VI - Balaye devant ta porte !
Rédaction : Shiva Rajah
Scenario et Rewriting : Claude Neix (studio Gothika)
Illustration : Tirée du doujinshi BUBBLES du Studio Gothika
Corrections : Les volontaires sont les bienvenus !
***
Nous arrivâmes chez Rufus Shinra vers cinq heures du matin.
Sa famille possédait une propriété, à l’ouest de Gongaga, un ancien palais qui faisait ressembler le manoir de Nibelheim où j’avais passé ma petite enfance à une vulgaire maison de poupée.
C’était une demeure très anciene, aux dômes élégants, à la façade sculptée de statues et aux hautes fenêtres. Je n’osai compter le nombre de balcons mais, pour ce que j’en voyais de la grille d’entrée, il devait bien y en avoir sept par étage sur deux niveaux - rien que sur la façade Nord.
Par endroits, la pierre ressemblait à de la dentelle.
Un vieil homme vêtu d’un pantalon de lin blanc et d’une longue tunique fendue serrée par une longue ceinture de soie ouvrit la porte après que nous lui ayions expliqué qui nous étions.
Il nous laissa passer d’un air soupçonneux et lorgna avec écœurement la poussière qui nous recouvrait et mon torse nu.
Il estimait probablement que notre mise ne seyait guère pour une visite à sa ” majesté sérénissime “.
Le domestique nous fit signe de le précéder d’un geste, en restant à distance, comme si notre proximité le souillait. Nous nous engageâmes dans les allées de l’immense jardin. Même à la lumière capricieuse de la lune et en dépit de ce que je venais de vivre, je dois avouer qu’il était magnifique et je ne pus m’empêcher de l’admirer.
Il nous fit entrer dans l’immense hall.
Angeal et moi échangeâmes un regard ébahi.
La seule fois que j’avais pu voir autant d’antiquités, c’était au musée de Midgar.
Pas un mètre carré du sol qui ne soit pas recouvert de tapis précieux, pas un pan de mur qui ne soit pas peint de fresques anciennes et chaque statue ou objet décoratif devait valoir une fortune.
Malgré l’heure plus que matinale, nous croisâmes plusieurs serviteurs époussetant les meubles impeccables ou vaquant à quelque occupation nécessaire à l’apparat de la demeure de l’héritier Shinra.
Nous suivîmes le domestique à travers une grande galerie à colonnes et entrâmes dans ce qui semblait être un petit salon de réception.
Je dis ” petit ” en comparaison du reste de la demeure car il devait faire à lui seul la totalité de la surface de mes appartements à la caserne du SOLDAT.
Comme dans toutes les demeures traditionnelles, les appartements privés se trouvaient au fond de la maison, à l’abri des regards indiscrets.
- Je vais m’enquérir auprès de monsieur Shinra pour savoir s’il accepte de vous recevoir, dit-il avec hauteur.
Il s’inclina avec cérémonie et jamais salut ne me parut aussi insultant.
Il y avait plus de mépris dans ce simple geste, pourtant révérencieux, qu’en n’importe quelle insulte proférée par un pilier de bar après une nuit de beuverie.
Je serrai les poings mais le domestique feignit ne s’apercevoir de rien.
- Pour qui se prend-il ? demandai-je à Angeal, irrité, une fois le larbin obséquieux sorti.
- La question est mal formulée, répondit mon ami en riant. Je dirais plutôt : pour qui nous prend-il ? Je crois que la réponse est : pour de la piétaille indigne de ce palais et de son propriétaire.
Je secouai la tête.
- Décidément, j’ai beau faire des efforts, je ne comprendrai jamais ce pays.
La porte s’ouvrit à nouveau, faisant place au lèche-bottes de service.
Palmer s’approcha et s’inclina devant nous - avec moins de mépris que le domestique, dois-je préciser.
Il était emmitouflé dans un énorme peignoir de soie ou quelque chose dans ce goût là. Ca me faisait penser à la tenue des nomades de Canyon Cosmo, en plus chic.
- Général… Capitaine… murmura-t-il, mielleux. Monsieur Shinra va venir dans un instant. Je ne vous cache pas qu’il a été très irrité de cette inopportune visite. On ne dérange pas le fils du président ainsi. J’espère que vous avez une raison valable pour faire irruption ici en pleine nuit !
- Valable ? s’écria Angeal. Nous avons plusieurs cadavres sur les bras dont un victime de meurtre ! s’écria-t-il. Est-ce, selon vous, une raison suffisamment “valable” pour que sa ” gracieuse majesté ” daigne quitter ses draps de satin ?
- Cela, c’est à moi d’en juger, Hewley, gronda la voix de Rufus Shinra, que nous n’avions pas entendu entrer.
Il avait enfilé un kimono de coton bleu marine, si impeccablement coupé qu’il ne pouvait avoir été fait que sur mesure, et se tenait nu-pieds sur le somptueux carrelage émaillé de bleu, blanc et or. La large échancrure dévoilait deux pectoraux au dessin si ferme et parfait que j ‘en oubliai presque à quel point il me tapait sur le système.
Mais cela ne dura pas…
- On m’a parlé d’un petit incident, sur le chantier, poursuivit-il d’un air las en s’asseyant sur l’un des divans brodés. Tu peux nous laisser,dit-il à Palmer, qui sortit en reculant, la tête respectueusement inclinée.
Ca y est ! Il recommençait à me donner envie de lui arracher les yeux avec une petite cuiller…
- Un “petit” incident ? relevai-je sarcastique.
Il me lança un regard méprisant.
- Rien, en tous les cas, qui mérite de me déranger à cette heure.
- Un fauve s’est introduit dans le camp ! criai-je en me retenant pour ne pas le saisir par le col de son kimono de luxe. Des hommes sont morts ! Des hommes qui travaillaient pour que vous puissiez poser votre fessier princier sur la cuvette des chiottes de votre putain de réacteur “que tout monde pourra voir de loin” !
Rufus Shinra ferma à demi les yeux, menaçant.
- Je vous conseille d’employer un autre ton avec moi, Général Sephiroth. Je ne suis en rien responsable de vos délires. Un fauve mangeur d’hommes… Nous ne sommes plus au temps des Cetras. Moins encore dans un zoo !
J’allais répliquer vertement mais Angeal me devança.
- Nous l’avons vu, insista-t-il. Nous en avons même croisé deux, pour être exact. Un au camp et un Gongaga. Plusieurs ouvriers sont morts, déchiquetés, et l’un d’entre eux a été assassiné.
Rufus leva un sourcil et esquissa un sourire, comme s’il avait affaire à des déficients mentaux.
- Il n’y a plus de grands fauves dans la région, Capitaine Hewley. Depuis des dizaines et des dizaines d’années. Et certainement pas des fauves assassins, ajouta-t-il avec une moue sarcastique.
- Quand je parlais d’assassinat, je voulais dire par la main d’un homme, monsieur. Un ouvrier a eu la gorge proprement tranchée d’une oreille à l’autre.
Le rejeton Shinra leva les yeux au ciel et soupira.
- Il faudrait savoir ! C’était un fauve ou un homme ?
J’eus beau avoir envie de l’étrangler, je me fis la réflexion que sa question n’était pas, tout compte fait, ouvertement idiote. Il était tout de même étrange que, la même nuit, se déroule un assassinat et un tel carnage.
L’assassin possédait-il un fauve ?
Non, cela ne tenait pas debout.
Et celui de Gongaga, dans ce cas ?
- Les deux, tranchai-je. Mais une chose est claire, la région est bel et bien infestée de bestioles, quoi que vous en pensiez.
Il sembla réfléchir un instant.
- Et je peux savoir ce que vous attendez de moi ? demanda-t-il. J’ai ordonné l’arrêt de ce chantier, ce qui s’y déroule ne m’intéresse plus.
J’ouvris la bouche mais il leva la main.
- Soyez tranquilles, reprit-il, vous recevrez la prime convenue au départ et nulle sanction ne figurera dans votre dossier militaire. Malgré la catastrophe que vous avez causée… ajouta-t-il en me jetant un regard meurtrier.
- Quelle catastrophe ? s’écria Angeal, outré. Nous ne sommes pas responsables si…
- Ca suffit ! coupai-je, à bout, en me penchant sur Rufus, menaçant. J’en ai assez de tout ce cinéma, alors écoutez-moi bien, vice-président de ce que vous voudrez ! Des hommes sont morts, leurs cadavres gisent sous une tente du chantier, de votre chantier, et un homme a été égorgé. La police refuse de prendre une déposition ou d’envoyer quelqu’un sans votre autorisation. Alors vous allez bouger votre putain de cul, prendre ce putain de téléphone et ordonner à tous ces bras cassés de prendre les mesures nécessaires ! Me suis-je bien fait comprendre ?
Rufus en resta bouche bée.
Je crois que jamais il me m’aurait cru capable de m’adresser ainsi à un supérieur et qu’il comprit, à ce moment-là, en voyant mes yeux verts glaciaux, ma mâchoire crispée et mes muscles bandés, à quel point je pouvais être dangereux.
“Sa majesté des réacteurs” perdit donc une bonne partie de son assurance.
- Et la moindre des choses serait d’indemniser les familles des victimes, ajouta mon ami, profitant de l’effet “Sephiroth risque d’exploser alors ne le contrariez pas”.
Rufus ouvrit la bouche puis parut penser à quelque chose et se figea, comme si une pensée soudaine l’avait frappé.
Il ferma les yeux un instant, les rouvrit, se leva et… chancela.
- Ah là ! Doucement ! Vous allez bien ? demanda Angeal, un peu coupable.
C’était la première fois que Rufus se tenait immobile aussi près de moi.
Son front m’arrivait au menton ce qui, avec mon mètre quatre vingt douze et mes quatre vingt sept kilos, était déjà en soi un bel exploit pour un homme normalement constitué.
Un parfum musqué me chatouilla les narines et mon regard glissa à nouveau vers l’échancrure de son peignoir.
Merde… Ce type était sculptural.
Si seulement il n’était pas aussi imbuvable !
- J’ai une impression de “déjà vu”, murmura-t-il, la gorge serrée. C’est très désagréable. Excusez-moi, je reviens dans un instant.
Il sortit, nous laissant, Angeal et moi, totalement interloqués.
***
Journal de Rufus Shinra
Palmer m’a réveillé ce matin à l’aube, avant l’heure que je lui avais donnée. C’est la première fois qu’il ose désobéir à mes ordres, c’est dire si grande était son inquiétude. Et bien que je ne puisse le montrer, j’avoue la partager.
Mes plus grandes craintes se réalisent…
Ce Général mal dégrossi a attiré sur nous la colère des dieux. Des soldats restés au camp ont été massacrés par un fauve qui s’est enfui.
Je n’en ai pas parlé à ce rustre mais le grand léopard noir a toujours été l’animal tutélaire des Shinra, depuis la naissance de notre lignée. Je ne peux voir une coïncidence dans le fait que la vengeance des dieux s’accomplisse par la patte de cet animal.
Toujours tournée vers le passé, comme tous les anciens, ma vieille nourrice m’a assez seriné la longue histoire de mes ancêtres pour que je puisse la réciter mot pour mot.
Sa loyauté à ma famille m’est précieuse, mais son archaïsme me porte sur les nerfs, parfois.
Déjà que J’ai le plus grand mal à convaincre mon propre père d’accepter les changements qu’impose le passage de notre société dans l’ère de la modernité…
Ce Sephiroth ajoute aussi à la liste de nos ennuis la mort de celui qui a déclenché cette tragédie par sa maladresse.
Il n’arrive pas à comprendre que cela n’est que la juste conséquence de son erreur. Mais je crains qu’il ne prenne ce décès un peu trop au sérieux, et qu’il n’en réfère aux autorités, qui ne manqueraient pas de m’importuner.
Je ne m’inquiète pas vraiment pour la police, ils comprendront aisément mon point de vue, mais j’enrage à l’idée de payer des pots-de-vin supplémentaires pour m’assurer leur silence à cause des scrupules de celui qui n’est, bien qu’il l’ignore encore, que le fruit d’une expérience de laboratoire - comme son compagnon.
Ils feraient mieux de balayer devant leur porte et de s’interroger sur leur propre famille avant de me donner des leçons de morale !
La seule pensée de leur présence troublant la paix de cette demeure me contrarie !
Hewley a même oser mentionner la possibilité de verser une somme aux familles des victimes.
“En compensation “, a-t-il dit.
En compensation du travail non fourni, sans doute ? Du temple de mes ancêtres saccagé ?
Décidément, ces deux rebuts d’éprouvette m’exaspèrent !
Ils n’ont aucun sens des priorités.
Les mânes de mes aïeux doivent hurler à l’agonie devant la profanation de ce lieu, et les dieux ne pardonnent ni n’oublient ce genre d’offenses aussi facilement que les hommes.
Je sais que les ouvriers, eux, auront compris.
Je doute qu’un seul d’entre eux ait accepté de retourner travailler sur le chantier sans qu’il n’y ait eu expiation, de toute façon. En tout cas, pas avec le responsable de ce crime sur les lieux.
Mais ce rejeton mal dégrossi d’extraterrestre ne semble pas conscient de cet aspect de la situation. Pas plus que son compagnon.
Quels piètres meneurs d’hommes ils font !
J’ai même du mal à imaginer qu’ils aient pu se faire tolérer si longtemps par les ouvriers. Je me demande bien comment ils s’y sont pris !
Enfin…
Ah, j’allais oublier ! Je ne sais si je dois confesser dans ces pages mais…
J’ai accueilli le réveil inopiné de Palmer avec soulagement, en fait, car il m’a tiré d’un rêve extrêmement dérangeant. Tel que je n’en avais jamais fait auparavant.
Je parlais à un homme. Et cet homme…
Non, c’est idiot, c’est sans importance.
Il vaut mieux que je finisse de régler mes problèmes avec mes deux expériences de laboratoire qui s’ignorent au plus vite !
… à suivre
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… Alors là… Ca soulève pas mal de questions sans réponses…
On les aura quand, ces fameuses réponses ????
J’ai hâte ^^
héhé moi qui attendait des histoires avec le bô Rufus >=]
j’ai bien hâte de lire la suite!
Eh bien ! Voici un autre chapitre très sympathique ^^ plein de mystères…Ca fait bizarre d’avoir les deux points de vue.
Encore bravo !
A quand la suite ?
… a quand la suite????
Nyaaaaa… <3 Que dire à par les banalité dans le genre “trop fan du beau Rufus et de ce sublime argenté”? Ah oui, j’ai hâte de lire la suite!
Bonne continuation! B’sous b’sous,
Lyzianor
“Sephiroth risque d’exploser alors ne le contrariez pas”
Lol, Sépphy la bombe atomique
Waouh, je veux bien habiter dans la maison de Rufus moi… mais je virerai peut-être quelques antiquités ^^
Sephiroth et Angeal en mode pêtage de plomb, si on m’avait dit que je verrais ça un jour… en tout cas ça me plait ^^
“Sa majesté des réacteurs”… sympa la référence. Et bien trouvé, vu le contexte de la fic…
J’ai hâte de pouvoir lire la suite !
j’aime beaucoup ce trait de caractère un peu autoritaire que lui a donné (un peu comme le mien) sa rajoute a son charme pourtant déjà plutôt bien foutu (et s’il n’y avait que sa) alors j’attend la suite, je me suis régalé !
T’ai-je déjà dit que j’adorais le journal de Rufus? En tout cas notre bondinet m’a l’air en plein déni tss tss le vilain^^ Hum remarque je doute que qui quonque puisse rester de marbre face aux pectoraux de Sephiroth.
Bizz Ciao@+
Je viens tout juste de débuter la lecture de cette fic, et je javoue je suis charmé, j’ai hâte de voir la suite arriver. Bonne continuation.