Ténèbres

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Auteur : Ayame Nightbreed

Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)

Illustration : Studio Gothika

Corrections : Arisu

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Journal de Nero - Première page

Les Ténèbres…

Mes Ténèbres. Mon monde intérieur. Cette part de moi sans limite tangible.

Elles sont mon seul refuge en cas de menace. Le seul endroit - si on peut appeler ça ” un endroit ” - où je me sens intouchable. Un sanctuaire maudit auquel je dois ma survie et où nul ne peut m’atteindre.

Les plaintes des morts qui hantent mes Ténèbres sonnent comme une berceuse à mes oreilles. Une berceuse qui m’apaise depuis toujours…

Non… Ce n’est pas tout à fait vrai.

En réalité, je dispose d’un second refuge : les bras de mon frère aîné. Il va sans dire que je les préfère à mes Ténèbres. Malheureusement, contrairement à elles, je n’ai pas la possibilité de rejoindre Weiss quand je le désire.

Encore moins ces derniers temps.

Weiss… Que ne donnerais-je pour une nuit à tes côtés ?

Ta présence seule suffit à faire refluer mes Ténèbres jusqu’aux limites de mon être. Ta lumière m’apporte à la fois répit et réconfort. Elle peut parfois même adoucir mon âme jusqu’à me faire éprouver un sentiment de paix. Mais plus que ta lumière, c’est toi, Weiss qui m’es essentiel.

Ta peau, tiède et si douce ; tes mains apaisantes et aimantes ; ta voix, si chaude et si rassurante. Et tes yeux… Tes yeux d’un bleu pur agrémenté d’une touche d’or qui illumine ton visage. A eux seuls, tes yeux me renvoient l’image de ce que tu es pour moi, Weiss : l’incarnation de la perfection.

Journal de Nero - Page 17

Sans Weiss, le temps n’est plus qu’une succession de moments plus ou moins longs et éprouvants. Repos, examens, entraînement, injections de mako, examens. Repos, examens, entraînement, injections de mako, examens…

On lui permet parfois de dormir dans la même pièce que moi - quand on ne le laisse pas enchaîné à son propre trône plusieurs jours de suite. En ce qui me concerne, les nuits que nous passons hors de nos cellules respectives sont ma seule raison de ne pas perdre la raison.

Mais peut-on parler de ” nuits ” ?

De simples numéros verts sur un cadran noir, au-dessus de la porte de notre geôle, pour nous rappeler à quel point notre bonheur est éphémère : voilà ce qu’est ” la nuit ” pour nous.

Ah ! Bien sûr, j’ai déjà eu le privilège de voir la nuit, celle de l’extérieur, les rares fois où l’on nous envoie en mission à la surface. Ces nuits-là sont l’exact reflet de ma propre existence : noires, solitaires et silencieuses, et regorgeant de menaces cachées.

Journal de Nero - Page 21

Il est désormais manifeste pour ” eux “ que Weiss et moi représentons un danger non négligeable (nous sommes certainement leurs expériences les plus imprévisibles et les moins dociles). On nous séparera bientôt, j’en ai la certitude.

Journal de Nero - Page 22

On enferma Weiss au cœur du réacteur Zéro, exposé à des doses de mako mortelles pour un être normalement constitué, et moi quelques niveaux plus haut, enchaîné à plusieurs mètres du sol.

Je passai ces années seul, dans l’obscurité, à hurler et à supplier jusqu’à m’en briser la voix.

Je ne dormis presque jamais car les chaînes d’acier mordaient dans ma chair et le poids de mes ailes métalliques semblait me déchirer le dos. La douleur me tenait constamment éveillé et rares étaient les moments où je sombrais dans mes Ténèbres, terrassé par l’épuisement.

Journal de Nero - Page 27

Mon univers a toujours été fait de trois couleurs : le noir de mon essence, le blanc pur de mon frère et le rouge, celui du sang de tous ceux que l’on m’a fait éliminer ou dont j’ai choisi d’abréger la vie.

Si je regrette toutes ces morts ?

Tue et tu vivras. “ Telle était la règle d’or, au Deepground.

Difficile de dire si j’aime tuer ou non…

Impossible de nier, cependant, que j’éprouve un certain plaisir à donner la mort à ceux qui se font appeler ” humains ” et qui prétendent nous être supérieurs, faisant étalage de leur intelligence et de la liberté dont ils jouissent. Pour eux, nous ne sommes que des numéros, des bêtes qu’ils se réjouissent d’envoyer à l’abattoir. Que dis-je, des animaux ?

Non…

Les rares animaux que j’ai eu l’occasion de voir - ailleurs qu’au fond de mon assiette, s’entend - étaient bien mieux traités que les soldats du Deepground.

Les ” autres ” nous voient que comme des expériences à étudier, des curiosités qu’ils ont eux-mêmes créées, des monstres à torturer. Et c’est bien ce que nous sommes, en réalité.

Des monstres.

Je ne suis pas dupe ; je sais, pour avoir aperçu le monde extérieur, que nous ne devrions pas vivre ça. Mais à quoi bon s’apitoyer sur son sort ? C’est comme ça.

Pourtant, je ne suis pas certain que les ” autres ” valent mieux que nous…

Je les hais et les méprise presque autant que moi-même. Ils ne sont rien. Ne valent rien. Qui qu’ils soient, d’où qu’ils viennent, ils sont tous les mêmes !

Journal de Nero - Page 45

Weiss… Mon frère bien-aimé.

Ils l’ont tué !

Tout était prévu ! Tout ! Depuis le début.

Weiss, pourquoi avoir fait ça ?

Pourquoi ?

Tu disais que tu voulais me libérer, les empêcher de m’entraver dans mes propres cauchemars, dans l’obscurité de mon cœur. Tu disais que tu aurais fait n’importe quoi pour moi. Tu disais que tu m’aimais…

Etait-ce une raison pour payer mon salut de ta vie ?

Ma vie ne vaut pas un dixième de la tienne. Nous aurions mieux fait de rester encore un peu dans nos cages respectives. Ne nous sommes-nous pas promis d’être toujours ensemble ?

Journal de Nero - Dernière page

Mon frère… Je me rappelle ton sourire lorsque tu venais retirer mon masque et que tu prenais mon visage souillé de larmes entre tes mains. Si elle n’était pas déjà vouée aux ténèbres, j’aurais vendu mon âme pour un seul de tes sourires. Tu étais la seule chose qui m’empêchait de sombrer dans la folie. Nous ne faisions qu’un. Notre amour était l’unique sentiment capable de mettre à mal ma noirceur sans pour autant me faire souffrir et je sais qu’il restera intact quoiqu’il arrive.

Weiss…

J’ai tant besoin de toi… De ta chaleur et de ta lumière…

Mais tu es parti.

Pourtant, je te sens encore près de moi. Ton cœur ne bat plus. Ta voix s’est tue et tes bras sont inertes mais tu es toujours là. A la fois proche et si lointain.

Mon cher frère…

Parce que tu m’as sauvé de la folie, je t’arracherai à la mort.

Je t’en fais le serment, Weiss… Nous serons bientôt réunis. Personne ne nous séparera plus jamais. Et je ne laisserai plus qui que ce soit faire du mal à mon autre moi, à mon frère, à mon contraire, au seul être que j’ai aimé.

Que ferons-nous lorsque nous serons de nouveau ensemble ?

Je n’en sais rien…

Toi seul dois en décider.

Peut-être une nouvelle existence, ailleurs, loin d’ici… Je sais que ta lumière nous guidera. J’ai confiance en toi. Il y a toujours dans les ténèbres, pour épaisses qu’elles soient, une lueur - d’espoir, d’amour, qu’importe ?

Cette lumière, c’est toi.

FIN


redacteur_occasionnel

11 commentaires pour “Ténèbres”

Xuè a dit :

Emouvant… Poétique… Sublime…

Ce sont les trois seuls mots que j’utiliserais pour qualifier cette fic. On ressent les émotions et partage les émotions que peux éprouver Nero ainsi que son calvaire…
Vraiment, c’est superbement écrit, bravo à Ayame.

Merci de l’avoir fait partager

coeurdelune a dit :

Eh bien, un texte de trééés grande qualité, toutes mes félicitations a l’auteur! Je ne vois pas vraiment Nero écrire un journal intime mais ca permet d’avoir un point de vue très intéressant, en plus, on ressent bien les émotions de Nero, et le coup de sauter certaines page je trouve ca excellent, ca nous donne l’impression de rejouer à Dirge et de trouver des pages un peu au hasard, vraiment une fic qui m’a beaucoup plu !

Audrey a dit :

wow comme c’est bien écrit, les mots sont justement employés et la profondeur du texte dépasse celle des abymes océaniques. J’adore les texte profond où l’auteur prend le temps de chercher des mots qui dépasse le vocabulaire quotidien, sa enrichie les textes.
En plus, il y a un brin de philosophie de cher Nero.
Conclusion : J’adore

Cassy a dit :

Déjà lue celle là…
Elle me laisse toujours un très gros pincement au coeur.
Je ne connais leur histoire que par mes recherches… Alors il est encore plus facile de m’identifier à lui, de l’intégrer au récit déjà complexe du tome 7.
C’est dans ce genre de cas que je me dis que les véritables héros ne sont pas ceux surmédiatisés à toutes les sauces.

Heaven a dit :

Magnifique
Sublime
J’en ai les mots qui me manquent ! c’est tellement vrai certains passages !
Un grand BRAVO pour ce texte :D

Shinigami a dit :

chibi-face! c’est son journal *bave* bon je le lit le relit etc jusqu’à ce que je comprene la phylosophie de ce texte!

TrynXI a dit :

ça y est elle a finit par couler, ma p’tite larme T-T
vraiment c’est sublime des textes comme ça, en plus ça va me forcer à essayer de finir DoC, vu que je suis coinçé au début.. m’enfin, ça m’a vraiment donné envie d’en apprendre un peu plus sur ces frères !

Alixa a dit :

C’est vraiment un très beau texte. Et je suis d’accord avec Cassy, les véritables héros qui souffrent et qui endurent le pire dans les histoires ne sont pas forcément les super-gentils surmédiatisés (pour reprendre son terme).

Vraiment, c’est très bien écrit. Est-ce qu’il y a une version “le journal intime de Weiss” ;)

shana l'argenté a dit :

OUIIIIIIIIIIIIN ! c’est trop beau ! si un seul de mes frère pouvait me dire sa punaise je serait aux anges. bref j’ai adoré mais piter tu pourait écrire un truc plus joyeux le mois prochain parce que bon c’est sublime certe mais… ma chambre c’est pas une piscine !

tifa a dit :

ouin c’est trop TRISTE !!!!!!!!!!!!!!!!! et beau à la fois certe mais c’est trop triste, j’en ai les larmes aux yeux !! *snif snif*

MLLEhauru a dit :

O.O c’est genial serieux “chapeaux” c’est vraiment bien ;)

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