’accord, Seph, c’est bon, j’ai compris.

*

Dans le grand salon, les autres hôtes du manoir - Denzel et Marlène, qui dormaient encore, exceptés - étaient réunis devant un petit déjeuner très matinal, les yeux bouffis de sommeil.

- Bon sang ! Je pourrais dire que j’en aurais vu, des trucs bizarres, dans ma vie… fit Rude, encore vêtu de sa tenue de commando, en avalant son troisième café.

Reno lui tapa sur l’épaule et se saisit d’une carafe de jus de fruits.

- Tu l’as dit, mon pote.

Il remplit son verre et celui de Yazoo, qui ne cessait de lorgner sur le cadran de la montre de son amant.

Tifa, qui avait remarqué son manège depuis un moment, se pencha à son oreille

- Tseng et Elena seront là d’un moment à l’autre, chuchota-t-elle.

L’argenté sourit et elle lui pressa amicalement la main.

- En fait, non, pas tout de suite, annonça Rufus avec une moue. Avec les événements de la nuit, j’ai oublié de vous en faire part mais Tseng a appelé. Ils ont dû s’arrêter en route. Un petit problème d’ordinateur de bord mais rien de grave. Ils seront là dans la soirée. (Les épaules de Yazoo s’affaissèrent) Je suis désolé, j’aurais dû t’en parler tout de suite.

L’argenté se reprit et secoua la tête.

- Ca ira, ne vous en faites pas. Je… Je m’étais juste mentalement préparé à leur arrivée pour ce matin, c’est tout.

Reno lui passa le bras autour des épaules, réconfortant.

- Les machines sont toujours là pour nous pourrir la vie pile poil quand il ne faut pas, petit ! soupira Barret avec philosophie.

Yuffie s’étira et se frotta les yeux.

- Je me demande comment ça se passe, en bas.

*

Genesis eut beau essayer de réintégrer son corps aussi délicatement que possible, comme il l’avait craint, à peine ” réinstallé “, Nero en fut expulsé avec une violence inouïe.

Si Loz n’avait pas aidé Sephiroth à le retenir, le ténébreux aurait sans doute été propulsé à plusieurs mètres et il ne s’en serait pas tiré indemne.

La douleur n’en fut cependant pas moins intense et, tout comme cela avait été le cas lorsqu’Hojo l’avait chassé du corps de Genesis une première fois, Nero eut l’impression que chacune de ses cellules se scindait en deux.

Son cri résonna dans l’infirmerie.

Weiss, affolé, hurla le nom de son frère en silence dans le mako en plaquant ses deux mains contre la vitre et Shelke essaya une fois de plus de l’apaiser.

- Ca va aller ! Ma sœur et Vincent sont avec lui. Reprends-toi ! Tu dois te calmer ou tu risques d’endommager irrémédiablement les os fracturés que Shalua a remis en place ! Si le mako les ressoude de travers, tu es bon pour passer sur la table d’opération avant de retourner là-dedans !

A quelques mètres de là, Shalua auscultait Nero, qui gisait dans les bras de Sephiroth.

- Il est choqué mais ça a l’air d’aller. Tu m’entends, chaton ? Ouvre-les yeux, allez.

- Nero… gémit Genesis, qui essayait de se redresser un peu avec l’aide de Merill.

- Doucement, Capitaine Rhapsodos. Reconstituer ce que vous avez offert à votre ami va prendre un peu de temps. Restez tranquille.

Nero ouvrit lentement les yeux et Shalua lui sourit en passant la main dans ses cheveux dégoulinants de sueur.

- Ca va, chaton ? Comment te sens-tu ? As-tu mal quelque part ?

- Fa…tigué…

Sephiroth et Vincent laissèrent échapper un soupir d’intense soulagement.

- C’est normal, poursuivit la jeune scientifique en caressant le front moite. Tu vas pouvoir dormir et te reposer autant que tu le voudras, maintenant, je te le promets.

Elle se tourna vers la cuve, où Weiss s’agitait de plus en plus, et leva le pouce avec un large sourire, pour faire signe que tout allait bien.

- Ca a marché, dit Shelke en posant ses paumes contre celles de Weiss à travers la vitre de la cuve. Tu entends, Weiss ? C’est fini, Nero est hors de danger, maintenant.

L’ancien chef des Tsviets hocha la tête et se laissa aller en arrière contre la paroi en fermant les yeux, comme si le soulagement lui coupait les jambes et lui ôtait ce qui lui restait d’énergie.

- Weiss ? appela doucement Kadaj. Weiss, encore un effort, il faut trouver le bon palier de mako. Ensuite tu pourras te laisser aller jusqu’à ce que tu sortes de là.

Weiss se força à sourire malgré la douleur et acquiesça.

*

Tseng - ou du moins avait-il l’apparence de Tseng - enjamba le corps inanimé d’Elena et du pilote de l’avion pour se saisir du petit cercueil, qu’il ouvrit pour récupérer le minuscule défunt momifié.

- Ridicule… cracha-t-il en voyant les vêtements de poupée.

Il dénuda le corps du bébé sans la moindre pitié, éparpillant la layette sur le sol, et voulut le glisser dans la poche de son costume mais la position des petits bras et des jambes potelées l’en empêchèrent.

- Saleté…

Il jeta un regard alentour et prit un sac en papier destiné aux passagers souffrant du mal de l’air.

Il brisa les membres du bébé avec des “ crac ! ” sinistres, désolidarisa le corps de la tête et jeta le tout dans le sac avant de glisser ce dernier dans sa poche.

- Des cellules de Jenova parfaitement conservées ! ricana-t-il en tapotant les petits restes momifiés à travers la toile de sa veste, faisant s’entrechoquer les morceaux avec un bruit de cailloux. Un génie ! Je suis un génie…

à suivre

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Pouvoir mécanique

***

Rédaction (texte traduit de l’anglais) : Enide Dear

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Ils avaient arrêté leurs motos depuis plusieurs minutes pour se dégourdir les jambes et se débarrasser de la poussière qui leur irritait les yeux. Alentour, les terres désolées qui entouraient Midgar paraissaient sans fin.

Kadaj soupira et s’étira, tendant haut les bras au-dessus de sa tête, le regard perdu au loin, et Yazoo parut soudain mal à l’aise en coupant le moteur de sa machine.

- Loz, ça recommence, fit-il, un peu embarrassé. Tu m’avais pourtant assuré que tu avais tout fixé.

- J’étais persuadé de l’avoir fait, oui, acquiesça Loz en fronçant les sourcils. Je peux y jeter un œil à nouveau, si tu veux, proposa-t-il en désignant la moto.

- De quoi êtes-vous en train de parler, encore, tous les deux ? demanda leur cadet en pivotant sur sa selle.

- C’est ma moto. Elle… Elle vibre à nouveau, expliqua Yazoo, le visage crispé.

- Et alors ? La mienne aussi. Pourquoi ? C’est dangereux ? s’enquit encore le benjamin en fronçant les sourcils.

Loz agita les mains.

- Bien sûr que non, je vérifie vos motos tous les soirs. Elles sont en parfait état. Sans doute quelques vis se sont-elles un peu desserrées mais je les fixerai. Il n’y a aucun danger. Peut-être êtes-vous simplement un peu trop légers pour ce genre de machines. La mienne ne vibre pas du tout.

- Si ne n’est pas dangereux, qu’as-tu à ronchonner, Yazoo ? s’enquit Kadaj, plus irrité encore qu’à son habitude.

- C’est juste que… commença l’interpellé, une légère rougeur sur les joues. C’est… Ca fait… Enfin, tu vois ce que je veux dire.

- Eh bien tu le supporteras ! Je ne vais pas retarder la recherche de mère parce que Monsieur ne peut pas conduire en bandant !

Bon, décidément Kadaj était vraiment dans un mauvais jour, aujourd’hui !

Le chef des argentés remonta sur sa moto et replia sa béquille d’un coup de pied hargneux.

- Allez, on y va !

***

Quand ils s’arrêtèrent pour la nuit, Yazoo était sur les nerfs et son corps souple tremblait légèrement - mais pas d’épuisement.

Ils garèrent leurs motos et Kadaj disparut à l’intérieur du minuscule hangar sans même accorder un regard à ses frères.

Les yeux verts de Yazoo brûlèrent d’une faim presque effrayante lorsque Loz sortit sa boîte à outils et s’approcha de lui.

- Euh, Yazzie ? Si tu veux que je regarde ce que ta moto a dans le ventre, tu ferais bien d’arrêter le moteur et de descendre.

Yazoo ne fit pas mine de bouger et resta assis sur la machine vibrante, se passant la langue sur les lèvres en détaillant Loz sans la moindre retenue.

- Baise-moi, ordonna-t-il soudain, les yeux brillants. Maintenant. Sur cette putain de moto parkinsonienne !

Le Yazoo calme et détaché que son frère connaissait paraissait s’être volatilisé après avoir passé des heures à supporter le frottement vibrant de la machine sur son entrejambe.

Loz ne se le fit pas dire deux fois et fut sur lui en un clin d’oeil, dézippant le long manteau de cuir tandis que son cadet, gémissant, s’accrochait à son grands corps, lui arrachant baiser après baiser avec une sorte de désespoir.

Son pantalon fut jeté au sol et les fortes mains du jeune colosse le poussèrent en avant, sur la machine.

Yazoo gémit une plainte inarticulée en sentant un doigt glissant de graisse de moteur commencer à sonder son intimité.

- Par tous les Dieux, Loz ! Oublie les préliminaires ! J’en ai eu mon compte pour aujourd’hui !

Yazoo n’avait jamais juré, jamais réclamé et n’avait - Ô grand jamais - décliné les préliminaires.

Loz ne put empêcher un petit sourire satisfait de se dessiner sur ses lèvres.

Ca c’était vraiment le pied ! Yazoo le suppliant de le baiser, ses longues jambes écartées, à cheval sur la moto vibrante et sa chute de reins splendide exposée à son regard concupiscent…

Il n’allait pas rechigner, pour ça non !

Lorsque Loz prit possession de ce qu’on lui offrait à grands coups de reins vigoureux, Yazoo laissa échapper des cris impudiques en poussant autant qu’il le pouvait pour recevoir son aîné plus profondément encore d’intérieur lui.

La moto bourdonnait toujours sous lui et, après dont un jour passé à demi couché sur l’engin, sa virilité frottant impitoyablement sur le carénage, c’était bien plus qu’il ne pouvait en supporter…

Il vint avec un cri et tout son corps se contracta.

Loz jura et donna un violent coup de reins, projetant presque Yazoo en avant, sur le guidon de la moto, alors qu’il jouissait à son tour.

Ils restèrent un moment sur l’engin, à bout de souffle, Loz caressant de haut en bas le dos souple, faisant frissonner son cadet tandis que les dernières traces d’excitation se dissipaient.

- Grande Mère, j’en avais vraiment besoin… gémit finalement Yazoo en s’asseyant bien droit, souriant gentiment à Loz. Cette fichue vibration est vraiment intenable.

- Je vais jeter un coup d’œil à ta moto, promit son frère dans un baiser.

Non sans amusement, il regarda son benjamin se diriger vers le hangar, la démarche un peu raide.

Il essuya de la selle de la moto avec un chiffon en sifflotant et sortit de nouveau les outils pour serrer soigneusement les vis coupables avant de passer à la moto de Kadaj.

Ainsi donc, le petit dernier se vantait de pouvoir conduire la machine vibrante sans le moindre ” effet secondaire “, hein ?

Un petit sourire coquin étira les lèvres de Loz.

Eh bien on verrait s’il maîtriserait toujours aussi bien la chose après avoir traversé des terrains recouverts de gravier !

Très soigneusement, il desserra les vis de la selle de Kadaj d’un petit tour supplémentaire…

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LXV - Chibi Face

” Un ami, c’est quelqu’un qui vous connaît bien…
et qui vous aime quand même. ”

Hervé Lauwick

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Vincent et les soldats du WRO qui l’accompagnaient firent irruption dans la grotte surplombant le ravin où coulait la rivière de la vie, ils furent saisis par le spectacle qui s’offrit à eux.

A quelques pas à peine du bord de l’abîme, Genesis semblait défier… Genesis !

- Qu’est-ce que… bredouilla l’un des soldats, ébahi.

- Shelke, as-tu une idée de ce qui se passe ? demanda l’ex turk à la jeune fille.

Celle-ci observait la scène, aussi surprise que ses compagnons, mais analysa immédiatement la situation.

- On dirait qu’il essaye de récupérer son propre corps, Vincent. Et il n’est pas seul, regarde.

Elle désigna les deux formes opalescentes qui observaient elles aussi la scène avec inquiétude et Vincent laissa échapper un cri.

- Lucrecia !

Tous se tournèrent alors vers lui et, profitant, de la diversion, le voleur du corps de Genesis s’en débarrassa comme d’un vieux vêtement pour plonger dans l’abîme où coulait la rivière de la vie avec un rire fou.

Le corps désincarné de Genesis voulut le suivre mais Angeal, le second ” fantôme ” présent, s’interposa.

- Non ! Recupère ton corps et rejoins ces hommes ! ordonna le Soldat avant de plonger derrière Hojo.

Lucrecia voulut sauter à son tour mais Vincent l’appela encore.

- Non ! Lucrecia ! Attends !

- Nous nous verrons bientôt, Vincent, je te le promets… dit-elle avant de se lancer à son tour dans l’onde tourbillonnante. Je te confie Genesis.

- Lucrecia !

Il se précipita au bord du précipice, où l’essence désincarnée du soldat s’était agenouillée près de son propre corps.

- Il n’est pas là… bredouilla-t-il en enfonçant une main translucide dans la poitrine sanglée de cuir. Comment est-ce possible ?

- Tu es Genesis, n’est-ce pas ? demanda Shelke, qui s’était approchée à son tour. Le ” vrai ” Genesis ?

Celui-ci hocha la tête, hébété.

- Où est-il ? demanda-t-il. Où est le garçon qui avait pris ce corps ?

Vincent se tourna vers eux.

- Nero ? En sécurité. Très affaibli mais il reconstitue son enveloppe et ses organes petit à petit.

Genesis secoua la tête, sceptique.

- Il reconstitue son enveloppe ? Mais… Avec quoi ? C’est impossible ! Il… Il n’a rien pris. Pas une seule cellule. Mon corps est intact !

- Nous l’avons mis dans un caisson mako, l’informa Shelke.

- Un caisson mako ? répéta-t-il, visiblement préoccupé. Mais ça ne suffira jamais !

- Est-ce Hojo que nous avons vu plonger dans la rivière ? demanda Vincent, encore sous le choc de ce qu’il avait vu.

- Oui. Oui, c’était bien cette ordure d’Hojo. Comment… Comment Nero s’y est-il pris ? insista Genesis.

Shelke leva le sourcil, étonné de l’inquiétude de l’ancien soldat pour le second des Tsviets.

- Pas de la meilleure façon, je le crains, mais il n’avait pas vraiment le choix. Le fait de devoir reconstituer son corps avec la force de son seul moi psychique l’a fortement affaibli et, à entendre ma sœur, il est aussi fragile qu’un nouveau-né.

- Récupère ton enveloppe et partons d’ici, ordonna Vincent. Il nous faut nous dep…

- Non, le coupa Genesis. Si je réintègre mon corps, je ne pourrais plus en sortir.

L’ex turk ouvrit de grands yeux.

- Tu préfères donc rester un fantôme ?

- Bien sûr que non ! Mais j’aimerais d’abord que Nero y prenne la matière suffisante pour se régénérer et, pour cela, il faut lui amener ” vide “. D’après ce que me dit cette jeune fille, il n’aura jamais la force de s’y glisser si j’y suis déjà.

Shelke sourit.

- Alors Sephiroth avait raison, finalement. Tu sembles beaucoup aimer Nero et son frère.

- Sephiroth ? bredouilla Genesis. Alors cette femme disait vrai ? Sephiroth est… vivant ?

- ” Cette femme ” est sa mère, l’informa l’ex turk. Lucrecia Crescent. Et, oui, il est bien vivant.

Le soldat frotta son visage désincarné, visiblement très ébranlé.

- Je suis resté absent si longtemps…

Vincent et Shelke échangèrent un regard embarrassé.

Les soldats du WRO qui les accompagnaient, eux, ne savaient visiblement plus du tout à quel saint se vouer.

*

- Et tu ne m’as rien dit ? gronda Loz, fou de rage mais essayant de se contrôler pour ne pas malmener Nero, toujours blotti contre lui. Cette ordure a torturé mon fils !

- ” Cette ordure “ a tué le mien ! rétorqua Yazoo sur le même ton, faisant blêmir son frère. Qu’est-ce ce que tu crois ? Que je n’avais pas envie, moi aussi, de grimper dans ce satané hélicoptère pour aller régler son compte à cet enfant de salaud ? Tu crois que j’ai déjà oublié ce qu’il a fait à mon bébé ?

- Bien sûr que non. Je… Je suis désolé… Ce n’est pas ce que je voulais dire, murmura son jumeau, horriblement mal à l’aise. Mais ni Vincent, ni Rufus, ni toi n’aviez le droit de nous empêcher de régler son compte à cet homme !

- Peut-être avons-nous estimé que ta vie et celles de mes frères valait mieux que le plaisir fugace d’une vengeance ! railla le cadet, amer. Mille pardons d’avoir voulu vous protéger des griffes de ce Genesis et de Jenova !

- De quoi devons-nous être protégés, Yazoo baby ? On peut savoir ? demanda la voix de Cid, qui venait d’arriver dans leur dos, flanqué de Sephiroth et de Cloud.

Yazoo ferma les yeux et pinça les lèvres, anéanti.

Il avait juré à Reno de garder le secret sur la mission et, en trois heures à peine, il avait déjà réussi à mettre la puce à l’oreille à tous ses frères.

Quel piètre compagnon il faisait pour un turk aussi haut placé que Reno !

Il s’apprêtait à fournir une explication laborieuse lorsque le cri de Shalua, qui venait de sortir de son bureau le téléphone collé à l’oreille, l’interrompit.

- Merill ! Ils sont sur le toit ! Prépare la cuve et demande à Kadaj de descendre de toute urgence !

- Il est en si mauvais état que ça ? s’enquit son assistant, anxieux.

- A en croire Reno, oui. Cid ! Je vais avoir besoin de toi, là-haut !

- Mais enfin, qu’est-ce qui se passe, ici ? demanda Cloud, le regard allant de Shalua à Yazoo.

Cette dernière ne prit pas le temps de répondre et quitta l’infirmerie en tirant le pilote interloqué par le devant de son t-shirt.

L’argenté, lui, sentit ses joues s’empourprer sous le regard croisé de ses frères.

*

Weiss, sanglé à la civière se sentit ballotté en tout sens et il lui sembla entendre des voix d’hommes affolés autour de lui. Son esprit embrumé ne lui permettait de saisir que des bribes de leur conversation.

” …cassé …sérieux …urgence …Kadaj …cuve …dangereux pour lui …mako purifié ..Omega …Nero “

Nero…

Son petit frère…

Où était-il ?

- Ne…ro… gémit-il. Ne…ro…

Une voix douce de femme chuchota tout contre son oreille.

- Nero est en sécurité, je te le promets, tu le verras bientôt. Accroche-toi, mon grand, on va s’occuper de toi.

Nero…

Il ne fallait pas que Nero le voie dans cet état. Cela le terrifierait. Il aurait voulu le dire à la femme mais il se sentait incapable de former une phrase cohérente.

Son petit frère n’avait jamais supporté de le voir malade ou malmené. Ca le rendait fou de peur et de chagrin. Comme il y a quatre ans, là-bas, au réacteur zéro, lorsque Weiss et ses lieutenants avaient enfin réussi à se débarrasser de leur bourreau, ce Restrictor maudit qui les avait enfermés et dressés comme chiens de combat.

Non…

Non, c’était injuste de dire ça…

Les chiens de combats étaient bien mieux traités !

Lorsque le Restrictor s’était effondré à ses pieds, Weiss s’était figé et avait attendu quelques instants. Une douleur… Une gêne… Un malaise… Un quelconque signe annonçant que le nanovirus qu’on lui avait injecté pour prévenir toute mutinerie, et qui devait se réveiller dans les trois jours suivant la mort de son bourreau, avait commencé son œuvre de destruction.

Le nanovirus…

Cette minuscule promesse de mort…

Le seul obstacle qui l’avait empêché de se révolter jusqu’alors.

Du moins jusqu’à ce qu’on attache Nero à cette colonne maudite dans ce sous-sol crasseux et qu’il l’entende hurler et l’appeler à l’aide jour et nuit…

Une seule chose comptait aux yeux de Weiss plus que sa propre vie : son petit frère. Et son premier geste d’homme libre, après avoir éliminé le Restrictor, fut d’aller libérer Nero.

- C’est fini … avait-il murmuré à son oreille lorsqu’il avait brisé les chaînes qui retenaient impitoyablement son corps menu contre la pierre dure. C’est fini, chibi face

Chibi face “

Un sobriquet affectueux donné par Angeal Hewley et que le benjamin n’acceptait que de la part de son frère aîné.

Nero était resté un long moment blotti contre lui, dans ce sous-sol horrible, comme s’il voulait s’assurer de la réalité de son frère. Il lui fallut plusieurs minutes pour faire sortir quelques mots de sa gorge, écorchée à force de sanglots et de hurlements.

- Tu as… réussi… Tu as pu te… libérer de… lui… Je suis tellement… heureux… Mon frère… Bien aimé…

- Oui, chibi face, cette fois, c’est bien terminé.

- Comment ? Le virus… Comment as-tu…

- Nous trouverons, l’avait coupé Weiss. Ne t’en fais pas pour ça.

Nero s’était alors raidit dans ses bras et avait levé vers lui un regard épouvanté.

- Tu as tué le Restrictor sans… Sans anihiler… le virus ?

- Nous trouverons une solution, Nero, Shelke va me…

- Non ! avait hurlé son frère, en larmes en s’accrochant désespérément à lui.

- Nero, je…

- Il ne reste que trois jours, Weiss ! Comment vas-tu faire ?

- Je t’ai dit que…

- Pourquoi as-tu fait ça ? Pourquoi ? Pourquoi ? POURQUOI ? !

La dernière chose dont il se souvenait ensuite, était d’avoir pénétré grâce à Shelke dans la réalité virtuelle de la toile mondiale, à la recherche d’informations et… plus rien.

Jusqu’à ce que, trois ans plus tard, Vincent Valentine et son frère chassent (ou du moins l’avait-il cru) l’homme qui avait pris possession de son corps pour en faire l’hôte de l’Omega…

à suivre

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LXIV - Plus mort que vif

Mieux vaut la mort dans le combat que la vie d’un vaincu.
Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

L’oreillette de Vincent grésilla et il leva la main pour signifier aux soldats de la WRO qui le suivaient de s’arrêter.

Ces derniers obéirent comme un seul homme et se placèrent dos au mur de l’étroit conduit souterrain qu’ils arpentaient prudemment depuis près d’une heure et qui menait aux entrailles du mont Nibel.

Ici l’Unité alpha. Tout est propre. Rien à signaler dans les grottes du secteur C01. “ fit la voix de Rude dans l’oreillette de l’ex-turk.

Ici unité beta. Tout est propre aussi dans la zone C02, Monsieur. Quelles sont vos instructions ?” demanda la voix d’une jeune femme à son tour.

Vincent se tourna vers Shelke, qui lui fit signe de la tête en tapotant sur son PDA.

- Unités alpha et beta, continuez la progression comme convenu dans les secteurs C03 et C04, ordonna l’ex-turk. Nous vous envoyons une topographie détaillée des lieux.

A vos ordres, Monsieur. “

O.K., on continue, Vince “

Vincent donna ordre de poursuivre et la petite colonne armée se remit en marche.

*

Denzel finit par s’endormir, pelotonné dans le lit entre Tifa et Loz.

- Décidément, il sera dit que nous ne passerons pas une seule nuit tranquilles… soupira la jeune femme.

L’argenté eut un sourire las et tendit la main pour lui caresser la joue.

- Avec le bébé, ça ne va pas s’arranger, tu sais. Je vais m’installer avec lui à côté, dans la chambre que Yazoo et moi nous…

- Ne dis pas de bêtises, le coupa Tifa. Le bébé viendra ici, avec son papa.

Le papa en question se permit un petit rire ironique.

- As-tu déjà passé des mois avec un nourrisson qui se réveille plusieurs fois par nuit avec des cris aigus ? demanda-t-il, non sans humour.

- Non mais ça ne doit pas être si terrible que ça.

- Crois-moi sur parole, Yazoo et moi avons eu envie de jeter ” bébé Kadaj ” dans les toilettes plus d’une fois.

La jeune femme pouffa en se mordant la langue pour ne pas réveiller Denzel.

- Dans les toilettes ?

- Nous n’avions pas de fenêtres, au cratère Nord, plaisanta l’argenté avec une moue taquine.

Tifa grimaça désespérément pour ne pas piquer un fou-rire.

- Idiot…

Loz lui pinça tendrement la joue.

- Je vais redescendre un peu auprès de ce garçon, dans le caisson.

- Nero ? Il est inconscient.

- Peu importe. Il m’a ramené mon fils. Rester un peu à ses côtés est le moins que je puisse faire en l’absence de son frère. Ca va aller ?

Tifa, tombant de fatigue, acquiesça, les yeux mi-clos, et embrassa sa paume.

- Oui, ne t’en fais pas. Essaye de revenir dormir un peu quand même.

Il se pencha prudemment par-dessus le garçonnet et déposa un baiser sur les lèvres offertes.

- Ne t’inquiète pas pour moi. Dors.

Il les borda, elle et Denzel, et s’habilla en silence, sachant très bien qu’il n’était pas prêt de se recoucher.

Veiller Nero n’était qu’un prétexte.

Bien qu’il ait fait mine de ne s’apercevoir de rien pour ne pas effrayer Tifa, il s’était évidemment rendu compte que Yazoo lui cachait quelque chose. Et il était bien décidé à le ” cuisiner ” le temps qu’il faudrait pour savoir de quoi il s’agissait !

*

Rude et son unité firent irruption dans une large grotte.

- Go ! Go ! cria le turk. En position !

La dizaine de soldats du WRO se déploya aussitôt le long des parois en balayant les lieux du faisceau des torches qu’ils avaient fixées à l’extrémité de leurs armes.

Tout semblait désert et Rude s’apprêtait à en informer Vincent lorsqu’un jeune soldat roux l’interpella depuis l’extrémité opposée de la grotte.

- Monsieur ! cria-t-il. Par ici ! Dans les rochers !

Le turk se tourna vers lui.

Comme une poupée désarticulée que l’on aurait jetée au sol, l’ancien chef des Tsviets gisait sur le dos, les bras en croix et la tête renversée sur les arêtes aiguës des pierres qui lui servaient de couche.

- Oh, merde… gémit Rude en se précipitant vers lui. Vince ! cria-t-il dans le petit micro fixé au col de sa tenue de commando. On l’a trouvé ! Dis à Reno de poser l’hélico sur le terre-plain, à l’entrée de la grotte !

*

- Comment va-t-il ? demanda Loz à son jumeau, le faisant sursauter.

Ce dernier se tenait debout à côté du caisson de Nero et le regardait avec inquiétude.

- Il s’agite, hyperventile et n’arrête pas d’appeler son frère. Il ne te rappelle pas quelqu’un ? demanda-t-il avec un sourire triste en posant la main à plat sur la paroi de verre, juste au-dessus du visage comprimé dans son masque de contention, comme pour lui caresser la joue à distance.

Loz s’approcha à son tour et sentit son cœur se pincer devant le corps tremblant, si mince que l’on voyait le dessin des côtes sur ses flancs. Par rapport au reste, si menu, ses bras, ses épaules et sa musculature pectorale et abdominale paraissaient étonnamment vigoureux mais pouvait-il en être autrement lorsqu’on vous contraint à manier d’énormes pistolets de près de trois livres chacun et qu’on vous visse une immense paire d’ailes métalliques aux os de l’épine dorsale et des omoplates ?

Les longs doigts graciles étaient recroquevillés sous le petit menton pointu, autant du moins que le permettaient les fins poignets entravés par plusieurs épaisseurs de gaze.

Les globes oculaires roulèrent sous les paupières diaphanes à demi-closes.

- Weiss… eiss… eiss…

A peine un murmure.

La poitrine ornée d’arabesques haleta, fut prise de soubresauts, et des larmes perlèrent au bout des longs cils frémissants.

La gorge de Yazoo se serra tandis qu’il avait l’impression de revenir des années en arrière, là-bas, au cratère Nord, lorsque les scientifiques ramenaient Kadaj dans leur chambre, après lui avoir fait subir les Dieux seuls savaient quoi.

L’adolescent semblait si fragile, alors, étendu sur son lit, à peine conscient, tremblant et utilisant le peu de forces qui lui restait pour gémir le nom de Loz sans discontinuer, jusqu’à ce que celui-ci revienne enfin de son entraînement forcé le soir venu et serre le garçon contre lui pour le bercer comme un tout petit. Comme lorsqu’il était enfant et qu’un cauchemar l’effrayait.

Les jumeaux s’étaient toujours occupés de Kadaj avec autant de dévouement l’un que l’autre mais, dans ses moments là, lorsqu’il était vraiment terrifié, c’était toujours l’aîné que le cadet réclamait. La force peu commune de Loz, sa carrure, sa voix profonde et son indéfectible patience rassuraient Kadaj et le calmaient plus sûrement que n’importe quelle caresse ou mot tendre de Yazoo.

Une figure paternelle, protectrice et rassurante ? Sans doute.

Et c’est aussi ce que devait être Weiss pour Nero, si l’on en croyait ses réactions et ce qu’avait raconté Shelke.

Alerté par les ” bips ” de l’ordinateur relié au caisson, Merill s’approcha pour vérifier les données.

- Zut… soupira-t-il en constatant que l’agitation de son patient montait en flèche, risquant de provoquer un incident cardiaque - ou pire. Shalua, ça ne va pas, appela-t-il.

La jeune scientifique s’approcha à son tour et lut par-dessus l’épaule de son assistant.

- Il va falloir injecter une nouvelle dose de sédatifs.

- Encore ? J’ai peur que cela lui fasse plus de mal que de bien.

Yazoo lança à Loz un regard suppliant. Celui-ci sourit et hocha la tête.

- Shalua, peut-on le sortir du caisson, un instant ? demanda le grand argenté.

Les deux médecins ouvrirent de grands yeux surpris.

- Loz, il a besoin du mako qui…

- Juste une minute. Il est juste effrayé. C’est d’un contact, dont il a besoin, pas de médicaments.

Shalua parut hésiter mais Yazoo insista.

- Kadaj faisait exactement les mêmes mimiques et réagissait de la même façon après avoir été malmené par les chercheurs, dit-il. Loz arrivait toujours à calmer. Laisse-le essayer, ça n’engage à rien.

Avec un soupir sceptique, la jeune femme et Merill s’exécutèrent, sans grand enthousiasme, et, après l’avoir enroulé le corps nu avec mille précautions dans une couverture très douce, Loz souleva le fragile ténébreux dans ses bras et alla s’asseoir sur l’un des lits, dont Yazoo redressa le dossier pour qu’il puisse s’y appuyer, son précieux fardeau roulé en position fœtale contre sa poitrine.

- Attention à son dos, les points de suture sont encore très frais, prévint Merill en collant quelques électrodes sur la poitrine et le dos de Nero.

Shalua s’avança avec un masque à oxygène relié à la cuve par un long tuyau où circulait un gaz verdâtre et le posa sur le visage de son patient après avoir déclipsé la partie du système de contention qui lui cachait la bouche.

- C’est de mélange d’oxygène et de mako, expliqua-t-elle. Ca ne vaut pas le caisson mais c’est mieux que rien.

Nero inspira le mélange avec avidité, au début, puis de plus en plus lentement tandis qu’il se laissait aller contre la large poitrine, dont il entendait battre le cœur contre son oreille.

” Papam… Papam… Papam… ”

Une grande main lissa les longs cheveux noirs tandis qu’il se sentit bercé tout doucement d’arrière en avant, en un mouvement lent et hypnotique accompagné par le rassurant battement.

” Papam… En arrière… Papam… En avant… Papam… Papam…”

La peau contre le haut de sa joue, l’une des rares parties de son visage que laissait à découvert son masque de contention, était tiède et douce. Le muscle qu’elle recouvrait, puissant et volumineux.

Comme ceux de Weiss…

Mais ce n’était pas lui.

Et ce n’était pas non plus Angeal.

Qui était cet homme, qui le tenait dans le berceau protecteur de ses bras avec la même tendresse que son frère ou que leur capitaine, sans la moindre crainte ou dégoût ?

” Weiss… Grand frère… Bientôt là… Dormir… Weiss… Mont Nibel… Va revenir…”

Une voix qui n’appartenait pas à l’homme contre qui il se blottissait, lui parvenait par intermittences, elle aussi rassurante et douce, presque féminine. A demi inconscient, il ne parvenait pas à tout saisir mais l’essentiel était clair : Weiss viendrait bientôt. Weiss serait bientôt là, près de lui, et le protégerait comme il l’avait toujours fait.

En attendant, l’homme aux grandes mains douces veillerait sur lui. Oui, il en était persuadé. Il le sentait dans la façon dont ses doigts lissaient ses cheveux et dont ses lèvres effleuraient parfois sa pommette ronde. Comme seuls son frère et Angeal avaient osé le faire jusqu’à présent.

Et Genesis.

Genesis…

Genesis… Je croyais que tu nous aimais bien… C’est ce que tu disais toujours… Pourquoi nous as-tu fait autant de mal ? Parce que j’ai pris ton corps ? J’en avais juste besoin pour sauver mon frère bien aimé… Je te l’aurais rendu intact… Jamais je n’aurais fait quelque chose pour te nuire ou te blesser, Genesis… Même lorsque tu as refusé de nous aider à nous libérer des restrictors, nous t’avons protégé de la Shinra… J’ai mis moi-même ton corps à l’abri dans la grotte…Tu savais que je te l’aurais rendu très vite… Tu le savais… Tu le savais… Tu le savais ! Alors pourquoi nous as-tu fait ça ? Pourquoi, Genesis ? Pourquoi ? “

Une larme perla entre ses longs cils et Yazoo essuya les grands yeux en amande à l’aide d’une compresse stérile.

- Comment es-tu aussi sûr que Weiss ne va pas tarder, Yazoo ? murumura Loz avec un regard perçant. (Son jumeau se figea) Qu’est-ce que tu ne veux pas me dire, petit frère ?

*

Dans l’hélicoptère, Vincent aida Rude à fixer Weiss à la civière de secours.

Reno, qui s’était tourné pour voir à quoi ressemblait l’homme qu’il était venu sauver, jura.

- Faut avoir fait ” bombe sup’ ” pour être officier supérieur dans le SOLDAT ou quoi ? Ils les recrutent sur photo ?

- Reno… le tança Vincent.

- Oh, ça va, je détendais un peu l’ambiance, c’est tout…

- Il est dans un sale était, soupira Rude.

- Hojo… ne cessait de répéter l’ancien chef des Tsviets dans une sorte de délire à demi conscient. Vincent… Vincent Valentine…

- Je suis là, le rassura ce dernier.

Il épongea le sang qui coulait de la lèvre du jeune homme avec une moue révoltée. Ce garçon et son frère étaient-ils donc destinés à servir toute leur vie de marionnettes et de défouloir à des bourreaux tous plus déséquilibrés les uns que les autres ?

Weiss était jeune, beau, rayonnant et si plein de vie… Quel gâchis !

Vincent le couvrit d’une couverture de survie et le blessé s’agita.

- Du calme. On va te sortir de là. Le cauchemar est fini, Weiss.

- Hojo… répéta celui-ci en agrippant le bras de l’ex-turk.

- Hojo est mort.

- Non… Il est… Vivant…

- J’ai tué Hojo lorsqu’il…

- Vincent… l’interrompit Shelke, les yeux brillants soudain d’une étrange lueur dorée en sautant dans l’hélicoptère. Il y a des perturbations importantes en bas, près de la rivière.

- Genesis… insista Weiss avant de sombrer dans l’inconscience. Genesis… C’est… C’est Hojo…

- Quoi ?

*

Des dizaines de mètres plus bras, celui qui n’était pas Genesis courait en direction du flux vital de la planète, qui passait sous la montagne.

Si seulement il avait encore eu Nero sous sa coupe, il aurait envoyé tous ces gêneurs et ces satanés soldats dans un endroit d’où il ne risquaient plus de revenir autrement que fous !

Mais Nero s’était enfui…

Et il avait dû abandonner Weiss…

Il secoua la tête avec rage.

- Arrête de ressasser, ce n’est qu’un léger retard ! s’admonesta-t-il sans cesser de courir.

Un dernier coude…

Une dernière dénivellation…

Et elle était là : sa libération. La rivière de la vie où il s’apprêtait à plonger..

Mais quelque chose se dressait entre lui et elle.

Quelque chose qu’il n’avait pas prévu…

Pas prévu du tout !

Genesis-Hojo se figea dans son élan, à quelques mètres à peine du gouffre où coulait la rivière, et son visage se tordit en un masque de rage.

Devant lui, flanqué des apparitions fantomatiques de son ex-femme et du soldat Angeal Hewley, une légende vivante bien plus consistante que les deux défunts lui adressait un sourire vibrant de mépris.

- On est venu m’informer que tu avais pris quelque chose qui m’appartenait, dit l’apparition en campant fermement ses jambes désincarnées sur le sol de pierre, bien décidé à empêcher le scientifique de passer pour se jeter dans le rivière.

Hojo sentit son estomac d’emprunt se contracter et sa crainte n’avait rien à voir avec Lucrecia ou Angeal, pour haineux qu’ils fussent. Les morts ne sont que des fantômes inoffensifs.

Mais les âmes désincarnées, c’était une autre paire de manches… surtout lorsque l’âme en question risquait à tout moment de reprendre de son corps et de vous emprisonner avec elle à l’intérieur comme un vulgaire moustique dans un bocal…

Hojo recula d’un pas.

- Genesis… bredouilla-t-il.

à suivre

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VI - Balaye devant ta porte !

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Tirée du doujinshi BUBBLES du Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Nous arrivâmes chez Rufus Shinra vers cinq heures du matin.

Sa famille possédait une propriété, à l’ouest de Gongaga, un ancien palais qui faisait ressembler le manoir de Nibelheim où j’avais passé ma petite enfance à une vulgaire maison de poupée.

C’était une demeure très anciene, aux dômes élégants, à la façade sculptée de statues et aux hautes fenêtres. Je n’osai compter le nombre de balcons mais, pour ce que j’en voyais de la grille d’entrée, il devait bien y en avoir sept par étage sur deux niveaux - rien que sur la façade Nord.

Par endroits, la pierre ressemblait à de la dentelle.

Un vieil homme vêtu d’un pantalon de lin blanc et d’une longue tunique fendue serrée par une longue ceinture de soie ouvrit la porte après que nous lui ayions expliqué qui nous étions.

Il nous laissa passer d’un air soupçonneux et lorgna avec écœurement la poussière qui nous recouvrait et mon torse nu.

Il estimait probablement que notre mise ne seyait guère pour une visite à sa ” majesté sérénissime “.

Le domestique nous fit signe de le précéder d’un geste, en restant à distance, comme si notre proximité le souillait. Nous nous engageâmes dans les allées de l’immense jardin. Même à la lumière capricieuse de la lune et en dépit de ce que je venais de vivre, je dois avouer qu’il était magnifique et je ne pus m’empêcher de l’admirer.

Il nous fit entrer dans l’immense hall.

Angeal et moi échangeâmes un regard ébahi.

La seule fois que j’avais pu voir autant d’antiquités, c’était au musée de Midgar.

Pas un mètre carré du sol qui ne soit pas recouvert de tapis précieux, pas un pan de mur qui ne soit pas peint de fresques anciennes et chaque statue ou objet décoratif devait valoir une fortune.

Malgré l’heure plus que matinale, nous croisâmes plusieurs serviteurs époussetant les meubles impeccables ou vaquant à quelque occupation nécessaire à l’apparat de la demeure de l’héritier Shinra.

Nous suivîmes le domestique à travers une grande galerie à colonnes et entrâmes dans ce qui semblait être un petit salon de réception.

Je dis ” petit ” en comparaison du reste de la demeure car il devait faire à lui seul la totalité de la surface de mes appartements à la caserne du SOLDAT.

Comme dans toutes les demeures traditionnelles, les appartements privés se trouvaient au fond de la maison, à l’abri des regards indiscrets.

- Je vais m’enquérir auprès de monsieur Shinra pour savoir s’il accepte de vous recevoir, dit-il avec hauteur.

Il s’inclina avec cérémonie et jamais salut ne me parut aussi insultant.

Il y avait plus de mépris dans ce simple geste, pourtant révérencieux, qu’en n’importe quelle insulte proférée par un pilier de bar après une nuit de beuverie.

Je serrai les poings mais le domestique feignit ne s’apercevoir de rien.

- Pour qui se prend-il ? demandai-je à Angeal, irrité, une fois le larbin obséquieux sorti.

- La question est mal formulée, répondit mon ami en riant. Je dirais plutôt : pour qui nous prend-il ? Je crois que la réponse est : pour de la piétaille indigne de ce palais et de son propriétaire.

Je secouai la tête.

- Décidément, j’ai beau faire des efforts, je ne comprendrai jamais ce pays.

La porte s’ouvrit à nouveau, faisant place au lèche-bottes de service.

Palmer s’approcha et s’inclina devant nous - avec moins de mépris que le domestique, dois-je préciser.

Il était emmitouflé dans un énorme peignoir de soie ou quelque chose dans ce goût là. Ca me faisait penser à la tenue des nomades de Canyon Cosmo, en plus chic.

- Général… Capitaine… murmura-t-il, mielleux. Monsieur Shinra va venir dans un instant. Je ne vous cache pas qu’il a été très irrité de cette inopportune visite. On ne dérange pas le fils du président ainsi. J’espère que vous avez une raison valable pour faire irruption ici en pleine nuit !

- Valable ? s’écria Angeal. Nous avons plusieurs cadavres sur les bras dont un victime de meurtre ! s’écria-t-il. Est-ce, selon vous, une raison suffisamment “valable” pour que sa ” gracieuse majesté ” daigne quitter ses draps de satin ?

- Cela, c’est à moi d’en juger, Hewley, gronda la voix de Rufus Shinra, que nous n’avions pas entendu entrer.

Il avait enfilé un kimono de coton bleu marine, si impeccablement coupé qu’il ne pouvait avoir été fait que sur mesure, et se tenait nu-pieds sur le somptueux carrelage émaillé de bleu, blanc et or. La large échancrure dévoilait deux pectoraux au dessin si ferme et parfait que j ‘en oubliai presque à quel point il me tapait sur le système.

Mais cela ne dura pas…

- On m’a parlé d’un petit incident, sur le chantier, poursuivit-il d’un air las en s’asseyant sur l’un des divans brodés. Tu peux nous laisser,dit-il à Palmer, qui sortit en reculant, la tête respectueusement inclinée.

Ca y est ! Il recommençait à me donner envie de lui arracher les yeux avec une petite cuiller…

- Un “petit” incident ? relevai-je sarcastique.

Il me lança un regard méprisant.

- Rien, en tous les cas, qui mérite de me déranger à cette heure.

- Un fauve s’est introduit dans le camp ! criai-je en me retenant pour ne pas le saisir par le col de son kimono de luxe. Des hommes sont morts ! Des hommes qui travaillaient pour que vous puissiez poser votre fessier princier sur la cuvette des chiottes de votre putain de réacteur “que tout monde pourra voir de loin” !

Rufus Shinra ferma à demi les yeux, menaçant.

- Je vous conseille d’employer un autre ton avec moi, Général Sephiroth. Je ne suis en rien responsable de vos délires. Un fauve mangeur d’hommes… Nous ne sommes plus au temps des Cetras. Moins encore dans un zoo !

J’allais répliquer vertement mais Angeal me devança.

- Nous l’avons vu, insista-t-il. Nous en avons même croisé deux, pour être exact. Un au camp et un Gongaga. Plusieurs ouvriers sont morts, déchiquetés, et l’un d’entre eux a été assassiné.

Rufus leva un sourcil et esquissa un sourire, comme s’il avait affaire à des déficients mentaux.

- Il n’y a plus de grands fauves dans la région, Capitaine Hewley. Depuis des dizaines et des dizaines d’années. Et certainement pas des fauves assassins, ajouta-t-il avec une moue sarcastique.

- Quand je parlais d’assassinat, je voulais dire par la main d’un homme, monsieur. Un ouvrier a eu la gorge proprement tranchée d’une oreille à l’autre.

Le rejeton Shinra leva les yeux au ciel et soupira.

- Il faudrait savoir ! C’était un fauve ou un homme ?

J’eus beau avoir envie de l’étrangler, je me fis la réflexion que sa question n’était pas, tout compte fait, ouvertement idiote. Il était tout de même étrange que, la même nuit, se déroule un assassinat et un tel carnage.

L’assassin possédait-il un fauve ?

Non, cela ne tenait pas debout.

Et celui de Gongaga, dans ce cas ?

- Les deux, tranchai-je. Mais une chose est claire, la région est bel et bien infestée de bestioles, quoi que vous en pensiez.

Il sembla réfléchir un instant.

- Et je peux savoir ce que vous attendez de moi ? demanda-t-il. J’ai ordonné l’arrêt de ce chantier, ce qui s’y déroule ne m’intéresse plus.

J’ouvris la bouche mais il leva la main.

- Soyez tranquilles, reprit-il, vous recevrez la prime convenue au départ et nulle sanction ne figurera dans votre dossier militaire. Malgré la catastrophe que vous avez causée… ajouta-t-il en me jetant un regard meurtrier.

- Quelle catastrophe ? s’écria Angeal, outré. Nous ne sommes pas responsables si…

- Ca suffit ! coupai-je, à bout, en me penchant sur Rufus, menaçant. J’en ai assez de tout ce cinéma, alors écoutez-moi bien, vice-président de ce que vous voudrez ! Des hommes sont morts, leurs cadavres gisent sous une tente du chantier, de votre chantier, et un homme a été égorgé. La police refuse de prendre une déposition ou d’envoyer quelqu’un sans votre autorisation. Alors vous allez bouger votre putain de cul, prendre ce putain de téléphone et ordonner à tous ces bras cassés de prendre les mesures nécessaires ! Me suis-je bien fait comprendre ?

Rufus en resta bouche bée.

Je crois que jamais il me m’aurait cru capable de m’adresser ainsi à un supérieur et qu’il comprit, à ce moment-là, en voyant mes yeux verts glaciaux, ma mâchoire crispée et mes muscles bandés, à quel point je pouvais être dangereux.

“Sa majesté des réacteurs” perdit donc une bonne partie de son assurance.

- Et la moindre des choses serait d’indemniser les familles des victimes, ajouta mon ami, profitant de l’effet “Sephiroth risque d’exploser alors ne le contrariez pas”.

Rufus ouvrit la bouche puis parut penser à quelque chose et se figea, comme si une pensée soudaine l’avait frappé.

Il ferma les yeux un instant, les rouvrit, se leva et… chancela.

- Ah là ! Doucement ! Vous allez bien ? demanda Angeal, un peu coupable.

C’était la première fois que Rufus se tenait immobile aussi près de moi.

Son front m’arrivait au menton ce qui, avec mon mètre quatre vingt douze et mes quatre vingt sept kilos, était déjà en soi un bel exploit pour un homme normalement constitué.

Un parfum musqué me chatouilla les narines et mon regard glissa à nouveau vers l’échancrure de son peignoir.

Merde… Ce type était sculptural.

Si seulement il n’était pas aussi imbuvable !

- J’ai une impression de “déjà vu”, murmura-t-il, la gorge serrée. C’est très désagréable. Excusez-moi, je reviens dans un instant.

Il sortit, nous laissant, Angeal et moi, totalement interloqués.

***

Journal de Rufus Shinra

Palmer m’a réveillé ce matin à l’aube, avant l’heure que je lui avais donnée. C’est la première fois qu’il ose désobéir à mes ordres, c’est dire si grande était son inquiétude. Et bien que je ne puisse le montrer, j’avoue la partager.

Mes plus grandes craintes se réalisent…

Ce Général mal dégrossi a attiré sur nous la colère des dieux. Des soldats restés au camp ont été massacrés par un fauve qui s’est enfui.

Je n’en ai pas parlé à ce rustre mais le grand léopard noir a toujours été l’animal tutélaire des Shinra, depuis la naissance de notre lignée. Je ne peux voir une coïncidence dans le fait que la vengeance des dieux s’accomplisse par la patte de cet animal.

Toujours tournée vers le passé, comme tous les anciens, ma vieille nourrice m’a assez seriné la longue histoire de mes ancêtres pour que je puisse la réciter mot pour mot.

Sa loyauté à ma famille m’est précieuse, mais son archaïsme me porte sur les nerfs, parfois.

Déjà que J’ai le plus grand mal à convaincre mon propre père d’accepter les changements qu’impose le passage de notre société dans l’ère de la modernité…

Ce Sephiroth ajoute aussi à la liste de nos ennuis la mort de celui qui a déclenché cette tragédie par sa maladresse.

Il n’arrive pas à comprendre que cela n’est que la juste conséquence de son erreur. Mais je crains qu’il ne prenne ce décès un peu trop au sérieux, et qu’il n’en réfère aux autorités, qui ne manqueraient pas de m’importuner.

Je ne m’inquiète pas vraiment pour la police, ils comprendront aisément mon point de vue, mais j’enrage à l’idée de payer des pots-de-vin supplémentaires pour m’assurer leur silence à cause des scrupules de celui qui n’est, bien qu’il l’ignore encore, que le fruit d’une expérience de laboratoire - comme son compagnon.

Ils feraient mieux de balayer devant leur porte et de s’interroger sur leur propre famille avant de me donner des leçons de morale !

La seule pensée de leur présence troublant la paix de cette demeure me contrarie !

Hewley a même oser mentionner la possibilité de verser une somme aux familles des victimes.

“En compensation “, a-t-il dit.

En compensation du travail non fourni, sans doute ? Du temple de mes ancêtres saccagé ?

Décidément, ces deux rebuts d’éprouvette m’exaspèrent !

Ils n’ont aucun sens des priorités.

Les mânes de mes aïeux doivent hurler à l’agonie devant la profanation de ce lieu, et les dieux ne pardonnent ni n’oublient ce genre d’offenses aussi facilement que les hommes.

Je sais que les ouvriers, eux, auront compris.

Je doute qu’un seul d’entre eux ait accepté de retourner travailler sur le chantier sans qu’il n’y ait eu expiation, de toute façon. En tout cas, pas avec le responsable de ce crime sur les lieux.

Mais ce rejeton mal dégrossi d’extraterrestre ne semble pas conscient de cet aspect de la situation. Pas plus que son compagnon.

Quels piètres meneurs d’hommes ils font !

J’ai même du mal à imaginer qu’ils aient pu se faire tolérer si longtemps par les ouvriers. Je me demande bien comment ils s’y sont pris !

Enfin…

Ah, j’allais oublier ! Je ne sais si je dois confesser dans ces pages mais…

J’ai accueilli le réveil inopiné de Palmer avec soulagement, en fait, car il m’a tiré d’un rêve extrêmement dérangeant. Tel que je n’en avais jamais fait auparavant.

Je parlais à un homme. Et cet homme…

Non, c’est idiot, c’est sans importance.

Il vaut mieux que je finisse de régler mes problèmes avec mes deux expériences de laboratoire qui s’ignorent au plus vite !

… à suivre

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LXIII - Mon père, cet assassin

” Mon père aima ma mère comme on aime un complice ;
comme le crime aime le vice !”

C. Rodriguez

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Tifa bâilla et Loz la serra contre lui.

Vêtue d’une simple nuisette par-dessus laquelle elle avait rapidement enfilé un déshabillé pour descendre à l’infirmerie, elle frissonnait dans l’air climatisé du sous-sol.

- Nous devrions remonter dormir un peu, chuchota-t-il à son oreille. Il est presque quatre heures du matin.

La jeune femme acquiesça avec un sourire épuisé et se laissa aller contre son torse nu.

- Tu vas finir par attraper la mort, à te promener comme ça, murmura-t-elle en frictionnant la peau satinée.

Il haussa les épaules.

- Le froid ne me fait pas plus d’effet que ça, tu devrais commencer à le savoir, répondit-il avec un clin d’oeil. Où est passé Denzel ?

La jeune femme jeta un regard alentour.

Elle et Loz se tenaient debout près du caisson mako où Nero était toujours inconscient. Sephiroth, Cid et Cloud discutaient non loin de là avec des mines sombres. Shalua et Merill nettoyaient et désinfectaient le box de chirurgie et Shelke était penchée sur le berceau de Kay, qui gazouillait joyeusement sous les chatouilles de la jeune fille.

- Il était avec le bébé et Shelke à l’instant…

- Là, fit Loz en désignant la porte entrouverte du bureau de Shalua.

Tifa fronça les sourcils.

- Sale petit farfouilleur trop curieux ! gronda-t-elle faisant rire l’argenté.

- Je vais le chercher.

- Et fais-lui la leçon, surtout ! Toi, il t’écoutera peut-être.

Loz traversa le laboratoire en direction du bureau et Kadaj entra à ce moment précis, accompagné de Cait et d’une Yuffie aux yeux bouffis de sommeil.

- Ca y est, ils ont terminé ? s’enquit cette dernière en s’approchant du caisson pour observer Nero. Tiens, je ne me souvenais plus qu’il avait tous ces tatouages.

- Ce ne sont pas des tatouages, l’informa Tifa. D’après ce que j’ai compris, ces marques sont apparues sur sa peau à la puberté.

Cait écarquilla les yeux et colla presque la truffe contre le couvercle de verre pour mieux voir.

- Tu parles d’un truc bizarre, nota l’Utaïenne.

Kadaj tendit l’oreille.

- C’est quoi, ce bruit et cette fumée noire ? On dirait des centaines gémissements mêlés, dit-il en frissonnant malgré lui. Un mélange spécial de mako ?

Sa compagne sourit.

- Non, c’est Nero qui fait ça. C’est son ” don “. Il invoque des sortes de ténèbres peuplées de… de… Je ne sais pas vraiment quoi, en fait. Mais je peux te dire que quand tu te retrouves coincée dedans, ça n’a rien de drôle !

- Ca y est ? demanda une voix douce derrière eux. Alors ? Il a dit quelque chose ?

Ils se tournèrent pour voir Yazoo, qui venait d’arriver à son tour.

- Non, lui apprit Tifa. Il ne s’est pas encoré réveillé. Reno n’est pas avec toi ?

- Il est dans le bureau de Rufus, avec Rude, Vincent et Reeve.

Kadaj tiqua.

- Un problème ?

- Non ! le rassura son frère avec un sourire. Pas du tout. Maintenant que grand frère est réveillé, ils doivent préparer son ” grand retour ” pour la presse.

- Oh. Je n’avais pas pensé à ça.

- Je dois aller dire à Shelke qu’ils ont besoin d’elle.

- Elle est là-bas, avec Kay, fit Tifa en pointant la jeune fille du menton.

Yazoo s’éloigna avec un soupir silencieux. A l’instar de Loz, et contrairement à ce que pensaient beaucoup de personnes, il n’avait jamais été très doué pour mentir, surtout pas à ses frères. Mais, qu’il le veuille ou non, c’était visiblement le prix à payer pour être l’amant d’un turk…

Aussi naturellement que possible, il s’approcha de Shelke et se pencha vers elle comme si de rien n’était, pour caresser les joues du bébé que la jeune fille berçait.

- Vincent a besoin de toi, murmura-t-il sans se départir de son sourire, pour donner le change à ceux qui pouvaient les observer. Lui, Reno, Rude et Barret vont aller chercher le frère de Nero au mont Nibel. Un escadron de la WRO appelé par le commandeur Tuesti sera sur place dans moins d’une demi-heure et vous attendra.

Shelke sourit en retour et hocha la tête, entrant dans son jeu. Le bébé s’était presque rendormi et elle le donna à l’argenté.

- Une attaque terrestre ? Pas d’appui aérien ?

- Uniquement l’hélico piloté par Reno pour évacuer Weiss le plus vite possible.

- Pourquoi pas une unité de Cid ?

- Il porte les cellules de Jenova lui-aussi, à présent. Vincent pense qu’il est donc lui aussi devenu une cible, au même titre que moi et mes frères.

- Je comprends. J’y vais tout de suite.

Elle quitta l’infirmerie calmement et Yazoo embrassa doucement le bébé endormi avant de le coucher dans son berceau.

Ensuite, comme Reno le lui avait demandé, il se dirigea vers le box de chirurgie pour parler discrètement à Merill et Shalua.

Cette dernière, le voyant approcher avec les traits tendus, retira son masque et posa la lingette désinfectante qu’elle passait sur toute la surface de la table d’opération.

- Yazoo baby ? Tu en fais une tête. Tu es souffrant ?

Il s’approcha tout près, en prenant garde de rester dos au mur vitré du box afin que personne ne puisse voir son expression ni les mouvements de ses lèvres.

- Shalua, j’ai des consignes de Vincent pour toi. Souris, comme si tout était normal.

La jeune femme obéit.

- Tu me fais peur, qu’est-ce qui se passe ?

- Vincent, ta sœur et les turks partent chercher le frère de Nero au mont Nibel.

- Quoi ? Seuls ? intervint Merill en souriant à son tour comme s’ils parlaient de la pluie et du beau temps.

- Non. Un escadron de la WRO les attend là-bas. Lucrecia a parlé à Vincent. Weiss est sans doute très très mal en point. Elle craint même que Genesis ne soit sur le point de le tuer, si ce n’est pas déjà fait. Il faut vous préparer à son arrivée. Reno l’évacuera par hélicoptère au plus vite et il faut que vous soyez prêts à une éventuelle intervention d’urgence.

- J’ai compris. Qui est au courant ?

- Ici ? Personne. A part vous et moi, s’entend. Et il ne faut surtout pas en parler aux autres. Vincent ne veut pas qu’ils aillent se jeter dans la gueule du loup.

La jeune femme acquiesça.

- Il pense toujours que Genesis veut mettre la main sur des porteurs des cellules de Jenova ?

- Disons qu’il préfère ne prendre aucun risque. (Yazoo grimaça et serra les poings) Je serais pourtant volontiers allé dire ma façon de penser à cet enfant de salaud.

Shalua lui prit les mains et les serra.

- Si c’est bien lui qui a fait ces maudites manipulations au labo du Deepground et qui a tué Kaly, il paiera, Yazoo baby. Je te promets que nous lui ferons payer d’une façon ou d’une autre.

- Grand frère dit que, du temps où ils étaient amis, Genesis aurait été incapable de faire la différence entre une éprouvette et une seringue.

- Il n’a pas tort. J’avoue que je serais curieuse moi-aussi de savoir où Genesis a appris à faire des manipulations génétiques aussi complexes.

Yazoo allait répondre mais fut interrompu par les sanglots et les supplications étouffées de Denzel, qui s’échappèrent soudain du bureau de Shalua, les figeant tous et faisant réveillant le bébé.

Tifa se précipita mais Cid, Cloud et Sephiroth, qui étaient plus près, la devancèrent.

*

Au plus profond du mont Nibel, Genesis sentit presque immédiatement que quelque chose ” clochait “. Comme si une alarme silencieuse s’était mise à carillonner dans les tréfonds de son cerveau, il pressentit un danger. Un danger imminent.

Il se raidit et tendit l’oreille, les sens au aguets.

Weiss, étendu à ses pieds, brisé et ensanglanté, puisa dans ses dernières forces pour sourire et le railler.

- Je crois que… tu vas avoir… de la visite… sous peu.

- La ferme !

- Tu comptes faire… quoi ? Me traîner par les… cheveux en… espérant qu’après quelques coups… supplémentaires je… joue les… chiots… obéissants ? Je croyais que… tu me connaissais… un peu… mieux que ça…

Il ricana et Genesis le fit taire d’un coup de pied dans le foie.

- Je t’ai dit de la fermer !

Mais il savait que Weiss avait raison.

En perdant Nero, il avait perdu sa meilleure arme et son seul moyen de pression sur l’ancien chef des Tsviets. Mais, bon sang ! Comment aurait-il pu deviner que cette saloperie de tas de ténèbres impures allait abandonner son frère adoré cette façon ? !

C’ était même la dernière chose à laquelle il se serait attendu !

Et en emportant la seule source de cellules de Jenova qui lui restait, qui plus est !

De pure frustration, il frappa Weiss à coups redoublés.

Nero. Il devait récupérer Nero s’il voulait faire obéir son frère. Et il devait récupérer aussi une source de cellules de Jenova de toute urgence ! Il allait avoir besoin d’aide.

Avec un peu de chance, les géostigmates avaient déjà dû se répandre dans Nibelheim et ce serait bien le diable si, avec l’appui de Jenova, il ne parvenait pas à prendre le contrôle de quelques imbéciles plus gravement atteints que les autres pour ” l’assister ” dans cette tâche.

Nero, Weiss et une source de cellules. C’était tout ce qu’il lui fallait pour mener ses plans à bien.

Des plans bien plus modestes que ce qu’il avait imaginé au début - avant que cette chienne qui lui avait servi d’épouse ne lui vole son fils et les trois rejetons de celui-ci pour les mettre à l’abri, loin de la rivière de la vie - mais, pour un homme de son génie, il y avait toujours ” moyen de moyenner “, comme il disait.

S’il ne pouvait commencer tout de suite par un feu d’artifice, il commencerait par une étincelle. La réaction en chaîne suivrait…

Pour l’instant, il devait renoncer à Weiss. Encore une fois. Comme il avait déjà dû y renoncer un an plus tôt, là-bas, au réacteur zéro. Pas pour longtemps, c’est vrai.

Oui, il serait toujours temps de les récupérer lui et son frère par la suite.

Chaque chose en son temps…

Ce qu’il avait raté dans les ruines de Midgar, un an plus tôt, puis à Nibelheim plus récemment, il le réussirait à Edge ! Jamais deux sans trois et, cette fois, il réussirait à réveiller l’Omega pour de bon ! Il avait juste besoin pour cela de quelques cellules de Jenova.

Des cellules de Jenova…

Mais où en trouver ?

Il se tapa rageusement le front de son poing fermé.

Réfléchir ! Réfléchir ! Réfléchir !

Reeve avait mis toutes les cellules restantes à l’abri…

Le bébé s’était envolé avec Nero…

Les argentés étaient protégés de bien trop près pour être atteintes directement…

Réfléchir ! Réfléchir ! Réfléchir encore ! Il devait y avoir un moyen. Il y avait forcément un moyen. Il y avait toujours un moy…

Son visage s’éclaira soudain et un sourire hideux déforma ses traits.

- Bien sûr… Comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ? ! Je suis un génie… murmura-t-il. Un génie ! Un pur génie !

Un rire hystérique incontrôlable résonna dans la grotte et Weiss, qui reconnut immédiatement ces mots et cet affreux rire rocailleux pour les avoir entendus à maintes reprises, se redressa péniblement sur un coude, les yeux écarquillés d’horreur.

- Ce n’est pas… possible… bredouilla-t-il. Toi…

- Quoi ? railla Genesis. Tu réalises l’évidence seulement maintenant ? Ah ! Ah ! Ah ! Tout dans les muscles et rien dans la tête ! Pauvre Weiss !

- Tu es… mort…

Le rire grinçant redoubla et l’ancien chef des Tsviets sentit le désespoir le terrasser.

- Vincent… t’a tué… gémit-il encore. Il t’a tué… il y a un an… au réacteur… zéro… Vincent… t’a tué !

Sans cesser de rire, celui qui n’avait jamais été Genesis lui asséna un coup si violent à la tête qu’il perdit connaissance.

- Profite des petites vacances que je t’accorde, amphitryon d’Omega. Je veux que tu sois en pleine forme, lorsque je reviendrais vous chercher, toi et ton frère chéri. Ah ! Ah ! Ah !

*

Dans le bureau de Shalua, Denzel s’accrochait désespérément en pleurant aux hanches Loz, qui regardait Cloud et Tifa à tout de rôle, ne sachant plus quoi faire pour le calmer.

- Je savais pas ! sanglotait le petit garçon. J’te jure que j’savais pas ! Ils me disaient qu’ils travaillaient pour que le monde soit meilleur ! J’te jure que je savais pas, Loz ! J’te jure !

Cid s’approcha et s’accroupit aux pieds du garçonnet.

- Mais enfin, de quoi tu parles, mon grand ?

- Je savais pas qu’il faisaient ça ! geignit encore Denzel en pointant le doigt vers l’ordinateur portable de Shalua, où Sephiroth avait consulté les vidéos de surveillance un peu plus tôt.

Sur l’écran, Loz, sous anesthésie générale, était allongé nu et sanglé sur la table d’opération tandis qu’Hojo, aidé de ses assistants, un homme et une jeune femme, faisaient les prélèvements de sperme qui donneraient naissance à Kay cinq ans plus tard.

- Les vidéos retrouvées au labo du Deepground… soupira Shalua. Denzel ! Qu’est-ce qui t’a pris de regarder ces horreurs ?

Cloud s’approcha à son tour et Denzel lui sauta dans les bras.

- Dis-lui, Cloud ! supplia-t-il. Dis-lui que je savais pas !

- Mais enfin, tu ne pouvais pas deviner qu’il avait subi tout ça, voyons… Pourquoi ça te met dans un tel état ? Tu as de la peine pour lui, c’est ça ?

- Il voudra plus être mon papa, maintenant !

Tous les adultes présents échangèrent un sourire attendri.

- Mais enfin, Denzel, qu’est-ce que ça a à voir avec toutes les vilaines choses que les méchants savants lui ont fait ? demanda à son tour Tifa en retenant un rire.

- Je suis pas comme eux ! cria presque Denzel en s’accrochant à nouveau à Loz, qui se baissa pour l’asseoir sur sa cuisse et le serrer contre son torse nu. Quand je t’ai dit que je voulais que tu crèves, c’était pas vrai ! Je le pensais pas ! Je te jure que je suis pas comme eux ! Je savais pas ce qu’ils faisaient ! Je savais pas ! Je te promets ! Je te promets !

Loz tiqua.

- Denzel, mais de qui tu parles ? Tu n’es pas comme qui ?

En sanglotant et sans oser relever la tête, le garçonnet pointa le doigt vers l’écran de l’ordinateur.

Tous tournèrent la tête vers l’image figée de la caméra de surveillance.

- Tu n’est pas comme Hojo ? demanda doucement Cloud. C’est ça, que tu veux dire ?

Denzel secoua la tête, fixant toujours le sol.

- Non… murmura-t-il d’une voix à peine audible. Les autres…

- Le monsieur et la dame en blouse blanche ? demanda Sephiroth à son tour.

Le garçonnet acquiesça et inclina le front en pleurant de plus belle.

Yazoo lui ébouriffa les cheveux.

- S’il a vu ne serait-ce qu’un millième de ce que ces deux ordures nous ont fait subir là-bas, je comprends qu’ils puissent lui faire peur, soupira-t-il.

Cid grimaça.

- A ce point là ?

Loz acquiesça en berçant Denzel dans l’espoir de le calmer un peu.

- Plus le mari se montrait sadique durant la journée, cracha-t-il avec une haine dans le regard que le pilote ne lui avait jamais vu, plus sa femme devenait perverse durant la nuit lorsqu’elle me forçait à la…

- Loz ! l’interrompit Yazoo en désignant le garçonnet.

Son aîné rougit.

- Désolé.

- Tu n’es pas comme eux, Denzel, reprit son jumeau. C’était sans doute les scientifiques les plus méchants du cratère nord après Hojo ! Même un bahamut enragé n’est pas aussi méchant.

Loz acquiesça.

- C’est vrai. Même si tu m’avais dit des choses encore plus horribles, tu ne leur arriverais même pas tout en bas de la cheville !

- Je ne savais pas, qu’ils étaient comme ça ! sanglota de nouveau le petit garçon. Pardon ! Pardon !

- Denzel ! essaya de plaisanter Cloud. Ils disent ça pour te rassurer, voyons !

Personne, hormis Shalua, ne remarqua que Tifa s’était levée depuis un petit moment, déjà, et que, penchée sur l’écran, elle était devenue blême comme un linge.

Elle venait de reconnaître les deux visages pour les avoir époussetés des dizaines de fois dans leur cadre, sur la table de chevet de Denzel.

- Tifa ? Tu en fais une tête. Tu les connais ? demanda la jeune scientifique.

Le pleurs de Denzel redoublèrent et Tifa inspira un grand coup avant de laisser tomber d’une voix blanche :

- Je crois que ce sont ses parents…

… à suivre

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On ne dit pas…

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Vous connaissez tous les fameuses blagues sur les nains… On ne dit pas “un imposteur” mais : “un facteur de petite taille” !

Dans la même veine, quelques petits “on ne dit pas” à la sauce FF7, rien que pour rire un coup !

Hein ?

Si, si, Kadaj en tenue d’aérobic, ça a un rapport avec ce qui suit, vous verrez ! Promis !

***

On ne dit pas ” Le ton monte “ mais ” Shera prend l’escalier “.

On ne dit pas ” Lazard fait des courbettes “ mais “Lazard est nul comme prof “.

On ne dit pas “Barret a du cran”, on dit “Barret est frisé”.

On ne dit pas “Aerith a un potager”, on dit “Aerigh a un vieux copain”.

On ne dit pas “Immaculé Weiss” mais “Je me suis fait mettre par le boss”.

On ne dit pas “l’électronique” mais “Reeve fait l’amour”.

On ne dit pas “Yazoo avale une biroute” mais “Yazoo emprunte une route à 2 voies”.

On ne dit pas “Loz a un cerf-volant” mais “Loz est long à la détente”.

On ne dit pas “Le gestionnaire des taches” mais “Le chef des turks”.

On ne dit pas “Scarlet est paniquée”, mais “Scarlet cherche un mec”.

On ne dit pas “Cloud a vaincu”, mais “Le chocobo est pluri-anal”.

On ne dit pas “Le Général fait les vendanges”, mais “Sephiroth pète comme un Dieu”.

On ne dit pas “Cait est un chat hors pair”, mais “Le chat de Reeve est castré”.

On ne dit pas “Rufus a enclenché le processus de paix”, mais “Le patron va lâcher une caisse”.

On ne dit pas “La connerie” mais “Yuffie s’amuse”.

On ne dit pas “Décongeler” mais “Les idiots du cratère nord”

On ne dit pas “Cloud est incompétent” mais “Cet idiot de Cloud fait de l’aérophagie”

On ne dit pas “Compense” mais “Reno essaie de réfléchir”

On ne dit pas “Un instant” mais “Kadaj fait du stretching” (vous voyez, je vous disais bien qu’il y avait un rapport !)

On ne dit pas “Le Gospel” mais “Denzel a pris un coup de soleil”

On ne dit pas “ce jeune soldat s’est élevé à la force du poignet” mais “Zack est un branleur”

On ne dit pas “Ciboulette”, mais “Trois trois argentés dévêtus”

On ne dit pas “Un match interminable” mais “Un combat amical entre SOLDATS”

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Les murs murmurent toujours !

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Troisième et dernière cargaison de graffitis version FF VII ! Ah ! Bah… C’est que j’ai plus de stock au bout d’un moment, moi ^___-

Et des murs des cuisines à ceux des douches, Hojo rouspète toujours !


(Dans la cafétéria des turks)

Déjà 6h00 du matin ? Il est plus que temps de nous cuiter !
Reno


- POSTE VACANT POUR CAUSE DE DECES -

Ouais… Encore une fichue excuse pour pas bosser !
Hojo


Dans les toilettes d’un bar à la mode de la Costa del Sol

A mon époque, la Costa del Sol, c’était les 3 “S” : Sea, Sun & Sex !
Cid

Et à la notre, c’est les 3 “M” : Mazout, Mélanomes & Morbacs !
Cloud


Sur le mur flambant neuf d’un labo de la Shinra

Pas un tag, pas un graffiti, pas une tache ! Je le cherchais, c’est : LE MUR DU SILENCE !
Lucrecia


(Dans les WC du SOLDAT, dans un état lamentable)

Mais enfin, qu’est-ce que vous avez fichu, ici ? ! On dirait qu’il y a eu un congrès d’aveugles parkinsoniens !
Hojo

Non, juste de vieux scientifiques de passage.
Sephiroth


Sur la camionnette de livraison de Cloud :

- ARRETS FREQUENTS -

Vessie faiblarde !
Zack


(Dans les WC du SOLDAT)

Vous qui venez ici, dans une humble posture
De vos flancs alourdis, décharger le fardeau
Veuillez, quand vous aurez soulagé la nature
Epancher dans l’amphore, un courant d’onde pure
Et, sur l’autel fumant, placer pour chapiteau
Le couvercle arrondi, dont l’auguste jointure
Aux parfums indiscrets doit servir de tombeau…
Genesis

Oh, là, là… Faut que t’arrêtes Loveless d’urgence, toi, hein !
Angeal

C’est pas Loveless, c’est du Musset, ignare !
Genesis

Oh, le boulet…
Zack

Ils ont raison, t’en tiens une sacrée couche !
Sephiroth

Toi, le héros de supermarché, on t’a rien demandé !
Genesis

Ah bah, valà ! Y nous l’a encore énervé ! LOLLLL
Angeal


Je pardonne à ceux qui m’ont offensé… mais j’ai la liste !
Tseng


Loz, t’es tellement con que s’il existait un championat de la connerie, tu serais même trop con pour le gagner !
Cloud

Et le championnat d’orthographe, enfoiré ? Tu t’inscris quand ?
Loz


(Discrètement gravé au pied d’une cuve Mako du réacteur de Nibelheim)

Plonge qui veut, remonte qui peut !
Anonyme


(Dans les WC des turks)

Reno, sois gentil, évite de tirer la langue à tout va ! Surtout quand elle est chargée.
Elena

Pourquoi ? T’as peur que je blesse quelqu’un ?
Reno


(Dans un des WC de la tour Shinra)

Ne déroulez pas le papier en le tirant entre vos jambes et n’arrachez que la longueur dont vous avez besoin ! Et, surtout… NE LE RE-ENROULEZ PAS SUR LE ROULEAU APRES USAGE !
Hojo

Putain, y’a des caméras, ici, ou quoi ?
Reno


(Dans les toilettes pour dames du 7ème ciel)

LES FEMMES N’ONT PAS BESOIN DES HOMMES !
Elena

Faut avouer qu’ici, on peut se débrouiller plus ou moins sans eux…
Rosso


(Dans les toilettes de la salle de tir des turks)

C’est ici que repose
Une certaine dose
D’une certaine chose
Qui ne sent pas la rose.
Celui qui se propose
De faire ici sa prose
Doit avant toute chose
Tenir la porte close.
Anonyme

Oh, non, merde ! Genesis, tu vas pas t’y mettre ici aussi, hein ! Les chiottes du SOLDAT te suffisent plus ?
Reno

Comment tu sais que c’est moi ?
Genesis

Baka…
Reno


(Mot sur le frigo, dans la cuisine du bar de Tifa)

Loz, je t’ai gardé ton repas dans la boîte bento bleue. Je te préviens que si tu laisses encore les légumes, tu as intérêt à trouver une explication plus convaincante que “j’aime pas ça” ou tu auras affaire à moi ! Tu donnes un très mauvais exemple aux enfants !
Tifa

O.K. Je n’en mange pas parce que je suis un grand émotif ! Comment peux-tu rester insensible au hurlement épouvantable de l’épinard plongé vivant dans une casserole légumicide ? Je refuse d’être mêlé à ce génocide ! J’ai donc laissé les légumes dans la boîte…
Loz


(Dans les douches du SOLDAT)

Hier soir, à l’entrainement, Sephiroth a paniqué !
Anonyme

Mais moi, oui !
Zack


Bel homme, fort, courageux, bonne situation, cherche jeune femme pour partager doux moments et plus si affinités…
Rude (poste 32 21)

Rudo, c’est les WC pour hommes, ici, crétin !
Reno


Le ghetto de ma liberté s’achève au bout de mes bras.
Kadaj

La vache, c’est profond… Mais qu’est-ce-que ça veut dire ?
Loz

A mon avis, qu’il vient de fumer un truc !
Yazoo


(Gravé sur la peinture flambant neuve de la carlingue du Tiny Bronco )

Le plaisir solitaire, c’est économique : pas besoin d’inviter votre main au resto après !
Anonyme

Vince, je sais que Lucrecia de manque et qu’il faut que tu te défoules mais là, t’es lourd…
Cid


Gravé le mur fraîchement repeint du labo d’Hojo, sous l’avertissement suivant :

- INTERDICTION DE GRIBOUILLER, DE PEINDRE, DE BOMBER OU D’AFFICHER SUR CE MUR -

Franchement, ça ne me serait même pas venu à l’idée !!!
Vincent

Bon sang ! Mais quel crétin lui a collé cette saleté de gant en métal ?!
Hojo

Si vous le découvrez, je veux bien le tuyau. Moi aussi j’aurais deux mots à lui dire…
Cid


(Sur le mur des toilettes du DEEP GROUND)

C’est ici que tombent en ruines
Tous les déchets de la cuisine.
Dans un lieu aussi respectable,
Il faut se tenir ici comme à table
Et garder le bord de la lunette
Aussi propre que celui de son assiette.
Si vous venez sans papier ni paille,
Lavez-vous les doigts au lieu de salir la muraille.
Anonyme

Ah non ! Nan, nan, Genesis ! T’es gentil, tu vas versificoter dans les chiottes du SOLDAT si tu veux mais pas ici !
Weiss

Merde, c’est pas vrai ! Mais comment vous faites pour savoir que c’est moi ?
Genesis

T’es vraiment une pomme, toi, hein !
Weiss


WUTAI AUX UTAIENS !
Anonyme

Et la frisée aux lardons !
Sephiroth

Et le poulet aux morilles !
Angeal

Et le steak au poivre !
Genesis

Et le chèque au porteur !
Zack

C’est fini, oui !?
Tseng


(Sur le mur de la bibliothèque du manoir de Nibelheim)

Avec la chance que j’ai, je vais sûrement me faire choper à écrire au marqueur sur ce putain de mu_

Game over ! Hojo : 1 - Reno : 0
Rude


Hojo, Palmer et Heidegger sont dans un avion en flammes et il n’y a que 2 parachutes. Question : qui se sacrifie ?
Zack

Réponse : on s’en fout !!!
Angeal


A 8 ans, Tifa rêvait de poupées et moi de SOLDATS. Maintenant, c’est moi qui rêve de poupées et elle qui rêve de SOLDATS !!!
Cloud

Loz peut la draguer, alors ?
Yazoo

Pourquoi ?
Cloud

Bah, t’en es pas un, non ?
Yazoo

Loz non plus !
Cloud

Non, mais il en a une plus grosse que la tienne !
Yazoo

Depuis quand il a une épée, lui ?
Cloud

Oh, la vache… Tu m’étonnes que t’as pas pu devenir SOLDAT !
Yazoo


Et si on parlait du plaisir d’enseigner ?
Lazard

Et si on parlait d’enseigner le plaisir ?
Sephiroth


(Dans l’ascenseur du DEEP GROUND)

- MAXIMUM 6 PERSONNES -

Ou 1 Azul…
Shelke


(Dans les WC du 7ème ciel)

Il y a quelque chose d’héroïque à commander un plat ici, quelque chose d’inconscient à l’avaler et quelque chose de maso à le payer. Suis-je un héros inconsciemment masochiste ? Un inconscient masochistement héroïque ? Ou un maso héroïquement inconscient ?
Lazard

Juste un con d’intellectuel…
Loz


FIN (Bah vi, a pu ! Ces petits mots sont inspirés de vrais graffitis et j’en ai plus en stock !)

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Parlez-vous Genesien ?

Avez-vous remarqué que Genesis est pour ainsi dire le seul à ne jamais employer les termes populaciers, voire parfois grossiers, chers aux autres personnages ?

Normal, c’est un lettré (en sus d’une grosses andouille, certes, mais lettré quand même).

Alors en exclusivité planétaire, voici pour vous quelques traductions des expressions courantes de notre Genesis national et qu’il est parfois difficile d’appréhender lorsque l’on ne fait pas partie du club très fermé des pros en “littérature-pour-lovelessfans-siphonnés-de-la-calotte” .


Extraits choisis

« Cesse tes simagrées, Angeal, car je sens une ascension rhino-moutardiere imminente ! »

Traduction : Arrête de faire le con, Angy, j’ai la moutarde qui me monte au nez

« Jeune home charmant mais qui souffre hélas d’un capilarisme epiglottal très marqué »

Traduction : Ce grand dadais a un cheveu sur la langue de la taille d’une balayette

« On ne va pas caquegluer à ce stade de la bataille ! »

Traduction : C’est pas le moment de chier dans la colle, les gars !

« Un cariolisme ante-bovin est la dernière chose à envisager »

Traduction : N’allez pas nous mettre la charrue avant les bœufs.

« Je crains que nous ne nous trouvions en situation de catacervicomerdose »

Traduction : Je crois qu’on est dans la merde jusqu’au cou

« Permettez que j’effectue une cession felino-linguale »

Traduction : Je donne ma langue au chat

« Ce garçon va finir cretinothanasié »

Traduction : Il va mourir idiot, ce con là

« Mes amis, que diriez-vous d’une brève crustafraction ? »

Traduction : Et si on cassait la croûte, les mecs ?

« Optons pour le cubitoludisme ou nous n’arriverons jamais au bar »

Traduction : Va falloir jouer des coudes pour aller s’en jeter un derrière la cravate, les gars.

« Je déplore une endororectocephalie depuis ce matin 8h00»

Traduction : Je me suis levé avec la tête dans le cul

« Faisons une geopalpation auprès du patron avant de lui exposer notre stratégie »

Traduction : Tâtons le terrain pour voir s’il ne risque pas nous lyncher

« J’endure une laryngofelinie tous les diables ! »

Traduction : J’ai une saleté de chat dans la gorge

« Sephiroth souffre de latrinogueusie, c’est évident ! »

Traduction : Sephy a vraiment des goûts de chiotte !

« Pardonne ma franchise, Angeal, mais il n’est plus temps de se laisser aller à la muscapedication »

Traduction : Quand t’auras fini ton enculage de mouches, Angy, on pourra peut-être passer aux choses sérieuses et avancer.


Vous, je ne sais pas mais j’ai soudain un de ces mal de tête, moi…

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Le SOLDAT recrute !

Pas facile de devenir soldat de la Shinra…

Pourtant, avec les jeux vidéos toujours plus nombreux, les films et les reportages réguliers sur «super Sephiroth», de plus en plus impérieuse est l’envie, pour nombre de jeunes gens, de quitter les jupes de môman pour tenter l’aventure.

Seulement voilà : lorsqu’on a passé 18 ans à se faire chouchouter par « la-môman-chérie-à-son-fiston », pas facile de s’habituer à la vie militaire…

Mais, une fois de plus, la Shinra a tout prévu et, en exclusivité planétaire (et uniquement pour « ff7 yaoi fanfics »), voici pour la première fois dévoilés les secrets de la formation suprême, celle que les plus grandes écoles militaires de la galaxie envient à la firme, j’ai nommé : LE PROGRAMME DES COURS PREPARATOIRES AU CONCOURS DU SOLDAT ou « comment éveiller cet organe appelé cerveau, dont les jeunes recrues ignoraient l’existence jusque là ».

C’est pas gagné, hein…


PROGRAMME DES COURS PREPARATOIRES DES NOUVELLES RECRUES

Note : En raison de la complexité et de la difficulté des cours, seulement 10 participants seront acceptés pour chaque cours.

Ce stage préparatoire au concours du Soldat s’étend sur 5 jours, et comprend les modules suivants :


PREMIER JOUR

Thème : Mon arrivée à la caserne

Instructeur : Heidegger

8h30 : COMMENT RANGER LE CONTENU DE MA VALISE DANS MON PLACARD
Présentation tâche par tâche sur diapositives

10h30 : COMMENT TROUVER LES CHOSES SANS RETOURNER LA CASERNE EN POUSSANT DES CRIS DE HYENE
Forum

13h30 : S’HABILLER DECEMMENT TOUT SEUL ET NE PAS FAIRE SEMBLANT D’IGNORER OU SE TROUVE MON CASIER
Exercices pratiques

15h00 : COMMENT ETRE LE COMPAGNON DE DORTOIR IDEAL
Exercices de relaxation, méditation et techniques de respiration

16h00 : VIVRE A LA CASERNE : MON SUPERIEUR HIERARCHIQUE N’EST PAS MA MERE
Jeux de rôle


DEUXIEME JOUR

Thème : vos collègues femmes sont des soldats comme les autres

Instructeur : Sacarlet

8h30 : EST-IL GENETIQUEMENT IMPOSSIBLE DE RESTER TRANQUILLE PENDANT QUE VOTRE COÉQUIPIERE POSE L’HELICO OU GARE LE CAMION ?
Simulation de conduite

10h00 : MA COLLEGUE N’EST PAS MON INFIRMIERE
Présentation diapositives + jeux de rôle

11h00 : MA COLLEGUE N’EST PAS MA BONNE
Projection de documentaire + intervention de témoins

14h00 : MA COLLEGUE N’EST PAS MA MERE
Présentation PowerPoint

16h00 : NOTIONS ESSENTIELLES DE GRAMMAIRE : LE FEMININ DE “ASSIS AUX COMMANDES D’UN REMORQUEUR” N’EST PAS “DEBOUT DERRIERE L’ASPIRATEUR”
Jeux de rôle


TROISIEME JOUR

Thème : vivre à la caserne – la vie en communauté

Instructeur : Angeal

8h00 : PAPIER TOILETTE : POUSSE-T-IL TOUT SEUL SUR LES DISTRIBUTEURS ?
Table ronde

10h00 : JE NE FAIS PAS PIPI A COTE : JE M’AVANCE UN PEU ET OUBLIE MA PRETENTION
Exercice pratique avec vidéo

13h00 : ASSIETTES ET VERRES : PASSENT-ILS DU REFECTOIRE AU LAVE-VAISSELLE GRACE A LA LEVITATION ?
Débats - Intervention d’experts

15h00 : BOUTEILLES DE BIERE VIDES : DOIVENT-ELLES ALLER DANS LE FRIGO OU DANS LA POUBELLE ?
Groupes de discussion et jeux de rôle


QUATRIEME JOUR

Thème : se débrouiller tout seul sans maman

Instructeur : Genesis

8h00 : REPASSAGE EN 2 ETAPES : A) 1 CHEMISE EN MOINS DE 2 HEURES B) LA VAPEUR CA BRULE
Exercice pratiques avec des professionnels

10h00 : LE MENAGE DU DORTOIR, UNE ACTIVITE VIRILE ET VALORISANTE
Table ronde et exercices pratiques

12h00 : DIFFERENCES ENTRE LE PANIER A LINGE ET LE SOL ET COMMENT SE RENDRE A LA LAVERIE SANS SE PERDRE
Exercices pratiques avec paniers en osier

De 14h00 à 19h00 : COURS DE CUISINE PRATIQUE EN 3 ETAPES

Niveau 1 (débutant) : Les appareils ménagers « ON mettre en marche » « OFF arrêter l’appareil ».

Niveau 2 avancé : Mon premier « Shinra rapid’soup » sans brûler l’eau

Niveau 3 Expert : Faire un café sans oublier l’eau ou le café et ne pas utiliser le soluble qui est incompatible avec la cafetière


CINQUIEME JOUR

Thème : être un SOLDAT dans son corps et dans sa tête

Instructeur : Sephiroth

8h00 : Santé module 1 : SE LAVER TOUS LES JOURS EST SANS RISQUE POUR VOTRE SANTE
Présentation Power Point avec intervention du Pr. Hojo

9h00 : Santé module 2 : NON, LE GEL COIFFANT N’EST PAS UNE FATALITE, ON PEUT S’EN PASSER
Table ronde avec intervention de médecins addictologues

11h00 : Santé module 3 : COMMENT SURVIVRE A UN RHUME SANS PENSER ETRE A L’ARTICLE DE LA MORT
Table ronde avec intervention de médecins

14h00 : Vie pratique module 1 : DES HOMMES PERDUS PEUVENT DEMANDER LEUR CHEMIN
Témoignages du seul soldat mâle l’ayant jamais fait

16h00 : Vie pratique module 2 : SE RAPPELER DES DATES DE MISSION ET PREVENIR QUAND VOUS AVEZ DU RETARD
Apporter son agenda au cours

17h00 : Vie pratique module 3 : MON ARME N’EST PAS L’EXPRESSION DE MA VIRILITE, LA PREUVE PAR LES CHIFFRES
Apporter son double décimètre personnel

18h00 : COMPTE-RENDU DU STAGE AVEC L’EQUIPE PEDAGOGIQUE


En raison du nombre croissant des demandes, nous invitons les supérieurs hiérarchiques directs et les instructeurs à nous faire parvenir les demandes d’inscription dans les plus brefs délais.

Merci d’avance

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A Nero

Je ne me sens soulagée
Ni avec, ni sans toi
Avec, tu me tues,
Mais sans toi, je suis perdue !

Shelke

Que fait un ange aussi joli
Volant si loin du paradis ?

Cid

Comment se passe une journée,
une fois qu’on t’a rencontré ?
12 heures en pensant à toi
12 heures en rêvant de toi

Vincent

Ce n’est pas la lune mais toi,
qui illumine nos ténèbres
.

Genesis

Cesser de t’aimer et de m’inquiéter pour toi ?
J’ai laissé tomber une épingle dans l’océan.
Trouve-là d’abord et on verra…

Weiss

V - Seuls les morts sont froids

Le désir est l’appétit de l’agréable. “

Aristote

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Zack nous apprit que le seul poste de police de Gongaga se trouvait à deux pas de la maison de ses parents, sur la place du village.

Nous avions contacté Lazard par téléphone pour l’informer de ce qui s’était passé mais il s’était contenté d’un : ” cela regarde les autorités locales, désormais. Le président a interrompu la mission, vous n’avez plus rien à faire là-bas. Passez le dossier aux autorités compétentes, rassemblez le matériel sensible et rentrez à la base. Vous avez trois jours pour plier bagage. “

Ca avait au moins le mérite d’être clair…

En raison de la mauvaise visibilité et de l’état des routes, nous mîmes deux bonnes heures à parcourir les quelques quarante kilomètres à vol d’oiseau (le double par la route) qui nous séparaient de Gongaga, qui était, en fait, un village plus qu’un bourg.

Pas de lumière dans les ruelles, bien entendu, et des trous où je faillis plusieurs fois me briser les jambes.

Je ne sus que nous étions arrivés à l’antenne de police que parce que Zack me traduisit l’inscription à demi effacée peinte sur le mur de torchis. Jamais il ne me serait venu à l’idée que cette porcherie pouvait tenir lieu de commissariat local.

A peine passée la porte, dont seules quelques écailles témoignaient d’un ancien vernissage, l’odeur de sueur et d’huile rance me prit à la gorge.

Le policier de garde, un Gongagien bedonnant à la chemise blanche maculée de tâches, était affalé sur une chaise de bois qui avait vu des jours meilleurs. Il est hasardeux d’essayer de donner un âge aux gens de ce pays mais j’aurais dit qu’il devait avoir dans les quarante ans.

En nous entendant arriver, il leva vers nous un œil endormi et retira ses pieds de la table.

Visiblement, nous avions interrompu son petit somme.

Je vis Zack se lancer dans un discours, auquel je ne compris pas un traître mot, à grand renfort de gestes et d’exclamations mais le policier, ou ce qui en tenait lieu, se contenta de gratter sa barbe de trois jours et de chasser de la table un cafard gros comme mon poignet d’un revers de la main.

J’esquivai le projectile ragoûtant avec une grimace et me tournai vers Angeal.

- Qu’est-ce qu’il raconte ? demandai-je.

Angeal, concentré sur la conversation, me fit signe de me taire d’un geste et je soupirai.

Lorsqu’il entendit le nom de “Rufus Shinra”, seule chose que je saisis de la discussion, le policier tressaillit et se leva d’un mouvement brusque pour se lancer, à son tour, dans une diatribe sans fin en agitant les bras en tout sens.

Je ne sais pas ce que lui avait dit Zack mais cela avait eu l’air de faire son effet à en juger par la mine soudain inquiète du policier et par la façon dont il se tenait la tête, gémissant entre deux phrases.

- Mais qu’est-ce qu’il dit ? insistai-je.

- Chut ! rétorqua Angeal avec un geste irrité.

Je levai les yeux au ciel et fit claquer mes mains sur les cuisses en m’accroupissant sur le sol. Le cafard, de nouveau sur ses pattes, était juste entre les miennes et je me redressai aussi sec en jurant comme un charretier pour l’écraser brutalement sous ma semelle avec un bruit de craquement de céréales.

Je ne sais pas si ce fut à cause du bruit du cafard ou de celui du claquement de ma semelle sur le sol de bois fêlé - je chausse quand même du quarante-cinq - mais Zack et le policier cessèrent immédiatement leur conversation animée et se tournèrent vers moi.

J’en profitai.

- Alors ? demandai-je.

- Il ne veut pas s’occuper de l’affaire avant d’en référer à monsieur Shinra, soupira Zack.

Je faillis m’étrangler.

- Quoi ? m’écriai-je. Un homme a été assassiné et nous avons plusieurs cadavres sur les bras ! Il faut un légiste et au moins deux ambulances !

Zack commença à lui traduire ce que je venais de dire et s’arrêta en cours de route pour se tourner vers moi.

- Euh… Je crains que le mot ” légiste ” n’existe pas en gongagien, Général.

J’allais lui répondre lorsqu’Angeal me devança et adressa au policier quelques mots en un Gongagien laborieux.

Le visage de l’homme s’éclaira et il répondit quelque chose que je ne compris pas.

- Il dit qu’il en a vu un dans un film policier, le mois dernier… soupira mon ami d’un ton morne.

Je tapai à nouveau du pied, faisant sauter un éclat de plancher. Cette fois je commençais vraiment à m’énerver.

- J’exige qu’il prenne notre déposition et qu’il appelle un hôpital ! hurlai-je.

Zack traduisit mais l’homme secoua la tête, obstiné. Avec un grognement, je le saisis par son col de chemise et Angeal s’interposa, me tirant en arrière.

- Laisse tomber, Seph, c’est inutile. Ici, rien ne fonctionne comme chez nous. Allons plutôt voir son “altesse”. Ce type ne bougera pas le petit doigt sans son accord express.

Nous quittâmes le bâtiment et l’homme me jeta un regard terrifié avant de fermer doucement la porte derrière nous.

Notre véhicule n’avait pas bougé des abords du village, les ruelles étroites et les trous dans la chaussée ne permettant pas son passage à travers le village sans risquer de perdre une roue, 4×4 ou non.

Enfin… disons que le 4×4 break lui-même n’avait pas bougé… parce que les portières, elles, gisaient de part et d’autre sur le sol.

Avec un juron, Angeal se précipita, brandissant la torche électrique qui nous avait permis de trouver le commissariat sans tomber dans un trou.

En m’approchant à mon tour, je ne pus retenir une exclamation étouffée et Zack se mit à marmonner ce qui semblait être une prière pour chasser le mauvais oeil.

Visiblement, celui qui avait fait ça avait agi par pur plaisir de nuire car nous n’avions pas fermé les portières à clé. Il n’y avait donc nulle raison de les arracher.

De plus, rien n’avait été volé. Le sac à dos d’Angeal n’avait même pas été fouillé. Tout était intact sur le siège du conducteur et rien ne manquait du matériel.

- Bon sang ! Le type qui a fait ça devait être une force de la nature, remarquai-je en observant le métal tordu.

- C’est de la tôle ! répliqua Angeal en soulevant une portière. Personne n’aurait pu faire une chose pareille. Regarde-moi ça, on dirait qu’elle a été pliée comme une vulgaire feuille de papier.

La portière en question me faisait penser à une énorme papillote, comme celles que les femmes se mettent dans les cheveux pour les friser.

Angeal braqua la torche sur la seconde et la retourna du pied.

- Merde ! Merde ! Merde ! grogna-t-il. Il ne nous manquait plus que ça !

La seconde portière était éventrée comme si elle avait eu maille à partir avec une pelleteuse mécanique.

Des petits lézards glacés me descendaient le long du dos, mais, sachant que Zack nous observait pour savoir quelle attitude adopter, j’essayai tant bien que mal d’afficher une expression décontractée, comme celle des héros de films ou de jeux vidéo qui plaisantent devant la voiture qui vient de leur exploser sous le nez, manquant de peu de les faire rôtir.

- Qu’est-ce qu’on fait ? demandai-je, faussement sarcastique. On aura l’air fin à rouler comme ça. Remarque, ça économisera la clim. Je savais qu’ils n’aimaient pas beaucoup les étrangers, ici, mais à ce point là…

Angeal jura une fois de plus et nous fit signe de monter à bord.

- Oh putain ! s’écria Zack en ressortant vivement.

- Quoi ? demandai-je en m’approchant pour regarder prudemment à l’intérieur.

Pour toute réponse, Zack me désigna le siège passager et Angeal balaya la cabine de la torche.

Au début, je ne vis rien de particulier. Le siège du conducteur était intact, ainsi que le tableau de bord.

Là où ça se gâtait, c’était du côté passager - à savoir le mien.

Je crois que le terme “place du mort” se justifiait parfaitement dans ce cas : le fauteuil, mon fauteuil, avait été éventré avec une rage impressionnante. Des morceaux de mousse étaient éparpillés partout et le skaï avait été lacéré. Quatre belles coupures bien régulières, comme celles qu’aurait pu faire la patte d’un chat.

D’un très gros chat…

- Tous les fauves de la région se sont donnés le mot pour nous pourrir la vie ou quoi ? lançai-je dans une lamentable tentative pour faire de l’humour malgré l’angoisse qui commençait à me nouer le ventre. Ils sont de sortie ? C’est leur fête annuelle ?

Angeal tendit la main, prit un amas de coton déchiqueté sur le plancher et le déplia.

Mon sweat-shirt. Celui que je laissais en permanence dans la voiture au cas où.

Il ne restait même plus dix centimètres carrés de tissu intact.

- Je ne sais pas s’ils sont de sortie mais celui-là, c’est visiblement toi qu’il voulait. Tu dois avoir une odeur particulièrement appétissante.

Je lui arrachai feu sweat-shirt des mains avec un regard meurtrier, et m’en fis une sorte de ” coussin-serpillière ” pour empêcher les ressorts du siège de m’arracher la peau des fesses.

- Très drôle, dis-je en retenant un frisson. Allez, grimpe et démarre ! Je ne tiens pas vraiment à rester dans le coin avec une bestiole comme ça dans les parages.

Zack marqua un temps d’arrêt, avant de monter dans le véhicule, et nous le vîmes tourner la tête en direction du village en se mordillant la lèvre.

- Zack, ça va ? s’enquit Angeal, le faisant sursauter.

Le garçon rougit et acquiesça.

- Oui, monsieur. Bien sûr.

Mon ami sourit.

- Tu t’inquiète pour tes parents ?

Son protégé baissa les yeux, horriblement embarrassé.

- C’est que… je n’avais jamais vu un fauve s’approcher aussi près des habitations, monsieur.

Angeal hocha gravement la tête, d’apparence calme, mais je remarquai que le tendon de sa mâchoire jouait sous sa peau tandis qu’il serrait les dents.

Ah ! On peut dire qu’on avait du mal à le jouer, notre rôle de gros durs blasés !

Mon ami et moi avions beau faire les fiers à bras, nous étions tout aussi angoissés que le gamin par les événements de la nuit.

Et l’atmosphère lugubre n’arrangeait rien à l’affaire.

La lune était cachée par intermittences, les nuages noirs se déplaçant lentement avec la brise, et j’avais l’impression que chaque coin d’ombre cachait un monstre prêt à bondir. Je m’imaginai l’un de ces animaux me saisissant la jambe par le trou béant qu’avait laissé la portière et je me m’en écartait d’instinct le plus possible en essayant de me faire tout petit sur mon siège.

Zack avait raison de s’inquiéter.

Un fauve sur le chantier, on pouvait encore l’admettre, la dense forêt de Gongaga n’était pas loin. Mais ici, au beau milieu du village…

- Monsieur… murmura timidement le garçon.

Angeal lui adressa un sourire un peu forcé.

- Mhh ?

- Vous… Vous ne croyez pas qu’il pourrait s’agir de la même bête que sur le chantier, n’est-ce pas ?

Je sortis la tête de la voiture pour me tourner vers lui et éclatai de rire.

- Bien sûr que si ! raillai-je. Il nous a suivi en courant uniquement pour avoir le plaisir de te croquer les orteils ! T’as une touche, petit, y’a pas de doute !

Il rougit furieusement et Angeal secoua la tête.

- Tu sais mieux que personne combien il y a de fauves dans ce putain de pays, Zack. A mon avis, ils doivent crever de faim par manque de gibier ou un truc comme ça et ils sont sortis de la forêt pour trouver de la nourriture, point. A en croire les écologistes, il paraît qu’avec l’extension des cultures, les animaux ont de moins en moins d’espace vital. Qu’est-ce que tu ferais à leur place, mhh ?

Il hocha la tête.

- Vous avez sûrement raison, monsieur.

- Il a raison, fis-je avec un sourire qui se voulait rassurant. C’était un accident Zack, rien de plus.

Angeal lui désigna le village d’un mouvement du menton.

- File chez tes parents pour cette nuit et assure-toi qu’ils vont bien. Je passerai te chercher demain, lorsque nous aurons mis un peu d’ordre dans le camp.

- Non, je ne peux pas vous laiss…

- C’est un ordre !

Le garçon s’inclina.

- Bien, monsieur. Merci…

Il nous adressa un sourire reconnaissant et fila sans demander son reste avant que l’on ne change d’avis.

Nous nous mîmes en route et je frottai mes bras nus.

Je n’avais même pas pris le temps de mettre au moins un maillot de corps avant de partir et je commençais à le regretter.

Comment aurais-je pu deviner qu’une saloperie de bestiole allait réduite mon sweat en pièces, aussi ?

Saloperie de pays !

Tandis que nous reprenions le chemin du chantier, cette histoire de malédiction et de démon me trottait dans la tête. On a beau ne pas y croire, dans ce genre de cas, on ne peut pas s’empêcher de douter de tout, à plus forte raison de ses propres convictions.

Je repensai au chamane.

Il traînait sa puanteur dans toute la région et devait forcément être au courant que les fauves quittaient la forêt en quête d’un bon repas. N’importe quel imbécile sachant cela aurait pu faire une telle prédiction et j’étais persuadé qu’il connaissait l’existence du temple sous le réacteur, le salaud !

Il nous avait laissé creuser en se marrant dans son coin, attendant de faire sa petite entrée et de nous coller une frousse de tous les diables avec sa belle prophétie préparée de longue date.

Quel chien ! Il ne perdait rien pour attendre.

Je me massai la nuque en baillant. J’étais physiquement et nerveusement épuisé.

Angeal me donna une petite tape sur le genou et je tressaillis.

J’étais vraiment à cran.

- Essaye de dormir un peu, Seph. Nous n’arriverons pas avant deux bonnes heures, vu l’était de la route.

- Tu auras assez d’essence ?

Si on tombait en panne, là, au milieu de nulle part, je ne donnais pas cher de notre peau avec toutes ces bestioles en vadrouille. Cela devait être affreux de mourir de la sorte. Sentir sa chair se déchirer, lambeau par lambeau, être dévoré vif…

Je repensai aux cadavres des soldats et du cuisinier et me frottai les bras encore plus vigoureusement.

- Il y a trois jerrycans derrière, t’en fais pas. Tu as froid ? C’est la fatigue. Tiens, mets ça.

Tout en conduisant, il retira le pull de son uniforme et me le tendit, pour ne garder que son maillot.

Je l’enfilai avec reconnaissance.

Il était doux et la chaleur de son corps s’était communiquée au tissu. Je cessai instantanément de frissonner et frottai ma joue contre le col.

Il portait son odeur, un parfum fortement boisé. Pour un peu, si je prenais la peine de tomber dans un ridicule un tantinet romantique, je dirais que je me serai cru dans ses bras.

Je le regardai dans la pénombre que diffusait la lumière de phares : un visage anguleux et carré, des traits élégants et fermes et une carrure de lutteur. Angeal avait un corps à damner un saint.

Et si… “ me surpris-je à penser avec un sourire rêveur.

Bah, quoi ?

Pourquoi pas, après tout ? Il était de compagnie agréable et je savais qu’il avait eu une petite aventure platonique avec Genesis, dans son adolescence. Il suffisait peut être de peu de choses pour…

- Ca va ? me demanda-t-il, interrompant ma rêverie. Tu fais une drôle de tête.

Le charme était rompu et je redescendis brusquement sur terre.

Angeal était comme mon frère. Comment pouvais-je penser à des choses pareilles ?

Je secouai la tête.

- Si je te disais à quoi j’étais en train de penser, tu me jetterais en pâture aux fauves, répondis-je amèrement.

Il leva un sourcil et me coula un regard en coin avant de me faire un clin d’œil.

- Quand on voit la mort de trop près, on a envie de ça, c’est normal. Ca t’a pas fait ça, à Wutaï ? Moi, j’avais envie de baiser sans arrêt. Les psy disent que c’est une réaction… comment on dit déjà ? Tu sais pour exorciser le truc. L’opposition entre la vie et la mort, tout ça.

Je tordis le nez.

- Oui, je sais.

- Bah j’espère qu’à Wutaï, tu as eu plus de chance que moi.

Je fis la moue.

- Je n’ai pas tâté de la ” chair locale “, avouai-je.

- Tu n’as rien perdu.

- Les dames utaïennes ne sont donc pas des ” affaires ” ?

- Ni les hommes, d’après ce que j’ai entendu dire. A croire qu’un Dieu blagueur les a privés de libido !

- A ce point là ?

Il se tourna avec un sourire moqueur.

- T’as vu Tseng ?

Je ris de bon cœur.

- Oui, c’est sûr que, vu comme ça…

- Blague à part, tu n’as quand même pas passé tout ce temps à Wutaï à te serrer la ceinture !

- Non, j’avais une aventure avec un autre soldat, à l’époque.

Angeal leva le sourcil.

- Ah ? Qui ?

- Weiss. Enfin, quand son frère Nero voulait bien lui lâcher la jambe !

Il pouffa.

- Ah ! Ces deux-là…

- Ouais.

- C’est vrai que question jolis garçons, t’es pas gâté, par ici, dit-il en secouant la tête. Sérieux, ça fait combien de temps que tu n’as pas… Ah, merde !

La voiture fit un écart et je dus m’agripper à lui pour ne pas être projeté à l’extérieur du Break.

Il me sembla voir une masse noire passer dans mon champ de vision et un cri se coinça dans ma gorge.

C’était inconcevable.

Nous roulions à plus de soixante ! Cet animal ne pouvait pas nous suivre et certainement pas nous percuter ainsi sans y laisser un os.

Angeal parvint à rétablir le véhicule et coupa le moteur.

- Mais qu’est-ce que tu fais ? criai-je, paniqué. Tu veux te faire déchiqueter ? Redémarre ! Tu as vu la force de cette bestiole ?

Il me fixa un instant, interdit, et me posa la main sur l’épaule.

- Seph… On a crevé, dit-il comme s’il parlait à un simple d’esprit.

- Je l’ai vu ! Il nous a percuté ! Il était là, dehors, il est passé devant nous !

Je regardai partout, m’attendant à le voir surgir à tout instant pour enfoncer ses crocs dans ma cuisse.

- On a crevé, Seph… répéta Angeal. Il n’y a rien dehors.

- Bon sang ! Je te dis qu’il est là ! hurlai-je en me tournant en tout sens.

Avec un soupir, il tendit la main pour prendre le fusil et la torche derrière lui et sortit du break.

- Reviens ici tout de suite et redémarre !

L’angoisse au ventre, je le vis faire le tour de la voiture et balayer le paysage de sa torche.

Puis il se baissa pour ramasser quelque chose et se pencha vers moi.

- On a crevé, répéta-t-il en me tendant une pierre aiguë. Et il n’y a rien dehors, Seph, à part ces fichus cailloux coupants.

Je sortis du véhicule et regardai la roue.

Aucun fauve ne nous avait percuté, la roue était juste affaissée et dégonflée. On voyait parfaitement le silex qui y était fiché.

- Désolé… murmurai-je, honteux, en m’appuyant sur le 4×4.

Angeal commença à sortir un pneu de secours et un cric de l’arrière du véhicule et je l’aidai à changer la roue - sans pouvoir cependant m’empêcher de regarder par-dessus mon épaule, à la recherche d’une paire d’yeux luisant dans l’obscurité.

Les vis grippaient à cause de la poussière mais nous pûmes nous remettre en route assez rapidement, ce qui, je l’avoue, me soulagea.

Mon compagnon me jetait de fréquents coups d’œil, auxquels j’essayai de répondre par un sourire - hélas peu convainquant.

- T’es sur les nerfs, hein ? me demanda-t-il soudain.

Je regardai l’obscurité qui nous entourait et me laissai aller sur mon siège en soupirant, me couvrant le bas du visage des mains.

- C’est peu de le dire.

Il hocha la tête et m’adressa un sourire rassurant.

- C’est bientôt terminé, Seph. On va aller voir “sa majesté”, régler tout ça, et, dans trois jours, ce ne sera plus qu’un lointain souvenir.

Je laissai échapper un rire amer.

- Un lointain souvenir… Tu parles ! Ce connard blondinet m’a littéralement lynché ! J’aurais de la chance si, après ça, on ne me relègue pas à la surveillance des réacteurs… Et pour améliorer encore l’excellente impression que je lui ai faite, je viens de perdre quatre hommes par la faute d’un foutu chat de merde et d’un tueur mystérieux ! Chier !

Je frappai le tableau de bord du plat de la main.

- Seph…

- Chier ! Chier ! Chier !

Je me sentais au bord de la crise de nerfs, les cadavres déchiquetés dansant devant mes yeux, et fermai les paupières pour essayer de me calmer.

- Viens là.

J’ouvris les yeux et remarquai qu’Angeal s’était arrêté au milieu de la petite route déserte. Je ne m’étais même pas aperçu du silence soudain, provoqué par l’arrêt du moteur.

On n’entendait plus que le chant des insectes et le chuchotement de la brise, uniquement entrecoupés par le cri lointain d’un oiseau de nuit.

- Allez, viens là, répéta-t-il.

Il s’était à demi tourné vers moi et me tendait les bras.

Je m’y blottis sans réfléchir.

Il était plus petit que moi mais dégageait une force presque palpable. Je me sentais comme un petit garçon entre ses bras.

En sécurité.

Au chaud.

Je cessai immédiatement de frissonner, ses larges mains pétrissant mon dos, me communiquant leur chaleur à travers l’étoffe de son pull.

- Ce connard va me rétrograder, Angie.

- Bien sûr que non…

Il resserra son étreinte et le soupirai.

Le levier de vitesse me meurtrissait la cuisse mais je m’en moquais. J’étais bien entre ses bras.

Je sentais sa joue contre mon cou, les poils de sa barbichette qui me piquaient la joue et son odeur chaude, presque animale. J’avais besoin de cette chaleur et de ce soutien.

J’en vais besoin tout de suite !

Sans même m’en rendre compte, ma joue glissa sur la sienne et il eut un petit mouvement de recul lorsque mes lèvres frôlèrent les siennes.

- S’il te plaît, murmurai-je en le sentant se pétrifier. S’il te plaît, Angie…

Il recula et me fixa un instant sans comprendre. Je lui lançai un regard suppliant et sa bouche s’étira en un sourire indulgent.

- Allons Seph, ça va aller, reprends-toi, mon grand.

Je pressai alors mes lèvres sur les siennes et il fit une chose dont je ne l’aurais jamais cru capable : Angeal me frappa avec une telle brutalité que je dus m’agripper au tableau de bord pour ne pas être expulsé de la voiture sous la force du choc.

Je savais qu’il était une force de la nature, mais j’avoue que je ne m’étais pas non plus attendu à cela.

Il n’avait jamais été brutal avec moi, pas même durant nos entraînements et il n’avait que rarement haussé le ton.

La violence de son rejet me fit plus mal que le coup lui-même.

Il avait mis tant de rage dans son geste, tant de mépris, que j’eus l’impression de me retrouver devant un étranger.

- Angeal… chuchotai-je, sous le choc.

Ses lèvres se mirent à trembler et il secoua la tête.

- Je… je suis désolé, Seph, bredouilla-t-il. Je… je ne voulais pas cogner aussi fort. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Je crois que moi aussi, je suis à bout.

- Tu n’avais pas besoin de faire ça, fis-je d’une voix blanche.

Je commençais à sentir la colère me gagner.

Jamais je n’avais forcé qui que ce soit et Angeal le savait parfaitement. Il aurait suffit d’un simple ” stop ! ” pour que je le laisse tranquille.

Il tendit une main vers ma joue mais je la repoussai.

- Qu’est-ce qui nous arrive, bon sang ? soupira-t-il en s’adossant à son fauteuil, se prenant la tête dans les mains. Qu’est-ce qui nous arrive ?

Il semblait brisé.

- Oublie ça, Angie. Je suis allé trop loin, c’est de ma faute.

Il tourna la tête vers moi et tendit une main pour allumer le plafonnier.

La lumière vive m’éblouit.

Je fermai les yeux mais sentis ses doigts sur ma joue, qui commençait à me lancer.

- Je ne t’ai pas raté, mon pauvre Seph, remarqua-t-il en éteignant la petite lampe. Désolé.

Je souris mais n’osai pas le regarder en face ou faire un geste, de peur qu’il soit mal interprété. Un mur venait de s’élever entre nous et je sus que jamais plus je ne me permettrai un geste tendre ou amical à son endroit. Du moins, pas avant de longs mois.

Il dut s’en rendre compte car je le sentis se raidir.

- Il ne vaut mieux pas rester dans le coin, dis-je en détournant le visage pour regarder à l’extérieur.

Je le sentis s’écarter, remuer sur son siège et j’attendis sagement que le moteur se remette en marche, les yeux toujours fixés dans le décor, à travers le trou béant de la portière manquante.

- Seph ?

En soupirant, je me tournai vers lui et blêmis.

Il avait retiré son maillot et le haut de son pantalon était déboutonné, laissant apparaître quelques poils bruns sur le bas de son ventre.

Ma gorge s’assécha.

Angeal était bâti comme un dieu, une musculature ferme et bien dessinée roulait sous sa peau hâlée.

- Qu’y a-t-il, Seph ? murmura-t-il en souriant. On devient timide ?

- Angie…

Je n’osai pas faire un geste.

D’un mouvement qui fit gonfler son biceps, il actionna le levier de rotation de son siège, dont le dossier s’abaissa jusqu’à être totalement à plat sur la banquette arrière.

Confortablement allongé, il tendit une main autoritaire, qui se referma autour de ma nuque pour m’attirer à lui.

Sans savoir comment, je me retrouvai sous lui, ses mains se glissant sous mes vêtements, faisant passer le pull par-dessus ma tête, déboutonnant mon pantalon, courant sur ma peau et se faufilant entre mes cuisses…

J’étais un jouet entre ses mains et j’avoue que cela ne déplaisait pas le moins du monde, en cet instant.

J’avais envie de lâcher prise et c’est ce que je fis.

Pour quelques instants, j’oubliai les fauves, les morts et la peur de perdre bientôt un statut que j’avais mis des années à acquérir à la force des poings, tout au plaisir que m’offrait Angeal.

Il me fit l’amour avec ardeur, presque avec brutalité, mais j’avais au moins la certitude de ressentir les choses et d’être vivant. Pas comme ceux dont les restes gisaient dans la tente, là-bas, sur la colline…

… à suivre

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Les murs murmurent encore…

Vous les avez réclamés, les voilà ! Plus de graffitis version FF VII !

Qu’il s’agisse des murs des casernes ou de ceux des toilettes de la Shinra, Hojo n’a pas fini de rouspéter !

***

(Dans le vestiaire de la salle d’entraînement du DEEP GROUND)

Weiss signifiant “blanc” en germanique, pourquoi a-t-on appelé le frère de notre cher empereur immaculé “Nero” (du latin “nero”/”noir”) au lieu de “Schwarz” (du germanique “Schwarz”/”noir-sombre”) ?
Rosso

Pour que les idiotes aient quelque chose d’intelligent à dire (du ténébreux “j’t'emmerde” !)
Nero


- EN CAS D’INCENDIE NE PAS UTILISER L’ASCENSEUR -

Utilisez l’extincteur !
Vincent


Dans le dico médical d’Hojo, à côté du mot “blennoragie”, y’a marqué “Voir index”. J’ai regardé mes doigts, c’est bon, j’ai rien.
Zack

Seigneur ! Et c’est avec ça que je suis supposé faire des soldats d’élite…
Hojo


Ce qu’il y a de bien, dans la position du missionnaire, c’est qu’on peut continuer à lire sa BD !
Kadaj

En levrette, c’est mieux, t’as pas besoin de la tenir !
Loz

Que je revoie UNE BD traîner dans la chambre… UNE SEULE !
Yazoo


(Dans les WC de la salle de réunion des turks)

Vous êtes là pour éjecter votre bol fécal, pas pour le couver !
Tseng


(Sur le mur du vestiaire des Turks)

A ce qu’on m’a dit, ce mur serait réservé aux graffitis ! La, la, la…
Anonyme

Non, mon petit Reno ! Vos gribouillages immondes sont interdits, ce mur doit rester propre sous peine de sanctions !
Hojo (heureux possesseur d’une mini-caméra espion et d’un fusil de chasse à 2 coups chargé de gros sel !)

Oh, merde…


L’insupportable manie de repeindre ce mur est une atteinte à liberté d’expression !
Genesis

Continuez vos cochonneries et je vais vous atteindre autre chose, moi !
Hojo


C’est pas pour me vanter mais, aujourd’hui, il fait vachement beau !
Rufus

C’est contagieux, la mégalomanie ?
Weiss


(Dans la salle de commandement du WRO)

- NO SMOKING ! -

But salopette, yes !
Cid


Soutenez Cloud !
Yuffie

Pourquoi ? Il se sent mal ?
Angeal


- SOS SUICIDE : UN COUP DE TELEPHONE PEUT SAUVER UNE VIE -

Sur la tête, il peut aussi fracturer un crâne…
Sephiroth


Sephiroth for president !
Cloud

And Cloud for queen !
Cid


(Dans un ascenseur flambant neuf de la section des turks)

Voilà ce que j’appelle un ascenseur nickel. Pas une marque, pas un graffiti, pas une tache, rien. Bravo les gars ! Splendide !
Genesis


(Dans les WC du SOLDAT)

Plus de 5 secousses, c’est de la masturbation !
Reno


J’ai fait pipi à côté. Le faire a soulagé ma vessie. Le dire a soulagé ma conscience !
Kadaj


OAHHHH !!!! DES FILLES AVEC DES GROS NENEEEESS !!!!
Loz

Où ça, où ça ?
Rude

Rudo, il a écrit ça au mois de juillet ! T’es lent, mais t’es lent…
Helena


(Dans la salle d’attente du service d’évaluation psychologique du SOLDAT)

Je vois bien que vous m’en voulez, pour mon complexe de persécution !
Sephiroth

Depuis que j’ai mon complexe de castration, j’ai l’impression qu’il me manque un truc…
Angeal

Moi, j’aimerais bien avoir un complexe de castration, mon complexe de frustration ne me suffit plus !
Genesis

C’est ça, moquez-vous ! Attendez de vous coltiner un bon syndrome post-traumatique, vous ferez moins les malins !
Hojo


(Dans les toilettes du du bar de Tifa)

Soyez gentils d’écrire à hauteur des yeux. Trop bas, on se penche en avant et on déjante de la cuvette. Trop haut, on se penche en arrière et se fracasse le crâne sur la chasse. Merci d’avance.
Reeve


J’ai testé le mako, on dirait de l’eau de vaisselle…
Weiss

Je viens de palper l’infirmière, on dirait de la gélatine…
Azul

Je viens de d’essayer la piscine, on dirait une baignoire…
Nero

Je viens de payer les factures du Deep Ground. On dirait de l’arnaque !
Rufus


MERDE ! PUTAIN ! BORDEL ! CHIER ! (Maintenant que j’ai prouvé que je pouvais moi-aussi piloter une fusée, où faut-il s’inscrire ?)
Reno

Tu remets tes lacets, pour courir ?
Cid


(Gravé sur l’écorce d’un arbre de la cité des anciens)

Si tu es le garçon super canon qui s’est battu ici la nuit dernière avec les longs cheveux argentés, des yeux d’émeraude, un long manteau de cuir noir zipé, un pantalon moulant et une petite bouche en coeur, je ne dors plus la nuit !!!! Où t’as acheté ton flingue ? Répondre ici : ……………
Vincent


(Sur le mur du bar de Tifa)

Un repas ici : 4 heures de mastication, 40 heures d’aigreurs, 4 semaines de nausées, 4 années de plaidoiries.
Rufus


Un jour mon prince viendra !
Jenova

Depuis le temps que tu l’attends, quand il va te voir, il va avoir un choc…
Lucrecia


(Sur le mur de la salle de cours de Lazard)

Ceux qui ont le savoir, produisent. Ceux qui ne savent pas et ne produisent pas, enseignent. Ceux qui enseignent, transmettent aux nouvelles recrues ce qu’ils savent. Merde, qu’on me dise comment c’est possible !?
Sephiroth


Ce qu’il y a sur ce mur de WC est vraiment odieux !
Hojo

Jetez donc un coup d’oeil dans le miroir : c’est pire !
Weiss


(Dans les toilettes du réacteur de Nibelheim)

Pour gagner un superbe badge “tireur d’élite”, visez juste ! (Demander le badge dans bureau du fond, en sortant, là où y’a marqué “Pr Hojo”).
Anonyme


On me reproche toujours de passer mon temps dans “Loveless”
Genesis

Et moi, on me reproche toujours de commencer des trucs et de ne jamais les finir…
Sephiroth

Ouais. Les enfants, par exemple !
Kadaj


(Dans les WC des turks)

Ah, enfin !… S’asseoir, défaire son noeud de cravate et poser les pieds sur la porte, relax…
Rude


(Dans un ascenseur de la Shinra, au-dessus d’une moquette trempée)

Ce petit pissou m’a purgé de toute la haine que je nourris pour les ascenseurs à musique…
Reno

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LXI - J’ai mal, je t’aime

“On ne souffre jamais seul.

On souffre toujours avec ceux qui souffrent

à cause de votre souffrance.”

E. Wiesel

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Shalua coupa la dernière terminaison nerveuse qui reliait la moelle épinière de Nero au système de contrôle du mécanisme de ses ailes et Reeve retira précautionneusement le second tronçon d’aile. Une horrible écharde de métal au bout de laquelle pendait un imbroglio gluant de chair rougeâtre, de reste d’os, de câbles et de nerfs qui, avec les années, s’étaient formés autour de la structure que l’on avait fixée à la colonne vertébrale, aux côtes et aux omoplates du jeune homme.

- Ca devait lui faire un mal de chien… nota le chef de la WRO en posant la répugnante écharde de métal sur le sol.

Shalua acquiesça sous son masque de chirurgie tandis qu’elle s’affairait sur le dos du ténébreux.

- Les douleurs osseuses sont les pires qui soient. J’ignore comment il a pu supporter tout ça.

Shelke vérifia les fonctions vitales de son ancien compagnon d’armes sur son ordinateur.

- Plus que vingt minutes d’anesthésie, annonça-t-elle.

Reeve hocha la tête.

- Ca suffira largement. Nous avons presque fini.

Pauvre gosse… “ pensa-t-il en lissant la longue chevelure noire de ses mains gantées de latex.

Il secoua la tête, pris de pitié, mais Nero ne sentit pas la caresse réconfortante.

Nero était loin du box de chirurgie du manoir de Nibelheim.

Très loin…

Des années en arrière, en fait…

*

Ce n’était pas le cas de son frère Weiss.

Les coups de pieds furieux de Genesis et la douleur de chaque nouvel impact lui interdisaient la moindre échappatoire à la douleur, ne fût-ce qu’en se réfugiant dans ses souvenirs. Ce n’était pourtant pas faute de provoquer son tourmenter en espérant qu’un uppercut assez fort l’assommerait.

L’ancien chef des Tsviets, l’admiré, l’adoré, l’immaculé Weiss, se tordait sur le sol rocheux en gémissant sous les coups, le souffle coupé, les mains liées et le corps brisé et ensanglanté.

- Dis-lui de revenir ! hurlait Genesis à tue-tête. Appelle-le ! Appelle-le !

Il lui asséna un coup de pied particulièrement violent à la poitrine et le jeune supplicié en eut le souffle coupé mais essaya malgré tout de ricaner.

L’ironie était la dernière arme qui lui restait et il savait que cela rendait Genesis fou de rage.

- Désolé… J’ai pas… son numéro de… téléphone… sur moi…

Son bourreau le saisit par ses longs cheveux blancs et souleva sa tête pour lui parler à un pouce à peine du visage. Un visage qui, il y a encore quelques heures, avant que sa peau éburnéenne n’éclate sous l’impact des coups, aurait rendu jaloux bien des anges.

- Très drôle… Continue à faire le malin et c’est en morceaux, que ton frère te récupérera. Contacte-le ! Utilise ce lien empoisonné qui vous unit ! répéta-t-il en cognant brutalement sa tête sur le sol, lui ouvrant une nouvelle entaille - au front, cette fois. Dis-lui de revenir avec ce qu’il m’a volé !

- Va te… faire… mettre !

L’ex-soldat feula comme un fauve enragé et lui donna un coup de pied si brutal dans ses reins, provoquant une telle douleur, que Weiss s’évanouit.

Genesis jura, comprenant que c’était bien ce que le tsviet avait cherché à faire depuis le début.

- Maudit ! gronda-t-il en Tu ne perds rien pour attendre ! Je te jure que lorsque j’en aurais fini avec toi, tu hurleras tellement et tu appelleras ton frère au secours avec une telle force psychique qu’il aura de la chance si sa cervelle n’éclate pas !

*

Dans le grand open space réservé aux turks dans les plus hauts étages de la nouvelle tour Shinra, Tseng tapait impatiemment du pied.

Que fichait Elena ?

Elle aurait dû être là depuis un moment déjà et le pilote de l’hélicoptère commençait à s’impatienter !

Avec un soupir irrité, le chef des turks se rassit à son bureau, sur lequel était posée une petite boîte blanche de bois laquée ornée de minuscules poignées d’argent ciselé.

N’importe qui aurait pris cette boîte pour un grand écrin à bijoux ou un coffre à trésors quelconque jusqu’à qu’il lise la petite plaque gravée et délicieusement ornementée qui y avait été fixée deux heures plus tôt par un bijoutier réveillé en pleine nuit (et grassement payé pour le dérangement) : ” KALY - R.I.P.* “.

(*Note : pour ceux qui m’ont posé la question par mail, R.I.P. est l’inscription que l’on trouve sur les pierres tombales et les cercueils occidentaux, elle est l’abréviation du latin “Requiescat in pace” (Qu’il/elle repose en paix))

La porte s’ouvrit, laissant passer sa collègue retardataire, qui s’avança avec un grand et luxueux sac cartonné à la main.

Tseng lui adressa un regard lourd de reproches.

- Où diable étais-tu passée ? Nous aurions déjà dû part… Qu’est-ce que tu fais ? s’étrangla-t-il en la voyant ouvrir le petit cercueil.

Elena, guère intimidée, brandit le sac estampillé du logo d’un prestigieux magasin de jouets de luxe.

- J’ai dû faire intervenir quelques contacts pour me faire ouvrir la boutique en pleine nuit, mais j’ai enfin trouvé ce que j’ai cherché toute la journée ! claironna-t-elle en débarrassant le minuscule cadavre de son petit drap d’hôpital bleu.

L’Utaïen faillit en manger sa cravate.

- Elena ! Par tous les Dieux de la planète ! Repose ce fœtus dans son cercueil immédiatement !

La jeune femme se contenta de hausser les épaules et allongea la minuscule créature sur le bureau de son chef avec un petit bruit sec qui retourna l’estomac de celui-ci.

Le mako avait littéralement momifié les tissus, désormais durs comme de la pierre et parfaitement conservés, comme si la vie du petit être s’était figée dans le temps, fossilisée par le mako. En fait, le bébé paraissait dormir et n’importe qui, qui l’aurait vue ainsi, se serait attendu à voir la menotte se resserrer d’instinct autour de son doigt.

Une poupée de cire “ avait pensé Elena lorsqu’elle avait touché le fœtus momifié la première fois. Une poupée de cire comme celles qu’on voit dans les musées… “

Si ce n’est que les poupées de cire étaient à taille humaine alors que le petit cadavre, à qui on avait ôté la vie à cinq mois de gestation à peine, tenait presque tout entier dans sa main.

- Bon sang, Elena, mais qu’est-ce que tu fiches ? s’étrangla Tseng en la voyant sortir de minuscules vêtements de poupée de son sac.

Patiemment, et sans s’énerver ou lui prêter attention le moins du monde, la jeune femme habilla le bébé avec les vêtements de poupée : une adorable grenouillère bleue et blanche brodée de petits poussins chocobo, des chaussons blancs et un petit bonnet assorti.

- S’il veut le voir, il sera mieux comme ça que nu dans un morceau de tissu récupéré à la morgue, répondit-elle enfin, ravie du résultat. Qu’est-ce que tu en dis ?

Le chef des turks frissonna car le bébé avait l’air plus que jamais vivant.

- C’est… (Il soupira) Je ne sais pas si je dois trouver ça sordide ou… Ou… Remets-le là-dedans, tu veux ?

Il se détourna, horriblement mal à l’aise, et la jeune femme allongea doucement le bébé dans son cercueil après en avoir retiré l’horrible drap bleu et referma le couvercle, le cœur un peu lourd.

Cela n’aurait sans doute pas été le cas si elle n’avait pas eu cette fichue conversation, avec Reno.

Ils avaient parlé longtemps.

Sans doute même plus longtemps qu’elle ne l’avait jamais fait et elle était sûre d’une chose : Reno était fou amoureux de Yazoo. C’était une évidence. Une évidence dont le jeune turk ne s’était peut-être même pas encore rendu compte. Il lui avait parlé de l’argenté pendant presque une heure, lui racontant à quel point les découvertes dans le laboratoire secret du Deep Ground l’avaient remué.

Rends le fœtus aussi présentable que possible, d’accord ? “ avait-il demandé avec une timidité et une anxiété qu’elle ne lui connaissait pas. Je suis sûr qu’il voudra le voir avant qu’on le mette dans la crypte”.

Elle l’avait rassuré, alors, lui avait dit que cela ne poserait aucun problème, que le petit corps était parfaitement conservé et que le bébé paraissait dormir.

Reno avait soupiré de soulagement et elle avait souri.

Oui, il était vraiment amoureux…

Et elle ne savait que trop ce que l’on pouvait ressentir en voyant souffrir la personne que l’on aimait le plus au monde.

Les images de la terrible nuit qu’elle et Tseng avaient passé au cratère nord frappèrent à la porte de sa mémoire mais elle ne les laissa pas entrer.

Pas cette fois.

Plus jamais…

Depuis qu’elle avait tenu le petit corps dans ses mains et qu’elle avait vu les premières images de Kay, filmé par Reno, quelque chose s’était réveillé en elle.

Quelque chose avait changé.

Profondément.

Obtenir l’amour de Tseng, ce qui avait été pour elle durant des années la finalité rêvée, le but ultime, commença à perdre de son importance.

Oh, bien sûr, elle l’aimait toujours et ne cesserait sans doute jamais de l’aimer, mais autre chose occupait désormais le premier plan son esprit : un bébé. Elena, qui avait passé une partie de sa vie à ôter celle des autres lorsque la situation l’exigeait, rêvait désormais de la donner…

Elle ne pouvait donc que trop imaginer ce que devait ressentir Yazoo, à qui l’on avait arraché son enfant sans même lui donner une chance de le voir.

Elle trouvait cela cruel, injuste et profondément choquant. Peu importe ce qu’il avait pu faire, deux ans plus tôt, aucune mère ne méritait ça ! Car, aussi curieux que cela semble à dire, Yazoo était bien la mère de la petite créature qu’elle avait habillée avec tant de soin.

Elena avait passé la journée sur Internet et au téléphone pour trouver des vêtements de bébé à la bonne taille. En vain. Même les vêtements pour grands prématurés étaient encore trop larges.

Le vêtir ainsi aussi sonné faux, comme une parodie ou une bouffonnerie de maternité. Elle voulait, au contraire, que tout paraisse normal, naturel. Comme l’enterrement d’un bébé mort-né. Une tragédie, certes… mais une chose qui arrivait souvent. Pas comme un bébé grandissant dans un cadavre et tué par des savants fous uniquement soucieux de performance !

Elena était sûre que, plus cela paraîtrait naturel et plus Yazoo se remettrait facilement.

Pourquoi y tenait-elle tellement ? Aurait-on pu se demander.

Pour Yazoo ? Pour Reno ? Pour le bébé ? Pour elle-même ?

Sans doute les quatre à la fois.

Mais aussi, et surtout, parce qu’elle était une femme et qu’elle comprenait. Oui, elle comprenait d’instinct et savait ce qu’elle devait faire - ou ce qu’elle aurait aimé qu’une autre mère, en devenir ou non, fasse si les rôles avaient été inversés.

Elena souleva le cercueil avec un mystérieux sourire, à la fois triste et paisible, que Tseng ne réussit pas à interpréter.

- Oh, Tseng ! fit-elle sans se retourner. Peux-tu prendre le sac ? J’ai aussi acheté un cadeau pour Kay. Je le donnerai à Loz de notre part à tous.

- Euh… Ou… Oui… bredouilla l’Utaïen. Bien sûr.

Elle sortit et le chef des turks récupéra le sac avec un froncement de sourcils incrédule.

La jeune femme avait quitté la pièce sans même lui adresser un regard. Pas même l’un de ceux qui l’agaçaient tant, dégoulinants d’admiration, qu’elle lui coulait entre ses longs cils, croyant qu’il ne remarquait rien.

Il aurait dû en éprouver du soulagement, voire même de l’espoir en se disant qu’elle avait peut-être enfin fini par comprendre où était leur place à tous deux et accepter qu’il ne serait jamais rien pour elle que son supérieur hiérarchique, mais… curieusement ce ne fut pas le cas.

Si Tseng ne se connaissait pas mieux que ça et ne se savait pas à l’abri de sentiments aussi mesquins qu’improductifs, il aurait pu croire qu’un petit pincement vexé lui avait piqué l’estomac…

*

Allongé sur son lit et une coupe de vin à demi pleine posée sur la table, Vincent regardait les étoiles par la fenêtre entrouverte, goûtant la fraîcheur nocturne.

Lui, Cait et Merill avaient aidé Sephiroth à remettre de l’ordre dans le bureau de Shalua et avaient attendu un peu que cette dernière finisse de s’occuper de Nero mais Reeve leur avait fait signe que ce serait plus long que prévu.

Enlever les restes d’ailes métalliques ne suffisait pas, leur avait-il expliqué, il fallait aussi retirer très soigneusement un appareillage complexe fixé à l’os.

- Vincent…

Celui-ci tressaillit et sentit une armée de petits lézards glacés lui descendre le long du dos en entendant la voix douce qui s’éleva dans son dos, dans l’angle le plus sombre de sa chambre.

La gorge sèche, il pivota lentement et sa gorge serrée émit un son étranglé en reconnaissant la ” visiteuse ” nocturne.

- Lucrecia… finit-il par articuler après plusieurs tentatives infructueuses.

L’apparition s’approcha et tendit vers sa joue une main ectoplasmsique que, bien sûr, il ne sentit pas.

- Mon amour… chuchota la jeune femme, ses yeux fantomatiques brillants de larmes.

Il aurait tant voulu la consoler. La serrer dans ses bras. Enfouir son visage dans ses cheveux et respirer son parfum frais. Il aurait voulu… Oh ! Dieux, il aurait voulu tant de choses…

- Lucrecia… Si tu savais comme tu me manques…

La jeune femme fit des efforts inhumains pour se reprendre et ne pas se laisser aveugler par ses sentiments.

Elle n’avait pas le loisir de se laisser aller.

Le temps pressait.

Il fallait faire vite.

- Vincent… Weiss va mourir, dit-elle de but en blanc.

L’ex-turk se raidit.

- Quoi ?

- Il faut aller le chercher sans tarder ou Genesis va le tuer ! Il n’acceptera jamais de lui livrer son frère. Il préférera mourir et s’il meure… nous ne pourrons plus compter sur l’Omega pour combattre Jenova.

L’apparition trembla, parut se dissoudre, puis réapparut à nouveau mais si pâle qu’on la distinguait à peine.

- Lucrecia ! cria Vincent en bondissant de son lit.

La jeune femme paraissait à présent souffrir et avait visiblement du mal à rester visible.

- Lucrecia… Pourquoi a-t-on besoin de l’Omega ? En quoi Genesis est-il…

- Weiss… l’interrompit précipitamment Lucrecia en luttant pour ne pas disparaître complètement. Weiss vous expliquera tout… La source du mont Nibel… Weiss… Ne le laissez pas… Mourir…

- Lucrecia !

- La source… du mont… Nib…el…

Elle disparut complètement et, après un court instant d’hésitation, Vincent bondit hors de sa chambre et se précipita en direction des appartements de Rufus.

à suivre

IV - Chasse nocturne

« La guerre, c’est comme la chasse,
sauf qu’à la guerre, les lapins tirent. »

C. de Gaulle

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Du calme, Angie… chuchotai-je en regardant le pouce d’Angeal contracté sur le chien du fusil.

Il épaula et posa l’index sur la détente, tenant le canon et la torche de la main gauche.

Avec un tel dispositif, ce qui se trouverait face à la torche serait inévitablement dans la ligne de mire.

- Je me calmerai quand je saurai ce qui se passe là-dedans.

Avant d’entrer dans la tente, il balaya une dernière fois les alentours du faisceau de lumière, dans le sens des aiguilles d’une montre, et refit l’opération dans l’autre sens, plus lentement.

Rien ne semblait bouger.

Il s’apprêtait à tendre le bras pour saisir le rabat quand deux billes vertes accrochèrent un instant la lumière, sur notre gauche, à quelques mètres de la tente.

- Merde ! cria-t-il.

Je reculai d’instinct et il braqua la torche et le canon sur une tête monstrueuse où luisaient des crocs rougeâtres et grands comme des dagues.

- Tire ! hurlai-je au moment où j’entendais la détonation.

Je clignai des yeux, surpris par le bruit qui retentit et se répercuta dans les vallons sur une distance inimaginable.

Angeal tira deux cartouches et une masse de fourrure noire traversa le faisceau de lumière.

- Putain de bestiole ! jura mon ami en braquant la torche vers l’endroit où l’énorme panthère était partie.

- Je croyais que ces animaux étaient en voie de disparition ! fis-je remarquer, hébété.

Mon compagnon avança de quelques pas, dans la direction qu’avait prise le félin, et je le suivis pour scruter la colline en contrebas : un à-pic à donner le vertige.

- Une panthère volante, tu crois ? essaya-t-il de plaisanter.

- Cette saleté a dû faire le tour de la tente, elle n’a pas pu sauter.

- Merde !

Je regardais autour de moi en essayant de percer l’obscurité à la recherche de deux billes vertes et luisantes.

- Elle est partie, assurai-je.

- Tu crois ?

- Je l’espère, du moins…

Ca, c’est le genre de choses que je n’ai jamais pu expliquer.

Autant je peux affronter cinq hommes armés jusqu’aux dents sans broncher, autant les sales bestioles font monter mon stress à un niveau de tous les diables ! A plus forte raison quand la bestiole en question fait dans les quatre vingt kilos et a des dents comme des poignards…

- Oui, il a dû partir, soupira Angeal en retournant à la tente. Il a du venir de la forêt, ce fils de pute ! Il y a quelqu’un ? demanda-t-il en soulevant le rabat. Zack ? T’es là ? Ou vous vous êtes tous enfuis comme des lâches qui se… (Je lui montrai le rabat lacéré et sa voix fut remplacée par une respiration sifflante). Oh mon Dieu ! Zack !

Je le suivis à l’intérieur et mon cœur manqua un battement.

Ce n’était pourtant pas les premiers cadavres que je voyais, loin s’en fallait ! Lorsqu’on a fait cette putain de guerre de Wutaï, on est vacciné à vie pour faire face à ce genre de spectacle sans rendre le contenu de son estomac…

D’ailleurs, je n’oublierai jamais ma première rencontre avec un cadavre, là-bas. Je venais d’arriver, les lieux avaient été sécurisés et, curieux, je me promenais dans l’exotique capitale le nez en l’air, sans faire attention où je marchais. Et, fatalement, j’avais trébuché… pour me retrouver allongé et nez à nez avec un machin à demi putréfié, abandonné en pleine rue sur une civière débordante de fleurs fanées.

Ca m’avait fichu un sacré coup, je peux bien l’avouer !

J’appris plus tard qu’il y avait des coutumes mortuaires bizarres, à Wutaï. Ce qui expliquait que l’on baladait les macchabées à l’air libre pendant plusieurs jours, avant de le mener vers son bûcher funéraire au bord de l’eau au vu et au su de tout le monde, tel un paquet de linge à laver.

Ce n’est pas que je sois particulièrement impressionnable mais, franchement, je n’avais que seize ans et n’y étais pas préparé.

Au SOLDAT, tout ce qui concerne la mort est tellement tabou, pour ne pas décourager les nouvelles recrues, que voir des dépouilles participer pour ainsi dire au train train de la vie quotidienne à Wutaï semblait ” indécent “.

Je me doute que j’ai l’air d’un imbécile en disant ça. Je sais bien que ce n’est qu’une question d’éducation et de coutumes mais avouez que vous n’en mèneriez pas large non plus si vous aviez à l’improviste failli faire un ” love kiss ” à un cadavre recouvert de fleurs fanées - et je vous fais grâce de l’odeur !

Dans la tente où Angeal et moi nous étions figés de dégoût, il n’y avait pas de fleurs ou de cortège pour les malheureux qui gisaient sur le sol. Seulement du sang, des tripes répandues par des blessures béantes et la puanteur âcre de la peur et des corps à qui l’imminence de la mort ôte tout contrôle.

Pas de quoi faire des effets de style…

Ces deux jeunes soldats et le cuisinier, j’avais appris à les connaître et à les apprécier et voir leurs cadavres ainsi déchiquetés me serra les tripes.

- Zack n’est pas là, fit Angeal en parcourant les lieux du regard.

Il balaya l’intérieur de la tente de sa lampe .

- Il doit encore courir, à moins qu’il ne soit blessé et se terre quelque part près d’ici, fis-je avec une ironie morbide que mon compagnon n’apprécia pas.

Il s’était beaucoup attaché à ce garçon, semblait-il. Beaucoup plus que je ne l’aurais cru.

- Il faut le retrouver avant que ce fauve ne revienne, dit-il en sortant de la tente.

J’acquiesçai d’un signe de tête et lui m’emboîtai le pas.

- Zack est allé à bonne école, avec toi. C’est un garçon malin et adroit, il ne se serait pas laissé avoir aussi facilement, essayai-je maladroitement de me rattraper.

Angeal eut un petit rire nerveux.

- Si j’étais superstitieux, Seph, je me dirais qu’on aurait peut-être dû écouter le vieux fou qui nous a mis en garde cet après-midi…

Je me raidis.

- Ne sois pas ridicule ! Rien n’aurait empêché ce fauve de sortir de la forêt voisine pour venir se faire les crocs ici ! A tous les coups, il a été attiré par les bruits. Ou les odeurs de nourriture.

J’avais vu, dans un reportage, que les fauves n’attaquaient l’homme que lorsqu’ils ne pouvaient plus chasser de proies plus dangereuses - ou plus rapides.

Celui-là m’avait paru en pleine possession de ses moyens, pourtant !

Quoi que… en y repensant, pas aussi énorme qu’il m’avait semblé lorsqu’il avait émergé des ténèbres. Même pas aussi massif que les félins gras du bide que l’on voit se traîner mollement dans le zoo de Midgar.

Bien assez grand, cela dit, pour être dangereux.

S’il avait décidé de s’offrir un steak d’humain, peut-être avait-il prévu d’aller jusqu’aux abords de Gongaga. Mais comme nous avions installé le campement ici… Il en avait profité.

- Cette attaque n’est pas une malédiction, Angie, assurai-je, mais une épouvantable malchance ! S’accabler de reproches tardifs ne ramènera pas ces malheureux à leurs familles. Mais on peut peut-être encore sauver ton Zack.

Angeal enfila rapidement ses vêtements et moi mon pantalon et mes bottes sans même prendre le temps de mettre des chaussettes ou de me couvrir le torse - j’ai toujours détesté avoir quelque chose sur la gorge ou la poitrine, je ne sais pas pourquoi. J’avais toujours un pull d’uniforme de secours dans la voiture, de toute façon, au cas où.

Nous fîmes le tour du campement, maîtrisant nos craintes de ne retrouver que des morceaux épars de Zack.

Notre 4×4 nous attendait silencieusement dans le noir, sa silhouette trapue bien visible marquant le début de la sente qui menait à la civilisation, ou du moins, à la sécurité relative de la communauté humaine de Gongaga.

J’aurais donné n’importe quoi en ce moment pour me retrouver au milieu de la foule que j’évitais d’ordinaire. Je crois même que j’aurais pu serrer dans mes bras le vieux chamane poussiéreux s’il avait surgi des ténèbres !

Sans nous concerter, nous nous dirigeâmes droit vers le véhicule et un grincement métallique à peine audible nous fit nous raidir.

Angeal me fit signe de me tenir prêt à ouvrir la portière arrière du break, pendant qu’il pointait à la fois le fusil et la torche vers l’intérieur.

Tendu à craquer, je tirai si brusquement sur la portière qu’elle faillit sortir de ses gonds dans un odieux crissement qui résonna comme un gong en fin de course.

Dans le silence de la nuit, j’avais l’impression d’avoir commis un sacrilège par ce vacarme.

J’ignore encore comment, en dépit de cette tension accumulée, Angeal put se retenir d’appuyer sur la détente lorsqu’un mouvement se fit dans le véhicule.

Si j’avais été à sa place, j’aurais probablement causé un drame car c’était notre pauvre Zack, légèrement blessé à la jambe, qui y avait trouvé refuge.

- C’est vous ! soupira-t-il en nous voyant. Dieux merci !

*

Pendant qu’Angeal bandait la jambe de son protégé, celui-ci nous raconta qu’il avait aussi entendu les hurlements de ses camarades alors qu’il était sorti soulager sa vessie. Mais, au contraire de nous, en entrant dans la tente plongée dans le noir pour leur porter secours, il avait également reconnu le feulement sourd qu’il entendit. Et devinant la nature de la menace, il avait battu en retraite mais pas assez rapidement pour éviter un coup de griffe.

Il avait alors rampé jusqu’à l’abri des parois de tôle de la voiture, sûr que l’animal allait se précipiter à ses trousses.

Le garçon s’excusait à n’en plus finir de qu’il considérait comme de la lâcheté.

- Zack…

- J’aurais dû aller vous avertir, récupérer une arme, défendre mes compagnons !

- Il était trop tard.

- Le contremaître ? demanda soudain Zack. Damon ! Avez-vous trouvé Damon ?

Je secouai la tête.

- Pourtant, il a réussi à s’enfuir de la tente. Je le sais, je l’ai vu ! insista-t-il.

Nous refîmes donc tous trois le tour du camp.

En vain.

Nous trouvâmes pas le cadavre de Damon et personne ne répondit à nos appels.

Je ne sais lequel de nous trois eu enfin l’idée d’aller jeter un œil dans les fondations.

Sans doute pas Zack car, depuis le début de l’après-midi, tous les Gongagiens manifestaient une réticence maladive à s’approcher du temple.

Rufus Shinra leur avait bien sûr interdit de le faire, certes, mais au vu de leurs visages décomposés par la peur, cette interdiction était totalement superflue.

Angeal et moi descendîmes la pente abrupte menant au fond du trou et je l’entendis jurer dans la pénombre en se frappant trois fois le front.

Ce geste me surprit par je ne l’avais jamais vu manifester une ombre de superstition.

Cela dit, en de telles circonstances, j’arrivais presque à le comprendre.

Angeal avait déjà travaillé ici, avant, ainsi qu’à Canyon Cosmo, où les mythes étaient au moins aussi vivaces qu’à Gongaga. Qui savait ce qu’il avait pu voir au cours de ses missions ? Il faudrait que je le questionne là-dessus, un jour. Mais pas en pleine nuit, après trois cadavres mis en pièces et près d’un temple profané…

Angeal se glissa sous le ruban de plastique censé interdire l’entrée par la crevasse ouverte dans le mur du temple, la torche en avant.

Après un pesant silence, il laissa tomber :

- Je l’ai trouvé.

A son ton neutre et à son dos raidi, je devinai une autre mauvaise nouvelle.

Je le rejoignis et vis le corps du contremaître étendu sur l’autel de pierre et couvert de sang comme les autres.

Je notai que les blessures n’étaient pas dues à un fauve ou à quelconque animal : cet homme avait été égorgé par une lame, non par des crocs ou des griffes !

J’échangeai un regard avec Angeal, hésitant à formuler des conclusions qui pourraient s’apparenter à des accusations.

Avions-nous un meurtrier sur les bras en sus d’une bête fauve ?

Nous ne pouvions fournir aucune réponse à cette question pour l’instant.

… à suivre

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Part 12 Les chemins de la vertu… ne sont décidément pas sur la route du Star Tash !

Un cri résonne dans la nuit : NOOOOOOONNNNNN !!!

Dans la chambre de Weiss et de Nero

Nero (qui sort la tête des draps) : C’était quoi ça ?

Weiss (un gros point d’interrogation sur la tête) : Tu crois qu’ils ont des singes hurleurs dans le vaisseau ?

Nero (réfléchit un moment et secoue la tête) : Nan, je pense pas.

Weiss : Alors je vois pas.

Re-cri : AAAAHHHHAIEAIEAIEAIE ! ! !

Nero : C’est Lozy, non ? Faut aller voir !

Weiss (qui le retient par une aile) : Minute papillon ! Avant d’aller butiner ailleurs, tu peux m’expliquer comment ça se fait que tu l’appelles par son petit nom ?

Nero (gaufré par terre, le nez dans la descente de lit) : Non mais tu crois que c’est le moment de me piquer une crise de jalousie ?

Il se dégage, et se précipite dehors, en pyjama.

Pendant de temps, dans la chambre de Loz et Yazoo :

Yazoo (qui maintient les poignets de Loz) : C’est pas la peine de gigoter comme ça, de toute façon t’échapperas pas à… ça !

Loz (s’accrochant aux draps) : NAAAAAAAAAAANNNNNNNNNN ARRREEETEUHHHH NNAAHHHAAWWWWWOUILLE OUILLE OUILLE AIEAIEAIE !

Yazoo (suant au labeur) : Trop tard, c’est fait !

Pendant de temps, dans le cercueil de Vincent, dans les soutes :

Cid (ouvrant le couvercle du cercueil pour sortir la tête) : C’était quoi, ça ?

Vincent (en soulevant le cache à dentelle qui lui couvre le yeux pour dormir) : Vaut p’têt mieux y aller, j’crois que Loz est en train de douiller !

Ils s’habillent vite fait, se précipitent et croisent Nero, Weiss, Tifa, Cloud, Reno… enfin toute la clique dans les coursives et… Tseng, que le boucan a réveillé !

Vincent (voyant Tseng) : Merde !

Tseng : Vous disiez, agent Valentine ?

Vincent: EUH… rien ! Je me demandais ce qu’était ce bruit, hihihi…

Tseng (en remontant son pantalon de pyjama estampillé de fleurs de gingembre utaïennes et en raffermissant sa poigne sur la batte de base-ball qu’il a apportée avec lui) : Allons-y doucement, peut-être un démon s’est-il introduit chez l’officier Loz. Restez derrière moi.

Weiss (se marrant comme une baleine) : Attends de voir la gueule de ” l’introduction ” ! (Nero lui donne un coup d’aile) Aïeuh !

Cloud : Heu… Monsieur ? C’est p’têt pas la peine d’y aller, vous savez…

Tseng : Il le faut ! L’entraide est le ciment d’une équipe bien soudée !

Reno (en aparté à Tifa) : Ca se soude, le ciment ?

Tifa (effondrée) : Reno, tu es vraiment un boulet…

Cloud (insiste) : Yazoo et Loz sont des soldats 1ère classe, après tout, si y’a un monstre là dedans, personne n’est plus qualifié qu’eux.

Tseng : Quand bien même, il faut qu’ils sachent qu’ils peuvent compter sur leurs camarades pour tout !

Weiss (lève le doigt et s’apprête à faire un commentaire enthousiaste mais se reprend un autre coup d’aile de Nero sur la tête) : Mais aïeuh ! T’arrêtes un peu, oui ? !

Cloud (à court d’arguments) : Oui mais p’tet qu’on va les réveiller pour rien et Yazoo peut être très très très en colère lorsqu’on le réveille en sursaut, vous savez…

Tout le monte hoche vigoureusement la tête, sachant très bien ce qu’ils risquent de trouver de l’autre côté de la porte.

Tseng (outré) : Soldat Strife ! Je commence à en avoir plus qu’assez de votre attitude de péteux ! (En se tournant vers les autres) Aurais-je donc affaire à une bande de couards ?

Cloud (les yeux soudain plus mako que bleus) : PETEUX, MOI ?

Sephiroth (sa dignité guerrière traînée dans la boue) : Monsieur ! Avec tout le respect que je dois au chef des turks, je vous demande de retirer ses paroles ou je me verrais contraint de demander réparation sur-le-champ !

Cloud (la bouche en cœur) : Mon hérooooossss…

Tseng (un peu rassuré) : Pardonnez-moi, mais j’ai craint un moment… Enfin ça ne fait rien. On y va !

Il défonce la porte de la cabine.

Tous : NNAAANNN ! ! ! ! ! !

Tseng (qui lâche soudain la batte et fixe le lit) : Mais que…

SHKLONG (bruit de la batte qui tombe sur le sol)

Tout le monde se précipite, s’attendant au pire, et voient Yazoo, sous les draps, appuyé sur les oreillers entrain de fumer une cigarette, un grand sourire aux lèvres.

Les multiples paires yeux glissent alors sur Loz.

Il est allongé, les bras en croix, et fixe le plafond avec un large sourire en banane, aussi béat que niais.

Yazoo (faisant des ronds avec la fumée d’un air d’autosatisfaction intense) : Oui ? C’est à quel sujet ?

Tseng (qui bafouille) : Je… Euh… On a entendu crier… Alors… Bah…

Yazoo : Oh, ça ! Ce n’est rien. Loz a fait un cauchemar mais il va mieux maintenant. Hein, Lozy ?

Loz (qui hoche la tête, toujours béat et le regard toujours au plafond) : Vi, vi… Y va bien…

Tseng (inquiet quand même) : Vous êtes sur ? Il n’a pas l’air très “dans son jus”, là, quand même, hein…

Yazoo : Faites-moi confiance, je m’occupe de lui, monsieur.

Tseng : Bon, eh bien, dans ce cas… Bonne nuit.

Yazoo (tout sourire) : Bonne nuit ! Dis bonne nuit, Lozy.

Loz (qui il agite la main sans se départir de sourire idiot) : Onne huiiii !

Tseng chasse tous les curieux et referme la porte.

Yazoo (se penchant sur Loz) : Ca va mamour ?

Loz : Hein ?

Yazoo : Je te demande si ça va.

Loz (tronche de mongolien) : Kezudit ?

Yazoo (qui commence à s’inquiéter quand même) : Loz, c’est moi ! On se réveille ! C’est ton sucre d’orge adoré !

Loz (qui bondit hors du lit, reprenant ses esprits d’un coup) : Ah ! Ne m’approche pas !

Yazioo : Bah m’amour…

Loz (hystérique) : Sadique ! B’sédé ! Comment t’as pu me faire une chose pareille ? Monstre ! Sans cœur ! Bourreau !

Yazoo (la larme à l’œil) : Mais… je t’aime, mouaaa !

Loz (sur le point de péter les plombs) : Tu m’aimes ? Et tu t’imagines que je vais te croire après ce que tu viens de me faire ?

Yazoo (qui essaye de le prendre dans ses bras) : M’amour…

Loz : ME TOUCHE PAS ! VIOLEUR ! Tu mériterais que je te tranche la tête !

Yazoo (effondré sur le sol en larmes) : Ne me dis pas des choses aussi horribles !

Loz (qui le toise avant de sortir) : C’est ça ! Chiale ! Tu pisseras moins !

Il part en claquant la porte.

Nero et Tifa, qui étaient restés devant la porte à discuter (et a essayer d’entendre ce qui se passait dans la chambre, bien sur), voient sortir Loz comme une furie.

Loz (qui entraîne Tifa avec lui) : Viens là ! Faut qu’j'te cause !

Tifa : Hein ? (elle regarde Nero, qui hausse les ailes - enfin les épaules) Mais keskia ?

Loz : Je t’explique ça dans deux minutes

Il l’entraîne à travers les coursives.

Nero (qui rentre à pas de loup dans la cabine, voit Yazoo effondré) : Ca va pas ?

Yazoo (en larmes) : Laisse-moi ! J’veux mourir ! Il me déteste !

Nero (qui le prend dans ses bras et le berce *ah bah dès qu’il peut profiter d’un câlin, lui…*) : Mais non, mais non, il est sous le coup du bromure, c’est tout…

Yazoo : Il a même dit que je mériterais qu’il me coupe la tête !

Nero (avec de gros poutous) : Allons, allons, il avait plutôt l’air d’avoir apprécie lorsque nous sommes entrés…

Yazoo (en secouant la tête et mettant des grands coups de cheveux à Nero) : Nan ! Il m’a dit que j’étais un pervers !

Nero : Mais non, voyons, il était un peu en colère, c’est tout.

Yazoo : Y m’aime, plus j’te dis ! ! !Il a même dit que j’étais ridicule tout nu ! Et moi qui lui ai tout donné ! Je veux mourir !

Nero (qui ne sait plus quoi dire) : Je te répète que ce sont les effets secondaires du bromure, enfin ! C’est un mauvais moment à passer, c’est tout !

Yazoo : J’peux pas ! C’est trop dur ! Tue-moi !

Nero (qui se dégage) : Ah non, hein ! Ca va bien, maintenant, vos crises de mélo-dramatico-culpabilité-déceptionnée ! Ca va lui passer, je te dis !

Yazoo (qui renifle) : Et en attendant je fais quoi moi, hein ?

Nero : Comment ça ? (Il remarque alors le regard aguicheur de Yazoo mais se souvient - enfin c’est surtout son popotin, qui se souvient - de la façon dont Loz lui a fait regretter d’avoir touché à sa propriété privée) Euh… Nan. Nan, nan, moi j’ai rien à voir dans vos salades, cette fois, hein !

Il se glisse prestement hors de l’étreinte un peu trop collante et s’esquive vers sa cabine façon “surtout ne pas contrarier les grands dépressifs mais poussez pas le bouchon trop loin quand même”.

BONCHH ! Aieuh! Oups…

Ca c’est parce qu’en tournant le coin de la coursive, il est entré en collision avec Tseng…

Nero (toussotant): Ah, euh, tiens, vous ici, Sir ! Quelle bonne surprise, vous n’êtes donc pas encore retourné vous coucher ?

Tseng (encore un peu déconcerté et se disant que décidément quelque chose lui échappe sur ce vaisseau): J’ai eu l’impression que ce serait peut-être bien que je fasse une petite ronde… Dès fois qu’il resterait du danger… Un monstre… Chais pas… Un truc normal, quoi…

Nero (devinant que ça carbure sec sous le crâne de béton du turk): Allons, allons, il n’y a rien d’anormal ici, qu’est-ce qui vous inquiète?

Tseng (en se grattant la tête): Je n’avais jamais vu l’équipage aussi nerveux… On dirait qu’ils sont sous tension et qu’ils me cachent quelque chose…

Nero (en apparté) : Aie…

… à suivre

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LX - Charnelles vapeurs

” Tu noies tes chagrins dans l’alcool ?
Méfie-toi, ils savent nager. »
Y. Mirande

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

Les versions non censurées de ce texte et de cette illustration se trouvent fascicule “Les interdits de www.ff7-yaoi-fanfics.com” tome 2 (voir dans la boutique)

***

- Ca va aller ? demanda Reno en aidant Yazoo à s’allonger sur le lit. Ce n’était peut-être pas une si bonne idée que ça, ce verre de cognac. Je suis désolé, je n’aurais pas dû laisser Rufus te faire avaler ça.

L’argenté sourit.

- Tu n’y es pour rien et Rufus non plus. Il voulait juste que je me détende un peu. Et je dois être le seul homme au monde qui se retrouve dans cet état après trois gorgées d’alcool !

Il rit et le turk l’aida à se déshabiller en admirant le corps pâle à la douce lumière de la veilleuse avant de le recouvrir.

Bon sang ! Ce qu’il mourrait d’envie de lui faire l’amour…

Pourtant, malgré les tendres moments qu’ils avaient passés ensemble, ils n’avaient pas encore franchi le pas - si par “pas”, on entendait “relation sexuelle incluant une pénétration”.

Yazoo n’était pas encore assez à l’aise pour cela et Reno savait qu’il ne le forcerait jamais. Il attendrait qu’il soit prêt à le recevoir même si cela devait lui coûter plusieurs dizaines de nuits blanches.

- Dors, mon ange.

Il déposa un baiser léger sur ses lèvres et passa la main dans ses cheveux argentés.

- Tu… tu ne te couches pas ?

Reno cligna de l’oeil.

- Je vais aller voir comment ça se passe avec Nero, en bas. Et tu as besoin de te reposer après tout ce qui s’est passé.

Yazoo plongea ses yeux mako dans les siens et noua ses bras autour de son cou.

- Reste… S’il te plaît.

- Tu es sûr ?

- Oui. Je veux que tu sois près de moi. Pour toujours… Je t’aime Reno.

Reno goûta à la coupe de ses lèvres le cognac que Yazoo avait bu. Puis il retira sa veste de costume et s’allongea près de lui pour blottir son visage au creux de son cou.

- Reno ? murmura Yazoo au bout d’un petit moment.

Le turk releva lentement la tête.

Les joues de l’argenté avaient pris une teinte rosée et son souffle était un peu haletant.

- Ca va ? Tu n’as pas l’air bi…

Yazoo lui posa un doigt sur la bouche et lui adressa un sourire débordant d’amour.

- Chut…

Sans prévenir, il bascula Reno sur le dos et s’assit sur le matelas.

Avec une lenteur et une tendresse qui chavira le cœur du turk, il fit courir sa petite bouche en coeur sur son cou.

Reno ferma les yeux et les boutons de sa chemise semblèrent fondre entre les doigts de Yazoo. Il la sentit glisser sur ses épaules et il se redressa légèrement pour pouvoir la retirer complètement.

Les doigts délicats et les lèvres de l’argenté tracèrent un chemin caressant sur sa poitrine, son ventre, et la fermeture éclair de son pantalon céda à son tour.

Yazoo le fit glisser le long de ses jambes athlétiques jusqu’à l’envoyer rejoindre la chemise sur le sol, suivi de près par ses chaussures et ses chaussettes.

Lorsque le turk sentit ses doigts se glisser sous l’élastique de son caleçon, il hoqueta, surpris par son audace.

Bah merde ! Tu parles d’effets secondaires… “ pensa-t-il en retenant un sourire.

Des frissons lui remontèrent le long du ventre mais l’incarné de s’attarda pas. Il fit glisser le sous-vêtement jusqu’à ses chevilles et le posa avec le reste des affaires.

Reno entrouvrit les yeux et surprit le regard admiratif que je jeune homme posait sur son corps nu. Un corps mâle, mince et aux muscles bien dessinés. Un corps pour lequel bien des femmes se seraient damnées. Et, au bas du ventre plat, une hampe de chair dure et palpitante.

L’excitation rosit encore les joues de Yazoo et son propre sexe se dressa entre ses cuisses.

- Ce que t’es canon, comme ça… laissa échapper Reno, la gorge serrée.

Les longs cheveux argentés accrochaient la lumière de la lampe et tombaient sur ses épaules comme un châle coûteux. Yazoo était mince mais Reno distinguait parfaitement le dessin ferme de ses abdominaux et la courbe harmonieuse de ses pectoraux ornés de deux petits grains rose pâle.

Très doucement, les mains fines se tendirent vers le visage de Reno et celui-ci ferma de nouveau les yeux, savourant la délicate caresse des doigts fuselés sur sa peau.

L’argenté faisait courir la pulpe de ses doigts sur son corps en évitant soigneusement le bas de son ventre, faisant vibrer chaque nerf.

Le turk soupira en sentant son corps répondre à ses caresses.

Yazoo laissa une traînée de baisers chauds et humides sur sa poitrine. La respiration de Reno s’accéléra et il entrouvrit les yeux. La langue de l’argenté poussa contre l’un de ses tétons, lui arrachant un soupir comme cela envoyait un long frisson directement dans son bas-ventre.

Il apprend vite, la vache… ”

L’argenté l’excita doucement avec ses dents, faisant courir une traînée de baisers sur sa poitrine d’un téton à l’autre.

- Eh, Yazoo baby… Tu sais que tu vas avoir du mal à m’empêcher de sauter dessus, si tu continues ? grogna Reno en mordant sa lèvre inférieure, son front se plissant tandis que les sensations augmentaient.

Yazoo se contenta de sourire et la traînée de baisers descendit sur la surface lisse et dure de son estomac, chaque contact brûlant le faisant se contracter, puis elles fuirent à nouveau.

Reno sentit ses cuisses s’écarter d’elles-mêmes et une partie de lui se révolta alors même que l’autre attendait… anticipait, fascinée.

Le premier baiser sur l’intérieur de sa cuisse le fit sursauter.

Yazoo amena ses doigts à se joindre aux baisers, monta depuis l’intérieur de sa cuisse, joua avec une douceur exaspérante avec ses parties pour descendre jusqu’à l’intérieur de l’autre cuisse. Puis remonta à nouveau. Et sa bouche humide se referma enfin sur lui, sa langue poussant les testicules d’avant en arrière.

Le turk prit une autre inspiration frémissante.

Il aimait ça.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, il aimait que Yazoo prenne les devants et le touche comme ça.

Bah merde, alors ! Si je m’attendais à ça… ”

Cette certitude était invraisemblable, effrayante, dévastatrice…

- Je t’aime, murmura l’argenté en frottant de sa joue le membre soyeux et palpitant.

Il fit courir le bout de sa langue de la base à l’extrémité et entendit le soupir de Reno. Il sourit, le lécha à nouveau dans une longue et lente caresse, poussant le pénis du turk contre son aine.

Celui-ci voulait bouger, soulever ses hanches pour aller au-devant de cette langue et gémit de plaisir pendant que Yazoo continuait cette lente torture insensée.

L’incarné fit doucement courir ses lèvres sur le sexe dur, le mordillant, le frôlant avec ses dents. Sa langue flexible en lécha l’extrémité puis plongea dans la petite fente humide, se tordant comme si elle essayait de s’y forcer un passage et ses doigts caressèrent les testicules, encerclant la chair douloureusement contractée par le désir… doucement.

Reno poussa un râle et ses mains agrippèrent les draps.

- Continue… s’entendit-il mendier. Oh, oui, continue…

Mais Yazoo s’arrêta et Reno frissonna. Il en voulait plus et gémit encore. Un petit son implorant.

Pourquoi arrêtait-il ?

Il sentit Yazoo bouger à côté de lui sur le lit, puis il fut chevauché, le visage empourpré du jeune homme baissé vers lui, souriant.

- Yazoo…

Celui-ci appuya ses mains de chaque côté de sa tête, sur l’oreiller, et se pencha en avant.

- Prends… chuchota-t-il contre son oreille en pressant l’un de ses tétons contre la bouche du turk, son souffle lui envoyant des frissons dans le cou.

Reno n’en revenait pas.

C’était comme si la minuscule quantité d’alcool qu’avait avalée l’argenté avait fait tomber toutes ses inhibitions.

Ne profite pas de la situation, Reno. Contrôle-toi, merde… ” s’admonesta-t-il.

Non, il ne devait pas profiter de la situation.

Il ne le devait pas !

Il ne le devait pas !

Il ne le devait pas !

Mais… le petit grain dur sombra entre ses lèvres douces tandis que Yazoo haletait comme la langue mouillée et chaude de Reno dardait entre ses lèvres pour le goûter, le fouettant rapidement.

Le corps de l’argenté se contracta sous l’effet de l’excitation et les dents de Reno attrapèrent tout doucement le téton entre ses dents. Il tira un peu sur la peau tendre, tenant le petit grain de chair afin que sa langue puisse cingler contre son extrémité.

Yazoo soupira et un spasme lui agita le corps.

Le turk libéra le petit téton molesté et continua de le tremper avec sa langue jusqu’à ce que l’argenté se laisse glisser pour embrasser sa poitrine en allégeant sa tension avec de légers mouvements des lèvres.

Reno inspira profondément et la bouche douce remonta jusqu’à sa gorge, à son menton puis à ses lèvres.

- Je t’aime, mon ange… murmura Reno avant de presser sa bouche sur la sienne.

Leurs langues se cherchèrent et bataillèrent durant un long moment avant que Yazoo ne se redresse, s’installant confortablement sur le ventre de Reno pour frotter ses fesses contre le sexe impatient.

- Reno…

Mais Reno avait rejeté la tête en arrière, perdu dans un flot de sensations qu’il ne parvenait plus à contrôler.

Reno se noyait.

Reno qui sentait sa verge dressée contre les fesses fermes.

Reno qui, le souffle court, se demandait comment on pouvait éprouver un tel plaisir au contact d’un corps si semblable au sien.

Reno qui, bientôt, ne fut même plus capable de penser.

Et lorsque la main de Yazoo descendit sur son propre ventre et commença à caresser son sexe vibrant en rythme avec des mouvements graduels de ses hanches, Reno en oublia même comment respirer.

Il imaginait que c’était sa main, pas celle de l’argenté, qui arrachait de si délicieuses plaintes de ses lèvres entrouvertes.

Il allait tendre sa main vers le sexe dressé lorsque Yazoo lui glissa deux doigts dans la bouche.

Il les accueillit sans protester, les léchant comme s’il se fut agi de son sexe, et il poussa même un petit gémissement plaintif lorsqu’ils se retirèrent… pour se glisser entre les fesses de l’argenté, qui poussa un long soupir en rejetant la tête en arrière dans un envol de mèches argentées.

Reno imagina ces doigts qu’il ne voyait pas se faufiler dans leur caverne de chair et faillit jurer de surprise mais se mordit la langue à temps.

Non, Yazoo ne pouvait pas être en train de faire ça…

Pas son Yazoo baby, si timide et réservé. Même pas dans ses rêves érotiques les plus fous !

Reno tendit les mains pour les poser sur les fesses rondes et sentit le poignet droit de Yazoo faire des mouvements de va et vient de plus en plus rapides tandis que la main gauche s’affairait de plus en plus rapidement sur son sexe, faisant jaillir par intermittences un bourgeon de chair rose de son tendre fourreau de peau. Du bout des doigts, le turk sentit ceux de Yazoo entrer en lui et sortir, vriller et se tordre tandis que ses fesses se pressaient et se frottaient de plus en plus durement sur son propre sexe.

Le turk hoqueta, incrédule.

“Oh, la vache, il le fait…”

***

Alangui, épuisé et le souffle court, Yazoo se pelotonna contre Reno mais ce dernier semblait inanimé.

- Je t’aime…

Pas de réaction.

Pourquoi Reno ne disait-il rien ?

Yazoo parut alors réaliser ce qu’il venait de faire et son ventre se noua.

” Oh, non… Je n’aurais pas dû… Je suis le premier homme de qui il tombe amoureux et je me comporte comme un chien en rut pour quelques gorgées de cognac. Oh, Dieux, Reno, qu’est-ce que je viens de faire… “

Timidement, il lui chatouilla la nuque mais Reno ne bougea pas.

L’argenté sentit les larmes lui monter aux yeux.

” J’ai tout gâché… Gaia, viens-moi en aide, j’ai tout gâché ! “

En réalité, Reno gisait simplement sur le ventre, se complaisant dans les après-fourmillements de son orgasme.

Il aimait la façon dont le cœur de Yazoo battait contre son dos et dont son souffle et le bout de ses doigts lui chatouillaient la nuque.

Avec un pincement au cœur, il le sentit s’écarter et il se mit sur son flanc pour lui faire face.

L’argenté avait enfoui son visage dans l’oreiller, comme s’il avait honte.

Reno se redressa et lui lissa les cheveux mais Yazoo ne releva pas la tête.

- Qu’y a-t-il, Yazoo baby ? murmura Reno, soudain inquiet.

- Je suis désolé… Je me suis comporté comme un sauvage …

Sa voix se brisa et le turk écarquilla les yeux.

- Quoi ? Qu’est-ce que racontes ?

Yazoo leva enfin les yeux. Il pleurait.

Reno, attendri, prit son petit visage dans ses mains et essuya ses larmes d’un baiser.

- Tu es mon ange à moi, chuchota-t-il. Maintenant plus que jamais.

- Tu ne m’en veux pas ?

Le turk éclata de rire et le serra contre lui.

- T’es fou ! Ah ! Ah ! Ah !

… à suivre

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LIX - Mea culpa

“Un véritable égoïste accepte même que les autres soient heureux,

s’ils le sont à cause de lui.”

J. Renard

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : d’après des illustrations de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Cloud, l’oreille collée à la porte de Tifa, ne perdait pas une miette de ce que disait Loz et avait du mal à réaliser que la belle voix grave et posée était celle de l’argenté brutal et obtus - du moins était-ce ainsi qu’il l’avait toujours considéré - qu’il avait combattu à Edge deux ans plus tôt.

- C’est une vieille légende cétra. Celle d’un jeune garçon d’écurie amoureux d’une princesse.

- Un conte de fées ? s’étonna Tifa avec un rire doux.

- Pas exactement. A moins que les contes pour enfants ne commencent par un viol.

- Un viol ? se récria la jeune femme, indignée.

- Une tentative, en fait. Sur la personne de la princesse par son oncle, qui était aussi le conseiller du roi. C’est arrivé dans l’écurie, alors que la jolie jeune femme s’apprêtait à enfourcher son cheval pour partir en promenade.

- Quelle horreur !

- Mais c’est là qu’intervient notre jeune palefrenier.

- Il a sauvé la princesse ?

- Oui. En tuant le conseiller d’un coup de fourche.

- Et comment a réagi le roi ?

Cloud entendit Loz éclater de rire.

- Tu veux que je te la raconte, cette histoire ? Ou tu vas continuer à poser des questions tout du long ?

Tifa pouffa.

- Pardon.

- Bon. Le roi, donc, le père de la jeune femme, voulut récompenser le garçon d’écurie et lui proposa de réaliser son plus grand souhait - dès l’instant qu’il était en son pouvoir de le faire, bien sûr.

- Et qu’est-ce que c’ét… Pardon, pardon.

Cloud ne put s’empêcher de sourire de l’autre côté de la porte.

Tifa ne changerait décidément jamais…

- Le palefrenier, amoureux de la princesse depuis toujours, demanda l’impensable : sa main. Et le roi, outré qu’un simple palefrenier ose prétendre à la main de sa fille, essaya de le dissuader en lui proposant des richesses, des terres et même un château encore plus grand que ce manoir. Mais rien n’y fit. Le garçon voulait la princesse et le roi réalisa bien vite que celle-ci n’était pas du tout hostile à cette union, bien au contraire. En fait, elle était elle-même éprise en secret du garçon d’écurie courageux et avenant.

- Oh ! Un amour secr… Désolée. Je ne dis plus rien, promis !

- Le roi, coincé, décida donc de biaiser et expliqua au jeune homme que seul un noble chevalier pouvait épouser une princesse et que, pour devenir chevalier, il se devait au minimum de briller à la guerre ou de mener une quête importante. La paix régnant depuis de longues années, le palefrenier opta donc pour la quête et le roi, bien entendu, lui en confia une totalement irréalisable. Pars, voyage et trouve la Vérité. “ lui dit-il. Et une fois que tu l’auras trouvée, tu pourras revenir épouser ma fille. ” Le jeune homme ne se laissa pas abattre. Il partit et, durant des années, il chercha la Vérité. Il parcourut le royaume en long, en large et en travers. Il alla demander audience aux sages de chaque cour, de chaque ville et chaque école, interrogea les plus savants d’entre eux mais aucun ne pouvait assurer avoir trouvé un jour la Vérité. Alors le jeune garçon d’écurie s’en fut voir les prêtres, du temple le plus lointain à la plus minuscule chapelle mais, là non plus, personne n’avait jamais vu la Vérité. Mois après mois, il chercha en vain et cinq années passèrent.

- Cinq ans ?

- Oui. Cinq longues années. Et, une nuit, au sommet d’une montagne, alors que, désespéré et honteux, il s’était assis dans la neige pour attendre la mort, une vieille femme l’interpella : J’ai entendu dire que tu me cherchais, mon garçon ? “ Le palefrenier sursauta et vit approcher une vieille femme lépreuse repoussante, sale et couverte de plaies. Qui es-tu ? “ demanda-t-il. Quelle question ! ” rétorqua-t-elle. “La Vérité, bien sûr ! Qui veux-tu que je sois ! “ Le jeune homme, malgré le dégoût que lui inspirait la veille lépreuse, la suivit jusqu’à sa masure et parla avec elle jusqu’au petit matin, lui posant mille questions. Lorsque le soleil fut au plus haut, il dut se rendre à l’évidence : la vieille lépreuse ne mentait pas. Elle était bel et bien la Vérité qu’il avait tant et tant cherchée. Sa quête avait été un succès.

- Et il pouvait enfin repartir épouser sa princesse, conclut Tifa avec un petit rire amusé.

- Eh bien… Pas tout à fait. Il restait un petit détail à régler. Comment prouver au roi qu’il avait bien trouvé la Vérité ? Il s’en ouvrit à la vieille femme. Je suis heureux d’avoir trouvé la Vérité que tant d’hommes ont cherché leur vie durant en vain. ” dit-il. ” J’ai mené à bien la quête que m’a confiée le roi mais… Que dois-je lui dire, pour qu’il me croie ? Que lui répondre lorsqu’il voudra savoir qui est la Vérité ? “ demanda le garçon. Alors, la vieille femme lépreuse se pencha sur l’épaule du garçon d’écurie avec un sourire et murmura à son oreille : Va et dis-lui que je suis jeune et belle. “

Tifa poussa une exclamation ravie et, derrière la porte, Cloud faillit lui-même laisser échapper un hoquet surpris.

- La vérité est une vieille femme lépreuse que personne n’a envie de regarder en face, Tifa, reprit Loz de sa belle voix. C’est pour ça que tu ne peux pas en vouloir à grand frère d’avoir du mal à la regarder droit dans les yeux et de préférer l’imaginer comme ça l’arrange.

- Oh, Loz… soupira la jeune femme, émue.

Dans le couloir, Cloud sentit l’émotion lui serrer la gorge.

Il avait déjà commis des erreurs de jugement, dans sa vie. Beaucoup, même. Mais en ce qui concernait Loz… Force était de constater qu’il ne s’agissait même plus d’une erreur. Il s’était mis le doigt dans l’œil jusqu’au coude, oui !

Barret avait raison.

Cid avait raison.

Tifa avait raison.

Shalua, Yuffie, Vincent…

En fait, tous avaient raison ! Même Marlène avait été plus perspicace que lui ! L’incarné était quelqu’un de bien, un homme digne de ce nom “, comme disait le chef d’AVALANCHE, n’en déplaise aux imbéciles comme… Comme lui-même, en fait !

Toutes les horreurs qu’il avait pu dire au sujet du jeune argenté lui revinrent en mémoire et il sentit la honte lui serrer les tripes. Oh, bien sûr, il pouvait toujours se rassurer en se disant qu’il n’était plus lui-même, alors.

Ouais, tu parles ! Elle bon dos, Jenova, sur ce coup-là, tiens ! “ s’admonesta-t-il, en s’appuyant contre le mur du couloir. Tu t’es comporté comme un connard parce que tu étais jaloux, la voilà, la vérité, mon pauvre Cloud ! “

Il resta là un petit moment encore, immobile près de la porte à essayer de faire le tri dans la tempête qui se déchaînait dans sa tête et sans vraiment chercher à écouter ce que disaient Loz et Tifa.

Il lui sembla cependant qu’il était vaguement question de ” progrès “, de ” blocages qui s’effaçaient petit à petit ” et de ” mettre des mots sur des sentiments “. Apparemment, la jeune femme ne perdait pas une occasion d’obliger son compagnon à parler, à exprimer ce qu’il ressentait et le jeune soldat se souvint avec une pointe de nostalgie du nombre de fois où elle avait essayé de faire de même avec lui.

Contrairement à Loz, Cloud n’avait jamais cédé, restant obstinément enfermé dans sa coquille et, en cet instant, il le regrettait.

L’argenté et son amie d’enfance partirent d’un terrible fou-rire pour une histoire de ” petite souris ” et de ” gros rat ” qu’il ne saisit pas (sans doute un ” truc ” entre eux qu’ils étaient les seuls à pouvoir comprendre) et il s’éloigna en silence dans le couloir enténébré.

Il s’apprêtait à boire de l’eau à la bouteille qu’il avait ramenée de la cuisine dans l’espoir de se dénouer un peu la gorge lorsqu’il vit Denzel, en pyjama, venir à pas de loup en sens inverse.

Lorsqu’il le remarqua, le garçonnet sursauta si fort qu’il faillit lâcher la petite peluche qu’il tenait dans les bras.

- Denzel ? s’étonna Cloud. Pourquoi n’es-tu pas au lit ?

Le petit, pris en faute, rougit brutalement et cacha la peluche derrière son dos comme s’il s’était agi d’un paquet de bonbons qu’il serait allé voler en douce dans la cuisine.

***

Dans le village de Nibelheim, au premier étage de sa petite maison attenante à sa boutique d’informatique, le vieux Stan se coula discrètement hors du lit sans réveiller son épouse. Nauséeux, il se rendit dans la salle de bains, verrouilla silencieusement la porte et alluma la lumière.

Sans doute cette satanée pizza !

Il savait pourtant qu’il devait éviter ce genre de nourriture mais sa gourmandise avait été la plus forte.

Il fit couler le robinet d’eau froide pour s’asperger le visage et laissa échapper un cri étouffé en voyant ses avant-bras recouverts de tâches noirâtres qu’il ne reconnut que trop pour en avoir vu les victimes maintes et maintes fois à la télévision et dans les journaux deux ans plus tôt, lors de l’épidémie.

- Oh, mon Dieu, pas ça…

Il leva plus haut les manches de sa veste de pyjama et son cœur fit un tel bond dans sa poitrine qu’il dut s’appuyer contre le mur carrelé pour ne pas se trouver mal.

Ses bras noueux étaient recouverts de géostigmates jusqu’aux épaules…

***

- Où comptes-tu aller te promener, à une heure pareille ? s’enquit Cloud.

Denzel baissa la tête.

- A la cuisine, j’avais soif.

Le soldat fronça le nez, amusé par le mensonge enfantin, et désigna la peluche que le garçonnet cachait derrière son dos, un petit chocobo bleu fait dans une matière molle et particulièrement douce. Du genre de celle qui conviendrait parfaitement à un bébé…

- Et ton petit compagnon a soif aussi, je suppose ?

Le garçonnet vira au rouge cramoisi.

- Je… J’avais peur de descendre dans le noir.

Cloud pouffa.

- Tu allais voir Kay en douce, mhh ?

- Non ! (Le jeune soldat leva un sourcil, ironique) Je… Je voulais juste lui donner ça, avoua-t-il finalement d’une toute petite voix en brandissant la peluche. Il est tout seul à l’infirmerie et il a pas de jouet alors que Marlène et moi, on en a plein la chambre.

Cloud, aussi amusé qu’attendri, souleva le garçonnet dans ses bras et alla s’asseoir sur une marche d’escalier, à l’extrémité du couloir.

- Il n’est pas tout seul, Denzel, essaya-t-il de rassurer le petit, qu’il avait assis sur ses genoux. Merill et Shalua veillent sur lui. Sephiroth aussi est en bas, ainsi que Shelke et Reeve.

- Ah ? Bon, bah j’ai pas besoin d’y aller, alors. Tu sais, c’était juste comme ça, pour rendre service. Je m’en fiche, moi, de ce bébé.

L’excuse était si maladroite que le soldat faillit éclater carrément de rire.

- Tiens donc ? Tu t’en fiches ?

- Ouais ! acquiesça Denzel, les joues cuisantes, sans oser pour autant regarder son ami en face. C’est que le bébé de Loz, après tout, c’est pas comme si c’était ton bébé à toi.

Cloud tiqua.

- Comment ça ?

- Bah si c’était ton bébé à toi, je m’en ficherai pas, je veux dire.

Commençant à comprendre de quoi il retournait et à quoi rimaient tous ces mensonges malhabiles, le jeune homme sentit un pincement au cœur.

- Denzel… Regarde-moi. Allez, lève la tête. (Le garçonnet obéit en se mordillant la lèvre inférieure, prêt à éclater en sanglots) Pourquoi ne veux-tu pas avouer que tu l’aimes déjà, ce bébé, mhh ? (Denzel ne répondit pas) Pour les mêmes raisons que tu refuses d’avouer que tu aimes Loz de plus en plus ?

Une larme coula sur la joue du garçonnet et il s’agrippa au cou de Cloud.

- J’veux pas que tu nous laisses, moi et Tifa ! sanglota-t-il.

Le jeune soldat le serra fort contre lui et sourit.

C’était donc bien ça, il ne s’était pas trompé. Denzel craignait que s’il montrait trop d’affection pour Loz ou le bébé, Cloud ne se sente rejeté et prenne ses distances. Voire même qu’il disparaisse à jamais de leurs vies.

Mais n’était-il pas le premier responsable des craintes du garçonnet ?

Pas en raison de la façon odieuse dont il s’était comporté ces derniers jours avec les argentés et particulièrement avec l’aîné, non, cela Denzel savait que ce n’était dû qu’à la ” jénovite “. Mais parce qu’au fil des années, il avait donné au petit garçon l’image d’un homme qui, lorsqu’il se trouvait confronté à des difficultés ou à des doutes, préfèrait prendre la fuite plutôt que de s’en ouvrir à ses proches pour trouver la force de les affronter.

Ne me faites pas de peine et évitez de me causer des problèmes ou je m’en vais ! “

Beau modèle paternel et adulte qu’il avait donné à voir là !

Et dire qu’il s’était permis à d’innombrables reprises de juger Sephiroth, Cid ou les argentés - et tant d’autres ! - et de jouer les donneurs de leçons…

C’est toi, le minable, mon pauvre Cloud… “ pensa-t-il. Minable au point qu’un tout petit garçon doit souffrir en silence et taire ses sentiments de peur de te voir t’enfuir comme le lâche que tu es ! “

Un lâche, oui, parfaitement. Voilà ce qu’il était dès lors qu’il s’agissait d’engagement et de sentiments. Un être d’un incorrigible égoïsme et d’une lâcheté sans nom ! Il s’en rendait bien compte, à présent, alors que Denzel sanglotait, blotti contre lui et s’accrochant à son cou comme s’il craignait de le voir bondir sur ses pieds pour disparaître à jamais dans l’obscurité.

Décidément… C’était la nuit de toutes les révélations, ce soir ! Les Dieux avaient-il décidé que le moment était venu de lui asséner une volée de claques afin de lui remettre les idées en place ?

Peut-être bien car Cloud eut un ” déclic “. L’un de ces rares moments où l’on sait que quelque chose en nous vient de changer bien que l’on ne sache expliquer quoi ni comment.

Le jeune homme sentit comme une sensation d’air frais au fond de ses poumons et l’impression que le poids de son cœur trop lourd avait soudain diminué de moitié, qu’il était devenu aussi léger et agréable à porter qu’une plume. Un curieux sentiment d’assurance l’envahit. La certitude, en cet instant précis, de savoir exactement et sans le moindre toute possible non ce qu’il voulait mais ce qu’il convenait de faire et de quelle manière…

Il tapota le dos de Denzel, rassurant.

- Tu veux qu’on reste toujours amis, si je comprends bien ?

- Oui… pleura le petit en redressant timidement la tête.

Le jeune soldat se composa un faux masque déçu et simula une profonde tristesse.

- Et moi qui pensais que tu voulais que soyons beaucoup plus proches… dit-il avec un soupir déchirant. Une vraie grande famille… Je suis désolé, Denzel, je n’avais pas compris.

Le garçonnet fronça les sourcils, perdu.

- Hein ? Mais tu as dit que Tifa et toi vous ne…

- C’est de ma faute, pardonne-moi, le coupa Cloud en poursuivant sur sa lancée, comme s’il n’avait rien entendu. Je dirai à Tifa qu’il vaut mieux qu’elle attende un peu avant de s’engager avec Loz, que tu n’es pas prêt à avoir tout ce monde autour de toi. Elle comprendra, ne t’en fais pas.

- Mais de quoi tu…

- J’ai été idiot, vraiment. Après tout, je suis quoi, pour toi ? Un ami de ta mère, point. Et c’est déjà très bien que m’acceptes en tant qu’ami, je n’aurais jamais dû vouloir davantage. Quel besoin as-tu d’un oncle, en fait, si on réfléchit bien ? C’est vrai. Enfin, ” un “, non. Un bon paquet, en réalité, parce que rien que moi, Kadaj, Yazoo, Cid et Sephiroth, nous sommes déjà cinq frères et si on rajoute les conjoints, à savoir Yuffie, Shalua et Reno, bien sûr, c’est… Oui, c’est beaucoup trop, j’aurais dû m’en rendre compte, Denzel, je n’ai pas réfléchi. Passer d’orphelin à une famille aussi grande avec, en plus, un petit frère, c’est… Ouh !

- Une famille…

- Tu sais quoi ? Je parlerai à Loz et à Tifa dès demain matin et je…

- Attends ! s’écria Denzel en mettant ses petites mains sur la bouche de son ami pour le faire taire.

Cloud cligna des paupières avec une innocence désarmante et sut, en voyant pétiller les prunelles du garçonnet, qu’il était arrivé à ses fins.

- Comment ça, ” une vraie grande famille ” ? insista ce dernier, certain d’avoir mal compris.

Il libéra la bouche de son ami et celui-ci haussa les épaules comme si c’était une évidence.

- Oui, si Loz devient ton papa, je deviens forcément ton oncle, puisque c’est mon frère.

Denzel écarquilla les yeux.

- Ton frère ? Mais tu disais que…

- On s’en fiche, de ce que je disais ! J’avais la jénovite, tu l’as déjà oublié ? Tu crois que Loz, Kadaj et Yazoo m’appellent ” grand frère ” comme ça, juste pour faire joli ?

- C’est vraiment tes frères, alors ?

- Evidemment ! Demande à Loz, tu verras.

- Et Sephiroth aussi, c’est ton frère ?

- Oui. Et Cid, aussi, depuis que Loz lui a donné son sang.

Denzel en resta bouche bée.

- Ouahhhh…

- Mais bon, puisque tu préfères que nous restions juste amis, je…

- Non !

- Non ?

Denzel lui sauta à nouveau au cou mais c’en était fini des larmes et des sanglots. Le garçonnet riait de pur bonheur, cette fois.

- Je veux qu’on soit une vraie famille, avoua-t-il. Et je veux avoir un petit frère. Et je veux aussi plein d’oncles et tantes. Et un vrai papa pour que les copains, ils ne se moquent plus de moi à l’école…

Cloud pressa le garçonnet sur sa poitrine nue en se souvenant de cette terrible journée.

Lorsque l’école de Denzel avait organisé ” la journées des papas “, où les pères des écoliers devaient venir parler de leurs métiers respectifs devant la classe, Cloud avait tenu le rôle comme il l’avait pu. Le soir, cependant, le garçonnet était rentré en larmes et couvert de bleus pour s’être battu contre ses petits camarades, qui l’avaient raillé parce qu’il n’avait pas de ” vrai papa ” à présenter à la classe.

- Avec un papa comme Loz, plus personne n’osera se moquer de toi, assura le jeune homme, sachant à quel point cette journée avait été douloureuse pour le petit.

- C’est clair !

Non, plus personne n’oserait se moquer de lui !

Denzel s’imaginait déjà dans la cour de l’école, attendant avec les autres l’arrivée des parents, qui viendraient pour la plupart à pied.

Alors on entendrait un énorme ” VRAAAOUUUUMMM ! “.

Tous ses copains écarquilleraient les yeux en voyant arriver une grosse moto noire. Les garçons seraient épatés et les filles deviendraient toutes rouges en voyant Loz tout vêtu de cuir noir descendre du bolide avec des armes et tout et tout.

Les garçons diraient : Oh ! Qui c’est ? T’as vu comment il est fort ? On dirait un héros de jeux vidéo ! “. Et les filles : ” Oh, là, là… qu’est-ce qu’il est beau ! T’as vu ? On dirait un chanteur de rock ! “

Et là, lui, Denzel, lancerait sur un ton presque négligent :

- Arrêtez de dire n’importe quoi. C’est mon papa, il est officier 1ère classe dans le SOLDAT. Il est en tenue de combat parce qu’il revient d’une mission super importante avec mon oncle Sephiroth. Hein ? Bah évidemment, le Général ! T’en connais beaucoup, des ” Sephiroth ” ? Bah oui, c’est le grand frère de mon papa. Quoi, je vous l’ai jamais dit ? Ah ouais ? Je croyais.

- Denzel ? Tu rêves ?

Le garçonnet cligna les yeux et sortit de son rêve éveillé pour voir le visage amusé de Cloud, à quelques centimètres du sien.

- Tu diras à Loz que je veux bien qu’il soit mon papa ?

Le sourire du jeune homme s’agrandit.

- Et pourquoi tu n’irais pas lui dire toi-même, mhh ? Je suis sûr que ça lui ferait plaisir.

- Quoi ? Maintenant ?

- Mon petit doigt me dit que lui et Tifa sont réveillés. Et puis on ira ensuite vite fait apporter ton cadeau à Kay avant de retourner se coucher, qu’est-ce que tu en penses ?

Denzel acquiesça vigoureusement, ravi.

- D’accord !

- Laisse-moi juste aller enfiler un t-shirt pendant que tu vas voir ta mère.

Cloud accompagna le garçonnet jusqu’à la porte de la chambre de Tifa, à laquelle il frappa doucement, et poursuivit jusqu’à sa propre chambre, où il alla prendre un t-shirt noir et se passer le visage sous l’eau.

Il n’arrivait pas encore à croire qu’il venait de pousser son rival dans les bras de son ancienne petite amie et de son fils adoptif !

Curieusement, il n’en éprouvait nul regret, bien au contraire. C’était ce qu’il y avait de mieux à faire pour le bien de tous. Quant au reste de jalousie qui lui pinçait bien un peu le cœur, il ferait avec ! Le bonheur qu’il avait lu sur le visage de Denzel valait bien cette minuscule petite douleur. Il avait fait ce qu’il fallait et il le savait.

Il s’essuya le visage en se regardant dans la glace, au-dessus de l’évier, et la conversation qu’il avait eue avec Barret deux jours plus tôt lui revint en mémoire…

- Barret… Comment sait-on si on est un homme ?

- Quoi ?

- Je veux dire… un ” vrai “. ” Fort ” et ” Droit dans ses bottes “, comme tu dis. Comment sait-on si on en est devenu un ?

- J’en sais rien, p’tit. Tout ce que je peux te dire c’est qu’un beau jour, tu te regardes dans le miroir et que tu sais que tu n’as plus besoin de te poser cette question… “

Cloud s’observa un long moment, sourit à son reflet et, du plus profond des océans azurés de ses yeux, une vieille femme lépreuse lui rendit son sourire…

… à suivre

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III - Nuit d’angoisse

« Où serait le mérite,

si les héros n’avaient jamais peur ? »

Alphonse Daudet

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Rufus annonça la suspension des travaux, la plupart des ouvriers rentrèrent chez eux à pied sans même réclamer leur rétribution et le chantier me parut horriblement désert. D’habitude ils restaient dormir sous leur tente et ne repartaient au village qu’une fois par semaine, le jour de la paye.

Ce soir-là, seuls le contremaître, le cuisinier et trois hommes étaient au camp en sus d’Angeal et de moi-même. Mon ami était parti ruminer dans sa tente sans même se donner la peine de manger la nourriture gongaïenne, délicieuse mais trop épicé qui m’avait donné des brûlures d’estomac et des coliques durant les trois premières semaines, ce qui avait beaucoup amusé Zack fair, le petit protégé d’Angeal.

Ce dernier semblait horriblement déçu par la décision de Rudus mais, surtout, très en colère. Je crois qu’il devait m’en vouloir de ne pas avoir suffisamment étudié le terrain avant de commencer les fondations.

Comment pouvais-je deviner qu’une bande de sagouins s’était amusée à creuser un temple dans la roche de la colline pour le condamner ensuite sans la moindre indication de son emplacement ?

Je ne suis pas une devineresse cétra !

Las, je m’assis en tailleur sur le sol, devant ma tente, et allumai une de ces infectes cigarettes à… A quoi, d’ailleurs ? Mieux valait ne pas le savoir mais c’était les seules que l’on pouvait trouver dans le village le plus proche, distant d’une bonne dizaine de kilomètres à vol d’oiseau.

Il n’y avait pas un souffle d’air et la seule chose que l’on entendait était le bourdonnement des moustiques et le murmure des prières du cuisinier et du contremaître.

Depuis que Rufus était parti, ils n’avaient cessé de prier et leurs mélopées me donnaient le bourdon.

Je regardai ma montre bracelet et dus essuyer le cadran couvert d’une poussière rougeâtre pour lire l’heure.

20h00.

Le soleil se couchait et le ciel était d’un rouge agressif, recouvrant le paysage d’un voile sanguinolent. On avait une belle vue depuis le haut de la grande colline.

D’après ce que m’avait expliqué Angeal, le nom de cette colline avait été emprunté à des entités célestes qui commandent aux vents : les mâruts. Il m’a montré une représentation de ceux-ci sur Internet. Il s’agissait de Dieux terrifiants, aux bras multiples et au visage agressif. Il avait ri de ma réaction en m’expliquant que les Mâruts n’était en rien des Dieux maléfiques, tout au contraire.

Au nord, la colline Mârut formait un à-pic de vingt mètres qui donnait sur la route ; l’emplacement que j’avais choisi pour construire la véranda du laboratoire attenant au réacteur.

A cet endroit du sommet, le terrain était droit et plat sur à peu près 1200 mètres carrés ; puis le sol s’abaissait en pente douce vers le sud. Vue du ciel, la colline devait avoir la forme d’une énorme virgule. A perte de vue c’était un terrain vallonné, aride, parsemé de petits bosquets d’épineux, à travers lequel serpentait le large ruban de terre battue qui menait à la rivière.

A une dizaine de kilomètres de la pointe de la virgule, cependant, une masse verdâtre inextricable attirait le regard. C’était la forêt sacrée de Gongaga.

Zack m’expliqua que des milliers de gens y venaient en pèlerinage car c’était dans cette région qu’un Dieu local supposé faire des miracles avait passé son enfance. J’avais insisté pour m’y rendre.

C’était l’une de ces forêts du cru où il valait mieux éviter de mettre les pieds si l’on ne voulait pas se retrouver face une bestiole aussi attachante qu’un serpent vert ou à un troupeau de singes amoureux qui vous collaient aux basques et vous mettaient leur derrière pelé sous le nez, sûrs de leur sex-appeal. Les serpents, c’est vrai, étaient monnaie courante et, une fois, une énorme vipère s’était introduit dans ma tente. J’avais poussé un tel hurlement que je ne sais pas lequel, du serpent ou de moi, avait été le plus effrayé par l’autre. Il avait filé sans demander son reste et j’avais passé une semaine à sursauter à chaque fois que je voyais un câble ou une corde traîner sur le sol.

Pour l’instant, ce n’était pas tant les serpents qui m’effrayaient que le silence entrecoupé par le bourdonnement des moustiques et des prières.

Je fixai le trou des fondations et un frisson glacé me remonta le long du dos. Je ne croyais pas une seconde, bien entendu, qu’une quelconque bêbête digne d’un roman d’horreur allait sortir de là, comme semblait le craindre son altesse Shinra de mes genoux, mais il fallait bien reconnaître que l’ambiance était tout ce qu’il a de lugubre sous ce ciel sanglant. La terre elle-même semblait gorgée d’hémoglobine.

Et si ce terrain appartenait à la famille de Rufus depuis des dizaines d’années, il était fort probable que ce fut bien le cas…

D’après ce que j’avais lu, l’étripage entre familles, clans, castes - ou comme on voulait bien les appeler-, semblait faire partie depuis belle lurette du sport régional, au même titre que les combats de cailles ou de coqs.

J’essayai de m’imaginer Rufus, installé sur son chocobo, en train de mener ses troupes au combat, aboyant des ordres et sautant sur le cul de sa volaille au rythme de sa marche lourdaude.

J’ajoutai au tableau un Palmer gras double courant à ses côtés, parasol ou éventail en étendard, tout en sautillant de temps en temps pour lui tendre un bol de cacahouètes et l’allégorie était presque assez cocasse pour être digne de son altesse ridiculissime.

Bon sang ! Quel gâchis d’avoir mis un tel abruti dans un corps pareil.

Je sortis de ma rêverie pour m’apercevoir que le soleil s’était couché.

Plus aucune lumière ne brillait dans le camp et ma cigarette s’était consumé et éteinte. J’en allumai une seconde et fixai la pleine lune.

Elle me parut énorme.

Après la vision d’un paysage baigné de sang, tout me paraissait à présent couleur de cendre grise.

“Eh allez ! D’abord tu vois le sang, les batailles et la mort et, maintenant, de la cendre. Remarque, t’as de la logique dans tes délires mon pauvre Sephiroth : après la boucherie, le bûcher. Normal. Faut bien se débarrasser des restes”.

Un Rufus échevelé, en larmes et hurlant de désespoir, se dessina devant moi. Je secouai la tête pour chasser cette image et regardai ma cigarette, suspicieux.

“Mais qu’est-ce qu’ils mettent dans leurs putain de clops ?”

Je l’écrasai sous ma semelle et me relevai avec un soupir pour entrer dans ma tente.

J’allumai la lampe posée sur une caisse de matériel en fer blanc, juste à côté de mon lit de camp, et elle vacilla durant un instant. Il était grand temps que je change la batterie.

“Demain”, me promis-je avant de me déshabiller et de jeter mes vêtements à la ronde.

“Quel désordre”, pensais-je en m’allongeant sous la moustiquaire.

Des plans étaient épars sur la planche de contre-plaqué montée sur tréteaux qui me servait de table. Une chaise, une malle, quelques caisses de matériel, une bassine et un nécessaire de toilette complétaient le reste du mobilier, le tout dans une disposition plus qu’approximative et branlante. Quelle misère…

Je me grattai le menton. Après deux jours sans rasage, ma barbe naissante me démangerait.

“Demain”, me dis-je encore en tendant la main pour éteindre la lampe.

Elle était trop loin.

“De toute façon, il n’y a plus de jus…”

Fainéant pour fainéant…

Je fermai les yeux, bras derrière la nuque et essayai de dormir.

En fait, j’étais épuisé. Le drap de coton était agréablement frais mais quelque chose me chatouillait les pieds. Les miettes des biscuits de la veille sans doute. Ou de l’avant veille.

Je secouai les jambes.

Les miettes irritantes tombèrent au fond du lit.

Les voilà qui m’égratignaient le mollet à présent. Elles avaient décidé me m’empoisonner la vie ou quoi ?

Je secouai rageusement les pieds pour les faire tomber.

Elles revinrent à l’assaut de mes cuisses, grimpèrent sur mon ventre, remontèrent vers la poitrine et j’ouvris brutalement les yeux.

Les miettes, ça ne cavale pas… mais les araignées, oui !

Avec un cri de dément, je bondis hors de mon lit, emportant la moustiquaire, dans laquelle je m’empêtrai, et sautai sur place en agitant la tête tout en me donnant des claques sur le corps.

En y repensant, je devais avoir l’air d’un bel épouvantail à moineaux ou d’un fantôme pris d’hystérie.

La mygale détala sous la malle et j’essayai de reprendre mon souffre en luttant pour me débarrasser de la monstrueuse toile d’araignée en mousseline couverte de dépouilles de moustiques. J’entendais encore l’écho de mon cri se répercuter dans la tente.

Tiens… Depuis quand ça avait de l’écho une tente ?

Je me figeai et tendis l’oreille.

Ce n’était pas un cri mais plusieurs hurlements qui se mêlaient jusqu’à ne plus former qu’une lamentation aiguë et hideuse qui me donna la chair de poule et me noua les entrailles.

De ma vie, je n’avais jamais rien entendu de semblable.

Sauf peut-être une fois, lorsque j’étais enfant.

Genesis m’avait invité chez lui, à la campagne, et nous étions tombés le jour le l’abattage des porcs. Les pauvres bêtes poussaient ce genre de cris quand le boucher du village les traînait à travers la cour de la ferme. Ils sentaient qu’ils allaient mourir et qu’ils ne pouvaient rien faire pour se soustraire à ce qui les attendait. Leurs cris devenaient tellement aigus et hystériques qu’ils ressemblaient à ceux d’un enfant. Ils persistaient un long moment lorsque le boucher leur maintenait la tête au-dessus d’une bassine en plastique, où le sang était récupéré pour confectionner les boudins, et leur tranchait la gorge comme on découpe un steak, à grands va et vient de lame, la peau étant trop dure pour la couper proprement.

Oui, ce que je venais d’entendre ressemblait exactement à cela.

Le hululement se mua en un gémissement atroce et se tut.

Je posai la main sur le rabat de la tente et hésitai.

Les croyances des ouvriers me semblaient d’un coup beaucoup moins ridicules…

Et si l’étrange créature qu’avait vomie les fondations où nous avions creusé m’attendait, là-dehors, dans le silence ?

La lampe vacilla, faisait scintiller la lame de Masamune, posée sur la table, et s’éteignit, ajoutant encore à mon angoisse.

Je ne pouvais pas rester indéfiniment planté dans le noir, accroché à un bout de toile.

Je secouai la tête et, d’un geste rageur davantage destiné à me persuader de mon courage qu’à l’exprimer, ouvris le rabat et sortis.

La silhouette massive qui me faisait face me fit tressaillir et un éclair de lumière vive m’aveugla.

- Tu as entendu ?

Je soupirai de soulagement en reconnaissant la voix d’Angeal.

- Oui, dis-je, la gorge sèche.

Il se dirigea vers la tente qui servait d’abri aux ouvriers et à nos hommes.

Je lui emboîtai le pas, mon rythme cardiaque dansant la gigue.

En dépit de la chaleur, j’étais glacé jusqu’aux os.

Je remarquai alors qu’il tenait un fusil à la main et lui étais reconnaissant d’avoir pris une telle initiative.

A quelques mètres, dans la tente du contremaître, tout semblait silencieux et calme.

Trop calme.

Comme si une chose tapie dans l’ombre attendait que nous soyons suffisamment près pour nous sauter dessus.

C’était là.

Je le sentais comme quand un chatouillement sur la nuque vous avertit que quelqu’un vous regarde.

Je voulus prévenir Angeal mais, au moment ou j’ouvris la bouche, cela me parut si ridicule, si fantaisiste, que je la refermai aussitôt.

C’est étrange comme le surnaturel prend immédiatement le dessus dès que l’on ne peut pas donner d’explication à son angoisse.

Sans doute quelque pan de mur s’était-il effondré dans le trou. Les ouvriers avaient pris peur et avaient dû fuir à toutes jambes, voilà pourquoi tout était silencieux.

Angeal avançait lentement, méfiant. Il scrutait l’obscurité en balayant le camp du faisceau de sa torche.

N’eut été la situation difficile, j’aurais presque ri de l’image qu’il offrait : muscles tendus à craquer, le fusil dans une main et une torche dans l’autre, avec, pour tout vêtement, un short ridicule offert par Zack et imprimé de petits lapins “touche pas à ma carotte”.

Curieusement, un air frais s’était levé et la poussière était froide sous mes pieds.

J’avais la chair de poule.

La lune, qui m’avait paru si lumineuse quelques instants auparavant, disparaissait par intermittence sous le voile des nuages.

Angeal s’arrêta devant la grande tente silencieuse, bien campé sur ses jambes, et je le serrais de tellement près que je faillis le heurter.

- Tout va bien là-dedans ? demanda-t-il d’un voix enrouée.

Pas de réponse.

Il me lança un regard anxieux et haussa le ton pour demander :

- Vous êtes là ? Zack ? Est-ce que tout va bien ?

Toujours rien.

Je le vis déglutir avec difficulté et armer le fusil.

La culasse émit un bruit sec et métallique…

…à suivre

II - Patron à céder. Beau. Imbuvable. Très peu servi.

« Un patron, c’est ce genre d’individu qui vous pose une question,

répond à votre place et vous accuse ensuite de parler à tort et à travers. »

Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Illustration tirée du doujinshi “BUBBLES” du Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Bien qu’irrémédiablement agnostique et sceptique, je laissai momentanément de côté mes convictions pour adresser une rapide prière à mon ange gardien, ou n’importe quoi d’autre qui pouvait m’en tenir lieu.

J’étais tout prêt à aller faire une offrande à n’importe quel Dieu qui mettrait sur ma route un spécimen pareil !

A vue de nez, un mètre quatre-vingt de classe et de grâce moulé dans un costume blanc fait sur mesure. Pour un peu je regrettais de ne pas être couturier pour prendre les mesures en question.

Le nouveau venu, à qui je donnais dans les vingt-deux, vingt-cinq ans maxi, ôta ses lunettes de soleil, révélant des yeux en amande aux prunelles bleu-gris comme un ciel d’hiver, hypnotiques. Avec ça, un visage digne d’une statue, bien dessiné sans être trop fin, et les cheveux blonds. Détail curieux, il tenait un mouchoir devant sa bouche pour ne pas respirer la poussière du chantier. Drôle de dandy…

A voir les manières de l’obséquieux en chef, cet Apollon au teint de porcelaine n’était autre que le Rufus Shinra en personne.

Ma journée s’éclaircissait-elle par miracle ?

Cela ne pouvait pas durer…

Et en effet, la faute de goût impardonnable était la poule qui faisait signe à Palmer ” gras-double ” pour lui ouvrir la portière de la voiture de luxe. A peine extirpée de l’habitacle, elle alla se pendre au bras de Rufus, autant pour lui coller ses seins sous le nez que pour ne pas trébucher avec ses talons aiguille sur les pierres du chantier.

Je me demandai où il l’avait trouvée - et surtout combien il l’avait payée - tout en estimant que quel que soit le prix, c’était trop cher.

Attention, que les choses soient claires : je ne déteste pas les femmes par principe. Tout au long de ma courte vie, j’avais déjà croisé de superbes créatures comme on peut en admirer sur les couverture des magazines et même couché avec beaucoup d’entre elles. Difficile, même pour moi (car, à en croire Angeal et Genesis, je suis ce qui se rapproche le plus d’un morceau de glace en matière d’affectivité et de romantisme), de ne pas apprécier leur beauté.

Mais Rufus, lui, descendant de plusieurs générations d’élégance raffinée, se promenait aux bras d’une abomination aux cheveux décolorés coiffés en palmier, moulée dans une mini-robe en skaï noir au ras des fesses et affublée d’un collier de chien clouté !

Il dégringola d’une belle volée de marches dans mon échelle d’intérêt et je commençai à comprendre l’origine des directives aberrantes de Palmer pour la sécurité et la discrétion des lieux. Moi qui espérais à moitié que ” gras-double ” était en partie responsable de l’excès de ” sécurite aiguë ” et que je pourrais discuter avec son patron, j’en étais pour mes frais… Pourvu qu’il ne me demande pas d’aménager un donjon sado-maso dans la cave avec des caméras cachées tournant en permanence !

Laissant de côté mes goûts personnels pour redevenir un soldat 1ère classe responsable de la sécurité, professionnel et neutre, je me portai à la rencontre de Rufus Shinra et de sa suite.

Il jeta un regard méprisant à ma main tendue, déjà noire de poussière collée par la sueur, et dédaigna de la serrer. Je ne pouvais guère lui en tenir rigueur…

Son sous-fifre intervint avec une courbette et récita comme s’il avait passé la nuit à répéter devant son miroir :

- J’ai le grand honneur de vous présenter le président directeur général adjoint, membre éminent du conseil d’administration de la ville de Midgar, chargé de mission pour le cabinet de gestion de l’énergie et en charge du dossier de restructuration du budget, monsieur Rufus Shinra.

A le voir reprendre son souffle, on comprenait aisément qu’il ait dû s’entraîner. Chaque titre et syllabe semblait élever d’un degré supplémentaire le piédestal où était juché son patron, qui me toisait du haut de son curriculum vitae.

Mais à ce jeu-là, nous pouvions être deux.

- Enchanté. Sephiroth Hojo, fis-je avec une ombre de sourire.

Je marquai une pause, puis ajoutai en élargissant mon rictus :

- Mais vous pouvez m’appelez ” Général “, en toute simplicité.

Pour une fois, j’eus une pensée reconnaissante au père du dandy pour ce grade, gagné de haute lutte durant la guerre de Wutai.

En réalité, tous les gens que je connaissais m’appelaient simplement par mon prénom - voir Seph ou Sephy pour certains - mais je n’avais pas l’intention de faire une fleur à ce fils à papa pète-sec.

La moue pincée de son altesse sérénissime, qui en oublia de se couvrir la bouche de son mouchoir, me dit que j’avais atteint mon but.

Je contins un sourire et me promis de faire un effort pour ne pas me montrer trop désagréable. D’ailleurs, me souvenir que je devais rendre des comptes à ce type dissipa aussitôt toute envie de rire comme une douche glacée. Aussi glacée que la voix de Rufus quand il me demanda où en étaient les travaux.

Son langage châtié était aussi impeccable que son costume mais je n’allais pas m’en laisser conter par un nobliau.

- Eh bien, comme vous le voyez, le vieux temple a été rasé. Nous creusons actuellement les fondations dans les ruines pour installer le réseau de thermo-détection. Voulez-vous voir cela de plus près ?

Sa poule lui lança un regard peu enthousiaste et lui-même fronça le nez en regardant les ouvriers charrier les pierres concassées hors des tranchées béantes.

Inutile de me faire un dessin… Il n’avait pas envie de salir ses chaussures à vingt mille gils pour aller voir suer les hommes qui rénovaient son fichu réacteur.

Je craignis de ne pas pouvoir rester civil bien longtemps avec ces trois snobs quand des cris et un grondement sourd retentirent.

Un nuage de poussière s’éleva soudain des fondations, et Angeal courut vers la source du vacarme. Je m’élançai moi aussi, laissant son altesse planté près de sa voiture de luxe.

Les ouvriers s’étaient regroupés autour d’un des leurs, qui avait lâché son marteau piqueur et se tenait la tête entre les mains. Devant lui, le sol s’était effondré et béait sur ce qui semblait être une cave plongée dans l’obscurité.

Je repoussai ses collègues pour l’atteindre, devancé par Zack et Angeal.

L’ouvrier s’était figé, comme s’il s’attendait à être foudroyé sur place. Je le secouai doucement.

- Eh ! Ca va aller ?

- Il est juste choqué, intervint Zack.

L’homme secoua la tête et vomit un flot de plaintes incompréhensibles.

- Du calme, fis-je en le prenant par les épaules. Ce n’est rien, personne n’est blessé. Qu’est-ce qu’il dit ? demandai-je à Zack.

- Il n’arrête pas de répéter qu’il a commis ” un péché “.

- Un péché ? Il y a eu un accident, ça arrive. Dis-lui bien qu’il ne sera pas renvoyé pour ça.

Zack traduisit et l’homme se calma un peu.

- C’est quoi le trou, en dessous ? demanda Angeal.

- Il faudrait commencer par faire le plan de ces caves du vieux temple - ou quoi que ce ça puisse être - et voir comment en tirer parti ou les éviter. On ne peut pas faire passer des tonnes de câblage destiné à transmettre des données sécurisées comme ça, à l’aveuglette, au-dessus d’un espace vide dont on ignore s’il est accessible ou non de l’extérieur.

L’ouvrier désigna du doigt des pierres sculptées mises en pièces, à ses pieds. Il blêmit, pour autant que je puisse en juger sous la terre qui le couvrait, et leva vers moi des yeux pleins de terreur en débitant je ne sais quelles explications d’une voix tremblante et surexcitée.

- Qu’est-ce qu’il dit ?

- Le temple, traduisit Zack. Il dit qu’un démon était enfermé sous le temple.

Allons bon… Il ne manquait plus que ça à ma journée ! J’allais finir par croire à leurs sornettes et penser que j’avais écopé d’un mauvais karma en débarquant ici.

- Que se passe-t-il ? demanda une voix sèche au-dessus de moi. De quel temple parlez-vous ?

Rufus m’avait suivi, au péril de ses mocassins en… en je ne sais quoi d’ailleurs - pas du cuir en tous les cas -, et semblait hypnotisé par l’ouverture béante dans les fondations des futures enceintes de son réacteur mako.

La pointe d’appréhension que je devinai dans son expression m’intrigua.

Le chef des ouvriers se répandit en courbettes se lança dans explications où il était question d’une légende concernant un démon, enfermé dans un temple.

A ma grande surprise, monsieur le prince, champion de la modernité, la connaissait déjà et semblait y attacher beaucoup plus d’importance que moi.

Arrachant son bras à l’emprise de sa petite amie - ou devrais-je dire son “esclave” ? - d’un mouvement brusque, il bondit dans le trou et, pendant une fraction de seconde, la grâce féline de son saut me détourna de mon antipathie à son égard. Un gâchis pareil, c’était bien la preuve qu’il n’y avait pas de dieux ou de démons en ce bas monde !

Rufus se pencha sur les pierres sculptées, les replaçant dans leur position initiale, et entreprit d’enlever la terre recouvrant le mur de part et d’autre du trou. Il semblait vouloir déchiffrer les fresques.

Je pris mon mal en patience et attendis sous le soleil de plomb qu’il daigne nous faire part de ses conclusions. J’aurais bien sauté dans le trou pour y patienter à l’ombre de la cave mais j’avais l’impression que cela ne serait pas très bien accueilli…

Enfin Rufus se redressa et m’adressa un regard en biais.

- Ce temple a été bâti par les cetras. Il est écrit ici qu’un certain Idfern ou Ilfern y a fait emprisonner une créature malfaisante…

- Ah. Et… c’est grave ? demandai-je, sarcastique.

Il me jeta un regard meurtrier.

J’espérai de tout mon cœur qu’il n’allait pas renoncer au projet pour ces balivernes - la permission de deux mois entiers que je pensais m’accorder à la Costa del Sol dans un hôtel de luxe entouré de petits minets alléchants en dépendait !

Je ne tenais cartes pas à démolir un patrimoine archéologique mais, au point où on en était, il ne devait plus rester grand-chose à sauver. L’antique temple avait été rasée et le mur de la cave éventré.

Rufus pointa du doigt un motif entrelacé qui semblait courir le long du mur.

- Ceci était le sceau qui condamnait le temple. Il a été détruit par cet ouvrier.

Le malheureux terrassier priait toujours et ses camarades, pleins de pitié, le regardaient comme s’ils s’attendaient à ce que ce démon sorte du sol pour le croquer.

- Cet homme creusait là où on lui avait dit de creuser. Nous n’avions aucun moyen de savoir que c’était un… ” lieu sacré ” ou comme vous voudrez bien l’appeler.

- Cela n’en est plus un maintenant, répliqua le petit prince blondinet avec animosité.

Visiblement, il m’en tenait pour responsable.

Heureusement, Angeal intervint pour m’empêcher de répondre vertement.

- Pouvons-nous faire quelque chose à ce sujet, monsieur Shinra ?

Angeal avait toujours été plus diplomate que moi.

Rufus réfléchit un instant puis demanda des torches.

Palmer s’empressa d’aller chercher un projecteur forte puissance dans le coffre de la voitre et je me demandai vaguement pourquoi il avait un truc pareil sous la main. Avant de me souvenir de la fiabilité toute relative des routes et de l’alimentation électrique locale…

Rufus désigna Palmer d’office pour descendre le premier avec la torche. Il le suivit, m’interdit d’un geste sec d’en faire autant, et Angeal posa une main sur mon bras pour m’empêcher de lui sauter à la gorge.

J’attendis en battant de la semelle dans l’air suffocant que ” sa majesté ” se soit avancée dans l’obscurité pour me glisser dans le trou avant qu’il ne puisse protester.

Il me fusilla du regard mais je n’en avais cure.

La vue du temple me rassura un peu. Nous n’avions pas fait trop de dégâts. Les bas-reliefs étaient intacts pour la plupart. Et, par chance, ceux que le mur éventré portait à l’intérieur semblaient incomplets, comme si le temple avait été achevé à la hâte.

En réalité, ce n’était qu’un des milliers de petits temples cetras mineurs qui parsemaient le continent comme des grains de sable sur un sandwich de plage. J’aurais été désolé d’avoir contribué à la destruction d’un site archéologique ou d’un trésor d’art antique.

- Apparemment, plus de peur que de mal, soupirai-je.

Rufus me fustigea d’une œillade peu amicale et Palmer rentra la tête dans les épaules.

xox

Gongaga, 12 mai, 19h17.

Journal de Rufus Shinra

Cette journée a tourné au cauchemar. Palmer m’avait bien mis en garde contre l’impudence de Sephiroth, et il n’avait pas tort. Je me demande comment ce rustre a pu s’élever au grade de Général. Non seulement il a été très malpoli avec moi mais il méprise la culture et le passé de notre planète. Le contremaître m’a même rapporté la prédiction d’un saint homme que ce Sephiroth a presque chassé du chantier le matin même. Le châtiment n’a pas tardé : les ouvriers ont mis à jour le temple dont parlait la légende du prince cetra Hendraa ; les scellés des murs ont été brisés par les marteaux piqueurs. Je n’ose imaginer quels autres désastres il va causer. Déjà, un pressentiment étrange et désagréable de mort imminente m’envahit et je sens déjà les flots de la rivière de la vie lécher mes jambes.

S’obstiner à remettre en état ce réacteur est folie mais folie plus grande encore serait de ne pas essayer de réparer les dégâts causés par cet imbécile de soldat !

Jamais homme ne n’avait inspiré une telle antipathie. Il semble traîner derrière lui une aura infestée et malpropre bien digne de son père, ce fou d’Hojo.

Bien sûr, aux yeux de n’importe qui d’autre, il apparaîtrait comme un bel homme. J’ai bien remarqué que le regard de Babeth s’attardait sur lui plus que la décence et sa condition de soumise ne le lui permettaient.

Je pense d’ailleurs prendre les mesures nécessaires pour renvoyer dès demain cette putain incapable de comprendre que son maître est le seul qu’elle doive regarder de la sorte. Palmer n’aura nul mal à me trouver une remplaçante. Je pense jeter mon dévolu sur cette comédienne que l’on voit partout sur les jaquettes de films SM depuis quelques mois. Comment s’appelle-t-elle déjà ? Peu importe d’ailleurs. Je ne lui demande pas d’avoir un nom mais qu’elle joue son rôle d’esclave, m’obéisse et sache me faire jouir quand je le lui ordonne.

J’ai expliqué à ma vielle nourrice ce qui s’était passé au réacteur en espérant qu’elle sache peut-être quoi faire. Elle s’est contentée de pousser un cri strident en se couvrant le visage des mains. J’ai eu beau tenter de la calmer, rien n’y a fait.

J’avoue que, ma colère passée, sa réaction m’a effrayé et je sens des serpents me ronger les entrailles.

J’essayerai encore demain d’obtenir les renseignements qu’elle pourrait me fournir et, si ce n’est pas le cas, je serai contraint de chercher dans la bibliothèque de Nibelheim. Dieux que je déteste cette pièce et ce manoir ! Ils semblent pleins de murmures.

J’ai ordonné que l’on suspende les travaux jusqu’à nouvel ordre. A l’annonce de cette décision, le petit rire sarcastique de Sephiroth m’a donné enviede le jeter de la colline en contrebas pour l’entendre se briser les os. Comment son esprit obtus de militaire mal dégrossi pourrait-il saisir toute la gravité de sa faute ?

C’est étrange… Jamais je n’ai senti gronder une telle haine en moi pour un homme.

Jamais…

…à suivre

LVIII - Un cercueil contre un berceau

” Il n’y a pas de cimetière assez grand

pour engloutir le passé.”

A. Kivimaa

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Vincent fit irruption dans l’infirmerie, Merill se tenait devant la porte du bureau de Shalua, pétrifié, le bébé de Loz dans les bras.

De l’intérieur parvenaient des bruits confus de sanglots et de bris d’objets que l’on aurait jeté sur le sol ou contre les murs.

- Monsieur Valentine, vous voilà enfin, Dieux merci !

L’ancien turk posa Cait sur le sol et jeta un œil en direction du box de chirurgie vitré, inquiet que le boucan ne déconcentre Shalua et Reeve.

- Ne vous en faites pas, monsieur Valentine, le rassura Merill, la salle de chirurgie est insonorisée.

- Reste ici et n’interviens pas, quoi qu’il arrive, ordonna Vincent en entrant dans le petit bureau.

Le garçon n’eut pas le temps protester que la porte se referma sur l’ex-turk.

*

- Tu meurs d’envie de descendre voir le bébé ! railla Tifa en éclatant de rire. Allez, admets-le ! Tu ne vas pas commencer à faire comme Cloud et essayer de cacher ce que tu ressens ou ce dont tu as envie !

Cloud, qui revenait de la cuisine avec une bouteille d’eau, s’arrêta devant la porte de Tifa en entendant prononcer son nom et tendit l’oreille.

Il n’était vêtu que d’un pantalon de pyjama et il frissonna en appuyant son dos nu contre le mur du couloir plongé dans l’ombre.

- Très bien, c’est vrai, j’ai envie de descendre, acquiesça Loz en riant lui aussi. Mais je ne le ferai pas. Je veux être fixé sur son état de santé. Tu as vu ses pieds ?

- Oui. Nero nous dira peut-être ce qui s’est passé. Je suis persuadé qu’hormis cela, il va très bien.

- Pourquoi dis-tu que grand frère essaye de cacher ce qu’il ressent ?

Dans le couloir, ce dernier se raidit.

- Parce qu’il l’a toujours fait. Tu sais que ça me fait vraiment bizarre, lorsque je t’entends l’appeler comme ça ?

- C’est ce qu’il est. Comment veux-tu que je l’appelle ?

Le doux rire triste de Tifa tinta derrière la porte close et Cloud sentit un pincement au coeur.

- Je crains, hélas, qu’il ne soit pas de ton avis, Loz. Contrairement à Cid, il considérera toujours les cellules de Jenova qui sont en lui comme une souillure. Jamais il n’acceptera d’en voir le côté positif, ce lien qui vous unit tous, plus fort et indestructible que n’importe quelle attache familiale. Cloud a toujours été un solitaire.

Loz soupira.

- Les gens changent, parfois. Regarde ceux qui sont ici, dans ce manoir.

- Oh, Cloud peut changer d’attitude envers les autres, j’en suis certaine. Mais de là à se pardonner à lui-même et à accepter ce qu’il est… Ou du moins ce qu’il croit être, c’est une autre histoire.

Dans le couloir, les mains de Cloud se contractèrent si fort sur la bouteille d’eau qu’il tenait à la main qu’il faillit la faire éclater.

- La vérité est une vieille femme lépreuse que personne n’a envie de regarder en face, Tifa.

- Que c’est joli ! Où as-tu entendu çà ?

Le Soldat tiqua, étonné d’entendre ce genre de choses dans la bouche d’une grande brute comme Loz.

- C’était il y a longtemps.

- Encore de tes histoires, pas vrai ? Avoue !

Loz éclata de son beau rire grave et Tifa insista.

- Raconte-la-moi !

- Tifa…

- Allez, s’il te plaît !

- Tu sais bien que je ne suis pas à l’aise pour parl…

- Sornettes ! Tu racontes merveilleusement bien ! Ne m’oblige pas à te supplier, Loz.

Cloud, de plus en plus surpris, colla son oreille contre la porte.

Il entendit grincer un peu le lit et imagina la jeune femme se blottir contre l’argenté à la façon d’une petite fille pour écouter attentivement l’histoire qu’il s’apprêtait à raconter.

*

Le mythique général avait transformé la pièce en zone sinistrée.

Des documents étaient éparpillés partout sur le sol, les meubles, hormis le bureau où était posé l’ordinateur portable où défilaient les images vidéo, avaient été renversés et des dizaines d’objets avaient été brisés.

Sephiroth empoigna le fauteuil où il était assis quelques instants plus tôt avec l’intention évidente de le lancer contre le mur ou, pire, contre la vitre sans tain qui séparait le bureau de Shalua du laboratoire mais Vincent s’interposa.

- Ca suffit ! cria l’ex-turk en lui saisissant les avant-bras.

- Lâche-moi ou je te jure que je te…

- Tu n’es pas responsable de ce qu’Hojo leur a fait ! insista Vincent en vissant son regard purpurin au sien sans desserrer sa prise.

Les yeux de Sephiroth étaient rouges et son visage souillé des larmes qui en avaient coulé, et qui coulaient encore, ruisselant sur ses joues jusqu’à son menton, sa gorge et sa poitrine nue. Mais sa bouche, elle, se tordait en un rictus haineux qui découvrait ses dents de carnassier.

- J’aurais dû l’en empêcher !

- Tu n’étais toi-même qu’un petit garçon, lorsque les jumeaux sont nés !

L’ancien cauchemar de la planète repoussa Vincent avec une telle brutalité qu’il alla s’écraser contre la seule étagère encore debout, provoquant une avalanche de livres et de dossiers.

Il leva ensuite le fauteuil au-dessus de sa tête avec un cri de rage et allait le lancer contre la vitre sans tain lorsque l’ex-turk se redressa et l’apostropha.

- C’est ça, vas-y ! hurla celui-ci, à son tour fou de rage. Profites-en, Nibelheim a été reconstruit et sa population a triplé !

Il ramassa un briquet dans un tas d’objets épars, sur le sol, et lui lança avec colère.

- Tiens ! Amuse-toi ! Avec trois fois plus de victimes, ce sera encore plus drôle à faire flamber que la première fois !

Sephiroth blêmit à tel point que Vincent le crut sur le point de se trouver mal et reposa le fauteuil avant de s’y laisser tomber, profondément choqué.

Vincent, comprenant qu’il était allé trop loin, s’approcha et lui posa la main sur l’épaule.

- Je suis désolé, je n’aurais pas dû dire ça. Tu n’étais plus toi-même, alors.

Le regard du Soldat glissa jusqu’à l’écran de l’ordinateur portable, où les images des vidéos de surveillance du cratère nord continuaient à défiler.

- Quelle importance, que je sois moi-même ou non au moment où les malheurs surviennent… soupira-t-il. Force est de constater que j’ai toujours été incapable de les empêcher de frapper.

L’ex-turk le serra contre lui, le gosier noué.

- Tu n’as pas le droit de te reprocher ce qui est arrivé au cratère nord.

- J’aurais dû le sentir. Sentir leur présence. Leur souffrance. Leur existence !

- Ton père et Ashton Shinra sont les seuls coupables, Sephiroth.

- Pourquoi ? Pourquoi ont-ils fait ça ? Ils m’avaient moi, à cette époque ! Et Angeal ! Et Genesis ! Comment ont-ils pu vouloir créer d’autres “super-soldats” avec tous les risques que cela comportait ? Ils le savaient ! Ils connaissaient les risques !

- Ce n’était que des expériences, pour eux. Tout comme toi. Et moi. Et Nero. Et Weiss. Et Cloud. Et tant d’autres… Tant d’autres, Sephiroth…

- Ils n’étaient que des petits garçons innocents, Vincent… Ils n’étaient que des petits garçons… Mes petits garçons…

Vincent resserra son étreinte.

- Je sais…

*

Au fond du parc du manoir, Yazoo frissonna et sursauta lorsque la main de Reno se posa sur son épaule.

- Pardon. Je t’ai fait peur ?

L’argenté s’essuya les yeux et secoua la tête.

- Non, tu m’as surpris, c’est tout.

Le turk désigna du menton le mausolée des Shinra qui se découpait dans le ciel nocturne éclairé par la pleine lune.

- Je t’ai dit que ce n’était pas lugubre mais de là à venir en pleine nuit… essaya-t-il de plaisanter.

- Même la nuit, je… enfin, ce n’est pas lugubre du tout, en effet.

Reno lui lissa les cheveux et lui tendit un mouchoir.

- Ca va aller ?

Yazoo acquiesça et se força à sourire en se tamponnant les yeux.

- Oui, bien sûr, ne t’en fais pas. C’est… C’est très joli, tu avais raison. Quand… Quand vont-ils amener le… le corps ?

- Demain. Elena a appelé tout à l’heure.

- Elle a appelé ? Si tard ?

- Elle et Tseng voulaient que le filme Kay avec mon portable pour leur envoyer, expliqua le Turk. Je crois bien qu’eux aussi sont en train de tomber amoureux de ce bébé !

- Il est si mignon…

- Le tien l’était aussi, fit une voix dans leur dos.

Ils se tournèrent pour voir Rufus Shinra venir ver eux, emmitouflé dans un élégant manteau de laine gris.

- Tu veux entrer ? demanda-t-il encore à Yazoo en agitant un trousseau de clés.

- Comment saviez-vous que nous étions ici ?

- Gretta m’a dit que tu lui avais demandé où se trouvait le mausolée. Venez.

Il déverrouilla la magnifique porte de fer forgé, qui s’ouvrit sans même un grincement, et une agréable odeur de fleurs fraîche leur chatouilla les narines.

Rufus actionna un interrupteur et une douce lumière dorée éclaira la crypte, toute de marbre rose et luisante de propreté.

Durant la journée, les rayons du soleil passant à travers les vitraux représentant les magnifiques jardins de la terre promise des Cetras devaient illuminer les lieux de mille couleurs chatoyantes et, sur chaque tombeau, vide ou non, des statues d’anges souriants jouaient de la musique, lisaient ou devisaient au milieu des fleurs et des plantes d’hiver.

Le jeune président sourit devant l’expression étonnée de l’argenté et échangea un sourire entendu avec Reno.

- Tu vois ? fit celui-ci. Je t’avais dit que c’était clair et paisible.

- La section réservée aux enfants est ici, les guida Rufus. Elle est vide, pour l’instant.

Il les mena vers ce qui ressemblait à la reproduction d’un petit château de conte de fées en albâtre multicolore, sur lequel veillaient des chérubins joufflus et des créatures fantastiques, sympathiques dragons rondouillards et souriants ou fées et lutins facétieux qui se cachaient dans les tours ou derrière les colonnes.

La porte et les deux grandes fenêtres du château étaient en fait les plaques funéraires fermant les niches prêtes à accueillir trois petits cercueils.

- Mon père disait que nous n’avions pas à faire supporter notre tristesse aux morts, expliqua Rufus. Et moins encore si ces morts étaient des enfants.

Yazoo tendit la main pour caresser l’aile d’un dragon jovial qui tendait un panier destiné à recevoir des fleurs pour les petits défunts.

- Loz doit choisir un berceau et moi une boîte… ne put-il s’empêcher de remarquer, amer et incapable de ravaler ses larmes. Le destin ne manque pas d’humour…

Reno ouvrit la bouche, prêt à le consoler, mais Rufus lui posa la main sur l’épaule et secoua la tête.

L’argenté avait besoin de faire sortir sa rage et sa frustration.

Ils le laissèrent donc déverser son trop plein de peine et colère en silence, jusqu’à ce que, au bout d’un long moment, Yazoo se reprenne, s’essuie le visage et se tourne vers eux.

- Je suis désolé, s’excusa-t-il en rougissant. Je ne devrais pas dire des choses pareilles. Kay et Loz n’y sont pour rien.

Rufus et Reno lui sourirent, rassurants.

- C’est normal, que t’aies la rage, fit ce dernier.

- C’est humain, renchérit le jeune président.

L’argenté sentit un coup au cœur et les larmes lui remonter aux yeux mais sous le coup de l’émotion, cette fois.

” Humain “

Lui, Yazoo, était humain

C’était la première fois qu’on lui disait une chose pareille mais comment leur faire comprendre à quel point ce simple petit mot lancé de façon aussi naturelle le flattait plus sûrement que le plus retentissant des panégyriques ?

- Je vous remercie d’accepter d’accueillir mon… fils ici, Rufus.

” Mon fils “

Que ces mots, qu’il disait pour la première fois sonnaient bizarrement dans sa bouche…

Un instant, il craignit même qu’une trace de sarcasme n’apparaisse sur le visage de Rufus ou de Reno mais ce ne fut pas le cas, loin de là.

- As-tu réfléchi au nom qu’on doit faire graver sur la plaque ? demanda le jeune président. (Yazoo blêmit) Ca ne fait rien, ce n’est pas urgent, prends le temps de réfléchir, je…

- Kaly, dit Yazoo avant de manquer de courage.

- Kaly ? répéta Reno. Ca sonne bien. Ka-daj, L-oz, Y-azoo. Kaly.

- Oui, la technique de Loz me plaît assez, finalement, acquiesça Yazoo.

- Va pour Kaly, fit Rufus. Nous nous en occuperons dès demain matin.

- Il sera bien ici… soupira l’argenté en jetant un dernier regard à la ronde. C’est si joli et paisible. Merci encore, Rufus.

Ce dernier secoua la tête.

- Ce manoir, cette propriété, ne sont plus seulement à moi. Ils ont trop à raconter. Ils ont vu trop de grands malheurs et de bonheurs immenses ces derniers jours. Trop pour un seul homme. Cette maison est celle du clan, désormais. Notre clan. A nous tous.

Reno sourit et passa le bras autour des épaules de Yazoo.

- Le clan Shinra ? murmura celui-ci avec un sourire reconnaissant.

- Le clan Shinra… répéta le turk. Ca aussi, ça sonne plutôt bien.

- Oui… acquiesça Rufus, bien plus ému qu’il ne l’aurait souhaité. Ca sonne bien.

L’argenté acquiesça d’un sourire et se laissa aller contre l’épaule de Reno.

Oui, c’est vrai que ça sonnait bien…

…à suivre

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Part 11 Les chemins de la vertu… Ils sont de quel côté, déjà ?

Cid (semblant réfléchir un moment) : A la guerre comme à la guerre ! Soit !

Tout le monde pousse un gros soupir.

Loz (en bâillant) : Eh bien bonne nuit.

Il se dirige vers sa cabine où Yazoo dort comme un bienheureux, se déshabille *ben quoi, il va pas dormir habillé, non ?*, met un pyjama *ah vous ne vous y attendiez pas à celle-là, hein ?* avec des petits moogles rouges et essaye de pousser Yazoo qui s’est étalé en long, en large, en travers et en hauteur… En hauteur ? C’est quoi ce truc ? Glups !

Loz (en grognant) : Mais pousse-toi donc un peu, enfin !

Yazoo grommelle et s’étale encore plus.

Loz (en le poussant sans ménagement) : Mais pousse-toi j’te dis !

Yazoo se casse la gueule et continue à roupiller par terre.

Loz (qui va pour le relever et se rétracte au dernier moment) : Oh, puis merde, reste là ! Au moins j’aurai de la place ! (il se couche, croise les mimines derrière la tête et regarde le plafond) J’ai pas sommeil, moi ! J’ai pas l’habitude de m’coucher à c’t'heure là (il regarde Yazoo, qui roupille, avec envie) R’gard’le l’aut’la ! Le plafond pourrait lui tomber dessus…

Yazoo (en rêvant) : Prends-moi dans tes bras, mon étalon céleste… (Loz, d’un zouli rouze pivoine, se met l’oreiller sur la figure) Aahhh ! ! !Ouuiiiiiiiiii ! ! ! Encore…

Incapable d’en supporter plus, Loz se lève et se rend dans la chambre de Kadaj pour échapper à la ” vision lamentable des instincts primaires de Yazoo ” et faire un “mi” sur le front de son p’tit frère adoré. Mais, arrivé devant la cabine il entend des …bruits bizarres.

Loz (en poussant la porte d’un coup) : Espèces d’obsédés de l’espace ! Qu’est ce que vous faites à mon p’tit frère ? Glups ! (Reprenant un air distingué et martial) Mes hommages, Madame !

Tifa : Nan mais ça va pas nan de rentrer comme ça chez …? Tes quoi ? “Hommages” ? (la mâchoire pendante) Pincez-moi je rêve !

Cloud (avec un grand sourire, sortant la tête des draps) : Alors ? On commence à s’ennuyer ?

Loz (le regard pudiquement tourné) : Vous me voyez navré de cette intrusion inopportune, Madame, veuillez m’excuser

Il ressort en fermant doucement la porte.

Tifa (qui regarde Cloud comme si elle venait de voir passer un troupeau de vaches à bicyclette) : Est-cet que toi entendre ce que moi avoir entendu ? Lui être devenu un gentleman ?

Cloud (levant le sourcil) : De quoi ?

Tifa (un entonnoir sur la tête et les cheveux hérissés sur le caillou) : Moi y’en a dire que pas le reconnaître… Moi y’en a avoir mal entendu ? Hommages de Madame à moi ?

Cloud (qui lui tapote l’épaule) : Oh, là, là ! Respire fort, ça va aller mieux dans un moment…

Tifa (toujours avec son entonnoir sur la tête et un œil qui dit merde à l’autre) : Ah Agha…? Mieux aller ? C’est quand est-ce, prévu pour ?

Sephiroth (qui sort à son tour des draps et l’entraîne sous les couvertures) : Pour tout de suite. Viens là, j’vais t’expliquer…

Tifa (avec DEUX entonnoirs) : Agha ?

Loz, en état de choc *si, si* décide d’aller voir Reeve pour qu’il lui donne un prozac. Il pousse la porte de sa cabine et rentre, la queue à l’oreille et la fleur entre les jambes… Euh, non ! L’inverse, l’inverse !

Loz : Reeve, aide-moi. Je… (il voit deux pieds et deux mains dépassent au pied du lit) Dis donc, j’avais jamais remarqué que t’avais les bras aussi longs !

Elena (qui sort la tête de sous les draps, entre les mollets Reeve) : Non mais faut pas se gêner !

Loz (à moitié pâmé) : Que..que..que.. ? Keskissepassladsou ?

Reeve (qui sort à son tour la tête, mais de l’autre côté) : Qu’est-ce qu’il dit ? Pas grave Loz, crache, on fera le tri !

Loz (quitte l’infirmerie comme un somnambule, tout flageolant) : Sépapossib…sépapossib…vite quelqu’un… s’cour… Zeng… Zid… s’cour…édémoi…

Tseng (qui revient du p’tit coin *ah ben c’est ça, les problèmes de prostate…*) : Officier Loz ? (Il le retient avant qu’il tombe) Qu’y a-t-il, officier ?

Loz (qui ne sait plus ou il est) : Ils font…y sont…Y partouzent…Y partouzent…

Tseng (lui tapotant paternellement la tête) : Mais non, mais non, personne ne part , allons, allons, vous avez du faire un cauchemar.

Loz (qui hoche vigoureusement la tête) : Ah zi ! zi,zi,zi,zi,zi,zi ! (il montre les cabines du doigt) Y partouzent… par deux, par trois…et z’ai pas vu les autres…

Tseng (raisonnable) : Mais non, il ne partent pas, je vous dis. Où voudriez vous qu’ils aillent ? Et en groupe en plus ! Ils ne passeraient pas inaperçus, voyons. Allons, allons, je vous raccompagne à votre cabine. (Il le soutient pour marcher). Vous avez besoin de repos. Je savais bien que vous travailliez trop, tous !

Tseng entre dans la cabine avec Loz sous le bras et voit Yazoo par terre. Il dépose Loz sur le lit et se penche vers Yazoo pour le secouer.

Tseng : Réveillez vous, mon garçon. (Yazoo gémit) C’est pas vrai… Pauvre petit. Il est tellement épuisé que même quand un cauchemar le fait tomber du lit, il ne se réveille même pas ! (La larme à l’œil) Pauvre enfant… Comme sa maman doit lui manquer… snirrffflll… Ca doit être si dûr d’être né orphelin… Snirrrfllll !

Il le secoue comme un prunier et Yazoo ouvre un œil glauque

Yazoo : Kya ? C’est déjà l’heure de l’école ? Loz, j’peux avoir un lait chaud ? Avec du miel.

Tseng (le serrant dans ses bras) : Beueuahhhwww ! Mon pauvre Yazoo ! Beuahahahww ! Je vous comprends vous savez…sniffff…tant d’années de solitude et vous pensez toujours à votre mère, Dieux que c’est triste…snifff

Yazoo : Chenova ? Où cha ?

Tseng (s’essuyant les larmes d’un viril revers de pyjama à chocobos verts) : Il faut vous reposer. Mais promettez-moi de ne plus penser à Jenova.

Yazoo (shooté total) : Chans problème ! (Il voit Loz et se jette dans ses bras) Mamouuuuuurrrrr ! ! ! ! ! Kechk’y ont faiiiiiiit ? ? ?

Tseng (complètement bouleversé *il est très fleur bleue*) : Comme c’est beau. (des angelots avec des lyres papillonnent autour de lui) Pouvoir se laisser aller ainsi à son chagrin et parler librement dans les bras d’un frère.

Il sort, le cœur faisant boum boum.

Yazoo (secouant Loz, toujours en état de choc) : Niiiii-Chaaaannnn ! J’t'en suppliiiiiiiiie ! ! ! *tiens il a retrouvé sa voix* Dis-moi que tu m’aimes toujours ! S’teuplaiiiiiiiiit ! ! ! ! !

Loz (genre menhir) : Sépépossib…sépaposssibb ! Dans le vaisseau amiral… Partouzer…

CRAC, CHKRONKCH, SHKRIK (bruit du cœur de Yazoo qui se brise)

Yazoo : Partouzer ? Parce que lorsque nous faisons l’amour tu appelles ça partouzer ? BBBueueuahhhhhhwwww ! ! ! !

Loz : Cloud, Tifa, Reeve, la nympho…tous ! Y partouzent !

Yazoo (désespéré) : Beuhawww ! ! ! Tu es un monssstttreeawww ! ! !

Loz (qui poursuit son délire) : Tranquilles, peinards, comme si c’était naturel ! Et allez ! Ca partouze !

Yazoo : Bien sur que c’est naturel puisque je t’aiiimmmmeuhhh !

Loz (qui émerge un peu) : J’vois pas le rapport.

Yazoo (qui, désespéré, met la tête dans une grille, près du mur et tourne le bouton sur ” maximum “) : J’veux mouriiiir ! J’vais m’suicideeer !

Loz (roule des yeux, excédé) : Veux-tu sortir la tête de la clim ! Tu vas choper la crève.

Yazoo : La cli… (mort de honte, il referme la grille) Puisque c’est ça, je vais aller me faire écraser dans les turbines !

Il fait mine de sortir et Loz le retient.

Loz : Ah non ! On vient de les décrasser !

Yazoo : Beuawwww ! ! ! T’en a rien à cirer que je crèèèèève !

Loz (excédé) : Non mais t’as fini, oui ?

Yazoo (l’air menaçant se saisit de son gunblade et retourne le canon-lame contre lui) : Si à trois tu ne me dis pas que tu m’aimes, je me jette sur Velvet Nighmare ! Un…

Loz (lève les bras au ciel) : Ah bah, v’la autre chose !

Yazoo : deux…

Loz : Ca suffit ! Arrête de faire l’enfant !

Yazoo : Deux et demi…

Loz : Ca va, ça va, je t’aime, là ! Voilà, t’es content ?

Yazoo (s’écroule, en larmes) : T’es pas sincèèèèèèèreeuuahhhwww ! ! !

Loz : chuuutt ! Tu vas réveiller tout le monde !

Yazoo : M’en fiiiiiicchheueueaaaahhhwww ! ! ! !

Loz (le regardant de haut) : Et puis mets un pyjama, tu es ridicule, tout nu, à quatre pattes avec ton gunblade dans les bras… Tu imagines si quelqu’un rentrait ?

Yazoo (qui arrête subitement de pleurer) : Ridicule à poil, moi ? (il approche, menaçant) C’est ce que tu insinues ?

Loz (qui recule un peu) : Ben, avec ton truc qui pendouille… (il baisse les yeux vers le ” truc ” en question) Euh… Qui pendouillait…

Yazoo : Ah, j’suis ridicule à quatre pattes !

Loz (très inquiet) : Pourquoi tu me regardes comme ça ?

Yazoo (des éclairs dans les yeux) : Tu crois que tu auras l’air plus malin, toi ?

Loz (qui déglutit avec un bruit étranglé) : Je suis ton aîné et je t’ordonne de rester où tu es !

Yazoo : Alors comme ça je ne suis plus que ridicule pour “Moôôssieur” ?!

Loz (recule en tendant les mains devant lui pour dissuader Yazoo d’avancer): Ne t’énerve pas, c’est mauvais pour la discipline du vaisseau et, en plus, les officiers ne doivent pas faire preuve de rancunes personnelles durant le service…

Yazoo (rugit): ON N’EST PAS “EN SERVICE” ! ON EST DANS TA CHAMBRE! ET DANS TA CHAMBRE, ON NE PENSE PLUS “SERVICE”!

Loz (flap-flape des mains en regardant en biais vers la porte derrière lui pour vérifier que personne n’arrive, alerté par le chahut): Chuuut! Pas si fort!

Yazoo : JE FAIS CE QUE JE VEUX !

Loz : Je t’ai dit que je t’aimais, qu’est-ce que tu veux de plus ?

Yazoo : C’ETAIT PAS SINCEEEERE ! ! IL M’AIME MÊME PAAAAS!!! BOUAAHHHH!!!

Loz (confus de déclencher une telle cascade façon Niagara): Mais non ! Enfin je veux dire si !

Yazoo: NANNNNNNNNN !! AVOUE !!!!!! TU M’A FAIT L’AMOUR QUE PASKE TIFA VOULAIT PAS TOUAAAAHHH !!

Loz (qui commence à avoir un peu pitié): Mais non, mais non, je n’ai jamais dit ça….

Yazoo (renifle à gros sanglots): Je t’ai tout donnééééé ! Et maintenant, tu me fous à la porte !

Loz (s’approche avec précaution pour lui tapoter la joue): Allons, allons, c’est fini le gros chagrin ? Tu sais bien que je ferais n’importe quoi pour te faire plaisir…

Yazoo (le regarde par en dessous avec un air qui reste de mauvais augure): Prouve-le !

Loz (se fige instantanément): Hein?

Yazoo (le prend par la taille et essaye de l’attirer vers le lit): Je te donne l’occasion de me faire plaisir!

Loz (effrayé, résiste): Naaaan ! C’est pas ce que je voulais dire !! B’sédé ! Barbare ! Lâche-moi !!

Yazoo (mauvais mauvais): Pas question ! Ah tu voulais me faire plaisir ! Bah fais-moi le plaisir de payer ton ardoise illico ! Tu vas voir un peu comment je vais t’aider à régler tes dettes!

Loz (les ongles crissant sur le sol dans une tentative désespérée d’échapper à Yazoo qui l’entraîne par les pieds vers le lit): Je ne veux pas ! Je suis ton aîné ! Laisse-moi partir ou je te punirais !

Yazoo (mélodramatique): Il n’y a pas pire punition que ton indifférence et ton refus ! *Ouah celle-là je la recaserai dans une fan-fic plus sérieuse…*

Loz : NANNNNNNNNN !!!

…à suivre

Les murs murmurent

Ah ! Là là, les graffitis !

Depuis des milliers d’années, ils disent bien souvent ce que personne n’ose avouer à haute voix et Midgar ne fait pas exception à la règle. Des murs des casernes du Soldat aux toilettes des pubs du quartier populaire, chacun y va de son petit blabla.

Voyez plutôt !

***

(Dans le vestiaire de la salle d’entraînement du SOLDAT)

Ce matin, à 7h48, Sephiroth a souri.

Angeal


Dans l’armée, les hommes sont des hommes !

Heidegger

Les chocobos en savent quelque chose…

Reno


(Dans les WC du sous-sol du réfectoire)

Ici on mange de la merde !

Zack

Là-haut c’est encore pire.

Angeal


Sephiroth nous pompe !

Cloud

A quelle heure ?

Anonyme


La réponse c’est la guerre !

Anonyme

Ce qui prouve combien la question était idiote…

Reeve


Encore des graffitis sur ce mur repeint ? C’est pas bientôt fini, bande de porcs ?

Hojo


Les femmes ont leur mot à dire ! Revalorisez la condition féminine !

Tifa

C’est vrai ! Les éviers sont trop hauts, les cuisines sont trop petites et le liquide vaisselle est hors de prix !

Cid


Ce mur est rouvert après travaux.

Rufus

Si vous vous y mettez aussi, on va jamais s’en sortir !

Hojo


Pourquoi les femmes baissent-elles les yeux quand on leur avoue qu’on les aime ?

Vincent

A ton avis ? Pour voir si c’est vrai !

Cid


Ce matin je suis allé voir le toubib ; j’avais envie de tirer la langue à quelqu’un.

Reno


Quand je vois ce que les pigeons ont fait sur cette pierre tombale… Je suis content que les chocobos ne puissent pas voler trop haut !

Vincent


Halte à la phallocratie ! Notre corps nous appartient, il n’est pas à vendre !

Elena

Mais on est prêts à le louer !

Rude


(Dans les WC des quartiers du SOLDAT)

Ne cherchez pas des traits d’humour sur ce mur… La plaisanterie du jour, vous l’avez dans les mains, bande de nazes !

Reno


Faites l’amour, pas la guerre.

Aerith

Tu parles ! Faites les deux, mariez-vous…

Lucrecia

Sympa, merci !

Hojo


Mesdames, gardez toujours en tête que si ça a des pneus ou des testicules, vous aurez tôt ou tard des ennuis avec !

Cid


SEPHIROTH EST UN ENFOIRE !

Anonyme

Zack, je sais que c’est toi qui a écrit ça. Si je t’attrape, je te découpe en tranches.

Sephiroth

Merde, Sephy, fais pas le con, c’était pour rire !


Est-il donc si difficile pour une femme de trouver le plus court chemin vers le coeur d’un homme ?

Vincent

Non. Pas si on a une prise à portée de main où brancher la tronçonneuse.

Rosso


(Dans les toilettes du du bar de Tifa)

Tous ces graffitis, c’est vraiment dégueulasses.

Hojo

Attends d’avoir goûté la bière qu’on sert ici !

Barett


Nero, je sais que tu va picoler comme un trous a midi et que tu va donc forcemment venir ici cet et lire ceci. Oublit pas qu’on a réserver la salle d’entrainement ce soir. Traine pas trois plonbes dans cette putain cafette.

Weiss

T’est gonfler d’écrire sa devant tous le monde ! C’est toujours toi qui aies a la boure !

Nero

Eh ! Vous deux ! J’ai un dictionnaire en double, ça vous intéresse ?

Genesis


Le Soldat, c’est des douilles, des nouilles et des chtouilles.

Cloud

Et des testicules

Zack

Aussi mais ça rime plus.

Cloud


La femme est l’être parfait.

Scarlet

Alors pourquoi ma douce Lucrecia est toujours fourrée chez le docteur ?

Vincent

Pas « chez » le docteur ; « par » le docteur !

Scarlet


(Sur le mur d’un dortoir du soldat)

Ce qui nous venge des missions pourries, c’est d’imaginer Sephiroth se battre avec ses bretelles en cuir à chaque fois qu’il a envie d’y aller !

Anonyme


Spécialités de la maison : la serveuse et le chocobo au citron. J’ai essayé les deux, je préfère le chocobo.

Anonyme

Je n’ai jamais essayé avec un chocobo…

Reno


(Dans les toilettes du labo de la Shinra)

Et si j’avais infecté le papier toilette avec un virus mortel, hein, bande de graffiteurs dégueulasses ? Avec quoi vous vous torcheriez le derrière ?

Hojo

Comme toujours : avec l’essuie-mains.

Sephiroth


Ne dites pas « l’idole des jeunes » mais « Séphiroth casse la croûte ».

Zack


(Dans les douches des quartiers des Turks)

Quelle merveilleuse invention que ce nouveau stylo feutre de la Shinra ! On peut enfin écrire sur ce putain de carrelage.

Reno


Sephiroth est cool !

Anonyme

Non, Sephiroth est froid.

Cloud


Rien que de penser à la taille du slip de Palmer, ça me dégoûte des hommes.

Scarlet


Pardon pour les grossières allusions “Chocophiles” mais je me dis que si nos légionnaires à nous ont les chèvres, les soldats de la Shinra, eux… Enfin bref. (sifflote sifflote)

Un nouvel élément chimique a été découvert !

AVIS A LA POPULATION

Élément 127

Nom : Sephiroth

SYMBOLE : Sth

DÉCOUVREUR : Hojo

MASSE ATOMIQUE : Acceptable à 84 kg mais des isotopes connus de 60 à 108 kg (surtout dans les fan arts)

OCCURRENCE : Plusieurs exemplaires (partiels ou entiers) répertoriées

PROPRIÉTÉS PHYSIQUES :

Solide à 298°K et 1 bar

Entre en ébullition pour un rien et gèle sans raison.

Conductivité thermique : faible et peut descendre 0°C dès que l’on atteint le muscle cardiaque.

Coefficient de dilatation : très important autour de la zone péri-ombilicale.

Cède aux pressions appliquées aux points sensibles (généralement les même que ceux soumis à de fortes variations dans le calcul du coefficient précédent).

PROPRIÉTÉS CHIMIQUES :

Très grande affinité pour les métaux durs tels que l’acier, le fer et le titane.

Absorbe de grandes quantités de substances onéreuses, généralement whisky ou vin millésimé (surtout dans les fanfics).

Peut exploser spontanément sans avertissement.

Insoluble dans les liquides mais une activité grandement augmentée par saturation dans le mako.

Réactivité très variable selon les périodes de la journée.

Grande aptitude aux changements d’humeur et à la fureur.

UTILISATIONS COURANTES :

Hautement décoratif dans une revue militaire, un communiqué de presse ou une présentation officielle.

Puissant agent nettoyant.

Excellent désherbant, bactéricide et fongicide par intervention rotissante.

PRÉCAUTIONS D’EMPLOI :

Hautement dangereux si placé entre des mains non expertes.

Il est conseillé de n’en posséder qu’un seul spécimen, mais il est néanmoins possible d’en cultiver plusieurs en milieu nutritif adéquat à partir du spécimen souche. Attention, cependant que les différents spécimens n’entrent pas en contact (risque de mélange entraînant une explosion).


Pauvre Sephy… Qu’est-ce qu’on fait pas avec lui ! Ah si, remarquez qu’on l’a encore jamais mis dans une fic lemon avec un chocobo…

Si ?

NAAAAANNNN ?? !!

Une journée d’enfer !

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Un jour parfait pour Kadaj

08h15 Être réveillé par môman avec un bisou et l’entendre dire qu’on est son fils préféré

08h30 Petit déj. fait par môman avec du vrai jus d’orange et des gaufres au sucre maison (les fans de ” Banal fantasy ” comprendront…)

09h15 Prendre un bain moussant que môman a fait couler pendant le petit déj.

09h55 Lavage de dents

10h00 Cours de poterie

11h00 Piscine

12h00 Déjeuner à midi cuisiné amoureusement par môman.

12h55 Lavage de dents

13h00 Club de Théâtre.

15h00 Lecture d’une histoire + sieste, comme tous les gentils petits garçons à leur môman.

16h00 Goûter préparé par… (allez, tous en coeur !) Môooomaaannn !

16h30 Dessins animés à la TV (sans môman).

17h30 Cuisine avec Môman.

19h00 Dîner avec môman.

20h25 Popo

20h30 Bain.

20h55 Lavage de dents

21h00 Dodo après une histoire lue par… (je vous le donne en mille ? Raté !) grand frère.


Un jour parfait pour Yazoo

08h15 Être réveillé avec des câlins et des bisous de Reno.

08h30 Peser 2 Kilos de moins que la veille

08h45 Petit déj. au lit avec jus d’oranges sans phosphates pressées et croissants servis affectueusement par Reno.

09h15 Prendre un bain très chaud avec des huiles aux senteurs exotiques offertes par Kadaj et Loz à l’occasion de la fête du ” frère le plus sexy du monde entier “.

10h30 Soin du visage, manucure, pédicure, gommage, shampooing, après-shampoing, laisser agir 20 mn, rinçage, lotion ” glossy “, mousse coiffante anti-casse, sèche-cheveux.

12h00 Déjeuner orgiaque à midi dans un resto branché : quatre feuilles de salade, trois rondelles de tomate, un dé de gruyère et deux biscottes.

12h45 Croiser Elena et Tifa et découvrir qu’elles ont pris 10 kg.

13h00 Shopping (crédit illimité).

15h00 Livraison de trois douzaines de roses accompagnées d’une carte signée par un admirateur secret (Qui a dit ” Reno ” ? Bien joué, vous gagnez une tringle à rideaux !).

15h15 Entrainement au combat avec Sephiroth qui, entre deux baisemain et trois génuflexions, déclare forfait et le supplie de lui donner des cours.

17h00 Massage fait par un kiné super sexy, super musclé et super sympa qui lui assure qu’il a rarement massé un corps si parfait.

17h30 Essayage de la nouvelle collection d’un créateur de haute couture A SA DEMANDE A LUI et faire une démo devant tout le staff sur le podium pour éviter que les mannequins ne salopent le boulot le jour du défilé.

19h30 Dîner aux chandelles avec Reno, musique douce et pluie de compliments.

22h00 Douche (seul ou à deux selon l’envie).

22h50 Être porté jusqu’au lit par Reno (draps frais et repassés).

23h00 Câlins (toujours avec Reno, oui, forcément…).

23h15 S’endormir dans ses bras musclés.


Un jour parfait pour Loz

06h00 Le réveil sonne.

06h15 Se faire tailler une pipe.

06h30 Grosse commission matinale en lisant les rubriques “sport ” et “BD” piquées dans le journal du matin.

07h00 Petit déj : rumsteck et oeufs, bière et toasts préparés par la femme de ménage à poil.

09h15 Douche.

09h30 Limousine avec chauffeur (une blonde aux gros nénés en uniforme mini-jupe) pour se rendre au gymnase.

09h45 Mettre la pâtée à Rude.

11h45 Déjeuner : burger de chocobo, frites, 2 Bières et une méga glace au chocolat.

12h15 Se faire tailler une pipe.

12h30 Retour au gymnase et mettre une ratatouille carabinée à Reno.

17h00 Retour en hélico - gracieusement prêté par la Shinra - pilotée par une rousse avec de gros nénés.

17h30 Massage thaïlandais de tout le corps + pipe par une brune aux gros nénés (Tifa ? Mouais. C’est une idée…).

18h45 Penser à prendre un douche mais seulement y penser.

19h00 Regarder les informations (que des bonnes nouvelles !) : Rufus Shinra est mort, le projet Jenova est relancé et la marijuana, les combats à mort et les pornos hardcore sont légalisés.

19h30 Dîner : bière brune, gros steak juteux et en dessert : glace au chocolat servie sur 2 gros seins rebondis (nan, j’ai pas dit ” ceux de Tifa ” !).

20h30 Finir le dernier jeu de shooting 3D en un temps record en explosant toutes les limites.

21h30 Relations sexuelles avec 2 femmes à la fois (les 2 ayant des tendances lesbiennes, bien sûr).

23h00 Massage et bain avec une jolie brune et une bière blonde

23h45 Se mettre au lit.

23h50 Faire un pet de 12 secondes qui change 4 fois de ton et qui vire les frangins de la chambre à coucher à moitié asphyxiés.

00h00 S’endormir (seul) et ronfler comme un sourd.


…Arrgghh, misère… Y’a plus de romantisme…

Je vous ai dit que le premier chapitre du nouveau feuilleton “Quand viennent les fauves” est en ligne ? Oui ? Ah bon… Non, j’suis pas sénile, j’insiste LOURDEMENT, c’est tout !

Part 10. Les chemins de la vertu sont pavés de… va savoir !

Qui a dit de capotes usagées ? J’attends !

Yazoo (qui regarde la très longue aiguille entre les doigts de Reeve) : J’te préviens ! Si tu lui fais mal t’auras à faire à moi !

Reeve (détournant le regard et enfonçant à l’aveuglette l’aiguille d’un coup sec dans la fesse de Loz) : Arrgh ! Je déteste les piqûres !

Loz pousse une plainte et Yazoo le serre contre lui.

Yazoo (en pétard) : Sadique ! Mon pauvre frère! T’as vu comme tu l’as empalé ? (Il caresse le front de son “Lozy”) Mon pauvre Lozynou, il t’a fait mal…

Reeve : C’est fini oui ! Il en a vu d’autres !

Yazoo (soudain affolé) : Alors pourquoi il devient tout mou ? Pourquoi il ne bouge plus ? Hein ? (Hystérique) POURQUOI Y BOUGE PLUS ? !

Reeve (qui mine de rien commence à flipper) : Zut, qu’est ce qu’il a ? (il regarde l’étiquette du flacon) Oups…

Yazoo : Quoi “oups” ? (Il le secoue) : Qu’est ce que tu as fait ?

Reeve (avec un sourire forcé) : j’m'ai gouré…

Yazoo (prêt à le tuer) : Comment “gouré” ? Qu’est ce que tu lui a injecté ?

Reeve : Du bbrrmmmre

Yazoo : Du brem ? C’est quoi, ça, encore ?

Reeve (déconfit): Non ! Pas du “brem” ! Du bromure…

Yazoo (bredouille) : Du… bromure ? (Hurle, prenant conscience de ce que ça signifie pour lui) TU LUI AS INJECTE DU BROMURE ? ! Combien ?

Reeve (qui recule un peu par prudence) : Euh… Normalement… ça calmerait un troupeau de chocobos pendant une bonne semaine.

Yazoo : Un… QUOI ? ? ? ?

Reeve (d’une voix geignarde) : Enfin, toutes proportions gardées, s’entend. (Yazoo gronde, menaçant) Un “petit” troupeau.

Yazoo (plus radioactif que le slip de Kadaj après 3 assiettes du chili con carne d’Aerith): PETIT COMMENT ?

Reeve (de plus en plus pitoyable) : Tout petit. Un troupinet. (Il fait mine de tenir quelque chose de minuscule entrer son pouce et son index) Un troupininou…

Yazoo (fond ne larmes, incapable d’en supporter plus) : Mon pauvre mamour de frèèèèère ! Il l’a castréééééééé !!!!!!

Reeve (qui lui tapote l’épaule) : Mais non, mais non, ça lui passera…dans un mois ou deux…

Yazoo (se raidit, les yeux exorbités) : Un mois ou deux ? ? ? ? Beuhahwwwww ! ! ! Il l’a rendu impuisssaaaaaannnnntttteuaheuaheuah ! ! ! Malade ! Sadique ! Savant fou !

Reeve (outré) : N’exagérons rien ! Je l’ai juste un peu calmé !

Pendant ce temps, sur le pont de commandement…

Tseng (qui dresse l’oreille) : Vous entendez ?

Tout le monde écoute et reconnaît les lamentations caractéristiques de Yazoo.

Tseng : Mais c’est Yazoo ! (inquiet) Serait-il arrivé malheur à son frère ?

Kadaj : je vais voir, monsieur !

Tifa (qui se lève à son tour en entraînant Nero avec elle) : Nous y allons aussi ! Vous tracassez pas ! On a besoin de vous ici !

Ils sortent tous les trois avant que Tseng n’aie le temps de bouger le petit doigt.

Tifa (qui rentre dans la cabine et voit Yazoo effondré sur la poitrine de Loz, qui roupille comme un bienheureux) : Oh oh ! C’est plus sérieux que je croyais…

Yazoo (en larmes) : Il a chatré mon Lozyamouaahahah ! ! ! !

Nero : Il a quoi ?

Reeve : Meuhhh non ! Il exagère ! Je l’ai juste un peu calmé !

Yazoo (chouinant à l’intention de Nero) : Il lui a injecté une dose de bromure à assommer un troupeau de taureaux !

Nero éclate de rire.

Tifa (à son oreille) : Ouais ben te marre pas trop, parce que… (tout bas) Si le p’tit cachou d’amour de son mamour de frère adoré n’a pas sa dose de saute moutons, il pète carrément les plombs !

Nero : A ce point là ?

Tifa et Kadaj hochent la tête.

Nero : Et…il va en avoir pour combien de temps ?

Reeve (qui hausse les épaules) : Chais pas moi…Un mois ou deux.

Kadaj : QUOI ? (Tout le monde lui fait signe de baisser d’une octave) Quoi ? Nan mais ça va pas ? Yazoo va tout saccager ! Que va penser Tseng ?

Nero : Mais, attendez un peu. Pourquoi ça le mettrait dans un état pareil d’abord ? Sa se trouve un peu de calme ça lui fera du bien aussi.

Tifa (qui lui tape sur l’épaule) : Ouais, t’as de l’espoir… C’est un fils de Jenova, je te signale. Et l’un des plus atteints. Les galipettes, ça lui permet de mettre son énergie ailleurs… Mais si y’a plus ça, il est capable de nous faire péter le vaisseau et nous avec ! A mois qu’on dégote une bonne guerre bien saignante…

Yazoo (qui n’en a que pour Loz et n’a rien entendu) : Lozynet…réveille toi…sniff snifff…mon Lozynounet…sniff ….ouvre les yeux ! Lozynouuuuuuuh……..Lozy ? Lozy ! Oh Loz, tu m’as fait si peur !

Loz (qui ouvre les yeux) : Que s’est-il passé ?

Tout le monde approche et Reeve lui prend le pouls.

Yazoo : Lozyyyy ! Tu nous a fait une de ces peurs…

Loz (qui lui tapote la joue) : Allons allons, un peu de tenue. (Tout le monde se regarde éberlué) Où est Tseng ?

Kadaj : A ton poste.

Loz : Alors, j’y vais, on ne sait jamais. Reeve, enlève moi cette perfusion.

Reeve (qui s’exécute ahuri) : Bh… bh… bien.

Loz se lève, lisse ses vêtements et se redresse fièrement, fesses cambrées et torse bombé.

Kadaj (en pinçant Tifa, qui fond comme un glaçon sur une chaudière) : Eh, oh ! Y’a quelqu’un ? On se réveille !

Tifa (des petits coeurs dans les yeux et des angelots avec des arcs qui volent autour de sa tête) : Il est impressionnant quand il est sérieux, comme ça, non ?

Loz (qui se tourne vers elle et lui tapote le joue) : C’est très gentil, merci. Bon allez, la récréation est finie, tout le monde sur le pont !

Yazoo (la larme à l’œil) : Ben… Lozynou…

Loz (en fronçant les sourcils) : Je t’ai dit : un peu de tenue s’il te plaît. Nous ne sommes pas seuls.

Il sort avec roulement d’épaules digne d’Al Pacino après trois shoots de testostérone.

Yazoo (effondré) : Il me l’a bousillé ! Il me l’a châtré ! Il me l’a complètement déglinguééhéhéhhhehhhhhhh ! ! ! !

Reeve (qui ne s’en est toujours pas remis) : Ah ben mince, alors ! Tu parles d’effets secondaires ! Un vrai iceberg ! Pire que Sephiroth.

Tifa (complètement gâteuse) : Qu’il est beau, qu’il est viril, qu’il est impressionnant…

Kadaj : Dis moi ce que t’as fait de Cloud au lieu de te répandre !

Tifa : Qui ça ? (Kadaj la regarde de travers) Oh ! Il est à l’infirmerie avec Weiss. Tu trouves pas que ton frère est vraiment … Oh, là, là !

Nero (qui décide de profiter honteusement de la situation et de consoler Yazoo) : Bon, allez rejoindre les autres ; moi, je m’occupe de lui.

Tout le monde sort.

Sur le pont de commandement

Loz entre dans la salle des commandes en faisant vibrer l’air tant sa présence est impressionnante.

Tseng : Officier Loz ! Heureux de vous revoir en bonne santé.

Loz : Merci, Monsieur. Je peux reprendre mon poste. Je suis navré de vous avoir imposé le spectacle d’une faiblesse passagère.

Teng : Allons, allons, ne soyez pas désolé, mon garçon, ces choses peuvent arriver. Je vous souhaite une bonne nuit à tous.

Loz : Merci, Monsieur, vous de même. Kadaj ! Que fais-tu là à regarder les mouches ? N’y a-t-il pas de travail à faire ?

Kadaj (sur le cul) : Euuhh… Si, Grand fr… Euh… j’y vais !

Yazoo (qui entre, soutenu par Nero, qui a eu beau tout essayer mais n’a pas pu conclure) : Lozyyyy…

Loz : Tu ne te sent pas bien, Yazoo ?

Yazoo : Mais… Mémémémémém… Beueueuaaaahhhhwhwhh ! ! !

Nero : Il a été très… choqué par ton malaise, et très inquiet de…

Loz (impérieux) : Eh bien qu’il aille s’allonger, au lieu de faire des vocalises !

Nero (dans sa barbe) : Sans cœur !

Il ressort, ramenant Yazoo dans sa cabine, le déshabille et le met sous les draps.

Yazoo : Il m’aime plus ! Il se fiche de moi comme d’une guigne ! Je vais tuer Reeve ! Qu’est ce qu’il a fait à mon Lozynouneeetttt ? J’veux qu’il soit comme avant ! ! !

Nero (en apparté) : Oui bah ça ça va pas être de la tarte !

Yazoo (s’accrochant à lui comme un naufragé et se répandant en larmes sur son épaule): J’supporte pas qu’on m’ignooooreuuhhhh!

Nero (compatissant): Allons allons, ça va lui passer, moi aussi j’ai parfois du mal a faire que Weiss soit plus attentionné mais il faut s’accrocher et…

Yazoo (le regarde entre ses larmes): Sniff… sniff… Beuh c’est pas pareiiiiil!!! Toi t’as l’habitude, t’es trop bizarre et tout le monde te fuit depuis toujours !!! Beuahhh !!!

Nero (prend la mouche): Dis donc, moi je veux bien essayer de te consoler mais si tu commences les vacheries je te laisse hein !

Yazoo (genre “les grandes eaux”): Beuaaahh!!! Tout le monde me laisse tomber!!!!

Reeve (arrive en courant de l’infirmerie avec sa trousse à pharmacie sous le bras) : Houlaaa, je le savais qu’il lui faudrait un calmant dare-dare!

Yazoo (tombe du lit en essayant d’échapper à Reeve) : Ah ! Toi me touche pas, hein ! Espèce de monstre ! Savant fou ! T’as complètement castré mon Lozyyyynouneett !!!

Nero (se bouchant les oreilles): Fais-le taire avant que votre turk en chef ne se pointe par ici et entende ses lamentations ! On a l’air de quoi là ?!

Reeve (préparant fébrilement une seringue): J’y vais, j’y vais, ferme la porte qu’on soit insonorisés au moins ! Ca nous fera gagner du temps!

Nero : Oui ben mangez-vous, parce que moi, je dois aller mettre la main sur mon frère.

Reeve (en faisant sa piqûre): La mets pas n’importe où, hein, avec Tseng qui risque de vous tomber dessus et de….

SHBLAFF!!!

Reeve se rattrape de justesse à la table de nuit, à moitié assommé par le lancer d’annuaire de Nero (NDLA : quoi y’a pas d’annuaire sur les vaisseaux spatiaux ? Pas grave ! C’est de la “génération spontanée de projectiles inattendus” - très connue dans le métier de scénariste style manga, si, si !)

Pendant ce temps, sur la passerelle de commandement…

Tifa (assise aux pieds de Loz, en adoration totale devant la liste d’ordres qu’il vient de donner pour que le vaisseau reprenne une vitesse de croisière normale - Enfin de la vitesse tout court, ça serait déjà mal vu l’état du joint du culasse du vaisseau…) : ***soupirrrrrrrrrrrrr***

Loz (termine la liste des trucs qu’il vient de vérifier) : … et enfin les lieux d’aisance ont été réparés par Cloud il y a déjà quelques heures, Capitaine.

Cid (sourire conquérant et assuré) : Fort bien! Il nous reste donc à régler la question de l’hébergement des nouvelles recrues ! Quelles sont les cabines disponibles?

Vincent (qui boude dans son coin depuis que les deux “mâles dominants” du pont de commandement - Cid et Loz - ont commencé à se la péter “militaires efficaces”) : Gnagagna…

Tifa (roucoule amoureusement) : Je pourrais dormir dans celle de Loz, si ça peut dépanner, Capitaine…

Loz (lui tapote la tête) : Je ne voudrais sûrement pas t’obliger à partager la cabine d’un homme, ce ne serait pas convenable pour ta réputation. Bien que je puisse t’assurer que je n’en aurais évidemment pas profité….

Tifa (le moral chutant un peu): Ben je vois pas l’intérêt, alors… Flûte c’est vrai que c’est pénible, attends un peu que je mette la main sur Reeve…

Kadaj (qui se pointe le calepin à la main et au garde à vous): Ahem ! Voici la liste des membres d’équipage d’origine, la plupart n’ayant pas de cabine personnelle vu que le règlement ne prévoit pas qu’on… enfin c’est prévu comme ça, quoi. Loz, Yazoo, Shera, Tifa, le Capitaine, Cloud, moi-même, Sephiroth, Reeve, Reno et Vincent répartis en sept cabines. Les nouveaux arrivants sont : Tseng, la pu… Pardon. Elena, le gars avec les ailes et son frère, ce qui fait quatre. Certains vont donc devoir se mettre à deux par cabine, Majesté. Puis-je suggérer que Tseng bénéficie d’une cabine pour lui seul ?

Loz (agite distraitement la main): C’est cela, c’est cela. A moins qu’on en manque vraiment, je pense qu’il faudrait que je garde la mienne, comme le Capitaine et Sephiroth, eu égard à notre rang…

Là, les rares présents le regardent la mâchoire pendante.

Vincent : Ben et moa ? Je vais dormir où, moa ?

Loz (se drapant dans la dignité offensée qui sied au guerrier viril et fier de l’être): Eh bien dans ta boîte, quelle question !

Donk, bink, pok (les mâchoires qui touchent terre).

Kadaj (timidement): Euh… Sauf ton respect, j’avais compté qu’on pourrait garder en partie la répartition habituelle. Non?

Loz (le fixe d’un regard mako glacé et totalement impassible): *soupir* Quelle solution cela vous donnait-il?

Kadaj (feuilletant rapidement son calepin): voilà voilà ! D’abord les deux frangins de l’espace dans la cabine de Yazoo, Yazoo avec Loz, Tifa avec Reno, Cloud avec Sephiroth -ça devrait pas les déranger beaucoup-, moi avec Reeve, le capitaine avec sa femme, Vincent dans son cercueil à la soute, Tseng tout seul et il vaudrait mieux qu’on laisse l’excitée dormir à l’infirmerie en sécurité dans sa ceinture de chasteté. Enfin quand je parle de sécurité c’est pour nous, je veux dire. (Petite voix) non ?

…à suivre

Veuillez détacher vos ceintures

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : les volontaires sont les bienvenus !

Les versions non censurées de ce texte et de cette illustration se trouvent dans le fascicule “Les interdits de www.ff7-yaoi-fanfics.com Tome 1″ (voir dans la boutique)

***

Cher passager, veuillez détacher toutes vos ceintures,

poser vos armes à feu et retirer tous vos vêtements.

Le capitaine Highwind fera tout pour vous être agréable

et vous souhaite un inoubliable vol en sa compagnie.

Si, durant le voyage, vous sentez l’irrépressible envie de griffer…

Retirez votre gant de métal !

Vincent sirotait son verre de vieux cognac, appuyé contre la rambarde de la salle de pilotage, et observait les invités. Reeve avait absolument tenu à inaugurer la nouvelle aéronef amirale, le fleuron de la toute nouvelle flotte de la WRO, en donnant une réception à bord.

- Jolie sauterie n’est-ce pas ? lui demanda Shera, sarcastique, en désignant la foule.

Vincent sourit.

- Le terme me paraît mal choisi.

Elle grimaça.

- Ah ouais ? Il te le paraîtrait peut-être moins si tu savais que la plupart des hommes qui sont ici trompent leur femme avec leur collègue de travail ! assura-t-elle, amère.

L’ex-turk se pencha vers elle.

- Shera, est-ce que tout va comme tu veux ? Tu n’as pas l’air dans ton assiette.

La jeune femme ricana, fin soûle.

- T’es pas au courant, on dirait.

- Au courant de quoi ?

Elle posa son verre à cocktail vide sur le plateau d’un serveur et en prit un plein, dont elle but la moitié d’un trait.

- Je vais bientôt fêter mon divorce ! lança-t-elle d’une voix éraillée. Joyeux divorce, Shera ! ajouta-t-elle en levant son verre avant de le vider.

Plusieurs têtes se tournèrent dans sa direction et, avec un sourire penaud à l’intention des invités, Vincent la prit par le bras pour l’amener un peu à l’écart.

- Shera, je crois que tu as un peu trop bu.

Elle pouffa.

- Et alors ? T’as peur que je gâche la p’tite fête de ce salopard ?

Vincent suivit son regard et pinça les lèvres en voyant Cid, à l’étage inférieur du pont du commandement, qui les considérait avec une mine embarrassée.

- Que s’est-il passé, Shera ?

Elle haussa les épaules.

- ” Monsieur ” le capitaine Highwind aime les sensations fortes ! Sensations que moi, sa femme, je ne peux apparemment pas lui procurer ! Tu sais ce qu’il a osé me demander ?

L’ex-turk agita la main, gêné.

- Non. Et je ne suis pas certain de vouloir le savoir, Shera.

- Qu’on se fasse un plan à trois ! Tu le crois, ça ? Sans doute avec… une de ces pétasses de la WRO aux gros seins refaits moulés dans un treillis !

Elle avait presque crié les derniers mots et un groupe d’invités s’était carrément tourné vers eux, à la fois choqués et amusés.

Vincent rougit et s’excusa.

- Elle a un peu bu, je suis désolé, ne faites pas attention.

Reeve, qui se trouvait non loin, décida d’intervenir et prit la jeune femme par le bras pour la conduire hors de la salle.

- Ca suffit, Shera, je pense que tu t’es assez ridiculisée pour aujourd’hui.

Elle se pendit à son bras et ricana.

- Reeve, vieux cochon ! On m’a dit que vous aviez baisé, Cid et toi, dans le temps, c’est vrai ? Allez, avoue ! Ca te plaît, les mecs bien baraqués avec des grosses queues ?

Vincent écarquilla les yeux, comme la plupart des invités, et retint un éclat de rire.

Shera fut confiée à l’un des soldats de la WRO, qui reçut ordre de la raccompagner chez elle, et Reeve s’excusa auprès des invités avant de rejoindre l’ex-turk, qui souriait, le nez dans son verre.

- On peut dire qu’elle met de l’ambiance, en ce moment, soupira-t-il.

- Reeve, que s’est-il passé ?

- Tu veux la vérité ou la version aseptisée ?

- La vérité.

- Shera est un frigo et Cid un chaud lapin, ça devait craquer tôt ou tard.

Vincent hocha la tête, plus amusé que jamais.

- Je vois…

A l’étage inférieur du pont, il remarqua plusieurs jeunes recrues qui ne quittaient pas Cid du regard depuis que Shera avait apostrophé Reeve au sujet d’une supposée liaison qu’ils auraient eue.

- Je n’ai jamais compris pourquoi il a épousé cette femme, nota ce dernier.

- Moi non plus. Sans doute pour la remercier de lui avoir sauvé la vie, lors du lancement raté de sa fusée.

- Alors c’est la pire raison de se marier que j’ai entendue jusqu’ici.

- Je n’aurais jamais cru qu’il se marierait vraiment.

Reeve sourit.

- Moi non plus. Cid n’est pas fait pour le mariage. Cette fripouille est un volcan dormant sous un iceberg, ajouta-t-il avec un sourire en coin.

- Tu as l’air d’en savoir long à ce sujet. Shera avait-elle raison, lorsqu’elle sous-entendait que vous… ?

- C’était il y a une éternité, Vince ! le coupa le chef de la WRO en riant. Et, franchement, ce n’est un secret pour personne. Nous n’étions que des gosses curieux avides de tout essayer.

Vincent leva le sourcil, ironique.

- Et… Tu en gardes un bon souvenir ?

- Ah ! Ah ! Ah ! Tu parles ! Cid devait avoir quoi ? Allez, dix-huit ou dix-neuf ans à tout casser. Et moi, pas beaucoup plus.

- Tu n’as pas répondu à ma question, le taquina Vincent.

Comme s’il avait senti de quoi les deux hommes étaient en train de parler, Cid se tourna vers eux avec son éternel sourire sardonique. Son surprenant regard bleu se vissa à celui de Vincent.

Reeve, qui avait pivoté pour faire face à l’ex-turk ne remarqua rien.

- Cid a toujours trop aimé le sexe pour accepter qu’on le bride de quelque façon que ce soit.

- Moi qui l’imaginais plutôt d’un tempérament placide, murmura Vincent sans quitter le pilote des yeux.

Ce dernier s’assit à l’autre bout du pont de commandement et l’observa en souriant.

- Le capitaine Highwind que tu connais n’a strictement rien à voir avec le Cid que moi j’ai connu à l’époque. Et quelque chose me dit que, malgré cette apparence de macho bourru qu’il veut bien se donner, il n’a pas dû changer tant que ça.

- Raconte-moi.

Reeve cligna de l’œil et rit de bon cœur.

- Eh bien quoi, mon vieil ami ? Envie de découvrir des horizons dangereux ?

- A mon âge, Reeve, on en a déjà parcouru beaucoup. Et ceux qui restent à explorer ne font plus peur.

- Avec ton éternel minois de jeune premier, j’oublie toujours que tu frôles la soixantaine !

- Ne détourne pas la conversation, Reeve.

Le commandeur se pencha vers lui, plus amusé que jamais.

- Il t’intéresse ?

- Je ne sais pas encore… Peut-être. Parle-moi du Cid que je n’ai pas connu. Celui qui se cache derrière l’éternel masque sarcastique aux joues mal rasées et qui vomit des bordées de jurons sans retenue ni discernement. Qui se trouvait derrière le capitaine Highwind lorsque vous faisiez l’amour, adolescents ? Comment était-il, dans ces moments-là ?

Reeve fronça les sourcils, moqueur, et baissa d’un ton.

- En voilà, une question indiscrète !

- Ne joue pas à ça avec moi, Reeve. Toi et moi avons passé l’âge de perdre du temps et de mâcher nos mots.

- Que veux-tu savoir ?

- Epargne-moi les détours embarrassés. Qu’est-ce Cid valait dans un lit, lorsque vous étiez amants ? demanda Vincent sans la moindre pudeur. Comment était-il ?

Estomaqué, le commandeur laissa échapper un petit rire mutin.

- Quand il était parti, il ne contrôlait plus rien. Il se tordait comme une couleuvre entre tes mains et son visage… Bon Dieu, je donnerai cher pour avoir encore vingt ans et revoir son expression dans ces moments là !

Cid s’installa plus confortablement dans le fauteuil où il avait prit place et son sourire s’élargit. Vincent se mordit la lèvre et l’observa tout à son aise.

- Un amant passionné, en somme.

- C’est peu de le dire !

Cid sembla rire, amusé par le regard appuyé Vincent.

- J’avoue qu’il m’arrive parfois de repenser aux nuits que nous avons partagées, à cette époque, et à ses reins bougeant entre mes mains, poursuivit Reeve, perdu dans ses souvenirs. Il était si…

- Si ?

- Disons que, lorsque je l’ai connu, Cid n’était pas du genre discret. Ses râles étaient… Comment dire ? Ils te transperçaient les reins. Oui, c’est ça. Ils te transperçaient littéralement les reins…

Il posa sa coupe de champagne vide sur un plateau et secoua la tête.

- Mais, encore une fois, Vince, ça fait un bail.

- Certaines choses ne changent jamais, Reeve.

Celui-ci lui tapa sur l’épaule, complice.

- Si tu as dans l’idée de faire ce que je pense, c’est tout le mal que je te souhaite, mon vieil ami ! (Il soupira et pouffa) Je dois être vraiment soûl pour te raconter des choses pareilles…

Vincent lui rendit son sourire.

- Tu devrais aller prendre un peu l’air.

- Oui, bonne idée. A moins que je ne file me coucher, ajouta-t-il en réprimant un bâillement. Tu me raconteras ?

- Bien sûr que non.

Reeve éclata de rire et partit saluer les invités avant de quitter la salle de réception qui, en raison de l’heure tardive, commençait d’ailleurs à se vider.

Cid, lui, avait croisé les jambes et attendait.

Vincent tourna le dos au pilote, s’immobilisa, se tourna à nouveau vers lui et attendit.

Cid se leva en souriant de plus belle. Il avait compris le message.

L’ex-turk avança lentement vers la sortie, sachant que le pilote le suivait.

Il s’engagea dans les coursives et se dirigea vers les soutes de l’appareil sans se retourner un seul instant.

Il poussa la porte, s’arrêta au milieu des caisses de matériel et attendit.

Il ne tarda pas à entendre la porte se refermer derrière lui mais ne se retourna pas.

- Bah, merde, alors, murmura Cid contre son cou, le faisant frissonner. Si je m’attendais à ça…

Vincent sourit mais ne répondit pas et les mains de Cid se posèrent sur lui pour dégrafer et faire tomber sa cape à leurs pieds. Il sentit une langue humide et curieuse courir sur sa nuque, des lèvres brûlantes pincer la peau de son cou et échancrer sa chemise jusqu’aux épaules. Puis la langue impatiente remonta le long de son cou, suivit le contour d’une oreille, et s’aventura sur sa joue, cherchant sa bouche. Vincent tourna à demi la tête et une main ferme, un rien brutale, se referma sur son menton.

La langue de Cid s’insinua dans sa bouche et chercha la sienne avec une impatience qui le fit trembler d’excitation. Vincent se tourna complètement et enlaça le pilote, répondant à son baiser profond par une passion identique à la sienne, la barbe naissante lui picotant agréablement les lèvres et le menton.

Un gémissement monta de la gorge de Cid et l’excitation que l’ex-turk en ressentit lui fit comprendre de Reeve avait voulu dire par “Ses râles et ses gémissements te transperçaient les reins.”…

***

Vincent sentait le cœur de son ami battre violemment contre sa poitrine et sa bouche chercha celle du pilote, conclusion de ce maelström de sensations dans lequel ils venaient de se noyer.

Cid l’enlaça et lui rendit son baiser avec passion et une douceur dont il ne l’aurait jamais cru capable.

- Je ne me serais jamais attendu à ce que ça se passe comme ça, murmura-t-il, le souffle court.

- Déçu ? demanda Vincent en souriant.

Le pilote lui rendit son sourire.

- Non… Je m’attendais plutôt à… Je ne sais même pas quoi, en fait.

- A ce que je me retrouve dans une partie à trois entre toi et Shera ?

Cid hoqueta et le rouge lui monta aux joues.

Vincent éclata de rire et blottit son visage au creux de son cou.

- Partager un homme tel que toi avec elle aurait été un beau gâchis.

Cid leva un sourcil.

- Comment diable as-tu deviné que c’était à toi que je pensais pour ça ?

Vincent passa la main sur l’intérieur de ses cuisses musculeuses, le faisant soupirer.

- Lorsque tu auras mon âge, tu verras que certaines choses qui te paraissaient jusque là obscures t’apparaîtront comme évidentes au premier regard !

Le pilote éclata de rire.

- Est-ce une leçon de vie ?

- Pourquoi ? Tu en veux une ?

- Si nous allions plutôt inaugurer la cabine du capitaine, grand-père ?

L’ex-turk lui rétorqua par un baiser fougueux et Cid se laissa faire avec un total abandon.

FIN


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Substance illicite

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : les volontaires sont les bienvenus !

***

- Monsieur ! Monsieur !

Nero se tourna brutalement pour découvrir le jeune Cloud Strife hors d’haleine et les vêtements chiffonnés .

- Qu’y a-t-il, postulant Strife ? Tu m’as l’air en bien piteux état.

Le garçon essaya de reprendre son souffle.

- Les monstres viennent d’attaquer la frontière Sud, monsieur ! Le général Sephiroth vous réclame, vous et votre frère. Tous les soldats disponibles sont déjà sur le pied de guerre.

Nero soupira.

- Sephiroth devra se contenter de moi. Weiss est en mission à Canyon Cosmo. A quelle distance se trouvent les montres ?

- A peine une journée et une nuit de route, monsieur.

Le postulant et le soldat première classe rejoignirent rapidement les troupes rassemblées. Sephiroth arriva à son tour, flanqué de Zack et d’Angeal, et l’armée se mit rapidement en route à une allure soutenue.

Le second jour, à la tombée de la nuit, ils établirent le campement à l’entrée d’un col montagneux que Sephiroth jugeait facile à défendre. Cette position leur permettrait de stopper les monstres lorsqu’ils s’engageraient dans la gorge et leur tendre une embuscade.

L’étroitesse du col fit que les soldats durent se contenter de partager les quelques tentes montées à la hâte.

Zack venait de poser son paquetage sur le sol recouvert d’une bâche plastique de l’une d’entre elles lorsque Nero se glissa par le rabat, son paquetage sur l’épaule, le faisant sursauter.

- Salut à toi, soldat ! railla-t-il. Désolé de devoir m’imposer, dit-il avec un sourire lourd de sous-entendus, mais je crains que personne ne souhaite prendre de risques en partageant sa tente avec moi.

Cette allusion à peine voilée à son étrange nature sembla embarrasser le jeune homme, qui rétorqua impulsivement :

- On ne peut pas le leur reprocher…

Nero se raidit devant l’âpreté de sa réaction.

- Je vois… Dans ce cas je vais prendre un tour de garde avec les aspirants. Puis-je au moins te laisser mon paquetage ou as-tu peur qu’il te fasse passer par inadvertance dans une autre dimension ?

- Connard !

Nero cligna de l’oeil, sarcastique, posa son sac dans un coin et quitta la tente sous le regard interdit de Zack.

Celui-ci jura, se débarrassa de son uniforme et s’assit sur son sac de couchage en attendant le retour de Nero mais, lorsque deux heures plus tard, il entendit les bruits typiques de la relève de la garde à l’extérieur de la tente, il comprit que le ténébreux n’avait pas plaisanté en parlant de prendre un tour de garde, ce qui accrut son malaise.

Nero filait les chocottes à tout le monde, c’est vrai, mais son frère Weiss était apprécié de tous et il n’avait aucune envie de se le mettre à dos.

- Merde, merde et merde…

Il se leva et marcha de long en large dans la tente, jusqu’à ce que, finalement, il entende un grattement à l’entrée. Qui pouvait demander à le voir à une heure aussi tardive ? Nero n’irait quand même pas jusqu’à lui faire sentir de manière aussi flagrante la méfiance et le mépris qu’il lui avait témoigné, tout de même ! Si ?

Il ouvrit le pan et vit le frère de Weiss, bras croisé devant la tente, les traits tirés et un sourire pincé accroché aux lèvres.

- Désolé de t’importuner, mais un deuxième tour de garde serait réellement au-dessus de mes forces. Puis-je récupérer mon paquetage ? Je pense que les postulants soldats toléreront ma présence pour une nuit sans déserter.

- Je ne pense pas que ce soit nécessaire, persifla Zack, blêmissant sous le ton narquois, en s’effaçant pour le laisser passer.

Sans un mot, Nero se dévêtit entièrement sans pudeur aucune, exposant les curieux tatouages noirs qui lui recouvraient le corps, sortit son sac de couchage de son paquetage et s’y allongea aussitôt.

Les bras derrière la tête, il regarda Zack lacer le rabat.

- Le cadeau d’une admiratrice ? persifla le ténébreux en désignant son caleçon estampillé de moggles ridicules.

Zack retira le sous-vêtement d’un geste rageur et tendit la main vers la torche électrique qui éclairait la tente.

- Si j’étais toi, je ne ferais pas ça, prévint Nero.

Le jeune soldat ricana.

- Quoi ? La boule de ténèbres a peur du noir ?

- Disons qu’en cas d’attaque, la “boule de ténèbres” ne tient pas à tâtonner dans le noir à la recherche de son arme, laissa tomber Nero en souriant.

Zack se mordit la lèvre pour ne pas répliquer crûment et reposa la torche dans sur support.

“Merde… Un point pour lui. Quel con !”

Lorsqu’il se retourna pour affronter le regard ironique de Nero, cependant, celui-ci avait déjà fermé ses étranges yeux carmin et, soulagé, Zack alla s’allonger près de lui, sans parvenir cependant à se détendre assez pour espérer dormir.

Ce type et son frère étaient vraiment des gens bizarres. Enfin, Weiss, pas vraiment, en fait. Mais il faut dire qu’à côté de Nero, même un bahamut végétérien danseur de rumba aurait semblé normal !

Son regard rouge, sa voix blanche et glaciale, ses tatouages noirs, qui le recouvraient entièrement, du haut de la poitrine aux orteils… rien en lui n’était fait pour rassurer ou inspirer confiance et seul son frère Weiss semblait vraiment éprouver pour lui une sincère et indéfectible affection.

Jamais deux frères n’avaient été plus différents et Zack avait coutume de comparer l’un à un grand cygne blanc et l’autre à un vilain petit canard tout noir.

La comparaison était injuste, bien sûr. Nero n’était ni petit ni laid, loin s’en fallait, mais,comparé à Weiss, toujours enjoué, souriant, lumineux et énergique, son cadet paraissait “éteint”. Les cheveux aussi clairs que ceux de Nero étaient noirs, les yeux aussi bleus que les siens étaient rouges, aussi musclé que son frète était mince, Weiss était l’antithèse la plus criante de Nero. Puissant et physique, il attaquait toujours de front alors que son cadet, intelligent et sournois, prenait toujours l’adversaire à revers et ne lésinait jamais sur ses étonnants pouvoirs psychiques - qu’il avait d’ailleurs parfois peine à contrôler tant ils étaient puissants.

Les mauvaises langues racontaient même qu’il avait par accident tué sa propre mère et les médecins qui l’accouchaient en les envoyant dans l’un des mondes parallèles ténébreux qu’il avait le pouvoir d’invoquer.

En tous les cas, ce qui était sûr, c’est que c’était Weiss qui avait élevé Nero lorsqu’ils s’étaient retrouvés orphelins. Ca, tout le monde le savait. Etait-ce pour cela qu’ils étaient si proches et que l’aîné défendait le cadet bec et ongles ?

Zack soupira et tourna la tête vers son curieux compagnon.

D’après sa respiration irrégulière, Nero semblait perdu dans un rêve houleux. Il se retourna d’un mouvement brusque, et repoussa son sac de couchage dans son sommeil.

“Pourvu qu’il ne fasse pas de cauchemar et qu’il ne nous balance pas dans l’une de ses dimensions à la con…” pria Zack en silence.

A la lueur de la torche, il observa le corps souple orné de tatouages avec curiosité. N’ayant jamais partagé de chambre (ou de tente) avec lui - Weiss n’aurait jamais permis d’un autre que lui une telle familiarité avec son frère - il n’avait jamais eu l’occasion de les regarder en détail. Et, en fait, ils étaient plutôt jolis, ces tatouages. Oui, très beaux, même. Leurs entrelacs couraient sur la peau de porcelaine et accentuaient des creux et les déliés de sa musculature élégante et bien dessinée.

- Weiss…

Le nom de son frère murmuré par la voix enfiévrée de Nero fit naître sur les lèvres de Zack un sourire déconcerté.

Le ténébreux se cambra avec un soupir langoureux et sa main, comme d’elle-même, caressa son bas-ventre.

Zack retint un rire de justesse et s’appuya sur un coude pour profiter du spectacle inattendu. Les va et vient se faisant plus pressants, Nero renversa la tête en arrière, agrippa son sac de couchage de sa main gauche et le jeune soldat se passa la langue sur les lèvres, séduit par l’émouvant tableau du désir dont il était témoin.

Il savait que le beau Weiss était l’objet de bien des convoitises - principalement féminines - mais il n’aurait jamais cru que ce désir puisse conduire à de telles extrémités. Surtout venant de “l’imperturbable” et “insensible” Nero.

- Weiss… Je t’aime…

Zack tressaillit et leva les yeux vers le visage passionné du ténébreux.

Il n’avait lui-même jamais assez désiré quelqu’un pour en rêver de façon aussi passionnée. Les rumeurs sur ces deux-là étaient donc fondées ! Mazette… Quand il allait raconter ça à Angeal !

Du coup, tous les petits détails du comportement de Nero, auxquels il n’avait pas porté attention jusque là, prirent soudain un tout autre sens pour Zack, qui se souvint de la douceur avec laquelle il lissait parfois les cheveux de son frère, des regards insistants qu’il avait lorsqu’il croisait son regard clair… Même ses incessantes réflexions malicieuses apparurent comme autant de maladroites marques d’affection.

Peut-être n’est-il pas aussi glacial et insensible qu’il en a l’air… ” songea Zack.

Il avait toujours cru que l’affection entre les deux frères était à sens unique, du protecteur Weiss vers le solitaire Nero, mais force était de constater qu’il se trompait.

Zack posa une main prudente sur la poitrine ferme et y sentit le cœur battre la charge. Le corps de Nero se banda comme un arc sous la caresse, et sa main se posa sur la sienne pour la presser contre sa peau tatouée.

Une chaleur pernicieuse se répandit dans le ventre jeune soldat, qui en était le premier surpris. Sa main libre n’en empoigna pas moins son propre sexe désormais dressé pour lui impliquer un mouvement similaire à ceux du ténébreux.

Les lèvres de Nero remuèrent dans son sommeil et des mots incompréhensibles en sortirent. Avec mille précautions pour ne pas le réveiller, Zack se pencha vers son visage posa les lèvres sur la bouche offerte, comme ça, juste pour voir, et le ténébreux, perdu dans son rêve, répondit au baiser avec ardeur et attira le jeune homme contre lui.

Celui-ci, enflammé par le contact de la peau tatouée, qu’il n’aurait jamais imaginé si douce, fit glisser sa main de son propre sexe à celui de Nero et ajouta sa caresse à la sienne. Un râle de plaisir s’échappa de sa gorge et Zack aspira le souffle chaud entre ses lèvres. Puis sa caresse se fit plus insistante et il écarta du genou les cuisses souples, alors que sa bouche descendait le long de la gorge et de la poitrine pour happer un téton tout rose entre ses dents et le titiller du bout de la langue.

Nero entrouvrit alors les paupières et baissa un regard embrumé sur la noire chevelure qui s’étalait sur son torse, comme s’il n’avait pas complètement conscience de ce qui se passait. Persuadé de l’irréalité de ce qu’il percevait…

Un rêve. Cela ne pouvait être qu’un rêve car personne ne l’aurait touché ainsi hormis son frère, encore moins quelqu’un comme Zack !

Eh ! Bien, soit. Autant en profiter…

Il se laissa donc aller aux douces sensations que lui procuraient les caresses “imaginaires” du soldat et ce dernier, encouragé par ses halètements, promena ses lèvres sur le ventre dur jusqu’à prendre la place de sa main et faire courir sa langue sur le membre gonflé.

D’un coup de reins souple, Nero pénétra dans sa bouche et Zack hoqueta mais ne se dégagea pas. Au contraire, il le libéra avec un dernier coup de langue et glissa sa tête entre ses cuisses tatouées, refermant ses mains sur ses reins. Les lèvres tremblantes d’excitation à l’idée de ce qu’il allait faire, il lécha le pourtour de l’entrée close et les gémissements du ténébreux se muèrent en petits cris de plaisir. Levant les mains pour écarter les fesses rondes et lisses, Zack plaqua sa bouche contre lui, insinuant sa langue dans sa chaleur, et sentit la saccade qui agita ses reins.

“Et si quelqu’un entrait dans la tente ?” songea-t-il en se sentant blêmir.

Oh, bon sang, quelle honte !

Mais il chassa vitre cette idée car Nero balançait impatiemment les hanches à sa rencontre. Etirant la langue, le jeune soldat explora ce sanctuaire aussi loin qu’il le put mais, bientôt incapable de supporter plus longtemps la fièvre que les réactions du “dormeur” faisaient naître en lui, il lubrifia abondamment de salive l’entrée qu’il titillait de sa langue agile. Baissant la main, il trouva le chemin et s’y engagea. Lentement d’abord, presque avec hésitation, puis, voyant Nero relever la tête pour exhaler un gémissement rauque et impatient, il s’enhardit. Un troisième doigt vint rejoindre les deux autres et le frère de Weiss poussa un râle animal.

Zack sentit soudain les jambes tatouées le ceinturer pour le pousser en avant, ses mains se saisir de son sexe impatient et il hoqueta de surprise en se rendant compte que Nero l’avait amené à plonger en lui. Baissant les yeux, il vit ses reins plaqués à ceux du ténébreux, qui resserra encore ses jambes autour de son bassin pour l’emprisonner contre lui.

Transporté par cette sensation, Zack articula faiblement son nom et eut un sourire carnassier en refermant les mains sur ses fesses et s’enfonçant en lui plus profondément.

Bien vite, il sentit Nero se soulever sous lui avec un cri de plaisir difficilement étouffé et, à la vue de sa semence jaillissant pour se répandre sur son ventre orné d’arabesques, il se libéra dans un long gémissement alors qu’il inondait le havre où il avait pénétré.

Apaisé, une douce langueur s’empara de lui et il se laissa aller contre son partenaire, qui referma les bras autour de lui.

- Tu es beau, Zack… murmura-t-il, le cœur battant contre ses côtes.

Et il se rendormit aussitôt, terrassé par les endorphines.

Zack sourit, l’embrassa, non sans douceur, et il essuya son ventre tatoué souillé de semence avec un sourire mutin de garnement qui s’apprête à faire une farce. Puis il se leva ensuite avec mille précautions, recouvrit le corps mince et entreprit de s’habiller pour sortir dans l’aube naissante comme si de rien n’était.

*

Lorsque Nero ouvrit les yeux, deux bonnes heures plus tard, Zack avait déjà quitté la tente.

En se souvenant du rêve agité de la nuit, il rougit.

“Pourvu que Zack ne se soit rendu compte de rien…”

Les sensations avaient semblé si réelles qu’il avait presque l’impression de sentir l’odeur du jeune soldat sur sa peau.

Il se leva en soupirant et prit son pantalon, qui traînait sur le sol. Au moment de l’enfiler, il sentit quelque chose d’humide couler entre ses jambes et baissa les yeux, intrigué. Il recueillit du bout des doigts la substance blanchâtre et, la reconnaissant, marqua un temps d’arrêt.

- Oh ! Le… Le sale petit démon sournois !

A la fois humilié d’avoir été un simple jouet de plaisir, et ravi du désir qu’il avait provoqué chez un homme autre que son frère bien-aimé, il s’habilla à la hâte et sortit précipitamment de la tente pour voir l’objet de ses pensées discuter avec Sephiroth. A son salut, Zack répondit par un sec hochement de tête mais, lorsque Nero lui lança un sourire interrogateur lourd de sous-entendus, il consentit néanmoins à une confirmation silencieuse d’un mouvement de paupières espiègle.

Sephiroth, qui n’avait pas perdu une miette de l’échange muet, adressa au ténébreux un sourire complice et s’étonna de le voir rougir pour la première fois…

FIN

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I - Bienvenue à Gongaga !

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Illustration tirée du doujinshi “BUBBLES” du Studio Gothika

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Jamais le soleil n’avait tapé comme ce matin là. L’air sec était chargé de poussière et j’avais la gorge comme de la litière pour chats. Nous étions en août, au plus fort de la saison sèche, et je me souviens du grincement des minuscules grains de sable emportés par le vent entre mes dents.

Ma casquette me donnait l’impression d’avoir le crâne sous une cocotte minute mais c’était ça où tomber raide, assommé par le soleil. La sueur coulait sur mon front et ma queue de cheval me collait déjà à la nuque. Combien de fois en quinze jours m’étais-je promis de me couper les cheveux ? J’en avais perdu le compte mais je n’avais jamais pu me résoudre à renoncer à cette dernière coquetterie.

Avec un soupir, je me resservis du café. Il avait un goût aigre amer, comme s’il avait bouilli. Connaissant le cuisinier, je ne doutais pas que ce fut bien le cas et je le bus d’un trait en grimaçant, comme tous les matins.

Je dus déployer des efforts surhumains pour mettre un pied devant l’autre et sortir de la tente qui nous servait de cantine. Le soleil m’aveugla et cette impression de respirer à travers un mouchoir brûlant que l’on aurait pressé sur ma bouche était insupportable. Je dus fermer les yeux, incapable de supporter la lumière en dépit de l’heure matinale, sortis mes lunettes de soleil de la poche de mon pantalon de toile et les chaussai. A travers les verres fumés qui assombrissaient le décor, le camp semblait bénéficier d’une ombre illusoire, et bizarrement, il me sembla que la température avait baissé en même temps que la lumière.

Les brahmanes de Canyon Cosmo disent que l’esprit d’un homme est capable de faire plier les éléments. Eh, bien moi j’avais des lunettes magiques qui jetaient de l’ombre sur le décor ! C’était ridicule mais pour un peu de fraîcheur ou une illusion de fraîcheur, j’étais prêt à tout…

Le cahier des charges sous le bras, j’avançai sur le terrain aride, mes bottes se couvrant d’une pellicule de poussière orangeâtre.

Je crois que c’est l’une des rares choses que je déteste, dans cette région désertique qui entoure la forêt de Congaga : cette poussière grasse qui se mélange à la sueur et colle à la peau dès que l’on met le nez dehors.

Et encore, devais-je être heureux de ne pas me trouver en poste à Midgar, comme Genesis ! La première fois que j’avais été en mission là-bas, j’avais été horrifié en constatant qu’après avoir retiré le manteau porté toute la journée, mes bras et mes jambes étaient enduits d’une suie huileuse. On voyait parfaitement la marque des vêtements que j’avais ôtés, comme si j’avais pris un monstrueux coup de soleil noir. L’eau de la douche ressemblait à de l’huile de moteur et j’avais passé de longues minutes à me décrasser les cheveux. Mes poumons devaient ressembler à un pot d’échappement mal entretenu ou à ceux des lapins que ce salopard d’Hojo oblige à fumer pour tester le taux de nicotine des cigarettes. Le second jour, l’idée de porter un masque anti-pollution m’avait effleuré et le troisième, je me promenais dans les rues aussi crasseux et grisâtre que n’importe qui.

Lorsque j’avais accepté de sécuriser la zone du réacteur de Gongaga, en pleine rénovation, je m’étais imaginé la région comme me l’avaient racontée Angeal et Genesis, à l’école d’officiers : verte, fraîche et luxuriante. Avec un adorable petit village perché à flanc de montagne….

Tu parles ! Ils avaient juste oublié de préciser que l’oasis de verdure ne restait verte que trois ou quatre mois par an, au printemps, et qu’elle était entourée d’une région caillouteuse où l’on crevait de chaud en été et où l’on mourait de froid en hiver !

Au lieu de la douce fraîcheur parfumée d’herbe verte que je m’étais imaginée, je me promenais dans la poussière du chantier en pantalon d’épaisse toile noire, t-shirt poisseux de sueur et je dormais sous l’une des tentes où il ne se passait pas une nuit sans que je ne me réveille empêtré dans la moustiquaire. Si les membres de mes fan-clubs me voyaient…

Angeal, m’avait précédé sur les lieux et avait déjà établi un périmètre de sécurité. Contrairement à moi, il connaissait la région et les coutumes du coin pour y avoir passé son enfance. D’un kilomètre à l’autre, la terre était tour à tour végétation desséchée inextricable ou désert caillouteux. Les routes n’étaient que des chemins de terre et bien souvent nos 4×4 s’ensablaient.

Je jetai un regard aux échafaudages, sur lesquels s’affairaient avec les ouvriers, tous originaires de la région. Combien étaient-ils ? Une trentaine ? Il y avait bien longtemps que j’avais renoncé à faire l’appel. Si le frère était malade, le neveu le remplaçait et cela quand le père n’amenait pas le fils pour lui prêter main forte afin de finir dans les temps. Les questions d’assurance et de contrat de travail n’avaient pas cours ici. Tout ce qui comptait pour ces hommes, c’était de terminer honorablement leur tâche, comme ils s’y étaient engagés. On ne badine pas avec l’honneur et la parole donnée, dans la région. J’avais rarement connu des gens aussi travailleurs et je n’hésitais pas à tanner Reeve pour qu’il leur verse un supplément d’argent lorsque j’estimais qu’ils le méritaient, c’est à dire bien souvent. Cela m’avait valu des amoncellements de friandises et plats traditionnels confectionnés par leurs épouses et leurs sœurs, que nous partagions lors des pauses.

J’essuyai la sueur qui coulait de mon front. Comment pouvaient-ils supporter de travailler par cette chaleur ? Torse nu, la peau tannée par le soleil et vêtus de pantalons de coton ou de chemises ouvertes sur des shorts bariolés, ils manipulaient les sacs de ciment avec une facilité déconcertante. Ils transpiraient à peine et la lumière les faisait à tout juste plisser les yeux.

Mon regard s’attarda un instant sur les dos musclés et les poitrines noueuses. Les hommes… Depuis combien de mois n’avais-je pas touché un homme ? Deux ? Trois ? Le dernier était un jeune postulant soldat dégingandé qui m’avait fait regretter de ne pas avoir passé mon chemin.

Je secouai la tête et consultai les plans de déploiement des forces de sécurité pour la énième fois. N’avais-je rien oublié ? A Midgar, j’en avais été particulièrement fier de mais, une fois arrivé dans la région de Gongaga, je m’aperçus de ce que les tours de surveillance pouvaient avoir de ridicule dans une région aussi escarpée.

De président adjoint Rufus Shinra voulait du beau, du grand, du riche et, par dessus tout, de l’impressionnant. Quand je voyais les ravissantes constructions traditionnelles qui parsemaient la région, je n’arrivais vraiment pas à comprendre comment cet imbécile pouvait leur préférer ce monceau de ciment et de verre en forme de chou-fleur que j’avais mis des semaines à sécuriser sur les conseils de son éminence grise, un petit homme gras et dégoûtant qui répondait au nom de Palmer.

“Non, il faut plus de caméras !” “Non, il y a trop de surface exposée !” “Allons, mon garçon ! Le président adjoint ne sera jamais en sécurité si les vitres ne sont pas blindées !”

Plus d’une fois l’envie m’avait démangée de le passer par la fenêtre sans prendre la peine de l’ouvrir mais c’était lui qui signait les chèques… J’avais eu ce gnome mangeur de gras sur le dos pendant trois semaines et il devait passer sur le chantier aujourd’hui en compagnie de son “altesse sérénissime”. Si le maître était aussi exaspérant que son toutou, cela promettait un bel après-midi de fichu !

Je n’avais jamais eu l’occasion de rencontrer Rufus Shinra mais je le détestais déjà cordialement !

“Son Altesse” avait souhaité que son ” chou-fleur ” domine la route qui conduisait à la petite rivière qui menait au village. Devoir raser le petit temple de pierre qui se trouvait non loin pour pouvoir sécuriser les travaux de construction m’avait fendu le cœur mais il allait l’avoir son “réacteur que tout le monde pourrait voir de loin”. C’était là les instructions les plus sottes que l’on m’avait jamais données mais Rufus payait bien. Très bien même. J’allais gagner ici plus d’argent en un an que je n’aurais pu en économiser en 50 ans de missions ordinaires.

Le groupe électrogène se mit en route avec un grondement de tonnerre et l’odeur du gasoil se mêla aux parfums d’épices. Je n’ai jamais su décrire l’odeur qu’il y avait dans la région par un autre terme. L’air sentait la terre, le parfum et les épices. Une odeur étourdissante que je n’ai jamais retrouvée ailleurs.

- Sephiroth ! Déjà levé ? Tu fais des efforts, mon grand ! Tu viens nous donner un coup de main ?

Je baissai les yeux vers Angeal, qui surveillait l’avancement des travaux dans l’immense trou des fondations et lui fis un petit signe de la main.

- Ne rêve pas ! criai-je pour couvrir le bruit des marteaux piqueurs qui s’étaient mis en route pour briser la pierre. Je n’ai pas sué durant les cours assommants de Lazard dans le but de nager dans la crasse !

Il éclata de rire et retira son casque de protection pour essuyer la sueur qui coulait sur son visage. Je connaissais Angeal depuis mon enfance, tout comme Genesis, et je peux dire que j’en étais venu à considérer au fil des années comme le frère que je n’avais jamais eu. La petite trentaine, des cheveux noirs mi-longs coiffés en arrière et une charpente à faire blêmir un culturiste, Angeal était de sept ans mon aîné et m’adorait. Je n’avais jamais cherché à cacher ma liberté de moeurs et la relation particulière que j’entretenais avec Angeal avait bien souvent alimenté les ragots.

- Dis-moi mon grand, poursuivit-il, tu ne crois pas que… oh, oh ! On a de la visite.

Il grimaça et je suivis son regard. J’avais beau le voir en contre-jour, je reconnus immédiatement le personnage qui s’avançait vers moi. Sa masse impressionnante de cheveux emmêlés et ses jambes maigres et arquées lui donnaient l’apparence d’un primate.

L’ermite de la forêt de Gongaga nous rendait visite de plus en plus souvent, ces derniers jours.

- Merde, soupirai-je en levant les yeux au ciel. Mais qu’est-ce que cet illuminé vient faire ici, encore ? Si les ouvriers le voient, nous sommes cuits…

Le saint homme arriva à ma hauteur et leva les yeux vers moi sans un mot. Il avait peint trois cercles rouges sur son front, par dessus la crasse, et son visage était vierge de toute expression. J’avais l’impression d’observer un mannequin d’argile. Vêtu d’un pagne douteux et maigre à faire peur, il dégageait une aura inquiétante et une puanteur insoutenable. Je pinçai les narines et détournai le regard.

Un cri s’éleva dans les fondations et plusieurs têtes dépassèrent du trou où travaillaient les maçons. En voyant notre visiteur, tous lâchèrent leurs outils, éteignirent les marteaux piqueurs et grimpèrent en une nuée bourdonnante pour venir s’agenouiller devant le saint homme en le priant de les bénir. Les ouvriers, pour la plupart originaires de la région, se balançaient d’arrière en avant en psalmodiant des prières devant l’homme minuscule, mains jointes devant leur front.

Je m’écartai et lançai un regard excédé à Angeal, qui me répondit par un haussement d’épaules.

- Laisse tomber, Seph.

Le saint homme avait pris l’habitude de venir une ou deux fois par semaine sur le site. Lorsque j’en avais demandé la raison à l’un des contremaîtres, il m’avait simplement répondu que les gens comme lui étaient guidés par les Dieux eux-mêmes et qu’il ne fallait pas chercher à comprendre le pourquoi de leurs actes et de leurs paroles.

J’étais bien avancé !

La première fois que ce zombie avait fait son apparition, il était arrivé derrière moi comme un fantôme et m’avait soufflé dans le cou. En voyant le visage couvert d’une croûte blanchâtre digne d’un film d’horreur, j’avais poussé un cri à paralyser un troupeau de Bahamuts et manqué de peu la crise d’apoplexie. Par la suite, je vis plusieurs de ces individus à Gongaga. Ils restaient immobiles durant des heures, assis en tailleur au beau milieu de la route, et chacun leur témoignait un respect craintif. D’après ce que j’avais compris, ils avaient fait vœu d’abandonner tout plaisir terrestre ou quelque chose dans ce goût là. Des sortes de renonçants.

Bien entendu, j’avais consulté des dizaines de guides et de livres sur la région avant de partir mais, je suis désolé de le dire, une fois sur place, on se demande si les auteurs de ces ouvrages ont bien posé le pied dans le pays dont ils parlent.

Ici, rien n’est simple et aucun texte, aussi complet soit-il, ne peut donner une idée de ce que sont réellement ces gens et leur terre.

Je regardai ma montre. Si le saint homme ne fichait pas le camp pour que nous puissions reprendre le travail, je risquais de me faire salement remonter les bretelles par le ” petit prince Shinra “, qui devait arriver d’un instant à l’autre.

- Allez, allez ! La récréation est finie.

Je tapai dans mes mains et Angeal sortit de son trou pour me poser la main sur le bras.

- Arrête, Seph. Respecte leurs croyances.

Je me tournai vers lui en ouvrant des yeux ronds comme des soucoupes.

- Mais je respecte leurs croyances ! Le problème, c’est que son altesse de mes fesses va arriver et que…

- Chut ! me rabroua Angeal. Ne parle pas de lui comme ça devant eux.

Plusieurs hommes se couvrirent le visage des mains et posèrent le front sur les pieds du gnome, comme s’ils cherchaient à se faire pardonner pour mon comportement cavalier.

- Désolé ! grimaçai-je en agitant la main dans leur direction.

Pour la première fois, j’entendis l’homme blafard parler. Sa voix était rocailleuse et aiguë. Elle vrillait les tympans et son curieux dialecte accentuait encore cette désagréable impression.

- Que dit-il ? demandai-je à Angeal.

Il haussa les épaules. Visiblement, il était parti de chez lui depuis trop longtemps et avait oublié son patois natal.

Zack, un postulant soldat lui aussi originaire de la région, s’approcha. Comme à chaque fois qu’il s’adressait à moi, ses grands yeux bleus semblaient incapables de me fixer et ses mains tremblaient. Lorsqu’il aurait pris un peu d’assurance, il ne faisait pas de doute qu’il deviendrait une excellente recrue.

Le silence était soudain tel que l’on n’entendit plus que le bruissement des pieds des ouvriers fouillant la terre poussiéreuse avec embarras et le vent léger et étouffant qui charriait l’odeur de vase de la rivière.

- Il dit que quelque chose va vous faire du mal, Général, et que vous devez faire attention.

Je plissai les lèvres. Après les prières… les superstitions ! Il ne manquait plus que ça.

- Quelque chose va me faire du mal ?

- Oui, Général.

- Cette chose doit s’appeler Rufus Shinra, dans ce cas. Parce que sois certain qu’il va m’arracher la tête s’il ne vous trouve pas tous au travail en arrivant.

Les hommes échangèrent des regards entendus et baissèrent la tête.

- Sauf votre respect, vous ne devriez pas plaisanter avec ça, Général. Le danger est réel.

- Qui ? Rufus Shinra ?

Zack sourit malgré lui.

- Non, Général. La chose.

- Quel genre de chose ? demanda Angeal.

Je levai les yeux au ciel et me donnai une claque sur le front.

- Angeal ! Tu ne vas pas t’y mettre toi aussi !

Il ne répondit pas et montra le sage du menton en continuant à s’adresser Zack.

- Demande-lui.

Zack s’inclina devant la vieille chouette cendreuse et lui parla dans sa langue discordante. Le sage ne répondit pas, ne changea pas d’expression et fit demi tour.

Chacun le regarda s’éloigner et, quand il s’engagea sur la pente, disparaissant de leur champ de vision, les maçons se tournèrent vers moi de concert et me lancèrent des regards désolés.

J’avais beau être imperméable à toute sorte de religion et de superstition, l’expression de leur visage, leurs épaules basses et leur immobilité me nouèrent le ventre.

Je tournai sur moi-même.

Ils formaient une ronde lugubre et mélancolique. Ils me fixaient comme si je n’étais déjà plus qu’un cadavre autour duquel les vieux copains se recueillent en se disant “c’était un brave type”.

Je pris une profonde inspiration.

- On peut retourner travailler ou vous voulez vraiment que Shinra Junior me fasse rôtir ?

Angeal adressa quelques mots aux ouvriers, qui inclinèrent la tête et retournèrent à leurs occupations en murmurant entre eux, comme s’ils craignaient que le bruit de leurs voix n’attire le malheur dont avait parlé le vieux sage. L’un d’entre eux posa la main sur ma poitrine en murmurant une prière que je ne compris pas.

- Il demande aux Dieux de te protéger, murmura Angeal.

- Oh, je… Merci, fis-je à l’homme avec un légère inclinaison de tête.

L’ouvrier s’inclina à son tour, me sourit, et descendit dans les fondations.

Chaque coin de ce pays semblait regorger de malédictions en tout genre et j’avais déjà eu des difficultés à trouver des ouvriers à cause des multiples fariboles locales qui faisaient de la région un véritable berceau du mysticisme.

Si un jour je décidais d’abandonner l’armée, je pourrais toujours gagner ma vie en écrivant des histoires sur les mystères de la région pour gogos en mal de magie, étouffant dans leurs murs de béton…

Un bruit de moteur me tira de mes plans de carrière à long terme et, un instant, je crus bien que le saint homme avait raison au sujet de sa créature dangereuse qui allait venir me chercher.

Ce qui m’arrivait dessus était au moins aussi redoutable que l’odeur du saint homme, et je sentais mes nerfs sur le point de lâcher face à cette vision d’horreur : monsieur lèche-bottes en personne, Palmer le gras double, arrivait sur le chantier pour la visite prévue. La journée commençait vraiment mal. J’avais de plus en plus hâte qu’elle se termine pour me retrouver sous ma tente.

Et, si possible, avec le joli blondinet qui venait de sortir de la voiture…

…à suivre

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LV - J’avais trois fils

On n’est pas forcément le père de quelqu’un…

mais on n’est jamais le fils de personne.»

G. Wolinski

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Non, ne fais pas ça, attends ! gémit Zack en tendant une main suppliante vers Nero, qui disparaissait petit à petit dans un maelstrom de ténèbres qui paraissaient sortir de lui. Je plaisantais ! Ne ne le prends pas comme ça !

Le ténébreux secoua la tête et recula d’un pas, le bébé de Loz pleurant de terreur dans ses bras.

- Je savais que c’était un piège… Je n’aurais jamais dû écouter Weiss. Jamais…

Le jeune soldat secoua furieusement la tête.

- Quoi ? Non ! Je dois vous guider tous les deux jusqu’à un endroit où l’on viendra vous cherch…

- C’est faux ! Toi et la Shinra vous moquez bien de ce qui peut nous arriver à moi et à mon pauvre frère ! Tout ce que vous voulez, c’est le bébé et les cellules de Jenova qu’il contient !

- Pas du tout, Angeal a…

- Angeal ne t’aurait jamais envoyé toi !

Zack se frotta le visage avec un gémissement désespéré.

Et dire qu’Angeal lui avait pourtant fait la leçon pendant une heure…

« Et, surtout, évite de faire de l’humour douteux ! Il faut récupérer ces garçons et le petit ! »

« Ca va ! C’est bon ! Je suis quand même capable de ram… »

« C’est sérieux, Zack ! Tu es sans doute la dernière personne à qui Nero ou Weiss feraient confiance mais nous n’avons pas le choix ! Lucrecia et moi devons absolument aider Aerith à contenir les géostigmates. »

« C’est bon, je te dis ! Quoi ? D’accord, je reconnais que j’ai parfois un peu titillé la boule de poix et son choupinounet de frérot mais… »

« Zack, bon sang ! »

« Désolé, ça m’a échappé ! »

- Merde… Merde… Merde… Je… NON ! Nero ! Non, allez, déconne pas ! Nero !

Celui-ci recula encore dans le brouillard ténébreux et les cris du bébé redoublèrent.

- Arrête, merde ! Tu vas le rendre malade de peur si tu l’emmènes avec toi là-dedans !

- Quand bien même ! Il sera plus en sécurité avec moi qu’entre les mains des scientifiques de la Shinra !

- NON ! Je t’en supplie, ne fais pas ça ! NERO !Oh, merde…

*

Sephiroth cracha un long jet de mako avec un dernier haut-le-coeur qui le laissa pantelant au pied de la cuve.

- Général, pouvez-vous respirer normalement ? s’enquit Merill après un petit moment en l’aidant à s’asseoir.

L’argenté hocha péniblement la tête et déglutit avec une grimace.

- Oui… fit-il d’une voix rauque. Je crois que… tout le… liquide… est sorti.

La tête lui tournait et sa vue ne serait pas nette avant plusieurs minutes, il le savait, mais le temps pressait.

Les yeux larmoyants, il essaya de distinguer - ou du moins d’identifier vaguement - les personnes qui formaient un cercle autour de lui et des deux médecins agenouillés à ses côtés.

La tête avec les grands pics, ce devait être Strife. La tête rouge, Reno. Et, près de lui…

- Cid… gémit Sephiroth en tendant la main. Cid Highwind…

Tous tressaillirent, surpris.

Le pilote n’avait jamais connu Sephiroth avant d’être confronté à lui lorsqu’il avait rejoint AVALANCHE, peu avant la chute du météore ; il ne lui avait même jamais parlé. Pourtant, quelque chose faisait à présent du général un être familier et aussi proche de Cid que Yazoo, Kadaj ou Loz - mais sans atteindre toutefois le degré d’intimité qu’il partageait désormais avec ce dernier.

- Qu’y a-t-il, mon frère ? demanda le pilote en prenant l’avant-bras tendu.

- Nero… Il faut que tu ailles chercher Nero… Le mont Nibel… Il est sur le mont Nibel… Avec Zack… Et le bébé…

A ces mots, Loz tressaillit.

- Je t’accompagne !

Sephiroth, trop affaibli pour protester, pressa le bras de Cid, suppliant, mais c’était inutile. Celui-ci savait très bien ce qu’il avait à faire.

- Non, Loz. Reno et Vincent m’accompagneront.

L’argenté allait protester mais Sephiroth s’effondra alors dans les bras du pilote.

- Faites… vite… haleta-t-il avant de perdre connaissance.

*

- Où est le bébé ? hurla Genesis aux oreilles de Weiss en essayant de reprendre son souffle.

Il avait frappé le jeune homme si fort et à de si nombreuses reprises depuis une heure qu’il en avait les bras engourdis et était essoufflé comme s’il venait de finir une course d’obstacles.

- Va… te faire… foutre… gémit le prisonnier d’une voix tout juste audible.

Son visage ensanglanté était si contusionné que l’on avait presque du mal à reconnaitre dans cette bouillie rougeâtre le ravissant minois de l’ex-commandant des Tsviets

Fou de rage, Genesis lui tomba dessus à bras racourcis.

*

Cloud faisait les cent pas dans le couloir, hésitant à entrer dans la chambre du premier où Rufus avait fait installer Sephiroth et où tous attendaient qu’il reprenne connaissance.

Lorsque le général avait demandé de l’aide à Cid, en bas, il en avait presque ressenti… Quoi en fait ? Comme un pincement au coeur et une sorte de colère, une…

“De la jalousie, Cloud ! Ni plus ni moins que de la jalousie !” persiffla une petit voix dans son cerveau. Et, cette fois, il s’agissait bien de sa propre conscience et non de cette pourriture de Jenova ! C’était peut-être ce qui l’agaçait le plus, d’ailleurs…

Jaloux…

Il en avait presque honte.

Mais, après tout, il avait reçu les cellules de Jenova, lui aussi, alors pourquoi c’était Cid que les argentés respectaient et accueillaient comme un membre de la famille ? Pourquoi le pilote et pas lui ?

Parce que tu les as toujours rejetés sans chercher à comprendre ce qui les motivait ou ce qui se passait !” lui rappela sa conscience. “Il y a deux ans, lorsque Kadaj t’appelait “grand frère”, tu lui rétorquais déjà “marionnette !”

- Ils m’ont attaqué sans me laisser de temps de comprendre quoi que ce soit !

- As-tu seulement essayé ? T’es-tu posé ne serait-ce qu’une seule question à leur sujet en dehors de “comment nous en débarrasser” ?

- J’ignorais, alors, ce qu’il en était réellement et les épreuves qu’ils avaient traversées ! répondit-il à son reflet, dans l’un des grands miroirs qui ornaient le couloir.

“Tu ne l’ignorais pas, lorsque tu as essayé de les tuer en trafiquant les freins de leurs motos…”

- Je n’étais pas moi-même ! C’était Jenova !

“Et, lorsque tu as insulté et blessé cruellement Tifa, parce que tu l’avais vue essayer d’embrasser Loz ? Lorsque tu as failli briser les vies de Cid et Shalua en te mêlant de ce qui ne te regardait pas ? C’était Jenova, aussi ?”

- La ferme ! gémit le jeune homme en se prenant la tête dans les mains.

“Ce n’est pas trop fatigant, de se chercher sans cesse des excuses, Cloud ?”

Il allait se rétorquer à lui-même lorsque la porte de la chambre de Sephiroth s’ouvrit, laissant passer la tête Tifa.

- Cloud… il se réveille.

Le garçon eut l’impression que son sang cessait de couler dans ses veines.

*

- Là ! cria Vincent pour couvrir le bruit de l’hélice en désignant un point dans la forêt dense qui recouvrait le flanc du mont Nibel.

Dans cette zone, même les puissants projecteurs de l’hélicoptère peinaient à percer l’obscurité.

Reno, assis dans le fauteuil de co-pilote de l’hélicoptère, scruta le sol à la jumelle.

- Je ne vois rien !

- Fais-moi confiance ! fit Vincent. Cid, descend !

Le pilote secoua la tête.

- Je ne peux pas me poser, Vince ! La forêt est trop dense. Tu vas devoir jouer les acrobates !

Vincent déboucla les sangles de sécurité qui le maintenaient sur le siège arrière et fixa une corde à harnais aux crochets prévus à cet effet.

- Descends autant que tu peux et ça devrait aller !

- Comment tu sais que c’est bien là ? insista Reno. Il fait noir comme dans un four, là en bas !

- Précisément, Reno ! Il fait beaucoup trop noir ! Descends encore, Cid ! Stop ! C’est bon !

Au sol, Zack vit l’hélicoptère se stabiliser avec un immense soulagement.

- Nero ! appela-t-il. Ils sont là ! Sort de ce truc, bon sang !

Mais, à l’intérieur du maelström de noirceur, le ténébreux n’entendait rien et essayait de calmer le bébé qui hurlait, rendu presque fou de terreur par les cris et les chuchotements des âmes perdues qui se pressaient auteur d’eux. Ses petits bras battaient désespérément pour chasser les mains désincarnées qui se tendaient vers lui mais ses poings minuscules n’impressionnaient guère les lambeaux de ténèbres glaciales. Ces dernières frôlaient son adorable visage, caressaient son petit corps tendre et s’enroulaient à son toupet de cheveux argentés.

- Chut, bébé, ce n’est rien, ils ne peuvent pas te faire de mal tant que je suis là, assura Nero. Du calme.

Peine perdue.

- Tu vas le faire mourir de peur, si tu le gardes ici, Nero.

Ce dernier leva brusquement la tête et recula d’un pas en serrant un peu plus le bébé contre lui.

- Vincent Valentine… murmura-t-il en s’enfonçant encore dans les ténèbres, faisant redoubler les cris du petit.

- Attends ! Arrête !

- Désolé, Vincent Valentine, mais cette danse-ci, je suis pas en état de te l’accorder. Pas tout de suite, du moins.

Vincent leva les mains pour lui montrer qu’il n’était pas armé.

- Je ne suis pas venu pour me battre, Nero, mais pour vous mettre à l’abri, toi et le bébé !

- Venant de toi, je me serais attendu à un mensonge moins naïf.

- C’est la vérité !

Le petit s’arrêta soudain de crier et le ténébreux remarqua avec épouvante qu’il avait les yeux révulsés.

- Par tous les démons de la planète, Nero, tu es en train de le faire mourir de terreur ! s’affola Vincent. Il faut le sortir d’ici !

Nero, médusé, le secoua doucement.

- Réveille-toi… Ouvre les yeux, bébé. Ouvre les yeux !

Ses jambes trop affaiblies refusant de le soutenir plus longtemps, il tomba à genoux, le nourrisson toujours serré contre sa poitrine, et jeta à Vincent un regard désespéré.

- Si tu le gardes ici, dans ces ténèbres, avec toi, il mourra !

Le ténébreux secoua furieusement la tête.

- Je voulais le protéger… gémit-il. Juste le protéger.

- Je le sais, Nero. Mais un homme normalement constitué ne peut pas rester dans un endroit comme celui-ci sans perdre totalement la raison. A plus forte raison, un enfant. Il faut le sortir d’ici.

- Pour qu’ils en fassent un monstre ? Comme moi ? Comme mon frère ?

- Je ne le permettrai pas, Nero. Jamais. Et son père non père encore moins. Oui, Nero, ce petit a un père, insista l’ex-turc en voyant le tsviet écarquiller les yeux. Un père à qui j’ai promis de ramener son bébé.

Nero déglutit avec difficulté et caressa la petite tête argentée, hésitant.

- Jure-moi que tu ne laisseras pas la Shinra le prendre ou lui faire du mal, Vincent Valentine…

Celui-ci secoua la tête et s’approcha de quelques pas.

- Personne n’a l’intention de lui faire du mal, Nero. Et surtout pas Rufus Shinra, tu as ma parole.

Le ténébreux berça un instant le bébé inconscient avec un sanglot désespéré, indécis, puis le tendis à Vincent.

- Très bien… Emmène-le, Vincent Valentine. Et fais ce que tu as à faire aussi vite que tu le pourras.

- J’en ai bien l’intention, assura-t-il en prenant le bébé.

- Lorsque tu verras mon frère, murmura Nero d’une voix étranglée, dis-lui que, jusqu’au dernier moment, je n’ai cessé de penser à lui et de l’aimer.

Il tendit son cou gracile vers l’ancien turc en fermant ses beaux yeux carmins et celui-ci tiqua.

- Que… qu’est-ce que tu fais ?

- Ton arme n’aurait aucun effet, ici. Tu vas devoir te salir les mains, Vincent Valentine.

Ce dernier hoqueta.

- Mais enfin, je n’ai nullement l’intention de te tuer ! Encore moins de te tordre le cou comme à un poulet !

Nero rouvrit les yeux et cligna des paupières, perdu.

- Mais tu… Tu as ce que tu étais venu chercher. Tu as le bébé.

- Nero… soupira Vincent. Angeal a promis à ton frère que nous ferions tout pour vous sortir de là et c’est bien ce que nous avons l’intention de faire !

- Je… J’ai peur de ne pas comprendre.

- Il n’y a rien à comprendre, s’impatiernte l’ancien turk. Peux-tu marcher ?

Le ténébreux secoua la tête, hébété.

- Je… Je ne crois pas.

- Alors, tiens le bébé.

Vincent lui posa le bébé sur le ventre avant qu’il n’ait le temps de répliquer et voulut les soulever délicatement tous deux dans ses bras mais quelque chose lui piqua douloureusement le bras.

Nero s’étant un peu rasséréné, les ténèbres s’étaient clairsemées et l’ex-turk frémit d’horreur en voyant ce qui lui avait pincé le biceps.

- Nero… Qu’est-il arrivé à ton dos ?

- Mes ailes… fit celui-ci entre ses dents serrées pour contenir un cri de douleur. Genesis… Genesis les a arrachées.

- Que les Dieux nous viennent en aide…

Mais, le bébé commençant à montrer des signes de conscience, il n’eut pas le loisir de poser plus questions.

*

Lorsque Sephiroth ouvrit les yeux, le premier visage qu’il vit fut celui de Kadaj.

Assis sur le lit, le garçon était penché sur lui et guettait attentivement le moindre signe de conscience.

- Grand frère ? chuchota-t-il, les yeux luisants et la voix tremblant d’émotion.

Le général sourit et posa une main glacée sur la joue poupine.

- Kadaj… Mon fougueux et imprévisible Kadaj… railla-t-il gentiment. Mon adorable petit fauve…

Ce dernier, bouleversé, se jeta dans ses bras en sanglotant comme l’enfant qu’il y était encore il a peu.

- Grand frère…

- Laisse-moi te regarder, fit celui-ci en prenant Kadaj par les épaules pour l’obliger à lui faire face.

Le garçon rougit un peu sous l’examen attentif mais s’essuya les yeux et sourit.

- Tu nous a tellement manqué, si tu savais…

- Vous aussi, vous m’avez manqué, assura l’ex-cauchemar de la planète en pétrissant ses épaules avec affection. Si tu savais comme j’avais envie de vous connaître enfin… Vous connaître vraiment… (Il écarta les cheveux du petit visage rond avec une douceur qui surprit Cloud) Bon sang, ce que tu peux ressembler à mère !

A la mention de ce mot, le garçon se raidit.

- A… mère ?

Sephiroth rit, sachant très bien ce qu’il pensait.

- A Lucrecia.

- Gretta me l’a dit aussi, répondit le garçon en rougissant de fierté.

- Gretta… Elle est toujours ici ?

- Et elle a hâte de te saluer. Elle m’a beaucoup parlé de toi et de mère.

- Ah oui ?

Sephiroth laissa échapper un petit rire attendri en serrant le garçon contre lui et lissa ses cheveux doux et fins comme ceux d’un bébé.

Par dessus son épaule, il vit Cloud, qui ne savait visiblement pas s’il devait lui sourire ou baisser les yeux ; la jeune Tifa, qui était devenue une superbe jeune femme depuis la dernière fois qu’il l’avait vue ; Reeve, qui était toujours le même, sobre, calme et élégant ; l’immense Barret, qui serrait contre lui une petite fille qui le regardait avec curiosité ; une jeune femme et un garçon en blouse blanche, qui ne pouvaient être que Shalua et Merill, qui avaient si bien pris soin de lui, lorsqu’il était dans la cuve ; Yuffie, dont il reconnut le rire joyeux pour l’avoir souvent entendu dans le laboratoire, lorsqu’elle venait voir Kadaj ; Rufus, bien sûr, toujours aussi joli garçon ; Rude, seul, pour une fois, et…

Loz, lui, baissa les yeux, intimidé.

- Bonjour, grand-frère, murmura Yazoo avec un petit signe de tête timoré.

Il n’osait pas s’avancer, et Sephiroth lui tendit la main en signe d’invitation.

- Tendre Yazoo… Mon autre moi-même… Approche que je te regarde. Approche, mon ange noir…

Le jeune homme ne se le fit pas dire deux fois et se jeta à son tour dans les bras de Sephiroth, ému aux larmes.

- Je croyais que tu ne souviendrais plus jamais de nous, grand frère…

Reeve échangea un regard attendri avec Shalua et Cloud secoua la tête, incrédule. Il était si surpris par le comportement affectueux de son ancien ennemi qu’il avait presque envie de se frotter les yeux pour être sûr que ces derniers ne lui jouaient pas un tour.

Barret, lui, sa fille adoptive accrochée à sa cuisse, paraissait comprendre ce que ressentait Sephiroth et Yuffie, comme à son habitude, luttait pour ne pas se laisser déborder par l’émotion.

Loz, qui observait leur effusions avec envie, lâcha la main de Tifa et recula discrètement de plusieurs pas. En cet instant, il aurait donné n’importe quoi pour prendre ses jambes à son cou ou se transformer en souris et se cacher dans un trou du plancher.

Le mythique général paraissait béat d’admiration devant ses cadets, qu’il ne finissait pas de toucher et de serrer contre lui avec effusion. Et c’était bien normal, il aurait été le premier à reconnaitre si on le lui avait demandé. Ses frères avaient tout pour eux, avaient hérité du meilleur de Sephiroth, mais lui… Lui, il n’avait ni l’intelligence et l’esprit vif de Kadaj, ni la beauté et la sagesse de Yazoo, et il le savait. Hojo et ses assistants le lui avaient assez répété. En fait, hormis ses yeux verts fendus et ses cheveux gris, il ne lui ressemblait guère, il s’en rendait bien compte, à présent qu’il les voyait tous les trois.

- Loz ? s’inquiéta Tifa dans un discret murmure en réalisant qu’il avait reculé vers la porte.

Il ouvrit la bouche pour la rassurer mais n’en eut pas le temps car Sephiroth venait de lever les yeux vers lui.

Le jeune homme hocha respectueusement la tête, les yeux fixés sur le parquet, mais resta où il était pour ne pas mettre le général mal à l’aise en l’obligeant à se montrer aussi affectueux avec lui qu’avec ses cadets par pur devoir.

- Bon retour parmi nous, grand frère. Je suis heureux de te revoir.

N’obtenant pas de réponse, il se décida enfin à relever la tête. Le pénétrant regard mako se vissa au sien.

- Loz… fit Sephiroth d’une voix étranglée par l’émotion en tendant les bras vers lui. Unique et indispensable Loz…

Celui-ci s’avança lentement et s’assit prudemment sur le bord du lit, ne sachant si Sephiroth se moquait gentiment de lui ou s’il était sincère jusqu’à ce que ce dernier referme ses mains sur ses puissantes épaules et l’attire contre lui pour le serrer avec force.

- Merci de m’avoir remplacé auprès d’eux, Loz… murmura-t-il tout contre son oreille afin que lui seul puisse entendre. Merci d’avoir toujours été un père pour Kadaj et Yazoo.

“Ce qu’on ne m’a jamais permis d’être et que je ne serais sans doute jamais pour aucun de vous, hélas…” avait-il envie de rajouter.

- Je… C’est… C’est normal, bredouilla le jeune homme sur le même ton en rougissant de confusion, pris de court par le compliment. Ce sont mes petits frères. Ils n’avaient que moi, pour les protéger.

Sephiroth sourit avec tendresse contre son cou.

- Comment tant puissance peut-elle contenir autant de générosité et de douceur après tout ce que tu as supporté, Loz, je me le demande… Où diable as-tu puisé un tel courage, toutes ces années ?

- Ce n’est rien. Tout le monde en aurait fait autant.

- Non. Tout le monde ne l’aurait pas fait… poursuivit Sephiroth en pétrissant affectueusement son large dos. Tout le monde ne l’aurait pas fait, crois-moi. Je suis fier de toi…

C’en était trop pour Loz, qui fondit en larmes dans les bras de Sephiroth.

- Père

En entendant cette épithète, qui lui était adressée pour la première fois de sa vie et qu’il n’aurait jamais espéré entendre, Sephiroth sentit son coeur se serrer jusqu’à lui en faire mal et une émotion sans nom le saisir à la gorge.

Le mot était sorti droit du coeur et de la bouche de Loz avec sa franchise habituelle, sans malice aucune, et c’était sans doute ce qui était le plus touchant.

- Dis-le encore, sanglota Sephiroth en resserrant son étreinte. Toi seul est assez fort pour assumer cette vérité, Loz, et j’ai tellement besoin de l’entendre… Dis-le encore, mon fils

- Père…

- Qu’est-ce qu’ils se racontent ? demanda discrètement Kadaj à Yazoo en essayant de saisir les murmures inaudibles de ses deux frères aînés.

Yazoo haussa les épaules et échangea un regard interloqué avec les autres, tout aussi étonnés - si ce n’est plus - de voir Sephiroth et Loz s’étreindre ainsi en pleurant et riant à la fois.

Les sept péchés capitaux : LA COLERE

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : les volontaires sont les bienvenus !

***

Une morsure à la base de sa nuque le réveilla en sursaut et il rua sous le grand corps qui l’écrasait contre le matelas.

- Aïe ! Quand cesseras-tu d’être aussi brutal !

Il se retourna avec peine sous la masse de muscles et son frère lui adressa un sourire espiègle, amusé de l’avoir fait enrager.

Yazoo le dévisagea un instant avec une expression lasse et voyant qu’il ne bougeait pas d’un centimètre, martela ses larges épaules de ses poings.

- Tu m’écrases !

Avec un grognement, Loz consentit enfin à rouler sur le côté et son cadet s’assit sur son lit en se frottant la nuque couverte de salive avec une grimace de dégoût.

- Kadaj veut te parler, annonça le jeune colosse avec une moue boudeuse qui n’aurait pas dépareillé sur le visage d’un petit garçon.

Yazoo lui adressa un regard en biais et soupira.

- Et c’était sans doute une raison pour me réveiller en me mordant le cou ? (Loz pouffa) Ce que tu peux être puéril, parfois !

Il essuya sa paume humide de salive sur la manche du blouson de son frère et celui-ci bondit du lit en frottant le cuir d’un air écœuré.

- Eh ! C’est dégoûtant !

Yazoo éclata de rire.

- C’est ta propre bave, idiot ! railla-t-il de sa voix suave.

Il fila dans la salle de bains de sa chambre - au demeurant la seule salle de bains attenante à une chambre dans le petit appartement qu’ils avaient loué à Edge (Kadaj et Loz se contenant de celle qui se trouvait au bout du couloir).

- Je ne suis pas idiot ! rétorqua ce dernier en direction de la porte entrouverte, faisant redoubler le rire de son frère.

- Bien sûr que non ! Tu préfères juste cogner au lieu de penser !

Vexé, Loz quitta la chambre d’un pas rageur pour rejoindre Kadaj et finir le frugal petit déjeuner préparé à la va-vite par ce dernier.

***

- Et surtout, ne laissez rien au hasard ! lança Kadaj avant de démarrer en trombe. La moindre piste donnée par les deux imbéciles de la Shinra doit être exploitée dans les moindres détails !

- …doit être exploitée dans les moindres détails… Gnagnagna ! singea Loz sur le pas de la porte, faisant sourire Yazoo. Pourquoi c’est toujours nous qui écopons du sale boulot ?

Son cadet haussa les épaules.

- Il sait ce qu’il fait, Loz.

Celui-ci tordit le nez.

- Mhh…

- Je me charge retrouver les traces de grand frère dans les archives de la ville. Toi, va explorer le labo désaffecté et essaye de trouv…

- Pourquoi c’est moi qui doit aller au labo ? le coupa Loz, plus renfrogné que jamais.

Yazoo laissa échapper un profond soupir excédé et roula des yeux.

- Loz, ne commence pas, s’il te plaît.

- C’est plein de choses dégoûtantes, ces endroits, et… et… on ne sait jamais s’il ne reste pas des… des « trucs » qui peuvent te rendre malade ou… ou…

- Ou te rentrer par les narines pour te ronger le cerveau ? persifla son frère. Aucun risque de côté là en ce qui te concerne, Loz, rassure-toi.

Ce dernier se raidit avec un pincement au cœur et émit un curieux petit hoquet affecté.

- Ca, c’était vraiment pas gentil… fit-il d’une voix étranglée avant de se détourner et de se diriger, les épaules basses, vers sa moto garée non loin.

Son cadet jura et le rattrapa.

- Loz, attends, je suis désolé, je ne voulais pas dire ça.

Il le prit par le bras mais son frère se dégagea et enfourcha son bolide.

- Si, tu le voulais, Yazoo. Pire, même : tu le pensais !

Il fit ronfler le moteur et démarra.

- Non… Loz, attends, ne… Et zut !

***

Lorsque Loz quitta le laboratoire, la nuit était sur le point de tomber. Il avait eu beau fouiller les anciens locaux désaffectés de la cave au grenier, il n’avait trouvé qu’un amas de paperasses inutiles, réduites en charpie par l’humidité et les intempéries, et du matériel cassé sans le moindre intérêt, dont il valait mieux ignorer à quoi il avait pu servir.

Il s’assit sur la moto avec un soupir déchirant en s’essuyant nerveusement les mains sur son pantalon et sortit son téléphone portable de sa poche.

Yazoo ne l’avait pas appelé. Etrange. Il était rare que son cadet le laisse sans nouvelles durant plus de deux ou trois heures.

“Et s’il n’osait pas me téléphoner après la façon dont je l’ai envoyé promener ?”

Bien qu’il n’ait strictement rien à se reprocher et que ce soit lui, au contraire, qui ait subi les sarcasmes venimeux de son cadet, il se sentit coupable. Coupable et seul. Terriblement seul…

Il tint le petit téléphone un long moment dans sa paume, comme si le simple fait de le fixer intensément pouvait le faire sonner, et, lorsqu’un bit strident retentit, annonçant un message, il sursauta.

Mais ce n’était pas Yazoo.

Oh, que non…

Le coeur battant et la gorge serrée jusqu’à la nausée, Loz relut le message encore et encore, refusant d’admettre l’horrible évidence.

- Non… gémit-il, tremblant de tous ses membres. Tu es mort… Tu es mort !

***

Pour les habitants de Edge, désormais endormis, cette nuit-là ressemblait à toutes les autres nuits mais, pour l’ombre qui se glissait dans les ruelles, c’était le début d’un cauchemar. Un long cauchemar.

Loz ne portait aucune arme, comme il lui avait été ordonné dans le message. A l’insu de Kadaj, il avait caché son pistolame et sa griffe de combat dans la petite remise de la maison coquillage.

- Où vas-tu ? avait demandé son jeune frère, agacé de le voir arriver bredouille du laboratoire désaffecté pour repartir aussitôt.

- J’ai besoin de me changer les idées.

- Ne va pas provoquer de bagarre inutile !

- Ne t’en fais pas, je veux juste rouler un peu.

- Que t’a dit Yazoo, exactement ? avait insisté Kadaj. Pourquoi tarde-t-il autant à nous rejoindre ici, comme prévu ? Et pourquoi ne répond-t-il pas au téléphone ?

- Je te l’ai dit : il a un problème avec le réservoir de sa moto. Le garage où il a dû se rendre est en sous-sol, le réseau ne passe pas.

Son cadet tapa rageusement du pied.

- Il n’y en a pas un pour racheter l’autre, décidément ! ronchonna-t-il en tournant les talons. Et ne passe pas toute la nuit dehors ! ajouta-t-il depuis le seuil de la maison.

Loz n’avait pas rétorqué. Il avait attendu qu’il disparaisse derrière la porte pour aller cacher discrètement ses armes, l’angoisse au ventre, puis avait pris la route de Edge.
Le corps secoué par des tremblements incontrôlables, il traversa la ville endormie et franchit le tronçon d’autoroute délabré qui menait à de ce qui avait été la ville de Midgar.

Lorsqu’il arriva enfin devant les ruines du siège de la Shinra, il abandonna son bolide, comme il lui avait été ordonné dans le message, et se précipita à l’intérieur.

Pantelant, sans même prendre le temps de s’arrêter pour respirer, il dévala les escaliers dévastés qui menaient au sous-sol au pas de course, étage après étage… et fut presque immédiatement stoppé par une douleur soudaine qui lui coupa le peu de souffle qui lui restait.
Dans l’obscurité, il n’avait pas vu venir le pied qui le cueillit au creux de l’estomac et s’était effondré sur le sol.

Un rire tonitruant éclata dans ce qui était une espèce de salle de réunion souterraine, réduite à l’état de décombres et tout juste éclairée par une torche électrique d’appoint, qui dissipait à peine les ténèbres dans le coin de la pièce où il se trouvait.

L’incarné essaya de se redresser mais le poids d’une botte sur son épaule le maintint à terre. Une botte boueuse portée par un lascar digne des plus terrifiants contes pour enfants.

- Où est mon frère ? haleta Loz, l’estomac révulsé par l’odeur d’humidité et de moisissure qui flottait dans le sous-sol.

L’homme retira son pied et Loz put redresser la tête mais il frémit devant l’horrible visage, ou du moins ce qu’il en restait… L’œil gauche avait été arraché et la bouche formait un angle impossible du fait des cicatrices qui barraient les joues.

- J’ai changé, n’est ce pas ? Laisse-moi donc te remercier pour ce ravissant minois !

Tremblant de rage, il s’approcha et gifla l’argenté à toute volée du dos de la main, lui fendant la lèvre, mais Loz sentit à peine le coup, abasourdi par la surprise et trop inquiet pour Yazoo.

C’était donc réel… Le SMS venait réellement de lui, de ce salopard.

Kraig…

Ce nom avant hanté ses pires cauchemar durant des années.

“Soldat Première Classe Capitaine Kraig Copland”.

Il aurait dû mourir, pourtant. Oui, il aurait dû mourir, ce jour-là…

Cela faisait si longtemps que Loz avait presque oublié. Les luttes. Le sang. Les cris d’agonie. Le soleil… Ce maudit soleil les faisait cuire sur place. Et les monstres. Si nombreux… Il s’en souvenait, maintenant. Si nombreux qu’ils avaient tous cru mourir sous leurs griffes, y compris le téméraire Capitaine Copland. Son maître d’armes, son professeur et son pire bourreau.

Kraig Copland était tombé sous les coups des démons, ce jour-là. L’argenté revoyait les gueules béantes se jeter sur lui et aurait pu le prévenir. Il aurait pu l’aider - oui, il aurait pu. Mais il ne l’avait pas fait…

Il ne l’avait pas fait car, le matin même, Copland avait passé la main dans les cheveux de Yazoo, qui n’était alors qu’un tout jeune adolescent. Une caresse à priori innocente mais ponctuée d’un sourire que Loz ne connaissait que trop bien…

Alors, lorsque l’une des créatures avait refermé ses mâchoires sur le si respecté capitaine et l’avait emporté dans sa gueule pour festoyer avec ses congénères, Loz en aurait presque applaudi de joie !

Oui, ce jour-là, l’incarné s’était débarrassé de son bourreau ! Et il s’était juré de devenir fort. Plus fort que n’importe qui, afin que, plus jamais, un autre Copland ne risque de s’approcher trop près de lui ou de ses frères. Il ne le permettrait plus, pour ça non !

Et Loz avait tenu parole.

Mais voilà que Kraig Copland se tenait devant lui. Défiguré et boiteux, certes, mais bien vivant.

- Alors c’est donc ça qu’est devenu l’incarné le plus réussi du grand Sephiroth ! Ah ! Ah ! Ah ! Non mais regarde-toi, Loz ! Quel gâchis…

- Où est mon frère ? répéta ce dernier sans relever l’insulte, la gorge serrée par le dégoût.

L’homme le gifla à nouveau, le saisit par les cheveux et lui tira la tête en arrière.

- Je t’interdis de prononcer mon nom, sale petite pute ! Comment as-tu pu me faire une chose pareille ? Moi, qui t’avais tout appris ! Qui t’avais tout donné !
Le butor lui asséna un coup de pied dans les côtes et l’argenté s’effondra en gémissant sur le sol.

- Où est… mon frère ? haleta à nouveau Loz. Qu’as-tu… fait… de lui ?

- Ah ! Ah ! Ah ! Non mais regarde-toi ! railla son bourreau.

Il se pencha et saisit douloureusement le menton de l’incarné pour lui redresser la tête.

- Ne me… touche pas !

Le géant balafré éclata d’un rire méprisant et lui administra un autre coup de pied avec une violence incroyable.

Le jeune homme se plia en deux et roula sur le sol en gémissant.

- Rassure-toi, te toucher est la dernière dont on a envie lorsqu’on voit ce que tu es devenu, mon pauvre Loz ! Tes cheveux… Tes magnifiques cheveux… Par toute la pourriture de la planète, comment as-tu pu sacrifier de tels cheveux ? Et ce corps… Regarde ce que tu as fait ! Tous ces muscles et… cette barbe ! Par l’enfer ! Quand je pense à quel point tu étais beau… Tu resplendissais comme le soleil, et maintenant, tu as l’air d’un… d’un animal.

Loz émit un bruit de gorge et son visage se tordit.

- Le seul animal… c’était toi ! Toi… et tes jeux pervers !

Il se mit à genoux avec difficulté, et se redressa, chancelant.

Fou de rage, Copland le saisit à la gorge.

- C’est pour ça que tu as sacrifié ton ensorcelante beauté ? Pour échapper aux “pervers” dans mon genre ? C’est pour ça que tu as voulu me laisser crever, espèce de petite putain capricieuse ?

Loz essaya de se jeter sur lui mais le géant resserra sa prise sur son cou.

- Où est… mon frère ? réussi à articuler l’argenté, à demi-étouffé par les énormes doigts.

- Sais-tu que je l’ai pris pour toi, quand je l’ai vu, à Edge ? Un très joli garçon, lui aussi, mais une bien pâle copie de ce que tu étais. Lui as-tu parlé de moi ? Lui as-tu avoué que c’est dans mon lit, que tu venais, lorsque tu quittais votre chambre, au laboratoire du cratère Nord ? Lui as-tu raconté comment tu pleurais, quand je te…

- Tais-toi ! hurla Loz.

- Tu avais des lèvres adorables. J’ai toujours aimé tes lèvres. Ton frère a les mêmes lèv…

- Qu’est ce que tu lui as fait ? tempêta l’argenté. Si jamais tu as posé la main sur lui je te jure que je te tuerais !

Il se débattit comme un diable mais la pression sur sa gorge se resserra et sa vue s’obscurcit.

- Tu m’a laissé mourir, petite putain… murmura le butor en caressant la pommette satinée. Tu as une dette envers moi. Et, cette dette, qui va la payer ?

Loz blêmit.

- Relâche Yazoo… Relâche-le et… tu pourras faire de moi ce que tu… voudras, je le jure !

Le géant sourit.

- Comme au bon vieux temps, là-bas, au cratère Nord, mhhh ? Tu croyais franchement que je ne voyais pas ton petit manège ? Tes frères savent-il le nombre de fois que tu as sauvé leurs jolies petites fesses en t’agenouillant entre mes cuisses ?

- Tu auras ce que tu veux de moi mais ne lui parle pas de ça et laisse-le partir, supplia Loz.

Copland sembla réfléchir.

- Et qui te dit que la brute que tu es devenue m’intéresse ? Où est le Loz gracile et tendre qui réchauffait mon lit ?

- Ce que tu voudras, répéta Loz, les larmes aux yeux. Absolument… tout.

- Tu imagines ? reprit le colosse comme s’il n’avait rien entendu. Tu imagines si Kadaj et Yazoo savaient que leur frère, leur dur, leur viril, leur indestructible frère écartait régulièrement les cuisses pour leur épargner de douloureuses expérimentations ou des entraînements impitoyables ? S’ils savaient que, pour les protéger, tu as dû sacrifier ta beauté, ta jeunesse et devenir une brute sans éducation ni cervelle tout juste bonne à donner des coups de poings dans un sac et à soulever de la fonte ? Imagines-tu à quel point Yazoo serait désespéré s’il connaissait ne serait-ce qu’un dixième des souffrances que tu as endurées pour eux, Loz ?

- Yazoo ne t’a jamais fait de mal, pas plus que Kadaj ! Ils t’ont toujours respecté et admiré, Kraig ! Torture-moi ! Bats-moi mais fiche-leur la paix !

Le colosse sourit tristement.

- Toi contre Yazoo, alors ? Une fois de plus. As-tu seulement une idée de ce que je pourrais te faire subir ? De la rage que j’éprouve ? De la haine qui n’a cessé de grandir depuis ce jour ?

Loz sentit une bile amère lui monter dans la gorge.

- Laisse partir Yazoo et je te donne ma parole que tu pourras faire de moi ce que tu voudras.

Le géant se planta devant l’argenté, qui dut faire un effort pour ne pas détourner les yeux de l’horrible visage.

- Approche. Nous allons faire ça à ma manière… A genoux !

Loz obéit comme un pantin sur les fils duquel on aurait tiré et son ancien maître d’armes lui attacha les bras dans le dos avec une corde solide.

- Je t’ai donné ma parole ! Pourquoi m’attacher ?

- Il est certaines occasions où un homme est prêt à se parjurer. (Il augmenta l’intensité de la torche électrique et Loz plissa les yeux) Dans le cas, par exemple, ou…

Le cercle de lumière s’élargit, les coins d’ombres diminuèrent et le hurlement de Loz retentit alors dans tout le sous-sol : Yazoo, bâillonné et attaché à une poutre de métal dans une partie qui était jusqu’alors dans l’ombre, avait assisté à la scène et avait tout entendu.

- Yazoo…

- Dans le cas, disais-je, où un frère cadet voit son aîné se soumettre aux pires avilissements à cause lui… acheva Kraig Copland avec un sourire d’intense satisfaction.

Loz voulut se redresser mais le géant sortit une minuscule télécommande de sa poche et une lumière rouge se mit à clignoter sur la gorge de Yazoo.

En reconnaissant l’un des colliers piégés que l’on mettait aux prisonniers particulièrement dangereux lors de transferts ou de déplacements à haut risque, l’incarné poussa un sanglot déchirant.

- Si j’étais toi, je resterai tranquille, prévint le géant en desserrant son ceinturon. Regarde bien ce que ton grand frère va encore faire pour toi, Yazoo ! Regarde bien !

Le bâillon de Yazoo était trempé de larmes et il secouait désespérément la tête, suppliant silencieusement Loz de ne pas se laisser faire. Mais le colosse défiguré se jeta sur son aîné, le plaqua au sol en déchirant les lanières de son blouson et lui écarta brutalement les cuisses d’un coup de genou.

- Maintenant, on est quittes !

- Ne regarde pas, Yazoo ! hurla Loz entre deux sanglots. Je t’en prie ! Ne regarde pas ! Ne crois pas ce qu’il te dit ! Ca n’a jamais été de ta faute ni de celle de Kadaj ! Jamais !

***

Lorsque Loz ouvrit les yeux, sa tête reposait sur les genoux de son frère. Yazoo caressait ses courts cheveux de platine avec une douceur infinie.

- Où est-il ?

- Je ne sais pas. Il m’a détaché, m’a assommé et il est parti.

Des larmes roulaient sur ses joues et retombaient sur le front de frère aîné.

- Ne pleure pas, Yazoo.

- Je le tuerai, Loz… Je retournerai toute la planète s’il le faut et je te ramènerai sa tête dans un sac !

Loz eut un sourire amer et secoua la tête.

- Tu ne devras jamais parler de ce qui s’est passé ici ou de ce que tu as entendu. Et surtout pas à Kadaj. Jamais…

Les larmes de Yazoo redoublèrent et son frère se leva avec difficulté.

- Je lui ai dit que ta moto était tombée en panne. Pars seul vers la forêt des anciens. Dans une heure ou deux, je vous rejoindrai comme si je revenais d’une balade quelconque.

Il se rhabilla avec des gestes lents et douloureux.

- Tu es blessé, Loz. Il va bien le voir.

Celui-ci toucha son visage contusionné.

- Je lui dirais que je me suis battu dans un bar.

- Il ne te croira pas.

Loz eut un sourire triste

- Bien sûr que si. Je n’ai rien dans la tête et je ne sais que cogner, vous n’arrêtez pas de le répéter, dit-il avec un clin d’oeil avant de quitter le sous-sol.

Yazoo sentit une douleur intense lui déchirer les entrailles et il éclata sanglots, pleurant comme il n’avait encore jamais pleuré.

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Les sept péchés capitaux : L’ENVIE

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : MA Sambre ( Studio Gothika)

Corrections : les volontaires sont les bienvenus !

Les versions non censurées de ce texte et de cette illustration se trouvent dans le fascicule “Les interdits de www.ff7-yaoi-fanfics.com Tome 1″ (voir dans la boutique)

***

Lorsque Kadaj revint dans la maison coquillage, les chamailleries qui lui parvenaient depuis la chambre de ses frères lui firent lever les yeux au plafond avec un soupir déchirant. Ce qu’ils pouvaient parfois être puérils ! Se bagarrer comme des chenapans à une heure pareille et dans de telles circonstances ; comme s’ils n’avaient pas plus grave à penser ! Le jeune homme avait parfois du mal à admettre qu’il était le plus jeune de la fratrie…

Yazoo poussa un petit gémissement plaintif et Kadaj se dirigea vers la porte de la chambre de ses frères en grommelant, bien décidé à leur faire la leçon une fois de plus, mais, lorsqu’il poussa le battant et réalisa ce qui se passait dans la chambre - ou plutôt sur le lit -, son sang se congela dans ses veines.

Au début, il eut du mal à comprendre ce qui se déroulait sous ses yeux, tant sa raison refusait d’admettre l’impensable.

L’air de la chambre était étouffant. Il sentait la sueur, le cuir et le sexe.

Kadaj recula en pinçant les narines de dégoût.

- C’est pas vrai…

Loz tourna brusquement la tête et blêmit.

- Oh, merde !

Yazoo le remarqua à son tour.

Il s’assit brusquement en se couvrant précipitamment le bas du corps de son manteau et essaya de reprendre son souffle.

- Kadaj, je vais t’expli…

- La ferme ! cria celui-ci, le cœur au bord des lèvres.

Le benjamin secoua la tête, les yeux écarquillés, et recula encore d’un pas dans le couloir, hésitant entre une soudaine envie de vomir et un irrépressible besoin de pleurer.

- Kadaj ! supplia Loz.

Il bondit du lit et avança vers son jeune frère pour lui poser une main apaisante sur l’épaule mais celui-ci le repoussa violemment en le détaillant de bas en haut avec agressivité.

Loz rougit jusqu’à la racine de ses cheveux de mercure et se couvrit le bas-ventre des mains.

- Kadaj, je…

- Tu me dégoûtes ! lui hurla son frère à la face. Et toi… ajouta-t-il en lançant à Yazoo un regard débordant d’aversion. Toi… tu es encore pire que lui ! Vous êtes des animaux ! Non, pire que ça ! Vous êtes des pervers incapables de vous contrôler !

Yazoo pressa ses yeux mains sur sa bouche, profondément meurtri par les paroles de son cadet, qui quitta la pièce comme on s’enfuit, malade de répulsion et fou de colère.

Loz voulut le rattraper.

- Loz, non ! Laisse-le ! Ce n’est encore qu’un petit garçon, il ne peut pas comprendre ce genre de choses.

- Mais…

- Laisse. Il a besoin de… de se calmer un peu.

L’argenté frissonna et passa sa main fine sur son visage, désorienté et honteux. Loz le rejoignit sur le lit et le serra contre sa large poitrine.

- Ne pleure pas, Yazoo. Ne pleure pas…

*

Dans sa chambre, Kadaj ne tenait pas en place. Sa rage était telle qu’il aurait avec plaisir réduit la maison coquillage en charpie et ses frères avec elle ! Il tournait en rond, laissant retomber son poing au petit bonheur la chance sur le mur ou un meuble vermoulu.

- Comment as-tu pu les laisser me faire ça, mère ? Comment as-tu pu ?

Incapable de se contenir, il dégaina son sabre et réduisit son sac de couchage en charpie en imaginant que c’était la tête de ses aînés.

Il se laissa retomber sur la bourre éventrée en sanglotant et gémissant de rage à la fois.

Les poings pressés sur les tempes, il essayait de chasser l’image des ébats de ses frères…

- Ignobles dépravés !

Kadaj s’essuya furieusement les yeux et y appuya ses paumes en sanglotant jusqu’à ce qu’il voit des centaines de petits points lumineux derrière ses paupières closes.

Mais cela ne suffit pas pour effacer la vision obsédante des grandes mains de Loz agrippées aux hanches de Yazoo, qui se tordait sous ses assauts en geignant comme une pouliche montée par un étalon trop fougueux.

- Porcs immondes ! Ordures…

Et l’adorable visage de Yazoo, les joues rosies et sa petite bouche boudeuse rouge et gonflée… Ses cheveux humides, si doux…

Oh, oui, Kadaj savait à quel point ils étaient doux. Tout comme l’était la peau satinée de Loz.

Mais, cette fois, toute cette douceur n’était que pour ses frères et pour eux seuls.

C’était ce qui lui faisait sans doute le plus mal : pour la première fois de son existence, ses aînés l’écartaient sans une hésitation et sans le moindre état d’âme. C’est le nom de Loz, que Yazoo murmurait en pleurant presque de plaisir. Celui de Yazoo que Loz susurrait, les yeux mi-clos, emporté par des sensations qui lui faisaient oublier tout le reste.

Kadaj se roula en boule et pleura comme un petit garçon, à longs sanglots bruyants, hoquetant et reniflant, la cage thoracique saisie de spasmes incontrôlables.

- Je vous déteste ! Je vous déteste…

Ils avaient toujours tout fait ensemble, n’avaient jamais eu de secret les uns pour les autres. Jamais jusqu’à présent…

- Pouquoi ? Pouquoi ! Pouquoi ! Pouquoi ! Pouquoi ! Pouquoi ! ragea-t-il en battant des pieds et des mains sans cesser de pleurer.

“Pourquoi seulement vous deux ?

Pourquoi vous… et pas moi ?

Pourquoi pas moi ?”

Et pour la première fois, Kadaj prit conscience du fossé qui le séparait de ses aînés. Un fossé de dix années qu’il avait toujours refusé de voir. Ou que ses frères avaient toujours fait semblant de ne pas considérer comme essentiel - ce qui, en réalité, était loin d’être le cas.

Loz et Yazoo étaient des hommes.

Lui, il n’était encore qu’un enfant.

Et il y avait des jeux auxquels un enfant ne jouait pas…

Part 9. L’équipage se mord la langue… Mais chacun la sienne !

Pont de commandement avec tout l’équipage + Tseng

Tseng: Ah ! Bah voilà ! Quand je vous disais de faire attention à vos ailes, jeune homme !

Nero : d’solé, sir.

Tseng (lui tapotant l’épaule) : Mais non, mais non, mon garçon, ça peut arriver. Bon ben c’est pas tout ça mais je meurs de faim moi. Que diriez vous de goûter la tarte aux pommes, hein ? Allez ! Reeve, tu veux bien aller chercher mes bagages dans le vaisseau ?

Reeve (blême) : Vos bagages ?

Tseng : Oui, j’ai décidé de vous accompagner un petit bout de chemin. Je me suis dit que c’était vraiment injuste de vous voir suer comme des esclaves ici, alors que moi je coule des heures paisibles dans ma maison de campagne.

Cloud (le sourire plus que forcé) : Ahhhh… quelle bonne idée…

Tseng (compatissant) : Mes pauvres enfants, quand je pense que vous êtes une poignée à trimer pour taper les rapports, mener l’exploration, faire les statistiques, analyser l’atmosphère des divers mondes, mener les batailles contre les monstres, commander le vaisseau, revoir les archives, archiver les rapports et j’en passe. Mais vous le savez sans doute mieux que moi.

Vince (à l’oreille de Cid) : Merde, on doit faire tout ça ? (tout haut) C’est que… nous avons pris un peu de retard, chef.

Kadaj (à Yazoo) : Psstt ! C’est quoi les sratistikes ?

Yazoo (qui le fusille du regard) : Voilà ce que c’est, de faire mumuse avec un sabre au lieu de faire ses devoirs !

Kadaj (vexé) : Oh, ça va, hein…

Reeve (qui revient avec cinq valises trois bouteilles de jus d’orange et deux énormes tartes aux pommes) : Pffouh ! Voilà.

Tseng : Merci. Mais dis-moi, Yazoo, je te trouve une petite mine.

Yazoo (emmitouflé dans sa combinaison) : C’est qu’on a eu pas mal de pannes.

Weiss (étouffant un rire) : Mais elles ont redémarré au quart de tour !

Yazoo lui fiche un coup dans les côtes et Loz se retient pour ne pas se remettre à pleurnicher.

Tseng : Tant mieux, tant mieux. Amiral Highwind, permettez-moi de vous demander où je dois m’installer.

Vince (sans réfléchir) : Dans ma cabine. (Il voit le regard de Cid) Glups !

Tseng : Mais où dormirez-vous donc ?

Vince (qui tape dans le dos de Cid qui commence à s’étouffer pendant que tout le monde retient son souffle) : Ben…. c’est à dire qu’on dort deux par deux… pour… le… La… la sécurité ! Et puis comme ça, ça fait de la place aux nouveaux arrivants.(il se tortille) Le vaisseau est tellement petit….

Tseng : Et avec qui partagez-vous habituellement la votre ?

Vince : La mienne est vide, moi je dors avec Cid …

Tseng (lui tapant sur l’épaule) : Ah vous deux ! Vous êtes vraiment inséparables ! Si c’est pas beau une telle amitié ! Voyez les jeunots ? Prenez-en de la graine ! Même perdus au fond de l’espace ils restent vertueux ! Les hommes avec les hommes et les dames avec les dames !

Tout le monde pique un fard.

Weiss : Bon ben, on se la mange cette tarte ?

Reeve et Yazoo posent les tartes sur la console et chacun s’installe autour de la table.

Tseng (regardant Elena, aussi dans les pommes que les tartes en question *oui,je sais,elle est nulle mais il est tard*) : Mais… et la pintade ? Il faut peut-être la réveiller ?

Tous : NAAAAANNNNNNN !!!!!!!

Reeve (la prenant dans les bras et l’emportant dans le labo) : Je m’en occupe. (à Cid) Il doit bien me rester un ou deux tubes de somnifères.

Tseng Loz) : Mais dis-moi, mon grand, quand est-ce que tu vas finir par nous annoncer le mariage ?

Yazoo manque de s’étouffer avec sa tarte et Loz devient blanc comme un linge.

Loz : Quel mariage ?

Tseng : Allons, allons, pas à un vieux briscard comme moi mon garçon ! Tu ne vas pas me dire qu’un beau et viril garçon comme toi n’a pas de petite amie ?

Loz (qui secoue la tête, le nez dans son jus d’orange) : Pas l’temps.

Tseng : Ah, le devoir, toujours le devoir ! Mais enfin, les enfants, prenez donc un peu de bon temps que diable ! Que diriez vous d’une petite partie ce soir ?

Tout le monde le regarde la mâchoire pendante

Weiss : Moi je veux bien !

Nero (lui file un coup de pied sous la table) : Une partie ?

Tseng : Bah, oui, amusez vous un peu que diable ! Vous avez le matériel j’espère, parce que je n’ai rien apporté avec moi.

Weiss (qui n’a rien capté) : Y’en a plein le placard de Yazoo ! (tout le monde retient son souffle et Loz frôle la syncope) En métal, en latex…

Tseng (qui lève une main) : Ouh là, ouh là, jeune homme, je n’en demande pas tant. Des dés en plastique nous iront très bien !

Weiss : Des… dés ?

Nero (agitant la main) : Ah ! Ah ! Ah ! Ce Weiss, quel comique ! Dès qu’on parle de matériel, il pense « outils » ! Vous savez ce que c’est… le travail, le travail, toujours le travail !

Tseng (à Yazoo, intéressé) : Tiens donc, tu bricoles, toi ? Depuis quand ?

Yazoo (qui ne sais pas comment se dépatouiller de la boulette de Nero) : Euuhhh… Si on veut. Disons que… Je tripatouille un peu… par ci, par là.

Loz se lève, au bord de l’apoplexie, et s’écroule inanimé.

Kadaj : Nii-S… Loz !

Tseng : Par les Dieux ! Tifa, faites lui donc du bouche à bouche ! Vous voyez bien qu’il s’étouffe !

Tifa : Pourquoi moi ?

Tseng : Comment pourquoi vous ? Vous voyez bien qu’il par terre est à vos pieds !

Tifa : Ah oui, tiens.

Elle va pour se pencher mais Yazoo plonge pour se mettre entre les deux.

Yazoo : Bas les pattes, femelle ! Je m’en charge !

Reno : Ouh, là, là ! Le réveil va être salé ! Sortez le jex vitres !

Tseng (qui se tourne vers lui) : Ne dites pas de bêtises ! Dans ces cas là c’est du vinaigre qu’on utilise !

Reno (intéressé) : Ah bon ? Sa décrasse mieux, chef ?

Tseng : Et comment ! Ca vous fouette les nasaux jusqu’au cerveau.

Reno (qui se tourne vers Tifa) : Pas tout capté là !

Loz, sentant les lèvres de Yazoo sur les siennes gémit et l’enlace.

Loz moitié dans les vapes) : Ma petite chauve-souris en sucre…

Yazoo regarde à la ronde avec un sourire aussi niais qu’embarrassé.

Tseng (affolé) : Dieux du ciel ! Il délire ! Il vous prend pour une femme ! Ne le contrariez surtout pas ! Ca pourrait lui provoquer un choc émotionnel !

Weiss (mort de rire) : Attendez de voir la taille du choc !

CHHTOONG !

Kadaj (qui cache le marteau derrière son dos quand Tseng se tourne vers lui) : Ah, l’affolement, hein ! Y’a qu’un coup sec pour éviter l’hystérie !

Tseng, qui décide de prendre les choses en main, soulève Loz dans ses bras.

Tseng : Où est sa cabine ?

Cid : Par ici.

Loz (qui enlace Tseng, croyant que c’est Yazoo) : Où m’emmènes-tu mon ange d’amour adoré ?

Tseng (très psychologue à deux balles) : Nous allons dormir…chéri. (tout bas au peloton qui le suit) Surtout ne pas le contrarier.

Weiss (pouffe): Ben alors ça va être un sacré bordel dans cinq minutes !

Nero (qui lui pince les fesses) : Chut !

Tseng pose Loz sur le lit et ce dernier l’agrippe, l’entraînant avec lui sur le matelas.

Kadaj (sentant venir la cata, secoue son frère incosncient comme un prunier) : Ouille, ouille… On se réveille !

Tseng (dans les bras de Loz) : Tais-toi, petit ! Il ne faut…

Tous : « Surtout pas le contrarier », on sait !

Cid : Ouais, ben faites gaffe quand même, hein ! On sait jamais.

Tseng : mais non, je contrôle la situation.

Loz (complètement shooté par le manque d’oxygène) : Embrasse-moi encore, mon chocobo interstellaire.

Weiss (qui se tape les cuisses) : Ouahhnh ! Ah ! Ah ! Ah ! Alors celle-là, j’crois que c’est la pire de toutes !

Tseng (très diplomate en prenant une petite voix efféminée) : Ce n’est pas raisonnable chéri il faut dormir.

Tout le monde pouffe.

Tseng : Oh ! Ca va, je fais c’que j’peux, moi, hein !

Loz (qui caresse les poils rêches de la barbichette Tseng) : Bah… Mon piou piou, Pourquoi t’as mis ton cul sur l’oreiller ?

Là c’est est trop, tout le monde éclate de rire et Tseng rougit au point d’exploser.

Tseng : apportez-moi du vinaigre au lieu de rire du malheur d’un homme malade !

Reno se porte volontaire et part vers la cuisine en riant tout son soul. Il revient avec une grande bouteille de vinaigre qu’Tseng lui arrache presque des mains.

Tseng (totalement largué): Il délire complètement! Il n’est même plus cohérent! Appelez Reeve, c’est lui le scientifique du bord, il nous dira comment le faire revenir à lui!

Reno (s’approche de l’interphone sur le mur et brame de toutes ses forces de sa voix la plus perçante dans l’espoir que ça va réveiller Loz avant que ça tourne mal): Reeve ! Laisse tomber la cat… (il se reprend in extremis en se souvenant de la présence d’Tseng) la cat…astrophe causée par Nero, et viens dans la cabine de Loz, il a un gros malaise ! GROUIIIIIILLE!!

Tseng (les mains plaquées sur les oreilles qui tintent encore): Dites donc, mon garçon, pas la peine de hurler comme ça, les interphones servent à éviter de crier pour communiquer!

Reno (air penaud d’autant plus que ça n’a eu aucun effet sur Loz à qui Yazoo essaie d’arracher la bouteille qu’il caresse amoureusement) : D’solé.

Tseng (bon prince): Ca ira, ça ira. Pensez-y la prochaine fois.

Il se débouche les oreilles dans un bruit de bouchon et se retourne vers la couchette. Yazoo se relève précipitamment en immobilisant la main de Loz qui est partie en balade de son propre chef sur le derrière familier. Du coup la bouteille de vinaigre tombe de ses genoux et se brise sur le sol.

Tseng (se détournant): Pouah! Quelle horrible odeur! Mais comment se fait-il que ça n’ait pas d’effet sur lui ?

Cid (saisissant l’occasion): Ne restez pas ici à suffoquer, Tseng, pas la peine de tous subir cela ! Retournez donc dans la salle de commandement, je suis sûr que vous êtes le plus qualifié pour remplacer Loz à ce poste pendant qu’il est… euh… Disons indisponible.

Tous les autres (poussant Tseng hors de la cabine): Oui, oui, bonne idée, il faut quelqu’un à la barre, vous avez tout à fait raison, Amiral !

Tseng (traînant les pieds genre “mais on a besoin de moi ici”): Mais je voudrais m’assurer de la santé de…

Reeve (arrivant en catastrophe et comprenant la situation aux roucoulements que continue à faire Loz dans un état second): Ouh là ! Si vous le permettez, monsieur, il faut de l’oxygène au blessé, aussi je pense que je travaillerais mieux seul si vous me laissez de l’espace !

Tseng (un peu ennuyé): Bon, si vous le dites, Reeve, on va vous laisser. Venez aussi, Yazoo.

Reeve (qui s’imagine déjà enfermé dans la cabine, seul avec un Loz dans les vapes et complètement allumé qui prend tout ce qui passe à portée pour son cher mamour de frère…) : NOOONNNN !

Tseng (perplexe): Pardon ? Pourquoi ce cri ?

Reeve (confus): Euh, je… J’aurais besoin de quelqu’un pour m’aider et Yazoo est le plus qualifié, monsieur…

Kadaj (très martial, se mettant au garde à vous): monsieur ! Nous ne pouvons pas laisser le Star Trash sans commandement si personnel navigant ! Il faut que remplaciez Loz et retourniez avec moi au poste de contrôle avant qu’une catastrophe n’arrive, sauf votre respect !

Cloud (les yeux au plafond en train de se retenir de rire): Ca c’est sûr que ça va tourner mal s’il reste là…

Kadaj (le fusille du regard): Aide-nous, si t’es si malin!

Tifa (ferme la porte de la cabine d’autorité pour accélérer la décision): Ils ont raison monsieur, il nous faut un homme à poigne aux commandes pour seconder l’amiral Highwind !

Weiss (hilare, à voix basse): Ca, c’est sûr que, de la poigne, Loz en a !

Cloud (lui tapant sur l’épaule an rigolant): Ouais, mais il s’en sert pas toujours sur les comm…

CRACK!!!!!

Tseng, enfin parti vers la salle, se retourne pour voir Weiss et Cloud s’effondrer côte à côte, assommés, et Nero derrière eux croise précipitamment ses ailes derrière son dos.

Nero (sourire contrit): Désolé, je… J’ai glissé. On va les soigner, sir, pas de problème…

Tseng (incrédule, tente de ne rien laisser paraître): Euh… Bon, je vous fais confiance. Quelle insécurité sur ce vaisseau ! Il va falloir que je mette de l’ordre dans tout ça…

Tifa (à côté de Nero, lui fait au revoir de la main) : Certainement, monsieur ! On compte sur vous, monsieur !

Elle a élevé la voix pour éviter qu’TsengTsengTseng n’entende les bruits qui viennent de derrière la porte de la cabine…

… à suivre

A Sephiroth

Si je ne te plais pas, tue-moi.
Mais d’abord, essaye-moi !

Zack

Le soleil s’est levé ?
Ou c’est toi qui viens de sourire ?

Genesis

Avec un steak pareil,
je ne commande même pas de frites !

Red XIII

Tu ne le croiras jamais :
Il y a 30 secondes, j’étais lesbienne !

Tifa

J’ignore où on va avec tout ça,
mais j’irai bien avec toi…

Cloud

Part 8. L’équipage apprend la morale ! Ya du boulot…

La scène redémarre sur le pont de commandement avec tout l’équipage.

Reeve (avec une énorme trousse à pharmacie sous le bras et un gros coussin ) : C’est pour qui l’oreiller ?

Nero lève le doigt en regardant Loz de travers, prend le coussin et s’assoit dessus avec mille grimaces et précautions.

Cid (la voix cassée et l’œil au beurre noir, agite la main) : Là t’as été vache, mec,.

Loz (griffé de partout) : Bien fait pour lui !

Cid (en essayant de se racler la gorge) : D’accord, il a déconné avec Yazoo, mais n’empêche que c’est vache…

Reeve (en brandissant un tube de pommade) : C’est pour qui la pommade anti-piqure,

Tout le monde lève la main.

Reeve : Ppffiuu ! Eh bien ! (Yazoo la lui arrache des mains) Eh là doucement !

Yazoo (couvert de petits points rouges) : Oui ben hein ! C’est moi le plus atteint !

Reno (que Kadaj commence à couvrir de sparadraps) : T’as qu’à croire ! Ouille ! Doucement !

Reeve (qui sort une bouteille d’eau minérale) : C’est pour qui la flotte ?

Loz agite la main.

Tout le monde : NOOOONNN !

Reeve (qui range la bouteille) Désolé Lozy, tu boiras plus tard ! (Etonné, il sort un trousseau de clefs) Qui a demandé un passe partout ? (Elena lève une main timide et Reeve range le trousseau) Compte là-dessus, ma grande !

Shera (qui arrive en tendant une boite à Cid) : Tiens, j’ai enfin retrouvé les strepcils. T’as mal à la gorge ?

Vince se retourne en sifflotant d’un air absent.

Cid (presque aphone) : Si on veut…

Reeve (qui continue la distribution en regardant sa liste) : Et un tube de co… Hein ? Un tube de colle ?

Sephy (un énorme tas de plumes sur les genoux) : C’est pour moi !

Weiss ( des bleus partout ) : Nero ! Bobo !

Nero (qui essaye de trouver la place la plus confortable possible sur son gros coussin) : Je sais, je sais, ton frérot est là, t’inquiète pas !

Tout le monde se plaint, gémit, ou grogne pendant que Reeve les rafistole comme il peut. Le vaisseau fait alors une embardée et tout le monde se retrouve par terre.

Tifa : C’était quoi ça ?

Silence de mort, tout le monde attend.

Deuxième embardée suivi d’un bruit de ferraille.

Troisième embardée,

Une voix résonne dans les hauts parleurs : Zut ! Flûte ! Crotte ! Mais ils ne peuvent pas les faire plus grandes, ces plates-formes d’atterrissage ! Pas vrai ça ! De mon temps c’était pas comme ça ! Ouhouh ! Y’a quelqu’un ? Tout le monde va bien ? J’vous ai apporté une tarte aux pommes et du jus d’orange ! Eh oh !

Weiss : C’est qui, ça, encore ?

L’équipage s’affole, commence à tout ranger et à épousseter le moindre recoin.

Cid (Complètement perdu) : Oulalalalala ! Manquait plus que lui ! Alors plus un gros mot ! Plus une insulte ! Plus une seule insinuation ! Planquez les clops, le matos louche et l’alcool !

Sephy (alarmé) : Qu’est ce qu’il va dire quand il va nous voir comme ça ? (il désigne les pansements dont tout le monde est couvert) Oulalalala !

Cid (qui réfléchit à toute vitesse) : Euhh…On a été attaqués ! On s’est défendu ! Et maintenant tout va bien !

Weiss : TEMPS MORT ! Qu’est ce qui se passe ici ? C’est qui ce mec ?

Tous en cœur : C’est TSENG!

Tseng (dans les hauts parleurs) : Vous êtes là ? Ah ! vous me faites une farce, hein ? Je monte ! J’espère que vous n’êtes pas entrain de vous empiffrer de cochonneries pleines de cholestérol et de sucre en douce !

Kadaj (qui planque tant bien que mal les bouteilles, les joints, les capotes et le « matos » dans un placard qui menace d’exploser) : C’est l’emmerdeur de service ! Le chef des turks ! Le gardien des valeurs morales de la planète ! Le mot le plus grossier qu’il connaisse c’est “ salaud ”.

Weiss (qui siffle entre ses dents) : Oh bah là on est pas dans la merde ! Parce qu ’à moins qu’il soit aveugle, le tutu, je vois pas comment on va passer pour des vertueux !

Nero (hésitant entre effondrement et crise de fou rire nerveux): Ah ca… Déjà l’autre avec sa ceinture de chasteté ça donne l’ambiance…

Weiss (en désignant Reeve qui badigeonne en vitesse tout le monde de crème anti-piqure-d’ailes-de-Nero): Moi, ce qui m’étonne, c’est qu’il n’ait encore rien compris à vivre au milieu d’une bande de tarés pareils…

Cid (se lève d’un coup et essaye de gueuler): C’est qui la bande de tar… keuff keuff keuff *tousse* *tousse*… Aaaghh…

Vince (paniqué -pour une fois, ouahaah…. Bon elle nulle d’accord-): Mamour ! Je t’ai dit de pas trop parler tu te fais du mal… (fusille Weiss du regard) Et toi arrête de l’énerver, sinon je me charge de toi.

Weiss : essaye, pour voir !

Loz : C’est fini, oui ! C’est moi qui vais me charger des deux, si on se fait griller à cause de vos conneries, ça va pas tarder !

Nero (grimace): Ouh là, bah fais gaffe, frérot, il plaisante pas et j’aimerais pas passer après…

Sephy (gêné qu’on parle de son frère comme ça): Bon ben bouclez-là, Tseng ne va pas tarder à débarquer ! Taisez-vous tout le monde ! Ayez l’air naturel !

Yazoo (grommelle en enfilant des gants pour compléter la combi le qui recouvre entièrement, seul moyen de cacher les plaies, piqures et bosses récoltées dans la journée): Naturels, tu parles…

Ils adoptent tous une pose qu’ils espèrent innocente, les couples s’éloignent l’un de l’autre d’un pas réglementaire et la porte s’ouvre pour laisser entrer…

Tseng : Ah enfin je vous trouve ! (S’inquiète soudain des pansements qu’ils portent presque tous) Bah… qu’est-ce qui vous est arrivé ?

Cid veut s’éclaircir la gorge, manque de s’étrangler et est pris d’une crise de toux.

Sephy (tapotant dans le dos de Cid): Ce n’est rien. Nous avons essuyé une attaque surprise de démons inconnus, et nous les avons vaillamment repoussés. Mais la bataille a été rude et nous avons quelques plaies à panser. Voilà. En gros.

Weiss (à part): Ouais… En très très gros, alors.

Tifa (lui file un coup de coude en sifflant): Pas de commentaires!

Kadaj : Bravo Nii-San ! Euh, je voulais dire, excellent rapport de la situation, Général.

Tseng (les couvant d’un regard compatissant): Oh je suis désolé de ne pas avoir été là pour vous aider. Ils devaient être puissants pour avoir réussi à en blesser autant…

Tous (acquiesçant avec ardeur et jetant dans le désordre le plus total): C’est ça, c’est ça, ils étaient très puissants, et supérieurs en nombre, et bien armés, oh là oui ils étaient bien équipés, mais on les a eus, pas la peine de s’inquiéter, tout est réglé maintenant, voilà, c’est ça, tout est réglé, tout va bien, ça roule, on oublie tout et on passe à la suite…

Tseng (remarquant - c’est pas un turk pour rien ! - que l’équipage a quelques nouvelles recrues): Tiens ? Des nouveaux ?

Sephy (tapotant le dos de Cid toujours aphone): Euuuh… Des naufragés de l’espace récupérés au hasard de la mission, rien de bien important.

Tseng (s’approchant de Loz en louchant sur ses mains et son cou pleins de piqures): Qu’est-ce que c’est que ces petits points rouges que vous portez tous?…

Cloud (se met au garde à vous en essayant en vain de ne pas rougir): C’est une arme des démons, M’sieu! Une nouvelle arme très efficace, M’sieu! Ca a passé les défenses, M’sieu! C’est un… (regarde tout le monde en espérant qu’ils lui soufflent une explication plausible, mais ils sont aussi en panne d’inspiration que lui) …un fouet d’épines! Voilà, c’est un fouet d’épines, M’sieu! Ils en avaient tous! C’était une vraie boucherie! Mais heureusement on les a eus quand même ces vermines! M’sieu!

Les autres hochent la tête avec ferveur.

Weiss (le regarde de travers et grommelle) : Si t’aimes pas, n’en dégoûte pas les autres…

Tseng (se tourne vers lui) : Et vous jeune homme? Ah et bien vous n’êtes pas blessé au moins?

Weiss (pique un fard): Ben moi j’ai l’habit… Je veux dire, je sais esquiver le plus gros.

Nero (s’écrie, étonné): Ah bon?

Weiss (fait des gestes de la main dans son dos pour le faire taire): C’est à dire que mon frère et moi avons une certaine expérience, M’sieu.

Reno (glisse en douce): On dit “Chef”, pas “M’sieu”.

Weiss (boude en désignant Cloud) : Ben il a bien dit “M’sieu” lui !

Tseng (lève les mains entre eux pour apaiser les esprits): Bon, ça va, ça va, c’est pas grave. (Passe à Nero, visiblement très intrigué par son mors et sa camisole de force) Alors vous êtes le frère de ce jeune homme ?

Nero (absolument infichu de se mettre au garde à vous vu ses fringues et ses ailes qui cognent au plafond quand il essaie de se tenir tout droit): Oui, Sir ! On voyage ensemble, Sir !

Tseng (paternaliste): Faites attention à ne pas blesser quelqu’un avec ces ailes, le vaisseau est un peu exigu. Et notre cher Sephy lui-même a tendance à laisser quelques plumes dans les sas.

Cloud (en coin): Pas que dans les sas si je me souviens…

Kadaj (tout bas): Shhh!

Tseng (arrive à Elena): Mais… qu’est-ce que c’est que cette tenue ? C’est pas réglementaire ! Et c’est quoi, cette curieuse ceinture, une nouvelle mode venue de la Costa del Sol ?

Elena (qui le regardait avec des petits coeurs dans les yeux depuis qu’il était arrvié et passe soudain en mode « pitbull »): Il se fout de ma gueule en plus, le bridé ?

Tous : Noooon!

Reeve (qui se met devant elle) : Excusez-là, le choc de la bataille, tout ça, elle est encore très énervée, elle ne sait plus ce qu’elle dit… Ils devaient avoir un disrupteur psychique, voilà, c’est sûrement ça ! (Tout bas d’une voix pressante à Elena) Tais-toi donc, tu vois bien qu’il peut pas savoir ce que c’est, il y connaît rien!

Elena (boude): Décidément c’est plein de puceaux, ce vaisseau…

Tout le monde se regarde et lève les yeux au plafond d’un air innocent, sauf Tseng qui a un peu pris des couleurs à la remarque de sa consœur.

Tseng (incarnation de la dignité offensée): Sache, chère collègue, que tu es ici sur le Star Trash, bastion de l’armée spatiale de la Shinra, fierté de la planète, et sous le commandement du vénérable et ô combien respectable Amiral Highwind ! Pas dans une vulgaire maison de passe comme celle dont, au passage, vous m’as l’air de sortir avec cette tenue !

Là tous les autres se regardent incrédules en se demandant s’il parle bien de leur vaisseau.

Tseng (poursuivant sur sa lancée): Les hommes d’équipage de ce vaisseau ont été triés sur le volet pour leurs hautes compétences techniques, stratégiques et martiales!

Reno (ajoute tout bas): Et/ou leur coup de main assuré, leur capacité à remonter le moral des troupes et leurs ouverture d’esprit, entre autres…

Tseng (qui n’entend rien): … aussi, je t’interdis avec la plus grande énergie de jeter le blâme sur leur intégrité, leur grande moralité et leur dévotion sans faille à leur unique passion : la protection de la planète !

Cid est en train de se regarder dans le reflet d’un écran de contrôle pour tenter de savoir si, des fois, il ne se serait pas réincarné à son insu dans le corps d’un saint.

Les autres, honteux, ont la tête piteusement baissée et une jolie couleur vermeille.

Elena s’apprête à faire une remarque sur la séance de conseil de guerre des officiers qu’elle a eu l’occasion de surprendre, mais, prévoyant la cata, Nero se lève d’un seul coup pour faire semblant de se mettre au garde-à-vous et étend ses ailes, assommant Elena au passage.

Nero (lève la main à sa bouche d’un air confus) : Oups ! Désolé !

…à suivre

La tentation de Reno

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Cette histoire (curieuse histoire, diraient certains) se passa un soir de juillet dans l’église en ruine de l’ancienne ville de Midgar.

L’athéisme ambiant, ou plutôt “ de bon ton ” avait réduit la petit église à l’état de ruine bien avant la chute du météore et, hormis une jeune femme qui, disait-on, y avait fait pousser des fleurs deux ans plus tôt, personne n’y mettait jamais les pieds.

Personne ?

Pas tout à fait car, à quelques pas du maître autel délabré, dans l’ombre d’une alcôve de pierre, un jeune homme était agenouillée à même le sol, sur les dalles de marbre.

La tête pieusement inclinée, il priait, ses mains fines jointes sur sa poitrine recouverte de cuir et ses longs cheveux de mercure retombant sur ses épaules à la fois carrées et élégantes.

“ Beau comme un ange… ”

C’est ce que murmuraient généralement les gens qui le croisaient.

Mais existe-t-il des anges aveugles ? Car aveugle, l’inconnu l’était, si l’on en croyait la canne blanche posée à côté de lui et le regard fixe de ses yeux fendus vert mako.

Détail qu’avait aussi remarqué un homme aux cheveux rouges, debout à quelques mètres derrière la pauvre créature. Et, à bien les regarder l’un et l’autre, avec leurs visages enfantins et leurs grands yeux clairs, on se disait qu’ils auraient fait les délices d’un peintre d’icônes.

L’inconnu à la chevelure de feu était un peu plus petit que le jeune aveugle et bien plus singulier. Mais, singuliers, tous les turks le sont et que nul n’imagine qu’il s’agit là d’un effet de style. Cet inconnu, qui détaillait celui que l’on prendrait volontiers pour l’un des siens, était bel et bien un turk et non des moindres. Il s’agissait de Reno.

Oui, ce Reno-là. Sur les lieux en cette belle soirée de juillet parce qu’un informateur anonyme lui avait assuré avoir été témoin d’un important trafic de materias de contrebande - dont il n’avait d’ailleurs pas vu trace.

Et Reno était subjugué par le jeune inconnu, qui ressemblait tellement à…

“ Sephiroth… ”

C’est avec une fascination mêlée de déférence qu’il s’approcha de l’aveugle agenouillé.

- Les Dieux doivent sourire en entendant de si belles prières.

Le jeune homme tressaillit et se retourna.

Faut-il décrire la surprise et le ravissement de Reno lorsqu’il contempla le délicat visage à la lumière feutrée filtrant par le toit éventré ? Inutile. Nul mot ne saurait le décrire de toute façon. Quant à sa voix, disons que si les campanules avaient pu jouer de la musique lorsque le vent du printemps les fait danser au rythme de sa brise, leur chant aurait ressemblé au doux timbre de l’aveugle.

- Bonsoir, murmura simplement celui-ci en tendant la main vers sa canne.

- Pardonnez-moi, je ne voulais pas vous effrayer mais je… je vous écoutais parler avec les Dieux et j’avoue que j’ai rarement vu quelqu’un prier avec tant de ferveur.

L’inconnu pencha la tête sur le côté et sa longue chevelure mercure lui balaya la poitrine.

- Écouter, dites-vous ? Il me semblait pourtant prier en silence. Pardonnez-moi si j’ai perturbé votre recueillement, j’étais persuadé d’avoir les lèvres closes.

- Disons que votre cœur et votre visage parlaient si bien qu’il m’a semblé les entendre.

Le jeune aveugle fit tinter son rire. Un doux rire cristallin teinté d’ironie qui ravit le turk.

- Vous êtes bien étrange, monsieur.

Reno sourit.

- D’accord, j’ai menti. En fait, je… Je trouvais que vous ressembliez étrangement à quelqu’un que j’ai connu.

- Oh. Pourtant, on me dit souvent que j’ai un physique un peu “ à part ”. Cela étant dit, monsieur, plaisanta le garçon, je suis dans l’impossibilité de vérifier !

Le turk rit de bon cœur.

- Mon nom est Reno, pas monsieur. ”

L’infirme se leva en s’aidant de sa canne et tendit sa main fine.

- Je m’appelle Yazoo. Enchanté.

Reno leva un sourcil, amusé, et serra la main tendue.

- Yazoo ? Quel nom singulier vous avez là.

- Oui, il parait.

Le jeune homme s’appuya sur sa canne, qui se coinça entre deux dalles mal assemblées et se brisa.

Emporté par son élan, il serait tombé tête première n’eût été les bras vigoureux qui le retinrent.

- Oh ! Pardonnez-moi… Zut, il ne manquait plus que ça.

- Habitez-vous loin d’ici ?

L’inconnu secoua la tête.

- Non, mais beaucoup trop loin pour moi sans cette canne, je le crains, soupira-t-il. Je vais appeler mon frère, pour qu’il vienne me chercher. Pouvez-vous me guider jusqu’à un endroit où je peux capter le réseau ?

Reno sourit.

- Je vous dois mieux que cela. Puisque je suis en partie responsable de cet incident, permettez-moi de vous raccompagner.

- Eh bien, je… je ne sais pas si…

Les hésitations du jeune homme amusèrent le turk.

- Rassurez-vous, vous ne risquez absolument rien en ma compagnie.

- Je… Je ne voulais pas être désagréable.

- Vous ne l’avez pas été.

- C’est que l’on entend tellement de choses horribles de nos jours, que… Excusez-moi. Je suis trop méfiant. Peut-être est-il temps de… (Il sourit) que je fasse un peu plus confiance aux gens.

- Venez, murmura Reno en lui donnant le bras. Attention aux gravats.

Ils quittèrent donc l’église et prirent la direction de Edge.

- Votre frère vous ressemble-t-il ? demanda Reno en marchant d’un pas serein.

Yazoo sourit.

- On le dit, oui. Bien qu’il soit beaucoup plus fort que moi ! Avez-vous des frères et sœurs vous-même ?

Ils devisèrent ainsi tout en marchant et nombreux furent les yeux qui, en chemin, se tournèrent dans leur direction. Bien des femmes succombèrent. Quant aux hommes, ma foi… soit ils grimacèrent, soit ils furent séduits, tout dépendit des hommes. Mais aucun regard, cependant, ne se détourna avant que la porte de l’entrée de l’immeuble délabré où habitait l’aveugle ne leur cache le pâle visage à la beauté éthérée.

- Vous disiez que je ressemblais à l’un de vos amis ?  demanda le jeune infirme en montant les marches.

- ” Ami ” ? Je n’irai pas jusque là, non, plaisanta le turk. Un ancien adversaire, plutôt. (L’aveugle s’arrêta un instant, haussa les sourcils et Reno rit de son expression.) Il avait les mêmes yeux que vous. Des yeux que je n’avais jamais vus chez quelqu’un d’autre jusqu’à maintenant. Ah ! Je crois que nous sommes arrivés. Je vous dis donc “ à bientôt ”. Peut-être.

- Est-ce que… Est-ce que vous accepteriez de boire un verre avec moi ? s’enquit timidement l’aveugle. Vous avez été très aimable et… j’avoue que vous m’êtes très sympathique. J’ai plaisir à parler avec vous.

Reno fut pris au dépourvu.

- Eh bien…

- Vous n’y êtes pas obligé, fit précipitamment Yazoo en rougissant furieusement.

Le turk sourit.

- J’accepte avec joie. Peut-être dois-je, moi aussi, devenir moins méfiant ! (Il haussa les épaules.) Déformation professionnelle ! plaisanta-t-il.

- Ah ? Vous êtes policier ?

- Ah ! Ah ! Ah ! Non. Je travaille pour les services de sécurité de la Shinra, fit-il évasivement.

- Oh. Je vois.

Reno entra dans l’appartement. Un meublé, selon toute vraisemblance, si l’on en croyait le manque total d’originalité et la sobriété de la décoration. Mais la seule présence de son hôte suffisait à magnifier les lieux et le turk, profitant de sa cécité, ne se gêna pas pour le détailler des pieds à la tête sans la moindre pudeur. Et il était beau, son hôte, pour ça oui ! Si les anges avaient eu une descendance, il aurait pu se croire en présence de l’un d’entre eux.

- Le salon est par là, précisa le jeune homme en le précédant. Qu’aimeriez-vous boire ?

- Un whisky allongé, si vous avez ça.

Yazoo prit deux verres dans un placard, une flasque contenant un liquide doré et une bouteille d’eau minérale dans le réfrigérateur du bar.

- Me permettez-vous de vous regarder à ma manière ? demanda-t-il en remplissant les verres. Je suis curieux de savoir à quoi vous ressemblez.

- Que voulez-vous d…

Mais le jeune homme faisait déjà courir ses doigts frais sur son visage avec délicatesse.

- Vous êtes beau.

Reno sourit, à la fois gêné et flatté.

- Merci.

- De rien, susurra Yazoo à un souffle de ses lèvres.

Le turk observa la petite bouche boudeuse avec curiosité. Que se passerait-il s’il posait ses lèvres sur ces lèvres-là ? Concupiscence ? Luxure ? Péché ? Abomination ? Acte contre-nature ? Bien sûr que non. Le baiser d’une bouche pareille ne pouvait être que tendre, pur et sans arrière pensée, à l’image de son propriétaire.

Reno se pencha doucement sur le visage délicat et embrassa les lèvres tendres. Une vague d’émotion le submergea et il eut à peine conscience des bras qui l’entraînaient sur les coussins.

***

Lorsqu’il ouvrit les yeux, il était seul dans le lit et avait un mal de crâne à faire hurler un muet.

Merde, qu’avait-il fait ?

Il vit un long cheveu d’électrum sur l’oreiller et frémit.

Que s’était-il passé ? Il eut beau essayer de se souvenir, il lui semblait que sa mémoire s’obstinait a lui masquer les preuves de sa bêtise.

“ Oh, la vache… Ma tête ! ”

Ils avaient bu… Oui, beaucoup bu. Et beaucoup ri, aussi. Puis ils avaient fait l’amour. Et avaient encore bu…

Reno avait parlé à Yazoo de sa ressemblance avec Sephiroth et le garçon avait posé des dizaines de questions. Trop de questions, en fait. Oui, beaucoup trop de questions - auxquelles il avait d’ailleurs répondu, grisé par l’alcool et le sexe.

- Qui est cette… Jenova ? avait demandé le garçon.

Reno avait éclaté de rire et vidé un autre verre de brandy.

- C’est pas vrai ! Tu as vécu dans une boîte, ces dernières années, ou quoi ?

Alors il lui avait parlé de la calamité tombée du ciel. De la façon dont Sephiroth avait…

- Oh, putain ! s’écria-t-il en se redressant sur le lit, soudain parfaitement dégrisé.

Il réalisa alors qu’il n’était pas seul dans la chambre.

Un homme vêtu de cuir, aux courts cheveux de mercure et aux épaules aussi larges aussi larges que celles de Rude, était appuyé contre le chambranle de la porte. Grand, un profil de médaille et admirablement découplé, il dégageait ce charme sauvage et cette puissance qui n’appartient qu’aux grands fauves.

Ses yeux mako aux pupilles fendues luisaient dans la pénombre et il souriait, follement amusé.

- Yazoo ! appela-t-il. Il est réveillé !

“ L’ange ” qui avait si sensuellement gémi le nom de Reno quelques heures plus tôt, entra dans la chambre, vêtu de son long manteau de cuir noir. Il s’appuya contre la large poitrine de celui qui - si l’on en croyait la façon dont il transpirait la sensualité et la vigueur - ne pouvait être que son frère.

La pose de Yazoo était languissante ; son immobilité, une invitation et son regard… un monde de sarcasmes non formulés.

Les pupilles fendues se vissèrent à celle du turk sans la moindre hésitation.

- Aveugle, mon cul… cracha ce dernier. Tu t’es servi de moi, sale fils de pute !

Fou de rage, il bondit du lit pour se jeter sur son arme mais le jeune colosse aux cheveux courts le devança à une vitesse prodigieuse et l’assomma.

- Qu’est-ce qu’on fait de lui ? demanda-t-il avec un rictus mauvais.

- On s’en fiche, répondit son frère. Viens. Allons vite dire à Kadaj que nous savons où est mère.

Ils quittèrent la pièce et, quelques secondes plus part, Reno, à demi inconscient,

entendit vrombir le moteur de deux motos au pied de l’immeuble.

Il se traîna sur le sol pour se saisir de son téléphone cellulaire et composa le numéro de Tseng.

“ Reno ? Reno, ça va ? Tu as une drôle de voix ? ”

- Elena ?

“ Oui, Tseng est en réunion avec le patr… ”

-  Il faut que vous partiez au cratère nord ! Tout de suite ! Je vous rejoindrai là-bas !

“ Quoi ? Pourquoi ? Qu’est-ce que tu racontes ? ”

- Je crois que j’ai fait une connerie, Elena… Une énorme connerie.

LIV - Pardon pour le retard mais j’étais mort !

« ” Si vous arrivez en retard, dites :

“C’est que je ne suis pas le premier venu !” »

Alphonse Allais

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et relecture : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- J’ai un fils… J’ai un fils…

Assis sur l’une des deux chaises qui flanquaient le bureau de Shalua, Loz, les bras ballants et profondément choqué, fut longtemps incapable de dire autre chose.

Yazoo s’approcha de lui pour l’enlacer par derrière et enfouit son visage contre son cou.

- Nous allons le retrouver, Loz, je te promets.

- Vincent, Rufus et Shelke mettent tout en œuvre pour localiser Genesis, renchérit Kadaj, présent lui aussi dans la pièce ainsi que la jeune scientifique et le chef de la WRO.

- Alors c’était lui… bredouilla encore Loz. Le bébé, dans mes rêves… C’était lui…

Reeve hocha la tête et rabattit l’écran de l’ordinateur portable pour leur épargner la vue des images figées du cadavre putrescent qui avait porté l’enfant.

- Probablement, oui. Nous pensons que Genesis compte sur le fait que tu te lances à sa recherche.

L’argenté se raidit.

- Et c’est bien ce que j’ai l’intention de faire ! s’écria-t-il en bondissant sur ses pieds. Même si je dois retourner la moitié de la planète pour le retrouver !

- Loz ! intervint Yazoo. C’est précisément ce que cet homme espère !

- Que ferais-tu à la place ? tempêta son jumeau.

Ce dernier se détourna, sachant très bien qu’il ne réagirait pas autrement si les rôles avaient été inversés.

- Je… Je ne sais pas.

- Je dois retrouver mon fils !

- Et moi, je te garantis que tu ne bougeras pas tes jolies fesses de ce putain de manoir ! rugit la voix de Cid, qui venait d’entrer dans le bureau.

Tous se tournèrent vers le pilote, qui n’avait pas donné signe de vie depuis qu’il avait annoncé son ” saut rapide à Canyon Cosmo ” le soir précédent.

- Cid ! s’écria Shalua en se levant de son fauteuil pour courir l’enlacer.

Elle referma ses bras autour de lui et il grimaça de douleur.

- Attention, ma belle… murmura-t-il, trop bas pour les autres puissent l’entendre.

- Désolée, répondit-elle sur le même ton en retirant les mains de son dos.

Il l’embrassa passionnément et elle ne put que remarquer ses traits tirés et le pli douloureux qui barrait ses lèvres sensuelles.

- Tu vas bien ? demanda-t-elle encore.

Il hocha la tête, rassurant, et cligna de l’œil.

- Tu ne bouges pas tes fesses d’ici, p’tit frère, désolé ! répéta-t-il à l’intention de Loz en pointant un doigt autoritaire dans sa direction.

Shalua et Reeve échangèrent un regard abasourdi, surpris par le ton impérieux que Cid osait employer avec l’argenté et s’attendant à une réaction virulente de la part de ses cadets.

Mais, curieusement, ni Loz ni ses frères ne parurent s’offusquer de sa soudaine familiarité.

- C’est mon fils !

- Justement ! Hors de question de donner à l’enfant de salaud qui le retient la moindre chance de te mettre la main dessus ! On le retrouvera, Loz. Mais ni toi, ni Kadaj ou Yazoo ne devez vous mettre à portée de ce Genesis.

Kadaj se redressa.

- Tu ne peux pas exiger de nous que nous restions les bras croisés ! gronda-t-il, menaçant. Loz passe encore, il est trop impliqué pour ça, mais Yazoo et moi… c’est hors de question ! Cet enfant fait partie de nous !

Cid s’approcha et s’inclina pour mettre son visage à hauteur du sien jusqu’à le frôler, pas le moins du monde impressionné.

- Cet enfant fait partie du clan. Et je le laisserai pas ce Genesis se servir de lui pour mettre ses sales pattes sur l’un de ses membres. C’est clair ?

- Pourquoi ne pourrions-nous p… ? s’entêta l’argenté.

- Parce que j’en ai décidé ainsi, voilà pourquoi ! le coupa Cid. Tu as quelque chose à redire à ça, têtard ? grommela-t-il en le voyant ouvrir la bouche pour protester encore. Penses-tu que Sephiroth vous laisserait aller vous jeter dans la gueule du loup, s’il était à ma place ?

La pâleur de Reeve et de Shalua vira au vert maladif, persuadés qu’ils étaient de voir Kadaj sauter à la gorge du pilote mais, pour leur plus grand étonnement, celui-ci baissa la tête avec respect.

- Non, murmura-t-il. Bien sûr que non…

Cid se calma et lui passa le bras autour des épaules.

- Je sais que vous êtes tous très inquiets mais nous ferons ce qu’il faut, je vous le promets.

Kadaj se laissa aller contre sa poitrine, Yazoo le rejoignit et Loz serra avec chaleur l’avant-bras que lui tendit le pilote

- Promets-moi que tu me le ramèneras, Cid, pria-t-il, les larmes aux yeux.

- Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir, p’tit frère. Je te le jure.

Ils restèrent tous les quatre ainsi enlacés un long moment, sous le regard interdit de Reeve et de Shalua, comme si, par une étrange alchimie, leur proximité leur permettait d’échanger leur force et de s’encourager mutuellement sans un mot.

Que les trois garçons agissent de la sorte, cela n’avait, en soi, rien de surprenant lorsqu’on les connaissait mais… Cid !

A plusieurs reprises, la jeune femme crut même surprendre des messages silencieux dans les regards qu’il échangeait avec eux.

Il est leur frère, à présent… “ réalisa-t-elle tandis que Cid lui faisait de plus en plus l’impression d’une femelle bahamut couvant ses petits. ” L’assimilation des cellules de Jenova a fait de lui leur frère aîné ! “

Ce n’était même pas un phénomène conscient, cette évidence était juste inscrite dans le code génétique des cellules transmises par Loz.

Les réflexes de protection de Cid vis-à-vis des argentés n’étaient pas prémédités, elle le savait, moins encore la soumission de ces derniers à ses décisions. Ils les acceptaient parce qu’il était ” des leurs “ et qu’il était leur aîné.

Fallait-il que les gênes de Jenova soient puissantes pour engendrer de tels comportements !

La scientifique ne pouvait s’empêcher d’être fascinée par le phénomène.

C’est prodigieux… “

Elle croyait presque voir les fils invisibles qui les liaient les uns aux autres en un inextricable réseau d’échange de sentiments et d’émotions.

Reeve, aussi stupéfait qu’elle, si ce n’est davantage, lui coula un regard en biais et sourit.

- C’est fou, non ? murmura-t-il tout bas.

Elle acquiesça et lui rendit son sourire.

En silence pour ne pas interrompre les conversations muettes et les échanges émotionnels - qui définiraient les rapports futurs entre Cid et les argentés, de même que leurs places respectives dans le clan -, ils continuèrent à observer l’étrange phénomène qui se déroulait sous leurs yeux avec une fascination à la fois curieuse et attendrie.

*

La nuit était tombée depuis longtemps et la lune palote, dissimulée par intermittence par de noirs nuages menaçants, ne permettait guère d’y voir à plus de trois pas.

Nero, les jambes flageolantes et les bras douloureux à force de tenir le minuscule bébé serré contre lui, s’appuya au mur de la grotte d’où il venait de surgir pour reprendre son souffle,

Il sentit l’une de ses côtes se briser sous la pression d’une arête de pierre qu’il n’avait pas repérée dans l’obscurité et cria.

Son mors de cuir étouffa à demi sa plainte mais, dans le silence de la forêt dense qui recouvrait le flanc sud du mont Nibel, celui-ci parut quand même résonner à des kilomètres.

Sentant que quelque chose n’allait pas, le nourrisson se réveilla et se mit à pleurer, finissant d’affoler le ténébreux.

- Chut, bébé… supplia-t-il, n’osant pas bercer ce dernier de peur de se déboîter un coude ou une épaule. Chut… Ne pleure pas, s’il te plaît… Il ne faut pas qu’on nous entende… Ne pleure pas…

Rassemblant sa dernière énergie il marcha en direction d’un bouquet d’arbrisseaux dans l’espoir de s’y cacher le temps de calmer le petit.

- Non, pas par là, jolie maman, par ici ! chuchota une voix à sa droite, le faisant tressaillir.

Il pivota et reconnut immédiatement le jeune homme nimbé d’un halo fantomatique qui semblait flotter à une dizaine de centimètres du sol.

- Toi… gémit-il en sentant s’envoler les dernières onces de courage qui lui restaient.

- Avec qui as-tu fauté pour nous faire ce joli poupon, boule de suif ? Ton grand frère chéri ?

Nero recula d’un pas et secoua la tête, désespéré, en serrant un peu plus fort le bébé contre lui.

- Je le savais… Je savais que c’était un piège… Je n’aurais pas dû écouter Weiss… Je n’aurais jamais dû…

*

Cid sentit des doigts frais courir sur son visage.

Il ouvrit les yeux, vit le doux visage de Shalua penché sur lui et sourit.

- Quelle heure est-il ? demanda-t-il.

- 21h00. L’heure de dîner. Tu as dormi deux bonnes heures.

Il se frotta les yeux et s’assit sur le lit de la jeune femme, où il s’était écroulé tout habillé après avoir passé la journée à étudier les informations rassemblées par les agents de la WRO et les services de renseignement de la Shinra.

Ils avaient tous eu beau se creuser les méninges et tapoter sur leurs claviers jusqu’à en avoir les yeux rougis, les traces de la présence de Genesis se perdaient quelque part entre le cratère Nord et le Canyon Cosmo.

- Du nouveau ? demanda-t-il.

La scientifique secoua la tête.

- Shelke n’arrive pas à entrer en contact avec Lucrecia ou Aerith. Et l’électroencéphalogramme de Sephiroth fait des sauts de cabri depuis plus d’une heure. Il se passe apparemment quelque chose mais quoi, ça…

Elle soupira et il lui caressa tendrement la joue.

- Aerith ne nous laissera pas dans doute très longtemps, j’en suis convaincu. Elle nous fera signe d’une manière ou d’une autre.

Il se pencha sur elle pour lui voler un baiser et elle se laissa aller contre sa poitrine dure pour s’enivrer de son parfum si viril, goûtant la façon dont sa barbe naissante lui picotait les lèvres tandis que sa langue s’enroulait autour de la sienne.

- Est-ce que je peux la voir ? murmura-t-elle dans sa bouche.

Il sourit contre ses lèvres et s’écarta un peu.

- Bien sûr que tu peux. Il faut changer le pansement, de toute façon.

Il retira son t-shirt avec précaution et, folle de curiosité, Shalua dénoua lentement les larges bandes de lin artisanales qui lui bardaient la poitrine, protégeant son dos.

Lorsque le dernier pan d’étoffe vaporeuse tomba, la jeune femme recula d’un pas pour contempler le large dos muslé et ne put retenir un hoquet surpris.

- Alors ? demanda Cid.

- Cid, c’est… C’est magnifique !

Le pilote sourit.

- Tu me rassures parce que j’ai cru que j’allais en avaler ma langue, tellement j’en ai bavé !

- C’est incroyable, c’est… Les mots me manquent ! J’en avais déjà vu en photo mais là… Mon Dieu, Cid, tu as dû souffrir comme un damné !

- Mais est-elle à la hauteur de ce qu’elle honore ou pas ?

- Oui, assura-t-elle. Oh, oui, elle l’est. Elle… Elle est superbe, Cid. Vraiment. Tu devrais la lui montrer.

Il secoua la tête et lui présenta de nouveau son dos pour qu’elle puisse le bander de frais.

- Je ne l’ai pas faite pour faire joli ni m’en vanter à la ronde, Shalua.

- Je le sais bien Cid, mais…

- Il la verra bien tôt ou tard, ne t’en fais pas.

Elle prit un vaporisateur d’antiseptique dans sa trousse de première urgence et en aspergea le dos du pilote.

- C’est dingue, reprit ce dernier. Tu te rends compte qu’à l’époque, quand Tifa a été laissée pour morte dans la vieille église et que Cloud s’est fait fumer sur la tour, à Midgar, j’ai dit à Barret que, jusqu’à mon dernier souffle, je fouillerai la rivière de la vie à la recherche de ce fils de pute de Loz ? Je pensais vraiment que la déesse ne m’avait permis de survivre et d’échapper aux géostigmates que dans ce but…

Shalua éclata de rire.

- Quoi ? Pourquoi lui et pas les autres ?

Le pilote fit une moue sarcastique, comme pour se moquer de lui-même.

- Parce que je ne m’en prends ni aux femmes ni aux gosses et que c’était le seul de ces trois salopards qui, à mes yeux, paraissait suffisamment viril et adulte pour que je me permette de lui mettre mon poing dans la gueule !

Shalua éclata de rire à son tour.

- Oh ! Mon Dieu, Cid… Ne dis jamais ça à Kadaj ou à Yazoo !

- Ouais… Je sais. Mais je voulais vraiment lui faire la peau, tu sais. Lui en faire baver jusqu’à ce qu’il crie grâce, autant que lui et ses frangins avaient fait souffrir toute la planète ! Et regarde ce qui s’est passé… (Il laissa échapper un rire amer) Comme quoi, il faut vraiment, vraiment faire attention à ne pas faire de vœux qui pourraient se réaliser bien au-delà de nos espérances ! C’est ce je dis toujours à Denzel et à Marlène.

- Oh, je le sais ! A cause de ça, il a pleuré toutes les larmes de son corps, persuadé que c’était à cause de lui que Loz était ” en train de mourir ” !

Le pilote pouffa.

- Tu plaisantes ?

- Non, je t’assure, demande à Tifa, martela-t-elle en commençant à bander son torse. C’est la promesse en question, là, en bas, n’est-ce pas ? demanda-t-elle en passant délicatement le doigt sur ses muscles lombaires.

Cid acquiesça.

- Oui.

- Qu’est-ce que ça dit ?

Il se retourna à demi pour lui murmurer quelque chose à l’oreille et une émotion sans nom serra la gorge de la jeune femme.

- C’est vraiment beau. Tu devrais la montrer aux autres, Cid, je t’assure ! (Il secoua de nouveau la tête en souriant) Réalises-tu que vous devez être une poignée d’hommes sur cette planète à porter une promesse de sang authentique ? C’est quelque chose qui mérite de…

- Shalua ! railla Cid en riant.

- D’accord, ça va, je me tais, je n’insiste pas…

Elle fit mine de bouder et son rire redoubla.

- Viens par là, toi ! fit-il en l’attrapant par la taille pour l’allonger sous lui.

*

- Toujours rien, annonça Vincent tirant la chaise de Shelke pour l’aider à s’asseoir à la grande table.

La jeune fille était visiblement épuisée et, n’eut été l’insistance de Rufus et de Vincent, elle serait plus volontiers allée se coucher que dîner.

- Monsieur Valentine a raison, il faut reprendre des forces, fit Gretta en remplissant généreusement son assiette.

Reeve posa sa fourchette et soupira, déçu.

- On trouvera, Reeve, assura Rufus. Ca prendra le temps qu’il faudra mais on trouvera.

- A supposer qu’on ait du temps, laissa tomber Loz, lugubre.

Tifa lui serra la main sous la table, le cœur serré, et Yazoo lui adressa un sourire d’encouragement.

- Et toi, mon pote, ça va ? lança joyeusement Reno pour détendre un peu l’atmosphère en assénant une grande claque dans le dos de Cid, faisant hoqueter Shalua.

L’effet ne se fit pas attendre et le pilote laissa échapper un cri de douleur étouffé en se bandant comme un ressort.

- Putain de merde ! Reno ! jura-t-il en arquant le dos.

La grossièreté du juron fit pouffer Denzel et Marlène, qui reçurent chacun une tape sur la tête de la part de Tifa.

- Bah… Qu’est-ce que t’as ? s’étonna le turk, confus. Je croyais que le mako t’avait remis à neuf, non ?

Il jeta des regards confondus à la ronde, désolé de sa boulette, mais chacun haussa les épaules, ne comprenant pas non plus la réaction du pilote.

- Oh ! Mais c’est le cas, Reno, répondit Shalua avec un petit sourire en coin. Sa nouvelle… ” blessure ” n’a rien à voir avec son ex-femme !

Cid lui coula une œillade sarcastique et elle lui répondit par un sourire taquin.

- Tu es blessé ? s’enquit Vincent, inquiet.

Le pilote ouvrit la bouche pour répondre par la négative et inventer une sombre histoire de chute et d’écorchure mais la jeune scientifique le devança.

- Il a fait une promesse de sang ! claironna-t-elle avec délice, provoquant la stupéfaction autour de la table.

- C’est pour ça que t’es parti à Canyon Cosmo ? demanda Cloud, dont les yeux venaient de s’écarquiller jusqu’à doubler de volume.

- Oh, putain… Bah merde, alors ! laissa échapper Barret.

- Barret ! le tança Tifa en désignant les enfants, qui riaient à nouveau comme des fous.

- Une promesse de sang mais… une vraie ? s’étonna Rude, dont la fourchette s’était arrêtée à mi-chemin de sa bouche béante.

Shalua acquiesça à la place de Cid.

- Une vraie de vraie ? insista Reno. Pas l’un de ces tatouages à la mode, comme on fait a Edge ? Wouahhh ! Et… on peut voir ?

Yazoo se pencha vers lui.

- Une promesse de quoi ?

- Une promesse de sang ! Un truc mystique fait les par les chamans de Canyon Cosmo ! T’en as jamais entendu parler ?

L’argenté se tourna vers ses frères, qui secouèrent la tête de concert.

- Non.

- Une promesse de sang est un sacrifice que l’on fait en l’honneur de quelqu’un, expliqua Vincent. Je n’ai vu qu’un homme en porter une dans ma vie. Il l’avait faite pour sa fille.

Rufus acquiesça, aussi étonné que les autres convives.

- Les souffrances que l’intervention occasionne sont terribles. Elles sont offertes via le chaman à la rivière de la vie, pour qu’en échange ce paiement elle se montre clémente et veille sur l’âme de la personne à qui l’on a dédié sa promesse. C’est un acte de piété et de générosité totale, qui n’apporte absolument rien à celui qui la fait, ni bénédiction divine ni quoi que ce soit de cette sorte. Une démarche entièrement tourné vers et au bénéfice de l’autre.

- C’est d’ailleurs pour ça qu’il n’y a jamais eu beaucoup de volontaires ! plaisanta Reeve. Les promesses de sang sont une chose rarissime et, contrairement à Vincent, je n’en ai jamais vue une seule. Une vraie s’entend. Mais j’ai vu quelques vieilles photos. C’est surprenant.

- C’est quoi ? demanda Kadaj, curieux. Un tatouage ou quelque chose comme ça ?

- Pas tout à fait, expliqua encore Rufus. Les cinq éléments de la planète doivent toujours intervenir dans une promesse de sang : l’eau, le feu, la terre, l’air et l’esprit. La chair est donc marquée par des scarifications, des tatouages aux encres très particulières, des brûlures et des implants minéraux, le tout formant un dessin illustrant la promesse elle-même, écrite en lettres cunéiformes primitives, une écriture ancestrale et mystique plus ancienne encore que le cetra.

- Vous avez l’air de maîtriser sacrément le sujet, dites-moi ! railla le pilote.

Le jeune président hocha la tête.

- J’ai étudié les traditions chamaniques et l’écriture primitive pendant longtemps. C’est fascinant et très instructif. Mais, comme Reeve, je n’ai vu de promesses de sang qu’en photo, hélas.

Tifa se pencha vers Shalua et lui pinça le bras, taquine.

- Alors ? Qu’est-ce que ça fait d’être gravée à vie dans la chair de ton pilote adoré ? demanda-t-elle, malicieuse, faisant rire toute la tablée.

La jeune scientifique ne se démonta pas.

- Et qui te dit que cette promesse me concerne, ma chère Tifa ? rétorqua Shalua, ravie de la surprise que provoqua sa révélation.

- Bon, tu nous montres ou pas ? insista Reno, impatient.

Cid soupira et - flatté malgré tout par les réactions qu’il suscitait - se leva sous les regards curieux de ses amis pour retirer son t-shirt.

Shalua, ravie, l’aida à défaire son bandage et, lorsqu’il pivota pour leur montrer son dos, des cris surpris et émerveillés retentirent jusqu’au plafond de la grande salle.

- Oh, mon Dieu ! s’exclama Tifa, qui n’en croyait pas ses yeux.

- C’est… C’est… dingue ! fit à son tour Yuffie, qui s’était approchée pour y voir de plus près.

- Incroyable… murmura Cloud. C’est… C’est des scarifications, ça, non ? demanda-t-il en détaillant l’arabesque d’une ronce stylisée qui ressortait en relief sur la peau. Tu as dû en baver comme c’est pas permis…

Reno, qui en était resté sans voix, se tourna vers Yazoo, qui pressait les deux mains sur sa bouche, sidéré.

- C’est beau, non ? murmura-t-il. Tu as vu ces couleurs ? On dirait que les entrelacs de lianes et ronces vont se mettre à bouger.

L’argenté acquiesça.

- Magnifique ! s’écria Rufus. Vincent, tu as vu ça ?

- Oui, c’est… c’est superbe.

- Les détails sont tout simplement époustouflants ! acquiesça Reeve en suivant prudemment du doigt la ligne d’une minuscule araignée argentée cachée parmi les entrelacs végétaux qui entouraient le dessin central.

Chacun s’extasia ainsi durant un long moment, essayant de voir tous les détails cachés du dessin, chacun ayant une signification bien précise pour Cid.

Puis, l’un après l’autre, les convives se tournèrent vers celui qui était concerné au premier plan par la Promesse de Sang en question car point n’était besoin d’être versé en mystique chamanique pour voir au bénéfice de qui celle-ci avait été faite.

La symbolique du dessin central était on ne peut plus évidente.

Scarifications, implants, tatouages, tout se mêlait dans une débauche de couleurs avec une élégance et une beauté que personne n’aurait pu soupçonner de prime abord au vu de méthodes d’ornementation d’apparence aussi ” barbare “.

Le coupe-papier en forme de dague que Shera avait utilisé pour poignarder le pilote avait été reproduit avec une minutie quasi magique et avec un tel réalisme que l’on croyait pouvoir le saisir en tendant la main.

Il était planté jusqu’à la garde entre deux vertèbres et le sang qui coulait de la blessure n’était pas rouge… mais vert mako.

Loz qui, la gorge trop serrée pour prononcer le moindre mot, était resté un peu à l’écart, osa enfin s’approcher.

Formant une sorte de haie d’honneur improvisée, le groupe se scinda en deux de part et d’autre du pilote pour le laisser passer et ils observèrent ses réactions avec une émotion teintée de respect.

L’argenté tendit la main pour toucher, du bout des doigts, les élégants déliés et arabesques qui entouraient le dessin central de l’incroyable œuvre d’art ornant le large dos de Cid.

Il s’arrêta sur le cartouche qui contenait des sortes de dizaines de petits triangles dans toutes les positions possibles et imaginables.

- Que… qu’est-ce que ça dit ? demanda-t-il d’une voix étranglée par l’émotion.

Cid, trop ému pour parler, tourna un regard suppliant vers Rufus, qui s’approcha et lut d’une voix vibrante :

- « A toi qui as tant souffert pour que je puisse vivre… Moi qui n’avais survécu que pour te faire souffrir. »

Un concert de cris étouffés et d’exclamations émues s’éleva dans la grande salle et beaucoup sentirent leur gorge se nouer jusqu’à leur mal.

Loz, lui, ne voyait presque plus rien tant il pleurait.

Il n’en posa pas moins la main sur l’épaule de Cid pour le faire se retourner.

- Tu n’étais pas obligé de faire ça, Cid…

- Je sais, p’tit frère, répondit celui-ci en serrant l’argenté contre lui dans une étreinte brutale en tapotant doucement le pansement au bas de son dos par-dessus le blouson de cuir. Disons que moi aussi j’avais envie de garder ce souvenir là gravé dans la peau…

Yazoo eut beau faire, il fut incapable de retenir un sanglot, et Kadaj lutta pour ne pas se laisser déborder à son tour par son émotion.

Yuffie prit la main de Tifa et essuya ses yeux.

- Je crois que je vais me mettre à pleurer comme une fontaine… geignit-elle.

Tifa, non moins touchée, allait répondre par une petite boutade amicale lorsque Merill fit irruption dans la salle, blême et totalement paniqué.

- Shalua ! Vite !

Celle-ci se reprit et tous se tournèrent vers le jeune homme, soudain inquiets.

- Qu’y a-t-il, Merill ?

- Sephiroth ! Ca y est ! Il a ouvert les yeux !

à suivre.

LII - Frères de sang

Quand le ciel veut sauver un homme,

il lui donne l’affection d’un ami pour le protéger.”

Lao-Tseu

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Lorsque Loz ouvrit à demi les yeux, il faisait nuit noire dans le parc du manoir et la lampe de chevet nimbait la chambre d’une douce pénombre dorée.

- Tifa ? murmura-t-il avec difficulté dans un état semi-conscient, la gorge irritée d’avoir tant hurlé. Yazoo ?

Il grimaça, tourna la tête de part et d’autre du lit pour chercher la jeune femme ou son jumeau et deux grands yeux d’un bleu d’azur lui sourirent.

- Bon retour parmi les vivants !

- Cid…

L’argenté voulut s’asseoir sur le lit et ravala de justesse la plainte qui lui monta aux lèvres lorsque l’horrible brûlure de mako au bas de son dos frotta sur les draps malgré la barrière protectrice du pansement.

Cid bondit aussitôt de sa chaise pour l’aider à se redresser.

- Eh ! Là… Doucement !

- Merci…

Loz était pâle comme la mort, ses yeux cernés de noir et ses traits étaient marqués par les souffrances qu’il avait endurées - et qu’il endurait sans doute encore.

- C’est moi qui ai failli passer l’arme à gauche et c’est toi qui en baves, hein ? fit remarquer Cid, bien plus touché qu’il ne l’aurait voulu.

L’argenté simula une expression sereine.

- Je vais bien, maintenant.

- Ouais… Tu parles. J’ai connu des prêtres de Gaïa qui mentaient mieux que toi !

Loz rit malgré lui.

- Quand es-tu sorti de la cuve ?

- Il y a deux heures à peine. Et je suis venu remplacer ta dulcinée à ton chevet jusqu’à ce qu’ils aient fini leur ” réunion au sommet “.

- La réunion ? Quelle réunion ?

Comme Shalua lui avait conseillé de le faire jusqu’à ce que l’argenté soit parfaitement rétabli, le pilote secoua la tête et sourit comme s’il s’agissait d’une chose sans importance.

Heureusement pour le convalescent, Cid mentait bien mieux que lui.

- Les hommes de Reeve ont découvert un étage supplémentaire dans les anciens locaux du Deepground. Rien de bien folichon ! Les autres t’en parleront quand tu te seras reposé. Ne te prends pas la tête avec ça pour l’instant.

- Je suis heureux de voir que tu vas bien, Cid. Tu nous as fait une belle peur, tu sais.

Celui-ci s’assit sur le bord du lit et serra l’avant-bras de Loz, qui aurait juré voir ses yeux briller plus que de coutume.

- Alors ? On est quoi, maintenant, toi et moi ? demanda le pilote, le gosier si noué par l’émotion que les mots avaient du mal à sortir. Frères de sang ?

Un sourire incurva les lèvres sensuelles de l’argenté.

- Un truc comme ça, oui, sans doute.

Cid sentit quelque chose d’humide rouler sur sa joue hérissée d’une sempiternelle barbe naissante et, faisant fi de ses habituels discours sur la sensiblerie, serra Loz contre sa poitrine en une étreinte de fer aussi soudaine que sincère.

- Merci, mon frère… murmura-t-il, le visage enfoui au creux du cou de l’argenté. Je sais ce que je te dois…

Loz répondit à son étreinte avec sa sensibilité et sa simplicité habituelle, comme il l’aurait fait avec Kadaj ou Yazoo, et ils restèrent ainsi de longues minutes, sans rien dire, laissant simplement les larmes couler sur leurs visages, lavant les tensions et les souvenirs des moments difficiles.

Mary, la nourrice qui avait élevé Cid à la mort de son père, lui aurait flanqué une belle taloche, si elle avait pu le voir se répandre ainsi.

” Ce sont les femmes, qui pleurent, Cid. C’est dans l’ordre des choses. Tout comme ce sont les lionnes chassent, pour nourrir leur famille, et non les lions ! C’est ainsi que Dame nature en a décidé. “

Pourtant, ça faisait tellement de bien…

Mais si ce sentiment de quiétude et de tendre complicité qui l’envahissait lorsqu’il étreignait l’un de ses frères était familier pour Loz, il ne l’était pas pour le pilote, peu habitué aux marques d’affection et aux contacts physiques autres que ceux qu’il dispensait aux femmes qui partageaient son lit.

Même avec Vincent, qui était pourtant ce qui pourrait se rapprocher le plus d’un ami intime, ce genre de proximité devenait rapidement… “gênante”.

Avec Loz, c’était différent.

Cid avait l’impression de serrer dans ses bras une partie de lui-même. Son contact, son odeur sucrée, sa chaleur, tout son être paraissait trouver une résonance en lui. Une résonance qui n’était pas là avant que…

” Les cellules de Jenova… “ réalisa soudain le pilote.

Il les sentait presque courir dans ses veines et vibrer à la proximité de l’un de ses ” frères “, en écho aux siennes.

Il se raidit, s’attendant à être soudain empli de dégoût mais… non.

Au contraire.

Ce n’était pas le mauvais de côté de Jenova qu’il découvrait là, il le savait, le percevait jusqu’au plus petit recoin de son cerveau.

Les cellules qu’il avait reçues étaient pures de toute influence néfaste. C’était simplement une qualité intrinsèque de ces dernières : pouvoir ressentir la présence de ses ” semblables ” et glaner des indices sur leur état d’esprit comme s’ils étaient un échantillon de sa propre essence. Pour lui, qui avait perdu ses parents très jeune et n’avait ni frères, ni enfants, ni même de famille encore en vie, c’était un sentiment totalement nouveau.

C’était agréable d’être aussi proche d’un autre être sans qu’aucune connotation sexuelle ne vienne troubler la donne… D’éprouver une telle sensation d’apaisement et de sentir sa poitrine de gonfler d’affection à son contact…

Ressentirait-il une chose semblable avec Kadaj ou Yazoo ?

Très certainement, bien que probablement moins intensément. Et peut-être même avec Sephiroth.

Cid allait avoir du mal à expliquer cet étrange sentiment de complicité innée et d’attachement à Vincent ou à Shalua. Quoiqu’à fréquenter avec les argentés et à voir la relation fusionnelle qu’ils entretenaient, un esprit suffisamment ouvert pouvait s’en faire aisément une idée.

- Merci, Loz… murmura-t-il encore. Merci pour tout…

- Ce n’est rien. Tu ferais la même chose pour moi. (Un court silence, puis :) Tu… Tu le ferais, Cid… n’est ce pas ?

En percevant le doute qui vibrait dans sa voix, le pilote sourit contre son cou et resserra son étreinte.

- Oh ! Oui, petit frère… assura-t-il avec toute l’affection dont il était capable. Je te jure que oui…

Il sentit les larmes de l’argenté humidifier le col de son t-shirt et les siennes redoublèrent.

Cela faisait tellement de bien de se laisser aller… Tellement de bien…

Les hommes ne pleurent pas “ disait sa nourrice. ” C’est dans la nature des choses, tout comme tu ne verras jamais un lion chasser. “

Elle se trompait.

Les hommes peuvent pleurer et les lions savent chasser. C’est le courage de le faire qui leur manque. C’est tout…

*

Nero secoua obstinément la tête.

- Je ne t’abandonnerai pas, Weiss… Jamais.

- Au contraire ! T’enfuir et amener de l’aide est le meilleur moyen de nous sauver tous les deux.

- Non… gémit le ténébreux. Il se vengera encore sur toi ! Il te tuera !

- Il a trop besoin de moi pour ça, Nero.

- Mais…

- Il nous tuera tous les deux tôt au tard, ne le comprends-tu pas ? Lorsque nous lui aurons donné ce qu’il veut, il n’aura plus que faire de nous. C’est la seule solution, mon frère. La seule…

Nero se laissa tomber aux pieds de son aîné avec un gémissement douloureux et étreignit ses jambes.

- Quand bien même, je ne suis même pas certain d’avoir la force physique de sortir de cette grotte, Weiss. Dès que je m’éloigne de la rivière de la vie, mon corps me trahit…

- Tu dois essayer ! Et tu dois emporter le bébé avec toi.

Nero hocha tristement la tête.

- J’aurais déjà de la chance si mes bras ne se brisent pas comme du verre sous son poids.

- ” Sortir à la surface “ a dit Angeal. C’est tout ce que tu auras à faire, mon frère. Sortir à la surface et te cacher dans la forêt jusqu’à ce qu’ils viennent te chercher.

Son cadet enlaça ses mollets vigoureux de ses bras frêles et y appuya tendrement sa joue.

- Non… Je t’abandonnerai pas ici, Weiss.

- Nero ! supplia celui-ci.

- Je t’abandonnerai pas…

*

La chambre des jumeaux était plongée dans le noir et n’eut été l’odeur sucrée qui flottait dans la pièce, on aurait pu la croire vide tant Yazoo, assis sur le bord de l’un des lits, se tenait immobile.

Ce n’est que quand Reno fut à trois pas de lui qu’il réalisa qu’il pleurait en silence.

- Nous… Nous nous attendions à ce que tu descendes au moins pour le dîner, murmura le turk, ne sachant comment l’aborder.

L’argenté continua de fixer le parc enténébré à travers le carreau de la fenêtre.

- Je n’ai pas faim… répondit-il d’une voix à peine audible.

Reno soupira.

- Ca peut se comprendre.

Un long silence s’installa, que le turk finit par rompre en s’asseyant aux côtés de l’incarné mais sans oser aller jusqu’à le toucher, ce qui fit redoubler les larmes de ce dernier.

- Je… Je ne sais pas quoi dire, Yazoo. Je… Je… je n’ose même pas imaginer ce que tu as dû ressentir en voyant ces images.

- Ne te crois pas obligé de dire quoi que ce soit, Reno… répondit l’argenté, la gorge nouée jusqu’à l’étouffement et la poitrine serrée dans un étau.

- Je suis désolé, Yazoo. Je… (Il se frotta le visage, horriblement mal à l’aise) Rufus a… J’ai pensé que… Enfin, que nous… Oh, et merde ! jura-t-il en se levant brutalement pour faire les cent pas en se tordant les mains.

Dans un élan de rage, il laissa tomber brutalement ses poings fermés sur la commode, faisant sursauter Yazoo.

Le silence retomba entre eux, seulement interrompu par la respiration haletante du turk et les sanglots étouffés de l’argenté.

- J’aurais donné dix ans de ma vie pour ne jamais avoir à t’imposer ça, Reno… Je te le jure.

Ce dernier se tourna lentement vers lui mais, à sa grande surprise, Yazoo ne lut dans ses yeux ni dégoût ni mépris, juste une profonde commisération.

- Il y a… Il y a une très jolie crypte, près de la chapelle, murmura le turk en revenant s’asseoir à ses côtés pour lui prendre timidement la main. Oh, je sais que ça ne le ramènera pas et que ça ne changera pas ce qui s’est passé, ajouta-t-il précipitamment lorsqu’il vit la bouche de Yazoo s’ouvrir d’étonnement. Mais… mais je me suis dit que… que tu aurais peut-être envie de… de… enfin, tu comprends ce que je veux dire, fit-il, horriblement mal à l’aise.

- Une… crypte ? bredouilla l’argenté, perdu.

- Oui, près de la chapelle, au nord du parc. C’est un endroit très paisible entouré de pins parasols et de lauriers-roses, un lieu de repos pas lugubre du tout. On peut aller le voir, si tu veux. Tu… tu n’es pas obligé de prendre une décision tout de suite. Rufus a ordonné que l’on garde le… enfin le ” corps ” à la morgue de la clinique Shinra de Edge en attentant de savoir si tu voulais qu’on l’incinère ou que… enfin tu vois.

Yazoo laissa échapper un hoquet étranglé, comprenant enfin de quoi Reno parlait et pourquoi il était à la fois triste, révolté et en colère. Et ce n’était pas du tout, comme il l’aurait cru, parce que son ” presque-amant ” avait cessé d’être un homme pour devenir un monstre sans réelle identité sexuelle.

- Reno… put-il seulement chuchoter, étouffé par ses sanglots.

Comme si cela avait été le signe que celui-ci attendait depuis qu’il était entré pour pouvoir étreindre l’argenté, le turk le serra enfin contre lui et enfouit son visage dans ses cheveux argentés.

- Tseng et Elena te présentent leurs condoléances, reprit le turk. De tout cœur. Et c’est sincère, je peux te l’assurer. C’est eux qui sont allés le récupérer au labo du Deepground tout à l’heure, à la demande de Rufus. (Les larmes de Yazoo redoublèrent et il s’accrocha désespérément à la chemise de Reno.) Ca va aller, mon ange. ca va aller, il ne faut pas t’en faire, tout se passera bien, tu verras. Elena… Elena a dit que c’était comme s’il dormait. Le mako a parfaitement conservé les tissus, tu ne seras absolument pas choqué de le voir si tu en as envie, je te le promets. C’était un très beau bébé, tu sais… Oui, un très beau bébé.

Lorsque Reno lui avait avoué ses sentiments, la veille, Yazoo avait cru que plus jamais il ne se sentirait aussi humain, aussi vivant, aussi… ” normal “.

Mais il se trompait.

En offrant une sépulture à celui qui aurait pu être son fils comme si c’était la chose la plus naturelle du monde, on venait le faire passer Yazoo du stade d’objet d’expérimentation à celui d’être humain à part entière. Tout comme du statut de déchet chirurgical, son fils était passé à celui de victime d’un infanticide.

- Je ne sais pas si c’est le genre de choses à dire dans ce genre de situation, Yazoo, mais… Rien ne t’empêche d’avoir d’autres enfants. Ce ne sont pas les mères porteuses qui manquent, ni les femmes ayant projeté de donner leur corps à la science et qui seraient ravies de pouvoir donner la vie même après leur mort. Et cette fois… Cette fois, tu pourras au moins choisir le père, acheva-t-il d’une voix trop timide pour ne pas y voir une allusion personnelle à peine voilée.

Yazoo ne s’y trompa pas et redressa la tête, à la fois merveilleusement surpris et totalement décontenancé.

- Pardon… s’excusa aussitôt le turk, gêné par sa propre audace. Je n’aurais pas dû dire ça.

- Non, je… Enfin, je veux dire si, tu as bien fait, au contraire, je… (Il sourit) Tu as su trouver les bons mots, Reno, je t’assure.

Il se blottit dans ses bras et colla son oreille contre sa poitrine pour entendre les battements de son cœur.

Reno le garda simplement ainsi serré contre lui, sans rien dire, respectant à la fois sa douleur et son silence.

Au bout d’un long moment, Yazoo s’essuya les yeux et se redressa.

- Merci, Reno… murmura-t-il, profondément ému. Merci de m’accepter tel que je suis.

- Quoi ? Ca ? demanda le turk en posant la main au bas de son ventre, à l’endroit où il avait vu Hojo pratiquer l’incision dans la vidéo. (Yazoo acquiesça et Reno haussa les épaules) Si ce truc là n’était pas là, tu ne serais plus vraiment notre Yazoo baby… Sais-tu à quel point nos putains d’hormones influent sur notre cervelle et notre comportement en général ?

Yazoo lui répondit par un sourire et fondit à nouveau en larmes, mais de pur soulagement, cette fois.

*

Tifa quitta sa chambre sur la pointe des pieds avec le plateau préparé par Gretta. Loz y avait à peine touché et s’était endormi en plein milieu de son repas.

- Comment va-t-il ? chuchota une voix douce dans le couloir.

La jeune femme se tourna vers Yuffie et Kadaj qui, leur dîner terminé, étaient montés se coucher.

Cait 9 se tenait entre eux deux, une petite patte serrée dans la main de chacun des jeunes gens.

- La douleur l’a épuisé. Il s’est endormi avant même de terminer son bol de potage.

- Lui as-tu parlé de… ce que tu sais ? s’enquit l’Utaïenne.

Tifa secoua la tête.

- Bien sûr que non mais… (Elle se mordilla la lèvre et ravala ses larmes) Je me sens coupable de garder le silence. Ca me fait tellement de peine de le voir dans cet état, si tu savais…

Son amie lui pressa le bras de sa main libre et Cait lui adressa un sourire d’encouragement.

- Loz est solide et dès demain soir, il arpentera les allées du manoir !

- C’est gentil, Cait, remercia la jeune femme en lui gratouillant la tête.

- Cait a raison, assura Kadaj. Demain, il sera d’aplomb et nous lui parlerons de son fils à ce moment là. Pour l’heure, il faut juste le laisser récupérer. (Il soupira.) Je comprends ton inquiétude. Moi-même, je pensais qu’il supporterait l’injection de mako mieux que ça. Au laboratoire, il était sur pied en quelques heures à peine.

Tifa sourit avec amertume.

- Loz a été très malade, la nuit dernière, Kadaj. Et la précédente n’a pas été bien meilleure. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les conditions n’étaient pas réunies pour que l’intervention se passe au mieux.

- En parlant de ça, vous savez où est passé Cid ? s’enquit Yuffie. Il a disparu juste après le dîner.

Tifa sourit.

- Sans doute avec Shalua. Il ne…

Elle fut interrompue par un bruit sourd provenant du toit.

- L’hélicoptère ? s’étonna Kadaj en échangeant un regard interloqué avec l’Utaïenne.

- Qui peut partir en balade à cette heure ?

…à suivre

A Hojo

Même l’acide refuserait de te ronger !

Red XIII

“Fille ou garçon, docteur ?”

“Ca ?” dit-on à sa mère

“Si ça vole : chauve-souris ;

si ça rampe : ver de terre !”

Vincent

Un ange vint un matin
pour peindre ta beauté
Et en voyant ton groin,
Il est vite remonté !

Sephy

A Kadaj

Ne va pas au le soleil et oublie la piscine
Car tu risques de fondre, petite praline !

Rude

Allez dire au bon Dieu de fermer ses volets,
Tous les anges sont en train de se carapater !

Yuffie

N’oublie pas que je t’attends…

Et ne t’attends pas à ce que je t’oublie.

Sephiroth

Ce soir, sous ta fenêtre, lance-moi des oeillets.
Mais cette fois, sois sympa… sans le pot, s’il te plaît !

Loz

Que ne suis-je la pluie pour te tomber dessus !

Aerith

A Weiss

Tellement de viande et moi, au régime !

Red XIII

Oublie tes poings et tout le reste.
Si tu veux vraiment me faire mal,
Dis-moi combien tu me détestes
Et ma blessure sera fatale.

Nero

Ah… pouvoir être une puce et te sauter dessus !

Cait

S’embrasser transmet des germes ?
Et si on lançait l’épidémie ?

Vincent

Ah ! Quel malheur pour moi
Car je ne louche pas !
Et je ne peux donc pas
Te contempler deux fois !

Yuffie

LI - J’ai mal à mon “ moi ”

«Il ne faut pas blesser une bête ;

on la caresse ou on la tue !»

Anonyme

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Ne pas dormir… Il ne fallait surtout pas qu’il sombre dans l’inconscience ou les cauchemars reviendraient…

Il devait lutter contre cette langueur qui menaçait de l’engloutir. Lutter contre les sédatifs…

Lutter…

Lutter…

Lutter…

La sensation désagréable d’une aiguille que l’on retire de la chair de son bras…

Voilà… “ disait la voix douce. ” Avec ça, il devrait dormir comme un bébé. “

Quelque chose de petit, d’humide et de chaud qui se pose sur sa joue avec un bruit de ventouse…

Un baiser ?

Attention, Marlène. Ne t’appuie pas sur lui, tu pourrais lui faire mal. ”

Cette fois, la voix est grave, rocailleuse et puissante. Reconnaissable entre toutes.

Barret ?

Quand est-il revenu ?

Pourquoi il n’a pas ouvert les yeux ? “ demande la petite, une note inquiète dans son intonation fluette.

Parce que je l’ai endormi, ma chérie. Pour qu’il n’ait plus mal du tout. ”

Shalua…

Approche, Denzel, n’aie pas peur. “ dit la belle voix de Vincent. ” Tu vois ? Ne t’avais-je pas promis qu’il ne mourrait pas ? “

Une petite main tiède et timide sur son biceps…

Il va se réveiller quand ? “

Quand il se sera assez reposé. Mais pour cela, nous devons le laisser tranquille. Allez, fais-lui un bisou toi aussi et remontons avec les autres. “

A nouveau deux mains fragiles et enfantines sur sa poitrine et une petite bouche mouillée sur sa joue.

Tifa, on pourra revenir le voir avant d’aller dormir ? “

A la mention de ce nom, son cœur fait une embardée.

Tifa… Elle était donc là, elle aussi.

Une main tendre lui lisse les cheveux et le parfum délicat de la jeune femme lui caresse les narines. Elle semble inquiète.

Tifa…

S’il en avait la force, il lui sourirait pour la rassurer.

Bien sûr, ma chérie.”

Tu restes ici ? “

Oui. Yazoo et moi allons rester près de lui, cette nuit. “

Shalua, ne serait-il pas mieux là-haut que dans ce sous-sol aseptisé ? “

Vincent… le seul homme sans doute à détester les laboratoires autant que lui. Une fois encore, il aurait aimé sourire.

Probablement, oui. Mais il faudrait que Barret ou Rude nous aident à le trans… “

La jeune scientifique n’a pas le temps de finir sa phrase que Loz sent déjà des bras énormes se glisser doucement derrière sa nuque et le creux de ses genoux.

Pas de problème. “

Il est soulevé de son lit avec une facilité déconcertante et une douceur qui surprend de la part d’un colosse comme Barret.

Puis vient l’agréable sensation de léviter à plusieurs vingtaines de centimètres du sol alors que le chef d’avalanche l’emporte loin de l’infirmerie du laboratoire et monte prudemment l’escalier qui mene au rez-de-chaussée puis dans les chambres du premier étage.

Attention à sa tête, papa… “

Yazoo, les couvertures… “

Bon Dieu… Ce gosse est glacé, c’est normal ? “

C’est un effet secondaire du mako, Barret, ne t’en fais pas. “

Quelqu’un peut monter un peu le thermostat ? “

Denzel, tourne un peu le bouton, chaton. “

Venez, laissons-le se reposer. “

Des bribes de conversation.

Des voix qui se confondent.

Des mains sur ses bras, sa poitrine et son front.

Des pas qui s’éloignent et une porte qui se referme doucement.

Ses narines frémissent et son odorat surdéveloppé détecte un parfum de femme et de sexe qui flotte dans l’air, affolant, entêtant et imperceptible pour le commun des mortels.

La chambre de Tifa…

La douceur d’un oreiller frais et moelleux sous sa nuque et l’odeur mêlée de son propre corps et de celui de la jeune femme sur les draps.

Le lit de Tifa…

Tifa…

Dont les seins tendres et lourds se pressent à présent contre son bras. Dont la main lisse ses cheveux et caresse sa joue. Dont les lèvres chaudes effleurent sa tempe moite d’une sueur glacée…

Tifa.

- Ti… fa…

- Chut… Je suis là. N’essaye pas de parler, repose-toi. Dors, mon pauvre amour. Dors…

Dormir ?

Oui… Oui, maintenant il pouvait dormir.

Tifa était là.

Elle éloignerait les cauchemars.

Elle veillerait sur lui.

Dormir…

Enfin…

*

Malgré la croûte de sang séché qui lui fermait à demi la paupière, Weiss plongea son regard bleu opalin dans les prunelles ectoplasmiques d’Angeal, qui s’était accroupi aux côtés de Nero, étendu inconscient aux pieds de son frère.

- Par tous les démons de la planète… jura le soldat horrifié. Que lui est-il arrivé ?

Incrédule, il détaillait le corps amaigri engoncé dans une épaisse combinaison de cuir noir qui paraissait meurtrir la fragile peau de porcelaine de Nero, dont les bras étaient assujettis par de robustes lanières renforcées.

Son visage délicat, si féminin, et qui lui avait valu au sein du SOLDAT - tout comme à Sephiroth - autant d’admiration que de railleries, se voyait à présent comprimé dans une sorte de masque de contention qui lui maintenait la mâchoire et lui permettait tout juste d’entrouvrir la bouche. Quant à sa luxuriante chevelure noire, elle était - à l’instar de celle de son frère - d’une longueur qu’Angeal ne lui avait jamais connue, mal entretenue, coupée à la va-vite et hirsute.

Mais le pire était sans doute la vision des deux tiges de métal ensanglantées qui saillaient de son dos souple et gracieux à la façon de deux énormes échardes et qui finissaient de lui donner l’air pathétique d’un ange déchu aux ailes arrachées jeté cruellement sur terre par un Dieu sadique… Et, sur ce point, Angeal n’imaginait pas à quel point il était proche de la vérité !

- Au Deepground… Hojo a surdéveloppé… ses pouvoirs psychiques, haleta Weiss, dont l’inconfortable position, puisqu’il était toujours suspendu par les poignets, l’empêchait de respirer convenablement. Il… Il a fallu trouver un moyen de les… brider… C’est… c’est la façon la plus… efficace que le professeur ait trouvée.

Le soldat secoua tristement la tête, pris de pitié.

- C’était surtout la plus facile… Je reconnais bien là cette ordure d’Hojo.

- Hojo a… avait implanté des sortes d’ailes, dans son dos… Des appendices métalliques articulés qui… qui lui permettaient de remplacer ses mains lorsque que ces dernières… étaient attachées mais… Genesis… Genesis les lui a arrachés pour l’empêcher de… de se libérer ou de… m’aider à me libérer moi.

Angeal lut dans ses yeux la supplication muette qu’il n’osait formuler et secoua la tête avec un pincement au cœur.

- Je suis désolé, Weiss… s’excusa-t-il. Je ne suis hélas guère plus qu’un fantôme, désormais.

Il fit mine se saisir une pierre qui se trouvait près de son pied et sa main ectoplasmique passa au travers.

- Si cela n’avait pas été le cas, reprit-il. Je vous aurais déjà libérés et sortis d’ici, tu t’en doutes bien.

Weiss acquiesça tristement.

- Je… comprends. Et je n’en mérite sans doute pas plus… de toute façon.

Le soldat se redressa et planta son regard franc dans les yeux azurés.

- Je suis au courant pour l’Omega. Mais, que tous les Dieux m’en soient témoins, Weiss, ni toi ni ton frère n’étiez préparés à affronter ce genre de situation. Pas plus que Sephiroth ne l’était pour résister à la volonté de fer de Jenova et à ses sordides manipulations.

- J’aurais dû… me méfier. J’aurais dû résister. Je mérite… ce qui m’arrive, Angeal, mais… mais pas Nero… C’est moi qui l’ai entraîné dans le Deepground… Ils disaient… Ils disaient que c’était… la nouvelle unité d’élite… Que…

- Tu as été manipulé par les savants fous de la Shinra, mon garçon. Comme beaucoup d’autres. Moi y compris. Nous avons tous joué avec le feu, à un moment ou l’autre. Mais c’est du passé. C’est devant qu’il faut regarder, en direction de l’avenir, et ne jamais oublier la leçon qui nous a été donnée. Toutes ces erreurs que nous avons commises, il est grand temps d’essayer de les réparer. Pas pour nous mais pour cette planète et pour ceux à qui nous la laisserons. Que cherche Genesis, Weiss ? Que diable s’est-il passé ? Je croyais qu’il avait fait amende honorable et s’était repenti. Nous étions tous persuadés qu’il était enfin en paix. Qu’est-il arrivé, Weiss ?

- C’était peut avant l’éveil de l’Omega. Nero… J’ai tué Nero… Enfin, Hojo l’a tué… Son enveloppe mortelle, du moins. Mais mon frère a… a eu le temps de sauver son essence et de se cacher dans son monde de ténèbres avant de… de trouver refuge en moi et de chasser Hojo. Il… il m’a aidé à survivre à la puissance dévastatrice de l’Omega. Nero a… a bien plus de volonté et de force psychique que moi. Après la bataille, j’étais vivant mais mal en point alors… alors il a brisé le cristal mako dans lequel se trouvait Genesis pour s’emparer de son corps et… et me sauver. Cela s’est fait si facilement que… que Nero était même persuadé que l’âme de Genesis avait quitté son enveloppe depuis longtemps pour rejoindre la rivière de la vie mais…

- Mais ce n’était pas le cas, termina Angeal à sa place.

- Non… Il a bien caché son jeu. Il a laissé faire Nero durant des semaines, sans montrer le moindre signe… de sa présence. Et lorsque j’ai commencé à reprendre des forces… Il s’est manifesté.

Angeal se pencha à nouveau sur Nero. Il dormait, ou plutôt avait sombré dans cette sorte de profonde inconscience à la limite du coma où il était plongé la plupart du temps depuis que Genesis l’avait chassé de son enveloppe charnelle.

La substance du jeune ténébreux, mi-psychique, mi-physique, était encore si fragile qu’elle en était presque translucide et point n’était besoin d’enfoncer l’index dans la chevelure brune pour voir que les os du crâne étaient encore mous. Les endroits où Genesis avait frappé, et où s’étalaient des hématomes à présent noirâtres, ne présentaient aucune inflammation trahissant une cassure, ce qui aurait pourtant dû être le cas au vu de l’évidente brutalité des coups portés.

A quelques mois de guérison près, Nero était dans le même état que Sephiroth lorsqu’Aerith l’avait sorti de la rivière de la vie.

Depuis quand Genesis avait-il des pouvoirs et des connaissances cetra nécessaires à condenser la matière psychique et la transformer en matière solide ?

- C’est Genesis qui a fait ça ? demanda le Soldat.

- Non, c’est… c’est la proximité de la rivière de la vie qui permet à Nero de garder une forme… solide à peu près stable. S’il s’en éloigne il… il tient à peine sur ses jambes sans les briser.

- Tu veux dire que c’est lui-même qui reconstitue son corps cellule après cellule à partir de son moi psychique ? s’étonna Angeal

Weiss hocha la tête et sourit avec tristesse.

- Genesis l’y contraint en l’empêchant de se réfugier… en moi. Il… Il est en train de…

Il toussa douloureusement et le soldat finit la phrase à sa place.

- D’épuiser ses ressources psychiques pour reconstituer son corps physique. Autrement dit, Genesis est en train de le tuer pour de bon. Bon sang, Weiss, à quoi ça rime, tout ça ? Que cherche à faire Genesis ? Et pourquoi ?

- Genesis… a passé une sorte de pacte… avec Jenova.

Angeal blêmit.

- Quoi ?

*

Reeve arrêta l’enregistrement et Yazoo se laissa tomber lourdement dans le fauteuil du bureau de Shalua, le regard perdu et la gorge serrée.

Cette dernière lui enserra les épaules de son bras valide et le serra contre son giron dans un geste d’affection tout maternel.

- Nous ne sommes pas obligés de leur montrer tout l’enregistrement, Yazoo baby. C’est à toi de choisir.

- Qu’est-ce que je suis, Shalua ? murmura l’incarné d’une voix brisée tout juste audible. Quel monstre suis-je donc ?

Reeve referma l’ordinateur portable et s’accroupit à ses pieds.

- Tu n’as rien d’un monstre. L’hermaphrodisme est un phénomène bien plus courant qu’il n’y paraît. Si tu le souhaites, une opération pourrait même se pratiqu…

- Non ! le coupa le jeune homme. Enfin, je veux dire… Je… Je dois réfléchir. Je… (Il repoussa la jeune femme et se prit la tête dans les mains) Je ne sais plus…

Celle-ci jeta un regard inquiet au chef de la WRO, qui hocha gravement la tête.

- Je me suis souvent demandé pourquoi j’étais moins résistant que Loz, poursuivit l’incarné comme s’il se parlait à lui-même. Pourquoi il y avait ce côté si… efféminé, si fragile en moi. Je… Je pensais que c’était dû à notre naissance et à la façon dont nous avions été conçus…

- Yazoo… reprit Reeve. Je sais que tu viens d’avoir un choc terrible mais les informations que contient cette vidéo et ce que mes hommes ont trouvé dans les labos du Deepground est très important. Quelque chose de très grave se prépare. Nous devons en informer les autres au plus vite et je dois savoir si tu souhaites que nous coupions le passage qui te concerne.

L’argenté plongea ses incroyables yeux fendus dans les siens et Reeve y lut un monde de doutes et de souffrance.

Le cœur et la fierté de Yazoo avaient envie de répondre ” Non ! Je ne veux pas que Reno et mes frères sachent quelle créature monstrueuse ni quelle erreur de la nature je suis ! “ mais sa raison fut la plus forte et il acquiesça lentement.

- Ne leur cachez rien, fit-il à contrecœur. Les membres d’un clan doivent se faire confiance, quoi qu’il arrive et… Ne faisons-nous pas tous partie d’un clan, désormais ? Les difficultés, les souffrances et les dangers ne nous ont-ils pas rapprochés plus que de simples liens familiaux ne sauraient le faire, des derniers jours ?

- Si, Yazoo baby, répondit Shalua, la gorge nouée par l’émotion en serrant ses mains fines dans la sienne. Nous formons tous bel et bien un clan, désormais.

Il se laissa aller contre elle, incapable de retenir ses larmes plus longtemps à la seule pensée que lui et Reno ne partageraient bientôt plus jamais le même lit et qu’il ne sentirait plus jamais ses bras autour de lui.

Lorsqu’il aurait vu la vidéo, le turk frémirait de dégoût à la seule pensée de ce qui avait failli se passer entre eux.

- Il faut retrouver le bébé, Reeve, fit-il entre deux sanglots. C’est ça, l’important. Retrouver le fils de mon frère et découvrir ce que ce Genesis a derrière la tête.

Il serra les paupières de toutes ses forces pour chasser la photo que lui avait montré Reeve. Celle d’un fœtus de quatre mois à peine dans une coupelle d’aluminium.

Son fils à lui.

Une expérience ratée.

Un simple déchet.

Comme lui…

à suivre

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L - Sang pour sang

«Le sang se lave avec des larmes
et non avec du sang.»

Victor Hugo

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : d’après un dessin de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Réunis dans la grande salle, où personne n’avait touché au déjeuner servi par les domestiques, chacun était prostré, assis sur sa chaise ou debout et les bras ballants près de la table monumentale débordante de victuailles.

On avait eu beau fermer portes, fenêtres et battants, les cris de Loz résonnaient à intervalles réguliers dans tout le manoir, figeant les habitants de l’antique demeure qui cédaient alors aux prières, aux jurons ou aux larmes.

- Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu… ne pouvait que sangloter Gretta, son mouchoir de fine dentelle pressé sur sa bouche et les oreilles encore sifflantes des cris de bête blessée qui montaient du sous-sol.

Rufus, blême, lui posa la main sur l’épaule.

- Ca va aller, Gretta. Cela fait plus de trois heures, à présent, les phases d’inconscience sont de plus en plus fréquentes. C’est bon signe, cela signifie que le mako est presque assimilé.

La brave femme secoua la tête et essuya ses yeux rougis.

Trois heures…

Trois interminables heures qu’ils étaient tous là, à prier pour que l’organisme de Loz assimile le mako au plus vite et que les hurlements cessent.

Trois heures durant lesquelles l’argenté alternait les phases de syncope, lorsque la douleur se faisait insupportable, et de conscience, lorsque cette même douleur le réveillait en hurlant.

Yazoo se leva pour faire quelques pas nerveux devant l’une des hautes fenêtres et Reno le suivit du regard, résistant à l’envie de le rejoindre pour le serrer contre lui.

Kadaj, le regard vide, était attablé devant une assiette à laquelle, à l’instar des autres convives, il n’avait pas touchée, et serrait les poings si fort que les articulations de ses phalanges avaient viré au blanc.

Yuffie lui pressa timidement les doigts en signe de soutien et le garçon recouvrit la petite main de la sienne avec un sourire triste.

- Pourquoi le mako est-il encore aussi actif ? demanda l’Utaïenne à Rufus et à Vincent d’une voix étranglée.

Rude, planté devant la fenêtre, le regard perdu dans le vide, serra les poings.

- Elle a raison, renchérit-il, si inquiet qu’il en était excédé. Shalua a assuré qu’elle pourrait endormir Loz deux heures après l’injection, lorsque le mako serait assimilé par son organisme, mais ça fait plus de trois heures qu’il souffre comme un damné ! Qu’est-ce qui se passe, merde ? !

Tifa éclata à nouveau en sanglots et il maudit aussitôt son manque de contrôle.

- Il n’était pas au mieux de sa forme pour ce genre d’intervention, expliqua calmement Reeve en passant un bras consolateur autour des épaules de la jeune femme.

- Loz était épuisé, Rudo, répondit cette dernière d’une voix tout juste audible. Il n’arrête pas de faire d’horribles cauchemars. Il en a même été malade, la nuit dernière.

Reno hocha la tête.

- Il nous en a parlé, dans l’hélico. Yazoo non plus n’a presque pas fermé l’œil de la nuit. Hein, m… ?

Il allait dire ” Hein, mon ange ? ” mais s’était mordu la langue juste à temps.

Yazoo acquiesça, absent, et Kadaj redressa la tête.

- Quel genre de cauchemars ? Mèr… Jenova ?

Son frère allait répondre lorsqu’une nouvelle série de hurlements s’éleva du sous-sol et résonna dans chaque recoin du manoir.

- Putain, c’est pas vrai… jura Reno en se prenant la tête dans les mains, l’estomac noué. Ca ne peut plus durer, ça fait des heures qu’il crie à s’en arracher les cordes vocales ! Il y a bien quelque chose à faire pour le soulager, bordel !

Vincent ouvrir la bouche pour répondre mais fut interrompu par Denzel qui, ayant échappé à la jeune domestique et à Cait 9, qui avaient reçu pour consigne d’emmener les enfants se promener dans le parc et leur épargner ainsi les cris de souffrance de Loz, se jeta dans le giron de Tifa en sanglotant.

- Pardon, Miss Lockheart, s’excusa la jeune fille à qui l’on avait confié Marlène et le garçonnet. Il s’est précipité. Même du point le plus éloigné du parc, on entend crier monsieur Hojo.

Elle rentra la tête dans les épaules, effrayée par les cris en question qui montaient du sous-sol, et Gretta lui fit signe de sortir.

- Ca va aller, ma fille, vous pouvez disposer.

La jeune femme fit une petite courbette et s’en fut sans demander son reste.

Marlène, qui tenait Cait par la main (ou plutôt par la patte), lâcha l’animal pour courir vers Yazoo, dont elle enlaça les hanches de toute la force de ses petits bras en enfouissant son visage contre son ventre.

- Yazoo, j’ai peur ! sanglota-t-elle. Pourquoi Loz a aussi mal ? Qu’est-ce qu’on lui fait ?

L’argenté se pencha pour étreindre la fillette et lui caressa les cheveux.

- Ce n’est rien, chuchota-t-il à son oreille, rassurant. C’est bientôt fini, je te le promets.

- C’est de ma faute ! s’égosilla Denzel, en larmes.

Tifa fit un effort pour ravaler les siennes et essaya d’apaiser le garçonnet.

- Qu’est-ce que tu racontes ? Oncle Cid a eu un… un accident mais… Denzel, tu n’y es pour rien, voyons.

- Pas oncle Cid ! Loz ! (Il s’accrocha au corsage de la jeune femme avec des pleurs désespérés) Pardon, Tifa, je voulais pas ! Je te jure que je voulais pas ! Oncle Cid m’avait prévenu mais j’ai pas voulu l’écouter ! Je voulais pas ! Je voulais pas ! J’étais juste en colère, je te le promets !

- Chut… Allons, du calme. De quoi est-ce que tu parles ? Loz a très malade parce qu’il a voulu aider oncle Cid mais il va guérir très vite, Denzel, tu verras.

Le garçonnet secoua furieusement la tête.

- C’est pas vrai ! Oncle Cid l’avait dit : il faut jamais faire des vœux méchants parce que si un démon les entend, ils risquent de se réaliser ! Et c’est exactement ce qui s’est passé !

Denezel paraissait terrifié et Tifa jeta à Vincent un regard affolé.

L’ancien turc s’approcha et s’accroupit devant le garçonnet.

- Pourquoi dis-tu que c’est de ta faute, Denzel ? demanda-t-il tout doucement en lui caressant la tête. Qu’est-ce qui s’est passé, d’après toi ?

Le petit renifla à plusieurs reprises et geignit :

- J’ai dit à Loz que je voulais qu’il crève et maintenant… maintenant, il est en train de mourir !

Comme pour lui donner raison, un ultime cri résonna, les figeant tous, et s’éteignit, plongeant la demeure dans un silence sinistre.

- Loz n’est pas en train de mourir, assura Kadaj, qui s’était approché à son tour. Comme ta maman te l’a dit, Cid a eu un accident et…

- C’est pas vrai ! C’était pas un accident ! Shera a voulu le tuer, Marlène et moi on l’a bien vu, il y avait du sang partout ! Arrête de mentir, je suis plus un bébé !

- D’accord. D’accord, ce n’était pas un accident, c’est vrai. Mais mon frère a dû lui donner beaucoup de sang pour le sauver. C’est pour ça qu’il est malade. Parce que, pour compenser tout ce sang perdu, on a dû lui faire une piqûre qui fait très très mal mais ça va passer.

- Menteur ! Tu dis juste ça pour me rassurer ! Loz va mourir et c’est à cause de moi !

Kadaj secoua la tête et sourit.

- Non, Denzel. Il ne va pas mourir. Je t’en donne ma parole.

Le garçonnet se tourna vers Vincent et celui-ci acquiesça.

- Kadaj a raison, Denzel. Bientôt, Loz va s’endormir et tu pourras même descendre le voir pour t’assurer qu’il va bien. Je t’emmènerai, si tu veux. D’accord ?

Le petit acquiesça, pas tout à fait rassuré encore, et Tifa lui essuya le visage avec un mouchoir en papier.

- Promets-moi que tu seras gentil avec Loz, lorsqu’il se réveillera. (Denzel se blottit contre elle dans son giron et hocha la tête en reniflant) Il nous aime beaucoup, tu sais…

- Et toi ? chuchota le garçonnet d’une voix à peine audible. Tu l’aimes ?

- Oui… répondit-elle, la gorge serrée. Oui, Denzel. Bien plus que je ne l’aurais jamais cru…

***

Genesis, le bébé aux cheveux argentés dans les bras et un sourire satisfait sur les lèvres, se tenait debout au bord de la source qui alimentaient en eau la ville de Nibelheim, au cœur du mont Nibel.

L’eau de Nibelheim était connue pour sa pureté et ses propriétés curatives. Certains faisaient des kilomètres pour la boire car les instances locales, craignant que la source ne finisse par se tarir ou, pire, par être polluée, en avaient toujours refusé la commercialisation.

Quiconque voulait profiter des bienfaits de l’eau de Nibelheim devait venir sur place ou s’en faire envoyer quelques bouteilles par des amis ou de la famille.

L’origine des bienfaits de l’eau n’était un mystère pour personne, dans la région : la rivière de la vie coulait juste sous la source et lui transmettait ainsi une part de ses propriétés - dont un infime pourcentage de mako idéal pour consolider les os des nourrissons et des personnes âgées.

Mais, ce que les habitants de Nibelheim ignoraient encore c’est que, depuis deux jours, un nouvel élément faisait désormais partie de la composition de l’eau…

Genesis ricana en dépliant la lame d’un petit canif affûté comme un rasoir et, voyant l’objet scintiller, le bébé s’agita aussitôt dans ses bras et se mit à pleurer.

Mais il eut beau faire, ruer et crier de toute la force de ses minuscules poumons, une petite créature comme lui était bien incapable de résister à l’ancien soldat, qui se saisit d’une jambe potelée portant déjà plusieurs profondes coupures à demi-cicatrisées.

Sans une hésitation ni la moindre pitié, la lame du canif entailla en plusieurs endroits la chair tendre du pied du bébé, qui hurla à s’en arracher les cordes vocales, et un filet de sang écarlate coula dans la source d’eau pure, où il se dilua totalement.

Un sourire torve déformant ses lèvres sensuelles, Genesis regarda le sang gorgé des cellules de Jenova partir à la dérive pour rejoindre la nappe phréatique souterraine où un imbroglio de tuyaux distribuerait l’eau ainsi souillée à chaque fontaine, chaque maison, chaque robinet de Nibelheim… où elle serait bue.

Quelques gouttes de sang… la quantité paraissait ridicule comparée aux milliers de litres d’eau dans lesquels il s’était dissous et pourtant !

Une seule cellule de Jenova suffisait.

Oui, une seule minuscule cellule dans un corps humain et le lien entre le porteur et la calamité tombée du ciel pouvait se faire : une voie royale pour les géostigmates…

Le sang cessa de couler du pied du nourrisson et Genesis le lécha pour le nettoyer avant de le remettre sous la couverture moelleuse.

- Chut… C’est fini, bébé, allez, allez… Ce n’est rien du tout, arrête de pleurer. (Les cris du poupon redoublèrent et l’ancien soldat ricana) Aussi pleurnichard que papa, hein ? railla-t-il gentiment.

Il s’éloigna de la source en direction de la grotte ténébreuse, un niveau plus bas, où coulait la rivière de la vie par laquelle il était arrivé deux jours plus tôt…

***

Barret gara le camion dans le parc et monta l’escalier de pierre quatre à quatre, un paquet enrubanné sous le bras.

Il n’avait pas voulu appeler pour annoncer son retour et faire ainsi la surprise à Marlène.

Comme il s’y attendait, tous étaient réunis pour le déjeuner dans la grande salle et il avança à pas de loup jusqu’à la porte monumentale, dont il poussa les deux battants d’un geste théâtral.

- Alors ? On ne m’attend même pas pour manger ? claironna-t-il avec un rire enjoué. Qu’est-ce qui se passe, ici, quelqu’un est mort ? essaya-t-il de plaisanter en voyant les regards hébétés des convives.

Il remarqua alors que les assiettes étaient pleines, la nourriture froide et bien des yeux rougis.

- Papa ! sanglota Marlène en s’arrachant à l’étreinte de Yazoo pour se précipiter dans ses bras.

- Que… qu’est-ce qui se passe ? demanda encore Barret, de plus en plus inquiet en cherchant Cloud des yeux. Où est Cloud ? Et Cid ?

- Barret… commença Vincent en venant vers lui. Viens, assieds-toi.

- M’asseoir ? Pourquoi ? s’enquit-il, l’estomac soudain noué. Qu’est-ce qui risquerait de me faire tomber à la renverse ?

- Barret…

- Bordel de merde, Vince, dis-moi ce qui se passe !

- Il s’est passé pas mal de choses durant ton absence. Cid est bas, à l’infirmerie, mais il va s’en sortir, ne t’en fais pas.

- S’en sortir ? Comment ça ? Il a été blessé ? On s’en est pris à lui ? Et Cloud ? Où est Cloud ?

Le chef d’avalanche regardait autour de lui et essayait de compter les absents, mort d’inquiétude. Son regard s’arrêta alors sur Kadaj et Yazoo.

- Où est le troisième enfoiré ? cracha-t-il en serrant les poings.

- Barret, calme-toi, ce n’est pas du tout ce que tu crois ! intervint Tifa, les larmes aux yeux.

- C’est ce fils de pute, hein ? Il s’en est pris à eux ! Je savais qu’on ne pouvait pas leur faire confiance !

Il voulut se jeter sur les argentés mais Vincent, Reno et et Rude s’interposèrent.

- Arrête papa ! hurla Marlène, en larmes, en repoussant son père. Arrête, s’il te plaît ! Arrête !

Les petits bras fragiles arrêtèrent plus facilement dans son élan le chef d’AVALANCHE que les muscles des turks et de Vincent.

Il s’accroupit aussitôt pour serrer sa fille adoptive contre lui.

- Pardon, princesse, je ne voulais pas t’effrayer. Mais votre salopard de frère, il ne perd rien pour attendre ! menaça-t-il Yazoo et Kadaj. Où est cet enfoiré, Vince ?

- Arrête ! pleura de plus belle Marlène. Tu comprends rien ! Loz n’a rien fait ! C’est Shera ! Elle a essayé de tuer Cid et Loz l’a sauvé !

Barret cligna des paupières, abasourdi.

- Que… quoi ?

- C’est la stricte vérité, Barret, intervint Reeve.

Un nouvel hurlement de douleur monta du sous-sol et le chef d’avalanche se raidit, horrifié.

- Oh, mon Dieu… sanglota Gretta en pressant d’une main son mouchoir de dentelle sur sa bouche tandis que l’autre serrait celle de Tifa. Mon Dieu, ayez pitié de lui, je vous en supplie…

- Ce… C’était quoi, ça ? bredouilla Barret.

- C’est Loz, papa, hoqueta Marlène, les yeux inondés de larmes. Ils ont dû lui lui faire une piqûre de mako, comme dans le film…

Son père blêmit au souvenir des horribles images des vidéos de surveillance.

- Vince… Par tous les démons de la planète… Mais qu’est-ce qui se passe, ici ?

à suivre

Un parfum de vieux cuir

***

Rédaction : Shiva Rajah d’après une nouvelle de Claude Neix

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : les volontaires sont les bienvenus

***

John Highwind se débarrassa de son épais blouson d’aviateur et poussa un soupir en se massant la nuque.

Son jeune ordonnance le salua d’un sobre garde-à-vous parfaitement exécuté.

- Avez-vous encore besoin de quelque chose, mon Capitaine ?

- Non, Rayn, tu peux aller te coucher, il est tard.

Le garçon en uniforme salua à nouveau et sortit d’un pas leste.

John Highwind se laissa tomber sur son lit et regarda la jeune femme qui le contemplait depuis le cadre de la commode.

Presque aussi blonde que lui, elle avait des yeux aussi verts que les siens étaient bleus. Il se leva et caressa le verre qui protégeait la photo.

- Où es-tu Sarah ? demanda-t-il. Pourquoi a-t-il fallu que tu me quittes si tôt ?

Sa jeune épouse était morte en couches, cinq ans plus tôt, lui laissant ce qu’il considérait comme son plus beau cadeau : un petit garçon qui était le portrait de son père et avait hérité du cœur de sa mère : un cœur qui offrait sans hésiter et lui avait permis de supporter le départ de celle qu’il avait tant aimé.

Avec un soupir déchirant, le jeune officier s’arracha au portrait et se dévêtit. Il dormirait seul, comme chaque nuit, incapable qu’il avait été de remplacer ne serai-ce qu’un instant celle qu’il n’avait pu oublier.

Il se pencha sur le miroir de la commode, passa la main sur sa barbe naissante et, après une courte hésitation, prit un rasoir électrique dans l’un des tiroirs. Ce serait déjà ça qu’il n’aurait pas à faire le lendemain matin !

Bon sang, ce qu’il pouvait détester se raser ! Cela ne manquait d’ailleurs jamais de faire rire Sarah…

Il sourit tristement à son reflet et ferma les yeux, imaginant les mains de sa femme lui pincer tendrement les joues.

Tu parles d’une allure martiale ! On dirait un porc-épic avec des galons d’officier ! “

Avant qu’il ne s’en rende compte, des larmes s’étaient mises à couler de ses yeux azurés et il les regarda rouler sur ses joues, la main crispée sur le rasoir électrique. Combien de fois Sarah lui avait-elle dit qu’il était l’homme le plus séduisant qu’elle n’ait jamais vu ? Il en avait perdu le compte.

C’est vrai que John Highwind était loin d’être laid : un visage viril et anguleux aux pommettes hautes, des yeux céruléens en amande, immenses et ornés de longs cils d’un blond plus sombre, et des sourcils élégamment dessinés…

- Papa !

Un petit garçon blond, vivant portrait de son père, se jeta presque sur lui et le serra comme s’il n’avait jamais cru le revoir.

Le jeune officier n’eut pas le cœur de le renvoyer dans sa chambre.

- Cid ! As-tu une idée de l’heure qu’il est ?

Le garçonnet fit la moue et toucha son visage.

- Tu as pleuré… dit-il d’une petite voix.

John Highwind le serra contre lui.

- Mais non, Cid… le rassura-t-il. J’ai les yeux gonflés parce que je suis très fatigué, c’est tout.

Le petit le fixa, comme s’il essayait de deviner si son père lui mentait.

- Tu es monté haut comment dans le ciel, aujourd’hui ?

Il saisit le blouson de pilote de son père et essaya de l’enfiler avec difficulté. Le vêtement le couvrait presque entièrement et son géniteur éclata de rire.

- Haut, Cid. Très haut ! Plus haut que les nuages ! Je te raconterai ça demain, ce n’est pas l’heure, pour un petit garçon, d’être encore debout.

Il reprit le rasoir, qu’il venait de poser, et commença à se raser.

Cid s’approcha de lui et le regarda faire avec curiosité.

- Quand je serai grand… Je serai aussi beau que toi ?

John Highwind éclata de rire et le prit sur ses genoux.

- Bien plus beau, assura-t-il. Les filles se disputeront tes faveurs.

- Moi aussi, j’aurai un petit garçon ?

- Bien sur, tu en auras même plusieurs ! Des petits garçons et des petites filles qui auront à leur tour des…

- J’aime pas les filles !

John Highwind rit de plus belle.

- Et pourquoi donc ?

- Elles sont idiotes !

- Nous en reparlerons dans quelques années. Je pense que, d’ici là, tu auras changé d’avis.

Cid joua un instant avec les doigts de son père.

- Papa… Il faut se marier pour avoir des enfants ?

L’interpellé leva un élégant sourcil.

- Tu sais bien que non. Je t’ai déjà expliqué cent fois comment on faisait les enfants. Mais c’est préférable. Pour que tes rejetons soient reconnus par tous. Pourquoi cette question ?

Le garçonnet hésita un instant.

- Genesis est venu à l’aérodrome, aujourd’hui..

John Highwind leva les yeux au ciel, excédé.

- Allons bon ! Et… je suppose qu’il était accompagné ? (Cid hocha le tête.) Et c’était qui, cette fois ? Un turk ? Un scientifique ? Un acteur ?

Le petit le dévisagea, étonné.

- Je ne sais pas. Il a appelé ça un ” compagnon “. Et il avait un petit garçon. pourtant, il a dit qu’il n’était pas marié !

John Highwind prit sur lui pour garder son sérieux.

- Disons que Genesis et ses amis sont l’exception qui confirme la règle.

Le garçonnet tapa dans ses mains.

- C’est bien ce que je disais ! On a pas besoin d’être marié !

- Cid… Tu es un petit garçon et, comme tous les petits garçons, tu détestes les filles. Mais ça changera, tu peux me faire confiance.

- Alors je veux une femme comme maman ! (Son père eut un sourire triste et le serra contre lui.) Elle était comment, maman ? J’veux dire… pas physiquement.

Cette question, John Highwind y avait répondu maintes et maintes fois mais, comme à chaque fois que son fils la posait, il le souleva dans ses bras et alla s’allonger sur son lit, le garçonnet blotti contre lui, buvant ses paroles.

- Sarah était très douce, murmura-t-il. Je ne l’ai jamais entendu prononcer un mot plus haut que l’autre.

- Les autres filles elles crient tout le temps !

- Oui, acquiesça le jeune capitaine, mais ta mère n’était pas comme les autres filles. Elle était unique. Je l’aimais plus que moi-même et elle m’aimait aussi.

- Et moi ?

John Highwind se souvint des détails de la grossesse de sa femme avec une tendresse qui lui déchira le cœur.

- Elle t’a porté dans son ventre en bénissant le ciel chaque jour. Elle s’imaginait déjà te berçant dans ses bras. Elle avait préparé un énorme trousseau. Des centaines de petits vêtements pas plus grands que ça !

Cid regarda le doigt de son père.

- J’étais aussi petit que ça ?

- Tu étais minuscule. Minuscule et tout rose. Avec un petit toupet blond sur le sommet du crâne, comme les vieux. (Cid le pinça.) Ah ! Ah ! Ah ! Tu étais le plus beau bébé du monde, pour moi. Et le seul que je n’aurai jamais…

Le garçonnet s’appuya sur la large poitrine de son père.

- Pourquoi tu ne t’es jamais remarié ?

- J’ai trop aimé ta mère pour pouvoir l’oublier.

Cid parut réfléchir intensément et cette expression de sérieux sur le visage d’un si petit garçon fit sourire son père.

- Tu sais quoi, p’pa ? Je crois que je suis amoureux, moi aussi, finit-il par avouer.

- Tiens donc ! railla John Highwind, plus amusé que jamais. Et qui a l’honneur d’avoir volé ton cœur ?

- Vincent Valentine !

Le jeune officier manqua de s’étouffer avec le verre d’eau qu’il s’apprêtait à boire.

Il toussa plusieurs fois avant d’éclater franchement de rire.

- Ca n’a rien à voir, Cid ! Ah ! Ah ! Ah ! Tu aimes bien ce turk parce qu’il prend le temps de jouer avec toi - et qu’il doit certainement adorer les enfants pour faire preuve d’autant de patience avec une peste dans ton genre - mais, crois-moi sur parole, tu n’es pas amoureux de lui !

- T’es sûr ?

John Highwind reprit son souffle et inspira profondément en essuyant ses yeux à nouveau humides de larmes - mais à force de rire, cette fois.

- Certain ! (Il sourit, le visage dans les cheveux blond pâle, si semblables aux siens.) Allez, il faut aller dormir, maintenant.

Cid allait s’exécuter lorsque la porte s’ouvrit à la volée, laissant paraître le jeune ordonnance de John Highwind, totalement affolé.

- Mon Capitaine !

- Qu’est-ce qui se passe encore ?

- Vincent Valentine et le docteur Hôjo vous réclament au manoir Shinra ! Les monstres ont attaqué le réacteur. C’est une catastrophe !

- Et que veulent-ils donc que je fasse ?

- Que vous pilotiez le prototype ” Bronco Alpha “.

- L’avion d’assaut ? Mais nous n’avons pas encore effectué les vols d’essai !

- C’est ce que je leur ai dit, mon Capitaine, mais, si le réacteur est touché, c’est tout le mont Nibel qui risque d’exploser.

John Highwind sauta sur ses pieds et revêtit son blouson à la hâte.

- Papa ? gémit Cid. Qu’est ce qu’il y a ? Où tu vas ?

Son père se pencha pour l’embrasser et le borda.

- Les monstres ont attaqué un endroit très dangereux. Il faut que j’y aille.

- Encore ? Mais tu viens de revenir !

- Mon Capitaine… Je vous en prie, insista l’ordonnance.

- Je dois y aller, Cid.

Il embrassa son fils sur le front et le serra contre lui.

- Papa… Tue-les tous. Et reviens vite.

- Tous, sans exception. (Après un instant d’hésitation, il retira son blouson et en couvrit son fils.) Je te le confie jusqu’à mon retour. Prends-en grand soin.

Cid n’aima pas du tout cela.

Son père ne quittait que rarement son sacro-saint blouson d’aviateur - un cadeau de fiançailles de Sarah. Il était pour lui une sorte de talisman.

- Papa… Tu vas revenir, hein ?

John Highwind éclata de rire et se redressa de toute sa taille, gonflant son impressionnant poitrail.

- Crois-tu que les monstres pourraient battre le Capitaine John Highwind ?

Cid se gonfla de fierté.

- Jamais, papa !

Celui-ci cligna de l’œil et, après un dernier baiser, sortit en courant.

Cid se rendormit presque instantanément, rêvant de son père pourfendant le ciel dans son avion, piquant droit sur les monstres affolés dans un tonnerre de mitrailleuses.

*

Adossé aux moelleux oreillers du lit, Cid joua avec le col usé de son blouson de cuir, qui gisait sur la descente de lit

- Pourquoi ne te débarrasses-tu pas de cette relique ? plaisanta Vincent en s’appuyant sur sa poitrine musculeuse.

Cid caressa ses épaules nues.

- Il appartenait à mon père, murmura-t-il. Il me l’a donnée avant de mourir. A peine quelques heures avant de s’écraser… Il y a aujourd’hui vingt-sept ans.

Vincent blêmit, se redressa sur un coude et joua avec un coin du drap, cherchant ses mots.

- Je… je suis désolé, Cid. Je… L’ignorais.

Le pilote déposa un baiser léger sur ses lèvres.

- Cela fait longtemps maintenant.

Vincent hésita un instant à poursuivre la conversation. Cid n’avait jamais abordé un sujet aussi intime.

- Comment… Comment s’appelait-il ?

- John. Capitaine John Highwind.

L’ancien turk fronça le sourcil.

- Ca me dit quelque chose…

Cid sentit sa gorge se serrer et s’assit sur le lit avec un sourire triste.

- Il a souvent donné un coup de main aux hommes de la Shinra…

Il n’en dit pas plus.

A quoi bon rappeler à Vincent que c’était à cause de lui et d’Hôjo que son père s’était tué dans un prototype d’avion non testé, ce jour-là ? Que le petit garçon que l’ancien turk avait serré dans ses bras le jour des funérailles du Capitaine John Highwind n’était autre que lui-même ?

Vincent se lova contre son dos et posa sa tête sur son épaule.

- Il serait fier de son fils, aujourd’hui. (Cid ne répondit pas, perdu dans ses souvenirs.) Comment était-il ? Est-ce qu’il te ressemblait ?

Le pilote se tourna vers le miroir qui trônait au-dessus de la commode de la chambre de l’auberge où eux-mêmes et AVALANCHE avaient pris leurs quartiers.

Les magnifiques yeux céruléens de John Highwind lui retournèrent son sourire.

- Oui… Beaucoup.

FIN

Part. 7 - Les patrons se la pètent comme des Dieux !

Cabine de Yazoo : Weiss, Sephy, Loz, Yazoo, kadaj, Tifa, Cid, Vincent, Cloud.

Depuis le moment où Weiss a commencé prononcé les mots “ grande gigue ”, les grandes fontaines de Versailles (enfin toutes les pleureuses qui inondaient le plancher, quoi) se sont brusquement arrêtées pour écouter dans un silence horrifié le flot ininterrompu des explications.

Nero lui-même est complètement blême depuis un bon moment et a essayé en vain de faire taire son frère en pensant à l’inévitable explosion de Sephiroth qui ne devrait pas tarder…

Weiss est le seul qui n’a rien remarqué.

Bref, quand il s’arrête *enfin* de parler, tout le monde le fixe avec la mâchoire qui pend par terre, dans le glougloutement de l’eau qui continue à s’évacuer doucement à travers les coursives.

Enfin… tout le monde sauf Sephiroth, qui le fixe, certes, mais avec les mâchoires tellement crispées qu’on a l’impression qu’il se mord les dents (exercice difficile s’il en est !).

Sephy (qui repousse doucement un Kadaj mortifié hors de son chemin et se drape dans son manteau - ce qui projette alentour une bonne douche vu qu’il traîne dans 30 cm d’eau salée) : c’est qui, la “ gigue ” ?

Trèèèèès menaçant, il avance trèèèès lentement sur Weiss, qui le regarde d’un air blasé.

Weiss (grand sourire): Ne te sous-estimes pas ! Tu devrais être content, j’ai dit “grande gigue”.

Sephy (de l’électricité qui crépite tout autour de lui et a l’air assez bouillant pour cuire des frites): Et il insiste, le délavé ! Tu comptes me donner des cours p’tet’ ? Toi qui n’est même pas fichu de contenter un mec tout seul ?

Weiss (marque une seconde d’arrêt et désigne son frère du menton) : Alors là pouce, coup bas ! Tu l’as regardé, le mec en question ?

Sephy : Ouais, justement, un môme façon “ crevette ” ! Même Kadaj - ma “lavette” de frère, t’as dit? - ne se laisserait pas traiter comme ça !

Nero hésite entre aller demander des comptes à Sephy ou adopter un silence diplomatique étant donnée l’humeur massacrante de celui-cit.

Vu que le vaisseau commence à ressembler à une usine EDF avec les éclairs qui zigzaguent partout, la prudence l’emporte…

Weiss (ricane): T’as raison, il est tellement bouché qu’il serait pas fichu de se rendre compte quand une fille lui fait du rentre-dedans…

Sephy (siffle): Tu dis encore un mot sur mon petit frère et t’es mort.

Weiss (sifflote): Me fais pas rigoler, je suis l’Omega, moi, j’te signale. Un vrai Dieu ! Ca veut dire que je suis immortel. Invulnérable et tout et tout. Pas un demi-dieu au rabais qui meurt empalé par un croupion de chocobo sur une grosse biscotte en kevlar ! Ca doit être le sport national chez vous, de s’empaler sur des grandes épées, si j’ai compris ?

Sephy (les yeux exorbités): Tu… oses…?! Tu parles de qui là?

Weiss (air sadique): Ben de ton… Comment tu l’appelais tout à l’heure déjà ? Tu sais, quand on vous a surpris dans le couloir ? Attends voir, ça va me revenir… “Mon roudoudou d’amour” ? Nan, ça c’est ce que râlait l’autre. Enfin je crois. Il parlait d’épée aussi, il me semble. Nan ? C’était p’tet’ une image, c’était assez confus. Ah ouais, je me souviens, “mon oiseau céleste” ! Cette rigolade ! Z’étiez trop chous tiens ! Tu parles de Soldats de la Shinra en train de roucouler!

Tous les autres se cachent la tête dans les mains mais regardent au cas où entre leurs doigts pour ne pas rater une miette du carnage.

Sephy (rugit): JE VAIS TE TUER !

Le ailes de Nero claquent sous le souffle du rugissement de Sephiroth et Weiss éclate de rire en se tapant sur la cuisse tellement il rigole.

Sephy (deux fois plus furieux, si c’est possible): QUOI ?! BATS-TOI SI T’ES UN HOMME AU LIEU DE TE FOUTRE DE MOI!!

Weiss (s’essuie les larmes de rire, reprend son souffle et dit avec bonne humeur): Ah t’es vraiment trop super quand tu t’énerves ! T’excites pas, va, (là son sourire devient franchement suspect) je suis là pour ça !

Sur quoi il franchit le mur d’éclairs qui le séparait de Sephy et lui roule un patin magistral. La tension électrique chute d’un seul coup, sauf aux alentours de Kadaj, qui n’en croit pas ses yeux et dont les cheveux se dressent sur la tête.

Nero (les bras lui en tombent): Ben…? Mon frère bien aimé ?

Kadaj (meurtrier): Qu’est-ce qu’il fait à mon Nii-San ?!

Arrive Vincent en train d’essorer le bas de sa cape.

Vince : Dites donc qu’est-ce que vous foutez, encore ? Quand je suis sorti de la cabine de Cid, je me suis pris une tonne de flotte dans la figure. (Avisant l’aile noire de Sephy fermée comme un cocon, et ses pieds et ceux de Weiss qui dépassent en dessous) Tiens, j’ai raté quelque chose?

Loz : Euuhh… J’préfère pas te raconter ça ici… Ca risquerait d’être dangereux…

Kadaj (accroupi par terre dans la flotte pour essayer de voir ce qui se passe sous l’aile) : Mais tu vas lâcher mon Nii-San, oui ?!

Yazoo (confus): Relève-toi ! Ca se fait pas pour un fils de Jenova, de se mettre à genoux.

Loz (vaguement surpris): Ah bon ?

Yazoo (vire au rouge et lui file une baffe): J’parle pas de ça !

Cloud (qui arrive en faisant floutch floutch précipitamment à contre-courant et n’a pas remarqué les pieds de Weiss dépassant de sous l’aile de Sephy): Dites ! Oh ! Ca va pas la tête, non ?! Pourquoi vous avez inondé les couloirs ?! Si c’était pour me faire une blague c’était une très mauvaise idée ! (à Sephy) Range ton aile, merde ! On voit bien que c’est pas toi qui dois curer les gaines d’aération tous les 15 jours à cause des plumes !

Kadaj (toujours accroupi, regardant sous l’aile de Sephy) : Ca va Nii-SDan ? Tu fais de drôles de bruits ! Tu me fais peur, on dirait que t’étouffes ! Nii-San ?

Sephy (la bouche pleine…) : Mffppppfffrs ! ! !

Loz (mort de rire) : Ah ! Ah ! Ah ! Ca, pour un patin, c’est un patin !

Tifa (qui chronomètre) : Waouh ! Ca va faire 8 mn !

Nero (qui commence à avoir de la fumée qui sort par les oreilles) : LACHE CET HOMME, WEISS ! TOUT DE SUITE !

Cloud (pivoine, qui commence à comprendre ce qui se passe) : Mais… Mémémémémémé…

Weiss lâche enfin Sephy, qui tombe sur les fesses dans l’eau.

Sephy (qui essaye de reprendre son souffle) : Vite…une…épée….un…sabre… un couteau… une compil de Lara Fabian… quelque…chose… Je …veux…tuer…ce…type…

Loz : Pas la peine ! (Il se campe fermement sur ses jambes, l’air de vouloir en découdre) J’m'en occupe !

Weiss (les larmes aux yeux tellement qu’y se marre) : Ah ! Ah ! Ah ! De mieux en mieux ! Après la gigue, le cro-magnon ! Ah ! Ah ! Ah ! Arrête ! Tu me fais peur !

Nero fait un mouvement bizarre et Loz est enveloppé d’une drôle de fumée bleue.

Nero : Tu seras plus à l’aise comme ça !

La fumée se dissipe et tout le monde regarde Loz, dont les vêtements ont …fondu !

Loz (qui baisse les yeux, devient tout pale, il se tourne vers la caméra ) : Ah non ! ALORS LA, NON ! C’est une manie de vouloir me défroquer ou me coller des blousons dépoitraillés et pantalons poutre apparente ou quoi ? JE VEUX PARLER AU SCENARISTE !

Voix off : Arrête de t’exciter ! T’es trop près de la caméra ! Tu sais combien ça coûte, une lentille ?!

Loz : Qui c’est qui veut faire des gros plans à chaque fois, hein ? C’est moi p’tet ?

Weiss (qui fixe éberlué l’énorme “ truc ” qui lui pendouille entre les jambes) : Ah ben merde ! J’devine pourquoi c’est toi qui es supposé être “ l’homme viril ” de la fratrie !

Sephy (après qu’il ait réussi a récupérer sa langue, qu’il a failli avaler) : Nan mais ça va pas nan ? T’as fini de le mater comme ça ? Où tu te crois, là ? Dans un film X ?

Le scénariste déboule devant caméra, un casque sur les oreilles et un clap à la main. On voit au second plan toute la bande qui s’étripe, s’étrille, se mord et se tape dessus joyeusement.

Le scénariste : Coupez ! Coupez ! C’est pas bon, les gars !

Les voix derrière lui :

“ Ouille, pas mon aile, pas mon aile ! ”

“ Va te faire cuire un oeuf, croupion de volaille ! ”

“ Weiss ! fais gaf…trop tard ! ”

“ Ouaahhhhouuu aïe aïe aïe ! C’est pas ma jambe, ça ! ”

“ Je suis l’amiral de ce vaisspppffffrrrggg… ”

“ Recrache, Cid ! Recrache ”

“Kef ke fu crois que f’éfaille de fairrggpppfffg ”

“ Soldat du dimanche ! ”

“ Nii-San ! m’laisse paaassss !”

“ Ouilleouilleouille, pas les cheveux, pas les cheveux ! ”

“ Mords-lui l’oreille, Loz ! ”

Le scé (qui fait de grands gestes au cameraman) : On dérape là ! On saute direct à la scène suivante ! (une main te tire en arrière) Nan ! Pas moi ! J’y suis pour rieeeeennnnn….

………………..fondu……………………..

Part. 6 - Un, on écope ; deux, on éponge !

Pont de commandement : Tifa, Weiss, Cloud, Kadaj, Shera.

Weiss entre en trombe.

Weiss : Ou est Yazoo ?

Tout le monde hausse les épaules.

Kadaj (qui rentre à son tour et s’approche à deux doigts de lui) : Dis donc… c’est quoi tous ces petits points rouges sur ta poitrine et tes bras ?

Weiss (comme s’il les voyait pour la première fois) : De quoi ? Ca ? Chais pas moi ! (Tout le monde le regarde avec un sourire en coin, se souvenant très bien par quoi sont terminées les étranges ailes de son frère) Oui bah le problème n’est pas là ! OU EST YAZOO ?

Shera : Qu’est ce que tu lui veux, à ce pauvre agneau ?

Weiss (qui s’approche d’elle et la toise) : Pauvre quoi ? Agneau ? Tu veux rire !

Shera (que la proximité de la large poitrine nue et musculeuse commence titiller) : Comment ça ?

Weiss (dramatique) : A cause de ce petit dévergondé, son frangin Loz est entrain de pleurer toutes les larmes de son corps !

Tout le monde (retenant la respiration) : Hein ?

Weiss (d’un cri indigné) : Lui et Sephiroth nous ont surpris mon frère et moi avec lui !

Tout le monde (soupirant de soulagement genre « oh, ce n’est que ça ! ») : Aaaaah !

Weiss : Non mais vous vous rendez pas compte ! Loz nous accuse d’en avoir fait un obsédé !

Tifa (en lui tapotant l’épaule) : Mais non, mais non. S’il est pas devenu obsédé avec des frères comme les siens, j’vois pas…(le regard de Kadaj se fait mauvais)…pourquoi…(très mauvais)…il…(plus que mauvais)…..Je plaisantais !

Weiss : Bah restez pas comme ça faites un appel au micro !

Kadaj (se saisissant du micro) : Eh ! l’frangin ! File dans ta cabine en quatrième vitesse ou ya Nii-San-bis qui va encore nous inonder jusqu’aux soutes !

Weiss : oui bah, en attendant, venez ! Vous pourrez peut-être faire quelque chose !

Chambre de Yazoo : Pont de commandement : Tifa, Weiss, Cloud, Kadaj, Sephy, Loz, Nero, Yazoo, un pack d’eau, de l’huile, du beurre, 3 kg de patates et… oups, pardon, je me trompe de liste !

Tifa et Kadaj suivent Weiss et se retrouvent devant la cabine de Yazoo. Loz y étendu ventre à terre dans une énorme flaque, Il pleure avec des ululements de chien battu !

Sephy (pratique) : C’est qu’il va nous inonder le couloir, si ça continue !

Kadaj lui donne un coup dans les côtes.

Yazoo (qui vient d’arriver) : Ben… Lozzy ? Qu’est ce que t’as ?

Loz (qui lève la tête et voit son frère) : BBEUUUAAAAHHHHH ! ! ! ! ! Et en plus il me demande ce que j’aiaiaihhhhhhhh !

Yazoo : Mais arrête, enfin ! Tu vois bien que t’es entrain de tout inonder !

Loz : Beueueahhhhh ! M’en fous ! J’suis le pleurnichard de l’histoire, alors si j’ai envie de faire une innondation, bah je la f’raiaiaiaihhhhhh !

Sephy (a Yazoo) : Ah non mais là, faut que tu fasses quelque chose parce que ça commence VRAIMENT à déborder dans le couloir !

Tifa (les pieds mouillés) : Mais d’où sort-il toute cette flotte ?

Kadaj (à l’oreille de Tifa sur le ton de la confidence) : Ben, c’est l’incarné de Nii-San qui a hérité de TOUT le côté sensible et comme Nii-San n’a pas chialé depuis sa naissance… il a des réserves !

Yazoo (suppliant) : Mais enfin Lozzy, arrête ! Tu vois bien que tu te fais du mal !

Loz : Beueueaaahhhhh ! Frère indigne ! Comment t’as pu me faire çaaaahhhhhhhhh !

Yazoo (en pétard) : Frère indigne moi ? C’est la meilleure du centenaire celle là ! C’est toi le frère indigne !

Loz (avec les larmes qui jaillissent genre fontaine): BBEEUUUUAAAAHHHHH ! ! ! ! Et en plus il ose élever le ton avec moiiiiiiiiiiahahahahaha !

Yazoo (qui enfile des bottes en caoutchouc pour aller le rejoindre) *ne me demandez pas où il les a trouvées* : Oui ben moi au moins je fais l’effort de parler ! Que toi, à part pleurnicher, hein !

Tous : Glups !

Loz : Beueueahhhh ! J’veux mourriiiiiiirrr ! Toute ma vie à me sacrifier pour mes petits frères et voilà le remerciemeeennnnnntttt !

Kadaj (qui se met à pleurer lui aussi dans les bras de Tifa) : Mon pauvre Nii-San-bis ! Je supporte pas de voir pleurer mon Nii-San-bis ! ! !

Tifa (de l’eau jusqu’aux genoux et Kadaj qui l’inonde) : Ah non hein ! Tu ne vas pas t’y mettre aussi !

Weiss : Quelqu’un pourrait ouvrir les panneaux d’évacuation ? (Tout le monde le regarde de travers) Bon, bon, ça va, j’ai rien dit…

Loz : Beueuaahhh ! Qu’est ce que j’ai fait pour mériter çaaaaaaa ? ? ?! ! ! Traîné plus bas que terre, humilié et trompé par mon indigne de frère !

Yazoo (fou de rage) : Indigne, moi ? Oui bah moi, au moins, je ne suis pas un gros balourd sans cervelle !

Tout le monde retient son souffle et Loz, qui s’est brusquement arrêté de pleurer, se redresse, les yeux lançant des flammes. Il gonfle la poitrine et des éclairs électriques se mettent à crépiter autour de lui.

Tout le monde recule et Yazoo déglutit péniblement.

Yazoo (d’une toute toute toute petite voix) : Zuzte “ neuneu ” alors ?

Loz (d’une voix qui retentit comme le tonnerre) : C’EST PAS GENTIL !

Tout le monde se remet les cheveux en place (parce que quand Loz a parlé, c’est comme s’ils avaient reçu une rafale d’orage électrique en pleine tronche !).

Yazoo (qui recule au fur et à mesure que son frère approche) : Arrête Lozzy, tu me fais peur là !

Loz (grondant) : Alors, petit merdeux ? On veut jouer les durs et quand on a un ennemi de taille en face de soi, on chie dans son froc ? Mhhhh ?

Yazoo (les larmes aux yeux) : Arrête Lozzy… S’te plait…

Loz : Grrrrrr…

Yazoo (qui se jette dans ses bras) : C’est pas de ma faute ! C’est eux ! Ils m’ont obligé !

Nero (qui avait gardé un silence diplomatique jusque là) : Oh l’autre ! T’as pas dis non, hein !

Tifa (lui mettant la main sur la bouche) : Chut ! Tu vois pas qu’il essaye de le calmer !

Loz (que le contact de son “ pitit frère ” émeut quand même pas mal) : C’est bien vrai, ça ?

Yazoo (gros yeux de chiot battu): J’te le juuuure ! J’ai honte ! Tu le diras pas à môman, hein ?

Loz (complètement gaga) : Mais non, mon poussin. *smac smac smac* Là là c’est fini mon ange. *smac smac smac* C’est fini, grand frère est là, mon canard…

Kadaj (toujours dans les bras de Tifa) : Beueueahahaha !

Tifa : Mais qu’est-ce que t’as, encore ?

Kadaj : Ce genre de scène ça me fait toujours pleureeeeeerrrrrrr ! ! ! !

Weiss (qui regarde au plafond pour pas voir le bouquet de fleurs bleues entrain de se répandre) : Mais qu’est ce que je fous ici ! Eh oh ! Les enfants ! Faut arrêter là ! Oh ! L’inondation va reprendre, sinon ! Et merde, tiens…

Cid (qui arrive en pataugeant) : Eh ! mais qu’est ce qui se passe, ici ? Ya de l’eau dans les soutes et les chiottes débordent encore ! ! ! (A Weiss) Mais c’est quoi ce bordel ?

Weiss (qui apparemment est très en verve entre la parade électrique et l’interlude aquatique): Oh, ça a commencé parce que la grande gigue avait des états d’âme parce que sa lavette de petit frère s’est fait dépuceler par une furie - t’as dû la croiser non ? Une blondinette incendiaire complètement excitée. Elle saute sur tout ce qui bouge - et vice-versa pour ainsi dire. T’as qu’à voir, pour avoir réussi à se taper la lavette à son Nii-San faut vraiment qu’elle soit motivée ! En plus, il est gonflé, le Sephiroth, parce que, tout à l’heure, on l’a croisé dans le couloir avec le gamin qui ressemble à un croupion de chocobo en train de faire un truc dont je connais même pas le nom - et pourtant, j’en connais un rayon c’est moi qui te le dis ! Et après, Môssieur vient faire le délicat parce que son petit frère a ENFIN couché. Alors il a débarqué ici pour se faire consoler par sa tapette de frère du milieu mais il nous surprend Nero et moi avec lui. Pire, la fontaine amirale a suivi de peu le grand frère et a eu des mots avec son… frangin-amant-clone-incarné - je sais comment appeler ça - et là ils viennent de se réconcilier en se tombant dans les bras l’un de l’autre. O se croirait dans un mauvais roman rose, berk… En plus, il est pas gonflé, le grand dadais, parce que, depuis que je suis arrivé, il a pas arrêté de dragouiller la brunette aux gros nénés, là… Faut pas déconner ! Nan, t’es pas d’accord?

Cid le fixe avec des yeux effarés sans répondre.

Silence de mort.

…à suivre

Prenez votre douche comme un turk !

(d’après de trèèèèès vieux textes humoristiques qui circulent depuis trèèèèès longtemps)

Qui n’a jamais rêvé de se glisser dans la peau de ses personnages favoris ?

Et vous glisser dans celle d’un turk lors de moments de stricte intimité ? Ca vous dirait ? Allez ! C’est parti.

Selon que vous souhaitiez vous glisser dans la peau d’une femme ou d’un homme, optez pour celle d’Elena ou de Reno, suiviez les instructions et à vous la « turk-attitioude » !!!

***

I/ PRENEZ VOTRE DOUCHE COMME ELENA

1/ Retirez vos vêtements et placez les dans les paniers à linge sale correspondant (le blanc avec le blanc, les couleurs avec les couleurs).

2/ Allez jusqu’à la salle de bains commune en portant votre peignoir. Si vous croisez un autre turk (homme) au passage, recouvrez chaque partie de chair visible d’un geste nerveux et courez jusqu’à la salle de bains, que vous bouclerez à double tour.

3/ Regardez-vous dans la glace, courbez les épaules et sortez votre ventre pour que vous puissiez vous plaindre et pleurnicher parce que vous prenez du bidon et que vos seins tombent.

4/ Allez sous la douche. Cherchez le gant de toilette pour le visage, le gant de toilette pour les bras, le gant de toilette pour les jambes, la grande éponge et la pierre ponce.

5/ Lavez vos cheveux une première fois avec le shampooing « Quatre en un » des Laboratoires Shinra aux 83 vitamines.

6/ Relavez vos cheveux une première fois avec le shampooing « Quatre en un » des Laboratoires Shinra aux 83 vitamines.

7/ Utilisez l’après shampooing à l’huile de Mako et de glande anale de chocobo des laboratoires Shinra. Laissez l’après shampooing pendant 15 minutes sur vos cheveux.

8/ Frottez-vous le visage avec un masque fait d’œufs mélangés à de la purée d’abricots transgéniques SHINRA. Frottez pendant dix minutes ou jusqu’à l’obtention d’une sensation de forte irritation.

9/ Rincez l’après shampooing (cette opération doit prendre au moins 15 minutes pour être bien sûr que les cheveux soient bien rincés).

10/ Rasez-vous les aisselles et les jambes. Hésitez à vous raser le maillot mais optez finalement pour une épilation à la cire.

11/ Hurlez tout ce que vous pouvez, le plus fort possible lorsqu’un confrère se met à tirer la chasse ou fait couler de l’eau quelque part.

12/ Coupez l’eau de la douche.

13/ Epongez toutes les surfaces mouillées de la douche. Passez un coup de spray anti-moisissures du centre de recherches ménagères SHINRA sur les joints du bac de douche.

14/ Sortez de la douche. Séchez-vous avec un drap de bains grand comme deux fois Midgar. Enveloppez vos cheveux dans une deuxième serviette de bains.

15/ Inspectez la moindre partie de votre corps à la recherche d’un bouton. Attaquez-le avec les ongles ou une pince à épiler si nécessaire.

16/ Retournez dans vos quartiers enveloppée dans votre peignoir et avec votre serviette dans les cheveux.

17/ Si vous croisez un turk (homme) au passage, recouvrez chaque partie de chair visible d’un geste nerveux et courez jusqu’à la salle de bains où vous passerez une heure et demie à vous habiller.

***

II/ PRENEZ VOTRE DOUCHE COMME RENO

1/ Retirez tous vos vêtements en vous asseyant sur le bord du lit et mettez-les en tas.

2/Allez jusqu’à la salle de bain tout nu. Si vous croisez un autre turk en chemin (homme ou femme, vous n’êtes plus à une connerie près), n’oubliez pas d’agiter votre bassin de façon suggestive devant elle/lui pour lui montrer quel point vous êtes fier de votre engin.

3/ Regardez votre superbe physique masculin dans le miroir et rentrez votre ventre pour voir si vous avez des abdos (réponse : non). Admirez la taille de votre pénis, grattez-vous les testicules et prenez une dernière bouffée d’odeurs mâles en vous humant les doigts.

4/ Passez sous la douche.

5/ Ne cherchez pas de gant de toilette (vous n’en utilisez pas).

6/ Lavez-vous le visage.

7/ Lavez-vous les aisselles.

8/ Pétez bruyamment et étonnez-vous des capacités de résonance formidables de la cabine de douche.

9/ Lavez-vous les parties et la zone alentour.

10/ Lavez-vous le derrière, en laissant bien entendu des poils collés au savon.

11/ Prenez un shampooing (n’importe lequel) et lavez-vous les cheveux.

12/ Ouvrez le rideau de douche et regardez-vous dans le miroir avec toute cette mousse sur les cheveux. Grimacez. Louchez. Tirez la langue. Refermez ensuite le rideau.

13/ N’oubliez pas de faire votre pipi.

14/ Rincez-vous.

15/ Sortez de la douche. Ne remarquez pas toute l’eau qui s’est répandue sur le sol parce que vous aviez mal placé le rideau de douche.

16/ Séchez-vous partiellement. Bien sûr vous aurez laissé le rideau de douche s’égoutter sur le sol et non pas dans la douche.

17/ Regardez-vous dans le miroir. Bandez vos muscles, rentrez votre ventre, admirez la taille « monstrueuse » (tout est relatif) de votre pénis, etc.

18/ Ne rincez pas le bac de douche.

19/ Laissez allumés le chauffage de la salle de bain et la lumière.

20/ Retournez près de votre pile de vêtements dans vos quartiers, simplement vêtu d’une serviette autour de la taille. Si vous croisez une autre turk, ouvrez votre serviette et exhibez votre copain le pénis avec un beau déhanchement du bassin couplé à un petit cri du genre « Yeeaaahh ! T’as vu la bête ? »

21/ Jetez la serviette humide sur le lit. Habillez-vous avec vos vêtements « sales ».

Comme la première fois

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : les volontaires sont les bienvenus !

***

Incapable de dormir, Loz était accoudé à l’étrange fenêtre de la chambre improvisée qu’il partageait avec Yazoo dans la maison coquillage de la cité des anciens, le regard perdu dans les ombres de la forêt spectrale.

La pleine lune brillait et une créature telle que lui, aux curieux yeux félins bien plus perçants que ceux de n’importe quel humain, y voyait comme en plein jour.

Non loin du petit lac qui miroitait au centre de la clairière, dans le recoin le plus sombre d’un lugubre sentier bordé de ronces mortes, un éclair métallique attira son attention.

Kadaj ?

Que faisait-il donc seul à l’orée de la forêt à une heure pareille ?

N’était-il pas supposé surveiller les enfants toute la nuit, dans la lande ? Non qu’ils risquent de s’enfuir - leur libre arbitre avait été totalement sapé par l’implacable volonté de Jenova ­- mais parce qu’une sorte d’instinct, peut-être un reste d’humanité avec lequel personne sans doute n’aurait jamais compté, les empêchait de laisser des enfants en bas âge livrés à eux-mêmes sans protection. A plus forte raison dans une forêt qui tenait plus du bois de cauchemar hanté par des monstres que du bosquet de conte pour tout-petits peuplé d’elfes et de lutins.

Curieux de savoir ce qu’il en était, Loz quitta sa pseudo-chambre avec la ferme intention de rejoindre son frère sous le couvert des arbres fantomatiques et de lui tirer les vers du nez.

Sans arme et torse-nu comme il l’était, il traversa la maison coquillage silencieuse, longea le bord de l’étang et s’engagea sur l’étroit sentier qui bordait la forêt.

Il ne lui fallut pas longtemps pour trouver Kadaj, affalé sur un vieux tronc mort abattu, le front sur les genoux.

Ses épaules tressautaient et Loz reconnut distinctement les petits reniflements discrets qu’il laissait échapper lorsqu’il sanglotait.

- Kadaj ? murmura-t-il. Est-ce que ça va ?

Le jeune homme tressaillit et leva brusquement la tête, plein d’espoir, mais, reconnaissant son aîné, s’assombrit de nouveau.

- Oh… c’est toi.

Loz s’assit à ses côtés et sourit, non sans ironie.

- Ta déception fait peine à voir !

- Ca n’a rien à voir avec toi, Loz. Excuse-moi…

- Qu’est-ce que tu as ?

- Rien.

- Rien ? On ne dirait pas.

- Je n’ai pas envie d’en parler, finit par avouer Kadaj dans un murmure à peine audible en s’essuyant le visage.

Loz s’accroupit face à lui, lui fit redresser la tête et le contraignit à reposer les pieds sur le sol, le dos bien droit.

- De la tenue ! railla-t-il gentiment en croisant les mains sur les genoux graciles pour y appuyer le menton. C’est ce que te dirait Yazoo : ” quelles que soient les circonstances, de la tenue ! C’est ce qui nous différencie des bêtes ! ” (Son frère détourna le regard) D’habitude, ça te fait rire…

- Pas cette fois, Loz. Désolé.

Ce dernier fronça le nez.

- Il va bien falloir, pourtant, poursuivit-il, les yeux mako pétillants de malice. Si tu restes là avec cette tête, tu risques de tuer un gosse de trouille. (Il simula une attaque et Kadaj rit malgré lui) Un coup à finir tous les trois en bouillie dans une petite boîte scellée avec une bande jaune, ça.

- Loz ! Il n’y a que toi pour oser plaisanter avec des choses pareilles !

- Qu’est-ce que tu fais tout seul ici ? Il s’est passé quelque chose, dans la lande ?

A la lumière de la pleine lune, il vit son cadet rougir.

- Je… Je n’étais pas dans la lande.

- Hein ? Tu as laissé les enfants seuls dans la forêt ? Mais tu nous avais dit que tu les surveillerais jusqu…

- Eh bien, j’ai menti, voilà tout !

Loz hocha la tête et pinça les lèvres.

- Ah… Et… pourquoi ça ?

- Tu vas courir le répéter à Yazoo ?

- Pourqu…

- Loz !

- Non ! Tu veux que je jure et que je crache par terre ? railla l’interpellé.

Kadaj roula des yeux.

- N’en rajoute pas, tu veux. C’est déjà assez humiliant comme ça…

- Humiliant ? Bon, ça suffit ! Qu’est-ce qui se passe, à la fin ? gronda-t-il.

Son cadet ouvrit et referma la bouche à plusieurs reprises, ne sachant visiblement pas par quel bout aborder le sujet.

- Rufus a… Nous avons… Il m’a… Enfin, nous…

Son frère écarquilla les yeux.

- Rufus ? Tu es retourné là-bas ?

- Entre lui et moi… il s’est passé… disons des choses que je n’avais pas prévues. Pas prévues du tout. (Il resserra sur lui les pans de son manteau en un geste inconscient de pudeur et Loz blêmit.) Non ! Non, non, non, ce n’est pas ce que tu crois, se récria Kadaj en comprenant les inquiétudes de son aîné. Il ne m’a pas forcé à quoi que ce soit. En fait… c’est même plutôt l’inverse. (Loz hoqueta) Enfin, non ! Pas exactement ! Ce n’est pas ce que je voulais dire, je… Oh ! Eh puis zut !

- Kadaj… menaça son aîné, les nerfs en pelote. Ou tu me dis immédiatement ce qui se passe, où je compte jusqu’à trois et j’enfourche ma moto pour aller chercher Rufus par la peau du cou et savoir de quoi il retourne exactement. Et tu sais que j’en suis capable… ajouta-t-il avec un rictus agressif.

Kadaj laissa échapper un gémissement plaintif.

- Je n’ai pas pu… hoqueta-t-il. J’ai tout gâché, Loz ! Tout gâché.

Ce dernier se redressa et s’assit sur le tronc mort, à ses côtés, pour lui relever le menton et planter ses beaux yeux couleur de topaze verte dans les siennes.

- Il t’a demandé de t’envoyer en l’air avec lui en échange de mère ? s’écria-t-il, estomaqué.

- Non ! Non, Loz, ça n’a rien à voir avec mère, c’est… c’est juste un… ” truc ” qui s’est passé entre lui et moi. Une attirance, je n’en sais rien, appelle ça comme tu veux !

- Je vois… murmura Loz, troublé par l’aveu et essayant de le digérer autant que possible.

Kadaj baissa la tête et garda le silence un long moment.

- Bah dis donc… A voir ta tête, je viens de dégringoler une bonne volée d’échelons dans ton estime.

- Non, le rassura son frère avec un sourire. Non pas du tout. Je… Je suis juste surpris. Je t’aurais vu plus volontiers découper Rufus en rondelles que lui sauter au cou !

- Je ne lui ai pas sauté au cou, justement. J’ai été… minable.

Loz lui ébouriffa les cheveux, amical.

- Tu n’avais pas envie de galipettes, et après ? Ca t’étonne ? Franchement… je crois que nous avons des choses plus importantes à penser, non ?

- Tu es vraiment idiot, Loz, ou tu le fais exprès ? ! Bien sûr que j’en avais envie mais… je n’ai pas pu.

- Pas ” pu ” ? ( Kadaj baissa les yeux, plus gêné que jamais, et son frère fit claquer sa langue contre son palais.) Aïe…

- Comme tu dis : ” aïe “. Pourtant, oublie ce à quoi tu es en train de penser en ce moment parce que je peux t’assurer que je n’ai aucun problème de ce côté là.

Loz tordit le nez, pas très convaincu.

- Ouais…

- Pas avec des femmes, en tous les cas… précisa Kadaj en soupirant.

Son aîné ricana.

- Je vois…

Un silence un peu embarrassé tomba sur les jeunes gens, bientôt brisé par Kadaj, qui avait besoin de réponses et ne savait pas auprès de qui les trouver hormis son aîné, en qui il avait toute confiance.

- Loz ?

- Mhh ?

- Tu… Tu as déjà été tenté de… Enfin, je veux dire … avec un autre homme ?

Loz se tourna brutalement vers lui et planta son regard dans le sien, le faisant furieusement rougir.

- De quoi ? Non mais ça va pas ! Pour qui tu me prends? !

- Dé… Désolé… bredouilla Kadaj. Je ne voulais pas être insultant.

Son aîné fronça les sourcils et éclata de rire.

- Je te taquine, idiot ! (Son visage se radoucit) Ca fiche les jetons, hein ? Pas moi, de désirer un autre homme, je veux dire. Tu te sens largué… Tu as honte… Et tu te demandes si quelque chose ne s’est pas mis à dérailler là-dedans, fit-il en se tapotant la tempe.

Son frère se tourna franchement vers lui et le considéra avec étonnement.

- Tu as vécu ça ? chuchota-t-il, stupéfait. Toi ?

Loz eut un rire doux.

- Eh ! Ouais, ” moi “. Et si tu crois que j’avais l’air plus malin que toi, la première fois… Tu te goures !

- Comment ça, la première fois ? Tu veux dire que tu as déjà… Nooon !

- Mes mains tremblaient tellement que j’aurais été incapable de tenir un verre d’eau sans le renverser.

Son cadet éclata de rire.

- Tu dis ça pour me rassurer !

- Absolument pas.

- Et… tu as… ” conclu ” ? (Loz hocha la tête) Et ? Comment ça c’est passé ?

Loz lui répondit par un franc sourire.

- Dans mon cas, ce fut… (Il hésita, perdu dans d’agréables souvenirs) L’un des plus beaux moment de ma vie ? Ouais… Ouais, je crois qu’on peut dire ça. Durant toute la nuit, il n’y eut plus que nous deux. Rien d’autre n’existait.

Kadaj tordit le nez, ne sachant si c’était du lard ou du cochon.

- Tu es sérieux, là ? Ou tu te payes ma tête ?

Son frère lui jeta un regard en coin et soupira.

- Je ne mens pas, Kadaj. C’était quelqu’un que j’aimais énormément et ce fut vraiment formidable.

- C’était qui ? (Loz secoua la tête et son cadet le poussa affectueusement d’un coup d’épaule, presque jaloux qu’un étranger ait pu faire naître de tels sentiments chez l’un de ses frères.) Allez, ne te fais pas prier. Yazoo est au courant, je parie !

- Désolé, petit frère. Ca fait partie des choses qui n’appartiennent qu’à moi.

- Depuis quand tu as des secrets pour nous, toi ? s’offusqua Kadaj.

- Uniquement celui-là. C’est bien peu en comparaison de tout ce que je partage avec vous, non ?

Son frère lui pressa le bras et hocha la tête à contrecœur.

- D’accord. Comme tu voudras.

- Si Rufus te plaît vraiment, laisse-toi aller. Peu importe qu’il soit un homme ou une femme. Lorsque tu le sentiras s’abandonner dans tes bras, ou que tu t’abandonneras dans les siens, tu oublieras ce qu’il est. Ca n’aura plus d’importance, tu verras.

- Merci, Loz, chuchota Kadaj, la gorge serrée. Merci d’être toujours là pour me donner un coup de pied aux fesses quand j’en ai besoin.

Un silence, puis :

- Je le connais, au moins?

Loz éclata de rire et lui ébouriffa les cheveux.

- N’insiste pas. Je t’ai dit que ça ne regardait que moi ! Non ! Plus de question à ce sujet. Je vais dormir. Et toi, tu files surveiller les gosses, comme tu l’as promis, rappela-t-il.

Il s’éloigna de son frère du pas athlétique et alerte qui avait toujours été le sien et regagna la maison coquillage.

De retour dans la pièce qui leur servait de chambre à lui et à Yazoo, il retira son pantalon en silence et se glissa dans son sac de couchage en prenant bien garde à ne pas le réveiller son frère mais ce dernier ouvrit des yeux gonfles de sommeil.

- Où tu étais passé ?

Loz sourit.

- Je t’en pose, des questions ?

D’une bourrade énergique, Yazoo le renversa sur le dos et fit semblant de l’étrangler mais son frère n’eut aucun mal à le maîtriser en riant et à inverser les positions.

- Je me rends… railla Yazoo d’une vois ensommeillée, les poignets prisonniers des mains de son aîné de part et d’autre de sa tête.

Ce dernier se pencha sur son visage pour caresser sa joue du bout de son nez, joueur.

- Yazoo ?

- Mhh ?

- Tu te souviens de la première fois que nous avons fait l’amour ?

Son frère ferma à demi les yeux et parut se perdre dans de savoureux souvenirs.

- Comment pourrais-je l’oublier ?

- Qu’as-tu ressenti, cette nuit-là ? Tu te souviens ?

- C’était… magique.

- C’est bien ce que je pensais, acquiesça son frère avec un sourire malicieux.

Yazoo s’étrangla et éclata de rire.

- Prétentieux !

Il n’en noua pas moins ses bras autour de son cou vigoureux.

- Loz…

- Quoi ?

- Fais-moi l’amour, chuchota-t-il la gorge un rien serrée.

- Et si Kadaj se pointe ? murmura Loz tout contre sa bouche.

Yazoo aspira sa lèvre inférieure et la suça.

- Il est dans la lande, avec les enfants.

- Oui, mais…

Une langue humide s’insinua dans sa bouche, le contraignant au silence.

- Il ne viendra pas. Il n’y a que toi et moi… Comme ce jour là… Tu te souviens ?

Loz sentit une main fraîche descendre le long de son ventre et il ferma les yeux.

- Je me souviens… murmura-t-il en se glissant entre les cuisses consentantes. Oh, Yazoo…

- Fais-moi l’amour, Loz, supplia ce dernier dans un gémissement impatient. Fais-moi l’amour comme si c’était la première fois…

Avec toute la tendresse dont il était capable, Loz referma ses lèvres sur les siennes tandis que leurs doigts s’entrelaçaient.

***

A mi-chemin de la lande, où étaient réunis les enfants, Kadaj marqua un arrêt sur le sentier.

Que pouvait-il leur arriver, à ces mouflets, de toute façon ? Il n’y avait rien, dans cette fichue forêt, hormis les fantômes de mauvais souvenirs et d’une race éteinte. Rien du tout ! Et lui, il avait besoin d’être seul. De se blottir dans son duvet douillet et de penser.

Oui, de penser !

De penser ? Ou de rêver ?

- Rufus…

Se retrouver seul dans la pénombre avec son souvenir… Son image… L’odeur de ses cheveux blonds qui persistait sur ses doigts…

Il porta ses mains à sa bouche et sourit tandis qu’un long frisson lui remontait le long de l’épine dorsale.

- Ces satanés gamins ne risquent rien, de toute façon !

Sa décision prise, il fit demi-tour et se dirigea vers la maison coquillage, où ses frères devaient déjà dormir…

FIN

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Part 5 - Qui a piqué le titre ? Que personne ne sorte !

Coursive puis cabine de Cid : Vincent et Cid

Vincent, qui n’en peut plus de se morfondre tout seul dans sa cabine après avoir piqué sa crise sur le pont de commandement, prend son courage à deux mains pour aller faire la paix avec Cid.

Une fois devant la porte de sa cabine, il respire à fond, toussote, et arrange ses vêtements. Après une petite réflexion (et après avoir bien vérifié que personne ne le regarde !), il déboutonne sa chemise.

Encore une réflexion et il fait quelques grimaces pour ramener un peu couleur sur ses joues, se brosse les cheveux avec les doigts et se frotte les dents avec un pan de sa cape pour être sur qu’aucun petit morceau de salade n’enlaidit son sourire.

Après un dernier regard de part et d’autre du couloir, il fait un rapide récurage de narines pour être sûr d’être parfaitement net.

Cid (qui, ayant entendu du bruit, vient d’ouvrir la porte et se retrouve nez à nez avec Vincent, les doigts dans le museau. Il le regarde d’un air dégoûté) : Tu veux les miens ? Ils sont plus gros !

Vincent ( qui a viré au rouge écarlate profond assorti à sa cape) : Heu… ça me grattait. Je suis venu pour faire la paix !

Il lui tend la main et Cid la regarde d’un air suspect.

Cid (qui a préféré ne pas y toucher) : Entre. Le lavabo, c’est au fond à droite.

Vincent devient blême mais s’exécute pour se donner une contenance et ondule généreusement des épaules et du popotin en passant devant lui pour mettre en avant l’échancrure toute fraîche.

Cid (qui le regarde onduler comme une couleuvre, sourcil levé) : Si t’as des démangeaisons à cet endroit aussi, j’aimerais autant que tu évites de le faire devant moi.

Vincent se retourne, toujours blême, mais de rage ce coup-ci.

Vincent (qui se plante devant lui) : Dis donc ! Je ne te permets pas de me parler comme si j’étais le dernier les malappris ! Ca t’arrive jamais le nez qui gratte ?

Cid : Le nez si !

Vincent (la fumée commence à sortir par les oreilles) : Cet endroit de mon anatomie ne souffre d’aucune démangeaison ! C’est ma façon de marcher figure-toi ! (Il rejette avec fierté une mèche brune en arrière) Je n’y suis pour rien si la nature m’a pourvu de reins cambrés, d’un fessier musclé et de cuisses souples qui m’empêchent de me déplacer sans ce déhanchement que d’ailleurs, soit dit en passant, tu es le seul à trouver sans un esthétisme certain ajoutant à mon charme.

Cid (pas très convaincu) : Mouais… Ben moi je dis qu’un mec qui ondule comme une femme, ça fait un peu… Enfin tu vois.

Vincent (fou de rage ce coup-ci) : Quoi ? Et ban vas-y ! Dis-le ! Ca fait tapette, c’est ça ?

Cid (surpris par sa colère soudaine) : T’énerve pas. J’te donne un conseil d’ami, c’est tout. Une dégaine de tante, c’est pas une fatalité, il suffit juste d’essayer de la corriger un peu. (le visage de Vincent se décompose et Cid essaye d’argumenter) Fais pas cette tête, c’est pas de ta faute si t’as vraiment un visage de fille, des jambes de pin-up, un déhancher de gonzesse et des yeux de midinette.

Vincent (Au bord des larmes) : Et tu te considères comme un ami ? Ah je vois ! Très bien ! Dès demain je fais un régime pour engraisser comme un porc, j’me laverai plus qu’une fois par semaine, j’me couturerai le visage de cicatrices et… et je me rase le crâne !

Cid (affolé) : NON !

Vincent (en papillonnant des cils, avec expression de martyr et ravi que Cid s’inquiète pour lui) : Non ? (Minaude en jouant avec ses cheveux) Pourtant tu disais que…

Cid : Non, pas les cheveux. C’est la seule chose qui cache un peu ton déhanchement.

Vincent (en larmes ce coup-ci) : Ahhhhh ! Ordure ! Pourri ! Sadique ! Tu te dis mon ami et t’es prêt à me laisser me défigurer !

Cid (gêné de le voir se répandre ainsi) : Mais, mais, mais, mais, mais, mais… Te mets pas dans un état pareil voyons ! Vous passez votre temps à vous chambrer toi et les turks !

Vincent (piteux. Non… Minable, plutôt) : C’est pô pareil. Snirrrfl. Eux, j’m'en fous comme de ma première sod… heu, ma première branlette.

Il se laisse tomber en sanglotant comme une midinette sur le lit… Euh, non le canapé… le boudoir ? P’tain, kesk’y z’ont au juste comme meubles dans un vaisseau de la Shin-ra ? ! Qui m’a piqué mon “Maisons et Jardins - numéro hors-série : en direct des ruines volantes d’Highwind” ? ! Celui avec la visite de la cuisine le jour des « Knaky Balls » ? - private joke - Bon ben tant pis, on va dire que c’est un sofa ou l’équivalent local.

Cid (le regarde inonder ses jolis coussins brodés de « cui-cuis » (second private joke !) sans comprendre l’étendue de son désespoir-euh) : Vincent ? Houhou ? La base appelle Vincent ! Y’a quelqu’un ? Tu vas pas te mettre dans des états pareils pour si peu ?

Vincent ( lui jette un regard humide - voire même complètement trempé - de sous ses longs cils d’obsidienne - renifle bruyamment et recommence à chialer ): Ne me regarde paaaas ! Je suis laiiid ! ! !

Cid ( raisonnable ): Ben forcément, à force de pleurer comme ça, ça te bouffit les yeux, et puis t’es tout rouge et ça te tire les traits, et t’as les cheveux tout emmêlés comme de la vieille étoupe qu’aurait passé dans le lave-linge, ça t’arrange pas non plus…

Vincent (s’enfonce un peu plus dans le sofa sous le poids de la description) : J’m'en fouuus ! Je ne veux plus jamais plaiiire !(hoquète entre deux sanglots et hoche la tête, mais ça se voit pas vraiment vu qu’il a la tronche enfouie dans un coussin) BWIIIIIIII ! ! ! ! Je suis un incompriiiiis !

Cid (blême d’embarras façon endive, ou plutôt poireau avec les oreilles qui font les feuilles bien tombantes…) : Ah ?

Vincent (le regarde du fin fond de son amour-propre blessé, ramassant les restes épars de sa dignité offensée pour s’y draper tel Jules César à Gergovie - NDLA : demain, je me lance dans les romans à l’eau de rose. J’ai largement le niveau et le style, et ça paye mieux que la fan-fiction. Ca sert de lire Astérix, pas vrai ? ): Tu peux te gausser de moi, Cid, mais tu ne pourras pas nier la vérité !

Cid (largué) : Quelle vérité ?

Vincent (se redresse dans toute sa majesté - quelque peu gâchée par l’échancrure béante de sa chemise qui lui donne des allures de strip-teaseuse ) : Je ne dissimulerai pas mon opproble… opplobre ? Octobre? Rolp… Plorr…

NDLR : on croit qu’il voulait dire “opprobre”, mais on a eu la flemme de vérifier dans le dico pour vous donner la définition

Cid (en aparté) : Il y en a un des deux qui ne sait plus ce qu’il dit et je ne crois pas que ce soit moi. Ou alors j’ai sauté une page du script. Où j’ai fichu mon texte, moi?

Vincent (qui le regarde faire son aparté à un innocent pot de bégonias, qui n’en demandait pas tant, puis regarder dessous d’un air préoccupé) : Euh… Cid ? Tu as perdu quelque chose ? (il fait des efforts désespérés pour ne pas ajouter pour lui-même “Oui, la raison”. NDLA: qui a dit “Sa vertu!” en rigolant ? Et puis d’abord, on ne peut perdre que ce qu’on a, CQFD...)

Cid (prend la teinte purpurine du soleil affleurant au ponant. NDLA: p’tain, c’est moi qu’ai écrit ça ? On comprend à peine que ça veut dire qu’il rougit !): Euh… Nan, nan, j’essayais juste de me souvenir d’un truc… Donc, tu me disais que tu étais venu me demander un truc, c’est ça ? Alors ? En quoi je peux t’aider ?

Vincent (ses trois synapses qui moulinent, moulinent): M”aider” ? J’appellerais pas vraiment ça comme ça, tu vois…

Cid : Bah t’es venu pour quoi, alors ?

Vincent (les mots qui godillent sur son cerveau comme une gondole dans les canaux de Venise - rame, rame, POCK - ah, on a touché le quai) : Bah… Euh… Enfin… (flappe flappe des mains rouge écarlate) Tu t’en doutes bien, non ?

***

Autre coursive… : Loz, Sephiroth, Kadaj, Tifa, Reno, Cloud

Loz (qui s’approche insidieusement de Tifa) : Tiens, tiens… Le couloir est désert… Ca t’inspire rien ?

Tifa ( qui le repousse genre… ” j’te repousse mais faut que t’insistes ”) : Arrête des bêtises, si Yazoo nous voit, il nous tue tous les deux !

Loz l’attrape par la taille et s’apprête à la faire plonger genre « tango » pour lui rouler le patin di siècle quand une tornade leur rentre dedans de plein fouet.

Reno (mort de trouille, tout rouge, les cheveux mouillés et enroulé dans un drap de bain) : AAAAHHHHH ! Aidez-moi ! Au secours !

Loz (en relevant Tifa) : Mais qu’est ce qui te prend ?

Reno (en montrant le couloir du doigt) : Y’a Elena qui me poursuit ! ! ! Elle est devenue folle !!! Ahhhh ! (il s’accroche à Loz) Aide-moi ! ! ! ! ! La laisse pas tripatouiller mon zozio ! ! ! ! Elle a déjà eu Kadaj ! Elle pété un plomb, j’te dis ! ! !

Sephiroth (qui, alerté par le raffut, vient de sortir de la chambre de Cloud) : Quoi ? Qui ça ? Qui a touché à mon poupounet gris ? (Il secoue Reno comme un prunier) Réponds espèce de larve pleureuse !

Cloud (qui récupère Reno dans les griffes de Sephy et le berce) : Mais arrête voyons ! Tu vois bien qu’il est tout effrayé, pau’v p’tit père !

Sephiroth (furax) : Qui a touché à mon petit frère ?

Reno (blotti dans les bras de Cloud mais qui commence à se demander ce que signifie son étrange sourire carnassier) : Elena !

Sephiroth (les yeux lançant des éclairs) : Quoi ? Cette aliénée a osé tripatouiller la chair de ma chair ? Le sang de mon sang ? mon trésor ? La moitié de moi même ? Le fruit de mes entrailles ? La candeur réincarnée ? Mon ange immaculé ? Mon agneau virginal ?

Loz : Euh… Ca va, faut pas déconner, non plus, T’en fais un peu trop là.

Sephiroth (des éclairs jaillissant autour de lui) : Nan j’en fais pas trop ! C’est mon poussin à moi et je permettrais pas qu’une ¤@#& me le dévergonde ! Où elle est cette ¤}@\`de*$=$£ que je lui apprenne à vivre !

Reno (tout tremblant) : Dans la cabine de Kadaj.

Sephiroth part en courant et passe en trombe dans les couloirs, talonné par Loz.

Sephiroth : Kadaj ! Tiens bon ! Phiphy arrive !

Il pile devant la porte en voyant son “ ange de vertu ” sortir de sa cabine, l’air blasé, la clope au bec, le blouson ouvert et un air de dire “ t’as plus rien à m’apprendre, j’suis un homme ”.

Sephiroth (avec un bruit de cœur brisé) : Ben…mon bébé !

Kadaj (en s’étouffant à moitié avec la fumée) : Arrête ton char, frérot ! Va pas me faire le coup des oiseaux et des abeilles ! Cette gisquette c’est de la dynamite !

Sephiroth (la larme à l’œil) : C’est pas vrai ! Kadaj ! T’as pas fait ça, hein ? Pas mon bébé !

Kadaj (en tapotant l’épaule de Sephy) : T’inquiètes frangin ! (Raisonnable) C’est pas parce que j’suis devenu un homme fort, viril, sexy et une bête au pieu que ça veut dire que tu vieillis !

Sephiroth (qui se précipite dans la chambre) : JE VAIS LA TUER ! ! ! ! 20 ans d’éducation et elle m’en fait un obsédé sexuel en moins de cinq minutes !

Kadaj : Nii-San, arrête !

Sephiroth (en le giflant) : Toi, camembert ! C’est pas parce que t’es plus puceau qu’il faut la ramener !

Kadaj (rouge écrevisse) : euh… Nii-San… Là, t’es vulgaire !

Sephiroth (fier comme Apollon) : Et alors ? tu veux que je te parle comme à un homme oui ou merde ? Tu oublies que j’ai été élevé dans le Soldat, môa, Môsieur ! Et jette-moi cette cigarette ! (Kadaj s’exécute et s’en va sans demander son reste) Alors ? (Il rentre dans la cabine) Elle est où la grognasse ?

Loz (un fouet à la main, lui montre Elena, qu’il a enchaîné et bâillonnée au pied du lit) : T’inquiète, je l’ai matée ! J’en fais quoi ?

Sephiroth : Ce que tu veux ! Mais je veux qu’elle s’en rappelle pendant les vingt prochaines années…

Loz (pense à un truc, fait un grand sourire puis… se rembrunit et secoue la tête) : ouais mais non… Ca risquerait de lui plaire,

Sephiroth s’approche et lui murmure quelque chose à l’oreille.

Loz : Noooon ? Si ? O.K. ! Alors c’est parti ! Il va me falloir du cuir, de l’acier, une serrure….

Sephiroth (se penche vers Elena et lui enlève son bâillon) : Tu vas adorer ce que Loz va te préparer !

Elena (rouge comme une tomate) : De quoi tu parles ?

Sephiroth (en pétard) : Tu connais la définition de… “ ceinture de chasteté ” ?

Elena (affolée) : Quoi ? ? ? Ca va pas la tête ? Assassin !

Mais Sephiroth s’en va, traînant dans les couloirs comme une âme en peine. Il se dirige vers la cabine de Yazoo histoire de se faire consoler et… tombe à genoux avec un cri déchirant.

Sephiroth (s’écroule en larmes): NOOONNNNN ! Vous voulez tous ma mort !

Nero (en position assez tarabiscotée avec son frère et Yazoo) : Oh, oh ! On a de la visite !

Weiss (tapant sur l’épaule de Yazoo) : Redresse-toi, mon tout beau, v’la ton frérot et il n’a pas l’air content…

…à suivre

IV - Vivants ! Un mois plus tôt

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Tout ce qu’il ressentait, c’était une douleur piquante qui faisait tressaillir chacun de ses muscles et se hérisser sa peau, encore poisseuse du liquide dans lequel il avait flotté dans la matrice. Une peau qui lui paraissait soudain bien nue et bien fragile.

Même sa mâchoire tremblait toute seule, faisant s’entrechoquer ses dents.

Il savait d’instinct que s’il arrivait à se serrer contre les autres, pourtant, la morsure se ferait moins intense et la douleur moins aiguë.

Froid… “

Voilà comment s’appelait cette douleur : froid.

Il ignorait pour l’instant comment ni où il l’avait appris mais il le savait…

Mettre un nom sur sa souffrance ne la fit pas disparaître, cependant.

Chaleur… “

Ce nouveau mot fit son chemin dans les méandres de son cerveau encore engourdi.

Pour survivre, il lui fallait la chaleur des autres, comme avant que la matrice ne se déchire et que l’air glacial ne le pénètre, lui embrasant les poumons.

Tout comme lui brûlait les yeux la pâle lumière tombant sur lui depuis un point distant, tout là-haut, loin au-dessus de sa tête.

Les paupières diaphanes frémirent mais croire qu’elles puissent déjà s’ouvrir était prématuré et elles restèrent scellées sur des prunelles encore trop fragiles pour supporter l’intensité lumineuse, pourtant faible, qui régnait dans le fond du cratère.

A tâtons, les membres gourds excessivement instables pour lui permettre de se déplacer sur la surface dure et froide autrement qu’en rampant, il chercha le grand corps chaud qui s’était fait berceau dans le cocon protecteur maintenant éventré et glissant.

Par deux fois ses coudes chancelants dérapèrent à la surface de la membrane épaisse et visqueuse sur laquelle il se traînait, grelottant, et qui recouvrait le sol rocailleux. Ses fins cheveux argentés dégoulinaient d’une sorte de mélasse verdâtre et lui collaient désagréablement au visage et au cou.

Il laissa échapper une petite plainte, le premier bruit à sortir de sa gorge délicate.

Voix… ” lui apprit sa mémoire innée.

Il tendit fébrilement une main, qui remonta le long d’une cuisse musculeuse et chaude mais si glissante qu’il n’arrivait pas à s’y accrocher pour s’y hisser.

Comment survivre s’il ne parvenait pas à se pelotonner contre la chaleur salvatrice ?

Nouvelle plainte désespérée.

Il tenta de ramper encore un peu et sa tête rencontra un obstacle.

Un autre

Un autre qui s’était roulé en boule contre le corps vigoureux !

De quel droit ? C’était sa place ! Elle l’avait toujours été ! Dans la matrice, c’était lui qui reposait tout contre ce grand corps chaud si doux, dont le bruit hypnotique l’apaisait, pas l’autre !

Pam-pam… Pam-pam… Pam-pam… “

C’était le bruit que faisait l’ample poitrine contre son oreille lorsqu’il dormait.

Pam-pam… Pam-pam…”

Il gémit de frustration et essaya de déloger le sans-gêne mais sans grand succès. Il n’avait pas la force de le repousser et ses ongles étaient encore trop mous pour griffer.

Puisant dans ses maigres forces, il s’agrippa des deux mains au pied frêle contre lequel il avait butté et tira, ce qui eut pour effet, non de chasser l’importun, mais de le faire remonter lui de deux bonnes coudées.

Enhardi, il se tortilla avec l’énergie du désespoir, glissant sur les membres entremêlés et les peaux poisseuses pour se faire une place dans le nid de chair ardente.

De grands bras musclés l’étreignirent alors et l’attirèrent dans le cocon formé par les deux corps enlacés.

Pleurant presque de soulagement, il appuya son petit visage contre l’ample poitrine si réconfortante.

Pam-pam… Pam-pam… Pam-pam… “

Il calqua sa respiration sur le rythme hypnotique.

Blotti tout contre les autres, protégé du froid mordant par la chaleur du grand corps, il était à nouveau en sécurité.

Frères… “

C’est comme ça que s’appelaient les autres.

Ses frères. Oui, chaque chose avait un nom, même lui.

Ka… daj… “

Kadaj. C’était son nom. Kadaj.

Ca sonnait bien.

***

Loz frissonna violemment et lutta pour ouvrir les yeux mais ses paupières étaient encore collées et ne s’ouvriraient pas avant plusieurs jours.

Il n’avait réussi à déchirer la membrane et à en libérer ses frères que quelques heures plus tôt mais la fatigue commençait déjà à se faire sentir et il savait qu’avant peu, il n’arriverait plus à produire suffisamment de chaleur pour les garder en vie.

C’était pourtant son devoir et sa seule raison d’exister : ” protéger ses frères et les aider à retrouver mère “. Ces mots étaient écrits en lettres de feu dans son cerveau et chacune de ses cellules.

A tâtons, il essaya de deviner les formes et les positions de ses cadets.

Le plus petit était blotti tout contre son ventre, comme dans la matrice, mais il ne sentait pas le second, habituellement collé contre son dos, ses bras souples enroulés autour de sa taille étroite.

L’affolement le gagna.

Il chercha plus loin, par-dessus le petit corps pelotonné dans son giron, et hoqueta d’horreur en touchant une épaule glaciale.

- Ya…zoo… gémit-il de sa voix encore mal équilibrée.

Faisant grogner Kadaj, il tendit son bras par-dessus ce dernier pour agripper le poignet gracile de Yazoo et le tirer à lui.

Celui-ci, transi de froid, se laissa faire sans la moindre résistance, trop faible pour réagir, et Loz le mit entre lui et son frère endormi, tout contre sa peau brûlante.

Mais Kadaj ne l’entendait pas de cette oreille !

Sentant soudain un corps glacé contre le sien, il rua avec colère, essayant de le repousser à nouveau loin de lui et de la chaleur bienfaisante qu’il voulait pour lui seul.

Loz dut les étreindre tous deux fermement, au risque de tordre leurs os mous, pour empêcher le belligérant de gigoter et de gâcher la précieuse et rare chaleur nécessaire à leur survie à tous. Chaleur qu’au demeurant il peinait de plus en plus à produire…

Malgré cela, il fit encore monter la température de son organisme de plusieurs degrés et, aussitôt, ses frères cessèrent de grelotter et de s’agiter pour retomber dans une sorte de catatonie réparatrice. Un état quasi-comateux nécessaire pour parfaire leur développement une fois sortis de la matrice.

Tels des sangsues assoiffées, ils se nourrissaient de la chaleur de leur aîné, n’en ayant jamais assez, leur cerveau brûlant toujours plus d’énergie à mesure que leur mémoire résiduelle se remplissait de celle de Sephiroth. Des souvenirs, des réflexes, des connaissances qui n’étaient pas les leurs se ruaient à l’assaut de leurs synapses à une vitesse et avec une violence effrayantes.

Kadaj et Yazoo s’agrippaient férocement à leur frère aîné, enfonçant leurs doigts dans sa chair tendre comme des rapaces, réclamant toujours plus de chaleur, et Loz dut bientôt se résoudre à choisir entre recevoir les précieuses données dont l’analyse et l’assimilation étaient par trop friandes d’énergie ou continuer à produire toujours plus de chaleur pour permettre à ses frères d’achever leur processus de développement dans les meilleures conditions possibles.

Poussé par l’instinct inscrit dans ses gènes, il n’hésita pas un instant.

Lorsqu’il estima avoir reçu de la mémoire de Sephiroth juste ce qu’il fallait de données essentielles à sa future survie sans le monde, il coupa la connexion mentale avec le Cauchemar de la Planète et utilisa ses dernières forces pour maintenir les deux corps serrés contre lui à la température adéquate.

Il dut cependant se rendre vite à l’évidence : il ne tiendrait pas très longtemps.

Son corps refroidissait à chaque heure qui passait, faisant bientôt grelotter Yazoo et enrager Kadaj, qui ruait, pinçait et mordait, réclamant toujours plus de cette chaleur dont il se gorgeait, inconscient des souffrances et des sacrifices que cela coûtait à son aîné.

Si ce dernier ne trouvait pas une solution, un apport d’énergie suffisant rapidement, ils mourraient et ce risque bien réel donna à Loz un second souffle.

Il devait protéger ses frères, c’était son devoir, quitte à le payer de sa propre vie.

C’est d’eux dont leur mère avait réellement besoin, pas de lui. Il le savait et, bien que cette vérité lui déchire le cœur, il s’y soumettait. Parce qu’il en avait reçu l’ordre, certes, et qu’il avait été créé dans ce but, mais aussi parce qu’il en était venu à éprouver pour les deux fragiles créatures, avec qui il avait partagé la matrice et qu’il avait senti se former et grandir tout contre lui, un amour inconditionnel qu’aucun instinct ou injonction inscrit dans ses gènes ne pourrait jamais remplacer.

La température de son corps baissa encore et il laissa échapper un sanglot désespéré en entendant la petite plainte de Yazoo, qui frissonnait contre sa peau désormais tiède.

De l’énergie. Il lui fallait une source d’énergie mais où la trouver ?

C’est alors qu’il se souvint sur quoi ils étaient tous trois allongés.

La matrice.

Cette membrane épaisse et visqueuse qui les avait protégés, nourris et au sein de laquelle ils avaient pris corps et forme…

Loz tourna un peu la tête pour frôler le tissu adipeux de ses lèvres et sut très bien dès lors ce qui lui restait à faire.

A la façon d’une louve qui dévore le placenta de ses louveteaux nouveau-nés pour engranger les protéines nécessaires à leur allaitement, il déchira une partie de la matrice gluante de ses dents et l’avala en grimaçant, luttant contre les spasmes qui lui retournaient le coeur.

***

Dix jours plus tard, les paupières de Loz furent les premières à se décoller.

Il faisait nuit, au dehors, et seule la faible lumière de la lune descendante éclairait le fond du cratère nord. Ce fut néanmoins suffisant à ses sens surdéveloppés pour distinguer ses frères, endormis enlacés tout contre lui, et l’émotion lui serra la gorge en les voyant pour la première fois.

Prenant bien garde à ne pas les réveiller, il lissa leurs cheveux soyeux et caressa leur peau douce, un sourire incontrôlable sur les lèvres.

Il resta ainsi un long moment, à les regarder et à les frôler du bout des doigts, attendri comme on peut l’être face à une portée de chatons pelotonnés dans un panier.

Mais il n’était plus temps de s’émouvoir, hélas.

Leurs corps étaient parfaitement développés, à présent, et avaient besoin, pour se nourrir, d’autre chose que de chaleur et d’oxygène.

Loz posa sa main à plat sur leur poitrine et leur dos et constata que, bien qu’ils ne soient plus en contact avec lui depuis un moment, les organismes de ses frères parvenaient maintenant à réguler plus ou moins leur température. Durant un certains laps de temps, du moins, et dès l’instant qu’ils restaient bien serrés l’un contre l’autre.

Bien.

Mais que se passerait-il s’il devait s’absenter trop longtemps pour leur trouver de la nourriture ?

Qu’est-ce qui pourrait leur fournir un peu d’énergie afin de continuer à produire de la chaleur si son absence se prolongeait ou s’il lui arrivait quelque chose et qu’ils devaient survivre et se débrouiller par eux-mêmes ?

S’il avait pu leur donner un morceau de sa propre chair à manger en cet instant, il l’aurait fait mais il avait besoin de son corps dans son intégralité pour les protéger et trouver de quoi les nourrir.

Il fouilla son cerveau à la recherche d’une situation similaire et de la réponse appropriée à donner mais… rien.

Il se prit la tête dans les mains, maudissant son manque de repères.

Peut-être n’aurait-il pas dû pas dû bloquer le flux d’informations provenant de la mémoire de Sephiroth, finalement. Peut-être que s’il ne l’avait pas fait, il…

Stop ! “ se rabroua-t-il. ” Tu n’avais pas choix, de toute façon. C’est trop tard, maintenant. Réfléchis ! Réfléchis, bon sang ! “

Sang qui battit à ses tempes avec affolement et il se raidit soudain.

La voilà la solution : le sang.

Gorgé de nutriments essentiels, facilement assimilables par des organismes encore fragiles et relativement aisé à reconstituer pour lui, le sang était exactement ce qu’il fallait à ses frères.

Du regard, il chercha quelque chose de tranchant et referma la main sur un morceau de silex tranchant, avec leqquel il s’entailla profondément la poitrine, au-dessus du téton droit, avant de soulever tendrement Yazoo dans ses bras pour le serrer doucement contre lui sans le réveiller.

La main sous la nuque délicate, il guida la petite bouche tendre jusqu’à la profonde entaille et son frère se mit à téter d’instinct, de plus en plus fort, le faisant grimacer de douleur. Il le laissa cependant faire jusqu’à ce que la source commence à coaguler et à se tarir.

Loz le remit ensuite en position foetale avec une patience et une tendresse à toute épreuve et s’entailla à nouveau la chair, au dessus du téton gauche, cette fois.

Contrairement à Yazoo, Kadaj n’eut guère besoin d’être guidé jusqu’à l’affleurement écarlate. L’odeur du sang de son frère fit frémir impatiemment ses narines et il s’agrippa aux larges épaules et au torse puissant avec un acharnement avide. Il aspira furieusement la vie hors du corps déjà tant éprouvé à longues succions douloureuses et en mordillant la plaie pour la rouvrir et en avoir encore plus lorsque celle-ci commença à coaguler.

Loz eut toutes les peines du monde à l’arracher à lui et se releva en titubant, le sein endolori et la tête tournant comme une toupie.

Pas le temps de se reprendre, cependant. Le soleil se lèverait bientôt et il fallait faire vite…

***

Yazoo fut réveillé par une odeur de sang frais et son estomac affamé se contracta douloureusement au souvenir du goût exquis de celui de son frère.

Au prix de douloureux tiraillements et de de frottements énergiques, ses paupières se décollèrent enfin mais, ébloui par la lumière de l’aube, pourtant bien pâle, il dut s’y prendre à plusieurs reprises pour réussir à les garder ouvertes.

Il tourna la tête en direction de l’odeur alléchante et vit que, tout près de lui, la chair rosée de deux lièvres de neiges, soigneusement dépecés et désossés, l’attendait.

Les yeux larmoyants, il se redressa à quatre pattes et se dirigea droit vers le festin de viande crue. Loz avait soigneusement sélectionné pour ses frères les parties les plus tendres et les plus charnues des lièvres, se contentant des restes.

Proche de la béatitude, Yazoo sentit les morceaux juteux fondre dans sa bouche et glisser dans son estomac qui, encore ridiculement étroit, fut vite rempli.

Il venait à peine de terminer son premier vrai repas qu’il sentit une main légère se poser sur son épaule.

- Ya…zoo ? demanda une voix douce.

Il se retourna et sourit avec tendresse en voyant son jeune frère pour la première fois.

- Kadaj…

Ce dernier hocha la tête et Yazoo lui tendit un morceau de viande, qu’il dévora sous les yeux curieux de son frère, mais, comme lui, il fut vite rassasié.

Repus, ils prirent alors le temps de s’observer et de se toucher attentivement, fascinés par leur ressemblance et émus par leur contact.

Kadaj glissa la main dans les longs cheveux soyeux de son aîné et sourit, les yeux brillants d’émoi.

- Tu es comme je t’imaginais, mon frère, murmura-t-il avec quelque chose qui n’était pas loin de ressembler à de la fierté.

Yazoo lui répondit par une étreinte violente et vit alors Loz, par-dessus son épaule.

- Laissons-le dormir, proposa Kadaj en suivant son regard. Il a bien mérité de se reposer un peu.

Son frère acquiesça mais n’en rampa pas moins vers le grand corps qui gisait à plat dos sur la pierre dure, ce corps qui les avait tous deux protégés et nourris de sa chaleur et de son sang.

Fasciné, il en détailla la silhouette virile, si différente de la sienne et de celle de Kadaj, la musculature athélique, la peau pâle et les traits délicats.

Oh, il était beau, son frère, pour ça oui. Beau et puissant comme un fauve.

La main tremblant d’émotion, il effleura du bout des doigts la courbe ferme de la mâchoire et… blêmit.

- Loz… murmura-t-il d’une voix étranglée.

- Mère est ici, fit Kadaj, qui s’était redressé pour faire quelques pas dans la grotte à ciel ouvert qui formait le fond du cratère. Je la sens… Elle est tout près.

- LOZ !

Alerté par le cri, Kadaj se précipita.

- Qu’est-ce qu’il y a ?

- Loz, réveille-toi ! Loz ! Tu n’as pas le droit !

- Yazoo, qu’est-ce qui se passe ?

- Il est tout froid ! cria celui-ci en sanglotant de plus belle. Kadaj, il est tout froid !

Ce dernier s’accroupit et posa son oreille contre la large poitrine.

Pam… Pa…am… Pap…am… Pam…”

Les battements du cœur de son frère, ce “bruit” si rassurant qui l’avait bercé dans la matrice puis dans l’air hostile et glacial du dehors, avait perdu toute régularité et faiblissait à chaque seconde.

- Loz… gémit-il, la gorge et le ventre noués.

- Qu’est-ce qu’il a ? Qu’est-ce qu’il a, Kadaj ? Pourquoi est-il si froid ?

La lèvre de Kadaj frémit et ses yeux se remplirent de larmes.

- Parce qu’il nous a tout donné… répondit-il dans un murmure à peine audible avec un regard d’intense désespoir à son aîné. Nous lui avons tout pris, Yazoo. Absolument tout.

Sans réfléchir davantage, il s’allongea sur le grand corps glacé et l’enlaça aussi fort qu’il le put.

Yazoo en fit autant et, réunissant leurs forces toutes neuves, faisant appel à leurs pouvoirs d’invocation - ceux-là même auxquels Loz avait dû renoncer, parmi bien d’autres choses, pour leur permettre de vivre - ils matérialisèrent autour d’eux une sorte de cocon dans lequel ils essayèrent de rendre à leur frère aîné au moins une partie de ce qu’il avait sacrifié pour eux : sa vie.

***

Tseng, regarde ça ! Oh… c’est répugnant ! “

BANG ! BANG !

Merde ! C’est qui, ces mecs ? “

BANG ! BANG ! BANG ! BANG !

Elena ! “

BANG ! BANG !

Non ! Va-t-en, Reno ! Remonte dans l’hélico ! Remonte dans l’hélico ! “

BANG ! BANG ! BANG !

Elena ! Attention ! “

BANG !

Tseng ! “

Vous avez pris notre mère. Où est-elle ? “

Qui… qui êtes-vous ? “

Où est mère ? “

Va te… faire foutre ! “

Eh ! C’est pas gentil ! “

Merveilleux… Il y a… même un… demeuré… AHH ! “

Tseng ! “

Comment viens-tu d’appeler notre frère, misérable larbin ? “

Tseng ! Oh, mon, Dieu, Tseng ! Arrêtez ! Arrêtez, vous allez le tuer ! “

XXXXIX - Maintenant, il faut payer !

«Ami, je n’ai rien à t’offrir ; que mon sang,

mon courage et mes larmes.»

P. A. Weiss

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Weiss leva péniblement la tête et réussit à ouvrir un oeil, l’autre étant scellé par une croute de sang.

Toujours suspendu à quelques centimètres au-dessus du sol rocheux, le bout de ses orteils frôlant à peine ce dernier, son corps était si douloureux qu’il se demandait comment il arrivait encore à amener de l’air à ses poumons.

Il pivota doucement la tête pour regarder autour de lui et faillit hurler tant il avait la nuque et les épaules ankylosées.

Personne.

Genesis et le bébé avaient encore disparu les Dieux seuls savaient où…

Weiss aurait mis sa main à couper que cela avait à voir avec ces fichus géostigmates que l’ancien Soldat s’apprêtait à répandre comme une lèpre.

- Nero… appela-t-il doucement dans un murmure à peine audible qui lui enflamma pourtant les cordes vocales.

Son frère, dans un état de faiblesse plus qu’inquiétant, gisait au sol, recroquevillé à ses pieds. Dans son dos, telles deux monstrueuses échardes souillées de sang séché, saillait ce qui restait des ailes articulées que Genesis avait arrachées pour l’empêcher de se défendre et de détacher les sangles de sa camisole, qui lui immobilisait les bras.

Pourquoi ne fuyait-il pas dans ses propres ténèbres ? Là, au moins, il serait à l’abri et ne souffrirait plus.

- Nero…

Ce dernier gémit et se redressa péniblement sur ses coudes mais ceux-ci cédèrent sous son poids et il s’écroula avec un petit cri étouffé.

- Nero !

- Pardon… Pardon, Weiss… Laisse-moi juste quelques minutes… Le temps de… récupérer un peu…

Il ferma ses beaux yeux purpurins et Weiss sentit les siens s’emplir de larmes.

- Tu dois fuir, Nero !

- Je te laisserai pas…

- Cache-toi dans tes ténèbres, il ne te trouvera jamais.

- Non…

- Au moins le temps de reprendre des forces !

- Je ne t’abandonnerai pas…

- Nero !

- N’insiste pas…

- Il le doit, pourtant, fit une belle voix grave, tout près d’eux.

Nero rouvrit les yeux, le coeur battant, et essaya à nouveau de se redresser.

- Toi… bredouilla Weiss en reconnaissant l’apparition fantomatique.

- Eh oui, moi ! Ca faisait un bail, hein, Weiss ?

Le ton enjoué et le visage souriant malgré les circonstances dramatiques le ramenèrent des années en arrière, quand lui et Nero n’avaient pas encore été enrôlés dans le Deepgroung. Une époque qu’avec le recul il considérait comme l’une des plus heureuse de leur vie.

- Es-tu bien là ? chuchota-t-il encore, la gorge serrée, comme s’il craignait que le fantôme ne s’évapore s’il parlait trop fort.

- Oui, mon garçon. Et j’ai bien l’intention de vous sortir de ce pétrin, tous les deux.

- Angeal…

***

Tifa s’assit sur le bord du lit de Loz et lui prit la main en essayant de ne pas regarder le sang qui s’écoulait de son bras par le tube qui les reliait désormais lui et Cid.

- Un coup de chance que vous soyez compatibles, essaya-t-elle de plaisanter pour le détendre un peu en passant la main dans ses courts cheveux de mercure.

- Les cellules de Jenova font de nous des donneurs universels, lui apprit Yazoo, assis du côté opposé. Ca va, Loz ?

Ce dernier hocha la tête, rassurant.

Près d’eux, Kadaj et Shelke s’affairaient fébrilement sur les simulateurs, le front moite et l’estomac noué.

- Kadaj ? demanda Shalua en ajustant la perfusion de Cid.

Celui-ci secoua la tête.

- Il en faut plus. Beaucoup plus.

- Chances de survie de Cid dans le mako si nous l’y plongeons maintenant : 17 % annonça Shelke.

- 15 cl transfusés, fit Merill, les yeux rivés sur son écran de contrôle.

- Kadaj ?

- Aucun changement,

Un interminable silence, puis :

- 20 cl.

Nouveau silence.

- 25 cl.

- Attendez ! lança Kadaj. Ca y est, on dirait qu’il commence à réagir !

- 23 % ! s’écria soudain Shelke. Et ça continue à monter.

Tifa sentit son cœur s’emballer et Shalua poussa un petit cri surpris.

- Si ça continue comme ça, 50 cl suffiront peut-être… fit Merill, gagné malgré lui par leur émoi.

Yazoo ferma les yeux en formulant une prière silencieuse et Kadaj se mordit la joue.

Chacun regardait les courbes et suivait les résultats des simulations avec appréhension.

- 35 cl transfusés, annonça Merill au bout de quelques interminables minutes.

- 47 % de chances de survie dans le mako, les informa Kadaj. 53… 57…61…

Tifa serrait convulsivement la main de Loz, qui avait commencé à transpirer et devenait de plus en plus pâle.

- Loz, ça va ?

Shalua vérifia sa tension et son rythme cardiaque.

- 82 % ! lança joyeusement Shelke. On y est presque. 87…

- 87 cl.

Yazoo lança un regard inquiet à Tifa. Son jumeau grimaçait de douleur, à présent, et sa peau avait viré au bleu.

- Shalua… supplia la jeune femme. Je crois que ça a atteint la limite du supportable.

- 91 %… 93 %…

Shalua ausculta Loz, inquiète.

- 93 % ça me suffit, je prends le risque ! fit-elle en arrêtant la transfusion. On y va ! Rude ! appela-t-elle en direction du bureau. Viens m’aider !

Elle bondit vers Cid pour le débrancher des machines qui le maintenaient en vie.

Le turk se précipita aussitôt et souleva le corps musculeux du pilote - non sans difficulté - pour le porter jusqu’à la cuve, sur le socle de laquelle il le mit en position fœtale.

- Tu peux y aller, poussin ! ordonna Shalua à Kadaj. Vas-y, mets toute la gomme !

Le tube s’abaissa, commença à se remplir et tout le monde retint son souffle.

Merill banda soigneusement le bras de Loz, qui reposait dans ceux de Tifa, et s’éclipsa discrètement.

Un par un, les hôtes du manoir quittèrent le bureau pour s’approcher de la cuve, le cœur battant et le souffle oppressé.

- Tiens le coup, Cid… supplia Yuffie, les larmes aux yeux, en plaquant les mains sur le cylindre de verre dans lequel commençait à flotter son ami. Je t’en prie, ne baisse pas les bras maintenant…

Vincent la serra affectueusement contre lui et ils attendirent, suspendus aux lèvres de Kadaj.

Au bout de ce qui leur parut être une éternité, ce dernier laissa échapper un soupir et se tourna vers eux, en sueur et des cernes noirâtres sous les yeux.

- Il est stabilisé… fit-il d’une voix à peine audible.

Les cris de joie qui lui répondirent furent aussi stridents que son murmure avait été ténu et, pendant un long moment, ce ne furent que rires, larmes de joie et remerciements.

Shalua, défaillant presque de soulagement, essuya son front moite.

- C’est fini, ma belle, fit Reno en l’embrassant bruyamment. Ton beau pilote est tiré d’affaire !

Elle fit son possible pour sourire, se tourna vers Loz, plus mort que vif, et ses larmes coulèrent sans qu’elle puisse les arrêter.

Il lui restait une tache à accomplir, et non des plus agréables, loin s’en fallait…

Vincent, le visage grave, lui posa la main sur l’épaule et elle la recouvrit de la sienne.

- Tu veux que je le fasse ? demanda-t-il.

Elle secoua la tête.

- Non, murmura-t-elle, la gorge serrée. Non, c’est à moi de le faire. Mais merci quand même, Vince.

Ce dernier se tourna vers Reeve, qui baissa les yeux et secoua la tête, désolé.

Shalua se dirigea lentement vers le lit de Loz, où chacun y allait de sa tape amicale ou de ses encouragements.

L’argenté faisait des efforts désespérés pour sourire mais elle voyait bien, tout comme ses frères, qu’il était au bord de la syncope.

Yazoo l’interrogea du regard.

Elle hocha la tête et il serra convulsivement l’épaule de son jumeau en ravalant un sanglot.

- Eh, Yazoo baby, ne pleure pas, c’est fini, fit tendrement Reno en essuyant son petit visage de la main. Cid est en vie et ton costaud de frère va s’en remettre en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, tu verras.

Loz tourna la tête vers Shalua.

- Fais-les sortir, Shalua, la pria-t-il en repoussant doucement Tifa. Je ne veux pas qu’ils voient ça.

Cette dernière se raidit.

- Que nous partions ? Pourquoi ?

- Oui, pourquoi ? s’enquit Yuffie. Et qu’est-ce qu’on ne doit pas voir, d’abord ?

- Shalua ? insista Tifa, gagnée par l’appréhension. Pourquoi tu fais cette tête ? Que… Qu’est-ce qui se passe ?

Loz lui prit la main pour l’effleurer de ses lèvres.

- Je t’expliquerai, assura-t-il avec un sourire doux et épuisé. Mais, pour l’instant, j’ai besoin de rester un peu seul avec Shalua.

Reno les considéra l’un et l’autre avec un regard soupçonneux.

- Attendez, c’est quoi, ces cachotteries ? Vous nous faites quoi, là ?

La jeune scientifique se mordit la lèvre et Reeve soupira.

Le regard de Tifa allait de son amie à Reeve et de ce dernier à Vincent. Tous les trois affichaient l’expression d’un l’homme qui vient par mégarde d’appuyer sur le bouton ordonnant la destruction totale d’une partie de la planète.

- Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-elle, de plus en plus inquiète. Qu’est-ce que vous refusez de nous dire, tous les trois ?

Mais ce fut le cri horrifié de Reno, qui lui apporta la réponse.

- OH, PUTAIN, C’EST PAS VRAI !

Le turk venait de blêmir et de reculer d’un pas, la main sur la bouche, tétanisé et le regard rivé sur Merill, qui avait refait son apparition à l’autre extrémité du laboratoire.

L’assistant de Shalua portait encore les épais gants de protection qu’il avait enfilés pour remplir de mako la seringue en verre posée sur le plateau métallique qu’il transportait.

Saisi d’horreur, Reno reconnut également l’étrange aiguille en forme de T, destinée à être plantée dans l’épine dorsale, et les solides sangles en cuir, identiques à celles qu’il avait vues dans les vidéos.

Il secoua la tête en reculant encore, les mots que Yazoo avait prononcés cette nuit-là, dans la salle de bain de sa chambre, résonnant à ses oreilles :

- Sais-tu pourquoi on utilise une seringue en verre, Reno ? Parce que le mako fait fondre le plastique comme un acide… C’est comme si on t’injectait un mélange de vitriol et d’huile de vidange ! Tu sens tes muscles fondre comme du lard dans une poêle et tu les vois s’affaisser sous ta peau, qui se met elle aussi à brûler de l’intérieur puis à fondre à son tour. Cinq heures, Reno… Il faut cinq heures pour que la douleur commence à refluer. Cinq heures durant lesquelles tu ne peux que hurler à t’en arracher la gorge et à t’en faire crever les tympans. Arrives-tu à concevoir une souffrance pareille, Reno ? Y arrives-tu ? “

Le turk revit les images horribles des vidéos de surveillance et se souvint du visage de Yazoo, tordu par la douleur.

Il crut entendre à nouveau le hurlement inhumain qui s’échappait de sa petite bouche délicate et sentit un haut-le-cœur lui contracter l’estomac.

- Tu… tu ne vas pas lui faire ça, Shalua ? bredouilla-t-il en se tournant vers la scientifique. Tu ne vas pas faire un truc aussi dégueulasse, pas toi !

Tifa s’agrippa à Loz pour lui faire un rempart de son corps.

- Il y a sûrement un autre moyen de le remettre d’aplomb ! s’écria-t-elle, en larmes. Il y en a forcément un autre !

Shalua secoua la tête.

- Il a perdu trop de sang, Tifa, je suis désolée. Beaucoup trop pour un organisme comme le sien.

- Sors, Tifa, reprit doucement Loz en la repoussant avec tendresse. Ca va aller, je t’assure. J’ai supporté ça des dizaines de fois.

- Tu as dit qu’un surplus de mako les tuerait ! essaya d’argumenter encore Reno. Regarde ce qui a failli arriver à Yazoo ! Vincent, dis-lui, toi !

L’ancien turk baissa la tête.

- Avant qu’on enlève près d’un litre de sang à Loz, son organisme en était saturé, en effet, Reno. Mais, maintenant, je doute même qu’il lui reste assez d’énergie pour avoir la force de se tenir debout.

- Mais enfin, c’est une blague ! s’emporta Rude, lui aussi saisi d’horreur. Un litre de sang pour un homme ayant un physique comme le sien ou le mien, c’est que dalle !

- Nous ne sommes pas aussi résistants que vous à la perte de sang en raison de la forte concentration de mako qu’il contient, intervint Kadaj. Le mako que nous avons assimilé depuis notre naissance est devenu aussi essentiel à notre survie que certains globules ou sels minéraux peuvent l’être pour vous. En excès, il nous empoisonne, comme tout un chacun, mais s’il vient à manquer…

Il secoua la tête, n’osant finir sa phrase, et le turk se détourna en serrant le poing, révolté par son impuissance.

- C’est dégueulasse… gronda-t-il. Ce n’est pas juste !

Il laissa tomber son poing sur une table métallique avec un bruit assourdissant et Reno essaya de l’apaiser en lui posant la main sur l’épaule.

- Arrête, Rudo… Casser le matos ne va aider personne.

- Mais ce n’est pas juste, bordel !

- Je sais, mon pote. Je sais…

Tifa fondit en larmes dans les bras de Loz.

- Tu le savais… sanglota-t-elle. Tu savais ce qui allait arriver si tu donnais ton sang à Cid…

- Sors, Tifa, répéta-t-il de sa voix douce. Plus on attend et pire ce sera.

Vincent et Reeve poussèrent tout le monde vers la porte du laboratoire mais Cloud, qui, rongé par la culpabilité, s’était fait aussi discret que possible depuis qu’ils étaient descendus au sous-sol, referma une poigne d’acier sur les bras de Merill, qui s’apprêtait à fixer les jambes et les poignets de Loz au lit avec les sangles de cuir.

- Non ! s’écria-t-il.

- Cloud, intervint Shalua. Si je ne l’immobilise pas et qu’il s’agite, l’aiguille risque de provoquer des dommages ir…

- Ce n’est pas un animal qu’il faut attacher avant de le piquer ! s’emporta le jeune Soldat.

Il arracha les sangles des mains de Merill et s’assit sur le tabouret, au pied du lit.

- C’est moi qui le tiendrais, ajouta-t-il plus calmement.

- Cloud, ne sois pas ridicule ! intervint Vincent depuis le seuil. Tu ne fais pas le poids ! Il va te briser les os !

Loz s’assit difficilement sur le lit et acquiesça.

- Vincent a raison, tu ne me dois rien, fit-il. Cid était aussi devenu mon ami.

- Cid me tuerait de ses mains si je les laissais t’attacher comme un chien, rétorqua le jeune homme.

Vincent soupira.

Cloud de sentait coupable de tout ce qui venait d’arriver et, ma foi, si se torturer devait l’aider à accepter ce qui s’était passé et aller de l’avant, alors soit.

Tous, excepté lui, les scientifiques et Kadaj, qui programmait le contrôleur de la cuve de Cid, quittèrent le laboratoire.

Loz s’assit torse-nu en face du Soldat et inspira profondément.

Allez, courage, ce n’est qu’un mauvais moment à passer, on n’en meure pas ! “ essaya-t-il de se rassurer.

- Essaye d’incliner le haut du torse en avant le plus possible, lui conseilla Shalua, la gorge serrée, en enfilant des gants et un masque de protection en plastique transparent. Cela ouvrira l’espace entre les vertèbres.

Loz déglutit difficilement et se pencha en faisant le dos rond jusqu’à poser son front sur l’épaule de Cloud. Celui-ci coinça ses genoux entre ses cuisses dans une étreinte de fer et entoura les larges épaules de ses bras en lui maintenant fermement la nuque pour l’empêcher de bouger.

L’argenté était tendu comme un arc, la gorge nouée par l’appréhension, et une sueur froide recouvrit son épiderme en sentant la jeune scientifique passer un coton imbibé l’alcool sur sa peau, pour désinfecter l’endroit où elle allait enfoncer l’aiguille.

Une bouffée de parfum sucré, auquel ni Merill ni Cloud n’étaient apparemment sensibles, monta du corps frissonnant et Shalua sentit la compassion lui serrer le ventre.

Malgré tout, elle empoigna fermement l’aiguille en T, laissant dépasser la tige creuse entre son majeur et son annulaire, et posa la pointe de l’instrument dans l’espace situé entre deux vertèbres lombaires.

Les sbires d’Hojo avaient pris l’habitude de piquer entre les omoplates et Shalua ne voulait pas endommager davantage l’épine dorsale à cet endroit.

- Tu es prêt, mon grand ? (Loz hocha la tête, la gorge trop serrée pour répondre) J’y vais, alors. Respire à fond…

D’une torsion du poignet et sans à-coup, elle commença à enfoncer l’aiguille entre les deux vertèbres et Cloud dut détourner les yeux, au bord du malaise.

***

Tifa gravit les dernières marches de l’escalier soutenue par Rude, qui n’en menait pas large non plus. Comme tous ses compagnons, il avait la tête encore pleine des cris de Yazoo qu’ils avaient entendus ce soir là, dans la salle de projection.

- Ca va bien se passer, j’en suis sûr, murmura Reeve à l’oreille de Yuffie, qui pleurait à fendre l’âme. Shalua fera son possible pour lui éviter de souffrir, tu verras.

Reno, blanc comme un linceul, marchait comme un zombie en direction de la salle commune du manoir, où les domestiques avaient dû servir le petit déjeuner.

Du café…

Il lui fallait du café…

Beaucoup de café…

- Ca va, toi ? demanda-t-il à Yazoo, dont le ravissant minois n’était plus qu’un masque de mélancolie et de douleur.

L’argenté secoua doucement la tête et une larme coula en silence sur sa joue blême.

Reno lui entoura affectueusement les épaules du bras.

- Ca va aller, Shalua ne…

Il fut interrompu par le hurlement qui monta des profondeurs du manoir et se répandit dans chaque pièce, escalier ou corridor comme un assourdissant coup de tonnerre.

Tous se figèrent sur place et Gretta, qui arrivait dans le couloir avec un plateau débordant, laissa tout échapper dans un fracas tonitruant qui ne parvint cependant pas à couvrir les hurlements de Loz.

- Oh, mon Dieu… gémit Tifa, défaillant presque dans les bras de Rude, qui jetait aux autres des regards désemparés.

Yuffie, saisie d’horreur, se blottit contre Vincent en se bouchant les oreilles de ses paumes et Rufus, épouvanté par les cris inhumains, dut s’appuyer contre le mur, le cœur battant.

- Gaia, mère de toute chose, viens-nous en aide… pria-t-il dans un murmure.

Yazoo tomba à genoux sur le parquet ciré, en larmes, et Reno le serra contre lui de toutes ses forces…

à suivre

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XXXXVIII - Tout ce qui me reste est pour toi

Un ami, c’est celui qui devine toujours

quand on a besoin de lui.”

J. Renard.

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Soutenue par Loz, le souffle haletant et les jambes tremblantes, Tifa était pétrifiée d’horreur par la vision d’épouvante qui s’offrait à elle.

Les mains souillées de sang, Shalua et Merill - qui venait d’arriver précipitamment, apportant avec lui une valise métallique contenant du matériel de réanimation - essayaient désespérément de réveiller et de faire respirer Cid, étendu sur une mare de sang au milieu de la chambre.

A quelques pas d’eux, Reeve recouvrait d’un drap le corps de Shera - et le plus gros des restes d’os et de cervelle répandus lorsqu’elle s’était tirée une balle dans la bouche.

Au bout de minutes interminables, l’un des appareils consentit enfin à biper, affichant des battements d’un cœur certes terriblement légers et irréguliers, mais battements tout de même.

- Il faut préparer la cuve, Merill ! sanglota Shalua, qui ne gardait qu’à grand peine un minimum de contrôle sur elle-même. Rude et Loz m’aideront à le descendre.

Ceux-ci hochèrent la tête depuis la porte de la chambre.

- J’y vais, Kadaj programmera le contrôleur, fit Merill en se levant et en faisant signe à l’argenté, qui acquiesça. Dès qu’il montrera des signes de conscience, nous le… Oh, merde !

Il était si inhabituel de voir le garçon se montrer grossier que la jeune femme se raidit.

- Qu’y a-t-il, Merill ?

Celui-ci se pencha pour ramasser ce sur quoi il venait de marcher et lui montra.

- Il faut le descendre au bloc, Shalua ! Tout de suite !

Shalua regarda la lame cassée du coupe-papier avec l’expression de quelqu’un à qui l’on vient d’annoncer que la fin du monde est pour demain.

- L’autre morceau doit être à l’intérieur, Shalua ! On ne peut pas le mettre dans la cuve avec ça dans le corps !

Elle secoua furieusement la tête.

- Il ne supportera pas une intervention, Merill, fit-elle, la gorge plus serrée que jamais. Pas dans l’état où il est !

- Nous n’avons pas le choix !

Il se tourna vers Rude. Celui-ci n’eut pas le temps de faire un pas en avant que Loz l’avait déjà devancé et soulevait précautionneusement le pilote dans ses bras.

Merill tint la perfusion et le tube de l’oxygène en l’air, prêt à se mettre en marche, mais l’argenté secoua la tête.

- J’irai plus vite seul, affirma-t-il.

Le jeune homme fronça les sourcils mais Shalua, comprenant très bien où il voulait en venir, arracha presque le matériel des mains de son assistant pour les poser sur le ventre de Cid.

- Vas-y, nous te suivons, dit-elle.

Tifa eut l’impression que Loz et le pilote se dématérialisaient devant elle et un éclair bleu traversa la pièce puis le couloir en direction du sous-sol, Merill, Shalua et Kadaj courant derrière.

Tifa resta prostrée devant la chambre, où Reeve, ganté de latex et un masque sur le nez, avait entrepris de rassembler les restes de Shera pour la transporter en bas, à la morgue.

Des relents de soufre brûlé au goût métallique - mélange de sang, de poudre et de cervelle - flottaient dans l’air et elle eut le plus grand mal à réprimer un violent haut-le-cœur.

- Ca va, Tifa ? s’enquit Yuffie, qui lui pressa doucement le bras.

L’interpellée sursauta et parut enfin prendre conscience de la présence de ses amis, au moins aussi choqués qu’elle.

- Oui, je… Je crois…

Gretta, qui, à l’instar des autres, s’était précipitée, lui frotta le dos, le visage décomposé.

- Il va s’en sortir, Miss Lockheart, j’en suis certaine. C’est un homme solide, l’amiral Highwind, vous verrez.

Mais quelque chose, dans sa voix et dans son regard épuisé, disait exactement le contraire et Tifa tourna la tête vers l’impressionnante mare de sang que le parquet, vampire sans âge fait d’essences rares, buvait avec avidité.

Elle regarda ses pieds nus et ses orteils se recroquevillèrent en réalisant qu’elle était cernée d’empreintes de pas sanglantes, faites par tous ceux qui étaient entrés dans la chambre et en étaient ressortis.

« Cid… Mon Dieu, Cid… »

La jeune femme prit une profonde inspiration pour ne pas fondre en larmes et céder à l’hystérie.

Ne pas regarder tout ce sang…

Surtout ne pas regarder…

Un peu à l’écart, Marlène, en larmes, s’accrochait aux hanches de Yazoo, le visage enfoui dans son long manteau de cuir.

Le jeune homme et Reno s’étaient placés entre elle et la porte de la chambre du pilote pour l’empêcher de regarder.

- Yazoo, j’ai peur ! sanglotait la petite. Qu’est-ce qu’il a, oncle Cid ? Et pourquoi ça sent tout bizarre ?

- Reno, emmène les enfants, ordonna Rufus. Ce n’est pas un spectacle pour eux.

- Je m’en charge, monsieur Shinra, intervint Gretta en prenant la petite par la main. Allez, viens, mon grand, fit-elle à Denzel, que Tifa remarqua alors, serré contre… Cloud.

Son instinct maternel faillit la faire bondir sur lui pour arracher son fils à l’étreinte de son ami d’enfance mais la vieille gouvernante la devança, serrant l’enfant contre son moelleux giron.

- Cloud… gémit le garçonnet en tendant la main vers son idole, ce qui serra le cœur de Tifa.

Mais Cloud, qui ne semblait même pas avoir remarqué que Denzel avait passé un moment agrippé à lui, ne parut l’entendre non plus.

Il avait le regard vide et les lèvres tremblantes.

- Allons, allons… murmura doucement Gretta en poussant les enfants devant elle. C’est l’heure du bain et, ensuite, nous prendrons un bon petit déjeuner.

- Je veux rester avec Cloud, sanglota encore le petit garçon.

- Tu le verras tout à l’heure, mon poussin. Pour l’instant, les grandes personnes doivent s’occuper de l’amiral Highwind, pour qu’il guérisse très vite, mhh ? Car vous voulez qu’il guérisse vite, n’est-ce pas ?

Ils disparurent au détour du couloir et la jeune femme, seulement vêtue d’une fine nuisette de coton, frissonna.

- C’est de ma faute…

Elle sursauta et se tourna vers son ami d’enfance, qui avait été rejoint par Vincent.

- C’est de ma faute, répéta Cloud, la gorge serrée et le visage tordu par une grimace douloureuse. Ma faute…

Et, pour la première fois de sa vie, Tifa fut témoin de ses sanglots…

***

Derrière la vitre du bureau de Shalua, tous assistaient à ce qui aurait dû être le réveil de Cid, après l’intervention chirurgicale durant laquelle Merill et Shalua avaient extrait la lame du coupe-papier coincée entre ses côtes.

« Aurait dû » car le pilote ne paraissait pas reprendre conscience et la tension montait de minute en minute.

La jeune femme paraissait à la limite de se mettre à hurler et Merill se frottait nerveusement le visage en se mordillant la lèvre.

Ils s’affairèrent autour du corps immobile et un « bip bip » timide finit par retentir.

Chacun retint son souffle et Shalua se tourna vers Kadaj et Shelke, pleine d’espoir, mais ceux-ci vérifièrent les réglages du contrôleur de la cuve et secouèrent la tête.

- Il faut quand même essayer ! s’écria la scientifique.

- La simulation est formelle, laissa tomber sa sœur. Si on le met là-dedans, il ne tiendra pas une minute.

Dans le bureau, Yuffie laissa échapper un sanglot et Vincent soupira, la gorge aussi serrée que celle de Tifa, que Loz serrait dans ses bras dans l’espoir vain de la réconforter.

Rude et Reno échangèrent une œillade expressive et Yazoo serra discrètement l’épaule de ce dernier.

- Je suis désolé… murmura-t-il d’une voix à peine audible.

Rufus tapa du poing sur le mur, impuissant.

- Pourquoi ne peut-on pas essayer de le mettre dans le mako, même inconscient ? ragea Yuffie. Qu’est-ce que ça change, de toute façon ? Il va mourir, si on ne fait rien !

Reeve et lui passa le bras autour des épaules, paternel.

- On ne peut pas plonger quelqu’un d’inconscient dans le mako liquide, Yuffie, cela le tuerait.

- C’est déjà un putain de choc quand tu es en possession de tes moyens, renchérit Reno, alors si tu es dans les vapes, je te raconte pas… Si cela avait été possible, crois-moi que j’aurais opté pour un bon coup de massue avant de sauter dans ce truc.

- Et le gaz ? Vincent et Shelke y ont été mis plein de fois dans les pommes !

L’ancien turk secoua la tête.

- Non, Yuffie. Une solution gazeuse ne lui ferait pas plus d’effet qu’une aspirine dans l’état où il est.

- Alors tant pis ! Essayons la cuve !

- Yuffie… essaya de la calmer Reeve.

- Quoi ? Il y est bien, lui ! s’écria-t-elle en désignant Sephiroth, à l’autre extrémité du laboratoire.

- Sephiroth a les puissantes cellules de Jenova pour le protéger et contrecarrer les effets nocifs du mako, pas Cid.

Tifa sentit Loz se raidir contre elle et elle releva la tête.

Le jeune homme paraissait soudain perdu dans ses pensées, le regard rivé au corps immobile, sur l’épaule duquel Shalua, malgré tous les efforts qu’elle faisait pour garder son sang froid, s’était mise à sangloter.

- Loz ?

- On a qu’à lui en injecter, de ces saletés de cellules ! hurla Yuffie, à demi-folle de chagrin.

Cloud tressaillit.

- Cid préférerait mourir que de tomber sous la coupe de cette saloperie.

Chacun essaya de raisonner la jeune ninja et Loz se pencha à l’oreille de Tifa.

- Cid est ton ami, n’est-ce pas ? Tu l’aimes ? Je veux dire… Tu l’aimes vraiment ?

La jeune femme sourit de la naïveté de la question.

- Bien sûr, Loz, fit-elle avec un sourire triste, incapable de retenir ses larmes. Cid est le meilleur des hommes. Et le meilleur des amis. Tu as pu le constater toi-même, non ? N’a-t-il pas été le premier à vous accorder sa confiance, à toi et à tes frères ?

Loz hocha la tête, prit une profonde inspiration et fronça les sourcils.

- Si c’était aussi facile, Yuffie… poursuivait Vincent en caressant la joue humide de larmes de la jeune fille. Outre que les gènes de Jenova sont un véritable poison pour l’immense majorité des humains, elles risquent de faire un pantin de celui qui les reçoit. N’as-tu pas vu ce qu’a traversé Cloud, il y a cinq ans ? Ce qu’ont vécu Kadaj et Yazoo, il y a seulement quelques heures ? La lutte terrible que Loz a dû mener pour annihiler cette puissance néfaste au cœur même de ses cellules ?

- Alors… on ne peut rien faire pour l’aider, Vincent ? Vraiment rien ?

- Pas en lui injectant des cellules de Jenova, en tous les cas, non.

- Sauf si les cellules en question ont été purgées de toute influence néfaste et si elles ont déjà été assimilées par un autre organisme, laissa tomber Loz d’une voix blanche, faisant sursauter Rufus, qui se tourna lentement vers lui.

- Il a raison… bredouilla ce dernier. Vincent ! Il a raison !

L’interpellé pâlit et secoua la tête.

- Hors de question.

- Pourquoi ? insista le jeune président de la Shinra. Les cellules de Jenova on été totalement assimilées par son organisme et il a réussi à les « purger de toute influence néfaste », tu l’as dit toi même ! Si Loz donne son sang à Cid, il lui donnera aussi les…

- J’ai dit « non », Rufus ! s’emporta l’ancien turk en lançant à Loz un regard suppliant.

Tifa s’avança à son tour.

- Pourquoi pas ? Loz a réussi à brider le contrôle de Jenova sur ces cellules, Vincent, Cid ne risque rien !

- Sauf de mourir si on ne fait rien ! sanglota Yuffie.

Vincent ouvrit la bouche pour protester mais Loz l’en empêcha.

- Je sais ce que je fais, dit-il. Et je sais ce que cela implique.

Yazoo, blême comme un linge fit quelques pas pour se planter devant son jumeau.

- As-tu une idée de la quantité de sang qu’il faudrait, Loz ? murmura-t-il d’une voix étranglée.

- Oui, Yazoo. Et je sais aussi que je suis prêt à la donner.

Son cadet se tourna vers Reeve en désespoir de cause et lui lança une supplique silencieuse.

- Ce n’est pas à moi de lui dicter sa conduite, Yazoo, fit ce dernier.

- Reeve ! s’écria Vincent.

- Ni à toi, Vince.

- Mais merde, c’est quoi le problème, à la fin ? s’emporta Reno, à bout de nerfs. Loz a réussi à court-circuiter Jenova dans ses cellules, oui ou merde ?

- Oui, répondit Reeve à contrecœur.

- Alors pourquoi vous vous prenez la tête ? Cid est en train de crever, bordel !

Yazoo lui jeta une œillade glaciale.

- Tais-toi, Reno ! Tu ne sais pas de quoi tu…

- Ca suffit ! cria Loz. Disputez-vous autant que vous voudrez, moi, je sais ce que j’ai à faire.

Sur ces mots, il ouvrit la porte du bureau et pénétra dans le laboratoire pour marcher droit sur Shalua, au chevet de Cid.

Ils parlaient trop bas pour que les autres puissent entendre quoi que soit mais ils virent la jeune femme secouer violemment la tête, révoltée, et Kadaj bondir de son fauteuil.

- Mais enfin, qu’est-ce qu’il y a de si terrible à la faire, cette transfusion ? demanda Rude, n’y tenant plus.

Reeve allait répondre lorsque le cri de Kadaj retentit dans le haut-parleur.

- Il lui faut au moins un litre de sang, Loz !

- Je sais ce que ça implique ! répliqua l’argenté sur le même ton.

- Non, Loz, je refuse de faire ça, répéta Shalua.

- Alors Cid va mourir !

- Je suis médecin, Loz ! cria la jeune femme. Médecin ! Pas l’un de ces bourreaux qui vous ont tourmentés durant des années ! Je sauve ces vies, je ne torture pas des gens !

- Que sont quelques heures de douleur face à la vie de l’homme que tu aimes ? De leur ami ? ajouta-t-il en pointant le doigt vers la vitre sans tain du bureau.

- Non, Loz ! Et Cid serait le premier à refuser de te laisser faire ça !

Loz la prit par les épaules et murmura quelque chose qu’ils n’entendirent pas.

Elle se raidit et Kadaj se détourna.

Au bout de quelques minutes de discussion, elle et Merill allongèrent Loz sur un lit, près de Cid.

- C’est pas vrai… gémit Vincent en les voyant commencer une seconde transfusion, de bras à bras.

Yazoo se couvrit le visage des mains, catastrophé, et Rude jura en levant les bras au ciel, excédé par leurs pleurnicheries.

- D’accord, un litre de sang, c’est pas rien mais bon, on n’en meure pas, non plus ! Il est largement assez costaud pour tenir le coup, même crevé !

Si Yazoo avait eu un pistolet à la place des prunelles, Rude serait tombé mort sur le sol.

- Pourquoi faut-il toujours que les gens parlent sans rien savoir !

Il quitta à son tour le bureau pour aller au chevet de son frère et Tifa lui emboîta le pas.

Rude prit les autres à témoin.

- Quoi ? J’ai dit une connerie ? C’est pas vrai, qu’il est largement assez costaud pour faire ça ?

Reeve lui tapota amicalement l’épaule.

- Bien sûr que si, Rude. Tout va bien se passer, j’en suis certain…
…à suivre

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XXXXVII - C’est l’espoir qu’on assassine !

«On compare parfois la cruauté

de l’homme à celle des fauves…

C’est faire injure à ces derniers !»

F. Dostoïevski

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

« Weiss… Il faut parler à Weiss, mère ! Il saura convaincre son frère de nous aider. Il est temps de sortir d’ici, à présent, je dois… »

« Non, amour, pas encore. »

« Il le faut ! »

« Quelques heures, mon fils, quelques heures encore. Ne gâche pas tout maintenant. »

« Ces heures, nous ne les avons pas, mère, tu le sais et tu le sens comme moi ! Genesis est ici, tout près, et les géostigmates ne vont pas tarder à se répandre à Nibelheim ! Je dois parler à Weiss, il m’écoutera. Je l’ai bien connu, lorsqu’il était Soldat première classe ! C’est un homme d’honneur. »

« Non. Quelqu’un de confiance ira lui parler mais pas toi. »

« Qui ? Zack ? Il passait son temps à se moquer de Nero et à faire les pires allusions sur la relation fusionnelle qui le liait à son frère ! Lui et Weiss ont failli en venir aux mains plus d’une fois ! »

« Je ne pensais pas à Zack, mon fils. »

« Qui alors ? Cloud ? Ce n’était qu’un bleu, à l’époque. Il a dû apercevoir Weiss et Nero deux ou trois fois, tout au plus ! »

« Dans les cas désespérés, amour, c’est entre les mains d’un ange qu’il faut mettre ses espoirs…»

« Un ange ? »

*

Reeve se frotta le visage.

- Et dire que nous n’avons rien remarqué malgré la batterie d’examens médicaux que nous lui avons fait subir… soupira-t-il.

- Batterie qui comprenait tout sauf un bilan hormonal, rappela Shalua. Mais quelle raison aurions-nous eu de le faire ?

- Nous sommes face à authentique hermaphrodite et les machines n’ont rien détecté d’anormal chez lui ? s’étonna Rufus. Incroyable…

- Je suis persuadée que Yazoo lui-même l’ignore, assura la jeune femme. Extérieurement, c’est un garçon on ne peut plus normal.

- Voilà qui explique du moins son étonnante androgynie, nota Vincent.

Rufus se leva pour faire quelques pas dans la pièce, sidéré.

- Homme et femme à la fois… Cela signifie-t-il qu’il… Qu’il pourrait… tomber enceinte tout seul, par exemple ? Se féconder lui-même ?

Shalua et Reeve sourirent.

- Non, Rufus, le rassura la jeune scientifique. Pour ce que j’ai pu voir, Yazoo ne possède qu’un ovaire et une trompe de Fallope atrophiée reliée à un embryon d’utérus. Tout à fait insuffisant pour enfanter mais largement assez pour semer la pagaille dans un bilan hormonal. Si je l’avais fait, martela-t-elle, coupable, je m’en serais rendue compte immédiatement.

- Et cela n’aurait rien changé, la rassura Vincent. Reeve, tu as parlé de matériel génétique, tout à l’heure. J’imagine que tes hommes ont trouvé le sperme et les ovules congelés dans le labo ?

Reeve hocha la tête et leur montra une série de photos que Shalua avait imprimées.

- Une partie, oui. Et… ceci.

Sur l’une des photos, on voyait un cadavre de femme à demi décomposé sur une table d’autopsie, le ventre ouvert.

- Oh, non… gémit Rufus. Hojo a recommencé ses saloperies ? Quand ?

- Pas Hojo, non. Au vu de l’état de la décomposition, le cadavre a été sorti de la cuve mako il y a trois semaines. Un mois, tout au plus.

- Et… ce qu’il contenait ? demanda pudiquement Vincent.

Reeve lui tendit une photo sur laquelle un fœtus d’une quinzaine de centimètres était recroquevillé.

- Oh, mon Dieu ! s’écria Rufus en se détournant.

L’ancien turk ferma les yeux un instant, profondément touché par la vue de la petite créature.

- Le fils de Yazoo et Loz, j’imagine ?

Shalua secoua la tête, les prenant au dépourvu.

- De Yazoo, seulement, si l’on en croit les tests ADN faits par le labo de la WRO. Quant au père, son code ADN ne figure sur aucun de nos fichiers. Probablement un donneur anonyme.

Rufus se raidit, surpris.

- Cette bande de malades a reculé devant une nouvelle insémination incestueuse ? Etonnant !

- C’est bizarre… nota Vincent en observant le fœtus de près. Pourquoi l’a-t-on sorti alors qu’il n’était pas encore viable ?

Shalua échangea un regard effondré avec Reeve et celui-ci prit son courage à deux mains.

- L’analyse des corps… commença-t-il, le cœur eu bord de lèvres. Elle a montré qu’il y avait en fait deux bébés…

Il se tut, incapable de poursuivre.

- Dont un a été… disons «éliminé» au bout de quatre mois de gestation, poursuivit la jeune femme à sa place. (Vincent leva la photo du fœtus et elle acquiesça) Détail typique des protocoles d’Hojo. Deux embryons implantés puis on élimine le plus faible.

- Et plus faible était visiblement le fils de Yazoo… (Shalua acquiesça à nouveau) Qui était le père du second bébé ? Loz, j’imagine ?

- Nous l’ignorons, intervint Reeve. Mais c’est probablement le cas, oui. Il manque deux tubes sur les dix congelés lors des prélèvements sur les jumeaux.

Rufus se frotta le visage.

- Où est-il passé, ce bébé ? Et qui a pu faire ces inséminations puisque Vincent nous a définitivement débarrassés d’Hojo il y a plus d’un an ? Et, surtout, pourquoi ? Dans quel but ?

- Quelque chose de colle pas, soupira Vincent. C’est bizarre…

- Bizarre ? releva le chef de la WRO. Que veux-tu dire, Vince ?

- Tout ça, insista le turk en désignant à la fois les photos et l’ordinateur. Tout ces documents, cette vidéo, le corps, le matériel génétique, le fœtus… Ca n’a aucun sens !

- Explique-toi, mon ami, parce que je ne te suis plus.

- Bon sang, mais réfléchissez une seconde ! Quel intérêt de travailler dans le plus grand secret durant des mois, dans un lieu que nul ne connaît, pour finalement laisser toutes ces preuves derrière soi ? Comment croire que quelqu’un capable de faire des manipulations génétiques, médicales et chimiques aussi complexes se laisse trahir par une vulgaire… fuite de mako ! ?

Le jeune président de la Shinra sentit son estomac se nouer, commençant à comprendre où Vincent voulait en venir.

- Tu pense que… c’est un piège ?

L’ancien turk hocha la tête, lugubre.

- Qui que soit le malade qui a fait ça, il voulait qu’on le sache. Il voulait que l’on sache qu’il y avait un second bébé. Et, surtout, qu’on le croit toujours vivant ! Voilà ce que je pense.

- Pourquoi ? insista Rufus. Dans quel but ?

Vincent se tourna franchement vers lui.

- Si tu découvrais que tu avais un fils quelque part, encore un bébé ? En danger, qui plus est, que ferais-tu, Rufus ?

- Je suppose que je mettrais tout en œuvre pour le récupérer, répondit ce dernier. Oui. Oui, si j’avais un fils, j’essaierai de le sauver coûte que coûte.

Reeve grinça des dents, indigné.

- Un moyen de pression, fit-il, fou de rage. Voilà ce que voulait la saloperie qui a fait ça ! Cet enfant n’est là que pour servir d’objet de chantage ! Merde !

Il tapa du poing sur la table et les trois autres sursautèrent, tant il était rare de voir Reeve se laisser submerger par la colère.

- Et dire que nous pensions que Jenova n’avait pour ainsi dire plus aucun contrôle sur ses fils… Que nous pensions avoir gagné une bataille… Idiots que nous sommes ! gronda l’ancien turk en se levant à son tour pour faire les cent pas. Une fois de plus, nous l’avons sous-estimée.

Shalua frissonna.

- Tu crois vraiment que c’est elle, qui est derrière tout ça ?

- Qui d’autre ?

La réponse leur parvint depuis la porte d’entrée.

- Genesis !

Tous les quatre se tournèrent vers Cloud qui, flanqué de Shelke, se tenait sur le seuil, pâle et les yeux rougis.

*

Shera sortit de la salle de bains dans un nuage d’eau de toilette et de déodorant fleuris fraîchement appliqués, vêtue d’un jean et d’un gros pull côtelé, les cheveux séchés et noués en une queue de cheval un peu lâche.

Elle chaussa ses lunettes après les avoir soigneusement essuyées et remarqua alors, à la faible lumière de la lampe de chevet, son sac de voyage - plein - et son blouson sur le lit.

- Qu’est-ce que… hoqueta-t-elle en voyant qu’il ne restait plus une seule de ses affaires dans la chambre.

Elle alluma le plafonnier et sursauta en voyant Cid, jusque là dans l’ombre, assis dans le fauteuil de son bureau.

- Es-tu fou, de me faire des peurs pareilles ? s’écria-t-elle. Eh ! Tu pourrais au moins t’excuser !

Elle fit un pas vers lui pour lui administrer une petite tape effrontée sur la tête mais s’immobilisa en voyant l’expression de son visage, sévère et si fermée qu’elle en était presque agressive.

Pour toute excuse, il tapota sèchement la liasse de documents posée sur le bureau.

- Tu as dix minutes pour signer ça et disparaître avant que je ne change d’avis et que Rufus ne t’offre un aller simple pour la prison de son choix, fit-il d’une voix glaciale.

Shera émit un curieux son qui ressemblait à un rire étranglé, ne sachant si Cid plaisantait ou non.

Méfiante, elle s’approcha du bureau et frémit en voyant le titre du premier dossier : « Rapports d’incidents du programme spatial Shinra / S-15 à S-26 ».

L’alliance de Cid était posée dessus comme un camouflet.

Elle la prit et sentit sa gorge se serrer.

- Cid, tu ne compr…

- Tu la fermes et tu signes ! s’écria le pilote en sortant une liasse de documents de sous le dossier.

« Accord amiable de divorce »

La jeune femme laissa échapper une petite plainte horrifiée et, les jambes soudain transformées en coton, elle dut s’appuyer au bureau pour ne pas tomber.

- Je… Je l’ai fait pour toi, Cid… bredouilla-t-elle.

Celui-ci se leva, fou de rage, et, les poings serrés, baissa son visage à hauteur du sien pour la regarder droit dans les yeux.

- Ne te fous pas de moi, Shera, parce que je ne suis vraiment pas d’humeur à écouter tes salades !

- Mais je t’aim…

- Signe ces putains de papiers ! hurla-t-il à son oreille en brandissant un stylo sous son nez.

Voyant que toute discussion était impossible, la jeune femme le repoussa d’un geste brusque.

- C’est cette garce, hein ? gronda-t-elle, tremblante de rage. C’est à cause de ta putain borgne !

Cid leva soudain la main et dut faire appel à toute sa volonté pour ne pas la laisser retomber sur la joue de Shera.

- Signe ces putains de papiers, répéta-t-il, les dents serrées.

Elle fondit en larmes.

- Mais je t’aime ! sanglota-t-elle en s’accrochant à son t-shirt. Tout ce que j’ai fait, c’était pour…

- Ne me touche pas ! rétorqua-t-il en la repoussant avec une grimace de profond dégoût. Ne me touche plus jamais, Shera. Ne me regarde plus, ne me parle plus, disparais de ma vie, de celle de mes amis et… signe ces putains de papelards !

Shera secoua violemment la tête, comme prise de folie, et sanglota de plus belle.

- Tu ne peux pas… Tu n’as pas le droit… Tu es à moi… Pas à elle !

Le pilote écarquilla les yeux et ricana.

- Oh, c’est pas vrai… Tu préfères que ça se passe comme ça ? Très bien. A ta guise. Tu ne veux pas signer ? Tant pis pour toi ! Reeve se fera un plaisir de te conduire à la prison la plus proche en attendant ton jugement. Pour ma part, je n’aurais de toute façon aucun mal à obtenir le divorce avec ou sans ton accord. Ca prendra un peu plus de temps, voilà tout !

Il se tourna pour prendre le téléphone.

- Ne fais pas ça, Cid… Ne fais pas ça !

Il ricana, l’oreille collée au combiné.

- Je vais me gêner !

Il pressa la touche de l’un des numéros préprogrammés.

- Tu n’en as pas le droit, Cid ! Je t’aime ! Je t’ai sacrifié ma jeunesse ! Ma vie !

- Allô ? Reeve ? C’est moi.

« Alors ?»

- Rien à faire, Shera ne… Ahhh !

Il eut l’impression qu’une flèche enflammée venait de lui transpercer le flanc, lui coupant le souffle.

Le combiné lui glissa des mains et retomba lourdement sur le bureau.

« Allô ? Cid ? Cid, tu es là ? Cid ! Cid, ça va ! Rufus, il se passe quelque chose… »

La flèche de feu ressortit… et s’enfonça encore. Dans l’estomac, cette fois.

Incrédule, Cid cracha un filet de sang et pivota pour voir la petite main ensanglantée de Shera, contractée sur le coupe-papier en forme de sabre qu’elle avait pris sur le bureau.

Elle frappa et frappa encore avec une force que seule la folie furieuse pouvait lui donner.

- She…ra…

Terrassé par la douleur et incapable de reprendre son souffle, les voies respiratoires obstruée par le sang qui jaillissait des multiples blessures de sa poitrine, Cid s’écroula sur le parquet ciré.

- Tu n’as pas le droit ! hurlait Shera. Pas le droit ! Pas le droit ! Tu es à moi et à personne d’autre ! A moi ! A moi ! A moi !

Chaque exclamation était ponctuée d’un nouveau coup de couteau rageur et il fallut un moment à la jeune femme pour comprendre que le coupe-papier s’était brisé depuis un moment, déjà. Juste avant que le pilote de s’écroule, en fait. La lame s’était brisée et était restée coincée entre deux côtés, la pointe fichée dans le poumon droit.

Cid essaya de ramper sur le sol pour atteindre la porte mais il se noyait avec son propre sang, qui coulait à flots et l’empêchait de reprendre son souffle.

Il tomba inanimé avant même d’avoir atteint le milieu de la pièce.

- Cid ! cria Shera entre ses larmes. Cid !

Pleurant et gémissant à la fois, couverte de sang jusqu’aux coudes, elle lâcha ce qui restait du coupe-papier et se mit à fouiller dans les tiroirs du bureau de son époux, répandant tout le contenu sur le sol ensanglanté jusqu’à ce qu’elle trouve ce qu’elle cherchait.

Pleurant de plus belle, elle referma ses mains sur le pistolet, vérifia qu’il était chargé et se laissa tomber un instant aux côtés du pilote.

- Cette putain borgne… geignit-elle en caressant les cheveux blonds poisseux de sang, le regard rivé sur la porte. C’est de sa faute ! Tout est de la faute de cette putain borgne !

*

Yazoo se réveilla en sursaut et tourna la tête en tout sens, le cœur battant.

- Tu as entendu ? demanda Reno, qui s’était lui aussi redressé sur le lit voisin, le souffle court.

L’argenté hocha la tête.

- On aurait dit un coup de feu.

Marlène, terrifiée et encore à demi-endormie, s’accrocha à Yazoo et éclata en sanglots.

*

- C’était quoi, ça ? haleta Yuffie, le rythme cardiaque affolé.

- Un coup de feu… répondit Kadaj en sautant du lit. Ca venait du bout du couloir !

- Et cri, tu as entendu ? On aurait dit Shalua !

L’argenté lui prit la main et ils se précipitèrent dehors.

*

- Loz, attends-moi ! supplia Tifa en enfilant une petite nuisette de coton.

- C’était Shalua ! assura Loz en bouclant précipitamment son pantalon. J’en suis certain !

- Oh, mon Dieu !

Ils bondirent hors de la chambre, manquant de percuter Rude.

- Qu’est-ce qui se passe ? les pressa celui-ci en essayant de fermer son peignoir sans cesser de courir. Qui a tiré ? Que… (Il s’arrêta si brutalement que Loz faillit le renverser) Qu’est-ce qu’ils font tous devant la chambre d’Highwind ? bredouilla-t-il.

Tifa poussa un cri étranglé et Loz, blême comme un suaire, la serra contre lui.

- Oh, non…

- Je vous en supplie, non… pria la jeune femme, les larmes aux yeux. Non, je vous en supplie, pas ça…

à suivre.

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XXXXVI - Aimer c’est aussi savoir se taire

C’est un poids bien lourd pour un seul coeur

que de souffrir pour deux.”

Euripide

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

En entrant dans sa chambre, Highwind entendit le bruit de la douche derrière la porte close de la salle de bains.

Comme toujours, Shera s’était levée aux aurores.

Prenant garde à ne pas faire trop de bruit, Cid posa sur son bureau la liasse de documents envoyés par l’avocat qu’il venait de récupérer chez Rufus et entreprit de ranger toutes les affaires de celle qui était encore sa femme dans son sac de voyage.

xOx

Ce fut un agréable parfum sucré qui réveilla Yuffie.

S’était-elle endormie par mégarde sur l’un des sachets de bonbons qu’elle avait rapportés de la cuisine ?

Elle lutta pour ouvrir les yeux mais ses paupières semblaient peser des tonnes !

Elle voulut s’étirer mais il y avait quelque chose entre ses jambes : une autre… jambe.

Tiens…

Depuis quand elle en avait trois, de ces trucs là ?

La petite Utaïenne déploya un effort surhumain pour soulever une paupière après l’autre et réalisa que le léger parfum sucré venait, non d’un sachet de bonbons éventré, comme elle l’avait cru, mais des cheveux de Kadaj.

Le visage du garçon était tout près du sien, sur le traversin, ses mèches argentées lui chatouillaient le nez et c’était aussi sa cuisse athlétique, recouverte par le fin coton de son pantalon de pyjama, qui reposait entre les siennes.

Et la main, qu’elle sentait sur sa hanche ?

Ah, non…

Ca, c’était Cait 9.

Il dormait - enfin, c’était mis en veille, plutôt - entre eux, douillettement pelotonné entre leurs deux poitrines, l’une nue et l’autre habillée.

Elle tourna prudemment la tête pour regarder autour d’elle.

La boîte bleue estampillée de moogles était rangée sous le bureau, sur lequel étaient soigneusement empilés les albums photo, apportés par Gretta, et les restes de confiseries.

La brave femme avait pris soin de mettre de l’ordre dans la chambre de Kadaj et de les couvrir lui et elle d’un édredon avant de partir, visiblement.

Ils avaient dû s’endormir en regardant les photos.

D’ailleurs, l’argenté tenait toujours dans sa main le portrait de Lucrecia. Un miracle qu’elle n’ait pas été cornée ou pliée.

Yuffie la lui prit aussi doucement que possible pour la poser sur la table de chevet, à l’abri d’un incident, mais Kadaj la serrait tellement fort qu’il se réveilla.

- Désolée, s’excusa-t-elle en souriant, je voulais juste éviter qu’on l’écrabouille.

Il lui sourit en retour et se frotta les yeux en s’étirant.

- Nous nous sommes endormis ?

- Il faut croire, oui. Mais ne me demande pas quand, je n’en sais rien.

L’argenté laissa échapper un petit rire et tourna à nouveau la tête vers elle.

Son visage était si près du sien que Yuffie pouvait sentir son souffle sur ses cils et sa frange.

- J’ai encore sommeil… gémit-il avec une moue enfantine qui fit pouffer la petite Utaïenne. Pas toi ?

- Si… soupira-t-elle. Je n’ai jamais pu tenir une nuit blanche complète, avoua-t-elle en bâillant à s’en décrocher la mâchoire.

Cait 9, les capteurs à l’affût du moindre bruit ou mouvement de ses maîtres, se redressa à ce moment là en rabattant l’édredon.

- Pour bien commencer une bonne journée : une douche énergique et un bon déjeuner ! claironna-t-il en tapant dans ses pattes.

Il se tourna, enthousiaste, mais, voyant les yeux gonflés et les mines endormies des deux jeunes gens, ses petites épaules velues tombèrent de dix centimètres.

- J’ai connu des bulots, des carpes et des merlans, qui même sortis de l’eau, me semblaient plus vivants ! railla-t-il en se frottant les moustaches.

- Très drôle, Cait… rétorqua Kadaj, le visage grimaçant et les yeux à demi clos.

Cait 9 sauta du lit et entreprit de chausser ses gros godillots.

- Qui doit terminer sa nuit a besoin… d’un déjeuner au lit ! décréta-t-il en plaçant son petit couvre-chef sur sa tête.

- Excellente idée, Cait, approuva Yuffie. Mais pas avant deux bonnes heures, d’accord ?

Le chat robotisé hocha aimablement la tête et quitta la chambre en refermant doucement la porte.

Kadaj jeta un œil au petit écran défilant du panneau de contrôle mural.

” …température de la pièce est de 19°C / Il est 7h15 / Nous sommes le…

- Ce serait indécent, de dormir jusqu’à 9h30 ou 10h00, tu crois ? demanda l’Utaïenne.

L’argenté fit mine de réfléchir un instant avant de lancer un ” Naaaaan ! “ sarcastique couplé d’une grimace comique, ce qui fit de nouveau rire la jeune fille.

Celle-ci baissa alors les yeux sur son gros pull de laine et son épais pantalon de toile froissé.

- Zut ! Je me suis endormie tout habillée… soupira-t-elle en faisant glisser son pull par-dessus sa tête et son pantalon pour ne garder qu’un petit caraco fleuri et sa culotte-short assortie. Regarde-moi ça, j’ai des marques partout, gémit-elle en tâtant les stries rouges dont elle était couverte, provoqués par les plis des vêtements.

Kadaj dut faire un effort considérable pour rester stoïque face à la soudaine quasi-nudité de la jeune fille - au demeurant ravissante !

Au vu de la pudeur dont elle avait fait preuve devant la cuve de Reno, jamais il n’aurait pu penser qu’elle se dévêtirait ainsi un jour devant lui sans autre forme de procès !

Cela étant dit, le naturel et la naïveté avec lesquels elle avait fait ça, sans la moindre crainte ou arrière-pensée, étaient on ne peut plus touchants, voire… terriblement équivoques.

Elle se coula à nouveau sous l’édredon avec un soupir de plaisir évident et l’argenté faillit éclater de rire.

Se rendait-elle compte qu’elle était seule, à demi-nue, dans le lit l’un homme ?

Si c’était le cas, elle ne comprenait visiblement pas ce que cela impliquait et Kadaj pouffa, plus amusé que jamais.

- Quoi ? demanda Yuffie. J’ai dit une bêtise ?

Il secoua la tête et se pelotonna à son tour sous l’édredon, lui faisant face.

- Non, c’est moi, je repensais aux anecdotes de Gretta, mentit-il.

La jeune fille lui adressa un sourire fatigué.

- C’est vrai que c’était drôle. (Elle frissonna) Il fait drôlement froid, non ?

- C’est parce que tu es fatiguée. (Il allait lui proposer de monter un peu le chauffage de la chambre mais…) Viens, fit-il d’une voix un peu enrouée en tendant son bras.

Kadaj pensait qu’elle refuserait, bien entendu, mais, au contraire, la jeune fille se blottit contre lui, nichant la tête au creux de son épaule.

- C’est gentil… dit-elle d’une voix tout juste audible avant de s’endormir profondément, le prenant totalement au dépourvu.

Il déglutit avec difficulté : le corps menu qui se pressait contre le sien avait allumé un incendie que la tendre proximité attisait de seconde ne seconde.

Bravo ! ” se sermonna-t-il en silence. ” Et maintenant ? Tu fais quoi, gros malin ?

Il ferma les yeux avec un soupir silencieux en essayant d’occulter les pensées peu avouables que les courbes gracieuses, et la chaleur de la peau douce, faisaient naître dans son esprit.

Une chose était certaine, cependant : il n’avait plus du tout sommeil !

xOx

Loz était sorti de la salle de bains et enfilait son pantalon lorsqu’il resta en arrêt devant le spectacle qui s’offrait à lui.

Nue, à genoux sur le lit, Tifa se séchait les cheveux avec une serviette, la peau frissonnante et les yeux mi-clos.

Elle aurait pu être l’image même du désir et de la sensualité si un pli soucieux ne barrait pas ses lèvres pleines.

- Qu’est-ce que tu as ? demanda-t-il d’une voix douce en la rejoignant sur le lit.

La jeune femme jeta la serviette sur une chaise et essaya de sourire.

- Tu le sais très bien, Loz.

- Ce ne sont que des cauchemars, Tifa, ce n’est rien. Il n’y a vraiment pas de quoi t’en faire pour ça, je t’assure. Je… J’en fais depuis toujours.

Elle secoua la tête, la gorge nouée.

- C’est faux, rétorqua-t-elle, au bord des larmes. Tu essayes seulement de me rassurer. Et le pire, c’est que je ne peux rien faire. Je me sens tellement… inutile !

Il la serra dans ses bras et elle pressa sa joue contre son torse.

La chair était dure et la peau souple, soyeuse et parfumée.

Après la douche brûlante qu’il venait de prendre, chaque pore paraissait exhaler cet affolant parfum sucré dont Tifa ne pouvait plus se passer.

- Tu es près de moi, Tifa, susurra-t-il à son oreille. Et c’est bien plus que je n’aurais jamais osé espérer.

- Ce n’est pas assez, fit-elle d’une voix étranglée en se blottissant tout contre lui. J’ai eu si peur, tout à l’heure, Loz, si tu savais. Si… Si je te perdais maintenant, je…

Il posa un doigt sur sa bouche et sourit.

- Jamais, promit-il en enfouissant sa main dans ses cheveux pour lui relever la tête. Jamais, Tifa.

- Jure-le-moi, supplia-t-elle, les yeux brillants de larmes. Jure-moi que tu ne la laisseras pas te reprendre. Ni elle ni personne !

- Je te le promets mais ne pleure pas. Je n’aime pas te voir pleurer…

Le cœur d’autant plus serré qu’il savait être la cause de sa détresse, Loz l’étreignit plus fort encore et se pencha pour l’embrasser avec toute la tendresse et l’affection dont il était capable.

Elle répondit à son baiser avec chaleur puis recula un peu pour prendre son visage entre ses mains en coupe et le dévisager.

Sa peau trop pâle, ses joues creuses et ses yeux cernés serrèrent le cœur de la jeune femme.

- Loz… Tu es épuisé. Tu n’as pour ainsi dire pas fermé l’œil depuis que…

- Je vais bien, essaya-t-il de la rassurer avec un pauvre sourire.

La jeune femme jeta un coup d’œil au panneau de contrôle mural et lui caressa la joue.

- Il est encore très tôt, tu sais. Tu devrais essayer de dormir un peu avant le petit déjeuner.

- Je ne…

- Juste une heure ou deux, pas plus, le pressa-t-elle.

Il secoua la tête.

- Tifa, je…

- Je veillerai sur ton sommeil, promit-elle dans un souffle, tout contre ses lèvres, en lissant ses courts cheveux argentés. Au moindre signe de cauchemar, je te réveillerai, je te le promets.

Loz laissa échapper une petite plainte mais elle l’enlaça et se laissa aller en arrière sur le lit, l’entraînant avec elle.

- Tifa, non…

Il voulut se redresser mais elle resserra son étreinte, rabattit la couette sur eux et nicha la tête du jeune homme contre ses seins tendres.

- Chhh… Dors, mon amour. Dors. Repose-toi.

Il poussa un profond soupir et ferma les yeux, uniquement pour lui faire plaisir.

Il devait rester éveillé coûte que coûte, il le savait.

Ne pas s’endormir.

Surtout ne pas s’endormir car, s’il lâchait prise, les cauchemars reviendraient.

Mais il était si bien, dans les bras de Tifa, et tellement fatigué…

Tellement fatigué…

Tellement…

xOx

Dans le petit salon des appartements de Shalua, Rufus et Vincent regardaient les images reçues par Reeve.

Le chef de la WRO était venu les chercher à la demande la jeune femme et ils considéraient l’écran de l’ordinateur portable avec un dégoût mêlé d’appréhension.

- C’est là, prévint Reeve avec une moue en se détournant.

Il avait déjà visionné les images seul puis une nouvelle en compagnie de Shalua et il doutait que son estomac puisse supporter une troisième séance.

- Ils… Ils vont le stériliser ? demanda Rufus avec une moue douloureuse en voyant Hojo, armé d’un scalpel, se pencher sur le bas-ventre de Loz.

Le jeune argenté, apparemment sous anesthésie générale, était allongé nu et solidement sanglé sur une table d’opération, les cuisses légèrement écartées, pour lui dénier tout mouvement accidentel.

Shalua secoua la tête.

- Une vasectomie, c’est aussi ce que j’ai cru, au début, mais non. C’est même tout le contraire, en fait. Regardez.

Rufus serra les dents et dut fournir un effort surhumain pour ne pas détourner les yeux lorsqu’il vit le scalpel mordre dans la peau fragile du scrotum sur plusieurs centimètres sous la racine de la verge.

D’une main sûre, Hojo écarta ensuite les deux bords ensanglantés pour mettre à découvert un testicule. Le long du bord supérieur de celui-ci était accolé un petit corps mou oblong, dans lequel le scientifique enfonça une fine aiguille à l’extrémité de laquelle se trouvait une canule de ponction.

- Oh, mon Dieu… gémit le jeune président de la Shinra en pressant inconsciemment ses mains sur ses parties en un geste instinctif de protection.

- Un prélèvement de spermatozoïdes directement dans l’épididyme ? s’étonna Vincent.

Shalua tordit le nez.

- Hojo voulait visiblement du “premier choix”.

On vit les scientifiques répartir les précieux spermatozoïdes soigneusement sélectionnés dans cinq petits tubes bleus qu’ils plongèrent dans l’azote liquide puis le document reprit sur un fondu, dans la même salle d’opération que précédemment.

Cette fois, c’était Yazoo qui était sanglé au lit.

- Ils ont prélevé du sperme sur les trois ? demanda Rufus, voulant couper court et ne pas subir à nouveau la vision du scalpel tranchant dans la peau tendre.

La jeune scientifique secoua la tête.

- Non. Seulement Loz.

- Et lui, alors ?

- Regardez, vous allez comprendre.

Hojo se saisit une fois encore du scalpel.

Il se pencha sur Yazoo et trancha dans le bas du ventre, à quelques centimètres de la hanche, comme s’il s’apprêtait à opérer le jeune homme de l’appendicite.

L’entaille faite, un assistant fixa un écarteur pour ouvrir largement la plaie, laissant apparaître, non l’extrémité d’un intestin mais une sorte de petite boule de la taille d’une amande d’où sortait un gros vaisseau rosâtre.

- On dirait… une tumeur, nota Rufus sans remarquer que Vincent venait de blêmir.

Hojo fit un prélèvement semblable à celui qu’il avait effectué sur Loz un peu plus tôt.

- Il récupère quoi, là ? insista le jeune président.

- Des ovules… répondit l’ancien turk, qui n’en croyait pas ses yeux.

- Des quoi ? s’écria Rufus, sceptique. Des ovules ? Sur un homme ? Et dans une tumeur ?

- Ce n’est pas une tumeur, Rufus, intervint Shalua d’une voix blanche. C’est un ovaire.

Le jeune président laissa échapper une exclamation étouffée et serait tombé à la renverse s’il n’avait pas été assis.

- Un… bredouilla-t-il. Un… Ovaire ? Yazoo ? Vous voulez dire que c’est un… un hermaphrodite ?

Il s’affala sur le canapé de Shalua, terrassé par la nouvelle, et Reeve hocha gravement la tête.

- Le prix de la consanguinité, c’est lui qui l’a payé… soupira-t-il.

à suivre
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A Vincent

Je suis debout de bon matin
Au boulot, vif et assidu.
Et si j’ai pas d’poil dans la main.
… C’est parce que t’as jamais voulu !

Cid

Oh ! Non, vince, tu n’es pas parfait…
Mais que tes défauts sont charmants !

Tifa

Si j’étais une rose et toi un oeillet
quel ravissant bouquet nous aurions composé !

Aerith

Pas trop nauséeux à force de tourner
dans ma tête ?

Lucrecia

Alors ?

C’est l’amour au premier regard

Ou je dois repasser plus tard ?

Yuffie

A Cid

Quand la nuit fait tomber son voile,
Tendre et vieil ami, pense à moi.
Car, à l’abri, dans chaque étoile,
J’ai laissé un baiser pour toi…

Vincent

Tu as les yeux plus bleus que la mer en été
Malheur à qui y plonge et ne sait pas nager…

Tifa

C’est dans tes bras que j’ai appris
Que la mort n’est pas nécessaire
Pour visiter le paradis…

Shera

Que ne suis-je mécano, pour graisser les rouages
de cette belle machine !

Shalua

Le ciel est gris,  donne-lui un peu
du bleu qui illumine tes yeux

Yuffie

I - Vivants ! Jour J

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Shiva Rajah d’après une illustration de M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Reno regarda une dernière fois les décombres éparpillés de l’immeuble et donna un coup de pied dans un petit morceau de ciment.

Est-ce à cela qu’aurait ressemblé Edge et la planète entière si Cloud n’était pas arrivé à bout de Kadaj ?

- Reno ? cria la voix de Rude de l’autre côté des décombres. Tu as trouvé quelque chose ?

- Que dalle ! A mon avis, ils ont été réduits en compost ! Ou ils se sont carrément dissous, comme leur frangin !

- Avec le nombre de materias qu’ils avaient dans le corps, ça m’étonnerait ! répondit la voix de Yuffie depuis les sous-sols à demi-effondrés.

Voilà plus de trois heures que les turks et Avalanche fouillaient les décombres à la recherche des cadavres des frères aînés de Kadaj.

Si, comme le craignait Rufus, leurs corps ne s’étaient pas désintégrés, ils étaient de véritables réserves de cellules de Jenova qu’il urgeait de mettre en lieu sûr, à l’abri de cinglés du genre d’Hojo. Même si, pour cela, il fallait les découper en tranches pour les mettre, à l’instar de leur saloperie de mère, dans des boîtes scellées.

Reno essuya la sueur qui coulait de son front et secoua sa chemise pour rafraîchir un peu la peau moite de son torse.

Il était presque dix-huit heures.

Le ciel commençait à rougir mais la température, elle, ne semblait pas vouloir baisser.

« Saloperie de canicule… »

Il sauta par-dessus les restes d’un muret de béton, regarda autour de lui et blêmit.

Il se trouvait au centre de ce qui avait dû être autrefois une sorte de hall d’accueil mais qui tenait désormais davantage de l’ossuaire que du vestibule.

Si l’on en croyait les squelettes blanchis coincés sous les gravats des plafonds effondrés, la chute du météore avait provoqué en ce lieu une véritable boucherie.

Les dépouilles avaient dû pourrir là durant des années, à l’abri des murs lépreux du bâtiment, jusqu’à ce que les incarnés de Sephiroth fassent tout sauter, exposant la scène dans toute son horreur.

Le turk recula d’un pas et quelque chose craqua sous son talon.

Il grimaça, devinant ce qui devait être à l’origine de ce son de céréale écrasée sous une cuiller.

- Et merde…

Reno baissa lentement les yeux vers le sol et frémit en réalisant qu’il avait marché sur les phalanges blanchies d’une main d’enfant âgé de quatre ou cinq ans tout au plus.

- Oh, putain…

Il contint un frisson de dégoût et s’écarta du petit corps vêtu des restes d’une robe blanche et bleue.

Près de la fillette s’amoncelaient les ossements de cinq ou six autres personnes, pour ce que pouvait en voir le turk. Probablement toutes tuées par la chute de la poutre en béton armé sous laquelle disparaissaient diverses parties des corps.

Reno allait fuir la vision de cauchemar lorsqu’un bruit glaireux de lapement attira son attention, derrière ce qui avait été autrefois un standard d’accueil téléphonique dernier cri.

Il s’approcha sans faire de bruit pour jeter un oeil par dessus l’amoncellement de câbles, de métal distordu et de plastique fondu.

La première chose qu’il remarqua fut un reflet émeraude qui scintilla comme un éclair dans la fin d’après-midi rougissante.

A quelques mètres de l’endroit où il se trouvait, un monstre se régalait du sang qui coulait en petites rigoles entre les gravats. Ses écailles brillantes accrochaient les feux du couchant.

Le turk l’observa en silence et en prenant bien garde de ne pas faire le moindre bruit.

C’était une bête étrange, tout en angles et en nerfs.

De la taille d’un gros chien, elle n’était pas vraiment laide, au contraire, elle était élancée et racée, perchée sur de hautes pattes élégantes aux griffes acérées comme des rasoirs.

Encore sous le choc de la vue des corps, Reno se surprit à admirer la créature. Peu importait qu’il s’agisse d’un monstre. Au moins, c’était vivant et, en cet instant, ça le rendait plus beau à ses yeux que n’importe quoi d’autre.

Il s’approcha à pas de loup…

Le sang que léchait la bête, presque avec affection et les yeux dorés mi-clos, comme on goûte un vin rare, coulait en élégants méandres rubis d’un bras à la chair tendre, pale et délicate. Un bras qui avait lâché son arme, qui gisait à quelques centimètres à peine des longs doigts graciles.

La chevelure d’argent de son propriétaire s’étalait sur le sol couvert de déblais pour former un tapis luxueux sous les pattes griffues du monstre, comme le dernier hommage d’un martyr à une cruelle divinité animale….

La scène aurait pu orner le mur du temple d’un Dieu antique.

Cette bête chimérique et puissante, léchant ce corps qui semblait si fragile en comparaison…

La scène était belle, oui. Horriblement, terriblement belle.

- Reno ! Couche-toi !

Le cri de Tifa, qui retentit soudain derrière lui, le tira de sa sinistre rêverie et il se coucha d’instinct sur les gravats tandis que retentissaient deux coups de feu.

Touché en plein coeur, le monstre s’effondra aussitôt et la jeune femme rejoignit le turk en sautant par-dessus le muret, qu’il avait lui-même franchi un peu plus tôt.

- Reno, ça va ?

- Oui, bredouilla-t-il, étonnée de la voir se servir d’une arme à feu avec une telle dextérité. Oui, je… Ca va.

Bordel de merde ! Il perdait la boule ou quoi ?

S’extasier sur cette sale bestiole en train de s’abreuver de sang humain, c’était du grand n’importe quoi ! Même si le sang en question était celui d’un putain d’incarné !

- Qu’est-ce qui s’est passé ? cria la voix de Rude depuis le côté opposé des ruines. C’était quoi, ces coups de feu ?

- On en a retrouvé un ! répondit Tifa. Un Rokoal était entrain de lécher le sang qui coulait de… Oh, c’est pas vrai !

Elle se tut, soudain blême, et Reno la secoua par l’épaule.

- Tifa ? Qu’est-ce que tu as ?

- Depuis quand ça saigne, un cadavre ? demanda-t-elle avant de se précipiter vers l’argenté coincé sous les gravats.

Le turk s’élança derrière elle.

- Tifa, attends ! Et on est supposés faire quoi, s’il est vivant ? L’achever d’une balle dans la tête ?

- Arrête de dire des sottises et aide-moi à le dégager !

Il souleva à grand peine un reste de plafond pour qu’elle puisse tirer le corps de sous un amas de plâtre et de tiges métalliques, dont l’une avait transpercé la cuisse gainée de cuir.

Tifa retourna l’argenté et posa un doigt sur la veine de son cou.

- Alors ? demanda Reno en lâchant le morceau de plafond avec un bruit assourdissant.

- Il est vivant, murmura-t-elle, mais tout juste. Rude ! cria-t-elle. Cloud ! Venez vite ! Yazoo est vivant !

Reno s’agenouilla à côté d’elle et considéra le corps ensanglanté qu’elle tenait dans les bras.

Ce visage…

Il n’avait pas oublié ce visage.

Lorsqu’il avait combattu ce satané incarné, le turk avait à peine eu le temps de le détailler mais la petite « frimousse » - quel autre qualificatif conviendrait mieux à ces traits graciles presque enfantins ? - s’était gravée dans son esprit avec la force d’un fer rougi.

Comment aurait-il pu en être autrement ? Des traits aussi délicats chez un homme, c’en était presque obscène…

Mais Reno n’avait pourtant pas rêvé, la preuve. Ce visage existait bel et bien et se trouvait là, devant lui.

Yazoo.

C’était donc son nom.

- Vous êtes où ? cria la voix de Cloud, toute proche.

- Ici ! répondit Reno. Juste sous les restes de colonnes bleues ! Merde, Tifa, il saigne comme un goret.

- Une artère, tu crois ?

- Non, quand même pas à ce point là. Celle saleté de tige en métal devait boucher une veine et on l’a sans doute déplacée en le tirant de là.

Il retira sa ceinture et entreprit de la serrer autour de la cuisse de l’argenté, au-dessus de sa blessure.

- Son frère ne doit pas être loin, dit Tifa, la gorge sèche, en tournant la tête en tout sens. Bon sang, je n’ose imaginer les drames qui ont dû se dérouler ici il y a sept ans.

Elle venait de voir les ossements blanchis coincés sous plusieurs tonnes de béton.

- Ils n’ont probablement pas eu le temps de… Tifa ! Là-bas ! Regarde ! Sous la poutre !

Il lui désigna un coin d’ombre, sous une poutre de béton et la jeune femme secoua la tête.

- Je ne vois rien.

- C’est pas une main, ça ? Là ! Juste à côté du bout de taule.

Tifa finit par voir à quoi faisait allusion le turk et laissa échapper un petit cri étouffé en considérant les centaines de kilos de déblais.

- On ne pourra jamais le sortir de là sans matériel adéquat.

- Tu crois qu’il est vivant, lui aussi ?

- Ca m’étonnerait. Son corps a dû être totalement écrasé par les décomb… Il a bougé ?

- Hein ?

- La main. Elle a bougé, non ?

- Oh putain…

La jeune femme se précipita sous les décombres et dut dégager plusieurs couches de morceaux de plâtre et de déblais pour accéder à la tête et aux épaules du corps immobile.

Elle n’eut même pas besoin de vérifier son pouls car sa respiration sifflante et douloureuse n’était que trop audible.

- Reno ! Il est vivant, lui aussi !

Le turk secoua la tête, incrédule.

- Bah merde, alors…

- Loz… murmura Tifa, la gorge serrée. Loz, tu m’entends ?

Prononcer le nom de cet homme lui faisait un effet étrange.

Jamais personne ne lui avait inspiré à la fois autant de méfiance, de colère et d’indignation mais aussi de pitié, d’admiration et de trouble.

Colère pour l’avoir battue à plates coutures dans l’église, indignation pour les heures d’angoisse passées à s’inquiéter pour Marlène, qu’il avait enlevée sans le moindre état d’âme, pitié parce qu’elle savait, à présent, qu’il n’avait été que la marionnette de Jenova, admiration parce qu’il était sans doute l’homme le plus fort qu’elle n’avait jamais affronté et trouble parce que… Parce que…

Elle secoua la tête pour chasser le souvenir d’un grand corps athlétique aux muscles puissants gainés de cuir noir et tendit une main hésitante pour caresser la courbe lisse d’une pommette, le front haut, suivre l’arête du nez élégant et effleurer du bout des doigts les lèvres pleines au dessin parfait mais craquelées par la déshydratation.

Les longs cils argentés frémirent.

- Yazoo… gémit Loz d’une voix étranglée à peine audible. Yazoo…

Un filet de mousse rougeâtre lui coula au coin de la bouche et la jeune femme hoqueta.

- Reno ! Je crois que quelque chose lui a transpercé le poumon ! Il faut le sortir de là !

La jeune femme lissa les courts cheveux de mercure et deux yeux félins couleur mako embués de larmes douloureuses s’ouvrirent et la fixèrent.

- Toi… murmura-t-il avec difficulté.

- Ne bouge pas. On va te tirer de là.

Un sourire d’une douceur poignante se dessina sur les lèvres sensuelles et Tifa s’étonna de voir une expression aussi tendre sur le visage d’un tel homme.

- Je… poursuivit l’argenté malgré le sang qui encombrait les voies respiratoires. Je t’ai vue si souvent dans mes rêves… qu’à mon réveil j’ai l’impression que tu es encore là…

Il cracha un filet de liquide rougeâtre et s’évanouit à nouveau.

Tifa passa une main derrière la nuque argentée pour lui tenir la tête de côté afin de l’empêcher de s’étouffer et frémit au contact de la peau douce.

Que pouvaient signifier ces mots ?

Une chose était sûre en tous les cas : il ne l’avait pas oubliée.

Et curieusement, cette certitude l’emplit d’une exaltation aussi malvenue qu’inexplicable.

…à suivre.

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A Yazoo

Et mon papa qui me disait :
“les poupées, ça peut pas parler” !!!
Reeve
Quelqu’un est mort au ciel, ce soir ?
J’ai vu un ange vêtu de noir…

Reno

Te désirer est un pécher ?
Alors, j’ai l’enfer assuré !

Loz

Oh, je dois être mort car il serait étrange
D’être vivant encore et de voir autant d’anges…

Rude

J’ai besoin d’un dico, d’urgence !

Reno, file à la librairie !

Depuis que j’ai vu ce bel ange,

Les mots me manquent ou bien me fuient…

Rufus

A Reno

Toi, mon petit capuccino…
Sucré et chaud qui rend nerveux !

Rude

Les beaux bruns ténébreux font rêver, c’est certain,
Mais moi, je rêve de toi, joli petit rouquin !

Tifa

Que Dieu te garde, Reno…

et, surtout, qu’il m’envoie la clé !

Rufus

Si ton corps était mon cachot

Et tes bras de solides chaînes

C’est avec joie… Que dis-je ! Au trot !

Que je viendrais purger ma peine.

Yazoo

Si la beauté était forfait,

Aucun juge ne te gracierait…

Tseng

A Loz

Si, en entrant dans une église,
Tu sens comme un courant d’air froid,
N’imagine pas que c’est la brise.
C’est moi qui soupire après toi…

Tifa

Ce pantalon de cuir qui moule ce cul sexy
Irait si bien avec le tapis de mon lit…

Shalua

Bénie soit la Shinra
qui bâtit cette chaussée
pour que passe par là
monument si racé !

Elena

Papa ? La couche d’ozone est bien trouée !
Tous les anges sont en train de tomber…

Marlène

Ah ! Que ne suis-je une de tes larmes…
Pour pouvoir naître dans tes yeux,
Mouiller tes joues de mille charmes
Et mourir sur ta bouche, heureux.

Yazoo

Je t’aime, donc je te hais

***

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

***

Note : cette fanfic se déroule quelques semaines après que Yazoo et Loz aient fait exploser leurs materias à la fin de « Advent Children ». Les fans de Michèle Mercier apprécieront le gros clin d’oeil à “Angélique”.

Du coin de l’œil, Reno observait le mince argenté, appuyé à la rambarde.

Sa longue chevelure d’électrum cascadait sur ses épaules et ses longues mains jouaient avec les feuilles de lierre qui courraient de part et d’autre du balcon. Son cou élégant se tendait pour surprendre la promenade des hérissons qui avaient élu domicile dans le jardin du manoir Shinra de Nibelheim, en contrebas, et, lorsqu’il vit enfin les petits animaux sortir en file indienne de leur terrier, un sourire désarmant incurva ses lèvres fines.

- Ca y est ! Ils sont sortis.

Le turk ricana assis sur le lit de la suite.

- Evidemment qu’ils sont sortis, tu as littéralement couvert le gazon de nourriture !

- Tu dois nous trouver ridicules à être ainsi fasciné par des choses qui te semblent banales, dit-il en se tournant vers Reno.

- Je trouve surtout les argentés d’une perfection saisissante, répondit celui-ci avec un regard appuyé.

Yazoo sourit, narquois.

- Ah oui ? Tu aimes les hommes aux cheveux prématurément gris et à l’organisme ravagé par le mako ?

Reno se rapprocha soudain et le pressa contre la rambarde du balcon.

- Pas tous… Mais toi, oui.

L’argenté se dégagea avec l’adresse d’un jeune chat.

- Tu aimes surtout le scotch millésimé, Reno ! A l’excès, même, je dirais. Tu as bu comme un trou, au dîner.

- Je préfère la bière, répliqua le turk. A défaut d’un tout autre nectar… ajouta-t-il avec un clin d’œil salace.

Yazoo éclata de rire.

- Tu mériterais que je te pende par les pieds au-dessus de la baignoire ! Ca refroidirait peut-être un peu tes ardeurs.

- Je ne me pendrai qu’à ton cou ! rétorqua Reno avec emphase avec un ample geste théâtral.

Le rire de l’argenté redoubla.

- Quelle jolie phrase ! Du vent, certes, mais jolie tout de même.

- Mais je suis comme le vent ! poursuivit le turk sur sa lancée lyrique. Le vent qui voudrait se perdre dans tes cheveux, se glisser sous ce manteau fendu qui invite si bien à l’amour et caresser tes…

Yazoo voulut le frapper mais il saisit son poignet en souriant.

- Tss ! Tss ! On ne frappe pas le vent, bel incarné. Même toi, tu n’as pas ce pouvoir.

- Serais-tu poète en sus d’assassin ? persifla l’argenté.

- Certaines femmes pourraient le jurer, soupira Reno.

- Je ne suis pas une femme

- Et moi, je ne suis pas un assassin.

- Ah ?

- Non. Je n’ai rien à me reprocher de ce côté là.

- Aucun remords ? Jamais ? Alors tu es un homme heureux, pourquoi soupirer ?

- Parce que l’objet de mon désir n’apaise pas les brûlures qu’il cause.

- Et… ça fait mal ? ironisa Yazoo en s’asseyant sur son lit, dévoilant ses longues cuisses galbées de cuir.

Reno inclina la tête sur le côté, admiratif, et l’argenté rabattit un pan de son long manteau sur ses jambes, au grand amusement du turk.

- Inutile de te cacher. Pendant que tu étais à l’infirmerie, le mois dernier, je t’ai regardé. Je t’ai regardé… partout.

- Partout ?

- Mhh… Mouais. Et je peux te dire que tu es beau… partout.

La main d’Yazoo se leva à nouveau. Reno l’intercepta.

- Maman Jenova ne t’a pas appris qu’il ne fallait pas torturer un homme qui souffre ? demanda-t-il en embrassant le poignet délicat.

L’argenté bondit sur ses pieds et lui coula un regard agressif.

- Tu deviens insultant ! Et tu pousses le jeu un peu loin !

- Mais je ne joue pas.

Yazoo rougit soudain et serra les poings.

- Rufus t’a désigné pour être mon garde du corps, pas mon soupirant ivre mort !

Reno fit une révérence insultante.

- Oh… pardon. Pitié ô grand spécimen d’étude, fais-moi l’aumône d’un regard, dit-il avec insolence.

L’argenté hoqueta.

- Ca suffit, Reno ! Ca ne m’amuse plus !

- Je suis marri d’avoir pu offenser « ta Majesté ».

- Et cesse d’employer ce ton narquois !

Le turk éclata de rire.

- Regarde-toi ! On t’a retrouvé à demi-mort sous un tas de gravats en compagnie d’un frère encore plus mal en point que toi… et te revoilà aussi chiant et cul pincé que dans mes souvenirs ! Le fiston à sa môman a retrouvé sa morgue et refuse de plaisanter avec un pauvre humain « génétiquement-non-modifié » ?

- Je ne vois pas le rapport !

- Non ? Vraiment ? Voyons, vous êtes si parfaits, vous, les incarnés du grand Sephiroth ! Si impitoyables ! Si… invulnérables ! Si forts ! Surtout toi… Hein, Yazoo ? Comment tu te sens, depuis qu’on a annihilé les cellules de Jenova dans ce joli petit corps, dis-moi ? La forme ?

Le sang de l’argenté se glaça dans ses veines.

- Reno, tu deviens cruel…

- Ah ! La cruauté… n’est-ce pas là l’un des raffinements favoris de ta chère maman ? La souffrance est si agréable… Hein, Yazoo ? Chez les autres, s’entend, bien sûr. A moins que… Aimes-tu souffrir aussi ? Est-ce cela qui te manque, chez nous, simples humains ? Cette capacité à faire souffrir ? Cette jouissance qu’entraîne la douleur d’autrui ?

- Tu dis n’importe quoi !

- Tu crois ? Alors à quoi joues-tu depuis tout à l’heure, si ce n’est à me faire souffrir ? Oserais-tu nier que tu t’amuses de l’effet que tu produis sur moi ? Sinon, à quoi rimeraient les minauderies et les effets de jambe que tu m’infliges depuis que Rufus a fait de moi ton chien de garde ? C’est si amusant que ça, d’attiser le désir d’un homme en sachant qu’on ne l’apaisera jamais ? C’est maman qui t’a appris à faire ça ?

- Tais-toi !

- Pourquoi ? Si c’est le jeu de la souffrance, que tu préfères, on va y jouer à deux. Quand dois-tu prendre ta prochaine dose de mako, dis-moi ? Quand est-ce que tes genoux te trahiront ? Dans une heure ? Moins, sans doute ? Tu faiblis déjà. Regarde-toi. Tes mains tremblent depuis un moment, déjà, et tu as du mal à tenir sur tes ravissantes petites jambes.

Yazoo se boucha les oreilles et ferma les yeux.

C’est vrai que l’effet du mako s’estompait et que la tête lui tournait.

Depuis que les scientifiques avaient réussi à brider les pouvoirs de Jenova au coeur même de ses cellules, seule la substance produite par la rivière de la vie ou les materias les empêchaient lui et son frère de s’écrouler, inanimés, aux pieds de leurs anciens ennemis.

Anciens ennemis pour lesquels ils étaient devenus des objets d’étude et des curiosités…

- Fiche-moi la paix, Reno…

Il avait envie de s’allonger. D’être seul. De dormir… Il se sentait si fatigué…

- Ah ! Non, désolé… Ce serait trop facile ! Nous avons une conversation à terminer.

- Reno, arrête, je ne suis pas d’hum…

Le turk le saisit par le bras et n’eut aucun mal à le déséquilibrer.

L’argenté s’effondra dans ses bras avec un gémissement plaintif.

- Te voilà à ma merci, joli Yazoo. A moins que tu n’appelles ton frère à l’aide ? Mais que lui dirais-tu ? « Aide-moi, Loz, je suis trop faible pour me défendre… » ? Quelle humiliation, n’est-ce pas ? Mais laquelle serait la plus terrible ? Celle d’admettre ta faiblesse maintenant que les cellules de Jenova ne sont plus là pour te soutenir ? Ou celle de me voir prendre de force ce que tu me promets depuis quelques jours sans vouloir me le donner ? (Il lui saisit les poignets et Yazoo se débattit) Regarde-toi… tu n’as pas plus de force qu’un garçonnet…

- Tu ne feras pas cela, murmura l’argenté, la gorge serrée.

- Non ? Et pourquoi ? demanda encore Reno en dézippant son manteau pour faire glisser le manteau sur son épaule.

- Reno, je t’en prie…

- Alors ? Qu’est ce que ça fait, de se retrouver pris à son propre jeu, Yazoo ?

- Arrête… sanglota-t-il. S’il te plaît…

En voyant une larme rouler sur la joue pâle, Reno comprit qu’il était allé trop loin et reprit immédiatement son sérieux.

- Eh… chuchota-t-il en caressant doucement les cheveux de mercure. Merde… Le prends pas comme ça, je déconnais.

L’argenté serra les deux pans de son manteau sur sa poitrine et ses lèvres furent agitées d’un tremblement irrépressible.

- Pardonne-moi, chuchota Reno en embrassant la nuque délicate. Je ne voulais pas te faire peur. Je ne te ferai jamais de mal, Yazoo, tu le sais… Tu me sais, n’est-ce pas ?

- Laisse-moi.

Le turk lui prit le menton et tourna le visage gracieux vers lui.

Les yeux mako étaient le foyer d’un indicible tourment.

- Je suis désolé, Yazoo… Je suis désolé d’avoir poussé la blague un peu loin mais il faut que tu comprennes que… que…

Il effleura sa joue d’un doigt fébrile, le souffle court, puis le lâcha brutalement pour sortir de la suite comme on s’enfuit.

Lorsque Yazoo reprit suffisamment ses esprits pour le rappeler d’une voix brisée, seul l’immense couloir désert lui répondit en écho :

« Reno ! Attends ! Ne me laisse pas…pas… pas… as… as… »

FIN

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Laboratoire HP-82

*

Rédaction : Shiva Rajah

Illustration : Shiva Rajah, d’après des illustrations de M.A. Sambre

Corrections : les volontaires sont les bienvenus !

*

L’arme semblait appeler le tout jeune adolescent.

” Velvet Nightmare “

Cauchemar de velours. Quel beau nom…

Caché derrière une étagère de la bibliothèque, il observait la gunblade depuis plusieurs minutes et l’entendait presque le supplier de briser la vitre du présentoir pour la prendre.

- Yazoo ? Que fais-tu ?

La voix cristalline de Kadaj le fit tressaillir et il se retourna avec une vivacité inhumaine, conforme à sa nature.

Son frère cadet s’accouda à l’un des rayonnages croulant sous les livres scientifiques et les encyclopédies diverses.

- Alors ? Tu ne réponds pas ?

Yazoo lui offrit son sourire le plus enjôleur.

- J’admirais la gunblade, c’est tout.

Kadaj lui adressa un regard courroucé.

- ” Ils ” t’ont dit de ne plus traîner ici, sinon, on sera punis tous les trois !

- Et je suppose aussi qu’” ils ” t’ont demandé de me surveiller ? Qu’est-ce qu’ils t’ont promis, en échange ? Plus de piqûres pendant une semaine ? Dispensé d’entraînement pendant trois jours ?

Son frère détourna ses yeux mako voilés de longs cils argentés et Yazoo sourit de sa gêne. Un sourire qui aurait fait pleurer d’amour les pierres elles-mêmes.

Si Kadaj était gracieux comme un ange du ciel, tout en rondeurs enfantines et en douceur, Yazoo, lui, possédait déjà, malgré son jeune âge, la beauté venimeuse et sensuelle des anges déchus. Semblables par leur délicatesse et leur finesse de traits, l’aîné avait pourtant ce charme éthéré qui n’appartenait qu’à lui.

Il posa sa joue sur l’épaule de son frère, qui frémit à son contact.

Les scientifiques n’avaient pas accoutumé les argentés à ce genre de familiarités mais Yazoo en usait toujours avec un plaisir évident.

- Tu vas courir leur dire ? demanda-t-il avec une moue.

Kadaj se dégagea, une délicate teinte rose sur ses joues poupines.

- Tu crois que j’ai envie qu’on soit tous punis ? (Yazoo lui passa en riant les bras autour des épaules.) Arrête !

- Quoi ? Qu’est-ce que j’ai fait de mal, encore ?

Son cadet le repoussa sans douceur.

- Cette manie que tu as de nous tripoter sans arrêt, Loz et moi… c’est gênant.

Yazoo leva un fin sourcil d’argent.

- Gênant ? Mon contact est gênant !

Il tourna les talons, agacé, et quitta la bibliothèque.

- Yazoo, attends. C’est pas ce que voulais di… Oh ! Eh puis zut ! Va te faire voir !

*

- Gênant ! maugréa Yazoo en sortant de la douche pour rejoindre Loz dans la chambre qu’ils partageaient. Tu entends ? demanda-t-il à son aîné, assis en caleçon au milieu de son lit en train de se battre avec la batterie de sa mini-console de jeux. Mon contact est gênant pour mon propre petit frère !

Loz éclata de rire.

- Mais qu’est-ce que tu racontes, encore ?

La soyeuse chevelure argentée de l’adolescent était aussi courte que celle de son frère était longue. Quant à son jeune corps, il en remontrerait avant peu à bien des adultes athlétiques dans la force de l’âge.

Yazoo alla s’allonger sur le lit, la tête sur sa cuisse.

- Prends tes aises ailleurs que sur mes genoux, moustique ! railla gentiment Loz en faisant mine de le chasser. Ca fait presque une heure que j’attends pour prendre une douche. Allez, du balai ! Yazoo !

- Tu peux attendre une minute, non ? grommela celui-ci sans bouger d’un pouce. Je suis en train de te parler, là ! Et arrête avec ce truc !

Il lui arracha la console des mains pour la jeter sur le couvre-lit voisin et son aîné leva les yeux au plafond et soupira, vaincu.

- Vas-y. Qu’est-ce que tu as encore fait ?

- C’est pas vrai, tu n’as rien écouté de ce que je t’ai dit, hein ? Il ne s’agit pas de moi, gros bêta ! C’est Kadaj.

- Bon, alors : qu’est-ce que le têtard a encore fait ?

- Rien ! Mais il est de plus en plus bizarre, chuchota-t-il.

- Bizarre ? Ah ! Ah ! J’en connais qui penseraient plutôt ça de toi.

Yazoo se mordilla la lèvre.

- Sais-tu pourquoi nous n’avons pas le droit d’aller dans la bibliothèque ? Je suis sûr que ce n’est pas seulement à cause des armes, dans les vitrines.

Son frère secoua la tête et sourit.

- Attention où tu mets tes jolis petits orteils, murmura-t-il en lui tirant gentiment l’oreille. Tu vas finir par nous attirer à tous de sérieux ennuis !

- Mais non ! Dis ?

- Quoi ?

- Tu trouves mon contact gênant, toi ?

- Bien sûr que non, quelle idée !

Yazoo leva un sourcil et le détailla pour essayer de le percer à jour.

Tiens…

Les épaules de Loz ne s’étaient-elles pas encore élargies, depuis quelques semaines ? Ses traits ne s’étaient-ils pas durcis ?

Sa peau fine était toujours aussi douce que celle d’une fillette mais son menton paraissait plus anguleux et les veines, sur ses avant-bras, ressortaient un peu plus que d’habitude, gonflées par des muscles qui promettaient d’être fermes.

Ses jambes étaient encore un peu trop fines et trop longues par rapport à son torse mais ses mollets et ses cuisses s’épaississaient de mois en mois.

Quant à son ventre rebondi de garçonnet joufflu, il avait disparu, s’était creusé, et on distinguait à présent parfaitement le dessin de huit petits muscles abdominaux bien carrés.

Quelle magie avait donc opéré à l’insu de Yazoo? Quand cela s’était-il produit ? Et pourquoi cela le perturbait-il soudain à ce point ?

- Loz…

- Quoi, encore ?

- Tu me fais un câlin ?

- Quoi ? Pourquoi ? Tu ne pleures pas.

- Parce que j’en ai envie, idiot ! Moi, je ne t’en fais que quand tu chouines, peut-être ? Allez, embrasse-moi. (Loz haussa les épaules et se pencha pour déposer un baiser sur sa joue.) Mais non, pas comme ça.

- Comment alors ?

Yazoo fit une moue coquine et caressa ses lèvres du bout des doigts.

- Tu as les lèvres douces, murmura-t-il. Embrasse les miennes.

- Etrange idée. Pourquoi faire ?

- Tu verras. Allez, embrasse-moi. Je vais te montrer un truc.

Davantage pour avoir la paix et pouvoir prendre enfin sa douche que par envie réelle, Loz déposa un baiser sur la petite bouche boudeuse et son cadet noua ses bras autour de son cou, le forçant à s’approcher d’avantage.

Le bout de sa langue se glissa entre ses dents, caressa la sienne et il voulut se dégager mais Yazoo tenait ferme.

C’était étrange de sentir son goût et son souffle… Etrange et follement agréable, en fait.

Un peu rassuré, Loz laissa échapper un soupir et sa langue s’enroula finalement autour de celle de son frère, réprimant l’envie de l’aspirer.

Bizarre comme sa peau semblait douce sous ses mains, tout d’un coup.

Douce à frémir.

Douce à vouloir y frotter la sienne.

Oui… le serrer contre lui. Sentir son corps contre le sien.

Et cette chaleur…

D’où venait cette chaleur soudaine, au bas de son ventre ?

C’était…

Il s’écarta brutalement, effrayé par ce qu’il ressentait. Ce besoin pressant de… de… de quoi, d’ailleurs ?

- Que… Où as-tu appris à faire ça, Yazoo ? haleta-t-il. Dans un livre de la bibliothèque ?

- Non, j’ai vu Hojo le faire avec une assistante. C’était pas bien ? Moi j’ai bi… Qu’est-ce que t’as ?

Loz baissa les yeux vers ce que lui désignait son frère et tordit le nez en voyant la grosse bosse qui déformait son caleçon.

Il tira sur ce dernier pour voir de quoi il retournait et laissa échapper une exclamation horrifiée.

- Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que j’ai ? Qu’est-ce que tu m’as fait ?

Yazoo, intrigué, porta la main à cette étrange excroissance de chair qui semblait avoir poussé au bas du ventre de son aîné.

- C’est… C’est juste ton ” machin “. Ca a enflé. (Il passa les doigts dessus et Loz poussa un petit cri qui le fit retirer vivement sa main.) Pardon. Je ne voulais pas te faire mal.

- Tu crois que c’est un truc qu’ils m’ont injecté ? Un produit qui a des effets bizarres ?

La peur le saisit et l’excroissance s’en fut comme elle était venue, rapetissant pour devenir le petit sexe imberbe auquel ils étaient tous deux habitués.

Yazoo poussa une exclamation étouffée.

- Tu as eu mal ?

- Non. Non pas du tout. Au contraire… Mais c’est vraiment étrange, comme impression.

- Nous devrions peut-être en parler aux blouses blanches ?

Loz fronça les sourcils.

- Tu crois ? C’était peut-être juste un… accident. Un truc qui pousse et qui s’en va, comme un bouton sur la figure.

- Peut-être.

- C’est étrange, quand même. Je veux dire, ce ” truc “. Les blouses blanches nous ont donné des jambes pour marcher, des yeux pour voir, une bouche pour parler mais ça… (Il prit son sexe entre deux doigts.) Je ne vois pas à quoi ça peut servir.

Yazoo haussa les épaules.

- A faire pipi, quelle question ! Tu l’utilises tous les jours.

- Un trou aurait suffi, non ? Pourquoi ils sont allés nous mettre tout cet attirail ?

- Je ne sais pas. Ca doit être joli. Comme nos cheveux. Ils ne servent à rien mais ils sont là parce que c’est joli.

L’aîné tira sur la petite masse de chair qu’il tenait entre les doigts.

- Tu trouves ça joli, toi ? Ce bout de chair et ces machins qui pendouillent au bas de notre ventre et qui font mal quand on cogne dessus, en plus ? Et pourquoi ça s’est mis à grandir ?

- Tu en as de ces questions, Loz ! Comment veux-tu que je le sache ? Remarque qu’il y aurait bien un moyen d’essayer de le savoir…

- Oublie cette saleté de bibliothèque !

Yazoo bondit que ses pieds et embrassa d’un geste ample toute la pièce.

- Oublie ! Ne pense pas ! Ne dis rien ! Fais ci ! Fais ça ! J’en ai assez ! Je veux une réponse à toutes mes questions et je la veux tout de suite !

Son frère se couvrit la tête des mains en gémissant, voyant déjà les ennuis et la punition qui allait avec leur tomber dessus comme un couperet.

- Mais pourquoi faut-il que tu cherches toujours des problèmes ?

Yazoo manqua de s’étouffer.

- Des problèmes ? Nous passons notre temps à obéir et à faire leurs quatre volontés !

- Yazoo !

- Quoi ” Yazoo ” ? J’en ai assez ! J’ai l’impression d’être un tableau statistique servant à décorer le mur ! Et le monde, là, dehors ? Pourquoi les blouses blanches ne nous en parlent-ils jamais ? Qu’est-ce qu’il y a, de l’autre côté des murs ? Je veux savoir ! Savoir ! Savoir ! Tu ne t’es jamais posé ces questions ? Et pourquoi nous ont-ils créés tels que nous sommes pour nous punir dès que nous nous servons de ce qu’ils nous ont donné ?

- Qu’est-ce que tu racontes ?

- Hier, Hojo m’a passé un savon parce que j’étais nu dans la piscine ! Tu peux me dire quel mal il y a à être nu dans la piscine ? J’aime le contact de l’eau sur ma peau. ” C’est obscène ! ” A-t-il dit. ” Impudique et obscène ” ! Tu y comprends quelque chose ? Eh bien moi, rien ! Rien du tout ! De quoi a-t-il peur, Hojo ? Qu’on use la jolie peau qu’il nous a fabriquée ?

Loz lui passa un bras autour des épaules.

- Allons, calme-toi. Hojo n’aime pas qu’on se mette en colère.

Yazoo releva la tête.

- Hojo n’aime pas ci ! Hojo n’aime pas ça ! Et ce qu’on aime, nous ? Ca compte ou pas ? J’en ai marre ! On existe pour faire quoi, d’ailleurs ? Tout le monde a un métier, ici, s’occupe de quelque chose, mais nous ? On sert à quoi, nous ? Hojo nous a fabriqués pour quoi, exactement ?

Il se tut, excédé, et ramena les genoux contre sa poitrine pour les enserrer de ses bras.

Taquin, Loz frotta doucement le bout de son nez contre sa joue, ce qui ne manquait jamais de le faire sourire.

- Tu boudes ? demanda-t-il d’une petite voix chagrine.

Comme il l’espérait, son frère se dérida aussitôt et laissa échapper un petit rire.

- Idiot…

*

Yazoo se réveilla avec une désagréable sensation d’humidité sur le ventre et entre les cuisses.

Ses draps étaient mouillés ?

Impossible !

Contrairement à Kadaj, qui avait régulièrement trempé son lit jusqu’à l’âge de six ou sept ans, lui et Loz ne s’étaient jamais oubliés la nuit.

Il alluma sa lampe de chevet et souleva ses couvertures.

C’était le drap du dessus qui avait pâti, et non le drap housse.

En plus de ça, ça ne ressemblait pas à de l’urine.

Moins encore à de la sueur.

C’était… plus épais. Plus… sirupeux ?

Et ça avait à moitié séché sur son ventre et le haut de ses cuisses en plaques visqueuses, comme s’il s’était tartiné de… de… de morve ?

Il grimaça, dégoûté.

En plus, ça sentait bizarre. Une odeur âcre, à la fois iodée et sucrée.

- Qu’est-ce que tu fiches, Yazoo ? ronchonna Loz, le faisant sursauter. Il n’est même pas quatre heures du matin ! Eteins cette lamp… Yazoo ? Qu’est-ce que tu as ? Tu es malade ?

- Je… je ne sais pas, bredouilla son cadet. Viens voir.

Loz se leva en frottant ses beaux yeux mako gonflés de sommeil, observa attentivement les draps et grimaça.

- Beurk… Tu t’es mouché dedans ?

Yazoo lui asséna une tape sur la tête.

- Idiot ! Bien sûr que non ! Tu vois bien que c’est mon ventre, qui est sale, pas mon visage !

- S’est sorti de ton nombril, affirma Loz, de plus en plus inquiet en se penchant sur le ventre tendre. Tu en as plein, à cet endroit.

Son frère enfonça prudemment le bout de l’index dans l’orifice concerné mais le retira aussitôt avec un frisson anxieux.

- Je n’ose pas. Vas-y, toi.

- Et si te je fais mal ou que j’abîme quelque chose ?

- Bah, je te le dirais. Allez, vas-y !

Il ferma les yeux, s’attendant à sentir le doigt de Loz s’enfoncer dans ses intestins mais son frère secoua la tête.

- Non, je ne sens pas de trou. C’est fermé. (Il tâta son propre nombril, à titre de comparaison) C’est exactement comme moi.

- Ca s’est peut-être refermé tout seul ?

- Sûrement.

Le cadet blêmit.

- Et si ça continue à couler dedans ? Tu imagines ?

- T’as peut-être un trou quelque part dans l’estomac.

- Loz, j’ai peur !

Ce dernier ne réfléchit pas davantage et se précipita vers la porte.

- Ne bouge pas ! Je vais chercher une blouse blanche !

- Loz ! sanglota Yazoo. Attends ! Ne me laisse pas tout seul ! Loz !

*

Son corps splendide à demi recouvert par un somptueux drap de soie noire, Scarlet pétrissait d’une main possessive les muscles pectoraux du jeune homme au physique sculptural allongé nu à ses côtés.

- Laisse-moi dormir, maugréa-t-il en chassant la main délicate avant de se retourner sur le ventre. Trouve-toi un autre crétin, si tu n’en as pas eu assez.

Le sourire se figea sur le visage de la directrice du Département du Développement de l’armement.

Elle enfonça cruellement ses ongles vernis de rouge dans les reins étroits et les fit remonter le long du large dos en V, marquant la chair pâle de profonds sillons ensanglantés.

- Aïe ! Mais ça va pas !

Il s’était redressé sur le lit comme un ressort trop longtemps bandé et grimaçait, les larmes aux yeux et le dos cuisant.

- Ne t’avise plus jamais de me parler de cette façon, Loz.

- Ca va, c’était juste une pique !

Scarlet lui répondit par son insupportable petit rire cruel et referma la main sur l’un des impressionnants biceps du jeune homme.

- Plus j’y pense et plus je me dis qu’il te faudrait quelque chose de plus puissant qu’une simple arme à feu. Oui… quelque chose de bien plus puissant et de bien plus dangereux…

- Hein ? grimaça Loz en essayant de tâter son dos pour évaluer les dégâts.

- Je dois trouver une arme plus adaptée à toute cette puissance, dit-elle en évaluant la force d’un avant-bras musculeux d’une simple pression des doigts.

Il lui montra sa main ensanglantée.

- Regarde ça ! Tu m’as littéralement tailladé la peau, espèce de folle.

Une gifle retentissante mit fin à ses récriminations et il dût se mordre la langue pour ne pas lui servir une bordée d’épithètes fleuris bien moins élégants qu’une allusion à son état mental.

- File d’ici ! ordonna-t-elle. Tu es insupportable, aujourd’hui. Tu m’agaces…

Il ne se le fit pas dire deux fois et entreprit de s’habiller sous le regard ardent et admiratif de la jeune femme.

Les yeux inquisiteurs paraissaient lui brûler le dos davantage encore que les blessures qu’elle venait de lui infliger

Un court instant, elle faillit le retenir pour s’offrir une dernière partie de ” saute-mouton “, comme disait Reeve, mais se ravisa. Le jeune homme avait sans doute donné son maximum pour la journée. Demain serait un autre jour…

- Tu ne me dis même pas au revoir ? le tança-t-elle lorsqu’elle le vit se diriger vers la porte sans même un regard en arrière.

Il se retourna et lui adressa un regard à faire frémir l’homme le plus téméraire mais il en fallait plus pour impressionner Scarlet.

- Pourquoi faire ? répliqua-t-il simplement avant de disparaître. Tu viendras me chercher dès que l’entrejambe te démangera, de toute façon.

La chaussure à talon aiguille que lui lança la jeune femme à toute volée percuta la porte qu’il venait de refermer.

- Petit con ! cria-t-elle.

*

- Tu étais encore avec cette pintade ? cracha Yazoo en le voyant revenir dans leur chambre. Je ne sais pas comment tu fais. Qu’est-ce que tu as ? ajouta-t-il en voyant son frère grimacer en enlevant son sweet-shirt. Elle t’a jeté du lit ?

Loz jeta ses vêtements au pied de son lit.

- Cette folle m’a ravagé la peau du dos.

Il allait s’allonger sur le couvre-lit mais son cadet bondit du sien, sur lequel il était en train de lire, pour s’interposer.

- Oh ! Non ! fit-il en le tirant par le bras vers la salle de bains. Non, non, non, non… Hors de question que tu infestes le moindre recoin de cette pièce avec une seule molécule, un seul atome - que dis-je ! - un seul électron de cette garce !

- Yazoo… gémit Loz.

- Pas de ” Yazoo ” qui tienne, tu files sous la douche ! décréta-t-il en le poussant sous le jet, le faisant jurer.

- Aïe ! Ca fait mal !

- Quoi ? C’est trop chaud ?

- Non… Mon dos. Ca brûle.

Il se retourna et son frère hoqueta en voyant les striures rouges sur son dos ensanglanté.

- Wouahouh… Qu’est-ce que tu lui as fait pour qu’elle te griffe comme ça ? demanda-t-il avec un sourire à la fois narquois et complice.

- Je lui ai demandé de me laissé dormir… gémit piteusement Loz en grimaçant sous le jet d’eau chaude.

Yazoo écarquilla les yeux et éclata de rire.

- Ah… Oui, là, forcément, c’est tout de suite moins affriolant. Allez, finis de te laver, je vais t’arranger un peu ça.

Vingt minutes plus tard, Loz commença à regretter de ne pas avoir jeté Scarlet sur ses genoux pour lui administrer une fessée dans les règles de l’art et tant pis pour les conséquences.

- Arrête de gigoter, Loz ! bougonna Yazoo en finissant de nettoyer les longues plaies à l’antiseptique.

- Mais ça démange ! (Son frère ne put s’empêcher de rire.) Quoi ?

- Tu ne changeras jamais…

- Comment ça ? se renfrogna Loz.

Son cadet l’enlaça par derrière et pressa sa joue satinée contre la sienne.

- Que, malgré vingt années bien sonnées, tu es et tu resteras toujours le petit garçon que j’ai connu et avec lequel j’ai grandi. Et c’est pour ça que je t’aime toujours autant.

- Ne dis jamais ça devant Kadaj. Il deviendrait dingue…

Yazoo rit de plus belle.

Le petit dernier de la fratrie était d’une jalousie maladive et avait parfois du mal à accepter la tendresse et la complicité que partageaient ses deux aînés.

- Qu’est-ce que je ne dois pas entendre ? demanda une voix claire dans leur dos.

- On ne t’a jamais dit qu’il fallait frapper aux portes avant d’entrer, sale petit têtard ? gronda Loz.

- Comment tu m’as appelé, tas de viande sans cervelle ?

Yazoo pouffa et attrapa Kadaj au vol lorsqu’il voulut se jeter sur leur aîné.

- Du calme, petit frère !

- Je vais le tuer ! promit celui-ci.

Loz rit de plus belle.

- Quoi ? Tu veux me frapper avec tes petits poings, Kadaj ? railla-t-il en tapant du plat de la main sur sa poitrine, deux fois plus large que celle de ses cadets. Chouette ! On va pouvoir jouer aux osselets, après !

Kadaj se débattit comme un diable dans les bras de Yazoo et ce dernier jeta à son aîné un regard suppliant.

- Arrête ! Tu veux le rendre hystérique ou quoi ?

- Depuis quand il a besoin de moi pour ça ?

- Loz !

- Lâche-moi ! hurla Kadaj. Lâche-moi ! Je vais lui arracher la peau du dos et m’en faire un tapis. Tu es un homme mort, Loz !

- Désolé, quelqu’un s’en est déjà chargé, regarde, grimaça ce dernier en se retournant.

Kadaj se calma instantanément, la curiosité prenant le pas sur la colère, mais Yazoo ne desserra pas son étreinte pour autant, au cas où.

- Qui t’a fait ça ?

- La pintade ! persifla Yazoo.

- Hein ? Wouah ! Tu as dû l’envoyer au moins au neuvième ciel pour qu’elle t’arrange comme ça.

- Ouais, on va dire ça…

- En fait, il l’a juste envoyée promener et elle lui a fait comprendre qui était le chef ! pouffa Yazoo.

Son cadet ouvrit de grands yeux moqueurs.

- Oh, la honte !

- Non mais tu es de quel côté, toi ? s’emporta Loz en fusillant Yazoo du regard.

Il se laissa tomber à plat ventre sur son lit et Kadaj se libéra pour venir s’asseoir à ses côtés, tout sucre, tout miel.

- Tu as mal ?

- Non, ça va.

- Tu es sûr ? insista-t-il en enfonçant le doigt dans la plaie la plus profonde.

- Aïe ! Sale petit têtard !

Le têtard en question fila comme une flèche en ricanant avant qu’il ne puisse réagir, laissant la porte ouverte.

- Il t’a encore eu, se moqua Yazoo en refermant le battant.

- Je déteste quand il agit comme ça… Quel sournois !

Son frère s’assit sur son oreiller, tout près de sa tête, et lui caressa les cheveux.

- Tu devrais arrêter les frais, avec Scarlet.

- Si tu crois que j’ai le choix…

- Tu devrais arrêter quand même.

Loz leva un sourcil narquois.

- Jaloux ?

- Ne dis pas de sottises ! C’est juste que je ne l’aime pas, elle est trop… possessive.

- Peut-être mais je n’ai rien d’autre sous la main, en ce moment.

- Et la rouquine de l’accueil ?

- Partie.

- La brunette du labo 3 ?

- Hojo l’a virée.

- Et celle qui t’avait tapé dans l’œil, la petite avec les gros roploplos ?

- Elle préfère les minets. Elle trouve Kadaj ” trooop chouuuuu ” ! singea-t-il avec une grimace, la bouche en cul de poule.

Yazoo éclata de rire.

- Eh bien, prends ton mal en patience. Un peu de calme ne te fera pas de mal, va !

- Et sur qui je viderai mon trop plein de testostérone ? Toi ? (Yazoo lui répondit par une grimace.) Tu n’étais pourtant pas le dernier à te porter volontaire, si je me souviens bien… Tu as déjà oublié ?

Son frère se redressa d’un bond et blêmit.

- On avait juré de ne jamais reparler de ça, Loz… murmura-t-il avec un regard méfiant en direction de la porte. Nous n’étions que des gosses.

- Moi, j’en garde un bon souvenir.

- Loz !

- Quoi ? Tu as honte ?

- Parle moins fort.

- Réponds. Tu as honte ?

- Oui.

- Pourquoi ?

- Parce que… parce que… Je n’en sais rien. C’était mal.

- Mal ? Vis-à-vis de qui ? De quoi ?

- Je n’en sais rien !

- Pfff… ” Toujours pareil “. C’est ce que tu disais tout le temps, tu te rappelles ?

- Quoi donc ?

- Que tu en avais assez de t’entendre donner des ordres sans aucune raison ou explication valable. Que tu voulais connaître le pourquoi des règles afin de décider par toi-même si elles étaient acceptables ou non. Tu as oublié ?

Yazoo sourit avec tendresse et s’allongea sur le dos à côté de son frère.

- Non, Loz, je n’ai pas oublié.

Ce dernier, toujours sur le ventre, bougea un peu la tête et la posa sur son épaule.

- Parfois, ça me manque.

- Quoi donc ?

- Cette époque. Notre innocence. Toutes les questions que nous nous posions. On se disait que, quand on serait grands, on s’enfuirait pour trouver toutes les réponses. Tu te souviens ?

- Je me souviens… On s’imaginait un monde merveilleux, dehors.

- Tu sais, Yazoo, parfois j’aimerais que tu aies raison à mon sujet.

- Comment ça ?

- J’aimerais vraiment être un petit garçon et y croire encore…

Une larme coula le long de l’arête de son nez élégant jusqu’à la poitrine de Yazoo et celui-ci serra son frère contre lui, comme il le faisait lorsqu’ils n’étaient encore que de tout jeunes adolescents inconscients de toutes ces ” choses interdites ” dont ils ignoraient jusqu’au nom…

FIN

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Part 4 - On les croyait épuisés… Eh bah nan !

INTERIEUR VAISSEAU, PONT DE COMMANDEMENT : Cid, Weiss, Nero, Loz, Yazoo, Sephy, Kadaj, Tifa, Shera, Reno, Elena.

Tout le monde regarde Weiss et Nero, attendant leur explication.

Eux se dévisagent en se demandant quoi répondre quand subitement l’écran de contrôle s’allume et un visage féminin apparaît.

Voix : SOS, SOS ! Ici, Helena ! Mon vaisseau est en rade ! SOS ! SOS ! Vous m’entendez ? SOS ! SOS !

Loz (qui se prend la tête dans les mains) : Oh non ! Pas la nymphomane ! Elle pouvait pas rester avec son Utaïen de @]¤#~ ! ! ! !

Weiss : Ouaouhhh ! C’est qui la blondinette incendiaire ?

Shera (affligée, une main sur le front, l’autre tendue vers le ciel en une supplique désespérée) : NOOOOOONNNN!!!!

Tifa (regard mauvais à Cloud) : Toi t’as intérêt à pas trop regarder ailleurs…

Sephy (soudain affolé, essayant en vain de se planquer derrière Cid) : Surtout tu ne m’as pas vu, je ne suis pas sur ce vaisseau, t’as compris ?!

Cid (atterré) : Tu as… Naaaaaaannn ! T’as pas fait ça ? pas toi ! T’es pas tombé dans le panneau ! Tu t’es pas tapé cette greluche ?! Si ?

Sephy (pleurniche, piteux) : C’est pas de la fauuuuute ! J’étais seuuuul, je rentrais de missiiiooooon, j’avais rien d’autre à me mettre sous le veeeenntre !

Helena : Cette voix ? (Soudain pleine d’entrain et sautillant devant son écran en agitant la main - et il n’y a pas que ça qui sautille parce qu’elle est court vêtue et que ça rebondit de partout) Sephynet ! Mon loup blanc à moi ! Ma terreur des nuits d’été ! Mon étalon aux yeux verts ! Le destin nous réunit alors même que je croyais t’avoir perdu à jamais !

Cid (un sourcil levé, abasourdi) : Eh ben ça, alors… J’aurais pourtant juré que j’avais décroché la plus barge…

Shera (qui, après avoir tourné la réflexion de Cid dans tous les sens, a enfin saisi et bout par les oreilles) : Eh ! C’est moi la barge ?!

Kadaj (serviable) : Qui tu veux que ce soit d’autre ?

Sephy (effondré, répète à voix basse) : Je suis foutu… Je suis foutu… Je suis foutu…

Loz (idem): Ah, la galère… Y manquait plus que ça !

Nero (qui ne saisit pas ce qui se passe) : Mais enfin qu’est-ce qu’il y a ? Qu’a-t-elle de si terrible, cette fille ?

Reno (qui revient sur le pont de commandement en mâchonnant un sandwich au roti de chocobo froid) : Bah z’êtes bouchés ou quoi ? Vous entendez pas Elena? (Il se dirige vers un tableau de commandes et, avant que quiconque n’ait le temps d’intervenir :) Allez zouh ! rayon tracteur, procédure automatique de récupération !

Tout le reste de l’équipage en cœur : NAAAANNNNN ! ! ! FAIS PAS CAAAAA! Trop tard…

Ils se prennent tous la tête entre les mains.

Reno (confus): Ben quoi ? C’est Elena!

Sephy (relève un chouia la tête) : On a combien de temps avant la fin des manœuvres d’arrimage de son vaisseau ?

Reno : Euh… Quelques minutes. Quoi ? Pourquoi vous me regardez tous comme ça ? J’ai fait une gaffe ?

Sephy (sombre): Ouiii ! (Avisant Cloud qui a l’air de compatir à son malheur) Dis donc… Tu pourrais pas m’aider à me planquer ? (À voix basse en désignant Yazoo, qui réajuste sa coiffure en se regardant dans son miroir de poche) Je préfère ne pas me fier à la rapidité d’esprit de mes frangins pour échapper à l’autre furie…

Cloud (fier d’aider son supérieur en détresse) : Bien sûr ! (Réfléchit) Voyons… Où on pourrait te cacher sur cette poub… Ce vaisseau ?

Ils partent en courant dans les couloirs pour trouver une planque. Reno se retourne, perplexe, vers les autres, toujours prostrés.

Reno : Euh… scusez… Dites ? Pourriez me filer un coup de main siouplait ?! SIOUPLAIT ?! Je suis tout seul aux commandes !

Tout le monde se reprend immédiatement devant la perspective de Reno pilotant seul le vaisseau.

Weiss (chuchote discrètement à son frère) : Sephiroth s’est barré avec le blondinet et pas avec un de ses frangins, t’as vu ? Je me demande pourquoi…

Nero (sur le même ton discret) : Prends pas cette tête de satyre, il ne veut pas que la fille le trouve, c’est tout.

Weiss : Elle est canon pourta… (regard frigorifiant de Nero) Quoi ? Je ne me demande juste ce qu’elle peut avoir de si terrible, la donzelle !

Nero : Imagine ton pot de colle de frère - à savoir moi - puissance dix et 24 heures sur 24. Tu dirais quoi ?

Weiss (médite un moment puis un grand sourire lui étire progressivement les lèvres) : Chouette…

Nero (rougit sous le compliment un peu tordu) : Euh… Ouais. Mais là, en l’occurrence, Sephiroth en a marre, je crois. Et, en ce qui nous concerne, cette fille est un danger !

Weiss : Pourquoi ?

Nero : C’est une turk de la Shinra et ils fourrent leur nez partout ! Si jamais elle découvre qui nous sommes…

Weiss : Aïe… pas bon du tout.

Nero : Comme tu dis !

Au bout d’une longue attente (mais trop brève au goût de l’équipage), Elenaentre en trombe sur le pont de commandement en gueulant : SEEPHYYYYYYY !

Elle entre en collision avec le poing de Tifa, qui s’est interposé, et tombe par terre sur les fesses en tenant son nez endolori.

Elena : Ouaïlleuh ! (écarquille les yeux): T’es pas Sephiroth, toi !

Tifa (sourire moqueur): Tiens, je savais que ça rendait sourd mais, aveugle, j’étais pas au courant…

Elena (furieuse) : Où est Sephyroth ? Qu’est-ce que vous avez fait de lui ?

Reno ouvre la bouche pour répondre et se ramasse un revers d’aile de Nero dans la figure qui l’envoie par terre, sonné.

Nero : Oups ! Pardon, j’ai pas l’habitude de cette gravité…

Yazoo lui fait un discret signe de victoire.

Weiss : Tu cherches qui t’as dit ?

Elena (les observe lui et son frère avec suspicion) : Le général Sephiroth. Grand, mince, la peau blanche, les cheveux argentés, de beaux yeux verts fendus. J’ai entendu sa voix tout à l’heure à la radio. Et je jurerais l’avoir vu se planquer derrière le jeunot, là. J’en suis sûre, y’en a pas deux comme lui !

Weiss (image vivante de son nom, à savoir : droit comme la vertu et innocent comme l’agneau qui vient de naître) : Naaaan ! T’as du confondre.

Cid (qui en rajoute une couche en désignant les triplés) : Ouaiiis, on a tout un nid de types à cheveux argentés et aux yeux de chat, par ici. Regarde !

Elena : Ah, vous croyez pouvoir faire tourner une turk en bourrique ! Ca ne se passera pas comme ça ! La Shinra a financé la construction de ce vaisseau et j’ai tous les droits, ici, amiral Highwind ! Y compris celui de tout fouiller !

Cid : Mais je…

Elle se relève et part à grande allure dans les coursives en ouvrant toutes les portes. Loz, Tifa, Yazoo et Kadaj cavalent derrière, dans l’ordre (kadaj s’étant étouffé quand Elena a relevé sa jupe pour son sprint).

Finalement elle ouvre une dernière porte et brame: AH ! AAAHHHH ! Je le savais que vous me mentiez!

Elena (tend le bras vers la cabine qu’elle vient d’ouvrir d’un air victorieux) : Qu’est-ce que je disais ! Cheveux soyeux, expert en amour, un corps de rêve…!

Yazoo (jette un œil par la porte et fronce son joli nez) : Deux.

Elena (s’arrête net et le dévisage) : Quoi, ” deux “?

Loz (passe à son tour la tête par la porte et confirme) : Ah, oui. Yazoo a raison : deux.

Elena (les yeux lui sortent de la tête) : DE QUOI VOUS PARLEZ A LA FIN ?!

Kadaj (arrive à la traîne et pile en les voyant groupés devant la porte ouverte, absolument indigné): EH ! Qu’est-ce que vous faites devant la cabine de Nii-san ?

Tifa (sur un ton docte): cheveux soyeux, expert en amour, oui, mais sur DEUX corps de rêve… Faut vraiment te faire réviser la vue, hein.

Loz (en rajoute une couche) : Bon c’est vrai qu’on s’y perd un peu mais là, ça s’améliore : Cloud est en train de devenir tout rouge, ce qui permet de savoir qui est qui.

Sephy (en position très compromettante - et surtout assez tarabiscotée avec Cloud, aussi furieux que gêné - dit sur un ton très bas mais infiniment menaçant): Ca vous ennuierait de nous laisser…?

Kadaj (pousse tout le monde dans le couloir avec empressement): Oui, Nii-san ! Scuse-nous Nii-San ! Je les vire Nii-san !

Il ferme la porte et fusille ses frères et Tifa du regard, mais il est encore tout tourneboulé par ce qu’il a vu avant de fermer la porte.

Elena, elle, semble totalement sous le choc.

Elena (éclate en sanglots) : BOUUUUHHH, Sephy est gayyyy !!!

Kadaj (lui tapote maladroitement sur l’épaule pour la consoler): Mais non, mais non…

Elena : Mais siiiiiii ! (se tourne vers ses frères et murmure ) Il est peu con, le mouflet, nan ?

Elle se répand en larmes

Kadaj (qui n’a rien entendu, dans un excès d’inspiration): Qui serait assez fou pour fuir une femme aussi belle que vous, voyons ?

Les autres pointent leur pouce vers le bas en tirant leur langue, méprisants : pppppfffffffffffffrrrrrrrr ! ! ! ! !

Elena (regarde Kadaj et essuie ses larmes) : Tu penses ce que tu dis ?

Kadaj (sourire consolateur): Bien sûr !

Elena (le dévisage en silence puis prend une expression plus du tout désolée et, au contraire, très décidée et enjôleuse): Hm, celui que tu as appelé Nii-san, c’est le grand Général ?

Kadaj (qui commence à étouffer sous la pression soudain insistante des bras d’Elena, au grand amusement des autres): Euh… Oui, c’est ça, madame.

Elena (lui souffle à l’oreille) : Appelle-moi Elena… Femmes de pouvoir et fils d’officiers sont faits pour s’entendre, tu ne crois pas ?

Les trois autres échangent un regard, éclatent de rire et haussent les épaules et les voyant s’éloigner. Elena est pendue au cou de Kadaj par un bras et l’autre main traînant dieu sait où, à en juger par les bruits et la démarche bizarre de l’argenté.

…à suivre

XXXXV - Jamais deux sans toi !

A trop se donner, on s’abandonne.”
J. Ferron

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

- Imbécile ! Comment as-tu pu te faire avoir aussi bêtement par ce gamin ? !

Le poing de Genesis cueillit Nero au creux de l’estomac, lui coupant le souffle.

Telle une mince gerbe de blé coupé par une faux, le buste gracieux plia vers l’avant et le ténébreux s’effondra aux pieds de son bourreau.

- NOOONNN ! NERO !

Le hurlement de Weiss résonna dans les profondeurs souterraines.

- Ferme le bec ou je te jure que je lui décorerai la peau à ma façon pour chaque mot qui sortira du clapier te servant de bouche ! menaça Genesis en saisissant Nero par ses longs cheveux noirs.

- Ca… ça va… aller… mon frère… haleta ce dernier en essayant de se relever sous le douloureux tiraillement. Je… vais bi…

Une gifle retentissante l’interrompit.

- Qui t’a permis de l’ouvrir, maudit tas de poix ?

- Enfant de salaud ! cria encore Weiss. Laisse-le tranquille !

- Je ne me suis pas bien fait comprendre, on dirait, railla le soldat. Long à la détente, hein ? Tu préfères les exemples aux paroles ? A ta guise ! (Il gifla à nouveau Nero à toute volée.) Encore quelque chose à dire ?

L’ancien chef des Tsviets se mordit la langue pour ne pas répliquer mais, en voyant le sang couler de la lèvre fendue et du nez de son frère, il se débattit comme un diable dans ses liens.

- Il va suffoquer ! cria-t-il. Enlève-lui son mors ! Détache-lui les mains !

En effet, entravé par son mors, les bras immobilisés par les sangles de sa camisole et ses ailes de métal - dont les mains artificielles auraient pu lui permettre de se libérer - arrachées, Nero bataillait pour ne pas s’étouffer avec son propre sang.

Genesis tendit une main lasse vers les attaches du mors de cuir avec un soupir résigné mais interrompit son geste en entendant les pleurs de bébé qui résonnèrent soudain dans la grotte.

Abandonnant Nero, qui luttait pour respirer, et se dirigea vers un petit tas de couvertures gigotant, qu’il souleva dans ses bras avec un sourire de carnassier.

- Il t’a réveillé, hein, bébé ? babilla-t-il au milieu des bruits gargouillants de suffocation et des cris affolés de Weiss en berçant le nourrisson, dont un toupet de cheveux argentés dépassait de la couverture. Méchant petit bout de ténèbres qui embête bébé… Méchant Nero… Méchant ! On va le punir comme il se doit. Oh, oui…

- Espèce de malade ! hurla encore Weiss en se débattant entre ses liens, faisant pleurer le petit de plus belle.

Son frère essaya de tousser et une partie du sang qui coulait de son nez gicla, éclaboussant la couverture et le visage du bébé.

Fou de rage, Genesis le poussa violemment du pied, l’envoyant s’affaler contre un rocher.

- Crache tes impuretés ailleurs que sur lui !

Il essuya le visage poupon avec un pan de la couverture et le bébé, terrifié, pressa ses poings minuscules sur ses beaux yeux mako aux pupilles fendues en pleurant à fendre l’âme.

*

Cid posa l’hélicoptère sur la pelouse du parc et Reno qui - une fois n’est pas coutume - jouait les copilotes, secoua la tête.

- Pourquoi ne te poses-tu pas sur la piste du toit ?

- Et la moto, on la descend comment, poil de carotte ? railla l’amiral de la W.R.O. en faisant sourire Vincent. On lui met un parachute et on la jette dans le vide ?

Yazoo pouffa, Marlène endormie recroquevillée dans son giron.

Une fois l’hélice immobile et les moteurs coupés, Cid et Loz descendirent la moto à la force des poignets et se dirigèrent vers le garage accompagnés de Vincent tandis que le turk et Yazoo, la fillette endormie dans les bras, prenaient le chemin du manoir.

- Yazoo… appela Loz. N’oublie pas ce qu’on a dit.

- Je sais, mon frère, j’ai compris : tu es juste tombé en panne. Un ” simple incident mécanique “.

Il lui adressa un clin d’œil avant de disparaître en compagnie du turk et Vincent soupira en tapant sur l’épaule de Cid.

- Allons vite remettre d’aplomb les motos avant que tout le monde se réveille.

- Toi, fit le pilote en posant la main sur la large poitrine de Loz pour l’arrêter, tu vas me faire le plaisir d’aller nicher ton joli museau ente les roploplos de qui tu sais et de ne pas réapparaître avant d’avoir dormi deux ou trois heures !

L’argenté sourit malgré lui.

- Je vais bien, Cid, je dormirai un peu cet après-mi…

- Maintenant ! insista Cid. Tu tiens à peine sur tes jambes, mon gaillard.

- Cid a raison, renchérit Vincent. Nous nous occupons des motos, ne t’en fais pas. (Loz se frotta le visage et esquissa un geste impuissant.) Je sais que les cauchemars risquent de revenir, ajouta l’ancien turk en lui pressant le bras en signe d’encouragement. Mais tu dois quand même essayer de te reposer un peu.

- Qu’est-ce qui se prépare, Vincent ? Qu’est-ce que moi Yazoo avons à voir avec ce Genesis ?

- Je ne sais pas. Mais nous trouverons, je te le promets. (L’argenté hocha la tête et s’en retourna.) Loz ! Merci de vouloir rester discret au sujet de… de ça, fit-il en désignant la moto aux freins trafiqués.

- C’est mieux pour Tifa et pour les enfants. Ca leur ferait trop mal. Ils ne comprendraient pas.

Il s’éloigna et Cid siffla entre ses dents, admiratif.

- Ce mec en a une putain de paire, moi je te le dis !

Vincent éclata de rire et aida son ami à pousser la moto en direction du garage.

*

Shalua sentit qu’on lui secouait doucement l’épaule et ouvrit son œil valide.

Elle s’était assoupie auprès de Denzel, qui dormait profondément.

- Reeve ? murmura-t-elle en reconnaissant le chef de la W.R.O., vêtu d’un sobre peignoir de coton bleu. Qu’est-ce qui se passe ?

- Shalua, il faut absolument que tu vois ça, fit-il sur le même ton pour ne pas réveiller le garçonnet en sortant une clé mémoire de sa poche. On m’a envoyé ces documents il y a une heure.

- A voir ta tête, ça a l’air grave. Qu’est-ce que c’est ?

Il désigna Denzel.

- Allons dans la pièce d’à côté, je t’expliquerai. Prends ton ordinateur.

La jeune femme obéit et le suivit dans le salon.

- Qu’est-ce qu’il y a ? demanda-t-elle, de plus en plus inquiète en voyant le visage décomposé de Reeve à la lumière du plafonnier.

- Le labo du Deepground.

- Quoi, ” le labo du Deepground ” ? Il a été vidé et scellé, non ?

- Pas entièrement, Shalua.

Elle pâlit.

- Qu’est-ce que tu veux dire ?

Reeve se laissa tomber sur le divan et se tordit nerveusement les mains.

- Mes hommes viennent de… de retrouver un étage.

Shalua s’affala à ses côtés.

- Je… Je ne comprends pas.

- Un étage supplémentaire intermédiaire que nous n’avions pas repéré lors de la première fouille. C’est l’effondrement d’une poutre de soutien qui l’a mis au jour. Elle a été rongée par le mako.

La jeune femme déglutit péniblement.

- J’ai peur de poser la question, Reeve, mais… qu’est-ce que tes hommes ont trouvé de si grave pour te réveiller en pleine nuit ?

- Des cuves. Douze cuves mako dont plusieurs contenaient des restes humains. (Shalua porta sa main valide à sa bouche pour réprimer un haut-le-cœur) C’est la fuite de l’une d’elles qui a rongé la colonne. Ils ont également trouvé du matériel génétique. Récemment utilisé.

Shalua se raidit.

- Quel genre de… ” matériel ” ?

Reeve brancha la clé mémoire sur l’ordinateur portable de la jeune femme.

- Juge par par toi-même…

Il lança une vidéo et Shalua reconnut aussitôt l’endroit : les laboratoires du cratère nord.

Après avoir visionné des heures et des heures d’horreurs elle pensait avoir fait le tour de l’inhumanité d’Hojo mais force était de constater qu’elle s’était trompée.

*

Loz entra à pas de loup dans la chambre et vit son téléphone clignoter sur la table de chevet, illuminant par intermittences le visage de Tifa, profondément endormie, d’une lueur verdâtre : ” Vous avez un message “.

Avec un sourire attendri, il se saisit du petit appareil et s’assit tout doucement sur le bord du lit en effleurant la douce chevelure brune étalée sur l’oreiller .

Il consulta son répondeur afin d’arrêter l’agaçant clignotement et eut la surprise d’entendre la voix de Tifa.

” …à l’endroit de ton choix. A tout de suite. Je…Je t’aime. “

- Fin de vos messages. Pour les réécouter, tapez

Loz sentit une émotion sans nom lui serrer la gorge et, le cœur battant, essaya désespérément de ravaler les larmes qui menaçaient de couler.

Immobile à quelques centimètres seulement de la femme pour qui - il en était certain à présent - il pourrait offrir sa vie sans le moindre état d’âme, il dut attendre un long moment que l’émoi provoqué par les derniers mots du message se calme un peu.

Si tu crois qu’elle va laisser Denzel faire sa loi, tu la connais pas ! “

Marlène avait peut-être raison, finalement…

Il reposa le téléphone sur la table de chevet et, une fois certain qu’il pourrait garder les yeux secs, il se déshabilla en silence et se glissa sous les couvertures.

La jeune femme s’éveilla à demi en sentant un corps d’homme se presser contre son dos et une douce odeur sucrée lui chatouiller les narines. Une bouche avide remonta le long de sa nuque, mordillant la peau en provoquant d’agréables frissons.

- Je vous préviens, monsieur, fit-elle avec un petit rire ensommeillé sans ouvrir les yeux. Si vous n’êtes pas un grand garçon au corps de rêve avec des cheveux argentés très courts et de beaux yeux verts, vous allez au devant de gros ennuis…

Elle se retourna dans les bras de Loz et lui sourit dans la pénombre.

- J’ai droit à un baiser, murmura-t-il contre ses lèvres. J’ai reçu le message gagnant, je peux le prouver.

Tifa éclata de rire et l’embrassa avec une fougue impatiente mêlée de tendresse.

*

Vincent et Cid venaient de terminer de réparer les freins de la moto de Yazoo lorsque le téléphone du pilote sonna.

- Highwnind. Déjà ? Très bien, j’arrive. Non. Non, non, mieux vaut que ce soit fait tout de suite. Et Cloud ? Très bien, je lui dis.

Il raccrocha.

- Alors ? s’enquit l’ancien turk.

Le pilote prit une profonde inspiration.

- Les documents du divorce viennent d’arriver, laissa-t-il tomber, le cœur battant.

- Bien. Et Cloud ?

- Toujours avec Shelke, en bas. Ca se passe plutôt bien, d’après Rufus.

- Tant mieux.

Cid sourit, fébrile.

Il avait attendu cet instant si impatiemment ces derniers jours que, maintenant que ça arrivait, il se sentait tout ” chose “, comme disait Marlène.

- Nerveux ? demanda Vincent en voyant son ami respirer avec irrégularité.

- Un peu, je l’avoue.

- Vas-y, je m’occupe de la moto de Kadaj.

- Tu es sûr ?

Vincent lui pressa l’épaule.

- Va mettre fin à la mascarade qu’est ton semblant de mariage et nicher ” ton joli museau dans les roploplos de qui tu sais “ !

Le pilote éclata de rire et serra l’ancien turk contre lui en une virile accolade.

- Ca ne te va du tout, de dire des choses pareilles, tu sais ? railla-t-il. Mais l’intention était bonne, ajouta-t-il plus ému qu’il ne l’aurait voulu.

- Allez file avant qu’on se mette à pleurnicher.

Cid s’éloigna en direction de la porte du garage et se retourna une dernière fois avant de disparaître.

- Eh ! Vampy ! A toute fin utile : les freins, c’est les trucs sur lesquels on appuie pour s’arrêter de rouler ! plaisanta-t-il.

Il esquiva un chiffon noir de graisse et Vincent rit de bon cœur en se saisissant d’une clé à molette.

*

Reno, las d’attendre assis sur son lit que Yazoo le rejoigne et, surtout, craignant de s’endormir qu’il restait là à rien faire une minute de plus, décida d’aller le chercher.

Lui et l’argenté avaient quelque chose à… ” terminer ” !

Il quitta sa chambre pour se diriger vers celle de Denzel et Marlène et poussa doucement la porte.

Le lit du garçonnet était vide - Cid leur avait dit dans l’hélicoptère qu’il l’avait laissé avec Shalua - mais, sur celui de Marlène, le spectacle qui s’offrait à lui faillit le faire éclater de rire.

Yazoo, épuisé successivement par une nuit de cauchemars, un Reno entreprenant soûl comme une barrique, une partie de ” tralala ” interrompue, un frère sur le point de faire le saut de l’ange dans un ravin et un voyage nocturne en hélico, n’avait apparemment pas résisté au pouvoir hypnotique du couvre-lit estampillé de chocobos multicolores - et on pouvait le comprendre.

L’argenté et la fillette, ainsi qu’une bonne dizaine de peluches et une demi-douzaine de poupées, étaient entortillés dans un inextricable amas de bras, de jambes, de pattes, d’ailes et de cheveux (ou de poils) en tout genre.

Réprimant un fou rire, le turk couvrit le ” tas ” d’une couette et s’allongea sur le lit de Denzel avec un soupir las.

Il ferma les yeux “juste une minute” mais, avant même de s’en rendre compte, il s’endormit à son tour.

*

Une fois de plus happé par les ténèbres glaciales, Loz marchait à l’aveuglette, frissonnant et essayant désespérément de percer le brouillard obscur.

Les langues de brume ténébreuse et hurlante s’accrochaient à ses cheveux, enserraient ses jambes et ses bras, s’enroulaient autour de ses hanches étroites et léchaient son visage comme autant de mains, de bras ou de langues d’outre-tombe.

Il luttait pour ne pas céder à l’affolement, n’osant ouvrir la bouche pour crier ou appeler à l’aide de peur que le brouillard noir ne se glisse dans sa gorge.

Après une marche cauchemardesque durant laquelle il batailla contre les ténèbres, se débattant contre les assauts des mains invisibles et des voix hurlantes, il distingua un point lumineux au loin.

Avec sa dernière énergie, il se dirigea vers la lumière, essayant de courir de toutes ses forces mais en ayant l’impression de faire du ” sur place ” et, soudain, la lumière l’éblouit, comme s’il avait parcouru la distance qui se séparait du point lumineux en un dixième de seconde.

Il cligna des yeux.

Les ténèbres n’avaient pas totalement disparu, elles s’étaient juste retirées un peu, rampant, chuchotantes, vers les murs de la pièce dans laquelle il se trouvait…

Une salle dallée de blanc au centre de laquelle trônait une table de dissection à défaut de tout autre mobilier. Et, sur cette table, il se vit lui-même allongé, entièrement nu.

- Ce n’est pas réel… murmura-t-il en se forçant à mette un pied devant l’autre. Tout ceci n’est pas réel…

L’autre lui-même tourna la tête vers lui en le fixant de ses yeux mako vitreux.

- Ne pleure pas, Loz, fit-il d’une voix d’automate avant de reprendre sa position initiale.

Il fit encore un pas et… le remarqua. A croire qu’il venait de se matérialiser devant lui.

Le bébé.

Assis, nu sur la table métallique, il lui tournait le dos et babillait en jouant sur le ventre de l’autre ” lui ” avec quelque chose qui faisait un étrange bruit glaireux.

Ce dos tout rond à la chair tendre, ces fesses joufflues, ces petits bras potelés et ce toupet de cheveux argentés fins comme des toiles d’araignée, Loz les connaissait bien pour les avoir embrassés, massés ou toilettés à d’innombrables reprises.

- Kadaj ? chuchota-t-il en s’approchant du petit, la gorge serrée. Kadaj ? Qu’est-ce que tu fais là, bébé ?

Le petit se tourna à demi vers lui et il eut l’impression qu’on lui assénait un coup au cœur.

Ce n’était pas Kadaj.

Son front était plus large, ses traits plus volontaire et il était bien plus grand que son frère cadet au même âge.

- Qui est-tu, bébé ? demanda-t-il, attendri, en tendant les bras vers lui. Qu’est-ce que tu fais là ?

Le bébé laissa échapper un éclat de rire joyeux qui fit sourire Loz et agita frénétiquement ce qu’il tenait dans ses petites menottes, projetant des éclaboussures de sang et de liquide blanchâtre en tout sens.

L’argenté vit alors avec quoi jouait le nourrisson et d’où provenait l’étrange bruit glaireux : le bas-ventre de son “double” semblait avoir été réduit en un amas sanglant de peau et de chair dont les lambeaux s’accrochaient encore aux canaux séminifères ensanglantés sur lesquels le bébé tirait en riant, comme pour les arracher des testicules éventrés…

Le hurlement de Loz résonna dans son crâne avec la force de mille tambours et la dernière chose qu’il vit fut le rideau de ténèbres qui se referma sur lui pour le dévorer.

” …oz ! Lo… oi ! “

Il étouffait…

eille… oi ! Loz ! “

La bille lui brûlait la gorge…

- Loz ! Loz ! Oh, mon Dieu, Loz, réveille-toi !

Il ouvrit brutalement les yeux et voulut hurler mais sa gorge était trop serrée pour pouvoir émettre le moindre son.

- Loz ! Respire ! Respire, je t’en supplie ! Loz !

Tifa était accroupie au-dessus de lui, au bord des larmes, et le secouait aussi fort qu’elle le pouvait.

- Tifa… gémit-il.

Sa gorge se desserra soudain et il eut à peine le temps d’avaler une goulée d’air qu’un violent haut-le-cœur lui contracta l’estomac.

Il écarta la jeune femme aussi délicatement qu’il le put et se précipita dans la salle de bains pour rendre le contenu de son estomac dans une succession ininterrompue de spasmes douloureux qui parurent lui déchirer les entrailles.

- Loz… gémissait sans discontinuer Tifa en lui caressant le dos, totalement démunie. Oh, mon Dieu, Loz…

Lorsque les contractions finirent par se calmer, elles le laissèrent à genoux sur le luxueux carrelage, pantelant, totalement épuisé et ruisselant d’une sueur glacée.

Tifa enveloppa son corps moite frissonnant dans un drap de bain moelleux et le serra contre elle en suppliant tous les Dieux qu’elle connaissait de lui venir en aide.

Elle se laissa aller contre le mur de la salle de bains, Loz blotti contre elle, et pleura à la fois d’impuissance et de soulagement en pétrissant les muscles de son dos et de ses épaules.

- Pardon, Tifa… réussit-il à articuler, la gorge brûlante de la bile qu’il avait vomie. Pardon…

- Mon pauvre amour… chuchota-t-elle en couvrant son visage de baisers. Mon pauvre amour…

…à suivre.

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XXXXIII - Adagio au clair de lune pour un petit turk

«Le sexe masculin est ce qu’il y a de plus léger au monde…

une simple pensée le soulève ! »

Frédéric Dard

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Loz installa Marlène devant lui, sur sa moto, ajusta ses gants de cuir et alluma ses phares.

Il était presque six heures du matin mais le soleil d’hiver ne se lèverait pas avant au moins deux heures et, hormis une pleine lune qui avait du mal à percer derrière les nuages, il faisait encore nuit noire.

- Prête ? demanda-t-il.

La petite acquiesça joyeusement et se pencha sur le guidon.

- Il pleut encore des petites gouttes, t’as vu ?

- Tu veux qu’on attende encore un peu ?

- Non, c’est bon. Sinon, on n’aura pas le temps de passer à la boutique de monsieur Philéas avant le petit déjeuner.

L’argenté se pencha par-dessus la fillette pour se saisir du guidon.

- Alors, on est partis !

Il fit vrombir la moto, sortit de la grotte et s’engagea sur la petite route de montagne escarpée pour entamer la descente vertigineuse du mont Nibel.

Ce n’était guère plus qu’un chemin de terre détrempé par la pluie qui serpentait tout autour de la montagne, de la base au sommet.

Il était si étroit que, par endroits, ils roulaient à un mètre à peine du ravin.

- Tu n’as pas le vertige ? demanda l’argenté d’une voix forte pour couvrir le bruit du moteur. Ca ne va pas trop vite ?

- Oh, non ! C’est génial ! J’adore quand toi et Yazoo vous allez vite !

Loz éclata de rire, amusé par l’exaltation qui perçait dans sa voix, et relâcha un peu les freins, pour le plus grand plaisir de la petite.

*

A nouveau réveillé par un cauchemar, Yazoo réalisa qu’il était à demi allongé sur Reno, la joue sur sa poitrine, et se pétrifia, n’osant même plus respirer.

Il voulut se faire violence pour s’écarter de lui mais fut incapable d’ordonner à ses membres d’obéir.

Il sentait battre le cœur du turk contre sa poitrine, entendait sa respiration profonde, s’enivrait de sa chaleur et était perdu dans un sensuel nuage de parfum masculin, sensuel et musqué.

Non, pour rien au monde il ne voulait bouger de là !

Au contraire, il nicha son petit visage au creux du cou offert et se blottit dans les bras accueillants avec un petit soupir involontaire.

Avant même de comprendre ce qu’il faisait, il effleura la gorge palpitante de ses lèvres.

Il but les battements du cœur de Reno à même sa jugulaire en respirant à pleins poumons la tiède fragrance de ses cheveux roux qui lui chatouillaient le nez jusqu’à ce que la tête lui tourne.

S’enhardissant, il darda même la pointe de sa langue pour goûter sa peau, juste sous son oreille, le faisant frissonner dans son sommeil.

Cette réponse à sa discrète caresse inonda le ventre de Yazoo d’un flot de lave et ses doigts, mus par une volonté propre, descendirent sur la poitrine glabre pour effleurer un téton tendre, qui se contracta et durcit comme un petit caillou sous sa paume.

Le pouls du turk s’affola contre ses lèvres et il ferma les yeux, essayant de graver cet instant délicieux dans sa mémoire.

C’est alors qu’il prit alors conscience de la colonne de chair qui se tendait contre sa cuisse, gagnant en vigueur à chaque battement de cœur.

Il se cambra pour échapper au contact fiévreux de ce curieux python.

- Tu l’as cherché, Yazoo baby… chantonna Reno à son oreille.

Si l’argenté ne vit pas son sourire narquois dans la pénombre, il ne l’entendit que trop et l’appréhension le gagna.

Appréhension qui, lorsque Reno pressa ses lèvres sur les siennes, se mua en panique.

- Non… gémit-il contre sa bouche.

Mais son refus sonnait faux.

Tout son corps se tendait vers le turk et, en dépit du contrôle qu’il essayait de lui imposer, accueillait le baiser avec une avidité féroce.

« Il ne faut pas… Il ne faut pas… Je vais tout gâcher… Je ne sais pas m’y prendre… »

Comment allait réagir Reno en découvrant qu’il était un novice en la matière et incapable de lui donner le moindre plaisir ?

Qu’avait-il dit, déjà, en parlant de Yuffie ?

« Je ne m’intéresse pas aux candides créatures effarouchés. Les femmes de mon âge sont beaucoup trop vicieuses et séduisantes pour qu’un jouisseur comme moi passe à côté de ça ! »

Cette pensée le dégrisa immédiatement et il interrompit leur innocent baiser en détourant brutalement la tête.

- Reno, non !

Les lèvres de celui-ci frémirent contre sa joue et il lâcha l’argenté pour s’allonger de tout son long, les bras derrière la nuque.

Toujours en appui sur sa poitrine, Yazoo écarquillait désespérément les yeux pour essayer de distinguer l’expression de son regard dans la pénombre mais c’était inutile : il entendait très clairement sa respiration sifflante et le grincement de ses dents.

Reno était en colère, et il ne pouvait pas lui en vouloir.

- Excuse-moi, murmura-t-il, la gorge serrée. Je… je ne sais pas ce qui m’a pris. (Reno ne répondit pas et ne fit pas un geste mais un long soupir d’exaspération s’échappa de sa gorge) Reno, je…

Ce dernier s’assit brusquement, le faisant rouler sur le côté comme s’il n’avait été qu’un chat endormi sur son ventre, et alluma la petite lampe de chevet.

- Reno…

Les couvertures se rabattirent brutalement sur lui et le turk se leva en silence pour enfiler son pantalon.

- Reno, où vas-tu ? demanda l’argenté d’une voix brisée, l’inquiétude lui nouant les entrailles.

- Prendre l’air, consentit enfin à répondre le jeune homme en s’asseyant sur le lit pour attraper sa chemise.

Bouleversé et pris d’angoisse, Yazoo le ceintura par derrière et pressa sa joue contre sa nuque.

- Ne pars pas, supplia-t-il. Pas comme ça. Je suis désolé, Reno… Pardonne-moi…

Reno allait répliquer vertement qu’il n’avait qu’à prendre ses responsabilités et finir ce qu’il avait commencé, éteindre l’incendie qu’il avait volontairement attisé, lorsqu’il réalisa que l’argenté sanglotait.

Sa frustration et sa colère retombèrent aussitôt.

- Yazoo ? Eh, Yazoo baby, arrête, c’est pas grave.

Il se libéra doucement de son étreinte et se tourna pour le prendre dans ses bras.

- Pardon, Reno…

- Chut, ce n’est rien. Arrête de pleurer, ce n’est pas la fin du monde. Je ne t’en veux pas, je suis juste un peu déçu, c’est tout. C’est toujours rageant de se faire allumer et… Enfin peu importe. Allez, calme-toi. (Il effleura sa joue et l’argenté eut un mouvement de recul) Je vois. Ecoute, j’ai juste cru que… Enfin, que je te plaisais et que tu voulais faire l’amour, je…

- C’est le cas, le coupa Yazoo en rougissant violemment. Mais…

Il se tut et détourna le regard.

- Quoi ? Tu n’as pas confiance en moi ? demanda le turk. Tu penses que je vais te prendre là, à quatre pattes par terre, et m’en vanter à la ronde ?

Il lui tira la langue, taquin, et Yazoo rougit de plus belle.

- Non, c’est que je… je… C’est que je ne me suis jamais retrouvé dans ce genre de… de situation.

Reno rit de bon coeur.

- Si ça peut te rassurer, moi non plus ! Les mecs, c’est vraiment pas mon truc, d’habitude. Mais il ne doit pas y avoir une grande dif…

- Ce n’est pas ce que je veux dire, Reno, le coupa à nouveau l’argenté, les joues cuisantes.

Le turk se souvint de la conversation qu’il avait surprise entre Tifa et Shalua, à l’infirmerie, et se mordit la lèvre.

- Oh… Tu veux dire que tu n’as jamais fait… Enfin, jamais eu de…

- C’est ça… avoua Yazoo, plus gêné que jamais.

Reno sourit.

- Ca te fait peur ?

Yazoo secoua la tête, replia ses jambes et les enserra de ses bras.

- Non, c’est juste que… Je ne sais pas comment faire, chuchota-t-il d’une voix presque inaudible. Quels gestes faire, quels mots employer et tu… tu disais que tu détestais « essuyer les plâtres », en parlant de jeunes filles comme Yuffie.

Reno se mordit les lèvres pour étouffer un rire.

- Yazoo… Ca n’a rien à voir, voyons.

- Les « pucelles coincées » te font « gerber ». Ce sont tes propres mots, je n’ai pas oublié. J’ai peur d’être maladroit. De faire ou de dire des choses idiotes. Peur d’être ridicule et de t’entendre te moquer de moi.

Une tendresse bouleversante prit Reno à la gorge.

- Yazoo… On n’est jamais ridicule, dans ces moments là. C’est ça qui est génial, quand tu fais l’amour. Tu peux te laisser totalement aller, dire ou faire des choses complètement dingues.

L’argenté lui jeta un regard en biais.

- Tu t’es pourtant bien moqué de Yuffie.

- Comme je me serais moqué de Marlène ou de Denzel. C’est tout ce qu’elle est, à mes yeux. Une enfant. Je n’éprouve strictement aucun désir pour elle. Ce qui est loin d’être le cas lorsque je te regarde, Yazoo baby… ajouta-t-il d’une voix un peu enrouée.

Yazoo se pétrifia, ébranlé par un aveu aussi direct.

- Je… je ne sais pas quoi dire, chuchota-t-il en baissant les yeux pour échapper au regard concupiscent.

- Alors c’est moi qui vais parler. Et te dire que je ne passe pas une heure sans me languir du parfum de tes cheveux, de ta peau, ou sans repenser à la sensation grisante de ton corps contre le mien, flottant dans le mako. A la caresse de tes doigts sur mon front, lorsque j’étais malade. A ton rire tintant dans cette chambre. A ton adorable visage penché sur moi. A cette petite bouche que j’ai envie d’écraser sous la mienne, à ces lèvres pleines que j’imagine courir sur toute la surface de ma peau… Tout cela est-il ridicule, Yazoo ?

- Non… susurra celui-ci, ému. Bien sûr que non.

- Et toi ? Qu’as-tu envie de me dire, Yazoo baby ? chuchota Reno en se penchant sur lui, taquin. (L’argenté eut un petit rire gêné et secoua la tête) Quoi ? N’y a-t-il donc rien qui te plait, en moi ?

- Si, bien sûr que si. Trop, sans doute.

- Quoi ? Allez, joue le jeu. Dis-moi quoi.

Il frotta le bout de son nez contre la joue ronde de l’argenté et le poussa gentiment, enjôleur.

-Tes yeux, finit par avouer Yazoo, amusé par son insistance. Je ne me lasse pas d’y plonger le regard. Tes cheveux, aussi. J’ai toujours envie d’y glisser mes mains. De sentir leur texture, de respirer leur odeur…

Reno s’approcha davantage encore.

- Fais-le, chuchota-t-il à son oreille. J’adore ça.

Yazoo caressa timidement la douce chevelure rousse et le turk ferma les yeux, goûtant les petits frissons que provoquaient les doigts graciles.

- J’ai souvent regardé ta bouche, aussi… (Reno lui prit la main de sorte que les doigts fins en caressent la courbe voluptueuse) Et qu’elle est aussi tendre que je l’avais imaginée… (Il effleura ses lèvres des siennes) Et bien plus douce que je n’avais osé le rêver… susurra Yazoo contre sa bouche.

Le baiser se fit plus féroce.

Reno le sentit trembler et s’écarta un peu pour ne pas l’effaroucher.

- Tu vois, ce n’est pas si compliqué… murmura-t-il en lui caressant la joue.

Il observa son visage à la faible lueur mordorée de la petite lampe de chevet qui dansait sur la peau si blanche et ombrait ses longs cils argentés, plus épais que ceux d’une femme.

Du bout des doigts, il suivit les courbes douces, presque enfantines, de ce visage parfait encadré de soyeux cheveux de mercure : la petite bouche boudeuse aux lèvres pleines, le menton pointu, le nez droit, un peu retroussé, et les paupières mi-closes sous lesquelles brillaient d’immenses yeux couleur de topaze verte.

Il se pencha pour effleurer à nouveau ses lèvres, répandant une cascade rousse sur les épaules de Yazoo, mais n’insista pas. Ce fut ce dernier qui noua les bras autour de son cou pour l’attirer à lui.

Prudent, Reno glissa le bout de la langue entre les lèvres adorablement gonflées et la petite bouche s’ouvrit timidement.

Sa langue chercha la sienne qui, craintive, s’était tapie tout contre la voûte du palais. Il l’effleura délicatement, comme on caresse un petit animal sauvage pour l’amadouer, et, après plusieurs essais infructueux, elle consentit enfin à répondre maladroitement à ses tentatives d’approche.

Il ne força rien, ne tenta rien pour obtenir davantage que ce que l’argenté voulait bien lui donner et le long baiser prit bientôt fin.

Yazoo rougit et baissa à nouveau les yeux, ne sachant quoi faire ou que dire.

- N’aie pas peur, chuchota Reno.

- Je n’ai pas peur… Mais je… Je ne sais pas comment…

Le turk n’attendit pas son explication et ses lèvres prirent à nouveau les siennes tandis que ses mains se glissaient sous le t-shirt de coton.

Sa bouche suivit bientôt ses doigts et se posèrent sur chaque pouce de peau que dévoilait le tissu.

Yazoo laissa échapper un gémissement involontaire.

- Dois-je m’arrêter ? demanda le turk, la joue contre sa poitrine, en faisant lentement glisser le pantalon de pyjama de l’argenté sur ses hanches étroites.

- Non… murmura celui-ci en se laissant aller sur les couvertures défaites, les mains cramponnées à la douce chevelure rousse. Ne t’arrête pas…

Reno déposa de légers baisers sur la peau translucide de son ventre.

Lorsqu’il s’allongea enfin sur lui pour enfouir son visage contre son cou, que Yazoo sentit la chaleur de sa peau contre la sienne, libérée de la barrière de coton, une tendresse qui le fit presque pleurer l’envahit.

La longue chevelure rousse les recouvrait tous les deux, précieuse et fragile étoffe, et il ferma les yeux, simplement heureux de sentir ce corps sur le sien.

- De quoi as-tu envie ? demanda le Reno.

- De te caresser… répondit Yazoo avec un calme qui le surprit. De te découvrir… de te toucher…

Le turk se redressa légèrement et entrelaça ses doigts aux siens avant de se rallonger sur lui, afin que pas un pouce de la peau de l’un n’échappe au contact de la peau de l’autre.

- Découvre, Yazoo baby, touche… (Yazoo ferma les yeux et se concentra afin de se sensibiliser au tendre contact du corps sur le sien) Que sens-tu ?

Il était si étrange de toucher avec son corps tout entier…

Les mains prisonnières de celles de Reno, Yazoo le touchait cependant comme il ne l’aurait pas pu possible.

- Tes pieds… susurra-t-il. Oui, tes pieds entre les miens… (Le turk remua les orteils, le faisant sourire) Tu as des pieds très délicats avec des orteils très souples. Des chevilles fines. Et tu n’as pas de cors !

Reno éclata de rire.

- Et ?

- Je sens tes mollets. Très athlétiques. Comme tes cuisses. Ta peau est très douce. Tes hanches sont… très étroites… et tes reins très cambrés. Je sens…

Son souffle se fit court.

- Oui ? insista Reno.

- Ton sexe… Contre mon bas-ventre. Il est gonflé et très dur. Il palpite contre le mien.

Reno donna un très léger coup de reins, faisant soupirer sensuellement l’argenté.

Celui-ci essaya de libérer ses mains mais le turk raffermit sa prise.

- Que sens-tu ?

- Tes testicules contre mes cuisses. Tièdes… doux… (Reno frotta son membre contre le sien et Yazoo laissa échapper un petit gémissement) Ton ventre lisse contre le mien. Ton torse… Ferme et glabre. Il me protège. Il est brûlant… Je sens ta respiration. Lorsque… lorsque tu inspires, le contact de nos deux corps est plus intense… plus fort. Je sens tes tétons durcir. Ils frottent contre ma poitrine.

- Quoi d’autre ?

- Tes bras sur les miens… Ils sont musclés… Tes doigts qui s’entrelacent aux miens. Ils sont déliés… comme tes mains.

- Et ?

- Tes poignets. Fins. Tout est si délicat chez toi… C’est incroyable. Tu me sembles si solide, pourtant… J’ai l’impression que je pourrais briser tes doigts d’une simple pression. Tes mains sont faites pour caresser… non pour tenir une arme. C’est étrange. Elles ne sont pas dures et calleuses, comme on pourrait s’y attendre chez un homme qui manipule le bâton de combat avec une telle dextérité. Je…

Il se tut, le souffle soudain court.

- Oui ?

- Je les sens encore courir sur mon ventre et mes hanches… susurra l’argenté d’une voix enrouée qui fit remonter un long frisson le long de l’échine de Reno.

- Mhh… Et elles n’ont pas fini de dégourdir leurs petites jambes, les coquines…

Cette promesse espiègle fit à la fois sourire et frissonner Yazoo.

- Je sens tes épaules, poursuivit-il. Elles sont totalement détendues. Attends ! Ton cœur… (Il sourit) Oui… j’entends battre ton cœur. Là, juste sur ma poitrine. Et là, aussi.

- Ou ça ?

- Sur la veine de ton cou. Contre ma gorge. Je sens ton visage. Tes cheveux contre ma joue. Ils sont doux… Ils sentent bon… J’entends ton souffle tout contre mon oreille. Il s’échappe de tes lèvres entrouvertes. Tes cils me chatouillent la tempe. Tu as fermé les yeux…

- Oui…

- Tu respires très fort contre ma peau… Tu sembles… t’enivrer de son odeur.

- Oui, mon ange… Oui.

« Mon ange… »

Le cœur d’Yazoo se gonfla.

Il avait dit cela si naturellement…

Reno semblait si totalement détendu, si abandonné que ces mots avaient franchi ses lèvres comme une caresse.

- Tu es très séduisant, Reno. Et tu me plais énormément. En fait, je crois même que je…

Il se tut, incapable d’avouer ce qui lui brûlait pourtant les lèvres et le turk se redressa légèrement pour planter ses prunelles aigue-marine dans les yeux mako.

Ce regard… cette expression…

Reno en aurait presque pleuré…

- Oui, quoi ? demanda-t-il, la gorge soudain serrée.

La sonnerie stridente de son téléphone les fit sursauter tous les deux, faisant éclater la bulle de sensualité qu’ils s’étaient créée, et, très contrarié, il tendit la main pour attraper le petit appareil, sur la table de nuit.

- Reno, j’écoute, fit-il, le coeur battant. Vincent ? Pourquoi ? Qu’est-ce qui se passe ? (Il blêmit) Cloud a fait quoi ? s’écria-t-il en de redressant sur le lit. C’est pas vrai… Et où sont-ils partis ? De quel côté ? D’accord… Non, son frère est avec moi. (Yazoo pâlit à son tour, alarmé par ses paroles) On arrive tout de suite. Je peux faire démarrer l’hélico dans moins de 10 minutes.

Il raccrocha et l’argenté s’agrippa à son bras.

- Reno, qu’est-ce qui se passe ? Quel frère ?

- Loz. Il est avec Marlène et, si on ne les retrouve pas très vite, ils risquent de se tuer en moto ! Si ce n’est pas déjà fait… ajouta-t-il d’une voix étranglée.

- Quoi ? Comment ça ?

- Cloud a trafiqué les freins de vos bécanes.

Le visage de Yazoo se décomposa et il pressa ses deux mains sur sa bouche pour étouffer un cri horrifié.

- Non ! S’il était arrivé quelque chose à mon frère, je le sentirais ! assura-t-il en s’habillant à précipitamment.

Reno enfila ses vêtements à son tour en priant pour qu’il ait raison…

…à suivre

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XXXVII - Le mal de “mère”

«La plus violente douleur qu’on puisse éprouver,

certes, est la perte d’un enfant pour une mère,

et la perte de la mère pour un homme.»

Guy de Maupassant

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

« Que contient ce carton, mère ? »

« … »

« Tu ne veux pas me le dire ? »

« Tu le verras bientôt, amour… Lorsque tu sortiras d’ici. »

« Et tu es certaine que cela peut aider Kadaj ? »

« Qui peut être sûr de quoi que ce soit ? »

« Tu as l’air bien sombre, tout d’un coup… »

« Ce sont les souvenirs… Cette maison est pleine de tant de souvenirs… »

« Je sais… »

« Ne sois pas peiné, mon fils. Ils ne sont pas tous douloureux, loin de là. »

« C’est curieux… »

« Quoi donc, amour ? »

« Loz… Tu sens ? Quelque chose a changé. Il ne dégage plus la même énergie psychique que ses frères. C’est beaucoup plus intense. Il semble… euphorique ? »

« Pas euphorique, mon fils. Amoureux. »

« Amoureux… »

« C’est un sentiment si agréable… »

« Vraiment ? Qu’est-ce que ça fait, mère ? »

« C’est… difficile à expliquer. »

« Tu as souvent été amoureuse ? »

« Non, amour. Une seule fois, en réalité. »

« C’était Vincent, n’est-ce pas ? »

« Oui… Oui, c’était Vincent. »

« Mère… »

« Oui ? »

« Pourquoi as-tu épousé père si tu aimais Vincent ? »

« Je… Je ne m’estimais pas en droit de l’aimer. »

« Pourquoi ? »

« Son père, Grimoire, un homme que je respectais et qui était devenu mon maître à penser, est mort par ma faute. »

« La mort de Grimoire Valentine était un accident, mère. Personne n’aurait pu prévoir la réaction de cette entité que l’on appelle Chaos. Pas même toi.»

« Je sais… Mais peut-être que si je m’étais montrée plus prudente, moins impatiente, je… »

« Ca n’aurait rien changé. »

« Sans doute… Quoi qu’il en soit, c’est ce qui m’a fait repousser les avances de Vincent. »

« La culpabilité. Encore… Toujours… »

« Oui, mon fils. La culpabilité. Un fléau, disent certains philosophes. Mais, sans elle, nous serions des êtres dépourvus de morale et peut-être même de sentiments. Alors, à tout prendre, mieux vaut vivre avec elle que sans. »

« Et supporter sa morsure en serrant les dents… »

« Pas forcément, non. Tout maux a son remède.»

« Qu’est-ce qui peut guérir la culpabilité, mère ? »

« Le pardon, Sephiroth. Le pardon… »

*

Discret comme un fantôme, Vincent suivit Yuffie du grenier à la cuisine et la vit faire une razzia de biscuits, bonbons, sodas et autres cochonneries dans les placards avant de repartir, sa mystérieuse boîte bleue dans les bras.

- Une soirée pyjama se prépare, dirait-on, fit-il à l’intention de Gretta, qu’il avait vue se cacher derrière la porte à l’arrivée de la jeune fille.

La vieille femme, qui elle ne l’avait bien sûr pas remarqué, sursauta si fort qu’elle failli laisser tomber la part de gâteau - son péché mignon - et le thé qu’elle était venue engloutir discrètement.

- Monsieur Valentine ! s’écria-t-elle. Vous m’avez fait une de ces peurs !

- Désolé, Gretta.

Elle alluma une petite lampe et remit sa tasse de thé dans le micro-ondes.

- Un morceau de gâteau ? demanda-t-elle en lissant coquettement son élégante robe de chambre vert pâle et ses longs cheveux blancs noués en une natte lâche.

Vincent sourit et secoua la tête.

- Non, merci. Pourquoi vous êtes-vous cachée, en entendant Yuffie ?

Elle lui adressa un clin d’oeil complice.

- Le péché a meilleur goût lorsqu’il est commis en douce ! laissa-t-elle tomber, faisant rire l’ancien turk. Vous avez vu ce qu’elle transportait ? On aurait dit la boîte dans laquelle le docteur Crescent avai…

- C’est bien elle, la coupa Vincent, la gorge serrée. C’est moi qui la lui avait achetée, à l’époque, lorsqu’elle a su qu’elle était enceinte. Elle en avait besoin pour… enfin peu importe.

Le micro-ondes sonna et Gretta en retira la tasse de thé brûlant.

- C’est pour les garçons, vous croyez ?

- Pour le plus jeune, je pense.

- Oh, monsieur Hojo junior. C’est un gentil petit. Comme ses frères, d’ailleurs. Si seulement le docteur Crescent avait pu les connaître, elle qui rêvait d’avoir des tas d’enfants… Mon Dieu, quelle tragédie.

- « Tragédie » me paraît un mot bien faible, ma pauvre Gretta.

- C’est vrai. Mais j’y pense… les vieux albums, dans la bibliothèque. Ceux qui avaient été faits par leur maman. Vous croyez que ça leur ferait plaisir de les voir ? Enfin, si tant est que j’arrive à remettre la main dessus. Cette vieille maison prend des airs de chantier de fouilles archéologiques dès lors que l’on commence à y chercher quelque chose.

L’ancien turk leva un sourcil.

- Lucrecia a fait des albums ? Et… vous croyez qu’il serait possible d’entreprendre cette « fouille archéologique » maintenant ? demanda-t-il avec une grimace amusée.

- Là ? Tout de suite ? En pleine nuit ? (Vincent acquiesça et le visage de la vieille gouvernante se fendit d’un sourire malicieux) Passer une partie de la nuit avec un bel homme comme vous dans un endroit sombre et poussiéreux… C’est tentant. Quand je leur raconterai ça, les vieilles peaux de Nibelheim vont en être malades de jalousie ! plaisanta-t-elle en acceptant coquettement le bras qu’il lui tendait.

L’ancien turk rit de bon coeur et cligna de l’oeil, séducteur.

- Vous pourrez même leur dire que j’ai fait ça…

Il se pencha pour déposer un baiser bruyant sur sa joue et Gretta rougit comme une adolescente en gloussant de plaisir.

- Oh ! Monsieur Valentine ! le gronda-t-elle en lui donnant une petite tape sur l’épaule.

*

Quelqu’un le secouait doucement dans son sommeil. C’était déjà le matin ? Il lui semblait pourtant que cela faisait à peine quelques minutes qu’il s’était endormi.

Reno ouvrit un oeil.

- Mhh ?

- Reno ? murmura la voix douce de Yazoo dans la pénombre.

Le turk se frotta les yeux et s’assit sur son lit.

- Il y a un problème ?

- Non, je… Désolé, je ne pensais pas que tu dormais déjà.

- J’suis claqué. Je me suis effondré comme une merde… Qu’est-ce qu’il y a ? Tu ne te sens pas bien ? C’est à nouveau cette pourriture de Jenova ?

- Non, je suis… seul. Dans la chambre, je veux dire.

Reno écarquilla les yeux, certain d’avoir mal compris.

- Hein ?

Il ne pouvait pas voir le visage de l’argenté dans la pénombre mais était presque certain, au ton de la voix, qu’il avait viré à l’écarlate.

- Loz est avec Tifa et il va probablement passer la nuit avec elle, alors…

Il laissa sa phrase en suspend et le turk sentit son estomac se nouer.

Il rêvait ou Yazoo était en train de lui faire ouvertement des avances ?

- Euh… Ouais, bredouilla-t-il, horriblement gêné. Et… alors ?

- Tu vas me trouver ridicule mais… Rester dans cette chambre immense, seul, toute la nuit, à me dire qu’elle peut revenir à tout moment… Je… Enfin, je… J’ai peur, Reno. J’ai peur qu’elle profite de mon inconscience pour reprendre le contrôle si mon frère n’est pas là.

Le turk était si soulagé qu’il faillit se mettre à sauter sur son lit en criant « youppii ! ».

- Tu veux dormir avec moi ?

- Si ça ne t’ennuie pas, bien sûr.

- T’es con ou quoi ? Quelle idée, bien sûr que non. Allez, hop ! Viens là, fit-il en rabattant les couvertures.

Yazoo parut hésiter.

- Oh, je… Ce n’est pas nécessaire. Je peux juste m’allonger sur…

- Fais pas le con ! Allez, saute là-dedans.

L’argenté obéit et s’emmitoufla dans les draps de coton fraîchement changés.

- Merci. Je… Je n’ai pas osé aller voir Kadaj. Je ne voulais pas l’effrayer.

- Pas de problème, fit Reno en réprimant un bâillement. La vache, tu sens toujours aussi bon, ajouta-t-il d’une voix ensommeillée en se collant contre son dos, enfouissant son visage dans ses cheveux à l’étrange odeur sucrée.

Yazoo se raidit en sentant le bras du turk se refermer autour de sa taille et attendit d’interminables minutes que ce dernier se retourne et le lâche.

En vain…

- R… Reno ? finit-il par bredouiller d’une voix si ténue qu’elle était tout bonnement inaudible.

Mais le turk, grisé par le parfum sucré de la chevelure de mercure, était déjà reparti pour le royaume des rêves, laissant leurs deux corps emboîtés comme deux cuillers dans un tiroir.

Et si Yazoo portait un pyjama, ce n’était pas le cas de Reno, qui, certain que personne ne viendrait le voir, comme lorsqu’il était malade, s’était couché entièrement nu…

L’argenté sentait parfaitement les moindres détails de son anatomie à travers le coton léger et plus particulièrement la zone du bas-ventre, plus fraîche que le reste de son corps.

Il n’osait pas esquisser le moindre mouvement de fuite, de peur que le turk, stimulé par le frottement, ne se mette à « réagir ». C’est ce que faisait parfois inconsciemment son jumeau dans son sommeil, lorsque Yazoo se collait trop à lui. Mais l’argenté doutait fort que, comme Loz, Reno se contente d’un « Arrête de me serrer comme ça, ça me fait bander ! » ronchon avant de lui tourner le dos… Non, leur gêne à tous deux serait terrible et… et… et mieux valait éviter d’y penser !

Il ferma les yeux et essaya de se détendre mais c’était impossible.

Le souffle qui s’échappait des lèvres entrouvertes lui chatouillait la nuque, le bras qui l’enserrait lui brûlait la peau à travers son t-shirt, il sentait les battements de coeur du turk contre son dos et…

« Oh, merde… »

Ce qu’il craignait arriva : stimulé par le contact du corps tiède et le parfum affolant des phéromones saturées de mako, le corps de Reno répondit d’instinct et son sexe se tendit contre les fesses de Yazoo.

Ce dernier se força à une telle immobilité que c’était à peine s’il osait respirer.

C’était une chose de rêver romantiquement des bras de Reno autour de lui et c’en était une autre de sentir un corps d’homme plaqué contre soi, sexe tendu contre la partie la plus intime de son anatomie…

« Et le pire c’est que ce n’est pas désagréable du tout… » réalisa-t-il avec embarras.

Loz avait dit un peu plus tôt qu’il ne s’était jamais soucié de ce qui trouvait entre son nombril et ses genoux mais force était de constater que la partie incriminée se rappelait soudain à ses bons souvenirs.

Une chaleur traîtresse lui enflammait progressivement le bas du ventre, ses joues devenaient cuisantes et des fourmis lui remontaient le long des reins.

« Malédiction… »

Reno chuchota des mots inintelligibles dans son sommeil en resserrant son étreinte autour de lui et Yazoo mordit l’oreiller pour étouffer un petit gémissement frustré.

*

Kadaj avait fini se brosser les dents et s’apprêtait à se glisser dans son lit en compagnie de Cait 9 lorsqu’un léger grattement se fit entendre à la porte.

- Kadaj ? fit la voix étouffée de Yuffie derrière le battant. Tu dors ?

- Non, pas encore. Entre !

Cait alla aimablement ouvrir et la jeune ninja pénétra dans la pièce, un énorme carton bleu estampillé de petits moogles dans les bras.

- Pardon d’arriver comme ça, mais il fallait que tu vois ça, fit-elle en posant son fardeau sur le lit avec grognement. Bon sang, ce que c’est lourd ! Qui pourrait croire que des trucs aussi petits peuvent peser trois tonnes !

L’argenté considéra le curieux colis jauni et cloqué par le temps et l’humidité.

- Que… qu’est-ce que c’est ?

- C’était à ta mère.

Yuffie ouvrit le couvercle et en sortit les boissons, gâteaux et bonbons pris dans la cuisine sous le regard à la fois abasourdi et perplexe de Kadaj.

- A ma mère ?

- Mais non, pas ça, idiot ! Ah ! Ah ! Ah ! Ca, je l’ai piqué à la cuisine. La nuit risque d’être longue alors j’ai fait des réserves !

L’argenté la regarda retirer ses bottes et se mettre à l’aise sur le couvre-lit en étalant les sucreries autour d’elle, pour la plus grande joie de Cait, qui paraissait soudain surexcité.

- Tu… Tu fais quoi, là ?

Yuffie écarquilla les yeux.

- Quoi ? T’as jamais passé une nuit à te goinfrer de sucreries en regardant de vieilles photos ou en lisant de vieilles lettres ? Tu sais, dans la série « on ressort les vieux jouets et les vêtements de quand on était bébés » ?

- Hein ?

- Rigolade, blagues débiles, vieilles fringues ringardes, coupes démodées, tes vieux qui font des trucs que t’aurais jamais cru… Non ? Une soirée pyjama, quoi ! T’as jamais fait ça, avec tes frangins ?

Kadaj secoua la tête, ne comprenant absolument pas où elle voulait en venir, et elle échangea un regard effaré avec Cait, qui haussa ses petites épaules velues.

- On se souvient des jours de son enfance, expliqua le chat. On ressort les photos, on conjure l’absence. A ceux qui sont partis, on rend un tendre hommage. De ceux qui sont restés, on revoit le visage…

- Au labo, nous n’avions pas de souvenirs ou de jouets. Encore moins des photos. Nous étions des expériences, Cait, pas des enfants.

L’Utaïenne plissa le nez avec un pincement au coeur et tapota la boîte aux moogles.

- Je vois… Eh bien Lucrecia, ta maman, avait préparé cette boîte pour Sephiroth avant sa naissance. (L’argenté se raidit) Tu ne veux pas savoir ce qu’il y a dedans ?

- Je… Je ne suis pas Sephiroth, dit-il, la gorge soudain si serrée qu’il se demanda comment un seul son pouvait sortir de sa bouche.

Yuffie ne se laissa pas démonter pour autant.

- Je sais. Mais Lucrecia veut que tu voies ce qu’il y a dedans. C’est donc que ça doit être important pour toi aussi.

- Lucrecia ? Ma… mère ?

- Oui. C’est Aerith qui me l’a dit.

- Aerith ?

- Elle est venue me voir, tout à l’heure. Et elle m’a fait une belle peur, tu peux me croire ! C’est elle qui m’a dit où trouver la boîte. (Elle ouvrit un paquet de bonbons et le lui tendit) Allez, viens t’asseoir. Tu vas voir, il y a plein de choses qui vont te faire rire, dedans ! (Le chat robotisé plongea la patte dans le carton et en ressortit une minuscule paire de chaussettes blanches brodées de souris bleues) Regarde ! C’était pour le grand Général Sephiroth !

Cait éclata de rire et Kadaj s’assit sur le lit avec circonspection mais n’osa pas se pencher sur le contenu de la boîte.

Des sentiments contradictoires l’agitaient. Il mourait de curiosité de voir le contenu mystérieux mais se sentait aussi terriblement jaloux de Sephiroth. Lui aussi aurait aimé avoir une boîte semblable avec son nom écrit au feutre noir sur le couvercle.

Voyant qu’il ne bougeait pas, Yuffie et Cait replongèrent simultanément main et patte dans la grosse boîte.

L’une en retira un gros album orné d’un bébé moogle bleu vêtu d’une barboteuse et suçotant une tétine et l’autre, deux lettres encore cachetées.

Ces dernières attirèrent aussitôt l’attention de la petite ninja car si l’une portait l’inscription « Pour l’équipe médicale », la seconde était libellée : « Pour Vincent Valentine ». Et on pouvait lire sur les deux, écrit au feutre rouge : « A OUVRIR LE JOUR DE L’ACCOUCHEMENT SI LE PRONOSTIC VITAL EST ENGAGE».

- Vous avez remarqué ? demanda Cait. Elles sont toujours fermées.

- C’est donc que l’accouchement s’est passé sans problème. Qu’est-ce qu’on fait ? s’enquit Yuffie. L’une d’elles est pour Vincent.

Kadaj lui arracha impatiemment les lettres de mains et les ouvrit sans autre cérémonie.

- Il y a prescription, je pense. Tiens… Les deux sont identiques. Je ne comprends pas, c’est quoi ?

La jeune Ninja lui en reprit une et la parcourut, Cait lisant par-dessus son bras.

- C’est une lettre d’intention, expliqua-t-elle. Les jeunes mères en écrivent au cas où l’accouchement se passerait mal.

- Comment ça ?

- Généralement, lorsque le pronostic vital est engagé, les médecins essayent de sauver la mère, en se disant, j’imagine, qu’elle pourra avoir d’autres enfants plus tard.

Kadaj haussa les épaules.

- Logique.

- Mais Lucrecia, comme beaucoup de mamans, avait donné pour instruction de sauver son enfant et non pas elle.

L’argenté grimaça.

- C’est idiot !

Yuffie ouvrit de grands yeux surpris.

- Idiot ? Pourquoi ? N’importe quelle mère digne de se nom se sacrifierait pour son enfant. C’est une réaction normale.

Cait 9 acquiesça énergiquement et Kadaj parut déstabilisé.

- C’est… c’est aux enfants de se sacrifier pour leur mère, essaya-t-il de plaider. Ils lui doivent leur existence et…

- Non, Kadaj, le coupa la jeune fille d’une voix douce. Aucune maman digne de ce nom n’accepterait que son enfant souffre à cause d’elle. Jamais, Kadaj. Jamais…

Ces quelques mots et l’assurance avec laquelle ils avaient été prononcés firent à Kadaj l’effet d’une volée de gifles.

Si c’était si évident pour tout le monde, pourquoi lui et ses frères s’étaient-ils fait avoir aussi facilement par Jenova ? Etaient-ils idiots ? Cet « instinct » qui semblait caractériser les gens « normaux » leur faisait-il défaut ?

Comme si une main géante venait de se refermer sur sa poitrine, il se sentit son coeur se serrer et se souffle se réduire à un filet d’air sifflant.

- Excuse-moi un instant, réussit-il à articuler d’une voix tout juste audible malgré la boule qui grossissait dans sa gorge.

Il se dirigea lentement vers la salle de bains, ferma doucement la porte et, une fois seul, s’appuya sur le bord du lavabo et essaya de pleurer aussi silencieusement que possible malgré les sanglots violents qui lui agitèrent le corps…

Sur le lit, Yuffie se mordilla l’ongle du pouce.

- Qu’est-ce qu’il a ? demanda-t-elle au robot. J’ai dit une bêtise ?

Cait secoua sa petite tête velue et se cacha le museau des mains, catastrophé.

- Sa seule mère, jusque là, s’appelait Jenova…

- Ah, zut… Moi et ma maudite langue !

…à suivre

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Part 3 - On va atteindre les sommets de la honte…

INTERIEUR VAISSEAU, PONT DE COMMANDEMENT : Cid, Vincent, Weiss, Nero, Loz, Yazoo, Sephy, Reeve, Kadaj, Tifa, Shera.

Cid : Alors ? Tu peux nous dire quelque chose sur nos naufragés ?

Reeve : Bah, le tout blanc passe encore, il est à peu près normal, mais alors l’autre, là, avec sa camisole de force et son harnais… (perplexe, il lit sa console portable de diagnostic) Glasgow à 52, Babinsky positif un coup négatif la seconde d’après, chimie standard qui cadre avec aucun standard, la iono a failli faire sauter les détecteurs, gaz du sang style Perrier mélangé Schweppes… J’y comprends que dalle.

Murmure de l’assistance : Ben nous non plus…

Reeve (relevant les yeux sur leurs mines totalement larguées) : le Glasgow a une échelle de 0 à 10 normalement…

Air mi-largué mi-”tu pourrais pas dire des trucs intéressants non au lieu de nous pomper l’air ?des spectateurs.

Reeve (abandonne) : En clair, les analyses ne correspondent à rien de connu, mais c’est peut-être normal, avec la dégaine qu’il a… J’ai pas les fiches médicales de tous les démons en stock, moi, hein.

Nero (vexé) : Euu guoua ?! Goonn mai fraanfemant ! efgueu vai une dêde de vemon ? Fffrrr…

(Note de l’auteur : traduction : « De quoi ? Non mais franchement ! Est-ce que j’ai une tête de démon ? Pffff ! »)

HIIIIIIII (crissement des cous qui se tournent vers lui - non, pas vers l’auteur, vers Nero ! - pour le regarder avec circonspection)

Nero : Goua ? Eguia ? Ey pa frai ptet ?

(Note de l’auteur : traduction : « Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? C’est pas vrai, peut-être ? »)

RE-HIIIIIIII (re-crissement des cous qui se tournent vers son frère - le frère de Nero, pas celui de l’auteur, comme tout à l’heure, bah oui, suivez un peu ! - pour l’interroger du regard)

Weiss (fait signe à son frangin de tirer un peu sur son harnais) : Euh… desserre un peu parce que là, on pige que dalle…

Nero (en pétard, tirant sur les manches de sa camisole, attachées dans son dos) : Ec gomman du veu gueu veu faffe ? Agrruti !

(Note de l’auteur : traduction : « Et comment tu veux que je fasse ? Abruti ! »)

Weiss (Sur le même ton) : Bah t’as des mains sur les ailes, non ? Enfin sur tes trucs, là… J’sais pas comment t’appelles ça.

Nero (après un moment de flottement) : Avi… fe vrai. Voubli foul fent.

(NDLA : traduction : « Ah oui… c’est vrai. J’oublie tout le temps.»)

Weiss : Bah dis-donc… J’sais pas comment on peut oublier des ustensiles pareils !

Nero (desserre son harnais et ronchonne, vexé) : Oh ça va, hein ! J’m'en sers que pour tirer, je te signale ! Ca m’arrive pas tous les 4 matins, que je sache !

Loz ouvre la bouche pour faire un commentaire enthousiaste et se prend une manchette de Yazoo dans les gencives.

Yazoo (trèèès jaloux) : Tu feras ta B.A. un autre jour ! Et je ne pense pas qu’il parlait de ce genre de “tir”, de toute façon !

Reeve (en regardant sa montre) : C’est pas que m’ennuie, les enfants, mais j’ai mes bouillons de culture à préparer, moi !

Il file.

Sephy (faisant craquer les articulations de ses phalanges et se tournant vers ses frères) : Et en ce qui nous concerne, il y a du boulot !

Yazoo (qui se prend la tête dans les mains) : Aïe, aïe, aïe ! v’la que ça le reprend !

Sephy : Loz !

Loz (qui se lève d’un bond) : Oui, mon général ?

Sephy : File-moi un coup de main ! L’écran de contrôle, il va pas se changer tout seul ! Yazoo !

Yazoo (au garde à vous) : Oui, mon général ?

Sephy : Vérifie où en est Cloud pour les toil… les chi… les… enfin, ça ! Kadaj !

Kadaj : Oui grand fr… mon Général ?

Sephy : Va faire tes devoirs !

Kadaj : Mais ça y est !

Sephy (qui approche son visage à deux doigts du sien) : Ah oui ?… Alors combien de temps faut-il pour qu’un canon mako refroidisse après le premier tir ? Mmmhhh ? (Kadaj se tortille) File ! Fils de ta mère !

Kadaj (s’en va tout malheureux avec un faux air à Calimero) : C’est pô juste !

Cid (allume une cigarette et tapote dans ses mains, admiratif) : Bravo, général ! Quelle maîtrise, quelle efficacité !

Sephy (fier comme un flageolet au milieu d’un plat de nouilles) : Merci, Amiral. Un peu de discipline, il n’y a que ça pour pallier les emmer… Oh, oh… (Il vient de voir Shera arriver sur le pont de commandement) En parlant d’emmerdes…

Shera (en détaillant Weiss et Nero d’un air niais, la bouche en cul de poule) : Alors ? C’est vous, les petits nouveaux ? Bienvenus !

Elle s’approche en sautillant de Cid, mine de rien, papillotant des paupières, les yeux en forme de cœur et des petites ailes qui battent dans le dos.

Voyant très bien où elle veut en venir, Vincent se jette entre elle et lui, toutes griffes et dents dehors, pour faire un rempart de son corps.

Vincent (avec les yeux qui lancent des éclairs) : CHASSE GARDEE ! Au premier mouvement d’approche je… je… (Il se tourne vers Loz) Comment il t’a dit, Yazoo, déjà ? Ah, oui ! (Se tournant à nouveau vers Shera) J’t'arrache les yeux, je les accroche à tes oreilles et j’attache le tout avec tes boyaux pour m’en faire un collier !

Weiss et Nero échangent un regard atterré et se tournent vers Cid avec un air du genre « Ah bah bien, la discipline ! »

Cid (bien décidé à en remontrer aux étrangers) : Commandant Valentine ! Un peu de tenue ou je prendrais des sanctions !

Vincent (se fige) : Hein ?

Shera (lui tirant la langue) : Et toc !

Vincent (d’une voix suraiguë) : Bah mamour… (Cid le toise, intraitable) Ah ! Tu le prends comme ça… Parfait !

Il s’en va, furax.

Weiss (nonchalamment appuyé sur un coude au fauteuil de commandement) : Wouahhh ! Ca c’est de l’autorité !

Cid (se tourne vers lui, méfiant) : Merci.

Weiss (poursuit, sarcastique) : Mais là, mon gars, pendant huit jours, ceinture !

Shera (qui en profite pour se coller à Cid et essayer de le couvrir de baisers bien qu’il se débatte comme un forcené pour lui échapper) : Smac ! Smac ! Smac ! C’est pas grave, je suis, là moi. Smac ! Smac ! Smac ! Hein mon boulon ? Smac ! Smac ! Mon p’tit fuselage en sucre ! Smac ! Smac ! Mon canari interstellaire ! Smac ! Smac !

L’équipage essaye désespérément de contenir un fou rire.

Cid (rouge de honte en essayant de repousser Shera) : Non mais c’est fini, oui !

Nero (qui se tourne vers Tifa) : Elle a sniffé le néoprène des soupapes ou quoi ?

Tifa (avec un soupir) : Nan ! Elle est toujours comme ça.

Nero (effondré) : Ah…

Cid (tout bleu, les bras en l’air) : Mais arrête ! Tu m’étouffes !

Shera (enfonce un doigt dans ses pectoraux) : Dis donc c’est de plus en plus confortable ! C’est des anabos ?

Cid (gêné, gêné, gêné ) : hein ?

Tifa (raisonnable) : Mais lâche-le ! Tu vois bien que tu l’emmerdes !

Shera (le regard qui tue) : Kessapeut t’foutre ? Occupe-toi de tes commandes et lâche-moi le théorème !

Cid (Shera toujours pendue à son cou et qui commence à se sentir plus que mal devant les deux étrangers) : Nom de D… *Bip !* de B… *Bip !* de M…*Bip !*  Shera ! J’ai un vaisseau à commander ! Alors si tu pouvais me lâcher, ce serait pas du luxe !

Shera (sourire de requin): Mais bien sûr… *Slurrrp!*

Cid (qui essaie de se dégager en s’essuyant le cou, de la fumée lui sortant des oreilles) : Je t’ai demandé de me lAcher, avec un “A” !

Shera (petite auréole au-dessus de la tête, sourire innocent) : Oh pardon, j’aurais mal compris…

Loz (à Tifa): Tiens j’aurais bien aimé la faire celle-là…

Yazoo (qui est revenu et s’est faufilé discrètement derrière lui chuchote d’une voix glaciale) : N’y PENSE même pas…

Loz fait lentement pivoter son siège pour se tourner vers Nero et Weiss.

Loz (7e Dan en changement de conversation par des moyens foireux) : Au fait, tous les deux… Vous venez d’où, alors, finalement ?

Tifa : c’est vrai ça, vous ne nous avez toujours pas dit comment vous vous étiez retrouvés là, en fait.

Tout le monde acquiesce énergiquement et les deux concernés échangent un regard affolé…

…à suivre

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Habille-moi !

Rédaction : Shiva Rajah

Corrections : Noriplume

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

*

Après avoir lu ceci, vous ne déshabillerez plus Sephiroth du regard comme avant…

…et ne lirez plus jamais une fic lemon sans éclater de rire !!


Les yeux de Cloud, morceaux de ciel d’azur prisonniers de deux franges de cils mordorées, brillaient d’excitation.

Languissamment allongé sur le lit, il se passait le bout de la langue sur les lèvres en regardant Sephiroth glisser ses cuisses puissantes et marbrées dans l’échancrure du slip kangourou réglementaire en épais coton blanc, fourni deux fois l’an par l’intendance SOLDAT.

Les élastiques, distendus par l’usage, bâillaient, dévoilant le galbe d’une fesse ferme et cambrée. Par la poche, elle aussi agrandie et malmenée par de nombreuses urgences urogénitales, on entrevoyait la chair tendre et rosée d’un testicule duveteux – kiwi de platine lové dans un nid de coton devenu trop vaste pour lui.

- Que regardes-tu ? demanda le grand général, assis sur le tapis en train d’enfiler un chaussette de laine aussi réglementaire que le slip.

- Le grain de ta peau, ronronna Cloud, soudain joueur, en lui tendant la deuxième chaussette.

Sephiroth la fit sensuellement glisser le long de sa cuisse tendrement galbée avant d’en couvrir son pied élégant, dont un orteil souple dépassa par l’entrebâillement non voulu d’un trou dû à l’usure.

Il se leva en tenant son slip de sa main pour l’empêcher de tomber et se pencha pour déposer un baiser sur la nuque blonde.

- Où as-tu caché mon maillot de corps, petit coquin ? susurra-t-il à l’oreille du garçon.

Cloud se retourna, lui saisit les bras et l’attira à lui.

Ce faisant, le slip réglementaire de son supérieur glissa sur ses chevilles mais le garçon le remonta d’une main experte avec cette facilité que donne l’habitude.

- Attends, je vais t’arranger ça, promit-il d’une voix enrouée par le désir, en se penchant vers le sous-vêtement récalcitrant.

Sans quitter le général des yeux, il repéra un petit trou dans la couture, par lequel dépassait l’élastique fatigué. Il le sectionna d’un coup de dents et Sephiroth poussa un gémissement expressif en renversant la tête en arrière, frissonnant de désir.

Le jeune homme tira ensuite sur les deux bouts de l’élastique, resserrant l’échancrure du slip kangourou, et fit un gros double noeud marin pour l’empêcher de glisser à nouveau sur les jambes ivoirines.

- Ah… soupira Sephiroth. Tu me rends fou… Tes noeuds sont si beaux… Tous tes noeuds, ajouta-t-il en caressant ses mèches blondes.

Avec un sourire pervers, Cloud sortit un maillot de corps assorti au slip de dessous les draps.

Après un instant d’hésitation, uniquement destiné à faire monter le désir d’un cran, il le lui tendit en se passant la langue sur les lèvres, tel un fauve sur le point de sauter sur sa proie, et rugit sensuellement.

- Grrrrrrr…

Bien conscient de l’émoi qu’il provoquait, le grand général enfila le maillot de corps très lentement et joua un instant avec les bouloches du coton fatigué qui lui moulait le haut du torse jusqu’au dessus du nombril.

Cloud passa un doigt sur le ventre musclé que le maillot, rétréci par lavages répétés, laissait à découvert et se laissa retomber lourdement sur le lit en soupirant.

- Qu’y a-t-il, mon amour ? demanda Sephiroth en remontant ses chaussettes de laine jusqu’aux genoux, ce qui agrandit le trou d’où dépassaient maintenant deux délicieux orteils d’albâtre.

- Pourquoi faut-il que tu me quittes ? soupira l’amour en question.

Le général revêtit son pantalon de cuir souple et ses bottes.

- Une mission m’attend, tu le sais bien.

- Oui, je le sais…

Le garçon se mit en boule dans les draps pendant que Sephiroth finissait de boucler les attaches de son élégant manteau de cuir noir.

Lorsque ce fut fait, il embrassa furieusement Cloud avec un déchirant :

- Adieu, mon amour… A jamais !

Le garçon, des larmes diamantines perlant au bout de ses longs cils dorés, le regarda sortir dans une envolée de cuir noir impeccablement ciré et de magnifiques cheveux argentés.

MORALITE :

Avant de baver et de fantasmer sur des personnages sexy aux atours somptueux, demandez vous ce qui se cache en dessous…Vous baverez beaucoup moins et votre clavier s’en portera beaucoup mieux !

Et vous savez quoi ? J’ai toujours pas honte !! :-D

***

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XXXIII - Je ne t’abandonnerai pas

« Soutiens ton ami surtout quand il a tort ;

quand il a raison, il n’a pas besoin de toi ! »

Henri Lavedan

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Le visage niché entre les puissants pectoraux de son jumeau, Yazoo pleurait à fendre l’âme, accroché à son blouson.

Loz sentait les larmes tièdes couler le long de sa poitrine en un flot ininterrompu et il resserra son étreinte, au supplice de voir souffrir son frère de la sorte.

- Ils vont nous détester, maintenant… haleta Yazoo entre deux sanglots. A cause de moi, ils vont se méfier de nous trois. J’ai tout gâché…

Son aîné lissa sa longue chevelure soyeuse et enfouit le visage dans les mèches de mercure.

- Bien sûr que non, Yazoo. Tout le monde sait très bien ce qui s’est passé, je te l’ai dit. Ils connaissent la perfidie de Jenova mieux que personne.

- Tu lui as bien résisté, toi ! Et Kadaj aussi ! Mais pas moi… Pas moi…

- Yazoo, ne…

- C’est comme là-bas ! Je rate toujours tout ! Hojo avait raison, on aurait dû me tuer pendant qu’il était temps ! Et vous seriez tranquilles, aujourd’hui, toi et Kadaj.

Loz se raidit et le prit par les épaules pour l’obliger à le regarder dans les yeux.

- Ne dis pas ça ! s’écria-t-il, la gorge si serrée que ses yeux menaçaient de déborder à leur tour. Ne redis jamais ça, tu entends ?

Les fins cheveux argentés de Yazoo collaient à son petit visage ovale mouillé de larmes et ses grands yeux mako étaient rouges, enflés et plus tristes que jamais.

- Oh, Yazoo… soupira son frère avant de le serrer à nouveau contre lui en maudissant sa langue malhabile, sachant qu’il était incapable de trouver les mots pour le réconforter. Pardon… Pardon de t’avoir frappé. Pardon de ne pas t’avoir protégé d’elle… J’aurais dû me douter que cette ordure s’en prendrait à toi. J’aurais dû te prévenir. Te parler de ce qu’elle avait essayé de nous faire faire, à moi et à Kadaj. Je n’ai pas réfléchi, comme d’habitude… Pardonne-moi, mon frère…

Yazoo sentit son coeur se serrer.

Pauvre Loz… Une fois de plus, il prenait tout sur lui.

Comme toujours…

Comme là-bas, au cratère nord.

Combien de fois lui et Kadaj, en bons petits diablotins, n’en avaient-ils pas profité et même abusé ?

Mais pas cette fois. Non, Yazoo ne le laisserait pas prendre la responsabilité de sa propre bêtise, de sa propre faiblesse…

- Tu n’es coupable que d’avoir voulu me préserver, Loz, murmura-t-il en lui rendant son étreinte. Ta seule faute a toujours été de vouloir nous préserver…

***

- Et tu dis que c’est Sephiroth qui m’a sauvé ? bredouilla Reno, incrédule.

Kadaj acquiesça, encore honteux de ce qu’il venait d’avouer, et Cid se passa la main sur le visage, soucieux.

- Cette salope est sacrément perverse… cracha-t-il.

Rufus secoua la tête et se laissa tomber sur une chaise, profondément contrarié.

- Bon sang ! Mais comment Jenova arrive-t-elle à deviner que c’est « pile » le moment propice pour agir ?

- L’instinct, répondit Shalua. Un peu comme si une sorte d’alarme psychique la reliait à nos petits bouts et résonnait en elle lorsque l’un d’eux flanche.

Vincent acquiesça et Reeve frissonna.

- C’est vraiment pervers, fit ce dernier. Cid a raison.

- Quelque chose dans les gènes de Jenova, fit l’ancien turk comme s’il se parlait à lui-même. Oui, une sorte de conscience éparpillée en des millions de cellules agissant chacune de façon indépendante. Ca semble terrifiant et pourtant… Pourtant, Loz, comme Sephiroth, semble être parvenu à séparer le grain de l’ivraie. A réduire cette « conscience » à néant sans pour autant détruire les qualités dont les gênes de Jenova l’avaient pourvu. Par quel mécanisme chimique ou psychique, je serais curieux de le savoir.

Tifa haussa les épaules.

- D’après lui, c’est arrivé « d’un seul coup », dit-elle. Il m’a expliqué que c’était comme « une sensation de frais » de « légèreté soudaine ». Comme si on lui « avait injecté de l’oxygène dans le sang ».

- Et c’est arrivé comme ça, subitement, sans raison particulière ? insista Reeve.

- Oui. Je suppose que, voyant que Loz de céderait pas, elle a finalement abandonné la lutte après des heures passées à le torturer et à le harceler.

Elle se garda de préciser que c’était juste après avoir fait l’amour avec lui car, pour la jeune femme, il ne s’agissait là que d’une coïncidence sans rapport avec la lutte acharnée qu’avait mené Loz contre l’entité. Elle était persuadée que la capitulation de Jenova n’était due qu’à la ténacité et à l’instinct combatif de celui qui était devenu son amant.

Reno se tourna vers elle.

- Il a vraiment voulu te tuer ?

La jeune femme sourit.

- Oui. Il a essayé de m’étrangler.

Le turk blêmit.

- Et… t’as pas flippé ?

- Sur le moment ? Pas un instant, non. J’avais confiance en lui. Peut-être même plus que lui-même.

- Faire naître la peur en nous, c’est justement ce qu’elle veut, Reno, lui rappela Vincent. Que nous ayons suffisamment peur d’eux pour les chasser ou les éloigner de nous. Assez pour qu’ils se sentent rejetés et qu’elle puisse à nouveau les accueillir dans son giron ; les avoir à sa botte.

Reno se leva pour faire quelques pas dans la salle à manger, fou de rage.

- Quelle saloperie !

Kadaj se mordilla la joue et Cait, dans ses bras, frotta son museau contre son menton pour le réconforter.

- Reno… chuchota l’argenté. Je suis désolé pour ce qui a failli se passer en bas. Je ne pensais pas que je…

- Non ! Pas de justification, Kadaj. Ne t’excuse pas à la place de cette salope. C’est elle qui a voulu me noyer dans le mako pur, pas toi, alors ne lui fais surtout pas l’honneur de présenter des excuses à sa place. Si, comme le dit Vincent, elle veut que nous ayons peur de vous ou que nous vous lâchions, bah c’est raté ! Si, par le plus grand des malheurs, je devais demain me retrouver à nouveau dans une cuve mako, c’est toi que je voudrais aux commandes, et personne d’autre. Je sais ce que je te dois et je sais ce que je dois à Yazoo : ma vie. Rien que ça. Et je ne suis pas prêt de l’oublier, n’en déplaise à… cette saloperie tombée du ciel comme une grosse bouse sur un tas de foin ! termina-t-il en criant presque les derniers mots en direction du plafond, s’adressant davantage à Jenova qu’à l’argenté.

Cid leva le pouce, approbateur, et Kadaj sourit, profondément touché par les paroles du turk.

- Reno a raison, p’tit, renchérit le pilote. Te laisse pas faire par cette garce. Et si tu sens que ça chatouille, tu cries au-secours !

Shalua lui caressa maternellement la joue et gratouilla la tête de Cait.

- Si vous flanchez, on sera là, poussin. On sera tous là pour lui mettre des bâtons dans les roues, je te le promets.

Rufus lui adressa un clin d’oeil complice, Tifa, Reno et Vincent sourirent et Reeve hocha lentement la tête.

Une tendresse terrible serrait la gorge de Kadaj et il ne put que les remercier d’un bref hochement du chef, trop ému pour émettre le moindre son. Jamais il n’aurait cru que des êtres humains - hormis ses frères, bien sûr - pourraient un jour lui réchauffer le coeur à ce point.

C’est à ce moment précis que, après avoir confié Marlène et Denzel à Gretta, Yuffie revint dans la salle à manger.

Mieux valait tenir les enfants éloignés jusqu’à ce que tout le monde se reprenne.

- Denzel est persuadé que Jenova va débarquer dans un vaisseau spatial d’un instant à l’autre, laissa-t-elle tomber, tragique. J’arrive pas à le calmer. Il est complètement affolé et la pauvre Gretta est complètement dépassée.

Cid grimaça.

- Je vais voir ce que je peux faire, fit-il en se dirigeant vers la porte.

- Je vous accompagne, amiral, fit Rufus en lui emboîtant le pas. Les peurs enfantines, je connais par coeur.

- Vous ? ironisa le pilote. Le petit prince surprotégé du clan Shinra ? Et de quoi aviez-vous peur ? De manquer de toasts pour votre caviar ?

Le « petit prince » secoua la tête et grimaça un sourire, nullement vexé par les moqueries amicales de Cid, auxquelles chacun était habitué depuis belle lurette. Elles faisaient partie de sa personnalité autant que la manie de donner des surnoms affectueux était typique de celle de Shalua.

- Petit, je croyais qu’un vampire vivait dans la cave, confessa Rufus en tordant le nez. Et qu’il viendrait me sucer le sang dès qu’il en aurait occasion ici même, dans le manoir.

- Tiens donc ? railla Vincent. Un vampire, rien que ça.

- Oui. J’avais entendu des bruis bizarres un jour, au sous-sol et j’étais persuadé que… Oups… laissa-t-il échapper en réalisant que ses cauchemars de petit garçon n’étaient peut-être pas tout à fait infondées - risque de saignement à blanc excepté.

Reeve ricana et Rufus vira à l’écarlate avant de disparaître sur les talons du pilote en fuyant le regard de l’ancien turk.

- Pourquoi Yazoo et Loz ne reviennent-ils pas ? osa enfin demander Reno.

Vincent lui pressa amicalement l’épaule.

- Tu devrais aller lui parler.

Le jeune homme se mordit les lèvres.

- Ouais… à supposer que j’arrive à le regarder en face après ce que j’ai fait.

- Dis-toi que, ce jour-là, ce sont des matérialisations de Jenova, que tu as voulu faire sauter

Reno prit une profonde inspiration et son visage se tordit en un masque douloureux.

- Pourtant, quand je ferme les yeux, ce sont bien les visages de Loz et de Yazoo, que je vois dans les flammes… murmura-t-il, indigné par ses propres actes. Et ce sont bien leurs cris qui résonnent à mes oreilles…

Cait secoua vigoureusement de sa petite tête velue.

- Quand un démon se déguise en ange, nul ne doit se douter de l’échange, soupira-t-il. Et il prend l’apparence éthérée, de l’éphèbe qu’il veut imiter !

Le turk sourit malgré lui et gratouilla l’oreille du robot.

- C’est gentil, Cait.

Tifa passa son bras sous le sien.

- Allez, viens. Je vais avec toi.

***

- C’était mon idée, disait Loz à Yazoo, allongé sur le lit de ce dernier. Une idée idiote, comme d’habitude…

Son jumeau, blotti contre lui, caressa sa joue du bout de son petit nez rougi d’avoir trop pleuré.

- Ce n’était pas une idée idiote, Loz, au contraire. Tu ne pouvais pas deviner que je la surprendrais sortant de là, à demi dévêtue. Bon sang… Que vais-je bien pouvoir dire à Reno après tout ça ? Loz, je n’oserai jamais redescendre après ce que j’ai fait…

Il pinça les lèvres, prêt à fondre à nouveau en larmes, mais son frère sourit et lui releva le menton.

- Je crois que tu n’auras pas à le faire. Regarde qui est là…

Il lui désigna la porte de la chambre du menton et Yazoo hoqueta en voyant Tifa et Reno sur le seuil.

La jeune femme agita la main.

- Salut, fit-elle d’une voix douce. On peut entrer ?

Yazoo s’assit brutalement et détourna la tête pour cacher son visage poisseux de larmes séchées et ses yeux gonflés.

Reno s’approcha et prit place sur le bord du lit.

- Eh ? chuchota-t-il d’une voix douce en tendant la main pour effleurer les longs cheveux d’électrum. Ca va ? Tout le monde s’inquiète pour toi, en bas.

Tifa adressa un signe de tête discret à Loz.

Celui-ci se pencha pour déposer un baiser sur la tempe de son jumeau et rejoignit la jeune femme.

- Nous vous attendrons pour dîner, fit cette dernière en refermant doucement la porte, laissant Reno et Yazoo seuls dans la pièce.

Loz s’appuya au battant, hésitant à abandonner son frère, et Tifa leva le sourcil.

- Il n’est vraiment pas bien, plaida-t-il. Je ne sais pas si…

Elle lui posa le doigt sur les lèvres et sourit, rassurante.

- Fais-moi confiance. S’il y a quelqu’un en mesure de lui remonter le moral, c’est bien Reno.

Il parut hésiter un instant mais hocha finalement la tête.

- D’accord.

Elle lui passa le bras autour de la taille et l’entraîna dans le couloir, en direction de l’escalier.

- Vincent m’a demandé de quelle façon tu t’étais débarrassé de Jenova et je lui ai répété ce que tu m’avais dit, au sujet de ce sentiment de « légèreté soudaine » et de « piqûre d’oxygène »… J’ai eu tort ?

Il fit une moue, interloqué.

- Non. Pourquoi aurais-tu eu tort ? C’est la vérité.

Tifa s’arrêta devant la porte de sa propre chambre et se tourna vers lui, un indéfinissable sentiment de perplexité dans le regard.

- Loz… Tu m’as bien tout dit, n’est-ce pas ? demanda-t-elle en nouant ses mains derrière sa nuque.

Il écarquilla les yeux.

- Comment ça ?

- Eh bien… Reeve a soulevé un point qui ne m’avait pas effleuré jusque là.

- Lequel ?

- Il a demandé si… Si c’était arrivé comme ça, subitement, sans raison particulière.

Loz toussota et elle aurait juré que ses joues avaient pris une imperceptible teinte rosée.

- Et… tu lui as dit quoi ?

- Que non.

- Et c’est la vérité, non ? Tu étais là. Nous étions seuls dans ma chambre.

- Oui, je sais bien. Il ne s’est rien passé de particulier. Enfin pas que je sache. Ou… si c’est le cas, ajouta-t-elle avec un regard en coin, je n’ai rien vu.

Il secoua vigoureusement la tête.

- Tifa ! Qu’aurais-tu voulu voir ? Il ne s’est rien passé de particulier. Je… J’ai juste senti que… Qu’elle me laissait tranquille, c’est tout.

- C’est bizarre, tout de même. Comme ça, tout d’un coup, sans raison… Enfin, je sais que tu as lutté contre son emprise toute la journée, bien sûr, mais… Avoue que c’est étrange, qu’elle ait abandonné la partie aussi vite. Non ?

Loz fit vibrer ses lèvres en haussant les épaules.

- Je ne sais pas quoi te dire, moi ! Ce qui est sûr, ajouta-t-il en se tapotant la tempe, c’est qu’elle n’est plus là.

Tifa lui sourit avec affection et se pressa contre lui.

- Et c’est tout ce qui compte, chuchota-t-elle en déposant un baiser sur sa poitrine, laissée en partie nue par l’échancrure du blouson de cuir. Excuse-moi, je ne voulais pas me montrer désagréable ni te mettre mal à l’aise. Allez, Viens, les autres doivent se demander ce qu’on fabrique.

Elle lui prit la main et voulut le tirer derrière elle mais il résista.

Croyant qu’il la taquinait pour se venger, elle tira violemment sur son bras mais il résista encore.

- Tifa, attends… soupira-t-il, tête basse.

La jeune femme, voyant sa mine soudain sombre, sentit son sourire malicieux s’évanouir et l’angoisse lui serrer le coeur.

- Loz ? Qu’y a-t-il ?

Il mordilla sa lèvre inférieure.

- J’ai menti, confessa-t-il sans oser la regarder dans les yeux.

Elle se figea.

- Quoi ? Comment ça ? Elle… Jenova n’est toujours pas partie ? C’est ça que tu essayes de me dire ?

- Si ! se récria-t-il. Bien sûr que si ! Ce n’est pas ça, c’est…

Il rougit furieusement et elle posa la main sur sa joue, plus inquiète que jamais.

- Loz, dis-moi ce qui se passe !

Celui-ci prit appui contre le mur du couloir, un pied replié contre la paroi, à un mètre à peine de la chambre de la jeune femme.

- Je t’ai menti, Tifa, il s’est bien passé quelque chose qui a fait partir Jenova… avoua-t-il dans un souffle. Quelque chose qui… qui m’a donné la force de la chasser de moi pour toujours…

Il fit le drôle petit bruit auquel la jeune femme était à présent habituée, celui qu’il faisait avec le bout de la langue sur ses incisives, lorsqu’il était agacé ou horriblement gêné : “Tssss…”

- Est-ce que ça a un rapport avec ce que nous avons fait… avant ? le secourut-elle.

- Non ! Enfin… Pas exactement.

Tifa essayait de fixer son regard mais les yeux mako fuyaient les siens.

- Loz, que s’est-il passé ? insista-t-elle impatiemment. Sephiroth est intervenu, comme pour Reno ? Ou Lucrecia ?

- Non…

- Quoi, alors ?

Il dut s’y prendre à plusieurs reprises pour parvenir à faire sortir les mots qui se coinçaient dans sa gorge et, lorsqu’il réussit enfin à les pousser dehors, ce fut d’une voix bouleversée tout juste audible.

- Tu… Tu m’as avoué que tu tenais à moi, Tifa. C’est ça qui… qui m’a donné la volonté suffisante pour la chasser de moi.

Le choc fut tel que la jeune femme en eut le souffle coupé.

- Qu… Quoi ? bredouilla-t-elle.

Le visage de Loz vira au rouge cramoisi et il acquiesça d’un hochement de tête sans cesser de fixer les lattes du parquet.

- Ouais, je sais, c’est ridicule… C’est pour ça que je ne t’ai rien dit.

- Ridicule ? s’écria soudain Tifa, le faisant sursauter.

La jeune femme referma ses mains sur son visage pour l’obliger à lever la tête et la regarder dans les yeux.

Son coeur battait si fort et sa gorge était si serrée qu’elle se demandait comment elle arrivait à faire sortir le moindre son de sa gorge.

- Ridicule ? répéta-t-elle, plus doucement. Oh, Loz… murmura-t-elle, les prunelles brillantes d’émotion. C’est sans doute la plus belle chose que l’on ne m’ait jamais dite de toute ma vie…

Il voulut rétorquer mais elle ne lui en laissa pas le temps.

Etouffant ses protestations dans sa bouche dans un baiser passionné qui leur coupa le souffle à tous deux, elle le poussa d’un coup de reins,vers la porte de sa chambre toute proche…

…à suivre

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XVIII - Les démons du passé

«Les amis sont là comme un rempart solide

et infaillible contre les démons de la vie.»

Sydney Smith

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !

***

Tifa raccompagna le jeune couple jusqu’à la porte en s’excusant encore et allait la refermer lorsqu’elle vit Shalua, enveloppée dans un long manteau noir, traverser la petite route et venir dans sa direction.

- En voilà une surprise ! Tu es venue à pied depuis le manoir ?

- Y aurait-il un thé chaud et quelques biscuits pour une pauvre scientifique frigorifiée ?

Tifa éclata de rire.

- Bien sûr ! Entre, voyons, tu dois être morte de froid. Pourquoi n’as-tu pas demandé à un domestique de t’amener en voiture ?

- J’avais envie de m’aérer un peu pour me réveiller ! J’avoue que j’ai du mal à tenir le choc après ma nuit blanche au labo. Brrr… Dis donc, la température est tombée d’un coup.

- Oui, c’est souvent comme ça en début d’après-midi, ici, en hiver. Les nuages s’estompent, le soleil sort et un froid de canard nous tombe dessus. Viens dans le salon, j’ai allumé la cheminée.

La jeune scientifique regarda autour d’elle, charmée.

- Mais dis donc, elle est ravissante, cette maison !

- Elle t’intéresse ? la taquina son amie en disparaissant dans la cuisine attenante pour préparer du thé.

Shalua l’y suivit et balaya les lieux du regard en retirant son manteau : la cuisine typique d’un petit village coquet, toute de faïence blanche, rouge et bleue, avec ses torchons brodés suspendus aux crochets et ses meubles en bois massif ciselés de motifs ruraux.

Une petite cuisine fonctionnelle avec le petit cachet « rustique » qui plaisait tant aux citadins qui visitaient Nibelheim.

- Toujours pas d’acheteurs valables en vue ? Etonnant ! J’aurais cru que les gens se battraient pour ce genre de petite merveille.

Tifa posa un pot de biscuits faits maison sur la table, brancha la bouilloire et haussa les épaules.

- Pas tant que ça, en fait.

Son amie piocha dans les biscuits et croqua dedans avec gourmandise.

- Mhh… Excellents ! Aussi bons que ceux de Gretta.

- Merci.

- Pas d’acheteurs, alors ?

- Non, malheureusement.

- Tifa ?

- Oui ?

- Tu ne te ficherais pas de moi, par hasard ?

La jeune femme se retourna pour voir Shalua la considérer avec un sourire sarcastique en engouffrant un second biscuit.

- Si je te dis « oui », tu m’en voudrais ? grimaça-t-elle.

La scientifique éclata de rire et frotta son pouce contre son index.

- Combien t’en ont-ils proposé, les deux tourtereaux que j’ai vu sortir ? (Tifa prit une feuille sur le calepin du réfrigérateur, y écrivit un chiffre et la lui tendit) Oh ! Mon Dieu ! Et tu as dit non ? Mais tu es folle, ma fille !

Tifa plaça deux sachets de thé au fond de deux grosses tasses, les posa sur la table et s’assit en face de son amie avec une grimace découragée.

- Oui. Je suis dingue. Enfin, je commence sérieusement à le croire.

Shalua prit un troisième biscuit.

- Tifa… qu’est-ce qui se passe ?

- Je crois que je n’arrive pas à me décider à vendre cett…

- Stop ! On arrête tout de suite. Je ne parlais pas de la maison.

- Je ne te suis pas.

- Tu t’es littéralement enfuie du manoir avant le déjeuner en prenant prétexte d’une vente sur le point de se conclure et je viens de voir un jeune couple désespéré sortir d’ici parce que tu as refusé de leur vendre la maison de leurs rêves.

Tifa se raidit.

- Où veux-tu en vernir ?

- Au fait que tu t’es servie de ce charmant petit couple pour filer en douce après avoir vu nos trois argentés réveillés et que je veux en connaître la raison. A moins, bien sûr, que tu ne me fasses plus confiance et que tu préfères ne plus te confier à moi… ajouta-t-elle avec une moue comique, faussement cassante.

L’égérie d’AVALANCHE éclata de rire malgré elle.

- Je peux même t’en donner deux, Shalua. Des raisons, s’entend.

- Ah ! fit la scientifique avec gourmandise. Des potins, vite, vite ! Que j’aille tout répéter au manoir !

- La première est ce jeune couple, quoi que tu en penses. Si, si, Shalua, j’avais réellement rendez-vous avec eux aujourd’hui en début d’après-midi. Demande à Vincent, il était au courant !

Shalua fit vibrer ses lèvres.

- Passe encore. Et la seconde ?

La bouilloire électrique tinta et Tifa versa l’eau chaude dans les tasses.

- C’est « eux ».

- Qui, « eux » ? Mes petits bouts ?

- Oui. Tes chers « babies » aux cheveux argentés !

La scientifique leva les yeux au plafond.

- Le pauvre Sephiroth flotte toujours dans sa cuve. Quant aux autres, ils se reposent dans leurs chambres et sont si tourneboulés par ce qui leur arrive qu’ils n’en sortiront probablement pas avant demain. Les pauvres… Je n’en reviens pas que tu puisses avoir peur d’eux après tout ce que tu as vu et entendu à leur sujet !

Tifa tressaillit.

- Mais enfin, je n’ai pas peur, quelle idée !

- Alors c’est quoi, le problème ?

La jeune femme haussa les épaules et rougit brusquement.

- En fait, c’est Loz, le problème… avoua-t-elle.

- Loz ?

***

Yazoo sursauta dans son lit et se redressa, en sueur, le coeur battant et le souffle court.

Perdu, ne se rappelant plus où il était ni comment il s’était retrouvé là, il tourna la tête en tout sens, affolé.

En voyant Loz endormi dans le second lit que comptait la luxueuse chambre à coucher, la mémoire lui revint.

Sephiroth et la grotte glaciale… Le manoir Shinra… Aerith… Vincent et Shalua… Les vidéos… Jenova…

Alors ce n’était pas un simple cauchemar… C’était bel bien réel.

Il cligna des paupières pour chasser la sueur qui coulait de son front, toussa douloureusement et porta la main à sa gorge, encore irritée par le tube du respirateur. Il avisa un verre à demi rempli d’eau, sur la table de chevet, dont il réussit à avaler quelques gorgées en tremblant de tous ses membres.

Il mourait de froid.

Les draps étaient humides de sueur, de même que le T-shirt et le pantalon de pyjama donnés par Shalua.

Il s’en débarrassa en frissonnant, sortit de son lit et se glissa dans celui de son frère.

Aussitôt la chaleur de Loz l’enveloppa et il se pressa contre son dos nu en claquant des dents.

- Yazoo ? demanda celui-ci d’une voix ensommeillée en sentant les bras glacés se refermer autour de sa taille. Qu’est-ce que tu as ? Ca va pas ?

- J’ai froid…

Comme Yazoo s’y attendait, son jumeau se retourna pour le serrer dans ses bras et il se blottit contre lui, nichant le visage entre ses pectoraux.

- Tu as fait un cauchemar ? chuchota le jeune colosse en lissant ses longs cheveux humides. Tu es trempé.

- Ce n’était pas un cauchemar… susurra son cadet d’une voix étranglée en resserrant son étreinte autour de la large poitrine. Ce n’était pas un cauchemar, malheureusement… Qu’est-ce qu’on va faire, à présent ? Oh, Loz… Qu’est-ce qu’on va devenir ?

Loz, la gorge soudain serrée, lui frotta le dos, apaisant.

- Pleure pas, Yazoo… Pleure pas…

***

La bouche de Shalua s’arrondit en un O parfait et elle éclata de rire.

- Tu l’as tripoté pendant qu’il était inconscient ? s’écria-t-elle. Oh ! C’est pas vrai ! Quand ?

- Tu étais là.

La scientifique fronça les sourcils.

- Tu veux parler de la fois où…

- Oui !

Shalua s’asséna une claque sur le front de sa main valide.

- Tifa… Tu ne l’as pas tripoté, tu as reprogrammé sa perfusion ! A ma demande, en plus !

- Si, je l’ai caressé… Tu m’as même surprise, rappelle-toi.

Tifa avait à présent une teinte cramoisie à la limite du pourpre et son amie pouffa.

- Mon Dieu ! s’exclama-t-elle, faussement choquée. Tu lui as effleuré la poitrine ? Repends-toi vite et fais pénitence, fille dépravée, où tu brûleras en enfer !

- Shalua…

- Oh, Tifa ! Je fais bien pire lorsque je fais la toilette de mes patients ! Ne me dis pas que tu es partie en courant juste pour ça.

- J’ai peur de le regarder en face et de voir qu’il s’est peut-être aperçu de quelque chose.

Le rire de la scientifique redoubla.

- J’y crois pas…

- Shalua !

- Je t’en prie ! Tu es ridicule…

Tifa baissa la tête, piteuse.

- Je sais… Mais il… Il me déconcerte, ce type !

Shalua se raidit sur sa chaise, un sourire mutin sur les lèvres.

- Il te plaît ?

- Non ! Bien sûr que non. Enfin… pas vraiment.

Son amie se pencha en avant, plus intéressée que jamais.

- Oui ou non ?

- Non, il ne me plaît pas. Il est brutal, commun, grossier… Tout l’opposé de mon type d’homme. Mais je ne sais pas, il… m’attire ? Non, ce n’est pas le mot. C’est bizarre.

Shalua reprit un autre biscuit et le grignota du bout de dents.

- Sois honnête : il a un visage d’ange et un physique de rêve. Aucune femme ne peut rester insensible à un homme pareil.

- Je ne le nie pas, Shalua, mais non, c’est autre chose.

Son amie hocha la tête.

- Peut-être t’inspire-t-il de la sympathie, tout simplement. Ce qu’il a vécu t’a sans doute touchée, émue, te l’a montré d’une façon que tu n’imaginais pas.

- Tu crois ?

- Rappelle-toi comme tu as été malade, lors de la conférence.

Tifa prit un biscuit à son tour et le trempa délicatement dans son thé.

- Peut-être. Oui, c’est certainement ça, tu as raison. Enfin… Assez parlé de mes lubies. Parlons de toi, plutôt !

- De moi ?

Le sourire de la jeune femme se mua en un rictus déluré.

- Mais oui… Si tu me parlais un peu de ton « Cid baby », mhh ?

Elle eut le plaisir de voir les joues de la scientifique se teinter de rose.

- Il n’y a rien de particulier à en dire, tu sais…

- Shalua…

Celle-ci poussa un gémissement douloureux et laissa tomber son front sur la table avec un « toc » comique.

- Je suis en train de perdre pied, Tifa… Je perds complètement la boule, avec lui !

- Comment ça ?

Shalua leva la tête et lui adressa un regard piteux.

- Cid me fait complètement craquer…

Tifa s’assombrit.

- Shalua… il est marié.

- Je sais… gémit à nouveau la scientifique. Mais il me fait vraiment craquer. Je ne… (Son téléphone portable sonna et elle s’excusa avant de décrocher) Merill ? Tu as les résultats, ça y est ? Et alors, ça donne quoi ?

Son amie la vit pâlir et l’interrogea du regard mais Shalua lui fit signe de ne pas s’inquiéter.

- Et l’imagerie ? reprit-elle. Elle confirme les examens sanguins ? Oh, merde… Ne le laisse pas ficher le camp du manoir, surtout. Eh bien convainc-le ! Demande à Rude de le clouer à son lit et de l’assommer si besoin est mais je dois absolument l’informer de… Non, tu ne dis rien, Merill. Et surtout pas à Tseng ou à Rufus, d’accord ? Oui, j’arrive. A tout de suite.

Elle raccrocha et soupira.

- Qu’est-ce qui se passe ? s’inquiéta Tifa.

Shalua se mordilla l’intérieur de la joue.

- C’est Reno, il… Il a un petit souci de santé. Rien de grave, bien sûr, mentit-elle pour la rassurer. Mais je préférerai faire le nécessaire rapidement. Bon, tu reviens avec moi ou tu restes ici à culpabiliser et à essayer de ne pas vendre ta jolie maison ? railla-t-elle.

Tifa lava rapidement leurs deux tasses avant de les mettre à égoutter sur l’évier et lui donna un coup d’épaule amical.

- Viens, on prend ma voiture, ça ira plus vite.

***

Yazoo se glissa hors du lit avec mille précautions sans réveiller son jumeau, enfila ses vêtements et sortit silencieusement dans le couloir.

Ses cauchemars le réveillaient sans cesse et il faisait violemment sursauter Loz à chaque fois. Mieux valait qu’il se lève et qu’il aille rejoindre Vincent dans la chambre de Kadaj attenante à la leur. Au moins, il ne gênerait personne.

Il refermait la porte tout doucement, retenant la poignée pour éviter que le passant ne claque trop brutalement, lorsque lui parvint le bruit écoeurant typique de quelqu’un en train de vomir violemment dans la chambre d’en face.

La porte était entrouverte et Yazoo entendit distinctement un juron étouffé suivi d’une plainte et d’un nouveau gargouillis glaireux.

Quelqu’un était sacrément malade, là-dedans !

Il traversa prudemment le couloir et poussa le battant de bois tout doucement mais sans oser l’ouvrir totalement.

- Ca va ? demanda-t-il de sa voix douce et ténue. Oh, oh ?

La seule réponse qui lui parvint fut un gémissement suivi d’un autre borborygme et il passa la tête par l’ouverture.

Une odeur âcre et métallique agressa son odorat ultra-sensible et il grimaça.

De la bile et du sang ?

- Eh ? appela-t-il un peu plus fort en avisant la porte entrouverte du cabinet de toilette. Vous allez bien ?

Toujours pas de réponse.

Il entra dans la chambre et se dirigea vers la petite salle de bains.

Son pied butta sur quelque chose et, du coin de l’oeil, il vit une bouteille en verre vide rouler jusque sous le lit.

- Est-ce que ça va aller ? demanda Yazoo en frappant doucement à la porte du cabinet de toilette.

Le bruit sourd d’un corps qui chute se fit entendre et l’argenté ne réfléchit pas plus longtemps.

Il poussa la porte et entra pour voir Reno sur sol à demi-inconscient.

L’argenté reconnut aussitôt dans ce garçon rouquin celui qu’il avait combattu à Edge, deux ans plus tôt.

Il s’agenouilla sur le carrelage et souleva la tête du turk pour la poser doucement sur ses genoux, comme il l’avait toujours fait avec Loz ou Kadaj, lorsque les hommes en blouse blanche les ramenaient évanouis après les injections de mako ou des traitements divers.

L’évier de marbre vert était éclaboussé de sang et de bile malodorante et Yazoo tendit le bras pour faire couler l’eau. Il laissa sa main un petit moment sous le jet glacé pour la refroidir et la passa doucement sur le front piqué de taches rousseur, si pales qu’elles ne se remarquaient que lorsqu’on se penchait sur le visage poupin.

Il suivit du doigt les curieux tatouages rouges en forme de virgule, qu’il n’avait pas vus lorsqu’ils s’étaient affrontés - ou peut-être ne s’en souvenait-il simplement pas. Ses préoccupations étaient autres, alors…

Les paupières fines frémirent et deux grands yeux aigue-marine s’ouvrirent avec difficulté.

- Ca va mieux ? demanda Yazoo en se penchant un peu pour que Reno puisse le voir.

La réaction de celui-ci fut immédiate : il poussa un cri inarticulé, se dégagea en se cognant contre le pied du lavabo et rampa jusqu’à la porte pour s’y aplatir, le coeur battant.

- Que… Qu’est-ce que tu fous là, toi ? bredouilla-t-il en cherchant des yeux un objet qui pourrait lui tenir lieu d’arme.

Hélas pour lui, la seule chose à portée de main était la balayette des toilettes. Guère intimidant, comme matraque…

L’argenté se remit debout et lissa sa longue veste de cuir.

- N’aie pas peur, je t’ai juste entendu vomir et j’ai pensé que…

- Reste où tu es ! Ne fais pas un pas de plus ou de te casse en deux !

Yazoo considéra le rouquin recroquevillé sur le sol avec un certain amusement et se tint immobile au centre de la petite salle de bains, les bras croisés.

Reno le détailla de bas en haut un petit moment.

- T’attends quoi, là ?

- Que tu veuilles bien me laisser sortir.

Le turkgrimaça en réalisant qu’il était affalé contre la porte et se releva avec difficulté sans quitter son étrange visiteur des yeux, méfiant.

A peine debout, une sueur froide soudaine perla sur tout son corps, faisant adhérer désagréablement sa chemise à son dos.

Il se mit à trembler comme une feuille.

- Ca va aller ? s’enquit Yazoo.

- Ouais ! cracha Reno, frissonnant de plus belle en s’essuyant le front d’un revers de manche.

- Je n’en ai pas l’impression.

Comme pour le confirmer, le turk se plia en deux sous l’assaut d’une crampe abdominale et l’argenté dut le soutenir tandis qu’il se penchait à nouveau au-dessus de l’évier.

Reno eut des renvois pendant un long moment puis la température de son corps monta si soudainement que Yazoo pouvait presque sentir sa peau brûler à travers ses vêtements.

L’état pitoyable du rouquin lui rappela d’autres lieux et une autre époque…

Il revit le grand corps de Loz étendu sur le sol, près de l’évier qu’il n’avait pas eu le temps d’atteindre, secoué de spasmes, blême, rongé par la fièvre et le manque de mako.

- Vincent est dans la chambre d’à côté, avec mon frère, murmura Yazoo. Si tu veux, je peux aller le cherch…

- Non ! s’écria le turk en le repoussant brutalement. Je vais bien, putain ! Je dois te le dire comment ? J’ai mangé un truc qui est pas passé, merde, c’est tout ! Ca t’es jamais arrivé, bordel ?! On vous filait que de la bouffe aseptisée, dans votre foutu labo, c’est ça ? Bah bienvenu dans les joies de la vraie vie !

Il vomit un jet de bile rougeâtre et l’argenté fronça les sourcils.

- Tu m’as l’air d’avoir un problème bien plus grave qu’une ind…

- J’ai pas de problème ! hurla Reno, les jambes flageolantes. Et je t’ai rien demandé, putain de merde ! Fous-moi la paix et dégage de ma chambre !

Yazoo parut hésiter un instant mais quitta la salle de bains en refermant doucement la porte et soupira. Ce n’était pas son problème après tout.

Un petit reflet blanc accrocha la lumière de la lampe et attira son regard, sous le lit. Il se pencha pour ramasser la bouteille vide sur laquelle il avait buté en entrant dans la chambre et se dirigea vers la poubelle, au pied du petit bureau qui occupait le fond de la chambre du turk.

***

Reno ouvrit les yeux pour découvrir qu’il était à nouveau étendu sur le carrelage de la salle de bains mais, cette fois, plus de type aux cheveux argentés dans les parages.

« J’ai pas été très sympa, sur ce coup-là… » réalisa-t-il avec une petite moue.

Pas grave, il s’excuserait plus tard.

Il porta la main à son ventre en grimaçant, attendant la douleur ou la nouvelle nausée qui ne saurait tarder mais rien ne vint.

Soulagé, il s’étala sur le dos de tout son long et respira profondément.

La crise était passée.

Bon sang, quel soulagement ! Après tant d’émotions, un petit remontant serait le bienvenu.

Il porta la main à la poche intérieure de sa veste par réflexe mais il ne portait que sa chemise. Où diable avait-il laissé sa veste ?

Ah oui, sur le lit.

Il se leva avec difficulté, courbaturé comme s’il avait couru pendant des heures, et passa dans la chambre à coucher, où il se pétrifia en voyant la petite mise en scène qu’on avait préparée à son intention.

La dizaine de bouteilles et de mignonnettes d’alcool vides qui se trouvaient dans la corbeille avaient été alignées sur le lit et, sur une page de carnet arraché au bloc du bureau, on pouvait lire quelques mots au tracé ferme et élégant : « AUCUN PROBLEME… VRAIMENT ? »

…à suivre

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Part 2 - Dans l’espace, personne ne vous entendra crier : “Oh, non ! Pas eux !”

Intérieur vaisseau. Coursive : Reno, Sephiroth, Cid, Cloud, Kadaj, Loz, Yazoo, Weiss, Nero.

Reno (en enfilant un gros scaphandre) : Au fait… Pourquoi c’est moi qui dois y aller, d’abord ?

Sephiroth : On a pas de scaphandre avec la place pour mon aile.

Reno (regard noir) : Toujours une bonne excuse…

Cid : Allez préparer le sas hermétiquo-spatial de décontamination cosmique Alpha Y12 !

Reeve : T’es payé au mot ? Qu’est-ce que tu veux décontaminer ? Ils viennent de l’espace. Y’a rien qui peut vivre dans l’espace, et surtout pas des micro-organismes !

Loz regarde les pieds de Vincent et ouvre la bouche pour faire un commentaire enthousiaste.

Vincent (trèèèès menaçant) : Si j’entends un mot sortir de ta bouche…

Il referme son gant métallique devant le nez de Loz avec un bruit sinistre, comme s’il écrasait quelque chose.

Loz (une main protectrice sur ses parties intimes et l’autre désignant les hommes à l’écran) : Rien ne vit, rien ne vit… Et eux ? Ils vivent pas dedans p’être ?!

Kadaj (tordant le nez) : Ca… on verra à l’autopsie.

Reeve : Techniquement parlant, si on fait une autopsie, c’est qu’ils sont morts. Et s’ils sont morts, c’est qu’ils ne vivent pas. Logiquement. Enfin à moins d’être des morts-vivants, bien sûr. Encore que techniquement parlant…

Cloud : Tu veux aller déboucher les gogues avec ta technique ?

Kadaj : Grand fr… Sephiroth ! Le sas est prêt !

Reno (en aparté à Cloud) : Encore un pistonné, ça.

Cloud (en aparté à Reno) : T’es mal placé pour dire ça, vu ton ignorance totale du fonctionnement du Startrash qui nous fait perdre plus de temps que si t’étais pas à bord… Je me demande bien comment t’as gagné ta place ici, d’ailleurs. Y’a marqué quoi, comme fonction, sur ta feuille de paye ?

Reno (vexé, marmonne) : mllsponsmrltrp…

Cloud : Hein ? J’ai pas entendu.

Reno (boude, s’éclaircit la gorge et récite) : « officier responsable du maintien de l’ambiance et chargé de veiller au moral vainqueur des troupes. »

Cloud (bouche bée) : C’est bien du langage administratif, ça !

Loz : Des troupes t’as dit ?

Reno (renfrogné) : C’est s’kiya d’marqué sur mon contrat !

Loz (le détaille des pieds à la tête avec un sourire inquiétant à rendre dépressif le requin des dents de la mer) : J’crois que mon moral aurait besoin d’un petit coup de main, dès que t’auras un moment…

Reno passe par une gamme de couleurs rouges-rosées et préfère s’enfuir en courant vers le sas (enfin courir… C’est un bien grand mot ! Se déplacer aussi vite que son scaphandre le lui permet, du moins).

Reno (crie depuis le sas) : Ca y est ! J’y suis ! J’suis parti ! J’suis plus là !

Loz (en aparté) : Tu perds rien pour attendre…

BOUM BOUM BOUM (Bruit de du cœur de Yazoo qui se met à battre de désespoir comme la grosse caisse de la garde républicaine.)

Loz (tendant l’oreille) : Tiens, le joint de culasse à encore lâché ?

VLAAAAAAAAAN ! (gifle de Yazoo à décoller la tapisserie)

Yazoo : Au premier mouvement d’approche du rouquin j’t'arrache les yeux, je les accroche à tes oreilles et j’attache le tout avec tes boyaux pour m’en faire un collier ! C’est clair ?

Loz (la main sur la joue et des grosses larmes dans les yeux) : M’enfin…

Vincent (ignorant la scène avec application) : Amiral, Reno vient d’opérer l’approche et l’arrimage des deux corps étrangers et amorce à présent la phase de déplacement dans la direction approximative du sas alpha tango charlie Y 12.

Cid : Tu pourrais pas dire “Ils les a attrapés et il revient par ici”, non ?

Vincent : C’est toi qu’as commencé à te la péter avec ton sas alpha machin truc !

Tout le monde attend impatiemment que le sas ait fini de se remplir d’air et les portes d’acier au tungstène s’ouvrent dans un chuintement métallique (pour autant que du métal puisse chuinter). Reno, toujours engoncé (c’est un mot qui m’amuse assez, aussi, celui-là) dans sa combinaison spatiale dernier modèle, se débat avec son casque. Les deux rescapés, eux, en voyant la fine équipe, ont les épaules qui descendent de 20 cm (au moins).

Vincent (chuchote à l’oreille de Cloud, un peu inquiet, en détaillant l’espèce de camisole de force et le mors que porte le maigrichon brun du duo) : T’as vu c’te dégaine ? Tu crois qu’il est dangereux ?

Cloud (chuchote à l’oreille de Vincent, pas très rassuré non plus) : P’tet qu’il mord… C’est pour ça qu’on lui a mis une muselière…

Cid (posture style « Héros de Manga » : pleine page, une main sur la hanche, l’autre sur l’échancrure de son blouson, l’air martial et concentré, tendu tout entier vers un seul but - qui a demandé : ” le popotin de Vinny ? ” ?) : Je suis le seul maître après Dieu - et encore - sur ce vaisseau. Amiral en chef du Startrash, actuellement en mission d’exploration de l’espace infini, vers les frontières de l’inconnu, vers lesquelles se dirige notre vaiss…

Sephiroth toussote d’un air gêné.

Cid (perd de sa superbe d’un coup et termine plus calmement) : …enfin se dirigera dès qu’on aura fini de réparer et qu’on saura où on est. Mon nom est Cid.

Nero (soupire, consterné, en consultant l’Atlas des mondes parallèles en 789 tomes qu’il a toujours sur lui) : Oui, oui, Cid Highwind, ingénieur mécanicien de génie, pilote émérite, blablabla, on sait… (Marmonne pour lui-même) C’était pourtant bien au deuxième rideau de ténèbres qu’il fallait tourner… J’comprends pas…

Cid (fier comme un chocobo le jour de la saillie) : Ma réputation m’a donc précédé sur votre planète ? C’est où ? On y parle donc de moi ?

Nero : Hein ? Si on veut. Je suppose que notre tête à nous ne dit rien à personne ? Non ? Ca m’aurait étonné… Moi, c’est Néro et mon frère, Weiss.

Weiss (tête baissée, grommelle en direction de son frère) : grmmllgrmlgrml…

Cid : Pardon?

Nero (transperçant Weiss du regard) : Oh ! Ca va, hein ! Je voudrais bien t’y voir !

Kadaj (sautille entre les deux avec le doigt en l’air) : J’ai entendu, j’ai entendu ! Il a dit: “C’est pas vrai, une infinité de mondes parallèles, on pourrait être n’importe où, n’importe quand, mais non, il a fallu que tu nous fasses atterrir au milieu de cette bande de nymphes !”

Yazoo (se réfugiant dans les bras de Loz pour pleurnicher) : Ah ! merde, j’en ai marre qu’on me prenne pour une fille !

Cloud à Reeve : Ca ressemble à Yazoo, les nymphes?

Reeve : Pas que je sache.

Weiss (rouge comme la planète du même nom - pas « Weiss », rouge. Mars ! La planète rouge. Ah ! quand même !) : Pas des nymphes. J’ai dit “cette bande de nymphOs”

Cid (outré, se congèle sur place et siffle de rage comme une bouilloire) : Des… “nymphos” ?

Grand silence.

BBZZZZZZZZZZZZZZ (mouche qui passe)

Nero : C’est pas un terme réservé aux filles, ça ?

Weiss : Sais pas. J’ai pas mon dico sous la main. Ca leur va bien en tout cas.

Vincent (profondément choqué) : Et ça veut dire quoi, ça ?

Weiss avise Yazoo, qui s’est reculé un peu à l’écart et dont le moral est en train de s’élever rapidement sous l’action du coup de main de Loz.

Weiss (pointant un doigt vers eux en prenant un teint de coquelicot.) : Ça veut dire ça, par exemple.

Tout le monde se retourne et assiste à un spectacle affligeant :

Sous une dégoulinade violonesque, anges, libellules, piafs, papillons et autres bestioles romantiques typiques des mangas envahissent la scène en faisant des bruits bizarres et en rebondissent sur la tête des uns et des autres, qui regardent le “baiser le plus amoureux depuis Roméo et Juliette”, agréé par la livre des Records sous surveillance d’huissier, en se retenant les mâchoires avec des élastiques pour ne pas qu’elles cognent sur le sol.

Sephiroth (Essaie d’avaler sa salive pour parler mais il a la gorge plus sèche que le Cosmo Canyon - de honte bien sûr, qu’allez-vous imaginer !) : C’est pas bientôt fini, non ! Quelle honte pour notre nom ! Notre réputation ! Notre famille !

Il sort sa Masamune et SCHBON -CRACK-BABOOM-FSSSSSSSIIMM-PAF !

Explosions, gerbes de lumières, papier peint des coursives réduit en compost, galeries sont soufflées de l’intérieur, débris qui volent dans tous les sens !

(NDLA : Où sont les gars d’I.L.M. quand on a besoin d’effets spéciaux ? Je veux devenir George Lucas à la place de George Lucas !)

Cid (assez effondré) : Bon, alors on a deux argentés inconscients, un décor à refaire et deux étrangers qui semblent nous connaître à garder en observation… J’ai bien résumé la situation ? D’autres dégâts ou d’autres blessés ? Non ? Alors tous à vos postes. Exécution !

Tout le monde s’éparpille pour obéir aux ordres de l’amiral Cid dans un désordre sans nom -comme d’habitude quoi…

...à suivre

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Part 1 - Perdus dans l’espace, cernés par le danger… et en panne !

Voix off : Dans l’espace intergalactique multidirectionnel,  un vaisseau spatial, le Startrash,  voguait…ou plutôt cahotait vers les étoiles, propulsant l’amiral Cid Highwind et son équipage, vers le vide infini, grâce à ses puissants  moteurs hybrides diesel/jus de betterave (sans OGM).

Le producteur : Merde, Robert… C’est quoi cette histoire de betteraves, encore ?

Voix off : C’est des écolos, faut planter le décor, créer l’ambiance, tout ça !

Le producteur : Bah voyons… Et le plein, ils le font où ? Sur Vénus ?

Voix off : Chut ! Ca enregistreuhhh… Ahem ! Je disais donc que l’équipage du Startrash, après avoir échappé de justesse aux guérilleros sanguinaires, aux mouches tse tse, à la chtouille grimpante et à la fièvre aphteuse, voguait vers les étoiles…

…rien…

Voix off : Euh… Images !

…rien…

Voix off : Images !

…toujours rien…

Voix off : J’ai dit : « IMAGES », bordel !

FONDU

INTERIEUR VAISSEAU, SALLE DES MACHINES : Cid, Vincent.

Cid : Comandant Valentine, quelle est notre position ?

Vincent (qui feuillette rapidement son petit kamasoutra de poche illustré) : Euh… Attends voir…

Une pellicule de glace façon banquise se répand à partir des pieds de Cid et recouvre tout le sol de la salle des machines en une fraction de seconde.

Vincent (Pris d’un froid soudain, commence à sautiller d’un pied sur l’autre en se frictionnant les bras.) : Tain, on gèle ici, qu’est-ce qui se passe ?

Une vague de colère à haute tension fait exploser la banquise en grêlons qui s’abattent sur lui en même temps qu’un terrible :

Cid (écarlate) : Je veux parler de la position du vaisseau !

Vincent (largué 20 bornes derrière) : Ah ! Euh… Bonne question.

Cid (effondré) : L’interphone, Vinny, l’interphone…

Vincent (hurlant dans l’interphone relié au pont de commandement) : Sergent Tifa ! Où sommes nous ?

Tifa : Impossible à dire, mon commandant.

Vincent : Gnein ?

Tifa : Le caporal Kadaj a renversé du soda sur les claviers et le sucre a pris…

Cid (braille, vert de rage) : Du soda ?! Sur MES claviers, dans MON vaisseau ? Et qu’est ce que vous attendez pour faire venir l’équipe de maintenance ?

Tifa (manquant d’avaler son stylo supersonique à infrarouges violets) : Oui, amiral. Tout de suite, amiral.

FONDU

INTERIEUR VAISSEAU, PONT DE COMMANDEMENT : Tifa, Cid, Vincent, Yazoo, Loz, Sephiroth, Kadaj.

Tifa (penchée sur le micro de sa console) : Cloud ! Ramène tes fesses sur le pont de commandement !

Cloud (dont la voix grésille dans l’oreillette de Tifa) : Oui ben les guogues, y vont pas de déboucher tous seuls !

Tifa (hystérique) : Ca urge ! (dans un murmure) Le patron est en pétard…

Cloud : Ou est Seph ?

Tifa : Il est pas avec toi ?

Cloud : S’il était avec moi j’te poserais pas question, banane !

Tifa : La dernière fois, il était dans la soute. Y’a un moteur qui tousse, le joint de culasse a pété.

Cloud : Encore ? !

Tifa : Nan, la première fois c’était pas joint de culasse, c’est qu’il s’était pris les cheveux dans les turbines !

Cloud (c’est plus de l’esprit pratique, c’est de la radinerie) : Bah, s’il perd une jambe, il aura des réducs sur les tarifs de la SNCM ! (NDLA :  Société Nationale des Chemins de fer de Midgar. « SNCM, c’est possible » - d’appeler à l’aide ?) Qu’est-ce qu’il fichait dans le moteur ?

Tifa : C’que j’en sais moi ! Avant-hier on l’a bien retrouvé dans le sas d’évacuation du vide-ordures. J’ai bien mis cinq heures à lui décrasser l’aile. Mais magne-toi j’te dis !

Cloud : C’est bon, ça va, je vais le chercher ! Mais vous plaignez pas si ça dégorge !

Cid (qui vient d’arriver sur le pont de commandement avec Vincent) : Lieutenant Yazoo, y a-t-il quand même un moyen de déterminer notre position ?

Yazoo : Ben… On vient de dépasser une planète toute noire. Avant ça, y’en avait une toute verte et toute bizarre et maintenant y’a plus rien…

Cid (qui s’assoit avec difficulté et se donne une claque sur le front - mais non c’est pas l’âge, c’est les émotions fortes) : Mais qu’est ce que je fous avec une bande de bras cassés pareils ! Qu’est ce que j’ai fait pour mériter ça ?

Vincent lui tapote l’épaule, compatissant.

Vincent : Mais, non… Mais, non… Allez, allez…. Ca va s’arranger.

Patapatapatapata (bruit de pas précipités) Chplong (tiens, il a buté sur un truc) Haïïïeee (il s’est fait mal) Drlinglingdroingoingdringdring (bruit de trucs qui dégringolent et…Sephiroth apparaît, en salopette argentée anti-rayonnements-super-design (sans rien dessous), affublé de lunettes de soleil et d’un Walkman sur les oreilles. Il les regarde en faisant une bulle avec son chewing-gum sans sucre.

Sephiroth (décontracté) : S’lut ! Cloud m’a dit qu’y avait eu une cata ? (Loz lève la main et lui montre son clavier, qu’il examine minutieusement) Pffiiuuu ! Ah, ouais…

Loz : Et à part ça ?

Sephiroth (en mettant ses lunettes sur son front) : Faut tout virer !

Cid, Loz, Tifa, Yazoo (catastrophés) : QUOI ?

Sephiroth : les circuits sont bousillés, les boutons sont collés, et l’écran… c’est quoi ce truc gluant sur l’écran ?

Vincent (tout bas à l’oreille de Cid) : Quand je te disais que ça avait giclé…

Loz (qui a tout entendu, mesurant la distance entre son tableau de bord et le fauteuil de commandement d’un regard admiratif) : Ouaouh !

Cid (en toussotant, gêné) : Ahem ! Alors ?

Sephiroth : Alors faut tout changer !

Cid : Non ! Non, non, non et non ! On a besoin de ce tableau de bord tout de suite ! C’est urgent ! Toi comprendre ? U*R*G*E*N*T ! Lis sur mes lèvres ! Read on my lips : URGENT !

Sephiroth : Oui mais… non. Y’a pas d’alternative, désolé.

Loz : Et ça va te prendre combien de temps ?

Sephiroth (en enroulant une mèche de cheveux autour de son doigt) : Un ou deux jours. Trois ou quatre si on s’y met à plusieurs.

Yazoo : Hein ? J’ai pas tout suivi là…

Sephiroth (agitant la main) : Laisse tomber, c’était une blague.

Cid (fulminant) : Eh bien j’ai pas envie de rire, moi, mÔsieur ! On est perdus au fin fond de… de j’sais même pas où, d’abord, avec un tableau de bord bousillé et un joint de culasse en miettes !

Yazoo (d’une toute petite voix) : Et les chiottes bouchées, amiral.

Cid (se tournant vers Sephiroth) : Ah ! parce que c’est pas encore réglé c’t'histoire ? Ca fait trois jours !

Sephiroth (renfrogné) : Oui ben plaignez-vous à Cloud, c’est lui qui doit s’en occuper ! Il est hors de question qu’je foute les mains là-dedans ! J’avais dit à Aerith que son chili con carne c’était pas une bonne idée !

A la pensée du chili D’Aerith tout le monde entend ses tripes émettre des bruits bizarres.

Cid (qui doit quand même s’en prendre à quelqu’un pour passer ses nerfs du moment) : En attendant, si le tableau de bord est « dead », c’est à cause de Kadaj !

Sephiroth : Hein ?

Yazoo : Ouais… Il a renversé du soda sur le clavier de Loz.

Sephiroth (genre grand frère mitigé papa poule gonflé d’arrogance paternelle et bien décidé à mettre son frérot-fiston en face de ses responsabilités) : Appelle-moi ce sagouin !

Yazoo lui désigne du pouce une armoire remplie de composants électroniques.

Voix de Kadaj (qui se planque derrière) : Quel mouchard, çuila !

Sephiroth (qui tape-tape du pied, les bras croisées et le regard mauvais) : Sors de là ! Je peux savoir comment tu t’es débrouillé pour renverser du soda sur la bécane de Loz ?

Kadaj, pivoine, regarde Tifa, qui se détourne en sifflotant.

Kadaj : Bah… J’ai perdu le contrôle. (Et rajoute précipitamment :) De la bouteille.

Sephiroth : Ah ! t’as perdu le contrôle ! Eh bien maintenant, à cause de toi, on est dans la merde ! Alors la prochaine fois, ton coca tu le tèteras à la paille et dans un gobelet fermé !

Tifa ricane et Loz la regarde de travers, suspicieux.

Reeve (qui rentre, une éprouvette à la main) : Ca y est, j’ai trouvé !

Vincent : Quoi donc, doc ?

Reeve : Le champignon à l’origine de ta mycose des pieds ! (il met l’éprouvette sous le nez de Vincent) Regarde !

Cid dévisage Vincent d’un air dégoûté et tout le monde pouffe plus ou moins discrètement.

Vincent (entre ses dents) : Merci de la discrétion, Reeve…

Reeve : C’est à cause de tes chaussures en ferraille. Ca respire pas ! Faut vraiment que tu changes pour quelque chose d’un peu plus léger et ventilé.

Cid (en assénant une tape sur la nuque de Yazoo, qui s’étrangle de rire derrière un bloc-notes qu’il fait semblant de lire) : Doc, avez-vous pu analyser un échantillon de ce qui nous entoure.

Reeve : Oui, nous sommes visiblement au bord d’une sorte de trou noir. Mais c’est bizarre…

Yazoo : Quoi donc ?

Reeve : Bah le trou noir ! Il ressemble à une sorte de vapeur qui bouge…

Cid (à Vincent, en se tapotant la tempe du doigt) : Qu’est ce qu’il nous bave, là ?

Reeve : La vérité ! Je vois pas d’où ça peut venir.

Loz (montrant l’écran de contrôle du doigt, enthousiaste) : Moi je sais ! Moi je sais !

Tous se tournent vers l’écran et voient, flottant près du vaisseau dans une sorte de nébuleuse noire mouvante, une forme blanche inanimée avec de longs cheveux argentés.

Kadaj (fixant le truc) : D’où il sort, lui ?

Tifa (compatissante) : Il a l’air inconscient.

Cid (comme s’il regardait un rat de laboratoire) : Comment il fait pour respirer là dehors ?

Tifa (rêveuse) : C’est ses abdos, qu’on voit, là ?

Sephiroth : C’est quoi ce truc noir et bleu tout moche avec des tuyaux partout ?

Cid : Yazoo ! Plus grand, l’image !

Tifa (de plus en plus rêveuse) : Il est drôlement grand, non ?

Loz : On dirait un type en pantalon de pyjama et un homme-grenouille tout maigrichon avec une tenue de plongée ridicule !

Tifa : Eh, il nous fait des signes ! Coucou ! (Elle se tait en remarquant que tout le monde la dévisage avec une grimace consternée) Oh, ça va…

Yazoo : qu’est ce qu’ils font là, au milieu de nulle part ?

Reeve (sortant une calculette) : D’après mes calculs nous serions au point de symbiose d’une déchirure biotemporelle intergalactique à atomes structurants dont les strates métamorphosantes décomposent la masse.

Tout le monde le regarde avec des yeux comme des soucoupes.

Reeve (soupirant devant tant d’ignorance) : Ils ont du être aspirés ailleurs et recrachés ici.

Tifa : M’enfin, réveillez-vous ! On peut pas les laisser là ! Il faut aller les chercher !

Cid (sourire sadique) : Ben voyons ! Et… qui se dévoue, que je rigole ?

Tout le monde regarde ses pieds, le plafond, son voisin, ses ongles, etc.

Sephiroth (subitement inspiré, appuie sur l’un des boutons de l’interphone) : Reno ! L’amiral te demande sur le pont !

Voix ensommeillée de Reno : Ah ?

Sephiroth : Tout de suite !

Voix de Reno : O.K.

Les autres : Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! (Bruit des applaudissements nourris) Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! Bravo ! Clap ! Clap ! Clap ! Clap ! Hip, hip, hip ! Clap ! Clap ! Clap ! Clap !

Sephiroth (saluant à la ronde) : Merci, merci ! Non, c’était rien, franchement… Merci ! Non, vous me gênez… Merci, Merci ! Merci !

…à suivre

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I - Revenus du néant

“Supplier à tes pieds en pleurant mes angoisses ?
Plutôt rire et danser sur ma propre carcasse,
Renier ma famille et ma race et ma foi
Que de plier ainsi le genou devant toi.
Je déboute les dieux de leurs droits sur mon sort.
Pour être libéré, je réclame ta mort !
A toi, mon compagnon, je jure que demain
Il faudra rendre l’âme… à qui elle appartient ! “

Claude Neix ” Les chroniques d’Ishmaar”

***

Rédaction : Shiva Rajah

Scénario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : M.A. Sambre (studio Gothika)

Corrections : Arisu

***

Une terre humide s’insinuait dans sa bouche et ses narines, collait à sa peau nue. Il eut un haut-le-coeur et cracha, essaya de se redresser sur un coude mais ses bras ankylosés refusèrent de le soutenir.

Où était-il ?

Il ouvrit les yeux. Rien. L’obscurité, le bourdonnement des insectes et le clapotis de l’eau glacée, où ses jambes à demi paralysées par le froid baignaient encore.

Il voulut prendre une goulée d’air mais une brûlure indescriptible irradia dans sa poitrine et il s’étouffa avec le liquide qui lui congestionnait les poumons.

Il toussa, crachat un filet d’eau verte phosphorescente et cria de douleur.

Son hurlement se répercuta sur des murs invisibles dans les ténèbres.

Une grotte ?

Grelottant, respirant avec difficulté, il rampa tant bien que mal loin du cours d’eau pour s’asseoir péniblement sur le sol meuble et tourna la tête en tout sens. Nulle lumière hormis la faible lueur verte - des restes de mako très dilué ? - qui nimbait l’eau comme de la vapeur phosphorescente, bien insuffisante pour distinguer quoi que ce soit.

Quel était ce lieu où circulait une rivière souterraine souillée de mako ? Et pourquoi son corps, rompu à mille exercices et entraîné à supporter les températures les plus extrêmes, lui semblait-il soudain si fragile, si douloureux et la morsure du froid si intense ?

A présent que ses poumons s’étaient totalement vidés du liquide qu’ils contenaient, il récupérait petit à petit son sens de l’odorat.

La pestilence du lieu le prit à la gorge : un mélange de relents de boue glaireuse, de mako et de mousse décomposée.

Un long frisson agita sa peau bleuie où le froid avait hérissé jusqu’au plus fin duvet argenté, si pâle par endroits qu’il en était transparent.

Comment sortir de là ? Y avait-il seulement une sortie ? Et comment était-il arrivé en un tel endroit ?

« Ne panique pas, Sephiroth… » se tança-t-il « Surtout ne panique pas… Réfléchis. Réfléchis, bon sang ! »

Mais réfléchir, il en était bien incapable. Tout s’embrouillait dans sa tête et le froid l’engourdissait le plus en plus.

Il était tellement, tellement fatigué…

Quelle était la dernière chose dont il se rappelait ? Voyons… Un voyage. Un voyage pour…

Le réacteur !

Oui, il devait aller vérifier quelque chose dans le réacteur mako de Nibelheim… mais quoi ?

Avec un gémissement plaintif, il se roula en boule, ramena ses genoux tout contre sa poitrine, y nicha le menton et ferma les yeux.

Gourd, affaibli et transi de froid, il s’endormit sans même s’en rendre compte.

***

On lui tapota l’épaule.

La caresse douce et timide d’une femme ? Ou peut-être d’un adolescent…

Une jeune recrue chargée de venir le réveiller en pleine nuit ? S’était-il passé quelque chose ? Encore un problème avec un réacteur ?

Dans un demi-sommeil, ses doigts se refermèrent sur la main fine pour l’immobiliser et la chasser de son épaule.

Elle était petite, fragile et glacée.

- Grand frère ? Grand frère, réveille-toi, nous avons besoin de toi.

« Grand frère ! » Et pourquoi pas « vieille branche » ou « frangin » tant qu’on y était ? Quelle familiarité ! Le respect ne semblait décidément plus partie des bases élémentaires enseignées aux jeunes recrues !

Il voulut s’étirer et faillit crier tant ses muscles étaient raidis et le faisaient souffrir.

Nul soleil ne réchauffait son visage travers la vitre de la fenêtre de ses quartiers. Nul drap tiédi par la chaleur de son propre corps ne lui chatouillait la joue. Et la voix de la jeune recrue ne lui disait absolument rien.

Il ouvrit les yeux.

L’obscurité seule fut témoin de son désappointement et de la panique qui s’ensuivit.

- Par tous les démons de la planètejura-t-il.

Alors ce n’était pas un simple cauchemar ?

Il n’était pas dans ses quartiers, il était vraiment dans la grotte glaciale !

Il s’agrippa à la main qu’il tenait toujours dans la sienne et trouva une épaule.

- Grand frère… sanglota à nouveau la voix. Grand frère, nous sommes perdus. Mère nous a abandonnés !

Il aurait juré pouvoir reconnaître cette voix si elle n’avait été brisée par la terreur. Mais, par tous les démons du cosmos, pourquoi ce garçon l’appelait-il « grand frère » ?

Sephiroth lutta pour se rappeler.

En vain.

- Où sommes-nous ? finit-il par demander en massant son épaule ankylosée. Qui es-tu ?

- Grand frère ne nous reconnaît plus ? geignit une seconde voix, un peu plus rauque que la première et probablement plus âgée, faisant sursauter le soldat.

- Pleure pas, Loz. Il est choqué, c’est tout. Ca va lui revenir.

Sephiroth tressaillit et aurait bondi sur ses pieds si le garçon dont il tenait toujours la main ne s’était agrippé à son bras - ce qui, soit dit en passant, était anormalement douloureux.

- Que… qui êtes-vous ? s’écria-t-il en essayant de se dégager, faisant craquer la jointure de son coude. Combien êtes-vous, ici ?

- Qui nous sommes ? Tu as donc vraiment tout oublié ?

Un bref sanglot déchirant résonna dans les ténèbres.

- Pleure pas, Yazoo !

Le soldat lutta contre la démence qui menaçait de le gagner.

Qui étaient ces gens ? Comment avait-il atterri là ?

Se rappeler… Se rappeler !

Le noir.

La douleur et le froid.

La peur et la chute dans le vide… Un abîme de mako, glacé et sans fond

L’eau dans sa bouche, le froid et la terreur.

Des sensations floues, vagues et inutiles.

Il secoua la tête et déglutit péniblement pour chasser un début de nausée.

- Où sommes-nous ? demanda-t-il. Où est la sortie ?

Il sentit les mains fragiles qui enserraient à son bras accentuer leur pression, le faisant grimacer, et se mettre à trembler.

- Dehors, tout est si étrange, grand frère…

Le soldat se leva avec difficulté, le garçon toujours agrippé à lui.

- Dehors ? Où ça, dehors ? Montre-moi !

Les mains frémissantes le guidèrent vers une sorte d’escalier naturel qu’ils grimpèrent à tâtons et qui débouchait sur ce qui s’avéra être un tunnel enténébré menant à une petite grotte, au sommet d’une montagne. Un vent glacé dans lequel voltigeaient quelques flocons de neige s’engouffrait par rafales dans la cavité. La température y était encore plus glaciale que près de la rivière souterraine.

Après autant de temps passé dans l’obscurité totale, la lumière pourtant pâle et grisâtre du début de matinée éblouit le soldat… qui eut un haut le cœur en voyant distinctement pour la première fois le tout jeune homme accroché à son avant-bras - ainsi que ses deux compagnons, qui lui avaient emboîté le pas.

Ils étaient nus, comme lui et souillés de boue verdâtre. Leurs magnifiques visages étaient tordus par la peur et leurs corps parfaits marqués d’ecchymoses. Leurs splendides chevelures argentines, identiques à la sienne, étaient encore humides et leurs yeux…

« Par la foudre du ciel, ces yeux… »

Le juron s’étrangla dans la gorge de Sephiroth, qui se dégagea brutalement de l’étreinte du garçon, provoquant un nouveau craquement - à la jointure de son épaule, cette fois.

- Mais que… Qu’est-ce que vous êtes ? bredouilla-t-il avec un violent mouvement de recul, comme si on l’avait frappé. D’où est-ce que vous sortez ?

Celui qu’il venait de repousser, et qui paraissait être le plus jeune des trois, s’approcha avec prudence et ses étranges yeux fendus d’un vert topaze, copie conforme de ceux du soldat, s’attristèrent.

- Tu ne te souviens vraiment pas de nous ?

Le coeur au bord des lèvres, rattrapé par le souvenir vague de créatures monstrueuses dans des cuves de mako, près du réacteur, Sephiroth recula encore jusqu’à s’aplatir contre le mur rugueux.

- N’insiste pas, ça ne sert à rien. Il nous a vraiment oubliés…

Celui qui venait de parler, grand, droit et magnifique dans sa nudité à peine voilée par une longue chevelure brillante et fluide comme le mercure, s’était avancé au milieu de la grotte.

A dix ans près et quelques kilos, il aurait pu être le jumeau de Sephiroth et considérait ce dernier avec un mélange de colère et d’accablement.

- Il nous abandonne, lui aussi, reprit-il. Tout comme mère ! Nous avons échoué. Nous ne leur servons plus à rien ! (un sanglot enfantin l’interrompit) Pleure pas, Kadaj. On se débrouillera seuls. Nous n’avons pas besoin de lui ! Ni de mère !

Il fit mine de quitter la grotte mais le plus âgé des trois garçons, un grand gaillard aux cheveux courts, le retint par le bras.

- Attends ! C’est grand frère, on ne peut pas le laisser là !

- Tais-toi, Loz ! Tu ne vois pas qu’il n’en a rien à fiche de nous ? Personne ne veut de nous, de toute façon !

L’interpellé grimaça.

- Pourquoi ne veux-tu plus de nous ? demanda-t-il au soldat avec la franchise et la candeur désarmante d’un petit garçon. Tu ne nous aimes plus ?

Sephiroth hoqueta et cligna des yeux, totalement pris au dépourvu par la naïveté de la question.

D’où diable sortaient ces phénomènes de foire ? D’un labo clandestin ?

Un Dieu espiègle avait-il trouvé amusant de le jeter en enfer avec des expériences ratées de lui-même affublées de cerveaux d’enfants de cinq ans ?

Le sien opta pour la seule échappatoire possible lorsqu’on se retrouve perdu, nu et sans armes dans une situation aussi ubuesque qu’inextricable.

Il perdit connaissance.

…à suivre.

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